--- Page 1 ---
W --- Page 2 ---
fimortist
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EX libris SF Barth.
Jabur Carter roton
fitary
Bman)latrersthg --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
ESQUISSE
D'UN
TABLEAU HISTORIQUE
DES PROGRES
DE L'ESPRIT HUMAIN. --- Page 6 ---
-
-
er - -
d - --- Page 7 ---
ESQUISSE
D'UN
TABLEAU HISTORIQUE
DES PROGRÈS
DE L'ESPRIT HUMAIN;
SUIVIE DE
REFLEXIONS SUR L'ESCLAVAGE DES NÈGRES:
PAR CONDORCET.
A PARIS,
CHEZ MASSON ET FILS, LIBRAIRES,
RUE DE TOURNON, N,° 6.
1822. --- Page 8 ---
33001012R01CAT
uanas 00
- A0 Tn02gad
- - --- Page 9 ---
V
AVERTISSEMENT.
CoxDOICET proscrit, voulut un moment adresser à ses concitoyens un exposé
de - ses principes S 2 ct de sa conduite
comme homme public. Il traça quelques lignes; mais prêt à rappeler trente
années de travaux utiles, et cette foule
d'écrits 2 où depuis la Révolution on
l'avoit vu attaquer constamment toutes
les' institutions contraires à la liberté, 2
il renonça à une justification inutile.
Etranger à toutes les passions, il ne
voulut pas même souiller sa pensée par --- Page 10 ---
VJ
et dans
le souvenir de ses persécuteurs;
sublime et continuelle absence de
une
lui-même - 7 il consacra à un ouvrage
d'une utilité générale et durable, le
intervalle qui le séparoit de la
court
l'on donne
mort. C'est cet ouvrage que
aujourd'hui; il en rappelle un grand
où dès long-temps
nombre d'antres,
droits sacrés des hommes étoient
les
discutés et établis ; où la superstition
les derniers coups ; où les
avoit reçu
méthodes des sciences mathématiques,
à de nouveaux objets, ont
appliquées
des routés nouvelles aux sciences
ouvert
où les vrais prinpolitiques et morales;
du bonheur social ont reçu un
cipes
de démondéveloppement et un genre
oû, enfin,
stration inconnu jusqu'alors;
partout des traces de cette
on retrouve --- Page 11 ---
vii
moralité profonde qui bannit jusqu'aux
foiblesses de l'amour. - propre, de ces
vertus inaltérables, 2 près desquelles on
ne peut vivre sans éprouver une vénération religieuse.
Puisse ce déplorable exemple des plus
rares talens perdus pour la patrie, pour
la cause de la liberté 2 pour les progrès des lumières, pour leurs applications
bienfaisantes aux besoins de l'homme
civilisé, exciter des regrets utiles à la
chose publique! Puisse cette mort, qui
ne servira pas peu, 2 dans l'histoire, à
caractériser l'époque où elle est arrivée,
inspirer un attachement inébranlable aux
droits dont elle fut la violation ! C'est
le seul hommage digne du sage, qui,
sous le glaive de la mort, méditoit en
paix l'amélioration de SCS semblables ;
faisantes aux besoins de l'homme
civilisé, exciter des regrets utiles à la
chose publique! Puisse cette mort, qui
ne servira pas peu, 2 dans l'histoire, à
caractériser l'époque où elle est arrivée,
inspirer un attachement inébranlable aux
droits dont elle fut la violation ! C'est
le seul hommage digne du sage, qui,
sous le glaive de la mort, méditoit en
paix l'amélioration de SCS semblables ; --- Page 12 ---
vij
c'est la seule consolation que puissent
éprouver ceux qui ont été l'objet de ses
affections, et qui ont connu toute sa
vertu. --- Page 13 ---
ESQUISSE
D'UN TABLEAU HISTORIQUE
DES PROGRÈS DE L'ESPRIT HUMAIN.
LnoNNE nait avec la faculté de recevoir des
sensations, d'apercevoir et de distinguer, dans
celles qu'il reçoit 1 les sensations simples dont
elles sont composées, de les retenir, de les reconnoitre, de les combiner, de conserver ou de rappeler dans sa mémoire, de comparer entre elles
ces combinaisons, de saisir ce qu'elles ont de
commun et ce qui les distingue, d'attacher des
signes à tous ces objets, pour les reconnoitre
mieux, et s'en faciliter de nouvelles combinaisons.
Cette faculté se développe en lui par l'action
des choses extérieures, c'est-à-dire, par la présence de certaines sensations composées, dont la
constance, soit dans l'identité de leur ensemble,
soit dans les lois de leurs changemens, est indépendante de lui. Il l'exerce également par la
communication avec des individus semblables à
--- Page 14 ---
(2)
qu'après le
lui; enfin, par des moyens artificiels, faculté,
développement de cette même
premier
à inventer.
les hommes sont parvenus:
de plaisir et
Les sensations sont accompagnées la faculté de
de douleur; et Fhomme a de même
cesimpressions momentanées en sentransformer
d'éprouver
timens durables, doux ou pénibles;
sentimens à la vue ou au souvenir des plaisirs
ces
des autres êtres sensibles. Enfin,
ou des douleurs unie à celle de former et de comde cette faculté
entre lui et ses sembiner des idées, naissent,
de devoir auxblables, des relations d'intérêt et
la nature même a voulu attacher la porquelles
de notre bonheur et les
tion la plus précieuse
plus douloureux de nos maux.
connoitre les
Si l'on se borne à observer, à
faits généraux et les lois constantes que présente
de ces facultés, dans ce qu'il
le développement divers individus de Tespèce
a de commun aux
le nom de Métahumainc, celte science porte
physique. Mais si l'on considère ce même développerelativement à la masse
ment dans ses résultats,
dans le même
des individus qui co-existent et si on le suit de
temps sur un espace donné,
alors le
générations en générations, il présente
des
de Pesprit humain. Ce protableau
progrès
soumis aux mêmes lois générales qui
grès est
us de Tespèce
a de commun aux
le nom de Métahumainc, celte science porte
physique. Mais si l'on considère ce même développerelativement à la masse
ment dans ses résultats,
dans le même
des individus qui co-existent et si on le suit de
temps sur un espace donné,
alors le
générations en générations, il présente
des
de Pesprit humain. Ce protableau
progrès
soumis aux mêmes lois générales qui
grès est --- Page 15 ---
(5)
s'observent dans le développement individuel de
nos faculés, puisqu'il est le résultat de ce développement, considéré en-méme-temps dans un
grand nombre d'individus réunis en société. Mais
le résultat que chaque instant présente, dépend de
celui qu'offroient les instans précédens, et influe
sur celui des temps qui doivent suiyre.
Ce tableau est donc historique, puisque, assujéti à de perpétuelles variations, il se forme par
Fobservation successive des sociétés humaines aux
différentes époques qu'elles ont parcourues. Il
doit présenter Pordre des changemens, exposer
l'influence qu'exerce chaque instant sur celui qui
le remplace, et montrer ainsi, dans les modifications qu'a reçues l'espèce humaine, en se renouvelant sans cesse au milieu de l'immensité des
siècles, la marche qu'elle a suivie, les pas qu'elle
a faits vers la vérité ou le bonheur. Ces observations, sur ce que Phomme a été, sur ce qu'il
est aujourd'hui, conduiront ensuite aux moyens
d'assurer et d'accélérer les nouveaux progrès que
sa nature lui permet d'espérer encore.
Tel est le but de l'ouvrage que j'ai entrepris,
et dont le résultat sera de montrer 2 par le raisonnement et par les faits, qu'il n'a été marqué
aucun terme au perfectionnement des facultés humaines; que la perfectibilité de Phomme est réellement indéfinie; que les progrès de cette perfec1 * --- Page 16 ---
(4)
désormais indépendante de toute puis-.
tibilité, voudroit les arrêter, n'ont d'autre terme
sance la qui durée du globe où la nature nous a jetés.
que
suivre une
Sans doute, ces progrès pourront
marche plus ou moins rapide, mais jamaiselle ne
du-moins lant que la terre occusera rétrograde,
dans le systême de Punivers,
pera la même place
Ics lois
de ce systême ne produiet que
générales
ront sur ee globe ni un bouleversement général,
ni des changemens qui ne permettroient plus àl'es
humained'y conserver, d'ydéployerles mêmes
pêce
trouver les mêmes ressources.
facultés, et d'y de civilisation où l'on ait obserLepremier état
humaine, est celui d'une société peu
vé l'espèce
subsistans de la chasse et
nombreuse d'hommes
P'art grossier de
de la pêche, ne connoissant que ustensiles de
fabriquer leurs armes et quelques
de construire ou de se creuser des logeménage, mais ayant déjà une langue pour se commens,
leurs besoins, et un petit nombre
muniquer
dont ils déduisent des règles comd'idées niorales,
se conformunes de conduite, vivant en familles,
lieu
tiennent
mant à des usages généraux quileur
de
de lois, et ayant même une forme grossière
gouvernement. Fincertitudeetla difficulté de pourOn sent que
nécessaire d'une
voir à sa subsistancc, Palternative
laissent
fatigue extrême et d'un repos absolu, ne
se commens,
leurs besoins, et un petit nombre
muniquer
dont ils déduisent des règles comd'idées niorales,
se conformunes de conduite, vivant en familles,
lieu
tiennent
mant à des usages généraux quileur
de
de lois, et ayant même une forme grossière
gouvernement. Fincertitudeetla difficulté de pourOn sent que
nécessaire d'une
voir à sa subsistancc, Palternative
laissent
fatigue extrême et d'un repos absolu, ne --- Page 17 ---
(5)
point à l'homme ce loisir, ou, s'abandonnant à
ses idées, il peut enrichir son intelligence de combinaisons nouvelles. Les moyens de satisfaire à
ses besoins sont même trop dépendans du hasard
et des saisons, pour exciter utilement une industrie dont les progrès puissent se transmettre; et
chacun se borne à perfectionner son habileté ou
son adresse personnelle.
Ainsi, les progrés de l'espèce humaine durent
alors être très-lents ; elle ne pouvoit en faire que
de loin en loin, etl lorsqu'elle étoit favorisée par
des circonstances extraordinaires. Copendant, à la
subsistance tirée de la chasse, de la péche, Ol
des fruits offerts spontanément par la terre, nous
voyons succéder la nourriture fournie par des
animaux que Phomme a réduits à l'état de domesticité, qu'il sait conserver et multiplier. A ces
moyens se joint ensuite une agriculture grossière;
il ne se contente plus des fruits ou des plantes
qu'il rencontre; il apprend à en former des provisions, à les rassembler autour de lni, à les semer
ou les planter, à en favoriser la reproduction par
le travail de la culture.
La propriété qui, dans le premier état, se bornoit à celle des animaux tués parlui, de ses armes,
de ses filets, des ustensiles de son ménage, devint
d'abord celle de son troupeau, et ensuite,celle de
la terre qu'il a défrichée et.qu'il cultive, A la mort --- Page 18 ---
(6)
du chef, cette propriété se transmet naturellement
à la famille. Quelques-uns possédent un superflu
d'être conservé. S'il est absolu, il fait
snsceptible
besoins; ; s'il n'a lieu que
naître de nouveaux
la
une seule chose, tandis qu'on éprouve
pour
cette nécessité donne lidée
disette d'une autre,
relations morales se
des échanges : dès-lors, les
Une sécurité plus
compliquent et se multiplient.
loisir
assuré et plus constant,
grande, un
plus
ou dupermettent de se livrer à la méditation, s'intromoins, à une observation suivie. Lusage
une
quelques individus, de donner
duit, pour
d'un travail
partie de leur superflu en échange
Il existe
qui leur sert à s'en dispenser eux-mémes.
classe d'hommes dont le temps n'est pas
donc une
et dont les désirs
absorbé par un labeur corporel, besoins. Lins'étendent au-delà de leurs simples
dustrie séveille; les arts déjà connus sétendentet
; les faits que le hasard présente
se perfectiounent; de Thomme plus attentif et plus
à Tobservation
la
exercé. , font éclore des arts nouveaux; popala- de vivre
tion s'accroit à mesure que les moyens
moins périlleux et moins précaires; ,
deviennent
qui peut nourrir un plus grand
Tagriculture,
d'individus surle même terrain, remplace
nombre
: elle favorise
les autres sources de subsistance
en
qui, réciproquement,
cette multiplication, les idées acquises se commuaccélère les progrès;
plus attentif et plus
à Tobservation
la
exercé. , font éclore des arts nouveaux; popala- de vivre
tion s'accroit à mesure que les moyens
moins périlleux et moins précaires; ,
deviennent
qui peut nourrir un plus grand
Tagriculture,
d'individus surle même terrain, remplace
nombre
: elle favorise
les autres sources de subsistance
en
qui, réciproquement,
cette multiplication, les idées acquises se commuaccélère les progrès; --- Page 19 ---
(7)
niquent plus promptement et se perpétuent plus
strement dans une société derenueplassédensire C
plus rapprochée, plus intime. Déjà l'aurore des
sciences commence: à paroitre; Phomme se montre
séparé des autres espèces d'animaux, et nesemble
plus borné comme eux à un perfectionnement
purement individuel.
Les relations plus étendues, plus multipliées,
plus compliquées, que les hommes forment alors
entre eux, leur font éprouver la nécessité d'avoir
un moyen de communiquer leurs idées aux personnes absentes, de perpétuer la mémoire d'un
fait avec plus de précision que par la tradition
orale, de fixer les conditions d'une convention
plus sûrement que par le souvenir des témoins,
de constater, d'une manière moins sujette à des
changemens, ces coutumes respectées, auxquelles
les membres d'une même sociélé sont convenus
de soumettre leur conduite.
On sentit donc le besoin de Pécriture, et elle
fut inventée. Il paroit qu'elle étoit d'abord une
véritablepeinture, à laquelle succéda une peinture
de convention, 2 qui ne conserva que les traits caractéristiques des objets. Ensuite, par une espèce
de métaphore analogue à celle qui déjà s'étoit
introduite dans le langage, Timage d'un objet
physique exprima des idées morales. L'origine de
ees signes, comme celle des mots, dut s'oublierà --- Page 20 ---
8)
Técriture devint Part d'attacher un
la longue; et
à chaque idée, ,à chaque mot,
signe conventionnel
modification des idées et
et par la suite, à chaque
des mots.
langue écrite et une langue
Alors, on eut une
apprendre, entre
parlée, qu'il falloit égalenient
lesquelles il falloit établir une correspondance
réciproque.
des bienfaiteurs éterDes hommes de génie,
dont la patrie
nels de Thumanité, dont le nom,
obensevelis dans Toubli,
même sont pour jamais
n'étoient
servèrent que tous les mots d'une langue
d'une quantité trés-limitée
que les combinaisons quele nombre de cellesd'articulations premières; suffisoit pour former un
ci, quoique très-borné,
diverses.
de combinaisons
nombre presqu'infini
des signes visibles,
Ilsimaginérent de désigner, par
mais
nor lesidées ou les mots qui y répondent,
élémens simples dont les mots sont composés.
ces
Técriture alphahétique fut connue ;
Dès-lors, nombre de signes suffit pour tout écrire,
un petit
nombre de sons suffisoit pour
comme un petit
écrite fut la même que la
tout dire. La Jangue besoin
de savoir relangue parlée; on n'eut
que nombreux, et
connoitre et former ces signes peu
de
les progrès
ce dernier pas assura pour jamais
Tespèce humaine.
d'instituer
Peut-être seroit-il utile aujourdhui
Técriture alphahétique fut connue ;
Dès-lors, nombre de signes suffit pour tout écrire,
un petit
nombre de sons suffisoit pour
comme un petit
écrite fut la même que la
tout dire. La Jangue besoin
de savoir relangue parlée; on n'eut
que nombreux, et
connoitre et former ces signes peu
de
les progrès
ce dernier pas assura pour jamais
Tespèce humaine.
d'instituer
Peut-être seroit-il utile aujourdhui --- Page 21 ---
(9)
une langue écrite qui, réservée uuiquement pour
les sciences, n'exprimant que ces combinaisons
d'idées simples qui se retrouvent exactement les
mêmes dans tous les esprits, n'étant employée que
pour des raisonnemens d'une rigueur logique, 2
pour des opérations de T'entendement, précises et
calculées, fat entendue par les hommes de tous
les pays, et se traduisit dans tous leurs idiômes,
sans pouvoir s'altérer comme eux, en passant dans
l'usage commun.
Alors, par une révolution singulière, ce même
genre d'écriture, dont la conservation n'eût servi
entre les
qu'à prolonger Tignorance, 2 deviendroit,
mains de la philosophie, un instrument utile à la
prompte propagation des lumières, au perfectionnement de la méthode des sciences.
Cest entre ce degré de civilisation, et celui où
nous voyons encore les peuplades sauvages, 2 que
sesont trouvés tous les peuples dont Thistoire s'cst
conservée jusqu'à nous, et qui, tantôt faisant de
nouveaux progrès, tantôt se replongeant dans
l'ignorance, tantôt se perpétuant au milieu de ces
alternatives, ou s'arrêtant à un certain terme, tantôt disparoissant de la terre sous le fer des conquérans, se confondant avec les vainqueurs, ou
subsistant dans Fesclavage; tantôt enfin, recevant
des lumiéres d'un peuple plus éclairé, pour les
transmettre à d'autres nations, forment une chaîne --- Page 22 ---
10 )
entre le commencement des
non interrommpue etle siècle oû nous vivons, entre
temps historiques
nous soient connues, et
les premières nations qui
les peuples actuels de TEurope.
bien
On peut donc apercevoir déjà troispartics de
distinctes dans le tableau que je me suisproposé
tracer.
où les récits des voyageurs
Dans la première,
humaine chez
nous montrent l'état de Tespèce
réles peuples les moins civilisés, nous sommes
degrés Phomme isolé, 2
duits à deviner par quels
se
borné à Tassociation nécessaire pour
ou plutôt
ces premiers perfecreproduire, a pu acquérir
d'un
tionnemens, dontle dernier terme est l'usage
articulé; nuance la plus marquée, et même
langage
idées morales plus
la seule qui, avec quelques
d'ordre
étendues, et un foible commencement vivant
social, le fait alors différer des animaux Ainsi
comme lui en société régulière et durable. des
avoir ici d'autre guide que
nous ne pouvons
de nos facultés.
observations sur le développement
où
conduire Phomme au point
Ensuite, pour
la lumière des sciences
il exerce des arts, où déjà
unit les
commence à Péclairer , oû le commerce invennations, oû enfin Pécriture alphabétique est
à ce premier guide
tée, nous pouvons joindre
ont été obserPhistoire des diverses sociétés qui
vées dans presque tous les degrés intermédiaires;
nous ne pouvons
de nos facultés.
observations sur le développement
où
conduire Phomme au point
Ensuite, pour
la lumière des sciences
il exerce des arts, où déjà
unit les
commence à Péclairer , oû le commerce invennations, oû enfin Pécriture alphabétique est
à ce premier guide
tée, nous pouvons joindre
ont été obserPhistoire des diverses sociétés qui
vées dans presque tous les degrés intermédiaires; --- Page 23 ---
(11 )
quoiqu'on ne puisse en suivre aucune dans tout
l'espacc qui sépare ces deux grandes époques do
lespèce humaine.
Ici, le tableau commence à s'appuyer ren grande
partie sur la suite des faits que Phistoire nous a
transmis; mais il est nécessaire de les choisir dans
celle de différens peuples, de les rapprocher, de
les combiner, pour en tirer l'histoire hypothétique
d'un peuple unique, et former le tableau de ses
progrès.
Depuis Pépoqueoi Pécriture alphabétique a été
connue dans la Grèce, Phistoire se lie à notre
siècle, à létat actuel de l'espèce humaine dans les
pays les plus éclairés de PEurope, par une suite
non interrompue de faits et d'observations; etle
tableau de la marche et des progrès del Tesprit humain est devenu véritablement historique. La
philosophie n'a plus rien à deviner, n'a plus de
combinaisons hypothétiques à former ; il suffit
de rassembler, d'ordonner les faits, et de montrerles vérités utiles qui naissent de leur enchaînement et de leur ensemble.
Il ne resteroit enfin qu'un dernier tableau à
tracer, celui de nos espérances, des progrès qui
sont réservés aux générations futures, et que la
constance des lois de la nature semble leur assurer. Il faudroit y montrer par quels degrés ce qui
nous paroîtroit aujourd'hui un espoir chimérique --- Page 24 ---
(12)
doit successivement devenir
cile;
possible el même fapourquoi, malgré les succès passagers des
préjugés, et Fappui qu'ils reçoivent de la
tion des
corrupseule doit gouvernemens ou des peuples, la vérité
obtenir un triomphe durable;
liens la nature a indissolublement
par quels
des lumières et
uni les progrès
ceux de la liberté, de la
du respect pour les droits naturels de vertu,
comment ces seuls biens
Phomme; ;
réels, si souvent
qu'on les a crus même incompatibles, séparés
contraire
doivent au
lumières deveniriuséparables, dès linstant ou les
auront atteint un certain terme dans un
pius grand nombre de nations
auront pénétré la masse
à-la-fois; et qu'elles
dont la langue seroit entièred'ungrand peuple,
nniversellement
dont les relations commerciales
réparidue,
toute Pétendue du globe. Cette embrasseroient réunion
déjà opérée dans la classe entière des s'étant
hommes
éclairés, on ne compteroit plus dès-lors
que des amis de Thumanité,
parmi eux
d'en accélérer le
occupés de concert
Nous
perfectionnement et le bonbeur.
exposerons Forigine, nous tracerons
toire des erreurs générales
Phisretardé
qui ont plus ou moins
ou suspendu la marche de la
sonvent
raison; qui
méme, autant que les événemens
tiques, ont fait rétrograder Phomme
polirance.
vers TignoLes opérations de Fentendement
qui nous
que des amis de Thumanité,
parmi eux
d'en accélérer le
occupés de concert
Nous
perfectionnement et le bonbeur.
exposerons Forigine, nous tracerons
toire des erreurs générales
Phisretardé
qui ont plus ou moins
ou suspendu la marche de la
sonvent
raison; qui
méme, autant que les événemens
tiques, ont fait rétrograder Phomme
polirance.
vers TignoLes opérations de Fentendement
qui nous --- Page 25 ---
(15) )
conduisent à Ferreur, ou qui nous y retiennent,
depuis le paralogisme subtil, qui peut surprendre
Phomme le plus éclairé, jusqu'aux rêves de la démence, n'appartiennent pas moins que la méthode
de raisonner juste ou celle de découvrirla vérité, 2
àla théorie du développement de nos facultés individuelles ; et, par la même raison, 2 la maniére
dont les erreurs généralcs s'introduisent parmi les
peuples, s'y propagent, s'y transmettent,s'y perpétuent, 2 fait partie du tableau historique des progrès de l'esprit humain. Comme les vérités quile
perfectionnent et qui Péclairent," elles sont la suite
nécessaire de son activilé, de cette disproportion
toujours existante entre cC qu'il counoit, ce qu'il
a le désir et ce qu'il croit avoir besoin de connoitre.
On peut même observer que, d'après les lois
générales du développement de nos facultés, certains préjugés ont dû naitre à chaque époque de
nos progrès, mais pour étendre bien au-delà leur
séduction ou leur empire ; parce que les hommes
conseryent encore les crreurs de leur enfance,
celles do leur pays et de leur siècle, long-temps
après avoir reconnu toutes les vérités nécessaires
pour les détruire.
Enfin, dans tous les pays, dans tous les temps,
il est des préjugés différens, suivant le degré d'instruction des diverses classes d'hommes, comme --- Page 26 ---
(14)
leurs
Si ceux des philosophes
snivant
professions. progrès de la vérité, ceux
nuisent aux nouveaux éclairées retardent la propagades classes moins
de certaines
tion des vérités déjà connues; ceux
accréditées ou puissantes y opposent
profesions des obstacles : ce sont trois genres d'ennemis
la raison est obligée de combattre sans cesse,
que
souvent qu'après une
et dont elle ne triomphe
Lhistoire de ces combats,
lutte Jongue et pénible.
et de la chute
celle de la naissance, du triomphe
occupera donc une grande place
des préjugés,
n'en sera
la partic la
dans cet ouvrage, et
pas
moins importante ou la moins utile.
de
S'il existe une science de prévoir les progrès
humaine, de les diriger, de les accélérer,
T'espèce
a faits en doit être la base
Thistoire de ceux qu'elle dà
sans doute
première. La philosophie a proscrire
qui croyoit presque ne pouvoir
cette superstition, de conduite que dans Phistoire
trouver des règles
dans T'étude
des siècles passés, et des vérités, que
anciennes. Mais ne doit-elle pas
des opinions
le précomprendre dans la même proscription, delexrejetteroit avec orgueil les leçons
jugé qui
doute, la méditation seule peut,
périence? sans
nous conduire aux
par d'heureuses combinaisons, science de Phomme, Mais,
vérités générales de la
humaine
des individus de T'espèce
si Fobservation
pourau moraliste,
est ule au métaphysicien,
des vérités, que
anciennes. Mais ne doit-elle pas
des opinions
le précomprendre dans la même proscription, delexrejetteroit avec orgueil les leçons
jugé qui
doute, la méditation seule peut,
périence? sans
nous conduire aux
par d'heureuses combinaisons, science de Phomme, Mais,
vérités générales de la
humaine
des individus de T'espèce
si Fobservation
pourau moraliste,
est ule au métaphysicien, --- Page 27 ---
(15)
quoi celle des sociétés le leur seroit-elle moins?
Pourquoi ne le seroit-elle pas au philosophe politique?S'il est utile d'observer les diverses sociétés
qui existent en-méme-temps, d'en étudier les
rapports, pourquoi ne le seroit-il pas de les observer aussi dans la succession des temps ? En supposant même que ces observations puissent être
négligées dans' la recherche des vérités spéculatives, doivent-elles lêtre, lorsqu'ilsagit d'appliquer
ces vérités à la pratique etde déduire de la science,
l'art qui en doit être le résultat utile? Nos préjugés, les maux qui en sont la suite, n'ont-ils pas
leur source dans Ics préjugés de nos ancêtres?
Un des moyens les plus sûrs de nous détromper
des uns, de prévenir les autres, n'est-il pas de nous
en développer l'origine et les effets.
Sommes-nous au point où nous n'ayons plus à
craindre, ni de nouvelles crreurs, ni le retour des
anciennes; où aucune institution corruptrice ne
puisse plus être présentée par Phypocrisie, adoplée par Fignorance ou par T'onthousiasme; où aucune combinaison vicieuse ne puisse plus faire le
malheur d'une grande nation' ? Seroit-il donc
inutile de savoir comment les peuplos ont été
trompés, corrompus, ou plongés dans la misère?
Tout nous dit que nous touchons à l'époque
d'une desg grandes révolutions de l'espèce humaine.
Qui peut mieux nous éclairer sur ce que nous --- Page 28 ---
(16)
devons en attendre; qui peut nous offrir un guide
plus sûr pour nous conduire au milieu de ses
mouvemens, que le tableau des révolutions qui
Pont précédée et préparée? L'état actuel des
lumières nous garantit qu'elle sera heureuse; mais
aussi n'est-ce pas à condition que nous saurons
nous servir de toutes nos forces? Et pour que
Ie bonheur qu'elle promet soit moins chèrement acheté, pour qu'elle s'étende avec plus de
rapidité dans un plus grand espace, pour qu'elle
soit plus complète dans ses effets, n'avons-nous
pas besoin d'étudier dans T'histoire de Pesprit humain quels obstacles nous restent à craindre, quels
moyens nous avons de les surmonter ?
Je diviserai en neuf grandes époques l'espace
que je me propose de parcourir; et j'oserai, dans
une dixième, hasarder. quelques aperçus sur les
destinées futures de l'espèce humaine.
Je me bornerai à présenter ici les principaux
traits qui caractérisent chacune d'elles : je ne donnerai que les masses, sans m'arrêter ni aux exceptions ni aux détails. J'indiquerai les objets, les
résultats dont l'ouvrage même offrira les développemens et les preuves.
ebe
a -
at
a
; et j'oserai, dans
une dixième, hasarder. quelques aperçus sur les
destinées futures de l'espèce humaine.
Je me bornerai à présenter ici les principaux
traits qui caractérisent chacune d'elles : je ne donnerai que les masses, sans m'arrêter ni aux exceptions ni aux détails. J'indiquerai les objets, les
résultats dont l'ouvrage même offrira les développemens et les preuves.
ebe
a -
at
a --- Page 29 ---
(17)
PREMIÈRE ÉPOQUE.
Les Hommes sont réunis en peuplades.
Avcuxr observation directe ne nous instruit
sur ce quia précédé cet état; et c'est seulement en
examinant les facultés intellectuelles ou morales,
et la constitution physique de Thomme, qu'on
peut conjecturer comment il s'est élevé à cC premier degré de civilisation.
Des observations sur celles des qualités physiques qui peuvent favoriser la première formation
de la société, une analyse sommaire du développement de nos facultés 1 intellectuelles ou morales,
doivent donc servir d'introduction au tableau de
cette époque.
Une société de famille paroit naturelle à
l'homme. Formée d'abord par le besoin que les
enfans ont de leurs parens, par la tendresse des
mères, par celle des pères, quoique moins générale et moins vive, la longue durée de ce besoin
a donné le temps de naître et de se développerà
--- Page 30 ---
(18) )
a dû inspirer le désir de perpéun sentiment qui
tuer celte réunion. Cette même durée a suffi pour
faire sentir les avantages. Une famille placée
en
sol
offroit une subsistance facile, a pu
sur un
qui
ensuite se multiplier et devenir une peuplade.
Les peuplades qui auroient pour origine la
réunion de plusieurs familles séparées, ont dà se
former plus tard et plus rarement, puisque la
réunion dépend alors, et de motifs moins pressans,
et de la combinaison d'un plus grand nombre de
circonstances.
A
L'art de fabriquer des armes, de donner une
préparation aux alimens, de se procurer les ustensiles nécessaires, pour celte préparation, celui de
conserver ces mêmes alimens pendant quelque
temps, d'en faire des provisions pour les saisons
où il étoit impossible de s'en procurer de nouveaux; ces arts, consacrés aux plus simples besoins, furent le premier fruit d'une réunion procaractère qui distingua la
longée, et le premier
sociélé humaine de celle que forment plusieurs
espèces d'animaux.
Dansquelquesunes de cespeuplades, les femmes
cultivent autour des cabanes quelques plantes
qui servent à la nourriture, et qui suppléent au
produit de la chasse ou de la pêche. Dansd'antres,
formées aux lieux où la terre offre spontanément
une nourriture végétale, le soin de la chercher et
réunion procaractère qui distingua la
longée, et le premier
sociélé humaine de celle que forment plusieurs
espèces d'animaux.
Dansquelquesunes de cespeuplades, les femmes
cultivent autour des cabanes quelques plantes
qui servent à la nourriture, et qui suppléent au
produit de la chasse ou de la pêche. Dansd'antres,
formées aux lieux où la terre offre spontanément
une nourriture végétale, le soin de la chercher et --- Page 31 ---
1 19)
de la recueillir occupe une partie du temps des
Sauvages. Dans ces dernières, où l'utilité de rester
uni se fait moins sentir, on a pu observer la civilisation réduite presqu'à une simple société de
famille. Cependant on a trouvé partout Pusage
d'une langue articuléc.
Les relations plus fréquentes, plus durables
avec les mêmes individus, l'identité de leurs intérêts, les secours mutuels qu'ils se donnoient,
soit dans des chasses communes, soit pour résister
à un ennemi, ont dà produire également et le
sentiment de la justice et une affection mutuelle
entre les membres de la société. Bientôt cette
affection s'est translormée en attachement pour
la société elle-même.
Une haîne violente, un inextinguible désir de
vengeance contre les ennemis de la peuplade, en
devenoient la conséquence nécessaire.
Le besoin d'un chef, afin de pouvoir agir en
commun, soit pour se défendre, soit pour se procurer avec moins de peine une subsistance plus
assurée et plus abondante, introduisit dans ces
sociétés les premières idées d'une autorité publique. Dans les circonstances où la peuplade entière étoit intéressée, où clle devoit prendre une
résolution commune, tous ceux qui avoient à
l'exécuter devoient être consultés. La foiblesse des
femmes, qui les excluoit des chasses éloignées et de
2* --- Page 32 ---
(s0)
la
objets ordinaires de ces dilibérations,les
guerre,
également. Comme ces résolutions
en fit éloigner
admettoit
exigeoient de Texpérience, on n'y
que
à Pon pouvoit en supposer. Les querelles
ceux qui
dans le sein d'une même société en
quis'elevoient Pharmonie; elles auroient pu la détroubloient
décision
truire : il étoit naturel de convenir quela leurs
erf seroit remiseà ceux qui, parleurage, par
inspiroient le plus de conqualités persomelles,
fiance. Telle fut Porigine des premnièresinatitutions
politiques. formation dumne langue a dû précéder ces
La
L'idée d'exprimer les objets par des
institutions.
paroit au - dessus de ce
signes conventionnels humaine dans cet état de
qu'étoit Pintelligence
que ces signes
eivihationsmaisile est vraisemblable
force de
n'ont été introduits dans Tusage qu'à
degrés, et d'une manière en quelque
temps, par
sorte imperceptible. de Parc avoit été Touvrage d'un
Linvention
d'une langue fut
hommc de génie: la formation
de
celui de la société entière. Ces deux genres humaine. proappartiennent également à Fespèce
grès
rapide, est le fruit des combinaisons
L'un, plus
favorisés de la nature
nouvelles, que les hommes former; il est le prix de leurs.
ont le pouvoir de
plus lent,
méditations et de leurs efforts : Tautre, s'offrent
des observations qui
nait des réflexions,
vrage d'un
Linvention
d'une langue fut
hommc de génie: la formation
de
celui de la société entière. Ces deux genres humaine. proappartiennent également à Fespèce
grès
rapide, est le fruit des combinaisons
L'un, plus
favorisés de la nature
nouvelles, que les hommes former; il est le prix de leurs.
ont le pouvoir de
plus lent,
méditations et de leurs efforts : Tautre, s'offrent
des observations qui
nait des réflexions, --- Page 33 ---
(a1)
à tous les hommes, et même des habitudes qu'ils
contractent dans le cours de leur vie commune.
Les mouvemens mesurés et réguliers s'exécutent
moins de fatigue. Ceux qui les voient ou les
avec
Tordre ou les rapports avec
entendent en saisissent
cette double
plus de facilité. Ils sont donc, par
de
de
Aussi T'origine
raison, une source
plaisirs.
la danse, de la musique, de la poésie, remonteenfance de la société. La danse
t-elle à la première
Pamusement de la jeunesse,
y est employée pour
On trouve des chanet dans les fêtes publiques.
y
sait
sons d'amour et des chants de guerre: on y
quelques instrumens de musique.
même fabriquer
absolument inconnu
L'art de l'éloquence n'est pas
du-moins on y sait prendre
dans ces peuplades:
et
dans les discours d'appareil un ton plus grave
solennel; et même alors T'exagération oratoire
plus
ne leur est point étrangére. à T'égard des enneLa vengeance et la cruauté
les
qui condamne
mis érigée en vertu, T'opinion le droit de comfemmes à une sorte d'esclavage,
comme la prérogative
mander à la guerre regardé
idées des did'une famille, enfin les premières
les
de superstitions 2 telles sont
verses espéces
et dont il
erreurs qui distinguent cette époque, les mofaudra rechercher Porigine et développer
pas sans raison Terreur,
tifs. Car Phomme n'adopte
rendue en
éducation ne lui a pas
que sa première --- Page 34 ---
( 22 )
sorte naturelle: s'il en reçoit une nouvelle,
quelque
est liée à des erreurs de l'enfance,
c'est qu'elle
c'est que ses intérêts, ses passions, ses opinions,
les évènemens l'ont disposé à la recevoir.
ou
connoissances grossières d'astronoQuelques
plantes médicinales
mie, cclle de quelques
les blesemployées pour guérir les maladies ou
sont les scules sciences des Sauvages; etdéjà
sures,
par un mélange de superstielles sont corrompues
tion.
encore
Mais cette même époque nous présente hufait
dans Phistoire de T'esprit
un
important observer les premières traces
main. On peut y
des ind'une institution, qui a eu sur sa marche
accélérant le progrès des lufluences opposées,
répandoit T'erreur;
mières, en-méme-temps qu'elle
mais
enrichissant les sciences de vérités nouvelles,
le peuple dans Tignorance et dans la
précipitant religicuse, et faisant acheter quelques
servitude
et honteuse
bienfaits passagers par une longue
tyrannie.
d'une classe d'hommes
J'entends ici la formation
des
dépositaires des principes des scicnces ou
procédés des arts, des mystères ou des cérémonics
des
de la superstition,
de la religion,
pratiques
et de
souvent même des secrets de la législation
J'entends cette séparation de T'espèce
la politique.
Pune destinéc à enhumaine en deux portions;
servitude
et honteuse
bienfaits passagers par une longue
tyrannie.
d'une classe d'hommes
J'entends ici la formation
des
dépositaires des principes des scicnces ou
procédés des arts, des mystères ou des cérémonics
des
de la superstition,
de la religion,
pratiques
et de
souvent même des secrets de la législation
J'entends cette séparation de T'espèce
la politique.
Pune destinéc à enhumaine en deux portions; --- Page 35 ---
(25)
seigner, l'autre faite pour croire; l'une cachant
orgueilleusement ce qu'elle se vante de savoir,
l'autre recevant avec respect ce qu'on daigne lui
révéler; Tune voulant s'élever au- dessus de la
raison, et l'autre renonçant humblement à la
sienne, et se rabaissant au-dessous de Phumanité,
en reconnoissant dans d'autres hommes des prérogatives supérieures à leur commune nature.
Celte distinction, dont à la fin du dix-huitième
siècle nos prétres nous offrent encore les restes,
se trouve chez les Sauvages les moins civilisés, qui
ont déjà leurs charlatans et leurs sorciers. Elle est
trop générale, on la rencontre trop constamment
à toutes les époques de la civilisation, pour qu'elle
n'ait pas un fondement dans la nature même: aussi
trouverons-nous dans ce qu'étoient les facultés de
l'homme à ces premiers temps des sociétés, la cause
de la crédulité des premières dupes, comme celle
de la grossière habileté des premiers imposteurs. --- Page 36 ---
(24)
DEUXIÈME ÉPOQUE.
LES PEUPLES PASTEURS.
Passage de cet état à celui des Peuples
Agriculteurs.
L'IDs de conserver les animaux pris à la
chasse dut se présenter aisément, lorsque la douceur de ces animaux en rendoit la garde facile,
que le terrain des habitations leur fournissoit une
nourriture abondante, que la famille avoit du
superflu, et qu'elle pouvoit craindre d'être réduite
à la disette par le mauvais succès d'une autre
chasse, Ou par l'intempérie des saisons.
Après avoir gardé ces animaux comme une
simple provision, l'on observa qu'ils pouvoient se
multiplier, ct offrir par-là une ressource plus
durable. Leur lait en présentoit une nouvelle; et
ces produits d'un troupeau qui, dabord,n'étoient
qu'un supplément à cclui dela chasse, devinrent un
et qu'elle pouvoit craindre d'être réduite
à la disette par le mauvais succès d'une autre
chasse, Ou par l'intempérie des saisons.
Après avoir gardé ces animaux comme une
simple provision, l'on observa qu'ils pouvoient se
multiplier, ct offrir par-là une ressource plus
durable. Leur lait en présentoit une nouvelle; et
ces produits d'un troupeau qui, dabord,n'étoient
qu'un supplément à cclui dela chasse, devinrent un --- Page 37 ---
(a5)
desubsistance plus assuré, plus abondant;
moyen
La chasse cessa donc d'être le
moins pénible.
d'être même comptée au
premier 2 et ensuite,
conservée
nombre de ces moyens; elle ne fut plus
comme un plaisir, comme une précaution
que
éloignerl les bêtes féroces des trounécessaire pour étant devenus plus nombreux, ne
peaux qui,
nourriture suflisante
pouvoient plus trouver une
autour des habitations.
offroit
Une vie plus sédentaire, moins fatigante,
loisir favorable au développement de Tesprit
un humain. Assurés de leur subsistance, n'étant plus
leurs premiers besoins, les hommes
inquiets pour
nouvelles dans les
cherchèrent des sensations
moyens d'y pourvoir.
Les arts firent quelques progrès ; on acquit
lumières sur celui de nourrir les animaux
quelques
d'en favoriser la reproduction, et
domestiques,
même d'en perfectionner les espèces.
On apprità employerla laine pourles vêtemens,
à substituer Tusage des tissus à celui des peaux.
La société dans les familles devint plus douce,
sans devenir moins intime. Comme les troupeaux
de chacune d'elles ne pouvoient se multiplier avec
ils'établit une différence de richesse. Alors,
égalité,
le produit de ces troupeaux
on imagina departager
devoit
avec un homme qui n'en avoit pas, et qui
consacrer son temps et ses forces aux soins qu'ils --- Page 38 ---
(26)
exigent. Alors, on vit que le travail d'un individu
jeune, bien constitué, valoit plus
sa subsistance
que ne coûtoit
pritlhabitude rigoureusement de
nécessaire; et l'on
garder les prisonniers de
pour esclaves, au-lieu de les égorger, guerre
Lhospitalité, qui se pratique aussi chez.les Sauvages, prend chez les peuples
plus prononcé, plus
pasteurs un caractère
qui errent dans des chariots solennel, même parmi ceux
Ils'offre de plus
ou sous des tentes.
fréquentes occasions de l'exercer
réciproquement d'individu à indiviJu, de
à famille, de peuple à peuple. Cet acte
famille
d'humanité
devient un devoir social, et on Passujétit à des
règles.
Enfin, comme certaines familles avoient
seulement une subsistance
nonperflu
assurée, mais un suconstant, et que d'autres hommes manquoient du nécessaire, la compassion naturelle
pour leurs souffrances fit naître le sentiment
l'habitude de la bienfaisance.
et
Les moeurs durent" s'adoucir;
femmes eut moins de
Pesclavage des
riches cessèrent
dureté, et celles des
d'être condamnées à des travaux
pénibles.
Plus de variété dans les choses
satisfaire les divers
employées à
besoins, dans les instrumens
qui servoient à les
dans leur
préparer, plus d'inégalité
distribution, durent multiplier les
ître le sentiment
l'habitude de la bienfaisance.
et
Les moeurs durent" s'adoucir;
femmes eut moins de
Pesclavage des
riches cessèrent
dureté, et celles des
d'être condamnées à des travaux
pénibles.
Plus de variété dans les choses
satisfaire les divers
employées à
besoins, dans les instrumens
qui servoient à les
dans leur
préparer, plus d'inégalité
distribution, durent multiplier les --- Page 39 ---
(27) )
échanges, et produire un véritable commerce ;
il ne put s'étendre sans faire sentir la nécessité
d'une mesure commune, d'une espèce de monnoie.
Les peuplades devinrent plus nombreuses; ; enméme-temps, afin de nourrir plus facilement les
troupeaux, leshabitations se séparérent davantage
quand elles restérent fixes : ou bien, elles se changérent en campemens mobiles, > quand les hommes
eurent appris à employer, pour porter ou traîner
les fardeaux, quelques-unes des espèces d'animaux
qu'ils avoient subjugués.
Chaque nation eut un chef pour la guerre; mais
s'étant divisée en plusienrs tribus, par la nécessité de s'assurer des pâturages, chaque tribu eut
aussi-le sien. Presque partout, cette supériorité
fut attachée à certaines familles. Les chefs dc
famille qui avoient de nombreux troupeaux, beaucoup d'esclaves, , qui employoient à leur service
un grand nombre de citoyens plus pauvres, partagérent l'autorité des chefs de leur tribu, comme
ceux-ci partageoient celle des chefs de nation ;
du-moins, lorsque le respect dà à lâge, à lexpérience, aux exploits, leur en donnoit le crédit:
et c'est à cette époque de la société qu'il faut
placer lorigine de T'esclavage et de linégalité de
droits politiques entreles hommes paryenus à Tàge
de la maturité. --- Page 40 ---
(s8)
Ce furent les conseils des chefs de
de tribu quii, d'après la justice
famille ou
les usages reconnus, décidèrent naturelle, ou d'après
déjà plus nombreuses
les contestations,
tradition de ces
et plus compliquées. La
en les
jugemens, en attestant lesAusages,
perpétuant, forma bientôt une espèce de
jurisprudence plus régulière, plus
d'ailleurs les progrès de la société constante, que
nécessaire. L'idée de la
avoient rendue
avoit acquis plus
propriété et de ses droits
partage des
d'étendue et de précision. Le
avoit besoin successions, devenu plus
d'être assujéti à des important,
Les conventions plus
règles fixes.
plus à des objets aussi fréquentes ne se bornoient
soumises à des
simples; elles durent être
formes; la manière d'en constater
T'existence, pour en
ses lois.
asurerT'exéeution, eut aussi
Lutilité de Pobservation des étoiles, Poccupation qu'elles offroient
veilles, le loisir dont
pendant de longues
durent
jouissoient les
amener quelques foibles
bergers 2
tronomie.
progrès dans l'asMais
l'art de en-méme-temps on vit se perfectionner
tromper les hommes pour les
et d'usurper
dépouiller,
sur des craintes surleursopinions une autorité fondée
Il s'établit
et des espérances
des cultes plus
chimériques.
de
réguliers, des systêmes
croyance moins grossierement combinés. Les
jouissoient les
amener quelques foibles
bergers 2
tronomie.
progrès dans l'asMais
l'art de en-méme-temps on vit se perfectionner
tromper les hommes pour les
et d'usurper
dépouiller,
sur des craintes surleursopinions une autorité fondée
Il s'établit
et des espérances
des cultes plus
chimériques.
de
réguliers, des systêmes
croyance moins grossierement combinés. Les --- Page 41 ---
2 29 )
idées des puissances surnaturelles se raffinérent en
quelque sorte : et à côté de Ces opinions, on vit
s'établir ici des princes pontifes, là des familles
ou des tribus sacerdotales, ailleurs des collèges
de prétres; mais toujours une classe d'individus
affectant d'insolentes prérogatives, sC séparant des
hommes pour les mieux asservir, et cherchant à
s'emparer exclusivement de la médecine, de l'astronomie, pour réunir tous les moyens de subjuguer les esprits, pour ne leur en laisser aucun
de démasquer son hypocrisie et de briser ses fers.
Les langues s'enrichirent sans devenir moins
figurécs ou moins hardies. Les images qu'olles
employoient furent plus variées et plus douces:
on les prit dans la vie pastorale, comme dans
celle des forêts, dans les phénomènes réguliers de la nature, comme dans ses bouleversemens. Le chant, les instrumens, la poésic se
perfectionnérent dans un loisir qui les soumettoit à des auditeurs plus paisibles, et dès-lors plus
difficiles, qui permettoit d'observer ses propres
sentimens, de juger ses premières idées, et de choisir entre elles.
L'observation a dà faire remarquer que certaines plantes offroient aux troupeaux une subsistance meilleure ou plus abondante : on a senti
l'utilité d'en favoriser la production, de les séparer des autres plantes qui ne donnoient qu'une --- Page 42 ---
(50)
nourriture foible, mal-saine, même dangereuse;
Pon est
à en trouver les moyens.
et
parvenu dans les pays oùr des plantes, des
De même, 2
offerts par le sol,
graines, des fruits spontanément
avec les produits des troupeaux, 2
contribuoient, de Phomme, on a da observer
à la nourriture
et
aussi comment ces végétaux se multiplioient,
chercher à les rassembler dans les terrains
dès-lors
à les séparer des
les plus voisins des habitations ;
leur apparvégétaux inutiles, pour que ce terrain
à les mettre à Pabri des animaux
tint tout entier;
et même de la rapacité
sauvages, et des troupeaux,
des autres hommes.
et même plus
Ces idées ont dû naître encore,
dans les pays les plus féconds, où ces productôt,
de la terre suffisoient presque à la
tions spontanées
donc à
subsistance des hommes. Ils commencèrent
se livrer à Tagriculture.
climat heureux,
Dans un pays fertile, dans un
en
le même espace de terrain produit en grains, plus
de quoi nourrir beaucoup
fruits, en racines,
en pâturages.
d'hommes que s'il étoit employé
cette
lorsque la nature du sol ne rendoit pas
Ainsi,
lorsqu'on eut découvert le
culture trop pénible, les mêmes animaux qui sermoyen d'y employer
les voyages ou
voient aux peuples pasteurs pour
aralorsque les instrumens
pour les transports,
toires eurent acquis quelque
perfcaion,tagiad-
en grains, plus
de quoi nourrir beaucoup
fruits, en racines,
en pâturages.
d'hommes que s'il étoit employé
cette
lorsque la nature du sol ne rendoit pas
Ainsi,
lorsqu'on eut découvert le
culture trop pénible, les mêmes animaux qui sermoyen d'y employer
les voyages ou
voient aux peuples pasteurs pour
aralorsque les instrumens
pour les transports,
toires eurent acquis quelque
perfcaion,tagiad- --- Page 43 ---
51 )
ture devint la source de subsistahce la plus abondante, Poccupation première des peuples; et le
genre bumain atteignit sa troisiéme époque.
Quelques peuples sont restés, depuis un temps
immémorial, dans un des denx états que nous
venons de parcourir. Non-seulement, ils ne se
sont pas élevés d'enx-mémes à de nouyeaux progrès, mais les relations qu'ils ont eues avec les
peuples parvenus à un très-haut degré de civilisation, le commerce qu'ils ont ouvert avec eux,
n'y ont pu produire cette révolution. Ces relations, cC commerce leur ont donné quelques connoissances, quelquindustrie, el surtout beaucoup
de vices, mais n'ont pu les tirer de cette espéce
d'immobilité.
Le climat, les habitudes, les douceurs attachées
à cette indépendance presqu'entière, qui ne peut
se retrouver que dans une société plus perfectionnée même que les nôtres, l'attachement naturel
de Phomme aux opinions reçues dès l'enfance, ct
aux usages de son pays, l'aversion naturelle de
liguorance pour toute espèce de nouveauté, la
paresse de corps, et surtout celle d'esprit, qui
leinportoient sur la curiosité si foible encore,
l'enpire que la superstition exerçoit déjà sur ces
premières sociétés, telles ont été les principales
causes de ce phénomène; mais il faut y joindre --- Page 44 ---
(52 )
la cruauté, la corruption, les préjugés
Tavidité, policés. Ils se montroient à ces nades peuples
plus riches, plus instruits,
tions, plus puissans, vicieux, et surtout moins
plus actifs, mais plus
dà souvent être moins
heureux qu'elles. Elles ont
de la supériorité de ces peuples, qu'ef
frappées
et de l'étendue de leurs
frayées de la multiplicité
des éterbesoins, des tourmens de leur avarice,
de leurs passions toujours actives,
nelles agitations
Quelques philosophes ont
toujours insatiables. d'antres les ont louées : ils
plaint ces nations;
les
ontappelé sagesse et vertu ce que
premiers
appeloient stupidité et paresse.
résolue
élevée entr'eux se trouvera
La question
On verra pourdans le cours de cet ouvrage.
y
été
les progrès de lesprit n'ont pas toujours
quoi
des sociétés vers le bonheur et
suivis du progrès
des préjugés et des
la vertu, comment le mélange doit naitre des
erreurs a pu altérer le bien qui
de leur
lumières, mais qui dépend plus encore
de leur étendue. Alors, on verra que
pureté que
d'une société grosce passage orageux et pénible
éclairés et
sière à T'état de civilisation des peuples
de lespèce
libres, n'est point une dégénération
mais une crise nécessaire dans sa marche
humaine,
absolu. On
graduelle vers son perfeetionnement
n'est Faccroissement desl lumières,
verra que ce
pas
lumières, mais qui dépend plus encore
de leur étendue. Alors, on verra que
pureté que
d'une société grosce passage orageux et pénible
éclairés et
sière à T'état de civilisation des peuples
de lespèce
libres, n'est point une dégénération
mais une crise nécessaire dans sa marche
humaine,
absolu. On
graduelle vers son perfeetionnement
n'est Faccroissement desl lumières,
verra que ce
pas --- Page 45 ---
( 55 )
mais leur décadence, qui a produit les vices des
peuples policés; ct qu'enfin, loin de jamais corrompre les hommes, elles les ont adoucis, lorsqu'elles n'ont pu les corriger ou les changer.
--- Page 46 ---
(54)
TROISIÈME ÉPOQUE.
jusqu'à
Progrès des Peuples agriculteurs,
Vinvention de PEcriture alphabétique.
LFUNIFORMITE du tableau que nous avons tracé
bientôt
Ce ne sont plus de
jusquici va
disparoitre.
les
nuancesqui sépareront les mceurs, opifoibles
de penples attachés à leur
nions, les superstitions
une presans mélange
sol, et perpétuant presque
mière famille.
la formation des
Les invasions, les conquêtes,
bientôt mêler
empires, leurs bouleversemens, vont
les nations, tantôt les disperser sur un
et confondre
tantôt couvrir à-la-fois un
nouveau territoire,
même sol de peuples différens.
troubler sans
Le hasard des événemens viendra
lente mais régulière de la nature,
cesse la marche
la retarder souvent, Paccélérer quelquefois.
qu'on observe chez une nation,
Le phénomène souvent pour cause une rédans un tel siècle, a
dix siècles de
volution opérée à mille lieues et à --- Page 47 ---
- I 55 )
distance; et la nuit du temps a couvert une grande
partie de ces événemens, dont nous voyons les
influences s'exercer sur les hommes qui nous
ont précédés, et quelquefois s'étendre sur nousmêmes.
Mais il faut considérer d'abord les effets de ce
changement dans une seule nation, et indépendamment de l'influence que les conquêtes etle mélange
des peuples ont pu exercer.
L/agricnlture attache lhomme an sol qu'il cultive. Ce n'est plus sa personne, sa famille, ses
instrumens de chasse, qu'il lui suffiroit de transporter; ce ne sont plus même ses troupeaux,
qu'il auroit pu chasser devant lui. Desterrains qui
n'appartiennent à personne ne lui offriroient
plus de subsistance dans sa fuitc, ou pour luimême, ou pour les animaux qui lui fournissent
sa nourriture:
Chaque terrain a un maitre à qui seul les fruits
en appartiennent. La récolte s'élevant au-dessus
des dépenses nécessaires pour T'obtenir, de la
subsistance et de l'cntretien des hommes.et des
animaux quil'ont préparée, offre à ce propriétaire
une richesse annuelle, qu'il n'est obligé d'acheter
par aucun travail.
Dans les deux premiers états de la société, tous
les individus, toutes les familles du-moins, exerçoient à-peu-près tous les arts nécessaires.
5**
les fruits
en appartiennent. La récolte s'élevant au-dessus
des dépenses nécessaires pour T'obtenir, de la
subsistance et de l'cntretien des hommes.et des
animaux quil'ont préparée, offre à ce propriétaire
une richesse annuelle, qu'il n'est obligé d'acheter
par aucun travail.
Dans les deux premiers états de la société, tous
les individus, toutes les familles du-moins, exerçoient à-peu-près tous les arts nécessaires.
5** --- Page 48 ---
(56) )
Mais, lorsqu'il y eut des hommes qui, sans
vécurent du produit de leur terre, et
travail, des salaires que leur payoient les pred'autres
les travaux se furent multipliés,
miers; quand
des arts furent devenus plus
quand les procédés
Pintérêt commun
étendus et plus compliqués,
Pinbientôt à les diviser. On s'aperçut que
força
davantage,
dustrie d'un individu se perfectionnoit
la
lorsqu'elle s'exerçoit sur moins d'objets; que de
main exécutoit avec plus de promptitade et
nombre de mouvemens, 2
précision un plus petit habitude les lui avoit rendus
quand une longue
falloit moins d'intelligencepour
plusfamihengquilfs
souon l'avoit plus
bien faire un ouvrage, quand
vent répété.
des hommes se liAinsi, tandis qu'une partie
travaux de Ia culture, d'autres en prévroit aux instrumens. La garde des bestiaux,
paroient les
la fabrication des habits,
Téconomie intérieure,
séparées.
devinrent également des occupations
Comme, dans les familles qui n'avoient qu'une
étendue, un seul de ces emplois ne
propriété peu
tout le temps d'un indisuffisoit pas pour occuper
le travidu, plusieurs d'entre elles se partagérent
les
vail et le salaire d'un seul homme. Bientôt
substances employées dans les arts se multipliant,
et leur nature exigeant des procédés différens,
d'analogues formèrent
celles qui en demandoient --- Page 49 ---
(57 )
desgenress séparés, à chacun desquels s'attacha une
classe particulière d'ouvriers. Le commerce s'étendit, embrassa-un plus grand nombre d'objets 2 et
les tira d'un plus grand territoire; et alors il se
forma une autre classe d'hommes uniquement
occupés d'acheter des denrées. , pour les conserver, les transporter, les revendre avec profit.
Ainsi aux trois classes qu'on pouvoit distinguer
déjà dans la vie pastorale, celle des propriétaires,
celle des domestiques attachés à la famille des premiers, enfin celle des esclaves, il faut maintenant
ajouter celle des ouvriers de toute espèce et celle
des marchands.
C'est alors que, dans une société plus fixe, plus
rapprochée et plus compliquéc, on a senti la
nécessité d'une législation plus régulière et plus
étendue; qu'il a fallu déterminer avec une précision plus rigoureuse, soit des peines pour les
crimes,soit des formes pour les conventions; soumettre à des règles plus sévères les moyens de
vérifier les faits auxquels on devoit appliquer
la loi.
Ces progrès furent F'ouvrage lent et graduel du
besoin et des circonstances : ce sont quelques pas
de plus dans la route que déjà lon avoit suivie
chez les peuples pasteurs.
Dansles premières époques, Péducation fut purement domestique. Les enfans s'instruisoient au-
pour les
crimes,soit des formes pour les conventions; soumettre à des règles plus sévères les moyens de
vérifier les faits auxquels on devoit appliquer
la loi.
Ces progrès furent F'ouvrage lent et graduel du
besoin et des circonstances : ce sont quelques pas
de plus dans la route que déjà lon avoit suivie
chez les peuples pasteurs.
Dansles premières époques, Péducation fut purement domestique. Les enfans s'instruisoient au- --- Page 50 ---
( 58 )
de leur père, soit dans les travaux communs,
près soit dans les arts qu'il savoit exercer , recevoient
nombre de traditions qui formoient
del lui le petit
celle de la famille, les
Phistoire de la peuplade ou
étoient perpétuées, la connoissance
fables qui s'y
des
ou
et celle
principes
des usages nationaux,
leur morale
des préjugés qui devoient composer
grossière. formoient dans la société de Jeurs amis,
Ils se
militaires. A
au chant, à la danse, aux exercices enfans de
l'époque où nous sommes parvenus, les
familles plus riches reçurent une sorte d'éducation
commune, soit dans les villes par la conversation
soit dans la maison d'un chef audes vieillards,
ils s'attachoient. C'est là qu'ils sinstroisoient
quel des lois du pays, de ses usages, de ses préjugés,et
quilsapprenoientic chanterles poémesdatslesquele
on en avoit renfermé Phistoire.
avoit établi
Lhabitude d'une vie plus sédentaire
grande égalité. Les
entre les deux sexes une plus
comme un
femmes ne furent plus considérées
seulesimple objet d'utilité, comme des esclaves
du maître. L'homme y vit
ment plus rapprochées
des compagnes, et apprit, enfin ce qu'elles poumême dans
voient pour son bonheur. Cependant,
où
les pays voir clles furent le plus respectées, ni la
fut proscrite, ni la raison
la polygamie
n'allérent jusqu'à une entière réciprotité
justice --- Page 51 ---
(59 )
dans les devoirs ou dans le droit de se séparer,
jusqu'à Tégalité dans les peines portées contre
l'infidélité.
L'histoire de cette classe de préjugés et de leur
influence sur le sort de' l'espèce humaine, doit
entrer dans le tableau que je me suis proposé de
tracer ; et rien ne servira mieux à montrer jusqu'à
quel point son bonheur est attaché aux progrès
de la raison.
Quelques nations restérent dispersées dans les
campagnes. D'autres se réunirent dans des villes,
qui devinrent la résidence du chef commun, désigné par un nom correspondant au mot de Roi;
celle des chefs de tribu qui partageoient son pouvoir,et desanciens de chaque grande famille. Cest
là que se décidoient les affaires communes de la
société, que se jngeoient les affaires particulières.
Cest là qu'on rassembloit ses richesses les plus
précieuses, pour les soustraire aux brigands qui
durent se muluplier en-mémie-temps que ces richesses sédentaires. Lorsque les nations restèrent
dispersées sur leur territoire, l'usage détermina
un lieu et une époque pour les réunions des
chefs, pour les délibérations sur les intérêts communs, pour les tribunaux qui prononçoient les
jugemens.
Les nations qui se reconnoissoient une origine
commune, qui parloient la même langue, sans
pour les soustraire aux brigands qui
durent se muluplier en-mémie-temps que ces richesses sédentaires. Lorsque les nations restèrent
dispersées sur leur territoire, l'usage détermina
un lieu et une époque pour les réunions des
chefs, pour les délibérations sur les intérêts communs, pour les tribunaux qui prononçoient les
jugemens.
Les nations qui se reconnoissoient une origine
commune, qui parloient la même langue, sans --- Page 52 ---
C ( 40 )
renoncer à se faire la guerre entre elles, formèrent
presque toujours une fédération plus ou moins intime, convinrent dese réunir, soit contre des
mis
soit
enneleurs étrangers,
pour venger mutuellement
injures, soit pour remplir en commun
quelque devoir religieux.
Lhospitalité etle commerce produisirent même
quelques relations
différentes
constantes, entre des nations
leur
par leur origine, leurs coutumes et
langage : relations que le brigandage et la
guerre interrompoient souvent, mais
ensuite la nécessité, plus forte
que renouoit
lage et la soif de la
que lamourdu pilvengeance.
Egorger les vaincus, les
duire à
dépouiller et les réFesclavage, ne formèrent plus le seul droit
reconnu entre les nations ennemies. Des
de territoire, des rançons, des tributs, cessions
partie la place de ces violences barbares. prirent en
A cette époque, tout homme
des armes étbit soldat; celui
qui possédoit
qui en avoit de meilleures, qui avoit pu s'exercer davantage à les manier, qui pouvoit en fournir à d'autres, à condition qu'ils le suivroient à la
provisions qu'il avoit
guerre; qui, par les
état de subvenir à leurs rassemblées, se trouvoit en
sairement un chef : mais besoins, devenoit nécesvolostaires'entratnoity cette obéissance Presque
Comme
pas une dépendance servile.
rarement on avoit besoin de faire --- Page 53 ---
(41)
des lois nouvelles, comme il n'étoit pas de dépenses publiques auxquelles les citoyens fussent
forcés de contribuer, et que, si elles devenoient
nécessaires, le bien des chefs ou les terres conservées en commun devoient les acquitter; comme
P'idée de géner par des réglemens l'industrie et le
commerce étoitinconnue; comme la guerre offensive étoit décidée parl le consentement général, ou
faite uniquement par ceux que l'amour de la gloire
etlegoût dupillage yentrainoient volontairement;
Thomme se croyoit libre dans ces gouvernemens
grossiers, malgré Thérédité presque générale des
premiers chefs ou des rois, et la prérogative,
usurpée par d'autres chefs inférieurs, de partager
sculs l'autorité politique et d'exercer les fonctions
à
du gouvermement,comme celles de la magistrature.
Mais souvent un roi se livroit à des vengeances
personnelles, à des actes arbitraires de violence;
souvent, 2 dans ces familles privilégiées, T'orgucil,
ha haîne héréditaire, les fureurs de l'amour et la
soif delor, multiplioientles crimes, tandisqueles
chefs réunis dans les villes, instrumens des passions
des rois, y excitoient les factions et les guerres
civiles, opprimoient le peuple par des jugemens
iniques, le tourmentoient par les crimes de leur
ambition,. comme par leurs brigandages.
Chez un grand nombre de nations, les excès de
ces familles lassèrent la patience des peuples :
éditaire, les fureurs de l'amour et la
soif delor, multiplioientles crimes, tandisqueles
chefs réunis dans les villes, instrumens des passions
des rois, y excitoient les factions et les guerres
civiles, opprimoient le peuple par des jugemens
iniques, le tourmentoient par les crimes de leur
ambition,. comme par leurs brigandages.
Chez un grand nombre de nations, les excès de
ces familles lassèrent la patience des peuples : --- Page 54 ---
( 42 )
furentanéanties, chassées 2 ou soumises à la
elles
rarement elles conservérent leur
loi commune: ;
limitée
la loi comtitre avec une autorité
pour
mune; et l'on vit s'établir ce qu'on a depuisappelé
des républiques.
Ailleurs, ces rois entourés de satellites, parce
avoient des armes et des trésors à leur disqu'ils
autorité absolue: telle fut
tribuer, exercèrent une
Torigine de la tyrannie.
dans celles ou
Dans d'autres contrées, surtout
dans des
les petites nations ne se réunirent point
villes, les premières formes de ces constitutions
moment
grossieres furent conservées 2 jusqu'au
ou tomber sous le joug dun
quivit ces peuples,
eux-mémes par l'esconquérant, ou, entrainés
*
de brigandage, se répandre sur un territoire
prit
étranger.
resserrée dans un trop petit
Cette tyrannie,
courte durée. Les
espace, ne pouvoit avoir qu'une
la
secouèrent bientôt ce joug imposé par
peuples
même n'ett pu mainforce seule, et que T'opinion
ne
tenir. Le monstre éloit vu de trop près, pour
d'horreur que d'effroi : et la force
pas inspirer plus
des chaînes ducommel'opinion, ne peuvent forger
à
rables, si les tyrans n'étendent pas Jeur empire à
ponvoir cacher
une distance assez grande, pour
le secret
en la divisant,
la nation qu'ils oppriment,
et de leur foiblesse.
de sa puissance --- Page 55 ---
(45 )
Lhistoire des républiques appartient à lépoque
suivante : mais celle qui nous oecupe va nous présenter un spectacle nouveau.
Un peuple agriculteur, soumis à une nation
étrangère, n'abandonne point ses foyers : la nécessité le contraint à travailler pour ses maîtres.
Tantôt la nation dominatrice se contente de
laisser, sur le territoire conquis, des chefs pour le
gouverner, des soldats pour le défendre, et surtout pour en contenir les habitans, et d'exiger de
sujets soumis et désarmés un tribut en monnoie ou
en denrées. Tantôt elle s'empare du territoire
même, en distribue la propriété a ses soldats, à ses
capitaines; mais alors elle attache à chaque terre
Pancien colon qui la cultivoit, et le soumet à ce
nouveau genre de servitude, réglé par des lois
plus ou moins rigoureuses. Un service militaire,
un tribut, sont, pour les individus du peuple
conquérant, la condition attachée à la jouissance
de ces terres.
D'autres fois, elle se réserve la propriété méme
du territoire, et n'en distribue que Pusufruit, en
imposant les mêmes conditions. Presque toujours
les circonstances font employer à-la-fois ces trois
manières de récompenser les instrumens de la con
quête, et de dépouiller les vaincus.
De la, nous voyons naître de nouvelles classes
d'hommes; les descendans du peuple dominateur,
conquérant, la condition attachée à la jouissance
de ces terres.
D'autres fois, elle se réserve la propriété méme
du territoire, et n'en distribue que Pusufruit, en
imposant les mêmes conditions. Presque toujours
les circonstances font employer à-la-fois ces trois
manières de récompenser les instrumens de la con
quête, et de dépouiller les vaincus.
De la, nous voyons naître de nouvelles classes
d'hommes; les descendans du peuple dominateur, --- Page 56 ---
(44)
du
opprimé; une noblesse hérédiet ceux peuple
confondre avec le patriciat
taire, qu'il ne faut pas
condamné aux trades républiques; un peuple
Pêtre
vaux, à la dépendance, àl Thumiliation, sans
àl T'esclavage; enfin, les esclaves de la glebe distinet dont la servitude
gués des esclaves domestiques,
moins arbitraire peut opposer la loi aux caprices
de leurs maîtres.
Cest encore ici que Ton peut observer Forigine
de la féodalité, qui n'a pas été un fléan particumais qu'on a retrouvé preslier à nos climats,
de
tout le globe aux mêmes époques
que.sur
et toutes les fois qu'un même
la civilisation,
entre
territoire a été occupé par deux peuples,
la victoire avoit établi une inégalité
lesquels
héréditaire.
enfin, fut encore le fruit de
Le despotisme,
pour le
la conquéte. J'entends ici pardespotisme,
Toppression
distinguer des tyrannies passagères, le domine
d'un peuple par un seul homme, qui
Thabitude, surtout par une
par Popinion, par
de laquelle il
force militaire, sur les individus
mais
exerce lui-même une autorité arbitraire, de
dont il est forcé de respecter les préjugés,
flatter les caprices, de caresser Pavidité et Torgueil.
Immédiatement entouré d'une portion nomchoisie de cette force armée, formée de
breuse et
la masse des
la nation conquérante ou étrangèrcà --- Page 57 ---
( 45 )
sujets; environné des chefs les plus puissans de la
milice; retenant les provinces par des généraux,
qui ont à leurs ordres des portions plus foibles de
cette même armée, il règne par la terreur : et personne dans ce peuple abattu, ou parmi ces chels
dispersés, et rivaux lun de l'autre, ne conçoit la
posibihitédelaioppoere des forces, quecelles dont
il dispose ne puissent écraser à l'instant.
Un soulèvement del la garde, une sédition de la
capitale peuvent être funestes au despote, mais
sans affoiblir lc despotisme. Le général d'une
armée victorieuse peut, en détruisant une famille
consacrée par le préjugé,fonder unedynastie nouvelle; mais c'est pour exercer la même tyrannic.
Dans cette troisième époque, les peuples qui
n'ont encore éprouvé le malheur, ni d'être conquérans,ni d'être conquis, nous offrent ces vertus
simples et fortes des nations agricoles, ces moeurs
des temps héroiques, dont un mélango de grandeur et de férocité, degénérosité et de barbaric,
rend le tableau si attachant, et nous séduit encore
au point de les admirer, et même de les regretter.
Le tableau de celle qu'on observe dans les empires fondés par les conquérans, nous présente
au contraire toutes les nuances de lavilissement et
de la corruption, où le despotisme ct la superstition peuvent amener Pespèce humaine. Cest là
tes des nations agricoles, ces moeurs
des temps héroiques, dont un mélango de grandeur et de férocité, degénérosité et de barbaric,
rend le tableau si attachant, et nous séduit encore
au point de les admirer, et même de les regretter.
Le tableau de celle qu'on observe dans les empires fondés par les conquérans, nous présente
au contraire toutes les nuances de lavilissement et
de la corruption, où le despotisme ct la superstition peuvent amener Pespèce humaine. Cest là --- Page 58 ---
(46 - )
l'on voit naître les tributs sur Findustrie et le
que
les exactions qui font acheter le droit
commerce,l
facultés à son gré, les lois qui
d'employer ses dans le choix de son travail et
gênent Fhomme
celles qui attachent
dans Pusage de sa propriété,
les conles enfans à la profession de leurs pères,
fisatiom,lessepplices atroces; en un mot, tout ce
le mépris pour l'espèce humaine a pu inventer
que
de tyrannies légales et d'atrod'actes arbitraires,
cités superstitieuses.
dans les peuplades qui
On peut remarquer que révolutions, les pron'ont point essnyé de grandes arrêtés à un terme
grès de la civilisation se sont
très-peu élevé. Les hommes y éprouvoient cependant déjà ce besoin d'idées ou de sensations noumobile des progrès de T'esprit
velles, premier
également le gout des superhumain, qui produit
de Findustrie, et la cufluités du luxe, aiguillon ceil avide le voile dont la
riosité, perçant d'un
Mais il est arrivé presnature a caché ses secrets.
les
partout que, pour échapper à ce besoin,
que
ont adopté avec une sorte
hommes ont cherché,
de fureur des moyens physiques de se procurer
pussent se renonveler sans cesse :
des sensations qui
fermentées, des
telle est Thabitude des liqueurs
du behtboissons chaudes, de Popium, du tabac,
peude peuples chezqui ilon n'observe une
gel.Ilest --- Page 59 ---
(47 )
de ces habitudes, d'oà naît uu plaisir qui remplit
les journées entières, ou se répête à toutes les
heures, qui empéche de sentir le poids du temps,
satisfait au besoin d'être occupé ou réveillé, finit
par Témousser, et prolonge pour Tesprit humain
la durée de son enfance et deson inactivité : et ces
mêmes habitudes, qui ont étéun obstacle aux progrès des nations ignorantes ou asservies, s'opposent encore, dans les pays éclairés, à ce que la
vérité répande dans toutes les classes une lumière
égale et pure.
En exposant ce que furent les arts dans les deux
premières époques de la société, on fera voir comment à ceux de travailler le bois, la pierre, ou les
OS d'animaux, d'en préparer les peaux, et de
former des tissus, cCs peuples primitifs purent
joindre les arts plus difficiles de la teinture, de la
poterie, même les commencemens des trayaux
sur les métaux.
Les progrès de ces arts auroient été lents dans
les nations isolées; mais les communications,
même foibles, qui s'établirent entre elles, en accélérèrent la marche. Un procédénouveau, découvert chez un pcuple, devint commun à ses voisins.
Les conquêtes, qui tant de fois ont détruit les arts,
commencérent par les répandre, et servirent a
leur perlectionnement, avant de l'arrêter ou de
contribuer à leur chute.
sur les métaux.
Les progrès de ces arts auroient été lents dans
les nations isolées; mais les communications,
même foibles, qui s'établirent entre elles, en accélérèrent la marche. Un procédénouveau, découvert chez un pcuple, devint commun à ses voisins.
Les conquêtes, qui tant de fois ont détruit les arts,
commencérent par les répandre, et servirent a
leur perlectionnement, avant de l'arrêter ou de
contribuer à leur chute. --- Page 60 ---
(48)
On voit plusieurs de ces arts portés au ou plus la
de perfection chez des peuples
haut degré
de la superstition et du despolongue influence
de toutes les
tisme a consommé la dégradation observe les profaculiés humaines. Mais, si l'on
rien
de cette industrie servile, on n'y verra
diges
les bienfaits du génie: tous les perqui annonce
Pouvrage lent et péfectionnemens y paroissent
à côté de
nible d'une longue routine; partout,
des
cette industrie qui nous étonne, on aperçoit
et de stupidité, qui nous en
traces d'ignorance
décèlent T'origine.
P'asDans des sociétés sédentaires et paisibles,
,les notions les plus simples
tronomie, ,la médecine,
des minéraux et
de Tanatomie, la connoissance élémens de létude des
des plantes, les premiers
phénoménes de la nature, se perfectionnérent,
s'étendirent par le seul effet du temps,
ou plutôt
conduisoit, d'une
les observations,
qui,multipliant lente, mais sûre, à saisir facilement et
manière
quelques-unes des
presque au premier coup-d'oil cesobservations
conséquences générales auxquelles
devoient conduire.
etles
Cependant ces progrès furent très-foibles; dans leur
sciences seroient restées plus long-temps
enfance, si certaines familles, si surtout
première
n'en avoient fait le premier
des castes particulières
de leur
fondement de leur gloire ou
puissance.
, mais sûre, à saisir facilement et
manière
quelques-unes des
presque au premier coup-d'oil cesobservations
conséquences générales auxquelles
devoient conduire.
etles
Cependant ces progrès furent très-foibles; dans leur
sciences seroient restées plus long-temps
enfance, si certaines familles, si surtout
première
n'en avoient fait le premier
des castes particulières
de leur
fondement de leur gloire ou
puissance. --- Page 61 ---
(49) )
Onavoitdéjapujoindreloobservation. del'homme
et des sociétés à celle de la nature. Déja un petit
nombre de maximes de morale pratique et de politique, se transmettoit de générations en générations : ces castes s'en emparérent; les idées religieuses, les préjugés, les superstitions accrurent
encore leur domaine. Elles succédérent aux premières associations, 7 aux premières familles des
charlatans et des sorciers : mais elles cmployèrent
plus d'art pour séduire des esprits moins grossiers.
Leurs connoissances réelles, l'austérité apparente
de leur vie, un mépris hypocrite pour ce qui est
lobjet des désirs des hommes vulgaires, donnèrent
del'autorité à Jeurs prestiges, tandisque ces mêmes
prestiges consacroient, aux yeux du peuple, et ces
foibles connoissances et ces hypocrites vertus. Les
membres de ces sociétés suivirent d'abord, avec
une ardeur presque égale, deux objets bien différens; Pun d'acquérirpour eux-mêmes de nouvelles
connoissances; l'autre, d'employer celles qu'ils
avoient à tromper le peuple,à dominer les esprits.
Leurs sages s'occupèrent surtout de l'astronomie ; et, autant qu'on en peut juger par les restes
épars des monumens de leurs trayaux, il paroit
qu'ilsatteignirent le pointle plus hautoil'on puisse
s'élever, sans le secours des lunettes, sans l'appui
des théories mathématiques supérieures aux premicrs élémens.
--- Page 62 ---
I 50 )
à l'aide d'une longue suite d'observaEn effet,
des
à une connoissance
tions, on peut parvenir
mettre
mouvemens des astres, assez précise / pour
de calculer et de prédireles phénomènés
en état
d'autant plus faciles
célestes. Ces lois empiriques, s'étendent sur un
à trouver, que les observations
conduit
plus long espace de temips, n'ont point
des
astronomes jusqu'a la découverte
ces premiers
du Monde; mais elles y
lois générales du systême
tout ce qui pousuppléoient suffisamment pour de Thomme, ou sa cuvoit intéresser les besoins le crédit de ces usurriosité, et servirà augnienter Finstruire.
pateurs du droit exclusif de
des
qu'on leur doit l'idée ingénieuse
Il paroit
heureux de
échelles arithmétiques, 7 de ce moyen
tous les nombres avec un petitnombre
représenter
des opérations techde signes, et d'exécuter par auxquels Pintellitrèssimples, des calculs
niques
livrée à elle-méme, ne pourroit
gence humaine,
de ses méatteindre. Cest la le premier exemple desquelles
thodesquidoublenr ses forces, eralaide
reculer indéfiniment ses limites, sans
elle peut
terme ou il lui soit interdit
qu'on puisse fixer un
d'atteindre.
ayent étendu la
Mais on ne voit pas qu'ils
au-delà de ses premières
science de Parithmétique
opérations.
renfermant ce qui étoit nécesLeur géométrie
, ne pourroit
gence humaine,
de ses méatteindre. Cest la le premier exemple desquelles
thodesquidoublenr ses forces, eralaide
reculer indéfiniment ses limites, sans
elle peut
terme ou il lui soit interdit
qu'on puisse fixer un
d'atteindre.
ayent étendu la
Mais on ne voit pas qu'ils
au-delà de ses premières
science de Parithmétique
opérations.
renfermant ce qui étoit nécesLeur géométrie --- Page 63 ---
( 1 51 )
saire à l'arpentage, à la pratique de lastronomie,
s'estarrêtée à cette proposition célèbre que Pythagore transporta en Grèce, ou découvrit de nouveau.
Ils abandonnèrent la mécanique des machines à
ceux qui devoient les employer. Cependant quelques récits mélés de fables, semblent annoncer que
cette partie des sciences a été cultivée par euxmêmes, comme un des moyens de frapper les
esprits pardes prodiges.
Les lois du monvement, la mécanique rationnelle, ne fixérent point leurs regards.
S'ils étudiérent la médecine et la chirurgie, surtout celle qui a pour objet le traitement des blessures, ils négligèrent l'anatomie.
Leurs connoissances en botanique, en histoire
naturelle, se bornèrent aux substances employées
comme remèdes, à quelques plantes, à quelques
minéraux, dont les proprict@ssingulières pouvoient
servir leurs projets.
Leur chimie, réduite à de simplesprocédés sans
théorie, sans méthode, sans analyse, n'étoit que
lart de faire certaines préparations, Ja connoissance de quelques secrets, soit pour la médecine,
soitpour les arts, ou de quelques prestiges propres
à éblouir les yeux d'une multitude ignorante, soumise à des chefs non moins ignorans qu'elle.
Les progrès des sciences n'étoient pour eux
4k * --- Page 64 ---
( 52)
qu'un but secondaire, qu'un moyen de perpétuer
ou d'étendre leur pouvoir. Ils ne cherchoient
la vérité que pour répandre des erreurs; et il
ne faut pas s'étonner qu'ils l'ayent si rarement
trouvée.
Cependant ces progrès, quelque lents, quelque
foibles qu'ils soient, auroient été impossibles, si
ces mêmes hommes n'avoient connu l'art de l'écriture, seul moyen d'assurer les traditions, de les
fixer, de communiquer et de transmettre les connoissances, dès qu'elles commencent à se multiplier. Ainsi l'écriture hiéroglyphique, ou fut une de
leurs premières inventions, ou avoit été découverte avant la formation des castes enseignantes.
Comme leur but n'étoit pas d'éclairer, mais de
dominer, non-seulement ils. ne communiquoient
pas au peuple toutes Jeurs connoissances, maisils
corrompoient par des erreurs celles qu'ils vouloient bien lui révéler; ils lui enseignoient non
vrai, mais ce qui leur étoit
ce qu'ils croyoient
utile.
Ils ne lui montroient rien, sans y méler je ne
sais quoi de surnaturel, de sacré, de céleste, qui
tendit à les faire regarder comme supérieurs à
l'humanité, comme revêtus d'un caractère divin,
comme ayant reçu du ciel même des connoissances
interdites au reste des hommes.
vouloient bien lui révéler; ils lui enseignoient non
vrai, mais ce qui leur étoit
ce qu'ils croyoient
utile.
Ils ne lui montroient rien, sans y méler je ne
sais quoi de surnaturel, de sacré, de céleste, qui
tendit à les faire regarder comme supérieurs à
l'humanité, comme revêtus d'un caractère divin,
comme ayant reçu du ciel même des connoissances
interdites au reste des hommes. --- Page 65 ---
(55 )
Ils eurent donc deux doctrines, l'une pour eux
seuls, l'autre pour le peuple : souvent mêne,
comme ils se partageoient en plusieurs ordres, 7
chacun d'eux se réserva quelques mystères. Tous
les ordres inférieurs étoient à-la-fois fripons et
dupes ; et lc système d'hypocrisic ne se développoit en entier qu'aux yeux de quelques adeptes.
Rien ne favorisa plus létablissement de cette
double doctrine 2 que les changemens dans les
langues, qui furent Pouvrage du temps', de la
communication et du mélange des peuples. Les
hommes à double doctrine, en conservant pour
eux l'ancienne langue, ou celle d'un autre peuple,
s'assurèrent aussi lavantage de posséder un langage entendu par eux seuls.
La première écriture qui désignoit les choses
par une peinture plus ou moins exacte, soit dela
ehose même, soit d'un objet analogue, faisant
place à une écriture plus simple, oùr la ressemblance de ces objets éloit presque effacée, où l'on
n'employoit que des signes déjà en quelque sorte
de pure convention, la doctrine secrête eut son
écriture, comme elle avoit déjà son langage.
Dans l'origine des langues, presque chaque mot
est une métaphore, et charne phrase une allégorie. L'esprit saisit à-la-fois le sens figuré etle sens
propre; le mot offre en-même-temps que Fidée,
limage analogue par laquelle on l'avoit exprimée. --- Page 66 ---
( : 54 )
Thabitude d'employer un mot dans un
Mais par Tesprit finit par sy arrêter uniquesens figuré, faire abstraction du premier sens; et
ment, par
figuré, devient peu-à-peu le sens
ce sens, d'abord
ordinaire et propre du même mot.
conservèrent le premier langage
Les prêtres qui
avec le peuple, qui ne
allégorique, Temployèrent le véritable sens, et qui,
pouvôit plus en saisir
dans une senle acaccoutumé à prendre les mots
entenception, devenue leur acception propre,
fables absurdes, lorsque
doit je ne sais quelles
à l'esprit
les mêmes expressions ne présentoient Ils firent le
des prêtres qu'une vérité très-simple. Le
même usage de leur écriture sacrée.
peuple
des hommes, des animaux, des monstres,
voyoit
avoient voulu représenter un phéoûl les prétres
des faits de Phistoire
nomène astronomique, un
de l'année.
les prêtres dans leurs méAinsi, par exemple,
partout créé le sysditations, s'étoient presque
d'un grand tout, immense,
tème métaphysique dont tous les êtres n'étoient que les parties,
éternel,
observés dans Punivers
dont tous les changemens
diverses. Le ciel
n'étoient que les modifications d'étoiles semés
ne leur offroit que des groupes
déserts
que des planêtes qui
dans ces
immenses,
ou moins comy décrivoient des mouvémens plus
pliqués, et des phénomènes purement physiques,
, s'étoient presque
d'un grand tout, immense,
tème métaphysique dont tous les êtres n'étoient que les parties,
éternel,
observés dans Punivers
dont tous les changemens
diverses. Le ciel
n'étoient que les modifications d'étoiles semés
ne leur offroit que des groupes
déserts
que des planêtes qui
dans ces
immenses,
ou moins comy décrivoient des mouvémens plus
pliqués, et des phénomènes purement physiques, --- Page 67 ---
55 )
résultans des positions de ces astres divers. Ils
imposoient des noms à ces groupes d'étoiles et
à ces planêtes, aux cercles mobiles on fixes
imaginés pour en représenter les positions et la
marche apparente, pour en expliquer les phénomènes.
