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Oumt Inibersity --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
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51 Colonie
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Gonave
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AcuL. P. N.
Acqyix. P.S.
AN AU.P. S.
ITIN 4, R 1 I à R E
IR P. O.
BAIRET: P. 0:
DE LA COLONIE FRANÇAISE DE SAINT - D(MINGUE,
Bon DE. P. O.
PAR ORDRI E LPHA A B E 1t QU E,
BoRGNE P. .N.
CAP. C. N;S:Q
Oà font marquées, en Lieues de 2,000 toifs, les Diftances qui féparent 4 Gingaste-des Paroifis les unes
des autres,
CAVAILLON.P.S.
106 CAYES.CS,S;
E
V
S A, N T O-D OM I NG O,
77 C.rn-ssjacu.F.O.
E-)
05 COTEAU ux P.S.
20 69 CRoix s-BouQyurs.P.O.
36 77 DALMARIE.P.S.
N. B. Ces diftances font comptées par le chemin le plas court, fans égard fa nature, &a'Églife à Églife.
125 56 33 DoNDON. P.N.
Le fractions de Lieues ont Été négligees.
Foi
La lettre après le nom de la Paroilfe,
le
29 27
-NECRES. P.S.
Q
Sgaife qu'elle eft chef-lieu d'an Qgartier.
S,
fiége d'une Sinicbanfie.
138 69 146 96
HIN.P.N;
Les! lettres P.N.
fpnifient- dela Partie du Nord.
P. O.
Partie de POuf.
107 57 Goxaivx
P. S.
Partit du Sud.
72 1I 46 GR Goav VE P.O.
-C.N.
Capitale de la Partit du Nord.
C.o..
Parit de Puiil.
117 28 67 o 1O 5o Gxos-MoRNE. P.N.
C. S..
Partie du Sud.
Enfn) les lettres C.C. quel l'on voit après le Port-au- Prince, indiquent que ce lieu eft la Capitale de la Colonie
85 46 13 6 JACMEL. P.O; S; Q
Frangaift.
72 22 EA ABEL.P. O
G IN C T
L'
D E CE
E.
34 95 49 105
EREMIE. P. ;S.Q
Pour trouver le difance d'un lieu un autre (par exemple du CAF au Po PRINCE) d'abord chercher le carré qui répond
LEOCANE. P.O;Q
au nom dupremier des deurlieux (1z CAP ), puisle cirré qui répond au fecond nom (iz PORT-A PRINCE ). Enfuite on gagne le carré
où fecoupent les lignes cenfées tirées de ces deux noms, & les chiffres qu'ony trouve, expriment difance cherchée. (Du CAP auPoxT*
LiNse. P.N;Q
AU-PRINCE, 601 lieues) :(DU Car A SAINT- T-Masc, 37 lieues, &c. &c.)
LworaDR.P.N;Q
IARMELADE. P. N.
48 MIREBA P.O;Q
Môtx Sass-Ncea.P.O,d
OuA AMINTHE. P.N.
91 PETIT -GoAVE P. S;S;Q
98 13 PSTIT-TRov. P.S.
ance cherchée. (Du CAP auPoxT*
LiNse. P.N;Q
AU-PRINCE, 601 lieues) :(DU Car A SAINT- T-Masc, 37 lieues, &c. &c.)
LworaDR.P.N;Q
IARMELADE. P. N.
48 MIREBA P.O;Q
Môtx Sass-Ncea.P.O,d
OuA AMINTHE. P.N.
91 PETIT -GoAVE P. S;S;Q
98 13 PSTIT-TRov. P.S. 14 PETITE-ANSE. P.N.
PETITE- -RIVIERE. P,O.
125 55 133
PLAINE DU Norp.P.N.
13 121
PLAIS SANCE.P.N.
9 PosracPrwsss.P.O
+4
PORT-AU-PRINCE. C.C; C.o;S;Q
66 74
119 5o 127 33 77 37 66
PORT-DE-PAIX. P.N;S;Q
PORT- -MARCOT. P. N.
48 125 12 75 19 64
115 PORT r-SAI P. S.
67 123 40 136 97 107
fo
12 QVARTIER Moxix. P.N.
12 137
46 100
1O3
104 SAINT- r-Lovis. P. S;S; Q
119 50 27 27 77
117 SAINT- -Louis DU NoxD ou PETIT ST-Lovis. P.N.
32 69 74 8g 20 97
04 30 SAINT -MARC. P.O;S;Q
09 15 130 53 138
105 28 33 SAIN -Rosz ou GRA ANDE-RIVIERE. P.N.
116 21 136 67 144 94 95 83 05
15 90 134 84 111 115 89 81 SANTO-DOMINGO.
18 133 I10 46
115 20 135 66
33 89 TaRnER-RouGr. P.N.
137 o 05
31 29 16 41 131 142 148 147 Treuxox. P.S;Q
105 1O 117 107 18 124
53 57 33 13
123 Toxsrc. P.S.
32 80
45 121 Txou. P. N. 52 130 VALLIERE. P.N,
1061 34 56
80 5o lnol 86 48 VERRETTES. P. O.
A PHILADELPHIE, DE L'IMPRIMERIE DE M. L. E. MOREAU DE SAINT-MÉRY, 1793. --- Page 7 ---
DE ESCRIPTION
TOPOGRAPHIQUE, PHYSIQUE,
CIVILE, POLITIQUE ET HISTORIQUE
DE L A
PARTIE
FRANCAISE
D E
L'ISLE SAINT-DOMINGUE
AVEC des Oblervations générales fur fa Population, fur le Caraétère & les
Moeurs de fes divers Habitans; fur fon Climat, fa Culture, fes Produétions,
fon Adminiftration, &c. &c.
Accompagnées des détails les plus propres à faire connaitre Pétat de cetie Colonie à
Pépoque du 18 Otobre 1789;
Et d'une nouvelle Carte de la totalité de P'Ille.
Par M. L. E. MOREAU DE SAINT-MÉ RY.
TO M E S ECOND.
COMPRENANT la Defcription des dix-fept Paroiffes de la Partie dc POueft & del PIle la Gonave
& des quatorze Paroiffes de la P.rtie du Sud & de l'Ile à Vache.
Les fources de la profpérité ne font pas toutes taries.
A PHIL A D E L P H I E,
Ets'y trouve
Chez PAUTEUR, au coin de Front & de Callow-Hill ftreets.
A PARIS, chez DUPONT, Libraire, s rue de la Loi.
Eti HANmouxc,ches les principaux LIBRAIRES.
-Cas
1798.
del PIle la Gonave
& des quatorze Paroiffes de la P.rtie du Sud & de l'Ile à Vache.
Les fources de la profpérité ne font pas toutes taries.
A PHIL A D E L P H I E,
Ets'y trouve
Chez PAUTEUR, au coin de Front & de Callow-Hill ftreets.
A PARIS, chez DUPONT, Libraire, s rue de la Loi.
Eti HANmouxc,ches les principaux LIBRAIRES.
-Cas
1798. --- Page 8 ---
E R R A T A.
Tome Premier.
P.er 100, ligne 6, Au lieu de 26; mettez 36.
101,
20, Après du Gros-Morne; ajoutez, &. du Port-de-Paix, d'avec celles des
Gonaives, du Port-à- Piment k de Jean-Rabel.
211,
dernière; lijez ,le fifc.
321, 3
275 mettez, 1696.
532,
Antepenuitieme, Au lieu du cautères ; mettez, cathares.
60;
3l;mettez, III.
686,
Pénultième: : au lieu de fept lieues ; mettez 3 dix lieues.
15imettez, 1691.
Tome Second.
PAGE 4, ligne 4, Au lieu de Septembre : mettez 3 Décembre.
22,
8; mettez 12
33,
1er.Au lieu de la baie; lifex, La baie.
Io;lifz Livourne,
46,
16,Au lieu de latitude ; lifez longitude.
23 Après paitorales; ajoutez, cette chapelle eft confacrée à Saint-Jean:
Baptifte.
236,
Au titre de la paroiffe, au lieu de XXXXII; lijfex, XXXII.
320,
13, Au lieu de 29 Novembre & du 22 Décembre; lijfez, du 22 Novembre
& du 28 Décembre.
2sant auxfautes purement typograpbiguts, le Ledeur ef infamment prié dyfupplier. --- Page 9 ---
A X - #e ( - G a à
*
X
D - a a 3 - S 5 a
LISTE DES SOUSCRIPTEURS. PAR ORDR E A L P H A B É TI IQUE. RE
CITOYENS ET MESSIEURS. A. Cruchon, Colon de St-Domingue. Deux Exempl. D. Avr: Miniftre de la République Françai(e Dacbeux , Colon de St. Domingue , à New-Port. près des Etats-Unis d'Amérique. Dallas (A.J.), Avocat & Secrétaire du GouB. vernement del'Etat de Penlylvanie. Barbancour, Colon de Saint-Domingue s à Dartis , Colon de Saint- Domingue, à PhiladelBaltimore. phie. Quaire cens Exemplaires
Baudry Deflozières, Colon de Saint-Domingue, Dazille, Médecin à Paris. à Philadeiphie. Décombaz 1 Libraire, au Cap-Français. Beaud, Négociant au Cap. Delafitte de Ccurteil, à New- York. Beaumez. Delefond, , Colon de St- Domingue, à Philadelphie. Belin de Villeneuve > Colon de Saint- Domingue > Dela Grange Colon de St-Domingue, à Philad. à Pniladeiphie,
De la Hayes Painé Negociant , au Havre. Berlie. De Laire Colon de St-Domingue, à Charlcfon. Biddle (Clément) ) , Notaire, à Philadelphic. Delany Collecteur des Douanes, à Philadelphie. Blacons, 3 à Afylum.
umez. Delefond, , Colon de St- Domingue, à Philadelphie. Belin de Villeneuve > Colon de Saint- Domingue > Dela Grange Colon de St-Domingue, à Philad. à Pniladeiphie,
De la Hayes Painé Negociant , au Havre. Berlie. De Laire Colon de St-Domingue, à Charlcfon. Biddle (Clément) ) , Notaire, à Philadelphic. Delany Collecteur des Douanes, à Philadelphie. Blacons, 3 à Afylum. Delpeux, Colon de St-Domingue, a Philadciph,
Bolman, à Philadeiphie. Dijabaye Manfuille, Colon de la Martinique, à
Bonamy 7 Colon de St-Domingue, à New-York. New-York. Bordes ( de ), Colon de Saint-Domingue, à Deveze, Médecin de la République Françaife,
Philadelphie. à Philadelphie. Boudier, Colon de St.-Domingue, àl Philadelphie. Doré (Louis), Orfévre, à Philadelphie. Bugon, Colon de St-Domingue, à Philadelphie. Dorfeuil, Inftituteur, à Germanton. Boujquet (Auguitin), Negocianta Philadelphic. Duclos Carpentier, à Philndeiphie. Branu, Colon dc St-Domingue, à Philadelphie. Dufourg imprimeur-Kelicur, au Cap-Français. Boyer (J.G.)
Douze Exemplaires. Bretel, à Chartres. Duperron, à Philade'phic. Brewil, Négociant, à Philadelphie. Diponceau, Avocat & Notaire, à Philadelphic. Burr, Coloncl, à New-York. E. Butler (Antoine ), Negociant, à Philadelphie. Efive, Colon de St-Domingue, à Wilmington
C. Delawarc. Garadeux, Colon de St-Domingue, 1 à Philadel- Ethéart, à St-Malo. F. phie. Fablberg (Samuet), Médecin du Gouvernement
Cazeaux. Suédois 3 dans i'le Saint Barthélemy. Cazenerve ( Théophile) ),à Philadelphie. des bureaux du Mi- Faipoux, à Philadelphie. Cbampion, ainé, Sous-Chef
Colon de Saint-Dominguc. niftre de la Juftice, 7 a Paris.. à Paris. Favarange, Flameng, à Philadelphie. Clément, Colon de St-Domingue,
Fortier ( Honoré), , Colon de la Louifiane, s
Collot (General), à Philadelphic. à
Deux Exemplaires. Collins (Dr. ),Miniftre de Peglife Deux Suédoile, Exemplaires. Fefler ( Théodore), à la Providence, Etatde
Philadelphic. Cangeacdiist, Colon de Saint-Damingue, à Freire Rhode-liland, (chevalier de), Miniftre de Portugal
Courbe, New-Y York. Colon de St-Domingue , à New-York. auprès des Etats-Unis d'Amérique. a 2 --- Page 10 ---
iv
LISTE DES SOUSCRIPTEU R S. G. Maxurié, Négociant à Philadelphie. Garefchi du Recher (J), Colon de Saint- Morel, Colon de St-Domingue s à Baltimore. Domingue, à Wilmington Delaware. Moxard, Conful de la République Françaife, à
Gaterax, à Philadelphic. Boflon. Gauvain (Jérôme), aux Gonaives. N. Gaxvain Pierre), Négociant du Cap, à Phi- Nairac Pierre), Négociant du Cap, 3 à Philad. ladelphie. O
Gerwais, Négociant, à Philadelphie.
), Colon de Saint- Morel, Colon de St-Domingue s à Baltimore. Domingue, à Wilmington Delaware. Moxard, Conful de la République Françaife, à
Gaterax, à Philadelphic. Boflon. Gauvain (Jérôme), aux Gonaives. N. Gaxvain Pierre), Négociant du Cap, à Phi- Nairac Pierre), Négociant du Cap, 3 à Philad. ladelphie. O
Gerwais, Négociant, à Philadelphie. Orléans ( Louis Philippe d'), Philadelohie. Treizel Exemplaires. Orléans Antoine Plulippe d?), à Pailadelphie. Gouin Dufef, àl Philadelphie. Orléans ( Alphonfe Odgard d') à Philadelphie. Geynerd, à New-York. P. Grandnaifon, fils, à Philadelphie. Pageot ( Général), St-Domingue. Grandmont (Roffignol de), Colon de Saint- Petit de Villers, , Colon de Saint-Domingue, à
Domingue, à Philadlphis. Philadeiphie. Guillenard, Membre del la Socicté Philofophique, Poncignor, 3 Colon de St-Domingne, au Cap. aPhiladelphie
Pont de Gault, Colon de St-Domingue, à WilGuymet, Négociant du Cap. mington Delaware. HI. Purée , Chancelier du Confulat de la République
Hamon, Colon de St-Domingue, à Wilmington Françaife, à Philadelphie. Delaware. R. Hédourille ( Général), Agent du Direetoire Remirez ( Don Francilco), Philadelphic. exécutif à Saint-Domingue. Trois Exemplairet. J. Riethmuller à Philadclphie. S. E. Thomas Teferfons Vice Préfdent des Etats- Rozier, Conful de la République Françaife 3 à
Unis d'Amerique. New-York. K. Rofs ( Dr. André) Médecin, à Philadelphie. Koskiusko ( Général), à Philadelphic. Kouleax, Colon de St-Domingue, à Philadelph. L. S. La Bcilfere, Colon de St-I Domingue, à Philadel. Sainte-Marie, à Philadelphie. La Colombe, , à Philadelphic. Salles (Charles), Négociant, à Philadelphie. La Fayette, dans' lc Holftein. Sebweifer, à Philadelphic. La Fayetie, fils, à Paris. Sonis, Colon de St-Domingue à Philadelphie. Lafalomnière, Colon de Saint - Domingue , à Sonntag , Négociant à Philadelphie. Baltimore. T. La Paguerie, Colon de St-Domingue, i Philad. Zollgrand-Pirigerd, Miniftre des Relations exLa Roche, Médecin du Cap àl Philadelphie. térieures de la République Françaife. La Bobufoaisad-liaosaris, à Philadelphie. Tanguy, Colon de St-Domingue, à Philadelphie. La Tour-du-Pin. Terrier de Laifre, Colon de la Martinique D
Lav ( Thomas), dans la ville fédérale. à New-York. Ledoux, Colon de St-Domingue, s à Philadelph. Thibault Duvernay, Colon de St-Domingue, à
Létombe, Conful-général dela RépubliqueFran- Philadelphie. çaife à Philadelphie, Cinguante Exemplaires. Tilly (de), à Philadelphic,
Leydier , Colon de St- Domingue à Philadelphie. V. Lincklaen, Cazanovia, 3 Etat de New-Y York. Van Polen, Miniftre de la Hollande, près des
Liot, Secrétaire de la Légation de la République Etats-TInis d'Amérique.
à
Létombe, Conful-général dela RépubliqueFran- Philadelphie. çaife à Philadelphie, Cinguante Exemplaires. Tilly (de), à Philadelphic,
Leydier , Colon de St- Domingue à Philadelphie. V. Lincklaen, Cazanovia, 3 Etat de New-Y York. Van Polen, Miniftre de la Hollande, près des
Liot, Secrétaire de la Légation de la République Etats-TInis d'Amérique. Françaife, à Philadelphie. Vaugban Négociant, à Philadelphie. Lotbon. Volney, Membre de PInftitut National de France,
M. à Philadelphie. Deux Exemplaires. Malerize, Colon de St-Domingue, à Philadelph. Y. Mallet. Trujo (le Chevalier d'), Miniftre d'Efpagne,
Marcorelles, Colon de St-Domingue, à Nantes. près des États-Unis d'Amérique. --- Page 11 ---
A * - * - * * *
€ e
- *
- T - * a
- * ** K *
AVERTIS S E M E N T.
PasADe qu'un Itinéraire montrant au LeCteur la diftance qui fe trouve
entre chacune des Paroiffes de la Colonie Françaife de Saint-Domingue, &
entr'elles & Ia ville de Santo-Domingo, Capitale de la Colonie
Efpagnole 1
ferait tout-à-la-fois utile & agréable 1 je n'ai pas balancé à en dreffer un
qu'il trouvera placé à la tête de ce fecond volume.
Le même motif me porte à donner une Lifte nominative des Adminiftrateurs de la Colonie Françaife, 3 parce que le Leêteur peut défirer de favoir
à l'adminiftration de qui fe rapporte tel fait ou telle époque. J'ai marqué
précifément le jour où chacun d'eux eft entré en fonétions.
Enfin quelques perfonnes ayant exprimé le défir de voir en français les
différentes Infcriptions latines rapportées dans cet Ouvrage, & le Créol qui
avait déjà eu la complaifance de mettre en français la Chanfon Lifette quitté
la Plaine 3 6Sc. ayant bien voulu y. ajouter celle de faire cette traduétion , où
le fens littéral a été confervé le plus qu'il a été poffible 7 'je la préfente
encore à mon bénévole Leéteur. --- Page 12 ---
LISTE CHRONOLOGIQUE
Des Adminifrateurs de la Colonie Frangaife de Saint-Demingue, oit Je trouve
marquée P'époque cit cbacun d'eux ef entré en fonélions. AEEECE A
GOUVERNEURS. Mzsstrers,
MrSSIEURS,
Nov. 1641 Le Vasseur." Tue 1i1 Tortue. & ayan: une mission pour Saint. Juiliet 1652 Lc chevalier de Tonicnay. 6 Déc. 1723 De Don.ingue. la Rochalar, gouverneur-ginéral des
1656 Du (Intériin Rausset. Deschamps dela Place. Du
Isles sous le Vent. 1603 Rausset, ) son oncle étant allé enFrance. 8 oa. 1731 De Vienne. Mort: au Foit-Dauphin,
6 Juin 1665 D'Ogeron. 4 Fév. 1732 Intérim )- Le Chastenoye. 1668 (Intérim) )-1 De Pouangay, D'Ogeron son 27 Gct.
ur-ginéral des
1656 Du (Intériin Rausset. Deschamps dela Place. Du
Isles sous le Vent. 1603 Rausset, ) son oncle étant allé enFrance. 8 oa. 1731 De Vienne. Mort: au Foit-Dauphin,
6 Juin 1665 D'Ogeron. 4 Fév. 1732 Intérim )- Le Chastenoye. 1668 (Intérim) )-1 De Pouangay, D'Ogeron son 27 Gct. Dekayet. Mort au Petit-uoave,
oncle ayant passé en kiance. II Juillet 1737 Intérim ). De Chastenoye. Sept. 1669 D'Ogeron revenu de France. I1" Nov. Lercage. Mort au Fetit-Goave. 16Avril 1673 ( Interim ). De la Perrière. 19 Nov. 1746 C Interim ). Dc Chaitenoye. Avril D'Ogeron revenu de Porto-Rico. 12 Aout. 1748 De Conflans. 1675 (Interim ): De Cussy. L'Ogeron étant 2y Mars 1751 Lubois de la Motte. encore allé en France. 31 Mai 1753 De Vauareuil. 1676 Pouancry, à la place de d'Ogeron mort à 24 Niars 1757 Bart. Paris. Pouangay lui-même meurt dans 30 Mars 1762 De Bory. la Colonic. 7 Mars 1763 De Belzunce. Mort au T:ou
30 Sept. 1683 (Intérim )., Franquefnay. 4 Aoir
(In:erim ). De Mon reuil. 30 Avrl1684 De Cussy. Tué dans un combat avecles 23 Avril 1764 D'Eitaing. Erpagnols,
IJuilleti766 De Rouan. 2rJanv. :691 (Intcrim )- Dumas,
10Fev. 1770 De Nolivos. 1'0a. Ducasse. 15. Janv. 1772 ( Interim ). De la Ferronnzys, M. de
23Mars 1657 (Intérim ). Deslandes. M. Ducasse étant
Nolivos éant parti pour la irance. allea Carthag. ne. 30 Avril De Vallucre n.ort au rort-a. -Prince. 20 Mai
(Intérim )- Lc comte de Boissyraimé, 12 Mai 1775 (Intérim) )- Reynaud de Villeverd. arrivé de France & sc trouvant l'ancien 16 Éout D'Ennery, Mortau Port-au-l'rince. de M. Deslanaes. 28 Dic. 1776 ( Intérim ): De Lilancour. 16 Juin
Ducasse revenu de Carthagène. 22 Mai 1777 L'argot. Mort au Cap. Jullet 17c0 (Intérim ): De Gaiiffet, M. Ducasse 7 Mars 1780 Interim ). Le Lilancour. étant parti pour Fiance,
25Avril (Interim). Reynaud de Villeverd, attenda
16 Nov 1703 Auger. Nort a Léugane. la, mort de M. d'Argout, & fa nominaOa. 1705 (Intenim De Charrite. tionàla place de Lieuteaant au Gou1 Dec. 1707 Choileul-Bezupre. De Valernord. M. de Choifeul 28Juille: 1781 (Intérim). veruemnent-ginsal. De Lianco.r. A caufe de Iz
7 Fév. 1711 (Intérim). étant parti pour la France. Meurt au
mort de M d'Argout & du départ de
Petit-Coave. M.deReynuepourl laFrance.
enim De Charrite. tionàla place de Lieuteaant au Gou1 Dec. 1707 Choileul-Bezupre. De Valernord. M. de Choifeul 28Juille: 1781 (Intérim). veruemnent-ginsal. De Lianco.r. A caufe de Iz
7 Fév. 1711 (Intérim). étant parti pour la France. Meurt au
mort de M d'Argout & du départ de
Petit-Coave. M.deReynuepourl laFrance. 24 Mai
(Intérim ). De Charrite, par la: mort de 14 Fév. 1782 De Belleco.mbe. casfe
M. de Valernod. 3Juillet1;85 (Interin). M.de Couftard, du
Aott
Gpart de M. de Bellecombe Four la
29 1712 (Intérim). Doanriagemmdwt*
France. Charrite comme Gouverneur du Cap. 13 Juin 1713 De Blénac. 27 Avril Nov, 1786 1757 DelaLuzerne. (Intérim,.Le Vincent, attendu le dipart
1714 Le mime devenu le premier, Gouverneurde M. de la Luzerne pour la France. genéral des.Isles sous le Vent. 22 Déc. 1788 Du Chilleau. aJanv. 1717 Dc Chitezumorand. (Interinn), De Vincent,M. du Chilleau
10juilet1;19 De Surel,
1oJuillet1,3, étant re:ourné en France. 6Lec. 1725 D'Esnos Champmeslin. Comme commanDe Peynier,
mangant de toutc l'Amérique Frangaise L 19 Aoit 17S9
IN TE N D A N S. MESSIEURS,
MESSIECRS,
Aod:
principal, fubdcligué de Juillet 16)5 Chaumel,u même titre que M. Boyer
co 169a Doyer,cerivain Vieendant-general des ines de IAmequ'Uremplace. Mortà Ssint Domningue
Mr-orettaetbenes eni6y5. ic23Mai 16,6. (Vacance). (Vacance). --- Page 13 ---
LISTE DES a ) M I NISTRATEURS vij
MESSIZURS,
MESSIZURS,
2 Mars 1697 Marie,u même titre que les précédens. 3o, Janv. 1736 Del la Chapelle. Mort à Léogane. 23 Fév. 1705 Deslandes, commisuire-deboanuloer, fai- 9! Nov. 1737 (Intérim j. De Sartre. sant fonations d'Intendant. Mort àLéo- 5. Janv. 1739 Maillart. gane , le 27 Octobre 1707. 7, Jonv. 1751 Intérim). La Porte-Lalanne. C Vacance). 7.Mars 1752 Le même devenu Incendant. 5Nov. 1707 (Intérim). M Mercier, intpe@eur-géniral 4 Déc. 1758 Lambert. Mort au Cap. de la Compagaie de l'Assiente, 9 en 9
Li Porte-Ialanne reprend les fonétions
vertu d'un ordre de M de Charitte. d'Inteniant, M, Lambertn'ayant encore
15 Fév. 1708 (Intérim ). De Verninac. Prend comme
été rega qu'au Confeal du Cay. Meurt à
Commissaire dela Marine, l'in:érim de
Liogane. M. Deslandes. (Inérim). Élias la mort de M.La
Sept
De! Mithon, faisant fondtion d'Intendant. Po:te-Lalanne. Te meurt lui-méme au
8 Mars 1719 Le méme devenu le premier, Intendant des
Port-au-Prince.
v. 1708 (Intérim ). De Verninac. Prend comme
été rega qu'au Confeal du Cay. Meurt à
Commissaire dela Marine, l'in:érim de
Liogane. M. Deslandes. (Inérim). Élias la mort de M.La
Sept
De! Mithon, faisant fondtion d'Intendant. Po:te-Lalanne. Te meurt lui-méme au
8 Mars 1719 Le méme devenu le premier, Intendant des
Port-au-Prince. Isles lous le Vent. 7Mars 1760 (Incàrim). Peyrat, par la mort de M. ilias,
1S Sept. 1720 (Intérim )- Duclos, 3 M. de Mithon étant Dic. De Ciugny. parti pour la France. 23Avsil 1764 Magon. 131 Mars 1722 De Montholon. Mortà Léogane. I Jaitie: 1766 De Bongars. 17 Déc. 1725 (Interim).Gedemani Mortà Uuanaminthe. 17 Juin 1771 De Montarcher. 20 Mai 1726 -
Tesson de Saint-Aubin. 15 Avril 1774 De Vaivre. 23 Dec. (Intérim Daclos. Le môme déj* cité qui 21 Juin 1780 (Intérim )- Le Braffeur,
e
au de M,
ETSLe
départ
revint alors de France. de Vaivre pour la France. & Nov. 1729 Ducios nommé Intendant. 14 Fév. 1782 De Bongars, pour la fcconde foi:. Fév. 1730 (Intérim). Tesson de: Saint-Aubin, en l'ab- 9 Nov. 178; De Marbois. fence de M. Duclos, parti poar France. 26 Oat. 178, (Intérim). De Proisy. 19 0a. 1731 Duclos, revenu de France. TRADUCTIO N des Infcriptions Latines contenues dans cet Ouurage. T O M E I. Page 22. Fontaine du Fort-Dauphin. Czs flots vainqueurs d'une mer en furie,
En vagues d'or précipitent leur cours;
L'ONDE à lhomme altéré, refusait ses douceurs; 5
D'après nos vaeux se dirigean: toujours,
Un monument s'élève, 3 & sa source captive, 3
Ils vont s'unir au sein de la Patrie. Dontl l'art dirige au loin la course fugitive,
S'étonne en murmurant, de calmer nos douleurs. Sous le généralat de l'illuftre Prince de Rolun. Mais élancé vers nous, déja son flot s'épure. Quel calme , avec son frais a coulé dans nos sens ! Sous l'intendance du vertucux Préfident de Bongars,
Ah! ranimés par lui, répétons ces accens :
Ce bienfait, s c'eft d'Argout qui sut de la nature 9
L'obtenir le premier, le verfer fur nos maux 9
Et sceller de'l l'amour, son nom & ses travaux. Page 338. Epitapbe de M. de Belzunce, dans
Péglife du Cap. CI-GIT Armand vicomte de BELzuxCE, en qui une
Page 312.. Fentaine du Cours Le Brasseur au Cap. brillante naissance fut le moindre titreàla gloire. vertueux 9 ami tendre & sûr guerrier intrépide Citoyen & avide
D'une égale rapidité, ,
de dangers; prodigue de son Le épargner celui du
L'onde, ,ici, fuit, Pheure se passe i
soldat; ned devant rien à la faveur, SEL tout de sa valeur
Oppose àleur agilité,
& de ses exploits, il fut élevé au de LieutenantLe doux plaisir, mis sur leur trace.
Cap. brillante naissance fut le moindre titreàla gloire. vertueux 9 ami tendre & sûr guerrier intrépide Citoyen & avide
D'une égale rapidité, ,
de dangers; prodigue de son Le épargner celui du
L'onde, ,ici, fuit, Pheure se passe i
soldat; ned devant rien à la faveur, SEL tout de sa valeur
Oppose àleur agilité,
& de ses exploits, il fut élevé au de LieutenantLe doux plaisir, mis sur leur trace. général des armées de Sa Majesté. frne récompense enfin
de ses périlleux travaux 9 un regard attent itifd du Souverain
venait de le placer àla tête du gouvernement plus périlleux encore, de Saint-Domingue quand au milieu de ses
330. Fontaine de la Place-d'Armes du
scins vigilans pour le salut de ces contrées, la mort le
Fage
Cap. frappa, le 4 Aout 1763, igéde 43 ans. Sors ie regne de Louis XV le Bien-Aimé, cette fontaine l'an Dr MDCCLXIII, CASTERA, Brigadier ce monument des armées de du roi ,a confacré,
fut clevée aux frais du roi pour l'utilité des Citoyens. l'ami quilulaesenleve
fatendre aRecion, --- Page 14 ---
TRADUCTIO N D E 8 INSCRIPTIO N S. vuj
Fontaine Montarcher au Cap. cette Colonie, Confeiller en la Cour Souveraine de BourPage 359. gogne, > a fait clever cette fontaine dans une place deji
L'AN MDCCLXXII. Sous le regne de Louis Quinze, le dicorie de son nom, comme un gage & un monument de
Bien- Aimi, S Padministrasion de Louis Floren. de foa amour pour les Colons, l'an 1764Vailier:, & de Jan Fran. de Moatarcher. Inscription qui avait Été proposée:
Page 403. Maison de Providence du Cap. CETTE onde dont le cours abondant s'élance aujourdhu? sous vos yeux circula long-tem; sous vos pas. Siprifence
IcilaRichesse offre un afie à l'Indigence. estle bienfait d'un mortel illustre; sjouissez-en, Citoyens D
& payez del l'amour, l'amour dont cette faveur ef le gage,
Page +38. Porte da Cimetière du Cop. Ici tendent tous nos pas. Page 610. Porte du Fort Picolet an Cap. C- Forta étéélevé fous le regne de Louis XV & fous les
Page
Fentaine ds la place
au
aufpice: de Mgr. le comte de Maurepas, Miniftre de la
445. Clagny Cap. Marine & des Colonie: ; qu'ils soit long-tems un boulevard
Pour le salut & l'utilité des Citoyens, lintendant de impénétrable aux ennemus du noi Frangais. L'an MDCCXLI,
T M E II. Page 72. Fontaine des Eaux de Boynes. armées du roi, Grand-Croix de l'ordre royal & militaire
de Saint-Louis, infoedleur d'infanterie inlpedeur-grncral
Au riche, Tindigent, mes bienfaits sont communs. des fortifications troupes, artilleric & milices de toutes
les Colonies Gouverneur-giniral des Isles Frangaifes de
A Étienne de Boynes , Sccriaire d'Etat S Miaiitre de la l'Amériq. e sous le Vent. Marine. Il fut l'effroi da vice,les soutien de la vertu le rempart
&la gloire de ces contrées. Vous tous sur qui Thonneur a
L'an 1772, fous le regne de Louis xv, Jaeçues de des droits, 1 pleurez à jamais ce héros que la mort enleva à
Rameru, lieutenanr-de-roi: de la ville de Sain'-Marc, a fait la France, 3 aux Colonies & à votre Souverain, > le13 Déc.
sous le Vent. Marine. Il fut l'effroi da vice,les soutien de la vertu le rempart
&la gloire de ces contrées. Vous tous sur qui Thonneur a
L'an 1772, fous le regne de Louis xv, Jaeçues de des droits, 1 pleurez à jamais ce héros que la mort enleva à
Rameru, lieutenanr-de-roi: de la ville de Sain'-Marc, a fait la France, 3 aux Colonies & à votre Souverain, > le13 Déc. risent de ce local a Sa Majesté, pour le bien & l'utilité des MDCCLXXVI, dans la XLVe année de son âge. Ciroyeas. Par les ordres du Gouvermeur-genral Louis Florent de Homme illuftre, dont la perte coûtera long-tems dee
Valliere, & de l'intenlant Jean-Frangois de Montarcher, larmes a la Patrie, tout porte dans ses astions publiques
ces ouvrages out éé conitruits aux frais du roi. l'empreinte d'une administration courte par sa durce éter
nelle par sa gloire; nos ports mis a couvert des insaltes de
l'ennemi ; les limites de nos frontieres, sujet continuel de
Page 352. Porte des Cazernes du Port-au-Prince. discorde avec une nation voisine,, heureusement & sagement fixces; ces frontieres garan ies desdrprédations des
Qu'it eft beau de verser son sang pour la Patrie -
esclaves fugitifs 3 l'édification des temples par tout encou. Lel liche, envain fuyan. lo:n de es éendards,
ragse;hydre divoran: de ia chicane forcée de refpecter la
Penie, pa: savitesse, échapper aux hafards;
fortune des Citoyens l'ordre rétabli dans toutes les
a
parties
La mor. tous sespas s'atiache avec furie. de la chose publique; P'infidélié des di bileurs enchainée
par des réglemens pleins d'une sagesse goureuse; il avait
tout gloricusement exécuré; une permission du Souverain
P-ge357. Fontaine de la place du Gouvernement lui rouvrait le chemin de P'Europe : le vaisseau qui devait
au Port-au-Frince. ly porter allait) l'enlever aux Colonies; une inviration plutôt
Sousle
qu'un ordre de son
l'y retient il
le cours
regne de LousXV,lel Lien-Aimé 2 cemonument
prince,
reprend
- m3i ues adomnitra eurs de ceite Co lonie, Louis de ses travaux &, succombant aux efforts d'un à zele
C 2 ere d jean-inangois de Mon.aicher, l'aa inia igable, il meurt vidime de son dévouement l'inicret
MDICLAaIY. public & au service de son roi. L:;liiirixe ici ma course vagabonde. Ce monument, le Conseil souverain du Port-au-Prince,
interprére des vaux des Citoyens, l'a fait clever aux frais
de la Colonic,
Paxe 374 Tonbeau de M. a'Ennery,
A, Diea"Suprime & Tou-Puissant,
Page 826. Phares des Dibouquemens. Ci-gi Vitor-Thisefe Charpenier 1'Ennery, 1 com:e du Rien ac rapproche plus l'Homme de la Divinité quel le soin
Summ-enpre,tlargas d'Ennery, lieutenant-gsperal des
qu'il prend de secourir ses semblables.
fait clever aux frais
de la Colonic,
Paxe 374 Tonbeau de M. a'Ennery,
A, Diea"Suprime & Tou-Puissant,
Page 826. Phares des Dibouquemens. Ci-gi Vitor-Thisefe Charpenier 1'Ennery, 1 com:e du Rien ac rapproche plus l'Homme de la Divinité quel le soin
Summ-enpre,tlargas d'Ennery, lieutenant-gsperal des
qu'il prend de secourir ses semblables. DESCRIPTION --- Page 15 ---
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DESCRIPTIO N
TOPOGRAPHIQUE E T POLITIQUE
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PARTIE FRANCAISE
D E
L'ISLE SAI N T-D O MIN G U E.
-
PARTIE DI E LOU E S T.
Lrs limites de la Partie de POueft de la Colonie Françaife de PIfle SaintDomingue 1 font aétuellement :
Au Septentrion 7 la ligne qui fépare cette Partie de celle du Nord de la même
Colonie, depuis le point le plus Nord-Oueft de la côte de la paroiffe du Port-dePaix, jufqu'au point le plus Sud-Eft de la paroiffe de la Marmelade ; ligne qui,
dans fa longueur, divife fucceflivement les paroiffes du Port-de-Paix , du GrosMorne. 1 de Plaifance &c delaMarmelade, d'avec celles de Jean-Rabel, du Port2-Piment &c des Gonaives :
Al'Orient, la frontière Efpagnole depuis la pyramide No. 125 , pofée à un
point qui eft commun & à la paroiffe efpagnole de l'Atalaye &c aux deux paroiffes
frangaifes de la Marmclade &c des Gonaives, jufqu'à la pyramide N. 221, la
Time II.
A
1 de Plaifance &c delaMarmelade, d'avec celles de Jean-Rabel, du Port2-Piment &c des Gonaives :
Al'Orient, la frontière Efpagnole depuis la pyramide No. 125 , pofée à un
point qui eft commun & à la paroiffe efpagnole de l'Atalaye &c aux deux paroiffes
frangaifes de la Marmclade &c des Gonaives, jufqu'à la pyramide N. 221, la
Time II.
A --- Page 16 ---
DESCRIPTIO N DE L. A PARTIE
plus Méridionale de cette frontière & qui eft placée il'embeuchure de la rivière
des Télernales ol des Anfes-à-Pitre:
Au Midi, la mcr, à partir de l'embouchure de la rivière des Anfes-à.Pitre,
julqu'au point de la cête du Sud de Pifle Saint-Domingue qui eft commun aux
deux paroiffes de Baynet & d'Aquin:
Et enfn à P'Occident, 1o. une ligne qui, du point que je viens d'indiquer
comme commun à Baynet & à Aquin fur la cête. , va gagner obliquement un
point de la côte cppofée, commun aux deux paroifles du Grand & du Petit-Goave,
en féparant, dans falongueur, la Partie de l'Oueft de la Partie du Sud de la Colonie, & conféquemment les paroifles de Baynet & du Grand-Gcave, de celles
d'Aquin, du Fond-des-Nègres &c du Petit-Goave ; & 2°, la mer ou plutôt les
côtes quila bordent depuis l'extrémité Occidentale de la paroiffe du Grand-Goave
jufqu'à l'extrémité Orientale de la paroiffe de Jean-Rabel.
Les différentes finuofités des côtes, celles des lignes qui déterminent intérieurement la Partie de POueft, lui donnent une forme très - irrégulière qui rend
d'autant plus difficile l'évalution de fon étendue, que des chaines de montagnes
la parcourent dans divers fens. Un calcul d'approximation permet cependant de
croire que Ia Partie de l'Oueft a une furface d'environ huit cens vingt lieues
carrées.
Cette furface, qui fait de la Partie de l'Oueft la plus confidérable des trois qui
compofent la Colonie Françaife, n'a pas toujours été celle que comprenait cette
déncmination. Lorlque les premiers établiflemens français de la Partie de POueft
commencèrent vers 1653 1 ils étaient dans ce qu'on appela alors le Cul de Sac,
mot qui défignait ttout l'efpace compris depuis les Gonaives jufques vers Léogane;
mais il fe palla encore bien des années fans que la Colonie méritât d'être confidérée comme divifée en plufieurs parties. Il eft même aifé de voir par l'édit
du mois d'Août 1685, qui créa le Confeil Souverain du Petit-Goave, dont le
reffort comprenait toute la Colonie & qui fixa le territoire des quatre Sénéchauf.
fées entrelefquelles ce reffort était partagé, que la diitinetion n'exiftait pas encore.
C'eft avec le fiècle actuel qu'on ccmmença à la faire, & la première preuve de
fon adcp eption légale eft confignée dans un ordre du roi du 29 Mars 1713, qui
nomme M. De Paty commandant dés Parties de POueft & du Sud. Ce n'eft pas
qu'àla nomination de M. de Boiflyraimé, en 1697, il n'y eût, par le fait, un
gouverneur de la Partie du Nord, mais il était diffcremment qualifié & lon ne
ècle actuel qu'on ccmmença à la faire, & la première preuve de
fon adcp eption légale eft confignée dans un ordre du roi du 29 Mars 1713, qui
nomme M. De Paty commandant dés Parties de POueft & du Sud. Ce n'eft pas
qu'àla nomination de M. de Boiflyraimé, en 1697, il n'y eût, par le fait, un
gouverneur de la Partie du Nord, mais il était diffcremment qualifié & lon ne --- Page 17 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE,
reconnaiffait pas plus dans l'énonciation de fes titres une Partie du Nord qu'une
Partie de l'Oueft ou du Sud, dans les provifions qui avaient fait des gouverneurs
du Petit-Goave ou de Saint-Louis.
La réunion des deux commandemens de T'Oueft & du Sad dans la perfonne de
M. De Paty, qui fut nommé,en 1720, gouverneur de ces deux Parties, n'était
pas propre à rendre les limites de chacune d'elles plus certaines ; mais en 1724, 9
M. de Brach étant devenu gouverneur de la Partie du Sud, les trois gouvernemens particuliers eurent une étendue bien diftinétement marquée. Celle du Nord
comprit Bayaha le Cap, le Port-de-Paix & leurs dépendances ; celle de I'Oueft,
P'Artibonite , Saint-Marc, le Mircbalais, le Cul de Sac > Léogane 1 PEfter, le
Petit - Goave,la Grande - Anfe ou Jérémie &c le Cap-Tiburon; & celle du Sud,
Saint-Louis & le furplus des terres originairement concédées à la Compagnie de
Saint - Domingue ; c'eft-à-dire, dans l'Oueft de Saint-Louis, le Fond de IIle à
Vache, 8c dans PER ce qui s'étendait jufqu'aux frontières efpagnoles.
Au mois de Septembre 1726, le roi, en nommant M. de Nolivos de la Bardenne
commandant du Quartier de lOueft (mot qu'on employait auffi quelquefois dans
le même fens que celui de Partie de POueft), étendit le pouvoir de cet officicr
fur le Quartier de Jacmel, ce qui mit ce dernier dans la Partie de l'Oueft dont
il était, pour ainfi dire, , devenu un lieu principal 7 puifque M. de Nolivos y réfida. A la mort de ce commandant, arrivée en 1733, la Partie de l'Oueft fut
confidérée comme ne devant pas avoir d'autre chef que le gouverneur - général
de la Colonie, qui réfidait dans fon étendue ; cependant M. de l'Écoffois le devint en 1737, avec réfidence au Petit-Goave.
Le Ier, Novembre 1749, M. le marquis de Vaudreuil eut des provifions de
gouverneur de la Partie de l'Oueft &c un ordre pour commander celle du Sud.
Mais depuis 1758,lune & l'autre ont eu leur chef particulier qui, d'aprèslordonnance du 24 Mars 1763, eft un commandant en fecond.
La Partie de l'Oueft reçut de l'ordonnance du roi du Ier, Avril 1768, une
autre "divifion. Elle eut Ies quatre Quartiers du Port-au-Prince, de Saint-Marc,
de Léogane & de la Grande-Anfe. Le premier fut formé alors des quatre paroiffes
du Port-au-Prince, de la Croix-des.Bouquets, du Mirebalais 1 & de celle de
l'Arcahaye compris le Boucaflin ; le fecond, des quatre paroifles de Saint-Marc,
des Gonaives, des Vérettes &de la Petite-Rivière 1 quirenferment entr'elles ce
qu'on défigne fous le nom générique de l'Artibonite ; le troifième 1 des quatre
A 2
. Le premier fut formé alors des quatre paroiffes
du Port-au-Prince, de la Croix-des.Bouquets, du Mirebalais 1 & de celle de
l'Arcahaye compris le Boucaflin ; le fecond, des quatre paroifles de Saint-Marc,
des Gonaives, des Vérettes &de la Petite-Rivière 1 quirenferment entr'elles ce
qu'on défigne fous le nom générique de l'Artibonite ; le troifième 1 des quatre
A 2 --- Page 18 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
paroifes de Léogane, du Petit- Goave, du Grand-Grave Sc du Fend-desNègres ; 8c lequatriime,des quatre parcifes de la CGrande-Anfe cu Jérémie,
de TAnfe-à-Veau, du Petit-Trou & di Cap - Dame - Marie. Mais c'eft l'ordonnance du roi,du 20 Septembre 1776, qui a donné à la Partic de l'Oueftfes
limites actuelles.
Elle cft crmpréée des fs Quartiers du Môle Saint-Nicolas, de Saint-Marc,
du Mirebalais, du Port-au.P-ince, de Léogane &c de Jacmel.
La Partie de T'Oueft, contenant le Port-au-Prince qui eft la capitale dela
Colonie, elle renferme ainfi le fiége principal du gouvernement & de l'adminiftration générale, formés par le geuverneur-général & l'intendant. Elle a
pour chef particulier fon commandant en fecond, dont la même ordonnance
du 20 Septembre 1776, fixe la réfidence à Saint-Marc, fauf à venir féjourner
au Port-au-Prince pendant les abfences du gouverneur-genéral. Il y a de plus,
au Môle-Saint-Nicolas, un commandant particulier &c un aide-major, qui
ont le Quartier du Môle pour diftriet; à Saint-Marc un major pour le Quartier
du même nom 3 au Mirebalais un aide-major pour commander cette paroiffe,
qui forme à elle feule le Quartier; ; au Port-au-Prince un commandant particulier & un aidc-major, 1 dont l'autorité s'étend fur tout le territoire du Quartier
du Port-au-Prince: ; & à Léogane &c à Jacmel un major pour chacun de ces deux
Quartiers.
Le chef-lieu des cinq Quartiers, celui du Mirebalais excepté, a aufli un
officier d'Adminiftration pour y exercer les fonêtions relatives à la marine 7 aux
finances & aux détails des troupes, & il s'en trouve plufieurs au Port-au-Prince
de différens grades, par cela même que cette ville eft le point de réunion de
toutes les opérations dont l'intendant eft le premier agent.
C'eft dans l'étcndue de la Partie de POueft que la prergière Cour fouveraine
de la Colonie fut placée. Le Confeil du Petit-Goave, démembré en 1701 pour
former le Confeil fupérieur du Cap, devint lui-même alternativement Confeil
de Léogane & Confeil du Petit-Goave, felon que l'une de ces deux villes fut.
choifie à diverfes reprifes pour être le fiège du gouvernement: ; mais le Confeil
étant pallé de Léogane au Port-au-Prince en 1752, il portait la dénomination
de cette durnilre capitale & s'ciendait far les deax parties de T'Ouelt 8dx
Sud, en exceptant le Quartier du M0lc-Saint.Nicolas, comme je l'ai obfervé
aicars, lerfgee rédit da mois de Janvier 1787 l'a forprimé pour former, por
fes reprifes pour être le fiège du gouvernement: ; mais le Confeil
étant pallé de Léogane au Port-au-Prince en 1752, il portait la dénomination
de cette durnilre capitale & s'ciendait far les deax parties de T'Ouelt 8dx
Sud, en exceptant le Quartier du M0lc-Saint.Nicolas, comme je l'ai obfervé
aicars, lerfgee rédit da mois de Janvier 1787 l'a forprimé pour former, por --- Page 19 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
fa réunion avec le Confeil du Cap, le Confeil fupérieur de Saint-Domingue,
inflallé au Port-au-Prince le II Juin 1787.
La Partie de T'Oueft a trois Sénéchauflées &x trois Amirautés, fixées à SaintMarc, au Port-au-Prince &c à Jacmel.
Le nombre de fes paroifles eft de dix-fept, favoir: Jean-Rabel, le Môle
Saint-Nicolas, Bombardopolis ou Bombarde 8c le Port-à-Piment. 3 qui reffortiffent à la Sénéchauffée 8c à l'Amirauté du Port-de-Paix; les Gonaives, la
Petite-Rivière, les Vérettes &c Saint-Marc, qui dépendent de la Sénéchauffée
&c de l'Amirauté de Saint - Marc; le Mirebalais, P'Arcahaye, la Croixdes-Bouquets, le Port-au-Prince 8c Léogane, 1 qui. font de la Sénéchauflfée &c
de 'Amirauté du Port-au-Prince; le Grand. - Goave qui appartient à la Sénéchauffée 8c à l'Amirauté du Petit-Goave, quoique ce dernier lieu foit de la
Partie du Sud; 8 enfin Baynet 1 Jacmel & les Cayes de Jacmel, qui forment
le territoire de la Sénéchaullée & de l'Amirauté de Jacmel.
On voit trois plaines dans la Partie de T'Oueft, celle de l'Artibonite, , celle
du Cul de Sac &c celle de Léogane 3 toutes fufceptibles d'obfervations, que le
Leéteur trouvera dans l'ordre de la Defcription.
Quant aux montagnes celles qui courent de PER à l'Oueft vers Jean-Rabel
&c le Môle Saint-Nicolas, font vifiblement une prolongation de la première
chaine du Cibao, , mais fubdivifée en plufieurs contreforts ou épatemens, dont
les directions quelquefois très-oppofées, offrent de grandes irrégularités, fi on
les confidère d'une manière féparée de la chaine principale 1 dont ils ne font
que des rameaux deftinés à fortifier &c à lier l'enfemble montagneux de PIle
entière. Avec le même ceil oblervateur, on trouvera la connexion quil y a
entre les différentes portions qui femblent former une chaîne de montagnes dans
prefque toute la longueur de la ligne des frontières efpagnoles, depuis Saint-Raphaël jufqu'à l'extrémité de Bahoruco fur Ia côte Méridionale, avec) la dixième,
la onzième, la douzième, la treizième 9 la quatorzièmc &c la troifième chaine
partant du groupe de Cibao & que marque clairement la carte de cet ouvrage.
On y trouve même les intervalles qui correipondent à ceux que ces dernières
chaines laiffent entr'elles fur le territoire efpagnol & ces intervalles forment
les paflages des Cahots, du Mirebalais & des Étangs. C'eft ainfi qu'on fe
convainc que la montagne de Ia Selle 1 Ia plus élevée de la Partie de l'Oueft,
el une fuite de la troifiome chainc du Cibao, & que la chaine de Dahcruco elt,
y trouve même les intervalles qui correipondent à ceux que ces dernières
chaines laiffent entr'elles fur le territoire efpagnol & ces intervalles forment
les paflages des Cahots, du Mirebalais & des Étangs. C'eft ainfi qu'on fe
convainc que la montagne de Ia Selle 1 Ia plus élevée de la Partie de l'Oueft,
el une fuite de la troifiome chainc du Cibao, & que la chaine de Dahcruco elt, --- Page 20 ---
DE LA PARTIE
DESCRIPTION
à fim tour, un appui, un contrefort de la montagne de la Selle. Et ces rapports 7
cette concerdance du fyftème montagneux, que je ne fais que préfenter ici
rapidement, le Leêteur les trouvera appuyés & mieux établis par les détails
partiels de la Defcription.
La côte de la Partie de T'Oueft préfente aufli beaucoup d'intérêt, à caufe
du port du Male, de la baie des Gonaives, de celle de Saint-Marc 8c de la
rade du Port-au-Prince, qui, fans mériter également les éloges, ont cependant,
chacun leur utilité,infi que je le montrerai.
On a vu comment la Partie de TOueft communique avec celle du Nord.
On va de la première, dans celle du Sud, par une belle route de voiture,
qui fert à toute la portion plane de la Partie de TOueft elle-même. Le feul
Quartier de Jacmel &c quelques points de celui du Môle, font comme exclus
de cette communication aifée 3 parce que leurs chemins ne font pas encore
praticables de la même manière, quoique la poflibilité de les amener à ce
terme foit bien conftatée. C'eft du tems quil faut obtenir cette nouvelle amélioration.
Si la Partie de l'Oueft eft obligée de reconnaitre la fupériorité de la Partie
cette
elle l'exerce à fon tour fur la Partie du Sud.
du Nord fur elle 2
fupériorité
Moins éloignée qu'elle de l'abord des vaiffeaux venant d'Europe ; moins dangereufement placée durant la guerre, parce qu'elle n'eft pas auffi voifine de la
Jamaique; plus & mieux cultivée ; ayant dans fon étendue le fiége du gouvernement 1 la réfidence d'une Cour fouveraine, 1 la garnifon habituelle d'un
régiment 1 elle tire de ces circonftances 2 qui produifent une plus grande
réunion d'individus & par conféquent plus de confommateurs, des avantages
dont la Partie du Sud eft privée.
Autant qu'on peut rifquer une comparaifon générale on peut annoncer quele
fol de la Partie de lOueft eft plus fec, plus léger que celui de la Partie du
Nord ; mais je redis que ce dernier a une qualité qui lui affigne le premier
rang 2 parce qu'il peut fe pafler de l'arrofement 2 fans lequel de grandes
portions de la Partie de POueft feraient condamnées à la ftérilité, quoique cet
emploi des moyens même de la nature 1 mis en ufage par un art ingénieux 1
rendent des lieux de IOueft aufli produétifs que ceux du Nord qui font le plus
vantés.
Ce befoin d'arrofement eft le réfultat d'un air plus vif, de brifes plus fortes,
qu'il peut fe pafler de l'arrofement 2 fans lequel de grandes
portions de la Partie de POueft feraient condamnées à la ftérilité, quoique cet
emploi des moyens même de la nature 1 mis en ufage par un art ingénieux 1
rendent des lieux de IOueft aufli produétifs que ceux du Nord qui font le plus
vantés.
Ce befoin d'arrofement eft le réfultat d'un air plus vif, de brifes plus fortes, --- Page 21 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUE
de la moindre quantité de pluie. Auffi trouve-t-on dans plus d'un endroit
campagnes arides & defféchées.
des
La conftituticn de lair dans la Partic de l'Oueft dépend
tion &c de la configuration de cette Partie. Si
beaucoup de la fitual'on jette les
fur la
on voit que les montagnes dont
yeux
carte, 2
j'ai parlé, comme formant une efpèce de chaine
depuis Saint-Raphacl jufqu'à Bahoruco dans le fens de la ligne des
doivent être un obltacle au vent d'Eft ou Alifé, Ce
frontières,
la Partie
vent, après avoir parcouru
Efpagnole. 1 efl donc obligé de longer d'un côté la plaine du
qu'il parcourt jufqu'à la rencontre de l'extrémité de la
Cap,
Cibao vers Jean-Rabel & le Méle.
première chaîne du
1 tandis que de l'autre côté il eft forcé de
fuivre la côte Méridionale de la Partie du Sud
jufques vers Tiburon.
Parvenu à ces deux points, le vent ne tarde pas à éprouver, dans
latérales &c intérieurcs des deux colonnes
les parties
que je viens d'indiquer, l'effet de
l'efpèce de raréfaction qui s'eft produite dans l'intervalle où la chaîne de
tagnes des frontières a intercepté fon cours; il tend donc à fe
moncet intervalle; &c comme il doit y arriver par T'elpèce de précipiter dans
entr'elles les deux pointes de terre
fe
golfe que forment
qui terminent au Môle & à Tiburon,
fon mouvement s'accélère &x fa direétion devient celle du
voilà comment le vent d'Eft eft
point vers lequel il tend;
changé en une vraie brife d'Oueft pour toute
la partie de la Colonie qui fait face à l'Occident, & comment la brife de
prefque toujours oppofée en direétion à P'autre, y foufle de PEf.
terre,
Il eft aifé de concevoir, d'après cela, pourquoi Ia Partie de
de pluie que la Partie du Nord. Cet effet a une
l'Oueft a moins
triple caufe. La première, eft
Ia chaine de montagnes que j'appelerai cbaine frontière pour me rendre
clair, , parce qu'elle s'oppofe au, paffage des nuées que pouffe le vent d'Eft. plus
feconde eft le golfe de la Partie de
La
POueft, qui, en changeant la diredtion du
vent général d'Eft & en le convertiffant en vent d'Oueft, favorife la
caufe ; de manière que ce dernier vent contribue à retenir les
première
chaîne frontière. La troifième eft produite la
nuages fur la
par fituation de la pointe avancée
de PIle qui finit au Môle, parce qu'en couvrant abfolument la Partie de
I'Oueft au Nord, elle empêche que le vent qui fouffle de ce point du
durant plufieurs mois de l'année, ne lui porte fon humide influence Ciel,
& fes
pluies bénignes, effet qu'augmente encore la pofition de la première chaîne du
Cibao, qui a pour terme l'extrémité même de la pcinte de PMle où eft le Môle.
de PIle qui finit au Môle, parce qu'en couvrant abfolument la Partie de
I'Oueft au Nord, elle empêche que le vent qui fouffle de ce point du
durant plufieurs mois de l'année, ne lui porte fon humide influence Ciel,
& fes
pluies bénignes, effet qu'augmente encore la pofition de la première chaîne du
Cibao, qui a pour terme l'extrémité même de la pcinte de PMle où eft le Môle. --- Page 22 ---
N DI E LA PARTIE
S
DESCRIPTIO
Il pleut cependant dans la Partie de lOueft, mais c'eft loriqu'un agent plus
ces obfiacles les furmonte ; c'eft lorfque le foleil a acquis allez de
pulffant que maitrifer celle des différentcs brifes 8c pour condenfer fur la chaine
force pour
de
Pimmenfe
de vapeurs
pompe fur
frontière, couverte forêts,
quantité
qu'il
furface. Ce
de l'aftre
vivifie la nature eft commuune vafte
triomphe
qui
de
nément anncncé par des brumes légères qui fe montrent dans la Partie
l'Oueft durant le jour, depuis la fin du mois de Mars jufques vers la mi-Mai,
même des brouillards affez marqués le matin pour voiler le pèrc du jour,
ou
arrive par au-deffus de P'horifon. Enfin le foleil finit par amonceler fur
lorfqu'sl cette chaine la matière de ces orages & de ces pluies dont la Partie de 1Oueft
obtient aufi fa part, quoiqu'elle ait des portions plus ou moins favorifées alors,
la direétion d'une chaîne de montagnes fecondaires ou le cours d'une
parce que
rivière devicnt un conduéteur plus ou moins puiffant.
Mais dans la Partie de l'Oucft comme dans le refte de la Colonie, les
météorologiques préfentent desi irrégularités, foit quant aux épophénomènes foit quant à la duréc 1 & les fécherefles dévorantes & les inondations
ques,
dévaftatrices y trouvent leur place.
La Partie de l'Oueft éprouve aufli quelquefois, quoiqu'avec une bien moindre
intenfité, les coups de vent dont Ia Partie du Sud eft trop fouvent défolée.
C'eft furtout dans les points où les montagnes qui font communes à ces deux
Parties offrent des paffages, que le vent exerce des ravages, dont il femble
PIle la Gonave garantiffe ce qui eft fitué dans le Nord du Port-au-Prince,
que Mais le vrai Réau de la Partie de T'Oueft, celui dont on croit qu'elle recèle
la caufe dans fon fein, cclui dont il femble qu'elle pourrait craindre de devenir
la
c'eft le tremblement de terre. Lopinion la plus accréditée
un jour victime,
même ait encore befoin
fur la caufe de ce redoutable phénomène (quoiqu'elle
de
), c'eft que la Partie de TOueft, dans l'efpace qui forme ce qu'on
preuves
le Cul de Sac & dont la ville du Port-au-Prince occupe un
nomme aujourd'hui de cavités fouterraines qui fe propagent dans des direétions
point, eft remplie
variées & avec des dimenfions différentes 7 jufqu'à - la portion de côte, qui, au
Sud de PIle, va des Anfes à Pitre jufque vers Jacmel. Dans ces cavités,
des communications également fouterraines avec la mer,
auxquelles on fuppofe
foit à POueft, foit au Sud,fe trouvent, ajoute-t-on, 1 des fubftances minérales,
trois peillens agens foat fervir à CCS commotions violentes, qui ont déja
que
produit
avec des dimenfions différentes 7 jufqu'à - la portion de côte, qui, au
Sud de PIle, va des Anfes à Pitre jufque vers Jacmel. Dans ces cavités,
des communications également fouterraines avec la mer,
auxquelles on fuppofe
foit à POueft, foit au Sud,fe trouvent, ajoute-t-on, 1 des fubftances minérales,
trois peillens agens foat fervir à CCS commotions violentes, qui ont déja
que
produit --- Page 23 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 9
produit tant de défaftres dans la Partie de l'Oueft. L'air plus agité dans cette
Partie , à caufe du golfe qu'elle borde , tend toujours, en fe précipitant vers
l'enfoncement de celui-ci, à pénétrer dans ces cavités 1 par rapport auxquelles
il alun double effet. D'abord il y comprime le volume de la portion d'air qui
cft propre à ces cavités & il en augmente la puiffance lorfque les matières
pyriteufes enflammées le contraignent à déployer toute fon expanfibilité. D'un
autre côté pouffant avec forcc une quantité quelconque de l'eau de la mer ou
des lacs qui communiquent avec ces cavités , cette eau accélère l'explofion ou
y ajoute du moins, par l'air qu'elle procure encore. On peut donc dire
qu'alors les élémens, en quelque forte déchainés, doivent y produire une
commotion d'autant plus effrayante, d'autant plus défaftreufe, que la crife
capable de les ramener à l'état d'équilibre, veut un combat plus long & plus
opiniâtre.
Cette théorie qui eft conforme aux principes de la faine phyfique, n'a rier
qué ne puilfent autorifer les circonftances prifes du fol & de la conformation
de l'efpace qui nous occupe en ce moment. Vers POueft le fol eft compofé
d'une terre légère, & des traces falineufes femblent indiquer une communication entre Te terrain du Cul de Sac & les étangs qui font dans fa partie
fupérieure. Ces étangs donnent à ce local un afpect particulier 7 & il eft aflez
vraifemblable que, par quelques points 7 leurs eaux peuvent parvenir, ne
fut-ce qu'en s'infltrant,jufu'aus matières minérales qui les avoifinent plus ou
moins. La nature montueufe & hachée du fol qui va des étangs gagner la côte
Méridionale qui leur correfpond ; le caractère évidemment polypeux qu'ont
encore les pierres calcaires de ces montagnes ; les fentes 3 les crevaffes, les
éboulemens que la furface offre fréquemment dans toute cette zône qui s'appuye
à la met de chaque côté; tout concourt pour annoncer que les matériaux de
grandes agitations 2 & par conféquent de grands défordres),y: font tous railemblés,
& qu'ils ont déjà fubi un affez grand travail pour que les exhalaifons fouterraines
& les feux internes. , aient des iffues vers l'extérieur.
Si l'on fe rappele enfuite ce que j'ai dit de la Partie de POueft, relativement
aux vents & aux pluies, on y trouve encore des caufes ou des effets communs
aux lieux expofés aux grandes fecouffes.
Mais combien d'obfervations nous manquent. 7 même quant aux données que
j'ai indiquées, pour alleoir un jugement certain fur le vrai foyer des trembleTome 11.
B
& les feux internes. , aient des iffues vers l'extérieur.
Si l'on fe rappele enfuite ce que j'ai dit de la Partie de POueft, relativement
aux vents & aux pluies, on y trouve encore des caufes ou des effets communs
aux lieux expofés aux grandes fecouffes.
Mais combien d'obfervations nous manquent. 7 même quant aux données que
j'ai indiquées, pour alleoir un jugement certain fur le vrai foyer des trembleTome 11.
B --- Page 24 ---
IO DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
mens de terre qui font, dans la Pariic de TOuet, une caufe f frécuente d'effroi
& dc terreur ! Cembien il faudrait de perfyicacité & de foins pour l'examed
des lieus, pour l'analyfe des faits &r pour fernier d un grand notabre de détails
épars, un enfemble où la vérité ou du moins la probabilité forait apperçue!
Sans attendre ces préalables, ily y a déjà long-tems qu'on a prononcé que par
un déchirement horrible, la nature ouvrira un jour, à travers le Cul de Sac,
un pallege od la mer verra fe méler les eaux dent elle baigne les côtes du golie
de TOueft & la cête Méridionale de THle. Une imagination arcente fuppofant même le moment de ce défaftre arrivé, & s'en peignant les horreurs, en
atracé un tablean capable de épouvanter tous les habitans dont eft encore couverte
cette furface, 1 préfentée comme toute minée > & cû la main du Tems peut
allumer, à chaque minute, l'étincelle éleétrique qui, felon cette verfion, fera de
lIlc de Saint-Domingue deux iles, cn laiffant dans le fouvenir des hommes
une preuve de plus, que le globe qu'ils habitent a aufli fes convulfions.
Ce qu'on ne peut défavouer, c'eft que le point où eft le Port-au-Prince &c
qui fe trouve précifément au plus grand enfoncement de la mer dans le golfé
de T'Ouef, a toujours êté le plus cruellement agité par les tremblemens de
terre; c'eft qu'à ce point l'on entend plus ou moins fréquemment un bruit qui
femble imiter celui d un taureau mugiffant au loin : bruit qui fe prepage à
d'allez grandes diftances, à des périodes plus ou moins rapprochées, quelquefois fans que la terre tremble, même de long-tems après, mais qui précède
toujours les fecouffes d'une manière affez rapprochée: bruit connu fur les
lieux fous Ie nom de Goufres à caufe de l'opinion qui l'attribue au mouvement
de l'air ou des eaux dans des cavités; tellement que s'il a licu le jour, chacun
s'ccric fimultarément ; le gunffre crie: entendez-wos le gufre? & qu'un fentiment général produit une confiernation foudaine. Enfin il eft vrai qu'à chaque
tremblement de terre éprouvé dans la Partie de IOueft, I'effet des fecouffcs
diminue à mefure qu'on eft plus éloigné du Port-au-Prince, foit en tirant vers
la Partie du Nordde la Colonie 2 foit en allant dans la direction du prulongement de terre qui finit à Tiburon.
Jedis ajouter encore à ces faits, qui ne fauraient être fans intérêt Feur le
Loateur, que le CuideSac elt aufli, non fculement de la Partie de l'Oueft,
() Noyee Rymi,tm. 6, FA2e2333 élitionde Neufchatel in-co,
ft plus éloigné du Port-au-Prince, foit en tirant vers
la Partie du Nordde la Colonie 2 foit en allant dans la direction du prulongement de terre qui finit à Tiburon.
Jedis ajouter encore à ces faits, qui ne fauraient être fans intérêt Feur le
Loateur, que le CuideSac elt aufli, non fculement de la Partie de l'Oueft,
() Noyee Rymi,tm. 6, FA2e2333 élitionde Neufchatel in-co, --- Page 25 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. II
mais de toute la Colonie , le licu où l'on remarque le plus d'énergic, le plus
d'adtivité, dans le règne animal, & dans le règne vérotal. L'efpèce humaine
elle-mème y eft plus forte , elle y a des formes plus développées, une conftitution plus ferme ; les légumes , les fruits y acquièrent des dimenfions & unc
maturité qu'on chercherait vainement dans le refte de la Colonie. La nature
elt donc 1 dans un travail plus grand, plus continuel? Elle y a donc des
m yens particuliers? Elle y prépare ou y combine donc des fubftances dont
la deftination entière peut ne nous être pas connue? Que de raifons pour
tenir les ubfervateurs éveillés 8c pour faire défirer des réfultats qu'on puiffe
enfin fubliituer aux conjectures ! Heureux s'ils faifaient taire cette voix
déchirante qui crie aux habitans du Cul de Sac, que la mort eft fous leurs
pas & qu'une cffruyable calamité doit les confondre tous dans un feul tombeau ! (*)
Il eft très-probable que les localités de la Partie de 1'Oueft influent fur les
maladies qui y règnent. Elle eft, en général s plus fujette que les deux autres
Parties à des épidémies dont les époques femblent toujours s'unir à celles
de quelques tremblemens de terre qui, eux-mèmes 1 arrivent affez fouvent à la
fuite de pluies abondantes par lefquelles d'âpres & longues Técherefles ont été
terminées. Quoiqu'on y éprouve les maladies générales des climats chauds,
les fièvres inflammatoires ou bilieufes &c les malignes des divers genres, 1
celles qui tiennent à une conftitution plus féche de l'atmolphère, femblent y
être plus communes que dans le refte de la Colonie. Les maux de gorge
fimples 1 les efquinancies, les maux de gorge gangréneux s'y montrent plus
fouvent. Les maladies éruptives y font plus rebelles ; la petite vérole y eft
meurtrière, &x la rougeole 1 qu'on y appele Sarampion, y caufe quelquefois des ravages, dont les adultes femblent être encore plus facilement lès
(*) Je ne puis réffter au défir de mettre ici ua paffage de Ilftoire Philefiphique du M ide
Primitif, ouvrage de Delille, publié en 1795 ; parce qu'il eft un des milliers d'exemples de
Paudace avec laquelle on abufe de la confiance des auteurs qui parlent en France des Colonies
qu'ils ne connaiffent pas: : ce C'eft un fleuve de la nature du Rhône, qui fe précipite au travers
d'une mentagne fituée à POueft de lIe Saint-Domingue & qui s'y eft creufé un lit, malgré
les ruchers qui lui fervaient de barrière : le fracas de fa chôte eft tel qu'on P'entend à cingq
milles de difance >. Tom.4, page 145.
B 2
urs qui parlent en France des Colonies
qu'ils ne connaiffent pas: : ce C'eft un fleuve de la nature du Rhône, qui fe précipite au travers
d'une mentagne fituée à POueft de lIe Saint-Domingue & qui s'y eft creufé un lit, malgré
les ruchers qui lui fervaient de barrière : le fracas de fa chôte eft tel qu'on P'entend à cingq
milles de difance >. Tom.4, page 145.
B 2 --- Page 26 ---
N DI E LA PARTIE
32 DESCRIPTION
vidtimes. Mais Ià, comme ailleurs, les montagnes font plus faines, parce que
lair & les eaux y font plus purs.
On a obfervé que les mois les plus favorables à la fanté font les cinq
premiers de l'année ; tandis que ceux depuis Août jufqu'en Novembre le
font le moins , & que Juin & Juillet femblent tenir le milieu entre les autres.
C'eft furtout d'Août en Novembre que règnent les fièvres malignes & les
diffenteries épidémiques, qui moiffonnent tant de nouveaux-arrivés, de matelots &x de foldats. Des chaleurs violentes & prelque continuelles, accompagnées
de vents brilans, principalement au mois de Septembre 7 & que ne tempèrent
les pluies que des orages verfent avec excès, font autant de caufes d'une
pas deftruction , qui eft encore plus rapide, fi de grandes inondations produifent
des amas d'eau qui croupiffent dans des points bas.
Les animaux fouffrent aufli de la conftitution de l'air fec de Ia Partie de
l'Oueft &, à plufieurs époques, des épizooties plus ou moins cruelles, plus ou
moins prolongées, ont détruit ceux qui font fi utiles à Phomme & qui
femblent l'être encore davantage au Colon agricole.
Quant aux Colons blancs 2 leur genre de vie contribue. 1 fans doute. auffi,
rendre leurs maladies plus vives; car dans toute la Partie de I'Oueft, leur
déjeûner ne diTère en rien du diner, par la nature des alimens qu'ils J
prennent. Or il parait impofible que dans un climat auffi chaud, un ufage qui
caufe nécellairement une furcharge dans l'eftomac & qui fait employer plus
d'alimens tirés de la clafle des fubftances animales, n'augmente pas 1'alkalefcence des humeurs & ne foit pas une. caufe prédifpofante, pour les putrides
bilieufes ou putrides malignes.
Les nègres de la Partie de IOueft ont pour leur nourriture un goût qui
n'eft pas celui des nègres de. la Partie du Nord. Elle. a pour bafe le petit-mil &
les patates, qu'ils préfèrent à la caffave. Mais par tout la chair ou le poillon
falé eft ce qui compofe leur bonne chère, qu'ils entremèlent de quelques
ragoûts créols, où le piment n'eft jamais épargné.
Les huit cens vingt lieues carrées de la furface de la Partie de I'Oueft,
contiennent à-peu-près, quatorze mille Blancs de tout âge, dont deux tiers
fnt du fexe mafculin; duuze mille cinq cens gens de couleur libres, dont
Jcs neuf feizitmes funt du fexe maiculia & cent foixante-huit mille cfclaves,
lent de quelques
ragoûts créols, où le piment n'eft jamais épargné.
Les huit cens vingt lieues carrées de la furface de la Partie de I'Oueft,
contiennent à-peu-près, quatorze mille Blancs de tout âge, dont deux tiers
fnt du fexe mafculin; duuze mille cinq cens gens de couleur libres, dont
Jcs neuf feizitmes funt du fexe maiculia & cent foixante-huit mille cfclaves, --- Page 27 ---
FRANÇAISE DE S AIN T-D O MIN GUE E.
parmi lefquels le rapport des nègres eft à celui des négreffes à-peu-près comme
huit eft à fept. II refulte de ce calcul que la population totale de la Partie de
l'Oueft peut être confidérée comme égale à celle de la Partie du Nord, mais
avec cette différence que cette dernière n'a que les trois cinquièmes de la
furface de l'autre.
On compte dans la Partie de l'Oueft 314 fucreries, 9 dont 180 ne font que du
fucre brut; 1804 indigoteries ; 541 cotonneries ; 811 cafeteries ; 80 guildiverics; IO briqueteries-tuileries; 155 fours à chaux; 8 poteries ; 7 cacaoyères :
18 mille chevaux; 17 mille mulets & 99 mille autres animaux; c'eft-àdire boeufs, moutons, 3 pourceaux & chèvres.
Dès que la Partie de l'Oueft a commencé à avoir des pafteurs foumis à un
chef & formant une véritable miffion, celle-ci a été confiée aux religieux
Dominicains ou Jacobins, 7 qui ont également le foin fpirituel des ames dans
la Partie du Sud, Il n'y a que le Quartier du Môle 1 dans toute l'étendue de
ces deux Parties, s" dont les cures foient deffervies par des Capucins, parce
qu'elles ont continué à dépendre de la miflion de la Partie du Nord.
Telles font les obfervations générales dont j'ai crû devoir faire précéder la
Defcription des paroifles de la Partie de l'Oueft.
QUARTIER DU MOLE SAINT-NICOLAS
XXIL
PAROISSE DE JEAN-RABEL
L'ORDONNANCE des Adminifrateurs, cn date du 17 Janvier 1784, qui a
fixé le plus récemment les limites de la par-ille de Jean-Rabel, la borne au
Nurd, par la mer ; à PEf par la paroifle du Port-de-Paix; puis vers le Sud,
par une ligne qui, pallant par I'habitation Duverger ou Hatrel, contourne au
Midi le pied des mornes qui ont leurs retombées dans la paroiffe du Port-àPiment; la mème ligne, gagnant après vers l'Oueft, remonte larive gauche del la
sivière de Heane, juiqu'à la raviae & fource à Gallet, en fuivant la ravine
Nurd, par la mer ; à PEf par la paroifle du Port-de-Paix; puis vers le Sud,
par une ligne qui, pallant par I'habitation Duverger ou Hatrel, contourne au
Midi le pied des mornes qui ont leurs retombées dans la paroiffe du Port-àPiment; la mème ligne, gagnant après vers l'Oueft, remonte larive gauche del la
sivière de Heane, juiqu'à la raviae & fource à Gallet, en fuivant la ravine --- Page 28 ---
DE LA PARTIE
44 DESCRIPTION
Calal:u, contourre enfuite la ravine des montagnes du Mardi-Gras, puis
celle des Citronniers jufqu'ala fource de la rivière des Côtes de Fer, dont la
rive droite, jufqu'à fon embouchure à la mer, devient la limite Occidentale
de Jean-Rabel, en le féparant ainii de la paroiffe du Môle Saint-Nicolas.
Jean-Rabel eft compofé d'une partie plane &: d'une partie montagneufe, La
eft
a toute la longueur de la parvile & elle eft
rremière 1 qui peu profonde
prefqu'entiarement confacrée à la culture de l'indigo. Il eft peu d'endroit de la
Colonie où l'on en récolte autant & d'une auffi belle qualité, & la réputation
du lieu ne s'eft pas encore démentie. Ce fuccès a produit de grandes fortunes
&c une population confidérable dans cette plaine, , où lon compte 680 blancs ou
affranchis & 2,800 nègres. Son fol, prefque marneux par tout & profond, eft fi
fertile qu'il ne faut que de l'induftrie & de la perfévérance pour y réuflir, &c
qu'une température féche n'y peut pas nuire à des plantes qu'elle ferait périr
dans un terrain argileux.
La plaine de Jean-Rabel pourrait fervir aufli à l'établiffement de plufieurs
fucreries. C'eft du moins ce qu'autorife à croire celle que M. Staniflas Foache
y a créée vers 1775, prefqu'en un inftant, en faifant fervir une grande
fortune & une foule de circonftances relatives à fon état de négociant , à
produire une manufa@ture dont toutes les parties ont été formées en mème-tems.
Cependant cette fucrerie , qui a déjà 550 nègres, n'eft pas, du moins jufqu'à
préfent, un argument pour croire que le terrain de la plaine Jean-Rabel aura
dans fon fucre l'efpèce de fupériorité que fon indigo lui a acquife. Ce terrain
très-léger expofe quelquefois les cannes a être couchées, & leur fuc n'eft pas
toujours d'une qualité heureufe pour la fabrication.
La fucrerie Foache a l'avantage d'un moulin à eau que lui procure la rivière
de Jean-Rabel, qui.pourrait la porter encore à une autre manufaêture du même
genre, fi elle était inférieurement placée; mais cette feule petite rivière & un
ruifleau appelé la Guinaudie, où l'on trouve à peine cinq à fix pouces d'eau
pendant dix mois de l'année, étant les feules eaux que le voyageur qui parcourt cette plaine trouve pour fe défaltérer 7 depuis la rivière de Mouftique
jufqu'au Môle, des fucreries en plus grand nombre feraient obligées de fe
fervir de moulins à bêtes & d'ufer, pour leur exploitation, comme les' indigo.
teries, de puits 7 de fources ou de ravines, qui font communs.
C'eft dans la plaine de Jean-Rabel & à unc forte lieue de l'embouchure de
ant les feules eaux que le voyageur qui parcourt cette plaine trouve pour fe défaltérer 7 depuis la rivière de Mouftique
jufqu'au Môle, des fucreries en plus grand nombre feraient obligées de fe
fervir de moulins à bêtes & d'ufer, pour leur exploitation, comme les' indigo.
teries, de puits 7 de fources ou de ravines, qui font communs.
C'eft dans la plaine de Jean-Rabel & à unc forte lieue de l'embouchure de --- Page 29 ---
FRANÇAISE D E SAINT-D O MIN GI UE.
la rivière de fon ncm, que l'on trouve le bourg, compofé de maifons de peu
d'importance, formant deux rues & qu'habitent environ 160 individus de toutes
les couleurs,
Jean-Rabel eft en totalité un établiflement peu ancien, 1 quoiqu'il eût déjà ce
nom, dont je ne connais pas l'origine 1 dès 1685, quand les Efpagnols vinrent y
détruire un corail. En 1702, ce lieu n'était guères cité que pour la retraite
qu'il procurait aux forbans 8x ce fut ce qui porta M. de Galiffet à ordonner la
deftruétion d'un corail quiy fubliftait alors. En 1728, Jean-Rabel avait 38
habitans 7 dont Ia plupart étaient fur les bords de la rivière, à partir d'une
lieue de fon embouchure. Cent quarante-un nègres travaillans, s'occupaient
d'y faire venir de l'indigo que l'on vantait déjà; mais on y connaillait auffi de
longues & affigeantes féchereffes.
Les habitans ayant demandé à acheter, de M. Pages, un terrain joignant
l'églife, qui était encore ifolée, pour y bâtir un bourg par la réunion de
magafins propres àles recevoir avec leurs familles - lorfqu'ils venaient au fervice
divin, une ordonnance des Adminiftrateurs, du 1oJuillet 1743, autorifa à prendre
du fieur Pages, à raifon de quatre livres par pied de la plus longue des faces 2
du terrain pour bâtir, & gratuitement de quoi former une place-d'armes pour
les revues & exercices des milices de la paroiffe, le tout d'après un plan & les
alignemens que fournirait un arpenteur.
Le bourg fe forma. En 1767, l'églife & le prefbitére exigeant une nouvelle
confiruction, les habitans arrêtèrent qu'elle aurait lieu. Mais en 1770,
plufieurs d'entr'eux demandèrent que ces bâtimens fuffent placés à l'embarcadère où le bourg ferait déformais établi. Ils invoquaient un avis de
M. d'Ancteville, ingénieur au Môle, portant que l'anfe de Jean-Rabel, éloignée
de fept lieues de la pointe du Môle, quoique expofée à tous les vents de Nord
& ayant prefque toujours une grofle mer, a, fur fon fond pavé de gallet, un
mouillage propre aux vaifleaux de guerre, à deux encablures de terre, & que ce
point de débarquement pourrait offrir une diverfion 7 fi on attaquait le Môle.
Les Adminiftrateurs, touchés de ces raifons & de l'obfervation des habitans
que le nouveau bourg ferait favorable au tranfport des denrées, à la proteâtion
de l'anfe &x du cabotage &x à la communication entre le Port-de-Paix & le
Môle, puifque le grand chemin qui mêne de l'un à l'autre le traverferait & fe
trouverait ainfi raccourci d'une lieue, preferivirent, le 5 Novembre 1771, le
Adminiftrateurs, touchés de ces raifons & de l'obfervation des habitans
que le nouveau bourg ferait favorable au tranfport des denrées, à la proteâtion
de l'anfe &x du cabotage &x à la communication entre le Port-de-Paix & le
Môle, puifque le grand chemin qui mêne de l'un à l'autre le traverferait & fe
trouverait ainfi raccourci d'une lieue, preferivirent, le 5 Novembre 1771, le --- Page 30 ---
16 DESCRIPTION DE LA PAR' TIE
changement défiré. Le nouveau bourg devait être fur la rive gauche de lx
rivière de Jean-Rabel & compofé de 15 carreaux de terre appartenant à Mde,
Houen, qui agréait d'en être payée fur le pied de cent francs le carreau. Quarante-fept emplacemens, non compris ceux de l'églife & du prefbitère une
place-d'armes & un cimetière, devaient divifer ce terrain d'après le plan de
M. d'Anêteville, dont l'exécution était confiée à M. Vermale, arpenteur.
Le 30 Juillet 1772, les Adminiftrateurs renouvellèrent l'ordonnance du 5
Novembre précédent & rappelèrent furtout l'édification de Péglife & du
prefbitère & la conftruction d'une calle pour embarquer & débarquer. Mais
bientôt après, des habitans de Jean-Rabel exposèrent aux chefs de la Colonie
que le mouillage de l'embarcadère était fi mauvais, que les bateaux paffagers
du lieu pouvaient à peinc y charger & y décharger : ce qui n'y permettait
aucun cabotage ; qu'à çe point l'eau de la rivière n'était prefque pas potable,
que le terrain aride du voilinage ne procurerait rien aux habitans du bourg;
& qu'enfin l'églife & le marché feraient trop éloignés pour que les habitans
puffent venir à la première, pour que les nègres apportaffent des fubfiftances
au fecond , & que ce changement ruinerait les habitans du bourg déjà établi
depuis plus de trente ans, Ces repréfentations furent rejettées par une ordonnance
du 23 Décembre 1772,
Cependant cette difcuflion qui produifit deux nouvelles années de retard ,
a fini par prévaloir & une ordonnance des Adminiftrateurs rendue en 1774,
& approuvée par une lettre du Miniftre du 30 Janvier 1776, a confervé le
bourg ancien dans les droits revendiqués en fa faveur.
On y a confruit en 1778 une églife de bois de çent dix pieds de long
avec une galerie tournante. Elle eft dédiée, comme la précédente, SaintJean-Baptifte. Le prefbitère a été refait à la même époque; il eft également
de charpente.
Dans le bourg, auquel touche Phabitation Foache, eft un exempt &
trois archers de maréchauflée. La police de la paroifle eft d'ailleurs faite
par fon commandant des milices & un fubftitut du procureur du roi de la
Sénéchaufiée du Port-de-Paix.
La maréchauflée, d'après une ordonnance du 27 Septembre 1786, garde
pendant huit jours les animaux épaves, qu'après ce terme on cnvoye au Port.
de-Paix.
La
ache, eft un exempt &
trois archers de maréchauflée. La police de la paroifle eft d'ailleurs faite
par fon commandant des milices & un fubftitut du procureur du roi de la
Sénéchaufiée du Port-de-Paix.
La maréchauflée, d'après une ordonnance du 27 Septembre 1786, garde
pendant huit jours les animaux épaves, qu'après ce terme on cnvoye au Port.
de-Paix.
La --- Page 31 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 17
La partie montagneufe de Jean-Rabel eft divifée en plufieurs cantons qui,
én partant des points où elle eft contigue à une portion de la partie montagneufe de la paroiffe du Port-de-Paix & allant vers les limites duf Môle, 7
font: Le Vieux-Corail; le Cardinal; les Trois-Sources; la Ravine-des"
Pièges ; la Guinaudée ; le Baffin-Bleu; la Petite-Rivière ; le Prunier ; le
Mardi-Gras; ha Source-à-André ; la Source-Ronde ; une portion des Côtes de
Fer & le Calebaffier. Cette région montagneufe eft devenue le partage du
cafier & lon en trouve des manufactures tres-comfidérables. La fituation de
toute la paroifle qui a une pente douce du Sud au Nord, en y rendant les rayons
du foleil moins direêts, fait que 3 dans les montagnes furtout, les plantes ont
moins à fouffrir de la chaleur durant les féchereffes. La nature de ces montagnes,
principalement dans la partie fupérieure de la paroiffe, eft Ia même que celle
du Haut-Mouffique du Port-de-Paix. Le fol des deux lieux eft femblable auffi,
& leurs produétions végétales 8c minérales le démontrent. Jean-Rabel at toujcurs
donné d'excellens vivres du pays,, de beaux légumes & fes artichaux font
fuperbes.
Malgré la culture ancienne de lindigo & celle plus récente du cafier, , JeanRabel a encore avec allez d'abondance les bois néceflaires à l'établiflement des
fucreries.
La partie Septentrionale de la paroiffe attire maintenant notre attention,
A une forte lieue de la baie de Mouftique, eft la pointe Orientale du petit
Port-à-l'Écu 7 qui a IIO toifes d'ouverture, 1 430 d'enfoncement & qui fert de
refuge à des canots & à des chaloupes; puis de cette pointe à celle également
Orientale du grand Port-à PÉcu, ily a une lieue. Tout l'intervalle entre la
baie Mouftique & le grand Port-à-l'Écu a une côte de fer & eft acore.
Le grand Port-àlÉcu, qui a 550 toifes d'ouverture fur prefque autant de
profondeur, , a un mouillage réputé meilleur que celui de la baie Mouftique 7
quoique fon entrée foit plus étroite à caufe d'un reffif & haut-fond, fur Jequel
il n'y a que trois braffes d'eau & qui entoure la pointe de PEf, en s'étendant
à deux encablures. C'eft dans ce grand Port-à-P'Ecu que Colomb entra le 8
Décembre 1492, ce qui porta cet homme célèbre à lui donner le nom de Port
de la Conception, 1 qui était déjà changé en celui de Port-à-PEcu, quand If. le
chevalier de Fontenay y vint en 1652. Le meilleur mouillage de ce port & le
moins expofé aux vents de Nord & du Nord-Eit, eft dans le fond derrière la
Tome JI.
C
encablures. C'eft dans ce grand Port-à-P'Ecu que Colomb entra le 8
Décembre 1492, ce qui porta cet homme célèbre à lui donner le nom de Port
de la Conception, 1 qui était déjà changé en celui de Port-à-PEcu, quand If. le
chevalier de Fontenay y vint en 1652. Le meilleur mouillage de ce port & le
moins expofé aux vents de Nord & du Nord-Eit, eft dans le fond derrière la
Tome JI.
C --- Page 32 ---
13 DESCRIPTION DE LA PART IE
piintede TER; il peut amettre des iregates. Une batterie protègent cC ux
quiy relichent.
Le Port-3PEcu, dont la latitude efi à fa pointe Et de 19 degrés, 55
minutes & la longitude de 75 degrés, 30 minutes, 55 fecondes, felon M. de
Puyfegur, a une renommée facheufe que lui cnt donné plufieurs événemens
Le 23 Mars 1690, quatre barques anglaifes y prirent un bâtiment. Le I5
Octobre 1760, les trois frégates, la Syrène, montée par M. de Macarty, la
Valeur > par M. T'aillebot & la Fleur- de-Lys 1 par M. d'Héguerty, fortirent
du Cap avec le duc de Choifeul & le prince Édouard, frégates du commerce de
Saint-Malo, pcur fe rendre cn France fcusies ordres de M. de Macarty. Arrivécs
à Mogane 2 dans le débouquement, le 17, cinq voiles donnèrent chaffe à cette
efcadrille &c la joignirent à la fin du jour. 1 parce qu'elle avait été prife du calme.
La Syrène amena le 18 après 20 minutes de combat 2 quoique M. de Macarty
eût brûlé la cervelle à plufieurs lâches. Une frégate ayant un vaiffeau de
guerre très - près d'elle attaqua la Valeur, faible de monde, & la prit
après deux heures de défenfe ; fon capitaine était bleffé au bras , à la poitrine
8 à la tête & la frégate était démâtée de fes huniers. La Fleur-de-Lys, dont
l'équipage fe comporta mal aufli, fit route pour le Port-à-l'Écu qu'elle gagna à
trois heures de l'après-midi. Un vaificau de guerre anglais, faifant des bordées
pour y entrer. , M. d'Héguerty échoua la Fleur-de-Lys 1 qu'il fut obligé de faire
fauter le 19 au matin, au momnent où le vaiffeau donnait dans la paffe. Le prince
Edouard fe brûla près du Port-de-Paix oà le duc de Choifeul cut le bonheur de
fe fauver.
Au mois de Février 1782, un bâtiment de Bordeaux qui fe réfugiait au
Port-à-l'Écu pour éviter la pourfuite de l'ennemi, 1 ayant mouillé dans un mauvais point, il y fut démantelé par la mer & l'on n'en fauva que des effcts trèsendommagés.
Le petit & le grand Port-à-l'Écu ont des falines naturelles qui fourniflent au
printems une quantité confidérable de fel très-blanc & d'une criftallifation trèsrégulière. Ils font formés l'un 8c l'autre par des coupures faites dans la chaîne
de montagues qui fépare la plaine de la mer. Les environs, c'eft-à-dire, une
furface d'environ fix à fept lieues carrées, font privés d'eau douce pendant la
plus grande partie de l'année. On y a, depcis plus de foixante ans, des hattes
de bétes à cornes quiy réuflifient très-bien.
allifation trèsrégulière. Ils font formés l'un 8c l'autre par des coupures faites dans la chaîne
de montagues qui fépare la plaine de la mer. Les environs, c'eft-à-dire, une
furface d'environ fix à fept lieues carrées, font privés d'eau douce pendant la
plus grande partie de l'année. On y a, depcis plus de foixante ans, des hattes
de bétes à cornes quiy réuflifient très-bien. --- Page 33 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
Cette étendue n'offre au voyageur qu'un trife afpeât, mais le botanifte la
parcourt avec intérêt. Toutes les cfpèces d'opuntia ou raquettes s'y trouvent ;
onze elpèces de cactus ou torches; différentes efpèces d'aloès, de bois chandelles,
de gayac & d'ébène, 1 font fur ce fl, qui femble avoir fouffert une féchereffe
éternellc. La partic qui eft au-deffus du chemin royal 1 a, au contraire, des
fources dont les feuilles de l'anil atteftent la préfence. I1 eft d'autres intervalles
où l'on voit que l'aridité eft encore comnbattue avec fuccès, puifque le cotonnier
y étale la blancheur éblouiflante de fon duvet. Enfin, dans les cantons de
PAcoma & de la Rivière-à-Colas, 3 la nature 1 comme fi elle avait craint de
paraitre marâtre, a multiplié des gris-gris de quatre à cinq pieds de diamètre
& plufieurs autres fortes de bois très- gros & propres aux moulins à fucre.
Ily a auffi dans divers points de cette partie, des eaux minérales ferrugineufes & falées. On en trouve des deux efpèces dans deux fources placées à
quelques toifes l'une de l'autre, dans la ravine appelée la Rivière-à-Colas, fur
l'habitation Sel. L'eau y eft beaucoup plus falée que celle de la mer &c d'une
amertume infupportable, ce qui annonce l'aboridance & le voifinage de la
mine de fel gemme où pafle l'eau. On parle aufli d'eaux cémentatoires., dont
l'exiftence n'eft cependant pas conftatée.
En faifant près de quatre lieues trois quarts, depuis Ia pointe du grand
Port-à-l'Écu, on trouve la pointe de Jean-Rabel, à une petite lieue avant
laquelle eft la pointe du petit Jean-Rabel. M. de Puyfégur donne pour latitude
à la pointe de Jean-Rabel , 19 degrés, 55 minutes, IO fecondes, & pour
longitude 75 degrés, 39 minutes, 52 fecondes ; elle commence le côté Eft
du mouillage de Jean-Rabel. A 900 toifes de cette pointe eft la batterie faite
depuis environ dix-huit ans pour protéger le mouillage, furveillé auparavant
par un fimple corps-de-garde, & 600 toifes encore plus loin,, en fuivant l'anfe,
eft l'embouchure de la rivière de Jean-Rabel.
La côte, 1 depuis le Port-à-l'Écu jufqu'à la rivière de Jean-Rabel, eft toute
de fer, élevée &c inabordable , & l'on y remarque la configuration en entablemens où gradins. que j'ai indiquée en. décrivant la Tortue. Mais à un quart de
lieue du grand Port-à-l'Écu, la chaine des montagnes quitte la côte & s'en
éloigne, & depuis la baie de Mouftique. le chemin allant du Port-de-Paix au
Môle, eft toujours fur une furface plane.
La fituation de la côte lailfe le mouillage de Jean - Rabel qui n'eft ni dans
C2
'on y remarque la configuration en entablemens où gradins. que j'ai indiquée en. décrivant la Tortue. Mais à un quart de
lieue du grand Port-à-l'Écu, la chaine des montagnes quitte la côte & s'en
éloigne, & depuis la baie de Mouftique. le chemin allant du Port-de-Paix au
Môle, eft toujours fur une furface plane.
La fituation de la côte lailfe le mouillage de Jean - Rabel qui n'eft ni dans
C2 --- Page 34 ---
DE LA PAKTIE
20 DESCRIFTION
une baie, ni dans une anfe, expolé aux vents de Nord & de Nord - Oueft.
M. de Puyfegur dit cependant - que ce mouillage eft fàr, que fa tenue eft
excellente, que les grands bâtimens y ont 12 ou 15 brafles d'eau & que le
débarcadère y eft facile, même avec de la houle.
Le 24 Février 1779, la frégate la Minerve, le navire la Julie de Bordeaux
& le navire le Pégafe de Marfeille 2 parurent devant la batterie de Jean.Rabel,
pourfuivis par deux vaiffeaux & trois frégates anglaifes. M. Pecquerie, officier de
garde, fit tirer l'alarme afin de mieux défendre le Pégafe, qui avait gagné le
mouillage fous la batterie. Une frégate étant venue pour l'y canonner, la batterie
la força à abandonner ce deffein &c à retourner au large où les autres bâtimens
s'étaient emparés de la Julie. L'artimon du Pégafe reçut un boulet & le corpsde-garde & les cafes de pécheurs de l'anfe furent endommagées.
M. Defmé Desjoutières, commandant de la paroiffe, arriva bientôt avec
M. Thiercelin, officier - major, M. Cougnacq, officier des canonniers, &c
vingt-cinq habitans. Des patrouilles fréquentes &c une furveillance continuelle,
firent découvrir à onze heures du foir, qu'une embarcation venait vers le Pégafe,
qui lui tira deux coups de canon, auxquels la batterie en ajouta fix. Alors
cette voile prit la fuite, & l'on fut le lendemain , lorfqu'il arriva un détachement de canonniers envoyé du Môle par M. de la Valtière, commandant de
cette ville, que cette embarcation était la barque paffagère du M6le, capitaine
la Valette, qui avait couru les plus grands rifques 1 par la réception inattendue
qu'on lui avait faite, mais qui prouvait, au furplus, le zèle dont on était
animé.
Le 29Septembre 1780 au matin, la frégate l'Atalante, convoyant trois bâtimens
qui portaient 400 hommes de troupes efpagnoles à la Havane, fut rencontrée
deux vaiffeaux de gucrre anglais, à environ une lieue fous le vent de la
par batterie de Jean-Rabel. M. de la Faye qui commandait cette frégate, à bord
de laquelle était M. le marquis de Saint-Simon, ayant fait à fon convoi
figual Ide prendre le parti qu'il croirait le plus convenable & tachant d'échapper lui-même, ,M. Cougnacq, fous-lieutenant des canonniers, qui fe trouvait
de garde à Jean-Rabel, fit tirer l'alarme, à laquelle on dût bientôt M. Defmé
Desjoutières, M. Thiercelin & vingt - cinq miliciens. Mais les ennemis avaient déjà forcé deux bâtimens à faire côte hors de la portée du
canon de la batterie &: ils manccuvrerent pour enlever le Lion , qui avait gagné
-même, ,M. Cougnacq, fous-lieutenant des canonniers, qui fe trouvait
de garde à Jean-Rabel, fit tirer l'alarme, à laquelle on dût bientôt M. Defmé
Desjoutières, M. Thiercelin & vingt - cinq miliciens. Mais les ennemis avaient déjà forcé deux bâtimens à faire côte hors de la portée du
canon de la batterie &: ils manccuvrerent pour enlever le Lion , qui avait gagné --- Page 35 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 21
le mouillage. Le vaiffeau le plus proche vint à deux reprifes canonner la
batterie , d'oà on lui ripolia de manière à le forcer de s'en éloigner. Comme
il avait gouverné vers l'autre vaifieau & qu'ils paraiffaient délibérer, on profta de cet inftant pour faire débarquer les troupes efpagnoles 1 qui étaient fous
les ordres de M. le chevalier de Boullies, lieutenant-colonel.
Alors les vaifleaux mirent leurs chaloupes à la mer pour envoyer brûler
les deux bâtimens échoués. M.. Desjoutières détacha vingt Français & autant
d'Eipagnols, fous les ordres de M. Cougnacq, pour s'oppofer à ce projet ;
mais une brife fraiche en favorifa l'exécution. Les vaiffeaux voulant enfuite
protéger une defcente au même point, ils fe mirent à balayer la côte à mitraille
& leurs chaloupes atteignaient déjà le rivage 2 lorfqu'un feu très-vif de la
moufqueterie des Français &c l'apparition de cinquante Efpagnols, envoyés de
plus, quoiqu'ils n'euflent point d'armes, firent renoncer à toute entreprife.
MM. Thiercelin 8c Cougnacq fe diftinguèrent dans cette occafion 8c l'on accorda
de juftes éloges à M. Datty, chevalier de Saint-Louis, qui, retiré du commandement de la paroiffe 3 vint à la batteric donner un utile &x louable exemple,
que M. Desjoutières fon fuccelfeur, feconda conftamment.
Ces faits prouvent l'utilité du mouillage de Jean-Rabel & furtout de la
batterie 7 qui en fait un lieu de retraite auffi fir, graces au dévouement de
la milice de cette paroifle, compofée d'environ 300 perfonnes, dont il y a plus
de la moitié d'affranchis.
A Pembarcadère de Jean-Rabel, qui correfpond à fon mouillage 1 il y a dix
ou douze batimens qui font autant de magalins ou d'entrepôts appartenant à
divers habitans 1 ou aux propriétaires des deux paffagers 1 qui tranfportent les
denrées au Cap 8c qui en rapportent des provifions 2 des inftrumens de culture, &tc. &c.
On compte une lieue deux ticrs depuis l'embouchure dc la rivière de JeanRabel, jufqu'à Fembouchure de la rivière des Côtes de Fer, qui eft la limité
Occidentale de la paroiffe & dont le nom peint bien la nature de la côté qu'on
trouve dans cet efpace.
C'eft à une demi-lieue en remontant cette rivière, qu'eft le point où le grand
chemin du Port-de-Paix au Môle la traverfe. Il y a aufli dès chemins direêts de Jean-Rabel au Port-à-Piment 8t à Bombardopolis.
Du Port-à-lEcu, Ia côte court à POueft , jufqu'à la pointe de Jcan-Rabel,
paroiffe & dont le nom peint bien la nature de la côté qu'on
trouve dans cet efpace.
C'eft à une demi-lieue en remontant cette rivière, qu'eft le point où le grand
chemin du Port-de-Paix au Môle la traverfe. Il y a aufli dès chemins direêts de Jean-Rabel au Port-à-Piment 8t à Bombardopolis.
Du Port-à-lEcu, Ia côte court à POueft , jufqu'à la pointe de Jcan-Rabel, --- Page 36 ---
22 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ci elle commence à furmer un grand enfoncement dans le Sud, jufqu'à la
puinte de la prefqu'lle du Mele. Près de cette côte les courans portent à
terre; à dcux licues au lerge ils portent cummunément au Nord-Ff.
La population de la parciffe de Jean-Rabel eft d'environ 800 Blancs, près
ce 400 Affranchis 8c environ 9,000 Efclaves.
On compte de Jean-Rabel,
Au Port-de-Paix.
12 lieucs.
Au Pert-à-Piment .
IO
Au Môle
IO
On a confié, en 1788, à M. Sauvalle, habitant de la plaine de JeanRabel, des plantes & des graines de PInde ; ces effais multipliés à des points
différens nous éclaireront, fans doute, fur des traniplantations dont on attend
de grands avantages.
XXIIL
PAROISSE DU MÔLE SAINT-NICOLAS
EN voyant le mot de Môle Saint - Nicolas, plufieurs idées s'éveillent,
fans doute, tout à la fois dans l'efprit de mon Le@teur & fa curiofité attend
des détails circonfanciés fur un lieu que l'on a été jufqu'à appeler quelquefois le Gibraltar du Nouveau-Monde; fon attente ne fera pas trompée.
Chriftophe Colomb ayant découvert le II Octobre 1492, l'une des Ifles
Lucayes, où il débarqua & à laquelle il avait donné le nom de San-Salvader,
& l'exiftence d'une nouvelle partie du monde étant ainfi conftatée, il continua
fa route & aborda le 28 à Baracoa, dans PIfle de Cube. Les Infulaires lui
ayant indiqué PER, comme la direétion d'une terre où l'or fe trouvait en
abondance, 2 il remit à la voile le 4 Décembre, fe trouva près d'Haiti le 5
& entra le 6 dans un port qu'il nomma 3 ainfi que le cap qui en forme l'entrée
au Sud, du nom de Saint-Nicolas, patron de ce jour.
C'eft donc le Port Saint-Nicolas, 2 que fa configuration a fait appeler depuis le
Môle Saint- Niculas, qui a reçu l'empreinte des premiers pas que les Europcens
fe trouvait en
abondance, 2 il remit à la voile le 4 Décembre, fe trouva près d'Haiti le 5
& entra le 6 dans un port qu'il nomma 3 ainfi que le cap qui en forme l'entrée
au Sud, du nom de Saint-Nicolas, patron de ce jour.
C'eft donc le Port Saint-Nicolas, 2 que fa configuration a fait appeler depuis le
Môle Saint- Niculas, qui a reçu l'empreinte des premiers pas que les Europcens --- Page 37 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 23
ont fait dans PIlc Saint - Domingue. Ce titre, qui en eft un de gloire, 1
n encore été renouvellé lorfqu'à fon fecond voyage, Colomb, partant du
port d'Ifabelle avec un navire & deux chaloupes, le 24 Avril 1494, pour
aller s'affurer, en paffant dans le Sud-Oueft de Cube, fi celle-ci était une
ile, vint mouiller au Môlc Saint-Nicolas le 29 , époque qui précéda de quatre
jours la découverte qu'il fit de l'Ifle de la Jamaique.
Pendant un fiècle &c demi que les Efpagnols demeurèrent tranquilles poffeffeurs
de Saint-Domingue, le Môle ne fut connu que par fon port, & ce dernier
n'eut lui-même d'autre utilité que celle d'offrir une relâche fire.
Les Français enfin affociés à la pofleflion de cette Iile magnifique ne
virent pas le Môle fous d'autres rapports, 8c quand il devint néceflaire d'établir
une communication entre les établiflemens du Port-de-Paix 8c ceux du Cul
de Sac, le Môle ne fut compté que comme un obltacle & comme un danger:
comme un obltacle, parce que l'aridité de fon fol 8c de celui de fes environs
repouffant les Colons, qui avaient à choifir entre les terres lcs plus fertiles
de la Colonie. , il devenait impoflible d'y avoir des chemins : comme un danger,
parce que fon port, ainfi ifolé, était l'afile continuel des bâtimens ennemis
ou des pirates, qui rendaient la voie maritime très-hafardeufe,
On fit donc une efpèce de fentier qui conduifait direétement du Port-dePaix au Port-à-Piment, C'eft par fon moyen que M. de Galiffet, gouverneur
de la Colonie par interim, apprenant dans le premier de ces deux endroits
qu'un navire forban appelé le Neptune 8c armé de 160 hommes, était mouillé
au Môle, fe décida à s'acheminer vers Léogane 1 le 14 Novembre 1701.
Il n'y arriva,. cependant, qu'après avoir féjourné treize jours dans le bois
du Port-à-Piment, parce que la barque qui avait dû venir du Port-de-Paix
l'y prendre, pourfuivie par le forban, gagna Léogane 2 & que le gouverneur, après cette longuc attente, fut obligé de fe confier à un mauvais
canot 3 qui lui fit courir fréquemment le rifque d'être noyé.
La culture qui s'étendit enfuite jufqu'à Jean-Rabel, n'eflaya point de
combattre l'infertilité du Môle, & l'on s'était accoutumé à croire que ce
point de la Colonie était voué à l'inutilité, lorfqu'en 1733, & au moment
où M. de Fayet, gouverneur-genéral (qui débarquait à peine ), écrivait au
Miniftre qu'il fallait en combler le port &c faire tout pour le Petit-Goave,
M. Duclos, alors intendant, marquait de fon côté, que tout voulait que le
re l'infertilité du Môle, & l'on s'était accoutumé à croire que ce
point de la Colonie était voué à l'inutilité, lorfqu'en 1733, & au moment
où M. de Fayet, gouverneur-genéral (qui débarquait à peine ), écrivait au
Miniftre qu'il fallait en combler le port &c faire tout pour le Petit-Goave,
M. Duclos, alors intendant, marquait de fon côté, que tout voulait que le --- Page 38 ---
DESCRIPTIO N DE LA P A R TIE
Mele fit la capitale de la Colonic. Le Miniftre, que cette diverfité d'opiniuns dût néceflairement embarraffer, confulta M. de la Rochalard, l'un des
prédéccffeurs de M. Fayct, qui répordit que les dérenfes déjà faites au
Petit-Gcave devaient centraindre à en faire la capitale. & qui laifa entendre
qu'il agréait affez Pidée de combler le port du Môle.
Lc Miniltre, qui avait héfité entre un geuverneur-général à fon début &
un intendant appuyé par quinze ans de réfidence dans la Cokonie 2 avec dif
férentes fenêtions, ne dût être que guères moins incertain après Popinion
dc M. de la Rochalard > précifément parce que cet officier avait gouverné
la Colonie pendant huit années. Il parait, cependant,qu'il chercha à concilier
l'avis des deux chefs, puifqu'il penfa avec M. de Fayet, que le PetitGoave devait être préféré pour une capitale, &c avec M. Duclos, que le
Mole méritait qu'on le confidérât comme une clef de la Colotie. Il ordonna
en conféquence, le 24 Mai 1734, de rendre le Môle refpe@table.
M. de Fayet fe contenta de promettre qu'il vifiterait préalablement le
Mole, & à fa mort, arrivée en 1737 1 les ordres du rci n'avaient reçu
aucune exécution. Puis Larnage & Maillart décidèrent fi pofitivement le
12 Mars 1740, qu'tl était impoffible d'avoir même un bourg au Môle,
qu'à la fin du mois de Juin 1745, lorfque M. de l'Etenduère, 2 alant du
Cap au Petit-Goave, fit entrer une frégate dans ce port, elle y trouva &c
y prit quatre corfaires anglais qui y carenaient, comme dans un lieu dont
l'Angleterre avait une longue poffeflion
Après neuf nouvelles années d'infouciance, M. Hervier, commandant le
bateau du roi l'Aigle, fous les ordres de M. de la Cardonie, donna le 6 Juin
1754, au minittère, un mémoire très-détaillé fur les avantages nautiques
du Môle. M. Perrier, chef d'efcadre, qui avait eu auffi l'occafion de s'en
convaincre, fournit un mémoire en 1756; mais le gouvernement demeura
encore irréfolu, cet égard, quatre ans après cette époque.
Enfin le 4: Avril 1760, le Miniftre écrivit aux Adminiftrateurs, que
l'importance du Méle voulait qu'on l'établit, & que pnifque le fol n'y attirait pas les habitans, il fallait les y appeler par des encouragemens en
vivres & en munitions, 8 même y. joindre une exemption temporaire d'impôts. Le Miniftre regrettait qu'en eût rejetté les offres que M. Monet, capitaine
des milices & habitant à Leugaue, avait faite à MM. Dubois de la Motte &
Lapurte
l'importance du Méle voulait qu'on l'établit, & que pnifque le fol n'y attirait pas les habitans, il fallait les y appeler par des encouragemens en
vivres & en munitions, 8 même y. joindre une exemption temporaire d'impôts. Le Miniftre regrettait qu'en eût rejetté les offres que M. Monet, capitaine
des milices & habitant à Leugaue, avait faite à MM. Dubois de la Motte &
Lapurte --- Page 39 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Laperte Lalanne (en 1752), d'aller s'y établir avec plufieurs habitans qu'il
avait raffemblés, fi on leur donnait des fecours 8c à lui le titre de commandant
du Môle; il reccmmandait de chercher M. Monet & fes ccmpagnens & d'ajouter
encore , en leur faveur 7 la faculté de chaffer, 9 de pècher & de prendre des bois
dans l'Ifle la Tortue.
La Colonie était trep malheureufe alors , pour qu'on pût fuivre un projet
de cctte nature, &, comme le miniftre l'avait prévu lui-mème, il fallut
renvoyer à la paix toutes les vues fur le Môle., devant lequel fe fit, le
27 Mai 1762, la réunion des forces anglailes 1 fous les ordres de Sir James
Douglas & qui venaient de conquérir la Martinique, avec Pefcadre de
l'amiral Pocock, enveyée d'Angleterre , & portant des troupes commandées
par milord Albemarle. Il fe trouva ainfi à la vue de ce port 3 entre lequel &
Jean-Rabel l'efcadre venue de la Martinique avait croifé depuis le I5 Mai
répendant l'effroi dans toute la Colonie, dix-reuf vaiffeaux de ligne, dixhuit frégates & cent cinquante tranfports, qui allèrent à la Havane, dont
un nouveau renfort de quatre mille hommes du Continent anglais de l'Amérique
Septentrionale, affura la prife.
A la paiz, arrivée en 1763, le gouvernement fit dans l'adminiftration
de la Colonie, des changemens confignés dans un réglement du 24 Mars
1763 8 8c adopta , en outre 7 une mefure particulière, Ce fut d'y envoyer M,
de Beauval, miniftre du roi auprès du duc de Deux -
&
Ponts, qui connaiffait Saint-Domingue 2 pour prendre des informations fur l'état moral &
phyfique de cette Colonie, & recevoir ou exiger les renfeignemens les
précis fur toutes les parties de P'adminiftration, même fur le caraétère plus
fonnel des agens de cette
peradminifiration 9 ce qui lui donnait réellement les
fonétions d'un infpeceur-général. Comme la miflion ne comprenait
feu.
lement le préfent 1 le Môle qui était tout entier dans l'avenir , fut fpécialement pas
indiqué à l'examen de M. de Beauval.
Accompagné de M. du Moulceau, depuis dire@teur-général des fortifications
par lequel il avait demandé au miniftre d'être fecondé dans fes tournées, M. 9
de Beauval partit du Cap, le 26 Décembre 1763, & fe rendit au Môle.
M. Petit, capitaine de port au Cap, vint aufli en relever toute la côte &
(*) V. Loix & Confitutions des Ifles fous le Vent; tom. 4, page 538.
Tome II,
D
M. du Moulceau, depuis dire@teur-général des fortifications
par lequel il avait demandé au miniftre d'être fecondé dans fes tournées, M. 9
de Beauval partit du Cap, le 26 Décembre 1763, & fe rendit au Môle.
M. Petit, capitaine de port au Cap, vint aufli en relever toute la côte &
(*) V. Loix & Confitutions des Ifles fous le Vent; tom. 4, page 538.
Tome II,
D --- Page 40 ---
DE LA PART IE
26 DESCRIPTION
prendre toutes les fondes, avec un zèle &c une intelligence digne d'éloges :
alors le fort du Môle fut fixé. On chercha M. Monet & on le défigna, 9
ainfi queM. Chicoyneau. 1 pour être les chefs du nouvel établillement 1 dont
M. Saltoris, écrivain de la Marine, devint le direêteur, & des événemens
étrangers à Saint-Domingue, lui donnèrent de nouveaux Colons.
D'infortunés Acadiens 1 que les promefles ni les menaces n'avaient pà
porter à renoncer au nom de Français, furent envoyés de la Métropole où
ils s'étaient réfugiés, à Saint - Domingue par le miniftre qui en fit pafler
aufli dans d'autres Colonies. Cette circonftance qui coincidait avec le projet
fur le Môle , détermina M. le chevalier de Montreuil &c M. de Clugnyà
les envoyer. Les premiers partirent du Cap, le 31 Janvier 1764, fur
le vaiffeau y
le François, commandé par M. le chevalier de Queux.
Deux arpenteurs ayant opéré, les Adminifrateurs, par une ordonnance du
Avril fuivant, réunirent au domaine du roi, tous les terrains du Môle,
30 de Henne & des Sources, & le fort diftribua un lot de dix carreaux à chaque
famille Acadienne.
A la même époque, les Acadiens 1 déjà au nombre de 400 & auxquels
on donnait une ration, eurent des outils. On avait fait paffer les matériaux
néceffaires
conftruire un magafin deftiné aux vivres & aux effets, un
hôpital & des pour logemens pour les officiers de fanté. Outre M. de Saltoris 3
on y avait mis un garde-magafin; & un prêtre était chargé de répandre les
confolations parmi ces hommes , à qui l'amour de la Patrie avait fait fuir la
terre qu'ils avaient adoptée pour la leur tant qu'elle avait été françaife.
La rivière du M6le, dont les eaux fe perdaient à environ trois quarts de
lieue du rivage, vint les mêler à celles du port où elles affurèrent encore
le fecours d'une aiguade pour les vaiffeaux. Les habitans de la paroiffe de
Jean-Rabel firent faire un chemin, qui forma entre leur bourg & le Môle, une
ntile communication. On chercha enfuite à augmenter cette peuplade.
Des familles françaifes 1 anciennement établies dans l'Acadie 1 y étaient
demeurées depuis Ie traité d'Utrecht, fous les conditions de la neutralité.
Mais la guerre arrivée en 1756,entre la France & l'Angleterre 2 donna
à celle - ci l'idée de les forcer à porter les armes contre leur patrie.
Nul Acadien ne voulut foufcrire à cette infamie &c ce fentiment, fi beau en foi,
ne leur attira de la part des Anglais, qu'une déportation, qui répandit en-
ie 1 y étaient
demeurées depuis Ie traité d'Utrecht, fous les conditions de la neutralité.
Mais la guerre arrivée en 1756,entre la France & l'Angleterre 2 donna
à celle - ci l'idée de les forcer à porter les armes contre leur patrie.
Nul Acadien ne voulut foufcrire à cette infamie &c ce fentiment, fi beau en foi,
ne leur attira de la part des Anglais, qu'une déportation, qui répandit en- --- Page 41 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOINGUE,
viron douze mille de ces individus, de tout âge & de tout fexe 1 fur les côtes
de la Penfylvanie, de la Caroline & de la Virginie.
Il était bien jufte que le fort de tant de victimes attirât l'attention 7 j'ai
prefque dit la reconnaiffance de la France. Le gouvernement s'en occupa &c
fes ordres produifirent, , le 24 Juin 1764, un marché entre les Adminiftrateurs de Saint-Domingue &c un négociant de New- York, appelé Anfon, qui
fe trouvait dans la Colonie 1 pour tranfporter au Môle ceux d'entre les Acadiens
qui voudraient s'y rendre , &c pour y fournir 73 maifons deftinées à leur établiffement. M. d'Eftaing adrefla le 26, une invitation à ceux de New- York,
en leur promettant du terrain &c une exiftence affurée 9 jufqu'à ce qu'ils
puffent fe la procurer eux-mèmes. Il en vint fuccellivement 418 à SaintDomingue.
Malheureufement on s'occupait plus d'avoir des Colons, que de s'affurer
fi tous les moyens conçus pour rendre leur fituation heureufe, étaient effectués. Dès le mois de Juillet 1764, M. d'Eftaing jufqu'auquel les cris des
Acadiens étaient parvenus 1 fe tranfporta au Môle, &c y trouva des hommes
épars 3 fans abri, mourant en grand nombre fous des buiflons, abondamment
pourvus de bifcuit & de vivres falés qu'ils ne pouvaient manger 1 ainfi que
d'outils dont ils n'étaient pas en état de fe fervir, &c maudiffant une exiftence,
que fans le zèle infatigable, les talens 1 l'humanité & le défintéreffement de
M. Belloc, médecin, 9 ils auraient tous perdue.
Tous les employés du roi étaient également malades. Dans cette occurrence M. d'Eftaing fit choix d'un patron de barque, nommé Salomon 2
accoutumé à ne fe rebuter de rien, rempli de cette énergie un peu farouche
qui combat. le découragement avec efficacité ; fon exemple produifit des défrichemens, un hôpital &c des cafes de première néceffité.
Le 2 Août; ; c'eft-à-dire au même inftant, le miniftre écrivait aux Admiftrateurs, quele roi, pour augmenter la population blanche de Saint-Domingue, y
faifait paffer 2,470 Allemands, 3 qui avaient demandé cette deftination , au
lieu de celle de Cayenne qu'on leur avait d'abord donnée 1 & qu'ils feraient
envoyés avec des outils, des habillemens & un approvifionnement de vivres.
Ils arrivèrent en effet au Cap au mois de Novembre & de Décembre fuivant, fans que les Adminiftrateurs en euflent reçu l'avis, & le Leéteuravu
dans la Defcription de Sainte-Rofe & du Dondon, que des Allemands, qui
D2
tination , au
lieu de celle de Cayenne qu'on leur avait d'abord donnée 1 & qu'ils feraient
envoyés avec des outils, des habillemens & un approvifionnement de vivres.
Ils arrivèrent en effet au Cap au mois de Novembre & de Décembre fuivant, fans que les Adminiftrateurs en euflent reçu l'avis, & le Leéteuravu
dans la Defcription de Sainte-Rofe & du Dondon, que des Allemands, qui
D2 --- Page 42 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
arriverent alors de Cayenne * furent cantennés dans ces deux paroiffes. On
y mit andi un très-petit nembre de ceux venus de France ; tout Ie refte
fut envoyé au Mole cà ceux échappés à la mortalité à Sainte-Rofe & au
Dondea, ne tardèrent pes à les aller juindre > mais cépendant après que
154 nègres, achetés par le roi; eurent préparé dès cafes, afin de les mettre
à couvert.
Pour tâcher d'égaler les reflources aux befoins, les deus Adminiftrateurs
déclarèrent le it Novembre, > que le port du Mole ferait exempt de toute
perception de droit d'octroi pendant un an 1 foit pour les nationaux, foit
pour les étrangers ; mais la défapprobation du miniftre fit abréger ce terme.
M. d'Eftaing àvérti que le chef Salomon s'écartait du plan qui lui avait
été tracé, imagina de nommer direcheur-général du Môle,M. Aublet, botanifte, venu de Cayenne à Saint : Dominguel chercher une occafion pour
France. Il lui délégua fur cet établiflement l'autorité que lui-même tenait
du roi: ee font du moins les termes de fa commiflion, datée du 21 Décembre , qui foumettait tout au naturalifte, même la garnifon du M6le 7
compofée d'un détachement du régiment de Quercy.
Aublet convaincu que la culture dont le Môle eft fufceptible peut-à-peine
s'étendre au jardinage, fat d'avis d'accéder àla demande des Acadiens, qui, 7
redoutantles ravages déjà cruels pour eux d'une température trop chaude, voulaient aller à la Louifiane. Onenf fitp partir d'abord 231 qui allèrent commencer
les établiflemens des Appelouffas & des Attakapas. à 60 ou 80 lieues dans
l'Oueft de la Nouvelle - Orléans, & un autre le long de la rive droite du
Mififlipi, au-defus du Quartier des Allemands. Aublet fépara enfuite les
Allemands des Acadiens qui reftaient ; il forma, avec ces derniers, Bombardopolis, & en mit une peuplade à la Plate-Forme & une autre à la baie de
Henne.
Mais le botanifte,qui avait quelquefois des idées un peu étrengères à l'adminiftration & des formes auxquelles P'habitude n'avait pas plié tous ceux
auxquels il commandait 1 mécontenta affez pour fe dégodter lui-mème de fes
fonêtions ; il fe démit, & M. d'Eftaing nomma alors pour commandant du
Môle, M. Polchet, ingénicurd'un grand mérite, & capable d'une commiffion
encore difficile à caufe de tous les obftacles qui reftaient à vaincre, quoique
M. d'Efning cut Ete obligé de confentir à envoyer de plus à la Louifiane 300
ceux
auxquels il commandait 1 mécontenta affez pour fe dégodter lui-mème de fes
fonêtions ; il fe démit, & M. d'Eftaing nomma alors pour commandant du
Môle, M. Polchet, ingénicurd'un grand mérite, & capable d'une commiffion
encore difficile à caufe de tous les obftacles qui reftaient à vaincre, quoique
M. d'Efning cut Ete obligé de confentir à envoyer de plus à la Louifiane 300 --- Page 43 ---
FRANÇAISE DE S AII N T-DO MINGUE 29
Acadicns 7 à qui les chaleurs de Saint. - Domingue avaient ravi tout leur
courage.
Au moyen des nègres du roi, que M. de Polchet dirigea, les routes de
communication du Môle avec Bombardopolis & la Plate-Forme s'ouvrirent ;
on conftruifit des briqueteries & des fours à chaux; & au mois de Septembre
1765, tous les habitans étaient logés convenablement dans des maifons appartenantes au roi 3 des cazernes allaient être prêtes pour les officiers & les
foldatsd'un bataillon & deux magafins de cent cinquante pieds pour des rechanges
d'apparaux. M. Duportal ne tarda pas à y aller faire commencer les
premiers ouvrages de fortifications, fauf à attendre, pour ceux qui embraffaient
l'enfemble du Môle 8c fes rapports généraux avec la Colonie., l'approbation
que le miniftre donna le 24 Juin 1767.
Ces fuccès étaient allez pénibles, & la difficulté d'acclimater les Acadiens
affez prononcée, pour qu'au mois de Janvier 1766, M. d'Efaing, infruit par
des lettres du miniftre, que M. Paluel de Marmon 1 qui les lui envoyait des
Cayes, devait prendre fes ordres pour aller chercher encore des Acadiens dans
l'Amérique Septentrionale anglaife, jugeât à propos de n'en pas donner.
Le 15 Mai fuivant, on récapitula la dépenfe que les Allemands &c les Acadiens avaient caufées. 9 & l'on trouva qu'elle s'élevait à 2,170,344 livres de la
Colonie. Le Môle avait le même jour pour population, 147 officiers ou employés
du roi, 387 Acadiens, 106 hommes des régimens de Quercy, de Forêz &
d'Angoumois 1 & 189 nègrcs appartenans au roi.
On pouvait donc dire, avec raifon, que tout ce qui exiftait alors au
M6le , vrai défert 28 mcis auparavant, & oû l'on trouvait un établiflement déjà défendu par 52 pièces de canon, appartenait fans exception
à P'État. Il avait fallu y créér tout & fuppléer le tems par l'argent, & ce
ferait manquer à la juftice, que de laiffer paffer cette occafion, fans dire que
perfonne n'a autant fait pour l'exiftence civile & politique du Môle que M.
le comte d'Eftaing 3 qui ne voulut cependant pas fouffrir que fon nom, fubftitué
par M. Aublet à celui de ce lieu, exprima la gratitude de fes habitans.
C'eft encore à fon influence qu'en eft redevable de l'arrêt du Cenfeil d'État
duroi du 29 Juillet 1767, qui fitdu Mole un entrepôt, où les bâtimens étrangers avaient la permiflion d'apporter des bois de toute cfpèce; des animaux
vivans, 1 des cuirs & des pelleteries, cic la réfine & du goudron, bienfait qui,
à celui de ce lieu, exprima la gratitude de fes habitans.
C'eft encore à fon influence qu'en eft redevable de l'arrêt du Cenfeil d'État
duroi du 29 Juillet 1767, qui fitdu Mole un entrepôt, où les bâtimens étrangers avaient la permiflion d'apporter des bois de toute cfpèce; des animaux
vivans, 1 des cuirs & des pelleteries, cic la réfine & du goudron, bienfait qui, --- Page 44 ---
DESCRIPTIO N DE LA PAR TI I E
àla Colcnie plufieurs chofes de néceffité première, annonçait au
en pracurant
Môle un commerce propre à le vivifier.
Un édit du mois d'Août fuivant, y avait ajouté une Amirauté pour le Môle
particulièrement; mais l'impoflibilité que le produit de ce tribunal nourrit fes
officiers 1 a même été caufe qu'elle n'en a jamais eu.
A la fin de 1767 &c dans le cours des deux années fuivantes', on s'occupa des
fortifications générales du Môle, pour lefquelles & pour celles du Port-au
Prince 1 le roi fit acheter des nègres à Gorée. Mais M. de Nolivos, gouverneur-général de la Colonie où il arriva au mois de Février 1770, étant
allé viliter ces travaux, il écrivit au miniftre le 26 Août, que l'idée fur
laquelle était fondée tout le fyftème de défenfe de M. Duportal ; c'eft-àdire, que les vents ne régnaient jamais de la partie de I'Oueft dans ce
port, était démentie par l'obfervation : que dès lors le plan arrêté voulait
des changemens ; en conféquence M. de Nolivos propofa une réduétion cn
argent, en hommes 8 en tems. Le miniftre adopta fon avis le I", Avril
1771, & le gouverneur preferivit les nouvelles mefures.
M. de Vallière, fuccefleur de M. de Nolivos, étant venu prendre le
commandement de Saint-Domingue au mois d'Avril 1772, il ne tarda pas
à aller au Môle. I fut du fentiment de M. de Nolivos fur le fyftème de
M. Duportal; mais regardant le Môle fous un point de vue tout différent,
il y défira des bâtimens & des magafins pour un entrepôt de marine 5 qui
fourniraient de quoi radouber quatre vaifleaux, les carener & les virer en
quille au befoin; de là des propofitions nouvelles. Le miniftre, en réponie,
ordonna au gouverneur-général & à l'intendant, de fe concerter avec M. du
Moulceau, dire@teur-genéral des fortifications, & de délibérer encore avec
lui, fur tout ce qui tenait à la défenfe de la Colonie.
La mort enleva M. de Vallière, au mois d'Avril 1775, & au mois d'Août
arriva M. d'Ennery, qui, peu de jours après, alla au Môle. Il marqua
au miniftre, le 3 Septembre, que tout prefcrivait de conferver & de prctéger
déformais ce lieu contre les entreprifes qu'on pourrait y tenter, > pour faire fervir
fes propres reflources au détriment de notre navigation; ce qui ne comportait
pas, toutefois 2 un plan aufli vafte que celui de M. Duportal. Il ajouta
que le Môle n'avait pas un feul ouvrage entièrement achevé, fans même
en excepter la poudrière, dont il n'exiflait que les fondemens, & il propofa
deux nouvelles batteries.
prctéger
déformais ce lieu contre les entreprifes qu'on pourrait y tenter, > pour faire fervir
fes propres reflources au détriment de notre navigation; ce qui ne comportait
pas, toutefois 2 un plan aufli vafte que celui de M. Duportal. Il ajouta
que le Môle n'avait pas un feul ouvrage entièrement achevé, fans même
en excepter la poudrière, dont il n'exiflait que les fondemens, & il propofa
deux nouvelles batteries. --- Page 45 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGI U E. 31
Un ordre du roi du 15 Décembre, qui enjoignit à M. de Traverfay 1
capitaine de vaifleau, d'examiner , de concert avec M. d'Ennery, le Môle
fous tous les rapports néceffaires à un établiffement maritime, 3 fut la réponfe
àc cette lettre.
En 1776, M. d'Ennery 1 qui avait envoyé un projet d'ordonnance fur
la divifion des trois Parties de la Colonie , reçût celle du roi, du 20
Décembre fuivant, qui a mis le Quartier du Môle dans la Partie de l'Oueft.
Le miniftre en donna pour motifs, la réfidence du commandant de la Partie de
l'Oueft à Saint-Marc, qui le rapprochait plus du Môle, dont l'importance
pourrait exiger, 9 en tems de guerre, la préfence & les foins immédiats d'un
commandant en fecond.
A M. d'Ennery, , mort à la fin de 1776, faccéda M. d'Argout, ) qui,
avec M. de Vaivre, intendant, approuva des ouvrages nouveaux pour la
défenfe de l'entrée du Môle. Les travaux qu'ils occafionnèrent, ceux néceflaires pour terminer ce qui avait été ordonné précédemment : les réparations
& l'entretien du tout 9 occupèrent conftamment l'atelier des nègres du roi.
En 1780, le confeil de guerre prefcrit par le miniftre & dont j'ai parlé
à l'article du Cap Français, délibérant fur le Môle, eut un avis en quel.
que forte compofé de la réunion de différentes parties de celui de M.
Duportal & de celui de M. d'Eftaing, & qui fait du Môle, un point
de force terreftre &c maritime.
M. de Bellecombe > devenu gouverneur-général, 3 & ayant dans fes inftruétions l'approbation expreffe des vues de ce confeil de guerre fur le Môle,
voulut voir ce lieu & s'y rendit le Ier. Septembre 1782. Il approuva
plufieurs chofes, en défapprouva d'autres; contrôla l'opinion du confeil de
guerre, en ce qu'il n'avait réduit que de moitié & non pas des trois quarts,
la quantité d'hommes exigée par le plan de M. Duportal, & termina fa
lettre au miniftre, du 28 du même mois, en difant que tout était à faire
au Môle.
Le 15 Décembre, Ie même Adminiftrateur & fon collègue M. de Bongars
marquèrent au miniftre que la voie lente & difpendieufe de la régie 1 devait
ceffer pour les travaux du Môle, & ils appuyèrent fur la néceffité d'en
donner l'entreprife à M. Artau. Le miniftre envoya fon confentement à
cette mefure le 12 Juillet 1783. En conféquence M, Rabié, ingénieur cs
écembre, Ie même Adminiftrateur & fon collègue M. de Bongars
marquèrent au miniftre que la voie lente & difpendieufe de la régie 1 devait
ceffer pour les travaux du Môle, & ils appuyèrent fur la néceffité d'en
donner l'entreprife à M. Artau. Le miniftre envoya fon confentement à
cette mefure le 12 Juillet 1783. En conféquence M, Rabié, ingénieur cs --- Page 46 ---
N DE LA PARTIE
32 DESCRIPTION
chef de la partie da Nord, paffa au Cap, le 22 Décembre 1783, avec
cet entreprencur, un marché qui réglait le prix de chaque genre d'ouvrage.
Malgré cette fuéuation, cette incertitude centinuelie, le Méle fe confolidait
chaque jour , lorfque larrêt du Cenfeil d'État du 30 Août 1784, vint lui
porter un coup funefe, en interdifant fon port aux étrangers, auxquels cet
arrêt a ouvert ceux du Cap, du Port-au-Princs &c des Cayes.
Enfn, M. le marquis du Chilleau,nommé gouverneur-général en 1788 1
apees M. de la Luzerne & fous le miniftère actuel de ce, dernier, étant
au Môie, au mois de Mars (1789) 1 jugea qu'on devait fortifier la tête de
la prefqu'ile 3 &x l'exécution de cette idée adoptée à Verfailles, occupait MM.
de Peynier & de Marbois, Adminiftrateurs, & M. de la Merveillère,
dirc@teur-général des fortifications, au mois de Septembre, quand,
Cet hiftorique du Môle,qui peut, au befoin, fervir d'utile leçon pour
tout ce qu'on entreprend de lointain, montre çombien peut être dangéreufe
la faculté laiffée à chaque Adminiftrateur de changer à des plans qu'il ne
faudrait arrêter, qu'après avoir employé pour les former, ccmme pour les
examiner & les méditer, des hommes, d'un favoir tellement profond, qu'on
d'autré mérite que celui de concourir avec eux à en affurer
ne cherchât plus
l'exécution. On gouverne mal, furtout de deux mille lieues 7 lorfqu'on donne
ainfi le fecret de fa faibleffe.
Quant à mon propre plan, je l'aurai rempli, fi, par ces détails, j'ai
difpofé de Leateur a me fuivre dans ceux que j'ai encore à lui offrir, fur
l'état actuel d'un établifiement qui 8 déjà coûté pluficurs millions.
Le Môle 2 confidéré comme paroiffe >. a pour abornemens, d'après l'ordonnance du 17 Janvier 1784, rendue per les Adminiftrateurs: à PER,
les limites de la paroiffe de Jean-Rabel, depuis l'embouchure de la petite
rivière des Côtes-de-fer, jufqu,à la fource & ravine à Gallet : au Sud la
paroilfe de Bombarde, , dont elle eft féparée par le fecond banc qui conduit à Bombarde, paffant par la Croix., le Trou-aux-Oifeaux & chaflant
fous cette ligne de PEf à POueft : à lOueft & au Nord, la mer. L'étendue
comprife entre ces bornes 3 eft très-pen confidérable, ce qui indique affez,
que Pimportance du Môle eft dans fon port & dans les acceffoires en quelque
forte néceflaires à celui-ci.
La
dont elle eft féparée par le fecond banc qui conduit à Bombarde, paffant par la Croix., le Trou-aux-Oifeaux & chaflant
fous cette ligne de PEf à POueft : à lOueft & au Nord, la mer. L'étendue
comprife entre ces bornes 3 eft très-pen confidérable, ce qui indique affez,
que Pimportance du Môle eft dans fon port & dans les acceffoires en quelque
forte néceflaires à celui-ci.
La --- Page 47 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 33
de la baie du Môle, fituée à l'extrémité Occidentale de la pointe de terre
dont j'ai parlé plufieurs fois comme un prolongement Nord de PIfle 1 eft
formée par la pointe de la prefqu'ile du Môle & par le cap Saint - Nicolas.
Son ouverture, 1 qui fait face à POueft, & qui eft placée à environ vingtfix lieues dans le Sud-EA-quart-d'ER de la pointe de Maizy de PIle de
Cube, a 1,912 toifes & feulement 1,775 toifes, fi on ne la prend que
depuis l'anfe des Frères, qui eft dans le Sud de la pointe du Môle. La
profondeur de la baie jufqu'à la ville, eft de 2,212 toifes: : là commence le
port.
Celui-ci n'a que 550 toifes d'ouverture ; mais tournant au Sud-Eft-quartd'Eft, immédiatement après la ville, il acquiert jufqu'a environ 8go toifes
de largeur ; puis il fe rétrécit jufqu'à une efpèce de goulet 5 formé par
deux petits caps, 1 qui ne font plus qu'à 215 toifes de diftance Pun de l'autre;
ce goulet qui eft la naiffance du baflin, eft à enviren 780 toifes du commencement du' port.
Le balfin, dirigé au Nord-Nord-Fft un peu vers FEA, a environ 830
toifes, fur une largeur qui varie depuis 300 jufqu'à 180 toifes.
En fuivant, dans fori côté Septentrional, la baie qui 1 en ne diftinguant
aucune de fes parties 2 a environ 3,900 toifes de longueur, 5 on trouve à
435 toifes de l'anfé des Frères, l'anfe à Canon : puis 915 toifes entre
celle-ci & l'anfe à Bernier; environ 800 toifes de cette dernière à l'anfé
à Sable & environ 850 toifes de là au fond du baffin.
Depuis l'entrèe de Ta baie jufqu'à environ 1,800 toifes dans fon intél
rieuf, or ne trouvé point dé fond où Pon puiffe mouiller fur la côte du
Sud, tandis qu'à la côte Nord it y a mouillage, mais très - près
de la côte. Plus loin que ces 1,800 toifes, on peut mouiller par tout ,
furtout depuis la baie la Mahotière, & à 2 ou 300 toifes de I cête, 1
jufqu'au fond du ballin, où des vaifleaux du premier rang & en grand nom
bre, feraient, à toutes les époques, a' l'abri de tous' les vents.
La baie entièré du Môle eft couverte, au Nord', par la prefqu'ile, qui
commence à 4,360 toiles de l'embouchure de la rivière des Côtes-de-Fer,
limite commune des' paroifles de Jean-Rabel & du Molé. Cette prefqu'ile
eft jointe à la' grande terre par un plateau de roches uniés de 380 toifes
de longueur i fur 320 toifes de largeur & de moins de deux pieds de hauTome II.
E
.
La baie entièré du Môle eft couverte, au Nord', par la prefqu'ile, qui
commence à 4,360 toiles de l'embouchure de la rivière des Côtes-de-Fer,
limite commune des' paroifles de Jean-Rabel & du Molé. Cette prefqu'ile
eft jointe à la' grande terre par un plateau de roches uniés de 380 toifes
de longueur i fur 320 toifes de largeur & de moins de deux pieds de hauTome II.
E --- Page 48 ---
DESCRIPTIO N DE L. A PARTIE
teur au-deffus de la mer. Dans le trapèze irrégulier qu'elle forme &c qui
eft un véritable môle, elle a 3,200 toifes de longueur comptée en ligne
droite, ou 4300,f, en paffant par le Septentrion 7 on mefure fes bords
depuis fon étranglement jufqu'à fon extrémité Occidentale, qui porte le
nom de Môle & qui eft à 200 toifes dans le Nord de la pointe du Môle
où commence la baie. La plus grande largeur de la prefqu'ile eft d'environ 1,300 toifes.
jufqu'à la baie du Mole, eft de fer
Toute la côte, depuis Jean-Rabel
8 inabordable, &c celle Septentrionale de la prefqu'ile eft continuellement
battue par des lames violentes.
Le rivage de la prefqu'ile 9 qui a au-deffus de la mer une élévation qui
varie depuis cinq ou fix pieds jufqu'à vingt pieds, avec une largeur, qui
dans la face extérieure, n'excède jamais cent toifes, eft de fable. Puis audeffus de çe rivage fabloneux bordé de roches, eft une falaife ou un entablement abfolument femblable à celui que j'ai décrit à l'article de la Tortue.
Il eft compofé de rocs, mais plus généralement de tuf, & fa hauteur varie
depuis dix jufqu'à vingt toifes 3 & fa furface peut être évaluée à environ
6,000 toifes. Cette étendue a dans beaucoup d endroits un efcarpement prefqu'impraticable ; le fommet en eft aride & fans eau. Le bout Nord - Et
de cette falaife, d'oà l'on voit le collet de la prefqu'ile, eft plus élevé &
va fe terminer par un amphithéâtre plus rapide que celui du bout oppofs.
La péninfule du Môle forme un point de vue très-pittorelque & qui attire
dès
venant de PER par mer, on peut la diftinguer. Sa
les regards
qu'en
configuration captive la penfée de l'obfervateur, , quiy trouve l'analogie qu'elle
offre avec la Tortue 7 &c qui fe furprend, peut-être, à lui chercher des caufes
féduifantes par leur probabilité.
Un grand morne fe prolonge derrière le baflin, en laiffant entre lui &
la prefqu'ile, le col de celle-ci. Ce baflin ou cul de lampe, fufceptible de
les carenages les plus commodes, retire un grand avantage de
procurer
lintervalle, en quelque forte 1 plane de l'ifthme ; c'eft d'avoir le vent des deux
côtés, fans qu'il nuife à fa tranquillité : la mer n'y eft, pour ainfi dire >
qu'un étang, & des brifes réglées y entretiennent un air conftamment falubre.
Entre le fond du baflin & le morne qui le contourne , il y a un rivage
d'environ 50 toifes, dont la largeur s'augmente vers le goulet que j'aid déligné
alle, en quelque forte 1 plane de l'ifthme ; c'eft d'avoir le vent des deux
côtés, fans qu'il nuife à fa tranquillité : la mer n'y eft, pour ainfi dire >
qu'un étang, & des brifes réglées y entretiennent un air conftamment falubre.
Entre le fond du baflin & le morne qui le contourne , il y a un rivage
d'environ 50 toifes, dont la largeur s'augmente vers le goulet que j'aid déligné --- Page 49 ---
ERANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE 35
comme la fin du port ou l'entrée du baflin. L'extrémité Sud de ce goulet
purte le nom de pointe du Carenage; & la plage 1 qui y a IOO toifes, a
procuré l'emplacement d'un quai à carener. Cette plage centinue encore
après lc quai, mais en fc rétréciflant & en s'élevant, pour redefcendre enfuite & aller, 9 après avoir donné un local aux anciennes cazernes 7 fe réunir
au terrain de la ville, qui, elle-même, eft à 900 toifes de la Pointe du
Carenage.
La plus grande partie de la conmunication que forme la plage depuis l'ifthme
julqu'à la ville, eft bordée du côté du morne par un efcarpement naturel & à
pic 3 qui s'adoucit vers la ville &c qui, arrivé vers l'alignement de la dernière rue Sud - Oueft . tourne au Sud-Eft, redevient enfuite prefqu'auffi
perpendiculaire qu'auparavant, & forme l'un des deux côtés de la gorge 7
longue & étroite 2 qui fépare ce morne d'avec celui qui s'étend jufqu'au Capà-Foux.
La chûte rapide de ces deux mornes, ne laifle entr'eux qu'un efpace ,
qui, pendant une demi-lieue, varie depuis 4 toifes jufqu'à 40 de largeur.
Ce défilé, où coule la rivière du Môle qui n'eft qu'un ruiffeau, mais dont
l'eau eft excellente, eft lui-mème le feul chemin qui puiffe conduire à Bom.
barde &c au Môle. Après la demi-lieue, cette gorge s'élargit & devient une
petite plaine encaiffée, d'où l'on commence à monter la très-forte pente de
la favane aride du Môle ; puis entrant là fur le territoire de Bombarde, l'on
va par une montée continuelle 3 franchir le morne de la Vigie 2 après lequel
on s'élève jufqu'aux plaines où eft Bombardopolis.
La montagne du fond du baflin ou carenage 1 car on employe auffi ce
dernier nom, a, au tiers de fa pente, 7 le chemin par lequel Jean-Rabel
communique avec le Môle; mais 7 quoiqu'on l'ait élargi en 1771, il ne
peut fervir aux voitures qui viennent dans le fens de ce premier endroit,
que jufqu'au point qui correfpond à l'ifthme.
Le rivage de la prefqu'ile, depuis l'anfe à Sable jufqu'à fon extrémité
au Nord- Oueft, a un chemin facile ; la partie la plus Occidentale de la
falaife a auffi une communication qui parcourt fa largeur, & qui fert aux
batteries &c au corps-de-garde qu'on y a mis,
Le Sud de la baie eft formé par la chîte d'une montagne appelée le grand
gorne du Cap-à-Foux. Le premier arc qu'elle décrit du côté de la ville,
E 2
'ile, depuis l'anfe à Sable jufqu'à fon extrémité
au Nord- Oueft, a un chemin facile ; la partie la plus Occidentale de la
falaife a auffi une communication qui parcourt fa largeur, & qui fert aux
batteries &c au corps-de-garde qu'on y a mis,
Le Sud de la baie eft formé par la chîte d'une montagne appelée le grand
gorne du Cap-à-Foux. Le premier arc qu'elle décrit du côté de la ville,
E 2 --- Page 50 ---
36 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
eft appclé l'anfe la Mahotière. De celle - ci à la ville, c'eft-à-dire, dans
une difance de 460 toifes > le rivage va en s'abaiffant,& en fuivant des
fortifications qui lient la batterie Vallière avec le polygone; mais depuis
l'anfe la Mahotière jufqu'au Cap Saint-Nicolas la côte eft abfolument à pic.
Le morne Saint-Nicolas eft très : élevé. Étant formé de quatre falaifes
fucceflivement pofées l'une fur l'autre comme les gradins d'un autel, Qn a
pu pratiquer fur le bord que le premier gradin laifle à ce qu'on peut confidérer comme la bafe de tout ce maffif, un chemin qui conduit de_la ville
versle Cap-à-Foux, en fuivant la baie. Les moindres efcarpemens formeraient,
dans ce chemin 3 des barrières infurmontables, & qui ifoleraient totalement le
Cap Saint. t-Nicolas. Deux petits plateaux en amphithéâtre rechargent la pointe
de ce dernier; ils reffemblent à l'endroit de la pointe du Môle appelé les
Frères.
Le Leêteur fe convaincra mieux de la précifion &c de l'enfemble des remarques que je viens de lui donner fur la baie du Môle & fur les parties
terreftres qui la forme, en jettant les yeux fur deux grayures de mon Atlas,
dont l'une eft un plan géométrique de ce local, &c l'autre une perlpective
où la difpofition par efpèces de couches ou plate-formes, eft bien clairement
marquées dans la prefqu'ile & dans le morne Saint - Nicolas,
La ville du Môle, dont mon Atlas a aufli une Vue, & qui d'après les
obfervations de MM. de Verdun, de Borda & Pingré & celles de M. de
Puyfégur, toutes faites aux anciennes cazernes, a pour latitude 19 degrés,
49 minutes , 20 fecondes, & pour longitude, 75 degrés, 49 minutes 1 45
fecondes, eft fur le côté Méridional de la baie. Elle eft alignée du NordEf au Sud - Oueft, mais rétrécie vers le bas, attendu l'enfoncement du
port
vers le Sud-En-quan-d'EA, &c qui forme le mouillage. Placée dans un
vallon fabloneux d'environ 250 toifes de profondeur fur 300 toifes de largeur,
elle a, comme toutes les villes fituées fur un fol de cette nature, un afpeêt
trifte, auquel ajoutent encore 19 rues de foixante pieds de large, qui fe coupent
à angles droits & qui renferment 64 carrés de 20 toifes de face feulement
dans le bas de la ville, &c de 30 dans la partie fupérieure; & cinq emplacemens ou ilets, auxquels le parallélifme du rivage du Nord. - Ef a donné
une figure irréguliére. Ces rues, 2 laiffent voir un fol blanc dont les reflets
fatiguent la vue & d'ou s'élèvent des nuages de pouflière au moindre vent.
à angles droits & qui renferment 64 carrés de 20 toifes de face feulement
dans le bas de la ville, &c de 30 dans la partie fupérieure; & cinq emplacemens ou ilets, auxquels le parallélifme du rivage du Nord. - Ef a donné
une figure irréguliére. Ces rues, 2 laiffent voir un fol blanc dont les reflets
fatiguent la vue & d'ou s'élèvent des nuages de pouflière au moindre vent. --- Page 51 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 37
II femble que des maifons , conftruites fur une plage toute de fable., n'y foient
pas réellement fixées, mais feulement pofées, & leur enfemble, qui a quelque chofe dont l'efprit eft prefque choqué, ne rappele jamais qu'un campement.
Tout ce qui environne la ville du Môle concourt encore à lui donner ce
coup-d'cil fombre 3 & on le conçoit aifément, d'après ce que j'ai dit de
l'enceinte montueufe de la baie 2 qu'on ne remarque qu'à caufe de fon extrême aridité & des roches caicaires qui s'y montrent de toute part. L'étranger
qui entrerait dans ce port, ferait donc teaté de demander comment on a pu
concevoir l'idée d'habiter un pareil féjour, fi des batteries établies, , prefqu'à
chaque point 3 ne l'avertiffaient pas que ce lieu a une importance militaire >
créatrice de tous fes établiflemens.
Les maifons du Môle font de bois, à l'exception de quelques-unes qu'on
voit dans la Grande rue &z qui font de pierres. Ces maifons ont communément
un premier étage, au - devant duquel, fur la rue, on pratique des galeries
ouvertes qui les garantillent de l'aétion du foleil. Leur couverture eft d'effentes. II en eft au fommet defquelles on a ménagé une efpèce de petit
belvédère 3 bordé d'un fimple balcon de fer. Quand on fait que la plupart
de ces maifons ont été achetées toutes faites aux États - Unis
on
d'Amérique 2
déplore la perte du Canada & l'étrange ceflion de la Louifiane.
La ville a, vers fon bout Oueft, une place de 65 toifes en carré, appelée
la place-d'armes. Des arbres forment une allée fur chacune de fes faces ;
dans un de ces points eft le marché.
L'églife, en rotonde, dédiée à Saint - Charles - Borromée, l'un des
trons de M. d'Efaing, eft dans le carré Oueft de cette place ; le prefbitère pal'avoifine. A l'angle Nord eft la maifon qui a été confiruite pour loger le
commandant du Môle & que, pour cette raifon, on nomme le gouvernement.
On y voit auffi un corps-de-garde.
L'eau circule fur trois des côtés de Ia place & dans les rues du Môle,
au moyen de petits canaux. Chaque maifon a une portion de cette eau pour
fes ufages particuliers. On ne la prend cependant pas pour boire, car l'on
aime mieux l'envoyer chercher à quelque diftance dans la rivière même
& la faire tranfporter par des ânes, que cette habitude multiplie au Môle, 9
d'une manière quelquefois fatigante pour les oreilles, quoique les nègres
prétendent que la nuit, leur braiment peut fervir d'horloge. Mais l'cau de
. Chaque maifon a une portion de cette eau pour
fes ufages particuliers. On ne la prend cependant pas pour boire, car l'on
aime mieux l'envoyer chercher à quelque diftance dans la rivière même
& la faire tranfporter par des ânes, que cette habitude multiplie au Môle, 9
d'une manière quelquefois fatigante pour les oreilles, quoique les nègres
prétendent que la nuit, leur braiment peut fervir d'horloge. Mais l'cau de --- Page 52 ---
3S DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
la ville n'en eft pas moins précieufe; elle y entretien! desjardins d'un grand
agrémeat pour la table &c où une baignoire de maçonnerie recouverte d'un
treillage, procure à volonté des bains falutaires. D'ailleurs dans un endroit
où lon fouffre, comme aul Môle, de la réverbération d'un fable échauffé
par le fuleil des tropiques, l'eau courante rafraichit l'air, reconnu d'ailleurs
tes-fain.
Les brifes du large, qui font encore de TER au Môle, y règnent avec
beaucoup de force. Cependant depuis quelques années les vents d'Oueft, 9
qui étaient extrèmement rares, deviennent très-fréquens & de plus en plus,
& alors les chaleurs font exceffives dans la ville.
Le 26 Juillet 1777 > le feu, qui prit à une heure de l'après midi chez
ua boulanger, , étant porté par le vent fur le point où étaient les maifons les
plus hautes, c'eft-à-dire, dans l'efpace que renferment les rues de Bourbon &
de Penthièvre, de Jean-Rabel & de Bourgogne ; il.y en eut 20 de brûlées &
13 d'abattues en tout ou en partie. Cette perte arrivée dans la partie la plus
commerçante, fut très-fentie; elle fut évaluée alors 600,000 livres pour les
maifons feulement.
Ce malheur a produit pour l'avenir deux mefures fages; la première, une
défenfe des Adminiftrateurs de conftruire des maifons qui ne feront pas au
moins maçonnées entre poteaux ; la feconde de faire envoyer deux pompes
à feu.
La population blanche du Môle eft, proportionnellement, pius confidérable
que celle d'aucun autre lieu de la Colonie. La connaiflance du caraétère des
Acadiens, prefque tous ouvriers, les avaient fait mettre d'abord dans cette
ville ; mais il n'y font pas tous reftés. La faculté qu'ils ont néceflairement obtenue
de pouvoir la quitter 3 dès qu'ils ont ceflé d'être nourris aux frais du roi, un
efprit de changement qui femble appartenir à l'infortune & les mortalités,
ont beaucoup diminué cette population, relativement à ce qu'elle était dans
l'origine.
Une autre caufe plus récente travaille à l'affaiblir encore depuis cinq ans.
La ville du Môle qui paraiffait deftinée à devoir toutes fes reffources &
tout fon accroiffement aux étrangers, revient à l'état qui doit lui être na-.
turel, depuis que fon port n'eft plus l'entrepôt du commerce avec ces
Étrangers. Déjà fes maifuns font vides & des arrêts du Confeil du Cap &
ement à ce qu'elle était dans
l'origine.
Une autre caufe plus récente travaille à l'affaiblir encore depuis cinq ans.
La ville du Môle qui paraiffait deftinée à devoir toutes fes reffources &
tout fon accroiffement aux étrangers, revient à l'état qui doit lui être na-.
turel, depuis que fon port n'eft plus l'entrepôt du commerce avec ces
Étrangers. Déjà fes maifuns font vides & des arrêts du Confeil du Cap & --- Page 53 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE.
du Confeil de Saint - Doringue 1 ainfi que des conventions amiables, ont
modéré le prix des baux de plufieurs d'entr'elles ; déjà fes habitans fortent
par familles entières pour aller chercher ailleurs des reffources que leurs
travaux & leur induftrie ne peuvent plus leur procurer au Môle; déjà les
moyens de fubfiftance tirés de la Colonie même y font plus rares, parce
que l'abondance ne fe montre qu'oir les confommateurs l'appelent.
Il y avait cependant un grand motif local de préférer le Môle pour l'admiflion des bâtimens étrangers, c'était l'aridité même de fon fol, qui permet
à peine la culture à plus de trois lieues de diftance. C'était donc un grand
fujet de ne pas craindre l'exportation frauduleufe des produétions coloniales,
& la moindre furveillance dans le port empèchait efficacement tout verfement prohibé. On eftime que la fuppreflion de l'entrepôt du M6le, a détruit
plus de 500 caboteurs 1 qui exigeaient un fret moins cher que celui des
paflagers.
L'on doit ajouter à la population propre du Môle, les individus que le
fervice de l'état y raffemble confiamment. D'abord le chef militaire qui a
été un major depuis 1765, jufqu'à l'ordonnance du roi du 12 Novembre
1770, portant établiflement d'un licutenant-de-roi, (place qu'occupe depuis
lors M. de la Valtière, dont tout le Môle fait l'éloge),& devenu un commandant particulier, d'après une autre ordonnance du roi du 20 Décembre
1783- Ily' a toujours eu au Méle un aide-major depuis 1765. Il y a aufli
un ingénieur, un officier d'adminiftration, un garde-magalin, un tréforier,
un capitaine de port, un chirurgien du roi & un adjoint, un direêteur d'hôpital, des infpeéteurs & des piqueurs des travaux, & toutes ces perfonnes
ont des logemens qui appartiennent à l'État.
Enfn il faut compter la garnifon du Môle, qui, formée en tems de paix
d'un détachement de trois cens hommes dont le régiment du Cap &le régiment
du Port-an-Prince 1 fourniflent chacun la moitié, & d'une compagnie d'artillerie 1
a été, durant la guerre de 1778 , compofée du régiment de Cambrefis, du
régiment efpagnol d'Eftramadure 9 d'un détachement du régiment de Flandres,
d'un autre des volontaires de Lauzun & d'une compagnie d'artillerie.
Cette circonftance ayant fait fentirla néceffité de loger beaucoup de troupes 9
& les cazernes, qui étaient de bois, tombant en ruines, on en a confruit
dc nouvelles. Elles viennent d'être achevécs; elles font de pierres de taille,
du régiment de Cambrefis, du
régiment efpagnol d'Eftramadure 9 d'un détachement du régiment de Flandres,
d'un autre des volontaires de Lauzun & d'une compagnie d'artillerie.
Cette circonftance ayant fait fentirla néceffité de loger beaucoup de troupes 9
& les cazernes, qui étaient de bois, tombant en ruines, on en a confruit
dc nouvelles. Elles viennent d'être achevécs; elles font de pierres de taille, --- Page 54 ---
40 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fpacieufes & fituées derrière le haut de la ville. Les anciennes qui étaient à
deux cent toifes de fon extrémité Nord-Eft, couvraient le chemin
duit au ccl de la prefqu'ile.
qui conHors de la ville & à la naiffance de la
mène
gorge qui
vers l'intérieur des
terres, fon: une trentaine de cafes où logent les nègres du roi
aux travaux du Môle.
7 qu'on occupe
Je faifis cette occafion pour dire que ces. nègres, qui font encore au nombre
de plus de 300, ont été extrêmement utiles & d'une grande économie
tout ce qu'on a eu à faire au Môle depuis vingt-cinq ans ; ce qui rend pour bien
extraordinaire le défir, 9 plufieurs fois renouvellé, de les vendre, , fous des
prétextes qu'il aurait fallu rendre plus plaufibles. Ce n'efl pas affez
d'élever de coûteufes fortifications, il faut, par un entretien continuel, fe que
ferver de la néceffité de les recommencer &c du danger
préplus grand encore de les
trouver inutiles à l'approche de l'ennemi. Quelques-uns de ces nègres fervent
aI Port-an-Prince à des travaux publics; on en a employé des détachemens
à l'ouverture de divers chemins, néceffaires fans doute mais
il n'eft pas fir
qu'avant de faire ces dôtournemens, on ait calculé s'ils ne pourraient
préparer des regrets amers par rapport au Môle. Car enfin qu'elle eft la defti pas
nation du Môle?
Les uns ont dit, 7 qu'avec ur auffi beau port, fitué prefqu'au centre des
côtes françaifes - non quant aux diftances, mais quant à la facilité de fe
ter dans les points extrêmes; ott Von peut entrer & d'oà l'on
fortir pore
pent
tous les
jours; fufceptible de défenfe &c d'établiflemens
les
maritimes 7 ainli que de recevoir
plus grandes armées navales le Môle devait être le point prote@teur &t Ia
place forte de toute la Colonie; & ce: plar, le premier de tous,
garnifon de fix mille hommes de troupes &c une dépenfe de fix millions. exigeait une
Mais
peut-on croire à cette efpèce de prééminence, quand on renarque que le Môle
eft fous le vent du Cap, d'environ quarante lieues, & qu'il laiffe fous le
la baie des Gonaives , capable de recevoir auffi de grandes forces navales vent
?
quand on coniidère que Ie nombre de points de
d'en concentrer la défenfe, mais
débarquemens ne permet pas
qu'ils veulent au: contraire qu'on l'étende, ce
qui multiplie les fortifications. & furtout les homnres qui doivent les
dans un climat deftruéteur? quand on réféchit que Ies environs de cette occuper
ne
ville
peuvent fournir aux efcadres 7 ni les approvifionemens, ni les rafraichif
femens dont elles ont befoin dans leurs relâches ?
D'autres
er la défenfe, mais
débarquemens ne permet pas
qu'ils veulent au: contraire qu'on l'étende, ce
qui multiplie les fortifications. & furtout les homnres qui doivent les
dans un climat deftruéteur? quand on réféchit que Ies environs de cette occuper
ne
ville
peuvent fournir aux efcadres 7 ni les approvifionemens, ni les rafraichif
femens dont elles ont befoin dans leurs relâches ?
D'autres --- Page 55 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE, 41
D'autres ont dit: qu'il ne fallait faire du Môle qu'un cntrepôt de marine. Mais, comme ils l'annonçaient eux-mèmes. , fi on ne comptait que fur
la marine 3 proprement dite, pour aflfurer la proteâtion de cet Établiflement,
eft-il certain que cette protedtion ne manquerait pds ?
Deux chofes me frappent cependant, parce que je les trouve dans toutes les
opinions ,8 le Môle en a bien fuggéré, puifque même pour motiver le
changemement d'une batterie à barbette en batterie a embrafures & réciproquément, les raifonnemens bons ou mauvais n'ont jamais manqué : la première,
c'eft que le Môle établi &x foumis à un fyftème préfervateur quelconque, ne
peut plus être laillé à la merci des puiffances étrangères : la feconde, c'eft que
(fans croire comme l'auteur de IHiftoire Philofophique des deux Indes l'a
imprimé d'après un mémoire auquel un beau nom & dés talens prétaient leur
appui, que f cette précieufe clef de Saint - Domingue 83. même de PAmérique
wvenait à tomber entre les mains des Anglais, ce Gibraltar du Nowveau-Monde
ferait plus) fatal (*)arE/pagme & à la France, gue celui de P'Europe même), il
eft évident que, dans cette hypothèfe les Anglais qu'elle ne rendrait pas
les conquérans du refte de la Colonie, le feraient de toute fa navigation &t de
tout fon commerce.
Ne point abandonner le Môle & empêcher qu'il ne tombe au pouvoir des
Anglais 5 voilà donc ce qu'il faut vouloir, fans jamais perdre de vue 5 même
pendant la plus longue paix, un but aufli important.
En effet, fi l'Angleterre était maîtreffe du Môle, il eft probable que Ia
poflibilité de défoler le golfe du Mexique, lui ferait compter pour rien la
néceflité d'y entretenir conftamment une grande force navale qui entraînerait
des établiffemens coûteux, une grande confommation d'hommes & une dépenfe
fans cefle renouvellée, 7 parce qu'il faudrait tout tirer du dehors. L'intérieur
de PIfle ferait néanmoins en fureté, dès. que quelques centaines de chafleurs de
couleur feraient apoftés pour prouver à tout foldat qui s'éloignerait
d'une batterie, qu'un coup de fufil l'attend toujours. Mais la reftitution du
Môle à la France, ne pourrait plus être que l'effet d'un traité de paix 3
dont celle-ci diéterait en quelque forte les conditions.
C'eft le défir de fe garantir d'une perte auffi grave dans fes conléquences,
(*) V. Raynat tam. 6, page 265, édition in-8°.; Neufchatel 1783.
Tom. II.
F
qui s'éloignerait
d'une batterie, qu'un coup de fufil l'attend toujours. Mais la reftitution du
Môle à la France, ne pourrait plus être que l'effet d'un traité de paix 3
dont celle-ci diéterait en quelque forte les conditions.
C'eft le défir de fe garantir d'une perte auffi grave dans fes conléquences,
(*) V. Raynat tam. 6, page 265, édition in-8°.; Neufchatel 1783.
Tom. II.
F --- Page 56 ---
DESCRIPTIO 2 N DE LAPARTIE
qui a fait mettre depuis le Cap-à-Foux jufqu'au bout de la
prefqu'ile, onzc
batteries & fx retranchemens, où 162 canons & 60 mortiers, menacent l'ennemi qui tenterait de s'introduire dans le port du Môle, 2 feul point par lequel
on puiffe l'approcher.
En fuppofant le tems le plus favorable à cet ennemi,
d'Oueft qui le porterait dans la baie avec la plus
c'eft-à-dire, un vent
grande rapidité poflible 3 fi
les feux avancés ne l'arrêtaient pas avant qu'il edt gagné le mouillage de l'anfe
la Mahotière, il aurait encore à redouter le feu de 80 canons & des 60
mortiers.
Un feul vaifleau défemparé contrarierait toute une efcadre, & fi le vent
d'Oueft empêchait la retraite, fon fort ferait bientôt décidé,
Avec le vent d'Eft, il faut quatre heures pour aller, par bordées, des
pointes au mouillage.
Ce qu'exige effentiellement le Môle ce font des canonniers. Les hommes de
couleur en feraient d'excellens s'ils étaient dreffés, & le gouvernement faurait,
s'il le voulait, leur faire adopter cette idée, qui flatterait leur caraétère. Je
ne fais pourquoi la propolition d'un aufli utile emploi de cette claffe d'hommes,
faite au miniftre en 1748 & en 1756,par M. le marquis de Vaudreuil, n'apas
été écoutée.
Ce que, je viens de dire de Putilité des canonniers, me fournit l'occafion de
placer ici l'éloge conftamment mérité par les deux compagnies d'Artilleriemilices formées au Môle, en 1770, par M. le chevalier d'Illens d'après le voeu
de M. de Nolivos.
La Defcription de la baie & de la ville du Môle, 3 fait prefque connaître la
paroiffe qui n'a de plus que les cantons des Côtes-de-Fer, du Mardi-Gras & de la
Source-Ronde. C'eft par la gorge où j'ai dit que coule la rivière du Môle, 3 qui
n'a guères plus de trois lieues de cours 1 qu'on va de la ville à ces: cantons, oà
l'on cultive une quantité infiniment petite d'indigo, de café & de coton, qu'on
envoye au Cap. On y élève en outre quelques animaux ; car c'eft de ces cantons que la ville reçoit des moutons, des cochons, des volailles; elle en tire
auffi beaucoup de caflave.
Cependant, ces reffources d'approvifionnemens deviennent infufffantes
dès. que-les circonftances augmentent la garnifon du M6le. On l'a
>
dans la guerre de 1778, où l'on fut obligé de
éprouvé
fournir, en 1780, des
re quelques animaux ; car c'eft de ces cantons que la ville reçoit des moutons, des cochons, des volailles; elle en tire
auffi beaucoup de caflave.
Cependant, ces reffources d'approvifionnemens deviennent infufffantes
dès. que-les circonftances augmentent la garnifon du M6le. On l'a
>
dans la guerre de 1778, où l'on fut obligé de
éprouvé
fournir, en 1780, des --- Page 57 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE 43
rations en nature 1 à tout ce qui était à la folde du roi, fans exception
La population totale de la paroiffe du M6le, eft de 615 blancs de tout âge &
de tout fexe, 46 affranchis & 839 efclaves, non compris ceux qui appartiennent
au roi.
Sa milice eft compofée de 147 blancs &c de quelques individus de couleur.
Lorfqu'on a établi le Môle, le point où eft la ville était fait pour attirer les
regards d'un curieux de la nature, 3 par la quantité prodigieufe de pétrifications,
de madrépores & d'autres produétions maries qui y étaient raffemblées. Mais
tout a difparu lors des fouilles exigées pour les fortifications. La rivière du Môle
a effentiellement la propriété de pétrifier les corps poreux & fpongieux qu'on
expofe dans fa fource.
Aucune des fouilles de la ville ni des environs, 1 n'a fait trouver de mines au
Môle.
A une certaine diftance de la ville, &c à une très-grande élévation au-deffus
du niveau de la mer, 3 les couches un peu profondes, font d'une terre
argilleufe, où les coquilles font en grand nombre. Dans des endroits,
cette argile eft propre à la poterie, & elle eft recouverte d'un tuf pulvérulent.
Des éboulemens y marquent des agitations de la nature, & l'on voit diftinêtement trois ou quatre couches tumultuairement placées.
Cette caufe eft d'autant plus probable, que le 3 Juin 1784, à deux heures
après-midi, une légère fecouffe de tremblement de terre oocafionna, 1 près de la
ville, un éboulement dans un point oà des nègres qui fouillaient furent enfevelis,
& où deux d'entr'eux perdirent la vie.
Tous les arbres qu'offrent le voifinage de la ville du Môle, font
Le gayac, le bois de
rabougris.
fer, 9 le bois ftercoraire y font communs; des cierges épineux de différentes efpèces font par tout, mais ne s'élèvent qu'à un pied & demi
de terre, tandis que le nopal 3 appelé patte de turtue, acquiert jufqu'ahuit &dix
pieds de hauteur, 1 & montre quelques cochenilles. On voit auffi des opuntia. La
grande & la petite fauge font très-abondantes dans le voifinage de la baie.
On tire di une carrière qui eft fur la gauche de la ville derrière les nouvelles
cazernes 3 de fort belles pierres de taille d'un très-beau grain.
ai
d'un pied cube, qui a pefé 125 livres. Il eft bien
J'en vu une
matière à
avantageux d'avoir ainfi cettepied-d ceuvre ainfi que celle de la chaux &c de la
lité de cette pierre de taille s'eft étendue
brique, 9 &c. déjà l'utià d'autres lieux de la Colonie.
F 2
la gauche de la ville derrière les nouvelles
cazernes 3 de fort belles pierres de taille d'un très-beau grain.
ai
d'un pied cube, qui a pefé 125 livres. Il eft bien
J'en vu une
matière à
avantageux d'avoir ainfi cettepied-d ceuvre ainfi que celle de la chaux &c de la
lité de cette pierre de taille s'eft étendue
brique, 9 &c. déjà l'utià d'autres lieux de la Colonie.
F 2 --- Page 58 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
La nature qui femble vouloir défendre à T'homme de l'accufer, fait fervir le
ful agrefte & aride du Môle, à produire d'excellent raifin & des figues jaunes
exquifes. Elle étale dans ces deux fruits, qu'on favoure avec délices, un luxe
& une prodigalité qui ont des droits à l'admiration.
La paroiffe du Môle, qui donne fon nom à un Quartier, dépend militairement
enfuite du commandant en fecond de la Partie
de fon commandant particulier, > 8c
Dans fes
à la Sénéchauffée & à PAnirauté
de rOueft.
rapports, judiciaires,c'ell
du Port-de-Paix qu'il faut qu'elle recoure, & fa partie religieufe la foumet au
préict de la Partie du Nord.
J'obferverai au fujet de la compétence de l'Amirauté, dont le Môle ne peut
fournir l'occafion que dans quelques relâches 1 qu'ileft ou bien rigoureux de
fon bâtiment & aille au Port-de-Paix, ou bien
vouloir qu'un capitaine quitte
cher,
les officiers de ce lieu viennent au M6le. Tout femble exiger
le que fubftitut du procureur du roi de la Sénéchauflée du Port-de-Paix, en
que. réfidence au M6le pour la police légale, foit, dans de pareilles circonftances,
notaire
trouve auffi, ait une commiflion
le miniftère public, 9 & qu'un
qu'on y
fupplétoire du tribunal de l'Amirauté.
lly a au Môle un exempt, deux brigadiers & cinq archers de maréchauffée.
Des bateaux paflagers font les voyages de cette ville au Cap.
Ily a de l'églife du Môle 3
IO lieues.
A cclle de Jean-Rabel.
Bombarde :
Pour aller du Môle au Cap, on prend. la route du Port-de-Paix, du Borgne
fait
environ 45 lieues. Mais pour aller du Môle
&c. &c., ce qui
parcourir
le Gros - Morne & les
il faut du Port-de-Paix, gagner
au Port-au-Prince, faire environ 78 lieues. A la vérité, ily a un chemin
Gonaives, ce qui fait
mène direêtement aux Gonaives, mais il ne peut être parcouru qu'à
qui
feule
donner le confeil. M. de Bellecombe le
cheval , & la néceflité
peut-en
menacé & le défir
venir des Gonaives au Môle; un convoi
prit en 1782, pour
d'infpeêter cette place forte, était fon double motif.
Un archevèque de Santa-Fé, fe trouvant fur un bâtiment qui vint mouiller
au Môle en 1777, ily officia aux cérémonies de la Fète-Dieu.
Le Môle a vu mourir en 1771, M. Marès, fon capitaine de port, à qui
des prodiges de valeur avaient mérité cette place. Après avoir long-tems défolé
le commerce de T'Angleterre aux Ifles du vent, 8z avoir étéle fujet d'une haine
fon double motif.
Un archevèque de Santa-Fé, fe trouvant fur un bâtiment qui vint mouiller
au Môle en 1777, ily officia aux cérémonies de la Fète-Dieu.
Le Môle a vu mourir en 1771, M. Marès, fon capitaine de port, à qui
des prodiges de valeur avaient mérité cette place. Après avoir long-tems défolé
le commerce de T'Angleterre aux Ifles du vent, 8z avoir étéle fujet d'une haine --- Page 59 ---
FRANÇAIS SE DE SAINT-D O MINGUE. 45
que les Anglais manifeftèrent d'une manière très-expreflive lorfqu'il eut le
malheur d'être leur prifonnier ; après avoir prouvé dans les deux fièges de la
Martinique s: en 1759 & en 1762, que fa bravoure était la même fur les deux
élémens, M. Marès. vint, à la prife de cette Colonie, chercher à Saint-:
Domingue un nouveau théâtre. Couvert de bleffures 1 décoré de l'épée du roi,
il eut pour récompenfe cette place de capitaine de port 7 dont il a joui bien peu
de tems.
Ce n'était pas au furplus le premier capitaine dont le Môle eut pd attefler le'
courage. En 1698 , deux forbans prirent un bâtiment du Havre & un de
Libourne qu'ils conduifirent au Môle. Comme ils en reffortaient, , la MarieAnne de Nantes , capitaine Dubois 1 fut trouvée par eux devant la baie.
Ayant eu le bonheur de n'être atteint que parl'un des d'eux, ,elle fe battit avec
lui depuis fix heures du foir jufqu'à dix, fe fit abandonner à plufieurs reprifes
& finit par échapper à la faveur de la nuit. Cette aétion, où le capitaine avec
37 hommes avait repouffé les efforts de 120, lui valut une médaille d'or.
M. d'Orvilliers 1 qui montait la Aûte le Profond, allant du Cap à Léogane
en 1711, avec deux bâtimens marchands qu'il efcortait, fut attaqué devant
le Môle par une frégate anglaife de 32 canons , qu'ilcontraignit à l'abandonner.
Revenant quelques jours après, une autre frégate lui livra combat au même
point, , & il eut encore l'avantage fur elle; M. d'Orvilliers fut légèrement
blefé au genou. La.frégate vint faire fon eau dans le Môle.
Le canal avec PIle de Cube, rend les parages du Môle très-dangereux
pour les bâtimens durant la guerre > & dans les gros tems il leur fait courir
des rifques d'un autre genre.
La frégate la Bayonnaife, commandée par M. le chevalier de Dampierre,
était partie des Cayes pour le Cap, en compagnie de la ccrvette PAmbition,
montée par M. de Valmenière. Etant fous le Cap-à-Foux, le 2 Août 1765,
ils furent affaillis le foir d'un coup de vent auquel PAmbition échappa, mais
entre deux & trois heures du matin, la frégate la Bayonnaife fut brifée fur la'
pointe des Nègres, qui forme la partie Sud de la pointe Maify de l'Ifle de
Cube. La moitié de l'équipage périt & tout l'état - major. Ce fort fut commun à
M. le chevalier Luker, cclonel à la fuite de la Colonie, qui venait de commander aux Cayes > à trois officiers des deux piquets du régiment de Quercy
qui étaient à bord &c à des foldats de ce régiment & de celui de Vivarais ; le
relte, compofé de 56 matelots, 27 foldats, le maitre-d'hôtel & deux nègres,
moitié de l'équipage périt & tout l'état - major. Ce fort fut commun à
M. le chevalier Luker, cclonel à la fuite de la Colonie, qui venait de commander aux Cayes > à trois officiers des deux piquets du régiment de Quercy
qui étaient à bord &c à des foldats de ce régiment & de celui de Vivarais ; le
relte, compofé de 56 matelots, 27 foldats, le maitre-d'hôtel & deux nègres, --- Page 60 ---
45 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fe fauva & gagna Baracoa, ou les Efpagnols - qui fe rappelaient les fecours
que l'efcadre de M. de Blenac avait apportés à Saint-Yago dc la même Iile en
1762, les reçurent & les traitèrent en frères. Don Antoine
Moreno, commandant de Baracoa, 1 les envoya par deux bateaux efpagnols à Saint-Marc &
au Môle, 1 au Commencement du mois de Septembre.
En fortant de la baie du Môle, & après avoir doublé la pointe du Cap-SaintNicolas, on trouve 1 à une lieue trois quarts de cette pointe, le Cap-à-Foux
qui a une petite roche à fon extrémité, & dans cet intervalle la côte commence
às'arrondir: au Sud, Le nom de Cap-à-Foux, 7 fil on en croit quelques perfonnes
& furtout les marins caboteurs , a été donné à ce promontoire, parce qu'il eft
le point où la brife dominante d'Eft tend à prendre la direétion du golfe de la
Partie de l'Oueft, & qu'ily fait éprouver par conféquent des variations défefpérantes, à moins que les deux mouvemens contraires, n'amènent un calme
tout auffi défolant. J'ai fait cette double épreuve en 1787.
La latitude du Cap-à-Foux, eft, felon M. de Puyfégur, de 19 degrés,
46 minutes, 1 IO fecondes, & fa latitude de
75 degrés, 1 54
fecondes. Il donne aufi pour latitude à la pointe de la prefqu'ile, minutes,
19 degrés 2
5o minutes, 20 fecondes, & pour longitude 75 degrés, 52 minutcs, 32
fecondes.
Au Cap-à-Foux finit la paroifle du Môle. L'aipeat de fa côte, comme
de celle qui la précède depuis le Port-à-PEcu où qui Ia fuit jufqu'aux
Gonaives; la nature du terrain dans plufieurs points, tout concourt à faire
eroire que la nature a éprouvé de grands mouvemens dans cette partie.
Un fol calcaire avec des laves qui annoncent l'action du feu & celle des
eaux de la mer , appuyent cette conjecture.
C'eft donc pour le naturalifte & pour le militaire feuls, , que le MôleSaint-Nicolas eft intéreffant. Le premier y obferve des phénomènes qui
atteflent que la nature a fes crifes, fes convulfions. Le fecond y étudie
les divers fyfèmes fuccefivement adeptés, changés, modifiés ou abandonnés, & qui ont tous eu pour objet, d'empécher l'ennemi de s'emparer d'une
pofition qui réunit de grands avantages. Quant à
Phomme qui cherche les douceurs d'une
l'agriculteur 3 quant à
vie agréable, le Môle eft nul
pour eux,
qui
atteflent que la nature a fes crifes, fes convulfions. Le fecond y étudie
les divers fyfèmes fuccefivement adeptés, changés, modifiés ou abandonnés, & qui ont tous eu pour objet, d'empécher l'ennemi de s'emparer d'une
pofition qui réunit de grands avantages. Quant à
Phomme qui cherche les douceurs d'une
l'agriculteur 3 quant à
vie agréable, le Môle eft nul
pour eux, --- Page 61 ---
FRANÇAISE DE SAINT T-D OMINGUE.
XXIV.
PAROISSE DE BOMBARDE
AvOIR décrit le Môle - Saint - Nicolas , c'eft avoir beaucoup parlé de
Bombarde, qui n'exifte que depuis qu'on a fongé au Môle lui - même. Encore
au mois d'Avril 1763, ce lieu n'était connu que fous le nom des Sources,
comme le prouve l'ordonnance de la réunion qu'on fit alors au domaine, de
fon territoire encore tout inculte.
La paroiffe de Bombarde a, dans le Nord,celle du Môle -Saint - Nicolas ;
dans PER &c le Sud, la paroiffe de Jean-Rabel & celle du Port-à-Piment, 3
dont elle eft féparée par la ravine à Gallet 8c par la rive droite de Ia rivière
de Henne jufqu'à fon embouchure ; & dans lOueft la mer. Ces limites lui
ont été données par les Adminiftrateurs, le 17 Janvier 1784, & elles en
font une paroiffe tres-confidérable quant à l'étendue.
Elle eft divifée en cinq cantons : la Marre à Savon 3 la Plaine d'Orange 9
le Bébé, la Plate-Forme & Henne, & l'on y compte 600 blancs, environ
50 affranchis & près de 900 efclaves.
Cette population entretient 22 cafeteries 5 indigoteries 3 84 places-à-vivres
& plufieurs hattes, établiffemens dont l'exiftence elle-même eft une forte de
prodige, pour quiconque les a vus créer tous depuis vingt-cinq ans.
M. Fufée Aubiet ayant jugé utile de féparer les Allemands des Acadiens & laiffant ces derniers au Môle, il mit une partie des autres dans un
point où ils pourraient être occupés de culture, eux qui ne montraient pas
pour elle la même anthipathie que les Acadiens.
Mais Aublet voulait que fon choix exprimât un fentiment qui honorait
fon cceur, car il fe rappelait conftamment les témoignages de bienveillance
d'un riche financier, amateur des fciences 8 curieux d'hiftoire naturelle,
à l'influente amitié duquel fur M. le duc de Choifeul, il avait dû d'être
envoyé à Cayenne en 1762, comme botanifte du roi. Il ajouta donc la
fnale grecque 2 qui exprime le mot ville, au nom de fon bienfaiteur 8z
iment qui honorait
fon cceur, car il fe rappelait conftamment les témoignages de bienveillance
d'un riche financier, amateur des fciences 8 curieux d'hiftoire naturelle,
à l'influente amitié duquel fur M. le duc de Choifeul, il avait dû d'être
envoyé à Cayenne en 1762, comme botanifte du roi. Il ajouta donc la
fnale grecque 2 qui exprime le mot ville, au nom de fon bienfaiteur 8z --- Page 62 ---
48 DESCRIPTIO N DE L A PAR TIE
ft ainfi Bor:bardepelis, nouvel afile où I'Allemand tranfplanté fous un ciel
brûlant, vint s'accoutumer à prononcer un nom qui perpétue un aête de
reconnaillance.
Voilà l'origine de ce mot fonore qui, furtout à caufe du voifinage où
il efi du Méle, réveille des idées de deftruction bien différentes de celles
dont s'occupent les êtres qui étudient les merveilles de la nature, en admirant dans le calme de la paix les biens qu'elle nous accorde.
Les Allemands, qui reçurent chacun une portion de terrain, s'occupèrent
avec zèle de la fertilifer. L'établiflement principal 7 celui que fon noin
véritable exige qu'on appele ville, fut placé à l'extrémité d'une grande
plaine très-fraîche , parce qu'elle eft très-élevée au-deffus de la mer. Ce
n'était plus comme au Môle un local fans horifon & où les rayons du foleil
étaient réverberés. A Bombarde, la vue s'étend, l'air circule, les nuits
font très-fraiches, & dans la faifon qu'on appele froide auffi, la rofée du
matin a, dans fon effet fur la furface des plantes, quelque chofe qui rappele les gelées blanches de la France.
Une vallée appelée la Marie - Louife ( nom de celle qui y avait une maifon )
& qui touche la ville dans PE, a une fource qui fournit aux habitans
de celle-ci de l'eau, qu'augmentent encore plufieurs puits. Bombardopolis
a la forme d'un grand carré, qui aurait fur chacun de fes côtés des carrés
longs inégaux entr'eux. Trente-deux ilets qui varient en étendue, quoique
chaque emplacement concédé foit le même, divifés par vingt rues, qui fe
coupent à angles droits, donnent quelque chofe de régulier à fon enfemble.
Les rues font percées à peu près dans le fens des quatre points cardinaux,
ce qui aflure la jouiffance des brifes; elles ont 24 pieds de large, excepté
celle où aboutit le chemin du Môle, dont Bombardopolis eft à environ S
lieues dans le Sud-Sud-Eft, qui en a trente, & qui dans le Nord s'appele
la rue" Royale & dans le" Sud la rue d'Eftaing. Quelques-unes des autres
rues, ont des noms d'origine allemande.
Le carré parfait eft bordé d'un ilet fur toutes fes faces, & fon milieu
forme une place de foixante toifes en carré, dont les bords ont un rang
d'arbres. C'eft fur cette place & vers le Sud-Eft, qu'eft T'églife, 3 confidérée
long-tems comme une fuccurfale du Môle 1 mais que l'ordonnance de 1784,
fur les limites de la paroiffe, a rendu vraiment paroiffiale.
Le
origine allemande.
Le carré parfait eft bordé d'un ilet fur toutes fes faces, & fon milieu
forme une place de foixante toifes en carré, dont les bords ont un rang
d'arbres. C'eft fur cette place & vers le Sud-Eft, qu'eft T'églife, 3 confidérée
long-tems comme une fuccurfale du Môle 1 mais que l'ordonnance de 1784,
fur les limites de la paroiffe, a rendu vraiment paroiffiale.
Le --- Page 63 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
Le plan général de Bombardepolis, dont le Leéteur
pcut prendre une
idée jufe par la Vue (7o.PAtlas)qui place l'obfervateur vers la MarieLouife, a quelque chofe de riant & qui femble même appartenir à de
grands projets, puifque le carré long de VER-Nord-ER était defliné à for.
mer une belle premenade ; mais les maifons ne correfpondent pas à ce
plan. Elles font peu nombreufes & il en eft beaucoup dont Thumble toit
eft couvert de paille. L'air de Bombardopolis eft pur, vif & fain.
En confidérant la paroilie entière de Bombarde 1 ou le fol eft bon dans
un grand nombre de points, on lui trouve de l'analogie avec celle du Môle,
dans fa fecherefle. Après l'ouragan de 1772, il y en eut une cruelle qui
dura prefque jufqu'en 1774. Un obfervateur exaét a trouvé que Bombarde
avait reçu dans les 12 ans de 1774 à 1785, 28 pieds, IO
lignes # d'eau, ce qui donne pour taux moyen de l'année, environ pouces 1 9
2 pieds,
5 pouces 7 qui auraient fuffi, fans doute, f les pluies étaient venues dans
les faifons propices, relativement aux cultures; mais
depuis 1784, on obferve
que les pluies font plus également diftribuées & qu'elles ont des périodes
plus favorables.
H ferait bien fingulier que l'époque de 1784, qui a en quelque forte forcé
les habitans de Bombarde. , par la fuppreflion de l'entrepôt du Méle a chercher dans le cafier une reffource que ne leur offrait plus le marché 7 éde
ville, od ils avaient porté jufqu'alors leurs légumes leurs
cette
vivres du pays, fit devenue pour eux, celle d'une
fruits, leurs
révolution dans la
température! Camnment la culture de cet arbufte, qui femble par la deftruction
des forêts qu'il occafionne. , readre dans tout le refte de la Colonie la
quantité d'eau du ciel moindre, ferait-elle à Bembarde la caufe d'un effet
abfolument contraire ? Je recommaade aux perfonnes qui habitent cette
roiffe, l'étude de ce phénomène 7 qui n'el peut-être pas fans connexité pacelui de la fréquence actuelle des vents d'Onef an Mole.
avec
Ce qui eft conflant, c'eft que P'accroifiement de Bombarde eft fenfible
lors. Un grand nombre de ces Allcmands, 3 fobrea, laborieux,
depuis.
qui chargeuient
n'aguères encore fur leurs tètes les fublances nourricières
avaient obtenues de la't terre, & qu'ils allaient vendre que leurs mains
au Méle, vivent
aétuellement dans P'abondance; beaucoup d'autres jeniffent d'une hennète
aifance & le refte nc tardera Fas a In connaitre. L'exemple de
Toin. IT.
pluficura
G
de ces Allcmands, 3 fobrea, laborieux,
depuis.
qui chargeuient
n'aguères encore fur leurs tètes les fublances nourricières
avaient obtenues de la't terre, & qu'ils allaient vendre que leurs mains
au Méle, vivent
aétuellement dans P'abondance; beaucoup d'autres jeniffent d'une hennète
aifance & le refte nc tardera Fas a In connaitre. L'exemple de
Toin. IT.
pluficura
G --- Page 64 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
Colons français qui ont obtenu des conceffions cu acheté des terrains à
Bombarde & qui ont planté des cafiers 1 les a déterminés, & en 1787,
la paroile en a livré plus de 250 milliers.
J'infifie d'autant plus fur ces réfultats 1 qu'ils appartiennent aux efforta
d'hommes tranfplantés dans un climat fans analogie avec le leur; que dans
l'origine ils cnt payé un tribut cruel à la néceffité de cette tran/plantation ;
que la France les avait pris un peu au hafard & que depuis long-tems leurs
bras étaient leur unique moyen d'exifter; qu'enfin,cet état de chofes promet
un avenir fur lequel on aime à anticiper.
L'établiflement primitif de Bombardopolis & de fes dépendances, a beaucoup
coûté à PÉtat, 2 & il faut dire, pour être vrai, qu'à peine un feptième dea
Allemands 1 pour lefquels il avait été fait, ont pà en profiter. Le 5 Avril
1766, Bombarde ne comptait pas plus de 776 Allemands 1 dans toute fon
êtendue. Le refte jufqu'à 2,400 avait péri, excepté quelque centaines que
la frayeur avait fait déferter, & peut- être cent qu'on employait alors au
Mole comme ouvriers. Le IO Mars 1770, ces 776 étaient réduits à 334Qu'onj juge, par-là, de quel prix eft un être quelconque acclimaté à SaintDomingue ! & l'on en fit l'expérience dès lors, par les fervices importans que rendit M. le chevalier d'Illens. 1 ancien officier fuiffe, accoutumé
au pays & bon cultivateur, dont on ft le premier commandant de Bombarde.
Dans Ie canton de la plaine des Orangers ou de la plaine d'Orange 9
qui eft plus près du Môle que la ville de Bombardopolis, le fol eft un
des plus fertiles de Ia paroiffe & il donne du café & de l'indigo. C'eftlà
qu'en 1765, les Adminiftrateurs réfervèrent un terrain deftiné à procurer
des vivres à l'atelier du roi au M6le. Cet atelier entier y fit les premiers
abattis, les premières conftruétions & un chemin pour fe rendre au Môle,
puis on y laifla fept nègres pour cultiver. L'atelier du roi devant être augmenté en 1768, l'habitation eut 30 nègres cultivateurs, depuis OBtobre 1767,
jufqu'à 1770. Alors on n'en laiffa que 16, parce que le furplus fut jugé
plus utile aux travaux des fortifications & ce fut le taux jufqu'en 1775A l'époque de 1770, l'on voulait arpenter les différentes conceflions
faites aux Allemands parce que des Colons français en demandaient aufli,
M. Vermalle 1 arpenteur, fixa, le 20 OCtobre 1 les limites de Phabitation du
roi, que lon porta à 200 carreaux, & de CC premier pointg géométriquement
16, parce que le furplus fut jugé
plus utile aux travaux des fortifications & ce fut le taux jufqu'en 1775A l'époque de 1770, l'on voulait arpenter les différentes conceflions
faites aux Allemands parce que des Colons français en demandaient aufli,
M. Vermalle 1 arpenteur, fixa, le 20 OCtobre 1 les limites de Phabitation du
roi, que lon porta à 200 carreaux, & de CC premier pointg géométriquement --- Page 65 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUF. 5I
connu, partirent toutes les opérations fubféquentes de ia plaine d'Orange.
En 1775, on ne laiffa que fept nègres far cette habitation, dont environ
40 carreaux étaient défrichés & dont l'on ne voulut plus entretenir quela
vafte bananerie.
Le miniftre qui vit dans des états que l'atelier du roi coûtait 50 mille
livres en vivres 1 malgré cette habitation, écrivit, le II Juillet 1777,de
la vendre. Cet ordre ne fut pas fuivi, & le 19 Mars 1787, elle fut feulement affermée pour 9 ans à M. Faligand, fur le pied de 2,200 livres
par an,
Au mois de Février dernier (1789), M. le marquis du Chilleau,
gouverneur-géneral, étant au Çap, M. de Vincent, ingénicur du Môle , lui
fit un tableau touchant de la fituation de plufieurs Allemands de Bombarde,
& le follicita de leur diftribuer l'habitation du roi à la plaine d'Orange.
M. du Chilleau communiqua fur le champ cette idée à fon
collègue 9 M.
de Marbois , qui la goita, & le gouverneur fe trouvant à Bombarde même
au mois de Mars, les Allemands dreffèrent une requête qui fut appuyée
par le curé & le commandant de la paroiffe de Bombarde & par les Adminiftrateurs en fecond & l'ingénieur du Môle. Le fermier & deux fous-fermiers
confentirent à réfilier leurs baux, à condition d'avoir une portion du terrain.
De retour au Port-au Prince , M. du Chilleau propofa à l'intendant de
confommer cette affaire ; mais celui-ci obferva alors qu'il croyait cet abandon
au-deffus des pouvoirs des Adminiftrateurs , quelque penchant perfonnel qu'il
eût à y concourir, & qu'il fallait avoir préalablement le confentement du
roi. M. du Chilleau qui crût ne voir dans cette invocation des formes
qu'un refus, prit fur lui de donner feul la conceffion
3 le 15 Mai.
M, de Marbois en rendant compte de ces faits au miniftre, a ajouta
cette conceflion ferait la fortune de 147 individus, & que l'on attacherait que
au gouvernement, par les liens de la reconnaiffance, une race de citoyens
que lui-) même avait appelés & fixés dans un canton prefque inhabité, oû ils avaient à peine l'emplacement néceflaire à une maifon & à
un très-petit jardin 3 l'adminiftration eft, difait-il, engagée en quelque forte
avec eux, & il femble que quand elle donne des efpérances elles
font
une efpèce de contrat qui doit avoir fon exécution.
Une première lettre du miniftre profcrivit la démarche de M. du Chilleau,
G 2
même avait appelés & fixés dans un canton prefque inhabité, oû ils avaient à peine l'emplacement néceflaire à une maifon & à
un très-petit jardin 3 l'adminiftration eft, difait-il, engagée en quelque forte
avec eux, & il femble que quand elle donne des efpérances elles
font
une efpèce de contrat qui doit avoir fon exécution.
Une première lettre du miniftre profcrivit la démarche de M. du Chilleau,
G 2 --- Page 66 ---
DE LA PARTIE
52 DESCRIPTION
& cette lettre fut même tranfcrite en marge de la concefion, confidérée
comme un abus de pouvoir. Mais après cette efpèce de réparation faite
aux principes, une autre dépèche du 1O Septembre vient de confolider un
don qui livre à des mains laborieufes une habitation dont le fol eft le meilleur
de Bombarde, ol une fource abondante eft une reffource précieufe & où
72 mille caliers font une grande raifon de croire qu'elle ne fera que fructifier.
Ce quinous refte encore à connaitre de Bombarde, étant, fous plufieurs
d'une nature maritime, , il eft naturel que pour le mieux juger
rapports 1
nous paflions à la côte qui borde cette paroife.
Après l'anie du Cap-à-Foux , qui eft à un quart de lieue de ce Cap même 3
fuit, à une demi-lieue, l'anfe du Cheval-Blanc, puis à environ un quart
de lieue la pointe du Cheval-Blanc. A peu près à 2,500 toifes plus loin encore 3
eft la pointe la Perle , d'où la côte court au Sud-Eft pendant une lieup &
demie. L'anfe à Perle eft fituée à une demi-lieue plus loin que la pointe
& 600 toifes avant la pointe à Gayac.
Toute cette côte , depuis le Cap Saint-Nicolas, eft ablolument inabordable.
Les quatre petites anfes que j'ai nommées pourraient recevoir des chaloupes
avee des précautions infinies & dans des tems alTez rares pour ces parages, mais fans cqu'on pût gravir enfuite des montagnes à pic très-élevées.
On compte plus de trois quarts de lieue de la pointe à Gayac jufqu'à
la pointe du Boucan-Brûlé & quatre cens toifes encore pour trouver l'anfe
de ce dernier nom. Un quart de lieue de plus mène à la pointe à Burgaux,
qui précède de fix cens toifes l'anfe de fon nom.
Toutes ces pointes ont des côtes de fer allez élevées, fur une diftance
depuis trois jufqu'à cinq cens toifes & dans les anfes la côte eft balle &
abordable de beau tems ; mais ce ferait fans fruit qu'on tenterait de pénétrer
par là dans l'intérieur, puilqu'après la première chaine de montagnes qu'il
faudrait gravir, on trouve à environ une lieue les falaifes de la Plate-Forme 1
que l'audace humaine ne peut franchir.
On trouve un quart de lieuc de l'anfe à Burgaux jufqu'à lanfe de Ia
Plate-Forme., &c autant de celle-ci à la pointe qui a la même dénomination. Depuis la pointe du Boucan-Bralé jufqu'à celle de la Plate-Forme,
la côte court à TER-S:d-El.
aine de montagnes qu'il
faudrait gravir, on trouve à environ une lieue les falaifes de la Plate-Forme 1
que l'audace humaine ne peut franchir.
On trouve un quart de lieuc de l'anfe à Burgaux jufqu'à lanfe de Ia
Plate-Forme., &c autant de celle-ci à la pointe qui a la même dénomination. Depuis la pointe du Boucan-Bralé jufqu'à celle de la Plate-Forme,
la côte court à TER-S:d-El. --- Page 67 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 53
La Plate-Forme proprement dite, eft un roc coupé à pic, dont la face Cxtérieure eft battuc par la mer. Son fommet offre un plateau extrèmement
uni où l'on pourrait placer 30 pièces de canon. Sa gorge n'ef qu'une
rampe qu'on rendrait facilement verticale comme l'autre côté. En un mot 2
cette fortification naturelle a tous les avantages que l'art le plus favant
pourrait réunir.
C'eft de la Plate-Forme qu'on pourrait dire que commence précifément
le Cul-de-Sac eu golfe de l'Oueft. C'eft là que la brife change.
L'anfe de la Plate-Forme qui eft de fable & où l'on mouille près de
terre par 8 & IO braffes fur un fond d'herbes, eft très-fréquentée dans la
faifon des Nords. C'eft un abri fir pour les bâtimens qui font obligés d'attendre
quelquefois I5 jours ou 3 femaines, 9 que les vents de Nord ou de Nordd'Ef leur permettent de doubler le Cap-à-Foux.
Avant l'établiffement du Môle, qui a amené celui de la Plate-Forme, s
les croifeurs anglais mettaient une vigie fur ce rocher & attendaient, à P'ancre,
qu'elle leur fignala quelque prife à faire.
La Plate-Forme dont M. de Puyfégur marque la latitude à 19 degrés,
34 minutes, 25 fecondes, & la longitude à 75 degrés , 41 minutes > 17
fecondes, a reçu fon nom de fa configuration &c j'ai des pièces qui prouvent qu'elle le portait dès 1690.
Lorfqu'Aublet eut féparé les Acadiens & les Allemands au Môle 3 il
apperçut encore dans les moeurs & les goûts de ceux-ci, les raifons d'une
fubdivifion. Il y en avait de pécheurs, la plage de la Plate-Forme & celle
de la baie de Henne leur fut deftinée; d'autres étaient éducateurs de
beftiaux. > on leur réferva les prairies qui avoifinent ces deux lieux.
L'emplacement de la Plate-Forme étant trop peu profond, on n'y avait
pas fait de rues. Le bourg était compofé,en 1765, d'une quarantaine de
maifons qui fuivaient l'arc que décrit Fanfe, en préfentant le pignon à la
mer pour recevoir la brife. Cette cfpèce de quai était terminé dans le baut
qui eft près de la Plate-Forme même 1 par une place carrée, ouverte fur
le côté du rivage. L'autre bout de l'anfe eft plat & coupé par une ravine.
Ge bourg n'a plus que quatre ou cinq maifons 2 fa chapelle 2 un magafin
au roi, des fours à chaux, une briqueterie & des maifons pour loger des
troupes. Un canal qui forme une conduite longue & difficile, & qui eft
quai était terminé dans le baut
qui eft près de la Plate-Forme même 1 par une place carrée, ouverte fur
le côté du rivage. L'autre bout de l'anfe eft plat & coupé par une ravine.
Ge bourg n'a plus que quatre ou cinq maifons 2 fa chapelle 2 un magafin
au roi, des fours à chaux, une briqueterie & des maifons pour loger des
troupes. Un canal qui forme une conduite longue & difficile, & qui eft --- Page 68 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
aidé de quatre réfervoirs, fait parvenir jufqu'au bourg un faible ruifleau
qu'on avait craint long-tems de ne pas amener jufqu'à lui, & que l'ufage
de trois puits d'une eau faumâtre &t mal-faine faifait défirer encore plus
ardemment.
Le terrain qui avoifine l'anfe de la Plate-.Forme, offre, avec fes raquettes
& fes cierges épineux 7 l'afpeét le plus aride. On a même nommé Tardin
du Diable, un point qui eft fur le derrière du roc de la Plate -Forme &
qui eft couvert de ces plantes. Les mornes qui entourent le bourg y concentrent la chaleur comme dans un gouffre, & une faline qui eft entre la
place du bourg & le Jardin du Diable, y répand des exhalaifons qui fembleraient devoir rendre ce féjour dangereux. Cependant l'expérience. 3 qui
vaut mieux que tous les argumens, a démenti ces apparences.
Les terres en s'éloignant de la Plate-Forme 3 ne font pas propres à la
culture, comme celles des environs de Bombardopolis 1 mais les pâturages
y font d'une qualité fupérieure. Les animaux y font plus gras & y multiplient même plus qu'ailleurs. Le laitage y eft excellent, tout invite à y
former des hattes, dont le befoin eft fi cruellement fenti par toute la Colonie.
L'anfe de la Plate-Forme eft effentiellement l'embarcadère du refte de la
paroiffe de Bombarde, Elle eft éloignée d'environ trois petites lieues de la
ville de Bombardopolis, , où l'on ne peut parvenir qu'après avoir franchi,
pendant deux lieues, des montagnes 1 qu'on peut dire qui commencent à la
plage même de la Plate-Forme. Cette communication & le mouillage de la
Plate-Forme, font les motifs qui y ont fait placer des canons pour en éloigner toute entreprife.
Quoique le roc de la Plate-Forme foit plus élevé & plus ifolé que les
autres mornets de la côte, il eft cependant dominé par une arrête de mornes
qui prolonge le chemin de Bombardopolis, & qui fournit dans différentes
hauteurs de petits plateaux faciles à occuper. Ces défilés étroits & rapides
multiplieraient la défenfe & affureraient la retraite. La fource qui donne l'eau
au bourg & qui fe trouve au tiers de l'élévation confidérable du grand
morne.
être facilement interceptée à l'ennemi. Une des cuiffes du
1 pcurrait
morne forme, en s'abaiffant, un petit terre-plein vers le centre de l'anfe, &z
fa chite fe termine derrière les maifons du bourg. De ce point l'on apperçoit la naiffance intéricure de la Plate-Ferme. Enfn le chemin même qui
La fource qui donne l'eau
au bourg & qui fe trouve au tiers de l'élévation confidérable du grand
morne.
être facilement interceptée à l'ennemi. Une des cuiffes du
1 pcurrait
morne forme, en s'abaiffant, un petit terre-plein vers le centre de l'anfe, &z
fa chite fe termine derrière les maifons du bourg. De ce point l'on apperçoit la naiffance intéricure de la Plate-Ferme. Enfn le chemin même qui --- Page 69 ---
FRANÇAIS E DE"SAINT-DOMINGUE 55
conduit à Bombardopolis, &c qui n'eft praticable qu'a cheval, eft tel que
20 hommes en arrêteraient 400. Il ne faut qu'ètre fur fes gardes & alors
la feule population de Bombardopolis fuffirait pour arrêter & détruire l'ennemi, fur lequel le local ferait toujours conferver une fupériorité prefque
incalculable.
Ces avantages communs à la communication entre le Môle & Bombardopolis 1 démontrent combien la confervation de ce dernier lieu eft
importante 1
furtout dans la fuppofition où l'ennemi ferait maître du Môle, pour l'y tenir
renfermé, pour l'obliger à une grande furveillance & pour lui faire craindre
des alertes qui, fous le ciel de Saint-Domingue 1 font cruelles. Des foldats
européens que des hommes de couleur ne feraient qu'éveiller & forcer â
fortir à la hâte & en armes durant des nuits pluvieufes, feraient bientôt
en proie aux fièvres de ce climat bralant, & moiffonnés avec une effrayante
rapidité ; tandis que l'homme de couleur ferait toujours prêt à recommencer
ce genre d'attaque 9 plus meurtrier que les batailles les plus fanglantes.
Toutes ces localités bien examinées & bien appréciées avaient fait dire
à M. d'Eftaing, que fi l'on voulait réalifer la place forte > crue néceffaire
i Saint-Domingue , Bombarde ferait le lieu le plus convenable. Il appercevait dans cette pofitiun faine, point dominée 1 pourvue d'une eau falubre
& féqueftrée du refte de la Colonie par un rempart de terres incultes, de
quoi faire un New-Brifac, pour me fervir de fon expreflion.
On comptait, le 5 Avril 1766, 260 Allemands au bourg de la PlateForme. La maladie en a détruit. une partie &c le dégoût a porté prefque
tout le refte de ces Colons les plus exotiques de tous, à préférer d'autres
lieux & d'autres profeflions; le bourg de la Plate-Forme eft donc comme
abandonné.
Après la Plate-Forme on fait environ trois petits quarts de lieue pour
atteindre la pointe Papaye, que fuit, à un bon quart de lieue, 9 l'anfe Papaye.
La pointe du Boucan-à.l'Or vient enfuite à un autre fort quart de Jieue
puis Ia pointe à Palmifte-à-Vin, à une demi-licue de la précédente. Dans
cet intervalle les pointes font efcarpées & prefque côtes de fer, fur un
développement de 150 à 200 toifes. Les anfes font formées par un rivage
de fable que des canots & des chaloupes peuvent aborder, mais fans avoir
nulle efpérance de pénétrer dans les terres,
vient enfuite à un autre fort quart de Jieue
puis Ia pointe à Palmifte-à-Vin, à une demi-licue de la précédente. Dans
cet intervalle les pointes font efcarpées & prefque côtes de fer, fur un
développement de 150 à 200 toifes. Les anfes font formées par un rivage
de fable que des canots & des chaloupes peuvent aborder, mais fans avoir
nulle efpérance de pénétrer dans les terres, --- Page 70 ---
56 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Une diftance de cinq cens toifes fépare la pointe d'avec l'anfe du Palmifle.
à-Vin; puis 3-500 toifes plus loin eft la pointe de la baie de Henne,
elle-même eft à 900 toifes de la baie de Henne.
qui
Cette baie qui fait face au Sud a environ 1,300 toifea d'ouverture & 600
de profondeur. Elle offre un mouillage, même aux gros bâtimens qui
ont une aflez bonne tenue , & qui n'ont à craindre que les vents qui tiennent y
de PEf. Mais cette baie eft fujette aux raz de marée; elle l'eft aux rafales
que des coulées placées vers la prefqu'ile du Môle, ou des intervalles de
montagnes qui laiflent un pafiage au vent d'Eft,f font fentir aux bâtimens,
rangeant la côte du côté oppofe, jufques vers le Port-à-Piment ; elle l'eft
de plus aux vents quelquefois violens qui viennent du Sud - Eft avec les
orages , dans la faifons de ces derniers, & le débarquement n'y eft
facile. Il faut donc, ainfi que le dit M. de Puyfégur, fe tenir à deux pas
trois lieues de cette côte 1 lorfque la néceffité n'y conduit
ou
Cette baie, qui porte un nom
pas.
Indien, a 1 vers fon embouchure, une
rivière à laquelle ce nom eft: commun. C'eft à l'embouchure de cette rivière, peu confidérable & qui tarit même quelquefois
mis, fous les aufpices de M.
3 qu'Aublet avait
d'Eftaing, une troifième peuplade d'Allemands. Mais elle n'y a exifté qu'une minute, puifque dès le 18 Mai
1765, que M. d'Eflaing vint pour vifiter ce petit établiffement, il
trouva toutes les cafes défertes. On a vu que la rivière de Henne eft en la
limite entre la paroifle de Bombarde & celle du Port-à-Piment.
M. Dubois de la Motte allant du Cap à Léogane avec le
de 74 canons, PAlcide de 66, T'Arc-en-Ciel de 50, la frégate le Magnanime
Zéphir &
un convoi de quelques navires marchands 3 trouva fous la Plate -
le 4 Avril 1747, un vaiffeau de guerre anglais de 80
Forme,
& un troifième de 66. Ayant couvert fon convoi
canons, un de 70
que Ia frégate continua
à protéger, il les attaqua & les combattit pendant cinq
quelles ils firent route
la
heures, après lef.
pour Jamaique. Le vaiffeau à trois ponts était
démâté & coulait prefque bas d'eau & les deux autres fort maltraités.
Dubois de la Motte, depuis gouverneur-genéral de
M.
Saint -
vice-amiral de France, fut légèrement blelTé
Dumingue, puis
au talon.
On cempte fix lieues de la baie de Henne à la ville de
Il y a un fentier qui va de l'une à l'autre. La nature du Bombardopolis,
eft femblable à celle du chemin de la Plate-Formne.
localqu'il parcourt,
Lorfqu'oa
que bas d'eau & les deux autres fort maltraités.
Dubois de la Motte, depuis gouverneur-genéral de
M.
Saint -
vice-amiral de France, fut légèrement blelTé
Dumingue, puis
au talon.
On cempte fix lieues de la baie de Henne à la ville de
Il y a un fentier qui va de l'une à l'autre. La nature du Bombardopolis,
eft femblable à celle du chemin de la Plate-Formne.
localqu'il parcourt,
Lorfqu'oa --- Page 71 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 57
Lorfqu'on voit de la côte les terres quibordent la paroille de Bombarde, elles
paraiflent très-hachées, &c elles portent, comme celles qui les précèdent & celles
qui les fuivent, un caraétère indicatif de grandes agitations. Aufli y.t trouve-t-on
&c furtout vers la Plate-Forme, des traces évidemment volcaniqués. Cc font
des fcories tout-à-la-fois poreufes &pefantes qui annoncent la préfence du fer fondu : des laves dahs'différens états & fous différentes formes , couvrant quelquefois
d'affez grands efpaces & formant un fol devenu calcaire & très-végétatif, ou bien
elles foht en fragmens brifés , plus ou moins compactés plus ou moins légers $
diverlement colorés & où l'on réconnait encoré des fubftances pierreufes ou
métalliques. On rencontre aufli des morceaux de pierres compofés de lames ou
couches , tantôt horifontales 5 tantôt inclinées, & dont quelques-unes femblent
avoir été an contaét avec des fubftances métalliques en fufion ; ou bien ces
couches ou lames ne font que terreufes & durcies par le feu, &c dans ce bloc
les pefanteurs fpécifiques de la terre à pipe 7 d'un marbre imparfait, d'une
terre fabloneufe & même de débris graniteux 1 font interverties. Enfn on
peut y recueillir des échantillons d'une fubftance qui, dans fon opacité, fa
nuance très-prononcée & fon poli , a tous les caractères de lefpèce de bitume
foflile connu fous le nom de jays.
Cependant on n'a découvert jufqu'a préfent aucune ouverture qui appartint
à un volcan , qui ferait fans doute éteint 2 quoique l'on rencontre des cavernes.
Il) y a, par exemple >. dans le canton de la Marre-i-Savon 1 une de ces dernières
qui mérite l'attention des curieux. A fon entrée eft un figuier maudit, 9 d'une
hauteur confidérable, & dont le fommet fe trouve de nivéau avec celui de la
voûte qui recouvre Ia caverne. On trouvé un premiér appartement très-vafte
&c qui communique à plufieurs autres, oûi des jours, ouvrage de la nature,
fans doute, répandent une faible lueur. Une odeur de mufc prefque fuffocante,
a toujotirs empèché d'aller au-delà de cet immenfe veftibule.
La paroiffe de Bombarde a deux compagniés de imnilice, dont une eft compofée d'Allemands. Ces individus & quelqués hommes de couleur font environ
160 hommes portant armes.
Bombarde dépend du commandement du Môle 1 de la Sénéchauflée 8 de
l'Amirauté du Port-de-Paix. 1 & de la miflion de la Partie du Nord. Le
commandant de la paroiffe y eft le feul chef de toute police immédiate.
Tome II.
H
de Bombarde a deux compagniés de imnilice, dont une eft compofée d'Allemands. Ces individus & quelqués hommes de couleur font environ
160 hommes portant armes.
Bombarde dépend du commandement du Môle 1 de la Sénéchauflée 8 de
l'Amirauté du Port-de-Paix. 1 & de la miflion de la Partie du Nord. Le
commandant de la paroiffe y eft le feul chef de toute police immédiate.
Tome II.
H --- Page 72 ---
58 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Ily a de l'églife de Bombardopolis:
A celle du Môle,
5 lieucs.
de Jean-Rabel,
du Port-à-Piment,
IO
Avant de finir fur cette paroifle 1 je dirai que M. Bombarde, fon patron 1
n'exifte plus depuis 1767, & que fon fondateur, M. Fuzée Aublet, eft mort
vers 1786, laiflant une Hiftoire des Plantes de la Guyanne françaife, rangée
fuivant la méthode fexuelle, avec plufieurs mémoires, &c : ouvrage orné de
400 planches > imprimé par Didot le jeune en 1775, en 4 volumes in-4°.
XXV.
PAROISSE DU PORT-A-PIMENT.
Le nom de cette paroiffe qui eft aufli ancien que la poffeflion françaife,
doit avoir eu pour origine, des motifs que le tems a effacés. Il a l'inconvénient d'ètre commun à un point de la Partie du Sud, &c de fournir
ainfi matière au doute ou à la confulion.
En écrivant au miniftre, le 20 Septembre 1666, d'Ogeron l'entretenait
de l'importance dont ferait un chemin qui, de Ia rivière Salée du Port-dePaix où les Français venaient prendre du fel, conduirait au Port-i-Piment ;
parce que l'on aurait à la Tortue des nouvelles des établillemens du golfe
de lOueft en un jour &c demi ou deux jours, tandis qu'il fallait les attendre
quelquefois une femaine & même le double de ce tems. Il parait que cette
communication a exiftée, d'après ce que j'ai dit à l'article du Môle (page
23), de Putilité dont elle fut à M. de Galiffet en 1701.
Mais le Port-à-Piment était fans nul établiffement alors, puifque M. de
Galiffet y paffa treize jours, couchant fur la terre,àla belle étoile, dévoré par les maringouins, fans pain ni vin & n'ayant pour tout mets que
du cochon maron rôti fur la braife. Ce lieu dût même devenir entièrement
j'ai dit à l'article du Môle (page
23), de Putilité dont elle fut à M. de Galiffet en 1701.
Mais le Port-à-Piment était fans nul établiffement alors, puifque M. de
Galiffet y paffa treize jours, couchant fur la terre,àla belle étoile, dévoré par les maringouins, fans pain ni vin & n'ayant pour tout mets que
du cochon maron rôti fur la braife. Ce lieu dût même devenir entièrement --- Page 73 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU E. 59
défert, lorfque les Parties de l'Oueft & du Nord, ayant une communication par le Mirebalais, celle dont je viens de parler fut abandonnée.
Vers 1725, quelques habitans de la paroifle du Gros-Morne 2 ( dont le
Port-à-Piment a fait pàrtie jufqu'en 1773), vinrent s'y placer 7 les uns
temporairement pour faire la chafle à la grande quantité d'animaux qu'on
y trouvait, les autres pour y commencer des hattes.
En 1728, on n'y comptait que quatre habitans, fi toutefois ce nom convenait à des chafleurs qui allaient vendre au Port-de-Paix la chair des boeufs
fauvages qu'ils avaient tués, ou quelques chevaux, également fauvages,
qu'ils parvenaient à faifir. Ils n'avaient que de miférables huttes près dc
quelques points où ils pouvaient trouver de l'eau.
Quoique cet état fe fàt un peu amélioré, il s'en fallait cependant beaucoup
que le Port-à-Piment attirât l'attention , lorfque la découverte de fes eaux thermales & enfuite les progrès mêmes de la Colonie & les établiflemens du
Môle & de Bombardopolis. 7 y conduifirent des Colons.
Ceux-ci obtinrent au mois de Septembre 1773, de MM. de Vallière &c
de Montarcher 7 la permiflion de retenir déformais ce qu'ils payaient annuellement de droits curiaux à la paroille du Gros - Morne 1 pour fubvenir aux
frais de celle qu'ils projettaient eux-mêmes, & qu'a érigé une ordonnance
des Adminiftrateurs du 17 Janvier 1784, qui la met dans la dépendance
de la Partie de l'Oueft & du Quartier du Môle-Saint-Nicolas.
Cette ordonnance donne pour limitc à la paroiffe du Port- à - Piment : à
T'Oueft, la mer depuis la baie de Henne jufqu'à la montagne Ia Pierre;
au Sud, la crête de la même montagne qui la fépare de la -paroiffe des
Gonaives; au Sud-Eft, les montagnes de Moutaca, de Terre-Neuve, 9 du
Piton des Sources & du Dos-d'Ane, qui font fes bornes avec la paroiffe du
Gros-Morne ; au Nord-d'Eft, la crête de la montagne de Moultique ) commune à la paroiffe du Port-de-Paix ; & au Nord, le pied de la montagne
de Jean-Rabel, la hatte de Duverger-Guillet & la racine des mornes qui
ont leurs retombées dans le Port -à- - Piment &qui font fes limites avec les
paroifles de Jean-Rabel &c de Bombarde.
L'étendue de la paroiffe peut être évaluée à dix-fept lieues, dans le fens
de fa plus grande longueur 5 fur fept lieues d'enfoncement. Elle eft compofée d'une partie plane & d'une partie montagneufe, & fubdivifée en quatre
H 2
-Guillet & la racine des mornes qui
ont leurs retombées dans le Port -à- - Piment &qui font fes limites avec les
paroifles de Jean-Rabel &c de Bombarde.
L'étendue de la paroiffe peut être évaluée à dix-fept lieues, dans le fens
de fa plus grande longueur 5 fur fept lieues d'enfoncement. Elle eft compofée d'une partie plane & d'une partie montagneufe, & fubdivifée en quatre
H 2 --- Page 74 ---
60 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
cantons, favcir: la Plaine du Port-à-Piment, la Plaine du Parc, TerreNeuve & le Bras-Droit,
Le canton de la Plaine du. Port-d-Piment, qui commence vers la
Nord-En de la paroiffe & qui a la mer pour bafe, occupe une longueur partie
d'enyiron dix lieues. >, qu'interrompent trois petits monticules, fur à
près quatre lieues de large. A une exception près, qu'offre le fite des eaux peu,
thermales de Boynea, toute cette furface n'eft qu'un défert effroyable où
la nature. ne préfente, "2. pour ainfi dire.,. que la famille des caôtes fous toutes
les formes 2. avec toutes_ les dimenfions, mais toujours trifte
Jante & dont la plupart des individus femblent armés 9, toujours défopour dire à l'homme qu'ils.prétendent à un empire féparé du d'épines fien. Elle 1, comme
admet
cependant, cette famille, le. gras-de-gale & une efpèce de latanier ; mais
les nceuds de l'un & les longs piquans de l'autre., femblent expliquer leur
aflociation. Un fol couvert de galets entremélés de terre calcaire ou, d'une
marne très-divifée, eft celui qui nourrit ces plantes, dont l'afpeét
& il attefte que, prefque récemment encore, il était caché fous les aflige, 7
tandis que. des monticules du même genre,
eaux, 7
2. ajoutent que. ces eaux n'y ont
pas toujours été dans un état paifible.
Les montagnes qui bordent le fond de cette moderne
Thébaide 3 ferviraient encore,. s'il était néceflaire 1 de témoins. de cette immerfion, par leur
rapide inclinaifon,, approchante de, la perpendiculaire, & par. leurs roches,
dont la fubftance toute calcaire,, aura été durcie par les vagues & probahlement converties alors en. côtes de fer.
