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IAY
LOESTEIN LAURENCHET
JOHN CARTER BROWN
LIBRARY
Purchased from the
Trust Fund of
Lathrop Colgate Harper
LITT. D. --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
A
*
e
D I SCO UU RR S
PRONONCÉ
N
AU COMMERCE DE BORDEAUX ASSEMBLÉ;
PAR, M. J. BRARD,
Habitant de la partie du Nord de St-Domingue, adtuellement
à Bordeaux,
Le 23 Aoit 2791.
Des gens mal intentionnés ont répandu dans le Public, que javois manifefté dans
FAflemblée générale du Commerce une opinion contraite au véritable
:.
Ceft uniquement cette raifon qui m'o "oblige à faire imprimer. Je prie ceux qui patriotifime, me liront
d'en juger.
MESSIEURS,
Vous êtes tous Négocians $ vous êtes plus 3 vous êtes Citoyens s & l'amour de votre pays, dans cette double qualité,
doit être la chofe qui vous anime le plus.
A --- Page 6 ---
a 7 a a C
Si jamais événement a mérité votre attention s ce qui fe
palfe aujourd'hui à St-Domingue doit la fixer abfolument.
Comme Négocians 2 vous connoiffez les rapports des Colonies avec la France 3 vous connoiffez. leur utilité ; vous favez.
que fans elles le commerce feroit prefque nul ; vous connoiffez l'influence du commerce dans la balance politique, & la
vie qu'il donne à la profpérité particuliere de chacun..
Comme Citoyens 3 il ne peut vous être indifférent de voir
la calamité, la mifere publique à fon comble. ; & fi un fentiment d'humanité qui eft en vous pour: les malheureux, pouvoit être ignoré un. infant,.je vous rappellerois votre intérêt:
particulier. Mais, non ,. je ne vous férai pas: l'injure de croireà vous, lorfque la mifère va: affiéger
que vous. pouvez. fonger la
malheureufe de la fociété 2 celle
la claffe d'hommes plus
bientôt
qui a: befoin de travailler pour fublifter , & qui va
les malheurs des circonflances', fi vous ne vous y intérefpar
des moyens de faire valoir fon induftrie &. fon
fez, manquer C'eft à vous -Mefficurs., qui êtes à portée de conastivité.
fes s forces , & les moyens de les fairenoitre fes befoins,
& les. vôtres auprès de
valoir 9- de porter fes. réclamations
le bonceux qui font des Loix qui ne doivent être que pour
heur. commun, mais. fur-tout. pour la claffe indigente. Faites
attention Mefficurs, , que vous êtes. grandement. intércffés à
2 fort des malheureux foit le. meilleur poffible. Au,
ce qué-le
Mefficurs
VOS regards. fir ceux
nom de Phumanité 2
5. portez.
leur..
qui font fous VOS yeux,. ou craignez votre perte avec la
Vous devez vous rappelier Meffieurs, cette époque quin'eft
très-éloignée, oà la majeure partic-des habitans de St-Dopas
combattre
vous , leurs amis, leurs Con-.
mingue a penfé
pour
il falloit:
citoyens-; il-falloit bien qu'ils. vous fulTent attachés;
bien que les, liaifons d'amitié & d'intérêt qu'ils avoient con
tradtées avec. vous,. leur fuflent cheres,. pour. en. venir à cette
elier Meffieurs, cette époque quin'eft
très-éloignée, oà la majeure partic-des habitans de St-Dopas
combattre
vous , leurs amis, leurs Con-.
mingue a penfé
pour
il falloit:
citoyens-; il-falloit bien qu'ils. vous fulTent attachés;
bien que les, liaifons d'amitié & d'intérêt qu'ils avoient con
tradtées avec. vous,. leur fuflent cheres,. pour. en. venir à cette --- Page 7 ---
Kal RA
extrêmité, dans un pays où la population, veut 3 exige que
la paix regne toujours pour fa profpérité. Eh bien, Meffieurs, s
ce font ceux-là qui aujourd'hui viennent s'éclairer avec vous
fur des intérêts qui leur font communs 5 ils vous diront peu s
mais VOS lumieres vous feront fentir le refte ! Et fi la difcuffion
s'ouvre fur des faits qui n'en ont pas befoin pour être bien
fentis, ils cfperent que vous leur accordercz la parole pour
donner un plus grand développement à ce que je vais avoir
Phonneur de vous dire.
s
Le navire le Pere de Famille, commandé par M. Fournier,
qui vient d'arriver, vous porte des nouvelles affligeantes > affreufes, de St-DominguesF permettez quc je vous rappelle quelques détails pour vous mettre dans la fituation de convenir qu'il
eft des mefures-à prendre, pour arrêter ou empêcher de trèsgrands malheurs > &k fur lefquels il cft, je penfe, néceffaire
que vous délibériez..
