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DISCOURS
PRONONCE
PAR LE MINISTRE DE LA MARINE
A L'ASSEMBLÉE
NATIONALE,
Le 19 Décembre 1791,
SUR L'ETAT ACTUEL DE LA COLONIE
DE SAINT-DONINGUE
IMPRIMÉ PAR ORDRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
M.
SIEU R S
Je vous ai rendu compte des mesures prises
par le Roi pour venir au secours des habitans de
Saint-Domingue, aussitôt que leurs malheurs et
leurs dangers ont été connus de sa majesté. Ineuffisans en eux-mêmes, sans doute, 2 leur succès
Cotonies, 3 no. 13.
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BPICE
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dépendoit nhiquement de leur célérité et de l'assurance qu'ils seroient suivis de plus importans :
mais, ,avant deles déterminer, il a fallu connoitre
les véritables causes des troubles qui ont amené s
cette grande catastrophe.Je n'ai rien négligé pour
les découvrir, 2 parce que cette découverte pouvoit seule diriger dans l'application des moyens
qui doivent en prévenir le retour.
Les uns accusent les: colons d'avoir voulu se
donner aux Anglais. CC Depuis qu'on a détruit,
>> disent ils, la féodalité en France, les planteurs
>> ont justement redouté chez eux la destruction
5 d'une tyrannie plusbarbare encore; et prévoyant
de la liberté
5 que la terre classique
etde l'égails yeulent
>> lité ne pouvoit protéger l'esclavage,
>> rompre tous leurs liens avec elle.
On-cite, à T'appui de cette accusation, des démarches inconsilérées de quelquesuns d'entre
eux, des discours tenus dans un monvement de
colèrc par des hommes dont les passions terribles
sous un ciell bralant, sont d'autant plus facilesà s'irriter de la moindre contrariété, qu'ils sont moins
accontumés à en éprouyer, moins habitués à se
contraindre...
D'autres, au contraire, ne voient la cause de
leurs maux que dans les éCrits incendiaires répandus dans'les colonies à dessein de soulever
les negres; dans les correspondances entretenues >
entre les
de couleur
depuis long temps 2
gens
et une socicté dite dephilanthrepes, fondée sur
A
ilesà s'irriter de la moindre contrariété, qu'ils sont moins
accontumés à en éprouyer, moins habitués à se
contraindre...
D'autres, au contraire, ne voient la cause de
leurs maux que dans les éCrits incendiaires répandus dans'les colonies à dessein de soulever
les negres; dans les correspondances entretenues >
entre les
de couleur
depuis long temps 2
gens
et une socicté dite dephilanthrepes, fondée sur
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un syatémedestructeur, > disent-ils, de toutes propriétés coloniales, et dont voici l'origine et les
principes.
On conçoit sans peine que pour un peuple libre,
et qui a toujours été digne de l'être 3 les premières jouissances qu'ildevoit à ces établissemens
ayent éte troublées par le regret de ne les devoir
qu'au malheur de l'esclavage.
Cet élan d'une nation généreuse et sensible,
qui l'honore d'autant plus qu'il est irréfléchi; ce
reproche, cette espèce de remords, qui n'a pas
besoin d'être juste ou fondé, pour faire estimer
celui. quil'éprouve, devoit affecter tous les Français; et la manière de traiter leurs nègres, plus
douce, plus humaine que celle des autres peuples, devoit en être le fruit.
C'est là que. se bornèrent d'abord les effets d'un
sentiment si naturel et si sage. L'esprit philosophique qui dominoit en France, s plus ambitieux,
crut devoir pousser plus loin la conquête, et rendre ces regrets plus productifs; il appuya de toutes
les forces du raisonnement la théorie d'un sentiment qu'il eût peut-être suffi d'éprouver.