Pour. rendre le tableau, plus. affreux, des ravines très-encaiffées fillonnent
cette plaine. C'eft 1o. le ruifleau de la Tète. - de Boeuf, qui donne en. tems
moyen deux pouces cubes d'eau, mais qui diminue, à mefure qu'il avance. S
2°, la ravine des Orangers qui, parvenue, à une certaine diflance, peut
avoir. un pouce. cube d'eau & qui tarit un peu, plus loin-; ; 3°. la rivière
Blanche, qui a fa fource dans le même morne que. les deux
mais, qui coule encore moins loin que la ravine des Orangers; 40.la précédens rivière 2
des Cabanes, qui a fa fource dans un. rocher d'oà elle tombe en cafcade
Rar une ouverture de trcis pieds de diamètre, qui a une eau qu'on croit
tres-alkaline & qui, après avoir reçu la petite rivière du Bras -Droit,
va fe jetter dans la rivière de. Terre-Neuve; 5°. la ravine des Trois-
mais, qui coule encore moins loin que la ravine des Orangers; 40.la précédens rivière 2
des Cabanes, qui a fa fource dans un. rocher d'oà elle tombe en cafcade
Rar une ouverture de trcis pieds de diamètre, qui a une eau qu'on croit
tres-alkaline & qui, après avoir reçu la petite rivière du Bras -Droit,
va fe jetter dans la rivière de. Terre-Neuve; 5°. la ravine des Trois- --- Page 75 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 61
Moulins, qui a plus de trois pouces: cubes d'eau, dont on fe fert pour
arrofer 6 ou 8 carreaux de terre,. à cent pas au-deffous defquels elle fe
perd; 6°. la ravine du Figuier, dont on n'apperçoit plus le pouce d'eau
à 400 pas de fa. fource; &c 7°. la rivière Froide., P très analogue à la
précédente.
Ces ravines ont à peu près la direétion de TEA à POueft. Leur lit oà
Pon peut étudier la compofition du terrain , momtre des pierres de toutes
les elpèces, mais en fragmens brilés, variés dans leurs dimenfions 8 dans
leurs nuances, : des fubltances oi le fer fe décèle à l'approche de l'aiman
& prefque partout la prédominence de celles dont la nature eft calcaire. 1
Enfin il n'elt perfonne que la vue de la plaine du Port-à-Piment ne: contrifte, à l'ame duquel. elle ne porta le fentiment qui doit être l'effet de
cette- efpace de deuil de la nature > & qui puiffey voyager fans Houpirer après le
moment où il fortira d'un elpace, dans lequel il femble que: tout parle d'anéancillement.
La côte qui borde ce canton 9- commence, avec la paroiffe, a la baie de Fenne:,
dont la rivière qui afséche 1 peut porter à la.mer 1- en tems moyen 7 environ
deux pouces cubes d'eau. De la baie de Henne. à la pointe: de la Saline.
il y a une forte demi-lieue 1 &c un peu plus de. cette pointe aux Anfes. On
compte enfuite , à peu près,un quart: de lieuc: des: Anfes. à la pointe qui
porte leur nom; 800 toifes jufqu'à la pointe du Petit-Paradis & une bonne
demi - lieue jufqu'au, Petit-Paradis môme, dénemination que le fite n'enfeigne
point à expliquer. Il: faut faire enfuite. un peu. moins d'une demi-lieue pour
gagner THomme-de-Paille & près: de, onze cens toifes encore pour être à
T'Anfe-Rouge,
Toute cette côte eft de fér &c fans: nouillage > excepté P'Anfe-Rouge qui
en offre un aux bateaux feulement. Je trouve: cependant parmi des obferva
tigns, écritess il y a. plus de: 60 ansi, qu'àla haute marée un bateau pouvait
entrer facilement dans un: grandi lagon, formant un efpèce de baflin au
Petit-Paradis.
Le grand Port-à-Piment eft à 1400 toifes ide: l'Anfe-Rouge. Son ouverture eft de 80 toifes, mais elle a, vers: fan milieu, un. reflif qui a
d'eau; fon eniuncement 2 dirigé au Nord & au Nord - quart - Nord. Eft, pew
elt d'environ 400 toifes. Le fond de ce mouillage n'eft guères propre. qu'a:
grandi lagon, formant un efpèce de baflin au
Petit-Paradis.
Le grand Port-à-Piment eft à 1400 toifes ide: l'Anfe-Rouge. Son ouverture eft de 80 toifes, mais elle a, vers: fan milieu, un. reflif qui a
d'eau; fon eniuncement 2 dirigé au Nord & au Nord - quart - Nord. Eft, pew
elt d'environ 400 toifes. Le fond de ce mouillage n'eft guères propre. qu'a: --- Page 76 ---
62 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
des bateaux ; mais des bâtimens ordinaires ont accès
ils refient cependant expofés
vers fon entrée où
aux vents du Sud; ce point
douce. A TER eft une belle chauffée
manque d'eau
qui aboutit à un magafin fervant
d'entrepôt à l'hôpital du roi. Derrière & près de ce magafin, eft
où une batterie ferait avantageufement
un mornet
eft le
placée. Sur le côté
du
morne
oppofé port
Blanc 3 très-fufceptible d'être fortifié,
A une forte licue du grand Port-à-Piment
s'être appelé le
des
eft un mouillage que P'on dit
port
Gallions 1 parce que ces vaifleaux
venaient mouiler à caufe des mines dont
efpagnols y
je parlerai plus loin. Les
avaient fait le petit Port-à-Piment & c'eft
Français en
fon
aujourd'hui la baie Vallière; c'eft
par
moyen que les chofes néceffaires à l'établiffement des Eaux de
ont été conduites au Port-à-Piment. L'ouverture de
Boynes
embarcadère
cette baie, où eft un
avec 1 un magafin, eft de 180 toifes & fon enfoncement de
250 toifes. Les bâtimens y font moins en fureté qu'au grand
la côte eft auffi de fer dans cette
le
Port-à-Piment ;
&. il n'eft abordable
partie ; rivage eft bordé de mangliers
qu'aux deux points cités.
: A deux lieues dans le Nord-Nord.Eft de la baie
oà la nature. a réuni
Vallière, 7 eft le point
plufieurs fources d'eau thermales.
En 1725, Capois, nègre hattier de M. le Clerc de Morainville,
du Gros-Morne. 7 parcourant les favanes du Port-à-Piment
7 habitant
bétail de fon maître, s'enfonça
pour réunir le
noirâtre &
tout-à-coup dans un bourbier d'une terre
mouvante. Ses efforts étant impuiffans
fur lequel il était monté, il alla chercher
pour en faire fortir le cheval
fut retiré
du fecours. Mais lorfque le cheval
, Capois trouva que l'eau qui rempliffait les trous
les pieds de cet animal était très-chaude. Le
qu'avaient formés
plaifir fuccéda bientôt à l'étonnement, lorique fe rappellant d'avoir entendu dire
fois
qu'en France il y avait des endroits où l'on allait plufieurs aux Blancs 2
il conçut l'idée
prendre des bains chauds, ,
d'éprouver l'eau qu'il découvrait, fur l'un de fes
rades hattiers, auquel un rhumatifme raviffait
camadu
l'ufage de la partie inférieure
corps.
Plein de ce projet, Capois creufa un trou de fix
de
de large & forma une petite hutte où le
pieds long fur quatre
bain il eut
malade fut tranfporté. Au douzième
y
un foulagement marqué & au bout d'un mois Ia cure
radicale.
fut
ver l'eau qu'il découvrait, fur l'un de fes
rades hattiers, auquel un rhumatifme raviffait
camadu
l'ufage de la partie inférieure
corps.
Plein de ce projet, Capois creufa un trou de fix
de
de large & forma une petite hutte où le
pieds long fur quatre
bain il eut
malade fut tranfporté. Au douzième
y
un foulagement marqué & au bout d'un mois Ia cure
radicale.
fut --- Page 77 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 63
Pour la micux confrmer, Capois 1 qui connaiffait à Jean-Rabel un nègre
abandonné comme incurable 1 alla le demander & le fit porter au bain du
premier; trois femaines après le perclus remua fes membres & trois mois
fuflirent pour le rendre à la fanté. Capois refufa de garder le
le maitre lui avait donné,
nègre 1 que
Ces deux guérifons regardées prefque comme miraculeufes,
conftamment
attirèrent,
&c furtout depuis 1736, beaucoup de malades à ces eaux, od
l'on fe faifait conftruire des cabanes. On vit bientôt fe multiplier des inf
criptions que la reconnaiffance gravait fur les arbres d'alentour, , tandis
des béquilles fulpendues aux branches, difaient d'une manière bifarre, mais que
expreflive qu'elles étaient devenues inutiles par l'ufage de ces eaux thermales.
Le terrain des fources , c'eft-à-dire, un carré de fix cens toifes, étant
devenu la propriété de M. de Rameru 1 qui était lieutenant-de-roi de Saint.
Marc depuis 1770, & quiavait éprouvé l'efficacité de ces eaux 9 cet officier
conçut 1 en 1772, la généreufe idée d'en faire le don au roi, pour qu'on
yo créât un établiflement public, , que M. de Malouet, faifant alors les fonétions
d'ordonnateur au Cap, follicita avec le plus vif empreffement de MM. de
la Ferronnays & de Montarcher. Ces Adminiftrateurs répondirent à M. de
Malouet, le 16 Avril, par une autorifation de recevoir le
&
don, par une
recommandation de leur envoyer une analyfe de ces eaux, 3 que M. Polony
médecin. , & M. Chatard, apothicaire du roi au Cap, firent au mois d'Aodt 1
fuivant & qui a été imprimée (* ).
Le même jour, 16 Avril 1772, > les Adminiftrateurs écrivirent à M. de
Rameru pour lui exprimer les fentimens que leur infpirait PAuteur 4
66 bienfait qui devait procurer aux habitans pauvres & riches de la Colonie d'un
46 fecours auffi sûrs, plus prompts & moins
des
difpendieux que ceux
allaient
46 chercher à. grands frais chez les étrangers (à Banique ). 9, qu'ils Il mérite 37
ajoutaient-ils, 4 des marques éclatantes de la fatisfaction du fouverain
46 de la reconnaiffance du public 8 c'ef aver plaifir, que nous nOMS
&
86 d'en être les interprêtes ".
ebargeens
(*) On trouve dans le rer, volume des Mémoires de la Société des Sciences & Arts dn
Cap, un extrait de cette Analyfe & cing autres Onvrages far ces Eaux,
les étrangers (à Banique ). 9, qu'ils Il mérite 37
ajoutaient-ils, 4 des marques éclatantes de la fatisfaction du fouverain
46 de la reconnaiffance du public 8 c'ef aver plaifir, que nous nOMS
&
86 d'en être les interprêtes ".
ebargeens
(*) On trouve dans le rer, volume des Mémoires de la Société des Sciences & Arts dn
Cap, un extrait de cette Analyfe & cing autres Onvrages far ces Eaux, --- Page 78 ---
DESCRIPTION DELA PAKTIE
Le 22 Avril, M. Doré, notaire au Cap, reçut l'acte du don du terrain des Eaux concédé le 25 Octobre 1732, à M. Julien le
&
M. de Rameru avait acquis, le
Cog, que
4 Juin 1770, de Dame Anne le
Cog, veuve de M. Henri Abel Chanceaulme. M. Malouet
& ftipula que, pour perpétuer le fouvenir des motifs de accepta ce don
bienfaifance qui déterminaient M. de
générofité & de
Rameru, la fource principale des
eaux minérales du Port-à-Piment, ferait défignée par le nom de Rameru.
On fit conftruire aufitôt fix cafes de bois du pays de 40 pieds de
& fix bains de maçonnerie ; M. l'intendant y fit paffer du Môle long
nègres charpentiers, fix de hâches, deux maçons & fix
quatre
tirés de l'atelier du roi ; & du Cap un homme intelligent, manceuvres, s tous
bliflement. La gazette offrit des conceflions dans
pour dirigerl'étaun bourg, aux particuliers
qui s'obligeraient à y bâtir une cafe de bois dans ûne année ;
d'un magafin à l'embarcadère du Port-à-Piment, à quiconque fe l'ufage
d'entretenir au Cap un bateau paffager pour cet endroit; & la jouiffànce chargerait des
cafes du roi au chirurgien qui ferait prépofé à l'adminiftration des eaux,
M. Faurès, lientenant-de-port au Cap, établit le palfager qui, pendant longtems, , a été deux fois par mois du Cap aux eaux, 3 & M, Lamarque fut
le chirugienesrepreseun,
Dès le 12 Novembre 1772, MM, de Vallière & de Montarcher, rendirent compte de toutes ces particularités au miniftre, & s'appefantirent fur
l'économie qu'on trouverait déformais à ne plus aller à
Colons
Banique 3 où les
dépenfaient 1 chaque année 3 40,000 livres. Mais ce que je ne pais
remarquer fans chagrin * c'eft que leur lettre parle à peine de M. de Rameru
& qu'elle finit par cette phrafe : 6 Vous voudrez bien
4 que les fources dont il s'agit, foient appelées les Eaux agréer, de Monfeigneur;
66 miniftre tel
Beynes. Un
que vous, qui ne s'occupe que de procurer le
Ce être immortalifé d'uné manière
foit
bien, ne faurait
qui
plus
de
6s aétes de bienfaifance ". Comme
digne lui, que par des
ce trait rappele le Sieves non'vobis de Virgile!
Ma plume regrette. de ne pouvoir écrire les Eaux de Rameru, expreffion
qui rappelerait ce donateur bienfaifant, mort en 1773, & au frère
(M. l'abbé de Rameru), fa générofité a fait obtenir du roi une duquel;
de douze cens livres fur la caiffe municipale.
penfion
Les Eaux de Boynes donc, furent très-louées, le 12 Septembre
1775 *
par
le Sieves non'vobis de Virgile!
Ma plume regrette. de ne pouvoir écrire les Eaux de Rameru, expreffion
qui rappelerait ce donateur bienfaifant, mort en 1773, & au frère
(M. l'abbé de Rameru), fa générofité a fait obtenir du roi une duquel;
de douze cens livres fur la caiffe municipale.
penfion
Les Eaux de Boynes donc, furent très-louées, le 12 Septembre
1775 *
par --- Page 79 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 65
par MM. d'Ennery & dc Vaivre, qui venaient de les vifiter & le miniftre
leur annonça, le 27 Novembre fuivant, que le roi pourvoirait à la dépenfe
qu'elles occafionneraient. Les particuliers y trouvaient chez M. Courrege >
chirurgien du bourg,le logement 8c la nour rriture à raifon de 15 livres par jour,
&c de 24 livres, fi le traitement y était réuni. Les nègres ne payaient que
5 livres.
Le 2 Décembre 1777 1 on nomma le père Irénée 3 capucin, 3 pour aumô
nier de l'hôpital royal 8c militaire du Port-à-Piment.
Mais des plaintes s'élevèrent fur l'adminiftration de cet établiflement 1
& elles portèrent MM. de Reynaud & de Vaivre à le faire inipecter par
M. Richard, médecin du roi au Port-au-Prince, àl la fin du mois de Juin
1780. Il trouva, comme on aurait di le prévoir, qu'un chirurgien 2 en même
tems entrepreneur, ne répondait pas à la confiance dont on l'avait revêtu 2
&c obfervant qu'un foldat feul, avait fait dépenfer plus de fept mille livres,
il ouvrit l'avis de n'en plus envoyer 2 ni de matelots.
Les Adminiftrateurs confidérant que cet établiffement, 3 qui coûtait déjà
plus de fix cens mille livres, ne péchait que par des vices qui ne touchaient
point à fon effence, préférèrent le moyen d'y mettre un nouvel entrepreneur, & en outre un infpecteur à réfidence, indépendamment de la vifite
d'un médecin du roi du Port-au-Prince ou du Môle, accompagné d'un officier d'adminiltration , pour aller conftater létat des chofes de tems en teins.
Le miniftre marqua, , le 17 Février 1781, que les détails de 1780 étaient
affligeans ; & il finiffait ainfi: K Si les Eaux du Port-à-Piment font bonnes, 3
6c pourquoi faudra-t-il les abandonner? Si elles ne font pas bonnes 2 comment
66 a-t-on pu y faire des dépenfes auffi confidérables ? & enfn, fi le vice
6i ne provient-que de l'adminiftration de cet établiflement, pourquoi n'a-t-elle
66 pas été corrigée? 37
Ces réflexions judicieufes 9 & une vifite de M. de Bellecombe 3 en 1782,
n'ont pas empèché les Eaux de Boynes d'être prefque abandonnées en 1785;
mais le 24 Avril 1786, elles ont été remifes à M. Gauché, fous le titre
de direêteur, à la charge de leur entretien. Il a été paflé avec lui un
marché pour que leur ufage Toit affuré à tous ceux qui y font envoyés
pour le compte du roi. Le prix du traitement des nègres y a été fixé à
3 livres; & quant aux particuliers blancs, c'eft l'objet d'une convention
Tome II.
I
ées en 1785;
mais le 24 Avril 1786, elles ont été remifes à M. Gauché, fous le titre
de direêteur, à la charge de leur entretien. Il a été paflé avec lui un
marché pour que leur ufage Toit affuré à tous ceux qui y font envoyés
pour le compte du roi. Le prix du traitement des nègres y a été fixé à
3 livres; & quant aux particuliers blancs, c'eft l'objet d'une convention
Tome II.
I --- Page 80 ---
66 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
laifTée à faire entr'eux & M. Gauché. Pour garantir l'exécution de ces
règles 2 MM. les Adminiftrateurs ont donné, le 18 Mai fuivant, une commiflion d'inipecteur à M. Arthaud, médecin, aujourd'hui médecin du roi
au Cap, qui eft tenu d'y faire trois vifites annuelles.
Le point où font les Eaux de Boynes, forme le penchant d'un monticule,
Élevé d'environ dix toifes au-deffus du niveau de la plaine. Une terre extrè.
mement noire d'oà fe dégage une forte odeur de foie de foufre & qui a une
chaleur différente du fol voifin 3 en font les indices. Sept fources y ont
été établies au moyen d'autant de fofles de fix pieds en carré &c de deux
pieds de profondeur. Le fond en a été garni de pierres calcaires ; on les a
entourées de maçonnerie & l'un des côtés a feul une ouverture.
Voici les noms de ces fources & leur degré de chaleur :
1°. Source Vallière (gouvereur-génénal),
42 degrés.
2°.
Ia Ferronnays (gouvereur-général par interim 2 lors de Pétabliffement), 42.
3°.
de Vaivre (intendant),
42.
4°.
d'Andeville (ingénieur, , quia dirigé l'établifement),
41 1/2.
5°.
Rameru 3
40.
6°.
Montarcher, (intendant lors de Pétablifement),
39 1/2.
7°.
des Dames, à caufe de fes proprictés favorables au beau fexe,
38.
Il m'eft impoflible de ne pas me plaindre encore de ce que la fource qui
a été le berceau de la réputation de ces Eaux, [ne porte pas le nom de
Source Capuis.
Il y avait aufli une fource Malouet, &c cette application était heureufe,
parce qu'elle rappelait qu'on devait à cet officier d'adminiftration,, aujourd'hui intendant de la marine à Toulon , l'adoption que le gouvernement a
fait de ces Eaux thermales; mais l'analyfe a prouvé que cteft une infiltration des eaux pluviales.
Toutes ces fources font voifines les unes des autres, & la direction de
leur cours eft du Nord-Eft au Sud-Oueft. L'opinion générale eft qu'elles
ne diffèrent de chaleur, que par leur éloignement, plus ou moins grand,
du fiège de cette chaleur, ou par la nature du fol qu'elles traverfent &
qui reçoit directement l'action de l'air extérieur. Dans leur état aÉtuel 7
elles peuvent donner entr'elles 180 pintes d'eau par minute, fans que la
fécherefle ni la pluie paroiffe influer fur ce volume. L'eau eft claire &
ueft. L'opinion générale eft qu'elles
ne diffèrent de chaleur, que par leur éloignement, plus ou moins grand,
du fiège de cette chaleur, ou par la nature du fol qu'elles traverfent &
qui reçoit directement l'action de l'air extérieur. Dans leur état aÉtuel 7
elles peuvent donner entr'elles 180 pintes d'eau par minute, fans que la
fécherefle ni la pluie paroiffe influer fur ce volume. L'eau eft claire & --- Page 81 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 67
limpide, &c récemment puifée elle fent le foie de foufre. Souvent avant le
lever ou après le coucher du foleil, il s'élève une vapeur qui porte la même
odeur à une demi-lieue à la ronde; & quand l'eau eft refroidie, fa furface a
offre les couleurs de P'Iris. Elle confervela chaleur plus
une légère pellicule qui
lng-tems que l'eau commune & pafle plus difficilement à l'état d'ébullition,
Si l'on boit ces eaux en les puifant à la fource , le goût eft affeêté auffi défagréablement que l'odorat 7 & les malades s'y accoutument avec peine ; la bouche n'eft point incommodéé de leur chaleur & l'oeil même où il en tombe des
n'en
aucune
Au toucher elles font favonneufes &ne
gouttes 1
reçoit
impreflion.
tenir la
font rien éprouver fur des écorchures, quoi qu'on ne puiffe pas y
main la plus faine au-delà de quelques minutes. Une plante mife dans les
fources, à 42 degrés, y conferve fa fraîcheur. On trouve même dans le fond
des canaux de maçonnerie, la tremelle des eaux thermales (d'abord prife pour
fubftance
c'eft-à-dire , l'une des dix-fept efpèces connues de
une
glaireufe );
femble
cette plante qui, douée d'un mouvement analogue à celui des animaux,
être une efpèce de tranfition du règne végétal au règne animal. On voit dans
les fources qui ne font pas fermées, la tremelle des marais ; plus loin 8c
lorfque l'eau eft devenue moins chaude, l'efpèce d'éclipte, dont le fuc verdâtre
noircit au contact de l'air, & plus bas encore dans la boue qui indique
l'eau thermale, eft la faufle rhubarbe dont les racines teignent en jaune.
Enfn dans tout l'efpace où ces eaux s'infiltrent, les arbres ont des dimenfions &c une nuance auffi verte que celles qu'ils pourraient acquérir dans
le meilleur fol.
La pefanteur de fes eaux, comparée à celle de l'eau diftillée, eft dans le
rapport de 12 à 13 & de 12 à 12 & demi par rapport à l'eau commune.
D'après l'analyfe des Eaux de Boynes, tant par les agens chimiques que
par une lente évaporation 1 faite, en 1772 par MM. Polony & Chatard, répétée
en 1783 par M. Dazille & renouvellée, avec le foin le plus fcrupuleux, en 1785,
par M. Gauché leur direéteur aétuel, il eft démontré qu'elles contiennent :
10, de l'alkali minéral ou natron furabondant ; 20. du foufre naturel &c non
décompofé; 3°. du foie de foufre; 4°. du fel marin à bafe d'alkali minéral :
5°. du fel marin calcaire, c'eft-à-dire, à bafe de terre calcaire ; 60, du fel
de glauber; 70. une terre calcaire combinée avec de l'argile très-blanche ou
une marne très-divifée; 80, une huile légère de la nature du pétrole ; 9°. &
enfin une petite portion de terre abforbante,
I 2
foie de foufre; 4°. du fel marin à bafe d'alkali minéral :
5°. du fel marin calcaire, c'eft-à-dire, à bafe de terre calcaire ; 60, du fel
de glauber; 70. une terre calcaire combinée avec de l'argile très-blanche ou
une marne très-divifée; 80, une huile légère de la nature du pétrole ; 9°. &
enfin une petite portion de terre abforbante,
I 2 --- Page 82 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
Il réfulte de l'analyfe une très-grande analogie entre les Eaux de
celles de Barrège.
Boynes &
Plufieurs perfonnes ont tenu aux Eaux de Boynes des journaux d'obfervations
fur leurs effets. Le premier de ce genre, qui va de 1775 à
eft
de M. Lamarque, alors
1780, l'ouvrage
chirurgien-major & entrepreneur de cet
Feu M. Courrege, chirurgien, que j'ai déjà
établiffement.
remonte
nommé, en a fait un autre qui
jufqu'en 1736, & qui fe termine par fes propres obfervations
1774juiqu'en 1780. Ill'avait nême deftiné à
depuis
la générofité de m'en donner
l'impreffion en 178r, & il a eu
depuis une copie. M. Debry, devenu
de ces eaux, a continué julqu'en 1785- Enfin M. Gauché
infpeéteur
avait recueilli, lui-même,
a ajouté ce qu'il
en 1786, 1787 & 1788. Il y a donc une férie de
faits qui embraffent une période de 52 ans, & c'eft de cet enfemble,
M. Gauché Pécrit lui-même, qu'il a déduit les vertus
comme
Elles
médicinales de ces eaux.
font, dit-il, fpécifiques contre Phydropifie qui n'a atteint fon dernier terme. Elles guériffent radicalement les rhumatifmes; pas la
goutte ; la paralifie; les douleurs à la fuite des
fciatique ; la
entorfes, des fraétures & des
luxations; ; le relâchement du genre nerveux ; les obftruétions des vifcères du
bas-ventre; les enflures & les douleurs dans les
les ulcères
membres; ; les écrouelles &
ferophuleux les plus anciens ; les dartres vives &
généralement toutes les maladies cutanées; les divers
rongeantes 3 &
fymptômes & douleurs
fcorbutiques : les fièvres les plas invétérées ; l'apoplexie ; les faufles
ankilofes; les fuppreffions des règles &. les feurs blanches ; les ulcères les
plus fanieux; les caries des OS 1 dont elles procurent l'exfoliation; les
meurs dures des corps caverneux ; les ulcères à la fuite de
tuou de brâlures; les tumeurs skirreufes; la
grandes bleffures
palmonie, pourvu
le vifcère
ne foit pas ulcéré ; l'afthme ; la cachexie ; la diarrhée invétérée que
thiafis ou
; l'éléphanmal-rouge 3 quand la maladie n'eft pas ancienne ; les pians & les
crabes, avec une extrême facilité; & il y a un exemple de
toenia ou ver folitaire.
guérifon du
Les perfonnes en fanté qui habitent aux Eaux de
d'autre boiffon
Boynes, n'ont pas
que ces eaux elles-r mêmes. On fe contente de les laiffer
pendant 2+ heures dans des jarres ; & qaoiqu'elles produifent des
tions dans les extrémités des
incruftafuffent
tuyaux, 1 on n'a jamais remarqué
nuifibles. Elles font également employées
qu'elles
dins où font des légumes, des fruits & des
pour l'arrofement des jarfleurs, & l'on n'a pas éprouvé
Boynes, n'ont pas
que ces eaux elles-r mêmes. On fe contente de les laiffer
pendant 2+ heures dans des jarres ; & qaoiqu'elles produifent des
tions dans les extrémités des
incruftafuffent
tuyaux, 1 on n'a jamais remarqué
nuifibles. Elles font également employées
qu'elles
dins où font des légumes, des fruits & des
pour l'arrofement des jarfleurs, & l'on n'a pas éprouvé --- Page 83 ---
ERANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE, 69
qu'elles fuffent moins efficaces, lorfqu'on ne les laiffait pas refroidir pour
cet ufage.
On ne peut s'empècher de regretter que les Colons & les Soldats, chargés
de protéger la Colonie, n'aient pas toujours trouvé, dans l'établiffement des
Eaux de Boynes, tous: les fecours dont il eft fufceptible. Combien d'hommes
utiles de tous les genres il peut fauver! quelles dépenfes il peut économifer!
Il faut efpérer que les avantages que M. Gauché s'efforce d'y réunir depuis
trois. ans, feront de ces Eaux une. des reflources les plus précieufes
la fanté, CC bien fi fouvent compromis fous le ciel de Saint-Domingue. pour Il
a fait mettre les bâtimens dans le meilleur état ; des bains de vapeurs ou
étuves & des. douches très commodes ont été conftruits, &c déformais, les
habitans qui avaient à redouter la néceffité de fe pourvoir de tout, n'ont
plus befoin d'y apporter que du linge &c des draps.
Les perfonnes d'une fortune aifée payent 30 livres par jour pour la nourriture, le logement 1 le traitement 3 les remèdes & les foins. Celles qui
n'en ont qu'unel bornée trauvent, dans M. Gauché, cette difpofition
caraétérife l'homme fenfible. Si l'on ne veut
être
qui
pas
nourri, on ne paye
que 12 livres par jour.
Mais ce que M. Gauché n'a pas annoncé &c que je promets, c'eft qu'on
trouvera en lui un habitant plein d'attachement pour la Colonie, qui eft devenue depuis long-tems fa patrie ; un homme inftruit dans plufieurs genres,
un cultivateur éclairé, un naturalifte fludieux, un citoyen, connaiffant tous
les devoirs de ce titre ; en un mot un homme eftimable fous tous les
rapports, & qui mettra fa gloire à concourir de tout fon pouvoir, au fuccès de l'établiffement, qu'un choix appuyé de l'approbation générale a confié
à fes lumières & à fes foins. Pour quiconque ne le connait pas comme
moi, ce qui fe trouve de lui dans le I"r, volume des Mémoires de la Société
des Sciences & Arts du Cap & notamment fur les Eaux de Boynes, ferait
an befoin un garant irrécufable de fes talens, auxquels je dois plufieurs
chofes dans la Defcription de la paroiffe du Port-à-Piment.
Les bâtimens que les Eaux ont fait élever, font au nombre de quinze
& tous de bois. En venant de la baie Vallière, le chemin aboutit à une
d'environ 1OO toifes de long fur 50 pieds de large, appelée la Grande-rue, rue
& gui court du Sud-Oueft au Nord-Eft. Cette rue eft terminée
une
par
de fes talens, auxquels je dois plufieurs
chofes dans la Defcription de la paroiffe du Port-à-Piment.
Les bâtimens que les Eaux ont fait élever, font au nombre de quinze
& tous de bois. En venant de la baie Vallière, le chemin aboutit à une
d'environ 1OO toifes de long fur 50 pieds de large, appelée la Grande-rue, rue
& gui court du Sud-Oueft au Nord-Eft. Cette rue eft terminée
une
par --- Page 84 ---
70 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
allée d'arbres de la même largeur, dans laquelle on fait à peu près cent
toifes, avant de fe trouver dans une place circulaire de 5o toifes de diamètre, que bordent des allées d'arbres, & dont le milieu doit avoir une
fontaine publique. Après cette place 2 l'on fait quelques toifes pour arriver
au point où l'on a, de chaque côté, une fontaine de pierre de taille,
d'oà l'eau jaillit par trois tuyaux & fournit â tous les befoins domeftiques
de T'hôpital & de fes dépendances.
Après chaque fontaine. eft un pavillon avec huit bains féparés & commodes. Ces feize bains deftinés au public, ne font pas partie de ceux comptés
pour l'hôpital militaire. Au-deflus des deux pavillons & alignés fur eux 3
font deux autres bâtimens ; l'un defquels eft pour l'aumônier & l'autre contient les bains des foldats ; & dès qu'on les dépafle 3 on entre dans une
place de 250 pieds en carré, entourée d'arbres, & dans le Sud de laquelle
font les deux fources Rameru & Montarcher.
Sur le côté Sud-Eft de cette place, font deux bâtimens féparés, l'un
pour. les ofliciers de fanté, l'autre pour le détachement qui doit veiller à
la police de l'hôpital. A ceux-là correfpondent, fur le côté oppofé, deux
bâtimens, dont un loge le direêteur des eaux & le fecond les officiers
malades.
Le fond de la place carrée eft fermé par une claire-voye de bois, qui
règne fur les quatre faces & qui fait la clôture d'un terrain de 24 toifes
du Sud-Oueft au Nord-Eft, & auquel on parvient par un portail, placé
dans une avancée demi-circulaire. En face de ce portail * qui répond au milieu
de la place carrée & de l'avenue qui précède celle-ci, eft Phôpital, placé
à environ 36 pieds de la claire-voye. Ce corps de bâtiment, qui a 140
pieds de long fur 24 de large , peut loger foixante malades ; à fon bout
Sud-Eft eft une chapelle. Vers fes extrémités', mais adoffés à la clôture,
(qui empêche. que les foldats malades ne puiffent fortir la nuit & quand
leur état exige qu'on le leur défende), eft, au Nord - Oueft, un bâtiment
divifé pour la cuifine & l'infrmerie & en face eft la pharmacie.
Outre ces conftrudlions, 1 il. y a dans le voifinage de la fource Montarcher, un pavillon où font des douches & des bains de boues > & près de
la fource d'Anêteville, une maifon de bains de vapeurs, & une autre oà
l'on a pratiqué fix bains, , fpécialement confacrés aux pauvres, cette portion
un bâtiment
divifé pour la cuifine & l'infrmerie & en face eft la pharmacie.
Outre ces conftrudlions, 1 il. y a dans le voifinage de la fource Montarcher, un pavillon où font des douches & des bains de boues > & près de
la fource d'Anêteville, une maifon de bains de vapeurs, & une autre oà
l'on a pratiqué fix bains, , fpécialement confacrés aux pauvres, cette portion --- Page 85 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 71
touchante de l'efpèce humaine, que la mifère & les infirmités accablent à
l'envi. Ce dernier bâtiment, afile le plus occupé de toutes les Eaux, eft
auffi celui où l'on peut recueillir le plus de preuves de leur efficacité, parce
qu'elle n'y eft pas combattue par des écarts de régime, par des déréglemens
d'imagination & par l'impatience qui confeille fouvent de fe contenter d'un
mieux, plutôt que d'attendre une guérifon complete.
M. Arthaud dit, dans fon infpeétion des Eaux de Boynes 9 faite au mois
de Juillet 1786, que les dépenfes de cet établiflement ont été faites fans
prévoyance &c fans économie 1 &c qu'on a tout facrifié au coup-d'ceil dans la
diftribution des bâtimens. Il eft cependant difficile de ne pas favoir gré à
M. d'Andteville d'avoir difpofé le local de manière à lui donner, 9 au moyen
d'un bouquet de bois placs, comme par un hafard heureux 1 dans un fite ftérile,
huit allées d'arbres qui procurent une ombre impénétrable, & d'avoir fait
jouir l'hôpital d'une vue aflez étendue , pour. que dans un tems ferein,
l'on puiffe découvrir de l'oeil na,jufqu'aux bords du Cul-de-Sac, qui dépendent
de la Partie du Sud.
M. Arthaud fe plaint, avec raifon 1 du manque de carrelage. Il regrette
juflement, qu'avec les moyens d'avoir dc la chaux & des pierres, on n'ait pas
bâti en maçonneric, & préféré des tuiles aux eflentes. Mais une efpèce
de fatalité veut, qu'à la formation de tout établillement public, on paye
un tribut à l'ignorance ou à. la précipitation !
L'enfemble de l'établiffement a un afpect qui plaît & qu'il doit, furtout,
au contrafte qu'il forme avec tout ce qui l'environne; ; les allées d'arbres
toujours verds, dont j'ai parlé 7 & qui forment, quoique l'une d'elles s'appele
l'allée du Cimetière, une promenade délicieufe; un gazon émaillé, des bois
laiteux, francs &x bâtards, marquant par leur feuillage & leurs fleurs, les
contours que l'ouverture des allées a formés dans la haute-futaie; toutrépand la fraicheur &c un charme d'autant plus grand dans ce féjour, qu'il
n'y a plus enfuite que des hattes, &x environ une lieue plus loin, qu'aridité
& défolation.
On conferve, aux Eaux de Boynes, une pierre fur laquelle on lit :
e L'an 1772, M. de Rameru, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-Louis .
e6 Lieutenant- de-Roi à Saint-Marc, propriétaire de cette fource, 3 en a fait ceflion au Roi. M.
: de Malouct, Commiflaire de la marinc, 3 Ordonnateur au Cap > en a propofé l'établifiement,
idité
& défolation.
On conferve, aux Eaux de Boynes, une pierre fur laquelle on lit :
e L'an 1772, M. de Rameru, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-Louis .
e6 Lieutenant- de-Roi à Saint-Marc, propriétaire de cette fource, 3 en a fait ceflion au Roi. M.
: de Malouct, Commiflaire de la marinc, 3 Ordonnateur au Cap > en a propofé l'établifiement, --- Page 86 ---
72 DESCRIPTIO de N DELAPARTIE
ee MM. le Vicomta de la Fcrronnays 3 Commandant, & de Montarcher , Intendant, l'ont
46 ordonné. L'analyfe de ces Eaux Minérales a été faite la même année par MM. Polony
ce médecin, & Chatard , apothic.ire du Roi, & leurs propriétés falutaires publiées ",
Voici les infcriptions qu'on avait faites pour les quatre faces de la fontaine
publique 2 projettée aul haut de la Grande-rue.
I.
AEqus Pauperibus prodeft, Locupletibus aquè,
Hora,
II.
Regià Sanéioribus Confili's Regnique Miniftro in re navali, PITRO-STEPHANO DE BOYNES.
III,
Anno Domini 1772. Regnante LUDOVICO XV.
Praedium hoc Regi dono dedit pro copia & omnium utilitate, JACOBUS DE RAMERU,
Civitatis Sandi-Marci, Regius Prafedtus.
IV.
Summo imperio gubernante, Lupovico-FLoRENTIO DE VALLIÈRE:
Adminiftrante JOANNs-FRANCISCO DE MONTARCHER:
Haec opera regio arario conftrui juferunt.
M. Dubry penfe qu'on pourrait donner une grande utilité de plus aux
Eaux de Boynes, en les raflemblant & en les dirigeant vers un réfervoir,
à une demi-lieue de la mcr. Là, les hattiers & les faliniers trouveraient
à fe défaltérer, & l'on fe fauverait la peine de conduire lés animaux à
l'étang du bout Sud-Eft de la plaine, ou au bas de la montagne de la Barre,
peine que les féchereiles rendent extrêmement pénibles.
J'ai déjà annoncé que dès Pétabliffement des Eaux de Boynes, on avait
eu l'intention d'y former un bourg. La divifion du terrain qu'on y deftinait
fut faite dés lors, par M. d'Ancteville, en 120 emplacemens. Ce terrain,
qui elt dans le Sud des Eaux &c qui communique avec celles-ci parplufieurs
allées, commence à un point exactement aligné fur l'extrémité inférieure
de la Grande-rue, 1 & fe termine, à peu près, à l'alignement inférieur des
deux Iers, pavillons que j'ai.cités. Il eft coupé par cinq rues qui vont du
Sud-Oueft au Nord-Eft, & qui font coupées elles-mêmes à angles droits.,
par trois autres. Quatre de ces huit rues répètent les noms de Rameru,
de
plufieurs
allées, commence à un point exactement aligné fur l'extrémité inférieure
de la Grande-rue, 1 & fe termine, à peu près, à l'alignement inférieur des
deux Iers, pavillons que j'ai.cités. Il eft coupé par cinq rues qui vont du
Sud-Oueft au Nord-Eft, & qui font coupées elles-mêmes à angles droits.,
par trois autres. Quatre de ces huit rues répètent les noms de Rameru,
de --- Page 87 ---
FRANÇAISE DESAINT-DONT-DOMINGUE 73
de Vallière & de Montarcher. La forme du terrain en
de la Ferronnays ,
donne une irrégulière au côté Sud-Eft du bourg, au haut duquel on a marqué
une place d'environ deux cens pieds en carré 7 bordée d'emplacemens au
Nord-Oueft & au Sud-Eft, & devant avoir, dans le fond, une églife qu'un
intervalle féparera du prefbytère projeté à la gauche > & d'un logement
la maréchauffée, qu'on a déjà élevé à fa droite.
pour
ordonnance des Adminiftrateurs 2 datée du 16 Décembre 1773,ait
Quoiqu'une
en réuniflant les emplacemens déjà concédés pour les ramener au plan
paru,
de M. d'Anêteville. 3 fuppofer que ce bourg recevrait un prompt accroiflement, il n'eft cependant rien moins que confidérable ; mais plufieurs de
fes maifons font commodes. Ce bourg reçoit l'eau qui tombe des deux fontaines
de la grande avenue de Thôpital, près des pavillons inféricurs Les
la conduifent dans leurs jardins 1 où ils ont des figues qui ne
le particuliers cèdent en rien à celles du Mole, & du mufcat & du raifin, , faite pour
être comparés à ceux du Port-de-Paix.
Le médecin infpeéteur des Eaux. , penfe qu'un bourg eft fans utilité dans
ce point. Peut-être a-t-il jugé ainfi, parce que M. Gauché eft direéteur
des Eaux; mais d'autres tems peuvent rendre néceffaire, , comme elle l'a
déjà eté, une forte de rivalité entre l'entrepreneur & des particuliers qui,
eux-mèmes, redouteraient la fienne à leur tour. Il eft bon que le public
puiffe choifir, & il teft beaucoup de chofes commodes qu'on ne peut pas
ou qu'on ne vent:pas faire porter aux Eaux 7 qu'on ferait peut-être bien
aife, de feiprocurer dans un -voifinage auffi rapproché. Il eft vrai d'un autre
côté 5 que la police des foldats demande plus de furveillance, parce que
leibourg peut offrir des'tentations de plufieurs genres 52 mais cette furveillance,
il faut la compter comme une néceflité indifpenfable.
Le :bourg du Port-à- -iPiment n'a -point de curé. Le pafteur du Gros-
(*) MM. Arthaud s Gauché & Roulin 3 ont remarqué dans les canaux qui bordent l'avenue des milliers de petits vers rouges, de la groffeur d'une aiguille & d'un pouce & demi
de longueur, 9
tout annulaires, réanis en groupes & paraiffant placés dans des trous de la
tremelle. L'eau où ils font 3 a 34 degrés de chaleur & ils ont vécu dans celle de 4o;mais
nne plus grande chaleur ou le refroidiffement les a fait périr. Ils ont étéjagés très-analogues
aux crinons qu'on trouve dans l'eflomach des animaux.
K
Tome II.
& d'un pouce & demi
de longueur, 9
tout annulaires, réanis en groupes & paraiffant placés dans des trous de la
tremelle. L'eau où ils font 3 a 34 degrés de chaleur & ils ont vécu dans celle de 4o;mais
nne plus grande chaleur ou le refroidiffement les a fait périr. Ils ont étéjagés très-analogues
aux crinons qu'on trouve dans l'eflomach des animaux.
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Tome II. --- Page 88 ---
N DE LA PA R T IE
74 DESCRIPTIOT
Morne vient, aux époques des quatre revues annuelles des milices de la
paroifle, dire la mefle dans la chapelle de l'hôpital, qui n'a plus d'aumônier.
En fuivant la côte , après la baie Vallière - on trouve, à une forte demilieue 1 la pointe des Mangles ; de celle-ci ily a près d'une lieue trois quarts
jufqu'à l'anfe de Corydon 3 qui reviendra dans cette Defcription. Des chaloupes ou de petits bateaux peuvent feuls mouiller dans cette anfe, qui
n'offre point d'accès vers l'intérieur. Il y a 250 toifes de l'anfe de Corydon à
fa pointe., & autant de cette pointe de Corydon à l'anfe du Bouvard 1
que fuit, à une forte lieue 3 le morne la Pierre, limite de la paroifle du
Port-à-Piment & de celle des Gonaives.
Depuis la baie Vallière, la côte eft ferrée & entremèlée de quelques petites
anfes de fable 3 qui ne méritent pas d'attention. De la baie de Henne à l'anfe à
Bouvard, on peut mouiller à environ une lieue & demie du rivage 1 fur
un aflez bon fond, mais fans abri &c même avec danger dans un coup de
Sud. Le fond eft enfuite de roches, depuis l'anfe à Bouvard jufqu'à la
pointe des Gonaives.
Toutes les obfervations faites far les côtes du Port-à-Piment , indiquent
que la mer s'en éloigne. Celles, déjà anciennes, que j'ai rappcrtées fur le
Petit-Paradis, en font une preuve 1 8c M. Gauché dit avoir remarqué la
même chofe, fur celles qui font à lOueft de la ville du Port-de-Paix. Il
a raifon de regretter qu'on n'ait pas profité de cette indication, pour faire 1
fur les marées, des expériences que la pente prefque infenfible du fond, dans
le grand Port-à-Piment & dans la baie Vallière. 7 aurait rendues plus exactes.
Celles qu'il a recueillies, établiflent que les marées montent de deux à trois
pieds, felon les faifons; que les plus hautes font celles des équinoxes & 7
furtout, celles de la nouvelle & de la pleine lune 1 qui fuivent l'équinoxe
d'Automne. Il ajoute même 1 que cette vérité de fait, eft défobligeante pourles
Attractionnaires 3 dont elle renverfe les calculs & j'avoue que fon réfultat
n'eft pas celui que j'ai obfervé au Cap & que M. Fournier de Varenne a
obtenu comme moi à Limonade. Là, les plus hautes marées font, comme
je l'ai dit(Tom. Ier, page 213), celles qu'on appele de la Magdelaine, à
caufe de leur époque.
Le fecond canton de la paroifle, celui de la Plaine du Parc, eft un efpace
d'environ 600 carreaux de fuperficie où conduit une gorge. Cette plaine eft
'ai obfervé au Cap & que M. Fournier de Varenne a
obtenu comme moi à Limonade. Là, les plus hautes marées font, comme
je l'ai dit(Tom. Ier, page 213), celles qu'on appele de la Magdelaine, à
caufe de leur époque.
Le fecond canton de la paroifle, celui de la Plaine du Parc, eft un efpace
d'environ 600 carreaux de fuperficie où conduit une gorge. Cette plaine eft --- Page 89 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DONIXGUE 75
vrai de
à caufe des montagnes qui l'environnent & cette confiun cu lampe,
formé la dégradation des montagnes
guration lui a donné fon nom. Le fol, 1
par
voifines, eft excellent, propre à toute les cultures 1 & les deux habitations
de fort bel indigo. il eft fâcheux
qu'on y a établies, > y produifent
donnent peu d'eau. Il y a
qu'elles n'aient que deux petites fources, qui
très-long-tems qu'on ellaya d'y creufer un puits, mais parvenu à 40 pieds
de profondeur, on trouva une efpèce de tourbe falineufe, & il fallut renoncer
L'inconvénient du manque d'eau a porté l'un des deux proà cette entreprife.
la culture du cotonnier,
priétaires de la Plaine du Parc , à eflayer, en 1784,
qui a bien réufli.
Terre-Neuve, eft fitué vers le Sud-Ef de la
Le troifième canton appelé
paroiffe. Il eft formé par deux grandes montagnes de cinq ou fix cens
pieds de haut, entre lefquelles eft un vallon qui communique avec le canton
de la Plaine du Port-à-Piment. Cette gorge, très. - fujette aux inondations
dans les grandes pluies, eft, à proprement parler , un lit de ravine, qui
varie depuis IO jufqu'à 25 toifes de largeur & que borde un roc vif coupé
toifes de hauteur. Un beau chemin de chaife y fait faire quatre
à 50 ou 60
lieues & demie, fans voir autre chofe que des rochers calcaires, & on a
parcouru cinq lieues 7 depuis les Eaux , loriqu'on rencontre la première
indigoterie, à qui cette gorge procure un fite, en acquérant une largeur
d'environ 600 toifes. Là, des pierres ferrugineufes 9 du grès &c du mica, 3
s'offrent fur une terre d'alluvion ; puis on trouve plus loin deux autres
la gorge fe divife en deux, & forme des interindigoteries 7 après lefquelles
valles où les établiffemens fe multiplient.
La montagne qui fait face à la mer, eft très-hachée. Le fol y eft chargé
de roches confidérables; tandis que l'autre, qui fépare le Port-à-Piment
du Gros-Morne & qui peut avoir trois lieues de long jufqu'au point où
elle va joindre la montagne du canton de la Plaine du Port-à-Piment 1 a un
fol excellent , marneux prefque dans fa totalité, &c propre au cafier qui y
vient d'une rare beauté , ainfi que les légumes & les herbages. Le vallon
d'ètre également propice 8: au cafier & à l'indigo.
a l'avantage
Terre-Neuve peut recevoir plus de 30 manufaétures d'un beau rapport.
Trois petites rivières ou ravines y répandent leurs eaux, indépendamment
de quantité de petites fources. L'une eft la rivière de Bambara, qui naît
K 2
, &c propre au cafier qui y
vient d'une rare beauté , ainfi que les légumes & les herbages. Le vallon
d'ètre également propice 8: au cafier & à l'indigo.
a l'avantage
Terre-Neuve peut recevoir plus de 30 manufaétures d'un beau rapport.
Trois petites rivières ou ravines y répandent leurs eaux, indépendamment
de quantité de petites fources. L'une eft la rivière de Bambara, qui naît
K 2 --- Page 90 ---
76 DESCRIPTION DE LA'PARTIE
dans un morne de fon nom, qui a toujours de l'eau & qui peut en fournir quatres pouces cubes, en tems moyen. L'autre, la rivière de Terre.
Neuve qui vient de la montagne nommée comme elle > & qui peut donner
deux pouces cubes d'eau. Elle reçoit enfuite la rivière de Bambara. 1 mais
dans les féchereffes, elle tarit à deux lieues au - deflous de ce confluent.
La troifième eft la ravine à Mine, venant du Nord-Eft & qui réunit aux
deux autres fon pouce cube d'eau. Sa dénomination eft tirée, dit-on, de ce
qu'elle traverfe les mines que les Efpagnols travaillaient autrefois.
Le quatrième canton, qui eft celui du Bras-Droit, eft propre au café,
dont il contient huit manufa@tures. Une ravine de fon nom > qui a deux
pouces cubes d'eau,y coule & va, comme je l'ai déjà annoncé, fe jetter
dans la rivière des Cabannes.
La furface de la paroifle du Port-à-Piment, fe complette enfuite par les
montagnes qui font le revers du Haut Mouftique 3 qui la fépare de la paroiffe du Port-de-Paix & où la terre n'eft pas de la première qualité.
La température de la paroifle du Port-à-Piment, varie felon les fituations,
mais par tout l'air eft très-fain.
Dans la plaine de fon nom, le ciel eft prefque toujours ferein, l'air vif
& chaud, ce qui n'empêche pas que les nuits ne foient très - fraiches $
même dans les plus grandes chaleurs de PÉté. Les brifes y font régulières durant neuf mois de l'année, & de celui de Novembre à celui de
Mars, les vents de Nord & de Nord-Eft y font infupportables, parce que
l'air eft alors chargé de la pouffière, extrêmement blanche, que ces vents
enlèvent au fol.
Un phénomène remarquable de la plaine du Port - à - Piment, c'eft de
n'avoir jamais de rofée 2 ni de ferein. Les fels les plus déliquelcens 3 les
fubftances les plus fufceptibles d'humidité, le papier, par exemple, paffent
une nuit en plein air, 1 fans en recevoir aucune impreffion 1 & T'expérience
n'eft pas plus à redouter pour la fanté de T'homme, lors même qu'il eft
expole à la lueur de la lune, dont bien des perfonnes croyent 1 aux Ifles 2
que l'influence augmente les dangers réels de coucher au ferein. II parait
que la grande chaleur de ce fol pierreux, 9 & qu'angmentent les montagnes
à peine boilées &x compofées de rochers élevés & perpendiculaires qui le
terminent,rarélic lair & nc lui fournit aucunes vapeurs. Celles qui s'élèvent
ft
expole à la lueur de la lune, dont bien des perfonnes croyent 1 aux Ifles 2
que l'influence augmente les dangers réels de coucher au ferein. II parait
que la grande chaleur de ce fol pierreux, 9 & qu'angmentent les montagnes
à peine boilées &x compofées de rochers élevés & perpendiculaires qui le
terminent,rarélic lair & nc lui fournit aucunes vapeurs. Celles qui s'élèvent --- Page 91 ---
FRANÇAISE DE SAINT T-DOMINGUE
de la mer y font repouffées quelquefois par les vents d'Et, que j'ai dit
ailleurs qu'on reffentait jufques fur la côte du Port - à- Piment, ou par
ceux du Nord, qui arrivent fecs fur cette plaine ; &c f les uns ou les
autres tranfportent quelques nuages. 1 c'eft fur ces mêmes montagnes qu'elles
vont fe condenfer.
Aufli la faifon pluvieufe eft - elle, 7 dans cette plaine, celle des orages 9
c'eft-à-dire 1 depuis Mai jufqu'à la fin de Septembre tandis que le Printems 8c I'Hiver y font taujours fecs.
Il ne faut cependant pas croire que cette période pluvieufe foit conftante,
car nul lieu de la Colonie n'eft affligé de plus longue féchereffe que le Portà-Piment. Si l'on en croit d'anciens Colons, ce fléau a duré une fois trois
années fans difcontinuation, & tous les animaux périrent. Dans les deux
feules années 1779 &c 1780, on a compté dix-huit mois, fans que le ciel
ait daigné verfer une feule goutte d'eau fur cette terre embrafée.
C'eft alors que les animaux offrent un fpeétacle vraiment douloureux.
Ils grattent la terre pour y chercher des graines ou des racines qui puiffent
appaifer les horreurs de leur faim. Preffés par un befoin qui furmonte toutes
les répugnances, il n'eft rien qu'ils n'emploient pour combattre la mort 1
à laquelle ils n'échappent pas toujours; & l'on peut imaginer jufqu'oi le
délefpoir les conduit, lorfqu'on les voit attaquer les raquettes dont ils. féparent 8c agitent les pattes 3 afn d'en faire tomber les piquans. Ils reviennent
enfuite 1 plus ou moins vite, felon que la faim eft plus ou moins impérieufe, à cette nourriture qu'ils ont ainfi préparée 9 & malgré les pointes
qui leur déchirent la bouche, ils la mangent 1 parce qu'elle eft la feule
qu'ils paiffent trouver dans la plus affreufe difette.
La langue des animaux qui ont été réduits à fe fubltanter avec des raquettes,
ed, en quelque forte, attaquée dans fa contexture. Ce n'eft plus une maffe
charnue &c fucculente, mais une efpèce de femelle filandreufe &c coriace,
Bc celle du boeuf ne peut plus fervir d'aliment à l'homme.
Mais durant les orages & pendant l'Automne, les pâturages font bons ;
& I'herbe très-fine dont cette plaine eft couverte, forme, en féchant, un
véritable foin, qui enfuite entretient les animaux dans la faifon sèche, f
la température n'eft pas extrème.
En général, les animaux de la plaine du Port-à-Piment font forts 8: vils,
ace,
Bc celle du boeuf ne peut plus fervir d'aliment à l'homme.
Mais durant les orages & pendant l'Automne, les pâturages font bons ;
& I'herbe très-fine dont cette plaine eft couverte, forme, en féchant, un
véritable foin, qui enfuite entretient les animaux dans la faifon sèche, f
la température n'eft pas extrème.
En général, les animaux de la plaine du Port-à-Piment font forts 8: vils, --- Page 92 ---
N DE LA PARTIE
78 DESCRIPTIO
&les chevaux, particalitrement,y font bien faits & eflimés. Mais il n'eft
point aits d'accoutumer aucune des efpèces , à d'autres pâturages & furtout
aux montagnes. Comme les plantes aromatiques font communes dans ce lieu,
le laitage, quiy efl excellent, a un goût très - agréable ainfi que les viandes.
Le thermomètre de Réaumur au mercure, y monte jufqu'à 32 degrés,
dans les mois de Juillet & d'Août, & fe feutient à 25 degrés pendant la
nuit. Au mois d'Oétobre, on a encore 28 degrés à trois heures après midi 1
époque de la plus grande chaleur des jours, a & 22 degrés, pendant la nuit.
Cependant on y éprouve des nuits plus fraiches qu'ailleurs, & furtout de
Norembre en Juin, &c le thermomètre n'eft fouvent qu'à 16 degrés le jour,
dans cet efpace de fept mois.
Durant l'intervalle où les vents de Nord fe font fentir, fi la brife d'Oueft
devient allez forte pour lui oppofer une véritable réfiftance, on peut obferver de la Plaine du Port-à-Piment, des trombes de deux elpèces, comme
M. Dubry le dit dans fon Mémoire fur le Port-à-Piment. Les unes font
d'eau & s'élèvent de la mer avec un bruit fourd, femblable à celui qui
précède le tremblement de terre. Les autres font de fable &z partent de la
Plaine même du Port-à-Piment. Elles ont moins d'élévation, moins de volume
& moins de durée que les premières & elles s'affaiflent prefqu'au point où
elles s'étaient formées; nul bruit ne les accompagne. Ces trombes de fable
diffèrent, à leur tour 1 des fimples tourbillons. 1 parce qu'elles font rares
& qu'elles fe manifeftent pendant un quart d'heure entier.
Dans la Plaine du Parc, la température eft très - pluvieufe, durant la
faifon des orages, mais quoiqu'elle n'ait pas l'aridité de celle du Port-àPiment aux autres époques, elle eft cependant très - maltraitée par les
fécherefles.
A Terre-Neuve , au contraire > les pluies font fréquentes, parce que fes
montagnes, excepté dans la face tournée vers la mer, font arrofées & par
les Nords & par les orages; fituation propice, qui rend le terrain frais
& produétif. L'air y eft pur 2 l'eau légère, la température froide.
Le Bras-Droit à une température femblable à celle de Terre-Neuve.
C'eft la même analogie entre les parties du Port - à- Piment & celles
qui leur correfpondent dans le Haut - Mouftique du Port - de- Paix. On
éprouve mêmeau fommet de la montagne, qui eft leur limite commune 2
les orages; fituation propice, qui rend le terrain frais
& produétif. L'air y eft pur 2 l'eau légère, la température froide.
Le Bras-Droit à une température femblable à celle de Terre-Neuve.
C'eft la même analogie entre les parties du Port - à- Piment & celles
qui leur correfpondent dans le Haut - Mouftique du Port - de- Paix. On
éprouve mêmeau fommet de la montagne, qui eft leur limite commune 2 --- Page 93 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 79
une fenfation vive & qui oblige à s'envelopper de quelques vêtemens de
e
plus. Les tremblemens de terre font affez communs aux Eaux de Boynes, &
ces eaux exhalent alors une plus grande quantité de gaz fulfureux. On prétend
que celui du 3 Juin 1770,y a fait difparaitre une fource d'eau froide.
Les produétions que le fol du Port-à- Piment donne à l'induftrie de l'homme,
font différentes aufli dans les divers cantons.
Celui de la Plaine du Port-à-Piment ne nourrit que des animaux, élevés
l'on
mille bètes à cornes,
dans une dixaine de hattes 9 où
peut compter cinq
quinze cens bêtes cavalines 8 un nombre très - confidérable de cabrits.
Quelques perfonnes penfent, que la quantité des beftiaux pourrait être plus
doublée, & que la dépendance où nous fommes de la Partie Efpagnole,
que
ferait affaiblie par ce moyen.
Tout dit aufli que l'éducation de la cochenille pourrait être faite avec
fuccès dans ce canton 1 parce que diverfes efpèces de nopals & la température,
femblent être appropriées à cet utile infeête.
Ce mot me rappele une affertion qui a fes contradiéteurs. MM. Polony &
Chatard ont dit, en 1772, qu'on n'était jamais incommodé par les infcêtes,
dans la Plaine du Port-à-Piment, 8 M. Dazille dit la même chofe 7 cn
1783- Mais M. de Galiffet fe plaignait, en 1701 7 des vexations cruelles
les maringouins lui avaient fait fouffrir, & M. Arthaud affure, en
que
a été très-éprouvé par une grofle mouche grife, dont la pi1786, qu'il y
qàre caufe une démangeaifon brilante avec des ampoules. qu'en fe grattant
lon convertit en puftules &x même en ulcères, comme le montraient les
jambes de plufieurs enfans.
Jai dit, en parlant des autres cantons, qu'elle eft la nature de leurs
produéions. Celui de Terre-Neuve fournit des artichaux, qui ne le cèdent
à ceux de nul autre lieu de la Colonie.
Parmi les autres productions de cette paroiffe, le règne animal offre à
citer les pintades maronnes qui vont en troupes, des ramiers > des tourterelles, des corneilles, , qui ont la forme & le cri de celles d'Europe & qui
vivent des fruits que leur procurent des torches & des cardafles; plufieurs
oifeaux aquatiques ; dès cochons & même des cabrits & des rats fauvages.
Il elt des faifons où les bords de la côte femblent couverts de fardines ou
productions de cette paroiffe, le règne animal offre à
citer les pintades maronnes qui vont en troupes, des ramiers > des tourterelles, des corneilles, , qui ont la forme & le cri de celles d'Europe & qui
vivent des fruits que leur procurent des torches & des cardafles; plufieurs
oifeaux aquatiques ; dès cochons & même des cabrits & des rats fauvages.
Il elt des faifons où les bords de la côte femblent couverts de fardines ou --- Page 94 ---
DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
cayeux 1 & en général le poiffon eft toujours abondant fur cette côte, &c
fa chair ferme & graffe, en fait un mets très-délicat. On y pèche fréquemment des lamentins & il en eft qui pefent jufqu'à 200 livres. Mais
quoiqu'il foit fort analogue au thon, ce qu'on publie de fa fenfibilité, vraie
ou fauffe 5 lorfqu'il fe voit pris 1 & T'affedtion qu'il montre
fes
empéchent beaucoup de perfonnes d'en manger. Plufieurs
pour petits,
pécheurs ont élevés,
au grand Port-à-Piment & à la baie Vallière, des huttes oà ils paffent la
portion de leur exiflence qui appartient à la vie terreftre.
Le règne végétal eft fort riche au Port-à - Piment. Dans la plaine du
même nom 1 indépendammient des pattes de tortues, des cardaffes, des torches
des raquettes & des têtes d'anglais ou bonnets anglais ou melons
trouve plufieurs aloés ; entr'autres l'aloès fimple
épineux, on y
qu'on employe comme vulnéraire ; l'aloès karatas, 9 dont les habitans du Port-à-Piment font
donné , avéc fuccès, à la dofe de fept 'ou huit cuillerées à bouche un danis firop
affections de poitrine ; & l'aloés pite qui fupplée la corde de chanvre les &
de lin. Le gayac y eft très-commun. 3 ainfi que diverfes efpèces de
de-gale. On y voit un raifinier; une efpèce de latanier, chargé de grastrès-forts & recourbés vers le bas, dont on peut tirer dés planches piquans
paliffader les maifons & des feuilles pour les couvrir, à moins
pour
préfère à ces dernières l'hérbe aux
trouve
qu'on ne
fèches, qu'on
en abondance; deux
gommiers, dont Pun fournit de la gomme plus aronratique & moins foluble
que l'autre; des "acomas 7 des "tendre-a-cailloux ; le chêne &z le figuier du
pays : des bois dalmarie ; le franchipanier blanc ; le monbain; le bois
d'ainon; ; le palmifte ; le bois-favane franc ; le gros mancenillier ; le palétuvier gris ; le cachimentier ccur-de-bceuf, On peut y obferver l'euphorbier
tithymaloide; le boccone ou grand éclair du pays; la poinciade
le jafinin bâtard- 3 divers capriers ; la liane à
épineufe ;
chique; $ la liane à ofeille ou
alleluia à feurs jaunes. On remarque des hélictères à fruits en corde; de
nombreux épidendron 3 des achits & dés vignes fauvages qui augmentent
doublement la nomenclature > parce que plufieurs d'entre ces
font
eonnues fous le 'nom générique de liane, avec des épithètes plantes coloniales
enfin le botanifte compte encore des ariftoloches; l
;
herbe à forcier, &c. 8cc.
pomime épineufe ou
Dans la Plaine du Parc, les acajoux à planches font extrêmement multipliés
épidendron 3 des achits & dés vignes fauvages qui augmentent
doublement la nomenclature > parce que plufieurs d'entre ces
font
eonnues fous le 'nom générique de liane, avec des épithètes plantes coloniales
enfin le botanifte compte encore des ariftoloches; l
;
herbe à forcier, &c. 8cc.
pomime épineufe ou
Dans la Plaine du Parc, les acajoux à planches font extrêmement multipliés --- Page 95 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 81
tipliés &c les habitans, qui les envoyent à l'embarcadère par un chemin
très - diflicile 1 en retirent un profit, par lequel les travaux même de ce
chemin font bien payés.
A Terre-Neuve. 2 toutes les efpèces de bois propres aux conftructions font réunies en forêts d'une rare beauté. La petite rivière de ce nom eft ombragée par.
des roucouyers, 2 venus de graines 1 qu'une main bienfaifante y avait répandues.
La crête de la montagne qui eft commune au Haut-Mouffique du Port-dePaix & du Port-à-Piment, eft garnie de pins qui procureraient certainement
à la marine des reffources pour des mâtures, dont les dimenfions ne feraient
pas grandes.
Quant au règne minéral , le Port- à-Piment a droit d'intéreffer, comme le
Le@teur a déjà pu le preffentir dans plufieurs remarques fur le fol & par la
defcription des eaux de Boynes. Dans la plaine du Port-à-Piment, les filex de
différentes nuances & de différentes natures fe montrent même à la furface.
Il en eft, notamment, de femblables au machefer. & garnis de trous produits
par la décompofition des Pyrites ; d'autres fufceptibles d'être polis. Ce fol
montre des granits Pyriteux & des granits détachés & roulés. Au pied des
montagnes qui font au Nord de cette plaine, M. Gauché a trouvé à la furface
de la terre une mine de cuivre gris, > qui eft fort commun aufli dans les
montagnes du Haut-Mouftique, On y voit du grès parfemé de Pyrites martiales.
On a découvert, il y a environ quatre ans 1 dans le bourg des Eaux de
Boynes, lors d'une fouille faite pour conftruire un four près de la maifon de feu
M. Courrège 1 & au-deffus de celle deftinée à la maréchauffée, une carrière de
gyple prefque à la furface du terrain & au pied d'un monticule qui n'eft féparé
des fources des Eaux que par une ravine. On en a fait des effais extrèmement
heureux, & ils promettent une grande utilité à la Colonie.
Au pied du Morne du Dos-d'Ane, dans la plaine du Parc, il y a une
mine de fer & une de cuivre rouge.
A Terre-Neuve, dont le fond eft en général marneux 1 comme l'eft celui
de la paroifle du Gros-Morne 1 on trouve de l'argile, des pierres
& du grès. Dans l'enfoncement de ce canton, vers les Gonaives, quartzeufes & dans 3
étendue de plufieurs lieues, le terrain eft une mine de fer &z de cuivre, une à
partir de la fuperficie > & d'après le voyage minéralogique qu'y ont fait le
père Thimothée, curé du Port-de-Paix, & M, Gauché, au commencement de
Tome 11.
L
de l'argile, des pierres
& du grès. Dans l'enfoncement de ce canton, vers les Gonaives, quartzeufes & dans 3
étendue de plufieurs lieues, le terrain eft une mine de fer &z de cuivre, une à
partir de la fuperficie > & d'après le voyage minéralogique qu'y ont fait le
père Thimothée, curé du Port-de-Paix, & M, Gauché, au commencement de
Tome 11.
L --- Page 96 ---
TIO N DE LA PARTIE
82 DESCRIP
1786,8 qu'on a configné dans les Mémoires de la Société des Sciences & Arts
du Cap, nul point du monde n'eft peut-ètre aufli riche en ce genre. De
grandes cavernes y préfentent des ftalactites & des fialagmites très-belles.
Depuis long-tems on était frappé à Terre-Neuve de ce que dans la gorge, 7
& près de la maifon de la feconde indigoterie Brabant qu'on y trouve > il yavait
des balles de roche de différentes dimenîions. Dans leur courfe minéralogique,
le Père Thimothée & M. Gauché ont reconnu que ces pierres 1 aufli parfaitement arrondies que fi elles étaient faites au tour 1 qui varient depuis la
groffeur de la balle du piftolet jufqu'à celle du boulet de 24 livres, &z qui
compofent un petit tertre, font des géodes mamclonnées, faifant feu avec le
briquet. Mais il eft un autre point fur lequel ils n'ont pas répandu la même clarté,
C'eft l'affertion bien ancienne que Terre-Neuve a des mines d'or qu'exploitaient les Efpagnols. Les deux perfonnes que je viens de citer ont entrepris,
de
le
du Port-de-Paix à Terre-Neuve, exprès
au mois Janvier 1786, voyage
vérifier le fait, & ils affurent n'avoir trouvé dans les endroits indiqués
pour quelques parcelles fort rares, 3 de l'efpèce de mica, appelé or de Cbat,
que
ou fable doré, & nul veftige d'établiflement.
Voici maintenant ce que je puis rapporter à ce fujet.
Le Père Plumier, minime naturalifte, dont j'ai déjà parlé, écrivait de
Saint-Domingue au miniftre, le 8 O&tobre 1690; 66 Plufieurs vieux habitans
m'ont affuré
dans un quartier qu'on appelle Ville-Neuve, proche la
) faline de Corydon que , il y a des mines d'argent, & qu'ils y ont trouvé des
$ inftrumens de fer comme enclumes, , marteaux & tenailles, même les endroits
D des fournaux. Un habitant du Port-de-Paix, appelé le Capitaine André,
$7
voulut mener, mais lIe mauvais tems nous en détourna 91*
3) m'y
M. Durecourt,
pour le roi du Port-deÉcoutons à préfent CC que dit
major
dans fa lettre du 15 Novembre 1728 au miniftre :
Paix & dépendances 3 de la rivière du Bouvard, à cinq lieues du bord de la
91 Dans les hauteurs
c'eft là où la terre renferme des
2> mer 7 eft un pays appelé Terre-Neuve;
dont les
tréfors, fi l'on peut s'en rapporter aux anciens veftiges d'un bourg
>,
faire aller un moulin à
35 maifons étaient bâties de pierre 7 d'un aqueduc pour
eau qui devait être grand, puifqu'un cercle de fer, que j'ai vu, qui était en
>
de diamètre. Les mines de fer s'y
71 haut du rouleau, a dix - huit pouces
des
2> mer 7 eft un pays appelé Terre-Neuve;
dont les
tréfors, fi l'on peut s'en rapporter aux anciens veftiges d'un bourg
>,
faire aller un moulin à
35 maifons étaient bâties de pierre 7 d'un aqueduc pour
eau qui devait être grand, puifqu'un cercle de fer, que j'ai vu, qui était en
>
de diamètre. Les mines de fer s'y
71 haut du rouleau, a dix - huit pouces --- Page 97 ---
FRANÇAISEDE SAINT-DOMINGI UE.
montrent à découvert. Vous remarquez encore les endroits oà étaient placées
9) les forges, dont j'ai vu un tuyau à foufet de trois pouces de diamètre à fa
97 tête, & cinq de deux pouces & demi; deux enclumes que j'ai vues, l'une
91 pelant 45 livres & l'autre 40, à l'ufage d'orfèvre; auffi plufieurs outils
99 tous de différentes façons, tant pour remuer la terre que pour travailler
99 les métaux. Toutes ces chofes démontrent aflez qu'ily a en cette terre des
1) métaux plus précieux que le fer. Si l'on fait encore attention à l'éloigne11 ment du bord de la mer, , on reftera perfuadé qu'il y a des mines d'argent,
99 au moins, pour avoir occafionné toutes ces chofes. J'ai vu, entr'autres
12 chofes, 1 un morceau d'un ouvrage en forme de toile qui a été travaillé fur un
19 métier large d'une demi-aune françaife moins un pouce, dont les fils d'un
3 cuivre bien uni font entrelacés de biais comme une étoffe croifée, mais
9) aflez traniparente pour cribler du fable fin 2)'
c La tradition , fi l'on peut y ajouter foi, a fait paffer jufqu'à nous , par
les anciens d'ici,
les Efpagnols ont dit que la poffeflion du Port19
que
aux Français 7 leur valait feule tous les autres Quartiers de PIlle 339
17 de-Paix
4 On peut placer des habitans dans la plus grande partie de ce terrain
Terre-Neuve), qui eft, par cantons 7 aflez boifé &c aflez frais. Tout
> (de
joint au Gros-Morne
un côté 8c tient au Port-à-Piment
99 ce pays-là
par
>> par l'autre 1 &c depuis là jufqu'au Môle Saint - Nicolas, 1 on voit beaude beftiaux,
feraient en
grande quantité, , fi ce n'étaient
59 coup
qui
plus
55 les chiens fauvages qui détruifent la plus grande partie. des veaux &
91 des vaches, contre lefquels ils s'attroupent pour faire la chafle comme
2 au cochon maron 19*
M. Brabant 1 commandant la paroiffe du Port-à-Piment, m'écrivait, en
1783, qu'on avait trouvé au même lieu deux bouteilles de mercure Cru 1
des uftenfiles de mineurs 3 des forges. des creufets 3 8cc., &c une pierre plate
blanchâtre, fur laquelle était gravéc la paffion de Jéfus-Chrift.
En 1785, M. Dubry appuyait, dans un mémoire 3 fur la rencontre de marteaux, de lingotières, 9 & il défignait l'habitation vendue par M. lc Beugnet 1
négociant au Cap, à M. de Montagnac 1 comme le point ou ces objets
exiftaient.
Enfin, dans la même année 1785, M. Gauché a configné cette phrafe
dans fon travail fur l'Hiftoire naturelle du Port-à-1 Piment : 66 On voit les
L 2
, dans un mémoire 3 fur la rencontre de marteaux, de lingotières, 9 & il défignait l'habitation vendue par M. lc Beugnet 1
négociant au Cap, à M. de Montagnac 1 comme le point ou ces objets
exiftaient.
Enfin, dans la même année 1785, M. Gauché a configné cette phrafe
dans fon travail fur l'Hiftoire naturelle du Port-à-1 Piment : 66 On voit les
L 2 --- Page 98 ---
8+
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
1) vefliges des établiflemens qu'avaient fait les Efpagnols, dans le fiècle
99 dernier, pour exploiter les mines d'or ",
Il eft impoflible de croire qu'une opinion aufli particularifée, que celle qui
plaçait des mines & une peuplade elpagnole à Ville-Neuve, dont TerreNeuve pourrait être venue, foit fans nul fondement
1 furtout, lorfque le
témoignage oculaire de M. Durecourt eft auffi pofitif. Peut-être n'a-t-on
réellement travaillé là, que des mines de fer ou de cuivre, les feules que
le père Thimothée & M. Gauché aient reconnués. mais encore 1 cela même
veut une réunion d'hommes > & le rapport de ces minéralogiftes n'en admet
point. Il eft naturel d'cfpérer que d'autres recherches nous éclaireront fur
cette diverfité, & le hafard, cet auteur de tant de découvertes, ce juge
de tant de différends, en aura, peut-ètre, feul tout le mérite.
Le Port-à-Piment pofsède plufieurs falines. , dont la principale eft celle
de l'anfe de Corydon, , anfe qui eft environnée de montagnes, 1 furtout vers
fon fond, où il s'en trouve une élevée &c prefque verticale. Si I'on s'en
rapporte à de fort anciens mémoires 1 ce nom qui retrace le fouvenir de
l'une des églogues du poète de Mantoue, a une origine bien éloignée de
toute célébrité. Selon M. Durecourt lui-même 1 écrivant en 1728, l'anfe
ne fourniffant point d'eau douce, on eft obligé de l'aller chercher en canot
à une lieue de là, dans un lagon auquel des nègres on donné le nom de
Couri-don 3 Courez-donc 3 parce qu'il a vers la mer, une pente fenfible,
qui lui a mérité le nom de rivière de Corydon. Ce lagon a fix cens
de long fur trois cens de large 1 & à fes deux angles fupérieurs font deux pas
fources d'eau vive fort abondantes & très-profondes. Sans doute
que quelque
amateur de la belle latinité, a tout fait pour que Corydon remplaçât Couri-dom,
&a ainfi procuré une nouvelle conquête aux Romains fur lcs Africains.
L'utilité des falines de Corydon eft déjà bien ancienne; car
dans un procès-verbal , du 8 Juin 1670, de la fédition de
d'Ogeron 7
dit, que revenant du Gul-de-Sac à la Tortue par mer 2 Saint-Domingue il vit les deux 7
vaiffeaux Fleffinguois, 9 qui excitaient les habitans à la révolte, prendre la
route de Corydon , oi les Anglais vont ordinairement cbarger du Jel. Toutes les
années il s'y raffemblait un bon nombre de ce qu'on appelait autrefois les
& ilsy yt travaillaient. Le fel de Corydon eft extrêmement blanc, mais garçons, fin. On
remarque que les quatre derniers propriétaires de ces falines ont été des Bretons.
les deux 7
vaiffeaux Fleffinguois, 9 qui excitaient les habitans à la révolte, prendre la
route de Corydon , oi les Anglais vont ordinairement cbarger du Jel. Toutes les
années il s'y raffemblait un bon nombre de ce qu'on appelait autrefois les
& ilsy yt travaillaient. Le fel de Corydon eft extrêmement blanc, mais garçons, fin. On
remarque que les quatre derniers propriétaires de ces falines ont été des Bretons. --- Page 99 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU E. 8;
Il eft d'autre point oà l'on a formé trois falines. L'exemple de M.
Laporte 9
qui pofsède à préfent celle de Corydon, prouve que ce genre d'induftrie
eft très-lucratif. M. Dubry croit que chaque nègre pourrait donner jufqu'à
3-500 livres en argent 1 par année 7 & il affure que le fel du Port-i-Piment
eft préférable à celui des Iiles Turques.
La population actuelle de la paroifle du Port-à-Piment eft confidérable
comparée aux époques antérieures. On n'y comptait que fept établiffemens
en 1768, 1 40 en 1773, 55 en 1783, & aujourd'hui on y trouve I5'indigoteries : 22 cafeteries 1 6 cotonneries, 2 briqueteries, 1 2 fours à chaux,
&c des places-à-vivres, qui occupent 160 blancs, 210 affranchis & environ
850 nègres. La milice y eft compofée de IOO individus, dont 40 & quelques font blancs &c le refte hommes de couleur.
Le Port-à-Piment eft du Quartier du M6le, de la Sénéchauffée &c de
l'Amirauté du Port-de-Paix & de la préfecture apoftolique du Nord.
Cette paroiffe a plufieurs chemins : I°, un chemin de voiture des Eaux
de Bynes au grand Port-à-Piment, diftant d'environ trois lieues. 2°, Celui,
également de voiture 1 de ces Eaux à la baie Vallière. 3°. Celui qui part
du précédent & qui mène à Ia pointe des Mangles, à environ deux lieues.
4°. Le grand chemin qui des Eaux de Boynes traverie les Cabannes & va
aux limites de la paroiffe du Gros - Morne. 5°. Le chemin 1 propre à la
chaife pendant cinq lieues 3 qui fe détache de Ia plaine du Parc pour aller,
par la Belle - rivière & par le Haut-Mouftique, > gagner le Port-de-Paix, &
qui paffe fur la crête de la montagne du
Haut-Mouftique , élevée d'environ 250 toifes au-deffus du niveau de la mer. De ce fommet , le fpeâtateur
ravi peut, dans un tems calme, découvrir le cap la Grange, le canai
de la Tortue, la pointe du Môle , PIfle de Cube , la Gonave, la bande
de la Partie de l'Oueft & celle de la Partie du Sud ; de manière
fon ceil faifit fuccellivement une vafte étendue dans PEf & le Nord que &
encore l'enfemble du golfe de l'Oueft.
Non loin de ce fommet eft une profondeur qui a la forme d'un cône
renverfé, & que l'on était affez enclin à confidérer comme un cratère volcanique. Mais le père Thimothée & M. Gauché n'ont rencontré dans fon
voifinage aucune fubftance volcanifée, & leur opinion 1 que cette efpèce d'entonnoir eft T'ouvrage des eaux pluviales, s'accrédite quand on fait qu'après de
.
Non loin de ce fommet eft une profondeur qui a la forme d'un cône
renverfé, & que l'on était affez enclin à confidérer comme un cratère volcanique. Mais le père Thimothée & M. Gauché n'ont rencontré dans fon
voifinage aucune fubftance volcanifée, & leur opinion 1 que cette efpèce d'entonnoir eft T'ouvrage des eaux pluviales, s'accrédite quand on fait qu'après de --- Page 100 ---
N DE L A P A K T IE
DESCRIPTIO
grands orages l'eau s'y réunit jufqu'à plus de 30 pieds de hauteur 1 & que
quelques heures fuffifent à fon écoulement, à travers ce fol calcaire.
6°. Le chemin qui part des Eaux & va gagner le Bas - Mouftique &
Jean- Rabel, &c qui, s'il était fait pour la voiture dans cette paroiffe comme
dans celle du Port-à-Piment, c'eft-à-dire, pendant trois lieues, conduirait
du Port-de-Paix, de Jean-Rabel &c du Môle aux Eaux en chaife, &c en
parcourant 22 lieues depuis le Môle. Mais par ce chemin, le voyageur fait
dans. les favanes arides du Port-à-Piment environ 7 lieues, fans voir
une feuille, fans rencontrer une goutte d'eau & fans découvrir un afile,
tandis que dans le précédent, habitations, arbres 8c ruiffeaux, tout l'environne fans ceffe. 7°. Un chemin par lequel on va, des Eaux, chercher
en voiture les plus hautes montagnes de Terre-Neuve à fix lieues 1 gagner
enfuite par le Bambara le bourg des Gonaives, en faifant cette dernière
portion à cheval, à travers des bois fuperbes où l'on eft toujours à l'ombre,
mais où le chemin eft mauvais , car on n'y fait guères une lieue à l'heure:
On trouve au fommet de la chaîne qui fépare le Port - à-Piment & les
Gonaives, uue efpèce de baffin ou étang allez confidérable, qui porte le
nom de Marre-à-Colas & où l'eau croupit faute d'iffue. On prétend qu'il
eft poilfonneux & que fes bords attirent les canards fauvages & les farcelles.
Il eft doux 1 après cette énumération, d'avoir à dire que ces chemins
font dûs à la bonne volonté d'un feul citoyen 7 qui a laiffé dans toute
I'étendue de la paroiffe du Port-à-Piment, des marques de fon amour pour
le bien public. M. Brabant ( car l'eftime & les regrets univerfels le nomment
comme moi), a fourni tous les. bois de charpente néceffaires à la confiruétion
des bâtimens des Eaux de Boynes. Il a fait faire le charrois de tous les
matériaux. Lui-même a tracé les routes & dirigé les travaux fans le fecours
d'aucun
Les outils , il les a fournis ; fes cabrouets
d'aucun voyer, 2
arpenteur.
tranfportaient les vivres & jufqu'à l'cau néceffaire à tous les travailleurs >
dont fes propres nègres compofaient toujours la très-majeure partie 7 tandis
que les réparations n'étaient jamais qu'à fa charge.
Ces nombreux chemins qui étonnent le voyageur, M. Brabant les avait
ouverts par zèle & par un motif bien méritoire aux yeux de l'humanité.
Ayant été fait prifonnier par les Anglais en 1759, & jetté fur un point
de cette cête, il avait penfé y périr de faim par le défaut de routes &
es propres nègres compofaient toujours la très-majeure partie 7 tandis
que les réparations n'étaient jamais qu'à fa charge.
Ces nombreux chemins qui étonnent le voyageur, M. Brabant les avait
ouverts par zèle & par un motif bien méritoire aux yeux de l'humanité.
Ayant été fait prifonnier par les Anglais en 1759, & jetté fur un point
de cette cête, il avait penfé y périr de faim par le défaut de routes & --- Page 101 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 87
il y avait fi bien appris le mifcris) Juccurrere difco, que devenu habitant &
commandant de la paroiffe du Port-à-Piment, il fongea à éviter le même
fort à fes femblables, dont il n'avait déjà péri qu'un trop grand nombre
dans la plaine du Port-à-Piment. En effet, un feul chirurgien avait eu
T'occafion, à diflérentes époques, de voir fept de ces victimes du défefpoir,
qu'il fut impoflible de rappeller à la vie. M. Brabant goûta une fatifaction
bien douce , lorfqu'en faifant ouvrir fon dernier chemin vers Jean - Rabel,
deux hommes égarés depuis trois jours, trouvèrent enfn la route qui Ies
mena aux Eaux de Boynes, où ils tombèrent en défaillance au moment
où ils fe couchaient par terre pour effayer de boire.
Quel bienfait le ciel accorde à la terre dans un pareil être, dont le cceur
n'a jamais perdu, en outre, la plus petite occafion de rendre un fervice
particulier à un ami, à un voifin, à un homme , quel qu'il fat! J'ai en
ce moment devant moi une lettre du Ier, Mai 1783, odi il me dit, qu'accufé
par des méchans auprès de Pun des chefs, celui-ci avait écouté la calomnieIl eft affigé, mais il ne nomme perfonne; car s'il l'eût fait, je croirais
ma probité engagée à défigner ces ingrats. Il fe félicitait de ce qu'au paffage
de M. de Bellecombe dans fa paroiffe en 1782, ce gouverneur-général lui
avait rendu une juftice éclatante. Mais, ajoute-t-il 1 celui-là s'en ira, un
autre viendra', 8c la noirceur aura peut-être encore des fuccès. Qu'importe ? :
Il finit par me prier d'ajouter à .ce que je jugerai convenable de dire des
Eaux de Boynes, que ce n'eft pas allez d'y avoir ouvert des bains gratuits
pour les pauvres, 3 mais qu'il y manque un bâtiment pour les loger 7 &c
qu'ily aurait à rougir pour le gouvernement fi ce foulagement n'était pas
accordé aux malheureux. J'exprime donc en fon nom ce défir qui a pref.
que honoré fes derniers inftans & que l'on dit que MM. les habitans
des Gonaives ont le projet d'accomplir; & je termine à fon fujet par ce
voeu : Puiffent fes fucceffeurs dans le commandement de ce féjour confacré à la
bienveillance, > être les héritiers de fes vertus!
Indépendamment des grands chemins que j'ai cités, il y en a encore
de communication. L'un d'eux va à la montagne la Pierre, qui a fon pied
à la mer; il a été tracé en 1770, par M. le Royer, 3 arpenteur, d'après
les ordres de M. de Nolivos, pour aller aux Gonaives. L'on y paffe à cheval, mais il pourrait être ouvert pour la voiture. Un autre 3 aufi à cheval,
iers de fes vertus!
Indépendamment des grands chemins que j'ai cités, il y en a encore
de communication. L'un d'eux va à la montagne la Pierre, qui a fon pied
à la mer; il a été tracé en 1770, par M. le Royer, 3 arpenteur, d'après
les ordres de M. de Nolivos, pour aller aux Gonaives. L'on y paffe à cheval, mais il pourrait être ouvert pour la voiture. Un autre 3 aufi à cheval, --- Page 102 ---
DESCRIPTIO N DE LA: PARTIE
palfe parlc morne Dumirail, & va aboutir à la plaine des Gonaives. Un troifième
de la nature du précédent 1 mais étroit & roide 1 gagne 2 de la plaine du Parc,
le Gros-Morne, 3 par la montagne du Dos-d'Ane. Deux autres vont au Portde-Paix, l'un par la Belle-rivière, l'autre par la montagne de Bahon
toujours à cheval. Par la montagne de la Barre & de la
$
un chemin
Ville-aux-Fèves,
appelé les Orangers, mène de la même manière à Bombardopolis.
Il avait été ordonné > par MM. de Vallière & de Vaivre, que le courrier du Port-de-Paix & du Môle pour l'Oueft. , pafferait par les Eaux deBoynes,
afin d'abréger de I4 lieues & d'éviter de paffer vingt-quatre fois les Troisrivières du Gros-Morne 1 obitacle qui arrête fouvent le fervice des poftes
ou qui eft caufe que les paquets font fubmergés, mais cela n'a pas été
plus exécuté que leur ordonnance qui établiffait un détachement de maré.
chauffée au bourg.
On ne peut douter que le Port-à-Piment n'ait été habité par les anciens
Naturels de PIfle. Lorlque M. Brabant fit ouvrir, en 1783,1 le grand chemin
de cette paroiffe aux Gonaives 1 on a trouvé, dans la ligne même du
chemin, les veftiges d'une ancienne cafe ou carbet
& à
environ
d'Indiens,
dix-huit pouces de profondeur des carcaffes d'hommes, mais feule.
ment en bufte, &c fans qu'un feul OS appartint à la partie inférieure du
Ces demi-fquelettes étaient tous placés - ou fur le côté, ou fur le dos corps.
quelques têtes détachées, les feules qu'on ait rencontrées, étaient 9 &c
pofées
verticalement. Ce lieu contenait 3 en outre 1 des pièces de la vaiffelle de
ces Indiens 1 des fétiches & des platines de terre cuite fort
il eft infiniment
unies, 3 dont
probable qu'ils faifaient ufage pour cuire la caffave.
On compte de l'églife projettée au bourg du Port-à-Piment, par les chemins
les plus courts :
A celle de Bombardopolis,
IO lieues. A celle du Port de Paix,
12 lieues.
duMole,
du Gros Morne ,
1z
de Jean-Rabel,
des Gonaives,
Plufieurs perfonnes & notamment M. d'Efaing, ont confidéré le Portà-Piment comme la borne naturelle d'une grande péninfule qui commence à
environ une lieue , dans POueft du Port-à-PÉcu. Le giflement des
& la communication qu'elles laillent au vent, d'une côte à montagnes
les raifons de cette opinion.
l'autre, font
Ep
Paix,
12 lieues.
duMole,
du Gros Morne ,
1z
de Jean-Rabel,
des Gonaives,
Plufieurs perfonnes & notamment M. d'Efaing, ont confidéré le Portà-Piment comme la borne naturelle d'une grande péninfule qui commence à
environ une lieue , dans POueft du Port-à-PÉcu. Le giflement des
& la communication qu'elles laillent au vent, d'une côte à montagnes
les raifons de cette opinion.
l'autre, font
Ep --- Page 103 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 89
En voilà, fans doute allez fur la paroiffe du Port-à.Piment , à laquelle
le Leéteur aura (urement trouvé un caraétère tout particulier, , & qui forme
un contrafte remarquable avec celles fi produétives de Limonade ou du
Quartier-Morin. Mais la nature a fes fins , & le riche Colon de l'une de
ces paroiffes fi favorifées. 1 peut avoir befoin des eaux thermales de l'autre
contre des maux que la richefle enfante quelquefois, ou qui empèchent du
moins qu'on ne goûte les jouiffances qu'elle offre.
QUARTIER DE SAINT.M ARC.
XXVI.
PAROISSE DES GONAIVES.
Cr lieu qui porte un nom Indien & juiqu'à l'une des limites duquel je
fuis déjà venu en décrivant la paroiffe de Plaifance, avait dans un de
fes points appelé la Savane bralée(8 qui eft maintenant de la paroiffe de
la Petite-Rivière), un nombre de boucaniers, venus de la Tortue, a affez confidérable pour qu'en 1663, les Efpagnols crurent utile de l'attaquer. Le
général Vandelmof, officier qui avait acquis de la réputation dans les guerres
des Pays-Bas : ayant été envoyé d'Efpagne pour prendre le commandement
des troupes deftinées à exterminer tous les Français à la Tortue & dans PIile
Saint - Domingue même 3 il marcha de Gohave avec 5oo hommes, 7 pour
furprendre ces boucaniers. Le moment était bien choifi, puifque ces derniers
chaffaient vers l'Artibonite. Mais avertis par l'un des leurs. 2 ils fe réunirent
cent, allèrent au - devant des Efpagnols qu'ils trouvèrent dans la gorge
entre le Grand & le Petit Fond, 8c qu'ils défirent après un combat plein
d'acharnement où le général efpagnol fut tué dès les premiers coups.
Les flibuftiers fréquentaient auffi les Gonaives ; car au commencement du
mois de Novembre 1666, le féroce corfaire l'Olonnois vint dans la baie
faire le partage du butin qu'il s'était procuré par le pillage de Maracaibo,
ville de la province de Vénézuele, au nouveau royaume de Grenade.
Tom. II.
M
défirent après un combat plein
d'acharnement où le général efpagnol fut tué dès les premiers coups.
Les flibuftiers fréquentaient auffi les Gonaives ; car au commencement du
mois de Novembre 1666, le féroce corfaire l'Olonnois vint dans la baie
faire le partage du butin qu'il s'était procuré par le pillage de Maracaibo,
ville de la province de Vénézuele, au nouveau royaume de Grenade.
Tom. II.
M --- Page 104 ---
90 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
Le Port-de-Paix étant devenu le chef-lieu de la Colonie, il fe forma
enfuite dans le Quartier de P'Artibonite, furtout avec les habitans venus
de Saint-Chriftophe 1 des établiflemens qui amenèrent une fixation de limites
entre les deux Quartiers ; mais celui du Port-de-Paix s'empara, peu à peu,
des Gonaives qui appartenaient à l'Artibonite.
Les chofes étaient encore dans cet état, lorfque le 20 Juillet 1718, les
Adminiftrateurs confidérant: I°, que la chaîne de montagnes prefque inacceffible qui féparait le Quartier du Port-de-Paix d'avec les Gonaives & les
rivières qu'il fallait pafler plufieurs fois, rendaient l'accès du Port-de-Paix
très-difficile & quelquefois même impraticable aux habitans des Gonaïves
que cela privait des fecours fpirituels; 2°, que la proximité de l'églife de
I'Artibonite permettait de fe rendre à Ia mefle & de revenir le même jour ;
& 3°. que l'on pouvait auffi fe rendre plus facilement à la Sénéchauffée
& au Confeil de Léogane, par des canots gui J étaient en wfage, qu'à la
Sénéchauflée du Port-de-Paix &c au Confeil du Cap, donnèrent la crête efpagnole pour limites au Port-de-Paix & aux Gonaives, 3 & firent dépendre
celles-ci du commandement & de la paroifle de P"Artibonite. Cette ordonnance enjoignit cependant an commandant des Gonaives 8c à celui de
I'Artibonite > d'obéir 3 en cas d'attaque, au commandant du Port-de-Paix.
Les Gonaives continuérent à dépendre de la paroifle de l'Artibonite jufqu'en 1725 que l'églife de celle-ci étant brûlée 1 la divifion de cette
paroiffe produifit celles de la Petite-Rivière & des Verrettes, & les Gonaives
devinrent une dépendance de la paroiffe de Saint-Marc.
On voit dans la Defeription de la Partie Elpagnole, tom. 1er. page XV,
qu'en 1737, lés Efpagnols 5 fars doute allarmés de ce que les établiffemens
des Gonaives acquéraient de Ia folidité, entrèrent fur ce territoire. Mais
le 8 Mai, M. Roffignol de la Chicotte, capitaine de cavalerie à l'Artibonite 3
accompagné de M- Longuet > commandant des Gonaives , & de plufieurs
habitans, & efcorté d'un détachement de cavalerie, alla au Gorail-a-Mixgaat,
ainfi appelé du nom de fon ancien propriétaire &c fitué à la. Grande-Rivière
des Gonaïves, où il enjoignit à deux Efpagnols qui s'y étaient établis,
avec la permiflion du Préfident de la Partie Efpagnole, d'en fortir; &x de Ià
gagnant, deux lieues plus loin, la chaine des montagnes appelées CrêtesSales, il y ft planter, pour défigner cette frontière, une croix & lc pa-
-Mixgaat,
ainfi appelé du nom de fon ancien propriétaire &c fitué à la. Grande-Rivière
des Gonaïves, où il enjoignit à deux Efpagnols qui s'y étaient établis,
avec la permiflion du Préfident de la Partie Efpagnole, d'en fortir; &x de Ià
gagnant, deux lieues plus loin, la chaine des montagnes appelées CrêtesSales, il y ft planter, pour défigner cette frontière, une croix & lc pa- --- Page 105 ---
PRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 91
villon Français , au point où étaient encore des veftiges de l'établiffement
où Minguet avait refté 25 ans.
Enfin, les Gonaives, qui avaient 27 indigoteries en 1730, devinrent
allez importantes pour mériter d'être érigées en paroiffe en 1738, 8c en
1740, elles avaient une églife toute neuve 1 dédiée à Saint-Charles & à SaintMathurin. Larnage écrivait en 1742, que les habitans commençaient à cultiver
avec fuccès, au moyen de faignées qu'ils faifaient aux rivières, mais il
obferve qu'il n'y avait aucune habitation plus près de la mer que d'une
lieue.
En 1744 1 les Gonaîves étaient fort augmentées & l'on y comptait 40
où 50 habitations, qu'on pouvait appeler confidérables à cette époque, fans
parler de celles qui étaient dans les gorges des montagnes. Mais ce qui
donna un grand accroiflement à cette paroiffe $ ce fut l'ouverture du chemin
du Çap au Port-au-Prince, 9 par la coupe des Gonaives en 1750, &, depuis
lors, elle n'a pas ceflé d'être affociée aux progrès de toute Ia Colonie.
Elle a acquis un peu plus d'étendue par la dernière opération dcs limites
entre la France & l'Efpagne +- dans les hauteurs de la Petite-Rivière.
La paroilfe des Gonaives, telle qu'elle fubfifte aujourd'hui. 1 a pour limites :
au Nord.Oueft, la paroiffe du Port-à-Piment; ; au Nord , celle du Gros-Morne: ;
au Nord-Nord-Eft, celle de Plaifance ; à PER-Nord-Ef, celle de la Marmelade ; à P'Et, la Partie Efpagnole, depuis la pyramide No, 125,qui
lui eft commune avec la paroifle de la Marmelade, jufqu'à la pyramide
No. : 129, qui lui appartient ainfi qu'à la paroifle de la Petite-Rivière ; intervalle dans lequel on trouve la pyramide No. 126 au piton de la favane
de Paez > celle No. 127 au pont de Paez, d'oû, cherchant le fommet de la
coupe à lInde, on arrive à la pyramide No, 128, qui eft au petit piton de
Paez 7 pour de là atteindre celle No, 129 1 polée à une fource quieft dans
la vallée.
A partir de cette pyramide No.-129, la paroille des Gonaives a pour
limites : au Sud-Eft, la parviffe de la Petite-Rivière 5 au moyen d'une
ligne Eft-Nord-Ef & Oueh-Sud-OueR.qui va trouver la paffe à Roches de
l'Efer; enfuite au Sud, la paroiffe de Saint-Marc, dont elle eft féparée
par la rivière de l'Efter, depuis cette paffe à Roches jufqu'à la mer; &
enfin, à l'Oueft & à rOuch-Nerd-Ouef, la. mer > depuis l'embouchure de
M 2
parviffe de la Petite-Rivière 5 au moyen d'une
ligne Eft-Nord-Ef & Oueh-Sud-OueR.qui va trouver la paffe à Roches de
l'Efer; enfuite au Sud, la paroiffe de Saint-Marc, dont elle eft féparée
par la rivière de l'Efter, depuis cette paffe à Roches jufqu'à la mer; &
enfin, à l'Oueft & à rOuch-Nerd-Ouef, la. mer > depuis l'embouchure de
M 2 --- Page 106 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
PElter, où les Gonaives touchent à Saint-Marg, jufqu'an morne la Pierre
où elles touchent au Port-à-Piment,
Les Gonaives font compofées de deux portions, l'une plane, l'autre
montagneufe, &ces deux portions font elles-mèmes fubdivifées en onze cantons, favoir : la Plaine, proprement dite; partie des montagnes de TerreNeuve; les Baflins ; la Brande ; la Grande-Colline: ; la Grande-Rivière ; la
Petite-Rivière ; la Croix; les Sources; ; la Défolée ; la Coupe-à-Pintade:
La Plaine des Gonaïves, à partir de la mer jufqu'au pied des montagnes
qui la terminent, a environ quatre lieues de profondeur 1 & depuis le pied
de la Crête Efpagnole jufqu'au pont de PEfter, environ dix lieues de
longueur. Ces dimenfions varient cependant à caufe des finuofités des
côtes & des montagnes ; néanmoins on peut evaluer la furface plane à 24
lieues carrées.
Cette Plaine eft couronnée de montagnes depuis le Nord de la baie des
Gonaives, , jufques vers la paffe à Roches de la rivière de PEfer. Les montagnes qui font vers l'Oueft & le Nord font moins élevées que celles de
TEf, & les unes & les autres font difpofées de manière que la plaine a
plus de largeur dans fa partic Septentrionale.
Le fol de la plaine eft, en général, d'une bonne qualité. La terre y eft
d'une nuance grisâtre qui, dans quelques points, tire fur le noir. Elle eft
légère, fableufe, mêlée, à.l'approche des montagnes, de graviers & de roches.
Dans le voifinage de la mer. , elle a un caractère falineux, mais partout,
elle eft végétative & abforbant l'eau avec une grande facilité, fi ce n'eft
dans quelques parties de la Défolée, où elle femble de la nature de la glaife.
Les montagnes qui font face au Sud n'ont, le plus communément 1 qu'un
terrain aride 7 quoique vers leur partie la plus élevée, le cafier ait trouvé
quclquefois un fol propice. La croupe & le fommet des montagnes de PESt
& les vallons qu'elles forment, font plus analogues à cet arbufte.
La paroifie des Gonaives a plufieurs rivières, dont les principales font :
vers TOueft, la rivière de Moutaca, qui vient des montagnes de TerreNeuve, & qui, comme celle des Baflins qui eft au Nord-Oueft, fe jette
dans la Brande ; au Nord-Nord-Ef, la rivière de la Brande; au Nord-Eft,
celle du Chemin-Neuf, qui, avec les fources de la Falaife & du Normand,
commmunément appelée la fource à Dauphin, va fe rendre dans la Grande-
ieurs rivières, dont les principales font :
vers TOueft, la rivière de Moutaca, qui vient des montagnes de TerreNeuve, & qui, comme celle des Baflins qui eft au Nord-Oueft, fe jette
dans la Brande ; au Nord-Nord-Ef, la rivière de la Brande; au Nord-Eft,
celle du Chemin-Neuf, qui, avec les fources de la Falaife & du Normand,
commmunément appelée la fource à Dauphin, va fe rendre dans la Grande- --- Page 107 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 93
Rivière; ; à PER,la Grande-Rivière , formée par la réunion de deux branches,
dont l'une qui traverfe le canton d'Ennery prend fa fource dans la Partie
Efpagnole, &c l'autre à la Marmelade ; au Sud-Eft, la Petite-Rivière qui
reçoit l'eau de la Montagne-Noire , &c en tirant plus au Sud, la rivière de
la Croix qui eft peu confidérable.
Toutes ces rivières fe réuniflent vers le centre de la paroiffe pour n'en
former qu'une feule, fous le nom de la Quinte > qui va fe décharger à
la mer.
Il doit paraître aflez étonnant, après cette nomenclature où je n'ai pas
compris la rivière de l'Efter dont je parlerai avec détail ailleurs, d'entendre
dire que la paroiffe des Gonaives eft expofée aux effets de la féchereffe.
C'eft donc une raifon d'entrer dans de plus grands détails fur ces rivières.
Celle, de la Brande eft très-fouvent à fec & quelquefois très-enflée.
La rivière, ou plutôt la fource du Chemin-Neuf, comme on le dit ordinairement, & que l'on paffle onze fois en allant des Gonaives à Plaifance,
n'a pas beaucoup d'eau.
J'en citerai tout de fuite une chofe affez remarquable; ; c'eft qu'elle
charrie dans fes débordemens un limon aflez femblable à du ciment, &x
reffemblant à celui qu'entraine aufli la rivière de la Trouble de Plaifance ;
& que ces débordemens font imultanés avec ceux de la Trouble & que
leurs crues offrent entr'elles le même rapport de volume d'eau, que celui
qui eft entre les deux rivières dans leur état ordinaire ; de manière que fi
Ia Trouble accroit dur double 1 la fource du Chenin-Neuf double auffi. Ces
effets analogues fe manifeftent , même lorfque Plaifance a des pluies abondantes & que les Gonaives éprouvent une fécherefle rigoureufe. D'un autre
côté, la fource eft, dès forr origine apparente 9 dans un état qui femble dire
qu'elle n'eft pas à fon berceau. M. Verret 1 après avoir parcouru cette
rivière jufqu'à fa fource, c'eft-à-dire, environ quatre lieues au-deffus de
la plaine, eft convaincu qu'elle pourrait fournir à l'arrofement de vingt habitations &c que le canal ne préfente aucune difficulté dans fon exécution.
La Grande-rivière eft quelquefois fans eau', mais dans d'autres tems auffi
elle devient un torrent impétueux 7 capable de renverfer tous les obftaclcs,
furtout fi Ia rivière du Chemin-Neuf lui apporte elle-même un volume d'eau
conjidérable. Un jugement du Tribunal Terrier,du 6 Octobre 1786, rendy
qu'elle pourrait fournir à l'arrofement de vingt habitations &c que le canal ne préfente aucune difficulté dans fon exécution.
La Grande-rivière eft quelquefois fans eau', mais dans d'autres tems auffi
elle devient un torrent impétueux 7 capable de renverfer tous les obftaclcs,
furtout fi Ia rivière du Chemin-Neuf lui apporte elle-même un volume d'eau
conjidérable. Un jugement du Tribunal Terrier,du 6 Octobre 1786, rendy --- Page 108 ---
DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
habitans des Gonaives, a ordonné le jaugeage de cette rivière
entre plufieurs
M. Petit, arpenteur général, le nivellement de toutes les terres qu'elle
par arrofer, & l'indication des canaux que cet arrofement peut exiger.
peut
La Petite-Rivière eft fort encaiffée. Son fond fableux & garni de galets
perdait une très-grande partie de fon eau ; mais dès 1745, fes riverains,
habitans voifins de la Défolée, recoururent aux Adminiftratears pour homologuer laccord qu'ils avaient fait entr'eux le 12 Décembre 1744. Cet
accord portait qu'ils iraient en prendre l'eau au pied du morne 7 pour
l'amener à deux baflins fucceffifs de diftribution, & que tous les frais
même d'entretien, feraient communs. Larnage & Maillart ratifièrent ce traité
le 5 Juin 1745L'indolence coloniale rendit cette autorifation inutile 1 & on fit au mois
de Décembre 1750, un accord différent du premier & que l'on exécuta.
Plus de 25 ans aprés, des voifins attaquèrent la décifion de 17453 repouffés d'abord, le 5 Mai 1777, par le Tribunal Terrier, celui-ci leur
devint favorable en 1778. En 1779, nouveau réclamant que les intéreflés
de 1744 & de 1778, voulurent éconduire, mais un jugement du Tribunal
Terrier. 3 du 19 Mars 1787, a prefcrit le jaugeage de la Petite-Rivière &
l'examen de la diftribution à faire de fes eaux.
La rivière de la Quinte formée, comme je l'ai dit 2 de la réunion de
plufeurs autres, a reçu ce nom, par lequel on a voulu peindre fon caractère capricieux, puifqu'elle difparait dans plufieurs points &c qu'elle eft de
plus fujette aux viciffitudes des faifons. Ces circonftances, en rendant fes
ont donné lieu à des difcuflions judiciaires 9
eaux encore plus précieufes,
le même motif multiplie dans tous les points de la Colonie.
que
Oétobre
M. Pinard
Le Tribunal Terrier ayant ordonné, 2 le 26
1778, que
de la Rozière, arpenteur général de la Sénéchauffée de Saint-Marc, en ferait
le jaugeage avec un plan de diftribution, il opéra au mois de Juin 1779Son procès-verbal établit que la Quinte a une coupe de 144 pouces d'eau
en carré, , qui, calculée d'après fa viteffe moyenne, donne 405 pouces
cubes d'eau par feconde; mais qu'à une lieue & demie au-deffus, il y a
deux pieds & demi d'eau courante d'augmentation 1 par la reproduction des
fources. Le point où la rivière reparaît, eft à 2,500 toifes du pied du
morne de PHôpital où elle fe répand & nappe fur un terrain falineux, &
144 pouces d'eau
en carré, , qui, calculée d'après fa viteffe moyenne, donne 405 pouces
cubes d'eau par feconde; mais qu'à une lieue & demie au-deffus, il y a
deux pieds & demi d'eau courante d'augmentation 1 par la reproduction des
fources. Le point où la rivière reparaît, eft à 2,500 toifes du pied du
morne de PHôpital où elle fe répand & nappe fur un terrain falineux, & --- Page 109 ---
FRANÇAIS SE DESAINT-DOMING U E.
de ce dernier point à la mer dans la baie de THôpital, il y a encore
1,200 toifes.
Le 18 Août 1783, le Tribunal Terrier a voulu que l'opération fàt renouveliée par M. Verret. Cet hydraulicien a trouvé, le 4 Février 1784,
cette. rivière à fec , comme cela arrive prefque toujours depuis le mois
de Décembre jufqu'à celui de Mars, depuis le haut de la Grande-Rivière
julqu'à l'habitation Defcahaux, où elle reparait à un point qu'à caufe de
cela,l'on appele la Source Defcabaux. Il a obfervé des filtrations fucceflives
à travers des galets & des gravois. M. Verret a propofé en conféquence,
de faire à la rencontre des cinq ruifleaux ou ravines , par lefquela la rivière de la Quinte reparait fur la terre, un baflin général de diftribution
qu'il indique 5 & il a eftimé que Ies prifes d'eau déjà établies fur cette
rivière reçoivent 1,080 pouces d'eau, mefure de fontainier.
La rivière de la Quinte fournit à l'arrofage de trois habitations & au moulin
de P'une d'elles. Dans fes débordemens elle forme une ravine & un marécage à l'Ef du morne des Sources.
On voit clairement, par ce réfumé relatif aux rivières, que l'on a cherché
à profiter de leurs eaux 1 mais qu'un travail général fur cette partie manque encore, & que les travaux partiels font d'autant plus éloignés de fatisfaire
les befoins $ que le droit de participer à l'avantage de l'arrofement eft
difputé entre divers habitans.
Une idée bien ancienne &x qui s'appuyait, peut-être , fur l'analogie que
j'ai indiquée entre la rivière de la Trouble de Plaifance &c celle du CheminNeuf des Gonaives, difait que P'eau de la rivière des Trois - Rivières,
pouvait être déviée dans la Brande &c affurer un arrofement abondant de
toute la plaine des Gonaives. Cette opinion était tellement accréditée,
que Larnage & Maillard firent travailler, pour la réalifer, au mois d'Avril
1744; comme le dit une lettre de ce gouverneur-général au miniftre, 1 en
date du 20 du même mois, en lui marquant que les féchereffes décourageaient beaucoup les habitans. Mais, fans doute, le réfultat ne fut pas
heureux, carje lis dans des Obfervations faites en 1751, cette phrafe remarquable; Le Des perfonnes avaicnt formé le monfrueux prejet d'amener ( aux
5 Gonaives)Ia rivière du Gros-Morne (les Trois-Rivières). 91*
Cependant MI. de Verville, directeur-général dcs fortifications de la Colonie
marquant que les féchereffes décourageaient beaucoup les habitans. Mais, fans doute, le réfultat ne fut pas
heureux, carje lis dans des Obfervations faites en 1751, cette phrafe remarquable; Le Des perfonnes avaicnt formé le monfrueux prejet d'amener ( aux
5 Gonaives)Ia rivière du Gros-Morne (les Trois-Rivières). 91*
Cependant MI. de Verville, directeur-général dcs fortifications de la Colonie --- Page 110 ---
96 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
en 1750, croyait encore à cette poflibilité. M. de Charlevoix de Villers,
ingénieur, s'autorifait même de ce suffrage 3 pour en parler en 1776; 8c
le 14 Septembre 1777, M. de Lilancour, commandant en fecond de la
Partie du Nord, en envoya un projet au miniftre > en l'affurant que le
nivellement avait été fait. La vérité eft que M. Royer, arpenteur, follicité par plufieurs habitans & partageant; 3 peut-ètre, leurs voeux ardens 1
avait fait une efpèce d'ébauche de nivellement, qu'il avait conduit au point
de la rivière la Brande appelé le Baffin-Salomon 2 mais qui établiffait la
pofibilité du projet.
Enfin, les Adminiftrateurs à qui l'on parlait toujours de cette' entreprife,
donnèrent, le 26 Septembre 1784, à M. Bertrand de Saint-Ouen, commiffaire du roi pour les arrofemens de l'Artibonite & lieux adjacens,l'ordre
de commettre une perfonne pour conftater fi elle était exécutable. En
conféquence, M. Mottin, arpenteur de l'Artibonite 2 allifté de M. André,
arpenteur des Gonaives, opéra le Ier, Mai 1786. Il réfulte de fon travail,
qui a duré 24 jours : Io, que les Trois-Rivières coulent entre deux montagnes ; 20, qu'un roc nommé la Porte , barre de l'une à l'autre chaine , le
lit des Trois-Riviéres, qui fe font ouvert un paflage dans ce roc : 3°. que
la rivière de la Brande a fa fource à 2,400 toifes , en ligne droite, du lit
des Trois-Rivières; 40. qu'entre elles deux eft une montagne où une
gorge mène de l'une à l'autre rivière; 5°. que le fommet de la Porte eft
à 210 pieds au-deffus du niveau ordinaire des bafles eaux des Trois-Rivières; 60, que la gorge entre les Trois-Rivières &la Brande eft plus élevée de
50 pieds que le morne de la Porte & qu'elle excède, par conféquent, de 260
pieds le niveau des eaux de la rivière des Trois-Rivières ; 7°. que cette gorge
eft beaucoup moins élevée que la rivière la Brande ; 80, & enfin, que même
en remontant les Trois-Rivières d'une lieue au-defTus de la Porte, l'eau ne
fe trouve pas auffi élevée que la furface du fol, au pied du morne la Porte.
Il a donc été démontré que ce ferait plutôt de la Brande vers les TroisRivières, qu'il y aurait de la' pente.
Ce réfultat 1 que MM. de la Luzerne & de Marbois ont fait enregifrer
au greffe de l'intendance & publier dans la gazette, prouve que les
habitans des Gonaives n'ont aucun fecours à efpérer que des rivières qui coulent fur leur fol, pour combattre les féchereffes fréquentes qu'ils éprouvent.
La
démontré que ce ferait plutôt de la Brande vers les TroisRivières, qu'il y aurait de la' pente.
Ce réfultat 1 que MM. de la Luzerne & de Marbois ont fait enregifrer
au greffe de l'intendance & publier dans la gazette, prouve que les
habitans des Gonaives n'ont aucun fecours à efpérer que des rivières qui coulent fur leur fol, pour combattre les féchereffes fréquentes qu'ils éprouvent.
La --- Page 111 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMIXGUE 97
La température de cette paroiffe eft caufe, qu'en général, elle éprouve
forte de
&c qu'on y voit beaucoup de terrains incultes. Dans
une
mêmes langueur oà l'on fe difpute l'ufage de l'eau 1 O11 l'attend fouvent
les parties
neuf mois fans que les nuées arrofent
en vain; il s'écoule quelquefois
&c d'autres fois pendant fix mois, l'excès des pluies n'eft qu'un
ce lieu,
malheur de plus.
En
il eut un débordement qui inonda toute la plaine 1 & lon
1733, y
naiffance à ka rivière la
croit qu'un foffé large 8c profond, qui prend
Quinte 8z qui va aboutir à la baie Chailleau, fut creufé alors par cette
rivière. J'ai dit qu'en 1744, la fécherefle était très-confidérable. Dans le
coup de vent de la nuit du 4 au 5 Août 1772, qui affigea toute la
Partie du Nord, jetta plufieurs bâtimens à la côte au Port-de-Paix, rompit
le chemin du Môle à Bombarde 1 par les avalaffes dont il était accompagné
&c qui mirent deux pieds d'eau dans Phôpital du Môle, dont les malades
furent tranfportés aux cazernes; les Gonaives fouffrirent beaucoup. Au
mois de Février 1777, cette paroiffe n'avait pas eu de pluie depuis onze
les rivières étaient taries. Ce fut
mois 8c on en comptait fept depuis que
les cris des habitans pour avoir une portion de l'eau des Troisalors, que
intérim, à
Rivières 1 portèrent M. de Lilancour , gouvernsur-g@néral par
permettre le nivellement dont j'ai parlé &c qu'il envoya au miniftre.
Dans la plaine des Gonaives, on apperçoit des fignes extérieurs qui caractérifent unc température féche, & les divers cactes s'y montrent affez
pour affliger le voyageur. L'air eft très-fain dans cette paroiffe.
Les produétions des Gonaives font très-variées. Ony compte trois fucreries, qui ne fauraient fe paffer d'arrofement ; elles roulent en blanc &c
appirtiennent à MM. le vicomte de Fontanges, Roffignol de Grandmont &
Cocherel ; le fucre en eft beau & il fe fait avec une extrême facilité;
c'eft celle de M. de Fontanges qui a le moulin à eau.
Dans les gorges, dans plufieurs parties. des montagnes, on cultive le
cafier. La plaine donne. * en outre 7 un bel indigo & une aflez grande quantité
de coton, d'une qualité dont la fupériorité eft tellement reconnue 3 que le
commerce le paye toujours cent fous de plus le quintal. M. Raynal eft le
premier habitant des Gonaives qui fe foit déterminé à faire un établifleTome II.
N
moulin à eau.
Dans les gorges, dans plufieurs parties. des montagnes, on cultive le
cafier. La plaine donne. * en outre 7 un bel indigo & une aflez grande quantité
de coton, d'une qualité dont la fupériorité eft tellement reconnue 3 que le
commerce le paye toujours cent fous de plus le quintal. M. Raynal eft le
premier habitant des Gonaives qui fe foit déterminé à faire un établifleTome II.
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99 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ment qui ne fàt qu'une cotonnerie. Le coton 1 qu'on réuniffait toujours a
quelqu'autre culture , valait alors cent livres le quintal.
Malgré la féchereffe apparente du fol de la plaine des Gonaives, il eft
ceperdant affez humide dans les bas, puifqu'à quelques pouces de fouille,
on trouve une terre fraiche > & que le mais eft d'une fuperbe
dans des inftans où la plaine de P'Artibonite n'en produit
venuc,
plus.
Les montagnes fourniffent de plus beaucoup de bois d'acajou, d'une efpèce
qui mérite d'être comparée à celle de la Tortue. Il en eft dont les veines
forment le plus bel effet lorfqu'il eft employé en meubles, & l'on eft tenté
de croire quelquefois, que l'art a imaginé des deffins que la nature
feule produit. Le commerce de ce bois eft un objet de lucre
a
paroife & d'utilité pour la Colonie, à laquelle les Gonaives pour cette
fournillent
encorc d'autres bois propres à la menuiferie ou au tour.
On voyait autrefois beaucoup de hattes aux Gonaives, mais là
ailleurs, les progrès de la culture font devenus un obftacle à comme
d'établiffement. Il était trop diflicile de conferver des animaux ce geare
les nègres voifins faifaient une
auxquels tous
guerre continuelle, 9 & trop pénible de les
eontenir dans des efpaces clos., pour n'avoir pas à payer fans ccfie les
dommages qu'ils caufaient aux cultures. Iln'en exifte plus qu'une qui
tient à Ia famille Reflignol Defcahaux,
apparOn compte dans la paroifle des Gonaives 3 3 fucreries, 135 indigoteries,
50 cafcteries, 15 cotonneries & I hatte.
Quelqu'un a calculé que la plaine feule donnait, annéc
million de coton & environ vingt-deux milliers
commune, un
d'indigo. Le carreau de terre
n'y rapportant guères, fuivant fes obfervations, que 400 livres de
le million doit être produit
coton, *
par 2,500 carreaux; & l'indigo donnant 1OO
livres par carreau, les vingt-deux milliers peuvent employer environ
carreaux.
Mais la plaine des Gonaives a, au moins, quinze mille carreaux cultivables, dont les deux tiers pourraient être arrofés. Cc ferait donc
plus de fept mille carreaux à employer 7 fi l'eau ne manquait
encore: c'eftà-dire
pas;
2 qu'en coton & en indigo, , le revenu annuel de la plaine pourrair
quadirupler.
OO
livres par carreau, les vingt-deux milliers peuvent employer environ
carreaux.
Mais la plaine des Gonaives a, au moins, quinze mille carreaux cultivables, dont les deux tiers pourraient être arrofés. Cc ferait donc
plus de fept mille carreaux à employer 7 fi l'eau ne manquait
encore: c'eftà-dire
pas;
2 qu'en coton & en indigo, , le revenu annuel de la plaine pourrair
quadirupler. --- Page 113 ---
FRAN NÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 93
Si au contraire l'arrofement ayant lieu, on y mettait 80 fucreries de
cent carreaux dont 75 feraient en cannes (& cette fuppofition diminue
encore les données reçues ), il pourrait y avoir fix mille carreaux en cannes.
La maturité hâtive 7 produite par la température, en rendant les rejettons
bons à couper à onze mois & les grandes cannes à treize 7 permettrait
d'en rouler les deux tiers par an. On pourrait ainfi quintupler le revenu
annuel, qui n'eft pas de deux millions & demi.
On fent bien que dans cet apperçu on fuppofe arrivée, l'époque où les
Gonaives auraient des cultivateurs en nombre aflez grand pour une pareille
exploitation, &c cette époque eft loin de celle aétuelle ; car le défavantage de cette paroiffe a toujours été de n'avoir des bras que d'une manière
très-infuffifante.
Mais où prendre l'eau que dans toutes ces combinaifons l'on voyait déjà
couler des Trois-Rivières dans la Brande ? Elle diminue chaque jour plutôt
de s'accroître. Si quelquefois les pluies du printems font réuflir l'indigo 1
que
d'ordinaire on ne plante qu'en Mai ou Juin 1 l'eau manque aux opéque rations de fa fabrique ; ce qui eft d'autant plus douloureux, 3 que dans des
points arrofés le cotonnier devenu la pâture des chenilles, eft comme reles effets d'une bienfaifante humidité, qui rend au
produit quelquefois 1 par
cultivateur une partic de ce qu'il avait d'abord efpéré. Si l'on avait de
l'eau, l'on pourrait, après avoir faigné les parties noyées & marécageufes
& en pratiquant des levées fe fervir d'elle pour détruire les qualités trop falines du fol qui avoifine la mer & y porter un limon très-produétif. L'exemple
de M. Roffignol de Grandmont > en ce genre 7 eft un motif d'émulation.
It ferait d'autant plus défirable que des hommes vraiment maitres dans
l'art hydraulique 1 puffent le faire fervir à fertilifer la plaine des Gonaives,
qu'elle eft terminée par un port qui mérite juftement une place dans cette
Defcription.
On compte du morne la Pierre (contrefort très - élevé & efcarpé qui
de la première chaîne du Cibao,, dans l'extrémité de celle - ci vers
part
Jean-Rabel), dont la pointe placée par 19 degrés, 25 minutes,35 fecondes
de latitude. , 8 par 75 degrés, IO minutes, 36 fecondes de longitude,
eft, furla côte 1 la limite du Port-à-Piment &c des Gonaives, une demi-lieue
jufqu'à la pointe bafle appelée pointe des Gonaives. L'intervalle qui ef
N 2
Cibao,, dans l'extrémité de celle - ci vers
part
Jean-Rabel), dont la pointe placée par 19 degrés, 25 minutes,35 fecondes
de latitude. , 8 par 75 degrés, IO minutes, 36 fecondes de longitude,
eft, furla côte 1 la limite du Port-à-Piment &c des Gonaives, une demi-lieue
jufqu'à la pointe bafle appelée pointe des Gonaives. L'intervalle qui ef
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JOO DESCRIPTIO N DE'LA PARTIE
entre cette dernière pointe & celle de Halle, forme la baie des Gonaives,
Son cuvertere ell de 3,530 toifes, 8x 1a profondeur moyenne de 3,000
toifes.
La baie des Conaires fe fubdivife en quatre baies particulières: Io. à
850 tcifes de la pointe des Gonaives eft Porto-Grande, dénomination laiffée
à l'enfuncement & au mouillage qui font à ce point, mais qu'il eft pr>-
bable que les Efpagnols avaient donné à la baie entière des Gonaîves, à
caufe de fon étendue. Depuis quelque tems le nom de baie Lefebvre fe
fubaitue à celui de Pato-Grands; 20, à 910 toifes de Perts-Grands eft ie
Morne-Blanc, > d'oà l'on contourne le rivage pour trouver à 830 toifes, la
baic Chailleau, qui a 440 toifes d'enfoncement & 250 toifes d'ouverture,
& qui court da Sud-Ouef au Nord-Eft. On ne trouve dans la baie Chailleau
que dix ou douze pieds d'cau avec fond de vafe; fon rivage eft garni de
mangles ; 3°. à 1,680 toifes de la baie Chailleau eft la pointe Oueft de la
baie de T'Hôpital, qui court à peu près du Nord au Sud. Cette excellente
baie eft formée par le rivage, par la pointe des Mangles ou des Varreux
ou à Soleil & par la partie Occidentale d'un grand iflet placé dans
l'enfemble de la baie des Gonaives; 40. très-près de la pointe Occidentale
de cet iflet eft le petit iflet à Frégates qui', avec la pointe de Halle,
diftant de 2,440 toifes & le rivage qui eft bordé de mangles, forme la
baie à Tortue.
C'efl dans la baie à Tortue que débouche la.rivière de PEfter qui, par
fa trop faible pente, inonde un elpace tres-confidérable.
Le grand iflet qui fert à former la baie Chailleau, a, depuis la pointe de
Pillet à Frégate jufqa'à la pointe des Mangles, 1,780 toifes de long. Cette
pointe des Manyles ei ellc-mèe à 1,530 toifes de celle des Genaives &
a 1,050 toifes de la pointe du Morne-Blanc.
Dans le Sud & tres-près du Merne-Blanc, eft un petit iflet de mangles
de figure irrégulière 7 près duquei on pourrait établir un carenage. Au de-
(*) Il eft des perfonnes qui appelent cette pointe, Ja pointe des Varreux fealement, & qui
nomment puinte des Mangles , celle qui et dans le Sud-Oueft de celle li. D'autres veulent
que la pointe des Varreux foit auli la pointe des Miangles, mais que ceile des Mangles,
dont je viens de parler, foit la pointe à Soleil, du nom d'un kabitant qui a eu une Gline
zu puint que tout le monde confent à appeler la. pcinte des Varreux.,
perfonnes qui appelent cette pointe, Ja pointe des Varreux fealement, & qui
nomment puinte des Mangles , celle qui et dans le Sud-Oueft de celle li. D'autres veulent
que la pointe des Varreux foit auli la pointe des Miangles, mais que ceile des Mangles,
dont je viens de parler, foit la pointe à Soleil, du nom d'un kabitant qui a eu une Gline
zu puint que tout le monde confent à appeler la. pcinte des Varreux., --- Page 115 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
IOI
vant de la pointe de Ialle, eft un pareil iflet de mangles &c le grand
iflet n'sft féparé de la grande terre que par un canal d'environ 600 toifes
de longueur fur 60 toifes de largeur, qu'on peut interdire aifément en coupant quelques mangliers.
e Les vaiffeaux du premier rang peuvent mouiller dans la baie des Gonaives
où le fond va cependant en s'élevant vers la terre. La tenue y eft bonne,
mais le vent d'Oueft-Sud-Oueft peut y être dangereux.
Cette magnifique baie 7 dont le mouillage eft excellent & l'entrée très-
- facile, n'eft protégée que par une batterie 9 appelée fort Caftries, qui eft
fur le Merne-Blanc, &c une autre dont je parlerai. C'eft ce dont ne peuvent
aflez s'étonner, ceux qui favent combien il eft important que la feule communication de la Partie du Nord avec celle de FOueft & du Sud, ne puiffe
pas être interceptée par l'ennemi ; & que MM. Duportail & Dumoulceau &c
d'autres militaires difingués, ont dit &c répété qu'il faut fur le MorneBlanc (que la nature femble avoir fortifié elle-même & préparé à toutes les
augmentations que l'art voudra y ajouter & où la pierre &c le fable fe trouvent
en abondance ), fur la pointe des Mangles 1 fur la pointe de l'iflet à Frégates
& fur la pointe de Halle; des batteries de canons &c de mortiers, dont les
feux croifés laifleraient déformais fans crainte fur le fort des Gonaives &
de la plaine de I'Artibonite.
C'eft à environ 500 toifes,en fuivant le rivage, depuis Ia pointe Sud de
la baie Chailleau & en fe dirigeant vers l'entrée de la baie de T'Hôpital,
qu'eft T'embarcadère des Gonaives auquel correfpond le bourgOn a vu qu'en 1738, les Gonaives avaient été érigées en une paroiffe
à laquelle MM. Charles Canele & Mathurin Bechade donnèrent une
portion de terrain fituée dans le Nord du conAuent de la Grande - Rivière
avec la Brande, au canton de ce dernier non fur le chemin des Gonaives
au Gros-Morne. L'églife y fut confiruite &x elle: fut confacrée à Saint-.
Charles & à Saint-Mathurin, patrons des deux donateurs.
Mais les habitans défirèrent que le bourg 9 formé par cette églife 8c
par trois ou quatre barraques, fût traniporté près de la mer. Les Adminiflrateurs qui écoutaient ce voeu depuis long-tems, puifqu'ils avaient fait faire
lc tracé de ce bourg par M. de Verville, direckeur-général des
furtifications y
confiruite &x elle: fut confacrée à Saint-.
Charles & à Saint-Mathurin, patrons des deux donateurs.
Mais les habitans défirèrent que le bourg 9 formé par cette églife 8c
par trois ou quatre barraques, fût traniporté près de la mer. Les Adminiflrateurs qui écoutaient ce voeu depuis long-tems, puifqu'ils avaient fait faire
lc tracé de ce bourg par M. de Verville, direckeur-général des
furtifications y --- Page 116 ---
1O2 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
dèsle commencemment de 1751, commirent, le 6 Mars 1750 , M. Peyrottes,
arpenteur-géncral de la Partie de I'Oueft, pour Pétablir.
Le 21 Mai fuivant, une autre ordonnance fixa Ia fituation du bourg 9
fur le terrain acquis de M. d'Hanache pèrc par la paroiffe, formant alors
une petite hauteur plantée de lataniers & que traverfe le grand chemin
de la Partie de POueft à celle du Nord. Il devait refter 300 toifes entre
le :er, rang de maifon dans POueft &c l'embarcadère, mais il n'y en a
que 220. Le bourg eft encore compofé de neuf iflets ou carrés, dont fix
de 70 tcifes, deux de 20 toifes &c un de 50 toifes de longueur du Nord
au Sud & tous de 45 toifes de largeur de PEft à FOueft. Deux rues du
Nord au Sud, la rue Bart(g gouverneur-général ) & la rue Peyrat (intendant par interim), deux de PEf àl l'Oueft, la rue Bourbon & Ia rue Bizoton
lientenant-de-roi à Saint - Marc), & une cinquième, la rue Verville,
qui eft entre les deux iflets de 20 toifes, forment ces iflets & chacune
d'clles a 60 pieds de large , afin d'y planter une allée d'arbres. Les quatre
côtés du rcétangle du bourg ont aufli un efpace de 60 pieds laiffé vide;
celui du Nord a pris le nom de rue Champfeury I autre lieutenant-de-roi
de Saint-Marc), & celui du Sud, le nom de rue Penthièvre. L'iflet du
milieu forme une place publique avec une allée d'arbres. Dans l'iflet de
PER de cette place eft l'églife, dédiée aux patrons de l'ancienne. Son entrée 1 qui eft fur la place. , fait face à la rue qui conduit à l'embarcadère;
au Nord de l'églife eftle prefbitère 1 au Sud le logement de la maréchauflée &
fur le derrière 3 dans toute la largeur de cet iflet du Nord au Sud, eft le
cimctière.
Les fix illets de 70 toifes font divifés en dix emplacemens 7 dont fix
ont 90 pieds de face Eft & Oueft, fur 120 pieds de profondeur. Les quatre
autres qui fe trouvent au centre de Piflet ont auffi 90 pieds de face , mais
du Nord au Sud, & 130 pieds de profondeur. Les deux iflets de lOueft
de la place ont chacun trois emplacemens de 90 pieds fur 120 de profondeur, ce qui forme en tout 66 emplacemens. L'ordonnance voulait que l'on ne
pât couvrir en pailles, & les maifons le font toutes d'eflentes; mais elle enjoignait
de démolir fur le champ des mailons exiitantes auprès de l'embarcadère; elle défendait d'y en élever d'autres à l'avenir, & fur ce point elle n'eft pas écoutée.
ont chacun trois emplacemens de 90 pieds fur 120 de profondeur, ce qui forme en tout 66 emplacemens. L'ordonnance voulait que l'on ne
pât couvrir en pailles, & les maifons le font toutes d'eflentes; mais elle enjoignait
de démolir fur le champ des mailons exiitantes auprès de l'embarcadère; elle défendait d'y en élever d'autres à l'avenir, & fur ce point elle n'eft pas écoutée. --- Page 117 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D OMINGUE
On comptait en 1774, un quart des iflcts fur lefquels il y avait des
conftruations, & à prélent c'eft la moitié. On voit 67 maifons 1 dont 43
font dans l'enceinte du bourg, 12 entre la ligne de cette enceinte &c Ia mer,
que la plupart bordent, 8z 12 encore dans le Nord-Oueft du bourg. Plufieurs
de ces maifons ont des galeries & toutes font de bois; l'églife feule eft de
maçonnerie. Une ordonnance de police du juge de Saint - Marc, du 27
Août 1785, produite par l'incendie d'une cuifine, défend aux habitans du
bourg d'en avoir fans cheminées 8a leur enjoint de les faire toutes couvrir
d'effentes ou de tuiles.
Dans la demande que les habitans avaient faite pour la tranflation de
l'ancien bourg, ils s'étaient foumis à payer IO livres par tête d'efclave,
pour les dépenfes qu'elle occafionnerait, & celle d'un canal pour conduire
l'eau au nouveau bourg, était comptée comme la principale. Les Adminif.
trateurs avaient autorifé la taxe, un fyndic avait été nommé pour la percevoir,
mais cette réfolution était reftée inexécutée.
En 1770, les habitans du bourg fe plaignirent &c les Adminiftrateurs
preicrivirent le 6 Février, des mefures pour procurer de l'eau au bourg
On demeura dans l'inaction jufqu'en 1782, que les Adminiftrateurs renvoyèrent 1 par une ordonnance du 4 Odtobre, à l'exécution de celle du
6 Février 1770. Sur de nouvelles réclamations 7 une nouvelle décifion,
du 17 Janvier 1783, rappela celle du 4 Octobre 1772. Enfin M. Roflignol de
Grandmont ayant attaqué ces ordonnances, en foutenant qu'elles tendaient à le
priver d'une portion d'eau qu'on pourrait prendre ailleurs, il en vint une autre 2
le 19 Novembre 1783, qui nomma M. Verret &le chargea de faire , en préfence
du licutenant-de-roi de Saint-Marc, d'un chirurgien & de trois perfonnes
choifies par les propriétaires & les locataires du bourg, les opérations relatives aux deux projets propofés.
Cette efpèce de préparatoire n'a pas Eté plus rempli que tout ce qui
Favait précédé ; mais le 17 juin 1784, M. de Boisforef, ingénieur en
chef, fit des opérations qui établiffaient, quela fource des habitations Bigault &c
Meflin. , à l'entrée de T'habitation Soleil, étaient bonnes &x plus que fuflifantes
pour les befoins du bourg- En confequence, M. de Grandmont, préfent à
cette recherche , a, par un canal de 3 pieds de large & de 18 pouces
de profondeur, mené dans la dircétion du Sud-Oueft, cCS eaux quife per-
des opérations qui établiffaient, quela fource des habitations Bigault &c
Meflin. , à l'entrée de T'habitation Soleil, étaient bonnes &x plus que fuflifantes
pour les befoins du bourg- En confequence, M. de Grandmont, préfent à
cette recherche , a, par un canal de 3 pieds de large & de 18 pouces
de profondeur, mené dans la dircétion du Sud-Oueft, cCS eaux quife per- --- Page 118 ---
N DE L A PA RTIE
104 DESCRIPTIO
daient auparavant à 500 toifes dans le Nord du bourg , à un puifard formé
à l'entrée du bout Nord-Ef de ce bourg & placé à 800 toifes des fources.
Du puifard, le canal qui pafle à 60 pieds de la rue fait enccre envi.
ron 650 toifes, pour conduire l'eau jufqu'à la mer. Les Adminiftrateurs
ont approuvé, 1 le 28 Juin 1785, 1 ce plan déjà exécuté par M. de Grandmont à fes prepres frais; & il eft reconnu d'avance que quand le bourg
pourra faire la dépenfe d'un canal en maçonnerie, d'une fontaine & du pavé
de fes rues 1 on pourra, à caufe de l'élévation des fources Soleil, faire
jaillir l'cau fur la place.
On a prétendu que cette eau était faumâtre, & même plufieurs perfonnes
du bourg s'obftinent à envoyer prendre celle de la rivière la Quinte. J'en
ai bu le 7 Avril 1788, & je nc lui ai trouvé aucun goût. Elle eft quelquefois louche, mais c'eft quand on la prend près du bourg, 2 parce qu'on
laye & qu'on jette des ordures dans le canal. Mais en la laiffant repofer,
elle dépofe tout ce qu'elle a d'impur & devient très-limpide. Au furplus
c'eft à l'analyfe à prononcer fur ce point.
L'emplacement du bourg eft évidemment trop bas, quoique l'ordonnance
de fa création annonce que fa pofition eft élevée & qu'il paraiffe que c'eft
ce qui la fait mettre à la diftance où il eft du rivage. Les grandes pluies
l'inondent fouvent; le terrain ne peut s'égoutter & l'eau fourdrit à deux
pieds & notamment dans le cimetière. L'entrée en eft mal placée dans la
rue Bart, & l'on devrait arriver fur la place de chaque côté de l'églife par
les rues Bourbon & Bizoton. Pour aller de ce bourg, qui eft affez riant,
à l'embarcadère, il faut paffer fur de petites chauflées où l'on enfonce quelquefois dans la boue, ce qui eft très-fatigant pour les charrois.
A ces inconveniens fe joignent celui des aires d'une faline qu'un particulier
a ouverte fur le rivage 7 dans un point qui correfpond à la partie Sud-Oueft
du bourg; elles exhalent une odeur que la brife du large porte fur le bourgSes habitans en murmurent & invoquent le fuccès que des plaintes du
même genre ont obtenu contre un autre propriétaire ily a environ 20 ans.
A l'embarcadère & vers le Sud,eft une batterie & un corps-de-garde
dont la Otuation cft cenfurée depuis le premier inftant où on les a établis.
Il était encore bien plus ridicule d'y voir le corps-de-garde, lorfque toute
la baie avait pour défenfe unique un canon de 4, mis près du corps-degarde
gSes habitans en murmurent & invoquent le fuccès que des plaintes du
même genre ont obtenu contre un autre propriétaire ily a environ 20 ans.
A l'embarcadère & vers le Sud,eft une batterie & un corps-de-garde
dont la Otuation cft cenfurée depuis le premier inftant où on les a établis.
Il était encore bien plus ridicule d'y voir le corps-de-garde, lorfque toute
la baie avait pour défenfe unique un canon de 4, mis près du corps-degarde --- Page 119 ---
FRA NÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 1O5
garde pour tirer l'alarme 7 que répétait un autre canon, à une licuc plus
loin dans l'intérieur.
Il femble donc que tout ait confpiré pour faire un mauvais choix relativement aul bourg &c à T'embarcadère, qui font expofés 2ux infultes,
tandis que la baie Chailleau ou celle de I'Hôpital, offre des points plus
abrités. Cet embarcadère, où l'on a pratiqué une calle, devient cependant plus important chaque jour 1 puilquindépendamment de fon utilité pour
les habitans des Gonaïves, il fert encore à des habitans de Plaifance &
à ceux du canton d'Ennery. On y a vu momentanément,en 1773, un employé
qui y tenait une efpèce de bureau des claffes & de perception dès droits
d'oftroi, & à préfent même, les habitans croient qu'il devrait être le fége
d'une Sénéchauffée & d'une Amirauté, qui comprendraient les Gonaives,
Plaifance, le canton d'Ennery 8c Terre-Neuve. Quatre bateaux pallagers
vont continucllement porter au Cap les denrées qu'on conduit à cet embarcadère &c chercher de quoi remplir les befoins des habitans quis'en fervent.
Ce bourg a un bureau des poftes &c un fubltitut du procureur du roi de
la Sénéchauffée de Saint-Marc pour la police judiciaire de la paroiffe.
MM. de Verville & Duportal propolaient de faire déboucher dans la baie
à Tortue, un canal qu'on tirerait de l"Artibonite & qui, en defféchant l'embouchure de l'Efter, conduirait dans la baie des Gonaîves, par les acons
& les bateaux plats, une partie des denrées de la plaine de l'Artibonite,
qui ne vont à Saint-Marc qu'avec de grands dangers en tems de guerre.
D'autres perfonnes penfent que ce canal de navigation pourrait aboutir à
la baie de PHôpital, où les pêcheurs en on fait un qui n'eft qu'une trouée,
mais qui leur fert à paffer en canots quand ils veulent éviter 3 pendant
la brife du large, de doubler la pointe des Varreux. Tout parle donc de
l'importance de la baie des Gonaives.
Celle de la paroiffe entière fe fait remarquer dans fes moyens de communication avec d'autres lieux de la Colonie 1 parmi lefquels le plus
effentiel eft le chemin qui mène au Cap & que je vais parcourir avec le
Lecteur.
En paffant le pont de l'Efer on entre dans la paroiffe des Gonaives. Lc
chemin cfl pratiqué dans un lieu aride, dont les torches & les cardafles
ont la peffeflion exclefive. L'en rencentre enfuite un cfpace tiès-confids.
Toie II
O
es moyens de communication avec d'autres lieux de la Colonie 1 parmi lefquels le plus
effentiel eft le chemin qui mène au Cap & que je vais parcourir avec le
Lecteur.
En paffant le pont de l'Efer on entre dans la paroiffe des Gonaives. Lc
chemin cfl pratiqué dans un lieu aride, dont les torches & les cardafles
ont la peffeflion exclefive. L'en rencentre enfuite un cfpace tiès-confids.
Toie II
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IC6
DESCRIPTION DE LA PARTIE
rable qui eft falineux & même d'une nature marécageufe dans fa partic
inféricure, & l'on compte près de quatre lieues fans avoir apperçu de culture.
Les mornes qu'on voit à droite font arides, chevelus & profondement déchirés. On arrive ainfi au morne de PIlôpital long & défagréable à monter.
Parvenu à fon fomnet, l'ceil découvre, tout à coup, des habitations à qui
l'arrofement procure un afpect gai, que combattent néanmoins des clêtures
faites de pieux fecs attachés en travers fur des montans. L'on aime à remarquer de nombreux palmiftes &c des latanicrs qui défignent diflérentes
propriétés & qui animent la perfpective. On defcend enfuite le long d'un
efcarpenent aflez impofant &c l'on arrive à Ia plaine des Gonaives proprement dite, à lun des points de laquelle on fait qu'eft le bourg.
Si les hauteurs des Gonaives font fertiles en café, cela ne doit pas
s'entendre des mornes qui bordent la baie, puifqu'ils font d'une férilité
abfolue. Ils font même affez fillonnés pour que leur furface foit comme celle
d'un melon à côtes: tel eft notamment le morne la Vigie; tel eft lc morne
de PIlôpital dans fa face méridicnale.
Le bourg pallé, on fe dirige vers le haut de la plaine, & l'on trouve
dans la favane de la Défolée le tableau que promet fon nom. L'on ne
fe laffe pas de chercher le but de la nature, en jettant fur ce fol qui femble
dire à Thomme de le fuir, des plantes qu'on pourrait confidérer comme
autant d'éponges dépofitaires d'un fuide qui compofe toute leur fubftance 7
& qu'il femble impoflible qu'elles aient tiré du terrain defféché où elles
vivent. Leur extéricur verdâtre, leurs épines d'un jaune tendre, leurs
formes prefque toujours bifarres, mais qui retracent quelquefois celles
d'immenfes candelabres. 9 auxquels on eft prefque fâché de trouver quelque
chofe de majeftueux, tout femble difparate dans ce féjour, furtout aux
yeux du veyageur que le plaifir guide; & même celui que quelque chagrin coafume, a encore de la peine à fe mettre à l'uniffon avec ce fite,
el il fe croit trep foudainement rapproché du tombcau.
Après avoir paffé entre l'extrémité inférieure de la montagne de TerreNeuve &c. celle du morne d'Oueffant ; après s'être approché du canton des
Baffins & avoir fait quatre lieues depuis le bourg, on trouve un poteau,
dars an Fint où la plaine eft allez ouverte & oà le chemin fe divife. C'eft
1A quel Tembremeliement de celui qui conduit au Gres-Morne,u Per:-
oudainement rapproché du tombcau.
Après avoir paffé entre l'extrémité inférieure de la montagne de TerreNeuve &c. celle du morne d'Oueffant ; après s'être approché du canton des
Baffins & avoir fait quatre lieues depuis le bourg, on trouve un poteau,
dars an Fint où la plaine eft allez ouverte & oà le chemin fe divife. C'eft
1A quel Tembremeliement de celui qui conduit au Gres-Morne,u Per:- --- Page 121 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE. 107
de-Paix & prefque julqu'au Môle en voiture. > & duquel, , à environ deux
lieues du poteau , part, à fon tour, un embranclcment qui va par le
chemin de la Brande , gagner Plaifance, lc Limbé & le Cap.
En fuivant la grande route 1 on atteint bientôt la coupe à Pintade ,
qui eft dans la crêtc du même nom. De là on voit vers le Nord le GrosMorne, dont la paroiffe du Gros-Morne a pris fon nom, &c à l'Oueft le
morne la' Pierre. Dans cctte partie font des bois utiles à la confruction, &
que nourrit un fol calcaire &c caillouteux.
Parvenu un peu plus haut, le chemin fe divife encore. Une de fes
branches s'enfonce dans les gorges &c joint, à fept lieues du bourg, le
point où il faut quitter la chaife pour monter la coupe des Gonaives, par
la route appelée les Orangers ou les Efcaliers. L'autre branche eft le nouveau chemin qu'on vient de terminer, &c par lequel on va jufqu'au Cap
en voiture. Plus de deux lieues au deffus de cette bifurcation, en eft une
autre produite par le chemin de la ravine Séche, qui conduit à Plaifance
& qu'on a à fa gauche, comme tous ceux que j'ai nommés.
Peu après on atteint l'habitation Rouffelier, placée à plus de huit lieues
du bourg des Gonaives, & jufqu'à laquelle le chemin que je décris fuit,
depuis l'embranchement du chemin des Efcaliers, la Grande-Rivière des
Gonaives, dont la fource eft peu éloignée de là. Le chemin traverfe fréquemment cette rivière qui, quoiqu'elle ne foit pas très-rapide ni trèsfujette aux débordemens, > pourrait. > peut-ètre un jour, rendre ce chemin
impraticable. Il faudrait lui creufer un nouveau lit & tenir le chemin fur
fa rive gauche. On compte du premier point, où le chemin trouve la GrandeRivière des Gonaives, 3 au deffous de l'habitation Rouffelier jufqu'au poteau,
8,462 toifes.
De l'habitation Rouffelier, le chemin eft pratiqué de manière à lui faire
gagner, 7 avec le moins de roideur poflible 3 la crête de la montagne qui
eft la limite des Gonaïves &c de Plaifance. Il va d'abord dans l'Oueft,
puis il fe dirige à peu près vers le Nord-Nord-Eft, mais avec des détours multipliés &c de grands crochets, tellement que du point où finiffent
les 8,462 toifes comptées depuis le poiean & dont je viens de parler,
jufqu'à celui où le chemin arrive au fommet de la crête, il y a 10,000 toifes,
quoique cet intervalle ne foit que de 5,568 toifes, mefurées en ligne droite.
O 2
dans l'Oueft,
puis il fe dirige à peu près vers le Nord-Nord-Eft, mais avec des détours multipliés &c de grands crochets, tellement que du point où finiffent
les 8,462 toifes comptées depuis le poiean & dont je viens de parler,
jufqu'à celui où le chemin arrive au fommet de la crête, il y a 10,000 toifes,
quoique cet intervalle ne foit que de 5,568 toifes, mefurées en ligne droite.
O 2 --- Page 122 ---
1C3
DESCRIPTIO N DE LA PAK TIE
Le Lefteur fe reffouvient certainement 5 que dans la Deferiptien de la
parcife da Limbé & de Plaifance, je lui ai fait connaitre la partic de ce
chemin qui s'y trouve. Il le connait donc entiérement. On dit qu'il a caufé
pour 1,200,000 livres de dépenfe.
Le cicmin par la rarine Séche, dont je Jui ai fait connaitre auffi la nature & i'étendue dans la Defeription de Plaifance 1 a, depuis Phabitation
Sa'nt-Amand cû il trouve la limite des Gonaives & de Plailance, jufqu'au
point de la Grande-Rivière des Gonaives vis-à-vis la ravine Seche, 5,194
toifes, & de là au poteau il refle 6,187 toifes.
Quant au chemin des Orangers, il a dû recevoir de grands éloges, lorfque
pour la premizre fuis, M. de Vaudreuil auquel on le doit 1 y pafia à
sheval, parce qu'il démontrait la poflibilité de faire communiquer cntr'elles,
les deux Parties du Nord & de TOueft, en allant toujours fur le territoire français. Mais il faut avouer que le befoin était bien impérieux, puliqu'on
s'eft affujetti à le fatisfaire de cette manière pendant 38 ans.
Du point où la grande route de voiture reçoit l'embranchement des
Orangers, on continue à aller en voiture dans celui-ci, en contournant par
leurs gorges 2 différentes montagnes bien boifées 3 dont le fol paraît calcaire,
ainfi que les pierres mobiles dont le chemin eft plus ou moins femé. On
y voit des couches qui ont entr'elles un parallélifme rigoureux. , quoique
leur inclinaifon varie de mentagne à montagne. Il eft mème des points où
la bafe d'efcarpemens aflez élevés, laiffe appercevoir des roches calcaires
qui cn furmontent d'autres d'une nature graniteufe. A une difiance de 6,038
toifes comptées depuis le poteau, on trouve enfin le point au-delà duquel
la voiture ne pourrait plus aller; là eft ce qu'on appelc le Cabaret, connu
auffi fous le nom de Bonnefoi qu'avait un de fes poffeffeurs. C'eft un afile
qu'il nc faut qu'appercevoir , pour être bien convaincu que le luxe, même
de commodité, n'y a jamais pénétré & qu'il n'y a que la combinaifon de
la route qu'on veut faire lc lendemain qui puiffe confeiller d'y coucher.
Près de là font les ruines d'un moulin à feie qui n'aj jamais été employé.
Au Cabaret l'on monte à cheval & l'on fe dirige au Nord-Nord.Efi,
pour aller franchir la coupe des Gonaives, traverlant fouvent & côtoyant
toujours la fource ou la rivière du Chemin-Neuf. Après avoir fait environ
7CO toies d'une maniere peu agréable, foit à caufe des pierres &même des
puiffe confeiller d'y coucher.
Près de là font les ruines d'un moulin à feie qui n'aj jamais été employé.
Au Cabaret l'on monte à cheval & l'on fe dirige au Nord-Nord.Efi,
pour aller franchir la coupe des Gonaives, traverlant fouvent & côtoyant
toujours la fource ou la rivière du Chemin-Neuf. Après avoir fait environ
7CO toies d'une maniere peu agréable, foit à caufe des pierres &même des --- Page 123 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 109
roches qu'il faut éviter, foit parce que la vue ne peut s'étendre vers les
côtés du chemin qui font élevés, ni même dans le chemin où lcs arbres
étendent leurs branches, on eft au point qui porte particulièrement le nom
de la Source &c qui eft véritablement le pied de la coupe. Près de ce
fecond terme eft un autre refuge (chez Breton), encore moins attrayant
que le Cabaret de Bonnefoi, mais que l'on préfère cependant quelquefois, 9
lorfqu'on va des Gonaives au Cap, parce qu'il rapproche encore plus de ce
dernier lieu & qu'il affure le pa.ffage de la coupe des Gonaives &c de celle
de Plaifance, avant que la chaleur du jour ait pu rendre ce trajet pénible pour le voyageur qui eft à cheval.
Enfn on vient à cette coupe des Gonaives &c l'on arrive bientôt au roc
vif à travers lequel paffe le chemin, dans une efpèce de profondeur fanquée
de chaque côté d'un bord coupé à pic qui a jufqu'à cent pieds d'élévation.
Ces deux côtés, paralleles entr'eux, ont leurs fommets à environ vingt
toifes Pun de l'autre. On ne peut guères attribuer qu'à l'action des eaux
le premier travail qui a formé cette féparation ; mais comme elle ne ceffe
pas d'agir, elle a converti cette montée en un véritable efcalier qu'on ne
peut plus ofer gravir autrement qu'en tenant fon cheval par la bride; &
encore juge-t-on, par la peine qu'on a foi-même &x par celle plus grande
encore du cheval, qui ne fait chaque pas qu'avec des efforts violens & qui
fuffifent quelquefois pour brifer fes harnois, que le chemin eft dans cette
partie le plus hideux de toute la Colonie. Lorfque l'efcalade eft terminée
& qu'on a pà fe remettre en felle, on ne tarde pas à atteindre le fommet
de la crête, oà j'ai déjà conduit le LeCteur par Plaifance, & qui eft à
1,119 toifes de la Source.
Le chemin de la Brande eft dans les Gonaives, le même que celui du GrosMorne &c du Port-de-Paix, pendant 3,568 toifes; puis il s'en détache &
gagne le Nord-Eft, parcourant 2,046 toifes jufqu'à ce qu'on paffe pour la
dernière fois la rivière de la Brande qu'il côtoye; & enfnil va atteindre
la limite avec Plaifance , à 4,886 toifes plus loin.
Il y a conc du carrefour ou efpèce de bourg de Piaifance au poteau des
Gonaives, point où les quatre chemins aboutifient ;
Par celui de la Brande. .22,100 toifes. Par cclui de la Ravine Séche : 17,236toifes.
voiture.
21,435
des Orangers
12,681.
fois la rivière de la Brande qu'il côtoye; & enfnil va atteindre
la limite avec Plaifance , à 4,886 toifes plus loin.
Il y a conc du carrefour ou efpèce de bourg de Piaifance au poteau des
Gonaives, point où les quatre chemins aboutifient ;
Par celui de la Brande. .22,100 toifes. Par cclui de la Ravine Séche : 17,236toifes.
voiture.
21,435
des Orangers
12,681. --- Page 124 ---
IIO DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
J'ai aflez parlé ailleurs des chemins qui font communiquer le Gros-Morne,
le Port-de-Paix, lc Môle & le Port-à-Piment avec les Gonaives,
pour
n'avoir pas befoin d'en faire une nouvelle mention.
On compte de l'églife des Gonaives :
A l'emplacement déligné pour l'églie du Port-à-Piment,
licues.
A celle du Gros-Morne,
de Plaifance,
IO.
-la Marmclade,
14.
Petite-Rivière,
14.
Saint-Marc,.
12,
1O,
La population de Ia paroiffc des Gonaîves, où l'on
comptait en 1728,
132 nègres payans droits, était en 1730, de 90 blancs, 14 affranchis &
294 efclaves ; en 1739, de 89 blancs, 19 affranchis & 592 efclaves ;
en 1779, de 6,000 nègres; en 1783, de 7,000 & actuellement de
blancs, 750 affranchis &c 7,500 efclaves.
Sa milice était de 60 hommes en 1718; de 34 blancs & 7 affranchis
en 1730; de 57 blancs & 6 affranchis en 1739; de IOO hommcs en 1750;
de 130 en 1764; & à préfent de 196 blancs &c 158 affranchis,
Le 21 Août 1753, les Adminiftrateurs avaient établi une barre
publique au bourg des Gonaïves 1 pour y détenir les prévenus de crime
& les nègres fugitifs 3 jufqu'à ce qu'ils puffent être envoyés à Saint-Marc;
mais le 29 Juillet 1760, ils y mirent un détachement de maréchauflée
augmenté le IO Janvier 1774, & qui, depuis le 8 Février 1775, eft
compofé d'un exempt, deux brigadiers & 8 cavaliers.
On a vu que l'ordonnance des Adminiftrateurs du 20 Juillet 1718, avait
rctiré les Gonaives de la dépendance du Port-de-Paix, & les avait unies à
la paroiffe de l"'Artibonite. Enfuite elles ont été de la paroiffe de Saint
Marc , quand cette dernière a été formée 3 jufqu'à ce qu'elles foient devenues elles-mèmes une paroifle 1 qui a toujours été de la miflion de la Partie
de TOueft.
En 1718, les Gonaïves font forties du Quartier du Port-de.Paix & ont
dépendu de celui de PArtibonite
1 quoiqu'elles cuffent leur commandant
propre pour les milices ; elles font devenues du Quartier de Saint-Marc,
été de la paroiffe de Saint
Marc , quand cette dernière a été formée 3 jufqu'à ce qu'elles foient devenues elles-mèmes une paroifle 1 qui a toujours été de la miflion de la Partie
de TOueft.
En 1718, les Gonaïves font forties du Quartier du Port-de.Paix & ont
dépendu de celui de PArtibonite
1 quoiqu'elles cuffent leur commandant
propre pour les milices ; elles font devenues du Quartier de Saint-Marc, --- Page 125 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MINGU E. III
lorfqu'il a été fubftitué à celui de l'Artibonite, & depuis lors elles ont toujours fait partie du commandement de cette ville.
C'eft encore en 1718, que les Gonaives font paffées de la Sénéchauflée du
Port-de-Paix, à celle de Léogane ; mais Pédit du mois d'Août 1724, en
créant la Sénéchauffée de Saint-Marc, les y a annexées. Elles ont donc été
depuis 1718, du reffort du Confeil Supérieur 3 qui était devenu le Confeil
-du Port-au - Prince 2 jufqu'à la crétion du Confeil de Saint-Domingue
en 1787.
Autrefois les Gonaives commençaient la Partie de l'Oueft de la Colonie 3
en fortant de Ia Partie du Nord, parce que celle-ci renfermait le Quartier
du Môle; mais aujourd'hui elles font feulement la limite des deux Sénéchauflées du Port-de-Paix 8t du Cap, avec celle de Saint-Marc.
Le morne de I'Hôpital, ainfi nommé parce que les fibuftiers y avaient
formé une efpèce d'afile pour leurs malades, a des lézards gris dont la
longueur va jufqu'à trois piexis & demi.
Il y a fur l'habitation Cocherel, depuis dix ans 1 un cayman qui avait
dix-huit pouces lorfqu'on le prit & qui a maintenant fept pieds. Il eft dans
une efpèce d'enceinte où il ne reçoit pas d'autre eau que celle de la
pluie, qui n'eft pas commune aux Gonaives. On 'le nourrit d'animaux
morts 8c de ventres de moutons ; mais on l'oublie quelquefois &c fans qu'il
paraiffe avoir pâti dans les intervalles.
On trouve dans les parties marécageufes des Gonaives & en quantité,
l'oifeau appelé Aamend, qui eft le courlis rouge de Catefby. Lorfque le
flamand eft jeune, il eft d'un gris cendré & fes plumes fe colorent fuccef.
fivement d'un rouge plus ou moins foncé. La femelle fait avec. des pailles
& de la terre, un nid élevé dont elle creufe le centre 2 &c elle fc tient à
califourchon pour couver les ceufs qu'elle y dépofe. On croit que dans l'accouplement 1 ces oifeaux s'oppofent réciproquement leurs parties poftérieures,
parce qu'on en a obfervé fouvent qui, ayant leurs longs coups entrelacés
l'un avec l'autre, fe tenaient enfuite dans la fituation que je viens d'indiquer.
Il eft aifé d'apprivoifer le flamand, & j'en ai vu plufieurs trés-doux,
chez M. Rofignol de Grandmont ; mais il ne fe reproduit pas dans l'état
de damefticité.
ifeaux s'oppofent réciproquement leurs parties poftérieures,
parce qu'on en a obfervé fouvent qui, ayant leurs longs coups entrelacés
l'un avec l'autre, fe tenaient enfuite dans la fituation que je viens d'indiquer.
Il eft aifé d'apprivoifer le flamand, & j'en ai vu plufieurs trés-doux,
chez M. Rofignol de Grandmont ; mais il ne fe reproduit pas dans l'état
de damefticité. --- Page 126 ---
I12 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
J'y ai vu aufli des pintades privées dont tout le plumage cft blanc. On
dit que cette efpèce vient de PHe hollandaife de Curaçao.
En 1781, M. le comte de la Croix, capitaine de vaifeaux, a tranf.
porté fur le vaiffeau PAnnibal qu'il commandait, fix ruches d'abeilles de lal
Martinique 7 qu'il envoya fur fon habitation des Gonaives. La plupart
périrent 7 parce que cet officier fut obligé de les y abandonner à caufede fon fervice; le refle fe réfugia dans les montagnes voilines. Mais
queiques habitans, & notamment M. Paical ainé de la Grande-Rivière
des Gonaives en ont recueilli de jeunes effaims qui profpèrent.
Les bois des Gonaives font multipliés & fort ellimés. Cette paroiffe
fournit, en concurrence avec les Baradères & les Caymites 3 les bois
de charpente qu'on employe dans la Partie de l'Oueft jufqu'à la plaine de
Léogane inclufivement, fartout depuis le tremblement de terre de 1770
qui a fait défendre de bâtir autrement qu'en bois au Port-au-Prince. On
tirait même de ces lieux, les bois propres à l'artillerie, aux bâtimens
publics & le bois de chauffage > avant que le roi n'eût retiré PIlle la
Gonave des mains de M. le marquis de Choifeul, à qui cllc avait été concédée.
On voyait autrefois aux Gonaives, une quantité étonnante d'une cfpèce
de lataniers extrèmement élevés 7 ayant une feuille large & un bois qui
mérite le nom d'incorruptible. On les employait en charpente, en paliflades
autour des habitations &c même à former des ponts. Les maifons du bourg
furent toutes., dans l'origine, bâties avec ce latanier. Mais cet arbre utile
a fi prodigieufement diminué par les défrichemens, qu'il devient rare.
Il parait, d'après les rapports d'anciens habitans, que la croiffance du
latanier eft infiniment lente & qu'un intervalle de 40 années n'y eft pas
très-fenfible. On a encore obfervé, que des lataniers, qu'on avait pris
foin de conferver dans les abattis,ont pris une direétion torfe & ne peuvent
plus être employés. Sans doute que l'abri des autres arbres eft néceffaire
à celui-ci pour s'élancer verticalement, &c que l'action immédiate du vent
lui eft nuifible.
M. Solerieux Soleil, du Dauphine, habitant près du bourg des Gonaives
a chez lui pluficurs arbres curieux &c notamment de très-beaux dattiers. Il 2
en a enrichi les paroiffes du Gros-Morne & des Gonaives, où l'on
trouve
és. Sans doute que l'abri des autres arbres eft néceffaire
à celui-ci pour s'élancer verticalement, &c que l'action immédiate du vent
lui eft nuifible.
M. Solerieux Soleil, du Dauphine, habitant près du bourg des Gonaives
a chez lui pluficurs arbres curieux &c notamment de très-beaux dattiers. Il 2
en a enrichi les paroiffes du Gros-Morne & des Gonaives, où l'on
trouve --- Page 127 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
trouve auffi les excellentes figues jaunes, que j'ai vantées à l'article dui
Môle.
M. Pafcal aîné, a chez lui un fuperbe mirier blanc.
Avant de terminer fur le règne végôtal, je dois dire que l'on fait aux
Gonaives un ufage très-heureux de la graine de cotonnier. Au mois d'Août
1786, époque où l'on éprouvait le neuvième mois de féchereffe, les bètes
à corne , les moutons 1 les chevres & les pourceaux étaient gras, parce
qu'on leur donnait cette graine ; le cheval feul la rebutait.
Quoique d'anciens Mémoires. annoncent qu'il y a des mines d'or & de
cuivre aux Gonaives, leur exiftence n'eft point conftatée.
On trouve fur l'habitation de M. de Villeblanche 3 lieutenant de vaif
feaux, une grotte très-fpacieufe,compofée de plufieurs divifions où appartemens.
L'entrée, , qui eft fort belle & élevée, a extérieurement de chaque côté,
des' figures affez rellemblantes à des lions & qu'on doit croire l'ouvrage
d'un art bien peu exercé.
Une autre grotte de la même paroiffe 1 renferme une immenfe quantité
d'offemens humains rangés de manière que les mêmes parties du corps, 3
font toutes réunies enfemble. Les têtes font à terre, mais recouvertes par
des vafes de terre cuite 7 qui ne font que des cylindres renflés au centre.
avec une ouverture fupérieure 1 entourée d'un petit rebord.
Ily a dans plufieurs points des montagnes des Gonaives, des fources
qui coulent plus abondamment, lorfque la faifon eft féche.
Je veux finir l'article des Gonaives, par une remarque importante 2
& dont j'ai été trop frappé moi-même , trois fois 1 pour la paffer fous
filence.
Lorfque dans une faifon qui n'eft pas celle des orages, l'on arrive au
haut de la coupe des Gonaives & par conféquent au fommet de la montagne qui fépare cette paroiffe de celle de Plaifance &c que l'on jette les
yeux des deux côtés, on voit, tout à coup, fe produire, par une ligne
extrêmement marquée & qui eft ce fommet lui-même 2 le plus étonnant
contrafte. Vers Plaifance 3 arbres, champs, tout porte la nuance amie
de l'ceil, tout annonçe 2 tout refpire la fraîcheur, tout indique la préfence
des eaux qui la produifent ou qui l'entretiennent. Vers les Gonaives 7
tout eft aride &x comme defféché, & la nature ne montre quclque verdure,
Tome 1I.
P
quée & qui eft ce fommet lui-même 2 le plus étonnant
contrafte. Vers Plaifance 3 arbres, champs, tout porte la nuance amie
de l'ceil, tout annonçe 2 tout refpire la fraîcheur, tout indique la préfence
des eaux qui la produifent ou qui l'entretiennent. Vers les Gonaives 7
tout eft aride &x comme defféché, & la nature ne montre quclque verdure,
Tome 1I.
P --- Page 128 ---
114 DESCRIPTION DE LA PARTIE
que dans le lointain, & dans des points où un ruiffeau ou quelque faible
rivière répand encore une humidité dont la féchereffe menace de tarir la
fource. D'une part, l'alpeet cit gai, riant ; il appele l'agriculteur , dont il
récompenfe les travaux. De l'autre, il eft trifte & afiligeant, & prefque
malgré foi, Pon détourne fes regards pour les porter fur l'autre côté.
Enfr, c'eft le rapprochement le plus foudain de la jeuneffe embellie de
tous les charmes qui la rendent aimable, avec la vieilleffe environnée de
tout ce qui préfage la décrépitude & l'anéantiffement,
Après aveir atentivement confidéré cette oppofition ; après avoir réféchi
qu'elle a lieu depuis Jean-Rabel jufqu'au Port-à-Piment inclufivement, il
m'a femblé qu'elle appartenait à une caufe phyfique 1 que j'ai déjà fait
preffentir au Leéteur 1 en lui difant pourquoi la Partie de l'Oueft de la Colonie,
eft plus fujette aux féchereffes que la Partie du Nord.
Cette caufe, 1 qui eft très-favamment expliquée par M. Ducarla, dans
fa curieufe théorie des Vents pluvieux, eft ici la chaîne de montagnes
que j'ai appelée cbaine frontière (page 7 ), formant un véritable mur par
rapport au vent Alifé ou d'Eft. L'air qui confitue la matière de ce vent
ne pouvant continuer fon cours vers l'Oueft, fans s'élever au-deffus de
l'obitacle pour lc franchir," & fans paffer par une région, dont le froid
& la rareté ne lui permettent plus de foutenir les vapeurs dont il. eft plus
cu moins chargé, eft forcé d'abandonner toute la portion aqueufe qu'il
contient & qui eft la matière des pluies. Le vent d'Ef doit donc être
pluvieux à I'Orient de la chaîne dont je parle, qui s'étend depuis Bahoruco juiqu'à Saint-Raphazl, &c qui de Saint-Raphacl fe prolonge avec la
première chaine du Cibao jufqu'à Jean-Rabel.
Mais, après s'être ainfi déchargé, ce vent que la brife d'Oueft combat
feulement durant une partie du jour, ne tend qu'avec plus de force à def
cendre du haut de la chaîne pour continuer fa courfe vers l'Oueft. Il
reprend à mefure fa chaleur & fa denfité, & avec elles fa première force
alpirante, il abfcrbe ainfi tout ce qui peut être fufceptible d'évaporation ;
il doit donc être defféchant après avoir paflé la chaîne. Voilà pourquoi le
même vent eft extrémement plevieux à Plaifance & excellivement fec
aux Gonaiver.
Gette théorie, rapportée à toute la longueur de la chaine qui traverfa
fa courfe vers l'Oueft. Il
reprend à mefure fa chaleur & fa denfité, & avec elles fa première force
alpirante, il abfcrbe ainfi tout ce qui peut être fufceptible d'évaporation ;
il doit donc être defféchant après avoir paflé la chaîne. Voilà pourquoi le
même vent eft extrémement plevieux à Plaifance & excellivement fec
aux Gonaiver.
Gette théorie, rapportée à toute la longueur de la chaine qui traverfa --- Page 129 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
IIS
PIe & qui s'oppofe au pafTage du vent d'Eft, explique de la manière
Ja plus conforme aux faits, le contrafte pluvieux & fec qui exifte tout le
long de cette chaîne. Plus celle-ci eft élevée, plus le contrafte eft prononcé ; l'effet des gorges 1 des fituations particulières, tout eft explicable
avec elle, &x fi l'on y réunit ce qne j'ai dit aufli fur les orages dans la
Partie de l'Oucft, on a un fyftème complet d'où l'on peut emprunter des
théorèmes pour les exceptions 9 qui, bien examinées, font elles-mêmes des
preuves convaincantes de la folidité du principe.
à a C
L'ORDRE que j'ai adopté pour ma Defcription 9 tout fimple qu'il cf,
ne me garantit cependant pas de rencontrer, en ce moment, une elpèce
d'obftacle.
Il exiflait autrefois un Quartier de T'Artibonite, 3 dans lequel était une
plaine, une paroiffe & une rivière, du même nom. Le Quartier eft devenu
le Quartier de Saint-Marc; la paroille a difparu, & au moyen dc fa
divifion fucceffive, on en a fait quatre paroiffes, 2 qui font : celles des Gonaives, de la Petite-Rivière 1 des Verrettes & de Saint-Marc. Mais la
plaine & la rivière font demeurées avec leur dénomination primitive
d'Artibonite ; & tandis qu'elles ont aujourd'hui des parties dans chacune
des trois paroifles de Ia Petite-Rivière 3 des Verrettes & de Saint-Marc, ces
paroiffes ont, à leur tour, des portions en quelque forte indépendantes de
la plaine & de la rivière,
Il femblerait tout naturel, au premier apperçu 1 de décrire ces trois
paroilles, avec leurs limites refpectives > & d'y parler de ce qu'elles renferment de l'ancien Quartier, de la plaine & de la rivière de P'Artibonite;
mais la clarté, 2 dont toute Defcription ne faurait fe paffer 1 ferait fi
évidemment facrifiée dans ce plan , & les chofes d'enfemble qu'offre la plaine
de I'Artibonite dès qu'on veut la confidérer fans la féparer de fa rivière 7
font fi intimement liées les unes aux autres, que je n'héfite pas à croire
que je dois préfenter d'abord à mon Lecteur des détails fur l'ancien Quartier de l'Artibonite, &c traiter à part la plaine du même nom & l'efpèce
de Aleuve qui la parcourt ; fauf à ajouter enfuite ce qui eft le complément
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de I'Artibonite dès qu'on veut la confidérer fans la féparer de fa rivière 7
font fi intimement liées les unes aux autres, que je n'héfite pas à croire
que je dois préfenter d'abord à mon Lecteur des détails fur l'ancien Quartier de l'Artibonite, &c traiter à part la plaine du même nom & l'efpèce
de Aleuve qui la parcourt ; fauf à ajouter enfuite ce qui eft le complément
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115 DESCRIPTION DE LA PARTIE
de la Petite-Rivière 1 des Verrettes & de Saint-Marc, cn les examinant
çomme paroiffes, d'après la méthode que j'ai fuivie jufqu'ici.
Dz L'AXCIEN QVARTIER DE L'ARTIBONITE, DE LA PLAINE
ET DE LA RIVIBRE DU MÈME NOM.
1°. De PAnciex Quartier de Pdrtibonite.
COMME je l'ai dit dans la Defeription de Ia Partie Efpagnole, le nom
d'Artibonite a été formé de la prononciation vicieufe du mot Hatibonico,
par lequel les Naturels de l'Ifle défignaient la rivière que nous appelons
Rivière de I'Artibonite & que les Efpagnols, eux-mèmes, fe font accoutu-.
més à nommer Artibonito. Cette rivière, qui pourrait paller pour un fleuve
i Saint-Domingue , a formé l'épithète du Quartier.
On vient de voir aufli, à l'article des Gonaives , qu'avant 1663, les
boucaniers étaient répandus dans le Quartier de T'Artibonite, 8c que ce
fut principalement lorfque les habitans de Saint-Chriftophe furent chaffés de
leur Ille, que ce Quartier reçut une augmentation de population.
D'après la capitulation foufcrite par M. le commandeur de Guitaud,
le général Codrington fit embarquer, à la fin du mois de Septembre 1690,
le refte des habitans de Saint-Chriflophe au nombre de quatre cens, de
tout âge & de toute nuance, fur le bâtiment le George & Marie, pour être
conduits au Port-de-Paix. Mais le capitaine, nommé James Smith, anglais
qui s'était fait naturalifer français quelques années auparavant 1 les conduifit à l'estrémité de la dépendance de Jérémie vers le cap Dalmarie.
après les avoir dépouillés, même d'une partic de leurs vêtemens & leur
avoir prodigué les outrages. Plufieurs d'entr'eux périrent de misère fur le
fable, & quelques autres ayant été accueillis par une barque françaife qui
faifait la pèche de la tortuc & tranfportés au Petit-Goave, M. de Cully
envoya chercher le refte, que l'on mena au Port-de-Paix & que l'on diftribua chez les habitans,
ie.
après les avoir dépouillés, même d'une partic de leurs vêtemens & leur
avoir prodigué les outrages. Plufieurs d'entr'eux périrent de misère fur le
fable, & quelques autres ayant été accueillis par une barque françaife qui
faifait la pèche de la tortuc & tranfportés au Petit-Goave, M. de Cully
envoya chercher le refte, que l'on mena au Port-de-Paix & que l'on diftribua chez les habitans, --- Page 131 ---
FRANÇAIS: E DE SAINT-DOMINGUE 117
Une grande partie de ces infortunés & de ceux qui étaient arrivés au
Port-de-Paix, au mois d'Août précédent, devinrent habitans de l'ançien
Quartier de PArtibonite. On trouve encore en ce moment aux Gonaives
& dans toute la plaine de PArtibonite, la defcendance très - nombreufe de
M. Roflignol, habitant notable de Saint - Chriftophe, dangereufement blefé
au fiège de cette Ille, & à PArtibonite celle de M. Courpon de la
Vernade $ doyen du Confeil Souverain de Saint-Chriftophe &c capitaine de
milice, bleffé à la main au mêne fiège. Ces deux perfonnes 1 ainfi que
M. Dubois , habitant de Saint-Chriftophe &c fils d'un ancien gouverneur
de PIile Sainte-Croix &c M. le Vafleur, 3 autre capitaine des milices de
Saint-Chriftophe, furent même envoyées par M. de Cully, au gouverneur
de la Jamaique , pour demander une vengeance éclatante du pirate Smith,
qu'on difait avoir pris la route de cette Ifle ; &c ce choix, M. de Cufly
le fit, parce que ces quatre individus avaient toute la confance de leurs
concitoyens, 2 qu'ils avaient été fpécialement maltraités par Smith & qu'ils
connaiflaient mieux- que d'autres les articles d'une capitulation à laquelle
M. Dubois (qui fe fixa au Cul-de-Sac), avait même fervi d'ôtage.
En 1702, il y avait aflez d'habitans dans le Quartier de l'Artibonite 1
pour que M. de Galiffet, gouverneur-genéral, y nommât un commandant
qui, comme celui de tous les autres quartiers de la Colonie, était le commandant des milices.
Le 12 Avril 1706, M. Charles Neveu, habitant du canton de la PetiteRivière, donna un terrain de trois cens pas en carré pour y placer une
églife paroifliale & un prefbitère, avec promeffe de laiffer prendre au curé
qu'on nommerait, la portion néceffaire à fa confommation des vivres plantés
fur le terrain, & à condition qu'il aurait, dans l'églife future, Ia place
d'un banc pour lui & les fiens.
Telle fut l'origine de la paroiffe de T'Artibonite, la feule qu'on trouvât
alors entre le Port-de-Paix & le Cul-de-Sac. Cette paroifle était dans la
plaine près de la petite rivière du Tapion, & fous l'invocation de NotreDame du Tapion.
En 1716 on mit une fuccurfale à Saint-Marc. En 1718,n rendit les
Gonaîves à I'Artibonite. En 1721, Saint-Marc devint une paroiffe, &
réglife de l'Artibonite ayant brûlé en 1725, on fit alors, de la paroifle
Port-de-Paix & le Cul-de-Sac. Cette paroifle était dans la
plaine près de la petite rivière du Tapion, & fous l'invocation de NotreDame du Tapion.
En 1716 on mit une fuccurfale à Saint-Marc. En 1718,n rendit les
Gonaîves à I'Artibonite. En 1721, Saint-Marc devint une paroiffe, &
réglife de l'Artibonite ayant brûlé en 1725, on fit alors, de la paroifle --- Page 132 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
de l'Artibonite ,les deux paroiffes de la Petite-Rivière & des Verrettes, &
le Quartier de l'Artibonite refla toujours le même 9 quant à l'étendue
il acquit feulement de
;
l'importance 3 parce que Saint - Marc devint en
1725, un chef-lieu de commandement militaire 7 avec une garnifon, une
Sénéchauffée 3 &c. Enfin, lorfqu'en 1738 3 la paroiffe des Gonaives fut
tirée de celle de Saint-Marc, le Quartier de l'Artibonite,
tât déformais
fe trouva
1 quoiqu'il compquatre paroifles 7
toujours avec fes limites primitives.
Peu à peu l'établiffement de la ville de Saint-Marc, qui allait croiffant,
ft perdre l'habitude de fe fervir du mot, Quartier de l'Artibonite, &
vers 1759, on ne difait plus que le Quarticr de Saint - Marc
1 exprefion
qui a remplacé d'autant plus parfaitement l'autre
> qu'elle défigne abfolument le même local. Depuis 3 les ordonnances pour les divifions civiles
8c militaires de la Colonie, n'ont plus employé que la dénomination
de Saint-Marc, ce qui eft caufe que l'idée du Quartier de PArtibonite Quartier
qui était compofé des Gonaives, de la Petite-Rivière, des Verrettes & de 9
Saint-Marc, s'cft perdue.
2°. De la Plaine 6 de la Rivière de PArtibonite.
LA plaine de l'Artibonite comprend toute la furface plane qui eft bornée
au Nord par la rivière de PEfer 1 depuis fon embouchure
de la montagne du Piton ; à PE, par l'extrémité inférieure des jufqu'au pied
qui, de celle du Piton, vont courant à peu près au Nord-Eft montagnes trouver le
morne de la Tranquillité 2 & par conféquent un point de Ia rivière de P'Artibonite ; & fur la rive gauche de cette rivière 1 par une petite portion
que termine le bourg des Verrettes ; au Sud par le bas des
plane 2
qui forment un maflif dont le prolongemeut court depuis le Mirebalais montagnes,
jufqu'auprès de la ville de Saint-Marc; ; & à lOueft
la
Fembouchure de l'Efter,
par mer, depuis
jufqu'au boucan des Folleux 3 où la côte commence à être de fer.
Cette plaine 1 dont la plus grande longueur ne doit être
depuis le bourg des Verrettes
la
comptée que
tirant vers PEft, elle eft jufqu'à mer, s parce que plus haut & en
rellerrée entre deux chaînes de montagnes & coupée par des monticules de manière à n'être plus
qu'une gorge par laquelle
Fembouchure de l'Efter,
par mer, depuis
jufqu'au boucan des Folleux 3 où la côte commence à être de fer.
Cette plaine 1 dont la plus grande longueur ne doit être
depuis le bourg des Verrettes
la
comptée que
tirant vers PEft, elle eft jufqu'à mer, s parce que plus haut & en
rellerrée entre deux chaînes de montagnes & coupée par des monticules de manière à n'être plus
qu'une gorge par laquelle --- Page 133 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
on communique au Mircbalais & à la Partie Efpagnole 5 a environ onze
lieues de long fur une largeur qui varie depuis une lieue jufqu'à cinq,
mais qu'à caufe des enfoncemens & des gorges > fitués entre Ics différentes montagnes dont la plaine eft bordée à PEt, on peut évaluer à quatre
lieues de largeur moyenne 1 ce qui donne environ 45 lieues carrées de
furface.
La plaine de l'Artibonite a plufieurs rivières, dont la plus confidérable
eft celle qui lui a donné fon nom &c qui la traverfe dans fa longueur ; au
Septentrion de celle-ci font: l'Efter, le Cabeuil, la rivière à l'Inde, la
fource à l'Inde ou Petite I'Inde, la Marécageufe, la Petite-Rivière 2 la
ravine à Jean-Adam, la rivière Elpagnole ; & au Midi font : la rivière des
Verrettes, celle du Tapion &c Ia rivière Salée.
La rivière de P"Artibonite. , qui formait la limite Méridionale du royaume
de Marien fous le bon cacique Guacanaric, prend fa fource au groupe du
Cibao. Groffie dans la longueur de fon cours, fur le territoire efpagnol,
par une multitude de rivières & de ruiffeaux, 8c notamment par le Guamayrco,
qui lui même a reçu un immenfe tribut, auquel eft mêlé celui de la rivière
du Dondon. , elle arrive à la frontière &x traverfe de là le Mirebalais, où
les rivières du Fer-à-Cheval, de la Gafcogne &c de la Tumbe l'augmentent, 7
puis elle parcourt toute la plaine appelée comme elle, réuniffant les eaux
d'un nombre infini de gorges & toutes celles que verfe le penchant des
montagnes qui l'avoifinent.
Le cours entier de T'Artibonite, mefuré en ligne droite, eft d'environ
foixante lieues, dont à peu près vingt-cinq font fur le territoire français.
Mais fi l'on veut fuivre fes finuofités, feulement depuis qu'elle quitte les
limites du Mirebalais, jufqu'à fon embouchure, diflance d'environ 18 lieues
en ligne droite & dans laquelle elle eft dirigée de PER-Sud-Ef au OueftNord.Oueft, on trouve quarante-cinq lieues.
Le volume des eaux de P'Artibonite varie ainfi que fa viteffe. Pendant
la faifon féche, qui dure du mois de Novembre à celui de Mai, elle n'a
guères que deux ou trois pieds de profondeur &c même moins. 1 puifque
dans certains endroits elle eft facilement guéable 7 fartout depuis la Iimite:
du Mirebalais jufqu'au bourg cel la Petite-Rivière; tardis que dans la faifi n
pluvicufe, qui règne de Mai en Novembre, elle acquiert depuis fix julqu'e
que fa viteffe. Pendant
la faifon féche, qui dure du mois de Novembre à celui de Mai, elle n'a
guères que deux ou trois pieds de profondeur &c même moins. 1 puifque
dans certains endroits elle eft facilement guéable 7 fartout depuis la Iimite:
du Mirebalais jufqu'au bourg cel la Petite-Rivière; tardis que dans la faifi n
pluvicufe, qui règne de Mai en Novembre, elle acquiert depuis fix julqu'e --- Page 134 ---
120 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
dix pieds d'eau de plus. Quelquefois l'élévation de fes écores qui va jufqu'à 21 pieds 2 ne fuffit pas pour la contenir, &c après avoir encore furmonté des digues , qui ont depuis fix jufqu'à dix pieds de haut, elle fe
répand dans la plaine.
La vitefle de P'Artibonite dans les baffes eaux qui font de trois à quatre pieds s
eft évaluée à un pied & demi par feconde; & fa largeur étant de 180 pieds $
on a un écoulement de 81oà 1,080 pieds cubes par feconde.
L'Efter, qui cftlarivière la plus confidérable après T'Artibonite, prend fa
fource dans les montagnes des Cahos & court en s'élevant vers le Nord 7 dès
qu'il eft arrivé dans la plaine. Aflez abondant durant les pluies, pourinonder
chaque année une grande étcndue de terrain, il tarit dansles tems fecs; & rapide
pendant quelques lieues, 1 il finit par manquer de chûte, affez loin de fon
embouchure.
Le Cabeuil, qui vient de la crête de montagnes placées au Nord de
celles des Cahos 1 fe décharge dans l'Efter, après avoir reçu la rivière du
Morne-Rouge, & fi l'Efter avait un lit, leurs eaux réunies procureraient
un cours continuel.
La rivière àl'Inde ou de la coupe à P'Inde, appelée par les Efpagnols rivière des Indiens (Rio de los Indios), vient de la crête de la montagne de
la coupe à PInde, fituée dans la partie Nord-Eft de la paroifle de la PetiteRivière. Elle fe jette également dans P'Efer, au-deffous du point où celleci reçoit le Cabeuil, Elle ne tarit point.
La fource à I'Inde ou Petite P'Inde, qui vient des environs du morne
du Cabeuil, fuit au Sud le cours de la rivière à PInde & y tombe avant
que l'autre n'atteigne PEfter. Elle conferve aufli de l'eau dans toutes les
faifons.
La Marécageufe eft, comme la précédente 1 formée par les épanchemens du
morne de fon nom, , & va également dans PEfter, dont elle eft tres-voifine.
Je donne plus loin des détails fur PEfter > qui en contiennent auffi fur
les rivières qu'elle reçoit.
La Petite-Rivière n'eft, à proprement parler,qu'un épurement de PEfter,
dont elle eft extrèmement rapprochée, & elle tarit cxaêtement comme elle.
Les fources à Touron, qu'on peut confidérer comme une dérivation fouterraine de FEfer & qui font très-près du bourg de la paroiffe de la PetiteRivière 2
-voifine.
Je donne plus loin des détails fur PEfter > qui en contiennent auffi fur
les rivières qu'elle reçoit.
La Petite-Rivière n'eft, à proprement parler,qu'un épurement de PEfter,
dont elle eft extrèmement rapprochée, & elle tarit cxaêtement comme elle.
Les fources à Touron, qu'on peut confidérer comme une dérivation fouterraine de FEfer & qui font très-près du bourg de la paroiffe de la PetiteRivière 2 --- Page 135 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 121
Rivière, fourniffent une augmentation de volume à la Petite-Rivière. Il y
a même une de ces fources qui ne tarit jamais & qui eft affez abondante.
La Petite-Rivière court dans l'Artibonite.
Plus au Sud &c tout près de la fourche de la Crète-à.Pierrot, eft la ravine de Jean-Adam , formée par cinq fources peu confidérables 7 qui
tariffent prelqu'entièrement pendant les fecs. Mais durant les pluies > cette
ravine reçoit toutes les eaux du morne de fon nom 1 du morne à Tobie,
de la Crète-à-Pierrot &c du morne la Tranquillité, qui en font un torrent très-rapide 8c allez encaillé, où les eaux croiffent en deux heures de
cinq à fix pieds, 1 8c. qui arrête la communication pendant quelques heures.
Elle apporte toutes ces eaux à l'Artibonite.
La rivière Eipagnole, encore plus Méridionale', fe jette de même dans
T'Artibonite, groflie dans fon cours, en venant des montagnes qui bordent
la rive droite de cette grande rivière 1 par les eaux de plufieurs autres
ravines, notamment celles de la ravine des Perroquets & de la ravine à
Tambour. Elle tarit comme la ravine à Jean-Adam & groflit comme elle
infiantanément dans les orages. Elle a fa fource dans les mornes du Figuier,
Maudit & de la Plaine-anx-Cheraux.
La rivière, des Verrettes, qui a environ deux lieues de cours, fort du
maflif des hautes montagnes qui féparent entr'elles les paroiffes des Verrettes,
du Mirebalais, 2 de Saint-Marc & de l'Arcahaie : deux fources Pentretiennent.
A peu près vers le tiers de fon cours, elle reçoit la petite rivière du
Pont de Pierre & une autre fource l'augmente encore un peu au-deffus du
bourg des Verrettes. Auffi a-t-elle 1 dans tous les tems, une eau pure &c
falubre, & quelquefois une. tranche de 16 à 17 pieds de largeur fur un
pied de hauteur dans les fécherefles.
Le Tapion, qui eft àtrois lieues dans l'Oueft de la rivière des Verrettes,
eft un torrent ou un égout de la montagne aflez abondant. Mais il tarit
vers le mois de Janvier. C'eft près de cette rivière, qui fe rend dans
l'Artibonite comme celle des Verrettes > qu'était, dans la plaine, l'églife
de la paroiffe primitive de l'Artibonite, & quelques cafes formant une ef.
pèce de bourg.
La rivière Salée, que tout annonce avoir été un ancien lit de l'Artibonite , part prefque de la rive gauchc de cette rivière & gagne la mer,
Tom. II,
Q
il tarit
vers le mois de Janvier. C'eft près de cette rivière, qui fe rend dans
l'Artibonite comme celle des Verrettes > qu'était, dans la plaine, l'églife
de la paroiffe primitive de l'Artibonite, & quelques cafes formant une ef.
pèce de bourg.
La rivière Salée, que tout annonce avoir été un ancien lit de l'Artibonite , part prefque de la rive gauchc de cette rivière & gagne la mer,
Tom. II,
Q --- Page 136 ---
122 DESCRIPTION DE LA PARTIE
parcourant environ quatre lieues &c demie en ligne droite. Elle reçoit les
eaux de plufieurs fources. C'eft exaôtement une efpèce de bras de mer
qui haufTe & baile 1 comme les marées qu'il reçoit.
Indépendamment de toutes les rivières & les ravines que j'ai nonmées,
la plaine de l'Artibonite a un nombre infini de fources, de trous ou de
foflés, qui prouvent que les grands courans d'eau qui l'arrofent, ont des
infiltrations ples ou moins confidérables.
Le fol de la plaine de l'Artibonite , évidemment formé pardes dépôts 1
eft, en général & à une très - grande profendeur 9 une terre limoneule
& fabloneufe, analogue à celles des montagnes voifines. Les parties fabloneufes font plus confidérables près des rives; &c quant aux parties limoneufes, celles qui font à peu de diftance des rivières, font onétueufes
8c d'un genre plus produétif. En creufant jufqu'à trente pieds, on difingue
aflez bien les différentes couches de dépôts; elles ont depuis dix jufqu'à
quinze pouces d'épaiffeur & quelquefois même 1 elles font indiquées par
des feuillages, des branches d'arbres, & d'autrefois par des madrépores, 9
des fétiches & des vafes indiens de terre cuite. Enfin, fi l'on veut aller
chercher encore plus loin ; un fable maria imprégné d'une eau faumâtre 3
dit que la mcr n'avait autrefois aucune barrière entr'elle & le pied des
montagnes.
De la variété des dépôts. de l'éloignement plus ou moins grand des montagnes ou des rivières & de leurs directions, réfultent des différences dans
le fol &c dans la température de diverfes partics de la plaine. Mais d'autres
circonflances produifent encore, dans' ce fol, des diffemblances très-Irappantes.
Indépendamment de la pente principale de la plaine de TER à l'Oueft,
elle en a une autre du Sud au Nord. De là la divifion de cette plaine en
haut Artibonitc 1 cn centre de P'Artibonite ou Artibonite proprement dité 1
Sc en bas delArtiberite.
Le haut de P"Artibonite eft toute Ia partie qui, fituée fupérieurement au
bac voifin du bourg de la Petite-Rivière & dominant fur le refte, a une
pente fuffifante pour tcus les écoulemens & des digues qui la garantiffent
de l'accroiflement des eaux. Son fol a tous les avantages, par fa fituation
près des mentagnes & des rivières.
Lc centre de l'Artibonite eft compris entre le bac pcfé prèsde la Petite-
Artibonite eft toute Ia partie qui, fituée fupérieurement au
bac voifin du bourg de la Petite-Rivière & dominant fur le refte, a une
pente fuffifante pour tcus les écoulemens & des digues qui la garantiffent
de l'accroiflement des eaux. Son fol a tous les avantages, par fa fituation
près des mentagnes & des rivières.
Lc centre de l'Artibonite eft compris entre le bac pcfé prèsde la Petite- --- Page 137 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
Rivière & celui du centre. Cette portion ferait auffi digne d'éloges que Ie
haut, fi les écoulemens de ce dernier ne foumettaient pas l'autre à des
inconvéniens.
Le bas de l'Artibonite, qui compofe une grande partie de la plaine, eft
tout l'intervalle compris entre le bac du centre & Ia mer. II reçoit les
eaux des deux portions fupérieures & il eft de plus noyé par tous les débordemens 1 foit de l'Artibonite foit de PEfter, ce qui convertit des parties
de cette furface en terres lagoneufes &c par conféquent inutiles à la culture.
Pour faire mieux juger chacune des trois parties qui forment la divifion
de la plaine de l'Artibonite, il convient que je parle de fa température.
Elle éprouve 7 en général, deux faifons périodiques &c réglées > celle du
fec &c celle des pluies. La première commence avec le mois de Novembre
& dure jufqu'à la mi-Mai ; la feconde remplace alors la première jufqu'à
la fin d'Octobre. La faifon féche eft communément privée de pluies 7 où
s'il en paraît, elles annoncent que celles de la faifon feront retardécs.
La'vraie faifon pluvicufe s'annonce, aux mois d'Avril & de Mai, par
des coups de tonnerre &c par des pluies qui tombent dans les montagnes
à la fin du jour ; puis, peu à peu, ces pluies qui viennent de PER vers
POueft, avancent dans la plaine; il fe paffe quelquefois deux, trois & même
plufieurs jours fans qu'il pleuve.
Toute la plaine ne reçoit pas les pluies également.
Depuis le bourg des Verrettes julqu'à celui de la Petite - Rivière 1
les pluies font plus abondantes & plus hâtives, que dans le refte de la
plaine.
Du bourg de la Petite-Rivière jufqu'à trois lieues &c demie plus bas, 3
les pluies font plus fréquentes que dans la partie inférieure de la plaine
& y durent plus long-tems.
Le bas de l'Artibonite a encore moins de pluie, que la partie qui eft intermédiaire entr'elle & le haut. Il en eft même privé quelquefois, à des époques
où l'Artibonite y remplit fon lit &c y déborde plus que dans les parties
fupérieures. En 1765, par exemple, le bas ne reçut plus de pluie après
le 2 Août 7 quoique la Petite-Rivière en eût encore à la fn d'Oelobre. La
plus grande partie des terres du bas de l'Artibonite 1 quoique très-propres
aux cultures, font donc incultes & en friche ou en hattes & à peine étaQ2
où l'Artibonite y remplit fon lit &c y déborde plus que dans les parties
fupérieures. En 1765, par exemple, le bas ne reçut plus de pluie après
le 2 Août 7 quoique la Petite-Rivière en eût encore à la fn d'Oelobre. La
plus grande partie des terres du bas de l'Artibonite 1 quoique très-propres
aux cultures, font donc incultes & en friche ou en hattes & à peine étaQ2 --- Page 138 ---
DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
blies dans la moitié de cette grand furface > doublement maltraitéc parce
que
Te cicl lui refufe de l'eau, ou parce que celle qu'il accorde aux portions
fupérieures, lui arrive pour l'inonder.
Une chofe remarquable 1 c'eft qu'on n'a de la pluie à PArtibonite que
l'après-midi , 8c depuis trois heures jufqu'à la nuit, pendant une ou deux
hcures fculement & quelquefois pendant un feul quart d'heure. Toutes les
matinées offrent un ciel ferein, qui fe couvre entre trois & cinq heures.
Au bruit d'un tonnerre lointain, la brife d'Oueft fe tait; celle d'Ef lui
fuccède & amène une pluie douce & bienfaifante 1 que remplacent
dant quelquefois des avalafles defruétives. La fin de la faifon pluvieufe cepen- fe
manifefte par des pluies que n'accompagnent plus les éclats de la foudre,
& qui durent pendant des journées entières.
Quelquefois le partage égal des deux faifons eft violé par l'une d'elles,
& la féchereffe ou l'abondance des pluies, devient un obftacle aux
de. l'agriculteur.
vacux
La plaine de l'Artibonite, quoiqu'elle comptât quelques habitans depuis
près de 40 ans, était encore affez peu de chofe, au commencement du
fiècle aêtuel, puifqu'elle n'eut un.commandant qu'en 1702, & une églife
qu'après encore. Eni7c6, onn'allait del'Artibonite à Léogane, que. par le
Mirebalais. En 1714, on comptait encore pour peu, tcut l'établiffement
de l'Artibonite. Mais lorfqu'en 1723, dans la révolte de la Colonie contre les privilèges de la Compagnie des Indes., on remarqua que les habitans de P'Artibonite ( quoique le bas de la plaine n'eût encore' qu'un habitant
avec une vingtaine de hattiers, de faliniers. > de pécheurs &c de chaffeurs),
avaient pris une part extrémement aétive à tous les mouvemens féditieux
de cette époque ; on jugea, d'après l'avis de M. le comte Defnotz de
Champmeflin, envoyé par le roi pour pacifier ces troubles, que l'Artibonite
était très-digne d'attention. C'eft cette opinion qui fit mettre dès lors une
garnifon 2 puis un commandant pour le roi &c une Sénéchauffée à SaintMarc, confidéré comme le port naturel de PArtibonite.
Ces précautions elles-mèmes, fervirent à accroître les progrès des travaux de la plaine, en y appelant un plus grand nombre d'individus, &
bientôt on y remarqua des fortunes rapidement faites.
La culture la plus ancienne de la plaine de
P'Artibonite, a. été celle de
opinion qui fit mettre dès lors une
garnifon 2 puis un commandant pour le roi &c une Sénéchauffée à SaintMarc, confidéré comme le port naturel de PArtibonite.
Ces précautions elles-mèmes, fervirent à accroître les progrès des travaux de la plaine, en y appelant un plus grand nombre d'individus, &
bientôt on y remarqua des fortunes rapidement faites.
La culture la plus ancienne de la plaine de
P'Artibonite, a. été celle de --- Page 139 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
l'indigo ; en 1715, on y comptait 79 indigoterics ; c'elt encore la principale, Enfuite on y a joint celle du cotonnier 1 puis celle dc la canne à
fucre. On y a vu aufi des cacaoyers, & en 1751, elle en contenait 63
mille &c quelques cens.
Quoique depuis 30 cu 40 ans > o11 ait beaucoup étendu les indigoteries
&c confacré beaucoup de terrain à en former de nouvelles, il eft néanmoins
certain que l'Artibonite donne moins d'indigo qu'alors. Une première caufe eft
l'épuifement même que cette plante fait fouffrir au fol, & qu'augmentent
encore le cotonnier 8c le mais qu'on y plante avec elle; car des terres
qui donnaient autrefois dix cuves à la première coupe ou de grande herbe
par carreau 1 n'en accordent plus que quatre ou cinq & quelquefois deux
ou trois feulement, dans les années peu pluvieufes. Chacune de ces cuves
procurait de 20 à 30 livres d'indigo 3 &c à préfent ce n'eft que fur la moitié qu'on doit compter. La feconde caufe eft la diminution des pluies. Autrefois
elles commençaient à l'équinoxe du printems & duraient, fans interruption
d'un feul jour, julqu'au mois de Novembre. On. faifait des plantations
d'arrière faifon que la qualité fraiche du terrain & le climat favorifaient.
On cite une grande habitation qui donnait 30 milliers d'indigo, & qui
depuis quelques années n'en fournit plus que fix à fept' milliers. Uncautre dont
le revenu allait à 54 milliers, il y a 35 ans, ne paife pas 20 milliers à
préfent , & c'eft avec plus de travail.*
Il faut dire cependant, que P'indigo femble avoir acquis en qualité
ce
qu'il a perdu en quantité, &c il y a une telle plus valuc dans le prix des.
terrains où l'on récolte cette denrée, que le carreau de' terre qu'on acquérait, encore. en 1770, I,000 ou 1,200 livres, en coûtaient déjà 3,000 il
a cinq ans 8c qu'on le paye 4,000 actuellement.
y
Mais la diminution du produit en indigo peut aller plus loin encore
par les mêmes caufes ; d'autant que le macka, efpèce de ver qui
les racines de cette plante , femble devenir plus deftruéteur
coupe
3 à mefure
les féchereffes
que
augmentent, 7 &c que l'indigo bâtard éprouve auffi à P'Artibonite,
depuis 7 ou 8 ans, le même fort qu'ailleurs, en defféchant
,
où l'on eft près de. le récolter, ce qui pourrait
au moment'
peut-être forcer de renoncer à cette culture , que la même raifon a fait abandonner au Mirebalais.
La culture du cotonnicr eft tres-avantageufe à l'Artibonite,
parce qu'elle
, 7 &c que l'indigo bâtard éprouve auffi à P'Artibonite,
depuis 7 ou 8 ans, le même fort qu'ailleurs, en defféchant
,
où l'on eft près de. le récolter, ce qui pourrait
au moment'
peut-être forcer de renoncer à cette culture , que la même raifon a fait abandonner au Mirebalais.
La culture du cotonnicr eft tres-avantageufe à l'Artibonite,
parce qu'elle --- Page 140 ---
126 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
employe des terres arides , que les féchereffes lui font propices &t qu'on
peut en récolter un millier par nègre travaillant. Mais s'il furvient de la
pluie pendant la fructification, il y a coulage ; c'eft-à-dire, que la gouffe
tombe ; ou bien des punaifes vertes 1 qui paraiffent après cette pluie,
fucent les gouffes &c en amènent la chûte. Des jours feulement humides,
font éclore des punaifes rouges 1 marquetées de taches noires. 1 qui s'infinuent
dans les goufles, en fucent le coton , le faliffent & l'altèrent.
Quelquefois un infeête 3 encore inconnu, fait extravafer par fa pigdre,
le fuc des feuilles $ des fleurs & des fruits, &c forme une petite galle
qui arrête tous les progrès de l'arbufte. Un autre petit infeéte, appelé le
defféche auffli les feuilles & enchaine la fructification. Le
pou,
grand vent fait
tomber les gouffes & les Alétrit.
Mais rien n'eft comparable aux ravages de la chenille. Vers la fin de
la faifon pluvieufe & loriqu'après quelques jours fecs, il furvient un tems
humide 2 on voit paraitre des nuées de papillons bruns qui dépofent leurs
ceufs fous le revers de la feuille. Ces ceufs donnent naiffance à des chenilles, qui commencent par fe nourrir du parenchyme des feuilles &
les convertiflent en filigranes. Enfuite, leur voracité,
qui
leur
* qui augmente avec
développement, les porte a anéantir, non feulement les feuilles, mais
les gouffes qu'elles percent de part en part : enfn elles vont julqu'à dé
pouiller les branches de leur écorce. C'eft ainfi que dans un très- court
efpace de tems, de vaftes plantations d'un arbriffeau
vert d'une douce verdure, de fleurs d'un jaune tendre magnifiquement & d'un duvet coul'éclat charme la vue; n'offrent plus que l'afpcêt d'un champ où la flamme dont
aurait tout anéanti. Il n'eft point d'années, que quelque point de la plaine
n'éprouve ce fléau.
Lorfqu'ilfe montre en Oétobre ou en Novembre, les cotonniers repoufTent
& fe couvrent encore de flocons foyeux en Avril & en Mai; mais
les garantira d'une nouvelle atteinte en Décembre & Janvier, lorfque qui les
chenilles retransformées en papillons donnent une nouvelle génération de
dévaflateurs! ! Il faut à ce fecond défaftre couper &c replanter.
Tel eft donc le fort des habitans de la
de
deux cultures
plaine P'Artibonite 3 que leurs
principales, l'indigo &c le coton, ne leur donnent
des
revenus tres-incertains. Et
que
cependant, 2 le prix des terres &c des nègres
lorfque qui les
chenilles retransformées en papillons donnent une nouvelle génération de
dévaflateurs! ! Il faut à ce fecond défaftre couper &c replanter.
Tel eft donc le fort des habitans de la
de
deux cultures
plaine P'Artibonite 3 que leurs
principales, l'indigo &c le coton, ne leur donnent
des
revenus tres-incertains. Et
que
cependant, 2 le prix des terres &c des nègres --- Page 141 ---
FRANÇAISE DI E SAINT-DOMINGUE 127
augmente tellement chaque jour, que fi l'on comparait les revenus aux capitaux, 1 il y aurait, peut-être; fort peu d'habitations dont le taux moyen,
calculé fur dix années , reffortirait à cinq pour cent net par an.
Quant au fucre, la roulaifon ne peut fe faire à l"'Artibonite que de Janvier
en Mai, &c la plantation qu'avec les pluies. Il faut donc. à cette dernière
époque facrifier des pièces de cannes pour avoir du plant 1 fans pouvoir
elles font
& fans fuc,
rouler ces mêmes cannes; parce qu'alors
fpongieufes
&c que les cabrouets ne peuvent pas aller dans des terres détrempées par
la pluie.
Il faut donc à PArtibonite 7 pour faire en fucre le même revenu que
dans un autre lieu de la Colonie où l'on peut rouler toute l'année, plus
de bras, plus de bâtimens, plus d'uftenfiles. A la vérité, l'on a une efpèce de dédommagement de ces inconvéniens, dans la qualité du fol, trèsanalogue à la canne à fucre, par fa légèreté, 1 &c par fa faculté d'abforber
promptement l'eau des pluies.
On remarque même 7 à Ia rive gauche de l'Artibonite, des terres d'une
qualité particulière & peu cemmunc. Klles font blanches, marneufes &
calcaires, comme le prouve leur effervelcence avec les acides. Les cannes
y trouvent une fraicheur & un principe de végétation qui leur fait braver
les féchereffes, & qui leur donne juiqu'à dix ou douze ans & même plus
de durée ; mais cette terre de promifion n'eft qu'un point, tandis qu'ailleurs il faut replanter au plus tard après les feconds rejettons. Et ce qui
prouve, au furplus 1 que la température n'eft pas favorable aux cannes,
c'eft le petit nombre des fucreries de la plaine de l'Artibonite, où l'on a
môme été forcé d'en abandonner quelques-unes.
Mais il y a long-tems qu'on cft occupé d'une grande & belle idée 1 confdérée comme un moyen d'affurer à la plaine de l'Artibonite d'immenfes
avantages 1 &c de la débarrafler de tout ce qui fait obltacle à une extenfion de culture, digne de fixer l'attention du goavernement; je venx parler
de fon arrofement & des moyens de fouftraire aux ravages des eaux 1 les
parties de cette plaine qu'elles couvrent & qu'elles condamnent à une forte
de flérilité.
Dennez-nous de Peau, difent les habitans de l'Artibonite qui, poffefleurs
d'un fol fécond, ne peuvent pas cn cbtenir les riches moiflons qu'il femble
fion de culture, digne de fixer l'attention du goavernement; je venx parler
de fon arrofement & des moyens de fouftraire aux ravages des eaux 1 les
parties de cette plaine qu'elles couvrent & qu'elles condamnent à une forte
de flérilité.
Dennez-nous de Peau, difent les habitans de l'Artibonite qui, poffefleurs
d'un fol fécond, ne peuvent pas cn cbtenir les riches moiflons qu'il femble --- Page 142 ---
J28 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
promettre, 1 parce qu'une période féche y détruit les plantes, ou Ics réduit
à ne donner qu'un revenu à peine proportionné aux travaux qu'il coûte.
Otez-nous de l'eau , crient aufli les habitans de l'Artibonite,
pourlefquels
ume magnifique rivière n'eft fouvent qu'une ennemie cruelle, menaçant de
deftruétion leurs vafles domaines, convertiffant par fes irruptions défafreufes
des champs fertiles en marais profonds, & condamnant à la nullité, de grands
efpaces, où les eaux cherchent 7 au hafard, une pente & ftagnent quelquefois.
Examinons avec détail ce qui a été penfé, projetté, entrepris ou exécuté à cet égard; d'autant que la partie defcriptive de cette
des plus intéreffantes de la Colonie n'en
plaine, 3 l'une
paraîtra que plus piquante &
que le Leêteur acquerera de cette manière plufieurs notions coloniales
dont l'application lui fervira pour d'autres parties de cet Ouvrage,
3°. De Pdrrefement de la Plaine de PArtibonite.
Ox a vu, dans Ia peinture que j'ai faite des mceurs de Ia Colonie, ( tom.
zer. page 8 ), que Larnage & Maillart furent les premiers qui infpirèrent aux
habitans de Saint-Domingue l'heureufe penfée de féconder leurs terres
l'arrofement. Il était bien naturel qu'une rivière aufli confidérable que celle par de
TArtibonite, qui parcourt, en ferpentant, une plainc fort étendue. fût une des
premières, l'objet de l'attention de ces deux Adminifirateurs; , auffi dès le commencement de l'année 1744, Larnage fc rendit-il à P'Artibonite.
De longues & fréquentes fécherefles furvenues depuis quelques années
& qui avaient rendu cette plaine prefque entièrement infertile,
portèrent ce
gouverneur-genéral à charger M. de Coudreau, ingénieur en chef, M. de la
Lande , mathématicien, & M. Fanconnier, , entrepreneur de canaux & de
moulins. à eau (que j'ai déjà nommé ), à faire des opérations hydrauliques fur
la rivière de PArtibonite.
On commença par la jauger, & le réfultat fut que dans les tems les plus
fecs elle pouvait fournir un pied cube d'eau à 300 habitations, de cent carreaux
chacune 3 étendue plus confidérable que celle regardée comme arrofable. On
trouva aufli qu'il était poflible de faigner la rivière, non fans une grande dépenfe
&c un grand travail, dit Larnage au Miniftre dans fa lettre du 20 Avril
6s mais lés habitans y font abfolument déterminés & même forcés, 1744 7
puifqu'ils
c feraient
ir un pied cube d'eau à 300 habitations, de cent carreaux
chacune 3 étendue plus confidérable que celle regardée comme arrofable. On
trouva aufli qu'il était poflible de faigner la rivière, non fans une grande dépenfe
&c un grand travail, dit Larnage au Miniftre dans fa lettre du 20 Avril
6s mais lés habitans y font abfolument déterminés & même forcés, 1744 7
puifqu'ils
c feraient --- Page 143 ---
PRANÇAISE DE SAIN T-D OMINGUE,
99 feraient ruinés, & que ce quartier qui a été fi foriflant par fes immenfes
11 quantités d'indigo 1 lorfque les faifons le favorifaient, deviendrait le pius:
99 ingrat de la Colonie &c le plus malheureux 99*
Le 14 Juillet 1745, les Adminiftrateurs convoquérent les habitans pour
délibérer fur cet objet. Ceux-ci chargèrent M. la Lande 1 le Ier, OStobre 3
de faire quelques opérations de plus. 1 & comme elles ne firent que confrmer
la poffibilité de donner de l'eau à un nombre d'habitations encore plus grand,
il y eut, le 13 Mars 1746, une nouvelle convocation, & le 5 Juillet fuivant
les habitans firent un arrangement avec M. Fauconnier pour exécuter l'arrofement, d'après l'opinion de M. la Lande, qui voulait qu'on prit l'eau au
pied du morne la Tranquillité. M. Fauconnier qui craignait la ravine de JeanAdam, , opinait au contraire pour qu'on ne fit la prife d'eau qu'à environ deux
lieues plus bas que le pied de la Tranquillité, mais on obfervait d'un autre
côté que fon canal ne rencontrait aucune colline pour protéger fcs ouvrages > &c
que la plaine ne ferait pas garantie des débordemens. Ces incertitudes empè.
chèrent de rien faire pendant près de trois ans.
En 1749, les Adminiftrateurs proposèrent à M. Jofeph Ricord , capitaine de
port & commandant d'artillerie au Cul-de-Sac, d'entreprendre l'arrofement
de la plaine de l'Artibonite. Celui-ci y confentit, &c forma ainfi fon plan 3 le
16 Mars de la même année : 1o, Tirer du lit de la rivière de T"Artibonite de
quoi donner cent pouces d'eau courante à chaque habitation de cent carreaux
arrofables, fituée entre l'Artibonite & PEfer 2 à partir du point où l'eau ferait
fur terre jufqu'à la mer, 9 f toutefois la rivière pouvait fournir cette quantité 3
& 2°, conduire l'eau fur chaque habitation.
Pour cela, M. Ricord exigeait que le propriétaire de chaque habitation lui
payât 12,000 liv., favoir : 600 liv. qu'on dépoferait entre les mains d'un fyndic
avant que l'ouvrage fût commencé , enfuite 1,200 liv. de fix mois en fix
mois, , pendant trois ans; ces 7,800 liv. devant être payées aux ouvriers 3
fournifleurs, &c., fur les mandats de M. Ricord; puis 1,800 liv. à la fin de
la quatrième année.. 1 & 2,400 liv. à la fin de l'ouvrage ou deux ans plus tard,
en lui payant l'intèret de cette folde ; en outre le fecours de 400 nègres des
habitans.
M. Ricord s'obligeait encore de commencer Pentreprife avec 200 nègres'au
moins; ; d'en ajouter 200 autres avant la fin dc la première année, & enfin IOO
Teme II.
R
; puis 1,800 liv. à la fin de
la quatrième année.. 1 & 2,400 liv. à la fin de l'ouvrage ou deux ans plus tard,
en lui payant l'intèret de cette folde ; en outre le fecours de 400 nègres des
habitans.
M. Ricord s'obligeait encore de commencer Pentreprife avec 200 nègres'au
moins; ; d'en ajouter 200 autres avant la fin dc la première année, & enfin IOO
Teme II.
R --- Page 144 ---
139 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
de plus après, , pour avoir fini en cinq années, , en fourniffant lui-même en
outils, infrumens, charrettes, 7 8cc., tout ce qui ferait néceffaire.
Ces propofitions furent acceptées le même jour par trente habitans aflemblés
au bourg de la Petite-Rivière, qui nommèrent M. Raulin, capitaine de milice,
pour leur fyndic, & les Adminiftrateurs homologuèrent CC traitéle 16 Avril
fuivant.
Ces Adminifirateurs 1 qui étaient alors MM. de Conflans & Maillart,
défiraient tellement de voir la plaine de l'Artibonite arrofée 7 que le mêmc jour,
16 Avril 1749, ils rendirent une ordonnance qui autorifait M. Ricord à tirer
l'eau de la rivière, à faire pafTer fon canal , les levées, foflés, ponts , aqueducs,
&cc., partout où il ferait néceffaire ; à prendre fur toutes les habitations, 1 même
fur celles non-intéreilées à l'ouvrage, le bois, la pierre, le fable, la terre à
brique 1 en dédommageant les propriétaires ; à fe faire remettre par les fyndics
lcs plans &c projets faits avant les fiens ; à avoir une brigade d'affranchis pour
la police des nègres employés à fes travaux; elle contraignait en outre tout
habitant pouvant arrofer, à contribuer 3 &c exemptait M. Ricord & toutes
les perfonnes libres occupées de l'entreprife, dc tout fervice perfonnel & de
corvécs.
M. Ricord fe décida à établir fa prife d'eau au pied de la Tranquillité 1 &
à l'appuyer au morne de la Crète à Pierrot , en excavant celui-ci pour former
un pallage à fon canal. Il prit pour 4 ou 500 mille livres d'engagement, fit des
bâtimens, planta des vivres pour une grande quantité de travailleurs, fit préparer de la chaux & de la brique, &c fe livra tout entier à fon entreprife. Il
fouilla le canal, fit une levée contre les débordemens de la rivière de JeanAdam, & confruifit deux parties de petits canaux voûtés, avec deux éclufes
à chacun.
Comme il fe préparait à percer la montagne de la Crête à Pierrot, un
débordement 2 tcl qu'on n'en connaiffait pas 1 le força à choifir un autre point de
cette montagne pour faire palfer fon canal. Mais là, la nature du terrain ne
répondant pas à fon attente, il fe prépara à y faire cing canaux voûtés 3 pour
divifer fon ouverture en cinq parties égales, de 60 pieds de longueur chacune 7
avec un mur de trente picds de haut, &c de deux pieds d'épaiffeur, pour
foutenir les, terres dont les voûtes feraient chargées. Sur l'une des voûtes
devait étre un foupirail de fx pieds en carré 1 au-deflus duquel une cloche plus
ant pas à fon attente, il fe prépara à y faire cing canaux voûtés 3 pour
divifer fon ouverture en cinq parties égales, de 60 pieds de longueur chacune 7
avec un mur de trente picds de haut, &c de deux pieds d'épaiffeur, pour
foutenir les, terres dont les voûtes feraient chargées. Sur l'une des voûtes
devait étre un foupirail de fx pieds en carré 1 au-deflus duquel une cloche plus --- Page 145 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMING U E. 131
élevée que la colline, aurait fonné, au moyen d'une machine, lorfque l'éau aurait
été à un certain terme, &c jufqu'à ce qu'on eût fermé la plus haute éclufe.
Ce travail une fois confolidé. , M. Ricord devait retourner au point où
il avait commencé, pour y établir, du côté du Sud, un mur de deux
.pieds d'épaiffeur fur environ 12 pieds de hauteur, en obfervant le niveau
des fouilles, & le mettre fur pilotis ainfi que le mur d'épaulement de l'écore
de la rivière 9 &c ceux de revêtement du canal de la rivière à la montagne. Redoutant de plus la Petite-Rivière, lorfque celle de P'Efter y déborde,
il projettait, en la rencontrant, de réduire encore fon canal en cinq parties
égales, &c de les' faire voûter pendant IOO pieds de longueur, pour 3 avec
deux murs en ailes de 50 pieds de long chacun, de 18 pieds d'épaifleur
& de 5 pieds au-deffus de la fuperficie des terres, tirés fur la diagonale
du carré , conduire les eaux de l'Efter débordée par deffus les voûtes, 9 &
préferver ainfi le canal.
Enfin, M. Ricord comptait faire aboutir fon canal à la rivière de l'Artibonite, à une lieue de la mer en droite ligne, & le réduire encore là en
cinq parties égales, voûtées dans une longueur de 60 pieds. Au bout de
chaque voûte du côté de la rivière, > devait être une éclufe à bafcule, afin
que la rivière les fermât elle-même en montant à un certain point ; & à
chaque bout des voûtes un mur de 5 pieds au-deffus du fol, devait retenir les terres qui feraient fur les voûtes, & faire partie de la digue dont
le canal ferait entouré pour le garantir des débordemens.
Des mécontens ayant prévenu le miniftre contre l'entreprife de M. Ricord,
il écrivit aux Adminifrateurs, le 5 Avril 1749, de la fufpendre & de
lui envoyer un plan général du Quartier de l'Artibonite, avec un devis
eftimatif. Les Adminiftrateurs répondirent le 27 Février 1750, que les àvantages étaient fi réels & le vaeu des habitans fi prononcé , qu'ils n'avaient
pas cru devoir arrêter l'exécution du projet, &c qu'ils enverraient le plan
général de l'Artibonite dès que M. Peyrottes, arpenteur, , qu'ils avaient
chargé de ce travail par leur ordonnance du II du même mois de Février >
l'aurait terminé.
Mais le Ier, Août 1750, ce plan reçut un autre échec par la lettre de
M. de Vaudreuil, gouverneur de la Partie de POueft, écrite de l"'Artibonite
à M. de Conflans, En reconnaillant la poflibilité de l'arrolement de la plaine 9
R 2
tes, arpenteur, , qu'ils avaient
chargé de ce travail par leur ordonnance du II du même mois de Février >
l'aurait terminé.
