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DISCOU R - S
P R O N O N C E
LE 20 FÉVRIER 1790,
PAR M. DE MILLY, Américain, citoyen
de Paris, avocat en parlement, lun
des Commissaires nommés par le
district des Filles-Saint-Thomas ;
POU R
L'EXAMEN de la Question relative à la
liberté et d l'abolition de la Traite des
Negres.
A PARIS,
De lImprimerie de P. FR. DIDOT JEUNEL
--- Page 4 --- --- Page 5 ---
E XTR AIT
Du Registre des délibérations du district
des Pille-Saine-Thomas. 3 du lundi 8
fevrier 1790, d 5 heures de relevée.
Arès avoir entendu la lecture d'une
motion faite par M. Magol, ex-président, relativement à la liberté et à Tabolition de la Traite des Negres ; il a
été arrêté que l'on nommerait des commissaires pour l'examen de cette motion.
On a prié les membres de l'assemblée
qui voudraient se charger de cet examen,
de se présenter. L'assemblée ayant désigné M, de Milly pour commissaire, et
comme Américain en état de donner
des renseignemens, il a annoncé son
refus à l'Assemblée, motivé sur sa qualité même d'Américain, qui ne permet- --- Page 6 ---
tait pas à sa délicatesse de donner SOn
avis dans cette discussion ; mais malgré
son refas, l'assemblée a insisté, et il a
été compris au nombre des commissaires.
Collationné et certifié conforme au
registre 7 par nous secrétaire-greflier
soussigné 7 au district des Filles-SaintThomas, ce 22 février 1790.
JOIGNY,
Secrétaire-Greffier. --- Page 7 ---
DISCOU RS
PRONONCÉle 20 février 1790, par M. DE
MILLY, américain, citoyen de Paris,
avocat en parlement, l'un des commissaires nommés par le district des
Files-Saint-Thomas ;
POUR
L'EXAMEN N de la Question relative d la
liberté et d labolition de la Traite des
Negres.
MESSIEURS,
LA qualité d'américain, qui semblait devoir
m'exclure des fonctions que je remplis en ce
moment , a cependant servi à me concilier
votre confiance: elle m'avertit du besoin d'être
A
, citoyen de Paris,
avocat en parlement, l'un des commissaires nommés par le district des
Files-Saint-Thomas ;
POUR
L'EXAMEN N de la Question relative d la
liberté et d labolition de la Traite des
Negres.
MESSIEURS,
LA qualité d'américain, qui semblait devoir
m'exclure des fonctions que je remplis en ce
moment , a cependant servi à me concilier
votre confiance: elle m'avertit du besoin d'être
A --- Page 8 ---
(2)
impartial, et j'espère vous prouver que cette
partie de mes devoirs ne sera pas méconnue.
La jouissance la plus douce pour l'homme
sensible est de repaître son imagination de l'idée
d'un bonheur universel; mais la vérité le réduit
à n'être qu'une chimère.
En parcourant les annales du monde, on voit
que la force, lorsqu'elle n'est pas l'appui de la
faiblesse, en est le fléau; de là les maux qui,
dans tous les âges, n'ont cessé d'opprimer le
genre humain ; de là les inégalités, les usurpations, les tyrannies, et par-tout l'asservissement plus ou moins marqué d'un homme à
un autre homme.
La servitude qui flétrit l'ame 5 nous devons
l'avouer, est un vice des plus antiques gouvernemens. En jetant ses regards sur le globe
entier 2 on retrouve par - tout les traces et
T'exemple de cette infraction aux lois primitives
de la nature.
C'est sans doute chez des peuples constamment vainqueurs qu'il faut chercher l'origine
de ces gouvernemens qui offrirent à la fois
l'amour de la liberté et l'usage de la servitude.
Athènes, Lacédémone, Rome, dans les plus
beaux jours de leur gloire, conservaient sans
remords dc nombreux esclaves, devenus, pour
ainsi dire, un attribut de grandeur et de pouvoir; ainsi l'orgueil des Nations semblable à --- Page 9 ---
(3)
celui des individus repose plus souvent sur des
idées de puissance que sur les principes de la
justice.
Le génie de Colomb devine un nouveau
monde; il le découvre, et ce moment, qui étoit
un nouveau triomphe pour l'esprit humain,
commence l'époque d'une mémorable calamité.
Les Espagnols, vainqueurs sanguinaires, dépeuplent l'Amérique pour s'y assurer la possession de Por. Le vertueux évèque de Chiapa,
temoin des scènes les plus désastreuses, plaide
la cause de Phumanité; mais, abusé lui-même
par sa sensibilité, il fait concevoir le projet de
fertiliser l'Amérique par des mains africaines.
Cette pensée serait un crime, si l'Afrique
n'avait pas connu la servitude de tous les tems;
si le despotisme le plus sanguinaire n'y disposait pas sans cesse d'un nombre infini d'individus, arrivés à un tel dégré d'erreur et de dépravation, qu'ils comptent quelquefois pour un bienfait lechioixqui les fait immoler aux mânes d'un
Do7mesncoege-epeivetiuradciepoesugtfonrodleimpatcer
Hâtons-nous de citer ici deux faits qui ne
seront pas démentis : l'un, c'est que les Français furent les derniers qui recurent des esclaves
africains. ; T'autre, que les Colonies françaises
sont celles où leur sort est le plus doux, celles
où la servitude n'est le plus souvent qu'un mot,
et où des affranchissemens continuels et multiAij
mesncoege-epeivetiuradciepoesugtfonrodleimpatcer
Hâtons-nous de citer ici deux faits qui ne
seront pas démentis : l'un, c'est que les Français furent les derniers qui recurent des esclaves
africains. ; T'autre, que les Colonies françaises
sont celles où leur sort est le plus doux, celles
où la servitude n'est le plus souvent qu'un mot,
et où des affranchissemens continuels et multiAij --- Page 10 ---
(4)
pliés rendent la liberté à des hommes qui regrettent encore quelquefois les soins d'un bon
maitre.
Dans tous les rapports, il faut essentiellement
calculer le point d'où l'on part. On ne pourrait
juger l'esclavage des colonies comme la servitude imprimée pourla première fois à des êtres
qui ne l'auraient jamais connue, à des hommes
qui, trouvant au fond de leur coeur le sentiment
et l'habitude de l'indépendance, se livreraient à
toutes les horreurs du désespoir, plutôt que de
plier sous le joug.
Il faudrait connoître bien peu les relations
publiées sur T'Afrique, et les moeurs de cette
partie du monde; il faudrait sur-tout n'avoir jamais entendu les Africains eux-mêmes faire la
touchante peinture des malheurs auxquels ils
sont en proie dans leur terre natale, n'avoir jamais été témoin de la répugnance invincible
qu'ils ont à retourner dans leur patrie, pour
ignorer que le sort d'un Negre, transporté en
Amérique, est amélioré.
En effet, on concoit facilement que des hommes grossiers qui se rendent les maîtres de la
vie, de la mort et de la liberté de leurs freres,
ne peuvent offrir qu'un tableau pénible aux regards de la philosophie. Dans les lieux où la loi
n'existe pas, où Phumanité est muette, les passions et la force disposent de la destinée des
hommes. --- Page 11 ---
(5)
Que penser des moeurs d'un peuple qui verse
le sang humain dans ses cérémonies religieuses;
qui ôte la vie à ceux qu'il a vaincus, à moins
qu'il ne lui soit plus avantageux d'en trafiquer;
et chez lequel un homme préfère quelquefois
de se vendre lui-même, plutôt que de se dévouer à un travail spontané pour combattre la
misère?
Cesfaits sont notoires;ets si quelques écrivains,
purement spéculatifs, ont tenté de les reyoquer
en doute, Jeur incrédulité, en honorant Jeur
coéur, n'a pu détruire la vérité.
Loin d'appliquer ce point de rapprochement
à l'égard des esclaves des colonies, et qui aurait
sûrement conduit à juger que la traite de la côte
d'Afrique n'est pas odieuse, comme on se plait
à'le publier, on a préféré de choisir PAfricain transporté aux isles, pour le mettre en parallèle avec l'habitant de la France. On s'est
même gardé de prendre celui-ci dans les états
les moins heureux, et par cela même dans l'espèce de servitude qu'imposent les besoins; mais
on a comparé les deux extiémes, afin d'opposer
un homme, comblé d'avantages par la nature et
par les institutions sociales, au Negre livré aux
injustices d'un maitre dur et impérieux. C'est
par le contraste de cette opposition qu'on a cherché à émouvoir la sensibilité, et à élever un cri
général de proscription contre la servitude et
A iij
, et par cela même dans l'espèce de servitude qu'imposent les besoins; mais
on a comparé les deux extiémes, afin d'opposer
un homme, comblé d'avantages par la nature et
par les institutions sociales, au Negre livré aux
injustices d'un maitre dur et impérieux. C'est
par le contraste de cette opposition qu'on a cherché à émouvoir la sensibilité, et à élever un cri
général de proscription contre la servitude et
A iij --- Page 12 ---
(6)
contre la traite qu'on regarde comme son aliment.
