--- Page 1 --- --- Page 2 ---
&
R
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CArD FO
3oln Carter Groton. --- Page 3 --- --- Page 4 ---
--- Page 5 ---
*
DISCOURS
SUR L'ESCLAVAGE
DES NEGRES,
Er sur PIdée de leur Affranchissement
dans les Coloriies. --- Page 6 ---
a
- EL 2
a
a Gi
BIXDIW 230 --- Page 7 ---
R.
DISCOU JRS
SUR LESCLAVAGE
DES NEGRES,
Er sur PIdée de leur Affranchissement
dans les Colonies.
2:
-
- 2
PAR un COLONI de Saint-Dominguer
Homo sum : humani nihil à mie alienum puto. TeR.
A A M S TERD A M.
Et se trouve A PARIS;
Chez HARDOUIN et GATTEY, Libraires de
S. A. S. Madame la Duchesse D'ORLÉANS,
au Palais Royal, No. 13 et 14.
1786. --- Page 8 ---
AU 0 - 1
- -
Différens événemens ont retardé limpression de cet Ouvrage qui devoit paraitre depuis
plus de six mois.
a --- Page 9 ---
A
M * * *
Crnay pas pour moi scul que je prétends
adopter le mot si touchant de Térence. C'est
au nom de la plus grande partie de mes Compatriotes si souvent calomniés par un préjugé
aussi ancien qu'il est injuste, et sur-tout
Pimpression qu'a faite sur les
par
esprits un Ouvrage célébre et répandu .en Europe depuis
un certain nombre d'années. Je veux les
tifier de toutes les fausses accusations
jusque l'on
se permet à leur égard; ; et, comme vous me
le dites si bien, Monsieur, consoler
en même
tems les âmes sensibles. L'intérêt
que vous
me parûtes prendre à la courte et faible description d'une de nos Colonies d'ou je venais
d'arriver, vous peignit à mcs yeux SOUIS les
traits d'un véritable ami de
Phumanité, et
redoubla les sentimens affectueux qui m'entrainaient vers vous. Le souvenir de cette
conversation, dont les Nègres furent le principal objet, a beaucoup contribué aux observations suivantes 3 et j'en étais occupé Jors4
A iij --- Page 10 ---
(6)
qu'a paru le dernier Ouvrage de M. N., qui
leur a consacté un Chapitre. En lc lisant, j'y
reconnus les vues d'un génic dont les lumières
se répandent sur tous lcs objets, ct P'expression d'un cocur dont la bienfaisance embrasse
tous les hommes. Jc nc me range pas à son
avis sur l'affranchissement des Negres; mais,
pénctré de l'estime ct de l'admiration les plus
profondes pour CC grand-homme, je me joins
aul concert universel des bons Citoyens en sa
faveur.
Et moi aussi je suis Citoyen; j'ose le dire
dans CC siècle d'égoisme où tant d'étres isolés, tant de cocurs froids semblent se glorifier de leur insensibilité. Oui, je le suis ;
oui,je crois à ce nom de Patries oui, j'en
connais tout le pouvoir. Ni Page, ni la cruelle
et triste expérience, ni le choc des événemens, ni les spécieux sophistes qui bourdonnent au pied de sa statue, n'en ont à mes yeux
défiguré les traits augustes et vénérables. J'ai
partagé ses revers 2 je m'associe à sa gloire,
j'aime à présager son bonheur.
Et moi aussi je suis homme; et le vocu de
;
oui,je crois à ce nom de Patries oui, j'en
connais tout le pouvoir. Ni Page, ni la cruelle
et triste expérience, ni le choc des événemens, ni les spécieux sophistes qui bourdonnent au pied de sa statue, n'en ont à mes yeux
défiguré les traits augustes et vénérables. J'ai
partagé ses revers 2 je m'associe à sa gloire,
j'aime à présager son bonheur.
Et moi aussi je suis homme; et le vocu de --- Page 11 ---
(7)
mon coettr serait qu'ils fussent tous heureux..
Oui certes, , c'est une grande et belle ambition que celle de concevoir le plan de la felicité publique. Peu
d'intelligences en sont capables, peu de mains en sont dignes, et
d'âmes encore ont le degré de
peu
courage et
d'énergie nécessaires pour l'exécuter. Mais
qu'on ne l'attende jamais ce magnifique Ouvrage, ni des fougueux Déclamateurs, ni des
Moralistes sévères, ni des Philosophes spécuIatifs. Du haut de leur sphère orgueilleuse ils
dédaignent de s'abbaisser à la portée des faibles humains, ou ce n'est qu'avec un souris
insultant qu'ils proposent leurs impraticables
systêmes. Il est en effet plus facile d'imaginer
un beau idéal, et de le modifier à son gré,
que de présenter des yérités palpables, et de
rendre le bien possible. Il ne s'agit pas de
briser pour la refaire cette antique et imparfaite machine de la Société : il faut, en conservant son ensemble et sa forme extérieure,
réparer ses ressorts internes, et Ieur donner
un jeu plus liant et plus doux. Ce chefd'ceuvre
de PArt n'est qu'à peine réservé aux mains
A iv --- Page 12 ---
(8)
Jcs plus habiles: ; et la postérité peut scule
apprécier les tentatives des plus ingénieux
Artistes, pour consommner ce travail admirable. C'est dans les sublimes écrits de Montesquicu, du Citoyen de Genève, et du petit
nombre de ceux qui, à quelques égards, peuvent leur être comparés, que nous appercevons Jes dernières ressources de Fesprit humain dans une matière si importante. S'ils ne
frappent pas toujours au but, si quelquefois
même ils semblent s'cn éloigner, ils nous appre: nent du moins à connaitre les bornes qu'ils
n'ont pu franchir ; ils nous forcent d'admirer
leurs vigoureuses conceptions, et nous imposent la loi de respecter en eux les écarts du
génic.
E: c'est contre de tcls hommes que j'ose
lutter! Et c'est la cause de P'humanité que j'attaque ! Que de préjugés à vaincre pour un
Athlète faille et obscur ! N'importe; je desccads dans l'arène à regrct, mais rassuré par
mon cacitr, et guidé par les leçons de mncs
Maitres. C'est dans lcurs propres principes
que je prendrai les armes dont je yeux les
arts du
génic.
E: c'est contre de tcls hommes que j'ose
lutter! Et c'est la cause de P'humanité que j'attaque ! Que de préjugés à vaincre pour un
Athlète faille et obscur ! N'importe; je desccads dans l'arène à regrct, mais rassuré par
mon cacitr, et guidé par les leçons de mncs
Maitres. C'est dans lcurs propres principes
que je prendrai les armes dont je yeux les --- Page 13 ---
(95
combattre; c'est dans Phistoire des hommes
que je puiserai mes raisons pour contrarier
un projet de bienfaisance.
Commençons par un ayeu qui prévienne
chez mes Lecteurs une des objections les
plus fortes et les plus naturelles. Je suis Colon. En voilà trop pour indisposer les esprits
contre les plus justes observations; ; et je sens
que c'est affaiblir d'avance tous ce qu'il est
possible d'employer dans une cause défavorable. Caché sous le voile de
Panonyme, s
j'eusse pu sans doute écarter cet obstacle; et
me parant d'abord d'une fausse philosophie,
ménager de loin à de modestes raisons d'autant plus de force, qu'elles auraient passé à
l'aide d'un ton doucereux
d'impartialité et
d'hypocrite bienfaisance. Mais non 5 c'est à
découvert que je veux paraitre, quelqu'en
doive être le succès. Si donc, se prévalant
d'une telle franchise, quelques-uns de mes
Lecteurs ne préjugeaient dans cet Ouvrage
que la scandaleuse audace d'un Apologiste
de la servitude, ou les viles réclamations de
l'intérét personne!, qu'ils le rejettent à l'ins- --- Page 14 ---
(10 )
tant, et me condamnent sans m'entendre. J'appellerai du fanatique ardent à Phomme sensible, mais juste.
- --- Page 15 ---
DISCOU R d S
SUR L'ESCLAVAGE
DES NEGRES,
Er sur PIdée de leur Afranchissement dans
les Colonies.
2 aa
PREMIERE PARTIE.
Exr parcourant des yeux le globe, j'y vois
par-tout Phomme plus ou moins asservi dans
sa personne, ou dans ses facultés, ou dans ses
opinions. Cette chaîne s'étend d'un pole à
Fautre; elle cmbrasse les deux hémisphères,
et chaque jour semble la resserrer davantage.
DISCOU R d S
SUR L'ESCLAVAGE
DES NEGRES,
Er sur PIdée de leur Afranchissement dans
les Colonies.
2 aa
PREMIERE PARTIE.
Exr parcourant des yeux le globe, j'y vois
par-tout Phomme plus ou moins asservi dans
sa personne, ou dans ses facultés, ou dans ses
opinions. Cette chaîne s'étend d'un pole à
Fautre; elle cmbrasse les deux hémisphères,
et chaque jour semble la resserrer davantage. --- Page 16 ---
Vainement l'esclave s'en apperçoit : vainement affligé de cctte affreuse découverte, le
Philosophe en fait l'objet de ses méditations.
Une longue habitude rend à celui-là supportable et presqu'insensible le poids de ses
chaincs ; ct le fruit des études de celui-ci se
borne ou à des voeux impuissans, ou à de
stériles spéculations. Qui mieux que le fameux Citoyen de Genève pourra discuter
P'origine de Pinégalité parmi les hommes ?
Eh bien! que nous apprend cet cloquent et
profond Traité? Quel pas fait-il faire à Phomme
vers une meilleure situation? Hélas ! il luirévèle la source de ses malheurs, mais sans lui
en indiquer le remede. Pour lui rendre SOIT
antique liberté, il faudrait en même tems lui
restituer son innocence première : mais cela
ne suffirait pas encore, Si vous lui laissiez ses
passions, et sur-tout cette soif de dominer,
qui, dans une âme ardente, dévorant toutes
les autres, les fait servir à l'exécution de ses
coupables desscins. Bientôt du scin d'un Peuple libre, vous verrez éclore le Tyran qui
doit Passervir; ct cette première atteinte 9
donnée à son indépendance, sera le signal
de tous lcs maux qui désoleront l'espèce humaire. Tellc cst la marche de la Nature; tel
est Pinévitable effet de la Société.
Autant qu'il est possible de débrouiller --- Page 17 ---
(13 )
cette histoire confuse des premiers
ages, ou
plutôt en se prétant aux plus fortes probabilités, nous verrons d'abord les hommes épars,
errans, et par conséquent libres ; ensuite réunis par pelotons et cherchant à se fixer; bientôt attachés au sol, retenus par la propriété,
forger leurs premiers fers en demandant des
loix, et en confiant leur manutention à Pun
ou plusieurs d'entr'eux. De cette police
sière, il y a
ne
grospense aux entremotaifrion
prises du despotisme; et ses progrès, plus ou
moins rapides d'une Nation à l'autre,
dront du génie des successeurs de ce dépenJuge élu para acclamation. La paresse des premier Peuples, leur sommeil, l'ambition des Chefs,
l'influence du climat auront fait le reste. Ce
chemin, plus doux et plusilong, aura donc
insensiblement entraîné Phomme vers l'esclavage (I). Ou bien une usurpation soudaine
et violente Paura fait naitre tout d'un
Attaqués par des Chasseurs
coup.
doutables leur adresse:
que rendaient reet Phabitude de manier
des armes s : des Bergers aussi timides
leurs troupeaux, de paisibles Cultivateurs que
ront subi le joug de cctte troape
duféroce : ils auront perdu le même guerrière et
biens et leur liberté (2). De riches jour lcurs
5 dépendans
et d'inqu'ils étaient, devenus esclaves et
pauyres, c'est le seul et: uistehéritage qu'ils
doutables leur adresse:
que rendaient reet Phabitude de manier
des armes s : des Bergers aussi timides
leurs troupeaux, de paisibles Cultivateurs que
ront subi le joug de cctte troape
duféroce : ils auront perdu le même guerrière et
biens et leur liberté (2). De riches jour lcurs
5 dépendans
et d'inqu'ils étaient, devenus esclaves et
pauyres, c'est le seul et: uistehéritage qu'ils --- Page 18 ---
(14)
à leurs malheureux descenauront pu léguer
de la
dans. Enfin, en tirant des exemples
Société déjà formée, une querelle survenue
voisins, mais incgaux en
entre deux Peuples
dont le
force, aura donné lieu à un combat
aura été d'asservir pour toufruit déplorable
vainjours les vaincus à leurs impitoyables
queurs (3).
soit de CCS différentes conQuoi qu'il en
dans la recherche des
jectures, sans m'égarer
à la naissance
causes qui ont pu concourir
je partirai dun point connu, -
de Pesclavage, des Auteurs qui se sont le plus
avoué même
leur horreur contre cette dégradasignalés par
long-tems il existe;
tion de Fhomme. Depuis
dans les Livres
nous en trouvons les traces
le monsacrés, et les fastes de PHistoire nous
Les
consacré chez tots les Peuples.
trent
assertion ne sont
preuves de cette aflfigeante scroit facile de les acque trop réelles, ct il
inutile à mon but
cuauler. Mais un tel soin
ne servirait qu'à
ci contraire à mes intentions;
me hâte
faussement; et je
les faire interpréter
fidelle d'un sende consigner. ici Fexpression
coeur. L'estiment qui réside aul fond de mon
mal.
clavage est un mal, et un très- grand c'est
C'est le dernier période du despotismie; Phomme
excès du pouvoir que
le plus grand
en le réait pu s'arroger sur son semblable, --- Page 19 ---
15 )
duisant à la condition d'un être purement passif, et le dépouillant ainsi de son plus bel
attribut. Borné à de simples sensations, ce
caractère distinstif qui sépare l'homme de la
brute, cette Portion sublime d'une puissance
suprême, Pâme ne serait pour l'esclave qu'un
présent funeste, si, lorsqu'il perdit sa liberté,
ces nobles traits de son origine n'eussent été
altérés, comme pour lui ôter en même tems
le souvenir douloureux de son anciennesplendeur, et le sentimnent trop vif de sa misère actuelle. Cetagent admirable qui, dans Phomme
'libre, dirige ses actions, élève sa pensée, déploie son intelligence, modifie sa sensibilité
en Passociant aux êtres qui T'enrourent,. et
mcme aux objeis qui lui sont supéricurs :
cette essence qu'il n'est pas permis à la conception humaine de définir, ce feu divin dans
f'esclave ne jettant plus que de faibles lucurs,
le fait méconnaitre de celui même qui jadis
fut son égal : iln'y voit plus son scmblable;
il a peine à se persuader que ce soit encore
Phomme.
C'est ainsi que d'age en age accumulant les
injustices,loin d'effacer les torts des premières
générations, nous y en ajoutons chaque jour
de nouveaux; et.que par une inconséquence
révoltante, nous érigeons nos crimes en titres,
et punissons de leur révolte les malheureuses
connaitre de celui même qui jadis
fut son égal : iln'y voit plus son scmblable;
il a peine à se persuader que ce soit encore
Phomme.
C'est ainsi que d'age en age accumulant les
injustices,loin d'effacer les torts des premières
générations, nous y en ajoutons chaque jour
de nouveaux; et.que par une inconséquence
révoltante, nous érigeons nos crimes en titres,
et punissons de leur révolte les malheureuses --- Page 20 ---
(165 j
victimes d'une ancienne oppression. Quel affreux tableau, s'il n'est pas exagéré : Mais il
P'est sans doute, et c'est ce que j'entreprens de
démontrer par la suite. Qu'on ne s'imagine pas
au reste qu'en le traçant, j'aie voulu réduire
l'esclavage aux limites qu'on lui assigue OIdinairement. Ce serait étrangement s'aveugler que de le renfermer dans ces bornes
Stroites : sous des traits déguisés on pourrait
le trouver ailleurs; et pour qui les couleurs et
les dénominations sont indifférentes, > il sera
facile d'en étendre l'empire. La bienfaisance
des Souverains, la sagesse des Loix l'écartent,
autant qu'il est possible, de nOS Gouvernemens
Européens ; et la France sur-tout, grace au
génie doux et compatissant de son Peuple,
repoussant jusqu'à da plus legère image de la
servitude, offre Pun des plus respectablesasyles
dans ce genre. Il suffit d'en avoir touché Pheureux sol, pour y rentrer dans les premiers
droits de la nature ; ou du moins si l'on y cède
à la considération due même à des principes
vicieux, hientôt on s'empresse d'éloigner un
tableau si ctranger à nos moeurs (4).
Ce sera donc parmi une telle Nation, ce
sera dans un siècle où les lumières de la philosophie auront propagé des vues générales
d'humanité, ce sera particulièrement sous un
Roi qui a déjà illustré son règne par Pabolition --- Page 21 ---
1 17 )
tion des restes de la servitude dans ses Etats,
que l'on proposera P'affranchissement des Negres dans nos Colonies. Un cri général d'applaudissement, parti de tous les coeurs sensibles, annonce la réunion des
faveur d'un projet aussi grand, suffrages en
qui semble
d'ailleurs avoir été préparé par les voeux de
plusieurs Ecrivains du premier ordre.
Jamais en effet une plus belle question n'a
peut-être été agitée parmi les hommes
celle de P'esclavage des Negres
que
plurôt résolue
proposée, ou
par l'immortel Montesquieu.
Cependant il ne l'a point jugée digne d'être
traitée sérieusement. Iln'y consacre qu'un seul
et très-court, Chapitre, oùt par-tout le sel de
Pironie est substitué à la force du raisolnement. Sa plume qui peint à si grands traits
Pheuretise et fière indépendance, semble
refuser à l'afifigeant tableau de la servitude. se
Il l'effleure à peine, et s'empresse d'en détourner ses regards. Mais un grand-homme
ne saurait faire un pas qui ne porte une empreinte profonde; et, dans sa marche
il laisse toujours aprés lui des traits de lumière rapide,
qui décèlent sa pensce. Ainsi,
lorsque, reyenant au ton noble qui lui convient, il traite
de l'esclavage en général, il recherche les
causes qui ont dà le faire naitre, et qui l'entretiennent dans les climats chauds, plutôt
que
E
resse d'en détourner ses regards. Mais un grand-homme
ne saurait faire un pas qui ne porte une empreinte profonde; et, dans sa marche
il laisse toujours aprés lui des traits de lumière rapide,
qui décèlent sa pensce. Ainsi,
lorsque, reyenant au ton noble qui lui convient, il traite
de l'esclavage en général, il recherche les
causes qui ont dà le faire naitre, et qui l'entretiennent dans les climats chauds, plutôt
que
E --- Page 22 ---
(1S) )'
dans lcs climats tempérés. Désespérant de le
bannir de PUnivers, il veut du moins le circonscrire aux licux où il le juge plus supportable et commeindigène. Mais cen'est qu'avec
une sorte de regret qu'il SC livre à cette composition que son coeur bienfaisant désavoue;
ct ellc nc vient qu'àa la suite d'un Pacte général entre les Nations commerçantes de PEurope, pour concourir à l'affranchissement des
Nègres dans nos Colonies. Cc serait outrager
la nature et l'humanité que de s'y montrer
contraire; et l'on doit ce respect aux vues du
meilleur ami des hommes et du législateun
des Nations, de les discuter avec un soin
scrupuleux, si par hazard ellcs offraient des
doutes à l'esprit, et de ne les rejetter enfin
que lorsque l'impraticabilité en scrait démontrée. Jc sais bien qu'il me sera difficile de
présenter une objection qui n'ait été: prévue
par lui, ou par les autres, Ecrivains qui ont
saisi et développé son idée. Rien sans doute
n'a échappé à leur génic pénétrant. Ils ont su,
embrasser à la fois toute l'étendue du mal et
toutes les difficultés cqui s'opposaient à sa gué
rison. N'importe : cette matière mérite bien
d'être encore mise en délibération. Peut-ètre,
malgré son importance, n'a-t-elle pas été suffisament examinée : peut-être s'en est-on exagéré les obstacles. Tàchons de la considérer --- Page 23 ---
(19 )
sous toutes les faces dont elle est
et de prévenir le reproche
susceptible,
hommes ait été traitée s que la cause des
comment on pourroit s'y légérement. Voyons"
cette grande révolution. prendre pour opérer
Ce ne pourrait être par une secousse
lente, dont Pidée répugne à
vioverain, ainsi qu'à celle des l'équité du Sousecondent; et le respect dû Ministres qui le
rait la première, er-Pune aux proprictés, setables barrières
des plus insurmons
aurait beau
qu'il s'agirait de briser. On:
peser sur le vice moral de leur
Principe, il n'en serait pas moins vrai
reçu Ja sanction des loix civiles, à qu'ayant
ceux qui en seraient revêtus,
ce titre 9
de les réclamer pour la
auraient droit
d'une industrie
conservation desagens
et qui plus est, jusqu'à ce moment autorisée,
qui voudraient encouragée par ceux mêmesi
s'éleveraient de Panéantir. Quelles clameurs:
toutes parts ! Que
apauvris ! Que de familles ruinées d'individus
pour appaiser Ces nombreuses
! Que si,
mations, il fallait se livrer
et justes réclaboursemens à faire;
au calcul des remgres répandus dans cinq à six cents mille No
les Colonies
offriraient un capital d'environ
Frangaises,
un milliard
indépendamment de la valeur des
(5),
qui se trouyerait presqu'anéantie habitations,
tion des bras
par la privaemployés à leur culture, Je ne
Bij
familles ruinées d'individus
pour appaiser Ces nombreuses
! Que si,
mations, il fallait se livrer
et justes réclaboursemens à faire;
au calcul des remgres répandus dans cinq à six cents mille No
les Colonies
offriraient un capital d'environ
Frangaises,
un milliard
indépendamment de la valeur des
(5),
qui se trouyerait presqu'anéantie habitations,
tion des bras
par la privaemployés à leur culture, Je ne
Bij --- Page 24 ---
20 )
puis croire qu'ici l'on formât sérieusement
P'objection que ces terrains ayant été originairement concédés par nos Rois, on pourrait
aisément, et même avec une sorte de justice,
annuller cette faveur. Sans remonter à l'époque de la prise de possession de nos Isles, ou
de leurs conquêtes, et à celle de leurs défrichemens, et sans m'engager dans une discussion déjà si souvent renouveléc, il n'est pas.
douteux que de semblablés propriétés seraient
toujours sacrées SOUIS le double aspect.ou d'ac-:
quisitions faites sous la foi des eontrats, ou
du droit aussi respectable que Factivité des
premicrs Cultivateurs n'a fait que fortifier,
dans la personne de leurs descendans.
C L'exemple de l'affranchissement du petit,
nombre de Serfs qui avait survécu en France
à l'alfiranchissement général de la Nation 2
amené par les siècles, et dû à une suite de
révolutions heureuses Oll adroitement préparées, cet exemple ne pourrait pas êtrei appli-.
quéici avec plus de justesse. Tout concourait
à Pexécution d'un plan conçu par un Roi bienfaisant, et sollicité par une Nation généreuse
et libre,. indignée de voir sous ses yeux et
dans son sein des traces vivantes de Pancien
systéme féodal. Eu égard à l'immense popuJation d'un Royaume tel que la France, le
nombre de ces Serfs pouvait être eonsidéré
a --- Page 25 ---
Re
(21 )
comme nul ; et ces proprictés si
dans notre siècle, si
étonnantes
tion de
érangères à la constituP'Etat, si peu utiles pour sa
rité, se trouvant répandues dans les prospé
mains de
Grands-Seigneurs riches de tant d'autres manières, ou de Maisons Religieuses
d'ailleurs
tres-opulentes, ont pu aisément être
à des vues générales d'humanité sacrifiées
tique.
ou de poliCes serait m'entendre fort
nier
mal, et me calomgratnitement, que de me supposer Pidée
d'envisager les Nègres comme une classe
d'hommes étrangers à notre espèce
couleur, et dépouillée
par sa
droit à
par cela seul de tout
notre commisération, IZ
soient hommes & qu'ils soient sufit qu'ils
Voilà leurs titres. En est-il de malheureux.