Mais le Ier, Août 1750, ce plan reçut un autre échec par la lettre de
M. de Vaudreuil, gouverneur de la Partie de POueft, écrite de l"'Artibonite
à M. de Conflans, En reconnaillant la poflibilité de l'arrolement de la plaine 9
R 2 --- Page 146 ---
132 DESCRIPTIO N DE LA PAR TII E
M. de Vaudreuil obfervait que la fomme de deux millicns & quelques cens mille
livres, montant de la contribution, toute immenfe qu'elle était pour les
habitans, ferait lein de fuffire à l'entreprife de M. Ricord. Que celui-ci
était même convenu avec lui que des ouvrages en briques & en moëlons
n'avaient pas allez de folidité, & qu'il fallait de la pierre de taille & même
du grifon de Nantes, ce qui feul abforberait la contribution : que d'ailleurs le
canal principal ayant la largeur même de la rivière & coupant la plaine
dans toute fon étendue 1 il faudrait au moins trois ponts de pierre de trois
arches chacun, ce qui occafionnerait une dépenfe de près d'un million pour
les trois ; que l'entretien du canal exigerait au moins le travail de 400
nègres par an, & qu'à chaque débordement il y aurait des interruptions
dans T'ufage de l'eau 1 parce que la terre meuble &c légère de l'Artibonite
comblerait le canal à chaque fois ; qu'enfin, la navigation fi économique
pour le tranfport ferait anéantie. M. de Vaudreuil cn concluait qu'il fallait
abandonner le projet & lailler à M. Ricord le montant du premier terme,
qu'il avait reçu 7 comme un dédommagement des avances qu'il avait faites.
Dix-fept habitans de PArtibonite, fans doute inflruits de la démarche de
M. de Vaudreuil, donnèrent une requêté aux Adminiftratèurs le 7 Septembre 1 pour folliciter la continuation des travaux de M. Ricord.
Alors on fufpendit les travaux &c M. de Verville, brigadier des armées
du roi, étant arrivé en qualité de dire@teur-général des fortifications, les
Adminifrateurs l'envoyèrent en 1751, à T"'Artibonite pour régler les dif.
férends entre M. Ricord & les habitans. Ceux-ci fe trouvèrent divifés d'opinions
& M. de Verville, qui eut même des défagrémens dans cette allemblée *
eut beaucoup de peine à obtenir la réfiliation du marché de MI. Ricord.
Long-tems ingénieur à Pifle Royale & enfuite direêteur à Lille, M. de
Verville qui avait parcouru toute la Flandre & la Hollande & qui avait même
eu uine grande part aux cuvrages hydrauliques publiés par M. Bélidor 1
propofa alors un plan, qui comprenait l'Artibonite & les Gonaives. La
rivière de P'Artibonite lui parut propre à établir tout à la fois, par des
piliesa vanne bulquées de diftance en diftance : 1°. l'arrolement au moyen
d'éclufes à mi-écore de chaque côté; ; 20. la navigation par le moyen de
ces vannes; 3°. Ja communication par des ponts conftruits fur ces pilles.
Co plan lui-môme Sale profumer que M, de Verville craignait lcs inconvé-
onaives. La
rivière de P'Artibonite lui parut propre à établir tout à la fois, par des
piliesa vanne bulquées de diftance en diftance : 1°. l'arrolement au moyen
d'éclufes à mi-écore de chaque côté; ; 20. la navigation par le moyen de
ces vannes; 3°. Ja communication par des ponts conftruits fur ces pilles.
Co plan lui-môme Sale profumer que M, de Verville craignait lcs inconvé- --- Page 147 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGU E. 133
niens d'une feule prife d'ean, pour IO ou 12 lieues d'étendue, le peu de
pente des terres, > la déperdition de l'eau, le peu de confiftance des terres
pour des fouilles profondes &c le grand encaifiement de la rivière, & que
toutes ces raifons le portaient à élever les eaux.. Ce vafte projet aurait
exigé fon génie pour l'exécution 8 le caraétère hollandais pour en vouloir
le fuccès : mais cet officier, d'un rare mérite, mourut peu après, & les
habitans trouvèrent fes idées chimériques.
Tout projet étant déformais abandonné , il fe forma des affociations de
quelques habitans. , qui obtinrent des Adminiftrateurs des permiflions de faigner
P'Artibonite. 1 que le tremblement de terre du 21 Novembre 1751, au matin, fit fortir. de 7 pieds hors de fon lit. L'on fit qnelques éclufes, entre
autres une à l'habitation Chefnier, au bac du centre. 7 & une à l'habitation
Renault le Doux, vers le bas 3. toutes les deux fur la rive Sud. Celle
Renaud le Doux a été culbutée de fond en comble dans une crue d'eau;
celle Chefnier eft reftée inutile.
En 1753, douze habitans follicitèrent la permiflion de prendre dans
P'Artibonite, de quoi arrofer leurs terres. Les Adminiftrateurs chargèrent
M. le baron Charlevoix de Villers, ingénieur ordinaire & nouvel habitant
de P'Artibonite, de l'entreprife. L'affociation fut rédigée le 12 Août 1755;
on fit un marché que les Adminiftrateurs homologuèrent, 8c le I5 Novembre
la prife d'eau fut établie fur la rive Nord, dans l'habitation Préval, au
lieu appelé le Vieux Bac, par une éclufe à trois voûtes deftinée à fournir de l'eau à 40. habitations de 100 carreaux chacune.
La fouille du canal était très-avancée & déjà la filtration fuffifait pour
arrofer chez quelques habitans & pour convaincre les autres , lorfqu'en 1761,
par une crue de la rivière jufqu'à une hauteur immémoriale, l'eau emporta toute la chauffée & toute l'écore > contre laquelle l'éclufe était appuyée.
Cette maffe folide de maçonnerie 3 quoique ifolée & formant une efpèce
d'ile au milieu du courant. 1 foutint pendant onze jours tous les efforts de
la rivière qui paffait autour d'elle. Enfin, obligée de céder à un grand
nombre de carabinages que la rivière chariait, it n'y eut encore que le
haut de Paile droite d'emporté fur les vottes qui fubliftent encore, ainfi
que l'aile droite, comme pour attefter la folidité de l'éclufe.
Mais il cf certain qu'on n'avait pas affez réfléchi fur la qualité fabion-
courant. 1 foutint pendant onze jours tous les efforts de
la rivière qui paffait autour d'elle. Enfin, obligée de céder à un grand
nombre de carabinages que la rivière chariait, it n'y eut encore que le
haut de Paile droite d'emporté fur les vottes qui fubliftent encore, ainfi
que l'aile droite, comme pour attefter la folidité de l'éclufe.
Mais il cf certain qu'on n'avait pas affez réfléchi fur la qualité fabion- --- Page 148 ---
134 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
neufe des terres. Les eaux en s'y formant un paflage à côté des
ouvrages
de maçonnerie 1 ruinèrent tous les environs, fubmergèrent la
plaine, renver
sérent des maifons 1 détruifirent toutes les plantations & noyèrent plufieurs
perfonnes & prefque tous les animaux expofés à cette irruption. Il fallut
raffembler plus de deux mille nègres & travailler long-tems à combler la
brèche 1 & à élever enfuite une digue d'environ vingt toifes de
largeur,
qui ramena enfin la fécurité.
Une grande féchereffe excita de nouveaux défirs en 1765, 8c ils
mentèrent, lorfqu'un débordement du 23 Août, eut rompu les digues dans aug- la
partie de Ia plaine où la rivière fait le plus de replis fur elle-même; circonftance
qui amena au mois de Septembre une ordonnance des Adminiftrateurs,
enjoignit la réparation de ces digues par la corvée publique.
qui
M. Reige de Willemens, qui, 1 difait-on 1 avait fait quelques effais hydrauliques heureux dans la Colonie, vint alors à P'Artibonite, &c propofa d'arrofer
la partie Septentrionale de la plaine. Les Adminiftrateurs crurent néceffaire
d'y envoyer, au mois de Novembre 1765, M. Duportal, dire@teur-géné.
ral des fortifications, qui ft lever, par M. d'Anêtéville, une carte de
l'Artibonite & prendre des nivellemens qui lui fervirent à former un
dont je crois devoir rapporter l'enfemble.
projet,
La portion de la plaine de l'Artibonite comprife entre la rive droite de
la rivière de P'Artibonite & la rive gauche de PEfter, la Crête à Pierrot
& la mer, contient 120 habitations d'inégales grandeurs, formant
de 18,220 carreaux, équivalens à 182 habitations de IOO
un total
carreaux chacune.
Toute la furface de la plaine a prefque un égal befoin d'être arrofée
nommément dans le bas où une étendue très-confidérable d'un excellent
refte encore couvert de bois, quoique concédée faute d'cau dans les terrain fecs.
tandis que dans d'autres
;
points $ comme vers la partie inférieure du foflé
Nabot, des débordemens caufent des dommages par des courans ou
faut d'écoulement.
par déDes calculs de comparaifon prouvent qu'il en coûtera le
à
fociété de 30 ou 40 intéreflés, qui voudraient fe
triple toute
ticulier, au lieu de fuivre une
procurer un arrofage parentreprife générale.
Les eaux de PArtibonite ont 119 pieds & quelques
de
pouces pente fu-
abot, des débordemens caufent des dommages par des courans ou
faut d'écoulement.
par déDes calculs de comparaifon prouvent qu'il en coûtera le
à
fociété de 30 ou 40 intéreflés, qui voudraient fe
triple toute
ticulier, au lieu de fuivre une
procurer un arrofage parentreprife générale.
Les eaux de PArtibonite ont 119 pieds & quelques
de
pouces pente fu- --- Page 149 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE
perficielle, 3 depuis le pied du morne la Tranquillité jufqu'à T'embouchure
de cette rivière à la mer ; favoir: : 41 pieds de ce morne jufques vis-à-vis
l'églife de la Petite-Rivière; IO pieds de là jufqu'à l'embarcadère de Phabitation Ségur & 68 de cette habitation à la mer.
Du morne la Tranquillité à fon embouchure 1 l'Artibonite, par fes diverfes
finuofités, a 48,000 toifes de longueur ou 24 lieues (pour environ 9 lieues
mefurées en ligne droite), ce qui donne un peu moins de 3 pouces de pente
pour IOO toifes. Mais comme le canal principal fuivrait un cours plus
droit, il y aurait une pente de 4 pouces par IOO toifes, fuffifante & pour
l'arrofe ment & pour le jeu des moulins.
En établiffant la, prife d'eau à la lifière des habitations Laville &c Ségur, 3
comme quelques perfonnes le voudraient, on perdrait les 51 pieds de pente
depuis le morne la Tranquillité, & les 68 pieds qui refteraient, , pous arrofer la plus grande largeur de la plaine fur les trois quarts de fa longueur
totale, ne laifferaient plus que deux pouces par 100 toifes.
Des écoulemens ménagés par la rivière Salée & par le foflé Nabot,
rempliraient deux objets : le premier de garantir la plaine des débordemens
de l'Artibonite & d'en conduire le trop plein à la mer, à l'Eiter-aux-Rats
& dans les bas de la rivière de PEfter en défobltruant le lit de cette
dernière rivière jufqu'à la mer; le fecond d'écouler les eaux de quelques
habitations noyées.
Les 95 habitations de la rive gauche de l'Artibonite, depuis le bourg
des Verrettes jufqu'à la (mer, ne peuvent être arrofées par l'Artibonite 7
mais elles le feraient par la rivière des Verrettes 1 en y réuniffant une portion confidérable de la Grande-Rivière & de celle du Boucan de la Fête, 3
fans toucher au volume qu'ont déjà des habitations établies.
M. Duportal déclara,le 2 Janvier 1766, que M. de Willemens. 2 qui offrait
de fe charger del'exécution de fon plan, en était capable, & en conféquence on
convoqua une affemblée générale des habitans, le 14 du même mois. Mais
M. de Willemens n'offrant plus ni les 400 nègres, ni le cautionnement de
trois millions dont il avait parlé, le projet de M. Duportal eut le fort des
autres. Cet officier opinait pour que la prife d'eau fut faite à la Crète-àPierrot, en barrant la rivière par une eftacade folide.
Ily eut dans la même année 1766, une requête de quelques habitans de
blée générale des habitans, le 14 du même mois. Mais
M. de Willemens n'offrant plus ni les 400 nègres, ni le cautionnement de
trois millions dont il avait parlé, le projet de M. Duportal eut le fort des
autres. Cet officier opinait pour que la prife d'eau fut faite à la Crète-àPierrot, en barrant la rivière par une eftacade folide.
Ily eut dans la même année 1766, une requête de quelques habitans de --- Page 150 ---
136 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
l'Artibonite au Miniftre 7 pour que le gouvernement fit l'avance d'un million
afin d'exécuter lc projet de M. Duportal.
Pendant ua nouveau repos de deux années, M. Bertrand père ayant fait
des travaux qui avaient procuré de l'eau à fen habitation riveraine de l'Artibonite, Ies Adminiftrateurs 1 pour recommander fon exemple, lui accordèrent,le
22 Juin 1768, une exemption d'impôt de 24 nègres durant fa vie.
M. le comte de Nolivos, gouverneur-genéral, paflant au Môle en 1770,
M. d'Andteville lui montra les plans & les nivellemens qu'il avait faits fous
M. Duportal cn 1765; ils portèrent M. de Nolivos à écrire au Miniftre en
favcur de l'arrofement de l'Artibonite & de M. d'Ancteville.
Pendant que ces faits fe pallaient dans la Colonie, M. de Jufly, habitant
de PArtibonite, préfentait au Miniftre un mémoire fur Ia néceffité de cet
arrofement, d'après les vues de M. Duportal, & le Miniftre écrivait aux
Adminiftrateurs. , le 3 Août 1770, de prefcrire cette opération s'ils n'y trouvaient pas d'inconvéniens. De là, une ordonnance de MM. de Nolivos & de
Bongars, 2 du 12 Janvier 1771, pour convoquer une aflemblée générale de tous
les habitans intéreflés à l'arrofement, afin de nommer un ou plufieurs fyndics,
pour traiter avec ceux que les Adminiftrateurs préfenteraient pour l'effeétuer.
L'Affemblée produifit la nomination de trois fyndics autorifés à traiter avec un
entrepreneur, qu'on ne trouva point.
L'ouragan de la nuit du 2 au 3 Septembre 1772 caufa un tel débordement,
que les eaux de l'Artibonite & de PEfter fe réunirent. La plaine fut fous l'eau
durant plufieurs jours. Arbres, terres, nègres, beftiaux, tout fut entrainé
dans plufieurs points. Les chemins furent obftrués, les rivières rendues impaffables, & la communication entre la Partie de l'Oueft & celle du Nord fut
interrompue pendant une femaine.
Le 4 Décembre fuivant. 1 le Miniftre qui regardait la nomination des fyndics
faite en 1771 comme un grand motif d'efpérer l'arrofement, écrivit aux
Adminiftrateurs de le preffer, & même de louer à l'entrepreneur les nègres de
l'atelier du roi, qui feraient fans occupation, pour accélérer fes travaux.
On arriva fans rien conclure en 1773, époque où M. Courrejolles fit un
nouveau plan, , que P'Académie des Sciences honora de fon approbation, 9 quant
à la partie théorique, & en ajoutant que pour l'exécution , il fallait faire des
vérifications fur les lieux. Le Miniftre, auquel M. Courrejolles préfenta fes
travaux, >
roi, qui feraient fans occupation, pour accélérer fes travaux.
On arriva fans rien conclure en 1773, époque où M. Courrejolles fit un
nouveau plan, , que P'Académie des Sciences honora de fon approbation, 9 quant
à la partie théorique, & en ajoutant que pour l'exécution , il fallait faire des
vérifications fur les lieux. Le Miniftre, auquel M. Courrejolles préfenta fes
travaux, > --- Page 151 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 137
travaux, écrivit à M. de Trudaine, le 12 Février 1776, que le roi voulait
envoyer deux fujets des ponts & chauffées pour cet examen. Le choix porta
fur MM. Varaigne & Dauffe.
Le Miniftre, en annonçant ces deux ingénieurs aux Adminifrateurs,
le I5 Avril, ajouta que le roi fe propofait d'aider l'entreprife par une
avance de 1,200 mille livres en 4 ans 1 par portions égales, dont le rembourfement commencerait la cinquième année.
MM. Varaigne &c Dauffe ( dont les appointemens avaient été portés de
6,000 à 8,0001 livres tournois ), après avoir fait l'examen qui leur était preferit,
furent d'avis qu'il fallait préférer au plan propofé par M. Courrejolles, qui
mettait la prife d'eau au morne du prefbytère de la Petite-Rivière (la Crête a
Pierret), celui de MM. Duportal & d'Ancteville 9 qui la plaçait au morne lz
Tranquillité, en changeant cependant la direétion du canal, afin d'éviter la
gorge de Jean-Adam, où il faudrait creufer 77 pieds dans le rocher. La dépenfe
du plan de M. Courrejolles ferait, difaient-ils 9 de 7,171,000 livres, tandis
que celle du plan de M. Duportal réformé, 1 n'irait qu'à 3,450,000 livres.
Cette efpèce de révifion , quoique vérifiée par M. Perronet, direêteur des
ponts & chauffées, n'ayant rien amené, , M. le baron Charlevoix dc Villers
fe remit fur les rangs &c propofa au Miniftre 3 en 1773, de faire, avec une
compagnie de capitaliftes l'arrofement de la plaine de P'Artibonite & de celle
des Gonaives. La réponfe du 13 Juillet fut qu'on s'en tenait au travail de MM.
Varaigne &c Daufle.
On comptait encore deux ans depuis cette nouvelle démarche 1 lorfque dans
la nuit du 16 au 17 OCtobre 1780, l'Artibonite fortit de fon lit avec une impétuofité fans exemple jufqu'alors > s'élevant d'un pied & demi à deux pieds
heure au-deffus de fes rives, au-deffous du bac de la Petite-Rivière & de par fix
pieds par heure au-deffus de ce bac. En moins de huit heures elle fubmergea
lieues de furface, en y portant 8, IO &c même 15 pieds d'eau. Lhabitation Morif- 25
feau, placée plus haut que le bourg des Verrettes, fut entièrement noyée &c l'eau
s'éleva à 12 pieds à plus de 600 toifes de la rivière. Pufieurs habitations
des nègres, des animaux & des maifons cmportées; celles Caftera,
eurent
Bizuton, Geftas
& Payen reffemblaient plutôt à des marais qu'à une terre qui eût jamais été
cultivée. On trouva dansla dernière une cafe fur les débris de laquelle refpiraient
encure trois malheureux nègres, & le feul qu'on put fauver venait de plus de
Tomz II
S
de 600 toifes de la rivière. Pufieurs habitations
des nègres, des animaux & des maifons cmportées; celles Caftera,
eurent
Bizuton, Geftas
& Payen reffemblaient plutôt à des marais qu'à une terre qui eût jamais été
cultivée. On trouva dansla dernière une cafe fur les débris de laquelle refpiraient
encure trois malheureux nègres, & le feul qu'on put fauver venait de plus de
Tomz II
S --- Page 152 ---
DESC RIPTIO I D E L A P A KTIE
dix lieucs. Durant plufieurs jours C11 vit paffer des cadavres d'infortunés
nègres quc les eaux avaient furpris > & ceux de deux blancs furent apperçus
au bac de la Petite-Rivière. Dans le bas de la plaine, les défaflres furent encore
plus grands. M. Dugas, neveu 1 & M. Roflignol Defdunes y perdirent 45
nègres & pour plus de cent mille livres d'animaux chacun.
Ce fut cette calamité qui porta MM. de Reynaud & Le Brafleur à donner, 3
le 20 Mars 1781, unc commiflion d'Inipeéteur des digues de la rivière de
l'Artibonite à M. Pinard de la Rofière, arpenteur &c voyer principal du Quartier
de Saint-Marc.
Dans la même année 1781, M. Bertrand de Saint-Ouen, propriétaire à
l'Artibonite & alers en France, fit auprès du miniflre des démarches fur
le projet d'arrofement. D'abord, pour donner une forte de confiftance aux
propofitions qu'il voulait faire aux habitans s il demanda &x obtint un brevet de Cemmifaire Gi reigour les arrefemens de Pairtibonite 8 Quartiers adjacens ;
enfuite il follicita fucceflivement ou le privilège exclufifde l'arrofement pour
un très-long-tems, ou l'avance de 5 ou 6co mille livres, pour faire l'effai
d'une pompe à feu 8: d'un fiphon, ou enfn la ceffion pendant dix ans de
l'acoroiflement que fes travaux produiraient dans la perception des impôts de
la Colonie. Le miniftre répondit à M. Bertrand de Saint - Ouen, 3 le 9
Janvier 1782, qu'il n'était pas éloigné d'adopter fa dernière propofition 7
s'il s'engageait pofitivement à ne jamais demander aucun autre dédommagement & s'il s'obligeait à exécuter fon projet dans un tems donné, après
lequel il ferait cenfé y avoir renoncé.
M. Bertrand trouva lui-mème de grandes difticultés dans l'évaluation de
l'augmentation des droits d'octroi, dûs al'arrofement feul; &x Tobjet ayant
été plus attentivement examiné, à caufe des propofitions d'une Compagnie
réunie pour la même entreprife &c dont je parlcrai tout à l'heure 1 M.
Bertrand revint à la fimple idée d'effayer une pompe à feu & un fiphon.
Il était impoffible, felon lui, de concilier les intérêts de tous les habitans >
au point de les amener à vouloir une prife d'eau généralc; le fol lui femblait trop peu folide pour les ouvrages conlidérables de maçonnerie qu'elle
exigeait 3 & la dépenfe devait excéder les fix millions tournois, auxquels
on l'évaluait. Le gouvernement confentit, le 3 Février 1782, de lui faire:
fournir une pompe à feu de la manufacture de MM. Perricr frères &c on
érêts de tous les habitans >
au point de les amener à vouloir une prife d'eau généralc; le fol lui femblait trop peu folide pour les ouvrages conlidérables de maçonnerie qu'elle
exigeait 3 & la dépenfe devait excéder les fix millions tournois, auxquels
on l'évaluait. Le gouvernement confentit, le 3 Février 1782, de lui faire:
fournir une pompe à feu de la manufacture de MM. Perricr frères &c on --- Page 153 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 139
lui afligna des fonds fur la caiffe des libertés pour les autres dépenfes de
T'effai, le tout rembourfable dans la feconde année de la paix.
La Compagnie qui avait le deflein de fe charger de l'arrofement de l'Artibonite &c qui donnait la direétion de fon entreprife à M. Verret, Iui en fit
faire un projet, daté de Paris au mois de Novembre 1781. Je vais le
retracer fuccinétement d'après le mémoire même.
Le moyen propofé d'établir l'éclufe au morne la Tranquillité, formé d'un
roc vif &c que baigne la rivière de 'Artibonite , a de fi grandes difficultés,
qu'il eft probable qu'on ne le tentera pas de long-tems. Il faut donc procurer l'arrofement par des moyens hydrauliques.
L'Artibonite eft encaiflée d'environ 21 pieds, 3 dans l'endroit propre à placer
la machine que j'ai- à propofer. Durant les bafles eaux il y coule 3 pieds
d'eau, avec une vitefle de I5 à 18 pouces par feconde ) fur une largeur
moyenne de 30 toifes; ; ainfi il refte 18 pieds d'écore.
Les bords de la rivière ont, de chaque côté, des digues d'environ 5 pieds
de haut.
Mais T'Artibonite a cela de particulier 2 qu'elle ferpente dans l'endroit
le plus élevé (*) de la plaine formée par des alluvions, 2 & comme le
dépôt eft plus confidérable vers les bords, il eft clair que le terrain doit
aller en pente en s'en éloignant. Cette pente n'eft pas uniforme ; elle eft
très-confidérable d'abord &c diminue enfuite jufqu'à finir par laiffer des points,
tels que les favanes,"o où l'eau nappe & ne peut plus être diflipéc que par
l'évaporation. Le fond de la rivière fe trouve donc au niveau du fol a environ 300 toifes des bords ; ainfi en creufant un canal de 21 pieds de profondeur
à la rivière, l'eau fera fur terre à cette diftance de 300 toifes 2 & avec
une épaiffeur de 3 pieds, qui eft- celle des baffes eaux. Le canal de la prife
d'eau Préval faite par M. de Villers 7 que l'on a barré après le débordement de 1761, par une forte digue, prouve ces faits.
La pente naturelle du cours de Ia rivière, fait que dans un intervalle
d'environ fix lieues. 7 qui n'en valent guères plus de. trois en direction à
caufe des finuofités, le fond de la rivière pris au point fupérieur, fe trouve
de niveau avec fes bords pris au point inférieur.
(-) J'ai déjà prouvé que ce caradtére n'elt pas celui de la feule rivière dc PArtibonite 3
à Ssint-Doming-e.
S a
faits.
La pente naturelle du cours de Ia rivière, fait que dans un intervalle
d'environ fix lieues. 7 qui n'en valent guères plus de. trois en direction à
caufe des finuofités, le fond de la rivière pris au point fupérieur, fe trouve
de niveau avec fes bords pris au point inférieur.
(-) J'ai déjà prouvé que ce caradtére n'elt pas celui de la feule rivière dc PArtibonite 3
à Ssint-Doming-e.
S a --- Page 154 ---
140 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
La folidité de la digue faite pour boucher la prife d'eau Préval,établit
que quoique les terres de l'Artibonite n'aient pas les qualités néceffaires
pour revètir de maçonnerie les parois, au pint d'empôcher la filtration de
Feau, elles ont celles convenables pour former de bonnes levées.
C'eft, dit M. Verret, CC qui m'a donné l'idée de faire paffer l'eau
delus la diguc 1 pour la rendre dans le canal fans ouvrir les bords de par la
rivière 1 par le moyen d'un fiphon fait avec de gros tuyaux de fer coulé,
aifujettis enfemble comme dans les conduits d'eau, & ayant trois
de diamètre.
pieds
A quelque diltance de la rivière, on pratiquera un puifard
qui y communiquera par un canal voûté garni d'une éclufe à vanne. Dans CC
fera la branche d'introduétion du fiphon qui fera
puifard
enux, & à CC point il fera courbé
embraffer élevéejufqu'aux plus hautes
pour
la digue. La branche
d'élévation aboutira au fond du canal qui aura une profondeur
la
furface de l'cau y étant plus baffe que dans la rivière telle, que
chite capable de donner
1 il y aura une
unc grande viteffe à l'eau, par cxemple de cinq
pieds par feconde.
Pour parer aux inconvéniens des grandes crues d'eau, dont le produit pourrait
être excefif, on fera les vannes du puifard de manière qu'elles s'éléveront
s'abailferont d'elles-mèmes par le moyen d'un Botteur placé dans le puifard ou &
d'un autre flotteur placé dans le canal pour la vanne de l'extrémité de la branche d'évacuation du fiphon, &c ces moyens exempteront même de toute furveillance.
S'il n'y avait pas aflez dun fiphon pour arrofer partout, on
lcs multiplier.
pourrait
Ce fiphon de 3 pieds de diamètre, avec une viteffe de 5 pieds par feconde, donnerait 61,097 pouces cubes. d'eau par feconde, capables d'arrofer
50 habitations de IOO carreaux chacune, à raifon de 1,200
d'eau
pouces cubes.
par chaque habitation. 1 quantité double de celle allouée au Cul-de-Sac,
& quadruple de celle qu'on donne dans d'autres endroits ; mais les terres
de l'Artibonite étant très-iltrantes, elles veulent; plus d'eau que les autres.
Quant aux terres voilines de la rivière, comme elles ne peuvent être
arrofées par le fiphon, on leur affociera une pompe à feu, dont le diamètrc étant de 40 pouces, donnera l'eau néceffaire à 15 habitations.
. 1 quantité double de celle allouée au Cul-de-Sac,
& quadruple de celle qu'on donne dans d'autres endroits ; mais les terres
de l'Artibonite étant très-iltrantes, elles veulent; plus d'eau que les autres.
Quant aux terres voilines de la rivière, comme elles ne peuvent être
arrofées par le fiphon, on leur affociera une pompe à feu, dont le diamètrc étant de 40 pouces, donnera l'eau néceffaire à 15 habitations. --- Page 155 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE
Ainfi, cinq fiphons & cinq pompes à feu, arroferont les 300 habitations
que Ia plaine de l'Artibonite peut contenir.
Des pompes à feu peuvent aufli épuifer les caux ftagnantes du bas de
l'Artibonite; &c le fuperflu des eaux d'arrofement, porté avec méthode fur
ces terres, 1 les exhaufferait par fes dépôts, leur ferait perdre leurs
qualités falines * & finirait par.les rendre excellentes pour la culture.
Enfin, les pompes à feu peuvent fervir également à mouvoir les moulins
ai fucre.
M. Verret, qui avait foumis fes travaux à l'Academie des Sciences
offrait auffi le calcul fuivant de l'effet probable de l'arrofement de la plaine
de T'Artibonite.
Trois cens habitations, de IOO carreaux chacune, en auront, dit-il,75
en cannes 1 dont les deux tiers feront roulés par année ; c'eft doric I5,000
carreaux à exploiter par an.
Les terres réputées bonnes, donnent 6 milliers de fucré blanc par carreau,
& celles de l'Artibonite 9 arrofées, 9 devenant de la première qualité, donneront au moins ce produit. Voilà donc 90 millions de livres de fucre
blanc par an. Cette quantité, calculée à 60 livres le quintal
1 produira une
augmentation de 54 millions fur le revenu annuel, & fur les droits d'octroi, à 36 livres le millier de fucre, de 3,240,000 livres.
Enfin, M. Verret établiffait, avec des détails que je fupprime ici,
l'entreprife faite économiquement par la Compagnie elle-mème & réalifée que
en 5 ans , avec IO fiphons & 5 pompes à feu > coûterait, 876,000 livres tournois.
Et en la donnant à des entrepreneurs particuliers 1,425,000.
Et que la dépenfe annuelle de l'entretien ferait de, 135,000Pendant que l'on s'occupait ainfi en France- de ce qui concernait la
plaine de P'Artibonite, un citoyen recommandable, qui l'habite depuis
longtems, en faifait, à la même époque de 178E, l'objet d'un travail
mérite de trouver place dans cet Ouvrage.
qui
M. Trembley, 2 c'eft fon nom parle de la double pente de la rivière
(") Ses recherches ont pour titre : BssAIS MYDRAULIQEES POUR LA PLAINE DE
FONITE, ou Mémoires pour indiquer les meyens, 10, d'arrofer cette plaine $ 20, de la L'ARTI,
ver d'inonietion 6 3°. denpicher gu'une grande étendue de terres ne fit
préfer
rivières de PERr, du Caleuil S de la Conpe à PInde.
Jnbmergie par les:
de la rivière
(") Ses recherches ont pour titre : BssAIS MYDRAULIQEES POUR LA PLAINE DE
FONITE, ou Mémoires pour indiquer les meyens, 10, d'arrofer cette plaine $ 20, de la L'ARTI,
ver d'inonietion 6 3°. denpicher gu'une grande étendue de terres ne fit
préfer
rivières de PERr, du Caleuil S de la Conpe à PInde.
Jnbmergie par les: --- Page 156 ---
DESCRIFTION DELA PARTIE
& examine l'arrofement comme poflible 2 avec éclufe ou fans éclufe.
Dans le premier cas, les bafles eau: étant de trois pieds de hauteur,
on ferait une prife d'eau de maçonnerie de trois pieds de large dont le
radier ferait au niveau du fond du lit de la rivière, pour la rendre plus
utile dans le tems fec, & pour qu'elle pât être fondée avec plus de folidité. Cette éclufe aurait une vanne élevée d'un pied & demi &c donnerait
7,800 pouces d'eau, mefure de fontenier, par minute, & par conféquent
de quoi arrofer 7800 carreaux de terre ou 78 habitations de IOO carreaux
chacune. On,fouillerait un canal , ayant un peu plus de trois pieds à fa
bafe & 2 pieds de profondeur au-deffous du radier, avec une pente déterminée par le nivellement, depuis la rivière jufqu'au point ou l'eau arriverait
fur terre.
Mais comme il y a une très- grande portion de terrain entre les écores
de la rivière & ce point'du niveau de fes eaux; pour l'arrofer, la tête du
canal ferait revêtue de maçonneric &c formerait une taillevanne en plan incliné & un peu curviligne , où l'oa mettrait une roue , enforte que l'eau
tombant du radier fur les aubes de cette roue, lui imprimerait le mouvement & par fon choc & par fa vitelle. Sous la roue ferait un puifard un
peu plus large & un peu plus profond que le fond du canal.
Aux côtés extérieurs des jantes de la roue, feraient des feaux tourmant par leurs anfes fur des boulons de fer. Un baquct, placé au point
où les feaux doivent verfer leur eau, aurait une barre qui les forcerait
à fe vider, , &c ils iraient fe remplir dans le puifard.
M. Trembley calcule, que la roue devant avoir environ 21 pieds de
diamètre pour élever l'eau à 18 pieds, excédant des écores fur la fuperficie des baffes eaux, il y faudrait 18 feaux, qui donneraient 560 livres
d'eau en fix fecondes & 5,600 livres par minute, ou 2,800 pintes, qui,
divifées par 14 pintes ou 28 livres, mefure d'un pouce de fontenier
donnent 200 pouces d'eau de cette efpèce par minute & de quoi arrofer 200
(*) On donne le nom de pouce à cette mefure de 14 pinges, faifant 28 livres d'eau
parce que M. Mariotte a trouvé que c'eft, à peu près, l'écoulement que procure dans une
minute , un orifice circuiaire d'un pouce de diametre, dont le bord fupérieur ferait à une
ligne, ou le centre à 7 lignes au-deffous de la furface de l'eau.
pouces d'eau de cette efpèce par minute & de quoi arrofer 200
(*) On donne le nom de pouce à cette mefure de 14 pinges, faifant 28 livres d'eau
parce que M. Mariotte a trouvé que c'eft, à peu près, l'écoulement que procure dans une
minute , un orifice circuiaire d'un pouce de diametre, dont le bord fupérieur ferait à une
ligne, ou le centre à 7 lignes au-deffous de la furface de l'eau. --- Page 157 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE.
carreaux de terre, felon la manière ufitéc de s'énoncer dans la Colonie,
pour la diftribution des eaux.
Mais cette quantité croîtrait avec l'élévation de l'eau dans la rivière, parce
que cette élévation procurerait une plus grande vitefle, &c l'on fent que ces
éclufes peuvent être multipliées.
Pour arrofer fans éclufes, M. Trembley propofe le fiphon. On ferait une
ouverture aux écores jufqu'à la hauteur où l'on voudrait élever le fiphon, &
l'on prolongerait cette ouverture dans la direétion d'un plan incliné jufqu'à la
rivière. Il yaurait enfuite un canal commençant à quelque diftance de la rivière
& où viendrait aboutir la branche d'évacuation du fiphon.
Un fiphon d'un pied carré de furface 1 palfant à mi-écore., donnerait,
d'après les calculs de M. Trembley, 2,012 pouces de fontenier par minute 2
dans les bafles eaux, quantité fuffifante pour 20 habitations de IOO carreaux
chacune 2 & qui augmenterait avec Pélévation de l'eau.
Mais dans cette hypothèfe des fiphons comme dans celle des éclufes, il
faut toujours fonger aux terres qui font entre les écores 8c le point qui fe
trouve de niveau avec les eaux de la rivière, &c M. Trembley calculant alors
que le produit du fiphon ferait appliqué à une roue à feau, trouve que
celle-ci élévera dans les bafles eaux 6,220 livres d'eau ou 222 pouces, mefure
de fontenier 2 par minute.
Ces réfultats amènent M. Trembley à croire que les ouvertures propofées
dans les différens plans d'arrofement dont il a eu connaillance 1 avec une ou
plufieurs prifes d'eau, étaient déméfurément grandes, & capables d'épuifer Ia
rivière dans les baffes eaux > en calculant celles-ci fur 3 pieds de hauteur, 180
pieds de largeur, & la vitefle à 17 pouces par feconde > fuivant l'évaluation
de MM. Varaigne &c Dauffe.
Dans l'opinion de M. Trembley, , fi l'on examine bien la nature des terres
auxquelles l'arrofement peut convenir. 4 il ne faut compter que I5O habitations
de IOO carreaux entre l'Artibonite &c l'Efter au lieu de 180. Or, un pied cube
d'eau courante par feconde. , égal à 15O pouces de fontenier par minute 1. fuffit
à cent carreaux, &c le Cul-de-fac a moins que cela. Donc, en accordant même
200 pouces, une ouverture de douze pieds de largeur remplit tous les beloins.
Mais comme dans les dernières années les baffes eaux ont encore été
moindres, M. Trembley trouve qu'avec fix éclufes de 4 pieds de large OlL 8
, un pied cube
d'eau courante par feconde. , égal à 15O pouces de fontenier par minute 1. fuffit
à cent carreaux, &c le Cul-de-fac a moins que cela. Donc, en accordant même
200 pouces, une ouverture de douze pieds de largeur remplit tous les beloins.
Mais comme dans les dernières années les baffes eaux ont encore été
moindres, M. Trembley trouve qu'avec fix éclufes de 4 pieds de large OlL 8 --- Page 158 ---
144 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
de trois pieds, on aura 228 pieds cubcs d'eau par feconde
de
1 égaux à 34,200
pouces fontenier, & conféquemment
beaucoup plus qu'il ne faut.
On compte à la rive gauche 80 habitations arrofables; deux éclufes de
pieds chacune leur fuflirait, furtout fi on les place à lun des baflins
la 4
rivière forme dans les courbures de fes écores, & dont
que
quelqucs-uns ont
jufqu'à cinq & fix pieds de profondeur lors des plus baffes eaux.
Les nivellemens difent qu'en prenant l'eau au pied du morne la Tranquillité,
elle pourrait être mife fur terre au bourg de la Petite-Rivière, mais il faudrait
percer ou contourner le morne de la Crète-l-Pierrot, & cela coûterait trois
millions de journées de nègres. Suppofant même cette prife d'eau réduite aux
dimenfions qu'on vient d'indiquer, elle exigerait encore le tems de 600 nègres
pendant 8 ou dix ans. Il ne faut pas 7 dit M. Trembley, faire cette prife d'eau
plus haut que le voifinage du bourg de la
Petite-Rivière, 3 & comme le propofait M. Courrejolles ( dont M. Trembley fait un fréquent éloge ), on porterait
l'eau à lintervalle qui eft entre les écores & le point où l'eau arriverait fur
terre, au moyen de roues à feaux, auxquelles un petit barrage de trois
donnerait encore de l'avantage.
pieds
Dans toutes les hypothèfes, l'eau élevée procurerait auffi des moulins à eau.
On pourrait encore faire ufage des pompes à feu, qui donneraient
pouces de fontenier par minute, mais elles feraient plus difpendieufes 285
les roues à feaux.
que
M. Trembley finit par être de l'opinion 7 que pour Parrofement les
d'eau partielles font à préférer à une prife d'eau
prifes
générale, 1 parce qu'elles feront
propotionnellement moins coûteufes & qu'elles font une moindre déperdition
d'eau.
Dans la partie de fon ouvrage qui a pour objet de garantir la plaine de l'Artibonite des débordemens de fa rivière. M. Trembley obferve
que jufqu'ici l'on
a fait ufage des digues afin d'augmenter l'encaiffement de la rivière, mais
moyen eft infuflifant dans les grands
que ce
débordemens, parce que ces digues ont
plufieurs défauts. D'abord, elles fuivent les finuofités de la rivière &c ont
conféquemment dans plufieurs points une direétion plus ou moins en oppofition
avec le cours de l'eau au lieu de lui être parallèle. Enfuite elles font à une
diftance qui n'eft pas toujours bien calculée. Si elles font trop près &'que
l'écore foit efcarpée, l'eau qsi 3 mine renverfe la
digue 2 en fappant la bafe
qui
ufieurs défauts. D'abord, elles fuivent les finuofités de la rivière &c ont
conféquemment dans plufieurs points une direétion plus ou moins en oppofition
avec le cours de l'eau au lieu de lui être parallèle. Enfuite elles font à une
diftance qui n'eft pas toujours bien calculée. Si elles font trop près &'que
l'écore foit efcarpée, l'eau qsi 3 mine renverfe la
digue 2 en fappant la bafe
qui --- Page 159 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 14S
qui la portait. Si elles font trop loin, l'eau qui, comme on l'a dit, trouve du
haut de l'écore qu'elle furmonte une pente vers la digue, agit avec plus de
force contre celle-ci & la rompt. Il faut donc taluter l'écore dans le premier
cas & combiner l'élcignement de la digue avec la puiffance à laquelle elle
peut avoir à réfifter; car les digues n'ont pastoujours la hauteur & la confiftance
nécellaires.
M. Trembley, convaincu de ces inconvéniens, trouve fi diflicile d'y rcmédier, qu'il croit indifpenfable de recourir à un moyen plus efficace a
celui de la dérivation.
Prenant le débordement de 1730, pour bale de fes raifonnemens, , il fuppofe un efpace choifi dans le cours de la rivière & ayant 3 pieds, qui,
multipliés par les 200 pieds de largeur de la rivière, donnent 600 pieds
carrés de furface, lelquels multipliés à leur tour par 6 pieds, mefure de
l'accroillement de la rivière par heure dans ce débordement, offrent un réfultat de 3,600 pieds cubes d'eau par heure ou 60 pieds par minute & un
pied cube par feconde. Mais une éclufe de trois pieds de large avec un
pied & demi de hauteur, fournit 52 pieds cubes d'eau par feconde : la
dépenfe excéderait donc 52 fois l'accroiflement. Et M. Trembley en tire
cet argument 3 que fi une vanne de l'éclufe de M. de Villers avait lailfé
paller un peu d'eau en 1761, fa prife d'eau aurait réfifté.
Mais avec un canal de dérivation il y aura moins de puiffance dans le
rivière & par conféquent moins de dangers pour les éclufes. On peut d'ailleurs
dériver auffi par les fiphons,
Quant à l'eau dérivée, elle a, à l'Artibonite 1 deux moyens d'évacuation :
lun eft la rivière Salée, qui la portera à la mer ; l'autre 1 le foflé Nabot, qui
peut la porter à la mer aufli, foit au moyen de la rivière de PEfter, foit
un canal qu'on fouillerait exprès.
par
Il faut de plus taluter la rivière jufqu'à la furface des baffes eaux,
la terre des écores détrempée durant les
fe
1 parce que
pluies, gerce d'autant plus dans la
faifon féche & devient plus fujette aux crevaffes. Il faut combiner des épis
pour tenir le courant au milieu du lit de la rivière ; les faire peu élevés',
parce que c'eft dans le fond que les changemens du lit ont lieu; ;
des
y employer
pieux, 3 des planches clouées des caifles où l'on jetterait des pierres.
Quant aux galets & aux pierres dont la rivière couvre des efpaces fertiles
Tome 11.
T
plus dans la
faifon féche & devient plus fujette aux crevaffes. Il faut combiner des épis
pour tenir le courant au milieu du lit de la rivière ; les faire peu élevés',
parce que c'eft dans le fond que les changemens du lit ont lieu; ;
des
y employer
pieux, 3 des planches clouées des caifles où l'on jetterait des pierres.
Quant aux galets & aux pierres dont la rivière couvre des efpaces fertiles
Tome 11.
T --- Page 160 ---
145 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
dans le haut de l'Artibonite, , il faudrait garantir ces points par des bamboulières, des rofelières ou de grands campèches > qui laiffent un libre cours à l'eau
& la forcent d'abandonner ces galets & ces pierres.
Refte l'examen des moyens propres à empêcher l'inondation d'une partie des
terres de la plaine de T'Artibonite.
M. Trembley obferve que ces terres font fituées fur les rives de P'Efer,
depuis fon confluent avec la rivière du Cabeuil jufqu'à la mer,
7 par conféquent
dans une étendue d'environ 15,CO0 toifes,
Deux caufes concourent à les noyer. D'abord elles font dans un point qui
eft le' plus bas dé la plaine, &c que la double pente de celle-ci rend fon point
d'égout. Puis 2 l'Efter après avoir reçu les eaux de la Marécageufe, du Cabeuil
&c de la Coupe à PInde , n'ayant que très-peu de courant & qu'un lit obftrué &
même comblé en plufieurs endroits, il en réfulte des débordemens qui noyent
les parties adjacentes pendant une grande partie de l'année ; de là, la néceffité
pour d'autres points d'employer des levées afin de fe garantir des inondations
& de pouvoir fe livrer à des cultures que ces levées nc préfervent pas toujours.
Pour micux juger ces localités, il faut favoir que l'Efter. , prefqu'à fon
arrivée dans la plaine, reçoit la Marécageufe 7 8c environ deux lieues plus
bas, le Cabeuil. De là elle court un peu àl l'Oueft, puis fe dirigeant de nouveau
au Nord, elle va vers le morne du Piton, en face duquel la rivière de l
Coupe à l'Inde vient s'y jetter. Du morne du Piton , P'Efter court à l'Oueft
julqu'à la mer, & dans cet intervalle elle reçoit les eaux du foflé Nabot.
Ce foflé, dont le nom ne défigne pas quelque chofe de confidérable, traverfe
la plaine de PArtibonite du Sud au Nord, depuis la rivière de P'Artibonite
jufqu'à celle de l'Efter où il arrive à cinq lieues de la mer; il parait que c'eft
un ancien lit de l'Artibonite. Sans eau pendant la faifon féche, il reçoit dans
celle des pluies 1 les égoûts des eaux pluviales des terres de la rive droite de
l'Artibonite. 3 qui font placées orientalement par rapport à lui.
Lorfqu'il pleut, TEfter a une fi grande abondance d'eau, qu'il déborde fouvent avant la jonêtion du Cabeuil avec lui, & lés deux rivières du Cabeuil 8t
de Ia Coupe à l'Inde y en ajoutent encore un volume tres-confidérable,
On conçoit aifément, d'après cela, que PEfer qui n'a, depuis le grand
pont julqu'à fon embouchure, c'eft-à-dire, fur plus de trois lieues de diftance,
qu'environ trois pieds de pente ; qui, avec un lit très-encombré, a fur fa
vent avant la jonêtion du Cabeuil avec lui, & lés deux rivières du Cabeuil 8t
de Ia Coupe à l'Inde y en ajoutent encore un volume tres-confidérable,
On conçoit aifément, d'après cela, que PEfer qui n'a, depuis le grand
pont julqu'à fon embouchure, c'eft-à-dire, fur plus de trois lieues de diftance,
qu'environ trois pieds de pente ; qui, avec un lit très-encombré, a fur fa --- Page 161 ---
FRANÇAISE DE S Ajl N T - DOMINGUE. 147
rive droite le morne du Piton, par lequel fes eaux font arrêtées, les répand
fur fa rive gauche. Elles y forment d'abord le marécage appellé les GrandsAbreuvoirs. Ces eaux épanchées font en outre refoulées jufques far la rive
droite de la Coupe à l'Inde &jufques fur la rive gauche de l'Efer, en remontant depuis le morne du Piton jufqu'au confluent du, Cabeuil avec l'Efter ; de
forte que dans toute cette étendue une vafte portion plane eft couverte 3 chaque année, 7 par les eaux ; &c que les terres que de fortes digues en préfervent,
manquent d'égoût pour les eaux pluviales.
Il en eft de même depuis le morne du Piton jufqu'à la mer, où PEfter
forme notamment un immenfe marais appellée le Grand-Iflet. C'eft furtout
après les débordemens de l'Artibonite, que cette étendue eft noyée, &c fix
mois après celui du mois d'Octobre 1780, il y en avait encore une grande
partie fous les eaux.
De ces circonftances diverfes, réfulte l'oppolition que les habitans d'une
partie de l'Artibonite apportent à l'arrofement de la plaine; ; parce que des
prifes d'eau ou des faignées faites à la rivière devant porter fur le fol des portions d'eau que les pentes dirigent toutes vers leurs terrains 3 il leur femble
naturel de craindre que les maux qu'ils éprouvent déjà, ne foient encore
aggravés.
On leur répond néanmoins qu'on n'arrofe que dans la faifon non-pluvieufe,
& que l'arrofement abforbe prefque toute l'eau; & on leur fait obferver de
plus 1 que fi l'Efter demeure embarraffé, c'eft parce que les habitans de la
partie fupérieure y forment des carabinages pour micux s'aflurer pendant le
tems fec les eaux qui coulent encore alors dans cette rivière; que fon embouchure a des mangliers très-fourrés & qui arrêtent les arbres que cette rivière
charrie, &c qu'au mépris des ordonnances on y. fouffre un grand nombre de
barrages pratiqués pour faciliter la pêche.
Il faudrait donc, dit M. Trembley, nettoyer le Iit de T'Efter, l'affranchir
de tous ces obftacles, & fes eaux, par leur propre chûte, creuferaient ellesmêmes ce lit ; jamais corvée publique n'aura eu un but plus utile.
Mais ce n'eft point aflez, il faut encaiffer l'Efter par des digues qui auraient naturellement une direction parallèle au cours de l'eau depuis le morne
du Piton jufqu'à la mer. Ces digues feraient plus sûres que celle de PArtibenite, parce qu'elles n'auraient pas d'aufli grands efforts à foutenir, & que la
T 2
chûte, creuferaient ellesmêmes ce lit ; jamais corvée publique n'aura eu un but plus utile.
Mais ce n'eft point aflez, il faut encaiffer l'Efter par des digues qui auraient naturellement une direction parallèle au cours de l'eau depuis le morne
du Piton jufqu'à la mer. Ces digues feraient plus sûres que celle de PArtibenite, parce qu'elles n'auraient pas d'aufli grands efforts à foutenir, & que la
T 2 --- Page 162 ---
148 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
terre a là plus de ténacité. S'il le fallait même, des épis inginieufement
cés, accroitraient le courant de lEfter dans fa partie inféricure.
plaMais fi enfin l'on redoute encore cette rivière,
après ces précautions 9 OR
peut en dévoyer un volume d'eau quelconque & le porter dans l'Artibonite.
On le peut, puifque l'Efter, après fon entrée dans la plaine, coule à de
diftance de la Petite rivière qui
du
peu
2 près bourg du même nom, fe jette dans
l'Artibonite, & qu'un habitant qui conduit chez lui une portion de l'eau tirée
de P'Efter pour faire mouvoir un moulin, jette enfuite cette eau dans la Petite
rivière. On élargirait le lit de cette dernière pour cC nouveau volume
de ce déblai on augmenterait fes digues, & le
d'eau ;
par moyen d'éclufes combinées
on porterait les eaux à volonté dans l'Artibonite ou dans PEfer; &
dernière conferverait, au furplus, l'eau qu'elle recevrait
cette
sanal de détournement.
inférieurement à ce
Ces moyens fuppofent qu'on fe fera occupé d'une dérivation des eaux de
l'Artibonite, 3 & d'ailleurs les habitans du bas feraient toujours bien moins
à plaindre fi l'on ne laiffait les eaux dans l'Efter',
gereux de les
dans
que lorfqu'on croirait danenvoyer
P'Artibonite; ; ce qui ne devrait pas être calculé
d'après la feule addition de lcur volume, puifqu'il eft de
viteffe de l'Artibonite
principe que la
augmentant par ce volume même, fon élévation ne
rait pas proportionnelle à ce furcroit d'eau.
feSi enfin la réunion 3 dans le foflé Nabot, des eaux pluviales & du
de l'arrofement alarmait
fuperfu
pour PEfter, on pourrait les faire aller à la mer directement par un canal qui ferait fort utile pour la navigation. Mais il eft trèsprobable que ces eaux ne feraient qu'utiles dans l'Efer pour y conferver
viteffe néceffaire à l'Efter devenu lui-même le canal de navigation.
une
Il refterait enfn pour rendre à la culture les terres noyées de l'Artibonite,
a s'occuper de la rivière de la Coupe à PInde. Son lit eft tellement
obirué,
qu'clle n'a prefque pas de pente dans une portion de fon cours avant fa
avec FEfter; elle s'épanche donc durant les pluies. On
obvier jonation
donnant un Iit droit depuis fon entrée dans la
peut y
en lui
plaine, & en le creufant
au pied du morne du Piton, qui la contiendrait d'un côté tandis
l'autre la terre déblaiée formerait des digues.
quc de
Le Leéteur trouvera furement comme moi, que dans fes Effais
ques, M. Trembley a préfenté la plaine de l'Artibonite avec tous hydrauli- fes
avan-
obvier jonation
donnant un Iit droit depuis fon entrée dans la
peut y
en lui
plaine, & en le creufant
au pied du morne du Piton, qui la contiendrait d'un côté tandis
l'autre la terre déblaiée formerait des digues.
quc de
Le Leéteur trouvera furement comme moi, que dans fes Effais
ques, M. Trembley a préfenté la plaine de l'Artibonite avec tous hydrauli- fes
avan- --- Page 163 ---
FRANÇAIS E DESAINT.T-DOMINGUE,
tages & tous fes inconveniens, & qu'il a indiqué 3 fur chacun de ces derniers, des moyens que des talens réels 1 une longue habitation locale, des
recherches mathématiques & plufieurs opérations recommandent.
De tout ce que je viens de rapporter comme obfervé ou propofé en 1781,
les feules vues de M. Bertrand de Saint-Ouen ont été fuivies de quelque
execution, avec le fecours de la pompe à feu qui lui 3 été donné à titre de
prêt par le gouvernement, à qui elle a coûté 72 mille livres tournois. L'idée
du fiphon a été abandonnée.
M. Bertrand de Saint-Ouen communiqua d'abord fon plan aux habitans de
l'Artibonite > qui ne le goûtèrent pas; & M. Roflignol Belanfe fut le feul
qui voulut s'y affocier.
M. Verret, à qui le gouvernement avait foumis ce nouveau projet, ayant
donne un avis favorable. les Adminiftrateurs ont accordé une conceflion d'eau
à MM. de Saint-Ouen & Belanfe. Au mois de Novembre 1783, on commença le travail de l'éclufe.
Au mois de Juin 1784, l'Artibonite & PEfer ayant rompu leurs digues en
vingt endroits, inondèrent la plaine, détruifirent la culture &c les vivres. Les
Adminiftrateurs permirent alors, à des négocians de Saint-Marc, d'envoyer
deux bâtimens à la Jamaique pour y chercher du ris & d'autres fubfiftances, &
quatre bâtimens Américains furent dépéchés du Môle pour la Nouvelle-Angleterre avec la même deftination.
M. Bertrand de Saint-Ouen confidérant les dangers dont l'Artibonite menace toujours la plaine, s'occupa, dès Ia fin de 1784, des moyens de la rendre
utile & d'éviter fes ravages.
II obferve, à ce fujet, que depuis moins de 40 ans le Cabeuil & l'Efter,
alors encaiflés de IO ou 12 pieds, font comblés & coulent à fleur de terre :
que 'Artibonite elle-même s'eft élevée de 8 pieds au moins pendant le même
intervalle, tellement qu'il faut des digues de IO pieds où celles de 3 pieds
étaient faffifantes.
Il ajoute 1 d'une part, que l'Artibonite eft fituée de manière
confidérée
avec fes rives qui ont de chaque côté une pente rapide de 17 à que 18 2
dant environ douze cens toifes, elle forme un dos d'âne de
pieds pen2,400 toifes, par
lequel la plaine eft dominée & faifant les mêmes circuits que cette rivière
tortueufe; &c d'une autre part, que la hauteur des écores étant évaluée
en
'une part, que l'Artibonite eft fituée de manière
confidérée
avec fes rives qui ont de chaque côté une pente rapide de 17 à que 18 2
dant environ douze cens toifes, elle forme un dos d'âne de
pieds pen2,400 toifes, par
lequel la plaine eft dominée & faifant les mêmes circuits que cette rivière
tortueufe; &c d'une autre part, que la hauteur des écores étant évaluée
en --- Page 164 ---
15o DESCRIPTIO N D J E LA PARTIE
terme moyen, à 21 pieds & les digues à 9 pieds, la rivière, dans fes afcenfions, peut être fufpendue de 30 pieds au-deffus de la partie inférieure de la
plaine; & que par conféquent cette immenfe colonne d'eau menace d'inonder
toute la plaine de l'Artibonite.
On eft épouvanté, après ces remarques, de la fécurité des
car
il fuffit de voir ce que la rivière a fait en formant cette
habitans,
limon, pour concevoir de quels
plaine avec fon
défaftres,elle peut être la caufe. L'effroi
augmente fi l'on confidère que fon lit s'exhauffe de 7 ou 8 pieds en
D'un autre côté, la fécherefle défole
40 ans.
l'agriculteur. M. Bertrand de
Saint-Ouen dit aufli que vers 1740, les pluies d'orage
mois d'Avril & fe prolongeaient
commençaient avec le
jufqu'au IO Novembre.
Alors on faifait trois coupes d'indigo, il n'y en a plus que deux. Le coton
cft dévoré quelquefois à trois reprifes, par les chenilles. Il n'y a plus de
que dans quelques cantons privilégiés. Les bananiers ont
patate
planter le maïs en Juillet & en Août,
la
difparu. Au lieu de
après première récolte
le cueillir en Novembre, il faut le mettre en térre au
d'indigo, pour
immédiatement
Commencement de Juin,
après l'indigo, & en faire la récolte deux mois plutôt, dans Ia
crainte que le fec ne fe manifefte &c au rifque que quelques
de
s'oppofe à fa confervation. Le petit mil eft
grains pluie ne
encore plus cafuel. On ne peut le
planter qu'en Août, après Ia première coupe d'indigo &e, comme le maïs dans
le même champ, & fi la faifon pluvieufe finit à la fin de
mil ne forme
&
Septembre, le petit
point d'épis ne donne plus de récolte.
Il faut donc arrofer la plaine de l'Artibonite.
Le moyen en eft fimple 1 ajoute M. Bertrand de Saint-Ouen : trois éclufes
peuvent arrofer toutes les habitations qui font au-deffous du niveau du lit de
la rivière & trois pompes à feu , celles qui font au-deffus.
Les éclufes feraient fur un radier de 90 à IOO pieds de
conftruit à 120 pieds de la rivière. A deux
long 9 folidement
pieds au-deffous des plus baffes
eaux, 2 on poferait trois ou quatre tuyaux de fonte compofés de 3 pièces de 8
pieds de long chacune & coupés en bec de flûte aux deux extrémités qu'on
ouvrirait & fermerait à volonté par une charnière. Ces tuyaux feraient
dans le ciment > garnis de bons moelons & enchaflés dans un mur de noyés
d'épaiffeur à fa bafe & terminé à la hauteur des digues fur
14 pieds
de manière qu'il aurait 4 pieds de talus vers la rivière & 3 pieds fur l'autre d'épaiffeur;
côté.
és en bec de flûte aux deux extrémités qu'on
ouvrirait & fermerait à volonté par une charnière. Ces tuyaux feraient
dans le ciment > garnis de bons moelons & enchaflés dans un mur de noyés
d'épaiffeur à fa bafe & terminé à la hauteur des digues fur
14 pieds
de manière qu'il aurait 4 pieds de talus vers la rivière & 3 pieds fur l'autre d'épaiffeur;
côté. --- Page 165 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MINGUE. 151
Ce corps d'éclufe ferait accompagné de deux embranchemens latéraux de
80 à IOO pieds de long chacun, avec des murs de 4 pieds d'épaiffeur à leurs
fondemens, 1 terminés à 2 pieds de large à la hauteur des terres & luigneufement
corroyés.
L'intervalle de 120 pieds entre l'éclufe & la rivière ferait creufé à la
profondeur du radier 3 dans 8 ou 9 pieds de large & prefqu'à plomb pour donner
moins de prife à l'eau & l'on garnirait les parois de fafcines 1 de pilotis, de
fortes limandes &c de traverfines.
Une pareille éclufe ne coûterait que 500,000 livres.
Mais un préalable indifpenfable 7 ce ferait que le gouvernement fit faire un
déverfoir de 90 pieds de large & de 3 pieds de profondeur qui, par un canal
de deux lieues & demie 1 en ligne droite, porterait l'excédant des eaux de
l'Artibonite dans la rivière Salée qui, elle-mème 9 fi l'on coupait quelques
angles ou aculs 1 irait , prefqu'en ligne droite 2 à la mer.
Sur ce déverfoir, M. Bertrand de St-Ouen obfervait qu'il faudrait à fa tête
un radier folide de 90 à IOO pieds 7 à une certaine diftance de la rivière 7 pour
empècher qu'elle ne quittât fon ancien lit &c ne fe jettât dans le nouveau. Dans
les crues 7 la moitié des eaux pafferaient dans le déverfoir, 7 &c avec une pareille
diminution un débordement comme celui de 1784 ferait contenu par des digues
de deux pieds.
Enfin. 2 pour completter tout ce qu'exige la plaine de l"'Artibonite, il faudrait
que le gouvernement fit encore exécuter un canal d'écoulement de Ia partie
droite de la rivière de l'Artibonite. Ce canal prendrait au confuent du Cabeuil
avec l'Efter 1 laifferait auffi la rivière de la Coupe à PInde à elle-mème & irait
en parcourant trois lieues &c demie, 1 en ligne droite, à une efpèce d'embouchure
de l'Efter, dans la baie du Grand-Pierre.
Pour donner plus de poids à fes oblervations, M. Bertrand appela M.
Mottin, arpenteur.
Il réfulte des opérations de celui-ci, faites depuis le 17 Janvier jufqu'au
13 Mars 1786, quant au déverfoir: : que d'un point pris fur la rive gauche de
I'Artibonite, à environ I16 toifes avant celui oà M. Bertrand de Saint-Ouen a
fait mettre fa pompe à feu, , courant en ligne droite jufqu'au point où la rivière
Salée fe trouve de niveau avec la mer 1 ce qui forme un intervalle de trois
lieues & demie, ily a 22 pieds de pentc & conléquemment plus de trois pouces
& demi par cent toifes pour le déverfoir.
: : que d'un point pris fur la rive gauche de
I'Artibonite, à environ I16 toifes avant celui oà M. Bertrand de Saint-Ouen a
fait mettre fa pompe à feu, , courant en ligne droite jufqu'au point où la rivière
Salée fe trouve de niveau avec la mer 1 ce qui forme un intervalle de trois
lieues & demie, ily a 22 pieds de pentc & conléquemment plus de trois pouces
& demi par cent toifes pour le déverfoir. --- Page 166 ---
r52
DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
Il en réfulte, quant au canal d'égout, I°. Que d'un point pris un peur
au-deflous du confluent du Cabeuil avec PEfter 1 allant droit à l'Oueft pendant
7,583 toifes 2 pieds 2 jufqu'à la rencontre du point où le Petit-Efer-a.l'Eau
(qui eft une efpèce de branche que l'Efer s'eft formée près de fon embouchure
& qui fe rend à la baie du Grand-Pierre ), eft de niveau avec la mer, ilya
22 pieds 8 pouces de pente ; au lieu que P'Efter, en fuivant fon cours adtuel,
perd depuis l'endroit mefuré au-deffous de fon confucnt avec le Cabeuil, ( oi
il eft encaiffé de 2 pieds 4 pouces & d'oà il court prefque au Nord ),
jufqu'à celui où il fe dirige à l'Ouefl, ce qui comprend 3.500 toifes en ligne
droite, 12 pieds IO pouces de pente, & encore 2 pieds en parcourant 1,500
toifes de plus, ce qui fait 18 pieds 2 pouces; ; de manière que de ce dernier
terme à fon embouchure à la baie à Tortue, , qui eft nécellairement de niveau
avec le point indiqué du Petit-Efer-a.lEau, il ne lui refte plus, dans cette
diftance d'environ 4 lieues, que 4 pieds, 6 pouces 1 8 lignes de chite. Donc
le canal d'égoût eft non feulement poflible, mais il offre de grands avantages
dans la direétion propofée, d'autant que toute la partie de la plaine qu'il
traverferait eft entiérement inculte, quoique toute concédée.
Quant à la chûte de l'écoulement naturel de la plaine de l'Artibonite, du
Sud au Nord, on trouve que du bord Septentrional de l'Artibonite, 9 pris à la
tête du foflé Nabot jufqu'au point où l'Efter n'a plus que 4 pieds 6 pouces
8 lignes de pente 1 il y en a une de 27 pieds 3 pouces.
M. Bertrand de Saint-Ouen offrait de faire le déverfoir, le radier, deux
ponts fur les grands chemins, un fur la rivière Salée & une éclufe de refoulement pour la navigation, moyennant 600 mille livres tournois.
Enfin, fi au lieu du canal d'égout & de navigation on curait le lit de
PEfter jufqu'à la baie à Tortue, 1 les embarcations pourraient, ajoutait-il, s'en
fervir pour fe rendre aux Gonaives par le foflé Requin, & à la baie Grand.
Pierre par le Petit-Efer-ll'Esu.
Dans les premiers jours du mois de Mars 1786,l'eau coula à grands fots
dans l'éclufe que j'ai déjà indiquée comme commencée par M. Bertrand de
Saint-Ouen au mois de Novembre 1783Cette prife d'eau eft fur la rive gauche de l'Artibonite, dans uné partie
où la direêtion principale de cette rivière eft du Sud au Nord, à environ 1,700
toifes dans le Nend-quart-Nend.Ouct du point oà eft le bac du centre, & à
environ
mois de Mars 1786,l'eau coula à grands fots
dans l'éclufe que j'ai déjà indiquée comme commencée par M. Bertrand de
Saint-Ouen au mois de Novembre 1783Cette prife d'eau eft fur la rive gauche de l'Artibonite, dans uné partie
où la direêtion principale de cette rivière eft du Sud au Nord, à environ 1,700
toifes dans le Nend-quart-Nend.Ouct du point oà eft le bac du centre, & à
environ --- Page 167 ---
FRANÇAISE DE SA IN T-DOMINGUE
environ quatre lieues & demie prefque Eft & Oueft avec l'embouchure de la
rivière Saléc. Elie confifte en deux ouvertures contigues qui prennent l'eau à
deux pieds quatre pouces au-deffous du niveau des plus bafles eaux, & qui ont
chacune 4 pieds de large fur 5 pieds de haut. M. Bertrand de Saint-Ouen
comptait que cette prife d'eau pouvait arrofer 8,000 carreaux, &c cette évaluation eft faible.
Tandis que M. Bertrand de Saint-Ouem s'occupait ainfi dés moyens d'utilifer l'Artibonite & de lui enlever la faculté de nuire, elle monta brufquement
de 7 à 8 pieds au-deffus de fes berges dans la nuit du 5 au 6 Septembre 1786.
Les digues furent renverfées en dix cndroits à la fois 3 des habitations furent
coupées en deux, & une partie des récoltes & dés vivres du pays détruits. On
évalua à 3 millions la perte que les habitans avaient foufferte, indépendamment
de celle que la difette devait caufer en nègres; trois femaines plutôt cette
perte aurait été double.
Si les digues avaient tenu quelques heures de plus 3 l'eau en gagnant encore
trois ou quatre pieds les auroit furmonté toutes & aurait caufé la deftruétion
de trois quarts des hommes &c des animaux.
La terreur caufée par ce débordement. , la perfuafion que fans le déverfoir
la plaine pourrait fe trouver un jour fous l'eau , portèrent les habitans à figner
une requête pour demander au roi, à titre de don ou de prêt, 600 mille liv.
tournois' pour ce déverioir.
Prefqu'au même inftant, &c le II Novembre 1786, la pompe à feu que M.
Bertrand avait fait placer par un ingénieur venu exprès de France , fut mife
en jeu en préfence de M. le comte de la Luzerne 1 gouverneur-général.
Cette pompe eft établie fur l'habitation même de M. Bertrand &c fur la
rivière de l'Artibonite 3 à environ 1,500 toifes dans le Sud de fa prife d'eau.
Elle prend l'eau à 2 pieds au-deflous du niveau des plus bafles eaux, & l'élève
à 21 pieds au-deffus de ce niveau. Elle peut fournir à l'arrofement de
2,000 carreaux, & confomme , par 24 heures, 5 à 6 barriques de sà 6 pieds
eubes de charbon de terre, valant 33 livres pièce.
Les Adminiftrateurs adrefsèrent à M. Bertrand de Saint-Ouen, l'ordre de
faire faire le nivellement du canal qu'il propofait pour déverfoir; celui-ci
chcifit M. Pinard de la Rofière, arpenteur principal de la Sénéchaufiée de
Saint-Marc, pour cette opération qui dura depuis le 2 Janvier juiqu'au
Tom. II.
V
de sà 6 pieds
eubes de charbon de terre, valant 33 livres pièce.
Les Adminiftrateurs adrefsèrent à M. Bertrand de Saint-Ouen, l'ordre de
faire faire le nivellement du canal qu'il propofait pour déverfoir; celui-ci
chcifit M. Pinard de la Rofière, arpenteur principal de la Sénéchaufiée de
Saint-Marc, pour cette opération qui dura depuis le 2 Janvier juiqu'au
Tom. II.
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154 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
4 Février 1787. Elle a donné, pour réfultat, 41 pieds 6 pouces 2 lignes de
pente, fur 7,512 toifes I pied de diftance. Mais M. de la Rozière, a indiqué
en méme-tems une direction plus droite, plus courte & moins difpendieufe
en faifant partir le déverfoir d'un point qui fe trouve fur Artibonite à 700
toifes dans le Nord de celui indiqué par M. Bertrand de Saint-Ouen. De là
le canal ferait conduit prefque de PEf à l'Oueft pendant près de 5,000 toifcs,
pour tomber daus la rivière Salée > qui enfuite deviendrait elle-mème un
canal que des caux, avec 41 pieds de chûte 9 ne manqueraient pas de fe
ereufer, après avoir nappé dans des terrains falineux & que fon limon rendrait
produ@tif.
M. Bertrand de Saint-Ouen paya le tribut à la nature au commencement
de Mars 1787. Pcu de tems après l'on foutint que le déverfoir 7 tel qu'il
l'avait conçu, ne produirait pas l'effet qu'il en attendait ; parce que dans le
débordement de 1786, il s'était fait, dans la partie fupérieure de la plaine 9
quatre ouvertures qui avaient au moins chacune lé triple de celle fixée au
déverfoir, & qu'elles n'avaient pas empèché, au-deffous du point où le déverfoir était projetté, deux autres brêches égales entr'elles aux quatre autres.
D'ou l'on concluait qu'il n'y avait rien à efpérer que par le redreflement de la
rivièrc.
Quant à fon éclufe & à Ia machine à feu 2 quoiqu'il fit évident qu'elles
étaicnt fufceptibles de donner à la partie la plus féche de la plaine de PArtibonite, une valeur de 15 millions de plus ; puifque cette partie a cent habitations de IOO carreaux chacune, comprifes entre la rivière de l'Artibonite au
Nord & à PER, la mer à l'Oueft & les montagnes de Saint-Marc au Sud, pas
un feul propriétaire n'a voulu acheter de l'eau que MM. Bertrand de SaintOuen &x Roffignol Belanfe leur offraient à raifon de 66,000 liv. par.habitation,
fuppofée de cent carraux arrofables. Ils fe contentaient de l'intérêt de cette
fomme pendant IO ans > & ne demandaient le capital que pour la onzième
& la douzième année, en deux payemens égaux.
Il femblait que tous les projets fur l'Artibonite avaient été enfevelis avec
Fhomme qui s'en était occupé le plus conflamment, & l'on aurait dit qu'un
événement qui avait précédé fa mort, avait été le funefte préfage de cet
abandon ; Paction de la machine à feu fur elle-mème n'ayant pas été affez
melurée dans fon rapport avcc un fol aufi peu folide que celui de I'Artibonitc *
en deux payemens égaux.
Il femblait que tous les projets fur l'Artibonite avaient été enfevelis avec
Fhomme qui s'en était occupé le plus conflamment, & l'on aurait dit qu'un
événement qui avait précédé fa mort, avait été le funefte préfage de cet
abandon ; Paction de la machine à feu fur elle-mème n'ayant pas été affez
melurée dans fon rapport avcc un fol aufi peu folide que celui de I'Artibonitc * --- Page 169 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU: E. 155
cette machine a defcendu au-deffous du niveau oà elle avait été placée.
Mais M. de Saint-Germain vient de fe propofer, cette année (1789), avec
un nouveau projet pour arrofer l'Artibonite. D'après les ordres du Miniftre,
il a repaffé dans Ia Colonie avec un ingénieur 8c un fecrétaire de fon choix 1
& le gouvernement a recommandé aux
Adminiftrateurs 3 par fa lettre du
15 Août, de faire vérifier fon plan par les ingénieurs de la Colonie.
Dât-il avoir un fuccès toujours refufé à fes prédéceffeurs. il faut dire,
parce que c'eft la vérité & avec une douleur profonde, qu'après 45 années
de recherches , d'opérations, de foins, de tentatives, l'arrofement de Ia
plaine de l'Artibonite 2 par la rivière qui la traverfe &c l'égoôt de ces
n'exiftent
caux. 7
point encore, quoique leur poffibilité foit appuyée de preuves mathématiques, au nombre defquelles les beaux mais inutiles travaux de M.
Bertrand de Saint-Ouen, méritent une des premières places; ; & quoique la
néceflité de cette double opération ne fafle que s'accroître chaque jour ! Étrange,
mais trop commune fatalité de tout ce qui eft vraiment utile !
Et l'on dit encore qu'on peut s'en fier à ce que l'intérêt perfonnel confeille ? Il faut avoir bien peu réfléchi pour ne pas favoir que les paflions des
hommes les trompent fur ce qui eft réellement leur intérêt, &c
que chaque
hont ie a mille paflions. Qu'eft-ce donc quand il faut, comme ici, que l'intérêt
perfonnel parle le même langage chez tous ! C'eft au gouvernement à faire
taire les motifs fecrets 3 à vaincre l'indolence, à détruire P'irréfolution & à
imprimer le mouvement à une grande entreprife. Mais le gouvernement luimême fait-il toujours ce qu'il doit vouloir au nom du bien public ?..
C'eft peut-être même une queftion à examiner, de favoir fi la totalité
de la plaine de l'Artibonite étant arrofée, 9 fa culture en cannes à fucre
n'aurait pas un grand obftacle dans le manque de bras, & fi effectuée elle 3
n'aurait pas quelque défavantage pour le refte de la Colonie déjà confacrée
à cette culture, & même pour la mafle des propriétaires de cette plaine :
Une autre queftion non moins intéreflante & qui influerait fur la décifion de la
première, ferait d'examiner fi, en général, les terres de P'Artibonite font auffi
propres à être arrofées qu'on le croit, ou fi même comme on l'a déjà éprouvé
à l'égard de quelques portions 1 il n'y en pas d'argileufes que ce moyen
acheverait de rendre fans rapport? Mais ce qui eft démontré jufqu'à Pévidence dès à préfent, c'eft qu'il n'y a que du gain à empécher
que cette
V 2
, ferait d'examiner fi, en général, les terres de P'Artibonite font auffi
propres à être arrofées qu'on le croit, ou fi même comme on l'a déjà éprouvé
à l'égard de quelques portions 1 il n'y en pas d'argileufes que ce moyen
acheverait de rendre fans rapport? Mais ce qui eft démontré jufqu'à Pévidence dès à préfent, c'eft qu'il n'y a que du gain à empécher
que cette
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156 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
plaine ne foit dévaftée par des débordemens qui y font périr, les hommes,
les animaux & qui y détruifent des récoltes entières ; c'eft qu'il cft néceffaire d'empècher que des travaux coûtcux & pénibles ne foient infructueux ;
c'eft qu'il eft indifpenfable d'aflurer la fubliflance des nègres qui, à P'Artibonite, n'ont point de places, & qui font nourris par leurs maitres, de patates,
de mais, de petit-mil &c de riz, que les inondations détruifent.
L'Artibonite 1 dans fon état aétuel, eft extrêmement utile par fa navigation 1 qui économife de grands frais, foit pour les denrées, foit pourles
objets néceflaires à l'exploitation. Elle eft faite par des acons & par des
bateaux qui peuvent porter de 30 à 40 tonneaux & remonter jufqu'au bac
de la Petite-Rivièrc, dans la faifon des pluies ; tandis que dans la faifon
féche, ils ne peuvent aller que jufqu'à 5 à 6 lieues au-deffus de l'embouchure.
Dans le tems des orages 3 leur viteffe moyenne peut être 7 en defcendant,
de 150 à 180 pieds par minute. Une ordonnance du juge de police de
Saint-Marc, du Ier, Oétobre 1781, leur enjoint de s'arrêter au premier
endroit propice dansle cas d'une crue d'eau inopinée 7 parce que ces crues font
çourir dcs rifques aux équipages, & que d'un autre côté ces bateaux caufent aux digues des dommages, dont cette ordonnance rend garans les propriétaires de ces cmbarcations. Ilparait que c'eft la liberté de cette navigation
que le gouvernement avait en vue, lorique dans les concelfions primitives
appuyées à la rivière, il a inféré l'obligation de laiffer 50 pas libres pour
le paffage le long de l'Artibonite; on lit cette claufc, notamment dans
une concellien accordée à M. Jacques Lefevre, , enregiitrée au Confeil de
Léogane le 12 Mai 1706. Ces bateaux vont à la cordelle &c les nègres qui
les tirent pallent fur les levées, qu'on a d'ailleurs combinées pour cet ufage.
Dès 1743, les habitans riverains du Cabeuil, ont. fait entr'eux la diftribution de fes caux, & un jugement des Adminifrateurs, du 13 Juillet
1750, a même réglé des conteflations à ce fujet La plaine de PArtibonitc offre auffi des arrofemens far la rive gauche de la rivière, mais
j'en parlerai à P'article de la parcilie des Verrettes.
()Voyes Loix & Conititations des Iles fous le vent, tom. 4 1 page 24.
du Cabeuil, ont. fait entr'eux la diftribution de fes caux, & un jugement des Adminifrateurs, du 13 Juillet
1750, a même réglé des conteflations à ce fujet La plaine de PArtibonitc offre auffi des arrofemens far la rive gauche de la rivière, mais
j'en parlerai à P'article de la parcilie des Verrettes.
()Voyes Loix & Conititations des Iles fous le vent, tom. 4 1 page 24. --- Page 171 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 157
4°. Des Bacs 8 des Ponts de la Plaine de PArtibonite.
L'ODSTACLE du paflage de la rivière de l'Artibonite, où les miliciens
du Cap, qui avaient marché pour aller au fecours de Léogane en 1702,
perdirent 28 chevaux en revenant, avait fait établir une efpèce de bac,
dont le propriétaire, même en 1713, ne payait aucune rétribution $ fans
doute parce qu'il n'avait aucun privilège exclufif & que les habitans continuaient à faire ufage de faibles canots pour eux-mêmes &c que leurs animaux
pallaient à la nage. Mais pluficurs accidens nouveaux portèrent les habitans
à établir un bac avec des conditions 1 que les Adminiftrateurs autoriserent
par une ordonnance du 20 Août 1717.
Ces conditions étaient : que les habitans du Quartier de l'Artibonite
feraient exempts du droit de péage, pour eux, leurs nègres &c leurs. voitures quelconques ; exemption qui ferait commune à tous les officiers de
la Colonie: que la propriété du bac appartiendrait à ces habitans, 5 qui fe
chargeraient de fa dépenfe & de fon entretien. L'ordonnance dit de plus, 9
que l'on répartira par tête de nègre la dépenfe première, évaluée à 5,060
livres; que le péage fera par chaque homme , chaque cheval, chaque voi+
ture, de 4 efcalins ; qu'avec le produit du bac on fe procurera un pallager
qui fera exempt de toutes corvées &c qui pourra tenir un cabaret fur le lieu
du paffage fans payer de droits; enfin,. que l'excédant fera remis chaque
année à un fyndic que les habitans choifiront.
Soit négligence 2 foit mauvaife adminifiration, il était encore dû en 1733,
1,899 livres, 14 fous, fur le prix de la conftruction du bac & un rembourlement du prix de trois nègres noyés par l'imprévoyance du palfager.
Ces circonftances portèrent les Adminiftrateurs à réunir le paffage du bac
au domaine du roi &c à ordonner, le 24 Mars 1733 7 que le paffage ne ferait
libre pour aucun habitant; que le bail ferait adjugé pour 5 ans, à partir
du 1er, Mai d'après la carte banie fignée d'eux; que le prix en ferait dé.
pofé entre les mains de M. Roflignol la Chicotte qui payerait les fommes
dâes, l'entretien futur &c conferverait le furplus pour faire faire un pont
fur P'Efer & un aux Verrettes. Le fermier du bac, depuis 1724, fut
en outre condamné à payer 1,500 livres de ferme par année depuis lors, &
partir
du 1er, Mai d'après la carte banie fignée d'eux; que le prix en ferait dé.
pofé entre les mains de M. Roflignol la Chicotte qui payerait les fommes
dâes, l'entretien futur &c conferverait le furplus pour faire faire un pont
fur P'Efer & un aux Verrettes. Le fermier du bac, depuis 1724, fut
en outre condamné à payer 1,500 livres de ferme par année depuis lors, & --- Page 172 ---
1g3 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
les Jut bitans confervèrent feulement le droit d'avoir des canots pour leur
ufag perfonnel.
Ce premier bac était à environ 2,000 toifes à PEA du bac aétuel du centre;
il était devenu la caufe d'une efpèce de bourg, dont les Adminiftrateurs
permirent, le 17 Novembre 1738, de conferver les maifons pour les ouvriers
néceflaires à la plaine s mais avec défenfes d'en conftruire de nouvelles.
Le IO Septembre 1744, ils y mirent une barre publique.
Depuis il y a eu deux nouveaux bacs établis : l'un fur P'Artibonite,
près du bourg de la Petite-Rivière, que l'ordonnance des Adminiftrateurs
du 15 Février 1751, avait voulu qu'on mit à un point inférieur au confluent de la Petite-Rivière avec P'Artibonite, mais que le manque d'eau
& Ics bancs, formés par les fables & Ies gravois chariés par la PetiteRivière, portèrent à faire placer où on le voit, d'après une autre ordonnance du 22 Janvier 1754 ; l'autre dans le bas de la plaine. Ce font même
ces bacs qui marquent à préfent Ia divifion que j'ai déjà indiquée de baut,
de centre & de bas de l'Artibonite. Le premier ou bac d'en haut, qui répond
à la partie inférieure du bourg de la Petite-Rivière 2 fert à faire communiquer entr'elles les parties fupérieures des paroiffes de la Petite-Rivière &
des Verrettes & leurs deux bourgs. Le fecond ou bac du centre, eft visà-vis l'habitation Courfin & à environ 7,000 toifes au-deffous du premier.
Il fait communiquer le centre de la plaine de l'Artibonite & même les
hauteurs de la Petite-Rivière, avec Saint-Marc. C'eft le plus fréquenté.
Le troifième ou bac d'en bas,eft en face des habitations Lefevre & d'Aquin
8 à environ 4,000 toifes du fecond. C'eft par fon moyen que les Gonaîves
communiquent avec Saint-Marc, & il fert aux courriers des poftes de la
Partie du Nord & de la Partie de lOueft.
Le bac d'en haut a été plus de deux ans 1 de 1781 à 1783, fans aucune utilité, 7 parce qu'un petit ilot de galet s'oppofait à fon paffage &
voulait encore le mettre à un point inférieur, ce qui aurait exigé qu'on le
chemin coupât plufieurs habitations.
que
Les trois bacs 1 où le péage eft le même, ont, à près des
fions égales. Cependant celui du centre eft le
peu
1 dimende bout bout
plus grand. Il a 33 pieds
en
& 18 pieds de large. A chaque
lieu de
renouvellement. 3 qui a
5 en 5 ans > le prix de la ferme de ces bacs va toujours croif.
érieur, ce qui aurait exigé qu'on le
chemin coupât plufieurs habitations.
que
Les trois bacs 1 où le péage eft le même, ont, à près des
fions égales. Cependant celui du centre eft le
peu
1 dimende bout bout
plus grand. Il a 33 pieds
en
& 18 pieds de large. A chaque
lieu de
renouvellement. 3 qui a
5 en 5 ans > le prix de la ferme de ces bacs va toujours croif. --- Page 173 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-D OMINGUE, 159
fant. Celui d'en haut a été adjugé, le 7 O&tobre 1786 pour 5,500 livres
par an; celui du centre, le Ir. Septembre 1787, pour 28,000 livres &
celui d'en bas le même jour, > pour 9,400 livres. Le prix des fermages
eft verlé entre les mains du fyndic 7 que nomment les habitans des paroilles
de la Petite-Rivière, des Verrettes & de Saint-Marc.
Ces bacs font adjugés après des criées faites devant les officiers de la
Sénéchauflée de Saint-Marc 2 fur une carte banie qui fixe les conditions, , dont
la première eft le tarif du péage
Les exempts de ce péage pour leurs perfonnes 9 leurs domeftiques & leurs
voitures feulement. 1 font : l'état-major de Saint-Marc; les commandans & les
curés des quatre paroilles du Quartier de Saint-Marc, &x les chevaliers de SaintLouis.
Les officiers du Confeil de Saint-Domingue, 2 ceux de la Sénéchauffée, ceux
des troupes & les foldats.
Le tréforier de la marine &x le receveur des droits domaniaux à Saint-Marc.
Le fyndic & le receveur des deniers de la ferme des bacs.
Les courriers ordinaires & extraordinaires.
Les perfonnes qui paffent pour les revues générales, dans les cas d'alarme, 3
pour les gardes & les corvées publiques.
Le fermier eft tenu de fe fournir de tout ce qui eft néceffaire pour la conduite
du bac & de le rendre 1 ainfi que les bâtimens 1 embarcadères & rampes, dans
(*) Une perionne à pied, s
1/2 efcalin
Un cavalier & fon cheval ,
Un cheval ou mulet chargé,
Un cabrouet chargé ou non > attelé de deux bceufs & les nègres conduéteurs, >
attelé de quatre boeufs 3
fix
Une chaife attelée de deux chevaux, 3 les perfonnes qui y font & deux domeftiques, 4
trois
quatre6
Par chaque domeftique de plus,
1/z
Par chaque animal de plus >
I/z
Pour un bauf,
1/2
Six moutons ou moins,
1/2
Pour plus, proportionnellement.
Par barrique, pipe Qu bouçaud quelconque 3
-
deux bceufs & les nègres conduéteurs, >
attelé de quatre boeufs 3
fix
Une chaife attelée de deux chevaux, 3 les perfonnes qui y font & deux domeftiques, 4
trois
quatre6
Par chaque domeftique de plus,
1/z
Par chaque animal de plus >
I/z
Pour un bauf,
1/2
Six moutons ou moins,
1/2
Pour plus, proportionnellement.
Par barrique, pipe Qu bouçaud quelconque 3
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DESCRIPTION DE LA PARTIE
l'état oà il les reçoit, & que confate un notaire ou d'en
la
répond de la mort, , de la fuite ou de l'eftropiement des payer valeur; i1
Le bac doit être carêné & radoubé
nègres attachés au bac.
le bac
chaque année aux frais du fermier, & fi
périt par fa négligence, il doit en payer un neuf,
Le fermier eft exempt de toute corvée 1 & il a le privilége exclufif de tenir
une auberge, > une boulangerie & une boutique de marchandifes féches dans
l'endroit où eft le bac ; mais s'il ne tient pas cette auberge, le
accorder le privilège à un autre.
fyndic peut en
Le fermier eft obligé de payer fa ferme de fix en fix mois, , de doner caution
&c certificateur de caution , qui s'engagent par corps comme lui, de
de
plus 200 liv. par an pour les réparations de P'Auditoire de la
payer
Sénéchauffée de
Saint-Marc & le droit de deux pour cent fur le prix de fon adjudication.
En cas de guerre avec quelque puiflance maritime, le prix de la ferme
diminue d'un tiers.
Dès T'origine, le régime auquel on avait affujetti les bacs de P'Artibonite
avait pour objet d'en faire fervir le produit à y conftruire un pont, fans
il ne faurait y avoir une communication affurée. On conçoit combien lequel
niens peuvent naître de l'attente forcée à laquelle un bac oblige, de d'inconvébilité d'en faire ufage dans les grandes crues d'eau, des
l'impoffiinterruptions
produit la néceffité de le réparer, ce qui oblige de Ie fuppléer
des que
par
canots
qui ne peuvent fervir qu'aux perfonnes ou [aux chaifes, & qui laiffent les
cabrouets & les animaux contraints de paffer à la nage, expofés à des accidens
qui ne font que trop communs dans une rivière auffi encaiffée &c
rives ont quolquefois affez peu de folidité pour qu'il foit difficile de 1 les dont les
Le 19 Mai 1776, les habitans de T'Artibonite aflemblés dans la gravir.
maifon
prefbytérale de la Petite-Rivière, en vertu des ordres des Adminifrateurs,
approuvèrent les propofitions de MM. Verret frères pour Ia conftruétion d'un
pont fur la rivière de P'Artibonite, au point où eft le bac du centre.
Ce pont devait être de bois, fur des piles & des culées de
avoir 200 pieds d'une terre à Pautre, 15 pieds & demi de largeur maçonnerie, de
&c
dedans
en dedans > y compris un trotoir pour les gens à pied, & 20 pieds d'élévation
de la ligne du cours de l'eau en tems moyen 7 jufqu'à celle de la furface des
piles. Ces piles, 2 au nombre de dix, devaient être difpofées de manière à
féparer la largeur de la rivière en 3 parties égales.
MM.
s d'une terre à Pautre, 15 pieds & demi de largeur maçonnerie, de
&c
dedans
en dedans > y compris un trotoir pour les gens à pied, & 20 pieds d'élévation
de la ligne du cours de l'eau en tems moyen 7 jufqu'à celle de la furface des
piles. Ces piles, 2 au nombre de dix, devaient être difpofées de manière à
féparer la largeur de la rivière en 3 parties égales.
MM. --- Page 175 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGU E.
MM. Verret demandaient 600 mille livres & mille journées de nègres par
corvée publique. 1 & promettaient de rendre le pont à fa perfection au Ier, Mars
1780. Les 600 mille livres devaient être payées un tiers en 1776, un fixième
en 1777, un fixième en 1778, & le tiers reftant, de 6 mois en 6 mois, de 1779
à 1786.
On prenait dans la caifle des bacs, en 1776, 200,000 liv.; fur 1777 & far
1778, 50 mille livres ; &c tous les payemens de 1779 à 1786 qui devaient donner
200 mille livres. Il ne manquait donc que I5O mille livres. Pour les fournir,
l'Aflemblée arrèta une impofition payable moitié en 1777, moitié en 1778.
La paroiffe de la Petite-Rivière devant paffer fur le pont fans détour,
futi impofée, à raifon de 11,134 nègres à 9 liv. par tête, à
100,6;6 liv.
Celle des Verrettes comme intéreffée à l'établiffement du Quartier
& auj paffage de fes voitures, 4311 nègres à 2 liv. 5f,
9,699 I5 fous.
Celle de Saint-Marc fat divifée en trois claffes.
1°,La rive du Nord 2 depuis le chemin du bac d'en bas jufqu'au
pont de PEfer, s 1,774 nègres à 9 liv.,
15-966
20. La même rive depuis le même bac jufqu'à la mer 9 1,097
nègres à 4liv.rof.
4936 IO
3°. Le refte de la paroiffe , 3.764 nègres à 2l.5f
8,469
La paroiffe des Gonaïves, quife fert du port de Saint-Marcen
tems de guerre, 4,226 nègres, à 265 5 f,
9,508 20
Impolition fur les maifons,
149,235 6,352 15 18
Total, s 155-588 liv. 13 fous.
Ce projet eut le fort de prefque tous ceux de Saint-Domingue.
En 1780, deux entrepreneurs fe prélentèrent 8c offrirent de faire un pont
de bois fur P'Artibonite & un fur l'Efter, moyennant 140,000 liv., 40 nègres
par jour pendant la durée des travaux, & le péage des deux ponts pendant
15 ans fur le pied de celui des bacs. Les habitans agréèrent ce plan 3 les Adminiftrateurs l'approuvèrent, & l'Artibonite n'eut point de pont.
Cette année. 1789, on a repris l'idée d'affurer la communication par l'Artibonite; en conféquence les Adminiftrateurs ont chargé M. de la Merveillère 9
dire@eur-général des fortifications, de s'occuper de oet objet pour lequel Ia
caiffe des bacs avait plus de 300,000 livres. Get officier, daus fa lettre aux.
Tome II,
X
trateurs l'approuvèrent, & l'Artibonite n'eut point de pont.
Cette année. 1789, on a repris l'idée d'affurer la communication par l'Artibonite; en conféquence les Adminiftrateurs ont chargé M. de la Merveillère 9
dire@eur-général des fortifications, de s'occuper de oet objet pour lequel Ia
caiffe des bacs avait plus de 300,000 livres. Get officier, daus fa lettre aux.
Tome II,
X --- Page 176 ---
162 DESCRIPTIO N D E LA PAR TI :
Adlminifrateurs du 25 Novembre 1789, marque que l'utilité du plus grant
nombre lui faifait penfer que le pont devait être mis aux environs du poina
oà eft le bac du centre; & que des voyageurs qui, pour aller de Saint-Marc
aux Gonaives, n'auraient qu'unc lieue de plus à faire, ne pouvaient pas
l'emporter fur les habitans de la plaine ; puifqu'en comparant le prix de la
ferme des deux bacs d'en bas & du centre, on les trouvait dans un rapport
moindre que d'un à quatre.
M. de la Merveillère accompagné de M. de Vincent , officier du génie, que
j'ai déjà cité à l'occafion du chemin de voiture de l'Oueft au Nord, a déterminé l'emplacement de ce pont à environ 200 toifes au-deffus du bac du
centre, à Ja fortie de ce qu'on appelle le détroit, vis-à-vis l'habitation Bel
langer, parce que la rivière n'a là qu'une largeur fuffifante pour permettre
de fonder les culées dans les écores mêmes, ce qui exigera moins de remblai, parce que le courant y eft direct : plus haut, la rivière eft plus rapide ;
plus bas, elle eft plus large. M.de la Merveillère cite ces motifs comme
autant d'excufes pour avoir choifi un autre local que celui préféré par fon
prédéceffeur (M. de Boisforeft ), à caufe de la direétion des chemins , & fitué
plus près du bac &c vis-à-vis la briqueterie. Sur une rivière irrégulière &
forte, dit-il, les emplacemens des ponts font déterminés par la nature > l'art
doit y foumettre les chemins.
Le pont de M. de la Merveillère doit avoir trois paffages de 50 pieds
chacun > avec des piles & des culécs de maçonnerie: ;le defTus fera de bois, d'une
forme fimple, légère & folide autant qu'économique, mais qui exige une telle
attention fur la nature des bois 8c pour les coupes, que fon exécution, > felon
M. de la Merveillère même, ne peut être coafiée qu'à des perfonnes inftruites.
Tout cela eft en projet.
La rivière de P'Efer offre un exemple que celle de I'Artibonite ne peut
donner. Dès 1751, M. Joannis y avait établi un bac à fes frais, pour lequel
il fut autorifé à exiger le même péage que celui des bacs de P'Artibonite
pendant 12 ans, & fans rétribution de fa part. Son privilège fut confrmé par
les Adminiftrateurs le 31 Mars 1754, mais à condition qu'il livrerait le bac
en bon état à la fin de ce terme. Ce bac fut enfuite réuni à l'adminiftration
de ceux de PArtibonite.
Les entreprcncurs de 1780 dont j'ai parlé (MM. Villeneuve &Larcade ),
exiger le même péage que celui des bacs de P'Artibonite
pendant 12 ans, & fans rétribution de fa part. Son privilège fut confrmé par
les Adminiftrateurs le 31 Mars 1754, mais à condition qu'il livrerait le bac
en bon état à la fin de ce terme. Ce bac fut enfuite réuni à l'adminiftration
de ceux de PArtibonite.
Les entreprcncurs de 1780 dont j'ai parlé (MM. Villeneuve &Larcade ), --- Page 177 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 163
ont conftruit le pont de l'Efter , dans un point oû fon lit a plus de 120 pieds
de large & fes bords plus de 20 pieds d'élévation. Ce pont qui a coûté70,0001.
que la caille des bacs a payés &c qui fait communiquer Saint-Marc avec les
Gonaives, a été achevé le 20 Oétobre 1782.
Il a 130 pieds de long fur 20 de large, 9 avec un garde-fou de 4 pieds de
haut. On l'a conftruit de bois du pays fur fept rangs de pilotis frappés à refus
de bélier. Sur ces pilotis eft adoffé un chapeau de dix pouces d'équarriffage à
tenons &c à mortoifes 7 tenu par des boulons de fer, &c fur ce chapeau l'on
a placé des traveries de même équariflage affemblées en traits de jupiter
& tenues avec le chapeau par des boulons de 23 pouces. Ces traverfes font
revêtues de madriers de tendre. -à- cailloux. Sur le pont & à environ IO
pieds du bout Nord eft une barrière pour interdire le paffage avant qu'on
ait payé.
Ce péage qui était au même taux que celui des bacs de l"'Artibonite, a été
réduit à moitié par la dernière carte-banie du 1 Novembre 1787. Comme il
n'eft deftiné qu'aux réparations du pont, il pourra éprouver d'autres diminutions. Ce pont eft encore dû à l'adminiftration de MM. de Reynaud & le
Braffeur.
Ilya un fecond pont fur PEfer, placé non loin &c en face du bourg de Ia
Petite-Rivière; un fur la rivière de la Coupe à PInde, au point où le chemin
qui mène dans la Partie Efpagnole la rencontre ; &c un autre fur le Cabeuil,
première rivière de cette plaine fur laquelle on en ait confruit un 1 puifqu'elle
l'a eu en 1750; il eft vers le bout Nord-Oueft du morne à Pipe. Tous ces
ponts font de bois & fervent aux voitures & aux cabrouets. C'eft la caifle
des bacs qui en a payé la dépenfe, & qui fournit aux frais de leur entretien; ;
on n'y perçoit aucun péage.
Enfin la plaine de l'Artibonite a plufieurs ponts fur différens canaux d'égout;
mais ceux-ci font de maçonnerie, parce qu'ils n'ont qu'une foible portée.
La plaine de l'Artibonite eft coupée par plufieurs chemins principaux ;
favoir : celui quin mène des Gonaives à Saint-Marc par le pont de l'Efter & le
bac d'en bas, & qui eft exaôtement la grande route; celui qui, par le bac du
centre, où tout venait aboutir jufqu'en 1750, parce qu'il n'y avait que ce
feul bac, conduit des hauteurs Nord.Eft de la paroiffe de la Petite-Rivière à
Saint-Marc, Rqui peut mener aulli de Saint-Marc au Cap par la PeciteX 2
aux ;
favoir : celui quin mène des Gonaives à Saint-Marc par le pont de l'Efter & le
bac d'en bas, & qui eft exaôtement la grande route; celui qui, par le bac du
centre, où tout venait aboutir jufqu'en 1750, parce qu'il n'y avait que ce
feul bac, conduit des hauteurs Nord.Eft de la paroiffe de la Petite-Rivière à
Saint-Marc, Rqui peut mener aulli de Saint-Marc au Cap par la PeciteX 2 --- Page 178 ---
DESCRIPTIO N D. E LA P A R T I E
Rivière, parle Petit-Fend ou parla Coupe à TInde, l'Atalaye, St-Raphaël &
leDondon; celuiqui, par Icl bac d'en liaut, fert à faire communiquer les hauteurs
Orientales de la même paroifle avec Saint-Marc, & encore celui qui mène de
Saint-Marc au Mirebalais , fur la rive gauche de la rivière de l'Artibonite.
Indépendamment de ces branches principales de communication, il exifte un
grand nombre d'autres chemins qui, ouverts pour l'ufage d'une ou de plufieurs habitations, viennent aboutir à CCS lignes majeures.
J'ai déjà dit que durant la guerre, lorfque le port de Saint-Mare ne reçoit
plus de bâtimens & que le cabotage court trop de rifque, une partie des productions de I'Artibonite vont chercher un débouché jufqu'au Cap, ce qui
donne une utilité de plus au chemin qui fait aller en voiture d'un lieu à
l'autre.
Je ne ferai point ici d'obfervations générales fur l'hiftoire naturelle de P'Artibonite, parce que je claffe celles de ce genre dans la defcription particulière
des paroiffes qu'elle renferme. J'indiquerai feulement qu'on trouve des carpes,
des mulets & des brochets dans fa magnifique rivière.
Le climat de l'Artibonite eft très-fain, & P'on en peut juger par de nombreux exemples de longévité. Le 26 Juin 1769, Anne Boffel, veuve Foucaud,
dite Colombe. , créole de Saint-Chriftophe 2 mourut fur fon habitation, âgée de
91 ans; & au mois de Novembre de la même année, Françoife Nicas, veuve
Saint-Martin, griffonne libre, native de l'ile la Marguerite 7 y termina fa.
carrière 1 âgée de 120 ans. Cette habitante laiffa alors une fille de 80 ans qui
était fon douzième enfant.
Les maladies de la plaine font affez communément celles qui appartiennent
à une température féche; dans les quinze premiers jours de 1783, le thermomètre s'éleva depuis 21 julqu'à 29 degrés de Réaumur. La petite vérole régna
dans toute I'Artibonite avec un caraéère contagieux pendant 18 mois, à partir
du commencement de 1731. Ses ravages étaient tels, que la même maifon
perdait quatre oû cinq individus par femaine 2 & des nègres à proportion. Le
juge de police de Saint-Marc défendit en conféquence 7 le 19 Février 1732,
d'inhumer dans les églifes & dans les cimetières des villes & des bourgs 1 les
viétimes de cette affreufc maladie, & il preferivit de les enterrer dans des
lieux éloignés fans cérémonie religieufe, & de brûler tous les vêtemens, les.
meubles. & les effets qui auraient fervi aux morts. La maladie charbonneufe.
des animaux s'eft montrée aufi dès 1783 à la plaine de T"Artiborite.
églifes & dans les cimetières des villes & des bourgs 1 les
viétimes de cette affreufc maladie, & il preferivit de les enterrer dans des
lieux éloignés fans cérémonie religieufe, & de brûler tous les vêtemens, les.
meubles. & les effets qui auraient fervi aux morts. La maladie charbonneufe.
des animaux s'eft montrée aufi dès 1783 à la plaine de T"Artiborite. --- Page 179 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 165
En confidérant dans fon enfemble ce qu'on appelait le Quartier de
P'Artibonite 1 on voit qu'en 1692, on comptait, dans tout l'intervalle qui
fe trouve maintenant entre l'extrémité Septentrionale du Boucaflin & l'extrémité méridionale des Gonaives, 15 habitans fédentaires &c 23 chafleurs.
En 1713, le Quartier de l'Artibonite, tel que je l'ai défini précédemment, avait 327 blancs 2 38 affranchis & 988 efclaves; en 1723, 4,008
nègres ; en 1728, 4,8341 nègres : en 1751 (fans y comprendre les Gonaives),
1,508 blancs, 419 affranchis, 17,761 efclaves; 915 indigoterics, 12 fucreries en brut 3 5 en blanc, 63,050 cacaoyers 2 247,180 cafiers, 1,428,450
cotonniers 1 23,739 bètes cavalines ou à cornes.
La milice, en 1713, ne formait que la feule compagnie Lefevre. En
1718, il y en avait deux, celle Lefevre de 64 blancs & 16 affranchis,
& celle Mauger de 158 blancs & 6 affranchis, non compris 60 blancs des
Gonaives, qui étaient" encore de la compagnie Mauger. En 1724, ily avait
environ 800 hommes portant armes > &c en 1751, en comprenant les Gonaives, 722 blancs, &x 97 affranchis, tant en infanterie qu'en cavalerie.
Je trouve, dès le 17 Janyier 1739, PArtibonite comprife dans un arrêt
du Confeil de Léogane, au nombre des points où Pon doit avoir un détachement de maréchaufféc
XXVIL
PAROISSE DE LA PETITE-RivIÈRE.
QUAND on remarque les dénominations de la plupart des lieux de la
Colonie. 1 il eft difficile de ne pas croire que le vocabulaire des premiers
Colons était bien peu étendu. Voila encore une Petite-Rivière, c'eft-à-dire,
(*) Il eft jufte que je cite ici avec éloge, un plan gravé, de 5 pieds & demi de long
fur 4 de haut 3 contenant la totalité des -trois paroiffes de la Petite-Rivière, des Verrettes &c.
de Saint-Marc, & par conféquent toute Ia plaine de PArtibonite, 2 publié à Paris, au commencement de 1790. On le doit à M. Phelipeaux > ingénieur- géographe > lc même qui a gravé:
les plans géométriques de mon Atlas.
avec éloge, un plan gravé, de 5 pieds & demi de long
fur 4 de haut 3 contenant la totalité des -trois paroiffes de la Petite-Rivière, des Verrettes &c.
de Saint-Marc, & par conféquent toute Ia plaine de PArtibonite, 2 publié à Paris, au commencement de 1790. On le doit à M. Phelipeaux > ingénieur- géographe > lc même qui a gravé:
les plans géométriques de mon Atlas. --- Page 180 ---
r66
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
un de ces mots infignifians, qu'on aurait dû d'autant moins adopter pour
la paroiffe dont il s'agit en ce moment, 2 qu'il avait été celui d'une paroifle
dont le territoire dépend maintenant de celle de Léogane.
J'ai répété plufieurs fois, que la paroiffe de l'Artibonite avait été divilée
& que celle de la Petite-Rivière en eft un démembrement. Projettée même
en 1723, elle eut fon temple, lorfque celui de P"Artibonite brûla, , & fon
premier marguillier fut élu le jour de Nocl,en 1725- On conferve dans
cette églife, dont Saint-Jérôme eft le patron, des regiftres paroiffiaux de
la paroilfe de l'Artibonite, qui remontent jufqu'en 1710.
Les limites de la paroife de la Petite-Rivière font: au Nord, , celles qui
la féparent des Gonaives ; à PER, d'abord la ligne des frontières Efpagnoles,
depuis la pyramide No. 129, qui lui eft commune avec les Gonaïves 7
jufqu'à la pyramide No, 174, qui lui eft également commune avec le Mirebalais; ; &c enfuite une ligne qui, dans la direction du Nord au Sud, la
fépare du Mirebalais mêmc 7 jufqu'à la rencontre de la rive droite de
l'Artibonite 3 au point appelé la Roche; au Sud, la rivière de l'Artibonite
depuis la Roche jufqu'au bac du centre 5 & enfn à P'Oueft, une petite
portion de chemin, qui - va du bac du centre gagner la tête du foffé Nabot,
& enfuite ce foffé jufqu'à fon embouchure dans la rivière de l'Efter.
La ligne de démarcation de 1776, entre la Colonie Françaife & la Colonie Efpagnole 2 a apporté des changemens dans plufieurs points extrêmes
de la paroiffe de la Petite-Rivière. C'eft ainfi qu'en perdant des terrains
qu'on regardait comme une partie du territoire français 3 cette paroiffe a été
aggrandie entrc les pyramides Nos, 129 & 141.
La limite efpagnole, dans l'étendue où elle borde la Petite-Rivière, va
de la pyramide No, 129 , qui termine les Gonaives 7 à celle No.
130, mife au milieu du grand chemin de la Coupe à PInde; : de là elle
gagne le No. 131, qui eft dans un fond de la montagne de la Coupe à T'Inde,
puis, par la crête de cette montagne * elle atteint le No. 132 7 qui eft
fur un rocher, & le No. 133, qui eft au pied d'un amas de rochers inac.
ceflibles, nommés les Hauteurs-des-Tortues. Le No. 134 eft enfuite fur
la hauteur &c au bord du chemin de la Découverte > qui eft impraticable
fur la majeure partie de la crête, jufqu'aux fources de la rivière du Cabeuil.
On trouve les Nos, 135 & 136, pofés fur la vallée des Cèdres &c 137
, & le No. 133, qui eft au pied d'un amas de rochers inac.
ceflibles, nommés les Hauteurs-des-Tortues. Le No. 134 eft enfuite fur
la hauteur &c au bord du chemin de la Découverte > qui eft impraticable
fur la majeure partie de la crête, jufqu'aux fources de la rivière du Cabeuil.
On trouve les Nos, 135 & 136, pofés fur la vallée des Cèdres &c 137 --- Page 181 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 167
fur la vallée Polanque 1 intervalle dans lequel la crête de la montagne
verfe toujours fes eaux 1 8c dans la Partie Françaife 8c dans la Partie
Efpagnole. Le No, 138 eft placé au-delTus des fources du Cabeuil, fur la
montagne que les Efpagnols appelent de los Gallarones.
Laligne des limites continue par les pyramides Nos, 139 &c 140, mifes
au-deffus des fources du Cabeuil, puis elle gagne le fommet où la montagne
de la Découverte joint la montagne Noire des Cahos, & où eft le No. f41.
Elle fuit les Nos, 142, 143 &c 144, pofés fur trois rochers, puis ceux depuis
145 jufqu'à 149. De celui-ci elle defcend & dépalle vers la Partie Efpagnole
le fommet des Cahos, qu'indiquent les Nos. depuis 150 jufqu'à 155; puis la
ligne va reprendre la crête & parcourt la diftance depuis. la pyramide
No. 156 jufqu'à eelle No. 160, inclufivement.
De ce terme, 3 la ligne prolonge de piton en piton la crête des Cahos jufqu'au
No. 162. Les Nos, 163, 164 8c 165 bordent des habitations françaifes, après
lefquelles la ligne reprend la crête jufqu'au No, 166, puis elle la dépafle à
gauche, côtoye une poffeffion françaife jufqu'au No, 171 inclufivement, & reprend
enfuite un embranchement où font les Nos, 172 &c 173 ; mais à ce point la
plus grande hauteur de la montagne Noire ou Grand-Cahos étant impraticable 9
fon fommet eft cenfé former la frontière jufqu'à la Porte ou Saut de ia rivière
Guaranas ( des Pites ), qui fe réunit avec la rivière Blanche, au lieu que
nous nommons le Trou-d'Enfer, & où l'on a mis 2 fur le chemin, la pyramide
No. 174- A partir de là, la limite trouve la paroiffe du Mirebalais.
La paroiffe de la Pelite-Rivière, dont la plus grande longueur dirigée du
Sud-Eft au Nord-Oueft eft de 13 lieues fur une largeur moyenne de quatre
lieues, , a une partie plane & une partie montagneufe. La première eft comprife en totalité dans la plaine de I'Artibonite 1 dont elle forme même la
portion la plus cultivée. 2 & elle eft divifée en fix cantons. 1. qui font : une partie
du Haut de l'Artibonite, PEfter, le Cabeuil, la plaine des Malminiers les
Cordes-à-Violon 8c le Foflé Nabot.
Le canton du Haut de l'Artibonite eft fitué entre la rivière de l'Artibonite
& la montagne des Cahos, depuis la limite du Mirebalais jufqu'au bourg de la
Petite-Rivière. Les bonnes terres cultivables de ce canton, font le long & à
peu de diftance de la rivière de PArtibonite 1 & principalement celles qu'on
appelle Terres de balles raques. Elles font expofées aux débordemens, mais
.
Le canton du Haut de l'Artibonite eft fitué entre la rivière de l'Artibonite
& la montagne des Cahos, depuis la limite du Mirebalais jufqu'au bourg de la
Petite-Rivière. Les bonnes terres cultivables de ce canton, font le long & à
peu de diftance de la rivière de PArtibonite 1 & principalement celles qu'on
appelle Terres de balles raques. Elles font expofées aux débordemens, mais --- Page 182 ---
DESCRIPTIO N DE LA P AKTIE
tres-productives en indigo &c en coton. En tirant de ces terres de baffes-raques
vers le Nord, on ne trcuve que des élévations, des pays hachés &
de ravines , & plus propres à élever des bêtes cavalines qu'à être entreccupés
à la culture. Auffi n'y voit-cn qu'un Fetit nombre d'établiffemens, employés
appartenans prefque tous à des gens de couleur, dont les revenus ne confiftent
une
médiocre quantité de coton ou de graine
qu'en
d'indigo > deftinée à enfemencer la
plaine. Le terrain de ces portions eft fort aride 3 rocheux & tufeux. On
des lataniers en grand nombre, mais prefque
de bois
y voit
pas
eftimés pour la
charpente.
Les cantons de PEfter & du Cabeuil tirent leurs dénominations des rivières
qu'ils bordent. Plus au Nord eft la.jolie petite plaine des Malminiers, fituée
entre la rivière du Cabeuil & une petite chaîne de mornes appelée
Minguet. Ces trois cantons ont de très-bonnes terres
mornes à
3 bien établies en
teries & en cotonneries 7 comme celles du canton auquel le Foffé Nabot indigo- donne
fon nom. A peu diftance de ce foflé & vers le foffé à Cheval, eft le
canton des
Cordes-à-Violon, ainfi défigné parce qu'on y trouve en quantité P.debyry des
Indiens 3 plante ranmpante, connue dans la Colonie fous le nom de corde-àviolon.
Les cantons montagneux font : Ies Grands-Cahos, les Petits-Cahos, la
Savanne Brûlée, la Coupe à l'Inde & la Couleuvre.
La montagne des Cahos, qui a dans PEf la Partie Efpagnole & enfuite la
paroifle du Mirebalais; au Sud, le canton du Haut de
la rive dfoite de la rivière de ce nom ; à lOueft, la P'Artibonite, que termine
plaine, & au Nord les
montagnes de la Savanne Brûlée & du Boucan-Paul, compofe les deux cantons
des Grands & des Petits-Cahos.
Il eft difficile de favoir quelle a été l'origine de cette dénomination,
les
uns écrivent Cabos, 1 parce qu'elle exprime, felon eux, la conformation que tumultuaire de ce maffif montueux ; & d'autres Cabots 1 pour marquer des
des hachures qui rendent les chemins difficiles. Je crois cependant inégalités,
expreflion Cabos ou Cabots n'eft qu'une
du
que cette
corruption nom Indien Cacba, que
portait l'arbre que nous nommons Acajou ; car les
Efpagnols appelent cette
montagne Sierra prieta de las Caobas I montagne Noire des
), & ils
nomment
Acajoux
las Caobas, comme je l'ai dit dans la Defcription de la Partie
Efpagnole, . une plaine & un bourg qui font fur la rive gauche de P'Artibonite,
&
ou Cabots n'eft qu'une
du
que cette
corruption nom Indien Cacba, que
portait l'arbre que nous nommons Acajou ; car les
Efpagnols appelent cette
montagne Sierra prieta de las Caobas I montagne Noire des
), & ils
nomment
Acajoux
las Caobas, comme je l'ai dit dans la Defcription de la Partie
Efpagnole, . une plaine & un bourg qui font fur la rive gauche de P'Artibonite,
& --- Page 183 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE.
& oà les acajoux font fort communs. Il faudrait donc dire les Caobos ; mais qui
voudra renoncer à une habitude que je me vois moi-même condamné à fuivre
pour pouvoir être entendu ? J'adopte, 9 au furplus 2 l'ortographe Cabos, parce
qu'elle eft la plus ufuelle & qu'elle exprime un peu mon embarras de difcerner le vrai.
Les Grands-Cahos font la partie Ia plus Méridionale de la montagne, 3
& leur fol eft plus eftimé que celui des Petits-Cahos. Les uns & les autres
renferment beaucoup d'établiffemens en cafeteries $ dont quelques-uns, font
très-foriflans & ont été la fource de fortunes remarquables. Ces montagnes font affez peuplées, pour que depuis dix ans on parle d'y établir
une fuccurfale.
Le refte des cantons montagneux, favoir : la Savane brûlée, puis la
Coupe à PInde & la Couleuvre, qui touchent aux Gonaives, font confacrés aufli au cafier 1 & chaque jour voit les établiflemens s'y multiplier.
L'indigo, le coton 9 la graine d'indigo & les hattes, , font les objets
productifs de la paroiffe de Ia Petite-Rivière , auxquels il faut ajouter la
canne à fucre. Elle était cultivée dans un plus grand nombre de fucreries,
mais les féchereffes ont forcé d'en abandonner quelques-unes pour revenir
au coton & à l'indigo.
Le bourg de la Petite-Rivière 7 qui tire fon nom d'un ruiffeau près duquel, au moyen d'un coude de ce dernier, 7 deux de fes côtés font fitués, fe
trouve par un autre côté à cent toifes fculement de la rivière de l'Artibonite,
dans laquelle le ruiffeau va fe jetter à environ I,IOO toifes 7 mefurées
en ligne droite. La plus grande longueur de ce bourg, dirigée de l'Eft-SudEf au Ouefi-Nord-Oueft, 9 eft à peu près de 400 toifes, fur environ I50 toifes
de largeur. Deux rues fuivent la longueur & trois la largeur : & il ferait
aifé de faire qu'elles fe rencontrallent à angles droits. Tous les chemins
qui aboutiffent à ce bourg 2 mènent devant fon églife, qui, comine le pref.
bytère, eft fur l'extrémité Occidentale du morne de la Crête à Pierrot.
Cette églife, récemment bâtie en neuf, eft de maçonnerie, & avec un
portail qui femble promettre un autre vaifleau. Celui-ci eft néanmoins grand,
& des pilaftres y forment une nef &c deux bas côtés. Le prefbytère, auffi
confruit de pierres & couvert de tuiles comme l'églife, eft vafte & commode.
Tome II
Y
émité Occidentale du morne de la Crête à Pierrot.
Cette églife, récemment bâtie en neuf, eft de maçonnerie, & avec un
portail qui femble promettre un autre vaifleau. Celui-ci eft néanmoins grand,
& des pilaftres y forment une nef &c deux bas côtés. Le prefbytère, auffi
confruit de pierres & couvert de tuiles comme l'églife, eft vafte & commode.
Tome II
Y --- Page 184 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Malgré Ptenduc de fon cmplacement, on ne compte qu'environ quarante
maiiens au bourg de la Petite-Rivière. Il en eft de fort bien b2 les, maçnnées
entre poteaux & couvertes de tuiles. Ce bourg commence à devenir de
quelque confidération à caufe des marchands & des artifans qui s'y font
établis, &c de l'utilité dont il eft, foit aux habitans circonvoifins 2 foit à ceux
quife trouvent à plufieurs lieues au-deffus de ce bourg, vers lc Mirebalais
& dans les mornes. Il eft l'entrepôt de leurs denrées &c ils y trouvent le moyen
de les vendre fans les envoyer à Saint-Marc, Si au contraire ils veulent les
faire tranfporter à cette ville ou même jufqu'à celle du Cap, ils le peuvent
par le moyen de voituriers publics qui rapportent des approvifionnemens.
Chaque jour accroit donc les relations des cultivateurs avec les commerçans
de ce lieu.
Le bourg de la Petite-Rivière eft favorable auffi aux petits échanges qui
font tout le bien-être des nègres. Le marché y eft confidérable , & dès 1764
il était affez bruyant pour que le juge de police de Saint-Marc veillât à ce
qu'il ne pût pas détruire la décence & le recueillement nécelfaires au fervice
divin.
Il ne faut pas diflimuler d'un autre côté, que les inconvéniens des réunions
d'hommes, plus fenfibles encore aux Colonies qu'ailleurs, ne font pas étrangers au bourg de la Petite-Rivière. Auffi le même juge de police de SaintMarc a-t-il, le 5 Février 1782, enjoint l'exécution des règlemens relatifs aux
boulangers, aux bouchers, aux cabaretiers, aux jeux défendus, aux vagabonds,
& en général de tous ceux qui tiennent à la tranquillité publique ou à la
falubrité du licu. Le même zèle infpira l'injonction faite le 22 Juillet fuivant
à M. Bineau Grandmaifon, d'avoir à faire retirer du bourg de la PetiteRivière, la guildiverie qu'ilya avait affermée à M. Fournier, , conformément
à l'arrêt du confeil du Port-au-Prince du 12 Juin précédent, qui défend
d'avoir de pareils établiffemens, à moins de 300 toifes de diftance des bourgs
&c des villes.
Les féchereffes font auffi un inconvénient pour les habitans de ce bourg,
qui ne trouvant plus alors d'eau dans la Petite-rivière, même pour boire.,
font obligés d'en envoyer prendre dans T'Artibonite.
Les Adminiftrateurs mirent, le IO Septembre 1744, une barre publique
au bourg de la Petite-Rivière, oû fe trouve maintenant une maréchauffée
compeféc d'un exempt, d'un brigadicr & de quatre archers.
des villes.
Les féchereffes font auffi un inconvénient pour les habitans de ce bourg,
qui ne trouvant plus alors d'eau dans la Petite-rivière, même pour boire.,
font obligés d'en envoyer prendre dans T'Artibonite.
Les Adminiftrateurs mirent, le IO Septembre 1744, une barre publique
au bourg de la Petite-Rivière, oû fe trouve maintenant une maréchauffée
compeféc d'un exempt, d'un brigadicr & de quatre archers. --- Page 185 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE, 171
Les détails fur la plaine de l'Artibonite ont montré quelles font les rivières
qu'on trouve dans la paroiffe de la Petite-Rivière. Le 19 Mars 1750, les Adminiftrateurs, en homologuant une convention entre M. Rivière du Palmifte 9
habitant de cette paroiffe, 8c les autres riverains de l'Efter, l'ont autorifé à
y prendre de l'eau pour faire mouvoir un moulin à fucre fur fon habitation du
Palmifte, aujourd'hui Geftas, près le bourg de la Petite-Rivière, à la charge
de la remettre enfuite dans le foffé des Havets, , auquel une efpèce de vervaine puante a donné fon nom. C'eft la même dérivation dont j'ai parlé en
rendant compte du mémoire de M. Trembley.
La population de la paroiffe de la Petite-Rivière, qui était en'1730 de 346
blancs, 85 affranchis & 4758 efclaves ; en 1739 de 442 blancs, 33 affranchis &c 7,076 efclaves, eft maintenant de 950 blancs 7 850 affranchis & 23,184
efclaves.
Sa milice qui, compofée en 1730 de deux compagnies, comptait 197 blancs
&c 28 affranchis; ; en 1739 1 224 blancs & 9 affranchis; en 1765, 202 blancs 9
15I mulâtres ou autres affranchis des nuances fupérieures, &c 44 nègres
libres, eft formée aujourd'hui de deux compagnies de fufliers blancs, contewant enfemble près de 300 hommes ; d'une compagnie de dragons quarterons 1
une compagnie de dragons mulâtres, & une de fufiliers nègres, 9 ayant enfemble plus de 300 hommes.
Les établiffemens de la totalité de la paroiffe confiftent en IO fucreries
faifant du fucre blanc , IO autres en fucre brut, 410 indigoteries 126 COtonneries, 140 cafeteries. , 3 guildiveries, 7 briqueteries ou poteries, 9 plus
de So fours à chaux & un très-petit nombre de hattes.
La plaine de l'Artibonite manque de bois à bâtir, comme le refte de la
Partie Françaife; & celui qu'on pourrait tirer, 2 par exemple, des montagnes
de la Petite-Riviere, eft déjà fi éloigné, qu'il coûte plus'que celui qu'on
fait venir des Etats-Unis d'Amérique.
Les mornes qui bordent la partie plane de la Petite-Rivière 9 tels que le
morne à Minguet, le morne à Pipe 3 ceux de la Crète-à-Picrrot & de la
Tranquillité, fourniffent des pierres qui ont prefque la confiftance du marbre
& qui donnent une excellente chaux ; l'on peut encore y trouver du bois
de chauffage.
La terre argileufe pour les tuiles & les briques, fe trouve dans plufieurs
Ye
-Unis d'Amérique.
Les mornes qui bordent la partie plane de la Petite-Rivière 9 tels que le
morne à Minguet, le morne à Pipe 3 ceux de la Crète-à-Picrrot & de la
Tranquillité, fourniffent des pierres qui ont prefque la confiftance du marbre
& qui donnent une excellente chaux ; l'on peut encore y trouver du bois
de chauffage.
La terre argileufe pour les tuiles & les briques, fe trouve dans plufieurs
Ye --- Page 186 ---
172 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
points de la plaine , & furtout à la racine des mornes qui la terminent. L'Artibonite dépofe même au pied du morne de la Tranquillité, ( décoré de ce nom
par un habitant qui croyait qu'un caraétère très-actif ne franchirait
limites où il comptait l'avoir enchaîné
pas les
), une argile fi bien combinée 1
ne lui faut aucune opération pour être moulée. On façonne auffi dans qu'il
endroits des pots de terre eflimés ; mais nulle part à
plufieurs
réuffir à faire de bonnes formes
le fucre.
l"'Artibonite on n'a pu
pour
La nature offre aux habitans de P'Artibonite un
tuf calcaire
engrais précieux dans un
qui eft une véritable marne, &c qui fe trouve aufli dans ces mornes; mais il faut bien prendre garde de ne le pas confondre avec une autre
clpèce de tuf qui eft plus commun & qui nuit à la végétation. Cette dernière n'eft qu'une concrétion fabloneufe & pierreufe que les racines des plantes
ont de la peine à pénétrer, ou dont les molécules groffières font chariées
l'eau dans les tuyaux des plantes où elles altèrent la féve & ferment le par
patfage aux principes nutritifs : effets que décèlent des feuilles jaunâtres, &
fuit même la deftruétion de certains arbres.
que
L'efpèce de la vraie marne eft au contraire limoneufe, farineufe & calcaire
commeicelle que les naturaliftes appellent lait de lune 1 formée de la décompofition de parties végétales ou animales, dont les fels font très-favorables à
la végétation. On reconnaît ce tufà la fineffe de fes parties, à fa douceur &c
à fon onétuolité lorfqu'on la touche, àla promptitude avec laquelle fes
s'étendent dans l'eau, où elles mouffent comme le favon & furtout à fon parties effervefcence avec les acides : caractères étrangers à l'autre tuf. Partout où eft cette
marne. 1 les arbres & les arbuftes qui s'y nourriffent étalent une brillante
verdure.
M. Bertrand de Saint-Ouen ayant chauffé les côtés d'un
il
environ
aqueduc, y a
35 ans 3 àvec cette marne, les pluies la détrempèrent & P'entrainèrent
fur une pièce d'indigo; ; la plante y devint plus belle que dans le refte de la
pièce, & les fouches s'y confervèrent plus long-tems. On prétend
le
Mirebalais a un exemple contraire; mais indépendamment du choix que
peut avoir fait en prenant lune des efpèces de tuf pour l'autre, il eft certain qu'on
que l'habitant s'était contenté d'en mettre une couche très-épaifle fur le fol,
fans l'incorporer avec fa terre.
La plaine des Malminiers offre un phénomène phyfique dont je crois devoir
faire mention,
ouches s'y confervèrent plus long-tems. On prétend
le
Mirebalais a un exemple contraire; mais indépendamment du choix que
peut avoir fait en prenant lune des efpèces de tuf pour l'autre, il eft certain qu'on
que l'habitant s'était contenté d'en mettre une couche très-épaifle fur le fol,
fans l'incorporer avec fa terre.
La plaine des Malminiers offre un phénomène phyfique dont je crois devoir
faire mention, --- Page 187 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE.
Vers 1720, dans un point placé au pied de la face Orientale du morne à
Minguet, &c qu'un prolongement demi-circulaire que ce morne forme dans
le Sud, femble couvrir, un terrain cultivé en indigo, difparut tout-à-coup &c
fut fubmergé par des eaux qui fortirent de la terre & qui cn ont fait un
étang ou lagon d'environ 120 toifes en carré.
Il eft probable que les eaux qui étaient fur un terrain que le morne à Minguet fépare de celui-ci &c qui en formaient alors un marais, 1 fe feront fait,
fous le morne même, des iffues par lefquelles l'irruption aura eu lieu. Toujours eft-il que le terrain ainfi évacué, eft devenu à fon tour très-propre à
l'indigo, & il continue à s'égouter par ces canaux fouterrains que les propriétaires ont grand foin d'entretenir ouverts. Chaque année ils y font entrer
des nègres qui, à la lueur des Aambeaux, les déblaient de tout ce qui peut
les encombrer.
M. Marchand ayant expofé aux Adminiftrateurs, que dans les pluics,
cet étang fe gonflait affez pour noyer plus de 90 carreaux de terre dont
la majeure partie lui appartenaient 7 pour l'avoir forcé à abandonner les
bâtimens qui fc trouvaient dans cette étendue, 8c pour détruire le
chemin, il fut autorifé 9 par une ordonnance du 30 Juillet 1750 3 à
pratiquer 1 à fes frais, comme il le défirait, un canal pour porter ces eaux
dans un foflé d'égout voifin; &c d'autres habitans 2 intéreffés, furent affujettis à faire avec lui des travaux 1 pour affécher les environs de l'étang.
Il porte depuis 40 ans 2 au moins 1 le nom de Lagon la Ville,qui lui vient
du propriétaire du terrain fubmergé, dont les héritiers ont encore d'immenfes poffeflions à l'Artibonite. Une raifon, ablolument femblable 1 fait
qu'une. branche de la famille Roffignol porte le nom de du Lagon.
Les eaux de cet étang ont à préfent un égout, qu'on leur a donné dans
la rivière de la Coupe à I'Inde ; mais comme cet égout ne le vide jamais
entièrement 7 il a, dans le tems fec 3 un baffin d'eau vive d'une aflez
grande profondeur 8c bien poiffonneux; on dit même qu'on y a vu des caymans. On peut diftinguer au fond de ce baffin des parties encore confervées
des, anciens bâtimens qui y ont été engloutis.
Comme dans la faifon féche les canaux fouterrains 9 dont j'ai parlé, ne
procurent plus d'eau, il faut croire que ces canaux ne font pas les feuls
a, dans le tems fec 3 un baffin d'eau vive d'une aflez
grande profondeur 8c bien poiffonneux; on dit même qu'on y a vu des caymans. On peut diftinguer au fond de ce baffin des parties encore confervées
des, anciens bâtimens qui y ont été engloutis.
Comme dans la faifon féche les canaux fouterrains 9 dont j'ai parlé, ne
procurent plus d'eau, il faut croire que ces canaux ne font pas les feuls --- Page 188 ---
17+ DESCRIPTIO N DE LA PARTE
moyens qui entretienrent le baflin, & qu'il reçoit auffi des infiltrations de
la rivière du Cabeuil dont il eft voifin.
La rivière de la Coupe à l'Inde mérite auffi l'attention des curieux. Son
cours eft uniforme dans la faifon des pluies, mais dans celle des fecs il eft
intercalaire ; c'eft-à-dire. 1 que l'eau y a chaque jour des accroiflemens & des
abaillemens bien marqués 1 quoique les montagnes où elle a fa fource ne
reçoivent alors aucune pluie. Cette efpèce de flux & de reflux, eft vraifemblablement produit par quelque fiphon naturel & fouterrain 3 qui, pendant la féchereffe, ne reçoit pas conftamment des fources par lefqu'elles
il eft entretenu. , un égal volume d'eau.
La Petite-Rivière, furtout dans les parties montagneufes qui circonfcrivent
la plaine, ferait très-peuplée de pintades maronnes, 3 fi les chaffeurs nègres,
principalement , n'imaginaient pas, après plufieurs mois de féchereffe & à
l'époque de la ponte, de mettre le feu à des herbes très-hautes > où les
mères pintades fc croient en fureté. On réufit, comme on le veut, à les
forcer de fe lever ; le chaffeur qui les abat de fon fufil eft affez infenfé
pour voir d'un acil tranquille les ceufs fans nombre qu'il a brûlés, & avec
lefquels la flamme a détruit fes efpérances : tel eft l'homme.
Je crois inutile de rappeler au Leéteur, qu'en lui parlant de la température de l'Artibonite en général, je lui ai fait connaître cellc de la PetiteRivière. Le tremblement de terre de 1751 1 y lézarda la plupart des
bâtimens.
Cette température ferait dans plufieurs points, & furtout dans le haut
de l'Artibonite, très-favorable à l'éducation des animaux. M. Mirault en
avait même donné une preuve fans réplique dans fa magnifique hatte, oà
il femblait avoir combiné tous les foins, pour qu'elle fàt utile au Quartier,
par le nombre d'élèves qu'elle fourniffait, principalement en mulets 1 &
pour que les efpèces s'y amélioraffent. Aujourd'hui on ne peut guères citer
que celle de M. Touchemoulin qui l'avoifine. Le gouvernement eft, je le
répéterai toujours, trop indifférent par rapport a ce genre d'établiffement,
& il ne remarque pas affez l'énormité de l'impôt que nous payons aux
étrangers 1 pour les animaux dont la eulture ne peut fe pafler.
La paroifle de la Petite-Rivière eft du Quartier, du commandement &
oraffent. Aujourd'hui on ne peut guères citer
que celle de M. Touchemoulin qui l'avoifine. Le gouvernement eft, je le
répéterai toujours, trop indifférent par rapport a ce genre d'établiffement,
& il ne remarque pas affez l'énormité de l'impôt que nous payons aux
étrangers 1 pour les animaux dont la eulture ne peut fe pafler.
La paroifle de la Petite-Rivière eft du Quartier, du commandement & --- Page 189 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
de la Sénéchauffee de Saint-Marc ; cette dernière y a un fubftitut du procureur du roi, chargé de la police provifoire.
On compte de l'églife de la Petite-Rivière :
A celle de Hinche, dans la Partie Elpagnole,
12 lieues,
des Gonaives,
de Saint-Marc, 1
des Verrettes, ,
du Mirebalais 1
Le chemin qui conduit du bourg dé la Petite-Rivière à celui du Mirebalais 2
eft fur la rive droite de l'Artibonite. Sortant de la Petite-Rivière, il longe
le pied de la Crête à Pierrot au Nord &c vient, à une lieue, paffer la
ravine de Jean-Adam ; environ cinq quarts de lieue plus loin il traverfe la rivière
Efpagnole, au point où le. chemin fe trouve au Nord-quart-Nord-Oueft 8c
à environ 1,50o toifes de la rivière de l'Artibonite. De cette paffe 2 on
fait trois lieues pour gagner Ia ravine des Sources, intervalle dans lequel
on paffe le ruiffeau & la ravine du Figuier-Maudit ou de Plaffac ( du nom
de M. Ducaffe de Plaffac, premier lieutenant-particulier qJu'a eu la Sénéchauffée de Saint-Marc), la petite rivière de la Source-aux-Reches, 1 la
ravine du même nom & celle de la Pouffinière. Dc la ravine des Sources,
on fait quatre petites licues pour atteindre la roche à Tirire ou ravine de
la Roche, où fe termine la paroiffe de la Petite-Rivière &c commence celle
du Mirebalais. Ces quatre lieues ne font praticables qu'à cheval.
Il y a du bourg de la Petite-Rivière au bac d'en haut fur l"'Artibonite, 9
environ 600 toifes. En prenant cette direction, on palfe la Petite rivière
fur un pont de maçonnerie > en fortant du bourg.
C'eft la paroifle de la Petite-Rivière qu'habite M. Trembley, dont j'ai
cité les ouvrages fur l'Artibonite. Venu jeune de Genève à la Rochelle,
il paffa à l'Artibonite, > où des goûts philofophiques l'ont plus occupé que
la fortune, 9 dont il brave les rigueurs. Sa petite cotonnerie fatisfait dcs
befoins bornés; il s'y délaffe, en exerçant fes talens mathématiques & en
cherchant à les appliquer à des objets d'utilité publique,
dont j'ai
cité les ouvrages fur l'Artibonite. Venu jeune de Genève à la Rochelle,
il paffa à l'Artibonite, > où des goûts philofophiques l'ont plus occupé que
la fortune, 9 dont il brave les rigueurs. Sa petite cotonnerie fatisfait dcs
befoins bornés; il s'y délaffe, en exerçant fes talens mathématiques & en
cherchant à les appliquer à des objets d'utilité publique, --- Page 190 ---
176 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
XXVIIL
PAROISSE DES VERRETTES.
LEs Verrettes ont pour limites : au Nord, la rivière de l'Artibonite &
coniéquent la paroiffe de la Petite-Rivière; à PEt, la paroiffe du Mirebalais par
dont elles font féparées par le morne de la Selle jufqu'à la tête de la ravine
la Bien-Placée ; au Sud, la paroiffe de P'Arcahaie, en fuivant une crête de
montagnes jufqu'à la rencontre du point qui répond au canton du Fond-Baptifte
dépendant de T'Arcahaie ; & à l'Oueft. , par la paroiffe Saint-Marc, en
fuivant depuis le point que je viens de nommer. 7 une ligne finueufe marquant
dans le maflif montueux qui eft entre la paroiffe de l'Arcahaie & l'Artibonite
les eaux qui verfent vers Saint-Marc d'avec celles qui coulent du côté
des Verrettes, ligne qui arrivée a un point de la rivière des Guêpes va
prefque du Sud au Nord gagner, en pallant par le Grand-Fond, le point de
la rivière de l'Artibonite où eft le bac du centre.
Les Verrettes n'ont, pour ainfi dire , que des montagnes, excepté le ruban
qui borde la rive gauche de l'Artibonite & qui eft compris dans la plaine du
même nom. Iln'y a de bonnes terres dans cette paroiffe que celles riveraines
de l'Artibonite ou qui n'en font éloignées que de fx cens à mille toifes. Cette
portion eft, en général, bien cultivée en indigo > en coton & en cannes à fucre.
Les autres terres, > jufqu'au morne 3 ne font que des hauteurs arides, ou des
favanes d'une médiacre valeur. C'eft à la culture du cotonnier ou à celle de
la graine d'indigo que cet efpace, divifé entre quelques habitans, eft confacré.
Autrefois on y avait formé des hattes, mais les vols d'animaux les ont fait
abandonner prefque toutes.
Les montagnes elles-mèmes font employées en établiffemens à café, & il
en eft dont les fuccès remarquables font bien faits pour nourrir l'efpérance des
perfonnes qui en tentent de nouveaux,
On compte aujourd'hui dans l'étendue de la paroiffe des Verrettes I4
fucreries. 3 214 indigoteries 57 cotonneries 1 70 cafeteries, , 3 guildiveries
4 briqueteries ou poteries, 13 fours à chaux & quelques hattes de peu d'im- >
portance.
C'eft
, & il
en eft dont les fuccès remarquables font bien faits pour nourrir l'efpérance des
perfonnes qui en tentent de nouveaux,
On compte aujourd'hui dans l'étendue de la paroiffe des Verrettes I4
fucreries. 3 214 indigoteries 57 cotonneries 1 70 cafeteries, , 3 guildiveries
4 briqueteries ou poteries, 13 fours à chaux & quelques hattes de peu d'im- >
portance.
C'eft --- Page 191 ---
FRANÇAISE DE SAINT.-DOMINGUE, 177
C'eft fur le territoire de cette paroifle qu'était autrefois, comme je l'ai
déjà dit, T'églife de l'Artibonite, dédiée à Notre-Dame de la Nativité ou du
Tapion. En formant en, 1727,les Verrettes en paroiffe * celle-ci a été mife
pareillement fous l'invocation de Notre-Dame de la Nativité ou des Verrettes.
Elle a cependant des regifires qui remontent jufqu'au 18 Août 1715; mais
avant 1739 inclufivement, ce ne font que des copies faites par les Pères
Gilles & Dumoulin, fucceflivement curés des Verrettes, d'aêtes antérieurs
même à l'éredtion de la paroiffe.
Depuis aflez long-tems que l'églife des Verrettes eft détruite 9 l'oflice divin
eft célébré dans une cafe à nègres où l'on n'eft pas garanti de toutes les
injures de l'air. Quinze ou feize mauvaifes autres cafes placées près de cette
églife & qui bordent l'un des côtés du grand chemin , forment ce qu'on appele
le bourg des Verrettes, la police eft abfolument dirigée comme au bourg
de la Petite-Rivière. Ony a mis une barre publique depuis le IO Septembre
1744, & l'on y trouve un exempt 3 un brigadier & 4 archers de maréchauffée.
La population des Verrettes qui était en 1730 de 173 blancs, 26 affranchis
& 2,158 nègres, & en 1739 de 204 blancs, 1 34 affranchis & 2,728 nègres ;
eft maintenant de 665 blancs, 900 affranchis &c 8,911 efclaves. Cet accroiffement de population 1 furtout parmi les gens de couleur qui occupent principalement la partie fupérieure de la paroille, a porté les habitans à faire
conftruire une chapelle dans le canton appelé les Lianes, au haut de P'Artibonite, où le curé des Verrettes va trois fois par an exercer les fonêtions
paftorales:
Les Verrettes ont beaucoup de ruifleaux &c de rivières dont le cours aboutit
à P'Artibonite. Les plus confidérables d'entr'elles font la Grande-rivière, ainfi
appelée parce qu'elle eft fort abondante dans la faifon des pluies, & la rivière
des Verrettes. Il réfulte de cette circonftance que des quatorze fucreries de la
paroiffe 1 onze ont des moulins à eau 2 & que toutes arrofent ou peuvent arrofer
par des canaux qui leur diftribuent l'eau.
La Grande-rivière fournit à des moulins & à l'arrofement de quelques
habitations fituées dans la partie de la paroifle qui porte, comme celle à
laquelle elle correfpond fur la rive droite dans la paroiffe de la Petite-Rivière,
le nom de canton du Haut de P'Artibonite.
La riviere des Verrettes 1 fur la rive gauche de laquelle aboutit une
Tome 11.
Z
fent ou peuvent arrofer
par des canaux qui leur diftribuent l'eau.
La Grande-rivière fournit à des moulins & à l'arrofement de quelques
habitations fituées dans la partie de la paroifle qui porte, comme celle à
laquelle elle correfpond fur la rive droite dans la paroiffe de la Petite-Rivière,
le nom de canton du Haut de P'Artibonite.
La riviere des Verrettes 1 fur la rive gauche de laquelle aboutit une
Tome 11.
Z --- Page 192 ---
178 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
des extrémités du bourg, fut, le 21 Décembre 1745, l'objet d'une affemblée des habitans, dont les biens fe trouvaient entre cette rivière & le bac
du centre. Ils en réglèrenr la diftribution entr'eux; les Adminiftrateurs homologuèrent leurs accords , le 31 Janvier 1746, & M. Fauconnier opéra. Mais
environ 20 ans après, M. Bertrand père fit voir la pofibilité de la rendre
profitable pour plufieurs autres habitations. D'après fes foins & fous fa direêtion , il fe forma une affociation, à laquelle il contribua pour une forte
part. L'eau a été prife à cette rivière à peu de diftance de l'églife & partagée en deux canaux qui mènent l'eau à 22 habitations. On y a joint
pour les plus éloignées, l'eau de la rivière du Tapion, appelée comme la
montagne d'oà elle fort, 8c le donnant à fon tour au canton où elle coule.
Après trois ans de travaux &c de facritices, M. Bertrand parvint à faire
jouir fes co-aflociés des avantages promis. Mais placé au dernier terme
de l'éloignement, & l'eau étant peu confidérable dans le tems fec, elle était
épuifée par tous ceux chez qui elle paffait, & c'était précifément parce
qu'elle lui aurait été extrêmement néceffaire, qu'il n'en avait pas. Indépendamment de ces obltacles , des perfonnes qui n'avaient pris aucune part
avec fuccès leur titre de riverains antérieurs.
à l'entreprife 3 invoquèrent
En un mot, à la mort de M. Bertrand, MM. fes fils fe font vus réduits
à renoncer. 3 après quelques années d'effais 3 à cultiver la canne à fucre &
forcés de laiffer inutiles de beaux bâtimens deftinés à la fabrication du fucre,
pour reprendre celle de l'indigo &c du coton.
Dans les mornes qui réponcient aux cantons du Tapion & des Verrettes,
il y a de la pierre de taille.
La partie plane des Verrettes eft traverfée dans toute fa longueur par un
chemin qui conduit au bourg de la Petite-Rivière > à celui des Verrettes
& à celui du Mirebalais. Il fait environ fix lieues depuis la limite de SaintMarc jufqu'au bourg des Verrettes > après lequel il parcourt un peu plus
d'une lieue pour arriver à la rivière des Éperlins ; puis quatre lieues depuis cette rivière jufqu'à la chapelle des Lianes 1 placée à la rive gauche
de la rivière des Lianes, & enfin, environ une lieue & demie pour atteindre
la Bien-Placéc, fur le morne la Selle, où finiffent les Verrettés &
commence le Mirebalais. De la rivière des Eperlins, qu'on paffe deux
fois jufqu'à la Bien-Placéc, on traverfe la ravine à Renaud, la Grande-
ins ; puis quatre lieues depuis cette rivière jufqu'à la chapelle des Lianes 1 placée à la rive gauche
de la rivière des Lianes, & enfin, environ une lieue & demie pour atteindre
la Bien-Placéc, fur le morne la Selle, où finiffent les Verrettés &
commence le Mirebalais. De la rivière des Eperlins, qu'on paffe deux
fois jufqu'à la Bien-Placéc, on traverfe la ravine à Renaud, la Grande- --- Page 193 ---
FRANÇAIS: E DE SAINT-D OMINGUE, 179
rivière, la ravine des. Sept-Dormants 3 denx fois la rivière du PetitBaifeux, le Grand-Baifeux, deux fois la rivière des Crocs, la rivière des
Lianes, celles des Platons, des Glacis, de la Guinaudée , de la Banette
& la ravine du Diamant.
Les montagnes des Verrettes ont auffi plufieurs chemins de communication entr'elles-mèmes &c avec les paroiffes voifnes.
Les Verrettes lont,. pour la dépendance civile & militaire, comme la
Petite-Rivière.
Les milices y étaient en: 1730, de 107 blancs , & 16 affranchis; en
1739, de rQ2 blancs & IO affranchis; en 1766, de 124 blancs, 187 mulâtres & 59 nègres. Maintenant elles font compofées d'une compagnie de
dragons &c une de: fufiliers blancs, donnant 200 perfonnes ; & d'une compagnie de fufiliers nègres., une. de dragons mulâtres &c une de dragons
quarterons 2 qui fourniffent plus de 350 hommes.
Il y a de l'églife des Verrettes :
A celle de Hinche,
13 lieues. A celle de PArcahaye 1 par les hauteurs, 14 li.
la Petite.I Rivière, 2
par Saint-Marc, 23
du Mirebalais, * 13
Saint-Marc,
4 @ - 4 - 3
X X I X.
PAROISSE DE SAINT- M. AR C.
DEPUIS le Cap, la Defcription nous a préfenté peu d'articles auffi importans
& auffi fufceptibles de détails variés 2 que Ia paroifle de Saint-Marc,
qui réunit prefque tous les genres d'intérêt, & qui offre à la curiofité du Lec.
teur une ville déjà confidérable.
Cette paroiffe était, comme on l'a vu,toute entière dans celle de T'Artibonite.
C'était même, pour aindi dire, un terme qui manquait de communication
avec les points plus à l'Oueft, puifque dans un ordre de M. de Galiffet,
gouverneur par interim. , daté du 24 Juin 1702, &c concernant la fureté
de la Colonie, il preferivait d'avoir à Léogane 2 dans un lieud'où l'on découZ 2
Cette paroiffe était, comme on l'a vu,toute entière dans celle de T'Artibonite.
C'était même, pour aindi dire, un terme qui manquait de communication
avec les points plus à l'Oueft, puifque dans un ordre de M. de Galiffet,
gouverneur par interim. , daté du 24 Juin 1702, &c concernant la fureté
de la Colonie, il preferivait d'avoir à Léogane 2 dans un lieud'où l'on découZ 2 --- Page 194 ---
DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
vrirait le plus loin du côté de Saint-Marc, une garde de deux hommes
dans le jour pour la découverte.
Saint-Marc, auquel il eft évident que ce nom appartenait au moins dès
le commencement du fiècle, le conferva en devenant en 1716, une fuccurfale de l'Artibonite, & ce fut la même chofe encore 3 quand il fut mis en
paroiffe en 1721.
La paroiffe de Saint-Marc eft bornée au Nord par celle des Gonaives,
depuis l'embouchure de la rivière de l'Efter, dans la baie à Tortue, juf.
qu'à l'endroit où l'Efer reçoit le foflé Nabot; à PER, par le foflé Nabot
jufqu'à la tête de ce foflé &c enfuite par le chemin qui va de là gagner
le bac du centre, étendue où les limites font communes à la paroiffe de
la Petite-Rivière; enfuite par la paroiffe des Verrettes, au moyen de la
ligne qui,"du bac du centre va, prefque dans le Sud, remonter la rivière
des Guépes & qui de là, fuit cette rivière jufqu'à fa fource ; à ce terme
la ligne prend la crête la plus élevée de ce maflif de mornes & va, dans
une direétion prefque Nord & Sud, joindre la fource de la rivière du
Tapion 7
pour courir enfuite dans POueft, jufqu'à ce que fe trouvant à peu près
en face du Fond-Baptifte, canton de l'Arcahaye 7 elle reprenne l'Oueft pour
venir s'arrêter à la rivière du Mont-Roui, dans un point qui appartient
à la fois aux trois paroiffes des Verrettes, de l'Arcahaye & de Saint-Marc;
au Sud, par la rivière du Mont-Rouis, depuis le point que je viens d'indiquer,. jufqu'à l'embouchure de cette rivière à la mer; & enfn à TOueft,
par la mer > à partir de l'embouchure dela rivière du Mont-Roui, juf
qu'à l'embouchure de la rivière de l'Efer dans la baie à Tortue.
La plus grande longueur de la paroiffe de Saint-Marc, eft de dix lieues
du Nord au Sud, fur une largeur moyenne de quatre lieues de PER à
lOueft. Elle a une partie en plaines & une partie en montagnes.
La partie plane 7 eft elle-même fubdivifée en deux portions. Celle qui
mérite véritablement ce nom & qui forme l'étendue Septentrionale de la
paroiffe eft comprife dans Ia plaine de P'Artibonite; l'autre n'eft guères
compofée que du point cè eft la ville & des gorges plus ou moins refferrées qui
y aboutiffent, & parmi lefquelles eft celle où paffe le grand chemin qui 5
menant de Saint-Marc au Port-au-Prince, va de cette première ville au
pont du Mont-Roui.
qui
mérite véritablement ce nom & qui forme l'étendue Septentrionale de la
paroiffe eft comprife dans Ia plaine de P'Artibonite; l'autre n'eft guères
compofée que du point cè eft la ville & des gorges plus ou moins refferrées qui
y aboutiffent, & parmi lefquelles eft celle où paffe le grand chemin qui 5
menant de Saint-Marc au Port-au-Prince, va de cette première ville au
pont du Mont-Roui. --- Page 195 ---
RANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 181
La première portion fe trouve comprife entre la mer > la rivière de
P'Efter, le fofié Nabot & le pied de la face Méridionale des montagnes
qui font au Nord de la ville de Saint-Marc, depuis le bac du centre,
jufqu'au rivage de la mer; c'eft ce qu'on nomme le bas de P"'Artibonite.
Et comme la rivière de l'Artibonite, à partir du point où eft le bac du
centre, à fa direction principale du Sud au Nord, elle coupe prefqu'en
deux, cette grande furface plane,
Elle n'offre à préfent de terrains fufceptibles de bonnes cultures, que
ceux qui bordent l'Artibonite, ou qui n'en font qu'à une faible diftance;
parcc que cette rivière, par fes infiltrations 1 leur procure une forte de
fraicheur, dont le refte eft privé, & qu'elle fert de conducteur aux pluies,
qui font conféquemment plus fréquentes dans cette efpèce de bordure. Auffi
réfulte-t-il de ces deux caufes, que fur l'une &c l'autre rive, dans une
étendue de deux ou trois lieues au-deffous du bac du centre, on voit une
fuite d'habitations quidonnent, dans les années favorables, de bclles récoltes
en indigo &c en coton.
Il y de plus à la rive Oueft du foflé Nabot, depuis P'Artibonite jufqu'à
l'Eîer, ) une rangée d'indigoteries &c de cotonneries, qui procurent un revenu
confidérable, lorfqu'il arrive que les pluies fuivent la direétion de ce foflé.
D'ailleurs, comme il a un beau courant d'eau, pendant plufieurs mois de
l'année, il a fur fon voifinage une heureufe influence, dont fix ou fept
habitations placés à fa rive Eft donnent la preuve. Il femble que le foflé
Nabot pourrait, d'après cela, être utile lui-même pour l'arrofement &c pour
des machines qui éleveraient l'eau.
Tout le refte de la paroille de Saint-Marc contenu dans la plaine de
l'Artibonite, n'a que très-peu de terrain en culture, foit parce que le fol
y eft fouvent compaéte & argileux & de la nature de ce qu'on appele terre
à pot, &c que l'on ne peut l'employer qu'en hattes; foit parce que dans le
voifinage de la mer ce fol eft falineux, & que la rivière de l'Artibonite
& celle de l'Efter y épanchent leurs eaux, qui les noyent, & qui diffolvent
les fels végétatifs. A peine pouffe-t-il, dans certains points, de quoi faire
pâturer les animaux 1 dont ils rendent les pieds mous. Lés terres lago.
neufes font à leur tour périr de jeunes fujets des hattes; qui viennent y
boire des eaux croupies &c qui y refteat quelauefois embourbés.
ite
& celle de l'Efter y épanchent leurs eaux, qui les noyent, & qui diffolvent
les fels végétatifs. A peine pouffe-t-il, dans certains points, de quoi faire
pâturer les animaux 1 dont ils rendent les pieds mous. Lés terres lago.
neufes font à leur tour périr de jeunes fujets des hattes; qui viennent y
boire des eaux croupies &c qui y refteat quelauefois embourbés. --- Page 196 ---
182 DESCRIPTIO N DE LA A PARTIE
La feconde porticn plane de la paroiffe de Saint-Marc, nous occupera plus
loin.
Le refle de cctte paroiffe efl montucux & forme une mafle confidérable
de montagnes qui, depuis le morne la Selle, s'avancent jufqu'à la mer.
Ceux de ces mornes > dont j'ai parlé comme placés au Nord de la ville, 7
ne font pas propres à la culture, &x ils ne font utiles que par la pierre &c
le bois à brûler qu'ils procurent.
Les mernes qui font à l'Orient de la ville, & qu'on nommc le canton
des Hauts de Saint-Marc > font cultivés en café, comme leur revers, qui
dépend des Verrettes, & dans les gorges qu'elles forment vers leurs extrémités, ily a beaucoup d'indigoteries.
Les côtes de Saint-Marc, qui commencent à Fembouchure de PEfér,
dans la baie à Tortue, font fuivies > en gagnant dans l'Oueft, par la pointe
de Halle, qui eft à deux lieues de la baie du Grand-Pierre. Dans l'intervalle eft l'Efter au Gafcon & TEfter à Grand.Pierre. La baie du GrandPierre a 870 toifes d'ouverture & 1,280 toifes d'enfoncement. De là, en
contournant le rivage, on trouve la pointc à Grand-Picrre > puis l'embouchure de l'Artibonite, qui eft à environ une lieue trois-quarts de la baie
du Grand-Pierre. La direétion de la côte, depuis la pointe de. Halle, eft
à peu près Nord & Sud.
A l'extrémité de la rive droite de l'Artibonite, eft un établiflement qui
exige que rous nous y arrêtions.
Dès que les Français de PIle la Tortue 1 après avoir parcouru le Portde-Paix, eurent gagné des points plus. à TOueft, & particulièrement les
Gonaives, is s'occupèrent des falines naturelles qu'on trouvait dans ce
dernier lieu, &c ils étendircnt Icurs travaux jufqu'à lembouchure de FArtibonite,. où ils eurent même leur principal établiflement en ce genre. Chaque
année les garçons s'y rendaient de la Tortue & des lieux circonvoifins 9
pour préparer le fel & pour en faire l'échange avec. des étrangers, parmi
lefquels les Anglais formaient le plus grand nombre.
Peu à peu, des individus fe fixèrent dans ce licu, qu'on appela la Grande
Saline 7 & continuérent ce commerce, qui leur était très - profitable. Lz
population s'y accrut même de manière, que dans la guerre de 1756,les
milices, qui jufques- là avaient toujours eu un pofte dans cct endroit, n'y
pour préparer le fel & pour en faire l'échange avec. des étrangers, parmi
lefquels les Anglais formaient le plus grand nombre.
Peu à peu, des individus fe fixèrent dans ce licu, qu'on appela la Grande
Saline 7 & continuérent ce commerce, qui leur était très - profitable. Lz
population s'y accrut même de manière, que dans la guerre de 1756,les
milices, qui jufques- là avaient toujours eu un pofte dans cct endroit, n'y --- Page 197 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 183
montèrent plus, > & que la garde en fut uniquement confiée aux faliniers.
Le terrain où fe trouve fituée la Grande Saline. 9 ne donnant à fes habitans prefque aucune communication avec ceux de l'Artibonite 2 ni aucun
rapport' très-fréquent avec les agens de l'autorité à Saint-Marc, ils vivaient
d'une manière indépendante, fe recrutant touojurs par quelques marins qui
quittaient les bâtimens fur lefquels ils étaient venus d'Europe > & vendant
leur fel, foit en le tranfportant eux-mèmes dans divers points de la Colonie, foit en le livrant à des caboteurs ou à des Américains des ÉtatsUnis. A la fin de 1780, un convoi de bâtimens efpagnols qui allaient
chercher du fel aux Iiles Turques, ayant relâché au Môle 1 ils en repartirent à l'exception de quatre, qui allèrent fe charger à la GrandeSaline.
Tandis que les faliniers fe fuffifant à eux-mêmes étendaient leur petite
peuplade, le prix que chaque jour ajoutait aux terres de la Colonie, 7 &c
plus encore la répugnance que les habitans riverains des côtes ont à fouffrir fur les bords de celles-ci, des hommes dont le voifinage eft le plus
fouvent une fource de difficultés pour Ia difcipline de leurs nègres, multiplièrent auprès du gouvernement les demandes en conceilion du local où
exiftaient les faliniers, ou fur lequel ils pouvaient avoir des vues.
Ces faliniers, qui n'avaient jamais fongé à obtenir la poffeflion légale
d'un terrain dont on leur devait toute l'utilité, 2 fe virent donc réduits à
celle des cinquante pas du roi > que les loix coloniales réfervent au fervice
public; mais la perfécution les y fuivit. Tantôt les propriétaires des conceffions obtenues jufqu'à ces cinquante pas > prétendaient que la jouiflance
provifoire de ceux-ci était une conféquence de leurs conceffions ; tantôt,
c'étaient les agens du gouvernement eux-mèmes. > -qui prétendaient que la
défenfe de la Colonie voulait que cet intervalle fût abfolument évacué.
D'un autre côté 1 on reprochait à CCS hommes d'être un ramas de vagabons impatiens de tout frein ; dangereux pour la Colonie par leurs intelligences
avec les ennemis 1 qu'on leur imputait de piloter durant la guerre, & avec
les contrebandiers qu'on difait qu'ils attiraient dans tous les tems. Enfin
les mécontentemens des faliniers étaient parvenus à un tel degré, que M.
Bertrand de Saint-Ouen, conduit chez eux par des opérations relatives à
.
D'un autre côté 1 on reprochait à CCS hommes d'être un ramas de vagabons impatiens de tout frein ; dangereux pour la Colonie par leurs intelligences
avec les ennemis 1 qu'on leur imputait de piloter durant la guerre, & avec
les contrebandiers qu'on difait qu'ils attiraient dans tous les tems. Enfin
les mécontentemens des faliniers étaient parvenus à un tel degré, que M.
Bertrand de Saint-Ouen, conduit chez eux par des opérations relatives à --- Page 198 ---
184 DESCRIPTION DE LA PARTIE
fes plans d'arrofement, les trouva réfolus de brûler leurs cabanes & de fe
retirer aux Iles Turques.
M. Bertrand de Saint-Ouen favait trop combien le fel cft néceffaire daus
un climat où les alimens de toute efpèce fe corrompent promptement;
pour- ne pas fentir que la Colonie fe trouverait bientôt foumife à un impôt confidérable envers les étrangers, fi nos propres falines étaient' abandonnées, & il réfolut de fe faire le défenfeur & l'avocat des faliniers.
Il trouvait bifarre, fans doute, qu'en 1784, il fe trouvât à Saint-Domingue
& à l'Artibonite, une réunion d'hommes fans nulle autre propriété que celle
de leur individu, ayant renoncé au mariage & qui, s'ils avaient des enfans
provenus d'unions formées avant de fe lier à cette fociété, ou des concubines
qu'elle admettait, les excluait également de leur fucceflion 2 qui reftait
toujours en communauté, Mais il penfa qu'on pouvait changer le fyftème
de cette efpèce de république, fans qu'il fallôt pour cela en chaffer les
membres.
M. Bertrand propofa donc aux faliniers &c leur fit adopter l'idée de donner
en commun une requête > par laquelle ils demandaient à être rétablis
dans la jouilfance de tout ce qui leur avait été pris & qui compofait primitivement la Grande-Saline & promettaient de laiffer divifer ce terrain
entr'eux par égale portion & d'y conftruire des logemens folides. M. Bertrand
de Saint-Ouen rédigea la demande & l'accompagna d'un mémoire pour l'appuyer auprès des Adminiftrateurs. Cette démarche eut un fuccès complet.
Il fit rendre aux faliniers ce dont on les avait dépouillés; & il leur procura de plus une lifière de 350 pieds de large 1 depuis le Boucan des
Folleux jufqu'à la baie à Tortue.
En 1785, les faliniers s'occupèrent de conftrucions; ils firent des achats
de nègres & les Adminiftrateurs nommèrent provifoirement un habitant pour
commandant de la Saline. M. Fournerie de Juville, voyer, traça les divifions, par un plan du 5 Août, que les Adminiftrateurs approuvèrent le 21
Septembre.
Le 28 Février 1787, les faliniers donnèrent une requête, pour obtenir
quelques changemens à ce plan 2 & M. Mottin 2 arpenteur 2 en fit un
autre.
Enfin
ègres & les Adminiftrateurs nommèrent provifoirement un habitant pour
commandant de la Saline. M. Fournerie de Juville, voyer, traça les divifions, par un plan du 5 Août, que les Adminiftrateurs approuvèrent le 21
Septembre.
Le 28 Février 1787, les faliniers donnèrent une requête, pour obtenir
quelques changemens à ce plan 2 & M. Mottin 2 arpenteur 2 en fit un
autre.
Enfin --- Page 199 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MINGUE.
Enfin, le 26 Mai 1788, on a vu paraître une ordonnance des chefs de la
Colonie. , portant: Io, Que quiconque a des conceffions fur le fol de la GrandeSaline > fera tenu de montrer fes titres fous un mois 1 à peine de réunion au
domaine. 20, Que les anciens poffeffeurs feront cependant préférés pour les
concellions nouvelles. 3°. Que chaque perfonne ne pourra avoir qu'un emplacement pour bâtir & qu'un numéro pour fouiller des trous à fel; à moins
qu'on ne poffédât déjà autrefois des trous à fel excédant l'étendue d'un numéro
du plan. Que les détenteurs adtuels feront les premiers colloqués, &c autant
que faire fe pourra fur les numéros de leurs anciens trous. 4°. Qu'il y aura
une indemnité arbitrée &c payée enfuite par tiers en trois années pour l'excédant, fi un concetlionnaire profite du travail d'un autre par la mutation des
numéros. L'ordonnance prefcrit en outre de laiffer le long de l'Artibonite 30
pieds francs, non compris la levée du côté de l'écore pour le hallage des
bateaux & des acons; ; de travailler par corvée à des trous à fel, laiflés
en communauté, aux digues néceflaires pour garantir la faline des inondations
& al l'entretien des chemins.
Je fuis forcé de dire que les difpofitions de ce réglement, en faifant paffer
la propriété d'un falinier à un autre, a été la caufe que les deux cinquièmes au
moins d'entr'eux ont abandonné un lieu où ils fe regardaient comme vexés.
C'eft ainfi que la manie de porter partout des idées d'un ordre fyftématique
fans examiner s'il peut convenir partout, fait quelquefois naître le défordre.
D'ailleurs un canal, conftruit par un voifin, M. Brabant, ayant attiré l'eau de
PArtibonite jufques dans la faline, les faliniers ont rénoncé à des travanx
qu'ils n'avaient entrepris que pour en retirer de l'avantage.
Ilya auffi quelques petites falines dans l'intervalle du Boucan des Folleux
à la baie à Tortue. Leur produit réuni à celui de la Grande-Saline,
donnait autrefois près de 200 mille barils d'un fel dont la qualité eft réellement
fupérieure a celle du fel des Iles Turques 1 & qui, plus difficile à faire que
celui-ci,fe vend auffi plus cher. La Colonie peut en confommer 50 mille
barils; c'était donc 150 mille barils à échanger avec les Américains, ce qui au
taux le plus. bas pouvait repréfenter cent cinquante mille gourdes. Le miniftre
écrivait aux Adminiftrateurs, le 9 Juin 1786, de veiller à ce qu'il ne fût
importé aucun chargement de fel dans la Colonie 7 pour ne pas nuire à l'établiffement des Saliniers de l'Artibonite,
Tom. II.
A a
mille
barils; c'était donc 150 mille barils à échanger avec les Américains, ce qui au
taux le plus. bas pouvait repréfenter cent cinquante mille gourdes. Le miniftre
écrivait aux Adminiftrateurs, le 9 Juin 1786, de veiller à ce qu'il ne fût
importé aucun chargement de fel dans la Colonie 7 pour ne pas nuire à l'établiffement des Saliniers de l'Artibonite,
Tom. II.
A a --- Page 200 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Des barques plates chargées de ce fel vont à Saint-Marc ou remontent
P'Artibonite, 3 & le baril de fel ne coûte dans ces deux endroits qu'une ou deux
gourdes.
L'Gtabliflement de la Grande-Saline , qui a l'air d'un bourg forme un angle
aigu vers l"'Artibonite. On voit une tuilerie à fon extrémité intérieure & fur le
bord de cette rivière.
Puifque je viens de parler de la faline la plus confidérable de Saint-Do.
mingue, des obfervations générales fur les falines & le fel des Antilles, me
femblent devoir trouver leur place ici.
Des Salines 6 du Scl des dntilles.
L'eau de la mer qui baigne les côtes des Antilles, eft plus chargée de fel
marin que celle des mers de l'Europe. Cette propriété eft dûe à une évaporation beaucoup plus confidérable dans la Zône Torride que dans les autres
Zônes", & à ce que ces Ifles n'ont que de faibles rivières, dont le cours eft
fouvent interrompu par de longues féchereffes.
Il eft vraifemblable que les eaux de la mer. 1 prifes à l'embouchure de
l'Amazone &c des autres grands fleuves de l'Amérique Méridionale, ne contiennent pas la même quantité de fel.
Toutes les côtes bafles des Antilles ont des falines naturelles, ou bien
elles pourraient être difpofées avec facilité, de manière à procurer cet avantage. Dans les tems des grandes marées , l'eau de la mer couvre une plus
grande étendue de terrain ; elle fe répand fur des points bas, dans des
efters ou lagons. Dans le tems des bafles marées 2 la mer ferme ellemême ces lagons 1 par une barre ou dune 2 qui s'accroit encore par l'effet
du vent qui, foufflant conliamment de la même partie, accumule les fables
que la mer a jettés fur le rivage dans la même direction que celle du
vent. La communication du lagon étant ainfi interceptée, s'il ne furvient
pas une grande marée qui furmonte la dune ou de fortes pluies qui étendent
l'eau falée contenue dans l'efter, il faut néceffairement que par les progrès
de l'évaporation, le fel marin foit amené au point de fe criftallifer; & fi
le defléchement eft complet, il fe forme une couche faline qui recouvre
tout le fond de l'efter, & qui ccntient les différens fels que la mer te.
, s'il ne furvient
pas une grande marée qui furmonte la dune ou de fortes pluies qui étendent
l'eau falée contenue dans l'efter, il faut néceffairement que par les progrès
de l'évaporation, le fel marin foit amené au point de fe criftallifer; & fi
le defléchement eft complet, il fe forme une couche faline qui recouvre
tout le fond de l'efter, & qui ccntient les différens fels que la mer te. --- Page 201 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 187
nait en diffolution. On fent donc que par le moyen des éclufes & à l'aide
de quelques travaux, toutes les terres noyées par les marées 2 peuvent
former des falines.
Le. tems le plus favorable pour la falification 1 eft celui qui vient après
les Nords, ou celui qui précède ou fuit la faifon des orages. Dans les
autres il ne faut qu'un fort grain de pluie, pour faire perdre le produit de
la faline.
De là il s'enfuit, que les lieux les plus expofés aux féchereffes & aux
vents qui chaffent les nuages & accélèrent l'évaporation 1 font les plus convenables à l'établiflement des falines. C'eft par cette raifon que les Illes
Turques, qui ont d'immenfes falines naturelles, font fi prepices à la formation du fel. Elles font éloignées des montagnes où fe forment des orages
qui prennent enfuite la même direction que leur chaîne, & s'ilyvient quelque nuages chargés de pluie, le vent d'Eft, qui règne jour & nuit dans
ces Ifles, les chafle avec rapidité, & ils n'ont pas le tems de troubler la
nature, occupée du travail de la eriftallifation.
Le fel qu'on retire des falines des Antilles s paffe pour être plus âcre
que celui qu'on obtient des falines de la Bretagne & du Poitou. On fait
le même reproche au fel de mine de la Partie Efpagnole de Saint-Domingue.
Les viandes & les poifTons falés avec le fel des Antilles 7 s'accourciflent
davantage & ont le godt moins agréable. Le fel de P'Amérique doit ces différences à la promptitude avec laquelle il eft amené à la criftallifation &
à la prolongation de l'évaporation. Quoique les fels ne fe confondent pas
dans la criftallifation, il n'en eft pas moins vrai, que lorfque l'évaporation
eft trop prolongée 1 tous les différens fels criftallifent l'un après l'autre, s
fuivant qu'ils font plus ou moins fufceptibles de diflolution. Dans les falines
de l'Europe, où l'on gouverne l'eau , où l'on dirige la criftallifation à volonté, où l'évaporation eft plus lente & jamais entière, le fel marin eft
plus pur. Dans celles de l'Amérique, au contraire, où la nature agit fans
le fecours de l'art, le fel marin contient du fel de glauber &c furtout
une grande quantité de fel marin à bafe terreufe qui le rendent âcre &
amer.
Ces conjectures font confirmées par l'expérience. Un habitant de la Partie
du Nord, qui avait difpofé une faline d'après celles del l'Europe &c qui avait
A a 2
, le fel marin eft
plus pur. Dans celles de l'Amérique, au contraire, où la nature agit fans
le fecours de l'art, le fel marin contient du fel de glauber &c furtout
une grande quantité de fel marin à bafe terreufe qui le rendent âcre &
amer.
Ces conjectures font confirmées par l'expérience. Un habitant de la Partie
du Nord, qui avait difpofé une faline d'après celles del l'Europe &c qui avait
A a 2 --- Page 202 ---
188 DESCRIPTIOI N DE LA PARTIE
employé les mêmes manipulations, a obtenu du fel tout à fait femblable
à celui des falines de France. On fait, au furplus, au fel de Portugal,
Ie même reproche qu'à celui des Antilles.
Si les habitans de ces Ifles, & furtout ceux de Saint-Domingue dirigeaient leur induftrie de ce côté, il eft à préfumer qu'ils parviendraient
aifément à approvifionner les pècheries de l'Amérique Septentrionale de
l'immenfe quantité de fel dont elles ont befoin. Il en réfulterait un commerce d'exportation très-utile aux deux nations. La nature auffi libérale
aux Antilles, fur les eaux que fur la terre, livre fes tréfors avec
digalité à l'homme induftrieux, qui fait les folliciter & les mettre à proprofit.
Ily a une relation trop intime entre les falines, confidérées dans leur
produit en fel, & les terres des falines; pour que le Leéteur. ne me
mette pas de l'entretenir de ces dernières.
perDes Terres des Salines.
LEs terres que la mer inonde 2 font couvèrtes aux Antilles 1 de
& de palétuviers, dont le feuillage toujours vert & les formes mangles
offrent un coup d'ceil étonnant & beaucoup d'utilité. Le
bifarres, 9
mangle gris eft le
premier des bois appelés incorruptibles ; le mangle
la
fournit
rouge 3 excellent pour
charpente,
en outre un tan très-actif & très-bon; le mangle blanc
ou palétuvier 3 que tous les infeêtes attaquent, 7 donne du bois de chauf.
fage; & les racines de tous font l'afile des huitres.
Dans les journées féches, les feuilles de ces différens mangliers, font
chargées de criftaux de fel marin, que l'ceil difcerne &
le
connaît. Ces criftaux proviennent de l'évaporation de leur féve que goût requi eft falée,
& qui dépofe fur ces feuilles, les fels qu'elle tenait en diffolution. La
rofée de la nuit ou les pluies fondent ces criftaux de fel, la furface de
la terre fe fale de plus en plus, & l'on a remarqué que les
tardent l'époque où lcs terres des falines font fufceptibles de culture. mangles reCes terres de falines fe refufent long-tems aux travaux des cultivateurs.
Compaôtes comme la pierre, fi on leur fait éprouver une divifion mécanique 1 par les infirumens aratoires, elles reprennent leur confiftance première
an premier grain de pluic.
de fel, la furface de
la terre fe fale de plus en plus, & l'on a remarqué que les
tardent l'époque où lcs terres des falines font fufceptibles de culture. mangles reCes terres de falines fe refufent long-tems aux travaux des cultivateurs.
Compaôtes comme la pierre, fi on leur fait éprouver une divifion mécanique 1 par les infirumens aratoires, elles reprennent leur confiftance première
an premier grain de pluic. --- Page 203 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MIN G U E. 189
Le moment où elles deviennent produétives, eft annoncé par l'efpèce des
plantes dont ces terres fe couvrent, à mefure qu'elles fe deffalent.
On croit pouvoir attribuer la ftérilité de ces terres, leur extrême compacité, leur vifcofité & la facilité avec laquelle elles reprennent leur
adhéfion, à la grande quantité de fel marin à bafe terreufe qu'elles contiennent. Ces fels , qui rempliffent tous les pores de la terre, ne font pas
fufceptibles de criftallifation 2 mais la grande chaleur du foleil les déffeche
& procure à la terre une telle induration, que les racines ne peuvent pas
la pénétrer.
Si l'on ajoute à ces terres des terres naturellement fertiles, celles-ci font
bientôt imbues de la diffolution de ces fels & deviennent aufli impropres à la
produétion que les premières. Le fumier éprouve le même effet. Ces engrais
n'agiflent que lorfque ces terres ont été dépouillées par de fréquens lavages
& par l'action de l'air & des météores, 1 de l'excès de fel qui empèche la putréfaction. Il eft donc vrai qu'en agriculture comme en économie animale l'excès
de fel enchaine la putréfraétion tandis qu'à petite dofe il la favorife.
Les premières cannes à fucre qui viennent dans ces efpèces de terres font
dures , rabougries, 8 elles donnent un fucre très-falé ; mais ce fucre eft
beau. Cela vient de ce que la fermentation n'agit point fur ces cannes ; le fel
marin étant un des grands pacificateurs de la fermentation fpiritueufe. Qu'oppofer à ces terres P De la conftance &c des travaux. S'il eft poffible de les
inonder d'eau douce chargée de limon, on remplira le triple objet, de les
élever, de les deffaler, de les couvrir d'une portion de terre pénétrée des
principes de la végétation, & l'eau en s'écoulant entraine une partie des fels
qui enchaînent la fertilité. Il faut aider encore cet effet en remuant ces terres.
Bientôt elles changent de couleur ; de blanches ou de grifes qu'elles font, elles
acquièrent une teinte qui tire fur le noir ou fur le fauve, ce qui eft un
indice de la putréfaction. C'eft aufli l'époque où ces terres deviennent fécondes.
Si l'on n'a pas dans fon voilinage ou une rivière ou des eaux courantes, 1l
faut attendre que les pluies aient produit à elles feules les mêmes effets; c'eft
l'ouvrage du tems.
Il n'eft pas befoin d'avertir que le premier foin du cultivatear 9 qui
veut fertilifer des terres de falines, doit être de les mettre à l'abri de la
mer, qui peut, dans une feule marée 2 détruire le fruit du travail de pluSieurs années.
inage ou une rivière ou des eaux courantes, 1l
faut attendre que les pluies aient produit à elles feules les mêmes effets; c'eft
l'ouvrage du tems.
Il n'eft pas befoin d'avertir que le premier foin du cultivatear 9 qui
veut fertilifer des terres de falines, doit être de les mettre à l'abri de la
mer, qui peut, dans une feule marée 2 détruire le fruit du travail de pluSieurs années. --- Page 204 ---
190 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Les cannes & les patates font les premières produétions utiles
obtenir des terres des falines ; le petit-mil cependant les qu'on peut
elles fe refufent à produire du mais. Elles fe
précède ; mais
furtout de
prêtent à rapporter de l'indigo,
l'indigo bâtard.
On a obfervé les nuances de fertilité des terres bafles qui avoifinent
la
mer , dans l'ordre fuivant : la première ligne, voifine de la
un peu de mangles blancs ou palétuviers à
mer , produit
grandes racines
qui font noyées à toutes les marées : c'eft la région des huîtres. extérieures En
remontant, on trouve de la terre blanche qui eft couverte de différentes
de mangles, qui décroiffent & deviennent plus rares, à mefure efpèces
loigne de la mer. On trouve enfuite une plage dénuée de
qu'on s'é.
végétation. Plus loin commence la
toute forte de
caffe-pierre, enfuite différentes
affeétées à ces terrains. Au delà 9 la terre fertile eft
plantes
chiendent marin très-touffu & qui eft
annoncée par un
piquant, tant les extrémités de fes
feuilles font rigides & dures. Enfin, on trouve plus haut les cannes à fucre
d'abord chétives, mais qui fe perfe@tionnent, en avançant dans la
En général, on peut divifer en trois claffes les habitations plaine.
la mer. La première claffe, qui eft
voifines de
riveraine, a beaucoup de terres mé.
diocres, mais elles s'améliorent de jour en jour par la culture. Le fucre
qu'elles produifent eft d'une qualité fupérieure. Celles de la feconde
placées au-deffus 1 font beaucoup plus fertiles. Mais rien
clalle,
lité des habitations qui font en troifième
n'égale la fertiligne. Le fel marin,
excès dans les
les
qui eft par
premières 1
détériore ; dans les habitations de la
conde ligne, le fel marin fe trouve dans une
fene fert à la végétation ; mais il eft dans les troifièmes proportion qui ne nuit ni
dans la
où il aide la putréfaction, & où il fait l'office des
proportion
engrais.
On fent bien que ces trois étages doivent être mefurés
par l'élévation
du fol au-deffus du niveau de la mer, 3 & non par fon
l'élévation
Éloignement ; Car c'eft
qui indique l'époque plus ou moins reculée de la retraite de la
Toutes ces idées rapportées à l'Artibonite, montrent
mer.
lité de fon arrofement &c de l'égout des eaux qui
encore plus Futicroupiffent dans le
de la mer.
voifinage
On compte 450 toifes depuis l'embouchure de l'Artibonite
la
pointe des Flamands, oû commence l'anfe de
1 jufqu'à
P'Artibonite, & 850 toifes
plus ou moins reculée de la retraite de la
Toutes ces idées rapportées à l'Artibonite, montrent
mer.
lité de fon arrofement &c de l'égout des eaux qui
encore plus Futicroupiffent dans le
de la mer.
voifinage
On compte 450 toifes depuis l'embouchure de l'Artibonite
la
pointe des Flamands, oû commence l'anfe de
1 jufqu'à
P'Artibonite, & 850 toifes --- Page 205 ---
FRANÇAISE DE SAINT T-D OMINGUE, 19I
jufqu'au morne au Diable, qu'il conviendrait d'autant mieux de fortifier 1
pour qu'il ne fervit pas de ftation à des vaifleaux qui voudraient faire remonter l'Artibonite à leurs canots 1 qu'il eft le feul point découvert depuis
la pointe de Halle jufqu'à l'embouchure de la rivière Salée, &x qu'alors
il défendrait auffi celle-ci, qui eft placée à une bonne demi-lieue du morne
au Diable. C'eft le morne au Diable qui couvre dans le Nord, le petit
enfoncement appelé PEfter aux Rats.
L'Artibonite 3 PEfer 8c la rivière Salée, ayant, dans leurs débordemens, 3
leur iffue par toute la côte, depuis la baie des Gonaives jufqu'à l'embouchure de la rivière Salée, ily a fur cette longueur, d'environ cinq lieues 3
une largeur de près d'une lieue &c demie, qui n'a point de pente fenfible
à le mer. Ce local eft une forêt de mangles qui arrêtent une partie des
dépôts formés par les rivières. Or ces dépôts exhauflant toujours ce fol,
il finira par fe convertir en une digue, qui, s'oppofant à l'écoulement des
eaux 2 les fera ftagner encore plus haut dans la plaine de l"'Artibonite, où
des arbres arrêtaient autrefois ces dépôts utiles pour elle , & cmpèchaient
qu'ils n'arrivaffent au terme où ils ne font plus que nuilibles.
A l'embouchure de la rivière Salée, où la marée monte jufqu'au foflé
des Mangles, 2 c'eft-à-dire, à une grande lieue, commence la baie de SaintMarc. Son embouchure, jufqu'à la pointe Saint-Marc, qu'on appele auffi
Cap Saint-Marc, eft de 8,400 toifes 8c fon enfoncement ou fa longueur,
dirigée Ef & Oueft, de 5,200 toifes.
A environ 350 toifes de l'embouchure de la rivière Salée, eft le Boucan
des Folleux ( nom de ceux qui péchent la tortue de mer avec le filet à
grandes mailles appelé folle), où j'ai dit que la côte devient de fer; l'on
compte 1,350 toifes de là à la Groffe pointe ou extrémité des mornes qui
bornent le côté Nord de la baie de Saint-Marc, &c 1,380 toifes de cette
Grofe pointe à l'anfe à PInde, qui eft de fable, fur une longueur de 870
toifes, fans accès dans lintérieur, à caufe de la hauteur 8c de l'efcarpement des mornes. La côte de fer reprend enfuite fur une diftance d'environ 800 toifes, &c de là à l'embouchure de la rivière dcs Guèpes, on
trouve 500 toifes & un peu plus de cette rivière au bout Septentrional de
la ville de Saint-Marc.
à l'anfe à PInde, qui eft de fable, fur une longueur de 870
toifes, fans accès dans lintérieur, à caufe de la hauteur 8c de l'efcarpement des mornes. La côte de fer reprend enfuite fur une diftance d'environ 800 toifes, &c de là à l'embouchure de la rivière dcs Guèpes, on
trouve 500 toifes & un peu plus de cette rivière au bout Septentrional de
la ville de Saint-Marc. --- Page 206 ---
192 D ESCRIPTIO N DE LA P ARTIE
De la Ville de Saint-Marc.
ELLE n'était dans le principe qu'une réunion de quelques maifons difpofées fans ordre & féparées par des rues étroites & irrégulières. Ony mit,
en 1716, une petite chapelle fuccurfale de P'Artibonite, 7 puis les habitans
achetèrent de MM. Tarquet &c Gombaud, un terrain pour y bâtir une églile
& un preibytère, en vertu d'une ordonnance de M. le marquis de Sorel
& de M. Duclos, gouverneur-général & intendant, du 19 Décembre 1720.
Au mois de Mars 1726, un incendie détruifit Saint-Marc, à l'exception
de quelques maifons. , qui n'empèchèrent cependant pas d'adopter pour fa
reconfruétion, un nouveau plan que fit M. de la Lance 3 ingénieur de la
Colonie, & que les Adminiftrateurs approuvérent le 14 Septembre de la même
année.
D'après ce plan, 1 la ville fut bornée par la rivière de Saint- Marc au
Nord, à PER par l'églife, à l'Oueft par la mer & l'on changea la dircction de la Petite-rivière, qui venait aboutir au point où l'on voit aujourd'hui la place-d'armes.
Dans le même tems le roi fit l'acquifition de 700 pieds de long fur 175
de large, , appartenant à M. Jolly.
En 1738, la ville reçut un agrandifement, au moyen de conceflions que
les Adminiftrateurs donnèrent 7 tant fur le terrain réfervé pour la favane
du curé 1 que fur le terrain du roi & celui des héritiers Lefevre.
Le 23 Novembre 1750, nouvelle extenfion 7 d'après un tracé de M.
Lalande, arpenteur. Les héritiers Lefevre, que l'on privait encore d'une
portion de leur terrain 1 firent des repréfentations, & les Adminiftrateurs leur
accordèrent, le 19 Août 1751, 800 livres par carreau à recevoir des conceflionnaires; ; M. Peyrottes, arpenteur 9 détermina, le 14 Mai 1753, l'étendue
de ce qu'on leur avait pris de terrain.
L'année 1771, vit encore fur le terrain de la paroiffe 2 entre la rue
d'Afrique & la Petite-rivière, un aggrandiffement qui a pris le nom de
Petite-Guinée. La paroiffe a échangé, le 12 Septembre 1773, le reite de
fon terrain, avec celui qui appartenait aux héritiers Florenceau & qui eft à
PEf de la ville.
La ville de Saint-Marc, telle qu'elle exifte aujourd'hui, borde le rivage
dans
.
L'année 1771, vit encore fur le terrain de la paroiffe 2 entre la rue
d'Afrique & la Petite-rivière, un aggrandiffement qui a pris le nom de
Petite-Guinée. La paroiffe a échangé, le 12 Septembre 1773, le reite de
fon terrain, avec celui qui appartenait aux héritiers Florenceau & qui eft à
PEf de la ville.
La ville de Saint-Marc, telle qu'elle exifte aujourd'hui, borde le rivage
dans --- Page 207 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE,
dans l'enfoncement de la baie &c elle eft placée au-devant d'un croiffant de
mornes, qui ne laifle qu'un très-petit cordon plane entre la mer &c lui.
Elle a 500 toifes de long, du Nord aul Sud, fur environ 240 toifes de
PER à l'Oueft. Cette furface divifée par 4 rues qui courent du Septentrion
au Midi, & que IO autres rues coupent à angles droits, forme 32 ilets s
dont quelques-uns font des carrés parfaits & les autres des carrés longs 9
quelquefois inégaux 9 fi l'on compare ceux d'un rang d'ilets à ceux d'un
autre rang. En général les ilets font fubdivifés en 8 ou IO emplacemens.
Les 4 rues de la longueur font la rue Neuve, la rue de PEglife, la Grande
rue & Ia rue de la Marine. Celles de la profondeur font la rue des Guèpes,
celles Saint-Germain, Saint-Simon, 3 de Bourbon , du Pont, la rue dont le bout
Oueft porte le nom de Traverfière, & l'autre celui de Cul-dc-Sac; la rue
Saint-Charles 9 la rue Royale, la rue Dauphine & celle d'Afrique.
Saint-Marc, où l'on ne comptait en 1739 que 90 maifons, & dont une
ordonnance des Adminiftrateurs du 18 Août menaçait de réunir les emplacemens non-bâtis 2 avait fuivant le cadaftre:
D'Oétobre 1751 141 maifons évaluées à
158,700 livres de loyers.
De Février 1752 152
163,250
De Décembre 1761 144
153.085
D'Oétobre 1764 155
238,700
D'Août
1771 166,
254,116
1776 204
344,900
L'on en compte maintenant 250, dont les loyers ne peuvent être évalués
à moins de 500,000 livres.
L'avantage qu'a Saint-Marc de pofféder dans les mornes de fa baie de Ia
pierre de taille excellente & d'un travail facile, fait que la plupart des maifons
en font conftruites. L'on en trouve dans cette ville d'auffi belles que dans aucun
autre lieu de la Colonie, 8c parmi celles-là il faut compter la maifon que MM.
Saint-Macary, Beaucamp &c Compagnie, négocians 3 viennent de faire édifierfur
le quai entre la rue Traverfière & la rue Saint-Jacques, & qui eft un ornement
pour elle.
Les rues ont communément 48 pieds de large ; il en eft de 60,[& les
moindres en ont 30., Une ordonnance des Adminiftrateurs du 14 Aott 1784 avait
prefcrit d'entourer les terrains; d'avoir des ruiffeaux pavés dans les rues, & d'y
Tome II.
B b
ocians 3 viennent de faire édifierfur
le quai entre la rue Traverfière & la rue Saint-Jacques, & qui eft un ornement
pour elle.
Les rues ont communément 48 pieds de large ; il en eft de 60,[& les
moindres en ont 30., Une ordonnance des Adminiftrateurs du 14 Aott 1784 avait
prefcrit d'entourer les terrains; d'avoir des ruiffeaux pavés dans les rues, & d'y
Tome II.
B b --- Page 208 ---
DI ESCRIPTION DE LA PARTIE
faire tous les remblais nécelaires d'après le niveau & la pente donnés par
le voyer; & comme l'exécution en était négligée, le juge de police de SaintMarc avait autorifé le voyer, le 9 Février 1786, à faire crier cet ouvrage au
rabais s'il n'était pas fait dans 3 mois.
Alors on parla de paver entièrement les rues; mais les propriétaires des
maifons s'y opposèrent par une requête aux Adminiftrateurs, fondée fur ce
les rues non-pavées font plus fraîches & fur ce que dans les plus
que
grandes pluies le fol fabloneux & légér de Saint-Marc s'égoutte en quelques
minutes. Les Adminiftrateurs renvoyèrent les habitans à délibérer fi le projet
était avantageux ou non 1 & ils ont décidé à la fin d'Oétobre 1787 qu'il fallait
s'en tenir à des rigoles pavées, & fufpendre provifoirement ce qu'avaient enjoint
leurs prédécelleurs en 1784- Il n'y a point encore de nivellement exécuté.
La propreté des rues eft prefcrite par des réglemens du juge de police du
Novembre 1739, du 28 Novembret742, du Ier, Mars 1768, du 16 Juillet
17 1771, & du 31 Août 1780; celui du 5 Février 1782 y a ajouté le devoir pour
les propriétaires de faire arrofer au-devant de leurs maifons tous les jours à
fept heures du matin.
Les rues qui vont du Nord au Sud fe trouvent coupées, comme Ia ville
elle-même, par la rivière de Saint-Marc qu'on nomme auffi la Grande-Rivière,
&c qui court de PERt-Sud-Eft à TOuel-Nord.Ouch. Cette rivière ferait beauconfidérable fi, comme je le dirai plus loin, fes eaux n'étaient pas
coup plus
interceptées. Elle s'accroît cependant durant les pluies, 8c roule comme un
torrent. Il faut donc des ponts pour la communication des deux parties de
la ville.
Depuis l'établiffement de celle-ci, on s'était contenté de petits ponts de bois
qui fuffifaient aux perfonnes à pied ; mais les voitures la paffaient à gué,
fouvent avec danger &c toujours avec difficulté. M. Bretton des Chapelles,
Sénéchal, conçut en 1784 le projet d'une foufcription pour la conftruétion d'un
de maçonnerie dans la Grande rue. Ce projet fut goûté par un grand
pont nombre de citoyens de la ville & de la campagne, qui s'emprefférent de
foufcrire; M. de Couagne, lieutenant de roi de Saint-Marc 1 fit lui-même
un plan &c un devis, & l'entreprife reçut la fanction du gouvernement par
une ordonnance des Adminiflrateurs du 17 Novembre 1784; mais loriqu'on
cria l'entreprife perfonne ne fe préfenta-
dans la Grande rue. Ce projet fut goûté par un grand
pont nombre de citoyens de la ville & de la campagne, qui s'emprefférent de
foufcrire; M. de Couagne, lieutenant de roi de Saint-Marc 1 fit lui-même
un plan &c un devis, & l'entreprife reçut la fanction du gouvernement par
une ordonnance des Adminiflrateurs du 17 Novembre 1784; mais loriqu'on
cria l'entreprife perfonne ne fe préfenta- --- Page 209 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 195
Les chofes en reftaient là, lorfque M. de Bourcel, nouvellement nommé
procureur du roi de la Sénéchauffée 9 trouva à faire, le 6 Février 1785, un
marché d'après lequel MM. Andoyé & Repos ont exécuté ce pont, qui a
coûté environ 55,000 liv. Une amende de 15,000, payée par un particulier
pour peine d'une rébellion à juftice, y a été appliquée; les Adminiftrateurs ont
fait payer 7,000 liv. par la caiffe des libertés , & les foufcripteurs ont acquitté
le furplus 1 à une folde près, qu'il eft probable que le gouvernement mettra
encore à la charge de la même caille.
La voûte du pont a 28 pieds d'ouverture fur une profondeur de 33 pieds
& une élévation d'environ II pieds depuis le lit de la rivière jufqu'au fommet
de la voûte, qui eft totalement de pierres de taille ainfi que les paremens vus
des piédroits du côté de la rivière ; il en eft de même de tous les angles
de l'ouvrage. Le deffus du pont a vingt pieds de voie pour les voitures, & de
chaque côté un trotoir de pierres de taille de cinq pieds de largeur & élevé
d'un pied au-deffus du paflage des voitures. Les bords du pont font couronnés
d'un parapet auffi de pierres de taille de deux pieds de hauteur au-deffus des
trotoirs 7 fur 18 pouces d'épaiffeur.
Malheureufement ce pont vient d'être confidérablement endommagé dans un
débordement qui a emporté tous les ponts de bois de la ville.
Entre la Grande rue , la rue Saint-Charles & la rue Royale, eft l'unique
place publique de Saint-Marc; on l'appele la place-d'armes. Elle a 300 pieds
de long du Nord au Sud, fur 200 pieds de large de PEf à 1'Oueft, non
compris les 60 pieds de largeur des rues où elle donne. Ses quatre faces ont
chacune deux rangs d'ormes &c des bancs de diftance en diftance. Comme la
plus grande partie du fol de cette place eft de fable & de galets, la plupart
des arbres y dépériffaient. Mais M. de Bourcel a fait creufer entre ces arbres
de longs foffés qu'on a remplis de fumier &c de terreau. De cette manière
l'eau des pluies retenue dans ces follés, après s'être impregnée de ce fumier,
porte aux racines le principe d'une nouvelle végétation.
Cette place était carrée parce qu'elle bordait auffi la rue de la Marine, o
qui forme le quai 5 mais en.1770 les Adminiftrateurs ont donné, malgré les
plus juftes réclamations de la part des habitans. de la ville 1 des conceflions,
fur lefquelles on a élevé des maifons qui mafquent le côté de la mer.
C'eft fur cette place, encore mal remblaiée en 1743, que s'était toujours
B b 2
nouvelle végétation.
Cette place était carrée parce qu'elle bordait auffi la rue de la Marine, o
qui forme le quai 5 mais en.1770 les Adminiftrateurs ont donné, malgré les
plus juftes réclamations de la part des habitans. de la ville 1 des conceflions,
fur lefquelles on a élevé des maifons qui mafquent le côté de la mer.
C'eft fur cette place, encore mal remblaiée en 1743, que s'était toujours
B b 2 --- Page 210 ---
196 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
tenu le marché de Saint-Marc pour toutes les marchandifes. Une ordonnance
de police du 20 Septembre 1785y défignait mêmc la place de chaque clafle
de marchands & ceux de marchandifes sèches, formant ce que l'on nomme
auffi à Saint-Marc le Marcbé des Blancs, avaient pour local les quatre allées
d'arbres. Mais le propriétaire d'un emplacement de la rue de PÉglife,
des prifons, ayant l'idée de faire venir le marché aux Blancs
proche
vis-à-vis fon
emplacement: ; il préfenta aux Adminiftrateurs une requête fignée de quelques
perionnes, & ces chefs convoquèrent une aflemblée des citoyens & demandèrent l'avis du commandant & du commiflaire de la marine à Saint-Marc,
pour ordonner, contre le réfultat du voeu des confultés, la tranflation du marché
aux Blancs dans la rue de l'Églife, depuis le prefbytère jufqu'à la
ce
qui formait un efpace évidemment trop refferré. Enfin en 1787, force prifon, de
plaintes, le marché des vivres & légumes a été transféré de la
place-d'armes au
cours Bellecombe, 2 & celui des Blancs a été rétabli dans les allées de la
place-d'armes. Un corps-de-garde placé fur le quai entre l'un & l'autre, reçoit
les hommes qui veillent à leur police.
C'eft dans l'îlet qui correfpond à celui du marché dans PER,
mais en en
pallant un intermédiaire 2 qu'eft l'églife, formant un bâtiment de maçonnerie de
120 pieds de long fur 60 pieds de large, achevé en 1779 & aligné dans PEf fur
la rue Neuve. Cette églife eft affez jolie & dédiée à Saint-Marc,
toutes celles qu'elle a remplacécs. On y voit une chaire d'acajou fort belle comme &
remarquable par l'élégance de l'efcalier; elle a cependant l'inconvénient d'être
trop grande pour le vaiffeau. Cette églife a des bancs, & notamment ceux
honorifiques pour les chefs & pour la Sénéchauflée. Ses plus anciens regiftres
paroiffiaux font du mois de Mai 1726. Ony trouve cependant des aétes
remontent
qui
jufqu'en 1716, mais ils ont été recueillis ou copiés après l'incendie
de 1726.
Au Nord de l'églife, eft le prefbytère, qui a toute la profondcur Eft &
Oueft de l'ilet , & du côté du Sud eft le bâtiment des prifons tout près duquel
eft un petit clocher en flèche. L'églife eft féparée du prefbytère & des
prifons. Son portail répond au milicu de la place-d'armes, 3 & comme elle n'a
pas la longueur de Pilet, ce qui s'en manque forme une efpèce de
où deux rangs
parvis,
d'arbres 3 répondant aux angles de l'églife, viennent
la
rue de fon nom, où doit être une grille de fer, qui coûtera 16 mille jufqu'à livres.
Une rue mène de l'églife à Ja place-d'armes.
des
prifons. Son portail répond au milicu de la place-d'armes, 3 & comme elle n'a
pas la longueur de Pilet, ce qui s'en manque forme une efpèce de
où deux rangs
parvis,
d'arbres 3 répondant aux angles de l'églife, viennent
la
rue de fon nom, où doit être une grille de fer, qui coûtera 16 mille jufqu'à livres.
Une rue mène de l'églife à Ja place-d'armes. --- Page 211 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE 197
C'eft à l'angle Sud-Eft de cette rue & de celle de PÉglife, &' conféquemment en face des prifons 1 qu'eft le bâtiment fervant d'auditoire &
de chambre criminelle à la Sénéchauflée & à l'Amirauté de SaintMarc.
La SénéchaufTée de Saint-Marc a été créée à P'inftar de toutes celles de la
Colonie, par un édit du mois d'Août 1724 le même qui établit la Sénéchauffée de
Saint-Jean du Trou, devenue celle du Fort-Dauphin. Elle fut compofée alors
des Quartiers de Saint-Marc, de l'Artibonite 7 des Gonaives & du Mirebalais.
L'arrêt du Confeil du Petit-Goave, du 18 Janvier 1725 2 portant enregif
rement de cet édit, fixala première féance de la Sénéchauflée au 1er, lundi
non-fêté du mois d'Avril fuivant. M. Caignet, Confeiller de ce Confeil,
nommé commillaire par le même arrêt, inftalla, le 16 au matin, avec le procureur-général, le peuple étant réuni en foule, 3 ce tribunal qu'on devait,
comme celui du Trou, aux inflances de M. de Montholon 7 intendant 3 auprès
du miniftre. M. Bizoton 7 Confeiller au Confeil du Petit-Goave, en fut le
premier Sénéchal, 1 & M Archin le Ier. procureur du roi, en vertu de brevets du
15 Aott 1724. Suivant l'ufage de la Colonie, M. Caignet jugea la première
caufe &c céda enfuite le fiège à MM. Bizoton &c Archin. Le lendemain 17,
les commiffaires du Confeil &c les officiers de la Sénéchauffée allèrent faire
drefler une potence au bord de la mer & un pilier avec deux carcans audevant de l'emplacement oà le palais devait être élevé, comme marques de
juftice.
Il fut impoffible, 9 pendant plus de fix ans, de trouver un entrepreneur pour
faire le palais & les prifons. M: de Maupoint, qui était major pour le roi
à Saint-Marc, vendit une maifon pour cet objet le 26 Septembre 1731.
Le terrain de 120 pieds de long fur 65 de large, 3 avec une maifon de 61
pieds maçonnée entre poteaux, 9 couverte d'effentes & un autre bâtiment de
30 pieds, non-àchevé, furent payés 10,000 livres par la caifle des droits
domaniaux ; & le titre de propriété 3 remis par le vendeur, était une
autorifation que lui avait donné M. Mahon 7 lieutenant d'infanterie, chargé de
la diftribution des emplacemens pour la réédification de Saint-Marc, le 26
Août 1726, après l'incendie. Malgré cela, la Sénéchauffée n'avait point encore de logement en 1742.
Celui où elle eft placée maintenant eft décent &x commode. Il fert auffi a
ux ; & le titre de propriété 3 remis par le vendeur, était une
autorifation que lui avait donné M. Mahon 7 lieutenant d'infanterie, chargé de
la diftribution des emplacemens pour la réédification de Saint-Marc, le 26
Août 1726, après l'incendie. Malgré cela, la Sénéchauffée n'avait point encore de logement en 1742.
Celui où elle eft placée maintenant eft décent &x commode. Il fert auffi a --- Page 212 ---
DESCRIFTION DE LA PARTIE
P'Amirauté que le réglement du roi du I2 Janvier 1717 a établie, & qui
n'a jamais eu pour officiers que ceux de la Sénéchauflée, toujours pourvus de
brevets pour les deux tribunaux. Leurs deux greffes font auffi dans ce local.
Je goûte un plaifir réel en donnant des éloges aux foins que M. Mazure,
précédent grefier & qui l'était depuis 1766, prenait pour la confervation des
pièces de ces dépots publics. Elles font toutes, par ordre chronologique 1 dans
des cailles d'acajou fermant à coulifle & à l'abri des ravages des infeêtes. Cet
ordre, cette propreté me parurent d'autant plus précieux, lorfque je fis des
recherches dans ces greffes , en 1783 > qu'ils ne font pas le caraôtère
diftinétif de ceux de Saint-Domingue. J'étais enchanté furtout de la facilité
M. Mazure trouvait
chofe. ce Le droit de recherche
avec laquelle
chaque
paye au greffier > me difait-il, n'eft qu'une récompenfe de leur
s5 qu'on
d'ordre ". Combien de fois j'aurais. voulu trouver ailleurs ces pré-
+ manque
cautions prifes par un homme dont elles rendaient le nom encore plus choquant !
Que de pièces intéreflantes, curieufes, utiles, les vers dévorent dans un court
efpace de tems, à Saint-Domingue !
M. Mazure n'a pas vécu trois mois après mon paffage à Saint-Marc.
Avant la réunion des deux Confeils & les changemens faits alors dans la
compofition & la compétence des Sénéchauffees, les audiences de celle de
Saint-Marc fe tenaient toujours le Lundi. A préfent, celles pour juger en
dernier reffort, fe tiennent le Mercredi & les autres le Jeudi. Les caufes de
PAmirauté font jugées le Mercredi 1 après l'audience en dernier reffort.
Ce que j'ai dit des Sénéchauffées de la Partie du Nord, quant à leur compofition, foit avant, foit après la réunion des deux Confeils 1 faite en 1787,eft
applicable à celle de Saint-Marc. On lui a retiré le Mirebalais, en 1738,
mais P'Artibonite ayant formé les deux paroiffes de la Petite-Rivière &c des
Verrettes, il s'en trouve toujours quatre dans fon territoire : les Gonaîves,
Ja Petite-Rivière, les Verrettes & Saint-Marc. Cette Sénéchauffée à 7 procu.
reurs 7 II notaires & 14 huifliers.
On connait auffi P'Amirauté de Saint-Marc par ce que j'ai dit de celles dont
j'ai parlé précédemment. M. P'Amiral y avait nommé un maître de quai
(M. Morhain) qui a été révoqué ( V. tom. I". pag. 481 ).
Le quai de St-Marc n'eft pas autre chofe que le rivage même. A fon extrê.
mité Septentrionale eft la batterie appeliée du Nord; au-devant de la rue
ifliers.
On connait auffi P'Amirauté de Saint-Marc par ce que j'ai dit de celles dont
j'ai parlé précédemment. M. P'Amiral y avait nommé un maître de quai
(M. Morhain) qui a été révoqué ( V. tom. I". pag. 481 ).
Le quai de St-Marc n'eft pas autre chofe que le rivage même. A fon extrê.
mité Septentrionale eft la batterie appeliée du Nord; au-devant de la rue --- Page 213 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE
Traverfière. 1 la batterie du Centre, & au-devant de la rue d'Afrique 9 la
batterie du Sud.
A toucher cette dernière 1 au Nord, eft le Cours Bellecombe. Cette promenade publique placée le long du quai depuis la batterie jukqu'alalignement du
côté Méridional de la rue Royale, avait été entreprife en 1783 par M. de
Loppinot, alors commandant par interim à Saint-Marc &c auquel tous les bons
citoyens confervent une jufte reconnaiffance ; mais fon départ de cette ville en
avait fait abandonner les travaux & déjà les herbes & les halliers la couvraient.
M. de Bourcel au zèle conftant duquel Saint-Marc a des obligations réelles,
reprit cet ouvrage. ll fit achever le remblai , planter quatre rangs d'ormes 8c
placer des bancs d'acajou. Ce lieu auquel on a donné le nom du gouverneurgénéral de cette époque, pourrait avoir le double de fa longueur aétuelle qui
eft de 500 pieds, fi l'on y faifait un égout voûté pour l'écoulement des eaux
abondantes que les pluies portent quelquefois dans la rue Royale. Il eft probable
qu'un jour tout le quai fera auffi agréablement ombragé &x MM. Saint-Macary
en ont déjà donné l'exemple.
A la jouillance agréable & falubre d'une jolie promenade 2 les habitans de
Saint-Marc réuniffent celle d'un fpeétacle dont je vais tracer les particularités.
Au mois de Mars 1767, MM. Charron & Goulart qui venaient de quitter
le théâtre du Cap, paffèrent à Saint-Marc en allant chercher de l'emploi à
celui du Port-au-Prince. Mais apprenant que le fpeétacle de cette dernière
ville était près de tomber, ils prétèrent l'oreille aux confeils de plufieurs habitans de Saint-Marc, & n'allèrent plus au Port-au-Prince que pour engager
les aéteurs à fe réunir avec eux à Saint-Marc. Leur propofition infpira peu
de confiance; cependant MM. Clément & Defroches qui venaient de s'engager
pour le Cap, ayant promis de jouer pendant quatre dimanches confécutifs à
Saint-Marc, cette réfolution en entraina d'autres.
Cinq acteurs ( MM. Clément , Defroches, Finil, Charron &c Goulart ) &
deux a@trices,( Mde, veuve Maffotteau &c fa fille ), s'embarquèrent en confépour Saint-Marc, où le cortège comique arriva. On loua l'aile d'une
quence
maifon appelée les anciennes Cazernes ; on y éleva un théâtre; on diftingua
des premières &c des fecondes loges 7 & un gradin de bois élevé à Pextrémité
de la falle fut definé aux gens de couleur; on obtint une permifion des officiers de la Sénéchauffée, comme juges de police, & les quatre premières
èrent en confépour Saint-Marc, où le cortège comique arriva. On loua l'aile d'une
quence
maifon appelée les anciennes Cazernes ; on y éleva un théâtre; on diftingua
des premières &c des fecondes loges 7 & un gradin de bois élevé à Pextrémité
de la falle fut definé aux gens de couleur; on obtint une permifion des officiers de la Sénéchauffée, comme juges de police, & les quatre premières --- Page 214 ---
200 DESCRIPTIO N DE LA PAKTIE
repréfentations donnèrent les plus vives cipérances 1 puifque 4,000 liv. de frais
déduites > chaque ateur eût 1,100 livres pour fa part.
Le départ dc MM. Clément & Defroches ayant rendu la troupe infufifante
les aéteurs retournèrent au Port-au-Prince pour y chercher des recrues. Six 1
femaines après ils revinrent au nombre de huit des deux fexes, qui formèrent
d'abord une fociété; puis quelques-uns d'eux voulant des appointemens fixes,
le juge de police çommit quatre négocians & un tréforier pour adminifirer
l'entreprife.
On loua uue maifon rue de T'Églife proche de la rivière 2 & M. Duhem
tréforier, traita avec M. Klivian Fiollo des débris de la falle du Port-auPrince, appartenant à M. de Saint-Romes ingénieur, & du fond du magalin;
le tout pour 10,000 livres.
Ces mifes dehors & les autres frais d'établillemens conftituèrent les commif
faires en groffes avances > qu'ils crurent fe rembourfer plutôt en prenant une
falle plus grande. IIs louèrent donc une halle des héritiers de la Ville en
1769, & en faifant couper les traverfes du fecond étage, ils firent des
mières & des fecondes loges 2 & rendirent la falle capable de contenir pre400
perfonnes.
Au moment où l'on allait en faire l'ouverture, M. Duval, arrivant des
Ifles du Vent, fe mit à la place des commiflaires & les rembourfa. Son
premier foin fut de réunir à la comédie l'opéra-comique qu'on n'avait
encore vu à Saint-Marc, &c ce genre étant goûté,l demanda quelques aéteurs pas
en France.
C'eft dans la même année &c fous cette direêtion que Prinville -
applaudi depuis long-tems à Paris fous le nom de Volange $ arriva de Nantes 2
fur le navire l'Algonquin, , capitaine Pavie. Il débuta dans le rôle de Crifpin
du Légataire Univerfel, & dans celui de Milord Houzey, du Français à
Londres. On ne lui trouva dans la première pièce que de
il
l'aptitude 2 mais
eut un vrai fuccès dans la feconde. Volange prit enfuite l'emploi de la Ruette
dans l'opéra-comique > & comme celui-ci il fut, 2 par fon jeu & par fa précifion,
faire oublier qu'il n'aviat point de Voix.
Au mois de Juin 1770, M. Duval propola à Mne. Francheville alors
marchande de modes, & à MHe, Marthe, aétrice, de leur vendre fes droits 9
& les enfans de Thalie eurent ainfi deux direétrices le Juin.
s
Le
l'emploi de la Ruette
dans l'opéra-comique > & comme celui-ci il fut, 2 par fon jeu & par fa précifion,
faire oublier qu'il n'aviat point de Voix.
Au mois de Juin 1770, M. Duval propola à Mne. Francheville alors
marchande de modes, & à MHe, Marthe, aétrice, de leur vendre fes droits 9
& les enfans de Thalie eurent ainfi deux direétrices le Juin.
s
Le --- Page 215 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU) E. 201
Le même foir on donnait Cartouchic, comédie de le Grand, & le Devin du
Village. Au troifième atte une fecoufle de l'affreux tremblement de terre de
cette défaftreufe foirée fit fortir tout le monde de la falle, &c Te Ipeétacle
cefla.
La connaiffance des malheurs dont la Colonie était affigée, rendit pendant
quelque tems le fpeétacle défert; puis Peffroi qu'infpirait la falle, dont on
avait coupé les traverfes, continua à en éloigner beaucoup de perfonnes,
En vain les direétrices effayèrent-elles plufieurs fois de faire jouer, la crainte -
refta la même. Nulle autre maifon dc Saint-Marc ne pouvant, fi on la difpofait
pour un fpeétacle, , offrir plus de fécurité, les diredtrices prirent le parti d'en
faire conftruire une fur un terrain que leur prêta M. Gravé de Sérignan.
Elle fut bâtie poteaux en terre & couverte d'une toile goudronnée.
Malgré cela le fpedtacle fut peu fuivi, & comme l'on était dans la faifon
pluvieufe, on était obligé de fe tenir quelquefois debout dans' cette falle fous
des parapluies. Les comédiens y- jouèrent trois ou quatre mois, puis au
mois de Janvier 1771 3 ils partirent pour le Port-au-Prince, d'oà ils allèrent à
Léogane à la fin de l'annéc.
Les habitans de Saint-Marc, à la tête defquels était M. de Rameru, alors
commandant pour le roi de cette ville ( le donateur des eaux du Port-à.
Piment ), conçurent le projet d'avoir un local à l'abri des tremblemens de
terre. M. de Rameru follicita la conceffion d'un terrain au coin de la Grande
rue & de la rue Bourbon. Les Adminiftrateurs le concédèrent le 22 Décembre
1771 aux habitans de Saint-Marc 1 à la cbarge pour eux d'y élever unefalle de
Spettacle ainfi qw'ils s'yfont obligés par leur requête.
Pour fatisfaire à cette obligation, on fit en 1772 le profpeetus d'une foufcription par actions. & dans une aliemblée tenue chez M. de Rameru, on,
choilit M. de Villeneuve pour diriger la conftruction , & ilyeut trente actions
de prifes. Sans attendre le payement de celles-ci,. de Villeneuve, aidé par
M. Roffignol de Grandmont, , qui fournit, à fes propres dépens, les fuperbes
lataniers qui étaient néceffaires 7 il fit commencer le bâtiment.
Lorfque la falle de Saint-Marc fut achevée 2 la troupe de Léogane fe
difperfa. Volange devenu huiflier, fe dégoûta de fervir Thémis, & revint à
Thalie, déformais fêtée. dans un temple nouveau ; il y refta près de deux
ans. Ce fut à cette époque que dans un rôle qui, fans doute 1 lui faifait oublier
Tome II.
Cc
ceffaires 7 il fit commencer le bâtiment.
Lorfque la falle de Saint-Marc fut achevée 2 la troupe de Léogane fe
difperfa. Volange devenu huiflier, fe dégoûta de fervir Thémis, & revint à
Thalie, déformais fêtée. dans un temple nouveau ; il y refta près de deux
ans. Ce fut à cette époque que dans un rôle qui, fans doute 1 lui faifait oublier
Tome II.
Cc --- Page 216 ---
262 DESGRIPTIONDE LA PARTIE
que le public, même injufte veut encore être ménagé, Volange dans
un accès d'humeur jetta une gourde dans le parterre en difant que le plus
bardi la Tni rapportat, ce qui lui valut une réclufion de quinze jours. De SaintMarc que cette anecdote avait rendu peu agréable à Volange, il alla avec)
quelques-uns de fes camarades jouer en fociété fur un théâtre que- M. Jenot
avait conftruit au Port-au-Prince, & 5 ou 6 mois après il repartit pour la
France.
La falle, qui eft la même qu'on a confiruite en 1772, a 90 pieds de PEf à
fOueft fur 50 pieds du Nord au Sud, Elle eft garnie de deux rangs de loges, d'ui
amphithéâtre qui peut contenir 70 perfonnes & d'un parterre où l'on eft affis,
& au fond duquel fe placent les gens de couleur, fans diftinétion de nuances.
Le théâtre a 40 pieds de profondeur à partir de P'avant-fcène, fur les
côtés de laquelle font de petites loges louées à l'année. Dans le
contour du théâtre font les loges dcs aéteurs. La falle, qui peut contenir
environ 500 perfonnes, eft bien diftribuée & le point de vue y eft bien
ménagé.
Le 3 Janvier 1773, les aétionnaires déclarèrent que malgré les droits de
propriété qui femblaient devoir leur appartenir fur la falle & les objets dépendans du fpectacle 2 ils confentaient que cette propriété fût confervée aux
habitans du Quartier, fous la feule condition de les rembourfer fucceflived
ment 8c fur les profits, de ce qu'ils avaient payé en argent. Le même aête nomma
deux direêteurs honoraires avec droit de prendre dans Ia
troupe même un
direéteur onéraire. On choifit M. de Villeneuve pour tréforier. & deux commiffaires pour arrêter fes comptes tous les trois mois.
Le 26 Avril, autre délibération qui nomma deux direêteurs honoraires de
plus, & régla que des quatre direéteurs & des deux commiflaires
comité de fix membres $ trois feraient réfidant en ville. On autorifa compofant ur
Ics deux commiflaires à acheter de Mle, Marthe le magalin
en outre
d'habillemens &
les autres objets dont elle était reftée feule propriétaire, & qu'on a payés
12,000 livres. Enfin l'Affemblée arrêta far l'adminiftration & Ia police du
fpectacle un réglement en neuf articles, que lcs Adminiftrateurs approuvèrent
le 8 Juin.
L'ouverture de la falle eut lien le 28 Avril 1773- Dès le mois de. Juillet
Te commandant pour le roi éleva la prétention d'avoir pour lui foul & à Ses
était reftée feule propriétaire, & qu'on a payés
12,000 livres. Enfin l'Affemblée arrêta far l'adminiftration & Ia police du
fpectacle un réglement en neuf articles, que lcs Adminiftrateurs approuvèrent
le 8 Juin.
L'ouverture de la falle eut lien le 28 Avril 1773- Dès le mois de. Juillet
Te commandant pour le roi éleva la prétention d'avoir pour lui foul & à Ses --- Page 217 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
ordres la loge pratiquée pour le gouverneur-général. Celui-ci ( M. de Vallière),
répondit que cette loge était au public quand il ne s'y préfentait point mais
malgré cette décifion ou plutôt à caufe d'elle, les direéteurs honoraires eurent
des défagrémens qui les portèrent à donner leur démiflion au mois d'Août.
L'entreprife devait beaucoup, & cetté confidération détermina les
à faire, le 22 Aodt, à MM. Bérard, de Villeneuve &
citoyeris
Jeanty Dupoux 3 négo-.
gocians, l'abandon gratuit de la jouiffance de la falle &c des dépéndances du
fpedtacle pendant 12 ans, à la charge d'entretenir à leurs frais ce fpectacle
& d'en payer les dettes paflées fauf à en recouvrer les créances à leur profit. 7
Le fpectacle eut lieu pendant deux ans de cette manière, puis les
trois direêteurs fe défiftèrent. Nouvelle délibération de la part des habitans le
13 Mai 1775, par laquelle ils reprirent l'Adminifration 7 nommèrent trois
direêteurs honoraires, dont l'un était tréforier, en outre deux direêteurs adjoints,
fe foumirent à une nouvelle foufcription 7 &c arrêtèrent d'acheter des précédens
acquéreurs le magalin &c, pour 15,000 livres.
Les aéteurs furent engagés pour jouer à la part, 3 felon leurs talens , ce qui
dura jufqu'à Pâques 1776. Alors fufpenfion d'un an faute de fonds. En 1777 une
troupe du Port-au-Prince vint jouer pendant un an. En 1778 les Adminiftrateure
accordèrent un privilège. de fept ans à M. Morillon, qui mourut
après, & les acteurs finirent l'année en jouant à la part.
4 mois
Pendant cet intervalle, M. de Villeneuve réfolut de mettre le
un
fur pied convenable, En conféquence, il obtint des Adminiftrateurs fpedtacle
privilège de fept ans, 1 s'affocia huit autres particuliers, & forma un fond un
aveo
eux par actions. Ils firent un projet - que le commandant & le commiffaire de
Saint-Marc approuvèrent le 29 Oatobre, & les Adminiftrateurs de Ia Colox
nie le 9 Novembre ; ils prirent des aéteurs à gages; M de Villeneuve fut
nommé tréforier. Le fuccès paraiffait vouloir couronner tant de foins, lorf.
qu'à la fin de la première année ( à Pâques 1780 ) les meilleurs acteurs,
eurent des ordres fupérieurs pour fe rendre au
Port-au-Prince, ce qui fit
tomber le ipeétacle de Saint-Marc avec des pertes aflez confidérables
les.
direéteurs.
pour
On était privé de cet amufement depuis deux ans, lorfque M. Saint-
() V. Loix & Coniitutions, Tom. 5 pag. 451,
Cca
onner tant de foins, lorf.
qu'à la fin de la première année ( à Pâques 1780 ) les meilleurs acteurs,
eurent des ordres fupérieurs pour fe rendre au
Port-au-Prince, ce qui fit
tomber le ipeétacle de Saint-Marc avec des pertes aflez confidérables
les.
direéteurs.
pour
On était privé de cet amufement depuis deux ans, lorfque M. Saint-
() V. Loix & Coniitutions, Tom. 5 pag. 451,
Cca --- Page 218 ---
204 DESCRIPTIO N DE LA PART E
Martin - direêteur de la comédie au Port-au-Prince, qui connaiffait SaintMarc pour y avoir été long-tems placé à l'orcheftre, eut l'idée de réunir
l'entreprife des deux fpe@tacles, partageant &c combinant fa troupe de mai
nière, qu'elle fervit à l'un & à l'autre. Ce plan dura jufqu'à Pâques 1734,
& le fpectacle ceffa
Au mois de Décembre 1785, un démembrement de la
des
eft venu jouer à Saint-Marc, fous la direction de M. troupe Cayes $
Dainville, jufqu'a
Pâques 1786, que M: Acquaire $ comédien, amena des acteurs
avait engagés, fur la demande de M. de Villeneuve, qui lui céda fon qu'il pril
vilège. Puis à Pâques 1787,1 M.Acquaire ayant obtenu des Adminiftrateurs
le privilège de la direêtion du Port-au-Prince, il s'y eft rendu avec fa
troupe.
