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DISCOURS
DE M: DE RICARD,
DÉPUTÉ DE LA HAUTE-GAROXNE,
Dans la discussion du Projet de Loi sur
l'indemnité à accorder aua colons. de
Saint-Domingue ; prononcé dans lai
séance du 10 mars 1826.
(Extrait du Moniteur du II mars 1826.) )
MessiEuns,
Laloiq quir nous est proposée est l'exécution et la suite nécessaire d'unc grande mesure. Nous devrions sans doute
nous borner à son examen ; mnais puisqu'on nc craiut
pas de blâmer ce qui ne devrait exciter en nous qu'admiration et reconnaissance 1 nous devons aller plus
loin et suivre la discussion sur le terrain où on l'a
placée.
Des désordres affreux 2 en nous privant d'une dé
nos plus belles possessions en Amérique 2 ayaient compromis de bien grands intérêts. Les colons de SaintDomingue 2 forcés à abandonner des propriétés à jamais perdues pour eux , languissaient mnanquant de --- Page 4 ---
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tout, dans l'asyle qn'ils étaient venus chcrcher parmi
nous. Nos relations de commerce avaient cessé; s'il en
existait encore 2 011 n'osait pas les avouer dans un pays
qui autrefois offrait à la France > sous ce rapport, les
plus grands avantages. Ce pays 1 devenu notre ennemi, repoussait tout ce qui se présentait à lui sous le
pavillon français.
Il est aisé de sentir tout ce qu'a cu de pénible cet
état de choses, pour P'auguste souverain qui n'est
heureux que du bonheur de ses peuples.. Voir toujours souffrir lcs malheurcux colons réfugiés : sans
avoir les moyens de les soulager 1 laisser au commerce des entraves qui devaient arrêter sans cesse le
débit de nos produits i c'était une position qui contrariait trop a-la-fois et son amour pour ses sujets et
Ses grandes vues pour la prospérité de l'Etat; elle
devait enfin cesser.
Deux moyens pouvaient seuls cn amener le changement : il fallait faire la guerre Ou cn venir à lexercice
du souverain ponvoir qu'amenait; que connandait même
la circonstance. Eu déclarant la guerre à un pays disposé à tout sacrifier pour défendre cC qu'il tenait à
conserver 2 son indépendance 2 il fallait se résigner à
une effusion de sang ct à des dépenses difficiles à calculer. La victoire, sans doute , aurait suivi 110S armées
à Saint-Domingue , parce qu'elle n'abandonne jamais
aurions-nous retiré
nos drapeaux. : mais quel avantage
de si grands sacrifices ? Les premiers succès ne pouvant
pas nous assurer la conquête de ce pays, qu'atirionsnous dà attendre de ses habitans P Ce qu'ils avaieut
fait pour détruire un joug insupportable pour cux 2 peut
nous donner l'idée des moyens qu'ils auraient pris pour
lc briser de nouveau. Dans la nécessité de les conteuir
par la crainte 3 n'aurait-il pas fallu, pour y parvenir,
nos drapeaux. : mais quel avantage
de si grands sacrifices ? Les premiers succès ne pouvant
pas nous assurer la conquête de ce pays, qu'atirionsnous dà attendre de ses habitans P Ce qu'ils avaieut
fait pour détruire un joug insupportable pour cux 2 peut
nous donner l'idée des moyens qu'ils auraient pris pour
lc briser de nouveau. Dans la nécessité de les conteuir
par la crainte 3 n'aurait-il pas fallu, pour y parvenir, --- Page 5 ---
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en diminuer considérablement le nombre et presque dépeupler le pays P Il ne nous serait resté alors qu'un
désert pour prix de tant d'efforts. Que seraient deyenues les propriétés des colons auxquels on les aurait
rendues ? Sans moyens de culture, ils auraient vu leurs
biens dépérir dans leurs mains et seraient demeurés
toujours exposés à de nouveaux dangers, de la part
de ceux qui fussent restés dans ce pays, en conservant
toujours contre eux les mêmes sentimens.