A Dieu ne plaise, Messieurs, que je prétende
faire ici T'apologie de l'une et de l'autre. Quoique convaincu que la condition d'un Africain
dans les colonies est infiniment supérieure à
celle où il allait être réduit au moment où on
aj préféré de le vendre,je n'hésiterai point à dire
qu'il eût été plus humain, et par conséquent
plus conforme au caractère français, quil ne
participât en aucune manière aux torts des oppresseurse etauxdisgraces des opprimés de PAfrique. Mais cet usagesubsiste depuis prèsde deux
siecles, et ses effets, son influence politique
le rendent digne dans ce moment de toute yotre attention.
Les colonies francaises renferment au moins
700000 (1) esclaves : ces possessions produisent,
N O I R S.
() Saint-Domingue.
400000.
Martinique
8coo0.
La Guadeloupe
90000.
Sainte - Lucie.
I5ooo.
T'abago.
e I5o00.
Cayenne, Mariegalante et autres
petites isles
25coo.
Les islcs de Frauce ct de Bourbon.. 75000.
700000. --- Page 13 ---
(7)
par leur travail et par l'industrie de () 88000
blancs, un revenuannuel de: a5oyooo,pootournois,
versés dans la métropole qui prélève sur cette
somme énorme, 1.de quoi payerles objets d'agriculture et ceux manufacturés, également
consommés par les colonies; et 2°. ce qu'il faut
pour acquitter les frais de transport dàs au commerce national, et pour réaliser les profits de
spéculation de tout genre qui mettent en activité et font vivre 6 ou 7 millions d'hommes
dans le royaume.
Il est facile de sentir, d'après ce court exposé,
combien il est impossible deséparer l'intérêt de
la métropole decelui des colonies. Cette indivisibilité veut qu'on examine avec le plus grand
soin tout ce qui pourrait porter atteinte aux COlonies elles-mêmes, 2 puisque le sort de la.France
leur est intimement lié.
BLANCS
() Saint-Domingue.
32000.
Martinique. .
14000.
Guadeloupe.
16000.
Sainte-I Lucie.
2500.
Tabago .
Sco,
Cayenne .
3000.
ManigolateyleSmint,Dinadocte. 2000.
Islcs de France et de Bourbon.
180c0.
88000.
Aiv
veut qu'on examine avec le plus grand
soin tout ce qui pourrait porter atteinte aux COlonies elles-mêmes, 2 puisque le sort de la.France
leur est intimement lié.
BLANCS
() Saint-Domingue.
32000.
Martinique. .
14000.
Guadeloupe.
16000.
Sainte-I Lucie.
2500.
Tabago .
Sco,
Cayenne .
3000.
ManigolateyleSmint,Dinadocte. 2000.
Islcs de France et de Bourbon.
180c0.
88000.
Aiv --- Page 14 ---
(8)
Nous le répétons, les terres de nos colonies
sont cultivées par 700,000 esclaves, et cette
observation amène les deux questions suivantes:
Peut-on espérer qué les mains de ces hommes,
si on les déclarait libres, s'emploieraient encore
à fertiliser l'Amérique?
Dans le cas où l'on ne pourrait pas conserver
les immenses produits des colonies sans le secours d'un esclavageplas ou moins mitigé, fautily renoncer plutôt que de maintenir cet esclavage?
1°.Le climat brûlant des Antilles éxige, pour
Jestravaux de lagriculture, des hommes qui lui
soient en quelque sorte appropriés: L'histoirede
leurs premiers établissemens prouve que les habitans des zones tempérées ne peuvent lutter
contre sesintempéries, et des tentatives, encore
récemment faites à Cayenne et à la Martinique,
n'ont que trop confirmé cette vérité.
La température des iles, comparée à celle
de PAfrique; montre au contraire qu'il. est
très-facile aux Africains de vivre dans les Colonies, et il ne faut que voir le grand nombre de vieux Nègres qu'on y trouve, pour en
être convaincu.
Si le Nègre transporté aux Colonies n'avait
d'autres changemens à éprouver que celui du
climat , il se féliciterait davantage de cette
transplantation: ; mais, paresseux et indolent, --- Page 15 ---
(9)
il aime le repos et par gott et par habitude;
insouciant par caractère, sans prévoyance pour
le lendemain, aimant micux se laisser assiéger
par le besoin que de le repousser avec quelque
fatigue, il ne faut rien attendre du Negre livré
à lui-même.
Mais, dira-t-on, les hommes sont ce qu'on
les fait, et l'on peut donner aux Negres des
principes et des vertus qui leur sont encore
inconnus. En les faisant jouir de la liberté, leur
ame s'ouvrira à des vérités nouvelles, ct la voix
de la raison fera autaut de citoyens qu'il y a
d'esclaves.
II le faut avouer, cette idée à quelque chose
de séduisant, et le premier mouyement est de
la saisir avec transport. A T'époque d'une révolution dont l'amour de la liberté a été la
cause; dans un moment ot la liberté est l'idole dcs Français 2 comment ne pas désirer
d'étendre ce bienfait à toutcs les classes d'hommes qui existent ? Mais doit-on présumer que
ceux-ci puissent sentir dès le premier instant
la véritable nuance de ce changement d'état?
S'il devait avoir licu un jour, il faudrait au
moins qu'il fut préparé lentement et par degrés; en y faisant intervenir des institutions utiles pour tous, après les avoir soigneusement
méditées. Quiconque veut agir sans le secours
du temps et de la méditation, s'expose à ren-
bienfait à toutcs les classes d'hommes qui existent ? Mais doit-on présumer que
ceux-ci puissent sentir dès le premier instant
la véritable nuance de ce changement d'état?
S'il devait avoir licu un jour, il faudrait au
moins qu'il fut préparé lentement et par degrés; en y faisant intervenir des institutions utiles pour tous, après les avoir soigneusement
méditées. Quiconque veut agir sans le secours
du temps et de la méditation, s'expose à ren- --- Page 16 ---
(10)
contrer tous les obstacles, et à produire un mal
plus grand que celui qu'il a tenté de réformer.
Eh ne le voyons nous pas, MM, sous nos yeux!
Le peuple, égaré par de fausses notions, 3 n'at-il pas pris quelquefois la licence pour la liberté, et n'a-t-il pas fallu arrêter ses erreurs
pour conserver la chose publique et son propre bonheur?
Que pourrait-on se promettre, d'après cet
exemple du premier mouvement, de 700 mille
esclaves qui, privés de lumières, sans guide
et sans projets réfléchis, se trouveraient désormais livrés à eux-mêmes ? L'imagination se refuse à peindre les horreurs dont cette explosion seroit la cause. 2 et qui amènerait nécessairement la dépopulation des Colonies, après
qu'elles auraient été inondées du sang et des
maîtres et des esclaves.
Et qu'on ne prenne pas ceci pour une vaine
terreur. Le faux bruit de leur allranchissement
a suffi pour mettre les arrnes à la main aux
esclaves de la Martinique 5 (1) et pour cau-
() Extrait d'une lettre écrite du fort royal de la
Martinique cle 18 novembre 1789.
