--- Page 1 ---
Peneseth --- Page 2 ---
21hX LLAN
CHA --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
ELOGE
H I S T O R I 2 Q U E
D E
PIERRE
BENEZECH
CONSEILLER DETAT,
Décédé Préfet Colonial, à Saint - Domingue;
PRONONCÉ à la Séance publique de la Société
d'Agriculture du Département de Seine et Oise 2
dont il était Membre;
Le 7 Messidur an I1,
CHALLAN, Tribun,
Par AxTorne-D.-J.-B.
Membre de cette Société 2 et de plusieurs
Sociétés savantes.
1UU
- -
A VE RS AILLES,
Chez JACOB, Imprimeur de la Société d'Agriculture: 2
place d'Armes, no, 8.
A P A R I S 7
RoxporsEAF: Dépôt des lois, place du
Carrousel.
Chez LENORNAND, Imprimeurdu. Journal des Débats,
Cloitre St-0ermaib-FAuseurais,
AN XI. - 1803. --- Page 6 ---
a --- Page 7 ---
ÉLOG 2 E
H I S T C R I Q U E
D E
PIERRE BENEZECH,
CONSEILLER D'ETAT.
Les funérailles les plus pompeuses ne sont pas
toujours la preuve des regrets de ceux quisurvivent,
elles ne manifestent souvent que leur opulence 5
obtenus du souvenic
les témoignages d'attachement,
de ses confrères 2 ont des effets plus puissans 5 ils
conservent celui des vertus, et inspirent le desir de
les imiter.
Organe des sentimens de chacun des Membres de
la Société d'Agriculture du Département de Seine et
Oise.
feu notre Confrère BENEZECH 9 je viens
2 pour
yous entretenir des principaux événemens de sa vie.'
Elle fut consacrée à la chose publique 5 mais un
I.. --- Page 8 ---
(2)
long intervalle 2 consumé par des temps trop féconds
en malheurs, me fait craindre d'en retracer la déchirante image.
Toutefois, jetté dans la tourmente révolutionnaire, il ne quitta point le vaisseau; et, au retour
du calme, 2 il put se dire : j'ai du moins aidé à sauver
une partie de léquipage.
PISRRE BENEZECH naquità
Montpellier en 1749;
son Père, Receveur de la Cour des Aides et attaché
à PAdministration des Domaines, lui donna l'éducation qui convenait à un homme que l'on destinait
aux affaires 2 et quiavait des espérances de fortune.'
Alors le mérite personnel n'était
pas toujours le
chemin de la considération ; on faisait souvent de
vains efforts 2 s'ils n'étaient soutenus par les privilèges de la naissance. Le Père de BENEZECH unit
à ses places de finances, une charge qui donnait
à son fils l'espoir d'arriver à des emplois supérieurs. L'Université antique et fameuse auprès
de laquelle il faisait sa résidence, lui fournit les
moyens d'acquérir un grand nombre de connaissances 7 sans s'éloigner de la maison paternelle. Ce
fut aussi sous les yeux et dans les bureaux de son
Pero, que le jeune BENEZECH puisa les notions préliminaires de la science administrative; et c'est;
sans doute, à la méthode exacte du comptable 1
s
arriver à des emplois supérieurs. L'Université antique et fameuse auprès
de laquelle il faisait sa résidence, lui fournit les
moyens d'acquérir un grand nombre de connaissances 7 sans s'éloigner de la maison paternelle. Ce
fut aussi sous les yeux et dans les bureaux de son
Pero, que le jeune BENEZECH puisa les notions préliminaires de la science administrative; et c'est;
sans doute, à la méthode exacte du comptable 1
s --- Page 9 ---
(3)
qu'il dut cctte habitude de l'ordre dont il faisait
principale règle de sa conduite.
la
Le Cabinet du citoyen Albisson
Tribun, alors Avocat
2 aujourdhui
distingué, à
par ses talens et sa probité, fut ensuite Moutpellier, l'école
laquelle il s'instruisit du contentieux
dans
truction lui fut d'autant
: cette inscitoyen Albisson
plus avantageuse 2 que le
jouissait de la confiance de la Province, et comme Jurisconsulte, et comme
des Etats du Languedoc.
Membre
Les Administrations des pays d'Etat étaient les
seules qui, sous la Monarchie
naitre les formes
2 ponvaient faire conintérêts
délibérantes 5 on y discutait les
d'un vaste Pays 2 on administrait ses
revenus 2 on répartissait l'impôt 3 on en votait
quelquefois la nature : celui qui était appelé à
fonctions, ne devait pas non plus ignorer les formes ces
admises dans les Pays d'élection,
saisir les rapports des deux
parce qu'il fallait
systémes.
BENEZECH, > nominé Agent de la députation du
Languedoc 2 près le Gouvernemeut, l'aidait
sa
dans
correspondance 2 en recueillait tous les actes,
agissait méme en son nom comme Procureur
lorsque la tenue des Etats
fondé,
de cette Assemblée.
rappelait tous les Membres
Forcé de résider à
il
Paris, 2 se livra aux affaires
I... --- Page 10 ---
(4)
dont cette ville est le centre, et prit la direction
du Bureau de Correspondance : les relations de ce
Bureau s'étendaient principalement vers les Colonies ; les bénéfices de sa Caisse étaient en raison
de leur prospérité, puisque ses avances étaient remboursables en denrées coloniales ; dès -lors 9 on
conçoit comment 2 par l'effet de Finsolvabilité des
Colons le citoyen BENEZECH resta chargé d'une
dette immense 2
; comment elle absorba la fortune de
son épouse 2 qui engagea tout ce qu'elle possédait
pour assurer le gage des créanciers.
