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Wop --- Page 2 --- --- Page 3 ---
DISCOU R 1 S
HISTORIQUE
SUR la caufe edes défaflres de la partie
françaife de Saint-Domingue 7 établi
fier pièces probantes, dépofées aIl Comité Colonial, & dans les Archives de
la Commiffion de PAlemblée Coloniale
de Saint-Doningue, 2 auprès de la Convention nationale.
A D R ES SE
A LA CONVENTION NATIONALE,
EXPOSITIVE des droits de la partie françoife de Saint-Domingue 2 e du feul moyen
convenable de procéder all jugement des incendiaires dc cette contrée.
Loxseur le peuple, épuifé par les déprédations de fes rois. 9 calculoit fes forces répultives,
la pârtie françoile de Saint-Domingue rapprochoit
A --- Page 4 ---
(RPJCE
(2)
les beaux jours où fes premiers colons fe lièrent a
la France , par un paéte de confance & d'amitié,
& les jours d'amertume où le defpotifime miniftériel, que la philofophie fembloit repouffer de l'Europe, pefoit, fans melure, fur un peuple dont
Louis XIV, le plus abfolu des tyrans 9 avoit fu refpedter les droits. Les premiers pas que fic la France
vers la liberté, donnèrent a toutes les portions de
l'Empire une impulfion nouvelle 9 & la partie
françoife de Saint-Domingue fe jeta dans le tourbillon rapide de cette grande maffe,
Par les combinaifons favantes d'un fyflème oppreffeur, 3 les vilirs de Verfailles régnoient à SaintDomingue au nom des autorités qu 'ils y avoient
établies. Des places maritimes, des individus, qui
croyoient être le commerce de France. ? exerçoient,
fur ces contrées 2 une ariftocratie ruineufe. Ces
deux puiffanees, unies par les mêmes intéréts,
combinoient leurs moyens, & Thabitant-planteur
de Saint-Domingue n'étoit plus que le faéteur d'un
commetce que trahiffoient lesagensde fes échanges;
ils n'étoient plus que les vidimes, OlI l'inftrument
du delpotifmie impofant des agens du roi.
Les parlemens de France, jaloux de l'autorité
fouveraine en arrêtoient les excès, s'ils bleffoient leur 1. intérêt ou leur orgueil 1. & faifoient
alors defcendre jufqu'a eux la majefté du trône:
mais à Saint-Domingue, deux hommes, le gou-
& Pintendant, vils fatellites des
verneur général
commandoient arbitrairement
bureaux miniftériels,
faifoient
au peuple ; leur volonté 2 leurs caprices
la loi commune ; feuls diftributeurs de toutes les
places, de coutes les dignités civiles, militaires,de
1. intérêt ou leur orgueil 1. & faifoient
alors defcendre jufqu'a eux la majefté du trône:
mais à Saint-Domingue, deux hommes, le gou-
& Pintendant, vils fatellites des
verneur général
commandoient arbitrairement
bureaux miniftériels,
faifoient
au peuple ; leur volonté 2 leurs caprices
la loi commune ; feuls diftributeurs de toutes les
places, de coutes les dignités civiles, militaires,de --- Page 5 ---
(3)
judicature & de finance, ils peuploient de leuts
créatures la moitié de Saint-Domingue, Les trois
quarts des habitans de cet infortuné pays tenoient
a eux par l'efpérance 9 la reconnoifance ou la
crainte, & les agens du commerce les dominoient
tous par l'empire du befoin ou de l'intérêt. L'ordre
judiciaire, qui, même en preffirant l'homme de
Saint-Domingue, infpiroit ce fentiment de confiance que le malheureux place, avec confolation,
dans celui qu'il croit être l'ennemi de fon ennemi
l'ordre judiciaire
;
2 réformé par BRIENNE & LA
LUZERNE, étoit tout entier dans les mains.du
gouverneur & de l'intendant, & les fcélérats,
le defpotifme élevoit au fublime honneur de que
les hommes 9 n'étoient plus que les inftrumens juger ferviles de fes iniquités. Le
de leurs défaftreux
peuple, 2 autrefois, témoin
refte de pudeur ; mais jugemens, leur commandoit un
doutables tribunaux 9 depuis la réforme 2 ces re-
&
délibéroient dans le myftère - s
trafiquoient impunément de la juftice.
Telle étoit la fituation politique de Saint-Domingue 1 lorfqu'une cour
rendre la nation entière complice corrompue de fes 2 voulant
tions, fit convoquer les notables de P'Empire dépréda- &
définitivement les états-généraux.
e,
Quelques individus qui, s'ils ne connoiffoient
fes pas Saint-Domingue, , étoient tout au moins liés à
doute deftinées par leurs poffeffions 2 preffés 2 fans
fervir 2 leur par les circontiances, 2 & par le défir de
pays, 2 fe conilituèrent fes repréfentans.
Quelques citoyens, myftérieulément confultés à
Saint-Domingue l'affemblée
3 ratifiérent cet aéte illeégal, &
nationale les reçut dans fon fein.
A 2,
, , étoient tout au moins liés à
doute deftinées par leurs poffeffions 2 preffés 2 fans
fervir 2 leur par les circontiances, 2 & par le défir de
pays, 2 fe conilituèrent fes repréfentans.
Quelques citoyens, myftérieulément confultés à
Saint-Domingue l'affemblée
3 ratifiérent cet aéte illeégal, &
nationale les reçut dans fon fein.
A 2, --- Page 6 ---
64 )
Enméme-temps les citoyens de
fe réuniffoient fecrètement pour Saint-Domingue délibérer fur les
intérêts de leur pays. Les intrigues & les menaces
du gouvernement ne purent jamais arrêter leur
zèle, & la province du Nord, plus
de
l'oeil obfervateur des
forma cloignée
qui prépara la régénération tyrans, de 2 la colonie. un comité, Ses
vaux ceffèrent, fpontanément , au mois de tra- novembre 1789: : alors une affemblée provinciale
qu'il avoit organifce, confomma fon ouvrage, &,
d'une main hardie, * brifa le fceptre miniftéricl.
Les ennemis de la révolution, croyant perpétuer
le defpotifme fous les formes
avoient, jufqu'alors, cédé à la volonté démocratiques, du
mais lorfque l'assemblée provinciale du Nord peuple; développa fes principes régénérateurs, le confeil de
Saint - Domingue profcrivit les affemblées du
peuple 2 & provoqua le poignard affaflin contre
les citoyens qui oferoient les former. Tel fut l'arrêt
qu'il rendit le
décembre 1789... . 5 tel fut le
motif qui doethie les repréfentans de la
du Norda rétablir 2 le 4 janvier fuivant, 2 province le confeil fupérieur dont les avoit privés une politique
perfide.
La ville du Cap prit dès-lors une nouvelle
forme, & la révolution fe porta, fans effort, dans
toute la province du Nord. Les parties de
& du Sud, marchoient fur les mêmes erremens, T'Oucf
& toutes les intrigues de l'ariftocratie ne
arrêter le développemenrdes, droits facrés
purent
Le Port-au-Prince & les Cayes curent dupeuple. aufii leurs
comitds provinciaux.
MARBOIS &c LA MARDELLE, cffrayés de l'é-
prit dès-lors une nouvelle
forme, & la révolution fe porta, fans effort, dans
toute la province du Nord. Les parties de
& du Sud, marchoient fur les mêmes erremens, T'Oucf
& toutes les intrigues de l'ariftocratie ne
arrêter le développemenrdes, droits facrés
purent
Le Port-au-Prince & les Cayes curent dupeuple. aufii leurs
comitds provinciaux.
MARBOIS &c LA MARDELLE, cffrayés de l'é- --- Page 7 ---
(5)
normité de leurs crimes 2 redoutèrent la jufte vengeance d'un peuple trop long-temps opprimé; ; ils
allèrent, loin de Saint-Domingue, lui chercher
des ennemis & jouir de leurs coupables tréfors.
L'affemblée provinciale du Nord avoit d'abord
fait de tous les pouvoirs une confufion inévitable
dans les tranfitions rapides du defpotifme à la
liberté: mais bientôt elle organifa les autorités
conflitutionnelles 3 &, le 24mars 1790, elle arrêta la formation d'une municipalité pour la ville
du Cap.
C'eit ainfi que le peaple de Saint-Domingue
s'étoit fpontanément formé en affemblées primaires,
pour fe donner des repréfentans. L'ariftocratie 2 que
ledévcloppement de la force armée, avoit fait trembler, déguifoit fa rage impuiffante fous les dehors
d'une popularité perfide, & préparoit, par fesintrigues, la diffolution des corps populaires, ou le
renverfement de l'ordre focial. Cependant les élus
du peuple s'étoient réunis a Saint-Marc, &, par
leurs foins, la partie françoife de Saint-Domingne
alloit jouir des bienfaits de la révolution de la
France, fans avoirà gémir fur le deuil d'un feul
ciroyen. Bientôt on vit les deux provinces du Nord & de
POueft différer effentiellement. Des traitres s'étoient
glitfes au fein de l'affemblée provinciale du Nord :
& ce corps populaire. dégénéré defa première vertu,
ordonna la diffolution de la municipalité du Cap 9
dont le patriotifme éclairé arrêtoit avec courageles
convulfions du defpotifme.
Bientôt on vitl le régiment du Port-au-Prince,
qu'avoit féduit le colonel MAUDUIT, commander
A3
du Nord & de
POueft différer effentiellement. Des traitres s'étoient
glitfes au fein de l'affemblée provinciale du Nord :
& ce corps populaire. dégénéré defa première vertu,
ordonna la diffolution de la municipalité du Cap 9
dont le patriotifme éclairé arrêtoit avec courageles
convulfions du defpotifme.
Bientôt on vitl le régiment du Port-au-Prince,
qu'avoit féduit le colonel MAUDUIT, commander
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(6)
les délibérations du peuple, Les partifans, les gagiftes du gouvernement > de l'adminiftration des
finances & du commerce, formèrent une corporation liberticide, &le POMPON BLANCquI la caractérifoit, étoit le talifman protecteur des perfonnes
& des propriétés. Le fecret des correfpondances
étoit trahi dans les bureaux des poftes, par l'ordre
pofitif du gouvernement, & les citoyens étoient
arbitrairement vexés. 2 emprifonnés, expatrics.
Le comité de rOuef foutenoit cependant encore
la liberté chancelante dans ces contrées. Le gouvernement, fort du crédit de l'affemblée
ciale du Nord,
provinqu'il dirigeoit 9 fit marcher contre
lui lc colonel MA UDUIT, qui le dilperfa les armes
à la main. La nuit du 29 juillet 1790., fut
que fatale de cet affaffinar, qui n'étoit lui-méme Tépoque l'avant-coureur d'atrocités plus funeftes. Le
gouvernement effayoit ainfi fes forces & fon inAuence, pour frapper d'anéantiffement l'affemblée
générale.
En effet, l'affemblée provinciale du Nord, fit
bientôr marcher contre elle une armée, que commandoit le maréchal-de-camp VINCENT. Ce
fuppôr du defpotifme ne voulàt donner aux repré- digne
fentans du peuple que feize heures, pour
entre leur diffolution ou la mort 2 pendant opter
le gouvernement fe tenoit en mefure de diltri- que
buer la force armée du Port-au-Prince, par-tout
où le lui commanderoient les événemens : car
depuis la difperfion du comité. 2 les patriotes de
cette ville 2 alfervis, opprimés s ne pouvoient
arrêter fes complots.
plus
La province du Sud 2 qui s'étoit toujours foutenue
uple que feize heures, pour
entre leur diffolution ou la mort 2 pendant opter
le gouvernement fe tenoit en mefure de diltri- que
buer la force armée du Port-au-Prince, par-tout
où le lui commanderoient les événemens : car
depuis la difperfion du comité. 2 les patriotes de
cette ville 2 alfervis, opprimés s ne pouvoient
arrêter fes complots.
plus
La province du Sud 2 qui s'étoit toujours foutenue --- Page 9 ---
(7)
àla hauteur des principes facrés de la révolution ; fe
éteindre, dans les mains
leva toute entière pour
le flambeau
des citoyens
ou malveillans,
de la guerre Ee qu'allumoit le gouvernement.
La prefque totalité des campagnes des provinces
du Nord & de TOusf, que l'intrigue n'avoit réfifter pu
corrompre, s'armoit, comme elle, pour
à l'opprelfion.
Les agitateurs voyoient, avec délices,les appréts fur
d'une guerre qui devoit affcoir leur autorité difloles malheurs de tous, ils vouloient moins la
Jution de l'affemblée générale 2 que l'afferviffement affez
ou la ruine de la colonie. Cc n'étoit pas
d'écarter de ces contrées les principes régéque nérateurs de la France, ils vouloient renverler,
leur ruine,Tallembléer nationale elle-même, & fon
par
ouvrage.
les motifs fecrets
L'affemblée générale apperçut
de fes ennemis, 2 qui ne vouloient quun prétexte
agiter le peuple; ; elle crut voir la France
pour indignée de tant de perfidie, les écrafer de fa
puiflance ; &, dans cet efpoir, 2 elle fçût s'arracher
venir,à deux mille lieues,
à Saint-Domingue 2 pour
les dénoncer à la mère-patrie.
Les gouvernement s'attendoit a quelque réfiftance,
& fes fuccès mêmes déjouèrent fes projets. Il
préchoit la paix & l'obéiffance aux décrets de
l'affemblée nationale; mais il fouffloit, autour de
lui, tous les feux de la guerre. C'eft dans ces
difpofitious perfides, qu'il ordonna la formation
d'une nouvelle affemblée générale de la colonic
pour élever ce nouveau corps populaire contre celui
A 4
'attendoit a quelque réfiftance,
& fes fuccès mêmes déjouèrent fes projets. Il
préchoit la paix & l'obéiffance aux décrets de
l'affemblée nationale; mais il fouffloit, autour de
lui, tous les feux de la guerre. C'eft dans ces
difpofitious perfides, qu'il ordonna la formation
d'une nouvelle affemblée générale de la colonic
pour élever ce nouveau corps populaire contre celui
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(8)
qui venoit de fe rendre en France, & divifer ainfi
les citoyens.
Ce piège fut fagement écarté; mais les
teurs
agitaavoient des moyens plus terribles encore,
la révolte des hommes de couleur e nègres tibres.
Ces variétés de Thomme, qu'afiranchit la bienfailance des blancs & qu'enrichit leur bonté 1 formoit une population nombreufe, dont l'éducation
n'avoit pas affez modifié le premier caraétère. Le
gouvernement, qui jufqu'alors les avoient dégradés,
Jcur commandoit encore par les dchors
de la force, & par le fpectacle des décorations inipolans
militaires, qui toujours ont plus ou moins
la multitude. Déjà il les avoit armés dansles plaines frappé
du Cap, lorfque fes agens décrédités étoient fans
influence dans la province du Nord. Déjà il les
avoient armés pour marcher contre P'affemblée
nérale réunie à Saint-Marc. C'eft ainfi
gedes moyens criminels, il préparoit leur influence que par
dans lc fyftéme politique de Saint-Domingue,
Telle étoit leur attitude lorfqu'on vit paroitre
OGE,(1) qui, trop au-deflous defa miffion, ne fut
(1)] L'affemblée provinciale du Nord, coalifée avec
le gouvernement depuis que fes membres les plus
triotes en avoient été féparés pour ailer joindre leurs pacollègues à l'affemblée générale de Saint -
étoit en horreur a toute la province du Nord.S Sur Marc, vingt-
& cinq paroifies, dix & huit avoient pris jour pour lui
fubftituer une repréfentation nouvellc. Mais OcÉ leva
l'étendard de la guerre le jour mêmc où les
de
ces paroiffes devoient fe réunir, & la prefque députés totalité
d'entr'eux furent arrêtés prifonniers des hommes de couleur. C'eft ainfi que cette aflembléc évita fa diffolution.
province du Nord.S Sur Marc, vingt-
& cinq paroifies, dix & huit avoient pris jour pour lui
fubftituer une repréfentation nouvellc. Mais OcÉ leva
l'étendard de la guerre le jour mêmc où les
de
ces paroiffes devoient fe réunir, & la prefque députés totalité
d'entr'eux furent arrêtés prifonniers des hommes de couleur. C'eft ainfi que cette aflembléc évita fa diffolution. --- Page 11 ---
(9).
l'aveugle inftrument des agitateurs de l'empire. que A fa voix; fes frères fc montrèrent en armes
dans toutes les parties de Saint-1 Domingue, &
leurs premiers pas furent marqués du fang des
citoyens aflallinés fur leurs habitations dévaftées.
Les atteliers furent préparés à la révolte : mais
l'affemblée provinciale du Nord fut les prévenir,
& le fuccès de fes armes détermina le colonel
Maupurràmarcher contre ceux de POuef & du
Sud.
Le fang ne fouilla pas les campagnes du colonel; ; à fon afpect les révoltés mettoient bas les
armes, leurs chefs demeuroient fes prifonniers ;
& fous prétexte de les livrer au confeil du Portau-Prince, il écarta un interrogatoire dont il
redoutoit les fuites.
Le Nord fut moins heureux. QGÉ, long-temps
fugitif, fut frappé du glaive de la loi, pendant
QIeMAUDUIT afluroit Pimpunité de fes complices.
OGÉ, viétime infortunce des ennemis de la
révolution, tu voulus ne rien devoir qu'a la force,
& loin de croire à la juftice de tes bienfaiteurs,
tu crus à la promeffe empoifonnée des tyrans, &tu
portas dans ton pays tous les feux de la guerre. Le
repentir, il eft vrai, fuivit de près ton crime, & tit
gémis de ton égarement, de ton ingratitude, de la
féroce ignorance de tes frères 3 mais il n'étoit plus
temps : leur orgucii irrité par nos ennemis communs 2 s'indigna de ton fupplice; &, dans leur délire, ils jurérent la ruinc de Saint-Domingue.
Dans ces troubles paffagers, le gouvernement
effayoit fes forces & fon influences le glaive de
la loi, qu'il dirigeoit, frappoit les meilleurs ci-
tit
gémis de ton égarement, de ton ingratitude, de la
féroce ignorance de tes frères 3 mais il n'étoit plus
temps : leur orgucii irrité par nos ennemis communs 2 s'indigna de ton fupplice; &, dans leur délire, ils jurérent la ruinc de Saint-Domingue.
Dans ces troubles paffagers, le gouvernement
effayoit fes forces & fon influences le glaive de
la loi, qu'il dirigeoit, frappoit les meilleurs ci- --- Page 12 ---
(10)
toyens; 5 & le pompon blanc devint la mefure dela
juftice & de la faveur.