Malheur à l'âme farouche
plus sacrés?
trait! Malheur
qui les méconnaitester! Mais au monstre qui oserait les conen les admettant ces titres
tables, en convenant d'une parité
respecles Nègres et nous ; il est chr moins exacte entre
de rejetter une comparaison
permis
justesse sous toutes Ies
qui manque de
faire sentir la différence autres faces, et de
projet facile qui a pu être existante entre un
sion, sans altérer Ja
opéré sans convalmarche du
ment; et celui dont il est
Gouvernetant la
question, qui exciréclamation, je ne dirai pas des Coloa
B ii
titres
tables, en convenant d'une parité
respecles Nègres et nous ; il est chr moins exacte entre
de rejetter une comparaison
permis
justesse sous toutes Ies
qui manque de
faire sentir la différence autres faces, et de
projet facile qui a pu être existante entre un
sion, sans altérer Ja
opéré sans convalmarche du
ment; et celui dont il est
Gouvernetant la
question, qui exciréclamation, je ne dirai pas des Coloa
B ii --- Page 26 ---
- 22 )
nies, mais celle du commerce en général,
briserait en un instant l'une des plus imporrelations de la France avec les Etats
voisins. tantes Je sens bien que toutes ces considérations politiques sont nulles aux yeux du
Philosophe, et que dans une âme sensible la
voix de Phumanité souffrante doit faire taire
de Pintérêt. Eh bien!
les clameurs importunes
joignons-nous à ces amis de T'homme oppriembrassons un sentiment rejetté par la
iné;
mais que dicte la Nature,
Société dépravée,
enthousiasme si famiet qu'adopte ce noble
est
liec aux belles âmes. Puisque l'esclavage
semblable au mancenillier
un mal, puisque
ses feuilles
et Parbre, et ses fruits, et jusqu'à
dans
sont tous un affreux poison ; coupons-le
détruisons jusqu'anx faibles rejesa racine,
le reproduire un jour.
tons qui pourraient
des
Ces Esclaves sont, dites - vous 3
protitre est révoltant. - Les
prictés. 1 Leur
loix
barloix les ont consacrées. - Ces
sont déVous
bares, injustes et incompétentes.
qui
pouillez une foule de Citoyens d'objets
toute leur fortune. - - C'est un
composent ils travailleront pour cn acquérir
malheur ;
à Phumanité, 1 Que
une qui ne répugne pas
la plus
deviendront votre ravigation,
grande
votre puissance
partic de Vos manufactures,
je ne yeux
maritime? 1 Ce qu'ils pourront; --- Page 27 ---
(23 )
point de tous ces
puis les conserver avanages, puisque je ne
horreur.
qu'à un prix qui me fait
Ainsi
rain qui voudrait s'expliquerait u1l Souvechissement
adopter ce plan d'afliranarrêterait subir; et tin mot de sa bouche
dans ses Ports le départ de ces Navires qui vont tous les ans porter des fers à
vingt mille infortunés. De tous les
pourrait faire dans cette louable pas qu'on
ce serait le premier de tous et le plus entreprise facile >
former. En revanche, le second
à
ses difficultés; et c'est
cffraie par
Nègres existans dans Paffranchissement des
offre de si
nos Colonies qui en
nombreuses, de si
qu'on à peine à les rassembler compliquées
les concevoir.
et même à
labyrinthe
L'imagination s'égare dans un
voir Pissue. immense dont elle ne peut entreles détours, Essayons cependant d'en suivre
et poursuivons l'idée dans
ses ramifications.
toutes
Cet affranchissement ne serait-il
siquement impraticable?
pas physible,
Quand il serait
atteindrait. - on surement le but posposé? Deux manières de
prorenvoyer les
l'opérer. L'une deNègres ne peut être proposée
que pour n'omettre aucune des combinaisons
imaginables. On sent combien cette idée
rait absurde et difficile d'exécution
sepeu d'ailleurs elle
; combien
remplirait le but de bienB iv
outes
Cet affranchissement ne serait-il
siquement impraticable?
pas physible,
Quand il serait
atteindrait. - on surement le but posposé? Deux manières de
prorenvoyer les
l'opérer. L'une deNègres ne peut être proposée
que pour n'omettre aucune des combinaisons
imaginables. On sent combien cette idée
rait absurde et difficile d'exécution
sepeu d'ailleurs elle
; combien
remplirait le but de bienB iv --- Page 28 ---
(24)
faisance supposé puisque tôt ou tard ces
mêmes individus scraient exposés à retomber
dans les fers de Nations moirs serupuleuses.
Mais le Pacte général. Nous y viendrons tout
à Pheure; et ce n'est pas encore le moment
de discuter cette proposition qui semble être
la réponse à toutes les objections, ct comme
la clef du systême.
affranchir en
L'autre manière serait de'les
les gardant dans les Colonies. Dans ce cas, s
D'y laisser enl même tems
deux suppositions.
Une foule de raisons.
les Blancs. Impossible.
désordre
Quel cahos! Quelle anarchie! Quel
à
affreux! Quel. pouvoir assez fort réussirait
affranchis enivrés de leur nouvel
contenir ces d'en faire valoir tous les droits,
état, empressés
de celui des
et dont le nombre cst décuple
Blancs ? Bientôt ceux-ci chassés ou piutôt
libre à leurs
égorgis laisseraient un champ
déennemis ; et cette horrible révolution, atticoncertant Patiente de leur bienfaiteur,
reraient ses armes vengeresses sur une race
et lui rendrait ses fers
ingrate et perfide,
les
qu'on venait de briser. Rappelleriez-vous
il faut se préter à toutes
Blancs (car
(*) Qu'on ne mne dise pas que je ne forge ici que de
simériques et ridicules suppositions. Ilny a pas trente --- Page 29 ---
a
(25) )
les suppositions ) et après avoir établi
les Nègres une police telle
parmi
qu'ils l'exercent
en Afrique sous la conduite de leurs
et distribué les terrains
Chefs,
une équité capables
avec une sagesse et
les
desatisfairet tout le monde,
abandonnant enfin à
neriez-vous à la
cux-mêmes, vous borjouissance intérieure
fait des heureux, et au rôle sublime d'avoir
tecteur désintéressé? Ou
de provous de
bien, vous flatteriezl'espoir de conserver avec eux des
relations de commerce? Quand
qu'il fit possible que dans ce nouvel j'accorderais
de choses, les Isles ne
ordre
splendeur
perdissent rien de Jeur
actuelle, et qu'elles formassent Pobjet d'un commerce intéregsant
idée de relations
pour nous, cette
chimère.
avec eux serait encore une
Elles seraient bientôt ou croisées
par la concurrence de toutes lcs Nations
ropéennes, ou même détruites
Eupar l'invasion
ans qu'on avait proposé d'abandonner les Colonics
dispendieuses, disoit-on, pour T'Etat, et qui seules trop exigeaient l'entretien d'une Marine si difficile à
Si une telle idée edt été adoptée, il aurait soutenir.
cependant admettre l'unc des
bien fallu
pose, et en essuyer tous les inconvéniens. combinaisons que j'erexiste encore bien des
Comme il
un tel
gens plus zélés qu'instruits à
systôme nc scmblerait
qui
pas qu'il soit inutile de lcs pas extravagant, je ne crois
en désabuser.
igeaient l'entretien d'une Marine si difficile à
Si une telle idée edt été adoptée, il aurait soutenir.
cependant admettre l'unc des
bien fallu
pose, et en essuyer tous les inconvéniens. combinaisons que j'erexiste encore bien des
Comme il
un tel
gens plus zélés qu'instruits à
systôme nc scmblerait
qui
pas qu'il soit inutile de lcs pas extravagant, je ne crois
en désabuser. --- Page 30 ---
26 )
qu'elles ne manqueraient pas d'en faire. De-là
des guerres d'autant plus désavantageuses, que
vous seriez privés du point d'appui que vous
fournissaient jadis les Colonies elles-mémes:
Après les avoir abandonnées, il faudrait en
tenter une seconde fois la conquête. Si le sort
des armes vous était favorable, si vous aviez
le bonheur de chasser ces frélons jaloux et
ambitieux, tout invite à croire que, satisfaits
d'une épreuve dangereuse, éclairés par Pexbientôt à lancien
périence, vous retourneriez
plan trop légèrement abandonné, et que vous
voudriez
courir le risque d'un sacrine
plus
Phumafice onéreux pour vous et perdu pour
nité.
ces hommes célèbres
Si je ne parlais qu'à
honorent
qui, par leurs vertus et leurs talens,
à la fois la France et les Lettres,je pourrais
sans doute me dispenser de discuter séparément chacune des objections dont eux-mêmes
ont si bien senti la faiblesse, mais j'ai à conlibre
révolte la seule
vaincre un peuple
que
des
idéc de l'esclavage e, et qui, dépourvu
connaissances nécessaires pour prononcer sur
aussi important, cst bien loin d'en
un objet
difficultés. Jc suis donc
concevoir toutes les,
forcé d'entrer dans une infinité de détails superfus pourles gens instruits par leurs places, 5
leurs relations avec les Colonies, ou
ou par --- Page 31 ---
27 )
simplement par les lumières qu'ils ont
dans quelques Ouvrages. J'oserai dire puisées
Malgré Pintervalle immense
plus.
multitude
qui sépare de la
ignorante 2 cette classe composée
d'hommes éclairés, peut-être n'est-il pas inutile de remettre sous les yeux de
toutes les combinaisons d'un
ceux-ci,
semblent n'avoir
systéme dont ils
qu'entrevu les obstacles, et
qu'ils jugent praticable à l'aide de quelques
suppositions , puisqu'ils ne se lassent
de le reproduire. Semblables à
point
tres hardis
ces Géoméqui, courant après la chimère d'un
problême fameux, mais démontré
moins retenus
impossible,
Parl'exemple des naufrages multipliés dont cette vaine recherche fut la
qu'éblouis par l'espoir de réussir dans une cause,
treprise
enhasardeuse, épuisent en faux calculs
un génie et du tems ainsi perdus pour le
grès des connaissances humaines.
prodonc en Morale,
Ce serait
comme dans les
un Ouvrage fort utile
Sciences,
serait
que celui où l'on pousjusqu'à l'évidence les preuves nécessaires pour détourner d'an travail
ces hommes rares dont les écrits infructueux, destinés
éclairer l"Univers, devraient
à
uniquement être
dirigés vers un tout si noble et si grand..
Continuons. Je ne suppose donc
l'on abandonne absolument les
pas que
admettant
Colonies; ct
pour un moment la possibilité de
comme dans les
un Ouvrage fort utile
Sciences,
serait
que celui où l'on pousjusqu'à l'évidence les preuves nécessaires pour détourner d'an travail
ces hommes rares dont les écrits infructueux, destinés
éclairer l"Univers, devraient
à
uniquement être
dirigés vers un tout si noble et si grand..
Continuons. Je ne suppose donc
l'on abandonne absolument les
pas que
admettant
Colonies; ct
pour un moment la possibilité de --- Page 32 ---
(28 )
entièrement nos Isles de cinq ou six
purger mille Esclves dont elles'sont couvertes,
cents
à l'idéc que l'on puisse leur
je me préterai
oll, si l'on veut,
substituer un nombre égal,
libres culmoindre de Blancs dont les mains
tiveraient ces terres situées sous un climat brûlant. Mais, 1°. pour déterminer les individus
les moins fortunés parmi nous à s'expatrier,
lcs fortes chaines de Phabitude et
à rompre
cet attrait vainqueur et
du sang, à repousser
Phomme aux
universel qui fixe ou rappelle
lieux de sa naissance, il faut un aiguillon puisla certitude d'un meilleur sort qui le
sant ; ou
d'un avenir brillant quile
décide, ou Pespoir
ccla. Cet
tromséduise. Ici rien de tout
apât du
qui, arrachant tant de malheureux
peur sein de leur Patrie, Ics immole aux efets
combinés d'un climat nouveau, et de la cupidité si souvent abusée dans sa folle attente,
destructeur ici ne serait pas même
ce piège
un lot heureux qu'ils
tendu. Ce ne serait plus
Leur
pourraient se flatter de devoir au hazard.
place serait marquée pour toujours. Destinés
travaux de la terre,
uniquement aux pénibles
lc tablear
ils renouvéleraient sous le tropique
oùt la classe
de ce qui se passe en Europe, subalternes est à
nombreuse des Cultivateurs
la moins suscoup sûr la plus indigente,,et
de situaceptible d'aspirer à un changenent --- Page 33 ---
(2 29 )
tion plus favorable. Je sais bien
xait pas impossible de
qu'il ne sed'égards, ils
prouver qu'à beaucoup
gagneraient dans cette
tation. En cfet, tous ces maux transplanfruits de Thiver, disparaissent
afiligeans, 9
dont
sous un climat
l'imagination exagère la malignité Les
défrichemens l'épurent sensiblement de
en jour, et sa douceur invite plus d'un jour Européen à lui sacrifier son ancien berceau.
Ne craignons pas de le dire. L'hiver est le
véritable père de l'indigence. C'est lui
accumulant autour du malheureux
qui,
besoins qui forment
tous les
son cortège eflrayant, le
prive encore du seul moyen que lui a donné
la Nature pour les écarter. C'est
faim est dévorante,
Jorsque sa
> c'est lorsqu'une nudité
froid presqu'absolue l'abandonne en proie à un
rigoureux, c'est alors que ses deux
sa seule
bras,
richesse, 2 sont insuffisans
chasser,
loin de lui la misère ou la mort. Que pour
les secours de la bienfaisance
peuvent
renaissant et si terrible?
contre un fléau,
Diminuer ses effets
déplorables, et non en extirper la cause.
Plus favorisée de la Nature, dans un climat
doux, sous un ciel pur, graces à une
tion rapide, et jamais interrompue, la végétasans cesse active, fournit à ses habitans terre,
nourriture certaine, varice, agréable, des une récoltes promptes et abondantes. Les vêtemens
faisance
peuvent
renaissant et si terrible?
contre un fléau,
Diminuer ses effets
déplorables, et non en extirper la cause.
Plus favorisée de la Nature, dans un climat
doux, sous un ciel pur, graces à une
tion rapide, et jamais interrompue, la végétasans cesse active, fournit à ses habitans terre,
nourriture certaine, varice, agréable, des une récoltes promptes et abondantes. Les vêtemens --- Page 34 ---
(3 3o)
Une cabane faite
leur sont presque superflus. suffire à leur demeure dans
à la hâte, pourrait
n'est jamais sujetté
tout le cours de Pannée qui
les
alternatives des saisons
plus
aux brusques
contraires. Mais la molesse et la servitude qui en est
Ia suite, sont lapanage de ces Peuples enfans
de ia Nature, tandis que la vigueur et
gatés
inséparables de
la liberté sont les compagnes semble qu'une
elle ne
ccux pour lesquels Phomme maltraité peutMarâtre. D'un côté,
travail contiêtre par le climat, réduit à un mais libre.
nticl, incertain de sa subsistance;
une
De l'autre côté, une douce température, beauterre féconde, peu de maux physiques, des
de sensations agréables, le jardin
coup
mais P'affreux Dragon qui en
Hespérides :
milieu de tous ces biens,
garde Pentrée ; au le pire de tous, celui qui
un seul mal ; mais
différence
les réunit tous, T'esclavage. Quelle ! Et s'il défrappante dans cette distribution
de Phomme def faire un choix, pourpendait
est-il bien
rait-il balancer? Mais ce contraste
vrai? ? Dans ce vaste tableau de PUnivers, Ou 3
deux couleurs tranchantes?
n'est-il que diverses parties ne se rapprocheplutôt ses
des nuances moins dures?
raient-elles pas par
un Roi bienfaiAh! sans doute gouverné par
protégé par des loix justes et toujours
sant,
--- Page 35 ---
(31) )
en vigueur, à l'abri de
sans et des riches, le Poppression des puissore les frimats de
pauyre préférerait enPEurope, si,
tous ces dons des plus délicieuses pour acquérir
il lui fallait sacrifier sa douce
contrées,
pendance. Mais,
et chère indésous un
réunirait
Gouvernement qui
nalier de presque la ville tous ces avantages, CC Jourou de la
s'il est époux et père, est-il campagne, bien
sur-toit
sûr de jouir
sirable tranquillement et sans soucis d'un sort si
? Il est libre, c'est-à-dire
déde ses semblables n'a le droit de lui que pas un
m'appartiens, 3 tu es ma chose. Il dire: : Tu
en effet à aucun homme
n'appartient
mais il est réellement plutôt qu'à un autre;
qui le forcent de
PEsclave de ses besoins
vendre son tems à celui
peut l'acheter; et si le faible prix
qui
suffit à peine à ses besoins
qu'il en tre
de sa famille,
présens et à ceux
dans la saison comment saura-t-il y pourvoir
rigoureuse ? Et n'est-il
vrai
qu'accablé de mille maux
pas
tacle déchirant de ces êtres qu'accroit le specreux dont il est
chers et malheuenvirunné, n'est-il
qu'alors sa liberté se borne
pas vrai
de pouvoir mourir où
au triste avantage
blera?.
et comme bon lui sem-
(6) Quoi! non content de
survit enl
Pesclavage qui
coeurs
Amérique aux voeux de tous les'
sensibles,
5u
woaudsicsvouriloppcler) parmi
ille maux
pas
tacle déchirant de ces êtres qu'accroit le specreux dont il est
chers et malheuenvirunné, n'est-il
qu'alors sa liberté se borne
pas vrai
de pouvoir mourir où
au triste avantage
blera?.
et comme bon lui sem-
(6) Quoi! non content de
survit enl
Pesclavage qui
coeurs
Amérique aux voeux de tous les'
sensibles,
5u
woaudsicsvouriloppcler) parmi --- Page 36 ---
.
(32)
nous ? Et faut-il donc pour son bonheur
Phomme soit enchainé? Non : loin de
que
Non; qu'il
moi cette affrense conséquence. du moins
soit libre et qu'il meure. Il léguera
la noblesse de son origine ,
à ses descendans
lui le
d'en
et n'emportera pas avec
regret Peut-être
avoir altéré les titres honorables.
considérant. les progrès de la raison, et les
en
pas que son influence sûre, quoiqu'impercep- du
tible, fait faire à lhomme dans la carrière
dans Pesbonheur, peut-être se consolera-t-il
dont
les siècles réaliseront un plan
poir que du
ordre ne penvent qu'enles Génies premier
les Rois les mieux
trevoir la possibilité, et
intentionnés qu'ébaucher Pexécution.
Je le répète donc, et ne mc lasserai point
de le dire, de peur que lon interprète mal
ici les réflexions
ma penséc, en appliquant
seulement
viens de faire ; je prétends
que je
dans Pétat actuel des choses :
en inférer que
du sort de nos Journaquand la comparaison celui
les attendrait
liers d'Europe, avec
qui
à l'avanserait démontrée toute
en Amérique,
jamais à
tage de celle-ci, on ne parviendrait à remles en convaincre. Ils se refuseraient tout
les Esclaves de nos Isles, malgré
placer
dire pour leur faire ence que l'on pourrait
la liberté. Et
tendre qu'ils y conserveraient comment les
quand ce point serait obtenu,
distribuer --- Page 37 ---
( 33 )
distribuer ensuite sur les habitations?
à titre
Serait-ce
dans le d'Engagés, comme cela se pratiquait
premier age des Colonies? Non sans
doute, et je n'imagine pas que l'on songeât à
renouveler cette espèce de servitude si avilissante; et qu'après en avoir délivré les
on voulût une seconde fois la
Negres,
Ja tête d'une partie de la Nation, transporter sur
il est plus que douteux
D'ailleurs, s
tenant des
qu'il se présentôt mainsujets pour des fonctions
et qui seraient surement
pénibles,
puis, comment les contenir? peu lucratives. Et
qui conciliassent les
Par quels moyens
hommes
égards que Pon doit à des
libres, et la sévérité de la
cependant indispensable
discipline
service de ces grandes pour P'entretien et le
machines
sent la culture des terres à Pindustric qui réunisnufactures?
des maCe serait bien pis s'il était question
ployer des hommes parfaitement
d'emles soudoyer. Je
libres et de
rence.
compte pour rien la difféqui en résulterait dans le produit des
habintions, et j'écarte pour un moment cette
M. considération politique si bicn sentie
N. du
par
sionnerait désavantnge à la Nation que ce systême occapourrait plus soutenir qui, la P'ayant adopté, ne
marchés
concurrence dans les
d'Europc, Mais si, dans un
aussi peuplé que, la France, ii est Royaume
souyent
£
rence.
compte pour rien la difféqui en résulterait dans le produit des
habintions, et j'écarte pour un moment cette
M. considération politique si bicn sentie
N. du
par
sionnerait désavantnge à la Nation que ce systême occapourrait plus soutenir qui, la P'ayant adopté, ne
marchés
concurrence dans les
d'Europc, Mais si, dans un
aussi peuplé que, la France, ii est Royaume
souyent
£ --- Page 38 ---
(34 1
difficile à un Labourcur de rassembler une
quantité de bras suffisante pour faire la moisson, c'est-à-dire pour un tems borné, comment à Suint-Domingue, par exemple, Oil
ct'après un calcul que jc ne crois pas trèsCloigné de ia vérité, 2 je supposc à peu près
deux cents individus par lieue quarrée, comment, dis-je, un habitant dont la culture et
les autres travaux qu'elle entraine, demanderaient cent Oll cent cinquante ouvriers effectifs, pourratt-il se les attacher pour une année
entière, ct renouveler cettc opération tous les
ans ? Cela serait peut - être possible sur les
petits biens ; mais, j'ose Paffiriner, absolument impraticable sur les Sucreries. Réunir
pour des travaux qui ne connaissent point de
relàche, cent ou deux cents individus libres,
c'est-à-dire des gens dont la paressc, ou Phumeur, oul l'appât d'un plus fort gain offert ailleurs dérangeraicnt tous les travaux d'une habitation, et en exposeraient le propriétaire à
perdre sa récolte, ou du moins à la voir diminuer considérablement! Seraient-ils tous des
célibataires? Cela n'est pas présumable. Seraient-ils mariés? Mais' où sera donc la demeure de ces familles ? Formeront - elles,
comme en Europe, des villages oùt chaque
chefpossesseur d'une cabane, ct chaque matin
y laissant sa femme ct ses enfans, viendrait --- Page 39 ---
( 35 )
les y retrouver chaque soir? Dans ce
se nourriraient eux-mêmes.
cas, , ils
devraient être bien
s et leurs salaires
faire les besoins de considérables pour satisdans
quatre ou cinq individus
uin pays où la livre de pain coûte
munénient dix sols argent de France. Il comfaudrait pas y parler de viande
ne
mille
pour trois cents
fournir bouches, à
puisqu'à peine on peut en
trente ou quaraute mille. Enfin, soit
qu'ils vécussent, comme je viens de le
poser, dans leurs propres chaumières, supvous parvinssiez à les fixer
ou que
tions
sur les habitaet-que; dans Pun ou Pautre
leur fournissiez des vivres de
cas, vous
les
terre, tels que
patates, ignames, 2
etc., ainsi
qu'on le fait
bananes,
aux Nègres ou Mulâtres libres
ouvriers, le moindre salaire
riez leur donner
que vous pourégal à celui
en argent, serait du moins
qui est généralement admis
cette classe de gens de couleur,
pour
trois livres
3 c'est-a-dire
par jour. Calculez à
voyez si cette mise dehors
présent, et
les revenus. Il serait donc n'absorberait pas
habitant de souduyer
inpossible à un
tel
une parcille armée à un
prix; et s'il était moindre,
ces ouvriers de
impossible à
vagant de
vivre; Par conséquent extraproposer à des hommes de
leur patrie, pouraller mourir de faim à quitter
bout de la terre, et sur-tout
Pautre
sans pouvoir leur
C ij
voyez si cette mise dehors
présent, et
les revenus. Il serait donc n'absorberait pas
habitant de souduyer
inpossible à un
tel
une parcille armée à un
prix; et s'il était moindre,
ces ouvriers de
impossible à
vagant de
vivre; Par conséquent extraproposer à des hommes de
leur patrie, pouraller mourir de faim à quitter
bout de la terre, et sur-tout
Pautre
sans pouvoir leur
C ij --- Page 40 ---
( 2 36 )
offrir la perspective d'une chance plus heureuse.
N'aurais-je combattu qu'un monstre imaginaire ? N'aurais-je créé de frivoles objections que pour me ménager un triomphe aussi
facile que ridicule ? Entin, aulicu du projet
de substituer les Blancs aux Nègres, ne serait-il en effet question que d'employer ceux-ci
après les avoir affranchis successivement ? Je
conviens que cette idée offrirait moins d'inconvéniens que l'autre ; mais il en resterait
encore assez, sinon pour la rendre impraticable, du moins très-difficile d'exécution. Je
crois avoir déjà démontré le danger d'un affranchissement subit; et il s'agit de discuter
le projet d'opérer cet affranchissement par
une gradation lente et adroitement ménagée.