D'après leur systême,les colonies, ces possessions pour lesquelles on faisoit gémirllumanité
et fléchir les principes, n'avoient pas l'importance
que la cupidité leur avoit prêtée jusqn'alors, et
elles étoient ruineuses pour la Nation abusée. La
possibilité de les remplacer par des possessions
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(4)
plus rapprochées, 3 sous un climat de même tem*
pérature, ( celui de l'Afrique et des iles de Ia
Méditerranée, par exemple)la nécessité de se détacher un jour de ces terres éloignées, habitées
par des hommes dont tout faisoit prévoir et l'ingratitude et l'infidélité, etc; tous ces motifs
réunis ne firent envisager, dans cet abandon vOlontaire , qu'une anticipation d'événemens auxquels on devoit s'attendre , ct l'avantage de s'y
préparer,en ouvrant d'avance dessources d'une
ntilitéplus durable. Nos voisinsplus sages avoient
fait de pareils calculs par rapport à leurs COlonies du Nord de l'Amérique, , pour prouver par
les sommes employées à les soutenir , qu'elles
leur étoient onéreuses: ; mais c'étoit pour SG consoler de les avoir perdues; mais c'étoient des COlonies continentales qui n'avoientderessemblance
que le nom avec les colonies de I'Archipel amé
ricain.
Cette différence ne frappa point tous les esprits; et quandles intérêts du commerce parurent
seconder l'intérêt de I'humanité, le nombre des
philanthropes s'accrut de tous ceux dont la sensibilité avoit besoin pour être émue, d'autres motifs que ceux de la philanthropie.
C C'est cel système, disent les colons, dont
> l'erreur et les jeux cruels ont prodnit les scènes
>> sanglantes dont nous avons été les victimes.
38 Suiyez à la trace, disent-ils, les mouyemens
esprits; et quandles intérêts du commerce parurent
seconder l'intérêt de I'humanité, le nombre des
philanthropes s'accrut de tous ceux dont la sensibilité avoit besoin pour être émue, d'autres motifs que ceux de la philanthropie.
C C'est cel système, disent les colons, dont
> l'erreur et les jeux cruels ont prodnit les scènes
>> sanglantes dont nous avons été les victimes.
38 Suiyez à la trace, disent-ils, les mouyemens --- Page 7 ---
(5)
5 etles'effcts de ce zèle prosélityque qui avoit
s d'abord préchélabolition delesclavage et la lis> berté absolue des
nègres, qui,modérant en-
> suite ses prétentions pour mieux graduer ses
> progrès, sut les borner à la suppression de la
> traite, etqui, enfin, par tunemarclieplus adroite
>> et plus stre, parut avoir circonseritson intérêt
> au sort des gens de couleur, pour nous
perdre
plus sûrement : croiroit-on impossible
>> systême domtlhemanité semble être la base, qu'un fat
> capable de produire des effets aussi cruels P
> L'histoire de ces mêmes climats ne fournit-clle
> pas un trait dont Tanalogie et la ressemblance
> ne. peut qu'honorer les philanthropes les
S délicats E N'est-ce pas aul sensible et pienx plus
>5
Las
Cazas que P'Amérique doit ses nègres? N'ests ce pas ce vertueux Espagnol qui, tonché des
> maux que ses concitoyens faisoient souffrir aux
> naturels du pays, en les accablant de
35 courut en Afrique chercher des hommes travanx,
>> déjà dévonés à
qui,
l'esclavage, pussent, sans
p vation de maux, et par un simple échange aggra- de
> chaine, souS un climat pareil à celni de leur
>p pays natal, remplacer l'Américain
>> aussi peu fait à la fatigueg
foible-qui,
> comboit également sous qu'alesclavege, le poids du travail succt
>> SOnS celui des fers P Si ce pieix missionnoire
>> se repentit du moyen que lui
son hue
>
suegérat
manité trompée, il n'en estpas mdins vraimie
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un simple échange aggra- de
> chaine, souS un climat pareil à celni de leur
>p pays natal, remplacer l'Américain
>> aussi peu fait à la fatigueg