La Colonien'a jamais été ménacée d'un aussi crucl
e danger qu'elle l'est à présent. Il y a une insurrece tion générale parmi tous les Nègres qui veulent abet solument être libres. On a été obligé d'envoyer des
4: détachemens du régiment dans diyers quartiers de la --- Page 17 ---
(n),
vive
ceux de la Guadeser une
agitation parmi
deloupe et de Saint-Domingue. Que cette cirmême
MM; les
constance ne vous échappe
pas,
Nègres qui entendent dire qu'ils vont être libres,
à attendre
cctte nouvelle
ne se bornent pas
que
se réalise. Ils ne se disposent pas à devenir les
concitoyens de leurs maîtres : déja leur imagination passe le but: ; ils se révoltent et croyent
ce qu'on leur. annonce comme un bienfait
que doit être le signal du massacre des blancs, et
de se livrer à tous les déun commandement
sordres. Tel est le point de maturité où est
en ce moment l'esprit des Negres: croyez-vous
ce soit celui de les appeller à l'exercice de
que
n'avertit-elle
la liberté ? Leur propre conduite
de les délendre d'eux-mêmes et de les saupas
manifestoient la révolte. L'Eco4 Colonieoules Nègres
Duharoc, a été victime de la
nome de Madame
persont libres : il a
e suasion où sont les esclaves, qu'ils
ététué par sept assassins, le 8 de ce mois à deux heures après midi. Ce qui fait craindre que ce ne fut un
tous les Blancs, c'est que
c projet général d'égorger
n'ont rien dit dans leurs déposie les sept coupables
méchant;
ce tions, si non que cet homme n'étoit pas
4 qu'il ne les forçoit pas au travail; qu'il leur avane çoit méme de l'argent, et qu'ils ne l'avoient tué
cause de la Nation. On assure
tous les Nece qu'à
que
à leurs
au
de
e gres ont résolu de demander jour l'an,
leurl
cas de refus, 2 de faire couet maîtres,
liberté;eten
t ler des flots de sang. >
méchant;
ce tions, si non que cet homme n'étoit pas
4 qu'il ne les forçoit pas au travail; qu'il leur avane çoit méme de l'argent, et qu'ils ne l'avoient tué
cause de la Nation. On assure
tous les Nece qu'à
que
à leurs
au
de
e gres ont résolu de demander jour l'an,
leurl
cas de refus, 2 de faire couet maîtres,
liberté;eten
t ler des flots de sang. > --- Page 18 ---
(12)
ver des plus grands désastres? Nous l'avons
dit, les Colons français sont les maîtres lesplus
doux, et quand la régénération de T'Empire
doit produire dans le caractère national les
plus heureux ellets, est- il possible de douter
que les Colons eux-mêmes nc soient portés à
améliorer encore l'état des esclaves ? Etrangers jusqu'ici comme le reste des Français, à
leur propre administration , on n'a pu voir
germer les vertus publiques qui sont les sources fécondes des vertus privées. Appeilés à des
assemblées où le civisme Sc fera remarquer, les
Colons trouveront satisfaisant pour eux-mêmes
d'adoucir le sort de ceux qui Jeur sont confiés;
et désormais les loix faites pour contenir ou
pour punir les maîtres, seront remplacées par
l'opinion publique, la plus forte de toutes les
loix.
Mais si, au lieu de ces modifications successives, un dangereux enthousiasme fesait prononcer T'affanchissement des esclaves 3 son
premier effet, n'en doutez pas, serait de rendre les Colonies le théâtre du plus affreux
carnage, 9 et de porter à l'état le coup le plus
funeste. Jei mappuisnainmeneurum, auteurdont
le témoignage ne peut être suspect,) pour prouver que les Nègres ne sont pas préparés à
recevoir Ja liberté,
< Il ne faudroit pas, dit M. l'abbé Raynal, --- Page 19 ---
(13)
ce premier apôtre de la liberté des Nègres,
< faire tomber les fers des malheureux qui
< sont nés dans la servitude où qui y ont vieil-
< li. Ces hommes stupides, qui n'auroient pas
< été préparés à un changement d'état : se-
( roient incapables de se conduire eux-mèmes.
< Leur vie ne seroit qu'une indolence habituel-
< le ou un tissu de crimes. Le grand bienfait
< de la liberté doit être réservé pour Jeur pos-
< térité, et même avec quelques modifications:
< jusqu'à leur vingtième année, ces enfans sap-
< partiendront au maître dont l'atelier Jeur
< aura servi de berceau,afin qu'il puisse être
< payé des frais qu'il aura été obligé de faire
< pour leur conseryation. Les cinq années
< suivantes, ils seront obligés de le servir en-
< core s mais pour un salaire fixé par la loi.
< Après ce terme, ils seront indépendans >
< pourvu que leur conduite n'ait pas mérité
< des reproches graves, S'ils s'étoient rendus
< coupables d'un délit de quelquimportance >
< le magistrat les condamneroit aux trayaux
< publics pour un temps plus ou moins consi-
< dérable ; on donneroit aux nouveaux ciK toyens une cabane 2 un terrein suffisant
< pour créer un petit jardin; et ce sera le fisc
< qui fera la dépense de cet établissement, etc,
Depuis long-temps cet auteur, justement célebre par la pureté de sa morale et la dou-
'ils s'étoient rendus
< coupables d'un délit de quelquimportance >
< le magistrat les condamneroit aux trayaux
< publics pour un temps plus ou moins consi-
< dérable ; on donneroit aux nouveaux ciK toyens une cabane 2 un terrein suffisant
< pour créer un petit jardin; et ce sera le fisc
< qui fera la dépense de cet établissement, etc,
Depuis long-temps cet auteur, justement célebre par la pureté de sa morale et la dou- --- Page 20 ---
(14)
ceur de S3 philosophie,nous a fait un tableau
touchant de la condition des Negres en Amérique : c'est dans cette contrée, c'est sur les
lieux-mêmes que j'ai vérifié combien sa sensibilité avait égaré son zele et trompé sa raison; mais si l'enthousiasme auquel il s'est livré
pouvait avoir besoin d'excuse, on la trouverait dans la bonne foi avec laquelle il a plaidé
la cause de T'humanité.
Qu'il me soit permis de citer une autre autorité qu'appuient et une longue expérience 3 et
des faits d'autant plus certains qu'ils se sont
passés sous VOS yeux : je trouve dans un mémoire de M. Moreau de St. Méry, imprimé le
mois dernier, cette phrase remarquable : < Il
< est un homme convaincu que 2 si l'on pro-
< nonçoit Taflranchissement des Nègres > le
< premier usage qu'ils feroient de leur liberté
< scroit d'exterminer tous les blancs. Il croit
K encore qu'après cet horrible massacre, les
< Negres sans instruction., sans lumières, ne
< se connoissant pas tous, ayant entr'eux des
K amis, des jalousies 3 et même des rivalités
< de nation; incapables d'adopter ct de suivre
< et par conséquent de concevoir aucun plan
< d'administration > s'entre - égorgeraient 9 et
< périroient victimes de tous les maux réunis.
< Ainsi le systême de les rendre libres est égal,
k dans l'opinion de cet homme , aut projet --- Page 21 ---
(15)
e atroce de détruire tous les êtres qui sont
< aux colonies, d'anéantir les produits de leurs
< riches productions 2 et par suite 2 de
à l'état. Hé bicn !
< porter un coup funeste
< ajoute-t-il, cet homme, c'est moi. >>
Voilà, MM. l'opinion de Phistorien des colonies, d'un homme qui, depuis plus de 15 ans, 2
médite et refléchit sur elles pour communiquer
le résultat d'observations faites pendant 30
années.
Etq qu'on ne dise pas que ce sentiment appartient à une ame servile,qui obéit à des préjugés
ou qui est incapable de sentir les élans de la
liberté:vous l'avez và, Messieurs, M. Moreau de
St.Méry,sélevant au dessus de tous lcs dangers,
prendre dans cette Capitale, au mois de juillet
dernier la place la plus dangereuse, et montrer
que le sacrifice de sa vie ne lui coûtait rien
pour assurer la liberté à ceux qui étaient en
état d'en jouir. Son patriotisme, sa fermeté et
son sang-froid ont aidé à sauver cette ville immense, et avec elle la France entière.. Aurait-il
voulu souiller tant de gloire en publiant sa
pensée sur Talfranchissement des Nègres, si sa
consience ne lui avait fait un devoir de dire
cette affligeante mais utile vérité; le ferait-il
surtout dans le moment actuel, où une reconnaissance universelle est devenue sa. recompense ?
étaient en
état d'en jouir. Son patriotisme, sa fermeté et
son sang-froid ont aidé à sauver cette ville immense, et avec elle la France entière.. Aurait-il
voulu souiller tant de gloire en publiant sa
pensée sur Talfranchissement des Nègres, si sa
consience ne lui avait fait un devoir de dire
cette affligeante mais utile vérité; le ferait-il
surtout dans le moment actuel, où une reconnaissance universelle est devenue sa. recompense ? --- Page 22 ---
(16)
Iln'est pas de mon sujet d'examiner Ia nature
des moyens que propose M. l'abbé Raynal; il
me suffit d'avoir fait servir son témoignage à
appuyer les vérités que je vous ai tracces.
Ab ! puisque c'est le bien que nous voulons,
ne produisons que le bien, et gardons-nous de
croire que. la pureté des intentions puisse toujours excuser les événemens qui peuvent en résulter.
En passant à l'examen de la seconde question,
je vais avoir l'honneur de mettre sous VO6 yeux
les effets que produirait, par rapport à la
France, labolition de l'esclavage et de Ia traite.