Telles sont les considérations qui ont dû fixerl'atten-
"tion du monarque qui nous gouverne. Toujours avare
du sang de ses sujets, aurait-il pu se résoudre à le
répandre à grands flots , pour soutenir une guerre interminable , lorsqu'il était impossible d'en attendre un
heureux résultat?
Celui à qui seul'appartient le droit de faire la
guerre 2
a sans doute aussi le droit de décider si elle peut être
faite et soutenue avec avantage. S'il la juge dangereuse
ou inutile , il doit pouvoir traiter 2 et c'est le droit que
s'est réservé le Roi dans la Charte qu'il a bien voulu
nous accorder.
Renvoyerà d'autres tems pour user de ce droit, lorsque ce retard n'eit pu produire d'autre effet que celui
de détruiré en entier notre commerce dans cette partie
importante de l'Amérique 2 et celui de priver de tout
soulagement ceux qui, chassés de leurs biens sans espoir d'y rentrer jamais 2 attendaient impatiemment qu'on
vint à leurs secours > c'eût été perpètuer sans motifs
des pertes considérables et les souffrances de ceux qui
languissent déjà depuis trop long-tems. Le Roi qui partage si vivement les malheurs de ses sujets n'aurait
pu supporter un retard si funeste à la France. Il a
voulu faire cesser tant de maux et substituer des rela-
ceux qui, chassés de leurs biens sans espoir d'y rentrer jamais 2 attendaient impatiemment qu'on
vint à leurs secours > c'eût été perpètuer sans motifs
des pertes considérables et les souffrances de ceux qui
languissent déjà depuis trop long-tems. Le Roi qui partage si vivement les malheurs de ses sujets n'aurait
pu supporter un retard si funeste à la France. Il a
voulu faire cesser tant de maux et substituer des rela- --- Page 6 ---
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tions arnicales h un état de gucrre trop dangereux dans
SCS conséquences.
C'cst lh, Messicurs , Fobjet bien important que remplit Pordonnance du 17 avril 1825. Açte de la puissance
royale qui seul pouvait régler l'avenir entre un souverain
qui exerce des droits imprescriptibles et des sujcts révoltés revenus à lui, elle dicte des lois 2 prescrit des conditions $ impose des charges à ceux qui obtiennent leur
indépendance. Elle offre en même tems tous les ayantages d'un traité de paix et de commerce. Elle fait cesser
cel état d'hostilité et de révolte dont nos armécs auraient.
pu comprimer le mouvement 2 mais qu'elles n'auraient
pas détruit; clle place dans un pays devenu notre ennemi
depuis long-teins, un peuple qui désormais saura apprécier les relations que nous aurons avec lui, et elle ouyre
à notre commerce les ports qui lui étaient fermés, en lui
assurant même an privilége bien marqué en faveur de
nos bâtimens. Elle ne borne pas là le bien qu'elle doit
produirg : ramenant les habitans de Saint-Domingue à
des principes de justice qu'ils avaient si fort perdu de
vue, elle en a obtenu la reconnaissance des droits des
colons dépossédés. ct l'obligation de les indemniser de
la perte des biens qui leur avaient été enlevés.
Pouvions-nous espérer de voir revenir a de tels sentimens ceux qui s'en étaient tant écartés, et qui avaient
su se passer pendant si long-tems des secours et de la
protection qu'ils s'estiinaient heureux jadis de tronver
chez nous ? Cet heureux changement , nous le devons à
la bonté paternelle et à la sagesse qui ont dicté l'ordonnance du 19 avril. En ne craignant pas de lattaquer, > on
est forcé d'en convenir. Aussi on n'en combat que la
forme. Incertains sur ce qu'on a à lui reprocher, on
parait dans lc doute S on nC sait si elle doit être envisagée comme-ordonmance, acte du pouvoir adiinis-
de tronver
chez nous ? Cet heureux changement , nous le devons à
la bonté paternelle et à la sagesse qui ont dicté l'ordonnance du 19 avril. En ne craignant pas de lattaquer, > on
est forcé d'en convenir. Aussi on n'en combat que la
forme. Incertains sur ce qu'on a à lui reprocher, on
parait dans lc doute S on nC sait si elle doit être envisagée comme-ordonmance, acte du pouvoir adiinis- --- Page 7 ---
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tratifrou comme un traité émanédu pouvoir souverain.