En Juin 1787, M. Pons eft venu avec un privilège de fept ans
Saint-Marc, &c depuis 1788, on eft réduit à attendre que des acteurs foient pour
envoyés de France.
Tel ef l'état du fpedtacle de cette ville. La falle était autrefois
prétée
aux direêteurs fans rétribution, mais les frais de fon entretien ont déterminé à'là louer depuis 1786, à raifon de 2,500 livres par an. Le magafin,
aufli toujours prété 3 a été vendu dans le tems à M. Saint-Martin,
la chétive fomme de
livres
pour
3,000
3 dont le payement n'eft pas encore
achevé.
La police du fpeétacle de Saint-Marc, eft faite par la
ce qui lui donne un peu le caraétère militaire,
maréchauffée, 2
1 qu'a complettement la compétence attribuée au commandant pour le roi , de toutes les conteftations
entre le directeur & les acteurs. Cela m'amène à dire
le
2 que commandant 7 qui avait échoué dans fa demande de la loge du
gouverneurgénéral, auprès de M. de Vallière, a été plus heureux auprès de M.
Reynaud de Villeverd, commandant général par interim en 1775), après
la mort de M. de Vallière & que M. le comte de la Luzerne a confirmé
cette feconde décifion pendant fon généralat
(*)1 M. Cocherel, l'un des direéeurs honoraires, avait tranfporté aux Adminiitrateurs du
fpedtacle une créance de 4,5co livres , à condition que lui & fa familley auraient une loge à
perpétuité, ce Qu'accegtèrent les autres direéleurs, le 14 Août 1775: M. Cocherel étant paffé
ière & que M. le comte de la Luzerne a confirmé
cette feconde décifion pendant fon généralat
(*)1 M. Cocherel, l'un des direéeurs honoraires, avait tranfporté aux Adminiitrateurs du
fpedtacle une créance de 4,5co livres , à condition que lui & fa familley auraient une loge à
perpétuité, ce Qu'accegtèrent les autres direéleurs, le 14 Août 1775: M. Cocherel étant paffé --- Page 219 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DODOMINGUE 205
Les plus forts appointemens des acteurs de Saint-Marc, font de IO à
12,000 livres , avec une pièce à leur bénéfice. Il y a communément
fept aéteurs & cinq aétrices; la moitié de leurs appointemens font faififfables
par leurs créanciers. Le répertoire eft fait tous les mois & l'on en donne
une copie au commandant pour le roi. Il y a un régiffeurque le direêteur
nomme. Nulle pièce n'eft cenfurée.
On donne deux repréfentations par femaine 7 le famedi & le dimanche.
Les pièces d'aéteurs & les 4 abonnemens fufpendus qu'a le direéteur
an, font joués le lundi & le vendredi. La dépenfe ordinaire d'une repré- par
fentation eft de 198 livres, & celle annuelle d'environ 120,000 livres. Quiconque
donne un fpeétacle dans la falle, 2 doit au direêteur un quart net de la recette.
On paye deux gourdes aux premières Ioges & une aux fecondes & au
parterre. Les militaires ne payent que Ia moitié de ces prix & ils n'ont
nulle place diftinctive dans la falle. Le commandant pour le roi, le prévôt
de maréchauffée, font les feuls dont l'entrée foit gratuite. M. de Villeneuve,
ce citoyen fi zélé pour le bien public auquel il coopère toujours avec défintéreflement, a la fienne auffi, mais c'eft une condition qu'on ajoute toujours
en prenant de lui le bail de la falle qu'il fait au nom des citoyens, pour
qui c'eft même une efpèce d'hommage.
Il n'y a pas d'exemple que la fépulture ait jamais été refufée à un aéteur
mort à Saint-Marc.
Pendant le carnaval on donne des bals, & très-fouvent aux autres époques
de l'année fi les dames le défirent. Les hommes feuls y payent & il leur
en coûte une gourde.
en France quelques années après, M. Delatour, procureur de la Sénéchauffée 3
cette loge pendant neuf mois. Ledireéteur du fpectacle lui en ayant demandé le loyer , il occupt exhiba
un aéte par lequel il avait acheté de M. Cocherel la jouiffance de cette loge, moyennant 4,650
livres. Un jugement de la Sénéchauffée. s du 29 Mars 1783, condamna M. Delatour à payer
900 livres au direéteur ; & un autre, du 12 Mai, preferivit le rembourfement des 4.650 liv.
de la part de M. Cocherel , & la loge fut dès lors louée comme les autres. Mais M. Cocherel
ayant réclamé P'exécution du contrat du 14 Août 1775 > un jugement de la Sénéchauffée, de
7 Novembre 1787 s a déclaré cette vente nulle 7 parce que les direéteurs n'ont pas pu
les habitans propriétaires du fpectacle, dont ils n'étaient les agens que pour adminiftrer engager 8z
non pour aliéner.
part de M. Cocherel , & la loge fut dès lors louée comme les autres. Mais M. Cocherel
ayant réclamé P'exécution du contrat du 14 Août 1775 > un jugement de la Sénéchauffée, de
7 Novembre 1787 s a déclaré cette vente nulle 7 parce que les direéteurs n'ont pas pu
les habitans propriétaires du fpectacle, dont ils n'étaient les agens que pour adminiftrer engager 8z
non pour aliéner. --- Page 220 ---
266 DESCRIPTION DELA PARTIE
La privation affez fréquente du fpectacle 1 & celle prefque habituelle de
fociété, parce que les dames qui habitent la ville font en très-] petit nombre,
avait donné naiffance à un autre moyen de
délaflément; ; c'était celui
lieu où 50 perfonnes qui fe choififfaient entr'elles &c
d'un
an fe
qui payaient 40 gourdes
par 1 réuniffaient pour çaufer 1 pour jouer aux jeux de fociété & fouper enfemble. On avait donné le nom de Waux-hall à cette maifon, où
abonné pouvait amener des perfonnes
chaque
étrangères au Quartier, & qui y
raient un accueil dont il était impoflible qu'elles ne fullent
recepas extrêmement
fatisfaites. Mais le démon des jeux de hafard étant parvenu à fe
dans cet afile, fes fureurs viennent de le détruire peut-être
gliffer
Quiconque fait quels font tous les charmes de la fociété pour jamais.
trouve avec
lorfqu'on
une confiance que tout le monde
s'y
partage 7 &jufqu'à quel
un
rapprochement de ce genre avec ceux qu'on aime à rencontrer point
de jouiffance à l'efprit & au caeur, 9 trouvera, comme moi,
procure
de Waux-hall ne peut étrç venue qu'à un homme bon &
que cette idée
aimant, &c lui
avec
paye ici
reconnaiffance mon faible tribut 3 pour le plaifir m'a je
curé perfonnellement fon agréable inftitution.
que proEn général les moeurs de Saint-Marc font plus fimples
Port-au-Prince & fur tout que celles du Cap. On s'en que celles du
apperçoit
parce que le luxe y elt beaucoup moins avancé. On
d'abord,
y rencontre cependant
prefque partout plufieurs commodités que le climat devrait
toujours faire
préférer au fafte. Mais c'eft dans le petit nombre des
leur & dans leurs habillemens, qu'on voit
courtifannes de couque Saint-Marc n'eft pas arrivé
a cet excès de la civilifation, où il y a une forte de jouiflance à braver
décence publique.
la
Nulle part l'étranger honnête n'eft accueilli avec autant
& d'affabilité qu'à Saint-Marc, &c l'on y eft jaloux de lui d'empreffement
moyens de bonne chère, font
dans
montrer que les
très-multipliés
cette ville.
La police de Saint-Marc eft diftribuée comme celle du Cap. Elle eft mife
à exécution, d'abord par la maréchauflée que le réglement du roi, du
Juillet 1743, a établie dans le Quartier de l"'Artibonite &
d'un prévôt, un exempt, deux brigadiers & fept archers. qu'il compofait
feule a maintenant, d'après l'ordonnance
Celle de la ville
des Adminiftrateurs du 8
1775, un prévôt, un exempt, deux brigadiers & huit archers, Février
ife
à exécution, d'abord par la maréchauflée que le réglement du roi, du
Juillet 1743, a établie dans le Quartier de l"'Artibonite &
d'un prévôt, un exempt, deux brigadiers & fept archers. qu'il compofait
feule a maintenant, d'après l'ordonnance
Celle de la ville
des Adminiftrateurs du 8
1775, un prévôt, un exempt, deux brigadiers & huit archers, Février --- Page 221 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE
Ily a de plus une troupe de police créée par un arrêt du confeil du Portau-Prince, du Ier, Mars 1772, & formée d'un exempt avec 1,500 livres
d'appointemens, d'un brigadier avec 800 liv., & de quatre archers ou fergens
avec 600 liv. chacun. Cet établiffement a été confirmé par l'ordonnance du
8 Février 1775, que je viens de citer. Cette troupe, augmentée de 3 archers
furnuméraires qui font des gens de couleur comme les autres, mais fervant
pour obtenir la ratification de leur affranchiffement, eft abfolument aux ordres
des officiers de la Sénéchauflée ; l'exempt porte l'épaulette, &c M.de Couflard,
alors gouverneur-général par intérim, l'a maintenu en 1785 dans ce droit,
attaqué par le commandant pour le roi.
C'eft, aidé de cette troupe, que les officiers de la Sénéchauffée & le procu*
reur du roi plus ipécialement, veillent à l'exécution des réglemens de police.
La netteté & la liberté des rues font les objets les plus minutieux mais les
plus fatigans pour la police. Les magiftrats s'en affurent eux-mêmes
fois & particulièrement Ia veille de Ia Fète-Dieu. Mais les
quelquecontraventions
font fi faciles, > qu'on échappe à toutes les furveillances. On pourrait peut-être
lui reprocher du manque d'exaétitude quant aux chèvres qu'on rencontre dans
les rues & qui font une guerre cruelle aux arbres dont Pombre eft délicieufe,
quoiqu'un réglement de police du 16 Octobre 1766 ait ordonné de les tuer. Un
autre du 22 Septembre 1775, provoqué par des accidens de rage canine, a voulu,
auffi inutilement, qu'on détruisit les chiens vagabonds. C'eft encore le fort de
celui du 3 Août 1779,.qui enjoint de mener aux épaves les bêtes cavalines
afines ou à cornes qui font dans les rues, ou même fous les galeries des 3
maifons ; & de celui du lendemain 2 qui défend de gèner &c d'encombrer
ces
galeries. , qui ont la double deftination de procurer de la fraicheur anx maifons
& de mettre à l'abri de la pluie & de l'ardeur du foleil les perfonnes forcées
de vaquer à leurs affaires à toute heure.
Il eft une forte d'embarras ou au moins de mouvement qu'on aimerait cependant
à voir dans les rues de Saint-Marc, , c'eft celui de cabrouets
comme
feraient tous les tranfports. Ils épargneraient de
qui,
au Cap 2
grandes fatigues furtout aux
équipages des navires marchands, obligés de faire tous les charrois, dans
Jefquels ils font cependant aidés par quelques nègres de journée.
Un objet capital fous tous les rapports & qui n'eft rien moins
à la police, c'eft l'eau dont la ville a befoin pour une foule d'ufeges. qu'étranger C'eft
comme
feraient tous les tranfports. Ils épargneraient de
qui,
au Cap 2
grandes fatigues furtout aux
équipages des navires marchands, obligés de faire tous les charrois, dans
Jefquels ils font cependant aidés par quelques nègres de journée.
Un objet capital fous tous les rapports & qui n'eft rien moins
à la police, c'eft l'eau dont la ville a befoin pour une foule d'ufeges. qu'étranger C'eft --- Page 222 ---
208 DESCRIPTIO N D 1 E LA PARTIE
par la rivière de Saint-Marc comme l'on a vu qu'elle doit la recevoir. Cette
rivière allez encaiflée pour que fes débordemens ne puiflent pas nuire à la ville,
manque preique d'eau dans la faifon sèche, quoiqu'elle ne tariffe jamais ;
parce que les batardeaux des habitations Duffolier, Florenceau & Piver,
le Rey & plufieurs autres placées encore fupérieurement à ces habitations,
la réduifent prefqu'à rien. En 1778 la diminution était telle que fur une
requête des citadins , les Adminiftrateurs ordonnèrent le 23 Septembre que la
quantité d'eau néceffaire à la ville ferait conftatée.
La vifite eut lieu le 12 Décembre par M. Pinard de la Rofière, arpenteur
principal, &c trois experts. Il en réfulte qu'il faut laiffer dans le lit de la
rivière de Saint-Marc un courant de fix pouces de profondeur moyenne fur
fa largeur de 18 pieds avec une viteffe moyenne d'un pied par feconde, ce
qui donnerait un volume de 9 pieds cubes par feconde. Mais que cette
tité pourrait être réduite, fi l'on conftruifait un canal de maçonnerie quan- qui:
verferait, à chaque feconde, dans un baffin aufli de maçonnerie, deux
cubes ou 70 pintes d'eau; pour enfuite de ce baflin , conduire cette portion pieds
d'eau par deux ou plufieurs canaux dans les lits de la Grande & de la Petite
rivière de Saint-Marc pour y entretenir des abreuvoirs &c des lavoirs. On
feignit pendant quelques jours de fermer les éclufes, puis l'abus recommença.
Dès le 7 du même mois de Décembre 1778, le procureur du roi avait
expofé au juge de police 1 que les nouvelles fucreries formées depuis quel.
ques tems fupérieurement à la ville & celles qu'on y projettaient, avaient:
produit une grande diminution dans le volume d'cau des deux rivières,
notamment dans la Grande-riviére > qui était réduite de plus de moitié.
Que d'un autre côté, les blanchifleufes occupant une grande partie de fon
lit, elles rendaient malfaine fon peu d'eau , jugée très-falubre dans fon état
naturel; qu'enfin, des capitaines négriers louaient dans les hauteurs de la
ville des maifons fituées fur le bord de cette rivière, pour
y dépofer non
feulement les malades de leur équipage mais les reftes de leur cargaifon
de nègres attaqués de plufieurs maladies dangereufes, tellcs que le fcorbut ;
& que ces nègres s'y baignaient à toute heure & y lavaient les linges
avaient fervi aux panfemens de leurs ulcères. Le
de
qui
défendit le même
juge, frappé ce tableau,
jour aux blanchiffeufes de laver au delà de la Granderue & leur enjoignit de n'être au-deffous que depuis 6 heures du matin
jufqu'à
nègres attaqués de plufieurs maladies dangereufes, tellcs que le fcorbut ;
& que ces nègres s'y baignaient à toute heure & y lavaient les linges
avaient fervi aux panfemens de leurs ulcères. Le
de
qui
défendit le même
juge, frappé ce tableau,
jour aux blanchiffeufes de laver au delà de la Granderue & leur enjoignit de n'être au-deffous que depuis 6 heures du matin
jufqu'à --- Page 223 ---
FR A NÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 209
jufqu'à 6 du foir, du Ier, Septembre au Ir, Mars, & de 5 au matin à 6
& demi du foir le refte de l'année ; il défendit auffi aux capitaines négriers
de prendre des maifons au-deffus de la Grande-rue.
Les abus de la déperdition de l'eau n'étant pas corrigés par ces difpofitions, le juge défendit encore s le 29 Septembre 1779, $ d'arrêter ou de
détourner fon cours par batardeau ou autrement 1 fans autorifation. légale.
Il alla même plus loin en enjoignant aux propriétaires riverains de refpeéter les arbres des bords de la rivière, où ils entretiennent la fraicheur
&c confervent l'eau dans les tems de fécherefle; & en prohibant l'établiflement de tanneries & le nettoyement des cuirs 7 foit dans la ville, foit le
long de la rivière.
Enfin, le défordre devint tel que le 26 Mars 1786, le procureur du roi
remontra au juge de police 9 que la ville était affligée de diffenteries &c
d'autres maladies qui pouvaient être occalionnées par la mauvaife qualité
des eaux rendues ftagnantes, parce que la rivière n'en avait plus qu'un
filet quedui laiffaient des barrages., & corrompucs parce qu'on y jettait des
immondices. Le juge ordonna le traniport du voyer 7 depuis l'embouchure
de la Grande-rivière jufqu'à Phabitation Robion & même au delà, pour,
conitater 7 en préfence du procureur du roi, les détournemens d'eau, les
barrages & les immondices de fon lit.
Le 19 Avril, M. Pinard de la Rozière. 9 voyer 1 opéra. Il trouva partout
des barrages cn travers defquels on avait placé des tronçons de bananiers ;
une portion d'une bananerie dans le lit même de la rivière & enfin, des
bananiers jettés dans ce lit. Il conftata que I'habitation le Rey 3 dit Robion,
prenait dans cette rivière,.
651 pouces carrés d'eau.
L'habitation Rouffet,
Celles des héritiers Florenceau & Piver, * 550
Celle Duffolier,
Total 1882 pouces ou environ 13
pieds carrés, ce qui ne laiffait pour la ville, qu'environ un huitième de
l'eau de la rivière , après l'avoir fait paffer entre des bananiers en putréfaétion.
Le médecin & le chirurgien du roi, à qui ce procès-verbal fut commuTome 1I.
D d
carrés d'eau.
L'habitation Rouffet,
Celles des héritiers Florenceau & Piver, * 550
Celle Duffolier,
Total 1882 pouces ou environ 13
pieds carrés, ce qui ne laiffait pour la ville, qu'environ un huitième de
l'eau de la rivière , après l'avoir fait paffer entre des bananiers en putréfaétion.
Le médecin & le chirurgien du roi, à qui ce procès-verbal fut commuTome 1I.
D d --- Page 224 ---
210 DESCRIPTION DE LA PARTIE
niqué, déclarèrent, le 24 Avril, que des eaux auffi mal-faines devaient
influer fur l'air & fur la fanté; & le 29, Ie juge prononça: 1°. que les
tronçons de bananiers & les autres immondices feraient tirés des barrages
& du lit de la rivière; 2°, que les citadins feraient convoqués
pour nommer un fyndic qui pourfuivrait au tribunal -terrier la diftribution des eaux
de la Grande-rivière, & la fixation de la part appartenante à la ville; 3°.
que les piquets des barrages feraient provifoirement arrachés dans le tiers
du lit de la rivière & les prifes d'eau nivelées avec le fond de la rivière,
jufqu'au jugement du tribunal - terrier:40. qu'à défaut d'exécution
le
dujuges
ment, voyer le ferait exécuter aux dépens des refufans ; 5". qu'il ne ferait
jetté aucune immondice dans la rivière, avec injonêtion au voyer d'y veiller ;i
60, qu'un paffage entre la rivière & le terrain de la
fabrique 3 fervant de
réceptacle à des ordures ferait bouché ; 70. que les propriétaires des maifons
de la ville, contigues à la rivière, feraient tenus d'en faire nettoyer le lit le
long de leurs terrains ; 80, qu'on ne pourrait laver de linge au-deffus de la.
rue Neuve, ni tremper des feuillards & des ofiers dans la rivière, au deffus
du Pont neuf ; 9°. que. ceux qui mettent des canots &c du bois à l'embouehure de la rivière, n'en pourraient pas gêner le cours; IO°, & enfin
l'exempt de police ferait journellement la viite de lai rivière, depuis la partie que
fupérieure de la ville jufqu'à T'embouchure, & en rendrait compte au procareur du roi.
Les propriétaires de trois habitations , fe pourvurent au tribunal - terrier,
en lui difant que le procès verbal du voyer était fautif; que cet objet n'était
pas du reffort de la Sénéchauffée ; que le 28 Avril, les Adminiftrateurs
fecondaires de Saint-Marc avaient déjà fait détruire les obftacles qui gè.
naient la rivière; ; qu'en rompant Ie tiers. de leurs batardeaux, ils manqueraient
d'eau pour rouler leurs cannes, & de moyens de planter des vivres pour leurs
nègres. Le tribunal-terrier déclara le 19 Mars 1786,. le jugement du fénéchal de Saint-Marc nul & incompétent. Il fait de plus défenfes aux officiers
de laSénéchauffée d'en rendre de pareils & leur enjoint de rétablir les chofes.
a leurs frais-; fauf au procureur du roi à provoquer le tribunal-terrier,
rapport aux entreprifes fur la rivière, & aux habitans de la ville à par. demander légalement la diftribution des eaux. Cette décifion (d'un tribunal, fupprimé depuis par les loix de 1787), eft attaqué au Confeil des dépêches-
fait de plus défenfes aux officiers
de laSénéchauffée d'en rendre de pareils & leur enjoint de rétablir les chofes.
a leurs frais-; fauf au procureur du roi à provoquer le tribunal-terrier,
rapport aux entreprifes fur la rivière, & aux habitans de la ville à par. demander légalement la diftribution des eaux. Cette décifion (d'un tribunal, fupprimé depuis par les loix de 1787), eft attaqué au Confeil des dépêches- --- Page 225 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONIXGUE 211
les officiers de la Sénéchauflée de Saint-Marc, qui argumentent aufi
par
au milieu de tous ces confiêts,c'ef
d'incompétence. Mais ce qui aflige
effentiel, le droit des citoyens de la ville de Saintde voir que l'objet
Marc à l'eau 1 foit négligé, qu'on y faffe ufage dc l'eau de puits, reconnue
dangereufe & qu'ainfi, le public foit oublié pour s'agiter fur des prés
pour
rogatives. les Adminiftrateurs qui ont fenti toute limportance de la jouifCependant
l'année dernière des fontaines à
fance de l'eau dans les villes, ayant promis
plufieurs d'entr'elles, on avais pris cette année les nivellemens pour conduire fous
la
jufqu'à la place-d'armes, l'eau de la Grande rivière,
terre depuis poudrière
aurait fervir auffi à une
que devaity diftribuer une fontaine publique qui
pu
aiguade; ; des tuyaux de fonte avaient même été déjà envoyés à Saint-Marc,
& d'autres objets étaient attendus de France avec cette deftination 7 mais le
miniftre" a écrit qu'on ne devait plus y compter, &c
On a à Saint-Marc des pompes publiques 1 mais pas en aflez grand nombre.
La ville de Saint-Marc a un afpeêt riant, l'air y eft falubre, & l'on y jouit
d'une fanté durable. On y a cependant, durant les grandes chaleurs des mois
de Juillet & d'Aodt, des fèvres qui prennent quelquefois le caraétère des
bilieufes,
caraétérifent la chaleur & la foif, & que M. Beardentes
que
le
rouette médecin à Srint-Marc, a traité avec fuccès en 1787, par moyep
des bains froids.
de P'Artibonite fe réalifait jamais, la ville de
Si l'arrofement de la plaine
Putilité de fa
Saint-Marc en recevrait un accroiffement très-comfidérable par
malheureufement
foraine & très-ouverte. Elle
rade. Cette rade n'eft
que
le fond eft rendu moins
fe comble,mais d'une manière avantageufe , puifque
le fond était à 45
à pic. Des obfervations faites en 1732 apprennent qu'alors
braffes
l'ancre du large & on en comptait moins de 30 en 1780. On croit
dans pour le tremblement de terre de 1770 les côtes ont baiflé.
que Le mouillage elt depuis l'embouchure de la rivière des Guêpes jufqu'a
celle de la.rivière Canot, qui eft à 920 toifes de la Petite rivière Saint-Marc.
On vient mouiller jufqu'au fond de la baie par 15 & 18 braffes. Les petits
venir
avoir le beaupré à terre, mais la lame eft
bâtimens pourraient
jufqu'à
toujours aflez forte avec la brife d'Oueft, qui s'élève vers midi,& la mer ne
celle d'être fatigante qu'après minuit. Des raz de marée affez fréquens 3
D d 2
toifes de la Petite rivière Saint-Marc.
On vient mouiller jufqu'au fond de la baie par 15 & 18 braffes. Les petits
venir
avoir le beaupré à terre, mais la lame eft
bâtimens pourraient
jufqu'à
toujours aflez forte avec la brife d'Oueft, qui s'élève vers midi,& la mer ne
celle d'être fatigante qu'après minuit. Des raz de marée affez fréquens 3
D d 2 --- Page 226 ---
212 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
contrarient cncore. Lc fond de cette rade eft d'une telle tenuc
mens y ont laiffé beaucoup d'ancres, de forte
, que les bâtiLes bâtimens
qu'clle n'eft plus aufi bonne.
y jettaient aufli leur left autrefois, ou bien ils l'envoyaient mettre
fur le quai, , dans le point le plus à portée d'eux. Mais le 16 Août
les plaintes du capitaine de port, celle-ci a défendu à tout
1782,fur
fon left ailleurs que dans l'endroit qui lui eft
capitaine de placer
préalablement
eet officier.
indiqué par
Le port de Saint-Marc eft devenu d'un commerce affez
recevoir annuellement environ 50 bâtimens de France, confidérable pour
des Bordelais &c des Havrais richement
parmi lefquels font
chargés. Chaque jour les objets à
exporter augmentent & par conféquent le befoin des objets que la Colonie
reçoit de fa Métropole.
La ville qui fuit cette
doit
progreflion 3
donc s'augmenter encore. Elle
tire, , comme le refte de la paroiffe, fes fubliftances
fes environs lui fourniffent tout le fuperfu de fa principales d'Europe, &
On fait à Saint-Marc auffi bonne chère
confommation en comeftibles.
Colonie, &
que dans nul autre lieu de la
même un allaifonnement très-prifé y eft encore plus
veux parler des truffes que tous les champs d'indigo
commun, je
dance, & qu'on vante autant
celles
procurent avec abonque
de France.
Le I5 Août 1724, le roi créa un état-major du Quartier de
compofé d'un lieutenant de roi &c d'un major. M. de
de T'Artibonite,
fut le premier revêtu du ier, emploi, &e M.: Lefèvre du Courpon la Vernade
fecond. Le
-
1729,on y ajouta un aide-major., qui fut M. Bineau l'ainé.
9 Juillet
du roi du 23 Juillet 1759, marqua de plus la réfidence du L'ordonnance
particulier de la Partie de POueft, à Saint-Marc; puis celle du gouverneur
24 Mars
1763, fupprima tout l'état-major. Une nouvelle ordonnance du 15 Mars
l'a rétabli, mais avec un lieutenant de roi & nn aide-major feulement. Enfin 1769
celle du 20 Décembre 1783 a réglé que Saint-Marc aura : 1°. le commandant en fecond de la Partie de l'Oueft, à moins que l'abfence du
neur-général hors du Port-au-Prince n'y fafle aller ce commandant gouveren fecond,
que remplace alors le commandant du Port-au-Prince; & 2°. un
Il y a toujours eu à Saint-Marc, depuis
mis
major.
officier de
qu'on y a un état-major, un
PAdminifiration de la marine pour repréfenter l'intendant. Ce
repréfentant a auffi près de lui un notaire & un huiflier de
l'intendance, comme
'abfence du
neur-général hors du Port-au-Prince n'y fafle aller ce commandant gouveren fecond,
que remplace alors le commandant du Port-au-Prince; & 2°. un
Il y a toujours eu à Saint-Marc, depuis
mis
major.
officier de
qu'on y a un état-major, un
PAdminifiration de la marine pour repréfenter l'intendant. Ce
repréfentant a auffi près de lui un notaire & un huiflier de
l'intendance, comme --- Page 227 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 213
ori en voit un plus ou moins grand nombre partout où fe trouvent de femblables
fubdélégués qui ont des marchés à faire paller & des décifions du gouvernenement à faire exécuter.
Lorfque M. Defnotz de Champmeilin vint à Saint-Marc à la fuite de la
fédition de 1723 1 il y laiffa trente hommes commandés par M. de
Lécoffois, major pour le roi. au Petit-Goave, Depuis 2 la ville a toujours
eu une garnifon qui a varié avec les circonfiances. Elle eft dans les tems
ordinaires de 50 hommes 1 que fournit le' régiment du Port-au-Prince.
On trouve aufli à Saint-Marc un garde-magalin du roi, un tréforier, un
capitaine de port, un médecin du roi & un autre médecin, un chirurgienmajor 8c un chirurgien aide-major, fept autres chirurgiens, un apothicaire
du roi, un arpenteur-principal & un grand-voyer, un voyèr principal, deux
erpenteurs, un curateur aux fucceflions vacantes, un receveur des. droits de
PAmiral, un commis à la perception de l'oétroi.
Par un véritable abus 2 l'arpenteur principal fe trouve dépolitaire des minutes
des autres arpenteurs de Ia Sénéchauflée de Saint-Marc morts ou abfens.
Avant lui, elles étaient entre les mains d'un arpenteur réfidant aux Verrettes
& mort au mois de Février 1783- Elles devraient être réunies au greffe de
IIntendance au Port-au-Prince.
Le courrier pour le Cap 8x pour le Port-au-Prince part deux fois par femaine
de Saint-Marc, & ceux de ces villes y arrivent aufli deux fois. Les lettres
partent pour-la Petite-Rivière &x les. Verrettes une fois par femaine.
- On voit à Saint-Marc, depuis 1785, un établiflement de librairie qu'on
doit à M. Charrier.
Les alentours de la ville de Saint-Marc font très-agréables à caufe des fucreries quife trouvent établies dans le refte de l'efpace plane qui eft entre elle
&c le pied des mornes. L'une de ces fucreries ( V. PAtlas ) autrefois Lefèvré
&c à préfent à M. Duffolier, membre"de la Chambre d'Agriculture du Portau-Prince 1 femble même être un ornement pour la ville. La maifon principale
eft précédée d'une avant-cour, à Pentrée de laquelle conduit une avenue
d'environ cent toifes de long qui donne fur la rue Neuve & qui eft alignée
fur la rue du Pont. Derrière cette maifon eft un beau jardin divifé en
parterre & en potagers, avec une jolie pièce d'eau vers fon centre. Ce rapprochement d'une belle manufacture & d'une jolic ville, cette efpèce de
Prince 1 femble même être un ornement pour la ville. La maifon principale
eft précédée d'une avant-cour, à Pentrée de laquelle conduit une avenue
d'environ cent toifes de long qui donne fur la rue Neuve & qui eft alignée
fur la rue du Pont. Derrière cette maifon eft un beau jardin divifé en
parterre & en potagers, avec une jolie pièce d'eau vers fon centre. Ce rapprochement d'une belle manufacture & d'une jolic ville, cette efpèce de --- Page 228 ---
214 DESCRIPTIOT N DE LA PARTIE
réunion des travaux de l'agriculture, des agitations d'une petite cité & des
mouvemens du commerce maritime 3 produifent un effet charmant.
Derrière la ville & vers l'alignement de l'églife, eft le terrain qui
tient à celle-ci. Plus haut encore 1 & fur ce terrain eft la
appar
déjà changée deux fois, depuis qu'elle fut achevée au 1 mois de pcudrière, Décembre 1
1743. Elle eft cependant encore mal placée 3 &c la gorge des Guêpes eft le
vrai local qui lui convient.
Les mornes qui environnent la ville de Saint-Marc, font coupés
débouchés. Celui qui eft au Nord de la ville, eft celui de la rivière par quatre des
Guèpes, où eft le chemin de P'Artibonite. Cette rivière qui n'a
ron
qu'envi4 lieues de cours , mefuré en ligne droite, prend fa fource dans le
groupe des _mornes de PEf de Saint-Marc, à la limite de cette paroiffe
avec celle des Verrettes; une tannerie eft fur la rive gauche de fon embouchure qu'on voit à environ 600 toifes du bout de la rue Neuve.
Dès qu'on a parcouru la moitié de cet intervalle, le chemin commence
à monter la gorge, 7 qui eft refferrée fur la droite par le morne des Guépes,
efpèce d'embranchement du morne de la Vigie & qui vient jufqu'à 6otoifes
de la mer, entre laquelle & lui eft une efpèce de marre profonde qui réduit cet intervalle à 20 toifes $ & fur la gauche 3 par la pente du Grosmorne, qui vient fe terminer à la lame. Le chemin eft donc dans une
affez roide & au milieu d'un tuf qui aveugle & qui étouffe dans la pente faifon
féche. On y rencontre des cotonniers. A trois quarts de lieue de la ville,
mefurés par le chemin, on traverfe la rivière des Guépes, & une demilieue plus loin 7 on defcend d'une manière rapide 2 mais dans un intervalle peu long, pour aller gagner la plaine de PArtibonite. A la bafe du
morne 3 le chemin fe bifurque : une branche va chercher le territoire des
Verrettes 3 tandis que l'autre fe dirige vers le bac d'en bas.
Ce n'eft qu'après avoir paffé un terrain aride, falineux &c ou.fe montrent
les torches & les cardaffes, qu'on arrive à ce bac qui, femblable à tous
les établiffemens de ce genre 2 met la patience du voyageur à l'épreuve,
furtout dans les baffes eaux, parce qu'il ne peut paffer alors qu'une chaife
à la fois & qu'il y en a plufieurs qui attendent leur tour ; tour que lindolence & la maladreffe 1 qui font de chaque voyage, retardent encore.
Cet obftacle franchi, on reprend le chemin & prefque fans aucun chan.
torches & les cardaffes, qu'on arrive à ce bac qui, femblable à tous
les établiffemens de ce genre 2 met la patience du voyageur à l'épreuve,
furtout dans les baffes eaux, parce qu'il ne peut paffer alors qu'une chaife
à la fois & qu'il y en a plufieurs qui attendent leur tour ; tour que lindolence & la maladreffe 1 qui font de chaque voyage, retardent encore.
Cet obftacle franchi, on reprend le chemin & prefque fans aucun chan. --- Page 229 ---
FRANÇAISE DE S. AIN T-D O MIN GUE. 215
gement , quant au dite, on va gagner le poat de l'Efter, terme de la paroiffe
de Saint-Marc dans cette partie.
Le fecend débcuché, eft celui du Tapion, , cà paffe la Grande-rivière
de Saint-Marc, qui vient du Gros-Piton vers l'EA-Sud-Eft de la ville 3 à
la limite des Verrettes, 3 &c qui, à environ une lieue & demie de cette
ville, reçoit, fur la rive gauche, la rivière de la Colline, qui a été groflic
elle-même par la ravine à Cent-Cochons &x la ravine du Boucan-Palmifte.
Le chemin du Tapion 1 qui tire fon nom de ce qu'il. conduifait originai.
rement à l'églife de l'Artibonite., placée fur le bord de la rivière du Tapion,
va encore jufqu'au même point & il rencontre &x traverfe dans le haut, lar
rivière des Guépes. Il part de la rue Neuve 2 prefqu'en face de la rue
Dauphine, &c longe entre le morne à Vigie, au Nord, & celui du Fond
de Gondole, au Sud.
Le troifième débouché, & le plus large des quatre, eft celui de la Petiterivière. Cette rivière qui vient du Sud-Sud-Eft de la ville 2 entre le morne'
de Gondole 8c celui de Banique & dont le cours direêt eft d'environ trois
lieues, eft groflie à environ 1,500 toifes de fon embouchure 1 par ia rivière"
de Banique, qui coule fur le revers du morne de fon nom : circonftances
qui font que la Petite-rivière, dont le côté Sud de. la ville de Saint-Marc
eft bordé 1 eft quelquefois appelée auffi, mais improprement, rivière de
Banique. Le chemin du troifième débouché, 1 après avoir eu environ 260
toifes en commun avec celui du Tapion à partir de la rue Neuve 1 s'en
d'étache pour tirer plus au Sud. Bientôt après il fe bifurque à fon tour pour
aller d'un côté au canton de Banique & de l'autre à celui de Ia Petiterivière de Saint-Marc , d'ou il conduit aux Verrettes > tout près du bourg.
Enfn, le quatrième débouché, part du bout Sud de la Grande-rue, , &c
c'eft par là qu'eft dirigé le chemin royal, qui conduit au Port-au-Prince.
Après avoir paffé au bout de la ville la Petite-rivière , dont on devrait:
nettoyer & redreffer le lit, parce que les eaux y croupiffent dans les féchereffes &c qu'on y jette les immondices du voifinage, le chemin trouve
à environ I5o toiles le cimetière 3 qui eft entouré d'un mur & quia à peu
près 50 toifes de long fur 25 de large, dimenfions bien fuffifantes pour la
population de la paroiffe ; l'on a eu du moins i'humanité de le tirer du fein
de la ville, d'après une délibération des habitans, 2 du 28 Septembre 1777
ffes &c qu'on y jette les immondices du voifinage, le chemin trouve
à environ I5o toiles le cimetière 3 qui eft entouré d'un mur & quia à peu
près 50 toifes de long fur 25 de large, dimenfions bien fuffifantes pour la
population de la paroiffe ; l'on a eu du moins i'humanité de le tirer du fein
de la ville, d'après une délibération des habitans, 2 du 28 Septembre 1777 --- Page 230 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
Un particulier avait fait faire des fouilles dans l'ancien cimetière
9 mais
un arrêt du confeil de Saint - Domingue, du 18 Avril 1787, l'a obligé à
les combler.
Du cimetière 7 le chemin gagne la batterie Bellecombe & fuit la plage
jufqu'à la rivière du Canot qu'il traverie. De cette rivière
2. qui vient
d'une petite diftance dans l'Oueft & qui reçoit la ravine de la Colline
le chemin entre dans la gorge, prend la direétion principale du Sud-Sud- 9
Oueft & longe un peu la rivière du Canot. Il traverfe ainfi le canton de
de ce dernier nom & vient à la ravine Séche ou de Sable, où il fe jette
un peu plus fur l'Oueft à caufe du morne de l'Étang , puis il traverfe le
canton & la rivière des Rofeaux > après laquelle les mornes le contraignent
à aller le long du rivage, d'ou l'on commence à découvrir l'Hle la Gonave,
& il paffe la Petite-rivière & la rivière de la Croix", d'où fe jettant de nouveau dans l'Oueft, il va gagner le bourg &c la rivière du Mont. - Roui,
dont le pont de bois qui fe trouve à peu près Nord & Sud avec la rue
Neuve de Saint-Marc, forme la limite entre la paroiffe de Saint-Marc &c
celle de P'Arcahaye.
Depuis la ville jufqu'au canton des Rofeaux, il y a dix fucreries & fept
depuis les Rofeaux jufqu'au Mont - Roui; mais ces établiffemens n'occupent
pas tout l'efpace de fix lieues que le chemin fait parcourir. Les acacias & les
raquettes y ont de vaftes domaines, & des mornes dont le tuf nourrit à
peine quelques arbres qui femblent avoir éprouvé l'action d'un feu par lequel ils n'auraient été que deféchés & point noircis, femontrent par tout.
La gorge fe rétrécit même aflez quelquefois pour n'avoir plus qu'un paffage
de 50 ou 60 toifes de largeur. Depuis le chemin jufqu'à la mer ce n'eft
que montagnes dont le point le plus avancé, qui eft la pointe de SaintMarc, eft à environ deux petites lieues du chemin, auquel elle correfpond
dans PER.
Le canton du Mont * Roui, qui avait ce nom dès 1671, eft très-confidérable. Il eft fubdivifé en trois portions 1 dont une appartient à Saint-Marc,
une aux Verrettes & la troifième à l'Arcahaye. Ily a même plus de dix ans
qu'on avait formé le projet d'en faire la paroiffe de Vaivre 7 du nom du
maitre des requêtes, actuellement intendant-général des Colonies & alors
intendant de Szint-Domingue.
La
canton du Mont * Roui, qui avait ce nom dès 1671, eft très-confidérable. Il eft fubdivifé en trois portions 1 dont une appartient à Saint-Marc,
une aux Verrettes & la troifième à l'Arcahaye. Ily a même plus de dix ans
qu'on avait formé le projet d'en faire la paroiffe de Vaivre 7 du nom du
maitre des requêtes, actuellement intendant-général des Colonies & alors
intendant de Szint-Domingue.
La --- Page 231 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 217
La rivière du Mont-Roui , qui a un cours d'environ fept lieues en ligne
droite, 9 eft affez confidérable dans les tems pluvieux. Les autres petites
rivières de ce canton , font toutes diftribuées entre les propriétaires de fept
fucreries qui arrofent &c qui ont des moulins à eau, & elles leur font d'autant plus utiles 1 que la féchereffe défole cette partie.
Le bourg du Mont - Roui, compofé de 14 maifons 1 avait été le motif
qui avait porté les Adminiftrateurs à mettre au Mont-Roui > par leur ordonnance du 16 Février 1775, une maréchauffée compofée d'un exempt,
de deux brigadiers &c de huit archers. Mais comme ce détachement dépend de la maréchauffée du Port-au-Prince & qu'il eft placé fur la rive
gauche du Mont-Roui & conféquemment du côté oppofé au bourg 1 il
arrivait que celui-ci &c fes environs étaient fans police, parce qu'ils font
de la Sénéchauffée de Saint-Marc. Sur la réclamation des habitans, les
Adminiftrateurs ont ordonné, le, 30Juillet 1785; à la maréchauffée d'étendre
fa Turveillance fur l'autre côté, & les délinquans de cette portion de territoire font conduits à Saint-Marc.
Dans les dernières années de la guerre, 9 M. Chanlatte, habitant au MontRoui, fit l'entreprife de louer des chaifes & des chevaux , pour aller de
Saint-Marc à I'Arcahaye. En Janvier 1786, il a été remplacé par M.
Gadolle. M. Aubry, aubergifte à l'Arcahaye. a fait la même chofe pour
aller de ce lieu à Saint-Marc & au Port-au-Prince,
M. Laporte 3 habitant près de Saint-Marc, loue auffi des chaifes & des
chevaux pour fe rendre à l'Arcahaye. Un voyageur paye de Saint-Marc
à. l'Arcahaye 16 gourdes ; deux, en donnent 24. De l'Arcahaye au Portau-Prince 7 12 gourdes pour un voyageur &c 16 pour deux. Ce tarif eft Volontaire. M. Gadolle fait aufli des marchés pour conduire du Cap au Portau-Prince &c réciproquement.
On compte de l'églife de Saint-Marc :
A celle des Gonaives 9
IO lieues. A celle de l'Arcahaye,
14 lieues,
de Hinche , dans la Partie
Au Bac du centre,
Efpagnole qui eft à peu près Et &
d'en bas,
Ouelt avec Saint-Marc ,
Pont de PEfter,
-la Petite-Rivière, 3
- du Mont-Roui,
des Verrettes,
Tem. II.
E e
marchés pour conduire du Cap au Portau-Prince &c réciproquement.
On compte de l'églife de Saint-Marc :
A celle des Gonaives 9
IO lieues. A celle de l'Arcahaye,
14 lieues,
de Hinche , dans la Partie
Au Bac du centre,
Efpagnole qui eft à peu près Et &
d'en bas,
Ouelt avec Saint-Marc ,
Pont de PEfter,
-la Petite-Rivière, 3
- du Mont-Roui,
des Verrettes,
Tem. II.
E e --- Page 232 ---
DESCRIPTIO N DE LA PAR T I E
La température de la paroife de Saint-Marc eft généralement féche 3
mais cependant avec des proportions différentes.
Dans la portion comprife entre le chemin qui conduit du pont de PEiter
au bac d'en bas, à PE; PEfer au Nord; la mer à l'Oueft &c. la rivière
de l'Artibonite au Sud, cette fécherefle eft extrême. Durant la faifon des
pluies, quoique l'on voie les orages venir de PEf vers la plaine de P'Artibonite, ils s'épuifent avant de l'atteindre. Enfin, le jour arrive où de
gros nuages noirs 2 qu'entraînent un vent impétueux & que les habitans
favent bien diftinguer, promettent de l'cau à cette furface. Tout à coup >
s'élève un tourbillon formé d'une pouflière dont rien ne peut garantir lintérieur des maifons &x qui eft fi épaille, que fi le phénomène arrive à
Pheure du repas, les mets en font tout couverts. A cette bourafque, qui
annonce une grande crife, fuccède une pluie qui tombe en torrent. Cette
efpèce de déluge. 7 qui n'a jamais lieu avant le mois de Juin 7 fe renouvelle trois ou quatre fois jufqu'au mois de Septembre, & voilà toute l'eau
dont le ciel compofe le lot de cet efpace 1 qui s'appele PEtable, &c dont
je parlerai encore. Quoique fitué en partie dans ce que les eaux noyent
au bas de l'Artibonite, on y rencontre cependant des veines ou intervalles
de très-bon terrain & l'on y récolte un coton que l'on trouve plus foyeux
& plus long, que celui des autres parties de Ia plaine.
La partie correlpondante à la précédente 1 fur la rive gauche de PArtibonite, a une température très-analogue à la fienne, mais un peu moins
féche.
Les mornes du haut de Saint-Marc, font encore moins maltraités, &
ce maffif a lui-même tant de fources >. que, dans fes gorges 9 les effets
du fec font plus long-tems combattus. Quant aux montagnes 7 terminées par
la pointe de Saint-Marc, elles font, depuis le grand chemin qui va au
Port-au-Prince, extrêmement arides. A peine y voit-on quelques faibles
cotonneries. A leur pied, vers la baie de Saint-Marc, il y a des chaufourneries.
Mais c'eft vers le Mont-Roui, que la privation des pluies eft cruellement fentie. Lorfque j'y paffai, en Avril 1783, on n'y avait reçu depuis
vingt mois que trois grains de pluie. Il n'en tombe pas d'ordinaire, avant
le mois. de Juin, & quelquefois celui de Juillet. On y plante cependanz
quelques faibles
cotonneries. A leur pied, vers la baie de Saint-Marc, il y a des chaufourneries.
Mais c'eft vers le Mont-Roui, que la privation des pluies eft cruellement fentie. Lorfque j'y paffai, en Avril 1783, on n'y avait reçu depuis
vingt mois que trois grains de pluie. Il n'en tombe pas d'ordinaire, avant
le mois. de Juin, & quelquefois celui de Juillet. On y plante cependanz --- Page 233 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU E. 219
des cannes fans égard à l'époque des roulaifons , parce que l'unique nourriture des animaux, ce font les têtes de ces mêmes cannes à fucre.
A Saint-Marc, la brife du large ou de jour, eft de T'Oueft, & cellede terre du Nord-Eft.
Le tremblement de terre du 21 Novembre, 1751, léfarda feulement quelques murs à Saint-Marc. Le 8 Mars 1764, on y reffentit, à IO heures,
55 minutes du foir, 7 deux fecouffes de tremblement de terre, qui durèrent
chacune 15 fecondes. Le 14 Mai 1786, on éprouvaà 6 heures du matin.
au Mont-Roui & aux Cayes, une affez forte fecouffe de tremblement de
terre, qui ne fut pas reffentie au Port-au-Prince.
L'hiftoire naturelle de Saint-Marc, nous offre d'abord les caymans nombreux qu'on trouve dans la rivière de PEfter , 8c dans les parties qu'elle
noye. On n'en a pas vu qui euffent plus de 13 pieds de long. Cet animal fe niche d'ordinaire dans des parties molles &x marécageufes des bords
de l'eau ; de manière que fa tête fe trouve aflez élcvée au-deflus de l'eau,
pour qu'il puiffe refpirer. Il creufe ce trou incliné de haut en bas en le
rétréciffant, parce qu'il y entre à reculons. L'homme a auffi calculé fur
cette forme du trou, pour s'emparer du cayman. On tâche de boucher promptement le trou par où il doit fortir, lon creufe fupérieurement & l'on va le
prendre où le tuer. Il eft faux que cet animal ait de la peine à fe retourner ) ou qu'il ne le. puiffe qu'en faifant une évolution de tout fon corps.
Les nègres n'ont point de crainte du cayman & ils fe baignent continuellement dans PEfter. On rapporte même, qu'un nègre de M. Rofignol
des Dunes, voyant qu'un des moutons qu'il gardait était tombé à l'eau &
qu'un cayman venait pour le faifir, s'y jetta auffi, le difputa & l'arracha
au cayman, $ qui, dans fa fureur, donna au nègre un coup de machoire,
& lui enleva une partie de la peau de la tête, fans que le malheureux
lâchât fon mouton 1 qu'il ramena en triomphe. L'oeuf du cayman eft d'un
tiers plus gros que celui du dinde de Saint - Domingue. Il en eft qu'on
abandonne avec des bleffures très-graves & qu'on trouve encore vivant IS
jours après, quoiqu'ils aieut été conftamment privés de tout aliment quelconque. Le cayman s'écarte quelquefois jufqu'à cent toifes de diftance de
l'eau.
L'Efter eft rempli de tortues de terre dont la nature a fait le principal
Ee2
he. L'oeuf du cayman eft d'un
tiers plus gros que celui du dinde de Saint - Domingue. Il en eft qu'on
abandonne avec des bleffures très-graves & qu'on trouve encore vivant IS
jours après, quoiqu'ils aieut été conftamment privés de tout aliment quelconque. Le cayman s'écarte quelquefois jufqu'à cent toifes de diftance de
l'eau.
L'Efter eft rempli de tortues de terre dont la nature a fait le principal
Ee2 --- Page 234 ---
220 DESCRIPTIO N DE LA P ARTIE
aliment des caymans. Lerique la tortue fe voit pourfuivie par un cayman &c
qu'elle craint de ne pas pouvoir fuir affez vite à terre pour lui échapper, for
inftinét la porte à gagner le fond du trou de celui-ci, où elle ne
aucun danger. 3 d'après ce que j'en ai dit, qu'il n'y entre que la queue la court
mière ; & lorfqu'enfin le beloin force fon antagonifte à quitter fon gite, pre. elle
s'aventure à en fortir auffi, mais le cayman plus rufé qu'elle, en fait fouvent
fa pâture.
Ce n'eft pas fon feul ennemi. Ces tortues qu'on trouve là par milliers, vont
dans la faifon propice paitre en s'éloignant plus ou moins des bords de l'Efer
vers le Sud, une forte de grande herbe ou de glayeul qu'on y trouve, & là des
dangers d'un autre genre les attendent. D'abord ce font des cochons que les
habitans placent dans une efpèce de commune , qu'on nomme le corail, & qui
y deviennent plus qu'à demi naron. Ces cochons fourragent ces herbes & y
mangent beaucoup de petites tortues qu'ils aflocient très-bien aux crabes qui y
font nombreux aufli & a des infeêtes que ce fol marécageux leur
Puis vient Thomme, qui met le feu aux glayeuls 3 qui y enlève beaucoup procure,
de tortues dont un grand nombre vont au marché de Saint-Marc, & qui ne
daigne pas calculer que pour s'épargner une peine peu confidérable, il livre
à une flamme deftruétive des tortues dont il perd ainfi l'immenfe
duétion.
reproCe fol falineux procure toute l'année & en abondance du gibier
très-varié & très-bon, tandis que la côte, & furtout celle qui avoifine aquatique la
Grande-Saline, eft extrêmement poillonneufe. Le poiffon y eft très-délicat &
fupérieur à celui de l'Efer qui contraête un goût de vafe &c les elpèces
très-nombreufes ; l'on peut dire que le Bas de l'Artibonite & fa côte
affurent à fes habitans, & principalement à ceux de la ville de Saint-Marc,
des reffources variées pour avoir une table délicate.
Il en offre de très-utiles encore dans les veaux > les cabrits & les pourceaux
de fes hattes, dont je citerai plus loin la principale.
Les pucerons défolent le Mont-Roui depuis plus de 40 ans ; tout en ef
couvert jufqu'aux haies.
La volaille eft excellente dans la paroiffe de Saint-Marc; cependant le
dinde réuffit encore mieux aux Gonaives.
Les mornes de Saint-Marc donnent avec profufion des légumes d'une grande
Il en offre de très-utiles encore dans les veaux > les cabrits & les pourceaux
de fes hattes, dont je citerai plus loin la principale.
Les pucerons défolent le Mont-Roui depuis plus de 40 ans ; tout en ef
couvert jufqu'aux haies.
La volaille eft excellente dans la paroiffe de Saint-Marc; cependant le
dinde réuffit encore mieux aux Gonaives.
Les mornes de Saint-Marc donnent avec profufion des légumes d'une grande --- Page 235 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MINGUE 221
beauté & très-fucculens, dont la ville fait une utile &c agréable confommation.
Les artichaux de-la belle efpèce ont été produits dans la Colonie par de
la graine qu'apporta vers 1756 le capitaine Vaumulon, de la Rochelle, 8a
qu'il donna à M. de Champfleury 1 commandant à Saint-Marc. Celui-ci la fit
planter fur fon habitation de la gorge de la Petite-rivière, près la ville,ou
elle eut le plus grand fuccès. M. de Champfeury en était très-jaloux, &
même par un amour-propre dificile à expliquer quoi qu'affez commun, il
ne fe fouciait pas d'en multiplier P'efpèce; mais fes nègres, pour qui ce
fentiment n'exiftait pas 1 fe laiffèrent tenter. Ce fut ainfi que M. Périfle
Deffources en eut quelques pieds, qui allèrent enrichir le Gros-Morne &x le
Port-de-Paix. M. Périffe fon frère en ayant envoyé un à M. de Romieu *
arpenteur à la Marmelade,il a été le principe de tous les artichaux de ce
voifinage. Ils font excellens à Saint-Marc, ainfi que le raiîin & le mufcat,
Ilya dans le morne des Guêpes 1 vers la baie de Saint-Marc. une carrière
de pierres de taille dontj'ai déjà parlé. C'eft de là qu'on tire, comme je l'aj
annoncé plus haut, les pierres de taille de plufieurs nouvelles maifons de la
ville. Toutes celles du pont en viennent. MM. de Reynaud & Le Brafleur
avaient fait tailler ces dernières pour le pont du Cap, mais ce projet ayant
été abandonné, M. de Bongars, fur la demande de MM. Bretton des Chapelles & de Bourcel , les fit donner pour Saint-Marc.Il y en avait de 8 picds de
long fur 4 pieds de largeur &c 3 pieds d'épailleur. Indépendamment de cette
carrière. qui eft à mi-côte, on' trouve dans différens endroits des. mornes qui
forment la gorge des Guêpes 1 d'autres carrières d'où l'on tire des pierres de
taille moyennes & de la pierre à bâtir commune. Cependant la cherté de la
main-d'ceuvre porte quelquefois à préférer à cette pierre celles que les bâtimens Nantais apportent en guife deleft, quoiqu'elles lui foient bien inférieures.
Vers 1738, M. Bertrand ayant fait fouiller fur fon habitation du Bas de
I'Artibonite un puits de 75 pieds de profondeur, on y trouva des uftenfiles
&c des idoles des anciens Naturels de Pile; preuvé bien étonnante des remblais
de P"'Artibonite à un point placé à environ 4 lieues au-deffus de fon embouchure
actuelle.
Reprenons la côte après la ville de Saint-Marc. De l'embouchure de la
Petite-rivière, il y a 920 toifes jufqu'à la rivière Canot; puis de-là, 70a
toifes, jufqu'au point où commence la côte de fer, & S00 toifes de ce poins.
ile; preuvé bien étonnante des remblais
de P"'Artibonite à un point placé à environ 4 lieues au-deffus de fon embouchure
actuelle.
Reprenons la côte après la ville de Saint-Marc. De l'embouchure de la
Petite-rivière, il y a 920 toifes jufqu'à la rivière Canot; puis de-là, 70a
toifes, jufqu'au point où commence la côte de fer, & S00 toifes de ce poins. --- Page 236 ---
222 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
au Trou-Piet, & la côte de fer continue enfuite
Marc. Cette pointe eft, d'après les obfervations jufqu'àla pointe de Saintde M. de
degrés, 2 minutes, IS fecondes de latitude, &
Puyfegur, à 19
fecondes de longitude. Son fommet eft élevé à75 degrés, 14 minutes, 59
& rond.
La Plate-Forme dans le Nord, dit encore M. de
les Gonaives jufqu'au Cap Saint-Marc
Puyfégur, la côte depuis
la Gonave
dans PER, & la côte du Nord de PIile
dans le Sud, forment le golfe des Gonaives; & le
& la pointe du Nord-Ef de la
Cap Saint-Marc
Marc.
Gonave, forment l'entrée du canal de SaintAllant de Ia pointe de Saint-Marc vers le Port-au-Prince, la côte
jufqu'à la ravine Séche. La côte eft de fer, excepté
s'arrondit
intervalle d'environ
quelques points de cet
4 lieues, où il peut y avoir abord pour des
& des chaloupes. IIy a même vers l'embouchure de la
canots
petite anfe avec un mouillage, où des corfaires de la ravine Séche une
font embufqués dans la guerre de 1756 & ont épié Nouvelle.Providence l'occafion
fe
cabotcurs entre Saint-Marc & le Port-au-Prince.
de faifir des
De la ravine Séche jufqu'à la rivière des Rofeaux, qui eft à trois
lieue, la côte eft toute de fer. C'eft un petit refuge de bâteaux
quarts de
tems. C'cft la même chofe de l'embouchure du
dans de gros
lieues dans PEf de celle des
Mont-Roui, qui eft à deux
Rofeaux., où Charlevoix dit
les
frent de l'eau en 1691, & où il y a maintenant une
que Anglais
de la Petite-rivière & de la rivière de la Croix font batterie. dans Les embouchures
En 1730, la paroiffe de Saint-Marc avait 348 blancs l'intervalle.
1,728 efclaves; ; en
> 91 affranchis &
1739 1 478 blancs, IIO affranchis & 3,333 efclaves, &
aétuellement elle a 1,530 blancs, , 900 affranchis & 13,035 efclaves.
Sa milice en 1730 était de 166 blancs & 49 affranchis; en
de
&c 34 affranchis $ en 1765 de 332 blancs & 178
1739 , 229 blancs
de
affranchis, & elle eft à préfent
460 blancs 7 formant trois compagnies de fufiliers & une de canonniers
compagnie d'artilleurs toute compofée de
&c
; une
de
Salinièrs une de dragons blancs, &
350 affranchis 7 compofant deux compagnies de dragons
de dragons mulâtres, une de fufiliers mulâtres &
quarterons. > une
une de canonniers
Cette paroiffe où l'on trouvait en
nègres.
fucrerie qui faifait du fucre
1730, 154 indigoteries ; en 1739 une
brut & 165 indigoteries, a maintenant 16 fucreries, 420 indigoteries, II4 cotonneries,
143 cafeteries, une cacaoyère, 2
7 compofant deux compagnies de dragons
de dragons mulâtres, une de fufiliers mulâtres &
quarterons. > une
une de canonniers
Cette paroiffe où l'on trouvait en
nègres.
fucrerie qui faifait du fucre
1730, 154 indigoteries ; en 1739 une
brut & 165 indigoteries, a maintenant 16 fucreries, 420 indigoteries, II4 cotonneries,
143 cafeteries, une cacaoyère, 2 --- Page 237 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE.
guildiveries 3 4 briqueteries & poteries IO fours à chaux &c pluficurs hattes.
Pour défendre Saint-Marc 3 M. de Larnage fit faire par corvées, vers 1740,
devant la ville, deux batteries de 8 canons chacune, en pieux &c en fafcines,
unies par une courtine.
Dans la guerre de 1748, on mit une troifième batterie entre les deux
autres, 1 & le nombre des canons fut porté à 25.
En 1755 M. Bizotton de la Motte fit faire 9 encore par corvées un retranchement en terres & en fafcines pour couvrir la ville, & M. Peyrottes >
arpenteur, dirigea ce travail.
On établit alors cinq poftes à Saint-Marc : un à portée de chacune des 3 batteries 8c les deux autres aux extrémités dela partie acceffiblc de la baie. 9 c'eft-àdire à la rivière des Guêpes & à la rivière du Canot, mais fans batteries ni
retranchemens. On ne tarda pas à fupprimer ce dernier 3 qu'on appelait
corps-de-garde de Jourdan, du nom d'un habitant voifin.
En 1764, batteries, affits, uftenfiles & retranchemens pour communiquer
d'une batterie à l'autre 9 tout était dégradé. On fit relever en 1775 les deux
batteries des bouts Nord & Sud; on mit IO pièces de canon à chacune, &c
l'on diftribua les 6 autres pièces le long de l'ancien retranchement.
M. d'Eftaing penfait en 1766 que l'embouchure dc la rivière de l'Artibonite
devait être protégée. Elle ne l'a cependant été que depuis le mois de Mai
1781, qu'on a mis à la Grande Saline des canons, $ que les Saliniers font
chargés de fervir.
Maintenant, , la défenfe de la ville de Saint-Marc 1 quin'offre, dans la
baie 1 de débarquement que près d'elle, confifte en quatre batteries de gros
canons 8c de mortiers 3 favoir: celles de la ville que j'ai déjà citées, &
la batterie Bellecombe. 7 faite en 1782, à environ 600 toifes dans le Sud
de la Petite-rivière. Cette dernière batterie eft bien placée pour protéger
le mouillage > mais fon tracé défe@tueux, dirige plutôt fes feux contre l'intérieur de la ville, que contre la rade. Une pareille batterie 3 ou ce défaut
ferait évité & qu'on mettrait dans la gorge des Guêpes, rendrait les trois
autres inutiles. Celles-ci ont, comme l'obferve M. de la Merveillère, le
vice de prefque toutes les batteries des ports de la Colonie , où l'on femble
avoir plutôt fongé à les conferver elles-mêmes en les rapprochant du centre 7
qu'à les faire fervir à défendre une entréc. Elles ne peuvent dans cetie
. Une pareille batterie 3 ou ce défaut
ferait évité & qu'on mettrait dans la gorge des Guêpes, rendrait les trois
autres inutiles. Celles-ci ont, comme l'obferve M. de la Merveillère, le
vice de prefque toutes les batteries des ports de la Colonie , où l'on femble
avoir plutôt fongé à les conferver elles-mêmes en les rapprochant du centre 7
qu'à les faire fervir à défendre une entréc. Elles ne peuvent dans cetie --- Page 238 ---
£24 DESCRIPTION DE LA PAKTIE
pofition tirer que fur nos propres vaiffeaux qui font à l'ancre loin de les
protéger ; elles attirent le feu de l'ennemi fur les villes, dont elles
l'extenfion & les établiffemens
gênent
leur ôtent
maritimes, ou bien ces derniers les
&
tout leur effet.
gênent
La paroiffe de Saint-Marc > défendue du côté de P'Artibonite
mangliers & un pays marécageux, enfuite à droite & à
par des
côtes de fer, n'a donc à craindre
gauche par des
que pour la ville. Si celle-ci était forcée,
les gorges que j'ai décrites feraient autant de moyens d'une retraite affurée
où l'ennemi n'oferait s'aventurer, à caufe de mille défilés; & enfin le Mirebalais deviendrait le réduit de Saint-Marc, & même celui de toute P'Artibonite, , où le paffage des rivières affure encore des moyens de défenfe.
Tous les habitans de ce Quartier, marchèrent aux frontières du Mirebalais au mois de Février 1736, pour s'oppoler à des entreprifes des
& le 27 Février 2 le fénéchal de Saint-Marc
Efpagnols
prononça qu'il ferait furfis
cours des affaires civiles, jufqu'à la rentrée de tous ces habitans chez au
La paroiffe de Saint-Marc offre à citer :
eux.
Io. M. François Philippe de Saint-Martin qui, à fa mort arrivée
1740, a légué 150 mille livres pour être employées à la défenfe de vers
paroiffe. Lors de la fédition de 1723, contre la Compagnie des cette
brûla l'habitation de M. de
Indes, on
Saint-Martin, 3 parce qu'il ne
l'effervefcence des habitans.
partageait pas
20, M. Bertrand père, quitenta le premier des arrofemens à
& que j'ai cité à ce fujet dans la paroiffe des Verrettes. l'Artibonite 9
3°. M. Bertrand de Saint-Ouen, fils du précédent & créol de PArti.
bonite, dont l'éloge eft fi juftement répété dans plufieurs endroits de
Ouvrage. M. Bertrand de Saint-Ouen était né avec des inclinations douces cet
avec le befoin d'être utile aux autres & fa conduite à l'égard des faliniers
de P'Artibonite fuffit pour peindre fon ame. On aurait pu dire de
comme de prefque tous les hommes dévoués au bien
lui,
doivent
fe
public 3 qu'ils ne
pas promettre d'autre récompenfe que les jouiffances
par ce penchant lui-même, fi M. Bertrand père & fes enfans alors procurées
& par conféquent M. Bertrand de Saint-Ouen,
vivans 1
en 1770, des lettres de
n'avaient pas eu du prince
nobleffe, réellement accordées à leurs vertus civiques.
40.
de
comme de prefque tous les hommes dévoués au bien
lui,
doivent
fe
public 3 qu'ils ne
pas promettre d'autre récompenfe que les jouiffances
par ce penchant lui-même, fi M. Bertrand père & fes enfans alors procurées
& par conféquent M. Bertrand de Saint-Ouen,
vivans 1
en 1770, des lettres de
n'avaient pas eu du prince
nobleffe, réellement accordées à leurs vertus civiques.
40. --- Page 239 ---
FRANÇAIS E DESAINT-DOMINGUE 225
40. M. le baron de Lugé, 9 habitant au Mont-Roui, ancien commandant
de la paroiffe de Saint-Marc &c chevalier de Saint-Louis. Ce ferait compter pour rien un- genre de fervice bien important 1 que de ne pas dire ici
que M. de Lugé, depuis un très-grand nombre d'années 1 jufqu'à fa mort,
arrivée en 1788, a eu continucllement unc ou deux voitures qui ne faifaient, pour ainfi dire, preique jamais autre chofe que de conduire aux
Vafes ou à Saint-Marc, des voyageurs qui, fans cette reffouce, n'auraient
fu le plus fouvent commnent franchir cct intervalle. Q:and on connaît SaintDomingue, on fait jufqu'à quel point cette efpèce de fervitude envers le
public, eft coûteufe &c peut devenir défagréable, toute volontaire qu'clle
eft. C'eft déjà beaucoup que d'être ainfi dans la dépendance de perfonnes
qu'on ne 'connaît pas &c qu'on ne reverra peut - être jamais : mais il en
eft d'affez bifarres, pour ne rien dire de plus 2 qui fe croyent en droit
d'exiger ce qu'ils ne tiennent que d'une hofpitalité 7. dont nul autre pays
n'offre d'aufli généreux exemples.
5°. M. Roflignol des Dunes, habitant du bas de l'Artibonite & aétuellement commandant des milices de la paroiffe de Saint-Marc, parce qu'il offre
tout à la fois la double preuve de ce que peuvent l'énergie ,la perfévérance & le
travail, , 8c des fuccès dont la fortune les couronne encore quelquefois dans
la Colonie françaile de Saint-Domingue.
Dans la. guerre: de 1756., M. des Dunes avait neuf enfans &c fept nègres,
& en ce moment, où il compte onzeenians 2 il. poffède > avec eux, 1,500
nègres, plus de: 1,500. bêtes: cavalines. ou à: cornes & plus de deux mille
carreaux de, terre; ; car il eft propriétaire de tout le canton de' PEtable 7
ainfi nommé parce que M. Roflignol la: Chicotte, fon père, y avait commencé la hatte qu'on y voit , &c; y avait. fait conftruire une étable.
M. des Dunes avait formé une fucrerie., 3 dont les bâtimens fubfiftent encore, mais à laquelle ila a préféré une cotonnerie, dont il retire annuellement
de 120 à L5O milliers du coton foyeux que j'ai vanté.
La, hatte: de M. des Dunes ef, fans contredit, la plus confidérable de
la Partie Françaife, & en comprenant toutes les efpèces d'animaux, ," moutons, chèvres, cochons- &c., il eft impoffible au propriétaire lui-même,
d'en dire exactement. le nombre
(*) On fait, duns les hattes de PArtibonite, ufage d'un bout-en-train. Ce nom cft donné
Tome II.
Ff
'ai vanté.
La, hatte: de M. des Dunes ef, fans contredit, la plus confidérable de
la Partie Françaife, & en comprenant toutes les efpèces d'animaux, ," moutons, chèvres, cochons- &c., il eft impoffible au propriétaire lui-même,
d'en dire exactement. le nombre
(*) On fait, duns les hattes de PArtibonite, ufage d'un bout-en-train. Ce nom cft donné
Tome II.
Ff --- Page 240 ---
DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
60. Et enfin, Barthelemy Ibar, dit Bartole, quarteron libre, qui a reçur
fous l'adminiftration de MM. de Bellecombe & de Bongars 2 une penfion
de 500 livres, affeôtée fur la caiffe des libertés, comme une récompenfe
de fa bonne conduite & des preuves fignalées de fa bravoure contre les en.
nomis, durant 24 ans qu'il a commandé les compagnies de mulâtres de la
Petite-Rivière, des Verrettes & de Saint-Marc. Cette année € 1789), fapenfion a été portée à mille livres. Ibar a maintenant IO enfans & 90 années. Il habite le canton des Cahos, à la Petite-Rivière mais s'étant renda
recommandable dans tout le Quartier de Saint-Marc, j'ai cru naturel d'en.
taire mention au chef-lieu de ce Quartier.
à a
XX
QUARTIER DU MIREBALAIS.
XXX.
PAROISSE DU MIREBALAIS.
LA fituation du Mirebalais a exigé qu'on formât de fa feule paroiffe un
Quartier, dans la divifion de la Colonie., & cela même annonce & l'efpèce
d'ifolement de fa pofition, & fon importance.
La paroiffe du Mirebalais fe trouve avoir pour limites : au Nord, les
Montagnes Elpagnoles qui la féparent de la Partie Efpagnole & dont la direction principale efl à peu près du Nord-Oueft au Sud-Eft & qui laiffent
un paffage à la rivière de. P'Artibonite ; à PEf, les terres efpagnoles; atr
Sud, > la paroiffe de la Croix-dez.Bouquets au moyen du bras principal de
la rivière aux Roches depuis le point de la limite eipagnole où la pyramide
à un cheval entier, qui, d'après une pratique venue de la Partie Efpagnole, le gland a
été fendu par deffous, avec un coutcau très-affilé. Il réfulte de l'applatiffement du gland,
ia liquenr féminale eft dirigéc vers le bord de l'uterus, & que l'animal n'eft plus apte à que la.
reproduStion.
Lorfqu'une jument eft froide, le bout-en-train derance l'ane étalon, > & lui affure les fuccéas
dont le propriétaire de la hatte attcnd des profits.
ole, le gland a
été fendu par deffous, avec un coutcau très-affilé. Il réfulte de l'applatiffement du gland,
ia liquenr féminale eft dirigéc vers le bord de l'uterus, & que l'animal n'eft plus apte à que la.
reproduStion.
Lorfqu'une jument eft froide, le bout-en-train derance l'ane étalon, > & lui affure les fuccéas
dont le propriétaire de la hatte attcnd des profits. --- Page 241 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 227
No.205 eft fur ce bras jufqu'à environ 7,500 toifes mefurées en ligne droite,
en venant de l'Ouefl à T'ER, puis de là une ligne va chercher la crête audeffus du Fond-au-Diable, & rencontrer, en paffant le Penfez-y-Bien, les
limites de la paroille de l'Arcahaye ; &c à l'Oueft, les montagnes qui la
féparent des paroiffes de l'Arcahaye, , des Verrettes &c de la Petite-Rivière.
On voit dans l'Abrégé Hiftorique mis à la tête de la Deferip ticn de
Partie Efpagnole 1 qu'en 1729 1 les Efpagnols marchèrent à la frontière du
Mirebalais, 9 prétendant que M. de Nolivos, commandant de la Partie de
T'Oueft, avait donné une conceffion dans un lieu dépendant du territoire
efpagnol, & qu'il y eut même, au mois de Décembre, chez M. Hardouineau, commandant du Mirebalais , des conférences entre M. de Nolivos
& Don Gonzalo Fernandez de Oviedo, Auditeur-général des guerres 9 comme
porteurs des pouvoirs des chefs des deux Colonies françaife & efpagnole. Le
réfultat fut une réponfe évafive du plénipotentiaire efpagnol &x un ordre
de M. de Nolivos aux Efpagnols de quitter un corps-de-garde qu'ils avaient
pofé en 1719, & que M. de Paty avait déjà fait brûler.
On trouve au même endroit, qu'en 1736, les Efpagnols revinrent à Ia
charge, fans doute parce que le gouverneur - général avait envoyé M.
Durecour, major du Cap, un confeiller du confeil fupérieur de la même
ville, deux officiers de milice & un arpenteur), pour régler les limites du
Mirebalais. Mais les habitans de ce dernier lieu les repoufsèrent jufqu'à
plus de 300 toifes dans PEft de la rivière des Caobes. Les mouvemens que
cela occafionna dans la Partie Efpagnole 3 déterminèrent M. de Fayet $
gouverneur-général, 3 à marcher à cette frontière & à former un camp qui
occupait 1,200 toifes, dans, le fens du chemin du bourg du Mirebalais à
Ja frontière vers les Sarrafins. 9 & que formèrent les habitans du Mirebalais, 4
des détachemens de ceux de P'Artibonite 1 de l'Arcahaye & de Léogane $
& des détachemens de troupes françaifes &c fuilles & de maréchauflée. Les
Français &c les Efpagnols posèrent des corps-de-garde près du point où les
montagnes de PIlet & du Fer-à-Cheval fe rapprochent preiqu'à fe toucher , & enfn 1 M. de Fayet arrêta avec Don Nicolas de Guridi, que la
chaine des montagnes de P'Illet, comme le voulaient les Efpagnols 3 formerait la frontière.
Les limites du Mirebalais avec la Partie Efpagnole font, depuis le trajté
Ff 2
&c les Efpagnols posèrent des corps-de-garde près du point où les
montagnes de PIlet & du Fer-à-Cheval fe rapprochent preiqu'à fe toucher , & enfn 1 M. de Fayet arrêta avec Don Nicolas de Guridi, que la
chaine des montagnes de P'Illet, comme le voulaient les Efpagnols 3 formerait la frontière.
Les limites du Mirebalais avec la Partie Efpagnole font, depuis le trajté
Ff 2 --- Page 242 ---
DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
de 1776, marquées par les pyramides, depuis le No, 174jufqu'au No, 205.
Du No. 174, où fe termine la paroiffe de la Petite-Rivière, au Troud'Enfer, la ligne fuit la crête de la montagne de Jaiti, jufqa'au piton de
l'Oranger, d'oû ellc va au No, 175, gravé fur un rocher , & aux Nos,
176 & 177 , mis dans lc terrain plat de la montagne appelée le Repoloir.
Enfuite elle pourfuit par le piton jufqu'au No, 178, d'ou elle va par un
chemin bien ouvert au No, 179, dans la petite favanc de Jaiti, puis à
la grande favane où était autrefois le corps-de-garde de Jaiti. Parvenue i
ce point, la ligue traverfe la favane & chaffant au Sud-Eft, elle y paffe
les Nos, 180 &c 181, pour aller, dans la même dire@tion., chercher le
pofte de Honduras , coupant un ravin très-profond & côtoyant, par fes
embranchemens, la montagne de la gauche ; puis, en defcendant > elle trouve
le No, 182, dans la favane des Bêtes & le No, 183, fur la rive droite
de la rivière de l'Artibonite.
Sur l'autre rive eft le No, 184;de No, 185 eft fur le ruiffeau d'ifidore
& celui 186 au corps-de-garde de Honduras. En traverfant une feconde fois
le. ruiffeau d'Ifidore > où eft le No. 187, la ligne pafle par lcs Nos, 188 &
189, pour atteindre la crête de la montagne à Tonnerre, d'où elle va
par ceux 190 191 & 192, à la roche de Neybouc, 3 dont les deux
côtés font numérotés 193, & qni eft au bord du chemin appelé royal &c
par lequel on eft conduit du Mirebalais au Cap, en traverfant une por.
tion de territcire dépendant de la Partic Efpagnole, pour aller gagner le
Dondon.
De la roche de Neybouc, la ligne eft réputée paffer fur la hauteur du
Neybouc, aui fommet de laquelle eft le No, 194. Là, un chemin bien
<
ouvert gagne ia hauteur de la Mahotière, d'où la ligne defcend à la ravine Chaude, en coupant une gorge & traverfant cette ravine près de fon
confuent avec la rivière dcs Indes ou du Fer-à-Cheval, dont la rive
gauche 2 in pyramide No. 195, tandis que celle No, 196 eft au corpsde-garde de ia valléc Profonde.
Le No, 197 eft fur Ln rocher ; lcs Nos, 198 & 199 dans des gorges, & le No,
cooaul Fond.des-Paimifies, Ja ligne trouve les Nos, 201, 202, 203 & 204 fur
une crête, &le No. 205 elt fur Ie bras principal de la rivière aux Roches ;
point commun aux deux paroifTes du Mircbalais & de la Croix-des.Bouquets,
tandis que celle No, 196 eft au corpsde-garde de ia valléc Profonde.
Le No, 197 eft fur Ln rocher ; lcs Nos, 198 & 199 dans des gorges, & le No,
cooaul Fond.des-Paimifies, Ja ligne trouve les Nos, 201, 202, 203 & 204 fur
une crête, &le No. 205 elt fur Ie bras principal de la rivière aux Roches ;
point commun aux deux paroifTes du Mircbalais & de la Croix-des.Bouquets, --- Page 243 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE. 229
Le Mirebalais a reçu CC nom , de limmenfe quantité d'animaux fauvages
que les premiers Français y trouvèrent & qui leur rappelèrent le petit pays
appelé Mirebalais dans le Poitou, où quelques-uns d'entr'eux avaient probablement reçu le jour. Ces quadrupèdes 1 introduits par les Efpagnols , s'y
étaient multipliés fans trouble 3, depuis que les Indiens avaient difparu de leur
terre natale 1 & que les Efpagnols, 2 réduits à un petit nombre 7. étaient obligés d'abandonner de grands efpaces, dont les chevaux 3 les boeufs &c.,
avaient la poffeffion exclufive.
Encore en 1702, le Mirebalais n'avait que quelques individus épars &
plutôt chaffeurs qu'agriculteurs, lorfque M. de Galiffet, gouverneur par interim 3 y fit une fociété pour qu'an des habitans y formât une hatte. On
était même déterminé à ne fouffrir aucune culture au Mirebalais, pour
mieux lui affurer la deltination de procurer des animaux.
L'opinion appuyait cette vue, en publiant que fon fol était trop froid
pour Pindigo. Mais vers 1718, quelqu'un brava l'opinion &c la fit fi bien .
taire > qu'en 1724, il y avait plufieurs indigotiers au Mirebalais, où le
nombre des chafleurs était cependant le plus confidérable.
En 1730, tout lc fyftème primitif était changé, & il y avait au Mirebalais 39 indigoteries; on y cultivait, comme cffai, 290 cotonniers & les
bètes cavalines &c à cornes 1 privées, n'étaient qu'au nombre de 141500,
En 1739, on y voyait une fucreric en brut, 27 indigoteries. 3 41,320 cafiers,
15,330 cotonniers, 230 cacaoyers &c 15,549 animaux. des cipèces que je
viens de eiter.
On tentait donc toutes les cultures alors au Mirebalais & Larnage eut
l'idée de lui faire produire une denrée de plus 1 c'était le riz. Pour encourager à cet égard les habitans qui avaient écouté fon confeil, il faifait
acheter leur récolte en riz pour le compte du foi ; mais à la mort de ce
précieux adminiftrateur, , arrivée en 1746, les garde-magalins refusèrent le
riz &c fa culture difparut.
Celle de la came à fucre n'y fut pas fuivie 2 parce que le tranfport,
jufqu'à un lieu d'embarquement > était trop diflicile 1 mais l'indigo y
occupa prefque toute l'induftrie. En'1750, la plupart des habitans du Mire.
balais étaient des gens de couleur 2 dont les mémoires de cette époque
trateur, , arrivée en 1746, les garde-magalins refusèrent le
riz &c fa culture difparut.
Celle de la came à fucre n'y fut pas fuivie 2 parce que le tranfport,
jufqu'à un lieu d'embarquement > était trop diflicile 1 mais l'indigo y
occupa prefque toute l'induftrie. En'1750, la plupart des habitans du Mire.
balais étaient des gens de couleur 2 dont les mémoires de cette époque --- Page 244 ---
230 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
vantent le zèle &c la tempérance. Encore alors, les bêtes maronnes étaient
fort communes & le gibier abondant.
Les progrès du Mirebalais étaient fi fenfibles s qu'en 1752 , on y trouvait
310 indigoteries, 289,860 cotonniers > 55,400 cafiers, 620 cacaoyers, un
grand nombre de places-à-vivres & 11,364 animaux dans fes hattes. En
1775, il avait 279 indigoteries, 21,300 cotonniers &c 1,056,700 cafiers.
En 1789, le recenfement marquait 303 indigoteries, 16 cotonneries.
eafeteries, I cacaoyère, 4 fours à chaux &c 13,550 animaux.
Le Mirebalais eft un des points les plus arrofés de la Colonie. Ses principales rivières font:
Io. L'Artibonite, qui, venant de la Partie Efpagnole, arrive dans le
Mirebalais par PER-Nord-Ef, au moyen d'une gorge que laiffent les montagnes Efpagnoles 7 & qui coule enfuite à peu près vers le milieu de Ia
paroiffe 1 en faifant plufieurs finuofités, avant d'arriver au bout Nord du
bourg. De la, gagnant encore à TOueft, elle va, toujours en
paffer entre deux falaifes appelées la Roche &c la Selle
où ferpentant, 3
à fa rive droite
1 point elle trouve
3 la paroiffe de la Petite-Rivière & à fa rive gauche la
paroiffe des Verrettes.
20, La rivière de la Colline qui vient du bourg efpagnol de las
Caobas (les Acajoux), placé à la frontière & qui, après avoir
environ deux lieues dans le Mirebalais, fe jette dans celle du parcouru Fer-à.
Cheval.
3°. La rivière du Fer-à-Cheval, qui vient de Ia Partie Efpagnole & qui
joint l'Artibonite à environ 600 toifes au deffus du bourg. Elle eft dange.
reufe dans le tems des pluies 3 par la rapidité de fon cours, mais auffi fes
débordemens font de courte durée. L'Artibonite & le Fer-à- Cheval,
forment au deffus de leur confluent une prefqu'ile d'environ 20 carreaux
de furface 1 qu'elles refsèrent affez, près de la ravine. du Petit - Boucan,
pour ne laiffer qu'un cou de 30 & quelques toifes.
40, La rivière de la Gafcogne dont la fource eft dans la montagne des
Grands-Bois, nom d'un canton placé au Sud-Eft du Mirebalais, mais dépendant de la Croix- des - Bouquets. Cette rivière, à peine apperçue à fa
fource, 2 parçourt un long efpace, recevant plufieurs ravines & ruifeaux,
affez, près de la ravine. du Petit - Boucan,
pour ne laiffer qu'un cou de 30 & quelques toifes.
40, La rivière de la Gafcogne dont la fource eft dans la montagne des
Grands-Bois, nom d'un canton placé au Sud-Eft du Mirebalais, mais dépendant de la Croix- des - Bouquets. Cette rivière, à peine apperçue à fa
fource, 2 parçourt un long efpace, recevant plufieurs ravines & ruifeaux, --- Page 245 ---
PRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 231
& principalement les eaux de la rivière des Roches &c de la rivière d'A-Gauche,
qui viennent des montagnes de PEf fe rendre dans la Gafcogne 2 après
avoir traverfé le canton du Génipayer : ainfi grofie, la Gafcogne fe réunit
au Fer. - à- Cheval, à environ 3 lieues du bourg du Mirebalais.
5°. La rivière de la Tumbe qui, 9 venant des montagnes à environ 6
lieues & demie du Sud-Oueft du Mirebalais, ferpentant fuivant la difpofition des ravines. ou des vallées qui lui fervent d'encaillement. , fe joint à
celle de l'Artibonite, en fuivant fur environ 700 toifes le plateau du bourg s
après avoir reçu dans fon cours, parfa rive gauche 7 les rivières du MardiGras, des Citronniers &c du Saut-d'Eau 1 & fur la droite la rivière de
Jean-le-Bas, qni vient des montagnes, au Sud.
60. Les rivières du Fond-à-Cheval, du Canot, des Lianes, du Galetas
qui, partant des montagnes de TOueft, font également tributaires del'Artibonite.
Toutes Ies rivières que j'ai nommées jufqu'ici 2 font fur la rive gauche
de PArtibonite.
Voici les principales de la rive droite :
Les rivières du Boucan-fur-le-Dos, du Fond-Ferrier, du Fond-d'Enfer *
du Petit-Fond, du Boucan-Carré & des Capucins 5 qui donnent leurs noms
à autant de cantons'; car la nomenclature de ceux du Mirebalais eft trèsconfidérable.
Pour faire mieux juger la fituation des principaux d'entre ces cantons &c
rendre en même tems la defcription plus claire & plus exacte, il convient
de prendre le bourg pour point central & par conféquent d'en parler
d'abord.
Le bourg du Mirebalais, que quelques perfonnes appelent ville parce
qu'il eft le chef-lieu d'un Quartier, fe trouve vers le milieu de la paroiffe, s
dans une fituation agréable > & ayant fa longueur placée à peu près Nord
& Sud. Il occupe un plateau qui forme une prefqu'ile > ayant au Nord la
rivière de l'Artibonite; ; à PER la ravine étroite, tortueufe & encaiffée du
Bourg, ou rivière de Mde, Porcherel, qui va dans P"Artibonite 1 excepté
dans les tems fecs où elle afféche; à T'Oueft la rivière Ia Tumbe & au
Sud la crête des Lataniers, compofée de mornets en amphithéâtre 7 qui com
mandent le bourg.
ile > ayant au Nord la
rivière de l'Artibonite; ; à PER la ravine étroite, tortueufe & encaiffée du
Bourg, ou rivière de Mde, Porcherel, qui va dans P"Artibonite 1 excepté
dans les tems fecs où elle afféche; à T'Oueft la rivière Ia Tumbe & au
Sud la crête des Lataniers, compofée de mornets en amphithéâtre 7 qui com
mandent le bourg. --- Page 246 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
La ccnfrudtion originaire d'une églife au - Mirebalais 1 était devenue ;
comme cela arrive prcique toujours 1 l'occafion d'un bourg, que les habitans formèrent, cn plaçant quelques maifons dans les environs du temple T
fans ordre & fans alignement. Ces maifons étaient couvertes de paille 1
ce qui fut caufe, vers 1749, de l'incendie d'une partie du bourg &c de
l'églife, qui était de bois. M. Brémond. x fyndic de la paroiffe, follicita
des Adminiftrateurs, unc ordonnance du 8 Août 1749, qui, Io. commit
M. Pothenot de Saint-Cyr, arpenteur, pour choifir, divifer & aligner le
local du bourg ; défigner le fite de l'églife projettée a portée du prefbytère, qui exiftait ençore,,. & en mettant la face de l'églife fur la placed'armes, qui fubliftait depuis long-tems; numéroter- chaque emplacement;
dont l'acquéreur payerait le prix aux propriétaires du fol de gré à gréou
à dire d'experts: 20. prefcrivit de couvrir les maifons exiftantes de tuiles
ou d'effentes, dans fix mois, ainf que celies à bâtir; de démolir celles
qui menaçaient ruines ; & 32. alloua à l'arpenteur 24 livres pour l'alignement de chaque emplacement. Ce bourg en contient à préfent 60 de
différentes grandeurs où l'on voit 106 maifons, dont plufieurs font occupées
par de gros & de petits marchands & le refte par des gens de couleur.
L'églife adtuelle eit de maçonneric & fort belle, quoiqu'eile ait été un
peu léfardée par le tremblement de terre du 3: Juin 1770. Elle eft cepen.
dant devenue trop petite pour la multitude de fidelles qui s'y réunifent
aux fètes folennelles. Saint-Louis en a toujours été le patron. Elle donne
fur le côté Nord de la place-d'armes, dont les quatre faces. font plantées
d'ormes, &c. garnies d'affez jolies maifons. Quoique la paroiffe remonte à
1719, fes premiers regiftres ne vont cependant qu'au 21 Février. 1723Derrière T'églife eft le prefbytère. &c le terrain dépendant de la. cure.
Lcs mornes de PER du beurg, font les plus voifns de fon plateau, qu'ils
longent & commandent. Ceux de TOueft font moins. élevés,. mais ils l'embraffent également jufqu'au revers de l'églife & bordent irrégulièrement ,. à
plus ou moins de diftance, ,. la rivière la Tumbe.
Au Sud-Ef, font auffi des mornets hachés. Le plateau du bourg lui-même,
eft creufs par des ravinages, 8 tout cet enfemble eft aride, > mêlé de roches, de tuf, de glaife fab.oneufe, de fable &c de galets.
Partant du bourg par un chemin, qui court de l'Ouef-quart-Nord-Ouef,
à
& bordent irrégulièrement ,. à
plus ou moins de diftance, ,. la rivière la Tumbe.
Au Sud-Ef, font auffi des mornets hachés. Le plateau du bourg lui-même,
eft creufs par des ravinages, 8 tout cet enfemble eft aride, > mêlé de roches, de tuf, de glaife fab.oneufe, de fable &c de galets.
Partant du bourg par un chemin, qui court de l'Ouef-quart-Nord-Ouef,
à --- Page 247 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE 233
à 'ER-quart-Sud-ER, l'on trouve > à trois petites lieues, le canton des
Sarrafins 1 qui fe prolonge lui-même 4 autres lieues, jufqu'à la frontière
cipagnole. Il eft traverié par la rivière du Fer-à-Cheval.
Au Sud-Eft des Sarralins, eft la crête Efpagnole : que fuit le canton de
la Gafcogne, 3 auquel la rivière de la Gafcogne donne fon nom 7 & qui,
par une fubdivifion , a formé depuis environ vingt ans le canton du Genipayer.
Du bourg 3 prenant le grand chemin qui va dans l'Oueft par la rive gauche
de l'Artibonite 1 on traverfe, en quittant le plateau , la rivière la Tumbe. 9 large
d'environ 15 toifes & roulant au moins une tranche de 15 pouces de hauteur
d'une eau très-claire & bonne à boire, mais extrèmement vive. De là on
remonte par une pente douce pour fortir des mornets 9 & on gagne l'habitation
Chaftulé, à une demi-lieue du bourg. A 4 lieues de là eft un autre mornet
ifolé, très-voifin . de la rivière de "'Artibonite & placé vis-à-vis celle des Capucins. Dans cette diflance de 4 lieues & demie 3 on traverfe quatorze paffes
de ravines & trois de rivières, qui font : la rivière du Canot, de trente pieds
de large 1 puis la rivière des Lianes & celle du Galetas, qui font beaucoup
moins confidérables.
Du point de l'habitation Garry qui eft vis-à-vis de la rivière des Capucins
jufqu'à la Bien-Placée, fur le morne la Selle, où eft le canton de la Selle,
limite du Mirebalais & des Verrettes 3 le chemin fait encore deux lieues &c
demie. Il y avait autrefois un cabaret tenu par une négreffe libre fur le
ruiffeau de la Bien-Placée. Le chemin qui va au morne la Selle court à peu
près dans le Sud-Ouef-quart-Sud.
Depuis le bourg du Mirebalais jufqu'à la limite des Verrettes, il y a un
grand nombre de gués dans la rivière de l'Artibonite, mais la roideur des
écores 8c les contours des mornets empèchent d'en profiter.
Du bourg, en fuivant un grand chemin vers le Sud-quart-Sud-Oueft, on
atteint le canton de Trianon 1 qui s'étend jufqu'à la limite entre laquelle eft
le Mirebalais & la Croix des Bouquets.
Du bourg, en fuivant un chemin dirigé au Sud-Oucft, on atteint le
Grand-Boucan, diflant de 5 lieues & demie, puis gagnant le Sud-Sud-Oueft,
on trouve, 3 après avoir paflé le morne des Orangers > qui eft à neuf lieucs
du bourg du Mirebalais, le lieu appelé Penfez-y-bien. C'eft au morne des
Tome IL.
G g
quelle eft
le Mirebalais & la Croix des Bouquets.
Du bourg, en fuivant un chemin dirigé au Sud-Oucft, on atteint le
Grand-Boucan, diflant de 5 lieues & demie, puis gagnant le Sud-Sud-Oueft,
on trouve, 3 après avoir paflé le morne des Orangers > qui eft à neuf lieucs
du bourg du Mirebalais, le lieu appelé Penfez-y-bien. C'eft au morne des
Tome IL.
G g --- Page 248 ---
DESCRIPTIO) N DE LA PARTIE
Orangers que viennent aboutir deux chemins partant du canton du Boucaffin
de Ia paroiffe de l'Arcahaye.
Du même canton du Grand-Boucan, , un autre chemin chaffant vers le NordOueft conduit au canton de la Coupe-a-Mardi-Gras, éloigné de fix lieues du
Mirebalais & confinant aux Verrettes.
Tous les cantons que j'ai cités compofent la portion du Mirebalais, qui eft
fur la rive gauche de l'Artibonite. Venons à ceux de l'autre rive.
Du bourg on va au canton de la Grande-Plaine, qui en eft à 4 lieues dans
le Nord, & le long de la rivière de l'Artibonite.
Du bourg, gagnant encore le Nord, mais un peu vers lOueft, l'on trouve
le canton du Fond-Ferrier & celui du Trou-d Enfer, qui en font à environ
cinq lieues.
Du même point, mais gagnant d'avantage vers l'Oueft, on fe rend au
Boucan-Carré & au canton du Petit-Fond, fitués l'un & l'autre à environ 5
lieues du bourg.
Ces cinq cantons font adoffés aux montagnes efpngnoles, limites Septentrionales de la paroifle.
Enfin, du bourg, un chemin qui eft à-peu-près Ef & Oueft & qui fait
environ 7 lieues dans la ligne du cours de la rivière de P'Artibonite, mènc au
canton des Capucins. Si l'on veut aller à la Petite-Rivière, l'on traverfe
l"Artibonite à environ une demi-lieue du bourg ce qui n'eft rien moins qu'aifé;
puis on fait près de 5 lieues dans un chemin rude & difficile pour arriver a
la rivière des Capucins 1 &c de celle-ci encore une lieue & demie avant
d'atteindre la Roche qui donne auffi fon nom à un canton. De là le chemin
entre fur le territoire de la Petite-Rivière, oà je l'ai décrit.
Indépendamment de ces cantons, il y en a encore deux dans PEf de la
paroiffe 3 appelés l'Hlet & l'acul de Piflet, où font les deux petites rivières
de la Mahotière & de la Marre-Rouge, qui fe jettent l'une & l'autre dans
l'Artibonite, qu'elles trouvent dans POueft, parce que Pilet eft entre la
rivière de P'Artibonite, la rivière du Fer-à-Cheval & le morne à Tonnerre
des limites. efpagnoles (appelé par les Eipagnoles Sierra de Honduras (montagne
des précipices ). On compte 4 lieues du bourg au canton de l'Hlet.
On ne finirait pas fi l'on voulait nommer tous les autres cantons, parce
re dans
l'Artibonite, qu'elles trouvent dans POueft, parce que Pilet eft entre la
rivière de P'Artibonite, la rivière du Fer-à-Cheval & le morne à Tonnerre
des limites. efpagnoles (appelé par les Eipagnoles Sierra de Honduras (montagne
des précipices ). On compte 4 lieues du bourg au canton de l'Hlet.
On ne finirait pas fi l'on voulait nommer tous les autres cantons, parce --- Page 249 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 235
qu'au Mirebalais comme dans Ia plaine de P'Artibonite , prefque chaque
habitant en fait un de fon habitation. C'eft ainfi qu'on a encore le canton
de Jean-de-Bas, dans PEft du chemin qui conduit au Port-au-Prince par le
Fond-au-Diable; le canton de la Grande-Savane., au Nord de l'Artibonite,
& les cantons du Canot, de la Toilette, de la montagne Terrible & du
Boucan-Cani, au Sud de cette rivière.
La longueur de la paroiffe du Mirebalais, , qui eft de l'Ef à TOueft, peut
être évaluée à environ quinze lieues, & fa plus grande largeur, du Nordquart-Nord-Oueft au Sud-quart-Snd-ER, à 12 lieues, ce qui donne I5O lieues
carrées de furface
Si l'on adopte la facilité avec laquelle on crée des plaines à Saint-Domingue,
on peut en trouver au Mirebalais où il n'y a dans la réalité que des mornets
applatis 8 amoncelés fur de hautes montagnes. Car la plaine des Sarrazins
de deux lieues de long fur à peine une demi-lieue de large, & qui eft la
feule de la paroifle, ne peut pas motiver une exception.
Le fol du Mirebalais n'eft pas l'un des meilleurs de la Colonie. Ce quiy
eft digne d'éloges, les doit au limon de l'Artibonite 3 qui a formé fur les deux
rives un terrain dont la totalité peut être évaluée à environ 2,000 carreaux.
Depuis le bourg jufqu'au fond des Sarrazins, a on trouve encore 2,500 carreaux
& les bords de toutes les rivières que j'ai défignées peuvent fournit à leur
tour 1,500 carreaux de bonnes terres ; c'eft donc la valeur de 60 habitations
de cent carreaux chacune. Le refte de la paroifle eft coupé par des ravines,
chargé de mornes, de crêtes favancufes 2 pierreufes & arides & de beaucoup
de favannes naturelles, principalement dans le canton du Grand-Boucan.
Le Mirebalais a cependant donné lieu à l'effai de toutes les cultures.'
Avant celle de l'indigo on y avait employé celle du tabac qu'il remplaça.
J'ai dit que celle du riz y avait bien réuffi. M. d'Eflaing, qui avait
conçu d'abord de grandes idées fur le Mirebalais, y fit planter du froment, dont le fuccès 3 marqué par deux récoltes dans un an 9 avait porté Ce
gouverneur-genéral à demander au miniftère qu'on fit venir du blé barbu
de PIle de France. 2 pour le confier à CC fol. J'ai annoncé qu'on y avait
planté la canne à fucre, & qu'on y avait en outre élevé des animaux.
Voici l'état actuel des chofes.
On compte au Mirebalais 4 fucreries établies depuis moins de IO ans,
G g 2
marqué par deux récoltes dans un an 9 avait porté Ce
gouverneur-genéral à demander au miniftère qu'on fit venir du blé barbu
de PIle de France. 2 pour le confier à CC fol. J'ai annoncé qu'on y avait
planté la canne à fucre, & qu'on y avait en outre élevé des animaux.
Voici l'état actuel des chofes.
On compte au Mirebalais 4 fucreries établies depuis moins de IO ans,
G g 2 --- Page 250 ---
236 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
L'indigo qu'on y manufadturait autrefois avec un profit remarquable
ne répond plus ni aux foins ni au voeu du culivateur, à caufe de
fement des terres. Cependant dans des. années très-pluvieufes, de nombreux l'épuiateliers procurent encore aux riverains de P'Artibonite un revenu
lequel les autres indigotiers foupirent inutilement ; &c en général là, > après
dans le refte de la Colonie 7 ce n'eft plus fur ce genre de dénrée comme
peut fonder fon efpoir, fur tout depuis la perte de l'indigo bâtard. Le qu'on nombre des indigoteries eft réduit à 138, qui méritent qu'on les compte, &
dont plus de la moitié ont des moulins à eau. On peut les divifer
3 claffes ; dix d'entr'elles donnent de 627 milliers
en
d'indigo par an ; vingt de
2 à 3 milliers & le refte de 1,000 à 1,500 livres. Environ
y récoltent 224 milliers d'indign.
5,000 nègres
Quoique le coton foit de toutes les denrées qu'on cultive à
celle
Saint-Domingue,
qui exige le moins quant à la qualité du fol, la chenille & quelquefois des vents de Nord, & même l'une &c les autres à la fois, viennent
détruire tout ce. que le cotonnier faifait efpérer. Il eft cependant des cultivateurs patiens ou obftinés 7 qui ne fe rebutent pas. Le Mirebalais a
encore 218 cotonneries > qui, avec 3,000 nègres, donnent 200 milliers de
coton.
Des mornes qu'on avait toujours vus. en friche ont reçu des cultivaieurs
du cafier ,. dès que cet arbufte a. offert des efpérances par. le haut prix de
fa graine. Partie de la montagne Terrible, qui eft entre le
& le Boucan-Gras
Penfez-y-bien
1 lui a été deftinée ,. & fur tout le canton du
reconnu
Génipayer,
pour le meilleur de la paroiffe en ce genre. Ni l'ingratitude du
fol des. trois quarts des montagnes, ni la diftance exceflive du marché de
la denrée, ni l'horreur des chemins, ni la difficulté de les rendre praticables, rien n'a effrayé les Colons. Les forêts tombent les
mornes fe
dépouillent, & le cultivateur attend la récompenfe de fes accablans travaux 1 de fes énormes dépenfes. Le Mirebalais a 47 cafeteries
par 1,000 nègres, & dont le produit eft encore dans le futur. > exploitées
Quelques individus font un peu de tabac d'une qualité eflimée; d'autres
de la graine d'indigo. Il y a en outre dans la
fours à chaux,
paroiffe 1 2 cacaoyères & 7
indépendamment de ce que la plupart des habitans font chez
eux-mêmes la chaux quileur eft néceffaire & dont les matériaux font par tout.
,000 nègres, & dont le produit eft encore dans le futur. > exploitées
Quelques individus font un peu de tabac d'une qualité eflimée; d'autres
de la graine d'indigo. Il y a en outre dans la
fours à chaux,
paroiffe 1 2 cacaoyères & 7
indépendamment de ce que la plupart des habitans font chez
eux-mêmes la chaux quileur eft néceffaire & dont les matériaux font par tout. --- Page 251 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 237
Le Mirebalais entier procure d'excellens vivres du pays & en abondance ; le
riz y eft d'une nature fupérieure. Ony trouve aufli des crabes dont on fait
beaucoup de cas, parce que leur chair eft très-délicate.
En arrivant au Mirebalais dans Ia faifon pluvieufe, il n'eft perfonne qui
ne le croye plus propre à l'éducation des animaux qu'à tout autre chofe &c
il n'en manque pas qui parlent de fes excellens pâturages. Cependant l'expÉrience n'a fervi qu'à dégoûter de ce parti. Les fecs affreux qu'on éprouve
pendant au moins fix mois de l'année & les pluies exceflives dont ils font
quelquefois fuivis, détruifent la moitié des animaux, & les nègres des ateliers mal difciplinés ont d'autant moins de peine à anéantir le refte par
leurs vols 1 que les hattes font 7 pour l'ordinaire, contre le voeu de la loi
& l'intérêt du propriétaire, confiées à deux ou trois vieux nègres que l'âge
&lesinfirmités rendent incapables de remplir le devoir qu'on leur impofe. Le
nombre des hattes eft maintenant de 92, où l'on a 462 nègres 1 qui veillent
fur 9545 bêtes cavalines ou à cornes.
Mais ce dont il eft difficile de prendre une idée bien jufte 1 c'eft tout
ce qui réfulte de la néceffité à laquelle la pofition du Mirebalais réduit fes
habitans, d'envoyer leurs denrées au Port-au-Prince ou à Saint-Marc à dos
de mulets. Cet obftacle fuflirait à lui feul pour empècher que le fucre
ne foit jamais une des produétions principales du Mirebalais. Or employe auffi
des ânes pour des charrois de vivres 1 &c. &c.
La température du Mirebalais eft principalement féohe , comme le Le@teur
a déjà pu le preflentir par tous les détails que je lui ai préfentés depuis
ceux fur la plaine de l'Artibonite. En général, comme ce lieu eft environné
de montagnes, il a peu d'air ; les brifes y font à peine fenfibles. Ony a
beaucoup de brouillards qu'épaifit l'évaporation de la rivière de P'Artibonite s
& le foleil, réfracté par des mamelons fabloneux , y caufe une chaleur vive :
cependant, on"y a communément des nuits très-fraiches.
Déterminé par un Mémoire de la Chambre d'Agriculture du Port-au-Prince,
qui vantait Ia falubrité du Mirebalais, M. d'Efaing réfolut d'y
envoyer
des Acadiens. Il donna , Ie 26 OEtobre 1764, au Mirebalais même, ordre:
à M. Rolland, , ing@nieur-géographe, de marqner fur les deux bords de
FArtibonite, les 50 pas du roi, en commençant dans le voifinage du bourg
du Mirebalais, & de fixer des bornes de 800 pas en 800 pas, pour défi--
balais, M. d'Efaing réfolut d'y
envoyer
des Acadiens. Il donna , Ie 26 OEtobre 1764, au Mirebalais même, ordre:
à M. Rolland, , ing@nieur-géographe, de marqner fur les deux bords de
FArtibonite, les 50 pas du roi, en commençant dans le voifinage du bourg
du Mirebalais, & de fixer des bornes de 800 pas en 800 pas, pour défi-- --- Page 252 ---
238 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
gner la propriété de chaque famille Acadienne. Cette ordonnance caufa
une
grande rumeur dans toute l'étendue où elle devait être
exécutée, mais au
lieu de ce premier plan, on réunit les Acadiens au Mirebalais même.
Hs y étaient à peine que M. d'Efaing vint en faire fortir quelques femmes
qui y reftaient feules, tous les hommes étaient morts.
Mais il ne faut conclure de cet elfai,qui a fait dépenfer environ
40,000
livres, que ce que l'on fait depuis long-tems ; c'eft que des hommes accablés d'infortunes , qu'on tranfporte dans un climat fans analogie avec le
leur, qui ont éprouvé les incommodités d'une traverfée dont la pitié a fait
les frais, doivent payer un tribut cruel dans un lieu où c'eft encore la pitié
qui les accueille.
Le Mirebalais eft réellement fain & femble furtout
de couleur libres
approprié aux gens
1 par rapport auxquels le relevé des regiftres paroilliaux
établiffent, que de 1750 à 1763 inclufivement, il y a eu parmi eux,
naiflances & 469 fépultures, ce qui donne un excédant de
1,058
En
la
du
589 en 14 années.
1723, population Mirebalais était de 461 nègres ; en
de 474 blancs, 108 affranchis &
1730 1
965 nègres; en 1739, de 438 blancs 7
118 affranchis &z 2,261 nègres ; en 1752, de 8;0 blancs, 201 affranchis
& 4,031 nègres; en 1775, de 974 blancs, 327 affranchis & 6,613 efclaves,;
en 1783, de 360 blancs, 950 affranchis & environ
8,000 nègres; en
de 524 blancs, 1 1,035affranchis &c 9,079 efclaves; & à
1787,
blancs, environ 1,200 affranchis & I1,000 nègres.
préfent > de 8go
Quoique le Mirebalais ait beaucoup à fouffrir des féchereffes, les débordemens de l'Artibonite y caufent des dommages dans la faifon
& l'ouragan du 16 & du 18 Octobre 1780, lui en ft éprouver pluvieufe de
grands.
Le 2 Mai 1764, M. Ollive 1 de la Rochelle, 1 officier des milices du
Mirebalais 1 y mourut fur fon habitation agé de 97 ans, dont il avait paffé
60 au Mirebalais.
Le caractère des habitans de cette paroiffe offre encore des teintes de celui
des anciens Colons. Ils font bons, francs, braves & ennemis de la contrainte.
Ils marchèrent avec ceux de l'Artibonite dans les mouvemens de 1723; en
1736 ils défendirent leur frontière contre les Efpagnols; en 1745 cent dix d'entre
eux fe rendirent dans les environs de la ville de Saint-Louis, qn'on croyait
menacée par l'efcadre de l'amiral Davers. Le roi leur accorda pour récompenfe,
ons. Ils font bons, francs, braves & ennemis de la contrainte.
Ils marchèrent avec ceux de l'Artibonite dans les mouvemens de 1723; en
1736 ils défendirent leur frontière contre les Efpagnols; en 1745 cent dix d'entre
eux fe rendirent dans les environs de la ville de Saint-Louis, qn'on croyait
menacée par l'efcadre de l'amiral Davers. Le roi leur accorda pour récompenfe, --- Page 253 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 239
le 24 Janvier 1746, > l'exemption des droits d'octroi pendant une année. En
1763 & 1769 les habitans du Mirebalais ne furent rien moins que fpectateurs
tranquilles des troubles caufés par le rétabliffement des milices.
Je trouve fouvent répété Péloge de la milice Mirebalaifienne. En 1718 elle
n'était formée que d'une feule compagnie ayant II3 blancs & 19 affranchis;
en 1723 les blancs étaient au nombre de 96 & les affranchis de 46; en 1730
on avait deux compagnies, & la milice de la parciffe était alors de 255
blancs &c 123 affranchis ; en T739 elle n'avait plus que III blancs &c 44
affranchis; en 1752, 262 blancs &c 77 affranchis ; en 1766, 260 blancs & 291
affranchis. Parmi ces derniers était une fuperbe compagnie de 60 & quelques
mulâtres, beaux hommes, pleins de bonne volonté, bien armés, bien habillés
& encore mieux montés; robuites, vigoureux & capables de fnpporter les
injures des failons &c Ia rigueur du climat. En 1775 elle comptait 392 blancs
& 80 affranchis; en 1783, 215 blancs, 308 mulâtres ou quarterons & III
nègres libres ; &c maintenant 200 blancs, 800 hommes de couleur autres que
nègres libres & 140 de ces derniers ; le tout diftribué en une compagnie de
dragons &c deux de fufiliers blancs ; une de draguns quarterons, une de dragons
&c une de fufliers mulâtres & une de dragons nègres.
L'arrêt de réglement fait par le Confeil de Léogane le 17 Janvier 1739
établit au Mirebalais un détachement de maréchauflée compofé d'un prévôt,
un exempt, deux brigadiers &c dix archers. Le réglement du roi 1 du 31 Juillet
1743, réduifit à fix le nombre des archers que l'ordonnance des Adminiftrateurs
du 8 Février 1775, a porté à huit. Il y a de plus 47 furnuméraires, gagnant
leur liberté par ce fervice.
Jufqu'en 1785 il n'y avait au bourg du Mirebalais aucun lieu de détention
qu'une barre publique où les criminels &c de fimples délinquans étaient confondus. Mais M. de Grimouville, alors aide-major, obtint des Adminiitrateurs
l'ordre de faire conftruire un corps-de-garde pour la maréchauffée avec un
logement pour le prévôt, & une prifon oà l'on met les perfonnes libres.
Le Ier. Juin 1734 1 M. de Fevret fut nommé major pour le roi du
Mirebalais, qui dépendait alors du commandement du Cul-de-Sac. L'ordon:
nance du roi du 22 Juillet 1759, maintint cette majorité 1 que celle de
1763 fupprima. Rétablie en 1769, elle avait continué depuis lors, mais
l'ordonnance du roi du 20 Décembre 1783, a décidé qu'il n'y aurait plus
qu'un aide-major au Mirebalais.
1 M. de Fevret fut nommé major pour le roi du
Mirebalais, qui dépendait alors du commandement du Cul-de-Sac. L'ordon:
nance du roi du 22 Juillet 1759, maintint cette majorité 1 que celle de
1763 fupprima. Rétablie en 1769, elle avait continué depuis lors, mais
l'ordonnance du roi du 20 Décembre 1783, a décidé qu'il n'y aurait plus
qu'un aide-major au Mirebalais. --- Page 254 ---
240 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Le Mirebalais n'a jamais eu d'offieier d'adminiftration de la marine, &
les doubles fonétions font, en quelque forte, cumulées dans l'aide-major.
A la formation de la Sénéchauflée de
Saint-Marc, en 1724, le Mirebalais avait été mis dans fon territoire ; mais, fur la propofition de M.
de Fevret, major qui y commandait, une déclaration du roi, du Ie,
Jnillet 1738, l'a rendu à la Sénéchaullée de
dont
Léogane $
il avait fait
partie jufqu'en 1724. Le motif de ce changement, 1 fut que le Mirebalais
portait fes denrées à Léogane. Maintenant il fe trouve de la Sénéchauffée
du Port-au-Prince, Le procureur du roi de celle-ci y a un fubftitut.
Le courrier de lIa pofte aux lettres pour toute la Colonie, part du bourg
du Mirebalais le mercredi &y arrive le lundi.
La paroifle du Mirebalais eft fituée de manière, qu'elle n'a que trois
communications réelles & principales ; l'une avec le Port-au-Prince, l'autre
avec le Cap & la troifième avec la Partie Efpagnole.
Le Leêteur fait 1 que jufqu'en 1751, le Çap & le Port-au-Prince, ou
pour parler plus correétement, 3 la Partie du Nord & celle de lOueft, ne
communiquaient entr'elles que par le-Mirebalais. Mais M. le vicomte de
Belzunce 1 arrivant dans la Colonie en 1762, & confidérant Ie Mirebalais
comme le réduit naturel de la Partic
:
Françaife 1 il fentit auffitôt la nécef.
fité d'un moyen d'évacuation pour les magafins d'artillerie & de vivres de
Sainte-Rofe & du Dondon, & ce fut la raifon qui ft travailler au chemin
de la Porte 9 pour aller en voiture du Dondon au Mirebalais. Les mêmes
vues firent donner des ordres pour en ouvrir un du Port-au-Prince au même
lieu. Dès le mois de Juin 1762, on travailla à l'un & à l'autre,
la paix fit tout abandonner.
puis
Les idées antéricures à 1762, ou celles de cette époque, font
la
communication du Mirebalais avec le Port-au-Prince, fe fubdivife que
Le plus ancien des trois chemins, , eft celui du Penfez-y-bien. en trois.
Je l'ai
déjà indiqué en partie, puifque c'eft celui qui mène du bourg du Mirebalais au canton du Grand-Boucan, d'où l'on va au morne des
ce qui forme un inrervalle de 9 lieues. De ce morne, & toujours Orangers,
tant & defcendant pendant environ 4 lieues un quart, on va. à la mon-. crête
du Penfez-y-bien, dont la defcente, d'environ un quart de lieue, eft extrémement roide fur le revers, ce qui lui aura fans doute fait donner Ce
nom
c'eft celui qui mène du bourg du Mirebalais au canton du Grand-Boucan, d'où l'on va au morne des
ce qui forme un inrervalle de 9 lieues. De ce morne, & toujours Orangers,
tant & defcendant pendant environ 4 lieues un quart, on va. à la mon-. crête
du Penfez-y-bien, dont la defcente, d'environ un quart de lieue, eft extrémement roide fur le revers, ce qui lui aura fans doute fait donner Ce
nom --- Page 255 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE. 24t
nom. Du pied du norne du Penfez-y-bien, on fait une lieue &c demic
dans la gorge du même nom, jufqu'à la hatte Bon-Repos. De cette hatte
on fait 4 lieues & demie, , defcendant d'abord infenfiblement jufqu'à l'habitation Bon-Repos 2 aujourd'hui Brancas-Cerefie, &c allant enfuite en plaine
jufqu'au Port-au-Prince. Ce chemin du Penfez-y-bien 1 eft le débouché des
cantons de la Selle, du Grand-Boucan, de la Coupe-a-Mardi-Grs, des
Capucins 1 8c.
La feconde route eft par la gorge de la Gafcogne, qui eft un défilé formé.
par la montagne de la Gafcogne &c par la montagne des Grands-Bois. Elle
fervait dans l'origine aux habitans des cantons des Sarrafins 2 de la Colline
Efpagnole & de la Gafcogne, 1 &c: elle eft très - fréquentée depuis que ce
canton &c la montagne des Grands-Bois font établis en cafeteries. Cette route
arrive auffi en plaine dans la paroiffe de la Croix-des.Bouquets, au point
appelé le Rendez-vous & à environ 7 lieues du Port-au-Prince.
La troifième route, piacée entre les deux autres, eft par le Fond-au-Diable;
c'eft celle que l'on ouvrit à la demande de M. de Belzunce en 1762, & qui
fert aux cantons des Sarrazins , de PIflet, P'Acul de PIlet, , Ia Grande-Plaine >
le Fond-Ferrier , le Fond d'Enfer, le Boucan-Carré , le Petit-Fond, & à celui
des" Crochus qui eft entre ce dernier chemin & celui du Penfez-y-bien, de
manière que le penchant Sud du morne eft du Mirebalais, > & le penchant Nord
de la Croix des Bouquets.
Au mois de Novembre 1770, année du dernier tremblement de terre, les
Adminiftrateurs chargèrent M. Sorrel, ingénieur, d'examiner lequel des
trois chemins du Mirebalais au Port-au-Prince devait avoir la préférence.
A fa prière, M. le Chevalier de Navailles, alors major commandant 7 fit
affembler les notables habitans, &c il futréfolu unanimement qu'il fallait donner la
préférence an chemin du Fond-au-Diable. En conféquence , plufieurs chaffeurs
ouvrirent des balifages 7 àl l'aide defquels M. Sorrel fit facilement un tracé de cC,
chemin, auquel cent nègres de corvée travaillèrent pendant plus d'un mois.
Ce tracé fait 8c pratiqué, MM. de Vallière & de Montarcher donnèrent
des ordres en 1772, pour que cet ouvrage fut perfectionné, &c les paroiffes
du Mirebalais & de la Croix des Bouquets y firent travailler.
Ce chemin eft le plus fréquenté aujourdhui & celui qui aboutit le plus
directement au bourg du Mirebalais. C'eft par là que la plus grande partic
Tome 11.
H h
rent pendant plus d'un mois.
Ce tracé fait 8c pratiqué, MM. de Vallière & de Montarcher donnèrent
des ordres en 1772, pour que cet ouvrage fut perfectionné, &c les paroiffes
du Mirebalais & de la Croix des Bouquets y firent travailler.
Ce chemin eft le plus fréquenté aujourdhui & celui qui aboutit le plus
directement au bourg du Mirebalais. C'eft par là que la plus grande partic
Tome 11.
H h --- Page 256 ---
242 DESCRIP rIo N DE LA PARTIE
des Efpagnols paffent avec leurs convois d'animaux. Du bourg on vient au
canton de Trianon, d'où l'on gagne le Fond-au-Diable, , pour arriver à l'entréc
de la plaine dans la paroiffe de la Croix des Bouquets. Il y a enfuite fept
lieues à parcourir en plaine pour aller au Port-au-Prince.
On dit que le nom de Fond-au-Diable vient de ce que le point qui le porte
eft abfolument privé d'eau &c de ce que, même en y creufant à 80 pieds de
profondeur, , on n'en trouve pas une goutte. Le voyageur n'en eft cependant pas
privé graces au foin du propriétaire d'un petit cabaret placé dans cette vallée,
qui va la chercher aflez loin de là.
La communication du Mirebalais avec le Cap fe fubdivife auffi. L'on peut
aller de lun à l'autre en gagnant le Haut de P'Artibonite ; foit par les Verrettes
d'oû lon fe rend auffi à Saint-Marc, foit par le bourg de la Petite-Rivière,
d'oû l'on eft maitre de prendre dans la même paroiffe la route de la Coupe-àP'Inde ou celle du Petit-Fond pour aller à l'Atalaye 1
le
Saint-Raphadl 1
Dondon & le Cap; ou bien on peut, du bourg de la Petite-Rivière, gagner le
pont de l'Efter & les Gonaives, d'ou l'on arrive au Cap par Plaifance. Enfin
on va encore du Mirebalais au Cap par Hinche * Saint-Raphacl &c le Dondon..
La communication du Mirebalais avec la Partie Efpagnole eft pareillement
fubdivifée. L'unc des routes eft le chemin royal ouvert en 1762. Il coupe la
frontièrc à la pyramide No, 193 2 paffe au bourg des Caobes, poffcflion
efpagnole la plus voifine du Mirebalais, & peut mener à tous les points de
la Partic Efpagnole ; il conduit par Hinche à Saint-Rapliacl &c au Dondon.
Unautre chemin traverfant les montagnes de la frontière par celle de Jaiti, conduit plus dircctement à Hinche & fe trouve à main droite par rapport au cours de
l'Artibonite; mais c'eft maintenant une entreprife hardie que de franchir là, cette
frontière montueufe remplie de précipices, où nul fentier n'eft pour ainfi
dire vifible; où des filex détachés des rochers par les tremblemens de
terre
couvrent de grands intervalles 1 & où il faut errer péniblement & même avec
des dangers réels pour la vie pendant une demi-journée entière avant de fortir
de ces abymes, où l'on croit cent fois avoir trouvé fon tombeau.
Un troifème chemin, encore plus éloigné de P'Artibonite, paffe par l'Acul
du Saut. Il eft formé du lit même de la rivière du Fond-Ferrier, &
qu Saut, il faut gravir par des efpèces de trous faits dans le roc parvenu avec le
piquois.
er péniblement & même avec
des dangers réels pour la vie pendant une demi-journée entière avant de fortir
de ces abymes, où l'on croit cent fois avoir trouvé fon tombeau.
Un troifème chemin, encore plus éloigné de P'Artibonite, paffe par l'Acul
du Saut. Il eft formé du lit même de la rivière du Fond-Ferrier, &
qu Saut, il faut gravir par des efpèces de trous faits dans le roc parvenu avec le
piquois. --- Page 257 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE 243
Enfin on peut encore compter un chemin pallant plus Nord que les précédens,
par la Petite montagne ; mais des chalfeurs déterminés peuvent feuls concevoir
la penfée de s'y hafarder.
Jc reviens fur le chemin du Fond-au-Diable. Il eft ouvert dans un morne de
roc vif ou roches à ravets, qui a occalionné les travaux les plus pénibles &c
les plus difpendieux. Il en refte peu à faire pour le perfectionner, & cette
partie eft précifément ce qui le rend fi mauvais, que quelquefois la communication avec le Port-au-Prince eft interrompuc.
On eft même fondé à penfer que ce chemin pourrait être rendu propre à
la voiture, lorfqu'on fait qu'en 1784, M. le marquis d'Elpainville y a mené
une chaife à deux places qu'il avait achetée au Port-au-Prince & où il s'était
mis avec M. Oudot. On affure que d'autres eflais ont également réuffi,
Cette facilité, fi elle fe réalifait, donnerait le moyen de cultiver en cannes des
terres que l'indigo a appauvries, & dans tous les cas elle ferait d'un avantage inealculable en fauvant la néceflité des tranfports à dos d'animaux. Il réfulte de cette
néceffité qu'on vit plus chèrement au Mirebalais qu'en aucun autre lieu de Ia
Colonie, parce qu'il eft bien difficile que malgré toutes les précautions il
n'arrive pas quelque accident. Tantôt c'eft un mulet qui tombe dans la falaife
& dont la perte ajoute à celle de fa charge: tantôt c'eft un convoi de farine
dont la pluie fait de la pâte dans les facs. Le vin qu'il faut voiturer dans de
petits quartaux ou dans des dame-jeannes 7 arrive rarement i fa deltination.
Qu'on ajoute à cela l'infidélité des voituriers, la dépenfe du détournement
continuel de nègres & de mulets pour le moindre objet, &c l'on fe fera l'idée
de la fituation d'un habitant peu fortuné du Mirebalais.
C'eft le Port-au-Prince qui eft le débouché ordinaire du Mirebalais, mais
pendant la guerre il faut envoyer les denrées jufqu'au Cap pour en trouver le
débit.
On fe plaint au Mirebalais de ce que la paroiffe eft trop étendue. L'on
voudrait qu'il) y eût quelques chapelles fuccurfales dans les points éloignés,
mais tout au moins une pour les cantons qui fe trouvent du côté Septentrional
de la rivière de l'Artibonite. On parviendroit par ce moyen fimple à empècher
la perte de beaucoup de perfonnes & furtout de nègres qui fe noyent dans
çette rivière durant la faifon des pluies 7 en voulant fe rendre au bourg.
Le 8 Août 1749, lcs Adminiftrateurs agréèrent la propofition de Mi
H h 2
,
mais tout au moins une pour les cantons qui fe trouvent du côté Septentrional
de la rivière de l'Artibonite. On parviendroit par ce moyen fimple à empècher
la perte de beaucoup de perfonnes & furtout de nègres qui fe noyent dans
çette rivière durant la faifon des pluies 7 en voulant fe rendre au bourg.
Le 8 Août 1749, lcs Adminiftrateurs agréèrent la propofition de Mi
H h 2 --- Page 258 ---
244 DESCRIPTIO N DE LA PAR' TIE
Milcent, de mettre un bac fur l'Artibonite au Mirebalais. Le tarif était
s pour
oute perfonne libre du Quartier, allant à pied, d'un demi-cfealin &c du double
fi clle était à cheval ; un efcalin pour l'étranger au
Quartier 1 allant à pied,
& un cfcalin & demi pour lui & fa monture. Le privilège du bac & d'un cabaret
étaient donnés pourdouze ans à la charge d'abandonner après, en faveur du public,
le bac 2 fes acceffires 8c le terrain acquis pour le placer. L'entreprife fut
abandonnéc. En 1738 un particulier a fait les mêmes offres 3 mais il demandait un privilège pour 20 ans. On lui a fait une réponfe inintelligible pour
moi.
Précifément à la Roche & près de Ia limite du Mirebalais & de la PetiteRivière, mais fur le territoire du premier & fur le bord de PArtibonite, à
droite, eft le fite d'une fource thermale que fa réputation avait déterminé
Larnage à faire analyfer par M. Poupée Defportes, médecin du roi au Cap:
Celui-ci s'y rendit le 23 Décembre 1737. Il trouva dans une ravine clcarpée
cette fource qui fortait de plufieurs fiffures d'un rocher; les eaux avaient une
chaleur douce; on s'y baignait avec plaifir 3 & loin de s'y affaiblir, on en
fortoit à regret.
M. Defportes, à qui prefque tous les moyens d'analyfe & d'obfervations.
manquaient, dit ( Tom. 3 de fes Maladies de
Saint-Domingue - pag. 311 ),
cette eau minérale contenait un foufre volatil qui faifait fa
que
principale vertu.
Elle n'altérait pas les vaifleaux d'argent & exhalait. le matin une
plus ou moius abondante, felon la fraicheur de lair;, & dont l'odeur vapeur
hépathique varioit auffi ainfi que Ia chaleur. Elle n'avait nul goût défagréable, &c
des. feuilles de plantain &c des ceufs fraisy demeuraient Iong-tems fans altération.
Les animaux & fur tout les boeufs & les chevaux recherchaient cette eau
avec emprellement &c attendaient même, s'il le fallait, leur tour pour en
boire. Quelquefois l'eau donnait à jeun. , des naufées & des vomiflemens; ; elle
purgeait aufli quelquefois, mais le plus communément elle pouffait par les
urines. Les bains produifaient des démangeaifons & même des éruptions confidérables, Cette eau convenait pour toutes les affections' des nerfs & les
maladies cutanées qui n'avaient rien de vénérien, mais elle était nuifible
aux obliruétions invétérées & aux tumeurs fquirreufes.
Les diflicultés du Jocal changèrent le deffein qu'avait eu M. de Larnage,
de faire un établiffement que fon humanité défirait,
urines. Les bains produifaient des démangeaifons & même des éruptions confidérables, Cette eau convenait pour toutes les affections' des nerfs & les
maladies cutanées qui n'avaient rien de vénérien, mais elle était nuifible
aux obliruétions invétérées & aux tumeurs fquirreufes.
Les diflicultés du Jocal changèrent le deffein qu'avait eu M. de Larnage,
de faire un établiffement que fon humanité défirait, --- Page 259 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 245
Suivant une réponfe de M. l'abbé Sibourd, vicaire du Mirebalais, à M.
Arthaud, médecin du roi au Cap, qui l'avait interrogé fur cettc fource, &c
datée du 28 Novembre 1787, ces eaux minérales , très-fréquentées en
1750 & 1751, à caufe de leurs fuccès dans les maladies cutanées, ont
difparu par l'effet du tremblement de terre du 16 Oétobre 1751 (8c non
pas 1752, comme dit M. l'abbé Sibourd). Reproduites en 1760, elles ont
encore tari en 1770, par la même raifon, &la ravine efcarpée d'oà elles
fortaient s'étant fendue, elle a été remplacée par une magnifique grotte
où il dit que l'on n'apu pénétrer 9. parce que d'innombrables chauve-fouris
y éteignent les flambeaux qu'on y porte
J'ajoute que la grotte eft à environ cent toifes de la fource, connue fous
le nom de fource à Carteau &c dans la même direction. Son entrée a IOO
pieds de largeur. Dans fon intérieur, 7 qui a environ 70 pieds de hauteur,
l'on en parcourt 300 pour arriver à un point où l'on trouve une pierre
d'environ trois pieds cubes, pofée comme fi elle avait dû fervir d'autel &c
paraiffant taillée de main d'homme. Il y a une pente affez rapide depuis
l'entrée jufqu'au fond, où font différentes ouvertures dont quelques-unes
offrent un paffage très-facile. Des perfonnes ont pénétré dans la plus large
avec des flambeaux, mais après avoir fait environ I5O pieds 1 toujours en
defcendant, les chauve-fouris ayant éteint ces lumières, on eut Pidée de
jetter en avant & avec force une pierre qui, après avoir, roulé quelques
inftans, > tomba avec bruit dans un lieu où il paraiffait y avoir de l'eau,
ce qui détermina à renoncer à des recherches ultérieures.
La fource a coulé encore en 1777Ce n'eft pas le feul endroit du Mirebalais qui ait des- eaux. thermales,
& le nom de ravine Chaude, donné par nous à celle qui traverfe la ligne
frontière entre la Pyramide No, 194 & celle No. 195, ne lui vient que de
ce qu'elle en contient. Les Efpagnols qui habitaient tout le long de l'Artibonite, comme, l'atteftaient n'aguères encore 2 trois croix mifes par eux
fur le morne 1 que par cette raifon l'on appele morne du Calvaire, placé
à environ une lieue & demie du bourg de la Petite-Rivière allant au Mirebalais, 3 & au Sud du morne à Tobie 1 nommaient cette ravine Chaude >
(*) V. Mémoires du Cercle des Philadelphes ; tom. ler,, pag. 16.
l'Artibonite, comme, l'atteftaient n'aguères encore 2 trois croix mifes par eux
fur le morne 1 que par cette raifon l'on appele morne du Calvaire, placé
à environ une lieue & demie du bourg de la Petite-Rivière allant au Mirebalais, 3 & au Sud du morne à Tobie 1 nommaient cette ravine Chaude >
(*) V. Mémoires du Cercle des Philadelphes ; tom. ler,, pag. 16. --- Page 260 ---
246 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Ja ravine Puante Manantial bediondo), à caufe de la fétidité de
fon eau, 7
qui eft fans doute hépatique.
On compte de l'églife du Mirebalais;
A celle de Hinche, s
7lieues. A celle de l'Arcahaye,
18 liece
de Banique, 9
I2
de Saint-Marc, ,
de la Croix-de-Bouguets. 12
des Verrettes $
du Port-au-Prince.
de la Petite-Rivière,
L'on a vu que M. de Belzunce regardait le Mirebalais comme le point
capital de la défenfe de la Colonie. M. d'Eftaing 1 qui lui fuccéda, en
avait pris la même opinion. Elle était fondée, felon lui, fur la facilité de
garder fes gorges, fur la bonté de fes pâturages, 2 le nombre prodigieux de fes
bètes à cornes, la fertilité de fon terroir, les grains qu'il peut fournir 7
Ia multiplicité des rivières qui l'arrofent, dont quelques-unes peuvent, avec
le fecours de l'art, être employées pour arrêter l'ennemi; toutes ces confidérations l'avaient porté à voir dans le Mirebalais > un lieu propre à
être le dépôt des magafins publics,
Les féchereffes qui femblent aller toujours en croiffant à Saint-Domingue;
la préférence donnée par les habitans aux cultures fur les hattes & qui
a amené la deftruction des forêts qui appelaient les pluies ou qui confervaient
leur effet fur le fol ; la fréquence des incendies > pendant la faifon
féche, 1 dans
les points où les animaux vont paitre & qui, en détruifant leur nourriture,
donnent encore à la terre une compacité - 3 d'où réfulte fa ftérilité ; un examen plus approfondi, qui a démontré que le fol n'était pas toujours tel
qu'on le jugerait à l'extérieur, comme on s'en eft convaincu à la Coupe
à Mardi-Gras, où les vivres du pays trouvent feuls un terrain convenable ; tout cela veut, fans doute, qu'on foit plus réfervé dans l'énumération des
avantages du Mirebalais; mais fa pofition lui refte. Enveloppé de montagnes
& environné de défilés, il peut fervir de dernière reffource, & Phomme
de génie en ferait un champ de gloire,
erait à l'extérieur, comme on s'en eft convaincu à la Coupe
à Mardi-Gras, où les vivres du pays trouvent feuls un terrain convenable ; tout cela veut, fans doute, qu'on foit plus réfervé dans l'énumération des
avantages du Mirebalais; mais fa pofition lui refte. Enveloppé de montagnes
& environné de défilés, il peut fervir de dernière reffource, & Phomme
de génie en ferait un champ de gloire, --- Page 261 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 247
S
eeee
QUARTIER DU PORT.A U.P R I N C E,
X X X I.
PAROISSE DE L'ARCAHAYE.
Pour ceux de mes LeCteurs qui aiment à fuivre les progrès de la Colonie &
à en remarquer les caufes * l'Arcahaye eft une des paroifles les plus curieufes a
connaitre.
On était déjà arrivé en 1675 2 fans que perfonne eût encore fongé à
FArcahaye, elle qui formait fous les Caciques 9 la province de Cabaya, dépendante du royaume de Xaragua ; lorfque M. de la Pivoterie, obtint de
d'Ogeron , le 17 Mars, la conceffion d'un lieu 6 place pour faire un corail,
Atué aux Vafes > borné d'un côté par la pointe à Paturon, 1 de l'autre par la
getite rivière de PArcabaye (devenue celle des Matheux) , E5 de la mer 8
des montagnes; c'eft-à-dire, ce qui forme aujourd'hui à PArcahaye la plaine
des Vafes. Le corail eut lieu &c certes les pourceaux pouvaient vaguer
dans un aflez grand efpace.
Neuf ans après on comptait un rang de fept habitations le long de la mer 1
depuis la rivière des Matheux jufqu'à la ravine à Cornets, & l'on commençait à y cultiver du tabac.
Le 20 Novembre 1684, M. de Cufly accorda à M. Simon de la Buf
fière la conceffion des favanes de PArcahaye, Hfes au deffus des places des
particuliers babitans de la dite Arcabaye ; cesfavanes bornées, par le bas , des dites'
babitations ; fur le baut, des mornes 8 montagnes ; d'un côté, la rivière des
Cornets, 3 d'autre côté la rivière des Matbeux. Ainfi, à cette époque 9 le canton des Vafes n'avait encore qu'un feul propriétaire, &c celui de l'Arcahaye,
proprement dite, que huit. La hatte la Bufière avec 6 nègres &x 500 animaux de différentes efpèces, fut vendue 26,000 livres comptant, le 18:
Novembre 1716.
Ces faibles commencemene furent cependant remarqués en 1685, puif --- Page 262 ---
243 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
que l'édit du mois d'Août, qui créa un confeil fouverain &
chauffées dans Ia Colonie ,dit que celle de Léogane
quatre fénéde P'Arcahaye. comprendra les établiffemens
Alors le Boucaflin, autre canton plane de
habitans avec d'immenfes
T'Arcahaye, eut aufli quelques
domaines, & en - 1688, l'Arcahaye &c le
furent comptés comme l'une des dépendances du Cul-de-Sac.
mois d'Août, qui créa un confeil fouverain &
chauffées dans Ia Colonie ,dit que celle de Léogane
quatre fénéde P'Arcahaye. comprendra les établiffemens
Alors le Boucaflin, autre canton plane de
habitans avec d'immenfes
T'Arcahaye, eut aufli quelques
domaines, & en - 1688, l'Arcahaye &c le
furent comptés comme l'une des dépendances du Cul-de-Sac. Boucaffin
M: Boyer, écrivain principal de Ia marine 8c confeiller
verain du Petit-Goave,
M. au confeil fouque
Ducaffe 1 gouverneur de la Colonie, avait
envoyé dans la Partie Efpagnole pour réclamer quelques
mois de Mai 1693 & qui en revint le mois fuivant, lui prifonniers, au
que les Efpagnols avaient le deffein
ayant donné l'avis
fit marcher de
d'attaquer P'Arcahaye 3 M. Ducalls.y
Léogane un détachement 7 qui, après avoir refté
jours en embufcade 1 fortit pour éclairer le pays. II trouva à 6 lieues plufieurs
les Verrettes, un petit camp de 63 baraques, que les Efpagnols vers
d'abandonner, parce. qu'ils avaient fu qu'ils étaient attendus. venaient
Encore en 1695, P'Arcahaye était le dernier terme dur
l'on peut dire que jufqu'en 1722, elle ne jouiffait d'aucune Cul-de-Sac, &c
fit
eftime. On en
cependant une paroilfe dont Forigine doit remonter jufqu'au
du
commencement
fiècle', puifqu'on y trouve un regiftre de 1704. A partir de 1723, P'Arcahaye attira les regards de plufieurs
On y donna des conceffions s fans même s'embaraffer de celles de particuliers. de 1684. En 1730, on y comptait3 ou 4,000 animaux dans les
1675 &
cotonniers. hattes &
Mais ce fut avec le fecours de l'arrofement
acquit une véritable exiftence. que P'Arcahaye
En 1733 $ les habitans du bord de la côte, au canton du Boucaflin,
la penfée d'employer en arrofement l'eau de la rivière du même
eurent
les feules habitations du premier
avaient dans
nom, Comme
étage
,
la paroiffe de
des conceffions pour culture, & que celles du fecond étage n'étaient T'Arcahaye,
des hattes, les Adminiftrateurs de cette époque accordèrent l'eau
que
caflin aux premières & exclârent formellement les
du Boufecondes de fon
pour arrofer. Cette détermination ayant porté les hattiers à abandonner ufage
terrains, Larnage & Maillart les firent paffer à de nouveaux
leurs
qui, quand M. Lalande, hydraulicien
cité
concellionnaires,
bonite, reft la diftribution
déjà
pour les travaux de PArti. de l'eau, en furent encore "exclus. Enfin, le
--- Page 263 ---
FRANÇAIS E D E SAIN T-D OMIN GUE. 249
25 Novembre 1749, il y a eu une ordonnance des Adminiftrateurs, qui
a prefcrit une révifion des travaux de M.
nouveaux
leurs
qui, quand M. Lalande, hydraulicien
cité
concellionnaires,
bonite, reft la diftribution
déjà
pour les travaux de PArti. de l'eau, en furent encore "exclus. Enfin, le
--- Page 263 ---
FRANÇAIS E D E SAIN T-D OMIN GUE. 249
25 Novembre 1749, il y a eu une ordonnance des Adminiftrateurs, qui
a prefcrit une révifion des travaux de M. la Lande 1 & les droits de chacun
ont été déterminés. Au mois de Mars 1735, M. Lafontaine Mirot alla faigner la rive droite
de la rivière de l"'Arcahaye, & en conduifit l'eau fur fon habitation, qui
était au bord de la mer. Dans la même année * MM. Lozes, Maré & Nodet,
profitant en partic du canal de M. Lafontaine s menèrent auffi l'eau fur leurs
poffeffions. Ces exemples excitèrent toute P'Arcahaye & les terres y acquirent une valeur
confidérable, comparativement au paffé, &c qu'elles devaient à l'eau feule. Le 14 Juin 1740, dix habitans & le curé ayant expofé aux Adminiftrateurs. que la diftribution de Peau de la rivière de l'Arcahaye était déjà
la fource de difcuflions, ils ordonnèrent que M. la Lande ferait un plan
général de cette diftribution, & quatre autres habitans obtinrent d'y être
compris. Au - mois de Juillet M. la Lande opéra & foumit auffitôt fon
travail aux habitans, qui Papprouvèrent. Il en réfulta : Io, que dans les
hauteurs de la rivière, aux bornes de MM. Maré & Robert & à la pointe d'un
ilet,. on mettrait une digue dans le lit de la rivière pour renvoyer l'eau
dans deux canaux oppofés, deftinés à fournir l'eau à 4 habitations d'un
côté & à 14 de l'autre ; 20, que de plus de 827,686 pouces cubes d'eau
par minute , que M. la Lande trouva dans la rivière & faifant un peu plus
de 60 muids, les intérefTés en donnaient 91,346 pouces cubes ou près de
7 muids à l'habitation que M. de Larnage, alors gouverneur-genéral de la
Colonie, avait achetée à l'Arcahaye, le 7 Janvier 1739, de M. Maré >
(& qui, quoique vendue par lui, le 26 Avril 1741, àM. Claude Poy
porte encore le nom de la Générale, comme une efpèce d'hommage) ; &c
3°. que les intéreffés nommaient M. Poy , l'un d'eux , pour leur fyndic. Les
Adminiftrateurs ayant donné leur fanction à ce projet, les intéreffés fignèrent ,
dle 24, un marché avec M. la Lande pour fon accompliffement. Ils s'engagèrent. àl lui fournir tout ablolument &x à lui payer 17,000 livres, dont un tiers le même
jour, un fecond tiers àl la moitié du travail & le troifième à la fin. Pour plus d'exaétitude encore, M. la Lande fit un devis eftimatif que les intéreffés adoptèrent
également & que les Adminiftrateurs ratifièrent le 29 Juillet, ainfi que le
earché du 24. Tom.
Lande pour fon accompliffement. Ils s'engagèrent. àl lui fournir tout ablolument &x à lui payer 17,000 livres, dont un tiers le même
jour, un fecond tiers àl la moitié du travail & le troifième à la fin. Pour plus d'exaétitude encore, M. la Lande fit un devis eftimatif que les intéreffés adoptèrent
également & que les Adminiftrateurs ratifièrent le 29 Juillet, ainfi que le
earché du 24. Tom. II. Il --- Page 264 ---
25o
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Les travaux furent achevés au mois de Mars 1742, & agréés
Adminiftrateurs au mois de Mai. M. la Lande donna alors
par Ies
montrait que fes débourfés excédaient de
un tableau qui
1768 livres, la
marché lui accordait. Trois feuls, d'entre les
fomme que le
lui allouer; mais les Adminiftrateurs
habitans 7 refufaient de les
les y condamnèrent le 26 Février
1743Au moment où M. la Lande commençait le: jaugeage de la
l'Arcahaye, les repréfentans de M. de la Buffière, concellionnaire rivière de
de
formèrent, au tribunal des
1684,
Adminiftrateurs, une demande pour être colloqués à la diftribution des eaux de l'Arcahaye & une inftance
le terrain de cette concelffion., ou au moins
pour ravoir
quatre habitations de cent
reaux chacune 7 à leur choix, & 100,000 liv. de.
carpremier objet ils furent renvoyés à M.. la Lande dédommagement. Sur le
traverfant leur hatte, il ne leur fallait
qui dit. : que la rivière
point d'eau; & fur le
un
jugement du 15 Juin 1741 (confirmé depuis par le Confeil des fecond,
le 26 Juillet 1771), réduifit toutes leurs prétentions de
Dépêches
en carré, conformément aux ordonnances.
1684 à 1,800 pas
Alors ils demandèrent, le 24 Janvier 1742, à être autorifés à
le terrain de leur hatte en culture, à tirer pour l'arrofer
mettre
de la rivière de l'Arcahaye & un
une portion d'eau
didommagement pour la fervitude
canaux paffant fur leur terrain. Un nouveau
des
rejetta leurs demandes & leur
jugement du 14 Avril 1746,
enjoignit d'avoir des. animaux fur leur
à peine de réunion.
hatte. $
La rivière des Matheux, qui fépare les Vafes &
l'émulation des habitans, &c ils l'avaient fait
l'Arcahaye, avait excité
jauger par M. la
d'abord le
1I
Lande,
Juillet 1740, époque où elle donnait déjà de l'eau à
hattes
le Mars
15 habitations & à 6
1 puis 23
1742; mais la divifion s'étant pareillement
entr'eux 3 ils s'adrelèrent aufli le 15 Février 1749 aux
glillée
mandant une diftribution
Adminiftrateurs, en derégulière, que ceux-ci chargèrent M. la Lande de
faire aux 17 intéreffés.
Il trouva dans la rivière 116,480 pouces cubes d'cau
donnait une ouverture de 3 pieds onze
par féconde, ce qui
pouces en carré, au lieu d'une de 2
3.pouces feulement, trouvée en 1742; mais M. la Lande fut d'avis pieds
comptât que fur celle-ci, parce qu'il attribuait la plus
qu'on ne
a l'effet des pluies,
grande quantité d'eau.
ire aux 17 intéreffés.
Il trouva dans la rivière 116,480 pouces cubes d'cau
donnait une ouverture de 3 pieds onze
par féconde, ce qui
pouces en carré, au lieu d'une de 2
3.pouces feulement, trouvée en 1742; mais M. la Lande fut d'avis pieds
comptât que fur celle-ci, parce qu'il attribuait la plus
qu'on ne
a l'effet des pluies,
grande quantité d'eau. --- Page 265 ---
FRAN NÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE,
Les héritiers Poy vinrent fubféquemment demander à être colloqués à Ia
diftribution de l'eau des Matheux pour 54 carreaux ; un jugement des Adminiftrateurs du 3 Avril 1764 les avait repouffés, mais fur leur appel un arrêt
du Confeil des Dépèches, du 4 Février 1779, leur a accordé cette faculté,
à la charge de contribuer aux dépenfes.
La rivière des Bretelles eut le fort des autres. Dès le 5 Avril 1736, far
la réclamation de trois habitans du cariton du Boucaflin 9 les Adminiftrateurs
ordonnèrent qu'un quatrième 2 fur le terrain duquel paffait cette rivière , ferait
avec eux un canal, 1 à frais communs 9 pour en prendre l'eau. Puis des réclamations portèrent les Adminiftrateurs à prefcrire, le 24 Janvier 1744; une
nouvelle difribution par M, la Lande entre ceux qui pourraient avoir droit
à cette rivière.
A peine les eaux furent-elles mifes en ufage 1 que la paroiffe de PArcahaye
eut un tout autre afpect. En 1739 on y voyait 34 indigoteries, environ 4,000
animaux, 3 & déjà 600 cafiers annonçaient des vues ultérieures. En 1751 le
nombre des indigoteries était de 170; 6 fucreries y roulaient en brut & une
en blanc ; on avait des cafiers, quelques cacaoyers 1 8,000 cotonniers & plus
de 5,000 animaux. L'année fuivante comptait 186 indigoteries , les cafiers
étaient au nombre de 6,360, & les cotonniers de 12,000. En 1765 on avait
18 fucreries, & en 1775 40 fucreries 3 dont 2 en blanc, 33
indigoteries $
2,000 cacaoyers, 240,000 cotonniers, 4.716,500 cafiers & 5,600 animaux,
En 1783 Ia paroiffe contenait 40 fucreries qui donnèrent plus de 12 millions
de fucre brut, & le même nombre d'indigoteries qu'en 1775 ; en 1787, 45
fucreries dont 12 en blanc , 44 indigoteries, 23 cotonneries, 57 cafeteries 3 12
guildiveries, 1 21 fours à chaux, 4 poteries & I1,500 animaux. Aujourd'hui
ily a à l'Arcahaye 48 fucreries. 9 dont 38 ne font que du fucre bruit & dont
II ont des moulins à eau, 49 indigoteries, 25 cotonneries, 68 cafetcries, e
15 guildiveries 1 25 fours à chaux, 6 poteries & quelques hattes 1 que le
voifinage des mornes préferve des effets extrêmes de la féchereffe.
La population a parcouru, auffi rapidement, une échelle progreflive croiffante."
Elle était en 1730 de 164 blancs, 34 affranchis & 1,202 efclaves ; en
1739, de 233 blancs, 81 affranchis & 2,503 efclaves; en 1752 de 250 blancs
269 affranchis & 5,063 efclaves; en 1775 de 524 blancs, 254 affranchis & *
10300 efclaves; en 1787, de 518 blancs , 496 affranchis & 15.364 efclaves,
Iiz
était en 1730 de 164 blancs, 34 affranchis & 1,202 efclaves ; en
1739, de 233 blancs, 81 affranchis & 2,503 efclaves; en 1752 de 250 blancs
269 affranchis & 5,063 efclaves; en 1775 de 524 blancs, 254 affranchis & *
10300 efclaves; en 1787, de 518 blancs , 496 affranchis & 15.364 efclaves,
Iiz --- Page 266 ---
252 DESCRIPTION DE LA PAKTIE
& maintenant elle eft de 702 blancs,
Quant à la
574 affranchis & 17,241 efclaves.
milice, en 1718 celle de toute la paroiffe de
comprife dans une compagnie de blancs;
l'Arcahaye était
&
en 1730 elle était de 77 blancs
191 affranchis; en 1741 de 94 blancs &
blancs &
36 affranchis; en 1752, de 151
54 affranchis ; en 1764 de 140 blancs & de 90
de 158 blancs en deux compagnies, de
affranchis; en 1783 A
& de
122 mulâtres en deux
52 nègres en une compagnie ; à préfent, elle eft compofée de compagnies *
divifés en 3 compagnies de dragons & une de fufiliers, &
200 blancs
partagés en 3 compagnics de
en 190 affranchis.
dragons mulâtres & une de fufiliers
La côte, courant après qu'on a doublé la Pointe
nègres.
du Ouefi-Nord.Ouef à l'Ef-Sud-Eft
Saint-Marc, à peu près
jufques vers les
le
rivage de la paroiffe de l'Arcahaye fe trouve préfenter à Sources-puantes,
Oueft. Cette
peu près au Sud-Sud.
paroiffe a donc 2 pour ainfi dire, fa longueur de l'Eft à l'Oueft
& fa profondeur du Nord au Sud.
s
Ses limites font : au Nord-Oueft, la paroiffe de
des. Verrettes ; au Nord-Eft, la paroiffe du Saint-Marc; au Nord, celle
la Croix
Mirebalais ; à FEf, celle de
des Bouquets; 3 au Sud & à POueft, la mer. Sa
être
évaluée à environ 9 lieues, depuis la fource de la
longueur peut
les trois habitations des
Caye Carnière 1 qui arrofe
Bois-Blancs, jufqu'au pont du Mont-Roui, & fa
largeur a la m oitié de cette étendue.
L'Arcahaye fe fubdivife en plaine & en montagnes.
La plaine qui eft placée en amphithéâtre le long de la mer, à environ
lieues de l'Orient à P'Occident, depuis la rivière des
cinq'
des Sources. Sa plus grande largeur, du
Bretellesjufqu'an canton
Septentrion au Midi , n'a guères
qu'environ 3,000 toifes, 2 & cette largeur fe réduit vers fon milieu à environ.
1,200 toifes. Il n'y a donc jamais plus de trois habitations de hauteur
cette plaine 1 à partir du rivage.
dans:
Elle eft compofée felon quelques-uns, de'deux feuls
Boucaffin.
cantons,les Vafes & le
D'autres, en partageant chacun de ces cantons en deux , en
comptent quatre , qui, en venant de Saint-Marc, font : les
le Boucaflin & les Bretelles.
Vafes, T'Arcahaye,
Le canton des Vafes commence aux Sources & fe termine à la rivière des
Vafes, plus connue fous le nom de rivière des Matheux.
Le canton de
Matheux
l"'Arcahaye 1 proprement dit, commence à la rivière des
& va jufqu'à la ravine des Corncts,
ces cantons en deux , en
comptent quatre , qui, en venant de Saint-Marc, font : les
le Boucaflin & les Bretelles.
Vafes, T'Arcahaye,
Le canton des Vafes commence aux Sources & fe termine à la rivière des
Vafes, plus connue fous le nom de rivière des Matheux.
Le canton de
Matheux
l"'Arcahaye 1 proprement dit, commence à la rivière des
& va jufqu'à la ravine des Corncts, --- Page 267 ---
FRANÇAISE DE SAINT-) D OMING UE. 253
Le canton du Boucaflin, dont quelques perfonnes prétendent , mais mal à
propos, que le nom primitif était,le Boucan-Sain. - s'étend depuis la ravine à
Cornets ou à Vignier jufqu'à la fource des Bois-Blancs.
Et celui des Bretelles, depuis la fource des Bois-Blancsjufqu'au Petit-Fond,
dit les Orangers.
Les quatre rivières des Matheux 7 de l'Arcahaye, 7 du Boucaffin &x des
Bretelles, qui traverfent la plaine du Nord au Sud &x qui n'ont guères qu'un
cours d'environ IO lieues, font très-comfidérables durant les pluies, & même
;mpraticables pendant des grains qui les convertiffent en torrens $ mais elles
diminuent fi fort dans la faifon féche, qu'elles fuffifent à peine alors à l'entretien de quelques vivres de terre.
Outre ces quatre rivières, la plaine a encore huit ravines, par lefquelles
le chemin royal de Saint-Marc au Port-au-Prince eft coupé, Ainfi, lorfqu'on vient de la première de ces deux villes, on trouve ; 1o, la rivière
des Matheux; 20: fur l'habitation Jacques Poy, la ravine du Diable 7 ou
de la Charrue-au-Diable, qui a de 18 à 20 pieds de profondeur ; 3°. la
rivière de l'Arcahaye entre Thabitation Poy & celle Imbert ; 4°, la ravine
de l'habitation Imbert, qui a de IO à 12 pieds de profondeur; 5°. la ravine à Robert > qui a de 18 à 20 pieds de profondeur 8c qui eft fur
Phabitation de ce nom ; 60, la ravine aux Sables, , qui a environ 25 pieds
de profondeur 9 & qui eft fur l'habitation Thomas ; 7°, la ravine à Vignier
ou de Jean-Dumas, appelée autrefois la ravine à Cornets > placée fur Phabitation Vignier & qui a 32 pieds de profondeur & à peine la pente qu'il
faut à fes eaux pour s'écouler à la mer avec laquelle fon fond eft prefque
de niveau ; 80, la ravine: de l'habitation PÉvèque, qui a 6 à 7 pieds de
profondeur ; 9°, la ravine de Phabitation Dumont, y qui a 22 à 23 pieds:
de profondeur & des faults ou cataractes, qui font craindre que les éboulemens fucceffifs de ces faults, placés inférieurement au chemin, dont ils'
fe rapprochent continuellement, ne faffent trouver, au lieu de route 1 un
précipice de cent pieds de profondeur; 1Q9. la ravine PÉtang, fur Phabitation-Maré, qui a, dans le point où le grand chemin la traverfe , 18
pieds de profondeur & deux faults, de' 25 pieds de hauteur chacun , au deflous
du chemin ; 110, la rivière du Boucaffin; 120, & enfin, la rivière des
ils'
fe rapprochent continuellement, ne faffent trouver, au lieu de route 1 un
précipice de cent pieds de profondeur; 1Q9. la ravine PÉtang, fur Phabitation-Maré, qui a, dans le point où le grand chemin la traverfe , 18
pieds de profondeur & deux faults, de' 25 pieds de hauteur chacun , au deflous
du chemin ; 110, la rivière du Boucaffin; 120, & enfin, la rivière des --- Page 268 ---
c54 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Bretelles. Les 8 ravines acquièrent pendant les
pluies 9 une rapidité qui les
rend infniment dangereufes.
On traverfe en outre dans la plaine de l'Arcahaye, environ 80 canaux
d'arrofage, fur lefquels on vient de jetter des ponts.
C'eft dans cette plaine 1 dont le fol eft très-léger & formé d'une efpèce
vle marne, réfultat de parties calcaires
très-décompofees 9 que font les 48
fucreries de la paroiffe, 1 & dont quelques unes n'oat que 40 & même 20
carreaux d'étendue. Le refte de la plaine produit de l'indigo & du coton.
Elle eft, peut-être, la plus étonnante de la Colonie 1 pour fon rapport
en fucre; car il n'eft pas fans exemple qu'un carreau de terre y ait produit 20 milliers de fucre brut; mais affez communément 1 il en donne de
JO à 15 milliers 1 & l'on pourrait adopter pour taux moyen 8 milliers de
fucre blanc. Le fucre y eft très-beau & très-eftimé, & fur l'habitation
Garefché Durocher 1 au Boucaflin 1 fept batteries rempliffent la barrique
de fucre brut. La température eft f propice à cette plante, que dans beaueoup d'habitations on roule de grandes cannes à onze &c douze mois 7 &c
des rejettons à dix & onze mois. Que de raifons pour fouhaiter qu'on
procure la canne à fucre d'Otahiti, déjà connue aux Ifles du Vent, à ce
fol fi fécond, & qu'elle couvrirait encore de nouvelles richeffes ! On replante
après les feconds rejettons > & même eft-il plus utile de le faire après les
premiers.
Les perfonnes qui ne féparent la plaine qu'en canton des Vafes & en
canton du Boucaflin, agitent quelquefois la queflion de favoir, laquelle eft
préférable à l'autre ; mais ce doute, qui ne porte que fur leur plus ou
moins grande fécondité, eft l'éloge des deux. Il femble cependant, qu'ily
a plus de parties falineufes au Boucaflin qu'aux Vafes
Les parties les plus élevées de Ia plaine, font utiles à cette dernière,
par le bois &x la pierre qu'elles lui fourniffent.
Les mornets qui bordent immédiatement la plaine font en général mauvais, > arides & peu fufceptibles de culture. Quelques habitans y élèvent des
animaux, ou y récoltent un peu de coton 1 des vivres de terre ou des légumes
médiocres.
Les montagnes élcvées font, dans leur face tournée vers la mer 9 de la
élevées de Ia plaine, font utiles à cette dernière,
par le bois &x la pierre qu'elles lui fourniffent.
Les mornets qui bordent immédiatement la plaine font en général mauvais, > arides & peu fufceptibles de culture. Quelques habitans y élèvent des
animaux, ou y récoltent un peu de coton 1 des vivres de terre ou des légumes
médiocres.
Les montagnes élcvées font, dans leur face tournée vers la mer 9 de la --- Page 269 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE.
même nature que ces mornets. On pourrait dire, que jamais bordure plus
fombre n'a été donnée à un tableau plus gai. Dans l'autre face, les montagnes font, au contraire , fraiches &c fertiles 1 comme le prouvent de
magnifiques cafeteries & notamment celles des deux cantons fi célèbres des
Matheux & du Fond-Baptifte. Comme le premier de ces deux endroits eft
plus chaud que l'autre, la maturité. du café y arrive plutôt & la récolte
y eft terminée avant Ies pluies. Leur récolte commune eft entre 3 &c -4
millions de livres de café.
Ces cantons 1 que fépare celui du Balaou, 3 font, avec la Colline du MontRoui, qui eft plus près de la mer > partie des mornes du Mont-Roui &c
n'ont été concédés que vers. 1743 & 1744. C'eft dans les montagnes des
Matheux que font Tes fources de la rivière. des Matheux & de celle de
l'Arcahaye. Dans la même partie montagneufe fe trouvent le canton des
Délices, ceux de la. Nouvelle-Saintonge T de la Nouvelle-Gafcogne, de lar
Nouvelle-Rochelle &cc.
C'eft des Matheux, du Fond-Baptifte, des hauteurs des Verrettes &c de
la Colline du Mont-Roui, qu'on projete,. comme je l'ai indiqué ailleurs,
de faire la paroifle de Vaivre.
Le refte des mornes offre encore d'autres cantons, tels que partie de la
montagne Terrible, la montagne Noire, le Moka., le Fond-Blanc 1 le Fondu
de-Gondole 8c.
La paroiffe de I'Arcahaye a un bourg de fon nom fur le bord de la mer, ,
près de la rive gauche de la rivière de l'Arcahaye. Il eft compofé de 70
maifons toutes couvertes d'effentes & dont quelques-unes font jolies & ont
des galeries. Le grand chemin parcourt ce bourg dans fa plus grande étendue.
Je le trouve marqué fur d'anciens plans. à la rive droite de la rivière, 3
ce qui me fait fuppofer que celle-ci aura eu l'extrémité de fon cours changé,
On y trouve une grande place-d'armes où l'on voit encore une partie des
ormes qui la bordaient.
L'églife eft au fond de cette place, faifant face à la mer &c à l'embarcadère du bourg. Cette. églife, mife fous l'invocation de Saint-Pierre, qui
a toujours été le patron de la paroifle, a été bâtie en 1748. Elle eft de
maçonnerie & fa charpente eft fort belle. Le tremblement de terre de 1751*
lui ayant caufé quelques dégradations, Ics habitans firent une dépenfc ÇOH
ient.
L'églife eft au fond de cette place, faifant face à la mer &c à l'embarcadère du bourg. Cette. églife, mife fous l'invocation de Saint-Pierre, qui
a toujours été le patron de la paroifle, a été bâtie en 1748. Elle eft de
maçonnerie & fa charpente eft fort belle. Le tremblement de terre de 1751*
lui ayant caufé quelques dégradations, Ics habitans firent une dépenfc ÇOH --- Page 270 ---
256 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fidérable pour l'étayer par des contreforts de maçonnerie placés de diftance
en diftance 1 & qui ont beaucoup fervi à la préferver des effets funeftes de
celui de 1770, qui l'a néanmoins aflez
endommagée 1 pour que des ré.
parations, terminées en 1782, aient coûté 80 mille francs. Un mauvais
tableau, placé au deffus de l'autel en retable 2 repréfente le prince des
Apôtres quittant la pêche pour aller à Jéfus-Chrift. C'eft dans cette églife
qu'a été enterré 1 le 31 Janvier 1769, le père Trémolet,
& préfet de la miflion des Dominicains,
vicaire - général
mort la veille dans la paroiffe.
Le bourg eft très-peuplé par beaucoup de marchands
de
> de pêcheurs &c
navigateurs. Il eft colloqué à la diftribution de l'eau de la rivière de
l'Arcahaye, pour une portion qui fuffit d'autant mieux à tous fes befoins,
qu'il eft voifin de la rivière. Un détachement de maréchauffée,
de celle du Port-au-Prince & compofe d'un
dépendant
exempt, un brigadier & quatre
archers > y veillent à la police. Dès 1741, P'Arcahaye avait hommes de
maréchauffée.
Un immenfe avantage de la paroiffe de l'Arcahaye & furtout de Ia
c'eft la facilité du débouché de fes denrées par le
plaine *
de fa côte.
Port-au-Prince, au moyen
Cette côte commence à l'embouchure de la rivière du Mont-Roui,
une lieue & demie de laquelle on trouve l'anfe de la
3 à environ
le Trou-Sardine, le Trou-Forban & le
Soufrière, en paffant
Trou-Raquette. A 1,800 toifes de la
Soufrière, en fuivant la côte dans PEf, & après avoir paflé la Pointe à
Pature ou à Paturon, l'anfe des Bois-Verts & la pointe des
Sources, commence la côte du canton des Vafes.
C'eft à environ une lieue & demie au Sud du morne de la Soufrière,
remar.
quable par fa hauteur, & vers la partie de côte qui eft entre l'anfe des Bois.
Verts & la pointe des Bois-Verts, que font les trois ilets appelés Arcadins
féparés les uns des autres, à une diftance inégale, fur une direétion à 1
près Nord & Sud. Ils portent à 1,000 &c à 1,5oo toifes au large des haut- peu
fonds fur lefquels il y a 5 & 6 brafles d'eau, & entre eux & la côte de l'ile
iln'y a nulle part moins de dix brafTes avec fond de fable vafeux vers celle-ci,
& fond de caye vers les Arcadins. M. de Puyfégur marque la latitude de
P"Arcadin le plus Nord à 18 degrés 47 minutes 35 fecondes, & fa longitude
à 75 degrés, 3 minutes, 33 fecondes.
De
fonds fur lefquels il y a 5 & 6 brafles d'eau, & entre eux & la côte de l'ile
iln'y a nulle part moins de dix brafTes avec fond de fable vafeux vers celle-ci,
& fond de caye vers les Arcadins. M. de Puyfégur marque la latitude de
P"Arcadin le plus Nord à 18 degrés 47 minutes 35 fecondes, & fa longitude
à 75 degrés, 3 minutes, 33 fecondes.
De --- Page 271 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 257
De la pointe des Sources jufqu'à lanfe des Bretelles, ce qui forme un
intervalle d'environ trois lieues &c demie , le rivage eft en partie de fable blanc
& par conféquent abordable à volonté, & en partie de mangles. Ony a pratiqué
des embarcadères dans les points les plus commodes pour les habitations
voifines.
Il y a, de plus 9 mouillage aux Vafes ; à l'Arcahaye 1 en face du bourg
que précède la pointe de l'Arcahaye; dans l'anfe du Boucaflin, dont la pointe
du Boucaflin forme une extrémité; ; & à environ 250 toifes à l'Oueft de
l'embouchure de la rivière des Bretelles. Ces mouillages font à un peu plus
d'un quart de lieue de la côte & expofés au gros tems de PEf, du Sud & de
l'Oueft, & l'on ne peut guères s'y croire en fureté que depuis Novembre
jufqu'en Avril, quoiqu'il arrive très-fouvent qu'on y foit encore bien depuis
la mi-Juin jufques vers le 20 d'Août.
Il y a une lieue &c demie depuis l'anfe des Bretelles jufqu'aux Sourcespuantes, qui font un peu an delà de la limite de la paroiffe de l'Arcahaye 9
& par conféquent fur la paroiffe de la Croix des Bouquets ; dans cet efpace
la côte eft bien moins abordable que dans celui qui le précède.
Des barques ou acons &c les chaloupes des navires viennent du Port-auPrince aux embarcadères apporter des approvifionnemens & prendre les denrées.
La brife d'Oueft qui fouffe depuis midi jufqu'à huit heures du foir, eft pous
eux un vent favorable en regagnant le Port-au-Prince. Les bâtimens qui
doivent y recevoir une partie de leur chargement, font promptement cette
opération, parce que les barriques de fucre font mifes à bord des embarcations en-les roulant fur de fimples rances.
La nature des chemins de la paroiffe de l'Arcahaye contribue auffi à la
facilité des charrois. Celui qui traverfe fa plaine dans toute fa longueur, eft
le plus fréquenté par cela même, &c encore parce qu'il eft le grand chemin
du Cap au Port-au-Prince.
Ce chemin où j'ai conduit le LeCteur jufqu'au pont du Mont-Roui 2 part
de ce pont & trouve bientôt les cannes de l'habitation la Toifon la Boule, où
l'on remarque l'effet heureux de l'arrofement 1 puifque les cierges épineux &
les acacias contraftent d'un côté du chemin avec le vert tendre & doux de
ces cannes 1 qui en bordent P'autre côté.
Arrivé à environ mille toifes de l'embouchure de la rivière du Mont-Roui, a
Tome II.
K k
-Roui 2 part
de ce pont & trouve bientôt les cannes de l'habitation la Toifon la Boule, où
l'on remarque l'effet heureux de l'arrofement 1 puifque les cierges épineux &
les acacias contraftent d'un côté du chemin avec le vert tendre & doux de
ces cannes 1 qui en bordent P'autre côté.
Arrivé à environ mille toifes de l'embouchure de la rivière du Mont-Roui, a
Tome II.
K k --- Page 272 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
1 chemin commence à border la côte jufques vers la pointe de la
Soufrière, S
c'eft à dire fur une diftance d'environ deux lieues en ligne droite. Daus les
guorres de 1744 &c de 1756, le courrier ne parcourait cct efpace qu'avec une
efcorte , & les habitans qui voyagcaient fans précaution étaient fouvent détrouf.
fés par les corfaires ennemis 1 qni fe tenaient au Trou-Forban ou à la Soufrière.
M. Lully Froméncourt qui poffédait dans cêtte dernière partie une indigoterie, fut même obligé de la quitter dans la première de ces deux guerres.
L'on n'a fans doute pas oublié qu'encore en 1725, il n'y avait aucun
ehemin praticable en voiture de Saint-Marc à l'Arcahaye. Depuis on en
avait fait un qui cenduifait jufqu'àla rivière du Mont-Roui, mais l'obftacle
fubfiftait encore de ce point jufqu'à la Soufrière, lorfque le 12 Janvier 1746
M. Lully Fromancourt, habitant aux Vafes, que je viens de nommer 7
offrit d'en faire un dans cet intervalle pour 20,000 livres, qui lui feraient
compteés un an après la perfection de l'ouvrage &c la publication de la paix,
&c à condition qu'on lui fournirait 400 livres de poudre pour les mines &
qu'on lui accorderait en outre, pour lui, fa femme & fes enfans, l'exemption
de tous droits & de toutes corvées. Les Adminiftrateurs ordonnèrent le 16,
que les 20,000liv: feraient acquittées parlesl habitans de l'Artibonite, des Vafes
&c du Cul-de-Sac, d'après une impofition que recevrait un fyndic; ils accordèrent la poudre & les exemptions demandées.
M. Lully Fromancourt travailla au chemin ; mais le 20 Mai 1750, il
remontra aux Adminiftrateurs que fon entreprife le ruinait, & Ieur demanda
de faire faire la vifite du chemin. Ceux-ci renvoyèrent aux lieutenans de
roi de PArtibonite & du Port-au.Prince: , pour nommer des examinateurs
qui, le 4 Septembre & le IO Oétobre, atteftèrent que le travail fe montait
à 37,478 livres, noi compris les foins de M. Lully &c fes pertes. En
conféquence on fit une nouvelle impofition de 20,000 en fa faveur; à Ia
charge de réparer quelques défedtuofités & d'une vifite définitive par les
mêmes experts. Ceux-ci reconnurent tous 3 le 27 Mars & le 4 Avril 1751,
que M. Lully Fromancourt s'était fidellement acquitté de fes engagemens.
C'eft ce qui compofe la portion de chemin dont j'ai parlé, depuis le
du Mont-Roui jufqu'à la Soufrière, &c qu'il faut regarder
pont
l'un des importans fervices rendus
&
encore, comme
par Larnage Maillart.
De la Soufrière le chemin quitte le rivage, mais fans devenir plus agréable ;
le 27 Mars & le 4 Avril 1751,
que M. Lully Fromancourt s'était fidellement acquitté de fes engagemens.
C'eft ce qui compofe la portion de chemin dont j'ai parlé, depuis le
du Mont-Roui jufqu'à la Soufrière, &c qu'il faut regarder
pont
l'un des importans fervices rendus
&
encore, comme
par Larnage Maillart.
De la Soufrière le chemin quitte le rivage, mais fans devenir plus agréable ; --- Page 273 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 259
& du pont du Mont-Roui , jufqu'au point où il entre dans la plaine des
Vafes, il monte &c defcend fans ceffe, traverfant toujours les pingouins,
les acacias, les raquettes 1 les cierges épineux 1 le tuf & les cailloux:
Rien ne repofe l'oeil, rien ne récrée la penfée ; toujours la même aridité,
foit dans le fol où l'on palle 1 foit fur les grofles montagnes qui le bordent
& dont il faut gravir des pointes qui fe prolongent quelquefois vers la mer.
Dans tout ce long intervalle, nulle trace d'habitation, que les deux barrières
de la hatte Carrier.
La portion de ce fite qui eft maritime, n'eft guères plus animée. On trouve
l'anfe du Figuier, qu'un arbre de ce nom & de la plus grande efpèce fait
appeler ainfi, & où de petits canots annoncent que la pêche attire quelquefois des hommes. Plus loin eft le Trou-Raquette, qui fert d'embarcadère à
la hatte Canivet, & où des caboteurs viennent
mouiller 3 pour recevoir les
cafés qu'on recueille dans l'enfoncement de cette ligne & ceux d'une partie
des habitations du canton du Fond-Baptifte, Il y a cependant des direétions
du chemin d'oà l'on apperçoit la pointe orientale de la Gonave & on les
compte comme autant de jouiffances.
Enfin, l'on defcend un petit morne calcaire du canton des Sources, où
eft la hatte la Roque & où le chemin fe bifurque. Une branche va fur la
droite chercher obliquement le bourg de l'Arcahaye 1 & l'autre coupe la
plaine prefqu'en deux parties égales dans le fens de fa longueur.
Ce dernier chemin eft celui que j'ai en quelque forte décrit, en parlant
des rivières & des ravines qui le coupent. Il eft
rejoint 9 entre la ravine
Vignier & celle PEvèque 2 par l'autre branche 3 qui repart du bourg de
l'Arcahaye pour fe diriger vers le Port-au-Prince &c qui eft la route des
courriers des poftes du Cap & du Port-au-Prince, paffant deux fois par femaine
au bourg de l'Arcahaye.
On traverfe le canton du Boucaffin où l'on trouve, fa rivière dont la
fource eft au pied de la hatte Noailles ; une réunion de cafes & de
fours à chaux ; puis ce qu'on nomme le bourg du Boucafin
pofé de quelques magafins ou cafes, dont l'une eft une cfpèce de 1 bureau comde pofte où on laifle les lettres pour ce canton. Ce bourg eft à environ
une demi-lieue de la mer & entre les deux rivières du Boucaflin &
Bretelles, dont des canaux de diftribution font même paffer les
des
eaux des
Kk 2
ailles ; une réunion de cafes & de
fours à chaux ; puis ce qu'on nomme le bourg du Boucafin
pofé de quelques magafins ou cafes, dont l'une eft une cfpèce de 1 bureau comde pofte où on laifle les lettres pour ce canton. Ce bourg eft à environ
une demi-lieue de la mer & entre les deux rivières du Boucaflin &
Bretelles, dont des canaux de diftribution font même paffer les
des
eaux des
Kk 2 --- Page 274 ---
260 DESCRIPTIO N DE L de A PARTIE
deux côtés du chemin. On va gagner enfuite la rivière des
le lit eft à fec dans les tems ordinaires,
Bretelles, dont
de toutes les rivières de
parce que fon eau * comme celle
l'Arcahaye 1 coule dans les canaux d'arrofement.
Cette rivière 1 que le chemin fait paffer à environ une demi-lieue de celle du
Boucaflin , traverfe, à la gauche de çe chemin, deux fucreries
découvre pas de la route.
qu'on ne
Après le canton des Bretelles, on entre dans celui des
depuis l'indigoterie Duclos 3 qui eft au Boucaflin
Bois-Blancs, &c
la gauche du chemin &
1 jufqu'à un grifon pofé à
qui y marque la limite commune de la
de l'Arcahaye & de ceile de la
paroifle
Criz.des.Bouquets, le chemin parcourt
intervalle d'environ deux licues, dans un fol dont l'aridité femble
un
à mefure qu'on avance. Il y a cependant des parties cultivées dans augmenter
pace, mais elle ne font pas vifibles du chemin,
cet ef
Lc gouvernement a le projet de faire mettre dans la plaine de P'Arcahaye, fur les ravines dont j'ai parlé, des ponts dont l'utilité eft évidente
pour un grand chemin de communication entre les Parties du Nord & de
l'Oueft, On. aurait même déjà fait commencer celui qui doit être fur
ravine à Vignier, fi l'on avait trouvé un
la
entrepreneur ; &c M. Vignier du
Retail, commandant de la paroiffe de l'Arcahaye, a offert volontairement
d'y contribuer de 15,000 livres.
Les chemins particuliers par lefquels les différens cantons de la
communiquent entr'eux & même avec les hauts de Saint-Marc paroiffe
rettes &c le
3 les VerMirebalais, ne font rien moins que beaux.
La température de l'Arcahaye eft en général féche pendant fix mois
comme celle de tous les points qui font dans l'Oueft de la chaîne fron- ;
tière. Les pluies y commencent à la fin d'Avril ou dans les
jours de Mai, & finiffent vers la mi-O@tobre.
premiors
La brife du large eft de POueft, & celle de terre du Nord-Eft.
Le tremblement de terre de 1751, y lézarda les bâtimens & dans celui
du 3 Juin 1770, le folage en maçonnerie de la fucrerie & de la
de l'habitation
purgerie
Chaftulé, au canton des Vafes 3 difparut.
Le 30 Mai 1786, vers quatre heures & demie de l'après-midi, il tombs
au Boucaffin, pendant une demi-heure, de la gréle dont les grains les
petits étaient comme une balle de piftolet & les
plus
plus gros comme un ceuf
dans celui
du 3 Juin 1770, le folage en maçonnerie de la fucrerie & de la
de l'habitation
purgerie
Chaftulé, au canton des Vafes 3 difparut.
Le 30 Mai 1786, vers quatre heures & demie de l'après-midi, il tombs
au Boucaffin, pendant une demi-heure, de la gréle dont les grains les
petits étaient comme une balle de piftolet & les
plus
plus gros comme un ceuf --- Page 275 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE, 26r
de pigeon. Cette grèle ne fit cependant d'autres dommages que de caffer
quelques tuiles. Le IF, Mai 1787, à deux heures & un quart après midi,
le thermomètre de Réaumur étant à 15 degrés, on a éprouvé au - canton
du Fond-Baptifle, 1 un coup de vent violent accompagné de pluie & d'une
grèle auffi groffe que celle de 1786. Les cafiers furent prodigicufement endommagés & femblaient avoir reçu des coups de fufils à balle ; ceux qui étaient
jeunes &c même déjà parvenus à deux ans, furent détruits, ainfi que les vivres du
pays. Les efentes furent caffées & des glacis dégradés. La grèle & l'avalaffe ayant duré 25 minutes, il y avait plus de deux pouces de grèle fur
la terre &t il s'y était formé des. glaçons d'un pied. Le coup de vent du
16 Avril 1788, a aufli caufé de grands ravages dans les cafiers.
La féchereffe de la température ferait 7 dans la plaine de l'Arcahaye s
nn obftacle invincible pour la culture de la canne à fucre, fans le fecours
de l'arrofement. On ne fe trompe donc pas, en difant 1 que fans l'eau 7
cette plaine qui étonne par fa fécondité ferait affez ftérile pour qu'on n'y
apperçat peut-être pas,"1 le jet d'un feul pourpier. Auffi toutes les idées
font-elles tournées de ce côté, & les habitans de ce lieu de prédilection
répètent-ils fouvent, que le projet de M. le prince de Rohan 1 alors gouverneur-général, de faire tomber dans la rivière des Bretelles celle de Ia
Tumbe, qui fe rend dans l'Artibonite au bourg du Mirebalais, n'eft pas
d'une difficile exécution. En un mot l'eau eft fi précieufe à l'Arcahaye p
que les habitans colloqués à celle de la rivière du Boucifin, ont jugé
important pour eux-mêmes 1 d'acquérir un terrain qui leur en affure la.
poffeffion.
C'eft au canton des Platons 2 que forme une des fubdivifions du canton
du Boucaffin, qu'eft ce terrain, compofé dans l'origine de trois conccfions;
l'une 7 de II2 carreaux, faite en 1738 à MM. Fleureau frères; une $
de 96 carreaux, faite en 1740 à Cazal ; & la troifième 1 de 66 carreaux, en
1743 à M. de Launay Mahé. Cazal étant devenu acquéreur des deux autres
titres, les héritiers de fa veuve ont vendu la totalité des 274 carreaux,
le 21 Janvier 1768, à M. Maignan 1 fyndic des intéreffés à l'eau de la
rivière du Boucaffin, pour 40 mille livres.
Les motifs de cette acquifition ont été: que ce terrain pouvait palfer à des
propriétaires qui auraient demandé une portion d'cau ; que la plaine étant
é. Cazal étant devenu acquéreur des deux autres
titres, les héritiers de fa veuve ont vendu la totalité des 274 carreaux,
le 21 Janvier 1768, à M. Maignan 1 fyndic des intéreffés à l'eau de la
rivière du Boucaffin, pour 40 mille livres.
Les motifs de cette acquifition ont été: que ce terrain pouvait palfer à des
propriétaires qui auraient demandé une portion d'cau ; que la plaine étant --- Page 276 ---
262 DESCRIPTIO N DE LA PAR IT E
dépourvue de bois, au point qu'on n'y a point de cafes à
tans du Boucaflin en trouvaient là ainfi
de
bagaffes, les habile manque de favanes
que la pierre; & enfin, que
ou leur infuflifance, à caufe de
de la plaine pour les cannes, ferait moins fenti,
l'emploi précieux
terrain l'auraient converti
lorfque les acquéreurs de ce
en une commune où chacun ferait paitre fes
Précifément à caufe de tant
animaux.
d'avantages, un particulier
reur du roi du Port-au-Prince ce local comme
dénonça au procu.
officier
inoccupé, & le 13 Mars
cet
public en demanda la réunion ; puis le dénonciateur
pourfuites. Alors M. le maréchal de Duras follicita
fufpendit fes
Duras la conceflion des
en faveur du comte de
Platons, ce qui réveilla le premier
quel un jugement du tribunal Terrier, du
pourfuivant, auhonte d'avoir fpéculé fans
12 Mars 1785, n'a laiflé que la
fruit fur un objet que fa deftination rend
de la protection des loix coloniales,
digne
conferver des manufaétures,
parce qu'elles doivent tout faire pour
fi précieufes pour la fortune
La difiribution des eaux de la rivière du Boucaflin donne publique.
earreau ; celle de
I ligne carrée + par
l'Arcahaye I ligne #; celle des Matheux 2
Il
des gardiens de toutes ces eaux
lignes. y a
, commiflionnés par les Adminiftrateurs &c
payés par la mafle des intéreflés à l'eau; ils veillent
fur cette matière & les principes de la diftribution pour que les réglemens
foient exaétement
ce qui exige, plus qu'on ne penferait, d'intelligence, de
obfervés,
& d'adtivité.
fermeté, d'honnêteté
A I'Arcahaye on arrofe par tranchées. On mefure un carré de
trois pieds &x demi, valeur d'un
&
cent pas de
carreau 3 on met autour de cet
une
petite levée de terre. Enfuite de trois en trois
efpace
fait une autre divifion de
pas ( dix pieds & demi ) on
petites levées, parallèles à la pente du terrain
toute la longueur du carreau; puis de dix-huit
& de
coupe à angle droit cettte longueur de dix pouces en dix-huit pouces on
pieds & demi de
une
petite levée. Le terrain ainfi difpofé, l'eau eft conduite du large, par
chée qui eft en tête dn terrain qu'on veut
canal dans la trandivifions de la hauteur. Elle
arrofer, & lâchée dans l'une des
demi fur
nappe dans le premier carré long de IO
&
18 pouces, puis on lui fait un petit paffage dans la levée du pieds
carré long inférieur au premier, où elle
encore
fecond
&c., & ainfi
nappe
: puis dans le troifième 3
jufqu'au dernier d'en bas : avec cette attention
petite ouverture pratiquée
que chaque
pour mener l'eau d'un carré long fupérieur à un
arrofer, & lâchée dans l'une des
demi fur
nappe dans le premier carré long de IO
&
18 pouces, puis on lui fait un petit paffage dans la levée du pieds
carré long inférieur au premier, où elle
encore
fecond
&c., & ainfi
nappe
: puis dans le troifième 3
jufqu'au dernier d'en bas : avec cette attention
petite ouverture pratiquée
que chaque
pour mener l'eau d'un carré long fupérieur à un --- Page 277 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D OMINGUE.
sarré long inférieur, foit oppofée à celle quila précéde ; c'eft-à-dire que fi l'une
eft dans le coin à droite 3 l'autre foit dans le coin à
gauche 9 & alternativement,
Ce foin a pour objet de faire napper l'eau plus lentement, afin que la terre
s'en pénètre mieux &c de lui faire perdre de fa vitelle, , qui augmentant des
ouvertures en ligne droite, 3 entrainerait la terre du fol vers le bas du carreau. par
Un arrofeur placé tout à fait au-deffous, avertit quand l'eau y eft fuffifamment arrivée; alors celui d'en haut ferme avec un peu de terre le point de la
tranchée fupérieure qui a fourni l'eau à ce premier rang du carreau, &c en
ouvre un vis-à-vis le fecond rang, où l'on recommence ce que j'ai dit; de là
on paffe au troifième, &c., julqu'à ce que tout le carreau foit arrofé. Il eft
aifé de concevoir comment l'opération fc répète pour tous les autres carreaux
arrofables.
Lorfque le terrain a trop peu de pente &c qu'on craint que les parties fupérieures, que toute l'eau traverfe, ne foient trop arroféesa vant que l'eau n'ait
gagné le bas, au lieu de cent pas de hauteur, on en met moins.
On remarque que les cannes arrofées après qu'il a plu, ont davantage
d'herbes, ce qui provient de ce que les eaux débordées entraînent & charient
les graines qu'elles trouvent dans leurs cours.
Les maladies de P'Arcahaye font de la nature de celles de Ia Partie de
lOueft, dépendantes d'une conftitution fèche. Les maladies éruptives font
affez dangereufes 1 & en 1764 la petite vérole y fit périr beaucoup de nègres. y
La paroifle de l'Arcahaye a peu de gibier &c de poiffon. MM. Séguineau,
propriétaires d'une magnifique cafeterie au
Fond-Baptifte, 9 dans un point appelé
à caufe d'eux, la Nouvelle-Rochelle, avaient fait venir de leur lieu natal des
efcargots ou limaçons. Ces animaux ont pullulé & fe répandent avec. une telle
profufion à plufieurs lieues à la ronde 3 qu'ils attaquent les cafiers. Il a donc
fallu s'occuper d'en diminuér le nombre. MM. Séguineau payent même à
leurs propres nègres une petite rétribution pour une certaine mefure d'efcargots, &c leur donnent encore du fel pour les aflaifonner.
Dans l'habitation Foucault, près la rivière du Boucallin, eft un jafmin de
l'efpèce vulgairement nommée Tafmin d'E/pagne, touffu & vigoureux,
couvre derrière la maifon principale un treillis, où il procure à la fois une qui
ombre agréeble & un parfum délicieux. Ce jafmin eft un véritable Polyandrie
Digynie, Sa corolle monopétale ne diffère en rien de celle du jafmin
commun-que
'habitation Foucault, près la rivière du Boucallin, eft un jafmin de
l'efpèce vulgairement nommée Tafmin d'E/pagne, touffu & vigoureux,
couvre derrière la maifon principale un treillis, où il procure à la fois une qui
ombre agréeble & un parfum délicieux. Ce jafmin eft un véritable Polyandrie
Digynie, Sa corolle monopétale ne diffère en rien de celle du jafmin
commun-que --- Page 278 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
par un plus vafte neétaire, dans lequel fe replient une foule d'étamines dont les
anthères ne s'élèvent pas tous à la hauteur des piftils, parce qu'ils font
réellement comprimés. Cette énorme addition de partics fexuelles n'épuife
pas cet arbufle, extrèmement curieux, 1 puifque tous lcs jafmins connus appartiennent à la Diandrie Digynie.
Les mines de fer font abondantes à P'Arcahaye. Ce métal s'offre partout
dans les monitagnes, où les eaux font mêmes martiales. Il y en a aufli
de cuivre. Le nom que porte la montagne de la Soufrière & qu'elle avait
fous la domination efpagnole, accrédite l'opinion qu'elle contient du foufre.
L'Arcahaye dépend du Port-au-Prince fous tous les rapports.
On compte de fon églife :
A celle de Saint-Marc,
14 lieues.
des Verrettes,
du Mirebalais,
de la Croix-des-Bouquets 9
du Port-au-Prince,
La défenfe de la paroiffe de l'Arcahaye 3 ne confiftait encore en 1764
qu'en trois corps de garde placés au bord de la mer 2 dans les trois Can.
tons des Vafes, de l'Arcahaye & du Boucaflin. Celui de l'Arcahaye était
feul couvert d'un mauvais retranchement. M. de Larnage avait fait placer
celui du Boucaflin fur une pointe avancée vers la mer, entre l'habitation
d'Arbonne & celle des héritiers Maré : mais on abandonna cette
pour lui en préférer une mauvaife à tous égards. Celui des Vafes pofition était a
auffi mal fitué. On mit dans la guerre de 1756, deux petits canons dans
le pofte de l'Arcahaye 3 pour tirer l'allarme.
Cette paroiffe n'a réellement à appréhender 1 que les débarquemens
qu'on voudrait tenter pour anéantir les manufactures de fa riche plaine,
Les vaiffeaux pouvant mouilier hors de la portée du canon, il eft d'une
haute importance de veiller à ces débarquemens, dans les points que les
mangles ne défendent point. L'ennemi, maître de la plaine, ne pourrait
cependant aller plus loin, parce que fes deux extrémités & fon enfoncement font entourés de défilés, où une armée n'oferait fe hafarder.
On a maintenant des batteries à l'embarcadère des Vafes, à l'habitation
Vergès
mouilier hors de la portée du canon, il eft d'une
haute importance de veiller à ces débarquemens, dans les points que les
mangles ne défendent point. L'ennemi, maître de la plaine, ne pourrait
cependant aller plus loin, parce que fes deux extrémités & fon enfoncement font entourés de défilés, où une armée n'oferait fe hafarder.
On a maintenant des batteries à l'embarcadère des Vafes, à l'habitation
Vergès --- Page 279 ---
FRANÇAISE.DE SAINTD O MINGUE 265
Vergès, 1 à l'habitation Comte, au bourg de l'Arcahaye 3 à l'habitation Vignier
du Retail , à celle PEvèque, à celle Bellanger & au Boucaflin. Mais pourquoi
laiffer toujours dépérir, faute de foins durant la paix, les corps-de-garde
conftruits a chaque guerre & qu'on pourrait donner 7 lorfqu'ils font inoccupés, , à la charge de cet entretien ? Pourquoi détruire &c même brûler
des mangles 1 qui font un abri fi sûr contre les tentatives des corfaires
qui trouvent partout un afile 3 qu'au furplus les Arcadins leur offrent toujours?
Pourquoi n'avoir pas. des vigies qui avertiraient le foir de tout cC qui peut
être au large ? Comment enfin, peut-on pouffer aufli loin l'imprévoyance,
quand la poflibilité de détruire eft fi prompte ?
Le tranfport des denrées de l'Arcahaye au Port-au-Prince devient affez
périlleux pendant la guerre 1 pour que le fret de Ia barrique de fucre s'élève
quelquefois à 24 livres.
M. de Saintard, , confeiller au confeil du Port-au-Prince , créol de l'Areahaye &c habitant aux Vales 1 a donné un Effai fur les Colonies & des
Lettres furle Commerce des Neutres, , en tems de guerre. 1 ouvrages eftimés.
Il eft jufte de citer Mde, fon époufe pour le même genre de bienfailance
que celui exercé par M. de Lugé, dont j'ai parlé à l'article de Saint-Marc;
& fans prétendre chercher à rien ravir à celui-ci, la vérité veut qu'on
dife que M4e, Saintard ajoute un prix de plus à fa générofité, par l'affabilité qu'elle lui donne pour compagne,
C S
TROUVANT ici une" difficulté abfolument femblable à celle qui naiffait
pour moi de l'ancienne divifion de l'Artibonite, parce qu'elle ne cadrait
plus avec la divifion actuelle des Quartiers 8 des paroiffes, fur laquelle
eft établi l'ordre de ma Delcription ; je prendrai pour lever celle-ci, le
mème moyen que j'ai adopté pour l'autre. J'entretiendrai donc d'abord
le Leêteur de ce qui a exifté, pour qu'il conçoive avec plus de facilité 1 les
changemens par lefquels les chofes ont été amenées aux clafliications fous
lefquelles elles fe trouvent.
Tome II.
LI
des Quartiers 8 des paroiffes, fur laquelle
eft établi l'ordre de ma Delcription ; je prendrai pour lever celle-ci, le
mème moyen que j'ai adopté pour l'autre. J'entretiendrai donc d'abord
le Leêteur de ce qui a exifté, pour qu'il conçoive avec plus de facilité 1 les
changemens par lefquels les chofes ont été amenées aux clafliications fous
lefquelles elles fe trouvent.
Tome II.
LI --- Page 280 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
DE L'ANCIEN QVARTIER ET DE L'ANCIENNE PAROISSE DU CUL
DE-SAC; ET DELA PLAINE DU MÉME NOM.
10, De Ancien Quartier du Cul-de-Sac.
LES Français qui de la Tortue, vinrent effayer de s'établir au delà
du Cap Saint-Nicolas, appelaient du mot générique de Cul-de-Sac, tout Ce
qui forme le golfe de lOueft ; e'eft-à-dire, l'intervalle compris entre le
Mole; d'une part, & Tiburon de l'autre. Quelquefois ils défignaient plus
particulièrement avec cette expreflion 1 l'étendue qui fe trouvait entre le
Môle & Léogane > où ils s'étaient créé un afile, mais fans toutefois abandonner la première idée; car d'Ogeron difait au miniftre, en 1670, ( Le
<e Petit-Goave, un des principaux Quartiers de notre Cul-de-Sac ".
Enfuite, on n'appela plus du nom de Cul-de.Sac, que ce qui était au
Sud de la pointe de Saint-Marc, & à l'Oueft du Bec-à-Marlouin, dans
la baie des Baradères. Poltéri-urement encore,le Cul-de-Sac ne fut plus
eue le nom d'un Quartier mais cc Quartier comprenait tout ce qui était
placé entre le Quartier de Léogane & celui de l'Artibonite, & fe compofait des paroiffes du Trou-Bordet 3 du Cul-de-Sac 1 de l'Arcahaye & du
Mirebalais. Mais depuis l'établiflement du Port-au-Prince, il n'y a plus de
Quartier du Cul-de-Sac.
20- De la Paroife du Cul-de-Sac.
EN 1687, T'éloignement oà les habitans. qui commençaient à occuper
ce qui devait s'appeler un jour le Quartier du. Cul-de-Sac, fe trouvaient de
la paroiffe de Léogane, les porta à confruire une chapelle, fuccurfale de
Léogane, fur la rive gauche de la rivière, connue aujourd'hui fous le nom
de Grande rivière du Cul-de-Sac(& non fur la rive droite, comme des
cartes l'indiquent), & à environ 2,500 toifes de la mer. En 1689, deux
dominicains y exerçaient les fonctions paftoralcs.
du. Cul-de-Sac, fe trouvaient de
la paroiffe de Léogane, les porta à confruire une chapelle, fuccurfale de
Léogane, fur la rive gauche de la rivière, connue aujourd'hui fous le nom
de Grande rivière du Cul-de-Sac(& non fur la rive droite, comme des
cartes l'indiquent), & à environ 2,500 toifes de la mer. En 1689, deux
dominicains y exerçaient les fonctions paftoralcs. --- Page 281 ---
FRANÇAISE DI E SAIXT-DOMINGUE
Cette chapelle ne tarda pas à être la caufe d'un petit bourg qui fe forma
près d'elle en s'étendant vers la mer, & l'on vit ainfi de faibles cabanes
remplacer Xaragua, capitale de l'un des cinq royaumes entre lefquels SaintDomingue était divifé & qui obéiffait au cacique Béhéchio lors de la dé.
couverte de PIfle.
Le Cul-de-Sac ayant reçu plufieurs des habitans de
Saint-Chriflophe en
1690, Ia chapelle, , dont le deffervant appelé le père François Arnault mou.
rut le 2 Mai 1693, devint une paroiffe dans la même année , fous l'invocation de Nare-Dame-da.Refire ; on bâtit une églife au même
fur un grand terrain que la piété généreufe d'un paroiffien confacra à point 1
cette
deftination & à tous fes acceffoires.
La paroifle du Cul-de-Sac eut pour limites 1 d'un côté, celle de
& de l'autre 9 le point jufqu'auquel le zèle du curé pourrait le Léogane, 9
porter vers
l'Arcahaye 1 & enfuite les limites du Boucaffin, lorfque Ia paroiffe de l'Ar.
cahaye fut créée. Ainfi, depuis cette dernière époque, le nom de Cul-deSac fe trouva réellement appliqué à l'enfoncement que termine à préfent la
ville du Port-au-Prince.
Quelque tems après 1693, les habitans qui étaient dans la partie contigue à la paroifle de Léogane, fe trouvant trop éloignés de l'églife du Culde-Sac leur paroiffe, ils voulurent avoir une chapelle 3 que les foins pieux du
R. P. Paul, miflionnaire > fit bientôt élever au point appelé le Trou-Bordet;
puis le Ier, Août 1710, les Adminiftrateurs créèrent la paroifle du TrouBordet, qu'ils bornèrent vers Léogane par la rivière de la petite Plaine de
Léogane, & vers le Cul-de-Sac 1 par la montagne qui eft aujourd'hui au
Nord de la ville du Port-au-Prince.
La paroifle du Cul-de-Sac fubfiftait encore, 1 ainfi diminuée 1 lorfque le 6
Février 1743, les Adminifrateurs, qui avaient des ordres pour établir le
Port-au-Prince, prefcrivirent aux habitans du Cul-de-Sac, de délibérer fur
les arrangemens néceffaires pour vendre le terrain de leur églife, du pref.
bytère & du bourg , & pour acheter de M. Morel, celui deftiné à bâtir
la ville du Port-au.Prince. Ces habitans
le IO Juin
déclarèrent,
3 qu'ils
acceptaient l'offre de Mde, veuve Damien, de payer le bourg 40,000 livres.
Cependant ils follicitèrent des Adminiftrateurs de fufpendre la tranflation
du bourg au Port-au-Prince. 3 à caufe de la guerre. Mais un débordement
L1 2
du bourg , & pour acheter de M. Morel, celui deftiné à bâtir
la ville du Port-au.Prince. Ces habitans
le IO Juin
déclarèrent,
3 qu'ils
acceptaient l'offre de Mde, veuve Damien, de payer le bourg 40,000 livres.
Cependant ils follicitèrent des Adminiftrateurs de fufpendre la tranflation
du bourg au Port-au-Prince. 3 à caufe de la guerre. Mais un débordement
L1 2 --- Page 282 ---
268 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
confidérable de la Grande-rivière, arrivé le 3 Juin 1749 8c qui avait fait
courir les plus grands dangers au bourg $ porta ceux qui T'habitaient, à
demander, au contraire, qu'on effectuât promptement cette tranilation, &
peu de jours après le marguillier acheta de M. Morel, le Port-au.Prince,
(que l'arpenteur du Colombier avait mefuré le 15 Mars), , pour 40,000 liva
qu'on lui délégua fur Mde, veuve Damien 1 à laquelle la vente définitive
du bourg du Cul-de-Sac, fut paflée le 7 Septembre 1750:
Le 13 Juin 1749, les Adminiftrateurs fupprimèrent les paroifles du TrouBordet & du Cul-de-Sac 1 pour en former la paroiffe du Port-au-Prince,
avec une fuccurfale à la Croix-des.Bouquets. La paroiffe du Port-au-Prince
eut ce qui fe trouvait depuis la rive droite de la rivière du Lamantin , juf
qu'à la rive gauche de la Grande-rivière du Cul-de-Sac ; & la fuccurfale
de la Croix-des.Beuquets le refte 2 depuis la rive droite de cette dernière
rivière
limites de la paroiffe de I'Arcahaye. De ce moment, il
1 jufqu'aux
n'a plus exifté de paroiffe du Cul-de-Sac.
On comptait en 1692, dans le Cul-de-Sac entre Léogane & l'Arcahaye
81 habitans 1 31 volontaires & challeurs; c'eft-à-dire 5 d'hommes étrangers
à la culture , & 31 indigoteries, dont la plus confidérable avait 8 cultivateurs blancs, n'y en ayant pas encore d'autres dans ce point à cetté
époque. En 1713, on y avait 472 blancs, 167 affranchis ou fauvages libres ;
& 9,425 nègres ou fauvages efclaves.
La feule paroiffe du Cul-de-Sac avait en 1723, 3,097 nègres; en 1728,
3,610 des deux fexes, entre 14 & 60 ans $ en 1730, 403 blancs,, II2
affranchis & 5-354 nègres & en 1739, 530 blancs, 62 affranchis & 8,024
nègres.
Les milices comprifes dans tout le Cul-de-Sac, entre Léogane & Saintde 200 hommes;" l'un des fept régimens de milices
Marc, étaient 5 en 1688,
créés dans la Colonie, par l'ordonnance du roi du 29 Avril 1705, reçut
le nom de régiment du Cul-de-Sac ; en 1713, le Cul-de-Sac comptait 6
compagnies de milices, où étaient 417 blancs; & en 1718, 4 compagnies
donnant 339 blancs & 70 affranchis.
La paroiffe feule avait en 1723, 118 miliciens blancs ; en 1730, 3
compagnies formées par 239 blancs & 55 affranchis; en 1739, 266 blancs
& 22 affranchis; & en 1741, elle avait, avec le Trou-Bordet, 4 com*
comptait 6
compagnies de milices, où étaient 417 blancs; & en 1718, 4 compagnies
donnant 339 blancs & 70 affranchis.
La paroiffe feule avait en 1723, 118 miliciens blancs ; en 1730, 3
compagnies formées par 239 blancs & 55 affranchis; en 1739, 266 blancs
& 22 affranchis; & en 1741, elle avait, avec le Trou-Bordet, 4 com* --- Page 283 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU E. 269
pagnies d'infanterie & une de cavalerie 1 donnant 364 blancs 8c 86
af ffranchis.
3°. De la Plaine du Cul-de-Sac.
LA plaine du Cul-de-Sac eft tout l'efpace plane qui s'étend depuis les
Iimites de Ia paroifle de l'Arcahaye jufqu'au bout Nord de la ville du Portau-Prince, & que des montagnes contournent > excepté à l'Oueft, où fe
trouve la mer. Sa plus grande longueur ou fon enfoncement dans le fens,
de POueft à PEf, depuis le rivage jufqu'aux montagnes 1 eft de plus de
huit lieues 1 fur une largeur du Nord au Sud, qui varie depuis deux lieues
& demie jufqu'à quatre lieues.
Le fol de cette plaine eft, prefque généralement, calcaire & d'une efpèce de
marne décompofée ou de tuf marneux faifant eftervelcence avec les acides, 1
& que l'addition de l'eau rend très-végétative. Les terres y ont différentes
nuances, blanches, grifes & noirâtres. Il en eft dont la confiftance a quelque chofe de farineux, mais celles-là font moins fertiles que l'humus. 1 quiy
forme communément une couche d'un pied d'épaiffeur & dont la nature légère
s'améliore encore par le fumier que leur fait la paille de canne à fucre.
A l'extrémité Orientale de cette plaine 1 eft lun des trois étangs 1 également appelé le Petit-Etang, parce que près de là en eft un autre plus
grand, ou Etang-Saumatre 2 parce que fes caux ont ce goût, tandis que celles
du grand font falées &c que celles du troifième font douces, ou enfin, 3 LagunedAzuey, , d'après les Efpagnols.
L'exiftence de ces étangs ou amas d'eau, leur fituation 2 la nature des eaux
des deux principaux, & plus encore peut-être les tremblemens de terre qui
ont défolé plufieurs fois la plaine du Cul-de-Sac, ont fourni la mnatière de
différentes hypothèfes fur la formation de cette plaine.
Si l'on en croit Raynal, elle porte fur la voûte d'un volcan, ou plutôt elle
eft elle-même une partie de la couche fragile & mince qui couvre un abime
de feu. Selon d'autres, elle eft le produit d'une affreufe explofion qui a couvert
ce grand efpace d'une lave que le tems a déjà convertie en une fubftance
productive, en la recouvrant de détrimens de végétaux, tandis qu'il prépare
dans les entrailles de la terre les matériaux d'une nouvelle cataftrophe.
Quelques-uns penfent que la plaine du Cul-de-Sac ne peut être dûe qu'à
T'encombrement d'un canal qui autrefois féparait l'ile en deux, de TES à
reufe explofion qui a couvert
ce grand efpace d'une lave que le tems a déjà convertie en une fubftance
productive, en la recouvrant de détrimens de végétaux, tandis qu'il prépare
dans les entrailles de la terre les matériaux d'une nouvelle cataftrophe.
Quelques-uns penfent que la plaine du Cul-de-Sac ne peut être dûe qu'à
T'encombrement d'un canal qui autrefois féparait l'ile en deux, de TES à --- Page 284 ---
£70 DESCRIPTIO: N DE LA PARTIE
l'Oueft. Les montagnes qu'elle a au Septentrion, doivent, felon eux, leur
folidité à des roches à ravets 3 & celles du Midi , fur tout dans les
à un lit ou banc de marne formé par des
En
épatemens 1
polypiers. convenant que cette
plaine eft toute de rapports formés par des débris de végétaux & de parties de
terres entrainées des mornes, 3 ils difent qu'elle eft plus fableufe
& que c'eft ce qui caufe fa grande perméabilité à l'eau. Ils que terreufe,
obfervent encore
que la plainc a trois pentes, l'une de I'Oueft à PEI, qui eft la plus courte
& qui fe rend dans le Petit-Étang ; l'autre de PEf à T'Oueft, qui eft la plus
longue &c qui aboutit à Ia mer, & enfin une du Sud au Nord; que dans les
terrains les plus bas des pentes, les terres font falineufes après les pluies &
qu'il fe forme à la furface une teinte d'un brun noir, qui en fe defféchant
donne une légère couche de fel très-fin, couche qui difparait avec le tems
fec. Toutes ces circonfiances leur prouvent gue la mer a eu un mouveruent
très-libre dans cet efpace & des courans différens.
Ces données pofées, ils en déduifent que le vent qui prend Ia direétion de
cet ancien canal, y acquiert une violence qui defféche & crevafle le fol; ;
l'air pénètre ces efpaces vides, mais que les pluies venant à les fermer enfuite que
en détrempant les terres, l'air refté captif, de plus en plus comprimé
les caux fouterraines fait pour échapper des efforts plus ou moins
par
moins
puiflans,
plus ou
terribles.
D'autres enchériffent fur ces idées 3 & foutenant que le mouvement des
marées eft encore appercevable dans les étangs, & que la plaine du Cul-de-Sac
& le terrain qui correfpond dans le Sud aux étangs, ont des canaux fouterrains
par lefquels la mer communique des deux côtés de la longue pointe qui va fe
terminer à Tiburon ; ils prétendent que ces canaux, en donnant paffage à l'air
& à l'eau, font les inftrumens à l'aide defquels font produites les grandes
agitations que cette partie de l'ile éprouve.
Quoiqu'il puilfe être de ces divers fyftèmes, fur lefquels j'aurai occafion
de revenir en parlant du Port-au-Prince, il eft certain que tout montre
dans la plaine du Cul-de-Sac les caraétères d'un vrai remblai, qui ne faurait
être extrèmement ancien 3 puifqu'on y difcerne encore des traces du féjour
primitif des eaux de la mer. Mais ce fol s'exhauffe & les dégradations des
montagnes & le limon des eaux employées en arrofement en font des caufes
évidentes.
afion
de revenir en parlant du Port-au-Prince, il eft certain que tout montre
dans la plaine du Cul-de-Sac les caraétères d'un vrai remblai, qui ne faurait
être extrèmement ancien 3 puifqu'on y difcerne encore des traces du féjour
primitif des eaux de la mer. Mais ce fol s'exhauffe & les dégradations des
montagnes & le limon des eaux employées en arrofement en font des caufes
évidentes. --- Page 285 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE. 271
Les premiers français qui vinrent dans la plaine du Cul-de-Sac étaient
des Boucaniers. Quelques-uns y formèrent des hattes. La plus ancienne dont
je puiffe trouver des veitiges, eft celle encore appelée Bonrepos 7. &c
qui contenait environ 1,500 carreaux loriqu'elle fut concédée en 1685 à Yves
Mahé &c à Conftantin Grignon, affociés. D'autres individus fe placèrent plus
au Sud, &c prenant le parti de la culture, ils commencèrent par celle de
l'indigo, > qui fit tomber les premiers lataniers dont de très-grands points de
cette furface étaient couverts. En 1706 on ne voyait encore au Cul-de-Sac
que des indigotiers ou des hattiers. On. était à peine arrivé en 1713 1 qu'ox
fe plaignait de ce que l'indigo avait déjà rendu la terre infertile, & ce fut
par néceffité que vers 1724 on effaya de lui confier la canne a fucre. Un
mémoire de cette époque dit. même qu'on n'avait pas l'efpoir de former plus
de 12 ou I5 fucreries dans la plaine du Cul-de-Sac, dont le fol, d'ailleurs
épuifé par l'indigo 3 n'était pas propre aux cannes.
Mais on touchait alors au momnent à jamais heureux oà un moyen puiffant
devait changer la face & le fort de cette plaine. Ce fut celui de faire fervir
les eaux de plufieurs rivières qui la parcourent, > & parmi lefquelles les trois
principales font la Grande-rivière 9 la rivière Blanche & la rivière Creufe, à la
féconder & à combattre l'effet de longues léchereffes & celui du vent qui
augmentait encore l'aridité. Pour mieux juger de Putile emploi de ces caux,
je le fuivrai fucceffivement par rapport à chaque rivière.
S I. De Parrofement procuré par la Grande-ricière du Cul-de-Sac.
LA Grande-rivière prend fa fource dans la montagne de la Selle, au pied
da piton appelé le pomeau de la Selle, à un point qui fe trouve correfpondre
prefqu'au Sud de la ville du Port-au-Prince, &c à environ 500 toifes dans
PET de la fource de la Grande-rivière de Léogane. Elle parcourt, en décrivant une grande courbe dont la convexité eft tournée vers PERt, un long
efpace dans les mornes, où elle eft très-encaiflée, A environ une demi-lieue audeffus du point où elle atteint la plaine 1 8c après avoir été cachée fous terre,
elle reparaît entre des rochers par une cafcade divifée en trois parties 1 &
elle fe montre dans la plaine au-deffus des habitations Pernier &c Dumée,
qu'elle féparc. De là, elle fe dirige dans la plaine même, a l'Oueft, juf
un long
efpace dans les mornes, où elle eft très-encaiflée, A environ une demi-lieue audeffus du point où elle atteint la plaine 1 8c après avoir été cachée fous terre,
elle reparaît entre des rochers par une cafcade divifée en trois parties 1 &
elle fe montre dans la plaine au-deffus des habitations Pernier &c Dumée,
qu'elle féparc. De là, elle fe dirige dans la plaine même, a l'Oueft, juf --- Page 286 ---
DESCRIPTION N DE L'A PARTIE
qu'à la mer. Durant les pluies, c'eft un torrent impétueux qui furmonte fes
rives &c porte le ravage au loin.
En 1730; M. Jofeph Ricord, , dont j'ai déjà parlé à l'article de la plaine de
T'Artibonite, ouvrit un canal à la Grande-rivière 7 & conduifit l'eau par une
éclufe fous une votte, pour arrofer l'habitation Marin, aujourd'hui Gaufredy,
fituée prefqu'en face du vieux bourg, 1 & à la rive droite de la Grande-rivière.
Cet exemple fut bientôt fuivi, non-feulement par des habitans déjà établis,
mais par d'autres qui demandèrent la conceflion de terrains incultes jufqu'alors
& où l'eau fut conduite.
Les débats pour l'eau ne tardèrent pas à fuivre des commencemens auffi
propices. Au mois d'OCtobre 1741, M. Dumée 7 gendre de M. Dubois , venu
de Saint-Chriftophe & que j'ai nommé ( pag. I17 ), propriétaire par fon beaupère d'environ 700 carreaux de terre au Cul-de-Sac, auxquels lui-mème en *
avait ajouté 256 par des concellions, forma devant les Adminiftrateurs une
demande en indemnité de 3,000 liv. par chaque intéreflé à l'eau tirée de la
Grande rivière à l'écore qui bornait le terrain de feu M. Dubois, attendu le
palfage de leurs canaux. Ces intéreilés nommèrent M. Ogorman, l'un d'eux,
pour leur fyndic, &c le chargèrent de les défendre. Larnage &c Maillart pofant
la fervitude des canaux
la conduite des eaux eft une
en principe que
pour
des conditions que le roi appofe aux conceflions, parce qu'elle a pour objet
l'extenfion de la culture, & obfervant que M. Dubois, loin de s'en plaindre
de fon vivant 1 avait donné comme commandant du Quartier du Cul-de-Sac
des ordres pour les travaux de ces canaux jufques vers 1735, époque de fa
mort
la
de M. Dumée par leur jugement du 22
, repouffèrent prétention
Janvier 1742.
Les. intéreflés, dont le nombre augmentait toujours, avaient des querelles
continuelles, &c plufieurs d'entr'eux défiraient une diftribution générale. Cependant encore en 1754, l'on était réduit à jouir de l'effet d'une digue précédemdans la Grande-rivière, pour mieux affurer
ment autorifée par le gouvernement
d'Avril
la confervation & l'ufage de fes eaux en les élevant ; lorfqu'au mois
déboutèrent MM. de
&c de Santo
de la même année les Adminiftrateurs
Ségur
de leur demande, d'être autorifés à aller prendre l'eau au-deffus de la digue
qu'elle ne pouvait pas leur donner la faculté d'arrofer tout leur terrain.
parce Enfin la divifion que le partage des eaux avait caufée entre les divers
habitans
nement
d'Avril
la confervation & l'ufage de fes eaux en les élevant ; lorfqu'au mois
déboutèrent MM. de
&c de Santo
de la même année les Adminiftrateurs
Ségur
de leur demande, d'être autorifés à aller prendre l'eau au-deffus de la digue
qu'elle ne pouvait pas leur donner la faculté d'arrofer tout leur terrain.
parce Enfin la divifion que le partage des eaux avait caufée entre les divers
habitans --- Page 287 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D OMINGUE. 273
habitans étaient devenucs fi défavantageufe pour tous, que les Adminiftratcurs
les convoquèrent 8c que le 12 Avril 1758 ils manifeftèrent leur vacu pour une
diftribution générale. Dans une autre affemblée qui eut lieu en préfence des
Adminiftrateurs le 22 Mai, l'on nomma des fyndics pour cette diftribution.
M. Langrené, architeête &c arpenteur, fut admis à préfenter un projet, &
M, Duport, 1 arpenteur. 1 pour mefurer. les terrains. Il fut arrêté qu'on mettrait
provifoirement à chaque rive un baflin général de diftribution ; que celui de la
rive droite ferait fubdivifé en trois canaux, & que celui de la rive gauche
n'en aurait qu'un feul ; qu'enfin il y aurait des gardiens de ces canaux qui
feraient nommés par les fyndics.
Ces préliminaires exécutés & les projets définitifs drefTés, les Admniniftrateurs les firent vérifier par l'ingénieur en chef &c, d'après fon rapport s
les intérefTés décidèrent le. 22 Juin, que les prifes d'eau des deux' rives
feraient l'une en face de l'autre ; que le projet de M. Langrené ferait foumis
à MM. de Saint-Romes & Bompar 8c rapporté le 12 Juillet. 2 époque ou,
fur les obfervations de ces deux ingénieurs, l'on fixa le lieu de la prife
d'eau; Pon convint d'une diftribution provifoire & le projet général exigcant
une dépenfe de trois millions 1 on en renvoya l'exécution à un autre tems.
Le miniftre inftruit de la haute importance d'affurer la jufte difributiou
de l'eau de la Grande-rivière. 1 écrivit aux Adminiftrateurs le 4 Avril 1760,
que le roi entendait qu'ils fuffent les feuls juges des conteftations relatives
à cet objet, & que M. Dumoulceau, ingénieur, fit prépofé pour toutes les
opérations.
Les circonftances de Ia guerre empèchant de s'occuper de cet objet majeur, on ne vit paraitre que le 23 Janvier 1764, l'ordonnance des Adminiftrateurs 1 qui nomma M. Dumoulceau pour jauger la Grande-rivière,
& faire le plan de fa diftribution 7 &c M. Roger 1 arpenteur à Léogane 2 pour.
l'aider dans les opérations d'arpentage.
Ce ne fut cependant que le II Janvier 1771, 1 que Ie Tribunal-terrier 1
créé en 1766 & juge de cette matière, adopta le projet de M. Dumoulceau qui fit, en conféquence 9 le 6 Mars 1772, les. opérations relatives
à la diftribution & que les Adminiftrateurs approuvèrent le 22 Mai: De
nouvelles difficultés firent ordonner , le 28 Mars 1773, une affemblée des
habitans. Ce fut alors qu'ils choifirent M. le Franc de Saint-Haulde, archiTome 11.
M m
é en 1766 & juge de cette matière, adopta le projet de M. Dumoulceau qui fit, en conféquence 9 le 6 Mars 1772, les. opérations relatives
à la diftribution & que les Adminiftrateurs approuvèrent le 22 Mai: De
nouvelles difficultés firent ordonner , le 28 Mars 1773, une affemblée des
habitans. Ce fut alors qu'ils choifirent M. le Franc de Saint-Haulde, archiTome 11.
M m --- Page 288 ---
274 DESCRIPTION DE LA PARTIE
teête juré & entrepreneur de bâtimens à Paris, pour entrepreneur de la
diftribution, & qu'ils le chargèrent de fournir les matériaux & la maind'ceuvre, 8c que M. Merlin reçut d'eux le titre de dircéteur des travaux,
que des fyndics furent chargés de furveiller. Ils s'imposèrent en outre à
raifon de 25 livres par carreau de terre arrofable 2 pour former la première
maffe de fond. Le 20 Avril, le marché fut paflé pardevant notaires, entre les fyndics & M. le Franc, qui s'obligea de terminer en 1775, &qui
déclara qu'il choififfait le tribunal des Adminiftrateurs 7 s'il s'élevait des
conteflations entre lui & les intéreffés ; on lui donna 120 mille livres
imputables fur les derniers payemens de l'entreprife ; les Adminiftrateurs 3
homologuèrent tout.
L'ouvrage fut commencé au mois de Novembre 1773. Bientôt après il
fut quitté, repris, puis abandonné. 1 & jufqu'à la fin de 1774, l'entrepreneur ne ceffa de fe plaindre du direéteur.
Le miniftre écrivit aux Adminifrateurs, le 17 Septembre 1774, de preffer
ces travaux, de charger le commandant du Port-au-Prince de les furveiller
& même de changer P'entrepreneur; en un mot, de tout employer pour faire
terminer cet objet en 1775.
Le 18 Février 1775, M. le Franc demanda un toifé de fes ouvrages.
Le 12 Juillet, les Adminiftrateurs chargèrent M. Hefle
1 ingénieur, de le
faire en préfence de l'entrepreneur & du direéteur. Son procès-verbal le
porta à 237,126 livres ; il fut adopté par les intéreffés & rejetté par M. le
Franc, comme bafé fur des certificats du direéteur.
Alors arriva M. le comte d'Ennery, gouverneur-général, qui chercha à
concilier toutes les parties 5 & on fit à l'entrepreneur 1 d'après une ordonnance des Adminiftrateurs du 17 OCtobre. une nouvelle avance.
Cet entrepreneur ayant défiré enfuite qu'on le déchargeât des canaux
des baffins de divifions & de fubdivifions 3 les intéreflés, affemblés le 17
Décembre, y confentirent, & cette dérogation au marché fut homologuée
le 26 Janvier 1776.
Dans le même tems, les intéreffés obtinrent que M. d'Ennery chargeêt
M. de Boisforeft, ingénieur en chef, d'une nouvelle vérification. M. de
Boisforeft la finit en Décembre 1775', & le toifé monta à 311,000 livres.
M. leFranc, quiavait reçu plus que cette fomme > fe pourvut dans les tri-
irent, & cette dérogation au marché fut homologuée
le 26 Janvier 1776.
Dans le même tems, les intéreffés obtinrent que M. d'Ennery chargeêt
M. de Boisforeft, ingénieur en chef, d'une nouvelle vérification. M. de
Boisforeft la finit en Décembre 1775', & le toifé monta à 311,000 livres.
M. leFranc, quiavait reçu plus que cette fomme > fe pourvut dans les tri- --- Page 289 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 275
Bunaux ordinaires contre ce qui s'était fait, mais un arrêt du confeil du
Port-au-Prince, 1 le repouffa le 23 Juin 1777.