Je supposerai donc qu'ayant adopté cet heureux plan, le Ministère actuel s'y livrât sérieusement, et portât les premiers coups à ce
hideux colosse de lesclavage. Je supposerai
encore que lcs successeurs de ce Roi et de
ces Ministres bienfaisans, héritiers de leurs
talens et de leurs vucs, en suivront fidèlement le principe, ct sauront toujours en combiner la marche avec le systéme d'administration générale. Mais qu'il me soit permis de
demander comment on s'yprendra pour affranchir successivement une partic des Esclaves? --- Page 41 ---
3 375
Le moyen le plus simple et le plus naturel, sera de fixer cet affranchissement à
age quelconque; soixante
un
pour les
ans, par exemple,
hommes, et cinquante-cinq pour les
femmes, et à l'égard des mères de famille,
aussi-tôt qu'elles auront cinq ou six enfans.
Mais, I°. ce ne serait qu'établir par une loi
positive un usage généralement suivi dans nos
Colonies, où les
Nègres, sans cesser d'être
Esclaves, , quand ils sont parvenus à cet age
jouissent d'une liberté réelle, ou du moins
de Pun de ses principaux attributs; n'étant
à cette époque, soumis
plus
aux travaux ordinaires, et se reposant dans leurs cases, s'ils sont
infirmes, ou n'étant chargés que de quelques
postes très-doux, tels que ceux de tailléurs
de haies, de gardiens de barrières ou de
vivres, etc. Si la loi, en leur procurant la
liberté, invitait leur ancien Maitre à les
der sur son habitation, oût ils continueraient gard'être admis au partage des vivres
pourrait être sans doute
2 ce ne
tion
que SOUS la condiqu'en échange de ce bienfait, is y rendraient les petits services proportionnés à leurs
forcès ; sans quoi, il serait injuste de donner
aux uns- le droit d'exiger un salaire, car c'er
est un que la subsistance,
ôteriez
s tandis que vous
aux autres celui d'exiger un servicce
C ii
Maitre à les
der sur son habitation, oût ils continueraient gard'être admis au partage des vivres
pourrait être sans doute
2 ce ne
tion
que SOUS la condiqu'en échange de ce bienfait, is y rendraient les petits services proportionnés à leurs
forcès ; sans quoi, il serait injuste de donner
aux uns- le droit d'exiger un salaire, car c'er
est un que la subsistance,
ôteriez
s tandis que vous
aux autres celui d'exiger un servicce
C ii --- Page 42 ---
(38)
Or, en suivant ce systême équitable, ce ne
serait, comme je l'ai dit ci-dessus, que consacrer un usage.
seraient libres,
Que si, du moment qu'ils
et
ils se proposaient de quitter Phabitation, donner
Pintention des législateurs fàt de
que bienfait de la liberté toute Pétendue dont
à ce
c'est-à-dire le droit de disil est susceptible,
poser. de sa personne au gré de ses desirs, il
d'aller, de se fixer où bon lui semblerait,
faudrait donc qu'ils portassent la prévoyance
à ces nouveaux
jusques au point d'assigner leur fournissent à
affranchis des terrains qui
subsisla fois une demeure et des moyens de
Autrement pour eux la liberté ne serait
tance.
le
funeste, puisqu'elle les
que le présent plus
Mais oùt
exposerait au sort de péiir de misère.
disces terrains? Ils sont tous
les prendrait-on s'il en reste, ce n'est sûrement
tribués, ou,
serait nécespas la centième partie de ce qui
de têtes.
saire pour un aussi grand nombre
préEts s'il en manque déjà pour la génération lui
sente, 7 comment en pourvoir celles qui forsuccéderont? Ces affranchis seront donc
cés de rester Oll de revenir dans les lieux où
naissance, où leur existence est
ils ont pris
leur famille à laquelle ils
assurée, où réside
la nécessité,
sont en général très-attachés; et --- Page 43 ---
(39 )
plus forte que les loix, entretiendra sans. effort, conservera naturellement Pancicn ordre
que l'on voudrait intervertir.
Revenons maintenant. Ce n'est point par
inadvertance que j'ai commencé, par la supposition de Faffianchissement obtenu dans un
âge avancé, Je sais bicn que ceserait adoucir
et non supprimer l'esclavage, puisque les
femmes n'étant ainsi affranchies qu'après l'age
où elles peuvent concevoir, ne formeraient
pas une nouvelle race devcnue libre en naissant. Mais, si j'ai démontré les inconvéniens
de cette première supposition, 2 il me semble
que c'est avoir détruit d'avance toutes les autres qui ne feraient qu'accumuler de nouyeaux
obstacles, eil rassemblant à la fois tout ce qui
est capable d'embarasser ou mêmc d'arréter
la marche d'un systême. En ciet, si l'on affranchissatt une certaine quantité de jeunes
Esclaves des deux sexes, ct sur-tout de Negresses fécondes, non-seutement il faudrait
essuyer tous les inconvéniens ci-dessus détaillés, mais éprouver à Pheure même celui dela
langueur, ou, pour mieux dire, d'une diminution sensible dans la culture, ct bientôt la
privation totale des bras qui lui étaient cidevant consacrés.
Ici le cercle des objections se ferme, et
c'est-là le point ou elles se réunissent en fouie.
C iy'
Esclaves des deux sexes, ct sur-tout de Negresses fécondes, non-seutement il faudrait
essuyer tous les inconvéniens ci-dessus détaillés, mais éprouver à Pheure même celui dela
langueur, ou, pour mieux dire, d'une diminution sensible dans la culture, ct bientôt la
privation totale des bras qui lui étaient cidevant consacrés.
Ici le cercle des objections se ferme, et
c'est-là le point ou elles se réunissent en fouie.
C iy' --- Page 44 ---
(40 )
pour effrayer lc Législateur. Car, en supposant qu'il fit possible de loger et de nourrir
ces nouveaux affranchis par-tout ailleurs que
sur Ics habitations pour lesquelles ils ne seraient plus que des êtres absolument étrangers; si Pon pouvait créer des terrains pour
les en gratilier, ce serait bien mal connaître
Phomme en genéral et le Negre en particulier, que d'imaginer qu'il fût disposéà sc sOumettre, même pour de P'argent, pour un prix
cgal au salaire dcs Elancs, à se soumettre,
dis-je, aux travaux de la terre, tandis qu'autour de lui, presque sans soins, sans culture,
croitraient abondamment le riz, le mais, le
petit mil et les bananes.
C'est cependant ce que M. L. R. n'hésite
point de proposer. Il est persuadé que, malgré la faveur du climat, on réussirait à fixer à
la culture des terres tous ces nouveaux affranchis qui vivraient en paix d'un semblable travail libre 6 fructueux. Il SC trompe. C'est
parce que CC travail serait libre qu'ils ne s'y
livreraient pas ; et s'il était assez fructueux
pour tenter leur paresse, cet avantage à coup
sur ne durerait guères, et bientôt les Blancs
seraient forcés d'abandonner une exploitation
dont le prix de la main d'ocuvre enlèverait
tous les produits.
Les Nègres libres cultiyent avec succès 3 --- Page 45 ---
(41 5
dit-il, de petites habitations qu'on leur a donnécs, ou qu'ils ont acquises par leur industrie. Cela est vrai, 2 ils les cultivent, mais aut
moyen des bras de leurs Nègres esclaves. Ils
sont devenus des propriétaires, ils sont réellement des habitans, et l'on peut assurer que ce
ne sont pas eux qui abusent le moins de leur
empire. D'autres exercent quelque métier lucratif qu'ils préféreront toujours à toute autre
occupation; et le nombre de ceux qui s'adonneraient au travail des champs, serait si petit
en comparaison du besoin des cultures, qu'il
faudrait imaginer de nouveaux expédiens
rendre à la terre les bras dont elle serait privéc. pour
( Craint-on que la facilité de vivre sans
)
agir
sur un sol naturellement fertilc, de se passer
) de vétemens sous un ciel brâlant, plongeles
> hommes dans l'oisiveté )) ?
Oui sans doute il faut le craindre, et c'est
ce qui arriverait immaniquablement. Lhomme
par-tout est né paresseux. C'est le besoin seul
qui le force au travail; et toutes les fois
la Nature.prodigue le préviendra ce besoin, que
ou le saisfera à peu de frais, il demeurera
oisif.
( Pourquoi donc les habitans de PEurope
> ne se bornent-ils pas aux travaux de
) mière nécessité > ?Jene sais si j'entens pre- bien
M. L. R., et si sa question ne s'offre pas sous
ait immaniquablement. Lhomme
par-tout est né paresseux. C'est le besoin seul
qui le force au travail; et toutes les fois
la Nature.prodigue le préviendra ce besoin, que
ou le saisfera à peu de frais, il demeurera
oisif.
( Pourquoi donc les habitans de PEurope
> ne se bornent-ils pas aux travaux de
) mière nécessité > ?Jene sais si j'entens pre- bien
M. L. R., et si sa question ne s'offre pas sous --- Page 46 ---
742)
un double aspect. Au reste, dans quelque sens
qu'il faille la saisir, je lui répondrai par bien
des raisons qu'il me fournit lui-r méne, Les
hommes qui, en Europe, ne, SC bornent pas
au travail indispensable pour satisfaire les premiers besoins; ces hommes-là sont d'une classe
supérieure à ceux dont il est question. Ce sont
des gens aiscs, et qui, déjà sûrs du nécessaire,
peuvent songer au superflu. Ce seront lcs Ouvriers du luxe, les Tailleurs, Brodeurs, Coëffeurs ct mille autres qui, bien payés par l'opulence oisive ct capricietse e out aussi leurs
fantaisics ct jouent déjà lc réle de petits despotes à l'égard de leurs subaiternes. Mais, en
rétrogradant de CC point jusqu'au dernier échelon qui est Ic journalier, croyez-vous que les
ouvriers des arts utilcs toujours moins soudoyés que leurs heureux ct brillans confrères,
croyez- vous, dis-je, qu'iis aient beaucoup
au-delà du nécessaire? Et quand cela serait
vrai, est-cc-là l'état de la question? Cc ne sont
pas des Cordonniers, des Serruriers, des Tailleurs de picrre qu'il nous faut, cC sont des
Garçons de charruc, des Batteurs en grange,
des Ouvriers pour la terre. Pourquoi cil manquez-vous en Europe? Pourqaoi s'y plaiat-on
de la rareté des bras pour l'agriculture f Ce
n'est pas parce que la population diminue : au
contrairc, on nous dit qu'cile augmentc. C'est --- Page 47 ---
(43 )
parce que les villes regorgent d'hommes, tandis que les campagnes cn demandent à grands
cris. Pourquoi Phomme né aux champs,s'empressc-t-il de les quitter, et se jette-t-il dans
Pexercice des arts et métiers ?Cest que de
tous ceux entrelesquels il peut choisir, céux-ci
soit les plus lucraiifs.
Je sais bien que, s'il était question de les
introduire cn Amérique ces arts industrieux,
on trouverait dans les Negres dcs sujcts que
leur goit et leur adresse y rendraient trés-propres. Mais encore une fois, nous n'en voulons
point ; ils nous sont jnutiles : CC qu'il nous
faut, ce sont des Cabrouettiers, des Indigotiers, ou Sucriers, et' sur-tout des Négre:
de place ; et c'est ce qu'ils ne se soucieront
point de devenir; ne fit-ce que par la raison
que tel était leur métier pendant leur esclavage; iis ne le voudront plus fairc, quand
vous les aurez affranchis.
Tenjeriez-vous de les y forcer?, Ils passcraicnt plucôt à FEspagnol, o ils trouveraient
un Peuple disposé à les recevoir, des terrains
suffisaus,, et un genre de vic analogne à leur
goir et à leur manière d'être. Que si on parvenait à les contenir par dcs moyens violens,
ce ne, scrait donc plus un travail libre, ct j'ai
prouvé qu'il ne pourrait êtrc fructueux.
Ainsi, en nous transportant tout de suite
Tenjeriez-vous de les y forcer?, Ils passcraicnt plucôt à FEspagnol, o ils trouveraient
un Peuple disposé à les recevoir, des terrains
suffisaus,, et un genre de vic analogne à leur
goir et à leur manière d'être. Que si on parvenait à les contenir par dcs moyens violens,
ce ne, scrait donc plus un travail libre, ct j'ai
prouvé qu'il ne pourrait êtrc fructueux.
Ainsi, en nous transportant tout de suite --- Page 48 ---
au moment où l'ouvrage scrait consommé, 2n
considérant les Colonies couvertes de Negres
libres, ou bien elles ne tarderaient pas à offrir
des déscrts incultes qui nc répondraient guères
aux vues de la Métropole, ou bien elles seraient arrosées du sang des Européens; et l'on
doit se rappeler la conséquence inévitable que
j'ai dit qui résulterait de cette catastrophe :
enfin, dans toutes les suppositions imaginables, pour se livrer à cette spéculation, il faudrait être bien sûr qu'elle serait commune à
tous les Peuples qui possèdent des Colonies;
ct c'cst ici la place de: discuter ce fameux
Pacte général.
TOTC
Parmi la foule des Ecrivains qui naissent
pour le bonheur Oul pour Pamusement de leurs
semblables, quelques-uns, dans une sphére
étroite, brillent d'un éclat passager : souvent
ils survivent à leur réputations ct semblables
à ces feux qu'admire un instant le vulgaire
stupide, ils laissent à peine les traces de leur
passage. Mais il s'élève de tems en tems de
ces génies extraordinaires qui opèrent ue révolution marquéc dans Ics esprits, impriment
un caractère particulier à leur siècle, et font
époque dans l'Histoire des Nations. Ccux-ci
répandant au loin des torrens d'une lumière
vive ct profonde, enfantent des idées neuves,
des pensées fortes qui commandent l'admira- --- Page 49 ---
-
(45 )
tion par Pair de grandeur dont elles sont accompagnées, et sur-tout par P'intérêt général
qu'elles renferment. Tels le Pline Français,
Montesquieu, le Citoyen de Genève. Leurs
immortelles productions sont pour la postérité un trésor inestimable, non-seulement
les vérités utiles
par
qu'on y trouve répandues,
mais même encore, j'ose le dire, par les erreurs qui leur sont échappées. Celles de Pesprit seraient à craindre sous leurs plumes séduisantes, si, devenues bientôt l'objet des
contradictions., > elles n'étaient en quelques
sortes le germe des principes lumineux auxquels elles oni souvent donné la naissance.
Mais ces douces erreurs qui émanent d'un
cocur sensible et compatissant 2 ces Romans
affectueux dans lesquels se complaît un ami
de Phumanité, ces rêves d'un bon Citoyen,
ah ! ce sont-là des erreurs respectables qu'il
est dangereux de combattre, qu'il est aflligeant de détruire. Ce ne sera donc qu'en tremblant qu'un des plus sincères admirateurs de
ces grands-hommes osera y porter une main
profane, et déchirer le voile ingénieux Olt
flatteur qui dérobe eà nos yeux l'austère vérité.
Il appartenait à PAuteur de P'esprit des
loix, en traitant de Pesclavage, et particuliérement de celui des Nègres, d'en proposer la
ereux de combattre, qu'il est aflligeant de détruire. Ce ne sera donc qu'en tremblant qu'un des plus sincères admirateurs de
ces grands-hommes osera y porter une main
profane, et déchirer le voile ingénieux Olt
flatteur qui dérobe eà nos yeux l'austère vérité.
Il appartenait à PAuteur de P'esprit des
loix, en traitant de Pesclavage, et particuliérement de celui des Nègres, d'en proposer la --- Page 50 ---
(46)
stppression par un Pacte général entre lcs Nations. Voici ces fameuses expressions : (( De
) petits esprits exagérent trop Pinjustice que
) lon faitaux Africains. Car, si eile était tclle
) qu'is le disent, ne serait-il pas venu dans
> la téte des Princes de PEurope, qui font
D entr'eux tait de conventions inutiles, d'en
> faire. une géncrale en faveur de la miséri-
)) corde et de la pitié )) ? Cettc idée, belle et
digne de Montesquieu, n'est cependant préseniée que sous unc forme ironique; et la légéreté dc Pexpression, affaiblissant l'énergie
de la pensée, donnerait licu de croire gue son
Auteur a douté qu'elle pût étrc réalisée un
jour. Après lui, M. L. R. en parle, et je renvoie à la seconde partic de ce discours pour
ce qui lc concerne. Enfin, M. N., dans son
dernier Ouvrage sur les Finances, recueillant
la même pensée, la propose encore comme
P'unique moyen d'anéantir Pesclayage. Son apperçu rapide sur cettc matière, rassemble en
pcu de mots toutes les objections que j'ai anlisées. Mais on pourrait le comparer à un Médecin habile appelé dans une maladie désespéréc. A l'aspect du mourant, il nc se dissimule pas linsuffisance de son art; et, s'il propose un remède, c'est en témoignant par sa
contenance abattue combien pcu il y compte. --- Page 51 ---
(47 )
Il faut en éffct que le projet d'affranchir
les Negres dans les Colonies, soit aux yeux
de ceux qui s'en occupent, d'une ctrange dif
ficulté, puisque, pour le consommer, ils en
sont réduits au point d'invoquer la réunion du
suffrage de toutes les Nations intéressées à ces
mines d'or si précieuses. M. N. avait-il besoin
de former un voeu aussi humain pour nous
peindre son coeur bienfaisant ? Peut-on se méprendre aux motifs qui ont guidé sa plume, et
craindrait-il qu'on-n'y reconnût pas à chaque
ligne le Citoyen vertueux et le Philosophe
estimable? Mais, que nous serions à plaindre,.
si les efforts qu'il fait pour améliorer lc sort
de ses Concitoyens, 2 n'avaient pas un point
d'appui plus solide que celui-ci; et si, ne se
livrant qu'à dcs projets vagues, ou s'abandonnant à de vains gémissemens, il eût négligé
d'ouvrir une route qui tend réellement au but
de la félicité publique. Cc Pacte, il le propose; mais il n'y croit pas. Eh! qui pourrait
y croire?
S'il était permis de s'en occuper un instant,
représentons - nous une assemblée forméc de
tous les Souverains de PEurope : il faudrait
sans doute qu'ils y intervinssent tous, et ceux
qui feraient l'abandon généreux et présent
d'une partie considérable de leur domaine,
'ouvrir une route qui tend réellement au but
de la félicité publique. Cc Pacte, il le propose; mais il n'y croit pas. Eh! qui pourrait
y croire?
S'il était permis de s'en occuper un instant,
représentons - nous une assemblée forméc de
tous les Souverains de PEurope : il faudrait
sans doute qu'ils y intervinssent tous, et ceux
qui feraient l'abandon généreux et présent
d'une partie considérable de leur domaine, --- Page 52 ---
48 )
el ceux qui promettraient le sacrifice de leurs
espérances. On pourrait d'autant mieux en
croire aux assurances de ceux-ci qu'il serait
facile de préyenir ou de réprimer leurs infractions au waité. Mais les autres , et sur-tout la
France qui a la plus grande, oll du moins la
plus riche portion de cet immense héritage,
est-il si facile d'imaginer qu'ils formassent séricusement une semblable proposition ? La
défiance si naturelle aux hommes en affaires
d'intérêt, cet obstacle à tant d'accommodemenis entre particuliers, ne s'opposerait - il
pas à la conclusion de cC fameux traité, qui
déciderait Pune des plus importantes questions
entre Souverains. Cette considération est si
forte qu'elle suffirait pour arrêter celle des
parties contractantes 3 qui y apporterait la
mcilleure foi, Queclles Puissances garantiront
la fidélité des autres ? Et réciproquement.
Toutes entr'elles, me direz-vous, ct au bcsoin, toutes contre une seule, si cile voulait
rompre son engagement. Que d'intérêts compliqués ! Que dc manoruyres poliiques! Que
d'entreprises sourdes pour sC surprendre les
uns les autres ! Et eniin que de guerres ! Pour
opérer une semblable révolution, il aura fallu
d'abord supposer à tous les Peuples d'Europe
les dispositions les plns paciliques, ct voilà la
guerre --- Page 53 ---
( a 45 )
guerre allumée, voilà des flots de
hus
mains qui coulept pourle emaintien d'une sang loi de
douceur et d'humanité, En un mot, il suffirait
qu'un seul ou plusieurs des plus
freignissent le traité
puissans ensuivre
pour forcer les autres à
son exemple, sous peine d'être
de tous les
déchus
avantages qui sont d'un si
poids en politique.
grand
Enfin, vous flattez-vous
que jamais les hommes aiment mieux être
néreux que riches, humains
gésonnables
que puissans, raiqu'ambitieux: ? En -admettant
un instant le silence des
pour
ne pourrait-on
à
passions humaines,
retour? Il aurait pas coup sûr en prédire le
en même
fallu un miracle pour réunir
tems dix ou douze Souverains
més des mêmes vues 3 concourant de bonne- anifoi à Pexécution d'un si beau
faudrait un bien plus étonnant projet, et il en
cette heureuse
pour perpétuer
situation; sans quoi tout serait
perdu; et si, dès la seconde génération;
qu'ambitieux venait à naître, il
; quel
en un instant tout ce bel édifice renverserait
neste génie
; et son fude
imprimant le mouvement au reste
PEurope, la replongerait done dans un
déluge de maux d'autant plus sensible,
succéderait à un siècle de
qu'il
pàix et de
A Plus on s'arrêtera sur cette
vertus.
on pourra concevoir
M. question, moins
que N., placé par un
D
qu'ambitieux venait à naître, il
; quel
en un instant tout ce bel édifice renverserait
neste génie
; et son fude
imprimant le mouvement au reste
PEurope, la replongerait done dans un
déluge de maux d'autant plus sensible,
succéderait à un siècle de
qu'il
pàix et de
A Plus on s'arrêtera sur cette
vertus.
on pourra concevoir
M. question, moins
que N., placé par un
D --- Page 54 ---
(5o)
hasards heureux et peu communs dans
de ces
tourne au profit de la société
une situation qui
la philosophic, que
les Jumières acquises par
de
M., N., dis-je, après avoir vu les hommes
Jes avoir étudiés, non dans les livres,
si près,
renouvelle un projet
mais chez eux-mêmes,
des vertus
dont la bâse doit être la perfection
où
sociales. ( Un tems peut arriver, dit-il,
les Princes lassés de Pambition qui les agite,
>
retour habituel des mêmes inquié-
) et de ce
tourneront da-
) tudes et des mêmes projets,
idées
leurs regards vers les grandes
>> vantage
et, si les hommes du tems pré-
> d'humanité;
être spectateurs de ces
> sent ne doivent pas il leur est permis du
> heureuses révolutions,
à la perfec-
> moins de s'unir par leurs voeux, de la bienfai-
> tion des vertus, et au progrès
) sance publique. >
ici une réfexion. Il
Que l'on me permette
cette idée
scmble
M. N. entraîné par
me
que
accélérer lexécution, a
si touchante, pour en
tout de suite supposé que chaque- génération de luà celle qui la suit la portion
léguant
et chacune d'elles
mière qu'elle a acquise,
vientoujours de ce point, un jour
partant
seule recueillerait enfin ce prédrait qu'une Cela est très-vrai, par exemcieux héritage.
en géométrie, en astronoplc, cn physique, --- Page 55 ---
R -
(515
mie; et l'on conçoit d'autant plus aisément les
progrés sûrs et sensibles de ces sciences
tes, que leurs axiômes sont
exacappuyés sur des
démonstrations, et constatés par des faits.
il n'en est pas de même en morale.
Mais
qu'on a écrit et pensé sur cette matière Tout ce
un siècle a toujours été perdu
dans
C'est le vrai tonneau des
pour l'autre.
dive science des vieillards Danaides; et la tard'éclairer la
s'efforce vainement
doit la
jeunesse aveugle et indocile qui
renplacer. D'abord séduits, enfin désabusés : par une alternative constante, la vén
rité, la raison tour à tour
trônées, telle est Phistoire triomphantes des
et dé-.
réaliser cette chimère du bonheur hommes. Pour
faudrait qu'ils naquissent
général, il
sintéressés,
justes, sobres, désans passions, en un mot des Anges, etsur-tout que les bons Rois et les grands
Ministres fussent immortels. Alors je croirai à
la possibilité de ce plan magnifique. Mais
qu'ils luteront de richesses et de
tant
ce combat sera éternel;
puissance; et
qu'ilsoit
qu'on ne croie pas
jamais possible à la seule vertu d'établir son empire au milieu de CCs scènes
geuses que renouvellent à claque instant ora- le
flux et le reflux continuel des intérêts divers
dont la société est agitée.