Le décret de l'Affemblée nationale du 12 Oatobre avoit:
donné la tranquillité à prefque la totalité des habitans de StDomingue,. & on y attendoit avec patience que les mefures:
ultérieures, annoncées par l'Affemblée nationale, vinffent concilier. tout le monde;au-licu de CCS mefures fages 7 avec quelle:
furprife: 9. quelle indignation >: quel défefpoir 2 n'a-t-on pas:
appris que deux. décrets portés les.13 & 15. Mai derniers anéantiffoient nos efpérances! Ona vu alors chacun ne. reconnoitre que:
lintérêt commun,sbjurertoute divilisn,sembrafer, fe traiter:
en Concitoyens 5 Gn. freres, malleureux; n'avoir plus.qu'une
feulc façon de penfer;. reconnoitre que de. nos divifions , peutêtre, , provenoient ces. aétes. impolitiques 31 &. s'armer pour:
en repouffer l'effet, & pour la défenfe dc. fes droits reconnus:
& violés; on a. vu les hommes les. plus paifibles, parce qu'ils:
avoient été les plus confians - s'oublier,. parce que des promeffes facrécs avoient été. oubliées..
oir plus.qu'une
feulc façon de penfer;. reconnoitre que de. nos divifions , peutêtre, , provenoient ces. aétes. impolitiques 31 &. s'armer pour:
en repouffer l'effet, & pour la défenfe dc. fes droits reconnus:
& violés; on a. vu les hommes les. plus paifibles, parce qu'ils:
avoient été les plus confians - s'oublier,. parce que des promeffes facrécs avoient été. oubliées.. --- Page 8 ---
a devancé fon
Le Capitaine Fournier vous rapporte qu'il
l'on
d'un jour, parce qu'on étoit venu le prévenir que été
voyage
la motion qui y avoit
difcutoit à l'Affemblée provinciale bâtimens de Bordeaux,
faite d'arrêter nommément tous les
T'Affemblée
jufqu'à ce qu'on eût des nouvelles certaines que Mai, & rendu
nationale avoit annullé fes décrets des 13 & 15
à la Colonie fes droits ; que Fhabit & la cocarde nationale ont des
&
a arboré la cocarde noire
été foulés aux pieds, qu'on
arriver ici des bâtiAnglais ; qu'au premier jour on verroit entiere de vins & fae
mens de Bordeaux, avec leur cargaifon
extrémités; que
farines, fi O11 ne fe portoit à de plus grandes
à St-Dode Bordeaux n'ont plus de Ports ouverts
le Négriers
de brûler tous les titres pour
miague;qu'on a été jufqu'à propofer
eft réfolu d'y renNegres, dus à la Place de Bordeaux; qu'on
Négricr du Port quiabordera à St-Domingue;
voyerle premier
de Bordeaux a été huée & foulée
que l'adreffe du Département
l'Abbé
a
MM. Barnave, Mallouet,
aux pieds; qu'on applaudi foutenu avec énergic la caufe
Maury, Moreau, pour avoir
& des autres
des Colonies & la députation de St-Domingue &
Colonics, de s'être retiré de l'Afembléc nationale; qu'enfin,
Roberfpierre, Dupont de Nemours
MM. l'Abbé Grégoire,
que la Place de
& quelques autres, ont été pendus en cfligie 5 &x cela pour
Bordeaux eft en exécration dans toute la Colonie,
été abufée
la cabale des Amis des Noirs.
avoir
par
la confternation fur
Ces nouvelles, avec raifon, ont porté
ne favent
la Place de Bordeaux; vous voyez que des Négocians
les
deftinoient pour
faire des navires tout chargés qu'ils
que
aucun parti, parce qu'en
Colonies; qu'ils ne peuvent prendre
à quel point doit
effet la prudence humaine ne peut prévoir
En
les malheurs dont les expéditions font menacées.