On dit que comme ordonnance; elle' aurait dit être précédée par une loi dont ellc aurait été l'exécution, et que
comme traité , elle aurait dà êtrre soumise aur' chambres
pour faire autoriser la concession du territoire français
qu'elle contient.
Raisonner ainsi, Messieurs. 2 c'est errer singulierement
sur le fait, et bien méconnaitre la prérogntive royale.
Lordommancedu 17 avril cst à - la - fois ordonnance et
traité. : Elle est ordonnance parce qu'elle exprime les
volontés du souverain qui, en pardonnant à scs' sujets
prescrit ; commande même des conditions à la grâce
qu'il veut: bien leur accorder ; toule autre forine aurait
comproinis la majesté royale: Ellc est traité parce qu'elle
cst le résultat dun accerd qui assure à la France'de
grands avantages de la-part de ceux qui auraient pu,
en nous les refusant ; nous' les: faire'acheter bien cheis
pour ne plus les retrouver après de bicn grands saérifices. A ces deux titres clle repoussera. toujours les
reproches qu'on lui fait : la concession di territoire
français qu'on se plait a apercevoir dans ses dispositions 2, concession faitc sans le' concours des chambres
est le reproche, sur lequel or insiste le plus. il est bien
aisé
il
fi C
d'y répondre'; : manque dans sa base puisque lc
fait n'existe pas. Il ne serait pas plus à redouter lors
momequil's y. aurait concession de territoire.
-
A
12 H.ne saurait y avoir concession (du territoire français,
la où il n'y a: pas' concession : et peut-ori 1 dire qu'ellé
existe ici? Pour qu'il y ait concession d'un objet,lil faut
Favoir à sa disposition; : il faut être le maitre de le garder.
L'état dans lequel était Saint-Domingue depuis trente'ans
nous plaçait-il dans cette position P P'ossédions-nons la
partie: française de cette. ile, ? La possibilité de recouvrer, un pays perdu depuis long - tems ; ue saurait
il n'y a: pas' concession : et peut-ori 1 dire qu'ellé
existe ici? Pour qu'il y ait concession d'un objet,lil faut
Favoir à sa disposition; : il faut être le maitre de le garder.
L'état dans lequel était Saint-Domingue depuis trente'ans
nous plaçait-il dans cette position P P'ossédions-nons la
partie: française de cette. ile, ? La possibilité de recouvrer, un pays perdu depuis long - tems ; ue saurait --- Page 8 ---
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être considérée comme sa possession ; on ne pourrait
pas en disposer lorsqu'il reste, à en faire la conquête.
Labandonner, y renoncer 2 ce n'est pas en faire la
concession.
: Mais, Messieurs, y. a-t-il concession là où tout est
réservé? Saint-Domingue est-il donc pérdu pour nous
par l'effet de l'ordonnance du.17 avril? Le droit de
propricté, qqu'on a violé, dit-on, a-t-il été sacrifié ?
ne l'a-t-on pas fait valoir au-delà même de toute espérance ? Compte-t-on pour rien ce que les habitans
de Saint-Domingue se, sont obligés de payera des Français malbeureux , somme énorme qui représente la valeur actuelle de la partie de I'ile qui formait notre
colonie ? Ne mettra-t-on aucun prix au rétablissement
des relations amicales qui doivent être si avantageuses
à notre commerce ?. Ne voudra-t-on pas apprécier le
privilége aecordé à notre, marine dans les ports de ce
pays? ?