Mais leur langage, leurs monumens, en exprimant pour eux ces opinions métaphysiques,
ces vérités naturelles, offroient aux yeux du peuple
le systéme de la plus extravagante mythologic,
devenoient pour lui le fondement des croyances
les plus absurdes, des cultes les plus insensés, des
pratiques les plus honteuses ou les plus barbares.
Telle est Forigine de presque toutes les religions
connues, qu'ensuite Thypocrisie ou T'extravagance
de leurs inventeurs et de leurs prosélytes, ont
chargées de fables nouvelles.
Ces castes s'emparérent de léducation, pour
façonner Phomme à suppogter plus patiemment
des chaînes identifiées, pour ainsi dire, avec son
existence, pour écarter de lui jusqu'à la possibilité
du désir de les briser. Mais, si lon veut connoitre
jusqy'à quel point, même sans le secours des
terreurs superstiticuses, ces institutions peuvent
porter leur pouvoir destructeur de facultés humaines, c'est sur la Chine qu'il faut un moment
arrêter ses regards; sur ce peuple, qui semble
n'avoir précédé les autres dans les sciences et les --- Page 68 ---
56 )
arts, que pour se voir successivement
eux tous; ce peuple, que la connoissance effacé par
tillerie n'a point
del'arnations
empêché d'être conquis par des
barbares; où les sciences, dont les
breuses écoles sont ouvertes à tous les
nomconduisent seules à toutes les
citoyens,
pendant, soumises à
dignités, et oi ced'absurdes
sont condamnées à une éternelle préjugés, elles
enfin Finvention même de
médiocrité; oùt
meurée entièrement inutile Timprimerie est dehumain.
aux progrès de l'esprit
Des hommes, dont Pintérêt étoit de
durent se dégoûter bientôt de la recherche tromper,
vérité. Contens de la docilité
de la
des
crurent n'avoir
peuples, ils
pas besoin de nouveaux
pour s'en garantir la durée.
moyens
blièrent eux-mêmes
Peu-i-peu ils ousous leurs
une partie des vérités cachées
cienne
allégories; ils ne gardérent de leur anscience, que ce qui étoit
nécessaire pour conserver la confiance rigoureusement
de leurs
disciples; et ils finirent par être eux-mêmes la
dupe de Jeurs propres fables.
Dès-lors tout progrès dans Jes sciences
une partie même de ceux dont les siècles s'argéta;
rieurs avoient été
anténérations
témoins, se perdit pour les gésuivantes; et Pesprit humain, livré à
lignorance et aux préjugés, fut condamné à
honteusei immobilité dans ces vastes
une
empires, dont
leurs
disciples; et ils finirent par être eux-mêmes la
dupe de Jeurs propres fables.
Dès-lors tout progrès dans Jes sciences
une partie même de ceux dont les siècles s'argéta;
rieurs avoient été
anténérations
témoins, se perdit pour les gésuivantes; et Pesprit humain, livré à
lignorance et aux préjugés, fut condamné à
honteusei immobilité dans ces vastes
une
empires, dont --- Page 69 ---
(57)
l'existence non interrompue a déshonoré depuis
silong-temps l'Asie.
Les peuples qui les habitent sont les seuls où
l'on ait pu observer a-la-fois ce degré de civilisation et cette décadence. Ceux qui occupoientle
reste du globe ont été arrêtés dans leurs progrès,
et nous retracent encore les temps de l'enfance du
genre humain, ou ont été entrainés par les évènemens, à travers les dernières époques, dont il
nous reste à tracer Phistoire.
A celle oû nous sommes parvenus, ces mêmes
peuples de l'Asie avoient inventé Pécriture alphabétique, qu'ils avoient substituée aux hiéroglyphes,
après avoir vraisemblablement employé celle
oh des signes conventionnels sont attachésà chaque
idée, qui est la seule que les Chinois connoissent
encore aujourd'hui.
Lhistoire et le raisonnement peuvent nous
éclairer sur la manère dont a du s'opérer le
passagegraduel des hiéroglyphes à cet art en quelque sorte intermédiaire; mais rien ne peut nous
instruire avec quelque précision, ni sur le pays,
ni sur lc temps, où l'écriture alphabétique fut
d'abord mise en usagc.
Cette découverte fut ensuite portée dans la
Grèce, chez ce peuple qui a exercé sur les progrès
de l'espéce humaine une influence si puissante et
si heureuse, dont le génic lui a ouvert toutes les --- Page 70 ---
( 58 )
routes-de la vérité, que la nature avoit préparé,
que le sort avoit destiné pour être le bienfaiteur
et le guide de toutes les nations, de tous les âges;
honneur que, jusqu'ici, aucun autre peuple n'a
partagé. Uns seul a pu depuis concevoirlospérance
de présider à une révolution nouvelle dans les
destinées du genre humain. La nature, la combinaison des évènemens, 2 semblent s'être accordés
pocir lui en réserver la gloire. Mais ne cherchons
point à pénétrer ce qu'un avenir incertain nous
cache encore. --- Page 71 ---
(59 1 )
QUATRIÈME ÉPOQUE.
Progrès de P'Esprit humain dans la Grèce,
jusqu'autemps de la division des Sciences,
vers le siècle ddlexandre.
Les Grecs, dégoûtés de ces rois qui, se disant
les enfans des Dieux, déshonoroient Phumanitépar
leurs fureurs et leurs crimes, s'étoient partagés
en républiques, parmi lesquelles Lacédémone
seule reconnoissoit des chefs héréditaires, mais
contenus par l'autorité des autres magistratures,
soumis aux lois comme les citoyens, et affoiblis
par le partage de la royauté entre les ainés des
deux branches de la famille des Héraclides.
Les habitans de la Macédoine, de la Thessalie,
de PEpire, liés.aux Grecs par une origine commune, par l'usage d'une même langue, et gouvernés par des princes foibles et divisés entre eux,
ne pouvoient opprimer la Grèce, mais suffisoient
pour la préserver au nord, des incursions des
nations scythiques.
citoyens, et affoiblis
par le partage de la royauté entre les ainés des
deux branches de la famille des Héraclides.
Les habitans de la Macédoine, de la Thessalie,
de PEpire, liés.aux Grecs par une origine commune, par l'usage d'une même langue, et gouvernés par des princes foibles et divisés entre eux,
ne pouvoient opprimer la Grèce, mais suffisoient
pour la préserver au nord, des incursions des
nations scythiques. --- Page 72 ---
- 60 )
A l'Occident, FItalie, partagée en Etats isolés
ne
lui inspirer aucune
et peu étendus,
pouvoit
entière, les
crainte. Déjà même la Sicile presque
plusbeaux ports del la partie méridionale de PItalie,
étoient occupés par des colonies grecques, qui,
leurs
des liens de
en conservant avec
métropoles
fraternité, formoient néanmoins des républiques
D'autres colonies s'étoient établies
indépendantes. dans lesi isles dela mer Egée, et sur une partie des
côtes de FAsie-Mineure.
du continent
Ainsi la réunion de cette partie fut dans la
asiatique au vaste empire de Cyrus,
l'indésuite le seul danger réel qui pàt menacer
dela Grèce, etla liberté de ses habitans.
pendance
plus durable dans quelLa tyrannie, quoique dans celles dont Tétablisque colonies, et surtout destruction des familles
sement avoit précédé la
royales, ne pouvoit être considérée que comme
et
qui faisoit le malheur
un fléau passager partiel,
sans influer sur
des habitans de quelques villes,
T'esprit général dela nation.
de POrient,
La Grèce avoit reçu des peuples
leurs arts, une partie de leurs connoissances,
de Pécriture alphabétique, et leur systême
Pusage
c'étoit
l'effet des communireligteux; mais
par
par
cations établies entre elles et ces peuples, dans la
des exilés qui avoient cherché un asile avoient
Grèce, par des Grecs voyageurs, qui --- Page 73 ---
(6r)
rapporté de l'Orient des lumières et des erreurs.
Los sciences ne pouvoient donc y être devenues
Foccupation et le patrimoine d'une caste particulière. Les fonctions de leurs prêtres se bornèrent
au culte des Dieux. Le génie pouvoit y déployer
toutes ses forces, sans être assujéti à des observances pédantesques 2 an système d'hypocrisie
d'un collége sacerdotal. Tous les hommes conservoient un droit égal à la connoissance de la vérité.
Tous pouvoient chercher à la découvrir pour la
communiquer à tous, et la leur communiquer
toute entière.
Cette heureuse circonstance, plus encore que
la liberté politique, laissoit à l'esprit humain, chez
les Grecs, une indépendance, garant assuré de la
rapidité et de l'étendue de ses progrès.
Cependant leurs sages, leurs savans, qui prirent
bientôtaprès le nom plus modeste de philosophes
ou d'amis de la science, de la sagesse, s'égarérent
dans l'immensité du plan trop vaste qu'ils avoient
embrassé. Ils voulurent pénétrer la nature de
Thomme et celle des Dieux, l'origine du Monde
et celle du genrehumain. Ils essayèrent de réduire
la nature entière à un seul principe, et les phénomènes de Punivers à une loi unique. Ils cherchérent à renfermer dans une scule règle de conduite, et tous les devoirs de la morale, et le secret
du véritable bonheur.
l'immensité du plan trop vaste qu'ils avoient
embrassé. Ils voulurent pénétrer la nature de
Thomme et celle des Dieux, l'origine du Monde
et celle du genrehumain. Ils essayèrent de réduire
la nature entière à un seul principe, et les phénomènes de Punivers à une loi unique. Ils cherchérent à renfermer dans une scule règle de conduite, et tous les devoirs de la morale, et le secret
du véritable bonheur. --- Page 74 ---
(Ga)
au-lieu de découvrir des vérités, ils
Ainsi,
ils nésligérent Tobservation
forgérent des systèmes;
à leur imagination:
sabandonner
des faits, pour
leurs opinions sur des
et ne pouvant appuyer de les défendre par des
preuves, ils essayérent
subtilités.
mêmes hommes culivoient avec
Cependant ces
La Grèceleur
succès la géométrie et Yastronomie.
et méme
élémens de ces sciences,
dût les prémiers
ou du-moins la conquelques vérités nouvelles,
de
noissance de celles qu'ils avoient rapportées mais
FOrient, ,non comme des croyances établies, les
dont ils connoissoient
comme des théories,
principes et les preuves.
nous
Au milieu de la nuit de ces systêmes, qui
même briller deux idées henreuses,
voyons
dans des siècles plus éclairés.
reparoîtront encore
les
de
Démocrite regardoit tous
phénomènes
comme le résultat des combinaisons
Punivers,
de corps simples, d'une figure
et du mouvement
ayant reçu une impaldéterminée et immuable,
d'acd'oi résulte une quantité
sion première, modifie dans chaque atôme, mais
tion qui se
toujours la
qui dans la masse entière se conserve
même.
Punivers étoit gouPythagore antionçoit que
des
une harmonie, dont les propriétés
verné par
dévoiler les principes: : cest-ànombres devoient --- Page 75 ---
( 65 )
dire, que tous les phénomènes étoient soumis à
des lois généralos ct calculées.
On reconnoit aisément, dans ces deux idées,
et les systémes hardis de Descartes, et la philosophie de Newton.
Pythagore découvrit par ses méditations, ou
reçut des prêtres,'s soit de PEgypte, soit de IInde,
la véritable disposition des corps cdlestes et le vrai
système du monde : il le fit connoitre aux Grecs.
Mais CC système étoit trop contraire au témoignage des sens, trop opposé aux idées vulgaires,
pour que les foibles preuves sur lesquelles on
pouvoit en établir la vérité, fussent capables d'entraîner les esprits. Il resta caché dans le sein de
l'école pythagoricienne, et fut oublié avec elle,
pour reparoitre vers la fin du seizième siècle,
appuyé de preuves plus certaines, qui ont alors
triomphé et de la répugnance des sens, ct des
préjugés de la superstition, plus puissans encore
et plus dangereux.
Cette école Pythagoricienne s'étoit répandue
principalement dans la grande Grèce; elle y formoit des législateurs et d'intrépides défenseurs des
droits de Phumanité: - elle succomba sous les efforts des tyrans. Un d'eux brula les Pythagoriciens
dansleur école; et ce fut une raison suffisante sans
doute, non pour abjurer la philosophie, non
pour abandonner la cause des peuples, mais pour
encore
et plus dangereux.
Cette école Pythagoricienne s'étoit répandue
principalement dans la grande Grèce; elle y formoit des législateurs et d'intrépides défenseurs des
droits de Phumanité: - elle succomba sous les efforts des tyrans. Un d'eux brula les Pythagoriciens
dansleur école; et ce fut une raison suffisante sans
doute, non pour abjurer la philosophie, non
pour abandonner la cause des peuples, mais pour --- Page 76 ---
(64)
cesser de porter un nom devenu trop Jangereux,
et pour quitter des formes qui n'auroient plus
servi qu'à réveiller les fureurs des ennemis de la
liberté et de la raison.
Une des premières bases de toute bonne philosophie, est de former pour chaque science une
langue exacte et précise, où chaque signe représente une idée bien déterminée, bien circonscrite,
et de parvenir à bien déterminer, à bien circonscrire les idées par une analyse rigoureuse.
Les Grecs, au contraire, abusérent des vices
de la langue commune, pour jouer sur le sens des
embarrasser l'esprit dans de misérables
mots, pour
succeséquivoques, pour Tégarer, en exprimant
sivement par un même signe des idées différentes.
Cette subtilité donnoit cependant de la finesse aux
en-même-temps qu'elle épuisoit leur force
esprits,
difficultés. Ainsi cette phicontre de chimériques
oi
losophie de mots, ep remplissant des espaces
la raison humaine semble s'arrêter devant quelobstacle supérieur à ses forces, ne sert point
que immédiatement à ses progrès; mais elle les prépare : et nous aurons encore occasion de répéter
cette même observation.
C'étoit en s'attachant à des questions peut-être
à jamais inaccessibles, en se laissant séduire par
Timportance ou la grandeur des objets, sans sonsi l'on auroit les moyens d'y atteindre; c'étoit
ger
remplissant des espaces
la raison humaine semble s'arrêter devant quelobstacle supérieur à ses forces, ne sert point
que immédiatement à ses progrès; mais elle les prépare : et nous aurons encore occasion de répéter
cette même observation.
C'étoit en s'attachant à des questions peut-être
à jamais inaccessibles, en se laissant séduire par
Timportance ou la grandeur des objets, sans sonsi l'on auroit les moyens d'y atteindre; c'étoit
ger --- Page 77 ---
( 65 )
en voulant établir les théories avant d'avoir rassemblé les faits, et construire l'univers
quand on
ne savoit pas même encorel'observer; c'étoit cette
erreur alors bien excusable, qui, dès les premiers
pas,avoitarrêté Ia marchedela philosophie. Aussi
Socrate, en combattant les sophistes, en couyrant
de ridicule leurs vaines subtilités, crioit-il aux
Grecs de rappeler enfin sur la terre cette philosophie qui se perdoit dans le ciel : non qu'il dédaignàt ni Pastronomie, ni la géométrie, ni Pobservation des phénomènes de la nature; ; non qu'il
eût l'idée puérile et fausse de réduire Pesprit humain à la seule étude de la morale: c'est au contraire précisément à son école et à ses disciples,
queles sciences mathématiquesety physiques durent
leurs progrès; parmi les ridicules qu'on cherche à
lui donner dans les comédies, le reproche qui
amène le plus de plaisanteries est celui de cultiver
la géométrie, d'étudier les météores, detracer des
cartes de géographie, de faire des observations sur
les verres bralans, dont par une singularité remarquable, Pépoque la plus reculée ne nous a été
transmise que par une bouffonnerie d'Aristophane.
Socrate vouloit seulement avertir les hommes
de se borner aux objets que la nature a mis à
leur portée; d'assurer chacun de leurs pas avant
d'en essayer de nouveaux; d'étudier l'espace qui
--- Page 78 ---
( 66 )
de s'élancer au hasard dans un
les entoure, avant
espace inconnu.
important dans PhisSa mort est un événement le
crime
humain. Elle est premier
toire delesprit
de la philosophie et de la
qu'ait enfanté la guerre
superstition.
avoit
Déjà lincendie de lécole pythagoricienne moins
signalé la guerre non moins ancienne, non
acharnée de la philosophie contre les oppresseurs
Lune et P'autre dureront tant qu'il
de Phumanité.
des
ou des rois; et elles
restera sur la terre
prêtres dans le tableau qui
occuperont une grande place
nous reste à parcourir.
douleur desl hommes
Les prétres voyoient avec leur raison, à requi, cherchant à perfectionner conmoissoient toute
monter aux causes premières,
Fabsurdité de leurs dogmes, toute Fextravagance de leurs
de leurs cérémonies, toute la fourberie
ces
oracleset de leurs prodiges.Ils craignoient que
ne confiassent ce secret: aux disciples
philosophes
leurs écoles; que d'eux il ne
qui fréquentoient
obtenir de Pautorité
passât. à tous ceux qui, pour de donner quelque
ou du crédit, étoient obligés
sacordotal
culture: à leur esprit; etqu'ainsi Fempire
bientôt réduit à la classe la plus grossière 1
ne fàt
finiroit elle - même par être
du peuple, qui
désabuséc.
effrayée, se hàta d'accuser les phiIhypocrisie,
coles; que d'eux il ne
qui fréquentoient
obtenir de Pautorité
passât. à tous ceux qui, pour de donner quelque
ou du crédit, étoient obligés
sacordotal
culture: à leur esprit; etqu'ainsi Fempire
bientôt réduit à la classe la plus grossière 1
ne fàt
finiroit elle - même par être
du peuple, qui
désabuséc.
effrayée, se hàta d'accuser les phiIhypocrisie, --- Page 79 ---
(67 )
losophes d'impiété envers les Dieux, afin qu'ils
n'eussent pas le temps d'apprendre aux peuples
que ces Dieux étoient l'ouvrage de leurs prétres.
Les philosophes crurent échapper à la persécution, en adoptant, à l'exemple des prêtres euxmêmes, Tusage d'une double doctrine, en ne
confiant qu'à des disciples éprouvés les opinions
qui blessoient trop ouvertement les préjugés yulgaires.
Mais les prêtres présentoient au peuple comme
des blasphémes les vérités physiques même les
plus simples. Ils poursuivirent Anaxagore, pour
avoir osé dire que le soleil étoit plus grand que le
Péloponèse.
Socrate ne put échapper à leurs coups. Il n'y
avoit plus dans Athènes de Périclès qui veillât à
la défense du génie et de la vertu. D'ailleurs Socrate étoit bien plus coupable. Sa haîne pour Jes
sophistes, son zèle pour ramener vers des objets
plus utiles la philosophie égarée, annonçoit aux
prêtres que la vérité seule étoit l'objet de ses recherches; qu'il vouloit, non faire adopter par les
hommes un nouveau système, et souméttre leur
imaginationa. la sienne, mais leura apprendre à faire
usage de leur raison : et de tous les crimes, c'est
celui que l'orgueil sacerdotal sait le moins pardonner.
Ce fut au pied du tombeau même de Socrate
5* --- Page 80 ---
(68 )
reçues de son
Platon dicta les leçons quilavoit
que
maitre.
enchanteur, sa brillante imagination,
Son style
les traits ingéles tableaux rians ou majestueux,
font
qui, dans ses dialogues,
nieux et piquans,
des discussions philosola sécheresse
disparoftre
d'une morale douce et pure,
;cesmaximes
il met
phiquesse
cet art avec lequel
qu'il a su y répandre;
à chacun
en action et conserve
ses personnages
ces beautés que le temps et
son caractère; toutes
n'ont pu flétrir, ont
les révolutions des opinions
lcs rèves philodû sans doute obtenir gràce pour forment le fond de
sophiques qui trop souvent abus des mots que son
ses ouvrages, pour cet
et dont
maitre avoit tant reproché aux sophistes,
le premier de ses disciples.
il n'a pu préserver
soient
est étônné, en
Bientedalnguaygil.
Ori
qui, par une inscription
Fonvrage d'un philosophe
en défendoit
placée sur la porte de son école, étudié la géoPentrée à quiconque n'auroit pas
celui qui débite avec tant d'audace
métrie; et que
si
ait élé le
si creuses et frivoles,
des hypothèses
où lon a soumis pour la
fondateur de la secte,
les fondepremière fois, à un. examen rigoureux, humaines,
mens de la certitude des connoissances éclairée
raison plus
et même ébranlé ceux qu'une
auroit fait respecter. disparoit, sil lon songe que
Mais la contradition
'auroit pas
celui qui débite avec tant d'audace
métrie; et que
si
ait élé le
si creuses et frivoles,
des hypothèses
où lon a soumis pour la
fondateur de la secte,
les fondepremière fois, à un. examen rigoureux, humaines,
mens de la certitude des connoissances éclairée
raison plus
et même ébranlé ceux qu'une
auroit fait respecter. disparoit, sil lon songe que
Mais la contradition --- Page 81 ---
( 69 )
jamais Platon ne parle en son nom ; que Socrate
son maître s'y exprime toujours avec la modestie
du doute; que les systèmes y sont présentés, au
nom de ceux qui en étoient ou que Platon supposoit en être les auteurs : qu'ainsi ces mêmes
dialogues sont encore une école de pyrrhonisme,
et que Platon y a su montrer à-la-fois Pimagination hardie d'un savant qui se plait à combiner,
à développer de brillantes hypothèses, et la réserve
d'un philosophe qui se livre à son imagination,
sans se laisser entrainer par elle; parce que sa
raison, armée d'un doute salutaire, sait se défendre des illusions même les plus séduisantes.
Ces écoles our se perpétuoient la doctrine, et
surtout les principes et la méthode d'un premier
chef, pour qui ses successeurs étoient cependant
bien éloignés d'une docilité servile; ces écoles
avoient l'avantage de réunir entre eux, par les
liens d'une libre fraternité, les hommes occupés
de pénétrer les secrets de la nature. Si Topinion
du maitre y partageoit trop souvent l'autorité qui
ne doit appartenir qu'à la raison; si par là cette
institution suspendoit les progrès des lumières,
elle servoit à les propager avec plus de promptitude et d'étenduc, dans un temps où Timprimerie
étant inconnue, etles manuscrits même très-rares,
ces grandes écoles, dont la célébrité appeloit des
élèves de toutes les parties de la Grèce, étoient --- Page 82 ---
(70)
le
le plus puissant d'y faire germer le goût
moyen
les vérités noude la philosophie, et d'y répandre
velles.
avec cette
Ces écoles rivales se combattoient
produit Fesprit de secte, et souvent
animosité que l'intérêt de la vérité au succès d'une
Tony sacrifioit
membre de la secte
doctrine à laquelle chaque
de son orgueil. La passion
altachoit une partie
la passion
personnelle du prosélytisme corrompoit en-mêmenoble d'éclairer les hommes. Mais
plus
rivalité entretenoit dans les esprits
temps, cette utile; le spéctacle de ces disputes, linune activité
réveilloit, attachoit
térêt de ces guerres d'opinion foule d'hommes,
à Tétude de la philosophie, une
le seul amour de la vérité n'auroit pu arraque
ni même à la
cher ni aux affaires, ni aux plaisirs,
paresse. comme ces écoles, ces sectes, que les
Enfin,
la
de ne jamais faire entrer
Grecs eurent sagesse
dans les institutions publiques, restérent parfaitelibres; comme chacun pouvoit à son gré
ment
ou former une secle nououvrir une autre école;
n'avoit
à craindre cet asservissevelle, on
point chez la
des autres
ment de la raison, qui,
plupart
invincible au progrès
peuples, opposoit un obstacle
de Tesprit humain.
fut, sur la raison des
Nous montrerons quelle
leurs
sur leurs mceurs, sur leurs lois, sur
Grecs,
ans les institutions publiques, restérent parfaitelibres; comme chacun pouvoit à son gré
ment
ou former une secle nououvrir une autre école;
n'avoit
à craindre cet asservissevelle, on
point chez la
des autres
ment de la raison, qui,
plupart
invincible au progrès
peuples, opposoit un obstacle
de Tesprit humain.
fut, sur la raison des
Nous montrerons quelle
leurs
sur leurs mceurs, sur leurs lois, sur
Grecs, --- Page 83 ---
(7:)
linfluence des philosophes, ingouvernemens, fluence qui doit être attribuée en grande partic à
ce qu'ils n'eurent ou même ne voulurent jamais
avoir aucune existence politique, à ce que Péloivolontaire des affaires publiques étoit
gnement une maxime de conduite commune à presque
toutes leurs sectes; enfin, à ce qu'ils affectoient
de se distinguer des autres hommes, par leur vie
comme par leurs opinions.
En traçant le tableau de ces sectes différentes, 2
nous nous occuperons moins de leurs systèmes
que des principes de leur philosophie; moins de
chercher, comme on la fait trop souvent, quelles
sont précisément les doctrines absurdes que nous
dérobe un langage devenu presque inintelligible;
mais de montrer quelles erreurs générales les ont
conduits dans ces routes trompeuses, et d'en trouver Torigine dans la marche naturelle de l'esprit
humain.
Nous nous attacherons surtout à exposer les
progrès des sciences réelles, et le perfectionnement successif de leurs méthodes.
A cette époque, la philosophie les embrassoit
toutes, excepté la médecine, qui déjà s'en étoit
séparée. Les écrits d'Hippocrate nous montreront
quel étoit alors l'état de cette science, et de celles
qui y sont naturellement liées, mais qui n'existoient encore que dans leurs rapports avec elle. --- Page 84 ---
(7)
Les sciences mathématiques avoient été cultidans les écoles de Thalès et de
vées avec succès,
élevérent
Pythagore. Cependant elles ne s'y
pas
au-delà du terme où elles s'étoient arbeaucoup
sacerdotaux des peuples
rêtées dans les colléges
de l'école de
de TOrient. Mais, dès la naissance
elles slancerentau-dels de cette barrière,
Platon, lidée de les borner à une utilité immédiate et
que
pratique leur avoit opposée.
Ce philosophe résolut le premier le problême
de la duplication du cube, à-la-vérité par un mouvement continu, mais par un procédé ingénieux,
manière vraiment rigoureuse. Ses preet d'une
découvrirent les sections coniques,
miers disciples
et par
les principales propriétés;
en déterminérent
cet horizon immense ou,
la, ils onvrirent au géuie
jusqu'à la fin des temps, il pourra sans cesse exerforces, mais dont à chaque pas il verra recer ses
culer lesbornes devant lui.
les
Ce n'est pas à la philosophie seule que
durent leurs progrès chez les
sciences politiques
jalouses de
Grecs. Dans ces petites républiques,
et leur indépendance et leur liberté, on
conserver
l'idée de confiera un
eut presque généralement
de faire des lois,
seul homme, non la puissance
mais la fonction de les rédiger et de les présenter
les avoir examinées, leur acau peuple, qui,après
cordoit une sanction immédiate.
Ce n'est pas à la philosophie seule que
durent leurs progrès chez les
sciences politiques
jalouses de
Grecs. Dans ces petites républiques,
et leur indépendance et leur liberté, on
conserver
l'idée de confiera un
eut presque généralement
de faire des lois,
seul homme, non la puissance
mais la fonction de les rédiger et de les présenter
les avoir examinées, leur acau peuple, qui,après
cordoit une sanction immédiate. --- Page 85 ---
(75)
Ainsi, le peuple imposoit un travail au philosophe, dont les verlus ou la sagesse avoient obtenu
sa confiance; mais il ne lui conféroit aucune autorité : il exerçoit seul et par lui-même ce que
depuis nous avons appelé le pouvoir législatif.
Lhabitude si funeste d'appeler la superstition au
secours des institutions politiques, a souillé trop
souvent Fexécution d'une idée si propre à donner
aux lois d'un pays cette unité systématique, qui
peut seule en rendrelaction sûre et facile, comme
en maintenir la durée. La politique d'ailleurs n'avoit pas encore de principes assez constans, pour
que Pon n'eàt pas à craindre de voir les législateurs
porter dans ces combinaisonsleurs préjugés ctleurs
passions. Leur objet ne pouvoit être encore de fonder
sur la raison, sur les droits que tousles hommes
ont également reçus de la nature, enfin, sur les
maximes de la justice universelle, l'édifice d'une
sociélé d'hommes égaux et libres, mais seulement
d'établir les lois suivant lesquelles les membres
héréditaires d'une société déjà existante,pourroient
conserver leur liberté, y vivre à Pabri de Vinjustice, et déployer au dehors une force qui garantit
leur indépendance.
Comme on supposoit que ces lois, presque
toujours liées à la religion, et consacrées par des
sermens, auroient une, durée éternelle, on s'occu- --- Page 86 ---
(74)
poit moins d'assurer à un peuple les
les réformer d'une manière
moyens de
venir Paltération de
paisible, que de pré-.
ces lois
d'empécher que des réformes fondamentales, de
et
rassent le systéme, n'en
détail n'en altéOn chercha des institutions corrompisent l'esprit.
nourrir Tamour de la
propres à exalter, à
de sa
patrie, qui renfermoit celui
législation, ou même de ses usages, et une
organisation de pouvoirs qui garantit S
des lois contre la
T'exécation
magistrats, le crédit négligence ou la corruption des
mouvemens
des citoyens puissans, et les *
inquiets de la multitude.
Les riches, qui seuls étoient alors à
quérir desl lumières,
portée d'acTautorité,
pouvoient, en s'emparant de
opprimer les pauvres, et les
se jeter dans les bras d'un
forcer à
légércté du
tyran. L'ignorance, la
peuple, sa jalousie contre les
puissans, pouvoient donner à ceux-ci le citoyens
les moyens d'établir le
désir et
despotisme
ou livrer l'état affoibli à Fambition aristocratique, de
Forcés dese
ses voisins.
les
préservera.la-fois. de ces deux écueils,
législatenrs grecs eurent recours à des combinaisons plus ou moins heureuses, mais
presque toujours Tempreinte de cette
portant
cettes sagacité, qui dès-lors scaractérisoit finesse, de
néral de la nation.
l'espritgéOn trouveroit à peine dans les
modernes, et même dans les plans tracés républiques
par les
ocratique, de
Forcés dese
ses voisins.
les
préservera.la-fois. de ces deux écueils,
législatenrs grecs eurent recours à des combinaisons plus ou moins heureuses, mais
presque toujours Tempreinte de cette
portant
cettes sagacité, qui dès-lors scaractérisoit finesse, de
néral de la nation.
l'espritgéOn trouveroit à peine dans les
modernes, et même dans les plans tracés républiques
par les --- Page 87 ---
(75 a )
philosophes, une institution dont les républin'ayent offert le modèle ou donné.
ques grecques
celle des
l'exemple. Car la ligue amphictyonique,
Etoliens, des Arcadiens, des Achéens, nous présentent des constitutions fédératives, dont Funion
étoit plus ou moins intime; et il s'étoit établi un
droit des gens moins barbare, et des règles de
commerce pluslibérales entre ces diflérenspeuples
rapprochés par une origine commune, par Tusage
de la même langue, par la ressemblance des
moeurs, des opinions et des croyances religieuses.
Les rapports mutuels de Pagriculture, de Vindustrie, du commerce, avec la constitution d'un
état et sa législation, leur influence sur sa prospérité, sur sa puissance, sur sa liberté, ne purent
échapper aux regards d'unp peuple ingénieux, actif,
occupé des intérêts publics; et lon y aperçoit les
premières traces de cet art si vaste,si utile, connu
aujourd'hui sous le nom d'économie politique.
L'observation seule des gouvernemens établis
suffisoit donc pour faire bientôt de la politique
une science étendue. Aussi dans les écrits mêmes
des philosophes, paroit-elle plutôt une science de
faits, et pour ainsi dire empyrique, qu'une véritable théorie, fondée sur des principes généraux
puisés dans la nature et avoués par la raison. Tel
est le point-de-vue sous lequel on doit envisager
les idées politiques d'Aristote el de Platon, si --- Page 88 ---
(76 1 )
Fon veut en pénétrer le sens et les
justice.
apprécier avec
Presque toutes les institutions des Grecs
posent l'existence de
supde réunir dans
Tesclavage, et la possibilité
une place
des
publique Faniversalité
citoyens; et pour bien juger de leurs
surtout pour prévoir ceux
effets,
dans les grandes nations qu'elles produiroient
modernes, il ne faut
perdre un instant de vue ces deux différences pas
importantes. Mais on ne peut réfléchir
si
mière, sans songer avec douleur,
sur la prebinaisons même les
qu'alors les complus parfaites n'avoient
objetquelal liberté, ou le bonheur de la
pour
au plus del l'espèce humaine.
moitiétout
L'éducation étoit chez les Grecs une partie importante de la politique. Elle
hommes pour la
y formoit des
mêmes
patrie, bien plus que
euxou pour leur famille. Ce
pour
être adopté gue pour des
principe ne peut
à qui Pon est plus excusable peuples de peu nombreux,
rêt national, séparé de l'intérêt supposer un intémanité. Il: n'est
commun de lhules travaux les pratiquable que dans les pays où
plus pénibles de la culture et
arts sont exercés par des esclaves. Cette
des
se bornoit
éducation
presque aux exercices du corps, aux
principes des mceurs, aux habitudes
à
ter un patriotisme exclusif: le propres excilibrement dans les écoles des reste sapprenoit
philosophes ou des
de peu nombreux,
rêt national, séparé de l'intérêt supposer un intémanité. Il: n'est
commun de lhules travaux les pratiquable que dans les pays où
plus pénibles de la culture et
arts sont exercés par des esclaves. Cette
des
se bornoit
éducation
presque aux exercices du corps, aux
principes des mceurs, aux habitudes
à
ter un patriotisme exclusif: le propres excilibrement dans les écoles des reste sapprenoit
philosophes ou des --- Page 89 ---
(77 )
rhéteurs, dans les ateliers des artistes; et cette liberté est encore une des causes de la supériorité
des Grecs.
Dans leur politique, comme dans leur philosophie, on découvre un principe général, auquel
Phistoire présente à peine un très-petit nombre
d'exceptions; c'est de chercher dans les lois, moins
à faire disparoitre les causes d'un mal qu'à en détruire les effets, en opposant ces causes l'une à
lautre; c'est de vouloir, dans lesinstitutions, tirer
parti des préjugés, des vices, plutôt que les dissiper ou les réprimer; c'est de s'occuper plus souvent des moyens de dénaturer Phomme, d'exalter,
d'égarer sa sensibilité, que de perfectionner, d'épurer les inclinations et les penchans, qui sont le
produit nécessaire de sa constitution morale:
erreurs produites par lerreur plus générale de
regarder comme l'homme de la nature, celui que
leur offroit l'état actuel de la civilisation, c'est-àdire, lhomme corrompu parles préjugés, par les
intérêts des passions factices, et par les habitudes
sociales.
Cette observation est d'autant plus importante,
il sera d'autant plus nécessaire de développer
l'origine de cette erreur, pour mieux la détruire,
qu'elles'est transmise jusqu'à notre siècle,et qu'elle
corrompt encore trop souvent parmi nous et la
morale et la politique. 1 --- Page 90 ---
(78.) )
la législation, et sur-tout la
Si Pon compare
dans la Grèce,
forme et les règles des jugemens chez les uns,
chez les Orientaux, on verra que
ou
sous
la force a courbé
les lois sont un joug
lequel
d'un
des esclaves; ; chez les autres, les conditions
fait entre deshommes. Chezles uns,
pacte commun
est que la volonté du
l'objet des formes légales,
la
chez les autres, que
maître soit accomplie;
Chez
liberté des citoyens ne soit pas opprimée.
la loi est faite pour celui qui Fimpose;
les uns,
celui qui doit s'y soumettre.
chez! les autres 3 pour
à la craindre; chez les
Chez les uns. , on force
différences que
on instruit à la chérir :
autres,
encore chezles modernes,entre
nous retrouverons
et celles des peuples
les lois des peuples libres,
Fhomme
esclaves. On verra que, dans la Grèce,
du-moins le sentiment de ses droits, s'il ne
avoit
encore, s'il ne savoit pas en
les connoisoit pas
et en cirapprofondir la nature, en embrasser
conscrire Pétendue.
lueurs de la
A cette époque des premières
chez les Grecs, et de leurs premiers
philosophie
les beaux-arts s'y élevèpas dans les sciences,
peuple
rent à un degré de perfection qu'ancun
n'avoit encore connu, qu'a peine quelques-uns
Homère vécût pendant
ont pu atteindre depuis.
le temps de ces dissentions qui acompagnérent
des
et la formation des républila chute
tyrans
, en embrasser
conscrire Pétendue.
lueurs de la
A cette époque des premières
chez les Grecs, et de leurs premiers
philosophie
les beaux-arts s'y élevèpas dans les sciences,
peuple
rent à un degré de perfection qu'ancun
n'avoit encore connu, qu'a peine quelques-uns
Homère vécût pendant
ont pu atteindre depuis.
le temps de ces dissentions qui acompagnérent
des
et la formation des républila chute
tyrans --- Page 91 ---
(79 )
ques. Sophocle, Euripide, Pindare, Thucydide,
Démosthènes, Phidias, Apelles, furent contemporains de Socrate ou de Platon.
Nous tracerons le tableau du progrès de ces
arts; nous en discuterons les causes ; nous distinguerons ce qu'on peut regarder comme une
perfection de Fart, et ce qui n'est dû qu'à Pheureux génie de l'artiste ; distinction qui suffit pour
faire disparoitre ces bornes étroites dans Jesquelles on a renfermé le perfectionnement des
beaux-arts. Nous montrerons l'influence qu'exercèrent sur leurs progrès la forme des gouvernemeus,le système de la législation, Pesprit du culte
religieux; nous rechercherons ce qu'ils durent à
ceux de la philosophie, et ce qu'clle-méme a pu
leur devoir.
Nous montrerons comment la liberté,les arts,
les lumières, ont contribué à l'adoucissement, à
Pamélioration des moeurs ; nous ferons voir que
ces vices des Grecs, si souvent attribués aux progrès mêmes de leur civilisation, étoient ceux des
siècles les plus grossiers, et que les lumières, la
culture des arts les ont tempérés, quand elles
n'ont pu les détruire; nous prouverons que ces
éloquentes déclamations contre les sciences et les
arts sont fondécs sur une fausse application de
l'histoire; et qu'au contraire, les progrès de la --- Page 92 ---
80 )
vertu onttoujours accompagné Ceux des lumières,
comme ceux de la corruption en ont toujours
suivi ou annoncé la décadence. --- Page 93 ---
(81)
CINQUIÈME ÉPOQUE
Progrès des Sciences depuis leur division
jusqu'a leur décadence.
PLATON vivoit encorc lorsqu'Aristote, son disciple, ouvrit dans Athènes même une école rivale
de la sienne.
Non-seulement il embrassa toutes les sciences,
mais il appliqua la méthode plilosophique à l'éloquence et à la poésie. Il osa concevoirle premier,
que cette méthode doit s'étendre à tout ce que
Timtelligencelumusine peut atteindre,puisque cette
intelligence, exerçant partout les mêmes facultés, doit partout être assujetie anx mêmes lois.
Plus le plan qu'il s'étoit formé étoit vaste, plus
il sentit le besoin d'en séparer les diverses parties,
et de fixcr avec plus de précision les limites de
chacune. A compter de cette époque, la plupart
des philosophes, et même des sectes entières, se
bornerent à quelques unes de ces parties.
Les sciences mathématiques et physiques for6
exerçant partout les mêmes facultés, doit partout être assujetie anx mêmes lois.
Plus le plan qu'il s'étoit formé étoit vaste, plus
il sentit le besoin d'en séparer les diverses parties,
et de fixcr avec plus de précision les limites de
chacune. A compter de cette époque, la plupart
des philosophes, et même des sectes entières, se
bornerent à quelques unes de ces parties.
Les sciences mathématiques et physiques for6 --- Page 94 ---
82 )
division. Comme elles
mèrent seules tne graude
comme
sur le calcul el T'observation,
se fondent
enscigner est indépendant des
ce qu'elles peuvent divisoient les sectés, elles se sépaopinions quit
sur laquelle ses sectes
rèrent de la philosophic, devinrent donc Toccurégnoient encore. Elles
tous eurent même
pation de savans, qui presque.
des
de demeurer étrangers aux disputes
la sagesse
livroit à une lutte de répuécoles, où l'on se
des
tation plus utile à la renommée passagère
qu'aux progrés de la philosophie.
philosophes
même à ne plus exprimer que
Ce mot commenca
de Tordre du Monde, la
les principes généraux
dont
la dialectique et la morale,
métaphysique,
la politique faisoit partie.
division
Heureusement Fépoque de cette
précéda le temps oût la Grèce, après delongs orages,
Les sciences trouvérent
devoit perdre sa liberté.
que les
dans la capitale de PEgypte un asyle,
qui la gotivernoient auroient peut-étre
despotes
Des princes qui devoient
refusé à aphilosophie. leurs richesses et de leur
une grande partié de réuni de la Méditerranée
pouvoir an commerce devoient encourager des
et de POcéan Asiatique,
sciences utiles à la navigation et au commerce.
donc à cette décadence plus
Elles échappérent bientôt sentir dans la philoprompte, qui se fit
la liberté. Le
sophie, dont Péclat disparut avec --- Page 95 ---
(8 T 85 )
despotisme des Romuins, si indifférens aux progrès des lumières, n'atteignit FEgypte que trèstard, et dans un temps oût la ville d'Alexandrie
étoit devenue nécessaire à la subsistance de Rome;
déjà en possession d'être la métropole des sciences
comme le centre du commerce, elle se suffisoit
à elle-même pour en conserver le feu sacré par sa
population, par sa richesse, par le grand concours
des étrangers, par les établissemens que les Ptolémées avoient formés, et que les vainqueurs ne
songèrent pas à détruire.
La secte' académique oû les mathématiques
avoient étécultivées dès son origine, et dont Penseignement philosophique se hornoit presque à prouver Putilité du doute età indiquerleslimits étroites
de la certitude, devoit être la secte des savans; et
cette doctrine ne"pouvoit effrayer les despotes :
aussi domina-t-elle dans l'école d'Alexandrie.
La théorie des sections coniques,lar méthodede
les employer, soit pour la construction des lieux
géométriques, soit pour la résolution des problêmes ,la découverle dequelques autres courbes,
étendirent la carrière, jusqu'alors si resserrée,de
la géométrie. Archimède découvrit la quadrature
de la parabole, mesura la surface de la sphère;
et ce furent les premiers pas dans cette théorie
des limites qui détermine la dernière valeur d'une
quantité, celle dont celte quantité se rapproche
6*
pour la construction des lieux
géométriques, soit pour la résolution des problêmes ,la découverle dequelques autres courbes,
étendirent la carrière, jusqu'alors si resserrée,de
la géométrie. Archimède découvrit la quadrature
de la parabole, mesura la surface de la sphère;
et ce furent les premiers pas dans cette théorie
des limites qui détermine la dernière valeur d'une
quantité, celle dont celte quantité se rapproche
6* --- Page 96 ---
84 )
dans cette
sans cesse en ne Fatteignant jamais;
tantôt à trouver les rapports
science qui enseigne,
tantôt à remonter
des quantités évanouissantes,
à la détermide la connoissance de ces rapports
nation de ceux des grandeurs finies; en un mot,
calcul
avec plus d'orgueil que de
dans ce
auquel, donné le nom de calcul
justesse,l les modernes ont
déterde Finfini. C'est Arclimède qui,le premier, cercle
du diamètre du
mina le rapport approché
comment on pouenseigna
et de sa circonférence, valeurs
de plus en
voit en obtenir des
toujours les inéthodes
plus approchées, et ft connoitre
de Pindapproximation, ce supplément heureux de la
suffisance des méthodes connues, et souvent
science elle-même.
comme
On peut en quelque sorte le regarder On lui
rationnelle.
le créateur de la mécanique découverte de ce
doit la théorie du lévier, et la
dhydrostatique, qu'un corps, placé dans
principe
de son poids
un corps Quide, perd une portion
égale à celui de la masse qu'il a déplacée.
La vis qui porte son nom, ses miroirs ardens,
du siége de Syracuse, attestent ses
les prodiges
savans
talens dans la science des machines, queles de théoavoient négligée 2 parce que les principes atteindre
ne pouvoient y
rie connus jusqu'alors, découvertes, ces sciences
encore. Ces grandes
Archimède parmi ces génies
uouvelles, placent --- Page 97 ---
( - 85 )
heureux, dont la vie est une époque dans Phistoire de l'homme, et dont l'existence paroit un
des bienfaits de la nature.
C'est dans l'école d'Alexandrie que nous trouvons les premières traces del'algebre, c'est-à-dire
du calcul des quantités considérées uniquement
comme telles. La nature des questions proposées
et résolues dans le livre de Diophante, exigeoit
queles nombres y fussent envisagés comme ayant
une valeur générale, : indéterminée, et assujétic
seulement à certaines conditions.
Mais cette science n'avoit point alors, comme
aujourd'hui, ses signes, SCS méthodes propres,
ses opérations techniques. On désignoit ces valeurs
générales par des mots ; et c'étoit par une suite
de raisonnemens, que l'on parvenoit à trouyer, à
développer la solution des problèmes.
Dcs observations chaldéennes envoyées à Aristote par Alexandre, accélérérent les progrès de
l'astronomie. Cc qu'ils offrent de plus brillant
est dà au génic d'Hipparque. Mais si après lui,
dans Tastronomie, comme après Archimède dans
la géométrie et dans la mécanique, on ne trouve
plus de ces découvertes 9 de ces travaux qui
changent en quelque sorte la face entiére d'une
science, elles continuérent long- temps encore
de se perlectionner, de s'étendre ct dc s'enrichir,
du-moins par dos vérités de détail.
Cc qu'ils offrent de plus brillant
est dà au génic d'Hipparque. Mais si après lui,
dans Tastronomie, comme après Archimède dans
la géométrie et dans la mécanique, on ne trouve
plus de ces découvertes 9 de ces travaux qui
changent en quelque sorte la face entiére d'une
science, elles continuérent long- temps encore
de se perlectionner, de s'étendre ct dc s'enrichir,
du-moins par dos vérités de détail. --- Page 98 ---
( 86 )
Dans son bistoire des animaux, Aristote avoit
donné les principes et le modèle précieux de la
manière d'observer avec exactitude, et de décrire
méthode les objets de la nature, de classer
avec
et de saisir les résultats généces observations,
Lhistoire des plantes,
raux qu'elles présentent. traitées
lui, mais
celle des minéranx, furent
après
moins de précision, et avec des vues moins
avcc
étendues, moins philosophiques.
très-lents,
Les progrès de lanatomie farent
non-senlement parce que des préjugés religieux
à la dissection des cadavres, mais
s'opposoient
Pattouparce que l'opinion vulgaire en regardoit morale.
chement comme une sorte de souillure
science
La médecine eillynenlepedieageumes
d'observation 2 qui n'avoit pu conduire encore
des méthodes empyriques. L'esprit de secte,
qu'à
linfecta bientôt; mais si
le gout des hypothèses
celui des
le nombre des erreurs Temporta sur
vérités nouvelles, si les préjugés ou Ies systémes
des médecins firent plus de mal que leurs obserfaire de bien, cependant on ne
vations ne purent médecine n'ait fait, durant cette
peut nier que la
mais réels.
époque, des progrès foibles,
ni celte
Aristote ne porta dans la physique,
exactitude, ni cette sage réserve qui caractérisent
son histoire des animaux. Il paya le tribut aux
habitudes de son siècle, à Fesprit des écoles, en --- Page 99 ---
(87 )
la défigurant par ces principes hypothétiques qui,
dans leur, généralité vaguc, expliruent tout avec
une sorte de facilité, parce qu'ils ne peuvent rien
expliquer avec précision.
D'ailleurs, Pobservation seule ne suffit pas; il
faut des expériences: : elles exigent des instrumens; ;
et il paroit qu'on n'avoit pas alors assez recueilli
dc faits, qu'on ne les avoit pas vus avec assez de
détail, pour sentir le besoin, pour avoir lidée de
cette manière d'interroger la nature et de la forcer
à nous répondre.
Aussi, daus cette époque, Fhistoire des progrès
de la physique doit-clle sC borner au tableau
d'un petit nombre de connoissances, dues au hasard ct aux observations où conduit la pratique
des arts, bien plus qu'aux recherches des savans.
Lhydraulique, et surtout l'optiqne, présentent
une moisson un pen moins stérile; mais ce sont
plutôt encore des faits remarqués parce qu'ils se
sont offerts d'eux-mémes, que des théories ou des
lois physiques découvertes par des expériences,
ou devinées par la méditation.
L'agriculuure Kaenborsejpepwwlonabs simple
routine, et à quelques règles que les prêtres, en
les transmettant aux peuples,avoient corrompues
par Jeurs superstitions. Elle devint chez les Grecs,
et surtout chez les Romains, un art important et
respecté, dont les hommes les plus savans s'em-
sont offerts d'eux-mémes, que des théories ou des
lois physiques découvertes par des expériences,
ou devinées par la méditation.
L'agriculuure Kaenborsejpepwwlonabs simple
routine, et à quelques règles que les prêtres, en
les transmettant aux peuples,avoient corrompues
par Jeurs superstitions. Elle devint chez les Grecs,
et surtout chez les Romains, un art important et
respecté, dont les hommes les plus savans s'em- --- Page 100 ---
88) )
pressérent de recueillir les usages et les préceptes.
Ces recueils d'observations présentées avec précision, rassemblées avec discernement, pouvoient
éclairer la pratique, répandre les métbodes utiles:
mais on étoit encore bien loin du siècle des expériences et des observations calculées.
Les arts mécaniques commencèrent à se lier
aux sciences : les philosophes en examinérent les
travaux, en recherchèrent lorigine, en étudièrent
Phistoire, s'occupèrent de décrire les procédés et
les produits de ceux qui étoient cultivés dans les
diverses contrées, de recueillir ces observations,
et de les transmettre à la postérité.
Ainsi, l'on vit Plinc embrasser Thomme, la
nature et les arts, dans le plan immense de son
Histoire naturelle; inventaire précieux de tout ce
qui formoit alors les véritables richesses de l'esprit humain; ; et ses droits à notre reconnoissance
ne peuvent être détruits par le reproche mérité
d'avoir accueilli, avec trop peu de choix et trop
de crédulité, ce que lignorance ou la vanité men-,
songère des historiens et des voyageurs, avoit offert
à son insatiable avidité de tout connoître.
Aumilieu de la décadence dela Grèce, Athènes,
qui, dans les jours de sa puissance, avoit honoré
la philosophie et les lettres, leur dut, son tour,
de conserver plus long-temps quelques restes de
son ancieune splendeur. On n'y balançoit plus à la --- Page 101 ---
(89 )
tribune les destins de la Grèce et de l'Asie; mais
c'cst dans ses écoles que les Romains apprirent à
connoitre les secrets de Péloquence; et c'est au
pied de la lampe de Démosthènes que se forma
le premier de leurs orateurs.
L'académic, le lycée, le portique, les jardins
d'Epicure, furent le berceau et la principale école
des quatre sectes qui se disputèrent l'empire de la
philosophie.
On enscignoit dans l'académie qu'il n'y a rien
de certain ; que sur aucun objet Phomme ne peut
atteindre, nià une vraie certitude, ni même à une
compréhension parfaite; enfin ( et il étoit difficile
d'aller plus loin ) qu'il ne pouvoit être sûr de cettc
impossibilité de rien connoitre, et qu'il falloit
douter même de la nécessité de douter de tout.
On y exposoit, on y défendoit, on y combattoit les opinions des autres philosophes, mais
comme des hypothèses propres à exercer l'esprit,
ct pour faire sentir davantage, par l'incertitude
cpni accompagnoit ces disputes, la vanité des connoissances humaines, et le ridicule de la confiance
dogmatique des autres sectcs.
Mais ce doute, qu'avoue la raison quand il
conduità ne point raisonner sur les mots.auxquels
nous ne pouvons attacher des idées nettes et précises, à proportionner notre adhésion au degré
de la probabilité de chaque proposition, à déter-
res à exercer l'esprit,
ct pour faire sentir davantage, par l'incertitude
cpni accompagnoit ces disputes, la vanité des connoissances humaines, et le ridicule de la confiance
dogmatique des autres sectcs.
Mais ce doute, qu'avoue la raison quand il
conduità ne point raisonner sur les mots.auxquels
nous ne pouvons attacher des idées nettes et précises, à proportionner notre adhésion au degré
de la probabilité de chaque proposition, à déter- --- Page 102 ---
(90)
chaque classe de connoissances, les
miner, pour
obtenir;
limites del la certitude que nous pouvons
s'il s'étend aux vérités démontrées,
ce même doute,
de la morale, devient ou
s'il attaque les principes
et la
stupidité ou démence; il favorise l'ignorance
corraption : et tel est l'excès ou sont tombés les
remplacèrent dans Pacadémie les
sophistes qui
premiers disciples de Platon.
Nous exposerons la marche de ces sceptiques,
la cause de leurs erreurs; nous chercherons ce
dans lexagération de leur doctrine, on doit
que,
des
attribuer à la manie de se singulariser par opinous ferons observer que, s'ils
nions bizarres;
Tinstinct des
furent assez solidement réfutés par
autres hommes, par celui qui les dirigeoit euxmêmes dans la conduite de leur vie, jamais ils ne
bien
ni bien réfutés par les
furent ni
entendus,
philosophes.
outré n'avoit pas enCependant cescepticisme
traîné toute la secte académique; et cette opinion
d'unei idécéternelle du juste, dabean,delhonadte,
de Pintérêt des hommes, de leurs
indépendante de leur existence même, idée qui,
conventions,
devenoit pour nous le
imprimée dans notre âme,
de nos devoirs et la règle de nos actions,
principe
les dialogues de Platon,
cette doctrine, puiséedans
et
continuoit d'être exposée dans son école,
y
servoit de base à Fenscignement de la morale. --- Page 103 ---
(91 )
Aristote ne connut pas mieux que ses maîtres
l'art d'analyser les idées, c'est-à-dire, de remonter
par degrés jusqu'aux idées les plus simples qui
sont entrées dans, Ieur comlinsison.dobserver la
formation même de ces idées simples, de suivre
dans CCs opérations la marche de T'esprit et le développement de ses facultés.
Sa métapbysique ne fut donc, comme celle des
autres philosophes, qu'une doctrine vague, fondée tantôt sur l'abus des mots, el tantôtsur de
simples hypothèses.
Cest à lui cependant que l'on doit cette vérité
importante, ce premier pas dans la connoissance
de l'esprit humain, que NOS IDÉES, MÈME LES
PLUS ABSTRAITES, LES PLUS PUREMENT INTELLECTUELLES, POUR AINSI DIRE, DOIVENT
LEUR ORIGINE A NOS SENSATIONS : mais il ne
l'appuya d'aucun développement. Ce fut plutôt
Taperçu d'un homme de génie, que le résultat
d'une suite d'ohservations analysées avec précision, et combinées entre elles pour en faire sortir
une vérité générale : aussi ce germe jeté dans une
terre ingrate, ne produisit de fruits utiles qu'après
plus de vingt siècles.
Aristote dans sa logique, réduisant les démonstrations à une suite d'argumens assujetis à
la forme syllogistique, divisant ensuite toutes les
propositions en quatre classes qui les renferment
de génie, que le résultat
d'une suite d'ohservations analysées avec précision, et combinées entre elles pour en faire sortir
une vérité générale : aussi ce germe jeté dans une
terre ingrate, ne produisit de fruits utiles qu'après
plus de vingt siècles.
Aristote dans sa logique, réduisant les démonstrations à une suite d'argumens assujetis à
la forme syllogistique, divisant ensuite toutes les
propositions en quatre classes qui les renferment --- Page 104 ---
C 92 )
toutos, apprend à reconnoitre, parmi
combinaisons
toutes les
possibles de propositions de
quatre classes prises trois à trois, celles
ces
pondent à des syllogismes
qui répondent nécessairement. concluans, et qui y réjuger de la
Par ce moyen, , l'on peut
justesse ou du vice d'an
en sachant seulement à
argument,
quelle combinaison il
appartient; et l'art de raisonner
en quelque sorte, à des
juste est soumis,
Cette idée
règles techniques.
ingénieuse est restée inutile
mais peut-être doit-elle
jusqu'ici;
mier
un jour devenir le
pas vers un
preraisonner et de discuter perfectionnement, que P'art de
Chaque
semble encore altendre.
deux vices, vertu,suivant dont
Aristote, est placée entre
l'excès
l'un en est le défaut, et
: elle n'est, en quelque
l'autre
nos penchans naturels,
sorte, qu'an de
fend, et de
auquel la raison nous déCe
trop résister, et de trop obéir.
principe général a pu s'offrir à lui
une de ces idées vagues d'ordre
d'après
si communes alors dans la
et de convenance,
philosophie; mais il le
vérifia, en Tappliquant à la
mots qui, dans la langue
nomenclature des
ce qu'on y appeloit des vertus. grecque, exprimoient
Vers le même temps, deux sectes
appuyant la morale sur des
nouvelles,
principes opposés,
du-moins en apparence, partagérent les
étendirent leur influence bien au-delà des esprits,
bornes --- Page 105 ---
(95 )
de leurs écoles, et hâtérent la chute de la superstition grecque, que malheureusement une Stlperstition plus sombre, plus dangereuse, plus
ennemic des lumières, devoit bientôt remplacer.
Les Stoïciens firent consister la vertu et le bonheurdans la possession d'une âme également insensible à la volupté et à la douleur, affrancbie de
toutes les passions, supérieure à toutes les craintes,
à toutes les foiblesses, ne connoissant de véritable
bien quc la vertu, de mal réel que les remords. Ils
croyoient que Phomme a le pouvoir de s'élever à
cette hanteur, s'il en a une volonté forte et constante; et qu'alors, indépendant de la fortune,
loujours maître de lui-même, il est également
inaccessible au vice et au mallienr.
Un Esprit unique anime le monde : il est présent partout, si même il n'est pas tout, s'il existe
autre chose que lui. Les âmes bumaines en sont
des émanations. Celle du sage, quin'a point souillé
la pureté de son origine, se réunit, au moment
de la mort, à cet Esprit universel. La mort seroit
donc un bien, si, pour le sage soumis à la nature,
endurci contre tout ce que les hommes vulgaires
appellent des maux, il n'yavoit pas plus de grandeur à la regarder comme une chose indifferente.
Épicure place le bonheur dans la jonissance du
plaisir et dans l'absence de la douleur. La vertu
consiste à suivre les penchans naturels, mais en
ine, se réunit, au moment
de la mort, à cet Esprit universel. La mort seroit
donc un bien, si, pour le sage soumis à la nature,
endurci contre tout ce que les hommes vulgaires
appellent des maux, il n'yavoit pas plus de grandeur à la regarder comme une chose indifferente.
Épicure place le bonheur dans la jonissance du
plaisir et dans l'absence de la douleur. La vertu
consiste à suivre les penchans naturels, mais en --- Page 106 ---
(94)
sachant les épurer et les diriger. La tempérance,
prévient la douleur, qui, en conservant nos
qui facultés naturelles dans toute leur' force, nous
toutes les
que la nature nous a
assure
jouissances
des passions
préparées; le soin de se préserver
tourmentent et déchihaineuses ou violentés, qui
à leurs
rent le coeur livré à leur amertume et affeccclui de cultiver au contraire les
fureurs;
de se ménager les voluptés
tionsdouces et tendres,
de consuivent la pratique de la bienfaisance,
cqhi
pureté de son âme pour éviter la honte
serverla
le crime, pour jouir
et les remords qui punissent
les belles
du sentiment délicieux qui récompense a-la-fois et
actions : telle est la route qui conduit
au bonheur et à la vertu.
collecEpicure ne voyoit dans Funivers qu'une diverses
tion d'atômes, 2 dont les combinaisons Làme
étoient soumises à des lois nécessaires.
humaine étoit elle-même une de ces combinaiLes-atomes qui la composoient', réunis à
sons.
la vie, se disperlinstant où le corps commençoit
à
de la mort, pour se réunir
soient au moment
entrer dans de nouvelles
la masse commune, et
EU
combimaisons.
directement les
Ne vonlant pas heurter trop
des Dieux;
populaires, il avoit admis
préjagés
actions des hommes, étranmais indifférens aux
conme les
à l'ordre de P'anivers, et sounis
gers --- Page 107 ---
(95 a )
autres êtres aux lois générales de' son mécanisme,
ils étoient en quelque sorte UII hors-d'cenvre de
ce' système.
Des hommes durs, 7 orgueilleux, injustes, se
cachérentsous le masque du stoicisme. Deshiommes
voluptuenx et corrompus se ghsserent souvent
dans les' jardins d'Epicure. On calomnia lcs principes des épicuriens, qu'on accusa de placer le
souverain bien dans les voluptés grossières. On
tourna en ridicule les prétentions du sage de Z6non, qui, esclave tournant la meule, on tourmenté de la goutte, n'en cst pas moins heureux,
libre ct souverain.
Cette philosophie qui prétendoit s'élever audessus de la nature, et celle qui ne vouloit qu'y
obéir, cette morale qui ne reconnoissoit d'autre
bien que la vertu, et celle qui plaçoit le bonheur
dans la volupté, conduisoient aux mêmes canséquences pratiques, en partant de principes si
contraires, en tenant un langage si opposé. Cette
ressemblance dans les préceptes moraux de toutes
les religions, de toutes les sectes de philosophie,
suffiroit pour prouver qu'ils ont une vérité indépendante des dogmes de ces religions, des principes
de ces sectes; que c'est dans la constitution morale de Phomme qu'il faut chercher la base de sés
devoirs, l'origine de ses idées de justice et de
vertu : vérité dont la secte épicurienne s'étoit
, en tenant un langage si opposé. Cette
ressemblance dans les préceptes moraux de toutes
les religions, de toutes les sectes de philosophie,
suffiroit pour prouver qu'ils ont une vérité indépendante des dogmes de ces religions, des principes
de ces sectes; que c'est dans la constitution morale de Phomme qu'il faut chercher la base de sés
devoirs, l'origine de ses idées de justice et de
vertu : vérité dont la secte épicurienne s'étoit --- Page 108 ---
(96)
autre: et rien peut-êure
moins éloignée qu'aucune
la haîne des
contribua davantage à lui mériter
ne
'de toutes les classes, pour qui la mohypocrites
de commerce dont ils se
rale n'est qu'un objet
disputent le monopole.
entraina celle
La chute des républiques grecques Aristote et
Après Platon,
des sciences politiques.
Xénophon,1 Pon cessa presque de les comprendre
dans le système de la philosophie.
qui
Mais il est temps de parler d'an évènement
changea le sort d'une grande partie du Monde,
les
de Tesprit humain une
et exerça sur
progrès
nous.
influence qui s'est prolongée jusqu'a la ville de
PInde et la Chine,
Sil'on en excepte
sur toutes les naRome avoit étendu son empire
-dessus de
tions où Vesprit humain s'étoit élevé au
enfance.
la foiblesse de sa première
les
oû les
Elle donnoit des lois à tous
pays
leur langue, leurs sciences et
Grecs avoient porté
à
Tous ces peuples, suspendus
leur philosophie. victoire avoit attachée au pied
une chaine que la
la volonté
n'existoient plus que par
du capitolc,
les
de ses chefs.
de Rome et pour passions
de cette ville
Un tableau vrai de la constitution
de cet
dominatrice, ne sera point étranger à l'objet hérédiouvrage: on y verra Porigine du patriciat
employées pour
taire, et les adrotescomatinaison de force, en
lui donner plus de stabilité et plus
suspendus
leur philosophie. victoire avoit attachée au pied
une chaine que la
la volonté
n'existoient plus que par
du capitolc,
les
de ses chefs.
de Rome et pour passions
de cette ville
Un tableau vrai de la constitution
de cet
dominatrice, ne sera point étranger à l'objet hérédiouvrage: on y verra Porigine du patriciat
employées pour
taire, et les adrotescomatinaison de force, en
lui donner plus de stabilité et plus --- Page 109 ---
(97 )
le rendant moins odieux; un pcuple exercé aux
armes, mais ne les employant jamais dans ses dissentions domestiques; réunissant la force réelle
à l'autorité légale, et se défendant à peine contre
un sénat orgueilleux, qui, en lenchainant par la
superstition, léblouissoit par l'éclat de ses victoires; une grande nation, tour-à-tourlejouet de
ses tyrans ou de ses défenseurs, et pendant quatre
siècles la dupe patiente d'une manière de prendre
ses suffrages, absurde mais consacrée.
On verra celte constitution, faite pour une
seule ville, changer de nature sans changer de
forme, quand il fallut l'étendre à un grand empire; ne pouvant se maintenir que par des guerres
continuelles, et bientôt détruite par ses propres
armées; enfin le peuple roi avili par l'habitude
d'étre nourri aux dépens du trésor public, corrompu par les largesses des sénateurs, vendant
à un homme les restes illusoires de son inutile
liberté.
L'ambition des Romains les portoit à chercher
en Grèce des maîtres dans cet art de l'éloquence,
qui étoit chez cux une des routes de la fortune.
Cegoit pour les jouissances exclusives et rafinées,
ce besoin de nouveaux plaisirs, qui naît de la
richesse et de l'oisiveté, leur fit rechercher les arts
des Grecs, et même la conversation de leurs philosophes. Mais les sciences, la philosophie, les arts
--- Page 110 ---
(98 )
du dessin, furent toujoursdes plantes étrangères sau
sol de Rome. L'avarice des vainqueurs couvrit
PItalie de chels-d'ceuvre de la Grèce, enlevés par
la force aux tenples, aux cités dont ils faisoient
Pornement, et dont ils consoloient Pesclavage:
mais les ouvrages d'aucun Romain n'osèrent sy
méler. Cicéron, Lucrèce et Séneque écrivirent
éloquemment dans leur langue sur la philosophie;
mais c'étoit sur celle des Grecs: et pour réformer
le calendrier barbare de Numa, César fat obligé
d'Alexandrie.
d'employer un mathématicien
les factions de
Rome, long-temps déchirée par
ambitieux, occupée de nouvelles congénéraux
les discordes civiles, tomba
quétes, ou agitée par
enfin de son inquiète liberté dans un despotisme
militaire plus orageux encore. Quelle place auroient donc pu trouver les tranquilles méditations
de la philosophie ou des sciences, entre des chefs
qui aspiroient à la tyrannie, et bientôt après sous
la vérité, et qui
des despotes qui craignoient
D'ailhaïssoient également les talens et les vertus?
leurs les sciences et la philosophie sont nécessairement négligées dans tout pays où une carrière
richesses et aux dignités,
honorable, quiconduitaux
naturel
est ouverte à tous ceux que leur penchant
Pétude: et telle étoit à Rome celle de
porte vers
la jurisprudence.
dans TOrient, sont liées
Qnand les Jois, comme
après sous
la vérité, et qui
des despotes qui craignoient
D'ailhaïssoient également les talens et les vertus?
leurs les sciences et la philosophie sont nécessairement négligées dans tout pays où une carrière
richesses et aux dignités,
honorable, quiconduitaux
naturel
est ouverte à tous ceux que leur penchant
Pétude: et telle étoit à Rome celle de
porte vers
la jurisprudence.
dans TOrient, sont liées
Qnand les Jois, comme --- Page 111 ---
(99)
à la religion, le droit de lesi interpréter devicnt un
des plus forts appuis de la tyrannie sacercdotale.
Dans la Grèce, elles avoient fait partie de ce code
donné à chaque ville par son législateur: il les y
avoit liées à l'esprit de la constitution et du gouvernement qu'il avoit établi. Elles y éprouvérent
peu de changemens. Souvent les magistrats en
abusérent: les injustices particulières furent fréquentes; mais les vices des lois n'y conduisirent
jamais à un système de brigandage régulier et
froidement calculé. A Rome, où long-temps on
ne connut d'autre autorité que la tradition des
coutumes, où les juges déclaroient, chaque année,
d'après quels principes ils décideroient les contestations pendant la durée de leur magistrature,
où les premières lois écrites furent unecompilation
des lois grecques, rédigée par des décemvirs plus
occupés de conserver leur pouvoir que de l'honorer en présentant une bonne législation; à Rome,
où depuis cette époque, des lois dictées tour-àtour par le parti du sénat et par celui du peuple,
se succédoient avec rapidité, étoient sans cesse
détruites ou confirmées, corrigées ou aggravées
par des dispositions nouvelles, bientôt leur multiplicité, leur complication, leur obscurité, suite
nécessaire du changement de la langue, firent une
science à part de l'étude et de Pintelligence de ces
lois. Le sénat, profitant du respect du peuple pour
7* --- Page 112 ---
(100) )
les anciennes institutions, sentit bientôt que le
privilége d'interpréter les lois, devenoit presque
équivalent au droit d'en faire de nouvelles; et il
se remplit de jurisconsultes. Leur puissance survéculà celle du sénat même: elle s'accrut sous les
empereurs; parce qu'elle est d'autant plus grande,
quelal législation est plus bizarre et plus incertaine.
La jurisprudence est donc la seule science nouvelle que nous devions aux Romains. Nous en
tracerons Thistoire, qui se lie à celle des progrès
la science de la législation a faits chez les moquel dernes, et surtout à celle des obstacles qu'elle y a
rencontrés.
Nous montrerons comment le respect pour le
droit positifdes Romains, a contribué à conserver quelques idées du droit naturel des hommes,
empécher ensuite ces idées de s'agrandir et
pour de s'étendre; comment nous avons dû au droit
romain un petit nombre de vérités utiles et beaucoup plus de préjugés tyranuiques.
La douceur des lois pénales, sous la république,
mérite de fixer nos regards. Elles avoient en
quelque sorte rendu sacré le sang d'un citoyen
romain. La peine de mort ne pouvoit être portée
contre lui, sans cet appareil d'un pouvoir extraordinaire, qui annonçoit les calamités publiques
etle danger de la patrie. Le peuple entier pouvoit
être réclamé pour juge entre un seul homme et
plus de préjugés tyranuiques.
La douceur des lois pénales, sous la république,
mérite de fixer nos regards. Elles avoient en
quelque sorte rendu sacré le sang d'un citoyen
romain. La peine de mort ne pouvoit être portée
contre lui, sans cet appareil d'un pouvoir extraordinaire, qui annonçoit les calamités publiques
etle danger de la patrie. Le peuple entier pouvoit
être réclamé pour juge entre un seul homme et --- Page 113 ---
(I IOI )
la république. On avoit senti que cette douceur
est, chez un peuple libre, le seul moyen d'empêcher les dissentions politiques de dégénérer en
massacres sanguinaires; on avoit voulu corriger,
par Phumanité dans les lois, la férocité des moeurs
d'un peuple qui, même dans ses jeux, prodiguoit
le sang de ses esclaves: aussi, en s'arrêtant au
temps des Gracques, jamais, dans aucun pays 2
des orages si violens et si répétés ne coûtèrent
moins de sang, ne produisirent moins de crimes.
Il ne nous est resté aucun ouvrage des Romains
sur la politique. Celui de Cicéron sur les lois,
n'éloit vraisemblablement qu'un extrait embelli
des livres des Grecs. Ce n'étoit pas au milieu des
convulsions de la liberté expirante, que la science
sociale auroit pu se naturaliser et se perfectionner.
Sous le despotisme des Césars, Pétude n'en eût
paru qu'une conspiration- contre leur pouvoir.
Rien enfin ne prouve mieux combien elle fut
toujoursinconmue chez les Romains, que d'y voir
T'exemple, unique jusqu'ici dans Phistoire, d'une
succession non-interrompue, depuis Nerva jusqu'a Marc-Aurèle, de cinq empereurs qui réunissoient les vertus, les talens, les lumières, Pamour
de la gloire, le zèle du bien public, sans qu'il
soit émané d'eux une seule institution qui ait
marqué le désir de mettre des bornes au despotisme ou de prévenir les révolations, et de res- --- Page 114 ---
102 )
liens, les parties de celte
serrer, par de nouveaux
la dissoluimmense, dont tout présageoit
masse
tion prochaine.
de
sous une même
La réunion de tant peuples
qui se
Pétendue des deux langues
domination,
et qui toutes deux étoient
partageoient Fempire,
les hommes instruits,
familières à presque tous
contribuer
de concert, devoient
ces causes, agissant
les Jumières sur un plus
sans doute à répandre
Leur effet naturel
grand espaceavec plus d'égalité.
les diffédevoit être encore d'affoiblir peu-à-peu
les sectes philosophiques,
rences qui séparoient
choisiroit dans
de les réunir en une seule, qui conformes à la raichacune les opinions les plus réfléchi avoit le plus
son, celles qu'un examen
la raison
confirmées. C'étoit même à ce point que
du
les
lorsque Peffet
devoit amener philosoples, sectaire permettroit de
temps sur Fenthousiasme
déjà, dans Sen'écouter qu'elle. Aussi trouve-t-on
elle ne
nèque, quelques traces de cette philosophie:
étrangère à la secte académique,
fut même jamais
avec
qui parut se confondre presqu'entierement de Platon furent les
elle; et les derniers disciples
fondateurs de Féclectisme.
avoient
Presque toutes les religions de Vempire
Mais toutes aussi avoient de grands
été nationales.
sorte un air
traits de ressemblancé, et en quelque
de famille. Point de dogmes métaphysiques;
trouve-t-on
elle ne
nèque, quelques traces de cette philosophie:
étrangère à la secte académique,
fut même jamais
avec
qui parut se confondre presqu'entierement de Platon furent les
elle; et les derniers disciples
fondateurs de Féclectisme.
avoient
Presque toutes les religions de Vempire
Mais toutes aussi avoient de grands
été nationales.
sorte un air
traits de ressemblancé, et en quelque
de famille. Point de dogmes métaphysiques; --- Page 115 ---
(105 )
beaucoup de cérémonies bizarres qui avoient un
sens iguoré du peuple, et souvent même des
prêtres, une mythologic absurde, où la multitude
ne voyoitque Phistoire merveilleuse de ses dieux,
oi les, hommes plus instruits soupçonnoient
Pexposition allégorique de dogmes plus relevés;
des sacrifices sanglans, desidoles quir représentoient
les dieux, et dont quelques-unes, consacrées par
le temps, avoient une vertu céleste; des pontifes
dévoués au culte de chaque divinité, sans former
un corps politique, sans même être réunis dans
une communion religieuse; des oracles attachés
à certains temples, à certaines statues; enfin, des
mystères que leurs hiérophantes ne communiquoient qu'en imposant la loi d'un inviolable secret. Tels étoient ces traits de ressemblance.
Ilfaut y ajouter encore que les prêtres, arbitres
de la conscience religieuse, n'avoient jamais osé
prétendre à Têtre de la conscience morale; qu'ils
dirigeoient la pratique du culte, et non les actions
de la vie privée. Ils vendoient à la politique des
oracles ou des augures; ils pouvoient précipiter
lesp peuples dans des guerres, leur dicterdes crimes;
mais ils n'exerçoient aucune influence, ni sur le
gouvernement, ni sur les lois.
Quand les peuples, sujets d'un même empire,
eurent une communication habituelle, et que les
Iumières eurent fait partont des progrès pres- --- Page 116 ---
(104) )
les hommes instruits s'aperçurent
qu'égaux 7
cultes étoient celui d'un dieu
bientôt que tous ces
imunique, dont les divinités si multiplices, objets
n'étoient que
médiats de Padoration populaire,
les modifications ou les ministres.
chez les Gaulois, et dans quelques
Cependant,
les Romains avoient trouvé
cantons de T'Orient,
Là, les prêtres
des religions d'un autre genre.
consistoit
étoient les juges de la morale : la vertu
ils
dans Pobéissance à la volonté d'un dieu, dont
disoient les seuls interprètes. Leur empire
se
T'homme tout entier; le temple se
s'étendoit sur
étoit adorateur de
confondoit avec la patrie: on
avant d'être citoyen ou sujet
Jéhova ou d'OEsus,
décidoientà quelles lois
de T'empire; et Ies prêtres
humaines leur dieu permettoit d'obéir.
des
devoient blesser Torgueil
Ces religions
Celle des Gaulois étoit trop
maitres du Monde.
hâtassent point de la
puissante, pour qu'ils ne se
détruire. La nation Juive fut même dispersée:
mais la vigilance du gouvernement, ou dédaigna,
atteindre les sectes obscures quise forou ne put
du débris de ces cultes antiques.
mèrent en secret
de la phiUn des bienfaits de la propagation
avoit été de détruire la croyance
losophic grecque
dans toutes les classes où
des divinités populaires,
étendue. Un
Yon recevoit une instruction un peu
théisme vague, ou le pure mécanisme d'Epicure,
ive fut même dispersée:
mais la vigilance du gouvernement, ou dédaigna,
atteindre les sectes obscures quise forou ne put
du débris de ces cultes antiques.
mèrent en secret
de la phiUn des bienfaits de la propagation
avoit été de détruire la croyance
losophic grecque
dans toutes les classes où
des divinités populaires,
étendue. Un
Yon recevoit une instruction un peu
théisme vague, ou le pure mécanisme d'Epicure, --- Page 117 ---
(105 )
étoit, même dès le temps de Cicéron, la doctrine
commune de quiconque avoit cultivé son esprit,
de tous ceux qui dirigeoientles affaires publiques.
Cette classe d'hommes s'attacha nécessairement à
l'ancienne religion, mais en cherchant à Pépurer, 2
parce que la multplicité de ces dieux de tout pays
avoit lassé même la crédulité du peuple. On vit
alors les philosophes former des systèmes sur les
génies intermédiaires, se soumettre à des préparations, à des pratiques, à un régime religieux,
pour se rendre plus digne d'approcher de ces
intelligences supérieures; et ce fut dans les dialogues de Platon, qu'ils cherchèrent les fondemens
de cette doctrine.
Le peuple des nations conquises, lesinfortunés,
les hommes d'une imagination ardente et foible,
durent s'attacher de préférence aux religions sacerdotales, parce que Pintérêt des prêtres dominateurs leur inspiroit précisément cette doctrine
d'égalité dans Fesclavage, de renoncement aux
biens temporels, de récompenses célestes réservées à l'aveugle soumission, aux souffrances, aux
humiliations volontaires ou supportées avec palience : doctrine si séduisante pour Phumanité
oppriméel Mais ils avoient besoin de relever, par
quelques subtilités philosophiques, leur mythologie grossière; et c'est encore à Platon qu'ils
eurent recours. Ses dialogues furent l'arsenal ou --- Page 118 ---
( io6 2
)
les deux partis allèrent forger leurs armes théoloNous verrons, dans la suite, Aristote obgiques.
honneur, et se tronyer à-latenir un semblable
athées.
fois le maître des théologiens et le chefdes
Vingt sectes égyptionnes, judaiques, s'accordant
la religion de P'empire, mais se
pour attaquer entre elles avec une égale fureur,
combattant
dans la religion de Jésus.
finirent par se perdre de"leurs débris une hisOn parvint à composer
et une:
toire, une croyance 2 des cérémonies,
de
la masse
morale, auxquels se réunit peu-à-peu
ces illuminés.
à un Messie enTous croyoient à un Christ,
Cest
voyé de Dieu pour réparer le genre humain.
fondamental de toute secte, qui veut
le dogme les débris des sectes anciennes. On se
sélever sur
disputoit sur le temps, sur le lien de son apparition, sur son nom mortel; mais celui d'un prophête qui avoit, dit-on, paru en Palestine, sous
Tibère, éclipsa tous les autres; et les nouveaux
ralliérent sous Fétendard du fils de
fanatiques se
Marie.
s'affoiblissoit, plus cette religion
Plus Pempire
Lavilissechrétienne faisoit des progrès rapides.
du Monde s'étendoit
ment des-anciens conquérans
à leurs vicsur les dieux qui, après avoir présidé
toiros, n'étoient plus que les témoins impuissans
de leurs défaites. L'esprit de la nouvellesecle con-
autres; et les nouveaux
ralliérent sous Fétendard du fils de
fanatiques se
Marie.
s'affoiblissoit, plus cette religion
Plus Pempire
Lavilissechrétienne faisoit des progrès rapides.
du Monde s'étendoit
ment des-anciens conquérans
à leurs vicsur les dieux qui, après avoir présidé
toiros, n'étoient plus que les témoins impuissans
de leurs défaites. L'esprit de la nouvellesecle con- --- Page 119 ---
(1 107 )
venoit mieux à des temps de décadence et de
malheur. Ses chefs, malgré leurs-fourberies et leurs
vices, étoient des enthousiastes prêts à périr pour
leur doctrine. Le zèle religieux des philosophes
et des grands, n'éloit qu'une dévotion politique:
et toute religion qu'on se permet de défendre
comme une croyance qu'il est utile de laisser au
peuple, ne peut plus espérer qu'une agonie plus
ou moins prolongée. Bientôt le christianisme devient un parti puissant; il se mêle aux querelles
des Césars; il met Constantin sur le trône, et s'y
place lui-même à côté de ses foibles successeurs.
En vain un de ces hommes extraordinaires que
le hasard élève quelquefois à la souveraine puissance, Julien, voulut délivrer l'empire de ce fléau,
qui devoit en accélérer la chute: ses vertus, son
indalgente humanité, la simplicité de ses moeurs,
P'élévation de son âme et de son caractère, SCS
talens, son courage, son génie militaire, l'éclat de
ses victoires, tout sembloit lui promeltre le succès.
On ne pouvoit lui reprocher que de montrer pour
une religion, devenue ridicule, un attachement
indigne de lui, s'il étoit sincère; maladroit par
son exagération, s'il n'étoit que politique: mais
il périt au milieu de sa gloire, après un règne de
deux années. Le colosse de Tempire romain ne
trouva plus de bras assez puissans pour le soutenir; et la mort de Julien brisa la seule digue qui --- Page 120 ---
108 )
pat encore s'opposer au torrent des superstitions
nouvelles, comme aux inondations des barbares.
Le mépris des sciences humaines étoit un des
caractères du christianisme. Il avoit à
premiers des outrages de la philosophie; il craise venger
d'examen et de doute, cette congnoit cet esprit
fléau de toutes les
fiance en sa propre raison,
des sciences
religieuses. La lumière
naturelles croyances lui étoit même odieuse et suspecte; car
le succès des
elles sont très - dangereuses pour
force
miracles:et il n'y a point de religion qui ne
à dévorer quelques absurdités physes sectateurs
du christianisme fut le
siques. Ainsi le triomphe
et
de l'entière décadence, et des sciences,
signal
de la philosophic.
si l'art
Les sciences auroient pu s'en préserver,
eût été connu; mais les manude T'imprimerie
nombre;
scrits' d'un même livre étoient en petit
foril falloit, pour se procurer les ouvrages qui
le
entier d'une science, des soins,
moient corps
souvent des voyages et des dépenses auxquelles Il
les hommes riches pouvoient seuls atteindre.
dominant de faire disparoitre
étoit facile au parti
ou démasles livres qui choquoient ses préjugés des barbares
Uneinvasion
quoient ses impostures.
jamais un
pouvoit, en un seul jour, priver pour La destrucentier des moyens de s'instruire.
pays
étoit souvent, pour toute
tion d'un seul manuscrit
des soins,
moient corps
souvent des voyages et des dépenses auxquelles Il
les hommes riches pouvoient seuls atteindre.
dominant de faire disparoitre
étoit facile au parti
ou démasles livres qui choquoient ses préjugés des barbares
Uneinvasion
quoient ses impostures.
jamais un
pouvoit, en un seul jour, priver pour La destrucentier des moyens de s'instruire.
pays
étoit souvent, pour toute
tion d'un seul manuscrit --- Page 121 ---
( 109 )
une contrée, une perte irréparable. On ne copioit
d'ailleurs que les ouvrages recommandés par le
nom de leurs auteurs. Toutes ces recherches, qui
leur
ne peuvent acquérir d'importance que par
réunion, ces observations isolées, ces perfectionnemens de détail qui servent à maintenir les
sciences au même niveau, qui en préparent les
progrès, tous ces matériaux que le temps amasse, 7
et qui attendent le génic, restoient condamnés à
une éternelle obscurité. Ce concert des savans,
cette réunion de leurs forces si utile, si nécessaire
mêmeà certaines époques, n'existoit pas. Il falloit
que le même individu pût commencer et achever
une découverte; et il étoit obligé de combattre
seul toutes les résistances que la nature oppose
à nos efforts. Les ouvrages qui facilitent Pétude
des sciences, qui en éclaircissent les difficultés,
qui en présentent les vérités sous des formes plus
commodes et plus simples, ces détails des observations, ces développemens qui souvent éclairent
sur les erreurs des résultats, et où le lecteur saisit
ce que l'auteur n'a point lui-même aperçu; ces
ouvrages n'auroient pu trouver ni copistes ni
lecteurs.