Afin de ne point interrompre la série des idées;
nous avons été forcés d'anticiper celle des événemens 5 de faire connaître la source des motifs qui
avaient pu déterminer le cit. BENEZECH, agé, , infirme à se transporter avec toute sa famille 7 dans
un Pays éloigné où il espérait recouvrer une partie
de ses
et de le justifier avant tout, des torts
pertes 7
de la fortune par des faits indépendans de sa vo2
lonté, de ses talens et de sa probité,
Cette tâche remplie 2 je me hâte d'arriver à
l'instant qui attacha plus particulièrement notre
Confrère, au Département de Seine et Oise, dont il
devint Citoyen, par sa retraite à la Campagne du
Petit-Val près Sucy. Il y occupa successivement
diverses places que lui confiérent SCS Conçitoyens :
de la fortune par des faits indépendans de sa vo2
lonté, de ses talens et de sa probité,
Cette tâche remplie 2 je me hâte d'arriver à
l'instant qui attacha plus particulièrement notre
Confrère, au Département de Seine et Oise, dont il
devint Citoyen, par sa retraite à la Campagne du
Petit-Val près Sucy. Il y occupa successivement
diverses places que lui confiérent SCS Conçitoyens : --- Page 11 ---
(5)
d'abord, Commandant de la Garde nationale ; pais
Juge de paix du Canton; enfin, élu en 1791, Administrateur du Département. Aprèsle IO août 1792,
il fut chargé d'organiser les Bataillons levés, dans
cette partie de la France comme dans toutes les
autres
repousser les ennemis répandus dans
2 pour
la Champagne.
La fermentation qui régnait alors, la divergence
des opinions 2 et sur-tout la célérité avec laquelle il
fallait opérer 2 pouvaient favoriser la confusion 5
mais l'ordre établi par BENEZECH fit disparaitre les
difficultés. L'arrivée des jeunes gens confiés aux
citoyens Colas et Martin, se fit saus tumulte; la livraison des Fournitures 2 sans dilapidations : le
compte qui en fut rendu parut digne de servir de
modèle, et futimprimé par ordre du Gouvernement,
A cette époque ; notre confrère Richaud (1), revenait de sa mission près l'armée de la Moselle;
une conférence avec le Ministre de la Guerre (2),
auquel il s'était plaint de la mauvaise qualité de
F'équipement des troupes, lui fit connaitre l'embarras du Ministre 2 et lui fournit l'occasion de
parler des soins assidus et de l'intelligence avec
(1) Représentant du Peuple.
(2) Bouchotte.
I..a --- Page 12 ---
(6)
BENEZECH avait formé
laquelle TAdministrateur
pour 3 à 4
à Versailles 1 un approvisionnement de ce qui avait
mille hommes, indépendamment
étaient
fournitures dont les qualités
été expédié 5
avaient excité les
bien aifférentes de celles qui
du Député et de toute Parmée, encore que
plaintes
moitié moindre. Il aurait pu ajouter
le prix fut
lui défendait de parler de sa
(mais sa délicatesse
ce choix des qualités
famille) que cette économie, lumières et aux conseils
étaient dus en partie aux
de Versailles 2 les
d'u grand nombre de négocians
dont le nom
autres
Richaud, les Trufet,et plusieurs n'échappera pas à 1
échappe à ma mémoire 2 mais qui
assez
L'Administrateur
celle de leurs Concitoyens.
;
les consulter , prouva son discernement,
sage pour
combien il était dignede
et, en doutant de ses forces, Comité de salut public;
confiance. Il obtint celle du
Ministère on substitua les Commissions
et,lorsqu'au
BENEZECH fut placé à
administratives, le citoyen
la tête de celle des armes et poudres.
transformée en un vaste attelier; ;
La France, )
allumées ; il n'était aucun
voyait par-tout des forges
fit
aulieu oùt le bruit des marteaux ne se entendre; extraire le
Commune qui ne fut occupée à
cune
des terres et des décombres.
salpêtre,
Guiton, les Chimistes les plus
Fourcroy, Chaptal,
de la
les ressources
célèbres enfin, multipliaient
la tête de celle des armes et poudres.
transformée en un vaste attelier; ;
La France, )
allumées ; il n'était aucun
voyait par-tout des forges
fit
aulieu oùt le bruit des marteaux ne se entendre; extraire le
Commune qui ne fut occupée à
cune
des terres et des décombres.
salpêtre,
Guiton, les Chimistes les plus
Fourcroy, Chaptal,
de la
les ressources
célèbres enfin, multipliaient --- Page 13 ---
(7)
République, par celles de l'Art : mais ces hommes
étaient trop au - dessus d'une exaltation vulgaire ;
pour ne pas prévoir, avec le nouveau Chefde cette
partie importante, qu'un tel état de chose ne pouvait
durer, et que des produits exagérés n'étaieut jamais
réels. Profiter de Pimpulsion donnée aux esprits pour
créer Unl établissement qui put survivre à cette foule
d'arsénaax ruineux, 2 c'était donc rendre un service
pour le présent et pour l'avenir. Afin d'atteindre ce
but le citoyen BENEZECH eût le courage d'ap2
artiste,
la
peler un Directeur (1)
2 que proscrivait
jalouse et mcfianteignorance,sous prétexte que l'entretien des arines de la Cour lui avait été confié,
comme si les talens pouvaient autre chose que de
bien faire, lorsqu'ils st chargent d'une entreprise.
La Manufacture d'Armes de Versailles, presqu'ent
naissant, créa et les machines ingénieuses qui devaient seconder les bras des ouvriers, et les armes
devaient doublerla force de nos soldats, et celles
qui
devaieut honorer leurs succès. A peine son exisqui
tence fut connue 2 qu'un grand nombre d'ouvriers
étrangers s'attachèrent à la République - 1 et transportèrent avec eux leur industrie et la fabrication
les meilleures de FEudes carabines; aujourd'hui,
rope, les plus belles 2 les plus légères, 2 sont celles da
Versailles.