L'Ouef n'avoit plus d'affembiée adminiftrative.
Celle du Sud ne pouvoit reprendre la dignité que
luiavoit fait perdre le colonel; celle du Nord étoit
inquiétéc; les municipalités étoient diffoutes par
la force, & les citoyens qui les compofoient étoient
arbitrairement arrêtés, vexés, opprimés.
Telle étoit la fituation politique de Saint-Do- (
mingue, lorfque. deux bataillons, fameux par leur
civilme, furent annoncés au gouverneur BLANCHELANDE. Cet avis inattendu déjonoit fes complots;
mais, inépuifable dans fes intrigues, ilne défefpéra
pas d'égarer ces braves militaires, ou de paralyler,
tout au moins, leur bonne volonté.
Pour le faire avec fuccès, il expédia au commandant de la ville du Cap, l'ordre de faire entrer
au môle les vaiffeaux qui les portoient. Lh, foudroyés par les formidables batteries qui dominent
la rade, ils auroient reçu la loi du commandant
de cette place ; là, privés de tout commerce avec
les citoyens, on ne défeipéroit pas d'égarer leur
civifimne.
Mais les vents rendirent inutiles ces manoeuvres, & les vaiffeaux ftationnaires entrèrent au
Port-au-Prince.
BLANCHELANDE, incbranlable dans fa réfolution, épuifa tout ce que T'intrigue & l'autorité
pouvoient lui fournir de moyens pour perfuader
aux braves foldats de Normandie, Artois,, & du
corps d'artillerie, que leur préfence étoit inutile
dans une ville qui jouifloit, dans le çalme &
la paix, des avantages de la régénération de la
aux ftationnaires entrèrent au
Port-au-Prince.
BLANCHELANDE, incbranlable dans fa réfolution, épuifa tout ce que T'intrigue & l'autorité
pouvoient lui fournir de moyens pour perfuader
aux braves foldats de Normandie, Artois,, & du
corps d'artillerie, que leur préfence étoit inutile
dans une ville qui jouifloit, dans le çalme &
la paix, des avantages de la régénération de la --- Page 13 ---
(Ir) )
France. II voulut leur perfnader que leur icjour
ne feroit pas fans dangers dans cette contrée
infalubre; & le môle, au contraire, lui paroilfoit réunir tous les avantages d'un air pur,, d'un
féjour agréable & commode ; il ofa, le lâche
corrupteur. 9 leur promettre des boifons abondantes
& des femmes jolies.
Cette démarche criminelle ne fervit qu'a fa
honte, & l'arrivée de ces foldats de la liberté, 7
fut, pour le Port-an-Prince, l'aurore d'un beau
jour. Sa férénité fut cependant troublée par le
meurtre du colonel contre - révolutionnaire. Les
foldats de fon régiment le punirent dans leur
indignation de les avoir égarés; & leur retour àa
la vertu fut lui-méme un crime.
La hache
du bourreau devoit feule terminer fa vie fcélérate..
mais à Saint-Domingue, le glaive
de la loi r'auroit jamais atteint fa téte !..
Alors un nouvel ordre de chofes s'établit au
Port-au-Prince, & le peuple fe donna une municipalité dont la fagefle déjoua les intrigues
ennemies.
SIBLANCHELANDE. avoit eu le courage du foldat
ou les vertus du citoyen, il auroit péri, s'il n'avoit
arrêté le poignard homicide.
Mais le
traître; il vouloit du fang pour pétrir le levain
de la guerre civile; & loin de protéger le colonel,
il provoqua lâchement fa mort par fa fuite criminelle.
La modération des citoyens déjoua fes projets
défaftreux. La corporation atroce qu'il avoit formée, calculant fon impuiffance, jetta fon pompon blanc, & BLANCHELANDE alla porter au
n'avoit
arrêté le poignard homicide.
Mais le
traître; il vouloit du fang pour pétrir le levain
de la guerre civile; & loin de protéger le colonel,
il provoqua lâchement fa mort par fa fuite criminelle.
La modération des citoyens déjoua fes projets
défaftreux. La corporation atroce qu'il avoit formée, calculant fon impuiffance, jetta fon pompon blanc, & BLANCHELANDE alla porter au --- Page 14 ---
(12 )
CAP fes intrigues &c fes efpérances. Il y préfenta
la ville du Port-au-Prince comme le féjour du
crime; fes habitans comme des vils féduéteurs : &
les foldats de Normandie, Artois & du corps d'artillerie, comme des factieux. C'eft ainfi que, par
le parjure & la calomnie - > il préparoit > entre
CCS deux villes, une ciffion néceffaire a fes deffeins.
Depuis long - temps l'affemblée provinciale du
Nord 7 concentrant toutes les autorités 7 pefoit
fur le peuple, dont clle avoit toujours facrifié les
intérêts a l'arittocratie du gouvernement, de l'ordre
judiciaire & du commerce, toujours coalifés pour
le malheur de Saint-Domingue. BLANCHELANDE
qui, dans les jours de fa profpérité, 2 venoit de
détruire les corps populaires," s'étoit laflé de partager fon autorité avec elle, & peu de jours avant
fa fuite du Port-au-Princc, il jui avoit, infolemment, déterminé le cercle de fon autorité, Plus
fouple dans fes revers, il fçut, par fes intrigues
& les foins officieux de fcs agens, écarter le fouvenir pénible de cette querelle. BLANCHELANDE
& l'aflemblée provinciale du Nord, aimèrent mieux,
enfin, combiner leurs moyens, pour opprimer le
peuple, que d'exercer, chacun féparément, la portion d'autorité, dont la loi les inveltiffoit, pour
le bonheur de tous.
C'eit ainfi que BLANCHELANDE s'entoura de
douze commiflaires de cette affemblée, qui formoient fon confcilintime; c'eft ainfi que ccto officier
perfide vouloit opprimer ou dévafter Saint - Domingue, fous la refponfabilité de CC corps populaire, dont il fembloit n'être qu'un inftrument,
lorfqu'il lc dominoir à fon gré.
la loi les inveltiffoit, pour
le bonheur de tous.
C'eit ainfi que BLANCHELANDE s'entoura de
douze commiflaires de cette affemblée, qui formoient fon confcilintime; c'eft ainfi que ccto officier
perfide vouloit opprimer ou dévafter Saint - Domingue, fous la refponfabilité de CC corps populaire, dont il fembloit n'être qu'un inftrument,
lorfqu'il lc dominoir à fon gré. --- Page 15 ---
(13)
C'eft alors que, par fes proclamations, il invitoit le peuple à fe donner des municipalités, à
former une aflemblée coloniale, pendant que l'affemblieperiacisle.luNerd préfentoit des diflicultés,
& paralifoit ces difpofitions. Tels étoient enfin les
réfultats de la combinaifon perfide del'arillocratie
& du delpotifme.
Ce fut à peu près dans ces circonftances
apprit, à Saint-Domingue, l'émiflion du Sen
du 15 mai 1791. Le peuple colon s'indigna moins
de l'aéte en lui-même, que du parjure de l'affem-.
blée conftituante, qui avoit promis de ne porter
aucune loi fur les colonies, que d'après le voeu
ipontané des affemblées coloniales alors exiftantes.
BLANCHELANDE qui, dans des conjonaures différentes 2 s'eft montré l'apôtre des droits politiques
des hommes de couleur, juroit alors de
de toute fa
à
Soppolene
puiffance, f'exécution d'une loi,
lui fembloit devoir amener la difiolution du fyl- qui
tême focial. Il efpéroit entraîner, par fon exemple, 7
le peuple de Saint-Domingue, & lui rendre odieux
Pailemblée nationale & fon ouvrage. L'affemblée
provinciale du nord fe préparoit 2, d'accord avec
lui, à repouffer les vaifléaux de la France. Des
régimens patriotes 2 que Béhague rejettoit des iles
du vent, furent écartés, & cependant BLANCHELANDE demandoit an miniftre de la marine des
troupes allemandes, pour renforcer les garnifons
de Saint-Domingue.
Les habitans de la province de Touen, ceux
fur-tout de la ville du
indignés
de
Porr-au-Prince,
tant de perfidies, fe donnèrent une affemblée
adminiltrative; pour veiller à leurs intérêts. Cette
2 que Béhague rejettoit des iles
du vent, furent écartés, & cependant BLANCHELANDE demandoit an miniftre de la marine des
troupes allemandes, pour renforcer les garnifons
de Saint-Domingue.
Les habitans de la province de Touen, ceux
fur-tout de la ville du
indignés
de
Porr-au-Prince,
tant de perfidies, fe donnèrent une affemblée
adminiltrative; pour veiller à leurs intérêts. Cette --- Page 16 ---
(14)
affemblée, dont les principes auflères ne composèrent janiais avec le crime 2 ne tarda pas à
un oeil fcrutateur fur le confeil fupérieur du porter Portau-Prince.
Depuis la réforme opérée dans l'ordre judiciaire,
par les miniftres de Verlailles, l'or & la faveur
étoient la mefure de la juftice : les juges trafiquoient, > fans pudeur 2 de la fortune, de la vie,
de l'honneur des ciroyens 5 ils étoient l'opprobre
& la terreur de la fociété. Ces confidératious puiffantes déterminèrent l'aflemblée adminiftrative de
TOuef, à fufpendre, dans ces mains impures,l'exercice des fonétions faintes de la judicature. Les
repréfentans du peuple confirmérent cet arrêté,
lorfqu'ils furent formés en affembiée coloniale.
Cette aflemblée fe conftitua, le 6 août, a Léogane; elle s'ajourna au Cap pour le 25 du même
mois, & le 21,, éclata, dans les plaines voifines
de cette ville, le plus affreux des incendies.
Nous vimes autrefois les reprélentans de SaintDomingue fe réunir à Saint - Marc. Aufli-tôr,
milleintrigues préparérent lenr diffolution I prochaine,
& les hommes de couleur fe montrérent, en armes
dans les provinces de T'Ouefl & du Nord.
D'après les difpofitions du décret du I2 octobre
1790, BLANCHELANDE prociama la formation
d'une nouyelle affemblée coloniale; mais, à côté
delui étoient l'aflemblée provinciale du Nord, &
les ariftocrates dela Croir-de-Bouguets; qui
lisèrent impunément, & le décret, & la procla- paramation.
Enfin, le peuple fe donne, fpontanément, des
repréfentans quis'ajournentau Cap, pourle2; août,
du décret du I2 octobre
1790, BLANCHELANDE prociama la formation
d'une nouyelle affemblée coloniale; mais, à côté
delui étoient l'aflemblée provinciale du Nord, &
les ariftocrates dela Croir-de-Bouguets; qui
lisèrent impunément, & le décret, & la procla- paramation.
Enfin, le peuple fe donne, fpontanément, des
repréfentans quis'ajournentau Cap, pourle2; août, --- Page 17 ---
(I5)
&,le 21, les plaines de cette ville n'offrent plus
que le fpedtacle affreux de la dévaftation & de la
mort.
Ces nouvelles calamités n'empéchèrent
la
formation de l'affemblée coloniale, mais CAula
CHELANDE, fort du parti qu'il s'y étoit donné, ne
défefpéroit pas de la diriger à fon gré; & pour.
avoir la melure de fon influence, iffit donner, >
par fa femme, à CADUCHS, préfident de cette
affembléc, une toque au panache noir & blanc 2
à la cocarde noire 2 dont le traitre couvrit fon
front d'airain.
Alors, par les intrigues de CADUCHS 2 les
membres de l'aflemblée coioniale furent revêtus
d'une écharpe noire, 2 fous des prérextes frivoles 9
qui ne laifsérent pas d'en impofer aux patriotes.
Par des motifs à-peu-près pareils, l'aflemblée provinciale du nord eut fes écharpes rouge. Ces couleurs ennemies furent préfentées comme les fignes
du deuil de la colonie, & du fang verfé dans ia
province du Nord.
Alors, furent ctfaccs, par les foins de GAUVIN,
négociant du Cap, ces mots : LA NATION, LA
LOI, &c. qui ornoient le temple oùt fe réunifloit
l'affemblée coloniale.
Alors, des orateurs malveillans 2 ou égarés 2
blafphémoient l'aflemblée nationale, & cent mille
révoités, couverts du fang des blancs, la torche 8c
le poignard à la main, leur paroifloient moins
dangereux que l'affemblée nationale.
Cependant, la révolte alloit toujours croiffant,
& BLANCHELANDE, entouré de dix mille hommes
da'rmes, loin d'en arrêterles premiers mouvemens,
2 ou égarés 2
blafphémoient l'aflemblée nationale, & cent mille
révoités, couverts du fang des blancs, la torche 8c
le poignard à la main, leur paroifloient moins
dangereux que l'affemblée nationale.
Cependant, la révolte alloit toujours croiffant,
& BLANCHELANDE, entouré de dix mille hommes
da'rmes, loin d'en arrêterles premiers mouvemens, --- Page 18 ---
(16)
fe renferma dans la ville, feignant de la croire
menacée d'un grand danger 5 & pour comble d'infortune, il fçut faire foupçonner la fidélité des
nègres qui demandèrent inutilement des armes pour
combattre les révoités, auxquels ilr n'oppofoit même
pas une force d'inertie.
Mais, le 13 feptembre 1791, Jorfqu'après avoir
incendié la plaine, depuis le Limbé jutqu'a Limonade, les brigands repofoient indolemment fur les
ruines qu'ils avoient faites, BLANCHELANDE envoya TOUZARD, 3 ROUVRAY, CAMBEFORT, à
la tête de trois mille hommes, les harceler & les
chaffer des quartiers dévaftés ; il faifoit fufiller les
atteliers qui, fidèles à leurs maîtres, 9 fe rendoient
fous fes drapeaux; il faifoit brûler les bâtimens
échappés au premier incendie, & pouffoir ainfi
dans la montagne les révoltés, dévorés de rage
& de défefpoir.
Les citoyens de couleur, & nègres libres, déchiroient le voile qui, dans les premiers jours, avoit
couvertleurs liaionsavecles révolrés. Ainfi qu'eux,
ils fe baignoient du fang des blancs, & plus égarés,s'il eft poflible, ils inventoient des fupplices
nouveaux ; un drapeau blanc, fur lequel étoit écrit
VIVE LOUIS XVI, marchoit devant eux; la cocarde blanche remplaçoit les couleurs nationales :
GENS DU ROI étoit leur cri de guerre.
Ceux du Cap, du Môle, de la Marmelade,
de la Grande - rivière d'Ennery, du Borgne, de
Plaifance, &c. méritérent conftammentla confiance
& Pamitié des blancs. Ces fentimens réciproques
ne furent jamais altérés; & lorfqu'au Cap, dans
les premiers jours de la révolte, des blancs, 2
aflaflins,
leurs nationales :
GENS DU ROI étoit leur cri de guerre.
Ceux du Cap, du Môle, de la Marmelade,
de la Grande - rivière d'Ennery, du Borgne, de
Plaifance, &c. méritérent conftammentla confiance
& Pamitié des blancs. Ces fentimens réciproques
ne furent jamais altérés; & lorfqu'au Cap, dans
les premiers jours de la révolte, des blancs, 2
aflaflins, --- Page 19 ---
(17)
affaflins, ftipendiés fans doute par les
portèrent le poignard homicide fur neuf agitateurs $
de couleur. Leurs frères, loin de s'armer citoyens
les blancs, vinrent le Jetter dans leurs bas contre
teurs, & leur attènte ne fut pas vaine. Leurs ptotec- affaffins difparurent de la fociété. C'ef ainfi qu'en
France les contre - révolutionnaires ont
armd quelques fcdlérats contre la focicté ; c'eft toujours ainfi
qu'ils ont armé une portion du peuple contre ane
autre portion 9 pour décréditer la révolution.
:: Les hommcs de couleur de T'Ouef, au
fe raffemblérent à la
contraire,
Choie-des-Houguete, , à Léogane, au Mirbalais, fous les aufpices des JUMECOURT, des COUTART, des VILLARS, &c.
L'homme affligé des défaftres des
Nord & de TOucf,fe tournoit vers celle provinces du
du
& ne défelpéroit pas encore du falut de Sairit- Sud,
Domingne: On ne pouvoit croire alors que cette
province, 2 feroit, un jour, le tombeau des
traitreufement affaflinés par des affranchis blancs,"
de leurs bienfaits, pardes affranchis
comblés
s'indigner de ce que la nature offroit qui fembloient
la donleur,
un terme à
Dans les premiers jours de la révolte, les
tans de la province du Nord fe raffemblerent habides points divers, pour combattre leurs affaflins. dans
Ceux qui s'éroient réunis aux
au Dordon, a
Mornats;
Sainte-SuRanne, au Moka, à
peu nombreux, fans armes, 2 fans
Valière, fe
foutinrent quelque temps par leur munitions,
Jeur courage, Maitres des
intelligence &c
ronnent'la plaine incendiée montagnes qui CO.-
noient les révoltés, & affuroient 9 leurs leur camps défaite contepro:
B
, pour combattre leurs affaflins. dans
Ceux qui s'éroient réunis aux
au Dordon, a
Mornats;
Sainte-SuRanne, au Moka, à
peu nombreux, fans armes, 2 fans
Valière, fe
foutinrent quelque temps par leur munitions,
Jeur courage, Maitres des
intelligence &c
ronnent'la plaine incendiée montagnes qui CO.-
noient les révoltés, & affuroient 9 leurs leur camps défaite contepro:
B --- Page 20 ---
(18)
chaine ; mais BLANCHELANDE. 2 dont ils réclamoient les fecours les plus prompts, les laifla fe
confumer & périr 1 , pendant qu'il envoyoit trois
mille hommes donner chafle auxrévoltés qui, néceffairement, refouloient dans la montagne. Alors,
les citoyens qui défendoient ces poftes intéreffans,
furent écrafés fous les efforts, fans ceffe répétés,
de leurs nombreux ennemis.
Ceux qui s'étoient échappés par la fuite crurent,
inutilement, trouver un alyle chez les Efpagnols.
Les inforrunés farent livrés, 9 à prix d'argent, aux
révoltés qui payoient ainfi le piaifir exécrable de
fe nourrir du fpeéacle atroce du fupplice des
blancs (1),
Alors, les montagnes de la province du Nord
furent incendiées;
Alors s'établirent, entre les révoltés & les Efpagnols, des relations politiques & commerciales.
