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DISCOURS
DE
M. HYDE DE NEUVILLE,
(COMTE DE BEMPOSTA),
DÉPUTÉ DE LA NIÈVRE,
Dans la discussion du Projet de Loi sur
lindemnité ce accorder utLc colons de
Saint-Domingue : improvisé dans
e
la
séance du 8 mars 1826.
(Extrait du Moniteur du 9 mars 1826. )
MESSTEURS,
IL y a tant à dire, il J a tant à taire sur cette
importante question de Saint-Domingue; et pour mon
compte, je la trouve si hérisséc de difficultés,
les honorables fonctions que le Roi a daigné me confier après
pendant dix aus, que je me suis déterminé à abandouner un travail oi la malveillance aurait
être, chercher des indiscrétions. Je me bornerai pu, peut- donc
à répondre aux argumens principaux que vous ayez --- Page 4 ---
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entendu émettre en faveur dn projet de loi, et principalement à ceux que vient de nous opposer M. le ministre de la marine.Jrxaminersi si, comme on vient de .
nous le dire, il n'y avait que deux partis à prendre, et
s'il fallait absolument recourir aux négociations ou à une
expédition. Mon opinion sur. la matière ne saurait êtrc
suspecte. J'abhorre la traite. je gémis de l'esclavage; et
si je regrette Saint-Domingue, certes, je ne regrette pas
des esclaves.
M. le président du conseil a dit à cette tribune : le
sort de Saint-Domingue a été fixépurTordomnauce royale
du 17 avril dernier. Il. a dit encore : le Roi a usé du
droit qui lui appartient de faire les traités ou les ordonnances nécessaires à la sûreté de I'Etat. Ainsi,
l'acte du 17 avril dernier est un traité ou unc ordonnance jugée nécessaire à la sûreté de l'Etat. Prévoyant sans doute les objections que son exposé de motifs
pourrait faire naître, M. le président du conscil des
ministres s'cst empressé d'ajouter avec une assurance
bien digne d'éloges, si, comme nous aimons à le croire,
ses paroles ont été le résultat d'une conviction intime,
s'est empressé d'ajouter, dis-je, qu'à côté de l'inviolabilité des engagemens du souverain se trouve la responsabilité ministérielle qui garantit que jamais les intérêts
du pays ne peuvent être sacrifiés dans de pareilles transactions. Ainsi, la responsabilité ministériclle dit tout,
répond à tout, et nous pouvons dormir du sommeille plus
profond à lombre de cette garantie tutélaire, que la
Charte nous promet, que M. le président du conseil
nous rappelle; mais que: 2 cependant, aucune loi delEtat
ne définit encore. Nimporte; jouissons d'une telle assurance : plus que jamais nous avons besoin de nous
abonner à l'espoir.
Mais > Messicurs 2 avant d'aborder une question
responsabilité ministériclle dit tout,
répond à tout, et nous pouvons dormir du sommeille plus
profond à lombre de cette garantie tutélaire, que la
Charte nous promet, que M. le président du conseil
nous rappelle; mais que: 2 cependant, aucune loi delEtat
ne définit encore. Nimporte; jouissons d'une telle assurance : plus que jamais nous avons besoin de nous
abonner à l'espoir.
Mais > Messicurs 2 avant d'aborder une question --- Page 5 ---
(3) )
si grave que celle qui vous occupe cn ce moment ,
question qui touche de si près aux plus grands inté.
rêts de la monarchic, qu'il ine soit permis de rappeler cet axiôme si vrai, si utile, de notre législation
nouvelle, ct dont vient de vous parler M. le minstre
de la marine : le Roi ne peut errer, le Roi ne pcut
mal faire. Ce qui n'est qu'une fiction de la loi, semble
devenir de plus cn plus pour nous une réalité 3 et,
ainsi que je Pai déjà dit à cette tribune, plus d'un
fait coustate qu'en effet le Roi ne peut errer 7 le
Roi ne peut mal faire. Déjà, , à l'appui de cette assertion, j'ai rappelé lun de ces faits qui parle encore à
tous les coeurs généreux et qui a laissé dans toutes lcs
âmes de précieux souvenirs. En effet,sila censure fut
l'oeuvre du ministère, son abolition fut le bienfait de
la royauté. Mais 9 depuis le jour oùt j'osai rendre cet
hommage que la France entière rend avec moi à son
souverain, qui de vous n'a pas elt à repéter avec
amour et reconnaissance , dans son coeur tout français :
non , le prince ne peut errer, le prince ne peut mal
faire 3 qui de vous n'a pas été profondément touché
en voyant qu'au moment même oùt lon provoquait des'
mesures sévères contre une des plus précicuses de nos
libertés 2 la royauté justement confiante dans ses propres forces, répondait : je ne veux. rien 2. je ne demande ricn ? Réponse admirable, réponse digne
d'Henri IV et de Louis XIV; réponse qui, cn rassurant la France, atteste au Monde que le petit-fils de
Saint-L.ouis, sait qu'avec l'amour de son peuple, la
Charte et rien que la Charte, il sera toujours assez
fort.
Messieurs, si j'entends bien le gouvernement représentatif, c'est à nous qui formons la branche démocratique de la puissance législative de PEtat, c'est a nous
2. je ne demande ricn ? Réponse admirable, réponse digne
d'Henri IV et de Louis XIV; réponse qui, cn rassurant la France, atteste au Monde que le petit-fils de
Saint-L.ouis, sait qu'avec l'amour de son peuple, la
Charte et rien que la Charte, il sera toujours assez
fort.