on
- p00 u
Après trente ans passés, par 271 les habitans de SaintDomingue 2 dans Ia jouissance d'une indépentance qu'ils
ne devaient qu'à eux seuls 3 les amener à écouter la
voix de leur souverain, C" à consentir à réparer les torts
qu'ils avaient commis , à rendré à la France tous les
avantagés réels qu'elle aurait pu retrouver chez eux
avant qu'ils leussent abandonnée 2 et enfin à recevoir
à ces conditions Pindépendance dont ils jouissaient déjà
et dans laquelle ils, avaient tant d'autres moyens de se
maintenirs, est-ce là perdre 2 est-ce faire la concession
d'un pays P n'est-ce pas plutôt le reconquérir et le
conserver? S'il est vrai que le principal et même lè,
seul ayantage que nous offre la conservation de nos
colonies est celui de trouver chez elles, pour ns produits, un débouché , et pour. nos vaisseaux un asile
uul besoin, et un point de.. repos. loin de nous 5 ne
issaient déjà
et dans laquelle ils, avaient tant d'autres moyens de se
maintenirs, est-ce là perdre 2 est-ce faire la concession
d'un pays P n'est-ce pas plutôt le reconquérir et le
conserver? S'il est vrai que le principal et même lè,
seul ayantage que nous offre la conservation de nos
colonies est celui de trouver chez elles, pour ns produits, un débouché , et pour. nos vaisseaux un asile
uul besoin, et un point de.. repos. loin de nous 5 ne --- Page 9 ---
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peut-on pas dire avec vérité, lors surtout que la valeur des biens que les colons avaient perdus est sauvée
pour eux, que tout l'utile de la possession de SaintDomingue nous est conservé, sans avoir les charges
que nous imposent les autres colonies?
Eut-il fallu se contenter de conditions bien moins
avantageuses pour la France , il ne s'ensuivrait pas
qu'il y a concession. L'abandon à Pennemi, d'un terrain occupé par lui 2 qui coûterait trop à reconquérir
ou à défendre après l'avoir repris , et qui ne pourrait
offrir qu'une possession inutile et à charge pour l'avenir, ne saurait être considéré comme concession de
ce terrain ; c'est un sacrifice fait à Phumanité ou à
d'autres grands intérêts. Qu'on ne regarde donc pas
comme concession Pabandon que fait de Saint-Domingne
Pordonnance du 17 avril , abandon qui nous laisse encore tous les avantages de la possession.
Y eût-il concession dans cette ordonnance, 2 ce ne
serait 1
jamais 2 comme on ne cesse de le dire 1 le territoire français qui aurait été cédé. Nos colonies n'ont
jamais pu être pour nous que des propriétés éventuelles dépendantes des tems et des circonstances. Leur
sol donné à perpétuité à ceux qui se sont chargés de -
le cultiver, doit demeurer toujours soumis aux chances
de cette éventualité qui ne saurait toutefois rien
faire perdre au Roi de la souveraineté qu'il s'est réservée sur ces pays. Sujets du même souverain nous
ne tenons aux habitans de ces çontrées, que par Ies
liers d'un pacte de famille 1 qui leur donne le droit
d'attendre de nous secours et protettion > qui les oblige
à recevoir nos produits et à nous livrer ceux qu'ils
obtiennent du sol qu'ils ont entrepris de cultiver. On
ne saurait trouver là une partie intégrante , fixe, déterminée du territoire français ; aussi ne voyons-nous
ervée sur ces pays. Sujets du même souverain nous
ne tenons aux habitans de ces çontrées, que par Ies
liers d'un pacte de famille 1 qui leur donne le droit
d'attendre de nous secours et protettion > qui les oblige
à recevoir nos produits et à nous livrer ceux qu'ils
obtiennent du sol qu'ils ont entrepris de cultiver. On
ne saurait trouver là une partie intégrante , fixe, déterminée du territoire français ; aussi ne voyons-nous --- Page 10 ---
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les colonies figurer nulle part dans l'énumération de
nos départemens dont P'ensemble forme tout notre tertitoire. Dans toutes les parties du territoire français,
chaque département concourt à la représentation na
tionale , les colonies n'y prennent aucune part.