foible-qui,
> comboit également sous qu'alesclavege, le poids du travail succt
>> SOnS celui des fers P Si ce pieix missionnoire
>> se repentit du moyen que lui
son hue
>
suegérat
manité trompée, il n'en estpas mdins vraimie
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>> pour avoir voulu sauver quelques Caraibes qui
5 avoient survécu à tant de peines, il y dévoua
> des mnilliers d'individus que la cupidité, exci-
> téc par ces nombreux achats d'esclaves en Afri-
> que, fit condamner à le devenir. Supposez aux
philanthropes modernes des intentions aussi
> pures, il n'en sera pas moins, vrai que pour
D> avoir tenté d'abolir l'esclavage des noirs , ils
auront réduit au désespoir,' à la misère, cinq
> ou six millions d'individus blancs, , leurs con5 citoyens, leurs amis, leurs frères, et renversé
5 une des plus fortes colonnes de la puissance na-
>, tionale; il n'en sera pas moins vrai qu'ils n'auis roient pas même fait le bonheur de ceux qu'ils
5) avoient voulu servir; qu'ilettfallu, , pour l'opé-
>> rcr, le concours de tousles états qui possedent
> des colonies, et que l'abolition de l'esclavage
P) devoit être l'action simultanée de toutes les
>5 puissances intéressées. Sans cet accord d'action
D et de volonté que l'on suppose si facile à obS tenir,les colonies n'ont que le choix d'un prob tecteur, ct les esclaves celui d'un maitre. Ces
> derniers peuvent bien particllement, et comme
> ils nous l'ont trop cruellement prouvé, nous
>> égorger, nous, nos femmes, nos enfans et tous
D ceux qui les commandent; mais ce sera pour
> obéir à d'autres, et sur cette espèce de galère,
5 que de tristes destinées ont placée au milieu
D des mers; sur ces bancs où la philanthropie --- Page 9 ---
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5 aveugle a conduitelle-mème et fixél'esclavage:
2> le soulèvement de la chiourme ne fera que
3> rendre son sort plus misérable>.
Tels sont, Messieurs, 3 les moyens de défense
et d'attaque tour-à tour employés par les planteurs et par leurs antagonistes. C'est sous le rapport purement administratif que j'ai dû examiner
les causes, quelles qu'elles soient, qui ont amené
les troubles de Saint-Domingue, afin de mettre
en usage les moyens propres à les prévenir.
Quant à l'inculpation faite aux colons, d'avoir
voulu se donner aux Anglais, aux Américains 2
je ne connois rien, je n'ai rien vu qui annonce
un projet aussi coupable. D'ailleurs, comment
seroient ils arrivés à cette fin, en sculevant les
nègres contr'eux, en faisant piller etxavagerleurs
possessions f Pourquoi, en s'offrant à une nouvelle métropole, auroient-ils voulu ne lui présenter qu'un monceau de cendres et de ruines
Quant au dessein de se rendre indépendams,mcun fait n'anonnce de leur part un projet aussi
extravagant. ; et leur position, et leur foiblesse,
etleur nature même, leur fait un devoir, un besoin de la dépendance.
On les a même accusés de vouloir opérer une
contre-révolution. J'avoue que pourquiconque ne
peut croire à la possibilité d'une contre-révolution en France, les moyens de l'opérer à 1800
lieues de la mére-patrie, 2 paroissent encorep plus
A 4
n'anonnce de leur part un projet aussi
extravagant. ; et leur position, et leur foiblesse,
etleur nature même, leur fait un devoir, un besoin de la dépendance.
On les a même accusés de vouloir opérer une
contre-révolution. J'avoue que pourquiconque ne
peut croire à la possibilité d'une contre-révolution en France, les moyens de l'opérer à 1800
lieues de la mére-patrie, 2 paroissent encorep plus
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étranges, et appelleroient le ridicnle sur l'accusation,si le spectacle de tant de maux pouvpit
perinettre d'antres sensations que des affections
donloureuses.