Messieurs, si j'entends bien le gouvernement représentatif, c'est à nous qui formons la branche démocratique de la puissance législative de PEtat, c'est a nous --- Page 6 ---
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à rappeler aux conseillers de la couronne quand ils
paraissent Poublier : qu'h côté des droits du trône
sont les prérogatives des sujets, et qu'il est dans notre
monarchie des bornes posées par la sagesse de nos
Rois, par le courage el la fidélité éclairée de nos
pères. Si je comprends bien le sentimnent que jai
toujours eu dans le coeur 7 l'amour du prince légitime, c'est aux fideles amis des Bonrbons 2 c'est aux
vieux serviteurs de la monarchie exilée qu'il appartient de défendre et de faire triompher la légitimité
surle trône en soutenant avec persévance etsurtout avec
sincérité les institutions 2 les lois, les coutumes et les
franchises nationalcs : les franchiscs nationales sont à la
royauté ce qu'est la hase à Pédifice; et le respect aux
institutions 2 aux lois, aux coutumes de TEtat cst, et
sera toujours 2 le plus sûr paratonnerre des couronnes.
Suivons avec respect, Messieurs, et aussiavec franchise, la ligne qui nous est tracée par la sagesse royale.
e Ce sera toujours avec tne haute satisfaction, a dit notre anguste monarque 7 que je vous verrai approfondir
toutes les lois qui yous seront présentées. > Oceuponsnous done d'approfondir la loi scumise Cn ce moment à
notre examen ; et avant de déterminerla répartition des
150 millions prélevés sur une colonie française et destinés à cicatriser une de nos blessures nationales 2 examinons si_la mesure qui donne lieu à cette répartition est
légale , si elle est constitutionnelle; examinons si la
morale publique n'a pas le droit d'en être effrayée.
car après tout la morale est la première loi, le premier
code des nations. Enfin examinons si dans cette question importante la France doit des censures ou des actions de gràces atlx conseillers de la couronne.
Ily a peut-être quclque courage 2 Messieurs, à oser
cicatriser une de nos blessures nationales 2 examinons si_la mesure qui donne lieu à cette répartition est
légale , si elle est constitutionnelle; examinons si la
morale publique n'a pas le droit d'en être effrayée.
car après tout la morale est la première loi, le premier
code des nations. Enfin examinons si dans cette question importante la France doit des censures ou des actions de gràces atlx conseillers de la couronne.
Ily a peut-être quclque courage 2 Messieurs, à oser --- Page 7 ---
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attaquer' de front une mesure qui dans lous les partis
trouve. de si zélés défenseurs. Les us sc persuadent
que discuter la prérogative royale , c'est en melque
sorte Paffaiblir. Je respecte leur bonne foi, mais jene
puis partager leur erreur. Les autres > moins timords,
moins érédules , ne se retratichent pas moins derrieré
le trône; leur faiblesse a Desoin d'un rempart, et c'est
en se couvrant d'un boucliers sacré 'ils espèrent n'ètre
pas vaincus ; semblables en cela à ce conquérant trop
fameux qui pour soumettre sans combat un peuplereligienx et brave 1 lui opposait les images de son culte - 1
espérant qu'il déposcrait plutôt les armes que de tirer
contre ses dicux. Les autres censurent le fonds, mais
n'osent se prononcer sur la forme. D'autres repoussent la forme et se déclarent les admirateurs du
fonds. Quelques-ums se laissant aller àlinpulsion généreuse d'une imagination trop ardente, ne voient qu'une
nonvelle ère pour la philosophie * pour la raison et
pour l'humanité dans cet acte ministériel quivient toutà-coup de faire surgir à Findépendance au milieu
d'un Monde d'esclaves, ce peuple noir qui n'a pu
effacer dans le sang les marques encore réceutes de Sa
servitude , ct qui Va devenir un exemple eliroyable
pour les Antilles et pour les deux continens d'Amérique; ; car il Ieur apprendra quels sont les bénéfices de
l'insurection.
Guidé; Messicurs, par ma conscience et ne cherchant point à voir de quel côté est l'opinion qu'on dit
populaire 1 je viens attaquer la forme ct le fond : la
forme 3 parce que je' crois la mesure inconstitutionnelle;
le fond, parce que je la crois en opposition avec tous les
intérêts de mon pays.
Hier > un de ncs ionorables collegues 2 député de
Amérique; ; car il Ieur apprendra quels sont les bénéfices de
l'insurection.
Guidé; Messicurs, par ma conscience et ne cherchant point à voir de quel côté est l'opinion qu'on dit
populaire 1 je viens attaquer la forme ct le fond : la
forme 3 parce que je' crois la mesure inconstitutionnelle;
le fond, parce que je la crois en opposition avec tous les
intérêts de mon pays.
Hier > un de ncs ionorables collegues 2 député de --- Page 8 ---
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la Gironde , a avancé que l'acte du 17 avril, , quoique par la forme une ordonnance, était quant au fond
un traité, M. le président du conseil, moins explicite,
vous a dit qu'il appartenait au Roi de faire les traités
et les ordonnances jugées nécesssaires à la sûreté de
l'Etat. M. le ministre de la' marine vient de nous
parler d'une ordonnance. Dans l'incertitude où nous
sommes de savoir si c'est un traité ou une ordonnance, je dirai aux conseillers de la couronne : Si
l'acte du 17 avril est un traité 3 vous avez reconnu
la souveraineté du peuple ; vous avez légitimé la révolte ; vous avez proclamé que l'incendie, le meurtre
et le pillage étaient des titres suflfisans pour s'élever
au rang des nations. Si c'est un traité , vous avez
reconnu le gonvernemnent de fait 2 vous qui n'avez
d'existence que par le principe du gouvernement de
droit ; vous qui n'auriez jamnais de perdre de vue que
sans le droit , la France n'aurait pas reconquis les
Bourbons ; qu'elle génirait encure sous le joug de l'anarchie ou courberait sous le despotisme ; que sans le
droit, Charles-le-Bien-simé n'occuperait pas aujourd'hui
le trône de saint Louis ; que sans le droit nous n'aurions
pas cette Charte constitutionnelle > monument glorieux
de la haute sagesse d'un grand Roi : cette Charte qui
sera toujours un cbstacle aux projets des factieux >
des partisans de l'anarchie ou du despotisme ; cette
Charte qui nous donne cette tribune oùr toujours le patriotisme pourra défendre la légitimité 7 l'honneur national et nos libertés.