Il étoit donc impossible que les sciences, déjà
parvenues à une étendue qui en rendoit difficiles,
et les progrès, et même l'étude approfondie,
pussent se soutenir d'elles-mèmes, et résister à --- Page 122 ---
(no)
vers leur
la pente qui les entraînoit rapidement
décadence. Ainsi l'on ne doit pas s'étonner que
qui dans la suite n'a point été
le christianisme,
les empécher de reparoitre
assez puissant pour linvention de limprimerie, l'ait
avec éclat, après
la ruine.
été alors assez pour en consommer
l'art dramatique, qui ne
Si lon en excepte
dut tomber avec
fleurit que dans Athènes, et qui
ne respire que dans un
clle et Téloquence, qui
des Grecs
air libre, la langue et la littérature
leur splendeur. Lucien
conservèrent long-temps
déparé le siècle
et Plutarque n'auroient point
niveau
d'Alexandre. Rome, il est vrai, s'éleva au
de la Grèce dans la poésic, dans Péloquence,
dans Phistoire, dans P'art de traiter avec dignité,
les sujets arides de
avec élégance, avec agrément, La Grèce même n'a
la philosophie et des sciences.
Virgile,
point de poète qui donne, autant que historien
l'idée de la perfection : elle n'a aucun
ségaler à Tacite. Mais ce moment
qui puisse
décadence. Dès
d'éclat fut suivi d'une prompte
des
de Lucien, Rome n'avoit plus que
le temps
barbares. Chrysostôme parle enécrivains presque
de Démosthènes. On ne reconnoit
core la langue
ni dans
plus celle de Cicéron ou de Tite-Live,
ni même dans Jérôme, qui n'a point
Augustin, l'influence de la barbarie africaine.
pour excuse
à Rome Tétude des lettres,
Cest que jamais
adence. Dès
d'éclat fut suivi d'une prompte
des
de Lucien, Rome n'avoit plus que
le temps
barbares. Chrysostôme parle enécrivains presque
de Démosthènes. On ne reconnoit
core la langue
ni dans
plus celle de Cicéron ou de Tite-Live,
ni même dans Jérôme, qui n'a point
Augustin, l'influence de la barbarie africaine.
pour excuse
à Rome Tétude des lettres,
Cest que jamais --- Page 123 ---
(ur )
l'amour des arts, ne fut un goût vraîment populaire; c'est que la perfection passagère de la langue
y fut Pouvrage, non du génie national, mais de
quelques hommes que la Grèce avoit formés. C'est
que le territoire de Rome fut toujours pour les
leltres un sol étranger, où une culture assidue
avoit pu les naturaliser, mais où elles devoient
dégénérer dès qu'elles resteroient abandonnées à
elles-mémes.
L'importance donc fut long-temps, à Rome et
dans Ja Grèce, le talent de la tribune, et celui du
barreau y multplia la classe des rhéteurs. Leurs
travaux ont contribué aux progrès de l'art dont
ils ont développé les principes et les finesses. Mais
ils en enscignoient un autre trop négligé par les
modernes, et qu'il faudroit transporter aujourd'hui des ouvrages prononcés aux ouvrages imprimés. C'est l'art de préparer avec facilité, et en
peu de temps, des discours que la disposition de
leurs parties, la méthode qui y règne, les orne
mens qu'on sait y répandre, rendent du-moins
supportables; c'est celui de pouvoir parler presque sur-le-champ, sans fatiguer ses auditeurs du
désordre de ses idées, de la diffusion de son.style;
sans les révolter par d'extravagantes déclamations,
par des non-sens grossiers, par de bizarres disparates. Combien cet art ne seroil-il pas utile dans
tous les pays où les fonctions d'une place, un --- Page 124 ---
I 20 112) )
devoir public, un intérêt particulier, 7 peuvent de
à parler, à écrire sans avoir le temps
obliger
Son hisméditer ses discours ou ses ouvrages!
mérite d'autant plus de nous occuper, que
toire
il seroit souvent
les modernes, à qui cependant
le côté
semblent n'en avoir connu que
nécessnire,
ridicule.
del'époque dont fachève
Dèsle commencement
les livres s'étoient assez multipliés;
ici le tableau,
avoit semé d'assez grandes
la distance des temps
écrivains
obscurités sur les ouvrages des premiers
des
que cette étude des livres et
de la Grèce, pour
forconnue sous le nom d'érudition,
opinions,
importante des travaux de Tesprit:
mât une partie d'Alesandrie se peupla de grametla bibliothèque
mairiens et de critiques.
un
On observe, dans ce qui nous reste d'eux,
à mesurer leur admiration ou leur conpenchant
d'un livre, sur la difficulté
fiance sur Pancienneté
de Pentendre ou de le trouver; une disposition mais
à juger les opinions, non en elles-mémes, Taude leurs auteurs; à croire d'après
sur le nom
la raison; enfin, lidée
torité, plutôt que d'après de la décadence du genre
si fausse et si funeste
antiques.
humain, et de la supériorité des temps
les hommes attachent à ce qui
L'importauce que
à ce qui leur
fait l'objet de leurs occupations,
et
coûté des efforts, est à-la-fois Fexplication
a
à juger les opinions, non en elles-mémes, Taude leurs auteurs; à croire d'après
sur le nom
la raison; enfin, lidée
torité, plutôt que d'après de la décadence du genre
si fausse et si funeste
antiques.
humain, et de la supériorité des temps
les hommes attachent à ce qui
L'importauce que
à ce qui leur
fait l'objet de leurs occupations,
et
coûté des efforts, est à-la-fois Fexplication
a --- Page 125 ---
(115) )
l'excuse de ces erreurs, que les érudits de tous
les pays et de tous les temps ont plus ou moins
partagées.
On peut reprocher aux érudits grecs et romains, et même à leurs savans et à leurs philosophes, d'avoir manqué absolument de cet esprit
de doute qui soumet à l'examen sévère de la raison et les faits et leurs preuves. En parcourant
dans leurs écrits P'histoire des évènemens ou des
mceurs, celle des productions et des phénomènes
dela nature, ou des produits et des procédés des
arts, on s'étonne de les voir raconter avec tranquillité les absurdités les plus palpables, les prodiges les plus révoltans : un on dit, ort rapporte,
placé aul commencement de la phrase, leur paroit suffire pour se mettre à l'abri du ridicule d'une
crédulité puérile. C'est surtout au malheur d'ignorer encore l'art de limprimerie, qu'on doit attribuer cette indifférence qui a corrompu chez
eux l'élude de Phistoire, et quis'est opposée à leurs
progrès dans la connoissance de la nature. La
cerlitude d'avoir rassemblé Sur chaqne fait toutes
les autorités qui peuvent le confirmer ou le détruire, la facilité de comparer Ies divers témoignages, de s'éclairer par les discussions que fait
naître leur différence, tous ces moyens des'assurer
de la vérité, ne peuvent exister que lorsqu'il est
possible d'avoir un grand nombre de livres, d'en
--- Page 126 ---
(114)
indéfiniment les copies, 2 de ne pas
muluplier craindre de leur, donner trop d'étendue.
Comment des relations de voyageurs, des desdont souvent il n'existoit qu'une copie,
criptions, n'étoient point soumises à la censure puqui
cette autorité,
blique, auroient-elles pu acquérir
dont l'avantage de n'avoir pas été contredites,
Têtre, est la première base ? Ainsi,
et d'avoir pu
également, parce qu'il étoit
l'on rapportoit tout,
certitude ce qui
difficile de choisir avec quelque
nous ne
méritoit d'être rapporté. D'ailleurs,
en droit de nous étonner de cette
sommes pas
avec une même confiance,
facilité à présenter
et les faits les plus
d'après des aurorités égales, miraculeux. Cette ernaturels et les faits les plus
comme
est encore enseignée dans nos écoles
reur
tandis qu'une incréun principe de philosophie,
nous porte
dulité exagérée dans le sens contraire,
sans examen tout ce qui nous paroit
à rejeter
et la scienee qui peut seule
hors de la nature:
entre ces deux exnous apprendre à trouver,
de
trêmes, le point oûù la raison nous prescrit
n'a commencé à exister que de nos
nous arrêter,
jours.
faits les plus
comme
est encore enseignée dans nos écoles
reur
tandis qu'une incréun principe de philosophie,
nous porte
dulité exagérée dans le sens contraire,
sans examen tout ce qui nous paroit
à rejeter
et la scienee qui peut seule
hors de la nature:
entre ces deux exnous apprendre à trouver,
de
trêmes, le point oûù la raison nous prescrit
n'a commencé à exister que de nos
nous arrêter,
jours. --- Page 127 ---
(115) 1
SIXIÈME ÉPOQUE.
Décadence des Lumieres, jusqu'a leur
restaurationvers le temps des Croisades.
DANs cette époque désastreuse, nous verrons
l'esprithumain descendre rapidement del la hauteur
ou il s'étoit élevé, et l'ignorance trainer après elle,
içi la férocité, ailleurs une cruauté raffinée, partout la corruption et la perfidie. A peine quelques
éclairs de talent, quelques traits de grandeur
d'âme ou de bonté peuvent-ils percer à travers
cette nuit profonde. Des réveries théologiques,
des impostures superstitieuses sont le seul génie
des hommes 2 l'intolérance religieuse leur seule
morale; et FEurope, comprimée entre la tyrannie sacerdotale et le despotisme militaire, attend
dans le sang et dans les larmes le moment où de
nouvelles lumières lui permettront de renaitre à
la liberté, à Phumanité et aux vertus.
Ici nous sommes obligés de partager lç tableau
8 * --- Page 128 ---
(n6)
deux
distinctes : la première embrasen
parties ou la décadence fut plus rapide
sera TOccident, mais où lejour de la raison devoit
et plus absolue,
s'éteindre
; et la sereparoitre pour ne
jamais décadence fut
conde, TOrient, pour qui cetle
moins entière, mais qui
plus lente, long-temps
où la raison pourra
ne voit pas encore le moment
l'éclairer et briser ses chaines.
eut-elle abattu
A peine la piété chrétienne
devint la
T'antel de la victoire, que FOccident
des barbares. Ils embrassérent la religion
proie
la langue des
nouvelle, mais ils ne prirent point
vaincus :les prêtres seuls la conservèrent; et grâce
à leur mépris pour les lettres
à leur ignorance,
auroit pu
humaines, on vit disparoitre ce qu'on
de la lecture des livres latins, puisque
espérer
être lus que par eux.
ces livres ne pouvoient plus
moeurs bar1! On connoit assez Pignorance et les
milieu
bares des vainqueurs: : cependant, c'est du
sortit la destruction
de cette férocité stupide que
déshonoré
de Pesclavage donestique , qui avoit
les beaux jours de la Grèce savante et libre.
Les serfs de la glebe cultivoient les terres des
vainqueurs. Cette classe opprinéefoumitsoity pour
leurs maisons des domestiques, dont la dépendance suflisoit à leur orgueil et à leurs daprices.
Ils cherchoient donc dans la guerre, non des
esclayes, mais des terres et des colons.
de cette férocité stupide que
déshonoré
de Pesclavage donestique , qui avoit
les beaux jours de la Grèce savante et libre.
Les serfs de la glebe cultivoient les terres des
vainqueurs. Cette classe opprinéefoumitsoity pour
leurs maisons des domestiques, dont la dépendance suflisoit à leur orgueil et à leurs daprices.
Ils cherchoient donc dans la guerre, non des
esclayes, mais des terres et des colons. --- Page 129 ---
(117 )
D'ailleurs, les esclaves qu'ils trouvoient dans
les contrées envahies par eux, étoient en grande
partie, ou des prisonniers faits sur quelqu'une des
tribus de la nation victorieuse, ou les enfans de
ces prisonniers. Un grand nombre, au moment
de la conquête, avoient fui, ou s'étoient joints à
l'armée des conquérans.
Enfin les principes de fraternité générale, qui
faisoient partie de la morale chrétienne, condamnoient P'esclavage; et les prêtres n'ayant aucun
intérêt politique à contredire sur ce point des
maximes qui honoroient leur cause 2 aidèrent
par leurs discours à une destruction que les événemens et les moeurs devoient nécessairement
amener.
Ce changement a été le germe d'une révolution
dans les destinées de Fespèce humaine; elle lui
doit d'avoir pu connoitrela véritable liberté. Mais
il n'eut d'abord qu'une influence presque insensible sur le sort des individus. On se feroit une
fausse idée de la servitude chez les Anciens, si on
la comparoit à celle de nos Noirs. Les Spartiates,
les grands de Rome, les satrapes de POrient,
furent à-la-vérité des maîtres barbares. L'avarice
déployoit toute sa cruauté dans les travaux des
mines; mais presque partout, Tintérétavoitadouci
l'esclavage dans les familles particulières. L'inpunité des violences commises contre le serf de --- Page 130 ---
(118-)
étoit plus grande encore, puisqué la
la élobe
avoit fixé le prix. La dépenloi elle-même en
être
dance étoit presque égale, sans
compensée
autant de soins et de secours. Lhumiliation
pàr moins continue ; mais Torgueil avoit pluis
éloit
condamné
d'arrogance. L'esclave étoit un homme
de la
le hasard, à un état auiquel le sort
Le
par
son maître.
guerre pouvoit un jour exposer classe inférieure et
serf étoit un individa dune
dégradée.
dans ses conséquences
C'est done principalément considérer cétté deséloignées que nous devons
truction de l'esclavage domestiqué.
barbarés avoient à-peu-près
Toutés ces nations
chef commun appelé
la même constitution; un
des juroi, qui, àvec un conseil, prononçoit eût été
ét donnoit les décisions qu'il
gemens,
une assémblée de chefs
dangereux de retarder; consultée sur toutes les
particuliers, qui étoit
enfin, une assemrésolutions un peu importantes; les délibérations
blée du peuplc,ph se prenoient Les différences
intéressoient le peuple entier.
qui
essentielles étoient dans le plus ou moins
les plus
trois
qui n'étoient pas
d'autorité de ces
pouvoirs,
mais
distingnés par la nature de leurs fonctions,
celle des affaires, et surtout de Vintérêt què
par
la masse des citoyens y avoitaltaché. surtout chez
et
Chez ces peuples agriculteurs,
blée du peuplc,ph se prenoient Les différences
intéressoient le peuple entier.
qui
essentielles étoient dans le plus ou moins
les plus
trois
qui n'étoient pas
d'autorité de ces
pouvoirs,
mais
distingnés par la nature de leurs fonctions,
celle des affaires, et surtout de Vintérêt què
par
la masse des citoyens y avoitaltaché. surtout chez
et
Chez ces peuples agriculteurs, --- Page 131 ---
(119
ceux qui avoient déjà formé un premier établissement sur un territoire étranger, ces constitutions
avoient pris une forme plus régulière, plus solide
chezles peuples pasteurs. D'ailleurs, 2 Ia nation
que étoit dispersée et non réunie dans des
y
camps
plus ou moins nombreux. Ainsi, le roi n'eut point
auprès de lui une armée toujours rassemblée; et
le despotisme ne put y suivre presque immédiatement la conquête, comme dans les révolutions
de PAsie.
La nation victorieuse ne fut donc point asservie.
En-méme-temps, ces conquérans conservèrent des
villes, mais sans les habiter eux - mêmes. N'étant
point contenues par une force armée, puisqu'il
n'en existoit point de permanente, elles acquirent
une sorte de puissance ; et ce fut un point d'appui
pour la liberté de la nation vaincue.
L'Italie fut souvent envabie par les barbares;
mais ils ne purent y former d'établissement durable, parce que ses richesses excitoient sans cesse
P'avarice de nouveaux vainqueurs, et que les Grecs
conservèrent long-temps l'espérance de la réunir
à leur empire-Jamais elle ne fut asservie par aucun
peuple, ni toute entière, ni d'une manière durable. La langue latine, quiyéoitlalangue unique
du peuple, s'y corrompit plus lentement, Fignorance n'y fut pas aussi complète, la superstition
aussi stupide que dans le reste de POccident. --- Page 132 ---
( 120 )
Rome, qui ne reconnut de maîtres que pour
en changer, conservoit une sorte d'indépendauce.
Elle étoit la résidence du chefde la religion. Ainsi,
tandis que, dàns l'Orient soumis à un seul prince,
le clergé, tantôt gouvernant lesempereurs, lantôt
conspirant contre eux, soutenoit le despotisme,
même en combattant le despote, et aimoit mieux
se servir detout le pouvoir d'un maître absolu que
de lui en disputer une partie, on vit au contraire,
dans POccident, les prêtres, réunis sous un chef
commun, élever une puissance rivale de celle des
rois, et former dans ces états divisés une sorte de
monarchie unique et indépendante.
Nous montrerons cette ville dominatrice essayant sur l'uniyers les chaînes d'une nouvelle
tyrannie; ses pontifes subjuguant lignorante crédulité par des actes grossièrement forgés; mélant
la religion à toutes les transactions de la vie civile,
pour s'en jouer au gré de leur avarice ou de leur
orgueilipunissant d'un anathénicterrible,p parlhorreur dont il frappoit l'esprit des peuples la
noindre opposition à leurs lois, la moindre 3 résistance à leurs prétentions insensées; ayant dans
tous les états une armée de moines, toujours prêts
à exalter par leurs impostures les terrenrs
superstitieuses, afin de soulever plus puissamment le
fanatisme, privant les nations de leur culte et des
cérémonies sur lesquclles s'appuyoient leurs espé-
issant d'un anathénicterrible,p parlhorreur dont il frappoit l'esprit des peuples la
noindre opposition à leurs lois, la moindre 3 résistance à leurs prétentions insensées; ayant dans
tous les états une armée de moines, toujours prêts
à exalter par leurs impostures les terrenrs
superstitieuses, afin de soulever plus puissamment le
fanatisme, privant les nations de leur culte et des
cérémonies sur lesquclles s'appuyoient leurs espé- --- Page 133 ---
(321) )
les exciter à la guerre
rances religienses, pour
civile ; troublant tout pour tout dominer; ; ordonnant au nom de Dieu la trahison etle parjure,
l'assassinat et le parricide; faisant tour-à-tour des
rois et des guerriers les instrumens et les victimes
de leurs vengeances; ; disposant de la force, mais
ne la possédant jamais; terribles à leurs ennemis,
mais tremblans devant leurs propres défenseurs;
tout-puissans aux extrémités de-I FEurope, mais
impunément outragés au pied même de leurs
autels ; ayant bien trouvé dans le Ciel le point
d'appui du lévier qui devoit remuer le monde,
mais n'ayant pas su trouver sur la terre de régulateur qui pàt à leur gré en diriger et en conserver
Faction; élevant enfin, mais sur des pieds d'argile,
devoit
un colosse qui, aptiondirorpeinefargs
encorela fatiguerl long-tempsdut poidsde ses débris.
La conquête avoit soumis TOccident à une
anarchie tumultueuse, dans laquelle le peuple
gémissoit sous la triple tyrannic des rois, des chefs
guerriers et des prétres : mais cetle anarchie portoit dans son sein des germes de liberté. On doit
comprendre dans cette portion de l'Europe, les
pays où les Romains n'avoient point pénétré. Entraînés dans le mouvement général, conquérans
et conquis tour-à-tour, ayant la même origine,
les mêmes moeurs que les conquérans de l'empire,
ces peuples se confondirent avec eux dans une --- Page 134 ---
( - 122 )
masse commune. Leur état politique dut éprouver les mêmes changemens et suivre une marche
semblable.
de
Nous tracerons le tableau des révolutions
féodale, nom qui sert à le caraccette anarchie
tériser.
et barbare. Si
La législation y fut incohérente
hulon trouve souvent des lois douces, cette
y
impumanité apparente n'étoit qu'une dangereuse
quelques institations
nité. On; yobservé cependant à-la-vérité que les
précienses, qui ne consacrant
droits de classes opprimantés, étoient un outrage
de plus à ceux des hommes, mais qui du-moins
foible idée, et devoient
en conservoient quelque
et
servir de guide pour les reconnoitre
un jour
les rétablir.
deux usages singuCette législation présentoit
des nations et
liers, qui caractérisent et Penfance
des siècles grossiers. Un coupable pouFignorance
une somme
voit se racheter de la peine pour la vie des
d'argent fixée par la loi, qui apprécioit
hommes suivant Jeur dignité ou leur naissance.
comme une
Les crimes n'étoient pas regardés
atteinte à la sûreté, aux droits des citoyens, mais que
la crainte du supplice devoit prévenir 2 luiun
fait à un individu, que
comme
outrage avoient droit de venger, et
même ou sa famille
plus utile.
dont la loi leur offroit une réparation
la peine pour la vie des
d'argent fixée par la loi, qui apprécioit
hommes suivant Jeur dignité ou leur naissance.
comme une
Les crimes n'étoient pas regardés
atteinte à la sûreté, aux droits des citoyens, mais que
la crainte du supplice devoit prévenir 2 luiun
fait à un individu, que
comme
outrage avoient droit de venger, et
même ou sa famille
plus utile.
dont la loi leur offroit une réparation --- Page 135 ---
(125 )
On avoit si peu d'idée des preuves sur lesquelles
la réalitéd'un fait peut être appuyée,qu'on trouva
plus simple de demander au ciel un miracle,
toutes les fois qu'ils'agissoit de distinguer le crime
d'avec Finnocence: et le succès d'une épreuve superstitieuse, ou le sort d'un combat, furent regardés comme les moyens les plus sûrs de découvrir
et de reconnoîtrel la vérité.
Chez des hommes qui confondoient l'indépendance et la liberté, les querelles entre ceux qui
dominoient sur une portion même très-petite du
territoire, devoient dégénérer en guerres privées;
et ces guerres se faisant de canton à canton, de
villageà village, livroient habituellementla surface
entière de chaque pays à toutes ces horreurs qui
du-moins ne sont que passagères dans les grandes
invasions, et qui, dans les guerrés générales, ne
désolent que les frontières.
Toutes les fois que la'tyrannie s'efforce de soumettre la masse d'un peuple à la volonté d'une
de ses portions, elle compte parmi ses moyens les
préjugés etlignorance de ses victimes; elle cherche
à compenser par la réunion, par l'activité d'uné
force moindre, cette supériorité de force réelle
qui semble ne pouvoir cesser d'appartenir au plus
grand nombre. Mais le dernier terme de ses espérances, celui auquel elle peut rarement atteindre,
c'est d'établir éntre les maîtres et les esclaves une --- Page 136 ---
(124 )
différence réelle, qui en quelque sorte rende la
matureelle-méme complice de l'inégalité politique.
Tel fat, dans les temps reculés, P'art des prêtres
orientaux, lorsqu'on les voyoità-la-fois rois, pontifes, juges, astronomes, arpenteurs, 2 artistes et
médecins. Mais ce qu'ils durent à la possession
exclusive des facultés intellectnelles, les tyrans
grossiers de nos foibles ancêtres l'obtinrent par
leurs institutions et par leurs habitudes guerrières.
Couverts d'armes impénétrables, ne combattant
que sur des chevaux invulnérables comme eux,
ne pouvant acquérir la force et l'adresse nécessaires pour dresser et conduireleurs chevaux, pour
supporter et manier leurs armes, que par un long
et pénible apprentissage, ils pouyoient opprimer
avec impunité, et tuer sans péril l'homme du
peuple qui n'étoit pas assez riche pour se procurer ces armures cotteuses, et dont la jeunesse,
réclamée par des travaux utiles, n'avoit pu être
consacrée aux exercices militaires.
Ainsi,la tyrannie du petit nombre avoit acquis
par Pusage de cette manière de combattre, une
supériorité réelle de force, qpi devoit prévenir
toute idée de résistance, et rendre Jong-temps
inutiles les efforts mêmes du désespoir: ainsi
lité
Tégade la nature disparut devant cette inégalité
factice des forces physiques.
La morale, enseignée par. les prêtres seuls, ren-
it pu être
consacrée aux exercices militaires.
Ainsi,la tyrannie du petit nombre avoit acquis
par Pusage de cette manière de combattre, une
supériorité réelle de force, qpi devoit prévenir
toute idée de résistance, et rendre Jong-temps
inutiles les efforts mêmes du désespoir: ainsi
lité
Tégade la nature disparut devant cette inégalité
factice des forces physiques.
La morale, enseignée par. les prêtres seuls, ren- --- Page 137 ---
(125 )
fermoit ces principes universels qu'aucune secte
n'a méconnus; mais elle créoit une foule dedevoirs
purement religieux, de péchés imaginaires. Ces
devoirs étoient plus fortement recommandés que
ceux de la nature; et des actions indifférentes,
légitimes, souvent méme.v vertueuses, étoient plus
sévèrement reprochées et punies, que des crimes
réels. Cependant un moment de repentir, consacré par labsolution dun prétre, ouvroit le ciel
aux scélérats; des dons à léglise, et quelques pratiques qui flattoient son orgueil, suffisoient pour
expier une vie chargée de crimes. On alla même
jusqu'à former un tarif de ces absolutions. On
comprenoit avec soin parmi ces péchés, depuis sles
foiblesses les plus innocentes de Pamour, depuis
les simples désirs, jusqu'aux raffinemens et aux
excès de la débauche la plus chapuleuse. On savoit
que presque personne ne pouvoit échapperà cette
censure; et c'étdit une des branches les plus pro
ductives du commerce sacerdotal. On imagina
jusqu'à un enfer d'une durée limitée, que les
prétres avoient le pouvoir d'abréger, dont ils pouvoient même dispenser;etils faisoient acheter eette
grâce, d'abord aux vivans, ensuite aux parens,
aux amis des morts. Ils vendoient des arpens dans
le ciel pour un nombre égal d'arpens terrestres;
et ils avoient la modestie de ne pas exiger de
retour! --- Page 138 ---
(-126 ).
Les moeurs de ces temps malheureux furent
dignes d'un système si profondément corrupteurs
Les progrès de ce même système, des moines,
d'anciens miracles, tantôt en fatantôt inventant
de fables et
briquant de nouveaux, et nourrissant
Pignorante stupidité du peuple, qu'ils
de prodiges
des docteurs, emtrompoient pour le dépouiller;
ployant tout ce qu'ils avoient d'imagination, pour
enrichir leur croyance de quelque absurdité nouen quelque sorte sur celles qui
velle, ct renchérir
leur avoient été transmises; des prêures forçant
à livrer aux flammes, et les hommes
les princes ou'douter d'un seul de leurs dogmes,
qui osoient,
de
entrevoir leurs impostures, ou s'indigner
ou
s'écartoient un moment
leurs crimes, et ceux qui
jusqu'aux théod'une aveugle obéissance, enfin,
de
eux-mêmes, quand ils se permettoient
logiens
des chefs plus accrédités dans
rèver autrement que
les seuls
dans cette époque,
Téglise.. e Tels sont,
occidentale de
traits que les moeurs de la partie
fournir au tableau de Tespèce
FEurope puissent
bumaine. POrient réuni sous un seul despote, nous
Dans
Jente suivre Taffoiverrons une décadence plus
et la
blissement graduel de Tempire; Tignorance
sieelel'emporter de quelques
corruption de chaque
du siècle
degrés sur Fignorance et la corruption
tandis que les richesses diminuoient,
précédent;
Tels sont,
occidentale de
traits que les moeurs de la partie
fournir au tableau de Tespèce
FEurope puissent
bumaine. POrient réuni sous un seul despote, nous
Dans
Jente suivre Taffoiverrons une décadence plus
et la
blissement graduel de Tempire; Tignorance
sieelel'emporter de quelques
corruption de chaque
du siècle
degrés sur Fignorance et la corruption
tandis que les richesses diminuoient,
précédent; --- Page 139 ---
(127 )
gue les frontières se rapprochoient de la capitale,
que les révolutions étoient plus fréquentes, que la
tyranpie étoit plus lâche et plus cruelle.
En suivant Phistoire de cet empire, en lisant les
livres que chaqueâge a produits, cette çorrespondance frappera les yeux les moins exercés et les
moins attentifs.
Dans TOrient, le peuple se livroit davantage
aux querelles théologiques : elles y occupent une
place plus grande dans Phistoire, y influent davantage sur les événemens politiques; les rèveries
sy montrent avec une subtilité que l'Occident
jaloux ne pouvoit encore atteindre. L'intolérance
religieuse y est aussi oppressive, mais moins féroce.
Cependant les ouvrages de Photius annoncent
que le goût des études raisonnables n'étoit point
éteint. Quelques empereurs, des princes, desprincesses même, ne se bornèrent point à l'honneur
de briller dans les disputes théologiques, et daignérent cultiver les lettres humaines.
La législation romaine n'y fut altérée que lentement, par ce mélange de mauvaises lois que
Pavidité et Ja tyrannie dictoient aux empereurs,
ou que la superstition arrachoit à leur foiblesse.
La langue grecque perdit de Sa pureté, de son
caractère; mais elle conserva sa richesse, ses
formes, sa grammaire; et les habitans de Constantinople pouvoient encore lire Homère et Sophocle, --- Page 140 ---
(128 - )
Thucydide et Platon. Anthémius exposoit la con"
struction des miroirs d'Archimède, que Proclus
employoit avec succès à la défense de la capitale.
A la chute de T'empire, elle renfermoit quelques
hommes qui se réfugiérent en Italie, et dont les
connoissances y furent utiles au progrès des lumières. Ainsi, à cette époque même, P'Orient n'avoit pas atteint le dernier terme de la barbarie:
mais aussi rien n'y présentoit Fespoir d'une restauration. Il devint la proie des Barbares; ces
foibles restes disparurent : et l'ancien génic de la
Grèce y attend encore un libérateur.
Aux extrémités de P'Asie, et surles confins de
PAfrique, existoit un peuple qoi, par sa position
et son conrage, avoit échappé anx conquêtes des
Perses, d'Alexandre et des Romains. De ses nombreuses tribus, les unes devoient leur subsistance
à Pagriculture; les autres avoient conservé la vie
pastorale : toutes se livroient au commerce, et
quelques-unes au brigandage. Réunies par une
même origine, par un même langage, par quelhabitudes religieuses, elles formoient une
ques nation, dont cependant aucun lien politique
grande n'unissoit les portions diverses. Tout-i-coup séd'elles un homme doué d'un ardent
leva au milieu
enthousiasme et d'une politique profonde, né avec
les talens d'un poète et ceux d'un guerrier. Il conçoit le hardi projet de réunir en un seul corps
-unes au brigandage. Réunies par une
même origine, par un même langage, par quelhabitudes religieuses, elles formoient une
ques nation, dont cependant aucun lien politique
grande n'unissoit les portions diverses. Tout-i-coup séd'elles un homme doué d'un ardent
leva au milieu
enthousiasme et d'une politique profonde, né avec
les talens d'un poète et ceux d'un guerrier. Il conçoit le hardi projet de réunir en un seul corps --- Page 141 ---
I 129 )
les tribus arabes, et il a le courage de l'exécuter.
Ponr donuer un chef à une nation jusqu'alors
indomptée, il commence par élever sur les débris
delnncien culte une religion plus épurée. Législateur, prophète, pontife, juge, général d'armée,
tous les moyens de subjuguer les hommes sont
entre ses mains, et il sait les employer avec habileté, mais avec grandeur.
II débite un ramas de fables qu'il dit avoir
reçues du ciel; mais il gagne des batailles. La
prière et les plaisirs delamour partagent ses momens. Après avoir joui vingt ans d'un pouvoir
sans bornes, dontiln'existe point d'autre exemple,
il déclare que, s'il a commis une injustice, il est
prêt à la réparer. Tout se tait; une seule femme
ose réclamer une petite somme de monnoie. Il
meurt; et Y'enthousiasme qu'il a communiqué à
son peuple va changer la face des trois parties
du monde.
Les moeurs des Arabes avoient de l'élévation
el de la douceur; ils aimoient et cultivoient la
poésie : et lorsqu'ils régnèrent sur les plus belles
contrees de PAsie, lorsque le temps eut calmé la
Gèvre du fanatisme religieux, 2 le goût des lettres
et des sciences vint se méler à leur zèle pourla propagation de la foi, et tempérer leur ardeur pour
les conquêles.
Ils étudiérent Aristote, dont ils traduisirent les
--- Page 142 ---
150 )
ouvrages. Ils cultivérent Fastronomie, l'optique,
toutes les parties de la médecine, et enrichirent ces
sciences de quelques vérités nouvelles. On leur doit
d'avoir généralisé Pusage de Talgébre, 2 borné chez
les Grecs à une seule classe de questions. Si la recherche chimérique d'un secret de transformerles
métaux, et d'un breuvage d'immortalité, souilla
leurs travaux chimiques, ils furent les restaurateurs, ou platôt les inventeurs de cette science,
jusqu'alors confondue ayec la pharmacie ou l'étude
des procédés des arts. Cest chez eux qu'elle paroit, pour la première fois, comme analyse des
corps dont elle fait connoitre les élémens, comme
théorie de leurs combinaisons, et des lois auxquelles ces combinaisons sont assujéties.
Les sciences y étoientl libres, et ils durent à cette
liberté d'avoir pu ressusciter quelques étincelles
du génie des Grecs; mais ils étoient soumis à un
despotisme consacré par la religion. Aussi cette
lumière nel brill-t-ellequelques momens que pour
faire place aux plus épaisses ténébres; et ces travaux" des Arabes auroient été perduspour le genre
humain, s'ils n'avoient pas servi à préparer cette
restauration plus durable, dont FOccident va
nous offrir le tableau.
L'on vit donc, pour la seconde fois, le génie
abandonner les peuples qu'il lavoit éclairés; mais
e'est encore devant la tyrannie et la superstition
Aussi cette
lumière nel brill-t-ellequelques momens que pour
faire place aux plus épaisses ténébres; et ces travaux" des Arabes auroient été perduspour le genre
humain, s'ils n'avoient pas servi à préparer cette
restauration plus durable, dont FOccident va
nous offrir le tableau.
L'on vit donc, pour la seconde fois, le génie
abandonner les peuples qu'il lavoit éclairés; mais
e'est encore devant la tyrannie et la superstition --- Page 143 ---
(151 )
qu'il est forcé de disparoître. Né dans la Grèce,
à côté de la liberté, il n'a pu ni en arrêter la
chute, ni défendre la raison contre les préjugés
despeuples, déjà dégradés par l'esclavage. Né chez
les Arabes, dans le sein du déspotisme, et près du
berceat d'ane religion fanatique,iln'a été, comme
le caractère générenx et brillant de ce peuple,
qu'ane exception passagère aux lois générales de la
nature, qui condamnent à la bassesse et à lignorance les nations asservies et superstitieuses,
Ainsice secondexemplene doit pasnous effrayer
sur Favenir; mais seulement il avertit nos contemporains de ne rien négliger pour conserver. 2
pour augmenter les Jumières, s'ils veulent devenir
ou demeurer libres; et de maintenir leur liberté,
s'ils ne veulent pas perdre les avantages que les lumières leur ont procurés.
Je joindrai à Phistoire des travaux des Arabes,
celle de l'élévation rapide et del la chute précipitée
*
de cette nation, qui, après avoir régné des bords
de POcéan atlantique aux rives delIndus, chassée
par les barbares de la plus grande partie de ses
conquêtes, n'ayant conservé les autres que pour
y présenter le spectacle hideux d'un peuple dégénéré jusqu'au dernier terme de la servitude, de la
corruption, de la misère, occupe encore son ancienne patrie, y a conservé SCS moeurs, son esprit,
9* --- Page 144 ---
(13a )
son caractère, et a su y reconquérir, y défendreson ancienne indépendance.
Jexposerai comment la religion de Mahomet,
la plus simple dans ses dogmes, la. moins absurde
dans ses pratiques, la plus tolérante dans ses principes, semble condamner à un esclavage éternel,
à une incurable stupidité, toute cette vaste portion de la terre où elle a étendu son empire;
tandis que nous allons voir briller le génie des
sciences et de la liberté sous les superstitions les
plus absurdes, au milieu dela plus barbare intolérance. La Chine nous offre le même phénomène, quoique les eflets de ce poison abrutissant y aient élé moins funestes. --- Page 145 ---
135 )
SEPTIÈME ÉPOQUE.
Depuis les premiers progrès des Sciences
vers leur restauration dans POccident,
jusqu'à l'invention de PImprimerie.
PLusreuns causcs ont contribué à rendre par
degrés à P'esprit humain cette énergie, que des
chaînes si honteuses et si pesantes sembloient
devoir comprimer pour toujours.
L'intolérance des prêtres, leurs efforts pour
s'emparer des pouvoirs politiques, leur avidité
scandaleuse, le désordre de leurs moeurs, rendu
plus révoltant par leur hypocrisie, devoient soulever contre eux les âmes pures, les esprits sains,
les oaractères courageux. On étoit frappé de la
contradiction de leurs dogmes, de leurs maximes,
de leur conduite, avec ces mêmcs évangiles,
premier fondement de leur doctrine comme de
leur morale, et dontils n'avoient pu cacher entiérement la connoissance au peuple.
andaleuse, le désordre de leurs moeurs, rendu
plus révoltant par leur hypocrisie, devoient soulever contre eux les âmes pures, les esprits sains,
les oaractères courageux. On étoit frappé de la
contradiction de leurs dogmes, de leurs maximes,
de leur conduite, avec ces mêmcs évangiles,
premier fondement de leur doctrine comme de
leur morale, et dontils n'avoient pu cacher entiérement la connoissance au peuple. --- Page 146 ---
(354)
Il s'éleva donc contre eux des réclamations
puissantes. Dans le midi de la France, des
vinces entières se réunirent
prodoctrine plus
pour adopter une
simple, un christianisme
où T'homme soumis à la divinité
plus épuré,
seule,
d'après ses propres
de
jugeroit,
-
gné révéler dans lumières, ce qu'elle a dailes livres émanés d'elle.
Des armées fanatiques,
ambitieux,
dirigées par des chefs
dévastèrent ces provinces. Les bourreaux, conduits par des légats el des prêtres, immolèrent ceux queles soldats avoit
On
établit un tribunal de moines,
épargnés.
chargé
au bucher. quiconque seroit
d'envoyer
sa raison.
soupçonné d'écouter
Cependant ils ne purent empécher cet
de liberté et d'examen de faire sourdement esprit
progrès. Réprimé dans le pays où il osoit se mon- des
trer, où plus d'une fois Pintolérante
alluma des
hypocrisie
il
guerres sanglantes, il se
se répandoit en secret dans uneautre reproduisoit, contrée.
le retrouve à toutes les époques,
On
ou,secondér
jusqu'au moment
parlinvention de
il
assez puissant
VImprimarie, fat
pour délivrer une partie de PEurope du jong de la cour de Rome.
Déjà il existoit méme une classe d'hommes
supérieurs à toutes les
qui,
toient deles
superstitions, se contenmépriseren secret, ou se
tout au plus de
permettoient
répandre sur elles, en passant, --- Page 147 ---
(155 )
quelques traits d'un ridicule rendu plus piquant
par un voile de respect dont ils avoient soin de
le couvrir. La plaisanterie obtenoit grâce pour
ces hardiesses, qui, semées avec précaution dans
les ouvrages destinés à l'amusement des grands ou
des lettrés, mais ignorés du peuple, ne réveilloient
pas la haine des persécuteurs.
Frédéric II fut soupçonné d'être ce que nos
prêtres du dix-luitième siècle ont depuis appelé
un Philosophe. Le pape l'accusa, devant toutes
les nations, d'avoir traité de fables politiques les
religions de Moise, de Jésus et de Mahomet. On
attribuoit à son chancelier Pierre des Vignes, le
livre imaginaire des Trois Imposteurs. Mais le
titre seul annonçoit P'existence d'une opinion,
résultat bien naturel de Fexamen de ces trois
croyances, qui, nées dela même source, n'étoient
que la corruption d'un culte plus pur rendu par
des peuples plus anciens à l'âme universelle du
Monde.
Les recueils de nos fabliaux, le Décaméron de
Bocace, sont pleins de traits qui respirent cette
liberté de penser, ce mépris des préjugés, cette
disposition à en faire le sujet d'une dérision maligne et sécrête.
Ainsi cette époque nous présente de paisibles
contempteurs de toutes les superstitions, à côté
des réformateurs enthousiastes de leurs abus
u par
des peuples plus anciens à l'âme universelle du
Monde.
Les recueils de nos fabliaux, le Décaméron de
Bocace, sont pleins de traits qui respirent cette
liberté de penser, ce mépris des préjugés, cette
disposition à en faire le sujet d'une dérision maligne et sécrête.
Ainsi cette époque nous présente de paisibles
contempteurs de toutes les superstitions, à côté
des réformateurs enthousiastes de leurs abus --- Page 148 ---
(156) )
Ies plus grossiers; et nous pourrons
Phistoire deces réclamations
presque lier
obscures, de ces
testations en faveur des droits de la
prodes derniers
raison, à celle
philosophes de l'école d'Alexandrie.
Nous examinerons si, dans un temps on'le
sélytisme philosophique eût été si
prone se forma point des sociétés
dangerenx, il
à perpétuer, à
secrètes destinées
répandre sourdement et sans danger, parmi quelques adeptes, un petit nombre
vérités simples, comme de surs
de
les préjugés dominateurs.
préservatifs contre
Nous chercherons si Pon ne doit
au nombre de ces sociétés
point placer
contre lequel les
cet ordre' eélebre;
papes et les rois
avec tant de bassesse, et qu'ils
conspirérent
tant de barbarie.
détruisirent avec
Les prétres étoient obligés
se défendre; soit
d'étudier, soit pour
pour couvrir de
textes leurs
quelques' préusurpations surl la
et se perfectionner dans l'art puissance sécnlière,
piéces
de fabriquer des
supposées. D'un autre côté,
avec moins de
pour soutenir
prétentions
désavantage cette guerre, où les
s'appuyoient sur l'autorité et sur les
exemples, les rois fayorisérent des écoles où
sent se former les jurisconsaltes
pusbesoin
qu'ils avoient
d'opposer aux prétres.
Dans ces disputes entre le clergé et les
nemens, entre le clergé de chaque
gouverpays et le chef --- Page 149 ---
(1 157 )
de Péglise, ceux quiavoient un esprit plus juste, 7
élevé, combattirent
un caractère plus franc, plus
pour la cause des hommes contre celle des prétres, pour la cause du clergé national contre le
despotisme du chef étranger. Ils altaquèrent ces
abus, ces usurpations dont ils cherchoient à dévoiler l'origine. Cette hardiesse ne nous paroit
aujourdhui qu'une timidité servile; nous rions
de voir prodiguer tant de travaux pour prouver
ce que le simple bon sens devoit apprendre : mais
ces vérités, alors nouvelles, décidoient souvent
du sort d'un peuple; ces hommes les cherchoient
avec une âme indépendante; ils les défendoient
avec courage : et c'est par eux, que la raison humaine a commencé à se ressouvenir de ses droits
et de sa liberté.
Dans les querelles qui s'élevoient entre des rois
et les seigneurs, les premiers s'assurèrent Fappui
des grandes villes, ou par les priviléges, ou par
la restauration de quelques-uns des droits naturels de Phomme; ils cherchèrent, par des affranchissemens , à multiplier celles qui jouiroient du
droit de commune. Ces mêmes hommes, qui
renaissoient à la liberté, sentirent combien il leur
importoit d'acquérir, par l'étude des lois, par
celle de T'histoire, 2 une habileté, une autorité
d'opinion qui les aidât à contrebalancer la puissance militaire de la tyrannie féodale. 0
des droits naturels de Phomme; ils cherchèrent, par des affranchissemens , à multiplier celles qui jouiroient du
droit de commune. Ces mêmes hommes, qui
renaissoient à la liberté, sentirent combien il leur
importoit d'acquérir, par l'étude des lois, par
celle de T'histoire, 2 une habileté, une autorité
d'opinion qui les aidât à contrebalancer la puissance militaire de la tyrannie féodale. 0 --- Page 150 ---
(1 138 )
La rivalité des empereurs et des papes
cha PItalie dese réunir sous un maître, et empéserva un grand nombre de sociétési
y conDans les petits Etats, on a besoin d'ajouter indépendantes, le
voir de la persuasion à celui de la force, d'em- pouployer la négociation aussi souvent que les armes :
et comme cette guerre politiqueyavoit pourprincipe une guerre d'opinion, comme jamais PItalie
n'avoit absolument perdu le goût de létude, elle
devoit être ponr PEurope un foyer de lumière,
foible encore, mais qui promettoit de s'accroître
avec rapidité.
Enfin l'enthousiasme religieux entraîna les Occidentaux à la conquête des lieux consacrés, à ce
qu'on disoit, par la mort et par les miracles du
Christ; et en-méme-temps que cette fureur étoit
favorable à la liberté, , par Taffoiblissement et T'appauvrissement des seigneurs, elle étendoit les relations des peuples européens avec les Arabes
liaisons que déjà leur mélange avec les Chrétiens 2
d'Espagne avoit formées, que le commerce de
Pise, de Gênes, de Venise, avoit cimentées. On
apprit la Jangue des Arabes ; on Jut leurs ouvrages; on s'instruisit d'une partie de leurs découvertes ; et si l'on ne s'éleva point au- dessus
du point où ils avoient laissé les sciences, on eut
du-moins l'ambition de les égaler.
Ces guerres, entreprises pour la superstition, --- Page 151 ---
(159 )
servirent à la détruire-Le spectacle de plusieurs
religions finit par inspirer aux hommes de bon
indifférence pour ces croyances
sens une égale
impuissantes contre les vices ou les
également
pour Patpassions des hommes, un mépris égal
tachement égalementsinctre, également opiniâtre
de leurs sectateurs à des opinions contradietoires.
Il s'étoit formé en Italie des républiques, dont
quelques-unes avoient imité les formes des républiques grecques, tandis que les autres essayèrent
de concilier avec la servitude, dans un peuple
sujet, la liberté, légalité démocratique d'un peuple
souverain. En Allemagne, dans le Nord, quelques
villes obtenant une indépendance preaqu'entière,
Jeurs
lois. Dans quelse gouvernèrent par
propres
brisa les
ques portions de THelvétie, le peuple
fers de la féodalité, comme ceux du ponvoir
royal. Dans presque tous les grands États, on vit
naître des constitutions imparfaites, où l'autorité
de lever des subsides, de faire des lois nouvelles,
fut partagée, tantôt entre le roi, les nobles, le
clergé et le peuple; tantôt entre le roi, les barons
et les communes; où le peuple, sans sortir encore
del Phumiliation, étoit du-moinsà Pabri de l'oppression; où ce qui compose vraiment les nations,
étoit appelé au droit de défendre ses intérêts, et
d'être entendu de ceux qui régloient ses destinées.
En Angleterre, un acte célebre, solennellement
ut partagée, tantôt entre le roi, les nobles, le
clergé et le peuple; tantôt entre le roi, les barons
et les communes; où le peuple, sans sortir encore
del Phumiliation, étoit du-moinsà Pabri de l'oppression; où ce qui compose vraiment les nations,
étoit appelé au droit de défendre ses intérêts, et
d'être entendu de ceux qui régloient ses destinées.
En Angleterre, un acte célebre, solennellement --- Page 152 ---
140 )
juré par le roi et par les grands,
des barons, et
garantit les droits
D'autres quelques-uns de ceux des hommes,
mêmes, peuples, des provinces, des villes
obtinrent aussi des chartes
moins célèbres et moins bien défendues. semblables,
Forigine de ces déclarations des
Elles sont
aujourd'hui par tous les hommes droits, regardées
la base de la liberté, et dont les éclairés comme
pas conçu, ne pouvoient
anciens n'avoient
que T'esclavage
concevoir l'idée, parce
tutions;
domestique souilloit leurs consti-
; que chez eux le droit de citoyen étoit
héréditaire, ou conféré par une adoption
taire; et qu'ils ne s'étoient
volonconnoissance de
pas élevés jusqu'à la
ces droits inhérens à
humaine, et appartenans à tous les
l'espèce
une entière égalité.
hommes avec
En France, en Angleterre, chez
grandes nations, le peuple
quelques autres
ses véritables droits; mais parut vouloir ressaisir
de Foppression,
aveuglé par le sentiment
des violences, plutôt qu'éclairé par la raison,
bientôt expiées par des
plus barbares, et surtout plus
vengeances
lages suivis d'une misère
injustes, et des pilplus grande, furent le fruit
unique de ses efforts.
Cependant, chez les Anglois, les principes du
réformateur Wicleff avoient été le motif
ces mouvemens dirigés
d'un de
disciples,
par quelques-uns de ses
présage des tentatives plus suivies et --- Page 153 ---
(141 )
mieux combinées, que les peuples devoient faire
sous d'autres réformateurs, dans un siècle plus
éclairé.
La découverte d'un manuscrit du code de Justinien, fit renaître Pétude de la jurisprudence,
comme celle de la législation, et servit à rendre
moins barbare celle même des peuples qui surent
en profiter sans vouloir s'y soumettre.
Le commerce de Pise, de Gênes, de Florence,
de Venise, des cités de la Belgique, de quelques
villes libres d'Allemagne, embrassoit la Méditerranée, la Baltique et les côtes de POcéan européen.Leurs négocians allérent chercher les denrées
précieuses du Levant dans les ports de IEgypte,
et aux extrémités de la Mer-Noire.
La politique, la législation 2 léconomie publique, n'étoient pas encore des sciences; on ne
s'occupoit point d'en chercher, d'en approfondir,
d'en développer les principes; mais en commençant à s'éclairer par Fexpérience, on rassembloit
les observations qui pouvoient y conduire; on
s'instruisoit des intérêts qui devoient en faire
sentir le besoin.
On ne connut d'abord Aristote que par une
traduction faite d'après l'arabe; et sa philosophie,
persécutée dans les premiers instans, régna bientôt dans toutes les écoles : elle n'y porta point la
lumière; mais elle y donna plus de régularité,
commençant à s'éclairer par Fexpérience, on rassembloit
les observations qui pouvoient y conduire; on
s'instruisoit des intérêts qui devoient en faire
sentir le besoin.
On ne connut d'abord Aristote que par une
traduction faite d'après l'arabe; et sa philosophie,
persécutée dans les premiers instans, régna bientôt dans toutes les écoles : elle n'y porta point la
lumière; mais elle y donna plus de régularité, --- Page 154 ---
( 142 )
plus de méthode à cet art de Pargumentation
les
que
-
disputes théologiques avoient enfanté. Cette
scolastique ne conduisoit pas à la découverte de
la vérité; elle ne servoit même pas à en discuter,
à bien en apprécier les preuves, mais elle aiguisoit
les esprits; et ce gout des distinctions subuiles,
cette nécessité de diviser sans cesse les idées, d'en
saisir les nuances fugitives, de les représenter par
des mots nouveaux, tout cet appareil employé
pour embarrasser un ennemi dans la dispute, ou
pour échapperà ses pièges, fut la première origine
de cette analyse
philosophique, qui depuis a été
la source féconde de nos progrès.
Nous devons à ces scolastiques des notions plus
précises sur les idées qu'on peut se former de
FEtro-Sapreme et de ses attributs, sur la distinction entre la cause première et P'univers qu'elle est
supposée gouverner; sur celle de l'esprit et de la
matière; sur les différens sens que l'on peut attacher au mot liberté; sur ce qu'on entend par
la création; sur la manière de distinguer entre
elles les diverses opérations de l'esprit hamain,
et de classer les idées qu'il se forme des objets
réels et de leurs propriétés.
Mais cette même méthode ne pouvoit que retarder dans les écoles le progrès des sciences naturelles. Quelques recherches anatomiques, des
trayaux obscurs sur la chimie, uniquement em- --- Page 155 ---
(145 )
ployés à chercher le grand-ceuyre; des études sur
la géométrie, sur Talgébre, qui ne s'élevérent, ni
jusqu'à savoir tout ce que les Arabes avoient
découvert, ni jusqu'à entendre les ouvrages des
Anciens; enfin, des observations, des calculs astronomiques qui se bornoient à former, à perfectionner des tables, et que souilloit un ridicule
mélange d'astrologie: tel est le tableau que ces
sciences présentent. Cependant les arts mécaniques
commencérent à se rapprocher de la perfection
qu'ils avoient conservée en Asie. La culture de
la soie s'introduisoit dans les pays méridionaux
de PEurope; les moulinsà vent, les papeteries s'y
étoient établis; l'art de mesurer le temps y avoit
passé les limites où il s'étoitarrêté chezles Anciens
et chez les Arabes. Enfin, deux découvertes importantes marquent cette même époque.La propriélé qu'a laimant de se diriger vers un méme
point du ciel, propriété connue des Chinois, et
même employée par eux à guider les vaisseaux,
fut aussi observée en Europe. On y apprit à se
servir de la boussole, dont Pusage y augmenta
Pactivité du commerce, y perfectionna l'art de la
navigation, y donna l'idée de ces voyages qui
depuis ont fait connoitre un monde nouveau, et
permis à Phomme de porter ses regards sur toute
l'étendue du globe ou il est placé. Un chimiste,
en mélant le salpêtre à une matière inflammable,
employée par eux à guider les vaisseaux,
fut aussi observée en Europe. On y apprit à se
servir de la boussole, dont Pusage y augmenta
Pactivité du commerce, y perfectionna l'art de la
navigation, y donna l'idée de ces voyages qui
depuis ont fait connoitre un monde nouveau, et
permis à Phomme de porter ses regards sur toute
l'étendue du globe ou il est placé. Un chimiste,
en mélant le salpêtre à une matière inflammable, --- Page 156 ---
(144) )
trouva le secret de ce.te poudre qui a produit
une révolution inattendue dans l'art de la guerre.
Malgré les effets terribles des armes à feu, en
éloignant les combattans, elles ont rendu la guerre
moins meurtrière et les gucrriers moins féroces.
Les expéditions militaires sont plus dispendieuses;
la richesse peut balancer la force, les nations
même les plus belliqueuses sentent le besoin de
se préparer, de s'assurer les moyens de combattre
en s'enrichissant par le commerce et les arts. Les
peuples policés n'ont plus à craindre le courage
avengle des nations barbares. Les grandes conquêtes, et les révolutions qui les suivent, sont
devenues presque impossibles.
Cette supériorité, qu'une, armure de fer, que
l'art de conduire un cheval presque invulnérable,
de manier la lance, la massue ou l'épée, donnoit
à la noblesse sur le peuple, a fini par disparoitre
totalement; et la destruction de ce dernier obstacle
à la liberté des hommes; à leur égalité réelle, est
due à une invention qui sembloit, au premier
coup-d'ceil, menacer d'anéantir la race bumaine.
En Italie, la langue étoit parvenue presqu'a sa
perfection vers le quatorzième siècle. Le Dante
est souvent noble, précis, énergique. Bocace a
de la gràce, de la simplicité, de l'élégance. L'ingénieux et sensible Pétrarque n'a point vieilli.
Dans cette contrée, dont P'heureux climat se rap- --- Page 157 ---
(1 145 )
proche de celui de la Gréce, on étudioit les
modèles de Pantiquité ; on essayoit de transporter
dans la langue nouvelle quelques-unes de leurs
beautés; on tâchoit de les imiter dans la leur.
Déjà quelques essais faisoient espérer que, réveillé
par la vue des monumens antiques, instruit par
ces muettes mais éloquentes leçons, le génie des
arts alloit, pour la seconde fois, embellir l'existence de T'homme, et lui préparer ces plaisirs
purs dont la jouissance est égale pour tous, et
s'accroît à mesure qu'elle se partage.
Le reste de FEurope suivoit de loin; mais le
goût des lettres et de la poésie y commençoit dumoins à polir les langues encore barbares.
Les mêmes motifs qui avoient forcé les esprits
à sortir de leur longue léthargie, devoient aussi
diriger leurs efforts. La raison ne pouvoit être
appelée à décider les questions que les intérêts
opposés forçoient d'agiter i la religion, loin de
reconnoitre son autorité, prétendoit la soumettre
et se vantoit de Phumilier; la politique regardoit
comme juste ce qui étoit consacré par des conventions, par un usage constant, par des coutumes anciennes.
On ne se doutoit pas que les droits des hommes
fussent écrits dans le livre de la nature, et qu'en
consulter d'autres, ce fàt les méconnoitre et les
IO
êts
opposés forçoient d'agiter i la religion, loin de
reconnoitre son autorité, prétendoit la soumettre
et se vantoit de Phumilier; la politique regardoit
comme juste ce qui étoit consacré par des conventions, par un usage constant, par des coutumes anciennes.
On ne se doutoit pas que les droits des hommes
fussent écrits dans le livre de la nature, et qu'en
consulter d'autres, ce fàt les méconnoitre et les
IO --- Page 158 ---
(346 1 )
C'étoit dans les livres sacrés, dans les
outrager.
dans les bulles des papes, dans
auteurs respectés, dansles recueils des coutumes,
les rescrits des rois,
cherchoit les
dans les annales des églises, qu'on
être
maximes ou les exemples dont il pouvoit
de tirer des conséquences. Il ne s'agissoit
permis
mais
d'exaniner un principe en lui-même,
pas
de discuter, de détruire ou de fordinterpréter, d'autres textes ceux surlesquels on Taptifier par
une proposition parce
puyoit. On n'adoptoit pas
étoit écrite
qu'elle étoit vraie, mais parce qu'elle
dans
dans un tel livre, et qu'elle avoit élé admise
tel pays et depuis tel siècle.
hommes étoit
Ainsi, partout Fantorité des
étudioit les
substituéc à celle de la raison. On
que la nature, et les opinions
livres beaucoup plus
de Puniles phénomènes
des Anciens plutôt que
dans lequel même
vers. Cet esclavage de Fesprit,
d'une critique
on n'avoit pas encore la ressource
de
éclairée, fut alors plus nuisible aux progrès méthode
la
Tespèce humaine, en corrompant immédiats. On étoit
d'étudier, que par ses effets
qu'il n'étoit pas
si loin d'avoinatteint les Anciens,
ou à les
encore de chercher à les corriger
temps
surpasser.
conservèrent, durant cetteépoque,
Les moeurs
Tintolérance releur corruption et leur férocité; --- Page 159 ---
I 147 )
ligicuse fut même plus active; et les discordes
civiles, les guerres perpétuelles d'une foule de
petits princes,remplacerent les invasions des Barbares, et le fléau plus funeste des guerres privées.
A-la-vérité, la galanterie des ménestrels et des
troubadours, l'institution d'une chevalerie, professant la générosité et la franchise, se dévouant
au maintien de la religion et à la défense des opprimés, comme au service des dames, sembloient
devoir donner aux moeurs plus de douceur, de
décence et d'élévation. Mais ce changement, borné aux cours et aux châteaux, n'atteignit pas la
masse du peuple. Il en résultoit un peu plus
d'égalité entre les nobles, moins de perfidie et de
cruauté dans leurs relations entre eux; mais leur
mépris pour le peuple, la violence de leur tyrannie,
l'audace de leur brigandage, restèrent les mêmes;
et les nations, également opprimées, furent également ignorantes, barbares et corrompucs.
Cette galanterie poétique et militaire, cette
chevaleric, dues en grande partie aux Arabes,
dont la générosité naturelle résista long-temps en
Espagne à la superstition et au despotisme, furent
sans doute utiles : elles répandirent des germes
d'humanité, qui ne devoicnt fructifier que dans,
des temps plus heureux; et ce futle caractéregénéral de cette époque, d'avoir disposé T'esprit
Io*
, barbares et corrompucs.
Cette galanterie poétique et militaire, cette
chevaleric, dues en grande partie aux Arabes,
dont la générosité naturelle résista long-temps en
Espagne à la superstition et au despotisme, furent
sans doute utiles : elles répandirent des germes
d'humanité, qui ne devoicnt fructifier que dans,
des temps plus heureux; et ce futle caractéregénéral de cette époque, d'avoir disposé T'esprit
Io* --- Page 160 ---
( 148 )
humain pour la révolution que la découverte de
limprimeric devoit amener, et d'avoir préparé la
terre que les âges suivans devoient couvrir d'une
moisson si riche et si abondante. --- Page 161 ---
( - 149 )
HUITIÈME ÉPOQUE.
Depuis Pinvention de EInprimeriejusguaus
temps où les Sciences et la Philosophie
secouèrent le joug de VAutorité.
Ceux qui n'ont pas réfléchi sur la marche de
l'esprit humain dans la découverte, soit des vérités des sciences, soit des procédés des arts,
doivent s'étonner qu'un si long espace de temps
ait séparé la connoissance de lart d'imprimer les
dessins, etla découverte de celui d'imprimer des
caractères.
Sans doute quelques grayeurs de planches
avoient eu Fidée de cette application de leur art;
mais ils avoient été plus frappés de la difficulté
de lexécution que des avantages du succès : et il
est même heureux qu'on n'ait pu en soupçonner
toute l'étendue; carles prêtres etles rois se seroient
unis pour étouffer, dès sa naissance, l'ennemi qui
devoit les démasquer et les détrôner.
Limprimerie multiplie indéfiniment, et à peu --- Page 162 ---
(15 )
de frais, les exemplaires d'un même
Dès-lors la faculté d'avoir des livres, d'en ouvrage.
rir, suivant son goût et ses
acquétous ceux qui savent
besoins, a existé pour
lecture
lire; et cêtte facilité de la
a augmenté et propagé le désir et les
moyens de
-
s'instruire.
Ces copies multipliées se répandant
rapidité plus grande,
avec une
découvertes,
non-seulement les faits, 2 les
acquièrent une
mais elles
pabficitéplusétenduey
Pacquièrent avec une plus grande
promptitude. Les lumières sont devenues
d'un commerce actif, universel.
T'objet
On éloit obligé de chercher les manuscrits,
comme aujourd'hui nous cherchons les
rares. Ce qui n'étoit lu que de quelques ouvrages
a donc pu P'être d'an
individus,
peuple entier, et frapper
prisqVen-indme-temps tous les hommes qui entendoient la même langue,
On a connu le moyen de parler aux nations
dispersées. On a vu s'établir une nouvelle
de tribune, d'oà se communiquent desi
espèce
moins vives, mais plus
impressions
profondes ; d'on lon
exerce un empire moins tyrannique sur les
sions,mais en obtenant surla raison
pasplus sûre et plus durable; oà tout une puissance
pour la vérité, puisque l'art n'a Pavantage est
perdu sur les
moyens de séduire qu'en gagnant sur ceux d'éclairer. Il s'est formé une opinion
publique,
de tribune, d'oà se communiquent desi
espèce
moins vives, mais plus
impressions
profondes ; d'on lon
exerce un empire moins tyrannique sur les
sions,mais en obtenant surla raison
pasplus sûre et plus durable; oà tout une puissance
pour la vérité, puisque l'art n'a Pavantage est
perdu sur les
moyens de séduire qu'en gagnant sur ceux d'éclairer. Il s'est formé une opinion
publique, --- Page 163 ---
(151) )
puissante par le nombre de ceux qui la partagent;
énergique, parce que les motifs quil la déterminent
agissent à-la-fois sur tous les esprits, même à des
distances très-éloignées. Ainsi lon a vu s'dlever,
en faveur de la raison et de la justice, un tribunal
indépendant de toute puissance humaine, auquel il
est difficile de rien cacher, et impossible de se
soustraire.
Les méthodes nouvelles, Phistoire des premiers
pas dans la route qui doit conduire à une découverte, les travaux qui la préparent, les vues qui
peuvent en donner l'idée, ou seulement inspirer
le désir de la chercher, se répandant avec promptitude, offrent à chaque individu P'ensemble des
moyens que les efforts de tous ont pu créer; et,
par ces mutuels secours, le génie semble avoir
plus que doublé ses forces.
Toute erreur nouvelle est combattue dès sa
naissance: : souvent attaquée avant même d'avoir
pu se propager, elle n'a point le temps de pouvoir
s'enraciner dans les esprits. Celles qui, reçues dès
l'enfance, se sont en quelque sorte identifiées avec
la raison de chaque individu, queles terreurs ou
lespérance ont rendues chères aux âmes foibles,
ont été ébranlées par cela seul qu'il est devenu
impossible d'en empécher la discussion, de cacher
qu'elles pouvoient être rejetées et combattues,
de s'opposer aux progrès des vérités qui, de con- --- Page 164 ---
( 152 )
séquences en conséquences, doivent à la
faire reconnoitre l'absurdité.
longue en
C'est à Timprimerie que l'on doit la
de répandre les
possibilité
constances du ouvrages que sollicitent les cirmoment, ou les mouvemens
gers de Fopinion, et par là, d'intéresser à passaquestion qui se discute dans un point chaque
Funiversalité des hommes qui
unique,
langue.
parlent une même
Sans le secours de cet art, auroit-on
tiplier ces livres destinés à
pu mulà chaque degré dinstruction? chaqueclasse d'hommes,
Les discussions
longées, qui seules Peuvent
prosûre dans les
porter une lumière
une base inébranlable questions douteuses, , et affermir sur
ces vérités trop
trop
abstraites,
subtiles, 2 trop éloignées des préjugés du
peuple ou del'opinion commune des
ne pas être bientôt oubliées
savans, pour
livres
et
les
purement
mcconnues;
les
élémentaires, les
ouvrages où lon rassemble, dictionnaires,
avec tous leurs
détails, une multitude de faits,
d'expériences, où toutes les
dobservations,
pées, tous les doutes discutés; preuves sont dévelopcieuses qui
ces collections préobservé, renferment, tantôt tout ce qui a été
écrit, pensé, sur une branche
lière des sciences, tantôt le résultat des particuannuels de tous les savans d'un même travaux
tables, ces tableaux de toute
pays; ces
espèce, dont les uns
semble, dictionnaires,
avec tous leurs
détails, une multitude de faits,
d'expériences, où toutes les
dobservations,
pées, tous les doutes discutés; preuves sont dévelopcieuses qui
ces collections préobservé, renferment, tantôt tout ce qui a été
écrit, pensé, sur une branche
lière des sciences, tantôt le résultat des particuannuels de tous les savans d'un même travaux
tables, ces tableaux de toute
pays; ces
espèce, dont les uns --- Page 165 ---
(155 )
offrent aux yeux des résultats que l'esprit n'auroit
saisis qu'ayec un travail pénible, les autres montrent à volonté le fait, l'observation, le nombre,
la formule, l'objet qu'on a besoin de connoitre,
tandis que d'autres enfin présentent, sous une
forme commode, dans un ordre méthodique, les
matériaux dont le génie doit tirer des vérités nou
velles: : tous ces moyens de rendre la marche de
Tesprit humain plus rapide, plus sûre et plus facile, sont encore des bienfaits de l'imprimerie.
Nous en montrerons de nouveaux encore 2
lorsque nous analyserons les effets de la substitution des langues nationales, à lusage presque
exclusif, pour les sciences, d'une langue commune
aux savans de tous les pays.
Enfin, Timprimerie n'a-t-elle pas affranchi
Pinstruction des peuples de toutes les chaînes
politiques et religieuses ? En vain l'un ou l'autre
despotisme auroit-il envahi toutes les écoles; en
vain auroit-il, par des institutions sévères, invariablement fixé de quelles erreurs il prescrivoit
d'infecter les esprits, de quelles vérités il ordonnoit de les préserver; en vain les chaires, consacrées à Pinstruction morale du peuple ou à celle
de la jeunesse dans la philosophic et dans les
sciences, seroient-elles condamnées à ne transmettre jamaisqu'une doctrine favorable au maintien de cette double tyrannie : limprimerie peut --- Page 166 ---
(154 )
encore répandre une lumière
pure. Cette instruction,
indépendante et
reeevoirpar les livres dans que le chaque homme peut
ne peut être universellement silence et la solitude,
qu'il existe un coin de terre corrompue: : il suffit
libre, où la
puisse en charger ses feuilles.
presse
cette multitude de livres
Comment, dans
d'un même livre, de
divers, d'exemplaires
ques instans le
réimpressions, qui en quelmultiplient de nouveau,
t-on fermer assez exactement
pourratoutes les
par lesquelles la vérité cherche à
portes
Ce qui étoit difficile, même
s'introduire?
que de détruire
lorsqu'il ne s'agissoit
nuscrit
quelques exemplaires d'un mapour Panéantir sans retour,
fisoit de
lorsqu'il sufproscrire une vérité, une
dant quelques années,
opinion, penéternel
pour la dévouer à un
oubli, n'est-il pas devenu
jourd'hui qu'il faudroit
impossible, ausans cesse
employer une vigilance
posât
renouvelée, une activité qui ne se rejamais? Comment, si même on
à écarter ces vérités trop palpables, parvenoit
directement les intérêts des
qui blessent
cheroit-on de
inquisiteurs, empépénétrer, de se répandre, celles qui
renferment ces vérités
laisser
proscrites, sans trop les
apercevoir, qui les préparent, qui doivent
un jour y conduire? Le
forcé de
pourroit-on, sans être
chute quitter ce masque d'hypocrisie, dont la
seroit presqu'aussi funeste que la vérité, à
, parvenoit
directement les intérêts des
qui blessent
cheroit-on de
inquisiteurs, empépénétrer, de se répandre, celles qui
renferment ces vérités
laisser
proscrites, sans trop les
apercevoir, qui les préparent, qui doivent
un jour y conduire? Le
forcé de
pourroit-on, sans être
chute quitter ce masque d'hypocrisie, dont la
seroit presqu'aussi funeste que la vérité, à --- Page 167 ---
(155 )
la puissance de Terreur? Aussi verrons-nous la
raison triompher de ces vains efforts; nous la verrons, dans cette guerre, toujours renaissante et
souvent cruelle, triompher de la violence comme
de la ruse; braver les bàchers et résister à la séduction, écrasant tour-à-tour sous sa main toutepuissante, et Phypocrisie fanatique, qui exige pour
ses dogmes une adoration sincère, et Thypocrisic
politique, qui conjure à genoux de souffrir qu'elle
profite en paix des erreurs, dans lesquelles il est,
à F'en croire, aussi utile aux peuples qu'à ellemême de les laisser à jamais plongés.
L'invention de limprimerie coïncide presque
avec deux autres événemens, dont l'un a exercé
une action immédiate sur les progrès de Pesprit
humain, tandis que Finfluence de P'autre sur la
destinée de Thumanité entière ne doit avoir de
terme que sa durée.
Je parle de la prise de Constantinople par les
Turcs, et de la découverte, soit du NouveauMonde, soit de la route qui a ouvert à TEurope
une communication directe avec les parties orientales de P'Afrique et de PAsie.
Les littérateurs grecs, fuyantla domination tartare, cherchèrent un asileen Italie. Ilse enseignèrent
à lire, dans leur langue originale, les poètes, les
orateurs, les historiens, les philosophes,les savans
de l'ancienne Grèce; ils en multiplièrent d'abord --- Page 168 ---
(1 156 )
les manuscrits, et bientôt après les
ne se borna plus à Fadoration
éditions. On
convenu
de ce qu'on étoit
d'appeler la doctrine
chercha dans ses propres écrits d'Aristote; on
réellement; on osa la
ce qu'elle avoit été
lui opposa Platon
juger et la combattre; on
à
: et c'étoit avoir déjà
secouer le joug, que de se croire le droit commencé
choisir un maitre.
de se
La lecture d'Euclide,
phante,
d'Archimede, de Diola
d'Hlippocrate, du Livre des Animaux, de
physique même d'Aristote,
de la
ranimérent le génie
géométrie et de la physique; et les opinions
anti-chrétiennes des philosophes, réveillérent
idéeproquétcintes des anciens droits dela
les
humaine.
raison
Des hommes intrépides, guidés
la gloire et la passion des
par l'amour de
reculé pour l'Europe les bornes découvertes, avoient
avoient montré
de Fanivers, lui
terresinconnues. un nouveau ciel et ouvert des
Gama avoit pénétré dans
après avoir suivi avec une infatigable FInde,
Fimmense étendue des côtes africaines; patience
Colomb,
tandis que
s'abandonnant aux flots de Pocéan
atlantique, avoit atteint ce monde
inconnu, qui s'étend entre l'occident de jusqu'alors
etl l'orient de lAsie.
PEurope
Si Ce sentiment, dont linquiète activité,
brassant dès-lors tous les objets,
emprésageoit les
énétré dans
après avoir suivi avec une infatigable FInde,
Fimmense étendue des côtes africaines; patience
Colomb,
tandis que
s'abandonnant aux flots de Pocéan
atlantique, avoit atteint ce monde
inconnu, qui s'étend entre l'occident de jusqu'alors
etl l'orient de lAsie.
PEurope
Si Ce sentiment, dont linquiète activité,
brassant dès-lors tous les objets,
emprésageoit les --- Page 169 ---
(157 )
progrès de lespèce humaine, si une noble
grands curiosité avoit animé les héros de la navigation,
une basse et cruelle avidité, un fanatisme stupide
et féroce dirigeoient les rois et les brigands qui
devoient profiter de leurs travaux. Les êtres infortunés qui habitoient ces contrées nouvelles ne
furent point traités comme des hommes, parce
n'étoient pas des chrétiens. Ce préjugé, plus
qu'ils
les victimes,
avilissant pour les tyrans que pour abandonnoit
étouffoit toute espèce de remords,
frein à leur soifinextinguible d'or et de sang,
sans
FEurope vomisceshommes avides et barbares quel
soit de son sein. Les ossemens de cinq millions
d'hommes ont couvert ces terres infortunées, où
leur
les Portugais et les Espagnols portèrent Ils déavarice, leurs superstitions et leur fureur.
jusqu'à la fin des siècles contre cette
poseront
des religions, qui
doctrine de Patilité politique
trouve encore parmi.nous des apologistes.
seulement que Phomme a
Cest à cette époque
dans
connoitre le globe qu'il habite, étudier,
pu
humaine, modifiée par la
tous les pays, Fespèce
naturelles ou des
longue influence des causes
de
institutions sociales; observer les productions
la terre ou des mers dans toutes les températures,
dans tous les climats. Ainsi, les ressources de
ces productions offrent aux
toute espèce que
d'en avoir épuisé,
hommes, encore si éloignés --- Page 170 ---
(158 )
d'en soupçonner même l'entière étendue, tout ce
que la connoissance de ces objets peut ajouter
aux sciences de vérités nouvelles, et détruire
d'erreurs accréditées; l'activité du, commerce, qui
fait
un nouvel essor à lindustrie, à la
a
prendre
nécessaire, à
navigatjon, et par un enchainement
toutes les sciences commeà tous les arts; la force
cetle activité a donnée aux nations libres pour
que résister aux tyrans, aux peuples asservis pour
relâcher du-moins ceux
briser leurs fers, pour
de la féodalité; telles ont été les conséquences
heureuses de ces découvertes. Mais ces avantages
n'auront expié ce qu'ils ont coûté à Phumanité, qu'au moment où FEurope, renonçant au
système oppresseur et mesquin d'un commerce de
monopole, se souviendra que les hommes de tous
les climats; égaux et frères par le voeu de la
nature, n'ont point été formés par elle pour
nourrir Forgueil et P'avarice de quelques nations
privilégices; oà, mieux éclairée sur ses véritables
intérêts, elle appellera tous les peuples au partage
de sa hberté et de ses
de son indépendance,
lumières. Mallieureusement, il faut se demander
encore si cette révolution sera le fruit honorable
des progrès de la philosophie, ou seulement,
comme nous l'avons vu déjà, la suite honteuse
des jalousies nationales et des excès de lal tyrannie.
Jusqu'à cette époque, les attentats du sacerdoce
mieux éclairée sur ses véritables
intérêts, elle appellera tous les peuples au partage
de sa hberté et de ses
de son indépendance,
lumières. Mallieureusement, il faut se demander
encore si cette révolution sera le fruit honorable
des progrès de la philosophie, ou seulement,
comme nous l'avons vu déjà, la suite honteuse
des jalousies nationales et des excès de lal tyrannie.
Jusqu'à cette époque, les attentats du sacerdoce --- Page 171 ---
(159 )
avoient élé impunis. Les réclamations de Phumanité opprimée, de la raison outragée, avoient été
étouffées dans le sang et dans les flammes. L'esprit
quiavoit dicté ces réclamations n'étoit pas étcint;
mais ce silence dela terreur enhardissoit à de nouveaux scandales. Enfin, celui d'affermer à des
moines, de faire vendre par eux dans les cabarets,
dans les-places publiques, Pexpiation des péchés,
causa une explosion nouvelle. Luther, tenant
d'une main les livres sacrés, montroit de l'autre
le droit que s'arrogeoit le pape d'absoudre du
crime et d'en vendre le pardon; l'insolent despotisme qu'il exerçoit sur les évèques, long-temps
ses égaux; Ja cène fraternelle des premiers chrétiens, devenue, soûs le nom de messe, une espèce
d'opération magique et un objet de commerce;
les prétres condamnés à la corruption d'un célibat
irrévocable; celte loi barbare ou scandaleuse
sétendant à ces moines, à ces religieuses, dont
l'ambition pontificale avoit inondé et souillé TEglise; tous les secrets des laics, livrés par la confession aux intrigues et aux passions des prêtres;
Dieu lui-même, enfin, conservant à peine une
foiblé portion dans ces adorations prodiguées à du
pain, à des hommes, à des ossemens ou à des
statues.
Luther annonçoit: taux peuples étonnés, que ces
iustitutions révoltantes n'étoient point le Chris-
, dont
l'ambition pontificale avoit inondé et souillé TEglise; tous les secrets des laics, livrés par la confession aux intrigues et aux passions des prêtres;
Dieu lui-même, enfin, conservant à peine une
foiblé portion dans ces adorations prodiguées à du
pain, à des hommes, à des ossemens ou à des
statues.
Luther annonçoit: taux peuples étonnés, que ces
iustitutions révoltantes n'étoient point le Chris- --- Page 172 ---
160 )
tianisme, mais en étoient la dépravation et la
être fidèle à la religion de
honte; et que, pour
abjurer
Jésus-Christ, il falloit commencer par
Il employoit également les
celle de ses prètres.
et les
armes de la dialectique ou de l'érudition,
moins
du ridicule. Il écrivoit
traits non
puissans latin. Ce n'étoit plus
à-la-fois en allemand et en
des Albigeois ou de Jean Hus,
comme au temps
au-delà des limites
dont la doctrine, inconnue
calomniée. Les
de leurs églises, étoit si aisément
livres allemands des nouveaux apôtres pénétroient
en-I même -1 temps dans toutes les bourgades de
T'empire, tandis que leurs livres latins arrachoient
entière aul honteux sommeil où la superFEurope
Ceux dont la raison avoit
stition l'avoit plongée.
mais
la crainte
prévenu les réformateurs,
que
retenoit dans le silence; ceux qu'agitoit un doute
de Tavouer, même à
secret, et qui trembloient
avoient
leur conscience; ceux qui, plus simples,
ignoré toute l'étendue des absurdités théologiques;
n'ayantj jamais réfléchi sur les questions conqui, étoient étonnés d'apprendre qu'ils avoient
testées,
des
diverses; tous se
à choisir entre
opinions
dont ils
livrèrent avec avidité à ces discussions,
voyoient dépendre à -la- fois, et leurs intérêts
temporels et) leur félicité future.
Toute PEurope chrétienne, de la Suède jusqu'à
PItalie, de la Hongrie jusqu'à TEspagne, fut en --- Page 173 ---
(161 )
un inslant couverte de partisans des nouvelles
doctrines; et la réforme cût délivré du joug de
Rome tous les peuples qvi Phabitent, si la fausse
politiqne de quelques princes n'eàt relevé ce
même sceptre sacerdotal, qui s'éloit si souvent
appesanti sur la lêle des rois.
Leur politique, que malheureusement leurs
successeurs n'ont pas encore abjurée, étoit alors
de ruiner leurs États pour en acquérir de nouveaux, et de mesurer leur puissance par l'élendue
de leur territoire, plutôt que par le nombre de
leurs sujets.
Aussi Charles-Quint et François I.", occupés
de se disputer l'Italie, sacrifiérent-ils à l'intérêt de
ménager lc pape, celui de profiter des avantages
qu'offroit la réforme aux pays qui sauroient
l'adopter.
Liempereur, voyant queles princes de l'empire
favorisoient des opinions qui devoient augmenter
leur pouvoir et leurs richesses, se rendit le protecteur des anciens abus, dans l'espoir qu'une
guerre religieuse lui offriroit une occasion d'envahir Jeurs États et de détruire leuri indépendance.
François imagina qu'en faisant brûler les protestans, el en protégeant leurs chefs en Allemagne,
il conserveroit l'amitié du pape, sans perdre des
alliés utiles.
Mais ce ne fut pas leur seul motif; le despo11
voient augmenter
leur pouvoir et leurs richesses, se rendit le protecteur des anciens abus, dans l'espoir qu'une
guerre religieuse lui offriroit une occasion d'envahir Jeurs États et de détruire leuri indépendance.
François imagina qu'en faisant brûler les protestans, el en protégeant leurs chefs en Allemagne,
il conserveroit l'amitié du pape, sans perdre des
alliés utiles.
Mais ce ne fut pas leur seul motif; le despo11 --- Page 174 ---
(162 )
tisme a aussi son instinct; et cet instinct avoit
révélé à ces rois que les hommes, après avoir
soumis les préjugés religieux à l'examen de la
raison, Pétendroient bientôt jusqu'aux préjugés
politiques; qu'éclairés sur les usurpations des
papes, ils finiroient par vouloir lêtre sur les usurpations des rois; et que la réforme desabus ecclésiastiques, si utile à la puissance royale, entraîneroit celle des abus plus oppresseurs sur lesquels
cette puissance étoit fondée. Aussi, aucun roi
d'une grande nation ne favorisa volontairement
le parti des réformateurs. Henri VIII, frappé de
l'anathême pontifical, les persécutoit encofe ;
Édouard, Elisabeth, ne pouvant s'attacher au
papisme sans se déclarer usurpateurs, établirent
en Angleterre la croyance et le culte qui s'en
rapprochoient le plus. Les monarques protestans
dela Grande-Bretagne ont favorisé constamment
le catholicisme, toutes les fois qu'il a cessé de les
menacer d'un prétendant à leur couromme.
En Suéde, en Danemarck 2 Fétablissement du
Inthéranisme ne fut, aux yeux des rois, qu'une
précaution nécessaire pour assurer Texpulsion du
tyran catholique qu'ils remplaçoient ; et nous
voyons déja, dans la monarchie prussienne, fondée
par un prince philosophe, son successeur ne pouvoir cacher un penchant secret pour cette religion
si chère aux rois. --- Page 175 ---
( 165 )
Lintolérance religieuse étoit commune à toutes
Vinspiroient à tous les gouverneles sectes, qui
toutes les commens. Les papistes persécntoient
munions réformées; et celles-ci, s'anathématisant
contre les anti-trinientre elles, se réunissoient
taires, qui, plus conséquens, avoient soumis dgalement tous les dogmes à Pexamen, sinon de la
raison, au-moias d'une critique raisonnée, et
n'avoient pas cru devoir se soustraire à quelques
absurdités, pour en conserver d'aussi révoltantes.