Cette décifion fut fuivie de nouvelles difficultés. M. le Franc abandonna
les travaux du canal de PEf ou rive gauche, qui était prefqu'arrivé à fa
perfeétion, 8c s'occupa d'une fouille dans celui de l'Oueft. Cependant la
rive gauche n'ayant que 8 baflins de fubdivifion, pour arrofer 13 habitations, 9
&c la rive droite 20 canaux, pour arrofer 42 habitations 3 il était naturel
que la rive gauche ou portion Oueft fe trouvât diftribuée, lorfque celle de PER
n'aurait qu'une troifième partie de fon travail fait. D'ailleurs, M. Dumoulceau
dans fon projet, adopté par lès Adminiftrateurs, avait trouvé jufte que
cette petite partie fut terminée la première, pour que les travaux puffent
être portés enfuite tout entiers fur l'autre rive.
M. d'Argout vint prendre le gouvernement général, & défirant la terminaifon de cette entreprife, il pria, conjointement avec M. de Vaivre $
M. Dumoulceau 3 devenu dire@eur-genéral des fortifications 1 de leur faire
connaitre le véritable état des chofes. Le même zèle & le même amour du
bien public, qui avait dirigé cet officier général autrefois. 2 le déterminèrent
encore 8 il donna, le 22 Oétobre 1777, un mémoire contenant le tableau
des chofes faites, fon avis fur cC qui reftait à faire & un coup-d'ceil fur
les points où fon projet primitif avait été inexécuté &c fur les moyens d'y
revenir. Il alla jufqu'à établir 3 que les travaux du côté Eft pouvaient
être achevés au mois de Février fuivant & ceux de Oueft en Décembre 1778.
Ce nouveau guide fut adopté par les Adminiftrateurs le IO Novembre 1777.
L'entrepreneur, 1 qui avait déjà touché 776,516 livres,"r r8 fols, 9 deniers, s
après avoir propofé, 3 le II Janvier 1778, de renoncer à P'entreprife 1 en
lui rembourfant fes dépenfes & lui payant le tiers du bénéfice fur lequel
il avait compté, donna le 5 Mars un toifé montant à 1,265,950 livres
7 fols I denier, que M. Dumoulceau réduifit à 877,361 livres, 2 fols,
5 deniers. Cette diminution reçut le 24 Mai, la fanction des Adminiftrateurs.
Le peu de Tuccès de tant de foins & de décifions, a donné lieu le 7 oétobre
de la même année 1778, à un arrêt du Confeil des Dépèches, qui établit
au Port-au-Prince une commillion pour juger en dernier reffort toutes les
conteliations relatives à la diftribution des eaux de la Crande-rivière. Cette
M m 2
2 fols,
5 deniers. Cette diminution reçut le 24 Mai, la fanction des Adminiftrateurs.
Le peu de Tuccès de tant de foins & de décifions, a donné lieu le 7 oétobre
de la même année 1778, à un arrêt du Confeil des Dépèches, qui établit
au Port-au-Prince une commillion pour juger en dernier reffort toutes les
conteliations relatives à la diftribution des eaux de la Crande-rivière. Cette
M m 2 --- Page 290 ---
276 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
commifion eft compofée du gouverneur-général, de l'intendant & du préfident du confeil fupérieur, qui font fuppléés, en cas d'ablence., par ceux
qui les remplacent dans ces fonêtions au Port-au-Prince. Le procureur-général
du confeil l'eft auffi de cette commiffion $ qui a le greffier de l'intendance
pour greflier &c, qui juge fommairement 1 fans miniftère d'avocats & de
procureurs. Elle s'eft affemblée la première fois le 8 Juin 1779 1 & le 9
Juillet elle a décidé que le préfident ou le confeiller qui le fupplée, fera
confiamment rapporteur.
La première chofe qui eut lieu cnfuite, fut un toifé général des travaux 1
que ft encore M. Dumoulceau, aidé de M. Heffe, lorfque M. le Franc
eut fini le canal de PEf. Cet entrepreneur termina enfuite celui de l'Oueft
& paffa en France, où il mourut, laiffant à fon fils des réclamations, que
celui-ci a terminées à l'amiable avec les intérelés.
Il ne reftait donc plus que les travaux de fubdivifion dont M. le Franc
s'était fait décharger en 1776; plufieurs perfonnes en entreprirent des portions &c partculièrement M. Baqué, & en 1784, tout était parvenu à une
terminaifon défirée depuis bien des années. Mais dans le débordement du 26 au
27 Août 1785, le grand courlier 8c. le baflin général, qu'on avait placés fur
la rive gauche à caufe de la nature du local, ayant été entièrement comblés
de fables & de gravois , fans toutefois que. leur folidité eût été aucunemens
attaquée, cet inconvénient imprévu & un examen bien réféchi, 2 prouvèrent
la néceffité d'un autre moyen de divifion. Ce fut alors, que M. SainteMarie , gardien des eaux, en propofa un qui a été reétifié par M. Merlin,
direéteur, & exécuté par M. Baqué.
Par ce nouveau plan 7 le baffin fe trouve placé dans le lit même ds la
rivière, où l'on a élevé un. grand batardeau folidement conitruit. Des ouvertures latérales proportionnelles fourniffent l'eau aux deux rives & l'on
a donné au fond du baflin une forme cycloidale, calculée pour empècher
tout amas de fable &c de gravois. C'eft ainfi que depuis l'année dernière
tout ce qui peut affurer la diftribution des eaux de la Grande-rivière > eft
arrivé à fa perfection, & l'arroicment de 7,988 carreaux dépendans de 58
fucreries, 3 eft déformais afluré, avec 3,130 pouces courans d'eau par feconde :
CC qui dcnne envircn 4 lignes 4 par carreau, avec une viteffe confidérable.
able &c de gravois. C'eft ainfi que depuis l'année dernière
tout ce qui peut affurer la diftribution des eaux de la Grande-rivière > eft
arrivé à fa perfection, & l'arroicment de 7,988 carreaux dépendans de 58
fucreries, 3 eft déformais afluré, avec 3,130 pouces courans d'eau par feconde :
CC qui dcnne envircn 4 lignes 4 par carreau, avec une viteffe confidérable. --- Page 291 ---
FRANÇAISE DE SAINT,DOMINGUE 277
On eftime que cette grande entreprife a caufé une dépenfe de plus de
trois millions ; mais aufli, combien de millions elle aflure!
S. 2. De P'arrefement procuré par la rivière Blanche.
LA rivière Blanche vient d'un point qui eft entre le pied de la montagne
de la Selle & des montagnes qui couronnent les habitations Dumée, Jouon
& Bauge, de la plaine du Cul-de-Sac.
Ses eaux font augmentées par celles de la rivière de la Crète-aux-Chats,
qui vient auffi de la montagne de la Selle, féparant le canton du PaysPourri de celui de la Nouvelle-Lorraine & qui coupe la rive gauche de la
rivière Blanche au bas du morne Piftolet. Parvenue dans la plainc, la rivière Blanche y court à peu près parallèlement à la Grande-rivière. Mais
épuifée par les arrofemens, fon lit ne fert plus, lorfqu'elle eft arrivée au
point le plus Nord qu'elle atteigne > qu'à recevoir quelques écoulemens que
grofliffent des égouts, dans le lieu appelé le Trou-Cayman. Là, elle prend
le nom de rivière du Boucan-Brou 8 va, courant à l'Oueft, > en paffant dans
un terrain marécageux 7 fe jetter à la mer par le canton des Varreux, ce
qui la fait appeler auffi par quelques perfonnes 5 la rivière des Varreux.
La rivière Blanche n'eft pas toujours exempte de débordemens durant les
orages.
Avant le mois de Février 1741, l'exemple offert par les canaux établis
fur la Grande-rivière du Cul-de-Sac, avait déjà porté d'autres habitans de
la plaine à tirer de l'eau de la rivière Blanche ; mais leur jouiffance fut
bientôt troublée par ceux qui voulaienty être affociés &c le 9 Oétobre 1743,
les Adminiftrateurs chargèrent M. Guyot de jauger cette rivière & de
mefurer le terrain qu'elle pouvait arrofer.
Cette première opération amena le 8 Mars 1745, un marché entre les
fyndics des intéreffés à l'eau de la rivière Blanche & MM. Guyot & du
Colombier 1 pour en diriger la diftribution 2 & comme il s'éleva quelques
réclamations 1 les Adminiftrateurs nommèrent * le 26 Septembre 1746, 7 MM.
Ricord, 1e 3 Fougeux & Duprat, pour experts. Puis, le 3 Oétobre 3 ils homologuèrent le marché de 1745 & preferivirent la diftribution des 1,440 pouces
de la rivière 2 de manière que l'éclufe du côté ER laifferait paffer 904
pour en diriger la diftribution 2 & comme il s'éleva quelques
réclamations 1 les Adminiftrateurs nommèrent * le 26 Septembre 1746, 7 MM.
Ricord, 1e 3 Fougeux & Duprat, pour experts. Puis, le 3 Oétobre 3 ils homologuèrent le marché de 1745 & preferivirent la diftribution des 1,440 pouces
de la rivière 2 de manière que l'éclufe du côté ER laifferait paffer 904 --- Page 292 ---
273 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
pouces d'eau courante pour 18 habitations que cette ordonnance
nomme 2
en défignant la portion d'eau qui leur appartient 2 & celle du côté Oueft,
536 pouces pour 12 habitations. Elle prononce en outre 2 l'obligation de
fouffrir le pailage des canaux, recommande de protéger ceux-ci & les baflins
de diftribution, de Pombre propice de quelques arbres 3 & fur tout de celle
fi fraîche du bananier, &c prononce des peines pour tout ce qui portera atteinte
à la jouiffance de l'eau répartie.
Sans doute que cette dernière difpofition fut trouvée infuffifante, car une
autre ordonnance, 3 du 9 Août 1753, créa 2 infpeéteurs &c 4 gardes, pour
en affurer l'exécution. Ils furent affujettis à prèter ferment entre les mains
de l'intendant & à avertir les fyndics des contraventions,
Depuis plus de 40 ans 1 les intéreffés jouiffent tranquillement de l'eau
de cette rivière, dont les travaux ont été encore perfectionnés en 1787 &
1788, par M. Baqué, fous la direction de M. Petit 1 arpenteur - général.
Elle arrofe 41959 carreaux, dans 20 habitations de la Grande-Plaine, canton
dont le fol, d'une nuance blanche 1 a vraifemblablement fourni le nom de
la rivière, qui femble quelquefois rouler une eau laiteufe. Elle donne 3
lignes # d'eau par carreau', mais fa vitefle n'eft guères que de la moitié
de celle de la Grande-rivière s & elle eft
infuffifante 3 car une portion de
terrain manque d'arrofement. Cet inconvénicnt eft
très-regrettable 3 parce
que cette terre eft d'une qualité fupérieure 2 profonde & d'une étonnante
végétation. Propre à toutes les cultures, , elle rend tout en abondance, &
elle a encore la précieufe propriété de conferver durant plufieurs femaines
à quelques pouces de fa furface, l'eau d'arrofement qu'elle reçoit.
$ 3. De PArrofement trocuré par la rivière Creule.
LA rivière Creufe vient d'un point plus à PEft que Ia rivière Blanche, &
elle parcourt la plaine du Cul-de-Sac pour aller fe jetter dans l'étang
faumâtre.
Les premiers effais d'arrofement de cette plaine étaient à peine tentés par le
moyen de la Grande-rivière, que M. Grillon perça le bord de la rivière Creufe
avecle même deffein, & le 26 Avril 1738 les Adminiftrateurs Iui permirent d'y
faire une digue. Plufieurs perfonnes imitèrent M. Gillon, mais leur jouiffance
ourt la plaine du Cul-de-Sac pour aller fe jetter dans l'étang
faumâtre.
Les premiers effais d'arrofement de cette plaine étaient à peine tentés par le
moyen de la Grande-rivière, que M. Grillon perça le bord de la rivière Creufe
avecle même deffein, & le 26 Avril 1738 les Adminiftrateurs Iui permirent d'y
faire une digue. Plufieurs perfonnes imitèrent M. Gillon, mais leur jouiffance --- Page 293 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D OMINGUE 279
n'étant pas plus paifible que celle procurée par les deux rivières dont je
viens de parler précédemment 3 les Adminiftrateurs, fur la demande des
intéreflés, nommèrent M. la Lande pour jauger la rivière Creufe. Il paraît
que ce choix n'eut pas de fuite, & que ceux" qui voulaient prendre de l'eau
furent feulement affujettis à en obtenir une conceflion préalable. Les diflicultés
ne firent donc que s'accroître, & le 23 Septembre 1750, M. la Lande fut
encore défigné par une ordonnance qu'on renouvella le 9 Août 1751.
Le 26 Août, les intéreffés choifirent un fyndic parmi eux 3 8c le 24 Septembre l'ingénieur hydraulicien jaugea larivière, alors dans fes baffes eaux >
& y trouva 40,320 pouces cubes d'eau , par minute > égaux à 1,440 pouces
courans, avec une vitefle de 28 pouces, par feconde. Il renouvella le jeaugeage
le 24Novembre, les eaux étant hautes, & trouva plus du double de la première
époque. M. la Lande s'occupa enfuite d'un plan de diftribution, à raifon du
terrain arrofable 1 mais en ne calculant que fur l'eau trouvée dans les bafles
eaux. Son tableau préfente 18 habitations intéreffées. , ayant 5,605 carreaux
*, dont 3,408 arrofables., ce qui rapporté aux 1,440 pouces courrans, donnait
environ 5 lignes 1e par carreau.
Le 26 Décembre, les Adminiftrateurs convoquèrent les intéreffés, qui
réunis , le 29, chez M. de la Caze, lieutenant du roi, au Port-au-Prince, 3
l'adoptèrent.
Le lendemain ils accordèrent à M. la Lande, pour Ia direétion de
l'entreprife, 23,000 livres, exigibles par tiers au commencement, au milieu
& à la fin de l'ouvrage ; & le 2I Septembre 1754, les Adminiftrateurs firent
dépofer au greffe de l'intendance le procès-verbal de cet hydraulicien qu'ils
homologuèrent le 26 Décembre 1755.
Les intéreffés jouiffaient 1 depuis plus de 15 ans, des effets de cette diftribution , lorfque le tremblement de terre du 3 Juin 1770 détruifit une partie
des travaux qui l'alfuraient. Ils s'occupèrent d'abord de les réparer 3 comme
on le fait à la fuite d'un événement qui a propagé partout Ia deftruétion & la
terreur ; puis plus raffuré, 3 l'on apperçut la néceflité de certains changemens.
Le 27 Septembre 1776, on les indiqua dans une aflemblée des intéreffés,
qui approuvèrent de nouveau les principes qui avaient dirigé M. la Lande
en 1751, & les Adminiftrateurs les fortifièrent le 27 d'une nouvelle approbation.
on le fait à la fuite d'un événement qui a propagé partout Ia deftruétion & la
terreur ; puis plus raffuré, 3 l'on apperçut la néceflité de certains changemens.
Le 27 Septembre 1776, on les indiqua dans une aflemblée des intéreffés,
qui approuvèrent de nouveau les principes qui avaient dirigé M. la Lande
en 1751, & les Adminiftrateurs les fortifièrent le 27 d'une nouvelle approbation. --- Page 294 ---
280 DESCRIPTION D. E LA PARTIE
Le 25 Mai 1777, on paffa un marché de ces travaux avec M. Lamit,
entrepreneur. , qui les a terminés cn 1782.
La rivière Creufe arrofe maintenant dans fon cours, au haut du canton de la
Grande-Plaine , 3,620 carreaux, dépendans de 18 habitations en culture, &
3 hattes qui vont fe terminer à l'étang faumâtre. On reproche à fes eaux
d'être d'une aflez mauvaife qualité & de refroidir la terre, parce qu'elle n'eft
point battue & qu'elle eft fans limon. Les terrains qu'elle arrofe, &c
fur tout ceux qui la bordent, font d'ailleurs d'une nature féche & un peu fabloneufe, qui exige & qui abforbe une plus grande quantité d'eau, fans pour cela
donner plus de produits ; &c cette circonftance même empèche de trouver de
l'eau pour une furface égale à la moitié de celle déjà arrofée. Elle éprouve
d'ailleurs d'aflez grandes diminutions dans les féchereffes pour qu'il n'arrive
point d'eau aux habitations inférieures, fur tout à celles quifont vers fon embouchure dans l'étang. Sa vitefle n'eft quel les 4o de celle de la rivière Blanche.
Il y a encore dans PER de la rivière Creufe, entr'elle & l'étang, les
fources des Palmiftes-Clairs dont des habitans fe fervent &c qui portaient
auparavant leurs eaux à la rivière Creufe même.
$ 4. De Parrofement procuré par la rivière des Orangers; la rivière la Boule;
la rivière la Sacoye E5 par des Jources 65 des égouts.
LA rivière des Orangers parait entre l'habitation Ségur & celle Lilavois,
& va fe décharger à la mer. 1 entre la Grande-rivière &c celle du BoucanBrou.
La rivière la Boule fort des favanes de Damien. Elle eft groflie par plu
fieurs fources &c notamment par celles qui naiffent fur T'habitation appelée
du Foflé. Son cours fe divife d'abord fur cette. dernière habitation & enfuite,
après avoir traverlé fuccefivement les habitations Drouillard & Lantimau,
elle arrive à la mer., dans le Sud de la Grande-rivière.
La rivière la Savoye, qu'on appelait aufli la rivière de la Paffe & qui
était dans T'E-Sud-Eft du bourg du Cul-de-Sac 1 nait fur l'habitation
Cazeaux & fe jette dans la Grande-rivière par la rive gauche de celle-ci,
un peu au deflous du pont Vallière.
Au moyen d'un batardeau placé au bas de T'habitation Damien dans la
Grande-
antimau,
elle arrive à la mer., dans le Sud de la Grande-rivière.
La rivière la Savoye, qu'on appelait aufli la rivière de la Paffe & qui
était dans T'E-Sud-Eft du bourg du Cul-de-Sac 1 nait fur l'habitation
Cazeaux & fe jette dans la Grande-rivière par la rive gauche de celle-ci,
un peu au deflous du pont Vallière.
Au moyen d'un batardeau placé au bas de T'habitation Damien dans la
Grande- --- Page 295 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O - MIT N G U F. 281
Grande-rivière , & avcc l'eau de la rivière des Orangers &x des égouts
d'habitations fupérieures, on fournit à l'irrigation de plufieurs habitations,
toutes belles 1 toutes produétives 1 du canton des Varreux.
D'après des procès-verbaux de M. Petit, arpenteur-général, 8x un jugement du tribunal-terrier , du 5 Octobre 1786, la rivière la Boule eft
diftribuée entre cinq habitations où elle arrofe 532 carraux, & fait mouvoir
deux moulins.
La rivière la Savoye arrofe l'habitation Cazeaux & celle Damien.
Des fources, qui font formées, fans doute, des infiltrations des rivières
principales, rang parmi lequel l'on devrait clafler auffi les rivières des Orangers, de la Boule & de la Savoye, procurent en outre l'arrofement de
quatre habitations 1 fituées au: Nord de la plaine. Ces fources 3 en coulant
enfuite vers la mer', forment, dans la prolongation du lit de la rivière
Blanche, la rivière du Boucan-Brou, dont les eaux d'une couleur rougeâtre & imprégnées d'un fel bitumineux, font peu eftimées.
$ 5- De Parrofement procuré par la rivière du Galiet O1 du Fond-Parifen.
CETTE rivière part du Fond.Verrettes & fe rend à l'étang faumâtre. En
1778, , Jean &c François Poiflon, habitans du canton du Fond-Parifien 7 demandèrent à être colloqués à cette rivière, déjà employée à plufieurs arrofemens,
& lobtinrent ; & le 5 Novembre 1784, un jugement du tribunal-terrier
en a prefcrit le jaugeage 1 à la demande des intéreffés. Elle fert à fept
habitations 1 dont trois font dcs fucreries. Les travaux ont été dirigés par
M: Petit, arpenteur-général.
LE réfultat de tous les travaux hydrauliques de la plaine du Cul-de-Sac,-
eft que la Grande-rivière fournit de quoi arrofer, . 7,988 4 carreaux
La rivière Blanche,
4:959
La rivière Creufe,
3,620
Et le refte des eaux,
3,091
Total
19.658 # carreaux.
Ccpendant il n'y a en réalité qu'environ 13,000 carreaux de terre uc
Tom. II.
Nn
enteur-général.
LE réfultat de tous les travaux hydrauliques de la plaine du Cul-de-Sac,-
eft que la Grande-rivière fournit de quoi arrofer, . 7,988 4 carreaux
La rivière Blanche,
4:959
La rivière Creufe,
3,620
Et le refte des eaux,
3,091
Total
19.658 # carreaux.
Ccpendant il n'y a en réalité qu'environ 13,000 carreaux de terre uc
Tom. II.
Nn --- Page 296 ---
282 DESGRIPTIO N DE LA PARTIE
la plaine du Cul-de-Sac cultivés & arrofés, & cette plaine eft compofée
de 30,800 carreaux, ou un peu plus de 26 lieues carrées.
Mais ces 13,000 carraux eux -mêmes 1 feraient devenus depuis longtems nuls pour l'agriculture, fi rien n'avait combattu une fécherefe reproduite chaque année pendant fix mois & des vents qui achevaient d'anéantir
toutes lcs reffources. végétatives. L'eau a créé tous ces miracles, l'eau feule
peut les conferver. L'eau féconde le fol ; elle préferve, elle accroit, elle
embellit, elle perfectionne les produétions ; elle devient un agent puiffant
pour des machines 3 8c le Cul-de-Sac offre plufieurs moulins qui font dâs à
fes diverfes rivières. En un mot. 's: fans ce bienfait de la nature, que l'induftrie de l'homme a fu s'approprier, de vaftes manufactures, des champs
dignes d'être admirés, d'immenfes richeffes 3 n'auraient jamais exifté.
Pour mieux juger cette influence , il faut fuivre les progrès de la plaine
du Gul-de-Sac. En 1713, on y voyait 3 fucreries, 298 indigoteries, 1,500
chevaux, 7,000 bêtes à cornes & 3.400 moutons ; en 1730, 20 fucreries
en brut, I91 indigoteries, 16,000 animaux; en 1739 1 27 fucreries en
brut 1 5 en blanc, 210 indigoteries, 19,000 animaux, 17,300 cotonniers &
1,496 cafiers; & elle contient en ce moment 3 I18 fucreries 2 dont le produit peut être évalué à cinquante millions de fucre brut > quantité à la moitié
de Jaquelle on n'arrivait pas encore en 1764Indépendamment de fes avantages 1 quant à la fomme de fes denrées, la
plaine du Cul-de-Sac eft encore recommandable par l'analogie de fon fol
avec la canne à fucre, quiy donne de très-beaux réfultats ; & l'on trouve 1
notamment fur Phabitation Caradeux au canton de Bellevue, des rejettons
qui ne fe laffent pas encore 1 après 20 ans, d'accorder ce que le cultivateur en attend pour prix de fes foins. On recueille dans cette plaine, la
paille dont ce rofeau précieux eft garni au moment où on le coupe, & ce
babola (car on la nomme ainfi dans la Partie de lOueft), eft réuni pour
former un fumier 7 qui devient un nouvel aliment pour la canne. Tout
ce fol n'eft pas à la vérité également propice 3 mais le. tems & des tra-
(*) Cette paille Qu bahcla, eft encore mile en pacquets le long des divifions des pièces de
eannes, pour en couvrir la terre où l'on a planté des patates, qu'on veut garantir de la trop
vive adion du foleil.
nomme ainfi dans la Partie de lOueft), eft réuni pour
former un fumier 7 qui devient un nouvel aliment pour la canne. Tout
ce fol n'eft pas à la vérité également propice 3 mais le. tems & des tra-
(*) Cette paille Qu bahcla, eft encore mile en pacquets le long des divifions des pièces de
eannes, pour en couvrir la terre où l'on a planté des patates, qu'on veut garantir de la trop
vive adion du foleil. --- Page 297 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-D O MINGUE 283
vattx , améliorent chaque jour les portions falineufes 1 & quoique quel.
ques habitations des Varreux &c du Boucan-Brou donnent un fucre un peu
falé, cette faveur ne nuit ni à fa beauté ni même à fon prix vénal, parce
qu'on a éprouvé dans les rafineries d'Europe 3 que ce fucre donne du corps
i d'autres, qui ont peu de grain.
C'eft au Cul-de-Sac qu'on trouve des terres travaillées avec une intelligence digne des plus grands éloges. Ces éloges 9 les arrofemens les
obtiennent auffi; ; 8c pour me fervir de l'expreflion même de M. Verret :
C'ef une véritable école pour le refte de la Colonie. Cet habile hydraulicien
croit cependant, qu'il faudrait avoir des machines, & il indique celles à
vent , pour répandre fur d'autres points les eaux qui, par le mécanifme
même de l'arrofement , fuivent des couches horizontales du terrain & vont
fe réunir dans des points plus bas.
Pour arrofer au Cul-de-Sac , on forme une rigole de tête où eft l'eau.
Enfuite on fait avec la terre du terrain, des compartimens ou carrés trèslongs, & dont les côtés font à angles droits avec la rigole de tête. Dans
ces compartimens on fouille les trous à cannes par rang, en tirant la terre
du côté oppofé à celui de la ligne de tête; de manière que chaque rang de
trous eft féparé du rang fupérieur par la terre des trous de celui-ci, &
du rang inférieur par fa propre terre.
Les chofes ainfi difpofées, on met les plants de canne dans les trous à
fe toucher les uns les autres & on les recouvre légèrement 1 de forte qu'il
refte encore aflez de terre pour former la féparation des rangs de trous
entr'eux.
Alors on ouvre la rigole de tête en face du premier rang &x l'eau vient
l'arrofer. On ouvre enfuite la terre qui fait la petite digue entre le premier & le fecond rang 3 alors le fecond rang eft arrofé & ainfi de fuite
jufqu'au bas.
La néceffité dont eft l'eau dans la plaine du Cul-de-Sac 8c même fon infuffifance, ont portéles. Adminiftrateurs &le tribunal-terrier, à tenir ftrictement
à ce principe 1 qu'une diftribution 1 à laquelle tous les intéreffés ont été
appelés &c qui a reçu la fanction légale 3 ne peut pas admettre des réclamations fubféquentes, qui tendraient, foità y affocier de nouveaux réclamans;
foit à changer la quantité d'eau fixée à quelqu'un, ni même fon emplois
No 2
uffifance, ont portéles. Adminiftrateurs &le tribunal-terrier, à tenir ftrictement
à ce principe 1 qu'une diftribution 1 à laquelle tous les intéreffés ont été
appelés &c qui a reçu la fanction légale 3 ne peut pas admettre des réclamations fubféquentes, qui tendraient, foità y affocier de nouveaux réclamans;
foit à changer la quantité d'eau fixée à quelqu'un, ni même fon emplois
No 2 --- Page 298 ---
1234 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
fi ce changement doit nuire à d'autres ; foit à faire compter
titre, des concellions originairement faites
comme un
pourhattes &
la diftribution, cn concellions
culture
converties, depuis
pour
; foit enfin, en portant ane
tion d'eau diftribuée à une rive, fur des terrains de l'autre rive. En portous les cas que je cite fe font préfentés., relativement
effet,
aux rivières de la
plainé du Gul-de-Sac, & chacun d'eux offre des
la
jugemens qui confirment
règle générale, fans laquelle l'arbitraire prendrait la place de
ne veut
qui
pas que le fort de manufactures coûteufes & deflinées l'équité,
richir PEtat, foit toujours
Auffi
à enprécaire.
a-t-on admis comme un fecond
principe protecteur du premier, que toute demande relative à l'ufage des
eaux doit être d'abord communiquée aux intéreffés à cet
dans
perfonne des fyndics qu'ils choililfent, pour veiller à ufage 7
la
-un objet aufli important.
Ily a long-tems qu'on a penfé que la plaine du Cul-de-Sac pourrait avoir
un très-grand avantage de plus en y pratiquant un canal de navigation
conduirait jufqu'à la mer fes denrées deftinées à l'exportation.
, qui
En
Verret confidérait ce canal comme très-utile. En 1786, M.
1783, M.
tières qui avait réfidé 26 ans an Cul-de-Sac, donna
Broudeau Dureau miniftre un plan de
cette opération, en obfervant que huit jours de pluic rendent
les chemins du Cul-de-Sac, ou exigent des efforts
inpraticables
quelquefois inutiles
des charrois de denrées 1 que les vaifeaux fe trouvent forcés d'attendre & pour
font périr des animaux très-chers & très-rares. M. Duretières
qui
d'employer l'eau de l'étang faumâtre à former GC canal jufqu'à l'embarcadère propofait
du Foflé, qui eft celui de la meilleure partie du Cul-de-Sac, & de le faire
ouvrir par le régiment du Port-au-Prince.
Le miniftre ayant communiqué ce mémoire à M. de Bellecombe
venait de quitter le gouvernement dela Colonie & qui était alors à Paris, il 7 ré- qui
pondit, le 161 Février 1786, que la même idée était venue à plufieurs perfonnes,
mais que des habitans affuraient qu'on l'avait réjettée > en réfléchiffant que le
canal pour être véritablement utile, devait paffer au milieu de la plaine
point où il rencontrerait la Grande-rivière &c la rivière Blanche.
Pour être encore plus éclairé à cet égard, le miniftre envoya le mémoire
aux Adminifirateurs, qui T'adrefsèrent, le 13 Août fuivant, à la Chambre
d'Agriculture du Port-au-Prince, pour avoir fon avis. La Chambre déclara,
l'avait réjettée > en réfléchiffant que le
canal pour être véritablement utile, devait paffer au milieu de la plaine
point où il rencontrerait la Grande-rivière &c la rivière Blanche.
Pour être encore plus éclairé à cet égard, le miniftre envoya le mémoire
aux Adminifirateurs, qui T'adrefsèrent, le 13 Août fuivant, à la Chambre
d'Agriculture du Port-au-Prince, pour avoir fon avis. La Chambre déclara, --- Page 299 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUF. 285
le 2 Septembre, qu'elle manquait de données, 9 puifqu'elle ignoraits'ily y avait 2
comme le difait M. Broudeau, une penite de l'étang au Foflé, ou fi, comme
on le croyait, la plaine avait une pente vers la mer , & une contre-pente
vers l'étang.
Les Adminiftrateurs prirent alors le parti de confulter M. de la Fitte s
directeur-général des fortifications par intérim, qui leur a répondu le 23
Oatobre qu'il n'avait point trouvé de nivellement de la plaine du Cul-de-Sac, 3
& que même s'il en exiftait un, il faudrait encore le refaire pour le projet de
M. Broudeau & fonder le terrain de diftance en diftance; qu'au furplus *il
penfait qu'on devait s'occuper avant ce travail de celui des fontaines du Portau-Prince & de plufieurs autres ouvrages publics d'une néceflité plus urgente
que ce canal, dont la dépenfe ferait confidérable. Cette opinion eft devenue
celle des Adminiftrateurs le 16 Novembre, & du miniftre même le 23 Mars
3787. Il eft au furplus bien naturel de préfumer que la pente n'eft pas telle
que M. Broudeau la croit 2 lorfqu'on voit la rivière Creufe arriver de la
plaine dans l'étang.
La plaine du Cul-de-Sac a donné à la fin de l'année 1750 un exemple d'épizootie remarquable. Les pluies ayant manqué durant les mois de Juin, Juillet, Août
& Septembre. 9 les animaux eurent beaucoup à fouffrir, fur tout ceux des habitations dont le fol fe trouvait marécageux. La maladie fe déclara fur les chevaux
de ces dernières, 3 au mois d'Octobre &c fe manifefta par un gros bubon noir au
dedans de la lèvre fupérieure. Le 5 Novembre * les Adminiftrateurs envoyèrent
M. Noguez, médecin du roi, M. Bellet, médecin ordinaire, avec les chirurgiens
les plus expérimentés pour arrêter les progrès de la contagion, quiallait en
croiffant. On fit mettre des corps-de-garde aux extrémités du Cul-de-Sac, pour
empêcher toute communication. On preferivit aux habitans de faire enterrer
leurs animaux loin des chemins &c à 6 pieds de profondeur avec de la chaux
vive, & la maréchauflée faifait des courfes continuelles pour s'affurer de
Pexécution de ce qui était ordonné. Un chirurgien envoyé à Neybe, dans la
Partie Efpagnole 1 pour favoir quels moyens on y avait employés lorfque cette
maladie y avait paru précédemment, penfa avec les autres docteurs que
c'était un anthrax que la fécherelle,les eaux croupies & des-plantes malélaborées avaient déterminé. Le feul moyen qui eut quelque efficacité, fut
de fcarifier le bubon jufqu'au vif, 8de laver la plaic avec du fort vinaigre >
be, dans la
Partie Efpagnole 1 pour favoir quels moyens on y avait employés lorfque cette
maladie y avait paru précédemment, penfa avec les autres docteurs que
c'était un anthrax que la fécherelle,les eaux croupies & des-plantes malélaborées avaient déterminé. Le feul moyen qui eut quelque efficacité, fut
de fcarifier le bubon jufqu'au vif, 8de laver la plaic avec du fort vinaigre > --- Page 300 ---
286 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
dans lequel il entrait de la poudre à canon & de l'ail; on la brûlait enfuite
avec la pierre de vitriol. Cette épizootie, qui ceffa au commencement du
mois de Janvier 1751, fit Riourir deux mille chevaux. Aucun des autres animaux n'cn fut atteint.
La morve a paru auffi plufieurs fois au Cul-de-Sac. En 1776 une maladie
vermineufe y fit périr beaucoup d'animaux.
Tous les détails que la plaine du Cul-de-Sac pourrait offrir encore étant de
nature à fe ranger dans la claflification que j'ai adoptée pour cet ouvrage, je
réprend l'ordre de ma Defcription.
XX X XII I.
PAROISSE DE LA CROIX DES BoUQUETS.
Les deux paroiffes du Cul-de-Sac & du Trou-Bordet ayant été réunies
pour
former celle du Port-au-Prince, Larnage & Maillart rendirent, le 29 Oétobre
1743 1 une ordonnance qui afligna pour limites à cette dernière, 9 l'extrémité
même de la paroiffe du Trou-Bordet vers Léogane. 1 & du côté du Cul-de-Sac,
la Grande-rivière, depuis fa fource jufqu'au point où une ligne tirée de cette
rivière , du Sud au Nord, aurait été rencontrer la hattè Bonrepos ; de manière que le Port-au-Prince aurait eu tout le côté gauche de la Grande.
rivière, & encore ce qui fe ferait trouvé fur la rive droite, au deffous
de cette ligne du Sud au Nord,jufqu'aux limites de P'Arcahaye.
Mais une autre ordonnance du 13 Juin 1749, rendue au moment même
où l'on voulait effeétuer l'établiflement du Port-au-Prince,
la
régla qne
paroiffe du Port-au-Prince comprendrait toute celle du Cul-de-Sac; & confidérant l'éloignement où feraient les habitations placées au delà de la Granderivière, elle décida qu'on conftruirait pour eux une églife au lieu appelé la
Croix des Bouquets 1 mais qu'elles dépendraient du Port-au-Prince pour tous
les rapports non-fpirituels.
Afin de mieux affurer au Port-au-Prince la fupériorité à laquelle on l'appellait, l'ordonnance déclara encore que nul ne pourrait s'établir proche de
confidérant l'éloignement où feraient les habitations placées au delà de la Granderivière, elle décida qu'on conftruirait pour eux une églife au lieu appelé la
Croix des Bouquets 1 mais qu'elles dépendraient du Port-au-Prince pour tous
les rapports non-fpirituels.
Afin de mieux affurer au Port-au-Prince la fupériorité à laquelle on l'appellait, l'ordonnance déclara encore que nul ne pourrait s'établir proche de --- Page 301 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 287
l'églife, 9 qu'un chirurgien, un machoquet ( ferrurier ), un charron 1 un
fellier, un cabaretier.boulanger s &c un étal que fourniraient les fermiers des
boucheries. Elle prefcrivit d'ouvrir à la Grande-rivière un canal de 4 pouces
en carré pour fournir de l'eau au prefbytère & aux perfonnes ci-deffus
défignées.
Le 15 Mars 1750, M. Guyot, arpenteur-général de la Partic de T'Oueft,
en préfence du préfet apoftolique , du fyndic & de 4 habitans, alla choifir à
la Croix des Bouquets un terrain de 350 toifes du Nord au Sud, fur 291 toifes
# de PEf à P'Oueft, pour l'églife, le prefbytère & les perfonnes admifes à
habiter ce local, borné au Nord & à l'Oueft , des favannes du Blond, & au
Sud & à PEf, de la mineure Defcolles. Il marqua en même-tems la diftribution de ce terrain, & fit un devis pour la conftruétion de l'églife. Les
Adminiftrateurs approuvèrent le tout le 27, & le 9 Juillet ils permirent une
levée de 30,000 liv. pour cet objet 3 puis une autre de 10,000 liv. Au mois
de Septembre 1752,les habitans furent mis en poffeffion de leur petite chapelle
&c du prefbytère.
Les Adminiftrateurs qui, dès le 17 Novembre 1751, avaient défendu de
tenir marché à la Croix des Bouquets &c aux artifans qu'on y fouffrait de
vendre des marchandifes ; encore follicités par les habitans du Port-au.
Prince, déclarèrent, , le 28 Février 1752,ga'iln'y aurait qu'une feule mafle
curiale entre le Port-au-Prince & fon annexe Ia Croix des
Bouquets, 2 qui
ferait deflervie par un fimple vicaire, faifant les fonctions paftorales, &
que
l'on formerait une feule impofition pour les deux églifes.
En conféquence , le 6Avril fuivant on fit venir les habitans de la Croix
des Bouquets au Port-au-Prince, où ils furent compris dans une impofition
de cent mille écus, que l'on délégua enfuite en entier à l'entrepreneur de l'égiife
du Port-au-Prince, à recevoir en trois termes égaux. La Croix des Bouquets
réclama, mais en vain. Le 18 Mars 1758, toujours à l'infligation du Port--
au-Prince, on ordonna de démolir ce qui ferait autour de l'églife, & qui.
n'avait pas été permis le 13 Juin 1749.
En 1764, la Croix des Bouquets paya fon contingent du premier terme,
de IOO mille livres de l'impofition de 1752, mais les habitans demandérent
à faire reprendre à la Croix des Bouquets, comme paroiffe fubftituée à celle
du. Cul-de-Sac, tous les droits paroiffiaux; à être rembourfés par le Port-au-
molir ce qui ferait autour de l'églife, & qui.
n'avait pas été permis le 13 Juin 1749.
En 1764, la Croix des Bouquets paya fon contingent du premier terme,
de IOO mille livres de l'impofition de 1752, mais les habitans demandérent
à faire reprendre à la Croix des Bouquets, comme paroiffe fubftituée à celle
du. Cul-de-Sac, tous les droits paroiffiaux; à être rembourfés par le Port-au- --- Page 302 ---
283 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
Prince; 1°. des 40,0CO liv. du prix de la vente da terrain de la paroiffe du
Cul-de-Sac, 2°. du contingent payé fur le premier terme de 100 mille
livres, &c enfin à être déchargés du furplus de cctte impofition à l'avenir.
Le 3 Août, les Adminiftrateurs déclarèrent maintenir Ia paroiffe de la Croix
des Bouquets dans fes anciens droits, titres & prérogatives, mais à compter
de ce jour la feulement.
Cela n'empôcha pas le Port-au-Prince de demander la part du fecond
ment , &c le IO Mai 1765 les Adminiftrateurs affujettirent les habitans paye. de la
Croix des Bouquets, à l'acquitter. Ils réclamèrent encore > & une nouvelle
décifion du 21 Oétobre, en les obligeant à payer, les autorifa à garder un
tiers de ce contingent pour leur propre églife, & déclara que déformais la
paroiffe de la Croix des Bouquets ferait indépendante de celle du Port-auPrince. Cette ordonnance, enrégiftrée au Confeil le 7 Novembre, a fixé le
dernier état des chofes.
La paroiffe de la Croix des Bouquets, telle qu'elle exifte maintenant, a
pour limites, au Nord-Oueft, les limites de la paroiffe de l'Arcahaye, & au
Nord, celles du Mirebalais ; à P'Ef, la Partie Efpagnole depuis la pyramide
No, 205, qui eft commune au Mirebalais & à la Croix des Bouquets, jufqu'à
celle No, 219, qui eft commune à la paroiffe de la Croix des Bouquets & à celle
des Cayes de Jacmel; & au Sud, la crête de la montagne du Boucan-Patate;
puis une trouée vers le Sale-Trou, & après, la crête de la montagne du Mexique,
que fuit la montagne de la Selle 2 dernière montagne qui fépare la paroilfe de
la Croix des Bouquets de celle des Cayes de Jacmel,jufqu'au point qui cenfé
defcendre de la Selle, vient à la fource de la Grande-Rivière du Cul-de-Sac.
De là, la paroifle de la Croix des Bouquets a d'abord le cours de cette. rivière
pour limites dans TOueft, puis celle-ci prenant fa direêtion de PEf à
T'Oueft, elle devient fa limite au Sud ; jufqu'à fon embouchure , où la mer
termine dans l'Oueft la paroiffe de la Croix des Bouquets. Ainfi, depuis le
fommet de la montagne de la Selle jufqu'à l'embouchure de la Grande-rivière
du Cul-de-Sac, la paroiffe de la Croix des Bouquets eft toujours
celle du Port-au.Prince.
contigue 9
La ligne de la frontière eipagnole par rapport à la Croix des Bonauets,
va de la Pyramide No, 205, qui eft au bras principal de la rivière des Roches,
à la rivière de la Gafcogne, dont la rive gauche a la pyramide No, 206,
tandis
de la Selle jufqu'à l'embouchure de la Grande-rivière
du Cul-de-Sac, la paroiffe de la Croix des Bouquets eft toujours
celle du Port-au.Prince.
contigue 9
La ligne de la frontière eipagnole par rapport à la Croix des Bonauets,
va de la Pyramide No, 205, qui eft au bras principal de la rivière des Roches,
à la rivière de la Gafcogne, dont la rive gauche a la pyramide No, 206,
tandis --- Page 303 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 289
tandis que le No, 207 eft fur un embranchement du morne, & 208 dans le
plat pays. De la,la ligne traverfant la ravine des Pierres-Blanches, gagne
la plus grande hauteur de la montagne dc Neybe 9 où eft la Pyramide No. 209.
Elle fuit le fommet de cette montagne 3 d'où l'on voit les étangs jufqu'au
No, 210, pofé vers Bayada - grande ( Grande - Defcente ), qui n'eft praticable que du côté du territoire efpagno). Tout à fait au bas & fur le
chemin royal du Port-au-Prince à Santo-Domingo, eft le No, 211. Enfuite la
ligne eft cenfée couper l'étang-Saumâtre, dans le Sud duquel & fur la pointe
d'une montagne qui s'y avance près de l'embarcadère de la favane de la
ravine Blanche ou Rivière-Ravine, eft le No, 212, gravé fur un rocher ;
puis en fe dirigeant vers le fommet de cette montagne, , elle! trouve le No, 213
fur un chemin à la montagne du Bràlage ; traverfe la gorge du
Fond-Oranger, 2
& va de fon piton trouver dans une autre gorge le No. 214, gravé fur un
rocher, & le No, 215, encore dans une gorge plus éloignée.
De ce point, la ligne courant toujours au Sud &c paffant fur une montagne, arrive au No, 216, gravé fur un rpcher 2 & à. l'ancien confluent
de la ravine-Blancbe (qui T a ceffé de couler depuis le tremblement de terre
de 1770) avec une autre ravine quie exifte encore. C'eft de là, que montant
au fommet de Ia montagne Majagual ou des Mahots, elle fuit ce fommet
jufqu'à un embranchement qui defcend dans deux ruifleaux fecs, où l'on a
mis les Pyramides. Nos. 217 & 218. La ligne continue' enfuite par le ruiffeau
de la droite dans un chemin bien ouvert. 3 le long duquel le défaut de
pierres, dans cette efpèce de défert, , a obligé de marquer tous les grands
arbres. De ce terme, la ligne, 1 dans une direétion finueufe, monte la grande
montagne, paffànt parle Piton ou Brâlage à Jean-Louis & atteint la favane du
Boucan-Patate, la favane de la Découverte &c une flaque d'eau appelée fon
Petit-étang, à la vue de la montagne
TA ior fur la gauche.
La ligne continue encore par la Gorge-Oblcure, la Source-des-Misères,
le défrichement des nègres marons du Maniel, le ruiffeau - Difficile & le
ruifeau-Profond, pour atteindre enfin, les fources de la rivière des Pédernales,
que nous nommons la rivière des Anfes-à-Pitre, fur les bords de laquelle
font deux pyramides marquées No, 219.
La Croix des Bouquets contient une partie plane &c une partie montueufe.
La première eft compofée de toute la portion de la plaine du Cul-de-Sae
Tome II.
Oo
ègres marons du Maniel, le ruiffeau - Difficile & le
ruifeau-Profond, pour atteindre enfin, les fources de la rivière des Pédernales,
que nous nommons la rivière des Anfes-à-Pitre, fur les bords de laquelle
font deux pyramides marquées No, 219.
La Croix des Bouquets contient une partie plane &c une partie montueufe.
La première eft compofée de toute la portion de la plaine du Cul-de-Sae
Tome II.
Oo --- Page 304 ---
290 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
qui eft fur la rive droite de la Grande-rivière. Elle fe fubdivife en plufieurs
cantons.
Celui du Fond-Parifien était connu fous ce nom dès 1691, époque oà
l'on y voyait un corail appartenant aux deux frères Mocquet & un corpsde-garde de 8 garçons 1 quoiqu'il n'y eût alors qu'un fentier à pied 7 pour
y venir de la Partie Efpagnole. Le Fond - Parifien eft une petite plaine
étroite, d'environ une lieue & demie de long, fituée fur le côté Sud de l'étangSaumâtre & qui communique au refte de la plaine par une gorge. Entre le
canton du Fond-Parifien & le refte des établiffemens vers la mer, ily avait
en 1691, un intervalle inoccupé de plus de 3 lieues.
Le canton du Fond-Verrettes, qui eft une prolongation de la plaine des
Verrettes, fituée entre l'étang-Saumâtre & l'étang-Salé (plaine qui n'a nul
rapport que celui du nom avec la paroiffe des Verrettes de l'Artibonite),
fe trouve, à peu près, à environ deux lieues au deffus & vers le SudEf du canton du Fond-Parifien, & s'étend jufqu'au pied de la montagne
du Boucan-Patate.
Le Gallet eft au contraire au deffous du Fond-Parifien 1 &c les PalmiftesClairs font au bord de l'étang.
Sur le côté Nord de l'étang-Saumâtre 1 eft une gorge dont l'ouverture
vers la plaine s'appelait le Fond-du-Mortier, lorfqu'en 1691 1 on y mit
aufli un corps-de-garde avec 8 garçons, parce qu'il l'n'y avait point d'habitation qu'à 2 lieues en tirant vers la mer. C'eft là que palfe un chemin
qui conduit à la Partie Efpagnole & qui mène à la Roche-Blanche, canton
français limitrophe de Neybe.
Plus bas encore que le Gallet eft la Grande - Plaine 3 canton le plus
confidérable de la plaine du Cul-de-Sac & connu aufli en 1691. Il eft placé
à environ une lieue dans le Nord-Ef, au deffus du bourg de la Croix dés
Bouquets, & va jufqu'à l'étang.
Entre le même bourg & la Grande-Plaine , gagnant dans PEA en joignant
les montagnes, font les Petits-Bois & la Grande-Raque,
Du bourg allant dans le Nord, on traverfe les favanes du Blond, dont
une partie s'appelait en 1691, la Plaine de Saint-Sens. L'on trouve plus
haut P'Acul Efpagnol.
Defcendant de là vers la mer le long des montagnes du Nord, font les
Bouquets, & va jufqu'à l'étang.
Entre le même bourg & la Grande-Plaine , gagnant dans PEA en joignant
les montagnes, font les Petits-Bois & la Grande-Raque,
Du bourg allant dans le Nord, on traverfe les favanes du Blond, dont
une partie s'appelait en 1691, la Plaine de Saint-Sens. L'on trouve plus
haut P'Acul Efpagnol.
Defcendant de là vers la mer le long des montagnes du Nord, font les --- Page 305 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D DOMINGUE.
Varreux, canton qui a pris fon nom d'une efpèce de maringouins trèsgrands, ayant des jambes hautes & dont les piqûres font plus douloureufes
que celles du maringouin ou coufin ordinaire.
Après les Varreux > mais en gagnant plus au Nord le long de la mer,
eft le canton de la Saline, puis celui des Sources-Puantes & enfin celui
des
Bois-Blancs, 3 partagé entre la Croix des Bouquets & l'Arcahaye &
qui, en 1691, terminait tous les établiffemens du Cul-de-Sac.
C'eft dans la, plaine, à environ 600 toifes de la rive droite de la Granderivière & à environ 2,500 toiles au deffus de l'emplacement de l'ancien
bourg du Cul-de-Sac, qui était placé fur l'autre rive, qu'eft le bourg de
la Croix des Bouquets. Si l'on en croit la tradition, les Efpagnols avaient
placé dans ce lieu, une croix, que la piété chargeait de'couronnes
curées par les arbuftes voifins 2 &c l'on trouvait
il
1 proencore, y a quelques
années, un octogénaire, créol du Cul-de-Sac 5 qui affurait avoir vu & la
croix & les hommages que les Français lui rendaient à leur tour.
Au mois d'Avril 1761, M. Aubry , très-riche habitant de la plaine du
Cul-de-Sac, mais du canton de Bellevue. , qui eft de la paroiffe du Portau-Prince, ayant éprouvé une maladie dangereufe, il fit, avec Mme, fon
époufe > le voeu de bâtir à la Croix des Bouquets 1 qu'une ordonnancé de
MM. de Conflans & Maillart leur avait permis de confidérer comme leur
paroifle, à caufe de leurs infirmités, une églife, 9 au lieu de la petite chapelle qui y exiftait alors. Le père Euftachon 3 vice-préfet, fit à leur prière
un marché avec M. le Blanc de Saint-Chéron, qui reçut 210,000 livresy
pour la conftruétion de cet édifice. D'après l'autorifation des Adminiftrateurs,
les habitans aflemblés le 9 Août, acceptèrent le don &c le marché, &c l'un
& l'autre furent ratifiés par les Adminiftrateurs leg Août de l'année fuivante.
Cette églife, qui a les regiftres du Cul-de-Sac jufqu'en 1693, a été
folemnellement confacrée le 18 Décembre 1766 7 renverfée en 1770,
puis réédifiée & achevée en 1778, fous la direêtion de M. Boiflonnière
des Salines ; elle eft fur le côté Oriental de la place du bourg, maçonnée entre poteaux & a un fronton d'ordre dorique 1 avec une grande
porte & deux portiques. Des colonnes droites de bois marquent dans l'inté.
rieur une nef & des bas côtés, Derrière l'églife eft le
prefbytère 1 bâti
comme elle & entouré d'un mur depuis l'année dernière. Le terrain
qui
Oo2
êtion de M. Boiflonnière
des Salines ; elle eft fur le côté Oriental de la place du bourg, maçonnée entre poteaux & a un fronton d'ordre dorique 1 avec une grande
porte & deux portiques. Des colonnes droites de bois marquent dans l'inté.
rieur une nef & des bas côtés, Derrière l'églife eft le
prefbytère 1 bâti
comme elle & entouré d'un mur depuis l'année dernière. Le terrain
qui
Oo2 --- Page 306 ---
292 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
avoifine le prefbytère fert de cimetière & n'a nulle clôture,
arrêté depuis le 9 Août 1761, qu'il en aurait une.
quoiqu'on ait
Le bourg a fa longueur du Nord au Sud & fa largeur de TEfàlOueft.
Trois rues principales que trois autres coupent à angles droits, le diftribuent en 56 emplacemens d'une étendue différente.
Le 31 Mars 1778, les habitans de ce bourg chargèrent M.
leur fyndic pour Ia portion d'eau revenante à cet établiffement Renaudot,
diftribution de la Grande-rivière, de faire planter deux allées dans la
la place carrée qui eft au devant de l'églife & où les
d'ormes fur
nègres viennent former un marché le dimanche ; de faire conftruire des éclufes dans la favane
Noailles, pouryféparer la portion d'eau du bourg d'avec celle allant fur le
moulin Noailles , & d'en faire mettre fix petites à la tête des trois rues
du bourg, courant du Sud au Nord, pour diftribuer cette eau. Toutes ccs
dépenfes fe font montées à 8,275 livres qui, réunies à
livres
le bourg devait pour fon contingent à la diftribution de la 4500
que
ont fait 12,775 livres. Pour payer cette fomme il été Grande-rivière,
affemblée da
> a mis dans une
22 Décembre, une impofition de 21 fous par pied de facade
des emplacemens du bourg, faifant 11,394 livres, 12 fous & l'excédant a
été pris fur la paroiffe entière 2 parce que le
l'eau du bourg. On compte dans celui-ci
prefbytère a une portion de
une centaine de maifons, en y
comprenant même quelques barraques placées hors de fes limites &
font comme jettées au hafard dans le terrain dont il eft bordé.
qui
unes font maçonnées entre poteaux 1 le refte eft de bois. Leur couverture Quelques
eft communément d'effentes; il en eft cependant qui n'ont qu'un humble
toit de paille. Fas une feule n'a plus d'un rez de chauflée.
La population du bourg de la Croix des Bouquets peut être évaluée à
600 individus de tout genre 1 parmi lefquels fe trouve proportionnellement
beaucoup de gens de couleur libres.
Les cantons montagneux de la paroiffe de la Croix des Bouquets font : le
Penfez-y-bien, lés Crochus, le Fend-au-Diable, le
la
de la
Trou-d'eau, Gorge
Gafcogne 7 puis les Grands-Bois 7 qui viennent jufqu'au bord de
l'étang-Saumâtre 3 en partant du Sud de celui-ci le Boucan-Patate, le canton Saint-Jean, le Pays-Pourri, la Nouvelle-Lorraine
le Trou-Coucou.
ou Boucan-Greflin &
iffe de la Croix des Bouquets font : le
Penfez-y-bien, lés Crochus, le Fend-au-Diable, le
la
de la
Trou-d'eau, Gorge
Gafcogne 7 puis les Grands-Bois 7 qui viennent jufqu'au bord de
l'étang-Saumâtre 3 en partant du Sud de celui-ci le Boucan-Patate, le canton Saint-Jean, le Pays-Pourri, la Nouvelle-Lorraine
le Trou-Coucou.
ou Boucan-Greflin & --- Page 307 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
C'elt une prolongation de la chaine que j'ai appelée frontière, qui, au
moyen, de fes contreforts; 2 contourne le: Cul-de-Sac. Lun des prodigieux
cmbranchemens de cette chaine forme, comme je l'ai dit, tout le mafif,
qui, en fuivant la rive gauche de la rivière. de PArtibonite, va depuis le
point où. cette rivière trayerfe la chaine frontière, jufqu'à la pointe de SaintMarc,&. dou partent des branches fecondaires le long des extrémités
defquelles eft la- plaine de P'Arcahaye 3 féparée de celle du Cul-de-Sac
par un empatement qui n'eft qu'une colline adoucie.
La chaine frontière elle-même 5 arrivée aux Grand-Bois; femble s'écarter
un peu plus dans le Sud-Eft, comme pour laiffer plus de place à la plaine
du Gul-de-Sac., en donner une aux trois étangs &c procurer une communication avec la plaine de Neybe, Mais au moment oà cette: chaîne. va
prendre la direction de la pointe de Bahoruco, où elle fe termine, un autre
contrefort, d'une hauteur très-comfidérable, s'en détache & va; par des
chaines plus ou moins. allongées, plus ou moins, arides, atteindre l'extrémité de PIfle. vers Tiburon, en même tems qu'elle diftribue, comme
tant de points d'attache à fa droite Ki fa gauche, de petits
audont un. vient fermer la plaine du Cul-de-Sac du côté de la ville contreforts, du Portau-Prince.
Les cantons montagneux de Ia paroifle de la Croix des Bouquets, Cortiennent quelques hattes, des places-à-vivres & de belles manufactures à
café.
Celui du Trou-d'Ean, fi juftement renommé pour fon
qui eft dans le Nord-Nord-Ef du bourg de la Croix des rapport en café &c
Bouquets, tire fon
nom de ce que fur l'une des habitations qui le
aujourd'hui à M. Cottineau &t qui eft à environ cinq compofent mille toifes 5 appartenant
Nord-Oueft de
du bout
l'étang-Saumâtre, la nature a mis un trou avec une eau
très-peu potable, mais confidérée comme un grand
eft refufé au refte du canton.
avantage 7 parce qu'il
Le canton des Grands-Bois, , qui eft dans P'Ef de celui du
eft, de tous ceux des montagnes de la
Trou-d'eau,
paroifle 9 le plus digne
II s'étend depuis les limites du Mirebalais jufqu'à
d'éloges.
tance
l'étang-Saumitre, difd'environ trois lieues & demie du Nord au Sud, & depuis la limite
efpagnole jufqu'au chemin qui mène du Mirebalais au Port-au-Prince
*
Le canton des Grands-Bois, , qui eft dans P'Ef de celui du
eft, de tous ceux des montagnes de la
Trou-d'eau,
paroifle 9 le plus digne
II s'étend depuis les limites du Mirebalais jufqu'à
d'éloges.
tance
l'étang-Saumitre, difd'environ trois lieues & demie du Nord au Sud, & depuis la limite
efpagnole jufqu'au chemin qui mène du Mirebalais au Port-au-Prince
* --- Page 308 ---
29+ DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
par la gorge de la Gafcogne 1 ce qui donne environ cinq lieues de PER
à l'Oueft. Cette furface de près de dix-huit lieues carrées, qu'on voyait
encorc couverte il y a vingt ans des beaux arbres dont elle a emprunté
fa dénomination, eft maintenant chargée de cafeteries d'un étonnant produit.
C'eft là, que la manufacture qui mériterait 7 peut-être 9 d'être prife pour
modèle par toutes cclles du même genre & qui attire les vrais curieux,
a été commencée par M. Dartis en 1774, époque où l'on n'en comptait
qu'un petit nombre >' aux progrès defquelles les nègres marons oppofaient
des obftacles redoutés. Intelligence dans les diftributions ; théorie lumineufe
& pratique raifonnée, foit dans les travaux de la culture 1 foit dans l'art de
la fabrication; principes éclairés & doux, dans le gouvernement des nègrés,
M. Dartis y a tout réuni &c un fuccès brillant, mais fur tout mérité, a
couronné tous fes efforts. A tant d'avantages 1 j'ai prefque dit au titre de
fondateur du canton des Grands-Bois, ce colon eflimable a réuni le mérite
rare 1 principalement en culture coloniale, de ne vouloir pas facrifier l'avenir
tout entier au préfent , & de penfer que la recherche des moyens par
lefquels on pourrait conferver la culture du cafier dans le même fol; méritait tous fes foins. Il a trouvé que le père de famille pouvait jouir &
tranfmettre à fa poftérité un champ fécond , fans fe livrer à cet égoifme
qui porte la coignée par tout, & la démonftration de cette poflibilité qui
conferve à,1 l'État une immenfe reflource 1 eft un dcs plus beaux préfens
qu'un citoyen puiffe faire à fon pays
Le canton des Grands-Bois, fi remarquable par fa fertilité pour le cafier
eft néanmoins aflez privé d'eau courante pour qu'il faille s'y défaltérer avec 1
celle des mares ou des citernes. Quelques perfonnes y ont fait pratiquer des
puits pour atteindre, une grande profondeur 1 celle qui fous cette montagne
fe dirige fans doute vers des points plus bas & particulièrement vers l'étangSaumâtre.
La rivière aux Roches contient cependant un beau volume d'eau, qu'aug-
(*) Je goute une jouiffance réelle 3 à dire que M. Dartis à bien voulu me communiquer
fes idées à cet égard, & que méme à Philadelphie > qu'il habite depuis 1791 & où les événemens politiques nous ont réunis , il m'a encore enrichi de plufieurs notes intéreffantes
fur la culture & fur la préparation du café.
bas & particulièrement vers l'étangSaumâtre.
La rivière aux Roches contient cependant un beau volume d'eau, qu'aug-
(*) Je goute une jouiffance réelle 3 à dire que M. Dartis à bien voulu me communiquer
fes idées à cet égard, & que méme à Philadelphie > qu'il habite depuis 1791 & où les événemens politiques nous ont réunis , il m'a encore enrichi de plufieurs notes intéreffantes
fur la culture & fur la préparation du café. --- Page 309 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE
aiente la rivière d'A-Gauche, groflie elle-même par de magnifiques cafcades ;
mais la rivière aux Roches borde l'extrémité Septentrionale des GrandsBois, & celle d'A-Gauche eft encore plus au Nord, & dans le Mirebalais.
Les Grands-Bois les dominent l'une & l'autre à une très-grande hauteur, &
le voyageur allant du Cul-de-Sac au Mirebalais par la gorge de la
qui n'a ceflé de monter péniblement pour atteindre le point où la rivière Gafcogne de la 3
Gafcogne reçoit celle aux Roches au haut de la gorge 1 ne peut aflez s'étonner
de la rapidité de la defcente que parcourt un autre voyageur venant du fommet
des Grands-Bois au Mirebalais, avant d'arriver au même confluent.
Les Grands-Bois contiennent encore, malgré l'établiffement de 84 cafeteries
des arbres très-précieux pour les habitans du canton & même
ceux de la, plaine. On y voit auffi de fuperbes palmiers de tous les pour
& particulièrement des lataniers qui les farmontent tous. Dans le genres;
fait face au Sud & qui n'eft pas propre à la culture,
revers qui
1 font les aloes-pite,
qu'on retrouve, à la même pofition 7 dans toutes les parties montueufes de Ia
paroiffe. Ces derniers offrent aux nègres 1 qui en. .tirént un
la matière de toutes les cordes utiles aux habitations très-grand bénéfice, 4
coloniales, où elles
fuppléent abfolument les cordes de chanvre & de lin. Cette pite fert encore
a compofer tout ce qui eft néceffaire pour enharnacher les animaux de trait
ou de charge ; &c le latanier procure, à fon tour, de quoi former des
des facs', dont le prix encourage bien l'induftrie du nègre les paniers &
délaflant.
qui fait en fe
Le canton' du Boucan-Patate cft, a caufe des
aflez
celui des Grands-Bois. Pour
étangs ,
éloigné de
y aller, on fait depuis la fin de la plaine une lieue
& demie en traverfant le Fond-Parifien; de là on tourne vers le
& l'on fait deux lieues dans un fol haché &c graveleux
Sud-Ef,
mencement du Fond-Verrettes
pour arriver au com-
; puis ayant parcouru celui-ci pendant une
lieue& demie >* on arrivé au pied de la montagne du
fa direétion de PES à l'Oueft &
Boucan-Patate, qui a'
qui eft un moyen de jonction entre la mon-'
tagne du Mexique & celles de Bahoruco. Il faut faire environ deux lieues
pour parvenir au fommet de la montagne du Boucan-Patate.
Le canton de fon nom forme un béau pays, où Ia température eft affez
froide pour que le cafier.n'y parvienne pas à une maturité parfaite le
l'orge > l'avoine y réufliffent très-bien', & les
; blé 7
légumes 2 notamment les choux 2
la mon-'
tagne du Mexique & celles de Bahoruco. Il faut faire environ deux lieues
pour parvenir au fommet de la montagne du Boucan-Patate.
Le canton de fon nom forme un béau pays, où Ia température eft affez
froide pour que le cafier.n'y parvienne pas à une maturité parfaite le
l'orge > l'avoine y réufliffent très-bien', & les
; blé 7
légumes 2 notamment les choux 2 --- Page 310 ---
296 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
les carottes & les narets, y font d'une étonnante beauté. Ce qui
furprendre,c'efl quie ce lieu donne d'excellentes
a droit de
figues rouges.
Le canton Saint-Jean eft fitué de manière
de la Croix des, Bouquets, il faut
que pour s'y rendre. , en venant
faire tout le chemin que j'ai décrit à
l'article du Boucan-Patate, Enfuite, du fommet de la
de
gagnant toujours au Sud-Eft, on arrive à des favanes montagne où
ce nom- x
moufles & rien que des bois réfineux. On les
l'on trouve des
d'une autre
traverfe, 8c on parvient au pied
montagne, , ayant ainfi fait quatre lieues depuis le Boucan-Patate.
faut de ce point contourner un peu les épatemens du morne
II
Sud & l'on fuit une voie tellement
> puis l'on va au
tortueufe. , qu'elle eft quelquefois
vers l'Oueft, Enfn, après avoir fait environ deux
dirigée
du morne dont je viens de
lieues, comptées du pied
parler, on eft au Boucan-Commifaire, non d'un
point où les deux commiflaires, français & efpagnol
limites
, chargés du tracé des
en 1776, firent une halte. Du Boucan.Commifaire, montant
morne peu élevé, on atteint, , à une petite lieue, P'habitation
un
établiffement du canton Saint-Jean.
Durege 3 premier
Ce n'eft que cette année ( 1789) que M. Courty, arpenteur de la
de la Croix des Bouquets 5 a commencé à donner des certificats, fur paroiffe
les premières conceffions de ce canton ont été
lefquels
accordées., &: M.
autre arpenteur & voyer de la même
a
Louis,
paroiffe 1 continué, Je ne fais
le nom de Saint-Jean a été donné à ce canton, borné
pourquoi
au Nord le Boucanau
Patate; Nord-Eft, par l'établiffement des
par
nègres marons du Maniel; à
LEft, par la ligne des frontières; au Sud & à
le
l'Oueft, par canton du
Sale-Trou, de la paroifle des Cayes de Jacmel.
Ce canton a ainfi une portion de plaine & une portion
l'on y compte 144 conceflions de 100 carreaux chacune. Le montagneufe fol.
&
y eft en
géneral d'une terre rouge & franche très-produ@tive, &c Pon peut cultiver avec avantage; la canne à fucre, le cafier & l'indigo. L'eau y eft
n'y
pas commune 3 mais on y rencontre des fources qui paraiffent & difparaiffent
fréquemment, ce qui donne l'efpérance de les rendre utiles avec quelques
travaux.
A peu près vers le milieu du canton, pris de P'EA àl POueft, mais plus
près du Nord que du Sud, dans la montagne & fur la conceffion Rouillé
elt une caverne dont les côtés extéricurs, coupés dans le roc ont 9
plus
de
L'eau y eft
n'y
pas commune 3 mais on y rencontre des fources qui paraiffent & difparaiffent
fréquemment, ce qui donne l'efpérance de les rendre utiles avec quelques
travaux.
A peu près vers le milieu du canton, pris de P'EA àl POueft, mais plus
près du Nord que du Sud, dans la montagne & fur la conceffion Rouillé
elt une caverne dont les côtés extéricurs, coupés dans le roc ont 9
plus
de --- Page 311 ---
FRANÇAISE. DE SAINT-DOMINGUE,
de cent pieds de haut. L'entrée en eft fort bafle & l'intérieur va en amphithéâtre. Une voûte en dôme couvre cet intérieur à environ vingt pieds
d'élévation, & par un trou de 8 ou IO pieds de diamètre, placé au milieu
de ce dôme 1 palle un volume d'eau de 4. pieds de circonférence
2 que
reçoit un baffin de 15 à 20 pieds de diamètre & de 7 à 8 pieds de profondeur. Cette eau limpide & fraiche fe perd bientôt à travers les rochers.
Elle alimente feulement, hors de la caverne, une faible ravine, qui, ellemême > ne tarde pas à difparaître 3 c'eft cet enfemble que M. Louis a
appelé la Fostaine-Merveilleufs,
Le canton Saint-Jean contient une immenfe quantité de boeufs fauvages,
de cochons marons > de ramiers & fur tout d'excellens perroquets. Tous les
bois font grands & des elpèces qu'on eftime le plus ; le bois-rouge y eft
fort commun. Dans la partie des montagnes, la température eft très-douce,
mais elle acquiert de la chaleur à mefure qu'on arrive vers la plaine.
Il eft difficile de ne pas confidérer comme un empiétement de la
roiffe de la Croix des Bouquets fur celle des Cayes-de-Jacmel, la dépendance paoù le canton Saint-Jean fe trouve aujourd'hui de la première. L'ordonnance
des Adminiftrateurs du 18 Juin 1788, avait décidé que les deux paroiffes
auraient pour bornes communes, la crète de Ia montagne de la Selle jufqu'à
celle du Mexique. Or, le Mexique eft entre l'extrémité Eft de la Selle
& l'extrémité Oueft du Boucan-Patate, s & le canton Saint-Jean fe trouve
avoir au Nord le Boucan-Patate, qui court, comme la Selle, de PER à
I'Oueft; ce canton a donc franchi les limites fixées par l'ordonnance de 1788.
La paroiffe des Cayes-de-Jacmel a fait valoir ces raifons
géographiques >
lorfque l'arpenteur Courty a commencé à délivrer des certificats ; mais les
Adminifrateurs, plus frappés des avantages d'une extenfion de culture que
d'une ufurpation idéale au fond, ont déclaré, par les conceffions du canton Saint-Jean, qu'il dépendrait de la Croix des Bouquets.
Après le canton Saint-Jean, 3 les autres cantons montagneux fe trouvent
adoffés à la face Sud de la montagne de la Selle. Cette
pris fon nom de fa forme &
ne faut
confondre montagne 2 qui a
qu'il
pas
avec le morne la
Selle qui eft entre le Mirebalais & les Verrettes, prolonge de l'Eft-Nord.
Et dans T'Oucf-Sud-Ouclt, celle du Mexique & vaj jufqu'à un autre point,
qui correfpond à la paroiffe de Jacmel, où elle trouve la montagne à Guimby,
Tome 1I.
P
P
montagne de la Selle. Cette
pris fon nom de fa forme &
ne faut
confondre montagne 2 qui a
qu'il
pas
avec le morne la
Selle qui eft entre le Mirebalais & les Verrettes, prolonge de l'Eft-Nord.
Et dans T'Oucf-Sud-Ouclt, celle du Mexique & vaj jufqu'à un autre point,
qui correfpond à la paroiffe de Jacmel, où elle trouve la montagne à Guimby,
Tome 1I.
P
P --- Page 312 ---
298 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Elle eft abfolument inculte. Sa hauteur
perpendiculaire au de.Tus du niveau
de la mer eft, felon la mefure prife en 1766, par M.
Moreau, aétuelle.
ment ingénieur aux Cayes 7 de 1,155 toifes.
A fon fommet, , près du Mexique > on trouve par tout, dans un fol
où l'on n'apperçoit que quelques arbuftes chétifs &c
aride,
réfineux, des trous
en forme d'entonnoirs, ayant depuis deux jufqu'à fix pieds de
& des bords rocailleux & déchirés. Des
diamètre
pierres jettées à deflein dans ces
entonnoirs y roulent plus ou moins long-tems, & quelquefois même l'on
croit les entendre tomber dans l'eau.
On n'avait jamais atteint le fommet du bout oppofé de la Selle,
M. l'abbé Madoulé 2 maître de
lorfque
M.
mathématiques - M. le comte de Bermont &
Toupin jeune y parvinrent 3 le Ie, Février 1788. D'après la relation de cette courfe > imprimée dans les Affiches Américaines le 28 Avril fuivant, ces Meflieurs font arrivés à ce fommet par le Nord-Oueft de la
montagne 2 étant alors à environ IO lieues du Port-au.Prinee. Ilsy ont trouvé
un terrain plane rempli de fouilles de cochons marons & arbres
hauteur
9 des
d'une
ordinaire couverts de mouffe ; des ramiers 1 des caleçons
des piverts. Ils y ont entendu 1 depuis huit heures du foir
rouges 3
heure du matin des cris lugubres, imitant la voix humaine
jufqu'à une
bués d'autant plus volontiers à des oifeaux
1 qu'ils ont attrinocturnes, qu'ils ont vu des plumes
reffemblantes à celles du cygne au bord d'une efpèce de caverne. On
découvre de ce fommet, fuivant les mêmes curieux
1 la mer vers le CapRouge; ; un lieu qu'ils croyent être les Cayes de Jacmel; la mer du golfe de
l'Oueft, & celle qui eft au Nord de PIle. En figne de leur découverte, ils
mirent au haut d'un arbre un pavillon blanc. Ce récit, que l'on n'a
contredit, aurait dû contenir quelque chofe fur ce qu'ont rapporté des pas
fonnes qui avaient gagné la fommité de quelques embranchemens de la perd'arbres que l'on croit réfineux & qui ont entr'eux des intervalles , font nature
la Selle paraît dentelée fupérieurement & parler du climat
qui que
; puifqu'au pied de
cette montagne il fait un froid que l'on trouve douloureux, & qui eft aflez
grand pour que les cafiers foient rabougris.
Après le canton du Pays-Pourri, ainfi appelé parce qu'ilrecevait beaucoup de
pluie avant qu'on y cultivât le cafier, ce qui eft affez récent, vient le canton
de la
Nouvelle-Lorsine, qui a reçu fon nom, fubftitué à celui de BoucanGreffin, de fes babitans actuels, MM. La Croix-Villeneuve, confeiller du
oureux, & qui eft aflez
grand pour que les cafiers foient rabougris.
Après le canton du Pays-Pourri, ainfi appelé parce qu'ilrecevait beaucoup de
pluie avant qu'on y cultivât le cafier, ce qui eft affez récent, vient le canton
de la
Nouvelle-Lorsine, qui a reçu fon nom, fubftitué à celui de BoucanGreffin, de fes babitans actuels, MM. La Croix-Villeneuve, confeiller du --- Page 313 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Confeil fupérieur, Locquet, fermier-général des poftes, Petit, arpenteur.
général 1 &c, &c., auxquels il rappelle leur patrie primitive. Ce canton eft
très-peu étendu & n'eft pas très-fécond. Dans le moindre tremblement de
des morceaux de rochers s'écroulent & comblent les chemins.
terre,
Ce féjour femble être chéri par l'oifeau muficien
le rencontre, &
3 puifqu'à chaque pas on
que par tout on eft égayé de fes douces modulations.
Enfin vient le Trou- Coucou, qu'une ravine qui fe jette dans la Granderivière fépare de la Nouvelle-Lorraine, Le cafier eft cultivé
les cantons qui le précèdent.
y
comme dans
La température de la paroiffe de la Croix des Bouquets eft féche,
celle de tous les points qni font dans l'Oueft de la chaîne frontière. comme Il
pleut point d'ordinaire depais le mois d'Oétobre
n'y
celui
jufques vers Ia moitié de
d'Avril, fi ce n'eft lorfque le vent du Nord ou du Sud
jours 3 durant
il tombe fans
règne 4 ou 5
lefquels
2 difcontinution, une petite pluie très-fine,
qui cache la vue du Ciel. Mais il eft rare que cela arrive plus de deux
trois fois pendant ces fix mois, & ces vents du Nord ou du Sud font les feuls ou
qui donnent de la pluie le matin. Comme il fait dans cette période
doux & agréable, on appelle cette demi-année
eft
un tems
la faifon de Phiver. Dans le Nord du
2 qui le tems des récoltes 3
12 & du 13 Mars 1788,le thermomètre
eft defcendu à 9 degrés au-deffus de glace au Pays-Pourri.
Dans les autres fix mois il pleut plus ou moins , quelquefois tous les
quelquefois une feule fois en 8 ou IO jours , mais communément
jours ;
entre 4 & IO heures du foir. On a vu des années, &c notamment P'après-midi,
où cette. faifon eft privée d'eau. Ces
1750 & 1751,
pluies viennent par grains & par bourrafques ; elles tombent avec une force quin'eft connue que dans la Zône Torride , & alors tous les courans d'eau deviennent des torrens, & la Granderivière ne manque jamais d'entraîner quelques viétimes. Les
font cependant pas longs, parce que dans cette partie les débordemens ne
pente & un cours affez droit.
eaux ont & de Ia
Vers la mi-Juin 2 les pluies ceffent pendant trois femaines ou
procurent ce qu'on appelle P'Été de la Saint-Jean. Ce
un mois, &
recommencent
tems expiré, 2 les pluies
prefque tous les foirs, , mais accompagnées d'éclairs &
d'un tonnerre furieux, qui femble augmenter à mefure
d'éclats
mois de Septembre & d'Oétobre.
qu'on approche des
P P 2
eaux ont & de Ia
Vers la mi-Juin 2 les pluies ceffent pendant trois femaines ou
procurent ce qu'on appelle P'Été de la Saint-Jean. Ce
un mois, &
recommencent
tems expiré, 2 les pluies
prefque tous les foirs, , mais accompagnées d'éclairs &
d'un tonnerre furieux, qui femble augmenter à mefure
d'éclats
mois de Septembre & d'Oétobre.
qu'on approche des
P P 2 --- Page 314 ---
300 DESCRIPTIO N DELAPARTIE
Des obfervations faites fur une habitation fituée à une lieue dans le NordOueft de la Croix des Bouquets, établiffent qu'en 1785 il y eut 62 jours
pluvieus, qui donnèrent 35 pouces 1 9 lignes * d'eau, & en 1786, , 44. jours
pluvieux, qui en donnèrent 28 pouces.
Le 12 Août 1789, il eft tombé de la grèle dont les grains ont varié en
grofleur depuis celle d'une noifette jufqu'à celle d'un ceuf de pigeon. Douze
dc ces grains, pris fans choix, demeurèrent expofés pendant une heure & un
quart dans un vafe 7 à l'air libre, avant de fe liquéfier.
Pendant les fix mois d'hiver, les brifes font affez réglées ; c'eft-à-dire que
celle de terre qui vient depuis le Nord-Eft jufqu'au Sud-Eft, règne depuis IO
heures. du foirjufqu'à IO heures du matin, & qu'elle eft remplacée par la brife
du large, veiant de l'Oueft pendant douze autres heures. Cependant ce partage
égal eft affez rare, & la brife de terre fe prolonge même jufqu'à une heure
dc l'après-midi.
Durant les fix autres mois, la brife de l'Oueft manque quelquefois pendant
trois femaines de fuite. Alors la brife d'Eft fouffe avec impétuofité; elle
defféche & crifpe tout, & fa violence bien fentie, fur tout dans le canton de
la Grande-Plaine, femble augmenter encore à l'époque des deux folitices, &l'air
eft obfcurci par une pouffière qui pénètre tout. Quelquefois c'eft la brife d'Oueft,
qui au lieu de ceffer le foir augmente & continue avec force jufqu'au point du jour:
C'eft d'ordinaire entre l'Été de la Saint-Jean & le mois de Septembre que
Ja Croix des Bouquets eft fujette à d'horribles tempêtes, 3 qui équivalent à de
petits ouragans, 1 venant de PEf ou du Sud-Ef, qui couchent les cannes 9
déracinent les arbres', découvrent & renverfent les bâtimens.
Le 6 Juillet 1751, on éprouva un de ces ouragans. Il commença vers
huit heurcs & demie du foir par un vent de Nord-Eft, qui devint furieux à
neuf heures. Le prefbytère du Cul-de-Sac & les bâtimens qui en dépendaient
furent entièrement découverts, & les gros arbres des environs arrachés. Les
purgeries de l'habitation Santo, les fucreries &x les moulins de plufieurs autres
furent bouleverfés. Par tout, les cannes d'immenfes champs furent détruites
ou rendues impropres à donner du fucre. Des cafes renverfées ayant pris en feu
dans plufieurs points, l'incendie détruift les bâtimens de plufieurs manufactures
& des cafes à bagaffes heureufement que le vent diminua à neufheures & demie.
Le 20 Septembre de la même année, 2 il y eut un femblable ouragan 8r.
les mêmes dommages.
és. Par tout, les cannes d'immenfes champs furent détruites
ou rendues impropres à donner du fucre. Des cafes renverfées ayant pris en feu
dans plufieurs points, l'incendie détruift les bâtimens de plufieurs manufactures
& des cafes à bagaffes heureufement que le vent diminua à neufheures & demie.
Le 20 Septembre de la même année, 2 il y eut un femblable ouragan 8r.
les mêmes dommages. --- Page 315 ---
FRAI NÇAISE D'I E SAINT-DOMINGUE. 30r.
Le 16 Avût 1788, ouragan terrible qui a renverfé maifons, cafes 3 magafins
à vivres, détruit les plantations, écrafé des nègres fous les ruines de leurs
afiles. Dans les montagnes 1 beaucoup de ces infortunés font morts du
froid, contre lequel ils n'avaient plus d'abri.
Le 12 Août 1785, la foudre tomba vers 6 heures du foir fur une faillie
de. plus d'un pied, couverte de fer blanc, placée à l'extrémité de la maifon
de M: Pillié ainé, au canton du Galet 1 perça la couverture de paille fans
l'enflammer, 7 brifa le poteau qui foutenait la faillie, fe gliffa dans une armoire
bien clofe, &c tua M. Pillié qui allait l'ouvrir.
J'ai déjà eu l'occafion d'annoncer que la Partie de l'Oueft était la plus en
proie aux défaftres des tremblemens de terre , &x la Croix des Bouquets femble
être un des lieux qui y font, le plus. expofés. Le 15 Mai 1751, on en
éprouva une légère fecouffe; le 18 O@tobre. 3 à deux heures après-midi, il en
fit de violentes; ; puis le 21 Novembre à 8 heures du matin 7 maifons d'habitation ou de manufadtures furent toutes renverfées dans plufieurs endroits de la
plainé du Cul-de-Sac. De crevaffes, , qui fe formèrent dans divers points 3
fortirent d'abondantes fources d'une eau infeôte, & dans d'autres, des portions
montagneufes écroulées 2 forcèrent les rivières à fe former d'autres lits.
Enfn l'épouvantable tremblement de terre du 3 Juin 1770 renverfa toutes
les maifons & toutes les manufactures; la terre fut ouverte &c fillonnée dans
un grand nombre d'endroits. Les montagnes eurent auffi des marques de
deftruétion. La Grande-rivière qui avait difparu , revint au bout de 16 heures
avec impétuofité. Mais c'eft à Particle du Port-au-Prince que je traite avec
détails ces tremblemens de terre. Je me borne ici à dire que les fecoufles de
ce dernier furent fi violentes dans tout le Cul-de-Sac, qu'on crut que PIfle
entière touchait au moment de fa deftruction. Cependant la fertilité du for
& l'induftrie des cultivateurs firent difparaitre en peu de tems les ravages de
eet horrible Aéau. Les conftructions ont été refaites d'une manière plus fomptueufe, & ce bouleverfement eft oublié 1 excepté dans les momens où de
petites fecoufles réveillent des frayeurs qui ceffent avec elles.
La paroifTe de la Croix des Bouquets & la plaine du Cul-de-Sac en général
pallent pour être fains. Le jeu des deux brifes y tempèrent la chaleur ;
néanmoins quand celles de P'Ef font dans leur véhémence & carabinées 1
pour me fervir du mot de Saint-Domingue, on eft dans une fituation pénible
oublié 1 excepté dans les momens où de
petites fecoufles réveillent des frayeurs qui ceffent avec elles.
La paroifTe de la Croix des Bouquets & la plaine du Cul-de-Sac en général
pallent pour être fains. Le jeu des deux brifes y tempèrent la chaleur ;
néanmoins quand celles de P'Ef font dans leur véhémence & carabinées 1
pour me fervir du mot de Saint-Domingue, on eft dans une fituation pénible --- Page 316 ---
302 DESCRIPTIO N DE L. A PARTIE
parce qu'on eft réduit à fe tenir enfermé pour être à l'abri de fon impétuofité
& qu'alors l'air qu'elle defféche & raréfie 7 fatigue les poumons. Elle rend
tout brâlant, 9 &c le linge blanc qu'on prend femble fortir de deffous le fer de
la repaffeufe.
Les maladies font encore ici de la nature de celles des lieux chauds &
fecs, & les éruptives y font affez dangereufes. Le
farampion 3 efpèce de
rougeole, y a moiffonné des enfans blancs &. des adultes nègres,
la fin de 1782 julques vers le mois d'Avril 1783depuis
Une particularité du Cul-de-Sac, c'eft l'ufage général & l'énorme confommation qu'on y fait des poudres d'Ailhaud 5 qu'on
efpèce de
y regarde comme une
fpécifique.
On trouve à la Croix des Bouquets, fur l'habitation Couflard à la
Grande-Plaine, des boeufs qui font la defcendance de ceux procréés
des buffles avec des vaches. On les diftingue à la boffe
ont par
qu'ils
encore
fur le dos. Vers le Trou-Cayman & dans les points inférieurs
vers la
mer $ il y a une prodigieufe quantité de gibier marin au mois d'Août.
Les portions falineufes de la plaine & fur tout le voifinage de
l'étang,
procurent d'excellens moutons & rendent les brebis très-fécondes.
En général, toutes les produétions du Cul-de-Sac font
belles 3 dans les
trois règnes de la nature. On y voit & en abondance, 2 de belles volailles
de tous les genres. A la vérité, les brifes empêchent que les arbres fruitiers
ne foient communs 3 mais les légumes y font magnifiques & du raifin de
Sauvignon, tiré du Bordelais, 1 y réuffit à merveille. Ce raifin demande à
être défendu de la grande chaleur du foleil. Il vient avec ou fans échalas
& fournit deux récoltes par an. Quelques perfonnes en obtiennent trois en
multipliant les tailles, mais c'eft aux dépens de la vigne.
Le fel marin s'offre dans plufieurs points de la Croix des
Bouquets &c
particulièrement dans celui qui forme le canton de la Saline.
Au pied des montagnes qui font au Nord-Oueft de la
&c loin
de la mer, fortent deux fources jailliffantes d'eaux
plaine non
reufes
thermales 3 fulphu1 qui 3 après avoir rempli deux excavations de 3 à 4 pieds de
profondeur fur 25 ou 30 d'une circonférence irrégulière coulent
la mer. En 1759, M. Jacques Guyon de Chabanne, 7
vers
expofa aux Adminiftrateurs, qu'il était parvenu, à l'aide de médein-botanifte 9
plufieurs fimples
jailliffantes d'eaux
plaine non
reufes
thermales 3 fulphu1 qui 3 après avoir rempli deux excavations de 3 à 4 pieds de
profondeur fur 25 ou 30 d'une circonférence irrégulière coulent
la mer. En 1759, M. Jacques Guyon de Chabanne, 7
vers
expofa aux Adminiftrateurs, qu'il était parvenu, à l'aide de médein-botanifte 9
plufieurs fimples --- Page 317 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE, 303
de la Colonie, à guérir des maladies jugées incurables &c qu'il avait eu
depuis un an, l'idée de leur allocier l'effet de ces eaux, qui avaient par.
faitement réuffi ; qu'en conféquence, il avait le deflein d'en rendre les bains
falutaires, en divifant ceux dont le degré de chaleur eft difencore plus
férent &c en procurant à tous un écoulement qui en renouvellerait l'eau à
chaque inftant & la rendrait plus pure. Le 3 Décembre, les Adminiftrateurs 1 en confirmant ce qui était dit du fuccès des eaux, > autorisèrent
exclufivement M. Guyon, à faire tout ce qui ferait convenable pour en
faciliter l'ufage & même pour loger les malades.
Le terrain où font ces fources s vulgairement connues fous le nom de
Seurces-Puantes, ayant de la pierre & du bois 1 qui doivent être néceffairement rares dans une terre d'alluvion aufli cultivée que celle du Cul-deSac, il avait toujours été confervé pour une efpèce de commune. Cependant
le 15 Février 1746 , Larnage &c Maillart le concédèrent à M. Ricord s
toujours occupé de quelques travaux publics, auxquels la pierre & la chaux
étaient nécellaires ; mais dès le II OStobre fuivant 5 les mêmes Adminiftrateurs avaient réduits fa conceffion à 16 carreaux & avaient déclaré le
furplus inceflible, attendu les befoins des habitans.
Ces fources 1 placées prefqu'aux limites du Cul-de-Sac avec l'Arcahaye
vers un angle que forme la côte, , quilà, court du Nord au Sud jufqu'après
la ville du Port-au-Prince 4 tiennent en diffolution un fulfure alcalin s un
véritable foie de foufre, réfultat de lunion de la chaux avec le foufre s par
la voie humide & chaude. Ce fulfure étant décompofé, d'abord par l'acide
de l'air & plus encore après par l'acide muriatique que les fources rencontrent bientôt, il s'en dégage un gaz hépatique ou gaz hydrogène fulfuré,
& le foufre fe précipite 5 comme on le reconnaît au jaune orangé des bords
des fources 1 qui coulent , par différens petits filets, entre des pierres craieufes
& des fpaths calcaires. Parvenue un peu plus loin, , cette nuance s'affaiblit
&c devient d'un jaune verdâtre; & lorfqu'enfin, ces eaux font près du
rivage & qu'ayant été ainfi plus long-tems expofées à l'aétion de l'air, elles
ne contiennent plus qu'un fulfate calcaire 1 elles noirciffent toute l'étendue où la mer n'a pas une action capable d'entrainer leur écoulement ni
la vafe de la mer même 2 &c elles dépofent en chemin un enduit noirâtre
fur les bords de cette même étendue 1 où cet enduit forme une efpèce de
croâte.
font près du
rivage & qu'ayant été ainfi plus long-tems expofées à l'aétion de l'air, elles
ne contiennent plus qu'un fulfate calcaire 1 elles noirciffent toute l'étendue où la mer n'a pas une action capable d'entrainer leur écoulement ni
la vafe de la mer même 2 &c elles dépofent en chemin un enduit noirâtre
fur les bords de cette même étendue 1 où cet enduit forme une efpèce de
croâte. --- Page 318 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
L'odeur qu'eshalent ces fources chaudes eft, comme le dit affez leur nom
de Sources-Puantes > extrêmement fétide. On en eft frappé à plus d'un quart
de lieue" , fur tout quand l'atmofphère eft pefante. C'eft, fans doute, à ces
émanations qu'il faut attribuer le foin avec lequel les oifeaux s'éloignent de
ce local. , où l'on affure. 1 d'ailleurs, qu'il eft très-difficile de trouver des
infeêtes. On n'y voit non plus que quelques caêtes fur des côteaux aflez
éloignés > ou des algues dans la partie où les eaux font ftagnantes. Les
gros animaux ne redoutent point ces fources, car il eft certain que les
beftiaux s'y défaltèrent. Quant à Phomme, ce que j'ai rapporté des effais
de M. Guyon de Chabanne, conftate qu'on a eu tort de ne pas rendre
plus fréquent le fuccès : qu'ont ces eaux employées en bains dans les maladies cutanées & contre les vieux ulcères.
La couleur verte des eaux des Sources-Puantes 1 les faifait confidérer
depuis bien long-tems, comme Pindication d'une fource cuivreufe 1 puifque les
Adminiftrateurs écrivaient au miniitre le 20 Juillet 1715, que plufieurs per:
fonnes entr'autres M. Dubois, commandant du Cul-de-Sac, avaient fondé
ces fources avec cette opinion.
Au nombre des curiofités de la Croix des Bouquets eft , fans contredit $
l'étang-Saumitre, dont la ligne frontière met la moitié dans la Partie Françaife. J'ai dit, dans la Defcription de la Partie Efpagnole qu'il exifte
dans cet endroit de PIfle trois étangs, dont le plus grand eft appelé étangSalé, à caufe de la faveur de fes eaux, ou Henriquille Petit - Henri, >
parce que le cacique de fon nom s'était réfugié dans un petit ilet, placé
yers fon milieu, ou lac de Xaragua, du nom du royaume où il fe trouvait.
L'étang-Doux, qui eft le fecond 5 appelé Laguna Icotea (étang des
Tortues , doit fon épithete françaife à fes eaux, qu'entretiennent des pluies &
l'écoulement des ravines. L'un & l'autre font fur le territoire efpagnol.
L'étang-Saumitre, qui eft à deux lieues dans le Nord-Oueft de l'étangSalé, avec cinq lieues de long du Nord-Oueft au Sud-Eft, fur trois & demie
dans fa plus grande largeur. 1 a vingt-deux lieues de tour. On prétend
qu'il n'a que 4 pieds d'élévation au deflus du niveau de la mer 1 tandis que
la hatte le Meilleur, qui eft placée plus à T'Oueft, en a vingt-deux. Il
eft environné de mornes, excepté du côté Sud, où eft le Fond-Parifien ; fes
bords font plats. Comme le Grand-étang il a des caymans 7 des tortues de
terre
. 1 a vingt-deux lieues de tour. On prétend
qu'il n'a que 4 pieds d'élévation au deflus du niveau de la mer 1 tandis que
la hatte le Meilleur, qui eft placée plus à T'Oueft, en a vingt-deux. Il
eft environné de mornes, excepté du côté Sud, où eft le Fond-Parifien ; fes
bords font plats. Comme le Grand-étang il a des caymans 7 des tortues de
terre --- Page 319 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 305
terré , de petits poillons de trois ou quatre elpèces, des têtards &c une
forte d'anguille.
Entre le Grand & le Petit-étang 7 dans la petite plaine des Verrettes , -
l'on trouve des fources qui répandent une forte odeur de foie de foufre.
Je perfifte à regarder comme la caufe du goût âcre des eaux de l'étangSaumâtre, la montagne de fel foffile qui l'avoifine. Elle n'empêche pas que
les beftiaux n'en boivent habituellement.
Un phénomène qui doit fixer l'attention, c'eft que depuis le tremblement de terre du 3 Juin 1770, jufqu'à préfent, l'étang-Saumâtre a aflez
diminué, pour abandonner plus de cinq cents carreaux, valeur d'environ une
demi-lieue carrée de furface, qu'il couvrait alors.
La dépendance dans laquelle la Croix des Bouquets a été originairement
de la paroiffe du Port-au-Prince, fait que leurs états de population fe con1fondent encore. On peut cependant compter que la population propre de la
Croix des Bouquets eft d'environ 1,000 blancs, 700 affranchis &e 30,000
efclaves. Il n'y avait en 1765, qu'environ 12,000 dc ces derniers.
La milice, qui en 1765, avait 250 hommes en tout, &c en 1783, 183
blancs, 90 mulâtres &c 44 nègres, eft formée maintenant de deux compagnies de fufiliers 8c une de dragons blancs deux de dragons mulâtres
& une de dragons nègres, ce qui peut donner 300 blancs & environ 21Q
affranchis.
On peut évaluer le nombre des fucreries de la paroiffe à 94, dont 441 font du
fucre brut. Celle la Toifon-Rocheblanche 3 du canton de Ia Grande-Raque
près celui des Petits-Bois, eft réputée la meilleure, par la qualité égalc
de fon fol, fa fituation & le concours de tous les avantages que le cultivateur 8c le manufacturier peuvent défirer. On y fabrique annuellement
environ 1,400 milliers de fucre brut. La fucrerie Brancas-Cerefe 2 fituée
aux Varreux, la plus étendue de toutes, puifque M. Grandhomme, , ayeul
de Mde, la ducheffe de Brancas-Cerefe poffédait 9 3 mille carreaux de terre,
fait de 8 à 900 milliers de fucre blanc, Il eft remarquable qu'elle foit arrofée en majeure partie par des fources qui y naiffent. L'habitation Santo,
voifine du bourg de la Croix des Bouquets, donne auffi de 13 à 1,400
milliers de fucre brut. La fucrerie Digneron 1 près celle Rocheblan che
a la réputation de produire le plus beau fucre brut de la plaine > & c'eft
Tome II.
Qg
8 à 900 milliers de fucre blanc, Il eft remarquable qu'elle foit arrofée en majeure partie par des fources qui y naiffent. L'habitation Santo,
voifine du bourg de la Croix des Bouquets, donne auffi de 13 à 1,400
milliers de fucre brut. La fucrerie Digneron 1 près celle Rocheblan che
a la réputation de produire le plus beau fucre brut de la plaine > & c'eft
Tome II.
Qg --- Page 320 ---
305 DESCRIP rIO N DE LA PARTIE
un éloge bien complet. Il ne faut pour fe convaincre de ce que vaut la
Colonie françaife de Saint-Domingue, que réfléchir fur ce qu'était la plaine
du Cul-de-Sac il y a un fiècle, & remarquer qu'aujourd'hui, les premières
maifons du royaume y ont des propriétés 1 qu'elles doivent à des alliances
qu'elles ont recherchées.
La Croix des Bouquets contient encore I12 cafeteries 3 20 cotonneries 2
18 guildiveries &c 4 fours à chaux; non compris les hattes & les placesà-vivres.
La partie plane de la Croix des Bouquets 9 comme toute la plaine du
Cul-de-Sac, a de fuperbes chemins tirés au cordeau 3 larges & bordés de
haies de campèche 2 taillées en charmilles, qui fervent de clôture aux habi.
tations.
C'eft M. de Galiffet qui ordonna en 1702 l'ouverture du chemin qui va
par le Cul-de-Sac & Neybe à Santo-Domingo 3 car auparavant on gagnait le
Mirebalais, CC qui exigeait alors 5 jours de voyage de plus.
Dès 1730, M. Ricord avait fait les travaux du grand chemin vers
PArcahaye dans le canton des Varreux, & à fon exemple on bomba, l'on
égouta les autres par des foffés; mais pendant la faifon des pluies ces chemins
font quelquefois impraticables par les bourbiers profonds qui s'y forment. On
2 vu en 1783 T'habitation Brancas-Cerefle perdre 44 boeufs par le charroi de
210 barriques de fucre.
Larnage & Maillart prefcrivirent 3 le 25 Janvier 1745, d'en faire deux
grands pour rendre facile la communication entre les cantons de la GrandePlaine & de la Grande-Raque & le refte de la paroiffe.
C'eft dans la plaine de la Croix des Bouquets que viennent aboutir les trois
chemins qui conduifent du Port-au-Prince au Mirebalais &x dont j'ai aflez
parlé dans ma Defcription de cette dernière paroiffe.
La Grande route du Cap au Port-au-Prince traverfe le bas de la paroiffe
de la Croix des Bouquets. Après le grifon qui y marque les limites de PArcahaye & de la Croix des Bouquets, ce chemin continue dans un fol quijfait
partie des Bois-Blancs, & dont j'ai donné une idée à l'article de l"'Arcahaye.
On eft étonné de voir une vafte étendue condamnée à la ftérilité. Pendant
la féchereffe. , les pieds des chevaux foulèvent des flots de pouflière qui dérobent
leur vuc aux perionnes que traniporte la voiture. Des pierres, car CC lieu en
de la Croix des Bouquets, ce chemin continue dans un fol quijfait
partie des Bois-Blancs, & dont j'ai donné une idée à l'article de l"'Arcahaye.
On eft étonné de voir une vafte étendue condamnée à la ftérilité. Pendant
la féchereffe. , les pieds des chevaux foulèvent des flots de pouflière qui dérobent
leur vuc aux perionnes que traniporte la voiture. Des pierres, car CC lieu en --- Page 321 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUI E. 307
encorc aux défagrémens de ce chemin, furtout quand
a beaucoup, ajoutent
la poufière qui les cache trompe le cocher le plus adroit.
trois fucreries
dans cette partie, bordent la côte,
Il y a cependant
qui,
font
& qui font arrofées par la fource de la caye Carnière; fupérieurement
des hattes.
Si l'on peut découvrir les montagnes, on les voit en friche dans la face
qu'elles préfentent. Des arbres mal-venus, des fredoches les garniffent, &l'agriculteur n'y va pas porter des foins qui feraient fans fruit. On fait environ deux
lieues au milieu des cardafles, des cierges épineux : on apperçoit des ilets
qui font prefqu'au bord de la mer que côtoye le chemin; ; & celui-ci paffe
fur une colline où il eft encore rétréci. Enfn on arrive vers les SourcesPuantes.
Le chemin traverfe leur écoulement ou plutôt leur épanchement verdâtre
du rivage. Selon la force & la direétion du vent , on eft plus ou
tout près
moins long-tems infecté de leur odeur. Il eft cependant des perfonnes qui
traverfent avec lenteur & à defTein cet intervalle 7 & qui le choififfent
croyent ces émanations favorables à la
même pour y relayer 1 parce qu'elles
fanté.
Le canton des Sources. Puantes franchi ;. on trouve celui de la Saline. 3 que
Le fol eft aride, impregné & même chargé de
ce mot défigne parfaitement.
fel marin, & il ne paraît que des plantes analogues à la fubftance. nutritive >
fol fouvent
procurer. On arrive ainfi à la rivière du Boucarique ce
noyé peut
Brou.
eft un
de maçonnerie nouvellement fait, & après
, fur laquelle
pont
laquelle le tableau de la plus brillante culture offre aux yeux mille jouiffances.
Tandis qu'ils en font pafler l'impreffion dans l'ame, on parvient à la Granderivière du Cul-de-Sac, qui eft fort encaillée au point où le Grand chemin la
traverfe, circonftance qui accroît fes dangers dans les tems pluvieux pour
ceux que fon courant emporte loin du point marqué pour le gué.
En faifant cette route dans le fens contraire, c'eft-à-dire de la Granderivière au Boucan-Brou, 1 on a devant foi une groffe chaîne de montagnes,
&c l'on femble dirigé vers fon point le plus élevé, , qui eft le morne du cantort
des Crochus.
La plaine a beaucoup de ponts. Dès 1691 il y en avait un au haut de
rivière-Blanche. En 1745, M. Ricord en fit un de maçonnerie fur la rivière des
Q9 2
contraire, c'eft-à-dire de la Granderivière au Boucan-Brou, 1 on a devant foi une groffe chaîne de montagnes,
&c l'on femble dirigé vers fon point le plus élevé, , qui eft le morne du cantort
des Crochus.
La plaine a beaucoup de ponts. Dès 1691 il y en avait un au haut de
rivière-Blanche. En 1745, M. Ricord en fit un de maçonnerie fur la rivière des
Q9 2 --- Page 322 ---
30s DESCRIPTIO N DE LA P ARTIE
Orangers, , pour lequel il donna même gratuitement Ia chaux, la maind'ecuvre & fes foins, facrifices qui lui avaient mérité la conceffion dont
parlé à l'article dcs Sources-Puantes. Lc tremblement de
j'ai
ayant rompu le pont de la rivière Blanche
terre de 1770
Cauvet s'était chargée de faire & d'entretcnir 3 l'habitation autrefois
une rampc folide
les
voitures dans P'endroit même du pont, moyennant
pour
l'exemption accordée par les
Adminiftrateurs le 9 Avril 1771 de tous droits & de toutes corvées
à cette habitation. M. de Boynes, époux d'une héritière Cauvet &
alors miniftre de la marine, a obtenu le 29 Février 1772 un ordre du
roi confirmatif de cette exemption. Cette année on y a conftruit un pont de
pierre.
Les Adminiftrateurs voyant que les canaux d'arrofement rendaient le
paflage des voitures diflicile & caufaient des accidens qui coûtaient la vie
aux animaux & menaçaient celle des hommes, prefcrivirent le 1S Juin 1786
aux intéreffés à ces canaux de les faire couvrir dans les chemins de ponts de
maçonnerie qui ne pourroient avoir moins de feize pieds de largeur. Cette
mefure a' été executée avec un zèle recommandable, & la plaine du Cul-de- fage
Sac en a reçu un nouvel ornement, fans parler de l'utilité 1 qui eft évidente.
Auffi une autre ordonnance du Ier. Mars 1787 a-t-elle fait de la
précédente
une règle générale pour toute" la Colonie, & elle mérite un tribut de
naiffance à MM. de la Luzerne & de Marbois, de qui elle eft émanée. reconLa paroiffe de la Croix des Bouquets a pour embarcadère le plus prochain
ce qu'on nomme le Foffé, dont je parlerai à l'article du Port-au-Prince,
qu'il eft fur la côte de cette paroiffe.
parce
La côte qui appartient à la paroiffe de la Croix des
Bouquets 3 commence au point où ceffe celle de l'Arcahaye, à la fource de la
que fuivent les Sources-Puantes. Il y a 860 toifes des Caye-Carnière 3
Sources-Puantes à
l'embouchure de la rivière du Boucan.Brou; 2,400 toifes de celle-ci à celle
de la rivière des Orangers & de là à l'embouchure de la Grande-rivière,
oà finit Ia Croix des Bouquets, 500 toifes. Des barques & des chaloupes
remontent cette dernière jufqu'à environ une lieue &c demie dans les terres
pour y charger des fucres.
Toute cette côte eft prefque bordée de mangles de
&
wales. On obferve qu'elle gagne fur la
2 marécages dc
mcr,
toifes de celle-ci à celle
de la rivière des Orangers & de là à l'embouchure de la Grande-rivière,
oà finit Ia Croix des Bouquets, 500 toifes. Des barques & des chaloupes
remontent cette dernière jufqu'à environ une lieue &c demie dans les terres
pour y charger des fucres.
Toute cette côte eft prefque bordée de mangles de
&
wales. On obferve qu'elle gagne fur la
2 marécages dc
mcr, --- Page 323 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
A une lieue un quart dans le Nord-Oueft des Souces-Puantes &c à 240
toifes de la côte, eftl l'ilet de la Caye-Carnière, qui a porté le nom d'Icarnière,
que je crois Indien. Un autre ilet eft à 1,400 toiles dans la même direc.
tion &c à25 toifes de la câte, & enfin, un plus grand à 140 toifes feulement
des mêmes fources & à IOO toifes de Ia côte. Ce grand îlet a 260 toifes
dc long Eft & Oueft, fur environ 40 toifes de largeur moyenne.
On compte de l'églife de la Croix des Bouquets :
A celle de PArcahaye,
61 lieues. A celle des Cayes de Jacmel,
35 lieues.
du Mirebalais,
du Port-au-Prince, .
Je parlerai à l'article du Port-au-Prince, de la défenfe de la paroiffe de
la Croix des Bouquets.
Elle a eu long-tems à fe garantir d'un genre d'attaques qui défolaient
fa partie montagneufe. Je veux parler des nègres marons 1 qu'on a appelés
nègres marons de la Béate, des Anfes-à-Pitre, du Maniel. Le Cul-de-Sac
avait eu 36 hommes de maréchauflée, par l'arrêt du confeil de Léogane
du 16 Mars 1705, mais celui du 17 Janvier 1739, n'y conferva qu'un
exempt, deux brigadiers &c huit archers. Cependant on crut utile de la porter
à 21 hommes en 1741. A mefure que les établiffemens augmentaient $ ces
nègres fe multiplièrent auffi & le 19 Février 1771,les Adminiftrateurs mirent
un détachement de maréchaullfée au Fond-Parifien; le 19 Mai 1774, un
aux Grands-Bois, alors confidérés comme dépendans du Mirebalais. Le 8
Février 1775, une autre ordonnance a décidé qu'il y aurait au bourg de
la Croix des Bouquets, > un exempt, un brigadier &c quatre cavaliers &
autant all Fond-Parifien, à Roche-Blanche &c aux Grands-Bois. Ce ne fut
point aflez, & le 13 O&tobre 1776, on plaça un exempt, deux brigadiers
& douze cavaliers au Boucan-Patate; puis le I5 Décembre 1778, un détachement femblable à ceux de 1775, a été mis au Boucan-Greffin, chez
M. Coupé 1 qui a donné un terrain de 50 carreaux & conftruit un corpsde-garde à fes frais. Mais depuis 1785, comme je le dirai à l'article de
la paroiffe des Cayes-de-Jacmel, les ravages de ces nègres &c l'effroi qu'ils
répandaient 1 ont ceflé.
Les habitans de la paroiffe de la Croix des Bouquets fe mélèrent à la
révolte de 1723, & aux mouvemens relatifs aux milices en 1768 & cn
a donné un terrain de 50 carreaux & conftruit un corpsde-garde à fes frais. Mais depuis 1785, comme je le dirai à l'article de
la paroiffe des Cayes-de-Jacmel, les ravages de ces nègres &c l'effroi qu'ils
répandaient 1 ont ceflé.
Les habitans de la paroiffe de la Croix des Bouquets fe mélèrent à la
révolte de 1723, & aux mouvemens relatifs aux milices en 1768 & cn --- Page 324 ---
310 DESCRIPTIOT N DE LA PARTIE
1769, lors defqucls il fallut cantonner un détachement de la légion de Saint:
Domingue au bourg. Ce fut même à l'un deux qu'ils décernèrent à cette
époque le titre périlleux de gouverneur-général, qu'ils s'étaient réfolus à
méconnaitre dans le prince de Rohan, & il en reçut les honneurs dans
Péglife même de la Croix des Bouquets. Mais ces détails appartiennent tout
entiers à T'hiftoirc.
XXXIIL
PAROISSE DU PORT-AU.PRINCE,
Nous voici parvenus à la capitale actuelle de la Colonie françaife , au
fège d: fon gouvernement, au lieu , dont le choix a éprouvé de grandes
critiques.
Ma defcription commencera prefque par en faire une, que m'infpire fon
nom. On lit dans Charlevoix ( Hiftoire de Saint-Domingue, tom. 2 page
387), que M. d'Iberville 1 ayant à Saint-Domingue en 1706 , cinq des
vaiffeaux de l'efcadre avec laquelle il venait de conquérir PIfle anglaife de
Nièves ; M. de Saint-André, commandant le Prince 3 informé proche de
Léogane que des vaifleaux ennemis paraiffaient & femblaient vouloir tenter
une defcente, entra dans un port, appelé communément THôpital, qu'il trouva
très-sûr & très-commode & qu'il nomma le Port-du-Prince 7 d'après fon
vaifleau.
Cette verfion de Charlevoix, très-accréditée jufqu'à nos jours, eft cependant inexaéte, quant à la dénomination donnée à l'afile choifi par M. de
Saint-André. J'en tire la preuve d'une lettre écrite par M. le comte d'Eftrées
au miniftre: A bord del'Excellent 1 au Cul-de-Sac du Petit-Goave, le 28 Aoit
1680,o je lis ; 66 J'ai témoigné à M. de Pouançay (alors gouverneur-général), que vu le malheur du dernier ouragan > il devait faire chercher
29 incellamment vers Léogane, derrière des Hles appelées du Prince ou ailleurs,
49 des lieux propres à tenir les vaiffeaux en fureté contre les vents & les
1> ennemis, &c vous en envoyer les plans & les fondes. Si je n'étais fi
28 Aoit
1680,o je lis ; 66 J'ai témoigné à M. de Pouançay (alors gouverneur-général), que vu le malheur du dernier ouragan > il devait faire chercher
29 incellamment vers Léogane, derrière des Hles appelées du Prince ou ailleurs,
49 des lieux propres à tenir les vaiffeaux en fureté contre les vents & les
1> ennemis, &c vous en envoyer les plans & les fondes. Si je n'étais fi --- Page 325 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 311
, preflé de mener ailleurs les vaiffcaux du roi 2 je l'aurais fait moi33 même ".
Les ilets dont il s'agit, portaient donc le nom d'Iflets du Prince, 26 an3
avant le fait relatif à M. de Saint-André. J'aurais voulu aller aflez loin 1
pour trouver la véritable origine de leur nom 1 mais toutes mes recherches
ont été infruéteufes à cet égard.
Charlevoix ajoute que quelques perfonnes croient que le Port-au-Prince
elt l'ancienne Saise-Maric-da-Pert 1 bâtie par les Efpagnols. Mais cette
opinion eft également erronée , car Sainte-Marie-du.Port a été remplacée
par Léogane, comme je le dis à l'article de cette dernière ville.
Le nom d'Hôpital, que portait l'enfoncement où eft maintenant la ville
du Port-au-Prince 7 n'était pas non plus antérieur à l'épithète du Prince 1
donné à tout le local, en y comprenant les ilets, mais la défignation du
point ou les Aibuftiers avaient formé un hôpital pour eux s hôpital qui
difparut, lorfque M. le comte de Choifeul.Beaupre, qui prit le gouverne.
ment de la Colonie vers la fin de 1707, voulut forcer les Aibuftiers à
adopter pour cet étabiffement, une adminiftration qui leur parut violer leur
titre de fondateurs.
Depuis lors, on a toujours appelé Port-au-Prince. & le port &x l'enfoncement qui lui correfpond.
M. Defnotz de Champmeflin, envoyé à Saint-Domingue à caufe de Ia
fédition de 1723, étant à Léogane au mois de Mars 1724, dépêcha fon
canot avec M. le chevalier d'Aché, alors garde du pavillon, & les deux
pilotes de fon vailleau 1 pour fonder la rade du Port-au-Prince $ dont on
leva le plan. De retour en France 7 M. de Champmeflin propoia d'établir
la capitale de la Colonie au Port-au-Prince & d'en mettre la ville au point
connu à préfent fous le nom de Belair.
En 1729, M. de la Rochalar 1 gouverneur.général, renouvella cette
propofition 1 puis M. de Fayet le 27 Avril 1733 ; mais ce chef, qui avait
fondé la rade avec M. Beauharnois de Beaumont, inclinait pour que la ville
fat mife au Trou-Bordet fur l'habitation Ferron 3 & pour qu'on l'appelât
le Pert-Reyal.
Quoiqu'il n'y eut eu aucune décifion à cet égard, on s'était cependant aflez
accoutumé à cette indication de la partie de rade qui touchait au Trou-Bordet,
puis M. de Fayet le 27 Avril 1733 ; mais ce chef, qui avait
fondé la rade avec M. Beauharnois de Beaumont, inclinait pour que la ville
fat mife au Trou-Bordet fur l'habitation Ferron 3 & pour qu'on l'appelât
le Pert-Reyal.
Quoiqu'il n'y eut eu aucune décifion à cet égard, on s'était cependant aflez
accoutumé à cette indication de la partie de rade qui touchait au Trou-Bordet, --- Page 326 ---
312 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
pour que M. de Larnage l'appelât ainfi. Il écrivit de L.éogane ,:au miniftre , le 15 Novembre 1738, qu'il venait de faire le voyage du PortReyal avec M. de la Lance, ingénieur en chef, M, de Sartre, intendant
par intérim &c M. de Chaftenoye, lieutenant au gourernement général, &
qu'il avait employé fix jours à l'examiner par mcr & par terre, ainfi que
le Port-au-Prince 1 fi voifin du Port- Royal 1 qu'on pouvait les regarder
comme n'en faifant qu'un. Des vaiffeaux, en quelque nombre qu'ils foient,
peuvent y être protégés, ajoutait-il; le vent de Nord-Oueft y eft le feul
à craindre & ce vent eft très-rare & des ilets peuvent en abriter. Ces
avantages, dit Larnage, réunis à celui d'un air pur, d'eaux falubres &
de la proximité de la plaine de Léogane & de cellc bien fupérieure du
Cul-de-Sac, doivent rendre le Port-au-Prince, la capitale de la Colonie,
Léogane & Saint-Marc n'ont que des rades foraines &c le Petit-Goave eft
bien loin des cultures qui alimentent le commerce.
A ces détails, Larnage ajoutait que la ville devait être mife où on la voit:
aujourd'hui , pour qu'elle ne fût pas dominée par les hauteurs & pour qu'on
put en faire une place inexpugnable. Le Petit-Goave devait être confervé
comme clef de la Partie du Sud, & protégé dans fon port, confidéré comme
T'entrepôt de tous les établiffemens de Nippes & de la Granfe-Anfe, & Léogane
mis à l'abri d'un coup de main.
Des éloges auffi pompeux & répétés depuis 14 ans 1 portèrent le miniftre à
défirer que M. Meynier, qu'on envoyait en qualité d'ingénieur en chef à Ia
place de M. de la Lance * mort au mois de Juillet 1739, fit un nouvel
examen des plans dreffés par ce dernier en 1733 &c en 1738. Il alla dans
ce deffein au Port-au-Prince avec Larnage & Maillart, à la fin du mois de
Mai 1740.
Ses oblervations lui font écrire au miniftre le 17 Juin, que le port peut
centenir 20 vaiffeaux de 50 à IOO canons > & beaucoup de petits 1 qui feraient,
avec quelques travaux, à l'abri de la mer & des ennemis. Mais il remarque
que le port a beaucoup de hauts-fonds de roches, & qu'on le dit rempli
de vers. L'eau douce manque, 3 mais celle d'une fource placée à trois quarts
de lieue peut y être menée. Ce qu'on appele le Port-Royal, efl une rade
foraine, impoffible à garantir du vent' d'Oueft, tres-difficile à fortifier. M.
Meynier fe plaint enfuite de ce que les plans qu'on lui a montrés diffèrent
&:
remarque
que le port a beaucoup de hauts-fonds de roches, & qu'on le dit rempli
de vers. L'eau douce manque, 3 mais celle d'une fource placée à trois quarts
de lieue peut y être menée. Ce qu'on appele le Port-Royal, efl une rade
foraine, impoffible à garantir du vent' d'Oueft, tres-difficile à fortifier. M.
Meynier fe plaint enfuite de ce que les plans qu'on lui a montrés diffèrent
&: --- Page 327 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE
& entr'eux & d'avec la nature, & en tout il croit que l'Acul du PetitGoave doit l'emporter fur le Port-au-Prince.
Prefqu'au même inftant, des bruits de guerre, qu'accréditaient les armemens
qu'on faifait dans les ports de France 1 ayant déterminé Larnage à prefcrire
aux bâtimens qui étaient au Foflé, près de la Grande-rivière, de fe rendre
au Petit-Goave, 1 les habitans du quartier du Cul-de-Sac, appuyés par M. de
la Caze, major commandant pour le roi & habitant lui-même de ce
propofèrent d'avancer. le payement de 4 années du droit de capitation quartier fur 2
leurs nègres pour faire conftruire fur lilet du
Port-au-Prince une batterie,
fous laquelle les bâtimens trouveraient un afile préférable pour eux à
celui du Petit-Goave, trop éloigné du point de leur commerce. M. Meynier
fit le plan des fortifications de l'ilet, & d'un fortin vers Belair & les
Adminiftrateurs pafsèrent avec M. Morel, ci-devant entrepreneur du fort du
Petit-Goave & habitant du Port-au-Prince, un marché de 3 cens mille livres
pour leur exécution. A la même époque 9 on mit des corps-de-garde &c des
canons d'allarme dans divers points. M. Meynier n'ayant pas calculé des murs
affez folides pour le fortin, l'entrepreneur voulut enfuite 100,000 liv. de
ce qui fit renoncer au fortin 7 & l'on ft feulement la batterie de l'ilet plus 3
canons > dont 12 de 18 livres de balle étaient placés au commencement pour 14 de
1742.
Larnage qui n'avait pas abandonné fes idées fur le Port-au-Prince, propofa
au miniftre au mois de Février 1742, de fupprimer les deux paroiffes du
Cul-du-Sac & du Trou-Bordet pour en former une au Port-au-Prince avec
une fuccurfale, à la convenance des habitans de la rive droite de la Granderivière du Cul-de-Sac. Approuvé dans ce plan 2 il rendit avec Maillart, le 6
Février & le 3 Juin 1743, les ordonnances
qui enjoignaient aux habitans
de ces deux paroiffes de vendre les établiffemens de leurs bourgs, & à ceux du
Cul-de-Sac d'acheter l'habitation Randot, devenue Morel, pour afleoir la
ville du Port-au-Prince.
Le IS Mars de la même année, l'arpenteur du Colombier
ordres des
fit, par les
Adminiftrateurs > l'arpentage de cette habitation, qu'il trouva de
583 toifes + de PEA à l'Oueft, fur 250 toifes du Nord au Sud, non
les cinquante pas du roi; & le 3 Oétobre 1744, M.
compris
teur, fut prépofé pour toutes les difpofitions
Duport, autre arpen.
ultérieures. J'ai dit ( pag.
Tome II.
267),
R r
arpenteur du Colombier
ordres des
fit, par les
Adminiftrateurs > l'arpentage de cette habitation, qu'il trouva de
583 toifes + de PEA à l'Oueft, fur 250 toifes du Nord au Sud, non
les cinquante pas du roi; & le 3 Oétobre 1744, M.
compris
teur, fut prépofé pour toutes les difpofitions
Duport, autre arpen.
ultérieures. J'ai dit ( pag.
Tome II.
267),
R r --- Page 328 ---
DESCRIPTIO N D 1e E LA P ARTI IE
pourquoi l'établiffement de la paroiffe du Port-au-Prince 1 dont une ordonnance
du 29 O8tobre 1743 fixait les limites, fut retardé jufqu'en 1749.
Le 5 Juin de cette dernière année, les habitans du Cul-de-Sac le demandèrent, &x le 13, MM. de Conflans & Maillart appliquèrent les 40,000 liv.
du produit du bourg du Cul-de-Sac à l'achat de l'habitation Randot, fixé à
42,000 liv., & autorisèrent les habitans de la paroiffe du Trou-Bordet à
vendre leur bourg 18,000 liv. à M. le Tort, & à remettre cette fomme aux
marguilliers du Port-au-Prince., à l'utilité duquel on employerait auffi
les bâtimens du Trou-Bordet.
La même ordonnance charge M. Duport de s'occuper des moyens de
donner de l'eau au Port-au-Prince, où M. Morel en avait conduit de la
Charbonnière dès 1743; & en outre de tracer la ville, en fuivant un plan
de M. de Coudreau; mais en aggrandiffant les emplacemens 7 fur tout ceux
voifins de la mer, deftinés par préférence aux négocians, &c dont Ies faces
devaient avoir 80 pieds, autant qu'il ferait pofible. M. de la Caze eft enfuite
autorifé à diftribuer les conceflions , d'abord aux négocians propriétaires au
bourg du Cul-de-Sac 8 après à d'autres négocians &c marchands , mais â la
charge par ceux-ci de payer 3 livres par pied de façade.
Tous les concellionnaires fans diftinétion 7 devaient bâtir des maifons égales
en hauteur & les couvrir d'effentes, de tuiles ou d'ardoifes, &c l'on devait
réferver fur le derrière de la ville un endroit pour loger la maréchauflée & du
terrain pour des affranchis de bonnes moeurs.
Pour mieux affurer le prompt établiflement du Port - au - Prince 1 cette
ordonnance enjoint encore à M. de la Caze d'y réfider dans la maifon
principale de l'habitation Randot; au curé, à un notaire, au boucher & aux
habitansdu bourg du Cul-de-Sac de s'y rendre, &c la fucrerie de Thabitation Randot
; enfn l'ordonnance fixa les limites
fut défignée comme chapelle provifoire
de la nouvelle paroiffe depuis la rive droite de la rivière du Lamantin jufqu'à
la rive gauche de la Grande-rivière du Cul-de-Sac.
Ainfi difparut la paroiffe du Trou-Bordet. Ce lieu, dont il faudrait croire
que le nom eut une origine infàme, fi l'on fuivait quelques étymologifles,
formait un canton de la paroifle du Cul-de-Sac, lorfqu'après 1693 on y mit une
chapelle fuccurfale. Le 18 Juin 1710, fur la réclamation des habitans de ce
canton & du Lamentin, les Adminiftrateurs nommèrent MM. Buttet & Haran,
ut la paroiffe du Trou-Bordet. Ce lieu, dont il faudrait croire
que le nom eut une origine infàme, fi l'on fuivait quelques étymologifles,
formait un canton de la paroifle du Cul-de-Sac, lorfqu'après 1693 on y mit une
chapelle fuccurfale. Le 18 Juin 1710, fur la réclamation des habitans de ce
canton & du Lamentin, les Adminiftrateurs nommèrent MM. Buttet & Haran, --- Page 329 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 315
confeillers au confeil de Léogane, commiflaires pour faire avec les miffionnaires le choix d'un lieu pour l'églife paroiffiale, & le Ier. Août, fur leur
indication, ils décidèrent qu'elle ferait mife fur les ruines de l'ancienne chapelle,
& que le terrain de M. Coquilleau, où était celle-ci, feraitachetéparla pareifle.
L'églife fut confacrée, le 27 Août 1711, à Notre-Dame de l'Allomption,
& fes regiftres apportés dans celle du Port-au-Prince. 1 remontent à cette date.
La paroiffe du Trou-Bordet, où l'on faifait du fucre en 1717, avait en
1723, 64 miliciens 8c 1,022 nègres; en 1730, 127 blancs, 94 affranchis,
6 fucreries en brut, 38 indigoteries $ 13 animaux 1 192 cacaoyers, 2,000
cotonniers &c 83 miliciens > dont 26 affranchis'; &c en 1739 1 120 blancs 7 dont
52 portant armes, 1,640 efclaves, 6 fucreries en brut. , 44 indigoteries, 970
animaux , 205 cacaoyers, 3,300 cotonniers 1 8c 2,220 cafiers.
La paroiffe du Port-au-Prince a encore pour limites celles que lui a afignécs
l'ordonnance du 13 Juin 1749. Elle eft bornée à PER par la Croix des
Bouquets ; au Sud, par la montagne de la Selle qui la fépare de la paroifle
des Cayes de Jacmel & de celle de Jacmel; à l'Oueft, par. la paroiffe de
Léogane, &c par la mer depuis la ville jufqu'à l'embouchure de la Granderivière du Cul-de-Sac; & au Nord, par la mer, depuis l'embouchure de la
rivière du Lamantin, jufqu'à Ia ville, & au delà de la Grande-rivière du
Cul-de-Sac par la Croix des Bouquets.
Quoiqu'on ne puiffe pas dire abfolument de la ville du Port-au-Prince
comme de celle du Cap, qu'elle forme à elle feule prefque toute la paroille, il eft cependant très-réel qu'elle en eft l'objet principal & à tel points
que je crois indifpenfable de Ia décrire la première.
DE LA VILLE DU PORT-A U-PRINCE.
M. de la Caze, commandant du Cul-de-Sac, vint s'établir, dès Pordonnance du 13 Juin 1749 1 dans Ia maifon principale de l'habitation
Randot, réparée aux dépens de la paroiffe ; la fucrerie fervit d'églife ; &
lon diftribua les conceflions, fans même y ftipuler le payement des 3
livres par pied de façade 7 tant on défirait accélérer la formation de cette
ville. Dans une lettre du 6 Septembre, écrite par M. de Conflans au miRre
tablir, dès Pordonnance du 13 Juin 1749 1 dans Ia maifon principale de l'habitation
Randot, réparée aux dépens de la paroiffe ; la fucrerie fervit d'églife ; &
lon diftribua les conceflions, fans même y ftipuler le payement des 3
livres par pied de façade 7 tant on défirait accélérer la formation de cette
ville. Dans une lettre du 6 Septembre, écrite par M. de Conflans au miRre --- Page 330 ---
316 DESCRIPTIO Ni DE L A PAKTIE
niftre, il promet que fes progrès feront rapides, en louant beaucoup le
choix du lieu, dont un ordre du roi du 26 Novembre, fit la
Ifles fous le Vent.
capitale des
M. Maillart, perfuadé que les 61 carreaux t de Thabitation ci-devant
Randot 1 achetés par la paroiffe, de M. Morel, le 26 juin
étaient
infuffifans
1749,
pour remplir une auffi belle deflinée, acquit au nom du roi,
20 Avril 1750, la totalité de l'habitation fucrerie
le'
alors à MM. Morel &c Breton des
contigue, appartenante
Chapelles, en y comprenant 237
les beftiaux & les uftenfiles
nègres,
1 pour 730 mille livres, 3 dont 30 mille livres
payables le Ie, Mai, jour de la prife de poffeffion 1 400 mille livres
8 & 12 mois de là, &c les 300 mille livres reftantes en fix termes de à4, 6
6 mois. La maifon principale fervit à loger le
en
gouverneur-genéral & le
gouverneur de la Partie de POueft, & l'intendant prit ceux qui fervaient
auparavant à la fabrication du fucre.
Lorfqu'on eut cette nouvelle étendue de terrain à diftribuer on trouva
que le plan de la ville bornée au terrain Randot, était
1 refferré
fes dimenfions, & en 1751, M. de Verville
trop
dans
1 dire@eur-général des fortifications, s'occupa & de la diftribution du terrain Morel & des
de
faire coincider les divifions des deux époques. n eft
moyens
cependant refté des
inégalités qui font, a que même aujourd'hui, on diftingue le Port-an-Prince
en ancienne & en nouvelle ville , quoique les époques des deux tracés
foient féparées que par l'intervalle de 1749 à 1751. On appele ancienne ville ne
tout ce qui eft au Nord de Ia rue d'Aunis & nouvelle wville tout eft
Sud de cette rue 1 placée elle-même à la limite des deux terrains qui Randot au
& Morel.
M. Dubois de la Motte, arrivé au mois de Mars
1751, comme gouverneur-général, manifefta, dès le mois de Juillet au miniftre fon
qui préférait le Petit-Goave au Port-au.Prince, & M. Demoulceau, opinion 7
en chef, qui eut l'intérim de M. de Verville mort
ingénieur
Core fur cette préférence. M. de la Porte Lalanne peu après 1 appuya enDécembre
2 arrivé au mois de
fuivant, comme intendant par intérim, vint cependant avec des
ordres précis en faveur du
Port-au-Prince 1 malgré lefquels M. Dubois de
la Motte, en leur vouant une obéiffance complette,
le Février
répéta, 13
1752, fon jugement : que femblait autorifer encore le tremblement de terre
Core fur cette préférence. M. de la Porte Lalanne peu après 1 appuya enDécembre
2 arrivé au mois de
fuivant, comme intendant par intérim, vint cependant avec des
ordres précis en faveur du
Port-au-Prince 1 malgré lefquels M. Dubois de
la Motte, en leur vouant une obéiffance complette,
le Février
répéta, 13
1752, fon jugement : que femblait autorifer encore le tremblement de terre --- Page 331 ---
FI R ANÇAISE DE SAINT-DONINGUE 317
Novembre
avait détruit une partie de cette ville. Quant
du 21
1751 1 qui
à M. Demoulceau il fut difgracié.
Que le Leêteur me permette de m'arrêter ici, pour un fait qui femble
invoquer mon témoignage,
Une opinion très-accréditée & que le tems 1 qui livre un fi grand nombre
de chofes à l'oubli, femble avoir fortifiée, veut que l'établiffement du Portau-Prince ait été le fruit d'un concert criminel entre M. de la Caze, commandant & propriétaire au Cul-de-Sac, M. de la Porte Lalanne 3 intendant,
qu'on défigne comme fon parent, & M. de la Porte, premier çommis des
bureaux de la marine à Verfailles, frère du précédent. M. de la Caze,
fous la promelle d'être nommé gouverneur de la Partie de l'Oueft , fit,
à ce que lon affure., une vente apparente 1 mais un don réel, de fon habitation du Cul-de-Sac aux deux frères, que cette poffefion rendit les protedteurs.
déclarés du Port-au-Princc, parce que le voifinage de cette ville ajoutait à
la valeur réelle de Phabitation. Un fait certain, c'eft qu'ils la vendirent
1,100,000 livres, le 23 Novembre 1753, à MM. Fabry & Boutin. C'eft
celle qui eft encore défignée par. le nom de Rendez-vous & où commence
le chemin de la gorge de la Galcogne allant aux Grands-Bois, dans Ia
paroiffe de la Croix des BouquetsMais
adopter cette verfion, il faudrait cacher ou ignorer tout ce
pour
que j'ai rapporté des éloges donnés au Port-adPrince depuis 1724 jufMM. Defnotz de Champmeflin, de la Rochalar Fayet, 3
qu'en 1743 1 par
Larnage & Maillart:
de la Lance & fur tout, ceux fi fouvent renouvellés par
qui en ont réglé l'établiflement dès 17435 par Larnage & Maillart 7 au
fouvenir defquels il n'eft pas de foupçon qui ne s'anéantifle. D'ailleurs,
pourquoi M. de la Caze, payant f cher le défir d'être gouverneur de la
Partie de TOueft, aurait-il abandonné une habitation précieufe 1 avant de.
recevoir le brevet promis ? Comment ne lui ferait-il pas échappé quelque
reproche, depuis 1753, que cette habitation avait paffé dans d'autres mains,
jufqu'à la mart de M. la Porte Lalanne 1 arrivée dans la Colonie au mois
de Décembre 17582 Comment fe ferait-il contenté d'un brevet de lieutemant-de-roi en 1759 & d'un de governeurhonoraire en 1771 ?
Il ne faut voir dans ces accufations Alétriffantes * qu'un effet de la haine
infpirée par des aétes defpotiques, dont M. de la Porte, premier commjs, 2
avait paffé dans d'autres mains,
jufqu'à la mart de M. la Porte Lalanne 1 arrivée dans la Colonie au mois
de Décembre 17582 Comment fe ferait-il contenté d'un brevet de lieutemant-de-roi en 1759 & d'un de governeurhonoraire en 1771 ?
Il ne faut voir dans ces accufations Alétriffantes * qu'un effet de la haine
infpirée par des aétes defpotiques, dont M. de la Porte, premier commjs, 2 --- Page 332 ---
318 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
était regardé comme Pinitigateur à Verfailles & fon frère comme le fer.
vile exécuteur à Saint-Deningue. L'hiftoire eitera ces aêtes ; je reviens à
la defeription.
Le tremblement de terre de 1751 1 qui renverfa les trois quarts des maifons, 1 infpira l'idée de nc rebâtir qu'en bois. La ville avait acquis un grand
accroiffement 2 lorfque le tremblement de terre du 3 Juin 1770 1 la renverfa de
fond en comble 2 &: en ce moment elle eft encore plus confidérable
ne
l'était alors.
qu'elle
L'efpace planc ou petite vallée 1 fituée au fond du Cul-de-Sac ou golfe
de POueft, où fe trouve la ville du Port-au-Prince, eft fermée au Septentrion
par un petit morne, appelé autrefois morne Fortin 3 parce qu'il dépendait
d'une habitation de ce nom ; il la fépare de la plaine du Cul-de-Sac. Ce
morne commence à s'élever infenfiblement à environ 200 toifes de la mer
en ligne droite & acquiert jufqu'à I20 toifes au deffus de celle-ci, en
gagnant dans PEf. A l'Orient, plufieurs mornes qui fe réuniflent à celui
dont je viens de parler & qui ont jufqu'à 160 toifes de hauteur 3 terminent la vallée , laiffant néanmoins des gorges 5 &c vont fe joindre à une
chaîne de petites montagnes d'environ 300 toifes d'élévation qui s'étend
jufqu'à la pointe du Lamantin & qui borde au Midi la vallée que la mer
termine à POueft.' La portion de cette chaîne qui eft vers la ville était
connue fous le nom de morne Sallé, du nom de fon propriétaire. 7
La longueur de cette vallée, prife du pied des mornes de la Charbonnière jufqu'à la mer, eft de 1,800 toifes & fa largeur prife du Nord au Sud,
dans le même endroit, de 250 toifes, mais de 1,362 toifes, fi on la mefure au bord de la mer. Cette petite plaine eft élevée d'environ 60 toifes
au deffus du niveau de la mer, 3 au pied des gorges de la Charbonnière
& conferve une pente affez uniforme jufqu'au rivage.
D'après T'ordonnance des Adminiftrateurs du 29 Oétobre 1788, les limites
de la ville du Port-au-Prince 1 font :
Au Nord, une ligne qui allant de PEf à TOueft, en déclinant fept
degrés & demi dans le Sud, part de la mer dans I'Oueft & à 52 toifes,
3 pieds au Sud de la barrière du fort Saint-Jofeph 1 & fe termine dans
PER, à 396 toifes au deffus du point milieu de la rue Royale :
A PEt, une ligne partant de l'extrémité Orientale de la précédente
les limites
de la ville du Port-au-Prince 1 font :
Au Nord, une ligne qui allant de PEf à TOueft, en déclinant fept
degrés & demi dans le Sud, part de la mer dans I'Oueft & à 52 toifes,
3 pieds au Sud de la barrière du fort Saint-Jofeph 1 & fe termine dans
PER, à 396 toifes au deffus du point milieu de la rue Royale :
A PEt, une ligne partant de l'extrémité Orientale de la précédente --- Page 333 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 315
& fe dirigeant du Nord au Sud, en déclinant de 7 degrés & demi dans
lOueft , pour fe terminer dans la favanc de la poudrière 2 avec 1,084
toifes de longueur :
Au Suds une. ligne partant de Ia favane de la poudrière & fe dirigeant
à T'Oueft, parallèlement à la ligne du côté Nord, fur une longueur de 462
toifes :
Et, à l'Oueft 1 une ligne partant de la précédente. dirigée au Nord a
parallèlement à la ligne du côté Et, fur une longueur de 455 toifes,:3
pieds 1 jufqu'à l'angle Sud-Oueft du magafin du roi, d'oà la ligne fuit lalignement des conceflions accordées fur le quai, pour aller joindre le bout
Nord-Oueft de la ligne Nord.
Ces limites. font défignées par des bornes marquées D, pour. rappeler
la défenfe de les franchir. Il eft cependant permis d'avoir à deux cens
toifes extérieurement,. excepté fur les quais, des cabanes de gardiens à roulettes, éloignées les unes des autres de 25 toifes au moins.
Cette furface d'environ 458,000 toifes carrées, eft divifée en IOI ilets
inégaux, formant cependant prefque tous des carrés parfaits ou des carrés
longs, & le refte eft confacré à des édifices, à des places ou à d'autres
objets publics.
Toutes les rues font percées du Nord au Sud ou de PER à l'Oueft.
Les premières font au nombre. de 9 &c les fecondes au nombre de 15- Il
en eft deux de plus qui vont 1 l'une au Nord-Oueft & l'autre au SudOueft.
Ces rues, qui ont, depuis 60 jufqu'à 70 pieds de largeur 1 font bombées
dans leur milieu & pavées fur leurs bords, 9 pour former un écoulement aux
eaux. On y voit encore quelques ormes de chaque côté, mais aflez mal entre.
tenu, pour que la vue foit choquée > en remarquant qu'il en manque dans
de grands intervalles.
Le Port-au-Prince 2 où l'on ne voyait en 1751 qu'environ cent maifons, > en
avait :
En Juin 1761,
392 maifons évaluées à
541,672 livres de loyers.
En Décembre 1764,
748,983
En Septembre 1776,
987,390
Aujourd'hui on ea compte 895, dont les loyers font évalués à 3,106,639 liv. II f 8 d.
> en remarquant qu'il en manque dans
de grands intervalles.
Le Port-au-Prince 2 où l'on ne voyait en 1751 qu'environ cent maifons, > en
avait :
En Juin 1761,
392 maifons évaluées à
541,672 livres de loyers.
En Décembre 1764,
748,983
En Septembre 1776,
987,390
Aujourd'hui on ea compte 895, dont les loyers font évalués à 3,106,639 liv. II f 8 d. --- Page 334 ---
3:0 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Toutes ces maifons font de bois ou maçonnées entre poteaux
l'ordonnance des Adminiftrateurs du 8 Août 1770, qui défend de 7 les d'après conf
truire autrement. Il en eft un très-petit nombre
1 élevées depuis quelques
années 1 qui ont un premier étage 7 mais elles font par cela même une
tion très-remarquable, puifque toutes les autres font avec un
excepchauffée.
fimple rez de
Vucs du dehors, les maifons ont d'autant moins
la plpart d'entr'elles ont fur la rue une
d'apparence 1 que
galerie que couvre leur toit,
en appentis. Mais ces galeries, qui font pavées ou carrelées, abritent prolongé contre
un foleil ardent, & elles difpenfent de la néceflité de paffer dans les rues
qui font des champs couverts d'une pouflière épaiffe lorfqu'il a plà, &-des
bourbiers à la moindre pluie ; car iln'y a plus de veftiges du pavement de ces
rues, fait en vertu d'ordonnances du 29 Novembre & du 22 Décembre
La jouiffance ferait complette fi ces galeries étaient de niveau & n'expofaient 1757.
pas à des châtes, ou par leurs inégalités ou par leurs interruptions.
Les maifons font couvertes d'ellentes 8t quelquefois de tuiles; mais les
Adminiftrateurs ayant prefcrit 3 par leur ordonnance du 30 Avril 1788, de
couvrir tous les nouveaux toits & tous ceux remis à neuf , de
tuiles. 3 d'ardoifes
ou autres matières incombuftibles dans les villes, les bourgs & les hameaux
de la Colonie 3 on verra difparaître fucceflivement les inconvéniens des
effentes, bien plus grands dans les lieux oà l'on ne peut conftruire
bois. Les boulangers, les ferruriers les
qu'en
3 maréchaux, les forgerons & les
autres artifans qui ont des fours, des forges & des foufflets, ont même été
allujettis à faire êter les effentes avant la fin de 1788.
L'intérieur des maifons eft commodément diftribué, & l'on y' remarque
fur tout de larges galeries donnant fur les cours &c qui forment de vaftes falles
à manger. Partout les jaloufies de différens genres défendent contre la chaleur
& fervent à ménager le jour & les effets de l'air, par lequel on a tant befoin
d'être rafraichi. Mais les cours elles-mêmes font fouvent féparées par des
haies vives ou par des clôtures de pieux ou de planches 1 & il en réfulte
l'inconvénient d'être vu & entendu par fes voifins.
La grande étendue de la ville du Port-au-Prince, qui eft difproportionnée
aveç le nombre de fes habitans. ; fes. rues extrêmement larges & qui le
paraiffent encore plus parce que les maifons n'ont pas d'élévation, un fol
blanc
mes font fouvent féparées par des
haies vives ou par des clôtures de pieux ou de planches 1 & il en réfulte
l'inconvénient d'être vu & entendu par fes voifins.
La grande étendue de la ville du Port-au-Prince, qui eft difproportionnée
aveç le nombre de fes habitans. ; fes. rues extrêmement larges & qui le
paraiffent encore plus parce que les maifons n'ont pas d'élévation, un fol
blanc --- Page 335 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-D OMIN G UE. 321
pulvérulent, tout contribue àlui donner un alpect dans lequel rien ne réveille
l'idée d'une grande cité. Quelqu'un a même dit autrefois que cette ville
avait l'air d'un camp de Tartares, expreffion qui, pour avoir beaucoup perdu
de fa vérité, ne peut cependant pas paffer pour entièrement inapplicable.
Afn que le Leêteur puiffe avoir une idée parfaitement exaéte de la ville
du Port-au-Prince , je vais la lui préfenter en divifant l'ancienne &c la nouvelle
ville, chacune en deux feCtions.
Première Seftion de PAncienne Ville.
ELLE a pour limites, au Nord, celles de la ville même dans cette partie;
al PER, une portion de la ligne qui borne la ville de ce côté; au Sud, la
rue des Fronts-Forts dans toute fa longueur , & à l'Oueft, la mer.
Ce carré long, d'environ 600 toifes de hauteur fur à peu près 260 de largeur,
& qui forme la partie Septentrionale de la ville , a près des deux tiers de font
étendue en venant de PER à POueft, fur l'extrémité de l'épatement d'un
morne défigné dans Ie plan primitif pour. le fite d'une citadelle, & que fori
élévation a fait appeler Belair. La pente y eft conléquemment rapide 2 8r
il a fallu déblayer & remblayer pour y affeoir les maifons.
La première rue allant du Nord au Sud, que l'on rencontre én parcourant
cette feétion & venant dans l'Oueft, eft celle' des Pucelles. Elle a de chaque côté
cinq ilets parallèles, de 53 toifes : de haut fur environ 20 toifes de large 2
puis un fixième plus Méridional que les autres & de 53 toifes + en carré.
Au deflous de la rue des Pucelles, vient celle de Conty, auffi longue que
1a ville entière, & qui a dans l'Oueft trois ilets de 53 toifes 4 en carré s
& un de 53 toifes : fur 20, le long du bout Nord de la ville. Après, vient
la rue des Favoris, puis la rue Vaudreuil & enfuite la rue Dauphine 3 féparées entr'elles par des ilets femblables à ceux de la rue des Favoris. A la
rue Dauphine finit, excepté un peu dans fon dernier ilet Nord, l'épatement de
morne dont j'ai parlé 8c qui a fa direétion à peu près du Sud-Eft au Nord-Oueft.
A l'Oueft de la rue Dauphine, on trouve > en venant du Septentrion, d'abord
un îlet long comme ceux que j ai déjà défignés 1 puis deux qui font carrés; 2
Elais l'ilet le plus au Sud au lieu d'être carré aufli, en forme dcux longs au
Tom. II.
Se
peu dans fon dernier ilet Nord, l'épatement de
morne dont j'ai parlé 8c qui a fa direétion à peu près du Sud-Eft au Nord-Oueft.
A l'Oueft de la rue Dauphine, on trouve > en venant du Septentrion, d'abord
un îlet long comme ceux que j ai déjà défignés 1 puis deux qui font carrés; 2
Elais l'ilet le plus au Sud au lieu d'être carré aufli, en forme dcux longs au
Tom. II.
Se --- Page 336 ---
322 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
moyen de la rue Traverfière qui eft extrèmement large, mais qui ne va que de
la rue Dauphine à la Grande rue 1 dont clle eft immédiatement fuivie dans
lOucft.
La Grande rue ou rue Royale, a ce nom parce qu'elle traverfe toute la
ville du Nord au Sud & que c'eft par elle qu'on entre en venant de la Croix
des Bouquets & qu'on fort en allant à Léogane.
C'eft fur le côté Occidental de cette rue qu'eft un ilet de 53 toifes : en
carré, qui formait autrefois le marché de la ville. Cet ilet, aujourd'hui borné
au Nord par la rue des Céfars; au Sud, par celle des Fronts-Forts, & à
l'Oueft pat la rue de Vallière, l'était par le quai fur ce dernier côté, lors
du premier tracé de la ville. M. la Porte la Lanne l'avait fait entourer
d'arbres, & l'on y avait placé le carcan & les autres attributs de la juftice.
Les marchands de comeftibles. ceux de marchandifes féches & les matelots
pacotilleurs s'y réunifaient le dimanche, & la partie du rivage correfpondante
à cette place étant l'embarcadère de la rade, ce lieu était celui du plus
grand mouvement de la ville.
Le 30 Novembre 1755 1 un officier de l'état-major voulut contraindre
tous les vendeurs à former le marché au devant de la maifon du gouvernement, mais les pacotilleurs & les matelots y opposèrent une réfiftance
à laquelle on céda, & le miniftre maintint le marché dans ce local, par
une lettre du 6 Avril 1759.
En 1765, le marché ayant été transféré fur la place de
PIntendance 9
l'ilet dont je parle refta fans deftination jufqu'en 1773, qu'on y planta
des arbres, qu'on en ferma l'enceinte par des baluftrades. 1 qu'on projetta
de placer une fontaine à fon milieu & qu'on l'appela place Vallière, du
nom du gouverneur-genéral de cette époque.
MM. d'Ennery & de Vaivre accordèrent le 26 Septembre 1776 la
conccilion de toute la partie méridionale de cette place 1 fur 19 toifes + du
Nord au Sud, à MM. Mefplés, négocians du Port-au-Prince 1 à la charge
de faire conftruire avant tout fur ce terrain 1 à leurs frais 7 une falle
de fpeétacle de 1OO pieds de long fur 40 de large & 24 d'élévation, fans
pouvoir la louer plus de 6,000 livres par an ; avec faculté réfervée au gouvernement, à perpétuité 1 d'acheter la falle & le terrain fur lequel elle
ferait, moyennant 50,000 livres comptant. Cette conceflion fit difparaitre
les arbres & les baluftrades.
fur ce terrain 1 à leurs frais 7 une falle
de fpeétacle de 1OO pieds de long fur 40 de large & 24 d'élévation, fans
pouvoir la louer plus de 6,000 livres par an ; avec faculté réfervée au gouvernement, à perpétuité 1 d'acheter la falle & le terrain fur lequel elle
ferait, moyennant 50,000 livres comptant. Cette conceflion fit difparaitre
les arbres & les baluftrades. --- Page 337 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 323
Au mois de Septembre 1780, M. Delant demanda, mais en vain, la
conceflion de tout le refte de la place. A la fin du mois de Décembre
1780, M. le vicomte de Choifeul, infpeckeur-général des frontières, follicita de MM. de Reynaud & Le Brafleur , alors Adminiftrateurs de la
Colonie, la conceflion de la portion Sud de la place, fur 20 toifes de large
feulement & l'obtint le 21 Janvier 1781. Le 25 Mars fuivant. , il vendit
ce terrain à MM. Nau & Marie , négocians, qui y firent élever des bâtimens, &c il ne refta qu'un efpace de 84 pieds du Nord au Sud, fur la
longueur de lilet, entre les deux conceflions.
Mais en 1782, on dénonça la conceffion faite à M. de Choifeul, comme
uu aête nuifible à l'utilité publique > 8c le titre de beau-frère de M. de
Reynaud ainfi que le refus fait à M. Delant, encouragèrent beaucoup de
délations. Le miniftre écrivit à MM. de Bellecombe &c dc Bongars 1 pour
les charger de lui rendre compte des faits, & même d'exiger de tous ceux
qui avaient concouru 1 d'après la loi des conceflions 7 à celle de M. de
Choifeul, les motifs de leur conduite. En apprenant cette nouvelle s M.
de Choifeul dépofa au tréfor public Ia fomme que la concefion lui avait
procurée 1 8 plufieurs coopérateurs donnèrent des mémoires juftificatifs.
Ces détails parurent infuffifans au miniltre, qui récrivit le 26 Janvier
1783, pour en demander d'autres, avec ordre de faire fufpendre les conftrudtions de MM. Nau &c Marie & des menaces très-graves, contre ceux
à la complaifance defquels il imputait déjà la conceflion. On s'entr'accufa,
on chercha des certificats &x enfin 1 le I5 Novembre 1783 7 un arrêt
du Confeil des Dépêches cafla & annula la conceflion ; condamna M. de
Choifeul à une reftitution, déjà effeétuée & ordonna l'eftimation des dommages - intérêts dâs aux acquéreurs. Un ordre du 18 prefcrivit enfuite
aux deux Adminiftrateurs principaux 1 aux deux Adminiftrateurs fecondaires
du Port. - au. -Prince, 1 à l'ingénieur, qui avaient tous eu quelque part à la
conceflion &. à M. de Choifeul, de rembourfer MM. Nau & Marie, 1 d'après.
une règle de proportion que cet ordre établit, fous peine de perte de leurs
places, & de leurs traitemens.
Les rembourlemens dûs, d'après l'arrêt & l'ordre, furent fixés par les
Adminiftrateurs le 7 juin 1785, puis diminués par une rectification du 15
Juillet. Lc furplus de toute cette affaire, curieufe dans fes circonftances :
Ss2
fer MM. Nau & Marie, 1 d'après.
une règle de proportion que cet ordre établit, fous peine de perte de leurs
places, & de leurs traitemens.
Les rembourlemens dûs, d'après l'arrêt & l'ordre, furent fixés par les
Adminiftrateurs le 7 juin 1785, puis diminués par une rectification du 15
Juillet. Lc furplus de toute cette affaire, curieufe dans fes circonftances :
Ss2 --- Page 338 ---
824 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
font de nature à appartenir à P'hiftoire. J'ajouterai feulement. + que chacun
a payé fon contingent, d'après l'ordre du 18 OStobre 1785, excepté M.
de Reynaud qui, s'appuyant toujours fur la publicité de fa conduite, 1 fur
l'exemple d'une conceflion d'une portion du terrain de P'intendance du Portau-Prince , faite par les Adminiftrateurs en 1765 & annullée le 10 Juillet
1768, fans recours contr'eux ; rappelant fans- ceffe P'exemple de MMd'Ennery & de Vaivre, concédant une partie de la place Vallière même,
en 1775, a conitamment foutenu qu'un arrêt du Confeil des Dépèches &c
un ordre comme celui dont on l'a fait fuivre, font des abus d'autorité, &
a mieux aimé fouffrir toutes les vexations qu'on s'eft cru permifes, notamment fur fon habitation du Bois de l'Anfe 1 paroiffe de Limonade 1 pour. lui
arracher fa part du payement > plutôt que de le légitimer par rien de
volontaire.
La démolition des bâtimens que MM. Nau & Marie avaient élevés fur
la place Vallière & dans lefquels l'on avait même logé le régiment du
Port-au-Prince en 1782, l'a rétablie dans l'état où elle était en 17S1.
La fallc de fpeéacle qu'on y voit, me mène à parler de cette partie de
d'amufement public du Port-au-Prince.
Fn 1762, MM. Clément & Rouzier, autorifés par les Adminiftrateurs,
établirent fous la direêtion de ce dèrnier, le premier fpeétacle que cette
ville ait eu &c que l'on mit dans une falle à M. de Saint-Romes, ingénieur. Ce dircéteur étant mort en 1765, le fpeétacle fut continué par les
aéteurs,en fociété, jufqu'au 9 Février 1766, que M. Clément lui- même
obtint le privilège pour trois ans, à compter de la première repréfentation.
Le fpeétacle ceffa au mois de Mars 1767. On en eut un au mois de Janvier
1771 ; mais la maifon qui avait fervi de falle autrefois & qui était fur le
côté Oueft de la place de l'intendance 1 ayant été détruite par le tremblement de terre, on prit un autre local; puis les comédiens allèrent à Léogane.
En 1775, M. Jenot éleva un nouvcau théâtre.
On défirait voir une falle abfolument confacrée au fpeétacle 9 lorfque
MM. Mefplés frères adrefsèrent aux Adminiftrateurs., à cet égard, des
propofitions qui furent agréées. Ceux-ci leur accordèrent en conféquence le
26 Septembre 1776, I17 pieds du Nord au Sud, fur 140 pieds ER &
diens allèrent à Léogane.
En 1775, M. Jenot éleva un nouvcau théâtre.
On défirait voir une falle abfolument confacrée au fpeétacle 9 lorfque
MM. Mefplés frères adrefsèrent aux Adminiftrateurs., à cet égard, des
propofitions qui furent agréées. Ceux-ci leur accordèrent en conféquence le
26 Septembre 1776, I17 pieds du Nord au Sud, fur 140 pieds ER & --- Page 339 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 325
Oueft du côté Méridional de la place de Vallière 1 & les affujettirent,
comme je l'ai dit, à faire une falle de fpeétacle d'après un plan déjà drefé
par M. de Boisforefl, ingénicur en chef; & quant au furplus du terrain
concédé, MM. Mefplés en furent déclarés propriétaires irrévocables.
Prefqu'aufitôt, 19 propriétaires réclamérent contre la conceffion acçordée
à MM. Mefplés, en invoquant les raifons qu'on a faitvaloir depuis contre
celle obtenue par M. de Choifeul en 1781. Les Adminiftrateurs allemblèrent les réclamans pour payer à MM. Mefplés, les matériaux qu'ils
avaient déjà achetés, &c alors l'oppofition ceffa. On fe contenta donc d'exiger
que la falle de fpeétacle fut bâtie avant lc 9 OCtcbre 1777D'après les certificats de M. de Refon, commandant de l'artillerie, de
M. Thevenet s ingénieur & de MM. Marfault, Doyon & Glay 3 entrepreneurs, furl la folidité qu'avait déjà la falle > les Adminilirateurs permirent
le 24 Janvier 1778, d'y- jouer dès le lendemain, 3 & enfin ils déclarèrent
que MM. Mefplés avaient rempli tous leurs engagemens.
M. Saint-Martin, qui avait le privilège du. fpeétacle depuis le; 27 Juin
1777, & qui avait commencé à jouer le 15 Août dans une grande. halle
de la rue Saint-Philippe, No. 103, appartenante à M. Dicudonné ; vint
dans la falle de MM. Mcfplés. MM. Favart B Depoix remplacèrent, le
24. Juillet 1784, M: Saint-Martin, mort directeur; &c M. Fayart 91 reflé
feul, s'eft défifté en faveur de M. Acquaire, qui en- a le privilège depuis
le 30 Mars 1787, pour 6 ans.
Il faut dire que dès le commencement de l'ufage qu'on St de la falle de
MM. Mefplés, il fallut y mettre des étais, qu'on renouvella en'1784s en
ajoutant des fupports fous les. loges 3 avec' des équerres de fer.: Malgré cela,
les allarmes éraient devenues f fréquentes., qu'au: mois d'Août 1786 les
Adminiftrateurs firent vifiter cette fallte par l'ingénieur & 4 entrepreneurs de
bâtimens, qui furent d'avis qu'elle devait: être réparée pour qu'on pât
continuer à s'en fervir, même pour un efpace de tems fuppofé de peu de durée.
En conféquence, les Adminiftrateurs ont déclaré,-le ro Novembre 1786,
que d'après la convention originaire avec MM, Melplés, ils reprenaient la
falle &c fon terrain au nom du roi pour 50,000 livres, qui ont été payées à
MM. Mefplés.
Dès le 27 Avût de la même année, les Adminiftratcurs écrivirent au
continuer à s'en fervir, même pour un efpace de tems fuppofé de peu de durée.
En conféquence, les Adminiftrateurs ont déclaré,-le ro Novembre 1786,
que d'après la convention originaire avec MM, Melplés, ils reprenaient la
falle &c fon terrain au nom du roi pour 50,000 livres, qui ont été payées à
MM. Mefplés.
Dès le 27 Avût de la même année, les Adminiftratcurs écrivirent au --- Page 340 ---
326 DESCRIPTION DE LA PARTIE
miniftre qu'un fpeétacle était devenu néccllaire au Port-au-Prince, & qu'ils
Étaient d'avis qu'on en mit la falle dans la favane de IIntendance, & opinaient même pour qu'on fit une lotterie qui procurerait les fonds de fa
conftruétion , évalués à 200,000 liv. Le miniftre, , par fa lettre du IO Février
1787, défire l'emploi de tout autre moyen, mais adoptc l'indication du lieu
faite par M. Vergues 7 comédien 1 dès 1777On a fait faire, en attendant, pour 18,000 liv. de réparations à la vieille
falle à la fin de 1787, &c le roi la loue 8,000 liv. par an à M. Acquaire.
Cette falle , dont j'ai déjà indiqué les dimenfions , a fur la Grande-rue fon
entrée 3 qui ne diffère point de celle d'une maifon ordinaire ; elle eft feulement précédée d'une petite avant-cour. A droite en entrant, eft une buvette,
en face de laquelle eft le bureau pour la diftribution des billets. On a alors
devant foi un efpace à chaque bout duquel eft un efcalier menant aux loges.
On contourne ces efcaliers &c l'on fuit un corridor par lequel on parvient au
parterre.
Iya de chaque côté 9 loges 7 dont une fait face au théâtre. Elles conltiennent en général trois perfonnes fur le devant &c quatre fur le derrière, parcé
qu'on a cherché à leur donner 3 en les divifant, une direétion plus tournée
vers le théâtre qu'elles ne l'auraient eue en fuivant celle du carré long de
la falle. La loge du gouverneur-général qui répond à l'orcheftre à droite 3 &
celle de l'intendant qui lui correfpond à gauche, font plus grandes. Plus
près du théâtre , il y a fur chaque côté un balcon où fe mettent les membres
des divers tribunaux de juftice. Au deffous d'un amphithéâtre affez fpacieux,
on a mis depuis peu, cinq loges grillées regardant le théâtre, &c l'on a fupprimé la loge où fe mettaient MM. les officiers de la Sénéchauflée & de
P'Amirauté, & qui formait au même point un retranchement dans le parterre.
Au devant de celui-ci & à toucher l'orcheftre, eft un efpace de toute la
largeur de la falle pour MM. les officiers de la garnifon.
Sous les deux balcons & les loges les plus voifines du théâtre, font trois
loges grillées de chaque côté,
La divifion dcs fecondes loges eft femblable à celle des premières, mais
avec de fimples loges au deffus des deux balcons. On y trouve cependant
une loge de plus, formé de l'efpace Jai aux premières fert à aller à l'amphithéâtre.
la
largeur de la falle pour MM. les officiers de la garnifon.
Sous les deux balcons & les loges les plus voifines du théâtre, font trois
loges grillées de chaque côté,
La divifion dcs fecondes loges eft femblable à celle des premières, mais
avec de fimples loges au deffus des deux balcons. On y trouve cependant
une loge de plus, formé de l'efpace Jai aux premières fert à aller à l'amphithéâtre. --- Page 341 ---
FRANÇAISE DE SAINT T-D OMINGUE,
Des 21 loges, 15, favoir : celle du fond &c 7 de chaque côté, font
deflinées aux gens de couleur, qui s'y nièlent fans diftinétion.
Les 6 autres loges, qui font plus près du théâtre & où l'on peut arriver
aufli par les corridors de celui-ci, ont été divifées en loges de 4, de 6 & de
8 places, qu'on loue à l'année de 3 à 500 liv, au delà du prix de l'abonnement , ainfi que toutes les autres loges grillées. Elles ont des chaflis en
treillage qu'on peut ouvrir & fermer à volonté.
Cette falle eft fort chaude,' affez mefquinement décorée, & l'on conçoit que
fon peu de folidité n'a pas dà exciter à y faire des dépenfes. Elle peut contenir en tout environ 750 fpedtateurs. On donne trois repréfentations par
femaine 7 le mardi, le jeudi & le dimanche 3. & fouvent une. quatrième pour
les abonnemens fulpendus des acteurs ou du direêteur lui-même 7 qui en
a 4 par an.
Une perfonne feule paye pour l'année 300 livres ; un mari &c fa femme s
500 liv.;' une perfonne par mois, 33 liv. Les billets de parterrre font d'une
gourde 8c. ceux de loges du double. Les officiers militaires, quel que foit leur
grade, ne payent qu'une demi-gourde. Les corps en garnifon donnent 300 liv.
par mois &c 66 liv. par abonnement fufpendu. Les commis des divers bureaux
de l'adminiftration ne donnent que 126. livres par an. L'entrée pour les gens
de couleur eft d'une demi-gourde.
Il n'y a point d'entrées gratuite S que celles de perfonnes quiont été attachées à un théâtre quelconque $ comme acteurs ou comme muficiens, & celle
de M. Mozard, à qui les Adminiftrateurs l'ont fait donner comme rédaêteur
des Affiches-Américaines. On affure cependant qu'on a vu un direêteur trèsendetté les accorder à tous les huifliers pour capter leur bienveillance. protectrice.
Autrefois on imprimait un profpeétus pour l'année théâtrale 1 & l'on y
indiquait les noms des acteurs engagés ; mais depuis qu'une fentence de la
Sénéchauffée, du 19 Novembre 1782, a condamné M. Saint-Martin, alors
direéteur, qui faifait aller les acteurs du Port-au-Prince à Saint-Marc,
rembourfer fix mois aux abonnés, il n'y a plus guères de profpectus.
Les frais ordinaires d'une repréfentation cottent 247 liv., &c. font à la charge
de celui qui donne un abonnement fufpendu. Si la falle eft employée par un
fpe@tacle forain quelconque, on doit au directeur un quart net dc la recette,
condamné M. Saint-Martin, alors
direéteur, qui faifait aller les acteurs du Port-au-Prince à Saint-Marc,
rembourfer fix mois aux abonnés, il n'y a plus guères de profpectus.
Les frais ordinaires d'une repréfentation cottent 247 liv., &c. font à la charge
de celui qui donne un abonnement fufpendu. Si la falle eft employée par un
fpe@tacle forain quelconque, on doit au directeur un quart net dc la recette, --- Page 342 ---
323 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Si l'on veut donner quelqué amufement public, par exemple des exercices
de chevaux, on doit choifir d'autres jours que ceux des repréfentations de la
comédic.
Depuis quelque tems. 1 la troupe eft compofée de 8 aéteurs &c de 8 actrices,
onze muficiens, ) un foufleur, un machinifle, un peintre, un tailleur. 1 un
perruquier. 1 4 portiers & un buralifte. Les premiers acteurs ou aétrices ont
12,000 livres d'appointemens fixes.
On peut conpter la dépenfe annuelle de la manière fuivante :
Aéteurs & adtrices,
160,000 livresy
Muficiens,
45,060
Gagites pour le théâtre,
13,000
Portiers 3.
6,000
Luminairc,
15,300
Loyers & entretien de la falle,
10,000
Garde,
3,160
Toile, peinture, décorations & faux-frais,
15,540
268,000 livres,
Cependant en 1787, la dépenfe s'eft élevée à 280,000 livres, & la recette 5 qu'on. peut regarder comme le taux annuel moyen, à 340,000 liv.
La police du fpectacle eft militaire & celle des aéteurs appartient aux
officiers de l'état-major de la place, , qui infigent la prifon & même le
cachot. D'ordinaire ils font préfens , lorfqu'on fait le répertoire chaque mois.
Les engagemens des aéteurs font pour un an & l'on ne peut faifir' qu'un
tiers de leurs appointemens pour dettes.
On ne fe rappele à ce fpeétacle 1 qu'un feul exemple d'une pièce préfentée par un auteur, qui employa même l'autorité du commandant, pour
que l'aréopage comique écoutât fa pièce. Il fe préfenta, la fit lire ; puis
s'étant retiré pour laiffer délibérer 2 on lui remit enfuite le réfultat de
l'aflemblée, fous Padrefle du commandant. A la lecture que celui-ciluien
donna, l'auteur s'écria: He quoi! Vaucanfon aurait-il pii être jugé par Jes
automates.
Il ferait bien injufte de refufer des éloges aux efforts que les aéteurs font
pour répondre aux voeux du public. Mais $ pour être équitable, il faut
auffi leur reprocher des erreurs de coftume, quelquefois groffières, &c qui
détruifent
lemblée, fous Padrefle du commandant. A la lecture que celui-ciluien
donna, l'auteur s'écria: He quoi! Vaucanfon aurait-il pii être jugé par Jes
automates.
Il ferait bien injufte de refufer des éloges aux efforts que les aéteurs font
pour répondre aux voeux du public. Mais $ pour être équitable, il faut
auffi leur reprocher des erreurs de coftume, quelquefois groffières, &c qui
détruifent --- Page 343 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D OMINGUE 329
détruifent l'illufion 1 fans laquelle le plus grand charme du fpeétacle difparait. On remarque d'autant plus ces inconvenances 1 que le défaut de
chambres particulières dans le local même de la comédie pour les aéteurs 2
en force plufieurs à s'y rendre avec leurs habits de théâtre, ce qui choque
encore ceux qui les rencontrent dans les rues.
Puifque je parle de coftume 7 je dirai que le fpectacle du Port-au-Prince dont
Clément a été le direéteur, fournit à ce fujet un trait- de fon efprit facétieux.
Lorfque le direêteur Charpentier qui fuccéda en 1765 à Rouzier; partit
pour la Jamaique 1 emportant furtivément tous les objets du magafin, les
habits &c., les aéteurs fe virent forcés de jouer avec leurs habits de ville.
En levant le rideau à la première reprélentation, Clément adreffa ce couplet au public :
Mefieurs 3 vous voyez le malheur
De la pauvre Thalie;
Sans habit & fans diredteur,
Elle eft à l'agonie.
Recevez-nous donc fans façon 3
La faridondaine, la faridondon $
Nous allons tous jouer ici
Biribi :
A la façon de barbari,
Mon Ami.
On fait déjà que Volange a joué fur ce théâtre. Il eft inexact qu'on y
ait vu le célèbre la Rive. II a feulement été commis de M.
Martin >
procureur du Port-au-Prince.
Le 13 Février 1781, M. Saint-Martin, alors direéteur, confentit a voir
mettre le préjugé aux prifes avec le plaifir, en laiffant débuter fur ce
théâtre, pour la première fois, une jeune perfonne de 14 ans 9 créole du.
Port-au-Prince 1 dans le rôle d'Habelle 7 de l'opéra d'Ifabelle &c Gertrude. Ses
talens &c fon zèle auxquels on accorde encore chaque jour de juftes applaudiflemens, 1 la foutinrent, dès fon entrée dans la carrièrre 3 contre des
préventions coloniales 3 dont tout être fenfible 8c jufte eft charmé qu'elle
ait triomphé. C'eft affez, fans doute, de ce que la politique a concédé à
Torgueil, fans qu'il faille encore que les Beaux. -Arts reconnaiffent fon
empire.
Tome II.
Tt
èle auxquels on accorde encore chaque jour de juftes applaudiflemens, 1 la foutinrent, dès fon entrée dans la carrièrre 3 contre des
préventions coloniales 3 dont tout être fenfible 8c jufte eft charmé qu'elle
ait triomphé. C'eft affez, fans doute, de ce que la politique a concédé à
Torgueil, fans qu'il faille encore que les Beaux. -Arts reconnaiffent fon
empire.
Tome II.
Tt --- Page 344 ---
330 DESCRIPTION DE LAIPARTIE
M. Goulart, Pun des atteurs du Port-au-Prince, à qui le mème M.
Saint-Martin avait légué fa garde-robe de théâtre &c une fomme de 1,50o
livres, abandonna cette dernière à dcux enfans naturels du teftateur, fans
doute meilleur ami que père; & apprenant en 1784, qu'ils avaient perdu
leur mère, il s'eft chargé de l'un deux, &c ce touchant exemple a fait
irouver. à l'autre un père adoptif.
Il y a long-tems que M. Acquaire, direéteur adtuel, fait applaudir au
théâtre & comme aéteur & comme danfeur, des talens d'autant plus remarquables x qu'il eft né au Port-au-Prince * &c qu'il les a acquis dans la Co.
lonie même, dont il n'eft jamais forti.
Les pauvres ont aufi une part utile aux fuccès du fpectacle du Portau-Prince, puifqu'on y donne chaque année une repréfentation 5 en faveur
de la maifon de Providence de cette ville.
La falle de fpeétacle de cette ville fert aux bals publics que donne le
direéteur. Ils commencent après les Rois, mais on y voit peu de monde 3
fi ce n'eft pendant les trois jours-gras. Tous les hommes indiftinétement
& les femmes, non abonnées à la comédie, y payent une gourde d'entrée.
On a eflayé , mais fans fuccès, d'y avoir des redoutes comme au Cap.
On y donne auffi quelquefvis des conceris.
Encore fur la Grande-rue, , au Nord de l'avant-cour de Ia comédie &en
face de la rue Traverfière, eft un corps-de-garde de 40 pieds de long 1
fur 20 de large, de dedans en dedans, pour fervir à la police de cette
partie de la ville.
Tout l'efpace libre de la place Vallière, eft bordé d'une allée d'arbres.
Au milieu de lilet & en face de la rue de la comédie 3 qui defcend vers
lai mer, eft une fontaine achevée en 1788.
C'eft un baffin couvert(Voy. P'Atlas)de pierres de taille du Môle-SaintNicolas & de figure oblongue, ayant 16 robinets à mafcarons. Au milieu
de ce ballin eft une cuvette en fonte de fer, fur un piédeftal triangulaire
percé intérieurement pour recevoir l'eau de la gerbe & la porter dans le
bafin, lorfqu'on ne veut pas qu'elle nappe:à caufe des fortes brifes qui
tranfportent des nuées de pouflière.
En traveriant la place Vallière & arrivant dans POueft, on fe trouve
dans la rue Vallière, qui n'a que la longueur du Nord au Sud de l'ilet
de cette piace, & qui faifait auparavant partie de la rue Saint-Philippe.
triangulaire
percé intérieurement pour recevoir l'eau de la gerbe & la porter dans le
bafin, lorfqu'on ne veut pas qu'elle nappe:à caufe des fortes brifes qui
tranfportent des nuées de pouflière.
En traveriant la place Vallière & arrivant dans POueft, on fe trouve
dans la rue Vallière, qui n'a que la longueur du Nord au Sud de l'ilet
de cette piace, & qui faifait auparavant partie de la rue Saint-Philippe. --- Page 345 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
De l'extrémité Septentrionale de la rue Vallière , dans celle des Cézars,
part la rue, encore appelée Saint-Philippe & qui va, en courant du Sud.
Ef au Nord-Oueft, dans la rue Tire-mafle 1 tandis que la rue Saint-JeanBaptifte, qui part de l'extrémité Méridionale de la rue Vallière , va du
Nord-Ef au Sud-Oueft dans la rue des Miracles.
Le bout inférieur de cette rue Saint-Philippe > qui n'avait en 1749,
qu'un côté faifant face au rivage, formait alors & a été encore long-tems
après le marché aux volailles. Cet efpace ou carrefour, qui a une forme
tronquée 1 avait été concédé en 1771, à M. Lauvergius ; mais fur les réclamations des habitans de la ville, on a confervé cetefpace libre
l'utilité
pour
publique.
Au deflous de la rue Vallière eft la rue Sainte-Claire
toute
1 qui a
la
longueur de la ville & qui eft parallèle à la Grande-rue. Ce
qui en exifte
dans l'ancienne ville eft une conquête faite fur la mer depuis
qui eft conféquemment encore plus yrai de Pilet.
dans 1751 ; ce
qui,
cette première
fection, borde la rue Sainte-Claire à l'Oueft &c le quai de Rohan à PEf.
Au bout de ce quai, en face de la rue des Cézars & en face de la rue
des Fronts-Forts, feront deux fontaines, dont celle du côté Sud eft même
achevée, pour l'aiguade des vaifleaux. C'eft un bienfait du
gouvernementpuifque tous les bâtimens étaient obligés d'envoyer faire leur eau à la rivière du Trou-Bordet, ce qui excédait les équipages de fatigue.
Ces fontaines feront à 30 pieds en avant des deux demi-lunes qui ticnnent
à l'efplanade du quai de Rohan. Celle du Sud eftdeflinée à la marine royale,
l'autre à la marine marchande.
Leur conftruction (Voy PAtlas), eft de charpente fur des pilots garnis de
cuivre, s' pour les garantir de. la piqûre des vers. C'eft ce qui a
caufe des affemblages
folide
paru , à
plus
contre les fecoufles des tremblemens de
terre, 7 qui femblent encore plus vives fur les bords de la mer.
Chacune de ces fontaines aura trois ajutages ou robinets pour les
qui feront leur eau au moyen d'une petite manche de toile chaloupes,
binet. Le quatrième robinet, du côté de la
adaptée au ro.
ville, donnera de l'eau at
& pour cela, on pratiquera une chaullée, aufi en planches, de quai,
de long fur 6 de large.
24 pieds
Tte
ens de
terre, 7 qui femblent encore plus vives fur les bords de la mer.
Chacune de ces fontaines aura trois ajutages ou robinets pour les
qui feront leur eau au moyen d'une petite manche de toile chaloupes,
binet. Le quatrième robinet, du côté de la
adaptée au ro.
ville, donnera de l'eau at
& pour cela, on pratiquera une chaullée, aufi en planches, de quai,
de long fur 6 de large.
24 pieds
Tte --- Page 346 ---
332 DESCRIP rI N DE LA PARTIE
On projette d'ajouter à l'aiguade des vaiffeaux marchands, un lavoir qui
Re fera deftiné qu'aux matelots.
C'eft dans l'ilet qui eft entre ce quai, la rue des Cézars 1 la rue SainteClaire, & la rue qui à l'Occident de la place Vallière correfpond à la rue
Traverfière &c qu'on nomme la rue de Ia Comédie, qu'eft une maifon à MM.
Mefplés frères, où ils ont fait pofer à la fin de 1776, fous un dôme ?
avec quatre figures de fayance, une horloge faite à Bordeaux 5 pour Iaquelle ils ont. dépenfé 16,796 livres > TO fous 1 d'après les états que j'ai
vus. On leur doit une gratitude réelle pour l'utilité de cette horloge, la
feule qui foit au Port-au.Prince.
Les rues de la première feétion de l'ancienne vilie, qui courent de PER
à T'Oueft, font, en venant du Nord: la rue Tire-maffe, la rue de Belair,
la rue des Cézars ; enfuite eft la petite rue de la Comédie & la rue
Traverfière 5 qui n'ont qu'une longueur bornée ; après cela vient la rue des
Fronts-Forts, qui a toute la hauteur de Ia ville.
Je parle dans la feétion fuivante, de l'incendie des deux derniers ilets
du côté de la rue des Fronts-Forts vers la mer.
Seconde Seclion de PAncienne ville.
ELLE eft bornée au Nord par celle que je viens de décrire ; à PEf,
par la ligne des limites de la ville qui là, traverfe les favanes de l'intendance ; au Sud, par la rue d'Aunis, qui fépare l'ancienne ville de la
nouvelle ; & à T'Oueft, par la mer.
En partant de l'Orient pour venir à l'Occident, comme j'ai fait
dans la première fection 1 la première chofe qui s'offre dans celle-ci, c'eft
le terrain fur lequel eft l'intendance & toutes fes dépendances. Ce terrain. 7
d'environ 64 carreaux en 1767 7 qui, partant de la rue des Favoris, court
dans PEt bien au delà des limites de la ville, fur une largeur qui, excepté entre la rue des Favoris & celle de Conty, eft égale à celle de la
fection entière, renferme aujourd'hui plufieurs établiflemens publics 1 qui
le rendent très-digne de notre curiofité.
La première réfidence de l'intendant (M. Maillart) fut, comme je l'ai
viron 64 carreaux en 1767 7 qui, partant de la rue des Favoris, court
dans PEt bien au delà des limites de la ville, fur une largeur qui, excepté entre la rue des Favoris & celle de Conty, eft égale à celle de la
fection entière, renferme aujourd'hui plufieurs établiflemens publics 1 qui
le rendent très-digne de notre curiofité.
La première réfidence de l'intendant (M. Maillart) fut, comme je l'ai --- Page 347 ---
FRANÇAIS E DE SAINT.DOMINGUE
dit, les bâtimens de la manufacture à fucre de l'habitation Morel; puis
il vint prendre la maifon principale de la fucrerie Randot, qu'occupait M.
de la Caze, commandant du Cul-de-Sac. Le tremblement de terre de
caufa des dommages à ce logement, qu'on répara; mais étant 1751, habitable lorfque M. de Clugny y vint, en 1761, on y fit une dépenfe peu de
100,000 livres, qui fervit en quelque forte à le réédifier. Le
ayant deux ailes, était fur le maflif
voit
corps-de-logis, 7
qu'on
encore & qui eft aligné un
peu au deflous du milieu de la rue de Conty ; & une allée d'arbres,
d'environ 20 toifes de long, conduifait jufqu'à l'entrée de l'intendance, ,
qui donnait fur le côté Oriental de Ia place de fon nom.
Le tremblement de terre de 1770, renverfa ce bâtiment, excepté l'aile
Sud, qu'on répara dans fes parties inférieures; on y plaça le bureau des
fonds & M. de Bongars fut réduit à s'y loger avec fon fecrétariat, dans
efpace de 40 à 45 pieds. Le 4 Janvier 1772; un procès-verbal conftata un
que cette aile menaçait ruine, & elle fut démolie.
Il ne reftait plus alors d'antérieur à 1770, qu'un bâtiment de
chambres ; auquel M. de Bongars fit adoffer une falle à
quatre
pieds de long, & àl'arrivée de M. de
manger de 40
Montarcher, on y a ajouté au Sud,
une chambre & deux cabinets.
En 1772, on a fait un bâtiment correfpondant au Nord, où eft une
un
falle,
fecrétariat, un cabinet & deux chambres à coucher.
Ces appartemens font encore tout ce qui compofe l'intendance
dite. Ils font très-peu élevés, fur tout la falle à
proprement
manger ; mais la fituation
du lieu, placé tout à la fois & à la ville & à la
campagne, 3 eft charmante.
L'agrément d'un jardin la gaieté de compartimens, plantés d'herbe de Guinée
& que borde une allée d'arbres, un gafon entre les, deux corps de
une allée d'orangers à PEf du falon de
bâtimens,
compagnie un air
une
ombre fraiche, procurée par des arbres de différentes
doux,
efpèces, une eau
qui court partout & qui donne la jouiffance fi délicieufe d'un cabinet pure de
bains 1 une galerie couverte 9 mais fermée à treillage feulement & qui fait
communiquer d'un bâtiment à l'autre ; Ia vue d'une promenade agréable;
celle de la ville & celle plus éloignée de la rade
fait
> tout
de lintendance un endroit agréable & fain. Il n'y eft jamais mort d'intendant.
L'intendance a aufli une entrée fur la rue de Conty ; que ferme une porte
jouiffance fi délicieufe d'un cabinet pure de
bains 1 une galerie couverte 9 mais fermée à treillage feulement & qui fait
communiquer d'un bâtiment à l'autre ; Ia vue d'une promenade agréable;
celle de la ville & celle plus éloignée de la rade
fait
> tout
de lintendance un endroit agréable & fain. Il n'y eft jamais mort d'intendant.
L'intendance a aufli une entrée fur la rue de Conty ; que ferme une porte --- Page 348 ---
334 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
de fer grillée, au deffus de laquelle eft un écuffon aux armes de France,
qui
fe trouve furmonté d'une couronne de co.nte & avoir deux levrettes
pour
fupports, parce que l'ouvrier n'a changé que l'écuffon à cette porte, commandée
originairement pour l'habitation de M. le comte d'Argout, &c achetée
l'intendance après la mort de ce gouverneur-genéral.
pour
Une chofe faite pour étonner, c'eft que le terrain de l'intendance n'appar.
tienne au roi- que depuis le Ier Avril 1786; faifant partie de la fucrerie
Randot achetée par les paroiffiens du Port-au-Prince, le 26 Juin 1749,il
était à la fabrique, Pour s'en affurer la propriété, le roi a donné à cette
époque 60 mille livres pour aider d'autant la conftruétion du prefbytère de la
ville.
Ce prefbytère eft bâti fur l'extrémité Nord du terrain de l'intendance. Le
bâtiment principal faifant face à l'Oueft, & ayant 80 pieds, 2 pouces de long
fur 37 pieds 7 8 pouces de large 1 à fon milieu, pris Nord & Sud fur le
milieu de la rue de Conty. On y arrive par un efcalier central à deux
& par deux efcaliers à retour placés aux deux bouts de la
Il rampes
façade. a été
conftruit par M. Ragueneau, entrepreneur, d'après un marché du 13 Juillet
1787, & a coûté 123,000 liv. dont l'excédant fur les 60,000 liv. données le
roi, a été payé moitié par la préfeêture & moitié par la paroiffe.
par
Le terrain total de cet établiffement a environ 66 toifes de PEf à
fur 20 toifes du Nord au Sud. En avant du corps de
eft POuel,
logis, une cour,
puis une allée d'orangers > qui mène jufqu'à une entrée deftinée aux perfonnes
à pied, & éloignée de 25 toifes du grand efcalier de la maifon; deux
grandes
portes cochères font fur les côtés & à36 pieds de celle-la. Derrière le bâtiment, eft un parterre $ que bordent deux bâtimens égaux entr'eux, & de la
même profondeur que les quatre qui font fymétriquement placés le long de
la clôture, aux quatre angles de l'efpace dont l'allée d'orangers occupe le
milieu. Après le parterre, eft le jardin. Le prefbytère a un pouce d'eau
pour
fon ufage particulier.
Dès l'établiflement du Port-an-Prince, le curé s'était mis dans le voifinage
de la fucrerie Randot, devenue chapelle mais cette habitation ayant été
prife en totalité par l'intendant en 1771, les paroiffiens louèrent une maifon
pour leur pafteur. Puis le 4 OCtobre 1766, ils demandèrent à être rembourfés
du prix. de l'acquifition de l'habitation Randor , & une décifion du 18 Juin
'établiflement du Port-an-Prince, le curé s'était mis dans le voifinage
de la fucrerie Randot, devenue chapelle mais cette habitation ayant été
prife en totalité par l'intendant en 1771, les paroiffiens louèrent une maifon
pour leur pafteur. Puis le 4 OCtobre 1766, ils demandèrent à être rembourfés
du prix. de l'acquifition de l'habitation Randor , & une décifion du 18 Juin --- Page 349 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 335
1768 déclara que le roi avait réuni par le fait cette habitation, &c renvoya
les habitans à faire valoir leur demande en rembourfement de 42,000, qu'elle
avait coûté, pardevant M. l'intendant.
Le tremblement de terre de 1770 étant arrivé & le curé étant alors fans
logement. 1 le roi en. loua un pour lui, & le 8 Juin 1771 les Adminiftrateurs
concédèrent à la paroiffe le terrain du prefbytère aétuel ; où l'on n'avait encore
rien fait, lorfque le 23 Décembre 1785, les paroifliens affemblés ont renoncé
à tout le terrain par eux acheté en 1749, aux 6,000 liv. de réparations
faites alors à la maifon Randot; & enfin au terrain où était l'ancienne églife
dans la nouvelle ville, & deftiné au palais de juftice. C'eft ce que les Adminiftrateurs ont agréé le I", Avril 1786, par leur ordonnance 3 qui a renoncé
pour le roi à rien réclamer de ce qu'il avait payé du logement du curé, &c
qui a accordé 60,000 liv. applicables au nouveau prefbytère.
Celui-ci eft la réfidence du curé & de fes vicaires, 8c en outre du préfet
apoftolique de la miflion de la Partie de l'Oueft & de celle du Sud de la
Colonie, d'abord paree qu'il en a payé le quart', & en outre parce
l'ordonnance du roi, du 24 Novembre 1781, permet au préfet de fe réferver que
les fonctions curiales du chef licu de la miflion.
Auflitôt que les Français commencèrent à s'établir dans les Ifles de PAmérique. on y vit arriver des millionnaires de différens ordres, & fur tout des
Dominicains ou Freres-Précheurs.
Ceux-ci, fixés en 1658 à la Martinique par les bienfaits de M.
propriétaire de cette ile, envoyèrent des miffionnaires à la Duparquet >
Guadeloupe, à
Saint-Chriltophe & à Sainte-Croix. Tous. les habitans de cette dernière ile
ayant été tranfportés à Saint-Domingue par ordre du roi, en 1696, 3 les Domi.
cains qui y avaient une fucrerie fous le titre de la Magdelaine, vinrent
s'établir dans le quartier de Léogane, où ils avaient déjà, en 1699, trois
petites habitations, achetées au profit de leur ordre 7 & qui forment la fucrerie qu'ils poffedent actuellement dans la. paroiffe même de Léogane.
Les Dominicains fe chargèrent de deffervir les. paroiffes de POueft de la
Colonie, où ils employaient, comme ils le font ençore aujourd'hui , d'autres
religieux & même des prêtres féculiers, lorfque leur propre nombre était
infuffifant. Ils avaient pour fupérieur un vice-préfet &c un vicaire général
qui, en ces deux qualités, dépendait du fupéricur-général & du préfet du même ?
ordre à la Martinique.
Les Dominicains fe chargèrent de deffervir les. paroiffes de POueft de la
Colonie, où ils employaient, comme ils le font ençore aujourd'hui , d'autres
religieux & même des prêtres féculiers, lorfque leur propre nombre était
infuffifant. Ils avaient pour fupérieur un vice-préfet &c un vicaire général
qui, en ces deux qualités, dépendait du fupéricur-général & du préfet du même ?
ordre à la Martinique. --- Page 350 ---
336 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Le 22 Juin 1721, le R. P. Pipia, alors général de l'ordre & depuis
cardinal, unit ia miffion de Saint.Domingue, fous le titre de Congrégation du
Rofaire, à la divifion de P'ordre appelée la province de Touloufe, & des lettrespatentes du roi, , approuvèrent cette union au mois de Septembre fuivant.
Elles donnent aux Jacobins toutes les cures de TOueft, à partir des Gonaives
inclufivement, les confirment dans la poffeffion des biens qu'ils ont dans la
Colonie, leur donnent chez eux le droit exclufif de chafle 8x de pêche, 9 leur
défend d'acquérir fans permiflion du roi, à l'avenir > & exemptent 30 nègres
de leurs habitations 7 12 de leur maifon principale & 3 de chaque cure 1 de
tous droits & corvées. D'autres lettres-patentes, du mois de Novembre 1723,
ont rendu les Dominicains millionnaires de la Partie du Sud avec les mêmes
droits que dans celle de l'Oueft.
En 1731 & 1739, ces religieux achetèrent deux petites habitations, dont
eft formée la fucrerie qu'ils pofsèdent actuellement à Cavaillon. Ils ont de plus
acquis une petite place-à-vivres entre Léogane & le Port-au-Prince, & on
leur a concédé un terrain de cent pieds dans la ville de Léogane.
La province de Touloufe ne pouvant pas fournir aflez de fujets, la miflion
de Saint-Domingue fut unie par le P. Ripolli, général de l'ordre, 9 en 1739 1
à celle de Saint-Louis, dont elle dépend encore 3 & dont le chef-lieu eft la
maifon des Jacobins de la rue Saint-Honoré, à Paris.
Depuis cette époque 1 le fupérieur de la miflion de Saint-Domingue eft élu
tous les quatre ans. 9 dans le chapitre provincial de la province de Saint-Louis,
par les définiteurs de. ce chapitre. Son élection eft envoyée à Rome pour être
confirmée par le général de l'ordre. Puis le procureur-général de celle-ci
demande à la Propagande les pouvoirs de préfet pour ce fupérieur. Jufqu'en
1769, les pouvoirs des préfets étaient pour fept ans 3 &x le titre de fupérieur
n'étant donné que pour quatre, il arrivait quelquefois qu'on avait un préfet
& un fupéricur différens 1 & les miflionnaires dépendant du premier comme
curé & du fecond comme religieux, 1 il y avait des conflicts. La cour de Rome
a confenti à ne faire le préfet que pour 4 ans, & à n'en donner les pouvoirs
qu'au fupérieur. Un ordre du roi confrme tous ces choix, qui ne feraient
pas reconnus dans la Colonie fans cette attache, qui doit être encore préalablement enrégiftrée au confeil fupérieur.
Jufqu'au pèrc Euftachon qui demanda & obtint des Adminifirateurs
l'agrément
ieux, 1 il y avait des conflicts. La cour de Rome
a confenti à ne faire le préfet que pour 4 ans, & à n'en donner les pouvoirs
qu'au fupérieur. Un ordre du roi confrme tous ces choix, qui ne feraient
pas reconnus dans la Colonie fans cette attache, qui doit être encore préalablement enrégiftrée au confeil fupérieur.
Jufqu'au pèrc Euftachon qui demanda & obtint des Adminifirateurs
l'agrément --- Page 351 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 337
l'agrément de venir s'établir au Port-au-Prince 7 en 1771, le préfet des
Dominicains avait toujours réfidé à Léogane.
Les autres détails fur les fonétions &c les pouvoirs du préfet, appartiennent.
au tableau de l'adminiftration de la Colonie. Je dirai, pour terminer fur
cet article, qu'en général , les Jacobins fe font attirés l'eftime de leurs
ouailles, quoiqu'il foit arrivé que quelques-uns d'eux, ne foient pas toujours reftés oblervateurs fcrupuleux de leurs trois voeux. L'un deux, nommé
Braguet, venu de Sainte-Croix, ayant eu la hardieffe infenféé de parler
de l'établiffement de l'inquifition dans la Colonie, les habitans le forcèrent
à fuir loin d'elle.
Au deffous du prefbytère 2 dans l'Oueft, eft l'églife paroiffiale 7 dont le
portail eft aligné fur le côté Oriental de la rue des Favoris.
La première églife de cette ville fut la fucrerie de l'habitation Randot,
dont on retira les chaudières & qu'on difpofa proviloirement pour fervir de
temple. Le tremblement de terre de 1751, la renverfa avant que les mefures combinées dès le commencement de 1750, pour en bâtir une 1 euflent
été réalifées. On fit à la hâte une petite chapelle tout près-de l'ancienne
fucrerie, puis le 4 Juin 1752, on adopta le plan d'une nouvelle églife';
le 6 Août on en conclut le marché avec M. Delaitre, & le 8 Oétobre
les paroifliens s'imposérent pour en payer la dépenfe. Cependant, le 3. Juin
1753, les Adminiltrateurs permirent encore 3 en attendant, d'allonger
la chapelle 3 devenue infuffiante. S'appercevant même 3 que les habitans de
l'ancienne ville préféraient la fituation de la chapelle, & retardaient P'édification de l'églife, ils permirent 1 le 4 Mars 1759, aux habitans de la
nouvelle ville, de tranfporter la chapelle, fur le terrain deftiné à l'églife.
Elle fut donc mife vers l'angle Sud-Oueft d'un terrain, formant à peu près
la moitié Sud de Pilet, compris aétuellement entre lai rue d'Orléans & celle
Dauphine, & entre celles de Provence & de Rouillé.
L'entrepreneur 1 quoiqu'il eût déjà reçu 43,659 livres > depuis 1753 2
n'avait encore rien fait, lorfqu'au mois d'Août 1764, on défira que l'églife
future eût un autre local que l'ancienne. Le 4 du même mois 1 M. Delaitre
s'engagea au bureau de police municipale à en faire une avec un clocher,
le tout de pierres au lieu de bois ; de donner à l'églife I5o pieds de long,
au lieu de 120, & de délivrer le tout en deux ans 2 fans augmentation de
Tome II.
Vv
n'avait encore rien fait, lorfqu'au mois d'Août 1764, on défira que l'églife
future eût un autre local que l'ancienne. Le 4 du même mois 1 M. Delaitre
s'engagea au bureau de police municipale à en faire une avec un clocher,
le tout de pierres au lieu de bois ; de donner à l'églife I5o pieds de long,
au lieu de 120, & de délivrer le tout en deux ans 2 fans augmentation de
Tome II.
Vv --- Page 352 ---
338 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
prix, attendu la jouiffance qu'il avait eue de l'argent de la paroifle depuis
onze ans. Le même jour 4, l'ingénieur en chef indiqua un lieu 1 qu'agréa
M. d'Efaing le 15Cette églife, qui était le long de la rue de Vaudreuil, au coin de celle
dcs Fronts-Forts, fut renveriec per le tremblement de terre du 3 Juin 1770.
On l'a remplacée par celle qui fabiife aujourd'hui, mais qui occupe un
autre point, comme je l'ai dit. Elle a 138 pieds de Jongde POueft à PET,
far 84 de large du Nord au Sud & a coûté 109.500 livres. Onyarrive par
plufieurs marches, qui conduifent à un perren, > regnant auffi furlesdeux côtés
de l'eglife. Eile eft propre, mais fans majefté, comme tous les édifices en
bois, cû nul plafond ne cache l'intérieur du toit. Des piliers y forment
une nef avec deux bas-côtés. On n'y trouve pas d'autres bancs s que ceux
honoriniques, qui font exactement les mêmes que ceux quej'al'indiqués dans la
Defcription de Péglife du Cap. La chaire, , qui a coûté 1,800 livres 1 eft de
mauvais goût & trop petite. Un fuiffe en habit bleu avec des paremens de
velours cramoifi, un baudrier bleu galonné d'or & une hallebarde > maintient l'ordre. On voit dans ce vaiffeau les quatre premiers drapeaux du
régiment du Port-au-Prince, fufpendus deux à deux , de chaque côté du
chceur.
L'églife du Port-au-Prince eft confacrée à Notre-Dame de PAffomption ,
comme l'était celle du Trou-Bordet, qu'elle a remplacée. Le premier aéte
de la parcifle même, eft du 6 Juillet 1750.
Au deflous de l'intendance &e au Sud de l'églife, eft une terrafle formant
une promenade publique, plantée d'orangers. 9 avec un jet d'eau. Cet ef.
pace 1 qui, à caufe de Péglife, du prefbytère & de quelques bâtimens placés
dans fa partie méridionale, n'était plus qu'une efpèce de cul de fac, eft
devenu par le défir de MM. de la Luzerne & de Marbois &c par les foins
de M. Sorrel, un heu de récréation & de délallement.
La terraffe a 40 toifes du Nord au Sud, fur environ 35 toifes de PER
à l'Oueft 8c 8 pieds & : de hauteur ; elle eft garnie de baluftres de
pierres. On y arrive du côté de la ville par un efcalier à deux rampes 1
fous lequel on a pratiqué un corps-de-garde pour les archers de police 3
qui furveillent le marché de la place de l'intendance. Cette terraffe a fur
ehacun de fes côtés Nord & Sud, une double allée d'orangers, interrompue
35 toifes de PER
à l'Oueft 8c 8 pieds & : de hauteur ; elle eft garnie de baluftres de
pierres. On y arrive du côté de la ville par un efcalier à deux rampes 1
fous lequel on a pratiqué un corps-de-garde pour les archers de police 3
qui furveillent le marché de la place de l'intendance. Cette terraffe a fur
ehacun de fes côtés Nord & Sud, une double allée d'orangers, interrompue --- Page 353 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 339
à fon milieu par un intervalle auquel aboutit un efcalier dc chaque côté,
Cet intervalle eft coupé.1 lui-même par celui qui mène de l'efcalier, de la
grande entrée, à un autre qui lui correfpond à l'autre extrémité & par lequel
on peut entrer dans l'intendance.
Intérieurement aux quatre portions plantées d'arbres 1 font quatre gafons
avec des plate-bandes échancrées à leurs angles & bordées de fleurs. Au
milieu de la terraffe, en face du grand efcalier & de la plate-forme de
l'intendance, eft le beau jet d'eau, qui ajoute à l'agrémént de ce point,
en y répandant une fraicheur dont on ne fent bien tout le prix que fous
la Zone-Torride. En fe raifemblant dans ce local, préparé il n'y a encore
qu'un inftant pour eux 1 les habitans du Port-au-Prince fe rappelent le
tems où ce fol aride & couvert de poufliere femblait les éloigner, 1 & la reconnaiffance nomme les Adminiftrateurs auxquels ils font redevables de cetté
jouillance fi douce, & qui doit influer fur leur fanté.
On a adoflé à cette terraffe deux fontaines parallèles 1 qui répondent au
milieu de la double allée d'orangers. L'architeéture en eft fort fimple (Voy.
PAtlas). Elles ont été exécutées par les nègres de l'atelier du roi & elles
ont des plate-formes d'où l'on découvre le port. Quatre mafquesy donnent
de l'eau fur le devant & un fur chaque côté de leur faillie. Le fond des
tableaux, qui eft de madrépores d'un ton gris & vermiculé 1 attenid des
infcriptions où je défire voir écrite en framçais, l'expreflion des fentimens
de mes concitoyens, pour ceux qui ont cherché à rendre leur ville plus
falubre, 9 &c pour l'homme laborieux &c intelligent qui a fait fervir fes talens
à l'embellir 9 en lui aflurant la plus utile reflource.
Comme l'on ne peut plus paffer. en voiture par la porte principale de
l'intendance qui donne fur la promenade. 2 on en a placé une feconde laté.
rale entre le prefbytère & la terraffe Celle-ci eft alignée fur celles du
prefbytère.
Au midi de la terraffe & fur le même alignement , eft un grand réfervoir où les hommes & les animaux peuvent fe baigner. Il contient 1,530
muids d'eau de 8 pieds cubes, ou 2,690 barriques de Bordeaux , de 5 pieds
& : cubes chacune, qui, en cas d'incendie 1 peuvent être jettées dans les
différentes rigoles pavées qui bordent les maifons.
A la tête de cet abreuvoir il y a. une petite fontaine qui reçoit l'eau du
V v 2
alignement , eft un grand réfervoir où les hommes & les animaux peuvent fe baigner. Il contient 1,530
muids d'eau de 8 pieds cubes, ou 2,690 barriques de Bordeaux , de 5 pieds
& : cubes chacune, qui, en cas d'incendie 1 peuvent être jettées dans les
différentes rigoles pavées qui bordent les maifons.
A la tête de cet abreuvoir il y a. une petite fontaine qui reçoit l'eau du
V v 2 --- Page 354 ---
340 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ballin du jet d'eau 8 la verfe dans un autre baffin qui abreuve les animaux s d'oà elle s'échappe dans le grand réfervoir. Les parois & le fond de
celui-ci font maçonnés &c couverts de ciment : lorfqu'il eft plein > il laife
écouler l'eau par un canal de décharge. On le met. à fec & on le nettoye
tous les 8 jours, & il eft rempli cn 24 heures. Pour ajouter un avantage de plus à ceux du réfervoir, un rang d'orangers borde fes deux grands
côtés &c fuit dans le bout Sud le deffein de fa forme 1 qui avance en demi
cercle à fen milicu.
Parallèlement à cet abreuvoir , mais dans fa partie Orientale 1 ef un
grand bâtiment appelé l'hôtel de la marine 1 parce que plufieurs bureaux de
cette branche de l'adminiftration y font établis & que le contrôleur de la
marine y eft logé. Il a été bâti peu de tems après le tremblement de
terre de 1770 & a plus de 20 toifes de long.
L'ilet qui eft au midi de Phôtel de la marine , a procuré long-tems un
logemént au préfet apoftolique 1 qui ne l'a quitté que pour aller au prefbytère actucl. L'intervalle qui eft entre cet ilet & P'hôtel de la marine s
a pris récemment le nom de rue de l'intendance. Elle ne va. que de la rue
des Favoris à celle de Conty. Le bureau des clafles lui fait face, fur le
côté Oriental de cette dernière.
Sur la même ligne que le bureau des claffes, à l'angle Nord.Eft de
l'enclos du terrain de l'intendance & à la limite de la feconde fection, eft le
grand terrain défigné pour la falle de fpeétacle, dont M. de Boisforeft a
même donné le plan en 1787. Dans cette fituation elle ne fera pas craindre
les incendies pour la ville. L'accès en fera facile, & des allées d'arbres
formeront autour d'elle une promenade, , qui fera une jouilfance de pius.
Inférieurement à l'églife & à la promenade publique 2 eft la place de
l'intendance. Cette place qui a exifté depuis le premier tracé de la ville,
s'étendait autrefois depuis l'intendance 7 dont elle a pris fon nom, 7 jufqu'à
la rue de Vaudreuil, & depuis la rue des Fronts-Forts jufqu'à celle de Bonnefoi.
On a vu qu'on y avait placé. en 1751 une chapelle, qu'on en retira en 1759Le 2 Août 1764, fur l'avis du bureau de police municipale, les Adminiftrateurs ordonnèrent de mettre deux rangs de boutiques ou barraques,
adoflées lune à Pautre, fur chaque face de la place, fuivant le plan de M.
Langréné, & d'adjuger chaque emplacement pour trois ans, au prefit de la
-Forts jufqu'à celle de Bonnefoi.
On a vu qu'on y avait placé. en 1751 une chapelle, qu'on en retira en 1759Le 2 Août 1764, fur l'avis du bureau de police municipale, les Adminiftrateurs ordonnèrent de mettre deux rangs de boutiques ou barraques,
adoflées lune à Pautre, fur chaque face de la place, fuivant le plan de M.
Langréné, & d'adjuger chaque emplacement pour trois ans, au prefit de la --- Page 355 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE 341
ville. Les barraques ont eu licu en certain nombre, 8c la place devint le
marché.
Le 7 Janvier 1780, les Adminiftrateurs, fur la réclamation des locataires
& des propriétaires voifins, à qui les barraques de la place faifaient craindre
des incendies $ ordonnèrent de les ôter, & obligèrent les propriétaires à faire
apporter de la terre franche, de I2 pieds en 12 pieds, pour mettre des
arbres autour de la place 7 qui ne ceffa pas d'être le marché des comeltibles.
Lorfque l'églife actuelle fut conftruite, le marché que le fite de l'églife
avait fait pouffer vers le haut de la place, fut dirigé au contraire vers la
partie inférieure, toujours afin d'éloigner le bruit du temple du Seigneur.
Les vendeurs habituels s'y tiennent fous des ajoupas, dont quelques-uns font
fixes.
Depuis qu'on a formé la promenade qui a pris la moitié de cette place,
le marché a perdu tout ce qui était au deflus d'une ligne qui eft à environ
70 pieds dans POueft de la rue des Favoris, ligne qui termine aujourd'hui
le marché dans PEf.
On projette de faire à fon milieu &c dans la direction de PE( à POueft
une halle couverte & de garnir le furplus par des allées d'arbres.
Les Adminiftrateurs viennent même d'être autorifés par le miniftre à établir
dans ce marché, comme ils le propofaient, des étaux &c des barraques 1 dont
la rétribution fera perçue au profit de la mailon de Providence du Port-auPrince.
Au-deffous de la place de l'intendance, eft la rue Vaudreuil, puis la rue
Dauphine & la rue Royale, 3 féparées les unes des autres par des ilets carrés
de 53 toifes :
Sur le côté Oueft de la rue Royale, entre Ia- rue des Miracles &c celle
d'Aunis, eft un ilet, vers les trois-cinquièmes duquel, dans le Sud, eft le
palais de juftice, où fiége le Confeil fupérieur de Saint-Domingue.
Le Leêteur fait, par les détails que' j'ai placés dans ma Defcription du
Cap fur la cour fouveraine de cette ville 9 que le roi avait. créé au mois
d'Août 1685 un tribunal fupérieur pour toute la Colonie 1 avec. réfidence au
bourg du Petit-Goave. Il fut compofé du xouverneur-général &c de l'intendant
des Ifles qui étaient fixés à la Martinique , du gouverneur-particulier de
Saint-Domingue, de deux lieutenans de roi, de deux majors & de 12 confeillers,
dans ma Defcription du
Cap fur la cour fouveraine de cette ville 9 que le roi avait. créé au mois
d'Août 1685 un tribunal fupérieur pour toute la Colonie 1 avec. réfidence au
bourg du Petit-Goave. Il fut compofé du xouverneur-général &c de l'intendant
des Ifles qui étaient fixés à la Martinique , du gouverneur-particulier de
Saint-Domingue, de deux lieutenans de roi, de deux majors & de 12 confeillers, --- Page 356 ---
342 DESCRIPTIO N D E L A PARTIE
un procureur-général &c un greffier. La préfidence en fut donnée au gouverneur-général, à l'intendant en fon abfence, & fucceflivement aux membres,
dans l'ordre où je viens de les nommer S mais le. droit de recueillir les voix
& de prononcer les arrêts, fut attribué à Lintendant & au confeiller le plus
ancien en fon abfence, privativement aux membres militaires. Cette cour fut
inftallée au Petit-Goave chez M. de Cully, par ce gouverneur lui-même 1 le
Ier, Juillet 1686, & elle tint fes féances dans ce lieu jufqu'en 1697, qu'on la
transféra à l'Efter, près Léogane 2 ce qui ft qu'elle s'intitula Confeil de Léogane.
Au mois de Juin 1701, on lui ôta une partie de fon reffort pour le donner
au Confeil fupérieur du Cap., créé à cette époque & qui eut toute la Partie
du Nord.
De l'Efter, le Confeil pafla, 7 le 5 Novembre 1708, à Léogane même, où
il demeuraj jufqu'au 3 Février 1710, qu'il fut ramené au Petit-Goave avec
le gouvernement, , & redevint le Confeil du Petit-Goave.
Léogane étant redevenu la capitale, le Confeil fut obligé de s'y rendre au
mois de Mars 1713, & fon titre changea encore.
Les faits de la fedition de 1723 contre la Compagnie des Indes ayant
difgracié Léogane, le Petit-Goave redevint chef-lieu, & le Confeil alla y
prendre, le II Avril, fa dénomination primitive, qu'il fallut changer le 21
Janvier 1738, pour celle de Léogane, 1 encore vainqueur du Petit-Goave.
Enfin le choix du Port-au-Prince y amena, d'après les ordres du roi, le
3 Juillet 1752,le Confeil, qui s'appela Confeil du Port-au-Prince.
Le roi avait acheté dans cette dernière ville une maifon de bois, fituée dans
la Grande rue à rOueft, entre la rue de Bonnefoi & celle des Miracles, oû le
Confeil tint fes féances, ainfi que la Sénéchauflée & l'Amirauté de Léogane,
qui avaient aufli , par leur tranflation 1 reçu le titre de Sénéchauffée &
d'Amirauté du Port-au-Prince, qu'elles portent encore.
Par une fuite d'évênemens dont le récitn'eft pas de nature à trouver place
dans une. defcription , le Prince de Rohan, alors gouverneur-général de SaintDomingue, fit enlever,lc 7 Mars 1769, les membres du Confeil du Porta
au-Prince dans le lieu même de leurs féances, d'où on les conduifit à bord
de bâtimens qui les tranfportèrent en France. Un édit daté du même mois de
Mars, , prononça la caflation de cette cour, & un autre portant la date du
mois d'Avril fuivant, créa un nouveau Confeil fupérieur du Port-au-Prince,
ur-général de SaintDomingue, fit enlever,lc 7 Mars 1769, les membres du Confeil du Porta
au-Prince dans le lieu même de leurs féances, d'où on les conduifit à bord
de bâtimens qui les tranfportèrent en France. Un édit daté du même mois de
Mars, , prononça la caflation de cette cour, & un autre portant la date du
mois d'Avril fuivant, créa un nouveau Confeil fupérieur du Port-au-Prince, --- Page 357 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU E. 343
Il reçut la même compofition que celle donnée au Confeil du Cap par un
édit du mois de Septembre 1769. L'unique différence était, que le commandant de la Partie du Sud y avait une place, comme celui de la Partie de
I'Oueft, &c que le lieutenant de roi du Port-au-Prince n'y était pas admis,
C'eft ce tribunal, auquel s'appliquent d'ailleurs toutes les particularités que
jai citées fur celui du Cap (Tom- rer, pag. 386 & 387 ), qu'on a réuni avec
ce dernier pour en former le Confeil fupérieur de Saint-Domingue.
Prefqu'au moment même où Pon avait créé le Confeil du Cap, l'établiffement de deux cours fouveraines trouva des contradicteurs. Cependant la
néceflité évidente dont elles étaient, ou plutôt l'inconvénient de traîner loin
de leur domicile des colons ou des repréfentans de ces colons 1 dont la préfence eft toujours utile fur leurs manufactnres 7 avait fait rejetter des avis
quel'amour d'un pouvoir plus abfolu ou des animofités perfonnelles infpiraient
prefque toujours. On avait même vu le gouvernement devenir allez éclairé
à cet égard en 1776 pour fonger à établir un troifième Confeil dans la Partie
du Sud, &c le projet en avait été dreffé. Mais en 1786, on obféda tellement M.
le maréchal de Caftries , qu'on lui fit adopter Ie fyftème de n'avoir qu'un
feul tribunal fouverain à Saint-Domingue.
Un édit du mois de Janvier 1787, dont le préambule vante la beauté
de chemins qu'on n'a entrepris qu'après, a formé le Confeil de Saint-Doningue, dont la réfidence eft fixée au Port-au-Prince. Il y a été inftallé
le II Juin de la même année.
Il eft compofé du gouverneur- général, de l'intendant, défigné comme premier - préfident , des trois commandans en lecond des Parties du Nord,
de l'Oueft & du Sud, d'un Tecond-préfident 2 pris parmi les confeillers &
changé ou nommé de nouveau tous les trois ans 7 d'un commifaire-énéral
des Colonies, du commandant particulier du Port-au-Prince 9 du plus ancien
commiflaire des Colonies 1 de douze confeillers, y compris le fccond-préfident ; de quatre affeffeurs brevetés du roi avec voix délibérative & quatre
alleffeurs nommés par les Adminiftrateurs pour deux ans feulement, avec
voix purement confultative, à moins qu'ils ne foient néceffaires pour faire
arrêt; d'un procureur-général avec deux fubftituts brevetés par le roi, &
deux autres fubftituts commiflionnés par les Adminiftrateurs pour deux ans 5
un greflier en chef & un premier huilier-audiencier,
quatre affeffeurs brevetés du roi avec voix délibérative & quatre
alleffeurs nommés par les Adminiftrateurs pour deux ans feulement, avec
voix purement confultative, à moins qu'ils ne foient néceffaires pour faire
arrêt; d'un procureur-général avec deux fubftituts brevetés par le roi, &
deux autres fubftituts commiflionnés par les Adminiftrateurs pour deux ans 5
un greflier en chef & un premier huilier-audiencier, --- Page 358 ---
344 DESCRIPTIO N DE LA PAKTIE
Le nombre des confeillers des deux Confeils réunis étant de plus de douze
(car nous nous trouvions dix-neuf), ils ont été confervés, pour n'en remplacer aucun 7 jufqu'à la réduction au nombre de l'édit. Les confeillers
honoraires des deux Confeils, le font demeurés du Confeil de Saint-Domingue.
Le gouverneur-genéral y fiége dans un fauteuil, , qui demeure vacant s'il
eft abfent du Port-au-Prince, mais dans l'étendue de la Colonie 1 autrement
le commandant en fecond, ou celuiqui a un ordre de commandement du roi,
s'y place. A la droite du gouverneur-général fe met l'intendant & à gauche
un commandant en fecond ; puis à droite & à gauche les deux autres commandans en fecond , le fecond-préfident, le commifaire-général des Colonies,
le commandant particulier du Port-au-Prince , le plus ancien commiflaire des
Colonies, 2 dans l'ordre où je les nomme; enfin les confeillers & les aflef.
feurs dans le rang que fixe la date de leur réception.
Il faut avoir 27 ans accomplis pour être confeiller ou procureur-général
25 ans pour être affefleur ou fubititut breveté &c 20 ans pour être affeffeur
ou fubftitut commiffionné, Tous doivent être gradués.
Le Confeil de Saint. Domingue s'affemble tous les jours 7 excepté le famedi.
Du Ier. Oétobre au ier, Avril, la première féance commence à fept heures &
vajufqu'à neuf &c la,feconde à neuf heures & demie & vaj jufqu'à onze & demie.
Dans les autres fix mois, les féances commencent & finiffent une demi-heure
plutôt.
Les vacances du Palais comprennent les jours de fête, la quinzaine de
Pâques & l'intervalle du 15 Juillet au Ier, OCtobre. Pendant cette dernière,
une chambre de vacations compoféc de trois confeillers 1 d'un affeffeur breveté &c d'un affelleur commiflionné, expédie les matières provifoires. Hors
de là, & conftamment en matière criminelle s il faut fept juges pour faire
arrêt.
Le fecond-préfident, les confeillers & les afleffeurs brevetés, font payés
d'abord 1 par la moitié fixe de leurs appointemens 1 qui font de 9,000 liv.
tournois 2 8c enfuite par ce qui leur revient dans l'autre moitié, mife en.
bourfe commune, proportionnellement à leurs préfences aux féances du Confeil.
Enfin, ils ont droit, & les afleffeurs commifionnés avec eux, au produit
d'une autre bourfe commune > formée d'une fomme accordée par le roi pour
chaque
, font payés
d'abord 1 par la moitié fixe de leurs appointemens 1 qui font de 9,000 liv.
tournois 2 8c enfuite par ce qui leur revient dans l'autre moitié, mife en.
bourfe commune, proportionnellement à leurs préfences aux féances du Confeil.
Enfin, ils ont droit, & les afleffeurs commifionnés avec eux, au produit
d'une autre bourfe commune > formée d'une fomme accordée par le roi pour
chaque --- Page 359 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 345
chaque procès jugé, fomme qui varie depuis 120 liv. tournois jufqu'à 4 liv.,
fuivant la nature des affaires. Le rapporteur a le tiers de cette fomme,
puis le préfident fix parts, chaque confeiller deux, 3 &c tout affeffeur une,
Mais pour prétendre à ce qu'a rendu un jour, il faut avoir aflifté aux deux
féances & être rendu au palais un quart-d'heure avant la première. Tous les
mois le greffier fait le décompte de chaque confeiller.
Quant au procureur-genéral, préfent ou non. > il a toujours pour lui & fes
fubllituts un fomme égale au tiers total du montant de celles qui ont été payées
par le roi au Confeil pour les affaires jugées. Il prend la moitié de cette
fomme pour lui feul, & l'autre moitié tombe en bourfe commune pour fes
fubftituts, à raifon d'une part pour chaque.
Nul confeiller ou afleffeur ne peut avoir par an qu'un congé d'un mois,
fi le Confeil veut le lui accorder. S'il prend un congé pour la France, il n'a
que 2,400 liv. tournois par an.
Une autre ordonnance du mois de Janvier 1787, a fupprimé la plaidoirie.
Tout eft jugé au rapport. Les avocats ne viennent plus au palais qu'àla rentrée
du Ier. Oétobre, pour renouveller leur ferment, ou lorfqu'il y a quelque
réception de gouverneur-général 8 d'intendant, circonftances où le public
peut encore voir les magiftrats fiégeans.
La fuppreflion du Confeil du Cap a excité dans la Partie du Nord les plus
jufles plaintes. Le premier ufage que le Confeil de Saint-Domingue a fait de
fes fonêtions , au moment même où il venait de les prendre, a été d'arrêtér
qu'il ferait des remontrances contre l'exiftence d'une feule cour. Ces remontrances, ouvrage de quatre confeillers nommés commiffaires , je les ai rédigées, & je dois croire. 3 d'après l'unanimité avec laquelle elles ont été adoptées par le Confeil, qu'elles ont répondu à la confiance dont nous avions été
honorés. Mais ces remontrances, d'après la loi qui permet aux Confeils des
Colonies d'en faire & qui ne les appelle même que des repréfentaticns, étaient
adreflées au miniftre, , qui précédemment gouverneur-général de Saint-Domingue &c préalablement confulté par M. de Caftries fur la réunion , avec pouvoir
de la fufpendre s'il y trouvait de l'inconvénient, lui, avait répondu du Portau-Prince 3 le 14 Mai 1787, qu'il la ferait exécuter. Il devait donc perlifter
dans une opinion que l'amour-propre empèchait même d'examiner de nouveau.
Mais cet ordre de chofes ne faurait : fubfifter. L'efpoir de diriger ou même
Tome 17.
X X
par M. de Caftries fur la réunion , avec pouvoir
de la fufpendre s'il y trouvait de l'inconvénient, lui, avait répondu du Portau-Prince 3 le 14 Mai 1787, qu'il la ferait exécuter. Il devait donc perlifter
dans une opinion que l'amour-propre empèchait même d'examiner de nouveau.
Mais cet ordre de chofes ne faurait : fubfifter. L'efpoir de diriger ou même
Tome 17.
X X --- Page 360 ---
346 DESCRIPTIO N DE LA PART IE
de dominer plus aifément une cour fouveraine que deux, ne l'emportera pas
toujours fur l'intérêt des colons 1 évidemment méconnu dans ces mefures ; la
magiftrature coloniale ceffera d'être dans un état d'humiliation, & les agens
de l'autorité à Saint-Domingue feront convaincus que l'empire de la crainte 3
le moins durable de tous, ne faurait s'affermir dans une Colonie que fon
importance doit garantir d'un defpotifme fccondaire. Larnage & Maillart ont
montré comment l'on fait aimer l'autorité, & on ne l'aime pas fans la relpe@ter.
Comme pour confoler les membres da Confeil de tout ce que les loix
de 1787 avaient de douloureux pour eux, le roi leur a permis 2 le 24 Janvier
1788, de porter dans l'intérieur du palais & aux cérémonies publiques où
le Confeil aflifte en corps, 1 un chaperon de laine écarlate 3 herminé 3 abfolument
femblable à celui des membres des parlemens de France. Cette décoration 7
que le Confeil a prife pour la première fois le 22 Décembre 1788, jour de
la réception de M. le Marquis de Chilleau en qualité de gouverneur-genéral
de la Colonie , & qui préfente la réunion d'une marque du coftume magif.
tral métropolitain 7 avec lhabit court & l'épée, qui ont toujours été le coftume
colonial, a quelque chofe de vraiment noble. Il arrive même , à caufe de
la gance & du bouton placés fur l'épaule, pour recevoir le chaperon, qu'en
n'ayant pas celui-ci, le confeiller fe trouve encore avoir une marque diftinctive. Sars tirer vanité de cette efpèce de décoration , qui m'cft commune
aufi, il me femble qu'elle peut avoir un effet très-utile; c'eft de nous
faire reffouvenir fans celfe 1 que nous fommes revêtus de fonctions auguftes ;
facrifier notre devoir c'eft nous parjurer, & que dans les cas où il confifte
que
à dire la vérité, rien ne doit nous intimider; que l'oeil de nos jufticiables eft
conftamment ouvert fur toutes nos actions, & que lorfqu'elles nous ont gagné
T'eftime publique , elles n'ont pas befoin d'autre approbation.
Le premier local que le Confeil occupait dans la ville du Port-au-Prince,
rue Royale 3 ayant été renverfé par le tremblement de terre de 1770, on
acheta un emplacement dans la même rue 7 où l'on prépara à la hâte un petit
logement de 4 pièces pour le Confeil & fon greffe, qu'il avait auffi dans
l'ancienne maifon. Il s'y préfenta le 27 Août pour reprendre fes féances *
dont la dernière avait eu lieu le 28 Mai. Mais le défordre des papiers publics ?
qn'on avait été obligé de mettre dans des boucauds 3 & les autres ravages du
tremblement de terre, le forcèrent de les renvoyer jufqu'au 19 Novembre.