Messieurs > le gouvernement de fait a donné lieu
depuis quelque tems à des doctrines que je crois funestes; mais enfin de très-honnètes gens les défendent.
Jc ne viens donc pas élever en ce moment une controrerse. Je me bornerai à demander anx partisans du
des factieux >
des partisans de l'anarchie ou du despotisme ; cette
Charte qui nous donne cette tribune oùr toujours le patriotisme pourra défendre la légitimité 7 l'honneur national et nos libertés.
Messieurs > le gouvernement de fait a donné lieu
depuis quelque tems à des doctrines que je crois funestes; mais enfin de très-honnètes gens les défendent.
Jc ne viens donc pas élever en ce moment une controrerse. Je me bornerai à demander anx partisans du --- Page 9 ---
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gonverpenient de fait, comme à ceux du droit, qui de
nous aurait pu croire que de semblablcs doctrines
seraient un jour soutenues par des députés sortis de la
majorité de la chambre introuvable, de la chambre
de 1815. Ah! Messieurs, fallait-il donc poursuivre
avec tant d'amertume les différentes adininistrations
qui se sout succédées, et qui après tout renferinaient
dans leur sein des caractères fort estimnables, pour
arriver un jour à les surpasser? (Sensation.) Mais
non, Messieurs, l'acte du 17 avril n'est pas un traité.
M. le rapporteur a trauché la question; il s'est expliqué
en des termes * dans lesquels nous aimons à reconnaitre
ces mêmes doctrines de 1815,et: un brave et loyal député
de la majorité de 1815. Mais pourquoi faut-il que, pour
justifier une mauvaise cause qui n'est pas la sienne, 2
M. le rapporteur se soit oblige de quitter cc même
terrain pour nous ramener à 1826!
Voici comment il s'exprime :
( Un statu quo indéfni ne pouvait être raisonuablement adopté. Le tems , qui malheureusement finit, sincn
par justifier, du moins parenvelopper d'une sorte d' oubli
mystérieux. , et rendre irréparables lcs usurpations les
plus odieuses a leur origine 2 s'écoulait et tôt cu tard
commandait une décision définitive. D
Messieurs , le tems, un voile mystérieux , une décision définitive ! Eh ! ne dirait-on pas que depuis plus de
cent aus, Saint-Domingue n'était plus à nous ! Ou dunc
est ce nouveau code du droit des gens d'après lequel
la légitimité se trouve prescrite après vingt-cing années P Je vous le demande 7 à vous tous royalistes qui
siégez dans cette enceinte 2 qu'eussiez-vous répondu il
y a quinze années 3 si on fdt venu vous dire : iout est
un voile mystérieux , une décision définitive ! Eh ! ne dirait-on pas que depuis plus de
cent aus, Saint-Domingue n'était plus à nous ! Ou dunc
est ce nouveau code du droit des gens d'après lequel
la légitimité se trouve prescrite après vingt-cing années P Je vous le demande 7 à vous tous royalistes qui
siégez dans cette enceinte 2 qu'eussiez-vous répondu il
y a quinze années 3 si on fdt venu vous dire : iout est --- Page 10 ---
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consommé ! ct si on edt ajouté , car ily avait plus de
vingt-cinq ans 2 et par conséquent prescription :
( Le sceptre de Louis XIV est à jamais brisé. D
Qu'cussiez-vous répondu , généreux enfans de 1a Neustrie , de la Bretagne 2 et vous, fiers soldats du Bocage 1
si à cette époque oir le trône de saint Louis élait OCcupé par lun de ces hommes prodigieux que les destinées jettent à travers les siècles pour constater par leur
grandeur la puissance de T'homme , et par leur chute la
puissance de Dieu ; qu'eussiez -vous répondu 3 je vous
le demande. royalistes P Vous eussiez-répondt en nuontrant les tombes de VOS pèrés et VOS nobles cicratrices;
vous eussiez répondu que tant qu'une balle pouvait atteindre au cceur d'un royaliste 2 le feu sacré n'était pas
éteint; vons eussiez répondu que la légitimité absente 2.
fugitive, ne perd jamais ses droits ; vous eussiez répouda que si Tusurpation compte par années : la légitimité compte par siècles. Oui, Messieurs, il faut
des siècles pour que la légitimité s'établisse 3 mais il
fant plus de tenus encore pour qu'on puisse la faire
oublier. (Mouvement d'adhésion.)
Cc n'est pas un traité, dit M. le rapporteur; puis il
ajoute : les publicistes reconnaissent que le droit de
céder des portions du territoire lorsque la nécessité de
terminer la guerre commande ces sacrifices, appartient
à la couronne dans an gouvernement monarchique.
Mais, Messieurs, étions-nous cn guerre avec cette CUIonie rebelle; etle ministère pouvait-il. an milicu de
la pais, consacrer des principes qui n'étaient pas même
avoués sous notre ancienne monarchie? Yous avez entendu à cet égard les discours lumineux de M. Kergariou et de M. Agier. Je me bornerai donc à ajouier ces
paroles à jamais mémorables d'un grand Roi: : Je nai
dans an gouvernement monarchique.
Mais, Messieurs, étions-nous cn guerre avec cette CUIonie rebelle; etle ministère pouvait-il. an milicu de
la pais, consacrer des principes qui n'étaient pas même
avoués sous notre ancienne monarchie? Yous avez entendu à cet égard les discours lumineux de M. Kergariou et de M. Agier. Je me bornerai donc à ajouier ces
paroles à jamais mémorables d'un grand Roi: : Je nai --- Page 11 ---
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pas le droit de démembrer une seule pièce de mon
royaume. Ily a trois cents ans que CCS paroles farent
prononcées. Les ministres ont-ils pu les perdre de vue
ont-ils pu, aul milieu de la paix : proposer à la couronne d'aliéner, sans le concours des chembres, unc
partic de notre territoirc?