Én échange de quelques armes, de queiques munitions, les Epagnols recevoient les riches dépouilles
des blancs aflallinés, leurs meubles, leurs denrées,
leurs bêtes de fomme, ceux de leurs nègres que
leur jeuneffe cu leur fidélité rendoient inutiles à
leurs deffeins 5
Alors, eufin 2. les campagnes fertiles de TER, 9
dominées par ies montagnes dévaftées, étoient ouvertes 2ux brigans.
BLANCHELANDE, commandé par la clameur
publique, avoit donné au citoyen dAssas,digne
heritier d'un nom cher à la France, la difpoli-
(t) Les Efpagnols recevoient 24 liv. pour chaque
wictime qu'ils livroient aux révoltés.
deffeins 5
Alors, eufin 2. les campagnes fertiles de TER, 9
dominées par ies montagnes dévaftées, étoient ouvertes 2ux brigans.
BLANCHELANDE, commandé par la clameur
publique, avoit donné au citoyen dAssas,digne
heritier d'un nom cher à la France, la difpoli-
(t) Les Efpagnols recevoient 24 liv. pour chaque
wictime qu'ils livroient aux révoltés. --- Page 21 ---
(19)
tion d'und détachementde quatre cents hommes, qu'il
luipromit ddpejni@berdegemt DASSAS,
par des combinaifons judicicufes, choift un pofte
(le Mornc-d-1 Beckli ) gu'il (çut rendre inexpugnable, pardes foi tifications bien entendues. Etabli
dans CCS retranchemiens, ii commandoiz la
& couvroit tous les quartiers de VEM. Si plaine, BLAN- 2
CHELANDE eut tenu fa promefie, d'ASSAS alloit
fe porter dans la montagne, 2 pour en feconder les
habitans 2 & reconquérir les quartiers dévaltés.
La CESSOIENT LES, MALHEURS DE SAINTDOMINGUE.
BLANCHELANDE, au contraire, fit une fortie
contre les nègres raffemblés fur les habitations
Dagoult & Galifet. Cctte attaque, méchamment
annoncée quinze jours d'avance, fat fans fuccès :
les nègres prévenus avoient fi dans la montagne.
Si BLANCHELANDE eût fourni à D'ASSAS le
quart des troupes qu'il fit marcher à cette inutile
expédition 2 les révoltés auroient cté contenus dans
la plaine, 9 par quelques poftes dont les localités
rendent la diltribution facile, La clameur
des avis particuliers 9 la raifon, indiquoient publique, cette
mefure; mais BLANCHELANDE, plus foigneux de
provoquer la révolte, que d'en arrêter les effets,
envoyoit en même-temps quinze cents hommes fe
fariguer & périr dans lcs marais infalubres des
quartiers du Limbé, de Accul, A leur afpect, les
révoltés fuyoient dans la montagne. 2 & revenoient,
l'inftant d'après, fur le terrein qu'avoit abandonné
cette armée.
Cette campagne fut défaftreufe autant
les foldats,
qu'inntile:
empoifonnés par un air impur Cz
B %
envoyoit en même-temps quinze cents hommes fe
fariguer & périr dans lcs marais infalubres des
quartiers du Limbé, de Accul, A leur afpect, les
révoltés fuyoient dans la montagne. 2 & revenoient,
l'inftant d'après, fur le terrein qu'avoit abandonné
cette armée.
Cette campagne fut défaftreufe autant
les foldats,
qu'inntile:
empoifonnés par un air impur Cz
B % --- Page 22 ---
( 20 )
par les mauvais alimens que leur fourniffoit
une adminiftration corrompue, épuifés par la fatigue & fouvent par la faim, portérent, à leur
retour, le germe d'une maladie funefte, dont le
développement couvrit
de deuil,
La ville dn
Saint-Domingue
Capalloit 5 enfin, 9 tomber, fans
au pouvoir des révoltés 2 fi les
défenfe,
qu'alors n'avoient confulté que citoyens, leur zèle quijuf- & leur d
courage > euffent encore fait une nouvelle cam--
pagne.
Les défordres de la province du Nordfe feroient
inévitablenent propagés dans celle de
fi
les habitans du Dondon, de la Grande-rivière- rOuef,
d'Ennery, des Gonayves, de la Marmelade,ide
Plaijince, &c. n'en avoient arrêté le cours par. la
réunion prompte de leurs forees. Ils formèrent un
cordon, que la ville du Port-au-Prince, fi Jàchement calomnice par l'ignorance égarée ou
la perfidie des contre-rérolarionnaires difléminés par
même en France, fous le mafque du
$ 3
fortifia d'une partie de fa garnifon. () patriotifme Des détachemens de fa garde nationale, de Normandie,
Artois, 7 & du corps d'artilierie, tous
zélés pour la révolution
également
lieues, fecourir
2 vinrent, de foixante
leurs frères menacés d'une ruine
prochaine, pendant que BLANCHELANDE, à la
au-Prince (1), La municipalité d'Ennery fit connoître au Portfa fituation périlleufe, > & le citoyen
dont le civifine avoit mérité fa confiance, fut chargé Brulley, de
cetteimportante & le Port-au-Prince miffion; elle cut le plus heureux fuccès,
fauva la province de 1 Queft.
2 vinrent, de foixante
leurs frères menacés d'une ruine
prochaine, pendant que BLANCHELANDE, à la
au-Prince (1), La municipalité d'Ennery fit connoître au Portfa fituation périlleufe, > & le citoyen
dont le civifine avoit mérité fa confiance, fut chargé Brulley, de
cetteimportante & le Port-au-Prince miffion; elle cut le plus heureux fuccès,
fauva la province de 1 Queft. --- Page 23 ---
2 21 1 )
tête de dix mille hommes, fe renfermoit dans la
ville du Cap, ou couroit méchamment dans les
plaines du Nord.
BLANCHELANDE n'avoit pu cmpécher la formation de Ce cordon redoutable aux brigands;
mais ilavbit le droir de donner un chef aux citoyens quile formoient. Plufieurs d'entr'eux avoient
mérité T'eflime d la reconnoiflance de touela COlonie ; ils avoient la conhance de leurs compagnons d'armes. Cesavantages ne purentleur mériter
lattache de BLANCHELANDE: : comme s'il fiffifoit
d'avoir mérité fon eftime pour ne pas avoir fa confiance. CAZA-MAJOR, fon agenta au Port-de-Paix,
remplaça ces braves patriotes.
Ce nouveau chef n'avoit pas la confiance des
citoyens, & ne fit rien pour la mériter. Ses intrigues femérent bientôt la difcorde dans les paroiffes voifines. Des officiers militaires, dangereux
par leur nombre & la nature de leurs fondions,
remplacèrent les municipalités difperfées. On effayoit ainfi les formes de l'ancien régime : & cette
partie de ja province fut long - temps dans une
anarchie dont les fuites auroient été funeftes,
l'atfemblée coloniale n'eût déjoué tant d'intrigues 2 fi
par fa juftice & fa fermeté.
Les événemens fe prefioient alors avec une rapidité étonnante, & l'affemblée coloniale eut bcfoin
de toute fa fagefle, pour ne pas fe brifer à chaque
inftant contre les piéges que lui tendoient les malveillans. BEHAGUE avoit fubjugué les patriotes
des Antilles du Vent : GIRARDIN & fon efcadre
lui étoient inutiles; il les envoya vers Saint-DoB 3
juftice & fa fermeté.
Les événemens fe prefioient alors avec une rapidité étonnante, & l'affemblée coloniale eut bcfoin
de toute fa fagefle, pour ne pas fe brifer à chaque
inftant contre les piéges que lui tendoient les malveillans. BEHAGUE avoit fubjugué les patriotes
des Antilles du Vent : GIRARDIN & fon efcadre
lui étoient inutiles; il les envoya vers Saint-DoB 3 --- Page 24 ---
(22) )
mingue. Leur arrivée ramena lefpérance du peuple,
qui ne connoifloit pas leur religion. Mais à peipe
avoient-ils mouillé en rade 7 que les principes
liberticides des officiers & fous-officiers le développèrent avec fureur. Ces forcends fe répandirent
nuitamment dans la ville, la torche ala main 2
provoquant les nègres à ia révolte. ils osèrent
blafphamer la révolution, & confpuer la cocarde
tricolore, Ils osérent invoquer des hommes ennenis de la France, & menacer les citoyens de les
ramener, par la force, fous le joug du tyran,
ou de les faire affafliner par les hommes de couleur & les nègres. L'indulgente bonté du peuple,
la circonfpccion que fe devoit l'aflemblée coloniale, toujours cciomniée, meme au fein de Paffemblée nationale 2 fauvèrent les traitres 2 que
BLANCHELANDE protit de dénoncer au miniftre.
L'impunité fiivit leur crime; & BLANCHANDE
fut encore infidele à fes fermens.
Les camps que BLANCHELANDE avoit établis
dans la plaine du Cap, étoient frappés du même
vice : iis n'otoient pas Pécole de la liberté,
ROUVRAY, cet homme coupable, qui trois mois
avant la révolte, écrivcit à Liger-Duval (r) que
(1) Tiger-Duval étoit membre de l'affemblée coloniaie : il n'étoit pas ariftocrate, mais aufli n'avoit-il
pas le courage d'être patriote. Ileft vrai qu'on ne prenoit pas 3 fans danger, cC faint caraétère. Ile communiqua
cette lettre à douze autres membres de l'aflemblée COlonialc. Le temps n'ctoit pas alors opportun pour la dénoncer ; mais dès quelcs commiflaires ROUME, MIRRECK & SAIRT-LÉGER furent arrivés, on s'cmpreffa
ecla leur commuisiguer. RouyRar, difbient-ils, des
avoit-il
pas le courage d'être patriote. Ileft vrai qu'on ne prenoit pas 3 fans danger, cC faint caraétère. Ile communiqua
cette lettre à douze autres membres de l'aflemblée COlonialc. Le temps n'ctoit pas alors opportun pour la dénoncer ; mais dès quelcs commiflaires ROUME, MIRRECK & SAIRT-LÉGER furent arrivés, on s'cmpreffa
ecla leur commuisiguer. RouyRar, difbient-ils, des --- Page 25 ---
(23) )
bientôt la France feroit en proie aux horreurs de
la guerre civile, & dominé: par cing-cents mills
Allemands, qui viendroicnt jctier par lesfenêires
lacanaille légifative, & rétablirleroi dans Jes droits
hérèditaires. ROUVRAY, qui difoit que la cocarde,
noire étoitle feul Talifman quip pit fauver
Saint-Domingue de la révolte & de lineendie,
corrompoit fon armée. CAMBEFORT, TOUZARD,
PorTOU, PICHON 2 LIÉGARD le facondoient, &
fi leg citoyens & la troupe de ligne n'avoient pris
la cocarde blanche, ils s'étoient, au moins, couverts de cocardes jaunes & vertes. (r) L'ASSEMvoit périr fur un échafaud ROUVRAY DEVINT LEUR
PLUS INTIME AMI.
Cette lettre fut enfin dénoncée à l'affemblée coloniale, & Licen-Devatrepondr. I qu'il l'avoit brûlée. -
Ii MENTCIT.
Cette Icttre avoit été lue chez. Poncignon , en préfence de Laval, Demun, Gault, Jourjon, Berauit,
Dubourg frères, Loir, Condemine s Leaumont & Page,
qui laf fit denoncer en même-temps qu'il démafquoit les
incendiaires de Saint-Domingue.
(1) L'affemblée coloniale étoit menacée d'une diffolution prochaine i les hommes de couleur, ou plutôt
ceux qui les agitoient faifoient foufcrire cette diffolution
aux habitans des campagnes, que la terreur & l'efpérance entraînoient. Nourris depuis quelque temps dans
les camps, les citoyens n'efpércient plus que par cette
mefure 5 & déjà des livrées étrangères remplaçoient lcs
couleurs nationales. Telle étoit leur attitude, lorfque le
8novembre 1791, ils furentinvités à venir délibérer, au
fein de l'affembiée coloniale, fur les moyens de sûreté
publique. BLANCHELANDE, 5 TOUTE SON ARMÉE,
P'ADHINISTRATEUR DES FINANCES ET SES OFFI+
B 4
'efpércient plus que par cette
mefure 5 & déjà des livrées étrangères remplaçoient lcs
couleurs nationales. Telle étoit leur attitude, lorfque le
8novembre 1791, ils furentinvités à venir délibérer, au
fein de l'affembiée coloniale, fur les moyens de sûreté
publique. BLANCHELANDE, 5 TOUTE SON ARMÉE,
P'ADHINISTRATEUR DES FINANCES ET SES OFFI+
B 4 --- Page 26 ---
24) )
BLÉE COLONIALE FROSCRIVIT CES COULEURS
ENNEMIES.
L'Ouef étoit alors opprimé, HANUS-DE-JUMECOURT, VILLARS, COUTARD. D'AULNAY
DE CHITRY, &c., d'accord avec Blanchelande,
s'étoient mis à la téte dés hommes
pour difloudre les municipalités, & fc descoulew, revétir du
commandement abfolu, Ils avoient fait foulcrire à la
province de P'Ouefd des traitds de paix - commandés
la torche & le poignard à la main ; &, fous prétexte de faire jouir les hommes de couleur de l'activité politique, ils provoquoient la diffolution
de tous les corps popalaires. Ils efpéroientt certainement ne les rétablir jamnais, & dominer avec
CIERS > LES TRIBUNAUX DE JUSTICE, L'ASSEMBLÉE FROVINCIALE DU NORD, cempofoient cette
affembléc, dans laquelle les rubans jaunes & verts fembloient défier quclques cocardes nationales modeltement
cachées dans la foule.
Je connoiffois l'ariftocratie des officiers de ligne, d'ad.
miniftration, de juftice, & de la majorité de l'afiemblée
provinciale du Nord; mais je connoiffois auffi le civifme
de la garde nationale & de la majorité de l'affemblée COioniale :je vis qu'elle ne confidéroit pas les couleurs étrangères comme un figne de révolte, mais comme un moyen
de reconnoiffance que leur avoient donné les généraux
CAMBEFORT & TOUZARD.
Je crus qu'il étoit temps de détromper le peuple.
me parai d'une ample cocarde tricolore, que
Jc
fentai comme le figne caraétériftique du citoyen. je prédémontrai à BLANCHELANDE que toute fa conduite Je
politique & militaire étoit le complement de la fcélératefle ou de l'ignorance. Je le défiai de venir avec moi
rendre compte de fa conduite à Paflemblée nationale &c
au roi. Il balbutia çuclques mnots, &: les rubans jaunes
& verts furent remplaces par lcs coulcurs nationales,
Jc
fentai comme le figne caraétériftique du citoyen. je prédémontrai à BLANCHELANDE que toute fa conduite Je
politique & militaire étoit le complement de la fcélératefle ou de l'ignorance. Je le défiai de venir avec moi
rendre compte de fa conduite à Paflemblée nationale &c
au roi. Il balbutia çuclques mnots, &: les rubans jaunes
& verts furent remplaces par lcs coulcurs nationales, --- Page 27 ---
(25)
plus d'empire: : parce que les corps populaires 2e 9
quoique fouvent agités par la cabale contre-révolutionnaire, quoique toujours calomuiés, déchirés
impudenment par des hommes maiveiliuns, minifeitoient du courage, des talens d des vertus;
ils préfentoient encore un point de railienient,
un centre d'aétivité qui dejouoient les traitres.
Le Sud, qui jufqu'alors avoit joui d'une apparente tranquilité, à la faveur des concordats que
les blancs avoient Ipoutanément fouferits avec les
hommes de couleur, fat, 2 à fon toir, agité, L.cs
hommes de couleur, parjures à leurs traités, a
leurs fermens, fe raffemblerent en armes, farprirent les blancs dans leur aveugle confience, les
délarmèrent, s'emparèrent des fortifications, difpersérent les municipalités, & portèrent le poignard
homicide dans le fein des meiileurs patriotes.
L'aflemblée coloniale recevoit alors, de toutes
les parties de Salint-1Domingue, des adrcffes, des
délibérations, oavrages de la loduétion ou de la
crainte: Mais elle eut la fageffe de voir que fes
ennemis ne vouloient fa diffolution que pour élever
fur fes ruines le trône du defporifme. Ces confidérations amenérent fon arrêté du 5 novembre
1791, dans lequel les hommes de couleur trouvoient ie pardon de leurs attentats, & l'affurance
d'étre encore l'objet. de la follicitude de leurs
patrons, Ce n'eft pas dans un temps de révolte
d de crime que les repréfentans da peupie 1 trop
occupés du loin de rétablir l'crdre & la paix,
peuvent préparer les loix de Saint- Domingue,
difoit Paflemblée coloniale aux hommes de couleur & nègres libres. Vous avel, ians doute, des
de couleur trouvoient ie pardon de leurs attentats, & l'affurance
d'étre encore l'objet. de la follicitude de leurs
patrons, Ce n'eft pas dans un temps de révolte
d de crime que les repréfentans da peupie 1 trop
occupés du loin de rétablir l'crdre & la paix,
peuvent préparer les loix de Saint- Domingue,
difoit Paflemblée coloniale aux hommes de couleur & nègres libres. Vous avel, ians doute, des --- Page 28 ---
(26)
droits à exercer, mais c'eft à Paffemblée nationale
fcule à prononcer, puifqu'elle s'en eft réfervé le
droit, puifqu'enfin, par fon décret du premier
foviier 1791, elle défend à l'affemblée coloniale
de mettre à exécution aucun de fes arrêtés fur e
Torganifation de la colonie, avant l'arrivée des
commiffaires civils Vous avez des droits à
exercer: 3 mais la révolte, le meurtre & l'incendie
ne peuvent les légitimer. Ecartez ces moyens crimincls, comme Faflemblée coloniale en ecarte le
fouvenir ; réuniffez-vous aux blancs, vOs patrons,
vos bienfiteurs, 2 VOS pères, & l'affemblée coloniale, plus libre, s'occupera d'un plan de légiflation, qui affurera le bonhcur de tous.
Ces difpofitions bienfaifantes de l'affemblée COloniale furent confpuées parles hommes de couleur.