Cette intolérance servit la cause du papisme.
long-temps il existoit en Europe, et
Depuis
surtout en Italie, une classe d'hommes qui, rejettant toutes les superstitions, indifférens à tous
les cultes, soumis à la raison seule, regardoient
les religions comme desi inventions humaines, dont
se moquer en secret, mais que la
on pouvoit
ordonnoit de paraitre
prudence ou la politique
respecter.
hardiesse; et, tandis
Ensuite on porta plus loinlal
dans les écoles on employoit la philosophie
que
à
l'art des
mal entendue d'Aristote, perfectionner
subtilités théologiques, à rendre ingénieux ce qui
naturellement n'auroit été qu'absurde, quelques
cherchoient à établir sur sa véritable docsavans
destructeur de toute idée relitrine un système
n'étoit
gieuse, dans lequel Pâme humaine
qu'une
faculté qui s'évanouissoit avec la vie; où lon n'adII*
écoles on employoit la philosophie
que
à
l'art des
mal entendue d'Aristote, perfectionner
subtilités théologiques, à rendre ingénieux ce qui
naturellement n'auroit été qu'absurde, quelques
cherchoient à établir sur sa véritable docsavans
destructeur de toute idée relitrine un système
n'étoit
gieuse, dans lequel Pâme humaine
qu'une
faculté qui s'évanouissoit avec la vie; où lon n'adII* --- Page 176 ---
(164 )
mettoit d'autre providence, d'autre ordonnateur
du monde que les lois nécessaires de la nature.
Ils étoient combattus par des platoniciens, dont
les opinions, se rapprochant de ce que depuis on
a nommé déisme, n'en étoientqueplus effrayantes
pour Porthodoxie sacerdotale.
La terreur des supplices arrêta bientôt cette
imprudente franchise. LItalie, la France, furent
souillées du sang de ces martyrs de la liberté de
penser. Toutes les sectes, tous les gouvernemens,
tous les genres d'autorité, ne se montrèrent d'accord que contre la raison. Il fallut la couvrir d'un
voile qui, la dérobant aux regards des tyrans, se
Jaissàt pénétrer par ceux de la philosophie.
On fut donc obligé de se renfermer dans la
timide réserve de cette doctrine secrète, 2 qui
n'avoit jamais cessé d'avoir un grand nombre de
sectateurs. Elle s'étoit propagée surtout parmi les
chels des gouvernemens, comme parmi ceux de
l'église; et, vers le temps de la réforme, les principes du machiavélisme religieux étoient devenus
la seule croyance des princes, des ministres et des
pontifes. Ces opinions avoient même corrompu
la philosophie. Quelle morale en effet attendre
d'un système, dont un des principes est qu'il faut
appuyer celle du peuple sur de fausses opinions;
les hommes éclairés sout en droit de le tromque
per, pourvu qu'ils lui donnent des erreurs utiles, --- Page 177 ---
165 )
et de le retenir dans les chaînes dont eux-mêmes
ont su s'affranchir!
Si l'égalité naturelle deshommes, première base
de leurs droits, est le fondement de toute vraie
morale, que pouvoit-elle espérer d'une philosophie, dont un mépris ouvert de cette égalité et de
ces droits étoit une des maximes ! Sans doute cette
même philosophie a pu servir aux progrès de la
raison, dont elle préparoit le règne en silence ;
mais, tant qu'elle subsista seule, elle n'a fait que
substituer Phypocrisieau: fanatisme, et corrompre,
même en les élevant au-dessus des préjugés, ceux
qui présidoient à la destinée des Etats.
Les philosophes vraiment éclairés, étrangers à
Fambition, qui se bornoient à ne détromper les
hommes qu'avec une extrême timidité, sans se
permettre de les entretenir dansleurs erreurs, ces
philosophes auroient naturellement été portés à
embrasser la réforme ; mais, rebutés de trouver
partout une égale intolérance, la plupart ne
crurent pas devoir s'exposer aux embarras d'un
changement, après lequel ils se trouveroient soumis à la même contrainte. Paisqu'ils auroient été
toujours obligés de paraitre croire des absurdités
qu'ils rejetoient, ils ne trouvèrent pas un grand
avantage à en diminner un pen le nombre; ils
craignirent même de se donner, par leur abjuration,T'apparence d'une hypocrisie volontaire : et,
ale intolérance, la plupart ne
crurent pas devoir s'exposer aux embarras d'un
changement, après lequel ils se trouveroient soumis à la même contrainte. Paisqu'ils auroient été
toujours obligés de paraitre croire des absurdités
qu'ils rejetoient, ils ne trouvèrent pas un grand
avantage à en diminner un pen le nombre; ils
craignirent même de se donner, par leur abjuration,T'apparence d'une hypocrisie volontaire : et, --- Page 178 ---
(166 )
attachés à la vieille religion, ils la foren restant
deleur renommée.
tifièrent delantorité
ne conL'esprit qui animoit les réformateurs,
duisoit àla véritable liberté de penser. Chaque
pas dans le pays oû elle dominoit, ne perreligion,
Cependant,
mettoit que de certaines opinions.
diverses
étoient opposées
comme ces
croyances d'opinions qui ne fussent
entre elles, il yavoit] peu
parties de
attaquées ou soutenues dans quelques nouvelles
FEurope. D'ailleurs les communions
de la
avoient été forcées de se relàcher un peu
dogmatique. Elles ne pouvoient, sans une
rigueur
réduire le droit d'exacontradiction grossière 7
puisqu'elles
miner dans des limites trop resserrées, la
venoient d'établir sur ce même droit légitimité à
Si elles refusoient de rendre
de leur séparation.
que
elles consentoient
la raison toute sa liberté, la chaîne n'étoit pas
sa prison fat moins étroite :
brisée; mais elle étoit moins pesante et plus prolongée. Enfin, dans ces pays oà il avoitétéimpostoutes les autres,
sible à une religion d'opprimer culte dominateur
il s'établit ce que Tinsolence du
tolérance, c'est-à-dire, une permisosa nommer
des hommes à d'autres hommes
sion donnée par
de faire ce
de croire ce que leur raison adopte, de rendre à
leur conscience leur ordonne,
que
Thommage qu'ils imaginent lui
leur dieu commun
donc alors y soutenir
plaire dayantage. On put --- Page 179 ---
(167 )
toutes les doctrines tolérécs, avec une franchise
plus ou moins entière.
Ainsi l'on vit naitre en Europe une sorte de
liberté de penser, non pour les hommes, mais
pour les chrétiens; ; et, si nous en exceptons la
France, c'est pour les seuls chrétiens que partout
ailleurs elle existe encore aujourdhui.
Mais cette intolérance força la raison humaine
à rechercher des droits trop long-temps oubliés,
ou qui plotôtn'avoient jamais été ni bien connus,
ni bien éclaircis.
Indignés de voir les peuples opprimés jusque
dansle sanctuaire de leurs consciences, pardes rois,
esclaves superstitieux ou politiques du sacerdoce,
quelques hommes généreux osérent enfin examiner
les fondemens de leur puissance; et ils révélérent
aux peuples cette grande vérité, que leur liberté
est un bien inaliénable; qu'il n'y a point de prescription en faveur de la tyrannie, point de convention qui puisse irrévocablement lier une nation
à une famille; que les magistrats, quels que soient
leurs titres, leurs fonctions, leur puissance, sont
les officiers du peuple, et ne sont pas ses maitres;
qu'il conserve le pouvoir de leur retirer une autorité émanée de luis seul, soit quand ils en ontabusé,
soit même quand il cesse de croire utile à ses
intérêts de la leur conserver; qu'enfin il a le droit
deles punir, comme celui de les révoquer.
ablement lier une nation
à une famille; que les magistrats, quels que soient
leurs titres, leurs fonctions, leur puissance, sont
les officiers du peuple, et ne sont pas ses maitres;
qu'il conserve le pouvoir de leur retirer une autorité émanée de luis seul, soit quand ils en ontabusé,
soit même quand il cesse de croire utile à ses
intérêts de la leur conserver; qu'enfin il a le droit
deles punir, comme celui de les révoquer. --- Page 180 ---
(168 )
Telles sont les opinions qu'Althusius, Languet,
Néedham, Harrington, professèrent avec
et depuis
courage et développèrent avec énergie.
Payant le tribut à leur siècle, ils s'appuyèrent
souvent sur des textes, sur des autorités, sur
trop des exemples: on voit qu'ils durent ces opinions
bien plus à l'élévation de leur esprit, à la force
de leur caractère, qu'à une analyse exacte des vrais
principes de l'ordre social.
Cependant, d'autres philosophes plus timides
d'établir entre les penples et les
se contentèrent
rois une exacte réciprocité de droits et de devoirs,
obligation de maintenir les conventions
une égale
fixés. On
bien déposer ou
qui les avoient
ponvoit
seulement
punir un magistrat héréditaire, mais
n'en subsistoit
s'il avoit violé ce contrat sacré, qui
moins avec sa famille. Cette doctrine, qui
pas écartoit le droit naturel, pour tout ramener au
droit positif, fut appuyée par les jurisconsultes,
les théologiens: elle étoit plus favorable aux
par intérêts des hommes puissans, aux projetse des
frappoit bien plus sur
ambitieux, puisqu'elle
l'homme revêtu du pouvoir, que sur le pouvoir
même. Aussi fut-elle presque généralement suivie
les publicistes, et adoptée pour base dans les
par
révolutions, dans les dissensions politiques.
L'histoire nous montrera, durant cette époque,
de progrès réels vers la liberté, mais plus
peu --- Page 181 ---
(169 )
d'ordre et plus de force dans les gouvernemens,
et dans les nations un sentiment plus fort et surtout plus juste de leurs droits. Leslois sont mieux
combinées; elles paroissent moins souvent l'ouvrage informe des circonstances et du caprice :
elles sont faites par des savans, si elles ne le sont
pas encore par des philosophes.
Les mouvemens populaires, les révolutions qui
avoient agité les républiques d'Italie, PAngleterre
et la France, devoient attirer les regards des philosophes vers cette partie de la politique, qui
consiste à observer et à prévoir les effets que les
constitutions, les lois, les institutions publiques,
peuvent avoir sur la liberté des peuples, sur Ja
prospérité, sur la force des Etats, sur la conservation de leur indépendance, de la forme de leurs
gouvernemens. Les uns, imitant Platon, tels que
Morus et Hobbes, déduisoient de quelques principes généraux le plan d'un système entier d'ordre
social, et présentoient le modèle dont il falloit
que la pratique tendit sans cesse à se rapprocher.
Les autres, comme Machiavel, cherchoient dans
l'examen approfondi des faits de Phistoire, les
règles d'aprés lesquelles on pourroit se flatter de
maitriser l'avenir.
La science économique n'existoit pas encore: ;
les princes ne comptoient pas le nombre des
hommes, mais celui des soldats; la finance n'étoit
ier d'ordre
social, et présentoient le modèle dont il falloit
que la pratique tendit sans cesse à se rapprocher.
Les autres, comme Machiavel, cherchoient dans
l'examen approfondi des faits de Phistoire, les
règles d'aprés lesquelles on pourroit se flatter de
maitriser l'avenir.
La science économique n'existoit pas encore: ;
les princes ne comptoient pas le nombre des
hommes, mais celui des soldats; la finance n'étoit --- Page 182 ---
( 170 )
que Tart de piller les peuples, sans les pousser à
la révolte; et les gouvernemens ne s'occupoient
des
du commerce que pour le rançonner par
taxes, le géner par des priviléges, ous'en disputer
le monopole.
Des nations de TEurope, occupées des intérêts
communs quiles réunissoient, des intérêts opposés
qu'elles croyoient devoir les diviser, sentirent le
besoin de connoitre certaines règles entre elles,
qui même indépendamment des traités, présidassent à leurs relations pacifiques, tandis que
d'autres règles, respectées même au milieu de la
guerre, en adouciroient les fureurs, en diminueroient les ravages, et préviendroient du-moins les
maux inutiles.
Ilexista doncune science du droit des gens;mais
malheureusement on chercha ces lois des nations,
non dans la raison et la nature, seulesautorités que
mais
les peuples indépendans -
puissent reconnoitre,
dans les usages établis ou dans les opinions des Anciens. On s'occupa moins des droits de Thumanité,
de la justice envers les individus, que de l'ambition, del Torgueil ou del'aviditédes gouvernemens.
Cest ainsi qu'à cette même époque on ne voit
point les moralistes interroger. le coeur del lhomme,
analyser ses facultés et ses sentimens, pour y découvrir sa nature, Torigine, la règle etla sanction
de ses devoirs. Mais ils savent employer toute la --- Page 183 ---
(1 171 )
subtilité de la scolastique à trouver, pour les actions dont la légitimité paroit incertaine, la limite
précise oùt linnocence finit et où le péché commence; à déterminer quelle autorité a le poids
nécessaire pour justifier dans la pratique une de
ces actions doutenses; à classer méthodiquement
les péchés, tantôt par genres et par espèces,
tantôt suivant leur gravité respective; à bien distinguer surtout ceux dont un seul suffit pour
mériter la damnation éternelle.
La science de la morale ne pouvait sans doute
exister encore, puisque les prêtres jouissoient du
privilége exclusif d'en être les interprètes et les
juges. Mais ces mêmes subtilités, également ridicules et scandaleuses, conduisirent à chercher,
aidèrent à faire connoitrele degré de moralité des
actions ou de leurs motifs, Pordre et les limites
des devoirs, les principes d'après lesquels on doit
choisir quand ils paroissent se combattre: : ainsi,
en étudiant une. machine grossière, que le hasard
a fait tomber dans ses mains, souvent un mécanicien habile parvientà en construire une nouvelle
moins imparfaite et vraiment utile.
La réforme, en détruisant la confession, les
indulgences, les moines et le célibat des prêtres,
épura les principes de la morale, et diminua
mêmela corruption des moeurs dans les pays qui
T'embrassèrent ; elle les délivra des expiations
attre: : ainsi,
en étudiant une. machine grossière, que le hasard
a fait tomber dans ses mains, souvent un mécanicien habile parvientà en construire une nouvelle
moins imparfaite et vraiment utile.
La réforme, en détruisant la confession, les
indulgences, les moines et le célibat des prêtres,
épura les principes de la morale, et diminua
mêmela corruption des moeurs dans les pays qui
T'embrassèrent ; elle les délivra des expiations --- Page 184 ---
( - 172 )
du
sacerdotales 1 ce dangereux destructeur encouragement de toutes
crime et du célibat religieux,
domesest l'ennemi des vertus
les vertus, puisquil
tiques.
fut
souillée qu'aucune autre
Cette époque plus Elle fut celle des maspar de grandes atrocités. sacrées, de la déposacres religieux, des guerres
pulation du Nouvean-Monde.
mais plus
Elle y vit rétablir l'ancien esclavage,
plus fécond en crimes contre la nature,
barbare, mercantile commercer du sang des
et Tavidité
des marchandises,
hommes, les vendre comme
le briganaprès les avoir achetés parla trahison,
le
et les enlever à un hémidage ou
meurtre,
au milieu
les dévouer dans un autre,
sphère pour
et des outrages 2 au supplice
de Phumiliation
destruction.
prolongé d'une lente et cruelle
Thypoerisie couvre PEurope
En-mème-temps
Le monstre du fanade bàchers et d'assassins.
semble redoubler
tisme, irrité de ses blessures,
victimes
de férocité, et se hâter d'entasser ses
la raison va bientôt les arracher de ses
parce que
lon voit enfin reparoitre quelmains. Cependant,
qui
ques-unes de ces vertus douces et couragenses leur
honorent et consolent Phumanité. Lhistoire
prononcer sans rouoffre des noms qu'elle peut
caractères
gir; des âmes pures et fortes, de grands
d'esréunis à des talens supérieurs, se montrent --- Page 185 ---
(1 173 )
pace en espace à travers ces scènes de perfidie,
de corruption et de carnage. L'espèce humaine
révolte encore le philosophe qui en contemple le
tableau. Mais elle ne lhumilie plus, et lui montre
des espérances plus prochaines.
La marche des sciences devient rapide et brillante. La langue algébrique est généralisée, simplifiée, perfectionnée, ou plutôt, c'est alors seulement qu'elle a été véritablement formée. Les
premières bases de la théorie générale des équations sont posées, la nature des solutions qu'elles
donnent est approfondie, celles des troisième et
quatrième degrés sont résolues.
Lingénieueinvention deslogarithmes, en abrégeant les opérations de P'arithmétique, facilite
toutes les applications du calcul à des objets réels,
et étend ainsi la sphère de toutes les sciences,
dans lesquelles ces applications numériques, à la
vérité particulière qu'on cherche à connoitre, sont
un des moyens de comparer avec les faits, les
résultats d'une hypothèse ou d'une théorie, et de
parvenir, par cette comparaison, à la découverte
des lois de la nature. En effet, dans les mathématiques, la longueur, la complication purement
pratique des calculs, ont un terme au-delà duquel le temps, les forces mémes ne peuvent atteindre; terme qui, sans le secours de ces heureuses
abbréviations, marqueroit les bornes dela science
itre, sont
un des moyens de comparer avec les faits, les
résultats d'une hypothèse ou d'une théorie, et de
parvenir, par cette comparaison, à la découverte
des lois de la nature. En effet, dans les mathématiques, la longueur, la complication purement
pratique des calculs, ont un terme au-delà duquel le temps, les forces mémes ne peuvent atteindre; terme qui, sans le secours de ces heureuses
abbréviations, marqueroit les bornes dela science --- Page 186 ---
(174) )
la limite
les efforts du génie ne
même, et
que
potirroient franchir. chute des corps fut découverte par
La loi de la
la théorie du mouGalilée, qui sut en déduire
la
uniformément accéléré, 7 et calculer
vement
lancé dans le videavec
courbe que décrit un corps
d'une force
vitesse déterminée, 2 et animé
une
suivant des directions paralconstante qui agisse
lèles.
détruisit la théorie
Secutsta
oublié depuis silong-temps,
par
ce qu'il avoit derévoltant
des mouvemens: apparens, Pextrême simplicité des
pour les sens; ; opposa résultent de ce système, à
mouvemens réels qui
ridicule de ceux qu'exila complication presque Ptolémée. Les mouvemens
geoit Phypothèse de
de
furent mieux connus, et le génie
des planètes
la forme de leurs orbites et les
Kepler découvrit
ces orbites sont
lois éternelles suivant lesquelles
parcourues.
à Pastronomie la découverte
Galilée appliquant
ouvrit un
récente des lunettes qu'il perfcetionna, Les taches
des hommes.
nouveau ciel aux regards
lui en firent
observa surle disque du soleil,
qu'il
dont il détermina la période
connoitrel la rotation,
de Vénus; il
et les lois. Il démontra les phases
Jupiter
lunes
entourent
découvrit ces quatre
qui
orbite.
dans son immense
et Paccompagnent --- Page 187 ---
( 175 )
Ilapprit à mesurer le temps avec exactitude par
les oscillations d'un pendule.
Ainsilhomme dut à Galilée la première théorie
mathématique d'un mouvement, qui ne fit pas
à-la-fois uniforme et rectiligne, et la première
connoissance d'une des lois mécaniques de la nature; il dut à Kepler celle d'une de ces lois empiriques, dont la découverte a le double avantage,
et de conduire à la connoissance de Ia loi mécanique dont elles expriment le résultat, et de suppléer à cette connoissance, tant qu'il n'est pas
encore permis d'y atteindre,
La découverte de la pesanteur de lair et celle
de la circulation du sang, marquent les progrés de
la physique expérimentale, qui naquit dans l'école
de Galilée, et de l'anatomie, déjà trop étendue
pour ne point se séparer de la médecine.
Lihistoire naturelle, la chimie, malgré ses chimériques espérances, et son langage énigmatique,
la médecine, la chirurgie étonnent par la rapidité
de leurs progrès, mais elles affligent souvent par
le spectacle des monstrueux préjugés qu'elles conservent encore.
Sans parler des ouvrages où Gessner et Agricola
renfermérent tant de connoissances
le mélange des erreurs
réelles, que
scientifiques ou populaires
altéroit si rarement, on vit Bernard de Palissi,
tantôt nous montrer, et les carrières où nous
énigmatique,
la médecine, la chirurgie étonnent par la rapidité
de leurs progrès, mais elles affligent souvent par
le spectacle des monstrueux préjugés qu'elles conservent encore.
Sans parler des ouvrages où Gessner et Agricola
renfermérent tant de connoissances
le mélange des erreurs
réelles, que
scientifiques ou populaires
altéroit si rarement, on vit Bernard de Palissi,
tantôt nous montrer, et les carrières où nous --- Page 188 ---
(176)
puisons les matériaux de nos édifices et les masses
de pierres qui composent nos montagnes, formées
par les débris des animaux marins, monumens
authentiques des anciennes révolutions du globe;
tantôt expliquer comment les eaux enlevées à la
rendues à la terre par les
mer par Févaporation,
pluies, arrêtées par les couches de glaise, rassemblées en glaces sur les montagnes, entretiennent
l'éternel écoulement des fontaines, des rivières
et des fleuves; tandis que Jean Rei découvroit le
secret de ces combinaisons de l'air avec les subces théories
stances métalliques, premier germede
brillantes, qui, depuis quelques années, ont reculé les bornes de la chimie.
Dans IItalie, l'art de la poésie épique, de la
peinture, de la scalpture,atiéignirent une perfection que les Anciens n'avoient pas connue. Corneille annonçoit que T'art dramatique en France
étoit prêt d'en acquérir une plus grande encore;
Tenthousiasme
Fantiquité croit peutcar si
pour
être avec justice reconnoître quelque supériorité
dans le génie des hommes qui en ont créé les
chefs-d d'ceuvre, il est bien difficile, qu'en comparant leurs ouvrages avec les productions de
PItalie et de la France, la raison n'aperçoive pas
les progrès réels que Part même a faits entre les
mains des Modernes.
La langue italienne étoit entièrement formée;
acquérir une plus grande encore;
Tenthousiasme
Fantiquité croit peutcar si
pour
être avec justice reconnoître quelque supériorité
dans le génie des hommes qui en ont créé les
chefs-d d'ceuvre, il est bien difficile, qu'en comparant leurs ouvrages avec les productions de
PItalie et de la France, la raison n'aperçoive pas
les progrès réels que Part même a faits entre les
mains des Modernes.
La langue italienne étoit entièrement formée; --- Page 189 ---
(177 )
celles des autres peuples voyoient chaque jour
s'effacer quelques traces de leur ancienne barbarie.
On commençoit à sentir l'utilité de la métaphysique, de la grammaire; à connoitre l'art d'analyser, d'expliquer philosopliquement , soit les
règles, soit les procédés établis par T'usage dans
la composition des mots et des plrases.
Partout, à cette époque, on voit l'autorité et
la raison se disputer Tempire, combat qui préparoit et qui présageoit le triomphe de la dernière.
C'est donc alors que devoit naître cet esprit
de critique, qui seul peut rendre l'éradition vraiment utile. On avoit encore besoin de connoitre
tout ce qu'avoient fait les Anciens, et lon commençoit à savoir que si on devoit les admirer, on
avoit aussi le droit de les juger. La raison qui
s'appuyoit quelquefois sur l'autorité, et contre qui
on l'employoit si souvent, vouloit apprécier, soit
la valeur du secours qu'elle espéroit y trouver,
soit le motif du sacrifice qu'on exigcoit d'elle.
Ceux qui prenoient Pautorité pour base de leurs
opinions, pour guide de leur conduite, sentoient
combien il leur importoit de s'assurer de la force
de leurs armes, et de ne pas s'exposer à les voir
se briser contre les premières attaques de la raison.
Lusage exclusif d'écrire en latin sur les sciences,
sur la plilosophie, sur la jarisprudence, et presque sur T'histoire, céda peu-à-peu la place à celui
--- Page 190 ---
( 1,8 )
d'employer la langue usuelle de chaque pays. Et
c'esti ici le moment d'examiner quelle fut, sur les
progrès de lesprit humain, Pinfluence de ce changement qui rendit les sciences plus populaires,
mais en diminuant pour les savans la facilité d'eu
suivre la marche générale; qui fitqu'un livre étoit
lu dans un même pays par plus d'hommes foiblement instruits, et Pétoit moins en Europe par des
hommes plus éclairés; qui dispense d'apprendre
la langue latine un grand nombre d'hommes
avides de sinstruire, et n'ayant ni le temps, ni
les moyens d'atteindre à une instruction étendue
mais
force les savans à conet approfondie,
qui
dansl'étudede plus de langues
sumer plusdetemps
différentes.
Nous montrerons que s'il étoit impossible de
faire du latin une langue vulgaire, commune à
FEurope entière, la conservation de I'usage d'écrire
en latin sur les sciences n'eût eu, pour ceux qui
les cultivent, qu'une utilité passagère; que l'existence d'une sorte de langue scientifique, la même
chez toutes les nations, tandis que le peuple de
chacune d'elles en parleroit une différente, y eût
séparé les hommes en deux classes, eût perpétué
dans le peuple les préjugés et les erreurs, eût mis
un éternel obstacle à la véritable égalité, à un
usage égal de la même raison, à une égale connoissance des vérités nécessaires; et, en arrêtant
agère; que l'existence d'une sorte de langue scientifique, la même
chez toutes les nations, tandis que le peuple de
chacune d'elles en parleroit une différente, y eût
séparé les hommes en deux classes, eût perpétué
dans le peuple les préjugés et les erreurs, eût mis
un éternel obstacle à la véritable égalité, à un
usage égal de la même raison, à une égale connoissance des vérités nécessaires; et, en arrêtant --- Page 191 ---
179 )
ainsi les progrès de la masse de l'espèce humaine,
eùt fini, comme dans POrient, par mettre un
terme à ceux des sciences elles-mêmes.
Ilr n'yavoit eu de long-temps d'instruction que
dans les églises et dans les cloitres.
Les universités furent encore dominées par les
prêtres. Forcés d'abandonner au gonvernement
une partie de leur influence, ils se la réservérent
touteentière sur linstruction générale et première;
sur celle qui renferme les lumières nécessaires à
toutes les professions communes, à toutes les classes
d'hommes, et qui s'emparant de l'enfance et de
la jeunesse, en modèle à son gré l'intelligence
flexible, l'âme incertaine et facile. Ils laissèrent
seulement à la puissance séculière le droit de diriger l'étude de la jurisprudence, de la médecine,
linstruction approfondie des sciences, de la littérature, des langues savantes; écoles moins nombreuses, où l'on n'envoyoit que des hommes déjà
façonnés au joug sacerdotal.
Les prêtres perdirent cette influence dans les
pays réformés. A-la-vérité linstruction communc,
quoique dépendante du gouvernement, ne cessa
point d'y être dirigée par Pesprit théologique;
mais elle ne fut plus exclusivement confiéc à des
membres de la corporation presbytérale. Elle continua de corrompre les esprits par des préjugés
religieux, mais elle ne les courba plus sous lejous
12* --- Page 192 ---
(180 )
de Pautorité sacerdotale; elle fit encore des fanatiques, des illuminés, des sophistes, mais elle ne
forma plus d'esclaves pour la superstition.
Cependant T'enseignement partout asservi, corrompoit partout la masse générale des esprits, en
opprimant la raison de lous. Jes enfans souslep poids
des préjugés religieux de leur pays; en étouffant
par des préjugés politiques, l'esprit de liberté
des jeunes gens destinés à une instruction plus
étendue.
Non-seulement chaque homme abandonné à
lui-même trouvoit entre lui etla vérité l'épaisse et
terrible phalange des erreurs de son pays et de
son siècle, mais déjà on lui avoit rendu personnelles en quelque sorle les plus dangereuses de ces
erreurs. Chaque homme, avant de pouvoir dissiper celles d'autrui, devoit commencer par reconnoitre les siennes ; avant de combattre les
difficultés quela nature oppose à la'découverte de
la vérité, il avoit besoin de refaire, en quelque
L'instruction donsorte, sa propre intelligence.
noit déjà des lumières; mais pour qu'elles fussent
utiles, il falloit les épurer, les séparer du nuage
dontla superstition, d'accordavec la tyrannie, avoit
su les envelopper.
Nous montrerons quels obstacles plus ou moins
puissans ces vices de Pinstruction publique, ces
croyances religieuses opposées entre clles, cette
oppose à la'découverte de
la vérité, il avoit besoin de refaire, en quelque
L'instruction donsorte, sa propre intelligence.
noit déjà des lumières; mais pour qu'elles fussent
utiles, il falloit les épurer, les séparer du nuage
dontla superstition, d'accordavec la tyrannie, avoit
su les envelopper.
Nous montrerons quels obstacles plus ou moins
puissans ces vices de Pinstruction publique, ces
croyances religieuses opposées entre clles, cette --- Page 193 ---
(181 )
influence des diverses formes de gouvernement,
apportérent aux progrès de Pesprit humain. On
verra que ces progrès furent d'autant plus lents,
que les objets soumis à la raison touchoient davantage aux intérêts politiques ou religieux; que la
philosophie générale, la métaphysique, dont les
vérités attaquoient directement toutes les superstitions, furent plus opiniatrément retardées dans
leur marche, que la politique dont le perfectionnement ne menaçoit que l'autorité des rois
ou des sénats aristocraticmes; que la même observation peut également s'appliquer aux sciences
physiques.
Nous développerons les autres sources d'inégalité, qui ont pu naître de la nature des objets
que chaque science envisage, ou des méthodes
qu'elle emploie.
Celles qu'on peut également observer pour une
même science, dans les divers pays, est aussil'effet
composé de causes politiques et de causes naturelles. Nous chercherons ce qui, dans ces différences, appartient à la diversité des religions,
à Ia forme du gouvernement, la richesse, à la
puissance de la nation, à son caractère,à sa position géographique, aux événemens dont ellea été
le théâtre, enfin au hasard qui a fait naître dans
son sein quelques-uns de ces hommes extraordinaires dont l'influence, en s'étendant sur Phuma- --- Page 194 ---
182 )
nité toute entière,s'exerce cependant autour d'eux
avec plus d'énergie.
Nous distinguerons les progrès de la science
même, qui n'ont pour mesure que la somme
des vérités qu'elle renferme, et ceux d'une nation
dans chaque science, progrès quise mesurent alors
sous un rapport, par le nombre des hommes
qui en connoissent les vérités les plus usuelles,
les plus importantes, et, sous un autre, par le
nombre et la nature de ces vérités généralement
connues.
En eflet, nous sommes arrivés au point de civilisation où le peuple profite des lumières, nonseulement par les services qu'il reçoit des hommes
éclairés, mais parce qu'il a su s'en faire une,sorte
de patrimoine, etles emplogerinmituemens
se défendre contre l'erreur, à prévenir ou' satisfaire ses besoins, à se préserver des maux de la
vie, ou à les adoucir par des jouissances nouvelles.
L'histoire des persécutions auxquelles furent
exposés, dans cette époque, les défenseurs de la
vérité, ne sera point oubliée. Nous verrons ces
persécutions s'étendre des vérités philosophiques
ou politiques, jusque sur celles de la médecine, 2
de P'histoire naturelle, de la physique et de l'astronomie. Dans le huitième siècle, un pape ignorant
avoit persécuté un diacre pour avoir soutenu la
issances nouvelles.
L'histoire des persécutions auxquelles furent
exposés, dans cette époque, les défenseurs de la
vérité, ne sera point oubliée. Nous verrons ces
persécutions s'étendre des vérités philosophiques
ou politiques, jusque sur celles de la médecine, 2
de P'histoire naturelle, de la physique et de l'astronomie. Dans le huitième siècle, un pape ignorant
avoit persécuté un diacre pour avoir soutenu la --- Page 195 ---
(1 185 )
rondeur de la terrc contre lopinion du rhétedr
Augustin. Dans le dix-septième, l'ignorance bien
plus honteuse d'un autre pape livra aux inquisiteurs, Galilée, convaincu d'avoir prouvé le mouvement diurne et annuel de la terre. Le plus grand
génie que I'Italie moderne ait donné aux sciences,
accablé de vieillesse et d'infirmités, fut obligé,
pour se soustraire au supplice ou à la prison, de
demander pardon à Dieu d'avoir appris aux
hommes à mieux connoitre ses ouvrages, à l'admirer dans la simplicité dcs lois éternelles par
lesquelles il gouverne PUnivers.
Cependant, Pabsurdité des théologiens étoit si
palpable, que cédant au respect humain, ils permirent de soutenir Ic mouvement de la terre,
pourvu que ce fat comme une hypothèse, et que
la foi n'en reçut aucune atteinte. Mais les astronomes ont fait précisément le contraire; ils ont
cru au mouvement réel de la terre, ct ont calculé
suivant Phypothèse de son immobilité.
Trois grands hommes ont marqué le passagede cette époque à cello qui va suivre, Bacon,
Galilée, Descartes. Bacon a révélé la véritable
méthode d'étudier la nature, d'employerles trois
instrumens qu'elle nous a donnés pour pénétrer
ses secrets, Pobservation, lexpérience ct le calcul. Il veut que le philosophe, jeté au milieu de
PUnivers, commence par renoncer à toutes Ics --- Page 196 ---
184 )
croyances qu'il a reçues, et même à toutes les notions qu'ils'est formées, pour se recréer en quelque sorte un entendement nouveau, dans lequel il
ne doit plus admettre que des idées précises, des
notions justes, des vérités dont le degré de certitude ou de probabilité ait été rigoureusement
pesé. Mais Bacon, qui possédoit le génie de la
philosophie au point le plus élevé, n'y joignit
point cclui des sciences; et ces méthodes de découvrir la vérité, dont il ne donne point l'exemple, furent admirées des philosophes, mais ne
changérent point la marche des sciences.
Galilée les avoit enrichies de découvertes utiles
et brillantes; 3 il avoit enseigné par son exemple
les moyens de s'élever à la connoissance des lois
de la nature par une méthode sûre ct féconde, qui
n'oblige point de sacrifier l'espérance du succès à
la crainte de s'égarer. Il fonda pour les sciences
la première école où clles ayent été cultivées sans
aucun mélange de superstition, soit pour les préjugés, soit pour l'autorité; oùr l'on ait rejeté avec
une sévérité philosophique, tout autre moyen que
l'expérience et le calcul. Mais se bornant exclusivement aux sciences mathématiqnes et physiques,
il ne putimprimer. raux esprits cC mouvement qu'ils
sembloient attendre.
Cet honneur étoit réservé à Descartes, philosophe ingénieux et hardi. Doué d'un grand génie
un mélange de superstition, soit pour les préjugés, soit pour l'autorité; oùr l'on ait rejeté avec
une sévérité philosophique, tout autre moyen que
l'expérience et le calcul. Mais se bornant exclusivement aux sciences mathématiqnes et physiques,
il ne putimprimer. raux esprits cC mouvement qu'ils
sembloient attendre.
Cet honneur étoit réservé à Descartes, philosophe ingénieux et hardi. Doué d'un grand génie --- Page 197 ---
(185 )
pour les sciences, il joignit l'exemple au précepte,
en donnant la méthode de trouver, de reconnoitre
la vérité. Il en montroit l'application dans la découverte des lois de la dioptrique, de celle du
choc des corps, enfin d'une nouvelle branche de
mathématiques, qui devoit en reculer toutes les
bornes.
Il vouloit étendresa méthode à tous les objets
de l'intelligence humaine: Dieu, Thomme, PUnivers étoient tour-à-tour le sujet de ses méditations. Si dans les sciences physiques, sa marche est
moins sûre que celle de Galilée, si sa philosophie
est moins sage que celle de Bacon, si on peut lui
reprocher den'avoir pas assez appris par les leçous
de Tun, par l'exemple de l'autre, à se défier de son
imagination, à n'interroger la nature que par des
expériences, à ne croire qu'au calcul, à observer
TUnivers au-lieu de le construire, à étudier
Thomme au-lieu de le deviner ; l'audace même
de ses erreurs servit aux progrès de l'espèce humaine. Il agita les esprits, que la sagesse de ses
rivaux n'avoit pu réveiller. Il dit aux hommes de
secouer le joug de l'autorité, de ne plus reconnoitre que celle qui seroit avouée par leur raison;
et il fet obéi, parce qu'il subjuguoit par sa hardiesse, qu'il entraînoit par son enthousiasme.
Lesprit humain ne fat pas libre encore, mais il
sut qu'il étoit formé pour l'être. Ceux qui osérent --- Page 198 ---
(186 )
s'opiniàtrer à lui conserver ses chaînes, ou essayer
de Ini en donner de nouvelles, furent forcés de
lui prouver qu'il devoitles garder ou les recevoir;
et dès-lors on put prévoir qu'elles seroient bientôt
bristes. --- Page 199 ---
(187 )
NEUVIÈME ÉPOQUE.
Depuis Descartes jusqu'i la formation
de la République Française.
Nous avons vu la raison humaine se former
lentement par lcs progrès naturels de la civilisation ; la superstition s'emparer d'elle pour la corrompre, et le despotisme dégrader et engourdir
Jes esprits sous le poids de la crainte et du malheur.
Un seul peuple échappeacette doubleinfluence.
Lesprit humain, affranchi des liens de son enfance, s'avance vers la vérité d'un pas ferme, de
cette terre heureuse où la liberté vient d'allumer
le flambeau du génie. Mais la conquête ramène
bientôt avec elle la tyrannie, que suit la superstition, sa compagne fidèle, et Phumanité toute entière est replongée dans des ténébres qui semblent
devoir être éternelles. Cependant, le jour renait
peu-à-peu; les yens, Jong-temps condamnés à
ens de son enfance, s'avance vers la vérité d'un pas ferme, de
cette terre heureuse où la liberté vient d'allumer
le flambeau du génie. Mais la conquête ramène
bientôt avec elle la tyrannie, que suit la superstition, sa compagne fidèle, et Phumanité toute entière est replongée dans des ténébres qui semblent
devoir être éternelles. Cependant, le jour renait
peu-à-peu; les yens, Jong-temps condamnés à --- Page 200 ---
( 188 )
Tohienrié,fenrensient, se referment,s'y accoutument lentement, fixent enfin la lumière, et le
génie ose se remontrer sur ce globe, d'oit le fanatisme et la barbarie l'avoient exilé.
Déjà nous avons vula raison soulever ses chairelacher
et acquérant sans
nes,, en
quelques-unes;
accélérer
cesse des forces nouvelles, préparer,
l'instant de sa liberté.
oû elle acheva
Il nous reste à parconrirlépoque
les
de les rompre; oit, forcée d'en traîner encore
elle s'en délivre peu-à-peu; ou libre enfin
restes,
être arrêtée
dans sa marche, elle ne peut plus
iné- que
ces obstacles dont le renouvellement est
par vitable à chaque nouveau progrès, parce qu'ils ont
nécessairela constitution mêmede notre
pour cause
établi
la nature
intelligence, ou ce rapport
par
et la
découvrir la vérité,
entre nos moyens pour
efforts. Lintolérésistance qu'elle oppose à nos
avoit forcé sept des provinces
rance religieuse
le
de PEspagne, et à
belgiques à secouer joug
Elle seule avoit
fédérative.
former une république
de
réveillé la liberté angloise, qui, fatiguée par
longues et sanglantes agitations, a fini par se repolong-temps admirée par
ser dans une constitution réduite à n'avoir plas
la philosophie, et désormais
la saperstition nationale et Thypopour appui que
crisie politique.
sacerdoEnfin, c'étoit encore aux persécutions --- Page 201 ---
( à 18g )
tales que la nation suédoise avoit dû le courage
de ressaisir une partie de ses droits.
Cependant, au milieu de ces mouvemens causés par des querelles théologiques, la France,
PEspagne, laHongrie, la Babemencisatvudonéan
tir leurs foibles libertés, ou ce qui, du-moins, en
avoit Tapparence.
On chercheroit en vain, dans les pays appelés
libres, cette liberté qui ne blesse aucun des droits
naturels de Phomme; qui non-seulement lui en
réserve la propriété, mais lui en conserve Pexercice. Celle qu'on y trouve, fondée sur un droit
positif inégalement réparti, accorde plus ou
moius de prérogatives à un homme, suivant qu'il
habite telle ou telle ville, qu'il est né dans telle
ou telle classe, 7 qu'il a telle ou telle fortune, qu'il
exerce telle ou telle profession; et le tableau rapproché de ces distinctions bizares dans les diverses
nations, sera la meilleure réponse que nous puissions opposer: à ceux qui en soutiennent encoreles
avantages et la nécessité.
Mais dans ces mêmes pays, les lois garantissent
la liberté individuelle et civile. Mais si Phomme
n'y est pas tout ce qu'il doit être, la dignité de sa
nature n'y est point avilie : quelques-uns de ces
droits sont au-moins reconnus; on ne peut plus
dire qu'il soit esclave, mais seulement qu'il ne
sait pas encore être vraiment libre.
nations, sera la meilleure réponse que nous puissions opposer: à ceux qui en soutiennent encoreles
avantages et la nécessité.
Mais dans ces mêmes pays, les lois garantissent
la liberté individuelle et civile. Mais si Phomme
n'y est pas tout ce qu'il doit être, la dignité de sa
nature n'y est point avilie : quelques-uns de ces
droits sont au-moins reconnus; on ne peut plus
dire qu'il soit esclave, mais seulement qu'il ne
sait pas encore être vraiment libre. --- Page 202 ---
( 1go )
Chez les nations oit, pendant le même temps; $
la liberté a fait des pertes plus ou moins réelles,
les droits politiques, dont la masse du peuple
jouissoit, étoient renfermés dans des limites si
étroites, que la destructioné delaristocratiepresque
arbitraire sous laquelle il avoit gémi, semble en
avoir plus que compensé la perte. Il a perdu ce
titre de citoyen, que linégalité rendoit presque
illusoire; mais la qualité d'homme a été plus respectée; etle despotisme royal l'asauvé de Toppression féodale, l'a soustrait à cet état d'humiliation,
d'autant plus pénible,quele nombre etla présence
de ses tyrans en renouvellent sans cesse le sentiment.
Les lois ont di se perfectionner dans les constitutions demi-libres, parce que l'intérêt de ceux
qui y exercent un véritable pouvoir, n'est pas
habituellement contraire aux intérêts généraux du
peuple; et dans les États despotiques, soit parce
Vintérêt de la prospérité publique se conque fond souvent avec celui du despote, soit parce
cherchant lui-même à détruire les restes du
que
des nobles et du clergé, il en résultoit
pouvoir
dans les lois un esprit d'égalité, dont le motifétoit
d'établir celle de Pesclavage, mais dont les eflets
pouvoient souvent être salutaires.
Nous exposerons en détail les causes qui ont
produit, en Europe, ce genrede despotisme dont, --- Page 203 ---
(191 )
ni les siecles antérieurs, ni les autres parties du
monde, n'ont offert d'exemple; ol'autorité presque arbitraire, contenue parlopinion, réglée par
les lumières, adoucie par son propre intérêt, a
souvent contribué aux progrès de la richesse, de
l'industrie, de Finstruction, et quelquefois même
à ceux de la liberté civile.
Les moeurs se sontadoucies par l'alloiblissement
des préjugés qui en ayoient maintenu la férocité,
par linfluence de cet esprit de commerce et d'industrie, enuemi des violences et des troubles qui
fontfuir la richesse, par T'horreur qu'inspiroit le
tableau encore récent des barbaries de l'époque
précédente, par une propagation plus générale
des idées philosopbiques d'égalité et d'humanité;
enfin, par T'effetlent, mais sàr, du progrès général des lumières.
Lintolérance religieuse a subsisté, mais comme
une invention de la prudence humaine, comme
un hommage aux préjugés du peuple, ou une
précaution contre son clfervescence. Elle a perdu
ses fureurs : les buchers, rarement allumés, ont
élé remplacés par une oppression souvent
arbitraire, mais moins barbare; et, dans ces
B
niers temps, on n'a plus persécuté que de loin en
loin, et en quelque sorte par babitude ou par
complaisance. Partout, et sur tous les points, la
pratique des gouvernemens avoit suivi, mais ler-
és du peuple, ou une
précaution contre son clfervescence. Elle a perdu
ses fureurs : les buchers, rarement allumés, ont
élé remplacés par une oppression souvent
arbitraire, mais moins barbare; et, dans ces
B
niers temps, on n'a plus persécuté que de loin en
loin, et en quelque sorte par babitude ou par
complaisance. Partout, et sur tous les points, la
pratique des gouvernemens avoit suivi, mais ler- --- Page 204 ---
I 192 )
tement el comme à regret, la marche del'opivion,
et même celle de la philosophie.
En effel, si dans les sciences morales et politiques, il existe à chaque instant une grande distance entre le point oà les philosophes ont porté
les lumières, etl le terme moyen où sont parvenus
les hommes qui cultivent leur esprit, et dont la
doctrine communeforme cette espèce de croyance
généralement adoptée, qu'on nomme opinion; ;
ceux qui dirigent les affaires publiques, qui inflnent immédiatement sur le sort du peuple,
quel que soit le genre de leur constitution, sont
bien loin de s'élever au niveau de cette opinion ;
ils la suivent, mais sans l'atteindre, bien loin de
la devancer, et se trouvent constamment au-dessous d'elle, et de beaucoup d'années, et de beaucoup de vérités.
Ainsi, le tableau des progrès de la philosophie
et de la propagation des lumières, dont nousavons
exposé déjà les effets les plus généraux et les plus
sensibles, va nous conduire à Pépoque où linfluence de ces progrès sur Topinion, de l'opinion sur les nations ou sur Jeurs chefs, cessant
tout-à-coup d'être lente et insensible, a produit
dans la masse entière de quelques peuples, une
révolution, gage certain de celle qui doit embrasser la généralité de T'espèce humaine.
Après de longues erreurs, après s'être égarés
nousavons
exposé déjà les effets les plus généraux et les plus
sensibles, va nous conduire à Pépoque où linfluence de ces progrès sur Topinion, de l'opinion sur les nations ou sur Jeurs chefs, cessant
tout-à-coup d'être lente et insensible, a produit
dans la masse entière de quelques peuples, une
révolution, gage certain de celle qui doit embrasser la généralité de T'espèce humaine.
Après de longues erreurs, après s'être égarés --- Page 205 ---
(1 195 )
dans des théories incomplètes ou vagues, les publicistes sont parvenus à counoitre enfin les véritables droits de T'homme, à les déduire de cette
seule vérité, qu'il est un être sensible, capable
de former des raisonnemens et d'acquérir des
idées morales.
Ils ont vu que le maintien de ces droits étoit
lobjet unique de la réunion des hommes en SOciétés politiques, et que l'art social devoit être
celui de leur garantir la conservation de ces droits
avec la plus entière égalité, comme dans la plus
grande étendue. On a senti que ces moyens d'assurer les droits de chacun, devant être soumis
dans chaque société à des règles communes, le
pouvoir de choisir ces moyeus 2 de déterminer ces
règles, ne pouvoit appartenir qu'à la majorité des
membres de la sociélé même ; parce que chaque
individu ne pouvant, dans ce choix, suivre sa
propre raison sans y assujétir les autres, le voeu de
la majorité est le seul caractère de vérité qui puisse
être adopté par tous, sans blesser Pégalité.
Chaquehomme peut réellement se lier d'avance
à ce voeu de la majorité, qni devient alors celui
de Punanimité ; mais il ne peut y lier que lui
seul: il ne peut être engagé même enveis cetle
majorité, qu'autant qu'elle ne blessera pas ses
droits individuels, après les avoir recounus.
Tels sont à-la-fois les droits de la majorité sur
--- Page 206 ---
(194) )
la société ou sur ses membres, et les limites de
ces droits. Telle est Torigine de celte unanimité,
quirend obligatoires, pour tous, les engagemens
pris par la majorité seule: obligation qui cesse
d'être légitime quand, par le changement des individus, cette sanction de Punanimité a cessé ellemême d'exister. Sans doute, il est des objets sur
lesquels la majorité prononceroit peut-être plus
souvent en faveur de P'erreur et contre l'intérêt
commun de tous; mais c'est encore à elle à décider quels sont ces objets sur lesquels elle ne doit
point s'en rapporter immédiatement à ses propres
décisions;c'est à elle à déterniner, qui seront ceux
dont elle croit devoir substituer la raison à la
sienne; à régler la méthode qu'ils doivent suivre
arriver plus sàrement à la vérité; et elle ne
pour abdiquer l'autorité de prononcer, 2 si leurs
peut décisions n'ont point blessé les droits communs à
tous.
Ainsi, Fon vit disparoitre, devant des principes
si simples, ces idées d'un contrat entre un peuple
et ses magistrats, qui ne pourroit être annulé que
par un consentement mutuel, ou par l'infidélité
d'une des parties; et cette opinion moins servile,
mais non moinsabsurde, quie enchaînoit un peuple
aux formes de constitution une fois établies,
comme si le droit de les changer n'étoit pas la première garantie de tous les autres, comme si les
.
Ainsi, Fon vit disparoitre, devant des principes
si simples, ces idées d'un contrat entre un peuple
et ses magistrats, qui ne pourroit être annulé que
par un consentement mutuel, ou par l'infidélité
d'une des parties; et cette opinion moins servile,
mais non moinsabsurde, quie enchaînoit un peuple
aux formes de constitution une fois établies,
comme si le droit de les changer n'étoit pas la première garantie de tous les autres, comme si les --- Page 207 ---
(195 )
institutions humaines, nécessairement défectueuses
et susceptibles d'une perfection nouvelle à mesure
que les hommes s'éclairent, pouvoient être condamnées à une éternelle durée. Ainsi, l'on se vit
obligé de renoncer à cette politique astucieuse et
fausse, qui, oubliant que tous les hommes tiennent
des droits égaux de leur nature même, vouloit
tantôt mesurer l'étendue de ceux qu'il falloit leur
laisser, sur la grandeur du territoire, sur la température du climat, sur le caractère national, sur
la richesse du peuple, sur le degré de perfection
du commerce et de l'industrie; et tantôt partager
avec inégalité ces mêmes droits entre diverses
classes d'hommes, en accorder à la naissance, à la
richesse, à la profession, et créer ainsi des intérêts contraires, des pouvoirs opposés, pour établir
ensuite entre eux un équilihre que ces institutions
seules ont rendu nécessaire, ct qui n'en corrige
même pas les influences dangereuses.
Ainsi, l'on n'osa plus partager les hommes en
deux races différentes, dont l'une est destinée à
gouverner, l'autre à obér;Pune à mentir, l'autre
à être trompée; on fut obligé de recounoitre que
tous ont un droit égal de s'éclairer sur tous leurs
intérêts, de connoitre toutesles vérités, et qu'aucun des pouvoirs établis par eux sur eux-mêmes,
ne peut avoirle droit de leur en cacher aucune.
Ces principes, quele généreux Sydnei paya de
13* --- Page 208 ---
( d 196 )
Locke attacha l'autorité de son
son sang, auxquels
nom, furent développés depuis par Rousseau,
de
d'étendue et de force, et
avec plus
précision,
il mérita la gloire de les placer au nombre de ces
vérités qu'il n'est plus permis, ni d'oublier, ni de
combattre.
Lhomme a des besoins et des facultés pour y
pourvoir; du produit de ces facultés, différemment modifié, distribué, résulte une masse de
richesses destinécs à subvenir aux besoins communs. Mais quelles sontles lois suivant lesquelles
ces richesses se forment ou se partagent, se conservent ou se consomment, s'accroissent ou se dissipent? Quelles sont aussi les lois de cet équilibre, qui tend sans cesse à s'établir entre les
besoins et les ressources, et d'où il résulte plus
de facilité pour satisfaire les besoins, par conséquent, plus de bien-être quand la richesse augmente, jusqu'a ce qu'ils ayent atteint le terme de
et au contraire, quand la rison accroissement;
chesse diminue, plus de difficultés, et par conséquent, de la souffrance jusqu'à ce que la dépopulation et les privations ayent ramené le niveau ?
Comment, dans cette étonnante varicté de travaux
et de' produits, de besoins et de ressources, dans
d'intérêts, qui lient
cette effrayante complication
la subsistance, le bien-être d'un individu isolé, au
système général des sociétés, qui le rend dépen-
ire, quand la rison accroissement;
chesse diminue, plus de difficultés, et par conséquent, de la souffrance jusqu'à ce que la dépopulation et les privations ayent ramené le niveau ?
Comment, dans cette étonnante varicté de travaux
et de' produits, de besoins et de ressources, dans
d'intérêts, qui lient
cette effrayante complication
la subsistance, le bien-être d'un individu isolé, au
système général des sociétés, qui le rend dépen- --- Page 209 ---
( 197 )
dant de tous les accidens de la nature, de tous
les événemens dela politique, qui étend en quelque sorte au globe entier sa faculté d'éprouver, 2
ou des jonissances, ou des privations; comment,
dans ce chaos apparent, voit-on néanmoins, par
une loi générale du monde moral, les efforts de
chacun pour lui-même servir au bien-être de tous,
et malgré le choc extérieur des intérêts opposés,
l'intérêt commun exiger que chacun sache entendre le sien propre, et puisse y obéir sans
obstacle?
Ainsi, Phomme doit pouvoir déployer ses facultés, disposer de ses richesses, pourvoir à ses
besoins avec une liberté entière. L/intérêt général
de chaque société, loin d'ordonner d'en restreindre
l'exercice, défend au contraire d'y porter atteinte,
et dans cette partie de l'ordre public, le soin d'assurer à chacun les droits qu'il tient de la nature,
est encore à-la-fois la seule politique utile, le seul
devoir de la puissance sociale, et le seul droit
que la volonté générale puisse légitimement exercer sur les individus.
Mais ce principe une fois reconnu, il reste encore à la puissance publique des, devoirs à rem -
plir; elle doit établir des mesures reconnues par
la loi, qui servent à constater, dans les échanges
de toute espèce, le poids, le volume, l'étendue, la
longueur des choses échangées. --- Page 210 ---
I 2 198) )
Elle doit créer une mesure commune des valeurs, quil les représente toutes, qui facilite le calcul de leurs variations et de leurs rapports ; qui
ayant ensuite elle-même sa propre valeur, puisse
être échangée contre toutes les choses susceptibles
d'en avoir une; moyen sans lequel le commerce,
borné à des échanges directs, ne peut acquérir
d'activité.
La reproduction de chaque année offre une
portion disponible, puisqu'elle n'est destinée à
payer, ni le travail dont cette reproduction est
le frait, ni celui qui doit assurer une nouvelle reproduction égale ou plus abondante. Lej possesseur
dle cette portion disponible ne la doit pas immédiatement à son travail; il la possède indépendamment de l'usage qu'il peut faire de ses facultés,
pour subvenir à ses besoins. C'est donc sur cette
portion disponible de la richesse annuelle que,
sans blesser aucun droit, la puissance sociale peut
établir les fonds nécessaires aux dépenses qu'exigent la sûreté de TEtat, sa tranquillité intérieure,
la garantie des droits des individus, l'exercice des
autorités instituées pour la formation ou pour
l'exécution de la loi; enfin, le maintien de la prospérité publique.
Il existe des travaux, des établissemens, des institutions utiles à la société générale, qu'elle doit
étabhr, diriger ou surveiller, et qui suppléent à
issance sociale peut
établir les fonds nécessaires aux dépenses qu'exigent la sûreté de TEtat, sa tranquillité intérieure,
la garantie des droits des individus, l'exercice des
autorités instituées pour la formation ou pour
l'exécution de la loi; enfin, le maintien de la prospérité publique.
Il existe des travaux, des établissemens, des institutions utiles à la société générale, qu'elle doit
étabhr, diriger ou surveiller, et qui suppléent à --- Page 211 ---
( 199 )
ce que les volontés personnelles et le concours des
intérêls individuels ne peuvent faire immédiatement, soit pour les progrès de Tagriculture, de
l'industrie, du commerce, soit pour prévenir,
pour atténuer les maux inévitables de la nature,
ou ceux que des accidens imprévus viennent y
ajouter.
Jusqu'à Tépoque dont nous parlons, et même
long-temps après, ces divers objets avoient été
abandonnés au hasard, à l'avidité des gouvernemens, à l'adresse des charlatans, aux préjugés ou
à l'intérêt de toutes les classes pnissantes; mais un
disciplede Descartes, l'illustre et malheureux Jean
de Witt, sentit que l'économie politique devoit,
comme toutes les sciences, être soumise aux
principes de la philosophie et à la précision du
calcul.
Elle fit peu de progrès jusqu'au moment oùr la
paix d'Utrecht promit à l'Europe une tranquillité
durable. A cette époque, on vit les espritsprendre
une direction presque générale vers cette étude
jusqu'alors négligée; et cettes science nouvelle a été
portée par Stewart, par Smith, et surtout par les
économistes français, du-moins pour la précision
et la pureté des principes, à un degré qu'on ne
pouvoit espérer d'atteindre si promptement, aprôs
une si longue indifférence.
Mais ces progrès dans la politique et dans --- Page 212 ---
200 )
Péconomie politique, avoient pour première cause
de la
générale ou de la métaceux
philosophie
dans son sens le plus
physique, en prenant ce mot
étendu.
l'avoit réunie au domaine de la raiDescartes
devoit émaner toute
son;ilavoit bien senti qu'elle
Pobentière des vérités évidentes et premières que
servation des opérations de notre esprit devoit
nous révéler. Mais bientôt son imagination impaPécarta de cette même route qu'il avoit
tiente,
parut quelque temps n'atracée, etla philosophie
voir repris son indépendance que pour s'égarer
dans des erreurs nouvelles.
Eufin, Locke saisit le fil qui devoit la guider;
exacte, précise des idées,
il montra qu'nne analyse
snccessivement à des idées plus
en les réduisaut
dans
immédiates dansleur origine, ou plus simples
leur composition, éloit le seul moyen de ne pas
se perdre dans ce chaos de notions incomplètes,
incohérentes, indéterminées, que le hasard nous
a offertes sans ordre, et que nous avons reçues
sans réflexion.
cette analyse même, que toutes
Il prouva, par
sont le résultat des opérations de notre intelligence sur les sensations que nous avons reçues, ou
plus exactement encore des combinaisons, de ces
sensations que la mémoire nous représente simultanément, mais de manière que Pattention s'ar-
pas
se perdre dans ce chaos de notions incomplètes,
incohérentes, indéterminées, que le hasard nous
a offertes sans ordre, et que nous avons reçues
sans réflexion.
cette analyse même, que toutes
Il prouva, par
sont le résultat des opérations de notre intelligence sur les sensations que nous avons reçues, ou
plus exactement encore des combinaisons, de ces
sensations que la mémoire nous représente simultanément, mais de manière que Pattention s'ar- --- Page 213 ---
201 )
rête, que la perception se borne à une partie
seulementdec chacnne de ces sensations composées.
Il fait voir qu'en attachant un mot à chaque
idéc, après lavoir analysée et circonscrite, nous
parvenons à nons la rappeler constamment la
même, c'est-à-dire, toujours formée des mêmes
idées les plus simples, toujours renfermée dans les
mêmes linites, et par conséquent, à pouvoir l'employer dans une suitede raisonnemens, sans janiais
risquer de nous égarer.
Au contraire, si les mots ne répondent point à
une idée bien délerminée, ils peuvent successivement en réveiller dedifférentes dans un mêmeesprit,
et telle est la source la plus féconde de nos erreurs.
Enfin, Locke osa, le premier, fixer les bornes
de lintelligence humaine, ou plutôt, déterminer
la nature des vérités qu'elle peut connoitre, des
objets qu'elle peut embrasser.
Cette méthode devint bientôt celle de tous les
philosophes, et c'est en Fappliquant à la morale,
à la politique, à léconomie publique, qu'ils sont
parvenus à suiyre dans ces sciences une marche
presque aussi sûre que celle des sciences naturelles;
à n'y plus admettre que des vérités prouvées, à
séparer ces vérités de tout ce qui peut rester encore de douteux et d'incertain; à savoir ignorer,
enfin, ce qu'il est encore, ce qu'il sera toujours
impossible de connoitre. --- Page 214 ---
202 )
Ainsi, Tanalyse de nos sentimens nous fait découvrir, dans le développement de notre faculté
d'éprouver du plaisir et de la douleur, T'origine
de nos idées morales, le fondement des vérités
générales qui, résultant de ces idées, déterminent
nécessaires du juste et de linles lois immuables,
notre conjuste; enfin, les motifs d'y conformer
duite, puisés dans la nature même de notre sensibilité, dans ce qu'on pourroit appeler, en quelque sorte, notre constitution morale.
sorte
Cette même méthode devint en quelque
on apprit à Temployer
un instrument universel;
porfectionner celle des sciences physiquest
pour éclaircir les
pour en apprécier
pour en
principes, à Fexamen des faits, aux
Jes preuves; on létendit
règles du goût.
à tous
Ainsi cette métaphysique sappliquant
les
de Tintelligence humaine, analysoit
ces objets
dans chaque genre de conprocédés de l'esprit
la nature des vérités
noissances, faisoit connoître
de
forment le systême: celle de l'espèce
qui en
attcindre: : et c'est ce der-
- certitude qu'on peut y
de la
qui a mis en quelque
nier pas
philosophic,
humain
sorte une barrière éternelle entrele genre doit
les vieilles erreurs de son enfance; qui
et
d'être jamais ramené à son ancienne
Tempécher
nouveaux, comme il
ignorance par des préjugés
assurel la chute de tous ceux que nous conservons,
de
forment le systême: celle de l'espèce
qui en
attcindre: : et c'est ce der-
- certitude qu'on peut y
de la
qui a mis en quelque
nier pas
philosophic,
humain
sorte une barrière éternelle entrele genre doit
les vieilles erreurs de son enfance; qui
et
d'être jamais ramené à son ancienne
Tempécher
nouveaux, comme il
ignorance par des préjugés
assurel la chute de tous ceux que nous conservons, --- Page 215 ---
( S 203 )
sans pent-être les connoitre tous encore ; de ceux
même qui pourront les remplacer, mais pour ne.
plus avoir qu'une foible influence et une existence
éphémère.
Cependant en Allemagne,un homme d'un génic
vaste et profond jetoit les fondemens d'une doctrine nouvelle. Son imagination ardente, audacieuse, ne peut se reposer dans une philosophie
modeste, qui laissoit subsister des doutes sur ces
grandes questions de la spiritualité, ou de la persistancedcl'amel humaine, de la liberté del'homme
ou de celle de Dieu, de l'existence de la douleur
et du crime dans un univers gouverné par une
intelligence toute-puissante, dont la sagesse, la
justice et la bonté semblent devoir les exclure. Il
trancha le noeud qu'une sage analyse n'auroit pu
dénouer. Il composa P'univers d'êtres simples,
indestructibles, égaux par leur nature. Les rapports de chacun de ces êtres avec chacun de ceux
qui entrent avec lui dans le système de Punivers,
il diffère de
déterminent ces qualités par lesquelles
tous les autres; Pâne humaine et le dernier atôme
qui termine un bloc de pierre, sont également
une de ces monades : elles ne diflfèrent que par la
place différente qu'ellos occupent dans Pordre de
Punivers.
Parmi toutes les combinaisons possibles de ces
êtres, une intelligence infinie en a préféré une, et --- Page 216 ---
204 )
seule, la plus parfaite
n'en a pu préférer qu'une
le
de toutes. Si celle qui existe nous afllige par
spectacle du malheur et du crime, c'est que toute
combinaison eût encore présenté des réautre
sultats plus douloureux.
adopté, ou
Nous exposerons ce système qui,
les
de Leibdu-moins soutenu par
compatriotes
eux les progrès de la phinitz, a retardé parmi
losophic. On vit une école entière de philosophes
embrasser avec enthousiasme, et défendre
anglais
la doctrine de Toptimisme; mais
avec éloquence,
Leibnitz,
moins adroits et moins profonds que
la fondoit principalement sur ce qu'une intelqui
la nécessité même de
ligence toute puissante, par
des
n'avoit
choisir que le meilleur
sa nature,
pu cherchèrent dans Pobservannivers possibles, ils
tion du nôtrela preuve de sa superioritéetperdant
tous les avantages que conserve ce système, tant
qu'il reste dans une abstraite généralité, ils s'égasouvent dans des détails ou révoltans
rèrent trop
ou ridicules.
d'autres philosophes ne
Cependant en Ecosse,
de
trouvant point que l'analyse du développement
réelles conduisit à un principe qui
nos facultés moralité de nos actions une base assez
donnât à la
d'attribuer à Pâme
pure, assez solide, imaginérent distincte de celles
humaine une faculté nouvelle,
de sentir ou de raisonner, mais se combinant avec
généralité, ils s'égasouvent dans des détails ou révoltans
rèrent trop
ou ridicules.
d'autres philosophes ne
Cependant en Ecosse,
de
trouvant point que l'analyse du développement
réelles conduisit à un principe qui
nos facultés moralité de nos actions une base assez
donnât à la
d'attribuer à Pâme
pure, assez solide, imaginérent distincte de celles
humaine une faculté nouvelle,
de sentir ou de raisonner, mais se combinant avec --- Page 217 ---
(205 )
elles, faculté dont ils ne prouvoient l'existence
qu'en assurant qu'il leur étoit impossible de s'en
passer. Nous ferons Phistoire de ces opinions, et
nous montrerons comment, si elles ont nui à la
marche de la philosophie, elles ont été utiles à la
propagation plus rapide des idées philosopliques.
Jusqu'ici nous n'avons montré les progrès de la
dans les hommes qui l'ont culphilosophie que
tivée, approfondie, perfectionnée; il nous reste
à faire voir quels ont été ses effets sur Topinion
générale, et comment, tandis que s'élevant enfin
à la connoissance de la méthode certaine de découvrir, de reconnoitre la vérité, la raison apprenoit à se préserver des erreurs, où le respect pour
l'autorité et Timagination l'avoient si souvent entraînée : elle détruisoit en-môme-temps, dans la
masse générale des individus 2 les préjugés qui
ont si long - temps affligé et corrompu l'espèce
humaine.
Il fut enfin permis de proclamer hautement ce
droitsilong-temps méconnu, de soumettre toutes
les opinions à notre propre raison, c'est-à-dire
d'employer, pour saisir la vérité,le seul instrument qui nous ait été donné pour la reconnoitre.
Chague homme apprit, avec une sorte d'orgueil,
que la nature ne Pavoit pas absolument destiné à
croire sur la parole d'autrui; et la superstition de
Pantiquité, Pabaissement de la raison devant le --- Page 218 ---
( 6 206 )
délire d'une foi surnaturelle 2 disparurent de la
société comme de la philosophie.
Ilseforma HiembtesEaropeusedae d'hommes
moins occupés encore de découvrir ou d'approfondir la vérité que de la répandre; qui se dévouant à poursuivre les préjugés dans les asiles où
le clergé, les écoles, les gouvernemens, les corporations anciennes les avoient recueillis et protégés,
mirent leur gloire à détruire les erreurs populaires,
plutôt qu'à reculer les limites des connoissances
humaines, manière indirecte de servir à leurs
progrès, qui n'étoit ni la moins périlleuse, ni la
moins utile.
En Angleterre, Collins et Bolingbroke, en
France, Bayle, Fontenelle, Voltaire, Montesquieu, et les écoles formées par ces hommes célèbres, combattirent en faveur de la vérité, employant tour-à-tour toutesles armes quelérudition,
la philosophic, lesprit, le talent d'écrire peuvent
fournir à la raison ; prenant tous les tons, employant toutes les formes, depuis la plaisanterie
jusqu'an pathétique, depuis la compilation la plus
savante et la plus vaste, jusqu'au roman ou au
pamphlet du jour; couvrant la vérité d'un voile
qui ménageoit les yeux trop foibles, et Jaissoit le
plaisir de la deviner; caressant les préjugés avec
adresse pour leur porter des coups plus certains;
ni plusieurs à-lan'en menaçant presque jamais,
raison ; prenant tous les tons, employant toutes les formes, depuis la plaisanterie
jusqu'an pathétique, depuis la compilation la plus
savante et la plus vaste, jusqu'au roman ou au
pamphlet du jour; couvrant la vérité d'un voile
qui ménageoit les yeux trop foibles, et Jaissoit le
plaisir de la deviner; caressant les préjugés avec
adresse pour leur porter des coups plus certains;
ni plusieurs à-lan'en menaçant presque jamais, --- Page 219 ---
( 1 207 )
fois, ni même un seul tout entier; consolant quelquefois les ennemis de la raison, en paroissant ne
vouloir dans lafreligion qu'une demi-tolérance,
dans la politique qu'une demi-liberté; ménageant
ledespotisme quand ils combattoient les absurdités
religieuses, et le culte quand ils s'élevoient contre
la tyrannie; attaquant ces deux fléaux dans leur
principe, quand mémeils paroissoient n'en vouloir
qu'à des abus révoltans ou ridicules, et frappant
ces arbres funestes dans leurs racines, quand ils
sembloient se bornerà en élaguer quelques branches égarées ; tantôt apprenant aux amis de la
libertéque la superstition qui couvreledepotisme
d'un bouclier impénétrable, est la première victme qu'ils doivent immoler, la première chaîne
qu'ils doivent briser; tantôt au contraire la dénonçant aux despotes comme la véritable ennemie de
leur pouvoir, et les effrayant du tableau de ses
hypocrites complots et de ses fureurs sanguinaires:
mais ne se lassant jamais de réclamer Tindépendance de la raison, la liberté d'écrire comme le
droit, comme le salut du genre humain; s'élevant
avec unci infatigable énergie contre tous les crimes
du fanatisme et de la tyrannie; poursuivant dans
la religion, dans V'administration, dans les moeurs,
dans les lois, tout ce qui portoit le caractère de
l'oppression, de la dureté, de la barbarie; ordonnant au nom de la nature, aux rois, aux guerriers, --- Page 220 ---
208 )
aux magistrats, aux prêtres de respecter le sang
des hommes; leur reprochant avec une énergique
sévérité celui que leur politiques ou leur indifférence prodliguoit encore dans les combats ou dans
les supplices i prenant enfin pour cri de guerre :
raison, tolérance, humanité.
Telle fut cette plilosophie nouvelle, objet de
la haîne commune de ces classes nombreuses qui
n'existent que par les préjugés, nc vivent que
d'erreurs, ne sont puissantes que par la crédulité;
presque partout accueillie mais persécutée, ayant
des rois, des prétres, des grands, des magistrats
pour disciples et pour ennemis. Ses chefs eurent
presque toujours Tart d'échapper à la vengeance,
en s'exposant à la haiue, de se cacher à la persécution, en se montrant assez pour ne rien perdre
de leur gloire.
Souvent un gouvernement les récompensoit
d'une main, en payant de l'autre leurs calomniateurs, les proscrivoit et s'honoroit que le sort eût
placé leur naissance sur son territoire, les punissoit de leurs opinions, et auroit été humilié d'être
soupçopné de ne pas les partager.
Ces opinions devoient donc devenir bientôt
celles de tous les hommes éclairés, avouées par les
uns, dissimulées parles autres avec une hypocrisie
plus ou noins rmmamcuciwaigele caractère étoit plus ou moins timide, et qu'ils cédoient
it et s'honoroit que le sort eût
placé leur naissance sur son territoire, les punissoit de leurs opinions, et auroit été humilié d'être
soupçopné de ne pas les partager.
Ces opinions devoient donc devenir bientôt
celles de tous les hommes éclairés, avouées par les
uns, dissimulées parles autres avec une hypocrisie
plus ou noins rmmamcuciwaigele caractère étoit plus ou moins timide, et qu'ils cédoient --- Page 221 ---
( 209 )
aux intérêts opposés de leur profession ou de leur
vanité. Mais déjà celui-ci étoit assez puissaut, pour
qu'au-lieu de cette dissimulation profonde des
àges précédens, on se contentât pour soi-même,
etsouvent pour les autres, d'une réserve prudente.
Nous suivrons les progrès de cette philosophic
dans les diverses parties de PEurope, où linquisition des gouvernemens et des prétres ne put empécher la-langue française, devenue presqu'universelle, de la porter avec rapidité. Nous montrerons
avec quelle adresse la politique et la superstition
employèrent contre elle tout ce que la connoissance de P'homme peut offrir de motifs pour se
défier de sa raison, d'argumens pour en montrer
les bornes et la foiblesse, et comment on sut faire
servir lc pyrrhonisme même à la cause de la
crédulité.
Ce système si simplc, qui plaçoit dans la jouissance d'une liberté indéfinie les plus sûrs encouragemens du commerce ct de l'industrie, qui
délivroit les peuples du fléau destructeur et du
joug humiliant de ces impôts répartis avec tant
d'inégalité, levés avec tant de dépense, et souveut
avec tant-de barbarie, pour y substituer une contribution juste, égale et presque insensible; cette
théorie qui lioit la véritable puissance etla richesse
des Etats au bicn-être des individus et au respect
pour leurs droits; qui unissoit par le lien d'une
--- Page 222 ---
(210) )
félicité commune les différentes classes, entre lesquelles ces, sociélés se divisent natorellement;
cette idée si consolante d'une fraternité du genre
humain, dont aucun intérêt national ne devoit
plus troubler la douce harmonie; ces principes
séduisans par leur générosité comme par leur
simplicité et leur étendue, furent propagés avec
enthousiasme par les économistes français. Leur
succès fut moins prompt, moins général que celui
des philosophes; ils avoient à combattre des préjugés moins grossiers, des erreurs plus subtiles. Ils
avoient besoin d'éclairer avant de détromper, et
d'instruire le bon sens; ; avant de le prendre pour
juge. Mais s'ils n'ont pu faire à Pensemble de leur
doctrine qu'un. petit nombre de partisans; si on a
été effrayé de la généralité de leurs maximes, de
Finflexibilité de leurs principes; s'ils ont nui euxmêmes à la bonté de leur cause, en affectant un
langage obscur et dogmatique, en paroissant trop
oublier pour les intérêts de la liberté du commerce, ceux dela liberté politique, en présentant,
d'une manière trop absolue et. trop magistrale,
quelques portions de leur systême qu'ils n'avoient
du-moins ils sont parpoint assez approfondies;
venus à rendre odieuse et méprisable cette politique làche, astucieuse et corrompue, qui plaçoit
la prospérité d'une nation dans Pappauvrissement
langage obscur et dogmatique, en paroissant trop
oublier pour les intérêts de la liberté du commerce, ceux dela liberté politique, en présentant,
d'une manière trop absolue et. trop magistrale,
quelques portions de leur systême qu'ils n'avoient
du-moins ils sont parpoint assez approfondies;
venus à rendre odieuse et méprisable cette politique làche, astucieuse et corrompue, qui plaçoit
la prospérité d'une nation dans Pappauvrissement --- Page 223 ---
(211 )
de ses voisins, dans les vues étroites d'un régime
prohibitif, dans les petites combinaisons d'une
fiscalité tyrannique.
Mais les vérités nouvelles dont le génie avoit
cnrichi la philosophic, la politique et l'économie
publique, adoptées avec plus ou moins d'étendue
par les hommes éclairés, portèrent plus loin leur
salutaire influence.
L'art de l'imprimerie s'étoit répandu sur tant
de points, il avoit tellement multiplié les livres,
on avoit su les proportionner si bien à tous les
degrés de connoissances, d'application ct mêmc
de fortune; on les avoit pliés avec tant d'habileté
à tous les goûts, tous les genres d'esprit; ils présentoient une instruction si facile, souvent même
siagréable; ils avoient ouvert tant de portes à la
vérité, qu'il étoit devenu presque impossible de
les lui fermer toutes, qu'iln'y avoit plus de classe,
de profession à laquelle on pit l'empécher de
parvenir. Alors quoiqu'il restât toujours un trèsgrand nombre d'hommes condamnés à une ignorance volontaire ou forcée, la limite tracée entre
la portion grossière et la portion éclairée du genre
humain, s'étoit presque entièrement cflacée, et
une dégradation insensible remplissoit l'espace qui
en séparelesdeux extrêmes, legénic etla stupidité.
Ainsi une connoissance générale des droits
naturels de Phomme, Popinion même qne ces
14* --- Page 224 ---
( 212 )
droits sont inaliénables et imprescriptibles, un
voeu fortement prononcé pour la liberté de penser
et d'écrire, pour celle du commerce et de Tindustrie, pour le soulagement du peuple, pour la
proscription de touteloi pénale contre les religions
dissidentes, pour Pabolition de la torture et des
supplices barbares; le désir d'une législation criminelle plus douce, d'unej jurisprudence quidonnât
à Pinnocence une entière sécurité, d'un code civil
simple, plus conforme à la raison et à la
plus
l'indifférence pour les religions, placées
nature; nombre des
ou des invenenfin au
superstitions
tions politiques; ; la haîne de Thypocrisie et du
fanatisme, le mépris des préjugés, le zèle pour la
propagation des lumières; ces principes passant
peu-à-peu des ouvrages des philosophes dans toutes
les classes de la société, oà Pinstruction s'étendoit
plas loin que le catéchisme et Técriture, devinrent
la profession commune, le symbole de tous ceux
qui n'étoient ni machiavélistes, ni imbécilles. Dans
quelques pays ces principes formoient une opinion
publique assez générale, pour que la masse même
du peuple parût prête à se laisser diriger par elle
et à lui obéir. Le sentiment de Phumanité, c'està-dire, celui d'une compassion tendre, active pour
tousles maux qui affligent l'espèce humaine, d'une
horreur pour tout ce qui, dans les institutions
publiques, dans les actes du gouvernement, dans
machiavélistes, ni imbécilles. Dans
quelques pays ces principes formoient une opinion
publique assez générale, pour que la masse même
du peuple parût prête à se laisser diriger par elle
et à lui obéir. Le sentiment de Phumanité, c'està-dire, celui d'une compassion tendre, active pour
tousles maux qui affligent l'espèce humaine, d'une
horreur pour tout ce qui, dans les institutions
publiques, dans les actes du gouvernement, dans --- Page 225 ---
( 213 )
les actions privées, ajoutoit des douleurs nouvelles
aux douleurs inévitables de la nature; ce sentiment
d'humanité étoit une conséquence naturelle de
ces principes; il respiroit dans tous les écrits, dans
tous les discours, et déjà son heureuse influence
s'étoit manifestée dans les lois, dans les institutions
publiques, même desp peuplessoumis: au despotisme.
Les philosophes des diverses nations embrassant, dans leurs méditations, les intérêts delhumanité entière sans distinction de pays, de race ou
de secte, formoient, malgré la différence de leurs
opinions spéculatives 2 une phalange fortement
unie contre toutes les erreurs, contre tous les
genres de tyrannie. Animés par le sentiment d'une
philantropie universelle, ils combattoient Pinjustice, lorsqu'étrangère à leur patrie, elle ne pouvoit
les atteindre; ils la combattoient encore, lorsque
c'étoit leur patrie même quis'en rendoit coupable
envers d'autres peuples; ils s'élevoient en Europe
contre les crimes dont l'avidité souille les rivages
de PAmérique, de T'Afrique ou de P'Asie. Les
philosophes de PAngleterre et de la France s'honoroient deprendrel le nom, de remplir les devoirs
d'amis de ces mêmes Noirs, que leurs stupides
tyrans dédaignoient de compter au nombre des
hommes. Les éloges des écrivains français étoient
le prix de la tolérance accordée en Russie et en
Suède, tandis que Becaria réfutoit en Italie les --- Page 226 ---
(211 )
maximes barbares de la jurisprudence française.
On cherchoit en France à guérir P'Angleterre de
ses préjugés commerciaux, de son respect superstitieux pour lcs vices de sa constitntion ct de ses
lois, tandis que le respectable Howard dénonçoit
aux Français la barlareinsonciance qui, dans leurs
cachots et leurs hopitaux, s'immoloit tant de victimes humaines.
Les violences ou la séduction des gouvernemens,
lintolérance des prêtres, les préjugés nationaux
eux-mèmes, 2 avoient perdu le funeste pouvoir
d'étoufferla voix de la vérité, et rien ne pouvoit
soustraire, ni lcs ennemis de Ja raison, ni les oppresseurs de la liberté, à un jugement qui dev enoit
bientôt celui de PEurope entièrc.
Enfin, on y vit se développer une doctrine
nouvelle, qui devoit porter le dernier coup àlédifice déjà chancelant des préjugés : c'est celle de la
perfectibilité indéfinie de Tespèce humaine, doctrine dont Turgot, Price et Priestley ont été les
premiers et les plus illustres apôtres; elle appartient à la dixième époque, oùt nous la développerons avec élendue. Mais nous devons exposer ici
l'origine et lcs progrés d'une fausse philosophic,
contre laquelle Pappui de cettc doctrine est devenu
si nécessaire au triomphe de la raison.
Née dans lcs uns delorgueil, dans Ics autres de
l'intérêt, ayant pour but secret de perpéluer
ot, Price et Priestley ont été les
premiers et les plus illustres apôtres; elle appartient à la dixième époque, oùt nous la développerons avec élendue. Mais nous devons exposer ici
l'origine et lcs progrés d'une fausse philosophic,
contre laquelle Pappui de cettc doctrine est devenu
si nécessaire au triomphe de la raison.
Née dans lcs uns delorgueil, dans Ics autres de
l'intérêt, ayant pour but secret de perpéluer --- Page 227 ---
(2 215 )
Fignorance et de prolonger le règue des erreurs,
on en a vu les nombreux sectateurs, tantôt corrompre la raison par dc brillans paradoxes, ou
la séduire par la paresse commode d'un pyrrhonisme absolu, tantôt mépriser assez Tespèce humaine pour annoncer que le progrès des lumières
seroit inutile ou dangerenx à son bonheur comme
à sa liberté; tantôt enfin, Pégarer par le faux
enthousiasme d'une grandeur ou d'une sagesse
imaginaires, qui dispensent la vertu d'être éclairée,
el le bon sens de s'appuyer sur des connoissances
réelles; ici, parler de la philosophie et des sciences
profondes comme de théories trop supérieures à
un être borné, entouré de besoins, et soumis à
des devoirs journaliers et pénibles ; ailleurs, les
dédaigner comme un ramas despéculations incertaines, exagérées, qui doivent disparoitre devant
Pexpérience des affaires et Phabileté d'un homme
d'Etat. Sans cesse on les entendoit se plaindre de
la décadence des lumières au milieu de leurs
progrès, gémir sur la dégradation de Pespèce
humaine à mesure que les hommes se ressouvenoient de leurs droits, se servoient de leur raison;
annoncer même Pépoque prochaine d'une de ces
oscillations qui doivent la ramener à la barbarie,
à Vignorance, à l'esclavage, au moment our tout se
réunissoit pour prouver qu'elle n'avoit plus à les
redouter. Ils sembloient humiliés de son perfec- --- Page 228 ---
(216)
tionnement, parce qu'ils ne partageoient point la
gloire d'y avoir contribué, ou effrayés de ses progrés, qui leur annonçoient la chute de leur importance ou de leur pouvoir. Cependant, quelques
charlatans plus habiles que ceux qui, d'une main
mal-adroite, s'efforçoient d'étayer l'édifice des
superstitions antiques, dont la philosophie avoit
sapé les fondemens, tentèrent, les uns d'en employer les ruines à Tétablissement d'un système
religieux, où l'on n'exigeroit de la raison, rétablie
dans ses droits, qu'une demisoumission; où elle
resteroit presque libre dans sa croyance, pourvu
qu'elle consentit à croire quelque chose d'incompréhensible; tandis que d'autres essayoient de ressusciter dans des associations secrètes, les mystères
oubliés de l'ancienne théurgie; et Jaissantau peuple
ses vieilles erreurs, enchaînant leurs disciples par
des superstitions nouvelles, 2 ils osoient espérer de
rétablir, en faveur de quelques adeptes, l'ancienne
tyrannie des rois-pontifes de PInde et de PEgypte.
Mais Ja philosophie, appuyée sur cette base inébranlable que les sciences lui avoient préparée,
leur opposoit une barrière contre laquelle leurs
impuissans efforts devoient bientôt se briser.
En comparant la disposition des esprits, dont
j'ai ci-dessus tracél'esquisse, avec ce système politique des gouvernemens, on pouvoit aisément
prévoir qu'une grande révolution étoit infaillible:
rannie des rois-pontifes de PInde et de PEgypte.
Mais Ja philosophie, appuyée sur cette base inébranlable que les sciences lui avoient préparée,
leur opposoit une barrière contre laquelle leurs
impuissans efforts devoient bientôt se briser.
En comparant la disposition des esprits, dont
j'ai ci-dessus tracél'esquisse, avec ce système politique des gouvernemens, on pouvoit aisément
prévoir qu'une grande révolution étoit infaillible: --- Page 229 ---
(217 )
etiln'étoit pas difficile dejuger qu'elle ne pouvoit
être amenée que de deux manières : il falloit, ou
le peuple établit lui-même ces principes de la
que
la
avoit su
raison et de la nature, que philosophie
lui rendre chers, ou que les gouvernemens se
hâtassent dele prévenir, et réglassent leur marche
sur celle de ses opinions. L'une de ces révolutions
devoit être plus entière et plus prompte, mais
plus orageuse; Pautre plus lente, plus incomplète,
mais plus tranquille; dans Pune, on devoit acheter
la liberté et le bonheur par des maux passagers; ;
dans Pautre, on évitoit ces maux, mais en retardant pour long-temps, peut-être, la jouissance
d'une partic des biens que cependant elle devoit
infailliblement produire.