%
Je sais qu'ilest des circonstances oùt le pouvoir qui fait
la paix, qui fait la guerre, doit de grands et de prompts
sacrifices à Fimpéricuse nécessité; je sais pa'il est des
circoustances oi la dictature royale peut scule sauver
l'Etat. Mais quaud ricn nC pesait sur notre pays; uand
nos heureuses institutions étaient debout, les ninistres
ont-ils pu proposer à la couromne l'abandon : par une
ordonnance , d'une portion de notre territoire? Non,
Messieurs , ils ne le pouyaient pas. Un tcl acte rentrait
dans le domainc de la législation; et dans trente ans,
quand nous serons inieux façonnés à nos moeurs constitutionelles, on nC trouvera pas un ninistre osant , au
inilieu de la paix, proposer d'aliéner ainsi un seul hectare dc notre sol.
Je lai déjà dit:, des royalistes très-zélés approuvent
la mesure parce qu'ils croient y voir le type heureux de
la prérogative royale. Des libéraux très-ardens y applaudissent aussi 2 mais par un sentiment contraire; ils
ne voient dans l'acte du 17 avril que le triomphe dcs
doctrines qu'ils professent. A les entendre, à en croire
leur joie indiscrète , l'émancipation d'Haiti serait la ratification la plus complète dc la révolution par la puissance légitinc. Mais je sais aussi que royalistes et libéraux, , tous ceux qui ont mirement réfléchi à cette imnportante question de Saint-Domingue, gémissent de voir
avec quelle mnaiheurense facilité le ministère a pu oublier le gouvernernent sous lequel nous vivons, a pu
perdre le souvenir de nos traditions nationales. Mainte-
*
croire
leur joie indiscrète , l'émancipation d'Haiti serait la ratification la plus complète dc la révolution par la puissance légitinc. Mais je sais aussi que royalistes et libéraux, , tous ceux qui ont mirement réfléchi à cette imnportante question de Saint-Domingue, gémissent de voir
avec quelle mnaiheurense facilité le ministère a pu oublier le gouvernernent sous lequel nous vivons, a pu
perdre le souvenir de nos traditions nationales. Mainte-
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tenant. , je. dirai aux royalistes si zélés : La royauté est
si grande, si najestuense, qu'elle n'a pas besoin d'une
force empruntée. Je dirai aux libéraux trop ardens qui
ne craignent pas de sncrifieràl'opinion d'nn jour l'opinion
des siecles, 1 al'esprit de pani.alerreurdunt mement, un
principe vital, ui priecipe conscrvatenr denosinstitutiens
et de nos libertés ; je leur dirai, ou plutôt je leur rappellerai qu'on est souvent vaincu par ses prepres armes , et
qu'approuvera aujourd'hui tne fausse doctrine , c'cst se
résigner à cn subir demain toutes lcs conséquences.
Messicurs,si Charles X, si son auguste fils, pouvaient
être immortels, je scrais le premier à dire : à quoi servent les garanties, en est-il de plus sûres que la vertu,
Phonncar ct la probité sur le trône ? mais les Rois passent, les Etats restent. Ces paroles de Lonis XIV à son
lit de mort nous disent si nous devons régler sur le
présent Favenir de la France.
Mais, dit M. lc rapporteur. : les raisonnemens qu'on
nous fait pourraient etre.applicables au territoire, mais
ils ne le. sont pas aux colonies : et il fonde cette conclusion sur ce que les colonies sont presque toujours
le résultai des conquêtes. Je réponds à cela,qu'il n'est
pas une province de France qui ne rappelle la gloirc
et les conquetes de nos Rois, et qu'au surplus, la
colonie de Saint-Damingte n'a pas été le résultat de
la conquéte. M. le rapporteur ajoute : Jamais les parlemens n'ont entendu mettre au rang de leurs griefs la
cession de l'Acadie, de la Louisiane et du Canada. Ces
exemples sont mal choisis ; l'Acadie fut cédée a la suite
d'un traité à jamais célèbre. Louis XIV, courbé, depuis
quelques années sous le poids du malheur, se relevait, pour ainsi dire, avec toute sa gloire, et dans le
moment oit l'on voulait lui dicter des lois, s'il cédait
FAcadie et quclques établissemens maritimes, il forçait
cession de l'Acadie, de la Louisiane et du Canada. Ces
exemples sont mal choisis ; l'Acadie fut cédée a la suite
d'un traité à jamais célèbre. Louis XIV, courbé, depuis
quelques années sous le poids du malheur, se relevait, pour ainsi dire, avec toute sa gloire, et dans le
moment oit l'on voulait lui dicter des lois, s'il cédait
FAcadie et quclques établissemens maritimes, il forçait --- Page 13 ---
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FEurope à salucr son petit-fils du nom de roi d'Espagne
et des Indes, ct il dounait à Ja maison de Bourbon >
en échange de cette nême Acadie, lcs royauncs du Pérou, du Chili ct du Mexique. L'exemple cité par N.I le
rapporteur n'est pas heureux.
Nous avous, il est vrai, cédé la Louisiane à l'Espagne, mais par un traité; c'est également par un
traité, à la suite d'une gterre 2 que nous cédâmes le Canada, et remarquez que dans ces circonstanices, PEspagnc, qui nous avait si noblement aidés, cédait la
Floride aux Anglais, ct lle les Anglais nous rendaient
la Guadeloupe, la Martinique, Maric-Calande, la Désirade et Belle-Ile.