Enfin, pour donner plus de poids à toutes
D ij
Alors je croirai à
la possibilité de ce plan magnifique. Mais
qu'ils luteront de richesses et de
tant
ce combat sera éternel;
puissance; et
qu'ilsoit
qu'on ne croie pas
jamais possible à la seule vertu d'établir son empire au milieu de CCs scènes
geuses que renouvellent à claque instant ora- le
flux et le reflux continuel des intérêts divers
dont la société est agitée.
Enfin, pour donner plus de poids à toutes
D ij --- Page 56 ---
(52)
observations, finissons par opposer M. N.
ces lui-méme. Voici ce que.je trouve dans son
à
un Royaume en masse,
Ouvrage. ( On prend
la durée
dans l'espace vague des tems : si
) et
ne suffit pas à Pexécution
) d'une génération
ses vues plus loin,
> de ses idées, on porte
embrasse
c'cst la
entière qu'on
> et
postérité : si les loix, si la politique
> dans ses projets viennent géner les com-
> des autres Nations auxquelles on s'aban-
> binaisons chimériques mêmes Nations au
> donne , on associe CCS
l'on étend son
)) systême qu'on a conçu, ct
de
l'on aggrandit sa bienfaisance
) humanité, dont on a besoin pour faciliter
) tout T'espace
> le jeu de ses propositions. )
Admettons ces réfiexions: aussi justes qu'elles
et disons qu'il serait physiquesont profondes,
d'affranchir
ment et politiquement impossible
les Nègres.
est-elle donc
Cette résolution du problême
Faudrait-il absolument
claire et inattaquable? aussi belle idéc ? Oui, je le
renoncer à une
invincibles la contracrois : trop d'obstacles de la renvoyer au
rient, et lon est obligé
déjà si nombreux des spéculations,
chapitre légalité de richesses et de puistelles que les hommes, la pacification génésançe entre
rale, etc. ect. --- Page 57 ---
(53 )
Mais ce qui est possible, ce qui est
ce qui
juste,
presse, 3 c'est l'emploi des moyens les
plus sûrs pour adoucir
cution d'un tel
F'esclavage ; et l'exéprojet aussi praticable
main, en immortaliserait PAuteur.
qu'hule Philosophe
Tandis que
discute,
propose, et que lhomme d'Etat
le
tandis que tous deux sont arrétés par
concours de tous les obstacles qui s'élèvent
en foule contre le bien ; Phumanité
sa voix retentit au fond des
souffre,
elle y reclame des
cceurs sensibles 5
contre les effets secours prompts et efficaces
d'une constitution vicicuse
plus facile sans doute à réformer qu'à détruire.
C'est unep plaie ancienne et profonde
de
qu'ils'agit
panser pour en arréter les progrèés effrayans.
Scrutateurs de la Nature, Artistes
qui, fouillant
célebres,
jusques dans les entrailles de
Fhomme, cherchez à y surprendre lc secret
de sa formation, ou du moins celui de
ger son existence ; ah ! laissez-là
prolontraités, VOS doctes conférences VOS savans.
est tems encore
; volez, il en
Ies
3 prodiguez à ce malheureux.
secours de Part; arrachez-le, s'il se
aux tourmens dans lesquels il est
peut, 7
rer. Ne vous flattez pas de lc rendre près d'expitel; mais cherchez à le guérir.
immorestimables, renoncez au projet Philantrophes. de le rendrelibre; mais faites qu'il soit plus heureux. St
D ij
ctes conférences VOS savans.
est tems encore
; volez, il en
Ies
3 prodiguez à ce malheureux.
secours de Part; arrachez-le, s'il se
aux tourmens dans lesquels il est
peut, 7
rer. Ne vous flattez pas de lc rendre près d'expitel; mais cherchez à le guérir.
immorestimables, renoncez au projet Philantrophes. de le rendrelibre; mais faites qu'il soit plus heureux. St
D ij --- Page 58 ---
(54)
vous n'êtes pas effrayés à l'aspect des augustes
fonctions de Législateurs, si la réunion des
dons du génie aux élans de la bienfaisance
vous assurent des droits sur cet honorable travail, en voici un dighe de vous.
Fin de la première Partie. --- Page 59 ---
(35 )
SECONDE PARTIE
J. viens de remplir Ia partie de ma tâche la
plus pénible, en rassemblant toutesles
qui me semblent constater combien il preuves serait
difficile, pour ne pas dire impossible,
rer. Faffranchissement des Negres. Je sais d'opé- bien
qu'elles n'ont point échappé aux Auteurs
ont elfleuré Ol traité
qui
imparfaitement cette importante matière, tels entr'autres
quieu et tout récemment M. N que Montesété frappés defla force de
Tous ont
ces argunens invincibles; et cependant, malgré leur conviction
intérieure, aucun d'eux n'a pu résister à l'attrait de présenter successivement
une idée
qu'eux-mêmes jugeaient chimérique. En lisant
leurs Ouvrages, OII ne peut se défendre du
regret que d'aussi beaux génies, aulieu de se
répandre en vaines déclamations contre un mat
incurable, n'yaient pas proposé des adoucisses"
mens réels, et tracé du moins quelques
d'un plan bienfaiteur. On voit bien, lignes d'abord entrainés par leur coeur, et bientôt que découragés à la vue des obstacles sans nombre
qui s'opposaient à leur projet, ils ont refusé
D iy --- Page 60 ---
(56)
d'entreprepdre un Ouvrage qui, dans leurs
mains, eût reçu une forme et produit des effets
si utiles. Mais leur silence sur un sujet si touchant doit-il en interdire la discussion sans
retour?. Pénétré d'admiration pour ces grandshommes, saisi de respect aux approches du
temple où ils rendent leurs Oracles, si j'ose
en franchir le seuil, c'est moins pour m'expoPintérêt de
ser à une lutte inégale, que pour
Phumanité, méconnu ou négligé par ceux
mêmes qui, à tant d'autres égards, en plaident
si bien la cause. J'ai peut-être sur eux Favande connaître mieux un tableau quia frappé
tage
: heureux s'il n'est pas
si souvent mes regards
entièrement dépourvu de vérité et d'énergies
heureux s'il peut intéresser des Juges délicats
la faiblesse
et sévères qui ne pardonnent pas
s'il
du pinceau en faveur du sujet, et sur-tout
réveiller dans P'âme de quelques-uns de
peut
la flâme de la bienfaisance
mes compatriotes
qui n'y est strement qu'endormie.
ait du
M. PAbbé Raynal est le seul qui
moins indiqué la route qu'il faudrait tenir,
selon lui, pour adoucir et même pour anéantir l'esclavage des Nègres 5 et quoique ces
moyens soient impraticables 2 quoique son
tableau manque de justesse, > il n'en est pas
assurerait des
moins vrai que cette tentativelui
sensidroits sur la reconnoissance des âmes
qui n'y est strement qu'endormie.
ait du
M. PAbbé Raynal est le seul qui
moins indiqué la route qu'il faudrait tenir,
selon lui, pour adoucir et même pour anéantir l'esclavage des Nègres 5 et quoique ces
moyens soient impraticables 2 quoique son
tableau manque de justesse, > il n'en est pas
assurerait des
moins vrai que cette tentativelui
sensidroits sur la reconnoissance des âmes --- Page 61 ---
(575
bles,et prescrirait: à son contradicteur les plus
grands ménagemens , si lui-méme s'en était
imposés. Son but est que les
soient
moins
Nègres
malheureux; et c'est aussi le mien. Il
voudrait qu'on abolit
drais aussi, si cela était l'esclavage : je le voupossible. Il parait en
douter;e et nous sommes d'accord sur ce
Mais ces obstacles P'irritent,
point.
ment son
Péchauffent, alludiatribe enthousiasme; 5 et après une violente
contre les Colons, > il s'adresse aux
Souverains de PEurope, dont il réclame la
réunion pour proscrire ce trafic odieux. Voilà
donc encore le pacte renouvellé, et Pidée de
Montesquicu reproduite ; mais sous des
plus tranchans. Le même
traits
même résultat
objet a fait naitre le
dans des têtes
cet accord
différentes ; ct
prouve mieux que tous les raisonnemens la difficulté d'une telle
s'il est vrai qu'il faille
entreprise. Mais
même
y renoncer, si son Auteur
en sent toutel'inucilités
imprécation
quesigniliecette
parlaquelle M. L. R. termine ce
chapitre? La croit-il propre à convaincre les
esprits , à produire un effet favorable à
clients ? J'ose croire le contraire.
ses
tons-nous un Souverain sensible, mais Représenqui lirait cet Ouvrage.
éclairé,
ces dernières
Lorsqu'il en viendra à
lignes Oùt POrateur l'invite à
porter le fer et le feu chez celui
serait à cette sainte
qui se refuconfédération, reconnaitra- --- Page 62 ---
(38) 5
incendiaire , l'ennemi des
til, à ce langage
En
de la tolérance? apsuperstitions s Papôtre
préciant favorablement son motif, pourra-til
défendre d'en blâmer Pexpression fouse
le livre lui tombant des mains s
gueuse 2 et
qui doive
quelle impression 2 croyez-vous, de
lui en rester ? La ferme résolution rejetter si danun projet si effrayant dans ses moyens, douteux
dans ses conséquences 1 si
gereux
Frappé de ces derniers traits,
dans sa réussite.
il perdra le souvenir de ceux qui lep précèdent,
affecté; et c'est
ou n'en sera que légèrement le buty s'interainsi que Pexagération passant revenir. En prenant
dit souventles moyens d'y
marche
voyons s'il serait possiune
opposée, Après avoir anéanti cette
ble d'en approcher. examinons avec le même
chimère du: Pacte,
est
Auteur les Nègres dans leur berceau, qui
suivons-les en Amérique où ils ont
PAfrique ::
comment Onl les y
été transportés : voyons
traite, si les coulcurs sous lesquelles on y peint
leur sort ne sont point forcées 2 et si aux
proposés pour le changer, on pourmoyens substituer d'autres plus justes 2 plus
rait en
analogues à la nature des choses'
vrais, plus
sur-tout ne perdons point
et aux circonstances;
donnait, aux
de vue ce.mot de Solon, qui
loix
Athéniens, disait-il, non les meilleures
l les y
été transportés : voyons
traite, si les coulcurs sous lesquelles on y peint
leur sort ne sont point forcées 2 et si aux
proposés pour le changer, on pourmoyens substituer d'autres plus justes 2 plus
rait en
analogues à la nature des choses'
vrais, plus
sur-tout ne perdons point
et aux circonstances;
donnait, aux
de vue ce.mot de Solon, qui
loix
Athéniens, disait-il, non les meilleures --- Page 63 ---
-
(55 )
possibles, 3 mais les'meilleures qu'ils
souffrir.
pussent
Tous les Auteurs qui ont parlé de l'esclavage, le font naître aux environs de
teur, et
PEquaL. R. convient particulièrement en Afrique (7). M.
que son origine y est fort ancienne;je renvoie à son Ouvrage, oùr ce
traité d'après d'excellens Mémoires, sujet,
de chose à desirer,
laisse peu
2 pour y trouver la
que cette tyrannie, cette usurpation étonnante preuve
du plus petit nombre sur le plus
généralement établie. Cet
grand, y est
écarte du moins le
aveu me suffit, et il
invention
reproche que Ce soit une
Européenne. C'est cependant une
opinion assez répandue, et même parmi des
gens instruits, que les Habitans des Colonies,
après avoir été les causes premières du
port des Nègres en Amérique, doivent transseuls taxés du reproche de P'entretenir
être
que. Pour répondre à la
en Afripremière de ces imputations,je renverrai à PHistoire de la découverte des Indes
de
Occidentales, citée dans celle
Saint-Domingue, par le P. Charlevoix
On connaît ce fameux des Indiens, défenseur Las-Casas, de
protecteur
leurs droits violés
(*) Tom, I1,pag. 155 et 156. --- Page 64 ---
( 60 )
les Espagnols; croirait-on qu'il est le prepar
constamment
mier auteur de cette émigration
entretenue depuis lui. Si PHistoire n'eût pas
anecdote, si elle eût
consacré une pareille
échappé à Herrera, son Apologiste, pourDans un siècle où la voix
rait-on Pimaginer? semblait étouffée, au milieur
de Phumanité
d'une Nation enivrée de ses riches conquêtes,
alternativement dans des
et qui se plongeait
humain, Las-Casas
fleuves d'or et de sang
vient
parait comme un Dieu bienfaisant, qui
victimes des mains
arracher ces malheureuses
hommesse
deleurs ferocesbourreaux.) D'autres
faits éclatans, par des
sont immortalisés pardes
est
vertus supérieures : le genre de sa gloire
unique. Cest! le triomphe de Phunnanité; c'est,
de le dire, le fanatisme de la
s'il est permis
dans la durée d'une
bienfaisance. Las-Casas,
vie assez longue, n'a etr qu'une seule pensée,
âme n'a été tourmentce que par une senle
son
celle de défendre la liberté de ses
passion, Indiens. 2
Non content de les servir par
chers
combien de fois osa-t-il - braver
son éloquence,
d'une mer orageuse 7
pour eux les tempêtes
celles d'une Cour peuplée de Seigneurs
et
à le fairc échouer. C'est
avides et intéressés
en
lui cependant qui, trompé par son eocur, Navoulant sauver les restes infortunés d'une
desesindignes
tion préteà périrsousleschainese
2
Non content de les servir par
chers
combien de fois osa-t-il - braver
son éloquence,
d'une mer orageuse 7
pour eux les tempêtes
celles d'une Cour peuplée de Seigneurs
et
à le fairc échouer. C'est
avides et intéressés
en
lui cependant qui, trompé par son eocur, Navoulant sauver les restes infortunés d'une
desesindignes
tion préteà périrsousleschainese --- Page 65 ---
-
a -
(61.)
oppresseurs, c'est lui, dis-je, qui
qui propose à la Cour
imagine, 9
d'envoyer à
d'Espagne le projet
Saint-Domingue des
des Laboureurs.
Negres et
Ordonnance
Charles - Quint signa une
pour faire transporter 4000 Nègres aux grandes Antilles ; et jamais
on ne vit une idée plus révoltante peut-êre
cocur plus humain. Cescra
sortir d'un
d'ailleurs si respectable
pour son nom :
etles
5 une tache éternelle;
grandes àmes dont la sensibilité
tout
embrasse
effers Punivers, ) ne pourront que gémir sur les
déplorables d'un zèle qui
les
fers d'une partie des humains muliplia
de quelques instans la ruine de , pour retarder
ainsi qu'un des plus ardens
P'autre. C'est
défenseurs de la
liberté, est devenu le véritable auteur de la
servitude introduite en Amérique,
Mais il résulte de ce fait qu'à cette
il faillait bien qu'elle
époque
Afrique,
régnât avec force en
pour qu'un homme tel que Las-Casas
imaginat d'en tirer parti pour
le
des habitans de l'Hispaniola. alléger sort
On peut lui
poser sur cet objet un raisonnement, supexcusant jusqu'à un certain
qui, en
funeste dans ses
point son motif si
de nos jours être conséquences, pourrait encore
droient
employé par ceux qui voujusifierlesclavage. ( Ces
>) il, ne peuvent être
gens, disait-
)) nous avons trouyé comparés à mes Indiens;
ceux - ci libres, et les --- Page 66 ---
62 )
Esclaves chez eux : c'est un
5 Nègres sont mais puisqu'il est fait, puis-
> mal sans doute;
les coutumes éta-
> que la nature, puisque
à cet
dans leur pays les ont condamnés
> blies
autant vaut qu'ils
) état d'asservissement > mains. ) Mais ce
) Péprouvent dans nos lest devenu bien
sophisme très-faux dès-lors,
bornée dans
davantage depuis que la traite,
d'Afriet limitée aux seules côtes
son origine,
d'un Commerce considéque, à formé l'objet
dans Fintérieur des
rable, qui a pénétré jusque
des horreurs
terres. Lé tableau des injustices, malheureusequi cn sont la suite, ne parait croire ceux
> s'il faut en
ment point exagéré les
ct les témoins.
mêmes qui en sont agens
existe, autoMais parce que ce commerce les loix, M. L. R.
risé par Pusage et même par
Colonsavares
a-t-il raison de dire que cesont! les
qui emreatemenhecleager
et paresseux (8) aussi
de mots de réunir
Ilserait difficile en d'idées peu fausses et de reun plus grand nombre comme s'il disait qu'en
proches injustes. C'est
ProFrance T'avarice et la paresse des grands
de fonds est la cause de la misère
priétaires
; et qu'il fallut s'en
des gens de campagne
et aux Chefs de
prendre aux Commerçaus qui règne dans
manufactures de lindigence
aussi ancien
peut-être
nos Villes. L'esclavage chcz presque tous les
que le globe, répandu
ées peu fausses et de reun plus grand nombre comme s'il disait qu'en
proches injustes. C'est
ProFrance T'avarice et la paresse des grands
de fonds est la cause de la misère
priétaires
; et qu'il fallut s'en
des gens de campagne
et aux Chefs de
prendre aux Commerçaus qui règne dans
manufactures de lindigence
aussi ancien
peut-être
nos Villes. L'esclavage chcz presque tous les
que le globe, répandu --- Page 67 ---
(63 )
Peuples, 2 admis même en
traces sont à peine effacées, Europe 5 où ses
planté en Amérique par les l'esclavage transsiste comme tant d'autres Espagnols, y subque l'on voudrait
maux que l'on sent,
efforts de Part, ainsi détruire, et qui résistent aux
sophes. Sans déclamer qu'aux voeux des Philocontre PArmateur
entreprend la traite dés
qui
le Colon qui les
Negres, sans injurier
terres, M. L. R. emploie à la culture de ses
ter en leur faveur pouvait, la
ce me semble, excibienfaisance du
ment, et Phumanité de leurs
Gouverneles dénominations
Maitres. Oubliant
odieuses sous
nous qualifie,
lesquelles il
cription du passons tout de suite à sa dessort des Negres dans les
Elle est prise presque
Golonies.
P. Charlevoix
mot.à mot dans le
soixante
qui écrivait il yoa au
ans. Saint-I
moins
en France
Domingne dont à peine
on.connaissait lenom au
cement du regne de Louis XIV, commenmingue, pendant près d'un
Saint-Dofut regardé que comme la retraite demi-siècle, ne
meux
la
de ces fadans le F'libustiers, terreur des Espagnols
Nouvean- - Monde. La
bien éloignée de
France, alors
quel.devait
prévoir le sort brillant aulabandonmnait, atteindre cette nouvelle Colonic,
Mais, tandis pour ainsi dire, à elle-méme.
que le Souverain étonnait l'Europe par la rapidité de ses
conquétes 2 en --- Page 68 ---
(64)
d'aventuriers y renAmérique une poignée
célebre par
dait le nom Francais également Jamais posinouis.
des exploits jusqu'alors
aussi peu
session si précieuse n'a peut-être
celle-là. On ne l'a dà vraiment
coûté que
des Boucanniers
qu'à lincroyable intrépidité jusqu'au centre
qui, pousant leurs ennemis
leurs aude PIsle, et étendant de jour en jour maintenir à
dacieuses entreprises 2 surent s'y
connait
la pointe de lépée. Tout le monde
si
le genre de vie de cette espèce d'hommes Gouverextraordinaires; et lorsque, sous le
parvint à les civinement de M. Ducasse qui
les débris erliser, et à incorporer parmi eux
une face
des Flibustiers, la Colonie prit
rans
dont elle n'avait
nouvelle, et une consistance bien que les
joui jusqu'alors ; on sent
pas
Colons durent se resiceurs de ces premiers férocité. Que lon juge
sentir de leur ancienne
faire à leurs Nègres
du traitement quedevaient
au. cardes homnes accoutumnés au meurtre 5
de
des tortures, au mépris
nage, au spectacle
la vie pour rien, et
la mort; qui, comptant infortunés Esclaves,
mutilant sans pitié Jeurs dans leurs champs
ne faisaient que renouveler dont ils furent jadis
tant de scènes affreuses
alors le tableau
les Acteurs. Ah! ! sans doute
M. L. R., eût été vrai; personne
offert par
Mais j'en
n'en eit contesté la ressemblance. appelle
de
des tortures, au mépris
nage, au spectacle
la vie pour rien, et
la mort; qui, comptant infortunés Esclaves,
mutilant sans pitié Jeurs dans leurs champs
ne faisaient que renouveler dont ils furent jadis
tant de scènes affreuses
alors le tableau
les Acteurs. Ah! ! sans doute
M. L. R., eût été vrai; personne
offert par
Mais j'en
n'en eit contesté la ressemblance. appelle --- Page 69 ---
- 4 a
(65) )
appelle à lni-méme; ; peut-il croire
pas changé? Et tandis
de
qu'il n'ait
plades, accourues de que France nouvelles pences fertiles
pour défrichet
plus
contrés, y portaient dès mocurs
remplacé douces, celui depuis de
qu'un sang plus pur a
ches Culivateurs, ces célèbres, mais farouvoit les
dans un siècle enlin où l'on
progrés si sensibles de la
M.L. R., à l'aide d'un style
bienfaisance;
t-il de rajeunir de vieilles brillant, se flatteétait si facile de se
descriptions? Il lui
plus récens sur un objet procurer des Mémoires
de connaitre. J'ose
qu'il est si essentiel
n'y eût rien perdu croire que son Ouvrage
: scs plaintes en eussent
peut-étre été moins pathétiqués, mais
justes, SCS Lecteurs moins émus, mais plus
instruits.
mieux
Ecoutons le P. Charlevoix et
M. L. R., et suivons-les
son copiste
chacune des
pied à pied dans
pable d'attendrir expressions les
d'un récit bien Câcoeurs les plus
C Rien n'est plus affreux
la insensibles.
> du Noir dans tout
que condition
D Une cabane étouffée PArchipel Américain.
D commodité, lui
s mal saine 2 sans
Les câses à
sert de demeure. >
Negres, c'cst ainsi
les
appclle, ne sont sûremént
qu'on
mais aulieu de les
pas des palais ;
d'ours,
comparer à des tanières
comme le fait Charlevoix, il serait
E --- Page 70 ---
(66 )
plus juste de dire qu'elles ressemblent aux
maisons de nos Paysans. Celles-ci sont presque
toutes en. bois dont les intervalles ont été
remplis par un mortier de terre; & leur couverture est en chaume. Elles sont généralement basses, étroites ; et l'on conviendra
sans doute avec moi que le terrain n'y est
prodigué. Souvent une seule famille loge
pas couche dans la même chambre, qui lui
ct
sert de cuisine; ou du moins la distribution
intérieure se borne à deux appartemens pour
ces deux objets. Près de-là est létable pour
ceux à qui leurs facultés permettent d'avoir
une vache, ou tout autre compagnon de leur
sort; et il n'est point rate que tous ces êtres
réunis sous un même toût ne soient même pas
séparés par une cloison. Je sais bien que ce
n'est pas ainsi que sont logés les fermiers 9
sur-tout quand ils sont riches : aussi n'est-ce
leur demeure que je viens de peindre ;
pas
c'est-à-dire, de
mais celle des journaliers,
la classe correspondante aux Esclaves de nos
Colonies.
Veu-onvoirnsinenant descases aNègres
Qu'on se figure d'abord une rue tirée aut
cordeau, et dont chaque maison est a la
distance des autres de 36 ou 40 pieds. Sur
habitations chaque ménage à la
sienne: quelques dans d'autres une seule en réunit deux
sont riches : aussi n'est-ce
leur demeure que je viens de peindre ;
pas
c'est-à-dire, de
mais celle des journaliers,
la classe correspondante aux Esclaves de nos
Colonies.
Veu-onvoirnsinenant descases aNègres
Qu'on se figure d'abord une rue tirée aut
cordeau, et dont chaque maison est a la
distance des autres de 36 ou 40 pieds. Sur
habitations chaque ménage à la
sienne: quelques dans d'autres une seule en réunit deux --- Page 71 ---
67)
et jusqu'à trois; mais dans tous les câs uné
famille, que l'on suppose composée du
de la mère et de deux ou trois
père,
logée sur une superficie de 20 enfans, > est
pieds én longueur sur IS de largeur. Voici la stricture
et les matériaux de ce bâtiment. Des
d'un bois dur, tels que le chêne du poteaux
Pacajou, le tendre à
pays, $
caillou, etc. sont
en terre à 3 pieds de profondeur
plantés
, 4 pieds de
distance et 6 ou 7 pieds d'élévation. Lintera
valle est rempli par un clissage formée de
lattes de Palmier ou de tel autre boisà la fois
dur et flexible. Ils sont les maîtrés de recouvrir cette mince cloison d'un mortier fait avec
une terre tufeuse et blanchâtre sur laquelle ils
passent la truelle, ce qui donne alors aiy
dehors de la case un air dep propreté, D'autres
plus paresseux ou moins délicats s'en tiennent
à leur clissage. La hauteur de la case est dés
terminée par les grandes fourches qui, destinées à porter le faite et les chevrons, sunt de
4 à $ pieds en terre, de 13 ou 14 d'éléyation, et à la distance de I2. La couverture
est quelquefois en latanier, plus ordinairement en têtes de cannes : c'est le chaume des
Isles. Aussi modestes, Pun que
l'autre, en
Amérique comme en Europe, souvent il sert
de toût à des familles
tres-respectables; et le
E ij --- Page 72 ---
( . 68 I
plus grand inconvénient qu'on ait à leur reprocher, c'est celui du dangerdesincendici. Quant
à la distribution intérieure, la voici. Lasalle en
entrant; c'est le nom qu'ils lui donnent: ensuite
la chambre à coucher, et puis un cabinet.