Le cit. Boutet.
& --- Page 14 ---
(8)
Telle est Ia puissance du génie français; que touf
ce dont il s'occupe se perfectionne par ses conceptions:aussi les Artistes distingués réunis dans cette
Manufacture, ont rendu les chefs-d'ceuvres qui en
sortent dignes de devenir une récompense nationale et 2 de faire partie des présens que la France
offre , à ses Alliés; le surplus 2 livré au commerceintérieur et extérieur 2 lui assure une nouvelle source
de richesses.
Commission du Génie, BENEZECH ne fut pas
A la
il lui était réservé de rendre des
moins utile; mais
services plus importans.
Brumaire Pon pouvait à peine fournir à
'Au 13 nécessaire;
Paris, la moitié de Tapprovisionnenent
avait rien pour le lendemain. BENEZECH,
et il n'y
PIntérieur venait d'être conauquel le Ministère de
faire connaître au
fié, osa déchirer le voile, et
Directoire sa véritable position,
lui dit-il, on ne voit que découraPar-tout 2
le commerce n'existe plus 5
gement et désordre 5 de la loyauté ; lIes grandes
>) Pavidité est à la place
dans la main du
sont
et les petites spéculations
son compte. La
Gouvernement, ou se font pour
seule, de Paris, absorbe ses moyens
s subsistance
et c'est précisément cette
a physiques et moraux;
qui fait découvric
seule partie delAdministration,
ui dit-il, on ne voit que découraPar-tout 2
le commerce n'existe plus 5
gement et désordre 5 de la loyauté ; lIes grandes
>) Pavidité est à la place
dans la main du
sont
et les petites spéculations
son compte. La
Gouvernement, ou se font pour
seule, de Paris, absorbe ses moyens
s subsistance
et c'est précisément cette
a physiques et moraux;
qui fait découvric
seule partie delAdministration, --- Page 15 ---
(9)
toutes les autres. Des Soumissionnaires
> la plaic de
ils ont
de fournir plus ou
A ont 616 admis,
promis
chacun suivant son avidité : car, ici, ce
> moins,
mais le
> n'est pas le desir d'être utile qui guide 2
seul
du
Ces Soumissionnaires ont des
>
espoir
gain.
subalternes
de commissions de
> Agens
2 porteurs
nombre en est effrayant, il se monte
> l'Agence: ; le
de deux mille cet essaim d'acheteurs et
> à plus
:
de
enchérissent lun sur Pautre, 2
>
monopoleurs
> achètent à tout prix, et souvent se revendent
>) Pun à l'autre. Plus on a augmenté ces moyens, 2
>> plus les produits ont diminué; le sac de farine,
et les frais de manipun non-compris le transport
à
de 6000
il faus lation, revient
plus
francs;
neuf millions par
et il n'en
72 drait au moins
jour,
D est accordé que quatre >.
J'épargne à votre sensibilité la suite du rapport 5
mais les vérités que je viens de vous rappeler 2
suffisent pour prouver que le Ministre capable de
les annoncer, devait rendre plus de service que ceux
auraient laissé
qui, par une faiblesse mensongère,
sommeiller sur le bord du précipice,
Cependant, quoique le Ministre ne sc dissimula
pas le danger de sa situation, il sentait aussi que
le besoin impérieux du moment ne permettait pas
de changer brusquenent le mode établi, et qu'avant
2rs
és que je viens de vous rappeler 2
suffisent pour prouver que le Ministre capable de
les annoncer, devait rendre plus de service que ceux
auraient laissé
qui, par une faiblesse mensongère,
sommeiller sur le bord du précipice,
Cependant, quoique le Ministre ne sc dissimula
pas le danger de sa situation, il sentait aussi que
le besoin impérieux du moment ne permettait pas
de changer brusquenent le mode établi, et qu'avant
2rs --- Page 16 ---
I IO )
des réformes, le service devait être assuré,
d'opérer
de 250 mille quintaux de grain supUne réquisition
achats faits
pléa au déficit du commerce ; quelques
modération 7 annoncèrent promptement la
avec des
Le I,er ventôse 7 on fut en état de
baisse
prix.
du
les distributions générales : les magasins
cesser
remplis, firent évanouir la crainte,
Gouvernement. 2
si le défaut de subsiset avec elle la pénurie ; car,
celle-ci accroit les
tance fait naitre Pinquiétude 2
cireffets de la disette. La confiance rétablit donc la
culation la halle fut alimentée par le cours libre
;
seul moyen de détruire le monopol, de
du commerce,
ranimerl la cunfiance des propriétaires, et de ramener
Pabondance; 5 dès-lors, lec Boulangers ne craignirent
de se charger de tout le service de Paris.
plus
avaient
La viande - le bois et les autres objets 2
ou éprouvé le surenchérissuccessivement disparus 2
sement du bled; ils reparurent et diminuèrent avec
Cette
de phénomène, que la modestie
lui.
espèce
fut
BENEZECH attribuait à son inaction,
du citoyen
Peffet d' un ordre régulier, d'une protection eflicace;
substitués à des moyens précaires et momentanés)
du Minlotre dut
Toutefois Pimmobilité apparente
convaincre combieni avait été grande Pimprudence
avaient chargé le Gouvernement du
He ceux qui
subvenir en tout
2 aux
soin de nourrir et de
genre,
immense population, et de concentren
besoins d'une
ENEZECH attribuait à son inaction,
du citoyen
Peffet d' un ordre régulier, d'une protection eflicace;
substitués à des moyens précaires et momentanés)
du Minlotre dut
Toutefois Pimmobilité apparente
convaincre combieni avait été grande Pimprudence
avaient chargé le Gouvernement du
He ceux qui
subvenir en tout
2 aux
soin de nourrir et de
genre,
immense population, et de concentren
besoins d'une --- Page 17 ---
(1r) )
aiusidans TAdministration, 2 la sollicitude que chacurt
dloit avoir pour y satisfaire.
