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365 13
DISCOU RS
FAIT
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
Le 3 Novembre 1791,
PAR MM. les Commissaires de PAssemblée
Générale de la partie Françoise de SaiutDominguc.
IMPRIMÉ PAR ORDRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
APARIS,
DE LIMPRIMERIE NATIONALE,
I 79 I. --- Page 4 --- --- Page 5 ---
DISCOU R S
FAIT A L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
le 30 Novembre 1791,
PAR MM. les Commiljaires de PAlfemblée
Générale de la partie Françoife de Saint
Domingue.
IMPRIMÉ PAR ORDRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
MESSIE U R S,
L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE de la partie Françoife de
Saint-Domingue nous a nommés fes commiffaires auprès de vous.'
A ce titre, le premier de nos devoirs eft de vous
affurer de fon attachement inviolable à la métropole;
avant de vous peindre les événemens affreux qui dévorent cette portion intéreffante de PEmpire, & dé
folliciter les fecours les plus prompts & les
puifMans
en fauver, s'ii eft
encore, malPE
Poflible
Rettoets débris.
Colonies. No. 6.
A --- Page 6 ---
(2)
Depu's long-temps nous prévoyions les maux qui
nous frappert, & qui fans doute nous anéantiront fi
la E uiflance &la juflice nationale ne viennentrapidement nous fecourir.
Nous venons vous en offrir le détail, qui ne vous
donnera cependant qu'urie idée imparfaite de nos défaftres & de notre fituation.
L'Affemblée Générale de la partie Françoife de
Saint-Domingue, après s'être conftituéeà Léogane,
avoit défigné la ville du Cap pour la tenue de fes
Téances. Les derusntytendoeritccedlivenemtg pour
y remplir leur miflion.
du
Quelques-ums d'eux arrivèrent le 16 au quartier
Limbé 2 diflant de fix Lieues du Cap; ils furent
témoins. de Pincendie d'une cafe à Bagalle, ii Phabitation Chabaud.
L'incendiaire étoit un nègre commandeur de Phabitation Defgrieux; ce nègre, armé d'un fabre, sévadoit: M. Chabaud le voit, le pourfuit & l'atteint.
Combat entre eux, le nègree efl bleffs, capturé & mis
aux fers.
a
Onl'interroge: il dépofe que tous les commandeurs,
cochers, domefliques, & principaux affidés des habitations voifines & des quartiers adjacens, ont forméle
complot de mettre le feu aux habitations 8c d'égorger
tous, les blancs. Il défigne pour chefs quelques noirs
de Thabitation de fon maitre, ? quatre de celle de
Flaville, Gtuée à TAcul, difante de tro's licues du
Cap, & le nègre Paul, commandeur de Phabitation
Bin.au Limbé.
La municipalité du Limbé fe tranfporte chez M. a
Chabaud : mêmes queftions au nègre incéndiaire,
mêmes réponfes. La municipalité en drefTe procèsverbal; 5 Penvoie à P'Affemblée provirciale du Nord, 2
prévient les habitans du quartier, indique au procu-
à TAcul, difante de tro's licues du
Cap, & le nègre Paul, commandeur de Phabitation
Bin.au Limbé.
La municipalité du Limbé fe tranfporte chez M. a
Chabaud : mêmes queftions au nègre incéndiaire,
mêmes réponfes. La municipalité en drefTe procèsverbal; 5 Penvoie à P'Affemblée provirciale du Nord, 2
prévient les habitans du quartier, indique au procu- --- Page 7 ---
(3
reur de Phabitation Flaville k nom des conjurés qui
font chez lui, Pinvite às'en aflurer &à les traduire à la
conciergerie du Cap.
fenfible
Celui-cis plus confiant que foupçonneux,
& bon, raffemble les nègrés foumis à fon adminiftration, leur communique Yavis de la municipalité, leur
dit qu'il ne peut croire un complot aufli atroce, &
leur offre fa tête s'ils la defirent; tous lui répondent
que lai dépofition du commandeur de Thabitation
d'Egrieux eft une impofture odieufe & lui jurent un
inwolabie.tachement: il eut la foibleffe d'y, croires
cet excès de confiance nous a perdus. La municipalité
du Limbé requiert M. Planteau, procureur de T'habitation - Blin', de lui repréfenter le nègre Paul. Cet
efclave interrogé. répond : que l'accufation portée
contre lui eft Raufie & calomnieufe, que plein de reconnoillance pour les bontés de fon maitre, dont ik
reçoit tous les jours de nouveaux bienfaits, on ne le
verra jamais tremper dans les: complots tramés contre
Pexiftence des blancs & contre leurs propriétés.
A la faveur de cette déclaration pertide, & furl Paffurance que donne M. Planteau, que ce nègre mérite
confiance, il eft relâché,
à:
Les choles reftèrent das cet état jufqu'au 21,
la force
du Limbé, fur la
de
C1E
publique
réquifition
municipalité. fel tranfporta fur Phabitation Defgrieux
pour arrêter le nègre Cuifinier, dénoncé comme un
des principaux chefs. Le nègre s'évade, ya; trouver le
négre Paul, de Phabitation Blin, & de concert avec
les autres conjurés, ils préparent le fer & la torche.
deftinés àl'exécution de leurs horribles projets.
: Dans la nuit du 22 au
douze nègres vont
à la fucrerie de Phabitation 28 Noé à PAcul, faififfent lapprentf I ffineur & le traînent devant la
maifon pincipale, où il expire fous les coups dont
A 2
trouver le
négre Paul, de Phabitation Blin, & de concert avec
les autres conjurés, ils préparent le fer & la torche.
deftinés àl'exécution de leurs horribles projets.
: Dans la nuit du 22 au
douze nègres vont
à la fucrerie de Phabitation 28 Noé à PAcul, faififfent lapprentf I ffineur & le traînent devant la
maifon pincipale, où il expire fous les coups dont
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(4)
<7
il le percent. Ses cris font fortir le procureur dei
Thabitation: it eft renverfé de deux coups de fufils.
Lesfeciératsmarchent, vers Fappartement du raffineur,
Paflaflinent dans fon lit, frappent à coups de fabre
homme malade couché dans une chambre
un voiline jeune quis laiffé pour mort, fe traine cependant,
fur Phabitation limitrophe, ou il apprend les horreurs
dont il a été témoin, & annonce que le chirurgien
a été, feul épargné; exception qui s'eft renouvelée dont les
à Tégard de prefque tous les chirurgiens,
nègres avoient calculé que les fecours pouvoient
leur devenir utiles. : enfuite fur Phabitation CléLes brigands tuent courent le
& le raffineur. e
ment, & y
propriétaire à
& il favorife la
Le jour commence paroitre,
réunion des fcélérats qui parcourent toute la plaine les
avec des cris affreux, incendient les maifons,
cannes, & égorgent les la habitans. révolte avoit éclaté fur les.
Dans la mème de nuit, Galifet: les noirs de Pune de ces
trois habitations
les armes à la main 5 dans la
liabitations du pénètrent, raffineur, veulent Paflafliner, & ne le
chambre
bras : P'obfcurité le favorife, il s'ébleffent e,ilf qu'au fuit, & arrive à Phabitation principale. Lesi
chappe. Blancs, qui y font attachés, fe réuniflent pour fe
défendre. M. Odeluc, membre" de l'allemblée générale & procureur des biens Galifet, vient ali Cap
dénonce larévolte de fes noirs. On le fait accom-
&yd de la maréchauffée, elle parvient à T'habitapagner tion, s'empare des chefs, & les conduit à la ville,
M. Odeluc, à leur tête. Il repart fur-le-champ avec
vingt hommes armés, pour rétablir le calie & main- &
tenir Pordre. Mais tous les nègres fe réunifient
l'affailliffent. Ils avoient pour bannière le cadavrer
d'un enfant blanc empalé au bout d'une pique.
fait accom-
&yd de la maréchauffée, elle parvient à T'habitapagner tion, s'empare des chefs, & les conduit à la ville,
M. Odeluc, à leur tête. Il repart fur-le-champ avec
vingt hommes armés, pour rétablir le calie & main- &
tenir Pordre. Mais tous les nègres fe réunifient
l'affailliffent. Ils avoient pour bannière le cadavrer
d'un enfant blanc empalé au bout d'une pique. --- Page 9 ---
C5)
M. Odeluc. 2 s'adreffant alors à fon nègre cocher, 9
devenu Pun des chefs. lui dit: : malbeureux, je ne
t'ai jamais fait
du bien, pourquoi veux-tu ma
mort? Cela QH" vrai, répond-i1, mais' j'ai promis
de vous
& à Pinftant mille coups lui font
portés. MFMSTIA majeure partie des blancs périt avec
lui, & notamment M. d'Averoult, auffi membre de
l'aflemblée générale.