Ceux de la partie de TEM dela province du Nord,
fe coalisèrent avec les nègres. TOUZARD, chargé
de la defenfe de cette portion de la province,
compofa avec eux, leur laiflà leurs armes, leurs
(I) L'affemblée conftituante, flottant toujours entre
les intrigues des miniftres 1 les paffions des dcux partis
qui la divifoient, la cupide ariftocratie du commerce,
le crédit de quelques préfomptueux, qui fe donnoient
P'air de connoitre les colonies, ne porta jamais pour
Saint-Domingue que des décrets défafireux. Celui du
premier février 1791 2 fur-tout déforganifé cette colonic; ila paralyfe l'assembléc coloniale, qui fe trouvoit
placce entre la néceflité de donner l'aétivité politique aux
hommes de couleur, armés deia torche ô du poignard,
& l'impuiflance de porter une loi pareille, fans s'expofera unc défobcifance formelle aux décrets.
pour
Saint-Domingue que des décrets défafireux. Celui du
premier février 1791 2 fur-tout déforganifé cette colonic; ila paralyfe l'assembléc coloniale, qui fe trouvoit
placce entre la néceflité de donner l'aétivité politique aux
hommes de couleur, armés deia torche ô du poignard,
& l'impuiflance de porter une loi pareille, fans s'expofera unc défobcifance formelle aux décrets. --- Page 29 ---
(27)
munitions, maltraita les blancs de fon armée 1 qu'il
fatiguoit par des courfes inutiles & pénibles, 2 facilita la défertion des foldats, 7 & congédia les
citoyens. Alors il méconnut le corps populaire du
Fort-Dauphin, & fe faitit de toutes les autorités.
Alors ii dilpola fes troupes de maniere à les livrer,
fans réfiflance, 2 aux révoltés, qui les aflaffinérent
au milieu des horreurs de l'incendie qu'is allumèrent dans ces quartiers.
Alors ii quitta le Fort-Dauphin pour aller dans
P'Amérique angloite, dépofer les richefies dont il
s'étoit emparé par le moyen des révoltés.
Telle fut la marche conftante du gouvernement,
qui, pour ménager aux révoltés tous les avantages,
fatignoit les blancs par des courfes pénibles; ; ctablifloit enfuite leur confiance par des traités, pour
les faire égorger inopinément.
C'eft par de telles mancenvres 2 qu'il amena
la défaftreufe journée du 21 novembre, époque
fatale au Port-an-Prince. ( Aux quinze-cents ci-
>> toyens de couleur entrés en ville au 24 octobre,
>> pluifieurs auttes détachemens de deux ou trois-
> cents hommes étoient venus fe joindre fuccef-
> fivement. L'inquiétude dcs blancs devint grande
> cn proportion de cette affluence ; ils en con-
> çurent des préfages terribles, qui ne tardèrent
> pas à fe réaiiler.
< Un nègre non libre, alors tambour dans
>> l'armée des citoyens de couleur, 2 attaque dans
5 la rue un canonnier national, & tente de le
>) défarmer. Le fabre dé celui-ci fe brife entre
> leurs mains 5 le nègre eft arrêté par un mulâtre
b & trois gendarmes, conduit à la municipalité,
luence ; ils en con-
> çurent des préfages terribles, qui ne tardèrent
> pas à fe réaiiler.
< Un nègre non libre, alors tambour dans
>> l'armée des citoyens de couleur, 2 attaque dans
5 la rue un canonnier national, & tente de le
>) défarmer. Le fabre dé celui-ci fe brife entre
> leurs mains 5 le nègre eft arrêté par un mulâtre
b & trois gendarmes, conduit à la municipalité, --- Page 30 ---
(28)
4 livré à la commiffion prévôtale, condamné a
> être pendu, & exécuté de fuite >.
>> A peine cette exécution fut-elle faite,
>9
qu'un
canonnier national, chez lequel logeoit le
>
général
des ciroyens de couleur 2
en paffant
>
tombe,
devant un de leurs corps-de-garde fous une dé-
> cbarge de fept coups de fufils; aufli-tôt l'alarme
>> fe répand dans tous les
la générale
>>
quartiers;
fe fait entendre dans les cafernes des citoyens
> de couleur; les gardes nationales s'affemblent,
>) & demandent les affaflins du canonnier; les
>) hommcs de couleur les refufent 5 les patrouillcs
> & les corps populaires s'oppofent, envain, aux
> préparatifs de vengeance qui fe font de part
>> & d'autre ; la fureur étoit à fon comble 5 la
> générale, trois fois fiifpendue, reprend à trois
>> reprifes difieientes.
> Les baraillons de Normandic, Artois, & le
> corps d'artillerie, amis des blancs, amis des
> hommes de couleur. 9 & n'ayant d'autre but que
> Ja paix & la tranquillité publique 9 tentérent en
>> vain auprès des hommes de couleur, tous les
> mcyens de conciliation poffibles : touces ces
> démarches furent inutiles; leur armée, , excitée
>) pardesblancs contreévolationains, mugiffoit
> d'impatience d'en venir aux mains, & les ba-
> tailions furent obligés de fe retirer at quartier,
2 ou fe tranfporta ia municipalité,
>> A cing heures da foir, elle requit le fecours
> des troupes de ligne, qui, fous les ordres de
>> lears chefs refpecifs k la direétion de la mu-
> nicipalité, fe préfentèrent en bataille devant lc
> gouveinement. Un détachement de gardes na-
mugiffoit
> d'impatience d'en venir aux mains, & les ba-
> tailions furent obligés de fe retirer at quartier,
2 ou fe tranfporta ia municipalité,
>> A cing heures da foir, elle requit le fecours
> des troupes de ligne, qui, fous les ordres de
>> lears chefs refpecifs k la direétion de la mu-
> nicipalité, fe préfentèrent en bataille devant lc
> gouveinement. Un détachement de gardes na- --- Page 31 ---
(29
D tionales fe porta fur Belair, autre
de
( ralliement des hommes de couleur, oit point ceux-ci,
>> après quelques pour-parlers inutiles, commen-
> cérent le feu, qui devint auffi-tôt le fignal d'une
> adtion genérale, & Jà & au gouvernement,
> une aflez vive réfiftance, les citoyens de couleur Après
> furent repouffés de ce dernier pofte, & abanM donnèrent quelques canons : mnais un de
> partis fe conferva au haut de Beluir, d'on leurs
>> lendemain, après avoir pafle la nuit
le
>> fur le qui-vive, les blancs parvinrent à toujours les ex-
> puller après un léger combat.
> C'eft daus cette parcie de la ville
l'on
>> vit les plus cruels effets de la
& que de la
> barbarie des hommes de couleur. rage De malheu-
> reules viétimes avoient été égorgées de la ma-
> nière la plus révoltante; des blancs, malades
> à Phôpital Robert, avoient été
> les maifons avoient été pillées & dévaltées; maflacrés, leurs &
D propriétaires avoicnt péri, dans les tourmens
> &, pour comble de défolation &
5.
> incendie épouvantable dévoroit les d'horreur, lil
>) richeflès immenfes, les cadavres, & édifices, les blancs' des
> qui n'avoient pu fe fouftraire à fa fureur.
> Quoique toujours fous les armes, les
37 & la garnifon firent tous leurs efforts
citoyens
> l'incendie ; mais au moment oir iis le pour arrêter
) éteint, l'embrafement devint général, croyoient
>> ait pu en connoitre la caufe. Ls fansqu'on
> plus riches flets furent
vingt - jept
réduits en cendres.
>> corps populaires,
Les
> obftacle à d'auffi contdendnappenitrent grands
& les aucun
Aéaux,
officiers
militaires, 2 au lieu d'employer les moyens faciles
endie ; mais au moment oir iis le pour arrêter
) éteint, l'embrafement devint général, croyoient
>> ait pu en connoitre la caufe. Ls fansqu'on
> plus riches flets furent
vingt - jept
réduits en cendres.
>> corps populaires,
Les
> obftacle à d'auffi contdendnappenitrent grands
& les aucun
Aéaux,
officiers
militaires, 2 au lieu d'employer les moyens faciles --- Page 32 ---
(30)
>) qu'ilsavoient en leurpouvoir, comme ils en furent
> prics par pluficurs deleurs foldats,pour faire ceffer
>> je délordre, ne firent aucune difpefition
> arréier des horreurs, dont pluseurs Rdompout
> Jembloient favourer le fpedacls (1). Les cafernes
> devinrent lc feul afyle oii furent (e réfugier les
>> vidtemnes échappées aux poignards G aux torches
> des brigands ; elles étoient remplies de blancs,
> de mulatres &de nègres de tout fexe, de tout
> age, & la municipalité fut elle - même obligée
9 dy venir tenir fes féances.
( Quinze jours s'écoulèrent avant qu'aucune
> proclamation, qu'une autorité quelconque effayât
>> de porter un remède à tant de maux 3 avant
> qu'zucune configne fit donnée, pour courir fus
91 aux fcéiérats qui en étoient les auteurs, & on
>> leur laifa le temps de difparoitre paifiblement
>> avec les riches fruits de leur brigandage, en
> nous abandonnant des monceaux de cendre 2
> de ruines & de cadavres.
c Ce n'étoit donc pas l'obtention de leurs droits
>) politiques 2 à laquelle on faifoit feulement pré-
>> tendre les citoyens de couleur, auxquels on avoit
> mis les armes & la torche à la main; on vouloit
>) la deftruétion entière des blancs patriotes.
C Enfin, la municipalité 1 toujours délibérant
>> au milieu des citoyens & de la garnifon fous
(1) Ces officicrs défertèrent, bicntôt après, leurs
drapeaux; pluficurs ont émigré 3 d'autres, 2 plus
dens, fc font cachés jufqu'au IO août: alors ils ont pru- demandé à rentrer à leurs corps.
& la torche à la main; on vouloit
>) la deftruétion entière des blancs patriotes.
C Enfin, la municipalité 1 toujours délibérant
>> au milieu des citoyens & de la garnifon fous
(1) Ces officicrs défertèrent, bicntôt après, leurs
drapeaux; pluficurs ont émigré 3 d'autres, 2 plus
dens, fc font cachés jufqu'au IO août: alors ils ont pru- demandé à rentrer à leurs corps. --- Page 33 ---
(31)
> les armes, fit de nouveaux efforts auprès des
>) citoyens de couleur, pourles ramener à un accom21 modement. Ceux-ci demandérent préliminaire-
>) ment leurs femmes, leurs enfans, qui pouvoient
> êtrer reftésen ville, & aufli-tôt onlesleur envoya,
>) fous l'efcorte de vingt hommes des bataillons du
> nettvième & quarante-huitième régimens ( Nor-
>> mandie & Artois ) qui, pour récompente d'une
> aétion auffi généreufe. 9 auroient été
dans
>
égorgés
leur miflion, fans l'avertifement quileur en fut
> donné par le général de l'armée de couieur (1) >.
Pendant que les habitans du Port - au - Prince
défendoient, contre les révoités, les ruines de leur
ville incendice, 9 les citoyens du Cap fe livroient
au charme confolant de l'efpérance que faifoit naitre
autour d'eux l'arrivée des commiffaires civils MIRBECK, ROUME & SAINT-LEGER,
Depuis quelques jours, les révoltés avoient fuf
pendu leurs dévafiatiens, iis fembloient n'attendre
que l'amniflie qu'alloient prociamer les commiflires
(r) Les détails relatifs à l'affaire qui eut lieu le 28
novembre au Port-au-Prince. font extraits du mémcire
préfente àl la convention nationale parle deuxième bataillond du neuvième régiment, qui, d'accprdavecle refte dela
force armée du Port-au-Prince, a fauvé
fa ruine
Saint-Domingue
de
totale. Les procès-verbaux établis par les
corps populaires, les gardes nationales, la fociétédes amis
de la révolution atteftent la vérité dc leur récit.
C'eft auffi avccj juftice que chacun rend
aux vertus de BEAUVAIS, chef militaire des hommage hommcs
de couleur. Ce brave citoyen a, plus d'une fois, arrêté
le poignard dansla main de fes frères.
fa ruine
Saint-Domingue
de
totale. Les procès-verbaux établis par les
corps populaires, les gardes nationales, la fociétédes amis
de la révolution atteftent la vérité dc leur récit.
C'eft auffi avccj juftice que chacun rend
aux vertus de BEAUVAIS, chef militaire des hommage hommcs
de couleur. Ce brave citoyen a, plus d'une fois, arrêté
le poignard dansla main de fes frères. --- Page 34 ---
(32)
civils. En effet, le 19 décembre 1791, ils frent
des propolitions de paix. JEAN FRANÇOIS, leur
général, obtint une entrevue avec ces magiftrats qui
virent, a leurs pieds, ce lâche inftrument des
tateurs
de PEmpire.
agiJEAN-FRANÇOIS, à genoux, demanda
& promit de ramener fes complices. Cette grace pro*
mefle fut le fruit des conteils de PorToU, oflicier au régiment du Cap, qui içut diltinguer 2 an
loin, à travers mille édifices ruinés,, celui fous
lequel fe trouvoit, dans cC moment, ienoir farrape,
Qu'alla faire cct agent du pouvoir arbieraire,
auprès de ce chef des révoltés ? L'amadoier, dit-il,
peur le rendre plus traitable dans Jon entrevue
avec les commifaires civils (1 . 2e . e Par qui
fut-il chargé de ce meilage obligeant ? pourquoi
l'a-t-il exécuté fans l'attache du pouvoir legilatif (2), lans la permiflion des commiffaires civils,
(I)C'eftainfiquel l'officier PuIrou motiva fon entrevue avec le chef des révoltés. Ce n'eft pas la première
fois qu'on a vu que l'uniforme des officiers du régiment
du Cap ctoit un talifman refpecté,
(2) L'aflemblée coloniale étoit revêtue de ce
là par la loi conftitutionnelle du 28 feptembre pouvoir-
& mal-à-propos : au fein de l'affemblée nationale 1791 3
on
lative,
a voulu lui faire un crime de P'exercice legit- de CC
droit, qui lui étoit conféré par la même autorité
voit confituée elle-même. La fource des deux quil'aétoit la méme; elle ctoit dans la conititution. Combien pouvoirs
n'a-t-on pas été injufte CH lui reprochant l'exercice de
CC droit, fur-tout lorfqu'il n'exiftoit pas de Joi nationate quiy eût dérogé!
L1 foumifion de l'affemblée coloniale à la loi du IO
avril, eft la meilleure réponfe à faire aux malveillans:
fans
même autorité
voit confituée elle-même. La fource des deux quil'aétoit la méme; elle ctoit dans la conititution. Combien pouvoirs
n'a-t-on pas été injufte CH lui reprochant l'exercice de
CC droit, fur-tout lorfqu'il n'exiftoit pas de Joi nationate quiy eût dérogé!
L1 foumifion de l'affemblée coloniale à la loi du IO
avril, eft la meilleure réponfe à faire aux malveillans:
fans --- Page 35 ---
(33) )
fans la permiflion du corps adminiftratif? pourquoi a-t-il écarté des témoins qui ne pouvoient
lui être fufpects Cet officier croit pouvoira aller,
fans danger, chercher JEAN-E FRANÇOIS à travers
les révoltés, lorfqu'il craint pour des commifiaires
civils qu'environnent quatre ou cin7 cents citoyens
prêts à périr pour les défendre ?
très-fubala
terne du
Agenr
pouvoir exécutif, il fe croit allez d'afcendant fur ce chef de révolte, pour protéger, auprès
de lni, des hommes revêtus de toute la majefté,
de toute la puiflance nationale?
Les promefles de JEAN-FRANÇOIS atténuérent
la furveillance d'un pcuple trop crédale & fatigué
d'une guerre cruelle. Alors, les révoltés, 1 qui combinoient myftérieufement leurs moyens defbruéteurs,
fe divisèrent en troupes de huit à dix mille combattans, & fe portérent contre les ditiérens points
du cordon de FOuef. Par-tout, ils furent repouflés
avec courage, & leur lâchetéie montra toute entière
devant une poignée de blancs, trompes & furpris.
Les commifiaires civils virent, ainfi, tous leurs
efforts tomber impuifamment devant l'incrigue des
ennemis de la régénération., devant la fureur des
révoltés, qu'clearifent encore des prêtres fanguinaires, qui, par le facrilège & limpofture, alimentent la' fuperflition du negre, ie portent aux
plus grands crimes. C'cft au nom d'un Dieu bienfaifant qu'ils lui préchent le viol, le meurtr'e &
l'incendic. Toujours coalifés avec les tyrans, les
traîtres voudroient, 2 fans doute, rétablir leur puiffance paffée, fur les cendres de Sint-Domingue.
Les pasbieng-bveitijiguslems foutenusleipérance, ne voyoient déjà plus de terme à leurs
C
ition du negre, ie portent aux
plus grands crimes. C'cft au nom d'un Dieu bienfaifant qu'ils lui préchent le viol, le meurtr'e &
l'incendic. Toujours coalifés avec les tyrans, les
traîtres voudroient, 2 fans doute, rétablir leur puiffance paffée, fur les cendres de Sint-Domingue.
Les pasbieng-bveitijiguslems foutenusleipérance, ne voyoient déjà plus de terme à leurs
C --- Page 36 ---
(34)
malheurs : les corps populaires étoient opprimés
par le gouvernement, 5 & les commiffaires civils,
déchirant le voile dont ils s'étoient enveloppés
commençoient à manifefter toute leur immoralité.
MIRBECK, oubliant trop fouvent que la ville
du Cap étoit couverte de deuil, cornme clle ctoit
environnée del la dévaftation & dela mort, aviliffoit
le caraétère augufte dont la France l'avoit revêtu,
& fe donnoit en fpeétacle. Le tumulte de fes plaifirs
provoqua plus d'une fois l'improbation du peuple.
ROUME, toujours careflantlaffemblée coloniale,
lui tendoit chaquie jour des piéges nouveaux.
SAINT - LEGER, parfaitement d'accord avec
fes collaborateurs, travailloit le Port au-Prince.
Il exerçoit vraiment la diétature. A fa voix 2
la K devoit demcurer impuiffante, & fes ordres
atbitres préparoient la deitruction des reftes de
cette ville profcrite 7 en défendant aux corps
laires de
la force publique contre
eoRes
requérir
hommes de couleur révoltés. L'obéiflance des magiftrats du peuple eût livré la ville aux brigands,
&, fans doute, il s'étoit flatté. que leur inobéiffance pourroit divifer les citoyens, &, tout au
moins 2 aliéner les foldats, julqu'alors, armés pour
les défendre.
Ses excès, dans la province de TOuef, avoient
manifefté les principes dela commiffion civile; 8c/es
authenticollegues 9 plus politiques, Limprouvérent
quement, pour fauver dunanfrage leur creditexpirant.