Cette faute ne doit pourtant pas être exclusivemen:
attribuée au régime d'alors, il a pu en multiplier les
ellets; mais dès 1788, et plus anciennenent encore, >
Gouvernemens occupés des approvisionon a vu les
des
faire
nemens du détail des transports
grains,
des achats 2 à l'étranger 2 des sacrifices énormes pour
maintenir le bled à bas prix; et le résultat de tant
de soins étre la méfiance et un plus grand embarras;
que, dans ces circonstances 2 on est toujours
parce
aussi adroits à faire naitre la
dupe des spéculateurs
services.
disette
à offrir leurs
2 qu'empressés
d'avoir écarté les Monopoleurs : 3
Il ne suffisait paS
du retour; à cette
il fallait encore leur ôter l'espoir
les fonds dans l'état des dépenses
fin on retrancha
Texercice de l'aa
présenté au Corps-Législatif, pour achats de grains
5. Onn'y porta aucune somme pour
Bureau
et de subsistances 5 on supprima jusqu'au
qui avait succédé à la Commission.
générale fut seulement conser4
Une surveillance
bien dirigée est la
vée, et en effet cette surveillance
seule mesure dont on puisse tirer quelque fruit; par
est informé si les subsistances
elle,! le Gouvernement
sur le territoire,
sont réparties en proportions égales
doit étre permise 2 et comment
si l'exportation
2.01 --- Page 18 ---
(12 )
Fimportation peut être favorisée. en assurant la libre
circulation sans laquelle les greniers et les magasins
seraient vainement remplis.
C'est par cette surveillance sage et modérée que
peut-étre, la France a été préservée de
naguères,
renchérissement subit et hors de
la famine qu'un
semblait annoncer; 5 car le mouyetoute proportion
fait mieux connaitre la
ment des marchés publics
véritable mesure des approvisionnemens, que ces recensemens faits à la hâte, au moment du besoin, et
dont on ne peut assurer la fidélité; Paffluence des
acheteurs occasionne une hausse dans Ie prix, et indique le besoin S Pexcédent des grains 2 après la
vente, opère une baisse ct désigne Pabondance.
Son retour eut done lieu sous Fadministration de
BENEZECH et cet évènement suffirait pour Phonorer,
7 déjà un mérite plus qu'ordinaire, 2 d'avoir
sicen'était
Ministère
de
obtenu des succès dans un
composé
tant d'élémens divers 2 et ce, au moment où
délirante commençait à peine à dispaPanarchie
avoir renversé le culte des Arts 2
raitre 2 après
le Commerce sous
méme celui des Moeurs 2 placé
prohibitives,
Pempire e de loix presqu'entitrement
frauet livré ses calculs à la ruse d'un agiotage
faisait tourner 2 par le moyen d'un
duleux qui
des transactions
trafique interlop, la majorité
commerciales, au profit de l'étranger.
ençait à peine à dispaPanarchie
avoir renversé le culte des Arts 2
raitre 2 après
le Commerce sous
méme celui des Moeurs 2 placé
prohibitives,
Pempire e de loix presqu'entitrement
frauet livré ses calculs à la ruse d'un agiotage
faisait tourner 2 par le moyen d'un
duleux qui
des transactions
trafique interlop, la majorité
commerciales, au profit de l'étranger. --- Page 19 ---
(13)
Cependant, malgré tant de contradictions, lorsque
condamnée à la stérilité, faute de
la terre semblait
des finances
bras pour la cultiver. 2 lors que la pénurie
le
prescrivait la plus stricte économie, tout-à-coup
goit de la Nation française pour le luxe, les specles bals les plaisirs lesplus frivoles et les plus
tacles 2
avec
ruineux. 7 long - temps comprimé 2 reparait
l'ivresse de la nouveauté.
entièSpartiates trop sévères, ne condamnez pas
modérez-en seulement P'usage. 2
rement ces plaisirs
quels
car ils sont la suite de la confiance 5 voyez
effets ont produit cette résurrection de lP'esprit national : elle a fait disparaitre Ia barbarie.
Les Lettres, les Arts reprennent leur empire; les
Ecoles centrales ralument dans chaque département
ce feu vivifiant qui, de proche en proche, pénètre
Ecoles primaires, et contribue à la formajusqu'aux
En protion de nombreuses pensions particulières.
diguant ses soins à ces diverses maisons d'éducation,
jour le GouverBENEZECH ne prévoyait pas qu'un
donnerait un asyle à sa famille. 0 vous !
nement y
soit votre destination ;
Administrateurs 2 quelque
cet exemple combien il importe de ne
apprenez par
des institutions dont la garde vous
négliger aucune
tôt enest confiée. Et toi, Père respectable, trop
levé à la tendresse de tes Enfans 2 jouis 2 s'il est
20.9 --- Page 20 ---
(14)
dans le séjour de la paix, de la récompossible 2
Péducation publique;
pense due à ta sollicitude pour
les objets de ton aflection, aux
ils sont confiés,
Femme qui connait les
mains bienfaisantes d'une
devoirs des Mères de Famille, , qui sait les suppléer
efficacement et allier les vertus du cceuraux talens
par
et aux agrémens de T'esprit, qualités précieuses
lesquelles les grâces mémes s'embellissent (1).