Dans le même moment, l'atelier Flaville, 2 celui-là
même qui avoit juré fidélité au procureur, s'ame,
fe révolte, entre dans les appartemens des blancs,
en maffacre cinq attachés à Phabitation. La femme ad
procureur demande à genoux la vie de fon mari;
les nègres font inexorables, ils affaffinent l'époux en
difant à lépoufe infortunée qu'elle & fes filles font
deftinées à leurs plaifirs.
M. Robert, charpentier, employé fur la même
habitation,eft faifi par fes nègres, qui le garottent
entre deux planches & le fcient avec lenteur.
Un jeune homme de feize ans, bleffé dans deux
endroits; échappe à la fureur des cannibales, & c'eft
de lai que nous tenons, ces faits. Là, les torchés
fuccèdent aux poignards: on metle feu aux cannes
de Thabitation, les bâtimens fuivent de près. C'eft
le fignal convenu : la révolte eft annoncée; elle
éclate avec la rapidité de Péclair fur les habitations
adjacentes: : autant de blancs qu'on apperçoit, autant de vigtimes égorgées: hommes, femmes, enfans,
vieillards 2 tous expirent indiftinêtement fous le couteau des affaffins.
Un colon eft égorgé par celui de fes nègres qu'il
avoit comblé de bienfaits : fon époufe, jetée fur fon
cadavre, eft forcée d'affouvir la brutalité de ce fcélérat.
M." Cagnet, habitant de PAcul, voulant échapper
à tant de fureurs, s'embarque pour le Cap ; fon nègre,
A 3
ans,
vieillards 2 tous expirent indiftinêtement fous le couteau des affaffins.
Un colon eft égorgé par celui de fes nègres qu'il
avoit comblé de bienfaits : fon époufe, jetée fur fon
cadavre, eft forcée d'affouvir la brutalité de ce fcélérat.
M." Cagnet, habitant de PAcul, voulant échapper
à tant de fureurs, s'embarque pour le Cap ; fon nègre,
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domefique, follicite la permiffion de le fuivre: : cêtts.
marque d'attachement détermine fon maître à Penà refferpour veiller fur fon habitation & tâcher
SEE préferver: il le promet; majs à peine M. Caignet a-tille piedal bord, quilvoit cet efclave la torche
à la main, & portant le feu dans fes propriétés.
Des exprès font dépèchés vers la ville du Caps
auffi-tôt elle envoie des citoyens armés & des troupes
de ligne; ; ils fe tranfportent vers le plus fort raflemblement, & en détruifent une partie ; ma's reconnoillant que le nombre des révoltés s'accroft en raifon
centuple de leurs pertes, 2 &
foibles pour réfifter,
ils fe réplièrent en attendant LoR nouveaux fecours 7
qui n'arrivérent que dans la nuit, fous les ordres de
M. de Touzard,"qui prit le commandement de la
petite M. armée. de Touzard , appercevant
les révoltés fe
rallioient fur Phabitation Latour., aE tranfporta. Ils
pouvoient être de trois ou quatre mille: à Tinftant de
faire jouer Partillerie pour de vouloir dilliper cet fe rendre. attroupement, M. de
les Touzardsavança, negres feignirent une fouled'entr'eux affure ce commandant qu'ils alloient fe rende à leur devoirs il
crut à leurrepentir & fe retira: Thumanité, Pintérêt
de la' colonie, lui en faifoient un devoir; mais il ne
tarda pas à être défabufé: les nègres ne fe divisèrent
pour aller fe groffir de tous les atteliers des enque virons. L'armée étoit rentrée en ville
faire de
nouvelles difpofitions propres à arrêter PRS défordre:
les révoltés profitèrent de cetintervalle pour mettre le
comble à leurs brigandages.. Les communications avec
les gmianedacenaoeninterorset nousycraignions les mêmes défordres: nos craintes furent bientôt confirmées. Nous apprimes. 2 par des perfonnes
échappées par mer, que le Limbé, Plaifance, le port
étoit rentrée en ville
faire de
nouvelles difpofitions propres à arrêter PRS défordre:
les révoltés profitèrent de cetintervalle pour mettre le
comble à leurs brigandages.. Les communications avec
les gmianedacenaoeninterorset nousycraignions les mêmes défordres: nos craintes furent bientôt confirmées. Nous apprimes. 2 par des perfonnes
échappées par mer, que le Limbé, Plaifance, le port --- Page 11 ---
(7)
Margot, étoient en proie aux mêmes horreurs 2 &
chaque citoyen en nous apprénant fes malheurs nous
décor vre de nouveaux forfaits.
avo't
M. Potier, habitant du port Margot,
appris
à lire & a écrire à fon nègre commandeur; il lui avoit
donné la libeité dont i jouifoit, il lui avoit légué
dix mille livres qu'on alloit lui payer, il avoit donné
pare'llement à4a mère de ce negre une portion de
terie tur laquelle elle recueilloit du'caffé; le monftre
foulève lattelier de fon bienfaiteur & celui de famère,
embrafe 8: confurne leurs pollefions ,& pour cette
action il eft promu au généralat.
M.
A la grande Rivière 2 un habitant. 2
Cardineatr,
avoit deux enfans nalurels, de couleur, à quiil avoit
donné la liberté 2 & dont il avoit foigné l'enfance
avec la plus tendre follicitude; ils fc préfentent à lui
le piftolet fur la gorge, lui demandent fon argent : il
confent àleur demande;à peine en font-ils failis qu'ils
le AlAcul,M. poignardent. Chauvet du Breuil , député à PAfemblée
eft affaffiné
un mulâtre de feize
ans,fon ginérale, fils naturei, 2
à quiil par deftinoit fà fortune après
Favoirafmanchi dès fon adolefcence.
Ala graude ravinc du Limbé, un colon, père de
deux jeunes demoifelles blanches, efl garotté par un
griffe , chef d'une bande; il viole' Painée en fa préfence, donne l'autre à un de fes fatellites: leur
& les Giles font
a
TE
fion fatisfaites le père
émorgés.
&c madame Baillon, leur gendre & leur fille, encouragés parleurs nègres. demeurent fur leir habitation;
mais les brigandages de ceux dans lefauels ils avoient
plus de confance, les avertiffent qu'i! eft temps de fuir.
La nourrice de madame Baillon la jeune lui avoue
qu'iln'y a même pas un inftant à perdre, & elle s'offre
à Paccompagner; un vieux ferviteur s'engage à guidet
A4
és.
&c madame Baillon, leur gendre & leur fille, encouragés parleurs nègres. demeurent fur leir habitation;
mais les brigandages de ceux dans lefauels ils avoient
plus de confance, les avertiffent qu'i! eft temps de fuir.
La nourrice de madame Baillon la jeune lui avoue
qu'iln'y a même pas un inftant à perdre, & elle s'offre
à Paccompagner; un vieux ferviteur s'engage à guidet
A4 --- Page 12 ---
(8,)
leurs pas; heureufement la nourrice de madame Baillon éloit femme de Paul Belin Pun des généraux
nègres, & elle en avoit obtenu des alimens pour fes
maitres. I avoit même promis, d'après fesinflances,
de faire trouver dans un embarcadaire éloignéun canot
pour tranfporter ces fugitifs au Cap; mais quelle fut
leur douleur en voyant un
efquiffans mât, fans
rames & fans conduceurs; ReR d'eux tente de s'embarquer, la frêle nacelle fe renverfe, & cen'eft qu'avec
la plus grande peine qu'on lui fauve la vie. Nouvelles
follicitations au nègre Paul, fa femme lui reproche
la manière dont il a rempli ifa promefle ; il répond
n'avoit donné ce moyen, que comme un genre
mort préférable à celui
3:"
que les révoltés
roient à ces infortunés que ce recit glace d'effroi prépaLeur défefpoir réveille leurs forces, ils fe mettent en
marche, & après vingt-un jours 2 pendant lefquels ils
n'ont pu faire qu'enviroh cinq lieues au milieu des
terreurs, ils arrivent au camp du port Margot, d'où
ils fe font rendus au Cap.
Pendantce temps la Hammefeportoit de toute part;
la petite Anfe, la pleine du Nord, le quartier Morin,
Limonade, n'offrent que des monceaux de cendres
c de cadavres.
II femble qu'on ne pourroit rien ajouter à l'horgeur de ces tableaux 3 cépendant, Meffieurs, les traits
en deviennent plus effroyables lorfqu'on voit que les
efclaves les mieux traités par leurs maîtres ont été
l'ame de la révolte.Ce font eux qui les ont trahis, &
qui les ont livrés'aux fers des meurtriers; ce font eux
qui ont féduit & foulevé les atteliers fidèles; ce font
eux qui ont égorgé ceux qui refufoient de devenir
leurs complices. Qu'elle leçon pourles amis des noirs!
quelle épreuve déchirante pour les colons eux - mêmes, 2 à qui lavenir n'offiroit que des motifs de défo-
l'ame de la révolte.Ce font eux qui les ont trahis, &
qui les ont livrés'aux fers des meurtriers; ce font eux
qui ont féduit & foulevé les atteliers fidèles; ce font
eux qui ont égorgé ceux qui refufoient de devenir
leurs complices. Qu'elle leçon pourles amis des noirs!
quelle épreuve déchirante pour les colons eux - mêmes, 2 à qui lavenir n'offiroit que des motifs de défo- --- Page 13 ---
(9 )
lation, fi quelques efclaves n'avoient donné, au mie
lieu de tant de crimes, des preuyes d'une fidélité inviolable; : & prouvé d'une manière éclatante, 2 qu':ls
déteftoient les fédudtions de ceux qui vouloient les
envoyer à la mort en leur promettant la liberté. Ils
l'ont obtenu cette liberté, mais de leurs maîtres, mais
pour prix de leur fidélité, &c les repréfentacs de la'
colonie P'ont ratifiée au milieu des tranfports de la
reconnoiffance univerfelle.