s'arrêter
diront qu'ils n'ont jamais pu
vain, les véritables Négocians maniere de voir fur les Colonies :
manifefter leur voeu, leur
; vous voyez que des Négocians
les
deftinoient pour
faire des navires tout chargés qu'ils
que
aucun parti, parce qu'en
Colonies; qu'ils ne peuvent prendre
à quel point doit
effet la prudence humaine ne peut prévoir
En
les malheurs dont les expéditions font menacées.
s'arrêter
diront qu'ils n'ont jamais pu
vain, les véritables Négocians maniere de voir fur les Colonies :
manifefter leur voeu, leur --- Page 9 ---
qu'ils ont été conftamment maitrifés par ccux qui n'ont aucun
intérêt à la chofe; que ç'a a été au point, qu'à peine ils ont
ofé dire leur façon de penfer; qu'à peine ils ont ofé fc
du mal qu'ils ont éprouvé & qu'ils éprouvent, & des malheurs rlaindre
plus grands encore qu'ils prévoient pour le Commerce &
la France; on ne les croira pas, s'ils ne fer montrent dans Cette pour
circonflance. On leur dira: l'Affemblée nationale aura le droit
de leur dire elle-même, quoi, vous êtes des hommes libres
vous êtes à même de connoître le mal; vous l'avez connu & ;
vous nous l'avez laiffé ignorer; vous nous l'avez laiffé faire;
vous ne nous avez pas éclairé de VOS vues favorables auix véritablcs intérêts de la Patrie ! Vous êtes donc
de
liberté.
indignes
cette
Je n'étendrai pas plus loin mes réflexions ; les têtes un
penfentes en font bien affez fur toutes ces malheureufes peu Cataftrophes ; mais il faut vous décider, Mellieurs 5 il faut
laiffer crier ces fanatiques ; & avec courage &
venir dire aujourd'hui vous-mêmes la vérité à l'Affemblée énergie, 3
nationale : elle vous en faura gré, croyez - moi; croyez - en
un ami de la vérité qui veut vous la dire
CC feroit un crime de la taire. Croyez
aufli, parce que
que lorfque l'Aflemblée nationale vous aura entendu elle ne pourra vouloir s'abufer fur tout le défafreux de ces deux décrets ; elle ne
pourra vouloir la perte de l'Empire par celle de fon Commerce 3 elle ne pourra pas vouloir enfin tuer la Conftitution.
C'eftau Commerce à Jui dire que la défiance dans les Frincipes
qu'elle a manifefté, eft au comble à Saint-Domingue, ; qu'aujourd'hui Saint L ominguc eft Ferdu pour la France fi elle
n'annulle les décrets des 13 & 15 Mai; fi au lieu du décret du 13,clle n'en rend pas un autre comme je vais vous
B
erte de l'Empire par celle de fon Commerce 3 elle ne pourra pas vouloir enfin tuer la Conftitution.
C'eftau Commerce à Jui dire que la défiance dans les Frincipes
qu'elle a manifefté, eft au comble à Saint-Domingue, ; qu'aujourd'hui Saint L ominguc eft Ferdu pour la France fi elle
n'annulle les décrets des 13 & 15 Mai; fi au lieu du décret du 13,clle n'en rend pas un autre comme je vais vous
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le dire; ; fiau lieu des mots, non libres(t), en parlant de nos
Efclaves, le mot Efclave n'eft par elle exprimé, & qu'iln'y
foit nullement parlé des Colons, ils font expofés, & eile met
alors, entre les mains des Efclaves le poignard qui doit fervir
au maflacre des Blancs. Il faut donc que le décret que dcit
rendre l'Affemblée nationale, pour la fécurité des Colons, foit -
& dépende du Pouvoir confituant; que l'Affemblée nationale
confituante dife ( qu'aucune Loi fur l'état des Negres & Mu-
> lâtres efclaves dans les Colonies Françaifes, ne pourra être
> faite par le Corps légiflatifs. Alors l'Efclave faura, fera.
convaincu, & il fauc qu'iien foit perfuadé, qu'un pouvoir audefpus de celui de fon maître le tient dans la fervitude; que fa
fituation eft un état légal; qu'il ne dépend pas de la volonté
de fon maître de l'en affranchir : alors toute la force du mai-
(1) Il ne faut pas croire que les mots - nonlibres, foient, dans Telprit
du décret, fynonymes de celui Efciave. On a viulenrélAfenblce, lois de
la difcuflion, pour lui faire adopter CeS expreflions.