Quant a l'accusation portée contre les parti.
saus de la liberté des noirs, je ne pnis pas dissinnlerqw'elle paroit beaucoup plus fondée. Mais,
quelle que soit la cause de ces désastres, par quels
secours faut-il les réparer? Par quel moyens fautil en empécher le retour?
Le premier de tous etleplus utile sans doute est
la connoissance de nos véritables intérêts,et de nos
vrais rapports commerciaux avec les colonics,
pulsque/7ghorance de ces principes est la première
source-de tant d'erreurs et de tant de calamités.
Il faut considérer nos Colonies à sucre comme.
autant de manufactures établies à dix-huit cents
lieues de la métropole ; et la métropole ellemême, comme une société de capitalistes qui ont
fonrni aux frais de cet établissement d'agriculture et d'industrie, soit pour le fonder, soit pour
l'entretenir, soit pour le protéger. Tous les membres de la métropole sont actionnaires de cette
importante spéculation : pour' en partager les bénéfices, on n'a besoin que de naître en France; ;
et tous les citoyens françois, tous 2 oui, tous
sont intéressés à sa prospérité, quoiqu'à des
titres différens 3 les uns comme agriculteurs et
propriétaires de terres, qui, en tout ou en partie, --- Page 11 ---
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sont cultivées pour fournir aux besoins de ces
consommateurs lointains, et qui seroient ruinés
sans cet important débouché de leur denrée ; les
autres, comme possesseurs de quelque genre d'industrie exercé 9 en tout ou en partie s pour les
besoins des colons, et dont les produits seroient
invendus; les autres enfin comme commerçans 9
navigateurs s caboteurs 9 etc. ; troisième classe
chargée de lenrapporter les productions des deux
autres. Quelque place qu'on occupe dans cette
societé, quclle que soit la somme et la nature
d'actions qu'on y pore 7 depuis le cultivateur
laborieux jusqu'au capitaliste oisif, depuis l'industrieux manouvrier jusqu'à l'agioteur stérile,
depuis le hardi spéculateur jusqu'au timide rentier; tous 2 oui, tous sont intéressés au sort de
ces riches établissemens ; et, comme on l'a dit encore, il n'est pas jusqu'à la calomnic qui > par
eux, ne débite avec profit ses poisons.
De quelque manière qu'on les dirige ou qu'on
les administre, ces établissemens conservent toujours leur caractère primitif d'entreprise formée
par la métropole, dont elle seulo doit recevoir
le bénélice et supporter les pertes. Dans le temps
même où le Gouvernement, abusé si l'on veut,
en accordoit la jouissance ou le commerce. exclusif à des sociétés particulières, a à des compagnies,
il ne faisoit que céder à quelques-uns le droit de
tous, mais à des. conditions qui devoient tournez
Disc. du ministre de la Marine.
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conservent toujours leur caractère primitif d'entreprise formée
par la métropole, dont elle seulo doit recevoir
le bénélice et supporter les pertes. Dans le temps
même où le Gouvernement, abusé si l'on veut,
en accordoit la jouissance ou le commerce. exclusif à des sociétés particulières, a à des compagnies,
il ne faisoit que céder à quelques-uns le droit de
tous, mais à des. conditions qui devoient tournez
Disc. du ministre de la Marine.
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au profit de tous. C'étoit une mine que l'État affermoit, au lieu de l'exploiter lui-même. Peutêtre diminuoit-il les ayantages de la grande 80ciété en faveur d'une plus petite : je ne cite cet
exemple qu'afin de prouver que, même dans ces
contrats exclusifs, les produits de nos Colonies
ont été une entreprise à laquelle toute la Nation
étoit intéressée.