Je vais yous prouver, MM., que dans le cas
où la France jugerait qu'elle doit renoncer aux
immenses produits des Colonies, plutôt que d'y
maintenir un esclavage plus ou moins mitigé,
elle serait dans l'erreur Si elle croyait faire une
chose utile.
D'abord son opinion suffirait-elle pour que
les Colons se crussent obligés de l'adopter, de
renoncer à leurs propriétés, de s'exposer surtout à se voir égorger par leurs Nègres? on ne
leprésume pas. L'esclavage serait donc conservé
de fait.
2°. Si le commerce francais cessait de fournir
des Nègres aux colonies, les autres puissances
navales y suppléeraient bientôt. La côte d'Afrique ne changerait pas de régime : elle n'en
est --- Page 23 ---
(17)
est pas encore à ce point de philosophie, et
les' Esclares eux-mêmes, qui voient que leurs
travaux s'adoucissent lorsqu'ils sont en plus
grand nombre, continucraient à se féliciterde
voir arriver des africains destinés à recruter les
ateliers des Colonies.
La résolution prise par la France ne nuirait
donc pas aux Colonies ; mais ce que la France,
elle-même en souffrirait ne peut assez s'apprécier.
Les 250 millions que les Colonies versent
annuellement dans la inétropole n'y parviendraient plus; tout à coup Tagriculture 7 les
manufactures, le commerce, la navigation >
l'industrie nationalesetrouveraient frappés d'une
espèce de paralysie; les millions d'hommes que
le commerce colonial nourrit et entretient se
trouveraient sans autre ressource que celle de
s'expatrier pour aller porter chez des nations
rivales leur fortune et leur industrie ; chaque
lieu, chaque profession du royaume sentiraient
bientôt les funestes effets de ce changement.
La perte des Colonies pour la France entraînerait celle de sa puissance publique, visiblement
fondée sur son commerce. Exposée peut-être
aux insultes et même aux entreprises de ses
voisins, il lui fandrait perdre de sa gloire, de
son infiuence politique et de sa prépondérance,
B
expatrier pour aller porter chez des nations
rivales leur fortune et leur industrie ; chaque
lieu, chaque profession du royaume sentiraient
bientôt les funestes effets de ce changement.
La perte des Colonies pour la France entraînerait celle de sa puissance publique, visiblement
fondée sur son commerce. Exposée peut-être
aux insultes et même aux entreprises de ses
voisins, il lui fandrait perdre de sa gloire, de
son infiuence politique et de sa prépondérance,
B --- Page 24 ---
(18)
Est-il possible de ne point s'afliger à la seule
idée de cet état d'infériorité?
On assure que l'Angleterre a osé en concevoir l'espérance; que les sociétés qu'on a nommécs nigrophiles ont pris naissance dans l'étendue de sa domination, ,et qu'elles se sont propagées jusques dans cette Capitale. On assure
encore que des hommes égarés par une humanité mal entendue ont répandu avec un zele
inconsidéré les premières semnences d'une doctrine, dont le succès serait pour la France la
perte totale de ses Colonies. On leur reproche
les insurrections qui se sont manifestées dans
nos isles : elles ont exigé des châtimens et des
suplices : elles ont pu conduire les Colons jusqu'à penser qu'ils étaient dédaignés par leur
métropole; jusqu'à leur faire craindre qu'ils
seraient peut-être forcés de quitter le nom de
Français pour conseryer leur vie et leurs propriétés.
Voilà donc tout le fruit qu'aurait produit un
parti que l'Angleterre encourage par: son adroite
politique ; et c'est ici, MM., qu'il faut remarquer la marche de cette puissance. (1): : elle feint
(1) i Notre gouvernement, disent les nouvelles de
Londres du IO févricr 1790, a un si grand intérét
st que la Traite soit abolie chez nos voisins, et il est si
c parfaitement convaincu que cette mesure entrainerait
* --- Page 25 ---
(19)
de desirer l'abolition de la traite, tandis
des dbbptbornwreoteloghiln
que
préservent
chez elle de maux qu'elle croit que la manie de
limitation fera éprouver à la France.
Tout récemment dans une adresse présentée
à l'Assemblée Nationale au nom des amis des
noirs, on a nié d'avoir jamais demandé l'affianchissement immédiat des Nègres; mais on s'est
pluà faireun tableau révoltant des circonstances
de la traite. On veut que les Européens soient
les auteurs de tous les crimes de TAfrique e; que
la venté des Negres qu'on se permet d'appeler
marché de chair lumaine, n'y ait lieu que par
d'infames mananvres qu'on ne craint pas d'imputer aux armateurs et à leurs préposés.
Ilexisteen effet, MM., de véritables marchés
dec chair humaine chez lcs Africains ; mais,
pour
se convaincre que cette barbarie est absolument
étrangère aux Européens 3 consultons un voyageurhistorien, quin'avait aucun intérêt à déguiser la vérité.
* la perte de leurs Colonies 2 qu'il se gardera bien de
a refoidicleathousisme des anis des Noirsen France,
en pressant une décision du parlement. Elle serait
vraiscmblablement favorable à la Traite, et nous
4 préférons de laisser croire dars l'étranger que nous
songeons sérieusement à la supprimer >,
Foyer le mercure du 20 février.
B 1]
voyageurhistorien, quin'avait aucun intérêt à déguiser la vérité.
* la perte de leurs Colonies 2 qu'il se gardera bien de
a refoidicleathousisme des anis des Noirsen France,
en pressant une décision du parlement. Elle serait
vraiscmblablement favorable à la Traite, et nous
4 préférons de laisser croire dars l'étranger que nous
songeons sérieusement à la supprimer >,
Foyer le mercure du 20 février.
B 1] --- Page 26 ---
<
(s0)
Les Anxicos (), dit
voyage
Drapper dans son
d'Afique, ( mangent
<
la chair humaine n'est
leurs esclaves ;
< dans leurs marchés, pas moins commune
< dans nos boucheries. que laj chair de boeuf
Le
se
< la chair de son
le fils père
repait de
Gils,
de
<
les
celle de son
père;
frères ct soeurs se
K mère se nourrit
mangent, et la
sans horreur
< qui vient. de
de l'enfant
naître. >>
il faut respecter bien peu les vraisemblances
pour espérer de vous persuader
partie du monde u'a
que cette
et l'esclavage,
connu la soif du sang
que depuis le moment où les
Européens y ont abordé , comme si
savait pas que même à
l'on ne
nit des esclaves
présent l'Afrique fourà d'autres
aux Maures, aux Tures, et
penples. Vous ne croyez
sieurs 2 à toutes ces assertions
pas, Mesl'histoire ; non, vous ne
démenties par
moeurs les plas cruelles
croyez pas que les
communication
soient le résultat de la
avec les peuples civilisés, avec
et (1) Les Nègres, dit le P.
(f sance, sans affection
Labat, sans reconnoissans compassion pour pour les leurs pareas 2 sont aussi
i peuples 7 ajoute-t-il >
malades. C'est chez ces
(t humaines pour abandonner qu'on voit des meres assez in4 enfans à la voracité des
dans les campagnes leurs
tigres. < --- Page 27 ---
(2r) )
des Français ; et pour détruire jusqu'au moindre doute à cet égaril, je vous prie d'écouter
la lecture de () l'extrait t-de deux journaux de
M. Gourg 3 administrateur pour le roi au
comptoir de Juda, à la côte-d'Or, dressés cn
1788 et en 1789; ainsi que l'extrait de la déposition du capitaine Guillanme Macintosh,
faite par-devant la chambre des communes
d'Angleterre le onze Juin dernier (2).
Extrait du journal de M. Gourg.
Du 14 Février.
> A 7heures du matin', Méhou (3) et Yavo-
(1) Cet extrait a été pris sur l'original déposé dans
les bureaux de la marine.
(2) Quatorze dépo-itions juridiqu"s faites à la barre
du Parlement d'Angleterre pardes hommes qui avaient
résidé en Afrique, attestent que l'esclavage y a existé
de tout temps: ; qu'on y fait souvent des sacrifices humains, et que cette vaste contrée n'offie que tres-peu
d'objets de commerce.
Il résulte des questions que M. Mosneron de Launay
à faites à des Negres de l'Afrique. 2 que l'esclavage y
est affreux 2 qu'on immole souvent des hommes dans
les funérailies. 2 dans les fétes, et que dans quelques
cantons on les mange.
Poyez le mercure du 25 juillet 1789, et le journal
de Paris du 24 jan:ier dernier.
(3) Premiers officiers de la couronne 2 qui en cette
qualité tranchent la tête aux victimes indiquées par
le roi.
B 111
à faites à des Negres de l'Afrique. 2 que l'esclavage y
est affreux 2 qu'on immole souvent des hommes dans
les funérailies. 2 dans les fétes, et que dans quelques
cantons on les mange.