Pendant que SAINT-LEGER aflaflinoit Jesateliers
de Léogane, armes pour la défenfe de leurs maîtres;
Pendant qu'il machinoit avec le commandant
militaire du Port au-Prince, de GERS, l'oppreflion
cu la ruine de cette ville;
manifefté les principes dela commiffion civile; 8c/es
authenticollegues 9 plus politiques, Limprouvérent
quement, pour fauver dunanfrage leur creditexpirant.
Pendant que SAINT-LEGER aflaflinoit Jesateliers
de Léogane, armes pour la défenfe de leurs maîtres;
Pendant qu'il machinoit avec le commandant
militaire du Port au-Prince, de GERS, l'oppreflion
cu la ruine de cette ville; --- Page 37 ---
(35) )
Pendant qu'il défendoit au commandant du
cordon de TOuh, de fournir des fecours au camp
des patriotes de la Saline 5 que commandoit l'intrépide & loyal patriote BOREL;
Pendant que les hommes de couleur de SaintMarc, 1 ceux qui avoient evacué le camp de la
Croix-des-lotigucts, & les blancs de la corporation ariflocratique du pompon blanc, coalités avec
eux, fc portoient dans les plaines de Paribonite
& fur les montagnes de Saint-Marc,
affalliner les patriotes qu'ils farprenoient for pour leurs y
habitations 2 & révolter leurs ateliers;
Pendant que SAINT - LÉGER défendoit à la
municipalité conflitutionneile de Saint-Marc (1)
de requérir contr'eux la force armée;
Pendant que MIRBECK faifoit des pique-niques
avec les jeunes gens du Cap 5 & des parties de
débauche avec les femmes de couleur: ;
(1) Le gouvernement s'etoit fait, à Saint-Marc, un
parti puiflant, qui ne domnina pas toujours les patriotes. 2
qui eurent. pendant queique temps > une cerraine
riorité.
fupéC'eftà à cette époque que fe forma une municipalité.
Mais, lorfque les hommes de couleur furent réunis
aux pompons Blancs (-ceux du parti du gouvernenient
arbitraire ), la municipalité fut difioute, & les patrictes
furent mis en fuite, deport:s, égorgés.
Une municipalité ariftocratique s'cieva à la place de
la première, ) dont les membres difperfes fe réunirent fous
la protection des patriotes, qui fuvoient de leurs habitations, où les partifans du gouvernement alloient, par
bandes les égorger impi oyablement, & piller leurs
denrées & leurs effets les plus précicux.
Ca-
bitraire ), la municipalité fut difioute, & les patrictes
furent mis en fuite, deport:s, égorgés.
Une municipalité ariftocratique s'cieva à la place de
la première, ) dont les membres difperfes fe réunirent fous
la protection des patriotes, qui fuvoient de leurs habitations, où les partifans du gouvernement alloient, par
bandes les égorger impi oyablement, & piller leurs
denrées & leurs effets les plus précicux.
Ca- --- Page 38 ---
(36)
Pendant que ROUME rempliffoit la colonie de
le
cherchoit au Cap un
fes calomnies 9 defpotifme
les
aliment à fes fareurs : il mettoit en oppofition
de
les citoyens de couleur & les
troupes
ligne,
Franceles) BOUILLÉ, &c.
blancs, commefaifoienten'
il provoquoit contre les corps populaires le mépris
du peuple & celui des foldats; il provoquoit cette
guerre civile que les JUMÉCOURT, les CousTARD 2, les VILLARS, 2, alimentoient dans la province de T'Ouef; & les commiffaires civils gardoient une nullité tardive, de laquelle ils n'auroient
jamais dû fortir pour le bonheur de Saint-Domingue.
Pendant que le Cap étoit dans ces convultions
étranges, les agens du gouvernement refnfoient, Paffemobéiflance à la loi; &
au Port-au-Prince,
inacceflible
blée provinciale de POuef, toujours
l'affemblée
aux intrigues, 2 envoyoit 9 pardevant
coloniale 2 ces officiers coupables.
BLANCHELANDE, dans ces momens d'inquiétude, demandoit la réincarcération des grenadiers
du régiment du Cap, qu'il avoit fait dégrader &
emprifonner arbitrairement,pour les déporter dela
colonic, parce qu'ils avoient dénoncé leurs oficiers,
d'avoir youlu les embaucher 6
comme coupables leurs drapeaux. L'aflembiée cOleurfaire déferter
inflantaré,
loniale avoit ordonnéleure clargiflement
pour les entendre dans leur plainte (1).
(r Les ariftocrates qui balançoient les délibérations
de l'affemblée coloniale ; ceux qui dominoient celle muni- provinciale du Nord; ; ceux qui s'agitoient dans la
cipalité du Cap, firent fi bien., que ces grenadiers,
génés dans leurs dires, ne déclarèrent pas tout ce la trahi- qu'ils
favoient : mais ils en dirent aflcz pour prouver Paflemblé
fon de leurs officiers. Ils firent fi bien, que
leur plainte (1).
(r Les ariftocrates qui balançoient les délibérations
de l'affemblée coloniale ; ceux qui dominoient celle muni- provinciale du Nord; ; ceux qui s'agitoient dans la
cipalité du Cap, firent fi bien., que ces grenadiers,
génés dans leurs dires, ne déclarèrent pas tout ce la trahi- qu'ils
favoient : mais ils en dirent aflcz pour prouver Paflemblé
fon de leurs officiers. Ils firent fi bien, que --- Page 39 ---
(37 )
Il commandoit à l'affemblée coloniale d'arréter
le que Saint-Domingue étoit en état de guerre 9 &
Cap en état de fiége;
Il commandoit à l'affemblée coloniale de
noncer fur l'état politique des hommes de couleur, propendant qu'il faifoit folliciter de Faffembléenationale
legiflative, par lintermédiaire du
une
loi fur le même fujet. Il
miniftre,
efpcroit que ces deux
loix, portées, en même temps, par deux autorités
conftituées, préfenteroient des données différentes;
il efpéroit que, deleurapplication, naîtroit, néceffairement, un nouveau germe de difcorde.
Il déterminoir, enfin, le cercle des droits de
l'affemblée coloniale, , qui, fuivant
n'avoit
aucune
lui,
furveillance, aucune adminiftration à exercer fur la colonie. Elle devoit fe borner a décréter
les loix fiur Pétat des perfonnes, & à rédiger fes
pétitions pour tout le refte. Blanchelande avoit
cependant 7 jufqu'alors 9 approuvé les arrêtés de
cette aflemblée 2 relatifs à fadminittration de la
colonie.
En même temps, MIRBECK, gorgé
de plaifirs & d..
venoit jouir en d'honneurs, France des
fruits de fa didature. - - Ma miffion, écrivoitil à l'affemblée coloniale, eff une vraie didlature,
SAINT-LÉGER, encore plus fortuné, le fuivoit
fur une frégate guil eiit mieux fait de Laifer à
Saint-Domingué, dans létat de dénuement oik
trouvoit cette colonie,
fe
coloniale 3 pour fauver ces officiers criminels, 2
l'inftruétion d'une procédure qui les auroit fulpendit à
l'échafaud, & les grenadiers furent livrés à Blanchelande. (conduits
C3
,
SAINT-LÉGER, encore plus fortuné, le fuivoit
fur une frégate guil eiit mieux fait de Laifer à
Saint-Domingué, dans létat de dénuement oik
trouvoit cette colonie,
fe
coloniale 3 pour fauver ces officiers criminels, 2
l'inftruétion d'une procédure qui les auroit fulpendit à
l'échafaud, & les grenadiers furent livrés à Blanchelande. (conduits
C3 --- Page 40 ---
(38) )
Alors, les négocians du Cap(1), leurs commis
& quelques jeunes gens ? que flattoit l'elpoir des
décorations militaires, les commis des bureaux
d'adminiftration, de juftice & d'amirauté, commandoient, les armes à ia main, les délibérations
de l'affemblée coloniale, de la municipalité du
Cup (2); ils vexoient les fondionnaires publics,
connus par leur attachement a la France & à fes
principes régénérateurs ; ils profcrivoient les d'AsSà3; les LARCHEVÉQUE - THIBAULT, le plus
éclairé, .ie plus couragenx des patriotes.
Telle étoit la fituation de Saint - Domingue e,
lorfque ia loi du 4 avril 1792 lui fut ofliciellement
envoyce,
Au fon de la trompe, qui annonça cette loi,
es hoa:mes de couleur & nègres libres auroient
(1) On compte cependant quelques patriotes dans
çette claffe ariftucratique, Les DELAYRE & CHAUDRUE, les TETARD'& LALANE , les BROCAS, les
CARIE font recommandables par leur civifme invaviable, leurs taleris & leurs vertus fociales.
Dans la portion du commerce moins riche, on y
compte grand nombre de braves patriotes.
(2) 2e Slanchelande, venant prononcer un infolent difcours au fein de l'allemblee coloniale, fe ft fuivre par
cefte cohorte qui voulut commander, par la menace,
àcuc corps populaire, & commitdes violences plus atroces
encore, s'il eft pofible, contre la municipalité du Cap,
en prélince du commiffaire civil Roume, qui, comme
Blanchelunde, la trainoit après lui.
Roume trembla' cependant devant lc patriote l'archevéque Thibaut. T'el cft Pafeendant de la vertu fur le
crime, que Roume rendit hommage à ce loyal citoyen,
cohorte qui voulut commander, par la menace,
àcuc corps populaire, & commitdes violences plus atroces
encore, s'il eft pofible, contre la municipalité du Cap,
en prélince du commiffaire civil Roume, qui, comme
Blanchelunde, la trainoit après lui.
Roume trembla' cependant devant lc patriote l'archevéque Thibaut. T'el cft Pafeendant de la vertu fur le
crime, que Roume rendit hommage à ce loyal citoyen, --- Page 41 ---
(35)
did dépofer leursarmes, & voler dansle fein des blancs
qui écartoient déjà le fouvenir de leurs ÉTRANGES
égaremens ; mais CCS infortunés, plus à plaindre
qu'à hlâmer , manifeftèrent toujours la même
mauvaile volonté. Leurs agitateurs ne défefpérérent
même pas de les armer les uns contre les autres,
en rappellant leur rivalité paflée; car les hommes
de couleur & les negres libres, rapprochés momentanément 2 s'étoient autrefois placés à de trèsgrandes diftances. Cette nouvelle intrigue n'agita
pas Saint-Domingue d'une manière bien ienfible.
Deplsgrandesmefares prometroientdenouveaux
fuccès, & les ateliers révoltés devinrent des agens
d'autant plus dangereux, que la loi du 4 avrii
1792 leur paroiffoit être le prix des fervices que
les honmes de couleur & nègres libres avoient
rendus au gouvernement.
C'eft au nom de cette loi
les ateliers 2
jufqu'alors fidèles, des quartiers d: PArcahaye,
de Jean-Rabel, &c, égoigérent leurs maitres, en
brûlant leurs habitations.
Tel étoit le réfultat des intrigues contre-révolutionnaires : Tel étoit le réfultat de l'ignorance.
La loi du 4 avril 1792 accordoit l'adivité
tique anx hommes de couleur & nègres PARNtL
Ce n'étoit cependant pas encore aflez; & la portion
de laffemblée coloniale qui. voulant le bien de
fon pays, fçavoit combien les hommes de couleur
mettroient de Ja différence entre le droit d'exercer 2 oil l'exercice des droits politiques S, propofa
la réorganifation des corps populaires, fuivant les
difpofitions de la loi du 4 avril: mais les agens
C 4
tique anx hommes de couleur & nègres PARNtL
Ce n'étoit cependant pas encore aflez; & la portion
de laffemblée coloniale qui. voulant le bien de
fon pays, fçavoit combien les hommes de couleur
mettroient de Ja différence entre le droit d'exercer 2 oil l'exercice des droits politiques S, propofa
la réorganifation des corps populaires, fuivant les
difpofitions de la loi du 4 avril: mais les agens
C 4 --- Page 42 ---
(40)
de l'ariftocratie fçurent écarter cette mefure, qui
leur enlevoit un grand moyen d'agitation.
C'eft dans ces mêmes vues qu'ils confervérent
les corporations d'hommes de couleur & nègres
libres, parce qu'ils n'auroient pu lcs féduire & les
diiger avec la méme facilité, s'ils s'étoient fondus
dans la garde nationale, dont ils auroient
les mocurs, Tefprit & le caractère;
pris
C'eit dans ces mêmes vues qu'ils firent profcrire
unefociété damnis de la révolution frangoife,
par fes relations avec les fociétés de France, n'au- qui,
roit plus fait des hommes d'Europe, & de ceux de
Saint-Domingue, qu'un peuple de frères (1);
C'eft dans ces mêmes vues qu'ils ont difféminé,
dans toute la France, des agens qu'ils falarient
du produit des fpoliations faites fur les habitations
des patriotes. Ces hommes dangereux courent les
cercles 3 intriguent 9 s'agitent fbus toutes les
formes, & calomnient les corps populaires de
Saint-Domingue.
Malgré les pièges de la malveillance, les biancs:
fe, foumirent, fans réclamation, à la loi du 4 avril.
Cependant - BLANCHELANDE & ROUME,
fous prétexte de la faire exécuter, cherchoient qui, de
nouveaux moyens d'agiter Saint-Domingue, voyagérent dans ies trois provinces. Ils marchoient fans
(I Cette fociété fut formée au Cap le 29" jour du
mois de mai dernier, par les foins des patriotes Lachaife, Baillio, Lacorce, Lauzier, Villieneuve, &c.
Pour récompenfer le zèle & le courage avec lefquels
j'avois pourfuivi les agitateurs, ces citoyens me décernérent Phonneur de es préfider dans leurs premières
féances.
agiter Saint-Domingue, voyagérent dans ies trois provinces. Ils marchoient fans
(I Cette fociété fut formée au Cap le 29" jour du
mois de mai dernier, par les foins des patriotes Lachaife, Baillio, Lacorce, Lauzier, Villieneuve, &c.
Pour récompenfer le zèle & le courage avec lefquels
j'avois pourfuivi les agitateurs, ces citoyens me décernérent Phonneur de es préfider dans leurs premières
féances. --- Page 43 ---
(41)
efcorte, parmi les révoleés gu'un pouvoir magique
fembloit enchziner à leur afpeit.
Ils protégeoient les jugemens fanguinaires d'un
tribunal incontinutionnel,que les hommes de COuleur & lcs blancs 9 coalifés avec eux, avoient
formé à Saint-Marc, & dont ils reconnoifoient
cux-mémes lillégalité.
: Des citoyens, des membres des corps populaires,
ceux même de l'affemblée coloniale, arbitrairement
arrêtés par les GRIMOUARD, les CAZA-MAJOR,
étoient jettés dans les cachors de ce tribunal, pour
tomber 2 bientôt après, fous la hache du
ou fous
bourreau,
le fer des aflaffins qu'ils protégcoient par
leur préfence.
Ils rétablifloient les états-majors des places, &
toutes les autorités de l'ancien régime.
Sous leurs yeux, CAZA-MAJOR blafphémoit la
révolution, & faifoit exécuter l'oftracifme des patriotes.
Ils faifoient exécuter, par la municipalité du
Port-au-Prince, 2 l'oftracifme d'un grand nombre
de cicoyens, qui réclamoient, 9 inuilement, la
telion ou la févérité de la loi, fur leurs perfonnes proou leurs proprictés.
Un d'entr'eux,
depuis long-temps, à caufe de fes talens & défigné de fon 9
civifme, fat envoyé aSaint-Marc. Le prévôt des
maréchauffées de cette ville, le triftan de BLANCHELANDE & de ROUME, Tatreignit avant méme
eût touché au rivage, Talialina, & fit jetter
un fac fes membres
pr
palpitans: un boulet, ajouté
à la péfanteur de fes fers', entraîna cette vidime
au fond de la mer.
Deux bataillons des neuvième & quarante-hui-
civifme, fat envoyé aSaint-Marc. Le prévôt des
maréchauffées de cette ville, le triftan de BLANCHELANDE & de ROUME, Tatreignit avant méme
eût touché au rivage, Talialina, & fit jetter
un fac fes membres
pr
palpitans: un boulet, ajouté
à la péfanteur de fes fers', entraîna cette vidime
au fond de la mer.
Deux bataillons des neuvième & quarante-hui- --- Page 44 ---
(42)
tième régimens d'infanterie, & un détachement
du corps d'artillerie, avoient
Leur civifme & leur courage GavéSaint-Dominge les rendoient également redoutables aux ariftocrates & aux révoltés.
BLANCHELANDE & ROUME en ordonnèrent
T'embarquement pour France, au moment même
où de nouveaux incendies rendoient leur préfence
d'autant plus néceffaire que, formés au climat bràlant de la zone torride, ils y faifoient la
fans en craindre les influences.
guerre,
Le deuxième bataillon du neuvième régiment
partit, emportant les ftériles regrets d'un peuple
reconnoillant, dont il avoit arrêté la deftruétion
entière.
Le refte de la garnifon alloit le fuivre, lorfque
le peuple qui, jalqu'alors, avoit dévoré fes craintes
& fa doulcur, manifefta a volonté de conferver
autour de lui des foldats citoyens, qui feuls pouvoient arrêter lcs projets criniinels de l'ariftocratie.
Pendant que ROUME achevoit au Port-au-Prince
la cope-sealadengu@arei commencée, d'accord
avéc BLANCHELANDE, celui-ci, fuivi de trois
officiers feulement. parconroit la province du Sud,
que couvroient des milliers de révoltés, encore
dégouttans du fang des blancs, Equi, près dè lui
faul,perdoient leur férocité. Il failoit évacuer tous
ls poflcs établis dans cette
arrêter la ruinc totale; & réfiftant province aux follicitations 2 pour en
des corps populaires. qui vouloient profiter du
rapprochement des hommcs de couleur 2 pour
ramener les nègres à l'ordre, avant que, 2 par des
raflamblemens plos nombreux, ils cuflent pu combiner des moyens de réfillance, il entretenoit
ul,perdoient leur férocité. Il failoit évacuer tous
ls poflcs établis dans cette
arrêter la ruinc totale; & réfiftant province aux follicitations 2 pour en
des corps populaires. qui vouloient profiter du
rapprochement des hommcs de couleur 2 pour
ramener les nègres à l'ordre, avant que, 2 par des
raflamblemens plos nombreux, ils cuflent pu combiner des moyens de réfillance, il entretenoit --- Page 45 ---
(43) )
des liaifons avec Ics principaux chefs de révolte ,
& conféroit fecretement avec eux.
Bientôt, on vit CCS mêmes nègres incendier les
habitations encore intactes, & provoquer les blancs,
du haut des retranchemens qu'ils avoient faits
pendanc que BLANCHELANDE refufoit de fortir
contr'eux.