Les mots non libres, > difent au contraire formellement, qu'iln'y a point
d'efelavess qu'on peut ne pas étre libre & ne: pas étre efclave. M. Dupont:
de Nemours a dit plus , ila a prétendu que Pétàt de ceux qu'il appelle nonlibres dans lcs Colonies, étoit une minorité prolongée. Jufqu'à quand durera-t-elle cette minorité? Il ne faur que la fecte desé économiftes & des fanatiques foit nombreufe dans les prochaines Légiflatures, pour la faire ceffer..
Alors que deviendroit la profpérité de T'empire? elle s'éreindroit, Mais:
qu'importe à cette Secte, elle prétend qu'il ne faut que quarante écus à
chacun pour vivre..
Le payfan de la Baffe-Bretngne, obligé de battre l'étang de fon ci-devant feigneur (c'éroit un droit du feigneur ou une barbare violation de la:
liberté), pour empécher les grenouilles d'interrompre fon fommeil pendant la nuit; étoit-il libre P Non, car il fe feroit refuféaune telle
il n'étoit cependant point efclave. Oà en feroient un jour nos fervitudes:
fi on pouvoit nous faire lapplication de ce régime; G on pouvoit propriérés,. nous,
dire, la Loi vous a confidérés comme les feigneurs de la Balle
?
elle nous feroit beaucoup d'honneur, , fans doute; mais nous autres Bretagne CoJons, nous tenons à nos habitations comme vous à vos vignes, nous
avons avec vous cette bonhommie là Sur ce que je viens. de vous:
dire,.réféchifez.
Oà en feroient un jour nos fervitudes:
fi on pouvoit nous faire lapplication de ce régime; G on pouvoit propriérés,. nous,
dire, la Loi vous a confidérés comme les feigneurs de la Balle
?
elle nous feroit beaucoup d'honneur, , fans doute; mais nous autres Bretagne CoJons, nous tenons à nos habitations comme vous à vos vignes, nous
avons avec vous cette bonhommie là Sur ce que je viens. de vous:
dire,.réféchifez. --- Page 11 ---
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T
tre; (la force d'opin'on, car il ne peut y avoir que cellelà lorfqu'un commande à 200) fera entierc & l'Efclave fera
perluadé, lorfqu'en fa faveur il fera fait une exception, lorfque la liberté fera le prix de fes fervices, qu'il doit tout à fon
maitre; il confervera pour lui CC refpedt fi néceffaire dans les.
Affranchis pour la fubordination que doit avoir l'Efclave. Si,
au contraire, on brife CC lien, qu'on mette les Affranchis ou
leurs defcendans à côté des Blancs, qu'on cn fafle leurs égaux,
CC rapprochement devient la perte de la fubordination des
Efclaves, celle des Colonies s'en fuit. Il faut donc que T'Af
femblée nationale reconnoiffe, au licu du décret du 15 Mai,
ce qu'elle a promis par ceux des 8 Mars & 12 Oatobre, K qu'aux
> Colonies appartient l'initiative fur l'état des perfonnes exif-
> tantes dans les Colonies; que c'eft fur leur demande qu'elle
> décrétera à ce fujet >. Ces vérités politiques qui ne font pas,
comme on dit, des préjugés enfantés par l'orgueil américain,
la population, les moeurs du pays, la culture, &c. l'empéchent
de faire elle-même des loix pour un pays qu'ellene connoit
pas, qu'elle ne peut conncitre. Il n'y a. donc que les loix
fur les rapports communs & de Commerce avec la France,
fur lefquelles elle peut prononcer 2 après toutefois avoir entendu les Colonies, car elle leur doit encore cet aéte d'équité,
- Il faut que le Commerce dife à T'Affemblée nationale, que:
plus des deux tiers de St-Domingue la reconnoiffoient &
étoient entiérement pour la Fropagation de fes principes ;
que c'étoit un befoin pour les bons Citoyens de fc rallier à