âte un petit
logement de 4 pièces pour le Confeil & fon greffe, qu'il avait auffi dans
l'ancienne maifon. Il s'y préfenta le 27 Août pour reprendre fes féances *
dont la dernière avait eu lieu le 28 Mai. Mais le défordre des papiers publics ?
qn'on avait été obligé de mettre dans des boucauds 3 & les autres ravages du
tremblement de terre, le forcèrent de les renvoyer jufqu'au 19 Novembre. --- Page 361 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-D O MIN GUE.
Le roi ft enfuite l'acquifition de l'endroit que je décris en ce moment ; où
le Confeil de Saint-Domingue fe raffemble encore, & où celui du Port-auPrince fe rendit en corps de cour le Ier. O8tobre 1773Il ferait difficile de voir un lieu aufli peu propre à produire Ies idées que
doit infpirer le temple de juftice. Sur la rue font trois pièces. Celle du milieu
fervait autrefois de falle des pas perdus; c'eft là même qu'eft la chapelle.
Au bout Sud eft le parquet des gens du roi, &c au bout Nord une pièce où
font abandonnés aux infeêtes les anciens regiftres du Confeil, depuis
fon établiflement au Petit-Goave, & des liaffes d'anciennes minutes. Tout ce
qui eft affez récent eft dans la maifon du greflier 9 où l'on a réuni les regiltres
& les minutes du Confeil du Cap, tranlportés d'après les loix de la réunion,
du Cap au Port-au-Prince.
A la falle des pas perdus, répond une grande pièce divifée en auditoire &
en haut & bas fiéges. Demeurée comme elle était lors du Confeil du Port-auPrince 7 on y voit encore le banc des avocats. Cette falle eft vieille, comme
tout le refte du bâtimment. On étouffe lorfqu'on eft fur les bas fiéges, & par
je ne fais quelle manie , le Confeil de Saint-Domingue y tient fes féances.
Sur le côté Nord de cette falle, dans la cour , eft un paffage qui mène à
la buvette , & fur l'autre, le paffage des prifons, 7 qui étaient placées 7 tout-àl'heure encore 1 au fond de cet emplacement. Il eft impoflible de rien voir de
plus infalubre &c de plus hideux que ce fejour 2 dont le crime lui-même avait
droit de fe plaindre 7 parce qu'il aggravait fon châtiment. Les prifons font à
préfent dans la nouvelle ville. Il eft honteux que la cour fouveraine de SaintDomingue foit encore relégue dans cette efpèce de mafure.
La garde extérieure du Confeil eft faite par la troupe de police, & celle
intérieure par les huifliers. L'audiencier dont le nom eft affez ridicule depuis
la fuppreffion des audiences, fait les fignifications d'avocat à avocat, & marche
aux cérémonies publiques.,
Au deffous de la rue Royale, eft celle Sainto-Claire, , oà j'ai dit que fe rend
la rue Saint-Jean-Baptilte. A fon extrémité, dans la rue des Miracles, cette
dernière a un efpace vide qui fait le pendant du marché aux volailles, & qui
était autrefois le Marcbé au Peifen.
Le 17 Novembre 1767, M. Ducoudray en avait obtenu la conceflion, mais
la crainte des réclamations des voilins l'empéchérent d'en faire ufage. Au
X X 2
-Claire, , oà j'ai dit que fe rend
la rue Saint-Jean-Baptilte. A fon extrémité, dans la rue des Miracles, cette
dernière a un efpace vide qui fait le pendant du marché aux volailles, & qui
était autrefois le Marcbé au Peifen.
Le 17 Novembre 1767, M. Ducoudray en avait obtenu la conceflion, mais
la crainte des réclamations des voilins l'empéchérent d'en faire ufage. Au
X X 2 --- Page 362 ---
348 D ESCRIPTIO N DE LA PARTIE
mois de Novembre 1784, un M. Petit la follicita, , mais l'avis de M. de
Boisforeft ayant été que cet efpace était néceffaire au débouché des cinq rues
qui y aboutiflent, M. Petit n'infifta pas. Cependant M. Sentout avait obtenu
eette conceffion le 4 Juin 1785, mais les Adminiftrateurs l'ont révoquéc le
27. Aoît, fur les plaintes des habitans de la ville du Port-au.Prince, à qui
M. Ducoudray avait fait d'ailleurs l'abandon de fa priorité.
Cet emplacement eft d'autant plus utile à conferver tel qu'il eft, qu'on en
a fenti l'utilité lors de l'incendie de la nuit du 29 au 30 Juin 1748,qui
confuma les trois ilets compris entre la Grande rue, la rue de Bonne-Foi,
le quai & la rue des Fronts-Forts, & les deux ilets corrcfpondans dans PEC
aux deux plus inférieurs d'entre ceux que je viens de défigner. Le feu prit à
onze heures dans un magalin au bord de Ia mer > fe communiqua à tout Pilet,
& bientôt aux quatre autres. 1 parce que le vent paffa du Sud au Nord & varia
de là jufqu'au Nord-Eft. Sans le zèle, le courage de M. de Vincent, commandant en fecond, de M. de Loppinct, lieutenant de roi,de M. de Macnénera, commandant l'Amphion, des officiers de ce vaiffeau, des ofliciers du
régiment du Port-au-Prince &c de l'artillerie, les travaux des
troupes 3 l'aétivité & le concours empreffé de tous les individus, c'en était fait de la ville
entière. Des maifons voifines étaient déjà atteintes par le feu, que les heureux
effets de la pompe de l'Amphion éteignirent.
Ily eut 83 maifons détruites. Elles étaient occupées par 27 négocians 3 25
capitaines de navire &c 31 marchands ou particuliers. La perte caufée par les
flammes dans ce point, le plus commerçant de la ville, fut évaluée à
13,550,000 livres.
Plus bas que la rue Sainte-Claire, eft celle de Rohan, qui a fur cette
feconde Scâtion, dans PEf, un ilet carré entre la rue d'Aunis & celle des
Miracles, 1 & un carré long de la même hauteur, mais étroit, le long du côté
Nord de la rue des Miracles. La rue de Rohan eft enfuite féparée du quai
de Rohan par. des ilets paralleles aux trois que je viens de citer, 2 mais qui ont
à peine 25 toifes de PER à l'Oueft.
ft celle de Rohan, qui a fur cette
feconde Scâtion, dans PEf, un ilet carré entre la rue d'Aunis & celle des
Miracles, 1 & un carré long de la même hauteur, mais étroit, le long du côté
Nord de la rue des Miracles. La rue de Rohan eft enfuite féparée du quai
de Rohan par. des ilets paralleles aux trois que je viens de citer, 2 mais qui ont
à peine 25 toifes de PER à l'Oueft. --- Page 363 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MINGUE. 349
Première SeEtion de la Nouvelle wille.
CETTE Section eft bornée au Nord, par la rue d'Aunis ; à PER, par les
limites de la ville; au Sud, par la rue Saint-Honore, & à, l'Oueft, par la
mer, ce qui lui donne environ 600 toifes de haut fur environ 360 de large.
On trouve dans fa partie fupérieure 9 placée fur le côté Oriental de la rue
dé Conty &c à fon bout Nord-Eft, un grand ilet dont le long côté prolonge la rue
d'Aunis. Au Sud de cet ilet, eft le chemin par lequel on va à la Charbonnière.
Au Sud de ce chemin, font les Cazernes alignées & ouvrant fur le côté Eft
de la rue de Conty.
Le Port-au-Prince étant devenu la capitale 3 la garnifon de Léogane s'y
rendit au mois d'Avril 1751. Elle confiftait alors en fix compagnies franches
des troupes détachées de la marine 1 ayant 215 hommes tout compris. 9 auxquelles on avait préparé un logement fur les ruines d'une purgerie de Phabitation Morel, près du point où eft aujourd'hui l'hôpital militaire, dont je
parlerai plus loin. Ces cazernes, tres-endommagées dans le tremblement de
terre de 1751 2 furent réparées
La garnifon fut enfuite augmentée d'une compagnie de 104 hommes du
régiment Suiffe de Halwill & de 24 canonniers-bombardiers., pour qui l'on
fit en 1754 des cazernes communes fur la partie Méridionale du terrain dont
j'occupe mon Leêteur en ce moment.
Ces compagnies franches de la marine ayant été incorporées en 1762 dans
les régimnens de Boulonnois, 3 Foix & Quercy, arrivés à Saint-Domingue le 17.
Mars de cette année ; ceux-ci formèrent par des détachemens 1 la garnifon du
Port-an-Prince, où l'on a vu en 1764 &c en 1765, une partie du régimens
d'Angoumois. Les Suiffes ayant été licenciés à la paix &c les bombardiert
incorporés dans un détachement du corps-royal d'artillerie, les cazernes des
Suiffes & des bombardiers fuflirent à la garnifon.
Le 15 Juin 1765, M. d'Eftaing forma une légion coloniale 1 dont le
Port-au-Prince eut un détachement 3 mais ce corps fut réformé au mois d'Août
fuivant.
partie du régimens
d'Angoumois. Les Suiffes ayant été licenciés à la paix &c les bombardiert
incorporés dans un détachement du corps-royal d'artillerie, les cazernes des
Suiffes & des bombardiers fuflirent à la garnifon.
Le 15 Juin 1765, M. d'Eftaing forma une légion coloniale 1 dont le
Port-au-Prince eut un détachement 3 mais ce corps fut réformé au mois d'Août
fuivant. --- Page 364 ---
DESCRIPTIO 1 N D E L A PARTIE
Une ordonnance du roi, du I", Avril 1766, créa la Lâgion de Saini-Domingue,
de 54 compagnies de IOO hommes chacune, avec un état-major formé d'un
infpedcur-commandant avec 40,000 livres d'appointemens, un major-général
avec 10,000 liv., quatre majors particuliers 1 quatre aide-majors, quatre
quartiers-maitres & un chirurgien. L'uniforme de cette légion était habit &
paremens bleus, eollet &c revers rouges 9 doublure, vefte & culottes blanches,
boutons blancs timbrés d'une ancre, & chapeau bordé d'un galon blanc.
Le fond devait en être fait par les recrues qui avaient été envoyées dans
la Colonie & par lès foldats des régimens qui y étaient en garnifon auxquels
ce parti conviendrait, mais on ne put former que 20 compagnies. On prit
auffi les hommes du corps-royal d'artillerie employés dans PIle, afin d'avoir
les 8 canonniers que l'ordonnance attachait à chaque compagnie qui avait une
pièce de canon à la Suédoife &c deux à la Roflaing.
Le commandement de cette légion, qui fe forma dans la Colonie en 1767,
fut donné à M. le Baron de Saint-Victor, brigadier des armées du roi, dont
les talens militaires font connus, & qui eut la fatisfaction flatteufe de voir
acquérir à ce corps, dès fa naiffance, un enfemble &c une difcipline dignes
des) troupes les plus anciennement organifées.
M. de Saint-T Victor ayant été fait maréchal de camp en 1768, M. de
Reynaud de Villeverd, le même dont cet ouvrage offre fi fouvent l'éloge *
prit le commandement de la légion &c y déploya un caraétère & une énergie
qui juftifièrent pleinement le choix de M. le vicomte de Beizunce 1 par lequel
il avait été amené dans la Colonie en 1762.
La partie de la Légion qui demeurait au Port-au-Prince habita les anciennes
cazernes des Suiffes & des bombardiers, qu'on augmenta pour cet effet dans
leur partie Septentrionale en 1767.
On envoya en 1768, 1 deux compagnies d'ouvriers de 50 hommes chacune,
qui furent mifes à la fuite de cette Légion.
Une nouvelle ordonnance du 16Avril 1769 porta la Légion à 30 compagnies,
mifes en trois divifions, ayant chacune une compagnie de 60 grenadiers, une
de canoniers de 1O2 hommes, & 8 de fufiliers, de 104 houmes. Elle n'eut
plus qu'un major-général pour commandant, 3 majors particuliers & autant
d'aide-majors,
Le 1er, Novembre 1769, une ordonnance du.roi attacha trois compagnies
Une nouvelle ordonnance du 16Avril 1769 porta la Légion à 30 compagnies,
mifes en trois divifions, ayant chacune une compagnie de 60 grenadiers, une
de canoniers de 1O2 hommes, & 8 de fufiliers, de 104 houmes. Elle n'eut
plus qu'un major-général pour commandant, 3 majors particuliers & autant
d'aide-majors,
Le 1er, Novembre 1769, une ordonnance du.roi attacha trois compagnies --- Page 365 ---
FRANÇAIS E DE SAIN T-D O MIN G U E. 351
de dragons de TOO hommes chacune à la légion 1 ayant, avec l'uniforme de
celle-ci, un manteau de drap gris-blanc, piqué de bleu, & un chapeau blanc 1
comme ceux des matelots hollandais.
Le tremblement de terre du 3 Juin 1770 ayant détruit les cazernes de la
Légion, le roi. acheta des emplacemens qui y touchaient, & on les rebâtit
en les augmentant.
Douze des compagnies de cette Légion 3 dans laquelle on avait vu entrer
àla fin de 1771, des Corfes que le gouvernement avait envoyés pour y fervir
toute leur vie, furent réformées au mois de Juillet 1771 3 & le 18 Août
1772, elle fut fupprimée en entier par l'ordonnance qui créa les 4 régimens
coloniaux (dont l'un porte le nom de régiment du Port-au-Prince), & qui
furent compofés de deux bataillons de neuf compagnies 9 dont une de grenadiers.
Le régiment du Port-au-Prince fut formé , comme celui du Cap, avec
les foldats de la Légion , le 31 Janvier 1773 3 & il fit bénir fes drapeaux
le 27 Juin fuivant. Lex". Mai 1775, les bataillons ont été portés à dix
compagnies dont une de grenadiers , une de chafleurs & huit de fufiliers.
Et enfin une ordonnance du IO Décembre 1784,a affimilé ce régiment (8
celui du Cap), à ceux du département de la guerre. Il a donc deux bataillons ayant chacun quatre compagnies de fufiliers & le premier une de
grenadiers 8c le fecond une de chaffeurs. Sur le pied de paix il a 1,048 hommes
& fur le pied de guetre 1,456, toujours non-compris 60 officiers pour les dix
compagnies, & un colonel, un lieutenant.colomel, un major, un quartiermaître tréforier, deux porte-drapeaux, deux adjudans, un tambour-major &c,
un armurier. C'eft le 20 Mai 1787, qu'il a dépofé dans l'églife fes quatre
drapeaux & fait bénir les deux nouveaux que fa compofition aétuelle lui
donne.
L'uniforme du régiment du Port-au-Prince ne diffère de celui du régiment
du Cap que par les paremens 2 le collet, & le liféré des revers qui font
de drap écarlate.
A la création de ces deux régimens 1 le commandement de celui du Cap
fut donné à M. de Reynaud de Villeverd & le commandement de celui dn
Port au-Prince à M. le marquis de Gripière de Laval. Ces deux corps fe
rappelant toujours qu'ils n'en ont formé qu'un autrefois, ont confervé l'un
Port-au-Prince ne diffère de celui du régiment
du Cap que par les paremens 2 le collet, & le liféré des revers qui font
de drap écarlate.
A la création de ces deux régimens 1 le commandement de celui du Cap
fut donné à M. de Reynaud de Villeverd & le commandement de celui dn
Port au-Prince à M. le marquis de Gripière de Laval. Ces deux corps fe
rappelant toujours qu'ils n'en ont formé qu'un autrefois, ont confervé l'un --- Page 366 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
pour l'autre les fentimens d'une véritable fraternité, & leurs chefs
ont, en quelque forte, donné l'exemple de cet attachement, On doit à ces
deux régimens ce témoignage qu'à l'amour de l'ordre, à une difeipline
exaéte 9 à une tenue qui flatte tout ceil militaire, ils ont joint le mérite de
ne pas paraitre inférieurs aux anciens corps de la Métropole aux fièges de
Savannah & de Penfacole. Et cependant ils ont, dans un climat qui les
moiffonne, un ennemi que les autres ne connaiffent pas, & peut-être l'avantage d'obtenir deux ans plutôt la croix de Saint-Louis 9 ne balance-t-elle pas
aflez cette cruelle différence.
Ce régiment eft logé dans les cazernes que je décris à préfent, & au-deffus
de l'entrée defquelles on lit cette infeription :
Dulce &c decorum eft pro Patrià mori.
Mors & fugacem perfequitur Virum :
Nec parcit imbeilis juventa
Poplitibus, timidoque tergo.
HOR. LIB. III. OD. II.
Elles n'ont pas de magnificence comme celles du Cap, mais dans leur
fimplicité, elles ont le mérite de la falubrité & de la commodité. Quatorze
pavillons de 30 pieds de long fur 21 de large faits de bois dur, maçonnés
entre poteaux 1 plancheyés en dedans , mis fur deux rangs & tous alignés
du Nord au Sud, , les compofent. L'intervalle qui fépare les quartiers, eft
divifé en fix compartimens de gafon pour qui une allée fablée forme un
encadrement. Ces gafons cachent un tuf qui fatiguerait la vue 7 & les orangers
amers dont on a fait leur bordure extérieure, donnent un ombrage qui rafraichit fans intercepter Pair & procurent aux foldats des oranges très-réputées
pour la leffive.
Le régiment du Port-au-Prince a fu, par fon propre travail, fe procurer
un ruiffeau d'eau vive qui forme une fontaine dans le fond des cazernes en
face de la porte d'entrée & qui diftribuée à différens baffins & à des lavoirs
fournit à tous les befoins. Celle pour boire eft mife préalablement dans
des jarres au-deffus defquelles on a pratiqué de petites tonnelles pour les
abriter de la chaleur du foleil. Chaque foldat eft couché fur un cadre de fept
pieds de long & de 32 pouces de large 1 où eft une peau de bocuf préparée.
Tous les famedis, les baflins, > les lavoirs 8cc., font nettoyés, les chambres
lavées
befoins. Celle pour boire eft mife préalablement dans
des jarres au-deffus defquelles on a pratiqué de petites tonnelles pour les
abriter de la chaleur du foleil. Chaque foldat eft couché fur un cadre de fept
pieds de long & de 32 pouces de large 1 où eft une peau de bocuf préparée.
Tous les famedis, les baflins, > les lavoirs 8cc., font nettoyés, les chambres
lavées --- Page 367 ---
FRANÇAISE DE ISAINT-DOMINGUE
lavées, les réfervoirs lâchés, les immondices entrainées, &c tous les effets
mis dehors au grand air. De forte qu'i cette époque 3 lcs cazernes offrent
une propreté digne des habitations particulières les mieux foignées. Elles ant
été exécutées fur le plan donné par M. le marquis de Gripière de. Laval,
& ont encore le méritc d'ifoler les compagnies & de les placer fuivant leur
ordre de: bataille. Ony a établi des ateliers de toute efpèce pour la tenue &
l'équippement des foldats &c une écôle pour leur apprendre à lire & à écrire.
Ces bâtimens &c les cuifines font adoffés aux clôtures latérales. Au fond des
cazernes eft un efpace libre qui fert aux exercices journaliers du régiment
& far les côtés duquel font auffi des conftructions.
Ilyac cepéndant deux: chofes à défirer dans'des cazernes auffi bien entendues.
I'une, & M. de Laval l'avait comprife dans fon plan, c'eft d'abattre les
prifons qui occupent la façade du quartier & d'y mettre un grillage qui
procureroit. un air plus libre. On pourroit placer les prifons dans le terrain
qui leur. eft contigu dans PER & qui appartient au roi. L'autre eft relative aux
latrines. On avait fait une foffe très-confiderable avec des traverfes, dans des
efpaces fermés, mais en 15 mois la foffe fut remplie & abandonnéc. On
l'a fuppléée par de grands baquets que les nègres de la chaîne publique
efcortés par des foldats, vont vider à la mer, chaque foir, traverfant &c empoifonnant une partie de 'la villé. Pour remédier à CC dégoûtant inconvénient,le
régiment a offert d'ouvrir lui-même, des cazernes. à la mer, un canal que l'on
Couvriroit de maçonnerie & que nettoyeroient les lavoirs des cazernes lâchés
tous les foirs.
La garnifon du Port-au Prince a été quelquefois augmentée par des
circonftances particilières. Les troubles des milices y firent envoyer. des Iles.
du Vent 531 foldats &x Ig officiers du régiment de Vermandois qui arrivèrent
au mois de Juin 1769. En 1782, on yavoit mis le régiment d'Agénois qui,
occupait même les cazernes, & une partie du régiment efpagnol de Soria.
Immédiatément après les cazernes. 3 en fuivant le même côté de la rue dé.
Conty vers le' Sud,eft le gouvernement, ainfi nommé parce qu'il eft. la.
réfidence du gouverneur-général de la Colonie.
Le gouvernement & fes dépendances occupent un terrain de plus de 400
toifes de haut à partir de la rue de Conty & de plus de 20Q toifes de large fur
cette rue.
Tume JI.
Y y
régiment efpagnol de Soria.
Immédiatément après les cazernes. 3 en fuivant le même côté de la rue dé.
Conty vers le' Sud,eft le gouvernement, ainfi nommé parce qu'il eft. la.
réfidence du gouverneur-général de la Colonie.
Le gouvernement & fes dépendances occupent un terrain de plus de 400
toifes de haut à partir de la rue de Conty & de plus de 20Q toifes de large fur
cette rue.
Tume JI.
Y y --- Page 368 ---
DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
Le gouverneur-général s'étoit d'abord mis dans la maifon de l'habitation
Randot, 9 mais dès 1751, M. Maillart fit commencer un gouvernement conftruit
de pierres de tailles au point où eft l'hopital aétuel & que détruifit le tremblement de terre de 1751.
En 1753 on adopta l'emplacement qui m'occupe à préfent & M. de
Vaudreuil l'avait déja fait couvrir d'ardoifes lorfque le 9 Juin un tourbillon
qui femblait avoir refpecté tout le voilinage jetta cet édifice. On le répara
& le tremblement de terre de 1770 en fit des ruines. Il fallut élever a la
hâte deux pièces pour loger le chef de la Colonie & une barraque pour fon
fecrétariat & au mois de Mai 1772 on commença le logement aétuel.
Ileft compofé d'un corps de bâtimens, , pofé fur une terraffe d'environ 30 toifes
de long fur à peu près 15 toifes de large , dont le milieu répond à la ràe
de Rouillé, plus connue fous le nom de rue du Gouvernement; il fe trouve
à 45 toifes de la rue de Conty. Sur celle-ci eft l'entrée principale que ferme une
belle porte de fer grillée & ceintrée, , ayant un chapiteau aux armes dc France
& portée par deux pilaitres de maçonnerie. De chaque côté de cette porte
fur une longueur de 40 toifes eft un petit mur ayant des pilaftres entre lefquels
regne une claire-voie de bois. Le refte du terrain eft fermé au Sud par une
haie vive &c au Nord par un mur ordinaire.
Des deux côtés de la porte grillée,en dedans, eft un petit pavillon. Celui du
Midi fert à loger la garde du gouverneur général. On fe trouve là au
commencement d'une avant-cour dont les côtés font fermés, à partir depuis les
bouts de la claire-voie jufqu'aux bâtimens du gouvernement, qui en totalité
occupent aufli un front de près de 80 toifes comme la claire-voie. Cette avantcour eft divifée en deux compartimens de gafon qui forment deux carrés
longs, excepté daas les deux points qui avoifinent l'entrée du corps-de-logis
où les anglés font coupés pour évafer un intervalle où les voitures puiffent
tourner. Ces gafons ont fur toutes les faces une allée d'arbres qui en fuit
la forme.
Au bout Oriental de l'avant-cour on trouve un efcalier à deux rampes
avec des grilles de fer, par lequel on monte fur la terraffe où eft le gouvernement. Un perron aufli avec une baluftre de fer mène à un périftile que
forme une efpèce d'avant-corps où des pilaftres marquent une porte & deux
portiques, furmontés d'un tympan triangulaire aux armes de France. De
toutes les faces une allée d'arbres qui en fuit
la forme.
Au bout Oriental de l'avant-cour on trouve un efcalier à deux rampes
avec des grilles de fer, par lequel on monte fur la terraffe où eft le gouvernement. Un perron aufli avec une baluftre de fer mène à un périftile que
forme une efpèce d'avant-corps où des pilaftres marquent une porte & deux
portiques, furmontés d'un tympan triangulaire aux armes de France. De --- Page 369 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 355
chaque côté du périftile part une efpece de galerie couverte, foutenue par des
piliers & regnant le long de Ia terraffe.
En face de la grande entrée du périftile eft celle du falon de compagnie
qui eft très-vafte & à chaque côté duquel font plufieurs pièces,oà l'on entre
par un paffage qui va de ce falon à une porte latérale placée au bout Nord
& au bout Sud du bâtiment.
Après le falon eit une magnifique galerie fervant de falle à manger, & qui
peut contenir aifément une table de 200 couverts en fer à cheval. Cette
galerie garnie de jaloufies ; eft d'autant plus fraiche qu'abritée du foleil à T'Oueft
parl la maifon mêmc, elle l'eft à PER par une feconde galcrie en appentis,
carrelée en marbre.
Du côté de la campagne le bâtiment principal a deux ailes aufli à rez de
chauffée pour augmenter le logement. Elles laiffent entr'elles une cour pavéc
de briques comme la galerie qui en fait le tour; de manière qu'on peut fuivre
extérieurement à couvert toutes les faces du corps-de-logis & des deux ailes.
Par les deux portes latérales, on trouve auffi un prolongement de terrafie 3
bordant des conftructions toutes alignées entr'elles du Nord au Sud, mais
reculées par rapport. au logement du' gouverneur-genéral. Au Septentrion,
c'eft le fecrétariat avec des chambres de fecretaires, &c un autre bâtiment
en retour à T'Oueft pour les aides-de-camp; au Midi, des offices &c les
cuifines. Non loin de celles-ci, & derrière elles, eft un cabinet de bains, c'eftà-dire l'une des chofes les plus néceffaires &c les plus agréables qu'on puiffe
avoir à Saint-Domingue. Le long de la clôture de l'avant-cour, au Sud,
font d'autres dépendances pour ceux qu'occupent les foins domeliques de la
maifon d'un gouvernéur-général.
Derrière le gouvernement, eft un jardin d'environ 50 toifes en carré,qui
laiffe au Sud un intervalle de 30 toifes fur 50, où font encore des logemens',
des remifes, des écuries, un point où les lavandières de la maifon trouvent
tout ce qui leur eft utile pour laver le linge commodément. Au deffus du
jardin, mais fans en fortir & avec les 80 toifes de la largeur de la clairevoie, font deux rangs de compartimens d'herbe de guinée & d'autres fourrages.
que la ligne Orientale des limites de la ville divife. Enfin on trouve là, la haie.
qui termine le local du gouvernement, mais c'eft pour admirer une délicieufe.
allée de bamboux, dans laquelle on peut parcourir 250 toifes, parce qu'elle
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ément. Au deffus du
jardin, mais fans en fortir & avec les 80 toifes de la largeur de la clairevoie, font deux rangs de compartimens d'herbe de guinée & d'autres fourrages.
que la ligne Orientale des limites de la ville divife. Enfin on trouve là, la haie.
qui termine le local du gouvernement, mais c'eft pour admirer une délicieufe.
allée de bamboux, dans laquelle on peut parcourir 250 toifes, parce qu'elle
YY2 2 --- Page 370 ---
356 DESC RIP T IO N DE LAPARTIE
ne s'arrête que quand elle a rencontré le chemin qui conduit de la villeaa
morne de I'Hôpital.
Vers l'angle Sud-Eft de l'enclos du gouvernement & au point où le chemin
dont je viens de parler eft joint par un autre qui longe le côté Sud de cet
enclos, eft un lavoir public, établi depuis l'année dernière 9 & dont le continuel
ufage prouve Putilité.
Le refte du terrain du gouvernement , où l'eau peut être menée, eft en
favanes.
Le point de vue eft trés-gai lorfqu'on eft fur la terraffe du gouvernement,
parce qu'on découvre la ville, 1 la rade , & que la Gonave qui fe préfente en
rideau borne l'horifon d'une manière très-pittorefque. L'afpect du gouverne.
ment a quelque chofe de plus caractérifé que cclui de l'intendance. Il eft
cependant des perfonnes qui, à caufe de cela même, donnent la préférence à
eette dernière, oà tout paraitrait avoir été calculé pour qu'on y fàt
plus paifiblement. Moi, je trouve que cette différence femble marquer celle qui
eft entre les fonétions particulières de ces deux chefs, dont l'un militaire par
êtat doit chercher P'éclat, montrer un caractère qui lui affure la confance dans
unjour d'allarme. , & fe fervir chaque jour de cette confiance pour comnander
& obtenir l'obéiffance; tandis que l'autre médite 1 toujours dans le calme , fur
les Tellources qui peuvent affurcr l'exécution des moyens choilis pour la fureté
&c la profpérité de la Colonie, en faifant ufage de cette économie raifonnée
qui fait encore au befoin multiplier ces reffources.
Quelle plus belle miflion que celle de deux Adminiftrateurs revêtus d'immenfes pouvoirs & chargés de faire fervir à deux mille lieues une autorité
proteêtrice au bonheur des peuples qu'elle leur foumet! Que de talens elle
exige pour faifir un enfemble dont chaque partie a befoin de leur furveillance
& de leurs foins les plus aflidus ; mais auffi que de gloire elle promet !
Combien il doit être doux quand le fuccès a répondu à tant d'efforts lorique
Tapprobation & de ce qu'on a fait 8z de ce qu'on aurait voulu faire eft dans
toutes les bouches, de s'entendre louer par la reconnaiffance publique avec
cette émntion que reproduifent encore aujourd'hui les' noms de d'Ogeron, de
Larnage & de Maillart !
Au-deffous du gouvernement eft la. place qui lui doit fon nom. Elle fut
marquée dès 1751 dans le plan de M. de Verville. Il avait été queftion à la
ation & de ce qu'on a fait 8z de ce qu'on aurait voulu faire eft dans
toutes les bouches, de s'entendre louer par la reconnaiffance publique avec
cette émntion que reproduifent encore aujourd'hui les' noms de d'Ogeron, de
Larnage & de Maillart !
Au-deffous du gouvernement eft la. place qui lui doit fon nom. Elle fut
marquée dès 1751 dans le plan de M. de Verville. Il avait été queftion à la --- Page 371 ---
FRAN ÇAISE DE S AINT-DOMINGU E. 357.
fin de 1754 de la. prolongér jufqu'à la rue d'Orléans &c de placer alors l'églife
qu'on projettait, de manière qu'elle eût fon entrée fur le côté Occidental de
cette place; mais le minilire n'ayant reçu cette' propofition qu'à la guerre 3 il
la renvoya a la paix, & le projet fut abandonné,
Talle qu'elta préfent la place du gouvernement, elle a exactement du Nord
au Sud les 80 toifes de la claire-voie du gouvernement, & de PEA à 1'Oueft
les 50 toifes qui font entre la rue de Conty & celle de Condé, le tout fans
compter les rues ou paffages qui font: le:long deifes quatre côtés. Une allée
d'arbres borde toutes fes faces avec un intervalle affez large pour marquer lc
prolongement de la rue Rouillé & laiffer voiride; celle-ei, la porte grillée de
l'entréc du gouvernement. 3
Au milieu de cette. place eft une -fontaine conftruite par les' ordres, de M
de Vallière & fous. la direction de M. Hefle ingénicur. C'eft la première
qu'ait eu le Port-an Princé & Teau y coula pour la première fois le 27 Mars,
1774. Elle eft formée d'in baflin octogone du milieu duquel s'élève un
obélifque pyramidal de pierres S de taille dont la pointe efl furmontée d'un
globe couronné, ayant les armes du roi; elle eft entourée d'une. grille de fer,
La pyramide a 10 pieds au-deffus de fon piédeftal qui a lui-même 6 pieds 8
pouces, la corniche comprife. Sur les 4 faces de ce piédeftal font 4 maiques
quif font jaillir l'eau dans' le baflin y dont 4 côtés., font autant d'abreuvoirs.
Oni lit .fur l'un: des revers de la pyramide cCS vers gravés en lettres-d'or
fur une table de marbre noir:
REGN. LuD. XV. DILECTISSIMO.
POSUERUNT
HujuSCE COLONIE PREFECTI:
Lup. FLORENT DE VALLIERE
ET
JoAN. FRAXCISCUS VINCENT
DE MONTARCHER.
ANNO M. D.C.C. LXXIV.
Sur l'autre côté cft écrit:
LATA ADSUM CrvEs.
SPARSIS
JAM NON VAGA
LIMPBIS.
ide cCS vers gravés en lettres-d'or
fur une table de marbre noir:
REGN. LuD. XV. DILECTISSIMO.
POSUERUNT
HujuSCE COLONIE PREFECTI:
Lup. FLORENT DE VALLIERE
ET
JoAN. FRAXCISCUS VINCENT
DE MONTARCHER.
ANNO M. D.C.C. LXXIV.
Sur l'autre côté cft écrit:
LATA ADSUM CrvEs.
SPARSIS
JAM NON VAGA
LIMPBIS. --- Page 372 ---
353 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Comme la place du gouvernement eft' celle de la parade & de la revue
des troupes & de la milice 1 il y a long-tems qu'on l'appele aufi la placed'armes. Pour laiffer plus de liberté aux mouvemens dès troupes 5 on a
adopté l'idée de fupprimer la fontaine & de la remplacer par deux autres!
dont on prépare les matériaux en ce moment, & qui feront adoffées à 'la
clôture du gouvernement , à 20 toifes de la grande porte. Elles feront rentrantes fur la cour par une portion circulaire, afin que ceux qui viendront
y prendre de l'eau n'embarallent pas la rue & n'ayent rien à craindre du
paffage des voitures.
A
Auli far Ia rue de Conty & dans la partic méridionale de l'ilet qui borde,
la place-d'armes au Nord, font les cazernes de l'artillerie.
:
On a vu qu'avant 1762, le Port-au-Prince avait une compagnie de bombardiers, qu'on a incorporée en 1766, avec celle qui était au Cap; dans un
détachément du corps-royal, venu avec. M. de Belzunceren 1762. Le ier,
Décémbre 1768., le roi créa deux compagnies de caasesiers.lemlandiers,
pour le Cap & le Môle-Saint-Nicolas 5 avec un commandant particulier ;
puis, une lettre du Miniftre du 24 Décembre 1772, prefcrivit d'en former
une troifième pour le Port-au-Prince 7 avec 30 hommes de chacune des deux
autres & des recrues arrivées d'Europe. Le 28 Août 1777, une ordonnance
mit ces compagnies à 1CO hommes, avec 5 officiers, & les aflimila pour
le traitement, aux troupes du corps-royal cmployées dans la Colonic. Enfin,
le roi a créé le 24 OCtobre 1784, un régiment pour le fervice de l'ar.
tillerie des Colonies > divifé en cinq brigades, dont une pour Saint-Domingue ;
les trois compagnies de canonniers-bombardiers y ont été incorporécs. La
brigade de Saint-Domingue, adtuellement commandée par un colonel > un
chef de brigade & un aide-major 1 a 4 compagnies 1 dont chacune a 88 hommes
& 5 officiers, 3 & de plus une efcouade d'une compagnie d'ouvriers. Cette
brigade 3 dont l'état-major réfide au Cap, fournit le détachement du Portau-Prince.
Depuis que les cazernes des fuiffes &c des bombardiers avaient fervi à
former les cazernes de la légion, on avait placé le détachement d'artillerie
dans des maifons particulières ; maisle roi acheta en 1771, le local des
cazernes actuelles 7 qui a environ 40 toifes du Nord au Sud - fur 30
de PEC à I'Oueft. Elles font compofées de 4 pavillons de 66 pieds de
le détachement du Portau-Prince.
Depuis que les cazernes des fuiffes &c des bombardiers avaient fervi à
former les cazernes de la légion, on avait placé le détachement d'artillerie
dans des maifons particulières ; maisle roi acheta en 1771, le local des
cazernes actuelles 7 qui a environ 40 toifes du Nord au Sud - fur 30
de PEC à I'Oueft. Elles font compofées de 4 pavillons de 66 pieds de --- Page 373 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 359
long chacun, dont deux forment des ailes pour les deux autres, qui font
au Sud du. terrain. Il y a auffi un corps-de-garde près la porte d'entrée
fur la rue de Conty, une chambre de difcipline, des cuifines &xc. &c.
La rue de Condé, qui fuit celle. de Conty dans l'Ouefl, à fur fon côté
Occidental, trois ilets égaux de IOO toifes de long fur 50 de haut. Cette
rue fe trouve àvoir précifement fon côté Oueft aligné à peu près fur le
milieu de la rue des Favoris
Après la rue. de Condé vient cèlle d'Orléans, qui a deux ilets fur fon
bord Oueft, femblables aux trois dont je viens de parler; mais le troifième 3
qui éft le plus Méridional , eft coupé en deux portions inégales par la
rue: d'Ennery 1 qui court de PEf à l'Oueft depuis la; rue de Condé jufqu'à
la rue Royale. La rue d'Orléans fe trouve avoir fon bord Oueft, aligné
précifément fur le bord Eft de la rue Vaudreuil.
La rie Daupline, qui.a toute la longueur de la ville, fuit la rue d'Orléans.
La moitié Méridionale de Pilet qui eft entre elle, la rue, Dauphine 3
la rue de Provence &c celle du Gouyernement 3. eft l'ançien local de, la
paroifle, cédé par elleren. 1786, pour y mettre le Confeil Supérieur > la
Sénéchauffée & les prifons.
Le Palais pour la Cour Souveraine, auquel on doit travailler incefamment,
occupera, un front de 120 pieds fur: b0l de. large, avec une falle d'affemblée
qui felp prolongera fur lè derrière. Deux ailes borderont une avant-cour de
72 pieds, terminée fur la rue Dauphine par une clôture en claire-voie,
au milieu de laquelle fera une. porte grillée formant l'entrée du Palais &
correfpondant ài celle du corps. même du bâtiment 3. dont l'extrémité Sud
aboutira fur la rue du Gouvernement.
Au Nord du palais eft un efpace dont je parlerai tout-à-Pheure & que fuit
du même côté l'émplacement deftiné à la Sénechaullée & à P'Amirauté, qui
auront des difpofitions femblables à celles du Confeil, mais dans des dimenfions plus petites , &c leurs ouvertures du même côté.
L'efpace intermédiaire, le feul qui ait déjà des conftructions, eft celui des
prifons. Leur entrée eft pareillement fur Ia rue Dauphine. Sur l'un des côtés
de cette entrée eft le- oorps-de-garde, 7 de l'autre le guichet. On arrive dans
une cour où eft un baffin & fur laquelle font quatre grands cachots bâtis de
pierres mais revêtus 2 plancheyés & plafonnés avec des madriers de deux
intermédiaire, le feul qui ait déjà des conftructions, eft celui des
prifons. Leur entrée eft pareillement fur Ia rue Dauphine. Sur l'un des côtés
de cette entrée eft le- oorps-de-garde, 7 de l'autre le guichet. On arrive dans
une cour où eft un baffin & fur laquelle font quatre grands cachots bâtis de
pierres mais revêtus 2 plancheyés & plafonnés avec des madriers de deux --- Page 374 ---
360 DESCRIPTIO N J E. LA PARTIE
poucés d'épaiffeur, liés de manière à former cage dans un tremblement de terre
qui renverferait la maçonnerie; ; ils font garnis de lits de camp. Gagnant enfuite
jufqu'au fond & vers la rue d'Orléans ) font des bâtimens pour les prifonniers
pour dettes, le logement du conicierge, &c.
De la cour quifuit Tentrée, une porte conduit derrièrc l'emplacement de la
Sénéchaullée oû font d'autrès bâtimens pour les épaves & les. nègres. de la
chaine publique 7 &c. &c.
Dans ces nouvelles prifons tout eft combiné pour que Ia fureté foit complette
fans qu'il en coûte à l'humanité d'autres fouffrances que celles qui tiennent
à Ia néceffité de la privation de la liberté; & la: comparaifon de CC féjour
avec celui qu'il a rémplacé le fait trouver encore mille foist plus fupportable.
Après le tremblement de terre de 1770, on mit les prifons dans 'un vieuxt
corps-de-garde de la place-d'armes.
Le concierge des prifons du l'ort-au-Prince eft affujetti depuis très-langtems à doniner chaque année 6,000 livres pour les pauvres de la paroille.. Les
AdmmifArateurs avaient preferit, le 19 Jhillet 1782, y que cette: fomme ferait
payée à l'entrepreneur de l'hôpital militaire, qui recevrait en conféquence les
pauvres malades fur des billets du curé. Depuis 2 cette: fpmme a été attribuée
à la Providence, comme on le verra plus loin..
L'eau fe tronve préparée & diftribuée dans. cctte. portion d'ilets pour tous
les befoins, & dans le plan atuel, le Confeil, la Sénéchauflée & la geole
doivent avoir chacun une fontainc.
En allant du Nord au Sud dans la rue Dauphine on trouve. dans l'Oueft
après la rue d'Ennery sf un ilet dont la moitié Orientale eft deftinée à former
un marché pour cette partie de la ville, qui fest trouvé réellenient trop éloignée du marché de la place de l'intendance.
Dans la portion de la Grande rue qui appartient à la Seétion adtuelle, on
trouve, en venant du Nord & un peu avant la rue de Provence, un bâtiment
oà s'alfemblent encore la Sénéchauflée &c l'Amirauté.
Là Sénéchaufléc du Port-au-Prince eft celle. que Tédit-du mois d'Août
168; avait créée à Léogane, d'ot elle a été transféréé avec le Confeil fupérieur de la même ville an Port-au-Prince. 1- quand.ce dernier lieu a été érigé
en capitale.
On connait fa compolition & fa compétence par.ce que j'ai dit de Ia Sénéchauffée
alfemblent encore la Sénéchauflée &c l'Amirauté.
Là Sénéchaufléc du Port-au-Prince eft celle. que Tédit-du mois d'Août
168; avait créée à Léogane, d'ot elle a été transféréé avec le Confeil fupérieur de la même ville an Port-au-Prince. 1- quand.ce dernier lieu a été érigé
en capitale.
On connait fa compolition & fa compétence par.ce que j'ai dit de Ia Sénéchauffée --- Page 375 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-D OMINGUE. 361
chaufiée du Cap. L'une & l'autre ont été changées par un édit & une ordonnance du mois de Janvier 1787. Les dix Sénéchauffécs de la Colonie ont)
d'après ces loix, un Sénéchal, un lieutenant, trois confeillers, un procureur
du roi &c un nombre de fubftituts de ce procureur du roi proportionné au
befoin du fervice, un greilier & un premier huiffier audiencier. Elles ont le
pouvoir de juger en dernier reffort, au nombre de trois juges, toutes les
affaires purement perfonnelles dont la demande n'excéde pas 9,000 livres,
& celles-la font jugées fommairement &c fans pièces d'écriture.
Ce qui afligedans l'attribution en dernier reffort accordée aux Sénéchauflées,
c'eft de voir qu'elle ait été étendue aux matières criminelles, & que les
efclaves y foient jugés fans appel. A la vérité il faut alors fept juges ; mais
cette diftinétion entre I'homme libre &c l'efclave lorfqu'il s'agit de la vie eft
un égarement en légiflation. Il eft même incroyable que les remontrances du
confeil de Saint-Domingue n'aient pas été écoutées, du moins fur ce point, &c
qu'on ait cru devoir fermer l'oreille aux cris de Phumanité fous prétexte d'une
forte d'infaillibilité de la part de l'autorité. Mais pourquoi donc alors avoir
changé en 1787, ce qu'elle même avoit adopté &x réglé auparavant?
Dans la compétence foumife à l'appel la loi n'exige qu'un feul juge, &
quoique les formes de procéder aient été auffi changées en 1787, la plaidoirie
eft du moins confervée.
Dans cette compétence à charge d'appel, 3 fe trouve maintenant comprife, la
connaillance des caufes qu'une ordonnance du roi avoit attribuée en 1766 au
tribunal-terrier qu'une autre du 21 Janvier 1787 a fupprimé,
Le tribunal-terrier était compofé du gouverneur-g général 3 de l'intendant &c
de trois membres du confeil fupérieur du Cap ou du Port-au-Prince felon le.
lieu où les Adminiftrateurs fe trouvaient ; & les fénéchaux &c les procureurs du
roi lui envoyaient des conclufions &c un avis cacheté comme une efpèce
de jugement en premier reffort.
Maintenant les deux Adminiftrateurs n'ont d'attribution judiciaire que
celle des caufes qui ont pour objet l'ufage &c la diftribution des eaux &c la
réunion des térrains au domaine du roi 1 que leur réferve l'ordonnance du 21
Janvier 1787,8 celle relative à la diftribution des eaux de la Grande rivière
du Cul-de-Sac, dont j'ai parlé à la Defcription de la Croix des Bouquets;
ils ont alors pour greffier celui de l'intendance.
Tome II.
Z Z
n'ont d'attribution judiciaire que
celle des caufes qui ont pour objet l'ufage &c la diftribution des eaux &c la
réunion des térrains au domaine du roi 1 que leur réferve l'ordonnance du 21
Janvier 1787,8 celle relative à la diftribution des eaux de la Grande rivière
du Cul-de-Sac, dont j'ai parlé à la Defcription de la Croix des Bouquets;
ils ont alors pour greffier celui de l'intendance.
Tome II.
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362 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Les Adminiftrateurs connaiffent auffi, d'après une ordonnance du roi, du
23 Décembre 1785,des comptes de régie des habitations entre les propriétaires &c les régilleurs de celles-ci, mais c'eft avec le concours de trois
confeillers, du procureur-général & du greflier du confeil fupérieur.
La Sénéchauffée a dans ce moment pour reffort les cinq paroiffes du
Mirebalais, de I'Arcahaye, de la Croix des Bouquets, du Port-au-Prince
& de Léogane.
Elle a fept fubfituts du procureur du roi, deux
grefiers-commis, onze
procureurs, vingt notaires 3 dont huit réfident dans la ville , 20
qui
auffi
huilliers,
font
le fervice du confeil fupérieur & qui font en bourfe commune avec
ceux de P'Amirauté , d'après le réglement du Confeil de
Saint-Domingue, 1 du
20 Novembre 1787, qui établit une bourfe commune dans chaque chef-lieu de
Sénéchauffée ; un infpeêteur & deux exempts de police, & deux étalonneurs,
dont un réfide à Léogane.
Les audiences de la Sénéchauffée fe tiennent le mardi & le famedi. Celle
du mardi eft employée aux affaires fujettes à l'appel. A la fuite de cette
audience on tient celle de la police, & enfuite celle des criées & adjudications. Les affaires à juger en dernier reffort font pour l'audience du famedi,
Le greffe de Ia Sénéchaullée eft dans la maifon du greffier, abus
l'établillement du nouveau palais de juftice, où l'on projette d'avoir que corrigera
Tervant de
un lieu
dépôt pour tous les actes publics & confruit de manière à les
préferver du feu & des tremblemens de terre. Le premier regiftre d'audience
de ce tribunal qu'on ait confervé ne remonte qu'au 7 Mai 1696 ; celui
d'enregiftrement, le plus ancien, qu'en 1699. Tous les regifires d'audience jufqu'en 1715 font abfulument illifibles, chargés de boue, de
chaux & dévorés par les infeétes. Ceux depuis 1715 jufqu'en 1740 font
prefque illifibles. Les regiitres d'enregifirement, à l'exception des premiers,
font en moins mauvais état. Il manque une vingtaine de regiltres de différentes
époques, 2 & relatifs à diverfes matières. Les minutes commencent en 1682 &
font illifibles pendant environ 40 ans.
L'état de ce greffe eft le réfultat, d'abord du tranfport qui a eu lieu lors
de fa tranflation de Léogane au Port-au-Prince. , & plus encore du tremblement
de terre du 3 Juin 1770, lors duquel les pièces du greffe demeurèrent trois
fema'nes fns les décombres.
L'Amirauté du Port-au-Prince venuc de Léogane aulli, eft un réfultat du
ifibles pendant environ 40 ans.
L'état de ce greffe eft le réfultat, d'abord du tranfport qui a eu lieu lors
de fa tranflation de Léogane au Port-au-Prince. , & plus encore du tremblement
de terre du 3 Juin 1770, lors duquel les pièces du greffe demeurèrent trois
fema'nes fns les décombres.
L'Amirauté du Port-au-Prince venuc de Léogane aulli, eft un réfultat du --- Page 377 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 363
réglement de 1717, qui en veut une partout où il y a une Sénéchauffée coloniale. Elle a toujours eu &c a encore, comme toutes les autres 3 un lieutenant',
un procureur du roi , un audiencier & des huifliers. Jufqu'àlarrêt du Confeil
d'État du 7 Juillet 1781, les officiers de la Sénéchauflée avaient prefque
toujours eu des brevets pour les deux tribunaux, mais cet arrêt en a déclaré
les places incompatibles. L'édit du mois de Janvier 1787 a donné auffi aux
dix Amirautés de la Colonie la même attribution en dernier reffort qu'aux
Sénéchauflées, & les officiers des unes & des autres peuvent juger dans les
deux fiéges. L'Amirauté a deux grefhers-commis s un receveur principal des
droits de M. l'Amiral, un chirurgien-major & des interprêtes pour toutes les
langues.
Les procureurs de la Sénéchauffée militent à l'Amirauté, & les fix huiffiers
de celle-ci font réunis à la bourfe commune de ceux de la Sénéchauffée; ils
font aufi le fervice du Confeil.
L'Amirauté tient fes audiences dans le même lieu que la Sénéchauflée.
Elle n'en a qu'une par femaine, c'cft le mercredi; à neufheures , ony y juge
les caufes d'appel, &c à dix, celles en dernier reffort ; après cela, l'on fait les
criées & les adjudications.
Les officiers des Amirautés de la Colonie ont adopté l'uniforme que l'ordonnance du roi, du 28 Mars 1786, leur a permis de porter hors de leur auditoire. C'eft un habit bleu de roi, doublé de la même couleur, vefte & culotte
chamois, avec un bordé de 12 lignes en broderie ou en galon, pourle lieutenant,
le procureur du roi & le grefier, & fur la manche feulement pour les commisgreffiers. 3 les huifliers, &c. 8cc. Dans leurs fonctions judiciaires, les officiers
de l'Amirauté font comme ceux des Sénéchaullécs 2 avec Phabit noir
l'épée.
On fait qu'après la rue Royale vient la rue Sainte-Claire ; elles ont entr'elles
3 ilets de IOO toifes fur 5o.
La rue Sainte-Claire 2, à l'Oueft, dans la feconde Seation, d'abord un ilet
comme le précédent en venant du Nord, puis un fecond îlet femblable 1 dont
la partie Septentrionale eft occupée par le parc d'artillerie, & la partie Méri.
dionale par les magafins du roi,
Le parc d'artillerie 3 où eft auffi l'arfenal, a été formé d'après des ordres
des Adminiftrateurs du mois de Janvier 1771, Son entrée donne fur le quai.
Z Z 2
, d'abord un ilet
comme le précédent en venant du Nord, puis un fecond îlet femblable 1 dont
la partie Septentrionale eft occupée par le parc d'artillerie, & la partie Méri.
dionale par les magafins du roi,
Le parc d'artillerie 3 où eft auffi l'arfenal, a été formé d'après des ordres
des Adminiftrateurs du mois de Janvier 1771, Son entrée donne fur le quai.
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364 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
Ily a un garde-magafin d'artillerie, nommé d'après la lettre du minifire du
5 Août de la même année.
Les magalins du roi qui font attenant au parc d'artillerie, ont été placés là
depuis 1752, & on les y a rétablis après le tremblement de terre de 1770.
On vient d'y ajouter, le long de la rue Sainte-Claire, un bâtiment d'environ
230 pieds fur 30 de large, avec un grenier 1 deftiné à contenir des farines. On
y trouve de plus une falle de mâture, un lieu pour les cables & les cordages 1
& un pour les voiles &c le gréément ; le garde-magafin y a un logement.
On eft effrayé de voir dans un ville comme celle du Port-au-Prince 2 toute
conftruite de bois, que ces magafins, remplis de chofes auffi précieufes mais
prefque toutes inflammables, foient fermés par une paliffade de planches
goudronnées. Au milieu de la cour de cet établillement eft un baflin où l'on a
conduit l'eau. Son entréc eft fur la rue du Gouvernement.
Après les magafins du roi il n'y a plus de bâtimens dans le Sud. Mais
depuis la rue du Gouvernement jufqu'à celle Penthièvre, ce qui forme une
étendue de 200 toifes, fans compter celle des rues > & depuis la rue SainteClaire jufqu'au rivage, qui en eft éloigné d'environ IOO toifes, il y a un
efpace où l'on apperçoit la batterie Sainte-Claire 1 placée en face de la rue
Saint-Honoré, terme Méridional de la fection aétuelle, & les commencemens de la promenade Bellecombe qui eft à PER de la batterie & fur ce
qu'on appele fon clplanade.
On projette d'achever cette dernière, c'eft-à-dire, d'avoir fur toute la
longueur cing rangs d'arbres, où on laiffera l'intervalle des rues de Provence. , de Saint-Honoré &c de Penthièvre. Au deffous de la promenade & à
zotoiles du côté Sud de la rue de Provence > eft un lavoir public 7 aligné
inféricurement fur a porte des magalins du roi. A l'extrémité Méridionale de la
promenade 1 quatre rangs d'arbrés, garniflant chacun des trois côtés d'un elpace
carré, en formeront une petite place avec les arbres de la promenade même.
Une pétite fontaine. 7 affez voifine du quai, > procure aux bâtimens négriers
& aux bâtimens américzins > la facilité de faire leur eau. Enfin, ce local
quc fon ifolcmient faifait couvrir d'immondices, eft devenu un Heu agréable
& d'autant plus utile, qu'il ajoute encore à la falubrité de Ia ville.
Plus bas que la rue Sainte-Claire, la première feétion de l'ancienne ville
A, au Nord, un ilet de IOO toifes de long fur 25 de large , qui prolonge
riers
& aux bâtimens américzins > la facilité de faire leur eau. Enfin, ce local
quc fon ifolcmient faifait couvrir d'immondices, eft devenu un Heu agréable
& d'autant plus utile, qu'il ajoute encore à la falubrité de Ia ville.
Plus bas que la rue Sainte-Claire, la première feétion de l'ancienne ville
A, au Nord, un ilet de IOO toifes de long fur 25 de large , qui prolonge --- Page 379 ---
FRANÇAISE DESAINT-D,O MINGUE 365
la rue de Rohan, &c qui borde fur l'autre face une pareille. longueur du,
quai de Rohan.
Les rues qui dans cette feétion vont de l'Et à lOueft, font : la rue.
de Provence, au coin de laquelle &de la rue Royale on va mettre une fontaine pour ce point de la ville; puis la rue du Gouvernement, la petita
rue d'Ennery &c la rue Saint-Honoré,
w a
Seconde Scilion de la Nouvelle ville.
ELLE a la première fection au Nord, les limites de la ville à PEft &
Au Sud, 8c la mer à TOuelt ; fa furface eft égale à cellc de la feotion
précédente.
En la décrivant dans le même ordre que les fections que j'ai parcourues
jufqu'ici, je dois parler d'abord du jardin botanique ou jardin du roi, Il
a au Nord le chemin par lequel on va le long du terrain du gouvernement trouver le chemin du morne de PHôpital, les limites de la ville dans
l'Eft, du terrain de T'hôpital militaire au Sud, & à POueft une maifon.
appartenante à M. Hefle, ancien ingénieur 1 par laquelle il eft féparé de
la rue de Conty, dont il fe trouve à environ IOO toifes. Ce jardin occupe
ainfi environ 50 toifes de haut far 60 de large.
M. Thiery de Menonville, botanifte 5 né à Saint-Mihiel en Lorraine;
venu à Saint-Domingue fous:1 le gouvernement de M. de Vallière 5 y conçut
le projet d'aller au Mexique chercher la' cochenille meftèque & de la naturalifer dans la Colonie. Afn de rendre cette entreprife pollible, il retourna.
en France en 1774, & communiqua fon deffein à M. de Roftagny 7 député
de Marfeille au bureau' de commerce à Paris. Préfenté par celui-ci à M.
de Trudaine, ce dernier l'appuya fi frucueufement auprès de M. de Sartine,
que M. Thiery, parti du Havre, arriva au Port-an-Prince le 7 Janvicr
1777, avec une lettre du miniftre du. 28 Septembre 1776, pour les Adminiftrateurs, contenant l'ordre de lui compter 6,000 livres pour accomplir fon
projet.
Après un voyage, dont on ne peut bien juger les dangers, les fatigues
par celui-ci à M.
de Trudaine, ce dernier l'appuya fi frucueufement auprès de M. de Sartine,
que M. Thiery, parti du Havre, arriva au Port-an-Prince le 7 Janvicr
1777, avec une lettre du miniftre du. 28 Septembre 1776, pour les Adminiftrateurs, contenant l'ordre de lui compter 6,000 livres pour accomplir fon
projet.
Après un voyage, dont on ne peut bien juger les dangers, les fatigues --- Page 380 ---
366 DESCRIPTIO N DE LA PAKTIE
& la nature fingulière - que dans la narration de M. Thiery même
ce nouvel argonaute, 3 qui avait quitté le Port-au-Prince lc 21 Janvier 1777 1
y revint le 25 Septembre fuivant, avec fa nouvelle conquête.
M. Thiery 1 qui n'avait emporté dans fon voyage que la moitié des 4,0co
livres qu'on lui avait comptées, au lieu des 6,000 que le miniftre prefcrivait
de lui donner, loua un terrain litué à l'angle Sud-Eft de la Grande-rue &x
& de la rue de Bretagne, y planta, avec le nopal qu'il avait apporté, de
la vanille 1 de l'ipécacuana blanc, du jalap, , des cotonniers de la VeraCrux, & y plaça le précieux infeôte qu'il avait acheté par tant de peines.
Les Adminifrateurs, fentant alors l'importance de fon plan, voulurent y
concourir. M. de Vaivre lui fit compter les 2,000 livres qu'il n'avait pas
reçues & fit du botanifte un commis dans l'un des bureaux de l'adminiftration, pour lui affurer les moyens d'exifter, en, attendant que le mémoire
relatif à fes découvertes eût été envoyé au miniftre.
M. de Relagnyappuya l'homme dont il avait préparé le fuccès, & M. de
Sartine répondit le 12 Juin 1778, qu'il était jufle d'encourager les travaux
du citoyen utile qui, à la recherche périlleufe du Nopal & de la cochenille fine du Mexique avait ajouté des obfervations fur la cochenille fylveftre
de Saint-Domingue. Ce miniftre accorda en conféquence le même jour, au
commis inutile & déplacé, un brevet de botanifte du roi, avec 3,000 liv.
teurnois d'appointemens 3 & donna aux Adminiftrateurs l'ordre d'y ajouter
une fomme convenable pour fon logement particulier & pour la location du
terrain néceffaire à fes cultures, de manière à lui faire trouver l'équivalent
des 4,000 livres tournois 7 que M. Thiery avait demandé lui-même par
fon mémoire. A ces marques de proteâtion 7 le minifire joignit celle d'une
(*) Voyez le Traité de la culture da Nopal & de l'éducation de la Cochenille recueilli &
publié par le Cercle des Philadelphes du Cap-Français ; imprimé à Bordeaux chez Bergeret, en
1787; 2 vol. in-8°.
On ne trouve pas dans cet ouvrage que M. Thiery foit venu deux fois à Saint-Domingue;
mais j'en tire la preuve d'un manufcrit de fon voyage à Guaraca, écrit de fa propre main
&: dent M. de la Luzerne m'a fait préfent au Port-au-Prince en 1787, Il dit même, qu'il fut 9
encouragé dans fa réfolution de repaffer en France en 1774 , pa: Mde, de Rozière, niéce
de M.de Vallière, qui était alors dans Ia Colonie avec cegouverneur-génémal.
a
enu deux fois à Saint-Domingue;
mais j'en tire la preuve d'un manufcrit de fon voyage à Guaraca, écrit de fa propre main
&: dent M. de la Luzerne m'a fait préfent au Port-au-Prince en 1787, Il dit même, qu'il fut 9
encouragé dans fa réfolution de repaffer en France en 1774 , pa: Mde, de Rozière, niéce
de M.de Vallière, qui était alors dans Ia Colonie avec cegouverneur-génémal.
a --- Page 381 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 367
gratification de 2,000 livres & lar recommandation d'encourager M. Thiery,
& de lui rendre compte de tems en tems de fes travaux. M. Thiery 1 auquel
le miniftre écrivit une lettre très-flatteufe le 15 Juillet, entra en jouif.
fance de toutes ces marques d'intérêt le 19 Septembre 1778.
De ce moment, le terrain où il avait dépofé fes tréfors reçut le titre
de Yardin Reyal des Plantes. M. Thiery s'occupa de la culture du nopal &
de l'éducation de la cochenille $ qui était fon but principal, & d'un traité
fur ce double objet, avec une relation de fon voyage. Mais fa fanté,
éprouvée à plufieurs reprifes, fe trouva impuiffante contre une fièvre maligne, 2
qui l'emporta en 1780.
Sa perte, qu'on ne faurait trop regretter. 7 rendit tous fes travaux prefque inutiles, & le curateur aux fucceflions vacantes. 9 chargé de la fienne
ne pouvant pas veiller comme lui à des objets auffi précieux, tout allait J
s'anéantir, lorfque M. Le Braffeur, intendant par intérim s fe décida à
confier le foin du jardin à M. Joubert de la Motte, médecin au Port-auPrince. Ce choix fut approuvé par une lettre du miniftre du 17 Février
1781, qui allouait à M. Joubert 2,000 liv. de gratification annuelle. Mais foit
que l'abandon que la cochenille avait fouffert eût déjà été trop long, , foit
que M. Joubert, qui avait le goût &c le zèle d'un botanifte, n'en eut
l'expérience, l'on vit périr la cochenille
celle
pas
mefeque,
pour laquelle M.
Thiery s'était expofé à tant de dangers.
M. Joubert trouvant dans les manufcrits de M. Thiery jufqu'à
point la cochenille de la Colonie pouvait
l'autre.
quel
remplacer
3 donna des foins
conftans à celle-ci & en porta dans l'Été de 1783 un échantillon en France
lequel M. Moinevery, chef d'une manufaôture des Gobelins &c M. avec
teinturier de Paris, firent des effais tellement brillans
Laghet
le
qu'ils meritèrent à M.
Joubert, 22 Avril 1784, le brevet de botanifte du Roi avec
liv.
d'appointemens.
3,000
Le Jardin royal des plantes qui n'était qu'un chétif établiffement
le vifitai au mois d'avril 1783, avait été confié à un ancien foldat du lorfque je
du Port-au-Prince, nommé Lamotte, par commiffion du
régiment
Je voyage de M. Joubert en France. Au retour de celui-ci I2 Juin 1783, attendu
il fut queftion d'cn
confacrer un aux plantes exotiques & aux obfervations qu'on
fur les indigènes, &c c'eft ce qui a donné lieu au choix du local oû jugerait utiles
ma Defcip-
, avait été confié à un ancien foldat du lorfque je
du Port-au-Prince, nommé Lamotte, par commiffion du
régiment
Je voyage de M. Joubert en France. Au retour de celui-ci I2 Juin 1783, attendu
il fut queftion d'cn
confacrer un aux plantes exotiques & aux obfervations qu'on
fur les indigènes, &c c'eft ce qui a donné lieu au choix du local oû jugerait utiles
ma Defcip- --- Page 382 ---
363 DESCRIPTIO N D 2 E LA PARTIE
tion fe trouve parvenue en ce moment & qui a pris le nom de Jardin du roi oùt
Jardin botanique. M. Joubert étant mort au mois de mars 1787, M. le
Comte de la Luzerne fe fit un amufement de diriger ce jardin qui a paffé
le 28 Janvier. 1788 fous la direétion de M. Nectoux, botanifte venu de Cayenne
fur la corvette du roi la Sincère que les Adminiftrateurs de Saint-Domingue
âvaient expédiée pour aller chercher dans cette autre colonie des plantes d'épiceries & d'autres végétaux dont une partic fut débarquée en paffant à la Marti.
nique.
M. Nectoux aux foins intelligens duquel on avait dû de ne perdre que 15
plantes fur 424 mifes à bord de la Sincère, ft enfuite un voyage à la
Jamaique d'où le bateau du roi la Gonave a rapporté des plantcs précieufes,
tirées du jardin botanique de cette ifle angloife. Elles ont été donnés avec ce
fentiment qui femble appartenir à une fraternité, qu'il ferait fi doux que les
nations n'oubliallent jamais. Au mois de Juin de cette année (1789), un envoi
de l'Inde , tranfporté de PIle de France au Port-su-Prince par le paquebot le
Staniflas & accompagné par M. J.Martin, 1 voyageur exact &z très-inftruit, eft
venu ajouter à tant de richefles & augmenter le catalogue publié dans les Affiches
Américaines le 8 Mars 1788.On voit donc dans ce jardin le fiperus d'Egypte;
le riz du Bengale, le vrai fagou, le jaca de PInde, la canne à fucre de
Batavia; le thé verd, le litchi, le cotonnier & des rofiers de la Chine; le
palmier &lc jafmnin du Cap de Bonne-Efpérance, l'indigo de Madagafcar; le
chataigniér de Virginie; le cirier de la Louifane ; le cèdre de la Havane, ia
moutarde de Surinam, une très-grande quantité d'arbres de la Guyane
Françoife ; des épiceries de Cayenne; l'ipécacuanha, le quinquina & le noyer
de Saint-] Domingue & beaucoup d'autres plantes utiles ou agréables qu'on
s'emprefle de multiplier dans la Colonie.
évidente &
redevable
Mais le jardin botanique 3 dont l'importance eft
qui cft
de fon état actuel aux vues & aux foins de M. le comte de la Luzerne, eft
dfns un local mal choifi. M. Neétoux a obfervé que fa couche végétale eft
mélangée du tuf qu'elle recouvre à environ deux pieds de profondeur. Ce
terrain a en outre des veines de galets, dont la plupart font placées à feur
de terre. Les montagnes environnantes réfléchiffent une chaleur brûlante 3 &
les brifes violentes d'Eft & de Nord-E.ft donnent des maladies aux plantes. Ce
fol trop mince, frappé du foleil, devient un foyer, & l'eau de la pluie que
cette
mélangée du tuf qu'elle recouvre à environ deux pieds de profondeur. Ce
terrain a en outre des veines de galets, dont la plupart font placées à feur
de terre. Les montagnes environnantes réfléchiffent une chaleur brûlante 3 &
les brifes violentes d'Eft & de Nord-E.ft donnent des maladies aux plantes. Ce
fol trop mince, frappé du foleil, devient un foyer, & l'eau de la pluie que
cette --- Page 383 ---
FRANÇAISE DE SAINT- DOMINGUE, 369
cette chaleur évapore, flétrit les feuilles par fes exhalaifons épailles, tandis
que l'air falin attaque les extrémités fupérieures des plantes. L'art n'y peut
rien.
.Ilf faudrait un terrain où la chaleur ferait tempérée, le fol fécond, & qui, abrité
des vents dominans 3 aurait un courant d'eau. Ces avantages , M. Nectoux les
at trouvés dans un terrain voifin de la fource de la Charbonnière,
à M. de la Pommeraye greflier de l'intendance, & le miniftre a appartenant même le
projet d'en faire l'acquifition.
Tous les bons citoyens doivent faire des voeux pour qu'on regarde comme
effentiel d'avoir une pépinière 1 un lieu d'effais , d'obfervations. 1 &c
les talens de M. Neétoux, nommé botanifte du roi au mois d'Oétobre pour que
dernier,
avec 4,800 liv. d'appointemens au lieu de 3,600 livres qu'il avait
foient plus heureufement employés qu'ils ne l'ont été
auparavant, dans
jufqu'ici
un fol
ingrat C'eft ce botanifte qui a été chargé de faire planter les arbres du
jardin de l'intendance & ceux de la promenade publique de la
place voifine, 3
& qui prend foin des uns & des autres.
La maifon de M. Heffe, qui fe trouve au deffous du jardin bota.
nique & avec la même largeur que lui, a une avant-cour; par derrière
font des compartimens de gafon dont la fraicheur eft entretenue, ainfi
que celle des arbres qui les bordent, par l'eau d'un puifard que les Adminiltrateurs lui ont concédé, le 22 Janvier 1776, comme une forte de
récompenfe accordée à cet ingénicur, le même qui fous M. de Vallière
a dirigé les travaux entrepris pour donner de l'eau à la ville.
A toucher cette maifon , auffi fur le côté Oriental de la rue de Conty, eft
l'hôpital militaire.
Le Leéteur fe rappelle que les Flibuftiers avaient formé
pour eux-mêmes
un hôpital fur le morne qui en a pris fon nom. Cet hôpital était vers l'habitation aujourd'hui Turgeau > à environ une demi-lieue dans le Sud-Eft du
Port-au.Prince.
(")M. Neétoux a donné des Obfarvations très-intérefantes Jar la préparation des
plantes 65 arbres des Indes Orientales pour PAmérique, Es leur traitement
envois de
que la Société d'Agriculture de Paris a fait imprimer dans fes pendant la traverfie,
dlliver 1791.
Mémoires, Trimefre
Tome II.
A aa
pital était vers l'habitation aujourd'hui Turgeau > à environ une demi-lieue dans le Sud-Eft du
Port-au.Prince.
(")M. Neétoux a donné des Obfarvations très-intérefantes Jar la préparation des
plantes 65 arbres des Indes Orientales pour PAmérique, Es leur traitement
envois de
que la Société d'Agriculture de Paris a fait imprimer dans fes pendant la traverfie,
dlliver 1791.
Mémoires, Trimefre
Tome II.
A aa --- Page 384 ---
370 DESCRIPTION DELA PARTIE
Cette ville étant devenue la capitale de la Colonie, on prit une maifort
particulière pour y mettre les malades de la garnifon, & le 22 Juin 175I les
Adminiftrateurs ordonnèrent au chirurgien-major des troupes d'y difpofer ua
hôpital pour les matelots des navires marchands, &c de les y traiter pour
50 fous par jour, &c aux capitaines de ces navires d'y envoyer leurs matelots
malades.
Le 27 Juillet 1761, l'intendant chargea un officier d'adminiftration de la
furveillance de Phôpital militaire, & cnjoignit au médecin & au chirurgien du
roi de le vifiter deux fois par jour: Quand la garnifon fut mife toute entière
dans les cazernes aétuelles , le terrain des anciennes cazernes des compagnies
franches de la marine 2 déformais réformées, devint celui de l'hôpital militaire.
Cet hôpital était compofé de bâtimens irréguliers 1 qui coupaient tout à la fois
la rue de Conty &c la rue de Bretagne.
Les matelots des navires marchands n'étant reçus que d'une manière trèsincertaine dans cet hôpital, c'eft-à-dire quand il s'y trouvait des places vides >
un arrêt du Confeil du Port-au-Prince , du 28 Janvier 1766, permit aux
capitaines de les faire traiter dans des points hors de la ville, à PER, & au
delà des magafins du roi, au Sud, à la charge de n'employer à cet effet
que des chirurgiens du pays & non ceux des navires.
En 1769, on augmenta T'hôpital d'une falle de 80 pieds de long. Les
religieux de la Charité défirèrent alors d'en être chargés ; un ordre du
roi du 1Q Novembre 1 prefcrivait même ce qu'on devait faire pour un
religieux qui devait y aller & qui n'y vint point.
Lhôpital, renverfé en 1770, par le tremblement de terre, fut rétabli
où on le voit maintenant 1 en vertu d'une ordonnance du 13 Octobre de
la mème année. Ony fit deux falles de 80 pieds de long chacune, avec une
galerie tournante, & fur l'aile droite 1 un bâtiment pour les officiers de
fanté; enfuite un bâtiment pour le direêteur & un pour les officiers malades. Il ne pouvait cependant contenir en 1772, que 150 malades mal à
l'aile. On le donna à l'entreprife, 2 ainfi que ceux des Cayes 7 de SaintLouis & du Môle , à M. Moreau, pour trois ans à compter du Ie, Janvier
1771; puis M. Volant , fubrogé à fa place pour cinq ans en 1773, a dirigé
celui du Por-au.Paincejufqufen 1783; enfuite MMM. le Franc & Beraud juc
a
cependant contenir en 1772, que 150 malades mal à
l'aile. On le donna à l'entreprife, 2 ainfi que ceux des Cayes 7 de SaintLouis & du Môle , à M. Moreau, pour trois ans à compter du Ie, Janvier
1771; puis M. Volant , fubrogé à fa place pour cinq ans en 1773, a dirigé
celui du Por-au.Paincejufqufen 1783; enfuite MMM. le Franc & Beraud juc
a --- Page 385 ---
FRANÇAISE DE SAINT T-D O MINGUE 371
qu'en 1788, &c enfin M. le Franc l'a pour cinq ans 1 à compter du 1er.
Juin 1788.
Son enceinte, qui a environ IIO toifes du Nord au Sud, fur environ
go.de PEt à l'Oueft, eft fermée par un mur de clôture. Les logemens
en font mal aérés 8c trop circonferits pour le nombre des malades 2 d'autant qu'on y met provifoirement ceux de la maifon de Proyidence. La cour, 9
trop petite &c fans abri, n'offre aucune promenade aux malades 3 qui vont
la chercher au dehors, ce qui les expofe à des écarts de tous les genres.
L'hôpital reçoit de l'eau par le canal qui traverfe le jardin botanique &c
qui donne à ce dernier celle que fon arrofement demande,
Il y a derrière Phôpital, une grande favane qui en dépend.
Après lui eft un terrain particulier. 3 puis un chemin qui va de la rue
de Conty à de petites habitations voifines de la ville.
Au Sud de ce chemin, dans un efpace fermé par une haie vive fur fes
quatre faces, eft la poudrière 3 faifant face à Ia rue de Normandie 3 & dont
le mur d'enceinte, qui touche à la ligne des limites de la ville dans le
Sud, n'eft qu'à 50 toifes du bord Oueft de la rue de Conty. Elle a toujours
été là. Mais en la conftruifant, après le tremblement de terre de 1770 a
on a eu la mal-adreffe de n'en pas déceintrer la voûte 2 pour qu'elle pdt
foutenir d'autres fecoufles. Cette voûte de briques n'a pu faire fon effet ordinaire, de fe refferrer fur elle-même au moment de fon déceintrement, 3 de
forte que le mortier, en fe defféchant, a donné palfage àl la pluie, ce.qui
a forcé d'employer une couverture d'ardoifes. La foudre peut-donc y péné.
trer &c faire fauter la ville & une. partie de la campagne 1 par l'explofion
de 60 milliers de poudre ; c'eft dire aflez qu'il faut la démolir & la reconf
truire.
Les rues de Conty 1 de Condé & d'Orléans font féparées l'une de l'autre :
dans cette feétion, par des ilets de IOO toifes de long fur 50 de haut.
Dans I'Oueft de la rue d'Orléans 7 l'ilet le plus au Nord eft coupé en
deux portions inégales a dans le fens de PER à lOueft 1 par la rue d'Argout,
qui ne va que de la rue d'Orléans à la Grande-rue. La portion Septentrionale de cet ilet divifé & qui eft auffi la moins longue 1 puifqu'elle n'a que
40 toifes du Nord au Sud, n'en a en même tems qu'environ 30 de PEI
à TOueft; le refte eft vide jufqu'à la rue Dauphine, Puis après celle-ci,
Aaa2
a dans le fens de PER à lOueft 1 par la rue d'Argout,
qui ne va que de la rue d'Orléans à la Grande-rue. La portion Septentrionale de cet ilet divifé & qui eft auffi la moins longue 1 puifqu'elle n'a que
40 toifes du Nord au Sud, n'en a en même tems qu'environ 30 de PEI
à TOueft; le refte eft vide jufqu'à la rue Dauphine, Puis après celle-ci,
Aaa2 --- Page 386 ---
372 DESCRIPTION DE LA PARTIE
il y a exaêtement un pareil intervalle vide. C'eft cet efpace qui forme la
place Royale, terminée au Nord par la rue Saint-Honoré & au Sud
par la
rue d'Argout. Elle a, en comptant l'efpace des rues, 1 environ 80 toifes de
long fur environ 60 toifes de haut. On doit mettre à fon milieu une
fontaine , qui fe trouvera ainfi dans la ligne de la rue Dauphine &
fera très-utile pour le marché projetté dans le Nord-Oueft de cette qui
Pai
place,
eomme je
dit précédemment.
Dans le plan primitif de M. de Verville, cette place, qui fe trouvait
occupée par une petite éminence appelée le morne à tuf, à caufe de la
nature de fon fol, était marquée pour être applani. Mais alors, la place
devait contenir tout ce qui eft renfermé entre la rue d'Ennery la rue
,
d'Orléang , celle d'Argout & la Grande-rue 3 excepté
vers la
que 1
rue
d'Orléans , la portion d'ilet qu'on voit à préfent dans PE# de la
fe ferait joint dans le Nord à une pareille portion avec place-Royale,
laquelle elle aurait fermé la rue Saint-Honoré ; & que la place aurait eu environ 120
toifes en carré, à partir du côté Oueft de la rue Royale. L'ilet traverfant
la rue Saint-Honoré, devait fervir à l'édification du Palais de juftice, dont
l'entrée principale aurait regardé dans l'Oueft la rue Saint-Honoré, , & à
caufe de cette deftination , ce local reçut dès lors le nom de place du
Palais. La Sénéchauffee, l'Amirauté, les prifons, tout y aurait été réuni.
Après le tremblement de terre de 1770, le plan aétuel a été fubftitué à
celui-là. On a appelé aufli un moment cette place, la place Le Brafeur.
C'eft à l'angle Sud-Ef de la place-Royale & de la rue Dauphine, qu'eft
le cimetière de la paroiffe du Port-au-Prince, qu'on a mis dans cet emplacement avant le tremblement de terre de 1770. Il a 55 toifes de long
fur 30 de large & il eft clos d'un mur de 7 pieds de haut, dont le roi
a fait la dépenfe pour un ticrs, attendu qu'on y enterre les morts de l'hôpital militaire. En 1775, on y a tranfporté folemnellemeni les offemens
reflés fur l'emplacement de la vieille églife, où les prifons font à préfent.
Dans une chapelle que la paroiffe a fait conftruire au milieu de ce cimetière, eft le monument érigé à la : mémoire de M. le comte d'Ennery,
en vertu d'un arrêt du confeil fupérieur du Port-au-Prince du 16 Décembre
1776, qui nomma en même tems des commiffaires pour recevoir les plans
du maufolée & dreffer les infcriptions qui devaient y être placées. Sur le
glife, où les prifons font à préfent.
Dans une chapelle que la paroiffe a fait conftruire au milieu de ce cimetière, eft le monument érigé à la : mémoire de M. le comte d'Ennery,
en vertu d'un arrêt du confeil fupérieur du Port-au-Prince du 16 Décembre
1776, qui nomma en même tems des commiffaires pour recevoir les plans
du maufolée & dreffer les infcriptions qui devaient y être placées. Sur le --- Page 387 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUE 373
de ces commiffaires 1 le confeil adopta , le 22 Février 1777 1 les
rapport de M. Helle, ingénieur. Dès le 2 Mars, cet officier fit exécuter
plans vouffoir au deffus du cercueil &c y fit placer en pierres de taille, les
un
fondations pour recevoir le maufolée.
On donna des ordres au mois de Juillet pour fon exécution, & M. Jean- C
Baptifte Vence, négociant de Marfeille, en chargea M. Foffaty , Italien, >
habile fculpteur en marbre, qui fe trouvait dans cette ville. Le travail
étant fini au mois d'Avril 1778, on le mit en magafin à Marfeille, pour
attendre fuivant l'intention du confeil du Port-au-Prince 5' que la paix fàt
,
publiée; & au mois de Janvier 1783, avant de le faire encaiffer, M. Vence
l'expofa pendant 15 jours à la curiofité publique.
a
de long de PER à l'Oueft, fur II pieds
Ge maufolée, 9 qui 13. pieds
de large du Nord au Sud, & 7 pieds de haut, eft arrivé au Port-au-Prince
à la fn du mois de Mars 1784, fur le navire le Saint-Xavier de Marfeille ?
capitaine Damicis, & eft refté enfuite au magafin du roi, jufqu'à ce qu'on
ait pà le pofer. Son maflif eft formé par 24 pierres de taille venues de Provence & il eft revêtu en entier de marbre ftatuaire > porte-or & blanc-veiné,
de Maffa-Carera, à la côte de Gènes. Il eft compofé extérieurement, de
deux marches & d'un foc de marbre blanc clair. Au milieu du foc & fur le
voufloir, qui couvre le cercueil, eft le maufolée formé de 4 pièces ou côtés,
difpofés dans la direétion des quatre points du monde, & dont les 4 bafes
font de inarbre noir. Les deux côtés du Nord 8 du Sud ont une table
d'infcription d'airain jaune de 4 lignes d'épaiffeur, d'un magnifique poli,
mife au deffus de la corniche de la bafe. Une frife en marbre noir furmonte
cestables, 1 mais elle eft bordée en marbre blanc, correfpondant aux corniches
du côté de PEf & de lOueft.
Le côté de PEf a au deffus de la corniche de fa bafe, un tableau d'une
feule pièce de marbre ftatuaire, où font fupérieurement fculptées les armoiries de M. le comte d'Ennery., au deffus defquelles eft une guirlande
en feftons où l'on a incrufté un morceau d'airain en forme de ruban, portant
la devife gravée : A TOUT PAR GUERRE ET FERMETÉ > qui eft celle des
armoiries.
Le côté de l'Oueft diffère de celui de PEt, en ce qu'il a au lieu du
tableau de marbre, une table d'infcription d'airain, comme au Nord &c au Sud.
d'Ennery., au deffus defquelles eft une guirlande
en feftons où l'on a incrufté un morceau d'airain en forme de ruban, portant
la devife gravée : A TOUT PAR GUERRE ET FERMETÉ > qui eft celle des
armoiries.
Le côté de l'Oueft diffère de celui de PEt, en ce qu'il a au lieu du
tableau de marbre, une table d'infcription d'airain, comme au Nord &c au Sud. --- Page 388 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-D O MING U E.
Les deux faces de PEC &c de lOueft ont de plus un tympan de marbre
noir, où l'on a mis une tête de mort avec des larmes de marbre blanc flatuaire fculptées.
Tout le refte du monument eft de marbre, même le deffus, qui eft bombé en
forme de croiffant. Tout eft arrêté en fonte, & l'on n'a employé le fer que le
moins poflible, afin que la rouille ne tachât point le marbre.
Les infcriptions font gravées dans l'airain même, avec de grandes lettres
d'une ligne d'épaifleur, &c cependant l'air commence à agir fur la gravure.
On lit fur ces infcriptions :
A U NO RD.
D. O. M.
HIC JACET
Viétor Therefia CHARPENTIER D'ENNERY,
Sacri Imperii Comes 3 Ennerici Marchio,
Regiorum Exercitaum Legatus
Ordinis Divi Ludovici Eques Infignior,
Pedeftris Militiae Infpedtor,
Copiarum, Munitionum,
Rei tormentaria & Militiae indigenae
In omnibus Coloniis Direétor.
Gallicarum in America fub vente Infularum',
Praefeétus generalis.
Vitii terror,
Virtutis prafidium >
Colonia decus atque tutela.
Gallia, Coloniis, 2 Regi ereptum
Boni lugete.
Obiit
Die XIII Decembris, Anno Domini MDCCLXXVI
tatis XLV.
A U S U D.
Clariflimi viri 7 diu lugendi
Adminiftrationem
Durationc breviorem, 3 utilitate perennem,
um in America fub vente Infularum',
Praefeétus generalis.
Vitii terror,
Virtutis prafidium >
Colonia decus atque tutela.
Gallia, Coloniis, 2 Regi ereptum
Boni lugete.
Obiit
Die XIII Decembris, Anno Domini MDCCLXXVI
tatis XLV.
A U S U D.
Clariflimi viri 7 diu lugendi
Adminiftrationem
Durationc breviorem, 3 utilitate perennem, --- Page 389 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-D 0 MINGUE, 375
Teftantur res extra & intus gefte :
Tutela ora maritimae fufcepta ;
De finibus diffidia cum vicinà gente
Prudenter & feliciter compofita ;
Fines ipli contra fervorum fugitivorum manum muniti,,
Templorum edificationes promote 9
Publica omnis generis opera difpofita i
Privati a damnofis litium queftibus vindicati;
Infida debitorum morae autoritate prudenti fuperatze,
Quibus onnibus viriliter adimpletis
Juxta Regis permiffa Euroyam repetens
Jam jam navem afcenfurus,
Stetit :
A Principe invitatus potius quam juffus,
Affuetis officiis iterum deditus,
Inter indefeffos labores
Devota reg: & Rcipublica victima
Immaturae mortis iétu
Cecidit.
A L'E S T.
Les ar moiries.
A L'O U E S T.
Tumulum hunc 3 Suprema PortusPrincipis Curia,
Voti publici interpres
Civilibus impenfis poni decrevit
Et curavit.
Ce monument, d'un ftyle fimple mais noble & beau 1 fe trouve placé dans
un bâtiment qui n'y répond pas. Cette chapelle a cependant été conftruite pour
le recevoir, , d'après une délibération de la paroiffe du 21 Novembre 1784,
qui a décidé auffi qu'on y dirait l'office des morts. Cette dernière détermination y a fait. mettre un petit autel qui cache. le maufolée, &c la tête de mort
du tympan de la face Occidentale paraît même furmonter l'autel & en faire
partie.
La dépenfe de ce maufolée, 1 qui s'eft élevée en totalité à 22,429 liv. IO £
a été payée par la caife municipale du reffort du Confeil du Port-au-Prince,
cidé auffi qu'on y dirait l'office des morts. Cette dernière détermination y a fait. mettre un petit autel qui cache. le maufolée, &c la tête de mort
du tympan de la face Occidentale paraît même furmonter l'autel & en faire
partie.
La dépenfe de ce maufolée, 1 qui s'eft élevée en totalité à 22,429 liv. IO £
a été payée par la caife municipale du reffort du Confeil du Port-au-Prince, --- Page 390 ---
376 DESCRIPTION DELA PARTIE
On dit que le cimetière répand quelquefois des exhalaifons. Elles avaient
même fuggéré l'idée de l'éloigner dans le Sud, mais on a reconnu qu'en le
rapprochant du morne 5 les eaux s'y répandraient & augmenteraient ces
exhalaifons. Si la population du Port-au-Prince s'accroilfait, & fur tout dans
le voifinage du cimetière, il deviendrait fage de le placer ailleurs, & l'on
croit qu'il ferait bien vers le fort Saint-Jofeph.
La rue Royale & la rue Sainte-Claire viennent jufqu'au bout de la dernière Seétion. Dans POueft de la rue Sainte-Claire > & entre celle-ci & la
mer,eft d'abord la partie Méridionale de la promenade Bellecombe, puis
au Nord deux grands efpaces fermés par des haies vives, féparés entr'eux
par la rue de Bretagne 7 & s'étendant jufqu'au rivage. Ces efpaces font
employés à la culture de différentes plantes, au choix de leurs propriétaires.
On y voit auffi une guildiverie.
Les rues de cette dernière fection, qui vont de PEI à l'Oueft, font, en
venant du Nord, après la rue Saint-Honoré, la rue d'Argout, la rue de
Penthièvre, la rue de Bretagne, & enfn la rue de Normandie. On avait
voulu, dans le plan antérieur à l'ordonnance du 29 OCtobre 1788, qui a fixé
les limites de la ville, la prolonger dans le Sud de la longueur d'un ilet de
125 toifes, après lequel aurait encore été une rue 1 déjà appelée rue de
Guyenne, mais cette nouvelle extenfion a été, avec raifon, trouvée trèsfuperflue.
État-Major; Officiers d'ddminifiration 6 Officiers publics du Port-au-Prince.
A la fondation de cette ville, M. de Vaudreuil. 1 alors gouverneur de la Partie
de 1'Oueft & du Sud, , vint y réfider, ce qu'imita M. Bifoton de la Motte nommé
fon fucceffeur, quant àl la Partie de lOueft feulement. L'ordonnance du 24 Mars
1763, fupprima les gouverneurs particuliers &x fit des commandans en fecond,
Le commandant en fecond de la partie de I'Oueft, d'adord fixé au Port-auPrince doit, d'après l'ordonnance du 20 Décembre 1783, réfider à Saint-Marc
commc je l'ai dit. dans la Defcription de cette ville.
M. de la Caze, lieutenant de roi du Cul-de-Sac vint auffi au Port-au-Prince
dès 1749.1 L'ordonnance du roi, du 23 Juillet 1759,ymaintint une lieutenance
de
Le commandant en fecond de la partie de I'Oueft, d'adord fixé au Port-auPrince doit, d'après l'ordonnance du 20 Décembre 1783, réfider à Saint-Marc
commc je l'ai dit. dans la Defcription de cette ville.
M. de la Caze, lieutenant de roi du Cul-de-Sac vint auffi au Port-au-Prince
dès 1749.1 L'ordonnance du roi, du 23 Juillet 1759,ymaintint une lieutenance
de --- Page 391 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 377
de roi, que fupprima celle du 24 Mars 1763. Le I5 Mars 1769, les fonctions
de lieutenant de roi furent données à un major de la légion de Saint-Domingue,
puis le 17 Mars 1771, le lieutenant du roi fut rétabli, & enfin depuis le 20
Décembre 1783, il porte le titre de commandant particulier.
A l'établiffement du Port-au-Prince ce lieu eut aufli un major, fupprimé
le 24Mars 1763 7 rétabli le 15 Mars 1769, & fupprimé de nouveau le 17
Mars 1771.
L'aide-major établi avec la nouvelle capitale, a été fupprimé le 24 Mars
1763 & rétabli le 15 Mars 1769.
L'ordonnance du 23 Juillet 1759, avait mis de plus au Port-au-Prince 3 la
réfidence d'un major-infpecteur &c d'un aide-major des troupes & milices ; mais
ces emplois ont été fupprimés dès le 24 Mars 1763, & remplacés alors
par un aide-major-général d'infanterie qui lui-mème a difparu lors de la
création de la légion de Saint-Domingue. J'ai dit ailleuts que durant la guerre
dçrnière il y avait eu un major-général des troupes & milices, mais placé
au Cap.
Il yaeu en 1778 un maréchal-général des logis de la Colonie qui réfidait aû
Port-au-Prince; en 1780, deux aide- maréchaux-généraux des logis au
Cap, &c un au Port-au-Prince ; puis au mois d'Août 1/85 3 le roi a nomme
un aide & un fous-aide-maréchal-; général des logis qui étaient près da
gouverneur - général, mais qui ont paflé à d'autres emplois fans avoir été
remplacés.
C'eft au Port-au-Prince que réfide le dire@eur-général des fortifications,
parce qu'il doit être dans le même lieu que le chef militaire de la Colonie,
& pour cette raifon, il n'y a point d'ingénieur en chef de la Partie de l'Oueft.
Ony voit maintenant deux ingénieurs ordinaires, un ingénieur géographe &
un bureau de la direêtion générale &c de la rédaction des cartes.
L'intendance ayant été mife au Port-au-Prince, tous les établiflemens &
les agens de cette-adminiftration s'y trouvent auffi. Lfordonnance du 23 Juillet
1759,) y mettait un commillaire de la marine faifant fonétions de contrôleur &
trois écrivains de la marine; celle du 24Mars 1763, qui avait fait du Cap la
capitale avait donné au Port-au-Prince, un fubd.légué-genéral, un fubdélégué
particulier, un écrivain de la marine, un écrivain ou commis pour les claffes.
Il y a à prefeut au Port-au-Prince, un contrôleur, trois commiffaires,
B b b
ire de la marine faifant fonétions de contrôleur &
trois écrivains de la marine; celle du 24Mars 1763, qui avait fait du Cap la
capitale avait donné au Port-au-Prince, un fubd.légué-genéral, un fubdélégué
particulier, un écrivain de la marine, un écrivain ou commis pour les claffes.
Il y a à prefeut au Port-au-Prince, un contrôleur, trois commiffaires,
B b b --- Page 392 ---
37S D ESCRIPTIO N DE LA PARTIE
un écrivain principal & un écrivain ordinaire de la marine. Comme l'intendant
left de juflice &c de police, de la guerre, 1 de la finance & de Ia marine ony voit
un bureau du contentieux, un des troupes 9 un des fonds, un du contrôle 8c des
invalides de la marine, un bureau des claffes & un bureau d'entrepôt.
Un arrêt du Confeil des Dépèches ne voulant pas que l'intendant ordonne
aucunes dépenfes non comprifes fur les états arrêtés pour chaque année
qu'avec l'avis d'un comité d'adminiftration 1 compofé des deux Adminiflateurs,
des deux officiers fupérieurs en grade militaire & d'adminiftration , & du
contrôleur de la marine, ce comité eft également au Port-au-Prince.
L'adminiftration comprend de plus un garde-magafin de la marine, un
garde-magafin d'artillerie, un tréforier de la marine , un tréforier des invalides 7 un receveur-général de la Colonie, un receveur des droits domai
niaux, un receveur de l'oétroi, un receveur de la taxe des afranchifiemens,
un receveur-g général des droits municipaux 1 un curateur aux fucceffions
vacantes & un vérificateur-genéral des comptes.
J'ai dit que l'intendance a auffi un grefier qui lui eft propre & dont la
place eft même grévée d'une penfion de 12,500 livres. Elle a auffi un
notaire & les hoquetons de l'intendant font fes huifliers.
Le Port-au-Prince eft en outre le lieu de la réfidence d'un capitaine &c
d'un lieutenant de port.
On y voit un médecin, un chirurgien-major, un chirurgien aide-major >
un apothicaire du roi, un chirurgien-major du régiment du Port-au-Prince &
un des milices, un chirurgien-major & un apothicaire de l'amirauté, 8 mé.
decins. 1 14 chirurgiens > 4 apothicaires ordinaires & une fage-femme jurée.
Au nombre des habitans de cette capitale 3 il faut encore compter un notaire-général, puis un arpenteur-général, grand-voyer & ingénieur-hydraulicien
de la Partie de TOucft, un arpenteurprincipal, trois arpenteurs ordinaires;
un fecond ingénieur- hydraulicien &c inipecteur des eaux & fontaines du Portau-Prince, un fermier-général & un direéteur des poftcs.
4 apothicaires ordinaires & une fage-femme jurée.
Au nombre des habitans de cette capitale 3 il faut encore compter un notaire-général, puis un arpenteur-général, grand-voyer & ingénieur-hydraulicien
de la Partie de TOucft, un arpenteurprincipal, trois arpenteurs ordinaires;
un fecond ingénieur- hydraulicien &c inipecteur des eaux & fontaines du Portau-Prince, un fermier-général & un direéteur des poftcs. --- Page 393 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE, 379
De quclques Étabifmew-Pablies du Port-au-Prince.
J'arplacé à l'article de la ville du Cap, 3 tout cC qui eft relatif aux deux imprimeries qui fubfiftent à préfent dans celle du Port-au-Prince. On voit auffi dans
cette dernière ville deux librairies, dont l'une eft en même tems un cabinet littéraire ; de manière que les moyens d'inftruction & d'amufement fe multiplient.
Ceux d'éducation pour les enfans fe bornent à des écoles où l'on enfeigne à
lire, écrire &c l'arithmétique. On a tenté d'avoir des penfionnats, dont le
profpedtus a toujours promis des avantages 7 qui ne fe font jamais réalifés.
Le Port-au-Prince a une chambre d'Agriculture comme le Cap. Je me
répeterais inutilement fi j'en occupais le Ledteur , autrement que pour le
renvoyer à ce que j'ai dit de l'autre. Elle a rédigé aufli plufieurs mémoires
intéreffans ; mais comment pourraient-ils être utiles 9 puifque le gouvernement, > qui les reçoit, ne leur donne jamais de publicité ?
Les commerçans de cette ville n'ont pas de point de réunion. Ils avaient
formé en 1782, ce qu'on appelait le Wauxhall. Il a fini par devenir femblable à celui de Saint-Marc, & fa diffolution a eu la même caufe.
A la fin de 1787, M. Thouron, négociant , a tenté de former une efpèce
de bourfe comme au Cap, mais malgré l'autorifation que les Adminiftrateurs avaient fait eipérer > on s'apperçut dès la première affemblée pour le choix
d'un local, que ce défir n'était pas général & le projet en eft refté là.
Il eft un établiffement au fuccès duquel toutes les ames fenfibles s'inté.
reffent, je veux parler de la maifon de Providence du Port-au-Prince.
Le miniftre , en répondant à Larnage & à Maillart, le 12 Septembre 1742,
fur les maifons "de Providence du Cap 1 manifeftait le défir qu'ily en eût
une femblable dans la Partie de l'Oueft. Les Adminiftrateurs de l'époque
du 15 Octobre 1766, marquaient à leur tour qu'ils en avaient l'efpérance
S les mêmes difaient politivement au miniftre le 28 Août 1768
7 qu'un
homme qui défirait n'être pas connu 1 offrait un fond de 50,000 livres 7
pour établir une Providence au Port-au-Prince, 9 fi celles du Cap obtenaient
une autorifation légalc.
B b b 2:
Les Adminiftrateurs de l'époque
du 15 Octobre 1766, marquaient à leur tour qu'ils en avaient l'efpérance
S les mêmes difaient politivement au miniftre le 28 Août 1768
7 qu'un
homme qui défirait n'être pas connu 1 offrait un fond de 50,000 livres 7
pour établir une Providence au Port-au-Prince, 9 fi celles du Cap obtenaient
une autorifation légalc.
B b b 2: --- Page 394 ---
380 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Enfin, M. l'abbé Moreau, créol de l'Artibonite & curé du Port-au-Prince,
expola à MM. d'Ennery. & de Vaivre, que du produit des aumônes qu'il
avait reçues, il avait acheté un terrain pour y fonder une Providence,
qu'il fe flattait de faire édifier aycc les mêmes moyens. En conféquence, il
demanda que lc plan de cet afile, déftiné aux pauvres blancs nécefliteux
& malades 1 jufqu'à ce qu'ils euffent des reffources pour fubfifier, fût approuvé ; qu'on en compofât lc bureau comme il l'indiquait & que MM.
Marchand & le Remboure, négocians, qu'il défignait comme tréforiers gratuits, fuffent agréés à ce titre, & enfin., que le marguillier du Port-au-Prince
fût tenu de lui remettre le montant d'un leg fait aux pauvres par M. Jofon.
Les Adminiftrateurs répondirent à cette requête le 3 Juin 1766, - d'une ordonnance qui autorifa l'établiffement, & lui donna pour adminiftrateurs ceux
de la Colonie 2 le procureur-général du confeil, deux notables habitans 3
le curé. & un receveur 1 fauf à folliciter enfuite des lettres du prince &
à faire valoir dans les tribunaux la réclamation du leg de M. Jofon.
Le 26 du même mois. de Juin, 1 M. le Remboure acheta de M. Dupny 3
chirurgien, trois emplacemens numérotés 189,190 & 191, bordés à PEf,
de la rue d'Orléans, au Sud, de la rue de Bretagne, & à l'Oueft & au Nord,
d'autres emplacemens., pour 3,000 livres , que M. le Remboure déclara
dans un aête du 25 O8tobre, avoir été payées par M. l'abbé Moreau 7
curé, MM. Gourreau, Boiffennière de Mornay, Chaftelier & du Crabon
tous quatre habitans du Cul-de-Sac, & lui-même, à raifon de 5oo livres
chacun, afin d'avoir un terrain pour y afleoir une maifon de Providence $
à Pinftar dc celle du Cap. Ce dernier acte contient le don de ce terrain
en faveur de l'établifiement.
Lc6 Novembre 1777, par un aétc également notarié, M. Pierre Foucaud,
marchand au Port-au-Prince, natif de la paroiffe Saint-Jean-du.-Saint-Lieu
de la Ruchelle, fit don àl la Providence, , 1°, d'un cmplacement No, 8, fitué
dans la Grande-rue., de 80 pieds de face Nord &c Sud, fur 120 de profondeur Eft &. Oueft, avec les bâtimens qui étaient delfus, pour enjouir
après fa mort, &c 2°. de 22,148 liv. 14 fous, I denier en or, pour en
jouir dès le moment même.
Lc 15 Décembre 1777, M. le Franc de Saint-Haulde, entrepreneur des
travaus de la diftribution des caux de la Grande-rivière, voulant remplir
pieds de face Nord &c Sud, fur 120 de profondeur Eft &. Oueft, avec les bâtimens qui étaient delfus, pour enjouir
après fa mort, &c 2°. de 22,148 liv. 14 fous, I denier en or, pour en
jouir dès le moment même.
Lc 15 Décembre 1777, M. le Franc de Saint-Haulde, entrepreneur des
travaus de la diftribution des caux de la Grande-rivière, voulant remplir --- Page 395 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 381
l'intention qu'il avait eue durant la maladie de Mde, fon époufe 9 décédée
le 17 Novembre précédent, donna à la Providence un terrain de 4 emplacemens numérotés 185, 186, 187 & 188; le premier & le troifième bornés
à TER, de la rue d'Orléans, & le fecond &c le quatrième bornés à POueft,
de la rue Dauphine, avec des établiflemens faits fur l'un d'eux. Les conditions étaient, que la Providence ferait bâtie fur ce terrain en l'honneur
de Sainte-Géneviève 7 &x que chaque année 7 au jour de la fête de cette
Sainte, il ferait célébré un fervice pour le repos de l'ame de Mde, le Franc,
dans la chapelle de cette Providence.
M. l'abbé Moreau étant mort en 1778, MM. Marchand & le Remboure
recoururent aux Adminiftrateurs, qui les autorifèrent le 4 Juillet 1781,
à fuivre l'exécution de l'ordonnance rendue par leurs prédécefleurs en 1776.
MM. de Bellecombe & de Bongars, qui apprirent que la non-exécution du
projet donnait lieu à une réclamation de la part des héritiers Foucaud, contre
le don fait par leur parent, écrivirent au miniftre le 20 Mars 1783 * pour
Tolliciter des lettres-patentes 8c être autorifés à faire choix d'un Heu convenable, même fur les terrains appartenans au roi.
Rien n'était encore effectué. 2 lorfque MM. de la Luzerne & de Marbois, 3
par leur ordonnance du 7 Novembre 1787; ont prefcrit dans l'enceinte de
T'hépital royal, la conftruction d'un pavillon qu'on appele le Pavillon de la
Providence 1 au payement duquel ils aflignèrent des loyers. de la falle de
comédie du Port-au-Prince, échus au Ler, Juin 1787, des donations volontaires 8t un complément 1 qui ferait tiré de la caifle des libertés. Pour fubvenir
aux dépenfes annuelles de ce pavillon, fixéàz0 lits 1 au moins 1 ils ont accordé les 8,000 livres du loyer de la falle de comédie, les 6,000 livres
payées annuellement par le geolier en faveur des pauvres malades & 12,000
livres fur la caiffe des libertés; le produit de deux reprélentations à la
comédie, d'après l'offre du direêteur ; les amendes &c les confifcations applicables aux hôpitaux, & le produit d'une quête dans l'églife paroifliale, pendant
les trois derniers jours de la Semaine-Sainte.
Cette ordonnance porte en outre > que le bureau acceptera les dons ; que
les noms des donateurs, même ceux. des gens de couleur, feront portés fur
un regiflre &. publiés dans les Afhches de Ia Colonie ; que le don de 10,000
livres procurera au donateur, en perfonne, la difpofition d'un lit pendant
itaux, & le produit d'une quête dans l'églife paroifliale, pendant
les trois derniers jours de la Semaine-Sainte.
Cette ordonnance porte en outre > que le bureau acceptera les dons ; que
les noms des donateurs, même ceux. des gens de couleur, feront portés fur
un regiflre &. publiés dans les Afhches de Ia Colonie ; que le don de 10,000
livres procurera au donateur, en perfonne, la difpofition d'un lit pendant --- Page 396 ---
382 DESCRIPTIO N DE.LA PARTIE
(a vic ; que le receveur des amendes du Port-au-Prince fera le tréforier de
la Providence; que le médecin & le chirurgien du roi en prendront foin
gratis; ; que l'aumônier de T'hôpital fera celui de l'hofpice & que l'entrepreneur de cet hôpital fera payé pour les journées des pauvres malades, fur
le même pied que pour celles des foldats & matelots au compte du roi;
qu'enfin, le bureau fera compofé du général, de l'intendant, du fecondpréfident, 1 d'un confeiller 1 du procureur-général du confeil de Saint-Domingue > du préfet apoftolique 3 de deux membres de la chambre d'Agriculture,
&c de quatre notables choifis par les habitans de la ville du Port-au-Prince,
dont lun, pris parmi les avocats au confeil fupérieur 7 fera le défenfeur
né de T'hôpital ; de plus, un fecrétaire choifi par le bureau. Elle veut,
enfin, la publication de la recette & de la dépenfe annuelle dans les Affiches de la Colonie.
Le miniltre inftruit de ces difpofitions ( &c c'était M. de la Luzerne luimème), écrivit aux Adminiftrateurs le Ier, Mai 1788, que le roi les confirmait provifoirement > mais qu'il voulait que l'établiffement eût plus de
confiftance, avant de lui accorder des lettres-patentes 3 & que les 20 lits
fullent réfervés aux nouvcaux débarqués, qui auraient des maladies aigues.
Il était trop aifé de répondre ce que MM. de Rohan & de Bongars
avaient dit en 1768, fur un refus femblable relativement aux Providences
du Cap, pour qu'on ne le fit pas, & aufi, dès le 3 Janvier de cette année
(1789), les lettres-patentes ont été expédiées. Elles autorifent l'établiffement fous le titre de Maifon de Providence & comme établillement civil à
la charge de la Colonie , pour recevoir les enfans pauvres de la ville 5
les malades atteints de maladies incurables, & particulièrement les perfonnes
des deux fexes qui arriveront de France fans aucunes rellources, & qui y
feront nourries &c entretenues jufqu'à ce qu'elles aient trouvé à fe placer.
Le bureau eft compofé du gouverneur-général & de l'intendant, ou de ceux
qui les repréfentent , de deux confeillers du confeil fupérieur choifis par
cette cour, 1 du procureur-général 1 de deux membres de la chambre d'Agriculture nommés par elle, de quatre notables que les habitans du Port-auPrince choififfent dans une aflemblée paroiffiale fpécialement indiquée, & du
préfet apoltolique des Parties de l'Oueft &z du Sud, avec pouvoir à ce
bureau de faire les fatuts néceflaires, qui feront foumis à l'approbation du
du confeil fupérieur choifis par
cette cour, 1 du procureur-général 1 de deux membres de la chambre d'Agriculture nommés par elle, de quatre notables que les habitans du Port-auPrince choififfent dans une aflemblée paroiffiale fpécialement indiquée, & du
préfet apoltolique des Parties de l'Oueft &z du Sud, avec pouvoir à ce
bureau de faire les fatuts néceflaires, qui feront foumis à l'approbation du --- Page 397 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
roi. La Providence peut recevoir, y compris ce qu'elle a déjà, jufqu'à la
concurrence de 1,200 mille livres tournois 7 mais fans pouvoir aller au
delà.
C'eft ainfi qu'au bout de 33 ans, cet établifement 1 auquel l'on doit
les éloges que j'ai donnés à ceux du même genre qui font au Cap', a été
confolidé, & que les infortunés ont un afile de plus 3 que leur a ouvert
la générofité des Colons.
M. Marchand, au zèle duquel cet établiflement doit déjà beaucoup ainfi
qu'à celui de M. le Remboure, & qui en a été l'adminiftrateur-tréforier
en 1788, a publié le compte de cette année dans la gazette du 7 Février
1789. Il en réfulte que la recette totale s'eft élevée à 38,000 livres, &
la dépenfe totale a 18,000 livres. Cette dernière a été pour 1789 de 28,954
livres, 19 fous, 6 deniers.
Comme la Providence du Port-au-Prince doit prendre de l'extenfion &
qu'elle ne peut demeurer dans le chétif bâtiment de l'hôpital où elle eft
reléguée, le gouvernement lui a deftiné un vafte terrain, aligné au Nord >
fur la ligne des limites de la ville, 7 borné à l'Oueft par une ligne parallèle à celle qui ferme la ville dans PEf & placée à environ 250 toifes de
cette dernière; au Sud, par le chemin de la Charbonnière, 8c à PER, par
une ligne qui va de de ce chemin, 3 gagner le côté Nord de ce terrain 2
qui peut être évalué a environ 60 carreaux de furface.
Cependant quelques pérfonnes inclinent pour la mettre dans l'ilet qui eft
entre les rues de Penthièvre 1 d'Orléans, 3 de Bretagne &c Dauphine, &c
qui lui appartient. Mais cette fituation ferait moins faine, fur tout fi elle
confervait le voilinage du cimetière.
Il n'eft pas douteux que le rapport des boutiques de la place de PIntendance 9 ne forme un revenu confidérable, fur lequel la Providence devra cependant fe rembourfer de la dépenfe de la difpofition nouvelle du
marché, qu'elle doit faire à fes frais 1 de manière qu'il y ait un double
rang de boutiques au Nord, pour les marchandifes féches, c'eft-à-dire, pour
ce qu'on nomme le Marcbé des Blancs 1 & un autre double rang au Sud,
pour les marchands de comeftibles ; tandis que le milieu contiendra les animaux de charge des différens vendeurs ; avec un rang d'arbres autour de
la place, une allée entre chaque double rang de barraques & une allée fur
arché, qu'elle doit faire à fes frais 1 de manière qu'il y ait un double
rang de boutiques au Nord, pour les marchandifes féches, c'eft-à-dire, pour
ce qu'on nomme le Marcbé des Blancs 1 & un autre double rang au Sud,
pour les marchands de comeftibles ; tandis que le milieu contiendra les animaux de charge des différens vendeurs ; avec un rang d'arbres autour de
la place, une allée entre chaque double rang de barraques & une allée fur --- Page 398 ---
384 DESCRI P T IO N D E L A PARTIE
les 4 faces de la portion du milieu, afn d'abriterles hommes & les animaux 9
& de protéger mêmc les denrées 1 contre l'ardeur du foleil qui les corrompt.
Mais fi lon veut que la Providence recoive des dons , qu'on n'oublie pas de
nommer fes bienfaiteurs; qu'on fe fouvienne de ce que j'ai dit à cet égard fur les
Providences du Cap & qui eft d'autant meilleur à rappeller que je vois déja
du penchant à faire honneur de cet établiffemens aux feuls Adminiftrateurs de
1787, &c à oublier ce qu'avaient fait pour lui leur prédéceffeurs; le nom de
l'abbé Moreau fon promoteur, celui qui infpira le premier l'idée d'élever ce
nouveau temple à Ia Pitié dans fon pays, n'eft pas proféré. Que l'ignorance
ou la flatterie fe taifent pour laiffer parler la reconnoifance.
On a encore à défirer au Port-au-Prince un endroit pour récevoir les êtres
les plus malheureux de tous 1 ceux qui fans defcendre au rang des brutes font
néamoins privés de T'ufage du plus beau préfent que l'homme ait reçu du
créateur. Des fous lévèrement: renfermés dans une geole ou mal-gardés par leurs
maîtres lorfque ce font des efclaves 1 femblent accufer l'adminiftration d'infenfibilité, & n'y en eût-il qu'un feul que des foins euffent pu rendre à la raifon,
l'humanité veut que ce moyen foit tenté pour tous.
De la Police*ds Port-au-Prince.
Elle eft comme au Cap, entre les mains des officiers de la Sénéchauffé. Elle a
pour agens immédiats la maréchauffée, & la troupe de police.
La maréchauflée qui a un prévêt-général pour les Parties de l'Oueft & du
Sud, confifte particulièrement dans la ville du Port-au-Prince, en un prévôt,
un exempt, deux brigadiers & huit cavaliers, à qui l'on a donné un logement
particulier en vertu d'un arrêt du confeil du Port-au-Prince du 27 O@tobre
1785. L'uniforme de la maréchauffée des Parties de l'Oueft & du Sud ne
differe de celui du Cap que par la vefte & la culotte qui font blanches & non
chamois. La bandoulière eft bleue, bordée de chaque côté d'un galon de fil
blanc d'un pouce de largeur. Les brigadiers ont de plus un bordé de
fix lignes entre les deux autres. Sur le devant de la bandoulière eft une
Simple fleur de lis fans couronne en galon d'argent, placée fur un fond
écarlate
des Parties de l'Oueft & du Sud ne
differe de celui du Cap que par la vefte & la culotte qui font blanches & non
chamois. La bandoulière eft bleue, bordée de chaque côté d'un galon de fil
blanc d'un pouce de largeur. Les brigadiers ont de plus un bordé de
fix lignes entre les deux autres. Sur le devant de la bandoulière eft une
Simple fleur de lis fans couronne en galon d'argent, placée fur un fond
écarlate --- Page 399 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DO 2 MINGUE. 385
Ecarlate qui lui fert de liféré. La maréchauffée eft paffée en revue par PEtatmajor de la place &c cette revue eft vifée par le procureur du roi &c le fénéchal
qui y marquent les reproches, s'ils en ont à faire à la maréchauffée.
L'ordonnance du confeiller , commillaire de la caille municipale, au bas de
l'état fert à recevoir les appointemens que compte le receveur de cette caiffe.
Dans les fimples paroiffes c'eft le commandant pour le roi ou celui de cette
paroiffe qui fait la revue des détachemens &c le fubftitut à réfidence du procureur du roi qui les vife.
La troupe de police du Port-au-Prince, eft celle qu'avait établi à Léogane 1
l'ordonnance des Adminiftrateurs du IO Mars 1750 3 & qui a fuivi la
Sénéchauflée de Léogane au Port-au-Prince. Elle fut compofée alors d'un infpedteur, pourvu d'une commiffion des Adminiftrateurs 1 reçu & allermenté
à la Sénéchauffée, avec 1,000 livres d'appointemens ; un exempt &c quatre
fergens commiflionnés par. le procureur du roi & ayant, le premier 36 liv.
&c les autres 24 liv. par mois.
Le 12 Mai 1758, le confeil du Port-au-Prince augmenta cette troupe de
deux brigadiers & de deux fergens, &c porta les appointemens de l'exempt
à 900 livres par an. Puis, le 21 Novembre 1763,l y ajouta encore 4
archers.
Enfin, depuis l'ordonnance des Adminiftrateurs du 8 Février 1755 $ la
troupe de police eft compofée d'un infpecteur, de deux exempts, cinq brigadiers, dont trois font blancs, vingt archers & quelques nègres furnuméraires.
L'infpecteur 8z les excmpts ont habit &x culottes bleus 7 vefle blanche 9
boutons , épaulettes &c éguillettes d'argent; les brigadiers &c les archers portent un habit bleu 2 collet & paremens rouges, & lorfqu' 'ils font de fervice,
une bandoulière rouge 3 bordée de chaque côté, d'un galon de fil aurore
large d'un pouce. Les brigadiers ont un galon de 6 lignes entre les deux
autres. Sur le devant de la bandoulière eft un médaillon aux armes de
France, fond bleu, couronné de feurs de lis jaunes. Les fonétions de la
troupe de police ne peuvent pas s'étendre au delà de la banlieue de la ville,
tandis que celles de la maréchauffée ont toute la paroifle.
La revue de la troupe de police eft paffée, tous les trois mois, fucceffivement par le procureur du roi, le fénéchal & le procureur-genéral, qui
vifent l'état dreflé par l'infpedteur & que l'on paye après l'ordonnance
Teme II.
Ccc
de la
troupe de police ne peuvent pas s'étendre au delà de la banlieue de la ville,
tandis que celles de la maréchauffée ont toute la paroifle.
La revue de la troupe de police eft paffée, tous les trois mois, fucceffivement par le procureur du roi, le fénéchal & le procureur-genéral, qui
vifent l'état dreflé par l'infpedteur & que l'on paye après l'ordonnance
Teme II.
Ccc --- Page 400 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
du confeiller-commiflaire, comme pour la maréchaulfée. Les brigadiers &
les archers font reçus feulement à Ia Sénéchauflée, fur la préfentation de
l'infpeéteur & ilsy prêtent ferment.
La police a un corps-de-garde à chaque extrémité de la ville. Depuis
Pordonnance du 23 Mai 1772, elle ne met plus d'archers chez les Adminiftrateurs, ni ailleurs 1 mais feulement au confeil fupérieur pendant qu'il
eft en féance. L'infpe@teur & l'exempt ne doivent des comptes qu'au commandant militaire de la place, au commiflaire des clafles, au procureurgénéral, au fénéchal & au fubititut.
Les places &c les rues font le premier objet dont le foin eft confié à lâ
police, foit pour la fureté, foit pour la propreté.
L'ordonnance des Adminiftrateurs du IO Mars 1750 1 pour la police de
la ville de Léogane, eft devenue la première de ce genre pour le Portau-Prince. Elle veut que les rues foient libres, nettes 1 applanies & dif:
pofées de manière à accélérer l'égout des eaux. Celles du 29 Novembre
& du 28 Décembre 1757, que j'ai déjà citées 1 l'ont répétée à cet égard
& ont voulu de plus un rang d'arbres. Par celle du 23 Mai 1772, il eft
dit que les maifons feront alignées 3 elle permet les galeries 7 pourvu qu'elles
foient rapportées aux maifons, alignées entr'elles de IO pieds de large &
non clofes, & elle enjoint d'avoir dans les emplacemens des' latrines de fix
pieds de profondeur 3 au moins, afin que les matières ftercorales ne foient
pas jettées dans les rucs. Une ordonnance du 25 Novembre 1773, a voulu
que les propriétaires des emplacemens fiffent dans le milieu de la rue un
encaiflement de tuf, de cailloux & de fable 3 & trois pieds de pavé de
l'un & de l'autre côté, avec des foflés pavés pour égouter les eaux. Mais
afin de rendre l'air plus falubre & les rues plus propres 2 elle a ordonné
de couper les arbres des rues, excepté ceux des places publiques, ceux
plantés depuis le magafin du roi jufqu'à la rue Sainte-Claire 2 de ces
magafins au gouvernement & du gouvernement à l'intendance. Une autre
ordonnance du 2 Avril 1774, a répété les difpofitions de la précédente,
attendu que toutes les maifons détruites par le tremblement de terre de
1770, étaient reconitruites 3 & a ordonné d'enclorre les emplacemens vides ;
& le 20 Décembre 1775, l'exécution de celle de 1774 a été recommandée. Enfin, les Adminifirateurs ont fait inférer dans la gazctte du 2 Septembre
endance. Une autre
ordonnance du 2 Avril 1774, a répété les difpofitions de la précédente,
attendu que toutes les maifons détruites par le tremblement de terre de
1770, étaient reconitruites 3 & a ordonné d'enclorre les emplacemens vides ;
& le 20 Décembre 1775, l'exécution de celle de 1774 a été recommandée. Enfin, les Adminifirateurs ont fait inférer dans la gazctte du 2 Septembre --- Page 401 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 387
1789, une invitation de faire arrofer le devant des maifons deux fois par
jour, quant la brife d'ER foufle avec force, parce qu'elle produit une fécherefle très-préjudiciable à la fanté.
Encore à l'époque du tremblement de terre de 1770,. la ville du Portau-Prince n'était qu'un vrai cloaque. Le premier qui donna l'apparence de
rues aux grands chemins qui font entre les maifons 9 fut M. le Grand de
Campeaux 1 garde-magalin du roi, qui ayant plulieurs cabrouets 1 imagina
de faire combler le terrain qui était au devant de fon logement. Puis, arriva
M. de Vallière, qui a tant défiré que le Port-au-Prince devint une ville.
Les galeries n'ont pas la largeur exigée 9 indépendamment de leur manque
de nivellement. Ony met des barriques, des planches, même des voitures; :
ily a des emplacemens mal ou point entourés , d'autres où font des chofes
combuftibles 1 prefque livrées à l'audace des malfaiteurs. On trouve vers la
place Vallière &c la rue Traverfière des monceaux de paille qu'y laiffent les
cabrouets venus de Ia plaine avec des barriques de fucre, fous lefquelles
on met des couches de paille.
Quant a la propreté des rues, comme il n'y a point de tombereaux publics
pour enlever les immondices, elle ne peut être pouffée loin. D'ailleurs,
leur forme bombée au milicu, , avec des foflés fur les côtés où l'on entend
croaffer les crapauds, n'eft pas favorable. Les eaux pluviales qui courent
de PER à I'Oueft avec un volume &c une viteffe tres-confidérable, ne trouvant pour iflue dans les rues du Nord au Sud que de petits foflés, couverts
d'un madrier en façon de pont, font arrêtées, refoulent & gâtent encore
les rues. Celle d'Aunis eft fujette à devenir un torrent dans les grandes
pluies. Il faudrait au contraire un fofle au milieu avec une pente des deux
côtés, prife fur une largeur de 15 ou 18 pieds. Les Adminiftrateurs avaient
convoqué les habitans à l'hôtel de la marine 1 le 4 Avril 1787, pour concourir à la dépenfe d'un foffé de couronnement au haut de la ville, pour
la préferver de l'effet des pluies abondantes 1 fuivant le plan de M. de la Fitte,
ingénieur en chef; on leur demandait les 21,500 liv. exigées pour la fouille, &
l'adminiftration publique fe chargeait de l'indemnité due aux propriétaires des
terrains où pafferait ce follé, des frais des acqueducs à faire pour les canaux qui
tranfporteraient l'eau des fontaines & de l'entretien du tout ; mais il n'y
eut que 19 délibérans &c 10 refusèrent toute contribution.
Cccz
M. de la Fitte,
ingénieur en chef; on leur demandait les 21,500 liv. exigées pour la fouille, &
l'adminiftration publique fe chargeait de l'indemnité due aux propriétaires des
terrains où pafferait ce follé, des frais des acqueducs à faire pour les canaux qui
tranfporteraient l'eau des fontaines & de l'entretien du tout ; mais il n'y
eut que 19 délibérans &c 10 refusèrent toute contribution.
Cccz --- Page 402 ---
388 DESCRIPTION DE LA PARTIE
On voyait des animaux dans les rues 1 mais l'ordonnance des Adminif.
trateurs du 16 Novembre 1788, veut qu'on les arrête tous, même ceux
de la maréchauffée qui, commc ceux des courriers des poftes, ne pouvaient
pas être pris auparavant.
La police doit veiller auffi aux marchés, aux cabarets, à ce que les
nègres efclaves ne troublent pas l'ordre public 7 à ce qu'ils ne foient pas
armés ni errans dans les rues & à ce qu'on ne les y trouve pas fans permiffion par écrit de leur maître 1 lorfque le facriftain 7 à qui le confeil
fupérieur fait compter 200 livres fur la caille municipale pour ce foin 1 les
avertit de rentrer, 1 par une cloche de la paroiffe qui fonne pendant un quart
d'heure, > a commencer de neuf heures & demie ; les cabarets, dont le nombre
elt illimité, font très-nombreux ainfi que les billards &c les cafés, & rien n'eft
plus commun que les nègres qui fe louent eux-mêmes & qui vivent d'une
manière indépendante.
La police doit empècher qu'on ne joue aux jeux défendus, > 8c elle eft
mal faite à cet égard; à ce qu'on ne vende point de comeftibles corrompus,
à ce qu'on ne vende pas à faux poids & à fauffes mefures 7 ce qui arrive cependant; enfin, elle doit furveiller les auberges 3 les boulangeries &
les boucheries.
Depuis l'ordonnance du mois d'Août 1787, qui a fupprimé l'horrible ferme
des boucheries, il y a 8 bouchers de bocuf au Port-au-Prince, dont 4 font
des gens dec couleur. Un archer de police va s'affurer que les animaux qu'on
veut tuer nc font point malades. Les tueries font vers lc fort Saint-Jofeph 3
à l'extrémité Nord de la rade Marchande. Elles exhalent une forte odeur a
que les vents ordinaires ne portent heureufement pas fur la ville. Les ordonnances de police défendent d'avoir des parcs à bêtes dans la ville & d'y
faire fécher des peaux.
La viande eft moins bonne durant les mois de Mars, Avril, Mai &
Juin, parcc que c'eft la faifon des pluies. D'un autre côté, les boeufs tirés
de la Partie Efpagnole, étant pris plus loin du Port-au-Prince que du Cap,
ils pâtiffent davantage & il faut qu'ils foient débités prefqu'en arrivant.
Il y a auffi un archer placé à chaque lavoir public, d'après l'ordonnance
du 18 Février 1788, pour empècher que les blanchiffeufes n'y entrent avant
le point du jour & pour les en_ faire fortir au coucher du foleil. Ils empè.
eufs tirés
de la Partie Efpagnole, étant pris plus loin du Port-au-Prince que du Cap,
ils pâtiffent davantage & il faut qu'ils foient débités prefqu'en arrivant.
Il y a auffi un archer placé à chaque lavoir public, d'après l'ordonnance
du 18 Février 1788, pour empècher que les blanchiffeufes n'y entrent avant
le point du jour & pour les en_ faire fortir au coucher du foleil. Ils empè. --- Page 403 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DO OMINGUE 389
chent de s'y baigner , d'y abreuver des animaux; ; ils en interdifent l'ac.
cès aux matelots & font retirer les nègres mâles, dès qu'ils y ont dépofe
les paquets de linge.
On ne. peut pas dire que la police foit bien faite au Port-au-Prince 3
quoique la troupe de police foit plus nombreufe qu'au Cap; ; mais il faut
confeffer qu'elle eft plus difficile dans cette dérnière ville. D'abord, le Portau-Prince eft plus étendu; il a beaucoup d'efpaces vides ; chaque maifon a
un tour d'équerre ménagé pour les incendies 1 mais où l'on peut fuir & fe
cacher ; la population étant moins raffemblée 9. il n'y a pas cette efpèce de
furveillance, prefque involontaire, que les individus exercent les uns à l'égard
des autres; enfin, le nombre confidérable de petites chambres louées, 2 jutqu'à une feule gourde par mois 7 dans de grandes cours 1 communes à beaucoup
de locataires, empêchent que cCs cours ne foient fermées la nuit & ceux
que la police pourfuit y trouvent un afile.
Cependant nul lieu de la Colonie n'a plus befoin d'une police aétive que
la ville du Port-au-Prince 2 par la nature de fes bâtimens &c par fa vafte
enceinte, qui l'expofent continuellement aux dangers des incendies.
Dans la crainte que Pimpreflion de l'effroyable tremblement de terre de
1770; ne s'effaçôt comme celle du tremblement de terre de 1751, après
lequel on avait bâti plus de la moitié de la ville en maçonnerie, les Adminiftrateurs défendirent, le 8 Août, de reconftruire autrement qu'en bois,
foit poteaux en terre, foit poteaux fur folage de bois, avec des planches clouées
fur lcs poteaux 3 fans maçonnerie, 9 cliffage, ni boufillage 9 excepté en dehors,
lorfqu'il y aurait des planches en dedans. Nul folage de maçonncrie ne peut
être de plus de deux pieds hors de terre. Les clôtures d'emplacemens doivent être de haies vives 2 ou de pieux ou à claire-voies fupportées par des
murs qui ne peuvent excéder trois pieds ; à moins qu'iis ne foient affez
ifolés 3 pour que dans leur châte, ils ne puiffent atteindre aucun bâtiment.
Quoique la même ordonnance ait engagé à fe procurer des pompes & qu'elle
ait recommandé plufieurs autres précautions contre le feu, il eft diflicile qu'une
ville toute conftruite en bois n'y foit pas fujette.
Les Adminiftrateurs qui en étaient convaincus, rendirent, le 5 Mai 1787,
une ordonnance qui enjoint à chacun de fe porter où eft le feu dès qu'on
entend la générale & lç tocfin, & d'obéir aux ordres du Sénéchal & du procu-
engagé à fe procurer des pompes & qu'elle
ait recommandé plufieurs autres précautions contre le feu, il eft diflicile qu'une
ville toute conftruite en bois n'y foit pas fujette.
Les Adminiftrateurs qui en étaient convaincus, rendirent, le 5 Mai 1787,
une ordonnance qui enjoint à chacun de fe porter où eft le feu dès qu'on
entend la générale & lç tocfin, & d'obéir aux ordres du Sénéchal & du procu- --- Page 404 ---
390 DESCRIPTION DE LA PARTIE
reur du roi; aux gardes-magafins du roi de délivrer fur l'ordre du commandant
de la place les trois pompes qui y font 3 les feaux, les échelles, les
haches 8cc.; aux particuliers qui ont des pompes 1 de les faire conduire au
feu; aux ouvriers, de s'y rendre avec les outils proprès à arrêter l'incendie;
à la maréchauflée & à la troupe de police, de fe réunir en armes, à cheval
ou à pied, & de faire par efcouade des patrouilles, fur tout à l'entrée des
chemins qui conduifent à la campagne. 3 pour arrêter quiconque voudrait y
tranfporter des effets; aux piqueurs des nègres de l'atelier du roi, d'y conduire
ces nègres avec des haches, des échelles &c., & d'obéir aux officiers du
génie; enfn à chaque propriétaire d'avoir deux feanx de cuir marqués du
numéro de la maifon , où ils feront laiffés.
Le lendemain, 6 Mai, M. de la Luzerne fit imprimer une configne pour
le régiment du Port-au-Prince. A lIa générale, les grenadiers, les chaffeurs &c
14ohommes prennent les armes ; 7ohommes vont fur la place de l'intendance,
&c 70 fur celle du gouvernement; 3 30 de ces derniers marchent aux prifons,
d'oà les prifonniers font eonduits aux cazernes, fi le feu gagne les prifons. Le
furplus des piquets fait des patrouilles dans les rues. Le refte du régiment,
fans armes, excepté les bas offieiers qui ont leurs fabres, forment autant
de détachemens qu'il y a d'ufficiers. Quelques-uns de ces détachemens traînent les pompes des cazernes au lieu de l'incendie ou y portent les feaux,
& les autres; précédés des grenadiers & des chaffeurs, vont travailler à
éteindre le feu, dont les grenadiers & les chafleurs ceignent le tour par un cordon
qui empèche les inutiles d'y entrer & les hommes utiles d'en fortir. On forme
des dépôts d'effets dans les places ou carrefours voifins > & l'on oblige à tout
dépofer pour n'être rendu qu'après le feu, fur l'ordre du commandant de la
place &c du juge de police.
La configne de l'artillerie du même jour veut que trois hommes & un
caporal fe rendent au fort Saint-Jofeph pour faire des fignaux ; qu'un caporal & quatre hommes reftent à garder les cazernes d'artillerie, & que le
refle 7 pourvu de haches & de crocs 2 aille au feu.
D'après la configne de la rade & du port, de la même date , le fort SaintJofeph tire deux coups de canon de gros calibre, coup fur coup, & arbore un
pavillon rouge, & fi c'eft la nuit, on met deux feux au bâton de pavillon.
Alors les vaiffeaux du roj envoyent en hommes & en pompes, les fecours dont
er les cazernes d'artillerie, & que le
refle 7 pourvu de haches & de crocs 2 aille au feu.
D'après la configne de la rade & du port, de la même date , le fort SaintJofeph tire deux coups de canon de gros calibre, coup fur coup, & arbore un
pavillon rouge, & fi c'eft la nuit, on met deux feux au bâton de pavillon.
Alors les vaiffeaux du roj envoyent en hommes & en pompes, les fecours dont --- Page 405 ---
FRANC ÇAIS E DI E SAINT-D OMIN G UE. 391
ils pcuvent difpofer, & les marins qui font à terre fe rendent aux calles pour
fe réunir à eux; tous obéiffent au commandant de la place. Les navires
marchands doivent mouiller avec du cable à filer & des croupières affez au large
pour s'y tirer au moins d'une encablure, afin d'éviter la communication du
feu entre la ville & eux, Le commandant de la rade fait aller trois ou quatre
canots de ronde pour entretenir l'ordre 8c empècher qu'on ne tranfporte des
marchandifes de terre en rade. Le capitaine de port prend au corps-de-garde
voifin huit hommes & un caporal, & va faire éloigner tout ce qui eft près des
quais, même en coupant les amarres. Ce corps-de-garde a en dépôt deux
corps-morts de 1,200 livres pefant chaque, 9 avec desychaines de 30 pieds de
long, deux grapins avec des chaînes de 70 à 80 pieds de long 9 deux mafles,
fix mains de fer, 25 livres de clous &c fix haches, & une embarcation eft
toujours prête pour aller avec ces moyens, faifir & éloigner des autres, le
bâtiment qui prend en feu dans la rade.
Oneut dès la fin du mois de Juin, à fe féliciter de ces mefures fages, car
dans les trois nuits du 25, du 26 & du 27, on effaya de mettre le feu à la
ville du Port-au-Prince 1 notamment en plaçant un panier où était un morceau
d'allumette enveloppé d'un linge huilé &c foufré fur le toit de l'une des mailons
de la place de l'intendance. On y avait ajouté une pierre 3 fans doute afin que
le vent ne renverfât pas le panier. Les Adminiftrateurs durent regretter alors
de n'avoir pas pris pour la ville quatre fuperbes pompes provenues de la
fucceflion d'un fondeur nommé Héban, homme d'un talent réel qui était venu
de Paris s'établir au Cap. Elles furent achetées au Port-au-Prince, où je les
ai vu effayer au gouvernement 1 par quatre propriétaires du Cul-de-Sac pour
leurs habitations.
Le 2 Juillet, les Adminiftrateurs promirent 3,000 livres à tout libre, &
1a liberté & 1,000 liv. à tout efclave, fut-il même complice, qui ferait connaître
les auteurs de ces entreprifes.
Le IO Août, une barrique de tafia fit brûler une maifon. Le 15, le feu
prit encore. 3 mais le zèle de tous les individus, les fecours très-prompts de
M. Meunier, à la tête de fes nègres & ceux de la pompe à feu de M.
Marchand qui était dans le voifinage 1 arrêtèrent l'incendie. Le 28 Aodt, le
feu prit; &c dans la nuit du 30 au 31 Août 3 pour la feptième fois de l'année,
mais fans fuites funeftes, &c ce dernier effai ft même condamner au gibet une
jeune négrelle le 24S Septembre.
M. Meunier, à la tête de fes nègres & ceux de la pompe à feu de M.
Marchand qui était dans le voifinage 1 arrêtèrent l'incendie. Le 28 Aodt, le
feu prit; &c dans la nuit du 30 au 31 Août 3 pour la feptième fois de l'année,
mais fans fuites funeftes, &c ce dernier effai ft même condamner au gibet une
jeune négrelle le 24S Septembre. --- Page 406 ---
392 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Le 8 Décembre 1788,1 le feu fe manifefa encore dans une cuifine fituée
dans le quartier le plus peuplé de la ville, près d'une grande quantité de
planches, > de merrains, &c.; mais des foins empreffés 8c la pompe à feu de
M. Cottineau, arrivée fur le champ, maitrisèrent fes progrès.
T'out autorife à croire que f la furveillance ne fe ralentit point ;
les accidens du feu feront déformais encorc moins redoutables pour la ville
du Port-au-Prince , graces aux Adminiftrateurs, quilui ont donné une immenfe
quantité d'cau, dont la jouiffance eft allez précieufe pour que je trace ici
les détails qui la concernent.
De PEau procurée à la Ville du Port-au-Prince.
Le fol aétucl de la ville du Port-au-Prince était ablolument privé d'eau ;
quoique les plans envoyés de la Colonie en 1733 en marquaffent dans plufieurs points. Dès 1743 Larnage & Maillart frent exécuter un petit canal
qui en conduifait une faible portion tirée de la Charbonnière, &c ils projettèrent de l'augmenter par un autre canal, Le 13 Juin 1749, MM. de
Conflans & Maillart chargèrent l'arpenteur Duport d'examiner quelles eaux
pourraient encore être menées dans la ville, & notamment celles des fources
le Roi & Defrivières - Turgeau ) & Sallé & Ferron ( Chavannes ).
En 1751, M. Demoulceau ayant l'intérim de M. de Verville, qui avait
l'idée de conduire la rivière du Trou-Bordet au Port-au-Princc, difait dans
un mémoire que l'eau était chargée de tuf, ce qui obligeait les habitans à
l'envoyer prendre vers les fources mêmes, & qu'il allait travailler à la faire
arriver plus pure.
Les habitans riverains du ruiffeau de la Charbonnière voulurent auffi en
tirer de l'eau. Ils s'en fervaient pour éteindre de la chaux, pour fabriquer
leur indigo, pour laver du manioc, & enfuite ils la remettaient dans le lit du
ruifleau, où elle fe trouvait & diminuée & altérée d'une manière préjudiciable à la fanté. Il fallut donc que les Adminiftrateurs défendiffent tout
détournement le 6 Septembre 1759- Ils ordonnèrent de plus la démolition
des indigoterics, chargèrent M. de Saint-Romes 2 ingénieur de faire les
travaux nécellaires pour conferver toute l'eau ; mais ils trouvèrent jufte d'accorder
S
ient dans le lit du
ruifleau, où elle fe trouvait & diminuée & altérée d'une manière préjudiciable à la fanté. Il fallut donc que les Adminiftrateurs défendiffent tout
détournement le 6 Septembre 1759- Ils ordonnèrent de plus la démolition
des indigoterics, chargèrent M. de Saint-Romes 2 ingénieur de faire les
travaux nécellaires pour conferver toute l'eau ; mais ils trouvèrent jufte d'accorder
S --- Page 407 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE,
corder une portion de cette eau aux propriétaires fur les terrains defquels
étaient ces fources.
Ils déclarèrent 3 le 26 Mai 1760, - que la fource Turgeau ferait conduite au
Port-au-Prince, en en laiffant une portion au propriétaire de l'habitation oû
elle nait.
Le 15 Novembre 1761, on commit encore un ingénieur pour connaitre le
moyen d'avoir une plus grande quantité d'eau dans la ville, & l'on invita
même ceux qui auraient des idées à cet égard, à les communiquer.
A la fin de 1764, M. d'Eftaing preferivit à MM. Langréné &c Bompar
arpenteure, de fignifier aux habitans des environs de la ville de juftifier des
titres de leurs poffeffions, 1 que ce gouverneur-genéral annonçait comme envahies
fur le roi, & ces deux arpenteurs infinuèrent à ces habitans par des lettres,
qu'ils ne pouvaient conferver leurs terrains qu'en concourant aux frais de
fontaines pour la ville & pour l'aiguade des vaifleaux.
Malgré tant de préliminaires, les citadins buvaient encore de la mauvaife
eau de puits en 1765. Le 17 Mars 1770, il fallut punir par l'amende de foo 1.
deux particuliers qui avaient détourné les eaux de la ville, & le 19 les
Adminiftrateurs décidèrent que M. Mouillac, habitant de la Charbonnière,
n'aurait que 6 pouces d'eau; ; que fon éclufe ferait conftruite à fes frais & qu'if
ferait une levée de 6 pieds de large & de 2 pieds de haut, au milieu de
laquelle il ferait tenu de planter & d'entretenir une haie vive de campêche
parallèle à celle qui borde le chemin, afin d'empècher qu'on ne détournât
l'eau ou qu'on ne la fit fervir à des ufages après lefquels la ville la recevait
chargée de qualités nuifibles.
Le tremblement de terre de 1770 diminua l'eau de moitié, & encore fe
perdait-elle dans les crevaffes. Il fallait aller chercher à la fource Chavannes.
celle dont on avait befoin, On revint aux anciennes recherches, & le 13
O@obre 1770, les Adminiftrateurs rappelant l'ordonnance du 26 Mai 1760
deftinérent l'eau de la fource Turgeau au nouvel hôpital.
Cependant la pénurie exiftait encore. 1 lorfque M. le Chevalier de Vallière
yint prendre le gouvernement de la Colonie 1 le 30 Avril 1772. Dès le 22
Juin il défendit, avec M. de Montarcher, de laver du linge aux fources
s
& dans les canaux par lefquels leur eau devait paffer. Puis le 25, ils expo.
sèrent dans une ordonnance 2 qu'outre l'eau des Sayanettes ou la CharbonTome II.
Ddd
encore. 1 lorfque M. le Chevalier de Vallière
yint prendre le gouvernement de la Colonie 1 le 30 Avril 1772. Dès le 22
Juin il défendit, avec M. de Montarcher, de laver du linge aux fources
s
& dans les canaux par lefquels leur eau devait paffer. Puis le 25, ils expo.
sèrent dans une ordonnance 2 qu'outre l'eau des Sayanettes ou la CharbonTome II.
Ddd --- Page 408 ---
394 DESCHIPTIO: N DELA PARTIE
nière, de Turgeau ou le Roi,on avait trouvé lors des recherches prefcrites
par Larnage, une fource appeléc de la Coupe, fortant d'nne gorge de montagnes placées au deffus de celles des Savancttes, dont les c2ux, qui fe
rendaient dans la plaine du Cul-de-Sac vers le canton de Bellerue, avaient
été conduites par un fimple canal fur terre & prefque fans travail, juiques
dans la rivière des Savanettes, & que le jaugeage avait prouvé que la réunion
de ces eaux fuffrait à toute la ville. En conféquence, ils ordonnèrent,
pour le 15Juillet, une aflemblée des propriétaires de maifons au gouverné.
ment, pour" voir les plans de M. de Saint-Romes 8c nommer des commjlfaires pour les travaux', dont la dépenfe ferait payée par les habitans , à
proportion du volume d'eau qui leur ferait fourni 5 ainfi que les frais dés
canaux 8c ceux des fontaines, lavoirs &c.; &c le refie par le roi, relativement à la portion d'eau excédante.
Le tems s'écoulait toujours en difcuflions, & depuis 1770 il en codtait au
roi 94,000 livres, chaque année, pour la fourniture de l'eau aux troupes, à
Phôpital, &c. On foutenait hautement que le projet d'amener l'eau de la
fource Turgeau était inexécutable ; enfin les obftacles fe multipliaient, lorfqu'au commencement de 1773,M. de Vallière eut l'idée de répondre par. un
fait à l'objeation fur la fource Turgeau. Il communiqua fon deffeit à M.le
marquis de Laval, qui lui-même propofa à fon régiment d'effayer Ia conduite
de cette eau. Dès le lendemain matin, 50 foldats ayant deux ofliciers, leur
colonel & le gouverneur-général à leur tête 9 allèrent commencer la fouille,
dont le fignal fut un coup de bèche donné par M. de Vallière. C'était une
fête pourles foldats, , qui,travaillant quatre mois fans relâche & fans falaire, fe
commandaient eux-mêmés du Barbafco M. de Vallière allait de tems en
tems les exciter encore par fa préfence & par des rafraichiffemens qu'il payait
perfonnellement. On fit des canaux de bois trompette, on fe fervait des matériaux
(*) Oa nomme ainfi dans la Partie de l'Oueft le divertiffement que l'on va prendre dans un
endroit ch lc plaifir du bain peut être réuni à des amufemens auxquels préfide la gaiété la plus
franche, & oà regne un ton qui exclut toutes les entraves de la cérémonie des villes. Ce nom
dans lequel on ne fait pas fonner l's, ett venu des Indiens. C'était celui d'une plante qu'ils
mettaient à macérer dans l'eau d'une portion de rivière ou d'un courant pour y prendre fans
peine le poiffon 3 que cettc efpèce de narcotigne faifit furnager,
à des amufemens auxquels préfide la gaiété la plus
franche, & oà regne un ton qui exclut toutes les entraves de la cérémonie des villes. Ce nom
dans lequel on ne fait pas fonner l's, ett venu des Indiens. C'était celui d'une plante qu'ils
mettaient à macérer dans l'eau d'une portion de rivière ou d'un courant pour y prendre fans
peine le poiffon 3 que cettc efpèce de narcotigne faifit furnager, --- Page 409 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 395
offerts par le local, , cnfin l'eau arriva dans le haut du gouvernement, & la
plus vive allégreffe éclata au moment où M. de Vallière vint en boire le
premier verre, & conftater ainfi la jufteffe de fon opinion. De là, un autre
canal fe dirigea vers les cazernes. 1 comme pour payer le régiment du Port-auPrince de fon zèle &c de fes travaux.
M. Demoulceau trouva que la fource Turgeau donnait 6 pouces d'eau,
mefure de fontainier par minute 3 & le 24 Mars 1773 il fit faire par M.
Heffe le devis d'un canal de maçonnerie pour conduire cette eau au haut du
gouvernement. Ce canal, commencé en Juin & fini en Décembre, était
divifé au haut du gouvernement en trois portions , l'une pour le gouvernement
même 1 une pour la place. du gouvernem-nt, & la troifième pour les cazernes.
Cette eau étant encore infufifante, M. Demoulceau fit, au mois d'Oétobre
1773, le plan, le nivellement &c le projet de la conduite de l'eau des fources
de l'habitation Chavannes, au baffin général, Il trouva que ces deux fources
tourniflaient enfemble 746 pouces d'eau, & propofa d'en laiffer IOO pouces
pour 30 carreaux arrofables de cette habitation. MM. de Vallière &x Montarcher adoptèrent ces opérations le 26 Mars 1774. On travailla dès le 2 Avril
ià conduire au Port-au-Prince les * de cette eau 1 l'autre quart étant réfervé à
T'habitation, qui depuis en a obtenu un tiers. Ces travaux furent achevés
en 1776.
Le 16 Décembre 1775 , M. Hefle fit un devis. efimatif d'une fontaine fur
la place de l'intendance, avec réfervoir &z abreuvoir, qui's'élevait à 70,000 1.;
une fur la place Vallière 1 de 40,000 liv.; une aiguade fur le quai de
Rohan , de 25,000 liv.; une fur l'efplanade de la batterie Sainte-Claire; avec
lavoirs & abreuvoirs, de 66,0000 liv. 9 ce qui en total,vec les frais accef.
foires, faifait 205,000 livres. On préfenta ce devis &c les plans le 21 Avril
1776 aux propriétaires de maifons, affemblés au gouvernement en préfence de
MM. d'Ennery & de Vaivre. Ces derniers promirent 60,000 liv. de la caiffe
des libertés 8 d'affujettir les capitaines marchands à payer les 25,000 livres
de l'aiguade du quai. Quant aux I 20,000 livres reftantes, les propriétaires de
maifons devaient les acquitter au Ier, Janvier des années 1777, 1778 &
1779, par tiers 9 entre les mains de M. Roberjot Lartigue , choifi pour receveur.
On convint de plus que l'excédant de l'eau, fur les befoins publics, ferait
yendu aux propriétaires de maifons qui en défireraient, fur le pied de 3,000 1,
D d d 2
20,000 livres reftantes, les propriétaires de
maifons devaient les acquitter au Ier, Janvier des années 1777, 1778 &
1779, par tiers 9 entre les mains de M. Roberjot Lartigue , choifi pour receveur.
On convint de plus que l'excédant de l'eau, fur les befoins publics, ferait
yendu aux propriétaires de maifons qui en défireraient, fur le pied de 3,000 1,
D d d 2 --- Page 410 ---
396 DESCRIPTIO N DE LA PAKTIE
par ligne, mefure de Fontainier I environ 65 à 70 pintes d'eau par heure ),
en faifant eux-mèmes les frais de la conduite; enfin, M. Laborie, négociant, fut choifi pour fyndic &c chargé de l'exécution de la délibération.
Les chofes étant reftées fans exécution. , M. Heffe completta fon devis le Ier,
Septembre 1777 & le Ier Oétobre MM. d'Argout & de Vaivre en l'adoptant
ordonnèrent les quatre fontaines projettées en 1776. La guerre furvint & elle
fufpendit tout.
En 1786, les Adminiftrateurs parlèrent du défir d'avoir une fontaine fir la
place de l'iutendance, une fur celle Vallière &c une troifième au marché au
Poiffon 8c cherchèrent, mais fans fuccès, à exciter.les contributions volontaires,
Enfn MM. de la Luzerne &c. de Marbois ont fixé les points lés plus
effentiels de cet objet majeur, par leur: ordonnance du IO Septembre 1787.
Les eaux de la Charbonnièrc, comprenant celles de la Coupe & celles des
Savanettes font deftinées en entier à la ville. Il en eft alloué un pouce carré à
chaque propriétaire des habitations far lefquelles coulent ces eaux. La fource
Turgeaua une nouvelle prife d'eau avec. deux éclufes, l'une de 18 pouces
de large pour la ville, l'autre de fix pouces pour les héritiers le. Roi fur le
terrain defquels eft cette fource. Les deux tiers de la fource Chavannes ou
Martiffans font pour. la ville,. l'autre tiers pour l'habitation oû elle prendnaiffance & à laquelle ila été payé 30,000 liv. de dédommagement parleroi. Il
eft défendu de toucher à CCS caux, à peine de 6co liv. d'amende pour la première
fois & du double en cas de rècidive.
C'eft depuis cela qu'on a exécuté les fontaines, les aiguades, les lavoirs, & les
abreuvoirs dont j'ai deja parlé dans les différens détails defcriptifs de la ville,
& qu'on a conçu & arrêté le projet de ceux qui font même déjà commencés.
La dépenfe du tout s'élève acucllement à environ Sco.cooliv.,fomme qni aurait
été excédée de beaucoup fi l'on n'ayait pas eu l'atelier des nègres du roi.
En ce moment le Port-au-Prince reçoit 632 pouces d'eau ; favoir:
10. 68 pouces d'cau des fources de la Coupe ou Charbonnière, & des
Savanettes fituées à environ 2 lieues dans Te Sud de la ville. Cette portion eft
conduite par un canal au lavoir placé à environ 150 toifes de l'angle Nord-Eft
des limites de la ville. fur l'habitation de M. Saint-Martin qui l'y a établi à fes
frais pour affurer encore plus fon droit à l'eau de la Charbonnière. Une éclufe en
conduit un peu, parla rue de Cézars, dans la rue des Pucelles pour Putilité des
habitans de Belair.
2 lieues dans Te Sud de la ville. Cette portion eft
conduite par un canal au lavoir placé à environ 150 toifes de l'angle Nord-Eft
des limites de la ville. fur l'habitation de M. Saint-Martin qui l'y a établi à fes
frais pour affurer encore plus fon droit à l'eau de la Charbonnière. Une éclufe en
conduit un peu, parla rue de Cézars, dans la rue des Pucelles pour Putilité des
habitans de Belair. --- Page 411 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MINGU UE: 397
20, 64 pouces de la fource Turgeau ( appellée auffi le Roi, Defprez 8tc. )
qui, après avoir parcouru une diflance d'environ 1,800 toifes en ligne droite,
viennent à l'intendance par un canal couvert. Ce nouveau canal rendu au
baflin de diftribution qui eft ail deffus du gouvernement, s'élargit jufqu'à
l'intendance: parce qu'on doit, , par la fuite, mêler les eaux Turgeau avec celles
Chavannes. L'eau de la fource Turgeau fert à l'intendance, au prefbytère,
au jet d'eau de la promenade publique, 1 aux. deux fontaines de la place de
l'intendance, à celle de la place Vallière & à. celle de l'aiguade fur le quai
de Rohan au bas de la rue des Cézars &c de celle des Fronts-Forts.
30. L'eau. des. fources. Chavannes (qu'on appele aufli de Sallé, de Féron',
de Martiffans), &c qui font à environ 900 toifes dans le Sud-Oueft du bout
Sud-Oueft de la ville, donnent 466 pouces au Port-au-Prince 2 au moyen
d'un canal encore découvert , mais qu'on projette de couvrir jufqu'au haut
du gouvernement, quand l'état des finances permettra d'y dépenfer 200,000
livres. Ce canal, qui a, environ 2,400 toifes, eft creufé en partie dans le
roe 8c il eft foutenu dans plufieurs paffages de ravines, par des ponts & des
aqueducs. Il fournit, d'un coté, au jardin botanique &c à l'hôpital militaire;
de l'autre, aux cazernes 8k aux jardins des nègres de l'atelier du roi; qui.
font au deffus des cazernes: ; 8 au centre au lavoir du gouvernement ', au
gouvernement même, à la fontaine de la place-d'armes 8c aux prifons. Cette
eau fera encore diftribuée par la fuite au palais de juflice 5 à la fontaine
de la place Royale 3 à celle de l'angle de la Grande rue & de Ia rue de
Provence ; elle fe rend aux magalins du roi & va enfn à la fontaine fervant d'aiguade, à l'abreuvoir &c au lavoir de l'efplanade de la batterie
Sainte-Claire.
L'eau Turgeau &t l'eau Chavannes s font 7 d'après les expériences de M.
Mozard 1 de la même pefanteur fpécifique. Le thermomètre de Réaumur étant
à 23 degrés 8c demi, il a trouvé qu'une demi-pinte d'eau de pluie pefait
9,250 grains 9 &c celle de ces deux fources 9,256, ce qui donne I2 grains
de poids de plus par pinte &c prouve que cette eau eft auffi légère que celle
de Ville-d'Avray. Une demi-pinte d'eau de mer a pefé 9,508 grains. L'eau
Turgeau, prife à fa fource > a donné 3 grains de félénite par livre & celle
Chavannes 2 grains & demi.
Il y a dans plufieurs points par où paffent les conduits d'eau dans la ville,
de ces deux fources 9,256, ce qui donne I2 grains
de poids de plus par pinte &c prouve que cette eau eft auffi légère que celle
de Ville-d'Avray. Une demi-pinte d'eau de mer a pefé 9,508 grains. L'eau
Turgeau, prife à fa fource > a donné 3 grains de félénite par livre & celle
Chavannes 2 grains & demi.
Il y a dans plufieurs points par où paffent les conduits d'eau dans la ville, --- Page 412 ---
393 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
des regards couverts qui contiennent les robinets d'incendie,& fervent de ventoufes lorfqu'on introduitl'eau dans les conduits de fer, , dont il faut déplacer l'air.
Ainfi la ville la plus aride, la plus mal partagée du côté de l'eau, eft
actuellement la plus favorifée à cet égard, 1 & ces bienfaits appartiennent
d'abord à l'adminiftration de Larnage & Maillart, à celle de M. de Vallière
& enfin à celle de MM. de la Luzerne & de Marbois.
Pour en mieux connaitre tout le prix 7 il faudrait avoir habité le Portau-Prince lorfqu'il en était privé; lorfqu'obligé d'envoyer le linge jufqu'aux
fources Chavannnes, il fallait avoir de petits ânes pour ce tranfport; lorf.
que la moindre fécherefle forçait à aller chercher au loin l'eau avec laquelle
on devait fe défaltérer.
Afn de mieux affurer les avantages & la durée de ces nouvelles jouiffances, une ordonnance du 29 Décembre 1788, a, fur le témoignage & la
préfentation de M. de Villaire, direckeur-général des fortifications 3 chargé
M. de la Croix, fous les ordres des ofliciers du génic 3 du foin & de la
furveillance des eaux deftinées au Port-au-Prince, 3 & de tout ce gui en
dépend , avec le titre d'hydraulicien pour toute la Colonie, lorfqu'il fera
jugé néceffaire de l'y employer. Son traitement a été fixé à 4,000 livres
par an, & il eft exempt de tout fervice & charge perfonnelle. Il y a outre
cela des gardiens particuliers avec commiflion des Adminiftrateurs & aflermentés par l'intendant, qui font aux ordres de M. de la Croix.
Il eft des perfonnes qui, malgré l'abondance de l'eau 3 préfèrent encore
celle de pluie 3 qu'elles recueillent dans ce deffein. Sous le généralat de
M. de la Luzerne, on n'en buvait pas d'autre au gouvernement.
On trouve des nègres qui vendent de l'eau à raifon d'une demi-efcalin le feau.
La multiplication des fontaines & des réfervoirs, pourraient, peut-être >
faire réalifer l'idée donnée par M. Mofard, 1 dans les Affiches Américaines
du 16 Août 1787, d'avoir des cabrouets avec des tonneaux qui arroferaient
les rues. Il calculait qu'une portugaile payée par chaque année par tout
propriétaire de maifon &c par tout locataire, non-propriétaire, ayant un loyer
de plus de 1,200 livres, ferait & au delà, les dépenfes de cette entreprife,
qui, indépendamment de la falubrité 3 prélerverait les meubles des dégâts
de la poufière, qui, à coup fur, font de plus de 66 livres par an.
feraient
les rues. Il calculait qu'une portugaile payée par chaque année par tout
propriétaire de maifon &c par tout locataire, non-propriétaire, ayant un loyer
de plus de 1,200 livres, ferait & au delà, les dépenfes de cette entreprife,
qui, indépendamment de la falubrité 3 prélerverait les meubles des dégâts
de la poufière, qui, à coup fur, font de plus de 66 livres par an. --- Page 413 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 399
L'eau en devenant plus commune. 1 permettra de multiplier un grand moyen
de plaifir &c de fanté, c'eft celui des bains publics. IL y en a déjà dans
le voilinage de la comédie qu'a établis M. Mages. On donne une gourde
pour trois bains, 7 guurdes pour un mois, 3 17 pour trois mois, 32 pour
une dlemi-année; un feul bain cft d'une demi-gourde & la nuit on Ie paye
trois-quarts de gourde,
Des Quais, du Port 6 de la Rade du Port-au-Prince.
A L'ÉPOQUE de 1751, la ville était bordée d'un rivage inégal &c dé.
coupé, 8 celui de l'ancienne ville était garni d'un ilet de mangles qui,
dans le milieu de cet efpace 3 entrait même fur le côté Oriental de la
rue Sainte-Claire. Bientôt après, des particuliers obtinrent des conceflions
vers la mer, mais les propriétaires des terrains bordés du quai réclamèrent,
& les Adminiftrateurs annullèrent les conceffions fubféquentes, notamment
le II Avril 1759- Les chofes étaient encore dans l'état primitif, lorfqu'au
mois d'Août 1769, les Adminiftrateurs fe déterminèrent à faire de nouvelles conceffions vers Ia mer.
Quoiqu'elles continffent la condition de parfaire fous 4 mois un eflacade
en pieux le long du rivage, d'après l'alignement qui était indiqué, & de
remblayer le quai &c les rues correlpondantes > avant de bâtir; on éleva
d'abord des maifons, 8c les Adminiftrateurs fe virent forcés de déclarer, le
20 Décembre 1775, qu'après un nouveau délai de trois mois, les voyers
feraient autorifés à faire ces travaux fous les ordres des ingénieurs 3 &c
que les conceffionnaires feraient contraints par corps, à rembourfer Ia dépenfe.
On n'avait exécuté que tres-imparfaitement ces difpofitions 7 quand les
Adminiftrateurs arrêterent le 2 Décembre 1784, le plan-directeur de la ville
du Port-au-Prince, qui donne de la régularité au quai. Au mois d'Août
1785, il y avait des remblais pouflés jufqu'au quai &c des propriétaires 2
voyant qu'on mettait à exécution l'ordonnance du 20 Décembre 1775, à
l'égard de quelques portions, remplirent leurs obligations, mais d'une manière très imparfaite.
ateurs arrêterent le 2 Décembre 1784, le plan-directeur de la ville
du Port-au-Prince, qui donne de la régularité au quai. Au mois d'Août
1785, il y avait des remblais pouflés jufqu'au quai &c des propriétaires 2
voyant qu'on mettait à exécution l'ordonnance du 20 Décembre 1775, à
l'égard de quelques portions, remplirent leurs obligations, mais d'une manière très imparfaite. --- Page 414 ---
400 DESCRIPIPTIO N DE LA PARTIE
Sous l'adminiftration de MM. de la Luzerne & de Marbois on a fenti
l'importance de cet objet, & tandis qu'aux dépens du roi, l'on terminait
le quai au devant dcs magafins du roi, lcs particuliers ont beaucoup avancé
la portion qui était à leur charge. Il faut donc peu de chofe pour que le
quai foit, en totalité, tel que le veut le plan-direéteur,
D'après celui-ci, il prolonge la rue Tire-Maffe vers la mer, de 15 toifes
au deffous du dernier îlet qu'à cette rue dans PEf. Il court enfuite dans
le Sud à 20 toifes au deffus de lilet du bout Méridional de la rue TireMafle. En face de la rue Belair eft une calle ou avancée de forme circulaire, un peu après laquelle le quai, allant vers le Sud.Oueft, va fe prolonger
à.20 toifes dans le Nord de l'aiguade marchande, qui eft en face de la rue
des Cézars. Delà, il court du Nord au Sud, trouve l'autre aiguade en face
de la rue des Fronts-Forts, rentre dans le Sud-Eft à une calle vis à vis
de la rue de Bonnefoi, alignée fur celle de la rue Belair & vient un peu
diagonalement rencontrer un point, d'oà allant un peu au Sud,on trouve
une calle vis à vis de la rue des Miracles, alignée fur le bout du quai qui
prolonge la rue Tire-Mafle,
De la rue des Miracles, le quai court par une ligne droite, du Nord
au Sud, jufqu'à un point qui correfpond à la rue d'Ennery. Iy a une calle
en face de la rue d'Aunis, 2 une en face de la rue de Provence & une troi.
fième à l'extrémité Méridionale du quai. A partir de là, le rivage eft refté
dans fon état naturel, Il rentre vers la batterie Sainte-Claire & redefcend
au bout Sud-Oueft du terrain où eft la ville. On évalue à 215,000 liv.,
la dépenfe faite par le roi, pour procurer un quai de cette nature à la
ville du Port au-Prince,
L'ordonnance des Adminiftrateurs du 26 Novembre 1788,1 porte que la place
qui s'étend depuis le magafin du roi & le parc d'artillerie jufqu'à la mer,
qui s'appele le Quai du roi, ne pourra être concédée & fervira aux befoins
de la marine royale ; en conféquence on a mis à fes extrémités deux bornes
oà on lit:. Quai du roi. Et cependant pour favorifer le commerce, il n'y a
de réfervé au fervice du roi en tems de paix, que ce qui fe trouve compris
au Sud du magafin du roi, jufqu'à la calle du roi qui termine le quai de
la ville au Sud, On y a mis deux poteaux avec ces mots : Quai réfervé
pourleferoice du roi,
L
royale ; en conféquence on a mis à fes extrémités deux bornes
oà on lit:. Quai du roi. Et cependant pour favorifer le commerce, il n'y a
de réfervé au fervice du roi en tems de paix, que ce qui fe trouve compris
au Sud du magafin du roi, jufqu'à la calle du roi qui termine le quai de
la ville au Sud, On y a mis deux poteaux avec ces mots : Quai réfervé
pourleferoice du roi,
L --- Page 415 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 401
La place qui s'avance dans la mer au bas de la rue de la Comédie &
qui fait partie du quai de Rohan, , eft pareillement inceffible 8c demeure 9
ainfi que tout le quai de Rohan, confervé au commerce 1 excepté dans le
prolongement de la rue de Bonnefoi, où il eft encore réfervé au fervice
du roi; de forte que nul bâtiment ou canot du commerce ne peut s'y préfenter, non plus que fur le quai du roi, fans la permiflion des Adminiftrateurs.
Il eft défendu fous peine de 30 livres d'amende, de s'amarrer aux pilotis
du quai & d'y dépofer des marchandifes plus de deux jours. Chaque propriétaire d'emplacement fur le quai doit en maintenir le niveau & l'eftacade,
& les rigoles. Ces dernières 1 dans les points où elles prolongent les rues
vers la mer, doivent être établies fur un fonçage de maçonnerie de deux
pieds de profondeur au moins fur fix de largeur & 90 pieds d'étendue,
à partir des angles des galeries.
Depuis le 1er, Mars de cette année, il eft défendu de dépofer des bois
de conftruction ou à brûler 1 des douves &c autres matières combuftibles y
ailleurs que dans des emplacemens défignés au Sud de la batterie SainteClaire, à l'Oueft & au Nord-Oueft de la batterie Saint-Jofeph, où l'on
donne aux commerçans en bois des conceffions perfonnelles de 20Q toifes
carrées; à moins que ces objets ne foient pour l'ufage des particuliers, > ce
qui permet alors de les laiffer trois jours, tout au plus > fur le quai.
A ces difpofitions, la même ordonnance en a ajouté de falubrité & de
propreté pour la ville. Il y a deux acons, l'un dans le prolongement de
Belair, l'autre dans l'angle intérieur du quai, entre la rue de Bonnefoi &c
celle des Miracles, & un entourage en planches au bord du quai dans le
prolongement de la rue de Provence 9 pour recevoir les ordures 3 les COpeaux & toutes les matières de remblai. Un poteau, portant un pavillon jaune,
indique ces dépôts.
Ces acons attachés au quai depuis 5 heures du foir jufqu'à 9 heures du
matin, ont des planches volantes pour qu'on puiffe en approcher avec facilité. Qant aux démolitions &x fouilles d'emplacemens. 9 c'eft au voyer à.indiquer,
fur les ordres du directeur-général du génie 2 les lieux où les propriétaires
doivent les faire tranfporter.
D'après celà, il eft défendu de jetter aucune immondice dans les rues, $
Tome II.
Eec
5 heures du foir jufqu'à 9 heures du
matin, ont des planches volantes pour qu'on puiffe en approcher avec facilité. Qant aux démolitions &x fouilles d'emplacemens. 9 c'eft au voyer à.indiquer,
fur les ordres du directeur-général du génie 2 les lieux où les propriétaires
doivent les faire tranfporter.
D'après celà, il eft défendu de jetter aucune immondice dans les rues, $
Tome II.
Eec --- Page 416 ---
402 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fur tout des cloux & des verres caflés, & d'élever des cochons & des cabrits dans la ville.
La police du quai eft fpécialement confiée au capitaine de port & à la
troupe de police. L'ordonnance de MM. de Reynaud & Le Bralfeur du 6
OStobre 1780, qui y avait établi des garde-quais, n'y a point eu d'exécution, & celle du 16 Novembre 1782, qui leur fubftituait un infpecteur-dequai, a été auffi fans effet.
Il y avait un maître-de-quai (1 M. Louis ), nommé pour le Port-au-Prince,
par M. l'Amiral; il a été révoqué comme les autres.
Le port ou la rade du Port-au-Prinee formant une partie de la côte de
la paroiffe, je commencerai à parler de celle-ci,qui commence à la Granderivière du Gul-de-Sac.
A 1,400 toifes de cette embouchure, eft l'embarcadère du Foffé, qui eft
encore aujourd'hui celui d'une grande partie de la plaine du Cul-de-Sac &
des hauteurs de la Croix-des-Bouquets. C'était au foflé qu'allaient mouiller
autrefois les bâtimens venant d'Europe pour commercer au Cul-de-Sac , 8c
Larnage preferivit en 1744, à ceux qui s'y trouvaient de fe rendre au PetitGoave; ils demandèrent 8 obtinrent le 13 Mai d'aller au Port-au-Prince,
On fentait depuis plufieurs années le befoin d'une levée &x d'un quai que
M. Ricord exécuta d'après l'acceptation de fon plan par les habitans,
le 16 Décembre 1746, & l'autorifation des Adminiftrateurs du 6 Février
1747. L'ouvrage avait 351 pieds de long fur 30 de large & la forme d'une
équerre, en forte que l'intérieur formait le quai & l'extérieur la levée,
avec une grue.
Ily a 700 toifes du Foffé à l'embouchure de la rivière la Boule, & 400
de celle-ci au point correfpondant à la batterie Saint-Jofeph, qui eft en quelque
forte le bout Nord de la ville du Port-au-Prince.
La côte depuis les Sources-Puantes jufqu'au Port-au-Prince eft, prefque
par tout, bordée de mangles & de marécages.
Le Port-au-Prince eft au fond du golfe de T'Oueft, dont Ia grande Ollverture eft formée par le Môle d'un côté & par le cap Dalmarie de l'autre,
diftant l'un de l'autre de 44 lieues & dirigés Sud-Oueft & Nord-Eft, avec
un enioncement de 50 lieues. Ily en a 40 du Môle au Port-au-Prince &
60 de celui-ci au Cap Dalmaric, mefurées en ligne droite.
mangles & de marécages.
Le Port-au-Prince eft au fond du golfe de T'Oueft, dont Ia grande Ollverture eft formée par le Môle d'un côté & par le cap Dalmarie de l'autre,
diftant l'un de l'autre de 44 lieues & dirigés Sud-Oueft & Nord-Eft, avec
un enioncement de 50 lieues. Ily en a 40 du Môle au Port-au-Prince &
60 de celui-ci au Cap Dalmaric, mefurées en ligne droite. --- Page 417 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE 403
Le Port-au-Prince offre deux ports, dont les" fondes ont été prifes par
M. de Kerlerec, 3 lieutenant de vaiffeaux commandant la frégate la Favorite, 1
du 2 au 12 Janvier 1751, par ordre de M. de Conflans, en préfence de
M. de Verville & de M. Demoulcéau, du capitaine de port & du maîtrepilote du port. L'un, qui eft le plus grand, s'appele Port du roi, & l'autre
Port marcband.
Le port marchand, qui eft le plus au Nord &c qui a cette dénomina.
tion parce que les feuls vaifleaux de commerce peuvent y pénétrer 9 eft
formé d'une efpèce de flaque d'eau, environnée d'ilets. Il commence à une
pointe, nommée d'après l'ancien habitant à qui elle appartenait 1 Pointe-àFortin ) & peut contenir à peine 70 navires marchands 3 qui trouvent
mouillage aflez près- de terre 1 par 3, 4 o11 5 braffes fur un fond excellent. Il y a dans ce port un carenage.
An milieu de fon entrée eft le fort l'Iilet, de chaque côté duquel il y
a paflage. Les deux tiers des bâtimens touchent en entrant dans ce port.
Le port du roi, qui eft dans la baie Morel, eft féparé du précédént par
dès ilets; il peut recevoir les gros vaiffeaux de guerre. puifqu'il a 5 & 6
brafles d'eau à I5o ou 200 toifes du rivage. Cependant les vaiffeaux de
guerre aiment mieux mouiller à 1,000 ou 1,200 toifes 3 dans ce qu'on appele
la rade, hors de la portée du canon de la batterie Sainte-Claire & un peu
en dedans de la pointe à Kerlerec 3 qui eft celle de l'ilet le plus Oueft
qui fépare les deux ports. On a donc deftiné le port du roi aux bâtimens
négriers & à ceux des États-Unis d'Amérique, 3 qui y font cantonnés depuis,
le mois de Mai 1786.
Les paffes des deux ports font enfilées droit par le vent d'Oueft.
Le port en général eft très-diminué, comparativement à ce qu'il était lors
de l'établiflement de la ville, puifqu'ily a de belles maifons où les bâtimens
mouillaient à cette époque : il s'eft aufli confidérablement comblé. L'inclinaifon
du fol depuis les montagnes juiqu'au quai, conduit les eaux de celles-ci
dans le port, & les rues des Miracles & d'Aunis en contiennent quelquefois un immenfe volume , qui charie tout ce que la violence de la pluie a
enlevé aux parties fupérieures.
Pour tâcher de remédier à ce grand inconvénient. 1 M. Bouguereau 1 capitaine de port, propofa au miniftre en 1786, l'établifement d'un cureEee2
montagnes juiqu'au quai, conduit les eaux de celles-ci
dans le port, & les rues des Miracles & d'Aunis en contiennent quelquefois un immenfe volume , qui charie tout ce que la violence de la pluie a
enlevé aux parties fupérieures.
Pour tâcher de remédier à ce grand inconvénient. 1 M. Bouguereau 1 capitaine de port, propofa au miniftre en 1786, l'établifement d'un cureEee2 --- Page 418 ---
DESCRIPIO N D E LA PARTIE
port. Les Adminiftrateurs confultés, répondirent, après avoir demandé l'avis
de M. de la Fitte, ingénieur 1 que ce moyen devait être adopté. En confequence > le cure-môle fut fait à l'Orient & envoyé de ce lieu le 30 Avril
1788, avec deux ouvriers pour le monter. Lorfqu'il a été mis en état &
que la dépenfe totale a été de 170,000 livres, on a cherché à s'en fervir.
Les nègres du roi, qu'on y mit d'abord, s'en dégôutèrent. Les matelots des
vaiffeaux du roi montrèrent la plus forte répugnance. Les foldats du: régiment du Port-au.Prince, quoique payés 4 livres par jour, renoncèrent après
un court ellai. Ces raifons sriles. allarmes que les habitans exprimaient à
l'égard de la contagion que cette. machine leur faifait redouter. 2 la perfuafion
qu'il y aurait un entretien de 50,000 livres par an, tout vient de porter
les Adminiftrateurs à propofer au, miniftre de faire du cure-môle un ponton,
que M. Julien > confiruéteur de bâtimens, offre de payer 9 ou 10,000 liv.
par an &c d'entretenir. Il faudra bien adopter ce parti > qui: * aura. le bon
effet de créer un fecond ponton 2 & avec lui une concurrence néceffaire 1 parce
que le capitaine de port était le feul qui en eût un.
Tout ce que j'ai dit de la police du port du Cap, eft applicable à celui
du Port-au-Prince. Les capitaines marchands doivent être conduits en débar.
quant, par un factionnaire du corps de-garde voifin , au gouvernement & à
l'intendance &c y apporter les paquets dont ils font chargés pour les deux
chefs de la Colonie.
Le capitaine de port eft Ipécialement chargé de veiller à ce que le left
ne foit mis qu'aux points qu'il indique ; à ce qu'aucun bâtiment négrier
ne mouille avant la vifite du médecin & du chirurgien du roi;ce qu'on
ne carène pas ailleurs qu'au lieu defliné à cet effet &c fur tout, ce que
les capitaines envoyent leurs poudres à la poudrière.
Nous avons vu combien la configne du 6 Mai 1787, pour la rade 7 employe de précautions quant au feu. Le 9 Janvier 1774, à trois heures
après-midi, la brife du large étant aflez violente, le feu prit à l'avant du
navire la Catherine-Jeanne de Nantes, capitaine Hérault, qui était mouillé
au yent du port, & où l'on chauffait de la thérebentine. La flamme fit
des progrès rapides & avait déjà gagné les cables, quand, par une manceuvre
auffi heureufe que hardie, le navire fut mené à travers les autres & échoué
àt terre > où il fe confuma entièrement, M. Bouguereau, alors lieutenant de
ente, le feu prit à l'avant du
navire la Catherine-Jeanne de Nantes, capitaine Hérault, qui était mouillé
au yent du port, & où l'on chauffait de la thérebentine. La flamme fit
des progrès rapides & avait déjà gagné les cables, quand, par une manceuvre
auffi heureufe que hardie, le navire fut mené à travers les autres & échoué
àt terre > où il fe confuma entièrement, M. Bouguereau, alors lieutenant de --- Page 419 ---
FRANÇAIS E DE S AINT-DOMINGUE
port, M. Buckeley 2 capitaine Nantais & M. Chobot 1 lecond du navire
l'Alexandre de Marfeille, fe diftinguérent dans cet événement, ainfi qu'un
détachement du régiment du Port-au-Prince.
Le Port-au-Prince eft, après le Cap, le lieu de la Colonie ou fe fait le
plus de commerce &c même à caufe du fucre brut , qu'on fabrique dans la
Partie de POueft, &c qui produit un plus grand encombrement que le fucre
blanc, le Port-au- - Prince reçoit, 3 proportionnellement 1 plus de vaiffeaux
d'Europe.: Le nombre de ceux qui s'y trouvent ordinairement , peut être
compté, y compris les négriers, à environ 60. On y yoit de plus environ
60 bâtimens. Américains 2 Efpagnols, Hollandais &c. &c., 25 caboteurs ou
pallagers, bateaux de pêche &c. &c.
On a auffi dans le port un grand nombre d'acons 1 qui ont depuis 40juf
qu'à 50 pieds. de long, & depuis 12 jufqu'à 16 pieds de large &c 5 à 6 pieds
de profondeur. Les grands, qui portent 25 barriques de fucre 7 coûtent
de IO à 12,000 livres, faits en bois du pays, avec agrès & apparaux. 7
& les autres de 3,000-à 3,500 livres. Les capitaines nantais en apportent
quelquefois du grand gabaris, prêts à être montés 1 mais ils ne valent que
2 à 3,000 livres, parce qu'ils n'ont ni la folidité nila durée de ceux du pays.
Enfin, il y a des acons de 17 pieds de long fur7 pieds de large, pour porter 3 ou 4 barriques de fucre & qu'on vend 2,000 livres.
Les grands acons font loués 1 équipage compris 3 de 45 à 66 livres par
jour. On les payearaifon de 7 livres IO fous ou 8 livres 5 fous par barrique de fucre, quand ils vont les chercher à l'Arcahaye ou au Grand-Goavel
Les acons moyens coûtent. 45 livres parj jour &c les petits, 8 livres 5 fous par
jour, , mais dans ces derniers, l'équipage eft payé à part.
A la commodité de ces acons pour les tranfports dans le port fe joint
celle d'environ cent cabrouets, qui font tous les charrois dans la ville. moyennant une demi-gourde pour la courfe la plus éloignée & 3 livres pour celle
qui l'eft le moins. A la journée on les paye 5 gourdes.
D'après la latitude & la longitude données par M. de Payfégur au fort
Piflet de la rade du Port-au-Prince + on peut conclure celles de la ville >
comptées au Palais de juftice projetté, & que je regarde comme le point le plus
central, à 18 degrés, 33 minutes, 3ofecondes de latitude &c a 74 degrés, 47
minutes de longitude. Aimi lc Port-au-Prince ne fe trouve que d'environ 4
5 gourdes.
D'après la latitude & la longitude données par M. de Payfégur au fort
Piflet de la rade du Port-au-Prince + on peut conclure celles de la ville >
comptées au Palais de juftice projetté, & que je regarde comme le point le plus
central, à 18 degrés, 33 minutes, 3ofecondes de latitude &c a 74 degrés, 47
minutes de longitude. Aimi lc Port-au-Prince ne fe trouve que d'environ 4 --- Page 420 ---
405 DESCRIPTION DE LA PARTIE
lieues dans l'Oueft d'une ligne qui ferait tirée du Cap, & qui traverferait
PIfle dans la direction du Nord au Sud.
De la Population 8 des Confommations de la ville du Port-au-Prince.
LA population de cette.capitale eft en Blancs de tout fexe & de tout
àge, de
1,800
En Affranchis, 2 de
En Efclaves, de
4,000
6,200
Garnifon,
1,000
Hommes à bord des bâtimens de toute efpèce, formant
le taux moyen habituel de la rade & évalué comme j'ai
fait pour le Cap,
2,200
Total
9,400 individus.
Pour leur confommation & celle de la banlieue, on tue régulierèment chaque
jour, 14 boeufs ou vaches pefant, à raifon de 355 livres l'un dans l'autre,
environ 5,000 livres qui, à 16 fous la livre, font la fomme de 4,000 francs.
On tue de plus, aufi journellement, 6 veaux, 20 moutons ou cabrits & IO
cochons.
Il y a actuellement 35 boulangeries qui confectionnent chaque jour 70
barils de farine, pefant chacun 180 livres net.
Il faut ajouter à cela tout ce qui eft confommé en viandes ou poiffons falés,
en vivres du pays, & enfuite, tout ce qui eft encore fourni par le commerce
extérieur, > comme jambons, 9 lard, fromage, beurre > cuifles d'oie, fauciflons )
anchois, amandes, ,raifins ; les différens objets employés en boiffons, tels que
le vin, la bière 3 l'eau-de-vie, les liqueurs &c.; Phuile. , le vinaigre, &c. &c.
Il y a plufieurs auberges. Un maitre & fon domeftique y font logés &
nourris pour 48 gourdes par mois. On y. trouve auffi des tables d'hôte à
une gourde par repas &c où la chère eft délicate.
, ,raifins ; les différens objets employés en boiffons, tels que
le vin, la bière 3 l'eau-de-vie, les liqueurs &c.; Phuile. , le vinaigre, &c. &c.
Il y a plufieurs auberges. Un maitre & fon domeftique y font logés &
nourris pour 48 gourdes par mois. On y. trouve auffi des tables d'hôte à
une gourde par repas &c où la chère eft délicate. --- Page 421 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE.
Comme la ville eft déméfurement grande 1 que la chaleur & fur tout la
nature des rues y rendent la communication difficile, les femmes ne peuvent
guères fortir qu'en voiture. On en compte 120 qui font propres à la ville:
Ce font des chaifes 1 quelquefois avec des portières , mais rarement avec
plus de deux roues, attelées de 3 chevaux & menées par un cocher nègre
monté en poftillon. Ces chaifes, la maréchauffée & les courriers., les IOO
cabrouets &c le charroi du linge 8cc. 8cc. 3 produifent dans la ville 250 chevaux, 500 mulets & IOO ânes. Il y a de plus habituellement dans la ville,
20,voitures de la plaine, 60 cabrouets qui y apportent des vivres, des denrées,
du fourrage 1 du bois à bràler, de la chaux s 300 boeufs (*) ou mulets de
trait ou de charge 3 60 chevaux de monture ou de charge &c 20 ânes portant des légumes, du bois ou les marchandifes des paccotilleurs.
La nourriture des chevaux & de ces autres animaux eft un objet trèsdifpendieux au Port-au-Prince. Auffi tâche-t-on de leur trouver un afile chez
quelque ami dans le voifinage de la ville. Il faut fans cela les nourrir avec
la tige & les feuilles de la patate 3 qui eft le fourrage qu'on employe dans
la Partie de l'Ouelt. On confacre, fur tout près des villes, des habitations
à cette culture, extrèmement lucrative, comme le prouve l'habitation SaintMartin qui borne la ville au Nord. Ily a plus de 300 carreaux de terre
cultivés. en bois patate 1 rien que pour le Port-au-Prince > &c leur revenn
peut être évalué à un demi-million Le. paquet de bois patate, qui coûte
toujours un efcalin ( IO fous de France ) & qui doit pefer 40 livres 3 eft
quelquefois réduit à 12 ou 13 livres dans les tems de fécherefle. Un cheval mange quatre paquets de quarante livres par vingt-quatre heures 7
un mulet trois, un âne deux &c cette pitance n'eft pas graffe. Au bout de
quatre jours le bois patate ne vaut plus rien 1 parce qu'il commence à
fermenter.
(*) Onvoitauffi au Port-au-Prince des baeafs de monture * qn'on dirige par le moyen
d'un anneau de fer, qui traverfe leurs nafeaux & auquel on attache une corde.
(+) La Société d'Agriculture de Paris dont j'avais P'honneur d'étre membre * a donné a
dans le Trimeftre d'Hiver de fes Mémoires pour 1789, une place au mien fur la Patate , confidérée fous tous les rapports & par conféquent comme fourrage. C'eft un extrait de mes matériaus
fur la culture de Saint-Domingue.
moyen
d'un anneau de fer, qui traverfe leurs nafeaux & auquel on attache une corde.
(+) La Société d'Agriculture de Paris dont j'avais P'honneur d'étre membre * a donné a
dans le Trimeftre d'Hiver de fes Mémoires pour 1789, une place au mien fur la Patate , confidérée fous tous les rapports & par conféquent comme fourrage. C'eft un extrait de mes matériaus
fur la culture de Saint-Domingue. --- Page 422 ---
408 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Ce n'eft cependant pas,je le répete, qu'il faille envifager cette dépenfe
comme une fuperfuité, &, en général, le luxe a fait moins de progrès
au Port-au-Prince qu'au Cap. Il eft aflez naturel de croire que les moeurs
y gagnent ce que l'amabilité femble y perdre. Les manières y font plus fimples
&c en remarquant 1 dans les deux villes 3 les fuccès des courtifanes qui s'y
réunifent, il eft évident qu'ily a moins d'oubli de la décence publique dans
cette dernière ville; fans toutefois qu'on puiffe vanter fon empire dans aucune
des deux, Les filles de couleur s'amufent encore au Port-au-Prince, de
petits parafols bordés.de crépines d'or & d'argent & elles n'ont pas acquis
ce ton , qui femble vouloir infulter à tout.
On regrette. au Port-au-Prince, 1 comme au Cap, que les femmes montrent
autant d'éloignement pour la fociété, où elles apporteraient tant de moyens
de la rendre agréable. Elles font trop fédentaires, & ne s'apperçoivent pas
qu'elles forcent les. hommes à. remplacer des jouiffances douces &c pures,
par des goûts, dont elles-mèmes déplorent les effets.
C'eft à cette caufe qu'il faut attribuer la paflion pour le jeu 1 dont il réfulte tant de maux. Elle eft l'occafion la plus fréquente du raffemblement
des hommes.
Il. en eft cependant qui fe réuniffent pour goûter enfemble les plaifirs innocens
que la fraternité maçonnique procure. Je les ai partagés dans le joli local
de la Loge de la Réunion Défirée. J'y ai vu des êtres pour qui l'amour de
leurs femblables n'était pas un vain nom , & je ne puis m'empêcher de
rappeler, qu'après l'incendie du 29 Juin 1784, des franc-maçons réunis
dans la loge de la Parfaite-Union, donnèrent 20,000 livres & en prêtèrent
64,000.
LEs alentours de la ville du Port-au-Prince n'ont rien de remarquable.
Tout près d'elle au Nord, &c dans un terrain 1 fermé par une haie vive 1
aux deux bouts duquel pafferaient la rue des Favoris & celle de Conty,
fi elles étaient prolongées juiques là, eft le cimetière des nègres efclaves
& fpécialement de ceux arrivant d'Afrique ou boffals. Autrefois on allait
dépofer ces cadavres dans le fol marécageux du lieu que, d'après cela, l'on
nommait la Croix-boffale & qui efl au deffous du fort Saint-Jofeph vers.
la mer. MM. de Bellecombe & de Bongars, choqués de ce que les animaux
y
,
fi elles étaient prolongées juiques là, eft le cimetière des nègres efclaves
& fpécialement de ceux arrivant d'Afrique ou boffals. Autrefois on allait
dépofer ces cadavres dans le fol marécageux du lieu que, d'après cela, l'on
nommait la Croix-boffale & qui efl au deffous du fort Saint-Jofeph vers.
la mer. MM. de Bellecombe & de Bongars, choqués de ce que les animaux
y --- Page 423 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 409
y déterraient les corps &c craignant que les exhalaifons de ce féjour , où les
morts femblaient menacer les. vivans de les punir de leur mépris pour l'humanité & pour la morale religieufe 1 ont ordonné le 28 Juin 1785 , l'établiffement de ce cimetière 9 placé au deffus de ce qu'on nomme le polygone 7
parce qu'il y a eu autrefois un retranchement aux deux extrémités de la
ville & même une batterie des Trois-Tolepb, entre le prolongement de la rue
de Vaudreuil & de celle des Favoris.
Au Nord-Eft de ce cimetière & un peu plus haut que l'alignement de
la rue de Conty, eft la batterie de l'école d'artillerie.
On voit au Sud des favanes de l'intendance , qui elles-mêmes font au Midi
du terrain deftiné à la Providence, un grand efpace qui fert pour l'exerçice des troupes & que borde le chemin de la Charbonnière.
De l'autre côté de ce chemin, 9 font les cafes & les jardins des nègres
de l'atelier du roi, qui font dans P'Ef des cazernes. En 1764, on avait
défriché ce terrain afin d'y planter des vivres pour les nègres de la chaine
publiqne, mais après le tremblement de terre de 1770, on y a mis l'atelier
aétuel, , qui logeait auparavant près du magafin du roi. On doit beaucoup
d'éloges à la bonne conduite de ces nègres 7 qui ont procuré de grandes
économies, & fans lefquels il n'exifterait pas au Port-au-Prince plufieurs
objets d'utilité publique & d'embelliflemens.
Du côté Sud de la ville à 200 toifes & prefqu'en face de la poudrière
eft une petite habitation qui portait le nom de THermitage > lorfque le 16
Avril 1751, les Adminiftrateurs en concédèrent le terrain à M. Demoulceau :
elle eft dans une fituation agréable & riante, Prefqu'en face du bout Sud.
Oueft de la ville en eft une autre du même genre 1 appartenante aux hé.
ritiers Piémont &c qui donne fur le grand chemin allant à Léogane.
Une ordonnance des Adminiftrateurs du 21 Décembre 1752, défend de
chafler, fi l'on n'eft pas à une lieue de la ville.
UN Évèque de la province de Honduras fe rendant à l'archevéché de Santo.
Domingo 1 auquel il était nommé 1 relâcha au Port-an-Prince fous l'adminiftration de M. de Nolivos 1 qui l'accueillit avec toutes les marques de
diftinétion & le logea au gouvernement.
Don. Jofeph de Solano 3 alors Préfident de la Partie Efpagnole, arriva ad
Tome 1I.
F ff
de la ville.
UN Évèque de la province de Honduras fe rendant à l'archevéché de Santo.
Domingo 1 auquel il était nommé 1 relâcha au Port-an-Prince fous l'adminiftration de M. de Nolivos 1 qui l'accueillit avec toutes les marques de
diftinétion & le logea au gouvernement.
Don. Jofeph de Solano 3 alors Préfident de la Partie Efpagnole, arriva ad
Tome 1I.
F ff --- Page 424 ---
410 -DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Pert-au-Prince le 12 Août 1773- Les égards, les honneurs de toutes les
elpèces, l'accompagnèrent dépuis la frontière du Mirebalais, par où il arriva,jufqu'au Port au-Prince. ll logea au gouvernement, chez M. de Vallière
oû chaque jeur cC fut fête nouvelle, jufqu'au 26 qu'ilrepartit par la même
route, 3 fuivi des mêmes témoignages de relpedt.
Don Louis Chavez de Mendoza, doyen de l'Audience royale de Santo-Domingo, étant venu au Port-au-Prince au mois de Mai 1785, pour l'affaire des
nègres marons de Bahoruco, le confeil fupérieur lui offrit les honneurs de la
féance, qu'il ne put accepter, faute d'habit noir ; il fe plaça fur le banc
des gens du roi.
CE qui, indépendamment de la ville, compofe Ia paroiffe du Port-auPrince, eft divifé en plaine & en montagnes.
La partie plane la plus précieufe, eft celle qui eft dans la plaine du Culde-Sac. Elle eft compofée du canton du Figuier, qui touche à l'embarcadère du Foffé ; de celui du Vieux Bourg, dans lequel eft l'emplacement de
l'ancien bourg du Cul-de-Sac; de celui de la Savoye 2 qui avoifinait ce bourg
& dont jai affez indiqué la rivière ; plus à P'Ef eft le canton de Bellevue
l'un des plus produétifs de Saint-Domingue. Je tiens de M. Garefché, qui x
était chargé de l'adminiftration d'une fucrerie de ce canton, qu'une pièce de
cannes de cing carreaux y a rapporté 91 barriques de fucre brut, pefant
net 1700 livres chacune.
Sur l'autre côté de la ville &c en courant dans TOueft, eft le canton du
Trou-Bordet, qui forme une efpèce de ruban bordé par la mer dans le Nord,
&c par des montagnes. au Sud. Il commence à la rivière du Trou-Bordet
& finit à la rivière Froide. Il contient deux fucreries arrofées par l'eau
des fources appelées la Mahotière, qui naiffent fur l'habitation Volant, &
qui font même tourner le moulin de l'habitation Cottes, & par la rivière
Froide.
Cette rivière 1 formée par plufieurs fourccs fournies par. la montagne
Noire, a environ IO lieues de cours. Elle eft fujette à des débordemens
& a éprouver l'effet des féchereffes. Suivant un procès-verbal du mois de
Juillet 1778, elle a dans la faifon pluvieufe 25,171 pouces cubes, & en
tems fec 10,377 pouces cubes, quantité toujours confidérable, pour les 316
carreaux qui ont feuls befoin d'elle.
ufieurs fourccs fournies par. la montagne
Noire, a environ IO lieues de cours. Elle eft fujette à des débordemens
& a éprouver l'effet des féchereffes. Suivant un procès-verbal du mois de
Juillet 1778, elle a dans la faifon pluvieufe 25,171 pouces cubes, & en
tems fec 10,377 pouces cubes, quantité toujours confidérable, pour les 316
carreaux qui ont feuls befoin d'elle. --- Page 425 ---
FRANÇAISE DE SAINT T-D O MINGUE. 411
Après le Trou-Bordet cft le canton du Lamantin. , qui n'a qu'une fucrerie
& quelques foibles cotonneries ou cafeteries. Cette fucrerie (Trutier de
Vaucreflon), eft arrofée par une portion d'eau de la rivière Froide &c de
celle du Lamantin & elle a un moulin à eau. Après le Lamantin eft- le
canton de la Saline. , que déligne bien ce nom 1 & que termine la rivière
de la petite plaine de Léogane, limite de la paroiffe du Port-au-Prince dans
cette partie.
La partie montagneufe de la paroille du Port-au-Prince eft compofée, d'abord
vers 1'Eft-quart-Nord-Eft, des hauteurs du canton de Bellevue > qui fourniffent une grande quantité de légumes. Au-deffus de Bellevue en tirant un peu
plus vers le Nord, eft le canton des Cadets qui eft en quelque forte ftérile. On
trouve enfuite le canton du Grand-Fond, qui eft adoffé à celui du Trou-Coucou
de la paroiffe de la Croix-dez-Bouquets. Dans un point du Grand-Fond eft
l'habitation Berret, qui porte le nom de canton de la Nouvelle-France, parce
que les malades 1 qui y allaient prendre ce qu'on appelait les bouillons de
Berret, recouvraient promptement leur fanté dans ce climat propice 1 où
ils trouvaient ainfi le précieux avantage qu'aurait pu leur procurer un voyage
en France.
Dans le Sud-Oueft du Grand-Fond eft la montagne du Pérou, dont le
nom a urement une étimologie étrangère & à l'acception propre du mot
& à fon fens figuré ordinaire ; l'étang du Jonc eft vers l'Oueft du GrandFond. Plus à PEC 8c plus inférieurement. 9 fe trouve le canton de la Charbonnière. 9 qui était cultivé autrefois en indigo &c en coton , mais que les
pluies ont aflez dégradé, pour que fon fol ne convienne plus qu'à celle des
vivres & des légumes. Après la Charbonnière. > gagnant au Sud , font les
Savanettes, que furmonte la Coupe. Plus Sud encore eft le Genipayer , qui
a au Midi la Nouvelle.Bourgogne 1 parce que des Bourguignons s'y font
réunis, & au Midi de la Nouvelle-Bourgogne eft la Nouvelle-Touraine 3
canton féparé du précédent par la Grande-rivière de Léogane, & nouvellement concédé. L'arpenteur l'a ainfi nommé à caufe de M. de la Mardelle 1
procureur-général du confeil de Saint-Domingue & autrefois procureur du
roi au préfidial de Tours, qui y a obtenu beaucoup de terrain.
Vers le Sud de la ville & entre le cours de la rivière-Froide & celui
de la Grande-rivière, eft le canton de la montagne Noire où le elimat eft
Fffz
ivière de Léogane, & nouvellement concédé. L'arpenteur l'a ainfi nommé à caufe de M. de la Mardelle 1
procureur-général du confeil de Saint-Domingue & autrefois procureur du
roi au préfidial de Tours, qui y a obtenu beaucoup de terrain.
Vers le Sud de la ville & entre le cours de la rivière-Froide & celui
de la Grande-rivière, eft le canton de la montagne Noire où le elimat eft
Fffz --- Page 426 ---
412 DESCRIPTION DE LA PARTIE
froid. Le canton de la rivière-Froide 2 qui eft dans le Sud-Ouefl de la ville
eft furmonté par celui du Fond-Ferrier 7 placé entre la Grande-rivière de
Léogane & la rivière du Fourq.
Tonte la partie montagneufe du Port-au-Prince a pour dernier terme , la
crête de la montagne de la Selle & celle du Guimby qui la fuit &z le cafier
elt par tout où il peut réuffir.
La paroiffe du Port-au-Prince contient 48 fucreries, 16 indigoteries 1 6r
cafeteries, 4 cotonneries, I cacaoyère, 12 guildiveries, 18 fours à chaux 3
I briqueterie &c un grand nombre de places-à-vivres.
La population étrangère à la ville, peut être évaluée à 400 blancs, 400
affranchis & 12,000 efclaves.
Les milices, étant celles du Quartier du Cul-de-Sac, commencèrent à avoir
des. uniformes en 1741 : elles fourniffent à préfent dans la paroiffe du
Port-au-Prince, 674 blancs, 157 mulâtres & 62 nègres. La compagnie de
ces derniers avait' encore au mois de Décembre 1764, un nègre nommé
Jean Soliman pour capitaine.
De la Température du Port-au-Prince.
L'ARTICLE de la température de la paroiffe de Ja Croix-des-Bouquets
s'applique à la température de la paroiffe du Port-au-Prince, relativement
aux faifons féches & aux faifons pluvieufes; mais elle a auffi des excep.
tions. Depuis le commencement du mois de Novembre 1763, jufqu'au IQ
Février 1769, il n'y eut pas 15 jours fans pluie ; il en tomba même de
très-abondantes accompagnées de tonnerre, & les vents de Nord & d'Oueft
furent très-fréquens.
La chaleur varie fclon les fituations. Celle de la ville a pour termes extrêmes
14 & 32 degrés, au deffus de zéro, du thermomètre de Réaumur. Le 12&
le 13 Mars 1788, durant un Nord, 1 on l'a vu defcendre à 5 degrés : 3
au canton de la Nouvelle-Touraine > au pied de la montagne de la Selle.
Le baromètre va depuis 27 pouces, 7 lignes, jufqu'à 28 pouces 8 lignes,
mais il confirme encore l'opinion qu'à Saint-Domingue 3 fes mouvemens ne
font pas indicateurs des changemens apparens de l'atmofphère.
le 13 Mars 1788, durant un Nord, 1 on l'a vu defcendre à 5 degrés : 3
au canton de la Nouvelle-Touraine > au pied de la montagne de la Selle.
Le baromètre va depuis 27 pouces, 7 lignes, jufqu'à 28 pouces 8 lignes,
mais il confirme encore l'opinion qu'à Saint-Domingue 3 fes mouvemens ne
font pas indicateurs des changemens apparens de l'atmofphère. --- Page 427 ---
FRANÇAISE DE S AIN T-DO MINGUE. 413
On éprouva depuis le mois de Novembre 1785 jufqu'au 5 Mai 1786, une
féchereffe défolante.
Le mêne jour 5 Mai 1786, il tomba, durant une forte brife d'Ef, dans
plufieurs endroits de la ville & de la plaine 3 une grande quantité d'ceufs
noirs, qu'on vit éclore le lendemain. M. Mozard qui garda une cinquantaine
de ces petits animaux dans un flacon à demi-rempli d'eau, les vit changer de
peau plufieurs fois. Ils rellemblaient à des têtards 1 & devinrent trois fois
plus gros que ne le font des coufins ou maringouins dans l'état de vers. Leur
queue était terminée comme un aviron effilé vers l'extrémité. &c leurs
yeux étaient grands, vifs,.& réfléchiffant plufieurs rayons d'un vert argentin.
Ils étaient formés d'une manière vifqueufe 1 & le 2. Juin ils s'entredévorèrent.
M. Mozard a obfervé que la quantité d'eau tombée dans la ville pendant
l'année 1786, était de 32 pouces, IO lignes *, & de 19 pouces, I ligne
+ pendant les fix premiers mois de 1787.
Le 13 Mars 1778, 9 on eut auffi dans la ville 3 &i durant un orage affez
violent, à 4 heures du foir, de la grèle groffe comme une noifette, accompagnée d'une pluie abondante.
On apperçut au Port-au-Prince, le 8 Avril 1766 , à fix heures & demie
du foir, à quelque diftance dans lOueft de la conftellation du Taureau, s une
comète allez peu brillante. Sa queue, ou nébuleufe, qui était affez 1ongue 3
était dirigée dans 'EA-Nord-ER.
Le II Janvier 1769, à 9 heures du foir, on vit dans PEf de la ville
& à l'horizon, un météore qui embraffait une vafle circonférence, & qui
jetta une lumière vive pendant 5 à 6 minutes 3 puis des nuages fort obfcurs
l'éclipfèrent. Il fut fuivi d'un coup de vent impétueux &c d'une avalaffe qui
dura une grande partie de Ia nuit.
La même année, dans la nuit du 24 au 25 Août, OnI vit, à l'oeil ni >
fe lever une comète entre onze heures & minuit, immédiatement après les
Pleiades 3 avec une queue très-courte. Toujours dirigée vers PER, on la
vit encore fans obfacle le 14 Septembre à 4 heures & demie du matin,
après le coucher de la lune. Les Pleiades étaient alors au zénith, > & par
conféquent à 70 degrés du Méridien. Sa queue, > qui allongeait confidérablement
chaque nuit, dépaffait de beaucoup la ligne méridienne 3 &c était dirigée vers
le Nord-Oueft.
Il eft peu de ville auffi fréquemment frappée de Ia foudre que le Pert-au-Prince.
14 Septembre à 4 heures & demie du matin,
après le coucher de la lune. Les Pleiades étaient alors au zénith, > & par
conféquent à 70 degrés du Méridien. Sa queue, > qui allongeait confidérablement
chaque nuit, dépaffait de beaucoup la ligne méridienne 3 &c était dirigée vers
le Nord-Oueft.
Il eft peu de ville auffi fréquemment frappée de Ia foudre que le Pert-au-Prince. --- Page 428 ---
414 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
Vers fept heures du foir, le 23 Septembre 1772, durant un orage violent 9
elle tomba dans la rade 2 à bord. de la frégare le Zéphir, commandée par
M. le baron. d'Efcars 3 fendit le grand mât de hune 7 brifa plufieurs cercles
dont le grand mât était garni &. palla dans l'entrepont, fans autre effet que
d'endommager un bordage.
Le 31 Mai 1776, M. d'Ennery. 9 gouverneur-général de la Colonie, étant
dans les hauteurs du canton de Bellevue, fur l'habitation de M. Boifonnière
de Mornay. , à cinq heures & demie du foir, la foudre fit explofion dans
la cheminée de la maifon principale car on a quelquefois befoin de feu
dans ce canton ), & vint frapper M. d'Ennery &c M.le chevalier de Traverfay
qui s'y chauffaient. Le premier, touché de la ceinture aux pieds reffentit
un engourdiffement total & très-douloureux, 2 qui le priva de l'ufage de fes
jambes pendant deux heures. M. de Traverfay 1 touché au contraire du cou
à Ia ceinture, fut engourdi un peu plus long-tems.
Le 25 Mai 1785, la foudre eft tombée au Port-au-Prince fur deux maifons
parallèles. Le 24 Septembre 1786, elle frappa dans la rade le navire le
Meilleur-Ami de Bordeaux, capitaine Flénois, & fit des milliers de morceaux
du mât de mifaine 1 du petit mât de hune &c du petit mât de perroquet.
Deux matelots reftèrent fourds par la commotion & un cochon en fut tué.
Prefqu'au même inftant, la foudre frappa une maifon, entra par le pignon,
qui était couvert de plomb, 2 déchira le métal, fracaffa la charpente en plufieurs
endroits & brifa une glace.
Le 29 Juillet, le tonnerre tomba encore dans 4 ou 5 endroits furla place de
l'Intendance & à Phôtel des poftes ; en rade $ fur le navire le Prévoft de
Langriftin de la Rochelle, oùà ellc renverfa 4 hommes, dont un feul fut
blefTé; on fut obligé de changer le grand mât de hune & le grand mât de
perroquet ; une goèlette eût fon grand mât brifé.
On adopta cependant en 1787, l'ufage des paratonnères. Comme on avait
eu d'abord l'idée de couvrir les chevalets du conducteur cn plomb, le tonnerre, en tombant le 25 Juillet 1788 fur l'intendance 9 prouva que cctte
méthode était défectueule 2 & depuis * M, Gaumont, ferrurier de la ville,
a pofé plufieurs paratonnères avec fuccès, Il les fait payer 5 portugaifes,
& quand on fnge aux avantages qui en réfultent, on ne peut allez s'étonner
de n'en pas voir un fur chaque maifon.
valets du conducteur cn plomb, le tonnerre, en tombant le 25 Juillet 1788 fur l'intendance 9 prouva que cctte
méthode était défectueule 2 & depuis * M, Gaumont, ferrurier de la ville,
a pofé plufieurs paratonnères avec fuccès, Il les fait payer 5 portugaifes,
& quand on fnge aux avantages qui en réfultent, on ne peut allez s'étonner
de n'en pas voir un fur chaque maifon. --- Page 429 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 415
Le 6 Octobre 1789, le tonnerre eft entré par la porte de la ruedans
la maifon de M. Lavalette, marchand fur la place de l'Intendance, fans faire
de mal aux fept perfonnes qui fe trouvaient dans la boutique ; mais M.
Ollier, qui fe préfentait à la porte de l'arrière boutique 1 fut tué; il n'avait
qu'une marque noire au front. La foudre tomba quelques minutes après fur
la guérite du fort Saint-Jofeph , où le faétionnairé eut à la jambe plufieurs bleffures d'éclats de bois. On croit avoir remarqué que dans cet orage 5
qui dura une heure & qui donna 3 pouces I ligne d'eau, la foudre était
plu utôt afcendante. que defcendante.
L'ouragan du 6 Juillet 1751, dont j'ai parlé à l'article de Ia Croix-des-Bouquets, enleva une partie de la couverture de plufieurs maifons du Port-au-Prince,
& tous les bâtimens de la rade chafsèrent.
Le 23 Mai 1771, un coup de Sud extrèmement violent s fit dérader 2
ou 31 bâtiméns 3 occafionna la perte des cables de la corvette I'Hirondelle
& défola plufieurs habitations de la plaine & de' la montagne.
Le26 Août 1785, vers 9 heares du foir, il s'éleva un vent de SudEft qui eût une extrême violence. 1 jufqu'au 27 à onze heures du matin
& qui foufla, mais avec moins de force, jufqu'au 26 à midi. Il y eut en
rade quelques légers abordages, les maifons fouffrirent peu:
Mais le coup de vent du famedi 16 Août 1788, eft le plus mémorable
qu'on puiffe citer. La pluie fe manifefta le matin, ce qui eft fort extraordinaire au Port-au-Prince ; le vent variait du Nord-Nord-Ouef au Nord,
mais à 6 heures il fauta à FER-Nord-Eft, foufant avec une extrême impétuofité &c variant jufqu'à T'ER-Sud-E#,ce qui dura trois heures & demie. Dans
cet efpace de tems un dixième des maifons furent plus ou moins découvertes, quelques unes le furent entièrement , plufieurs furent renverfées,
notamment une cafe de 180 pieds de long, fervant de logement aux nègres
du: roi. Le gouvernement , l'intendance 1 Boufrirent.beaucoup dans leurs couvertures, &c des ormes, aufli anciens que la ville, furent déracinés dans les rues.
Dans la rade; l'horreur fut à fon comble ; quatre bâtimens français &c cinq
américains furent échoués, un brigantin fombra ; une goclette coula ; les
chaloupes & les embarcations furent brifées. M. de Courcel, volontaire de
la première claffe., officier en fecond-de-la- goélette du roi-la Philippine,
ayant vu tomber à la mer trois matelots de. cette goelette 2 envoyés pour
fecourir un navire marchand, va à leur fecous, les fauve & eft jetté par
ens français &c cinq
américains furent échoués, un brigantin fombra ; une goclette coula ; les
chaloupes & les embarcations furent brifées. M. de Courcel, volontaire de
la première claffe., officier en fecond-de-la- goélette du roi-la Philippine,
ayant vu tomber à la mer trois matelots de. cette goelette 2 envoyés pour
fecourir un navire marchand, va à leur fecous, les fauve & eft jetté par --- Page 430 ---
416 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
le vent fur lcs mangles & les vafes de ia rivière du Trou-Bordet, ouil
demeura échoué jufqu'à quatre heures & demie du foir, expolé à perdre
Ia vie cent fois.
De fept négrefies qui étaient dans un canot que l'ouragan renverfa &
qui fe foutenaient fur l'eau à l'aide de quelques débris, une feule fe fauva,
après avoir vu dévorer fa mère, fes foeurs & fes amies, par des requins.
Le 18 on comptait fur la côte plus de 60 cadavres de blancs & de nègres 1
& elle était couverte de débris de navires, de barillages de toute efpèce &c
de cadavres de chevaux & de mulets. Des oifeaux renfermés dans des volières périrent. Les arbres étaient dépouillés de leurs feuilles. Les vivres
du pays furent tous anéantis.
Le baromètre eut une marche analogue à cet affreux ouragan. Le 15à
midi, il était à 28 pouces, I ligne; à IO heures du foir, à 27 pouces,
II lignes 1; le 16, à fept henres, à 27 pouces, 7 lignes 4, & à dix
heures & demie 7 il monta à 27 pouces 9 lignes. Le thermomètre refta tou.
jours à 17 degrés. Il tomba le 16, 23 lignes d'eau. Le tonnerre grondait
au loin, & l'on prétendit même avoir fenti un tremblement de terre. Le
tems refta couvert le 17 & le 18 & le foleil ne reparut que le 19 après
midi.
Les coups de vent que fouffre la Partie Méridionale de Saint-Domingue &
qui portent quelquefois auffi leurs ravages dans le golphe de TOueft, dé.
pendent néceffairement de la même caufe que les ouragans des Petites..
Antilles. 1 puifqu'ils fe manifeltent aux mêmes époques, & qu'avec les mêmes
caraôtères, ils ne diffèrent qu'en intenfité Cette caufe 1 inexpliquée
jufqu'ici, a d'étonnans effets, parmi lefquels la direêtion quelquefois tortueufe
que fuit le vent. 5 femble faite pour déconcerter tous les raifonnemens &
renverfer tous les fyftêmes.
Quant aux brifes violentes d'Eft ou carabinées que l'on éprouve au Culde-Sac. & au Port-au-Prince où elles font cependant un peu moins impétueufes
dans les 6 mois depuis OStobre jufqu'en Avril, le Leéteur, en fe rappelant
ce quej j'ai dit (pages 7 & 113 de ce volume ) > en trouvera lui-même l'explication.
£*) Voy. Partie Efpagnole, ton. Ier., page 28 E fuirantes.
Le
o
brifes violentes d'Eft ou carabinées que l'on éprouve au Culde-Sac. & au Port-au-Prince où elles font cependant un peu moins impétueufes
dans les 6 mois depuis OStobre jufqu'en Avril, le Leéteur, en fe rappelant
ce quej j'ai dit (pages 7 & 113 de ce volume ) > en trouvera lui-même l'explication.
£*) Voy. Partie Efpagnole, ton. Ier., page 28 E fuirantes.
Le
o --- Page 431 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 417
Le vent alifé d'ER qui rencontre la chaine Frontière & qui a abandonné
toute fa partie fluide en voulant gravir cette chaîne, ne fe trouvant pas
combattu par l'action du foleil, comme il l'a été durant les fix autres mois,
lorfque cet aftre parcourait l'hémilphère boréal &c fe trouvait en quelque
forte au zénith de Saint-Domingue 9 depuis la mi-Mars jufqu'à la fin de
Juillet, 8c élevait des vapeurs que condenfait la chaîne Frontière, l'em.
porte fur la brife d'Oueft & la fait même difparaitre pendant d'affez longs
intervalles.
Mais le vent d'Et, précilément parce qu'il a acquis cette efpèce de
fupériorité, tend avec plus de force à fe frayer un paflage dans les interruptions & les gorges que lui offrent la chaine Frontière. Or, l'interruption la
plus marquée, eft celle qui exifle à PEf des étangs, en gagnant Neybe.
La portion de vent d'Eft qui a fuivi la côte Méridionale de PIile, tend
auffi a paffer dans cette ouverture, 3 à caufe de la chaîne de Bahoruco qui
l'empèche de fuivre fa direction première ; & enfin, la trouée qui fait communiquer le canton Saint-Jean de la Croix-des-Bouquets avec le Cul-de-Sac,
eft un nouveau canal où lair, qui a furmonté les chaines de Bahoruco,
fe jette. De là, les brifes violentes qui acquièrent encore du reffort par le
rétrécillement & les finuofités de la gorge > & qui en fortent avec une impétuofité qu'elles déployent dans toute la plaine du Cul-de-Sac & au Portau-Prince, placé à l'une des extrémités de cette plaine.
e Si le vent du Nord ou du Sud fe fait fentir dans cet intervalle, il pouffe
plus fortement la brife locale d'Eft qui, alors comprimée, acquiert encore
de l'impétuofité & femble feulement dépendre un peu du Nord ou du Sud,
felon celui de ces deux points 2 d'oà lui vient cette impulfion.
Venons au plus horrible de tous les fléaux.
Les tremblemens de terre de 1564, 1684, 1691, 1701, 1713 & 1734,
ont été éprouvés d'une manière très-fenfible dans P'Ile Saint-Domingue ; mais
ce fut la Partie Efpagnole qui en reflentit les cruels effets.
Le 18 Oétobre 1751, à deux heures après-midi, d'un tems calme &
ferein 1 la terre trembla au Port-au-Prince avec deux fecouffes violentes, qui
durèrent environ 3 minutes. La terre eut, jufqu'au 25, des balancemens,
comme fi elle n'avait pas trouvé d'affiète. La ville de Santo-Domingo perdit
Tome Il.
Ggg
; mais
ce fut la Partie Efpagnole qui en reflentit les cruels effets.
Le 18 Oétobre 1751, à deux heures après-midi, d'un tems calme &
ferein 1 la terre trembla au Port-au-Prince avec deux fecouffes violentes, qui
durèrent environ 3 minutes. La terre eut, jufqu'au 25, des balancemens,
comme fi elle n'avait pas trouvé d'affiète. La ville de Santo-Domingo perdit
Tome Il.
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418 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
plufieurs édifices. Le 28,0n éprouva trois fecouffes ; le 29 deux, & le 19
Novembre encore deux extrèmement fortes.
Le 21 Novembre, à 8 heures du matin, durant un calme profond, il y
eut une légère fecouffe de tremblement de terre au Port-au-Prince. Des
fecouffes plus violentes fuivirent. Une feule des maifons, de maçonnerie ne fut
pas renverfée. Quelques-unes de charpente tombèrent. Les cazernes, le magafin
général & une aile de l'intendance s'écroulèrent. Le 22, les bâtimens qui
avaient réfilé la veille furent détruits, & du 19 au 22, la terre ne fut pas
ftable un feul inftant. Le foir & le matin un bruit comme celui d'un canon
fouterrain annonçait de nouvelles agitations. Du 22 Novembre au 8 Décembre; .
il y eut 25 fecouffes, & pendant près d'un mois, nul homme n'ofa fe placer
fous un autre afile qu'une tente. Les ravages de tant de fecoufles furent fenfibles
depuis Léogane inclufivement jufqu'aux Gonaives.
Tous les mouvemens furent conflamment dirigés de P'Ef à l'Oueft. La terre
trembla auffi pendant tout ce tems au Cap 1 mais aucune maifon ne fut
renverfée. Cependant quelques perfonnes fe jettèrent par frayeur 1 des fenêtres du premicr étage dans les rues. Au Port-au-Prince, la terreur rendit
plufieurs foldats épileptiques.
La terre fut tranquille enfuite jufqu'au 27 Décembre 1767, qu'elle trembla
vivement à quatre heures & demie du matin, mais fans caufer aucun dommage.
Le IO Oftobre 1768, il y eut trois fecouffes, &c une le 14 Août 1769.
La terre trembla le 20 Janvier & le I2 Avril 1770.
Mais l'époque du plus grand défaftre, fut le 3 Juin de la même année 2
jour de la Pentecôte. A fept heures & un quart du foir 7 PIfle entière
éprouva un tremblement de terre précédé d'un bruit fourd, demblable à un
mugiflement. Les deux premières fecouffes , reffenties au Port-au-Prince &
qui fe fuivirent de très-près, durèrent, enfemble au moins 4 minutes, &
pendant cette fucceffion de mouvemens d'ondulation de PEA à l'Oueft &
de trépidation 1 la ville entière fut renveriée ; la poudrière feule réfifta &c
s'ouvrit feulement. Un horifon gras 2 une atmofphère brôlante, un air accablant, durant toute la journée; avaient heurcufement porté les habitans à
chercher, dès le çoucher du foleil, quelque foulagement dans la promenade 2
foit hors del leurs maifons foit fous leurs galeries, 2 d'oà ils purent s'élancer dans
pidation 1 la ville entière fut renveriée ; la poudrière feule réfifta &c
s'ouvrit feulement. Un horifon gras 2 une atmofphère brôlante, un air accablant, durant toute la journée; avaient heurcufement porté les habitans à
chercher, dès le çoucher du foleil, quelque foulagement dans la promenade 2
foit hors del leurs maifons foit fous leurs galeries, 2 d'oà ils purent s'élancer dans --- Page 433 ---
FRAXÇAISE D E SAINT-D OMIN G U E. 419
les rues : car, une heure plutôt, tous auraient péri fous les ruines de leurs
maifons, 3 où il ne fe trouva encore que trop de vidtimes.
De moindres fecouffes fuccédèrent à ces deux premières, mais elles auraient été capables de renverfer des villes. La lumière pâle de Ia lune
éclaira une nuit pendant laquelle la terre, pour ainfi dire flottante & s'agitant
dans tous les fens, 7 faifait craindre à chaque inftant le fort de Lifbonne.
Le jour montra toute l'horreur de cette fcène déchirante. Un fol entrouvert en mille endroits, des défenfeurs de la patrie enfevelis fous les ruines
des cazernes ou des hôpitaux 3 des prifonniers écrafés fous les débris de
la geole , les montagnes voifines de la ville dégradées & affaiffées ; enfin,
des monceaux de décombres couvrant toute l'étendue d'une ville, où il n'y
avait plus d'autre abri que celui des arbres 7 qui indiquaient la direction des rues ; tel était le tableau que contemplaient des infortunés , s'eftimant
trop heureux encore, lorfqu'ils n'avaient à déplorer que les pertes de la
fortune, & qu'ils ne découvraient aucun objet cher à leur tendreffe parmi
deux cens cadavres.
Le feu fe manifefta dans plufieurs points par lIa châte des cuifines 7 &c
il fallait travailler à l'éteindre, en fe traînant fur un fol vacillant.
Par un bonheur inefpéré, les 43 bâtimens français qui étaient dans la
rade, reflentirent les commotions fans en être endommagés. Pendant les 3
premiers jours on y fit fabriquer 9 avec 200 barils de farine qui fe trouvaient à bord, & dont les Adminiftrateurs fentirent la cruelle néceffité de
défendre qu'on n'augmentât le prix 1 du pain pour la ville où des fours
furent reconftruits ; on prit toutes les voiles du magafin du roi & des navires &c l'on en forma des tentes. On vità la même époque du troifième
jour, le marché approvilionner, les habitans voifins y envoyèrent en abondance des vivres de terre & des légumes ; quelques-uns goutèrent même le
plaifir d'y faire diftribuer gratuitement des volailles, des beftiaux ; de ce
nombre était une famille de mulâtres s qui envoya trois cabrouets de vivres
de terre. Des courriers, expédiés par les Adminiftrateurs 2 allèrent porter
par tout la nouvelle & du défaftre &x des befbins qu'il avait caufés.
Les malheurs de la plaine du Cul-de-Sac ne le cédèrent point à ceux
de la ville. La rivière Blanche ceffa de couler; on vit fortir de différentes
crevafles > formées fur plufieurs habitations, une eau pleine de fel & de
g g 2
trois cabrouets de vivres
de terre. Des courriers, expédiés par les Adminiftrateurs 2 allèrent porter
par tout la nouvelle & du défaftre &x des befbins qu'il avait caufés.