Point de plancher ; ils n'en ont pas besoin :
seulement un galctas qu'ils forment à peu de
frais pour débarasser leur logement de tous
les objets dont l'usage n'est pas habituel. De
cheminée, on sent qu'ils peuvent s'en passer;
mais, quoique né entre les Tropiques, quoiqu'habitant un climat chaud, lc Negre aimc
le feu, même pour se chauffer: vous êtes sûr
d'en trouver chez lui à quelqu'heure que ce
soit du jour ou de la nuit. Le bois ne lui coûla peine de le ramastant presque par-tout que
ser, il ne l'épargne guères, et il satisfait à la
fois son naturel frileux, et le besoin qu'il a
de préparer sa nourriture. En un mot, telle
est sa demeure. Je demande si elle est étoufféc. L'air y circule librement; et, graces à la
faveur du climat, il est toujours le maitre ou
de jouir de sa fraicheur, ou de la tempérer - 3
si elle lui parait désagréable. Elle n'est donc
mal saine en elle-même ; et, s'il arrive
qu'on pas ait le droit de la qualifier ainsi, CC ne
sera que relativement à sa position ; et l'on
doit croire que Pintérêt de Phabitant a tou-
est étoufféc. L'air y circule librement; et, graces à la
faveur du climat, il est toujours le maitre ou
de jouir de sa fraicheur, ou de la tempérer - 3
si elle lui parait désagréable. Elle n'est donc
mal saine en elle-même ; et, s'il arrive
qu'on pas ait le droit de la qualifier ainsi, CC ne
sera que relativement à sa position ; et l'on
doit croire que Pintérêt de Phabitant a tou- --- Page 73 ---
7 an
( 69 )
jours ghidé son choix pour
plus commode et - le plus sain. T'emplacement le
( Son lit est nne claie plus
> le corps qu'à le
propre à briser
reposer. ))-
Ceci n'est pas plus fidèle. Le lit d'un
n'est guères recherché; mais
Negre
celui d'un
, dites-moi, si
Paysan offre le-modele des
mens du luxe.
rafineQuelquefois il consiste
une simple natte faite de la côte da
dans
et il a cela de commun
bananiers
FInde, même de la classe avec les habitans de
tourmentés
la plus riche, qui,
par la chaleur, préférent à
autre cette couche molle et fraiche. Un toute
grand nombre, craignant Phumidité
plusrain, construisent leurs lits d'une du ternière. Is fichent
autre maposent des traverses quatre pieux en terre, y
ou de bois
en palissades de palmier
d'orme, sur lesquelles ils
une paillasse remplie de feuilles de établissent:
ou de paille de mais, et ce lit en vaut bananiers: bién
autre. Quant à la couverture, elle
uz
fort nécessaire dans un climat où les n'est pas
eux-mémes se- contentent d'un seul Blancs
souvent est de trop. Au reste, je
drap qur
comme une chose
puis ajouter,
Negres, à qui leur trés-vraie, 2 que bien dess
activité ou leur industrieprocure une certaine
se donncr
aisance, sont en état de
ces- petites commodités > 44 our platoe
Eij --- Page 74 ---
- -
(70) )
aspirent à singer en cela leurs Maitres, comme
de proche en proche les
on voit en Europe s'élever au-dessus de leur
classes inférieures satisfaire des besoins réels,
niveau, moins pour d'imitation, et. par un fol
que par un esprit entraine vers les objets d'un
attrait qui les
Si quelquesluxe aussi vain que dispendieux. claie
uns d'entr'eux sont réduits à cette
importune dont parle M. L. R., on peut assurer
faut moins s'en prendre à la dureté des
qu'il Maitres, qu'à la paresse et à Pinsouciance des
Nègres.
de terre, quelques plats
( Quelques pots
>.
> de bois forment son ameublement calebasses
Pourquoi pas ? En y joignant les
dans lesquelles il met son eau et sa provision
de syrop, les couis qui lui servent d'assiètes, il
les chaudières dans lesquelles
et sur-tout
fait cuire son manger, on aura effectivenient
mn état assez exact de sa batterie de cuisine. elle
Si clle n'est pas fort étendue, au moins
lui sugit; si elle n'est pas riche, elle est proelie ne lui coûte guères 3 il peut casser
pre, impunement ses plats, ses verres, ses assiètes:
la terre Ou les arbres lui en fourniront d'autres. de faqu'il n'aura que,la peine de cueillir et ni la
çonner; et je ne crois pas que Pargent, des mets
porcelaine ajoutent beaueoup au goit
àsi
frais parmi HOnS
que Pon y appréte grands
si elle n'est pas riche, elle est proelie ne lui coûte guères 3 il peut casser
pre, impunement ses plats, ses verres, ses assiètes:
la terre Ou les arbres lui en fourniront d'autres. de faqu'il n'aura que,la peine de cueillir et ni la
çonner; et je ne crois pas que Pargent, des mets
porcelaine ajoutent beaueoup au goit
àsi
frais parmi HOnS
que Pon y appréte grands --- Page 75 ---
A
(7:)
Pour completter Pinventaire de ses
il ne faut pas oublier le coffre ou il meubles,
hardes, les barils qui contiennent serre ses.
de riz et de mais, tant
lui sai provision
pour
que Four ses
poules, et quelquefois le Banza dont il
en
joue
les s'accompagnant pour se délasser le soir et
jours de fête.
( La toile grossière
) de sa nudité,
? qui cache une partic
ne le garantit ni des
> insupportables du
ni des chaleurs.
> dangereuses de la jour, nuit >.
fraicheurs sn
Pour répondre à ce dernier article,
voie ci-dessus où j'en
je renseulement
parle, et j'y
ceci, que le feu restant allumé ajoute a
la chambre des
dans
nécessairement Negres toute la nuit, doir
en écarter la fraîcheur
elle veut s'y faire sentir ; et que dans les quandtagnes on leur donne une couverture de monou tout au moins une casaque, A
laine,
leur vêtement
Pégard dependant le
qui leur est ordinaire soit jour, 5 loin que celui
chaleur
insuffisant (9) cette:
insupportable les force
à
s'en dépouiller. Lc
quelquefois
mise reste
Négre alors ôtant sa cheavec un simple caleçon,ets'y
plus à son aise. Cette
trouve:
affaire de choix
situation est de sa part
et non de nécessité. Ce n'est
point une privation douloureuse de vêtemens
qui lui seraient utiles, et dont il est contraint
de se passer; : c'est P'effet heureux d'un climae
E ix: --- Page 76 ---
( 72 5
qui les lui rend superfus, et écarte ainsi un
besoin si pressant en Europe.
Ceci est pour les jours de travail pendant
lesquels on sent bien qu'ils ne sacrifient que
ce qu'ils ont de moins beau. Quant aux Dimanches et aux jours de Fêtes, la toile grossière. disparait 5 elle est remplacée par un
habillement propre et leste. Une chemise de
toile blanche, un mouchoir de cou plus souvent
des Indes qne de Bayonne, une jupe de toile
quelquefois très-fine, composent l'ajustement
des femmes. Joignez-y le mouchoir de tête
qu'elles arrangent avec une certaine élégance,
les
d'oreilles et le collier; vous
et
pendans
Les hommes
aurez une idée de leur toilette.
aussi curieux de porter du linge fin ont une
veste de toile blanche ou simplement une chemise, tous un mouchoir de cou et un pantalon
en
pour [es moins forou grand caleçon ginga
les riches. Par
tunés, en toile de prix pour
dessus tout cela un chapeau de paille Oul
quelquefois un semblable aux nôtres. Enfin,
ainsi que parmi nous des nuances d'élégance
ou de simplicité moins relatives au goût qu'aux
facultés et aux différens dégrés d'industrie de
chaque individu. lui donne de manioc, de boeuf
( Ce qu'on
de morue, de fruits et de racines, ne
D salé,
existence.
D soutient qu'à peine sa misérable
de prix pour
dessus tout cela un chapeau de paille Oul
quelquefois un semblable aux nôtres. Enfin,
ainsi que parmi nous des nuances d'élégance
ou de simplicité moins relatives au goût qu'aux
facultés et aux différens dégrés d'industrie de
chaque individu. lui donne de manioc, de boeuf
( Ce qu'on
de morue, de fruits et de racines, ne
D salé,
existence.
D soutient qu'à peine sa misérable --- Page 77 ---
- -u
(73 5
> Privé de tout, il est condamné à Un travail
> continuel, dans un climat brulant, sous
))
lefonettoujours agité d'un conducteurféroces.
Voici la plus sérieuse des imputations à
laquelleje suis forcé de répondre
et par des détails peut-être minutieux, longuement
qui sûrement ne sont rien moins
mais
à la chose. La seule énumération qu'étrangers de
qui compose la nourriture des
tout ce
Nègres
rait, en quelque sorte, le contraire de prouve- ce
prétend PAuteur: etil est assez diflicile d'ima- que
giner qu'ils soient exposés à mourir de faim
avec des moyens si variés pour la prévenir.
Les premières Loix sur cet objet faites SOUS
Louis XIII, renouvellées et étendues sous son
Successeur en 1685, fixe la quantité de vivres
que le Maitre doit leur fournir, et Pon
affirmer qu'en général elles sont assez exacte- peut
ment observées aux Isles du Vent, sauf les
disettes auxquelles les exposent de fréquens
ouragans. S'il y a quelque différence à cet
égard entr'elles et Saint-Domingue, elle
vient de plusicurs causes qu'iin n'est
prode développer, puisque M. L. R. n'a pas fait inutile
les esquisser légèrement. La
que
Martinique, la
Guadeloupe et les autres Isles
en
Françaises
sont voisines furent découvertes,
qui
et défrichées
, peuplées
par nous long-temps avant SaintDomingue, les Loixy étaient déjà en vigueur, --- Page 78 ---
(74)
celte dernière Colonie, comme je
tandis que
alors à peine connue, se
Pai dit plus haut,
et lon
sentait de la faiblesse de son enfance,
le dire, de la barbarie de son origine >
peut
où les Sièges de Justice y
jusqu'au moment
av ec eux le recueil
furent établis et) y portèrent
de Code noir,
des Loix connues sous le nom
et
entr'autres celles relatives à la nourriture
et
des Esclaves ; la Police sur cet
à Pentretien
une connoissance
objet s'y exerça moins par
encore
précise de Loix qu'on n'y avait point
que purent
adiises, grepenlcsenteshsonting habitans des Isles du
en conserver quelques
de SaintVent, mélés avec les Conquérans dut coneuuBientôtleur publicité
Domingue.
familier aux débris de
rir avec un usage déjà
qui y fut
la Colonie de Saint-Christoplie, mais Yancienne
transférée à la même époque :
et les
prévalut à bien des égards,
coutume
contribuèrent sans doute à la
causes locales
différence en effet entre
maintenir. Quelle
de SaintPétendue des Isles du Vent et celle
Là, un sol borné pour un grand
Domingue!
; ici des possessions
nombre de Cultivateurs
d'habitans. Je
immenses pour une poignée lon doit sentir
parle d'un temps dloignés car
et lcs
Paccroissement de la population
que
successions ont du retrécir ces.
partages des
M. L. R. ra donc quclque.
yastes proprictés.
différence en effet entre
maintenir. Quelle
de SaintPétendue des Isles du Vent et celle
Là, un sol borné pour un grand
Domingue!
; ici des possessions
nombre de Cultivateurs
d'habitans. Je
immenses pour une poignée lon doit sentir
parle d'un temps dloignés car
et lcs
Paccroissement de la population
que
successions ont du retrécir ces.
partages des
M. L. R. ra donc quclque.
yastes proprictés. --- Page 79 ---
CA a
(75) )
raison de dire que les habitans de Saint-Domingue,car c'est eux qu'il désigne,
))
<donnent
communément aux Nègres une
) terre qui doit fournir à tous leurs portion de
Ce qu'il ajoute n'est
moins besoinss.
> Peuvent
pas
vrai : ( ils
employer à son
> partie du Dimanche
exploitation une
> qu'ils dérobent les et le peu de momens
> leurs repos >. Tel autres jours au temps de
est en effet. l'ordre
non pas communément, mais dans établi,
de
une partie
Saint-Domingue, par un abus
contraire aux sages
formellemens
ici le lieu de réclamer dispositions des loix. C'est
et d'en faire sentir contre un parcil usage,
n'ont
tous les inconvéniens qui
point échappé aux Législateurs. Le
grand est l'incertinde pour le
pius
son attente soit
Propriétaire que
remplie, et le danger
la
paresse ou le défaut de
que
Negres ne
prévoyance de ses
la disette Pexposent au malheur
sur son habitation. Quelle d'éprouver.
la force du pressant
que soit
faut
aiguillon de la faim, ilne
pass'attendre qu'il suffise
à un travail constant, la
pour déterminer
Negres bien plus
plus grande partie des
occupés du moment
qu'inquiets de l'avenir. Ils aimeront présent
reposer, ou courir, en un mot faire mieux se
à leurs
diversion
relle travaux; et cette insouciance assez natuaux Negres s'aceroit encore chez ceux à
qui leur force ou leur adresse donne
l'espoir --- Page 80 ---
(76)
une subsistance aisée aux dépens
de se procurer
des autres. Ainsi le pere de famille, prévoyant
et laborieux est souvent pillé par son propre nuit
il perd dans une
camarade : quelquefois
la
de
le travail de quinze jours, et provision dévaste,
la semaine; car le voleur ravage,
sans égards et presque sans profit
sans pitié,
De-là, le découragement,
pour lui-même. chez les uns, le châtiment pour
le désespoir
la disette égale entre les
les autres, et toujours
dépouillés. Si
compables et les malheureux
le voleur
Pirruption se fait chez le voisin,
d'être mutilé ou massacré, et dans tous
risque
qu'il court est celui
les cas le moindre danger chez son Maitre.
de la punition qui l'attend
D'ailleurs, silepère qui presqueseul est chargé
d'assurer la subsistance
de la fonction pénible il tombe malade, que
de sa famille, si dis-je,
nourri à
deviendra-t-elle ? Il sera soigné,
ses enfans languiPHopital; ; mais sa femme, maladie dure, ou le
ront pour peu que sa forcé de les nourrir luiMaitre un jour sera
sonavariceitrompée.
même; et dansce casvoilà
sur
Enfin est-il juste d'assigner sa nourtiture son?
devrait être destiné qu'à
le temps qui ne
out à tout autre libre emploi qu'il pourrepos,
rait en faire? Quede maux,
qpetacomatieise
d'un tel systême moins à redouter sur
résultent
et Sous tn
une Ahabitation bien administrée,
dure, ou le
ront pour peu que sa forcé de les nourrir luiMaitre un jour sera
sonavariceitrompée.
même; et dansce casvoilà
sur
Enfin est-il juste d'assigner sa nourtiture son?
devrait être destiné qu'à
le temps qui ne
out à tout autre libre emploi qu'il pourrepos,
rait en faire? Quede maux,
qpetacomatieise
d'un tel systême moins à redouter sur
résultent
et Sous tn
une Ahabitation bien administrée, --- Page 81 ---
- a à
(77 )
Maitre vigilant, mais cependant réels et vraiinent déplorables sur bien.d'autres ! Qu'on me
permette de peser sur ce chapitre qui est de
la plus grande considération, et d'ou dérivent
tant de
- 111 desordres. C'est le premier, c'est le
plus pressant besoin de Phomme auquel il faur
pourvoir; la nature Pexige, Phumanité le
sollicite, Pintérêt personnel le conseille, et si
leColon sourd, insensiblea leurs voixréunies,
méconnait un devoir si sacré, la Loi doit Py
contraindre. Elle existe cette Loi, mais elle
reste sans exécution. La visite des vivres sur
chaque habitation est ordonnée; mais elle ne
se fait point, et cette négligence produit les
effets les, plus funestes. J'ose le dire, c'est le
plus grand fléau qui puisseafiliger les Colonies,
en ce qu'il attaque la population dans une de
ses principales sources qui est l'abondance de
tout ce qui doit servir à la pourriture des
hommes. Il fait naitre le maronage et tous les
châtimens qui en sont la suite. Il prive donc
doublement la terre d'un nombre considérable
de bras qui devaient étendre la
l'affaiblissement
culture, et par
de la génération présente diminuée ou détruite, et par la rareté des individus qui eussent dû la remplacer un jour.
Je m'apperçois qu'ici je marche entre deux
écueils. Quelques-uns de mes compatriotes,
qu'offensera cette réclamation, m'accuseront --- Page 82 ---
(785 5
d'avoir exagéré lc mal ; et les ardens défenseurs de la cause des Nègres ne pouvant me
du
de Pavoir dissimulé, triomtaxer reproche
leur être si
pheront d'un aveu qu'ils jugeront
favorable. J'inviterai les premiers à m'impoune rétractation à laquelle je
ser pour peine
mais
crains
me livre d'avance avec joie;
que je
bien qui ne soit dloignée. Quant aux autres 2
que j'ai à leur faire, c'est
la première réponse
qu'ils ont eu tort de généraliser une imputation si grave, et qui tombe à faux sur le plus
nombre des Proprictaires. En peignant
grand
avec elle la disctte, je
les maux qu'entraine
dans nos
n'ai pas prétendu dire qu'elle règnat M. L. R. des
Colonies. En conyenant avec
conséquences dangereuses du systême adopté
de
et parti
dans une partie Saint-Domingue, n'ai pas
entièrement dans celle du Nord, je
mânquât de vivres, et que le Nègre
dit qu'on y
pit à peine y soutenir sa misérable exifence. suis si
Non, ce reproche seroit injuste, et je
le
éloigné de le faire, qu'après avoir exposé
tableau affligeant de la misère à laquelle sont
réduits les Nigres entre les mains d'un Maitre
consulte mal ses véritables intérêts, je me
qui
celui d'une Habitapermettrai de lui opposer
craindrai
tion bien administrée, ct je ne
dis- pas
que les gens instruits et raisonnables m'en
Pexistence; j'ajouterai même qu'ils ne
putent
, et je
le
éloigné de le faire, qu'après avoir exposé
tableau affligeant de la misère à laquelle sont
réduits les Nigres entre les mains d'un Maitre
consulte mal ses véritables intérêts, je me
qui
celui d'une Habitapermettrai de lui opposer
craindrai
tion bien administrée, ct je ne
dis- pas
que les gens instruits et raisonnables m'en
Pexistence; j'ajouterai même qu'ils ne
putent --- Page 83 ---
-
a
(79 )
tonviennent que le nombre de cdlles qui lui
ressemblent est fort grand.
Je commence par dire que les
en suffisante quantité, et - même vivres y sont
soit que par Pusage dont il a été en abondance,
desnus, ils aient été plantés
question les
cichacun en particulier, Ou
par
Nègres
tions, soit que le
Par petites associaméthode
Proprictaire ait adopté la
sans doute préférable de faire
cette
faire
plantation en commun.
ment se fait cette
Voicialors comles suites. Un terrein opération, et quelles en sont
objet, dans
quelconque destinéà cet
lequel on a planté des ignames ou
patates, qui sont les vivres les'
res et comme le fond de la plus ordinaiNégres, est sarclé et
nourriture des
réuni. Ce trayail fait entretenu par l'attelier
travaux de
partie de la masse des
n'est jamais PHabitation, au moyen de quor il
pris sur le tems de leur
établit un ou plusicurs
repos. On
nairement à
gardiens de jour ordien
Poste fixe; ct toutes les nuits Onl
pose d'autres qui doivent faire une
exacte contre les voleurs
garde
domestiques. Comme il étrangers ou même
mun, la
y va du salut comdiscipline est sévérement
et il n'ya point de grace pourl le observée;
ni pour le gardien infidele
voleur avide,
térêt de tous demande la ou négligent. L'inqui
punition d'un seul
compromet un objet si
précieux, 2 et les
e fixe; ct toutes les nuits Onl
pose d'autres qui doivent faire une
exacte contre les voleurs
garde
domestiques. Comme il étrangers ou même
mun, la
y va du salut comdiscipline est sévérement
et il n'ya point de grace pourl le observée;
ni pour le gardien infidele
voleur avide,
térêt de tous demande la ou négligent. L'inqui
punition d'un seul
compromet un objet si
précieux, 2 et les --- Page 84 ---
.
(80 )
réglemens à cet égard sont conformes aul droit
naturel, admis parmi les peuples les plus huLorsque la maturité
mains et les plus policés.
de ces racines est yenue 2 on en commence la
fouille qui a lieu deux fois par semaine, le
dimanche et le jeudi. Pour faire cette distribution ayec, ordre, Pheure est indiquée, le
dimanche au lever du solcil, 2 afin qu'ils puissent disposer librement du reste de la journée,
et le jeudi à midi cn sortant du travail: c'est
Paffaire d'une demi-heure ; et ce jour-là le
retour dans les champs est retardé d'autant,
afin. de ne pas diminuer l'intervalle du repos
ordinaire. Presque tout l'attelier se trouve à
cette besogne intéressante, grands et petits 3
excepté les vieillards, les enfans, 9 les infirmes
et les malades. Chacun est muni de sa houc,
et d'un panier ou d'un sac. La bande est rangéc :: sur une ligne devant la portion de terre
qui doit être fouillée, et dont la largeur proportionnée all nombre des têtes est déterminé
PEconome, et plus souvent encore par
par les Commandeurs. Quand tout le monde est
rendu, le signal se fait, et tous travaillent avec
la mesure soit ordinairement
ardeur 2 quoique
de vivres dont PHasubordonnée à la quantité
bitation est pourvue, et ne dépende jamais du
caprice des fouilleurs. Le soin de P'Econome
qui doit toujours être présent à cette opération,
--- Page 85 ---
(81)
tion, est de veiller à ce que la distribution
juste et égale autant qu'il est
soit
reuse PHabitation où
possible. Heupoint d'y pouvoir laisser règne Pabondance au
l'avenir les vivres à la discrétion sans inquiétude sur
Heureux les
des Nègres !
Propriétaires prodigues en ce
genre, et dont P'on peut dire qu'ils
sent leurs voisins! ! Comme il est
nourrisattention, que cette
rare que cette
prévoyance sur un article si
important ne soit accompagnée d'une
tion générale à traiter
disposihumainement les Négres, on peut assurer qu'elle contribue
tiellement à la prospérité d'un attelier. essenceux que l'age ou les infirmités
Tous
de fouiller comme les
empéchent
cés par leurs
autres, sont remplaparens ; à qui l'on permet de
prendre en ce cas double ou triple
Quant aux malades, c'est-à-dire portion.
Pusage des vivres ordinaires
ceux à qui
dien de
est permis, le
jour est chargé de fournir
garla quantité nécessaire
Phôpital de
tout le monde
pour son entretien. Ainsi
a lieu
se trouve pourvu : et cet ordre
le décrire, constamment, soit comme je viens de
pour la distribution des
patates : soit pour celle des bananes ignames ou
ou des
grains, s tels que le maïs et le petit mil,
ayant été serrés en magasin, sont délivrés qui
vant les besoins ou les
suiplement
circonstances, ou simpour varier leurs viyres.
F
ité nécessaire
Phôpital de
tout le monde
pour son entretien. Ainsi
a lieu
se trouve pourvu : et cet ordre
le décrire, constamment, soit comme je viens de
pour la distribution des
patates : soit pour celle des bananes ignames ou
ou des
grains, s tels que le maïs et le petit mil,
ayant été serrés en magasin, sont délivrés qui
vant les besoins ou les
suiplement
circonstances, ou simpour varier leurs viyres.