Poyez le mercure du 25 juillet 1789, et le journal
de Paris du 24 jan:ier dernier.
(3) Premiers officiers de la couronne 2 qui en cette
qualité tranchent la tête aux victimes indiquées par
le roi.
B 111 --- Page 28 ---
(22)
gan sont venus me voir de la part du roi. >
K. A neufheures Mébou nous a envoyéavertir de venir voir les cérémonies : jy ai été
avec le directeur Anglois. On nous a fait.
asseoir sous des parasols 9 derrière les ca-"
becheres : nous avons vu défiler les femmes
du roi, au nombre de 5 à 600 : elles ont fait
trois tours du hangard qui est vis-à-vis la
grande porte de la caze du roi, sous lequel
étoicnt attachés, 2 depuis le onze au soir, 7
hommes et 7 chevaux destinés à être sacrifiés aux manes du père du roi. >>
<S Après que Ics femmes se sont retirées,Jai
été voir avec M. Abson, ces 7 Nègres ; ils
étoient liés chacun à un poteau par les pieds 2
les mains et le cou ; ils ne m'ont point paru
inquiets; ils mangeoient des ignames, et paroissoient même avoir de l'appétit, quoique sachant la fin qui les attendoit.>
Du 15 Février.
< A7 heures du soir il est passé un tambour dont le son lugubre annonce la cérémobie cruelle qui doit avoir lieu ; il annonçoit que
tout le monde eût à SC retirer, à cause du
sacrifice 2 non-seulement des 7 hommes qui
étoient amarrés avec les chevaux, mais encore
de beaucoup d'autres.> --- Page 29 ---
(23)
Du 16 Février.
K A 7 heures du matin 9 le roi nous a envoyé
chercher pour assister aux cérémonies des
coutumes ; nous y sommes allés à 8 heures ct
demie : nous avons trouvé à P'entréc de la
du Roi de chaque côté trois têtes de Neporte fraîchement coupées, la figure en bas; ;
gres
c'est-à-dire
ily en avoit autant à Pautre porte,
douze têtes aux deux portes 9 au dessus desquelles on y avoit attaché une poule noire. 59
Au marché, on a suspendu d'un côté un
chien que Pon attache par les pieds de derrière, et à qui onl ouvre le ventre : plus loin à
une très-grande potence on a suspendu par
les pieds un Negre à qui on a coupé les parties et que l'on a étrauglé: : il y en avoit un
autre ainsi mutilé et amarré de l'autre côté du
marché. >
< Lorsque le roi sort desa caze, c'est le moment où se font ces horribles sacrifices ; le roi
en sortant met les pieds dans le sang des
malheureux à qui on coupe la tête s ou au
marché, passe sous les malheureux suspendus
aux potences 2 et recoit sur son hamac et ses
pagnes le sang qui déco ile. >>
< Aussi-tôt que le roi est sorti de sa caze s on
fait retirer des portes Jes têtes des Negres
B iv
. >
< Lorsque le roi sort desa caze, c'est le moment où se font ces horribles sacrifices ; le roi
en sortant met les pieds dans le sang des
malheureux à qui on coupe la tête s ou au
marché, passe sous les malheureux suspendus
aux potences 2 et recoit sur son hamac et ses
pagnes le sang qui déco ile. >>
< Aussi-tôt que le roi est sorti de sa caze s on
fait retirer des portes Jes têtes des Negres
B iv --- Page 30 ---
(24)
qu'on y avoit miscs 3 on les jette à 15 ou 20
pas auprès d'un hangard sur lequel il y en a
beaucoup de sèches : elles servent de pâture
aux porcs et aux oiseaux de proie qui sont très
communs 7 cspèce de vautours qu'on appelle
ici pian. >>
Du 19 Février.
<. A7heures du soir est encore passé le tambour qui annonce le sacrifice du dernier jour
des coutumes, qui consistait en cing hommes
pour chaque porte du roi, ct seize au marché
à qui lon a coupé et étalé les têtes comme les
autres : les corps ont été emportés ct jettés
dans les berbes derrière les cazcs, où ils servent de pâture aux panthères et aux oiseaux
de proie, à l'exception de ceux qui sont suspendus aux gibets qui y restent jusqu'à ce que
la putréfaction les fasse tomber. Cclui qui en
rapporte les têtes au roi, reçoit ordinairement
5 cabèches ou 50 liv. Tous les Negres que
l'on tue ainsi, sont ordinairement des malfaicteurs ou des captifs faits à la guerre :
mais il Jaut si peu de chose pour être criminel aur yeur du roi, 3 qu'on nepeuts'empécher
de plaindre ces malheureuz. <
Du 8 janvier 1789.
A huit heures du soir on a sacrifié huit hom- --- Page 31 ---
(25)
mes aux deux portes du roi, c'est-à-dire, quatre
à la porte par où l'on sort pour aller au marché, et quatre à,celle par où les femmes rentrent. Le roi sort orlinairement lorsqu'on fait
le sacrifice des quatre premiers, met les pieds
dans le sang qui coule, va au marché où il met
également lespieds dansle sang des seize qu'on
sacrifie; savoir, huit à un des bouts du mary. ché, et huit à l'autre, et en fait autant pour
les quatre qu'on immole à sa rentrée. Cette
cruelle cérémonie est ce qui caractérise la coutume. >>
< Cette coutume s'appelle Thiaie. Les Negres
sont persuadés que les personnes ct les animaux
qui sont ainsi sacrifiés, vont dans l'autre monde
servir la mere du roi. >>
<On m'a assuré que dans l'intérieur de la case
on sacrifioit aussi des femmes ;mais comme elles
ne communiquent pas avec les hommes, je n'ai
pu savoir au juste ce qui en est, ni la quautité
de femmes sacrifiées. >>
Du 9 janvier.
As sixheures du matin on est venu nous avertir pour aller assister aux cérémonies: ; nous y
sommes allés à sept heures et demie : on nous a
fait entrerdans une grande cour, à la porte de
laquelle' nous avons trouvé quatre têtes fraiche-
de la case
on sacrifioit aussi des femmes ;mais comme elles
ne communiquent pas avec les hommes, je n'ai
pu savoir au juste ce qui en est, ni la quautité
de femmes sacrifiées. >>
Du 9 janvier.
As sixheures du matin on est venu nous avertir pour aller assister aux cérémonies: ; nous y
sommes allés à sept heures et demie : on nous a
fait entrerdans une grande cour, à la porte de
laquelle' nous avons trouvé quatre têtes fraiche- --- Page 32 ---
(26)
ment coupées, 3 et au-dessus étoit attachée une
poule vivante. Dans le fond de la cour,à droite
en entrant, étoit un très-grand pavillon ou tente, le même que J'année derniere, sous lequel
étoit le roiavec ses femmes. >>
cc. A une heure après midi la cérémonie étant
finie, le roi nous a fait dire qu'il alloit monter
sur le théâtre, et qu'il falloit attendre; nous
sommes sortis, et Tavons attendu trois quarts
d'heure: il est sorti cinq palanquins que nous
avons suivis, et qui ont été au marché, où nous
avons trouvé un chien susperdu à une potence
parles pieds de derriere, ayant le yentre ouvert,
et seize têtes fraichement coupées, savoir huit
à chaque bout du marché. >>
< En montant surle théâtre, j'ai remarqué à
gauche de l'escalier, dans une petite enccinte,
deux Nègres amarrés sur une espèce de petite civiere dont les Négresses se servent pourp porterdes
pots sur la tête. On m'a dit que ces deux Nègres
étoient destinés à être jettés par dessus le thédtre. J'ai cu la curiosité d'aller les examiner de
près: ils me regardoient tres-tranquillement,
et ne paroissoient point inquiets; : ils m'ont paru
au contraire sourire. >>
<On leur a fait faire deuxtourssur le théâtre,
pour les faire voir au peuple qui a fait de grandes acclamations; après quoi on les a jettés en
bas du théâtre, dans la premiere enceinte, ous --- Page 33 ---
(27),
il y avoit des hommes qui leur ont coupé la
tête.>
Du 13 janvier.
< A sept heurcs du matin, on est venu nous
chercher pour assister aux dernières cérémonies
des coutumes; nous y sommes allés à huit:
après avoir attendu environ trois quarts d'heure
à la porte, nous sommes entrés dans la même
cour que la derniere fois, et nous avons trouvé
de chaque côté de la porte d'entrée quatre têtes
fraichement coupées. >>
EXTRAIT de la déposition du capitaine
Guillaume Macintosh.