La corruption et Fignorance des gouvernemens
ont préféré le premier moyen, et le triomphe
rapide de la raison et de la liberté a vengé le
genre humain.
habitans
Le simple bon sens avoit appris aux
des colonies britanniques, que des Anglais, ,nés audela de l'Océan atlantique 7 avoient reçu de la
nature, précisément les mêmes droits que d'autres
Anglais nés sous le méridien de Greenwich, et
qu'une différence de soixante-dix degrés de longitude n'avoit pu les changer. Ils connoissoient,
peut-être mieux que les Européens, quels étoient
ces droits communs à tous les individus de Tespèce --- Page 230 ---
(218)
humaine, et ils y comprenoient celui de ne payer
aucune taxe sans y avoir consenti. Mais le gouvernement britannique faisoit semblant de croire que
Dieu avoit créé PAmérique comme PAsie, pour
le plaisir des habitans de Londres, et vouloit en
effet tenir entre ses mains, au-delà des mers, une
nation sujette, dont il se serviroit, quand il en
seroit temps, pour opprimer l'Angleterre européenne. Il ordonna aux dociles représentans du
peuple anglais, de violer les droits delAmérique,
et de la soumettre à des taxes involontaires. Elle
prononça que linjustice avoit brisé ses liens, et
déclara son indépendance.
On vit alors, pour la première fois, un grand
peuple délivré de toutes ses chaines, se donner
paisiblement à lui-méme la constitution et les lois
qu'il croyoit les plus propres à faire son bonheur;
et comme sa position géographique, son ancien
état politique l'obligeoit à former une république
fédérative, on vit se préparer à-la-fois dans son
sein treize constitutions républicaines, ayant pour
base- une reconnoissance solennelle des droits
naturels de Phomme, et pour premier objet, la
conservation de SCS droits. Nous tracerons le
tableau de ces constitutions; nous montrerons ce
qu'ellesdoivent aux progrès des sciences politiques,
et cc quelespréjugés de Péducation ont pu y mêler
des anciennes erreurs ; pourquoi, par exemple,
république
fédérative, on vit se préparer à-la-fois dans son
sein treize constitutions républicaines, ayant pour
base- une reconnoissance solennelle des droits
naturels de Phomme, et pour premier objet, la
conservation de SCS droits. Nous tracerons le
tableau de ces constitutions; nous montrerons ce
qu'ellesdoivent aux progrès des sciences politiques,
et cc quelespréjugés de Péducation ont pu y mêler
des anciennes erreurs ; pourquoi, par exemple, --- Page 231 ---
I 2 219 )
lc système de léquilibre des pouvoirs en altère
eucore la simplicité; pourquoi elles ont cu pour
principe l'identité des intérêts, plus encore que
Pégalité des droits. Nous prouverons non-seulement combien ce principede Pidentité desintérêts,
si on en fait la règle des droits politiques, en est
une violation à Tégard de ceux auxquels on se
permet de ne pas en laisser l'entier exercice, mais
que cetteidentité cesse d'exister, précisément dans
linstant nêne oû elle devient une véritable inégalité. Nous insisterons sur cet objet, parce que
cette erreur est. la seule quisoit encore dangereuse,
parcequ'elle est la seule dont les hommes vraiment
éclairés ne soient pas encore désabusés. Nous
montrerons comment les républiques américaines
ont réalisé cette idée, alors presque nouvelle en
théorie, de la nécessité d'établir et de régler par
la loi, un mode régulier et paisible pour réformer
les constitutions elles-mêmcs, et de séparer ce
pouvoir de celui de faire les lois.
Mais dans la guerre qui s'élevoit entre deux
peuples éclairés, dont Tun défendoit les droits
naturels de Thumanité, dont l'autre leur opposoit
la doctrine impie qui soumet ces droits à la prescription, aux intérêts politiqques, aux conventions
écrites; cette grande cause fut plaidée au tribunal
de l'opinion, en présence de TEurope entière;! les
droits des hommes furent hautement soutcnus ct --- Page 232 ---
220 )
développés sans restriction, sans réserve, dans des
écrits qui circuloient avec liberté, des bords de la
Néva à ceux du Guadalquivir. Ces discussions pénétrèrent dans les contrées les plus asservies, dans
les bourgades les plus reculées, et les hommes
les habitoient furent étonnés d'entendre qu'ils qui
avoient des droits; ils apprirent à les connoitre;ils
surent que d'autreshommese osoientles reconquérir
ou les défendre.
La révolution américaine devoit donc s'élendre
bientôt en Europe; et s'il y existoit un peuple où
lintérêt pour la cause des Américains cûtr répandu,
plus qu'ailleurs, leurs écrits et leurs principes;qui
fàt à-la-fois le pays le plus éclairé et un des moins
libres; celui où les philosophes avoient le plus de
véritables lumières, et le gouvernement unei ignoranceplus insolente et plus profonde; un peupleoà
les lois fussent assez au-dessous de Pesprit public,
pour qu'aucun orgueil national, aucun préjugé ne
lattachât à ses institutions antiques; ce peuple
n'étoit-il point destiné, par la nature même des
choses, à donner le premier mouvement à cette
révolution, que les amis de l'humanité attendoient
avec tant d'espoir et d'impatience? Elle devoit donc
commencer par la France.
La maladresse de son gouvernement a précipité
cette révolution; la philosophie en a dirigé les
principes ; la force populaire a détruit les ob-
national, aucun préjugé ne
lattachât à ses institutions antiques; ce peuple
n'étoit-il point destiné, par la nature même des
choses, à donner le premier mouvement à cette
révolution, que les amis de l'humanité attendoient
avec tant d'espoir et d'impatience? Elle devoit donc
commencer par la France.
La maladresse de son gouvernement a précipité
cette révolution; la philosophie en a dirigé les
principes ; la force populaire a détruit les ob- --- Page 233 ---
. 221 )
stacles qui en pouvoient arrêter les mouvemens.
Elle a été plus entière que celle de l'Amérique,
et par conséquent moins paisible dans l'intérieur,
parce que les Américains, contens des lois civiles
et criminelles qu'ils avoient reçues de PAngleterre, n'ayant point à réformer un système vicieux
d'impositions ; n'ayant à détruire ni tyrannies
féodales, ni distinctions héréditaires, ni corporations privilégices 2 riches ou puissantes 2 ni un
système d'intolérance religieuse, se bornèrent à
établir de nouveaux pouvoirs, à les substituer à
ceux que la nation britannique avoit jusqu'alors
exercés sur eux. Rien, dans ces innovations, n'atteignoit la masse du peuple, rien ne changeoit les
relations qui s'étoient formées entre les individus.
En Franee, par la raison contraire, la révolution
devoit embrasser Péconomie toute entière de la
société, changer toutes les relations sociales, et
pénétrer jusqu'aux derniers anneaux de la chaîne
politique; jusqu'aux individus qui, vivant en paix
de leurs biens ou de leur industrie, ne tiennent
aux mouvemens publics, ni par leurs opinions,
ni par leurs occupations, ni par des intérêts de
fortune, d'ambition ou de gloire.
Les Américains, qui paroissoient ne combattre
que contre les préjugés tyranniques de la mèrepatrie, eurent pour alliés les puissances rivales de
PAngleterre, landis que les autres, jalouses de ses
- --- Page 234 ---
222 )
richesses et de son orgueil, hâtoient, par des voeux
secrets, le triomphe de la justice; ainsi, l'Europe
entière parnt réunie contre les oppresseurs. Les
Français, au contraire, ont attaqué en-niêmetemps, et. le despotisme des rois, et linégalité politique des constitutions à demi-libres, et l'orgucil
les
des nobles, et la domination, l'intolérance,
richesses des prêtres, et les abus de la féodalité
qui couvrent encore l'Europe presque entière; et
les puissances de FEurope ont dû se liguer en
faveur de la tyrannie. Ainsi, la France n'a pu
voir s'élever en sa faveur que la voix de queiques
sages, et le voeu timide des peuples opprimés,
secours que la calomnie devoit encore s'efforcer
de lui ravir.
Nous montrerons pourquoi les prinçipes sur
lesquels la constitution et leslois de la France ont
été combinées, sont plus purs, plus précis, plus
profonds que ceux qui ont dirigé les Américains;
pourquoi ils ont échappé bien plus complètement
à Pinfluence de toutes les espèces de préjugés;
comment légalité des droits n'y a, nulle part,
été remplacée par cetteidentité d'intérêt qui n'en
est que le foible et hypocrite supplément; comment on y a substitué les limites des pouvoirs
à ce vain équilibre si long-temps admiré; comment, dans une grande nation nécessairement dispersée et partagée en un grand nombre d'assem-
ont dirigé les Américains;
pourquoi ils ont échappé bien plus complètement
à Pinfluence de toutes les espèces de préjugés;
comment légalité des droits n'y a, nulle part,
été remplacée par cetteidentité d'intérêt qui n'en
est que le foible et hypocrite supplément; comment on y a substitué les limites des pouvoirs
à ce vain équilibre si long-temps admiré; comment, dans une grande nation nécessairement dispersée et partagée en un grand nombre d'assem- --- Page 235 ---
(225 )
blées isolées el partielles, on a osé, pour la première fois, conserver au peuple son droit de
souveraineté, celui de n'obéir qu'à des lois dont
le mode de formation, si elle est confice à des
représentans, ait été légitimé par son approbation
immédiate; : dont, si elles blessent ses droits ou ses
intérêts, il puisse toujours obtenir la réforme par
un acte régulier de sa volonté souveraine.
Depuis le moment oul le génie de Descartes imprima aux esprits cette impulsion générale, premier principe d'une révolution dans les destinécs
de Fespèce humaine, jusqu'à l'époque heureuse de
Pentière et pure liberté sociale, où T'homme n'a
pu remplacer son indépendance naturelle,qu'aprés
avoir passé par une longue suite de siècles d'esclavage et de malheur, le tableau du progrès des
sciences mathématiques et physiques nous présente
un horizon immense, dont il faut distribuer et
ordonner les diverses partics, si l'on veut en bien
saisir l'ensemble, en bien observer les rapports.
Non-sculement Tapplication de l'algébre à la
géométric devint une source féconde de découvertes dans ces deux sciences; mais en prouvant,
par ce grand exemple, comment les méthodes
du calcul des grandeurs en général, pouvoient
s'étendre à toutes les questions qui avoient pour
objet la mesure de létendue, Descartes annonçoit
d'avance qu'elles seroient employées, avec un --- Page 236 ---
5 224) )
/
succès égal,a tous les objets dont les rapports sont
d'être évalués savec précision; et cette
susceptibles découverte, en montrant pour la pregrande
but des sciences, d'assujétir
mière fois ce dernier
donnoit
toutes les vérités à la rigueur du calcul,
d'y atteindre, et en faisoit entrevoir
l'espérance
les moyens.
découverte succéda celle d'un
Bientôt à cette
à trouver les rapcalcul nouveau, qui enseigne
ou des décroissemens
ports des accroissemens variable, ou à retrouver
successifs d'une quantité
de
elle-même, d'après la connoissance
la quantité
lon suppose à ces accroisce rapport, soit que
soit qu'on n'en cherche
semens une grandeur finie,
l'instant où ils sévanonissent;
le rapport que pour
à toutes les combinaiméthode qui, s'étendant
les
tariables, à toutes
byposons de grandeurs
conduit également à
thèses de leurs variations, choses dont les chandéterminer. , pour toutes les
d'une mesure précise,
gemens sont susceptibles
soit les rapports
soit les rapports de leurs élémens,
d'après la connoissance de ceux
des choses,
elles-mêmes, lorsque ceux de
qu'elles ont entre
leurs élémens sont seulement connus.
de
On doità Newton et à Leibnitz linvention de la
dont les travaux des géomètres
ces calculs,
avoient préparé la décougénération précédente
depuis plus
verte. Leurs progrès, noninterrompus
d'une mesure précise,
gemens sont susceptibles
soit les rapports
soit les rapports de leurs élémens,
d'après la connoissance de ceux
des choses,
elles-mêmes, lorsque ceux de
qu'elles ont entre
leurs élémens sont seulement connus.
de
On doità Newton et à Leibnitz linvention de la
dont les travaux des géomètres
ces calculs,
avoient préparé la décougénération précédente
depuis plus
verte. Leurs progrès, noninterrompus --- Page 237 ---
( - - 225 )
d'un siècle, ont été l'ouvrage et ont fait la gloire
de plusieurs hommes de génie, et ils présentent,
aux yeux du philosophe qui peut les observer,
même sans les suivre, un monsment.imposent des
forces de lintelligence humaine.
En exposant la formation et les principes de la
langue de Palgebre, la seule vraiment exacte,
vraiment analytique, qui existe encore; la nature
des procédés techniques de cette science; la comparaison de ces procédés avec les opérations naurellrsdef'entendementhumain, nous montrerons
que, si cette méthode n'est, par elle-même, qu'un
instrument particulier à la science des quantités,
elle renferme Jcs principes d'un instrument universel, applicableà toutesles combinaisons d'idées.
La mécanique rationnelle devient bientôt une
science vaste et profonde. Les véritables lois du
choc des corps 2 sur lesquelles Descartes s'étoit
trompé, sont enfin connues.
Huyghens découvre celles du mouvement dans
le cercle; il donne en-méme-temps la méthode
de déterminer à quel cercle chaque élément d'une
courbe quelconque doitappartenir. En réunissant
ces deux théories, Newton trouva la théorie du
mouvement curviligue; il l'applique à ces lois,
suivant lesquelles Kepler a découvert que les planêtes parcouroient leurs orbites elliptiques.
Une planète qu'on suppose lancée dans l'es15 --- Page 238 ---
(226 )
pace en un instant donné, avec une vitesse et
suivant une direction déterminée, parcourt, autour du soleil, une ellipse en vertu d'une force
dirigée vers cet astre, et proportionnelle à la raison inverse du carré des distances. La même force
retient les satellites dans leurs orbites, autour de
la planète principale. Elle s'étend à toutle système
des corps célestes; elle est réciproque entre tous
les élémens qui les composent.
La régularité des ellipses planétaires en est
troublée, et le calcul explique, avec précision,
jusqu'aux nuances les plus légères de ces perturbations. Elle agit sur les comètes, dont la même
théorie enseigne à déterminer les orbites, à prédire le retour. Les mouvemens observés dans les
axes de rotation de la terre et de la lune, attestent
encore l'existence de cette force universelle. Elle
est enfin la cause de la pesanteur des corps terrestres, dans lesquels elle paroit constante, parce
que nous ne pouvons les observer à des distances
assez différentes entre elles, du centre d'action.
Ainsi; Phomme a connu enfin, pour la première fois, une des lois physiques de FUnivers,
et elle est unque encorei jusqu'ici, comme la gloire
de celui qui Pain révélée.
Cent ans de travaux ont confirmé cette loi, à
laquelle tous les phénomènes célestes ont paru
soumis avec une exactitude pour ainsi dire niira-
dans lesquels elle paroit constante, parce
que nous ne pouvons les observer à des distances
assez différentes entre elles, du centre d'action.
Ainsi; Phomme a connu enfin, pour la première fois, une des lois physiques de FUnivers,
et elle est unque encorei jusqu'ici, comme la gloire
de celui qui Pain révélée.
Cent ans de travaux ont confirmé cette loi, à
laquelle tous les phénomènes célestes ont paru
soumis avec une exactitude pour ainsi dire niira- --- Page 239 ---
( : 227 )
culeuse; toutes les fois qu'un d'eux a paru: sy sousincertitude passagère est devenue
traire, 2 cette
triomphe.
bientôt le sujet d'un nouveau
La philosophie est presque toujours forcée de
dans les ouvrages d'un homme de génie,
chercher,
le fil secret qui Ta dirigé; mais ici, Tintérétinspiré des
Padmiration, a fait découvrir et conserver
par
qui permettent de suivre
anecdotes précieuses, de Newton. Elles nous serpas à pas la marche
les heureuses combisirontà montrer comment
les efforts du
naisons du hasard concourent, avec
des
génie, à une grande découverte, et comment les
combinaisons moins favorables auroient pu
getarder, ou les réserver à d'autres mains.
Mais Newton fit plus, pent-être, pour les prode découvrir cette loi
grés de T'esprit thumain, que
à
générale de la nature; il apprit aux hommes
n'admettre, dans la physique, que des théories
rendissent raison, nonprécises et calculées, qui
mais
seulement de Pexistence d'un phénomène,
on
de sa quantité, de son étendue. Cependant, des
Faccusa de renouveler ces qualités occultes
s'étoit borné à renfermer la
Anciens, parce qu'il
célestes dans un
cause générale des phénomènes
Vinconfait simple, dont Fobservation prouvoit
testable réalité. Et cette accusation même prouve
combien les méthodes des sciences avoient encore
besoin d'être éclairées par la philosophie.
15* --- Page 240 ---
(228 )
Une foule de problémes de statique, de dynamique, avoient été successivement proposés et
résolus, lorsque d'Alembert découvre un principe
général, qui suffit seul pour déterminer le mouvement d'un nombre quelconque de points, animés de forces quelconques, et liés entre eux par
des conditions. Bientôt il étend ce même principe
aux corps finis d'une figure déterminée; à ceux
qui, élastiques ou flexibles, peuvent changer de
figure, mais d'après certaines lois, et en conservant
certaines relations entre leurs parties; enfin, aux
fluides eux-mémes, soit qu'ils conservent la même
densité, soit qu'ils se trouvent dans Pétat d'expansibilité. Un nouveau calcul étoit nécessaire pour
résoudre ces dernières questions; il ne peut échapper à son génie, et la mécanique n'est plus qu'une
science de pur calcul.
Ces découvertes appartiennent aux sciences
mathématiques; mais la nature, soit de cette loi
de la gravitation universelle, soit de ces principes
de mécanique, les' conséquences qu'on peut en
tirer pour Pordre éternel de PUnivers, sont du
ressort de la philosophie. On apprit que tous les
corps sont assujétis à des lois nécessaires, qui
tendent par elles-mêmes à produire ou à maintenir Téquilibre, à faire naitre ou à conserver la
régularité dans les mouvemens.
La connoissance de celles qui président aux
de la gravitation universelle, soit de ces principes
de mécanique, les' conséquences qu'on peut en
tirer pour Pordre éternel de PUnivers, sont du
ressort de la philosophie. On apprit que tous les
corps sont assujétis à des lois nécessaires, qui
tendent par elles-mêmes à produire ou à maintenir Téquilibre, à faire naitre ou à conserver la
régularité dans les mouvemens.
La connoissance de celles qui président aux --- Page 241 ---
( 229 )
phénomènes célestes, les découvertes de Vanalyse
mathématique qui conduisentà des méthodes plus
précises d'en calculer les apparences, cette perfection dont on n'avoit pas même conçu l'espérance,
à laquelfe sont portés, et lesinstrumens d'optique,
et ceux oùt Texactitude des divisions devient la
mesure de celle des observations;la précision des
machines destinées à mesurer le temps; ; le gout
plus général pour les sciences, qui s'unit à l'intérêt des gonvernemens pour multiplier les astronomes et les observatoires ; toutes ces causes
réunies assurent les progrès de l'astronomie. Le
ciels'enrichit pour Phomme de nouveaux astres,
et il sait en déterminer et en prévoir avec exactitude, et la position et les mouvemens.
La physique, se délivrant peu-à-peu des explications vagues introduites par Descartes, comme
elle s'étoit débarrassée des absurdités scolastiqques,
n'est plus que Part d'interroger la nature par des
expériences, pour chercher à en déduire ensuite,
par le calcul, des faits plus généraux.
La pesanteur de Fair est connue et mesurée;
on découvre que la transmission de la lumière
n'est pas instantanée; on en détermine la vitesse;
on calcule les effets qui doivent en résulter pour
la position apparente des corps célestes; le rayon
solaire est décomposé en rayons plus simples, --- Page 242 ---
. 250.)
différemment réfrangibles et diversement colorés.
L'arc-en-ciel est expliqué, et les moyens de produire ou de faire disparoitre ses couleurs sont
soumis au calcul. L'électricité, qui n'étoit connue
que par la propriété de certaines substances, d'attirer les corps légers après avoir été frottées,
devient un des phénomènes généraux de PUnivers.
La cause de Ja foudre n'est plus un secret, et
Franklin dévoile aux hommes l'art de Ja tourner
et de la diriger à leur gré. Des instrumens nouveaux sont employés à mesurer les variations du
poids de Patmosphère, celle de Phumidité de l'air,
etles degrés de température des corps. Une science
nouvelle, sous le nom de météorologie, apprend à
connoitre, quelquefois à prévoir les phénomènes
de Tatmosphère, dont elle nous fera découvrir un
jour les lois encore inconnues.
En présentant le tableau de ces découvertes,
nous montrerons comment les méthodes qui ont
conduit les physiciens dans leurs recherches, se
sont épurées et perfectionnées; comment l'art de
faire les expériences, de construireles instrumens,
a successivement acquis plus de précision; ; de
manière que la physique, non-seulement s'est enrichie chaque jour de vérités nonvelles, mais
que les vérités déja prouvées ont acquis une exactitude plus grande; que non-seulement une foule
de ces découvertes,
nous montrerons comment les méthodes qui ont
conduit les physiciens dans leurs recherches, se
sont épurées et perfectionnées; comment l'art de
faire les expériences, de construireles instrumens,
a successivement acquis plus de précision; ; de
manière que la physique, non-seulement s'est enrichie chaque jour de vérités nonvelles, mais
que les vérités déja prouvées ont acquis une exactitude plus grande; que non-seulement une foule --- Page 243 ---
( 231 )
de faits inconnus ont été observés, analysés, mais
tous ont été soumis, dans leurs détails, à des
que
mesures plus rigoureuses.
La physique n'avoit eu à combattre que les
préjugés de la scolastique, et Pattrait, si séduisant
pour la paresse, deshypothèses générales. D'autres
obstacles retardoient les progrès de la chimie. On
avoit imaginé qu'elle devoit donner le secret de
faire de Tor et celui de rendre immortel.
Les grands intérêts rendent Phomme superstitieux. On ne crut pas que de telles promesses, qui
caressoient les deux plus fortes passions des
âmes vulgaires, , et allumoient encore celle de la
gloire, pussent être remplies par des moyens ordinaires; et tout ce que la crédulité en délire
avoit jamais inventé d'extravagances, sembloit
s'être réuni dans la tête des chimistes.
Mais ces chimères cédèrent peu-à-peu à la philosophie mécanique de Descartes, qui, rejetée ellemême, fit place à une chimie vraiment expérimentale. Lobservation des phénomènes qui
accompagnoient les compositions et les décompositions réciproques des corps, la recherche des
lois de ces opérations, l'analyse des substances en
élémens de plus en plus simples, acquirent une
précision, une rigueur toujours croissantes.
Mais il faut ajonter à ces progrès de la chimie,
quelques-uns de ces perfectionnemens qui, em- --- Page 244 ---
( C 252 )
brassant lesystème entier d'une science, et consistant encore plus à en étendre les méthodes qu'à
augmenter le nombre des vérités qui en forment
l'ensemble, présagent et préparent une heureuse
révolution. Telle a été la découverte des nouveaux
moyens de retenir, de soumettre aux expériences,
les fluides expansibles qui s'y étoient jusqu'alors
dérobés: découverte qui, permettant d'agir surune
classe entière d'êtres nouveanx, et sur ceux déjà
connus, réduits à un état où ils échappoient à
nos recherches; qui, ajoutant un élément de plus
à presque toutes les combinaisons, a changé pour
ainsi dire le système entier de la chimie. Telle a
été la formation d'une langue, où les noms qui
désignent les substances expriment tantôt les rapports ou les différences de cclles qui ont un élément commun, tantôt la classe à laquelle elles appartiennent; on y peut ajouter encore, soit P'usage
d'une écriture scientifique, où ces substances sont
représentées par des caractères analytiquement
combinés, et qui peut même exprimer les opérations les plus communes, et les lois générales des
affinités; soit l'emploi de tous les moyens, de tous
les instrumens, qui servent dans la physique à calculer avec une rigoureuse précision le résultat des
expériences; soit enfin l'application du calcul aux
phénomènes de la cristallisation, aux lois suivant
lesquelles les élémens de certains corps affec-
sont
représentées par des caractères analytiquement
combinés, et qui peut même exprimer les opérations les plus communes, et les lois générales des
affinités; soit l'emploi de tous les moyens, de tous
les instrumens, qui servent dans la physique à calculer avec une rigoureuse précision le résultat des
expériences; soit enfin l'application du calcul aux
phénomènes de la cristallisation, aux lois suivant
lesquelles les élémens de certains corps affec- --- Page 245 ---
(255 )
tent, en sC réunissant, des formes régulières et
constantes.
Les hommes qui n'avoient su long -temps
qu'expliquer par des rêves superstitieux ou philosophiques, la formation du globe, avant de chercher à le bien comoitre, ont enfin senti la nécessité d'étudier avec une attention scrupuleuse, soit
à la surface, soit dans cette partie de Pintérieur
oà leurs besoins les ont fait pénétrer, et les substances qui sy trouvent, et leur distribution fortuite ou régulière, et la disposition des masses
qu'elles y ont formées. Ils ont appris à y reconnoître les traces de l'action lente et long-temps
prolongée de l'eau de la mer,.des eaux terrestres
et du feu; à distinguer la partie de la surface et
de la croûte extérieure du globe, où les inégalités,
la disposition des substances qu'on y trouve, ct
souvent ces substances mêmes, sont l'ouvrage de
ces agens, d'avec cette autre portion, formée en
grande partie de substances hétérogènes, et portant des marques de révolutions plus anciennes,
dont les agens nous sont encore inconnus.
Les minéraux, les végétaux, les animaux, se
divisent en plusieurs espèces, 2 dont les individus
ne diffèrent que par des variétési insensibles, peu
constantes, ou produites par des causes purement
locales: plusieurs de ces espèces se rapprochent
par un nombre plus ou moins grand de qualités --- Page 246 ---
( 254 )
communes, qui servent à établir des divisions
cessives et de pltis en plus étendues.
suclistes ont appris à classer
Les naturaindividus d'après des caractères méthodiquement les
è saisir, seul moyen de se
déterminés, faciles
de cette innombrable
reconnoitre au milieu
méthodes
multitude d'êtres divers. Ces
sont une espèce de langue réelle, ou
chaque objet est désigné par
ses qualités les plus
quelques-nnes de
constantes, 4 et au moyen de
laquelle, en connoissant ces
trouver le nom
qualités, on peut rede
que porte un objet dans la langue
convention. Ces mêmes langues,
bien faites,
lorsqu'ellessont
chaque classe apprennent encore quelles sont, pour
d'êtrès naturels, les qualités vraiment essentielles, dont la réunion
ressemblance plus ou moins entière emporte une
de leurs propriétés.
dans le reste
Silona vu quelquefois cet orgueil
aux yeux des hommes, les objets d'une qui grossit,
exclusiveetde connoissances
étude
attacher à ces méthodes
péniblement acquises,
une
et prendre pour la science importance même
exagérée,
en
ce qui n'étoit
quelque sorte que le dictionnaire et la
maire de sa langue réelle; souvent
gramexcès
aussi, par un
contraire, une fausse
a
baissé ces mêmes méthodes, philosophie trop rades nomenclatures
en les confondant avec
laborieuses
arbitraires, comme de futiles et
compilations.
étude
attacher à ces méthodes
péniblement acquises,
une
et prendre pour la science importance même
exagérée,
en
ce qui n'étoit
quelque sorte que le dictionnaire et la
maire de sa langue réelle; souvent
gramexcès
aussi, par un
contraire, une fausse
a
baissé ces mêmes méthodes, philosophie trop rades nomenclatures
en les confondant avec
laborieuses
arbitraires, comme de futiles et
compilations. --- Page 247 ---
S 235 )
L'analyse chimique des substances qu'offrent les
trois grands règnes de la nature, la description
de leur forme extérieure, l'exposition de leurs
qualités physiques, de leurs propriétés usuelles;
Phistoire du développement des corps organisés,
animaux ou plantes, de leur nutrition et de'leur
reproduction, les détails de leur organisation,
l'anatomie de leurs diverses partics, les fonctions
de chacune d'elles, Phistoire des moeurs des animaux, de leur industrie pour se procurer de la
nourriture, des abris, un logement, pour saisir
leur proie ou se dérober à leurs ennemis; les SOciétés de famille ou d'espèce qui se forment entre
eux; cette foule de vérités oùt lon est conduit en
parcourant la chaîne immense des êtres: ; les rapde
ports dont les anneaux successifs conduisent,
la matière brute au plus foible degré d'organisation, de la matière organisée à celle qui donne les
premiers indices de sensibilité et de mouvement
spontané; enfin de celles-ci jusqu'à Phomme; les
rapports de tous ces êtres avec lui, soit relativement à ses besoins, soit dans les analogies quile
rapprochent d'eux, ou dans les différences quil'en
séparent : tel est le tableau que nous présente aujourd'hui Phistoire naturelle.
Lhomme physique est lui-même l'objet d'une
science à part; l'anatomie qui, dans son accepcettescience
tion générale, renfumelaphysologiey --- Page 248 ---
2 236 )
qu'un respect superstitieux pour les morts avoit
retardée, a profité de Paffoiblissement général des
préjugés, et y a heureusement opposé cet intérêt
de leur propre conservation, qui lui a concilié le
secours des hommes puissans. Ses progrès ont été
tels, qu'ellesemble en quelque sorte s'être épuisée,
attendre des instrumens plus parfaits et des méthodes nouvelles; être presque réduite à chercher,
dans la comparaison entre les parties des animaux
et celles de Phomme, entre les organes communs
à différentes espèces, entre la manière dont s'exercent des fonctions semblables, les vérités que Pobservation directe de Phomme paroit aujourd'hui
refuser. Presque tout ce que Poeil de l'observateur aidé du microscope, a pu découvrir, est
déjà dévoilé. L'anatomie paroit avoir besoin du
secours des expériences, si utiles au progrès des
autres sciences, et la nature de son objet éloigne
d'elle ce moyen maintenant nécessaire à son perfectionnement.
La circulation du sang étoit déjà connue; mais
la disposition des vaisseaux qui portent le chile
destiné à se mêler avec Jui pour en réparer les
pertes; mais l'existence d'un suc gastrique qui dispose les alimens à cette décomposition nécessaire,
pour en séparer la portion propre à s'assimiler
avec les fluides vivans, avec la matière organisée;
mais les changemens qu'éprouvent les diverses
et la nature de son objet éloigne
d'elle ce moyen maintenant nécessaire à son perfectionnement.
La circulation du sang étoit déjà connue; mais
la disposition des vaisseaux qui portent le chile
destiné à se mêler avec Jui pour en réparer les
pertes; mais l'existence d'un suc gastrique qui dispose les alimens à cette décomposition nécessaire,
pour en séparer la portion propre à s'assimiler
avec les fluides vivans, avec la matière organisée;
mais les changemens qu'éprouvent les diverses --- Page 249 ---
(: 257 )
les divers organes, et dans T'espace qui séparties,
de la naissance, et depuis cette
pare la conception différens
de la vie; mais la
époque, dans les
âges
de
distinction des parties douécs de sensibilité, ou
découverte par Haller,
cette irritabilité, propriété
à
tous les êtres organiques;
et commune presque
a su, dans cette époque
voilà ce que la physiologie
des observabrillante, découvrir, et appuyer sur
tions certaines : et tant de vérités importantes
doivent obtenir grâce pour ces explications méchimiques, organiques, qui se succécaniques,
d'hypothèses
dant tour-à-tour, lont surchargée
funestes aux progrès de la science, dangereuses
s'est étendue jusqu'à la
quand leur application
médecine.
doit s'unir celui des
Au tableau des sciences
sur elles, ont pris une marche
arts qui,s'appuyant brisé les chaînes où la routine les
plus sûre, et ont
avoit jusqu'alors retenus.
de
Nous montrerons Pinfluence que les progrès
la mécanique, ceux de Fastronomic, de Toptique
et de l'art de mesurer le temps, ont exercée sur
P'art de construire, de mouvoir, de diriger les vaisseaux. Nous exposerons comment Taccroissement
du nombre des observateurs, Phabileté plus grande
du navigateur, une exactitude plus rigoureuse
astronomiques des posidans les déterminations
tions, et dans les méthodes topographiques, ont --- Page 250 ---
( 238 )
vers la
fait connoitreenfin ce globe presqueignoré
fin du siècle dernier.
dits
Combien les arts mécaniques proprement de lart de
ont dà de perfectionnemens à ceux
méconstruire les instrumens, les machines, les
de la mécanique ratiers, et ceux-ci aux progrès
doivent ces
tionnelle et de la physique; ce que
mêmes arts à la science d'employer les moteurs
avec moins de dépense et de perte,
déjà connus,
moteurs!
ou à Tinvention de nouveaux
dans la science
On verra Farchitecture puiser,
les
et dans la théorie des fluides,
de Péquilibre
voûtes des Hormes plus
moyens de donner aux
craindre
commodes et moins dispendieuses, sans
à
d'altérer la solidité des constructions; d'opposer calPeffort des eaux une résistance plus sàrement
le cours, de les employer en
culée, d'en diriger
succès.
d'habileté et de
canaux avec plus
s'enrichir de proOn verra les arts chimiques
épurer, simplifier les anciennes
cédés nouveaux, débarrasser de tout ce que la routine
méthodes,se
de substances inutiles ou nuiy avoit introduit
tandis
sibles, de pratiques vaines ou imparlsites;
de
trouvoit en-mème-temps les morons
qu'on
des dangers souvent terriprévenir une partie
étoient exposés; et
bles, auxquels les ouvriers y
plus de
qu'ainsi, en procurant plus dej jouissance,
des
richesses, ils ne les faisoient plus acheter par
débarrasser de tout ce que la routine
méthodes,se
de substances inutiles ou nuiy avoit introduit
tandis
sibles, de pratiques vaines ou imparlsites;
de
trouvoit en-mème-temps les morons
qu'on
des dangers souvent terriprévenir une partie
étoient exposés; et
bles, auxquels les ouvriers y
plus de
qu'ainsi, en procurant plus dej jouissance,
des
richesses, ils ne les faisoient plus acheter par --- Page 251 ---
(a59 )
si douloureux, et par tant de remords.
sacrifices
la botanique, T'histoire
Cependant la chimie,
une lumière féconde sur les
naturelle, répandoient surla culture des végétaux desarts économiques,
sur Part de nourrir, de
tinés à nos divers besoins;
multiplier, de conserver les animaux domestiques,
lesraces, d'en améliorer les prod'en perfectionnerl
de conserver les
duits; sur celui de préparer,
denrées
nous
Rbure
ductions de la terre, ou les
que
nissent les animaux.
deviennent des
La chirurgie et la pharmacie
Panatomie
nouveaux, dès Tinstant où
arts presque viennent leur offrir des guides plus
et la chimie
éclairés et plus sûrs.
doit être
La médecine qui, dans la pratique,
de
considérée comme un art, se délivre du-moins
fausses
de son jargon pédantesque,
ses
théories,
servile
routine
de sa soumission
de sa
meurtrière, doctrines desfacultés;
àl l'autorité des hommes, aux
Texpérience.
elle apprend à ne plus croire qu'à sait mieux les
Elle a muliplié ses moyens; elle
combiner et les employer ; et si dans quelques
sont en quelque sorte négatifs,
parties ses progrès
de pratiques dans'ils se bornent à la destruction méthodes noudes préjugés nuisibles, les
gereuses, d'étudier la médecine chimique et de comvelles
annoncent des progrès plus
biner les observations,
réels et plus étendus. --- Page 252 ---
240 )
Nous chercherons surtout à suivre cette marche
du génie des sciences, qui tantôt descendant d'une
théorie abstraite et profonde à des applications
savantesetdlélicates; simplifiantensuite ses moyens,
les proportionnant aux besoins, finit par répandre
ses bienfaits sur les pratiques les plus vulgaires 3
et tantôt réveillé par les besoins de cette même
pratique, va chercher dans les spéculations les plus
élevées,les ressources que des connoissances communes auroient refusées.
Nous ferons voir que les déclamations contre
l'inutilité des théories, même pour les arts les plus
simples, n'ont jamais prouvé que Pignorance des
déclamateurs. Nous montrerons que ce n'est point
à la profondeur de ces théories, mais au contraire à leurimperfection, qu'il faut attribuerlinutilité ou les eflets funestes de tant d'applications
malheureuses.
Ces observations conduiront à cette vérité générale, que dans tous les arts, les vérités de la
théorie sont nécessairement modifiées dans la
pratique;qu'il existe desinexactitudes réellement inévitables, dont il faut chercher à rendre l'effet insensible, sans se livrer au chimérique espoir de les
prévenir; qu'un grand nombre de données relatives aux besoins, aux moyens, au temps, à la dépense, nécessairement négligées dans Ja théorie,
doivent entrer dans le problème relatifà une pra-
vérité générale, que dans tous les arts, les vérités de la
théorie sont nécessairement modifiées dans la
pratique;qu'il existe desinexactitudes réellement inévitables, dont il faut chercher à rendre l'effet insensible, sans se livrer au chimérique espoir de les
prévenir; qu'un grand nombre de données relatives aux besoins, aux moyens, au temps, à la dépense, nécessairement négligées dans Ja théorie,
doivent entrer dans le problème relatifà une pra- --- Page 253 ---
(241 )
tique immédiate et réelle; et qu'enfin, en yintroduisant ces données avec une habileté qui est vraiment le génic de la pratique, on peut à-la-fois,
et franchir les limites étroites où les préjugés
contre la théorie menacent de retenir les arts,
et prévenir les errcurs dans lesquelles un usage
maladroit de la théorie pourroit entrainer.
Les sciences qui s'éloient divisées, n'ont pu
s'étendre sans se rapprocher, sans qu'il se formât
entre elles des points de contact.
L'exposition des progrés de chaque science suf."
firoit pour montrer quelle a été, dans plusieurs,
l'utilité de Papplication immédiate du calcul;
combien dans presque toutes il a pu être employé
à donner aux expériences et aux observations une
précision plus grande ; ce qu'elles ont dû à la mécanique, quileur a donné des instrumens plus parfaits et plus exacts ; combien la découverte des
microscopes et celle des instrumens méléorologiques ont contribué au perfectionnement de
Phistoire uaturelle; ce que cette scierce doit à la
chimic, qui seule a pu la conduire à une connois--
sanceplus approfondie des objets qu'elle considère,
lui en dévoiler la nature la plus intime, les, différences lcs plus essenticlles, en lui en montrant la
composition et les élémens; tandis que l'histoire
naturclle offroit à la chimie tant de produits à
séparer et à recueillir, tant d'opérations à exécu16 --- Page 254 ---
( d 242 )
ter, tant de combinaisons formées par la nature,
dont il falloit séparer les véritables élémens, ct
quelquefois découvrir ou même imiter le secret ;
enfin quels secours mutuels la physique et la chimie se sont prétés, et combien l'anatomie en a
déjà reçus, ou de Phistoire naturelle, ou de ces
sciences.
Mais on Danroikencorenpoiquel la pluspetite
portion des avantages qu'on a reçus. , qu'on peut
attendre de cette application. Plusieurs géomètres
ont donné des méthodes générales de trouver,
d'après les observations, les lois empiriques des
phénomènes, méthodes qui s'étendent à toutes les
sciences, puisqu'elles peuvent également conduire
à connoitre, soit la loi des valeurs successives
d'une même quantité pour unesuite d'instans ou
de positions, soit celle suivant laquelle se distribuent, ou diverses propriétés, ou, diverses valeurs
d'une qualité semblable, entre un nombre donné
d'objets.
Déjà quelques applications ont prouvé qu'on
peut employer avec succès la science des combinaisons, pour disposer les observations de manière à en pouvoir saisir avec plus de facilité les
rapports, les résultats et l'ensemble.
Celles du calcul des probabilités font présager
combien elles peuvent concourir aux progrès des
1 I
autres sciences; içi en déterminant la vraisem-
distribuent, ou diverses propriétés, ou, diverses valeurs
d'une qualité semblable, entre un nombre donné
d'objets.
Déjà quelques applications ont prouvé qu'on
peut employer avec succès la science des combinaisons, pour disposer les observations de manière à en pouvoir saisir avec plus de facilité les
rapports, les résultats et l'ensemble.
Celles du calcul des probabilités font présager
combien elles peuvent concourir aux progrès des
1 I
autres sciences; içi en déterminant la vraisem- --- Page 255 ---
( 245 )
blance des faits extraordinaires, et en apprenant à
s'ils doivent être rejetés, ou si au contraire
juger
d'être vérifiés; là en calculant celle du
ils méritent
se
souretour constant de ces faits qui présentent
dans la pratique des arts 2 et qui ne sont
vent
liés
eux-mêmes à un ordre déjà regardé
point
par
tel est, par exemple, en
comme une loi générale;
remedes,
médecine, l'effet salutaire de certains
le succes de certains préservatifs. Ces applications
nous montrent encore quelle est la probabilité
ensemble de phénomènes résulte de lintenqu'un
d'autres
tion d'un être intelligent, qu'il dépend
phénomènes qui co-existent avec lui ou l'ont prédoive être attribuéà à cette cause
cédé; et celle qu'il
nécessaire el inconnue que lon nomme hasard;
dont Pétude de ce calcul peut seul bien faire
mot
connoitre le véritable sens.
les diElles ont appris également à reconnoître
de certitude où nous pouvons espérer
vers degrés
d'après laquelle
d'atteindre, la vraisemblance
la
adopter une opinion, en faire
nous pouvons
sans blesser les droits
base.de nos raisonnemens,
sans
de la raison et la règle de notre conduite,
à la prudence ou sans offenser la justice.
manquer
sont les avantages ou les inElles montrent quels
d'élection, des diconvéniens des diverses formes
des
modes de décisions prises à la pluralité
vers
de probabilité qui en
voix; les différens degrés
16* --- Page 256 ---
(244 1 )
peuvent résulter; celui que Pintérêt public doit
exiger, suivant la nature de chaque question;les
moyens, soit de P'obtenir presque sûrement lorsque la décision n'est pas nécessaire, ou que les
inconvéniens de deux partis étant inégaux, lun
d'eux ne peut être légitime tant qu'il reste audessous de cette probabilité ; soit d'être assuré
d'avance d'obtenir souvent cette même probabilité, lorsqu'au contraire la décision est nécessaire, et que la plus foible vraisemblance suffit
pour s'y conformer.
On peut mettre encore au nombre de ces applications Pexamen de la probabilitédes faits, pour
celui qui ne peut appuyer son adhésion sur ses
propres observations; probabilité qui résulte, ou
de l'autorité des témoignages, ou de la liaison
de CeS faitsavecd'autres immédiatement observés.
Combien les recherches sur la durée dela vie
des hommes, sur l'influence qu'exerce sur cette
durée, la différeuce des sexes, des températures,
du climat, des professions, des gouvernemens,
des habitudes de la vie; sur la mortalité qui résulte des diverses maladies, sur les changemens
quela population épronve, sur l'étendue de laction des diverses causes qui produisent ces changemens, sur la manière dont elle est distribuée
dans chaque pays, suivant les ages, les sexes,les
occupations; combien toutes ces recherches ne
des hommes, sur l'influence qu'exerce sur cette
durée, la différeuce des sexes, des températures,
du climat, des professions, des gouvernemens,
des habitudes de la vie; sur la mortalité qui résulte des diverses maladies, sur les changemens
quela population épronve, sur l'étendue de laction des diverses causes qui produisent ces changemens, sur la manière dont elle est distribuée
dans chaque pays, suivant les ages, les sexes,les
occupations; combien toutes ces recherches ne --- Page 257 ---
(245 )
peuvent-elles pas être utiles à la connoissance
physique de Phomne, à la médecine, à l'économie publique !
Combien celle-ci n'a-t-elle pas fait usage de ces
mêmes calculs, pour les établissemens des rentes
viagères, des tontines, des caisses d'aceumulation
et de secours, des chambres d'assurance de loute
espècc!
L'application du calcul n'est-elle pas encore
nécessaire à celte partie de l'économie publique
qu'embrassent la théorie des mesures, celles des
monnoies, des banques, des opéirationsdefinancesg
enfin celle des impositions, de leur répartition
établie par la loi, de leur distribution réelle qui
s'en écarte si souvent, de leurs effets sur toutes
les parties du système social?
Combien de questions importantes dans cette
même science, n'ont pu être bien résolues, qu'à
l'aide des connoissances acquises sur Phistoire naturelle, sur Tagriculture, sur la physique végétale,
sur les arts mécaniques ou chimiques!
En un mot, tel a été le progrès général des
sciences, qu'il n'en est pour ainsi dire aucune
qui puisse être embrassée toute entière dans ses
principes, dans ses détails, sans être obligée d'emprunter. le secours de toutes les autres.
En présentant ce tableau, et des vérités nouvelles dont chaque' 'sciences'est enrichie, et de ce --- Page 258 ---
(2 246 )
que chacune doit à Tapplication des théories ou
des méthodes qui semblent appartenir plus particuliérement à des connoissances d'un autre ordre,
nous chercherons quelle est la nature et la limite
des vérités auxquelles l'observation, Texpérience,
la méditation peuvent nous conduire dans chaque
science; nous chercherons également en quoi,
pour chacune d'elles, consiste précisément le taJent de linvention, celte première faculté de l'intelligence humaine, à laquelle on a donné le nom
de génie ; par quelles opérations l'esprit peut
atteindre les découvertes qu'il poursuit, ou quelquefois être conduità celles qu'il ne cherchoit pas,
qu'il n'avoit pu même prévoir. Nous montrerons
comment les méthodes qui nous ménent à des
découvertes, , peuvent s'épuiser de manière que la
science soit en quelque sorte forcée de s'arrêter, 2
si des méthodes nouvelles ne viennent fournir un
nouvel instrument au génie, ou lui faciliter l'usage
de celles qu'il ne peut plus employer, sans y consommer trop de temps et de fatigues.
Si nous nous hornions à montrer les avantages
qu'on a relirés des sciences dans leurs usages immédiats, ou dans leurs applications aux arts, soit
pour le bien-être des individus, soit pour la prospérité des nations, nous n'aurions fait connoître
encore qu'une foible partie de leurs bienfaits. Le
plus important peut-étre est "d'avoir détruit les
lui faciliter l'usage
de celles qu'il ne peut plus employer, sans y consommer trop de temps et de fatigues.
Si nous nous hornions à montrer les avantages
qu'on a relirés des sciences dans leurs usages immédiats, ou dans leurs applications aux arts, soit
pour le bien-être des individus, soit pour la prospérité des nations, nous n'aurions fait connoître
encore qu'une foible partie de leurs bienfaits. Le
plus important peut-étre est "d'avoir détruit les --- Page 259 ---
(247 )
préjugés, et redressé en quelques sorte Pintelligence
humaine, forcée de se plier aux fausses directions
luiimprimoient) les croyances absurdes, transque
mises à Penfance de chaque génération, avec les
terreurs de la superstition et la crainte de la
tyrannie.
Toutes lcs erreurs en politique, en morale,
ont pour base des erreurs philosophiques, qui
elles-mêmes sont liées à des erreurs physiques.1 Il
n'existe,niun système religieux, ,ni ane extravagance surnaturelle, qui ne soit fondé sur l'ignorance des lois de la nature. Les inventeurs, les
défenseurs de ces absurdités, ne pouvoient prévoir le perfectionnement successif de Pesprit humain. Persuadés que les hommes savoient de leur
temps tout ce qu'ils pouvoient jamais savoir, 9
et croiroient toujours ce qu'ils croyoient alors,
ils appuyoient avec confiance leurs réveries sur
les opinions générales de leur pays et de leur
siècle.
Les progrès des connoissances physiques sont
même d'autant plus funestes à ces erreurs, que
souvent ils les détruisent sans paroitre lcs attaquer, et en répandant sur ceux qui s'obstinent
à les défendre le ridicule avilissant de l'ignorance.
En-méme-temps, Phabitude de raisonner juste
sur les objets de ces sciences, les idées précises
que donnent leurs méthodes, les moyens de re- --- Page 260 ---
( 5 248 )
connoitre ou de prouver une vérité, doivent conduire naturellement à comparer le sentiment qui
nous force d'adhérer à des opinions fondées sur
ces motifs réels de crédibilité, et celui qui nous
attache à nos préjugés d'habitude, ou qui nous
force de céder à l'autorité : et celte comparaison
suflit pour apprendre à se défier de ces dernières
opinions, pour faire sentir qu'on ne les croit réellement pas,1 lors mémequ'on se vante deles croire,
qu'on les professe avec la plus pure sincérité.
Or, :
ce secret une fois découvert, rend leur destruction
prompte et certaine.
Enfin, cette marche des sciences physiques
que les passions et l'intérêt ne viennent pas troubler, oùl l'on ne croit pas que la naissance, la profession, les places donnent lc droit de juger ce
qu'on n'est pas en état d'entendre; cette marche
plus sûre ne pouvoit être observée sans que les
hommnes éclairés cherchassent dans les autres
sciences à s'en rapprocher sans cesse; elle leur
offroit à chaque pas le modèle qu'ils devoient
suivre, d'après lequel ils pouvoient juger de leurs
propres efforts, reconnoitre les fausses routes
où ils auroient pu s'engager, se préserver du Pyrrhonisme comme dela crédulité, et d'une aveugle
défiance, d'une soumission trop entière même à
l'autorité des lumières et dela renommée.
Sans doute l'analyse métaphysique couduisoit
cher sans cesse; elle leur
offroit à chaque pas le modèle qu'ils devoient
suivre, d'après lequel ils pouvoient juger de leurs
propres efforts, reconnoitre les fausses routes
où ils auroient pu s'engager, se préserver du Pyrrhonisme comme dela crédulité, et d'une aveugle
défiance, d'une soumission trop entière même à
l'autorité des lumières et dela renommée.
Sans doute l'analyse métaphysique couduisoit --- Page 261 ---
(249 )
aux mêmes résultats; mais elle n'eit donné que
des préceptes abstraits, et ici les mêmes principes abstraits mis en action étoient éclairés par
lexemple, fortifiés par le succès.
Jusqu'à cette époque, les sciences n'avoient
été que le patrimoine de quelques hommes; déjà
elles sont devenues communes, et le moment
approche où leurs élémens, leurs principes, leurs
méthodes les plus simples deviendront vraiment populaires. C'est alors que leur application aux arts, que leur influence sur la justesse
générale des esprits, sera d'une utilité vraiment
universelle.
Nous suivrons les progrès des nations européennes dans linstruction, soit des enfans, soit
des hommes; progrés Toibles jusqu'ici, Si l'on
regarde seulement le système philosophique de
cette instruction, qui presque partout est encore
livrée aux préjugés scolastiques; mais trés-rapides,
si l'on considère l'étendue et la nature des objets
de T'enseiguement; qui n'embrassant presque plus
que des connoissances réelles, renferme les clémens de presque toutes les sciences, tandis que
les hommes de tous les àges trouvent dans les dictionnaires, dans les abrégés, dans les journaux, les
lumières dont ils ont besoin, quoiqu'elles n'y
soient pas toujours assez pures. Nous examinerons
quelle a été Putilité de joindre linstruction orale --- Page 262 ---
( 250 )
des sciences, à celle qu'on reçoit immédiatement
par. les livres et par l'étude; s'il a résulté quelque
avantage de ce que le travail des compilations est
devenu un véritable métier, un moyen de subsistance, ce qui a multiplié le nombre des ouvrages
médiocres, 2 mais en multipliant aussi pour les
hommes peu instruits les moyens d'acquérir des
connoissances communes. Nous exposerons Pinfluence qu'ont exercée sur les progrès de Pesprit
humain, ces sociétés sa vantes, barrière qu'il sera
encore long-temps utile d'opposer à la charlatan-,
nerie, et au faux savoir; nous ferons enfin Phistoire des encouragemens donnés par. les gouvernemens aux progrès de Pesprit humain, et des obstacles qu'ils y ont opposés, souvent dans le même
pays et à la même époque; nous ferons voir quels
préjugés ou quels principes de, machiavélisme les
ont dirigés dans cette opposition à Ia marche des
esprits vers la vérité; quelles vues de politique intéresséc ou même de bien public les ont guidés,
quand ils ont paru au contraire vouloir l'accélérer et la protéger.
Le tableau des beaux-arts n'offre pas des résultats
moins brillans. La musique est devenue en quelque
sorteun artnouveau, en-méme-temps quela science
des combinaisons et l'application du calcul aux
vibrations du corps sonore, et des oscillations de
l'air en ont éclairé la théorie. Les arts du des-
les vues de politique intéresséc ou même de bien public les ont guidés,
quand ils ont paru au contraire vouloir l'accélérer et la protéger.
Le tableau des beaux-arts n'offre pas des résultats
moins brillans. La musique est devenue en quelque
sorteun artnouveau, en-méme-temps quela science
des combinaisons et l'application du calcul aux
vibrations du corps sonore, et des oscillations de
l'air en ont éclairé la théorie. Les arts du des- --- Page 263 ---
(251 )
sin, qui avoient passé d'Italie en Flandre, en Espagne, enl France, s'élevèrent, dans ce dernier
pays, ce même degré où PItalie les avoit portés
dans l'époque précédente, et ils sy sont soutenus
avec plus d'éclat qu'en Italie même. L'art de nos
.
peintres est saatarsdontalses moyens, conservés dans les écoles, 2 loin de se
perdre, ont été plus répandus. Cependant, il s'est
écoulé trop de temps sans produire de génie qui
puisse leur être comparé, pour n'attribuer qu'au
hasard cette longue stérilité. Ce n'est pas que les
moyens del'art aient étéé Sépuisés,quoiquelesy sgrands
succès y soient réellement devenus plus difficiles.
Ce n'est pas que la nature nous ait refusé des
organes aussi parfaits que ceux des Italiens du
seizième siècle; c'est uniquenient aux changemens
dans la politique, dans les moeurs, qu'il faut attribuer, non la décadence de P'art, mais la foiblesse
de ses productions.
Les lettres cultivées en Italie avec moins desuccès, mais sans y avoir dégénéré, ont fait, dans la
langue française, des progrès qui lui ont mérité
Phonneur de devenir en quelque sorte la langue
universelle de l'Europe.
L'art tragique entre les mains de Corneille, de
Racine, de Voltaire, s'est élevé, par des progrès
successifs, à une perfection jusqu'alors inconnue.
L'art comique doit à Molière d'être parvenu plus --- Page 264 ---
2 252 )
promptement à une hauteur qu'aucune nation
n'a pu encore atteindre.
En Angleterre, dès le commencement de cette
époque, et dans un temps plus voisin de nous, en
Allemagne, la Jangue s'est perfectionnée. L'art de
la poésie, celui d'écrire en prose, ont été soumis,
mais avec moins de docilité qu'en
règles universelles de la raison et de France, la nature ces
doivent les diriger. Elles sont également vraies qui
pour toutes les langues s pour tous, les
bien que jusqu'ici un petit nombre seulement peuples; ait
pu. les connoître, et s'élever à ce goût juste et sûr,
qui n'est que le sentiment de ces mêmes règles,
qui présidoit aux compositions de Sophocle et de
Virgile,"e comme à celles de Pope ou de Voltaire,
qui enseignoit aux Grecs, aux Romains, comme
aux Français, à être frappés des mêmes beautés
et révoltés des mêmes défauts.
Nous ferons voir ce qui, dans chaque nation, a
favorisé ou retardé les progrès de ces
quelles causes les divers genres de
arts; par
poésie ou d'ouvrages en prose ont atteint, dans les différens
pays, une perfection si inégale, et comment ces
règles universelles peuvent, sans blesser même les
principes qui en sont lal base, être modifiées parl les
moeurs, par les opinions des peuples qui doivent
jouir des productions de ces arts, et par la nature
même des usages auxquels leurs différens
genres
isé ou retardé les progrès de ces
quelles causes les divers genres de
arts; par
poésie ou d'ouvrages en prose ont atteint, dans les différens
pays, une perfection si inégale, et comment ces
règles universelles peuvent, sans blesser même les
principes qui en sont lal base, être modifiées parl les
moeurs, par les opinions des peuples qui doivent
jouir des productions de ces arts, et par la nature
même des usages auxquels leurs différens
genres --- Page 265 ---
(255 )
sont destinés. Ainsi, par exemple, la tragédie,
récitée tous les jours devant un petit nombre de
spectateurs, dans une salle peu étendue, ne peut
avoir les mémes régles pratiques que la tragédie
chantée sur un théâtre immense, dans des fêtes
solenuelles où tout un peuple étoit invité. Nous
essayerons de prouyer que les règles du goût ont
la même généralité, la même constance, mais sont
susceptibles du même genre de modifications que
les autres lois delunivers moraletp physique, quand
il faut les appliquer à la pratique immédiate d'un
art usuel.
Nous montrerons comment l'impression, multipliant, répandant les' ouvrages mêmes destinés
à étre publiquement lus ou récités, les transmet
à un nombre de lecteurs incomparablement
plus grand que celui des auditeurs; comment presque toutes les décisions importantes prises dans
des assemblées nombreuses, étant déterminées
d'après l'instruction que leurs membres reçoivent
parla lecture, il a dà en résulter, entre les règles
de l'art de persuader chez les Anciens et chez les
Modernes, des différences analogues à celle de
Peffet qu'il doit produire, et du moyen qu'il emploie; comment enfin, dans les genres et même
chez les Anciens, on se bornoit à la lecture des
ouvrages, 2 comme P'histoire ou la philosophie;la
facilité que donne l'invention de Fimprimerie, de --- Page 266 ---
(: 254 )
se livrer à plus de
développemens et de
a dà encore influer sur ces mêmes
détails,
Les progrès de la
règles.
ont
philosophie et des sciences
étendu, ont favorisé ceux des lettres, et
ci ont servi à rendre l'étude des
cellessciences
facile, et la philosopbie plus
plus
sont prété un mutuel
populaire. Elles se
appui malgré les efforts de
Fignorance et de la sottise pour les
les rendre ennemis.
désunir, pour
sion à Pautorité L'érudition, que la soumischoses
humaine, le respect pour les
anciennes, sembloit destiner à soutenir la
cause des préjugés nuisibles, lérudition
dant aidé à les détruire,
a cepenla
parce que les sciences et
philosophie lui ont prété le flambeau d'une
critique plus saine. Elle savoit déjà
les
torités, les
peser
aules
comparer entre elles; elle a fini
soumettre elles-mémes au tribunal dela par
Elle avoit rejeté les prodiges, les contes raison.
les faits contraires à la
absurdes,
attaquant les
vraisemblance; mais en
témoignages sur lesquels ils
puyoient, elle a su depnis les rejeter,
s'apforce de ces
malgré la
témioiguages, pour ne céder qu'à celle
qui poirroitfemporter. sur l'invraisemblance
sique ou morale des faits extraordinaires.
phyAinsi, toutes les occupations intellectuelles des
hommes, quelque différentes qu'elles soient
leur objet, leur méthode, ou par les qualités d'es- par
prit qu'elles exigent, ont concouru aux progrès de
moignages sur lesquels ils
puyoient, elle a su depnis les rejeter,
s'apforce de ces
malgré la
témioiguages, pour ne céder qu'à celle
qui poirroitfemporter. sur l'invraisemblance
sique ou morale des faits extraordinaires.
phyAinsi, toutes les occupations intellectuelles des
hommes, quelque différentes qu'elles soient
leur objet, leur méthode, ou par les qualités d'es- par
prit qu'elles exigent, ont concouru aux progrès de --- Page 267 ---
(2 255 )
la raison humaine. Il en est, en effet, du système
-
entier des travaux des hommes, comme d'un
bien fait,dont les parties distinguées avec
ouvrage doivent être cependant étroitement
méthode, former
seul tout, et tendre à un
liées, ne
qu'un
but unique.
sur
En portant maintenant un regard général
humaine, nous montrerons que la déTespèce des vraies méthodes dans toutes les
couverte Pétendue des théories qu'elles renfersciences, 2
à tous les objets de la
ment, leur application
les
nature, à tous les besoins des hommes, lignes
de communication qui ise sont établies entre elles,
le grand nombre de ceux quiles cultivent; enfin,
la multiplication des imprimeries, suffisent pour
d'elles ne peut descendre
nous répondrequaucune au-dessous du point où elle a été pordésormais
observer
les principes de la
tée. Nous ferons
que
les maximes de la liberté, la conphilosophie, véritables droits de Ihomme et de
noissance des
ses intérêts réels, sont répandus dans un trop
grand nombre de nations, et dirigent dans chacune
d'elles les opinions d'un trop grand nombre
d'hommes éclairés 2 pour qu'on puisse redouter
de les voir jamais retomber dans l'oubli.
Et queile crainte pourroit-on conserver encore
les deux langues qui sont les plus
en voyant que aussi les
des deux peuples
répandues, sont
langues --- Page 268 ---
( 256 )
qui jouissent de la liberté la plus entière, qui en
ont le mieux connu les principes, en sorte que,
ni aucune ligue de tyrans, ni aucune des comhinaisons politiques possibles, ne peut empécher de
défendre hautement , dans ces deux langues, les
droits de la raison comme ceux de la liberté?
Mais si tout nous répond que le genre humain
ne doit plus retomber dans son ancienne barbarie; si tout doit nous rassurer contre ce système
pusillanime et corrompu, qui le condamne à
d'éternelles oscillations entre la vérité et lerreur,
la liberté et la servitude, nous voyons en-mémetemps les lumières n'occuper encore qu'une foible
partie du globe, et le nombre de ceux qui en ont
de réelles, disparoître devant la masse des hommes
livrés aux préjugés et à l'ignorance. Nous voyons
de vastes contrées gémissant dans l'esclavage, et
n'offrant que des nations, ici dégradées par les
vices d'une civilisation dont la corruption rallentit
la marche; là, végélant encore dans l'enfance de
ses premières époques. Nous voyons que les travaux de ces derniers âges ont beancoup fait pour
le progrès de l'esprit humain, mais peu pour le
perfectionnement de l'espèce humaine; beaucoup
pour la gloire de Phomme, quelque chose pour
sa liberté, presque rien encore pour son bonheur.
Dans quelques points, nos yeux sont frappés d'une
lumière éclatante; mais d'épaisses ténèbres cou-
élant encore dans l'enfance de
ses premières époques. Nous voyons que les travaux de ces derniers âges ont beancoup fait pour
le progrès de l'esprit humain, mais peu pour le
perfectionnement de l'espèce humaine; beaucoup
pour la gloire de Phomme, quelque chose pour
sa liberté, presque rien encore pour son bonheur.
Dans quelques points, nos yeux sont frappés d'une
lumière éclatante; mais d'épaisses ténèbres cou- --- Page 269 ---
257 )
vrent encore un immense horison. Lâme du
philosophe se repose avec consolation sur un petit
nombre d'objets; mais le spectacle de la stupidité,
de Pesclavage, de T'extravagance, de la barbarie,
l'afllige plus souvent encore; et l'ami de Fhumanité
ne peut gouter de plaisir sans mélange, qu'en
s'abandonnant aux douces espérances de l'avenir.
Tels sont les objets qui doivent entrer dans un
tableau historique des progrès de Pesprit humain.
Nous chercherons, en les présentant, à montrer
surtout l'influence de ces progrès sur les opinions,
sur le bien-être de la masse générale des diverses
nations, aux différentes époques de leur existence
politique;à montrer quelles vérités elles ont connues, de quelles erreurs ellcs ont été détrompées,
quelles habitudes vertueuses elles ont contractées,
queldéveloppement: nouveau deleurs facultésaétabli une proportion plus heureuse entre ces facultés
et leurs besoins; et, sous un point-de-vue opposé,
dequels préjugés elles ont été les esclaves, quelles
superstitions religieuses ou politiques s'y sont introduites, par quels vices lignorance ou le despotisme les ont corrompues, à quelles misères la
violence ou leur propre dégradation les ont
soumises.
Jusqu'ici, P'histoire politique, comme celle de
la philosophie et des sciences, n'a été que l'histoire
de quelques hommes; ce qui forme véritablement
--- Page 270 ---
(258 )
Pespèce humaine, la masse des familles qui subsistent presque en entier de leur travail, a été oubliée; et même dans la classe de ceux qui, livrés
à des professions publiques, agissent, non pour
eux-mémes, mais pour la société; dont Foccude défendre,
pation est d'instruire, degouverner,
de soulager les autres hommes;l les chefs seuls ont
fixé les regards des historiens.
Pour Phistoire des individus, il suffit de recueillir les faits; mais celle d'une masse d'hommes ne
peut s'appuyer que sur des observations; et pour
les choisir, pour en saisir les traits essentiels, il
faut déjà des lumières, et presque autant de philosophio que pour les bien employer.
D'ailleurs, ces observations ont ici pour objet
tous les yeux,
des choses communes, qui frappent
chacun peut, quand il veut, connoitre par
que
toutes celles qui ont
lui-même. Aussi, presque
été
été recueillies, sont dues à des voyageurs, ont
faites par des étrangers, parce que ces choses, si
triviales dans le lieu où elles existent, deviennent
pour eux un objet de curiosité. Or, malheureusesont
toujours des
ment, ces voyageurs
presque
observateurs inexacts; ils voyent les objets avec
de rapidité, au travers des préjugés de leur
trop
les
des hommes de la
pays, ct souvent par
yeux
Ils consultent ceux avec
contrée qu'ils parcourent.
qui le hasard les a liés; et c'est lintérêt, Pesprit
choses, si
triviales dans le lieu où elles existent, deviennent
pour eux un objet de curiosité. Or, malheureusesont
toujours des
ment, ces voyageurs
presque
observateurs inexacts; ils voyent les objets avec
de rapidité, au travers des préjugés de leur
trop
les
des hommes de la
pays, ct souvent par
yeux
Ils consultent ceux avec
contrée qu'ils parcourent.
qui le hasard les a liés; et c'est lintérêt, Pesprit --- Page 271 ---
( 259 )
de parti, l'orgueil national ou Phumeur qui dictent
presque toujours la réponse.
Ce n'est donc point seulement à la bassesse des
historiens, comme on P'a reproché avec justice à
ceux des monarchies, qu'il faut attribuer la disette
des monumens d'après lesquels on peut tracer
cette partie la plus importante de l'histoire des
hommes.
On ne peut y suppléer quimparfaitement par
la connoissance des lois, des principes pratiques
de gouvernement et d'économie publique, ou par
celle des religions, des préjugés généraux.
En effet, la loi écrite et la loi exécutée, les
principes de ceux qui gouvernent, et la manière
dont leur action est modifiée par l'esprit de ceux
qui sont gouvernés, l'institution telle qu'elle
émane des hommes qui la forment, et linstitution
réalisée; la religion des livres et celle du peuple,
Tunivenalitéapparente d'un préjugé, et l'adhésion
réelle qu'il obtient, peuvent différer tellement,
que les effets cessent absolument de répondre à
ces causes publiques et connues.
C'est à cette partie de Phistoire de l'espèce humaine, la plus obscure, la plus négligée, et pour
laquelle les monumens nous offrent si peu de
matériaux, qu'on doit surtout s'attacher dans ce
tableau; et, soit qu'on y rende compte d'une découverte, d'une théorie importante, d'un nouveau
17* --- Page 272 ---
- à 260 )
de lois, d'une révolution politique, on
système de déterminer quels effets ont dû en
s'occupera
la
la plus nombreuse de
résulter pour portion
dela
société; car c'est là le véritable objet
chaque
puisque tous les effets intermédiaires
philosophie, mêmes causes ne peuvent être regardés
de ces
enfin sur cette
que comme des moyens d'agir
du
qui constitue vraiment la masse
genre
portion
humain.
à ce dernier degré de la
Cest en parvenant
Fobservation des évènemens passés,
chaine, que
acquises par la méditacomme les connoissances véritablement utiles. C'est ention, deviennent
les hommes peuvent aparrivant à ce terme, que
avec
leurs titres réels à la gloire, ouj jouir
précier
certain des progrès de leur raison;
un plaisir
seulement du véritable
c'est là qu'on peut juger
humaine.
perfeetionnement de T'espèce
Cette idée de tout rapporter à ce dernier point,
est dictée par la justice et par la raison; mais on
seroit tenté de la regarder comme chimérique;
cependant, elle ne l'est pas : il doit nous suffire
ici de le prouver par deux exemples frappans. les
La possession des objets de consommation abonplus communs, qui satisfont avec quelque les mains
dance aux besoins de Phomme, dont
d'une
fertilisent notre sol, est dueaux longs efforts
industrie secondée par la lumière des sciences;
rapporter à ce dernier point,
est dictée par la justice et par la raison; mais on
seroit tenté de la regarder comme chimérique;
cependant, elle ne l'est pas : il doit nous suffire
ici de le prouver par deux exemples frappans. les
La possession des objets de consommation abonplus communs, qui satisfont avec quelque les mains
dance aux besoins de Phomme, dont
d'une
fertilisent notre sol, est dueaux longs efforts
industrie secondée par la lumière des sciences; --- Page 273 ---
(26r )
et dès-lors, cette possession s'attache, par Thistoire, au gain de la bataille'de Salamine, sans
lequel les ténèbres du despotisme oriental menaçoient d'envelopper la terre entière. Le matelot
qu'une exacte observation de la longitude préserve du naufrage, doit la vie à une théorie qui,
par une chaîne de vérités, remonte à des découvertes faites dans l'école de Platon, et ensevelies
pendant vingt siècles dans une entière inutilité. --- Page 274 ---
1 2 262 )
DIXIEME ÉPOQUE.
Des Progrès fulurs de PEsprit humain.
Sr Phomme peut prédire, avec une assurance
presque entière, les phénomènes dont il connoit
les lois;si lors même qu'elles lui sont inconnues,
il pent, d'aprés lexpérience du passé, prévoir
avec une grande probabilité les événemens de
l'avenir; pourquoi regarderoit-on comme une
entreprise chimérique, celle de tracer avec quelque vraisemblance, le tableau des destinées futures de lespèce humaine, d'après les résultats
de son histoire? Lc seul fondement de croyance
dans les sciences naturelles, est cette idée, que
les lois géncrales 2 connues ou ignorées 9 qui
règlent les phénomenes de I'Univers. , sont nécessaires et constantes; et par quelle raison ce
principe seroit-il moins vrai pour le développement des facultés intellectuelles et morales de
Phomme, que pour les autres opérations de Ja
nature ? Enfin, pujsque des opinions formées
d'après l'expérience du passé, sur des objets du --- Page 275 ---
( 265 )
même ordre, sont la senle règle de la conduite
des hommes les plus sages, pourquoi interdiroiton au philosophe d'appuyer ses conjectures sur
celte même base, pourvu qu'il ne leur attribue
une certitude supérieure à celle qui peut naître
pas du nombre, de la constance, de Texactitude des
observations?
Nos espérances, sur l'élat à venir de l'espèce
humaine, peuvent se réduire à ces trois points
importans: la destruction de linégalité entre les
nations; les progrès de Pégalité dans un mêne
peuple;enfin, le perfectionnement réel del'homme.
Toutes les nations doivent-elles se rapprocher un,
jour de P'état de civilisation où sont parvenus
les peuples les plus éclairés, les plus Jibres, les
plus affranchis de préjugés, tels que les Frauçais
et les Anglo-Américains" ? Cette distancei immense
qui sépare ces peuples de la servitude des nations
soumises à des rois, de la barbarie des peuplades
africaines, de Pignorance des Sauvages, doit-elle
peu-à-peu sévanouir?
Y: a-t-il, sur le globe,des contréesdontla nature
ait condamné les habitans à ne jamais jouir de la
liberté, ne jamais exercer leur raison?
Cette différence de lumières, de moyens ou de
richesses, observée jusqu'à présent chez tous les
peuples civilisés, entre les différentes classes qui
composent chacun d'eux; cette inégalité, que les
africaines, de Pignorance des Sauvages, doit-elle
peu-à-peu sévanouir?
Y: a-t-il, sur le globe,des contréesdontla nature
ait condamné les habitans à ne jamais jouir de la
liberté, ne jamais exercer leur raison?
Cette différence de lumières, de moyens ou de
richesses, observée jusqu'à présent chez tous les
peuples civilisés, entre les différentes classes qui
composent chacun d'eux; cette inégalité, que les --- Page 276 ---
I 264 )
premiers progrès de la société ont augmentée, et
pour ainsi dire produite, tient-elle à la civilisation
même, ou aux imperfections actuelles de l'art
social? Doit-elle continuellement s'afloiblir
faire place à cette égalité de fait, dernier but pour de
l'art social, qui, diminuant même les effets de la
différence naturelle des facultés, ne laisse plus
subsister qu'une inégalité utile à l'intérêt de tous,
parce qu'elle Evoriealeprogriadelse civilisation,
de linstruction et de Findustrie, sans entraîner ni
dépendance, ni humiliation, ni appauvrisement?
En un mot, les hommes approcheront-ils de cet
état, où tous auront les lumières nécessaires
se conduire d'après leur propre raison dans pour les
aflaires communes dela vie, etlamaintenir exempte
de préjugés; pour bien connoitre leurs droits et
les exercer d'après leur opinion et leur conscience;
où tous pourront, par le développement de leurs
facultés, obtenir des moyens sûrs de pourvoir à
leurs besoins; où enfin, la stupidité etla misère ne
seront plus que des accidens, et non l'état habituel
d'une portion de la société?
Enfin, Pespèce humaine doit-elle s'améliorer,
soit par de nouvelles découvertes dans les sciences
et dans les arts, et par uned conséquence nécessaire,
dans les moyens de bien -être particulier et de
prospérité commune; soit par des progrès dans.les
principes de conduite et dans la morale pratique; --- Page 277 ---
(265 )
soit enfin parle perfectionnement réel des facultés
intellectuelles, morales et physiques, qui peut être
également la suite, ou de celui des instrumens qui
augmentent l'intensité ou dirigent l'emploi de ces
facultés, ouménedecluidelorganiationongaisationaaturelle
En répondant à ces trois questions, nous trouverons, dans lexpérience du passé, dans l'observation des progrès que les sciences, que la civilisation ont faitsjusqu'ici, dans l'analysede la marche
de l'esprit humain et du développement de ses
facultés, les motifs les plus forts de croire que la
nature n'a mis aucun terme à nos espérances.
Si nous jetons un coup-d'ceil sur l'état actuel du
globe, nous verrons d'abord que, dans FEurope,
les principes de la constitution française sont déjà
ceux de tous les hommes éclairés. Nous les y verrons trop répandus, et trop hautement professés, d
pourqueles efforts des tyrans et des prêtres] puissent
les empécher de pénétrer peu-à-pen jusqu'aux
cabanes de leurs esclaves; et ces principes y réveilleront bientôt un reste de bon sens, et cette sourde
indignation que lhabitude de Thumiliation et dela
terreur ne peuventédoufterdauslamede opprimés.
En parcourant ensuite ces diverses nations, nous
verrons dans chacune quels obstacles particuliers
s'opposent à cette révolution, ou quelles dispositions la favorisent; nous distinguerons celles oùt
elle doit être doucement amenée par la sagesse
cabanes de leurs esclaves; et ces principes y réveilleront bientôt un reste de bon sens, et cette sourde
indignation que lhabitude de Thumiliation et dela
terreur ne peuventédoufterdauslamede opprimés.
En parcourant ensuite ces diverses nations, nous
verrons dans chacune quels obstacles particuliers
s'opposent à cette révolution, ou quelles dispositions la favorisent; nous distinguerons celles oùt
elle doit être doucement amenée par la sagesse --- Page 278 ---
- 266 )
peut-être déjà tardive de leurs gouvernemens, et
celles oi, renduc plus violente parleur résistance,
elle doit les entraîner eux-mêmes dans ses mouvemens terribles et rapides.
Peut-on douter que la sagesse o1 les divisions
secondant les
insensées des nations européennes,
de leurs
effets lents, mais infaillibles, des progrès
du
bientôt Tindépendance
colonics, ne produisent
euroNouveau-Monde; et dès-lors, la population
des accroissemens rapides sur cet
péenne, prenant
civiliser ou
immense territoire, ne doit-elle pas
les nations
faire disparoitre, même sans conquête, contrécs?
sauvages qui y occupent encôre de vastes de nos
Parcourez Phistoire de nos entreprises,
établissemens en Afrique ou en Asie, vous verrez
de commerce, nos trahisons, notre
nos monopoles
les hommes d'une autre
mépris sanguinaire pour
Vinsolence de
couleur ou d'une autre croyance,
les
Pextravagant prosélytisme ou
nos usnrpations,
de
détruire ce sentiment
intrigues de nos prêtres,
de
et de bienveillance que la supériorité
respect
de notre commerce
nos lumières et les avantages
avoient d'abord obtenu.
cessant
Mais linstant approche sans doute ou,
leur montrer que des corrapteurs Ou des
de ne
eux des instrumens
tyrans, nous deviendrons pour
ntiles ou de généreux libérateurs.
limmense
La culure du sucre, s'établissant dans --- Page 279 ---
(5 267 )
détruira le honteux bricontinent de PAfrique,
gandage qui la corrompt et la dépeuple depuis
deux siècles.
amis
Déjà, dans la Grande-Bretagne, quelques
de Phumanité en ont donné T'exemple; et si son
machiavéliste, forcé de respecter la
gouvernement
doit-on
raison publique,n'a osés'y opposer, quene
espérer du même esprit, lorsqu'aprèslas réforme
pas d'une constitution servile et vénale, il deviendra
digne d'une nation humaine et généreuse ? La
France nosempresers-t-elle pas d'imiter ces entrephilanthropiee et l'intérêt bien entendu
prises, quela
de lEurope ont également dictées ?1 Les épiceries
ont été portées dans les iles françaises, dans la
Guyanne, dans quelques possessions anglaises, et
bientôt on verra la chute de ce monopole, que les
Hollandais ont soutenu par tant de trahisons, de
vexations et de crimes. Les nations de TEurope
apprendront enfin que les compagnies exclusives
ne sont qu'un impôt mis sur clles, pour donner à
leurs gouvernemens un nouvel instrument de
tyrannie.
Alors les Européens, se bornant à un commerce
Jibre, trop éclairés sur leurs propres droits pour
se jouer de ceux des autres peuples, respecteront
cette indépendance, qu'ils ont jusqu'ici violée avec
tant d'audace. Leurs établissemens, au-lieu de se
remplir de protégés des gouvernemens qui, à la
que les compagnies exclusives
ne sont qu'un impôt mis sur clles, pour donner à
leurs gouvernemens un nouvel instrument de
tyrannie.
Alors les Européens, se bornant à un commerce
Jibre, trop éclairés sur leurs propres droits pour
se jouer de ceux des autres peuples, respecteront
cette indépendance, qu'ils ont jusqu'ici violée avec
tant d'audace. Leurs établissemens, au-lieu de se
remplir de protégés des gouvernemens qui, à la --- Page 280 ---
(2 268 )
faveur d'une place ou d'un privilége, courent
amasser des trésors par le brigandage etla perfidic,
pour revenir acheter en Europe des honneurs et
des titres, se peupleront d'hommes industrieux,
qui iront chercher dans ces climats heureux Paisance qui les fuyoit dans lenr patrie. La libertéles
y retiendra, l'ambition cessera de les rappeler, et
ces comptoirs de brigands deviendront des colonies
de citoyens qui répandront, dans PAfrique et dans
P'Asie, les principes et l'exemple de la liberté, les
lumières et la raison de lEurope. A ces moines,
quine portoient chez ces peuples que de honteuses
superstitions, etquiles révoltoient en les menaçant
d'une domination nouvelle, on verra succéder des
hommes occupés de répandre, parmi ces nations,
les vérités utiles à leur bonheur, de les éclairer sur
leurs intérêts comme sur leurs droits. Le zèle
la vérité est aussi une passion, et il doit
pour
efforts vers les contrées
porter ses
éloignées, lorsquilne verra
%
plus autour de lui de préjugés grossiers à combattre, d'erreurs honteuses à dissiper.
Ces vastes pays lui offriront ici des peuples nombreux, qui semblent n'attendre, pour se civiliser,
que d'en recevoirde nous les moyens, etdetrouver
des frères dans les Européens, pour devenir leurs
amis et leurs disciples; là, des nations asservies
sousdes despotes sacrés ou des conquérans stupides,
et qui, depuis tant de siècles, appellent des libé- --- Page 281 ---
(2 269 )
ratenrs; ailleurs, des peuplades presque sauvages,
la dureté de leur climat éloigne des douceurs
que
tandis que cette
d'une civilisation perfectionnée,
même dureté repousse également ceux qui voudroient leur en faire connoitre les avantages; ou
des hordes conquérantes, qui ne connoissent de
loi
la force, de métier que le brigandage. Les
que de ces deux dernières classes de peuples
progrès
lents,
de plus d'orages;
seront plus
accompagnés
nombre,
peut-être même que, réduitsà un moindre
par les nations
à mesure qu'ils se verront repoussés insensiblecivilisées, ils finiront par disparoitre
ment, ou se perdre dans leur sein.
ces événemens seront
Nous montreronscomment non-seulement des progrès de
une suite infaillible,
la
PEurope, mais même de la liberté que république française, et celle de PAmérique septenet lintérêt le plus réel, et
trionale, ont à-la-fois,
de PAfrique et
le pouvoir de rendre au commerce
nécesde PAsie; ; comment ils doivent naître aussi
sairement, ou de la nouvelle sagesse des nations
européennes, ou de leur attachement opiniâtre à
leurs préjugés mercantiles.
Nous ferons voir qu'une seule çombinaison, une
nouvelle invasion de PAsie parles Tartares, pourroit empêcher cette révolution, et que cette combinaison est désormais impossible. Cependant,
la
décadence de ces grandes
tout prépare prompte
et
le pouvoir de rendre au commerce
nécesde PAsie; ; comment ils doivent naître aussi
sairement, ou de la nouvelle sagesse des nations
européennes, ou de leur attachement opiniâtre à
leurs préjugés mercantiles.
Nous ferons voir qu'une seule çombinaison, une
nouvelle invasion de PAsie parles Tartares, pourroit empêcher cette révolution, et que cette combinaison est désormais impossible. Cependant,
la
décadence de ces grandes
tout prépare prompte --- Page 282 ---
( $ 290 )
religions de l'Orient, qui, presque partout abandonnées au peuple, partageant lavilissement 'de
leurs ministres, et déjà dans plusieurs contrées
réduites n'être plus, aux yeux des hommes puissans, que des inventions politiques, ne menacent
plus de retenir la raison humaine dans un esclavage
sans espérance, et dans une enfance éternelle.
La marche de ces peuples seroit plus prompte
et plus sûre que la nôtre, parce qu'ils recevroient
de nous ce que nous avons étéobligés de découvrir,
et que pour connoitre ces vérités simples, ces méthodes certaines auxquelles nous ne sommes parvenus qu'après de longues erreurs, il leur suffiroit
d'en avoir pu saisir les développemens et les
prenves dans nos discours et dans nos livres. Si les
progrès des Grecs ont été perdus pour les autres
nations, c'est le défaut de communication entre
les peuples, c'est la domination tyrannique des
Romains qu'il en faut accuser. Mais quand des
besoins mutuels ayant rapproché tous les hommes,
les nations les plus puissantes auront placé l'égalité
entre les sociétés comme entre les individus, le
respect pour l'indépendance des États foibles,
comme Phumanité pour Fignorance et la misère,
au rang de leurs principes politiques; quand à
des maximes qui tendent à comprimer le ressort
des facultés humaines, auront succédé celles qui
en favorisent l'action et Ténergie, seroit-il alors --- Page 283 ---
271 )
permis de redouter encore qu'il reste sur le globe
à la lumière, ou quelordes espaces inaccessibles
à la vérité des
gueil du despotisme puisse opposer
barrières long-temps insurmontables?
Il arrivera donc ce moment où le soleil n'éclairera plus sur la terre que des hommes libres, et ne
reconnoissant d'autre maître que leur raison; où
les tyrans et les esclaves, les prêtres et leurs stuinstrumens n'existeront plus
pides ou hypocrites
les
où l'on ne
que dans Phistoire et sur
théâtres;
s'en occupera plus que pour plaindre leurs victimes et leurs dupes, pour s'entretenir, par Phorreur de leurs excès, dans une utile vigilance, pour
savoir reconnoitre et étouffer, sous le poids de la
raison, les premiers germes de la superstition et
de la tyrannie, si jamais ils osoient reparoitre.