M. le rapporteur a cité plusieurs publicistes pour nous.
prouver que les colonies.ne devaient pas être considérées
comme faisant parlie du territoire. Nous croyons devoir
lui opposer les armes dont il s'est servi. Voici coument
s'exprime Vatel : < Une colonie fait naturellement partie
dc IEtat commnc ses autres possessions. Toutes les fois
donc que les lois politiques, ni lcs traités n'y apportent
auctne différence, tout CC qui se dit dit territoire doit
s'cntendré aussi pour la coionic. >>
Et pourquoi, jele denande, les colons scraient-ils si
facilement déshérités de leur patric ? Quelques arpens de
terre peuventils 1 pour un Français, entrer cn compensation avecl le bonheur de rester Français ? J'en appelle à
ces Louisianais 2 dont j'ai entendu les plaintes, dont j'ai
yu la douleur. Quel désespoir ne firent-ils pas paraitre
quand Thomme, qui nc respectait rien 1 les sacrifia pour
quelques millions ; j'en appelle à ces généreux Canadiens
de Louis XIV, qu'avec
qui ne parlent qu'avec respect
amourde Louis XVI, qu'avec horreur de ceux sous le
, entrer cn compensation avecl le bonheur de rester Français ? J'en appelle à
ces Louisianais 2 dont j'ai entendu les plaintes, dont j'ai
yu la douleur. Quel désespoir ne firent-ils pas paraitre
quand Thomme, qui nc respectait rien 1 les sacrifia pour
quelques millions ; j'en appelle à ces généreux Canadiens
de Louis XIV, qu'avec
qui ne parlent qu'avec respect
amourde Louis XVI, qu'avec horreur de ceux sous le --- Page 14 ---
12 )
ferdesquels tomba cC monarque chéri, et qui ne parlent
aussi qu'avec orgueil de ce noble Montcalu qui eut la
gloire d'être surnommé le brave, ct Thonncur d'avoir un
trou de bombe pour tombeau. J'en appelle à ces bons
Canadiens qui ne cessent encore aujourd'hui de vous
dire, quand ils vous rencontrent : Comment se porte
notre roi? ct ce roi, c'est le roi de France, c'est le fils
de Saint-Louis. Non, personne n'a le droit dc disputer
aux colons leur patriotisme, personne n'a le droit de les
déshériter de la mére-patrie, qu'ils aiment avant tout,
et de laquclle ils ne peuvent consentirà se détacher.
Mais ce qui n'était pas possible sous l'ancien régime
l'est-il devenu sous tle nouveau) ? Examinons la Charte.
On n'a cité dans cette diseussion que les art. 14 ct 75.
Quc dit l'art. 73? Il dit que les colonies seront régies
pardes lois et des réglemens particuliers.Jele. demande,
ne fant-il pas terturerles mots pour trouver que régir
est synonyme de vendre ! Gertes, il ne peut exister
h cet égard aucun doute; M. le rapporteur l'a si
bien senti qu'il a lui-mème abandonné ce terrain ct
qu'ils'est borné àt parler de l'art. 25. (M1. Pardessus.
Vous voulez dire de l'art. 14!.. ) Oui, de l'art. 14.
Eh bien que dit cet art. 14? Il proclame que le Roi
est le chef suprème de l'Etat. commande les forces de
terre et de mer, déclare la guerre , fait les traités de
paix, d'alliance et de commerce, , nomme à tous les
emplois de ladministration
publique 1 ct fait les réglemens et ordonnances nécessaires pour Lerécution des
lois etla siireté de rEtal.
Cet article, , loiu de pronver rien contre nous,atteste
au contraire que la puissance royale ne pouvait faire
l'ordonnance du 17 avril. Il cutre dans mes principes
ainsiquc dans les vôtres, Messieurs, de recomuaitre que
de
paix, d'alliance et de commerce, , nomme à tous les
emplois de ladministration
publique 1 ct fait les réglemens et ordonnances nécessaires pour Lerécution des
lois etla siireté de rEtal.
Cet article, , loiu de pronver rien contre nous,atteste
au contraire que la puissance royale ne pouvait faire
l'ordonnance du 17 avril. Il cutre dans mes principes
ainsiquc dans les vôtres, Messieurs, de recomuaitre que --- Page 15 ---
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tout ce qui n'a pas été coucédé par la courone ;
rentre dans le donaine de ses attributions. Or, sil'antorité royale avait entendu qu'elle pit par ordonnance
faire des cessions de territoire, elle ne se serait pas bornée
à dire dans l'art. 75 que les colonies scraient régics; ; elle
n'anrait pas dit à P'art. 14:qu'elle ne peut faire les réglemens et ordonnances que pour l'exécution des lois et la
sureté de l'Etat.
Je le demande : l'acte du 17 avril a-t-il pour objet
lexécution d'une loi? La sureté de TEtat était-elle intéressée à ce que la France reconnit cette: année ou
dans deux ans, ou dans vingt ans T'indépendance de
la république d'Haiti? Non , sans doute; ct il est inpossible. je le répète , sans torturer les nots ct sans choquer le bon sens 2 det trouver dansles deuxarticles ci-dessuS rienqui établisse que la puissance royale ait le droit
de faire une ordonnance pour la cession d'unc partie du
teritoire.laterprcerrceaartides de toute autre manière,
c'est outrager la majesté royale, , c'est en quelque sorte
méconnaitre ses bienfaits. Sil est de notre devoir de respecter lesdroits et les prérogatives de la couronne, nous
devons égaiement tenir à cc que les droits des sujets ne
soient pas méconnus. A Dieu ne plaise que nous contestions
jamais à la couronne les droits qui lui appartiennent !
mais qu'on nous permette aussi de dire que Part. 14
de la Charte n'a rien de commun avec T'acte du 17
avril ; carla. sureté de l'Etat n'était nullement menacée;
ct ceci me mêne à répondre à M. le ministre de la
marine, , qu'il n'y avait pas nécessité de choisir entre
les négociations et une expédition 1 puisqu'on pouvait
se borner à conserver le stati quo.