Du jeudi II juin 1789.
wD.AvEz-vous eud quelquefoisraison desoupçonner quel seroit le sort des esclaves, s'il ne
6C trouvoit point d'acquéreurs européens ? >>
<. R. A l'époque où mon vaisseau étoit le seul,
en 1778, tandis que la guerre avec la France et
l'Amérique empèchoit les armateurs d'équiper
des vaisseaux pour l'Afrique. j'avois envie de
faire baisser lc prix des esclaves, qui, à cause
dcs circonstances, me paroissoit trop haut. Il
survint un délai, pendant lequelje discutai ayec
'acquéreurs européens ? >>
<. R. A l'époque où mon vaisseau étoit le seul,
en 1778, tandis que la guerre avec la France et
l'Amérique empèchoit les armateurs d'équiper
des vaisseaux pour l'Afrique. j'avois envie de
faire baisser lc prix des esclaves, qui, à cause
dcs circonstances, me paroissoit trop haut. Il
survint un délai, pendant lequelje discutai ayec --- Page 34 ---
(28)
les principaux habitans sur l'inconséquence de
tenir trop haut le prix des esclaves, lorsqs'il
étoit vraisemblable qu'il ne se présenteroit pas
d'acheteur.Je demandai à ces habitans, et particulièrement au plus considérable de la côte, 2
ce qu'ils feroient de leurs prisonniers de guerre
esclaves, s'il ne se trouvoit point d'acquéreurs.
Il hésita long-temps sans me donner aucune réponse: : j'insistai sur la question, en lui observant
qu'il devoit les renvoyer dans leurs cantons.
Enfin il me répondit: < Quoi! que je les laisse
< retourner, pour qu'ils reviennent encore. pour
<< me tuer! >> En un mot, il me fit clairement
entendre que s'ils n'étoient pas vendus ils seroient mis à mort (1). >
Est-il possible d'imputer de bonne foi de pareilles atrocités à. l'influcnce des Européens? et
n'est-ce pas vouloir tout dénaturer que de nous
peindre comme. des êtres sanguinaires et barbares, allant porter le désespoir et la mort chez
des peuples doux et hamains?
On dit que la traite pèse sur les revenus pitblics, qu'elle nécessite des établissemens Jort
(1)I D'oà il résulte évidemment que si l'abolition de
Ja traite avait lieu, les Africains qui ne cesseraient
pas pour cela de se faire la guerre, vendraient à la
vérité moins d'esclaves, mais en égorgeraient davantage, --- Page 35 ---
(29)
chers à la côle dAfrique, et qu'enfin la prime
qui lui sert d'encouragements, enlève à Pindigent habitant de nOS campagnes lefruit de SOIL
travail.
La traite qui multiplie dans les colonies les
moyens de culture, et par conséquent les produits, ne saurait grever les revenus publics, OU
bien il faut renonceraux notions lesplus simples
de l'économie politique. Nous n'avons d'établissemens à la côte d'Afrique que ceux du Sénégal, de Goré et de Juda; (il y en a un autre
de projetté à la côte d'or). Les frais des deux
premiers sont payés par la compagnie du Sénégal (1); les dépenses de l'autre ne méritent
pas qu'on les compte (2).
Il est bien moins facile de concevoir comment
le montant de la prime enleveroit le, fruit du
travail de Phabitantde nos campagnes. Cemontant est graduésurla quantitéde Nègres trailés,
et par conséquent sur l'augmentation des productions coloniales. Plus ily a de traites,plus il
y a de productions des colonies; et plus aussi
le commerce de ces dernieres s'angmente, plus
nous vendons à l'étranger, plus nous recueillons
de numéraire, et plus ily a de consommations
et d'industrie nationales: circonstances qui, loia
(1) Goré et Sénégal .
a 4.52,000.
(2) Juda .
35,000.
és,
et par conséquent sur l'augmentation des productions coloniales. Plus ily a de traites,plus il
y a de productions des colonies; et plus aussi
le commerce de ces dernieres s'angmente, plus
nous vendons à l'étranger, plus nous recueillons
de numéraire, et plus ily a de consommations
et d'industrie nationales: circonstances qui, loia
(1) Goré et Sénégal .
a 4.52,000.
(2) Juda .
35,000. --- Page 36 ---
(3 30,)
de diminuer le fruit du travail des habitans de
la campagne, sont précisément les causes de son
augmentation.
Mais, dit la société des amis des Noirs, la
traile sefait avec désavantage part la France 3
puisqu'elle a besoin d'une prime dont PAngleterrese passe. Celasertàp prouverdeux faitsd'ailleurs très-notoires; le premier, * c'estque lesAnglais ne s'attachent pas comme les Français à
choisir des Nègres sains et robustes, qu'ils
ont la parcimonie de préférer ceux de rebut
qu'ils payent un prix médiocre; le second, c'est
que la traite se faisant par les Francais avec
plus de soin, se fait aussi ayec plus d'humanité,
ce quirendles voyages plus longs, cn augmente
les dépenses, et nécessite cette prime, qui, au
surplus, n'est pas à beaucoup près dc 2 millions
500 mille livres, comme les amis des Noirs le
prétendent (1).
L'orateur des amis des Noirs a eacore essayé
de démontrer que l'abolition de la traite seroit
utile aux colons qui auront alors plus de soin
de leurs Nègres, et nc contracteront plus
de dettes immenses pour en acheter: ; detles ,
ajoute-t-il, dont le montant ne peul que se tri-
(1) La prime payée par le. gouvernement en 1786,
ne s'est élevée qu'à la somme de 1,540,160 liv. --- Page 37 ---
(3r)
pler rapidement par la hausse rapide et infaillible du priz des Noirs > qui devicnnent une
marchandise très-chère.
La société ne sait donc pas que les colons
achetent des Negres, non-seulement pourrecruter leurs'ateliers, mais encore pour éteodre
leur culture: elle ne voit donc pas que si réellement le prix des Nègres doit devenir tel que
les colons ne soient plus en état d'en acheter,.
ce terme, sans que les amis des Noirs s'en mêlent,sera celuide l'abolition absolue de latraite.
Quant à la crainte de voir passer les bénéfices de la Traite à une Nation rivale, elle parait
peu toucher la société des Nigrophiles. Poitr-,
quoi, dit-elle, regretter des profits qui ne sont
gimaginaires P elle se rend même en quelque
sorte garante de l'opinion de toute l'Angleterre;
comme si la motion qui existe au parlement de
la Grande-Dretagne sur cet objet était un dé-.
cret. On peut aller jusqu'à dire que si CC décret existait, il ne nuirait enl rien à T'Angleterre. Personne n'ignore que les Portugais, si
solidement établis à la côte d'Afrique, sont les
plus fideles alliés des Anglais, et qu'un commerce, dont ces derniers auraient feint de rougir,
serait encore fait par eux sous le pavillon portugais.
11 ne manquait à Taveuglement des Nigrophiles que de penser que leurs cris,leurs dé-
On peut aller jusqu'à dire que si CC décret existait, il ne nuirait enl rien à T'Angleterre. Personne n'ignore que les Portugais, si
solidement établis à la côte d'Afrique, sont les
plus fideles alliés des Anglais, et qu'un commerce, dont ces derniers auraient feint de rougir,
serait encore fait par eux sous le pavillon portugais.
11 ne manquait à Taveuglement des Nigrophiles que de penser que leurs cris,leurs dé- --- Page 38 ---
(32) -
)
marches seraient des moyens de maintenir la
subordination parmi les esclaves. La révolte de
ceux de trois Colonies vous paraitra sans doute,
Messieurs, un argument plus certain.
Mais comme si ce malheur n'était point assez
grave, l'ami des Noirs nous en présage de
plusfunestes encore : < N'en doutons point, dit-
( il, notre heureuse révolution doit réélectriser
< les Noirs, que la vengeance et le ressenti-
<C ment ont électrisés depuis long-temps. Ce n'est
4 point avec des suplices qu'on réprimera l'effet
< de cette commotion : d'une insurrection mal
< appaisée, en naîtront 20 autres, dont une
x seule peut ruiner à jamais les Colons. >
Ah! si l'on n'eût pas eu l'indiscrétion ou la
perfidie de publier aux iles que les Negres
avaient, en France, des amis qui allaient obtenirleur liberté del'Assemblée nationale, il n'y
aurait pas eu d'insurrection mal appaisée, il
n'y aurait pas eu de supplices!