En parcourantl Phistoire dessociétés, nousaurons
de faire voir que souvent il existe un
eu Foccasion
intervalle entre les droits quelal loi reconnoit
grand
et les droits dont ils ont une
dans les citoyens,
établie
jouissance réelle; entre Végalité qui est
par
les institutions politiques, et celle qui existe entre
les individus : nousaurons fait remarquer que cette
différence a été une des principales causes de la
destruction de la liberté dans les républiques anciennes, des orages qui les ont troublées, de la
foiblesse qui les a livrées à des tyrans étrangers.
Ces différences ont trois causes principales: : l'iné-
ils ont une
dans les citoyens,
établie
jouissance réelle; entre Végalité qui est
par
les institutions politiques, et celle qui existe entre
les individus : nousaurons fait remarquer que cette
différence a été une des principales causes de la
destruction de la liberté dans les républiques anciennes, des orages qui les ont troublées, de la
foiblesse qui les a livrées à des tyrans étrangers.
Ces différences ont trois causes principales: : l'iné- --- Page 284 ---
( 272 )
galité de richesse, linégalité d'état entre celui dont
les moyens des subsistance, assurés pour lui-méme,
se transmettent à sa famille, et celui pour qui ces
moyens sont dépendans de la durée de sa vie, ou
plutôt de la partie de sa vie où il est capable de
travail; enfin, l'inégalité d'instruction.
Il faudra donc montrer que ces trois espèces
d'inégalité réelle doivent diminuer continuellement, sans pourtant s'anéantir, car elles ont des
causes naturelles et nécessaires, qu'il seroit absurde
et dangereux de vouloir détruire; etl lon ne pourroitmême tenter d'en faire disparoitre entièrcment
les effets, sans ouvrir des sources d'inégalité plus
fécondes, sans porter aux droits des hommes des
atteintes plus directes et plus funestes.
Il est aisé de prouver que les fortunes tendent
naturellement à l'égalité, et que leur excessive disproportion, ou ne peut exister, ou doit promptement cesser, si les lois civiles n'établissent pas des
moyens factices de les perpétuer et de les réunir;
si la liberté du commerce et del'industrie fait disparoître Tavantage que toute loi prohibitive, tout
droit fiscal, donnent à la richesse acquise; si des
impôts sur les conventions, les restrictions mises à
leur liberté, leur assujétissement à des formalités
génantes; enfin, l'incertitude et les dépenses nécessaires pour en obtenir Pexécution, n'arrêtent pas
lactivitéduj pauvre, etn'engloutissent pas sesi foibles
les réunir;
si la liberté du commerce et del'industrie fait disparoître Tavantage que toute loi prohibitive, tout
droit fiscal, donnent à la richesse acquise; si des
impôts sur les conventions, les restrictions mises à
leur liberté, leur assujétissement à des formalités
génantes; enfin, l'incertitude et les dépenses nécessaires pour en obtenir Pexécution, n'arrêtent pas
lactivitéduj pauvre, etn'engloutissent pas sesi foibles --- Page 285 ---
(2 975 )
capitaux; si Fadministration publique n'ouvre
point à quelques hommes des sources abondantes
d'opulence, fermées au reste des citoyens; si les
préjugés et Tespritd'avarice,
propre. à Pâge 2
ne président point aux mariages; si enfin, avancé, la
simplicité des moeurs et la sagesse des institutions, par
les richesses ne sont plus des moyens de satisfaire la
vanité ou Fambition, sans que
austérité mal
cependant une
entendue, ne permettant plus d'en
faire un moyen de jouissances recherchées, force
de conserver celles qui ont étéune fois accumulées.
Comparons, dans les nations éclairées de l'Europe, leur population actuelle et l'étendue de leur
territoire. Observons, dans le spectacle que
sententlenr culture
préetleurindustrie, la distribution
des travaux et des moyens de subsistance, et nous
verrons qu'il seroit impossible de conserver ces
moyens dans le même degré, et par une conséquence nécessaire, d'entretenir la même masse de
population, si un grand nombre d'individus cessoient de n'avoir, pour subvenir presque entièrement à leurs besoins ou à ceux de leur famille,
leur industrie, et ce qu'ils tirent des
que
capitaux employés à l'acquérir ou à en augmenter le produit.
Or, la conservation de l'une et de l'autre de ces
ressources dépend de la vie, de la santé même du
chefde chaque famille. C'est en quelque sorte une
fortune viagère, ou même plus dépendante du
--- Page 286 ---
(1a7a) )
hasard; et il en résulte une différence très-réelle
entre cette classe d'hommes et celle dont les ressourcesne: sont point assujéties aux mêmes risques,
soit que le revenu d'une terre, ou l'intérêt d'un
capital presque indépendant de leur industrie,
fournisse à leurs besoins.
Il existe donc une cause nécessaire d'inégalité,
de dépendance et même de misère, qui menace
sans cesse la classe la plus nombreuse et la plus
active de nos sociétés.
Nous montrerons qu'on peut la détruire en
grande partie, en opposant le hasard à lui-méme,
en assurant à celui quiatteint la vieillesse, un secours
produit par ses épargnes, mais augmenté de celles
des individus qui, en faisant le même sacrifice,
meurent avant le moment d'avoir besoin d'en
recueillir le fruit; en parcourant, par l'effet d'une
compensation semblable aux femmes, auix enfans,
pour le moment où ils perdent leur époux ou leur
père, une ressource égale et acquise au même
prix,soit pour les familles qu'aflige une mort prématurée, soit pour celles qui conservent leur chef
plus long-temps; enfin, en préparant aux enfans
qui atteignent Tage de travailler pour eux-mémes,
de fonder une famille nouvelle, lavantage d'un
capital nécessaireau développement deleur industrie, et s'accroissant aux dépens de ceux qu'une
mort trop prompte empéche d'arriver à ce terme.
époux ou leur
père, une ressource égale et acquise au même
prix,soit pour les familles qu'aflige une mort prématurée, soit pour celles qui conservent leur chef
plus long-temps; enfin, en préparant aux enfans
qui atteignent Tage de travailler pour eux-mémes,
de fonder une famille nouvelle, lavantage d'un
capital nécessaireau développement deleur industrie, et s'accroissant aux dépens de ceux qu'une
mort trop prompte empéche d'arriver à ce terme. --- Page 287 ---
(975 )
C'est à Tapplication du calcul aux probabilités de
d'argent, que l'on doit
la vie et aux placemens
succèsy
l'idée de ces moyens, déjà employés avec
Favoir été cependanta tavec cette étenduc,
sansjamais variété de formes qui les rendroient
avec cette
seulement à quelques
vraiment utiles, non pas
individus, mais à la masse entière de la société,
délivreroient de cette ruine périodique d'un
qu'ils nombre de familles, source toujours renaisgrand
sante de corruption et de misère.
Nous ferons voir que ces établissemens, qui
être formés au nom dela puissance sociale,
peuvent
peuvent
et devenir un de ses plus grands bienfaits,
être aussi le résultat d'associations particulières,
se formeront sans aucun danger, lorsque les
qui
lesquels les établissemense doivent
principes d'après devenus
et que
s'organiser, seront
plus populaires,
les erreurs qui ont détruit un grand nombre de ces
associations, cesseront d'être à craindre pour elles.-
noyens d'assurer cette
Nous exposeronsdautres: le crédit continue
égalité, soit en empéchant que
attaché à la,
d'être un privilége si exclusivement
grande fortune, et en lui donnant cepeudant une
base non moins solide; soit en rendant les progrès
de lindustrie, et P'activité du commetce plus indépendans de Pexistence des grands capitalistes; et
c'est encore à Papplication du calcul que l'on devra
ces moyens.
18* --- Page 288 ---
(276 )
L'égalité d'instruction que l'on peut espérer
d'atteindre, mais qui doit suffire, est celle qui
exclut touted dépendance, ou forcée, o1 volontaire.
dans Télat actuel des connoisNous montrerons,
faciles de parvenir à
sances humaines, les moyens
donner à
ce but, même pour ceux qui ne peuvent
nombre de leurs premières
Fétude qu'un petit
heures
années, et dansle reste deleur vie, quelques
Nous ferons voir que par un choix heude loisir.
elles - mêmes, et des
reux, et "des connoissances
instruire la
méthodes de les enseigner, on peut
entière d'un peuple, de tout ce que chaque
masse
Péconomie domeshomme a besoin de savoir pour
Fadministration de ses allaires, pour
tique, pour
de son industrie et de ses
le libre développement
les défendre
facultés, pour connoitre ses droits,
être instruit de ses devoirs,
et les exercer; pour
jnger ses
pouvoir les bien remplir, pour
pour actions et celles des autres d'après ses propres
lumières, et n'être étranger à aucun des sentimens
honorentla naturel humaine;
élevés ou délicats qui
de ceux à
pour ne point dépendre aveuglément le soin de ses aflaires
qui il est obligé de confier
état de les
ou T'exercice de ses droits; pour être en
n'être plus la dupe
choisir et de les surveiller, pour
la vie de
qui tourmentent!
de ces erreurs populaires
chiméricraintes superstitieuses et d'espérances
contre les préjugés avec
ques; pour se défendre
naturel humaine;
élevés ou délicats qui
de ceux à
pour ne point dépendre aveuglément le soin de ses aflaires
qui il est obligé de confier
état de les
ou T'exercice de ses droits; pour être en
n'être plus la dupe
choisir et de les surveiller, pour
la vie de
qui tourmentent!
de ces erreurs populaires
chiméricraintes superstitieuses et d'espérances
contre les préjugés avec
ques; pour se défendre --- Page 289 ---
( 277 )
les seules forces de sa raison; enfin, pour échapper
aux prestiges du charlatanisme, qui tendroit des
piéges à sa fortune, à sa santé, à la liberté de ses
opinions et de sa conscience, sous prétexte de
Penrichir, de le guérir et de le sauver.
Dès-lors, les habitans d'un même pays n'étant
plus distingués entre eux par l'usage d'une langue
plus grossiere ou plus raffinée, pouyant également
se gouverner par leurs propres lumières, n'étant
plus bornés à la connoissance machinale des
cédés d'un art et de la routine d'une profession, prone dépendant plus,ni pour les moindres affaires, ni
pour sej procurerla moindreinstraction, d'hommes
habiles qui les gouvernent par un ascendant nécessaire, il doit en résulter une égalité réelle, puisque
la différence des lumières ou des talens ne peut
plus élever une barrière entre des hommes à qui
leurs sentimens, leurs idées, leur langage permet
de s'entendre; dont les uns peuvent avoir le désir
d'étreinstruits par les autres, mais n'ont pas besoin
d'être conduits par eux; dont lcs uns peuvent vouloir confier aux plus éclairés le soin de les gouverner, mais non être forcés de le leur abandonner
avec une aveugle confiance.
C'est alors que cette supériorité devient un
avantage pour ceux même qui ne le partagent pas,
qu'elle existe pour eux, et non contre eux. La
différence naturelle des facultés entre les homnes, --- Page 290 ---
(278 )
dontl l'entendement n'a point été cultivé, produit,
même chez les Sauvages, des charlatans et des
dupes, des gens habiles et des hommes faciles à
tromper;la même différence existe sans doute dans
un peuple où linstruction est vraiment générale,
mais elle n'est plus qu'entre les hommes éclairés,
etles hommes d'un esprit droit, qui sentent le prix
des lumières sans en être éblonis; ehtre le talent
ou le génie, et le bon sens qui sait les apprécier
et en jouir; 6 et quand même cette différence seroit
plus grande, si on compare seulement la force,
l'étendue des facultés; elle ne deviendroit pas
moins insensible, si on n'en compare que les effets
dans les relations des hommes entre eux, dans ce
quiintéresse leur indépendance et leur bonheur.
Ces diverses causes d'égalité n'agissent point
d'une manière isolée; elles s'unissent, se pénétrent, se sontiennent mutuellement; et de leurs
effets combinés, résulte une action plus forte,
plus sûre, plus constante. Si Pinstruction est plus
égale,il en naît une plus grande égalité dans Tin-"
dustrie, et dès-lors dans les fortunes; et Pégalité
des fortunes contribue nécessairement à celle de
l'instruction, tandis que l'égalité entre les peuples,
comme celle qui s'établit pour chacun, ont encore l'une sur l'autre une influence mutuelle.
Enfin, l'instruction bien dirigée corrige l'inégalité naturelle des facultés, au-lieu de la fortifier,
sûre, plus constante. Si Pinstruction est plus
égale,il en naît une plus grande égalité dans Tin-"
dustrie, et dès-lors dans les fortunes; et Pégalité
des fortunes contribue nécessairement à celle de
l'instruction, tandis que l'égalité entre les peuples,
comme celle qui s'établit pour chacun, ont encore l'une sur l'autre une influence mutuelle.
Enfin, l'instruction bien dirigée corrige l'inégalité naturelle des facultés, au-lieu de la fortifier, --- Page 291 ---
(279 )
comme les bonnes lois remédient à Tinégalité naturelle des moyens de subsistance; comme dans
les sociélés oû les institutions auront amené cette
égalité, la liberté, quoique soumise à une constitution régulière, sera plus étendue, plus entière
dans Tindépendance de la vie sauvage. Alors,
que P'art social a rempli son but, celui d'assurer et
d'étendre pour tous la jouissance des droits communs auxquels ils sont appelés par la nature.
Les avantages réels qui doivent résulter des
progrès dont ou vient de montrer une espérance
presque certaine, ne peuvent avoir de terme que
celui du perfectionnement même de l'espèce
humaine 9 puisque, à mesure que divers genres
d'égalité l'établiront pour des moyens plus vastes
de pourvoir à nos besoins, pour une instruction
plus étendue, pour une liberté plus complète,
plus cette égalité sera réelle, plus elle sera près
d'embrasser tout ce qui intéresse véritablement
le bonheur des hommes.
C'est donc en examinant la marche et les lois
de ce perfcctionnement, que nous pourrons seulement connoitre l'étendue ou le terme de nos
espérances.
Personne n'a jamais pensé que l'esprit pàt épuiser, et tous les faits de la nature, et les derniers
moyens de précision dans la mesure, dans l'analyse de ces faits, et les rapports des objets entre --- Page 292 ---
( d 280 )
eux, et toutes les combinaisons possibles d'idées.
Les seuls rapports des grandeurs, les combinaisons de cette seule idéeyla quantité on T'étendue,
forment un systéme déjà trop immense, pour que
jamais l'esprit humain puisse le saisir tout entier,
pour qu'une portion de ce système, toujours plus 2
vaste que celle qu'il aura pénétrée, ne lui reste
toujours inconnue. Mais on a pu croire que
Thomme ne pouvant jamais connoitre qu'une
partie des objets auxquels la nature de son intelligence lui permet d'atteindre, il doit
dant rencontrer enfin un terme où le nombre cepen-. et
la complication de ceux qu'il connoit déja, ayant
absorbé toutes ses forces, tout progrès nouveau
lui deviendroit réellement impossible.
Mais commeà mesure que les faitsse multiplient,
Meesmearpweadilaeh.em, àles réduire à des faits
Hoysngeramlatsmnmes et lesméthodes
qui servent à les observer, à les mesurer avec exactitude, acquièrent
en-méme-temps une précision
nouvelle;mais comme à mesure que l'on connoît,
entre un plus grand nombre d'objets des rapports
plus multipliés, on parvient à les réduire à des
rapports plus étendus, et les renfermer sous des
expressions plus simples, à les présenter sous des
formes qui permettent d'en saisir un plus grand
nombre, même en ne possédant qu'une méme
force de téte, et n'employant qu'une égale inten-
en-méme-temps une précision
nouvelle;mais comme à mesure que l'on connoît,
entre un plus grand nombre d'objets des rapports
plus multipliés, on parvient à les réduire à des
rapports plus étendus, et les renfermer sous des
expressions plus simples, à les présenter sous des
formes qui permettent d'en saisir un plus grand
nombre, même en ne possédant qu'une méme
force de téte, et n'employant qu'une égale inten- --- Page 293 ---
(281 )
sité d'attention ; comme à mesure que Tesprit
compliquées, des
s'élève à des combinaisons plus
bientôt faformules plus simples les lui rendent
les vérités dont la découverte a coûté le
ciles :
d'abord n'ont pu être entenplus d'efforts, qui
de méditadues que par des hommes capables
tions profondes, sont bientôt après développées
des méthodes qui ne sont plus
et prouvées par
commune. Si les
au-dessus d'une intelligence
méthodes qui conduisoient à des combinaisons
nouvelles sont épuisécs, si leurs applications aux
questions non encore résolues, exigent des traexcèdent, ou le temps, ou les forces
vaux qui
des savans, bientôt des méthodes plus générales,
des moyens plus simples viennent ouvrir un nouLa
l'étendue réelle
veau champ au génie. vigueur,
mais les
des têtes humaines sera restée la même;
employer se seront
instrumens qu'elles peuvent
mais la langue qui
multipliés et perfectionnés ;
fixe et détermine les idées aura pu acquérir plus
de généralité; mais au-lieu que,
de précision, plus
la force
dans la mécanique, on ne peut augmenter
didiminuant la vitesse, ces méthodes, qui
qu'en le génie dans la découverte des vérités
rigeront
et à sa force,
nouvelles, ont également ajouté,
et à la rapidité de ses opérations.
étant la
Enfin, ces changemens eux- mêmes
suite nécessaire du progrès dans la connoissance --- Page 294 ---
I e . 282 )
des vérités de détail, et la cause
soin de ressources:
qui amène le benouvelles produisant
temps les moyens de les obtenir, il résulte en-mêmemasse réelle des vérités
que la
sciences
que forme le système des
d'observation,
peut augmenter
d'expérience ou de calcul,
les
de
sans cesse ; et cependant, toutes
parties ce même système ne sauroientse
fectionner sans cesse, en
perde Phomme la même
supposant aux facultés
même étendue.
force, la même activité, la
En appliquant ces réflexiops générales
férentes
aux dif
sciences, nous donnerons, pour
d'elles, des exemples de ces
chacune
cessifs, qui ne laisseront perfoctionnemens suctitude de ceux
aucun doute sur la cerque nous devons attendre. Nous indiquerons partienlierement,
préjugé regarde
pour celles que le
les
comme plus prés d'être épuisées,
progrès dont T'espérance est la
et la plus prochaine. Nous
plus probable
qu'une application
développerons tout ce
plus générale, plus
phique des sciences de calcul à toutes les philososances humaines, doit ajouter
connoiscision, d'unité au
d'étendue, de présystème entier de ces connoissances. Nous ferons
instruction
remarquer comment une
donnant à plus universelle dans chaque pays, en
un plus grand nombre d'hommes les
connoissances élémentaires qui peuvent leur inspirer, et le goût d'un genre
d'étude, et la facilité
'une application
développerons tout ce
plus générale, plus
phique des sciences de calcul à toutes les philososances humaines, doit ajouter
connoiscision, d'unité au
d'étendue, de présystème entier de ces connoissances. Nous ferons
instruction
remarquer comment une
donnant à plus universelle dans chaque pays, en
un plus grand nombre d'hommes les
connoissances élémentaires qui peuvent leur inspirer, et le goût d'un genre
d'étude, et la facilité --- Page 295 ---
( . 285 )
d'y faire desprogrès, 9 doit ajouter à ces espérances,
combien elles augmentent encore, si une aisance
plus générale permeta à plus d'individus de se livrer
effet à peine, dans les
à ces occupations, puisqu'en
pays les plus éclairés, la cinquantième partie de
ceux à qui la- nature a donné des talens, reçoivent l'instruction nécessaire pour les développer;
et qu'ainsi, le nombre des hommes destinés à
reculer les bornes des sciences par leurs découvertes, devroit alors s'accroitre dans cette même
proportion.
Nous montrerons combien cette égalité d'instruction, et cellequi doit s'établir entrelesdiverses
nations, accéléreroient la marchede ces sciences,
dont les progrès dépendent d'observations répétées
en plus grand nombre, étendues sur un plus vaste
territoire ; tout ce que la minéralogie, la botanique, la zoologie, la météorologie doivent en attendre; enfin, quelle énorme disproportion existe
pour ces sciences, entre la foiblesse des moyens
qui, cependant, nous ont conduits à tant de vérités utiles, importantes, et la grandeur de ceux
que l'homme pourroit alors employer.
Nous exposerons combien, dans les sciences
mêmes ou les découvertes sont le prix de la seule
méditation, l'avantage d'être cultivées par un plus
grand nombre d'hommes 1 peut encore contribuer à leurs progrès, par ces perfectionnemens --- Page 296 ---
( 284 )
de détail, qui n'exigent point cette force de tête
nécessaire aux inventeurs, et qui se présentent
d'eux-mêmesà la simple réflexion.
Si nous passons aux arts dont la théorie dépend
de CCS mêmes sciences, nous verrons que les progrés qui doivent suivre ceux de cette théorie, ne
doivent pas avoir d'autres limites; que les procédés des arts sont susceptibles du même perfectionnement, des mêmes simplifications que les
méthodes scientifiques; que les instrumens, que
les machines, les métiers ajouteront de plus en
plus à la force, à l'adresse des hommes,
augmenteront à-la-fois la perfection et la précision des
produits, en diminuant , et le temps et le travail
nécessaires pourles obtenir; alors disparoitront les
obstacles qu'opposent encore à ces mêmes progrès, et les accidens qu'on apprendroit à prévoir,
à prévenir, et linsalubrité, soit des travaux, soit
des habitudes, soit des climats.
Alors un espace de terrain de plus en plus
resserré, pourra produire une masse de denrées
d'une plus grande utilité ou d'une valeur plus
haute; des jouissances plus étendues pourront être
obtenues avec une moindre consommation; ; le
même produit de l'industrie répondra à une
moindre destruction de productions premières,
ou deviendra d'un usage plus durable. L'on saura
choisir, pour chaque sol, les productions qui sont
soit
des habitudes, soit des climats.
Alors un espace de terrain de plus en plus
resserré, pourra produire une masse de denrées
d'une plus grande utilité ou d'une valeur plus
haute; des jouissances plus étendues pourront être
obtenues avec une moindre consommation; ; le
même produit de l'industrie répondra à une
moindre destruction de productions premières,
ou deviendra d'un usage plus durable. L'on saura
choisir, pour chaque sol, les productions qui sont --- Page 297 ---
(285 )
relatives à plus de besoins entre les
qui peuvent satisfaire aux besoins productions d'un même
genre, celles quisatisfont une plus grande
exigeant moins de travail et moins de masse, en
tion réelle. Ainsi, sans aucun
consommade conservation, d'économie sacrifice, les moyens
tion, suivront les
dans la consommales diverses
progrès de l'art de reproduire
les substances, de les préparer, d'en fabriquer
produits.
Ainsi, non-seulement 1
le même espace de terrain
pourra nourrir plus d'individus; mais chacun
d'eux, moins péniblement
le
manière plus
occupé, sera d'une
faire à ses besoins. productive, et pourra mieux satisMais dans ces progrès de Findustrie et du bienêtre, dont il résulte une proportion
geuse entre les
plus avantasoins,
facultés, et Fhomme, et ses besoit chaque génération, soit par ses
par la conservation des
progrès,
trie
produits d'une indusantéricure, est appelée à des jouissances
étendues; et dès-lors, par une suite de la plus
tution physique de l'espèce
constisement dans le nombre humaine, à un accroisdoit-il pas arriver
des individus; alors, ne
nécessaires,
un terme où ces lois, également
viendroient à se contrarier? où
mentation du nombre des
l'augde leurs
il
hommessurpasante celle
moyens, en résulteroit
si non une diminution continue nécessairement, de
bien-être et --- Page 298 ---
( 286 )
de population, une marche vraiment rétrograde,
du-moins une sorte d'oscillation entre le bien et
le mal? Cette oscillation dans les sociétés arrivées
à ce terme, ne seroit-elle pas une cause toujours
subistantedenisères enquelque sortepériodiques?
Ne marqueroit-elle pas la limite où toute amélioration deviendroit impossible, et à la perfectibilité de l'espèce humaine, le terme qu'elle atteindroit dans l'immensité des siècles, sans pouvoir
jamais le passer?
Il n'est personne qui ne voie sans doute combien ce temps est éloigné de nous, mais devonsnous y parvenir un jour? Il est également impossible de prononcer pour ou contre la réalité future d'un événement qui ne se réaliseroitqu'à une
époque où l'espèce humaine auroit nécessairement
acquis des lumières dont nous pouvons à peine
nous faire une idée. Et qui, en effet, oseroit deviner ce que l'art de convertir les élémens en
substances propres à notre usage doit devenir un
jour?
Mais en supposant que ce terme dût arriver,
il n'en résulteroit rien d'effrayant, ni pour le
bonheur de l'espèce bumaine, ni pour sa perfectibilité indéfinie; si on suppose qu'avant ce temps
les progrès de la raison ayent marché de pair avec
ceux des sciences et des arts, que les ridicules
préjugés de las superstition ayent cessé de répandre
convertir les élémens en
substances propres à notre usage doit devenir un
jour?
Mais en supposant que ce terme dût arriver,
il n'en résulteroit rien d'effrayant, ni pour le
bonheur de l'espèce bumaine, ni pour sa perfectibilité indéfinie; si on suppose qu'avant ce temps
les progrès de la raison ayent marché de pair avec
ceux des sciences et des arts, que les ridicules
préjugés de las superstition ayent cessé de répandre --- Page 299 ---
(: 287 )
sur la morale, une austérité qui la corrompt et la
dégrade au-lieu de l'épurer et de lélever; les
hommes saurontalors que, s'ils ont des obligations
à légard des êtres qui ne sont pas encore, elles ne
consistent pas à leur donner l'existence, mais le
bonheur; elles ont pour objet le bien-être général de l'espèce humaine ou de la société dans laquelle ils vivent; de la famille à laquelle ils sont
attachés, et non la puérile idée de charger la terre
d'étresinutiles et malheureux. Il pourroit donc y
avoir une limite à la masse possible des subsistances, et par conséquent à la plus grande population possible, sans qu'il en résultât cette destruction prématurée, si contraire à la nature et
à la prospérité sociale d'une partie des êtres qui
ont reçu la vie.
Commela découverte, ou plutôtlanalyse exacte
des premiers principes de la métaphysique, de la
morale, de la politique, est encore récente, et
qu'elle avoit été précédée de la connoissance d'un
grand nombre de vérités de détail, le préjogé
qu'elles ont atteint par-là leur dernière limite s'est
facilement établi; on a supposé qu'il n'y avoit rien
à faire, parce qu'il ne restoit plus à détruire d'erreurs grossières, et de vérités fondamentales à
établir.
Mais il est aisé de voir combien Panalyse des
facultés intellectuelles et morales de Phomme --- Page 300 ---
- 288 )
est encore imparfaite; combien la connoissance
de ses devoirs, qui suppose celle de l'influence
de ses actions sur le bien-être de ses semblables,
sur la société dont il est membre, peut s'étendre
encore par une observation plus fixe, plus approfondie, plus précise de cette influence; combien
il reste de questions à résoudre, de rapports SOciaux à examiner, pour connoître avec exactitude l'étendue des droits individuels de l'homme,
et de ceux que l'état social donne à tous à Tégard
de chacun. A-t-on même jusqu'ici, avec quelque
précision, posé les limites de ces droits, soit entre
les diverses sociétés,soit de ces sociétés sur leurs
membres, dans les troubles qui divisent chacune
d'elles; soit enfin ceux desindividus, des réunions
spontanées, dans le cas d'une formation libre et
primitive, ou d'une séparation devenue nécessaire?
Si on passe maintenant à la théorie qui doit dirigerfappieationdeces principes, et servir del base à
Part social, ne voit-on pas la nécessité d'atteindre
à une précision, dont ces variétés premières ne
peuvent être susceptibles dans leur généralité absolue ? Sommes nous parvenus au point de donner pour baseà toutes les dispositions des lois, ou
la justice, ou une utilité prouvée et reconnue, et
non les vues vagues, incertaines, arbitraires, de
prétendus avantages politiques? Avons-nous fixé
des règles précises pour choisir, avec assurance,
Part social, ne voit-on pas la nécessité d'atteindre
à une précision, dont ces variétés premières ne
peuvent être susceptibles dans leur généralité absolue ? Sommes nous parvenus au point de donner pour baseà toutes les dispositions des lois, ou
la justice, ou une utilité prouvée et reconnue, et
non les vues vagues, incertaines, arbitraires, de
prétendus avantages politiques? Avons-nous fixé
des règles précises pour choisir, avec assurance, --- Page 301 ---
( 289) )
entre le nombre presque infini des combinaisons
possibles, où les principes généraux de l'égalité et
des droits naturels seroient respectés, celles qui
assurent davantage la conservation de ces droits,
laissent à leur exercice, à leur jouissance une
plus grande étendue, assurent davantage le repos,
le bien-être des individus, la force, la paix, la
prospérité des nations.
L'application du calcul des combinaisons et des
probabilités, à ces mêmes sciences , promet des
progrès d'autant plus importans, qu'elle est à-lafois le seul moyen de donner à leurs résultats une
précision presque mathématique, et d'en apprécier le degré de certitude ou de vraisemblance.
Les faits sur lesquels ces résultats sont appuyés,
peuvent bien, sans calcul et d'après la seule observation, conduire quelquefois à des vérités générales; apprendre si Peffet produit par une telle
cause a été-favorable ou contraire; mais si ces
faits n'ont pu être ni comptés, ni pesés; si ces
effets n'ont pu être soumis à une mesure exacte,
alors on ne pourra connoitre celle du bien ou du
mal qui résulte de cette cause; et si Pun et l'autre
se compensent avec quelque égalité; si la différence n'est pas très-grande, on ne pourra même
prononcer, avec quelque certitude, de quel côté
penche la balance. Sans l'application du calcul,
souvent il seroit impossible de choisir, avec quel19 --- Page 302 ---
( 290 )
deux combinaisons formées pour obque tenir sûreté, le même but, lorsque les avantages qu'elles
présentent ne frappent point par une disproportion évidente. Enfin, sans ce même secours, ces
sciences resteroient tonjours grossières et bornées,
d'instrumens assez finis pour y saisir la vérité
faute
de machines assez sûres pour atteindre
fugitive,
de la mine oùt se cachent une partie
la profondeur
de leurs richesses.
malgré les efforts
Cependant cette application,
n'en est encore,
heureux de quelques géométres,
élémens, et
pour ainsi dire, qu'à ses premiers
une
elle doit ouvrir, aux générations suivantes,
de lumières vraiment inépuisable, comme
source
même du calcul, comme le'nombre des
la science
des rapports et des faits que Pon
combinaisons,
peut y soumettre.
de ces sciences non moins
Il est un autreprogrès
de leur
important ; c'est le perfectionnement
c'est
si vague encore et si obscure. Or,
langne,
qu'elles peuvent devoir
à ce perfectionnement véritablement populaires,
Favantage de devenir
élémens. Le génie
même dans leurs premiers
scientitriomphe de ces inexactitudes des langues
la
comme des autres olstacles; il reconnoit
fiques
qui la cache ou
vérité malgré ce masque étranger
donner à
qui Ja déguise; mais celui qui ne peut d'instans,
qu'un petit nombre
son instruction
'est
si vague encore et si obscure. Or,
langne,
qu'elles peuvent devoir
à ce perfectionnement véritablement populaires,
Favantage de devenir
élémens. Le génie
même dans leurs premiers
scientitriomphe de ces inexactitudes des langues
la
comme des autres olstacles; il reconnoit
fiques
qui la cache ou
vérité malgré ce masque étranger
donner à
qui Ja déguise; mais celui qui ne peut d'instans,
qu'un petit nombre
son instruction --- Page 303 ---
291 )
pourra-t-il acquérir, conserver ces notions les plus
simples, si elles sont défigurées par un langage
inexact? Moins il peut rassembler et combiner
d'idées, plus il a besoin qu'elles soient justes,
qu'elles soient précises; il ne peut trouver dans
sa propre intelligence un système de vérités qui
le défende contre l'erreur, et son esprit, qu'il n'a
ni fortifié ni raffiné par un long exercice, ne peut
saisir les foibles lueurs qui s'échappent à travers
les obscurités, les équivoques d'une langue imparfaite et vicieuse.
Les hommes ne pourront s'éclairer sur la nature et le développement de leurs sentimens moraux, sur les principes de la morale, sur les motifs
naturels d'y conformer leurs actions, sur leurs
intérêts 2 soit comme individus, 2 soit comme
membres d'une société, sans faire aussi dans la
morale pratique des progrés non moins réels que
ceux de la science même. Lintérêt mal entendu
n'est-il pas la cause la plus fréquente des actions
contraires au bien général? La violence des passions n'est-elle pas souvent P'effet d'habitudes,
auxquelles on ne s'abandonne que par un faux
calcul, ou de l'ignorance des moyens de résister
à leurs premiers mouvemens 7 de les adoucir, d'en
détourner, d'en diriger Paction?
Lhabitude de réfléchir sur sa propre conduite,
d'interroger et d'écouter sur elle sa raison et sa
19* --- Page 304 ---
292 )
conscience, celles des sentimens doux qui confondent notre bonheur avec celui des autres, ne
sont-elles pas une suite nécessaire de l'étude de
la morale bien dirigée, d'une plus grande égalité
dans les conditions du pacte social ? Celte conscience de sa dignité, qui appartient à Phomme
libre, une éducation fondée sur une connoissance
approfondie de notre constitution morale, ne
doivent-elles pas rendre communs à presque tous
les hommes ces principes d'une justice rigoureuse
et pure, ces mouvemens habituels d'une bienveillance active, éclairée; d'une sensibilité délicate
et généreuse, dont la nature a placé le germe dans
tous les coeurs, et qui n'attendent pour sy développer que la douce influence des lumières et
de la liberté? De même que les sciences mathématiques et physiques servent à perfectionner les
arts employés pour nos besoins les plus simples,
n'est-il pas également dans Pordre nécessaire de
la nature, que les progrès des sciences morales
et politiques exercent la même action sur les
motifs qui dirigent nos sentimens et nos actions.
Le perfectionnement des lois, des institutions
publiques, suite des progrès de ces sciences, n'at-il point pour effet de rapprocher, d'identifier
l'intérêt commun de chaque homme avec Pintérêt commun de tous 2 Le but de l'art social
n'est-il pas de détruire cette opposition apparente?
,
n'est-il pas également dans Pordre nécessaire de
la nature, que les progrès des sciences morales
et politiques exercent la même action sur les
motifs qui dirigent nos sentimens et nos actions.
Le perfectionnement des lois, des institutions
publiques, suite des progrès de ces sciences, n'at-il point pour effet de rapprocher, d'identifier
l'intérêt commun de chaque homme avec Pintérêt commun de tous 2 Le but de l'art social
n'est-il pas de détruire cette opposition apparente? --- Page 305 ---
( - 293 )
dont la constitution et les lois se conet le pays
exactement au voeu de la raison
formerontleplus n'ost-il pas celui où la vertu sera
et de la nature, tentations de s'en écarler seront
plus facile,oàl les
Jes plus rares et les plus foibles?
contraire
Quelle est Thabitude vicieuse, l'usage
à la bonne-foi, quel est même lei crime dont on
montrer Porigine, la cause première,
ne puisse
dans les institutions, dans les
dans la législation,
cette
préjugés du pays où l'on observe cet usage,
habitude, où ce crime s'est commis' ?
Enfin, le bien-être qui suit les progrès que
font les arts utiles, en sappuyant sur une saine
théorie, ou ceux d'une législation juste, qui se
fonde sur les vérités des sciences politiques, ne
les hommes à Thumanité, à la
dispose-t-il pas
bienfaisance, à la justice ?
Toutes ces observations enfin que nous nous
de développer dans Ponvrage même,
proposons
la bonté morale de
ne prouvent-elles pas que
Thomme, résultat nécessaire de son organisation,
comme toutes les autres facultés, susceptible
est,
indéfini, et que la nature
d'un perfectionnement
la vérité, le
lie, par une chaine indissoluble,
bonheur et la vertu ?
Parmi les progrès de Pesprit humain, les plus
importans pour le bonheur général, nous devons
l'entière destruction des préjugés qui
compter --- Page 306 ---
( 2g4 )
ont établi entre les deux sexes une
droits funeste à celui même
inegalité de
chercheroit
qu'elle favorise. On
en vain des motifs de la
les différences de leur organisation justifier, par
celle qu'on voudroit trouver daus la physique, par
force de leur
intelligence, dans leur sensibilité morale. Cette
inégalité n'a eu d'autre origine
force, et c'est vainement
que Pabus de la
de l'excuser
qu'on a essayé depuis
par des sophismes.
Nous montrerons combien la destruction des
usages autorisés par ce préjugé, des lois
dictées, peut contribuer à
qu'il a
des
angmenter le bonheur
familles, à rendre communes les vertus domestiques, premier fondement de toutes les
à favoriser les progrés de
autres;
à la rendre vraiment Tinstrnction, et surtout
l'étendroit
générale, soit parce qu'on
aux deux sexes avec plus
soit parce qu'elle ne peut devenir
d'égalité,
pour les
générale, même
hommes, sans le concours des
de famille. Cet hommage
mères
à
trop tardif, rendu enfin
l'équité et au bon sens, ne tariroit-il
source trop féconde
pas une
de
d'injustices, de cruautés et
crimes, en faisant disparoître une
si dangereuse, entre le
opposition
vif, le plus difficile à penchant naturel le plus
de
réprimer, et les devoirs
Phomme, ou les intérêts de la société? Ne
produiroit-il pas entin ce qui n'a jamais été jusqu'ici qu'ane chimére; des mcenrs nationales;
l'équité et au bon sens, ne tariroit-il
source trop féconde
pas une
de
d'injustices, de cruautés et
crimes, en faisant disparoître une
si dangereuse, entre le
opposition
vif, le plus difficile à penchant naturel le plus
de
réprimer, et les devoirs
Phomme, ou les intérêts de la société? Ne
produiroit-il pas entin ce qui n'a jamais été jusqu'ici qu'ane chimére; des mcenrs nationales; --- Page 307 ---
( à 295 )
formées, non de privations ordouces et pures,
hypocrites, de réserves
gueilleuses, d'apparences la crainte de la honte ou les terreurs
imposées par
d'habitudes librement contracreligicuses, mais
avouées par la
tées, inspirées par la nature, 2
raison ?
du
Les peuples plus éclairés, se ressaisissant de
droit de disposer eux-mêmes de leur sang et
peu-à-peu à regarder
leurs richesses, apprendront
funeste, comme
la guerre commele fléau le plus
d'abord disle plus grand des crimes. On verra
celles où les usurpateurs de la souveraiparoitre
de prétendus
neté des nations les entraînoient pour
droits héréditaires.
devenir
Les peuples sauront qu'ils ne peuvent
conquérans sans perdre leur liberté; quedes consont le seul moyen de
fédérations perpétuelles
doivent chermaintenir leuri indépendance; qu'ils
les
cher la sûrelé et non la puissance. Pen-à-peu faux
commerciaux se dissiperont; un
préjugés
l'affreux pouvoir d'enintérêt mercantile perdra
sanglanter la terre, et de ruiner les nations sous
de les enrichir. Comme les peuples se
prétexte
enfin dans les principes de la porapprocheront et de la morale, comme chacun d'eux,
litique
les étrangers
pour son propre avantage, appellera doit à la
égal des biens qu'il
à un partage plus
toutes ces causes qui
nature ou à son industrie, --- Page 308 ---
( 296 )
produisent, enveniment, perpétuent les haînes
nationales, s'évanouiront peu-à-peu ; elles ne
fourniront plus à la fureur belliqueuse, ni aliment, ni prétexte.
Des institutions mieux combinées que ces
projets de paix perpétuelle qui ont occupé le
loisir et consolé l'âme de quelques philosophes,
accéléreront les progrès de cette fraternité des nations; etles guerres entre les peuples, comme les
assassinats, seront au nombre de ces atrocités extraordinaires qui humilient et révoltent la nature,
qui impriment un long opprobre sur le pays,
sur le siècle dont les annales en ont été souillées.
En parlant des beanx-arts dans la Grèce, en
Italie, en France, nous avons observé déjà qu'il
falloit distinguer dans leurs productions ce qui
appartenoit réellement au progrès de Part, et ce
qui n'étoit dà qu'au talent de l'artiste. Nous indiquerons ici les progrès que nous pouvons attendre encore, soit de ceux de la philosophie et
des sciences, soit des observations plus nombreuses, plus approfondies, sur Foljet, sur les
effets, sur les moyens de ces mêmes arts; soit
enfin de la destruction des préjugés qui en ont
resserré la sphère, et qui les retiennent encore
sous ce joug de Pautorité, que les sciences et la
philosophie ont brisé. Nous examinerons si
comme on la cru, ces moyens doivent s'épuiser, 2
pouvons attendre encore, soit de ceux de la philosophie et
des sciences, soit des observations plus nombreuses, plus approfondies, sur Foljet, sur les
effets, sur les moyens de ces mêmes arts; soit
enfin de la destruction des préjugés qui en ont
resserré la sphère, et qui les retiennent encore
sous ce joug de Pautorité, que les sciences et la
philosophie ont brisé. Nous examinerons si
comme on la cru, ces moyens doivent s'épuiser, 2 --- Page 309 ---
( 297 )
parce que les beautés les plus sublimes ou les
plus touchantesayant été saisies, les sujets les plus
heureux ayant été traités, les combinaisons les
plus simples et les plus frappantes ayant été employées, les caractères les plus fortement prononcés, les plus généraux ayant été tracés, les traits,
les plus énergiques passions, leurs expressions les
plus nalurelles ou les plus vraies, les vérités les
plus imposantes, les images les plus brillantes ayant
été mnises en ceuvre, les arts sont condamnés,
quelque fécondité qu'on suppose dans leurs
moyens, à l'éternelle monotonie de limitation des
premiers modèles.
Nous ferons voir que cette opinion n'est qu'un
préjugé, né de Phabitude qu'ont les littérateurs
et les artistes, dej juger les hommes au-lieu de jouir
des ouvrages ; que si l'on doit perdre de ce plaisir
réfléchi, produit par la comparaison des productions des différens siècles ou des divers pays, par
Tadmiration qu'excitent les efforts ou les succès du
génie, cependant les jouissances que donnent ces
productions, considérées en elles-mémes, et dépendant de leur perfection réelle, doivent être
aussi vivès, quand même celui à qui on les doit
auroit eu moins de mérite à s'élever jusqu'à cette
perfection. A mesure que ces productions, vraiment dignes d'être conservées, SC multiplieront,
deviendront plus parfaites 2 chaque génération --- Page 310 ---
I 298 )
exercera sa curiosité, son
qui méritent la préférence, admiration, sur celles
ment les autres tomberont tandis qu'insensiblejouissances, dues à ces beautés dans Poubli; et ces
frappantes qui ont été saisies les plus simples, plus
existeront pas moins pour les premières, n'en
velles, quand elles ne devroient générations les
noudans des productions plus modernes. trouver que
Les progrès des sciences assurent les
l'art d'instruire, qui eux-mémes
progrès de
ceux des
accélèrent ensuite
sciences; et cette influence
dont laction se renouvelle sans
réiproque,
placée au nombre des
cesse, doit êre
plus puissantes du
causes les plus actives, les
humaine.
perfectionnement de l'espéce
Aujourd'hui, un jeune
sortir de nos écoles, sait en
homme, au
delà de ce que Newton avoit mathématiques aufondes
appris par de proétudes, ou découvert par son
il
manier Finstrument du calcul
génie; sait
alors inconnue. La même
avec une facilité
observation
pliquer à toutes les sciences,
peut s'apqueinégalité. A mesure
cependant avec queldit, les
que chacune d'elles s'agranmoyens de resserrer dans un
espace les preuves d'un
plus petit
plus grand nombre de
vérités, et d'en faciliter
tionneront
lintelligence, se perfecégalement. Ainsi, non-seulement, malgréles nouveaux progrès des sciences, les
d'un génie égal se retrouvent, à la même hommes
époque
à toutes les sciences,
peut s'apqueinégalité. A mesure
cependant avec queldit, les
que chacune d'elles s'agranmoyens de resserrer dans un
espace les preuves d'un
plus petit
plus grand nombre de
vérités, et d'en faciliter
tionneront
lintelligence, se perfecégalement. Ainsi, non-seulement, malgréles nouveaux progrès des sciences, les
d'un génie égal se retrouvent, à la même hommes
époque --- Page 311 ---
299 )
de leur vie, au niveau delétat actuel de la science;
mais pour chaque génération, ce qu'avec une
même force de tête, une même attention, on peut
apprendre dans le même espace de temps, s'accroîtra nécessairement, et la portion élémentaire
de chaque science, celle à laquelletous les hommes
peuvent atteindre, devenant de plus en plus étendue, renfermera, d'une manière plus complète,
ce qu'il peut être nécessaire à chacun de savoir
pour se diriger dans la vie commune, > pour exercer sa raison avec une entière indépendance.
Dans les sciences politiques, il est un ordre de
vérités qui, surtout chez les peuples libres (c'està-dire dans quelques générations chez tous les
peuples), ne peuvent être utiles que lorsqu'elles
sont généralement connues et avouées. Ainsi,
l'influence du progrès de ces sciences sur la liberté, sur la prospérité des nations, doit en
quelque sorte se mesurer sur le nombre de ces
vérités qui, par Peffet d'une instructiou élémentaire, deviennent communes à tous les esprits;
ainsi, les progrès toujours croissans de cette instruction élémentaire, liés eux-mêmes aux progrès
nécessaires de ces sciences, nous répondent d'une
amélioration dans les destinées de l'espèce humaine, qui peut être regardée comme indéfinic,
puiscqu'elle n'a d'autres limites que celles de ces
progrès mêmes. --- Page 312 ---
500 )
n nous reste maintenant à parler de deux
moyens généraux qui doivent influer à-la-fois,
et sur le perfectionnement de l'art d'instruire, et
sur celui des sciences ; l'un est T'emploi plus
étendu et moins imparfait de ce qu'on peut appeler les méthodes techniques;l'autre, l'institution
d'une Jangue universelle.
J'entends par méthodes techniques, l'art de
réunir un grand nombre d'objets sous une disposition systématique, qui permette d'en voir d'un
coup-d'ceil les rapports, d'en saisir rapidement
les combinaisons, d'en former plus facilement de
nouvelles.
Nous développerons les principes, nous ferons
sentir l'utilité de cet art, qui est encore dans son
enfance, et qui peut, en se perfectionnant, offrir,
soit l'avantage de rassembler dans le petit espace
d'un tableau, ce qu'ilseroit souvent difficilede faire
entendre aussi promptement, aussi bien, dans un
livre très-étendu, soit les moyens plus précieux
encore de présenter les faits isolés, dans la disposition la plus propre à en déduire des résultats
généraux. Nous exposerons comment, à. l'aide
d'un petit nombre de ces tableaux, dont il seroit
facile d'apprendre Pusage, les hommes qui n'ont @
pu s'élever assez au-dessus de linstruction la plus
élémentaire, pour se rendre propres les connoissances de détail utiles, dans la vie commune,
livre très-étendu, soit les moyens plus précieux
encore de présenter les faits isolés, dans la disposition la plus propre à en déduire des résultats
généraux. Nous exposerons comment, à. l'aide
d'un petit nombre de ces tableaux, dont il seroit
facile d'apprendre Pusage, les hommes qui n'ont @
pu s'élever assez au-dessus de linstruction la plus
élémentaire, pour se rendre propres les connoissances de détail utiles, dans la vie commune, --- Page 313 ---
( 501 )
pourront les retrouver à volonté lorsqu'ils en
éprouveront le besoin; comment enfin P'usage de
ces mêmes méthodes peut faciliter linstruction
élémentaire dans tous les genres où cette instruction se fonde, soit sur un ordre systématique de
vérités, soit sur une suite d'observations ou de
faits.
Une langue universelle est celle qui exprime
par des signes, soit des objets réels, soit ces collections bien déterminées qui, composées d'idées
simples et générales, se trouvent les mêmes, ou
peuvent se former également dans lentendement
de tous les hommes; soit enfin les rapports généraux entre ces idées, les opérations de F'esprit
humain, celles qui sont propres à chaque science,
ou les procédés des arts. Ainsi, les hommes qui
connoitroient ees signes, la méthode de les combiner, et les lois de leur formation, entendroient
ce qui est écrit dans cette langue, et lexprimeroient avec une égale facilité, dans la langue commune de leur pays.
On voit que cette langue pourroit être employée pour exposer, ou la théorie d'une science,
ou les règles d'un art; pour rendre compte d'une
expérience ou d'une observation nouvelle ; del l'invention d'un procédé, de la découverte. > soit
d'une vérité, soit d'une méthode; que comme
Palgebre, lorsqu'elle seroit obligée de se servir --- Page 314 ---
302 )
de signes nouveaux, ceux qui seroient déjà connus
donneroient les moyens d'en expliquer la valeur.
Une telle langue n'a pas linconvénient d'un
idiôme scientifique différent du langage commun.
Nous avons observé déjà que Pusage de cetidiôme
partageroit nécessairement les sociétés en deux
classes inégales entre elles; l'une composée des
hommes qui, connoissant ce langage, auroient la
clef de toutes les sciences; l'autre de ceux qui,
n'ayant pu Tapprendre, se trouveroient dans limpossibilité presque absolue d'acquérir des lumières.
Ici, au contraire, la langue universelle Sy apprendroit avec la science même, comme celle de P'algébre; on connoîtroit le signe en-méme-temps
que Pobjet, Pidée, Popération qu'il désigne. Celui
qui ayant appris les élémens d'une science, voudroit y pénétrer plus avant, trouveroit dans les
livres, non-seulement les vérités qu'il peut entendre, à l'aide des signes dont il connoit déjà la
valeur, maisT'explication des nouveaux signes dont
on a besoin pour s'élever à d'autres vérités.
Nous montrérons que la formation d'une telle
langue, si elle se borne à exprimer des propositions simples, précises, comme celles qui forment
le système d'une science, ou de la pratique d'un
art, ne seroit rien moins qu'une idée chimérique;
P'exécution même en seroit déjà facile pour un
que grand nombre d'objets; que l'obstacle le plus réel
connoit déjà la
valeur, maisT'explication des nouveaux signes dont
on a besoin pour s'élever à d'autres vérités.
Nous montrérons que la formation d'une telle
langue, si elle se borne à exprimer des propositions simples, précises, comme celles qui forment
le système d'une science, ou de la pratique d'un
art, ne seroit rien moins qu'une idée chimérique;
P'exécution même en seroit déjà facile pour un
que grand nombre d'objets; que l'obstacle le plus réel --- Page 315 ---
I 505 )
qui l'empécheroit de l'étendre à d'autres, seroit
la nécessité un peu humiliante de reconnoitre
combien peu nous avons d'idées précises, de notions bien déterminées, bien convenues entre les
esprits.
Nous indiquerons comment, se perfectionnant
sans cesse, acquérant chaque jour plus d'étendue,
elle serviroit à porter sur tous les objets qu'embrasse Fintelligence humaine, une rigueur, une
précision qui rendroit la connoissance de la vérité
facile, et Ferreur presque impossible. Alors la
marche de chaque science auroit la sûreté de celle
des mathématiques, et les propositions qui en
formentles système, toutela ceritadegsoméirique,
c'est-à-dire toute celle que permet la nature de
leur objet et de leur méthode.
Toutes ces causes du perfectionnement de l'espèce humaine, tous ces moyens qui Passurent,
doivent, par leur nature, exercer une action toujours active, et acquérir une étendue toujours
croissante,
Nous en avons exposé les preuves, qui, dans
Pouvrage même recevront, par leur développement, une force plus grande; nous pourrions donc
conclure déjà, que la perfectibilité de Phomme
est indéfinie; et cependant, jusqu'ici, nous ne Jui
avons supposé que les mêmes facultés naturelles,
la même organisation. Quelles seroient donc la cer- --- Page 316 ---
I 304 )
titude, l'étendue de ses espérances; si l'on pouvoit croire que ces facultés naturelles elles-mêmes,
cette organisation, sont aussi susceptibles de s'améliorer, et c'est la dernière question qu'il nous
reste à examiner!
La perfectibilité ou la dégénération organique
des races dans les végélaux, dans les animaux, 2
peut être regardée comme une des lois générales
de la nature.
Cette loi s'étend à l'espèce humaine, et personne ne doutera sans doute, queles progrès dans
la médecine conservatrice, Tusage d'alimens et de
logemens plus sains, une manière de vivre qui
développeroit les forces par l'exercice, sans les détruire par des excès; qu'enfin, la destruction des
deux causes les plus actives de dégradation, la
misère et la trop grande richesse, ne doivent prolonger, pour les hommes, la durée de la vie
commune, leur assurer une santé plus constante,
une constitution plus robuste. On sent que les
progrès de la médecine préservatrice, devenus
plus efficaces par ceux de la raison et de l'ordre
social, doivent faire disparoitre à la longue les
maladies transmissibles ou contagieuses, el ces
maladies générales, qui doivent leur origine aux
climats,aux alimens, à la nature des travanx. Il
ne seroit pas difficile de prouver que cette espérance doit s'étendre à presque toutes les autres
santé plus constante,
une constitution plus robuste. On sent que les
progrès de la médecine préservatrice, devenus
plus efficaces par ceux de la raison et de l'ordre
social, doivent faire disparoitre à la longue les
maladies transmissibles ou contagieuses, el ces
maladies générales, qui doivent leur origine aux
climats,aux alimens, à la nature des travanx. Il
ne seroit pas difficile de prouver que cette espérance doit s'étendre à presque toutes les autres --- Page 317 ---
- : 505 )
maladies, dont il est vraisenblable que l'on saura
toujours reconnoitre les causes éloignées. Seroitil absurde, maintenant, dé supposer que ce perfectionnement de lespèce humaine doit être regardé comme susceptible d'un progrès indéfini,
qu'il doit arriver un temps où la mort ne seroit
plus que l'effet, ou d'accidens extraordinaires, ou
de la destruction de plus en plus lente des forces
vitales, et qu'enfin la duréc de l'intervalle moyen,
entre la naissance et cette destruction, n'a ellemême aucun terme assignable ? Sans doute
l'homme ne deviendra pas immortel, mais la distance entre le moment oùt il commence à vivre,
lépoque comroune oùt naturellement, sans maladie, sans accident, il éprouve la difficulté d'èire,
ne peut-elle s'accroitre sans cesse ? Comme nous
parlons ici d'un progrès susceptible d'ètre représenté avec précision, per des quantités numériques
ou par des lignes, c'est le moment où il couvient
de développer les deux sens dont le not indéfini
est susceptible.
Eu effet, cette durée moyenne de la vie, qui
doit augmenter sans cesse, à mesure que nous
enfonçons dans l'avenir, peut recevoir des accroissemens, suivant une loi telle, qu'elle approche
coutinuellement d'une étendue illimitée, Sats pouvoir l'atteindre jamais; ou bien suivant une loi
telle, que cette même duréc puisse acquérir, dans
--- Page 318 ---
506 )
limmensité des siècles, une étendue plus grande,
qu'une quantité délerminée quelconque qui lui
auroit été assignée pour limite. Dans ce dernier
cas, les accroissemens sont réellement indéfinis
dans le sens le plus absolu, puisqu'il n'existe
pas de borne en-deçà de laquelle ils doivent
s'arrêter.
Dans le premier, ils le sont encore par rapport
à nous, si nous ne pouvons fixer ce terme, qu'ils
ne peuvent jamais atteindre, et dont ils doivent
totjourssapprocher, surtout si, connoissant seulemento qu'ils ne doivent point s'arrêter, nousignorons même dans lequel de ces deux sens le terme
d'indéfini leur doit être appliqué; et tel est précisément le terme de nos connoissances actuelles
sur la perfectibilité de l'espèce humaine : tel
est le sens dans lequel nous pouvons l'appeler
indéfinie.
Ainsi, dans l'exemple que lon considère ici,
nous devons croire que cette durée moyenne de
la vie humaine doit croitre sans cesse,si des révolutions physiques ne s'y opposent pas; mais nous
ignorons quel est le terme qu'elle ne doit jamais
passer; nous ignorons même si les lois générales
de la nature en ont déterminé, au-delà duquel
elle ne puisse s'étendre.
Mais les facultés physiques, la force, l'adresse,
la finesse de sens, ne sont-elles pas au nombre de
que lon considère ici,
nous devons croire que cette durée moyenne de
la vie humaine doit croitre sans cesse,si des révolutions physiques ne s'y opposent pas; mais nous
ignorons quel est le terme qu'elle ne doit jamais
passer; nous ignorons même si les lois générales
de la nature en ont déterminé, au-delà duquel
elle ne puisse s'étendre.
Mais les facultés physiques, la force, l'adresse,
la finesse de sens, ne sont-elles pas au nombre de --- Page 319 ---
( 507 )
dont le perfectionnement individuel
ces qualités,
L'observation des diverses
peut se transmettre?
doit nous porter à
races d'animaux domestiques les confirmer par des
le croire, et nous pourrons
humaineobservations directes faites sur lespèce
étendre ces mêmes espérances
Enfin, peut-on
intellectuelles et morales?
jusque sur les facultés
les avantages
Eu nos parens, qui nous transmeltent de qui nous
ou les vices de leur conformation, la
et les
tenons, et les traits distinctifs de figure,
à certaines affections physiques, ne
dispositions
transmettre aussi cette partie
peuvent-ils pas nous
Vintelde Porganisation physique, d'oà dépendent
la
la force de tête, Pénergie de Pâme ou
sensibilité ligence, morale? N'est-il pas vraisemblable que
ces qualités, influe
Téducation, en perfsctionnant
même
la modifie et la persur cette
organisation,
foctionne?L'analogie,; T'analyse du développement
des facultés humaines, et même quelques faits,
semblent prouver la réalité de ces conjectures,qui
reculeroient encore les limites de nos espérances.
Telles sont les questions dont l'examen doit
terminer cette dernière époque; ; et combien ce
tableau de l'espèce humaine, affranchie de toutes
soustraite à l'empire du hasard,
ses chaînes,
et
comme à celui des ennemis de ses progrès,
marchant d'un pas ferme et sûr dans la route de
la vérité, de la vertu et du bonheur, présente au
20 * --- Page 320 ---
308 )
philosophe un spectacle quile console des erreurs,
des crimes, des injustices dont la terre est encore
souillée, et dont il est souvent la victime !.Cest
dans la contemplation de ce tableau qu'il reçoit
lej prix de ses efforts pour les progrès de la raison,
pour la défense de la liberté. Il ose alors les lier
à la chaîine éternelle des destinées humaines; c'est
là qu'il trouve la vraie récompense de la vertu,
le plaisir d'avoir fait un bien durable, que la fatalité ne détruira plus par une compensation funeste, en ramenantles préjugés et l'esclavage. Cette
contemplation est pour lui un asile, où lesouvenir
de ses persécuteurs ne peut le poursuivre; où
vivant par la pensée avec P'homme rétabli dans
les droits comme dans la dignité de sa nature, 2
il oublie celui que l'avidité, la crainte ou l'envie
tourmentent et corrompent; c'est là qu'il existe
véritablement avec ses semblables, dans un Élisée
quesa raison a su se créer, et que son amour pour
Phumanité embellit des plus pures jouissances.
FIN.
, où lesouvenir
de ses persécuteurs ne peut le poursuivre; où
vivant par la pensée avec P'homme rétabli dans
les droits comme dans la dignité de sa nature, 2
il oublie celui que l'avidité, la crainte ou l'envie
tourmentent et corrompent; c'est là qu'il existe
véritablement avec ses semblables, dans un Élisée
quesa raison a su se créer, et que son amour pour
Phumanité embellit des plus pures jouissances.
FIN. --- Page 321 ---
RÉFLEXIONS
SUR
L'ESCLAVAGE DES NÈGRES,
PAR M. SCHWARTZ,
Pasteur du Saint-Evangile à Bienne, Membre de la Socisté
économique de Birefsar, --- Page 322 --- --- Page 323 ---
311) )
ÉPITRE DEDICATOIRE
AUX NÈGRES ESCLAVES.
Mes AMIS,
QuOIQUE je ne sois pas de la même couleur
que vous,je vous ai toujours regardés comme
mes frères. La nalure vous a formés pour avoir
le même esprit, la même raison, les mêmes
vertus que les Blancs. Je ne parle ici que de ceux
d'Europe; car pour les Blancs des Colonies, je
ne vous fais pas Pinjure de les comparer avec
voussje sais combien de fois votre, fidélité, votre
probité, votre courage ontfait rougir vos maitres. Si on alloit chercher un homme dans les
iles de PAmérique, ce ne seroit point parmi les
gens de chair blanche qu'on le trouveroit.
Votresuffrage ne procure point de place dans
les Colonies; votreprotection ne, fuit point obtenir
de pensions ; vous n'avez pas de quoi soudoyer
* des avocats : il n'est donc pas êtonnant que vos
maitres trouvent plus de gens qui se déshonorent.
en défendant leur cause, que vous n'en avez --- Page 324 ---
512 )
trouvé qui se soient honorés en défendant la
vôtre. Ily a même des pays oit ceux qui voudroient écrire en votre faveur n'en auroient
point la liberté. Tous ceux qui se sont enrichis
dans les Iles aux dépens de vos travaux et de vos
souffrances, ont, d leur retour, le droit de vous
insulter dans des libelles calomnieux; mais il
n'est point permis de leur répondre. Telle est
Pidée que vos maitres ont de la bonté de leur
droit; telle est la conscience qu'ils ont de leur
humanité d votre égard. Mais cette injustice n'a
été pourmoi qu'une raison de plus pourprendre,
dans un pays libre, la défense de la liberté des
hommes. Je sais que vous ne connoitrez jamais
cet Ouvrage, et que la douceur d'étre béni par
vous mne sera toujours refusée. Maisj'aurai satisfait mon cceur déchiré par le spectacle de vos
maux, soulevé par Pinsolence absurde des S0phismes de vos tyrans. Je n'emploierai point
l'éloquence, mais la raison;jep parlerai, non des
intérêts du comrmerce, mais des lois de lajustice.
Yos tyrans nne reprocheront de ne direque des
choses communes, et de n'avoir que des idées
chimériques : en elfet, rien n'est plus commun
que les naximes de l'humanité et la justice;
rien r'est plus chimérique que de proposer cux
hommes d'y conformer leur conduite.
de vos tyrans. Je n'emploierai point
l'éloquence, mais la raison;jep parlerai, non des
intérêts du comrmerce, mais des lois de lajustice.
Yos tyrans nne reprocheront de ne direque des
choses communes, et de n'avoir que des idées
chimériques : en elfet, rien n'est plus commun
que les naximes de l'humanité et la justice;
rien r'est plus chimérique que de proposer cux
hommes d'y conformer leur conduite. --- Page 325 ---
: 515 )
PREFACE DES ÉDITEURS.
M. SCHWARTZ nous ayant envoyé son
manuscrit, nous l'avons communiqué à
M. le Pasteur B 2 l'un de nos associés, qui nous a répondu que cet
Ouvrage ne contenoit que des choses
communes, écrites d'un style peu correct, froid et sans élévation; qu'on ne
le vendroit pas, et qu'il ne convertiroit
personne.
Nous avons fait part de ces observations à M. Schwartz, qui nous a honorés
de la lettre suivante :
( MESSIEURS,
> Je ne suis ni un bel-esprit parisien --- Page 326 ---
(514)
qui prétend à l'Académie Française, ni
> un politique Anglais qui fait des pam-
> phlets, dansl'espérance d'être élu mem-
> bre de la Chambre des Communes, 2
> et de se faire acheter par la Cour, à
3) la première révolution du ministère. Je
> ne suis qu'un bon-homme, qui aime à
) dire franchement son avis à l'Univers,
) et qui trouve fort bon que l'Univers
> ne l'écoute pas. Je sais bien que je ne
s dis rien de neuf pour les gens éclairés; ;
> mais il n'en est pas moins vrai que si
> les vérités qui se trouvent dans mon
> Ouvrage étoient si triviales pour le com-
> mun des Français ou des Anglais, etc.,
) l'esclavage des Nègres ne pourroit sub-
> sister. II est très-possible cependant que
)) ces réflexions ne soient pas plus utiles
D au genre humain, que les sermons que
N je prèche depuis vingt ans ne sont utiles
à ma paroisse; j'en conviens, et cela ne --- Page 327 ---
2 515 )
> m'empéchera pas de précher et d'écrire
)) tant qu'il me restera une goutte d'encre
> et un filet de voix. Je ne prétends
1) point d'ailleurs vous vendre mon ma-
>) nuscrit. Je n'ai besoin de rien 5 je res-
>) titue même à mes paroissiens les ap-
) pointemens de Ministre que l'État me
)) paye. On dit que c'est aussi l'usage que
> font de leur revenu les membres du
n Clergé d'un grand Royaume, 2 depuis
)) près de trente ans, qu'ils ont déclaré
M solennellement que leur bien étoit celui
1 des pauvres.
)) J'ai l'honneur d'être avec respect, etc.
) Signé JOACHIM SCHWART ).
(Avec paraphe.)
Cette lettre nous a paru d'un si bon
ap-
) pointemens de Ministre que l'État me
)) paye. On dit que c'est aussi l'usage que
> font de leur revenu les membres du
n Clergé d'un grand Royaume, 2 depuis
)) près de trente ans, qu'ils ont déclaré
M solennellement que leur bien étoit celui
1 des pauvres.
)) J'ai l'honneur d'être avec respect, etc.
) Signé JOACHIM SCHWART ).
(Avec paraphe.)
Cette lettre nous a paru d'un si bon --- Page 328 ---
(516 )
homme, que nous avons pris le parti
d'imprimer son Ouvrage. Nous en serons
pour nos frais typographiques 3 ou les
lecteurs pour quelques heures d'ennui. --- Page 329 ---
RÉFLEXIONS
SUR
L'ESCLAVAGE DES NÈGRES.
I.
De PInjustice de PEsclavage des Negres,
considérée par rapport à leurs maitres.
RenomE un homme à l'esclavage, l'acheter, le
vendre, le retenir dans la servitude, ce sont de
véritables crimes, et des crimes pires que le vol.
En effet, on dépouille l'esclave, non-seulement de
toute propriété mobilière ou foncière, mais de la
faculté d'en acquérir, mais de la propriété de son
temps, de ses forces, detout ce quella nature lui a
donné pour conserver sa vie ou satisfaire à ses
besoins. A ce tort onjoint celuid'enlever à l'esclave
le droit de disposer de sa personne.
Ou il a'ya a point de morale, ou il faut convenir
de ce principe. Que T'opinion ne flétrisse point ce
genre de crime; que la loi du pays le tolère; ni
Topinion, ni la loi ne penvent changer la nature
des actions : et cette opinion seroit celle de tous --- Page 330 ---
( 518 )
les hommes; et le genre humain assemblé anroit,
d'une voix unanime, porté cette loi, quel le crime
resteroit toujours un crime.
Dans la suite, nous comparerons souvent avec
le vol l'action de réduire à l'esclavage. Ces deux
crimes, quoique le premier soit beaucoup moins
grave, ont de grands rapports entre eux; et comme
lun a toujours été le crime du plus fort, et le vol
celui du plus foible, nous trouvons toutes les
questions sur le vol résolues d'avance et suivant de
bons principes, par tous les moralistes, tandis que
l'autre crime n'a pas même de nom dans leurs
livres. Il faut excepter cependant le vol à main
armée, qu'on appelle conquéte, et quelques autres
espèces de vols oà c'est également le plus fort qui
dépouille le plus foible. Les moralistes sont aussi
muets sur ces crimes que sur celui de réduire des
hommes à lesclavage.
II.
Raisons dont on se sert pour excuser
Vesclavage des Negres.
int
ON dit, pour excuser. Tesclavage des Nègres
achetés en Afrique, que ces malheureux sont ou
ependant le vol à main
armée, qu'on appelle conquéte, et quelques autres
espèces de vols oà c'est également le plus fort qui
dépouille le plus foible. Les moralistes sont aussi
muets sur ces crimes que sur celui de réduire des
hommes à lesclavage.
II.
Raisons dont on se sert pour excuser
Vesclavage des Negres.
int
ON dit, pour excuser. Tesclavage des Nègres
achetés en Afrique, que ces malheureux sont ou --- Page 331 ---
(3 519)
des criminels condamnés au dernier
des prisonniers de
supplice, ou
guerre, qui seroient mis à mort
s'ils n'étoient pas achetés parles Européens.
D'après ce raisonnement, quelques écrivains
nous présentent la traite des Négres comme étant
presque un adedhumanié.3lainsous observerons:
1.° Que ce fait n'est pas prouvé, et n'est
même vraisemblable. Quoi! avant que les Euro- pas
péens achetassent des Negres, les Africains égorgeoient tous leurs prisonniers ! Ils tuoient non-seulement les femmes mariées, comme c'étoit, dit-on,
autrefois Pusage chez une horde de voleurs orientaux, mais même les filles non mariées; ce qui n'a
jamais été rapporté d'aucun peuple. Quoi! si nous
n'allions pas chercher des Negres en Afrique,les
Africains tueroient les esclaves qu'ils destinent
maintenant à être vendus! chacun des deux partis
aimeroit mieux assommer ses prisonniers que de
les échanger!Pour croire des
il
faitsinvraibemblables,
faut des témoignages imposans, et nous n'avons
ici que ceux des gens employés au commerce des
Nègres. Je n'ai jamais eu l'occasion de les fréquenter i mais il y avoit chez lcs Romains des
hommes livrés au même commerce, et leur nom
est encore une injure
(*) Leno ne signifioit d'abord que marchand d'esclaves;
mais comme ces marchands vendoient de belles esclaves --- Page 332 ---
520 )
2.° En supposant qu'on sauve la vie du Negre
qu'on achète, on ne commet pas moins un crime
en l'achetant, si c'est pour le revendre ou le réduire
en esclavage. C'est] précisémentlaction d'unhomme
qui, après avoir sauvé un malheureux poursuivi
par des assassins, le voleroit. Ou bien, si on suppose 1 quel les Européens ont déterminé les Africains
à ne plus tuer leurs prisonniers, ce seroit l'action
d'un homme qui seroit parvenu à dégoûter des
brigands d'assassiner les passans, et les auroit engagés à se contenter de les voler avec lui. Diroit-on
dans P'une ou dans l'autre de ces suppositions, que
cet homme n'est pas un voleur? Un homme qui,
podr en sauver un autre de la mort, donneroit de
son nécessaire, seroit sans doute en droit d'exiger
un dédommagement; il pourroit acquérir un droit
surle bien et même sur le travail de celui qu'il a
sauvé, en prélevant cependant ce qui est nécessaire
à la subsistance de T'obligé: mais il ne pourroit sans
injustice le réduire à Pesclavage. On peut acquérir
desdroitssurla propriété future d'un autrehomme,
aux voluptueux de Rome, leur nom prit une autre signification. C'est là une snite nécessaire du métier de marchand d'esclaves : aussi, même dans les pays assez barbares pour que cette profession ne fit point regardée
comme criminelle, elle a toujours été infame dans
l'opinion.
qui est nécessaire
à la subsistance de T'obligé: mais il ne pourroit sans
injustice le réduire à Pesclavage. On peut acquérir
desdroitssurla propriété future d'un autrehomme,
aux voluptueux de Rome, leur nom prit une autre signification. C'est là une snite nécessaire du métier de marchand d'esclaves : aussi, même dans les pays assez barbares pour que cette profession ne fit point regardée
comme criminelle, elle a toujours été infame dans
l'opinion. --- Page 333 ---
( 521 )
maisjamais sur sa personne. Un homme peut avoir
le droit d'en forcer un autre à travailler
mais non pas de le forcer à lui obéir.
pour lui,
3.0 L'excuse alléguée est d'autant moins légitime, que c'est au contraire l'infàme commerce
des brigands d'Europe, qui fait naître entre les
Africains des guerres presque continuelles, dont
Punique motif est le désir de faire des prisonniers
pour les vendre. Souventles Européens eux-mêmes
fomentent ces guerres par leur argent ou par leurs
intrigues; en sorte qu'ils sont coupables, non-seulement du crime de réduire des
hommes en esclavage, mais encore de tous les meurtres commis en
Afrique pour préparer ce crime. Ils ont l'art
fide d'exciter la cupidité et les passions des Afri- percains, d'engagerle père à livrer ses' enfans, le frère
à trahir son frère, le prince à vendre ses sujets. Ils
ont donné à ce malheureux peuplele goût destructeur des liqueurs fortes. Ils lui ont communiqué
ce poison, qui, caché dans les forêts de PAmérique, est devenu, grâces à l'active avidité des
Européens, un des fléaux du globe; et ils osent
encore parler d'humanité !
Quand bien même l'excuse que nous venons
d'alléguer disculperoit le premieracheteur, elle ne
pourroit excuser ni le second acheteur, ni le colon
qui garde le Negre; carilsn'ont pas le motif présent
d'enlevera à la
menfoachneg@hacdemt: : ilss sont,
--- Page 334 ---
d 522 )
par rapport au crime de réduire en
qu'est, par rapport à un vol, celui qui esclavage, ce
le voleur, ou plutôt celui qui
partage avec
d'un
et
charge un autre
vol, qui en partage avec lui le produit. La
loi peutavoir des motifs pour traiter différemment
le voleuret son complice, ou son
mais
en
instigateur;
morale, le délit est le même.
Enfin, cette excuse est absolument nulle
les Negres nés dans T'habitation. Le maître pour
élève pour les laisser dans
qui les
Pesclavage est criminel,
parce que le soin qu'il a pu prendre d'eux dans
Penfance,ne peut lui donner sur eux aucune
rence de droit. En effet, pourquoi ont-ils
appade lui? C'est
eu besoin
parce qu'il a ravi à leurs
avec
la liberté, la faculté desoigner leurenfant. parens,
donc prétendre
Ce seroit
le droit d'en qu'un premier crime peut donner
commettre un second. D'ailleurs,
posons même l'enfant Negre abandonné élibrement ,supde ses parens : le droit dun homme, sur un enfant
abandonné, qu'il a élevé, peut-il être de le tenir
dans la servitude? Une action d'humanité donneroit-elle le droit de commettre un crime?
L'esclavage des criminels légalemnent condamnés
n'est, pas même légitime. En ellet, une des conditions nécessaires pour que la peinel soit juste, c'est
qu'elle soit déterminée par la: loi, et quant à sa
durée, et quant à sa forme. Ainsi,la loi
damner à des travaux publics,
peut conparce quela durée
peut-il être de le tenir
dans la servitude? Une action d'humanité donneroit-elle le droit de commettre un crime?
L'esclavage des criminels légalemnent condamnés
n'est, pas même légitime. En ellet, une des conditions nécessaires pour que la peinel soit juste, c'est
qu'elle soit déterminée par la: loi, et quant à sa
durée, et quant à sa forme. Ainsi,la loi
damner à des travaux publics,
peut conparce quela durée --- Page 335 ---
(3 523 )
du travail, la nourriture, les punitions en cas de
paresse ou de révolte, peuvent être déterminées
par la loi; mais la loi ne peut jamais prononcer
contre un homme la peine d'être esclave d'un
autre homme en particulier, parce que la peine
dépendant alors absolument du caprice du maître,
elle est nécessairement indéterminée. D'ailleurs,
il est anssi absurde qu'atroce d'oser ayancer que la
plupart des malheureux achetés en Afrique sont
des criminels. A-t-on peur qu'on n'ait pas assez de
mépris pour eux, qu'on ne les traite pas avec assez
de dureté? Et comment suppose-t-on qu'il existe
un pays où il se commette tant de crimes, et où
cependantil se fasse une si exactejustice?
III.
De la prétendue nécessité de PEsclavage
des Negres, considérée par rapport au
droit qui peut en résulter pour leurs
maitres.
Ox prétend qu'il est impossible de cultiver les
colonies sans Nègres esclaves. Nous admnettrons
ici cette allégation; nous supposerons cetteimpossibilité absolue : il est clair qu'elle ne peut rendre
l'esclavage légitime. En effet, si la nécessité absolue
21* --- Page 336 ---
524 )
de conserver notre existence, peut nous autoriser
à blesser le droit d'un autre homme; la violence
cesse d'être légitime à Pinstant où cette nécessité
absolue vient à cesser : or,i il n'est pas question ici
de ce genre de nécessité, mais seulement de la
perte de la fortune des colons. Ainsi, demander si
cet intéritrenlfesclavage légitime, c'est demander
s'il m'est permis de conserver ma fortune par un
crime. Le besoin absolu que j'aurois des chevaux
de mon voisin pour cultiver mon champ, ne me
donneroit pas le droit de les voler; pourquoi donc
aurois-je le droit de lobliger lui-méme, par la
violence, à cultiver pour moi? Celte prétendue
nécessité ne change donc rien ici, et ne rend pas
Pesclavage moins criminel de la part du maître.
IV.
Si 272 homme peut acheter un autre homme
de lui-même.
UN homme se présente à moi, et me dit: Donnezmoi une telle somme, et je serai votre esclave. Je
lui délivre la somme, il Pemploie librement (sans
cela le marche seroit absurde ); ai-je le droit de le
retenir en esclavage? J'entends lui seul; car il est
cessité ne change donc rien ici, et ne rend pas
Pesclavage moins criminel de la part du maître.
IV.
Si 272 homme peut acheter un autre homme
de lui-même.
UN homme se présente à moi, et me dit: Donnezmoi une telle somme, et je serai votre esclave. Je
lui délivre la somme, il Pemploie librement (sans
cela le marche seroit absurde ); ai-je le droit de le
retenir en esclavage? J'entends lui seul; car il est --- Page 337 ---
( 525 )
bien clair qu'il n'a pas eu le droit de me vendre
sa postérité; et quelle que soit l'origine de l'esclavage du père, les enfans naissent libres.
Je réponds que dans ce cas-là méme, je ne puis
avoir ce droit. En effet, si un homme se loue à un
autre homme pour un an, par exemple, soit pour
travailler dans sa maison, soit pour le servir, il a
formé avec son maître une convention libre, dont
chacun des contractans a le droit d'exiger l'exécution. Supposons que l'ouvrier se soit engagé pour
la vie : le droit réciproque entre lui et l'homme
à qui ils'est engagé, doit subsister comme pour
une convention à temps. Sil les lois veillent à Texéeution du traité; si elles règlent la peine qui sera
imposée à celui qui viole la convention; si les
coups, les injures du maître sont punies par des
peines ou pécuniaires ou corporelles (et pour que
les lois soient justes,il faut que, pour le même acte
de violence, pour le même outrage, la peine soit
aussi la même pour le maitre et pour P'homme
engagé); si les tribunaux annullent la convention
dans le cas où le maitre est convaincu ou d'excéder
de travail son domestique, son ouvrier engagé, ou
dei ne pas pourvoir à sa adlainesysilonspriaprs
avoir profité du trayail de sa jeunesse, son maitre
Tabandonne, la loi condamne ce maître àl lui payer
une pension : alors cet homme n'est point esclave.
Qu'est-ce en eflet que la liberté considérée dansl le --- Page 338 ---
( 3 526 )
rapport d'un homme à un autre? C'est le pouvoir
de faire tout ce qui n'est pas contraire à ses conventions; et dans le cas où Ponsen écarte, le droit
dene pouvoir être contraint à les remplir, ou puni
d'y avoir manqué, que par un jugement légal.
Cest enfin le droit d'implorer le secours des Jois
contre toute espèce d'injure ou de lésion. Un
homme a-t-il renoncé à ces droits; sans doute
alors il devient esclave : mais aussi son engagement devient nul par lui-mème, comme l'effet
d'une folie habituelle, ou d'une aliénation d'esprit
causée parla passion ou l'excès du besoin. Ainsi,
tout homme qui, dans ses conventions, a conservé les droits naturels que nous venons d'exposer,
n'est pas esclave; et cclui qui y a renoncé, ayant
fait un engagement mul, est aussi en droit de
réclamer sa liberté, que l'esclave fait par la violence : il peut rester le débiteur, mais seulement
le débitcur libre de son maître.
a
In'y a donc aucun cas où l'esclavage, même
volontaire dans son origine, puisse n'être pas
contraire au droit naturel.
,
tout homme qui, dans ses conventions, a conservé les droits naturels que nous venons d'exposer,
n'est pas esclave; et cclui qui y a renoncé, ayant
fait un engagement mul, est aussi en droit de
réclamer sa liberté, que l'esclave fait par la violence : il peut rester le débiteur, mais seulement
le débitcur libre de son maître.
a
In'y a donc aucun cas où l'esclavage, même
volontaire dans son origine, puisse n'être pas
contraire au droit naturel. --- Page 339 ---
527 )
V.
de PEsclavage des Nègres,
De PInjustice
considérée par rapport au Législateur.
tout membre particulier d'un
ToUT législateur,
aux lois de la morale
corps législatif, est assujéti
blesse le droit des
naturelle. Une loi injuste, qui
soit nationaux, soit étrangers, est un
hommes,
le législateur, dont ceux des
crime commis par
souscrit à cette
membres du corps législatifquionts loi
loi, sont tous complices. Tolérer une
injuste
lorsqu'on peut la détruire, est aussi un crime;
mais ici la morale n'exige rien des législateurs
aux particuliers,
au-delà de ce qu'elle prescrit
une
lorsqu'elle leur impose le devoir de réparer
Ce devoir est absolu en lui-mème; mais
injustice. circonstances où la morale exige seuleil est des
de le
et laisse à la prument la volonté
remplir,
dence le choix des moyens et du temps. Ainsi,
dans la réparation d'une injustice, le législateur
égard aux intérêts de celui qui a souffert
pentavoir
intérêt
exiger, dans la maVinjustice, et cet
peut
entraînent
nière de la réparer, des précautions qui
des délais. Il faut avoir égard aussi à la tranquillité --- Page 340 ---
528 )
publique ; ct les mesures nécessaires pour la
conserver, peuvent demander qu'on suspende les
opérations les plus utiles.
Mais on voit qu'il ne peut être ici question
de délais, de formes plus ou moins lentes. que En
effet, il est impossible qu'ilsoit toujours utile à un
homme, et encore moins à unc classe perpétuelle
d'hommes, d'être privés des droits naturels de
Phumanité; et une association où la tranquillité
générale exigeroit la violation du droit des citoyens
ou des étrangers, ne seroit plus une société
d'hommes, mais une troupe de brigands.
Les sociétés politiques ne peuventavoir d'autre
but que le maintien des droits de ceux qui les
composent. Ainsi toute loi contraireiau droit d'un
citoyen ou d'un étranger, est une loii injuste; elle
autorise une violence; elle est un véritable crime.
Ainsi, la protection dela force publique accordée
à la violation du droit dun particulier, est un
crime dans celui qui dispose de la force publique.
Si cependant il existe une sorte de certitude qu'un
homme cst hors d'état d'exercer ses droits, et que
si on lni en confie l'exercice, il en abusera contre
les autres, ou qu'ils'en servira à son propre préjudice; alors la société peut le regarder commc
ayant perdu ses droits, ou comme ne les ayant
pas acquis. Cest ainsi qu'il y a quclques droits
naturels dont les enfans en bas age sont privés,
crime dans celui qui dispose de la force publique.
Si cependant il existe une sorte de certitude qu'un
homme cst hors d'état d'exercer ses droits, et que
si on lni en confie l'exercice, il en abusera contre
les autres, ou qu'ils'en servira à son propre préjudice; alors la société peut le regarder commc
ayant perdu ses droits, ou comme ne les ayant
pas acquis. Cest ainsi qu'il y a quclques droits
naturels dont les enfans en bas age sont privés, --- Page 341 ---
( 529 )
dont les imbécilles, dont les fous restent déchus.
De même si, par leur éducation, par l'abrutissement contracté dans l'esclavage, par la corruption
desmoeurs, suite nécescairedesvices et delexemple
de leurs maitres, les esclaves des colonies européennes sont devenus incapables de remplir les
fonctions d'hommes libres; on peut (du-moins
jusqu'au temps où Pusage de la liberté leur aura
rendu ce que l'esclavage leur a fait perdre) les
trailer comme ces hommes que le malheur ou la
maladie a privés d'une partie de leurs facultés, à
qui on ne peut laisser l'exercite entier de leurs
droits, sans les exposerà faire du malà autrui, ou
à se nuire à eux-mémes, et qui ont besoin nonseulement dela protection des lois, mais des soins
de l'humanité.
Si un hommedoit à la perte de ses droitsl'assurance de pourvoir à ses besoins; si, en lui rendant
ses droits, on l'expose à manquer du nécessaire,
alors l'humanité exige que le législateur concilie la
sûretéde cet homme avec ses droits. C'est ce qui a
lieu dans l'esclavage des Noirs, comme dans celui
de la glebe.