Ce fut alors que cet officier perfide parut vouloir
les attaquer : mais, par des difpofitions combinées
avec toute la profondeur du crime 2 il mit fon
armée dans l'impuiflance d'agir. Ses colonnes, trop
multiplices & formées dans des lieux & des temps
différens, furent tour-à-tour écrâlées, & la moitié
de fon armée y. périt.
ROUME agitoit T'Ouef; BLANCHELANDE révoltoit le Sud, dont il faifoit exterminer les citoyens patriotes & les foidats. CAZA-MAJOR
vexoit, opprimoit, emprifonnoit, banniffoit arbitrairement les patriotcs au nom, difoit-il, des
hommes de couleur, & blafphémoit la révolution.
CA M B EFORT protégeoit ces attentats & travailloit fon régiment, les hommes de couleur &
les ateliers du Cap. ROUYRAY,SON FILS,
entourés d'une armée ariftocratifée 2 protégeoient leurs nègres, qui faifoient feuls du fucre
dans un quartier dévaflé; &, par leurs intrigues,
la ville du Fort-Dauphin courut les rifques de
fon ancantifement. La Grande anfe, toujours paifible, parce qu'elie avoit fi déjouer tous les agens
de Parillocratic ,avoit rendua la liberté les hommes
de couleur qu'elie avoit retenus à bord des navires
mouillés dans fa rade. Cette détention, motivée
priepejmboliladogad nombred'ent'eux,
ier dévaflé; &, par leurs intrigues,
la ville du Fort-Dauphin courut les rifques de
fon ancantifement. La Grande anfe, toujours paifible, parce qu'elie avoit fi déjouer tous les agens
de Parillocratic ,avoit rendua la liberté les hommes
de couleur qu'elie avoit retenus à bord des navires
mouillés dans fa rade. Cette détention, motivée
priepejmboliladogad nombred'ent'eux, --- Page 46 ---
(44)
mais fur-tout par lesmeurtres &l lesincendies commis
par plufieurs, fot un moyen utile qu'avoient commandé les circônflances. Cette mefure honore la
fageffe & la philofophie des blancs de ces quartiers.
Telle étoit la fituation politique de Saint-Domingue, à l'arrivée des commiffaires - civils PoLVEREL, SONTHONAX &c AILLHAUD.
Alors BLANCHELANDE.demere: par.la clameur
publique, 9 fut envoyé pardevan: la convention nationale. Un décret d'accufation, juftement rendu
contre cet agent principal de la contre-révolution
de Saine-Domingue, nous laife efpérer que,malgré
fis tréfors & les intriguesdefese complices, il recevra
le châtiment de fa fcélérateffe.
La chute de BLANCHELANDE n'avoit cependant rien change au plan de contre-révolution, 1e
& D'ESPARBES, CANBETORT, TOUZARD, &c.
&cc. dc., pourfuivoient leur tâche liberticide; les
feux de la gucrre alloient s'ailumer entre le defpotilme & la liberté, lorfque lel développement de
ia puiffance du peuple, fous les aufpices des commifires-cicils, a défarmél les traîtres. Depuis longremps iis auroient dilparu de Saint-Domingue, fi
les patriotes, fi les corps populaires, calomnics,
blamis méme all fein des affimblies conflituarite
& ligifetiss. n'avoient redouté leur colère.
Mais Saint - Domingue n'eft pas cncore fans
danger; les provinces de "Ouef & du Sud nourriffent des malveillans, les COUSTART, les JUMÉCOURT, les VILLARS, cc. &c. Bc. 8cc.;les
SKERENSKOFF, 2 &c., & généralement tous lcs
hommes attachés au gosvernement militaire, a
l'adminifration des finances, &: fir-tout à l'ordre
'avoient redouté leur colère.
Mais Saint - Domingue n'eft pas cncore fans
danger; les provinces de "Ouef & du Sud nourriffent des malveillans, les COUSTART, les JUMÉCOURT, les VILLARS, cc. &c. Bc. 8cc.;les
SKERENSKOFF, 2 &c., & généralement tous lcs
hommes attachés au gosvernement militaire, a
l'adminifration des finances, &: fir-tout à l'ordre --- Page 47 ---
(45)
judiciaire. Le retour de l'ordre eft fubordonné à
l'oftracifme de Ces principaux agitateurs. Alors, les
hommes de conlear, qui, malyrclexécution de la
loi du 4 avril, fe tiennent cncore en armes 2
fous une attitude menaçante, & les negres révoltés,
rentreront Ipontanément dans Pordre. Ces infortunés, viétimes de leur ignorance, ne furent jamais
que les inftrumens des contre- révolationnaires 2
qui fembioient vouloir porter à Saint-Domingue
la liberté & l'egalité, 2 pour pouvoir ramener en
France le defporifmne & l'ariftocratie.
Nous avons vu Saint-Domingue dans fon état
d'indépendance 2 lorique des hommes nés pour la
liberté vinrent de toutes les parties du monde habiter fes forêts, & fonder la république des Flibuftiers 2 tour-à-tour l'admiration de PEurope ?
étonnée de leur courage & de leurs vertus 2 & la
terreur del l'Elpagne, firrlaquelle ilsavoient conquis
la terre qu'ils habitoient.
Nous avons vu les Flibufliers dépofer leurs
armes 2 &, cultivateurs pacinques, demander à
la France protedion eficace 9 ell échange des
produlions de fon fol. Le plus abfolu des rois,
Louis XIV, refpeda ce pade facré, & Jaida au
peupic de Saint-Domingue ie gouvernement qu'il
s'étoit donné,
Bientôt des mirifres corrupteurs altérèrent fes
principes & fon gouvernemient; le deipotifnie s'y,
glifla par ia magie des dignités, & fa liberts
s'écroula fous la cupidicé de fes adminiflrateurs,
& fous l'orgueil arifiocratique dcs grands propriétaires.
Nousavons vu Saint-] Domingue brifer, en même
Jaida au
peupic de Saint-Domingue ie gouvernement qu'il
s'étoit donné,
Bientôt des mirifres corrupteurs altérèrent fes
principes & fon gouvernemient; le deipotifnie s'y,
glifla par ia magie des dignités, & fa liberts
s'écroula fous la cupidicé de fes adminiflrateurs,
& fous l'orgueil arifiocratique dcs grands propriétaires.
Nousavons vu Saint-] Domingue brifer, en même --- Page 48 ---
(46) )
temps que la France, l'idole du defpotifine, malgré
fcs intrigues & fa puiffance.
Nous avons vu l'aflemblée conftituante émettre
fon décret du 8 mars 1790, & divaguer entre
les grands principes des droits des peuples . &
l'ariftocratie mercantille de ces hommes qui ne
confidèrent les colonies ( QUE COMME DE RICHES
2 FERMES, DONT LE FERMIER TIRE TOUT CE
>) QU'IL PEUT, ET QU'IL ABANDONNE APRES
>> LES AVOIR- ÉPUISEES (1) ).
Nous avons vu l'afiemblée conftituante a viétime
des intrigues du miniftre la LUZERNE & de la
perfidie de BARNAVE, décréter les intrudtions
du 28 mars 1790, & porter dans Saint-Domingue
les plus grands moyens de difcorde, par fes difpofitions infutifantes, & la rédaétion vicieufe de
de l'article iV.
Les hommes de couleur & nègres libres avoient
été toujours érrangers aux délibérations du peuple,
& leur aétivité politique auroit dû être déterminée
par une loi pofitive, comme le fut celle des juifs,
&c. &c. Julqu'alors les repréfentans des
réunis en
citoyens,
affemblée générale, & chargés
nifer les
d'orgaautorirds 5 éroient fouls chargés de
courir & de réformer les vices du gouvernement. parNous avons ViI ce même gonvernement
les hommes de couleur & negres libres, a la faveur agiter
de cette loi, pour paralyfer & difloudre les corps
(1) Telle étoit l'opinion qu'exprima, mot-à-mot, à
l'affemblée conftituante ) PAUL NÉRAC.
générale, & chargés
nifer les
d'orgaautorirds 5 éroient fouls chargés de
courir & de réformer les vices du gouvernement. parNous avons ViI ce même gonvernement
les hommes de couleur & negres libres, a la faveur agiter
de cette loi, pour paralyfer & difloudre les corps
(1) Telle étoit l'opinion qu'exprima, mot-à-mot, à
l'affemblée conftituante ) PAUL NÉRAC. --- Page 49 ---
(47)
populaires. Celui du Port au-Prince fut difperfs
les armes à la main.
Nous l'avons Vu fe coalifer avec l'affemblée
provinciale du Nord, que compofoientlec commerce,
l'ordre judiciaire, & quelques planteurs privilégiés,
pour porter fous les murs de Saint-Marc les feux
de la guerre civile.
Nous l'avons vu former une corporation inconftitutionnelle, dont ies ramifications, couvrant
toutes les furfaces de Saint-Domingue, étouffoient
la liberté naillante.
Nous l'avons vu pourfuivre les repréfentans du
peuple de Saint-Dominge, julqu'au fein de l'affemblée conftituante qui, par fon dccret du 12 octobre
1790, confacra descrimes du delpotilme & viétima
la vertu.
Nous avons vu BLANCHELANDE trahir le fecret
de la correfpondance 5 difioudre les corps populaires par la violence; enlever arbitrairement des
citoyens inveftis de fonétions publiques, & les faire
affailiner par des tribunaux fanguinaires, inftrumens
de fes vengeances 3
Nous l'avons vu chercher à corrofpre l'armée
par des boifons G la débauche, &c s'enfuir au
Cap, pour delà calomnier le refte de Saint-Domingué & l'armée ; il efpéroit encore une fuis
provoquer la guerre civile;
Nous l'avons vu demander au minifre des troupes
étrangers, & repouffer en même temps les troupes
que BÉHAGUE renvoyoit de la Martinique, à caufe
de,) leur civifme ;
Nous l'avons vu convoquer une affemblée coloniale, conformément à la loi du 12 octobre 1790;
Cap, pour delà calomnier le refte de Saint-Domingué & l'armée ; il efpéroit encore une fuis
provoquer la guerre civile;
Nous l'avons vu demander au minifre des troupes
étrangers, & repouffer en même temps les troupes
que BÉHAGUE renvoyoit de la Martinique, à caufe
de,) leur civifme ;
Nous l'avons vu convoquer une affemblée coloniale, conformément à la loi du 12 octobre 1790; --- Page 50 ---
(48 1 )
mais l'affemblée provinciale du Nord, dontils'étoit
entouré; mais DUBUC DE SAINT-OLYNEE, cet
agirateur de la Coiz-des-Houguets. 2 qu'il traînoit
après lui, s'oppofoient àl'exécution de la loi, &
propofoient de nouvelles mefuures.
Nous l'avons vu menacer la France de ne pas
faire exécuter le décret du 15 mai 1790 d 5
Nous l'avons vu atténuer la confiance que méritoient les nègres fidèles, & leur refufer les armes
qu'ils demandoient par l'organe de leurs maîtres ;
paralyfer la force armée; fe renfermer dans la ville
du Cap, 9 jufqu'à ce que la révolte eût gagné dans
les plaines voifinis; ne fortir que pour donner
challe aux révoltés, qui repofoient indolemment fur
les cendres des habitations de leurs maitres; les
pouffer dansles montagnes encore intadtes,i, forcément, ils portoient & le fer & le feu.
Nous l'avons vu enlever le patriote d'ASSAS à
un pofte important, pour lui fubftituer CAMBEFORT
& TOUzARD, dont les noms font feuls un outrage
à Saint-Domingue;
Nous l'avons vu jetter le patriote d'AssAs au
loin, dans la plaine, pour le laifler s'y confumer
fans fecours 5
Nous l'avons vu abandonner les montagnes de
"ER, & laifler, fans défenfe, les citoyens de Valière, pendant qu'il envoyoit quinze cents hommes
fe fatiguer & périr dans les marais du Limbé;
Nous l'avens vu fatiguer les corps
calomnier leurs delibérations. paralyfer populaires, leurs opérations, approvedfeafibandoins qui fubftituoient
aux autorités conftitutionnelics 9 lcs formes de l'ancien régime, & le commandement arbitraire : il
n'ofoie
ER, & laifler, fans défenfe, les citoyens de Valière, pendant qu'il envoyoit quinze cents hommes
fe fatiguer & périr dans les marais du Limbé;
Nous l'avens vu fatiguer les corps
calomnier leurs delibérations. paralyfer populaires, leurs opérations, approvedfeafibandoins qui fubftituoient
aux autorités conftitutionnelics 9 lcs formes de l'ancien régime, & le commandement arbitraire : il
n'ofoie --- Page 51 ---
C49)
n'ofoit pas arborer la cocarde blanche, mais il
s'entouroir d'otficiers à la cocarde jaune 2 à la
cocarde verte; il s'en faifoit accompagner jufqu'au
fein de l'aflembice coloniale, 2 qui défendit ces couleurs par Un arréié folenine!,
Nous l'avons vu protéger les officiers fadtieux,
qui fervoient fous les ordres de GIRARDIN, &
mentir à laj promeffe qu'il fit à l'aflemblée coloniale,
de les envoyer rendre compte de leur conduite à
l'affemblée nationale, &c.
Nous l'avons vu diftribuer les troupes que lui
envoyoit la France, de manière à les rendre impuiflantes. Les détachemens les plus foibles étoient
envoyés aux poftes les plus dangereux; & le foldat,
épuilé par les influences d'un climat nouvean s
Jes mauvais alimens & les excès de la fatigue 2
tomboit, fans efforts, fous le poignard des révoltés. Les corps les plus patriotes étoient jettés dans
les marais infalubres du Limbe, du Fort-Dauphin.
La, ils périfloient empoilonnés par un air infeête
des eaux peftilentielles 9 des alimens corrompus.
D'autres étoient difperfés dans les plaines de TER,
fous les ordres de ROUVRAY, qui les
tifoit, 8 s'en firvoit pour protéger Jon
cultivoit
atiets
gu'it
tranquillement, pendant que le refle
de cette plaine r'etoit plus gu'un tas de cendres.
Nous l'avons vu provoquer, par fon exemple,
la defobéitfance à la loi, & protéger ROUVRAY,
JUMÉCOURT, VILLARS, &cc. &c. révoltés contre
les arrêtés de l'affemblée coloniale, 3 que lui - même
avoit approuvés.
Nous Pavons vu s'entourer de ces hommes inoccupés, que la France vomit à Saint - Domingue,
oh, fans ceffe hourris d'intrigues, ils furent, dans
D
l'avons vu provoquer, par fon exemple,
la defobéitfance à la loi, & protéger ROUVRAY,
JUMÉCOURT, VILLARS, &cc. &c. révoltés contre
les arrêtés de l'affemblée coloniale, 3 que lui - même
avoit approuvés.
Nous Pavons vu s'entourer de ces hommes inoccupés, que la France vomit à Saint - Domingue,
oh, fans ceffe hourris d'intrigues, ils furent, dans
D --- Page 52 ---
(5o)
tous les temps , le Aléan de la fociété, des officiers
militaires, des officiers d'adminiftration & leurs commis, desofficiers de juftice, de négocians,de quelques grands propriéraires ambitieux ou ruinés, &
commander les délibérations des corps populaites;
vexer, infulter les plus généreux patriotes 2 & menacer la fociété d'un bouleverfement général.
Nous l'avons vu renvoyer en France les foldats
patriotes, dont l'exemple & les talens pouvoient
éclairer Farmée; enchainer & oftracifer les grenadiers du régiment du Cap 9 parce qu'ils avoient
dénoncé aux corps populaires les moyens de féduction qu'employoient leurs officiers pour leur faire
déferter leurs drapeaux.
Nous l'avons vu s'agiter pour faire prononcer
l'affemblée coloniale fur l'état policique des hommes
de couleur, pendant que Pémiflion de la loi du
4 avril 1792 étoit généralement connue : ilrouloit
jetter ce nouveu brandon dans Suint-Domingue.
Nous l'avons vu recommander frudtueufement
au gouverneur elpagnol, les contre - révolution- 2
naires de la Croiz-des - Bouquets 2 pendant qu'il
laifloit les patriotes du Nord errer & périr, Jans
protedlion 8 fans fcours, fur les fables-de Montechrif, s'ils n'étoient vendus aux brigands.
Nous l'avons Vu former, & proteger à SaintMarc, un tribunal de fang; faire arréter & tenir
en captivité des membres de l'aflemblée coloniale,
& grand nombre de ciroyens, dont le civifme étoit
un crime à fes yeax.
- Nous l'avons vu menacer les citnyens du Portau-Prince, d'une deftruéion totale,s'is ne livroient
trois cens d'entr'eux, fon choix. Les uns fe font
volonrairement expatrids, d'autres ont fubi l'oftra-
SaintMarc, un tribunal de fang; faire arréter & tenir
en captivité des membres de l'aflemblée coloniale,
& grand nombre de ciroyens, dont le civifme étoit
un crime à fes yeax.
- Nous l'avons vu menacer les citnyens du Portau-Prince, d'une deftruéion totale,s'is ne livroient
trois cens d'entr'eux, fon choix. Les uns fe font
volonrairement expatrids, d'autres ont fubi l'oftra- --- Page 53 ---
CS:)
cime.Leplusconnu. d'entr'eux aété misen pièces,'&
fest membres palpitans ont étéjettésau fond de la mer.
Nous l'avons vu voyager dans le Sud; ; Pincendicfitivoitles pas. S'il a marché contre les révoltés,
ce n'eft qu'après les avoir laiffés fe former. Alors
il a diftribuc fon armée, de manière à la livrer,
fans reffource, aux brigands, dont le triomphe a
été fcellé du fang des citoyens.
Nous avons vu MIREECK, ROUME & SAINTLÉGER, déforgani(er Saint-Domingue ; calomnier
les corps populaires &z le peuple luieméme;
lyfer les municipalités & les aflemblées sani.iata
tives de rOuef & du Sud ; fe coalifer avec
l'ariftocratie incendiaire; afficher la diflolution &
l'immoralité, & fuir làchement de cette terre qu'ils
preffuroient 7 pour venir jouir paifiblement, en
France, 2 & mentir à l'affemblée légillative
LEGISEATEURS,
LE defpotifme règne aux iles du vent, & le
patriotifme concentré n'ofe élever fa tête qui tomberoit bientôt fous la hache des tyrans. Le delpotifme régneroit à Saint-Dominguc,fins Pénergie de
quelques citoyens éclairés qui, déjouant les manoeuvres de l'ariftocratie, ontt toujours foutenula liberté chancelante dans ces contrées ; il régneroit à
Saint-Domingue, fans le civilme des commiffaires
POLVEREL &c SONTHONAX - 2 fans le courage
& l'incorroptibilité de l'armée.