Un orateur vous a dit hier qu'en admettant la possibilité de conquérir Suint-Domingue, , il n'en aurait pas
commun avec T'acte du 17
avril ; carla. sureté de l'Etat n'était nullement menacée;
ct ceci me mêne à répondre à M. le ministre de la
marine, , qu'il n'y avait pas nécessité de choisir entre
les négociations et une expédition 1 puisqu'on pouvait
se borner à conserver le stati quo.
Un orateur vous a dit hier qu'en admettant la possibilité de conquérir Suint-Domingue, , il n'en aurait pas --- Page 16 ---
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moins fallu sc livrerà une guerre d'extermination et
de carnage. Ce n'est ni le carnage ni une guerre d'extermination qu'il fallait à la france; ily avait possibilité
d'arriver atl Jut sans recourir à ces affreux moyens.
Nous pouvions nous hornerh bloquerles ports de SaintDomingue 2 la oir nons savons qu'une population considérable de noirs gémit souS le jong des mulâtres. Cette population de noirs ne demande que la liberté et la France;
elle n'eût pas manqué de nons accueillir avec transport;
car depuis Jong-tems tout son espoir était dans la France.
Mouvement., )
Mais quand nous parlons de Lloquer les ports de
Saint-Domingne 2 on nous répond : les Anglais, et encore les Anglais. Messieurs, les Anglais s'étaient elgagés par un traité à ne pas reconnaiire Saint-Domingue avant que Saint-Domingue n'ent été reconna par
la France. Ils s'élaicnt engagés à abandonner tout commerce avec Saint-Domingue : du moment où SCS ports
seraient hloqués par nons; ainsi, sons cC rapport,
nous n'avions rien à craindre. D'ailleurs, je l'avoue,
je nc perds jamais de vne notre vicifle gloire française :
je me rappelle ce qu'a été notre marine SOUS Louis XIV,
et même sous Louis XVI, ct enfin je sitis tropbon français, et j'estinie trop mon pays, pour ne pas dire aux
Angleis : vivons en paix, mais nous ne vous craignons
pas.
:
Les négociations avec Saint-Domingne pouvaient-elles
être utiles dans les circonstances présentes ? Non sans
donte; c'était le moyen le plus dangerenx de lous ceux
qi nous étaient offerts. Eh quoi, c'est quand la malheureuse Espague est abandonnée de tontes parts 2 c'esl
lorsqae Cuba est surle point de tomberan pouvoir des
insurgés : su'on ne craint pas de consacrer des principes
en paix, mais nous ne vous craignons
pas.
:
Les négociations avec Saint-Domingne pouvaient-elles
être utiles dans les circonstances présentes ? Non sans
donte; c'était le moyen le plus dangerenx de lous ceux
qi nous étaient offerts. Eh quoi, c'est quand la malheureuse Espague est abandonnée de tontes parts 2 c'esl
lorsqae Cuba est surle point de tomberan pouvoir des
insurgés : su'on ne craint pas de consacrer des principes --- Page 17 ---
(15.)
qui rendent prespr'impossible pour la cour de Madrid
toute espèce d'arrangement ! Il y a plus de 25 années que Ja plupart des colonies espagnoles se sont
révoltées ; or, si nous admettous qu'après 25 ans l'usurpation la plus odieuse est couverte d'an voile mystérieux, que peut demander la légitimité? 1 faudra donc
qu'elle recoure à la générosité de Pusurpation!
Cc n'était pas quand l'Espagne avait besoin de ses
amis que nous devions donner un exemple si dangereux;
tout devait au contraire engager Ics ministres du Roi à
conserver lc statu quo.
Examinons quels sont les avantages que la France
doit retirer de l'actc du 17 avril. L'ordorinance porte,
art. 3:xllya cession pleine et entière au gouvernement
d'Haiti. > Dans l'art. i,il est dit que les ports d'Hiaiti
seront onverts à toutes les nations. Il est évident, Messieurs 2 que l'art. 5 est une souveraineté absolue, et
l'art. ler une souveraineté imparfaitc. Combien de
tems durera cct état de choses? Pouvons-nous espérer
que le peuple d'Haiti voudra toujours régir ses douanes
d'après Fordonnance du 17 avril ? Les ministres du Roi
ont-ils prévu ce cas P Ont-ils pensé à la dificulté qui
nous a été suscitée par un autre peuple pour un article à-peu-près semblable à cclui de l'ordonnance actuelle ? Je n'cn parlerais pas si tous les documens qui
ont rapport à cette affaire n'avaient été imprimés et
rendus publics. Le Gouvernement du Roi a-t-il enfin
pensé à la difficulté que fait naitre la fausse interprétation donnée par les Etats-Unis à l'article 8 du traité de
cession de la Louisiane ?
Mais admettons un instant que cette ordonnance soit
exécutée. Je demanderai alors quels moyens a le Gouvernement pour empêcher que les Anglais ne fassent
documens qui
ont rapport à cette affaire n'avaient été imprimés et
rendus publics. Le Gouvernement du Roi a-t-il enfin
pensé à la difficulté que fait naitre la fausse interprétation donnée par les Etats-Unis à l'article 8 du traité de
cession de la Louisiane ?
Mais admettons un instant que cette ordonnance soit
exécutée. Je demanderai alors quels moyens a le Gouvernement pour empêcher que les Anglais ne fassent --- Page 18 ---
16)
arriver par la partie espaguole tous les produits de leurs'
manufactures.
Il nc faut que trente-quatre heures pour faire la
traversée dc Santo-Domingo à la Jamaique; tandis
ee pour aller de la Guadeloupe à Saint-Domingue, ,
il fant à peu près autant de tems que pour faire le
trajet de France à cette ile.