Dans le premier, la case des
Negres, 2 leurs
meubles, les provisions pour leur nourriture, appartiennent au, maître. En leur rendant brusquement la liberté, on les réduiroit à la misère.
De même dans l'esclavage de la glèbe, le culti- --- Page 342 ---
530 )
vateur dont le champ, dont la maison appartiennent au maitre, pourroit se trouver, par un
changement trop brusque, libre, mais ruiné.
Ainsi, dans de pareilles circonstances, ne pas
rendre sur-le-champ à des hommes l'exercice de
leurs droits, ce n'est ni violer ces droits, ni continuer à en protéger les violateurs,c'est seulement
mettre dans la manière de détruire les abus, la
prudence nécessaire pour que la justice qu'on
rend à un malheureux devienne plus sûrement
pour lui un moyen de bonheur.
Le droit d'être protégé par la force publique
contre la violence, est un des droits que Phommc
acquiert en entrant dans la société; ainsi le législateur doit à la société de n'y point admettre des
hommes qui lui sont étrangers, et qui pourroient
la troubler. Il doit encore à la société de ne point
faire les lois, même les plus justes, s'il présume
qu'elles y porteront le trouble, avant de s'être
assuré ou des moyens de prévenir ces troubles, ou
de la force nécessaire pour punir ceux qui les
causent, avec le moindre danger possible pour le
reste des citoyens. Ainsi, par exemple, avant de
placer les esclaves au rang des hommes libres, il
faut que la loi s'assure qu'en cette nouvelle qualité
ils ne troubleront point la streté des citoyens; il
faut avoir prévu tout ce que la sûreté publique
peut, dansun premier moment, avoir à craindre
assuré ou des moyens de prévenir ces troubles, ou
de la force nécessaire pour punir ceux qui les
causent, avec le moindre danger possible pour le
reste des citoyens. Ainsi, par exemple, avant de
placer les esclaves au rang des hommes libres, il
faut que la loi s'assure qu'en cette nouvelle qualité
ils ne troubleront point la streté des citoyens; il
faut avoir prévu tout ce que la sûreté publique
peut, dansun premier moment, avoir à craindre --- Page 343 ---
(351 )
de la fureur de leurs maitres, offensés à-la-fois
dans deux passions bien fortes,Pavidité éetlorgueil;
accoutumé à se voir entouré d'escar Fhomme
de n'avoir que des
claves, ne se console point
inférieurs.
Tels sont! les seuls motifs qui puissent permettre
de différer sans crime la destruction
au législateur
de ses droits.
de toute loi qui prive un homme
natioLa prospérité du commerce, la richesse
être mises en balance avec la
nale, ne peuvent d'hommes assemblés n'a pas
justice. Un nombre
le droit de faire ce qui, de la part de chaque
homme en particulier, seroit une injustice. Ainsi,
l'intérêt de puissance et de richesse d'une nation
doitdisparoitre Aanmahsnafoeil-enth
autrement, il n'y a plus de différence entre une
société régléc et une horde de voleurs.Si dix mille,
mille hommes ont le droit de tenir un homme
cent
dans T'esclavage, parce quel leur intérêtledemande,
homme fort comme Hercule en'auroit
pourquoiun
un homme foible à sa
il pas le droit d'assujétir
Ce principe est absolument contraire à la doctrine
(") des
Mais la plupart de ceux qui
ordinaire
politiques.
but, ou d'avoir des
écrivent sur ces objets ayant pour
n'auplaces, ou de se faire payer] par ceux qui en ont,ils ils ne
roient garde d'adopter des principes avec lesquels
pourroient ni louer personne, ni trouver personne qui
voulit les employer. --- Page 344 ---
532 )
volonté? Tels sont les principes de justice qui
doivent guider dans l'examen des moyens qui
peuvent étre employés pour détruire Pesclavage.
Maisil n'est pas inutile, après avoir traité la question dans ces principesde justice, de la traiter sous
un autre point-de-vue, et de montrer que l'esclavage des Négres est aussi contraire à l'intérêt du
commerce qu'à la justice. Il est essentiel d'enlever
à ce crime l'appui même de ces politiques de
comptoir o1 de bureau, à qui la voix de laj justice
est étrangére, et qui se regardent comme des
hommes d'Etat et de profonds politiques, parce
qu'ils voient linjustice de sang-froid, et qu'ils la
souffrent, l'autorisent, ou la commettent sans
remords.
VI.
Les Colonies à sucre et à indigo ne peuventelles être cultivées que par des Negres
esclaves?
IL n'est pas prouvé que les fles de l'Amérique
ne puissent êtré cultivées par des Blancs. A-lavérité, les excès de Négresses et de liqueurs forles
peuyent rendre les Blancs incapables de tout
qu'ils voient linjustice de sang-froid, et qu'ils la
souffrent, l'autorisent, ou la commettent sans
remords.
VI.
Les Colonies à sucre et à indigo ne peuventelles être cultivées que par des Negres
esclaves?
IL n'est pas prouvé que les fles de l'Amérique
ne puissent êtré cultivées par des Blancs. A-lavérité, les excès de Négresses et de liqueurs forles
peuyent rendre les Blancs incapables de tout --- Page 345 ---
(555 )
travail. Leur avarice, qui les excite à se livrer
avec excès à des travaux qu'onleur paye très-cher,
peut aussi les faire périr; mais si les iles, au-lieu
d'être partagées par grandes portions, étoient divisées en petites propriétés; si seulement les terres
qui ont échappé à l'avidité des premiers colons,
étoient divisées par les gouvernemens ou parleurs
cessionnaires, entre des familles de cultivateurs, il
est au-moins tres-vraisemblable qu'il se formeroit
bientôt dans ces pays une race d'hommesvraiment
capables de travail. Ainsi, le raisonnement des
politiques qui croient les Negres esclaves nécessaires, se réduità dire : Les Blancs sont avares,
iprognes et crapuleux; donc les Noirs doivent
étre esclaves.
Mais supposons que les Nègres soient nécessaires, il ne s'ensuivroit pas qu'il fat nécessaire
d'employer des Negres esclaves : aussi on établit
sur deux autres raisons cette prétendue nécessité.
La première se tire de la paresse des Négres, qui
ayant peu de besoins, et vivant de peu, ne travailleroient que pour gagner l'étroit nécessaire : c'està-dire, en d'autres termes, que l'avarice des Blancs
étant beaucoup plus grande que celle des
il faut rouer de coups ceux-ci
satisfaire Negres,
vices des autres. Cette raison pour
les
d'ailleurs est fausse.
Les hommes, après avoir travaillé pour la subsistance, travaillent pourPaisance, lorsqu'ils peuyent --- Page 346 ---
554 )
y prétendre. Il n'y a de peuples vraiment paresseux dans les nations civilisées, que ceux qui sont
gouvernés de manière qu'il n'y auroit rien à gagner
pour eux en travaillant davantage. Ce n'est ni au
climat, ni au terrain, ni à la constitution physique,
ni à Pesprit national qu'il faut attribuer la paresse
de certains peuples; c'est aux mauvaises lois qui les
gouvernent. Il seroit aisé d'établir cette vérité par
des exemples, en parcourant tous les peuples,
depuis PAngleterre jusqu'au Mogol, depuis la
principauté de Neufchâtel jusqu'à la Chine. Seulement, plus le sol est bon, plus la nation a de
facilités naturelles pour le commerce, plus il faut
aussi que les lois soient mauvaises pour rendre le
peuple paresseux. Il faudroit, par exemple, pour
détruire lindustriedes Normands et des Silésiens,
de bien plus mauvaises lois que pour détruire celle
des Neufchàtelois et des Savoyards.
La seconde raison en faveur de l'esclavage des
Nègres, se tire de la nature des cultures établies
dans lesiles. Cescultures, dit-on, exigent de grands
ateliersetleconcourse d'un grand dnombre d'hommes
rassemblés. D'ailleurs, leurs produits élant sujets
à s'altérer en peu de temps, sila cultureétoit laissée
à des hommes libres, la récolte dépendroit du caprice des ouvriers. Cette seconde raison ne peut
séduire aucun homme capable de réflexion, ni
même quiconque n'a point passé sa vie entière
tablies
dans lesiles. Cescultures, dit-on, exigent de grands
ateliersetleconcourse d'un grand dnombre d'hommes
rassemblés. D'ailleurs, leurs produits élant sujets
à s'altérer en peu de temps, sila cultureétoit laissée
à des hommes libres, la récolte dépendroit du caprice des ouvriers. Cette seconde raison ne peut
séduire aucun homme capable de réflexion, ni
même quiconque n'a point passé sa vie entière --- Page 347 ---
( 535 )
dans lenceinte d'une ville. D'abord, on auroit
prouvé la même chose de la culture du blé, de
celle du vin, dans le temps que TEurope étoit
cultivée par des esclaves. Etil estaussi ridicule de
soutenir qu'en Amérique on ne peut avoir de
sucre ou d'indigo, que dans de grands établissemens formés avec des esclaves, qu'illauroit été il
ya dix-huit siècles, de prétendre quelItalie cesseroit de produire du blé, du vin ou de Phuile,
silesclavage y étoil aboli. Il n'est pas plus nécessaire quele moulin à sucre appartienne au propriétaire du terrain, qu'il ne P'est que le pressoir
appartienne au propriétaire de la vigne, oule four
au propriétairedu champ de blé. Au contraire, en
général, dans toute espèce de culture, comme dans
toute espèce d'art, plus le travail se divise, plus les
produits augmentent et se perfectionnent. Ainsi,
bien loin qu'il soit utile que le sucre se prépare
sous la direction de ceux qui ont planté la canne,
il seroit plus utile que la canne fat achetée du
propriétaire par des hommes dont le métier seroit
de fabriquer le sucre.
Ilfaut observer que rien, dans la culture de la
canne à sucre, ou de l'espèce du fenouil qui produit Findigo, ne s'oppose à ce que les champs de
cannes ou d'indigo ne soient partagés en petites
parties, et divisées, soit pour la propriété, soit
pour-fexploitation. Cest ainsi que la canne à sucre --- Page 348 ---
( 556 )
est cultivée en Asie de tempsimmémorial. Chaque
propriétaire d'un petit champ porte au marché le
sucre de la canne qu'il a exprimé chez lui, elqu'il
a converti en mélasse; et il vaudroit bien mieux
encore qu'il vendit la canne, ou sur pied, ou
coupée, à un manufacturier. C'est aussi ce qui
arriveroit en Asie, sileg goanersemengydoufil
pas l'industrie; et dans les iles, si la culture y étoit
Jibre.
Ce que nous venons de dire du sucre s'applique
à lindigo, et plus aisément encore au café ou aux
épiceries. Il est donc d'abord tres-vraisemblable
que les Negres ne sont pas les seuls hommes qui
puissent remuer la terre en Amérique, et il est
certain que la culture par des Nègres libres, loin
de nuire nià la quantité énià la qualité des denrées,
contribueroit, au contraire, à augmenter l'une en
perfectionnant l'autre.
Le préjugé contraire a été accrédité par les
colons, et peut-être de bonne-foi. La raison en est
simple : ils n'ont pas distingué le produit réel du
produitnet.. En cffet, faites cultiver pardes esclaves;
le produit net sera plus grand, parce qu'il ne vous
en coûtera en frais de culture que le moins qu'il
est possible. Vous ne donnerez à VOS esclaves que
la nourriture nécessaire; vous choisirez la plus
commune et la moins chère; ils n'auront qu'une
hutte pour maison; à peine leur donnerez-vous un
bonne-foi. La raison en est
simple : ils n'ont pas distingué le produit réel du
produitnet.. En cffet, faites cultiver pardes esclaves;
le produit net sera plus grand, parce qu'il ne vous
en coûtera en frais de culture que le moins qu'il
est possible. Vous ne donnerez à VOS esclaves que
la nourriture nécessaire; vous choisirez la plus
commune et la moins chère; ils n'auront qu'une
hutte pour maison; à peine leur donnerez-vous un --- Page 349 ---
557 )
habillement grossier. Le journalier le plus pressé
d'ouvrage exigeroit un salaire plus fort. D'ailleurs,
un journalier veut tantôt gagner plus, pour former
quclque capital; tantôt il veut se réserverdu temps
pour se divertir : s'il emploic toutes ses forces, il
faut que votre argent le dédommage de ce qu'il
n'a pas succombé à sa paresse. Avec des esclaves,
vous employez lcs coups de biton; ce qui est
moins cher. Dans la culture libre, c'est la concurrence réciproque des propriétaires et des ouvriers
qui fixe le prix. Dans Ja culture esclave, lc prix
dépend absolument de Pavidité du propriétaire.
Mais aussi dans la cnltare esclave, le produit brut
est plus foible; et au contraire, le produit brut
sera plus considérable dans la culture libre. Ce
n'est donc pas l'intérêt d'augmentation de culture
quifaitprendrela défensedel'esclavage des Negros;
c'est lintérêt d'augmentation de revenu pour les
colons. Ce n'est pas l'intérêt patriotique plus ou
moins fondé; c'est tout simplement Pavarice et la
barbarie des propriétaires. La destruction del'esclavage ne ruineroit ni les colonies, ni le commerce; elle rendroit les colonies plus florissantes;
elle angmenteroit le commerce Elle ne feroit
(") J'ai supposé ici que l'esclavage est utile aux colons,
parce que, 2 même dans cette hypothèse, il n'en est ni
moins juste ni moins utile de détruire l'esclavage; mais
eller n'est rien moins que certaine, En effet, les Etats-Unis
--- Page 350 ---
( 558 )
d'autre mal qued'empécher quelques hommes barbares de s'engraisser des sueurs et du sang de leurs
d'Amérique ont décidé que le travail de cinq esclaves ne
pouvoit être jugé égal qu'à celui de trois hommes libres
seulement ; etil faut observer que la pluralité des États
ayant très-peu de Negres, il étoit de leur intérêt d'évaluer ce travail le plus haut possible, puisqu'il s'agissoit
de distribuer une imposition proportionnellement au
nombre des hommes. Or, si cinq esclaves ne travaillent
qu'autant que trois hommes libres, puisqu'il faut de plus,
ou avoir acheté ces Nigres, ou fait la dépense de les
élever, il devient assez vraisemblable que leur travail est
plus chierenAmérique, que ne le seroit celui des hommes
libres.
On trouve, dans le tome cinquième des Splemérides
du Citoyen, un calcul très-bien fait, duquel il résulte
qu'un Nègre coite par an 420 livres; ce qui conduiroit
encore au même résultat. Mais il faut observer que dans
ce calcul on suppose tousles Nègres morts remplacés par
des Nègres achetés, et qu'il paroit prouvé par l'expéricuce, qu'une habitation qui ne se soutiendroit que par
ce moyen, seroit très-peu productive. Ainsi, ce calcul
prouveroit plutôt le pen d'utilité de la traite des Nègres,
quele peu d'utilité de l'esclavage,
Nous observerons enfin, que si on veut comparer la
culture des esclaves avec celle pour laquelle un homme
qai feroit valoir son bien emploieroit des ouvriers libres,
on trouvera que toutes les avances en machines, en bâtimens, eu animaux, en outils, sont les mêmes; que,le
propriétaire seroil obligé de payer aux ouvriers libres le
prouveroit plutôt le pen d'utilité de la traite des Nègres,
quele peu d'utilité de l'esclavage,
Nous observerons enfin, que si on veut comparer la
culture des esclaves avec celle pour laquelle un homme
qai feroit valoir son bien emploieroit des ouvriers libres,
on trouvera que toutes les avances en machines, en bâtimens, eu animaux, en outils, sont les mêmes; que,le
propriétaire seroil obligé de payer aux ouvriers libres le --- Page 351 ---
( 559 )
masse entière des hommes y
frères. En un motla
tandis que quelques particuliers n'y
gagneroit,
leurs salaires; que
prix auquel la concurrence porteroit au-moins égal à ce que
ce prix seroit nécessairement lentretien de V'ouvrier, etde plus
coûtent la nourriture,
soutenir plus ou moins une
à ce qai est nécessaire pour
des salaires
famille. C'esten effet sur cet excédant moyen
les
sont élevés ceux qui doivent un jour remplacer
que
ouvriers actuels.
qui fait cultiver par des esclaves
Mais le propriétaire de les entretenir, et de pourest obligé de les nourrir,
de nouleur
soit en achetant
voir aussià
remplacement,s les élevant chez lui: moyen qui
veaux esclaves, soit en
donc à
paroit le plus économique. La question se inférieurà réduit celui
savoir si le travail d'un esclave est assez
la difféd'un homine Jibre, pour compenser au-moins
entre le prix fixé par la concurrence et celui que
rence
esclavesau
l'économie du maitre établit, en réduisantses
nécessaire; ou, en d'autres termes,si un homme
simple
donneroit
ce qu'il en coûle au
libre, à qui on ne
que travaillant, feroit
maitre par tête moyenne d'esclave
moins
Or, il est assez vraisemblable
plus ou
d'ouvrage. moins. Je sais bien que cet avanqu'il en feroit encore
qu'ils soient
de "la culture par esclaves, suppose
tage
les mortalités, - les accidens
traités de manièreà prévenir de temps, etc., qui doivent
de toute espèce 2 les pertes
des maitres. De plus,
résulter de la durelé et de Tinjustice
celle d'un
cette culture qu'à
nous ne pouvons fait comparer valoir; et il est évident que, pour
propriétaire qui
il auroit un très-grand avantage
la plupart des colons, y
22*
culture par esclaves, suppose
tage
les mortalités, - les accidens
traités de manièreà prévenir de temps, etc., qui doivent
de toute espèce 2 les pertes
des maitres. De plus,
résulter de la durelé et de Tinjustice
celle d'un
cette culture qu'à
nous ne pouvons fait comparer valoir; et il est évident que, pour
propriétaire qui
il auroit un très-grand avantage
la plupart des colons, y
22* --- Page 352 ---
540 )
perdroient que l'avantage de pouvoir commettre
impunément un crime utile à leurs intérêts.
On a prétendu disculper la traite des Négres,
en supposant que Fimportation des Négres est
nécessaire pourla culture: : c'est encore une erreur.
Les femmes Négres sont très-fécondes; ;les habitations bien gouvernées s'entretiennent, même
sous la servitude, sans importation nouvelle. C'est
Tincontinence, l'avarice et la cruanté des Européeus qui dépeuplent les habitations; et lorsqu'on
prostitue les Négresses pour leur voler ensuite ce
à pouvoir affermerleurs terrains mis en culture, et même
leurs machines et leurs bâtimens.
Nous conclurons donc que, sans prononcer absolument
laquelle des deux manières de cultiver est plus avantageuse pour les propriétaires, la différence entre ces deux
cultures nous paroit trop petite pour contrebalancer les
avantages même pécuniaires qui résulteroient de la liberté. Mais nous avons supposé la possibilité de cultiver
par des mains libres, l'existence d'uu assez grand nombre
d'ouvriers libres, pour que la concurrence puisse faire
baisser le taux des salaires à un degré oà ils se rapprochent de ce que coûte le travail des esclaves. Or, c'est ce
qu'on ne peut guère espérer que d'un affranchissement
successif, qui conserveroit dans les colonies une masse
d'hommes plus acclimatés gue les Blancs qui pourroient
venir d'Europe: et dans ce cas, les colons ne pourroient
guére éprouver de pertes sensibles que pendantle temps
de la révolution. --- Page 353 ---
( 541 )
qu'elles ont gagné;lorsqu'on les oblige, à force de
traitemens barbares, de se livrer, soit à leur
maitre, soit à ses valets; lorsqu'on fait déchirer
devant elles les Noirs qu'on les soupconne de préférer à leurs tyrans; lorsque l'avarice surcharge les
Nègres de travail et de coups. 2 ou leur refuse le
nécessaire; lorsqu'ils voientleurse camarades, tantôt
mis à la question, tantôt) brûlés dans des fours pour
cacher les traces de ces assassinats : alors ils désertent, ils s'empoisonment,les femmes se fontavorter,
et l'habitation ne peut se soutenir qu'en tirant
d'Afrique de nouvelles victimes. Il est si peu vrai
que la population des Nègres ne puisse se recruter
par elle-méme, qu'on voit la race des Négres marrons se soutenir dans les forêts, au milieu des
rochers, quoique leurs maitres s'amusent à les
chasser comme des bêtes fauves, et qu'on se vante
d'avoir assassiné un Negre marron, comme en
Europe on tire vanité d'avoir tué par derrière un
daim ou un chevreuil.
Si les Nègres étoient libres, ils deviendroient
bientôt une nation florissante. Ils sont, dit-on,
paresseux, stupides et corrompus; mais tel est le
sort de tous les esclaves. Quand Jupiter réduit un
homme à la servitude, dit Homère, il lui ôte la
moitié de sa cervelle. Les Negres sont naturellement un peuple doux, industrieux, sensible; leurs
passions sont vives. Si on raconte d'eux des erimes
.
Si les Nègres étoient libres, ils deviendroient
bientôt une nation florissante. Ils sont, dit-on,
paresseux, stupides et corrompus; mais tel est le
sort de tous les esclaves. Quand Jupiter réduit un
homme à la servitude, dit Homère, il lui ôte la
moitié de sa cervelle. Les Negres sont naturellement un peuple doux, industrieux, sensible; leurs
passions sont vives. Si on raconte d'eux des erimes --- Page 354 ---
( - 54s )
atroces, on peut en citer aussi des traits héroiques.
Mais qu'on interroge tous les tyrans; ils apporteront toujours pour excuses de leurs crimes les
vices de ceux qu'ils oppriment, quoique ces vices
soient partout leur propre ouvrage.
VII.
Qu'ilfut détruire PEsclavage des Negres,
el que leurs Maitres ne peuvent exiger
aucun dédommagement.
Ir suit de nos principes, que cette justice inflexible, à laquelle les rois et les nations sont assujétis comme les citoyens, cxige la destruction de
l'esclavage.
Nous avons montré que cette destruction ne
nuiroit niau commerce,ni à la richesse de chaque
nation, puisqu'il n'en résultcroit aucune diminution dans la culture.
Nous avons montré que le maître n'avoit aucun droit sur son esclave; que l'action de lel retenir en servitude n'est pas la jouissance d'une propriété, mais uncrime;qu'en affranchissant l'esclave,
la loi n'atlaque pas Ja propricté, mais cesse de
tolérer une action qu'elle auroit dû punir par une --- Page 355 ---
545 ) -
capitale. Le souverain ne doit donc aucun
peine
au maitre des esclaves, de même
dédommagement:
qu'il n'en doit pas à un voleur qu'un jugement volée. La
de la
d'une chose
a privé
possession d'un crime absout de la peine,
tolérance publique
former un véritable droit sur le promais ne peut
fit du crime.
à plus forte raison, mettre
Le souverain peut, restrictions
jugera
à l'esclavage toutes les
qu'il
convenables, et assujétir le maître aux taxes, aux
voudra lui imposer. Une taxe sur les
génes qu'il
terres, sur les personnes, sur les consommations,
qu'elle attaque la propeut être injuste, parce toutes les fois qu'elle n'est pas
priélé et la liberté,
de la
ou nécessaire au maintien
une condition, utile à celui qui paye Timpôt; mais
société, ou
d'esclaves n'ont point sur
puisque les possesseurs
la
eux un véritable droit de propriété; puisque
à des taxes, leur conserveloi qui les soumeltroit chose dont non-seuleroit la jonissance d'une
mais que le légisment elle a droit deles priver, leur ôter s'il veut être
lateur est même obligé de
à leur
juste: cette loi ne sauroit être injuste
égard, fit
sacrifice pécuniaire qu'elle leur
par quelque
longue impunité de leur crime.
acheter une plus
les possesseurs
la
eux un véritable droit de propriété; puisque
à des taxes, leur conserveloi qui les soumeltroit chose dont non-seuleroit la jonissance d'une
mais que le légisment elle a droit deles priver, leur ôter s'il veut être
lateur est même obligé de
à leur
juste: cette loi ne sauroit être injuste
égard, fit
sacrifice pécuniaire qu'elle leur
par quelque
longue impunité de leur crime.
acheter une plus --- Page 356 ---
/ -
I 544 )
VIII
Fxamen des raisons qui peuvent empécher
5 la puissunce législatrice des États oit
PEsclavage des Noirs est toléré, de
remplir, par une loi d'afhrunchissement
général, le devoir de justice qui l'oblige
à leur rendre la liberté.
PoUr que T'afliranchissement n'entrainât après
lui aucun désordre, il faudroit,
1. Que le gotivernement pit assurer la subsislance aux vieux Negres et aux Nègres infirmes,
que dans l'état actuel, leurs maîtres ne laissent
pas, du-moins absolument, mourir de faim
2.0 Qu'on pourvàt à la subsistance des Negres
orphelins.
5.0 Qu'on assurat, du-moins pour une année,
le logement et la subsistance à ceux des Négres
valides qui, dans cet instant de crise, n'auroient
pas trouvé à se louer par un traité libre à des possesseurs d'habitations.
A-la-vérité, on auroit droit d'exiger que les
(*) Voyez Touvrageintitulé Voyage i PIsle-do-France,
pari un officier du Roi. C'est un des ouvrages ou la manière
dontlesNégressout traités est exposée a avecle plus de vérité. --- Page 357 ---
545 )
frais de ces établissemens fussent faits aux dépens
des maîtres. Ils doivent des alimens aux Nègres
à leur service, ou leur santé, ou la
qui ont perdu
donner au trapartie de leur vie qu'ils pouvoient enfans dont les
vail. Ils doivent des alimens aux
d'héripères, morts dans leurs fers, ,n'ont pu laisser
Ils doivent des alimens pour un temps à tous
tage.
la servitude les a empéleurs esclaves, parce que
avances nécessaires pour
chés de se procurer les
strictes,
attendre le travail. Ces obligations sont
indispensables; et si le gouvernement s'en chargeoit à la place des maitres, ce seroit une sorte
d'injustice qu'il feroit au reste de la nation, en
faveur des colons; il aggraveroit le fardeau des
impôts sur des innocens, pour épargner les coupables. Aussi, le seul moyen juste et compatible
avec P'état oùr se trouveroient alors les possesseurs
rembourdes Nègres, seroit un emprunt public,
ellepronimpalesderias caseolaterve-decolos
4.0 Comme il seroit à craindre que les Nègres,
accoutumés à n'obéir qu'à la force et au caprice,
ne pussent être contenus, dans le premier moment, par les mêmes lois que les Blanes; qu'ils
formassent des attroupemens, qu'ils ne se line
et
vrassent au vol, à des vengeances particulières,
à une vie vagabonde dans les forêts et les montagnes; que ces désordres ne fussent fomentés en
secret par les Blancs, qui espéreroient en tirer
dre que les Nègres,
accoutumés à n'obéir qu'à la force et au caprice,
ne pussent être contenus, dans le premier moment, par les mêmes lois que les Blanes; qu'ils
formassent des attroupemens, qu'ils ne se line
et
vrassent au vol, à des vengeances particulières,
à une vie vagabonde dans les forêts et les montagnes; que ces désordres ne fussent fomentés en
secret par les Blancs, qui espéreroient en tirer --- Page 358 ---
I 346 )
un prétexte pour obtenir le rétablissement de
T'esclavage; il faudroit assujétir les Nègres, pendant les premiers temps, à une discipline sévère,
réglée par des lois; il faudroit confier l'exercice
du pouvoirà un homme humain, ferme, éclairé,
incorruptible, qui stt avoir de Tindulgence pour
Pivresse ou ce changement d'état plongeroit les
Nègres, mais sans leur laisser l'espérance de Pimpunité, et qui méprisât également lor des Blancs,
Jeurs intrigues et leurs menaces.
5.° Il faudroit peut-étre se résoudre à perdre,
en partie, la récolte d'une année. Ce n'est point
par rapport aux propriétaires que nous considérons cette perte comme un mal. Si un homme a
labouré son champ avec des chevaux qu'ila volés,
et qu'on le force à les restituer, personne n'imaginera de le plaindre de ce que son champ restera en
friche l'année d'après. Mais il résulteroit de cette
diminution de récolte, un enchérissement de la
denrée, une Perte pour les créanciers des colons.
Nous sentons que de parcilles raisons ne peuvent
contrebalancer les raisons de justice quirobligent
le législateur, sOUs peine de crime, à détruire un
usage injuste et barbare. Qui s'aviseroit de tolérer
le vol, parce que les effets volés se vendent
meilleur marché? Qui oseroit mettre en balance
l'obligation rigoureuse de restituer, qu'on force
un voleur de remplir, avec le risque que cette --- Page 359 ---
( 547 )
restitution pourroit faire essuyer à ses créanciers ?
Nous n'ignorons point enfin que cette perte. ,
aussi bien que le défaut d'onvrage, qui pourroit dans les premiers instans exposer une partic
des Negres a la misère ou au crime, seroient 2
non l'effet nécessaire de la révolution,mais) la suite
delhumeur des propriétaires, etnous n'en parlons
que pour ne passer sous silence aucun des inconvéniens dont un affranchissement général pourroit
être suivi.
6.° On ne peut dissimuler que les Negres
n'ayent en général une grande stupidité : ce n'est
pas à eux que nous en faisons le reproche; c'est
à leurs maitres. Ils sont baptisés; mais dans les
colonies romaines on ne. lesinstruit point du peu
demorale que renfermentles catéchismes vulgaires
de cette église. Ils sont également négligés par nos
ministres. On sent bien que les maîtres n'ont eu
garde de s'occuper de leur inspirer une morale
fondée sur la raison. Les relations de la nature
ou n'existent point, ou sont corrompues dans
les esclaves; les sentimens naturels à Thomme, ou
ne naissent point dans Teur âme, ou sont étouffés
par Poppression. Avilis par les outrages de leurs
maitres, abattus par leur dureté, ils sont encorel
corrompus par leur exemple. Ces hommes sontils dignes qu'on leur confie le soin de leur bonheur et du gouvernement dei leur famille?Ne
fondée sur la raison. Les relations de la nature
ou n'existent point, ou sont corrompues dans
les esclaves; les sentimens naturels à Thomme, ou
ne naissent point dans Teur âme, ou sont étouffés
par Poppression. Avilis par les outrages de leurs
maitres, abattus par leur dureté, ils sont encorel
corrompus par leur exemple. Ces hommes sontils dignes qu'on leur confie le soin de leur bonheur et du gouvernement dei leur famille?Ne --- Page 360 ---
( 548 )
sont-ils pas dans le cas des infortunés que des
traitemens barbares ont, en partie, privés de la
raison ? Et dès-lors, quelle que soit la cause qui
les a rendus incapables d'être hommes, ce que le
législateur leur doit, c'est moins de'leur rendre
leurs droits, que d'assurer leur bien-être.
Telles sont les raisons qui nous ont fait croire
que le parti de ne point rendre à-la-fois à tousl les
Nègres la jouissance de leurs droits, peut n'être
pas incompatible avec la justice. Ces raisons paroîtront sans doute très-foibles aux amis de Ja
raison, de la justice et de Phumanité; mais un
affranchissement général demanderoit des dépenses, des préparatifs; il exigeroit, dans son
exécution, une suite et une fermeté dont un trèspetit nombre d'hommes seroicnt capables. Cependant il faudroit que plusieurs hommes réunissent
à ces qualités le désintéressement, l'amour du
bien etle courage; 5 il faudroit que la révolution
fàt Peflet de la volonté propre d'un souverain,
appuyée par Topinion publique, ou de celle d'un
corps législatif fdont l'esprit fat constant; car sile
plan, si l'exécution dépendent de la volonté d'un
seul homme, de l'activité de quelques coopérateurs, bientôt tous éprouveroient le sort que le
genre humain, toujours ignorant et barbare, 2
a fait éprouver à quiconque a osé défendre le
foible contre le fort, et opposer la justice à --- Page 361 ---
( 549 )
l'esprit d'avidité et d'intérêt ; et cet exemple
effrayant, joint aux préjugés que Jes partisans des
abus ont su répandre contre les nouveautés, suffiroit pour prolonger de plusieurs siècles l'esclavage
des Negros.
IX.
Des Moyens de détruire PEsclavage
des Negres par degrés.
Si les raisons que nous venons d'exposer paroissent suffisantes pour ne point employer les seul
moyen de détruire l'esclavage qui soit rigourensement conforme à la justice, il y en a d'autres
qui peuvent, du-moins à-la-fois, adoucir l'état
des Négres dès les premiers instans, et procurer
la destruction entière de l'esclavageà une époque
fixe et peu éloignée. Mais si nous les proposons,
c'est en gémissant sur cette espèce de consentement forcé que nous donnons pour un temps à
linjustice, et en protestant que c'est la crainte
seule de voir traiter Faflranchissement général
comme un projet chimérique, par la plupart des
politiques, qui nous fait consentir à proposer ces
moyens.
Négres dès les premiers instans, et procurer
la destruction entière de l'esclavageà une époque
fixe et peu éloignée. Mais si nous les proposons,
c'est en gémissant sur cette espèce de consentement forcé que nous donnons pour un temps à
linjustice, et en protestant que c'est la crainte
seule de voir traiter Faflranchissement général
comme un projet chimérique, par la plupart des
politiques, qui nous fait consentir à proposer ces
moyens. --- Page 362 ---
I 550 )
1.° Il ne peut y avoir pour les gouvernemens
aucun prétextepour tolérer, nil la traite des Nègres
faite par les négocians nationaux, ni aucune importation d'esclaves. Il faut donc défendre absolument cet horrible trafic : mais ce n'est point
comme contrebande qu'il fautle prohiber, c'est
comme crime; ce n'est point par des amendes
qu'il faut le punir, mais par des peines corporelles et déshonorantes. Celles que, dans chaque
pays, on décerne contre le vol, pourroient suffire.
Nous ne faisons sans doute aucune comparaison
entre un voleur et un homme qui trafique de la
liberté d'un autre homme, qui enlève de leur
patrie les hommes, les femmes, les enfans; les
entasse, enchaînés deux à deux, dans un vaisseau;
calcule leur nourriture, non sur leurs besoins,
mais sur son avarice; qui leur lie les mains pour
les empécher d'attenter à leur vie; qui, s'il est pris
de calme, jette tranquillement à la mer ceux dont
la vente seroit le moins avantageuse, comme on
se débarrasse d'abord des plus viles marchandises.
On peut commettre des vols, et n'avoir point
étouffé tous les sentimens de T'humanité, tous les
penchans de la nature; sans avoir perdu toute
élévation d'âme, toute idée de vertu : mais il ne
peut rester à un homme qui fait le commerce.
de Negres, ni aucun sentiment, ni aucune vertu,
ni niême aucuneprobité. .S'il en conservoito quelque --- Page 363 ---
551 )
apparence, ce seroit de celte probité des brigands,
qui, fidèlesà leurs coupables engagemens, bornent
leur morale à ne point se voler entre eux. Cette
première disposition del la loi adonciroitlesort des
Nègres dans le premier moment, parce que les
propriétaires auroient un intérêt beaucoup plus
grand de conserver leurs esclaves (1).
La seconde disposition auroit pour objet l'affranchissement de Negres qui naissent dans les
habitations, et qu'on ne peut avoir aucun prétexte de soumettre à l'esclavage. Un officier général de la marine de France, distingué par ses
Jumières et son humanité (2), a proposé de dé-
() Plusieursdes Colonies anglaises de lAmérique Septentrionale ont prohibé l'importation des Nègres, il ya
déjà quelques années. Ce n'est pas le seul exemple d'humanité et de raison qu'elles donneront à PEurope,s si leurs
préventions en faveur de la constitution et des principes
politiques de l'Angleterre, si les préjugés mercantiles, si
la fureur pour le papier-monnoie et T'agiotage des effets
de banque 2 si l'esprit aristocratique n'y viennent pasd détruire les sentimens d'amour de la paix, de respect
l'humanité, de tolérance, de zèle pour le maintien pour de
l'égalité, qui paroissent caractériser ce bon peuple.
(2) M.de Bori, chefd'escadre, ci-devant gouverneur
des iles françaises. Ily a quelque temps que les habitans
de la Jamaique s'assemblérent pour prononcer sur le
sort des Mulatres, ct pour savoir si, atténdu qu'il étoit
prouvé physiquement que leur père étoit Anglais, il
, de tolérance, de zèle pour le maintien pour de
l'égalité, qui paroissent caractériser ce bon peuple.
(2) M.de Bori, chefd'escadre, ci-devant gouverneur
des iles françaises. Ily a quelque temps que les habitans
de la Jamaique s'assemblérent pour prononcer sur le
sort des Mulatres, ct pour savoir si, atténdu qu'il étoit
prouvé physiquement que leur père étoit Anglais, il --- Page 364 ---
( 352 )
clarerlibres tous les enfansqui naîtroient mulâtres,
En cffet, ils n'ont été mis au nombre des esclaves,
que par une application ridicule de la loi romaine,
Partus ventrem sequitur.
Il est singulier peut-être qu'une loi tyrannique,
établie par des brigands sur les rives du Tibre,
n'était pas à-propos de les mettre en jouissance de la
liberté et des droits qui doivent appartenir à tout Anglais. L'Assemblée penchoit vers ce parti, lorsqu'un zélé
défenseur de la chair blanche s'avisa d'avancer que les
Negres n'étoient pas des êtres de notre espèce, et de le
prouver parl'autorité de Montesquieu : alors il lut une
traduction d'an chapitre de l'Esprit des Lois surl'esclavage des Nègres. L'assemblée ne mangua pointde prendre
cette ironie sanglante contre ceux qui tolèrent cet exécrable usage, ou qui eu profitent, pour le véritableavis
de l'auteur de TEsprit des Lois; et les Mulâtres de la
Jamaique restèrent dans l'oppression. Cette anecdote m'a
été certifiée par M. d'Hèle, officier anglais, comu en
France par plusieurs pièces de théâtre,
Chez les habitans des
les
Philippines 2 enfans naturels
des femmes esclaves naissent libres, et la mère le devient,
ATI.18de-France, Tun et l'autre sont esclaves. IM. Le
Gentil y a vu avec horreur des pères vendre leur propre
enfant avec la mère. Le Gentil, Poyage dans les mers
de l'Inde, tome II, P. 72. Voyez ce qu'il dit dans le
même volume, des habitans de Madagascar; c'est un
nouveau déclamateur, dont il faut augmenter la liste de
ceux qui ne trouvent pas que l'esclavage des Nègres soit
uneinvention fort juste, fort humaine et fort utile.
aves. IM. Le
Gentil y a vu avec horreur des pères vendre leur propre
enfant avec la mère. Le Gentil, Poyage dans les mers
de l'Inde, tome II, P. 72. Voyez ce qu'il dit dans le
même volume, des habitans de Madagascar; c'est un
nouveau déclamateur, dont il faut augmenter la liste de
ceux qui ne trouvent pas que l'esclavage des Nègres soit
uneinvention fort juste, fort humaine et fort utile. --- Page 365 ---
(5 555 )
renouvelée par le mari d'une courtisane sur les
bords de la Propontide, fasse encore, au bout de
denx mille ans, des malhenreux dans les mers de
PAmérique. Mais enfin, cette loi ne poavoit avoir
qu'un motif, la certilude de la mère, et lincertitude du père. Ici, le père est aussi certain que la
mére; on sait qu'il est blanc, et libre par conséquent. La maxinie Partus colorem sequitur
paroit donc bien plus juste, et (puisqu'il faut
toujours citer quelques axiomes de droit) plus
conforme à cette règle si ancienne, que dans les
cas douteux, la décision doit pencher vers la douceur et en faveur de Popprimé.
Nous ne voyons à cctte loi, juste en elleméme, qu'un seul inconvénient, les traitemens
barbares dont on accableroit les Négresses
çonnées de porter dans leur sein un enfant soup- inutile à leurs maitres, les cruautés qu'on exerceroit
sur celles quianroient. été convaincnes de ce crime,
et la nécessité d'avoir un établissement public
pour ces enfans.
L'affranchisement de tous les enfans à naitre,
noirs ou mulatres, a les mêmes inconvéniens.
A-la-vérité, dans ce cas, l'intérêt bien entendu
des niaitres ne seroit pas d'empêcher de naître
des gens dont les bras doivent un jour leur devenir utiles; mais cette idée de se réserver, pour un
temps éloigné, un hommc dont il faudroit payer
--- Page 366 ---
C 554 )
le salaire, frapperoit moins un colon, que la perte
du travail des Négresses grosses : ainsi ces lois
justes, dictées par Phumanité, deviendroient une
source de crimes.
Nous proposerous donc, non d'affranchir lcs
Nègres à naître au moment de leur naissance,
mais de laisser aux maîtres la liberté de les élever,
et de s'en servir comme esclaves, à condition
qu'ils deviendront libres à Fage de trente-cinq
ans; le maitre étant obligé, à cette époque de
liberté, de leur avancer les vivres, l'entretien
pour six mois, et une pension alimentaire pour
la vie, s'ils sont estropiés, ou jogés hors d'état de
travailler par un médecin chargé de cette inspection. Si le maitre refusoit de se charger de l'enfant, il seroit déclaré libre, et porté à un établissement public. La mère seroit transportée au
même établissement avant l'époque de ses couches, et y resteroit une année après l'accouchement : terme auquel on fixcroit le temps nécessaire pourallaiter son enfant. Cette perte de travail
seroit un petit sacrifice que les colons feroient à
Phumanité, et une bien foible compensation pour
tant d'outrages.
On auroit sans doute tout licu de craindre que
les maîtres, qui ne voudroient pas se charger d'enfans. 2 ne fissent avorter Jes Négresses, à force de
travaux ou de mauvais traitemens. On peut di-
'accouchement : terme auquel on fixcroit le temps nécessaire pourallaiter son enfant. Cette perte de travail
seroit un petit sacrifice que les colons feroient à
Phumanité, et une bien foible compensation pour
tant d'outrages.
On auroit sans doute tout licu de craindre que
les maîtres, qui ne voudroient pas se charger d'enfans. 2 ne fissent avorter Jes Négresses, à force de
travaux ou de mauvais traitemens. On peut di- --- Page 367 ---
555 )
minuer ce danger, en ordonnant chaque deux
mois, une visite dans toutes les habitations. Cette
visite, faite par un médecin ou un chirurgien
accompagné d'un homme public 2 constateroit
Pétat de grossesse de chaque Négresse. Dans le
cas où Favortement auroit lieu, si les gens de l'art
destinés à cette fonction, étant appelés à
le jugeoient produit par la fatigue ou temps, les 2
mauvais traitemens,
par
2 la Négresse seroit guérie aux
dépens du maitre, déclarée libre, et le maitre
condamné à lui payer des alimens, soit pour le
temps où il sera jugé qu'elle est hors d'état de
travailler, et pour six mois de plus ; soit pour la
vie, si ses infirmités sont incurables. Si l'on ne
représentoit point l'enfant d'une Négresse inscrite
parmi les femmes grosses, et que le médecin n'eàt
pas été appelé pour constater la naissance de
T'enfant ou Pavortement, la Négresse seroit déclarée libre. Iln'y auroit point d'injustice dans cette
loi, le législateur ayant non-seulement le droit,
mais étant obligé par la justice, de détruire tout
esclavage. Lafranchissement d'une Négresse, fait
sans motifs, ou même en vertu d'une erreur, est
toujours une chose juste. Le maître est dans le
cas d'un homme à qui l'on auroit permis de voler
sur un grand chemin toutes les femmes qui ne
seroient pas grosses, età qui on feroit restituer ce
qu'il a volé à Pune d'elles, parce qu'on se seroit
25 *
,
mais étant obligé par la justice, de détruire tout
esclavage. Lafranchissement d'une Négresse, fait
sans motifs, ou même en vertu d'une erreur, est
toujours une chose juste. Le maître est dans le
cas d'un homme à qui l'on auroit permis de voler
sur un grand chemin toutes les femmes qui ne
seroient pas grosses, età qui on feroit restituer ce
qu'il a volé à Pune d'elles, parce qu'on se seroit
25 * --- Page 368 ---
556 )
trompé sur son état. Quant aux alimens
maitre, quelle que soit la cause de l'état exigés d'infir- du
mitéou se trouve un esclave, ile est
d'obliger le maître à lui douner des del'exactejustice
que l'on peut toujours
alimens, parce
eût été libre et qu'il fut né supposer de
que si l'esclave
parens libres, il eût
pu épargner ou hériter un pécule suffisant
subvenir à ses besoins.
pour
On déclareroit libres à quarante ans les Négres
qui seroient au-dessous de quinze ans au
de la publication de la loi.
moment
seroient alors au-dessus
Quant à ceux qui
de quinze ans, du
ment où ils auroient atteint
moseroit
cinquante ans, illeur
demandé, à une visite générale faite deux
fois chaque année, ce qu'ils
rester chezl leur
préférent, ou de
maitre, ou d'entrer dans un établissement public, dans lequel ils seroient
s'ils choisissent cette
nourris; et
maison, leur
a profité du travail de touteleur
maitre, qui
de
vie, seroit
payer une pension annuelle, fixée par la obligé loi.
Cette condition ne seroit pas injuste à
du
maître : après avoir exercé
l'égard
une injustice horrible
pendant cinquante ans
sur ces
avoir profité plus de trente malleurenx; après
il leur
ans de leur travail,
doit, en vertu du droit de la nature, et
indépendamment de toute loi, non-seulement la
nourriture, mais un dédommagement.
dant, nous respectons trop l'avarice des maitres Cepen- --- Page 369 ---
(a 557 )
rien demander au-delà de la plus simple
pour
nourriture.
craindre que ce changement ne
On pourroit
actuellement
rendit plus dur le sort des Nègres
esclaves; ainsiil faudroity pourvoir par une autre
de la loi. Dans les visites faites chaque
disposition
le médeux mois, tout Nègre sur le corps duquel
decin trouveroit des marques de mauvais traiteseroit déclaré libre; tout Nègre malade, et
mens,
d'après
qui manqueroit des secours nécessaires,
Fexamen du médecin, seroit déclaré libre, transhors de Phabitation, guéri aux dépens du
porté
à ses
jusqu'à ce qu'il fit en
maitre, et nourri
frais,
de tout
état de travailler: En général, la pension
Nègre hors d'état de travailler 3 seroit toujours,
durer son infirou pour tout le temps que peut
malheureux
mité, ou pour la vie, s'il est assez
ne
avoir d'autre
pour que son infirmité
puisse
enfant,
terme. Sile Nègre déclaré libre est encore
de quaranto-ciuc ans, le
ou s'il est au-dessus
année la
maître sera condamné à lui payer chaque
valoir la nourriture d'un Nègre,
somme que Pâge peut de quinze ans, ou jusqu'à sa mort.
ou jusqu'à
dans ce dernier article,
Nous ne parlons,
esclaves à
des Noirs qui peuvent rester
perque
et de leurs enfans. Les esclaves engagés
pétuité, trente-cincf ans, sont des citoyens capables
jusqu'à
forcer
d'avoir action devant les tribunaux, pour
année la
maître sera condamné à lui payer chaque
valoir la nourriture d'un Nègre,
somme que Pâge peut de quinze ans, ou jusqu'à sa mort.
ou jusqu'à
dans ce dernier article,
Nous ne parlons,
esclaves à
des Noirs qui peuvent rester
perque
et de leurs enfans. Les esclaves engagés
pétuité, trente-cincf ans, sont des citoyens capables
jusqu'à
forcer
d'avoir action devant les tribunaux, pour --- Page 370 ---
I - 558 )
leurs maîtres à tenir les conventions faites en leur
nom par la loi, ou les faire punir de les avoir
violées; ils peuvent donc demander également
justice pour leurs enfans. Ainsi, non-sculement
il faudroit que cette classe de Négres obtint la
liberté et les dédommagemens dans le même cas
que les autres; mais on ne pourroit leur ôler le
droit d'appeler leurs maîtres devantl les tribunaux
lorsqu'ils se croiroient lésés. En effet, ils ne sont
point réellement esclaves; ;ils ne sont que des domestiqques engagés à temps.
On régleroit pour eux une forme de mariage,
pour laquelle, pendant le temps de l'engagement,
le consentement du maître seroit nécessaire, si
les deux époux n'étoient pas sur son habitation,
ou que l'un d'eux fat esclave non engagé. La naissance, la mort de chaque Negre seroit constatée
légalement; tout Negre que l'on trouveroit dans
une habitation sans que sa naissance fot constatée,
seroit déclaré libre. Si un Nègre, homme ou
femme, a disparu sans que le maître puisse prouver qu'il a pris la fuite, l'officier public délivrera, à son choix, deux esclaves du même sexe,
entre vingt et trente ans Le maitre sera tenu
(*) Iln'est peut-être pas inutile de répétericique cette
disposition n'est pointinjuste, quand même le maître seroit innocent de la disparition de l'esclave. En effet, --- Page 371 ---
( 559 )
de nourrir les enfans des esclaves engagés à temps,
puisqu'il a profité et qu'il profite encore du travail de leurs parens. Cesenfansdeviendroientlibres
à l'époque de la liberté de leur père, et à celle
de Ja liberté, de leur mère, si le père étoit mort
esclave, ou qu'il fit de la classe des esclaves perpétuels, ou enfin, que l'enfant fàt illégitime.
Ce seroit à l'age de dix-huit ans qu'on accorderoit aux enfans mâles ou femelles des Negres
esclaves perpétuels, le droit d'intenter une action
personnelle contre leur maitre.
Si l'action étoit admise, ils seroient, pendant
la durée de l'action, placés aux dépens du maître
dans un établissement public.
Ily auroit dans chaque colonie ou dans chaque
canton, un officier public chargé spécialement
de défendre les causes des Negres; et le même
officier seroit le tuteur des Négres esclaves, audessousde dix-huit ans, et pourroit poursuivre les
maitres lorsqu'il jugeroit que leur délit ne seroit
point assez puni par l'affranchissement de ces
enfans engagés, et la condamnation à leur payer
des alimens.
Enfin, on formeroit un tarif, fixant le prix
comme on l'a déjà dit, ce n'est pas seulement deux esclaves, mais tous les esclaves, que le législateura le droit,
et même est dans Tobligation d'affranchir.
essousde dix-huit ans, et pourroit poursuivre les
maitres lorsqu'il jugeroit que leur délit ne seroit
point assez puni par l'affranchissement de ces
enfans engagés, et la condamnation à leur payer
des alimens.
Enfin, on formeroit un tarif, fixant le prix
comme on l'a déjà dit, ce n'est pas seulement deux esclaves, mais tous les esclaves, que le législateura le droit,
et même est dans Tobligation d'affranchir. --- Page 372 ---
-
- 560 )
moyen de la valeur d'un Négre, suivant les différens âges, pour les différentes époques d'engagement; et tout Négre qui offriroit, ou pour qui
on offriroit à son maitre la somme fixée par le
tarif, seroit libre du moment où l'offre seroit déposée chez un officier public . cet article auroit
surtout l'avantage de délivrer les Négresses de tout
ce que la débanche et la férocité de Jeurs maîtres
les exposent à souffrir. Lhumanité, ou même
Fincontinence, les auroit bientôt délivrées; car ce
ne scroit point pour les faire changer d'osclavage,
mais seulement pour les affranchir, qu'il seroit
permis de les racheter. Si, après avoir en connoissance du dépôt faitchez l'officier public, un homme
détenoit l'esclave contre sa volonté; s'il retenoit
un esclave au-dessus du terme que la loi a fixé à
T'esclavage; alors, ct dans tous les cas semblables,
lc maître sC seroit rendu coupable du crime de
retenir un homme libre dans Pesclavage, ct devroit
être puni comme pour un vol.
Cette législation n'auroit aucun des inconvéniens qu'on suppose toujours aux changemens
trop brusques, puisque les affranchissemens ne se
fcroient que peu-à-pcu. Elle donncroit à-la-fois
aux colons le temps de changer insensiblenent
leur méthode de cnltiver', de SC procurer les
moyens de faire exploiter leurs terres, soit
des Blancs, soit par des Noirs
par
libres; ct au --- Page 373 ---
(a 561-)
Gouvernement, celui de changer le systéme de la
police et de la législation des colonies.
Il en résulteroit qu'en portant à cinquante ans
leterme dela fécondité des Négresses, età soixantecinq ans celui de la vie des Nègres, il ne resteroit
plus aucun esclave dans les colonies au bout de
soixante-dix ans; que la classe des Nègres esclaves
pour leur vie, finiroit au bout de cinquante; qu'a
cette époque même, celle des Nègres engagés seroit peu nombreuse; qu'enfin, aprés trente-cin
à quarante ans, le*nombre des Nègres esclaves
seroit presque anéanti, et même celui des Nègres
engagés dans l'esclavage pour un temps, réduit
tout au plus au quart du nombre actuel
(") Au reste, on ne peut fixer ces époques que d'après
des connoissances locales et des observations suivies, sur
l'état des Negres aux différens ages et la valeur de leur
travail. Ce qu'on se propose ici, c'est : 1.d'empècher les
crimes des maitres, en n'employant que de simples
vations d'un droit injuste, ou des réparations exigées prid'avance par la justice; 2,0 de les laisser jouir de leurs
Nègres assez long-temps pour les dédommager du prix
que léducation ou l'acquisition a couté.
On sait très-bien que les colons corromproient les
juges et les médecins, si une telle législation devoit être
établie à perpétnité; mais le danger est beaucoupmoindre
quand elle n'est que pour un temps. Au commencement
ils scroient animés de l'esprit dans lequel ils auroient'été
2,0 de les laisser jouir de leurs
Nègres assez long-temps pour les dédommager du prix
que léducation ou l'acquisition a couté.
On sait très-bien que les colons corromproient les
juges et les médecins, si une telle législation devoit être
établie à perpétnité; mais le danger est beaucoupmoindre
quand elle n'est que pour un temps. Au commencement
ils scroient animés de l'esprit dans lequel ils auroient'été --- Page 374 ---
36z )
X.
Sur les Projets pour adoucir PEsclavage
des Negres.
Novs avons proposé les lois qui nous ont paru
les plus sûres pour détruire graduellement l'esclavage, et pour l'adoucir tant qu'il subsistera. On
pourroit imaginer que des lois semblables aux
ehoisis: c'est ce quiarrive à tous les hommes. Je répondrois même que l'on pourroit trouver, pendant un temps
plus long, des médecins intègres, 2 en les choisissant, non
parmiles praticiens médiocres, mais parmiles jeunes gens
ayant la passion des sciences, et qui iroient aux colonies,
moins pour faire fortune. , que pour étudier.
La proposition d'affranchirdeux esclaves quand ils'en
perd un, peut paroitre ridicule; mais on laisse au maitre
la liberté de prouver que l'esclave s'est enfui; rien n'empécheroit d'admettre en sa faveur la déposition des autres
esclaves; et au fond, cette loi, qui n'cstque pour un temps,
se réduit à l'application de ces principes. Pour condamner
à une autre peine le maitre accusé d'avoir fait périr un
esclave, il faut une preuve complète; mais le soupçon
suffit pourl'obliger à un acte auquel la justice rigourense
exigeroit qu'on le forçât, même dans le cas où il seroit
innocent. --- Page 375 ---
( 563 )
dernières seroient capables, non de rendre l'esclavage légitime, mais de le rendre moins
et compatible'; sinon avec la justice, du-moins barbare,
avec Phumanité.
Nous croyons de pareilles précautions
santes pour adoucir
insuffiêtre ntiles
l'esclavage; elles ne penvent
qu'autant qu'elles ne seront établies
que pour un espace de temps limité, et
ne feront
qu'elles
qu'accompagner un système d'affranchissement. Dans les moyens que nous avons employés, la scule peine du maître est la liberté de
F'esclave, ou tout au plus une petite
comme nous l'avons dit, l'une et l'autre pension, et,
gibles dans P'ordre de la justice
sont eximême le maître n'auroit
naturelle, quand
voir. Ce sont des
jamais abusé de son poutort
dédommagemens nécessaires du
qu'il a faità son esclave en le retenant dans
Pesclavage: crime qui n'a pas besoin d'une information pour être constaté. Cette nécessité de
réparer le crime qu'on a commis, est une conséquence du droit naturel, et n'a besoin d'être
donnée d'avance
orde condamner Parancune loi. Ainsi il est juste
celui qui enlève à son semblable
Pasage de la liberté, à
ait été nécessaire de réparer son tort, sans qu'il
Favertir par aucune loi;
s'expose à cette condamnation
qu'il
crime; ou de
en commettant le
prouver qu'il a joint à ce
crime, soit des outrages, soit de
premier
mauvais traite-
droit naturel, et n'a besoin d'être
donnée d'avance
orde condamner Parancune loi. Ainsi il est juste
celui qui enlève à son semblable
Pasage de la liberté, à
ait été nécessaire de réparer son tort, sans qu'il
Favertir par aucune loi;
s'expose à cette condamnation
qu'il
crime; ou de
en commettant le
prouver qu'il a joint à ce
crime, soit des outrages, soit de
premier
mauvais traite- --- Page 376 ---
564 )
mens. Mais pour infliger d'autre peine que cette
réparation, il faut, 1.° qu'elles aient été établies par
une loi expresse, antérieure au crime; 2.0 que
l'action particulière pour laquelle on les inflige
ait été légalement prouvée. Cependant, ces simples
réparations ne seroient pas une peine suffisante
pour arrêter les violences des maîtres. Un homme
qui aura fait donner la question à ses Nègres, qui
les aura fait brûler à petit feu, mérite des punitions
d'un autre ordre : or, pour lui infliger ces punitions, il ne suffit point de les établir par une loi,
il faut que le crime soit prouvé. Seroit-il juste
d'admettre, dans ce cas, le témoignage des Negres
contre lenrs maîtres? Quelques Publicistes pourroient le penser; ils diroient:. Les maitres n'ont
aucun droit d'avoir des esclaves. On consent
qu'ils en ayent à condition que s'ils sont accusés d'un crime contre un de leurs esclaves,
ils pourront étre condamnés par le témoignage
des autres. C'est librement, c'est pour se conserver le droit, si cher d leurs yeux, de violer
tous les droits de la nature, qu'ils s'exposent
a ne plus jouir des précautions que la loi a
prises pour défendre la streté des citoyens.
Qu'ils afranchissent leurs esclaves > qu'ils
soient justes, et la société le sera avec eux.
Nous croyons qu'on peut opposer à ce raisonnement, non-seulement linjustice d'une telle loi, --- Page 377 ---
( - 2 de 565 )
qui suit évidemment des principes
établis page 322, mais
que nous avons
donneroit aux vices des esclaves. Pencouragement qu'elle
si on n'admet
le
D'un autre côté,
pas
témoignage des
toute preuve de délits commis
le Negres,
vient impossible: d'oi il
par maître dethèse d'ane servitude résulte que dans Thypomoyen
durable, il n'y a aucun
juste et légal de pourvoir à la sûreté des
esclaves.
D'ailleurs, toute loi qui tendra à adoucir l'esclavage , tombera en désuétude. Les hommies
chargés de veiller à son exécution, iront-ils
suivre le colon dont ils veulent
pouravec qui ils passent leur
épouser Ja fille,
sérables Negres?.
vie, pour soulager de miobtenir justice A-t-on vu quelque part le pauvre
contre le riche, toutes les fois
n'y a pas plus à gagner à poursuivre le
qu'il
se laisser corrompre?.
riche qu'à
policé le foible obtenir A-t-on vu dans quelqu'Etat
la loi seroit
justice contre le fort? Plus
seroit
sévère contre le maitre, moins elle
exécutée.
Les hommes (s'il peut être permis de Jeur
ner ce nom), les hommes
donT'esclavage des
qui osent assurer que
Negres est nécessaire, ne
guère d'ajouter à leurs
manquent
de lois pour adoucir le ouvrages un petit projet
sort des malheureux
outragent : mais eux -mêmes
qu'ils
ne croient pas à
at
la loi seroit
justice contre le fort? Plus
seroit
sévère contre le maitre, moins elle
exécutée.
Les hommes (s'il peut être permis de Jeur
ner ce nom), les hommes
donT'esclavage des
qui osent assurer que
Negres est nécessaire, ne
guère d'ajouter à leurs
manquent
de lois pour adoucir le ouvrages un petit projet
sort des malheureux
outragent : mais eux -mêmes
qu'ils
ne croient pas à --- Page 378 ---
( 566 )
l'efficacité de ces lois, et ils ajoutent T'hypocrisie
à la barbarie. Ils savent bien que tout cet appareil
ne sauvera pas aux Nègres un seul coup de fouet,
n'augmentera point d'une once leur misérable
nourriture. Mais, colons eux-mémes, ou vendus
aux colons, ils veulent du-moins endormir les
Gouvernemens, arrêter le zèle de ceux des gens
en place dont l'âme ne s'est pas dégradée au point
de regarder comme honnête tout ce qu'il est
d'usage de laisser impuni. Ils semblent craindre,
tant ils font honneur à leur siècle, que les Gouvernemens n'aient pas assez d'indifférence pour
la justice, et que la raison et Phumanité n'aient
trop d'empire.
Les lois mêmes que nous avons proposées,
quelque douces qu'elles soient, ne seroient pas
exécutées si elles étoient perpétuelles, si elles
exigeoient d'autres preuves qu'une simple inspection, ou l'avis d'un médecin. Ce n'est pas au
hasard que nous avons fait dépendre d'un homme
de cct élat, lexécution de cette partie des lois;
c'est dans cette classe seule qu'on peut espérer de
trouver dans les colonies de Phumanité, de la
justice, des principes de morale. Les magistrats,
les employés des différentes Puissances, sont tous
dcs hommes qui vont chercher aux Isles une
fortune à laquelle ils ne peuvent prétendre en --- Page 379 ---
( 567 )
Europe S'ils ne sont pas des intrigans déjà
déshonorés, du-moins ils sont tirés de cette
classe d'hommes avides, remuans et sans moyens,
qui produit les intrigans.
Quelques officiers Français ont apporté dans
les colonies une âme pure; mais plus occupés du
militaire que des lois, faciles à se laisser séduire
par Thypocrisie des colons, révoltés de la corruption des Nègres, quisavent moins cacher leurs
vices, et trop peu philosophes pour sentir que
cette corruption n'est qu'une raison de plus pour
les plaindre, et pour hair leurs tyrans; liés avec
(") Tout homme né sans bien, et qui acquiert une
grande fortnne, est nécessairement un homme avide, peu
délicat surles moyens d'acquérir, quia sacrifiéson
et son repos à son avarice : plus les moyens de s'enrichir plaisir
Jui ont coûté de soins, plus il a été obligé de
d'affaires d'argent, plus il est certain que l'amour s'occuper des richesses est sa passion dominante. Or, les âmes
de cette passion peuvent prendre le masque de attaquées toutes les
vertus, et même du désintéressement; mais elles n'en
ont réellement aucune. Si vous n'avez besoin que d'une
probité commune, on en trouve dans tous les états, daos
toutes les fortunes; mais si vous exigez quelque chose de
plus, ne le cherchez jamais parmiles hommes qui,
passé de l'indigence à une fortune médiocre
ayant leur
état, ne s'y sont pas arrêtés.
pour
Nous ne parlons point ici des hommes qui doivent
l'augmentation de leur fortune à l'économie.
intéressement; mais elles n'en
ont réellement aucune. Si vous n'avez besoin que d'une
probité commune, on en trouve dans tous les états, daos
toutes les fortunes; mais si vous exigez quelque chose de
plus, ne le cherchez jamais parmiles hommes qui,
passé de l'indigence à une fortune médiocre
ayant leur
état, ne s'y sont pas arrêtés.
pour
Nous ne parlons point ici des hommes qui doivent
l'augmentation de leur fortune à l'économie. --- Page 380 ---
568 )
ces tyrans parlesang, par l'intérêt, parlhabitnde,
ils ont, ou cédé au préjugé qui fait croire l'esclavage nécessaire, ou manqué du courage qu'il
faut avoir pour s'occuper des moyens de détruire
la servitude des Nègres. Tel ne craint point la
mort, qui craint de déplaire à ceux dont il est
entouré. Tel brave le canon dans une bataille,
qui n'osera braver des ennemis secrets, accoutumés à se jouer de l'humanité. Siles Prêtres chrétiensétablisdansles) Isles conpiscicatlapdacipes
de leur religion; s'ils avoient le courage de les
suivre dans la pratique, les ministres du saint
Evangile recevroient-ils les colons à la sainte
Cène? Les Prêtres de lEglise romaine les admettroient-ils à FEucharistie? leur donneroientils l'absolution ? Est-ce que les colons, possédant
des esclaves, ne sont pas des pécheurs publics, des
hommes souillés d'un crime public qu'ils renouvellent tous les jours
(*) Quoique ministre d'une autre communion, nous
croyons devoir rendre justice à un moine français, de
l'ordre des Frères Prècheurs. Il n'a point suivi l'exemple
de ses confrères, soit évangélistes, soit romains; et dans
un ouvrage publié, il ya quelques années, surla colonie
de Saint-Domingue, il a eu le courage de présenter un
tableau vrai de l'horrible barbarie exercée contre les
Nègres, et une réfutation des calomnies que leurs maitres
s'occupent d'accréditer contre eux en Europe.
, de
l'ordre des Frères Prècheurs. Il n'a point suivi l'exemple
de ses confrères, soit évangélistes, soit romains; et dans
un ouvrage publié, il ya quelques années, surla colonie
de Saint-Domingue, il a eu le courage de présenter un
tableau vrai de l'horrible barbarie exercée contre les
Nègres, et une réfutation des calomnies que leurs maitres
s'occupent d'accréditer contre eux en Europe. --- Page 381 ---
( : 569 )
Parmi les médecins qui passent la mer, 2 il y en
a un grand nombre qui n'ont été entraînés
par l'envie de voir des choses nouvelles; et sile que
Gouvernement les choisit avec soin, il peut trouver parmi eux de véritables amis de Phumanité, Il
suffiroit ensuite d'avoir dans chaque colonie un
défenseur de la cause des Negres; et alors l'on
pourroit se flatter que les lois en leur faveur seroient exécutdes. Cette dernière condition seroitelle impossible à remplir? et ne trouvéroit-on
pas, dans toute PEurope, une douzaine d'hommes
qui n'aimassent point For, et qui ne craignissent
point le suc de manioc?
D'ailleurs, en supposant que les colons trouvassent des moyens d'éluder, en grande partie,
les lois que nous avons proposées, du-moins la
durée de lesclavage ne peut se prolonger au-delà
de soixante-dix ans. La loi qui permettroit aux
Negres d'acheter leur liberté, et aux hommes
libres de racheter les Negres suivant un tarif; la
loi qui déclareroit libres les Négres à un certain
age; celle qui affranchiroit leurs enfans avec eux ;
toutes ces dispositions ne peuvent être éludées
que par une Prévarication ouverte de la part des
juges; et le crime que commettroit le colon en
retenant des Negres libres, pourroit être prouvé
par des preuves juridiques, sans avoir recours ni
aux témoignages des Noirs, ni aux dépositions,
--- Page 382 ---
: 570 )
plus suspectes encore, des Blancs. Ainsi, du-moins
les maux que les autres dispositions de la loi
n'auront pu empécher 7 auront un terme ; le
nombre des Négres esclaves, et par conséquent
le nombre des crimes, diminueroit chaque année;
etlesloisd'adoucissementnes sausasent-dlleqilune
seule victime, elles auroient encore produit un
grand bien. En un mot, si l'esclavage reste perpétuel, Tappareil d'une législation douce en faveur des Negres, peut produire un bien momentané et foible; mais le mal demeure éternel. Ici,
au contraire, c'est le bien qui sera éternel; et le
défaut d'exécution dans la loi, peut rendre les
progrès du bien plus ou moins lents, mais non
les arrêter.
XI.
De la Culture après la destruction de
PEsclavage.
Ir faut considérer ici séparément) la culture par
les Nègres libres, et la culture par les Blancs
libres. En effel, il X aura nécessairement dans
chaque colonie, pendant les premiers temps >
deux peuples, dont la nourriture, les habitudes
le bien qui sera éternel; et le
défaut d'exécution dans la loi, peut rendre les
progrès du bien plus ou moins lents, mais non
les arrêter.
XI.
De la Culture après la destruction de
PEsclavage.
Ir faut considérer ici séparément) la culture par
les Nègres libres, et la culture par les Blancs
libres. En effel, il X aura nécessairement dans
chaque colonie, pendant les premiers temps >
deux peuples, dont la nourriture, les habitudes --- Page 383 ---
I 571 )
et les moeurs seront différentes. An bout de quelques générations, à-la-vérité, les Noirs, se confondront absolument avec les Blancs, et il
aura plus de différence
n'y
que pour la couleur; le
mélange des races fera ensuite disparoître, à Ia
longue, même cette dernière différence.
Les Negres esclaves tirent en général la plus
forte partie de leur nourriture, de terrains
leur abandonne pour les cultiver. La même qu'on
tité de terrain les nourriroit libres
quanclaves. On fournit, de
comme esplus, au Nègre esclave,
quelqués alimens tirés de dehors, quelques vêtemens, et le terrain où il se construit une chaumière. Il faudroit que le Négre libre pût, sur son
salaire, se procurer un équivalent. Le Negre esclave a coûté à son maître le prix de sa valeur;
le Negre libre ne lui a rien coûté: mais il faut
que son salaire soit suffisant pour entretenir sa
famille. Ces deux objets peuvent se compenser.
En effet, dans Pordre naturel, un homme et une
femme produisent un garçon et une fille; or la
somme que coûte la nourriture d'un garçon et
d'une fille, jusqu'au temps où ils peuvent
leur subsistance par le travail, jointe à ce qu'a gagner
coûter la nourriture des enfans de la même famille pu
qui sont morts en bas âge, doit être égale ou
inférieure à la somme que coûte un Negre ou une
Negresse;s sans quoi, ily auroit plus d'avantage à
24* --- Page 384 ---
( 572 )
acheter des Negres qu'à en élever; ce qui n'est pas.
S'il faut que le Nègre libre gagne de quoi secourir ses parens dans la vicillesse, ou épargner une
ressource pour Ja sienne, il faut que le' maitre
nourrisse le vieux Négre. La culture par des Nègres
libres n'est donc pas nécessairement plus chère
que par des esclaves; elle ne l'est, comme nous
l'avons dit, que parce que le partage du produit
brut se fait, dans l'état de liberté, en vertu d'une
convention libre; et dans Pesclavage, au gré de
l'avarice du maitre: que dans l'état de liberté,
c'est la concurrence réciproque des travailleurs et
des propriétaires, qui fixe le prix des salaires, et
non le calcul que fait l'avidité de l'état de détresse
où l'on peut réduire un homme, sans diminuer
en plus grande proportion la quantité de travail
qu'on peut obtenir de lui à coups de fouet. Mais
il ne faut pas s'imaginer que la différence de prix
entre les deux cultures, soit aussi grande qu'on
le croiroit d'abord.
1.° Les terres abandonnées aux Nègres pour
leur nourriture, sont mal cultivées, et elles le
seroient mieux si elles leur étoient affermées
comme à des colons libres.
2.0 La manière d'exploiter rles terres changeroit
à l'avantage du propriétaire ; il ne seroit plus
obligé de faire valoir par lui-même. Les dépenses
de la fabrique du sucre, les embarras de la vente,
qu'on
le croiroit d'abord.
1.° Les terres abandonnées aux Nègres pour
leur nourriture, sont mal cultivées, et elles le
seroient mieux si elles leur étoient affermées
comme à des colons libres.
2.0 La manière d'exploiter rles terres changeroit
à l'avantage du propriétaire ; il ne seroit plus
obligé de faire valoir par lui-même. Les dépenses
de la fabrique du sucre, les embarras de la vente, --- Page 385 ---
( : 575 )
directement
les avaries nes seroient plus suapportées
lui, mais par des fermiors, des manufacturiers,
par
qui les dépenses de ce genre
des commerçans, pour
considérables, et qui
sont tonjours bien moins
de ce
laisseroient aux propriétaires une partie
gagneroient sur ces objets. Dans ce sysqu'ils
il ya auroit des hommes intème d'exploitation, la culture, la fabrication
téressés à perfectionner
résulteroit du progrès
des denrées; et leprofit qui
produire une
de ces arts, finiroit tonjours par
angmentation de revenu pour le propriétaire.
5. Les habitations seroient partageables; clles
pourroient être affermées ou aliénées par partics;
devenir rle gage des créanleur propriété pourroit seroit à-la-fois un trèsciers; et ce changement familles des colons, et la
grand bien pour les
source d'un meilleu: emploi des terrains.
seroient lents; mais en suivant
Ces avantages
que nous avons
la marche lente d'affranchissement
seroient
proposée, les pertes des propriétaires moindre
aussi successives, et cette perte seroit
afLa plupart des Négres
qu'ils ne Vimaginent. à bon marché, parce que
franchis se loueroient
à autre
la plupart ne pourroient être employés être
chose qu'à la culture, et que tous pouvant y des
ils seroient toujours dans le cas
employés,
dont partout le salaire, par
simples journaliers,
s'élever au-dessus de
cette même raison, ne peut --- Page 386 ---
( 2 574 )
ce qu'exige le simple nécessaire. D'ailleurs, d'après
des calculs qui nous ont été communiqués par
un homme exact, nous avons jugé quela valeur
des Negres employés sur une habitation, est àpeu-près égale au tiers du prix de cette habitation.
Supposons done que l'effet de notre législation
soit de diminuer d'un tiers le revenu du maître:
elle ne le diminuera que de la valeur des Negres;
c'est-à-dire, de la valeur en argent du tort qu'il
leur a fait en les privant de leur liberté. Il-ne
sera donc privé que de ce qu'il a usurpé par un
crime; il n'aura réellement rien perdu; et, par
conséquent, si la perte reste au-dessous du tiers,
le colon aura réellement gagné au changement
d'administration.
Quant à la culture par les Blancs:
1.0 Les colons pourroient établir sur leurs habitations des familles blanches, moyennant des engagemens semblables à ceux qui se font dans les
colonies angloises de PAmérique septentrionale.
2.0 Les Gouvernemens à qui il reste encore, 2
dans les Isles françaises et espagnoles, des terrains
dont ils peuvent disposer. 2 pourroient y établir
des familles de Blancs, en divisant cès térrains en
petites propriétés. Dansles premiers temps,ilseroit
nécessaire, pourl les' travaux surles sucre ou lindigo,
de s'arranger avec un négociant pour l'établissement d'un moulin ou d'une indigoterie publique.
Les Gouvernemens à qui il reste encore, 2
dans les Isles françaises et espagnoles, des terrains
dont ils peuvent disposer. 2 pourroient y établir
des familles de Blancs, en divisant cès térrains en
petites propriétés. Dansles premiers temps,ilseroit
nécessaire, pourl les' travaux surles sucre ou lindigo,
de s'arranger avec un négociant pour l'établissement d'un moulin ou d'une indigoterie publique. --- Page 387 ---
(575 )
5.° En France O11 pourroit
testans d'acquérir des
Permettre aux Prode F'exercice de
habitations, ayec la liberté
leur religion dans
tation ou canton formé de
chaque habiplusieurs
qui occuperoit cent hommes, à la condition habiations,
ces cent hommes, Blancs
que
libres. On
ou Noirs, seroient
mêmnes
pourroit permettre aux Juifs, aux
conditions, d'acquérir des
d'y faire les cérémonies de leur culte. habitations, et
et les Hollandais
Les Anglais
les mêmes
pourroient accorder aux Juifs
avantages. Les Isles à Nègres d'Amérique ou d'Afrique, étant alors le seul
mis à un Gouvernement
pays souavoir
modéré, où un
une vraie propriété
Juifpht
pourroit les
territoriale, cette offre
séduire; la condition de ne cultiver
que par des hommes libres, ne les effrayeroit
parce qu'il se trouve parmi eux un grand nombre pas,
d'individus panvres et laborieux, qu'ils sont naturellement sobres et
pas difficile à des Juifs économes, el qu'il ne seroit
riches, d'établir des
plades sur des terres divisées entre des
peuauxquelles ils avanceroient les
familles,
culture et de
premiers frais de
transport, et avec lesquelles ils partageroient le produit: on pourroit méme,
augmenter la facilité,neles
pour
chaque année, le sixième des olliger qu'à affrauchir,
ou pour un
esclaves, perpétuels
habitation temps, qu'ils trouveroient dans une
déji établie. On entendroit par là le --- Page 388 ---
( 576 )
sixième du nombre des Nègres ou Négresses en
état de travailler, qui se trouveroient la première
année dans Phabitation, chaque famille emmenant
avec elle ses enfans au-dessous de quinze ans; par
ce moyen, Faffranchissement seroit encore trèsprompt, et en-méme-temps on donneroit au propriélaire un grand intérêt de conserver ses Negres,
puisque la totalité des morts seroit en pure perte
pour lui.
A-la-vérité ces derniers moyens ne seroient
point employés par les Espagnols. La position de
PEspagne, l'étendue et la nature de son sol, la
finesse et l'élévation d'esprit, la force et la grandeur d'âme, qualités naturelles à ses habitans, en
auroient dà faire une des premières nations du
globe. Mais quel espoir reste-t-il à ce peuple infortuné, chez qui le restaurateur d'une province
est condamné juridiquement à demander pardon
aux moines du bien qu'il a fait aux hommes; où .
toute vertu publique est dangereuse; où il n'y a
de sûreté que pour ceux qui s'agenouillent devant
un capuchon, à moins qu'ils ne prennent l'emploi
d'espions et de satellites du Saint-Office; où cet
infàme métier ue déshonore plus; où les généraux
d'armées, les commandans des flottes n'osent lire
dans Jeurs tentes ou sur leurs bords, que les livres
qu'il plaît à leur aumônier de leur Jaisser. Qu'espérer pour mne nation réduite à cet état, et sé-
qui s'agenouillent devant
un capuchon, à moins qu'ils ne prennent l'emploi
d'espions et de satellites du Saint-Office; où cet
infàme métier ue déshonore plus; où les généraux
d'armées, les commandans des flottes n'osent lire
dans Jeurs tentes ou sur leurs bords, que les livres
qu'il plaît à leur aumônier de leur Jaisser. Qu'espérer pour mne nation réduite à cet état, et sé- --- Page 389 ---
I 577 )
duite par. les moines au point de conserver
son orgueil, et de ne sentir ni son
encore
ni ses malheurs? Heureusel
avilissement,
entière,
l'Espagne et PEurope
Clade-Quint,amhiar d'écouter la fausse
politique qui lui conseilla de troubler
pour des querelles
T'Europe
lever
là
religieuses, en le flattant d'ésins, eût par sa puissance sur les débris de ses voipris pour guide une raison plus
une politique plus saine: : s'ilr n'eût vu dans éclairée, Lutber
et ses disciples (*) que des réformateurs de l'église, occupés d'en épurerle dogme, d'en
les abus, et d'en arrêter les
corriger
usurpations; des
hommes, en un mot, dont, pour le bonheur des
(") On ne peut nier que les premiers réformateurs
n'ayent conservé, en grande partie,
et persécuteur delEglise Romaine. L'assassinat l'esprit fanatique
de Servet, machiné de sang-froid
juridique
que Bèze en publia, dans le
par Calvin; ; l'apologie
étoit converte d'échafauds temps même o la France
lessupplices
dressés pour lesi Calvinistes;
tous ces crimes préparés en Angleterre aux. Anti-Trinitaires:
mation. Mais il ont déshonoré la naissance de la réforviolent dans
ne faut pas oublier que ce Luther, si
persécuta ses écrits, si emporté dans sa conduite, ne
etla paix; personne; que Mélancton précha la tolérance
que Zwingle, qui mourut en
son pays, eut le courage de s'élever combattant pour
ses sermons contre cet indigue
publiquement dans
nos compatriotes, de vendre leur usage, si ancien parmi
étrangéres.
sang pour des querelles --- Page 390 ---
(5 578 )
peuples, comme pour l'intérêt des Sonverains,
les Nations et les Rois devoient se faire un devoir
de diriger le zèle et de seconder le courage
XII.
Réponse à quelques raisonnemens des
partisans de PEsclavage.
Sr ces réflexions obtiennent lapprobation des
esprits droits, des àmes saines, l'auteur sera plus
que récompensé. Mais il nc peut croire sa tâche
terminée, sans avoir répondu à quelques raisonnemens d'autant plus faits pour séduire ceux qui
ne réfléchissent pas, qu'ils portent avec eux Pair
de la bonhommie, et de cette bonne opinion de
l'espèce humaine, qui est devenue si à la mode,
parce qu'on a trouvé tres-commode de dire que lc
mal n'est pas dans la nature, pour être dispensé de
l'empêcher ou de lc réparer.
Après tout, dit-on, les Negres ne sont pas si
maltraités que l'ont prétendu nos déclamateurs
pliilosophes, ; la perte de la libertén'est rien pour
cux. Au fond, ils sont même plus heureux que
(") M. Schwartz parle ici suivant les sentimens de sa
communion. (Note de l'Editeur.)
qu'on a trouvé tres-commode de dire que lc
mal n'est pas dans la nature, pour être dispensé de
l'empêcher ou de lc réparer.
Après tout, dit-on, les Negres ne sont pas si
maltraités que l'ont prétendu nos déclamateurs
pliilosophes, ; la perte de la libertén'est rien pour
cux. Au fond, ils sont même plus heureux que
(") M. Schwartz parle ici suivant les sentimens de sa
communion. (Note de l'Editeur.) --- Page 391 ---
( 579 )
les paysans libres de PEurope. Enfin, leurs maitres
étant intéressés à les conserver, ils doivent les ménager du-moins comme nous ménageons les
de somme.
bêtes
De ces quatre assertions, aucune n'est vraie.
Les Nègres sont beaucoup plus maltraités
ne le croit en
Europe:jen juge, non par les pear
qu'impriment leurs maîtres, mais par les aveux
qui ileur échappent; ; j'en juge par le
d'hommes respectables,
témoignage
d'horrenr. Je
que ce spectacle a remplis
ne prends pas Findignation
montrent pour de la
qu'ils
ne
crois pas qu'un homme déclamation, doive parce que je
ment d'excès qui révoltent la
parler froidePrincipe
nature. Suivant le
qu'adoptent les partisans de
tout hommeq qui a de Thmmanité,
Tesclavage,
âme forte ou sensible, devient qui posséde une
croyance, et Fon ne doit
indigne de toute
qu'à des hommes
accorder.sa confiance
assez froids et assez vils
qu'on.soit bien str que quelqne horreur pour.
exerce enl leur présence, jamais
qu'on
troublée. Je' crois enfin
lenramen'en sera
horreurs de
ceux qui onti décrit les
Teschaivage des Nègres,
sont exempts d'intérêt,
parce qu'ils
avoir aucun (digpoble parce qu'on n'en peut
pour les malhenrenx
da-moins) à combattre
lc
Noirs. Je rejette au contraire
témoiguage de ceux qui défendent la cause de
l'esclavage, qui proposent de Tadoucir par des --- Page 392 ---
( 580 )
lois, lorsque je vois qu'ils ont ou qu'ils espérent
des emplois par le crédit des colons, qu'ils ont
eux-mémes des esclaves, qu'enfin, ils ont été dans
les Isles ou les protecteurs, ou les complices de,
la tyrannie; et je doute qu'on puisse citer en faveurdelechavage,le témoignage d'aucun homme
tiré d'une autre classe. Malheurà une cause contre
laquelle se sont réunis tous ceuxquin'ont point un
intérêt personnel à la soutenir!
La perte de la liberté est beaucoup pour les
Négres; il n'y a point d'hommes pour qui elle
ne soit un grand malheur. Sans doute un Negre
ne se tuera point, comme Caton, pour n'être
pas obligé d'obéir à César; mais le Négre se tuera,
parce que son maître le sépare malgré lui de la
femme qu'il aime, parce qu'il la force de se livrer
à lui-même, parce qu'à lexemple du vieux Caton,
il la prostitue pour de l'argent Les Negres
(*) Plutarque dit que le vieux Caton défendoit à ses
esclaves mâles tout commerce avec des femmes étrangéres, et qu'il leur: permettoir, moyennant une certaine
taxe, d'avoir des tête-à-tète avec les femmes esclaves de
sa maison; mais il ne dit pas expressément que le produit
de cette taxe fàt pour Caton : ce qui cependant est trèsvraisemblable, vu son excessive avarice.
D'ailleurs, les sage Caton avoit des moeurs trop sévères'
pour établir un mauvais lieu dans sa maison, s'il nelui
en étoit revenu aucun profit.
, et qu'il leur: permettoir, moyennant une certaine
taxe, d'avoir des tête-à-tète avec les femmes esclaves de
sa maison; mais il ne dit pas expressément que le produit
de cette taxe fàt pour Caton : ce qui cependant est trèsvraisemblable, vu son excessive avarice.