C'est dans le désespoir de faire adopter aucune de leurs maximes 2 que les Nigrophiles
terminent toujours leurs discours par invoquer
avec affectation la déclaration des droits de
Phomme. Pour leur répondre, il ne faut qu'un
mot; et ce mot, leur dernier écrit(p-4-) nous le
fournira : Le projet de rendre tout-a-coup les
Noirs libres est d'une absurdité qui saute au
yeuajetplus bas,relativements à l'abolition dcla
Traite, --- Page 39 ---
(3 33 )
Traite, nous ne cherchons pas à précipiter celie
décision. Ce ne sera donc, ni par Tapplication
soudaine de la déclaration dcs droits de Phomme,ni par l'abolition de la Traite, mais par
des lois sages qui régleront ce commerce, cn
réprimant ce qu'il peut avoir de vicieux, mais
par un régime intérietr dans les Colonies, par
l'cfet sûr de la révolution qui s'est opérée en
France, et plus encore par l'autorité du temps
surdesinstitutions stsceptibles d'améliorations,
qu'on peut et doit attendre des résultats d'aritant plus précieux , qu'ils n'auront produit ni
secousse, , ni effusion de sang.
AI l'égard de la cruauité avec laquclle l'ami
des Noirs prétend que les Colons traitent leurs
Nègres, cn les eacédant de travaur, de coups
de fouct et d'inanition, CC n'est pas à moi à
vous démiontrer, Messieurs, combien ce reproche est exagéré, combien il est inconciliable
avec Phospitalité qu'on trouve aux iles, et outrageant pour le caractère d'un penple qui,
dans plus d'une occasion, a prouvé qu'il avait
le coeur français. Je me bornerai à observer à
l'ami des Noirs, , qu'au lieu de se' livrer à des inculpations aussi peu mesurées, il eût été plus
sage et plus naturel de penser, que le premier
intérêt du Colon qui ne peut faire valoir sa
terre sans le secours de Nègres qui lui coàC
ospitalité qu'on trouve aux iles, et outrageant pour le caractère d'un penple qui,
dans plus d'une occasion, a prouvé qu'il avait
le coeur français. Je me bornerai à observer à
l'ami des Noirs, , qu'au lieu de se' livrer à des inculpations aussi peu mesurées, il eût été plus
sage et plus naturel de penser, que le premier
intérêt du Colon qui ne peut faire valoir sa
terre sans le secours de Nègres qui lui coàC --- Page 40 ---
(34)
ten fort cher, lui commande de veiller à leur
conservation.
Le désaveu des Nigrophiles, relativement à
la liberté des Negres, quoique tardif, me dispense d'examiner si s comme on l'a imprimé,
ils ont varié dans leurs raisonnemens ; si le but
que cette sociétés'était originairement proposé,
n'était pas clairement énoncé dans les ouyrages
de quelques uns de ses membres : bornons-nous
à ramener l'attention toute entière sur l'état actueldes Colonies, sur les dangers quiles menacent ; de quelque part que vienne le coupquileur
a été porté, il peut avoir les suites les plus funestes, si l'on n'en arrête promptement les progrès.
Je vous ai dit, Messieurs, qu'il n'y avait point
de lieu du royaume pour lequel l'affianchissement des esclaves et l'abolition de la Traite
pût être indifférente. Paris est un de ceux qui
souffriraient le plus de la perte des Colonies:
c'est de Paris qu'on leur expédie une quantité
considérable de marchandises de toute espoce
dont la consommation fait prospérer les arts, les
manufactures et le commerce de cette capitale;
c'est à Paris, que plus de mille propriétaires
des Colonies, , leurs familles et leurs enfans dépenscnt annuellement près de 50 millions ; c'est
à Paris que plusieurs riches héritiers des Colonies ont contracté des mariages quiyrépandent --- Page 41 ---
(35)
des sommes considérables; c'est à Paris que les
Colons , qui sollicitent des récompenses, 2 des
graces ou la justice, ou qui ont quitté leur
patriepour venir connaîtrela France, choisissent
leur domicile ; c'est à Paris enfin, que ceux
d'entre eux qui jouissent d'une grande fortune
viennent étaler leur luxe, et chercher les avantages que les richesses ne procurent que dans
une immense capitale. Paris est donc immédiatement intéressé à la conservation des Colonies.
Personne ne se dissimulera que ces possessions
éloignées rendent plusieurs réformes désirables.
Les circonstances actuelles ne peuvent manquer de les hâter. Conservons l'avantage de leur
offiir 3 à plusieurs égards, d'utiles exemples :
mais lorsque la France éprouve encore devives
agitations intéricures, le soin le plus immédiat
est de s'en occuper. Méditons encore quelque
temps à Tégard des Colonics (si peu connues
en France), ce qui peut être vraiment avantageux et pourelles et pour nous ; pénétronsnous de Ces paroles du meilleur des rois (1):
< Qn'il faut atteindre au grand but de la régé-
< nération, sans accroissement de troubles et
< sans convulsions; > et dans l'impuissance de
(:) Voy. le Discours du Roi prononcé à l'Assemblée
nationale le 4 février 1790.
Cij
encore quelque
temps à Tégard des Colonics (si peu connues
en France), ce qui peut être vraiment avantageux et pourelles et pour nous ; pénétronsnous de Ces paroles du meilleur des rois (1):
< Qn'il faut atteindre au grand but de la régé-
< nération, sans accroissement de troubles et
< sans convulsions; > et dans l'impuissance de
(:) Voy. le Discours du Roi prononcé à l'Assemblée
nationale le 4 février 1790.
Cij --- Page 42 ---
(3 36)
réaliser le bien cn un instant 1 nc mettons
pas le mal à sa place ; gardons-nous sur-tout
de rendre nécessaire la scission des Colonies
d'avec la mère-patrie.
TELS sont, Messieurs, les motifs quime déterminent à vous proposer l'avis suivant :
Les insurrections qui ont eu lieu aux mois
d'aoûtetder noyembre demienaucdlesfangies
les nouvelles inquiétantes qu'ou en a recues,
Pintérêt de la conservation des Colonies 2 le
bonheur de la France qui en est inséparable 2
exigent les mesures les plus actives pour y rétablir l'ordre. Considérant que les principales
villes maritimes , lcs provinces et plusieurs municipalités de lintérieurdu royaume, ont publié
des réclamations aussi alarmantes pour le commerce 2 les manufactures, lagriculture ei la
navigation, que pour le patriotisme français;
que ces réclamnations s'accordent à présenter >
comme une conséquence nécessaire de la prohibition de la traite des noirs 2 la perte de nos Colonies 2 T'ancantissement de notre commerce maritime, la destruction de nos manufactures, la
nullité des matières qu'elles emploient, la châte
de l'industrie et des arts qu'elles entreliennent, --- Page 43 ---
(37)
le découragement de lagriculture, , l'avilissement de tous les genres de propriété, le renversement de plusieurs fortunes, , ct la dépopulation d'une grande partie dcs provinces ; considérant que Paris qui a sauvé la France, n'aura
cependant rien fait pour elle, si, par sa puissante influence, il ne préserve nos Colonies des
désastres dont elles sont menacées ; que sept
cent mille nègres se révoltant contre moins de
cent mille blancs, présentent le tableau du plus
affieux carnage, de la plus affligeante catastrophe qu'ait jamais éproavée le genre humain;
gque si, comme on le publie hautement, PAngleterre.a conçu le projet d'une grande vengeance politique, cette circonstance ajoute encore à la nécessité de ne pas perdre un instant
pour détourner lorage qui s'est élevé dans nos
Colonies. J'estime, Messieurs, qu'ilyalieu, 1°. de
supplier l'Assemblée Nationale de faire cesser,
dans le plusbrefdélai, l'incertitude et les justes
alarmes des Colons et des proyinces maritimes,
en sollicitant de S. M. Texécution des moyens
qui seront jugés convenables pour rétablir Pordre, et détruire Peffet des faux bruits que des
esprits inquiets ou mal intentionnés ont eu la
coupable témérité de répandre dans les Colonies.
2°. Que la délibération à prendre sur cet objet doit être communiquéc aux cinquante-neuf
délai, l'incertitude et les justes
alarmes des Colons et des proyinces maritimes,
en sollicitant de S. M. Texécution des moyens
qui seront jugés convenables pour rétablir Pordre, et détruire Peffet des faux bruits que des
esprits inquiets ou mal intentionnés ont eu la
coupable témérité de répandre dans les Colonies.
2°. Que la délibération à prendre sur cet objet doit être communiquéc aux cinquante-neuf --- Page 44 ---
( 38 )
autres districts, avec invitation de seconder nos
démarches, 2 pour obtenir tout le succes que
font espérer la nature des circonstances, le voeu
de la France entière, et la sagesse de l'Assemblée Nationale.
De lImprimerie de P.-FR. DIDOT jeune. --- Page 45 ---
EXTRAIT
Du Régistre des Délibérations du District
des Filles Saint-Thomas.