F --- Page 86 ---
-
(82)
Privé de tout, il est condamné à un tra-
(
dans un climat brilant, sous
> vail continuel,
d'un Conducteur
) le fouet toujours agité
Privé de tout ! c'est ce que je
> féroce. >
maintenant quels
finirai par examiner. Voyons
exemple sur
sont les travaux des Nègres, par
ceux de
Sucrerie, c'est-a-dire quels sont
une
la
difficile etla plus universelle
la culture plus
le tems
dans nos Colonies, hors et pendant
La cloche qui sert à fixerl'ende la roulaison.
ainsi que cela se
trée et la sortie du travail,
est
dans nos Ports de Roi, et qu'il
pratique
imprimer le mouvementà une
nécessaire pour d'hommes 3 la cloche se fait
certaine quantité
avertir les
entendre à la pointe du jour, pour de leurs
à sortir bientôt
Nègres de sc préparer
leur déjetiner
cases. Ils se levent, apprètent fait, quand
emportent, et le jour est déjà
qu'ils Pattelier est rendu au lieu du travail; c'esttout
dans Pété,à 6 et demi dans
à-dire, à 5 heures
dure
Fhiver. A 8 heures le déjeiner > qui
et la retraite sonne
environ une demi-heure, du
est de 2 heures,
à midi. L'intervalle repos
disposent à
et c'est ce tems dont les Nègres leur a distrileur gré. Dans lcs terreins qu'on
cultivent du riz, du mais, du gombo,
bués,ils
qui Jeur servent à
et quelques autres plantes dont ils sont friands.
faire un mets particulier entrer le produit de
L'habitant ne fait point
heures le déjeiner > qui
et la retraite sonne
environ une demi-heure, du
est de 2 heures,
à midi. L'intervalle repos
disposent à
et c'est ce tems dont les Nègres leur a distrileur gré. Dans lcs terreins qu'on
cultivent du riz, du mais, du gombo,
bués,ils
qui Jeur servent à
et quelques autres plantes dont ils sont friands.
faire un mets particulier entrer le produit de
L'habitant ne fait point --- Page 87 ---
(83 )
ces cultures dans le calcul de la
vivres dont il doit nourrir
quantité des
un pécule
son attelier : c'est
(10), dont la propriété appartient
absolument au Nègre industrieux
procure; c'est son bien dont il fait tel qui se le
gu'il le juge à propos. Du riz qu'il récolte emploi
par exemple, il se réserve une certaine
s
tion comme une douceur, une variété de pordans sa nourriture, et il vend le reste. S'il plus
planté du mais 2 à P'exception d'un certain a
nombre d'épis qu'il cueille et mange verds
comme un mets agréable, il emploie ce
à nourrir des poules, dont le
grain
pas d'être considérable.
produit ne laisse
chons, dont
Enfin il éleve des COlui
originairement c'est le Maitre
a fait présent; et cet article est très-lucratif qui
dans un pays où ils valent
liv. et où il n'est
jusqu'à I5o et 180
point rare qu'un seul
en possede 3 et 4. Le produit de cette Nègre industrie sert à lui procurer à lui et aux siens l'aisance, méme la recherche dans son vêtement,
quelques bijoux dont ils sont généralement
curieux, de petites commodités dans l'intérieur de la case, etc. Mais terminons la
journée
imterrompue dans son cours. A 2 heures on
retourne au travail que l'on quitte à la fin du
jour. Alors l'attelier se disperse, les hommes
vont chercer du bois, quelques herbes
nourrir leurs
pour
animaux, 2 les femmes s'occupent
F ij --- Page 88 ---
( 84 )
du ménage et de leurs enfans, 3 apprétent le
rentrés dans leurs
repas; et tous ordinairement
la saison, se
cases à 7 ou 8 heures suivant
ils se
délassent des trayaux de la journée,
souvent ils dansent, et dans un pareil
visitent, des cases à Negres sont vraiment un
moment village peuplé de 2 ou 300 individus S, qui
d'annoncer la misère, loin d'offrir des
loin
untableauanimé,
scènes doulouresses,forments
d'un
dire intéressant aux yeux
et que j'oserai
sensible. Enfin
observateur impartial quoique
et il ne
il leur plait,
ils se couchent quand
dormir 7 ou 8
dépend que d'eux de pouvoir
heures.
car ma tâche n'est pas finie. Il
Reprenons s bien des reproches à repousme reste encore
Quels sont ces
ser et des points à éclairçir.
travaux ? Sont-ils continuels, et de quelle manière les exige-t-on? Ils consistent, comme
à
et cultiver les vivres comon a vu, planter
inet ceux-là sans doute sont sacrés,
muns;
Les autres sont tous relatifs à la
dispensables.
de
du café ou des
cuiture du coton, l'indigo,
Comme j'ai commencé la description
cannes.
m'yt tiendrai d'autant plus, quil
de cclle-ci, je
dans le détail de la rouest question d'entrer
qu'au
laison qui est le plus pénible, parce
travail de la terrese joint celui de la fabrique
du sucre qui re souffre point d'interruption.
,
muns;
Les autres sont tous relatifs à la
dispensables.
de
du café ou des
cuiture du coton, l'indigo,
Comme j'ai commencé la description
cannes.
m'yt tiendrai d'autant plus, quil
de cclle-ci, je
dans le détail de la rouest question d'entrer
qu'au
laison qui est le plus pénible, parce
travail de la terrese joint celui de la fabrique
du sucre qui re souffre point d'interruption. --- Page 89 ---
(85)
Il faut rouler jour et nuit; mais, ainsi
bord des
qu'a
Vaissenux, ce travail, est distribué
par quarts; une partie dort pendant que l'autre veille, dans des proportions qui
dela plus ou moins grande. quantité dépendent de
qui exploitent une Sucrerie. Sur les Nègres
le retour
petites >
périodique est fréquent et par conséquent pénible ; sur les grandes au contraire
cette corvée n'est point
peut ne priver le Nègre dans génante, 2 puisqu'elle
de deux demies
unesemaine que
nuits, 2 ou au plus de cinq en
quinze jours. Il faut observer à Pégard de tout
ce qui est employéau moulin ou à Ja Sucrerie,
qu'ils travaillent à couvert; et pour
que dans cette saison le soleil a moins Fattelier, de violence, et qu'en général on a l'attention
menter la dose de nourriture
d'angcelle du travail. D'ailleurs pour compenser
quart que les sujets les
on n'assujetit au
phs robustes. On en
exempte ceux d'un âge avancé, les jeunes
gens jusqu'à Pâge de 15 ou 16 ans, 2 les Négresses nourrices ou enccintes. Enfin de quelque manière que la roulaison soit
dans le cours d'une année,
distribuée
différences qui
relativement aux
n'est
de
Proviennent du climnat 9 elle
que
5 ou 6 mois eflectifs.
Analysons à présent cette image
rante K du fouet toujours agité d'un désespé- conduc
>> teur féroce D. Si elle était vraie, rien
sans:
F iij --- Page 90 ---
(86 )
doute ne serait plus capable d'exciter la comnmisération en faveur des malheurenx soumis
à un pareil sort, et la plus vive indignation
abuseraient aussi cruellecontre les tyrans qui
ment de leur empire. Mais heureusement pour
Phonneur de Phumanité, un tel reproche ne
convenir qu'à un bien petit nombre de
peut
la barbarie desquels toutes les
Colons contre
Ce n'est pas ici le
loix semblent impuissantes.
moment de les reclamer ; et j'observerai seude quelques
lement en passant qu'à P'exception
détrimauvais choix qui tournent toujours au
en général les Comment des propriétaires, les sujets les plus
mandeurs sont pris parmi
J'aurai
aimés et les plus estimés d'un attelier.
occasion de parler ailleurs des quapeut-être
dans ces Chefs qui sont charlités nécessaires
tougés d'un soin si important, que presque
de lui dépend le destin d'une habitation.
jours Passons enfin aux derniers traits du pinceau
de M. L. R. J'ignore dans quelles sources il
observations sur la manière de traia puisé ses
à chaque Peuple Euter les Esclaves propre
odieux de Naropéen. J'écarte tout parallele
réflexion
tion à Nation. Je m'interdis toute
pourrait être injurieuse pour des rivaux
qui
encore moins
estimables. Je me permettrai relativement à
celles auxquelles il s'est livré
religieuses sur le sort
l'influence des opinions
au
de M. L. R. J'ignore dans quelles sources il
observations sur la manière de traia puisé ses
à chaque Peuple Euter les Esclaves propre
odieux de Naropéen. J'écarte tout parallele
réflexion
tion à Nation. Je m'interdis toute
pourrait être injurieuse pour des rivaux
qui
encore moins
estimables. Je me permettrai relativement à
celles auxquelles il s'est livré
religieuses sur le sort
l'influence des opinions --- Page 91 ---
-
(87 )
des Nègres en Amérique. Mais je lui demanderai sur quels titres, sur quels mémoires il
s'appuie pour calomnier sa propre Nation à la
face de FUnivers; pour lui attribuer des
cipes et une conduite diamétralement prinà ses mocurs età son caractère. Par opposés
talité le Français, naturellement quelle famain,
doux, huhospitalier en Europe, se trouve-t-il
tout à coup sur le tropique transformé en
monstre farouche? Quelle
un
a pu lui faire perdre ainsi, étrange révolution
je ne dirai pas Ses
vertus, mais des qualités qui lui sont si familières? Quel est donc ce droit extraordinaire
que peut s'arroger tout Ecrivain de peindre
indifferemment sous des couleurs odieuses ou
ses Compatriotes, ou méme les Nations étrangéres ? Faut-il donc pour attacher ses Lecteurs, pour piquer leur curiosité, 9 affecter un
ton tranchant, renverser la plupart des idées
reçues, 2 apostropher les Souverains, dogmatiser les Peuples, et sous le titre de vérités dures
que l'on ne saurait dissimuler, présenter des
tableaux infidèles et révoltans ?
( L'Anglais à qui le voisinage de ses
> sessions du continent
pos-
>
permet plus d'indulgence, plus d'égard au tempérament, au
) climat, aux occupations. S'il ne facilite
b mais le
jamariage entre ses Noirs, il
> avec bonté comme un présent de la Nature, reçoit:
F iv --- Page 92 ---
(88 )
les enfans issus de liaisons plus libres, et
>
des pères et mères un travail
> n'exige guères au-dessus de leurs forces. Les
) ou un tribut
> Esclaves sont à ses yeux des êtres purement
ne faut pas user ni détruire
) physiques qu'il
leur accorde une
) sans nécessité. Le Français
de moralité, mais ne les traite guères
> sorte des êtres sensibles. En leur permet-
> comme
le mariage, il leur refuse
> tant que'quefois
le fardeau de
> tous les moyens de soutenir
Avec
> cet érat, ou d'en goûter les douceurs.
mocurs libres, cette Nation a la conduite
> des
)) la plus tyrannique >.
les talens de M.L.
J'admire fort le génie et
R. Je respecte sur-tout la cause de Phumanité qu'il veut défendre; mais j'aurais desiré
ce fit avec un zèle moins amer-, moins
que
lorsqu'il s'est
indiscret; et il mne semble que,
il doit
permis des inculpations aussi graves,
Pêtre, à ceux qui en sont l'objet, de les rela conservation de leurs honneurs
pousser pour l'intérêt de la vérité. Son parallele a
et pour
de
d'un recucil
plutôt lair d'un jeu Pesprit,
d'antithèses, que d'une analyse juste et
et il suffirait de
SRr
fonde du cocur humain;
accudonner aux inconséquences qui y sont
mulées, s'il ne se terminait par un trait aussi
sanglant qu'il est injuste. L'Anglais tranquille
fiegmatique, calculera
raisonneur, philosophe
l'intérêt de la vérité. Son parallele a
et pour
de
d'un recucil
plutôt lair d'un jeu Pesprit,
d'antithèses, que d'une analyse juste et
et il suffirait de
SRr
fonde du cocur humain;
accudonner aux inconséquences qui y sont
mulées, s'il ne se terminait par un trait aussi
sanglant qu'il est injuste. L'Anglais tranquille
fiegmatique, calculera
raisonneur, philosophe --- Page 93 ---
(99)
donc de sang froid le degré de force de
êtres purement physiques à ses
ces
conduite à Jeur
yeux, 1 et sa
tel systême.
égard sera conséquente à un
Cette façon
blables est une singulière d'envisager ses semgence, à la
disposition à Finduldouceur, 2 à la bonté. Il n'usera
point, il ne détruira point ces êtres
sans nécessité, Mais,
physiques
nécessité
lorsqu'il croira que la
dictera, l'ordonne, lorsque son intérêt le lui
lorsqu'il le jugera convenable, il
sacrifiera sans effroi, sans remords,
et méme sans émotion,
sans pitié,
de sa fortune ; il brisera ces agens impassibics
de labourage
froidemen: ces outils
à
aussi-tôt qu'il les croira
sa culture. Je ne sais si, à de parcils inutiles
PAnglais se reconnaitra; ; mais je doute traits,
puisse les adopter comme un
qu'il
remerciera l'auteur
éloge, et s'il
de ses sentimens. d'une pareille explication
Mais au moins n'étant
que par son esprit, on serait
égaré
plaindre d'un si funeste
disposé à le
que le Français sachant aveuglement, tandis
convaincu
bien, parfaitement
les traitant qu'ils sont ses semblables, et ne
point comme des êtres
agissant au contraire
sensibles,
résistant enfin
envers eux en tyran,
au cri de son
étre un objet d'exécration.
coeur, devrait
des raisonnemens
Ce n'est point par
qu'il faut réfuter un Roman --- Page 94 ---
(90) )
si atroce : c'est par l'exposition fidèle du
traitement que nous faisons à nos Nègres.
On les a vus au travail, et dans leurs cases 5
considérons-les maintenant dans l'état de maenceintes
ladie; passons en revueles Négresses
ou nourrices, 9 et leurs enfans jusqu'à l'age de
puberté. Sur toutes les habitations, grandes ou
petites,ilyaun Hopital.Lesplus considérables
ont presque toutes un Chirurgien à demeure,
et celles dont le peu d'importance n'exige ou
ne comporte pas sa résidence habituelle, sont
abonnées, pour procurer à leurs malades les
secours de cet Art si utile. L'Hopital consiste
en deux chambres pour séparer les sexes., en
une espèce de cuisine oichanftakesboillons
et remedes, et en un appartement pour les
Négresses en couche. Dans un bout est le logement destiné à ceux qui sont attaqués des
miladisvenériennes, etqui ne communiquent
aucunement avec les autres. Une galerie à
clair-voieleur permet la vue et la promenade.
Une seule porte ferme le tout, et la clé en est
confiée pendant lanuit au Chirurgien s'il réside
sur Phabitation 2 ou à son défautà PEconome.
Un Nègre sous le nom d'Hospitalier, 2 espèce
d'Aide-Chirurgien qui presque toujours est en
état de saigner et de faire les pansemens communs > sert à exécuter les Ordonnances du
les autres. Une galerie à
clair-voieleur permet la vue et la promenade.
Une seule porte ferme le tout, et la clé en est
confiée pendant lanuit au Chirurgien s'il réside
sur Phabitation 2 ou à son défautà PEconome.
Un Nègre sous le nom d'Hospitalier, 2 espèce
d'Aide-Chirurgien qui presque toujours est en
état de saigner et de faire les pansemens communs > sert à exécuter les Ordonnances du --- Page 95 ---
(91 )
Docteur en son absence. Une
de soigner les malades,
Négresse au fait
qu'elle dirige
partage ces fonctions
sexe. Tous deux plus particulièrement vers son
grand
sont rangés à leur poste de
matin : là ils attendent l'arrivée du Chirurgien, qui tenant un journal exact du
bre de ses malades, de la qualité de leurs nomladies, et de leur
mapanse, fait et ordonne traitement, les visite, les
venable. En
tout ce qu'il juge conun mot que l'on se
et la conduite observés
figure P'ordre
dans nOS hopitaux en
Europe, et que l'on joigne aux motifs de commisération qu'inspirent les objets
renfermés, celui de Pintérêt
qui y sont
Amérique à Jeur
qui veille en
instruits
conservation. Les Habitans
par P'expérience se fournissent
mêmes des remèdes, et leur
euxrenouvelée tous les ans. Enfin ils pharmacie est
jamais à épargner sur un
ne songent
est toujours réglé par le Chirurgien pareil.chapitre s qui
Ainsi qu'en Europe, la Nature, les lui-méme. talens
l'Artiste, son bonheur, le hasard, si l'on de
font le reste; et tout doit faire croire
veut,
il ale malheur de
que quand
des consolations perdre des Nègres, ce sont
et non des
faut adresser au
reproches qu'il
les
Propriétaire. Sa table nourrit
convalescens, 2 ceux qui ont besoin d'une
nourriture plus succulente, tous ceux que le
Chirurgien recommande à des soins
plus re- --- Page 96 ---
192)
cherchés; et le riz qu'il a serré dans ses greniers est spécialement destiné aux besoins de
l'hôpital. Enfin de même que le Chirurgien
règle le moment où ils doivent y être reçus 2
c'est ds lui que dépend l'arrêt qui les en fait
sortir. Il est superflu de faire observer que le
Maitre lui-même les visite souvent; et je passe
aux Négresses enceintes.
Aussitôt que leur état est connu, elles sont
dispensées du travail commun et détachées de
l'attelier ; on leur impose une tâche légère
qu'elles font à leur gre, à peu près quand et
comme elles veulent. La plupart du tems elles
se rendent au jardin à 7 ou 8 heures, s'en
retournent à II, reviennent fort tard après
midi, et s'en vont de bonne heure; et le Maitre qui ferme les yeux sur ces transgressions
journalières d'une loi fort douce en ell-même,
songe moins au faible produit d'un semblable
travail, qu'à prévenir les effets nuisibles d'une
oisiveté absolue à laquelle elles pourraient se
livrer. Quand les douleurs se font sentir elles
se rendent à l'hopital ; et même bien des Habitans poussent l'attention jusqu'à les recevoir
à la grand' 'case, où elles sont plus à portée
de tous les soins qu'exige leur situation. Quclque part qu'elles soient admises on les leur
prodigue, et il serait difficile de les pousser
plus loin en fayeur de leur Maitresse. Lors-
nuisibles d'une
oisiveté absolue à laquelle elles pourraient se
livrer. Quand les douleurs se font sentir elles
se rendent à l'hopital ; et même bien des Habitans poussent l'attention jusqu'à les recevoir
à la grand' 'case, où elles sont plus à portée
de tous les soins qu'exige leur situation. Quclque part qu'elles soient admises on les leur
prodigue, et il serait difficile de les pousser
plus loin en fayeur de leur Maitresse. Lors- --- Page 97 ---
-
(93 )
qu'on juge qu'elles peuvent sortir, c'est-à-dire
au bout de 9 ou IO jours 5 on leur permet de
retourner à leurs cases, où elles restent
ce qu'il convienne de les
jusqu'à
fait ordinairement
purger, 2 ce qui se
3 semaines après l'accouchement. On'leur accorde ensuiteune semaine
de repos, et elles ne rentrent jamais au travail
qu'après un mois révolu. A cette époque, lorsqueleur enfant est bien portant, elles reçoivent
un présent plus ou moins considérable en
argent t des hardes pour le nouyeau né.
On n'exige plus d'elles qu'un travail modéré;
elles s'y rendent toujours après le soleil levé,
et s'en retournent avant son coucher.
à leurs enfans, une ou deux vieilles
Quant
quisuivent
Négresses
pour cet effet Pattelier, sont chargées du soin de les garder pendant
les
mères
que.
travaillent, et celles-ci viennent leur
donner à teter aussi souvent que les
les cris de leurs nourrissons. On les appelent
18 ou 20 mois; la mère rentrant alors sèvre à
P'attelier comme les autres, l'enfant
dans
de nouvelles mains. Une
passe dans
ou deux
d'un age avancé sont les
Négresses
ductrices de
gardiennes et les concette petite bande forméed'enfans
(*) Ordinairement un louis; quelques riches donnent
une portugaise. --- Page 98 ---
(94)
nouvellement sevrés, et d'autres jusqu'à l'age
de IO ans. Leur emploi est de veiller sur ce
petittroupeau pendant l'absence de leurs pères
et méres. Une case particulière est consacrée
à ce seul usage. Là ilsse rassemblent, dansent
vers les II heures qu'on les
et jouent jusques
les
mène se baigner. A midi, Jorsque Nègres
sortis du travail reviennent à leurs cases, chacui de ces marmots court se jeter dans les
bras maternels. Oul bien qu'on me permette de
terminer ma description par le récit de ce que
j'ai vu SC passer sur quelques Habitations.
Voici Pordre qu'un Habitant entr'autres avait
établi. Pour soulager les familles d'une partie
du fardeau de leurs enfans, et ménager d'aules
destinées à la nourriture de
tant
provisions
certaine
tous, chaque jour il faisoit cuire une
quantité de riz ou de féves uniquement pour
le compte des Négrillons. A midi la pe.ite
bandejoyeuse se rendait à la grand'case, sous
la conduite des deux surveillantes : loin d'être
effarouchés à la vue des Blancs, et familiarisés au contraire avec eux par P'habitude d'un
traitement doux et humain, ils venaient souvent relancer le Maitrelui-mème jusques dans
cabinet.
prêt à recevoir cet homson
Toujours
mage enfantin, il jouait avec eux, les appellait chacun par leur nom, et se prétant à leurs
caresses naives, il souffrait non-seulemen sans
, sous
la conduite des deux surveillantes : loin d'être
effarouchés à la vue des Blancs, et familiarisés au contraire avec eux par P'habitude d'un
traitement doux et humain, ils venaient souvent relancer le Maitrelui-mème jusques dans
cabinet.
prêt à recevoir cet homson
Toujours
mage enfantin, il jouait avec eux, les appellait chacun par leur nom, et se prétant à leurs
caresses naives, il souffrait non-seulemen sans --- Page 99 ---
(95 )
murmure, mais avec plaisir leurs jeux bruyans
et leur tapage. C'était un père au milieu de
SCS enfans. Bientôt tous se réunissaient sous la
galerie, et lh se donnait un ballet exécuté
ces petits danseurs, avec la légéreté, la me- par
sure et la justesse naturelle à ce peuple. Point
d'autre orchestre que leurs voix, et toujours
des couplets chantés à l'unisson, ou même en
partie, avec un ensemble et un accord dont
vraiment on ne peut se faire une idée en Europe. La danse durait une demi-heure ; et
puis à un signal toujours fort bien entendu,
tous volaient à la chaudière, c'est-à-dire chacun à son plat qui avait été rempli pendant le
bal. Le repas fini, c'était de grands remercimens, force salutations pour le Maitre; et
tous disparaissaient en sautant, en dansant,
comme ils étaient venus.
Veut-on savoir ce que deviennent les Négrillons depuis l'âge de IO ans jusqu'à celui
de 14 ou IS, qu'ils sont en état de travailler?
Les uns sont employés à la grand'case comme
domestiques, les autres sont gardiens des chevaux, mulets, bccufs, etc. et les filles gardent
la volaille.