D'ailleurs, les sage Caton avoit des moeurs trop sévères'
pour établir un mauvais lieu dans sa maison, s'il nelui
en étoit revenu aucun profit. --- Page 393 ---
(5 581 )
leurs fêtes, leurs danses, leur paresse,
regrettent
"livrer aux
aux habitudes de
la liberté de se
gouts,
leur patrie.
d'une véritable liberté,
Pour qu'un pays jouisse
homme n'y soit soumis qu'ia
il faut que chaque
des cides lois émanées de la volonté générale PÉtat n'ait le
toyens; qu'aucune personne à la dans loi, ni de la yiopouvoir ni de se soustraire
jouisse
chaque citoyen
ler impunément; qu'enfin,
leslui
et
force ne puisse
de ses droits, qu'aucune
armer contre elle la force publique.
enlever, sans
de liberté n'existe pas
L'amour de celte espèce
et à voir la
dans le coeur de tous les hommes;
dans certains pays,
manière dont se conduisent, bien sûr qu'euxceux qui en jonissent, il n'est pas Mais il y a une
mêmes en sentent tout Ie prix.
de sa
celle de disposer librement
autre liberté,
sa nourriture,
personne, de ne pas dépendre pour des caprices
ses godts,
pour ses sentimens, pour
ne sente la
d'un homme : il n'est personne qui horreur de ce
de cette liberté, qui n'ait
perte
genre de servitude.
T'esOn dit qu'on a vu des hommes préférer
à la liberté : je le crois; c'est ainsi qu'on
clavage
à
lon ouvroit la porte de
a vu des Français qui
de languir
la Bastille, aimer mieux y rester que
dans la misère et dans Pabandon. Un paysan
très-dures, d'une
esclave jouit, à des conditions --- Page 394 ---
I - 58s )
maison, d'un champ 5 et cette maison, ce
sont
champ,
à son maître. On lui offre la liberté, c'est-àdire, qu'on lui offre de le mettre hors de chez
lui, de lui ôter le seul moyen de subsister qui
soit en son pouvoir: il est tout simple qu'il préfère l'esclavage. Mais n'est-il pas à-la-fois ridicule
et atroce des soutenirqu'un homme estbien,
qu'il aime mieux vivre misérable que de mourir parce
de faim?
On a osé dire que les Negres sont mieux, non
pas que nos paysans, 2 ou ceux d'Angléterre et
de Hollande, mais que les paysans de France ou
d'Espague. D'abord, quand cela seroit, comme
l'excessive misère de ces paysans seroit Fouvrage
des impôts, des génes, des prohibitions, qu'on
appelle tantôt police, tantôt encouragement des
manufactures, en un mot, des mauvaises lois,
ce raisonnement se réduit à dire : Il y a des
pays oit P'on est parvenu d rendre des hommes
libres plus malheureux que des esclaves : donc
il faut bien se garder de détruire l'esclavage.
D'ailleurs, cette allégation est fausse. Elle a pu
être avancée de bonne foi par des hommes
les misères publiques, dont ils étoient témoins. que
avoient révoltés : elle peutêtrele cri d'indignation 2
d'une âme honnête ; mais jamais on n'a pu la
regardér comme une assertion réfléchie. Dans les
pays dont on parle, il y a sans cesse, a-la-vérité,
se garder de détruire l'esclavage.
D'ailleurs, cette allégation est fausse. Elle a pu
être avancée de bonne foi par des hommes
les misères publiques, dont ils étoient témoins. que
avoient révoltés : elle peutêtrele cri d'indignation 2
d'une âme honnête ; mais jamais on n'a pu la
regardér comme une assertion réfléchie. Dans les
pays dont on parle, il y a sans cesse, a-la-vérité, --- Page 395 ---
- 2 : 583 )
une petite partie du peuple qui se
la misère 5 mais il est forl douteux détruit par
diant soit plus malheureux
qu'un menexcepte les temps de calamités qu'un Negre; etsi on
particuliers, la vie du
ou les malheurs
est moins dure, moins journalier le plus pauyre
Noirs esclaves. Les malheureuse que celle des
corvées seules
mettre quelquefois sune partie du peuple pouvoient de France
an-dessons des Negres. Mais enfin,
paysans.Français seraient
quand les
année aussi malbeureux pendant trentejours par
il
que des
que Tesclavage des
Nagres,s'ensuitNegres ne soit
portable ?. Etsilon a osé
pas insupbrochures, que le
imprimer dans quelques
et taillable de
peuple en France est corvéable
sa nature, en faunt-il conclure
l'esclavage des Negres est
que
Une injustice cesse-t-elle légitime en Amérique?
prouvé qu'elle n'est
de Têtre parce qu'il est
sur la terre ?
pas la seule qui se commette
On a dit encore : le colon, intéressé à
ver ses Negres, les traitera bien,
conserEuropéens traitentbien leurs chevaux. comme les
on' mutile les chevaux
A-la-vérité,
quefois les jumeris à des mâles; on assujétit queltend que quelques colons précautions (qu'on préont adoptées pour leurs
Négresses ); on condamne ces animaux
leur vie ou dans le
à passer
chés à un ratelier; travail, ou tristement attaon leur enfonce des pointes --- Page 396 ---
581-)
de fer dans les flancs, pour lcs exciter à aller plus
vite; on leur déchire la bouche avec un barreau
de fer pour les contenir, parce qu'on a découvert
que cette partie étoit très-sensible; on les oblige,
à coups de fouet, à faire les efforts qu'on exige
d'eux: mais il est sûr qu'à tout cela près, les chevaux sont assez ménagés; à moins encore que la
vanité ou l'intérêt de leur maitre ne le porte à
lcs excéder de fatigue, et que parhumenr ou par
caprice, les palfreniers ne s'amusent à les fouetter.
Nous ne parlons pas de leur viellesse, qui ressembleroit beaucoup à celle des Negres, si, par
bonheur pour les chevaux, leur peau n'étoit bonne
à quelque chose.
a
Tel est l'exemple qu'on propose sériensement,
pour montrer qu'un esclave séra bien traité,
d'après ce principe, que l'intérêt de son maitre
est de le conserver! comme si l'intérêt du maitre
pour l'esclave, ainsi que pour le cheval, n'étoit
pas d'en tirer le plus grand parti possible, et
quiln'y eût pas une balance à établir entre l'intérêt de conserver plus long-temps l'esclave ou
le cheval, et l'intérêt d'en tirer, pendant qu'ils
dureront, un plus grand profit! D'ailleurs, un
homme n'esi pas un cheval, et un homme mis
au régime de captivité du cheval le plus humainement traité, seroit encore trés-malheurens.Les
animaux ne sentent que les coups ou la gêne;
parti possible, et
quiln'y eût pas une balance à établir entre l'intérêt de conserver plus long-temps l'esclave ou
le cheval, et l'intérêt d'en tirer, pendant qu'ils
dureront, un plus grand profit! D'ailleurs, un
homme n'esi pas un cheval, et un homme mis
au régime de captivité du cheval le plus humainement traité, seroit encore trés-malheurens.Les
animaux ne sentent que les coups ou la gêne; --- Page 397 ---
2 585 )
les hommes sentent linjustice et Foutrage. Les
animaux n'ont que des besoins, mais Phomme
est misérable par des privations. Le cheval ne
souffre que de la douleur qu'il ressent; I'homme
est révolté de Pinjustice de celui qui le frappe.
Les animaux ne sont malheureux
moment présent ; le malheur de Phomme que pour le
dans
un instant embrasse toute sa vie. Enfin, un maître
a plus d'humeur contre ses esclaves que contre
ses chevaux, etila plus de choses à déméler avec
eux. Il s'irrite de la fermeté de leur
qu'il appelle insolence ; des raisons qu'ils maintien,
sent à ses caprices, du courage même avec oppo- lequel
ils essuient ses coups et ses tortures : ils peuvent
être ses rivaux, et naturellement ils doivent lui
être préférés.
On m'objectera enfin l'humanité des colons ;
on me dira : Des hommes distingués par leur mérite, honorés de l'estime publique, revêtus des
premières places dans quatre des principales nations de l'Europe, ont des possessions cultivées
par des esclaves, et vous les traitez comme des
criminels qui, chaque jour qu'ils diffèrent de travailler à briser les fers de leurs
Negres, se, souillent
d'un nouveau crime. Je réponds qu'Aristide,
Epaminondas, Caton le jeune, et Marc-Aurèle,
avoient des esclaves. Quiconque a réfléchi sur
Phistoire de la morale, n'a pu s'empécher de
--- Page 398 ---
( 586 )
remarquer que Phonnéteté ne consiste, dans
chaque nation, qu'à ne pas faire, même étant sûr
du secret, ce qui seroit déshonorant s'il étoit
connu du Public. Qu'une action criminelle par
elle-même ne soit pas déshonorante dans l'opinion, on la commet sans remords. Cette morale,
dont on porte la sanction dans le coeur, 2 et
dont la raison éclairée dicte les maximes ; cette
véritable morale de la Nature n'a jamais été,
chez aucun peuple, que le partage de quelques
hommes.
Les Européens propriétaires des colonies, sont
à plaindre d'être conduits par une fausse conscience; et d'autant plus à plaindre, qu'elle auroit dà être ébranlée par les réclamations des défenseurs de l'humanité, et, ce qui est moins excusable, que ce n'est pas contre leurs intérêls, mais
pour leur avantage, que cette fausse conscience
les fait agir
(") Voyez mon Sermon sur la fausse conscience, ,
imprimé à Yverdun, en 1773.
Les préjugés surl'esclavage des Nègres sont encore si
ebracinés dans certaines parties de lEurope, qu'on y a
vu des ministres qui se piquoient d'humanité et de
vertu, recevoir la dédicace d'ouvrages où l'on faisoit
l'apologie de cette coutume barbare. Ily a même des
gens qui sont de si bonne foi sur cet arlicle, qu'un négociant s'avisa de proposer, ily a quelques années, à un
en 1773.
Les préjugés surl'esclavage des Nègres sont encore si
ebracinés dans certaines parties de lEurope, qu'on y a
vu des ministres qui se piquoient d'humanité et de
vertu, recevoir la dédicace d'ouvrages où l'on faisoit
l'apologie de cette coutume barbare. Ily a même des
gens qui sont de si bonne foi sur cet arlicle, qu'un négociant s'avisa de proposer, ily a quelques années, à un --- Page 399 ---
587 )
Quant à Phumanité qu'on suppose aux maîtres
Noirs,
que j'ai connu des Anglais
des
j'avoue
ses lumières et pour ses
ministre révéré en Europe pour vaissean destiné à Ia
vertus, 2 de donner son nom à un
la
du
traite des Nègres. On sent quelle dut être réponse
ministre. j'ai écrit cette note, la mort n'avoit point
Lorsque
au monde entier, le seul
enlevé à la France, à TEurope. 9
existence
homme peut-être dont on ait pu dire que son
dans
à Phumanité. Il avoit embrassé,
étoit nécessaire
des sciences dont dépend
toute son étendue, le système
base à ces
le bonheur des hommes. Il avoit douné pour
dans
nombre de vérités simples, puisées
sciences un petit
des
et susceptibles de
la nature de Thomme ou
choses,
les
rigoureuses. La décision de toutes questions
preuves
d'administration, devede droit public, de législation,
arbitraire de
nécessaire et jamais
aoit une conséquence rien trouvé qui ne pût, qui ne
ces principes; il.n'avoit les lois inflexibles de la justice, ? et il
dit être réglé par
social à des lois générales et
avoit assujéti le système
le système du
rigoureuses, comme celles qui gouvernent
monde.
comme les anciens législateurs,
1l ne cherchoit point,
mais il
à dénaturer Phomme pour le rendre plus grand;
à
le rendre heureux et sage, en lui apprenant
vouloit
à connoitre, à aimer la justice, à
écouter la raison,
si ses vues périssent avec
suivre la nature. Si ses idées,
humain, qui n'a jamais fait de perte plus
lui, le genre
fait de plus irréparable.
grande, n'en anra jamais
subministère très-court, on l'a vu assurerla
Dansun
25*
is il
à dénaturer Phomme pour le rendre plus grand;
à
le rendre heureux et sage, en lui apprenant
vouloit
à connoitre, à aimer la justice, à
écouter la raison,
si ses vues périssent avec
suivre la nature. Si ses idées,
humain, qui n'a jamais fait de perte plus
lui, le genre
fait de plus irréparable.
grande, n'en anra jamais
subministère très-court, on l'a vu assurerla
Dansun
25* --- Page 400 ---
( 588 )
et des Français très-humains; mais ils vivoient
en Europe, et leur humanité étoit d'une foible
sistance du peuple, en rendant la liberté au commerce
des grains; rétablir les possesseurs de terres dans leurs
droits de propriété, en leur reudant celui de disposer
librement des productions de leur sol, et restituer enméme-temps aux hommes qui vivent de leur travail la
libre disposition de leurs bras, de leurindustrie, espèce
de propriété non moins sacrée, dont l'établissement des
corps de métiers et leurs réglemens les avoient privés.
Il a détruit la servitude des corvées, servitude qui place
le peuple dans un état pire que celui des bêtes de somme,
puisqu'aprés tout, on pourrit l'animal qu'on force au
travail. Toutes ces lois, qui auroient suffi pour illustrer
un ministère de vingt ans, ont été l'ouvrage de vingt
mois, et ce n'étoit que les premiers traits du plan le
plus vaste, le mieux combiné qu'aucun législateur ait
jamais conçu pour le bonheur d'une grande nation. Les
moyens de l'exécution auroient été simples, et cette
heureuse révolution se seroit exéculée en peu d'années,
sans exposer la trauquillité publique, sansqu'il en coûtât
rien àl la justice.
Tout ce que la fourberie peut inventer de petites
ruses, fut employé par les ennemis du bien public pour
exciter contre lui des orages. Ils réussirent au-delà de
leurs espérances; et ces orages ne servirent qu'à faire
admirer davantage les talens, le courage et les vertus
du grand homme dont ils craignoient les lumières et
lincorruptible équité.
Il est le seul do tous les hommes d'État qui n'ait eu
rien àl la justice.
Tout ce que la fourberie peut inventer de petites
ruses, fut employé par les ennemis du bien public pour
exciter contre lui des orages. Ils réussirent au-delà de
leurs espérances; et ces orages ne servirent qu'à faire
admirer davantage les talens, le courage et les vertus
du grand homme dont ils craignoient les lumières et
lincorruptible équité.
Il est le seul do tous les hommes d'État qui n'ait eu --- Page 401 ---
a
( 589 )
à de malheureux esclaves, livrés en
ressource à des régisseurs. Les maîtres ressemAmérique
d'autre règle de politique que la justice, d'autre art que
la vérité avec clarté et a vec force , d'antre
de présenter celui de la patric, d'autre passion que
intérêt que
Sil abhorroit cette politique
l'amour du bien public.
la richesse
infâme qui trompe une nation pour augmenter insidieuse qui
ou la puissance du prince, la politique du
tromperoit le prince pour augmenter la liberté peuple, lui
étoit indigne de son caractère. Toute charlataneric
une fourberie moins coupable peut-être que
paroissoit d'autrés, mais plos ridicule et plus honteuse. II
beaucoup
l'amour de la gloire méritât d'être le
ne croyoit pas actions que d'un homme de bien, tant que les
mobile des
éclairés pour n'honorer de
hommes ne seroient pas assez
utile.
cette récompense que ce qui est vraiment
calme
Jamais homme n'a reçu une âme à-la-fois plus
sensible, n'a réuni plus de force à plus debonté;
et plus
les autres, à plus de sévérité
plus d'indulgence plus pour d'empire sur ses passions, à plus
pour lui-mème; plus de prudence ou de réserve, à une
de franchise;
avoit
de
haine plns forle contre tout ce qui
l'apparence
la fausseté et de la dissimulation. Il avoit sacrifié l'espéd'une fortune immense à son respect pourla vérité;
rance
au désir de servir Thumanité;
sa santé et ses goûts,
du-moins pendant sa
enfin, sa placc, sa gloire même, de faire le bien, à la sévérité
vie, et jusqu'à l'espérance
de ses principes.
mais sans prétendre à être
Juste envers ses ennemis,
permis de faire grâce i
généreux, il ne se croyoit point
dissimulation. Il avoit sacrifié l'espéd'une fortune immense à son respect pourla vérité;
rance
au désir de servir Thumanité;
sa santé et ses goûts,
du-moins pendant sa
enfin, sa placc, sa gloire même, de faire le bien, à la sévérité
vie, et jusqu'à l'espérance
de ses principes.
mais sans prétendre à être
Juste envers ses ennemis,
permis de faire grâce i
généreux, il ne se croyoit point --- Page 402 ---
( 5go )
blent à ces Souverains dont le coeur est bon, ,
mais au nom de qui on brule, on brise des hommes vivans, d'un bout de leurs États à lautre,
parce que ces Souverains ne se conduisent pas
un méchant, ou de le ménager, parce qu'il avoit à s'en
plaindre. Toute espèce d'exagération, d'ostentation éloit
étrangère à son caractère. Il avoit ces défauts en horreur,
parce qu'il croyoit y voir p.us de fausseté encore que
d'orgueil. Personne n'a eu des lumières plus étendues,
plus variées; personne n'a eu le courage d'approfondir
plus d'objets différens, n'a remonté plus loin vers les
premiers principes de toutes les connoissances, n'en a
suivi les conséquences avec plus de sagacité et dej justesse.
Il seroit difficile de nommer une question importante
sur laquelle il n'eût une opinion arrêtée, et formée
d'après lui-mème, ou qu'il ne pût résoudre d'après ses
principes. Jamais homine n'a possédé un esprit plus
étendu, 2 plus profond, plus juste, une âme plus douce,
plus pure, plus courageuse. Peut-être a-t-il existé des
hommes d'un aussi grand génie, d'autres aussi vertueux,
aussi grands; ; mais jamais dans aucun la nature humaine
n'a plus approché de la perfection.
Ceux qui, pendant sa vie, l'ont hai à cause du bien
qu'il pouvoit faire; ceux qui, dans le délire de leur orgueil, ont osé être jalonx de lui, pardonneront, à-présent qu'il n'est plus à craindre, le témoignage que rend
à sa mémoire un étranger qu'unissoit avec lni une
sion commune pour le bien de l'humanité, et qui, pas- dans
ses voyages en France, a joui du bonheur de l'entendre
développer ses vues, et montrer son âme toute entiére.
faire; ceux qui, dans le délire de leur orgueil, ont osé être jalonx de lui, pardonneront, à-présent qu'il n'est plus à craindre, le témoignage que rend
à sa mémoire un étranger qu'unissoit avec lni une
sion commune pour le bien de l'humanité, et qui, pas- dans
ses voyages en France, a joui du bonheur de l'entendre
développer ses vues, et montrer son âme toute entiére. --- Page 403 ---
I 5g1 )
leur propre coeur, mais suivant les idées
d'après
établies. Lhumanité de la pluqu'ils ont trouvées borne à
les maux
part des hommes se
plaindre
qu'ils voient ou dont on leur parle, et quelquefois à les soulager ; mais cette humanité qui
cherche sur la terre entière où il existe des malpourles défendre et pour s'élever contre
heureux,
cette humanité n'est pas dans le
leurs tyrans; 3
et c'est la seule cepencoeur de tous les hommes;
esclaves de PAdant qui pourroit être utile aux
de leurs
mérique, s'ils la trouvoient dans un
alors, regardant le bonheur de ses esmaîtres :
devoir dont il est chargé, et
claves comme un liberté et de leurs droits comme
la perte de leur
il voleroit dans son
un tort qu'il doit réparer,
d'un maitre,
babitation y abdiquer la tyrannie Souverain juste
pour ne garder que Pautorité d'un à changer en
et humain; il mettroit sa gloire formeroit des ouhommes ses esclaves ; il en
L'esdes fermiers intelligens.
vriers industrieux,
le désir de rendre l'exispoir d'un gain légitime,
seroient les
tence de sa famille plus heureuse, châtimens emseuls aiguillons du travail. Les
Pavidité, et infligés par le caprice, ne
ployés par
la punition des crimes; puniseroient plus que
choisis parmi les
tion décernée par des juges
avec
Noirs. Les vices des esclaves disparottroiout milieu
du maitre; bientôtil se trouveroit au
ceux --- Page 404 ---
( 5g2 )
d'anuis attachés à lui jusqu'à la passion, fidèles
jusqu'à Phéroisme; ;1 il montreroit par son exemple
que les lerres les plus fertiles ne sont pas celles
dort les cultivateurs sont les plus misérables, et
que le vrai bonheur de Phomme est celui qui ne
s'achète point aux dépens du bonheur de ses
frères. Au bruit des fouets, aux hurlemens des
Negres, succéderoient les sons doux et tendres
de la flàte des bords du Niger. Au-lieu de cette
crainte servile, de ce respect plus humiliant
celui quile reçoit, que révoltant
pour
sont contraints à le
pour ceux qui
de
rendre;au-lien de ce spectacle
servitude, de férocité, de prostitution et de
misère, que sa présence a fait disparoitre, il verroit naître autour de lui la simplicité
mais ingénue, de la vie patriarchale; grossière 2
familles heureuses de travailler
partout des
et de se reposer
ensemble, viendroient frapper ses regards attendris. Le sentiment de Fhonnêteté, l'amour de la
vertu, lamitié, la tendresse maternelle ou filiale,
tous les sentimens doux ou généreux qui viendroient charmer ou embellir l'âme de ces infortunés, ou plutôt leur âme entière, seroient son
ouvrage; et au-lieu d'être riche du malheur de ses
esclaves, il seroit heureux de leur bonheur.
J'ai rencontré quelquefois des maîtres Américains accoutumés à vivre dans les
et il m'a suffi de leur avoir entendu habitations,
parler des
tendresse maternelle ou filiale,
tous les sentimens doux ou généreux qui viendroient charmer ou embellir l'âme de ces infortunés, ou plutôt leur âme entière, seroient son
ouvrage; et au-lieu d'être riche du malheur de ses
esclaves, il seroit heureux de leur bonheur.
J'ai rencontré quelquefois des maîtres Américains accoutumés à vivre dans les
et il m'a suffi de leur avoir entendu habitations,
parler des --- Page 405 ---
( 5g5 )
sentir combien ceux-ci devoient
Nègres, pour
Le mépris avec lequel ils en
être malheureux
les
ils vous diront que les Nè-
(*) Si vous interrogez,
les traite trèsgres sont une canaille abominable ; qu'on
à
bien ; que toutes les atrocités qu'on impute en Europe interleurs maitres sont autant de contes. Mais ne les
gardez-vous surtout de contredire leurs prinrogez pas;
faites-vous la violence de vous taire,
cipes de tyrannie;
alors vous entendrez d'eux
de contraindre votre visage,
ce qu'ils
la vérité; ils vous raconteront, sans y penser,
n'auroient osé vous répondre.
à-la-fois
Nous
ici deux traits qui prouvent
rapporterons; sont éloignés en général de recombien les Européens leurs semblables, et que cepengarder les Noirs comme
honorables pour
dant on peut citer quelques exceptions PUtile échoua sur
l'espèce humaine. En 1691, le vaisseau
officiers
IIsle-de-Sable. M.de La Fargue, capitaine, ses
del Noirs et de Blancs, employèet Téquipage, composé
de chaloupe. Elle
rent six mois aftonstruire une Blancs. espèce Trois cents Noirs,
ne pouvoit contenir que les
à leur départ, et à
hommes ou femmes, consentirent solennelle qu'aussitôt
rester sur l'ile, avec la promesse à TIle-de-France,
après l'arrivée de M. de La Fargue
ramener leurs
les Blancs enverroient un vaisseau pour arriva heureusemalheureux compagnons. La chaloupe
à l'admiment à Madagascar. On demanda un vaisseau chercher les
nistration de Mlsle-de-France, pour aller
couverte
Noirs laissés dans une ilc presqu'eotiérement ni arbres ni
d'eau à chaque marée, ou l'on ne trouve lit qu'unc
plantes, où ces trois cents. Noirsn'avoient pour
ivée de M. de La Fargue
ramener leurs
les Blancs enverroient un vaisseau pour arriva heureusemalheureux compagnons. La chaloupe
à l'admiment à Madagascar. On demanda un vaisseau chercher les
nistration de Mlsle-de-France, pour aller
couverte
Noirs laissés dans une ilc presqu'eotiérement ni arbres ni
d'eau à chaque marée, ou l'on ne trouve lit qu'unc
plantes, où ces trois cents. Noirsn'avoient pour --- Page 406 ---
Sgi )
parlent, est une preuve de la dureté avec laquelle
on les traite. D'ailleurs, les habitations
sont gouterre humide, et pour: nourriture que des coquillages, des
ceufs d'oiseaux de mer, quelques tortues, le poisson et les
oiseaux qu'ils pouvoient prendre à la main. M. Des Forges,
alors gouverneur de Pisle-de-France, refusa
un
d'envoyer
vaisseau, 2 sous prétexte qu'il couroit risque d'être
En 1776, après treize ans de paix, M. le chevalier pris, de
Ternai envoya M. Tromelin, lieutenant de vaisseau sur
la corvette la Sylphide, chercher lesrestes de ces infortunés, abandonnés depnis quinze ans. Il ne paroit pas
que dans l'intervalle on eût fait: aucune tentative sérieuse.
M. Tromelin, arrivé près de lIsle-de-Sable, détacha une
chaloupe commandée par M. Page; elle aborda heureusement, On trouva encore sept Négresses et un enfantné
dans l'ile; les hommes avoient tous péri, soit de misère
et de désespoir, soit en voulant se sauver sur des radeaux
construits avec les restes du vaisseau l'Utle. Ces Négresses s'éloient fait des couvertures avec les plumes des
oiseaux qu'elles avoient pu surprendre. Une de ces couvertures a été présentée à M. de Sartine.
En 1757, N.Noran,cummndatd Favori, reconnut
les iles Adu ; il y envoya, dans un canot, M. Rivière,
officier de son bord, deux Blancs et cinq Noirs. Les courans ayant entrainé le vaisseau hors desa route,M. Moreau se crut obligé d'abandonner son canot. Les huit
hommes laissés sur les iles Adu, prirent le parti de remplir le canotde cocos, et d'essayer de gagner l'Inde. On
attacha au canot un radeau chargé aussi de noix de cocos;
mais au bout de troisjours, la mer étant trop forte, on
ière,
officier de son bord, deux Blancs et cinq Noirs. Les courans ayant entrainé le vaisseau hors desa route,M. Moreau se crut obligé d'abandonner son canot. Les huit
hommes laissés sur les iles Adu, prirent le parti de remplir le canotde cocos, et d'essayer de gagner l'Inde. On
attacha au canot un radeau chargé aussi de noix de cocos;
mais au bout de troisjours, la mer étant trop forte, on --- Page 407 ---
( 5g5 )
vernées par des procureurs, espèce d'hommes
qui vont chercher la fortune hors de FEurope,
ou
que toutes les voies honnêtes d'y trouparce
a
ver de Temploi leur sont fermécs, ou parce que
leur avidité insatiable n'a pu se contenter d'une
fortune bornée. C'est donc à la lie des nations
déjà très-corrompues, que les Nègres sont abandonnés. Souvent les Negres sont mis à la torture
en présence des femmes et des filles des colons,
qui assistent paisiblement à ce spectacle, pour se
former dans l'art de faire valoir les habitations.
D'autres Nègres ont été les victimes de la férocité
fut obligé de l'abandonner. Alors, comme la provision
ne pouvoit pas suffire pour les huit hommes, les Blancs
proposèrent à M. Rivière de jeter les Noirs à la mer. Il
rejeta cette proposition avec horreur ; dit que le malheur
les avoit rendus tous égaux; que les cocos seroient distribués également entre tous, et qu'ils périroient ou se
sauveroient ensemble. Il n'y avoit que pour treize jours
de vivres: la traversée fut de vingt-huit. Ils arrivèrent
enfin prés de Calicut, à l'embouchure d'une rivière,
mourans de faim et de fatigue. Leur canot se remplt
d'eau en passant la barre; mais tous furent sauvés.
M. Rivière reprit bientôt ses forces et sa santé, et continua de servir. Lorsque, plusienrs années après, on lui
faisoit des questions sur cette aventure, 3 et sur le capitaine qui l'avoit abandonné : J'ai fait voeu 1 dans mon
malheur, répondoit-il, de ne parler de lui ni en bien ni
en mal. --- Page 408 ---
( 596 )
del leurs maitres; plus d'une fois on en a fait bràler
dans des fours; et ces crimes, qui méritoient la
mort, sont tous demeurés impunis; et il n'y a
pas eu, depuis plus d'un siècle, un seul exemple
d'un supplice infligé à un colon pour avoir assassiné son esclave. On pourroit dire que ces crimes,
cachés dans l'intérieur des
habitations, ne pouvoient étre prouvés; mais les Blancs se permettent
de tuer les Négres marrons comme on tue des
bêtes fauves. Ce crime se commet au-dehors, il
est public, et il reste impuni; et non-seulement
jamais une seule fois la tête d'un de ces monstres
n'est tombée sous le fer de la loi, mais ces actions
infàmes ne les déshonorent point entre eux; ils
osent les avouer, ils s'en vantent, et ils reviennent
tranquillement en Europe parler d'humanité
d'honneur et de vertu. Il peut y avoir eu quel- 5
quefois des maîtres humains en Amérique; mais
parce que Cicéron, dans l'ancienne Rome, traitoit ses esclaves avec humanité, ne devons-nous
plus détester la barbarie des Romains envers leurs
esclaves? Et quand nous savons qu'il existe des
milliers d'infortunés livrés à des hommes vils et
méchans, qui peuvent impunément leur faire tout
souffrir, jusqu'à la torture ou à la mort, qu'avonsnous besoin de connoitre les détails des habitations, pour savoir tout ce que ces infortunés
éprouvent d'outrages, pour avoir droit de nous
esclaves avec humanité, ne devons-nous
plus détester la barbarie des Romains envers leurs
esclaves? Et quand nous savons qu'il existe des
milliers d'infortunés livrés à des hommes vils et
méchans, qui peuvent impunément leur faire tout
souffrir, jusqu'à la torture ou à la mort, qu'avonsnous besoin de connoitre les détails des habitations, pour savoir tout ce que ces infortunés
éprouvent d'outrages, pour avoir droit de nous --- Page 409 ---
(597 )
élever contre leurs tyrans, et pour être
de plaindre les colons, quand même dispensés
sement entraîneroit leur ruine absolue Faffranchispourle Negre de la liberté, de la
? Ilsagit
pour l'Européen
de
vie; il ne s'agit
et c'est le sang de Finnocent que
quelques tonnes d'or;
lance avec Pavarice
que l'on met en badu coupable! Doux
gistes de Pesclavage des Noirs,
apolopour un instant aux
supposez-vous
galères, et que vous
soyez injustement; supposez ensuite
y
bien m'ait été donné;
que votre
sij'allois
que penseriez-vous de moi,
mettre en principe que vous devez rester
toujours à la chaîne,
ne
qu'on peut vous en faire quoiqu'innocens, sortir
parce
Voilà cependant le beau
sans me ruiner?
quel, dans VOS mémoires raisonnement avec lebattez les intentions
clandestins, vous combienfaisantes des Rois et des
Ministres; vous surprenez, dans les
où
presse n'est point libre, des
pays
la
vOs principes
défenses de combattre
moins,
criminels; et certes, en cela duvous vous êtes rendu justice.
C'est surtout pour ces pays, où la vérité
captive, que j'ai écrit cet
est
écrit dans une langue
ouvrage; et je Pai
que les ouvrages des étrangère pour moi, mais
poètes et des
français ont rendue la langue de
philosophes
protection accordée à l'avarice PEurope. Celte
qui est en
contre les Nègres,
Angleterre et en Hollande l'eflet de --- Page 410 ---
5g8 )
Ja corruption générale de ces nations, n'a pour
cause, en Espague et en France, que les préjugés
du public, et la surprise faite aux Gouvernemens,
que l'on trompe également, et sur la nécessité de
T'esclavage, et sur la prélendue importance politique des colonies à sucre. Un écrit fait par un
étranger peut surtout être utile pour la France;
il ne sera pas si facile d'en détruire l'effet d'un
seul mot, en disant qu'il est l'ouvrage d'un philosophe. Ce nom 2 si respectable ailleurs, est
devenu une injure dans cette nation; et de combien de choses aussi n'y accuse-t-on pas les philosophes? Si quelques écrivains se sont élevés
contre l'esclavage des Negres, ce sont des philosophes, a-t-on dit; et on a cru leur avoir répondu.
A-t-on proposé d'abolir Tusage dégoûtant et
meurtrier de paver de morts l'intérieur des églises,
d'entasser les cadâvres au milieu des villes : ces
idées viennent des philosophes. Quelques
personnes se sont-elles soustraites, par Tinoculation,
aux dangers de Ja petite vérole? c'est par l'avis
des philosophes. Ce sont les philosophes qui ont
fait supprimer les fêtes, les Célestins et les Jésuites, et qui ont assayé de répandre l'opinion
absurde, que le monde pourroit subsister quand
même il n'y auroit plus de moines. Si un historien parle avec indiguation des massacres des Albigeois ou de la Saint-Barthélemi, des assassinats
-elles soustraites, par Tinoculation,
aux dangers de Ja petite vérole? c'est par l'avis
des philosophes. Ce sont les philosophes qui ont
fait supprimer les fêtes, les Célestins et les Jésuites, et qui ont assayé de répandre l'opinion
absurde, que le monde pourroit subsister quand
même il n'y auroit plus de moines. Si un historien parle avec indiguation des massacres des Albigeois ou de la Saint-Barthélemi, des assassinats --- Page 411 ---
( 599 )
de PInquisition , des docteurs qui déclarèrent
Henri IV déchu du trône, et qui aiguisérent
contre lui tant de poignards; sur-le-champ on
dénonce cet historien comme un philosophe ennemi du trône et de Vautel. Si on a supprimé
depuis peu lusage de briser les OS des accusés entre
les planches, pour les engager à dire la vérité,
c'est que les philosophes ont déclamé contre la
question, et c'est malgré les philosophes que la
France a eu le bonheur de sauver un débris des
anciennes lois, et de conserver lhabitude précieuse d'appliquer à la torture les criminels condamnés. Ce sont des philosophes qui ont voulu
abolir les corvées, et c'est encore leur faute si,
malgré le rétablissement de cette méthode, elle
s'éteint peu-à-peu. A peine, en substituant un
impôt aux corvées, a-t-on pu sauver de leurs
mains destructives le juste et antique usage de
n'en faire tomber le poids que sur les rôturiers.
Qui est-ce qui ose se plaindre en France de la
barbarie des lois criminelles, de la cruauté avec
laquelle les protestans français sont privés des
droits de Thomme et du citoyen de la dureté
(") L'état civil a été rendu en France aux Protestans,
en 1788, par un édit, malgré plusieurs remontrances
très-éloquentes. La question des criminels condamnés a
été abolie la même année, par une loi enregistrée en
lit-de-justice, de T'exprès commandement du Roi. --- Page 412 ---
( 400 )
et de l'injustice des lois sur la contrebande et sur
la chasse? ce sont les philosophes. Qui a pu avoir
la coupable hardiesse de prétendre qu'il seroit
utile au peuple et conforme à la justice, de rendre
la liberté au commerce et à l'industrie ? Quels
sont ceux qui ont réclamé, pour chaque propriétaire, le droit illimité de disposer de sa denrée;
pour chaque homme, le droit illimité de disposer
de ses forces? on voit bien que ce sont sûrement
les philosophes. Et si quelques personnes ont
poussé la scélératesse jusqu'à dire à l'oreille que le
Roi, en rendant la liberté aux serfs du domaine
public, devoit comprendre dans ce nombre les
serfs du clergé, et qu'il en avoit le droit, ces
blasphémes ne sortent-ils pas nécessairement de la
bouche d'un philosophe? Voilà ce que j'ai entendu dire à plusieurs gens en habit noir, dans plusieurs anti-chambres, pendant le dernier séjour
que j'ai fait en France. En vérité, il faut que ceux
qui s'accordent à attribuer aux Philosophes de
pareilles atrocités, se soient formé de la philosophie une idée bien abominable.
ce nombre les
serfs du clergé, et qu'il en avoit le droit, ces
blasphémes ne sortent-ils pas nécessairement de la
bouche d'un philosophe? Voilà ce que j'ai entendu dire à plusieurs gens en habit noir, dans plusieurs anti-chambres, pendant le dernier séjour
que j'ai fait en France. En vérité, il faut que ceux
qui s'accordent à attribuer aux Philosophes de
pareilles atrocités, se soient formé de la philosophie une idée bien abominable. --- Page 413 ---
( 401 )
POST-SCRIPTUM.
Ir ne sera peut-être pas inutile de présenter ici
un tableau de la législation des Etats-Unis, relativement à la servitude des Noirs.
Malgré la protection accordée à l'esclavage
par le Gonvernement d'Angleterre, jamais PEtat
de Massachusett nela autorisé; tout Esclave introduit dans cet Etat a obtenu sa liberté dès qu'il
l'a réclamée.
Depuis la révolution, tous les Etats, à Pexception des deux Carolines et de la Géorgie, ont
défendu limportation de nouveaux Esclaves.
La Caroline méridionale a fait la même défense pour trois ans seulement.
La Pensylvanie a de plus fait une loi pour déclarer libres tous les Negres qui naîtront après la
promulgation de cette loi.
La constitution pour régler la forme et le
pouvoir du Congrès, présentée aux Elats par la
convention formée à Philadelphie en 1787, porte
que le Congrès ne défendra point limportation
--- Page 414 ---
(4 402 )
des Esclaves avant l'année 1808; mais
qu'il pourra Passujétir à un droit d'entrée, pouryu que ce
droit n'excède pas dix piastres par tête
Ainsi, tout annonce que la traite et le commerce des Negres ne tarderont pas à éprouver une
proscription unanime. L'esclavage ne peut durer
en Pensylvanie que jusqu'a la mort des individus
nés après la loi. Dans les huit Etats du nord, oùt
il n'y a qu'un petit nombre de Négres, on doit
espérer une loi semblable, ou même un affranchissement plus prompt.
Il ne reste plus que quatre Etats; mais en Virginie les hommes les plus éclairés s'occupent
avec ardeur et avec constance, des moyens de
préparer un affranchissement graduel. L'esclavage
est regardé universellement dans les treize Etats
comme un crime de lèse-humanité, comme une
(") Iln'est pas inutile de remarquer ici que, dans ce
projet de constitution, on s'est servi du mot personnes
pour désigner les esclaves. ( L'horreur que les rédacteurs
>> de ce projet ont pour un état si contraire au droit
> naturel, les a empêchés de faire usage même du terme
> usité >. Telles sont les expressions de l'auteur des
Recherches historiques et politiques sur les Etats-Unis,
ouvrage qui le premier a donné à FEurope des idées
exactes sur ces gouvernemens, et ou les droits de la raison
et les intérêts de Phumanité sont défendus sans exagéralion comme sans foiblesse.
que les rédacteurs
>> de ce projet ont pour un état si contraire au droit
> naturel, les a empêchés de faire usage même du terme
> usité >. Telles sont les expressions de l'auteur des
Recherches historiques et politiques sur les Etats-Unis,
ouvrage qui le premier a donné à FEurope des idées
exactes sur ces gouvernemens, et ou les droits de la raison
et les intérêts de Phumanité sont défendus sans exagéralion comme sans foiblesse. --- Page 415 ---
( 405 )
tache à la gloire des amis de la liberté,
est difficile
Or, il
qu'avec cette opinion, l'intérêt
culier des propriétaires d'Esclaves
partitemps P'emporter dans
puisse Jongun pays où la presse est
libre, et où toutes les mesures de Fautorité
blique, toutes les délibérations du
putif, et même toutes les
corps législafaites, tous les avis propositions qui y sont
nécessairement
qui y sont ouverts, sont
publics.
Nous ajouterons qu'en
il s'est
mé une société
Angleterre
forpour labolition de la traite et de
l'esclavage des Négres: cette société, qui
parmi ses souscripteurs des membres des compte deux
Chambres, et même des Ministres, finira
remplir tôt ou tard son objet. Il est
par
que des bills dictés par Phumanité imposible
avoués par la raison et la saine
et la justice,
nissent par entraîner le voeu des politique, deux
ne fiA-la-vérité, dansles premiers débats Chambres.
TEurope a vu avec
sur cet objet,
indignation des Pairs de la
Grande-Bretagne s'avilir jusqu'à se rendre les
tecteurs des marchands
progistes de leur infàme d'Esclaves, et les apolognité de Lord et la fortune brigandage, quoique la dihéréditaire qui l'acliaison compagne, semblassent exclure toute
de
entre deux classes si différentes. espèce
La France a suivi Pexemple de
et il existe à Paris une société dont PAngleterre;
l'objet unique
26* --- Page 416 ---
- 404 )
est, de chercher les moyens de procurer l'abolition de la traite et de lesclavage des Nègres.
Jusqu'ici elle a eu peu d'activité; mais le monent.
oû elle s'est formée est favorable: jamais Je Gouvernement n'a montré un esprit d'humanité plus
éclairé, plus suivi, ni plus de respect pour les
droits des classes inférieures de la société. ( Note
de P'Editeur). --- Page 417 ---
AU CORPS ELECTORAL,
CONTRE
LESCLAVAGE DES NOIRS. --- Page 418 ---
a --- Page 419 ---
AU CORPS ELECTORAL,
CONTRE
LESCLAVAGE DES NOIRS.
A Tinstant même où PAmérique achevoit de
briser ses fers, les amis généreux de la liberté sen:
tirentquilsa aviliroientleur cause,sils antorisoient,
par des lois, la servitude des Noirs. Un homme
libre qui a des esclaves; ou qui approuve que ses
concitoyens en aient, s'avoue coupable d'une injustice, ou est forcé d'ériger en principe, que la
liberté est un avantage saisi par la force, et non
un droit donné par la nature. Aussi, T'abolition
de T'esclavage des Néyres fnt-elle regardéc par les
différens Etats-Unis, et par le sénat commun qui
Jes représente, non-seulement comme une opération quela saine politique conseilloit, mais comme
un acte de justice prescrit par Phonneur autant
par Phumanité. En effet, comment oser. 2
que
réclamer ces déclarations des droits,
sans rougir ,
inviolables de la liberté, de la sûreté
ces remparts
d'en
des citoyens, si chaque jour on se permet
fnt-elle regardéc par les
différens Etats-Unis, et par le sénat commun qui
Jes représente, non-seulement comme une opération quela saine politique conseilloit, mais comme
un acte de justice prescrit par Phonneur autant
par Phumanité. En effet, comment oser. 2
que
réclamer ces déclarations des droits,
sans rougir ,
inviolables de la liberté, de la sûreté
ces remparts
d'en
des citoyens, si chaque jour on se permet --- Page 420 ---
( 408 )
violer soi-même les articles les plus sacrés ? Comment oser prononcer le nom de droits; si, en
prouvant par sa conduite qu'on ne les regarde
pas comme les mêmes pour tous les hommes,
on les rabaisse à n'être plus que les conditions
arbitraires d'une convention mutuelle?
La nation française, occupée aujourdhui dese
rétablir dans ceux dont elleavoit négligé de réclamer la jouissance ou Fexercice, partagera, sans
doute, la géncrosité d'un peuple dont elle a défendu la cause, à qui elle doit pent-être une partie de ses Inmières actuelles, et dont, malgré la
différence des circonstances, des obstacles et du
but; il est tant à désirer qu'elle sache imiter la
froide et courageuse sagesse. Comment pourroitelle réclamer contre des abus que le temps a
consacrés, que des formes légales onts sanctionnés,
et leur opposer les droits naturels et imprescriptibles de Thommè, et l'autorité de la raison,sielle
approuvoit, méme par son silence, un abus aussi
évidemment contraire à la raison etau droit naturel que la servitude des Nègres?
La société des amis des Noirs OSc donc espérer
que la nation regardera la traite et l'esclavage des
Noirs comme un des maux dont elle doit décider
et préparer la destruction; et elle croit pouvoir
s'adresser avec confiance aux citoyens assemblés,
pour choisir leurs représentans, et leur dénoncer --- Page 421 ---
(4 409 )
crimes de la force, autorisés parles lois et proces
Nous savons qu'il est des
tégés par. les préjugés.
liées
injustices qu'un jour ne peut réparer, qui,
l'intérêt politique ou paroissant l'être, ne
avec
être détruites qu'avec les précautions
peuvent
assurer le bien, et ne point le
nécessaires pour
demandons
faire trop acheter, aussi nous ne vous
de ces
point de voter la destruction actuelle
maux.
seulement aujourdhni
Nous vous conjurons
les souffrances de
de tourner vOs regards sur
mille
livrés à Pesclavage par
quatre cent
hommes,
avecleur
Ja tralison ou la violence ; condamnés,
famille, des travaux sans espérance comme sans
exposés à la rigueur arbitraire de leurs
relâche,
de tous les droits de la nature et
maitres, privés
des animaux
de la société, et réduits à la condition
domestiques, puisquils n'ont, comme eux, que
de leur vie et de leur bonl'intérêt pour garant
heur.
à vOS piedsl la cause de vingt nations
Nousportons millions d'hommes, dont la liberté,
et de plusieurs
les vertus sont sacrifiées depuis
la paix, les mceurs,
deux siècles à des intérêts de commerce peut-être
mal calculés.
d'insérer dans vos cahiers
Nous vous conjurons
qui charge vOS députés
une commission spéciale,
Pexamen des
de demander aux états-généraux
de leur vie et de leur bonl'intérêt pour garant
heur.
à vOS piedsl la cause de vingt nations
Nousportons millions d'hommes, dont la liberté,
et de plusieurs
les vertus sont sacrifiées depuis
la paix, les mceurs,
deux siècles à des intérêts de commerce peut-être
mal calculés.
d'insérer dans vos cahiers
Nous vous conjurons
qui charge vOS députés
une commission spéciale,
Pexamen des
de demander aux états-généraux --- Page 422 ---
(410)
moyens de détruire Ia traite, et de préparer la
destruction de Fesclavage; caril seroit trop déshonorant pour l'espèce humaine de penser que de
tels abus puissent être nécessaires à l'existence
politique, à la prospérité d'un grand Etat, que le
bien-êtrede vingt-quatre millions de Français doit
être nécessairement acheté par le malheur et l'esclavage de quatre cent mille Africains, et que la
nature n'eût ouvert aux hommes que des sources
de bonheur empoisonnées par les larmes et souillées du sang de leurs semblables.
Et il doit aussi nous être permis de désirer,
pour la France, Phonneurde donner aux nations
un exemple, que bientôt leur intérêt même les
forcera-d'imiter.
On vous dira peut-étre que cette cause vous est
étrangère; commes si rien de ce que réclamentThumanité et la justice pouvoit Têtreà des âmes nobles
et sensibles!
Mais on vous tromperoit. Qu'oppose-t-on à
ceux qui parlent d'adoucir le sort des Noirs? La
nécessité, l'intérêt politique et Fusage. Etn'est-ce
pas aussi la nécessité, l'intérêt politique et l'usage
qu'on vous a opposés, lorsque vous avez demandé
justice pour vous-mémes? Votre intérêt le plus
cher n'est-il pas de soutenir qu'aucun usage, aucun titre, ne peuvent prescrire contre les droits
fondés sur la pature même? Et si vous pouviez --- Page 423 ---
( 41r)
arrêter les yeux sur les livres dans lesquels l'on ose
encore, ou faire lapologie de l'esclavage, ou exagérer la difficulté de le détruire, vous verriez que
les principes et les aveux qu'ils contienment,justifient également tous les genres de tyrannic, tous
les outrages aux droits de Thumanité.
D'ailleurs nous ne nous bornons pas à dire que
l'esclavage estinjuste, que la traite est une source
de crimes; mais nous demandons que vous daigniez
examiner si, dans cette question, comme dans
beaucoup d'autres, la saine politique ne s'accorde
avec la justice; si l'intérêt pécuniaire de la
pas
de
nation ne sollicite pas un changement
principe
et de régime aussi puissammient que l'intérêt de
Thumanité; si, enfin, pour la destruction de la
traite, cet intérêt pécuniaire ou politique n'exige
pas des mesures promptes et efficaces qu'il seroit
imprudent de retarder.
On nous accuse d'ètre les ennemis des colons,
nous le sommes seulement de Pinjustice ; nous ne
prétendons point qu'on attaque leur propriété :
mais nous disons qu'un homme ne peut, à aucun
titre, devenir la propriété d'un autre homme;
nous ne voulons pas détruire leurs richesses, nous
voudrions seulement en épurer la source, et les
rendre innocentcs et légitimes. Enfin, la voix que
nous élevons anjourd'hui, enfaveur des Noirs, est
nous accuse d'ètre les ennemis des colons,
nous le sommes seulement de Pinjustice ; nous ne
prétendons point qu'on attaque leur propriété :
mais nous disons qu'un homme ne peut, à aucun
titre, devenir la propriété d'un autre homme;
nous ne voulons pas détruire leurs richesses, nous
voudrions seulement en épurer la source, et les
rendre innocentcs et légitimes. Enfin, la voix que
nous élevons anjourd'hui, enfaveur des Noirs, est --- Page 424 ---
(412 )
aussi celledeplusieurs d'entr'éux, qui ont été assez
généreux pour s'associer à nos trayaux, et pour
concourir à nos vues. --- Page 425 ---
SUR CADMISSION
DES DEPUTES DES PLANTEURS
DE SAINT-DOMINGUE
DANS LASSEMBLÉE NATIONALE. --- Page 426 --- --- Page 427 ---
SUR LADMISSION
DES DEPUTÉS DES PLANTEURS
DE SAINT-DOMINGUE
DANS L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
Profession de foi du Profession de foi d'un
député d'une nation
planteur.
libre.
I.
I.
Lalibertéest un droit
La liberté n'est pas
que tout homme tient un droit que les homde la nature, et dont la mes tiennent de la nasociété ne peut légitime- ture; ct la société peut
ment priver à perpé- légitinement réduire
tuité aucnn individu, deshommes à l'esclavas'il n'est convaincu d'un ge, pourvu qu'il en recrime contre lequel vienne du profit à quelcette peine ait été pro- ques-uns de ses memnoncée.
bres. --- Page 428 ---
( 416)
II.
II.
Toute atteinte por- - L'intérêt pécuniaire,
tée à un des droits na- s'il est un peu considéturels des hommes est rable, peut légitimer
un crime que l'intérêt toutés les atteintes porpécuniaire de ceux qui tées aux droits des homPont commis ne peut mes, les traitemens barcxcuser.
bares et même le meurtre.
III.
III.
Lapropriété doit être
La société a le droit
sacrée, et la société n'a de forcer une classe
pas le droit des'empa- d'hommes à travailler
rer arbitrairement de pourleprofitd'uneastre
celle d'aucun individu. classe.
IV.
IV.
Un homme ne peut
Un homme peut étre
être la propriété d'un la propriété d'un autre
autre homme, et, par homme, et, par conséconséquent, le despo- quent, le despotisme
tisme asiatique est con- asiatique n'est contraire
traire à la raison et à la nià la raison, ni à la jusjustice.
tice.
V.
V.
Tous les citoyensdoiLa loi peut tolérer,
profitd'uneastre
celle d'aucun individu. classe.
IV.
IV.
Un homme ne peut
Un homme peut étre
être la propriété d'un la propriété d'un autre
autre homme, et, par homme, et, par conséconséquent, le despo- quent, le despotisme
tisme asiatique est con- asiatique n'est contraire
traire à la raison et à la nià la raison, ni à la jusjustice.
tice.
V.
V.
Tous les citoyensdoiLa loi peut tolérer, --- Page 429 ---
( 417)
sou- dans une classe de cir
vent être également
les violences et
mis aux lois et protégés toyens,
les crimes qu'elle punit
par elles.
dans une
avec sévérité
autre.
VI.
VI.
Toutl homme est obliOn n'est obligé d'être
que la
gé de conformer sa con- juste qu'antant d'accord avec
duite à la justice, même justice est
et il est
contre son intérêt; et il notre intérêt; sacrifier
seroit infàme de vendre très-permis de
la liberté des autres la Hibertédesautreslhom
hommes pour une som- mes à sa fortune.
me d'argent.
Il suffit de comparer ces denx professions de
sur Padmission des députés
foi, pour prononcer On seroit tenté plutôt de désirer une
des colonies.
de Passemblée nationale
loi qui exclàt à l'avenir
ou se troutout homme qui, ayant des esclaves,
est
vant le mari d'une femme qui en possède,
intéressé à soutenir des principes contraires aux
naturels des hommes, seul but de toute
droits
association politique.
des ÉtatsCette loi fat proposée au congrès États oût
Unis; mais la crainte d'aliéner quelques
d'esclaves sont le plus grand
les propriétaires
--- Page 430 ---
(418) )
nombre, empêcha de la sanctionner. Le même
motifn'a pas lieu ici. Nos planteurs ne sont qu'une
très-petite partie de la nation, et cette exclusion
auroit l'avantage de dégoûter de ce genre de
propriétés les hommes que leur naissance, leur
état devroient éloiguer d'une source de richesses
souillée de sang ct de larmes, alimentée par des
crimes qui révoltent l'houneur autant que la
nature.
Mais si une telle loi est contraire aux droits
des citoyens, qui ne doivent pas être gênés dans
le choix de leurs représentans, qui doivent être
libres de choisir un planteur, dès qu'ils croient
que son intérêt et son honneur suffiront pour
qu'il ne rejette, pour les Blancs en Europe, les
principes qu'iladopte pour les Noirsen Amérique;
du-moins est-il constant que toute classed'hommes,
professant nécessairement des principes contraires
au droit naturel, doit être privée de l'exercice du
droit de cité.
Dans le premier cas, les électeurs reconnoissant
eux-mêmes les principes du droit naturel, chargeant tel individu qu'il leur plait de voter suivant
ces principes, s'ils le choisissent, quoiqu'il en professe d'autres publiquement, c'est sans doute dans
la persuasion qu'il agira suivant leurs principes, et
non d'après les siens. Maisici ce sont Jes électeurs
eux-mêmes qui, se déclarant ennemis des droits
l'exercice du
droit de cité.
Dans le premier cas, les électeurs reconnoissant
eux-mêmes les principes du droit naturel, chargeant tel individu qu'il leur plait de voter suivant
ces principes, s'ils le choisissent, quoiqu'il en professe d'autres publiquement, c'est sans doute dans
la persuasion qu'il agira suivant leurs principes, et
non d'après les siens. Maisici ce sont Jes électeurs
eux-mêmes qui, se déclarant ennemis des droits --- Page 431 ---
(419 )
des hommes, ne peuvent être présumés devoir
choisir des hommes déterminés à les défendre.
1 La demande des planteurs renferme de plus
des prétentions injustes, qui ne permettent pas de
Padmettre. D'abord, il est absurde que ces plauleurs esclaves,
teurs croient pouvoir représenter
le nombre de leurs
et veuillent proportionner
députés à celui de ces esclaves. On ne représente que ceux par qui on a été choisi; on ne receux avec qui lon a des intérêts
présente que
admettre Pidée scancommuns : et qui pourroit
daleuse de représenter ceux qu'on opprime ; ceux
la violence on a privés de leurs droits; ;
que par
la nation de rendre
ceux à qui on veut empécher
justice ? Les représentans de Saint-Domingne ne
devroient donc représenter que des Blancs. On ne
pourroit leur accorder plus d'un ou de deux dépu
tés, au-lieu de vingt-un, sans se rendre conpable
la richesse,qui déshod'une condescendance pour
noreroit la nation.
Mais de plus, est-il juste d'admettre comme représentans d'un pays des députés qui n'ont étéélns
une partie des citoyens de ce pays? Or,
que par libres n'ont pas été appelés à Télection
les Noirs
de les
des députés, les planteurs ne proposent pas
donc, les députés des colonies ne
convoquer;
ne sont pas les
peuvent être admis, puisquils
mais
représentans de ces nouvelles provinces,
27* --- Page 432 ---
(420)
seulement les agens d'une classe de
On dira, sans doute, que les colonies citoyens,
avoir des
doivent
représentans, et que leur droit à cet
égard dérive du droit naturel
n'être soumis
qu'a tout homme de
qu'aux lois à la formation
ila contribué. Nous répoudrons
desquelles
qui viole dans l'instant même que tout homme
rels de Phumanité,
un des droits natuperd celui d'invoquer ce
en sa faveur.
droit
Les planteurs peuvent-ils dire : Aucun homme
ne doit étre obligé d'obéir aux lois
n'a pas contribué, , tant qu'ils voudront auxquelles il
Noirs esclaves, et même les Noirs
queles
sent à des lois
libres, obéistribué?
auxquelles ces Noirs n'ont pas conLa privation du droit de cité, dont
se plaindroient, n'est-elle
ils
au droit naturel,
pas une moiodreinjure
que Pesclavage qu'ils prétendent
maintenir ? Enfin, la France ne commettroit-elle
pas une moindre injustice en
teurs à des lois faites par les soumettantlesplanmettant les Noirsà des loisalal Français, qu'en souformation
les planteurs auroient coucouru ?
desquelles
Il fant, dit-on, les admettre,
sent défendre Jeurs intérêts. Mais pour qu'ils ptismettre lavocat d'uue seule
est-iljuste d'adaccorder
partie? Etsi l'on doit
séance et saffrage aux députés du
des planteurs pour défeudre un intérêt
corps
ne doit-on pas donner aussi
d'argent,
suffrage et séance
Français, qu'en souformation
les planteurs auroient coucouru ?
desquelles
Il fant, dit-on, les admettre,
sent défendre Jeurs intérêts. Mais pour qu'ils ptismettre lavocat d'uue seule
est-iljuste d'adaccorder
partie? Etsi l'on doit
séance et saffrage aux députés du
des planteurs pour défeudre un intérêt
corps
ne doit-on pas donner aussi
d'argent,
suffrage et séance --- Page 433 ---
(4a1 )
défendre Jes droits
aux dépntés des Noirs, pour
du
humain, violés dans la personne
sacrés
genre
victimes d'une avidité mal
de ces malhetrenses
les planteurs
entendue? Nous demandons que
et, pour qu'ils ne
répondent à ces raisonnemens, d'inutiles déclamations,
perdent point leur tempsà
nous les prévenons que leurs phrases sur limportance des colonies ne font rien à cette question :
Ton sait à quoi se réduit cette im1." parce que
d'une manière si ridiportance, qu'ils exagérent
de droit
cule; 2. parce que c'est une question dans les quespublic que nous discntons, et que
tions de droit public les sacs d'argent ne peuvent
faire pencher la balance.
PAngleNous les avertissons de ne plus dire que
une
perfide, nous engaterre veut, par
politique
mille citoyens
ger à défendrela traite, parce que
de toutes les classes ne se réunissent point pour
secret de politique 3 parce qu'il
former un plan
secrette en Angleterre pour
n'y a aucune politique traitent dans le parlement, et
les affaires qui se
à des enfans,
qu'il ne s'agit pas ici de faire peur
mais de répondre à deshommes. dire
les Noirs
Nous les exhortonsà ne plus
que fausseté
esclaves sont heureux, 1. parce que la
de ce fait est prouvée par des témoignages impartiaux, ,etc que le leur est supectde partialité;a. parce
fait estabsurde en lui-même; 5. parce qu'il
que ce --- Page 434 ---
( 422 )
ne s'agit pas de savoir si les Noirs sont heureux,
mais s'ils jouissent des droits dont tous leshommes
doivent jouir. Supposons que le climat des, iles
Suinte-Margnerite soit très-Deau, gue les promenades ys soient agréables, que le gouverneur fasse
très-bonne chère; en concluera-t-on qu'il est juste
d'y renfermer tous ceux qu'on croit avoirintérêt
de priver del la liberté ?
Nons les prions, enfin, de se souvenir que la
propriété d'une terre est le droit d'en recueillir
Jes fruits, mais non celui de les multiplier à force
de crimes; qu'on ne prive point un homme de sa
propriété ell Tempéchant de s'enrichir par le vol
et la violence; qu'ils peuvent, sans doute, parler
de leursintérêts, mais que dans Jeur bouohelon mot
sacré de droits est un outrago à la nature, et un
blasphême contre la raison.
liberté ?
Nons les prions, enfin, de se souvenir que la
propriété d'une terre est le droit d'en recueillir
Jes fruits, mais non celui de les multiplier à force
de crimes; qu'on ne prive point un homme de sa
propriété ell Tempéchant de s'enrichir par le vol
et la violence; qu'ils peuvent, sans doute, parler
de leursintérêts, mais que dans Jeur bouohelon mot
sacré de droits est un outrago à la nature, et un
blasphême contre la raison. --- Page 435 ---
ADRESSE
A L'ASSEMBLEE NATIONALE,
SUR LES CONDITIONS D'ELIGIDILITE. --- Page 436 --- --- Page 437 ---
ADRESSE
NATIONALE,
A L'ASSEMBLÉE
D'ÉLIGIBILITÉ.
SUR LES CONDITIONS
Les restaurateurs de la liberté française, ceux qui
ont entrepris de donles premiers, en Europe,
fondée
ner à un grand Empire une constitution base de toute
naturelle, et posé cette
sur Tégalité
sociale, recevront, sans doute.
bonne institution
réclamations en
avec indulgence, de respectueuses
et sage qu'ils ont confaveur de ce principe juste
sacré avec tant de gloire.
d'élever quelquesdoutes
Sir nousnoust permettons
et même dc
sur Patilité de Pun de vOs décrets,
solliciter de le soumettre à un nouvel exavous
la consolation de puiser dans
men, nous avons
ces
maximes les motifs sur lesquels
vOs propres
réclamations sont appuyées.
Vous avez fait dépendrele titre de citoyen actif de Pimposition, et par là vous avez liél les lois
lois constitutiounelles. Un changede financeaux
altérerla constiment dans les premières pourroit
de
tution, ce bienfait précieux que nous tenons
votre sagesse. r
Mais vous saurez prendre des précautions pour
Vous nele rendrez pas déassurer votre ouyrage. --- Page 438 ---
( 426 )
pendantdes variations dans la forme et la
de Pimpôt. La volonté des assemblées quotité
de répartir les
chargées
impositions, ne pourra changer, à
son gré, 2 l'état des individus, leur accorder ou leur
ôter le droit de cité. Une taxe légère, à laquelle
tous les Français seroient également assujétis, à
Texception de ceux qui demanderoient à ne pas
étre imposés, nous paroit être la scule dont l'on
puisse, sans inconvénient, faire dépendre le titre
de citoyen actif, et nous devons espérer que vous
affranchirez de toute influence arbitraire la
mière loi de votre constitution. Il ne seroit digne preni de vos lumières, ni de votre sagesse, de laisser
flotter, ,an gré des répartiteurs del'impôt, le droit
de ceux qui sculs peuvent l'imposer et en fixer la
forme,eldes souflirqu'une conversion de quelques
contributions directes enimpoisindirects, changeàt
une constilution libre en aristocratie.
C'est contre la condition d'éligibilité,qui exclut
des places municipales ou des assemblées de départemens, ceux qui ne paient pas une contribution
de dixjournéesde travaily cl de l'assemblée nationale ceux qui n'en paient pas une d'un marc
d'argent et ne jonissent pas d'une propriété, que
nous croyons devoir vous ofrir des réflexions
dictées par le sentiment de Pégalité, par lel respect pour la qualiré d'homme; et nous vous conjurons de daiguer les examiner avec d'autant plis
de confiance, que notre voeu cst celui de la phu-
départemens, ceux qui ne paient pas une contribution
de dixjournéesde travaily cl de l'assemblée nationale ceux qui n'en paient pas une d'un marc
d'argent et ne jonissent pas d'une propriété, que
nous croyons devoir vous ofrir des réflexions
dictées par le sentiment de Pégalité, par lel respect pour la qualiré d'homme; et nous vous conjurons de daiguer les examiner avec d'autant plis
de confiance, que notre voeu cst celui de la phu- --- Page 439 ---
( 427 /
)
dans la France entière, et surralité des citoyens
la fortune a le moins
tont le voeu de ceux que
cherché à
si noblement
favorisés et que vousavez
consoler de ses rigueurs.
des
Non-seulement ce décret prive une partie
ciloyens du droit égal que tous ont aux places;
non-senlement il établit une inégalité légale entre
vous avez déclarés égaux en droits; nonceux que
a-la-fois deux articles de votre
seulement il attaque honlevard sacré de la liberté
déclaration, de ce
mais
vous avez les premiers élevé en Europe;
que il
atteinte au droit qu'a chaque citoyen
porte
de choisir, pour
d'être libre, dans sa confiance,
croitréudéfendrel les intérêts publics, celui quil
les défendre, plus de zèle, de probité, de
nir, pour
De telles restrictions peucourage et de lumières.
néces ssaires,
vent-elles étrejustes, si elles ne sonitpas
sila nécessité n'en est pas fondée sur des raisons
évidentes ? et cependant nous croyons pouvoir
qgue celles qui ont étéa adormontrer, an contraire,
tées sont inntiles, que même elles sont nuisibles,et
qu'ainsi elles n'ont pas même en leur fayeur ce
motifd'ntilité pablique dont on a si souvent abusé
contre les droits les plus naturels et les plus imprescriptibles.
est utile
En eflet, quand on conviendroit qu'il
ford'écarter des places ceux qui n'ont point une
tuneindépendante, de'les réserver pour ceux qu'on
est moins tenté de corrompre, parce que leur --- Page 440 ---
(428 )
richesse met leur corruption à un trop haut prix;
l'impôt que vous exigez est loin d'atteindre à ce
but. S'il est utile de ne confier les places qu'aux
hommes à qui on peut supposer une éducation
soignée, Pimposition exigée est encore beancoup
trop foible; et pour la fixer d'nne manière qni put
remplir réellement lune ou l'autre de ces deux intentions, il auroit fallu porter ce terme beaucoup
plus hant. Mais alors l'exclusion ett embrassé la
trés-grande pluralité de ceux qui sont dignes des
places, et qui, sans avoir l'avantage d'être riches,
ont de la probité, des lumières et de l'édncation;
car tcl est, sous ce point-de-vue, linconvénient
de cette manière de restreindre Péligibilité, qu'elle
ne peut atteindre son but sans le passer, et
ne peut être efficace sans établir
qu'elle
une véritable
aristocratie. D'ailleurs, toutes les lois de ce genre
sont facilement éludées; tout homme qui a une
famille, des amis ou des protecteurs, trouve aisémentle moyen d'avoir une propriété apparente,
de montrer une fortune qui le rende susceptible
de limposition exigée. Ainsi, de telles lois ne
servent, en quelque sorte, qn'à faire contracter
aux citoyens Phabitude de se jouer de la vérité
dans les acles publics, et à les' forcerà se
rer aux
prépafonctions augustes de représentans de la
nation par des mensonges juridiques.
Le senl motif de VOS décrets a donc élé, sans
doute, la crainte que les places ne fussent données
trer une fortune qui le rende susceptible
de limposition exigée. Ainsi, de telles lois ne
servent, en quelque sorte, qn'à faire contracter
aux citoyens Phabitude de se jouer de la vérité
dans les acles publics, et à les' forcerà se
rer aux
prépafonctions augustes de représentans de la
nation par des mensonges juridiques.
Le senl motif de VOS décrets a donc élé, sans
doute, la crainte que les places ne fussent données --- Page 441 ---
(4 429 )
à des hommes que le défaut absolu d'éducation
rendroitineapables deles remplir; mais nous osons
n'est à redouter. Toutes
assurer que ce danger
pas
les fois que le peuple sera libre daus son choix,
toutes les fois qu'il ne sera point blessé par des
dasinctioushanifaue,' il saura rendrejustice aux
Jumières et aux talens ; il ne confiera point ses
de les défendre.
intérêts à des hommes incapables
Il ne croira point, , au fond d'une province, qu'an de
uniquement occupé
homme sans instruction,
comd'un métier, ou d'un
travaux champêtres,
à balancer, dans P'asmerce de détail, soit propre
semblée dela nation, lesintérêts d'ungrand lpeuple,
ceux de PEurope. Il ne croira pas dans
et peut-être
artisan honnête, un négounegrande ville,qu'un
ni même
ciant économe et fidèle à ses engagemens,
dela liberté, soit plus digne
un défenseur fougueux
d'exercer
de s'asseoir parmi des législateurs, ou
disqu'un homme
des fonctions administratives,
tingué
ses lumières, ou célèbre par Pusage
ntile qu'il par a fait de ses talens. On auroit peut-être
à craindre l'influence de cette facilité de parler,
violente et verbeuse, sonvent
de cette éloquence
si les élections étoient
compagne de Figuorance,
des électeurs
immédistes, si même les assemblées
étoient chargées d'antres fouctions publiques. Mais
les clections ne
vous avez établi 2 Messieurs, que
seroient pas immédiates, et que les assemblées
que d'élire; et ces
d'électeurs ne s'occuperoient --- Page 442 ---
(430 )
sages décrets ont rendu inutile la précaution que
la crainte des choix, faits en tumulte, vous afoit
sans doute inspirée. Nous ajouterons à ces motifs
une preuve bien frappante que la vérité peut
mettre sous vOs yeux, sans craindre de paroitre
avoir pris le langage de la flatterie.
Lors de la convocation de votre assemblée, les
députés des communes ont été nommés par des
électeurs, mais dans des assemblées où la confection des cahiers pouvoit faire naître des partis et
donner à l'éloqnence populaire une influence dangereuse. A cette même époque,d deux grandes corporations, 7 la noblesse et le clergé, ont été presque
partout séparées de la généralité descitoyens. Elles
étoient très-peu nombreuses, si on les compareà
la totalité des habitans du royaume; mais elles
l'étoient beaucoup, si on les compare seulement
aux hommes que leurinstruetion rend réellement
éligibles: et cette séparation en diminuoit seusiblement le nombre. Enfin, on n'avoit exigé aucune
condition pécuniaire. Cependant, Messieurs, ce
sont ces mêmes élections qui ont donné au peuple
français les créateurs de sa liberté, les restaurateurs de ses droits, qui ont appelé dans l'assemblée
des représentans de la nation tant d'homnies
distingués par leurs lumières ou par leur éloquence, qui même ont laissé échapper un si
petit nombre de ceux que T'opinion publique
avoit pu désigner. Pourquoi ce même peuple
condition pécuniaire. Cependant, Messieurs, ce
sont ces mêmes élections qui ont donné au peuple
français les créateurs de sa liberté, les restaurateurs de ses droits, qui ont appelé dans l'assemblée
des représentans de la nation tant d'homnies
distingués par leurs lumières ou par leur éloquence, qui même ont laissé échapper un si
petit nombre de ceux que T'opinion publique
avoit pu désigner. Pourquoi ce même peuple --- Page 443 ---
(451 )
sC tromperoit-il davantage, lorsque moins d'intérêts le porteront à la défiance contre les hommes
éclairés, mais Jiés aux classes supérieures; Jorsqu'il pourra étendre sou choix sur Ja généralité
des citoyens; Jorsque son veeu, jnsqu'ici livré au
hasard, aura pour le guider l'observation de la
conduite et des opinions de ceux qui ont exercé
desfonctions publiques, soit dans les municipalités,
soit dans l'assemblée nationale clle-méme? Non,
Messieurs, vous ne devez rien craindre pour les
législaturess suivantes; affranchies de ces conditions
pécuniaires qui semblent dégrader la dignité de
Phomme, elles seront encore ce qu'est aujourd'hui
votre assemblée : l'élite de la nation.
Des pcuples éclairés ont établi des conditions
pécuniaires; maisen Angleterre elles sont habituellement éludées, et elles n'y ont jamais empéché
la corruption. Dans les Bat-lnindf-Amériqwes elles
n'excluent réellement personne, parce qu'il y est
très-facile d'acquérir les propriétés exigées par la
loi; que les hommes y manquent à la terre, et
non la terre aux hommes; et que le désir de se
rendreindépendant parlacquisition d'une possession territorialc, précède, dans ccux qai n'en ont
pas encore, celui d'occuper des emplois.
D'ailleurs, les conditions pécuniaires ont dans
eahaumuimfinemmrddetpieloutenantearwnt
parmi nous, parce qu'il n'existe point chez eux de
ces assemblées intermédiaires administration, si --- Page 444 ---
( 2 432 )
utiles pour la liberté et pourl len maintien de la
et le meilleur garant d'une constitution paix,
libre.
Linégalité que ces exclusions établissent entre les
citoyens, ne peut être sensible en
en Amérique, que dans les courts instans Angleterre ou
aux élections. Parmi
destinés
nous, au contraire, tous les
corps municipaux, toutes les assemblées de districts, de département, seroient divisés
classes, l'une des
en deux
dligibles, l'autre des non-éligibles
pour l'assemblée nationale;et celte distinction les
partageroit bientôt en partis; y détruiroit cette
égalité précieuse, cette noble base de notre
reuse constitution. On
heufaute de ces assemblées peut observer même que,
ni en
interméiliaires, il n'existe
Angleterre, ni dans les
moyen de diriger son choix Etats-Unis, aucun
d'après la conduite
publique des candidats, si On ne se borne
à
ceux qui ont déjà occupé des places dans les pas législatures. Ainsi, l'existence des assemblées intermédiaires rend à-la-fois les conditions
et plus inutiles et plus dangereuses. pécuuiaires
Nous osons croire que la condition
les assemblées
exigée pour
administratives et municipales n'est
pas plus nécessaire, quoique pour ces dernières
les élections soieutimmédiates. Les
en prouvent linutilité. La
mémesraisons
blées électives de
séparation des assemtoute assemblée formée des
mêmes individus, détruit presque tous lesinconvéniens des élections
immédiates, et nous pour-
ereuses. pécuuiaires
Nous osons croire que la condition
les assemblées
exigée pour
administratives et municipales n'est
pas plus nécessaire, quoique pour ces dernières
les élections soieutimmédiates. Les
en prouvent linutilité. La
mémesraisons
blées électives de
séparation des assemtoute assemblée formée des
mêmes individus, détruit presque tous lesinconvéniens des élections
immédiates, et nous pour- --- Page 445 ---
(435 )
rions encore citer pour exemplecelui des électeurs
de Paris et des deux assemblées qui les ont remplacés, puisque formées sans que les citoyens actifs
aient été assujétis dans leur voeu à aucune restriction et au milieu de circonstances qui pouvoient
en faire paroitre l'absence plus dangereuse, ces
élections en ont prouvé, sur près de mille choix,
l'inutilité absolue.
Le citoyen que la pauvreté de ses parens a privé
d'une éducation soignée, à qui la nécessité de
s'occuper de sa subsistance et de celle de sa famille
a ôté le loisir nécessaire pour Pinstruire, ne demaude point à étreappelé à des places dont il ne
connoitroit pas, dont il ne pourroit exercer les devoirs; mais il demande à n'en pas être légalement
exclus; il ne demande pas à obtenir les suffrages de
ses concitoyens, mais il demande à être jugé
eux d'après son mérite, et non d'après sa fortune. par
Il verroit avec douleurla loi ajouter des avantages
d'opinion aux ayantages réels que donne naturellement la richesse.
Nous pourrions observer encore l'inégalité de
ces exclusions, qui frapperoient d'une manière dif
férente les habitans des diverses provinces jusqu'au
moment, peut-être encore éloigné, d'une réforme
totale delimpôt et de Punité de la législation civile
qui ne peut être aussi que Pouvrage du temps.
Nous pourrions ajouter que ces conditions lient de
--- Page 446 ---
I 454 )
toutes parts la constitution à la législation des
finances et à la répartition de l'impôt, et même à
la comptabilité, puisque, pour changer l'état d'un
milliondecitoyens, il suffiroit de supprimer sur les
appointemens et les pensions l'illusoire opération
des retenues.
Nous pourrions dire que ces mêmes conditions
formeroient un obstacle à la destruction d'une
partic des abus de la finance, puisqu'il deviendroit
impossible de réformer sans altérer l'essence
même de la constitution.
Vous regardez VOS décrets comme ne pouvant
être révoqués par vons-mémes, et sans doute tout
décret isolé doit être irrévocable, sans quoi toutès
les affaires flotteroient dans une incertitude
effrayante. Tout décret dont lexécution est commencée l'est encore plus, et un changement deviendroit alors une injustice. Tout principe constitutionnel décrété est irrévocable; car autrement la
constitution seroitlivrée sans cesse aux mouvemens
des opinions diverses qui pourroient triompher
tour-à-tour; mais cette irrévocabilité doit-elles'étendre à tous les articles d'un système de constitution, lorsque ces articles ont étés successivement déconséquent chacun d'eux l'a
crétés, lorsque par
étéavant desavoir quel seroit sur les autres le voeu
de l'assemblée? En ellet, n'est-il pas possiblealors
qu'uu grand nombre de membres aient voté pour
seroitlivrée sans cesse aux mouvemens
des opinions diverses qui pourroient triompher
tour-à-tour; mais cette irrévocabilité doit-elles'étendre à tous les articles d'un système de constitution, lorsque ces articles ont étés successivement déconséquent chacun d'eux l'a
crétés, lorsque par
étéavant desavoir quel seroit sur les autres le voeu
de l'assemblée? En ellet, n'est-il pas possiblealors
qu'uu grand nombre de membres aient voté pour --- Page 447 ---
( 455 )
qu'ilsl lejugeoient utile danslincerunarticle parce seroit
et les mêmes
titude si un autre
adopté;
hommes ne peuventils pas ensuite le regarder
inutile, après Tadoption de ceux qui vont
comme même but d'une manière plus juste ou plus
directe au
? Latilité leur avoit paru Temporter sur
les inconvéniens; elle cesse ; les inconvéniens restent seuls; et continuer de voter pour Farticle,
seroit alors changer d'opinion, et non conserver
la sienne. Lirrévocabilité suppose nécessairement
assemblée, composée des mêmes personqu'une
un avis contraire au prenes, ne puisse porter
ait
d'avis. Cest
mier, sans qu'aucune d'elles changé
dans le droit commun on
d'après ce principe que
revenirsur
a fixé les cas dans lesquels on pouvoit
les choses jugées, même suivant une forme regarirrévocable. Or, les articles sur lesdée comme
quels nous sollicitons un nouvel examen 2 penvent
être placés dans cette classe. Celni qui exige un
a été décrété avant celuiqui établismarc d'argent
Tassemblée natiosoit les degrés d'élection pour
nale ; il a donc pu paroitre nécessaire à ceux qui
craignoient que cette élection ne fiàt immédiate,
leur
inutile aujourd'hui. Laret il peut
paroitre
ticlequi a pour objet Pobligation d'une imposition
de dix journées de travail pour être membre des
municipalités et des assemblées de département, a
précédé de même les décrets qui règlent la forme --- Page 448 ---
436 )
des élections, et qui, par la sagesse de leurs dispositions, peuvent faire regarder ce premier décret
comme inutile à ceux même qui, avant de connoître quelles formes seroient étables, l'auroient
jugé le plus nécessaire.
L'irrévocabilité d'articles qui formententre eux
un systéme lié, et que cependant l'on adopte lun
après Fautre, pourroit.avoir les inconvénicns les
plus graves, si elle etoit regardée comme absolue,
parce qu'elle pourroit consacrer jusqu'à de véritables contradictions; et s'il est des décisions
doive excepter de cette irrévocabilité,
qu'on
d'ailleurs si
nécessaire, ce sont sans doute celles que des articles
subséquens rendent superflues, qui paroissent en
opposition: avec les articles même del la déclaration
des droits, contrel lesquelles enfin s'élèvent
universellement les réclamations des presque
moins ambitieux d'obtenir des
citoyens,
d'en
places, qu'humiliés
étrelégalement exclus, et blessés de voir, au
moment même où la richesse a cessé de pouvoir
conduire à la noblesse, qui n'étoit qu'une simple
distinction, cette même richesse conférerle droit
bien plus précieux, bien plus cher à leur coeur, de
servir leur province ou leur ville, et de défendre
la liberté et lesintérêts de la patrie dans les assemblées angustes où réside la majesté du peuple.
FIN,
places, qu'humiliés
étrelégalement exclus, et blessés de voir, au
moment même où la richesse a cessé de pouvoir
conduire à la noblesse, qui n'étoit qu'une simple
distinction, cette même richesse conférerle droit
bien plus précieux, bien plus cher à leur coeur, de
servir leur province ou leur ville, et de défendre
la liberté et lesintérêts de la patrie dans les assemblées angustes où réside la majesté du peuple.
FIN, --- Page 449 ---
TABLE DES MATIÈRES.
Page
AVERTISSEMENT.
V
ESQUISSE D'UN TABLEAU IISTORIQUE DES PROGRES DE L'ESPRIT
HUMAIN.
PREMIÈRE ÉPOQUE.
Les Hommes sont réunis en peuplades.
DEUXIÈME ÉPOQUE
Les' Peuples pasteurs. Passage de cet état à celaides
Peuples agriculteurs.
TROISIÈME ÉPOQUE.
Progrés des Peuples agricuhtemm-.jesquiliavention
de FÉcriture alphabétique
QUATRIÈME ÉPOQUE.
Progrès de l'Esprit humain dans la Grèce, jusqu'au
temps de la division des Sciences, vers le Siècle
d'Alexandre
CINQUIÈME ÉPOQUE.
Progrèsdes Sciences, depuis leur divisioa jusqu'à
leur décadence..
--- Page 450 ---
(458 )
SIXIÈME ÉPOQUE.
Décadence des Lumières, jusqu'à leur restauration
vers le temps des Croisades.
SEPTIEME EPOQUE.
Depuis les premiers Progrès des Sciences vers leur
restauration dans I'Occident, jusqu'à l'invention
de TImprimerie.
HUITIEME ÉPOQUE.
Depuis lInvention de lImprimerie jusqu'au temps
où les Sciences et la Philosophie secouèrent le
joug de l'Autorité.
NEUVIEME ÉPOQUE.
Depuis Descartes jusqu'à la formation de la République française.
DIXIÈME ÉPOQUE.
DE
Des Progrès futurs de l'Esprit humain.
RÉFLEXIONS SUR LESCLAVAGE DES
NÉGRES.
e 517
I.-1 De PInjustice de l'Esclavage des Negres, considérée par rapport à leurs Maitres.
id,
II. - Raisons dont on se sert pour excuser. l'Esclavage des Nègres...
--- Page 451 ---
( 459 )
III. - De la prétendue nécessité de l'Esclavage des
Nègres, considérée par: rapport au droit qui peut
en résulter pourleurs Maitres..
IV.- Si un homme peut acleter un autre homme
de lui-même..
V. - De l'injustice de l'Esclavage des Nègres 1
considérée par rapport au Législateur..
VI. - Les Colonies à sucre et à indigo ne peuventelles être cultivées que par des Nègres esclaves ? 332
VIL- Qu'il faut détruire l'Esclavage des Nègres,
et que leurs Maitres ne peuvent exiger ancun
dédommagement.
VIII, - Examen des raisons qui peuvent empècher
la puissance législatrice des Etats où l'esclavage
des Noirs est toléré, de remplir, par une loi
d'affranchissement général, le devoir de justice
qui l'oblige à leur rendre la liberté..
IX, - - Des moyeus de détruire l'Esclavage des
Negres par degrés..
X. -Sur les Projets pour adoucir l'Esclavage des
Nègres..
XI.-De la Culture aprèsla destruction del'Esclavage..
POST-SCRIPTUM
AU CORPS ELECTORAL CONTRE L'ESCLAVAGE DES NOIRS...
SUR L'ADMISSION DES DÉPUTÉS DES
ir, par une loi
d'affranchissement général, le devoir de justice
qui l'oblige à leur rendre la liberté..
IX, - - Des moyeus de détruire l'Esclavage des
Negres par degrés..
X. -Sur les Projets pour adoucir l'Esclavage des
Nègres..
XI.-De la Culture aprèsla destruction del'Esclavage..
POST-SCRIPTUM
AU CORPS ELECTORAL CONTRE L'ESCLAVAGE DES NOIRS...
SUR L'ADMISSION DES DÉPUTÉS DES --- Page 452 ---
62-39
724-67
Wermiser
( 440 )
PLANTEURS DE SAINT-DOMINGUE
DANS L'ASSEMBLÉE NATIONALE... .415
ADRESSE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE, SUR LES CONDITIONS D'ÉLI
GIBILITÉ.
FIN DE LA TABLE
DE LINPRIMERIE DE LEBLANC. --- Page 453 --- --- Page 454 --- --- Page 455 ---
E822
C746e --- Page 456 ---