Les conventions faites avec les habitans des colonies 2
le régime qui leur est propre et qui est prescrit par
l'article 73 de la Charte elle-même qui a ordonné que
les colonies seront régies par des lois et des réglemens particuliers ; tout prouve que nos colonies forment une classe de territoire à part, de manière à devoir être toujours distinguées de ce qui compose le territoire français, Sous le régime de la Charte peut-on
penser que lorsqu'elle ne met aucune distinction entre
les Français et qu'elle les place tous sur la même ligne
devant la loi, elle eût ordonné que les colonies seraient
régies par des lois et des réglemens particuliers, si elles
étaient considérées comme partie intégrante dela France?
On ne peut pas la supposer. On doit bien plutôt reconnaitre que la France qui a tant à gagner par l'ordonnance du 17 avriln'a rien à perdre de son territoire. On
a bien jugé que nos colonies n'en font pas partie toutes
les fois qu'on a proposé dans cette enceinte leur émancipation et que l'on a cherché a démontrer que cette
émancipation nous serait avantageuse. Aurait-on aussi
fort insisté sur cette proposition, 2 si l'on avait cru provoquer par la le démembrement du territoire français?
Je ne le pense pas.
Lors même qu'il y aurait concession du lerritoire
français dans fordonnance du 17 avril, on ne serait pas
fondé a en blàmner les dispositions. Cette ordonnance,
qui est également un traité, doit en partager les prérogatives. Ces prérogatives doivent toujours se mesurer
sur les besoins et les intérêts de l'Etat. Le Roi seul a
proposition, 2 si l'on avait cru provoquer par la le démembrement du territoire français?
Je ne le pense pas.
Lors même qu'il y aurait concession du lerritoire
français dans fordonnance du 17 avril, on ne serait pas
fondé a en blàmner les dispositions. Cette ordonnance,
qui est également un traité, doit en partager les prérogatives. Ces prérogatives doivent toujours se mesurer
sur les besoins et les intérêts de l'Etat. Le Roi seul a --- Page 11 ---
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le droit d'en régler l'étendue , parce que c'est lui seul
qui fait les traités.
A quel titre voudrait-on restreindre un pouvoir auquel la loi qui le constitue ne reconnait pas de bornes?
L'art. 14 de la Charte , qui réserve au Roi seul le
droit de faire les traités 1 a-t-il déterminé les circonstances où il ne pourrait pas exercer ce droit? Ne serait-ce pas le lui enlever que de le renfermer dans
des limites qu'on ne pourrait tracer qu'au hasard. Dire
que dans aucun cas il ne peut y avoir concession d'une
partie du territoire sans le concours des chambres 2
ne serait-ce pas, en ajoutant aux dispositions de notre
bien des traités impossibles ?
acte conatintionnel,reudre
Un traité devenu nécessaire pour arrêter les progrès
de l'ennemi, un traité avantageux pour lequel il faudrait profiter du moment d'une circonstance qui ne SC
représenterait plus 1 un traité pour la eonclusion duquel
on ne donnerait qu'un tems limité et souvent très-court :
de tels traités donneraient-ils le tems de convoquer les
chambres et d'attendre la fin de leurs délibérations ?