Reprenons le récitde nosdéfaftres. A cette époque
cent mille nègres étoient en révolte, & toutes les manufactures & les plantations de plus de la moitié de la
province du Nord, n'offroient plusqu'on embrâfeme nt
général. Les plaines & les montagnes font remplies de
carnage &inondées de fang ;les colons glacés d'effroi
ne favent oùt fe réfugier ; celui-ci cherche fon falut
dansles bois, ileft trahi par fes nègres, 8c poignards;
célui-là fe confie aux promeffes de fon attelier, un
chef révolté s'y gliffe, l'attclier fe foulève,le proprié-.
taire eft fa vidime.
Epars furune furface deterre, entrecoupée de montagnes &c de gorges, les habitans qui fuient, cherchent à fe rallier & à vendre chèrement leur vie; les
routes font obftruces, ils font pris&c maffacrés.
Ceux qui fe réuniffent ne peuvent qu'oppofer une
foible digue au torrent qui fe grofit; ils font difperfés
& failis; ils expient dans les tortures l'exercice d'une
défenfe légitime. Ces fcènes d'horreurs fe paffbientàla
porte de laville du Cap; la terreur &l lépouvante s'emparent de tous les elprits : cependant chacun fent qu'il
eftinftant de pourvoir à fà fareté; ons'aliemble, on fe
réunit 2 les citoyens prennent les armes, & les troupes
patriotiques font miles, , par P'Affemblée générale, fous
les ordres du gouverneur.
La ville du Cap avoit à contenir avec trois mille
affbientàla
porte de laville du Cap; la terreur &l lépouvante s'emparent de tous les elprits : cependant chacun fent qu'il
eftinftant de pourvoir à fà fareté; ons'aliemble, on fe
réunit 2 les citoyens prennent les armes, & les troupes
patriotiques font miles, , par P'Affemblée générale, fous
les ordres du gouverneur.
La ville du Cap avoit à contenir avec trois mille --- Page 14 ---
(
hommes au
quinze
noirs prêts à fuivre
e
l'exemple de plus, ceux-du dehors, & beaucoup de blancs
mal-intentionnés: P'Affemblée générale delibère une
nuit entière furla manière dont on pouvoit fe préferver des ennemis intérieurs. Le réfultat fut qu'on fe
borneroit à une furveillance éclairée & fuivie de leur
conduite &c de leurs difpofitions. La révolte avoit
été trop fubite, trop étendue & trop! bien coricertée,
pour qu'il parit pofible d'en arrêter, d'enmodérerles
ravages. La ville du Cap, le côté dela mer excepté,
étoit fans défenfe, fans poffibilité même d'être fortifiéé
avant plufieurs jours, & fans des travaux prodigieux.
Ily avoit tout à craindre que les nègres foulevés ne
fondiffent fur la ville > & que favorifés &c fecundés par
ceux qu'elle contient ils ne fiffent un maffacre genéral de la race blanche. Il ne reftoit donc qu'tine
reffources celie d'occuper les défilés du morne qui
touche le Cap; d'établir un pofte au haut de la ville,
qui, àlaide des maraisguifavoiinent, pût la protéger,
& de couvrirle chemin de la petite eanfe,par unebatterie de canons, & de bâtimens embofics. Cette réfolution fit adoptée & exécutée; dès-lors le Cap entouré d'une palifade folide, de cheveaux de friles,&
de pofles alléz confidérables, fe trouva dans une fituation moins alarmante.
Dans cet intervalle on ne perdit pas utie minute
pourinftruire par merles paroilles gui n'étoient pas
encore entamées, & pour leur indicler les mefures
néceflaires; les habitans de CCS parolles fe réunirent.
ils établirent des camps plus ou moins nombreux. ii
s'en formagu Trou , à Fallieresala Grandé Rivière, au
Moruet, au Dondon, d la Marmelade, aul Port-Margots
& dans lesautreslieux menacés. Les révoltés ont faivi
le même plan ils ont établi des camps dans tous"les
quartiers qu'ils ont ravagés : de plus ils ont forcé
indicler les mefures
néceflaires; les habitans de CCS parolles fe réunirent.
ils établirent des camps plus ou moins nombreux. ii
s'en formagu Trou , à Fallieresala Grandé Rivière, au
Moruet, au Dondon, d la Marmelade, aul Port-Margots
& dans lesautreslieux menacés. Les révoltés ont faivi
le même plan ils ont établi des camps dans tous"les
quartiers qu'ils ont ravagés : de plus ils ont forcé --- Page 15 ---
(n)
lecamp des Hlanes, à la GGrande-Riviere,té ou mis en
fuite tous les habitans de ce quartier. Le camp duD ndona éprouvéle même foit, après un combat defept
heures 2 & dans iequel p'us de cent blancs ont iuccombé. Ceux de ces infoftunés quiavoient cherché
un afyle dans la pa:tie elpagnole, en ont éts repoullés. MMA Granal, Roynaud & Lambert, habitans de la
grande rivière & du Dondon, ont cependant pénstrés julque chez un propriélaire e'pagnol, leur intime
ami. Cet homme eftimable, placé entreles fentimens
les plus
& la crainte d'être incendis par fes
compatriotes, ERTE réfout à tenir les trois François enfermés dans un cabinet, d'où il les fait efquiver, la
nuit, au milieu des déferts & à la faveur d'un orage.
Faut-il vous dire, pour vous faire connoître Tindignation que la conduite de nos voifins a dà exciter,
que des dépofitions &c la voix publique apprennent chez les
que plufieurs habitans du Dondon, refugiés
Efpagnols, ont été chaffés hors des limites,, & livrés
aux chelsdes nègres révoliés.moyenmant troisportu-
(132.liv. de France)par individu, & quils ont
EAFT la mort?
Les quartiers du Rocot, Martharoux 5 le Terrier
Rouge, Jacquef, Caracole > Ouanaminthe & FortDauphin formant la partie de PEC de la province
du Rodi étoient encore intacts; il devenoit inftant
de les garantir.
fous les ordres de M. de
Il fut établi un camp
Rouvrai, qui a parfaitement, rempli le but
les efforts continuels
RGO
s'étoit propofé, 2 malgré
brigands. Au milieu de ces P fcènes effrayantes la ville du Cap
fe peuploit des habitans des
& des mornes,
échappés au fer des meurtriers. LOCH fut alors que M.
Rodi étoient encore intacts; il devenoit inftant
de les garantir.
fous les ordres de M. de
Il fut établi un camp
Rouvrai, qui a parfaitement, rempli le but
les efforts continuels
RGO
s'étoit propofé, 2 malgré
brigands. Au milieu de ces P fcènes effrayantes la ville du Cap
fe peuploit des habitans des
& des mornes,
échappés au fer des meurtriers. LOCH fut alors que M. --- Page 16 ---
(12)
Blanchelande crut pouvoir mettre en campagne deux
petits cotps d'armée qui, réunis à M, de Rowrai,
attaquérent &c enlevèrent fuccelfivement plufieurs
camps desrévoltés, fitués furleshabitations
la Chevalleric, Bullet,
Chabanon 3
Dagout & Galifet; dans Duplat 2 Charitte, de Nort,
plufieurs
tous ces camps on a délivré
Mlancherpnifonnières, C'eft d'elles,
qu' on appris à quels excès de barbarie fe font Melfieurs,
les révoltes.
portés
le Votre fenfibilité déja émue ne pourroit
récit dés fcènes d'horreurs dont elles ont fupporter été les
témoins.