une autorité, lorfqu'il n'en exiftoit plus à.St-Domingue, &
qu'on y étoit dans l'anarchie 3 que fon décret du 15 Mai a:
rompu tous les liens que le bon efprit y avoit formé; qu'aujourd'hui vous voyez, vous avez la bonne foi de convenir &
vous dites hautement avec nous que tant que ces deux décretsi
exifteront, il nepeut convenir aux Colonies de refler attachéès:
pour les bons Citoyens de fc rallier à
une autorité, lorfqu'il n'en exiftoit plus à.St-Domingue, &
qu'on y étoit dans l'anarchie 3 que fon décret du 15 Mai a:
rompu tous les liens que le bon efprit y avoit formé; qu'aujourd'hui vous voyez, vous avez la bonne foi de convenir &
vous dites hautement avec nous que tant que ces deux décretsi
exifteront, il nepeut convenir aux Colonies de refler attachéès: --- Page 12 ---
à la France, parce que les principes qu'ils manifeftent font deftrudleurs de nos propriétés ; qu'il ne faut pas qu'on puiffe imaginer que l'Américain puilfe être affez
affez ftupide
barbare,
pour voir fa perte avec fécurité; que fi, enfin, la France veut
perdre les Colonies , qu'il eft jufle qu'elles ne foient pas perducs pour tout le monde; que les habitans de St-Domingue
fe rappelleront toujours ces mots 3 périfent les Colonies, , prononcées dans l'Affemblée nationale par des fanatiques plus à
craindre pour la France, que ne le feroit la plus funefte guerre.
Il faut que le Commerce dife à l'Affemblée nationale
que, de la perte des Colonies naitroit la véritable contrerévolution ; qu'on ne peut plus croire qu'à celle-là; mais
que celle - là eft cerraine 5 que celle-là fera faite par ceux
qui fe difent patriotes : il faut que le Commerce dife à
P'AMfemblée nationale, 3 il faut qu'il ait ce mâle courage & il
fera écouté 3 que ce font ccux-là-même qui auroient voulu voir
rouler la tête du Roi à Jeurs pieds, & la Monarchie à-bas,
conféquent la Confitution anéantie
, par
5 qui Ont cabalé pour le
décret du 15 Mai ; que ce font ceux-li, ces fadieux, qui
font les mauvais Citoyens; qu'il n'eft pas pas poffible qu'ils
ofent paroitre chez eux 9 dans leur Département, après
avoir été les auteurs de la continuation des troubles en France,
& enfin de fa perte par celle des Colonies & du
fource
Comiarce,
de la vic d'un Empire; que ces gens mal-intentionnés
ne prévoient pas jufqu'ou peuvent aller les-r malheurs , ouqu'il
faut qu'un intérécparticulier les ait fait agir contre les véritables
intérêts de la France, contre les intérêts du peuple, de cette
malheureufe & trop à plaindre, mais très-utile portion d'hommes,quin'ont de fubfiflance, de reffource, que dans le travail
que leur procure les Colonies ; qu'ils trompent la crédulité de
ce peuple par de vains fophifmes 2 avec des mots doux à fon
oreille, & lui cachent l'affreufe mifere qui doit être fon partage
agir contre les véritables
intérêts de la France, contre les intérêts du peuple, de cette
malheureufe & trop à plaindre, mais très-utile portion d'hommes,quin'ont de fubfiflance, de reffource, que dans le travail
que leur procure les Colonies ; qu'ils trompent la crédulité de
ce peuple par de vains fophifmes 2 avec des mots doux à fon
oreille, & lui cachent l'affreufe mifere qui doit être fon partage --- Page 13 ---
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- 4 da
lorfqu'il manquera d'occupation ; que par cette criminelle
manocuvre ils veulent perpétuer le trouble & l'anarchic, &c
mettre la France dans la défolation.