Faudrait -il en attendant demeurer exposés aux plus
les
avantages.? Lors
grands revers 2 perdre
plus grands
même qu'on pourrait sacrifier un tems toujours si prédevieudrait le secret si nécieux en pareil cas, que
cessaire pour la conclusion d'un traité ? Quelle est la
puissance qui à cette condition voudrait traiter avec
notre souverain ? Pourquoi voudrait-on porter atteinte
au droit qui lui est expressément réservé? droit qui
est demeuré ce qu'il était avant que la Charte nous fût
octroyée 5 et dont les rois de France ont. constamment
joui. Ne les a-t-on pas vus céder des colonies , des
provinces même , sans recourir à d'autres pouvoirs qu'à
celui dont ils étaient investis ? S'ils ont voulu dans certaines circonstances faire part de leurs traités aux étatsgénéraux ou aux, parlemens, , ce n'a été que parce que
qui lui est expressément réservé? droit qui
est demeuré ce qu'il était avant que la Charte nous fût
octroyée 5 et dont les rois de France ont. constamment
joui. Ne les a-t-on pas vus céder des colonies , des
provinces même , sans recourir à d'autres pouvoirs qu'à
celui dont ils étaient investis ? S'ils ont voulu dans certaines circonstances faire part de leurs traités aux étatsgénéraux ou aux, parlemens, , ce n'a été que parce que --- Page 12 ---
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la position particulière dans laquelle ils se trouvaient,
lors de la conclusion du traité, montrait la nécessité
ou l'avantage de telles commtinications. Dans tous les
autres cas 2 nos rois seuls, dans les traités qu'ils ont
faits, ont disposé de la partie du territoire qu'ils ont
cru avantageux de céder : un droit qui a été exercé de
tous les teins par nos rois, serait-on fondé à le contester aujourd'hui, Jorsqu'il est si bien garanti. par la.
loi fondamentale de PEtat 2 qui n'y met aucune restriction en déclarant que c'est le Roi qui_fait les traités
de paix , d'alliance et de commerce.
On a ajouté qu'ily a dans cette ordonnance violation du
droit de propriété, qu'on a disposé des biens des colons
et qu'on leur a enlevé le moyen de les recouvrer jamais. Quels sont donc les moyens qu'avaient les colons
pour rentrer dans leurs biens P Est-ce porter atteinte
à la propriété que d'en obtenir la valeur actuelle lorsqu'il ne reste plus d'espoirde la conserver? Quel avantage auraient pu trouver les colons à posséder leurs
biens de nouveau P Dans l'impossibilité de les cultiver
eux-mémes s privés de ceux qui seuls dans ce climat
brulant peuvent se livrer à la culture des terres et
qui avant de se soumettre auraient péri dans les combats ; la loi qui défend la traite des nègres, leur enlevant le moyen d'en avoir aujourd'hui ils auraient
tout perdu dans cette jouissance imaginaire. La, vraie
jonissance > la propriété pour les colons qui ont da
renoncer pour toujours à Saint - Domingue ; est dans
le prix de ce qui était à jamais perda pour eux.
Est-ce violer le droit de propriété que de leur en
assurer le paiement ?
On a exprimé le regret qu'on n'ait pas attendu encdre
à prendre ce parti : on parait penser que les habj-
des nègres, leur enlevant le moyen d'en avoir aujourd'hui ils auraient
tout perdu dans cette jouissance imaginaire. La, vraie
jonissance > la propriété pour les colons qui ont da
renoncer pour toujours à Saint - Domingue ; est dans
le prix de ce qui était à jamais perda pour eux.
Est-ce violer le droit de propriété que de leur en
assurer le paiement ?
On a exprimé le regret qu'on n'ait pas attendu encdre
à prendre ce parti : on parait penser que les habj- --- Page 13 ---
(11 )
tans de Saint-Domingne auraient pu revenir à de meilleurs principes.