Si les circonstances ne permirent pas au citoyen
BENEZECH de donner à toutes les parties de PInsl'activité qu'elles ont obtenues detruction publique,
les difficultés s'applapuis; 5 pour toutes, cependant,
leurs
nirent. Les Ecoles de Médecine reprirent
le Collège de France conserva les sciences
Cours;
l'Ecole des Orphelins, qui
d'un dégré supérieur; 7 incohérente de plusieurs
n'offrait que la réunion
les
Ecoles, reçut des améliorations sous rappetites
PInstitut national des
ports physiques et moraux; d'économie, et n'en
Boursiers fut régi avec plus
moins plusieurs sujets à TEcole polytechfournit pas
elle-méme parvint à i'état le
nique; cette dernière
plus florissant.
Les Ecoles de Peinture et Sculpture furent réordont l'établissement à Saint-Ger-
(*) Madame Campan, conna et trop estimé pour qu'il soit
main-en-Laye est trop
besoin de donner de plus grands détails.
ites
PInstitut national des
ports physiques et moraux; d'économie, et n'en
Boursiers fut régi avec plus
moins plusieurs sujets à TEcole polytechfournit pas
elle-méme parvint à i'état le
nique; cette dernière
plus florissant.
Les Ecoles de Peinture et Sculpture furent réordont l'établissement à Saint-Ger-
(*) Madame Campan, conna et trop estimé pour qu'il soit
main-en-Laye est trop
besoin de donner de plus grands détails. --- Page 21 ---
(15)
ganisées sur l'ancien plan; et, au prix insignifiant
d'un jelon de cuivre 2 fut substituée la médaille
du Poussin, dont on avait acquis le portrait peint
par lni-méme, ct, peu après, 2 celle des Artistes
français dont les chefs-d'aeuvres et le temps avaient
fixé la gloire (1). Le concours pour les grands prix
revivifia l'Ecole de Rome; et les modèles multipliés
le
distribués dans les Ecoles des Dépar moulage,
partemens,. y propagèrent le goit pur de l'antique.
Les Musées des Arts, d'Histoire naturelle, des
Monumens, celui de Versailles consacré à l'Ecole
les Conservatoires, les
française ; les Bibliothèques, 2
Théâtres se ressentirent de l'esprit d'ordre qui
dirigeait le Ministère de PIntérieur.
Cette protection spéciale fit plus, elle donna de
l'énergie aux Particuliers 5 la fabrication des limes,
celles des aiguilles, des cornes transparentes, des
des cristaux, des verres, 2 l'usage des machines
vis, 2
appliqué avec succès au cardage et à la filature 2
furent autant de preuves que lindustrie avait pris
un nouvel essor. D'anciennes Manufactures aussi,
Sèvres les Gobelins la Savonnerie, Beauvais et
(1) L'Institut les avait désignés : Charles Lebrun 1 Eustache Lesueur, Jean Goujon, Le Pujet, Pierre Lescot. --- Page 22 ---
(16)
Lyon si renommé par ses fabriques et si intéressant
par ses malheurs 9 sortirent de l'engourdissement
auquel elles avaient été condamnées.
J'aurais peut-être dà vous parler ; avant tout ;
des asiles de l'humanité souffrante: ils avaient beaucoup perdu par la vente de leurs domaines. Le Ministre, qui en regardait l'entretien comme une dette
sacrée, commença par Fapprovisionnement de ceux
de Paris. 2 ensorte que 3 par cette prévoyance utile
aux Hospices et à l'Etat, lorsque le nuniéraire reparit 2 le trésor public n'eût aucune dépense à
faire pour leurs fournitures.
Je viens d'offrir à VOS regards le spectacle d'une
grande restauration opérée sous un Ministre qui
sût s'environner de Collaborateurs dignes de le seconder, et cependant je ne vous ai encore rien dit
du premier des Arts, l'Agriculture; mais il convenait de vous présenter à la fois tout ce que notre
Confrère a fait pour elle ; j'ai donc été contraint
de séparer ce qui est relatif à cette science, que le
citoyen BENEZECH aimait.
Son mariage avec Ia veuve du Baron de Boëls;
femme qui dédaignait l'orgueil dans l'opulence 2 et
qui supporta l'adversité ayec courage, ne l'eut pas
cependant je ne vous ai encore rien dit
du premier des Arts, l'Agriculture; mais il convenait de vous présenter à la fois tout ce que notre
Confrère a fait pour elle ; j'ai donc été contraint
de séparer ce qui est relatif à cette science, que le
citoyen BENEZECH aimait.
Son mariage avec Ia veuve du Baron de Boëls;
femme qui dédaignait l'orgueil dans l'opulence 2 et
qui supporta l'adversité ayec courage, ne l'eut pas --- Page 23 ---
(17)
plutôt mis en possession de la terre du Petit-Val;
qu'il songeât à l'améliorer. Cette propriété était
inondée pendant les deux tiers de l'année, il fit des
desséchemens, 3 etudia la nature du nouveau sol, le
rendit cultivable, 2 et bientôt il fut couvert de riches
moissons. Il publia des expériences sur la préparation des semences, le chaulage des grains; et contribua à diminuer les effets de la carie dans l'étendua
de ses terres.
Avant que de se procurer des bétes à laine fine
d'Espagne, il voulut essayer des races du Nord : le
troupeau qu'il fit venir, prospéra; néanmoins, ce
succès ne l'empécha pas de se procurer 2 depuis 2
des bétes espagnoles.
Enfin, comme Particulier, il fit tout ce qni était
en son pouvoir pour propager les lumières, 2 et sacrifia une partie desl bénélices de la feuille du Journal
genéral de France J dont il était propriétaire à
>
un supplément sur PAgriculture et l'Economie rurale, destiné aux habitans des campagnes. L'on y
lut, avec intérêt, quelques articles de lui, sous le
nom de LE PAUYRE, Cultivateur à Sucy.
Cet amour pour P'Agriculture, manifesté dans un
temps où le seul plaisir d'être utile pouvait le faire
naitre 2 devait accroitre en entrant dans un Ministère qui lui imposait le devoir de la protéger; il --- Page 24 ---
(18)
chercha donc à réunir autour de Jui un faisceau de
lumières, et composa le Conseil d'Agriculture.