Il me semble que j'ai parcouru les différens
ages de la vie, et qu'il n'y a dans tout cela
rien de forcé, rien que de naturel et de convenable, rien qui ne soit conforme aux loix --- Page 100 ---
(96)
de la raison et de Péquité, rien qui ne soit
analogue à Page, au sexe, au degré de force
de chaque individu. Ilme semble que la population est favorisée par les soins, les égardis
prodigués aux femmes enceintes, aux nourrices et à leurs fruits, toujours desirés et reçus
avec joic par le Maitre. J'ai dit plus haut que
celles gu avaient six enfans étaient éxemptes
de tout travail, et cela est pratiqué universellement. Les mères de famille moins fécondes,
ne sont guères moins ménagées ; les malades
sont secourus, les vicillards, les infirmes sont
soignés avec toute l'humanité qui leur est
dàc. Il me semble enfin que cette (( charité
) s'étend un peu plus loin que les cérémonics
) d'un baptême, nul et vain pour des hommes
>> qui ne craiguent pas les peines d'un enfer,
> auquel, leur fait- Onl dire, ils sont ac-
> coutumés wlès ceite vie. ) Je ne courrai
point après dc fausses épigrammes; mais je
dirai que cette cérémonie vaine, selon vous,
est un lien religieux et moral qui rapproche
PEsclave de soI1 Maitre, et adoucit la fortc
nuance quiles sépare. Sa femme et SCS enfans
sont quelquefois parrains et maraines d'une
vingtaine de Négrillons; et l'on peut être sûr
tous ces filleuls là savent faire valoir des
titres, que
qui ne sont jamais ni oublics, ni
méconnus > ni réclamés en vain. Que l'on
joigne
selon vous,
est un lien religieux et moral qui rapproche
PEsclave de soI1 Maitre, et adoucit la fortc
nuance quiles sépare. Sa femme et SCS enfans
sont quelquefois parrains et maraines d'une
vingtaine de Négrillons; et l'on peut être sûr
tous ces filleuls là savent faire valoir des
titres, que
qui ne sont jamais ni oublics, ni
méconnus > ni réclamés en vain. Que l'on
joigne --- Page 101 ---
(57)
joigne à cela ceux des nourrices
quels les Créoles ont en
3 pour lesa
ration et un attachement général une considé
nourrissons
plus fort. que les
et puis les frères d'Europe n'en ont pour les leurs;
et soeurs de lait
foiment
souvent une liste nombreuse. Qué qui Pon
faire attention à tous CCS détails du
daigné
ment intérieur de chaque Habitation, gouverne:
veuille bien en apprécier les
que l'on
et je me persuade que ce
conséquences, de
veau pour. le plus grand nombre point
vue noumais plus vrai; plus juste
des Lecteurss
que Pautre, effacera
limpression d'un préjugé sinistre et vraiment
douloureux potr les âmes sensibles,
NosNegress sont. Esclaves: cela est vrai;
parce qu'ils ne jouissent Point de la liberté, mais
fallait-il dire, assurer qu'ils sont
$
tout? Je ne reviendrai
Privés de
dit pour prouver le
point sur ce que j'ai
peut-être
contraire; et il ne mhe reste
qu'à prévenir une objection qui ne
manquera pas de m'ètre faite. J'aurai
de tête un tableau
crayonné
agréable tracé dans le consolateur, silence
et ce plant
du
sera que le vocu d'un coeur honnête cabinét, ne
le délire de
réalisé par
l'imagination. Eh
faut des
bien, Puisqu'il
témoins, je vais en
ne les choisirons
indiquer. Nous
Colons
point dars la classe des
celle des répandus en Europe pas même dans
Navigateurs ou Commerçans qui ont
G --- Page 102 ---
(98 )
des relations d'intérêt avec les Colonies; le suf
frage des uns et des autres serait suspect, et ce
n'est point à eux qu'ila appartient de juger dans
leur propre cause. Mais nous sortons d'une
guerre qui, plus qu'aucune des précédentes, a
transportéau-dela dutropique une grande partie
des Troupes Françaises. Voilà les témoins qué
finvoque: je me confie en leur véracité, cette
compagne inséparable du vrai courage. On ne
soupçonnera les généreux défenseurs de la liberté, de vouloir être les apologistes de l'esclavage. Qu'après avoir illustréla France par leurs
exploits, leurs bouches la vengent encore des
outrages qu'on lui fait dans un autre hémisphère. Qu'ils déposent ce qu'ils ont vu, je
n'en veux pas davantage. Je le sais bien, et
ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, ils n'attesteront pas que le régime de toutes les Habitations soit exactement semblable à celui que
j'ai exposé, que la conduite de tous les Proprictaires ou de leurs représentans 9 soit conforme à l'exemple qu'il m'a bien fallu choisir
opposer le tableau du bien réel à celui
pour du mal exagéré. Mais ils diront que tel est le
modèle d'administration des principaux biens,
qu'ag quelques différences près qui résultent du
caractère et plus encore du degré d'aisance des
particuliers, , tel est en général le plan d'après
lequel ils se conduisent. Quelques hommes
que la conduite de tous les Proprictaires ou de leurs représentans 9 soit conforme à l'exemple qu'il m'a bien fallu choisir
opposer le tableau du bien réel à celui
pour du mal exagéré. Mais ils diront que tel est le
modèle d'administration des principaux biens,
qu'ag quelques différences près qui résultent du
caractère et plus encore du degré d'aisance des
particuliers, , tel est en général le plan d'après
lequel ils se conduisent. Quelques hommes --- Page 103 ---
- 2
(99 )
avides et féroces s'en écartent sans
et
c'est autant
doute;
au détriment de leurs propres intérêts, qu'à la honte de Phumanité, Je prétends
aussi peu excuser leur conduite tyrannique et
barbare, que dissimuler les vices de Pesclavage en lui-méme.
Pour en affaiblir l'horreur, il ne suflit
de le montrer adouci sous un Maitre humain pas
et compatissants et PObservateur éclairé, le
Philosophe profond, comptant pour rien ce
bien passager dépendant du génie, ou des
qualités d'un ou de plusieurs hommes, ces
traces fugitives bornées à l'existence de quelques individus bienfaisans, ils véulent sonder
la plaie dans toute sa profondeur, et creuser
jusqu'à la racine du mal. Peu rassurés
l'exemple d'un petit nombre de
par
personnages
vertueux, ils sont effrayés de l'étendue du
pouvoir accordé par les loix à des homimes
sur leurs semblables; ils tremblent de l'usage
funeste que ces furieux peuyent faire des armes
dangereuses-qu'on leur a confiées. Voici la
plus forte objection; et j'en conviens; elle
cst presque sans réponse. C'est le vice inhérent à une usurpation qui, pour êtré ancienne,
n'en est guères plus légitime. C'estle probléme
le plus intéressants et, s'il faut le dire, le plus
insoluble. Parcourant un cercle vicieux qui
n'a point d'issue, nous voilà donc revenus au
G ij --- Page 104 ---
( 100 )
point dont nous étions partis. L'Esclavage CSt
mal.
qu'en disent de subtils raisonan
Quoi
incontesneurs, admettons ce principe pour
table : il est un mal. Ce scrait donc un bien de
le détruire. Oui : mais semblable à ces lianes
parasites, qui, nées au pied des plus beaux
arbres, et les ayant enveloppés dès leur enfance, non-seulement se sont accrues et fortifiées avec eux, mais s'y sont incorporées et
font partie de leur substance; la coignce n'y
rien désormais, et la main zélée qui en
peut
risquerait de les ententerait la déstruction',
traîner ensemble sous ses" coups redoublés.
Malheur sur celui qui le premier forma le
projetd'asservir son semblable! Malheur aux
cet usage affreux !
Nations qui perpétuèrent
Malheurà celles qui eurent l'idée de le mettre
à profit, pour défricher ces terres dépeuplées
de leurs anciens possesseurs ! Plût à Dieu que
n'eussent point d'Esclales Peuples d'Afrique
ves à vendre ! - Mais ce souhait est contrarié par une coutume qu'il ne:dépend pas
de nous de détruire. Plàt à Dieu qu'on n'eût
transporté de Nègres en Amérique !
jamais
Mais ils y sont. 1 Il faut les affranchir;
Fhumanité le demande. 1 La politique s'y
refuse : la politique, Pexemple, Thabitude,
lajalousie entre les Puissances, le cri du luxe,
et. leurs clameurs réunies
tout s'y oppose,
à vendre ! - Mais ce souhait est contrarié par une coutume qu'il ne:dépend pas
de nous de détruire. Plàt à Dieu qu'on n'eût
transporté de Nègres en Amérique !
jamais
Mais ils y sont. 1 Il faut les affranchir;
Fhumanité le demande. 1 La politique s'y
refuse : la politique, Pexemple, Thabitude,
lajalousie entre les Puissances, le cri du luxe,
et. leurs clameurs réunies
tout s'y oppose, --- Page 105 ---
( 2 IOI )
voix de la nature. wna - Mais
étouffent la faible
titres sont sacrés, ses droits sontimprescrip- 3
ses
qu'elle les
tibles : un jour viendra peut-être Voyezvous
fera valoir. - Ahlj jamais, jamais. glorieuse? De
obscur d'une tige
ce rejetton
un nom illustre s'est
génération en génération lui. C'est tout ce qui lui reste
transmis jusqu'à
ancêtres. Leurs vastes
de la splendeur de ses
les favo.
domaines sont occupés à ses yeux par
dont
Les titres magnifiques
ris de la fortune.
en, d'autres mains,
ils furent décorés ont passé extraction; sa pro*
On lui dispute jusqu'a son En vain il veut monfamille le méconnait.
pre
de sa généalogie ; altérés 9.
trer les preuves
les caractères. n'en sont
dévorés par le tems 2
les gens de
reconnaissables. Rebuté par
plus
tristement il reloi, repoussé par ses Juges, oû il déplore les.
tourne dans sa chaumière, de ses pères : ,. et la
fautes ou les malheurs
dureté de ses contemporains.
MontrezC'est Phomme: : voilà son histoire. vraiment
moi un coin de la terre où il soit
oà it:
vous en découvrirez un
libre : et quand
à quoi nous servi+
jouirait d'un tel avantage, Ce n'est pas de cela
rait cette connoissance? d'accord du mêmequ'il s'agit : nous sommes lel Nègre fit libre:
point.) Il vaudrait mieux que le malheur attay.
mais il est Esclave; et tel est
qu'clle 3.
ché à lespèce humaine, qu'ausitét
G. i1
un coin de la terre où il soit
oà it:
vous en découvrirez un
libre : et quand
à quoi nous servi+
jouirait d'un tel avantage, Ce n'est pas de cela
rait cette connoissance? d'accord du mêmequ'il s'agit : nous sommes lel Nègre fit libre:
point.) Il vaudrait mieux que le malheur attay.
mais il est Esclave; et tel est
qu'clle 3.
ché à lespèce humaine, qu'ausitét
G. i1 --- Page 106 ---
-
-
(102 )
cette modification, il lui est presqu'imposibledereoumeraae reçu
son ancienne forme. Partout je vois le bien lent à naître, facile à détruire; le mal prompt à éclore, et poussant
aussitôt des racines profondes. La sagesse ellemême y serait embarrassée; et ce n'est pas
chez ces anciens et fameux Législateurs que
nous trouverions des guides sûrs pour nous
éloigner du chemin de la servitude. Que lon
daigne y réfléchir ; quel étonnant contraste
dans le plan de Lycurgue! Sparte régénérée
sur les principes les plus austères, gouvernée d'ailleurs par des loix admirables, Sparte
dans le sanctuaire de la liberté, conserve le
tableau de Pesclavage. A côté des vainqueurs
malheureux Hilotes;
deXerxès, j'apperçoisless
vois
et dans les destructeurs de la tyrannie, je
les plis impitoyables tyrans. Si je prétendais
justifier Pesclavage, c'est un semblable modèle que je citerais ; et à l'abri de ces noms
célebres et imposans des Grecs et des Romains, je chercherais à soutenir une cause si
défavorable dans un siècle penseur. Non : je
le répéte pour la dernière fois, mon coeur est
éloigné d'un tel projet; la seule idée de la servoudrais qu'elle n'eût javitude m'afflige; je
mais existé, qu'elle fit anéantie; je joindrais
cette heureuse révolution à
mes voeux pour
ceux des amis de Phumanité, si je pouvais --- Page 107 ---
(1031) )
qu'elle fut possible. Convaincu
être persuadé
du moins à l'opidu contraire, je me rangerai
que je
nion que Pon pourrait à une époque n'imagine
crois encore cloignée, et dont je
devions être les témoins 2 que
pas que nous
renoncer à la traite des
l'on pourrait, dis-je,
de défriNègres, aussi-tôt qu'il n'y aura plus Ce serait
chemens à faire dans nos Colonies.
borne de ce commerce ; et si, par
la première
et sur-tout
Feffet d'une meilleure législation, à y soud'un régime plus doux, on parvenait sur tous les
tenir leur population généralement soutient sur un certain
biens, ainsi qu'elle se,
qu'alors on vernombre; il n'est pas douteux trafic
les
rait tomber de lui-méme- un
que
éloquentes ne réussiront japlumes les plus
de
à
Ce serait un grand pas
mais légitimer. majs autssi crois que c'est
fait vers le bien :
je
m'écarte
le.seul que Pon pourrait faire, et je
le
des Auteurs qui pensent
ici absolument
les raisons 2 et
contraire. J'en ai déjà exposé
me
d'y ajouter
voici tout ce que je
permettrai ce ne serait
répondre à Pobjection que
pour
des branches de cet arbre emcouper qu'une
vrai. L'esclavage subsispoisonneur. Cela est. Colonies; mais il meterait toujours dans nos
suivantes poure
semble que les considérations
qu'ofire ce
raient affaiblir la triste impression
mot en lui-mémes
les raisons 2 et
contraire. J'en ai déjà exposé
me
d'y ajouter
voici tout ce que je
permettrai ce ne serait
répondre à Pobjection que
pour
des branches de cet arbre emcouper qu'une
vrai. L'esclavage subsispoisonneur. Cela est. Colonies; mais il meterait toujours dans nos
suivantes poure
semble que les considérations
qu'ofire ce
raient affaiblir la triste impression
mot en lui-mémes --- Page 108 ---
-
-
2 104 5
D'abord nous n'aurions plus ces images
désolantes de tous les moyens employés pour
des Esclaves en Afrique. Tous
se procurer
nos Isles, étant des
ceux qui peupleraient
accoutumés à
Créoles nés dans la servitude,
cette situation, n'ayant aucun sentiment douloureux produit par la comparaison d'un an
heureux que celui dont ils
cien état plus
seraient
jouiraient depuis leur naissance, ne
réellement pas autant à plaindre que bien des
se le persuadent. Ce mot n'est pas neuf;
gens
ici.
mais il est juste, et sur-tout applicable le
Tout est relatif. Disons mieux : le bien et
de modifications qui les
mal sont susceptibles
Pun de Pautre.
changent et les rapprochent
L'homme qui, né riche, tombe tout à coup
voilà I'homme à plaindre.
dans l'indigence,
Mais celui qui, né pauvre et obscur 2 parraison de le
vient à un sort aisé, auriez-vous
croire malheureux, parce qu'il n'aurait pas
des titres brillans et d'immenses riacquis chesses ? Lhomme qui, né libre, se voit
réduit à Pesclavage, voilà Pêtre vraiment malheureux. Mais celui qui, né Esclave, se voit
naissant entouré d'Esclaves comme Jui,
en
n'est
qui n'est point arraché à sa famille, qui
forcé de quitter sa patrie, si d'ailleurs
point
il jouit d'un sort tranquille et supportable,
si sa subsistance est assurée, s'il est secouru --- Page 109 ---
-
I Tos 5
dans ses maladies, soigné dans ses
et sur ses vieux jours, , s'il est à l'abri infirmitds
vices d'an climat
des
rigoureux, Ou du moins
incgal, et des maux inhérens aux
mens Européens les mieux
Gouverne.
sort sera-t-il efectivement constitués 2 son
aussi digne de
qu'on veut le faire croire ? Ne sera-t-il pitié
même préférable à celui de la classe si pas
breuse, je ne dis pas des
nomgens de journée, des
indigens, 2 mais des
Ceux-ci
petits artisans
sont libres, et l'on sait, et d'Europe? j'ai dit à
quoi se borne souvent cet avantage. Il
que aux Nègres ; mais quand il serait d'un man- si
grand prix, comme ils nele connaissent
la privation en est pour eux moins
pas,
reuse. La raison dit à Phomme
doulouPinstinct
sage et éclairé;
apprend à la multitude que le
tage inégal qui mit les honneurs, les parses, la puissance dans les mains du richesnombre, et qui réserva
les
plus petit
vail, la pauvreté,
pour
autres le traPobscurité; que ce
dis-je, est presqu'aussi ancien
le partage,
et que, malgré son injustice que globe;
bien
apparente, il faut
détruire Padmetre et le respecter si l'on ne veut
de fond en comble Pédifice de
société
la
qui porte sur cette bâse
Le pauvre ne se désespère
monstrueuse,
dévorante vient le
que lorsque la faim
rigoureux
tourmenter, > lorsqu'un froid
vient Priver de leur chaleur natu-
, est presqu'aussi ancien
le partage,
et que, malgré son injustice que globe;
bien
apparente, il faut
détruire Padmetre et le respecter si l'on ne veut
de fond en comble Pédifice de
société
la
qui porte sur cette bâse
Le pauvre ne se désespère
monstrueuse,
dévorante vient le
que lorsque la faim
rigoureux
tourmenter, > lorsqu'un froid
vient Priver de leur chaleur natu- --- Page 110 ---
(106 )
relle sés membres engourdis, lorsqu'enfin les
pleurs de son infortunée compagne, les cris
douloureux de ses enfans percent son coeur 2
désormais la seule partie sensible de son être.
C'est alors que, d'un ceil sombre et farouche,
il mesure l'intervale qui le sépare du riche.
Celui-là regorge de biens, dit-il; et moi, la
misère m'accable; moi, je meurs de faim.
Ah! ne lui laissez jamais faire ce terrible parallèle. Ecartez de lui ces besoins impérieux;
pourvoyez à ce premier, à cet indispensable
nécessaire, et vous n'entendrez plus ces murmurcs tonchans, ces reproches amers 2 ces
plaintes désespérantes. Qu'il soit sûr de vivre,
et il ne gémira plus. Qu'il ait un peu d'aisance,
il bénira son sort. Il en sera de mêmne du Nègre.
Pour améliorer le sien il ne serait pas d'une nécessité absolue de Paffranchir; il suffirait de lui
assurer la jouissance des premiers biens, une
nourriture abondante, un logement commode,
de Padoucissement dans les loix pénales. J'ai
présenté les détails relatifs à tous ces objets,.
sauf le dernier, et il serait à desirer que l'on
perfectionnét cet ouvrage, par des vucs dignes
delab bienfaisance et dela sagesse de Sal Majesté.
Puisquil faut à Phomme une règle, un frein
contre je mal, 3 uin aiguillon pour le bien',
serait-il impossible d'élever, sans le secours
desloix positives, une barrière contre les excès --- Page 111 ---
a -
( 107 j
auxquels peuvent se livrer quelques
injustes et cruels?Eh, le Souverain hommes
Empire n'a-t-il pas toujours dans dun grand
moyens de
ses mains des
ainsi
le réprimer et de punir le
que droit heureux de
ciime,
actions
récompenser des
fueuse? bienfiteantes, C'est
ou une conduite verce joug saluraire, Ce sont ces
encouragemens pour le bien
joie le Citoyen
qu'acceptera avec
méchant seul voudra juste et humain, et que le
dis
rejeter. Revenons. Je le
de hautement, bonne
et j'aurai pour moi les Colons
foi ; trop souvent la disette
certains atteliers. C'est un mal
ailige
de préverir SOLIS un climat
qu'il est facile
tif, et avec le secours d'un sans sol cesse procuc
En parlant seulement de
aussi fécond.
qui m'est plus familier que Sain-Dominge, les Isles du
et en Parcourant SCS différens
Vent,
dirai quela Côte Septentrionale, Quartiers , je
pluies régulières
qui jouit des
fin d'Octobre appellées nords , depuis la
même des
jusqu'au mois de Févricr, et
orages communsàtoure
Mai jusqu'en Septembre,
FIsiedepuie
du Aléau de la famine
devrait être à Palri
parmi les Négres.
ques Habitations de la plaine du
Quelcune ce qu'on
Cap ont chadans les
appelle une petite place située
roir plus montagnes, frais
dont le climat et le terfavorisent la culture des
Ces: une espèce de succursale
vivres.
qui fournit aux
mois de Févricr, et
orages communsàtoure
Mai jusqu'en Septembre,
FIsiedepuie
du Aléau de la famine
devrait être à Palri
parmi les Négres.
ques Habitations de la plaine du
Quelcune ce qu'on
Cap ont chadans les
appelle une petite place située
roir plus montagnes, frais
dont le climat et le terfavorisent la culture des
Ces: une espèce de succursale
vivres.
qui fournit aux --- Page 112 ---
( - 1o8 )
besoins de la principale Habitaion, et la dis
pense d'un soin important. Mais il en est qui
privées de ce supplément, et réduites en outre
à un terrein souvent assez borné, étendent leur
culture en cannes quelquefois aux dépens de
celle en vivres, et sont exposées par-là au
malheur d'en manquer. Cette conduite, ou
si l'on veut, ce systême est d'autant plus défavorable, qu'il entraine avec lui mille maux
que l'on ferait disparaitre par le sacrifice d'une
ou de deux pièces de cannes. Il n'est pas bien
sûr que le revenu en fût sensiblement diminué; etlexpérience prouve au contraire qu'un
terrein planté en patates ou en ignames, après
avoir été fouillé deux ouI trois fois, produit
ensuite de plus belles cannes. Cette méthode
est pratiquée par bien des Cultivateurs à qui
elle réussit parfaitement ; et quand elle no
serait pas dictée par la justice, il me semblo
qu'elle devrait Pêtre par l'intérêt bien entendu.
Parmi ies Quartiers de I'Ouest celui de lArtibonite, si considérable et si susceptible de
le devenir encore plus, n'est guères favorisé
cie dans le haut de la plaine, qui plus resserrée,
voisine des montagnes 2 joint à
2 plus
d'être arrosée
la faveur des pluies l'avantage
quelques rivières ; le bas de cette belle
plaine par qui avoisine la mer infiniment plus
étendu, est malheureusement privé de Pun ct --- Page 113 ---
(109 )
Les Nords n'y donnent point oùt
de Pautre.
s'y font sentir tard,
presque jamais: s:les orages le mois de Sepavant
et cessent quelquefois Habitation qui dans toute
tembre. Il y a telle
de pluie.
une année compte à peine 5 à 6jours
Aussi les Habitans les mieux intentionnés y
+ il souvent de vivres 3 et il y aura
manquent- à le leur reprocher, tant quel'on
de Vinjustice. exécution le projet si souvent
verra rester sans
de mettre sur terre
entrepris et abandonné, présent bien plus
les eaux d'un fleuve,jusqu'à
bienfaits.
connu par ses rayages que par ses arrosé OH
Presque tout le reste de PIsle étant
vivres
Pêtre, ne manquera jamais de
pouvant la faute des Cultivateurs. 3'y reviens
que par
de censure, dont je
donc moins par un esprit
suis fort éloigné à Pégard de mes compatriele desir ardent de voir la prostes, que par si belle Colonie s'accroitre, sous
périté d'une
Gouvernement sans cesse OC*
les auspices d'un
Il lui appartient
bonheur des Peuples.
cupédul
les statuts tombés en
sans doute de renouveler
relatiyeent
désuétude, de créer, de modifier
conseils de Phumanité 2 combinés avec
aux
circonstances locales 2 et avec tous
ceux des
dicte la politique, même
les ménagemens que
en faisant le bien (1I).
Heureux les Peuples dont les Conducteurs
certains détails indignes de
ne jugent point
ices d'un
Il lui appartient
bonheur des Peuples.
cupédul
les statuts tombés en
sans doute de renouveler
relatiyeent
désuétude, de créer, de modifier
conseils de Phumanité 2 combinés avec
aux
circonstances locales 2 et avec tous
ceux des
dicte la politique, même
les ménagemens que
en faisant le bien (1I).
Heureux les Peuples dont les Conducteurs
certains détails indignes de
ne jugent point --- Page 114 ---
( 1 IIO )
leurs regards ! Quelles fonctions plus honoraremplir les Administrateurs de
bles pourraient
de visiter eux-mémes, de
nos Colonies, que Habitations , et de faire
parcourir différentes
de
faire exactement sur toutes une inspection
Pétat des vivres, du logement de Nègres, du
leur fait. L'inceritude du
traitement qu'on
tomberoit cette inspection 3
point sur lequel
tiendroit chacen en haleine et conserverait
Pordre par la crainte d'une telle censure.