Mais , Messieurs, 2 la soumission des habitans de SaintDomingue aux volontés de leur souverain, l'acceptation
de cet acte qui sauve si bien à la fois et les intérêts de
la France et les droits de son Roi, ne sont-elles pas une
preuve de ce retour à de meilleurs principes pour lequel on fait encore des voeux ? Ny trouve-t-on pas la
réparation des dommages portés, Pexpression et les effets
dcs sentimens qui nous unissaient autrefois, et surtout
la reconnaissance du légitime souverain? C'cst de lui que
ce peuple a voulu tenir son indépendance., c'est pour
Pobtenir qu'il a accepté des conditions qu'il aurait repoussées de la part de tout autre. Quel autre changement , quel autre retour à de meilleurs principes auraiton pu attendre de la part de ceux qui avaient tout sacrifié pour acquérir ce qu'ils regardaient comme le
plus grand de tous les biens 2 et qui avaient déjà une
longue habitude de considérer l'indépendance dont ils
jouissaient comme leur plus précieuse conquête? Aurait-on pu espérer, Jorsque le systèie de T'indépendance
se développe sur tous les points dans ces pays 2 de le
voir s'aflaiblir chez ceux qui en ont donné le dangereux
exemple! : Si Jes habitans de Saint-Domingue avaient
éprouvé des revers de manière à avoir besoin de secours,
n'en auraient-ils pas trouvé chez les pcuples intéressés
à les soutenir? Aurions-nous pu réaliser plus tard d'aussi
grandes vues? Nos négociations avec Saint- - Domingue
élaient connues ; si elles avaient été définitivemcnt rompuès, pensez-vous que d'antres pays ne se seraient pas
empressés de profiter des avantages que nous aurions
méprisés ? Dès-lors tout aurait été perdu pour nous.
Différer plus long-tems, c'était tout sacrificr.
Ah! Messieurs, attendre encore , renvoyer à d'outres
ions-nous pu réaliser plus tard d'aussi
grandes vues? Nos négociations avec Saint- - Domingue
élaient connues ; si elles avaient été définitivemcnt rompuès, pensez-vous que d'antres pays ne se seraient pas
empressés de profiter des avantages que nous aurions
méprisés ? Dès-lors tout aurait été perdu pour nous.
Différer plus long-tems, c'était tout sacrificr.
Ah! Messieurs, attendre encore , renvoyer à d'outres --- Page 14 ---
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tems 1 Consultons tant de malhenreux colons qui languissent dans le plus triste état de gêne et de détresse!
Ils éprouvent, toutes les rigueurs du besoin au sein de
leur mère-patrie qui ne peut pas venir à leur secours,
Pensez-vous qu'ils pourraient sans frémir entendre faire
cette proposition ? Interrogeons nos coeurs : ne les trouverons-nous pas affligés encore de n'avoir pas pu dans les
sessions précédentes adoucir le sort de tant de malheureux. : Combien de voix ne se sont pas fait entendre 2
tous les ans 2 parmi nous 2 pour obtenir des secours.
plus. effectifs en leur faveur? Et nous nous plaindrions
aujourd'hui de ce que pour faire cesser lant de mnaux
et acquérir tant d'autres précieux avantages , il a plu
au Roi d'user d'un droit qui n'appartient qu'à lui. Ah!
plutôt prétons l'oreille à ces témoignages d'anour et
de reconnaissance que font entendre tant de malheureux
qui voient enfin un termeà leurs souffrances. Fixons
nos yeux sur le mouvement qui se fait déjà si bien
remarquer dans nos ports; considérons le commerce et
Pindustric se livrer à tant de nouvelles entreprises et à
de nouvelles spéculations qui n'ont leur origine et leur
appui que dans l'ordounance du 17 avril. Noussaurons
alors apprécier cet acte souyerain , le plus habile et le.
plus utile à uotre pays, dont la pensée n'a pu naitre
que dans la grande ame de celui qui met tout son
honheurà améliorer le sort de ses sujets.- C'est pour en faire ressentir les effets à ceux qu'il jntéresse si vivement que la loi qui est soumise à notre
examen nous a été proposée. Les dispositions qu'clle renferme sont unc nouyelle preuye du desir qu'a le Gouvernement d'ajouter encore au soulagement qu'attendent
les malheureux colons. Il se départ, en leur fayeur de
la partic de l'indemnité à laquelle il pourrait avoir des
droits pour la valeur des établissemens publics et pour.
celle des propriétés qui lui seraient échues par déshé-
vivement que la loi qui est soumise à notre
examen nous a été proposée. Les dispositions qu'clle renferme sont unc nouyelle preuye du desir qu'a le Gouvernement d'ajouter encore au soulagement qu'attendent
les malheureux colons. Il se départ, en leur fayeur de
la partic de l'indemnité à laquelle il pourrait avoir des
droits pour la valeur des établissemens publics et pour.
celle des propriétés qui lui seraient échues par déshé- --- Page 15 ---
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rence 5 pour ne rien retrancher des secours devenus si
nécessaires 2 il dispense les colons de tout cC u'ils au-.
raientà payer pour droits de succession, d'enregistrement et de timbre.