C'eft la par les révoltés qui ont Eté pris 2 qu'on a fçu
plus grande divifion règne parmi les différens
0ea de ces brigands. Chaque horde forme un
& ces partis font toujours divifés, toujours prêts parti, à
s'entre-détruire. Leur régime eft abfolument
tique 3 les chefs exercent les rigueurs les plus delpo
fur ceux. qu'ils commandent ; la moindre infubordi- inouies.
nation, le plus léger. figne d'incertitude, eft puni de
mort; & c'eft une vérité reconnues qu'ils ont facrifié
plus de nègres à leur inquiétude on à leur
que nous n'avons été obligésd'en détruire pour haine, notre
défenfe, quoique nous ayons remporté fur eux
fieurs avantages marqués. Ces aées de cruauté plu- fe
dirigent fur ceux même qui fe font engagés volontairement dans la révolte. Mais qui ne frémira pas en
apprenant de quelle manière ils puniffent ceux
veulent refler fidèles à leurs maîtres? ils les
qui
de force, 2 & les expofent au premier feu. Onles prennent a
vus, par une lâche cruauté,mettre au devant de leur
armée, 'les vieillards, les femmes, les enfans, & ne
pouvant les faire combattre,s'en fervir pour parer les
coups. Ont-ils des bleffés, 2 qu'ils ne peuvent faire
panfer, faute de chirurgien,ils les enferment dans une
veulent refler fidèles à leurs maîtres? ils les
qui
de force, 2 & les expofent au premier feu. Onles prennent a
vus, par une lâche cruauté,mettre au devant de leur
armée, 'les vieillards, les femmes, les enfans, & ne
pouvant les faire combattre,s'en fervir pour parer les
coups. Ont-ils des bleffés, 2 qu'ils ne peuvent faire
panfer, faute de chirurgien,ils les enferment dans une --- Page 17 ---
le (13) feu. Enfin,
dire en
caze & ilsy y mettént
pourvousle de ces hommes
un feulmot, fi les projets fanguinaires
&c féroces fe réalifoient à légard des blancs, 3
Se parvenoient à faire difparoitre la race blanche de
Ia colonie, on verroit bientôt Saint-Domingue offrir
le tableau de toutes les atrocités de PAfrique. Affervis
à des maitres abfolus. 2. déchirés- par les guerres les
plus cruelles. ils réduiroient en fervitude les prifonniers qu'ils fe feroient faits, & lefclavage modéré fous
lequel ils vivent parmi nous, fe changeroit en un
elclavage aggravé par tous les raffinemens de la
barbarie. Dans Tétat déplorable que nous venons de décrire,
M. Blanchelande, qui a marché de concert avec l'alfemblée générale, crut devoir lui propofer une proclâmation qui pût concourir à ramener les révoltés à
leurs devoirs. L'affemblée générale, compofée de Colons parfaitement inftruits du caractère des Nègres,
lui repréfenta le danger de cette proclamation. & refufa hautement d'y acquiefcer ; huit jours après, M.
Blanchelande lui fit la même propofition; les mêmes
caufes didtèrent le même refus : il perfifla & fe déter:
mina rrà la faire en : fon nom feul, &
parce qu'il
étoit averti que les Negres demandoient CENT i foumettre.
La proclamation fut faite & portée par douze Dragons. Quel a été le réfultat de cette meftire ? Sept
d'entr'eux ont été affaflinés dans le camp des révol- a
tés, & les autres ne fc font fauvés qu'après avoit
échappé aux plus grands dangers.
Il feroit inutile, Meffieurs, de vous décrire toutes
les' horreurs auxquelles nos infortunés concitoyens
ont été livrés. La poftérité fera épouvantée de tant
de cruautés commifes au nom de la philofophie êdé
la liberté.
Nous n'avons, 2 cependant, faifi, dans ce rapport,
- a
tés, & les autres ne fc font fauvés qu'après avoit
échappé aux plus grands dangers.
Il feroit inutile, Meffieurs, de vous décrire toutes
les' horreurs auxquelles nos infortunés concitoyens
ont été livrés. La poftérité fera épouvantée de tant
de cruautés commifes au nom de la philofophie êdé
la liberté.
Nous n'avons, 2 cependant, faifi, dans ce rapport, --- Page 18 ---
(14)
que des traits épars de T'efirayant tableau des maux
qui nous ont afiliges, & qui probablement affligent
encore cette contrée n'aguères fi paifible. fi foriffante & E précieufe à l'empire françois. Vous allez
en juger par l'apperçu des pertes que la colonieavoit
éprouvées al'époque de notre départ.
On comptoit dans les paroiffes de Plaifance, le
port Margot, le Limbé, la Marmelade, PAcul, la
Nord, la petite Anfe, le quartier Morin,
le Moka, les Cotelettes,
E
Iagrande Rivière, le Dondon & autres
de deux cents Sucreries, douze cents Cafeyères, quartiers,
fieurs
BlE
INpatotpapoiinn untrès grand
nombre de Potteries, de, Guilledevriers, plulieurs
Bourgs confidérables, 2 des Magalins publics, une
quantité immenfe de denrées avoient eu le même
fort. En ajoutant à ces objets incaculables tous les
inftrumens aratoires, les uftenfiles de manufadures,
les" meubles & les efpèces monoyées, les chevaux 7
les mulets & tous les troupeaux, lon pourra fe faire
une idée de l'énormité de nos pertes que nous évaluons à plus de fix cents millions. Les fecours de la
Nation, les efforts du commerce & notre induftrie
pourront peut-être les réparer ; mais qui tarira nos
la:mes, fur la mort de plus de mille de nos concitoyens, viéimes de cette cruelle révolte ? La fenfi
bilité peut-elle être muette, quand on fonge
15,000 Nègres feront détruits avant le retour OuE
l'ordre & de la tranquillité, & que s'ils réufliffent
dans Jleurs projets, Saint - Domingue deviendra le
tombeau de cinquante mille François!
Nous ne vous avons juiqu'a-préfent entretenu quel
des malheurs de la partie du Nord. Ce ne font pas
les feuls fur lefquels nous ayons à gémir. Le fang
a coulé dans la proviuce de POueft:le feu y a déi
détruits avant le retour OuE
l'ordre & de la tranquillité, & que s'ils réufliffent
dans Jleurs projets, Saint - Domingue deviendra le
tombeau de cinquante mille François!
Nous ne vous avons juiqu'a-préfent entretenu quel
des malheurs de la partie du Nord. Ce ne font pas
les feuls fur lefquels nous ayons à gémir. Le fang
a coulé dans la proviuce de POueft:le feu y a déi --- Page 19 ---
(15),
truit plufieurs propriétés, & les atteliers du CrandFonds , Charbonniere & Fond - Ferrier éroient en révolte.
Une confpiration découverte à Léogâne a préfervé de Pincendie & du carnage ce quartier 2 ainfi
que ceux de PArchaie, des Vajes & du Cul-de-Sac.
Jérémie a
quelques fermatations,mais l'arreftation des ECAE des troubles a garanti cette partie
du fléau qui la ménaçoit.
- La partie du Sud a eu pareillement des fujets de.
crainte; des précautionspnifes y ont, , jufqu'à l'époque
de notre départ, maintentrla tranquillité: cependant
lafoibleffe de fap population eft telle, que les moyens
employés font pluitôt des monumens de craintes.,
que des motifs de fécurité.
Ainfi, Meffieurs, vouS voyez, de toute part, la
colonie menacée; & s'il eft encore des colons qui.
doivent échapper à tant de dangers réunis, il Jenr
reftera à triompher des crime,s fecreis, des horreurs
de la famine, des épidémies caufses par les cadavres *
laiffés fans fépulure, dags un climat bralant, des
maladies lés plus aiguies, caufées par la farigue, les
alarmes & le chagrin; en un mot, de tout ce Tue
la nature enfante de maux pour la' defirudion de
Phomme. Que de raifons de craindre la ruine de la
colonie 2 ruine qui entrainera celle de la métropole!
La dévaftation de nossplantations produira Panéentiflement de VOS manufagares: des fallitesmuliphiées
attaqueront le crédit public, frapperont,julque dans
Paris le capitalifie &. Tartifan, arrêteront, julque e
dans les campagnes, la perception de' Pimpôt; la
ceflation des armemens, dans "les villes maritimes,
réduira à la mendicité une quantité innombrable d'ouvriers & de gens de mer; alors des cris de fureur & de
défelpoir s'éleveront detoute part,pourvous deman-
des fallitesmuliphiées
attaqueront le crédit public, frapperont,julque dans
Paris le capitalifie &. Tartifan, arrêteront, julque e
dans les campagnes, la perception de' Pimpôt; la
ceflation des armemens, dans "les villes maritimes,
réduira à la mendicité une quantité innombrable d'ouvriers & de gens de mer; alors des cris de fureur & de
défelpoir s'éleveront detoute part,pourvous deman- --- Page 20 ---
(16)
derj juftice contre les auteurs de tant de maux : &
on les méconnoitre à l'art perfide, à la cruelle perfé- peut
vérance avec laquelleils travaillent depuis fil
à préparer'la cataftrophe qui vient d'éclater! longtemps
Nous vivions en paix; Meffieurs 5 au milieu de
nos e'claves. Ung gouvernement paternel avoit adouci
depuis plufieurs années l'état des négres, & nous
cfons dire que des millions d'Européens que tous les
befoins afliégent, que toutes les misèrés
recueillent moins de doueeurs, que, ceux pourluivent, qu'on vous
peignoit d qu'on peignoit au monde entier comme
chargés de chaines & expirant dans un long fupplice.