En effet, Mcflicurs, que demandez-vous à l'Affemblée nationale? Qu'une Loiqui lui a été furprife, qu'une Loi, reconnue
mauvaife, foit retirée. Elle ne peut pas vouloir qu'elle exifte,
car clle voudroit le mal; & foyez convaincu qu'elle ne defire
la
du Royaume. Elle ne demande qu'à être
que
profpérité
éclairée, & croyez, Meflieurs 5 que ce n'ef point une injure
faiteà l'Affemble nationale, que de lui préfenter des vucs faines;
croyez que les grands Corps, comme les Rois, ont befoin qu'on
leur dife la vérité qui s'éloigne des uns par les menées. des cabales des autres, par les fatteurs. Cette Loi, qui devoit être
envoyée tout de fuite dans la Colonie, d'après un décret du
feulement
étéfanéionnée. L'Affemblée natio21 Mai, n'a
pas
nale a donc voulu attendrc, avant de l'envoyer L 3 d'apprendre
l'effet que fon annonce feroit dans les Colonies. Eh bien, on
fait aujourd'hui que le décrets des 13 & 15 Mai, y ont porté
la défolation, ont mis le défefpoir dans l'ame des Américains,
au point de les porter, 9 peur-étre, à des aEtes violens, injuftes.!.
Veut-on. les obliger à fc porter à des crimes ? On fait qu'il
n'ya qu'un pas du défefpoir au crime ; on fait que le défefpoir
ne connoit point de.frein; ou on connoit mal les hommes.
Ces deux décrcts peuvent donc être retirés, fansquela dignité
de l'Affemblée nationale foit. bleffée. Dans cet aête politique,
on connoitra la. main. bienveillante de la paternité, 2 Uk elle fera
bénie: Elle rappellera les Colonies. à la. France ; clle tranquillifera les Colons fur leurs propriétés 2 fans la garantic
defquelles l'Aflembléc. nationale a. reconnu qu'il n'exifoit pas
de. fociétés..
Que le fanatifme ne nous porte pas à croire que PAfemblée nationale eft infaillible. Il n'y a que. Dieu. d'infailliblc.::
ante de la paternité, 2 Uk elle fera
bénie: Elle rappellera les Colonies. à la. France ; clle tranquillifera les Colons fur leurs propriétés 2 fans la garantic
defquelles l'Aflembléc. nationale a. reconnu qu'il n'exifoit pas
de. fociétés..
Que le fanatifme ne nous porte pas à croire que PAfemblée nationale eft infaillible. Il n'y a que. Dieu. d'infailliblc.:: --- Page 14 ---
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IO
reconnoilfez & dites lui cette vérité, Une Loi pour être falutaire doit être généralement agréce 3 ou elle eft mauvaife;
fi, loin d'être agréce 2 elle eft généralement rejctée 5 que
la feule idée qu'elle exifte caufe les
grands malheurs,
qu'en doit-on induire ? Quelle eft
Eh bien ! MefEGE
fiéurs 2 CC que je vais vous dire eft conftitutionnel ; c'eft précifément pour en empêcher l'exécution, que la Conflitution
a voulu une balance de pouvoirs ; qu'un veto du moins fufpenfif a été délégué au Roi. C'eft donc un appel au Peuple qui doit être gouverné par cette Loi. Si ce Peuple n'en
n'en veut pas,elle doit être retirée; on n'en doit plus parler.
Ce n'eft pas pour vous, Meflieurs, $ que cette Loi eft faite ;
ne dites pas qu'il faut que vous vous foumettiez à la Loi;
vous ne devez pas être gouvernés par celle-ci, & vous ne
pouvez concevoir les malheurs qu'elle entraineroit par fon
exécution ; ils feroient affreux, vous dis-je ; mais, à vous
n'apparcient pas d'enjuger; votre ignorance fur les localités,
votre prévention fource de l'aveuglement, vous en empêchent;
vous ne vous appercevrez de fes effets que fecondairement ;
vous n'cn ferez frappés, cruellement frappés , qu'après que
nous ferons-bouleverfés ; mais, alors, s yos malheurs comme
les nôtres feront au comble, 5 & il n'y aura plus de remede à
porterau mal qu'elle aura produit. Je vous ai prouvé, je crois,
que votre fort étoit lié à celui des Colons. A préfent, montrezvous dignes d'être des hommes libres, Meflieurs ; ne craignez point de dire la vérité ; mais craignez, tremblez, au
contraire, de la taire, car votre filence feroit funcfte à votre
pays, plus encore, peur-être, qu'à nous.
Signé J. BRARD. --- Page 15 --- --- Page 16 --- --- Page 17 --- --- Page 18 ---
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Bszad
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