Ainsi, cn admcttant que nous puissions faire exécuter cette ordonnance jusqu'à la fin des siècles, et
qu'on ne cherche pas à éluder la clause en l'interprétant ainsi que les Etats-Unis ont interprété une
clause semblable je vous demande si les Anglais ne
pourront pas inonder de leurs produits l'ile de SaintDominguc. Alors quels avantages pourrons-nous retirer pour notre commerce ? Vous savez que les nègres
n'aiment que les liqueurs fortes et font peu de cas de
nos vins; il n'y a que lcs mulâtres qui en boivent; nos
étoffes ne sont point assez légères pourles colonies; ct
quant à nos cotonnades, jamais, malgré la différence de
droit, nous ne pourrons suutenir la concurrence avec
l'Angleterre.
Il n'y avait qu'un seul moyen de rendre SaintDomingue profitable à la France, c'était de conserver
cette ile. S'il était impossible de la reconquérir à
présent, il fallait renvoyer à une époque plus heureuse l'exécution de cc projet. Il fallait s'attacher d'autant plus à conserver Saint-Domingue que la traite
des noirs est abolic 1 que toutes les colonies vont à leur
décadence, et que l'Angleterre est pent-ètre menacéc
de perdre bicntôt ses vastes établissemens dans lInde.
Saint-Domingue pouvait devenir pour nous une colonie
florissante. Nous pouvions y appcler des hommes de
renvoyer à une époque plus heureuse l'exécution de cc projet. Il fallait s'attacher d'autant plus à conserver Saint-Domingue que la traite
des noirs est abolic 1 que toutes les colonies vont à leur
décadence, et que l'Angleterre est pent-ètre menacéc
de perdre bicntôt ses vastes établissemens dans lInde.
Saint-Domingue pouvait devenir pour nous une colonie
florissante. Nous pouvions y appcler des hommes de --- Page 19 ---
(17) )
couleur de toits les pays. Qu'on ne regarde pas ce projet
conme une chimère; il avait été arrêté, reconmu praticable, il avaitmême. reçu un commencement d'exécution.
Qu'on ne dise pas, comme On le prétendit hier à cette
tribune, que: les Etats d'Amérique s'opposeraient à l'exécution de ce plan. Messieurs, la première fois qu'on en
parla aux Etats-Unis, ils en furent enchantés; ils ne deinandent qu'à être débarrassés de ces hommes libres
dont le nombre s'élève de quatre à cinc cent mille, et
qui croissent de 84 à 85 pour cent chaque vingt ans.
C'est précisément parce que les états d'Amérique ne
peuvent se débarrasser de leurs nombreux esclaves
qu'ils auraicnt désiré qu'on pût offrir unc patrie à ces
hommes libres de couleur. Les noirs libres des EtatsUnis uC veulent pas devenir les ilotes de Boyer; mais
leurs voeux cussent été remplis 1 si Saint-Domingue edt
été rendu à la France. En voyaut sur cette ile flotter le
pavillon blanc 1 ils y seraient venus chercherune patrie,
sûrs d'y trouver la liberté. Cette patric, la France pouvait Fouvrir à tous les hommes libres de couleur répandus dans Pile de Cuba et dans les Etats-Unis. Ici, Messieurs , ce n'cst point, je le répète, une vaine théorie.
Ce projet non-seulement a été arrêté, mais il a été
exécuté, et il reçoit encore de notre part son exécution.
Oui, Messicurs, Toussaint Louveriure avait trouvé
noyen d'amener les nègres, quoique déjà libres, à
travailler pour le compte des propriétaires, : il les avait
organisés; il voulait rendre cette colonie à la France,
mais en lui conservant Sa liberté.
En cei moment , Messicurs, nous avons nous-mêmes
un établissement auprès de Madagascar. Je veux parler
de P'ile de Sainte-Marie , qui n'est cultivée que par des
hommes de couleur libres. Nous. y envojons des noirs
noyen d'amener les nègres, quoique déjà libres, à
travailler pour le compte des propriétaires, : il les avait
organisés; il voulait rendre cette colonie à la France,
mais en lui conservant Sa liberté.
En cei moment , Messicurs, nous avons nous-mêmes
un établissement auprès de Madagascar. Je veux parler
de P'ile de Sainte-Marie , qui n'est cultivée que par des
hommes de couleur libres. Nous. y envojons des noirs --- Page 20 ---
(18)
tirés de la côte de Mozambique, et qui s'engagent pour
quatorze ans à cultiver les terrés. Ce sont de bons ouvriers, et des hommes fort dociles. Eh bien, ce que
nous faisons auprès de Madagascar , n'aurions-nous pas
pu le faire également à Saint-1 Domingue ? Mais. nous
n'aurions pas eu besoin d'aller si loin chercher des
colons ; PAmérique du Nord pouvait nous en fournir plus de trois cent mille ; Cuba nous en eut aussi
fourni. Partout où ily a des noirs libres, nous étions
sûrs 'de trouver des colons utiles. Vous sentez donc
quels avantages immenses nous pouvions retirer d'une
fle qui contient près de cing mille lieues carrées , et
dont à peine le cinqnième est cultivé. Nous aurions pu
indemniser nous-mémes largement et surtout légalement
les colons, et assurer la liberté des noirs. Qu'on ne
vienne pas nous dire qu'ils auraient eu peine à nous
croire. Le noir se laisse aisément persuader, entrainer;
il eit suffi pour cela de quelques hommes, sages, de
quelques prêtres qui pussent parler aux chefs ; et cette
immense . population noire : qui abhorre les malâtres,
pour lesquels clle a un profond mépris , attirée par les
garanties offertes par la Frauce , se fat empressée de
revenir à son ancienne patrie.
Ainsi nous n'avons pas besoin d'aller chercher des
colons en Afrique 7 nous en trouverons assez en Amérique. Il serait superfu, au surplus, de m'appuyer
d'autres témoignages que de celui de M. le président
du conseil ; il avoue que depuis 1815 (et cependant
la traite était abolie) 7 on a tout tenté pour ramener
Saint-Domingue à la mère-patrie. Quevoulait-on en faire?