Eclairés par leurs propres yeux, ils connaitraient réellement et à fond Pétat, les forces
et lcs besoins de la Colonie qui leur serait
contiée : ils pourraient répandre à propos et
avec fruit les reproches et les éloges capables de contenir et d'encourager, et s'acquitteraient ainsi du plus beau ministère que des
hommes puissent exercer parmi leurs semblables.
touché de la rigueur des
Si le Souvérain,
Maitre inhuchâtimens qu'inflige souvent un
nécessaire qu'ils fussent unimain, jugeait
dans les Colonies, cette
versellement mitigés
donner lieu à
intention bienfaisante pourrait
assemblée, oû les Habitans seraient inviune
y recevoir ces preuves
tés de se trouver, pour
la
Ce serait peut-être
de sa bonté parternelle.
fois depuis la naissance - des Colonics,
première
rassembleraient pour le
que des hommes sC --- Page 115 ---
-
III )
seul intérêt de Phumanité
serait
; et ce concours
une occasion d'eri plaider. la cause et
d'en discuter les droits. Il ne faudrait
flattér qu'elle ne rencontrât
de pas se
mais
pas
contradicteurs;
souvent pour opérer le bien il
suffit de le
proposer, > et ce serait
faire que de Pavoir mis en question. beaucoup Outre les
Membres des Chambres
existe dans nos Colonies d'Agriculture, 2 il
Cultivateurs
un grand nombre de
seulement éclairés et vertueux 2 qui nondonneraient l'exemple de la soumission dûe aux ordres du
dont les voix
Souverain > mais
éloquentes seconderaient
vues du
les
Gouvernement, en portant la lumière
sur un objet si grand et si digne à tant
d'être pris en considération.
d'égards
vous parmilesquels j'ai reçu la
vous dont je me fais gloire d'être le naissance,
triote, Habitans d'un sol
compaheureux, envié
ses riches
pour
les
productionc, et célèbre même par
déclamations de quelques
c'est à vous d'apprécier les Philosophes S;
tentés,
efforts que
s
j'ai
pour repousser des attaques
ses à Vos coeurs. Serait-il vrai
injurieueusse prété que de fausses que je ne vous
vertus ? Ceux
vous ont peint comme autant de monstres bar- qui
bares, > ne seraient-ils en effet que des Historiens fidèles? Voure
conduite, VOS mceurs, VOS
principes justifieraient - ils leurs reproches C
apprécier les Philosophes S;
tentés,
efforts que
s
j'ai
pour repousser des attaques
ses à Vos coeurs. Serait-il vrai
injurieueusse prété que de fausses que je ne vous
vertus ? Ceux
vous ont peint comme autant de monstres bar- qui
bares, > ne seraient-ils en effet que des Historiens fidèles? Voure
conduite, VOS mceurs, VOS
principes justifieraient - ils leurs reproches C --- Page 116 ---
- -
(112)
? Non : les
Démentiriez- vous mon apologie
la
liens du sang, ceux d'une patrie commune,
réuniord'interét ne m'ont pas aveuglé au point
sacrilier celui de la vérité. Elle seule
de leur
censeur injuste, et rem'a fait combattre un
Achévezconnaitre des abus condamnables.
des
et faites taire pour toujours
cet ouvrage,
déshonorantes si clles étaient
réclamationstrop
l'éloge que l'on fait de
fondées. En adoptant
renferme une
vos talens, craignez qu'il ne
plus
satires Osez prétendre à des louanges
prouvez que chez vous l'aptiglorieuses,et des arts brillans n'exclud point
tude, le goût
celui des connoissances utiles. Rapportez-les
jeunes éleves, qui êtes venus
dans votre patrie, la culture de l'esprit et de
chercher en Europe
Enrichis de
toutes les facultés intellectuelles. de le proce trésor précieux, empressee-vous sens autour de
pager, de le répandre en tous
de la
Que Pétude dela physique et
géovous.
ne soient
mètrie, que les notions d'agriculture d'instrumens
pas dans VOS mains comme autant industrie d'un
oisifs et stériles. Eclairés par sachez, comme
Peuple actif et laborieux ,
noudemander à la terre des produits
lui,
de Passervir, rendezveaux: : ne craignez pas
ou du moins
la tributaire de vOS découvertes, serait beau
c'est sur clle qu'il
de vos leçons;
Mais sur-tout emportes
d'exercer votre empirç,
avee --- Page 117 ---
(113 )
evec vous le souvenir d'un Peuple libre,
vous avez vu cultivant un sol moins fécond que.
que le vôtre; et si quelquefois vient s'y méler
Hiegdebsisredasyeu: fites les témoins,
que Ce soit seulement pour vous inviter à
l'écarter loin de VOS yeux. S'il est vrai
vous soyez autant de petits Souverains sur que vOs
terres, que ce soit donc pour le bonheur de
ceux qui vous sont soumis. Ou plutôt abjurant
ce fol orgueil, effrayés d'un pouvoir si dangereux, 2 renoncez à des droits prétendus et
sans doute exagérés. Que ce despotisme fléchisse SOLS les loix de la nature et de la raix
son : au lieu de les combattre, ne rougissez
pas d'en être les honorables esclaves. Songez
ques silesmouvemens compliquésd'une
machine contrarient souvent en Europe grande les
meilleurs Rois et-les Ministres les
tueux, il dépend de vous de suivre plus verles principes d'une bonne
en petit
de
administration, et
réaliser sur Vos riches domaines l'idée de
tout le bonheur auquel peuvent aspirer des
hommes qui ne sont pas libres. Il existait
naguères parmi vous ce Citoyen estimable,
qui me fut cher, dont j'ai recueilli la cendre,
et dont les Negres seront long-tems
sous la plus douce dénomination
connus
C'était
[*] On. les appelait les Chanoines de M. P.
H
verles principes d'une bonne
en petit
de
administration, et
réaliser sur Vos riches domaines l'idée de
tout le bonheur auquel peuvent aspirer des
hommes qui ne sont pas libres. Il existait
naguères parmi vous ce Citoyen estimable,
qui me fut cher, dont j'ai recueilli la cendre,
et dont les Negres seront long-tems
sous la plus douce dénomination
connus
C'était
[*] On. les appelait les Chanoines de M. P.
H --- Page 118 ---
( 114 d
paternel ou patriarchal, et
le gouverement
fortunés Esclaves que
jamais on ne vit de plus
imiter
lcs siens. Il ne faudrait cependant pas doit
et sO1l exemple
son excesiveindulgence, les bornes de la vertu.
montrer quelles sont
Phomme juste,
C'es: la bonté qui caractérise
et
la faiblesse. La bienfaisance peut
et non
avec le maintien d'une discipline
doit s'allier
un
sévère et indispensable pour qui gouverne
d'individus. Mais, 6 mes comcertain nombre soit le climat que vous prépatiotes, adoucissez quelque le sort de vos Esclaves, s
fériez,
de leurs chaines. Soit que.
allégez le poids
vous leur offriez
retournés dans VOs foyers, devrait toujours
des Maitres dont la présence
Pattrait
leur être si chère, soit que séduits par
quevous) promet un hémisphère
desjouissances
forcés de remettre en
plus hrillant, vous soyez
si délicates à remd'autres mains des fonctions
touQue de près ou de loin ils sentent
plir. la main bienfaisante qui les gouverne 3
jours
ils n'aient à détester des Maitres
et que jamais
inflexibles.
ou des Economes heureux et riches Colons, ,qui
Vous sur-tout,
ses délices enchanhabitezla Capitale et goûtez
vous plondu sein des voluptés où vous
teresses,
accordez un regard à ces êtres
gez chaque jour, les bras sans cesse actifs fontnaisensibles, dont
tre lcs richesses dont yous vous enorgueillisez.
faisante qui les gouverne 3
jours
ils n'aient à détester des Maitres
et que jamais
inflexibles.
ou des Economes heureux et riches Colons, ,qui
Vous sur-tout,
ses délices enchanhabitezla Capitale et goûtez
vous plondu sein des voluptés où vous
teresses,
accordez un regard à ces êtres
gez chaque jour, les bras sans cesse actifs fontnaisensibles, dont
tre lcs richesses dont yous vous enorgueillisez. --- Page 119 ---
(ITS )
Un faible tribut prélevésur ces étonnantes productions d'une terre féconde, le léger sacrifice
de quelques vains objets d'un luxe frivele,
répandraient l'aisance et la joie parmi cette
foule d'Esclavés sur qui vous régnez. Le
spectacle de l'indigence, quand ils'offireà vos
yeux > excite votre sensibilité ; votre coeur
tressaille au récit des traits d'humnanité, dcs
actions bienfaisantes qui se passent autour de
vous : souvént entrainés par un si doux exemple
vous cedez. às son attrait si touchant. Je suis loin
de blamér les effets de cette tendre pitié; mais
VOS préiiers pauvres sont au-delà des mers S
c'est à leurs besoins qu'il faut pourvoir avant
tout ; et il ne vous sera pérmis des soulager
ceux qui vous environnent, , que lorsque les
vôtres n'auront plus rien à desirer. Alors ne
reculez plus d'efiroi à l'aspect de ces barriques
que l'on disait teintes de sang humain : jouissez de Vos biens, consommez sans remords
ces fruits que ne saurait vous disputer la plus
austère morale. Concourez par votre industrie
et par votre patriotisme à la prospérité d'un
Empire; dont vous êtes une des principales
colonnes : plus modérés, plus retenus, 2 plus
désintéressés dans VOS prétentions, ne tentez
plus d'affaiblir les liens qui nous tnissent à la
Métropole. Enfin guidés parles sloix, touchés de
l'exemple d'un Souverain dont la bienfaisance
H ij
la plus
austère morale. Concourez par votre industrie
et par votre patriotisme à la prospérité d'un
Empire; dont vous êtes une des principales
colonnes : plus modérés, plus retenus, 2 plus
désintéressés dans VOS prétentions, ne tentez
plus d'affaiblir les liens qui nous tnissent à la
Métropole. Enfin guidés parles sloix, touchés de
l'exemple d'un Souverain dont la bienfaisance
H ij --- Page 120 ---
(116 )
s'est Fait sentir jusques chez les Nations étrangères,s'il esti impossible d'anéantir Pesclavage
sur Vos biens, faites qu'il n'en reste, pour
ainsi dire, que le nom; et que la douceur du
sort d'un Peuple Esclave en Amérique, ne soit
plus un problème aux yeux des Nations les
plus libres de lEurope.
Fir de la scconde Partie. --- Page 121 ---
II7 )
NOTES
(1) Trns sont les
grand nombre des
conjectures du plus
Publicistes, relativement à
T'origine des Sociétés. Voyez dans P'Esprit des
Loix celle que Montesquieu donne à l'esclarage.
(2) Fhéorie des Loix civiles. De tous Ics.
systémes imaginés sur cette ancienne ct assez
inutile question, celui-ci n'est pas le moins,
probable; et il explique d'une manière trèssimple, ce me. semble, l'origine d'un asservissement qui portetousl les caractères de Pusur-.
pation. Je crois que M. L. aurait dû borner, et que Pidée du Despotisme s'y
poussé à P'excès, était inutile à
paternel,
outre qu'il contrarie les
son systéme *
non pas dans. le cocur de sentimens naturels 5
mais dans celui du
quelques individus,.
hommes. J'en
plus grand nombre des
suis très-persuadés et tout
prouve létendue du pouvair
nous.
premiers ages. L'Histoire paternel dans. les
montre tout le
Romaine nous en
dire, l'odieuse déreloppement; S ct, s'il faut le
noins
injustice. Mais il répugne du.
autant à la raison qu'à la Nature d'ima-.
giner que CC pouvoir ait jamais
pu s'étendres
H ij
hommes. J'en
plus grand nombre des
suis très-persuadés et tout
prouve létendue du pouvair
nous.
premiers ages. L'Histoire paternel dans. les
montre tout le
Romaine nous en
dire, l'odieuse déreloppement; S ct, s'il faut le
noins
injustice. Mais il répugne du.
autant à la raison qu'à la Nature d'ima-.
giner que CC pouvoir ait jamais
pu s'étendres
H ij --- Page 122 ---
-
(118)
point de rendre les enfans esclaves
jusqu'an Dès-lors, comme à présent, 3 CC
d'un père.
peindre la
mat put s'employer anl figuré pour insensityrannie de certains pères jaloux et
bles; mais, dans le sens même de PAuteur,!
imaginc, imposé aux enfans en
le joug qu'il bornait à Pexistence du père, et
naissant, s se affranchissait. Ce ne serait douc
sa mort les en
bien
qu'un esclavage domestique et passager,
dit,
différent de l'esclavage 3 proprement
dont les principaux attributs sont Pindébilité,
le malheur de dépendre de
la transmission,
celui de passer succes-.
tout autre qu'm père,
mains diffésivement peut - être dans vingt
rentes. Croit-on, par exemple, que jamais à
loi
ait pu autoriser unl père
une
positive ? Jc dis. dans Porigine des
vendre ses enfans
cette couSociétés ; car je n'ignore pas que
barbare existe chez certains Peuples;
tume
la Société défigurée, dénatumais c'est déjà
de chercher Porigine
rée; et il est question
Or dis que
dans la Nature. je
d'un usage pttisé
la
celle-ci lui répugne, autant que première
me semble lui être conforme.
PHistoire fourmille d'exem-
(3) C'estici que
P'esclavage deveples. Dans les anciens tems,
cous-"
mit le sort des vaincus. C'était un usage
uniforme chez presque tous les Péuples,
-tant; --- Page 123 ---
( II9 )
même les plus policés. II n'est pas question
de discuter ici la justice ou Pinjustice d'un tet
droit sur lequel les Nations Européennes SC
sont entin accordées pour adopter le parti le
plus-humain; ; je ne puis pas dire, le plus dis
sinéressé, puisque l'échange des prisonniers
de guerre cst devenu une affaire de calcul dont
lasolde se paye cn argent. Ciest au surpius le
plus bel emploi qu'on puisse en faire, et dit
moins il rachète ainsi le sang, ou la liberté des
homnes.
(4) Tout le monde. connait lcs loix établies.
à cet égard. Il n'a jamais été vrai de dire qa'un
Nègre fit libre en mettant le pied surles terres
de France ; et, de tout tems 2 son Maltre en au
conservé la propricté en faisantles déclarations
prescrites ; mais les entraves imposées à leur
admission dans le Royaume, et Pobligation de
les renvoyer bientôt dans les Colonies, annoncent à la fois de la part des Législateurs leur
répugaance à présenter au milicu d'un Pcupie
libre la plus légère image de la servitude, et
la crainte quc ces émigrations uop fréquentes.
ne misissent à la culture de nos Isles. Cependant, malgré toute la sévérité de CCS loix, i3
existe encore parmt nous l111 nombre infine
d'Esciaves qui, après avoir altéré en Europe:
w sang, autrefois si pur, rapportent souven
H ise
la part des Législateurs leur
répugaance à présenter au milicu d'un Pcupie
libre la plus légère image de la servitude, et
la crainte quc ces émigrations uop fréquentes.
ne misissent à la culture de nos Isles. Cependant, malgré toute la sévérité de CCS loix, i3
existe encore parmt nous l111 nombre infine
d'Esciaves qui, après avoir altéré en Europe:
w sang, autrefois si pur, rapportent souven
H ise --- Page 124 ---
(120 )
dans nos atteliers le désordre et l'esprit de
révoltc.
(5) Les Nègres de la côte valant communément depuis quelques années 2000 livres
argent des Colonies, le prix des Crcoles, Oul
de ceux qui sont faits au pays 2 est maintenant
poussé à 3000 livres. En les supposant seulement à 2700 livres qui font I 800 livres argent
de France, cing cents cinquante mille Esclaves
forment un capital de neuf cents quatre-vingtdix millions.
(6) L'Auteur de la Théorie des Loix civiles me parait avoir rassemblé des faits réels,
ct des observations tres-justes, dont il a tiré
cette conséquence terrible qui a révolté tant
d'esprits contre son systéme. Jc le crois plus
égaré par son esprit que par son coeur, lorsque touché de la misère des Peuples, il proposede les rendre Esclaves pour leur assurer
du pain. JI ne dit pas que la liberté soit u
mal, ni que l'esclavage soit un bien; ; mais il
ge voit dautre remede aux maux quiaccablent
Pindigent libre, que de lui donner des fers en
sC. chargeant de son existence. Ne serait-il pas
plus simple de dire que presque tous Ces maux
nei provenant que d'un Gouv ernement vicieux,
il faudrait que tois les, efforts du génic des --- Page 125 ---
12I 5
Administrateurs se dirigeassent constamment
vers les moyens qui peuvent du moins les
affaiblir. Une fois asservie, la Nation risquerait de l'être pour toujours. Ecrasée par le
sceptrede fer d'un méchant Roi, voyez comme
elle se.relève souS un Roi bienfaisant. Dégradée, effarouchée, tremblante sous Louis XI,
voyez comme elle respire sous le règne paternel de Louis XII. A l'affreux tableau des
guerres civiles, à celui des dévastations d'un
siècle de calamités et d'horreurs , opposez les
beaux jours de Henri IV. Observez cette révolution rapide qui change en peu d'années la
face d'un Empire. Le Peuple était opprimé,
il gémissait sous le poids de la plus affreuse
misère : deux hommes paraissent, et tous ses
maux sont effacés. L'abondance, la joie renaissent dans les campagnes; la sécurité remplace linquiétude; par-tout on recueille, on
savoure les doux fruits de la paix; tous les
citoyens partagent les heureux effets d'une
bonne administration. La Nation n'a point
changé de forme : la même inégalité subsiste
dans les fortunes; le pauvre est toujours
vre, mais il est libre. Croyez-vous qu'il pau- eût
alors accepté des chaînes, même avec l'espoir
d'une existence moins précaire? Il ne sait pas
déméler les causes d'une meilleure situation
dans laquelle il se trouye, mais il en jouit, il
ix; tous les
citoyens partagent les heureux effets d'une
bonne administration. La Nation n'a point
changé de forme : la même inégalité subsiste
dans les fortunes; le pauvre est toujours
vre, mais il est libre. Croyez-vous qu'il pau- eût
alors accepté des chaînes, même avec l'espoir
d'une existence moins précaire? Il ne sait pas
déméler les causes d'une meilleure situation
dans laquelle il se trouye, mais il en jouit, il --- Page 126 ---
( 122 )
se flatte même que cette aisance pourra s'accroitre ; et sûrement dans cette disposition
d'esprit il ne se défera point de sa liberté.
Mais ce bon Roi meurt, il est enlevé à ses.
Peuples avant d'avoir réalisé ce projet, dont
l'idée, dont l'expression seule sufirait pour
nous rendre sa mémoire précieure et chère. Il
meurt, et dcstems orageux succédent aux jours
sereins d'un règne fortuné. Conservant le
souvenir de la Ligue, et celui de Popiniatre
résistance d'un Peuple aveugle, contre son Roi
légitime, et contre son bienfaiteur, le vieillard raconte à ses enfans ces alternatives de
bien et de mal ; il leur peint ces scènes si variées ( tantôt en bute à la plus affreuse infor1 tune, tantôt jouissant d'un sort plus heuleur dit-il; la
> reux > j'espérai toujours 2
> tempète qui nous tourmente doit cesser un
> jour 5 ains que moi, vous goiiterez la dou-
> ceur du calme quiluisuccédera. ) La liberté,
F'espoir, voila les deux soutiens d'une Nation
au milieu des plus fortes secousses. Lui enlever Pun, c'est lui ravir l'autre en même tems.
Elle ne sera plus libre, et n'en sera pas moins
exposée aux assauts intermittens des guerres >.
et à ceux de Phiver, dont le retour périodique est une espèce de lutte de la nature contrePindigent. C'est à écarter le premier de CCS.
maux, c'cst à adoucir le sccond, que doivant --- Page 127 ---
( 123 )
s'appliquer ceux qui gouvernent des hommes.
Parce que CCS devoirs sacrés et importans sont
méconus ou negligés sous un mauvais Gouvernement, s'ensuit-il que pour les Peuples
l'esclavage soit préférable à sa liberté? Le
Tyran qui aurait asservi une Nation, serait-il
disposé à la rendre heureuse ? Son adroite.
politique s'occupera du soin de dorer ses fers;
mais croyez-vous que son coeur puisse diriger
une seule de ses actions ? Vitson jamais un
Despote concevoir un plan de bienfaisance ?
Il fait le bien non parce qu'il est bon , mais
pour qu'on ne lc haisse pas. Cc ne scnt pas.
les larmes de la reconnoissance qu'il se plait
à faire répandre 3 ce sont les poignards des
conspirateurs qu'il s'cflforee d'émousser.
Tous, ces principes sur l'esclavage lui sont
sans doute bien contraires; ; ct mon opinicn
sur celui des Negres peut au premier coupd'ocil leur paraitre inconsequent. Mais qu'on
daigne y faire attention; ; je souiens d'un cété
qu'il serait absurde dasservir une Nation dans
le dessein de la rendre moins malheurcuse 5
et de Pautre je croisi impossible de supprimer
l'esclavage des Nègres. Il est sûrement un
très grand mal, il ne faudrait pas créer ce joug
pour lc mettre sur leurs têtes ; neais malheureusement il y existe, et il ne reste plus que
deux partis à prendre, ou renoncer absglue
'on
daigne y faire attention; ; je souiens d'un cété
qu'il serait absurde dasservir une Nation dans
le dessein de la rendre moins malheurcuse 5
et de Pautre je croisi impossible de supprimer
l'esclavage des Nègres. Il est sûrement un
très grand mal, il ne faudrait pas créer ce joug
pour lc mettre sur leurs têtes ; neais malheureusement il y existe, et il ne reste plus que
deux partis à prendre, ou renoncer absglue --- Page 128 ---
124 )
ment aux Colonies, ou si l'on s'obstine à Ies
garder, y inaintenir cet état en l'adoucissant
par tous les moyens possibles. Je finis par une.
observation. L'influence du physique favorisera ceux que la morale doit employer en
faveur des Nègres. Et c'est à la morale de
combattre tous les obstacles physiques qui
s'opposent eu Europe au bien-être de ses.
libres.
- Habitans lcs plus
(7) Je ne sais pas pourquoi l'on adopterait
cette observation, à laquelle tant de faits et
d'exemples sont contraires. Si P'esclavagen'est
qu'un fruit particulier aux pays chauds, pourquoi l'a-t-on vu exister en Russie ? Pourquoi
les Serfs dc Pologne et du Dannemark? Pourquoi la Chine dans notre continent,' pourquoi
les Peuples voisins de PEquateur en Amérique:
ont-ils toujours été libres?
(8) Avares et paresseux ! lcs Colons ! S'ik
faut prendre dans le sens ordinaire la première
de ces qualifications,elle ne me parait guéres.
leur convenir, et c'est le vice contraire que.
l'on se plait à leur reprocher. Voudrait-on dire
que prodigues pour tout CC qui leur promct
des jouisances 7 ils sont avares envers leurs
Negres?Mais c'est un reproche général adressé.
aux riches de tous les pays x ct qui ne peuz --- Page 129 ---
(125 )
leur être plus particulier qu'à ceux du reste de
Punivers. Paresseux ! c'est ce que je ne crois
plus juste. Le plus grand nombre des Copas Ions mènent une vie très-active, et telle que
d'Européens peuventà cet égard leur être
peu
Lcur existerce est de faire valoir,
comparés. Pon s'exprime en France ; mais
ainsi que
différence entre ces foncquelle prodigieuse deux
! Les
tions communes aux
hémisphères
détails infinis d'une Habitation laissent peu de
momens libres à ceux qui s'en occupent, 7 et
cette vérité ne peut être méconnue de tous
les Colonies. Enfin estceux qui ont parcouru le
étroit qu'il faut
ce encore dans le sens plus
ce mot de paresseux ? M. L. R. veutprendre il
les Colons eux-r mêmes labourent, exque cultivent la terre? Que signilie donc
ploitent,
cette déclamation?
(s) Le vêtement des Negrés est fixé par le
Code Noir. Les Colons qui obéissent aux
Loix du Prince et à celles de Phumanité 2 le
distribuent régulièrement tous les ans; d'autres
s'en dispensent et sont repréhensibles.
LArticle XXVIII du Code Noir 9
(10) dans les Loix Romaines, décide le conpuisé traire ; mais Pusage a prévalu sur cette disposition d'une Loi rigoureuse. Le produit de
loitent,
cette déclamation?
(s) Le vêtement des Negrés est fixé par le
Code Noir. Les Colons qui obéissent aux
Loix du Prince et à celles de Phumanité 2 le
distribuent régulièrement tous les ans; d'autres
s'en dispensent et sont repréhensibles.
LArticle XXVIII du Code Noir 9
(10) dans les Loix Romaines, décide le conpuisé traire ; mais Pusage a prévalu sur cette disposition d'une Loi rigoureuse. Le produit de --- Page 130 ---
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Pindustrie des Nègres leur appartient absolument, et jamais Habitant n'a eu l'idée de dis*
puter aux enfans d'un de ses Esclaves, aucun
des objets qui forment son petit héritage. C'est
ainsi que souvent la raison, Péquité l'emportent sur ce vieux respect pour des loix aussi
étrangères à la nature, qu'opposées aux prins
cipcs d'un bon Gouvernement.
(11) Ils jugeront, par exemple, s'il conviendrait d'admettre dans la Colonie de SaintDomingue Fusage établi aux Isles du Vent de
distribuer aux Negres aul moins de tems en
tems, une certaine quantité de morue, ou autre
poisson salé, Sans y être contraint par aucune
loi positive, j'ai connu des habitans qui l'avaient adopté, et qui accordaient à leurs Negres cette douceur à laquelle ils sont trèssensibles. C'est en effet un moyen de varier
leur nourriture, et souvent de la corriger, surtout lorsque les premières pluics rendent les
patates aqueuses et par conséquent mal-faisantes, --- Page 131 --- --- Page 132 ---
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