La fitbation des noirs en Afrique, fans
fans
propriétés
exiflence politique, fans exiftènce civile, inçel
famment les jouets de la fureur imbécille des
qui partagent cette vafle & barbare contrée, eft
dans nos
Aeom
colonies en une condition fupportable
E douce. II n'avoient rien perdu 2 car la liberté dont
ils ne jouiffbient pas, n'eftpas une plante qui ait encore porté des fruits dans leur terre Datale : & quoiqu'en puiffe dire lefprit de parti- quelques fictions
guton puiffe inventer 2 on ne perfuadera jamais aux
hommes inftruits- que les nègres d'Afrique jouiflent
d'une condition libre. Le dernier des voyageurs qui
ait vifité une partie 7 prefque inconnue jufgu'à
fent, de cet immenfe pays, ,.1 n'a écrit dans fon
dintércffant
lre
ouvrage qu'une hiftoire de fang & de
fureurs. Les hommes qui habitent L'Abilfinie, la Nuhie, les Gallas 6 les Fonges - depuis les bords dé
P'océan Indien 2 jufqu'aux frontières de
femblent difputer de férocité &c de barbarie aux
nes &c aux
1E50E
tigres,
la nature y a fait naître. L'ef
clavage y. eft un dbc dhonneur, & la vie, dans cet
horrible climat, eft un bien qu'aucune loi ne protége
& qu'un defpoté fanguinaire tient dans fes mams.
Qu'un
Fonges - depuis les bords dé
P'océan Indien 2 jufqu'aux frontières de
femblent difputer de férocité &c de barbarie aux
nes &c aux
1E50E
tigres,
la nature y a fait naître. L'ef
clavage y. eft un dbc dhonneur, & la vie, dans cet
horrible climat, eft un bien qu'aucune loi ne protége
& qu'un defpoté fanguinaire tient dans fes mams.
Qu'un --- Page 21 ---
Qu'un homme fenfible 1.17) & inftruit compare le déplorable état des hommes en Afrique avec la condition douce & modérée dont ils jouillent dans nos COlonies ; qu'il écarte les déclamations 2 les tableaux
qu'une fauffe philofophie fe plait à tracer, bien
un nom que pour venger
THLETOT
pour s'acquérir le
nos nègres
qu'il fe rappelle régime qui gouverhoit
A
avant qu'on les eût
rendus nos ennemis. d'une
l'abri de tous les tSCA de la vie; entourés
aifance inconnue dans la plupart des campagnes
d'Europe; certains de la jouillance de leurs proptiétés -
(carils en avoientune, 2 & elle étoit facrée ), foignés
dans leurs maladies lavec une dépenfe & une attention qu'on chercheroit vainement dans les hôpitzux dans
fi vantés de P'Angleterre ; protégés, refpedés fur
les infirmités de Page; en paix lur leurs enfans,
leurs familles 2 fur leurs affections; affujettis à un travail calculé fur les forces de chaque individu,
claffoit les individus & les travaux, & que
fitge
qu'on, térêt, aul défaut de Phumanité 2 auroit prelerit de
s'occuper de la confervalion des hommes ; affranchis
quand dils avoient rendu quelques fervices importans:
tel étoit le tableau viai & non embelli du gouverne- domefliment de nos nègres ; & ce gauvemnement fur-tout
que fe perfedtionnoit, depuis dix ans 7
avec une recherche dont vous ne trouverez aucun
modèle en Europe. L'attachement le plus fincère
lioit le maître & les efclaves; nous dormions devenus ensàreté au milieu de ces hommes qui étoient n'avoient ni
nIOS enfans 2 &c plufieurs d'entre nous
ferrures, ni verroux à leurs maifons.
Ce n'eft pas, Melfieurs 7 & nous ne vonlons pas
le diffimuler 2 qu'il n'exiftât encore parmi les
teurs un
nombre de maitres durs &
EEDE
mais quel très-petit étoit le fort de cCs hommes méchans ? Aé.
tris par l'opinion, en horreur aux honnêtes
s
de St.-Dominguc.
Ss,
Discours des commilfaires
d'entre nous
ferrures, ni verroux à leurs maifons.
Ce n'eft pas, Melfieurs 7 & nous ne vonlons pas
le diffimuler 2 qu'il n'exiftât encore parmi les
teurs un
nombre de maitres durs &
EEDE
mais quel très-petit étoit le fort de cCs hommes méchans ? Aé.
tris par l'opinion, en horreur aux honnêtes
s
de St.-Dominguc.
Ss,
Discours des commilfaires --- Page 22 ---
(18) )
féqueftrés de toute fociélé, fans crédit dans leurs
affaires, ils vivoient dansl'opprobre &le
& mourcient dans la misère & le
déshonneur,
noms ne fe prononcent qu'avec défepoir. Leurs
colonie. 2 & leur réputation fert à indignation éclairer
dans la
inhabiles cncore à l'adminiflration des
ceux qui,
roicnt être entrainés par Fimpétuofité de ateliers, leuis carac- pourtères, à des excès que T'expérienceavoit
contraires à une bonne régie, que Tinflrudion montrésauffi & l'adouciffement des moeurs avoient contribuéà les faire
profcrire.
Nous adiurons ici, non ceux qui écrivent des
mans pour fe faire une réputation d'hommes fenfibles, ropour acquérirune popularité fugitive que l'indignation
ginérale doit bientôt leur enlever, mais ceux qui ont
vifits les caloniesy ceux qui les connoiffent ;
dlent fi le récit que nous vous avons fait n'eft qu'ils
fidele, G nous l'avons chargé, pour vous intéreffer pas à
notre caufe.
Nous le répétons.: : nous vivions,
cet état de paix & de bonheur, & nous Meflieurs, rendions dans à
notre mère-patrie 2 proteétrice de nos
le
tribut entier de nos cultures, qui venoit propriétés, enrichir la
métropole, la rendre puiflante en elle-mème, & fupéricure dans fon commerce avec l'étranger.
Cependant, Meffieurs, une fociétéfe forme dans le
fein de la France, & prépare de loinle déchirement
les convulfions auxquelles nousfommes en proie. Obf &
cure & modefte dans le commencement 5 elle ne
montre que le defir de P'adouciflement du fort des
efclaves; mais. ceta adoucillement, 1 perfedionné dans
les Iles Françoifes, elle enignoroit tous les
tandis que nous nous en occupions fans ceffè moyens, : & loin
de pouvoiry concourir, elle nous forçoit d'y renoncer, en femant Tefprit d'infabordination parmi nos
efclaves, & Tinquictudeparmi nous.
-
commencement 5 elle ne
montre que le defir de P'adouciflement du fort des
efclaves; mais. ceta adoucillement, 1 perfedionné dans
les Iles Françoifes, elle enignoroit tous les
tandis que nous nous en occupions fans ceffè moyens, : & loin
de pouvoiry concourir, elle nous forçoit d'y renoncer, en femant Tefprit d'infabordination parmi nos
efclaves, & Tinquictudeparmi nous.
- --- Page 23 ---
(19)
Pour adoucir, , de plus en plus,1 le fort des efelavess
pour multiplier les afranchillemens, il eût fallu. conferver précieufement iaf fécurité des maîtres : mais ce
moyen fage n'eût produit aucun effet fur la renom:
mée; la.gloire ordonnoit d'abandonner les moyens
réels, pour fe livrer aux déclamations, pour nous environner d'alarmes & de terreurs 2 pour préparer des
malheurs que nous avons prédits dès les premiers
travaux des amis desnoirs, &c qui viennent. enfin de
fe réaiifer.
Bientôt, cette fociété démande que la traite des
noirs foit fupprimée ; SECLNAMINE
enréfulter pour le commerce frangois, foieht
aux étrangers : car
Earte
jamais faromanefque
lofophie ne perladera à toutes les puiffances PUis
FEurope que e'eft pour elies un devoir d'abandonner
la culttre des colonies, & de iailier les habitans de
PAfrique en proie à la barbarie dedeurs tyrans, plui
tôt que les employer ailleurs, & fous des maitres
plus humains, a exploiter une terre qui demeureroit
inculte fans eux, & dont les riches produdions sfont,
pour la Nation qui les polede, une fource féconde
d'induftrie & de profpérité.
Se.: mélant enfiité à la révolution de la France,
cette fociété lie fon fyfème, exagéré & iréféchi,
au plan que l'empire avoit conçu' de s'affranchir; &
profitant de Pélan univerfel de tous les François
vers la liberté, 2 elle les intéreffe par le fouvenir de
leur fervitude a fon projet de détruire celle des
nègres. Dans fon enthouliafme aveugle, ou dans fa
perverfité, elle oublie gue CES hommnes groffiers font
incapables de connoitre ia lberté de d'en jouir avec
fagelie 2 & que la loiimprudinte, qui détruiroit lcurs
préjuges, feroit, pour eux & pour nous 2 un arrétde
mort.