Que va faire le président Boyer de ces mêmes noirs
qui sont libres ? Comment parviendra-t-il (si la coJonie ne peut prospérer sans la traite et sans Fesclavage)
à nous faire payer les 150 millions qui, d'après le cal-
de M. le président
du conseil ; il avoue que depuis 1815 (et cependant
la traite était abolie) 7 on a tout tenté pour ramener
Saint-Domingue à la mère-patrie. Quevoulait-on en faire?
Que va faire le président Boyer de ces mêmes noirs
qui sont libres ? Comment parviendra-t-il (si la coJonie ne peut prospérer sans la traite et sans Fesclavage)
à nous faire payer les 150 millions qui, d'après le cal- --- Page 21 ---
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eul de M. le président du conseil, forment le revenn brut de cing années de la colonie?
Lhonorable député de la Gironde vous disait aut
contraire que la paix accordée aux colonies allaity développer la civilisation et y ramencr Findustric. Qui
de vous , Messieurs, pourra croire que ces nègres se
trouveront plus libres et plus heureux sous des mulâtres qu'ils ne l'eussent été sous les Rois de France?
Après tout ils ne sont pas propriétaires , et ils pouvaient le devenir, si la France $ en traitant avec IEspagne pour la partic espagnole 2 s'élait rendue propriélaire de toute la colonie. Chaque nègre fidèle allrait pu recevoir.du souverain une concession de terres.
C'était là une belle, uine grande pensée ; par-là nous
parvenions à élever sur un système usé, le senl systême colonial qui puisse s'établir maintenant. Au lieu
de cela nous avons sacrifié un avenir immense. Le tems
prouvera s'il n'y a pas eu de l'imprudence et plus que
de l'imprudence dans l'acte du 17 avril.
Si encore cette grande erreur était celle de l'humanité !
Mais non 2 ce n'est pas Thumanité,
c'est la Bourse qui vient d'affranchir Saint-Domingue;
ce sont les 3 pour cent qui mettent tout en baisse,
même les actions de la légitimité. (Des murmures s'élèvent. Mouvement en sens divers.)
Messieurs 2 les ministres se trompent, il faut le leur
dire, le leur répéter ; ils en seraient convaincus s'ils
cousentaient un instant à écouter l'opinion publique ;
ils verraient que l'opinion leur reproche de tendre une
main fraternelle à des révoltés d'Amérique * tandis qu'ils
abandonnent des chrétiens ; ils verraient que l'opinion
de la légitimité. (Des murmures s'élèvent. Mouvement en sens divers.)
Messieurs 2 les ministres se trompent, il faut le leur
dire, le leur répéter ; ils en seraient convaincus s'ils
cousentaient un instant à écouter l'opinion publique ;
ils verraient que l'opinion leur reproche de tendre une
main fraternelle à des révoltés d'Amérique * tandis qu'ils
abandonnent des chrétiens ; ils verraient que l'opinion --- Page 22 ---
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leur reproche d'oublier celte Charte qui est notre ancre
de salnt : ils verraient que l'opinion publique veut la
monarchie sans abus, la liberié saus licenee, la religion sans fanaiisme 3 ils verraient cnfin que l'opinion
publique desire que 2 se livrant à d'autres pensées 2 le
ministère quitte la Bourse pour rentrer en France; que
le ministère changeant de systême, abandonne une poli:
lique tortueuse. incerioine, : politique que, personne n'explique, que, perscune n'avoue 2 pas même ceux qui
dans le secret de l'intrigue,. cherchent à Texploiter a
leur profit. Il est vrai que cette politique sans couleur
est prônée avec une sorte d'affectation sur des rives
qui ue sont pas françaises, et qu'elle semble donner
tour-à-tour des espérauces aux partisans de Tanarchie,
aux admirateurs du pouvoir. absolu, aux enncmis de
nos libertés politiques et religicuses.
Que peut prodnire ul tel état de choses ? Nest-il pas
tems que la Fraace reprenue Ia place que Dieu et la
hature lui assignent? P Eh quoi ! ce beau royaume ne
serait-il plus le royaume des lys ! Et le Ciel, après tant
d'orages 7 après tant d'épreuves, ne nous a-t-il donc
pas, rendu cctte noble inaison de France si grande dans
Thistoire, qu'il n'est pas un souverain qui nc soit fier
de l'honneur de lui appartenir par le sang ou parles
alliances? Charles X n'est-il pas le digne successeur
de nos Rois ; et le nouveau Vendôme n'a-t-il pas fait
voir dans la Péninsule ce que e'est qu'un homme, CC
que peut un homme quand cet honme est un Gils de
Hepri?
Que les ministres changent de systême ; qu'au lieu
de tendre la main aux révoltés d'Amérique, , ils s'occupent
de ces infortunés chrétieus qu'on égorge à la honte de
T'Europe > et que nous fassious roir atl Monde que. si
Louis XVI reçut la sainte mission de uous réconcilier --- Page 23 ---
2.1 )
avec Dicu; que si Louis XVIII fut chargé de sauyer
la Frauce et FEspagne, il était réscrvé à Charles X
de sanver les Grecs et de Mire triompher Jésus-Christ.
Voilà les pensées auxquelles lc ministère devrait s'clever.
Messicurs s convaincu que la loi proposée est contraire à nos intérêts nationaux; qu'elle est illégale, inconstitutionnelle j'attendrai pour m'occuper de la répartition 2
quc les ministres nous aient demandé un bill d'indeinnité; et alors j'examinerai dans mon amc et conscience
si je dois l'accorder ou demander l'accusation des ministres.
A Paris, de l'imprimerie de Mue veuve AGASSE,
ruc des Poitevins, no 6. --- Page 24 ---
08-33
E826
H995d --- Page 25 --- --- Page 26 ---