Quant aux calculs des sommes que ces établissemens ont coûté, en supposant qu'ils ne fussent
pas exagérés, comment apprécier, par de l'or et
des chiffres 3 les ayantages que les Européens
retirent de leurs colonies ? Peut-on ne pas voir
dans l'accroissement sensible de notre population 2 le seul signe certain de prospérité publique, signe infaillible qui marque tout-à-la-fois
l'abondance des denrées et le besoin de bras? (Car
les hommes naissent toujours là où les subsistances abondent, là où le travail les appelle).
Ne voit-on pas que l'obligation de ne vendre ses
productions qu'à des membres de la société ou
de la métropole, et de n'acheter que d'cux seuls
les objets de leurs besoins s. forme une double
source de richesses 2 dont la mesure est inappréciable ? Si l'on considéroit les Colonies ou
comme des provinces de l'Empire , ou comme
des Etats alliés, ce double monopole seroit l'impôt le plus onéreux et le plus injuste, le commerce le plus désavantageux, l'échange le plus --- Page 13 ---
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inégal qui ait jamais été proposé entre deux partics d'un même empire, 3 ou entre deux empires
différens. En effet, les Colonies sont obligées de
n'acheter que de nous les objets de leur consommation ; et ce premier monopole nous les fait
vendre à un prix bien avantegeux ; elles s'obligent ensuite à ne livrer qu'à nous seuls tous leurs
riches produits, et nous procurent 3 à un prix
modique, non seulement ce quisuffità la consommation de 25 millions d'homines, mais encore un
excédent immense que ceux-ci vendent avec bénéfice, aux nations qui n'ont pas de colonies.
Et tous ces avantages s'estimeroient par une série
de chiffres qui, n'exprimant que des vérités de
quantité, ne peuvent s'appliquer avec succès qu'à
des objets inanimés, matériellement susceptibles
de retranchement ou d'addition 3 d'autant plus
certaines, qu'elles sont plus isolées > plus abstraites, et bornées à leur unique fonction de mesures ; mesures dont l'application rigoureuse à la
prospérité publique, aux. gouvernemens, s à tout
ce qui tient aux hommes réunis en société, présente les résultats les plus absurdes, et qui nous
expliquent, pour le dire en passant, comment
les sciences les plus exactes, une fois sorties du
cercle des objets auxquels elles sont applicables,
deviennent, entre les mains de guides ambitieux D
des signaus trompeurs qui ne servent qu'à égarer
l'esprit qu'ils devoient éclairer.
à la
prospérité publique, aux. gouvernemens, s à tout
ce qui tient aux hommes réunis en société, présente les résultats les plus absurdes, et qui nous
expliquent, pour le dire en passant, comment
les sciences les plus exactes, une fois sorties du
cercle des objets auxquels elles sont applicables,
deviennent, entre les mains de guides ambitieux D
des signaus trompeurs qui ne servent qu'à égarer
l'esprit qu'ils devoient éclairer. --- Page 14 ---
(12)
Observez, Messieurs, que ces erreurs funestes
donneroient nécessairement à la fortune publique
une marche rétrograde : ce ne seroit plus le
snouvement de cette roue de puissance qu'il faudroit modérer; c'est son mouvement même qu'il
fandroit brusquement arrêter ; c'est à l'instant
qu'il faudroit condamner à la plus grande inertie ces millions de bras employés jusqu'ici à la
faire mouvoir, qu'il faudroit couper tous les fils
qui servent à nous amener cette immensité de
zichesses; vous apprécierez, Messieurs, les terribles effets de cette subite intersection..