Depuis ce moment, cette fociété, ou du moins
B 2
projet de détruire celle des
nègres. Dans fon enthouliafme aveugle, ou dans fa
perverfité, elle oublie gue CES hommnes groffiers font
incapables de connoitre ia lberté de d'en jouir avec
fagelie 2 & que la loiimprudinte, qui détruiroit lcurs
préjuges, feroit, pour eux & pour nous 2 un arrétde
mort.
Depuis ce moment, cette fociété, ou du moins
B 2 --- Page 24 ---
de fes membres (20) n'ont plus connu de
quelques-uns bornes à leur entreprife, tous les moyens leur ont
bons, dès quils pouvoient tendre à Paccomplir; paru les attaques direates, les combinaifons réfléchies
& profondes, les calomnies les plus baffes & les
fontmifes en ufage
le fuccès
EAUs
méprifables, deffeins, mélant adroitementla hues àl'audace ; tantôt
cette fociété nous flatte en nous invitant à fecouer
le joug des commerçans françols, & nous affurant
fon appui, fi nous voulons-nous joindre à elle pour
obtenir un commerce illimité; tantôt elle arme lescommerçans contrel nous 2 en leur difant que indé- nous
méditons une banqueroute déshonorante, une
pendance chimérique, & que, dans notre orgueil,
nous voulons élever une puiffance à côté de celle
de la France : ainff, après avoir cherché à animer
les colons & les commerçans les uns contre les autres, après nous avoir préfenté des principes incompatibles avecles intérêts del la France,1 lorfque, malgré
fes confeils infidieux, elle n'a pu nous les faire
adopter, c'eft encore elle quinousa accufe de les avoir
imaginés, 80 elle s'empare de la déclaration des droits
des Thomme 3 ouvrage immortel & falutaire à des
hommes éclairés,mais inapplicable, & parcela même
dangercux dans notre régime ; elle Penvoie avec
profufion dans les colonies ; les journaux qu'elle déclafoudoie ou qu'elle féduit, font retentir cette
ration au milieu de nos atteliers; les écrits des amis
des noirs annoncent ouvertement" que la liberté
des nègres eft prononcée par la déclaration des
droits. Le décret du 8 Mars fembloit devoir arrêter ces
trames audacieufes; mais les amis des noirs connoiffent-ils quelqu'autre loi que les fermens par lefquels ils
fe font liés, & le voeu qu'ils ont formé de porter fur
& Pincendie? fiune loi femble
nos foyers le meurtre
écrits des amis
des noirs annoncent ouvertement" que la liberté
des nègres eft prononcée par la déclaration des
droits. Le décret du 8 Mars fembloit devoir arrêter ces
trames audacieufes; mais les amis des noirs connoiffent-ils quelqu'autre loi que les fermens par lefquels ils
fe font liés, & le voeu qu'ils ont formé de porter fur
& Pincendie? fiune loi femble
nos foyers le meurtre --- Page 25 ---
(21 )
lesfavorifer, ilsl'adoptent, ils Pétendent, ilslinterprètent: ; fi la loi les contrarie, ils la méconnoiflent, ils
la défavouent, ils infultent fans pudeur, ilss s'efforcent
de dégrader l'autorité dont elle émane.
hommes affez éclairés
Les colons > les négocians ,les
font tous
pourn'être pas le jouet de leurs menfonges n'eit
aflez
également Pobjet de leurs injures; ce
point
qu'ils fe foientrendus les arbitres de nos propriétés &
de notre tranquillité 2 ils s'arrogent fur nous le droit
de la diffamation; ilne nous eft pas permis de nous
défendre & de chercher à parer leurs coups, fans
être accablés de leurs lâches infultes. Ainfi, 2 en altérant
Topinionpublique, en éloignant pour noustouti moyen
de défenfe, on mine enfiretéle terrein furlequel nos
poffeftions font affifes 2 on l'environne de pièges &
notre ruine devientinévitable. vainement *
fatté de faire
Lorfqu'on a fuq qu'ons'étoit
prononcer parl PAilemblée Nationale Taffranchiffement
des efclaves on a cherché à porter le défordre parmi nous en r'engageant à traiter elle même la queftion des hommes de couleur. Nous avions demandé
à faire nous-mêmes nos lois fur ce point qui exigeoit dans
de grands ménagemens & une grande prudence lois feFapplication; nous avions annoncé que ces
roient humaines & juftes.
Mais un tel bienfait accordé par les colons
auroit à jamais refferré les liens d'affeation &
Nge
bienveillance qui
qui exiftoient entre ces deux claffes
d'hommes 2, eft préfenté par les amis des noirs comme de
une prétention de la vanité & un moyen d'éluder
juftes On vouloit réclamations. arriver par d'autres mefures ; on réunit à
Paris quelqueshommerde couleur, on exalteleur cfprit,
on les invite à réunir leur caufe à celle des nègres ;
ils pafient à SaintDomingue, dans cette elpèce de
délire où on les avoit plongés; ils communiquent aux
B 3
ft préfenté par les amis des noirs comme de
une prétention de la vanité & un moyen d'éluder
juftes On vouloit réclamations. arriver par d'autres mefures ; on réunit à
Paris quelqueshommerde couleur, on exalteleur cfprit,
on les invite à réunir leur caufe à celle des nègres ;
ils pafient à SaintDomingue, dans cette elpèce de
délire où on les avoit plongés; ils communiquent aux
B 3 --- Page 26 ---
efclaves les, efpérances (2) dont on les,a abufés; ils
chargés'de libelles s de livres
font
de couleur & les efclaves à une qui invitentles homnics
au maflacre des blancs.
infurredion générale,
Ogée eftla première vidime de cette
un de fes frères, qu'ily
funefle erréur;
dans fon teftament
entraine, déclare leg mafs,
des rivières quin'ap demort, que fans le debordemient
onze mille negres pas révoltés permis layeunion des.
leCap, dès le mois de
étoient près de fondre
février, &
Fat
qui n'a eu lieu que le
aodt; il dallsmermneende
sldonme les détails de 1
pomme les chefta
c'eft le cri de fa confpitallon, il en offreles
RrCH cct inflantale dernier confeicnicn quile fait Parler
découyrir 'a vCnte
qui lui refloit encore pour
ivrelle Coft dans cêtte effervelcence. c'cft dans cette
par la méfiance géuéraie, & tandis la que les Blancs éloient, agitcs
étoient. livrés à i'le terreur, fongcs fuscftes, tandis que les Negres
fion, fur le décret du 15 mai. s'efi
la diltf
vous; une foule
Parmi
Retie
fe font répaadus d'écrits - Gui Pont précédée & faivie,
lu & cocurents ces jufque inois dans nos attelicis ; on yr a
du enrsage 8ci de Ineendie: teuibles, ces mnoss, fignal
Perife los Colohies !
C'eft alors que la letire d'un
gion de paix, adreffée à fes frères miniftre les d'une relicouleur, a, annoncé à nos
hommes de
foleil n'éclatrera que des hommes efclaves, que bientôt le
attaqués partant de féducions, libres, Les Negres
mnanoetvzes, émus par ces libelles travailiés par tant de
tères de fang, lus le foir dans leuts écrits en caracdés allembiées de leurs chefs, par des cafes, hommes aul milicu
ils relpiroient que le délordre & le
quine
réfifler long - temps au vertige pilage, pouvoientfrappoit? Le fouvenir des bienfaits de lcurs dont on les
maitres,
attaqués partant de féducions, libres, Les Negres
mnanoetvzes, émus par ces libelles travailiés par tant de
tères de fang, lus le foir dans leuts écrits en caracdés allembiées de leurs chefs, par des cafes, hommes aul milicu
ils relpiroient que le délordre & le
quine
réfifler long - temps au vertige pilage, pouvoientfrappoit? Le fouvenir des bienfaits de lcurs dont on les
maitres, --- Page 27 ---
s'eftr perdu dans leur
ilo n'ont
fenti
le
S212,
gue
défir d'un nouvel état, ils fe font plus faits les
infirumens aveugles de quelques hommes
des.amis ment pervers, des
onta avideinent daifi, dans profondé- les écrits
NEREO & daus linterprétation des délever. crets, les armes qui s'y trouvoient
les fou: :
pour
Avons-nous fouffert affez de
fin nous puiffions elpérer
maux, pour qu'en
méconnue ? avons -nous aflez que la vérité: ne fera pluis
la lois fans atiendre-les mérité d'être
Rate des
preuves
doivent ERE
procédures aduellement
mingue, &
TEat
fluence des qui nous feront adrefises : La funefie Ssint-Do- ink
déja fufffamment auteurs de tant de défafirés n'cit-eile
marches &c par leurs prouvéepar coupables Penfemble de.leurs ma
ter, en ce moment, que nous écris? Pent- on dou
ruine, & la France retiendra-t-elle pe. leur devions notre
dignation qui doit s'éiever contre encore la
lecri c'inDos ennemis.?