Recueillir et répandre des instructions sur les
améliorations à faire dans les Campagnes, fut Ia première base d'une correspondance active : elle fit
connaître l'insuffisance du code rural; elle fit obtenir aux Cultivateurs la conservation de la seconde
herbe lorsque l'inondation avait dévasté la pre2
mière. Des réclamations aussi vives que multipliées
sur le partage des Communaux, se firent entendre;
on reçut les pièces des nombreux procès que ce nou
vel ordre suscitait entre les habitans , ou entre les
communes; 3 on vit les haines; les voies de fait se
multiplier. 2 et le pauvre dévaster les propriétés publiques et particulières, en s'excusant sur la privation des ressources qu'il avait jadis pour ses bestiaux.
Les déssèchemens indiscrets, autorisés par Ia Ioi
du 14 frimaire, si fatale à F'Agriculture, furent dénoncés et suspendus.
J'abuserais de vos momens 7 si je voulais parcourir tous les établissemens ruraux qui furent encouragés, améliorés ou préservés; dans leur nombre,
nous ne devons cependant pas oublier la conservation des débris de la Pépinière des Chartreux, que
les amis de T'Agriculture voient renaitre aujourd'hui
isés par Ia Ioi
du 14 frimaire, si fatale à F'Agriculture, furent dénoncés et suspendus.
J'abuserais de vos momens 7 si je voulais parcourir tous les établissemens ruraux qui furent encouragés, améliorés ou préservés; dans leur nombre,
nous ne devons cependant pas oublier la conservation des débris de la Pépinière des Chartreux, que
les amis de T'Agriculture voient renaitre aujourd'hui --- Page 25 ---
(19)
sous les yeux du Sénat-Conservatenr; les
de Versailles, de Trianon
Pépinières
arbres nécessaires à
2 destinées à fournir les
l'ornement des jardins
des grandes routes, et à l'instruction dans publics,
dins des Ecoles centrales.
les jar:
Le superbe troupeau de Rambouillet
d'être soigné et de prospérer; l'on demanda continua
aux Commissaires en
en outre
Italie, des taureaux, des
nisses, des buffles des
g6.
chameaux, 2 pour
d'ajouter aux ressources que nons tirons des essayer
à laine et des animaux de
bétes
transport,
A la suite des examens des Elèves
véterinaires
aux Ecoles
d'Alfort et de Lyon, 2 furent fondés des
prix pour l'émulation et pour les moeurs.
II est inutile de rappeler les services rendus
ces Ecoles; personne n'ignore le dévouement de par
Commissaires 2 dans les Départemens
leurs
zooties avaient alarmés.
que les épiL'instruction du
sur cet objet, fut insérée au bulletia Ministre;
pour lui donner plus d'authenticité.
des Loix,
L'Administration des Mines conçut aussi le
d'un travail d'après lequel les
projet
France possède en
ressources que la
être
minérauxet en métaux, devaient
connues; le citoyen Lefevre vient
ce
d'accomplic
van,relativement aux mines de houille; et son --- Page 26 ---
(2 20)
combien serait utile celui qui emouvrage prouve
toute entière , et combien l'on
brasserait la pensée
que le citoyen
doit desirer de voir réaliser Tespérance
d'après les mesures prises par
Lefevre nous donne,
les ordres du Ministre actuel.
PaffecEnfin, ce qui caractérise particulièrement science
le Ministre BENEZECH portait à la
tion que
son ordre au Conseil d'Agriculture 2
agricole, c'est
du Gouvernement 2
de publier 2 sous les auspices
d'Olivierédition soignée du Thédtre d'Agriculturey
une
classique, étonnant par sa grande
de-Serres 2 ouvrage
des pensées : il était résimplicité et la profondeur
le Miservé à ceux qui ont occupé ou qui occupent
de PIntérieur 2 de contribuer à Phommage
nistère
utile des Ecrivains agronomiques franrendu au plus
François, de NeufBENEZECH Pordonna (1);
çais.
suflit de nommer pour désigner unt
château, qu'il
consacre ses loisirs a
ami éclairé de PAgriculture 7
;et le
enrichir) Pédition de notes les plus intéressantes;
Chaptal, non moins ami des sciences 2 asMinistre
de l'entreprise, en prenant, au nom du
surel'exécution
(2)
Gouvernement, un grand nombre d'exemplaires
n'aurions-nous plus rien à ajouter au
Peutêtre,
(*) Lettre du 5 Thermidor an 4Huzard, à Paris.
(2) L'Ouvrage s'inprime chez M.me
a
ami éclairé de PAgriculture 7
;et le
enrichir) Pédition de notes les plus intéressantes;
Chaptal, non moins ami des sciences 2 asMinistre
de l'entreprise, en prenant, au nom du
surel'exécution
(2)
Gouvernement, un grand nombre d'exemplaires
n'aurions-nous plus rien à ajouter au
Peutêtre,
(*) Lettre du 5 Thermidor an 4Huzard, à Paris.
(2) L'Ouvrage s'inprime chez M.me --- Page 27 ---
(21 )
tableau rapide que nous vous avons tracé du Ministère du citoyen BENEZECU, si la postérité ne devait
pas un jour interroger Phistoire sur le sort dun Étre
intéressant et malheureux (1), que BENEZECH fut
chargé de remettre à la Famille Impériale qui le
redemandait. Cette mission est une de celles qui
donne une plus grande preuve des droits qu'il avait
à l'estime; elle ne pouvait étre remplie que par un
homme dont l'attachement à la Révolution fut
connu, afin de ne pas éveiller les soupçons d'un
Gouvernement nouveau, nécessairement inquiet, et
qui, en même temps, se fut préservé d'excés dont
le souvenir eut diminué, aux yeux de P'Europe 2 la
juste considération qui était due aux sentimens que
manifestait alors la Nation française.