Dans l'efquiffe rapide que j'ai faite de l'hiftoire
de Saint Domingue, vous avez vu combien les
erreurs des affemblées, qui vous ont précédé, lui
D 2.
manoeuvres de l'ariftocratie, ontt toujours foutenula liberté chancelante dans ces contrées ; il régneroit à
Saint-Domingue, fans le civilme des commiffaires
POLVEREL &c SONTHONAX - 2 fans le courage
& l'incorroptibilité de l'armée.
Dans l'efquiffe rapide que j'ai faite de l'hiftoire
de Saint Domingue, vous avez vu combien les
erreurs des affemblées, qui vous ont précédé, lui
D 2. --- Page 54 ---
(52)
furent funeftes. Les corps populaires 1 préfentés
comme des raffemblemens de faétieux, dominés par
Pintérêt & l'orgueil, ne purent être ent endus ; &,
fur les affertions audacteufes de quelques malveillans, on prenoit les déterminations les plus incohérentes.
Profitez, citoyens, des erreurs devos devanciers.
Vousavez pour vous l'exemple terrible des défaftres
de Saint-Domingue. Comme hommes, vous devez
être afiligés de les malheurs: comme légiflateurs $
vous devez être efftayés de tenir dans VOS mains
les deftinées de cet infortuné pays.
Souvenez - vous bien que BLANCHELANDE &
les fiens, enrichis d's calamités publiques, ofent
efpérer qu'aujourd'hui, comme autrefois, P'homme
puiffant peut, avec impunité,fe couvrir du fang
du.peuple.
Souvenez vous qu'on ne peut juger a Paris un
fonétionnaire public, pour des délits commis aux
Antilles. L'image de fon crime s'affoiblit à d'auffi
grandes diftances, & les témoins de fes forfaits
n'ofent fc mettre en évidence e, crainte d'être
obligés de venir, de deux mille lieues, fe confronter avec l'accufé.
Souvenez-vous que BLANCHELANDE voit liés
à fon fort des hommes accrédités 1 qui lc préfentoient autrefois comme un loyal officier, pendant
qu'ils provoquoient toutc votre févérité contre l'affemblée coloniale. Le jugement qu'en portent les
commiffaires civils détruit, il eft vrai, ces affertions calomnieufes ; mais ce n'eft pas encore affez,
& fi vous n'y prenez garde, vous verrez triompher
le crime.
Souvencz-vous, enfin, LEGISLATEURS, que le
fon fort des hommes accrédités 1 qui lc préfentoient autrefois comme un loyal officier, pendant
qu'ils provoquoient toutc votre févérité contre l'affemblée coloniale. Le jugement qu'en portent les
commiffaires civils détruit, il eft vrai, ces affertions calomnieufes ; mais ce n'eft pas encore affez,
& fi vous n'y prenez garde, vous verrez triompher
le crime.
Souvencz-vous, enfin, LEGISLATEURS, que le --- Page 55 ---
C53)
peuple de Saint-Domingue, 2 vexé, opprimé par
laflemblée conflituante, 2 dans les perfonnes de fes
repréfentans 5, calomnié dans toute la France, facrifié à l'ariftocratie, gui Lefafinoit > n'a jamais
démenti l'amour qu'il porte a la mére-patric.
Les peuples de Vantiquité eurent auffileurs colonies : ils connurent même micux que nous leur
rapport avec clles. Uniesà leur mère-patrie par des
pactes déterminés d'après l'expreftion libre de
chacune des parties, elles formoient autant d'états
libres, pasfaitement indépendans, quantà leur rcgime intérieur.
C'eft ainfi qu'il convient à la France de confidérer les Antilles, & fur-tout Saint-Domingnc.
Les grands principes fur lefquels repofe le gounement de la république, le commandent impcrativement. Lc refpedt profond dont chacun cit
pénétré pour les droies des peuples, 2 la lettre que
la convention nationale vient d'écrire aux EtatsUnis d'Amérique 2 annoncent qu'il efl temps que
les colonies, loin d'étre un objet exclufif de fpécilations commerciales, foient un nouveau moyen
de réunir tous les peuples du monde.
Citoyens LEGISLATEURS. 2 c'eft a vous qu'appartient l'honneur de rompre le cercle étroit autour
duquel Vos devanciers ont toujours divagué pour
le malheur de mon pays : dites au peuple de
Saint-Domingue : Frères, vous aver été plus que
nous 7 viclimes de la revolution qui prépare le
bonheur du monde : comme nous vous dever jouir
de Jes bienfaits. Si la France a CrIL devoir diriger vos premiers pas dans la carrière polizique
qui s'ouvroit devant vous, les défaftres de votre
pays lui ont appris qu'a d'aufi grandes diflances
D 3
toujours divagué pour
le malheur de mon pays : dites au peuple de
Saint-Domingue : Frères, vous aver été plus que
nous 7 viclimes de la revolution qui prépare le
bonheur du monde : comme nous vous dever jouir
de Jes bienfaits. Si la France a CrIL devoir diriger vos premiers pas dans la carrière polizique
qui s'ouvroit devant vous, les défaftres de votre
pays lui ont appris qu'a d'aufi grandes diflances
D 3 --- Page 56 ---
( 5 54 )
elic ne pouvoit, fans danger, vous donner des
loix : jettés par la natiire Jous 112 cicl diferent,
vous eprouver des modifications qui doivent inAuer Jir votre exifence politigue : e cette fomie
dinftunce ne peut étre juflement apprécice que
par lhomme qui habite vos climats : repren:z
Texercice des droits que vous donna la nature :
nfe-en pour le bonheur de tous : donnet-vous
des repréfentans: : commandeg-leur de vous rédiger
des loix ; charger-les de vous préfenter 2n
projet d'union avec votre mére - patric 7 qui
veillera fitr votre adolefcence ; efquelgue génie
diforganifateur vouloit égurer vOS pas, entraver
vos operations, elle vous prosigera de toute fe
puifince.
Tel eft le langage que vous commandent les
prizcipes étcrnels que vous avcz confacrés ; tel
eft le langage que vous commandent la politique
antant que la juflice.
Les malheurs du peuple Américain vous ont
donné la mefure de fon amour. Que ne fera-t-il
pas, iorfqu'il ajoutera le fentinent de la reconnoiffance a celui de la nature?
II fut trep.long-temps calomnié par des hommes
qui vous l'ont profenté divagant encore dans les
premiers élémens des fciences politiqnes & morales.
La partie françoife de Saint-Domingue pent CCpendant compter quelques talens & des verras,que
toure la perfidic de l'homme qui, le premier 2
voulut donner cette idée du psuple américain,
ne peut attonuer.
On vous a dit Çue le colon 9 infdele à
fa mere- patrie, vonloit fe donner a T'Angle-
des hommes
qui vous l'ont profenté divagant encore dans les
premiers élémens des fciences politiqnes & morales.
La partie françoife de Saint-Domingue pent CCpendant compter quelques talens & des verras,que
toure la perfidic de l'homme qui, le premier 2
voulut donner cette idée du psuple américain,
ne peut attonuer.
On vous a dit Çue le colon 9 infdele à
fa mere- patrie, vonloit fe donner a T'Angle- --- Page 57 ---
(55) )
terre (1). Mais fi la France pofsede encore des
Antilles, ne les doit-elle pas au courage de leurs
habitans,, qui fenls, fous le règne oppreffeur des
rois, ont lutté contre toutes les forces de la GrandeBretagne, lorfque Louis XV avoit perdu fes
vaifleaux? Si, dans des temps plus heureux 2 les
efcadres de la France, commandées par d'Eflaing,
ont fait trembler l'Angleterre pour fes poffeflions
d'Amérique 2 les colons de toutes couleur ne formoient-ils pas (pontanément la partie la plus nombreufe de l'armée?
Siles habitans de Saint-Domingue repouffoient -
l'Angleterre, lorfqu'ils étoient opprimés par les
tyrans de la France, pourroientils l'invoquer aujourd'hui, que les tyrans ne font plus?Pourreit-on
douter s'ils aiment la révolution? Leurs malheurs
n'ont-ils pas encore affez attefté leur civifme? La
partie françoife de Saint-Domingue 9 cût-elle péri
dévaftée, fi elle eût voulu compofer avec le defpotifme ?
Lorfque le gouvernement voulut perdre l'affemblée coloniale, féante à Saint - Marc, il accufa
fesi intentions, parce qu'elle étoit irréprochable dans
fa conduite. Telle eft l'origine des calomnies,
que les intrigues de quelques faétieux ont accréditées peut-être.
On vous a dit que le peuple américain vouloit
étre indépendant. Ses défaftres, fuite inévitable
de l'incohérence des loix que vOS devanciers CnE
portces pour les colonies auroient bien pu faire
naitre ce fyftéme 3 mais i vérité me commande
(1) CADUCHS, membre de P'affemblee coloniale, ofa
le propofer à pluficurs.
Sa propofition fut écartée
avec horreur.
D 4
vous a dit que le peuple américain vouloit
étre indépendant. Ses défaftres, fuite inévitable
de l'incohérence des loix que vOS devanciers CnE
portces pour les colonies auroient bien pu faire
naitre ce fyftéme 3 mais i vérité me commande
(1) CADUCHS, membre de P'affemblee coloniale, ofa
le propofer à pluficurs.
Sa propofition fut écartée
avec horreur.
D 4 --- Page 58 ---
(56)
de dire que le peuple a manifefté une volonté
differente ; & loin de méconnoicre la fouveraincré
de la France, il ne follicita jamais que la faculté
d'organifer fon régime intérieur 5 & toujours 9
néanmoins, il obéit proviloirement a la loi. Oui,
citoyens, il follicita, comme une faveur, le minimum des droits imprefcriptibles que la nature,
la juftice & la politique lui puiffent accorder.
On vous a dit que le peupie américain , débiteur au commerce de France, travailloit à fon
indipendance, pour nc pas acquitter fa dette.
Accufer tout un psuple d'une telle immoralité, 9
c'eft un outrage de la fcélératefle la plus perlide.
Les peuples & les gouvernemens ne font-ils pas
foumis à des loix générales, que commandent la
morale. , leurs intérêts refpedits & la politique ?
J'infurreéion de PAmérique du nord a-t-elle acquitré les. américains debiteurs au commerce de
PAngleterre ? Le premier foin d'un gouvernement
ne doit-il pas être d'établir ion crédit & la confiance ?
Lc planteur de Saint - Domingue jouit, il eft
vrai, d'une réputation d'inexaditude odicule; mais
le commerce de France, en diffeminant cétte
opinion, ne pourroit-il pas étre injufte? Ne devroit-il pas pluràt accufer l'infidélité de fes agens?
On trouve à Saint - Doningue deux ciafles
d'hommes, le planteur &: le négociant. Le premier eft le vrai colon, il tient au fol par fa propriété ou fon induftrie ( I ). Voila le citoyen,
(1) Les planteurs ne font pas tous propriétaires ; mais
ils n'en font pas moins attachés au fol qu'ils cultivent :
ils ont toujours Pefpérance, plus ou moins rapprochée,
àt accufer l'infidélité de fes agens?
On trouve à Saint - Doningue deux ciafles
d'hommes, le planteur &: le négociant. Le premier eft le vrai colon, il tient au fol par fa propriété ou fon induftrie ( I ). Voila le citoyen,
(1) Les planteurs ne font pas tous propriétaires ; mais
ils n'en font pas moins attachés au fol qu'ils cultivent :
ils ont toujours Pefpérance, plus ou moins rapprochée, --- Page 59 ---
(57)
Le négociant 1 qui du fein des villes ou du fond
de fon cabinet, 7 met à contribution & l'Europe
& P'Amérique, étranger à tous les pays, les facrifie tous a fa cupidité; il vic à Saint-Domingue
comme un joucur vit autour d'un tapis verd. Voila
l'agitateur. En efiet, on ne fauroit trouver à Saint-Domingue le vrai commerçant, cet homme précieux qui
unit par fes relations toutes les parties de la terre 2
pendant qu'au fein de fa patrie il vivifie Fagriculture & les arts ; mais on y trouve des fa@tcurs,
des commis, des agens du commerce de France,
qu'ils trompent, &: des planteurs qu'ils oppriment.
Infidèles à tous, ils accufent en France, 9 l'inexactitude du planteur 3 de l'odieux de leur improbité.
Il eft inutile de préfenter le développement dont
peut-être fufceptible un pareil tableau. Une adreffe
du Port-an-Prince, à la date du 30 juillet 1791,
décèle toutes ces turpitudes.
On y voit comment ces faéteurs fpéculent fur
les fonds de leurs commettans 5 comment ils fub-.
flituent des marchandifes de mauvaife qualité aux
meilleures cargaifons : comment fous prétexte d'avarie,il font vendrejndicistrement des :narchandifes
debonnequalité, qu'ils achètent fecrètement 5 comment ils retiennent , pendant des années entières,
les navires dont ils font chargés, prétextant l'inde cultiver pour leur propre compte ; &,par une fuite
néceflaire de leurs habitudes 3 ils fe naturalifent &
s'attachent à une terre qui fait leur feule efpérance.
Les ouvriers, & généralement tous ceux qui trouvent, dans un travail méchanique, les befoins de la
vie, ) ou les richefies, ne chériffent pas moins leur
patrie adoptive.
5 comment ils retiennent , pendant des années entières,
les navires dont ils font chargés, prétextant l'inde cultiver pour leur propre compte ; &,par une fuite
néceflaire de leurs habitudes 3 ils fe naturalifent &
s'attachent à une terre qui fait leur feule efpérance.
Les ouvriers, & généralement tous ceux qui trouvent, dans un travail méchanique, les befoins de la
vie, ) ou les richefies, ne chériffent pas moins leur
patrie adoptive. --- Page 60 ---
(58)
exaéitude de leurs débiteurs, lorfqu'au contraire
ils trafiquent, à leur profit, des fonds dont ils
ont fait le recouvrement ; comment, fous mille
prétexte divers, ils font des marchés plus ou moins
onéreux au commerce de France & à leurs conftituans.
Telle eft l'origine du difcrédit des habitans de
Saint-Domingue. Ce n'eft pas cependant que des
malheurs inattendus , quela nature des proprictés
niet au - defius de toute la
fagefle humaine, 2 ne
mettent quelquefois les débitcurs en retard ; mais
de très-gros intérêts dédommagent le créancicr,
& trop fouvent l'inexaditude du débiteur eit la
futite des engagemens ufuraires que le créancier fait
contraéter à Phomme 2 prefié par le bcloin Ol
enhardi par l'etpérance & l'ambition.
On peut, enfin, confidérer la
des
:
eolonies
population
2 relativement à la France, fous trois
rapports différens.
Lepremier préfenteles commerçans &les hommes
du gouvernement. Ceux-là ont toujours entretenu
des relations multipliées avec toutes les clafies de
la focidtd. Leur opinion peut paroitre tout all
moins fuljredle.
Lc fecond préfente des créoles oul quelques
autres poffefionnaires qui, pour le malheur des
colonies, ne les habitent pas afiez. Vivant prefque
toujours cn France, l'image de lcur pays ne fe
préfente plus à leur ciprit, qu'avec des modifications dépendantes des circonftances qui les environnent.
Lc troifième préfente des colons attachés à leur
pays, par tous les nocads de la focicté, Si les liens
du fang ou de l'amitié tournent Jeurs regards vers
autres poffefionnaires qui, pour le malheur des
colonies, ne les habitent pas afiez. Vivant prefque
toujours cn France, l'image de lcur pays ne fe
préfente plus à leur ciprit, qu'avec des modifications dépendantes des circonftances qui les environnent.
Lc troifième préfente des colons attachés à leur
pays, par tous les nocads de la focicté, Si les liens
du fang ou de l'amitié tournent Jeurs regards vers --- Page 61 ---
(59 )
la France, ce fentiment, que la teconnoiffance &c
la nature ont profondément gravé dans leur coeur,
ne diminue rien de Vattachement qu'ils portent
à lear patrie adoptive; mais, > ces hommes, étrangers à toutes les intrigues de l'Europe, n'ont
fe faire entendre. 2 parce qu'ils froifoient les
PARO
de l'ancien régime, & la cupidité du monopole.
C'eft ainfi que la France n'a jamais eu que des
données incertaines fur les colonies; comment
pourroit-elle, fans danger,s'occuper de Jeur (yftéme
politique?
C'eitainfique les affemblées conftituante & légiflative ont, arbittairement 2 porté des loix contradistoires pour ces contrées 2 avant d'avoir établi
des bafcs pofitives, avant d'avoir déterminé ce que
c'eft qu'une colonie. Leur filence, à cet égard 1 9
feroit-il le réfiltat du choc de l'intrigue des ariftocraties, contre les grands principes des droits
des peuples ?.
e
Les colonics ne peuvent être confidérécs que
fous trois rapports : comme parties intégrantes de
l'empire; commepolleflions difponibles del'empires
comme ayant le libre exercice de la fouveraineté.
Si elles font parties intégrantes de l'empire ?
pourquoi les autres portions y exercent - elles le
privilége d'un commerce exclufif? pourquoi vondroit-on les excepter de la loi commune? pourquoi
font - elles affervies à un monopole oppreffeur 2
pendant que les autres jouiffent d'une liberté illimitée ?
Sielles font des poffeflions difponibles del'empire,
Ja France pourroit donc les vendre, les aliéner , &c
la; partie françoife de Saint-Domingue deviendroit,
comme autrefois la Louifianc,la victime de quelques
elles le
privilége d'un commerce exclufif? pourquoi vondroit-on les excepter de la loi commune? pourquoi
font - elles affervies à un monopole oppreffeur 2
pendant que les autres jouiffent d'une liberté illimitée ?
Sielles font des poffeflions difponibles del'empire,
Ja France pourroit donc les vendre, les aliéner , &c
la; partie françoife de Saint-Domingue deviendroit,
comme autrefois la Louifianc,la victime de quelques --- Page 62 ---
60 )
fpéculations politiques. Alors les colons pourroient
dire,avec vérité, qu'il n'eftpas de tyrannie pareilie a
cellequ'exerce un pcuple libre; alorslescolonsfenfÉveliroient fous les ruines deleur pays, s'ils né rompoient,pour toujours, un joug odieux. Le grand caradérequ'a développé, depuisdeux ans,lepatriotede
Saint-Domingue ne laiffe aucun doute à cet égard.