C'est en considérant les Colonies sous leur
véritable rapport, qu'on sent la nécessité de déterminer pour elles un régime qui diffère des
Jois applicables à la France entière, ou à un
dépariement > sans que cet exemple fasse même
une exception. Combien P'Assemblée constituante
montra de sagesse, 2 lorsqu'elle laissa à votre decision l'admission ou le refus des représentans
des Colonies, qu'on pouvoit regarder comme
des représentans d'une corporation ou d'une manufacture !Tout s'explique en les examinant sous
ce, rapport : en effet, 3 à les considérer comme
partion ordinaire de l'Empire seulement,les sommes immenses qu'on exige d'elles par le monopole, seroient un impôt injuste et onéreux: c'est
senlement à titre de produit et d'intérêts d'avances faites pour elies, qu'on peut en tirer --- Page 15 ---
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autant de richesses. On comprend ainsi comment, plus cllcs nous fournissent de productions,plus elles s'eprichissent; (et CC n'est pas,
comme on. sait, l'effet ordinaire de l'impôt); et
comment cnfin cet accroissement dans la masse
de leurs fournitures, nécessitant un plys grand
nombre de demandes de nos denrées, dcune la
mesure réciproque de la prospérité de la Colonie
et de la Métropole.
Cette réciprocité d'échanges et de richesses,si
avantageuse pour la France 7 nous fait 11IL devoir, dans ce moment, de réparer les désastres
qu'un de ces plus riches établissemens vientd'éprouver. La perte totale à Saint Domingne est
estimée se monter à un capital de 5 à 600 millions, dont le revenn fournissoit an chargement
amnuel de ceni cingrante vaisscau: ; mais calte
plaie, quelque profonde qu'eile soit, se reparera par ja fécondité du sol, et l'activité industrieuse des colons, si l'on réunit à la fois,
des sccours gratuits , des secours à titre de
prêt 3 si le Commerce éclairé sur ses intérêts,
qui se lient ici en totalité avec l'intérêt général,
se prête aux malheurs des circonstances 3 s'il
donne du temps à ses débiteurs ruinés, et s'il said
suspendre ses profits pour les rendre plus assurés
et plus durables. Il en a pris l'engagement géné
reux dans les nombreuses adresses que 8CS de.
putés ont présentées au Roi; et je ne crains pag
des secours à titre de
prêt 3 si le Commerce éclairé sur ses intérêts,
qui se lient ici en totalité avec l'intérêt général,
se prête aux malheurs des circonstances 3 s'il
donne du temps à ses débiteurs ruinés, et s'il said
suspendre ses profits pour les rendre plus assurés
et plus durables. Il en a pris l'engagement géné
reux dans les nombreuses adresses que 8CS de.
putés ont présentées au Roi; et je ne crains pag --- Page 16 ---
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de me porter pour garant de Fexnctitude ayee
laquelle cet engagement sera rempli.
Les premiers secours les plus appropriés ant
circonstances, 2 les plus rapprochés des besoins,
sont l'abandon de notre créance sur les Erats-unis
de l'Amérique. Cette manière de sC libérer convient toutà-la-fois aux Américains et aux Colons.
Les prémiers peuvent 3 à des conditions raisonnables, fournir aux habitations ravagées les objets
de la nécessité la plus urgente, tels que des bois,
des vivres', des bêtes de somme 2 des animaux
domestiques, des maisons qui, taillécs dans les
forêts du nord del l'Amérique, vont s'élever à l'instant, et remplacer à moins de. frais les bâtimens
en pierres détruits ou incendiés.
Quelle plus utile destination pour des sommes.
que la Nation généreuse avoit sacrifiées à procurer
l'indépendance de ses alliés, et dont elle se croyoit
payée ayec usure par leur indépendance même ?
Quel spectacle touchant pour le vrai plilosophe,
que celui que lui présentent les premiers biens de
la liberté, réparant les maux de la licence !
Une des grandes inesures qui coûteront d'antant
moins à Sa majesté,qu'elles lni sont présentées par
la Censtitution., c'est de s'cn rapporter à l'intérêt
dcs Colons eux-mêmes pour régler les formes de
distribution et répartition de ces mêmes secours
àc ceux quiont souffert de l'incendie etdu ravage,
ainsi que le mode de contribution convenable à --- Page 17 ---
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établir entre ceux dont les possessions ont été
épargnées.