BENEZECH sut allier ses devoirs à la circonspection, qualité heureuse à l'aide de laquelle il avait
traversé le torrent révolutionnaire 2 sans éprouvet
les fureurs de la démagogie : attaché à des services
utiles et indépendans de P'opinion, il pouvait garder
le silence; mais, au Ministère, il éprouva le sort de
ceux qui sont forcés de comprimer tous les partis.
Eloigné par eux, son nom fut inscrit sur la liste
des déportés, et il n'eut point échappé sans Pun des
Directeurs qui rappela ses services passés, la moMadame Rayale, dernier rejeton du Roi des Français.
(:) --- Page 28 ---
(22) )
dération de son caractère, et tous se réunirent au
méme sentiment.
Dans sa retraite, il reprit la vie agricole ; ce fut
alors qu'il devint notre Confrère. Notre Société naissante dut beaucoup à son assiduité et au zèle avec
lequel, en applaudissant aux innovations utiles, il
défendait les leçons de l'expérience contre ceux qui
appélent préventions et préjugés de la routine, ce
qui n'est souvent que prudence et précaution.
Maintenant je pourrais me taire, j'en aurais dit
assez pour faire connaitre le Ministre et le Citoyen ;
mais les destinées de la France ouvrirent une nouvelle carrière aux gens de bien, 2 ils se montrèrent
avec courage, et la Patrie cessa d'étre en danger.
Ceux-là sans doute sont dignes d'étre les Chefs
des Nations, qui, doués par la Nature de l'esprit
le plus vaste 2 ne se croyent pas en droit de rien
abandonner au hazard i mais qui, au contraire. 2 par
un sage emploi du temps et un travail soutenu, 9
rien derrière
qui, maitres de leurs
ne laissent
eux;
obtiennent la confiance des Nations amies
passions,
leur loyauté, et triomphent des ennemics par
par
l'ascendant de leur génie.
Ce caractère du Héros et de PHomme d'Etat, que
'esprit
le plus vaste 2 ne se croyent pas en droit de rien
abandonner au hazard i mais qui, au contraire. 2 par
un sage emploi du temps et un travail soutenu, 9
rien derrière
qui, maitres de leurs
ne laissent
eux;
obtiennent la confiance des Nations amies
passions,
leur loyauté, et triomphent des ennemics par
par
l'ascendant de leur génie.
Ce caractère du Héros et de PHomme d'Etat, que --- Page 29 ---
(23)
possède si éminemment le premier Magistrat de lai
République, prépara la journée du 18 Brumaire, et
rallia un grand nombre de Citoyens que les dissentions civiles avaient éloignés des affaires; avec eux,
BENEZECH fut rappelé, il entra au Conseil d'Etat.
Je ne vous parlerai point des opérations auxquelles
il concourut : la France les connait, et bénit le Gouvernement. Il est également inutile de vous entretenir des détails intérieurs qui lui furent confiés ;
des évènemens d'une plus hauteimportance appèlent
votre attention.
La victoire nous avait donné Ia Paix, et cette Paix
était avantageuse à toutes les Nations 5 les Noirs
de TAmérique 2 seuls 2 semblaient se refuser au voeu
général. O malheureux Habitans du nouyeau,
Monde ! à qui imputerez-vous un jour les fléaux
dont ce Pays a été inondé? Votre résistance, fomenaurait-elle été lavanttée par une perfide politique 3
coureur de projets plus sinistres encore 2 dont un
Gouvernement passionné ose menacer PUnivers, en
trompant ses propres Citoyens ?
Hé, quoi ! c'est au moment même que se prononce le serment solennel 5 c'est au mépris de la
foi jurée, qu'il fournit à des mains esclaves et barbares, des armes pour déchirer le sein de la mère
Patrie. --- Page 30 ---
(24)
1 Ne P'espérez pas ; toutes les Nations s'élèveront
contre VOS projets ambitieux; la Nature même
que
vous semblez braver sur le plus incertain des él6mens, 2 et que vous outragez dans ses droits les plus
sacrés 2 vous refusera ce que ne peut vous donner
l'insuffisance de votre sol; en vain, alors, vous mendierez des ressources sur le continent. Entassé dans
vos cités, le Peuple respirant à peine sous les
brouillards de la Tamise vous
reprochera vos
cruels projets : ses membres livides et glacés s'éleveront vers le Ciel pour appeler sa vengeance.
Les hommes sensibles gémissent sans doute en
prévoyant les suites funestes de ces divisions. Puisse
donc, leur indignation justement manifestée, en
éclairant les Nations et les
Gouvernemens sur leurs
véritables intéréts, contribuer au retour des principes, et faire renaitre les relations qui doivent unir
tous les Peuples.
Le Gouvernement français; en signant la Paix;
avait conçut ces douces espérances 5 franc et loyal,
le premier Consul ne supposait pas que l'on put se
refuser au bonheur de tous; il ne voyait dans Phésitation des naturels du pays, 2 que les suites de l'abandon que leur avait fait éprouver la révolution.
Les relations avec leur Chef (1), le renvoi de ses
(1) Tauoint-Lewverture; ; ses fils avaient été élevés en
France, par les sojns du Gouvernement,
ant la Paix;
avait conçut ces douces espérances 5 franc et loyal,
le premier Consul ne supposait pas que l'on put se
refuser au bonheur de tous; il ne voyait dans Phésitation des naturels du pays, 2 que les suites de l'abandon que leur avait fait éprouver la révolution.