Si la France reconnoit leur fouveraincté. elle
rentre dans fes principes d'éternelle
confacrés la convention nationale : eile jutlice ne 2 a
pas de doute fur fes intentions ; & les peuples de
la terre verront, avec délice, s'élever à leur côté
une nation puillante, qui faitre/pe@terleur foiblefle,
La France a toujours applaudi P'Américain du
Nord,
àe
qui fépara fes deftinées de celles de l'Angleterre 5 & la France pourroit vouloir affervir
PAméricain difléminé fur les Antilles
La
jufice éternelle a-t-elle deux poids & deux mefures? . - . - Sans doute, elle aimera mieux fe les
attacher par l'amour & la reconnoiffance, que d'y
régner par la terreur.
Tel eft l'empire de Thabitude, des liaifons du
fang & de l'amitié, des rapports du commerce 2
des moeurs & dulangage, que el'Americain du Nord,
après une lutte à mort contre l'Angleterre, la
prefère cependant - fous tous les rapports pollibles,
al la France, qui lui donna fa liberté. Que ne feroit
pas l'hommea aimant, généreux &c loyal des Antilles,
lorfqu'il ne verroit, dans fa mère-patrie 2 qu'un
génic tutélaire &l bienfailant?
Ce n'eft pas la le caractère qu'a pris la France
jufqu'a ce jour 3 & les opinions étranges, manifeftées fur les colonies, décélent l'orgucil e la
volonté de les afervir 3 elles décelent la palfion €
liberté. Que ne feroit
pas l'hommea aimant, généreux &c loyal des Antilles,
lorfqu'il ne verroit, dans fa mère-patrie 2 qu'un
génic tutélaire &l bienfailant?
Ce n'eft pas la le caractère qu'a pris la France
jufqu'a ce jour 3 & les opinions étranges, manifeftées fur les colonies, décélent l'orgucil e la
volonté de les afervir 3 elles décelent la palfion € --- Page 63 ---
(61)
la cupidité; clles décèlent lz méchanceté oLL lignorance. Il n'cft pas une feule loi qui ne foit deftruéive
d'une autre loi : il n'en eft pas une qui ne foit
unl attentat aux droits des coionies; & la convention nationale elle - même n'a pas cté exempte
d'erreur Je le prouve.
Si la partie françoite de Saint-Domingue.et
partie intégrante de l'empire - s elle a droit a la
proteâion que le gouvernement porte à chacune
des portions qui la compofent. Pourquoi donc la
convention nationale, 2 en décrétant la fomme de
dix millions & quelques cents mille livres tournois,
pour le paiement des traîtes fournies par l'adminiftration de Saint-Domingne, a-t-elle voulu que
cette infortunée colonie demeurât grevée du rembourfement de cette fomme? Elt-ce parce que ces
deniers ont fourni aux patriotes des moyens de
répreflion contre l'ariftocratié qui avoit foulevé les
nègres & les hommes de couleur? Eft-ce parce que
ces deniers ont fourni quelqu'aliment, de mauvaife
qualité, à des braves citoyens que leur zele
la révolution a précipités, du faite de la
eLirer
dans la plus affreufe misère ? eft-ce parce qu'il n'eft
n'ait à
pas un feul,
unfeul patriote qui
gémir
fur le deuil Sc' fon parent, de fon ami, fur ia
perte de fa fortune? eft- ce parce que la partie
françoife de Saint-Domingue eft foumife au plus
odieux monopole (1), à lexercice immoral d'un
(I) A travers mille exemples, un feul fera connoitre
le commerce de Saint- Domingue. Tous les planteurs
ont été ruinés S les commerçans feuls s'enrichifloient
des calamités publiques, en preilurant, par mille noyens
fon parent, de fon ami, fur ia
perte de fa fortune? eft- ce parce que la partie
françoife de Saint-Domingue eft foumife au plus
odieux monopole (1), à lexercice immoral d'un
(I) A travers mille exemples, un feul fera connoitre
le commerce de Saint- Domingue. Tous les planteurs
ont été ruinés S les commerçans feuls s'enrichifloient
des calamités publiques, en preilurant, par mille noyens --- Page 64 ---
(6:)
commerce exclufif? eft-ce parce qu'elle occupe guerante-huitmilles matelots, & huit millions d'hommes
diffeminés fur le territoire de la république? eft-ce
parce qu'elle confomme pour quatre-vingt millions
des produétions du fol ou des manufaétures de la
France, ou parce qu'elle lui donne un réfultat de
foixante-dix millions dans la balance de fon commerce avec l'étranger : Si l'exercice d'un commerce
exclufif pouvoir prendre an caractère de juftice, ce
ne pourroit être qu'autant qu'il feroit un dédommagement des fraisde protedtion, qu'unp peuplegénéreux
& puifant fournit à on peuple agricole.
Cependant 9 la partie françoie de Saint - Domiugue demeure débicrice. 9 à Ja France, des dépenfes
qu'ciie a faites pour fe défendre des ennemis de
la révolution, pendant que les autres portions de
la répablique ont rcçu nne protedion gratuite &
puiflante, pendant que leurs habitans ont individuellement reçu des indemnités relatives aux
dommages qu'ils avoient éprouvés. Certes, la
république ne pouvoit faire un meilleur ufage de fes
foldats & de fcs tréfors : mais Saint-Domingue y a
un droit égal
divers, l'homme qui avoit fauvé quelques debris de
fa fortune. Jufques-là, cependant rien n'étonnera
celui qui connoit leur immoralité : & l'uferier put
quelquefois n'être pas un mauvais citoyen. Mais celui
qui, vendant à l'adminiftration l'avitaillement de Paimic, lui fait un elcomptc de cinquante pour cent fur
les traites qu'elle fournit en paiement fur le tréfor national. Celui qui ne reçoit les mêmes traites 3 en échange
de l'argent, qu'à l'efcompte de quarre-ringe pourent,
ne putétre... Jem'arrête... TELS SONT A SAINT-DoMINGUE LES AGENSDU COMMERCE DEFRANCE..
celui
qui, vendant à l'adminiftration l'avitaillement de Paimic, lui fait un elcomptc de cinquante pour cent fur
les traites qu'elle fournit en paiement fur le tréfor national. Celui qui ne reçoit les mêmes traites 3 en échange
de l'argent, qu'à l'efcompte de quarre-ringe pourent,
ne putétre... Jem'arrête... TELS SONT A SAINT-DoMINGUE LES AGENSDU COMMERCE DEFRANCE.. --- Page 65 ---
(63)
La France. 2 étonnée de fon nouvel être, &
fans cefle frappée des grands mouvemens politiques
qui agitent le monde, ne voit les colonies que
comme un point qui fe perd dans fon horizon ;
mais le temps n'ett pas loin, ou fes repréfentans
tourneront vers elles un regard bienfaifant. Alors,
Hs fauront concilier les droits & les intérêts de
tous. Sans doute, on verra s'agiter autour d'eux
V'ariftocratie de quelques commerçans qui croiront
voir la diflolution de la république dans des opérations politiques, qui mettront les colonies en
mefure d'arrêter les abus du monopole (1); mais
le commerce de France, dédaignant ces (péculaAlors les marchandifes portées aux colonies auront 4 qualités requifes par la loi ; elles auront la bonté,
la pefanteur, > les dimenfions néceflaires. Une coupable
avarice ne trompera plus impunément le colen qu'elle
empoifonne par des alimens corrompus & des boitions
frelatées. Si les Antilles ne peuvent manger que le
pain & les produétions de la France; li elles ne peuvent
boire que les liqueurs &c fes vins, au moins faut-il
qu'elles puiffent punir le fpéculateur coupable qui abufera
de ce privilège odieux.
Alors, les commerçans de Saint-Domingue ne pourront plus refufer de prendre, en paicment les denrées
du pays 3 car, par la plus perfide combinaifon, ils arrêtent, autant qu'il eft en eux 2 la circulation du numéraire, & décréditent tous les autres moyens d'échange,
pour faire tomber à bas prix les denrées coloniales, &
faire monter l'argent, dont la valeur commerciale eft
toujours en ràifon dela rareté. C'eft ainfi qu'ils achètent
à dix fols des denrées qu'ils revendent quarante & cinquante, &c. &c. &c.. : . C'eft ainfi que, dans cinq
ou fix ans, ils font des fortunes infolentes, pendant que
le cultivateur végète toute fa vie,
moyens d'échange,
pour faire tomber à bas prix les denrées coloniales, &
faire monter l'argent, dont la valeur commerciale eft
toujours en ràifon dela rareté. C'eft ainfi qu'ils achètent
à dix fols des denrées qu'ils revendent quarante & cinquante, &c. &c. &c.. : . C'eft ainfi que, dans cinq
ou fix ans, ils font des fortunes infolentes, pendant que
le cultivateur végète toute fa vie, --- Page 66 ---
(64)
tions particulières, qui furent toujours un attentat
aux intérêts de la focicté, applaudira les grandes
mefures qui établiront un julte cquilibre entre la
France & les colonies (1).
LEGISLATEURS, je viens de vous parler le
langage de la vérité, comme je le faifois à SaintDomingue. 2 fouslepoignard même del'ariftocratie:
Inaccellible à la crainte 2 je fus toujours ennemi
dè l'intrigue. Membre del'affemblée coloniale - jai
fuivi les événemens de mon pays. Commiflaire
amprès de vous 1 j'en ai fait le développement, &
mes preuves fe trouvent écrites dans quatre cents
pièces officielles, que j'ai analyfées dans un ordre
tel, que cet ouvrage préfente lui-même l'hiftoire
des défaftres de mon pays 2 leur caufe & leurs
eifets (2).
Là, vous verrez que BLANCHELANDE, CAMBEFORT, TOUZARD, PISON, POITOU, JUMÉCOURT, VILLARS, SKERENSCOFF, ROUME,
DECOIGNE, LABIGNE, LAVALIERE, ROUVRAY,
père & fils; SAINTE-CROIX, DAULNAY-DECHITRY , HANTES-DE-JUMECOURT, , CAZAMAJOX, CADUCHS,DE LELE-DE-BRESSOT, &c.
ne fauroient éviter le châtiment deleur fcélérateffe.
(I) Nul doute que les colonies ne doivent fe gouverner clles-mêmcs. Nul doute que leur intérêt, la
politique, la reconnoifance & Pamitié ne leur commandent de s'unir à la France. Nul doute que le
paSte ne doive être le réfultat des delibérations libres
de chacune des parties contraftantes.
(2) Cet ouvrage volumineux, que mes facultés ne
m'ont pas permis d'imprimer, eft dépolé aux archives
de la commifion de Saint-Dominque.
Si,
gouverner clles-mêmcs. Nul doute que leur intérêt, la
politique, la reconnoifance & Pamitié ne leur commandent de s'unir à la France. Nul doute que le
paSte ne doive être le réfultat des delibérations libres
de chacune des parties contraftantes.
(2) Cet ouvrage volumineux, que mes facultés ne
m'ont pas permis d'imprimer, eft dépolé aux archives
de la commifion de Saint-Dominque.
Si, --- Page 67 ---
(65)
Si, dès long-temps, jc ne vous ai officiellement
dénoncé ces agitateurs (1), ne croyez pas qu'un
fentiment de foiblcfie ait pu arrêter l'homme qui
les pourfuivit à Saint-Doningue, dans des temps
oik tout tremiloir devant culx : MAIS, VOUS N'ETIEZ PAS ENCORE ASSEZ DÉPRÉVENUS, POUR
ENTENDRE LA VÉRITÉQUE LAMALYEILLANCS
AVOIT JUSQU'ALORS ÉTOUFFÉE.
L'ariftocratie va s'armer contrc moi Je nela
crains pas : JE PUIS PROUVER SES CRIMES (2).
Et je conclus à ce que les droits des colonies
foient authentiquement reconnus 3
A ce qu'elies organilent leur régime intérieur ;
A ce qu'il foit établi un paéte d'UNION, du
confentement des parties contradantes :
A ce que tous ceux acculés des défordres de
Saint-Domingue, foient ienvoyés dans ceite colonie, pour y être jugés (3).
(I) Quelques entretiens particuliers ont produit ie même
effet : ils m'ont fervi à provoquer le décret d'accufation
contre Blanchelande.Tne, mefure plus ofierfible eit] peutétre alors lie infrudueuf.
(2) J'ai fourni les moyens de motiver le décret
d'accufation contre BLANCHELANDE: &, lors même
que ma fenfibilité fe révolte du miniftère pénible que
je remplis - .je fais refpeéter aflez mon devoir, pour
foumettre bientôt à fcs juges des p:euves non équivoques de fa fcélérateffe.
(3) Dijà on fc peint les déportés de Saint Doming:e
comme le bouc d'lfraël, que le peuple a chargé de fes
iniquités. On femble croire quc $ S'ilso ontquelques torts,
ils les ont partagés avec les corps populaires.
Mais
ces corps populaires leur ont toujours été en oppofition 5
& fi l'une des deux autorités eft coupable, Pautre ne
E
juges des p:euves non équivoques de fa fcélérateffe.
(3) Dijà on fc peint les déportés de Saint Doming:e
comme le bouc d'lfraël, que le peuple a chargé de fes
iniquités. On femble croire quc $ S'ilso ontquelques torts,
ils les ont partagés avec les corps populaires.
Mais
ces corps populaires leur ont toujours été en oppofition 5
& fi l'une des deux autorités eft coupable, Pautre ne
E --- Page 68 ---
(66)
Pour écarter la confance, on va m'accufer de
fauroit l'étre; & lors même que inille témoins n'acSiersiontpe-Dari@erate &le gouvernement, le retour
de P'ordre a Ssint-Domingue, depuis leur déportation,
attefteroit afez leurs crimes.
Si quolqu'un à pu écrire que les commiffaires civils
accufent le peuple de Saint - Domingue d'aimer la
royauté, il a fait un menfonge inexcufible, s'il n'cft
l'effet d'une combinaifon perfide. Jamais les commiffaires civils n'ont tenu paréil langage, On les a vus
rendre hommage â la fagelle, 2u grand caraétère de
l'aflemblée celoniale, fi odieufement outragée, Onles
a vus rendre hommage aux autres corps populaires. On
les a vus honorer le patriotifme & le courage des
colons. On les a vus gémir fur les égaremens des
hommes de couleur, qu'ils ont, avec raiton, préfentés
comme les inftrumens des conte-rivolusoonaess &
le témoignage des commiflaires civiles eft d'autant
moins fuipect, que leurs principes, leur prévention
contre les blancs S les corps populaires de SaintDomingue, & leur affodtion pour les hommes de
coulear, ne furent jamais équivoques.
Il cf vrai qu'ils fe plaignent de la ville de SAINTMARC : mais cette ville fut toujours en oppofition
à l'affembléc coloniale, aux corps populaires conftitutjonna's : elle fut toujours confidérée, par le refte de
Saint-Dormingue, comme en état de contre-révolution; ;
elle fut toujours coalifre avec le gouvernement & les
hommes de couleur ; elle fut lc fiège du tribunal de
fang qu'avoient créé les B LAN C HELANDE, les
Rou U M E, & que prefidoit le citoyen PINCHINA,
homme de couicur, dans letemps de fon egarement. C'eft
dans cette ville que les commiffaires civils ont trouvé
les ennemis del la révolution, lcs apôtres du royalifne.
TELLE EST CEPANDANT LA VILLE QUE LAFRANCE
A ToUjoURs HONORÉE DE L'APOTHÉOSE,
Rien de moins incertain que la culpabilité des déportés de Saint-Domingue 3 rien dc moins certain que
E, & que prefidoit le citoyen PINCHINA,
homme de couicur, dans letemps de fon egarement. C'eft
dans cette ville que les commiffaires civils ont trouvé
les ennemis del la révolution, lcs apôtres du royalifne.
TELLE EST CEPANDANT LA VILLE QUE LAFRANCE
A ToUjoURs HONORÉE DE L'APOTHÉOSE,
Rien de moins incertain que la culpabilité des déportés de Saint-Domingue 3 rien dc moins certain que --- Page 69 ---
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pallion, de partialité (1); &, cependant, je
n'ai fait qu'efquifler les crimes commis à SaintDomingue.
Quelques intérêts particuliers froiffés, vont préter
à mes opinions, fir lc fyftème politique de Saintun caraétère criminel. Je fuis fort de
Domingue 2
ma confcience; & s'il leur faut une vidtime, qu'on
puniffe le fimple cioyen 2 puifqu'en manifeftant
leur châtiment : toute procédure criminelle cxige une
audition, une confrontation, cent formalités impraticables à d'aufli grandes diftances ; & fi les témoins de
tant de crimes ont été, , jufqu'ici 2 condamnés au ils
filence, par la crainte du poignard de l'ariftocratie,
feront arrêtés aujourd'hui par Ia crainte d'être envoyés à
deux mille lieues, pour fe confronter aux coupables.
Vouloir juger en France les incendinires de Saint-Domingue. s c'eft confacrer leur impunité; c'eft enhardir
leurs pareils à des crimes nouveaux ; c'eft porter le mécontentement au fein des habitans de Saint-Domingue :
alors les patriotes défefpérés . e
toujours immolés
aux ariftocratics. -
n'auront plus qu'à fuir au mia
licu des nations fauvages.
(1) Jc fuis loin d'imiter cet agitateur, 3 qui, pour raviver une haine que le rapprochement des hommes
libres de Saint-Domingue a, pour toujours, éteinte,
falit les journeaux d'une lettre calomnieufe 2 que fa
perfide méchanceté attribue au citoyen PINCHINA,
homme de couleur. Si le citoyen PINCHINA l'a
écrite dans lc temps ou il étoit, comme fes frères, la
victime ou l'inftrument des contre - révolutionnaires >
fon éditeur auroit dû ne pas oublier que CC citoyen >
uni loyalement aux blancs, fcs bienfaiteurs, la défavoucroit aujourd'hui. Il auroit dû ne pas oublier qu'une
telle lettre peut être un gerre de maiheurs pour SaintDomingue,
Que de traîtres que déguife lc mafque
du civifime !I! --- Page 70 ---
e
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mon opinion, 2 j'écarte mon caradtère politique, &
je ne fais qu'ufer du droit qu'accordent à I'homme
la nature & ia loi.
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UBZ
De PImprimerie de L. POTIER DE LILLE, rue Fayart,no, 5 --- Page 71 ---
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