Regardant com mc sacré le droit que les colons n'auraient su perdre par la spoliation dont ils ont étéles victimes, , il veut que ceux-là seuls puissent réclamer lindemnité accordée qui auraient conservé le titre de propriétaire ou quilauraient aujourd'hui comme leurs héritiers ou ayant-cause, sans déroger au droit commun,
dont on ne pourrait s'écarter sans injustice et de graves
inconvéniens.
Pour tout conscrver, à cclui qui a tout perdu, et accroitre autant que possible la part qui doit lui revenir,
l'art. 3 de la loi proposée n'accorde l'indemnité qu'à
ceux qui ne peuvent plus exercer le droit de propriété
dans. lile de Saint-Doningue. Ceux quiy conservent encore des biens 7 ne sauraient ètre confondus avec ceux
auxquels tout a été enlevé.
Cest toujours par les mèmes motifs ct pour appliquer le remede là oû se trouve le mal , que la loi que
nous discutons, veut à Particle précédent que. Findemnité
ne soit accordéc que pour la perte des biens-fonds,
des objets qni donnaient un revenu dont la privation
se fait si detinuresemcntaentire
Rien n'est négligé dans la loi soumise à notre examen pour assurer une égale répartition de lindemnité,
en proportion de la' perie que chacun aura, éprcuvée,
une exacte connaissance de la qualité du réclamant,
et une juste évaluation dans létat actucl de la propriété perduc.
Enfin, pour conserver le droit de chacun sans exposer
toutefois le malheureux colon à des poursuites qui --- Page 16 ---
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viendraient ajouter à son infortunc > l'article 10, veillant
aux intérêts des créanciers s les mettant toutefois en
rapport avec la position de leurs débiteurs 2 détermine jusqu'à quel point ils pourront exercer) leurs droits.
Ne retrouvant entre les mains des colons que le dixième
de Ia valeur des biens sur lesquels ils avaient établi
leurs capitaux, sans qu'ils puissent attribuer à leurs
débitcurs une dépréciation dont ils ont tant à souffrir
eux-mêmes, 2 ils ne pourront exercer leurs droits sur
l'indemnité qu'à concurrence du dixième de leurs créances. Si cet article déroge aux lois qui donnent aux
créanciers des droits plus étendus sur les biens de
leurs débiteurs, et les restreint en faveur des malheureux colons; la triste position dans laquelle se trouvent la plupart, en justific la disposition. Les créanciers partageant nos sentimens ne s'en plaindront pas
sans doute', ils sentiront d'ailleurs que celui qui leur
fournit le moyen d'exercer un droit auquel ils avaient
da renoncer pour toujours, a pu y mettre des bornes
et imposer des conditions.
Tout dans cette loi est en harmonie avec les grandes
vues de justice et de bienfaisance qui ont amené la
mesure salutaire dont elle est le complément,
Je vote pour son adoption. -
A Paris, de l'Imprimerie de Mm- veuve AGASSE,
rue des Poitevins, no 6.
sentiront d'ailleurs que celui qui leur
fournit le moyen d'exercer un droit auquel ils avaient
da renoncer pour toujours, a pu y mettre des bornes
et imposer des conditions.
Tout dans cette loi est en harmonie avec les grandes
vues de justice et de bienfaisance qui ont amené la
mesure salutaire dont elle est le complément,
Je vote pour son adoption. -
A Paris, de l'Imprimerie de Mm- veuve AGASSE,
rue des Poitevins, no 6. --- Page 17 --- --- Page 18 ---
09-247
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