Ledistrict des Filles saint Thomas, en assemblée générale tenue à l'hôtel de Richelieu
le 22 février 1790, après avoir entendu le
rapportf fait par Messicurslescommisaires nommés par l'Assemblée générale tenue en l'église
des Filles Saint-Thomas le 8 du même mois,
pour l'examen du discours prononcé en ladite
assemblée par M. Magol d 3 ex-président du
district, ayant pour objet la question relative
à la liberté des négres et à l'abolition de la
traite, dans lequel M. Magol conclut à ce que
son discours soit communiqué aux cinquanteneuf'autres districts,avec invitation des se réunir
à celui des Filles saint Thomas, pour faire unanimement auprès de l"Assemblée nationale une
démarche tendante à préserver les colonies des
malheurs dont elles sont menacées.
Considérant que l'intérêt de sept cent mille
négres, que contiennent les colonies françaises
doit, par les mêmes principes d'humanité qu'on
reclame en lcur fayeur, être subordonné à la --- Page 46 ---
(2)
nécessité urgente d'assurer la fortune ct la vie
de près de cent mille Colons français, et de
garantir de sa ruine absolue l'un des plusgrands
empires de FEurope.
Quel le sentiment de T'humanité, qui rapproche tous Ics hommes pour produire les meilleurs effets possibles, est subordonné comme
toutes les autres vertus aux combinaisons d'une
saine politique.
Que ce serait donner dans un faux caicul,
que de vouloir opérer le bonheur idéal de quclques milliers d'individus, en assurant infailliblement le malheur de nos frères les Colons, et de
vingt quatre millions d'hommes dout la France
est composée, et dont tous lcs intérêts sont intimement liés avec ceux des Colonies.
Que CC principe politique est d'une telle évidence, que les partisans les plus zélds de Tabolition subite de la traitc des négres 2 ont
senti combien il serait absurde de proposer à
l'Assemblé nationale 'affranchissement actucl.
des noirs.
Que la demande de l'abolition immédiate
de la traite, avant que toutes les puissauces
intéressées soient convenucs d'y renoncer sinultanément > produirait l'effet funcste d'asserer
aux nations rivales de la France une supériorité
dont il est impossible de déterminer le dégré.
Que cette abolition subite, en entretenant
2 ont
senti combien il serait absurde de proposer à
l'Assemblé nationale 'affranchissement actucl.
des noirs.
Que la demande de l'abolition immédiate
de la traite, avant que toutes les puissauces
intéressées soient convenucs d'y renoncer sinultanément > produirait l'effet funcste d'asserer
aux nations rivales de la France une supériorité
dont il est impossible de déterminer le dégré.
Que cette abolition subite, en entretenant --- Page 47 ---
(3)
chez lcs noirs la fausse opinion que l'Assemblée
nationale a décrété leur liberté, entretiendrait
en même temps chez eux l'esprit de sédition
et de révolte, qui a déjà éclaté dans nos iles,
et dont plusieurs Colons ont été les victimes.
Que si l'humanité exige que l'on s'applique
à rendre le sort des noirs le plus doux possible,
dans le passage d'un état de barbarie à un
commencement de civilisation: ; T'humanité crie
à tous les coeurs, que la nation doit s'occuper
essentiellement d'assurer les propriétés, la vie
des Colons,et le'salut de l'Empire étroitement
lié à la conservation des Colonies; que ce n'est
pas dans le moment oùt la France entière vient
d'éprouverlesplas violentes secousses, cà toutes
les fortuncs sont ébranlées, où l'étatdes finances
exige les plus grands sacrifices de la générosité
frangaises,qu'ondoit songeràd déchirerleroyaume
par de nouvelles convulsions, à jelter dans le 1
désespoir les négocians, les fabriquans, les agriculteurs et les artisans, qui sont de tous les
citoyens les plus intéressés à seconder de tous
leurs efforts le sucesd'unerévolution quiassure
la liberté du commérce, source unique et intarissable de sa prospérité.
Considérant encore, que de l'oubli de ces
principes essentiels résulterait,
1°. La perte à jamais irréparable des Colonies
françaises. --- Page 48 ---
(4)
z". Celle de plus de trois cent millions, dûs
actuellement par les Colonics aux armateurs
et négocians de la métropole.
3°. Celle de près de 250 millions que ces Colonies produisent chaque année à la France,
en retour de ce qu'elle Jeur vend de denrées
et de produits d'industrie de tout genre, et. par
conséquent celle d'un numéraire immense.
4°.1 La perte des avantages que procure à la
nation française, dans la balance du commerce
de PEurope, l'exportation de 150 millions de
denrées Coloniales qu'elle vend à l'étranger.
5°: La ruine absolue des villes maritimes, de
laplus part des manufactures du royaume,d'ane
partie del'agriculture, l'émigration d'une foule
d'Armateurs et de Négocians, la cessation de
travail pour plus de six millions d'hommes
que ce commerce occupe et fait vivre, et qui,
réduits à la plus affreuse indigence, seraient
forcés Ou1 de s'expatrier, ou de se livrer à tout
l'excès de leur désespoir, 9 et peut- être à la
dévastation de leur propre patric.
6°.. L'anéantisement del la marine marchande,
qui entraînerait inévitablement celle de la
marine royale, et l'impuissance absoluc de se
garantir desi invasions des ennemis de la France.
Considérant que ce désastre universel qui
amenerait la dissolution de toutes les partics
del l'Empire français, et le mettrait à jamais dans
à tout
l'excès de leur désespoir, 9 et peut- être à la
dévastation de leur propre patric.
6°.. L'anéantisement del la marine marchande,
qui entraînerait inévitablement celle de la
marine royale, et l'impuissance absoluc de se
garantir desi invasions des ennemis de la France.
Considérant que ce désastre universel qui
amenerait la dissolution de toutes les partics
del l'Empire français, et le mettrait à jamais dans --- Page 49 ---
(5)
la dépendance d'une puissance rivalequi,rapidement enrichie de toutes nos pertes, serait en
peu de tems en état de donner des lois à toute
lEurope.
Considérant enfin que la capitale, qui a le
même interêt que le reste du royaume à la prospérité des Colonies, par ce qu'elle fait entrer
des produits de son industrie dans ce genre de
commerce 2 et par les avantages sans nombre
qu'elle en retire, qui s'est en quelque sorte Sacrifiée pour le recouvrement de la liberté et
la régénération des droits de la Nation , doit
pour son bonheur et sa gloire personnels se
hâter de prévenir tous. ces maux 5 et être la
première à s'empresser de convaincre les provinces, auprès de qui les ennemis de la révolution et du bien public ont voulu la calomnier, qu'elle ne cesse d'avoir les yeux ouverts
surleurs véritables intérêts;qu'elle est constamment unie de coeur et d'esprit avec elles ; que
rien ne peut lui. faire démentir l'intime fraternité qu'elle leura vouéegetquinstruite du voeu
général et des allarmes bien fondées des Colonies, des villes maritimes et de toutes les parties
du
royaume, 3 agricoles ou commerçantes > dont
l'existence tient à la conservation et à la
périté de nos Colonies, elle doit se faire pros- leur
interprète et prévenir leur voeu auprès de nos
Législateurs, a arrêté à la très-grande majorité: --- Page 50 --- TAN 64
MAGES
(6)
i"Que le District adhère à l'adresse de la Commune de Rouen, et autres rédigées dans le
même esprit : 20. Que l'Assemblée Nationale
sera très-instamment suppliée de vouloir bien
procurer sans délai le calme et la tranquillité,
tant à toutes les provinces intéressées au SOrt
des Colonies, qu'aux Colonies elles-mêmes, en
se concertant avec le pouvoir exécutif, non
seulement pour assurer par les mesures les
plus promptes et les plus efficaces la conserva=
tion des Colonies 2 mais pour leur accorder
plus que jamais secours et protection s et les
moyens de s'élever au degré de prospéritédont
elles sont susceptibles.
30. Que le présent arrêté sera communiqué
surlechampaux cinghante-neufmutres Districts,
ainsi que ies discours de Messieurs Magol et de
Milly, et les autres ouvrages qui ont éclairé le
District sur le parti qu'il a pris, avec l'invitation la plus pressante à chacun des cinquanteneuf Districts de prendre communication sans
délai de ces discours, et adresses, de donner
leur adhésion au présent arrêté,et de présenter
avec unanimitéà l'Assemblée Nationale un voeu
pareil à celui du District des. Filles SaintThomas.
lus Signe, L. LEMIT, Président.
G JOIGxY, Secrétuire-Grelfier --- Page 51 --- --- Page 52 ---