foélérateffe de
Tandis que nous nous Rattonsque taht der 3 maihenis snslun
trouveront des eonfolations au fein de
qu'en arrivant dans cetie
lamere-patuics
au moins des droits à la capitale, 2 où nous avions
cédés par ja calonnie. Les pitié, hommes nous fommes préun jouet de nos propriétés &c de notre qui fe font fait
doient à efluyers. de noire part, de violens feng, s'attenches,ils ont tcnté de les prévenir
repro=
de la dilamation qui.leur eft
; habiles dans'Tart
avoir rendus vidimes de leurs fi-familier, 2 après nous
core nous en renvoyer le reproche attentats, & la H falloit cncruels dans leurs fidions,
honte. Auffi
vraifemblance, ils Ont ofé répandre que, peu difficiles fur la
mettans étoient, eux-mêmes les
que nos compropres maux; ilsont ofé dire infligateurs le
de lours
& barbare d'opérer la
que projet abfurde
conire-révolation, étoit le
de leurs fi-familier, 2 après nous
core nous en renvoyer le reproche attentats, & la H falloit cncruels dans leurs fidions,
honte. Auffi
vraifemblance, ils Ont ofé répandre que, peu difficiles fur la
mettans étoient, eux-mêmes les
que nos compropres maux; ilsont ofé dire infligateurs le
de lours
& barbare d'opérer la
que projet abfurde
conire-révolation, étoit le --- Page 28 ---
(24)
but auquel ils avoient facrinié leurs propriétés, leurs
familles, leur propre vie; ils ont ofé dire que nous
avons voulu nous donner à P'Angleterre.
Nous olerons, à notre tour, vous demander,
Meflieurs, avecla femecihommesibg.de citoyens
françois, (car' enfinious fommes auffi Francois& citoyens) nous oferons demander s'il eft permis , chez
quelque peuple de la terre, d'infulter,avec tant d'audace, aux malheureux qu'on a faits.
C'eft donc nous qui avons mis le fer & le feu dans
les mains de nosnègress c'eft nous qui avons allumé
la torche qui a dévoré nos habitations , c'eft nous
qui avons forgé ces poignards qui ont affafliné nos
frères & nos amis ! c'elt nous qui avons excité ces
brutalités que des infortunées ont été forcées d'alfouvir ! c'eft nous qui avons allumé dans notre
trie ce volcan
vient de la couvrir de
MRELSIRC
qui
bres, Cés & dévaflateurs quipeut-être qui Panéantira! le difent patriotes, nous accufent d'avoir voulu opérer la contre-révolution, !
Ils ignorent donc que dès les premiers jours de la
révolution, nous l'avons chérie, & que plus expofés
afoppreflion fousle régime du delpotilime, nous nous
fommes avec plus d'ardeur élancés vers la liberté; nos
adtes les plus récens même témoignent pour nous folem- ;
eft-ce être contie-revolutionaire que d'avoir
nellement déclaré en conflituant notre aflemblée 2
nous protégions de toute ia force de la loi 6 de Popinion que publique,les recouvremert des créances de la méeropole?
Eft-ce être conre-tevohtionnaire que d'y avoir contacré, qu'à PAlfemblée nationale appartenoit le droit de
régler nos rapports politiques & commerciaux d'avoir ?
écrit
Eft-ce être contre-revolutionasire
entrouverte
aux
de la nation, 2 la
Hode
fous repréfentans nos pas, que notre dernier fouper & / notre dernier
yau feroient pour la parrie?
lique,les recouvremert des créances de la méeropole?
Eft-ce être conre-tevohtionnaire que d'y avoir contacré, qu'à PAlfemblée nationale appartenoit le droit de
régler nos rapports politiques & commerciaux d'avoir ?
écrit
Eft-ce être contre-revolutionasire
entrouverte
aux
de la nation, 2 la
Hode
fous repréfentans nos pas, que notre dernier fouper & / notre dernier
yau feroient pour la parrie? --- Page 29 ---
25)
eftSi nous euffions été connerdeodlutionnaites, aurions
ce bien à PAffemblée nationale que nous
adreifé Pexpreffion de ces fentimens?
On dit, on imprime, on répand que nous avons à
voulu' nous donner à PAngleterre : notre réponfe
cette impoffure eft bien fimple 2 & fe trouve à chade nos procès-verbaux. Ony voit nos principes, que PERE ofons le dire Taccomplifement de tous
nos devoirs.
Mais nous irons plus loin', permettez - nous faltes une
hypothèfe que juftific la polition unique, dans lesi
de Phiftoire, ou nous nous fommes trouvés.
A Pinftant où la révolte a éclaté, tous leshabilans
de la ville du Cap ont recherché la caufe de cet horrible Un événement. folliculaire avoit imprimé les décrets des 13 &
15 mai dernier avec le difcours de M. Monneron,
député de PIfle-de France ; les premières dépofitions
apprennent que ces écrits 2 que tous ceux des prétendus philanthropes étoient lus & commentés par un
mulâtre fur Thabitationle Normand , dans des affemblées nodturnes où fe trouvoient des nègres commandeurs, qui font aujourd'hui les chefs des révoltés.
On apprend que le Cap devoit être compris dans
Tincendie, que cette ville receloit dans fon fein ceux
qui devoient y mettre le feu & en maffacrer tous les
habitans : auflitôt on pouffe des cris de rage & de défelpoir. Les philanthropes,la France entière, font accufés
la fureur fe
de cet affreux complot 5 l'égarement 2
font enpeignent Tur tous les vilages, toutes les ames
bouHlammées; tout annonce un carnage horrible, un
leverfement général. Déja des coups de fafils fe font
des
des mulâtres en font atteints
entendre. 2
mêmes nègres. 2, de PAffemblée générale. Ici on
fur les portes
prend la cocarde blanche, là on invoque a grands
ur fe
de cet affreux complot 5 l'égarement 2
font enpeignent Tur tous les vilages, toutes les ames
bouHlammées; tout annonce un carnage horrible, un
leverfement général. Déja des coups de fafils fe font
des
des mulâtres en font atteints
entendre. 2
mêmes nègres. 2, de PAffemblée générale. Ici on
fur les portes
prend la cocarde blanche, là on invoque a grands --- Page 30 ---
(26).
cris les
2 d'autrer prenrent la cocarde noire.
Ces mots
la
la loi & le
AgETA
de la falle
Pon nazion,
roi, difparoiffent
que
préparoit
PAfemblée générale, & une maii, égarée par Ehure fureur les efface: on
s'édrie que la nation nous livre au fer des aflaffins;
aux buchers des incendiaires, qu'enfin elle: a
fur nous tous les forfaits dans ce jour qu'on croit appelé le
dernier de la colonie ; des voizif
contre
nagautarbilafphoment
une patrie, qui, bicn loinude les protiger, lcs
allailine.
*
Au milieu de ce délire dont mulle puiflance ne
fauroit réprimer la premicre explofion PAflembiée
géncrales tente, cependant des mefures de falut ; les
momens font prelians, eile fait une proclamation
défend fous peine de la vie de commettre aucun qui
meurtrel Quatre de fes membres la publient pendant
même qu'on Pécrivoit. Ces commiffaires fe portent
par-tout,par-tout ilstrouvent des attroupemens, des
Criss des infultcs mêmes 5 mais ils parviennent à fauver des mulâtres, qui accufés alloient être maflacrés,
& leurs foins & leurs prières fulpendent la fureur du
peuple.
Un nouveau fujet dialarmes s'élève : l'Affemblée
générale eft accufée de partager le crime des hommes
de couleur, & eile eftmenacée; fou courage ne fe ral4
lentit point. Les mulâtres offrent de s'armer pour la
déferife commune & de lailler pour garans de leur
fidélité leurs femmes, &c leurs enfans : elle ofe les
armer, & les uniffant aux foldats dus régiment du
elle. change en défenfeurs ceux qu'on veut immoler Cap,
comme ennemis.
Dans cette crife violente &c qui menaçoit d'une
fubverfiontotaie, fi, cédantà un mouvement quiétoit
fipropre arépandre Peffroi, nous en avions reflenti
les effets, fi comme ceux qui nous environnoient &
iqui nous menaçoient en ce moment, nous n'avions
ofe les
armer, & les uniffant aux foldats dus régiment du
elle. change en défenfeurs ceux qu'on veut immoler Cap,
comme ennemis.