Les mesures de prévoyance forment la secondo
classe de secours , et sans doute la plus importante. A peine avoit-on connu les sources dé prospérité que les Colonies ouvroient à l'Europe, que
chaque puissance chercha à s'assurer la possession exclusive de ces richesses. Toutes lcs fortifications qu'on-) y établit, furent dirigées par cet
esprit jaloux de conserver, ct d'après un systême
de défense sur lcs côtes, pour s'opposer aux invasions du dehors. Comment en effet prémunir l'intérieur de la Colonie contre des ennemis auxquels
on ne devoit pas s'attendre? Une triste expérience
viént de prouver que ce sont les plus à craindre.
Elle doit nécessairement opérer quelque changement dans le premier systême de fortilication, qui
d'ailleurs insuffisant par lui-même, peut être supplée par des moyens plus puissans. Les fortifications qui, de loin en loin 3 bordent les côtes,
plus effrayantes pour la terre qui les porte 2 que
pour l'ennemi qui les éyite, pourroient être avantagensement remplacées par des vaisseaux. Les
premières pourroient être utilement appuyécs de
plusieurs petites redoutes placées plus avant dans
l'intérieur, pour empêcher, en cas d'insurrection,
la communication parles mornes ; ces postes de streté, sans danger pour la liberté, suffiroient contre
la licence.
en loin 3 bordent les côtes,
plus effrayantes pour la terre qui les porte 2 que
pour l'ennemi qui les éyite, pourroient être avantagensement remplacées par des vaisseaux. Les
premières pourroient être utilement appuyécs de
plusieurs petites redoutes placées plus avant dans
l'intérieur, pour empêcher, en cas d'insurrection,
la communication parles mornes ; ces postes de streté, sans danger pour la liberté, suffiroient contre
la licence. --- Page 18 ---
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L'établissement d'une gendarmerie coloniale,
micux organisée queles anciennes milices de Saint
Domingue, composée uniquement de propriétaires
dont la masse entière, à lexemple de nos gardes
nationales 2 seroit prête à marcher' au premier
signal, ct dont une portion seulement feroit un
service actifeti régulicr;. deslois de police exécutées avec prudence et fermeté 3 qui s'appliqueroient à toutes les classes d'individns, aux hornmes
de toutes les couléurs; un code complet delégislation 7 qui concilieroit à-la-fois et la confiance
que l'on doit aux Colons propriétaires, administrateurs-nés de ces établissemens, et la protection
dueauxhommesg quicultivent,contredes traitemens
d'une rigueur capricieuse 3 exagérée ou inutile, 3
qui préviendroit et puniroit les révoltés, comme
les abus d'autorité qui les provoquent $ ct qui
traiteroitplus sévèrement encore l'insensé, ou plitôt le coupable qui trompe, que le malheureux
abusé qu'ilsoulève;
un reglementnonvcausur
lamanière de faire. elatraite, qui défende et punisse
les excès de la cupidité, afin que ces tristes et
malheureuses victimes de nos intérêts politiques,
ne le soient plus, > du moins, des intérêts particuliers, et qu'elles n'aient pas à gémir tout-à-lafois et des rigueurs d'un sacrifice devenu nécessaire pour prévenir de plus grands maux, et des
cruautés privées d'une sordide cconomie. Tels
sont les moyens que le Roi me charge de vous --- Page 19 ---
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proposer, et que vous pescrez dans votre sagesse.