Les malheurs de la plaine du Cul-de-Sac ne le cédèrent point à ceux
de la ville. La rivière Blanche ceffa de couler; on vit fortir de différentes
crevafles > formées fur plufieurs habitations, une eau pleine de fel & de
g g 2 --- Page 434 ---
420 DI ESCRIPTION DE LA PAR TIE
foufre, qui ne pouvait fervir ni pour défaltérer ni pour fertilifer les terres,
La montagne de la Selle &c la montagne Noire, , écroulées dans plufieurs
points, frent difparaitre les anciens chemins , &c au Trou-Bordet & au Lamantin, c'était le même fpcétacle de défolation; l'on n'y découvrait plus de
veftiges de demeures ni de bâtimens de manufacture.
On convertit quelques navires en prifon, & du nombre de ceux qu'on
y conduifit, étaient deux membres de l'ancien confeil du Port-au-Prince &
un malheureux regardé comme le chef des mouyemens relatifs au rétabliffement des milices &c qui , devant fa liberté à la châte des prifons 3 vint 1
avec trop de confiance, fe livrer aux ordres du gouverneur-général, ne croyant
pas fans doute 1 qu'au moment ou le ciel en courroux menaçait les habitans de ce point de la terre de les anéantir, on fongerait à punir fur lui
feul & par une mort infâme, des erreurs politiques.
Le I5 Juin, le confeil fupérieur du Port-au-Prince 3 extraordinairement
affemblé fous une tente dans la cour du gouvernement 1 prit des mefures
pour faire mettre à l'abri les aêtes des dépôts publics & pour conftater
quelles perfonnes avaient péri dans ce fatal événement. Il prononça aufli la
réfiliation des baux de toutes les maifons de la ville, à compter du jour de
leur deftruétion.
Pendant les 15 premiers jours qui fuivirent l'épouvantable cataftrophe du
Port-au-Prince, ily eut plus de cent fecoufles par jour & à la fin du mois
d'OStobre la terre avait encore des mouvemens, > prefqu'infenfibles à la vérité.
Dcs pluies légères vinrent à la même époque 1 faire cefferl l'épidémie dont cette
malheureufe ville était affligée depuis le mois de Juin.
Le jour de la Pentecôte de l'année 1771, le peuple entier du Port-auPrince, alla, à peu près à l'heure fatale de l'année précédente. vers une
croix plantée à Belair > par quelques uns d'eux 5 peu après le défaftre, & le
clergé de la paroiffe marchait au devant de cette proceffion, qui retraçait
des maux encore trop récens 1 pour que les voeux pouffés vers l'Auteur de
toutes chofes, ne fuffent pas fincères &c fervens.
Le IO Juillet 1771, la terre trembla à 6 heures du matin dans Ia direétion du Nord au Sud, La fecouffe fut de deux lecondes.
On n'oblerva point de tremblement de terre très-fenfible depuis lors, juf,
qu'au II Sc au 12 Février 1783, qu'ily en eût trois, dont deux furent allez
1 pour que les voeux pouffés vers l'Auteur de
toutes chofes, ne fuffent pas fincères &c fervens.
Le IO Juillet 1771, la terre trembla à 6 heures du matin dans Ia direétion du Nord au Sud, La fecouffe fut de deux lecondes.
On n'oblerva point de tremblement de terre très-fenfible depuis lors, juf,
qu'au II Sc au 12 Février 1783, qu'ily en eût trois, dont deux furent allez --- Page 435 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 421
forts. Au mois de Juillet 1784, on en fentit deux légers dirigés de PER
à TOueft; un le 28 Août 8c un le II Décembre. On en reffentit un violent
le 20. Juillet 1785, dirigé du Sud au Nord, mais fans accident. Un du
mème genre le 29 Août 1786, Sc un femblable, mais dirigé de TEI à
l'Ouctt, le 30 Janvier 1787, après 8 jours de brife d'Ef violente, & deux
fecouffes le 23 Avril ; durant la première &c plus d'une minute après,
le mercure du baromètre ofcillait; la direction était du Sud au Nord.
Le. IQ Mai 1788,i1 y a eu une très-forte fecouffe arrivée à deux heures
du matin, &c une pareille le 6 OCtobre 1789, à une heure & demie de
l'apres-midi.
Ainfi voilà dans ce moment plus de 19 ans révolus, fans que le Port-auPrince ait vu le retour du phénomène qui a penfé l'anéantir, 9 &x cette période
inquiétait d'autant plus, qu'on en cherchait l'influence dans les rapports des
deux tremblemens de terre de 1751 8c de 1770.
Mais, même d'après ce que j'ai rapporté 1 on eft tenté de fe faire cette
queftion : Pourquoi les tremblemens de terre font-ils auffi communs dans ce liéu
de la Colonie? J'avoue que je ne fuis pas en état de la réfoudre. J'ai
dit(page 269 ), quelles font les différentes hypothèfes &c les raifons dont on
les appuye. Mais il n'en eft aucune qui porte 1 du moins pour. moi, un
caraétère qui repouffe tous les doutes, & il me femble que l'on peut prendre
pour des effets, ce que les unes ou les autres ont afligné comme des caufes.
Mais, fi les entonnoirs de la montagne de la Selle, les déchirures des
bords des étangs 7 ces étangs eux-mèmes, le goufre, que j'ai entendu plufieurs fois, ne me démontrent pas que le foyer des tremblemèns de terre
de la Çolonie foit au Cul-de-Sac, au Port-au-Prince ou dans leur voilinage:
f les ravages que les tremblemens de terre ont fait fouffrir à la ville de
Santo-Domingo & à celle d'Azua, dans la Partie Efpagnole, en 1684& en
1691; la fubmerfion de la ville de Port-Royal ;à la Jamaique 3 le 7 Juin
1692 , Temblent m'autorifer à ne pas adopter cette opinion ; je ne puis
néanmoins me diffinnuler, que dans d'autres points de la Colonie, les effets
des tremblemens de terre ne font ni aufli multipliés ni auffi effrayans, fur
tout, fi j'en rapproche ce que j'ai dit de l'énergie que la nature montre dans
les produéions du Cul-de-Sac & de fes environs.
Il faut donc fe borner à des conjectures, &, pour quicenque fera prefé
blent m'autorifer à ne pas adopter cette opinion ; je ne puis
néanmoins me diffinnuler, que dans d'autres points de la Colonie, les effets
des tremblemens de terre ne font ni aufli multipliés ni auffi effrayans, fur
tout, fi j'en rapproche ce que j'ai dit de l'énergie que la nature montre dans
les produéions du Cul-de-Sac & de fes environs.
Il faut donc fe borner à des conjectures, &, pour quicenque fera prefé --- Page 436 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
de juger ou même de prédire, j'ajouterai aux faits que je viens de rapporter,
que depuis le mois de Novembre 1769 , jufqu'au mois d'Avril 1770, il avait
regné au Port-au-Prince & au Cul-de-Sac, une température extrêmement
féche, & qu'à la fin d'Avril, il tomba des pluies abondantes, qui continuèrent
pendant tout le mois de Mai : que les ouvertures ou biatus, 3 qui eûrent lieu au
Cul-de-Sac dans Jes différentes fecoufles, donnaient paffage à des efpèces de jets
d'eau, qui lançaient aufli quelquefois un fable très-fin : que plufieurs perfonnes
ont remarqué qu'au Port-au-Prince, lors des tremblemens de terre 3 il y
a prefque toujours un nuage noir dans I'Oueft.
Mais une obfervation d'une haute importance, c'eft qu'il n'eft pas un
feul point des environs du Port-au-Prince 1 depuis le Mirebalais jufqu'à Jacmel,
où Pon puiffe découvrir une trace volcanique > quoiqu'à chaque pas, 3 & particulièrement dans le voifinage des étangs, 1 tout offre les preuves les plus
manifeftes des défordres produits par les tremblemens de terre 1 qui ont jetté
la cime des monts au fond des abimes, déchiré leurs flancs & creufé leurs
bafes.
On a propofé comme un moyen contre l'intenfité des tremblemens de terre, 1
relativement au Port-au.Prince, d'ouvrir un canal qui, de Ia baie de Neybe
viendrait fe rendre à l'embouchure de la rivière des Orangers, dans la
paroiffe de la Crvix-des-Bouquets, & qui ferait utile à la navigation. Je
ne crois pas que perfonne voulût garantir l'efficacité de ce moyen, même
célui qui en a fait la propofition à M. d'Ennery ; mais, ce que j'affure 7
c'eft que fon exécution > fût-elle trouvée poflible, ferait longue, difficile &c
extrèmement coûteufe.
L'expérience a prouvé que le Port-au-Prince n'était pas un lieu fain. Après
le tremblement de terre de 1751, 3 il s'y manifefta une épidémie 1 qui caufait encore des ravages au mois de Mars 1752.
Au mois d'O&tobre 1765, on en éprouva une autre, caraétérifée par une
fièvre tierce avec friffon. Le cinquième ou feptième jour de la maladie s
grande chaleur, extrémités froides, ventre gonfé, alloupiffement & la mort;
le vomiffement 1 même de fang, était favorable. Elle fit périr 407 foldats
ou matelots à l'hôpital 2 40 matelots à bord & 207 individus de la ville
même. Elle fe prolongea jufqu'en 1766, & elle ne cefla que lorfque les
brifes violentes d'ER, qui avaieht manqué 2 reparurent. Des caboteurs 2
chaleur, extrémités froides, ventre gonfé, alloupiffement & la mort;
le vomiffement 1 même de fang, était favorable. Elle fit périr 407 foldats
ou matelots à l'hôpital 2 40 matelots à bord & 207 individus de la ville
même. Elle fe prolongea jufqu'en 1766, & elle ne cefla que lorfque les
brifes violentes d'ER, qui avaieht manqué 2 reparurent. Des caboteurs 2 --- Page 437 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE. 423
refles des anciens fibuftiers, en furent les victimes ; on en trouva plufieurs dans les rues 1 morts faute de fecours ou d'afile; l'hôpital militaire
ne leur fut ouvert, par lcs Adminiftrareurs de la Colonie, que fur ics repréfentations du procurcurgeuéral & du fénéchal; une quête publique fit
le reftc.
Le 28 Janvier 1766, le confeil fupérieur du Port-au-Prince ordonna de
jetter à la mer les farines qui pourraient nuire; au fermier des bouchcries
de les établir où j'ai dit qu'elles font à préfent, &c fit, quant aux matelots, la difpofition que j'ai rapportée en parlant de Phôpital.
La vifite des farines fut faite le Ier, Février par un confeiller accompagné
de trois notables habitans de la ville 2 du procureur-général & du greffier
du conieil, de deux tonneliers & d'un boulanger. De 5,744 barils trouvés,
il n'y en eut que 60 jetés à la mer & de ce nombre 7 à Lambert 2 nègre
libre qui, feul de tous ; vint les dénoncer lui-même : on prefcrivit de
plus à des boulangers, de ne plus fe fervir de l'eau de leurs puits 5 qui
fut trouvée faumâtre.
La maladie ayant déjà fait périr le IO Février. 1 56 hommes fur IIO
du détachement d'Angoumois s. les habitans "ne venaient plus dans la ville.
Après le tremblement de terre de 1770,'il y eut auffi une épidémie au
Port-au-Prince & dans les environs. Depuis, il eft rare qu'il fe paffe 4 ou
5 ans , fans qu'on en éprouve une. 3 qui eft communément une fièvre maligne tres-dangereule & qui tient toujours de la nature de celle qui fe manifefta
en 1770. Elle a régné en 1773Autant qu'on peut rifquer des généralités fur un fujet auffi important &c
aufli varié, on peut dire qu'au mois de Janvier 9 les maladies très-aigues
commencent à perdre de ce caractère. Les fAluxions de poitrines fe montrent,
Février eft encore meilleur. 3 quoiqu'il falle naitre quelquefois des efquinancies.
En Mars, une température affez inégale, amène les cathares & les fauffes
pleuréfies.
Avec Avril fe montrent les fièvres ardentes bilieufes; les fièvres inflammatoires putrides 9. avec iétère dès le quatrième jour & communément la
mort... Au mois de Mai, mêmes maladies 3 mais avec moins de gravité; &
comme les pluies arrivent alors, les valétudinaires 1 les fcorbutiques 2 les
diarrhiftes, les afthmatiques & les poitrinaires > s'cn trouvent mal. Juin
pleuréfies.
Avec Avril fe montrent les fièvres ardentes bilieufes; les fièvres inflammatoires putrides 9. avec iétère dès le quatrième jour & communément la
mort... Au mois de Mai, mêmes maladies 3 mais avec moins de gravité; &
comme les pluies arrivent alors, les valétudinaires 1 les fcorbutiques 2 les
diarrhiftes, les afthmatiques & les poitrinaires > s'cn trouvent mal. Juin --- Page 438 ---
424 DESCRIPTION DE LA PARTIE
amène les fièvres 8c les érélipèles indammatoires, les coliques, les fièvres
fcorbutiques.
Juillet, Août & Septembre appartiennent aux ardentes bilieufes > avec
iétère le fixième & le feptième jour, au flux diffentrique & au ténefme.
OCtobre a des fièvres putrides qui fe prolongent jufqu'au vingt-unième
jour &c auxquelles fe réuniffent en Novembre les malignes, les gangreneufes & les maux de gorge gangreneux; puis Décembre, Ie pire de tous
les mois, leur donne un caraétère finiftre.
La petite-vérole & la rougeole regnent prefque continuellement au Portau-Prince. La petite-vérole y eft prefque toujours d'un mauvais caraêtère.
Le médecin Joubert, arrivé dans la Colonie en 1768, mit P'inoculation
en pratique prefqu'aufitôt, fur l'habitation Duvivier au Cul-de-Sac. Il n'a
pas ceflé de la pratiquer avec un fuccès conftant 7 jufqu'à fa mort(1787),
& cependant il eft encore des perfonnes à qui cette méthode parait dangereufe.
Les maux d'yeux &c les ophtalmies 2 très-communs a Saint-Domingue 1
le font fur tout au Port-au-Prince.
Cependant il paraîtrait, d'après les calculs de M. Mozard, que le Portau-Prince devient moins meurtrier 3 puifque dans l'hôpital militaire 7 fur
3,255 foldats. , matelots ou pauvres qui y font entrés en 1785, il n'y a
eu que 163 morts, ce qui n'eft qu'un fur 20 ; & en 1786, 240 morts,
fur 3,123 malades, ce qui n'eft qu'un fur 13- Le taux moyen calculé depuis long-tems pour la Colonie, eft d'un foldat fur 16 &c d'un matelot fur
8; & en 1785, il n'y a eu qu'un foldat fur 35, &c un matelot de la marine
royale fur 54; mais les matelots de la marine marchande ont péri dans la
proportion d'un fur 8.
Peut-ètre que quand les quais feront entièrement achevés & que leur fol
fera bien égouté &c bien affermi, il y aura encore de l'avantage pour l'air
qu'on refpire au Port-au-Prince & qui purifiera furement Ia mafle d'eau qui
coule dans cette ville. Mais T'humidité mal-faine qu'y tranfporte le vent
d'Oueft en paflant fur les vafes de Ia rade & du port, couverts de mangles,
ne me paraît pas facile à détruire.
Les parties élevées de la paroiffe & même celles qui avoilinent la ville, 9
font jouir au contraire d'une atmofphère pure & Belair cn eft une preuve
évidente
& qui purifiera furement Ia mafle d'eau qui
coule dans cette ville. Mais T'humidité mal-faine qu'y tranfporte le vent
d'Oueft en paflant fur les vafes de Ia rade & du port, couverts de mangles,
ne me paraît pas facile à détruire.
Les parties élevées de la paroiffe & même celles qui avoilinent la ville, 9
font jouir au contraire d'une atmofphère pure & Belair cn eft une preuve
évidente --- Page 439 ---
FI R ANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 425
évidente. La maifon de fanté que M. Robert, chirurgien , y a établi depuis
plufieurs années & à laquelle il a ajouté un hôpital pour les nègres des
deux fexes, 1 qui y trouvent 50 lits divifés en deux parties 1 eft d'une
utilité dont l'air eft la principale caufe. Des convalefcens, qui n'y avaient
été qu'avec l'intention de le refpirer dans toute fa pureté, en ont fait la
plus fatisfaifante épreuve.
Le Port-au-Prince peut cependant offrir une centenaire 1 mais elle habitait le canton de la Charbonnière 3 où elle décéda le 29 Janvier 1768. C'eft
Ifabelle Balthazard, négrefle, née à la Vera-Crux en 1667, & qui avait
été amenée à Saint-Domingue par les Aibuftiers, lorfqu'ils prirent cette ville
en 1683- Affranchie depuis & mariée à un blanc, elle mourut trifayeule,
laiffant de fa lignée, toujours légitime, deux mamelouques, qu'on ne pouyait pas diftinguer des blancs.
Indépendamment de l'épizootie de 1751, dont parle la Defcription de la
Croix-desBouquets, il s'en manifefta une autre en 1776, caufée par des
vers crinons. Les habitans au lieu d'écouter, comme ailleurs en 1772 7
les foupçons de l'intérêt trompé 8 de fe rendre acculateurs d'hommes auxquels
on ne veut attribuer que l'inftinét de nuire, s'occupèrent, 8x avec fuccès,
des moyens propres à combattre ce fléau. Il eft d'autant plus terrible, que
le befoin même que l'on a des animaux pour faire une plus ample récolte &
pour fatisfaire les défirs infatiables de ceux qui croyent que les manufactures
coloniales doivent fuffire à toutes les fantaifies qu'ils ont dans la Métropole,
empèche qu'on ne s'apperçoive que leur nourriture eft infufffante & fait qu'on
ne leur accorde des foins qu'au moment où la maladie ne peut plus être
combattue.
La morve a paru depuis, mais fans caufer de grands ravages. Il femble
que tout devrait faire adopter la mefure que les vétérinaires de la Colonie
indiquent depuis aflez long-tems 2 c'eft de faire vifiter les cargaifons de
chevaux & de mulets qu'on y apporte.
Je ne trouve pas de faits de rage canine cités depuis 1762 qu'elle parut
& que le confeil du Port-au-Prince enjoignit de tuer les chiens qu'on
foupçonnerait d'en être attaqués.
Parmi les chofes curieufes que la paroiffe du Port-au-Prince peut offrir à
citer, je trouve un exemple de fuperfétation rapporté dans les Affiches Amé.
Tome II,
H h h
ons de
chevaux & de mulets qu'on y apporte.
Je ne trouve pas de faits de rage canine cités depuis 1762 qu'elle parut
& que le confeil du Port-au-Prince enjoignit de tuer les chiens qu'on
foupçonnerait d'en être attaqués.
Parmi les chofes curieufes que la paroiffe du Port-au-Prince peut offrir à
citer, je trouve un exemple de fuperfétation rapporté dans les Affiches Amé.
Tome II,
H h h --- Page 440 ---
425 D E S C RIP TIO N DE L A PARTIE
ricaines du 3 Octobre 1785. Marie-Jeanne , négreffe créole de Thabitation
Damiens 7 près la Grande-Rivière du Cul-de-Sac 3 âgée de 24 ans 1 eft
accouchée de deaxjumeaux, lun griffe, l'autre mulâtrefe. Celle-ci eft née 4
heures avant l'autre. La déclaration de la mère , la nuance &c fur tout le
caraôtère différent de la chevelure des enfans 7 a rendu ce fait évident.
Les produétions de la paroifle,outre les denrées Coloniales, font de nature
à procurer toutes les douceurs de la vie. Le mouton, le cochon & la volaille
de toute efpèce font très-bons au Port-au-Prince, , où l'on a auffi du gibier.
Sous les rapports de Phiftoire naturelle , j'ai aufli quelques traits à indiquer
à mon Leéteur.
J'ai vu en 1789, chez M. Le Sage, chirurgien aide-major de l'hôpital
un cayman de II pieds de long, pris dans le Grand.Étang. Nous trouvâmes 9
dans fon eftomac deux tortues de terre. L'écale de l'une d'elles était macérée fur fes bords, comme fi elle avait été mife en digellion dans de l'eau
forte.
C'eft chez le même que j'ai eu occafion d'admirer pluficurs fois plus de
200 oifeaux de différentes efpèces, venant tous du Sénégal. Ils étaient petits
&c vêtus de robes très-belles, & avec des couleurs plutôt agréablement
nuancées que vives. Les modulations de leurs gofiers flexibles avaient toujours pour mon oreille un charme nouveau. Quelques-uns d'entr'eux changeaient de couleur fans changer de plumes.
En général le poitlon eft bon & varié au Port-au-Prince 1 mais il eft
très-rare dans la faifon des fortes brifes d'El, parce qu'elles empéchent les
canots de revenir.
La ville a des fourmis de groffeur ordinaire & noires, multipliées a tel
point qu'en un inftant elles couvrent prefque tous les alimens. On ne parvient
même pas à les écarter avec de l'eau, car clles la traverient Pour aller
chercher leur pâture. Elles ne mordent qu'autant qu'elles fe fentent preffer.
Les elpaces vides, les jardins, les plantations voifines de la ville & la
conftrudtion des maifons en bois y multiplient Ies infcêtes, tels que les
bètes-à-mille pieds les perce-oreilles & les ravets. L'on a des rats, des
fouris, des anolis de terre. C'eft fur tout dans le tems pluvieux que ces
animaux fe montrent le plus , & le foir la lumière d'une feule bougie attire
des nuées de mouches, de papillons, de hannetons &: d'autres fcarabées.
& la
conftrudtion des maifons en bois y multiplient Ies infcêtes, tels que les
bètes-à-mille pieds les perce-oreilles & les ravets. L'on a des rats, des
fouris, des anolis de terre. C'eft fur tout dans le tems pluvieux que ces
animaux fe montrent le plus , & le foir la lumière d'une feule bougie attire
des nuées de mouches, de papillons, de hannetons &: d'autres fcarabées. --- Page 441 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 427
On trouve dans les hauteurs de la paroiffe du Port-au-Prince, comme
dans le refte de la Partie de lOueft, le ferpent à tête de chien. II yeft
très-gros & point venimeux.
L'article du jardin botanique a déjà parlé du règne végétal. L'orge réuflit
parfaitement au canton de Bellevue. Le 26 Septembre 1765, M.
La Cour, habitant du fommet de ce canton, en préfenta 4 barils à M.
d'Eftaing. Ils furent payés 15 livrés chaque 7 & M. La Cour reçut 300 liv.
àt titre d'encouragement,
Vers la Selle font des fougères extrèmement variées, & qui préfentent
tantôt l'afpect d'une plante qui végête humblement, tantôt celle d'un arbriffeau
& quelquefois celle d'un arbre dont le port &c les dimenfions caufent un
jufte étonnement. C'eft là qu'on dit avoir vu aufli Ia canomelle à épi cylin.
drique & droit du Levant, de P'Inde & des contrées Méridionales de France.
Au canton de la montagne Noire, ily a, fur l'habitation de M. Bourdon, 3
imprimeur, des châtaigniers plantés en 1784, & qui portent depuis 1786
des fruits excellens.
Mais c'eft à la Charbonnière que femblent fe complaire les plantes rares &c
agréables 3 qui y trouvent, depuis le mois d'O&tobre jufqu'à celui d'Avril,
une température analogue â celle des premiers jours d'Avril lorfqu'ils font
fans gelée, Paris ; &x les foins de M. de Saint-Romes, 1 ancien ingénieur 7 &
que cet-enrrage nomme plufieurs fois, y font bien récompenfés. On y a
des pêches ( qu'on vend 20 fous de France pièce ), des choux-feurs 7 de la
vanille, des mangues, des girofliers, le palmier du Cap de Bonne-Elpérance,
le datier du Sénégal, des légumes que ceux de France ne furpaffent pas &
qui coûtent la moitié moins qu'au Cap; des artichaux, moins beaux que ceux
du Port-de-Paix, & qu'on ne paye que deux fous de France pièce.
J'avaig remis P'année dernière à Saint-Domingue 2 à M. de SaintRomes , des graines que je tenais de l'amitié de M. le marquis de Gouffier
mon confrère à la Société d'Agriculture de Paris. Celles de rofes trémières
& de giroflées jaunes ont parfaitement réuffi. Les choux-Aeurs, les brocolis
ont eu le même fuccès, mais non pas les choux rouges.
Les violettes, les autres fleurs & notamment les rofes, font fi communes
au Port-au-Prince, qu'on en a un magnifique bouquet pour IO fous de
France. Le raifin &c le mufcat y font très-bons.
H h h 2
à la Société d'Agriculture de Paris. Celles de rofes trémières
& de giroflées jaunes ont parfaitement réuffi. Les choux-Aeurs, les brocolis
ont eu le même fuccès, mais non pas les choux rouges.
Les violettes, les autres fleurs & notamment les rofes, font fi communes
au Port-au-Prince, qu'on en a un magnifique bouquet pour IO fous de
France. Le raifin &c le mufcat y font très-bons.
H h h 2 --- Page 442 ---
423 DESCRIPTIO 2 N DE LA PAKTIE
Les montagnes de la Charbonnière ont fourni en 1748 un mât 8c une
vergue pour la frégate la Fidelle, commandée par M. de P'Eguille. Elles
préfentent aufli le magnifique aloès-pite, qui s'élevant jufqu'à 12& 15 pieds
& prenant une écorce dure, devient un arbre.
a Il y a auffi au Port-au-Prince du nopal ordinaire & du nopal de Caftille.
J'y ai mangé chez M. de la Luzerne, le 16 Juin 1787, des fommités de
nopal accommodées à la fauce blanche. Elles ont le goût de cardes, mais
elles font acidulées d'une manière que je trouve très-agréable.
On peut obferver auffi derrière l'intendance le hura ( arbor) frusu crepitans );
la chaleur fait brifer fon fruit avec fracas. On l'appele aufi fablier, attendu
que ce fruit vidé de fes femences & découvert de fa peau, forme des
poudriers > à l'explofion defquels on s'oppole en les environnant d'un fil
del laiton & quelquefois par des cercles d'ivoire, délicatement faits au tour 3
&c accompagnés d'ornemens aufli d'ivoire.
On voit encore dans le jardin du gouvernement des agathys, que M. del
Vallière y fema au mois d'Août 1773- On publia un profpectus qui vantait les qualités utiles de cet arbre de la côte de Malabar. La graine en
avait été donnée par M. le duc de Praflin à M. de Vallière, qui en fit
femer aufli aux Ifles du vent. On coupa un de ces agathys le 12 Avril
1776; on en fit une barrique, qu'on expofa aux regards du public, chez
M. Boyer , négociant ; mais l'agathy ne fe conferva point, les animaux
ne voulurent pas manger de fa graine , &c il cft refté inutile & à SaintDomingue & aux Iiles du Vent.
Le bois à bâtir eft fourni au Port-au-Prince, par les Gonaives, la Gonave, les Baradères, ou par les États-Unis d'Amérique. Il coûte moins
que celui qu'il faudrait aller prendre dans Ia partie montagneufe de la paroiffe, où il en refte cependant 1 quoique les plantes, parafites leur faflent
une guerre cruelle. Dans ces forêts, font auffi d'innombrables champignons
& des lichens.
Le bois à brûler eft procuré par les mangles des rivages qu'on va couper, malgré les défenfes. Les bords de la mer de la Partie de POueft,
font garnis aufi d'une efpèce d'ariltoloche farmenteufe à vrilles. On dit le
fuc de fes feuilles très-cauftique & on lui impute de donner la mort aux
bètes cavalines. Le fameux mancenillier a difparu de ces plages.
champignons
& des lichens.
Le bois à brûler eft procuré par les mangles des rivages qu'on va couper, malgré les défenfes. Les bords de la mer de la Partie de POueft,
font garnis aufi d'une efpèce d'ariltoloche farmenteufe à vrilles. On dit le
fuc de fes feuilles très-cauftique & on lui impute de donner la mort aux
bètes cavalines. Le fameux mancenillier a difparu de ces plages. --- Page 443 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE
Il y a une carrière proche l'intendance 9 dont on tire du mocllon. La
Charbonnière a du marbre blanc fufceptible d'un beau poli.
LE Port-au-Prince a trois communications principales ; celle avec le Cap,
celle avec Jacmel, celle avec Léogane.
Les détails defcriptifs des différentes paroiffes que j'ai fait connaître juf.
qu'ici", ont montré par qu'elles routes différentes le Cap & le Port-auPrince pouvaient communiquer enfemble. La principale, celle déformais
entièrement praticable en voiture, pour laquelle on a dépenfé environ 1,200,000
livres, a paru d'une telle importance, que les Adminiftrateurs ont prépofé,
le 19 Juin 1789, à fa confervation, depuis la Grande-rivière des Gonaives
jufqu'au bas de la coupe du Limbé, un voyer 7 un ftationnaire en chef, ayant
chacun 2,400 livres d'appointemens, & huit manoeuvres flationnaires 3 pour les
quatre festions dans lefquelles cet intervalle eft cenfé divifé. Si le chemin exige
une réparation que ces huit hommes ne puiffent pas faire 7 le voyer en avertit le
commandant de la paroifle pour qu'il commande la corvée. Cette route eft maintenant connue de mon Leéteur, depuis le Cap jufqu'au point où ellc traverfe
la Grande-rivière du Cul-de-Sac.
Peu après cette rivière on trouve la rivière la Savoye 1 que l'on pafle
fur un pont, nommé le pont Vallière ; plus loin eft la rivière la Boule, 3
& près du Port-au-Prince, fur la ravine de l'habitation Saint-Martin, eft
le pont Larnage, que le gouvernement a fait conftruire en 1786, & qui
porte ce nom en mémoire de ce vertueux Adminiftrateur. Enfin, l'on paffe
devant le fort Saint-Jofeph & l'on arrive au bout Septentrional de la rue
Royale.
Tout ce j'ai dit des chemins & des ponts de la plaine à l'article de Ia
Croix-des-Bouquets > fe rapporte à cette portion, qui appartient elle-même
à la plaine du Cul-de-Sac. Dans la faifon féche 3 cette route eft couverte
d'une pouffière blanchâtre, dans laquelle les chevaux enfoncent d'un pied.
L'air en eft obfcurci & le voyageur fent que fa bouche, fon nez & fes
yeux s'en rempliffent. Dans les habitations qui touchent immédiatement d la
ville, la clôture eft faite de pieux ou de planches 3 mais à côté de cette
preuve d'aridité, font des plantes auxquelles l'arrofement donne la plus brillante végétation. On a ainfi le contrafte de la nature abandonnée à ellemême ou fecondée par l'indultrie de l'hommc,
& le voyageur fent que fa bouche, fon nez & fes
yeux s'en rempliffent. Dans les habitations qui touchent immédiatement d la
ville, la clôture eft faite de pieux ou de planches 3 mais à côté de cette
preuve d'aridité, font des plantes auxquelles l'arrofement donne la plus brillante végétation. On a ainfi le contrafte de la nature abandonnée à ellemême ou fecondée par l'indultrie de l'hommc, --- Page 444 ---
430 DESCRIPTIO - N DE LA PARTIE
Pour aller à Léogane on fuit la rue Royale, au bout de laquelle on palie
Ia ravine aux Chats, 3 & un peu plus loin, le chemin prend la direétion
de l'Oucft. Arrivé devant l'habitation Piémont, le chemin fe trouve le
de la mer & va palfer à la barrière de l'habitation Chavannes ou Martiflans, long
où l'on fait du fourrage & de la chaux. A ce point correfpondent, à
près dans le Sud, les fources du même nom. Après eft la fucrerie Bizoton. peu
A environ une grande lieue de Ia ville, eft la rivière du Trou-Bordet, d'oà
le chemin commence à être affez éloigné du rivage s parce que la terre
s'avance dans le Nord, C'eft fur la première fucrerie (le Tort ou Volant),
qui fuit cette rivière qu'était, à 625 toifes 1 l'ancien bourg & la paroiffe
du Trou-Bordet. Au-deffous eft l'embarcadère. , depuis lequel jufqu'au Portau-Prince, la côte eft bordée de mangles. Dans le canton du
l'eau &c l'air font très-falubres. On traverfe encoreles deux fucreries Trou-Bordet 7
Cottes
8c Vaucreffon, & fur la dernière la rivière-Froide 3 qui coupe ainfi le canton
fertile & riant du Lamantin s. où la baie du même nom fait un enfoncement qui fe rapproche du chemin. Cette baie 2 bien abritée, pourrait recevoir
de gros bateaux, fi un banc de fable, que les grandes marées
n'en fermait pas l'entrée. C'eft dans cette
augmentent. 1
baie 9 & à environ une lieue &
un quart du Trou-Bordet, que fe rend la rivière-Froide.
avoir
1 après
arrofé
le canton du Fond-Ferrier. Le filet d'eau appelé la rivière du Lamantin
y vient aufli; elle nait à 4 ou 500 toifes du grand chemin. Du Port-au. $
Prince là, le chemin eft auffi chargé de pouffière dans les féchereffes, &
des pierres calcaires mobiles, dont les plus groffes n'ont guères qu'un demi
pied cube, y ont aufli leur défagrément.
Après le Lamantin le chemin entre dans le canton de la
Saline 2 lieu
aquatique où il reprend le bord du rivage à travers des mangliers, & gagne
le morne à Bateau, ainfi nommé à caufe de la petite baie qu'il forme &
qu'obftrue un banc de madrépores. L'on a même coupé le morne à Bateau,
pour y faire paffer le chemin. Au bas du revers de ce morne, s eft la rivière
de la Petite-plaine 3 qui eft, dans ce point, la limite entre Ia paroifle du
Port-au-Prince & celle de Léogane. La côte eft affez découverte entre ls
rivière du Trou-Bordet & la rivière-Froide, De la baie du Lamantin à la
rivière de la Petite-Plaine, diftance d'environ deux lieues & demie, il y
a quelques petits embarcadères pour les canots & les
chaloupes 2 tels que
eft la rivière
de la Petite-plaine 3 qui eft, dans ce point, la limite entre Ia paroifle du
Port-au-Prince & celle de Léogane. La côte eft affez découverte entre ls
rivière du Trou-Bordet & la rivière-Froide, De la baie du Lamantin à la
rivière de la Petite-Plaine, diftance d'environ deux lieues & demie, il y
a quelques petits embarcadères pour les canots & les
chaloupes 2 tels que --- Page 445 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU E 431
ceux de la Grande-Saline, de la Mifion, vis-à-vis P'habitation de ce nom 3
& du Trou-d'E.nfer.
Depuis l'établiflement du Port-au-Prince, on défirait une communication
avec Jacmel, autre que celle par Léogane &c le Grand-Goave. Sous PAd.
miniftration de MM. Dubois de la Motte &c Laporte Lalanne, M Chabert,
habitant de la Grande-rivière de Léogane , en traça un & l'entreprife lui
enfut donnée, ainfi qu'à M. Bled, autre habitant du même lieu; mais la
mort de M. Chabert empècha l'exécution de ce projet. En 1763, MM.
de Belzunce & de Clugny chargèrent M. Dubofg, grand-voyer, de faire
le plan d'un chemin 3 ce que celui-ci exécuta ; puis l'examen des ingénicurs &c notamment celui de M. Bouchel, envoyé par M. d'Eftaing, confomma le tems jufqu'en 1766, que M. Bled demanda à exécuter le chemin, s
ce qui n'edt pas encore lieu. L'établiflement des cafeteries, en faifant mieux
connaitre les montagnes, 3 donna lieu à de nouveaux balifages. M. de Vallière 3
en adoptant celui de M. Thevenot, ingénieur > avait donné des ordres pour
qu'un détachement du régiment du Port-au-Prince partit pour y aller travailler, &c fa mort dérangea tout. Sous M. d'Ennery même deffein , mème
obftacle.
En 1780, M. le Feve, demeurant fur l'habitation alors Barrais, à la
Crete-à-Piquans, fit le profpectus d'une communication. Le moment était
favorable, parce que Jacmel, compté pour peu de chofe politiquement en
tems de paix, devient en tems de guerre un lieu d'approvifionnement 8c
de débouché, à caufe des bâtimens hollandais de Curaçao qui s'y rendent,
& que d'un autre côté 1 Jacmel eft le point par où l'on peut recevoir &c.
le plus promptement & le plus furement 1 des avis des Ifles du Vent.
D'ailleurs, MM. de Reynaud & Le Brafleur étaient trop occupés de tous
les moyens d'être utiles à la Colonie, pour ne pas prêter Voreille aux propofitions de M. le Feve. Ils nommèrent donc M. Sorrel pour vérifier le
profpectus, dont l'auteur ne propofait, en réalité, que de faire le chemin
depuis le point où celui des habitans ceffait dans la face Nord 3 jufqu'au
point où un chemin venant de Léogane par les cantons des Citronniers &c
des Balifiers, arrivait à la Petite rivière de Jacmel fur la face Sud.
Cette propofition ne rempliffant pas à elle feule le but défiré, M. Sorrel
s'occupa lui-mème, le 17 Janvier 1781, du changement demandé par les
ofait, en réalité, que de faire le chemin
depuis le point où celui des habitans ceffait dans la face Nord 3 jufqu'au
point où un chemin venant de Léogane par les cantons des Citronniers &c
des Balifiers, arrivait à la Petite rivière de Jacmel fur la face Sud.
Cette propofition ne rempliffant pas à elle feule le but défiré, M. Sorrel
s'occupa lui-mème, le 17 Janvier 1781, du changement demandé par les --- Page 446 ---
432 DESCRIP TION DE LA PARTIE
habitans le IO O@tobre précédent , dans le chemin déjà exiftant par la
gorge de la rivière-Froide & de manière à éviter onze mauvais paffages de la
Grande-rivière de Lécgane. Il fit le plan total du chemin & MM. de Reynaud &c
Le Brafleur, confidérant que la diftance abfolue da Port-au-Prince à Jacmel;
qui n'eft que de neuf lieues 8c demie en fournit vingt-quatre par le chemin du Grand.Goave, praticable en voiture il eft vrai,' fe réduifait à13
par le tracé de M. Sorrel, dont 6 poflibles en voiture, favoir 1 3 à partir de
chacune des deux villes 1 en ordonnèrent l'ouverture le 5 Févier 1781,
fous la direction de cet ingénicur, aide-maréchal-général.des-logis, par la
corvée publique avec des mineurs, que payerait la caifle des libertés. Le
départ de M. de Reynaud vint encore nuire à ce projet.
L'objet était cependant trop important pour être abandonné 1 & MM.
de Bellecombe &. de Bongars s'en occupèrent. On fit des devis qui promettaient qu'une dépenfe de 200,000 livres, où ferait comprife celle d'un
pont de 80,000 livres, fur la rivière Froide fufirait, & les Adminifrateurs
confidérant ce chemin fous des rappors tout à fait militaires, prefcrivirent
de l'effectuer aux dépens de la caiffe des libertés.
Cc chemin a été commencé le 24 Mai 1785 & continué jufqu'au 20 Mai
1786, que fes travaux furent fufpendus. On les a repris le 18 Novembre de
la même année & l'on y travaille encore.
M. de Marbois fupprima dès 1786 la dépenfe du pont, > réellement inutile
fur la rivière Froide 1 qui ne déborde prefque jamais un jour entier. Et ayant
été viliter ce chemin avec M. de Boisforeft, diredteur-genéral des fortifications, il a éte rendu, d'après lés obfervations de cclui-ci, le 22 Mars 1788,
par les Adminiftrateurs, 2 une ordonnance 2 portant que ce chemin, pour
lequel on avait déjà dépenfé 247,822 livres, quoiqu'on ne dût évaluer les
travaux faits qu'à la moitié à-peu-près de ceux qu'il exigeait en totalité 7
ferait , d'après l'avis de la Chambre d'Agriculture du Port-au-Prince, achevé
par la corvée fournie par les habitans des paroiffes où il pafle.
Le chemin a été pris en 1785 au point où finit la plaine de la rivière
Froide, c'eft-à-dire qu'on fuit jufqu'à la lifière des habitations Cottes & Trutier
la route du Port-au-Priuce à Léogane fans paffer la rivière Froide, qui
coupe cette route, 1 & qu'on tourne dans la gorge oà elle coule & où on la
traverfe plufieurs fois, Cette gorge a quelque chofe de pittorefque, & le mouvement
Le chemin a été pris en 1785 au point où finit la plaine de la rivière
Froide, c'eft-à-dire qu'on fuit jufqu'à la lifière des habitations Cottes & Trutier
la route du Port-au-Priuce à Léogane fans paffer la rivière Froide, qui
coupe cette route, 1 & qu'on tourne dans la gorge oà elle coule & où on la
traverfe plufieurs fois, Cette gorge a quelque chofe de pittorefque, & le mouvement --- Page 447 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 433
vement de la rivière y occupe agréablement. Vers le point où elle ceffe
d'ètre praticable aux voitures, font plufieurs entrepôts appartenant à divers
habitans du canton de la rivière Froide & même des parties fupérieures de ce
canton, quoiqu'elles dépendent de la paroifle de Léogane & dont les denrées
viennent au Port-au-Prince, qui leur fournit les approvifionnemens, Après avoir
parcouru environ 4 lieues depuis le Port-au-Prince 9 on arrive à la Granderivière de Léogane que ce chemin ne fait traverfer qu'une feule fois &c
fans danger. 7 en face de fon confluent avec la rivière du Fourq. La, finit
la paroiffe du Port-au-Prince, & les travaux du chemin y étaient parvenus
dès la fin du mois de Juin 1787, époque, où j'allai les vifiter.
Ces travaux, jufqu'en 1788, 3 ont été faits par 5o hommes du régiment du
Port-au-Prince s commandés par M. de la Cofte, lieutenant, dont on peut
affurer que le zèle infatigable & l'intelligence ont beaucoup contribué au
fuccès de l'entreprife. Elle a exigé qu'il paffàt trois ans campé dans les bois.
Dans l'origine 3 8c jufqu'au mois de Mai 1786, les foldats avaient, outre
leur paye, 4 liv. TO f. par jour, mais depuis la reprife des travaux. 7 le
18 Novembre fuivant, , ils étaient payés à la toife.
Les foldats formaient un camp avec des tentes. Ils s'en retournaient au
régiment quand ils le voulaient, & les remplacemens n'étaient faits que par
ceux de bonne volonté. Fort peu ont été malades, On leur donnait une
barrique de vinaigre pour trois mois ati lieu d'une de tafia, qu'on leur avait
accordée au commencement.
Le chemin a 15 pieds de large dans fes premières 2,000 toifes ; dix dans
le furplus de ce que les foldats ont fait, & fix feulement dans le refte. En
tout, ce chemin eft bon & commode; ; les égouts en font intelligemment dirigés,
L'inclinaifon eft tournée vers le morne qui eft bordé d'un petit canal pour
recevoir les eaux. De diftance en diftance, des rigoles pavées verfent ces
eaux dans les falaifes.
Au mois de Décembre 1764, M. le comte d'Eftaing eut l'idée d'établir
une pofte aux chevaux & des auberges fur les routes du Port-au-Prince au
Cap & au Grand-Goave. On fit un projet d'établiffemens , mais il ne fe
trouva qu'une feule foufcription pour les pofies depuis le Boucaflin jufqu'au
Grand.Goave.
Tome II.
Iii
ées verfent ces
eaux dans les falaifes.
Au mois de Décembre 1764, M. le comte d'Eftaing eut l'idée d'établir
une pofte aux chevaux & des auberges fur les routes du Port-au-Prince au
Cap & au Grand-Goave. On fit un projet d'établiffemens , mais il ne fe
trouva qu'une feule foufcription pour les pofies depuis le Boucaflin jufqu'au
Grand.Goave.
Tome II.
Iii --- Page 448 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
M. Dubuiffon (*) foumit en 1778 à MM. d'Argout & de Vaivre un plan
de pofte aux chevaux qu'ils ne goûtèrent point. Il lui fervit cependant à
obtenir, le 3 OCtobre de la même année, un arrêt du Confeil d'État qui
femble trouver l'avis de ces Adminiftrateurs approbatif. Cet arrêt lui permit
d'établir une pofte royale du Cap aux Cayes, de faire des bâtimens de 4 en 4
lieues, avec privilège exclufif & gratuit pendant 9 ans. Le tarif était une
demi-gourde par cheval, une gourde par chaife, & un gourdin par guide, le
tout par pofte de quatre lieues. Les guides auraient eu la même livrée qu'en
France. Enfin la décifion de toutes les conteltations relatives à cette pofte était
attribuée aux Adminiftrateurs. Son établillement n'a jamais été tenté.
Le chemin de voiture du Port: au-Prince au Cap a fuggéré à MM. du
du Chilleau & de Marbois, le 28 Mai de cette année (1789), une ordonnance
qui établit des carioles pour les courriers de Ia pofte aux lettres, , avec faculté
de prendre des voyageurs. Une perfonne avec fa valife pefant I5 livres, doit
payer 6 portugaifes du Port-au-Prince au Cap ; moitié fi elle ne va qu'à
Saint-Marc, & 66 livres du Port-au-Prince à Léogane; enfin, une gourde
par lieue pour des points intermédiaires.
Si l'on établit une cariole pour le Petit-Goave, ce fera 20 gourdes par
perfonnes; & 6 portugaifes s'il y en a une pour les Cayes. Les relais doivent
être de 5 en 5 lieues, &c les poftillons auront. une vefte bleue avec des
paremens & des revers rouges, & une plaque aux armes du roi à l'avantbras gauche.
Le 2 Août, il y a eu une cariole du Port-au-Prince à Léogane. 1 partant du
premier lieu à 4 heures du foir & de l'autre à huit heures du matin, & une
du Port-au-Prince pour Saint-Marc. Au mois de Décembre 7 le prix des
places pour Léogane a été réduit par l'adminiftrateur des poftes lui-mème, de
8 gourdes à fix.
La ferme des poftes (qui produifent 650,000 liv.), dont le dernier bail, fait
pour 5 ans, expire cette année, donne à préfent 160,000 livres par an.
Il y a deux courriers par femaine pour les lettres de toute la Partie du
Nord. Deux qui vont jufqu'aux Cayes, & un feulement pour les lieux de
(*) Auteur de la tragédie de Mirza.
l'adminiftrateur des poftes lui-mème, de
8 gourdes à fix.
La ferme des poftes (qui produifent 650,000 liv.), dont le dernier bail, fait
pour 5 ans, expire cette année, donne à préfent 160,000 livres par an.
Il y a deux courriers par femaine pour les lettres de toute la Partie du
Nord. Deux qui vont jufqu'aux Cayes, & un feulement pour les lieux de
(*) Auteur de la tragédie de Mirza. --- Page 449 ---
FRANÇAIS) E DE SAINT-DOMINGUE, 435
I'Oueft & du Sud qui ne font ni fur la route du Cap ni fur celle des Cayes;
On compte de l'églife du Port-au-Prince
A celle de l'Arcahaye,
9 lieues. A celle de Jacmel,
13 lieués.
la Croix-des-Bouquets, 3
Léogane,
De la Défenfe du Port-au-Prince 83 de la Partie de POuef.
IL ne me refle plus qu'à jetter un coup-d'ceil général fur le Port-auPrince, confidéré dans fes rapports avec le refte de la Colonie.
Le premier effet de l'établillement du Port-au-Prince. 1 a été la décadence
de Léogane &c du Petit-Goave, & la deftruétion du bourg du Cul-de-Sac &c
de celui du Trou-Bordet. En le choififfant pour capitale, on a voulu compenfer les délavantages géographiques des Parties de l'Oueft & du Sud, relativement à celle du Nord, parce qu'une fuite néceffaire de la rélidence
des chefs eft de tourner leurs vues vers la partie qu'ils habitent, & vers
çelle qui ferait en quelque Torte inapperçue s'ils demeuraient au Cap. Cette
réfidence augmente les confommateurs de la Partie de l'Oueft. Les agens
du gouvernement, une garnifon, une cour louveraine & les autres acceffoires d'un pareil établiffement, attirent un plus grand nombre de perfonnes 9
éveillent le luxe 3 donnent l'idée des embelliflemens publics & accroîffent
les moyens de culture, qui font toujours proportionnés aux moyens de vendre
& de confommer.
Cependant il eft des obitacles que toutes ces combinaifons ne fauraient
vaincre, & le Leéteur a vu que la guerre 1 en obligeant les chefs de la
Colonie à réfider au Cap, fufpend, au moins 1 les avantages qui réfultent
de leur préfence habituelle. Mais durant la guerre, iln'ya, pour ainfi dire,
plus de commerce au Port-au-Prince. , qui fe trouve trop fous le vent &c
dans un point où les convois ne font pas, comme au Cap, une conféquence
même des opérations militaires. Dans la guerre de 1756, le fucre n'y valait
qu'un tiers du prix qu'on en donnait au Cap, tandis que la farine coûtait
çinq fois autant &x le vin trois fois autant qu'au Cap.
Même durant la paix, le commerce eft plus lent au Port-au-Prince , &
une plus grande rareté de numéraire en eft la caufe, Les voyages des bâ,
Iii 2
font pas, comme au Cap, une conféquence
même des opérations militaires. Dans la guerre de 1756, le fucre n'y valait
qu'un tiers du prix qu'on en donnait au Cap, tandis que la farine coûtait
çinq fois autant &x le vin trois fois autant qu'au Cap.
Même durant la paix, le commerce eft plus lent au Port-au-Prince , &
une plus grande rareté de numéraire en eft la caufe, Les voyages des bâ,
Iii 2 --- Page 450 ---
436 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
timens d'Europe y font communément plus longs de deux mois, que ceux
faits au Cap.
La progreflion de la ville n'égale pas celle de fa rivale, 3 & l'om pourrait
encore , quoique 35 ans après 9 répéter ce que MM. d'Eftaing & Magon
difaient le 9 Août 1764 , dans une ordonnance où ils menaçaient de réunir
au domaine du roi les emplacemens non bâtis ni entourés : 66 établie au
46 bord de la mer, le long du quai, & dans quelques rues voilines & com66 merçantes ; mais vide dans le centre 1 déferte dans fes extrémités, la ville
es du Port-au-Prince accufe elle-même fon trop d'étendue & le hafard , qui
cL femblerait avoir difperfé çà & là & fans intelligence, la plus grande partie
66 de fes maifons. >>
Le Port-au-Prince, envifagé comme point maritime , a auffi fes inconvéniens. Dans les intervalles où la brife d'Oueft manque 1 les vaiffeaux n'y
peuvent pas entrer. 3 & même, la brife d'Eft fouffant quelquefois jufqu'à
une lieue au large, c'eft le même obfiacle, & il eft terrible en tems de
guerre.
D'ailleurs, comme l'a dit Raynal , en rapportant les expreffions mêmes
d'un mémoire de M. d'Eftaing ,. la fituation de la Gonave permettrait à une
efcadre inférieure d'en bloquer une plus forte dans le Port-au-Prince ; fans
parler du vent du large qui pourrait l'y retenir 1 puifque, s'il faifait du
vent de terre aflez frais pour qu'elle en fortit, elle ne pourrait oppofer que
fucceflivement fes forces à l'ennemi, qui aurait toutes les fiennes réunies ;
& que dans tous les cas cet ennemi pourrait refufer le combat, en mettant
la Gonave entre lui & l'efcadre qui viendrait à fa rencontre.
La défenfe du Port-au-Prince confifte d'abord dans la batterie du Foflé,
En 1741, M. de Larnage avait fait conftruire 2 fur le deffin & fous la
conduite de M. Guyot, fous-ingénieur, une batterie à une lieue de la chauffée
du Foffé & fur la queue apparente d'un haut-fond , placé à l'entrée d'une
flaque d'eau bordée d'ilets de vafes couverts de mangles; il en avait coûté
pour la conftruire & pour en épaiflir les murs. 1 près de 100,000 livres , &c
en 1747, on en ôta les canons. C'eft la première protection qu'obtinrent
les bâtimens d'Europe qui venaient au bourg du Cul-de-Sac. Depuis 3 il
y avait un fimple corps-de-garde au Foffé même, * mais , pendant la guerre
de 1778, on y a mis une batterie avec du 36. Peut-être ce point cxige-t-il
& pour en épaiflir les murs. 1 près de 100,000 livres , &c
en 1747, on en ôta les canons. C'eft la première protection qu'obtinrent
les bâtimens d'Europe qui venaient au bourg du Cul-de-Sac. Depuis 3 il
y avait un fimple corps-de-garde au Foffé même, * mais , pendant la guerre
de 1778, on y a mis une batterie avec du 36. Peut-être ce point cxige-t-il --- Page 451 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE. 437
une forte redoute pour IOO ou 150 hommes, avec une batterie de canons
& de mortiers.
Dans I'Ouefl-quart-Nord.Ouef du Foflé, eft un groupe d'ilets, dont le
premier eft à environ une lieue de la côte. Ils occupent une longueur Ef &
Oueft d'environ 2,300 toifes fur une largeur Nord &c Sud d'environ une
demi-lieue. Chacun deux a un nom ; c'eft l'ilet de Bellevue, l'ilet aux
Lambis, l'ilet aux Grands-Goliers , l'ilet-à-Frégates 3 l'ilet-à-Tortue s la
Magdelaine, la Première-Marie , la Seconde-Marie & la Troifieme-Marie. A
environ 2,500 toifes dans le Nord de la pointe du Lamantin, 1 eft l'ilet aux
Folleurs, qui eft à 1,600 toifes de celui de la Magdelaine ; à 800 toifes
dans le Sud-Eft de l'ilet des Folleurs 2 eft. Pilet Blanc.
A peu près à égale diftance du Foflé &c du Port-au-Prince 1 eft le fort
Dimanche ou fort Rebours, du nom du propriétaire de l'habitation où on l'a
placé. C'eft une fimple batterie avec corps-de-garde &c magafin. Sa polition
eft parfaitement choifie : fes feux croifent avec ceux du Foffé & elle éclairé
les ilets qui font à fa portée &c derrière lefquels des corfaires pourraient
fe réfugier.
La fituation de la ville même, dominée de différens côtés, 3 ne permet
pas de fonger à la défendre par des remparts 1 qui exigeraient des dépenfes
énormes & peut-être infructueufes. Pour la protéger vers la terre, 2 un foflé
large & profond 3 dont les terres feraient difpofées en baftions s eft tout ce
qu'il faut. Il aurait l'avantage de fermer la ville 1 de s'oppofer aux ravages
des eaux qui defcendant des mornes en torrens, , dégradent les rues, inondent
Tes maifons & comblent le port, où il fe forme en deux ans des attériflemens
de 18 pouces de hauteur.
Du côté de la mer, 'la ville du Port-au-Prince eft défendue par trois forts.
L'un, appelé fort Saint-Jofeph 1 d'après le nom de baptême de M. de
Vaudreuil, été établi en 1755 1 époque où l'on voyait déjà depuis dix ans
une batterie de fix canons de 18, que j'ai défignée en parlant des environs
de la ville, fous le nom de batterie des Trois-Joleph & qui dans l'origine
s'appelait fimplement batterie Saint-Jofeph , du nom de baptême de. M.
Ricord qui l'avait dirigée.
Ce fort Saint-Jofeph, placé fur le dernier plateau du morne de Belair $
autrefois la pointe à Fortin > eft une barbette tracée en fuivant une courbe
une batterie de fix canons de 18, que j'ai défignée en parlant des environs
de la ville, fous le nom de batterie des Trois-Joleph & qui dans l'origine
s'appelait fimplement batterie Saint-Jofeph , du nom de baptême de. M.
Ricord qui l'avait dirigée.
Ce fort Saint-Jofeph, placé fur le dernier plateau du morne de Belair $
autrefois la pointe à Fortin > eft une barbette tracée en fuivant une courbe --- Page 452 ---
DESCRIFTIO N D E LA PARTIE
irrégulière, enveloppée d'un foffé fec & d'un glacis fur fon front & fes fancs,
& couverte à l'Eft par une petite courtine de maçonnerie 3. terminée par
deux petits baftions étroits & irréguliers. Ce fort, où font II pièces de
gros calibres & dont le côté Oueft eft prefque aligné fur celui de la rue
Royale. 1 bat, par fon front, le mouillage & la paffe du Port-marchand, par
la gauche le débarquement de ce port, & par la droite, il enfile le chemin
du Cul-de-Sac & de fes environs.
La batterie Sainte - Claire, qui porte le nom de baptême de Mie. de
Vaudreuil & qu'on décore auffi quelquefois du titre de fort; a été faite par
çorvée, * comme le fort Saint:Jofeph, en 1755. Elle a été mife dans le point
où il y avait, dès 1742, un corps-de-garde de milices &c à plus de 800 toifes
dans le Sud du fort Saint-Jofeph. C'eft un coffre de maçonnerie terminé
par unc barbette fur fon flanc gauche, A l'extrémité du flanc droit & un
peu. au-deffous 5 eft une batterie de deux morticrs, çouverte d'un épaulement
en terre. La batterie Sainte-Claire eft enveloppée d'un foffé fec, deftiné à
cn interdire l'accès aux animaux. Ses 15 Canons & fes 2 mortiers défendent
la pa.lfe &c le mouillage du Port-du-roi, les canaux qui font entre les ilets
de la gauche de ce port, le débarquement du Port-du-roi &c la féparation
entre ce port &x le Port-marchand,
Le troifième fort eft le fort Pllet; c'eft la première fortification qu'ait
en le Port-au-Prince. C'eft là que fut mife la batterie ordonnée en 1740
par Larnage (pag-313), & fous laquelle 23 bâtimens étaient déjà mouillés
au mois de Février 1742. Le 7 Août 1745, on en retira les canons & on
les envoya à Saint-Marc, parce que les habitans avaient refufé d'y faire
des travaux. Le tremblement de terre de 1751 la renverfa. Prefqu'auffitôt
après on la répara, & comme elle fut achevée fous le gouvernement de M.
de Vaudreuil, on l'appcla auffi la batterie Saint-Jofeph. Elle avait en 1750,
20 gros canons & quelques petits. Son objet eft de battre par fon front la
partie du large qui conduit au port, & de fon Aanc gauche la pointe à Kerlerec,
qù l'on projettait une batterie; fon flanc droit bat la palle peu fréquentée
du Nord.
En 1754, M. de Vaudreuil voyant que cette batterie, 1 qu'il appelait tan.
tôt la Formidable & tantôt la Bicogue, n'était élevée que d'environ 9 pieds
au-deffus du niveau de la mer, 2 voulut faire couvrir P'artillerie par des mers
conduit au port, & de fon Aanc gauche la pointe à Kerlerec,
qù l'on projettait une batterie; fon flanc droit bat la palle peu fréquentée
du Nord.
En 1754, M. de Vaudreuil voyant que cette batterie, 1 qu'il appelait tan.
tôt la Formidable & tantôt la Bicogue, n'était élevée que d'environ 9 pieds
au-deffus du niveau de la mer, 2 voulut faire couvrir P'artillerie par des mers --- Page 453 ---
FRANÇAISE DE SAINT T-D OMINGUE. 439
lons qui écroulèrent, parce que le parapet ne put les fupporter. On fit
alors de gros chandeliers en fer qui devaient être fixés dans la maçonnerie
du muf extérieur. 9 pour maintenir de groffes balles de coton, 1 mais la cherté
de cette denrée fit ferrer les chandeliers dans les magafins. On en vint
aux coffres de maçonnerie, & on appela alors cette batterie lc fert-PHRlet.
En tirant du canon un jour de Fête-Dieu, la muraille fut léfardée & les
embrafures dégradées. Le tremblement de terre de 1770, détruifit encore ce
fort. Il fe trouve maintenant à 350 toifes du quai & à environ 450 toifes du
fort Saint - Jofeph. Il a 12 pièces de canons & 2 mortiers de fonte. Sa
pofition bafle l'expofe au' feu des hunes; de plus, il eft en mauvais état.
Ce fortin ne peut rien protéger & n'empècherait pas qu'un bâtiment ne fit
pris en grande rade, par un autre bâtiment plus fort que lui. Pour tous les
cas, il faudrait y employer les boulets. rouges.
M. de Kerlerec ( depuis gouverneur de la Louifiane), ayant fondé le
port du Port-au.Prince, on donna fon nom à la pointe la plus avancée
qui fépare,les deux ports', &, dès l'origine, on projetta d'y faire: une batterie de 29 pièces. On y' avait même coulé des rochés pour former fa bafe.
Mais tout dit que des batteries flottantes feraient préférables à une fortification dans ce point, encore trop bas, 8c qu'on ne fortifierait qu'avec de
grandes dépenfes. Une batterie à mortiers fur le quai, une à la place de
l'ancienne batterie des Trois-Jofeph 9 auraient auffi plus d'utilité, que des
batteries, dont fe rient des vaiffeaux > qui peuvent mouiller à 1,000 ou 1,200
toifes d'elles.
Peut-être des chaînes , qui fermeraient le port, auraient-elles auffi de l'utilité, pour la défenfe maritime du. Port-au-Prince, où une baie trop vafte
& trop évafée ne permet pas d'en difputer l'entrée. Il faudrait de plus
maintenir la défenfe faite par M. la Porte Lalanne > le 15 Octobre 1757,
de couper les mangles qui fe trouvent fur les cinquante pas du roi & fur
les ilets, depuis l'embouchure de la rivière du Cul-de-Sac, jufques &c y
compris le Trou-Bordet.
Pour éviter les furprifes de l'ennemi , qui pourrait débarquer fur la côte
Sud, entre l'extrémité de la paroiffe &c la ville, on avait, même avant l'établif.
fement du Port-au-Prince 3 un corps-de-garde furlhabitation Féron. On mit
enfuite une redoute, avec quelques pièces de canon, fur l'habitation des hé.
embouchure de la rivière du Cul-de-Sac, jufques &c y
compris le Trou-Bordet.
Pour éviter les furprifes de l'ennemi , qui pourrait débarquer fur la côte
Sud, entre l'extrémité de la paroiffe &c la ville, on avait, même avant l'établif.
fement du Port-au-Prince 3 un corps-de-garde furlhabitation Féron. On mit
enfuite une redoute, avec quelques pièces de canon, fur l'habitation des hé. --- Page 454 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ritiers Piémont, puis , à environ 250 toifes plus à l'Oueft,un retranchement
qui, partant du rivage, courait au Sud-Oucft, & au bout duquel, à 250
toifes, était une redoute.
Dans la guerre de 1778, on a rétabli la batterie de l'habitation Piémont, ,
fur un monticule le long du canal Chavannes. On a décoré du nom affez
bifarre de fort Bagatelle, ces quatre pièces de canons.
A une lieue à POueft de la batterie Piémont, on. a placé fix canons fur
le fommet du morne où était autrefois la maifon principale de Phabitation
Bizoton. Cette batterie, très-bien placée. 1 défend une petite anfe qui eft audevant d'elle &c qui aau Nord un mouillage pour des. vaifleaux de 50 canons, 1 qu'on a appelée autrefois du nom de Port-Sallé, d'après P'habitation
voilne. Cette anfe communique au Port-du-roi par un canal qui court entre
Ia terre 8c des ilets de mangles., & où de groffes chaloupes peuvent naviguer. Ce canal avait été barré au mois d'Oétobre 1757, par une eftacade,
squ'on devrait rétablir en: tems de guerre. Le fort Bizoton défend auffi les
débarquemens. qu'on pourrait tenter pour venir attaquer le Port-au-Prince
par la gauche de cette ville. Il ferait à défirer qu'on y mit un fort pour
200 hommes au moins.
Il y a auffi à T'embarcadère de l'habitation Volant deux pièces de canons
& autant à celui du Trou-Bordet. On y avait fait autrefois un retranche.
ment en terre.
Il y. a de plus un canon qui protège l'embarcadère Mariani & deux fur
la droite du chemin au Morne-à-Bateau $ pour battre deux petites anfes. Mais
d'ailleurs, depuis la rivière de la Petite-Plaine, jufqu'au côté Oriental du
Morne-à-Bateau, ce n'eft qu'un défilé où il eft facile d'arrêter P'ennemi,
dès qu'on ne fe laiffera: pas furprendre,
Après avoir) dit que la ville du Port-au-Prince n'eft point par elle-même
fufceptible de défenfe, il eft naturel de penfer, puifqu'elle a une garnifon 3
que celle-ci doit avoir une retraite. 1 dans le cas oà les moyens dont je viens
de parler, feraient maitrifés par des forces fupérieures.
Le véritable point oû elle doit fe porter alors avec les milices qui s'y
feraient réunies, c'eft la gorge de la Gafcogne comme l'ont toujours dit
les hommes du métier; ; car le bourg. de la Croix-des-Bouquets n'eft pas
une polition avantageufe, quoique plufieurs perfonnes ayant eu l'opinion contraire
retraite. 1 dans le cas oà les moyens dont je viens
de parler, feraient maitrifés par des forces fupérieures.
Le véritable point oû elle doit fe porter alors avec les milices qui s'y
feraient réunies, c'eft la gorge de la Gafcogne comme l'ont toujours dit
les hommes du métier; ; car le bourg. de la Croix-des-Bouquets n'eft pas
une polition avantageufe, quoique plufieurs perfonnes ayant eu l'opinion contraire --- Page 455 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE,
traire 8c l'ayent même défigné pour la confruction d'une fortereffe 2 fans
remarquer que fa trop grande proximité de la mer en rendrait l'attaque fa.
cile, & laifferait à l'attaquant tous les avantages réfuitans du voifinage
de fes vaiffeaux.
Mais, comme l'obferve M. de la Merveillère 1 la gorge de la Gafcogne
étant placée au Nord-Eft de la plaine du Cul-de-Sac &c à 9 lieues du point
de départ, il y a une diftance trop longue 2 pour pouvoir être parcourue d'une
traite > dans une plaine où la marche fera inquiétée. Il faut donc chercher
à protéger le plus long-tems poilible ce qu'on ne doit abandonner qu'à la
dernière extrémité &c difputer 3 pied à pied, un terrain précieux &c de fuperbes établiffemens.
Pour cela, M. de la Merveillère propofe, au moins, 1 un camp retranché
dans le voifinage du Port-au.Prince. 1 & choifit de petits mornets qui fe détachent du morne de l'Hôpital & qui fe dirigent vers Belair, entre le chemin
de la Charbonnière & la plaine. Là, font d'excellentes pofitions
des
redoutes ou même de fimples retranchemens aifés à faire &c à défendre. pour On
pourrait s'y refferrer ou s'y étendre , felon le nombre des troupes &y oppofer toutes les chicanes dont le local eft fufceptible. Si l'on était forcé,
lon aurait le choix ou de gagner la Croix-des-Bouquets & d'aller par la
gorge de la Gafcogne au canton, des Sarrafins au Mirebalais, reconnu pour
le réduit général de la Partie de POueft, ou de monter les mornes qui
font au Sud du Port-au-Prince &c qui ont aufli des reflources militaires pour
s'y défendre encore & retarder, du moins, fi l'on ne peut lui échapper, la
néceflité de fe replier au Mirebalais.
LA paroiffe du Port-au-Prince m'offre à citer :
I°. M. Jofeph Ricord, dont j'ai déjà fait mention en parlant de l'arro:
fement des plaines de l'Artibonite & du Cal-de-Sac. En 1731, il arrofa
deux habitations de cette dernière &c en 1740, la fienne même, qui ne lui
avait coûté que 40,000 livres, &c qui compofant à préfent Phabitation de
S. A. S. le duc d'Orléans & celles du comte de Boulainvilliers & de M.
Arnoux, négociant de Nantes, vaut , pour le terrain feul 7 plus de deux
millions. & demi. En 1742, M. Ricord fit des baffins de diftribution à Léogane
& en 1743, les travaux par lefquels la rivière des Orangers arrofe
quatre
Tome 11.
K k k
à préfent Phabitation de
S. A. S. le duc d'Orléans & celles du comte de Boulainvilliers & de M.
Arnoux, négociant de Nantes, vaut , pour le terrain feul 7 plus de deux
millions. & demi. En 1742, M. Ricord fit des baffins de diftribution à Léogane
& en 1743, les travaux par lefquels la rivière des Orangers arrofe
quatre
Tome 11.
K k k --- Page 456 ---
442 DESCRIP TION DE LA PARTIE
fucreries du canton des Varreux, au Cul-de-Sac. Devenu commandant de
l'artillerie & capitaine de port au Port-au-Prince, il y fit plufeurs chofes
utiles à l'établiffement de cette ville. En 1756, il entreprit aux Cayes de
difpofer-15 habitations pour les rendre arrofables, & eut le même fuccès
fur 4 autres, à Acquin. M. Ricord a inventé des imoulins pour épurer
Ia terre dans une poterie 1 pour battre F'indigo &c. ; en un mot > toute fa
vie a été marquée par des preuves d'amour pour le bien public &c par l'emploi
utile de fcs talens.
20. M. Brevet, fecrétaire de la Chambre d'Agriculture du Port-au-Prince 1
qui a publié cn 1768, un Ffai fur la Culture du Café, avec P"Hiftoire Naturelle de cette plante, brochure d'environ IOO pages, in-12, juftement eftimée.
3°. M. Roberjot Lartigues, tréforier de la marine au Port-au-Prince. Le
21 Juin 1785, il vendit à M. Girault, curateur aux fuccellions vacantes
de la même ville, deux magafins, pour 180,000 livres. L'incendie de la nuit
du 29 au 30 étant arrivé, M. Girault, qui venait d'ètre témoin de la deftruétion de plufieurs magafins dont il était copropriétaire avec fes beauxfrères, s'en alla chez lui pour ne pas voir celle des magalins qu'il venait
d'acheter. Il y trouve M. Lartigue & lui communique fes inquiétudes. Ne
VOuS affigez pas, mon ami, lui dit-il, J les magafins Jont incendiés, j'annulle la
vente 6 je vous en rembrurfe le prix. Les magafins furent fauvés, & les dommages 7 que le deflein de les préferver avaient caufés, 9 furent promptement
réparés, par des nègres ouvriers que M. Roberjot Lartigues fit venir de
fon habitation.
4°. M. Joubert de la Motte, né à Chatean-Gontier, d'un père médecin
& médecin Jui-même de la faculté d'Angers. Il arriva fort jeune dans la
Colonie, en 1768. Lors du tremblement de terre de 1770, l'hôpital du Portau-Prince manquant de fecours, M. Joubert vint offrir les fiens. Après
une carrière laborieufe durant laquelle il avait rempli trois fois l'interim
de la place de médecin du roi, obtenu ce titre & celui de botanifte de Sa
Majefté, M. Joubert eft mort au mois de Mars 1787. Praticien inftruie
& lettré, doué d'un coup-d'ceil prompt, d'un jugement sûr & d'une déciiion hardie, il eut toujours le même zèle, la même activité, le même amour
pour fes devoirs. Il avait l'eflime générale 1 & la médiocrité de fa fortune,
comparée avec fes utiles travaux, a prouvé que chez lui, Phomme fenfible
Majefté, M. Joubert eft mort au mois de Mars 1787. Praticien inftruie
& lettré, doué d'un coup-d'ceil prompt, d'un jugement sûr & d'une déciiion hardie, il eut toujours le même zèle, la même activité, le même amour
pour fes devoirs. Il avait l'eflime générale 1 & la médiocrité de fa fortune,
comparée avec fes utiles travaux, a prouvé que chez lui, Phomme fenfible --- Page 457 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D OMINGUE, 443
& généreux, n'avait jamais été féparé du médecin. Aflocié de P'Académie
de Dijon, de la Société-Royale de Médecine de Paris 8c de la Société des
Sciences &c Arts du Cap-Français, M. Joubert a donné une Defcription de
l'épidémie du Port-au-Prince en 1770; un Opufcule fur l'épizootie qui a régné
en 1776, fur Ies boeufs 1 au Cul-de-Sac ; une Differtation fur le Tétanos &
des Oblervations météorologiques & médicales fur le Port-au-Prince. , publiées
dans les Affiches Américaines.
5°, M. Gachet, entrepreneur du Port-au-Prince qui, en introduifant le
premier à Saint-Domingue 1 en 1787 , dans les travaux publics, , l'ufage des
tombereaux à bafcule, connus depuis long-tems en France, a, par fon induf.
trie, réduit le prix de la toife de remblai de 82 livres à 28.
6°, Et enfn, M. de Ronferay 9 actuellement fénéchal du Port-au-Prince
& auparavant fénéchal à Saint-Louis 1 qui a toujours mis en bourle commune
les produits de fa place & de celle de fon Hicutenant-particulier pour faire
prendre le tiers du total à ce dernier. Cette conduite eft d'autant plus
noble, que dans aucune des Sénéchauffées de la Colonie, les émoluinens
de la place de lieutenant ne peuvent fuffire à l'exiftence de ce magiftrat ;
inconvénient aux fuites dangereufes duquel j'ai vu des faifeurs de tarifs affeêter
de ne pas croire 3 parce qu'il était alors à la mode de paffer pour économe 3
çomme f la crainte d'être injufte, ne devait pas l'emporter fur tout,
QUARTIER DE LÉOGAN E,
XXX X IV.
PARO OIS S S C D E Léoc A N E,
LE royaume de Xaragua, qui avait pour limites, 9 d'un côté 7 le royaume
de Marien dont il était féparé par le cours de l'Artibonite depuis la mer jufqu'à la chaîne frontière ; & de l'autre côté, le royaume de Maguana, dont la
chaine frontière le féparait en pallant dans PEft des étangs &c allant jufqu'à
la pointe de Bahoruco, , : était fous le gouvernement du Cacique Béhéchio, lorfque Chriftophe Colomb aborda à Saint-Domingue,
Kkke
7 le royaume
de Marien dont il était féparé par le cours de l'Artibonite depuis la mer jufqu'à la chaîne frontière ; & de l'autre côté, le royaume de Maguana, dont la
chaine frontière le féparait en pallant dans PEft des étangs &c allant jufqu'à
la pointe de Bahoruco, , : était fous le gouvernement du Cacique Béhéchio, lorfque Chriftophe Colomb aborda à Saint-Domingue,
Kkke --- Page 458 ---
444 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Selon le rapport des hiftoriens de ce tems, les hommes étaient mieux faits
dans le royaume de Xaragua que dans le refte de P'ile; on y trouvait plus de
noblelfe, de politeffe; d'aifance, &c. le langage y était plus élégant.
Béhéchio avait une foeur nommée Anacoana, qui, après la mort de Caonabo
cacique de Maguana, fon mari, fe retira chze fon frère. Anacoana, douée
d'un génie fupérieur à fon fexe &c même à celui des peuples de l'ile SaintDomingue, avait pris pour les Efpagnols des fentimens d'affedtion , & elle
les infpira à fon frère. Celui-ci étant mort fans enfans vers le commencement
du 16 fiècle, il laiffa le royaume à Anacoana.
A la même époque, Ovando venait d'ètre envoyé, par la cour d'Efpagne,
comme gouverneur de l'ile. Ce commandeur avait fait embarquer pour PEu.
rope l'Alcaide Roldan, foulevé depuis 1497, & fes principaux complices;
mais il reftait dans le Xaragua dcs partifans de Roldan qui, acquérant
encore de l'audace parce qu'on les avait épargnés, fe crurent tout permis envers Anacoana, dont ils parvinrent à aliéner les favorables difpolitions. Alors
ils conçurent le projet de Paccufer auprès d'Ovando de deffeins perfides contre
les Efpagnols.
Ovando, fans donner une confiance entière à cette accufation, annonça
qu'il allait recevoir le tribut d'Anacoana. II vint en effet avec 300 hommes
d'infanterie & 70 de cavalerie, de Santo-Domingo à la ville de Xaragua. La
reine 3 accompagnée de 300 caciques inférieurs &c d'un peuplc immenfe, alla
au-devant du chef efpagnol qu'clle conduifit dans fon palais, oà elle lui prodiguait chaque jour les marques de dévouement.
Le commandeur l'invita, à fon tour, à une fête à l'efpagnole pour laquelle
il l'engagea à réunir toutc fa cour. Elle était dans une falle immenfe, environnée de toute la nobleffc, &c la multitude garniflait toutes les avenues & la
place où la fète devait s'exécuter. Les Eipagnols arrivèrent; le commandeur
était à la tête de la cavalerie. Lorfque l'infanterie fe fut placée de manière à
être sûre de tous les accès, la cavalerie mit le fabre à la main, & au fignal
convenu que ft Ovando en portant la main fur fa croix de l'ordre d'Alcantara 2
le mafacre commença ; les cavaliers entrèrent dans la falle, fe faifirent d'Anacoana, l'entrainèrent 3 attachèrent les caciques à des poteaux & mirent le feu
au palais. Anacoana, traînée à Santo-Domingo, 2 y fut déclarée confpiratrice,
condamnée à être pendue & exécutéc.
convenu que ft Ovando en portant la main fur fa croix de l'ordre d'Alcantara 2
le mafacre commença ; les cavaliers entrèrent dans la falle, fe faifirent d'Anacoana, l'entrainèrent 3 attachèrent les caciques à des poteaux & mirent le feu
au palais. Anacoana, traînée à Santo-Domingo, 2 y fut déclarée confpiratrice,
condamnée à être pendue & exécutéc. --- Page 459 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 445
Cette exécrable adtion, fuivie pendant fix mois du carnage d'un nombre
immenfe d'Indiens de Xaragua, a trouvé des apologiftes dans quelques écrivains efpagnols qui foutiennent qu'Anacoana voulait réellement fe foulever.
Maisquel eft l'homme affez atroce pour penfer que ce motif, même vrai,
pourrait excufer un mallacre où l'on n'épargna ni les femmes, ni les enfans,
ni les vieillards ! Cet aéte fut trouvé fi horrible en Efpagne, que Ia reine
Ifabelle fit le ferment folennel de le punir fur Ovando, & qu'en mourant elle
demanda au roi Ferdinand de le retirer de Saint-Domingue.
Pour mieux affurer fa domination fanguinaire fur les Indiens qu'il diftribua
le premier en départemens, ou répartitions données à des efpagnols qui les employèrent au travail des mines, Ovanda força ceux de Xaragua à fe réunir,
&il en forma une ville. Il nomma celle-ci Sainte-Marie de la Vraie Paix, alliant
ainfi à fon forfait des idées religieufes & celles du bonheur dont la paix eft une
fource fi féconde.
Sainte-Marie de la Vraie Paix fat bâtie en 150+ à environ 4,000 toifes
dans P'Eit-Sud-Eft de la ville actuelle de Léogane. Elle obtint en 1508 pour
armoiries, un écu avec un chef chargé d'un pigeon. d'argent pofé fur un arcen-ciel de diverfes couleurs', & ayant à fon bec un rameau de finople ; au-deffous une paix telle qu'on l'employe dans les, églifes. On lui, préféra dansla fuite
une autre ville que les elpagnols placèrent vers la pointe de Léogane, & qu'ils
nommèrent Sainte-Marie-du-Port. Mais le nom primitif d'Taguana que les
Indiens donnaient à ce lieu, prévalut toujours.
Jérome Benzoni, Milanais, dit dans fon Hifoire Nouvelle du NouveauMonde, qu'en 1543:run bâtiment français vint faccager 8c brûler la ville
d'Yaguana, &c même gu'un capitaine efpagnol nommé Pierre Anzulles, arrivant
du Nom-de-Dieu à Yaguana, fix heures après ce défaftre, fe mit à la pourfuite
du français; mais qu'après un combat d'un quart-d'heure 7 le capitaine
Pierre Anzulles ayant. été tué 1 d'un coup de canon, le bâtiment efpagnol
prit la fuite.
Chriftophe Newport 4 parti de Douvres avec une efcadre compofée de trois
vaiffeaux, le Dragon d'Or, la Prudence &x la Marguerite, 1 &x de' la pinaffe
la Vierge, après avoir faccagé Ocoa, le I5 Avril 1592, vint attaquer le 27
la ville d'Yaguana, alors compofée de 150 maifons, mais il fut. obligé de fe
retirer. Il y rentra la nuit fuivante 1 &: la brûla entièrement.
vres avec une efcadre compofée de trois
vaiffeaux, le Dragon d'Or, la Prudence &x la Marguerite, 1 &x de' la pinaffe
la Vierge, après avoir faccagé Ocoa, le I5 Avril 1592, vint attaquer le 27
la ville d'Yaguana, alors compofée de 150 maifons, mais il fut. obligé de fe
retirer. Il y rentra la nuit fuivante 1 &: la brûla entièrement. --- Page 460 ---
DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
Y'aguana commençait à fe relever de ce défaftre 1 lorfque la cour d'Efpagne
prit la réfolution de diminuer dans PIle fes établiffemens maritimes, qui ne
lui paraillaient que des moyens de contrebande, & en 1606 les habitans
d'Yaguana réunis à ceux de Bayaha, allèrent fonder enfemble la ville de
Bayaguana
Il s'était écoulé environ un demi-fiècle depuis cette époque 3 lorfque des
Hollandais choifirent Yaguana pour un lieu de rafraichiffemens 7 d'oà ils
expulsèrent les Efpagnols. Ils n'y frent cependant aucun établillement; &
des Boucaniers français commencèrent alors à y paraître. Ce fut aflez pour
y attirer une petite colonie de la Tortue en 1663.
Parmi les colons premiers fondateurs d'Taguana, dont la prononciation françaife a fait Léogane, était d'Ogeron, qui s'était déjà laiflé perfuader à la
Martinique 1 en 1657, par quelques Boucaniers, de venir s'établir à Léogane, mais qui avait péri fur la côte de ce lieu, & y avait perdu tous fes
effets. D'Ogeron revenait en 1663 d'un nouveau voyage de France, & il fit
partie des 30 hommes qui paffèrent à Léogane.
Devenu gouverneur de la Colonie en 1665, il reprit fes vues fur cet
cndroit, encore bien faible en 1669, puifqu'on n'y comptait que 5o hommes
portant armes. Léogane était d'autant plus expofé 7 que les établiffemens
efpagnols n'en étaient pas extrèmement éloignés, & qu'il n'y avait point de
français depuis là juiqu'aux Gonatves.
Cependant l'influence de d'Ogeron fut fi grande, que prefqu'au même inftant
les Français qui s'étaient placés d'abord à la Pointe & qui avaient été établir
une bourgade à l'Efter, en formèrent une feconde connue fous le nom de la
Petice-Rivière, &c qu'au moment où M. de Baas, gouverneur-genéral des
Ifles, projettant la conquête de l'ile Hollandaife de Curaçao envoya chercher
du fecours à Saint-Domingue, cent hommes de bonne volonté de Léogane s'y
cmbarquèrent fur le vaiffeau la Petite-Infante, & que cent autres fe rendirent
au Petit-Goave & fe mirent à bord de l'Écueil, autre vaiffeau du roi. Ces
200 habitans, augmentés de 200 autres fournis par le refte de la Colonie,
firent voile de la Tortue le 19 Février 1673, mais PÉcueil, fur lequel était
d'Ogeron, fit naufrage à Porto-Rico dans la nuit du 25 au 26.
£) Vey. Defcription de la Partie Efpagnole > Tom. Ier. pag. 160.
irent
au Petit-Goave & fe mirent à bord de l'Écueil, autre vaiffeau du roi. Ces
200 habitans, augmentés de 200 autres fournis par le refte de la Colonie,
firent voile de la Tortue le 19 Février 1673, mais PÉcueil, fur lequel était
d'Ogeron, fit naufrage à Porto-Rico dans la nuit du 25 au 26.
£) Vey. Defcription de la Partie Efpagnole > Tom. Ier. pag. 160. --- Page 461 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 447
Ce fut lorfque d'Ogeron était dans cette ile que les Efpagnols firent faire
le grand chemin qui conduit de Santo-Domingo au Cul-de-Sac.
Cet infortuné gouverneur, échappé de Porto-Rico, vint à travers mille
périls chercher à la Tortue lés moyens d'aller fauver les Français que les
Efpagnols avaient fait prifonniers; mais cette expédition fut infructucufe, &c
il revint à la Tortue accablé de regrets de la perte de tant de braves, qui
moururent prefque tous des fuites de leur captivité, ou qui furent du moins
perdus pour Saint-Domingue.
D'Ogeron vint au commencement de 1674 réfider à Léogane pour en confolider l'établiffement, qui avait cela de curieux, qu'il était compofé de deux
paroiffes, 3 la Petite-Rivière & l'Efter.
De l'ancienne paroife de la Petite-Rivière.
CÉTTE paroiffe, dont Saint-Jacques était le patron 3 mais dont je ne connais
pas la véritable époque, avait un bourg fitué au bord de la mer & le long
d'un ruilleau appelé aufli la Petite-Rivière. Ce ruifleau a fa fource à environ
un quart de lieue , fur l'habitation Merger, & fon embouchure à deux petites
lieues de celle de la Grande-rivière d'un côté, & à cinq quarts de lieue de
la pointe de Leogané de l'autre.
Ce bourg, au-devant duquel il n'y avait mouillage qu'à une demi-lieue, placé
dans un point mal-fain, où l'on buvait de mauvaife eau 8c entouré de mangliers 2
avait 7 le 25 Mars 1768., une petite églife couverte de paille & qui offrait,
comme le prefbytère, tous les caraétères de la pauvreté. Le cimetière était
fans clôture.
En 1691 les Anglais attaquèrent la Petite-Rivière s mais ils furent repouflés
par les habitans.
Dès 1701 on voulut réunir la Petite-Rivière & l'Efter, mais Ia diverfité des
opinions les conferva l'un & l'autre. Lorfque le père Labat paffa à la PetiteRivière au mois de Janvier 1702, on y. comptait environ 60 maifons, &
l'églife, fituée. à 200 pas 2 était fi mal-propre, qu'elle lui rappela Béthléem,
àce qu'il dit. On n'y voyait plus que 32 cafes toutes couvertes de paille, &
unir la Petite-Rivière & l'Efter, mais Ia diverfité des
opinions les conferva l'un & l'autre. Lorfque le père Labat paffa à la PetiteRivière au mois de Janvier 1702, on y. comptait environ 60 maifons, &
l'églife, fituée. à 200 pas 2 était fi mal-propre, qu'elle lui rappela Béthléem,
àce qu'il dit. On n'y voyait plus que 32 cafes toutes couvertes de paille, & --- Page 462 ---
443 D. ESCRIPTIO N DELA PARTIE
ne formant, pour ainfi dire 7 qu'une rue 9 en 1705. Le II Février 17II, un
incendie n'épargna que 7 ou 8 maifons & l'églife, &c les Adminiftrateurs qui
méditaient fa fupreflion depuis 1710, défendirent,.1 le 22, de les rétablir, &
même de réparer celles qui en feraient fufceptibles. Le 20 Mai, on démolit
l'églife 9 dont on fit la chapelle provifoire de Léogane. Il ne refte aucun
de ce bourg , dont le terrain a même été vendu aux
veftige
propriétaires des habitations voifines.
De Pancienne paroife de P'ERer.
CETTE paroiffe, qui avait précédé celle de la Petite-Rivière & qui fut
enfuite féparée de celle-ci par la Rouillonne, l'emporta toujours quand il
fut queftion d'établiffemens publics.
Elle avait fon bourg au bord de la mer & de Ia rivière de
l'Efter, dans un
point éloigné d'environ deux lieues & un quart de la pointe de Léogane, & où
lon voit à préfent l'embarcadère de l'Efter. Le 30 Mars 1688, fon églife
était prefqu'auffi miférable que celle de la Petite-Rivière, mais on obligea les
paroiffiens à la réparer & à enclorre le cimetière, ce qui n'empéchait
qu'en 1702 la maifon du Seigncur ne fut encore indigne de lui.
pas
L'Efter n'était pas beaucoup plus fain que la Petite-Rivière, & fon mouil.
lage était expofé aux Nords 7 que ne ceffa pas de redoutér le comte de
Chateau-Renaud, alors vice-amiral, lorfqu'il y était avec fon efcadre au mois
de Mars 1702.
Le II Oétobre 1694, les Anglais vinrent de la Jamaique attaquer le
bourg de l'Efter avec 3 vaiffeaux, un brûlot & 2 barques. Ils y mouillèrent
à 8 heures du matin, & le canonnèrent jufqu'à cinq heures du foir. Les
habitans, parmi lefquels M. Couftard, confeiller, fe diftingua, rendirent vains
tous leurs projets, & ils ne purent que brûler l'un des deux petits bâtimens qui étaient dans la rade. Ils eurent 40 hommes tués ou blefTés.
Les Anglais ayant été plus heureux dans une attaque du Petit-Goave,
qu'ils pillèrent & ruinèrent en 1697, le Confeil Supérieur de cette ville vint
dans la même année tenir fes féances à PEfter, dans la maifon d'un particulier apppelé Françcis, où il demeura 28 mois à 300 livres par an. Le bourg était
tel,
l'un des deux petits bâtimens qui étaient dans la rade. Ils eurent 40 hommes tués ou blefTés.
Les Anglais ayant été plus heureux dans une attaque du Petit-Goave,
qu'ils pillèrent & ruinèrent en 1697, le Confeil Supérieur de cette ville vint
dans la même année tenir fes féances à PEfter, dans la maifon d'un particulier apppelé Françcis, où il demeura 28 mois à 300 livres par an. Le bourg était
tel, --- Page 463 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 449
tel, encore en 1700, qu'on fut obligé d'y tenir un criminel à bord d'un
navire, faute de prifons.
Cependant, f nous en croyons Labat, lEfer devait avoir pris un grand
accroiffement, puifqu'au mois de Janvier 1702 il y trouva la plupart des
maifons de charpente &x couvertes d'effentes. 6L Elles compolaient, dit-il,
9) plufieurs rues larges & bien percées ; en un mot, tout s'y reffentait de la
92 politelfe du quartier, qui était celui du beau monde, , la réfidence du gouver1) neur 3 celle du confeil & le féjour des plus riches habitans. L'églife
95 paroifliale - fans pouvoir paffer pour magnifique 1 était d'une propreté
17 décente. C'était un bâtiment de 80 pieds de long fur 30 de large, dont le
2> comble en enrayure n'était pas fans grace. L'autel était bien orné, les bancs
2) difpofés dans une belle fymétrie. La maifon du gouverneur était grande &
as commode, 3 précédée d'une belle avenue 3 & la falle était entourée des por31 traits de tous les gouverneurs de Carthagène, ",
Il m'eft cependant diffieile de faire concorder cette defcription avec les
comptes que M, de Galiffet, gouverneur par interim, rendait au miniftre
à la même époque, & où lEfter eft peint par lui comme un lieu miférable.
En 1705, il ne s'y trouvait que 15 mauvaifes cafes.
Le 7 Août 1702, fept vaiffeaux 8c une barque anglaife, de l'efcadre de
l'amiral Bambou, parurent devant P'Efer &c forcèrent M. de Morville à brûler
la Alûte la Gironde,qu'ily commandait. Les bâtimens marchands ayant appareillé
pour gagner le Petit-Goave, un vaiffeau Bordelais & un brigantin furent
pris fous voile ; un le fut au Grand-Goave & un autre fe coula à fond dans
CE dernier endroit. Pendant la nuit, M. du Clerc, major 1 fit réparer les
retranchemens, & le 8, à dix heures du matin, les Anglais commencèrent
fur PEfter une eanonnade de deux heures &c demie, pour envoyer bràler enfuite
un petit bâtiment de Nantes qui s'y était échoué.
Les Adminiftrateurs ayant arrêté, le 2 Mai 1710, d'établir la ville de
Léogane, la, fuppreflion de la paroiffe de PEfter fut confommée par une. autre
ordonnance du 15 Avril 1711,
Il ne refle abfolument rien de ce bourg, du local duquel j'aurai encore occafion de parler dans la Defcription.
La paroiffe de Léogane, qui a remplacé celles de la Petite-Rivière &. de
Efter, a pour limites :
Tome Il.
L11
2 Mai 1710, d'établir la ville de
Léogane, la, fuppreflion de la paroiffe de PEfter fut confommée par une. autre
ordonnance du 15 Avril 1711,
Il ne refle abfolument rien de ce bourg, du local duquel j'aurai encore occafion de parler dans la Defcription.
La paroiffe de Léogane, qui a remplacé celles de la Petite-Rivière &. de
Efter, a pour limites :
Tome Il.
L11 --- Page 464 ---
DESCRIPTION DE L'A PARTIE
A PER, la paroiffe du Port-au-Prince dont elle eft féparée par une ligne
qui partant du morne-i-Bateau, eft cenfée aller gagner le point du confuent
de la rivière du Fourq avec la Grande-rivière de Léogane; &c enfuite par la
rivière du Fourq jufqu'à la rencontre de la crête principale qui, près du
Guimby, prend la direêtion du Sud-Eft &c va fe réunir à la montagne de lz
Selle :
Au Sud, la paroiffe de Jacmel dont elle eft féparée par la montagne de la
Selle & par les crêtes de celles des Calumets, du Moufambe, de la Crête-àPiquans, des Palmes & des Olives, qui prolongent la Selle dans le fens de
PEft à TOueft ; & par les hauteurs des. Orangers, des Citronniers & des,Cormiers :
A TOueft, par la paroiffe du Grand.Goave > au moyen des hauteurs du
Fond-de-Boudin, du Grand-Harpon. 1 du Cog-qui-chante, du Fondoir, du Pak
mifte-à-vin, des Brignoliers, & par la montagne de la Saline jufque vers la
mer :
Et au Nord, entièrement par la mer.
La plaine de Léogane a environ 7 lieues dars fa plus grande Iongueur Eft &
Oueft, 3 & 3 petites lieues dans fa plus grande largeur Nord & Sud. Elle eft
bordée dans fon contour par des montagnes entre lefquelles font des gorges, &
qui ne laiflent à fes deux extrémités qu'une langue de terrain entr'elles & la
mer. On évalue fa pente à environ un pied par 40 toifes. Son fol eft généralement fertile. L'on y trouve même, dans certains points , jufqu'à 36 pieds de
profondeur , une terre végétale jaunâtre, légère, fableufe & ferrée recouvrant
nne terre grife mêlée de coquilles, qui a 5 pieds d'épaiffeur ; au-deffous une
terre glaife bleuâtre de rO pieds d'épaiffeur , & fous cette dernière couche des
mangliers, des mapous, des acajoux confervant leur écorce 1 & des offemens.
Le terrain eft cependant de nature différente : quelquefois il eft tenace & d'une
effrité , graveleux ou même pierreux ; la couleur
nature argileufe 1 quelquefois
de la terre eft noirâtre à la fuperficie, excepté dans l'extrémité vers le Portau-Prince où elle eft un pey rougeâtre. Comparée en maffe cette plaine rapporte moins que celles du Cul-de-Sac & de PArcahaye. Le fucre y eft néanmoins d'une grande beauté; mais elle en produit depuis long-tems fans repos
car la première fucrerie de la Partie Françaife a été celle que M. Deflandes,
habitant & depuis major pour le roi de Léogane, y commença en 1680,
ie, excepté dans l'extrémité vers le Portau-Prince où elle eft un pey rougeâtre. Comparée en maffe cette plaine rapporte moins que celles du Cul-de-Sac & de PArcahaye. Le fucre y eft néanmoins d'une grande beauté; mais elle en produit depuis long-tems fans repos
car la première fucrerie de la Partie Françaife a été celle que M. Deflandes,
habitant & depuis major pour le roi de Léogane, y commença en 1680, --- Page 465 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 451
Les parties voifines de la mer fur tout, font les plus épuifées, & il faut les
fumer.
Les premiers colons y faifaient du roucou & du tabac, que les vexations
d'une ferme dont deux commis arrivèrent au Cap & deux a Léogane en 1698 9
leur firent abandonner. L'indigo l'avait remplacé; à la même époque le cotonnier ne payait pas les frais de fa culture. Peu à peu les fucreries-fe font emparécs de ce fol fécond, & chacune d'elles a réuni plufieurs conceflions originaires ; il en eft même où l'on pourrait en compter 12ou IS- Ces petits habitans pafsèrent au Cul-de-Sac & à P'Artibonite.
La plaine de Léogane eft arrofée par une feule rivière qui fe trouve prefqu'à
J'une de fes extrémités & qu'on appelle la Grande-rivière de Léogane. Sa
fource eft peu diftante, comme je l'ai déjà dit, de celle de la Grande-rivière
du Cul-de-Sac, &c dans fon cours, qui eft d'abord de PEC à l'Oueft &c enfuite
du Sud au Nord, elle reçoit les eaux d'autres rivières, de ravines & de ruiffeaux, & notamment la rivière des Orangers qui vient du morne des Palmes.
Il y a cependant encore la rivière des Citronniers qui, arrivée dans la
plaine, prend le nom de rivière la Rouillonne, & la rivière des Cormiers.
Mais la rivière des Citronniers , en atteignant la plaine, ne peut fervir qu'à
8 dans le bas, qu'à faire tourner avec difficulté un moulin à
une habitation, 9
fucre, encore parce que des fources la reproduifent un peu, & ce moulin ne
reçoit même l'eau qu'au-deffous de l'axe.
La rivière des Cormiers ne mérite pas plus ce nom que la précédente.
elle
ruifleau
durant
de la moitié de l'anC'eft, comme
2 un fimple
qui 2
près
née, n'atteint même pas la plaine. Il y a auffi dans la partie inférieure de la
des fources dont quelques-unes fe font fait un lit jufqu'au rivage fans
plaine ,
pouvoir fervir qu'à défaltérer les hommes & à abreuver les animaux, &c d'autres qui napent & forment des portions marécageufes &c noyées.
Dès 1727 on avait fait des travaux pour conduire une portion d'eau de la
Grande-rivière de Léogane dans la ville, & des habitans s'en fervaient auffi
depuis le commencement du fiècle pour des moulins à eau; ; mais l'exemple de
la Grande-rivière du Cul-de-Sac infpira une idée plus vafte. En conféquence
24 habitans s'adrefsèrent aux Adminiftrateurs & demandèrent à fe partager Ies
eaux de la Grande-rivière en excluant quiconque ne ferait pas, fous quinzaine,
fa foumiffion de contribuer aux frais.
L112
ville, & des habitans s'en fervaient auffi
depuis le commencement du fiècle pour des moulins à eau; ; mais l'exemple de
la Grande-rivière du Cul-de-Sac infpira une idée plus vafte. En conféquence
24 habitans s'adrefsèrent aux Adminiftrateurs & demandèrent à fe partager Ies
eaux de la Grande-rivière en excluant quiconque ne ferait pas, fous quinzaine,
fa foumiffion de contribuer aux frais.
L112 --- Page 466 ---
452 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Le 17 Joillet 1735, il parut une ordonnance qui'les y autorifait & défignait M. Guyot, ingénieur, , avec lequel les intéreffés avaient fait un marché
le 22 Juin précédent, pour effectuer cette diftribution, terminée & agréée le
20 OCtobre 1737.
Les intérellés, au nombre de 27 , jouiffaient depuis 33 ans de la répartition 9
lorfque d'autres habitans de la plaine, à qui le trèmblement de terre de 1770
avait ravi pluficurs fources, la taxèrent d'injuflice. Ils là déférèfent même au
jugement des Adminiftrateurs qui, le 25 Mars 1771, renvoyèrent les. 12
fignataires de la demande d'une nouvelle diftribution, par-devant le Sénéchal
du Port-au-Prince; commillaire du tribunal-terrier. Cc tribunal , fur l'avis du
juge, ordonna, lc 22 Décembre 1773, le jaugeage de la rivière, & les,. Adminiftrateurs commirent, le 12 Avril 1774, M. Hefle, ingénieur 3 pour cette
opération deflinéea.vérifier f, comme le difaient 25 réclamans , la Granderivière avait aflez d'eau pour, les terres arrofables des 52 fucreries.
L'année 1774 ayant été fort pluvieufe, M. Hefle ne put tenter le jaugeage
que le 23 Mars 1775. Il trouva qu'avant de recevoir la rivière des Orangers,
la Grande-rivière donnait 108 pieds, 2 pouces, II lignes & demie, & après,
I14 pieds, II pouces, 5 lignes un quart cubes en une feconde de tems. L'expérience répétée le 29 Décembre, donna IIS pieds, IO pouces, 7 lignes & demie;
&c enfin le 2 Mars 1776, époque d'une grande féchereffe, M. Hefle trouva
74 pouces cubes d'eau par feconde, & conféquemment 45440 pieds cubes par
minute ; lefqucls multipliés par 70. livres & divilés enfuite par 23, font IE,I0O
pouces de fontainier. Le 29 Mai 1776, le tribunal-terrier ordonna une diftribution générale.
Les anciens foufcripteurs fe pourvurent, par appel, au Confeil des Dépèchcs où les autres firent valoir; 1°. la poffibilité de donner de l'eau à toutes les
habitations ; 20,-la fingularité de la diftribution primitive faite aux 27 habitations par portions égales, de manière que celle qui avait trois fois autant de
terre arrofable qu'une autre, n'avait pas un plus grand volume d'eau 5 30. un
vice effentiel de l'ordonnance de 1735 rendu public par mon Recueil des Loix
& Conftitutions des Ifles fous le Vent, de n'avoir jamais été fignée de l'Intendant ; 40. &c enfin un autre manque de formalité dans le défaut d'homologatics
des opérations terminées par M. Guyot en 1737C'elt d'après cela que le Confeil des Dépèches a ordonné, le 17 Mars 1797,
30. un
vice effentiel de l'ordonnance de 1735 rendu public par mon Recueil des Loix
& Conftitutions des Ifles fous le Vent, de n'avoir jamais été fignée de l'Intendant ; 40. &c enfin un autre manque de formalité dans le défaut d'homologatics
des opérations terminées par M. Guyot en 1737C'elt d'après cela que le Confeil des Dépèches a ordonné, le 17 Mars 1797, --- Page 467 ---
FR ANÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE 453
une diftribution nouvelle de la totalité des eaux de la Grande-rivière de Léogane &. de celle des Orangers entre tous-les propriétaires d'habitation de la
plaine, propertionaellement à l'étenduc dcs terres arrofables & un devis eftimatif qui fera communiqué à une afemblée générale des habitans. L'arrêt
autorife ies Adminiftrateurs à nommer un ingénieur pour ces opérations, à
juger toutes. les dificultés à cet égard, &x à faire provifoirément non-feulement fur çette diftribution, mais fur celle de toutes les eaux de la Colonie, un
réglement quifera cnfuite: foumis à Sa Majefté.
En envoyant cet arrêt aux Adminiltrateurs., le miniftre leur"a écrit une
dépécbe lei24 Mai fuivant, oà lon ne voit qu'avecune extrème furprife, cette
propofition qu'une ordcnnance comme: celle du 17 Juilletir735 (abitraétion
faite du défaut de fignature de PIntendant) ) n'eft que la conceffion d'une fimple
jonijiamces H/e. permilfhon tonjours révocabled la volonté du Jouverain, des quie le
bien pubiic 3 dont il efp juges le demande: principe qui appuyé dir pouvoir d'établir des règles fur les eaux, par un réglement qui fera poitéricur de 5O ans, à
l'ufage de celles de plufieurs. paroiffes, ne, peut que. répandre dé vives alarmes." Il eft S aifé de donner lapparence du bien public à une innovation dangereufe, que je ne puis m'empècher de dire que dans une colonie-qui, comme
toutes,celles des Antilles, n'el qu'un établiffement de manufactures, il * ne
faut pas que le. fort d'immenfes propriétés foit: incertain. La: diftribution originaire de la Grande-riviere de Léoganela aurait même mérité, après une jouif
fance de près de 30 ansi qu'on ne:s s'arrêtât pas à ce'qu'elle n'était fignée. que
de l'un des deux Adminiftrateurs, fi ellen'avait pas donné. à 27 manufactures
cequi peut. en faire réuflir 52. Len vrai, le feul principe en matière de diftribution d'eau aux Colonies, c'eft qu'elles doivent fervir à augmenter leurs
revenus.
MM: de la. Luzerne &ide Marbois ont rendu Ie 6 OGtobre 1787, une
ordonnance' qui nomme M: Daché, ingénieur du roi, & l'autorife à fe faire
aider par,deux arpenteurs; de fon: choix:
On travaille, encore en.ce moment au: plan: de cette nouvelle difribution fur
laquelle on penfe qu'elle procurera plus d'eau aux 52 habitations que les 27
premières, n'en avaient pour elles. feules; parce: que la prife d'eau mal faite
était anéantie à chaque débordement & qu'on n'avait employé aucun moyen
contre la déperdition de l'eas.. Il eft du moins bien vraifemblable, d'après les
ux arpenteurs; de fon: choix:
On travaille, encore en.ce moment au: plan: de cette nouvelle difribution fur
laquelle on penfe qu'elle procurera plus d'eau aux 52 habitations que les 27
premières, n'en avaient pour elles. feules; parce: que la prife d'eau mal faite
était anéantie à chaque débordement & qu'on n'avait employé aucun moyen
contre la déperdition de l'eas.. Il eft du moins bien vraifemblable, d'après les --- Page 468 ---
454 DESCRIPTION DELA PARTIE
jaugeages de M. Heffe, que le réfultat fera heureux ; car au Cul-de-Sac;
3,130 pouces d'eau de la Grande - rivière arrofent 7,988 carreaux & demi,
&
a
à Léogane on en a II,000 pouces, pour à-peu-près la même furface.
La plaine de Léogane eft divifée en plufieurs cantons. Le plus Oriental eft
celui de la Petite-Plaine ; puis en gagnant vers l'Oueft, on trouve ceux de
la Grande-rivière, de la Frelatte 4 de la Petite-Rivière, des Sources, de
l'Efter & de T'Acul; tous ceux-là font bordés de la mer. Au fond du contour
que forment les montagnes eft le canton du Grand-Boucan qu'avoifine celui du
Petit-Boucan. La plaine manque de bois &c de pierres 1 on y a cependant
encore des frênes &c des ormes. Ony compte 7 moulins à eau. Là, > comme
ailleurs elle eft plus précoce que les mornes &c la différence eft quelquefois de
deux mois pour certaines productions.
C'eft au canton des Sources, le premier que les Français ayent cultivé dans
cette plaine, que fe trouve la ville de #Léogane.
Vers 1700 comme on voulait, d'après les ordres du roi 1 réunir l'Efter &
la Petite-Rivière en un feul point, les officiers demandèrent que ce fût au
canton du Grand-Boucan au-deflous de l'ancienne Swinte-Mfaiedel.Yindie.
Paix. M. de Galiffet y ft même tranfporter de l'Efter , pour y
magafin du roi qui devint la poudrière & qui était fur un point de l'habitation loger, un
la Buiffonnière auquel il donna le nom de morne de la Santé, 3 parce qu'il
Était rétabli d'une maladie. On trouva la diftance à la mer trop grande. & s'y MAuger venant prendre le gouvernement en 1705, fit choix. de la pointe de
Léogane pour y mettre la ville proche de la mer. On y forma une
des cazernes y furent bâties & quelques maifons couftruites. Le confeil batterie, p
afiembla même depuis 1708 1 mais les maladies de ce local marécageux for- s'y
eèrent à renoncer à ce projet.
A la fin de 1709, les Adminiftrateurs confultèrent MM. de Charrite,
Cauvet & autres, & le choix fe fixa fur le lieu où eft maintenant la ville. De
là le mémoire de M. Cauvet du I5 Mars 1710 qui vante cette pofition &
l'ordonnance des Adminiftrateurs du 2 Mai qui l'adopte & qui preferit d'y
Gonftruire une églife.
Ce fut le19 Septembre 1710 que M. de Mithon, intendant, acquit
aôte devant Drouillard, notaire > de M. Ducaffe de Plaffac, colonel par &
éemgwandant pour le roi au quartier du Cul-de-Sac, deux habitations contigues
moire de M. Cauvet du I5 Mars 1710 qui vante cette pofition &
l'ordonnance des Adminiftrateurs du 2 Mai qui l'adopte & qui preferit d'y
Gonftruire une églife.
Ce fut le19 Septembre 1710 que M. de Mithon, intendant, acquit
aôte devant Drouillard, notaire > de M. Ducaffe de Plaffac, colonel par &
éemgwandant pour le roi au quartier du Cul-de-Sac, deux habitations contigues --- Page 469 ---
FR A NÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 455
& fituées au lieu vulgairement nommé la Pointe, avec les bâtimens étant fur
aette fucrerie ( excepté le moulin ), moyennant 18,000 livres tournois & la
réferve d'un emplacement dans la ville ,a laquelle ce terrain était definé.
M. Cauvet la traça & lui donna la forme d'un oêtogone avec 6 côtés à peu
près égaux & deux côtés plus grands. Elle devait être fermée par une enceinte
avec dix baltions & ily aurait eu quatre paflages 3 l'un pour aller vers le Culde-Sac, un vers le Petit-Goave, un vers le canton de PEfer & le quatrièmé
vers l'embarcadère de la Pointe. Cette forme a fait place depuis à celle d'un
carré long. Le fervice divin y fut célébré pour la première fois le 26 Avril
1711; le confeil fupérieur y vint du Petit-Goave au mois de Mars 1713,
&le 15 Mars 1715, il y avait déjà 5,484 pieds d'emplacemens pris & qui
fur le pied de 3 liv. 12 fous, avaient produit 19,742 liv. ;' c'elt-à-dire plud
que le terrain entier n'avait coûté.
Pour donner à Léogane le caraetère le plas marquant du titre de capitale,
M. TIntendant acheta, le 19 Février 1717 moyennant 30,000 livres, de M.
Daniel Millon, confeiller du confeil fupérieur, une habitation vulgairement
appelléc la Belle-Hôtelle; fituée à environ 600 toiles de la ville, ayant une
mailon de 70 pieds de long fur 28 de large & fes dépendances > pour y loger le
gouverneur-général de la Colonie.
M. de Châteaumorand qui avait agréé cette acquifition 1 vint réfider à
Léogane, ce qu'imita M. de Sorel, fon fucceffeur 1 jufqu'au mois d'Avril
1723 que les agitations caufées par la Compagnie des Indes, le portèrent à fe
rendre au Petit-Goave. M. de Champmellin & M. de la Rochalar ayant donné
la préférence à ce dernier lieu 3 les gouverneurs s'y tinrent jufqu'à Larnage
qui vint réfider àl Léogane 7 quoique le projet d'établir PAcul du Petit-Goave
le conduisît très-fouvent dans ce lieu. Il ramena, au mois de Janvier 1739; le
confeil à Léogane, d'ou cette cour ne fortit plus que pour aller au Port-auPrince en 1752.
A cette dernière époque la ville de Léogane, qui avait fouffert du tremblement de terre de 1751, perdit, avec les Adminiftrateurs, le confeil & la Sé
néchauffée, la majeure partie de fon lufre. Cependant fa fituation Iui reftait
& c'étaitencore un féjour agréable lorique le tremblement de terre de 1770A
la renverfa. M. de Nolivos envoya même, 3 après la deftrudtion du Port-auPrince, deux dragons pour favoir fi Léogane pouvait devenir un afile, mais
blement de terre de 1751, perdit, avec les Adminiftrateurs, le confeil & la Sé
néchauffée, la majeure partie de fon lufre. Cependant fa fituation Iui reftait
& c'étaitencore un féjour agréable lorique le tremblement de terre de 1770A
la renverfa. M. de Nolivos envoya même, 3 après la deftrudtion du Port-auPrince, deux dragons pour favoir fi Léogane pouvait devenir un afile, mais --- Page 470 ---
DESCRIPTION DE LA PAR T.IE
fon fert lui fit perdre l'occafion de recouvrer peut-être tout ce que le Port-auPrince lui avait ravi.
La ville actuelle de Léogane (Voy, l"'Atlas ) rebâtie depuis 1770, mais toufours dans le Iocal de 1710 quieft fabloneux 5 eft à-peu-près à égale diftance 'des
deux extrémités de la plaine, & à environ. I,200 toiles de la mer. C'eft un carré
long dont les deux grands côtés qui courent du Nord-Ouelt au Sud-Eft, ont 400
toifes,& les petits qui vont du Nord-Eft au Sud-Oueft 320. Les rues quifont très.
bien percées bordées: d'ormes & au nombre de 155 féparent 25 ilets inégaux 8c
dont 14, qui forment les côtés extérieuts, font féparés par de. petites ruelles
& ont, dans quelques endroits > d'agréables jardins.
ci : 11
Les rues ne font point pavées & elles n'ont pas toutes un égoût fuffifant;
de forte que l'eau ftagne dans plufieurs points, &c l'on voit dans d'autres des
amas d'ordures & de chofes combuftibles près de maifons de bois.
Dès l'établiffement de Léogane il a été défendu d'y couvrir les maifons en
paille, Qn en voyait
En 1721
82.
En 1764
279.
En 1776
263En 1761 269.
En 1770
317.
En 1789
280.
Ces maifons de la même nature que celles du Port-au-Prince , parce que
l'ordonnance du 8 Août 1770 leur eft commune 1 font en général meublées
avec beaucoup de gott &c une forte de luxe que ce goût dirige. Elles font .trèsaérées & la correfpondance des. ouverttires y eft obfervéé comme un grand
moyen d'en rendre le féjour frais, Il y a' plufieurs maifons qui préfentent le
pignon à la rué. Cette difpofition leur a été donnée parce. qu'elle eft regardée
comme plus folide contre les tremblemens de terre dont Léogane offre plufieurs
traces dans des portions de maifons de pierres de taille que femblent diré que
leur folidité n'eft pas un motif pour. s'y confier.
Les maifons ont des galeries ou trotoirs de 5 à8 pieds de large 2 mais ils
ne font ni alignés, ni nivelés, &c par conféquent ils font très-fouvent inutiles
aux paflans.
des ilets de. la ville vers le bas, celui de ces ilets
Dans Pavant-dernicr rang
qui eft le plus au milieu entre les. deux grands côtés 1 forme la place qui a
environ 60 toifes en carré, &c oh. de belles maifons fervent de magalins. Elle a
fur chaque face un rang d'ormes de Saint-Domingue qui protègent de leur
ombre ceux qu'atttirent le marché établi fur cette place > par une ordonnance
dy
aux paflans.
des ilets de. la ville vers le bas, celui de ces ilets
Dans Pavant-dernicr rang
qui eft le plus au milieu entre les. deux grands côtés 1 forme la place qui a
environ 60 toifes en carré, &c oh. de belles maifons fervent de magalins. Elle a
fur chaque face un rang d'ormes de Saint-Domingue qui protègent de leur
ombre ceux qu'atttirent le marché établi fur cette place > par une ordonnance
dy --- Page 471 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
du 9 O&tobre 1716. Ces ormes & ceux des rues font mal entretenus & fe couronnent par la manie de les tailler & de lés ébrancher faris ceffe. L'ufage
d'avoir des arbres dans les rués des pays chauds, a fes approbateurs & fes.
défapprobateurs. J'incline à penfer que dans les rues qui ont une largeur
convenable comme celles de Léogane, & où ils procurent de l'ombre fans
interceptér l'air, ils ne font qu'utiles.
C'eft fur le côté Sud-Eft de cette place qu'a toujours été l'églife de Léogane. Les frais de Ia première qu'on y conftruifit &x qui était la plus belle de
la Colonie ainfi que le prefbytère furent payés par une fomme de 15,000 liv.
de legs faits aux églifes, & qu'on appliqua à celle-ci, & par une contribu.
tion volontaire des paroifliens. M. Mithon, intendant, qui était de ce nombre
donna 150o liv. M. le Maire lui fit des dons que l'on reconnut le 17 Septembre
1741,en accordant un banc à fes héritiers dans la chapelle des fonds baptifimaux,
&unef fomme de 1,600 liv.en ft donner un à M. Galbauddu Fort, ,leayMars1742.
Ce premier temple, un peu endommagé par le tremblement de terre de 1751,
fut renverfé par celui de 1770. On eft au moment d'achever l'églife qui doit
le remplacer & qu'on conftruit fur le fol de l'ancienne fans autre changement
de diminuer fa longueur de 12 pieds. Elle eft fort belle, acrée, élevée & fpa- que
cieufe 3 & coûtera 200,000 liv.; fa charpente femble faite pour confoler de la
perte de celle de l'églife précédente, que tous les connoiffeurs admiraient.
C'eft la, & à une toile en avant du dernier pilier
à
pofé gauche en
entrant dans le fanétuaire, , que repofent les cendres de
Larnage 3 réunies à
celles d'une fille qu'il perdit l'année précédente en bas âge. C'eft dans ce point
ignoré qu'à été placé celui qui, confidérant la Colonie entière comme fa famille, voulut en être le père & en mérita le titre. Toute la Colonie parle
de fa vie, fon nom eft dans toutes les bouches, fon fouvenir. gravé
dans tous les cceurs. J'ai treffailli d'une tendre & douloureufe véné.
ration en me faifant moatrer par un ancien colon, le tombeau de ce modèle de
tous les gouverneurs, 5 je me fuis fenti pénétré de ce refpedt religieux qu'inf,
pire la bienfaifance, &j'ai regardé comme un devoir facré d'indiquer à toute
la Partie Françaife où git celui qui l'a tant aimée &c qui en eft encore fi chéri
Heureufe la ville qui conferve un dépôt auffi précieux & qui peut dire que le
temple qu'elle élève à la gloire du Créateur, renferme les reftes de fon plus
bel ouvrage, 3 un homme vertueux !
Tome II,
M m m
pedt religieux qu'inf,
pire la bienfaifance, &j'ai regardé comme un devoir facré d'indiquer à toute
la Partie Françaife où git celui qui l'a tant aimée &c qui en eft encore fi chéri
Heureufe la ville qui conferve un dépôt auffi précieux & qui peut dire que le
temple qu'elle élève à la gloire du Créateur, renferme les reftes de fon plus
bel ouvrage, 3 un homme vertueux !
Tome II,
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458. DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Pendant un an, après le fervice fait à Larnage le 12 Février 1747, par
ordre du confeil fupérieur, aux dépens de la Colon'e, dont cctte cour voulait
exprimer l'afliction, cn conferva une repréientation près de laquelle brûlaient fix
cierges. Il n'eft pas permis de blâmer cette preuve de la douleur publique; mais
il femble qu'un marbre chargé d'une infeription fimple, aurait dà rappeller la
perte, encore irréparée, que la Colonie fit alors , & nul colon, , aimant fon pays
ne ferait venu à Léogane fans vouloir lire l'épitaphe du meilleur adminiftrateur: de ces poffeffions élaignées à qui un efprit rare, une ame fenfible & une
expérience de' 36 ans avaient appris à les connaître & à les gouverner (r). Mais cette pierre gravée par les mains de la vérité, aurait fans doute eu le
fort de celles qui avaient été pofées fur les tombeaux de M. de Montholon, intendant 1 mort lé 17 Décembre 1725, &c de M. de Laporte Lalanne, s mort le
15 Décembre 1759, & enterrés l'un & l'autre dans le cimetière de Léogane, 1
où M. de la Chapellé., intendant 7 mort le 9 Oêtobre 1737, avait été mis aufi,&
qui était alors à. Pextrémité fupérieure du terrain du gouvernement. Après le
tremblement de terre de 1770, des particuliers fe permirent d'employer à leur
propre utilité les matériaux qu'ils trouvaient à leur convenance ; & le proprié. taire de la première maifon à la droite de l'églife, ft fervir à fon perron les
deux pierres tombales dont je viens de parler.; 8 comme la vue des inferiptions lui attirait des réproches; quelques coups de cifeau les firent difparaître. (1) Charles Branier, marquis de Larnage, d'une" ancienne maifon de Dauphiné, entra au fervice
en. 1704 en qualité d'aide-de-camp de M. de Phelypeaux, licutenant-général des armées du roi. Fait fous-lieutenant au régiment d'infanterie de Sanzay le IO. Avril 1705, il y devint capitaine le
19 Mai 1706. II ft les campagnes de Flandres, de Piémont, fe trouva à Turin & à Pignerolles
au fége de Toulon, à Suze, à la prife de Sefanne en Dauphiné. La paix étant regardée comme
certaine , il obtint, le 3 Juillet 1710,. une compagnie dans les troupes détachées de la marine: &
pafaà la Martinique avec le même M. de Phelypeaux, nommé gouverneur-général des Iles,, &
qui,arrivé. le 3 Janvier 1711,ft M, de Larnage capitaine de fes gardes. Il fut lieutenant de roi
de Marie-Galante le ier. Août 1714, de la Grande-Terre Guadeloupe le 16 Août 1721, de la
Trinité à la Martinique le ler.
une compagnie dans les troupes détachées de la marine: &
pafaà la Martinique avec le même M. de Phelypeaux, nommé gouverneur-général des Iles,, &
qui,arrivé. le 3 Janvier 1711,ft M, de Larnage capitaine de fes gardes. Il fut lieutenant de roi
de Marie-Galante le ier. Août 1714, de la Grande-Terre Guadeloupe le 16 Août 1721, de la
Trinité à la Martinique le ler. Décembre 1722, gouverneur de la Grenade le ier, OStobre 1727
de la Guadeloupe le 18 Juillet 1734, & enfin goaverneur-général des Ifles fous lc Vent le
Ier. Jaillet 1737Il mourutaufort-Royal du Petit-Goave, agé de 59 ans, le 19 Novembre 1746, à deux heures du
matin, d'une maladie gangréneufe compliquée de goutte, laiffant une veuve, qui était dans la
Colonie , quatre fils & trois filles.
le ier, OStobre 1727
de la Guadeloupe le 18 Juillet 1734, & enfin goaverneur-général des Ifles fous lc Vent le
Ier. Jaillet 1737Il mourutaufort-Royal du Petit-Goave, agé de 59 ans, le 19 Novembre 1746, à deux heures du
matin, d'une maladie gangréneufe compliquée de goutte, laiffant une veuve, qui était dans la
Colonie , quatre fils & trois filles. Mad. de Larnage fit tranfporter & inhumer fon mari à Léogane. Elle obtint, en 1751,une penfion de 3,ocoliv. furles fonds de la Colonie, --- Page 473 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 459
C'eft ainfi que l'avidité d'un particulier détruit en un inftant des témoignaiges que la reconnaillance publique ou l'adulation veulent tranlmettre i la poftérité.
L'églife de Léogane eft fous l'invocation de Sainte Rofe de Lima, qui était
la patrone de la paroifle de l'Efter. Tous fes regiftres &x ceux de PEfter &-
de la Petite-Rivière qu'on y avait tranfportés, ont été brûlés en 1719- Les
doubles de ces regiltres & ceux de l'ile Sainte-Croix, dépofés tous au greffe
de la Sénéchauffée de Léogane > furent transférés-avec lui au Port-an-Prince,
où ils ont éprouvé les effets du tremblement de terre de 1770. Le confeil fupé.
rieur les avait faits retranfcrire en 1759, attendu le mauvais état des: ori.
ginaux.
On voit dans une efpèce de petit cimetière qui eft derrière l'églife &c après
le clocher, le tombeau provifoire de M. de Chaftulé, habitant de Léogane, 9
mort dans la guerre de 1756. Ayant défiré, par fon teftament, que fon corps
fat envoyé en France, à la paix, dans le lieu de la fépulture de fes ancêtres 9
ila a été mis dans un cercueil de plomb & placé dans: ce cimetière fur des tré,
taux & maçonné, en attendant que fes héritiers fe rellouviennent de fes dernières volontés.
Le cimetière eft à préfent vers l'angle Sud de la ville, dans l'efpace où
était primitivement la poudrière.
A l'angle de l'ilet qui eft dans l'Ef de la place 7 font les prifons. Elles occupent le local d'une maifon où fiégeait le confeil fupérieur &c la Sénéchauffée;
un double efcalier conduifait à l'un & à l'autre ; les prifons étaient au-deffous.
Celles aCtuelles font affez aerées, mais malgré l'épaiffeur des murs, l'eau
pénètre dans les cachots. & y caufe une humidité dangereufe.
Ce ne fut qu'en 17II qu'on conftruifit un auditoire pour la Sénéchauflée
de Léogane qui était à PEfter depuis 1685, époque de fa création 1 & Ie
même local fut préparé pour reçevoir auffi le confeil lorfqu'il vint y fiéger
en 1713Les habitans de Léogane ne ceffent pas de regretter la perte de cette Sénéchauflée 8c de PAmirauté qui en était devenue la conféquence depuis 1717.
En 1761, ils donnèrent à la Chambre mi-partie d'Agriculture & de Commerce,
un mémoire pour revendiquer ces deux tribunaux fur le Port-au-Prince, dont
les habitans firent une réponfe, Des fix délibérans de la Chambre, quatre étant
M m m 2
en 1713Les habitans de Léogane ne ceffent pas de regretter la perte de cette Sénéchauflée 8c de PAmirauté qui en était devenue la conféquence depuis 1717.
En 1761, ils donnèrent à la Chambre mi-partie d'Agriculture & de Commerce,
un mémoire pour revendiquer ces deux tribunaux fur le Port-au-Prince, dont
les habitans firent une réponfe, Des fix délibérans de la Chambre, quatre étant
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450 DESCRIPTIO N DE LA P A R TIE
de Léogane & deux du Port-au-Prince, chacun opinapour le lieu qu'ilhabitait.
M. de Clugny, en adreflant ce réfultat au Miniflre, le 26 Juillet 1762,fut
défavorable à Léogane, 1 qui revint à la charge en 1769 & en 1776. Fn
1782, le Sénéchal du Petit-Goave follicitaitl le tranfport de fon fiége à Léogane.
Depuis encore, les, habitans ont: renouvellé leur réclamation, mais toujours
infrucueufement, &t il faut avouer que le Port-au-Prince a des droits plus
réels à la pofleffion qu'ils lui difputent.
Au Nord de la ville de Léogane & dans fon enceinte, font des fources qui
lui fourniflent une eau abondante &c pure. Elles tarirent au tremblement de
terre, & ne reparurent qu'en 1780. Hl en eft même une quine s'eft reproduite
qu'en 1786. Il faudrait faire quelques travaux pour les raffembler & en conferver l'eau, & ne pas fouffrir, comme à préfent, 3 que les blanchifleufes
aillent laver à leur naillance. Elles doivent fournir l'eau à une fontaine que le
gouvernement projette de faire élever au milieu de la place.
Lorfqu'en 1762 il fe forma un (pectacle au Port-au-Prince, les aéteurs
allaient jouer. quelquefois à Léogane. Peu de mois après, 3 il y eut une troupe
fédentaire, dirigée par M. Paffeté, comédien ; mais au bout de 18 mois, le
fpectacle tomba.
A la fin de 1771, des comédiens du Port-au-Prince vinrent à Léogane fous
la direétion de M. Vergne, puis ils allèrent à Saint-Marc en 1772. Cieft dane
cet intervalle que Volange y joua quelquefois comme amateur, lorfque fes
aêtes d'huiffiers le conduifaient du Port-au-Prince à Léogane.
Cc fut alors auffi que mourut Mile, Morange, aétrice. Lorfque le curé qu'oi
avait été chercher pour la confefler vint, elle était fans connaiffance & clie
expira peu de tems après. Le Pafteur promit cependant de l'enterrer, & il
envoya le drap mortuaire & les autres chofes néceflaires pour l'expofition du
corps. Celui-ci était placé depuis deux heures 1 lorfque changeant d'idéc, le
curé envoya reprendre ce qu'il avait donné pour la cérémonic,
Les comédiens 1 étourdis par cette variation : rentrèrent la bierre & timrent
confeil. La Claverie, l'un d'eux, prit la parole : Mon avis eff 928 nous l'enterrions
nous-mémos dans le cimsetiere. Y'ai été dix ans abié, jeJais le ritael, ES repoferswous entiereinent fur msi. Toutes les têtes firent le figue d'approbation &c il fut
arrêté qu'on fe raflemblerait le foir à onze heures pour readre les derniers
devoirs à M"e, Morange. On partit, & La Claverie marchant devant le cortege,
parole : Mon avis eff 928 nous l'enterrions
nous-mémos dans le cimsetiere. Y'ai été dix ans abié, jeJais le ritael, ES repoferswous entiereinent fur msi. Toutes les têtes firent le figue d'approbation &c il fut
arrêté qu'on fe raflemblerait le foir à onze heures pour readre les derniers
devoirs à M"e, Morange. On partit, & La Claverie marchant devant le cortege, --- Page 475 ---
FRANÇAIS E DE SAINT.DOMINGUE 461
chantait les prières d'ufage. Vers la fin de Pinhumation, ; il alla fonner les
cloches, prétendant que fans elles l'enterrement ne ferait pas canonique.
Le lendemain, 3 le curé dénonça ce fcandale à la juftice. Il y eut un décret de
prife de corps lancé çontre le fonneur , qui, quittant alorslc nom de La Cla.
verie, prit celui de Saint-Martin, fous lequel il eft mort directeur du fpec.
tacle du Port-au-Prince en 1784, & cette feène comico-funebre n'eut pas
d'autre fuite.
Léogane n'avait pas de théâtre depuis 14 ans, lorfqu'a Pâques 1786,
Labbé , quarteron, 1 créol du Cul-de-Sac, riche & enthoufiafte de comédie.,
en forma un & y attacha des acteurs tirés des autres troupes de la
Colonie.
La falle de fpeétacle eft dans une maifon ordinaire, & a confervé la forme
d'un carré long. Elle eft petite & bafle ; aufli a-t-on été forcé de renoncer à
P'ulage d'éclairer le théâtre avec des lampions dont l'odeur &c la fumée étaient
infupportables. On a pratiqué, de chaque côté, un balcon qui formc les loges.
Ony entre par l'extrémité oppofée au théâtre, de manière que ceux qui fe
placent jufqu'au fond ont de la peine à en fortir avant la fin du
fpeétacle 3
quand le refte s'eft rempli, Au bout & fur l'orchefire, eft, à droite, la loge
du commandant pour le roi, 1 à gauchc, celle de l'officier d'adminiftration.
On les diftingue Pune & l'autre à une petite claire-voie &c à un morceau de
maroquin rouge qui couvre Pappui rembouré du devant de la loge. Les premières loges peuvent recevoir environ 5o perfonnes de chaque côté. L'amphithéâtre qui peut en contenir à peu-près 70, eft deftiné aux gens de couleur,
qui s'y placent en confondant les nuances > mais de manière que les femmes
foient fur le devant. La partie inférieure forme le parterre & l'orcheftre, Quatre
violons, ) un clairon & un baffon compofent celui-ci. Le parterre, oà peuvent
être 180 perfonnes, a dix bancs de chaque côté , à partir de Porchefre; on eft
debout dans le refte de l'efpace. Sous la loge de l'officier d'adminiftration,
en
eft une grillée, c'eft celle du direéteur.
Le fpeétacle peut donc contenir environ 400 perfonnes. Il eft éclairé par les
bougies du théâtre & par quatre luftres de bois placés aux quatre angles & formés
d'une queue clouée au plancher., & dans laquelle font emmortoifées deux traverfes de bois garnies d'une bougie à chaque bout. Le théâtre eft
petit, comme
tcut le reke, mais les décorations font gaies & fraiches.
ée, c'eft celle du direéteur.
Le fpeétacle peut donc contenir environ 400 perfonnes. Il eft éclairé par les
bougies du théâtre & par quatre luftres de bois placés aux quatre angles & formés
d'une queue clouée au plancher., & dans laquelle font emmortoifées deux traverfes de bois garnies d'une bougie à chaque bout. Le théâtre eft
petit, comme
tcut le reke, mais les décorations font gaies & fraiches. --- Page 476 ---
462 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
On joue pour la direétion le jeudi, le dimanche & les fêtes, & les abonnemens fulpendus font pour le mardi & le famedi. Toutes les places font
indiltinctement à une gourde. La garde confifte en un brigadier & 3 hommes
de maréchauffée &x en IO hommes de milice, gens de couleur, à la tête
deiquels eft le direêteur Labbé lui-même, comme fergent de milices.
L'entrée du fpeétacle eft petite; c'eft la porte d'une maifon. La galerie de
quatre pieds qu'elle a en avant fert à abriter le receveur, dont une chandelle
éclaire les opérations.
Si l'on pouvait apporter dans un pareil lieu l'idée de la comédie enchantereffe
qui fait les délices de la capitale de la France, on ferait bientôt puni de fon
injuftice. Mais il n'eft pas vrai que les autres fpeétacles de la Colonie ne
doivent pas fouffrir de parallèle avec celui de Léogane ; & il eft peut-être
tcl jour où ce ferait à celui-ci à en rougir. On a dit dans les Affiches Américaines, du 2 Août 1787, qu'on avait pratiqué avec art dans la couverture
de cctte falle des trous, qui montrant quelquefois la pluie $ les éclairs & le
tonnerre, rendaient dans certaines pièces à tempêté Pillufion parfaite. Pour
moi, qui n'y ai pas rencontré ces effets du hafard, je me rappelle d'avoir
aflifté avec plaifir à quelques repréfentations & d'y avoir applaudi en 1788
une jeune actrice, qui, d'après ce qu'elle avait acquis depuis fon début aux Cayes
en 1784 1 promettait d'ajouter aux annales théatrales de la Colonie un exemple
auffi heureux que celui de fa foeur, que j'ai louée à l'article du fpeétacle du
Port-au-Prince.
D'ailleurs, fi la perfection engéndrait feule le plaifir, il faudrait la croire
bannie de plufieurs lieux de la terre, & prefque toujours des Colonies. Les
fpeétacles dans ces dernières, entretiennent la fociabi'ité, ils adouciffent les
mccurs, ils enfeignent la langue ; enfin, ils peignent & des vices & des
vertus. , dont la leçon n'eft pas toujours perdue. C'eft un amufement pour les
habitans de la ville, &x une récréation pour ceux de la plaine.Les abonnemens
font trop modiques 1 à I50 livres par an , pour n'être pas à la portée de tout
le monde. Je fais donc des voeux pour la durée du fpeétacle de Léogane,
fur tout quand je confidère que fon direéteur n'y cherche pas de gain; & fon
motif eft trop généreux pour que je ne m'empreffe pas de le louer.
Léogane a toujours eu un état-major. Sa lieutenance de roi, aufi ancienne que
fon établillement, fut fupprimée en 1759, rétablie en 1769, & enfin fup:
de tout
le monde. Je fais donc des voeux pour la durée du fpeétacle de Léogane,
fur tout quand je confidère que fon direéteur n'y cherche pas de gain; & fon
motif eft trop généreux pour que je ne m'empreffe pas de le louer.
Léogane a toujours eu un état-major. Sa lieutenance de roi, aufi ancienne que
fon établillement, fut fupprimée en 1759, rétablie en 1769, & enfin fup: --- Page 477 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE. 453
primée en 1793- La majorité, également aufi ancienne, fut fuppriméc en
1762,mais cllea été rétablic cn 1783. Il y a cu un aide-major depuis 1727
jufqu'en 1733 , que le roi l'a fupprimé.
Depuis que le fiège du gouvernement a été transféré au Port-au-Prince. 3 il
y a toujours à Léogane un officier d'adminiftration de la marine.
En 1725, Léogane avait pour garnifon deux compagnies des troupes détachées de la marine; en 1736,3; en 1751 & 1752, 2, 8c enfuite point;
depuis 1763 jufqu'en 1769, des bataillons des régimens d'Europe ou un dé.
tachement de la légion de Saint-Domingue ; à préfent elle n'en a point; en
tems de guerre 1 le régiment du Port-au-Prince y fournit un détachement fi
on le juge néceflaire.
Ily a un garde-magalin, un commis aux clafles, un tréforier des invalides 9
un receveur de l'octroi & un commis aux fucceflions vacantes.
Un arrêt du Confeil de Léogane, du 16 Mars 1705, donna 30 hommes de
maréchauffée au quartier de Léogane; d'après l'ordonnance du 8 Février 1775,
la ville a un exempt, 2 brigadiers & 8 archers.
Cette, ville a de plus 4 notaires, un étalonneur, un geolier, un médecin du
roi, un chirurgien du roi, 7 chirurgiens ordinaires, un apothicaire du roi, un
apothicaire de P'Amirauté, un apothicaire ordinaire, un artifte vétérinaire >
deux arpenteurs.
Au Sud-Eft de la ville, eft une grande favane appartenante aul roi, &c qui
fait partie de l'ancien terrain du gouvernemeut $ dont la maifon principale 3
maçonnée entre poteaux, $ était à environ 200 toifes de la ville. A l'arrivée de
Larnage, 1 elle fervait de logement aux ofliciers de l'etat-major & de la garnifon
depuis 15 ans. Il la fit couvrir à neuf, &c y ajouta deux ailes de maçonnerie 1
de 20 pieds de long. Elle fervit de cazernes depuis 1763 jufqu'en. 1769, &c
elle a été renverfée, par le tremblement de terre de 1770. On n'apperçoit
plus, de tout cet établillement, qu'un pilier de la porte d'entrée, 9 tournée vers
la ville , &c qui fervait aux perfonnes à pied.
Lors de la diftribution des eaux de la Grande-rivière de Léogase, la ville
y fut colloquée pour 6 pouces carrés. Puis cette eau, jugée inutile à la ville
fut entièrement employée au fervice du gouvernement, qui en recevait même
8 pouces.
Du terrain de celui-ci, qui était de 8S carreaux, 64 furent donnés par le
la porte d'entrée, 9 tournée vers
la ville , &c qui fervait aux perfonnes à pied.
Lors de la diftribution des eaux de la Grande-rivière de Léogase, la ville
y fut colloquée pour 6 pouces carrés. Puis cette eau, jugée inutile à la ville
fut entièrement employée au fervice du gouvernement, qui en recevait même
8 pouces.
Du terrain de celui-ci, qui était de 8S carreaux, 64 furent donnés par le --- Page 478 ---
464 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
roi à M. de Laporte Lalanne , le 9 Février 1752. Ce don était affez confidé,
rable en foi, mais cet intendant qui ne fe laffait pas de demander, obtint de
fon collègue, M. Dubois de la Motte, le rer. Septembre fuivant, l'eau du
gouvernement. Le tout a été vendu par lui à la fucrerie de M. Michel,
en 1755, pour une fomme de 132,000 livres. Les 24 carreaux qui reflent
ont excité plufieurs fois de nouveaux défirs, & Mde, la princeffe de Lamballe
les avait même demandés en 1788 pour un protégé; mais les Adminiftrateurs
ont répondu au miniftre que cet efpace était utile au fervice & même à la
ville en cas d'incendie & de tremblement de terre. Le fol eft. plein de galets
& la mauvaife herbe y croît à peine. On y met les chevaux de la maréchauffea
& l'on y a placé en 1770 le magafin à poudre 7 qui était dans la ville depuis
1720. On ferait charmé d'y voir quelques allées d'arbres, qui, fans exiger
une grande dépenfe, égayeraient encore la fituation de la ville de Léogane, 1
& procureraicnt à fes habitans une promenade charmante,
L'intendant a toujours logé dans une maifon particulière à fon choix,
lorfqu'il a réficé à Léogane.
A l'extrémité Sud-Oueft de la rue qui paffe devant l'églife & à toucher la
ville, eft le terrain de l'hôpital,
En 1698, la Aûte la Gloutonne chargée d'effets pour l'établiflement des deux
hôpitaux du Cap & de Léogane, vint débarquer à PEfter ceux deftinés à ce
dernier. Il y arriva en même-tems deux religieux de la Charité envoyés de la
Guadeloupe. M, Ducafle acheta, fur le champ, pour eux, une habitation
jugée propre à élever des animaux & à former une cacaoyère. Ils affermèrent
cette habitation & la reprirent en 1702. L'hôpital même fut mis àl PEfter, &
établi en 1700 3 époque où il avait déjà fait dépenfer dans la Colonie, environ
40,000 liv. En 1702, M. de Galiffet arrangeant une affaire, fit donner à Phô.
pital 3,000 liv. & 4 nègres ; un huiflier lui paya 2,400 liv. pour un faux, &
un habitant qui avait caffé le bras d'un de fes nègres 1 fut condamné à en
donner un al'hôpital. Au mois d'Octobre fuivant, l'hôpital qui avait une feule
falle de 16 lits & une petite chapclle au bout, était tellement infuffifant pour les
foldats &c les matelots, qu'on en foignait dans des maifons de l'Efter. Les
foldats donnaient alors deux fous & leur farine, & les matelots quinze fous par
jour. On y traitait de plus 8 pauvres gratuitement.
J'ai parlé, à l'article de T'hôpital du Cap, des lettres-patentes de 1719 & de
1732, accordées pour les deux.
Lo
lits & une petite chapclle au bout, était tellement infuffifant pour les
foldats &c les matelots, qu'on en foignait dans des maifons de l'Efter. Les
foldats donnaient alors deux fous & leur farine, & les matelots quinze fous par
jour. On y traitait de plus 8 pauvres gratuitement.
J'ai parlé, à l'article de T'hôpital du Cap, des lettres-patentes de 1719 & de
1732, accordées pour les deux.
Lo --- Page 479 ---
FRANGAISE D E SAINT.DOMINGU E. 455
Lc 19 Février 1722, les religicux de la Charité achetèrent , moyennant
32,200 liv., l'habitation qu'ils pofsèdent au canton de l'Acul.
Les falles de l'hôpital ayant eu deux pieds d'eau dans un débordement du 24
Juillet 1724 , M. de la Rochalar voulait qu'on le tranfportât au Petit-Goave 9
ce qui n'eut pas lieu. En 1726, on y voyait deux malades dans un lit &
quelques-uns de plus fur de fimples matelas.
Enfin T'éloignement où l'hôpital fe trouvait de la nouvelle ville de Léogane
& de la rade, déterminèrent les religieux à acheter le 19 Décembre 1737, à
la barre du Siège 1 le terrain aétuel dépendant d'une faillite 1 &z où fe trouvaient des bâtimens de maçonnerie. Ils vendirent pour cela une partie de ce
qu'ils poffédaient, , & notamment le terrain où était leur hôpital à PEfter.
Le Ier, Août 1739, les Adminiftrateurs firent un réglement fur les deux
hôpitaux du Cap &c de Léogane (V. tom. Ier., 3 pag. 569 ). &c le 14 Avril
1749, un autre réglement établit à Léogane le médecin du roi du Petit-Goave
& l'affujettit ainfi que le chirurgien-major à vifiter l'hôpital chaque jour.
La fituation des affaires de cet hôpital &c la mort de plufieurs religieux 3
avaient porté l'intendant à lui nommer 3 Adminiftrateurs, le 3 Juillet 1751,
lun pour la fucrerie ( M. Belloc ) 3 les deux autres pour les malades 9 ( MM.
IHermite & Begouen). Il prefcrivit d'y avoir un aumônier, préfenté par les
deux chefs de la Colonie &c approuvé par le préfet apoftolique &y mit trois
garçons chirurgiens fous les ordres & au choix du médecin du roi.
Le terrain où eft l'hôpital a une étendue de 31 carreaux. Il eft dans une
fituation on ne peut pas plus avantageufe 3 à environ I20 toifes de la ville d'où
l'on arrive par une double allée d'ormes. L'air y eft pur &c très-favorable aux
malades. On y voyait, avant le tremblement de terre de 1770, des infirmeries
de maçonnerie & couvertes d'ardoifes où l'on a mis jufqu'à 300 malades en
1769. Le refte des bâtimens était analogue à ceux-là.
L'hôpital actuel eft un bâtiment couvert d'effentes, de S0 pieds de long fur
24 de large. Il eft en charpente fur folage 1 paliffadé en planches avec une
galerie tournante 1 aux angles de laquelle on a fait 4 cabinets; ; un pour les
garde-robes, un pour F'apothicairerie, un pour la falle des morts ; le quatrième eft pour la facriftie &c correfpond à la chapelle qui eft au bout de la falle.
Cette dernière ne contient que 28 lits deftinés pour les pauvres qui y font bien
& pour qui l'on renouvelle l'air pendant la nuit, au moyen des ouvertures
Tome II.
N n n
tournante 1 aux angles de laquelle on a fait 4 cabinets; ; un pour les
garde-robes, un pour F'apothicairerie, un pour la falle des morts ; le quatrième eft pour la facriftie &c correfpond à la chapelle qui eft au bout de la falle.
Cette dernière ne contient que 28 lits deftinés pour les pauvres qui y font bien
& pour qui l'on renouvelle l'air pendant la nuit, au moyen des ouvertures
Tome II.
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456 DES C RIP TIO N D E LA PARTIE
garnies de plomb qu'on a pratiquées dans le comble. On compte que cet hôpital reçoit environ 350 malades par an & qu':l en périt un fur 8. Quand il y a
plus de malades que de lits, des matclats mis fur des cadres les reçoivent.
Les religieux & l'aumônier, qui fait dans l'enceinte toutes les fonétions
curiales 7 font logés dans un refte de bâtiment épargné par le tremblement de
terre de 1770. Il eft de charpente 1 boufillé entre poteaux & couvert d'effentes.
Les débris des infirmeries ont fervi à faire quelques magafins.
L'hôpital avait autrefois le fuperflu de l'eau du gouvernement & les fix
pouces qui fe rendaient, à travers fon jardin potager, fur l'habitation Bineau.
Les religieux ont élevé à ce fujet des réclamations que le tribunal-terrier a
rejettées le 8 Janvier 1785.
Ils jouiffent cependant de plufieurs fources confidérables qui naiffent fur leur
terrain même & entr'autres une dont l'eau limpide & légère eft la boiffon des
citadins qui font dans fon voifinage. La réunion de ces fources forme un courant d'eau à l'aide duquel le moulin de l'habitation Bauffan eft mû; elles
empliffent aufli un étang d'environ IOO pieds en carré & de trois pieds &c demi
de profondeur où lon prend des poiffons qui pèfent jufqu'à 12 liv. A côté de
cet étang font les cuves d'une indigoterie effayée il y a IO ans,& que la
nature du terrain a forcé les religieux d'abandonner.
La dépenfc de l'hôpital eft payée par le produit de la fucrerie de PAcul,
appellée la Coudre, d'environ 60 carreaux de terre & qui eft fufceptible de
donner IIO milliers de fucre blanc. Cette refpectable deftination ne rendit que
plus cruelle la perte d'environ 500,000 liv. qu'un incendie fit éprouver à cette
habitation, le 20 Avril 1786, en brûlant quatre pièces de cannes 3 le moulin,
les purgeries &c l'étuve remplies de fucre, les cafes à bagaffes > &c. &c.
L'adminifiration de Phôpital eft, depuis plufieurs années 7 confiée au père
Paileur Chanoine qui réunit aux lumières, l'expérience des maladies coloniales
& qui mérite un double éloge & comme médecin & comme chirurgien.
Il me femble aflez naturel que mon Leêteur fe demande comment dans un
pays riche &c où l'on eft hofpitalier il fe trouve des hommes réduits à fe
faire traiter par charité. Ces hommcs font des gens de mer qui cachent ce
titre pour n'être pas punis de leur défertion; ; des pacotilleurs ou des ouvriers
qui nouvellement arrivés dans les villes & vivant au jour le jour, font attaqués
d'une maladie grave & longue qui les prive de toutes les reflources. C'ef cC
qui prouve encore plus lutilité des Providences.
&c où l'on eft hofpitalier il fe trouve des hommes réduits à fe
faire traiter par charité. Ces hommcs font des gens de mer qui cachent ce
titre pour n'être pas punis de leur défertion; ; des pacotilleurs ou des ouvriers
qui nouvellement arrivés dans les villes & vivant au jour le jour, font attaqués
d'une maladie grave & longue qui les prive de toutes les reflources. C'ef cC
qui prouve encore plus lutilité des Providences. --- Page 481 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE 467
Arrivé à Léugane au commencement de 1725, Caftelveyre, à qui le Père
Vaffal, fupérieur de la Miflion, en communiqua l'idée > prit un magafin & y
recueillit plufieurs pauvres malades qu'il y. fervait & qu'il traitait lui-même.
Ce touchant exemple excita encore les habitans. Sur un mémoire du Père
Vaffal, dès le mois de Mars de la même année, Mad. Françoife de Caflaing, 9
veuve de M. Pierre Caffaigne &c native de l'ile Saint-Chriflophe 1 promit un
terrain &c cent piftoles chaque année pendant fa vie ; tous les ouvriers du quartier offrirent leurs travaux gratuitement ; M. Chauveau, habitant de SaintMarc, foufcrivit pour 10,000 liv., M. Delafond pour 6,000 liv., & d'autres
pour de moindres fommes, afin d'établir une Providence fous la direétion de
Caftelveyre 9 & tel qu'ill'a créée depuis au Cap. Les Adminiftrateurs approuvèrent ce pieux deffein ; Mad. Caffaigne fit élever provifoirement un hofpice
avec huit lits fur fon terrain au Nord de la Rouillonne 8 près des favanes de
la ville, & elle en fit tous les frais. M. de Montholon, intendant. 3 y attacha
quelques efclaves.
Mad. Caffaigne ayant pallé en France, elle laiffa le foin de l'hofpice à Mad.
Petit, & fit le 12 Mai 1730, chez M. Bouron, notaire à Paris, don à la
paroiffe &c aux pauvres de Léogane, du terrain de l'hofpice, formant 12 carreaux, de 2,000 liv. chaque année pendant fa vie, , & de 60,000 liv. à fa
mort, à la charge de dire chaque jour dans la chapelle de l'hofpice, une
mefle pour le repos de fon ame. D'après cette donation acceptée par le procureur-général des Miflions des frères Prècheurs en Amérique > on follicita des
lettres-patentes qu'on n'obtint point. Néanmoins le Minifire, comme s'il n'avait eu de ces faits qu'un notion vague, 1 écrivait aux Adminiftrateurs le 12 Septembre 1742, qu'il ferait à défirer que Mad. Caffaigne exécutât fon deffein.
Elle mourut en 1744, & l'on trouva un teftament olographe du 6 Juin 1739
& des codiciles du 6 & du II Février 1744, où elle faifait en outre le leg de
fon habitation pour y former un couvent de Dominicaines qui fe chargeraient
de l'éducation des jeunes perfonnes du fexe à Saint-Domingue, 8tc. &c.; difpofitions que les héritiers ont fait annuller par un arrêt du Confeil du Port-auPrince du 31 Janvier 1772.
Le 3 Mars 1749, M, Delafond, dont j'ai déjà parlé, légua auffi fon bien
àl Thofpice; mais tant de moyens font reftés fans effet, & Léogane n'a pas
de Providence.
Nnn 2
chargeraient
de l'éducation des jeunes perfonnes du fexe à Saint-Domingue, 8tc. &c.; difpofitions que les héritiers ont fait annuller par un arrêt du Confeil du Port-auPrince du 31 Janvier 1772.
Le 3 Mars 1749, M, Delafond, dont j'ai déjà parlé, légua auffi fon bien
àl Thofpice; mais tant de moyens font reftés fans effet, & Léogane n'a pas
de Providence.
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DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Le commerce de la ville & de la paroiffe de Léogane fe fait par la rade du
même nom. Un chemin très-droit d'environ 1,200 toifes, qui part de l'angle
Nord-Ouelt de la ville &t quia la direction de TEfL-Sud-Eit à l'Oueft-NordOueft 1 y conduit. Pour micux connaître cette rade 1 examinons la côte entière
de la paroilfe fur laquelle on remarque que la mer empiétc.
Ily a de l'embouchure de la rivière de la Petite-Plaine oà cette côte commence, jufqu'à l'embouchure de la Grande-rivière, environ 1,200 toifes ;
entre les deux eft le Trou-Mouflique où ilya un embarcadère & mouillage
pour des batcaux, mais expofé aux nords. Sur l'habitation qui elt au Sud du
Trou-Moufique Sc d'oà la vue elt extrèmement agréable, on a mis une vigie
qui fignale pour toute la plaine ce qui fe montre"au large. De l'embouchure de la
Grande-rivière à celle de la rivière la Frelate oà eft un cmbarcadère, on
compte 1,400 toifes. A 780 toifes au-delà eft une batterie établie par Larnage 3
après laquelle à 830 toifes en eft une autre. appellée la batterie des Pères de
la Miflion, 3 parce qu'elle eft fur le bord de Phabitation des Dominicains.
Six de ces religieux , à leur venue de l'ile Sainte-Croix en 1696, obtinrent près du bourg de la Petite-rivière, un terrain o ils mirent leur couvent.
Le 31 de la même année, par afte devant Bachelier, notaire à Léogane, ils
achetèrent une inaigoterie compofée de trois conceffions, & formée en tout de
31 carreanx un quart pour 9,500 liv. Pnis le IO Juin 4698 un atitre terrain
contigu pour 1,300 liv., & le 12 Février 1699 un troifième auffi contigu pour
2,400 liv. Le 16 Mai 1738, environ un carreau & un quart pour 6 mulets; c'eft
ce qui, ajouté à 160 pas fuperficiels donnés, le 3 Mars 1735,1 par M. Duclos
intendant. 3 & M. Louis Merger fon beau-frère, à condition de célébrer chaque année dans la chapelle clauftrale de Sainte-Magdelaine de Phabitation des
Dominicains, un fervice pour les ames de Mefdames Duclos & Merger, compofe à préfent l'habitation de la Miflion oû le préfet apoftolique a réfidé jufqu'en 1771. Elle a environ 156 carreaux & 180 nègres de tout age. On en a
formé en. 1739 une fucrerie qui a un moulin à eau.
Le revenu de cette. habitation, à laquelle celle du Trou-d'Enfer (paroifle
du Port-au-Prince ) d'environ 36 carreaux & une petite place aux Cormiers,
fourniffent des vivres & du bois, réuni au produit de la fucrerie de Cavaillon,
eft de plus de cent milie livres annuellement.
C'eft la pieufe intention de protéger ces Miflionnaires qui a fait établir originairementla batterie de Jeur nom, &: où eft un embarcadère.
au.
Le revenu de cette. habitation, à laquelle celle du Trou-d'Enfer (paroifle
du Port-au-Prince ) d'environ 36 carreaux & une petite place aux Cormiers,
fourniffent des vivres & du bois, réuni au produit de la fucrerie de Cavaillon,
eft de plus de cent milie livres annuellement.
C'eft la pieufe intention de protéger ces Miflionnaires qui a fait établir originairementla batterie de Jeur nom, &: où eft un embarcadère. --- Page 483 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE
A 8ootoifes de cette batterie, eft l'embouchure de la Petite-rivière, au bord
de laquelle était le bourg de ce nom ; TOO toifes plus loin eft encore un embarcadère & une batterie que l'on nomme même le Fort de la Petite-rivière 1
eipèce de pentagone en terre ordonné par Larnage en 1742, Plus loin font l'embarcadère &c la batterie Mercerie du nom de T'habitation où ils font. La batterie eft à gauche de l'embarcadère 8c à droite du ruiffeau appellé la Concorde;
fes feux croifent avec ceux du fort la Pointe.
Toutes ces Latteries font bien placées, parce qu'il y afur toute cette partie
mouillage depuis 1OO jufqu'à 200 toifes., mais où les bâtimens ne. peuvent
tenir qu'avec des tems ordinaires, parce qu'il n'eft pas abrité. D'aillcurs le
pays eft fourré, avec un fol de vafes, de falinages entremelé de lagons ; de
forte que ces batteries peuvent être entourées d'eau avec un petit pont pour
fe replier. Enfin, à environ 1,300 toifes de la batterie Mercerie, eft la pointe
de Léogane.
Elle' eft en effet la pointe la plus avancée de la paroifle. Les Efpagnols qui
avaient mis près d'elle Sainte-Marie-du-Port, Tappellaient la' pointe dés Canificiers qu'elle portait encore en 1665, parce qu'elle produifait de ces arbres
en très-grande quantité 1 8c que c'était un des objets principaux de fon commerce. On a vu que les Français s'y étaient établis deux fois,mais que le mauvais air de ce lieu aquatique le Ieur avait fait abandanner.
Sur cette pointe eft le fort la Pointe fait en 1702, reétifié en 1742 pàr les
nègres de corvée s prefque anéanti en 1770 par le tremblement dé terre 7
& compofé à préfent d'une batterie dont les 17 pièces font deftinées à protéger
le mouillage qui eft à environ r5o toiles dans le Nord de cet ouvrage (Voy.
T'Atlas) &c les magafins de l'embarcadère. Un détachement d'artillerie' du
Port-au-Prince 8c des canoniers-milices, y font le fervice en tems de guerre; ;
durant la paix on y met un gardien. Au bas du fort vers la mer, efb un,
pilotis garni de pingouins intérieurement. La latitude de ce fort. elt, felon M.
de Puyfégur 1 de 18 degrés, 32 minutes, 15 fecondes, & fa longitude de 75
degrés, 3 5 minutes, 15 fecondes. De là on découvre, fur la gauche, la pointe
de Miragoane qui fe prolonge > & avant laquelle eft le Petit-Goave, fenfibler
par un enfoncement près duquel les terres s'abaiffent. A droite eft Ia pointe
de Saint-Marc, &c au Nord-Oueft la Gonave.
La rade cft foraine & couverte, au Nord, par des reflifs fous l'eau 1 qui
de 75
degrés, 3 5 minutes, 15 fecondes. De là on découvre, fur la gauche, la pointe
de Miragoane qui fe prolonge > & avant laquelle eft le Petit-Goave, fenfibler
par un enfoncement près duquel les terres s'abaiffent. A droite eft Ia pointe
de Saint-Marc, &c au Nord-Oueft la Gonave.
La rade cft foraine & couverte, au Nord, par des reflifs fous l'eau 1 qui --- Page 484 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
tiennent à la pointe. La mer y eft toujours dure & clapoteufe, elle eft cependant d'une bonne tenue, mais fon fond s'exhauffe, &c l'on prétend que depuis
1732 il s'eft élevé de 60 pieds. On y mouille fort loin de terre. Le nombre
moyen des bâtimens d'Europe qu'on y voit eft de 8 1 outre une dixaine de caboteurs. Des acons portent à bord les denrées que les cabrouets ont conduites à
l'embarcadère.
Cet embarcadère de la Pointe, où il y a eu long-tems un magafin public ,
a 35 maifons. Quelques-unes font au bord de la mer même, les autres font
a cent pas plus loin. Elles font affez jolies & il y en a à étage. Les plus diftantes du rivage font entourées de bouquets de cocotiers qui donnent l'air
animé à cette petite bourgade affez dirigée dans le fens du chemin de la
Pointe à la ville. II y a, prefque à la lame, un pont de pierre déformais
inutile 7 que le confeil de Léoganc avait ordonné le IO Septembre 1746, fur
le foflé qui traverfait cet embarcadère & qu'exécuta M. Ricord.
Depuis l'établiffement de la ville de Léogane 3 on a toujours parlé d'ouvrir
un canal entre elle & la mer. Une ravine appellée la rivière des Sources 2 qui
traverfe une partie du fol de la ville, a fervi d'argument aux approbateurs de
projet. M. de la Chapelle intendant, écrivait même au Miniftre, le I5 Mars
1737, que les 6 pouces d'eau de cette rivière pourraient être augmentés par
les eaux de la Rouillonne & par la décharge de plufieurs canaux venant de la
Grande-rivière: ; qu'il y avait 21 pieds & demi de pente, 9 & que des écores
élevées formaient déjà les deux tiers. du canal auquel on donnait 24 pieds de
large; il aurait commencé à 80 toifes au-deffus de la ville par un quai & des
magafins. M. de Larnage difait, le I5 Novembre 1738, qu'on avait vérifié
qu'il faudrait, pour foutenir l'eau, trois éclufes comme celles du canal de
Languedoc ; 200,000 liv. de dépenfe & un entretien auffi cher que le charroi
par cabrouets. M. Verret croit à la facilité de l'exécution. Enfin M. Mozard,
dans les' Affiches Américaines du. 2 Août 1787, a foutenu, & je fuis de Ce
fentiment, , que les eaux de ce canal qu'obftrueraient fouvent les débordemens
des ravines, finiraient par être flagnantes & que leurs émanations feraient
meurtrières.
En fuivant la côte après le fort la Pointe, vient le redan Bineau, ordonné par Larnage en 1742, abandonné depuis &c relevé en 1776. Son feu
croife avec celui du front gauche du fort la Pointe ; il faudrait qu'ilfut retranché par fa gorge. Plus loin eft l'embouchure de la Rouillonne.
eraient fouvent les débordemens
des ravines, finiraient par être flagnantes & que leurs émanations feraient
meurtrières.
En fuivant la côte après le fort la Pointe, vient le redan Bineau, ordonné par Larnage en 1742, abandonné depuis &c relevé en 1776. Son feu
croife avec celui du front gauche du fort la Pointe ; il faudrait qu'ilfut retranché par fa gorge. Plus loin eft l'embouchure de la Rouillonne. --- Page 485 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 471
En s'éloignant encore de 1,800 toifes, on trouve l'embouchure de la
rivière de PERer, fa batterie & fon embarcadère, qui font à environ une lieue
4 du fort la Pointe. C'eft là qu'était le bourg du même nom, 3 dont le fite eft
marqué par 15 cales couvertes de paille 3 qu'habitent quelques pécheurs
blancs & des gens de couleur libres. On y donne des calindas le famedi, on
y vend du tafia; &c ce qui eft aflez remarquable, c'eft que ces individus. ,
qui n'ont point de propriétés foncières 8c qui viennent pauvres former ces
barraques 1 font toutes les femaines des tranfports de denrées au Port-au-Prince
& finiffent par s'enrichir.
C'eft dans l'églife du bourg. de l'Efter qu'a été enterré, , le 14 OCtobre 1705,
M. Auger qui, d'abord lieutenant de roi à la Martinique en 1686 & enfuite
gouverneur de Maric-Galante en 1692 & de la Guadeloupe en 1695, vint
conmander à Saint-Domingue en 1703. Une Auxion de poitrine qui fe manifefta
le 7, l'emporta le 13.
Le même lieu a reçu M. Deflandes, le prémier qui, comme fubdélégué de
Tintendant-genéral des Ifles, eut les fonctions d'intendant à Saint-Domingue
en 1704; ; il mourut à l'Efter le 27 O8tobre 1707.
A environ 250 toifes de la bourgade de l'embarcadère, eft un cimetière où
l'on enterre les nègres efclaves du voifinage. On y a planté une croix, & ce
lieu s'appelle le terrain des Pères, 1 parce qu'il faifait partie de celui fur lequel
les pères de la Charité étaient établis a l'Efter. A une forte lieue' de PEfter,
eft PAcul.
A environ 950 toifes de l'Acul de Léogane 3 eft la ravine de Brignolles ,
& à 800 toifes de là, le Trou Jean-Roger, d'environ 300 toifes d'enfoncement fur 200 de largeur moyenne, &c 1012 toifes d'ouverture. Il a allez
d'eau pour contenir à l'abri des Nords des bâtimens paffablement grands;
mais outre un ilet de mangles d'environ 30 toifes de diamètre qui eft à fon
milieu, fon entrée a une barre qui varie depuis 5 pieds d'eau jufqu'às brafles.
On peut fortifier l'ilet.
Les premiers moyens de défenfe de Léogane furent deux petites batteries
mifes en 1689 à la Petite-Rivière &c à PEfter. La compagnie de Galiffet
d'Hounon , prife à Saint-Euftache par les Anglais 9 fut envoyée par Ia fuite
de la capitulation à PEfter en 1690. On fit, en 1695, des retranchemens aux
deux bourgs, ainfi qu'à la Frelate & i la Pointe. En 1702,M. de Galiffet
iers moyens de défenfe de Léogane furent deux petites batteries
mifes en 1689 à la Petite-Rivière &c à PEfter. La compagnie de Galiffet
d'Hounon , prife à Saint-Euftache par les Anglais 9 fut envoyée par Ia fuite
de la capitulation à PEfter en 1690. On fit, en 1695, des retranchemens aux
deux bourgs, ainfi qu'à la Frelate & i la Pointe. En 1702,M. de Galiffet --- Page 486 ---
472 DESCRIP TIO N D F LA PARTIE
yfit venir du Cap deux compagnics des troupes détachées de la marine , quiy
étaient arrivées de Saint-Chriftophe ; on augmenta les batteries de Ia PetiteRivière & de l'Efter, de la Frelate & de la Pointe; on fit des retranchemens
Far tout, mêmc à l'Acul. On refit les retranchemens en 1707 , & 011 chercha
à multiplier fur la côte les. raquettes 1 les queniquiers, (bonducs), les crocs de
chien & autres plantes armées de piquans. Le 18 Novembre 1740, Larnage
en ordonna la réparation, qui coûta un nombre prodigieux de journées de
nègres, , & qui ft bien regretter la facilité avec laquelle on avait laifé détruire
ces plantes &c les manglicrs. En 1743 &c 1745, nouvelles réparations à ce
retranchement de près de 4 lieues & demie de long, depuis la Frelate jufqu'àl'Acul, avec des angles ou redans à I20 ou 130 toifes de diftance les uns
des autres. On voit encore des vefliges de ce retranchement dans toute cette
partie de côte, qui, excepté fur le point correlpondant à la ville, eft couverte
de mangles & coupéc par des flaques d'eau & des marécages fans égoût à la
mer, lorfque celle-ci battue par les vents d'Oueft &c de Nord, rapporte du
galet fur fes bords.
Tous les militaires remarquent avec étonnement que la ville de Léogane 9
fituée dans un pays uni & qui n'eft dominé par rien, foit toujours reftée
ouverte, mais ce qui l'eft encore davantage, c'eft que l'on ait abandonné
cette fituation fi avantageufc, fi agréable & fi faine 1 pour lui préférer celle
du Port-au-Prince.
La partie montagneufe de la paroifle de Léogane, dont j'ai déjà nommé les
cantons , qui fe fubdivifent eux-mèmes pour faire le Mardi-Gras 1 la raque du
Tapion, la colline de la Prifon; le Trou-Coffy. qui eft entre le Coq-quiChante &c le Fondoir &c. &c., n'eft pas auffi cultivée que cellc de beaucoup
d'autres paroiffes. Dans les montagnes qui bordent la plaine 7 c'eft parce
qu'elles dépendent de fucreries qui nc peuvent pas divifer leurs nègres. On
y voit cependant des points affez bien établis & beaucoup de places-à-vivres
appartenant à des gens de couleur. Les montagnes qui font face à l'Oueft font
caicaires ; elle ont de Peau, du bois & même de la pierre dans des carrières,
mais cctte pierre, quoiqu'affez dure, ne réfifte pas à l'action dc l'air. Le
linon que les rivières charient dans les débordemens, annonce aufli que les
hauteurs ont de la marne. Les montagnes fupérieures font bicn arrofées, trèsproductives en café s en graine d'indigo en légumes &c.
Les
l'Oueft font
caicaires ; elle ont de Peau, du bois & même de la pierre dans des carrières,
mais cctte pierre, quoiqu'affez dure, ne réfifte pas à l'action dc l'air. Le
linon que les rivières charient dans les débordemens, annonce aufli que les
hauteurs ont de la marne. Les montagnes fupérieures font bicn arrofées, trèsproductives en café s en graine d'indigo en légumes &c.
Les --- Page 487 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MIN G U E. 473
Les progrès de la paroifle de Léogane ont été très-rapides, malgré la perte
qu'elle fit en 1673, comme je l'ai dit. Elle reçut; au mois-d'Août 1690, les
habitans français que les Anglais avaient pris à Saint-Euftache. On y comp:
tait en 1692, outre les établiffemens de tabac;, 54 indigoteries ; en 1713, 42
fucreries, 135 indigoteries ; en 1730, 59 fucreries dont 7 en blanc, &c 31
indigoteries ; en 1751, 34 fucreries dont 3 en blanc, & 3 indigoteries ; en 17757
47 fucreries dont 7 en blanc, &c 25 indigoteries > 360,000 cacaoyers , 274,000
cotonniers & 3,363,800 cafiers ; &c à préfent, on y trouve 67 fucreries, 79
indigoteries 3 20 cotonneries 1 64 cafeteries 5 T cacaoyére, 27 guildiveries,
15 fours à chaux. Les recenfemens depuis 1713 n'ont varié que de 7 à 12,000
bêtes cavalines, , à cornes & à laine.
On comptait en 1681, 973 blancs & 625 efclaves dont 34 étaient mulà.
tres ou Indiens & les autres nègres ; en 1692, 540 blancs ; en 1713, 480
blancs, 41 mulâtres, nègres &c fauvages libres & 41959 efclaves ; en 1730,
706 blancs, 366 affranchis &c 7,646 efclaves; en 1751, 650 blancs, 360
affranchis & 9:932 efclaves; en 1775,685 blancs 1 798-affranchis & 12,368
efclaves ; & à préfent, 1,064 blancs, 1,520 affranchis &c 16,492 efclaves.
La milice compofée en 1688 de 6 compagnies, avait alors 294 hommes,"
En 1692 on forma une compagnie de cavalerie de plus &c il y avait
348 hommes portant armes; ; &le 29 Avril 1705, le roi fit un régiment de
milices de Léogane. En 1713, il y avait 343 hommes en 4 compagnies :
en 1718,478 blancs & 91 affranchis; ; en 1730, 499 blancs &c 157 affranchis. En 1740, 5oo hommes en tout; ; en 1765, 835 blancs & 235 affranchis.
En 1775, 419 blancs &c 255 affranchis, &c à préfent, il y a 500 blancs &
520 affranchis en 8 compagnies.
Léogane a plufieurs communications. Celle avec le Port-au-Prince, 3 celle
avec Jacmel &c celle avec le Petit-Goave. C'eit en venant du Cap à Léogane
en 1702 que M. de Galiffet 1 gouverneur par intérim 7 ft ouvrir un chemin
entre la Partie de l'Oueft & celle du Nord, par le Petit-Fond, canton de la
paroifle de la Petite-Rivière de l'Artibonite que j'ai déjà fait connaître; &c ily
établit une meflagerie à cheval depuis Léogane où l'on en trouvait une autre
pour aller auffi. à cheval jufqu'aux Cayes. Il n'y avait pas de chemin pour
aller directement de Léogane , foit au Cap 7 foit au Port-de-Paix.
Le 9 Juillet 1743 1 lcs Adminiftratcurs permirent à M. le Trogneux de
Tome II.
Ooo
onite que j'ai déjà fait connaître; &c ily
établit une meflagerie à cheval depuis Léogane où l'on en trouvait une autre
pour aller auffi. à cheval jufqu'aux Cayes. Il n'y avait pas de chemin pour
aller directement de Léogane , foit au Cap 7 foit au Port-de-Paix.
Le 9 Juillet 1743 1 lcs Adminiftratcurs permirent à M. le Trogneux de
Tome II.
Ooo --- Page 488 ---
474 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
Méziccurt d'avoir une véritable meffagerie de Léogane au Petit-Goave & le
5 Oétobre 1748, ils l'autorisèrent à la faire aller du Cul-de-Sac au Fond-des.
Nègres. On lui donna même, le 5 Juillet 1749 7 la jouiffance d'une portion de
la favane du gouvernement de Léogane > pour fon établifement.
La chemin du Port-au-Prince à Léogane &c qui eft celui du Cap à cette
dernière ville, , parvenu à la rivière de la Petite - Plaine jufqu'à laquelle
j'ai conduit le Leéteur, traverfe cette rivière qui eft peu confidérable 3 mais
qui ne tarit point. Là les mornes s'éloignent du bord de la mer, ce quia fait
donner le nom de Petite-Plaine à ce canton, où commence des cultures de
coton, d'indigo &c même de cannes, & où l'on n'a jamais couru le rifque
d'être arrêté en cheminant 3 comme on l'a été autrefois vers le morne à Bateau,
par les gens de rapaces corfaires qui s'y tenaient cachés dans des canots. Au
Sud-Eft de la Petite-Plaine eft une gorge affez confidérable ) oû coule Ia rivière
du Tapion qui va fe jetter dans la Grande-Rivière à environ 1,500 toifes de
l'embouchure de celle-ci.
En avancant vers la Grande-Rivière le chemin change encore & l'afpe@t
devient plus gai. Une plaine fertile &x cultivée remplace entièrement des parties
de tuf & de falinés qu'on avait parcourues en venant du Port-au-Prince. Les
cannes, les arbres utiles remplacent les bois chétifs & mal-feuillés qui bordent
la côte. Quelquefois même on trouve des avenues le long du grand chemin,
notamment une d'abricotiers fur l'habitation de Brach. Leur peu d'étendue fait
cependant regretter que l'être bienfaifant qui a voulu répandre une ombre
précieufe fur le voyageur, n'ait pas eu plus d'imitateurs.
Avant d'atteindre la Grande-rivière on trouve un indicateur placé pour
empècher qu'un chemin qui conduit au bord de la mer, n'égare. On en rencontre de femblables dans d'autres points de Léogane & toujours avec un mouvement
de reconnaiflance. Je n'en ai vu qu'à Léogane dans toute Plile.
Si l'on ignorait combien l'eau eft utile à l'agriculture on ne pourrait
deviner ce qu'eft devenue celle qui doit couler dans le lit de la Grande-rivière,
large d'environ 20 toifes dans l'endroit où on la traverfe à fec à une demilieue de fon embouchure. Dans le tems des pluies elle eft très-dangereufe &
elle punit cruellement, chaque année 7 quelques imprudens. Cependant fes
crues font peu durables &c elle n'eft pas encaiffée. C'eft elle qui produit tant
de prodiges dans la plainc qui lui doit prefque toute fa végétation.
couler dans le lit de la Grande-rivière,
large d'environ 20 toifes dans l'endroit où on la traverfe à fec à une demilieue de fon embouchure. Dans le tems des pluies elle eft très-dangereufe &
elle punit cruellement, chaque année 7 quelques imprudens. Cependant fes
crues font peu durables &c elle n'eft pas encaiffée. C'eft elle qui produit tant
de prodiges dans la plainc qui lui doit prefque toute fa végétation. --- Page 489 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
De là le chemin traverfe la plaine dans le fens de fa longueur; ; des
ponts
qui couvrent des canaux 'd'arrofement le coupent quelquefois & ils ajoutent
une preuve de plus à toutes celles qui parlent de l'induftrie coloniale. On
arrive ainfi à la ville de Léogane qui, malgré fon affaibliffement, réveille
des idées agréables. En quittant cettte ville pour prendre la route qui va au Petit-Goave, on
prolonge l'autre partie de la plaine 1 mais toujours dans le fens de PER à
POueft. On paffe la Rouillonne à environ 250 toifes de fon embouchure dans
la mer. Elle ne tarit jamais mais dans fes
débordemens, qui ne durent que
peu d'heures, il ferait périlleux de l'affronter. Elle eft fort encaiffée &
un pont. exige
On pafle à environ 400 toifes au-deffus de l'embarcadère de
va au canton de PAcul,oà l'on chemine à la lifière de la fucrerie TEller, & on
des
de la Charité, & on traverfe la ravine de Brignolle, qui n'a de Religieux
durant les pluies. Tout près du morne > au Sud, le chemin tourne & l'eau fe que
à POueft en s'approchant de la mer & en fuivant le
dirige
prolongement du morne. On paffe la rivière de PAcul, puis la fucrerie de la famille Beauharnois
(qui a donné des gouvemeur-genéraux au Canada & aux Ifles du Vent ), &
dont le terrain fut concédé à M. de Pouançay par d'Ogeron, fon
le
oncle, 8
OCtobre 1669. Après vient la ravine du Palmifte-a-Vin, fur laquelle l'on
a
jetté un petit pont à caufe de fes débordemens, qui creufent fon fond. l'habitation Beauharnois, , commence un terrain fec, aride > calcaire, un Après
pierroteux. Le chemin qui eft près de la mer atteint le point
peu
au Trou
correfpondant
Jean-Roger (qui poriait déjà ce nom en 1669 ), point connu fous
le nom de morne de la Saline 9 & qui, dans le tremblement de terre de
s'eft affez affaiffé au-deffous du grand chemin pour être depuis couvert 1770,
la mer. Un four à chaux qui eft fur le morne de T'habitation Chaflulé par
Everard, près de celle Papet, eft la limite de la paroiffe de Léogane & de ou
celle du Grand-Goave. Le Palmifte-à-Vin offre un réduit où il ne faut qu'un canon. C'eft un vrai
paffage des Thermopyles, où trente hommes peuvent en arrêter trcis mille. Léogane communique avec Jacmel par trois chemins. Le plus à POueft
eft celui qui pafle par le Fond-de-Boudin, le paflage de la Pore & Ia
des Cormiers.
Papet, eft la limite de la paroiffe de Léogane & de ou
celle du Grand-Goave. Le Palmifte-à-Vin offre un réduit où il ne faut qu'un canon. C'eft un vrai
paffage des Thermopyles, où trente hommes peuvent en arrêter trcis mille. Léogane communique avec Jacmel par trois chemins. Le plus à POueft
eft celui qui pafle par le Fond-de-Boudin, le paflage de la Pore & Ia
des Cormiers. Il fe divife enfuite & va joindre celui du Port-au-Prince gorge
à
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475 DESCRIPTIO N D E LA PAR TIE
Jacmel ou à environ une demi-lieue au-deffous du confluent de la Petiterivière de Jacmel avec la Grande-rivière de Jacmel, ou à environ une lieue
& demie de ce confluent. Le fecond chemin eft celui par le canton des Citronniers & des Balifiers;
& qui rejoint celui du Port-au-Prince à Jacmel au confuent de la Petite &
de la Grande-rivière de Jacmel. Enfn le troifième efl ce chemin du Port-au-Prince à Jacmel lui-mème , &
où j'ai conduit le Lecteur dans la Defcription du Port-au-Prince jufqu'au
confluent de la rivière du Fourq avec la Grande-rivière de Léogane-Delk,
ce chemin montant toujours par des crochets & des zig-zags, va gagner la
grande chaine, qui fépare la paroiffe de Léogane de celle de Jacmel, & la
Sénéchauflée de Léogane de. celle de Jacmel ; en longeant la pente Oueft de
la montagne du Mauffambé &c allant chercher la Crète-2-Piquans & atteignant
la croupe du morne. des Palmes. C'eft de cette chaine. 3 qui court comme la Selle, de PEf à T'Oueft, que
partent les eaux qui vont vers le Nord ou vers le Sud. Celles qui coulent
au Nord atteignent bientôt la Grande-rivière de Léogane, tandis qu'une partie
de celles du Sud font tributaires de la Grande-rivière de Jacmel. Ce partage
eft bien marqué à la Crète-a-Piquans, d'oà la ravinc du Trou-Coco va dans
la rivière de Léagane, & celle de la Croix dans le bras gauche de la rivière
de Jacmel. De la Crète-à-Piquans où: ef T'habitation Baudry Deflozières & qui eft
le point le plus élevé du chemin. 1 on découvre les deux ports de Jacmel 8c du
Port-au-Prince, &. la plaine de Léogane. L'obfervateur eft étonné de tous les
ebsjcts qui, autour de lui, fe difputent fes regards. En voyant des chaines
fucceflives de montagnes, dont les fommets. offrent différentes direcions.comms
pour grouper un fommet principal, & enfuite plulieurs de ces fommets prin:
cipaux s'unir eux-mèmes par des ermbranchemens à la maîtreffe arrête; en
faififfant dans cet enfemble pittorefque des falaifes profondes; des intervalles
oà les rivières fuyent cn fe précipitant ; dès habitations confacrées' à des
cultures différentes ; les détours finueux des divers chemins quiy conduifent 3
des efpaces arides, des rocs nus, fufpendus ou renverfés, & dans le lointain 3
comme pour contrafler, des portions planes ou tout eft fymétriquement placé ;
enfin la mer, où le vaiflcau du commerce fembie rallenti dans fa marche
; des intervalles
oà les rivières fuyent cn fe précipitant ; dès habitations confacrées' à des
cultures différentes ; les détours finueux des divers chemins quiy conduifent 3
des efpaces arides, des rocs nus, fufpendus ou renverfés, & dans le lointain 3
comme pour contrafler, des portions planes ou tout eft fymétriquement placé ;
enfin la mer, où le vaiflcau du commerce fembie rallenti dans fa marche --- Page 491 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
à caufe des richeffes coloniales dent il eft rempli; fon ame éprouve mille
fenfations.diverfes. II contemple , il cherche à analyfer cet immenfe tablean,
et l'étang de Miragoane occupe aufli fa place, 9 lorfque le foleil, du haut de fa
carrière,. y darde des rayons qui argentent fa furface. Si cet obfervateur
eft militaire, il rémarque encore qu'un corps de réferve qui ferait placé à la
Crète-à-Piquans aurait l'avantage de pouvoir, en peu d'heures, felon les
circonflances. aller au fecours du Port-au-Prince,de Léogane ou de Jacmel ; &
que par une jufte analogie, chacun de ces trois lieux a, vers Ia Crête-à-Piquans,
une retraite précieufe, , qai permet de ténir ferme au moyen de defilés fans
nombre.
Dans le voifinage de cette crêté, au bas du Mauffambé 8c de la maifon de
Mathurin Dubreuil, mulâtre libre, on découvre les trois ports de Léogane, 3
du Port-au-Prince & de Jacmel; &x M. de Bellecombe avait décidé qu'on y
placerait une vigie en tems de guerre.
La température de Léogane a fes variations, comme le refté de la Colonic.
Dans la plaine, les brifes ne font pas auffi réglées qu'au Cap ni même qu'an
Port-au-Prince. Les montagnes interceptent fouvent celles de PEî, qui eft
féche mais fraiche, 8t qui promet un beau jour lorfqu'elle fouflle au foleil
levant. La brife d'Oueft ou du large manque fouvent. Lorfque le vént du
Nord dépend un peu de PER,il eft froid &c pluvieux; s'il tire vers l'Oueft,
il efl chaud &c orageux ; les vents du Sud font chauds, 1 fecs &t' même brilans.
Dans la partie de Ia plaine qui eft à PEft, principalement au canton de
la Petite-Plaine, l'air eft pur & léger, les eaux font belles & faines. Au-delà
de la Rouillonne, l'air eft mélé des émanations d'un térrain marécageux, les
eaux font lourdes & crues, 8t elles infuent fur la fanté des habitans de ces
cantons.
Le thermomètre eft à 16 degrés au-deffus de Ia congélation le matin du
jour le plus doux, à 20 à midi, le foir à 18; il va, dans le jour le plus
chaud, à 23 degrés le matin, à 28 l'après-midi, & à 24 le foir.
Dans les montagnes, au contraire, il fait affez froid pour avoir befoin d'y
être bien couvert la nuit, 2 &c. à la Crète-à-Piquans, par exemple, chez M.
Baudry Deflozières, la maifon a une cheminée dont on s'approche fouvent
le foir avec plaifir.
Le taux moyen des pluies de la plaine de Léogane, calculé par M,
in, à 28 l'après-midi, & à 24 le foir.
Dans les montagnes, au contraire, il fait affez froid pour avoir befoin d'y
être bien couvert la nuit, 2 &c. à la Crète-à-Piquans, par exemple, chez M.
Baudry Deflozières, la maifon a une cheminée dont on s'approche fouvent
le foir avec plaifir.
Le taux moyen des pluies de la plaine de Léogane, calculé par M, --- Page 492 ---
473 DESCRIPTION DE I A PA R TIE
Bauffan : fur 20 années, depuis 1761 jufqu'en r78oiaclafivement, eft d'environ
50 pouccs par année. Celle qui s'eft le plus éloignée de cette proportion
(1769), a eu 38 pouces IO lignes, & la plus abondante (1765), a été à 61
pouces 7 lignes. Il plut prefque continuellement au mois de Mai 1765, &il
ne tomba point de pluie de Novembre 1753 au 14 Mai 1754. En 1784 &
1735, le taux moyen a encore é:e excédé, & en 1786 il n'ya eu que 42
pouces II lignes. La faifon des pluies eft, comme au Cul-de-Sac, de la miAvril à la mi-O8tobre. Avril & Septembre font d'ordinaire les mois
donnent le plus d'eau, & Décembre, Janvier & Février ceux qui en donnent qui
lc moins.
Les plus forts orages font amenés par le vent d'Oueft, Ils font aufli ceux
qui arrivent le plus tard dans la foirée.
En 1716 il pleuvait déjà depuis environ deux mois &c abondamment, lorfque
le 26 & le 27 Oétobre 3 la pluie tomba fans difcontinuation. La plaine
fut noyée ; l'impétuofité avec laquelle les eaux defcendaient des montagnes
leur ft crcufer des lits, où elles chariaient des arbres entiers & même des
morceaux de rochers. Cette inondation fut fuivie, prefqu'auffitôt après, de
fièvres malignes, qui enlevèrent beaucoup de nouveaux-arrivés. Le 24 Juillet
1724, autre inondation qui fit des ravages.
Le vent caufe aufi quelquefois des dommages à Léogane. Au mois de
tembre 1713,i1 fit un coup de vent qui détruifit des cannes & de. SepCelui de la nuit du 24 au 25 Septembre 1741, fit de grands l'indigo, Six
bâtimens déradèrent; ; 20 autres fe firent réciproquement de
ravages.
très-groffes avaries 9 & toutes les embarcations furent brifées. Le coup de vent du 22
tembre 1751 n'y fit que peu de mal. Dans la nuit du 2 Août
Sep1765 , il y
eut une tempête & il tomba dans 24 heures 74 lignes d'eau. Le 15 Oétobre
1/80, le vent y fut très-impétueux &c la mer refta fort groffe durant 4 jours.
L'ouragan du 16 Août 1788 découvrit beaucoup de maifons de Ia ville, dévafta
la plaine 1 coucha, déracina les cannes 3 renverfa les manufaâures. De neuf
navires qui étaient dans la rade, un feul ne fut pas pouffé dehors. Une
goélette coula & perdit 8 de fes dix hommes.
La côte de Léogane a quelquefois des raz-de-marée.
Le tonnerre tombe aflez fréquemment dans le voilinage de Ia ville & dans
la rade de Léogane. Cela eft arrivé dix fois en 1765. Il mit le feu dans
3 renverfa les manufaâures. De neuf
navires qui étaient dans la rade, un feul ne fut pas pouffé dehors. Une
goélette coula & perdit 8 de fes dix hommes.
La côte de Léogane a quelquefois des raz-de-marée.
Le tonnerre tombe aflez fréquemment dans le voilinage de Ia ville & dans
la rade de Léogane. Cela eft arrivé dix fois en 1765. Il mit le feu dans --- Page 493 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE. 479
une pièce de cannes & tomba quelque tems après à bord d'un navire en 1774.
On vit à Léogane, le 23 Juillet 1780, une aurore boréale qui brilla
depuis 7 jufqu'à 8 heures du foir.
Le 9 Novembre 1701, le tremblement de terre renverfa les maçonneries fraichement élevées dans la plaine, & fit affaler des parties du
chemin qui conduifait le long de la mer, de Léogane au Petit-Goave. Celui
du 22 Novembre 1751 endommagea un peu l'églife, & deux ou trois magafins
en reçurent de grands dommages. On faifait à cette époque 3 où la terre
tremblait frâquemment, 9 des proceffions générales. La plaine n'en éprouva
aucun défaftre; en 1765 la terre trembla cinq fois.
Le 3 Juin 1770, l'églife, le gouvernement, le magafin à poudre 8 l'hôpital
croulèrent. La ville n'était que ruines, &c il en coûta la vie à 50 individus.
Dans la plaine. 1 les habitations furent détruites ou extrèmement endommagées;
des portions de montagnes s'abymèrent, des rivières difparurent, & notamment
la Grande-rivière , qu'on ne vit reparaître que fix femaines après.
Léogane eft réputé fain. Il n'eft cependant pas exempt des maladies qui
appartiennent au climat de Saint-Domingue. L'efcadre de M. Ducaffe y étant
arrivé le 18 Août 1691 avec la maladie de Siam, elle fit périr 250 hommes
de cette efcadre, & le capitaine du vaifleau du roi le Cheval Marin fut de ce
nombre. Les ravages de cette maladie fe renouvellèrent en 1698 8c 1699; &c
en 1732, après avoir difparu pendaut vingt ans, elle fe montra encore trèscruelle. En 1741 , Léogane perdit aufli beaucoup de monde.
Le 31 Mai 1764, Mte, Marie Jofeph de Sorrel, veuve de M. Petit,
confeiller, & femme de M. de Siblais, mourut dans la plaine, âgée de 84 ans 5
&x le 15 Juin 1772, décéda Jofeph de la Deforce habitant du canton de la
Petite-Plaine, né à Marfeille le I5 Novembre 1694, venu à Saint-Domingue
en 1722.
La morve s'eft manifeftée à Léogane.
La paroiffe de Léogane fournit à fes boucheries cinq cens des mille boeufs
qu'on) y débite. Elle a beaucoup de cailles, dont l'efpèce eft femblable àla perdrix
à pied gris des Etats-Unis d'Amérique. Le poiffon d'eau douce y eft plus
commun qu'au Port-au-Prince. On y trouve quelquefois le poiffon Monocéros,
que les Brefiliens nomment Guacuccvia, felon Marcgrave, qui l'appele
Verfpertilio agualica, chauve-fouris aquatique, & quc Nicolfon a décrit &c fait
bite. Elle a beaucoup de cailles, dont l'efpèce eft femblable àla perdrix
à pied gris des Etats-Unis d'Amérique. Le poiffon d'eau douce y eft plus
commun qu'au Port-au-Prince. On y trouve quelquefois le poiffon Monocéros,
que les Brefiliens nomment Guacuccvia, felon Marcgrave, qui l'appele
Verfpertilio agualica, chauve-fouris aquatique, & quc Nicolfon a décrit &c fait --- Page 494 ---
430 DESCRIPTIO N ELA PARTIE
grayer. Lcs conchyliologifies peuvent s'y, procurer le lépas, appellé le Pargfol
ckincis qu'on fait être très-rare; celui nommé le petit Marbre blanc ; le limaçon
défigné fous le titre de Fripière; le grand ourfin; des groupes de polypiers en
madrépores,avec des branches d'aitroite rameufe; le pou de mer, > &c., &c.
On a trouvé dans la chaine des hautes montagnes. de cette paroiffe, und
huitre foffile de fix pouces de diamètre & de trois pouces de hauteur, &
plufeurs ceurs fofliles.
Ces montagnes ont auffi le ferpent à tête de chien'
Les légumes 3 quoique moins communs qu'au Port-au.Prince font fort
beaux 1 & les fruits font très-bons. On voit croître Ipontanément la grande &
ia petite mal-nommée, ,le pourpier, le pied-de-poule ou crctelle en balais, une
efpèce d'ablynthe fauvage 1 la guimauve; & encore le jonc aigu ou jonc efpa.
gnol qui étouffe beaucoup de plantes utiles. On a des mâriers & de la vigne
eflimée. Quand une treille eft forte, 1 on en taille un tiers de 2 en 2 mois pour
avoir du raifin $ le plus beau eft celui qui mûrit en Juin. Le cerifier produit
jufqu'à trois fuis par an; le bois-d'Inde &x le brefilet, le noyer & l'amandier
dupays, font dans les montagnes & le cocotier montre prefque partout fon
(*)1 Le Leéteur me permettra une anecdote relative à on de ces animaux.
Sar l'habitation de Mad. Veuve Icard, habitante azu canton des Orangers dans les montagnes
de Léogane, était Mad. de Rétrif qui allaitait. , en 1791, un des fcs cnfans. Ily avait environ
fix femaines que chaque nuit, lorfqu'elle s'endormait, elle fe trouvait dans un état de défaillance
quis'augmentant par degrés ,lui ôrait la faculté de fe plaindre & qui durait jufqu'au moment oùil
lui femblait qu'en ceffait de lai preffer le fein. A çela avait fuccédé un affoibliffement qui la faifait
dépérir. Son mari ( ancien officier de la marine ) inquiet de fon état fur les circonflances daquel
il l'avait beaucoup interrogée, s'arrêta à penfer qu'il fe paffait la nuit même quelque chofe drexsraordinaire; & fans en rien dire, il réfolat d'épier.
La première nuit il crat appercevoir 3 à la lueur de la petite lampe qu'on gardait, du mouvement
versle lit dc fa femme, & comme il en ft lui-même 2 il ne trouva rien.
La ruit d'après $1 fut plus patient, Sc vit difinctement quelque chofe de noir qui s'appliquant
au Rin de Mad. de Rétrif la tétait. Après s'étre un peu contenu pour micux s'affurer du fait,il
prenl fon épée qu'il tenait nue & pourfuit cet objet quiavait fui au premier biait, & il le perçe
de plufieurs coups. On arrive, on examine, c'était un ferpent à téte de chien qui, 3 fans doute,
attiré par l'odeur du lait, dont cet animal cit très-friand, avait pris T'habitude de venir téter
Mad. de Rétrif. Celic-ci recouvra entièrement fa fanté depuis ce moment.
I eft confant que ce ferpent tête les vaches qui couchent dans lcs favanes.
tronc
quiavait fui au premier biait, & il le perçe
de plufieurs coups. On arrive, on examine, c'était un ferpent à téte de chien qui, 3 fans doute,
attiré par l'odeur du lait, dont cet animal cit très-friand, avait pris T'habitude de venir téter
Mad. de Rétrif. Celic-ci recouvra entièrement fa fanté depuis ce moment.
I eft confant que ce ferpent tête les vaches qui couchent dans lcs favanes.
tronc --- Page 495 ---
FRANÇAISEDE SAINT-D O MING U E. 48t
tronc cylindrique & fon beau panache. On a vu auffi l'olivier bâtard dans la
plaine fur la fucrerie Mithon à un quart de lieue de la ville.
La canne à fucre eft réputée très-belle à Léogane 1 lorfqu'elle a fept pieds
avec des nceuds de 4 à 5 pouces de long. On coupe les grandes cannes *
15 ou 18 mois &c les rejettons à IO ou 12 mois. Ceux-ci donnent un tiers de
moins. Le pou de terre dévore les plants des jeunes cannes & les rats nuifent
beaucoup aux grandes cannes. Il n'y a pas de meilleur moyen contre le premier que le labour en tems humide.
Les jets de trois plants de cannes de Batavia en avaient déjà produit 16,
le 29 Août de cette année.
Les premiers cafiers qu'ait eu la Partie de lOueft font dâs à M. de Nolivos,
lieutenant de roi de ce Quartier. On lui en avait donné des graines à la Martinique où il avait relâché en 1726 & il les planta fur fon habitation de PEfter.
H n'y a pas 25 ans qu'on voyait encore ces premiers cafiers fur les habitaz
tions Nolivos, , Caffaigne $ la Ravine & Mithon.
Lorfque Labat vint à Léogane, en 1702, les bords de la rivière des Citronniers & de celle des Cormiers étaient embellis par les cacaoyers ; mais ils ont
prefque tous péris 8c en voyant le feul point où une faible cacaotière en offre
encore quelques-uns 1 on conçoit que bientôt le mot de cacao deviendra auffi
étranger pour Léogane que celui de roucou.
Les auteurs efpagmols difent qu'Taguana avait des mines. Je n'ai nul fait
a citer a cet égard. Mais fans doute elles n'étaient pas d'or; car lorfque
Barthélemy Colomb vint demander un tribut à Béhéchio, celui-ci y confentit
a condition qu'# ne dommerait point d'or, n'y en ayant pas dans fes terres.
Phufieurs endroits de cette paroiffe procurent des fétiches des anciens Naturels. Elles font fouvent de ferpentin & offrent d'une nanière grotefque mais
étonnante à caufe da manqae d'outils de fer, des figures humaines.
On a beaucoup raifonné far quelques veftiges qui fubfiftaient à Léogane, $
d'un ancien monument dont Labat parle. Ce retigieux Dominicain rapporte
qu'on difait que Philippe III, roi d'Efpagne, avait érigé en principauté, eri
faveur d'une de fes filles naturelles, T'efpace qui eft depuis lArtibonite jufqu'à
Acquin, & qu'elle y avait fini fes jours. On y voit encorc ; ajoute-t-il , ( en
1702) ) les reftes d'un château où' l'on fuppofe qu'elle faifait"fa demeure, & il
doit avoir été confidérable, fi l'on en juge par fes ruines. Cct édifice > qu'on
Tome Il.
Ppp
d'une de fes filles naturelles, T'efpace qui eft depuis lArtibonite jufqu'à
Acquin, & qu'elle y avait fini fes jours. On y voit encorc ; ajoute-t-il , ( en
1702) ) les reftes d'un château où' l'on fuppofe qu'elle faifait"fa demeure, & il
doit avoir été confidérable, fi l'on en juge par fes ruines. Cct édifice > qu'on
Tome Il.
Ppp --- Page 496 ---
482 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
nomme aujourd'hui le Grand-Boucan, a quelques voûtes entières,
& d'un beau travail. Les habitans en prennént les
grandes
briques pour leurs
teries. Ce qu'il y a de plus entier eft un aqueduc qui conduifait l'eau indigo- de la
rivière au château ; il a plus de 5oo pas de long. Sa largeur, par le bas, eft
d'un peu plus de 8 pieds, qui fe réduifent à quatre & demi par le haut; la
rigole en a deux & demi de large fur 18 à 20 pouces de profondeur. Le. château était bâti fur un terrain de quelque hauteur > au milieu d'une vafte
favane.
M. Mozard, en parlant de ce monument dans les Afliches Américaines du
9 Aodt 1787, conjeêture que ce lieu aura été concédé, par Diègue Colomb,
à quelque perfonne diftinguée, qui aura fait bâtir le château & l'aqueduc par
les Indiens.
Le fait de la princeffe de Léogane eft une fable comme celle du bon Labat,
qui prétend que le confeil de Léogane avait décoré le roi de France du titre
de Prince de Léogane. Le nom de Grand-Boucan dont il décore le palais de la
princeffe, eft celui que les premiers boucaniers français ont donné à ce canton. L'opinion relative à Don
Diègue 1 quoique plus vraifemblable, eft encore
fautive.
Le vrai, c'eft qu'Ovando fit bâtir la ville de
en
SuseMdedi.vaicpas
1504, précifément dans l'endroît où eft Phabitation aujourd'hui
avant la Buiflonnière 5 qu'on a nommée
Sercey, &
titres de
de
très-long-tems > comme le difent des
propriété 1733 que j'ai vus, le Cbâteau. Cette ville était au-deffous
de la montagne & près de la rive gauché de la Grande-rivière. Entre
ville & la montagne, était le château qu'Ovando fit élever aufli cette
par les
Indiens, pour défendre la ville & pour mettre les Efpagnols, comme c'était
leur ufage alors, à l'abri des incurfions des Naturels. L'aqueduc
qui était
couvert, partait de la Grande-rivière & conduifait l'eau au château.
M. de la Buiflonnière voulant tirer de l'eau de cette rivière fit une éclufe
au-deffus de cet aqueduc & à le toucher; & en 1727 Madame de Moret, fa
veuve, fe fervit de ce qui reftait de cet aqueduc appellé alors Pagueduc
gmo/,pour conduire feau au moulin de fa fucrerie.
e/paDepuis 3 château,
tout a difparu, 1 & la prife d'eau des intéreffés de 1735 qui eft fur Phabitation aqueduc,
la Buiflonnière, en a employé les matériaux.
On a également perdu trois canons de fonte pris à Garthagène, & que M.
Madame de Moret, fa
veuve, fe fervit de ce qui reftait de cet aqueduc appellé alors Pagueduc
gmo/,pour conduire feau au moulin de fa fucrerie.
e/paDepuis 3 château,
tout a difparu, 1 & la prife d'eau des intéreffés de 1735 qui eft fur Phabitation aqueduc,
la Buiflonnière, en a employé les matériaux.
On a également perdu trois canons de fonte pris à Garthagène, & que M. --- Page 497 ---
FRAI NÇAISE DE ISAINT-DOMINGUE 485
Ducaffe avait placés à Léogane comme un monument de la gloire que s'y
étaient acquis les colons de Saint-Domingue, fans lefquels cette ville efpagnole n'eût pas été conquife. Heureufement que cette infouciance coupable nc
faurait anéantir le fait en foi.
En 1673, M. de Baas, gouverneur-général des Iiles & réfidant à Ia Martinique, vint à Leogane.
Le premier mortier à bombes envoyé de France à Saint-Domingue, fut
apporté à Léogane par l'efcadre de M. Ducaffe, 9 au mois d'Août 1691.
En 1699, trois chefs des Indiens Sambres du Golfe de Darien, qui étaient
venus exprimer leur attachement pour la France, furent reçus, par. M.
Ducaffe, à Léogane, d'oà il les fit ramener chez eux par une corvette, au
commencement du mois de Novembre. En 1701, Pèdre, chef des mêmes
Sambres, venu à Léogane 7 y logeait chez M. de Galiffet, gouverneur. par
intérim. Au mois de Juillet 1705, il en vint encore deux renouveller l'al
liance avec M. Auger; & en 1750, cinq que M. de Conflans fit ramener par
la frégate la Syrène, commandée par M. Hocquart.
L'ancien gouverneur de Carthagène qui l'était lors de la prife de cette ville
& qui s'était enfui à la Jamaique, vint à Léogane au mois d'Avril 1701, &
logea chez M. de Galiffet.
Au mois d'Août 1704, M. de Peredo 3 gouverneur & capitaine-général de
Sainte-Marthe, qui devait paffer en Europe fur le vaiffeau du roi le Profond,
fit, à Léogane, les honneurs au Te Deum & au feu de joie pour la prife de
Briffac & de Landau 1 & le gain des batailles de Spire & d'Auibourg. Il mouyut quelques jours après.
Le marquis de Quintanne de las Torres, ci-devant gouverneur de SainteMarthe, venant chercher un pallage pour Cadix, arriva à Léogane au mois
d'Août 1715&y féjourna fix femaines chez M. le comte du Blénac.
En 1718, un eccléfiaftique de la cathédrale de Santo-Domingo, nommé à
l'archevèché de cette ile, allant à la Havane pour fe faire facrer, vint par
La cavalerie-milice l'efcorta depuis la
terre à Léogane pour s'embarquer.
frontière ; M. de Chateaumorand alla le recevoir à l'entrée du quartier de
Léogane, avec un nombreux cortège de voitures, &il demeura douze jours
chez ce gouverneur-général. Les eccléfiaftiques qui l'accompagnaient logèrent
chez M. de Mithon., intendant. On lui donna une barque qu'on mit fous les
Ppp2
ie-milice l'efcorta depuis la
terre à Léogane pour s'embarquer.
frontière ; M. de Chateaumorand alla le recevoir à l'entrée du quartier de
Léogane, avec un nombreux cortège de voitures, &il demeura douze jours
chez ce gouverneur-général. Les eccléfiaftiques qui l'accompagnaient logèrent
chez M. de Mithon., intendant. On lui donna une barque qu'on mit fous les
Ppp2 --- Page 498 ---
484 DESCRIPTIO N D 2 E LA PARTIE
"ordres de M. de Moret, officier de la garnifon, ainfi que 18 foldats. Le rai
approuva ces honneurs & paya la dépenfe de l'archevèque.
Le 9 Juillet 1741, le Tilbury de 60 canons, capitaine Dygby, vint mouit
ler à Léogane. A fon bord était le fils ainé du Lord Hervey 3 garde du fcesu
privé d'Angleterre.
On a fondu en 1768, à Léogane 3 pour le Port-au.Prince, une cloche qui
a été brifée au tremblement de terre de 1770.
Les habitans de Léogane fe font toujours montrés braves & attachés à leur
patric. Indépendamment des attaques qu'ils ont effuyées & des fecours qu'ils
ont portés dans plufieurs points de Pile , ils ont marché avec d'Ogeron en 1673,
avec Ducaffe au fiége de Carthagène en 1697, & lorfqu'on fit, en 1716, un
armement contre les forbans, cent habitans de Léogane s'embarquèrent fur
l'un des bâtimens.
Léogane était cité autrefois comme' le lieu de la Colonie oi il y avait le
plus de luxe, &c fur lequel les autres fe modelaient. En 1712 on comptait
dans la paroiffe 40 voitures roulantes. Mais depuis que les propriétaires de le
plaine font prefque tous en France, on y vit affez ifolé & l'on ne parait
occupé que d'envoyer de grands revénus à ces propriétaires, > parmi lefquels,
peut-être à caufe de cela mème, il en eft qui ne prennent pas garde que
leurs habitations n'ont pas toujours la quantité de vivres néceffaires aux nègres. S'ils femblent ne pas favoir que l'on exige toujours trop de travail
d'un homme qu'on ne nourrit pas aflez, il eft du devoir du gouvernement de
s'en reffouvenir & de faire exécuter les loix portées fur cet objet. Il ne faut
pas craindre l'homme qui eft en crédit à Verfailles, en perdant ce crédit il fe
taira, Ia conicience ne fe tait jamais.
Ily avait une pofte aux lettres à Léogane avant 1703- Toute lèttre fimple
ne payait qu'un demi-efcalin', & un paquet le double.
Il y a maintenant un courrier pour le Polt-au-Prince tous les jours ; 'un
pour les Cayes le dimaniche & le jeudi, & un' 'pour Jacmel le dimanche & le
mercredi.
J'ai parlé des diligences à l'article du Port-an-Prince.
Léogane eft le chef-.lieu d'un quartier qui ne comprend que fa paroiffe &
celle du Grand-Goave. Il dépend lui-mème du commandement, de la Sénés
chauffée & de PAmirauté du Port-au-Prince.
a maintenant un courrier pour le Polt-au-Prince tous les jours ; 'un
pour les Cayes le dimaniche & le jeudi, & un' 'pour Jacmel le dimanche & le
mercredi.
J'ai parlé des diligences à l'article du Port-an-Prince.
Léogane eft le chef-.lieu d'un quartier qui ne comprend que fa paroiffe &
celle du Grand-Goave. Il dépend lui-mème du commandement, de la Sénés
chauffée & de PAmirauté du Port-au-Prince. --- Page 499 ---
FRANÇAISE DE SAINT TDOMINGUE. 485
On compte de l'églife de Léogane à celle du Port-au-Prince,
81 lieues.
de Jacmel, 3
tO
du Grand.Goave,
:
C'eft i Léogane que le Père Nicolfon, 9 Préfet apoftolique &c fupérieur de
la Miffion des Dominicains, a compofé un ouvrage 1 fans nom. d'Auteur, &
qui a pour titre : Efaifur PHifoire Naturelle de PURe Saint-Domingue, avec des
figures en taille douce. Cet in-8°, d'environ 380 pages, imprimé à Paris chez
Gabreau en 1776, & dont l'édition eft épuifée contient des détails curieux
& qui méritent de la reconnaiffance. Tous les, coquillages, que j'ai cités dans
la paroiffe actuelle, y font décrits.
Je terminerai fur Léogane en citant M. Bauffan, ancien capitaine de navire
de la Rochelle, qui eft venu s'établir à Saint-Domingue en 1732. Depuis
cette époque, ce marin inftruit, ce cultivateur laborieux, ce commerçant
éclairé, cet obfervateur exact n'a ceffé de faire & de communiquer des remarques utiles. Il a été long-tems membre de la Chambre d'Agriculture du
Port-au-Prince, & chaque jour encore le bien général loi infpire quelques
idées qui montrent fur tout fon attachement pour la Colonie. Quiconque vp
vifiter ce refpectable vieillard, fur fa fucrerie, placée au-deflous de l'hôpital
de Léogane & à laquelle conduit une magnifique allée de cocotiers, retire
un fruitréel d'une converfation que fa longue expérience rend piquante, & goûte
lesjouilfances qui naiflent du fpeétacle d'une famille nombreufe au milieu de
laquelle M. Bauffan préfente l'époux fenfible & le père tendre. Il a chez lui
une rafinerie, une rumerie & une tannerie.
X X X V.
PAROISSE DU GRAND-GOAVE
Le Leéteur s'abuferait étrangement s'il croyait à caufe de cette épithète
de Grand que le lieu auquel on l'a appliqué eft étendu. Le Grand-Goave eft
d'une des plus petites paroiffes de la Colonie & même celle du Petit-Goave qui
lui eft contigue a une plus grande furface que la fienne, Goave eft un non
Indien,
umerie & une tannerie.
X X X V.
PAROISSE DU GRAND-GOAVE
Le Leéteur s'abuferait étrangement s'il croyait à caufe de cette épithète
de Grand que le lieu auquel on l'a appliqué eft étendu. Le Grand-Goave eft
d'une des plus petites paroiffes de la Colonie & même celle du Petit-Goave qui
lui eft contigue a une plus grande furface que la fienne, Goave eft un non
Indien, --- Page 500 ---
486 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Les Efpagnols avaient au Grand.Goave 1 appellé alors Aguava, une clpèce
de bourgade dépandante de Léogane qui fut brûlée comme fon chef-lieu par
Newport, 3 en 1592.
Le Grand-Goave a été établi par les Français, 1 prefqu'auffi-tôt que Léogane
& il fe trouve défigné dans l'édit de 1685 qui créa le confeil fupérieur du
Petit-Goave & les quatre premières Sénéchauflées de la Colonie.
On en fit une paroiffe où je vois qu'un dominicain était curé, en 1684: &
un frère André de Dieppe 3 capucin, au mois de Février 1688. Les regiftres
fubfiftant de cette paroiffe, qui a toujours été fous l'invocation de Saint-François
d'Afife, remontent jufqu'en 1686,
Le Grand-Goave dans fes limites actuelles eft borné au Nord par Ia mer fur
environ 3 lieues de côtes; à l'Ef par la paroiffe de Léogane ; au Sud par la
paroiffe de Jacmel ; au Sud-Oueft par la paroiffe de Baynet, au moyen de la
crête de montagne qui va vers le canton du Trou-Canary du Petit-Goave : &
al l'Oueft par la paroiffe du Petit-Goave 3 au moyen de ce canton & enfuite par
le fommet du Tapion qui, lui-mème > eft terminé par la mer,
La paroiffe eft compofée d'une plaine d'environ une lieue & demie de long
& d'environ trois quarts de lieue de profondeur, &x enfuite de montagnes qui
occupent un efpace d'environ 6 ou 7 lieues du Nord au Sud.
Dans l'origine 2 les habitans s'étaient placés fans recourir à aucun arpentage, mais cette circonftance étant la fource de difficultés fans cefle renaif.
fantes 1 les Adminiftrateurs ayant commis 9 le 14 Août 1717, M. Broffard
arpenteur, celui-ci leva le plan de toute la paroille, d'après lequel chacun fut
tenu de faire arpenter fon terrain,
La plaine a 3 fucreries dont une feule fait du fucre blanc. Elles font arrofées
& ont des moulins à eau. On peut évaluer leur revenu total à un million de
fucre brut par an. L'une de ces trois fucreries employe pour fon unique ufage
la rivière de la Courte-Oreille qui prend fa fource à environ une lieue &
demie de la mer,
Dans les montagnes du premier étage dont une partie eft encore couverte
de bois, , l'on compte 15 cotonneries qui peuvent donner 5o milliers de coton 9
par an 1 & 2 petites indigoteries qui produifent environ 700 livres d'indigo,
Les montagnes placées plus intérieuremens font très-bien cultivées en 80
cafeteries qui donnent déjà 2 millions & demi de café. On ne s'y eft oçcupé
environ une lieue &
demie de la mer,
Dans les montagnes du premier étage dont une partie eft encore couverte
de bois, , l'on compte 15 cotonneries qui peuvent donner 5o milliers de coton 9
par an 1 & 2 petites indigoteries qui produifent environ 700 livres d'indigo,
Les montagnes placées plus intérieuremens font très-bien cultivées en 80
cafeteries qui donnent déjà 2 millions & demi de café. On ne s'y eft oçcupé --- Page 501 ---
FRANÇAIS E DESAINT TDOMINGU: E.
du cafier que depuis 1771 & le rapport de cet arbufie peut être doublé parce
qu'il'y a encore beaucoup de terres qu'on peut lui defliner. Ces montagnes
produifent auffi de beaux légumes,. des racines & des plantes potagères
excellentes.
La paroiffe du Grand-Goave a plufieurs cantons; ce font la Courte-Oreille,
la raque à Cotard, les Mouflambés, la Crique , PIlet, la Grande-Ravine,
la Grande-Colline, le Bois-Drû.
Le grand chemin entre la Partie de POueft & celle du Sud traverfe le
Grand-Goave de l'Eft à TOueft, & n'eft pas. loin de la mer. Après avoir paflé
l'habitation Papet, fuivi une bananerie- , franchi quelques petites portions
arides 3 on trouve la fucrerie Fauché où l'eau de quelques fources arrofent &
font mouvoir le moulin. C'eft fur le terrain de cette habitation qu'on rencontre
l'embranchement du chemin qui va à Jacmel,
A partir de là, la terre devient meilleure. Cependant, après Phabitation
Fauché, eft une cotonnerie qui a vers la mer une grande favane où paiffent
des moutons très-gras ; ce qui prouve que ce fol n'eft pas propre à une autre
culture qu'à celle du cotonnier, qui fe contente d'un fol médiocre. Enfuite
eft la fucrerie Adhénfar.
Après elle vient le bourg du Grand-Goave placé fur un terrain d'une nuance
rougeâtre d'environ 250 toifes le long de la mer & du double en allant au: Sud
où la Grande-ravine le borne. Ce bourg, derrière
lequel, 2 au Sud, font de gros.
mornes en mamelons pittorefques 3 avait 6 maifons en 1724. Il a, en ce
moment, environ quarantes cafes dont les trois quarts font au Nord du chemin où elles bordent les deux côtés d'un grand efpace en forme de
d'environ
place
60 toifes de profondeur & au bout duquel eft l'églife. Celle - ci
eft jolie , de charpente, & couvèrte d'effentes. Elle a 70 pieds. de long fur 24
de large. Le prefbytère, qui eft de la même conftruction, eft à 200 toifes
d'elle, & à environ IOO toifes du rivage. La cure du Grand-Goave eft d'un fi
faible rapport, que les Dominicains l'appellent entr'eux la cure de dilgrace ou
d'apprentillage.
Au Sud du chemin font trois maifons de
charpente 3 affez jolies , avec des
galeries & couvertes d'effentes. Il y en a une dixaine du même genre. Les
autres font de bois rond & cotvertes de paille, & plufieurs tombent
ruine.
en
, & à environ IOO toifes du rivage. La cure du Grand-Goave eft d'un fi
faible rapport, que les Dominicains l'appellent entr'eux la cure de dilgrace ou
d'apprentillage.
Au Sud du chemin font trois maifons de
charpente 3 affez jolies , avec des
galeries & couvertes d'effentes. Il y en a une dixaine du même genre. Les
autres font de bois rond & cotvertes de paille, & plufieurs tombent
ruine.
en --- Page 502 ---
438 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Ce bourg eft habité par 25 blancs &c environ 5o affranchis qui l'abandonnent après avoir gagné quelque chofe à y tenir cabaret. Il n'eft pas probable
qu'il s'augmente. L'eau y manque & l'embarcadère étant à l'ilet, rien ne
peut y attirer, , s'il n'eft pas fans police. Adtuellement elle y eft faite par un
exempt, un brigadier & 4 cavaliers de maréchauffée, établis par les Adminiftrateurs, le 18Août 1774 & confirmés le 8 Février 1775En fuivant le chemin, 3 après avoir quitté le bourg, on trouve la fucrerie
Thozin. Ses haies qui bordent la route. 9 ont de diftance en diftance des frênes
& des lilas qui y répandent une. ombre agréable.
Depuis le Port-au-Prince jufqu'à ce point du chemin 9 l'on paffe fur 17 ponts
très-commodes.
Bientôt après la fucrerie Thozin, commence la naiflance du Tapion du Petit.
Goave, de ce groupe de mafles. coniques qui vient jufqu'à la mer &c qui
femblerait avoir été deftiné à former une barrière
inpénétrable ; l'homme
a'en a pas été arrêté.
Le 9 Mars 1688, le confeil fupérieur da Petit-Goave ordonna, le long
de la mer & des Tapions ; un chemin pour aller du Petit-Goave à
exécuté
Léogane,
Il fut
par la corvée publique, & un autre arrêt de cette cour
ft même rémbourfer par la caiffe publique les avances du garde-magafin du
#oi à Léogane, qui s'élevèrent à 3.754 liv. 6 f Ce premier
chemin 1 ou
plutôt ce fentier pour! les gens. à cheval, ayant été détruit par l'action de
la mer & par l'effet du tremblement de terre du 9 Décembre 1701, M. de
Galiffet en fit faire un par Pintérieur des terres. En 1743 M. Buttet, lieutenant de roi au Petit-Goavé, d'après les ordres de Larnage, en traça -un
par
la gorge au Sud du Tapion; mais l'on prétend que des habitans quicraignaient
le voifinage de ce - chemin, furent des guides infidèles. On y paffa er 1746.
Il était devenu preiqu'impraticable aux voitures, lorfqu'à fa première tournée,
au mois de Mai 1770, M. de Nolivos en fit tracer un par M. Sorrel, que les
quartiers de Léogane &x du Petit-Goave ont commendé en vertw d'ordre
du 22 Novembre 1770, & terminé en 1774.
On monte le Tapion jufqu'àce qu'on ait atteint à-peu-près le tiers de fon
élévation, & comme la route efl fort roide 7 le tems qui s'écoule eft toujours
long, comparé à la diftance réelle. Cette montée eft compofée d'un premier
tapion, fur la face Eft duquel l'on apperçoit, près du chemin, les cuves
de
vertw d'ordre
du 22 Novembre 1770, & terminé en 1774.
On monte le Tapion jufqu'àce qu'on ait atteint à-peu-près le tiers de fon
élévation, & comme la route efl fort roide 7 le tems qui s'écoule eft toujours
long, comparé à la diftance réelle. Cette montée eft compofée d'un premier
tapion, fur la face Eft duquel l'on apperçoit, près du chemin, les cuves
de --- Page 503 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE, 489
de l'indigoterie autrefois à M. le Trogneux de Mézicourt, dont j'ai parlé à
l'article de Léogane au fujet d'une meflagerie. Cette indigoterie employait
l'eau d'une fource qui vient de plus haut encore 1 & qui coule jufqu'au
chemin, au bas du Tapion. Cette fource a fait plaider pendant plus de 30 ans;
c'eft affez dire ce que l'eau eft prifée au Grand-Goave. L'indigoterie a été
abandonnée, 1 &c les blanchiffeufes ont converti fes cuves en lavoirs.
Cette face Orientale du piton eft un amas de tuf fabloneux, peu folide &c
fujet à s'ébouler. Ony voit des fommités de mamelons 2 où font des couches
de ce tuf, 8c dont le parallélifme rigoureux eft frappant. Ces couches font
avec l'horizon 1 un angle d'environ 40 degrés, dont le fommet eft dans
l'Oueft ou dans PEft, felon que l'on apperçoit l'un ou l'autre côté de ces
mamelons. Quelquefois les couches font prefque verticales. On trouve des filex
au haut de ce premier piton, & j'en ai remarqué un qui avait plus de deux
pieds cubes.
Après avoir parcouru, , en defcendant , la face Oueft de ce premier piton 7
on en trouve un fecond que le chemin contourne au Nord, &c qui eft moins
roide que le précédent. A différens points de ce piton, 1 la terre eft rougeâtre
& contient des pierres aflez grofles, qui m'ont femblé être du grès & que le
contrafte de taches rougeâtres fur un fond noir fait paraître volcanifées. C'eft
au point le plus élevé du chemin dans ce fecond piton, qu'eft la limite du
Grand-Goave avec le Petit.Goave, & par conféquent de la Partie de l'Oueft
& de la Partie du Sud de la Colonie; une croix de bois la marque. Le chemin
a, depuis la limite de Léogane jufques là, 5,702 toifes.
La communication du Grand-Goave avec Jacmel part 7 comme je l'ai dit,
de P'habitation Fauché & entre dans la gorge où coule la ravine de la CourteOreille, qui n'a que très-peu d'eau dans le tems fec. Le chemin la traverie
dans plufieurs endroits. C'eft encore l'unique route par laquelle on puiffe
aller.en voiture du Port-au-Prince à Jacmel. Elle a la direétion principale du
Nord.Oueft au Sud-Eft, & environ 8 lieues & demie de diftance abfolue, maisil
en faut faire cinq &c un quart rien que pour aller du bourg du Grand-Goave au
point où cette route trouve la limite des deux paroiffes, & fur le territoire de
Jacmel elle fuit la gorge où coule la rivière de Gauche, qu'il faut palier
84 fois ; ennui dont ne dédommage pas la vue très-pittoreique du faut de cette
rivière. Ce chemin, qui devient toujours de plus en plus difficile, Feft encore
Tome II.