Dans cette crife violente &c qui menaçoit d'une
fubverfiontotaie, fi, cédantà un mouvement quiétoit
fipropre arépandre Peffroi, nous en avions reflenti
les effets, fi comme ceux qui nous environnoient &
iqui nous menaçoient en ce moment, nous n'avions --- Page 31 ---
Vu dans notre patrie que la
de toutes nos infore
tunes, fi nous avions appelé une puilfance
pour arracher les colons à leurs bourreaux étrangère
préferver leurs propriétés, pour conferver même 2 poNr la
créance de la métropole; quel eft Phomme
ayart
une confcience auroit ofé nous condamner? qui hé
nous fommes reftés François Serons nous réduits bien
après cela à T'abjedte néceffité de nous juflifier du
reproche d'avoir voulu devenir indépendans?
parcoure tous nosactes; s'il en eft un feul
tende Qu'on à
nous fouftraire aux liens indiffolubles qui qui nous attachent à l'Empire 2 nos letes font ici pour
les fupplices deflinés à cette perfidie. Nous favons éprouver
quelques capitaines de navires dont la vanité a 1
bleiRe, parce que leur manque d'humanité a
rendu
été
public, 2 font venus fe réunir à des amis des
noirs pour nous faire trouver coupables : mais les
accens douloureux du commerce, > touché de nos infortunes & des maux qu'elles lui préfagent,
prendront quelle elt leur. erreur, & que s'ils leurap:
noient à nous rendre odieux par des calomnies, parve- ils
gémiroient bientôt eux-mêmes de leurs fuccès. .
Oui,&nous avonsl'orgueil de nouseny vanter,
que c'étoit un devoir pour des hommes revêtus parce dela
confiance de leurs concitoyens, nous avons
des fecours à tous ceux qui rous
demandé
fecours nous les avons implorés avec environnoient; le gouverneur ces
général, & par conféquent comme François, comme
hommess & puifque nous n'avons pas affedé de choix
en les réclamant au même inftant de trois nations dif.
férentes, nous avons affez prouvé que nos
diédes par le malheur, ne pouvoient offrir de prières,
funefle à la mère-patrie. Enfin, qui ofera chercherà projet à
nous accufer pour avoir recouru aux Anglois de la
Jamaique 2 quand PAlemblée Nationale,
ne
noifloit nos infortunes & nos dangers
qui conque par desré.
pas affedé de choix
en les réclamant au même inftant de trois nations dif.
férentes, nous avons affez prouvé que nos
diédes par le malheur, ne pouvoient offrir de prières,
funefle à la mère-patrie. Enfin, qui ofera chercherà projet à
nous accufer pour avoir recouru aux Anglois de la
Jamaique 2 quand PAlemblée Nationale,
ne
noifloit nos infortunes & nos dangers
qui conque par desré. --- Page 32 ---
(28)
elle-même la
cits incomplets, a cru devoir exprimer
gratitude nationale envers ce peuple généreux? les
Mais enfin, Meffieurs,, fi nous euflions appelé
Anglois non pour nous préter des fecours, mais crime? pour
nous gouverner, à qui faudroit-il en imputerle
mettezun moment à notre place celui des départemens
du royaume à quivous fuppoler le plus de patriotifme des
& d'attachement au nom François foulevé : fuppolez dans fon, que fein
excitateurs de révolte euffent
contre
les domefliques contre les maitres, les' brigands dénoncés
les proprictaires :
cent foisils les loin euffent de recevoir des
fans obtenir que 180c mépriss que
de fonfein
fecours de la mère-patrie , tout ce qui de part révolte ;
parût apporter avec foi des germes
de
que
déjala vie 3la propriété d'une multitude euffent citoyens vu les
euffent été la proie des défordres; qu'ils
abominables commis fousleurs yeux,
meurtres lesplus
de
: fidans
&qu'il n'y eût aucune elpérance proteaion mald'horreur & d'abandon ces citoyens
ce moment concevoient Pidée de former de nouveaux
heureux liens & d'invoquer la protedtion d'une autre patrie dût 9
à qui croyez - vous, Meflieurs 2 que le reproche le défefpoir
être adreflé? Eft-ce aux infortunés fe feroient fait
auroit égarés? Eft-ce aux fcélérats & brifer les liens
un
de laffer leur patience,
a
les plus plailir chers &c lesplus facrés. ,1 parl'excès du malheur?
Meffieurs, nous connoiflons & nous chériflons nos
devoirs, mais nous connoiffohs auffi &c nous récla- à la
mons hautement nos droits. Nous confacrons
profpérité de la mére-patrie le produit entier de nos
cultures, elle doit nous défendre contre Pétranger.
elle doit affurer nos propriétés & notre tranquillité
contre les attentats des perturbateurs. Tinfuence des amis
Heflaujourdhui démontré que
de
des noirs eft defiruaive des colonies;
quelques
fophifmes qu'ils : s'environnent, ils n'ancantirontjamsis
mons hautement nos droits. Nous confacrons
profpérité de la mére-patrie le produit entier de nos
cultures, elle doit nous défendre contre Pétranger.
elle doit affurer nos propriétés & notre tranquillité
contre les attentats des perturbateurs. Tinfuence des amis
Heflaujourdhui démontré que
de
des noirs eft defiruaive des colonies;
quelques
fophifmes qu'ils : s'environnent, ils n'ancantirontjamsis --- Page 33 ---
(.29)
le
de nos malheurs. Il ne peut pas exifter
un NaCeME homme bonne foi qui doute que leurs travaux,
leurs déclamations, leurs écrits, leurs infâmes émiffairesfoientla caufe active & conftante qui
deux
ans
notre ruine, & qui vient
de la
AE
prépare
réalifér.
La France nous doit protedion, mais fes forces ne
peuvent fuffire pour nous raffuurer, fi elle fouffre que
dans fon fein, on continueà nous préparer des révoltes
& des mallacres.
voudroitElle nous doit prote@ion, maisvainement
elle l'effectuer, fi. de teis attentats demeuroient impunis; ce qui devroit être la perte de nos ennemis
ne fert qu'à les encourager.
ferviElle nous doit protedion, mais a quoi nous
roient fes armées & fes flottes, fi elle permet que des
écrits féditieux portent tincelfamment dans nos foyers
le germe de tous les troubles, fi elle fouffire qu'on
nous accable d'humiliations; &fi nous environner de
meurtres & de carnage, devient aux yeux de la patrie
àlaquelle nous nous immolons, un moyer de gloire &c
de Meffieurs, triomphe. pardonnez à notre langage, mais tant de
malheurs nous ont acquisle droit de ne rien déguifer, 7
l'amertume eft au fond de nos ames; cent fois nous
avons prédit les maux dont nous fommes viaines ;
cent fois nous avons appelé la vengeance publique
fur les odieufes manoeuvres de ces hommes qui bouleverfent notre patrie fousle voile de Thumanité. Nous
n'avonsrien obtenu. Ah! puiffe Phorrible cataftrophe
dont nous vous avons tracé le tableau, fervir deleçon
pour l'avenir, & préferver des mêmes malheurs ceux
de nos concitoyens qui ne Pont pas. encore éprouvée.
C'eft de la fermeté que vous mettrez à punir les auteurs de notre délaftre, à réprimer leurs nouvelles
tentatives, que les provinces de POueft & du Sud peuvent attendre leur ialut.
de Thumanité. Nous
n'avonsrien obtenu. Ah! puiffe Phorrible cataftrophe
dont nous vous avons tracé le tableau, fervir deleçon
pour l'avenir, & préferver des mêmes malheurs ceux
de nos concitoyens qui ne Pont pas. encore éprouvée.
C'eft de la fermeté que vous mettrez à punir les auteurs de notre délaftre, à réprimer leurs nouvelles
tentatives, que les provinces de POueft & du Sud peuvent attendre leur ialut. --- Page 34 ---
30511mael 1949
Dau
ER
(30)
S134
Quant ala province du Nord, elle a fait des pertes
irréparables; des capitaux immenles Out été confuméss
le rétabliflement de fes travaux exige des avances de
fonds, que le commerce & les propriétaires ne fauroient faire en totalité. Nous 'ne vous parlons
des individus, mais vous examinerez, Melljetrs, pas ce
qu'exige de' votre part Pintérêt de ia colonie & celui
de la nation.
Repréfentans du peuple françois, vous venez d'entendre le récit de la plus grande calamité qui ait affligé
Fefpece humaine dans le cours'du dix-huitième fiècle,
Vous venez d'entendre les plaintes de la première
Colonie du monde gnce-fareafex.idence de lar nation
dont les-interets.vous font remis. Elle ne veut vous
intéreffer que par fes fentimens & fes malheurs.
Elle vous demande jaflice, furets, fecours.
Signi, J.B. MILLET: : CueseueetuMeentsei
COUGNAC - Miox; LEBUGNET; ; LAGOURGUE; STE,-
JAMES-ROUSTAN.
Réponfe de M. Ic Préfdent.
Chérir fa patrie eftun doux fentiment: la fervir
dans les circonftances défaftreufes, eftila premicre
vertu civique, & elle eft la vôtre. Les malheurs de
la colonie font affreux. L'allemblée nationale les
coutemple avec horreur, avec indignation, avec
amertume, Vous implorez fa juftice, elle la doit à
tous les citoyens de T'empire 5 fa protedion', elle la
doit à votre courage, votre patriotifime, votre infortune; des fecours, elle s'eft déjà occupée de vous
en procurer. Elle prendra votre demandé dans la
grande confidération, & elle vous invite aux Pphs
neurs de la féance. --- Page 35 --- --- Page 36 ---