Les relations avec leur Chef (1), le renvoi de ses
(1) Tauoint-Lewverture; ; ses fils avaient été élevés en
France, par les sojns du Gouvernement, --- Page 31 ---
(25 )
fils, tout devait lui faire penser que si l'appareil de la
force était nécessaire pour quelques uns, il était encore plus utile de faire connaître aux autres ses vues
paternelles; ; ainsi c'est l'Epoux de sa Sceur, sa Soeur
elle-mème, que Bonaparte choisit pour accomplir ses
généreux desseins; ce sont les Compagnons de ses
victoires ; c'est un ancien Ministre 9 membre du
Conseil d'Etat 2 qu'il charge du rétablissement de
l'ordre et du bien qu'il veut faire.
Mais c'est envain qu'ils ont franchi les mers 3 au
lieu d'un accueil amical, ils sont repoussés par Ia
fureur; à la place d'une Administration restauratrice
que l'on voulait établir, il faut dresser des camps,
livrer des combats. Oh ! combien de voeux nous
avions à former et comme Français et comme Citoyens du Département; le Chef militaire (1) et le
Chef civil (2), étaient nos compatriotes : l'ancien
Maire de Versailles (3), comme ce dernier, notre
Confrère, , devait le seconder dans ses trayaux. Les
circonstances désastreuses qui suivirent et accompagnèrent leur arrivée 1 ne permirent point au Préfet
Colonial de se livrer à la philantropie de son caractère; pour cela il n'en abjura pas les principes,
et, d'une maiu que conduisait l'espérance, il traça le
plan des dispositions nécessaires après la pacification.
(1) Le Général LECLERC, né à Pontoise.
(2) BENEZECH.
(3) Le citoyen DERAIME, aussi Membre de la Société, --- Page 32 ---
(26) )
Ceux qui en ont eu connaissance assurent qu'il
était propre à revivifier la culture, l'industrie et
le commerce de Ia Colonie. Il me semble entendre
PAdministrateur général dire aux Noirs: e Respectcz
a la puissance des Blancs 9 ce sont eux qui vous
> transmettent les lumières et vous donnent l'in-
> dustrie; > puis, rappeler aux Colons que si Pintérét de la politique exige que le régime des hommes
de couleur soit différent du leur, rien n'autorise à
rompre les liens de l'humanité,
Son courage se soutint ainsi au milieu des malades et des mourans : mais que peut le
contre les miasmes qui empoisonnent les courage de
la
organes
vie; tout-à-coup celle de BENEZECH est en danger:
un espoir inattendu semble un moment le rendre à
la lumière, de nouvelles craintes s'emparent de ses
amis.
Il soupirait après l'arrivée de sa Belle-Fille qu'il
aimait tendrement : au lieu de la nouvelle de son
départ de France, attendue avec empressement, il
apprend que cette jeune veuye 2 mère de deux
enfans, s'est endormie auprès du feu 1 qu'une étincelle a enflammé ses vétemens, et qu'après six semaines d'horribles souffrances, elle a cessé d'exister.
BENEZECH, convalescent, 2 a une rechite, et bientôt
de Commissaire de Justice proclama 2 au nom de la
au lieu de la nouvelle de son
départ de France, attendue avec empressement, il
apprend que cette jeune veuye 2 mère de deux
enfans, s'est endormie auprès du feu 1 qu'une étincelle a enflammé ses vétemens, et qu'après six semaines d'horribles souffrances, elle a cessé d'exister.
BENEZECH, convalescent, 2 a une rechite, et bientôt
de Commissaire de Justice proclama 2 au nom de la --- Page 33 ---
(27)
Colonie 1 qu'il avait vécu pour la Patrie, et que sore
nom sera à jamais cher aux Colons de St.-Domingue:
Toute sa famille, > ses domestiques, 2 qu'un long
attachement a conduit à sa suite, sont en proie à la
maladie ; les uns ont péri, les autres vont périr:
ils s'embarquent, la mort Ies suit, et de sa faulx
impitoyable, frappe ses victimes : de 405 passagers
127 périssent dans la traversée; Madame BENEZECH
meurt, en deux jours, d'une apoplexie séreuse ; sa
Belle-Sceur tombe malade, 7 et termine sa carrière; 5
Benezech-Saint-Hlotond (1), frère du Préfet, succombe lui-méme, moins sous le poidsde la maladie, ;
que sous celui de son désespoir.
Mesdemoiselles Benezech échappent seules 2 mais
leurs mains ne pourront donner la sépulture aux
cendres de leurs Parens ; une terre inhospitalière
et les flots de l'Océan ont tout englouti. Elles arrivent dans leur Pays natal, comme dans un lieu de
deuil et de douleur.
La Fortune n'avait cependant pas épuisé tous ses
coups sur cette Famille infortunée ; nos Phalanges
sont dévorées par une fièvre brûlante; le Chef, luiméme. 2 est frappé : C jeune Guerrier, permets
>) tes Compatriotes offrent ici leur hommage à que ta
(1) Officier distingué dans le Gépie, --- Page 34 ---
1-157
(28)
mémoire; tu as été loué par des bouches plus éloa quentes, mais non par des coeurs plus sensibles; ils
a ne) peuvent te séparer du Préfet colonial, ni dans
a leur estime, ni dans leurs regrets : l'un et l'autre
> vous étiez investis de la confance du Gouver3 nement, et un destin trop rigoureux vous a fait
s éprouver le méme sort D.
Mes Confrères 2 je pourrais encore reporter
votre attention sur les détails de la vie privée
du citoyen BENEZECH, , sans affaiblir son Éloge ;
puisqu'il fut bon Père et bon Epoux 2 mais l'existence d'un homme public est toute entière dans ses
rapports avec la Société, C'est en les remettant sous
vos yeux, que j'ai essayé de satisfaire à VOS voeux
pour honorer sa mémoire : puissent mes efforts 3
avoir rempli votre attente ! --- Page 35 --- --- Page 36 --- --- Page 37 ---
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