Rendons hommage à la vraie philanthropie, dont
les abus seuls ct lcs fausses applications peuvent
avoir cu les conséquences funestes dont on l'accuse. C'est à ia sollicitation 2 à la persévérance
tonchante de quelques amis de l'humanité en
Angleterre, qu'on doit les deux derniers bills du
parlement, relatifs à la traite, qui améliorent le
sort des nègres, fixent le nombre que doit contenir chaque bâtiment négrier , et, font la part de
l'avarice 2 pour l'empêcher de se la faire cllemême. Un peuple dont la sensibilité naturelle
avoit devancé la loi, cherchera à les surpasser
encore par des lois plus douces et plus humaines.
Si vous joignez aux moyens que je viens de proposer, l'envoi de troupes pour garnir ces différens
points fortifiés, en combinant l'iniluence, funeste
à la longue, d'un climat si différent du nôtre, si
dangerenx sur-tout, etsi propre à relâchér les
liens de la discipline militaire, > peut-être sera-t-il
utile de ne laisser les mêmes corps que deux ou
trois ans au plus ; peut-être aussi qué la crainte
fondée de faire passer la mer à une grande partie
de l'armée par ces changemens' successifs et triennanx, vous déterminera à d'autres mesures que,
les circonstances vous présenteront.
Qnant à la défense extérieure, les principales
fortifications qui conviennent à des colonies, 9
sont des escadres toujours subsistantes : nombre
militaire, > peut-être sera-t-il
utile de ne laisser les mêmes corps que deux ou
trois ans au plus ; peut-être aussi qué la crainte
fondée de faire passer la mer à une grande partie
de l'armée par ces changemens' successifs et triennanx, vous déterminera à d'autres mesures que,
les circonstances vous présenteront.
Qnant à la défense extérieure, les principales
fortifications qui conviennent à des colonies, 9
sont des escadres toujours subsistantes : nombre --- Page 20 ---
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de vaisseaux toujours en croisières, voila les
citadelles qu'il nous importe d'employer à cet
objet; elles ont l'avantage d'élever dcs matelots
et des officiers, d'entretenir notre marine, et de
faire respecter le payillon national sur toutes les
mers.
Si,au milieu de ces grandsintérdts, il m'étoit
permis, Messieurs, de vous parler de mon zele,
je renouvellerois ici l'assurance qu'aucune des
entrayes dont ont cherche à l'embarrasser, ne
pourra le ralentir. Les soins de F'administration
la plus importante peut-être, mais à coup sûr la
plus compliquée, suffiroient sans doute pourremplir tous mes momens. Observez, Messieurs, 2
qu'elle réunit tous les genres d'intérêt, tous les
autres genres d'administration, outre ceux qui
lui sont propres ; qu'elle embrasse dans ses détails les hommes de toutes les nations, de toutes
les couleurs, de tous Ies préjugés, les militaires
de tontes les armes; 3 qu'elle nécessité toutes les
espèces de comptabilité; qu'elle cxige sur tous
ces objets la vigilance la plas active et la plus
soutemue. Jugez s'il est possible que l'homme
chargé de cette tâche immense, et qui s'y livre
tout entier, ose espérer de la remplir, s'il est
sans cesse détourné de ces grands intérêts par
des dénonciations muitipliées et minutieuses au
point de dégrader le moyen puissant et nécessaire de la dénonciation fondéc. Et ne croycz --- Page 21 ---
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pas, Messieurs, que je veuille par-là détourner
vos regards de celle qui existe contre moi: je
veux seulement prémunir votre sagesse contre
celles que nous attendons tous, et qui seront
nombreuses sans doute, parce que notre sévère
exactitude à faire exécuter les nouvelles lois et à
réformer les abus qu'elles ont condamnés, ne
manquera pas de susciter contre nous tous les
individus qui vivoient de ces abus,et qui - souffriront de ces réformes. Vous croirez sans peine 3
Messieurs, que ces mêmes individus seroient nos
prôneurs les plus zélés, si, moins occupés de
l'intérêt national que des intérêts particuliers, >
nous étions capables de composer avec les principes, et de ne pas envisager l'estime publique
comme la' seule récompense que des ministres
sitoyens puissent ambitionner
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