Q99
de diftance abfolue, maisil
en faut faire cinq &c un quart rien que pour aller du bourg du Grand-Goave au
point où cette route trouve la limite des deux paroiffes, & fur le territoire de
Jacmel elle fuit la gorge où coule la rivière de Gauche, qu'il faut palier
84 fois ; ennui dont ne dédommage pas la vue très-pittoreique du faut de cette
rivière. Ce chemin, qui devient toujours de plus en plus difficile, Feft encore
Tome II.
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490 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
davantage pendant les pluies, & il met 13 lieues entre le Grand-Goave
&c Jacmel.
De ce chemin, & à environ 2,500 toiles au-deffus de fon embranchement
avec le chemin royal du Petit-Goave, en part un autre qui conduit
à Baynet & qui parcourt de là jufqu'à la limite entre le Grand-Goave
&c Baynet 8,067 toifes.
En 1783, fur la demande des habitans 5 les Adminiftrateurs, après la vilite
de M. de Sercey, membre de la Chambre d'Agriculture du Port-au.Prince,ont
fait ouvrir une autre route vers Baynet, qui eft plus longue mais plus
convenable.
La communication avec Baynet n'a lieu qu'à cheval. Encore en 1705 on
ne pouvait aller de Jacmel à Saint-Louis que par le Grand-Goave.
En fuivant la côte de la paroiffe, on trouve à environ 15350 toifes du TrouJean-Roger, l'embouchure de la ravine de la Courte-Oreille, que les marins
connaiffent bien à caufe des bouralques aflez fortes de fa gorge. A environ
400 toifes après cette embouchure, vis-à-vis une pointe & à 60 toifes de
diftance eft l'ilet du Grand-Goave; il eft couvert de mangles &c a 200 toifes de
long fur 150 de large. C'eft là que les habitans conftruifirent une batterie en
1702, & que les caboteurs viennent carener leurs bâtimens. M. de Nolivos a
fait placer 2 pièces de canon en 1771 pour battre la paffe qui eft entre cet ilet &
la côte, &c le défendre ainfi que l'embarcadère qu'il forme en abritant les bâ.
timens des vents du Nord, & qui eft à 675 toifes du bourg. Une batterie
placée à la pointe de la Saline 7 bat aufli l'ilet & l'embarcadère.
A 700 toifes du point de la côte correfpondant à Pilet, eft la Grande-ravine
qui n'a de l'eau que dans les pluics, & dont les débordemens font même dangereux. C'eft à 200 toifes dans POueft de cette ravine qu'eft le bourg.
L'ilet du Grand-Goave a été pendant long-tems le lazaret des bâtimens
nègriers deftinés au Petit-Goave. Le navire le Jupiter, appartenant à la Compagnie des Indcs, étant arrivé au Petit-Goave le 29 Septembre 1724, on
l'envoya à lilet parce que la petite vérole dont étaient morts 60 nègres dans
fa traverfée, venait d'y reparaitre. Cet ufage exiflait encore en 175c.
De l'embouchure de la Grande-ravine au point où les côtes de fer du
Tapion commencent, ily a 1,560 toifes. On trouve fur la cête du Grand-Goave,
mouillage à 3 ou 4 cens toifes, mais cxpofé à tous les vents qui dépendent du
envoya à lilet parce que la petite vérole dont étaient morts 60 nègres dans
fa traverfée, venait d'y reparaitre. Cet ufage exiflait encore en 175c.
De l'embouchure de la Grande-ravine au point où les côtes de fer du
Tapion commencent, ily a 1,560 toifes. On trouve fur la cête du Grand-Goave,
mouillage à 3 ou 4 cens toifes, mais cxpofé à tous les vents qui dépendent du --- Page 505 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 491
Nord. La tenue y eft bonne. La plage garnie de quelques mangles, eft abordable d'un bout à l'autre, excepté au Tapion. Mais les défilés de l'Acul de
Léogane, ceux du Tapion & une grande étendue de mornes diffciles fur les
derrières, font la fureté de cette paroiffe.
Le Grand-Goave avait, en - 1688, 15 indigoteries. En 1730, 3 fucrcries
mais en brut, 29 indigoteries & 1,600 animaux ; en 1739, 3 fucreries , 21
indigoteries 1 64,000 cotonniers, 7,000 cacaoyers & 18,000 cafiers. En 1750
on en tirait du bois à bâtir, du merrain, 1 des effentes &c de la chaux.
Sa population était, en 1730, de 62 blancs, 5 affranchis &c 769 nègres ;
en 1739, de 75 blancs, 16 affranchis & 780 nègres. Elle eft à préfent de
310 blancs, 220 affranchis & énviron 4500 nègres.
En 1688, 67 hommes de milices ; en 1718, 42; en 1730, II blaics,
3 affranchis; ; en 1739, 35 blancs, II affranchis; en 1764, 69 hommes en
tout, & agtuellement une feule compagnie d'environ IOO perfonnes & mi-partie
blanche & colorée.
Le Grand-Goave eft fain, fa température eft féche, fes pâturages font
excellens. L'inondation du 26 &c du 27 OCtobre 1716, & celle du 24 Juillet
1724y causèrent de grands défordres & emportèrent une grande partie des
cannes &c des indigos.
Le coup de vent du 24 Septembre 1741 ft couler bas un navire qui était
à la bande au carenage ; 8c celui du mois de Septembre 1756 s'y fit violem.
ment fentir.
Au commencement de Septembre 1765, ily eut plufieurs fecouffes de tremblement de terre fuivies d'un orage extraordinaire.
Au tremblement de terre de 1770, la mer 1 comme je l'ai obfervé précédemment, fubmergea une portion du terrain au bas du morne de la Saline, &c
des parties du Tapion s'écroulèrent, tandis que d'autres formèrent, en s'abaiffant, des trous qui interrompirent le chemin. On pafla, de ce moment, par
le tracé du chemin actuel que M. Sorrel faifait alors.
Le père Nicolfon a trouvé, 2 dans les montagnes du Grand.Goave, une
moitié d'huitre épineufe foflile, de deux pouces de diamètre, fur une pierre
blanchâtre calcaire.
En 1786, les boeufs du Grand-Goave furent attaqués d'une maladie qui fe
portait fur les yeux de ces animaux. Les confeils falutaires de M. Tilleul
vétérinaire, la firent celfer.
Q99 2
.
Le père Nicolfon a trouvé, 2 dans les montagnes du Grand.Goave, une
moitié d'huitre épineufe foflile, de deux pouces de diamètre, fur une pierre
blanchâtre calcaire.
En 1786, les boeufs du Grand-Goave furent attaqués d'une maladie qui fe
portait fur les yeux de ces animaux. Les confeils falutaires de M. Tilleul
vétérinaire, la firent celfer.
Q99 2 --- Page 506 ---
492 DESCRIPTION DE LAPAKTIE
Le Grand-Goave m'a fait connaitre un fait qui prouve que la difficulté de
s'acclimater à Saint-Domingue frappe non-feulement fur les hommes, fur les
chevaux , les mulets, les boeufs 3 mais même fur d'autres animaux. Madame
Fauché y acheta 500 poules ou coqs apportés de la Nouvelle-Angleterre &
jouiflant de la plus parfaite fanté; fix femaines après ils étaient tous morts.
Ily a dans la feconde chaîne des montagnes au-deflus du Tapion, fur l'habitation de M. Charles, une efpèce de retranchement de forme ovale & de
terre que l'on croit être l'ouvrage des Naturels du pays. Ony trouve aufli de
grandes voûtes & des fouterrains où l'on fuppofe qu'ils fe retiraient.
On a trouvé en 1773, àl la raque à Cotard,des têtes d'argile ou d'une glaife
contenant des parties ferrugineufes attirables à l'aiman. La fragilité de ces
morceaux, 3 gravés dans Nicolfon, fait croire qu'ils n'ont pas fubi l'action du
feu, mais feulement celle du foleil.
En même tems que la paroille du Grand-Goave dépend du Quartier de
Léogane, 1 elle eft dans le territoire de la Sénéchauflée du Petit-Goave; ce qui
la met & dans Ia Partie de lOueft & dans celle da Sud. Une communication
plus facile, une fituation en quelque forte contigue 1 & une pofition militaire
commune avec Léogane, ont prefcrit le premier rapport; la médiocrité du
rapport de la Sénéchauffée du Petit-Goave a fait conferver l'autre.
Ily a de l'églife du Grand-Goave
A celle de Léogane,
5 lieues. A celle de Baynet,
10 lieues.
Jacmel,
du Petit-Goave,
QUARTIER DE JAC CM E L.
M. d'Eftaing a dit qu'en mettant ce quartier dans la Partie de POuef, la
politique avait fait un vol à la nature. Mais auffi ce vol était-il confeillé par la
nature même qui en plaçant Jacmel fur le côté Sud de l'ile 3 ne lui a donné de
communications faciles qu'avec celui de l'Oueft. Jacmel qu'on avait claffé
dans la Partie de POueft, depuis 1726 jufqu'en 1768, fut rendu à celle du
Sud ; mais l'expérienee a ramené en 1776,1 l'idée de 1726.
Ce quartier > en général le moins connu de toute la:Colonic, parce qu'sl
la
nature même qui en plaçant Jacmel fur le côté Sud de l'ile 3 ne lui a donné de
communications faciles qu'avec celui de l'Oueft. Jacmel qu'on avait claffé
dans la Partie de POueft, depuis 1726 jufqu'en 1768, fut rendu à celle du
Sud ; mais l'expérienee a ramené en 1776,1 l'idée de 1726.
Ce quartier > en général le moins connu de toute la:Colonic, parce qu'sl --- Page 507 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 493
n'elt placé fur aucun point de communication, eft compofé des trois paroiffes
des Cayes de Jacmel, 1 de Jacmel &c de Baynet.
XXXVL
PAR OIS S E DES CAYES DE J ACME L.
CETTE paroiffe, la plus Orientale de Ia côte Sud de la Colonie, a la
frontière efpagnole pour une de fes limites. Cette frontière eft formée par,la
rivière des Anfes-à-Pitre ( ou des Pidernales, felon les Efpagnols ), depuis
les fources de cette rivière oà font placées deux bornes avec le No. 219
jufqu'à fon embouchure où eft la double pyramide No, 221, qui eft la dernière
de la ligne de démarcation entre les deux Colonies. La rivière des Anfes-àPitre difparait plufieurs fois dans fon cours &c c'eft à un point de cette nature
que Pon' a gravé fur un rocher , all milieu de fon lit, le No, 220.
Au Nord eft la paroiffe de la Croix des Bouquets dont celle des Cayes
de Jacmel eft féparée d'abord par la crête d'une portion Nord-Oueft des montagnes efpagnoles de Bahoruco &c enfuite par la crête des montagnes qui
prolongent celles-là de PEf à l'Oueft & qui font le Mexique & la Selle ; fauf
toutefois la trouée que forme le canton St-Jean de la paroiffe de la Croix des
Bouquets : à l'Oueft, eft la paroiffe de Jacmel, &x au Sud, la mer.
La furface de la paroiffe des Cayes de Jacmel n'eft pas: connue d'une manière
certaine &x même fes établiffemens ne font pas contigus dans PEf. Je crois
donc devoir parler d'abord de ce qui a été bien obfervé pour le faire fervir
à me diriger enfuite dans ce qui exige encore des lumières que le tems donnera;
je veux parler. de la côte.
On appelle Anfes-à-Pitre tout l'intervalle qui borde la mer depuis Ie faux
Cap de la Béate (qui eft à environ 5 lieues dans FOuci-Nord.Ouef du Cap
la Béate ou Poiate de Bahoruco ), jufqu'à la Pointe ou Morne des Pièges.
Cet intervalle d'environ 12 lieues eft, pour ainfi dire, en totalité dans la
Partie Efpagnole 3 puifque la Pointe des Pièges n'eft elle-même qu'à une lieue -
dans l'Oucft de l'embouchure de la rivière des Anfes-à-Pitre. C'eft donc dans
à environ 5 lieues dans FOuci-Nord.Ouef du Cap
la Béate ou Poiate de Bahoruco ), jufqu'à la Pointe ou Morne des Pièges.
Cet intervalle d'environ 12 lieues eft, pour ainfi dire, en totalité dans la
Partie Efpagnole 3 puifque la Pointe des Pièges n'eft elle-même qu'à une lieue -
dans l'Oucft de l'embouchure de la rivière des Anfes-à-Pitre. C'eft donc dans --- Page 508 ---
494 DESC RIPTIO N D E LA PARTIE
maDefeription de la Partie Efpagnole ( tom. 1er, pag. 81 & fuivantes ), qu'il
faut chercher les détails de cette portion de côte.
Ony verra que les vaifleaux de guerre & les corfaires anglais trouvent , à
cette embouchure, une excellente ftation, & à terre des cochons & des boeufs
fauvages, 3 d'excellent gibier, l'eau de cette rivière qui vient des montagnes
qu'elle a au Nord 8 qu'on regarde comme Punc des meilleures de lIle, &
enfn la facilité de faire 1 à l'aide des vigies, des croifières 8c des relâches qui
ne caufent auçune fatigue.
Entre l'embouchure de la rivière des Anfes-à-Pitre & la pointe des
cft l'anfe des Pièges. De celle-ci jufqu'à la pointe à Boccachique, ilya Pièges 3
Jieues & un tiers. Cet efpace, , dont toute la côte eft de fer, offre
d'abord, 1
les Falaifes-rouges, le Reffif, la baie Racrot, T'anfe-à-Cochon, l'anfe aux
Grands-Gofiers &c le Tapion de l'anfe-à-Beuf, Il y a mouillage à environ
une lieue, depuis 8 brafles jufqu'à 25; mais expofé au vent de Sud &c à une
mer toujours agitée. Après vient l'anfe-à-Boeuf, la pointe du
Lagon 9 les
Prècheurs, où eft la rivière du même nom , l'anfe du Sale-Trou, d'ou la côte
commence à être dirigée au Sud-Eft,. en allant vers la pointe de Bahoruco i
plus à. l'Oueft encore eft le Tapion-Rouge 8c enfin la pointe de Boccachique.
De cette pointe jufqu'au Fapion du morne-Rouge 3 ily a 4 lieues & un tiers.
Ony trouve fucceflivement l'anfe de la rivière Salée qui eft à trois-quarts de
lieue de la pointe à Boccachique & qui prend fon nom de la rivière qui y
débouche & qui contraête 7 dit-on, cette faveur en paffant fur des parties de
fel foflile ; la pointe du Colombier, le Colombier lui-même qui eft un ilet de
roches. à environ 15O toifes de la côte ; l'anfe-à-Coutelas, la baie
d'Orange i
la roche à Patira, autre petit ilet à environ 120 toifes de la côte &c le Tapion
du morne-Rouge. Toute cette longueur eft une côte de fer, fort élevée &
inabordable, depuis l'anfe de la rivière Salée jufqu'au Tapion du morneRouge. On trouve un fond de Ioà 15 braffes à une lieue de la côte.
Du Tapion du morne-Rouge à la pointe du Corps-de-Garde 1 on compte 3
lieues & un quart. Ony rencontre l'anfe du morne-Rouge , la petite anfe
du morne-Rouge 2 Ia pointe de la Mahotière, l'anfe-à-Lézard, , la pointe de la
Groffe-Roche, , l'anfe-a.lEchelle, 2 la pointe du Trou-Soufleur 3 le Trou-Souf.
leur 8x la pointe du Corps-de-Garde, a depuis laquelle la côte eft de ferjufqu'à
la pointe de la Mahotière.
quart. Ony rencontre l'anfe du morne-Rouge , la petite anfe
du morne-Rouge 2 Ia pointe de la Mahotière, l'anfe-à-Lézard, , la pointe de la
Groffe-Roche, , l'anfe-a.lEchelle, 2 la pointe du Trou-Soufleur 3 le Trou-Souf.
leur 8x la pointe du Corps-de-Garde, a depuis laquelle la côte eft de ferjufqu'à
la pointe de la Mahotière. --- Page 509 ---
FRANGAISE D E SAINT-DOMINGUE 495
On cflime à trois lieucs trois quarts la diftance qui eft entre la pointe
du Corpa-de-Garde, où était réellement un corps-de-garde très-bien placé dans
THA de T'habitation d'Armancourt, du canton de Fel, & la pointe du
Petit-Mouillage. Elle contient la Grande-anle de la rivière de Fel,la pointe
de la rivière de Fel,la pointe à Marigct, l'anfe-à-Barrique & la: pointo
du Petit-MouillageDc cette pointe à celle de la Belle-Roche, à peu de diflance de laquelle
font deux ilets de roches, ily adeux lieues &c un tiers; entr'elles eft l'anfe du
Petit-Mcuillage. A 1,4CO toifes dans PER de la pointe de la Belle-Roche
cft la rivière des Cayes de Jacmel ou de Bioche, &c à la rive droite de
celle-ci, eft le bourg du même nom.
Ilya une lieue &x demie de la pointe de la Belle-Roche àla pointe Fournier,
oà finit le banc de reflifs qu'on nomme les Cayes, 2 &c qui commence à 200
toifes dans PEf de la rivière du même noin. Dans P'intervaile, font l'anfe
à Sauzay, le Grand-Lagon 8c le Petit-Lagon, A l'Oueft de la pointe Fournier,
eft la rivière Normand, limite des Cayes de Jacmel avec Jacmel.
La paroifle des Cayes de Jacmel qui, comme l'on voit, a plus de 26 lieues
de côtes, fe divife en dix cantons, qui font: 1°, les Anfes-à-Pitre, 2°. la
Grande-Plaine., 3°. Le. Sale-Trou, 4°. la Guillaumone, 5o. Le Fond-JeanNoel, 60, Fel, 7°. le Petit-Mouillage, 8o. le Bourg, 9. les Bancs & 10°,
partie du Cap-Rouge.
1o, Le canton de la rivière des Anfes-à-Pitre eft borné à PEA par la rivière
de ce nom ; au Nord, par les montagnes i à l'Oueft. , par le canton du SaleTrou, & au Sud,par la mer. Il eft formé d'une portion de la plaine Occidentale de Bahoruco, que nous nommons la Petite-Plaine. L'on fuppofe que nous
y avons plus de 4,000 carreaux, arrofables en partie, 3 au moyen de la rivière
des Anfes-à-Pitre, , qui eft abondante. On y a même vu un effai d'établiffement
en fucrerie. lly a cependant des points où l'on trouve des bancs de pierres.
Les monticules environnans font fecs & ftériles, & le canton des Anfes-dPitre eft fujet à des féchereffes qui durent quelquefois des années entières.
Ce canton a une célébrité hiftorique qu'il doit à trois circonfances, dont
deux remontent jufqu'aux premiers tems de la découverte de la Colonie,
Après l'exécution d'Anacoana & durant la guerre cruelle qu'Ovando fit aux
Indiens, un parent de cette infortunée reine, nommé Gaarecuya, vint avec
on des Anfes-dPitre eft fujet à des féchereffes qui durent quelquefois des années entières.
Ce canton a une célébrité hiftorique qu'il doit à trois circonfances, dont
deux remontent jufqu'aux premiers tems de la découverte de la Colonie,
Après l'exécution d'Anacoana & durant la guerre cruelle qu'Ovando fit aux
Indiens, un parent de cette infortunée reine, nommé Gaarecuya, vint avec --- Page 510 ---
495 DESCRIPTIO N DE L. A PARTIE
fon parti fe placer dans les montagnes de Bahoruco, où Ovando le fit pourfuivre; on l'arrêta & on lui donna la mort.
Au nombre des caciques qu'Ovando avait fait brûler vifs à Léogane 3 étaient
le père & l'ayeul du cacique Henri, qui lui-même fut compris dans un département d'Indiens donné à Valençuela, efpagnol , demeurantdans la ville de
Saint-Juan de la Maguana. Henri qu'on avait fait élever chez les Franciicains
de Sainte-Marie-de-la-Vraie-Paix, comme pour qu'une éducation plus foignée
lui rendît fa condition encore plus cruelle, s'cfforçait de s'y plier, , mais le fils
de Valençuela la lui rendit infupportable. Henri alla dans les lieux où fes
ancètres avaient été puiflans ; à fa voix, plufieurs Indiens fe réunirent, &
quand Valençuela voulut le faire arrêter, il réfifta, &c ce fut le fignal d'une
guerre opiniâtre qui dura 14 ans. On dit même qu'en 1532, Henri fit des
incurfions jufques vers Caracol ( de la Partie du Nord ). Enfin, l'empereur
Charles-Quint voulant mettre fin à une guerre qui compromettait la tranquillité
de toute la Colonié, chargea François de Barrio Nuevo, qu'il avait nommé
gouverneur de la Caftille d'Or, de la pacifier &x de porter une lettre de fa
part au Cacique Henri.
Barrio Nuevo, après avoir concerté fes démarches avec Don LouisColomb. 1
petit-fils de Chriftophe & alors amiral del'Ifle, & les perfonnages coniidérables
réunis pour cela à Santo-Domingo, fe rendit à Acquin par une caravelle, &
parcourut de là les montagnes jufqu'à ce qu'il eût joint le cacique Henri,
qui confentit à la paix. Barrio Nuevo fe rendit enfuite à Jacmel, où fa caravelle l'attendait.
Les détails dans lefquels les hiftoriens font entrés fur le foin avec lequel
le cacique Henri cachait le lieu de fa retraite, rapprochés de ce fait, que
Barrio Nuevo débarqué à Acquin, cherche ce cacique, va vers un lac,le
joint &c fe rembarque à Jacmel, confirment d'une part le féjour du cacique
dans l'étang-Salé , appellé à caufe de cela Henriquille ou Petit-Henri, & autorifent à croire de l'autre, que le canton des Anfes-à-Pitre contient encore à
préfent une preuve des précautions que ce cacique employait pour ne pas
tomber au pouvoir de fes ennemis.
En effet, on trouve à l'anfe-à-Bocuf un retranchement de forme demicirculaire 2 d'environ quatre pieds & demi de hauteur, appuyé à chaque
extrémité à une montagne, & garni en dedans de deux rangées de petits
puits
autorifent à croire de l'autre, que le canton des Anfes-à-Pitre contient encore à
préfent une preuve des précautions que ce cacique employait pour ne pas
tomber au pouvoir de fes ennemis.
En effet, on trouve à l'anfe-à-Bocuf un retranchement de forme demicirculaire 2 d'environ quatre pieds & demi de hauteur, appuyé à chaque
extrémité à une montagne, & garni en dedans de deux rangées de petits
puits --- Page 511 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE 497
puits qui fe touchent, & qui fervaient fans doute à foutenir le retranchement.
Les cavernes environnantes font remplies d'offemens humains.
Or, l'anfe-à-Bceuf communique avec l'étang-Salé par une gorge qu
s'élargit un peu dans un point que l'on nomme le Fond-Tyélinguet, & qui va
vers le canton Saint-Jean de la Croix-des.Bouquets , gagner la communication par laquelle on arrive dans la plaine du Cul-de-Sac par le Fond-Parifien.
Iln'y a pas plus de 25 ans que cette communication, annoncée par quelques
chafleurs, a été enfin vérifiée, & il en réfulta qu'en 1767, 40 perfonnes
de la dépendance du Port-au-Prince demandèrent des conceflions au canton
des Anfes-à-Pitre, offrant d'y mettre 600 nègres.
La troifième caufe de célébrité,'eft le féjour des nègres marons pendant
plus de 85 années dans les montagnes de Bahoruco ou. de la Béate & les
lieux circonvoifins. , qu'ils ont regardés comme leur vrai domaine & qui ont été
le théâtre de leur cruel brigandage.
Au mois de Mars 1702, M. de Galiffet fit pourfuivre ces nègres
par 15
hommes, qui furent 68 jours dans le bois & qui en pafsèrent quelquefois quatre
& cinq fans trouver de l'eau. Ils tuèrent trois nègres, en prirent onze ; une
trentaine d'autres échappèrent; on détruifit leurs vivres, , leurs plantations. Le
25 OCtobre 1715, il fallut encore enjoindre de les expulfer, ce que M.
Dubois, commandant du Cul.de-Sac, exécuta en 1717. Il trouva dans leur
établiffement un puits de 40 pieds de profondeur. Ils reparurent en 1719,
époque où l'on prit leur chef, nommé Michel. En 1728, M. Charles Baudouin , depuis commandant des milices à Jacmel, alla contre eux avec des
habitans 1 & amena 46 prifonniers. En 1733 > on en prit 32.: En 1740, ils fe
portèrent aux Grands-Bois du Mirebalais, où M. Marillet, prévôt de maréchauflée au Cul-de-Sac, alla les attaquer avec. 22 archers. On en tua 7,
on en prit 14, tous nés dans le bois, &x l'on fut par eux que 23 s'étaient
enfuis. Ils reparurent aux Anfes-à-Pitre en 1742. Les habitans de Jacmel marchèrent en 1746, & en détruifirent beaucoup. Ces nègres allèrent alors fe
placer dans un autre point ; lorfqu'ils fe trouvèrent affez recrutés, ils recommencèrent leurs incurfions, employant le fer & le feu &c enlevant les nègres.
M. Baudouin Defmarattes , gendre du précédent 7 alla contre eux en 1757,&
en prit 12.
Nouvelle expédition au mois de Décembre 1761. Placés derrière un épaule.
Tome II,
R T r
nt beaucoup. Ces nègres allèrent alors fe
placer dans un autre point ; lorfqu'ils fe trouvèrent affez recrutés, ils recommencèrent leurs incurfions, employant le fer & le feu &c enlevant les nègres.
M. Baudouin Defmarattes , gendre du précédent 7 alla contre eux en 1757,&
en prit 12.
Nouvelle expédition au mois de Décembre 1761. Placés derrière un épaule.
Tome II,
R T r --- Page 512 ---
498 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ment, les nègres défiaient leurs adverfaires en danfant. Ceux-ci furieux, fe
précipitèrent dans des foffes dont le fond était plein de pointes de bois de pin
& le haut recouvert de lianes & d'herbes
rampantes; 14 mulâtres, formant
a-pen-près la moitié des attaquans, s" furent eftropiés. On tua beaucoup de
nègres; d'autres furent pris ayec leurs flêches &. leurs armes à feu. Sous le
généralat de M. de Belzunce, , le chef des nègres prit fon nom & recommença
des défordres qui paraiflaient être devenus moins
M.
fut
fréquens 9 lorfqu'en 1776
d'Ennery obligé de mettre au Boucan-Patate un pofte, que les nègres
attaquèrent tandis qu'on conftruifait le corps-de-garde, & un autre au bras
fec de la rivière des Anfes-à-Pitre. Malgré cela, ils viprent aflaffiner,
piller & enlever des nègres depuis les Grands-Bois & le Fond-Parifien
jufqu'au Sale-Trou.
Alors les chefs des deux Colonies fe concertèrent pour les faire pourfuivre.
M. de Saint-Vilmé, major pour le roi au Mirebalais, arriva le 27 Décembre
1776 à la Croix des Bouquets, avec un détachement de 20
grenadiers & 20 chaffeurs du régiment du Port-au-Prince. Des hommes de milices de couleur des
paroiffes du Cul-de Sac & du Port-au-Prince s'y réunirent, formant avec ceux
du Mirebalais campés aux Grands-Bois & ceux marchant de Jacmel, 180
hommes.
M. de Saint-Vilmé trouva l'établiflement des nègres à Bahoruco &c les
le 6 Janvier 1777,mais leurs chiens ayant aboyé la nuit précédente, ils s'étaient attaqua
jettés dans le bois qui était fi fourré que la troupe ne put pas y pénétrer. Le
détachement 9 accablé de fatigue, des foldats ayant même été réduits à boire
leur urine 7 fe replia pour avoir des vivres. Plus de 30 mulâtres fe débandèrent
& il fallut attendre qu'on envoya 15 grenadiers ou chaffeurs de plus. On expédia des vivres pour un mois. Alors M. de Saint-Vilmé marcha de
& l'on ne trouva point les nègres marons.
nouveau, 9
Un Efpagnol offrit de guider M. de Saint-Vilmé vers des cavernes où les
nègres avaient dû fe retirer. Comme il avait dit qu'il ne ferait pas pofible
d'avoir de l'eau pendant 5 ou 6 jours, on fit faire au Port-au-Prince des boîtes
de ferblanc oà l'on mit 6 pintes d'eau, & il vint encore 25 hommes du régiment
du Port-au-Prince. On chargea au Cayes un bateau des vivres néceffaires a
IOO hommes durant un mois & on l'envoya vers la Béate. Lorfqu'on le crut
rendu, la troupe fe remit en marche : c'était le 6 Mars. On arriva aux
oir de l'eau pendant 5 ou 6 jours, on fit faire au Port-au-Prince des boîtes
de ferblanc oà l'on mit 6 pintes d'eau, & il vint encore 25 hommes du régiment
du Port-au-Prince. On chargea au Cayes un bateau des vivres néceffaires a
IOO hommes durant un mois & on l'envoya vers la Béate. Lorfqu'on le crut
rendu, la troupe fe remit en marche : c'était le 6 Mars. On arriva aux --- Page 513 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 499
cavernes, mais les nègres venaient de les abandonner. Alors on gagna les terres
elpagnoles d'ou le détachement qui n'était plus que de 80 hommes du régiment,
rentra au Port-au-Prince le 26 Mars. Cette expédition coûta 80,000 livres &
les habitans du Cul-de-Sac & du Port-au.Prince donnèrent, pendant trois
mois 3 50 nègres & 40 mulets pour le tranfport des vivres.
Dès le mois d'Avril les nègres marons fondirent au Fond-Parifien. Onyft
marcher 30 chaffeurs du régiment du Port-au-Prince fous les ordres de M. de
Coderc. Le 6Mai 1777, ils recommencèrent leurs ravages au Boucan-Greflin.
Ils y reparurent le 29 Novembre 1778 &y pillèrent M. Coupé dont ils prirent
la ménagère.
Cette négrefle 1 appellée Anne, ayant refufé de fuivre les nègres marons >
elle fut liée & garrottée &c trainée de force. Après deux jours de marche, on
arriva. Le chef de la bande nommé Kébinda, , créol des bois, donna Anne à
fon valet pour en faire fa concubine. Celle-ci ayant réfifté,te chef la prit pour
lui-mème ; mais elle ne céda pas davantage. Ayant eflayé de s'enfuir, elle
fut reprife & toute la troupe la condamnait à la mort, le chef s'y. oppofa.
Enfin fubjugué par une pallion que piquaient les refus, Cc chef fe laiffa perfuader par Anne, au bout de quatre mois * qu'elle confentait à devenir fa femme,
qu'il l'époufàt à Peglife, Il partit avec elle une nuit & ils arrivèrent
pourvu
de la frontière efpagnole, où Anne pouffant des cris 1 le ft
au corps-de-garde
arrêter. Elle-même fut ramenée à M. Coupé, & le gouvernement lui donna la
liberté fous le nom d'Anne Fidele. Kébinda quoique relâché par les Efpagnols,
-mourut quelque tems après, des regrets d'un amour trahi.
Les nègres ne: cefsèrent pas leurs défordres en 1779, 1780 & 1781. On fit
même marcher contre eux de Jacmel à la fin du mois de Mars 1781, mais
fans fuccès, parce que le manque d'eau aux Anfes-à-Pitre fit rentrer le détachement. Au mois d'Oétobre de nouveaux crimes frent envoyer en établiffement un fergent 8c dix hommes du Port-au-Prince aux Grands-Bois, & autant
au Fond-Verrettes, & 20 hommesde couleur de bonne volonté qu'on payait
trente fous par jour, fur un terrain de Madame de Lilancour.
Enfin en 1782, M. de Saint-Larry 3 ancien arpenteur & lieutenant de
milice, établi depuis 1779 aux Anfes-à-Pitre oû il fallait qu'il fàt continue'-
lement fur fes gandes, éloigné de toute habitation françaife, &c allez voifin
d'Efpagnols mal policés, chercha à connaitre ceux d'entre ces derniers qui
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trente fous par jour, fur un terrain de Madame de Lilancour.
Enfin en 1782, M. de Saint-Larry 3 ancien arpenteur & lieutenant de
milice, établi depuis 1779 aux Anfes-à-Pitre oû il fallait qu'il fàt continue'-
lement fur fes gandes, éloigné de toute habitation françaife, &c allez voifin
d'Efpagnols mal policés, chercha à connaitre ceux d'entre ces derniers qui
Rrr 2 --- Page 514 ---
5co DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
avaient des rapports avec les nègres marons. II y parvint, fe les attacha &
s'ouvrit à Diègue Félis, quarteron libre efpagnol, du deflein de portér les
nègres à fe rendre 8 à former une peuplade de l'agrément du gouvernement.
Il en parla encore à Antonio Félis, autre quarteron libre 3 & à Jean Lopez &
Simon Silvère, 1 tous eipagnols & voifins de la frontière.
Les réponfes des nègres étant favorables, M. de Saint-Larry en prévint
M. Darcé, major pour le roi à Jacmel, &c M. de Vincent, commandant en
fecond au Port-au-Prince. On lui répondit d'entretenir cette correfpondance.
M.de Saint-Larry fit paffer alors quelques préfens aux nègres par Diègue
Felis, &c leur ft dire de fe rendre une douzaine à la plaine du Trou-Jacob, à
cinq lieues de chez lui, & que lui-même y viendrait feul par mer.
Au jour indiqué, 14 nègres couverts d'un fimple tanga 1 ayant une giberne de cuir à la ceinture, des armes à feu & des machettes, vinrent d'un
côté avec Diègue Felis, & M. de Saint-Larry en uniforme avec MM. Lopez
& Silvère de l'autre. Santyague 1 nègre efpagnol , créol de Banique pris par les
marons depuis 45 ans. 1 & Philippe, créol des bois, leurs chefs, déclarèrent qu'ils
confentaient à fe retirer dans la paroiffe de Neybe où ils feraient dirigés par
3 ou 4 efpagnols, & qu'un an après ils iraient fe faire baptifer tous à Neybe,
pour aller enfuite dans l'endroit qu'on voudrait leur ailigner. Santyague donna
137 grains de mais pour exprimer le nombre des nègres 5 &c M. de Saint-Larry, >
après leur avoir diftribué quelques préfens en toiles & en mouchoirs, leur
promit de revenir dans deux mois.
Les Adminiftrateurs à qui M. de Saint-Larry rendit compte de cette démarche, adrefsèrent fa relation à la Chambre d'Agriculture du Port-au-Prince.
Dans le même tems, Diègue Félis vint dire à M. Baudouin Defmarattes,
que les nègres qui voulaient fe rendre demandaient à voir fon fils. Ce dernier
partit le 8 Avril & arriva le 15 au Cap Mongon ; puis guidé par Diègue Felis
à travers les bois, ils arrivèrent à Ja pointe de Nifao le 17 à 3 heures après
midi. Dièguc tira un coup de fufil, & 2 heures après arrivérent 32 nègres
armés. On paffa jufqu'au 19 enfemble, puis les nègres ramenèrent le jeune
Defmarattes à fon canot. Les Adminiftrateurs, informés de cette nouvelle
démarche des nègres qui demandaient la liberté & un afle, écrivirent de les
entretenir dans cette difpofition.
La Chambre d'Agriculture du Port-au-Prince, confultée comme je l'ai dit
de fufil, & 2 heures après arrivérent 32 nègres
armés. On paffa jufqu'au 19 enfemble, puis les nègres ramenèrent le jeune
Defmarattes à fon canot. Les Adminiftrateurs, informés de cette nouvelle
démarche des nègres qui demandaient la liberté & un afle, écrivirent de les
entretenir dans cette difpofition.
La Chambre d'Agriculture du Port-au-Prince, confultée comme je l'ai dit --- Page 515 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 5o1
plus haut, fut d'avis, le 3 Mai 1783, qu'on devait donner la liberté à ces
nègres Bc les recevoir, à condition qu'ils s'établiraient dans la Partie Françaife.
Cependant cette négociation ne fe terminait pas, &c un chef &c deux nègres
vinrent chez M. Delmarattes au mois de Novembre 1784, en marquer de
l'impatience. Au mois de Février 1785, M. de Bellecombe fit dire à Diègue
Felis d'amener deux des chefs chez M. Defmarattes, qui les envoya au Portau-Prince accompagnés de fon fils.
Le gouvernement fe concerta alors avec le préfident de la Partie Efpagnole, 1
& nomma M. Jean-Marie Defmarattes fils, pour confommer l'arrangement
qui ferait adopté. Le 4 Mai, Don Ifidro de Péralta accorda la liberté à ceux
des fugitifs qui étaient efpagnols 8c qui confentiraient à venir vivre dans le
lieu qui leur ferait marqué, & nomma de fon côté Don Louis de Chavez y
Mendofa, doyen de l'Audience royale de Santo-Domingo. Les deux commiffaires allèrent aux montagnes de Bahoruco, y réglèrent tout &x en firent un
procès-verbal à Neybes le 28 Mai.
Les nègres étaient au nombre de 130, dont 125 français ou defcendans de
nègres français. On convint que Santyague 1 leur chef, quoiqu'e/pagnol, fe
rendrait, avec les 125, fur le territoire français ; que tous les établiffemens
de ces nègres feraient anéantis. Ces nègres promirent de pourfuivre &c d'arrêter les nègres marons des deux nations, en leur en payant la prife douze
gourdes, fuivant le traité d'entre la France &c P'Efpagne du 3 Juin 1777.
Le 12 Juin les deux Adminiftrateurs de la Colonie ratifierent en commun
tout ce qui s'était fait, accordèrent un aête de pardon & de liberté à
ces nègres & des vivres pendant huit mois 1 en attendant que les terres qu'on
leur connerait puffent leur en procurer.
Le II Décembre 1785, une lettre du miniftre approuva toute cette opération, en trouvant cependant qu'on s'était un peu preffé de la faire. Mais les
nègres ont refufé, au mois de Février 1786, au deux commillaires français
& efpagnol, de fe rendre où ils etient attendus, & l'on croit que les infinuations de quelques efpagnols qui avaient leur chafle & leur pêche prefque pour
rien, en ont été la vraie caufe. Plufieurs d'entr'eux était déjà venus fe faire
baptifer à Neybe.
Les nègres ont pon@tucllement exécuté depuis, leur promeffe dc ne plus
nègres ont refufé, au mois de Février 1786, au deux commillaires français
& efpagnol, de fe rendre où ils etient attendus, & l'on croit que les infinuations de quelques efpagnols qui avaient leur chafle & leur pêche prefque pour
rien, en ont été la vraie caufe. Plufieurs d'entr'eux était déjà venus fe faire
baptifer à Neybe.
Les nègres ont pon@tucllement exécuté depuis, leur promeffe dc ne plus --- Page 516 ---
502 D ESCRIPTIO N DE LA PARTIE
faire d'incurfions ; mais leur voifinage écarte encore les cultivateurs, & les
pofies de maréchauffée ont été rétablis.
Tels font les détails vrais fur ces individus qui ont défolé quelquefois une
grande étendue de pays, & parmi lefquels il fe trouve des hommes de 60 ans
qui n'ont jamais habité que ces forêts où ils font nés. Le caraôtère propre
de ceux-là eft l'inquiétude, & elle eft peinte fur leur figure; la crainte les
agite tous. On feraic un volume entier de tout ce qu'on débitait fur leur
nombre & fur leur manière d'être. La peur en avait compté jufquà 1,800.
Leur vrai féjour eft vers le Nifao, dans les montagnes qui font au Nord
d'Azua, & c'était le lieu de leur retraite lorfqu'ils étaient obligés de fuir des
montagnes de Bahoruco où ils combinaient leurs incurfions, &c trouvaient
une fubfiflance facile dans les animaux fauvages. Ils ont pour poftes avancés
des ajoupas où font deux hommes qui fe replient fur un autre ajoupa, & ainfi
fucceffivement jufqu'au corps de troupes. Leurs fentinelles font des chiens
dont ils ont un grand nombre, & des efpagnols vont acheter pour eux, dans
la Partie Françaife même, des armes & des munitions.
Pour piller ils e'embufquaient & épiaient long-tems, s'il le fallait, le moment propice. Cruels s'ils voulaient intimider oà s'ils avaient à fe venger 7 ils
enlevaient àufli d'autres nègres dont ils faifaient de véritables efclaves. Ils
n'admettaient ceux qui venaient volontairement à eux, qu'après s'être affurés
qu'ils n'étaient pas des efpions, & le moindre foupçon leur faifait donner la
mort. Il n'y a que l'exemple d'une mulâtreffe de M. Fouquet, habitant dans
les montagnes du Cul-de-Sac, qu'on ait pu échapper de leur établiffement.
Ces nègres , après l'expédition de M. de Saint-Vilmé, errans de peur d'être
furpris, furent quelquefois obligés de vivre de feuilles d'arbres & de fruits
fauvages. Une diffenterie cruelle qui en fut la fuite, & la petite vérole venue
après elle, en moiffonnèrent un grand nombre. Ils avaient même eu la penfée
de fe rendre, mais Santyague qui vit parmi eux depuis près de 50 ans,
les en détourna. Abufant de leur fuperftition il les dirige en faifant parmi eux
le rôle de padre. Il leur a appris à prier en efpagnol, & une petite croix & un
rofaire fon entre fes mains deux armes avec lefquelles il terrafle bientôt leur
foible raifon.
Qui pourrait affurer que cet afcendant ne fera pas encore exercé comme il
la été pendant long-tems? Qui oferait affirmer que le fucceffeur quelconque
en détourna. Abufant de leur fuperftition il les dirige en faifant parmi eux
le rôle de padre. Il leur a appris à prier en efpagnol, & une petite croix & un
rofaire fon entre fes mains deux armes avec lefquelles il terrafle bientôt leur
foible raifon.
Qui pourrait affurer que cet afcendant ne fera pas encore exercé comme il
la été pendant long-tems? Qui oferait affirmer que le fucceffeur quelconque --- Page 517 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 503
de Santyague ne fera pas plus redoutable que lui? Que le gouvernement foit
donc déterminé à détruire pour jamais, fi cela arrive, cette peuplade. Mais
alors il faudra fe rappeller que pour avoir ceflé de les pourfuivre, ils fe font
reproduits. Une troupe dont les approvifionnemens & les munitions font renouvellés 1 &c qui en pourfuit une autre à laquelle ces deux avantages manquent,
& que le climat condamne même à voir mourir tous fes bleffés faute de
fecours, eft sûre de triompher fi la conftance ne l'abandonne pas.
A peine le traité des limites de 1776 était-il figné, que 7 ou 8 perfonnes
s'établirent près du corps-de-garde du bord de la rivière des Anfes-à-Pitre ;
mais plufieurs alfaffinats, parmi lefquels fut celui de M. Cambon 1 officier de
maréchauflée, dont les rixes avec M. Gallard, très-ancien habitant des Anfesà-Pitre, excitèrent de grands défordres, portèrent ces perfonnes à quitter ce
canton, oû M. de Saint-Larry refta feul.
2°. La Grande-Plaine. Elle eft vers le Nord-Nord-Ouef du canton des
Anfes-à-Pitre, & fe prolonge jufqu'à la Selle. On lui fuppofe une vale étendue, & fon fol paffe pour très-bon. On peut communiquer aux Anfes-à-Pitre
& à la Grande-Plaine, par l'anfe-à-Pitre les Grands-Gofiers 1 l'anfe-à-Boeuf
& les Prècheurs. Ces deux cantons ont une très-grande quatité de beauxbois,
parmi lefquels eft le mûrier ou fuftet, appellé aufli bois jaune, &c qui donne
une belle teinture de cette couleur. Les boeufs, les cochons & les cabrits
fauvages y vont par troupes.
3°. Le canton du Sale-Trou eft borné, à PEit, par ceux des Anfes-à-Pitre
& de la Grande-Plaine ; au Nord , par la montagne de la Selle 8c par le canton
Saint-Jean, de la paroiffe de la Croix-des-Bouquets; à l'Oueft, par le canton
de la Guillaumone &c celui du fond Jean-Noël; &c au Sud, par la mer. Quoiqu'on eût commencé à fe porter vers ce canton en 1724, il n'avait au mois de
Novembre 1736, pour habitans, 3 que M. Defpetitibois. major-commandant
pour le roi à Jacmel 8c Chambly, mulâtre, fon affocié ; Samuel Bourfiquot,
mulâtre, 8c le Cointre fon affocié ; la veuve Hardy, 3 &c MM. Wibert &
Ladvocat. On ne voulait pas y permettre alors de nouveaux établillemens &
on en avait même fait abandonner quelques-uns à caufe des nègres marons. On
n'y avait jamais cultivé que l'indigo.
Depuis on a fouvent établi & abandonné des parties de ce canton. La diffi-
ly, mulâtre, fon affocié ; Samuel Bourfiquot,
mulâtre, 8c le Cointre fon affocié ; la veuve Hardy, 3 &c MM. Wibert &
Ladvocat. On ne voulait pas y permettre alors de nouveaux établillemens &
on en avait même fait abandonner quelques-uns à caufe des nègres marons. On
n'y avait jamais cultivé que l'indigo.
Depuis on a fouvent établi & abandonné des parties de ce canton. La diffi- --- Page 518 ---
D ESCRIPTION DE LA PARTIE
culté des tranfports par un chemin où les hommes & les animaux ne peuvent
paffer qu'avec danger, en a été la principale raifon. Les hauteurs des Prè.
cheurs étaient cultivées le long de la rivière du Salc-Trou, mais les nègres
marons y ayant tué un blanc 3 enlevé 14 nègres de M. Selle, brûlé fes bâtimens & emporté 60 milliers de coton, on a fui ce lieu.
La terre de ce canton eft très-bonne, l'indigo, le café y réuffiffent, &c le
çoton y eft auffi fin &c auffi foyeux qu'aux Gonaïves. Il eft rempli des plus
beaux bois de charpente , de menuiferie & de marqueterie. Le gayac & le brefillet
y font auffi. Ce ferait un lieu du plus grand rapport > fi des fécherefles qui ont
quelquefois 8 mois de durée, ne l'afligeaient pas.
Ses produétions paffent rarement au chef-lieu; les corfaires en tems de
guerre & les interlopes en tems de paix, en font le commerce. Si les habitans
communiquent avec Jacmel, c'eft par mer, mais celle-ci eft toujours groffe
pendant neuf mois de l'année, ce qui rend le trajet pénible. Le mouillage du
Sale-Trou ne peut être propre qu'aux bateaux en dedans de l'anfe &c le vent
de Sud & les raz de marée le rendent dangereux.
Les terres voifines de la côte de ce canton font en amphithéâtre. La partie
montueufe s'élève auffi par trois étages fucceffifs jufqu'à la chaine de la Selle.
Le Sale-Trou eft très-fain & l'on y a du gibier de toute efpèce & du poiffon en
abondance.
C'eft au Sale-Trou que le canton Saint-Jean a été enlevé par la paroiffe de
la Croix-des.Bouquets. Comme tous les pojats de Saint-Domingue font trouvés
maintenant dignes d'attention 1 on a follicité des conceflions au Sale-Trou. M.
& Mad. de Jaucourt, Mefd. du Cayla, de la Châtre, de Beauvernet &
Duchemin & M, Roberjot Lartigue en ont obtenu qut forment un total de
800 carreaux. Ces concefionnaires y ont fait, en commun, un établiflement
qu'ils projettent même d'arrofer pour y placer des fucreries.
Le canton du Sale-Trou a 60 habitations en indigo 1 café & coton &c environ
1,800 nègres.
On voit fur la côte, pendant les mois de Mars, Avril & Mai, jufqu'à 25
bâtimens des États-Unis d'Amérique qui y font la pêche de la petite
baleine ou cachalot &c du fouffleur; cette pèche a également lieu dans le golfe
de l'Oueft de la Colonie. Ils vont enfuite préparer leur huile aux Ifles Turques.
La côte du Sale-Trou attire auffi des pècheurs de la Jamaique qui viennent
y prendre la Tortue.
4 o
, pendant les mois de Mars, Avril & Mai, jufqu'à 25
bâtimens des États-Unis d'Amérique qui y font la pêche de la petite
baleine ou cachalot &c du fouffleur; cette pèche a également lieu dans le golfe
de l'Oueft de la Colonie. Ils vont enfuite préparer leur huile aux Ifles Turques.
La côte du Sale-Trou attire auffi des pècheurs de la Jamaique qui viennent
y prendre la Tortue.
4 o --- Page 519 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 505
4o. La Guillaumone a le SaleTrouàtER, le fond Jean-Noël au Nord, Fel
à TOeell & la mer au Sud, Il prend fon nom de celui donné à la montagne qui
Je termine au Midi & qui eft elcarpée le long de la mer. Ce canton qui eft fec
& formé, 7 en quclque fortc, d'un banc de rochers, ne donne qu'un peu de
coton.
5°. Le fond Jcan-Noël eft dans le Nord de la Guillaumone. Ony trouve du
quinquina, de fupcrbes artichaux 7 des choux-feurs Sc en général des légumes
magnifiques; de P'orge, de l'avoine, quelques oliviers & des plants des
épiccries venues de Cayenne & des Indes Orientales.
Ce canton a cette particularité 1 que plufieurs de fcs points font compofés
de favanes naturellcs. Il y en a une vers fon Sud-Oueft, d'environ 15 à 20
carreaux d'étendue où l'on trouve des herbes aromatiques telles que l'herbe à
Minguet, efpèce de thé, dont les propriétés vulnéraires font éprouvées ; des
ronces femblables à celles d'Europe & où l'on voit prefque toujours des mâres
fauvages. De très-grands pins bordent ces favanes. On y éprouve une fenfation
froide & quelquefois même, on. y apperçoit une efpèce de gelée blanche.
Le canton du fond Jean-Nol, contient environ 30 cafeteries &c peut s'augmenter encore.
6°. Fel. Ce canton que la rivière de la Guillaumone fépare de celui de ce
dernier nom, al la Selle au Nord, le canton du Petit-Mouillage à l'Oueft &c
la mer au Sud $ jufqu'à l'anfe du Marigot inclufivement.
Iy a 8 indigoteries fur les bords de la rivière de Fel dans un efpace
d'environ 400 carreaux, arrofables par la Grande-rivière de Fel où fe réuniffent
plufieurs fources. Durant les pluies 1 cette rivière 9 qui prend naiffance au
pied de la Selle, aurait allez d'eau pour des fucreries, & elle eft même
dangereufe par fes crues &c fa rapidité. Des cannes qu'on a plantées pour
effai dans ce fol qui ef pierreux en quelques endroits, ont parfaitement réuffi.
M. de Béchez, premier mari de Mad. de Lilancour avait même entrepris
cette culture fur fon habitation.
Dans les mornes 1 en tirant vers la Selle, ily a 5o cafeteries & une douzaine de petites' cotonneries, prefque toutes cultivées par des gens de' couleur,
Le canton de Fel efl fufceptible d'un très-grand rapport en café,la terre y étant
d'une excellente qualité, & pius d'une opinion en fait le rival du Cap-Rouge,
On y remarque avec curiofité fur lIa belle habitation Acquart, établie en
Tome 11.
S Ss
les mornes 1 en tirant vers la Selle, ily a 5o cafeteries & une douzaine de petites' cotonneries, prefque toutes cultivées par des gens de' couleur,
Le canton de Fel efl fufceptible d'un très-grand rapport en café,la terre y étant
d'une excellente qualité, & pius d'une opinion en fait le rival du Cap-Rouge,
On y remarque avec curiofité fur lIa belle habitation Acquart, établie en
Tome 11.
S Ss --- Page 520 ---
506 DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
cafcterie S fur le fommet de la montagne qui correfpond, prefque dans le Nors,
à la Grande-Anfe de Fel, un baffin ou étang qui peut avoir 3 carreaus de
furface, alimenté par un grand courant d'eau. Il eit prefque toujours à la
même hauteur &x on l'employe pour les machines de l'habitation. Le courant, 3
lorfqu'il en fort, va fe jetter dans la rivière de Fel. On y trouve des farcelles,
des canards fauvages & l'on y va chaffer.
C'eft encore dans la face de la Selle,t tournée vers le canton de Fel, qu'ef Ia
rivière Blanche qu'on dit même avoir une fource commune à celle du même
nom à la Croix des Bouquets. Elle tombe par une cafcade de cent toifes de
haut fur des rochers où elle fe perd durant environ 300 toiles pour reparaître
enfuite.
L'anfe de Fel ne peut admettre que des canots; mais le Marigot 9 placé
plus à T'Oueft, reçoit les grands bâtimens 1 pourvu qu'ils foient mouillés un
peu au large &c prêts à appareiller au moindre changement de vent. Il y vient
auffi des chaloupes des bâtimens mouillés à Jacmel pour porter des marchan.
difes & prendre des denrées. M. d'Ennery y a fait confruire, en 1776, une
batterie fur une pointe de galets qui avance dans la mer, à TOuef de
l'anfe.
Ily a une communication par la montagne de la Selle entre le canton de
Fel &c celui ée la Nouvelle-Touraine de la paroiffe du Port-au-Prince, qui
lui eft oppofé. Au pied de Ia Selle, la température de l'eau eft fi froide, qu'on
ne la boit pas tout de fuite lorfqu'on a chaud, & que les nègres, > malgré leur
anour pour les bains, n'en prennent que dans la faifon chaude &z que dans
les points qui ont été frappés de l'ardeur du foleil.
L'oifeau muficien aime &x égaye ce féjour ; les dames anglaifes étalent leur
jolie robe dans fes bois fourrés, & le ramier y foupire fes amours.
70. Le canton du Petit-Mouillage. C'eit le nom d'une efpèce de petit crique
oà viennent, en tems de paix. 1 les canots de pêche & les chaloupes des navires
mouillés à Jacmel. On ne peut empêcher la defcente dans ce parage, qui cf
abordable jufqu'à l'entrée du Marigot. Mais le morne s'élevant tout.à-coupà
pic à la lame & ne laiffant qu'un paffege de trente pieds où l'on a établi, aves
de grandes diflicultés, la communication entre ce point & les cantons fitués
plus à PEf,on peut arrêter facilement l'ennemi au Perit-Movilloge. Une
batterie y ferait bien utile, En Mars 1787,les habitans y ont vu prendre a
abordable jufqu'à l'entrée du Marigot. Mais le morne s'élevant tout.à-coupà
pic à la lame & ne laiffant qu'un paffege de trente pieds où l'on a établi, aves
de grandes diflicultés, la communication entre ce point & les cantons fitués
plus à PEf,on peut arrêter facilement l'ennemi au Perit-Movilloge. Une
batterie y ferait bien utile, En Mars 1787,les habitans y ont vu prendre a --- Page 521 ---
FR A N Ç A I S
N T-D OMINGUE, 507
l'ancre, un grand bateau hollanuais par uu petit balasu anglais de 5 canons
de 4.
Selon quelques perfonnes, ic bourg des Cayes de Jacmel devrait être mis
au Petit-Mouillage, fur une éminence qui fe trouve au débouché de la plaine
& une petite rivière, augmentée d'une portion de la rivière de Bioche, y
donnerait de l'eau par un canal très-peu difpendieux ; le mouillage protégé y
appellerait le commerce 1 & la falubrité de l'air fixerait une population qui fe
trouverait à-peu-près au centre de la partie habitée de la paroiffe. D'autres
perfonnes 7 & en plus grand nombre, croyent que ces motifs font plus applicables au Marigot.
Les coftières du morne qui borde la mer jufqu'à Fel, ne peuvent produire
que du coton ou fervir à des hattes, quoiqu'il s'y rencontre trois fources. Le
terrain eft fi roide & fi dégradé par les eaux durant les pluies, qu'on n'en peut
pas tirer un meilleur parti,
8°. Le canton du Bourg. Le petit établiffement qui lui donne fon nom, eft
à 8,800 toifes dans PET de la ville de Jacmel, & l'on découvre de là la
petite ile la Béate. Le Bourg eft prefque fur le rivage & le long de la rivière
de Bioche; dix maifons médiocres le compofent; 3 quelques blancs miférables
l'habitent & y font un faible commerce de toile & de comeftibles à l'ufage des'
efclaves. Sa population eft de 22 individus de tout âge, de tout fexe & de
toute nuance.
L'églife eft un édifice digne d'un meilleur voifinage. Elle eft de charpente,
maçonnée entre poteaux & lambriffée. Le terrain du bourg, de l'églife & du
prefbytère ont été donnés à la paroiffe par M. de Lorme de Roifly. Sa pofition
eft vicieufe, car des brifans le rendent inabordable du côté de la mer. La
Bioche, s quoique peu confidérable, eft dangereufe dans fes crues.
Les Cayes de Jacmel ont été mifes en paroiffe en 1714; les regiftres
paroilliatrx remontent jufqu'au 6 Novembre de la même année. Elle eft fous
l'invocation de Notre-Dame de Bon-Secours, &c fa fete eft célébrée le 8 Septembre 1 jour de la Nativité de la Vierge.
Les habitations voifines du bourg, &c celles qui fe prolongent le long de
la rivière 1 quoique jugées de peu de valeur au premier coup-d'ceil, ont
acquis par l'effet d'un travail opiniâtre, un degré de fécondité qu'on femblait
ne devoir pas efpérer d'un fol aufli haché, mais vers lequel la rivière dirige
Sss 2
fete eft célébrée le 8 Septembre 1 jour de la Nativité de la Vierge.
Les habitations voifines du bourg, &c celles qui fe prolongent le long de
la rivière 1 quoique jugées de peu de valeur au premier coup-d'ceil, ont
acquis par l'effet d'un travail opiniâtre, un degré de fécondité qu'on femblait
ne devoir pas efpérer d'un fol aufli haché, mais vers lequel la rivière dirige
Sss 2 --- Page 522 ---
508 DESCRIPTION DE LA PART IE
des pluies plus fréquentes que dans le refte du canton. L'indigo & le coton
font les productions de cette partie, &c encore a-t-il fallu épiérer le fol pour
avoir à-peu-près la moitié de fa furface libre. Les pierres occupent l'autre
moitié.
La rivière de Bioche , qui efl fi utile à ce canton, eft formée par plufieurs
fources qui partent du morne du Cap-Rouge & dont la principale eft appellée
la Cafcade ou la Brefillette. C'eft un volume d'eau d'environ deux pieds cubes
qui fort d'une falaife à environ ISO toifes au-deffus du niveau de la mer. 1 &c
qui, tombant en cafcade avec fracas, va fe réunir à la Bioche à deux lieues
au-deffus de l'embouchure de celle-ci & forme avec elle un total de 6 pieds
courans d'une eau limpide qui ne diminue jamais fenfiblement.
L'efpèce de péninfule formée par la Cafcade & la Bioche, parait avoir été
habitée par les Naturels du pays. Les veftiges de leurs établiffemens annoncent
une population nombreufe. L'efcarpement des pointes de plufieurs monticules
les fragmens de leurs uftenfiles, leurs fétiches très-communs, les diverfes
voûtes qui font dans le roc & qui paraiflent avoir été creufées de mains
d'hommes, prouvent qu'ils n'étaicnt pas fans induftrie. On trouve fréquemment, lorfqu'on fouille, de petites figures grotelquement cifelées., faites de
la coquille du lambis & qui atteflent l'ufage d'inftrumens auffi durs que le
fer. Les regrets du philofophe fe réveillent," lorfqu'il réfléchit qu'il ne refte
pas d'un peuple aufli nombreux, un feul individu qui puille éclairer fur fon
hiftoire.
On voit encore dans cet endroit les traces de deux mines qui ont été
exploitées. Le minerai de fer & de cuivre y abonde, & le fpath & le quartz
fe montrent à la fuperficie de la terre.
Les colons français leur ont préféré la culture de l'indigo, que l'un d'eux
a fu rendre l'égal du Guatimala, Le coton y eft très-beau auffi.
L'efpace qui compofe le refte du canton du Bourg & qu'on nomme improprement la plaine des Cayes de Jacmel, peut être évalué à environ 50o carreaux
de terre arrofables, fur une pente douce vers la mer; mais ce terrain eft
irrégulier & a beaucoup de pierres. De l'intelligence & un travail foutenu
pourraient y placer quatre belles fucrerics, qui auraient encore de l'eau pour
leurs moulins. La proximité de l'embarcadère, les matériaux de néceflité
première à pied d'ceuvre, & la fertilité du fol, promettent des avantages
évalué à environ 50o carreaux
de terre arrofables, fur une pente douce vers la mer; mais ce terrain eft
irrégulier & a beaucoup de pierres. De l'intelligence & un travail foutenu
pourraient y placer quatre belles fucrerics, qui auraient encore de l'eau pour
leurs moulins. La proximité de l'embarcadère, les matériaux de néceflité
première à pied d'ceuvre, & la fertilité du fol, promettent des avantages --- Page 523 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MINGUE 509
réels. Les hauteurs du canton du Bourg, appellécs la montagne des Cayes,
ont IO belles caieteries.
9o. Lc canton des Bancs. Ce fent les cayes ou bancs dont j'ai parlé à
l'article de la côte qui lui a fait donner ce nom. Ce canton a dans le Nord
le Cap-Rouge, celui du Petit-Mouillage dans PER, la mer au Sud & la
paroiffe de Jacmel dans l'Oueft.
La limite des deux paroiffes eft la ravine ou la rivière Normand ; qui peut
contenir en tems moyen deux pouces courrans d'eau. Elle part du morne
du Cap-Ronge, 8c après avoir fervi à l'ufage de quatre habitations fituées
fur la colline & établies en indigo &c en coton 3 elle fe jette à la mer en 2 traverfant une petite plaine de 300 carreaux d'excellente terre. Cette fource bien
dirigée, , pourrait arrofer tout ce terrain, fufceptible de dorner 400 milliers
de fucre brut. Le refte du canton 5 quoique d'un afpeêt repouffant parce qu'il
eft difpofé en mornes très-rocailleux &c que la colline fe releve brufquement
à environ 600 toifes de la mer jufqu'ar fommet de la montagne, eft utilement
cultivé en coton.
I00, Enfin, le canton du Cap-Rouge. I eft placé dans le Nord-Oueft du
Bourg, mais il n'y a pas même la moitié de fon étendue dans la paroifle des
Cayes de Jacmel ; le refte dépend de la paroiffe de Jacmel. Ses terres font
hautes &c l'on compte dans fa totalité 20 cafeteries qui donnent deux millions
de café. Ce canton paffe pour être proportionnellement un des plus produétifs
en café de toute la Colonie, & un de ceux qui le donnent de la plus belle
qualité.
La paroifle des Cayes de Jacmel avait en 1730, IOI indigoteries, & en 1739,
1O3 indigoteries, 103,720 cotonniers & 550 cafiers. On y compte maintenant
17 indigoteries, qui font 50 milliers d'indigo, & du coton qui, 1 réuni à celui
de 27 cotonneries, peut aller à 130 milliers; & 140 cafeteries, qui rapportent
1,800 milliers de café,
En 1730, cette paroille avait 316 blancs, 23 affranchis &c 935 efclaves,
S en 1739.3 367 blancs, 29 affranchis & 1,468 cfclaves; à préfent, elle a
400 blancs, 450 affranchis &c 7,000 efclaves.
La milice y avait en 1730, 52 blancs &c 123 affranchis; ; en 1764, 57 blancs
& 64 affranchis, & à préfent elle eft de 120 blancs &c 148 affranchis.
Les Anfes-à-Pitre & le Sale-Trou ont chacun un exempt, un brigadier &
quatre archers de maréchaufso.
aves; à préfent, elle a
400 blancs, 450 affranchis &c 7,000 efclaves.
La milice y avait en 1730, 52 blancs &c 123 affranchis; ; en 1764, 57 blancs
& 64 affranchis, & à préfent elle eft de 120 blancs &c 148 affranchis.
Les Anfes-à-Pitre & le Sale-Trou ont chacun un exempt, un brigadier &
quatre archers de maréchaufso. --- Page 524 ---
5I0 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Cette parciffe dépend du commandement, de la Sénéchauffée & de P'Amirauté
de Jacmel.
Comme on a pu l'induire déjà de ce que j'ai dit, Ia température des Cayes
de Jacmel eft féche, Il faut même au canton du Sale-Trou & du Cap-Rouge
avoir des citernes pour n'y pas manquer d'eau dans de longues féchereffes.
Les faifons y font comme à la Croix des Bouquets. La brife de jour y eft
de l'Eft & celle de nuit du Nord. Mais la première > qui ne franchit laj chaîne
frontière qu'en s'élevant, arrive dépouillée de toute humidité de l'autre côté ;
& on remarque auffi que le pays eft d'autant plus delféché, qu'il eft plus près
de cette chaîne. La haute montagne de la Selle arrête cependant des vapeurs
& renvoie la nuit le vent qui vient par conféquent du point où elle eft. Cette
paroille redoute 9 comme toute la bande Méridionale de PIle, les coups de
vent de Sud. Elle en a reffenti un le 24 Juillet 1724 accompagné d'une inondation ; un le 21 Septembre 1751 qui a renverfé le bourg ; un le 16 Septembie
1754; un le 5 Septembre 1781; un le 26. Août 1785, & celui du 16 Août 1788.
Le tremblement de terre de 1770 endommagea les indigoteries.
Il y a dc l'églife des Cayes de Jacmel
A celle de la Croix des Bouquets, par la gorge que j'appellerais volontiers
la gorge du cacique Henri,
35 lieues.
Et par Jacmel,
A celle de Jacmel,
Selon Nicolfon, on trouve fur les rochers dont la côte eft remplie, des
ofcabrions, de belles nérites & une cfpèce de tonnes couvertes de tubercules
& remplies d'une liqueur limpide qui teint en violet.
X XX VII.
P A R OISS E DE J A C M E L.
ELLE eft la plus ancienne des trois qui compofent le Quartier de fon
nom, & elle a eu des habitans vers 1680. Lorfqu'elle fut comprife, en 1698,
dans la conceffion faite à la Compagnie de Saint-Domingue, on y faifait de
ions, de belles nérites & une cfpèce de tonnes couvertes de tubercules
& remplies d'une liqueur limpide qui teint en violet.
X XX VII.
P A R OISS E DE J A C M E L.
ELLE eft la plus ancienne des trois qui compofent le Quartier de fon
nom, & elle a eu des habitans vers 1680. Lorfqu'elle fut comprife, en 1698,
dans la conceffion faite à la Compagnie de Saint-Domingue, on y faifait de --- Page 525 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE SII
Tindigo. Jacmel fut érigé en paroiffe fous l'invocation de Saint. - Jacques &
Saint-Philippe, 2 avant 1709- Cependant ces regiftres ne remontent que jufqu'au
20 Septembre de cette année &c encore ne font-ils que de fimples copies pour
ce qui ef antéricur à 1716. L'eglife qui elt tombée de vétufté, en 1783,
était placée au haut du monticule où eft encore le prefbytère. Mais la nouvelle
qu'on eft près d'achever &c qui eft confruite fur le modèle de celle de Léogane
B par le même entrepreneur, eft vers le Nord-Eft de la ville. Le cimetière
elt toujours dans POueft du Prefbytère.
Les limites qui circonferivent cette paroifle font : à PEf, la paroiffe des
Cayes de Jacmel; : au Nord, les paroiffes du Port-au-Prince, de Léogane & du
Grand.Goave; ; à POust, la paroifie de Bainet, au moyen de la rivière à
Canot de fa fource à fon embouchure. 3 & au Sud, la mer.
Cette paroiffe eft étendue. Sa profondeur peut être évaluée à environ 8
lieues $ & fa largeur a la même dimenfion. Sa ville eft également éloignée de
TIle la Béate & de PIie à Vache.
Cette ville bâtie au bord de la mer &c compofée de 160 maifons > eft malfituée. Sa pofition a été déterminée par celle de l'embarcadère. Elle eft vers
l'angle Nord-Eft de l'enfoncement de la baie & elle eft divilée en haute &c
bafle ville.
La bafle ville où eft la Grande ruc, contient les maifons qu'occupent les
marchands 1 les capitaines de navires vendant leurs cargaifons, & les perfonnes
qui ont des affaires commerciales. Ces maifons font bâties dans une gorge
étroite dont on a même été obligé d'efcarper les flancs. L'air y eft étouffé &
mal-fain 8c la chaleur exceflive, fur tout dans les mois de Juillet, Août &c
Septembre. Comme ces mois font auffi ceux des grandes pluies, l'humidité
contribue à augmenter les maladies dans la bafle ville qui reflemble alors à une
infirmerie, le long de laquelle fe proménent des convalelcens à teint hâve.
& plombéOn n'a rien fait pour amélorier cette lituation. Les rues n'y ont, pour la
plupart, que 25 ou 30 pieds de large & même moins; d'autres ont 40 pieds.
Ces rues font inégales comme le fol ; elles ne font pas propres & quelquefois
les pluies y font des trous où verfent les voitures. Une feule de ces rues eft
pavée. Les emplacemens y font f étroits qu'il eft rare de voir une maifon avec
une c.ur Jn peu confid3rable. On n'y a ni place publique, ni marché. La
plupart, que 25 ou 30 pieds de large & même moins; d'autres ont 40 pieds.
Ces rues font inégales comme le fol ; elles ne font pas propres & quelquefois
les pluies y font des trous où verfent les voitures. Une feule de ces rues eft
pavée. Les emplacemens y font f étroits qu'il eft rare de voir une maifon avec
une c.ur Jn peu confid3rable. On n'y a ni place publique, ni marché. La --- Page 526 ---
512 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
place d'armes, qu'on a décorée de ce nom parce que le commandant pour le roi
y pafle la milice en revue, n'a pas 60 pieds dans fa plus grande largeur.
La haute ville eft plus heureufement fituée. ; auffi l'appelle-t-en Belair. Elle
ef fur la hauteur & contigue à la bafle ville. Elle offre, d'un
côté, la vue de
la mer, de l'autre celle de la campagne 7 dont l'afpest eft affez riant. La
température y eft douce & l'air pur, 3 & la fanté eft communément le
de fes habitans. Mais elle a auffi fes inconvéniens dans des rues étroites partage & des
maifons mal-bâties.
La ville de Jacmel que fa médiocrité fait encore appeler fouvent
bourg 1
était originairement en entier dans la partie haute & on y voyait encore en
1734, 2 des 6 magalins que la Compagnie de Saint-Domingue y avait fait
conflruire au commencement de ce fiècle & dont 4 brûlèrent au mois de Juin
1721, fans qu'on ait. fu'la caufe de l'incendie. On voulait, à la dernière
époque, diriger le bourg vers POueft de ce monticule, mais le plan aétuel
prévalut.
On a préparé un plan-diredteur à cette ville, en 1781, &c le 2 Aoit
1788, ilaété défendu de l'augmenter. On projette d'y confruire une fontaine
pour l'exécution de laquelle on a nommé M. le Pont Dufortin, fyndic, depuis
le 22 Février 1784. On va maintenant chercher l'eau & laver le linge dans
la Grande-rivière de Jacmel, Lorfqu'il arrive que celle-ci afféche, ce qui
eft extrèmement rare, les citadins font forcés de boire l'eau des fources
qui
font au bas de la ville, vers la Grande-rivière & qui, placées dans un terrain
marécageux : ont toujours un goût & une odeur défagréables.
Jacmel avait 25 maifons en 1740,42 en 1765, 63 en 1776. L'ordonnanee
du 8 Août 1770, fur la manière de bâtir, depuis le tremblement de terre de
cette année & dont j'ai parlé à l'article du Port-au-Prince, lui eft
propre
auffi.
Jacmel eft le fiége d'une Sénéchauffée. Originairement, la Compagnie de
Ssint.Domingue, créée par des lettres-patentes du mois de Septembre 1698,
& qui avait le juge de toute fa Colonie à Saint-Louis 3 comme le chef-lieu,
nomma M. Cheminant pour l'un des lieutenans de ce juge, le 28 Janvier
1708, avec réfidence à Jacmel; un fubftitut du procureur fifcal & un greffier.
Un réglement de cette Compagnie 2 du 22 Septembre 1716, confirma cet
établiflement judiciaire &c donna pour reflort à ce tribunal, l'efpace compris
depuis
1698,
& qui avait le juge de toute fa Colonie à Saint-Louis 3 comme le chef-lieu,
nomma M. Cheminant pour l'un des lieutenans de ce juge, le 28 Janvier
1708, avec réfidence à Jacmel; un fubftitut du procureur fifcal & un greffier.
Un réglement de cette Compagnie 2 du 22 Septembre 1716, confirma cet
établiflement judiciaire &c donna pour reflort à ce tribunal, l'efpace compris
depuis --- Page 527 ---
FRANÇAISE DE S AINT-DOMINGUE, 513
depuis la rivière de Neybe jufqu'à dix lieues dans P'Oueft de Jacmel. La
Compagnie ayant été révoquée 7 au mois d'Avril 1720, le roi créa, au mois
de Novembre 1721, une Sénéchauffée à Jacmel, à l'inftar de celles déjà
exiftantes dans la Colonie &c lui donna pour territoire, les paroifles des Cayes
de Jacmel , de Jacmel & de Bainet. Ses jugemens reffortillaient au confeil de
Léogane, 1 comme ceux de la juridiction fifcale. En lifant les détails de l'une
des Sénéchauflées dont j'ai parlé jufqu'ici, on trouvera ce qui concerne celle
de Jacmel , ainfi que fon Amirauté. La Sénéchauffée a 6 procureurs' 7 5 notaires, 5 huifliers. Les Adminiftrateurs lui ont donné, le 25 Janvier 1783,
une brigade de police compofée d'un exempt 1 un brigadier & 4 archers.
La Sénéchauflée tient fes féances dans une maifon qui eft au bout Ef de la
bafle ville. L'Amirauté fiége dans le même lieu. Le greffe & les prifons y
font attenantes.
Le Quartier de Jacmel a auffi un Etat-major. Il commença à M. Nolivos de
la Bardenne, nommé commandant de la Partie de l'Oueft; & qui vint réfider
dans cette ville. Le 8 Mai 1730, le roi y plaça une majorité que M. Baudouin des Petitsbois eut le premier. Elle fut fupprimée avec tous les États:
majors en Mars 1763. On ne jugea à propos d'y mettre qu'un aide-major en
1769; mais une ordonnance du 24 Mars 1771, a rétabli la majorité.
Un officier d'adminiftration de la marine, réfide auffi toujours dans la
ville de Jacmel. On y a un capitaine de port, un chirurgien & un apothicaire
du roi; ; fix autres chirurgiens, un arpenteur principal & voyer principal, un
arpenteur & un voyer particuliers un receveur de l'octroi, curateur aux fucceflions vacantes ; un receveur des droits domaniaux, un des droits de M.
lAmiral, & un directeur des pofles.
Les lettres pour le Port-au-Prince & la Partie du Nord partent deux fois
par femaine, & celles pour Bainet, Acquin & pour les Cayes de Jacmel,
une fois par femaine.
L'arrêt du confeil de Léogane du 17 Janvier 1739, avait donné I prévôt,
I exempt, 1 2 brigadiers &c IO archers de maréchauflée à Jacmel. L'ordonnance
des Adminiftrateurs, du 8 Février 1775, y plaça I exempt, I brigadier &
4 archers, mais une autre du IO Avril 1783, y a établi I licutenant, I exempt,
2 brigadiers &z 15 cavaliers, Ce n'eft pas trop pour une ville qui n'a point de
Tome II.
Ttt t
1739, avait donné I prévôt,
I exempt, 1 2 brigadiers &c IO archers de maréchauflée à Jacmel. L'ordonnance
des Adminiftrateurs, du 8 Février 1775, y plaça I exempt, I brigadier &
4 archers, mais une autre du IO Avril 1783, y a établi I licutenant, I exempt,
2 brigadiers &z 15 cavaliers, Ce n'eft pas trop pour une ville qui n'a point de
Tome II.
Ttt t --- Page 528 ---
514 DESCRIPTION DELA PARTIE
garnifuon, 1 &c pour un territoire auffi confidérable que celui du commandement
de ce lieu.
La paroiffe de Jacmel eft montueufe dans la majeure partie de fon étendue,
& fes terres font généralement élevées. Ce n'eft guères qu'aux environs de la
ville &c fur les bords de la Grande-rivière qu'on peut compter du territoire
réellement plane. Les portions montagneufes qui font plus rapprochées de la
côte, font remplies de pierres ou de tuf, &c quelquefois des unes & de l'autre.
Le long des rivières les terres font blancheâtres & fablonneufes.
Dans les montagnes le fol varie ; il eft quelquefvis rouge, argilcux avec ou
fans tuf; d'autrefois, noirâtre ou grisâtre & pierreux. Dans les parties mai.
gres le café eft petit, rond & d'une belle nuance ; dans les terres fortes il eft
mhoins perfectionné, mais il eft recolté en plus grande quantité.
En 1703, cette paroiffe avait 7 indigoteries, 6 cor.ils &c 113 bêtes cavalines ou à cornes ; en 1713, 40 indigoteries & 2,534 animaux ; en 1730,
147 indigoteries, & M. Gabet forma à environ une lieue dans PER du bourg
une fucrerie roulant en brut. M. Dougé commença vers le même tems une
feconde fucrerie très-proche de la ville. Mais le tyrannique marquis de Fayet,
gouverneur-général de la Colonie 3 fecondé par M. des Petitsbois, major pour
le roi à Jacmel, traverfa tant ces deux établiflemens en 1734 qu'ils furent
abandonnés. En 1739 ily avait IOI indigoteries, 6,706 cacaoyers, 1,470,550
cotonniers, 27,900 cafiers. On a commencé à fe livrer, en 1763, à la culture du cafier, & en 1787 la totalité du Quartier en a donné 15 millions de
livres. On compte à préfent dans ce Quartier une fucrerie qui eft celle de
M. Dougé, rétablie en 1772 par M. Gaft, arrofée par de l'eau tirée de la
Goffeline ; de plus 3 7 indigoteries 20 cotonneries, IOO cafeteries, quelques
cacaoyers & 8 fours à chaux.
La paroilfe de Jacmel jouit de l'avantage de pofféder plufieurs fources &
d'ètre parcourue par plufieurs rivières dont les trois principales font la Grande-rivière de Jacmel 7 la rivière de Gauche & la Goffeline. La dernière vient
fe réunir à la première à une demi-lieue de fon embouchure, & celle de
Gauche à environ une demi-lieue plus haut; auffi la Grande-rivière a-t-elle
des débordemens affez fréquens dans le tems des pluies 1 & fouvent défaftreux.
La rivière des Orangers palle auffi diagonalement au-defus du bout Nord
Oueft de la ville ; mais elle tarit ou elle eft prelque continuellement arrêtée
offeline. La dernière vient
fe réunir à la première à une demi-lieue de fon embouchure, & celle de
Gauche à environ une demi-lieue plus haut; auffi la Grande-rivière a-t-elle
des débordemens affez fréquens dans le tems des pluies 1 & fouvent défaftreux.
La rivière des Orangers palle auffi diagonalement au-defus du bout Nord
Oueft de la ville ; mais elle tarit ou elle eft prelque continuellement arrêtée --- Page 529 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
four l'utilité des habitations où elle pafle. Lorfqu'elle coule, fon eau eft fale
& bourbeufe, & l'habitude où l'on eft d'y envoyer vider les vafes de nuit,
défend d'en faire aucun ufage. Il y a différentes faignées fur ces rivières, mais
aucune d'elles n'a été régulièrement diftribuée, , fi ce n'eft celle des Orangers
dont jouiffent cinq habitations en vertu de jugemens des Adminiftrateurs du.
20 Novembre 1739,du II Juillet 1740, & du 8 O8tobret756, & dont une portion doit fervir la fontaine de la ville lorfqu'elle fera établie.
Les quatre rivières que j'ai nommées donnent leur nom à autant de cantons.
Ily a de plus le canton des Câtes-de-Fer, ccluid de la Voûte ; partie du CapRouge, les cantons de la Vallée, du Bout de l'anfe, de Ia Plaine à Baguette, &c.
La température de Jacmel, qui eft foumife aux mêmes époques que celle
des Cayes de Jacmel 1 doit être confidérée comme féche. La brife du jour qui
eft forte, vient de 'Ef-Sud-Ef, & celle de nuit du Nord-Oueft. Les coups
de vent du Sud y font à craindre. Dans cclui du 24 Juillet 1724, un bâtiment bordelais éprouvait au mouillage un tems fi violent 1 que l'équipage força
le capitaine à fe mettre dans la chaloupe avec eux pour fe fauver. Ils firent
haufrage à la côte, & 13 matelots y périrent. Dans la nuit du 21 au 22
Septembre 1751,la mer détruilit la bafle ville à une maifon de maçonnerie près qu'elle couvrit de fable. Dans la nuit du 16 au 17 Septembre
1754, il fit un autre coup de vent qui fit caffer les trois cables. du
navire la Nancy, de Bordeaux, & le brifa à la côte de manière qu'on ne put
fauver qu'une partie de fa cargaifon ) & encore était-elle très-avariée. Plufieurs
magafins, entr'autres celui qui fervait de palais à la Sénéchaufiée &c de
greffe, furent renverfés, & les pièces de ce greffe endommagées. La pluie
dura 7 jours: l'inondation emporta les trois quarts de Pindigo planté, 2 & nul
bananiers ne refta après ce coup de vent. Dans l'ouragan du 16 Août 1788,
prefque toutes les maifons farent endommagées, il y eut des gens de coulenr
écrafés, des bâtimens jettés à la côte, & en général les campagnes furent
ravagée par le vent &c par les débordemens.
Au mois de Juillet 1774, il tomba de la grêle grofle comme des greins de
mais près de Jacmel, à 2 heures après midi , pendant une demi-heure d'orage.
En 1764, la féchereffe fut extrême 7 & elle fut fuivie de dhenilles qui
détruilirent tout. On évalua la perte à deux millions.
Le tremblement de terre dc 1770 renverfa quelques maifons de la ville qui
Ttte
&c par les débordemens.
Au mois de Juillet 1774, il tomba de la grêle grofle comme des greins de
mais près de Jacmel, à 2 heures après midi , pendant une demi-heure d'orage.
En 1764, la féchereffe fut extrême 7 & elle fut fuivie de dhenilles qui
détruilirent tout. On évalua la perte à deux millions.
Le tremblement de terre dc 1770 renverfa quelques maifons de la ville qui
Ttte --- Page 530 ---
516 DESCRIPTION DE L A PARTIE
étaient de maçonnerie; les autres fouffrirent plus ou moins, & les cuves
d'indigoterics ayant été tres-cndommagées, il y eut beaucoup d'indigo perdu.
On a vu autrefois des pucerons à Jacmel. Les légumes y font beaux. ,7 mais
on en cultive peu.
La paroiffe de Jacmel comptait en 1703, 67 blancs, 3 affranchis & I04
efclaves ; en 1713, 117 blancs, 15 mulâtres, nègres & fauvages libres, &c
2,947 mulâtres, nègres ou fauvages efclaves; en 1730, 499 blancs, 58 affranchis, & 1,775 efclaves; en 1739, 341 blancs, 48 affranchis & 2,028 efclaves, & aujourd'hui elle a 550 blancs, 582 affranchis & 8,500 efclaves.
La milicc qui avait, en 1703,39 blancs ; en 1730, 134 blancs & 24 affranchis; en 1764, II2 blancs & 183 affranchis, a maintenant 250 blancs & 259
affranchis en 5 compagnies. Lors d'une defcente tentée par lcs Anglais en
1745, la milice ft des merveilles 5 & M. Oudaille, capitaine, qui la commandait, fe conduifit de manière à recevoir du miniftre les éloges les plus
flatteurs.
La côte de cette paroille commence à la rivière Normand, dont l'embouchure eft un peu à l'Oueft de la pointe-Fournier. Il y a environ trois lieues
de là à la pointe Eft de la baie de Jacmel; on y trouve l'anfe-i-Barrique, Ia
pointe de Soye 3 l'anfe de la Fontaine , le Trou de la Veuve-Armand; la
rivière des Côtes-de-Fer, où commence réellement une côte de fer qui va
jufqu'à la baie, & Ie cap Maréchaux. Toutes les pointes depuis celle de la
Belle-Roche jufqu'aux cap Maréchaux, font côtes de fer à P'EA & à lOueft
fur une diftance de IOO à I5o toifes.
La baie de Jacmel, dont le cap Maréchaux forme le bout Eft, & le cap
Jacmel le bout Oueft, a 1,870 toiles d'ouverture & 1,500 toifes de profondeur
(Voy. P'Atlas ). Cette rade, où les plus gros vaiffeaux peuvent mouiller, ne
répond pas à ce qu'on devrait attendre de fon enfoncement. Elle eft expofée
au Sud, comme le prouvent lcs exemples que j'ai cités, & elle eft fujette à
de fréquens raz de marée. Les bâtimens marchands y mouillent prefqu'à
terre depuis 3 jufqu'à 6 brailes, entre le grand reflif & le rivage, fond de
fable mêlé de roches & bonne tenue; mais une côte efcarpée laiffe peu de
falut à efpérer aux âtimens qui chaffent à la côte fur leurs ancres &c leurs
amarres. Les grands bâtimens mouillent en dehors des reflifs au grand mouillage.
de fréquens raz de marée. Les bâtimens marchands y mouillent prefqu'à
terre depuis 3 jufqu'à 6 brailes, entre le grand reflif & le rivage, fond de
fable mêlé de roches & bonne tenue; mais une côte efcarpée laiffe peu de
falut à efpérer aux âtimens qui chaffent à la côte fur leurs ancres &c leurs
amarres. Les grands bâtimens mouillent en dehors des reflifs au grand mouillage. --- Page 531 ---
FRANÇAISE DE SAINT TDOMINGUE. 517
La mer elt toujours en courroux dans cette rade, & pour parvenir à une
embarcation ou pour arriver à terre, il faut être porté s'il l'on ne veut pas
être mouillé. Les vagues rongent le rivage. Il y avait en Septembre 1751
au-devant des maifons qui donnent fur la rade, une belle allée d'arbres feryant de promenade, la mer a tout enlevé alors, & à préfent dans fes fureurs elle
atteint des cales qui deviendront auffi fa proie. Quelques particuliers effayent
bien de lui oppofer des rangs de gros pieux; mais quel obftacle en comparaifon de la force qu'on prétend arrêter! Il faut même en général des oreilles
accoutumées au bruit que font les gros galets fans ceffe agités le long de la
plage pour dormir à Jacmel dans les maifons, jufqu'aux portes defquelles ce
fracas fe prolonge.
La baie de Jacmel a fur fon côté Oriental après le cap Maréchaux, le
Trou-Forban, l'anfe-Inaccellible, l'anfe de la Saline & la Petite-anfe. Elle
eft défendue par plafieurs batteries. La première proteétion qu'elle ait eu,
fut établie par Larnage en 1742, far la hauteur du prefbytère qui eft élevée
de 50 pieds à pic du côté de la mer; on en voit encore des refles. On y a
maintenant une batterie à la Petite-anfe, une fur la hauteur devant le mouillage marchand, & au-deflous de laquelle eft une fource dont l'eau eft reputée trèsbonne : une redoute à la pointe du Nord de la baie Baguette, qui eft ellemême contenue dans la baie de Jacmel, & qui fait face à la ville. On avait
mis autrefois, en tems de guerre. 2 un retranchement au bord de la mer. La
poudrière eft dans la favane au Sud de la ville.
Depuis 1783, il paffe communément à Jacmel une vingtaine de bâtimens
d'Europe par an 7 dont les trois quarts font de Bordeaux & le refte du Havre
& de Marfeille. Plus de la moitié y font fimplement efcale avant de fe rendre
aux Cayes. Cependant en 1786, il eft parti de Jacmcl, en droiture, 17
bâtimens chargés pour les trois ports de France que je viens d'indiquer, &c le
moindre d'entr'eux était de 200 tonneaux. Autrefois tout le commerce de
Jacmel fe faifait à Léogane, &x jufqu'à la paix de 1763 c'était une chofe affez
rare que de voir des bâtimens d'Europe s'y arrêter.
Le 21 Septembre 1740,les Adminiftrateurs ordonnèrent même que le procureur du roi de Léogane enverrait chaque femaine à celui de Jacmel le prix
courant de l'indigo & du coton, pour régler le commerce de ce dernier lieu.
Mais, par fa pofition 2 Jacmel eft digne de toute l'attention du gouvernement.
ufqu'à la paix de 1763 c'était une chofe affez
rare que de voir des bâtimens d'Europe s'y arrêter.
Le 21 Septembre 1740,les Adminiftrateurs ordonnèrent même que le procureur du roi de Léogane enverrait chaque femaine à celui de Jacmel le prix
courant de l'indigo & du coton, pour régler le commerce de ce dernier lieu.
Mais, par fa pofition 2 Jacmel eft digne de toute l'attention du gouvernement. --- Page 532 ---
518 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Situé au vent de la Partie du Sud, il eft fa porte de fecours & la plus
prochaine 3 & il eft l'unique de la Partie de l'Oueft. Il donne le moyen
d'éviter les croifeurs qui fe tiennent fur la côte de la Partie du Nord de la
Colonie.
L/ile de Curaçao eft en quelque forte le magafin naturel de ce lieu, &c on
en a déjà fait plufieurs fois l'heureufe expérience. Une traveriée courte & la même
bordée conduifent de cette petite ile à Jacmel. On prétend même que des corps
flottans, 1 jettés à deffein à la mer dans quelques Iles du Vent, & fur tout
a la Martinique, font venus en grande partie aborder Jacmel &c fa côte. Au
mois de Novembre 1780, époque d'un coup de vent défaftreux à la Martinique, 3 les côtes de Jacmel eurent beaucoup de débris de vaifleaux, & trois
bâtimens déradés de Saint-Pierre, dans la même ile, & démâtés, arrivèrent
à Jacmel, prefque conduits par la feule action du courant.
La communication de Jacmel avec la cête de TOueft, eft donc l'objet
principal de ce port. Mais ce port également utile & dangereux, doit être
ouvert au fecours & fermé à l'ennemi.
Maintenant cette communication a lieu de deux manières, ainfi que je
l'al dit.
Gelle du chemin du Port-au-Prince à Jacmel, ar pour point de force la
Créte-1-Piquans, dont j'ai aflez vanté les avantages à l'article de Léogane. De
la Crête-i-Piquans, ce chemin fuit la coftière du morne des Palmes pour fe
rendre à la tête du bras gauche de la Grande-rivière de Jacmel, d'oà l'on
va trouver fon confluent avec le bras droit, pour fuivre le lit de cette Granderivière, qui eft très-rellerrée jufqu'au point où elle trouve la Petite-rivière de
Jacmel.
A environ une lieue & demie de la Crète-à-Piquans, efpace dans lequel
le chemin a toujoars une pente uniforme. on commence à trouver les établif.
femens dont les denrées ont leur débouché par Jacmel; ceux fupérieurs les
envoyent au Port-au-Prince ou à Léogane. Vers ce point auffi, on paffe la
ravine à Jacques, & plus loin la Jambette, qui viennent l'une & l'autre de la
Crete-des-Palmes & qui tombent dans Ia Grandc-rivière ; puis l'on paffe
celle-ci pour fuivre enfuite fa rive gauche & aller traverfer la fource Blanche.
Après cela, on repaffe la Grande-rivière, & l'on fuit fa rive droite pour la
repaffer une troifième fois & gagner fon autre rive, de manière qu'on laiffe à
, on paffe la
ravine à Jacques, & plus loin la Jambette, qui viennent l'une & l'autre de la
Crete-des-Palmes & qui tombent dans Ia Grandc-rivière ; puis l'on paffe
celle-ci pour fuivre enfuite fa rive gauche & aller traverfer la fource Blanche.
Après cela, on repaffe la Grande-rivière, & l'on fuit fa rive droite pour la
repaffer une troifième fois & gagner fon autre rive, de manière qu'on laiffe à --- Page 533 ---
PRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 519
droite fa jonétion avec la Petite-rivière de Jacmel, &c on repaffe pour la
quatrième fois la Grande-rivière au-deffus de cette jonétion ; & enfin la riviére
des Orangers en entrant dans la ville.
Au confuent de la Grande & de la Petite rivière, aboutit, comme je l'ai
dit, le chemin de Léogane venant à Jacmel par le quartier des Citronniers.
Les voitures roulent dans le furplus, qui eft de trois lieues, 3 jufqu'à la ville
de Jacmel, après avoir traverfé 39 fois la Grande-rivière, entre le confluent de
la Petite & le confluent de la rivière de Gauche. Les éboulemens que le
tremblement de terre de 1770 ont caufé dans les bords de la Grande-rivière,
ont néceffité des crochets qui allongent cette route.
à Il ferait facile d'établir dans cette gorge des fignaux qui feraient connaitre
au Port-au-Prince en peu de tems, le nombre & la nature des voiles qu'on
découvrirait dans la Partie du Sud & à Jacmel, même les corfaires qui
gêneraient la fortie des bâtimens. Avec cette feule précaution, l'on n'aurait
rien à redouter de l'ennemi,quitrouverait du point oùlon ceffe d'aller en chaife,
encore environ trois lieues à gravir dans un chemin où chaque pas exigerait
de lui des efforts prodigieux, & au bout duquel. 1 en fuppofant toutes les difficultés vaincues 1 ferait encore la Crete-à-Piquans.
L'autre communication eft celle par le Grand-Goave, dont j'ai fait parcourir 8,513 toifes dans la Defcription du Grand-Goave. A deux lieues 3
comptées de la croifée de ce chemin avec celui de Léogane au Petit-Goave, >
on trouve un défilé appellé le Maffacre, bordé de chaque côté de montagnes
à pic, chargées de bois & ne laiffant qu'une ouverture qui n'a pas trois toifes
de largeur. Ce défilé qui a lui-même à-peu-près 150 toifes de long, peut être
fermé par un fimple abattis, & peu d'hommes y arrêteraient unc armée; &
encore avant d'arriver à ce redoutable paflage, faudrait-il que l'ennemi.
venant de Jacmel, ett pu s'emparer du mornet qui ferme la gorge de la
raque à Cotar.
Près de l'endroit où cette communication joint la rivière de Gauche 2
eft la fourche d'un ancien fentier allant de Léogane regagner la route de
Jacmel par les hauteurs. Après ce fentier, le chemin ne ceffe pas de couper
le lit de la rivière de Gauche, & il ne quitte ce défilé qu'au conflucnt de cette
rivière avec la Grande-rivière de Jacmel.
Avant ce conguent, eft ce que j'ai dit être le Saut. On peut prendre par
l'endroit où cette communication joint la rivière de Gauche 2
eft la fourche d'un ancien fentier allant de Léogane regagner la route de
Jacmel par les hauteurs. Après ce fentier, le chemin ne ceffe pas de couper
le lit de la rivière de Gauche, & il ne quitte ce défilé qu'au conflucnt de cette
rivière avec la Grande-rivière de Jacmel.
Avant ce conguent, eft ce que j'ai dit être le Saut. On peut prendre par --- Page 534 ---
520 DESCRIPTIO d N DE LA PARTIE
lui une idée des obfiacles que ce chemin pourrait offrir fans ceffer d'être
praticable aux voitures. Le défilé du Saut fe trouve fi refferré, que la rivière
le remplit entièrement. Il a donc fallu couper un pallage dans le roc. Le
chemin fe trouve dans cet endroit recouvert en demi-voûte, & le roc a permis
de conferver dans fon épaiffeur un garde-fou qui empèche de tomber dans le
précipice. Une rampe 1 de roches auffi, forme l'abord de ce fentier. Ce chemin eft d'ailleurs difficile & preiqu'impraticable dans la faifon des
pluies. Le tremblement de terre de 1770 l'avait entièrement bouché par
l'éboulement des terres & la châte des rochers. Avec de parcilles reffources défenfives, l'ennemi ne peut rien fe promettre, 1
relativement à la Partie de POueft,en attaquant Jacmel; & il faudrait une
négligence ou même une ignorance coupable pour qu'on ne fe fervit pas
efficacement de ces reflources. Jacmel a d'autres chemins s mais pour fon utilité propre & qui ne peuvent
concerner en rien les vues politiques. Il y en a un qui part de la ville & va
le long de la partie plane & feftonnée de la côte jufqu'à la rivière de la
Guillaumonc de la paroiffe dcs Cayes de Jacmel. Il eft propre aux voitures
jufqu'à la rivière de Fel qui borne à l'Oueft l'habitation Darmancourt, ce
qui fait environ 8 lieues ; enfuite il y a 3 lieues un quart d'affez mauvais
chemin jufqu'au pied de la montagne de la Guillaumone ; les fept lieues de
plus qui vont à l'anfe-à-Baeuf font, je l'ai dit, à redouter pour la vie du
voyageur & pour celle de fa monture. De ce chemin des Cayes de Jacmel, part un- embranchement non loin de la
ville & qui va au Cap-Rouge. Du chemin de la Grande-rivière de Jacmel un
embranchement va au canton de la Goffcline vers le Nord-Eft; un autre
placé plus haut mène au canton de la Vallée, 1 dans l'Oueft. Enfin de la ville
un chemin va dans POueft vers la paroifle de Bainet; de manière que la
paroiffe de Jacmel eft chargée de l'entretien de 30 lieues de chemins qui font
fur fon territoire. Celui de Ia Grande-Rivière a produit des établillemens qui
produifent déjà deux millions de revenus & le prix des terrains voifins a
ariplé. J'ai dit, en traitant du Grand.Goave, qu'il n'y avait pas en 1705, de chemin
direét de Jacmel aux Cayes. La Compagnie de Saint.Domingue en fit ouvrir
un de Jacmel à Acquin qui fut terminé en 1712. --- Page 535 ---
FRAN NÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 521
Ilya de l'églife de Jacmel,
A celle des Cayes de Jacmel
4 lieues,
du Port-au-Prince.
des terrains voifins a
ariplé. J'ai dit, en traitant du Grand.Goave, qu'il n'y avait pas en 1705, de chemin
direét de Jacmel aux Cayes. La Compagnie de Saint.Domingue en fit ouvrir
un de Jacmel à Acquin qui fut terminé en 1712. --- Page 535 ---
FRAN NÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 521
Ilya de l'églife de Jacmel,
A celle des Cayes de Jacmel
4 lieues,
du Port-au-Prince. de Léogane . du Grand-Goave
de Bainet
La côte à l'Oueft de Jacmel offre 9 dans la baie même, l'embouchure de
la Grande-rivière de Jacmel, à environ 200 toifes du morne du Prefbytère. A 300 toifes de là, eft T'embouchure de la rivière du Milieu; & à près de 150
toifes plus loin, le petit Tapion blanc ; puis le grand Tapion blanc &c l'embouchure de la rivière du Bout de l'anfe, après laquelle eft la pointe de Ia redoute
où eft la batterie de la baie Baguette dont j'ai déjà parlé. La baie Baguette eft
formée d'un côté par cette pointe & de l'autre par la pointe à Vigie. Elle a mouillage depuis 2 brafles jufqu'à trente, mais le fond eft trop à pic & conféquemment
d'une mauvaife tenue; d'ailleurs lamery eft extrêmement groffe &y brife toujours. La pointe à Vigie tire fon nom d'un bâton de fignaux qu'elle a à 500 toifes
dans le Sud &c vers lequel on va, de la ville, par un chemin qui fuit la côtc. Cette pointe eft à 900 toiles du Cap Jacmel qui termine la baie de Jacmel à
l'Oueft. L'élévation de ce cap, fes falaifes & les lames prodigieufes qui
viennent s'y brifer en écumant, forment un tableau très-pittorefque. De ce cap, la côte court de l'Ef à l'Oueft. On y trouve à près d'une
lieue & demie, la pointe à Meunier ; une demi-lieue plus loin , l'anfe du PaysPerdu & une lieue après celle ci l'anfe à Canot, où débouche la rivière du
même nom qui eft la limite entre la paroifle de Jacmel &c celle de Bainet. De la Vigie jufqu'à 600 toifes dans PEi de l'anfe à Canot, toute la côte
eft de fer. On trouve dans la paroiffe de Jacmel des mines de cuivre, , de plomb &c
d'argent ; on affure même qu'elle en contient d'or. La côte a auffi des ofcabrions. Le 29 Janvier 1717, 9 des forbans vinrent à Jacmel dont ils pillèrent l'églife. Ils emmenèrent même le curé à bord d'un de leurs bâtimens, mais ils le
renveyèrent après, fans lui avoir fait aucun mal.
toute la côte
eft de fer. On trouve dans la paroiffe de Jacmel des mines de cuivre, , de plomb &c
d'argent ; on affure même qu'elle en contient d'or. La côte a auffi des ofcabrions. Le 29 Janvier 1717, 9 des forbans vinrent à Jacmel dont ils pillèrent l'églife. Ils emmenèrent même le curé à bord d'un de leurs bâtimens, mais ils le
renveyèrent après, fans lui avoir fait aucun mal. Leur nom eft refté au point
de la baie où ils defcendirent,
Tome Il. Vrv --- Page 536 ---
522 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Les habitans du Quartier de Jacmel prirent part aux mouvemens féditieux
de 1723. On leur a reproché d'aimer le luxe &c l'on obfervait même en 1771,
que la ville de Jacmel avait trois perruquiers & deux marchandes de modes,
& point de charron. Une chofe très-vraie > c'eft qu'autrefois les habitans s'y
réuniflaient avec emprellement &c fe traitaient mutuellement avec un plaifir
dont tout offrait la preuve ; mais depuis environ dix ans 7 iln'y a plus que des
repas dont l'oftentation donne feule l'idée. On fe rapproche fans s'unir d'affections, on fe quitte fans défirer de fe revoir, 3 on mange fans gaieté & le bruit
d'un cornet & les fureurs du jeu remplacent tous les épanchemens de l'amitié.
XXXVIIL
PAROISSE DE BAINIT.
UNE baie de 1,650 toifes d'ouverture & de 930 toifes de profondeur fans
aucun reffif, a infpiré le nom que porte cette paroiffe & que P'ufage veut qu'on
écrive Bainet au lieu de Baie-nette, ou au moins Bainette.
Les premiers établiflemens de Bainet ne remontent guères qu'au tems de la
Compagnie de Saint-Domingue. En 1718 on en ft une paroiffe fous l'invocation
de Saint-Pierre, mais les habitans s'occupaient fi peu de conftruire une églife
& un prefbytère 7 qu'un arrêt du confeil du Petit-Goave du 8 Mars 1725, Ie
leur prefcrivit. Les regiftres de cette paroiffe vont cependant jufqu'au 28
Avril 1718.
Cette paroiffe trés-étendue 1 eft bornée au Sud par la mer, depuis l'embouchure de la rivière de l'anfc à Canot jufqu'à celle de la rivière des Côtes de
Fer; à PEf, par la paroiffe de Jacmel; au Nord, par les chaînes de montagnes
du Grand & du Petit-Goave ; au Nord-Oueft par le canton des Godets de Ia
paroiffe du Fond-des-Negres, au moyen de Ia rivière du Fond-des-Negres;
enfin à rOueft, d'abord, par la paroiffe du Fond-des-Negres & enfuite par la
paroille d'Acquin; ; toujours au moyen de la même rivière qui devient celle des
Côtes-de-Fer jufqu'à fon embouchure.
Le fol dc cette paroiffe eft prodigieulement montueux & entrecoupé par des
ueft par le canton des Godets de Ia
paroiffe du Fond-des-Negres, au moyen de Ia rivière du Fond-des-Negres;
enfin à rOueft, d'abord, par la paroiffe du Fond-des-Negres & enfuite par la
paroille d'Acquin; ; toujours au moyen de la même rivière qui devient celle des
Côtes-de-Fer jufqu'à fon embouchure.
Le fol dc cette paroiffe eft prodigieulement montueux & entrecoupé par des --- Page 537 ---
FRANÇAIS: E DE SAINT-DOMINGI U E. 523
ravines profondes & encaillées. Les cuiffes des montagnes fe prolongent quelquefois jufqu'à la mer. Dès 1730, on y avait cependant déjà 57 indigoteries
& 67 en 1740.
Sur la côte on trouve 2,300 toifes de l'embouchure de la rivière à Canot à la
rivière de la Brefilienne qui manque d'eau à fon embouchure 2 pendant 9 mois
de l'année. De là à la rivière du Trou-Mahot qui eft fujette au même defTéchement, il y a 1,900 toifes. A 250 toifes dans l'Oueft du Trou-Mahot eft un
petit ilet de roches nommé le Colombier ; &c de cet ilet à la rivière de
PAzur qui eft plutôt une forte fource, 1,525 toifes; un quart de lieue de la
rivière de l'Azur à la pointe Eft de la baie de Bainet; environ 500 toifes de
cette pointe à la Petite-anfe &x encore 500 toifes jufqu'à la rivière du Bout
de l'anfe, à la rive droite de laquelle eft le bourg; ce qui fait de la rivière
de l'anfe à Canot jufqu'au bourg de Bainet 3 7,450 toifes. La côte eft de fer
de l'anfe à Canot à la rivière de lAzur: ; les caboteurs trouvent cependant un
refuge à l'anfe à Canot & au Trou-Mahot.
Le bourg de Bainet, fitué vers l'angle Nord-Eft de la baie, eft compofé de trois
maifons couvertes d'effentes, dont une fert de chapelle 8c de prefbytère depuis que
l'ouragan du 5 Septembre 1781 a renverfé l'églife, & de 20 cafes ouvertes de
paille, femées au hafard. L'ouragan du 21 Septembre 1751 n'y avait laiffe, au
contraire, que l'églife 8c le prefbytère. Ily a dans ce bourg, un exempt, un brigadier & 4 archers de maréchauflée établis par l'ordonnance du 8 Février 1775:
De la rivière du Bout de l'anfe à la Grande-rivière 1 qui a IO toifes de
largeur au point où le grand chemin, , qui va à Acquin, la traverfe , & 18
pouces d'eau en tems ordinaire 3 il y a 735 toifes & une forte lieue de
l'embouchure de cette Grande- rivière au Cap Bainet qui termine la baie à
l'Oueft. La, côte court. de la Grande-rivière au Cap Bainet du Sud-Sud-Eft au
Nord-Nord-Ouef.
Le mouillage eft aflez bon à Bainet. Ileft entre la rivière du Bout de l'anfe
& la Grande-rivière 1 & à environ deux encablures de terre avec 25, 30 & 40
pieds de profondeur &c bonne tenue ; mais le vent d'Eft auquel la baie eft
ouverte, y fouffe avec force pendant 9 mois de l'année & la mer y eft agitée.
On y fouffre auffi des coups de vent de Sud & des raz de marée. Comme cette
baie eft faite pour offrir un afile aux bâtimens qui feraient pourfuivis en
fortant de Jacmel, il ferait néceffaire qu'elle eût deux canons de 18 & un
Vvv 2
c bonne tenue ; mais le vent d'Eft auquel la baie eft
ouverte, y fouffe avec force pendant 9 mois de l'année & la mer y eft agitée.
On y fouffre auffi des coups de vent de Sud & des raz de marée. Comme cette
baie eft faite pour offrir un afile aux bâtimens qui feraient pourfuivis en
fortant de Jacmel, il ferait néceffaire qu'elle eût deux canons de 18 & un
Vvv 2 --- Page 538 ---
524 DESCRIPTION DE LA PARTIE
mortier fur la pointe du morne, 3 au Sud de la Grande rivière & fur le morne
die la pointe Orientale de la Petite-anfe, pour protéger le mouillage & écarter
l'ennemi de cette baie.
A une lieue & demie du Cap-Bainet, eft encore une Petite-ane, & à
trois quarts de lieue de celle-ci le cap Raimond, que devance les fources a
Begaile, & qui eft lui-même à une lieue & demie de l'anfe de Guigne-àGauche. Dans l'intervalle eft l'embouchure de la rivière du Corail &c celle de
la Petite-rivière des Cotes-de-Fer qui termine le canton du Gris-Gris, & qui
fe trouve à 7,640 toifes du bourg de Bainet. L'anfe de
Guigne-a-Gauche a
650 toifes d'ouverture fur environ 300 toifes de profondeur. Enfin, à 9,71otoifes
de la Petite-rivière des Côtes-de-Fer, diflance où font encore l'anfe de la
Brelilienne, l'anfe des Gris-Gris & la pointe des Côtes-de-Fer, fe trouve l'embouchure de la rivière des Côtes-de-Fer, limites de la paroiffe de Bainet &c
de celle d'Acquin. Toute cette côte eft de fer, excepté environ 900 toifes qui
touchent la rivière des Côtes-de-Fer dans PEf.
La côte de la paroifle de Jacmel a donc 24,800 toifes d'étendue. Elle eft
prefque toujours bordée de rochers que la mer bat avec une violence extrème, &c n'offre qu'une douzaine d'embarcadères,
Bainet éprouve quelquefois de très-grand es fécherefTes. On ycultive de l'indigo & du coton dans les parties voifines de la mer, le caficr dans les parties
montagneufes élevées 9 & du tabac extrèmement renommé le long des rivières.
Bainet a une fituation qu'on peut appeller ifolée, relativement aux autres
points de la Colonie. Il dépend du commandement, de la Sénéchauffée & de
l'Amirauté de Jacmel.
Ila a quatre communications qui partent du bourg. L'une Va dans l'Eft chercher la ville de Jacmel éloignée de 7 lieues ; la feconde, va vers Acquin. J'ai
dit, àl l'article de Jacmel,que la Compagnie de Saint-Domingue avait fait ouvrir
ce fecond chemin, mais il n'exiftait plus depuis le Gris-Gris jufqu'à Acquin,
lorfqu'en 1776 M. d'Ennery 1 venu au Gris-Gris, ordonna d'en rouvrir un.
Le chemin entre Bainet & Acquin eft le long de la côte, & a environ
lieues d'un bourg à l'autre. La troifième route traverfe les
Nord
montagnes au
pour fe rendre au Grand-Goave., éloigné de TO lieues. II parcourt
8,472 toifes jufqu'à la rivière la Vallée, qui donne fon nom à un canton &
qui efl la limite entre les deux paroiffcs. Cette partie & celle qui l'avoifine à
onna d'en rouvrir un.
Le chemin entre Bainet & Acquin eft le long de la côte, & a environ
lieues d'un bourg à l'autre. La troifième route traverfe les
Nord
montagnes au
pour fe rendre au Grand-Goave., éloigné de TO lieues. II parcourt
8,472 toifes jufqu'à la rivière la Vallée, qui donne fon nom à un canton &
qui efl la limite entre les deux paroiffcs. Cette partie & celle qui l'avoifine à --- Page 539 ---
FRANÇAIS E DE SAINT.DOMINGUE
l'Oueft, cft d'un fol excellent pour la culture du café, & il y a déjà là une
trentaine de cafeteries, fans compter d'autres petits établiffemens. La qua:
trième communication va au Petit-Goave, diftant de treize lieues. Elle s'embranche au chemin de Bainet à Acquin, à la paffe de la Grande-rivière, &
va par le canton à qui celle-ci donne fon nom 1 & enfuite par le Nord-Oueft
au Boucan-Bellier, limite adoptée par l'ufage pour celle de Bainet 8c du
Petit-Goave, parcourant jufques là 13,116 toifes. Aucun de ces chemins
n'eft praticable en voiture.
La Grande-rivière a un cours très-étendu dirigé du Nord-Oueft au SudEf. Elle reçoit à 3,620 toifes de fon embouchure, la rivière de PIilet, & 1,05o
toifes plus bas, celle des Orangers, qui en reçoivent elles-1 mêmes béaucoup
d'autres, &c qui donnent leurs noms à deux cantons. La Grande-rivière a
un volume d'eau confidérable durant les pluies; on l'a cependant vu tarir
entièrement. Le canton de la Grande-rivière eft extrêmement produétif en
café.
Les habitans employent quelquefois les eaux des rivières qui les avoifinent, 3 mais leur diftribution n'a jamais fait l'objet d'aucunes recherches particulières.
La paroifle de Bainet a maintenant 20 indigoteries, 20 cotonneries & 70
cafeteries.
Sa population qui était, en 1730, de 317 blancs, 12 affranchis & 700
efclaves, eft maintenant de 388 blancs, 7 800 affranchis & 5,500 efclaves.
La milice de 1730, qui était compofée de 63 blancs &c I affranchi, compte
maintenant 90 blancs &c 240 affranchis.
C'eft fur tout dans les montagnes du canton du Gris-Gris qu'on peut fe
convaincre de la folidité de l'obfervation de M. Adam Lift (1), que beaucoup
de montagnes de Saint-Domingue ont pour noyau des cellules de polypiers.
M. Robert Coëls a fait auffi cette remarque au même lieu, & il ajoate que
des montagnes du Gris-Gris qui fe trouvent à préfent loin du rivage
& qui ont été. recouvertes de terre, ont, à la furface fur laquelle repofe
cette terre, une marne faifant cfervelcence avec les acides &x où l'on difcerne
des fragmens de coquilles, 8c qu'en fouillant l'intérieur de ces' montagnes,
on y trouve les cellules de polypiers.
(1) Voy. Defeription de la Partie Efpagnole, Tom. I, pag-9.
qui fe trouvent à préfent loin du rivage
& qui ont été. recouvertes de terre, ont, à la furface fur laquelle repofe
cette terre, une marne faifant cfervelcence avec les acides &x où l'on difcerne
des fragmens de coquilles, 8c qu'en fouillant l'intérieur de ces' montagnes,
on y trouve les cellules de polypiers.
(1) Voy. Defeription de la Partie Efpagnole, Tom. I, pag-9. --- Page 540 ---
526 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Le père Nicolfon dit y avoir trouvé, au mois de Janvier 1773, a plus de
200 pieds au-deffus du niveau de la mer,. & à trois quarts de lieue de fes
bords, fur la furface d'une terre fabloneufe mélée de pierres blanches, plufeurs Lépas fc S de l'efpèce peu commune appellée l'ergoté.
Près de ce po & toujours au même canton du Gris-Gris, eft une portion
plane d'environ lle pas en carrés, & que la mer borde au Sud. Cette
petite plaine de on a formé une habitation, eft environnée de mornes
inacceffibles & de rochers efcarpés, & l'on n'y pénètre que par une ouverture
de 4 pieds de largeur qu'il femble que la main de l'homme a formée dans le
roc. Au pied de Pun de ces mornes eft une grotte divifée en plufieurs portions
& au fond de laquelle font des offemens humains qui fe réduifent en pouflière
lorfqu'on les touche. Le père Nicolfon en a cependant retiré une mâchoire
inférieure très-bien confervée.
Les environs de la mer font à Bainet, comme aux Cayes de Jacmel & à
Jacmel , expofés à des féchereffcs extrèmes. Cette paroiffe a le défavantage
d'être obligée d'envoyer fes denrées à Jacmel à dos de mulets 1 parce qu'ileft
diflicile de remonter jufques là par mer, 3 & que la nature des chemins ne
laiffe pas le choix des moyens de tranfport.
Pour terminer la defcription de la Partie de l'Oueft de la Colonie, il neme refte plus qu'à parler de l'ile la Gonave, qui en eft une dépendance
néceffaire.
ISLE LA GONAVE.
LA perte de plufieurs bâtimens fur la Gonave ayant porté M. le comte
de la Luzerne. 1 gouverneur-général de la Colonie. 9 à réalifer le voeu qu'on
formait depuis long-tems, de bien connaitre la fituation de cette petite Ifle
& les reffifs qui la bordent, il chargea en 1787 M. de Sepmanville, élève de
la marine de la première chaffe, de cette miffion, qu'il a remplie avec les
talens qu'on lui connaît & avec un zèle que le climat a penfé lui faire payer
de fa vie. C'eft d'après les détails & la carte de cet officier que le gouvernement a ajoutés en 1778 au côtier de M, de Puyfégur, que je parlerai
nautiquement de la Gonave,
ffifs qui la bordent, il chargea en 1787 M. de Sepmanville, élève de
la marine de la première chaffe, de cette miffion, qu'il a remplie avec les
talens qu'on lui connaît & avec un zèle que le climat a penfé lui faire payer
de fa vie. C'eft d'après les détails & la carte de cet officier que le gouvernement a ajoutés en 1778 au côtier de M, de Puyfégur, que je parlerai
nautiquement de la Gonave, --- Page 541 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 527
Cette Ifle, dont la direétion eft du Ore't-Sud-Ouefi à l'EA-Nord-Ef, & qui
a141 lieues & demic de longueur fur 3 lieues &c demie dans fa plus grande
argeur, fe trouve être conféquemment la plus confidérable des petites iles
qui font autour de Saint-Domingue. Son point le plus Oriental qui eft par
75 dégrés, 13 minutes. 1 33 fecondes de longitude, répond à un point de
la côte de la grande ile, éloigné d'environ 600 toifes du bourg du Grand.
Goave, à POueft, avec environ 8 lieues d'éloignement ; & fon point le plus
Occidental, qui eft par 75 degrés, 44 minutes. 1 33 fecondes, répond à-peuprès au bourg de P'Anfe-d-Veau, avec environ 13 lieues d'éloiguement. Le
point le plus Septentrional de la Gonave, & qui eft par 18 degrés 59 minutes,
fe trouve être par la latitude d'un point de la grande ile qui eft à-peu-près
entre la pointe du Mont-Roui & la ravine Séche de la paroiffe de Saint-Marc;
& fon point le plus Méridional, qui eft la pointe Fantafque > fituée à 18
degrés 41 minutes, correfpond à un point intermédiaire entre la rivière du
Boucan-Brou & celle des Orangers > de la paroiffe de la Croix-des.Bouquets.
La pointe du Nord-Eft eft bafle; elle porte à onze cens toifes au large un
reffif qui prolonge la côte en venant au Sud, à la même diftance. Mais cellc
le PER eft haute & efcarpée 9 & l'on rencontre bientôt après les hauts-fonds de
ilet appellé la Petite-Gonave, qui fe prolongent une lieue dans TEA. Selon
M. de Puyfégur, un gros bâtiment ne doit pas approcher à plus de 3,500 toifes
de la Petite-Gonave. A la pointe Oueft de la Petite-Gonave, la côte eft faine.
Les mouillages de la côte Nord pour les bateaux ou goclettes, font',
d'après M. de Sepmanville, PIllet à la Mare, le Grand-Lagon &c le Canal
de Bahame, , où l'on eft également à l'abri. Le refte de cette côte Nord eft
bordée de reffifs fitués près de terre , & on n'y trouve pas de mouillage.
La côte de lOueft eft une côte de fer que l'on peut ranger d'affez près,
& celle du Sud eft remplie de petits reffifs à feur d'eau, , & s'ily a des refuges
pour de petits bâtimens, il faut un pratique pour les aller chercher , comme
Ic mouillage de la baie du Parc, placé dans le Nerd-Oueft de la pointe
Fantafque, le feul où des frégates puiffent tenter d'aborder.
M. de Galiffet allant du Cap à Léogane fur le navire la Sagelle, de Bordeaux, fe perdit le 2 Janvier 1701 une demi-heure avant le jour, fur les
reffifs de la Petite-Gonave, où une barque vint prendre les hommes à gheures
le bâtiment fut brifé, La carte de M. de Sepmanville marque aufi fur ces 5
Nerd-Oueft de la pointe
Fantafque, le feul où des frégates puiffent tenter d'aborder.
M. de Galiffet allant du Cap à Léogane fur le navire la Sagelle, de Bordeaux, fe perdit le 2 Janvier 1701 une demi-heure avant le jour, fur les
reffifs de la Petite-Gonave, où une barque vint prendre les hommes à gheures
le bâtiment fut brifé, La carte de M. de Sepmanville marque aufi fur ces 5 --- Page 542 ---
528 DESC RIPTIO N DE LA PAKTIE
reffifs le point où la frégate du roi le Crefcent, a touché & a été perdue le
21 Janvier 1786.
Lors de l'infâme action d'Ovando contre la reine Anacoana & du mallacre
des Indiens du Xaragua, plufieurs de ces derniers fe réfugièrent dans l'ile la
Gonave 3 que les Indiens nommaient Guanabo, mais ils y furent pourfuivis &
tués ou employés aux mines.
Les Efpagnols ne firent aucun établiflement à la Gonave 1 &c les Français la
confidérant depuis long-tems comme ftérile & privée d'eau, l'avaient dédaignée ;
elle n'était connue que de quelques chafleurs. Cependant M. Lully de Fromencourt y ayant eu pendant dix ans un établillement à l'anfe à Gallet & le
bois étant devenu rare, on eut l'idée d'en aller prendre dans cette petite ile.
Les Adminiftrateurs en accordaient même des permiflions ; mais l'abus alla fi
loin, que le 16 Septembre 1766 ils lès révoquèrent 9 déclarant que ce bois
était néceffaire aux troupes & au fervice du roi. Ils prononcèrent même une
amende du quadruple de la valeur du bois qu'on irait y prendre & la confifcation des nègres & des barques qui l'enlèveraient.
M. le marquis de Choifeul qui vit que la Tortue venait d'ètre concédée
à Mad. de Montrevel, fille de M. le duc de Praflin, demanda la Gonave à
ce miniftre. Celui-ci confulta les Adminiftrateurs de 1766, qui l'affurèrent
que cette ile était inutile au roi, & qu'en effet M. le marquis de Choifeul
pourrait tirer partie de Jes bois. La Gonave fut donc concédée le 25 Août 1768
à Charles-Antoine Étienne, marquis de Choifeul, brigadier d'infanterie, 7 avec
les mêmes obligations que celles appofées à la conceflion de la Tortue.
M. de Choifeul afferma la Gonave à M. Guérin,fur le pied de 9,000 liv.
par an. Mais comme cette fomme n'égalait pas fans doute fon défir, il offrit
le 5 Mai 1771, de faire abandon au roi de la Gonave s'il voulait lui donner
le greffe du Confeil du Cap, avec faculté de le faire exercer par un commis.
Le miniftre d'alors (M. de Boynes), refufa ce troc d'un pour fix. Auffitôt M. de
Choifeul demanda à échanger la Gonave contre le privilège exclufif du roulage
dans la ville du Cap. Les Adminiftrateurs, confultés par le miniftre, le
17 Mai 1771, répo ndirent, le 15 Août 1772, en repouffant lé privilègeexclufif, & ils ajoutèrent que la Gonave n'était d'aucune utilité.
Cependant le miniftre fit expédier le 25 Mai 1775, un brevet de don de
12,000 livres tournois de penfion annuelle , en faveur de M. de Choifeul 3
pour
Cap. Les Adminiftrateurs, confultés par le miniftre, le
17 Mai 1771, répo ndirent, le 15 Août 1772, en repouffant lé privilègeexclufif, & ils ajoutèrent que la Gonave n'était d'aucune utilité.
Cependant le miniftre fit expédier le 25 Mai 1775, un brevet de don de
12,000 livres tournois de penfion annuelle , en faveur de M. de Choifeul 3
pour --- Page 543 ---
FRANGAISE D ÉI SAINT-DOMINGUE 529
l'indemnifer de l'abandon qu'il faifait de la Gonave 1 attendu qu'elle était
pour
précieufe pour les habitans qui manquaient de bois; &x en conféquence le
brevet permit aux habitans des villes da Port-au-Prince & de Léoganc d'y
venir prendre celui qui leur ferait nécellaire.
Les Adminiftrateurs continuèrent le bail d'cnviron 50 carreaus de la
Gonave pour 3,000 liv. par an 7 avee défenfe d'en abattre les arbres. Durant
la guerre de 1778, M. Lully alla encore y occuper 25 nègres très-fru@tueufement. Le bail étant expiré 8c MM. le Jeune Duparnay 1 Vauquelin 1
Mongeot &c le Gaignelon alluciés, ayant fait un marché pour fournir au
roi une quantité confidérable de bois incorruptibles, les Adminiftratours leur
permirent le 7 Novembre 1784, d'expleiter les bois de la Gonave, à la
charge de les fournir, à moitié du prix du cours; mais lc9 Décembre 1735, leurs
fucceffeurs. firent ceffer cette faculté. M. de Marbois paffa un nouveau marché
avec les mêmes perfonnes, ,> où il ne leur donna plus 1 comme auparavant: , 45
nègres de l'atelier du roi avec des vivres 5 des outils: &c des piqueurs; il ne
leur paya plus une gourde pour de tranfport de chaque pièce de bois; la corde
royale de bois à brâler fut réduite de IIO liv. à 58 liv. 5 L,le charroi compris;
le bail fut fait pour. jufqu'au 15 Avril 1787.
Depuis cette époque & pendant fon généralat y M. de la Luzerne s'eft oçcupé de peupler la Gonave de pluficurs animaux utiles. Il y a fait mettre des
pacaris venus de Carthagène, des agamis tirés de Cayenne , &c on vient d'y
lâcher 4 paires de tourterelles 8x deux -oifeaux martins de PIfle dé France.
M. de Sepmanville y a trouvé des fources dans fept points difiérers. M. de
Vincent 1 ingénieur &c M. de Marbois jeune, écrivain principal de la marine,
en ont rencontré d'autres. Et d'après la vifite de M. de Villaire directeurgénéral du génie, par intérim 5 on fait qu'il y a: au centre de l'ile, un étang
confidérable élevé au-deffus du niveau de la mer 3 &c dont ces fources font regardées comme des infiltrations.
La Gonave n'eft donc pas privée d'eau & elle n'eft paginfartile: car il eft
notoire, indépendamment de ce que j'ai cité 7 que MM. Bazille 5 Daherre &
Compagnie y avaient formé une cotonnerie où M. Piron ; entreprenenr de bâtimens au Port.au-Prince, 3 à qui elle a paflé, a recueilli 60 milliers de coton.
C'efl même d'oi vient le nom d'anfe-à-Piron que porte un point de la partie
Orientale de la Gonave.
Tome II.
X x X
il eft
notoire, indépendamment de ce que j'ai cité 7 que MM. Bazille 5 Daherre &
Compagnie y avaient formé une cotonnerie où M. Piron ; entreprenenr de bâtimens au Port.au-Prince, 3 à qui elle a paflé, a recueilli 60 milliers de coton.
C'efl même d'oi vient le nom d'anfe-à-Piron que porte un point de la partie
Orientale de la Gonave.
Tome II.
X x X --- Page 544 ---
530 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Mais ce que M. de Villaire a bien conftaté &c qui eft bien univerfellement
reconnu 3 c'eft que la propriété de la Gonave ne doit jamais fortir du domaine
public &c qu'il faut même. rejetter l'idée, qu'on aeu encore. en: 1787, de la
divifer entre un grand nombre de particuliers, L'adminifitration y a.fait mettre
poflérieurement 50 nègres de l'atelier du roi qui, en bois de chauffage & en
pierres, 3 rendent déjà cet établiflement économique., quoiqu'il ait néceflité des
travaux particuliers, des chemins 9 &c.
M. de Marbois penfe à y former des hattes,. & quoiqu'on ait fuppofé
qu'elles. attireraient les: ennemis 13 en tems de guerre, il eft fi peu probable
qu'on veuille courir les rifques qu'offrent les reflifs, dans T'efpérance de
détruire quelques animaux * que cette confidération ne me parait pas faite pour
arrêter. En un mot, les preuves de l'utilité de la Gonave font déjà fi évidentes
que ceux qui convoitent des conceflions aux Colonies, ne doivent plus efpérer
qu'on ofe la leur donner.
L'airy eft fain, & la fanté robufte dont jouiffent quelques pécheurs qui
font fait de petites habitations où on les tolère 5 en fait le plus sûr éloge. s'y
J'ai dit, à l'article du Port-au-Prince, qu'elle influence la Gonave
peut avoir,
à caufe de fa fituation, 7 fur les opérations qui auraient le port de ce lieu
pour
objet ou pour centre.
Les oblervations de M. de Sepmanville faites à terre à la
Gonave, 3 farla
variation de la bouffole. 3. me fourciffent l'idée d'annoncer à mon Ledeur:
Qu'en 1745 1 Don George Juan & Don Juan de Ulloa, ofliciers de la marine
efpagnole & aftronomes s les mêmes qui ont travaillé au Pérou avec les acadé.
miciens français à mefurer un degré de la terre,. ont trouvé cette variation
au Cap-Français de 5 degrés, I5 minutes Nord-Ef.
M. de Borda &c le père Pingré l'ont trouvéc au même lieu, en Avril
de 5 degrés, 20 minutes Nord-Eft.
1775,
M. Verret, dans le même endroit, le 19 Oétobre 1787, de 6. degrés,
28 minutes Nord-Eft.
M. de Sepuanville à la Gonave 1 en 1787, au.i de 6 degrés, 20 minutes
Nord-Ef,
ais de 5 degrés, I5 minutes Nord-Ef.
M. de Borda &c le père Pingré l'ont trouvéc au même lieu, en Avril
de 5 degrés, 20 minutes Nord-Eft.
1775,
M. Verret, dans le même endroit, le 19 Oétobre 1787, de 6. degrés,
28 minutes Nord-Eft.
M. de Sepuanville à la Gonave 1 en 1787, au.i de 6 degrés, 20 minutes
Nord-Ef, --- Page 545 ---
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M I N
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PARTIEDU S'UD.
O N appelle Partie du Sud de la Colonie Françaife de St-Domingue 1 tout cC
qu'on trouye à l'Oueft d'une ligne qui, partant del la mer 1 va gagnerle fommet du
Tapion du Petit-Goave, & qui fuit, du Nord au Sud, les limites communes aux
deux paroiffes du Petit-Goave & du Grand.Gave.jafqu'ie ce qu'elle rencontrc
le fommet de la chaîne qui fépare le Pctit-Goave d'avec Bainet. Là cette ligne
prend la direétion principale de cette chaîne de PEC à l'Oueft & va jufqu'i la
rivière de Fontarabie , point commun aux deux paroifles du Petit-Goave & du
Fond-des-Nègres ; puis elle fe dirige fur la rivière d'Argent & fur la ravine à
Maréchal jufqu'à ce qu'elle rencontre la rivière des Côtes de Fer qui eft ellc:
même jufqu'à la mer. , fur la côte Méridionale de P'Ile, la limite entre les
paroiffes du Fond-des-Nègres & d'Acquin d'un côté > & celle de Bainet de
l'autre. La Partie du Sud a ainfi pour bornes , à TOrient, la Partie de lOdeft
de la Colonie.
Il eft aifé de concevoir, d'après l'indication de ces limites ; que la Partie du
Sud contient la plus grande partie du prolongement Méridional de l'ile qui
Xxx 2
côte Méridionale de P'Ile, la limite entre les
paroiffes du Fond-des-Nègres & d'Acquin d'un côté > & celle de Bainet de
l'autre. La Partie du Sud a ainfi pour bornes , à TOrient, la Partie de lOdeft
de la Colonie.
Il eft aifé de concevoir, d'après l'indication de ces limites ; que la Partie du
Sud contient la plus grande partie du prolongement Méridional de l'ile qui
Xxx 2 --- Page 546 ---
532 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
forme l'un des cêtés du golfe dc TOueft, & qu'elle a la mer au Nord a
T'Ouef 8. au Sud. Elle formait, fous les caciques, une portion du royaume de
Xaragua.
La dénomination de Partie du Sud.ne s'efl-appliquée, jufqu'en 1726, qu'i
la portion du prolongement Méridional de lile qui fait face au Sud, qui
s'étend depuis la frontière efpagnole jufqu'à Tiburon, & qu'une chaîne montueufe fépare de la face Nord. IH arrive même encore très-frequemment qu'en
difant la Partie du Sud, on n'entende parler que de cette portion fituée au
Midi. Mais l'expreflion eft fautive & incomplette, & il convient de lui préférer
alors celle- de Bande du Sud, qu'on employe auffi & qui du moins ne laiffe
pas d'équivoque.
En 1726, le Quartier de Jacmel fut retiré de la Partie du Sud & donné à
celle de l'Oueft; puis l'ordonnance du I Avril 1768, compofa la Partie du Sud
des trois Quartiérs de Jacmel, des Cayes &c de Saint-Louis, cc qu'a encore
changé l'ordonnance du 20 Décembre 1776.
D'après cclle-ci, la Partie du Sud renferme aétuellement les cinq Quartiers
du Petit-Goave. , de Saint-Louis, des Cayes , du Cap-Tiburon & de la GrandeAnfe ou Jérémie, & quatorze paroilles ; favoir : le Petit-Goave, le Fond-desNègres, l'Anfe-à-Veau, le Petit-Trou, Acquin, Saint-Louis, Cavaillon, les
Cayes, Torbec, les Côteaux, le Port-Salut, le Cap-Tiburon, le Cap-Dal.
marie & Jérémie.
Le chef-lieu de la Partie du Sud eft les Cayes où réfide un Commandant en
fecond qui a remplacé le gouverneur de la Partie du Sud créé en 1719, &
fupprimé en 1763- Chaque Quartier a un major commandant pour le roi
& dans le chef-lieu de chaque quartier eft un officier d'Adminiftration de la
marine.
Si l'on en excepte Tiburon, chaque chef-lieu de Quartier a auffi une Sénéchauffée & une Amirauté.
La furface de la Partie du Sud eft d'environ fept cens lieues carrées ; c'eftidire, qu'elle eft plus étendue que la Partie du Nord, & moins étendue que
la Partic de l'Ouefl. Quoique très-montueule elie renferme cependant plulieurs
portions planes &c une belle plaine connue fous le nom de Plaine-du-Fond ou
Plainc- des-Cayes.
Scs montagnes, qui fent fort hautes, confiflent d'abord dans une chaine
Sud eft d'environ fept cens lieues carrées ; c'eftidire, qu'elle eft plus étendue que la Partie du Nord, & moins étendue que
la Partic de l'Ouefl. Quoique très-montueule elie renferme cependant plulieurs
portions planes &c une belle plaine connue fous le nom de Plaine-du-Fond ou
Plainc- des-Cayes.
Scs montagnes, qui fent fort hautes, confiflent d'abord dans une chaine --- Page 547 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE. 533
principale qui, en prolongeant de l'Ef à I'Oueft celle de la Selle, va fe terminer au Cap.Tiburon > après s'ètre confidérablement élevée au point où fa
forme lui a fait donner le nom de montagne de la Hotte. De cette grande
arrête, qu'accompagnent quelquefois des parties de chaines moins élevées
qu'el'e, mais courant dans la même direâtion, partent des embranch-mens
ou contreforts qui vont dans divers fens fe prolonger vers la mer dont elles
s'approchent plus ou moins laiffant de petites plaines, des vallées, 1 des vallons, 1 des gorges 1 & formant en général des maffifs de roches à ravets, dont
plulieurs font inaccellibles, d'autres caverneux , &c qui prefque tous font
dignes d'obiervation par leur fituation ou leur nature.
La Partie de l'Oueft offre 1 au Petit-Goave & à Saint-Louis, deux magnifiques ports, fans parler de plufieurs autres rades ou baies qui concourent
auffi à la rendre intéreflante.
La Partie du Sud prife en maffe, a étél la dernière établie destrois de la Colonie,
puifque c'eft le 20 Septembre 1666 que d'Ogeron propofait au Miniftre de faire
un établiffement enface de PIfle a Vacbe, & d'ouvrir un chemin pour qu'on pât
y communiquer de la Partie de l'Oueft. On avait peu écouté cet avis fans
doute, puifqu'en 1677, M. de Cully envoya contre les Anglais qui fe partageaient déjà la plainc des Cayes pour y former des fucreries, & il y établit
M. de Beauregard, major, en qualité de commandant pour le roi.
Le tableau fuivant où j'ai pris la Partie du Sud avec fes limites entières, ,
fera juger de fes progrès.
En 1681, on y comptait 1,074 blancs, 752 nègres, & 128 métis &c mulâtres, Indiens & Indiennes. En 1688 elle avait 360 blancs de milices en 8
compagnies > & en 1692, 467 habitans blancs.
Au mois de Septembre 1698, le roi concéda à Ia Compagnie de Saint- Domingue toute la face Méridionale de la Partie du Sud, depuis Tiburon jufqu'à
Neybe, , & cette Compagnie y commença, en 1699, 9 fes établillemens dont elle
rendit Saint-Louis le chef-lieu. Elle y envoyait des hommes à qui elle faifait
diftribuer des terrains, mais à peine avaient-ils eu le tems de défricher de
quoi y placer une cafe, que le climat les faifait périr. Le miniftre imagina
alors de faire folliciter les habitans de la Martinique à envoyer leurs filles
dans les terres de la Compagnie pour en augmenter la population 2 mais M.
Robert, intendant des Ifles, lui répondit lc 14 Juillet 1701, que les Marti-
Elle y envoyait des hommes à qui elle faifait
diftribuer des terrains, mais à peine avaient-ils eu le tems de défricher de
quoi y placer une cafe, que le climat les faifait périr. Le miniftre imagina
alors de faire folliciter les habitans de la Martinique à envoyer leurs filles
dans les terres de la Compagnie pour en augmenter la population 2 mais M.
Robert, intendant des Ifles, lui répondit lc 14 Juillet 1701, que les Marti- --- Page 548 ---
534 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
niquais aimaient trop leurs enfans & avaient trop de vanité pour adopter un
parcil mcyen d'établifement.
En 1713, toute la Partie du Sud, le Quartier de Jacmel compris, n'avait
que 642 blanca, S3 affranchis & fauvages libres 1 & 2,947 nègres, mulâtres
& fauvages cfelaves 7 & feulement 303 blancs portant armes. On y comptait
6 fucreries, , 2II indigoteries & 3,178 animaux. En 1718, la milice était de
1,027 blancs & IIS affranchis.
La Compagnie qui n'avait pas trouvé dans. fa conceffion les avantages immenfes
qu'elle s'en était promis, fut fupprimée au mois d'Avril 1720, & la portion de la
Partie du Sud qui lui avait été concédée 2 rentra dans le fyfème général de la
Colonie.
Il eft préfumable que ce régime lui convenait mieux; car quoique la Partie
du Sud eût perdu le quartier de Jacmel depuis 1726, elle comptait en 1730
3.445 blancs. , 638 affranchis & 14,745 efclaves, 55 fucreries en brut, 6 en
blanc, 561 indigoteries, 55,245 cacaoyers & 22,930 cotonniers. En 1751,
on y voyait 3,084 blancs. s dont 1,358 portant armes , 815 affranchis, dont 184
portant armes 1 &x 32,731 nègres. 2 88 fucreries en brut, 9 en blanc, 557 indigoterics, 41,000 cacaoyers 3 3-530,000 cotonniers & 722 cafiers. En 1775,la
Partie du Sud avait, d'après le recenfement 2 une population de 5:499 blancs,
1,843 affranchis &c 57,198 efclaves, une milice de 2,375 blancs &c 410 affranchis, &c 136 fucreries en brut, 14 en blanc, 804 indigoteries, 775,000
cacaoyers, 265,000 cotonniers & 19 millions de cafiers.
Aujourd'hui (1789), la Partie du Sud a réellement un pcu plus de IO mille
blancs, dont les deux tiers font mâles; 6,500 affranchis, dont mioitié à-peuprès de chaque fexe, & 114,000 efclaves, dans la proportion de 8 mâles pour
7 femelles. On y trouve 19I fucreries dont 143 font du fucre brut & 48 du
fucre blanc, 903 indigoteries, 182 cotonneries, 40 cacaoyères, 297 cafeteries,
56 guildiveries. , 7 briqueteries-tuileries, IO poteries, 90 fours à chaux, 7,000
mulets & 63 mille autres animaux, tels que boeufs, cabrits, cochons &c.
Ileft aifé de voir par ces réfultats, que la Partie du Sud n'eft ni aufli
peuplée ni auffi bien établie que les deux autres, puifqu'avec près de moitié
de la furface de la Partie du Nord, elle n'a que les deux tiers de fa population
& qu'avec feulement un feptième de furface de moins que celle de fa Partie
de T'Ouef, elle n'a que les deux tiers de fa population, L'opinion veut que
, cochons &c.
Ileft aifé de voir par ces réfultats, que la Partie du Sud n'eft ni aufli
peuplée ni auffi bien établie que les deux autres, puifqu'avec près de moitié
de la furface de la Partie du Nord, elle n'a que les deux tiers de fa population
& qu'avec feulement un feptième de furface de moins que celle de fa Partie
de T'Ouef, elle n'a que les deux tiers de fa population, L'opinion veut que --- Page 549 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 535
fon fol foit moins produétif, fes parties planes moins profondes, plus argileufes, fes montagnes plus hachées &c moins fertiles, quoique très-arrofées.
Le Lecteur fera en état de voir, par les détails defcriptifs, fi cette opinion
eft fondée.
Le fait vrai; c'eft que le Partie du Sud n'a jamais été auffi encouragée que
celles du Nord & de T'Oueft, & le défavantage de fa fituation géographique
fous le vent de ces deux autres & les dangers que le voifinage de la Jamaique
fait courir à fon commerce pendant la guerre, en font les véritables caufes. A
peine y voyait-on arriver encore en 1730 une douzaine de bâtimens des
ports de France. En 1732, on forçait ceux qui venaient d'Europe &c même
les caboteurs de PIfle à aller, dans la bande du Sud 3 qui manquant de
tout, avait pris le parti de trafiquer avec les Hollandais de Curaçao , &c.
Le 13 Janvier 1733, le miniftre demandait aux Adminiftrateurs fi des expéditions. direêtes de France pour la Partie du Sud ne feraient pas défavantageufes
pour le commerce du' royaume. Aujourd'hui elle reçoit plus de 120 bâtiment
nationaux par an.
C'efl en quelque forte au commerce étranger qu'elle doit fes premiera
fuccès, & fans ce commerce, contre lequel les négocians de France ont pouffé
des cris aigus * les avantages qu'ils vont maintenant y recueillir n'exilleraient
pas. Il faut même que cette vérité ait. acquis un grand degré d'évidence pour
que le gouvernement ait accordé, le 26 Octobre 1784, aux armateurs français, une prime de IOO livres tournois par tête de nègres introduits dans
la Partie du Sud, depuis le Cap Tiburon jufqu'à la pointe la Béate, & pour
que cette prime ait été portée à 200 liv. le IO Septembre 1786.
L'efpèce d'abandon où a été laiffée la Partie du Sud, y a produit des effets
qui font enccre fenfibles. La culture y eft moins perfectionné qu'ailleurs,
parce que les forces cultrivatrices y manquent &c parce que les denrées n'y
obtiennent pas un prix auffi avantageux.
La conftitution de l'air eft en général moins féche dans la Partie du Sud
que dans celle de l'Ouefl. Le vent d'EQ y règne durant le jour, & clle n'y
a pas le caraétère defféchant des brifes carabinées du Cul-de-Sac. La face
tournée au Septentrion Creçoit auffi l'infuence des Nords, qui après avoir
franchi la chaine qui court de PER à l'Oueft, font fecs & brûlans pour l'autre
eôté. Cette face Méridionale éprotve en outre des vents défalireux, ils y exer-
uefl. Le vent d'EQ y règne durant le jour, & clle n'y
a pas le caraétère defféchant des brifes carabinées du Cul-de-Sac. La face
tournée au Septentrion Creçoit auffi l'infuence des Nords, qui après avoir
franchi la chaine qui court de PER à l'Oueft, font fecs & brûlans pour l'autre
eôté. Cette face Méridionale éprotve en outre des vents défalireux, ils y exer- --- Page 550 ---
336 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
cent leurs ravages en foufflant depuis l'ER-Sud-Ef jufqu'à T'Ouefi-Sud-OueR,
& entre les deux époques du 15 Juillet au 15 O8tobre, tandis que le revers
Nord ne les éprouve que partiellement, & toujours avec moins d'intenfitéLes vents du Sud font toujours pluvieux.
La température eft très-dépendante de la fituation dans Ia Partie du Sud,
od certains lieux font très-mal fains & d'autres auffi falubres que le climat dés
Tropiques peut pérmettre de l'efpérer.
Les moeurs de la Partie du Sud ont un caractère qui les fait différer en
plufieurs chofes des moeurs du refte de la Colonie. Il me femble qu'elles ont,
furtout dans la bande Méridionale, moins d'analogie avec ces dernières qu'avec
celles des Ifles du Vent, & l'on peut faire la même obfervation dans le
Iangage créol. Il eft vrai qu'on trouve beaucoup de familles Martiniquaifes
d'origine dans cette étendue.
Les nègres y montrent auffi des différences dans leurs ufages, mais ils y
ont la même nourriture qu'à l'Oueft.
La Partie du Sud a eu d'abord pour pafteurs des carmes & des capucins,
mais depuis le mois de Novembre 1723,elle dépend de la miflion des domi,
nicains.
Quoique cette partie ait fon Commandant en fecond, elle n'a cependant
point d'ordonnateur de la marine, comme la Partie du Nord. Autrefois il y
avait un prévôt-général de fa maréchauffée, mais à préfent celui de la Partie
de POueft l'eft auffi du Sud. Le ier, Décembre 1775, le roi a établi un
ingénizur en chef de la Partie du Sud ; elle a un arpenteur-général & un
voyer-général, & elle doit à une ordonnance du 15 Décembre 1782, un
notaire-général.
QUARTIER
Nord. Autrefois il y
avait un prévôt-général de fa maréchauffée, mais à préfent celui de la Partie
de POueft l'eft auffi du Sud. Le ier, Décembre 1775, le roi a établi un
ingénizur en chef de la Partie du Sud ; elle a un arpenteur-général & un
voyer-général, & elle doit à une ordonnance du 15 Décembre 1782, un
notaire-général.
QUARTIER --- Page 551 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D DOMINGUE.
S
RUARTIER DU PETIT-GOAYI E.
X X X IX.
PARO OI S S E D U PETITGOA V E.
NuL lieu de la Colonie n'a autant perdu de fon importance primitive
le Petit-Goave, quoique fon port qui la lui avait méritée, foit refté ce qu'il que
était alors.
Son établifement remonte $' comme celui de Léogane 3 jufques vers
& les boucaniers s'y étaient montrés dès 1659.
1663, >
Au mois de Mai 1670, d'Ogeron venant de Nippes fur un bâtiment de la
Compagnie des Indes Occidentales qui P'avait d'abord conduit de la Tortue à
Nippes, , trouva les habitans du Petit-Goavé foulevés.,
parce qu'ils voulaient
faire le commerce avec deux navires Fleflinguois. Ils tirèrent même fur le
vaifleau 1,500 coups de fufil & y blefsèrent M. Renou, major des milices du
Petit-Goave, qui revenait de Nippes avec d'Ogeron. Ce gouverneur fe vit ainfi
forcé de regagner la Tortue.
Le même M. Renou ayant été envoyé par d'Ogeron à M. de Baas
neur-général des Ifles &c enfuite en France ; M. de Gabaret, chef 1 d'efcadre gouver.
qui était alors aux Ifles du Vent 3 reçut ordre d'aller au fecours de d'Ogeron
&i il vint en effet àl la Tortue 1 le 1°r, Février 1671. Le 14
alla
d'Ogeron avec
les vaifleaux à Léogane où les habitans perfiftèrent à refufer de reconnaître &
la Compagnie, &c d'Ogeron. Le 17 l'efcadre pafla au Petit-Goave qu'il fallut
attaquer le 18. Les révoltés gagnèrent les bois & l'on brûla les cafes du bourg
en commençant par celle qu'y avait d'Ogeron 9 d'après l'ordre de ce
verneur.
gouCe fut au Petit-Goave que fe rendirent P'Écueil & la Petite-Infante,
de la Martinique par M. de Baas pour prendre un rentort à
envoyés
afin d'aller à la conquête de Curaçao, Et lorfque M. de Baas Saint-Domingue, fe détermina 9
yenir de cette ile Hollandaife à
à
Saint-Domingue pour y favoir quel était le fort
Tome 11,
Yyy
après l'ordre de ce
verneur.
gouCe fut au Petit-Goave que fe rendirent P'Écueil & la Petite-Infante,
de la Martinique par M. de Baas pour prendre un rentort à
envoyés
afin d'aller à la conquête de Curaçao, Et lorfque M. de Baas Saint-Domingue, fe détermina 9
yenir de cette ile Hollandaife à
à
Saint-Domingue pour y favoir quel était le fort
Tome 11,
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538 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
de d'Ogeron > il entra,le 28 Mars 1673 1 dans le Petit-Goave que la perte
de l'Écueil à Porto-Rico avait bien affaibli en hommes.
Le 15 Juillet 1676, l'amiral hollandais. , Jacob Bincker, vint au Petit-Goave
avec 5 bâtimens pour y prendre ou y brûler les bâtimens français. Il entra à
toutes voiles & mouilla à P'Acul du Petit-Goave, oà le combat s'engagea à 5
heures du foir & dura jufqu'à la nuit , à la portée du fufil. La victoire était
encore incertaine lorfque le feu prit aux poudres du vaifleau français le Dauphin,ce qui répandit par tout la confternation & le défordre, & les équipages
allèrent à terre. Le lendemain, au jour, les ennemis s'emparèrent de 7 bâtimens. Nous eûmes 40 hommes tués ou bleffés; de ce nombre furent M,
Duport, capitaine du Dauphin qui brûla avec 20 hommes, , M. Chevallier,
commandant du Saint-René & de la rade, , qui fut tué, ainfi que M. Pimont, 9
commandant l'Alcyon. M. Martin capitaine du roi David eut le bras emporté
jufqu'à lépaule. Tous les capitaines montrèrent le plus grand courage > & M.
de Cuffly qui était alors au Cap, écrivit le 26 du mème mcis au miniftre
que fi les habitans avaient tiré un feul coup de fufil, ils auraient empéché qu'ont
n'emmenât les navires ; ce qui furprend quiconque fait que ces habitans
n'étaient pour la plupart, que des. flibuftiers dont le nom feul bannit toute
idée de lâcheté.
Le Petit-Goave avait pris affez d'accroiflement &c fa fituation parut affez
avantageufe pour déterminer MM. de Saint-Laurent & de Bégon à juger que
fon bourg, alors le plus confidérable de la Colonie > devait être le fiége du
confeil fupérieur qu'ils demandaient, & que. l'édit du mois d'Août 1685Y
établit uainfi qu'une Sénéchaufféc.
Mais le IO Août 1687, les Efpagnols y entrèrent avec un brigantin & une
pirogue où étaient 85 perfonnes. Defcendus au point du jour, ils s'emparèrent
du fort. De là ils allèrent pour piller le bourg placé dans PER, mais on les
apperçut & on les força à rentrer dans ce fort onil yen eut 60 tués ou pendus,
parce qu'ils dirent qu'ils étaient venus dans l'intention de ne faire quartier à
perfonne & qu'ils avaient, entr'autres cruautés, maffacré M. Dupuy, 2 procureur-général du confeil fouverain & Mad. fon époufe qui était enceinte.
En 1690, le Petit-Goave reçut quelques habitans de Saint - Chriflophe.
Cependant fa population était diminuée cn 1692 & fon bourg était prefque
il yen eut 60 tués ou pendus,
parce qu'ils dirent qu'ils étaient venus dans l'intention de ne faire quartier à
perfonne & qu'ils avaient, entr'autres cruautés, maffacré M. Dupuy, 2 procureur-général du confeil fouverain & Mad. fon époufe qui était enceinte.
En 1690, le Petit-Goave reçut quelques habitans de Saint - Chriflophe.
Cependant fa population était diminuée cn 1692 & fon bourg était prefque --- Page 553 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O MINGUE 539
dépeuplé. - quoique fon port fat la retraite des flibuftiers qui y menaient une
vie que M. Ducalle appelle affreufe 6 impratiquée par tous les autres bommes.
Ce fut du Petit-Goave que M. Ducaffe partit, le II Juin 1694, avec 21 bâtimens tant grands que petits, au nombre defquels étaient les vaiffeaux du roi
e Téméraire, P'Envieux &c le Solide aux ordres de M. du Rollon, , &c 1,50D
hommes, 1 pour la Jamaique où l'on arriva le 27 à la baie des Vaches ( Cow.
Bay ),às lieues de Port-Royal. M. de Beauregard major pour le roi au PetitGoave 1 marcha de là au Port-Morant, détruifant tout & faifant beaucoup de
nègres prifonniers. On ruina deux forts au Port-Morant &c l'on envoya 1,200
nègres au Petit-Goave.
M. de Beauregard alla enfuite avec quatre petits bâtimens & 200 hommes
au Port-Marie. Il ruina 8 ou IO lieues d'étendue & revint au Port-Morant,
d'oà l'on appareilla le 26 Juillet pour aller mouiller de nouveau à la baie des
Vaches.
De Graffe en partit le 27 avec les habitans & les Alibuftiers pour la baie
de Carlifle avec 14 petits bâtimens. Il y arriva le 28 & força un grand navire
às'y brûler. Il fit fa defcente dans la nuit &c au point du jour, à la tête de
mille hommes, il marcha contre trois retranchemens garnis de 13 ou 14
cens hommes &x de 12 pièces de canon. Malgré leur feu, les Alibuftiers & les
habitans, le fabre à la main, furent maitres de ces retranchemens en une
heure & demie. Les ennemis y eurent 360 morts ou bleffés ; parmi les premiers
étaient deux colonels, deux licutenans-colonels &c fix capitaines. Nous eûmes
22 hommes tués ou bleffés, &c parmi ces' derniers, M. dc Beauregard, qui l'était
au pied. On prit 150 chevaux fellés & bridés, 9 drapeaux & 7 caiffons. De
Graffe marcha avec cent hommes contre 200 cavaliers qui venaient en renfort
& les repouffa après deux heures de combat. Le lendemain 500 hommes
allèrent ravager les environs. Le furlendemain l'Envieux & le Solide vinrent
mouiller devant les tranchées. M. Ducalle defcendit à terre & envoya encore
des détachemens pour détruire le pays ; il fit célébrer dans les retranchemens
une grand'meffe par le père Géry, capucin, curé du Petit-Goave ; on brûla
le bourg & l'on fit crever 12 canons. Enfin l'armée fe rembarqua le 13 Août
& arriva au Petit-Goave le 14.
En repréfailles, 9 les Anglais réunis aux Efpagnols, vinrent en 1695 dévafter
la Partie du Nord de la Colonie. Dès 1696 M, de Pointis fit un armemcnt
Yyy2
e par le père Géry, capucin, curé du Petit-Goave ; on brûla
le bourg & l'on fit crever 12 canons. Enfin l'armée fe rembarqua le 13 Août
& arriva au Petit-Goave le 14.
En repréfailles, 9 les Anglais réunis aux Efpagnols, vinrent en 1695 dévafter
la Partie du Nord de la Colonie. Dès 1696 M, de Pointis fit un armemcnt
Yyy2 --- Page 554 ---
DESCRIPTIO N DE LA PAR' TI E
& vint au Petit-Goave le 7 Mars 1697. C'eft de ce port qu'on partit quelques
jours après pour l'expédition de Carthagène, où M. Ducaffe marcha avec 1,200
hommes de la Colonie. Comme pour punir le Petit.Goave, les Anglais vinrent
y mettre à terre, le 8 Juillet 1697 , une demi-heure avant le jour, au pied
du tapion, dans l'Oueft. Conduits par des Aibuftiers léurs prifonniers, ils
étaient déjà dans le bourg lorfque la garde en eut connaiflance. M. Ducaffe P
éveillé cn furfaut. 5 fauta par une fenêtre & fc rendit à un point de réunion
indiqué en cas de furprife, & où vinrent 60 hommes avec lofquels il alla joindre
M. de Beauregard, qui en avait raffemblé 10O, On attaqua les ennemis, , qui
étaient au nombre de 900 &c qui fe rembarquerent. Ils eurent 49 morts & 18
prifonniers. Le feu qu'ils avaient mis aux deux extrémités du bourg ayant
gagné des magafins où il y avait de la poudre > 42 maifons brûlèrent; lcs
ennemis emportérent pour environ 40 mille écus de butin.
La part des flibuftiers dans la prife de Carthagène leur ayant été donnée
en nègres, un grand nombre d'entr'eux fe firent cultivateurs, & le PetitGoave qu'ils avaient toujours affectionné, devint la réfidence de plufieurs.
Avant 1670, un carme avait fait du Petit-Goave une paroiffe, & l'on y
avait conftruit une églife femblable à celles qu'avait la Colonic à cette époque.
Elle avait pour deffervans deux capucins en 1685, & les religicux de cet
ordre avaient confervé cette cure 3 lorfqu'en 1689 le même père Géry qui
alla avec M. Ducafle à l'expédition de la Jamaique en 1694: détermina les
flibuftiers à y faire conftruire une très-belle églife, que ces hommes étonnans
enrichillaient de toutes les dépouilles que dans leurs courfes continuelles ils
enlevaient à d'autres temples du même Dicu. On n'appellait cette églife que
l'églife des flibufticrs.
Les habitans placés dans POueft de la paroiffe avaient vers 1686, bâti une
petite chapclle fuccurfale à PAcul du Petit-Goave, ainfi nommé parce qu'il
eft dans l'enfoncement du port, & ils obtinrent, le Ier. Juillet 1698, de
M. Ducaffe, la permiffion d'en faire une paroiffe fous Pinvocation de SaintJean-Baptifle, mais fans fe difpenfer de contribuer aux dépenfes curiales du
Petit-Goave, & ils prirent un prêtre féculier pour palteur.
Le Petit.Goave où l'on avait fait un mauvais retranchement en terre en 1691
>
eut en 1694 des batteries & des redoutes de terre auffi, mais avec 20 canons
montés, dont plufieurs étaient dans ce qu'on avait toujours appcllé le fort, &
iffion d'en faire une paroiffe fous Pinvocation de SaintJean-Baptifle, mais fans fe difpenfer de contribuer aux dépenfes curiales du
Petit-Goave, & ils prirent un prêtre féculier pour palteur.
Le Petit.Goave où l'on avait fait un mauvais retranchement en terre en 1691
>
eut en 1694 des batteries & des redoutes de terre auffi, mais avec 20 canons
montés, dont plufieurs étaient dans ce qu'on avait toujours appcllé le fort, & --- Page 555 ---
FRANÇAISE DI E SAINT-DOMINGUE. 54T
oà était le logement du gouverneur- La crainte qu'on avait des ennemis étant
grande en 1702, M. de Galiffet, gouverneur par intérim 1 fit conftruire fur la
pointe des Mangles, aujourd'hui pointe de Bourgogne, une batterie de fept canons,
&c l'on répara les retranchemens. Mais M. de Galiffet blâmait la fituation de
la ville 8c. défirait qu'elle fit mife fur le côté oppofé du port &c au point où
l'églife de l'Acul avait déjà été la caufe de l'édification d'une efpèce de petit
bourg.
Malgré ces précautions > les Anglais vinrent prendre dans le port même s
le 2 Avril 1703, à l'aide de leurs chaloupes, le navire la Vigilante, de la
Rochelle, & brûler une prife faite fur eux ; mais ils ne purent pas emmener
un troifième bâtiment, parce que les batteries atteignirent une de leurs
chaloupes.
La paroiffe du Petit-Goave était fi peu cultivée alors, que M. de Galiffet
concéda, le 28 Février 1703, à M. Jacques Daveine, un terrain fitué au
fond de Bainet , Qyartier de Pdcul du Petit-Goave > pour y établir un corail de
la contenance d'une lieue de circuit, à condition qu'il ferait permis d'y chaffer,
en obfervant la coutume ordinaire, qui ef d'appurter la téte du cocbon au corail,
& qu'on concéderait le terrain à quiconque voudrait le cultiver
En 1708, M. le comte de Choifeul, gouverneur, vint habiter le PetitGoave, ce qu'imita M. de Valernod 1 qui prit fon intérim en 171I. M. de
Blénac, le premier gouverneur-général des Ifles fous le Vent, habita Léogane,
où fe plaça à demeure M. de Chateaumorant 7 fon fuccefleur.
Le rer, Juin 1710, M. Cauvet, ingénieur, avait envoyé au miniftre le plan
d'une fortification fur Piflet du Carenage, dans le port de PAcul du PetitGoave, mais M. Frézier 1 direêteur des fortifications de la Colonie, qui vifita
en 1702 le Petit-Goave à la demande de M. de Sorel, gouverneur, dont
l'opinion était que le Petit-Goave méritait plus que Léogane, trouva le plan
de M. Cauvet trop étendu 8c en fit un réduit pour cette fituation , qu'il trouvait
excellente.
Quant au fort même du Petit-Goave, M. Frézier propofa d'en détruire le
(*) Le cas prévu était arrivé, & le corail avait été concédé pour culture , à P'exception de
144 carreaux, dans la poflefion defquels M. Carlos, repréfentant M. Daveine, a été maintena
par un arrêt du confeil de Saint- Domingue du 16 Novembre 1787.
c en fit un réduit pour cette fituation , qu'il trouvait
excellente.
Quant au fort même du Petit-Goave, M. Frézier propofa d'en détruire le
(*) Le cas prévu était arrivé, & le corail avait été concédé pour culture , à P'exception de
144 carreaux, dans la poflefion defquels M. Carlos, repréfentant M. Daveine, a été maintena
par un arrêt du confeil de Saint- Domingue du 16 Novembre 1787. --- Page 556 ---
542 DESCRIPTIO N DE LA P 1e ARTIE
chemin couvert, d'y mettre un rempart avec un foflé, & d'y tranfporter le magafin
général & lcs cazernes. M. de Champmellin ayant penfé que lc Petit-Goave
devait l'emporter fur Léogane, M. de la Rochalar qui était du même avis
fit exécuter au fort, en 1722, ce que M. Frézier avait projetté; mais au
lieu de loger dans ce fort, il prit un terrain qui était à environ 300 toifes dans
fon Sud-Eft, &c y fit confiruire ce qu'on appella depuis Ia maifon du gouverneur
& qui était dans un terrain nommé à préfent la favane du roi, &c où l'on
apperçoit encoré un puits revêtu de pierres.
L'on a vu, à l'article du Port-au-Prince, que lors des premières idées de
l'établiffement de cette ville, Larnage difait au miniftre, le 15 Novembre
1738, qu'elles ne devaient pas faire abandorner le Petit-Goave, & M. Meynier, après avoir examiné les deux endroits, fe décida pour l'Acul du PetitGoave ; il y traça un pentagonc en terre, afligna un marécage pour emplacement à la ville, projetta des défenfes extérieures & des jettées qui devaient
clore l'entréc du baffin, que des chaines auraient fermé; leur tête aboutiffait
à l'iflet du Carenage, où l'on devait loger de la groffe artillerie, 5 &c. L'ordonnance de fon deffin était fi ingénieufe, que le roi approuva que. ce pofte fut
nommé le Fort-Royal de l'Acul du Petit-Goave. Malheureufement pour M,
Meynier, il n'avait pas confulté le climat, & fut fa victime,
On commença cette forterefTe à 5 baftions en terre en 1741, & en 1742
on y voyait 16 canons de 24 & 14 de moindre calibre. Il devait être revêtu
de maçonnerie & avoir78 canons &4 mortiers; tandis que la batterie de lapointe
Percée (de Bourgogne), aurait eu 15 canons.; celle de l'entrée du port (à
Antoine) 8., & cclle de Piflet du Carenage IO.
M. de Larnage jugeant que le fort du Petit-Goave était inutile, voulait
tenir à ce fujet un confeil de guerre & y appeller les officiers des vaiffeaux;
mais comme M. de la Rochalar, 2 grand approbateur de ce fort, augmenté
pendant fon généralat, était parmi ces officiers, ce confeil de guerre fut retardé
jufqu'au ier, Mars 1742; il décida qu'on ne conferverait du fort que la
batterie qui protégeait la rade. , &c dont les feux fe croifaient avec ceux de la
pointe Percée, CC quifut approuvé par un ordre du roi du 4 Septembre fuivant.
Larnage qui voulait auffi que l'on tranfportât la ville à PAcul. , ainfi que le
féjour des Adminiftrateurs, prit une maifon au Petit-Goave pour hâter les
fortifications, & il propofa d'acheter 200 nègres pour lc compte du roi.
qui protégeait la rade. , &c dont les feux fe croifaient avec ceux de la
pointe Percée, CC quifut approuvé par un ordre du roi du 4 Septembre fuivant.
Larnage qui voulait auffi que l'on tranfportât la ville à PAcul. , ainfi que le
féjour des Adminiftrateurs, prit une maifon au Petit-Goave pour hâter les
fortifications, & il propofa d'acheter 200 nègres pour lc compte du roi. --- Page 557 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
On tranlporta les matériaux du fort démoli devant le baffin de l'Acul. En
1744, un particulier éleva une maifon dans le point marqué pour la ville, 2
mais les hautes marées de l'équinoxe l'en délogèrent. Au mois d'Août 1745,
l'Acul coûtait déjà 893,773 liv. de dépenfe 1 en y comprenant toutefois
l'achat de I17 nègres. On ft la batterie des Dames & celle de l'iflet du
Carenage, ; qu'on appella le pâté.
Ce fut à la même époque de 1745, que les Adminiftrateurs achetèrent
Phabitation en Tucrerie de Mde. de Vaufolet, contigue à la fortereffe de
PAcul & ayant IOO carreaux, pour 150,000 liv. payables en quatre ans 2
à compter de 1749. Ils en échangèrent une portion avec MM. Bineau pour
former un emplacement à la ville 1 & leur en vendirent de plus 7 carreaux
& demi. On fit un hôpital de la purgerie, qui avait IOO pieds de long fur 24
de large; la maifon principale où Larnage fe mit provifoirement; était deftinée
aux religieux de la Charité, & tout le refte des bâtimens devait faire les
appartenances de Phôpital. Le roi approuva cette acquifition le 29 Décembre
fuivant, & régla que la ville ferait celle du Fort-Royal.
Larnage mourut en 1746, époque où les travaux de l'Acul s'achevaient.
En 1/48, après la prife de Saint-Louis, un confeil de guerre décida qu'il
fallait abandonner le pâté, comme trop expofé au feu des hunes des vailleaux,
& qu'il fallait couvrir le fervice des canons du pentagone; ; l'on peut dater de
ce moment la décadence du Petit-Goave.
En 1749, M. de Conflans , après avoir vifité le pentagone > qui avait alors
47 canons &c 3 mortiers, &c à la droite duquel on avait été obligé d'ajouter
une batterie de 19 canons pour défendre un mouillage où les vaiffeaux pouraient venir fans craindre un feul coup du fort, lorfqu'ils avaient doublé la
batterie de la pointe à Antoine, décida qu'il habiterait Léogane, > &y emmena
les troupes. Il ne refta atl Petit-Goave qu'un détachement de bombardiers,
pour foigner l'artillerie. En 1750, on voulut démolir même la batterie du
Petit-Goave, refte du vieux fort,mais fur les repréfentations de P'ingénieur 7
on la conferva.
Le 17 Mai 1751, les Adminiftrateurs fupprimèrent la paroiffe de l'Acul,
la réunirent à celle du Petit-Goave, & on en vendit l'emplacement.
M. Dubois de la Motte vint à l'Acul en 1752. Il voulait un polygone au lieu
du pentagone, & fit un plan qui montrait ce quc peut une imagination féconde
, refte du vieux fort,mais fur les repréfentations de P'ingénieur 7
on la conferva.
Le 17 Mai 1751, les Adminiftrateurs fupprimèrent la paroiffe de l'Acul,
la réunirent à celle du Petit-Goave, & on en vendit l'emplacement.
M. Dubois de la Motte vint à l'Acul en 1752. Il voulait un polygone au lieu
du pentagone, & fit un plan qui montrait ce quc peut une imagination féconde --- Page 558 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
en afferviffant la défenfe des ports à fes idées. En attendant les ordres de la
cour, il ordonna à M. de Poliart, ingénieur, de conflruire une batterie
retranchée fur la rive droite de la rivière du Petit-Goave. Ce fut lui qui
nomma alors Pointe de Bourgogne la pointe Percée, par laquelle la baie eft
rétrécie de 250 toifes.
Au mois de Juin 1753, M. de Vaudreuil ayant vifité les Parties de T'Oueft
& du Sud, trouva qu'un débordement du mois de Mai avait emporté une
partie de la contreicarpe & du glacis de la batterie de la rivière, & il fit faire
une digue circulaire à l'embouchure de celle-ci. II propofa de plus une batterie
à la pointe à Pelet qui, placée à 700 toifes de toute autre fortification, n'avait
aucune protection,
D'après les vues de ce gouverneur fur le fort de l'Acul &c qu'adopta le
miniftre, M. de Poliart fut chargé, en 1755, de fupprimer le baftion du centre
& de rejoindre les deux courtines de Ia droite & de la gauche, pour n'en faire
qu'une feule arondie &c cn terre feulement. L'ouragan du mois de Septembre
1756 caufa beaucoup de dommages aux fortifications de la place 1 &c la totalité
de la défenfe du Petit-Goave, fut réduite à la batteric de la place d'armes 3
à celle du bord de la rivière, & à celles qui remplaçaient le pentagone de
P'Acul, la feule place fermée qui ait jamais exiflé à Saint.Domingue. M. Bart
ft rétablir,en 1757, la batterie de la pointe à Antoine. En 1762 on détruifit
les deux baltions qui étaient aux extrémités de la courtine arrondie du fort
du Petit-Goave, &c en 1764 la batterie des Dames était abandonnée. On mit
alors des canons fur la pointe à Antoine même.
Onvenait de faire en 1771 > d'après les ordres de M. Nolivos,quelques réparations au fort de l'Acul, encore maltraité par le tremblement de terre de 1770,
lorfque l'ouragan de la nuit de 4 au 5 Août 1772,y caufa de très-grands
éboulemens. Depuis lors, le Petit-Goave a été, quant à fa défenfe, dans un
abandon fur lequel je reviendrai.
La paroiffe du Petit-Goave, dont la longueur eft d'environ 6 lieues fur 3
de profondeur, a maintenant pour limites, au Nord, la mer ; à P'Et, la paroille
du Grand-Goave; au Sud, celle de Bainet, & à T'Oueft, celle du Fond-desNègres, dont elle eft feparée par une ligne qui part de la mer à la pointe du
Carenage, 1 coupe l'étang de Miragoane & va à la rivière de Fontarabie.
Elle a une partic plane & une partie montueufe fubdivifée en un grand
zonbre de cantuns.
La
ur, a maintenant pour limites, au Nord, la mer ; à P'Et, la paroille
du Grand-Goave; au Sud, celle de Bainet, & à T'Oueft, celle du Fond-desNègres, dont elle eft feparée par une ligne qui part de la mer à la pointe du
Carenage, 1 coupe l'étang de Miragoane & va à la rivière de Fontarabie.
Elle a une partic plane & une partie montueufe fubdivifée en un grand
zonbre de cantuns.
La --- Page 559 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 545
La ville dont l'origine remonte, comme je l'ai dit, avant 1670, eft fur le
côté Oriental du port de fon nom, , & fon extrémité Sud (Voy. l'Atlas ) eft
à environ ISO toifes de la rivière du Petit-Goave ou ravine à Cayman. Elle
occupe un front d'environ 400 toifes du Nord au Sud, fur environ 200 toifes
d'enfoncement. Autrefois elle s'étendait beaucoup plus au Nord-Eft, & fon
églife était même éloignée dans cette direction. , de plus de 250 toifes de fon
extrémité aétuelle ; mais les débordemens de la Grande-ravine ont porté à s'en
écarter. Douze rues alignées & fe coupant à angles droits, > y féparent 20
carrés parfaits ou longs, mais aflez inégaux entr'eux. Les rues ne font
point pavées & ont un rang d'ormes de chaque côté. Celles qui courent du
Nord au Sud font, en venant du rivage 3 la Grande-rue, la rue Saint-Paul,
& la rue d'Ennèry'; & celles qui courent de PEf à l'Oueft font, en partant
du Nord, la rue Monlhéry. > la rue Choifeul & la rue Babille, qui donnent
fur la place-d'armes, la rue Antoine ; puis la rue Micoud &c la rue de
Vaivre qui ne defcendent pas àu-deffous de la rue d'Ennery.
Le Petit-Goave, cité comme l'établiffement le plus confidérable de la Colonie en tant qne ville, il y a environ un fiècle, n'était bâti qu'en bois en 1702.
On y comptait IOO maifons en 1720, 78 en 1742, dont 4 feulement de
maçonnerie; 81 en 1761 ; 124 en 1776 & actuellement il n'y en a pas davantage. Ces maifons, excepté celles qui font à PEA &c au Sud de la placed'armes, où l'on voit des galeries & des trotoirs comme au Port-au-Prince, .
font vieilles & menacent ruine. La ville a des emplacemens vides, où une
barraque femble n'être placée que pour répondre à une demande en réunion ;
car la fureur d'en obtenir ne s'effraye même pas du climat de cette ville. Le
Petit-Goave eft affujetti à l'ordonnance du 8 Août 1770, fur la manière d'y
bâtir.
La place-d'armes, 9 fur laquelle fe tient le marché & qui eft prefque au bout
Nord de la ville, a environ IOO toifes en carré, mais tout cet efpace n'eft pas
Jibre. Il était occupé prefqu'en entier par le fort fait pour mettre le gouverneur
à couvert, étendu par M. Frézier, démoli d'après le confeil de guerre de
1742, & dont il ne refle que la batterie que ce confeil de guerre a confervée.
Deux corps de logis font attenans à ce fort, dans l'enceinte duquel ils fe
trouvaient. Ils ont environ 80 pieds dans leur longucur, qui court de Ia mer
vers les montagnes ; leur couverture eft d'effentes; ils ont été conftruits pour
Tome II.
Z Z Z.
M. Frézier, démoli d'après le confeil de guerre de
1742, & dont il ne refle que la batterie que ce confeil de guerre a confervée.
Deux corps de logis font attenans à ce fort, dans l'enceinte duquel ils fe
trouvaient. Ils ont environ 80 pieds dans leur longucur, qui court de Ia mer
vers les montagnes ; leur couverture eft d'effentes; ils ont été conftruits pour
Tome II.
Z Z Z. --- Page 560 ---
546 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
former des cazernes, & en ont fervi. A préfent l'un d'eux eft le magafin du
roi, que garde un canonnier vétéran; l'autre eft devenu l'auditoire de la
Sénéchauffée, l'ancien ayant été détruit en 1770; les prifons qui étaient
tombées auffi à ce tremblement de terre ont été mifes dans ce bâtiment, &x la
poudrière qui y touche eft devenue un cachot.
C'eft dans ce fort où M. de Cufly avait fon logement, dont le coup de vent de
1756 jetta le premier étage, & le tremblement de terre de 177ole rez de chaufléc,
que fut tenue 1 le Ier. Juilliet 1686, la première audience du confeil fouverain
du Petit-Goave 1 créé en Août 1685. J'ai allez parlé ailleurs de cette cour
pour n'avoir pas befoin d'en entretenir le Leêteur, qui fait qu'elle fut compoféc en majeure partie, & pendant affez long-tems, de membres qui étaient
aufli officiers de milices. M. Drageon Dupuy, fon premier procureur-général s
tué à l'attaque du Petit-Goave en 1687, était capitaine de milices. M. Matges 3
fous-doyen en 1717, avait marché en 1694 à l'expédition de la Jamaique s
& en 1697 à celle de Carthagène. M. Gabet, avocat au parlement de Paris 9
dont il avait fuivi le barreau 1 reçu confeiller en 1708, fut le premier gradué
de ce tribunal. Le confeil fut long-tems fans place fixe, & s'affemblait chez
le gouverneur: > chez l'intendant ou à l'hôtel de l'Affiente. Il parait même que
d'abord fes membres ne fe réuniffaient pas exaétement; car un arrêt de 1687
eft rendu par trois confeillers, le fénéchal de Léogane, le procureur du roi
du Petit.Goave &c trois officiers de milice, ufage qui retraçait encore celui
du confeil des milices. ) que le confeil fouverain avait remplacé.
La Sénechauffée créée par le même édit que le confeil, eut pour territoire
tout ce qui compofe aujourd'hui la Partie du Sud, & de plus la paroiffe du
Grand-Goave. En 1721, le roi lui ôta ce qui était au-delà de Tiburon & le
donna à une nouvelle Sénéchauffée, créée à Saint-Louis. Puis le Quartier de
la Grande-Anle ou Jérémie s'étant établi, &c fon éloignement du Petit-Goave
étant trop confidérable Larnage & Maillart fe déterminèrent, en 1738, à y
placer un lieutenant du Sénéchal du Petit-Goave 3 avec un fubftitut du procureur du roi & un greflier, pour juger tous les habitans placés à l'Oueft de la
paroiffe du Petit-Trou jufqu'au Cap Tiburon. Le Sénéchal du Petit-Goave
tint même plufieurs fois à Jérémie ce fiége, qui a été établi en Sénéchaullée
véritable & en Amirauté en Décembre 1776. Ainfi la Sénéchauflée & PAmirauté du Petit-Goave ne s'étendent à préfent que depuis le Grand-Goave
roi & un greflier, pour juger tous les habitans placés à l'Oueft de la
paroiffe du Petit-Trou jufqu'au Cap Tiburon. Le Sénéchal du Petit-Goave
tint même plufieurs fois à Jérémie ce fiége, qui a été établi en Sénéchaullée
véritable & en Amirauté en Décembre 1776. Ainfi la Sénéchauflée & PAmirauté du Petit-Goave ne s'étendent à préfent que depuis le Grand-Goave --- Page 561 ---
FRANCAISE DE SAINT-DOMINGUE. 547
inclufivement, jufqu'à un point de la baie des Caymitcs, au-delà du Bec à
Marfouin ; en exceptant toutefois la paroiffe du Fond-des-Negres, qu'un édit
de 1779 a donné à la Sénéchauflée de Saint-Louis, ce qui forme une coupure
par laquelle toutes les localités font bleffées. La Sénéchauffée ne comprend
donc plus que les paroiffes du Grand-Goave, du Petit-Goave de l'Anfe-àVeau & du Petit-Trou.
Cette Sénéchauffée eft à l'inftar de toutes celles de la Colonie. Son greffe
fut brûlé dans l'attaque de 1697. Elle a 5 procureurs, 9 notaires, 8 huifliers
& une troupe de police créée le 18 Juillet 1749 &x compofée d'un exempt
& 4 archers, un étalonneur &c un concierge des prifons.
L'Amirauté eft auffi femblable aux autres, & même fes officiers ne font
que ceux de la Sénéchauflée agiflant avec d'autres brevets.
La ville, vue de la place-d'armes, a un coup-d'ceil affez riant , qui femble
le devenir encore plus lorfqu'on regarde le port. Sur cette place, eft une aflez
belle maifon appartenante au roi, & où loge l'oflicier d'Adminiftration de Ia
marine, qui exerce dans le Quartier les fonctions qui lui font communcs
comme fubdélégué de l'intendant 1 avec l'officier de PEtat-major.
Dès le mois d'OCtobre 1686, le Pctit-Goave avait un lieutenant de roi,
mais l'ordonnance du 24 Mars 1763, , qui le fupprima, y mit le Commandant
en fecond de la Partie du Sud 1 & y plaça même un fubdélégué principal, un
commiffaire des guerres 3 un écrivain pour la marine 8c les clalles, un médecin,
un chirurgien-major & un apothicaire du roi ; puis l'ordonnance de 1769 envoya
le Commandant en fecond à Saint-Louis.
Le Petit-Goave a toujours eu une majorité depuis 1685 jufqu'à préfent,
excepté de 1763 à 1769, lorfque les États-majors étaient fupprimés.
II avait eu aufli depuis 1706 une aide-majorité, qui fut fupprimée en 1763;
recréée en 1769, 8c enfin fupprimée en 1783. Le major pour le roi commande
à tout le Quartier du Petit-Goave ) qui comprend les paroiffes du Petit-Goave,
du Fond-des-Nègres, de l'Anfe-à-Veau & du Petit-Trou.
En 1725, le Petit-Goave eut trois compagnies des troupes détachées de Ia
marine, &x 89 fuifles pour fa garnifon. Il avait quatre de ces compagnies en
1751, 5 en 1752 & une demi-compagnic d'artillerie ; 6 en 1758, & en 1764 un
détachement du régiment d'Angoumois. Depuis lors, excepté dans des cas
particuliers, il n'y a pas eu de garnifon dans cette ville.
Zzz2
5, le Petit-Goave eut trois compagnies des troupes détachées de Ia
marine, &x 89 fuifles pour fa garnifon. Il avait quatre de ces compagnies en
1751, 5 en 1752 & une demi-compagnic d'artillerie ; 6 en 1758, & en 1764 un
détachement du régiment d'Angoumois. Depuis lors, excepté dans des cas
particuliers, il n'y a pas eu de garnifon dans cette ville.
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548 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Elle a un prévôt, un exempt 1 un brigadier &t 4 archers de maréchauflée.
L'églife aétuelle du Petit-Goave, 1 qui eft au moins la quatrième depuis fon
établillement, vient d'être achevée. Elle eft allez jolie fans avoir rien de
remarquable; elle manque d'ornemens, de linge 1 de vafes facrés &c. Elle
eft fur le côté Eft de la Grande-rue, après un emplacement qui fuit la
rue Antoine. L'on y arrive par un grand efpace garni de rangs d'arbres, &c fa
partie poftérieure eft alignée fur Ia rue Saint-Paul. Elle eft dédiée à l'Affomption de la Vierge. Son premier acte ne remonte qu'en 1679, mais il fe trouve
au folio 169 du regiftre, fans qu'on fache pourquoi les pages antérieures n'y
font plus.
Prefqu'en face dc l'églife, mais dans la Grande-rue, & au coin d'une maifon
qui eft un peu fur la gauche, eft un Chrift de bois de grandeur naturelle,
planté fur un maflif de maçonnerie carré, avec lequelil a environ 12 pieds
d'élévation ; il eft abrité par un petit toit couvert d'effentes.
Cette Croix fut enlevée à Carthagène par les fibuftiers & apportée par eux
au Petit-Goave. On y a une fort grande dévotion; ; chaque foir on y brôle des
chandelles, principalement le vendredi, mais le Vendredi-Saint on en
confume environ cent livres à fes pieds. L'énorme quantité de fuif qui a
ruiffelé de toute part, a pénétré le piédeftal & la terre environnante, & la
fumée les a noircis. Pendant la Semaine-Sainte Ic Chrift eft couvert d'un
linceul blanc & d'une brafièrc noir. La fituation de la ville du Petit-Goave
environnée de bois & dc marais, devrait attirer des légions de maringouins ;
cependant il y en a peu & la gloire en eft rapportéc au crucifix de Carthagène (*) ).
Derrière l'églife eft le prefbytère, & derrière celui-ci l'ancien cimetière 2
que furmonte encore le nouveau.
La ville du Petit-Goave eft expolée aux effets dangereux des débordemens
de la Grande-ravine, qui a menacé plufieurs fois de l'emporter. Les digues
formées & foutenues par des pieux ne font jamais entretenues comme elles
devraient lètre, & l'on n'a pas foin que le lit de la ravine, où les eaux portent
(*) Une vieille négreffe fanatique interrogeoit depuis long-tems ce Chrift pour favoir qui
l'avait crucifé; ; un imprudent caché derrière le piédeltal répondit: C'eR Mendez. La nègrefe prend
des pierres & fond dans le maifon de ce Juif, qu'elle aurait lapidé s'il n'avait fui pour échapper à
fon avengle fareur.
, & l'on n'a pas foin que le lit de la ravine, où les eaux portent
(*) Une vieille négreffe fanatique interrogeoit depuis long-tems ce Chrift pour favoir qui
l'avait crucifé; ; un imprudent caché derrière le piédeltal répondit: C'eR Mendez. La nègrefe prend
des pierres & fond dans le maifon de ce Juif, qu'elle aurait lapidé s'il n'avait fui pour échapper à
fon avengle fareur. --- Page 563 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE. 459
du fable &c du galet, foit libre. Lc 3 Août 1773, les Adminiftrateurs ont
défendu de coupcr les bois qui font à un quart de lieue des bords de cette
ravine, fous des peines graves.
La population de la ville n'eft que d'environ 450 individus de tout age ;
de tout fexe & de toute nuance, en y comprenant 1 outre les perfonnes que j'ai défignées 1 un tréforier des invalides de la marine, un
capitaine de port, dont l'établiflement remonte au 25 Septembre 1702,
un médecin & un chirurgien du roi, un arpenteur principal, un voyer principal, un voyer particulier &c un direéteur des poftes. Mais c'eft de fon port
que le Petit-Goave tire toute fa célébrité. Voyons fi elle eft juftement açquife.
La côte de la paroiffe commence au point du tapion du Petit-Goave qui
répond au fommet de cette montagne, 2 dont M. Godin, de l'Académie des
Sciences, a évalué la hauteur à 355 toifes au-deffus du niveau de la mer 3
& dont M. de Puyfégur marque la latitude à 18 degrés, 26 minutes, 50
fecondes 1 &c la longitude à 75 degrés, 14 minutes, 35 fecondes, ce qui le
place à environ trois quarts de lieue plus dans l'Oueft que le Port-de-Paix.
Le tapion eft fort élevé & très-efcarpé vers la mer, &x avec côte de fer dans
toute fa longueur, qui eft d'uue lieue & demie. Au point où il fe termine à
T'Oueft, eft l'embouchure de la ravine de Provence. C'eft là que les Anglais
débarquèrent en 1697.
Ily a 1,040 toifes de l'embouchure de Ia ravine de Provence au fort de la
place-d'armes, 2 & vers le milieu de cette diftance eft la pointe des Roches. La
côte eft peu élevée, mais en partie de roc 8c de tuf, & à pic. Elle eft d'un
aflez difficile accès 1 fi ce n'eft aux embouchures de trois ravines courtes
qu'on trouve dans cet intervalle , oû des canots peuvent aborder; inconvénient
qu'un remblai de très-groffes pierres qu'on a près de foi peut faire difparaître.
Le port du Petit-Goave, dont le tapion peut être confidéré comme l'extrémité Orientale, & la pointe à Antoine ou à Falaizeau, comme l'extrêmité
Occidentale, eft réellement magnifique. Son cuverture, comptée feulement depuis
ia batterie de la place-d'armes de la ville, à laquelle correfpond l'ilet à Poule
cu aux Anglais , à environ 200 toifes dans lOueit-Nord-Oueft, eft jufqu'àli
pointe à Antoine, de 1,600 toifes, & fon enfoncement de I,IOO toifes.
Par fa grande étendue, les vaiffeaux peuvent y louvoyer comme en pleine
mer. Les vents les plus fréquens étant ceux de PEit & de TOreft,
ia batterie de la place-d'armes de la ville, à laquelle correfpond l'ilet à Poule
cu aux Anglais , à environ 200 toifes dans lOueit-Nord-Oueft, eft jufqu'àli
pointe à Antoine, de 1,600 toifes, & fon enfoncement de I,IOO toifes.
Par fa grande étendue, les vaiffeaux peuvent y louvoyer comme en pleine
mer. Les vents les plus fréquens étant ceux de PEit & de TOreft, --- Page 564 ---
550 DESCRIPTION D E LA PARTIE
&, la direction de la baie Nord-Eft &c Sud.Oueft, on a prefque le vent largue
& pour entrer & pour fortir. A cet avantage inappréciable, 3 eft réuni celui
d'an mouillage excellent dans toute Ia baic pour les plus gros vaifleaux ; &
dans l'enfoncement qu'elle a au Nord-Oueft, cft le port de l'Acul du PetitGoave, d'environ 450 toifes de long 2 fur une largeur réduite de 400 toifes
où les bâtimens peuvent mouiller fur un fond de très-bonne tenue, depuis
IO jufqu'à 45 pieds de profondeur, & qui leur offre de plus la faculté de
s'abattre, de fe carener & un abri fir contre tous les vents.
Toutes ces propriétés avaient été remarquées des Aibufliers, &la préférence
qu'ils donnaient au port du Petit-Goave fait l'éloge de leur perfpicacité. Il
y aurait cu pour eux quelque avantage à prendre celui du Môle pour point
de départ, mais la néceffité de courir des bordées pour y entrer, les en avaient
furement détournés.
Des Gonaives jufqu'à Saint-Louis, nul port ne peut être plus utile que
celui du Petit-Goave.
Il a maintenant pour défenfe, Io. un corps-de-garde qu'on met en tems
de guerre au pied du tapion ; 20. la batterie de l'ancien fort du Gouver.
neur, qui bat la paffe entre l'ilet aux Anglais ou à Poule & la terre &
le mouillage marchand, qui eft entre CC port & la rivière; 3°, à380 toifes
plus au Sud que la place d'armes &c près des ruines de ce qu'on appelait
le Petit-fort, placé au bord de la rivière à Cayman, deux batteries mifes
fur les côtés de cet ancien fort, entre lequel & la ville il y a un refte
de retranchement;. 4°, à une petite demi-lieue de ce Petit-fort & précifément au fond de la baic, au Sud, à la pointe à Pelet,de belles pierres
de taille préparées pour une batterie qu'on n'a pas encore faite.
Contournant enfuite la baie &c venant dans fon Sud-Onefl-quart-Sud,a un
quart de lieue au point de l'embouchure de la rivière ou ravine à Baret,
on trouve ; 5°, un fimple corps-de-garde ; 60, à un quart de lieue dans le
Nord de cette rivière, ce qu'on nommait le fort Royal ou fort de l'Acul,
qui, avec la pointe de Bourgogne, diftante de 600 toifes dans le Nord-Eft,
forme l'entréc du port de l'Acul. C'eft à 300 toifes dans le Nord.Oueft de
la pointe de Bourgogne, où était la batterie des Dames, qu'eft la pointe à
Antoine ou à Falaifeau, du nom de deux habitans. Cette pointe eft l'extrémité du morne du Trou-Chouchou, - qui eft très-élevé & efcarpé. Là, eft
de Bourgogne, diftante de 600 toifes dans le Nord-Eft,
forme l'entréc du port de l'Acul. C'eft à 300 toifes dans le Nord.Oueft de
la pointe de Bourgogne, où était la batterie des Dames, qu'eft la pointe à
Antoine ou à Falaifeau, du nom de deux habitans. Cette pointe eft l'extrémité du morne du Trou-Chouchou, - qui eft très-élevé & efcarpé. Là, eft --- Page 565 ---
ERANÇAISE D E SAINT.DOMINGUE 551
70. la batterie Falaifeau, 3 élevée d'environ 20 pieds au deffus de la mer
& dont un feul corfaire fut s'emparér par furprife dans la guerre de 1756,
mais qui a protégé bien des fois des bâtimens marchands pourfuivis.
Le Petit-Goave, après avoir été, comme le Môle > le fujet de plufieurs
opinions, ne les a pas encore fixées fur fa valeur réelle.
On dit contre lui, Io, que la ville 3 dominée de très-près par les refauts du
tapion, peut être tournée, 20, que le fort Royal eft dominé par le morne
Antoine & que les ennemis peuvent tout dans le port avec des galiottes
à bombes,. &c enfin, que la ville & la baie font loin de tout commerce
& f mal-faines, qu'on doit les confidérer comme prefque inhabitables.
D'ua autre côté, ceux qui, comme MM. de Larnage, Meynier, Demoulceau, ,la] Merveillère & autres, confidèrent le Petit-Goave- comme un point 9 d'où
des forces maritimes peuvent protéger efficacement les côtes, faire des croifières & reutrer à volonté, même la nuit, après une tempête &c un combat ;
comme un point qui, s'il tombait au pouvoir de l'ennemi, compromettrait
le fort de la Partie du Sud & même du Port-au-Prince 3 difent :
10, Qu'il eft facile de prendre, fur le côté Oriental de la ville 2 des précau
tions pour que l'ennemin'ait pas d'autre point d'attaque que la baie même; & que
la gorge 1 où eft le grand chemin qui conduit dans lOueft, doit fervir à
arrêter les entreprifes de l'ennemi 8c à l'empècher de s'établir d'une manière flable.
20, Que pour s'affurer la coniervation du port, il faut mettre à la pointe
à Pelet, comme le voulait M. de Vaudreuil, une redoutc à revêtement >
mais qui ne foit pas aflez élevée pour craindre les trembleméns de terre, 2
& dont les feux croileraient avec ceux de la ville & du fort de l'Acul; qu'on
doit relever ce fort, en fe rellouvenant que dans fon état primitif fes canons n'avaient pas de recul, & que ce n'était qu'une trifte bicoque 1 payée
trop cher par 4 millions &c par la vie d'un nombre incroyable d'hommes,
à caufe des fouilles : qu'il eft néceffaire de fe bien perfuader que la forme
circulaire qu'on lui a donnée enfuite, a ajouté au défaut de fa pofition dominée, celui d'avoir une partie morte que rien ne Ranque. On ajoute qu'on
peut remédier au premier de ces inconvéniens, partie par des défilemens,
partie par des traverfes &c pare-à-dos ; qu'il faut effayer d'occuper la fommité du morne Antoinc par une redoute, &, dans tous les cas, élever fa
aire de fe bien perfuader que la forme
circulaire qu'on lui a donnée enfuite, a ajouté au défaut de fa pofition dominée, celui d'avoir une partie morte que rien ne Ranque. On ajoute qu'on
peut remédier au premier de ces inconvéniens, partie par des défilemens,
partie par des traverfes &c pare-à-dos ; qu'il faut effayer d'occuper la fommité du morne Antoinc par une redoute, &, dans tous les cas, élever fa --- Page 566 ---
552 DESCRIPTION DE LA PARTIE
batterie, qui eft vue des hunes des vaiffeaux, & l'augmenter; mettre fes
deux mortiers fur l'ilet du Carenage ; avoir à la pointe baffe de Bourgogne
une batterie tirant à couler bas les vaiffeaux qui voudraient entrer dans la
baie; enfin, lier toutes les batteries par un retranchement' parallèle au rivage, puifque la plage depuis la ville jufqu'à la pointe Antoine, eft prefque
toute abordable.
3°. Que le défaut de commerce n'eft point un argument contre un établiffement de marine protectrice, parce qu'il doit avoir des magafins relatifs à
fes befoins principaux en tout genre, approvifionnés par dcs moyens indépendans du commerce 1 & que les fubfiftances pour les confommations
journalières en rafraichifemens, ne manqueraient pas 1 foit par le cabotage
foit par le voifinage même, dès qu'elles auraient un débouché. Et quant
à l'infalubrité, 3 toujours avouée. 1 du Petit.Goave, ccux qui redoutent
l'abandon de ce port, foutiennent qu'il n'eft pas plus difficile de la faire ceffer 7
que celle de plufieurs autres peints de la Colonie 1 parce qu'elle eft produite
par des eaux croupillantes auxquelles on peut donner des écoulemens dont
les extrémités à la mer feraient garanties par des épis & dcs clapots 1 &
fur lefquels on conftruirait des ponts, dans les points où les efters traverfent
le chemin au fond de Ia baie; qu'ainfi le Petit-Goave fortirait de fon état
d'inertie 1 & contribuerait, comme les autres lieux, à la profpérité de la
Colonie.
C'eft aux maitres dans l'art militaire à prononcer fur les moyens propofés pour la défenfe; car, il nc fauraity avoir, pour aucun bon efprit, de
doute fur l'importance politique du Petit-Goave. Il n'y en a malheureufement pas non plus fur le mauvais air de la ville & de la rade, & j'en
vais rapporter une preuve.
Au mois de Mai 1777, M. Dellources, capitaine au régiment du Portau-Prince, vint au Petit-Goave avec cent hommes, choifis parmi les foldats
les plus forts, les plus acclimatés. Huit jours après il avait 66 malades.
Le quarante-cinquième jour qu'il fut rclevé, il ne put amener que neuf hommes ; vingt-cinq étaient morts & foixante-fix étaient malades. En 1779
il ne reftait que dix-fept hommes vivans, des cent qui avaient compofé le
détachement.
On ferait le plus effrayant tablcau dcs mutations de tous genres qui ont
eu
choifis parmi les foldats
les plus forts, les plus acclimatés. Huit jours après il avait 66 malades.
Le quarante-cinquième jour qu'il fut rclevé, il ne put amener que neuf hommes ; vingt-cinq étaient morts & foixante-fix étaient malades. En 1779
il ne reftait que dix-fept hommes vivans, des cent qui avaient compofé le
détachement.
On ferait le plus effrayant tablcau dcs mutations de tous genres qui ont
eu --- Page 567 ---
FRANÇAISE D E SAINT-D OMINGUE 553
eu licu dans les places du Petit-Goave depuis fon établiffement. On eft af.
fligé, en traverfant cette ville, de Pétat de fes habitans 5 qui n'offrent pour
la plâpart que des figures où font marqués les ravages des fièvres de tous
les genres. La fanté, le premier de tous les biens 3 n'eft le partage que
de quelques individus 8c encore, n'en jouiffent-ils pas conftamment. Cen'eft
pas que l'on doive attribuer ces effets douloureux à l'eau de la rivière à
Barret, comme le veut Raynal. Les infortunés habitans de la ville font à
près d'une lieue de cette rivière &c ils boivent l'eau de la ravine à Cayman
ou du Petit.Goave. Comme on acculait auffi cette dernière d'ètre décompofée
par fon paffage entre des bananiers ou fur des parties cuivreufes, & que
l'on offrait même pour preuve de cette dernière affertion que cette rivière, .
qui a beaucoup de creffon vers fa fource, en eft abfolument privée en s'approchant de la ville, 7 M. Ferriere 7 médecin du roi, en a fait l'analyfe & lui
à réellement trouvé des propriétés malfaifantes; tandis que celle de la fource
à Poirier., , qui eft à environ 300 toifes plus haut que le point où l'on va
prendre de l'eau dans la rivière, a été trouvée excellente. Mais comment
affujettir les nègres à faire ces 300 toifes de plus! Cependant, puifqu'on
projette en ce moment, 3 comme on l'a fait dès 1720, de conftruire une fontaine fur la place-d'armes, il eft important qu'on fe rappele ce que je rapporte
ici.
Je fuis. de l'opinion qui attribue tant de maux aux marais qui touchent
la ville versi le Sud, Leurs émanations mortifères, chaflées par la brife du
large ou d'Oueft fur le tapion, 5 n'y trouvant pas d'iffue, fe mêlent à l'air
environnant, le corrompent &c ftagnent fur la ville , où la brife.du foir les
ramène encore pour chercher de nouvelles infeétions marécageufes. C'eft
fur tout aux approches des pluies que l'air plus épaiffi devient encore plus
dangereux. On eft chagrin &c étonné tout à la fois, lorfqu'en voyant de la
rade la pofition de cette ville que les montagnes qui la bordent rendent
pittorefque, lai beauté du port & un ciel fans nuages 3 on penfe que ce féjour eft en quelque forte empoifonné. La douleur augmente encore lorfqu'on
réféchit que pour l'affainir, il faudrait des travaux longs, extrêmement doû.
teux, très-meurtriers eux-mêmes &c que le gouvernement parait ne pas même
funger à entreprendre.
En venant du Grand-Goave au Petit-Goave 2 on palfe par le tapion 7
Tome IT,
A a 2 a,
el fans nuages 3 on penfe que ce féjour eft en quelque forte empoifonné. La douleur augmente encore lorfqu'on
réféchit que pour l'affainir, il faudrait des travaux longs, extrêmement doû.
teux, très-meurtriers eux-mêmes &c que le gouvernement parait ne pas même
funger à entreprendre.
En venant du Grand-Goave au Petit-Goave 2 on palfe par le tapion 7
Tome IT,
A a 2 a, --- Page 568 ---
554 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
dont j'ai déjà parlé plufieurs fois. Lorfque le chemin eft parvenu à la limite des deux paroiffes 2 on prend la face Oucft du fecond piton, qui eft
plus longue que fa face Eft. La terre y eft encore calcaire avec quelques
intervalles rougeâtres; mais le tuf y eft mieux marqué & il a même une
croute gris d'ardoife, dans les parties qui ont été mifes en talus par les
pluies. On y voit plufieurs fougères 8c du capillaire. De tems en tems on
découvre de petits points avec de la verdure, mais le chemin ne fait rencontrer aucune habitation. Les bois font d'une mauvaife. efpèce & chétifs.
Quand on a parcouru 2,916 toifes, à compter de la bafe du tapion
vers le Grand-Goave & qu'on l'a ainfi franchi dans fon entier, on fe dinge
vers la ville du Petit-Goave. On paffe deux fois la ravine de Provence où
la Grande-ravine, qui defcend des hauteurs du Petit-Goave, vient fe jetter, après avoir fait, un tour d'équerre à IOO toifes au-deflus du grand chemin.
De là,la ravine de Provence ferpente au bas de petits monticules plantés
en cotonniers, & va fe jetter à la mer près du corps-de-garde dont j'ai
parlé.
C'eft à la rive gauche de la Grande-ravine & à environ trois-quarts de
lieue de la ville, fur un chemin qui conduit dans les hauteurs, qu'on a
mis deux digues. La première, faite en 17II, eft à la tête d'une petite
ravine voiline de l'habitation Piémont, dont la direction portait les eaux vers
la ville ; l'autre, qui eft plus haut, traverfe l'ancien lit de Ia ravine & la
dirige vers PEf, Elles ont été rompues par des débordemens, le 2 Août
4765, &c le 4 Avril 1772. On les a réparées au mois de Décembre 1772 > &
on en a mis une troifième , de charpente, encore plus haut.
Le tapion, la ravine de Provence & la Grande-ravine 3 donnent leurs
noms à trois cantons.
On arrive dans la ville par Ia rue Montlhéry 3 dont Ia partie fupérieure
s'appele,je ne fais pourquoi, le faubourg Dahomet, & l'on gagne la Grande-rue.
Pour aller aux autres lieux fitués au Sud du Petit-Goave, c'eft par la
Grande-rue qu'il faut fortir de cette ville. Le premier chemin qui fut ouvert dans cette direêtion, avait pour objet de communiquer avec Nippes 1
feulement; ; car, en 1669, il n'y. avait pas de chemin du Petit-Goave à
Acquin. Mais on en ouvrit un bientôt après, &, en 1702, M. de Galiffet
avait même établi une meflagerie depuis Léogane jufqu'aux Cayes.
-Goave, c'eft par la
Grande-rue qu'il faut fortir de cette ville. Le premier chemin qui fut ouvert dans cette direêtion, avait pour objet de communiquer avec Nippes 1
feulement; ; car, en 1669, il n'y. avait pas de chemin du Petit-Goave à
Acquin. Mais on en ouvrit un bientôt après, &, en 1702, M. de Galiffet
avait même établi une meflagerie depuis Léogane jufqu'aux Cayes. --- Page 569 ---
FRANÇAISE DE SAIN' T-D OMINGUE. 555
En fuivant le grand chemin on paffe la rivière à Cayman ou du PetitGoave, près du petit fort ruiné. Cette rivière qui a fa fource à trois-quarts
de lieue de la ville, dans les hauteurs, &c qui reçoit la ravine Séche,
dont un canton tire fon nom 1 & dont les eaux fe perdent fous terre à
plus d'une demi-lieue de leur confluent, enfla confidérablement dans l'ouragan de 1756, & plus encore le 2 Août 1765. Ses infiltrations forment
l'efpace fangeux qui eft derrière la Petite-Guinée, efpèce de faubourg
fitué près la rive gauche de la rivière à Cayman & qu'habitent des gens
de couleur libres 3 occupés de la pêche.
Depuis là, le terrain eft marécageux & chargé de mangliers, & les marées
y pénètrent dans plufieurs points. Bientôt après 2 eft la fucrerie des héritiers
de M. le comte de Chabannes , maréchal-de-camp & premier écuyer de Mde,
Adélaide , qui y eft mort le 26 Septembre 1780. La partie antérieure de
cette habitation eft de la même nature. Elle a plufieurs pièces de cannes prefque
inondées &c le fucre qu'on y fabrique à un goût très-fenfible de fel marin;
elle ne donne peut-être pas cent livres par tête de nègres de revenu. La
route côtoye le rivage où l'on voit des raifiniers & des palétuviers > mais
point de raquettes, &c elle s'en éloigne enfuite un peu vers la pointe à Pelet,
que fuit à environ 300 toifes la ravine du même nom.
Après cette ravine le chemin royal a deux embranchemens, dont l'un va,
fur la droite, au Fort-Royal, & l'autre, fur la gauche, dans les hauteurs
du canton des Platons.
Celui qui va au Fort-Royal, fuit le bord dc la mer & paffe la rivière à
Baret à fon embouchure. De là, il remonte un vieux chemin de la plaine
?
fur les deux côtés duquel était l'ancien bourg & la paroiffe de l'Acul du
Petit-Goave, dont il y a encore des traces près de quelques cafes à pêcheurs,"
d'un magafin public où l'on entrepofe des denrées & des provifions, &c d'un
corps-de-garde dont j'ai parlé précédemment, Plus loin on paile la ravine à
Petit, qui prend fa fource dans les hauteurs, au Sud de la plaine traverfe
la grande route, 1 & après avoir coulé fur plufieurs habitations, vient baigner
les murs de l'ancien hôpital du roi, à environ 1301 toifes du Fort-Royal ou fort
de PAcul.
L'habitation achetée de Mde. de Vaufolet en 1745,a été donnée par le
roi, le 25 Juin 1785, ayx deux fils de M, le comte de Chabannes, comme
A aa a 2
urs, au Sud de la plaine traverfe
la grande route, 1 & après avoir coulé fur plufieurs habitations, vient baigner
les murs de l'ancien hôpital du roi, à environ 1301 toifes du Fort-Royal ou fort
de PAcul.
L'habitation achetée de Mde. de Vaufolet en 1745,a été donnée par le
roi, le 25 Juin 1785, ayx deux fils de M, le comte de Chabannes, comme
A aa a 2 --- Page 570 ---
555 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
sinttile. Il femble que fa valeur aurait pu fervir, par exemple, à combler
quclques marais du Petit-Goave. Les nouveaus propriétaires l'ont vendue
132,000 liv. à MM. Simonet, qui en forment une facrerie.
On ne irotive plus fur le chemin du Fort-Royal une Vierge apportée de
Carthagene, qu'on dit y avoir cxifté dans un arbre, & devant laquelle brûlait
une chandelle pendant la nuit.
La grande route a, au point des deux embranchemens où je l'ai laillée > une
petite peuplade formée par 50 maifons de charpente, couvertes d'eflentes 1
dont pluficurs font jolies. Elles bordent le chemin, & à leur extrémité Oueft &
fur la droite, eft une croix qui portait autrefois un Chrift abfolument femblable à celui du Petit-Goave, & pris auffi à Carthagène par les flibuftiers,
& ayant la même quantité de fuif à fes pieds.
Ce Chrift étant tombé de vétullé, il y a quelques années, les morceaux
en ont été mis au prefbytère du Petit-Goave, & la croix attend un nouveau
Chrift, que la piété de M. Bineau l'avait porté à commander avant fa mort
à un charpenticr, qui défire être payé de fon travail avant de l'expofer à la
vénération publique.
Dans cette bourgade font plufieurs magafins, où les habitans qui en font
plus voilins que de Ia baie de Miragoane, font mettre leurs denrées, que
les caboteurs tranfportent enfuite à Léogane ou au Port-au-Prince; car
le Petit-Goave ne reçoit que très-rarement des bâtimens d'Europe, & de
1765 à 1782, il n'en était venu qu'un feul.
Là, commence la gorge qui porte auffi le nom de'lAculfdu Petit-Goave.
jufqu'au pont de l'étang de Miragoane. Ce canton de l'Acul a une largeur
qui tantôt n'a que 600 toifes, tantôt 3,000, & qui eft reflerrée par dc petits
côteaux vers le tiers de fa longueur. Le grand chemin fuit fa profondeur
jufqu'à la rencontre du pont de l'étang, limite des deux paroiffes du PetitGoave & du Fond-des-Negres, & éloigné de cinq lieues de la ville.
Depuis la bourgade jufqu'au pont, on trouve luccellivement, à droite, les
fucreries Bineau, Vialet, de T'Horme, Cuperlier, de Lattre, Cuperlier-Saintard, Olivier; & à gauche celle Bouteillier, qui pour fon arrofement & fon
moulin employe l'eau de la rivière à Barret 3 dont la fucrerie Vialet tire
enfuite la même utilité, Après l'habitation Bouteillier cft celle Boë, puis la
favane Longue, & les habitations Fondoule, Bazille, Arnoux & Pothicr.
eries Bineau, Vialet, de T'Horme, Cuperlier, de Lattre, Cuperlier-Saintard, Olivier; & à gauche celle Bouteillier, qui pour fon arrofement & fon
moulin employe l'eau de la rivière à Barret 3 dont la fucrerie Vialet tire
enfuite la même utilité, Après l'habitation Bouteillier cft celle Boë, puis la
favane Longue, & les habitations Fondoule, Bazille, Arnoux & Pothicr. --- Page 571 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOINGUE.
Les terres du canton de PAcul pallent pour être froides. L'habitation Bineau
cft la feule dont le fol foit généralement excellent.
A partir de l'habitation Cuperlier, cn allant dans l'Oueft, commence une
langue de terre infertile, nommée les Savanettes ou la favane Longue, dont
quelques perfonnes font même un canton de ce nom. Elle s'étend en s'élargiflant toujours jufqu'à la baie de Miragoane, & n'a que de mauvais bois, qui
dans les fécherefles, font courir aux habitations voifines, le rifque d'être
brdlées, parce que le feu y prend, comme cela eft encore arrivé le 16
Mars 1788.
Le Leéteur connait à préfent la partie plane de la paroiffe du Petit-Goave,
Sa partie montagneufe compofe d'abord une portion des fept cantons du
Tapion, du Maffacre, de la ravine de Provence, de la Grandc ravine, de
la ravine Séche , des Palmes & des Platons. Ces cantons font très-fertiles;
les légumes &c le cafier y réuffifent parfaitement, > & le dernier a de trèsbeaux établillemens en cafeteries, qui font à environ cinq lieues de la ville,
& à qui de nombreux palmiers ont fait donner ce nom. Le reftc borde le
canton de PAcul.
La chaine de montagnes qui eft au Sud renferme les cantons du TrouCanari, des Orangers & du Fond-d'Arabie, dont l'ufage a fait Fontarabie. Ils
font très-fertiles 8c très-produ@tifs en café &x cn vivres du pays. Un chemin
qui pafle au Sud de l'étang de Miragoane 7 près du morne à Pontoifc, fert
à leur communication avec le Petit-Goave.
La chaine qui eft au Nord de PAcul eft aride &c fans culture, dans fon côté
Sud, formant le revers du Trou-Chouchou., & cette infertilité eft commune à
un côteau qui unit la gorge avec la grande-chaine. Le côté Nord a quelques
cotonmeries. L'eau douce y manque.
Le chemin de l'autre bord de l'étang va joindre celui de Bainet; il a auffi:
une communication pour aller au Fond-des-Negres, à la baie de Miragoane,
& pour gagner le Sud du tapion à la limite du Grand-Goave, point d'oà
l'on peut encore aller à Jacmel ou à Bainet.
La côte eft de fer après la pointe à Antoine, en allant dans T'Ouef pendant
2460 toifes. Ily en a 2,400 pour atteindre de là le tapion de l'Eft de l'Anfe.
De gros vaiffeaux peuvent mouiller dans cet efpace, très-près de terre, fur
un fond blanc, à 8 ou IO brailes, fans avoir à craindre d'autre vent que le
ion à la limite du Grand-Goave, point d'oà
l'on peut encore aller à Jacmel ou à Bainet.
La côte eft de fer après la pointe à Antoine, en allant dans T'Ouef pendant
2460 toifes. Ily en a 2,400 pour atteindre de là le tapion de l'Eft de l'Anfe.
De gros vaiffeaux peuvent mouiller dans cet efpace, très-près de terre, fur
un fond blanc, à 8 ou IO brailes, fans avoir à craindre d'autre vent que le --- Page 572 ---
538 DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
Nord. De ce premier tapion à celui de Miragoane, qui femble avoir été
partagé en deux par un ancien tremblement de terre, il ya715 toifes.
Du tapion de Miragoane à la rivière Saumâtre, la diftance eft de 2,230
toifes ; de là à l'anfe à la Truie, de 550 toifes, puis 400 jufqu'au Petit-TrouLambi , 550 de plus jufqu'au Grand-Trou-Lambi, &c enfin 120 pour arriver
à la pointe du Carenage , où finit la paroiffe du Petit-Goave.
Toute cette portion de côte 1 depuis la pointe à Antoine, fe nomme le TrouChouchou. Elle eft partie de fer & partie de fonds-blancs. Si l'on y tentait
des defcentes, il faudrait traverfer plus d'une lieue de mornes très-durs &
très-roides pour arriver dans la partie plane de Miragoane ; ce qui exigerait
le tems qu'on employerait à faire quatre lieues ailleurs, & dans un local
où l'on peut être aflommé à chaque pas.
La population de la paroiffe du Petit-Goave s dans laquelle on a toujours
compris celle de l'Acul, lors même que ce dernier lieu formait une paroiffe
auffi, était en 1692 de 223 blancs; en 1713, de 489 blancs, 204 affranchis
& fauvages, &c de 1,796 nègres ou fauvages efclaves; ; en 1730, de 622
blancs, > 245 affranchis & 1,979 efclaves; en 1751, de 400 blancs, 120 affranchis &c 4,146 efclaves ; en 1775, > de 494 blancs 1 236 aiiranchis & 6,136
efclaves. Elle eft maintenant de 650 blancs, 500 affranchis & 9,000 efclaves.
Il y avait en 1788,3 compagnies de milices; une du Bourg, une de l'Acul,
& une de la Grande-ravine, 8c elles formaient 114 blancs. En 1705 il y
eut un régiment de milices du nom du Petit-Goave; en 1718,la milice était
de 233 blancs & 61 affranchis; en 1751, de 143 blancs & 32 affranchis ;
en 1775, de 187 blancs & 54 affranchis, & elle eft à préfent de 266 blancs,
& 210 affranchis, en quatre compagnies,
On voyait dans cette paroiffe, en 1692, 17 indigoteries; en 1715, 8 fucreries , 46 indigoteries: S en 1730, 9 fucreries, 8 indigoteries 9. 860 cacaoyers &
14,000 cotonniers; elle a maintenant 15 fucreries , 15 indigsteries-cotenneries
80 cafeteries > qui produifcnt environ quatre millicns de (cafe, quelques
guildiveries & quelques fours à chaux.
On fait au Petit-Goave beaucoup de chaifes de bois blanc, qu'on importe
dans d'autres points de la Partie de POueft & du Sud. Elles coûtent 12 gourdes
la douzainc. , avec un fauteuil. On leur préfère 3 pour les appartemens celles
qu'on fait d'acajou avec des fiéges empaillés avec du latanier, à Saint-Marc 9
cnt environ quatre millicns de (cafe, quelques
guildiveries & quelques fours à chaux.
On fait au Petit-Goave beaucoup de chaifes de bois blanc, qu'on importe
dans d'autres points de la Partie de POueft & du Sud. Elles coûtent 12 gourdes
la douzainc. , avec un fauteuil. On leur préfère 3 pour les appartemens celles
qu'on fait d'acajou avec des fiéges empaillés avec du latanier, à Saint-Marc 9 --- Page 573 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 559
od clles coûtent 28 gourdes la douzaine. On comnence à prendre aufli dans
la Colonie le goût des chaifes toutes de bois qu'apportent les bâtimens des
États-Unis d'Amérique ; on les paye jufqu'àrs liv. pièce.
La température du Petit-Goave eft très-analogue à celle de Léogane , & nous
avons fur elle des oblervations très-célèbres. La grande queftion fur la véritable
figure de la terre porta l'Académie des Sciences de Paris à expofer au roi,
en 1734, qu'elle néceflitait la mefure de quelques degrès du Méridien dans
le voifinage de PÉquateur & des Pôles, & le Pérou fut propofé comme l'un
des points les plus convenables. Munies de paffeports de la cour d'Efpagne &
de France, les perfonnes deftinées à cette importante miflion s'embarquérent
à Rochefort fur la flite du roi le Portefaix, qui arriva au Petit-Goave le
29 Juillet 1735.
Le lendemain débarquèrent MM. Godin. ,. Bouguer & de la Condamine, 9
membres de 'Académie des Sciences, M. Juffieu, botanifte,M. de Verguin 5
ingénieur, MM. Couplet-Viguier & Godin des Odonnais 3 géographes M. de
Morainville, deflinateur, M. Hugot, 3 horloger, M. Seniergues, chirurgien,
& 6 domefiques.
M. Godin, qui, comme je l'ai dit, 3 mefura la hauteur du tapion 3 obferva
au Petit.Goave , depuis le 24 Août jufqu'au ier. Septembre 1735 la longueur
du pendule, qui eft à Paris à-peu-près de 36 pouces > 8 lignes #, &c le trouva
accourci d'une ligne +3. M. Bouguer trouva l'accourcifement plus fort de
#, & M. de la Condamine, de +3.
Au mois de Septembre M. Godin vit le thermomètre de Réaumur à 23
degrés le matin 8c à 27 dans la journée 1 & M. de la Condamine l'obferva à
26 degrés.
J'ajouterai que ces Académiciens &c leur fuite partirent du Petit-Goave,
furle bateau du roi le Vautour, commandé per M. d'Héricourt, lieutenant
de roi du Cap, le 30 O&tobre fuivant, & arrivérent à Carthagène le IS
Novembre.
Le Petit-Goave éprouva., le 14 Août 1680, un ouragan furieux. Le 26
O@tobre 1716, une inondation emporta les digues faites fur la Granderavine , endommagea vingt maifons de la ville , mit trois pieds & demi d'eau
dans le fort & gâta les poudres dans la poudrière. Durant les premiers jours, les
chemins furent impraticables. même pour un homme à pied, I y cut encore
le IS
Novembre.
Le Petit-Goave éprouva., le 14 Août 1680, un ouragan furieux. Le 26
O@tobre 1716, une inondation emporta les digues faites fur la Granderavine , endommagea vingt maifons de la ville , mit trois pieds & demi d'eau
dans le fort & gâta les poudres dans la poudrière. Durant les premiers jours, les
chemins furent impraticables. même pour un homme à pied, I y cut encore --- Page 574 ---
56 DESCRIPTIO: N DELA PAR TIE
une inondation le 24 Juillet 1724; cn 1732, une autre 1 pendant laquelle il y
eut quatre pieds d'eau dans les maifons de la ville; une autre accompagnéc
d'un coup de vent, le 24 Septembre 1741, qui renverfa plufieurs maifons , lés
découvrit toutes, jetta un bâtiment fur la plage, d'oà il ne put être relevé,
& brifa tous les petits bâtimens qui étaient dans la rade ; le bateau du roi qui
était au baflin de PAcul fut feulement pouffé fur les vafes. En 1745 & cn 1753
nouvelles inondations. Ouragans au mois de Septembre 1756, le 2 Acût 1765,
puis le 4 Août 1772, après une très-grande fécherefle.
Le ier. Oêtobre 1736,1 le tonnerre tomba fur le fort de la place-d'armes, à
2 pieds de la poudrière, &c endommagea les cazernes.
Le 4 Oétobre 1768 au foir,ily eut deux violentes fecoufles de tremblement
de terre; celui du 3 Décembre 1770 ne laiffa qu'une feule maifon dans la
ville, & lézarda les deux ailes des cazernes qui étaicnt de maçonnerie. Le
magafin du roi, le palais de juftice- le greffe 8c la geole qui étaient tous de
pierres furent renverfés à la première fecouffe. Le Petit fort & toutes les
maçonneries des fortifications furent détruits au-deffus d'une hauteur de 4
à 5 pieds.
Tous les bâtimens des fucreries de PAcul du Petit-Goave jufqu'à l'étang
de Miragoane , furent anéantis. Ceux de plufieurs cafeteries eurent le même
fort, & des rochers détachés du tapion en fermèrent le chemin.
En 1693 la maladie de Siam fit périr 40 perfonnes en peu de jours, & des
fièvres malignes fuivirent l'inondation du 26 O&tobre 1716. Cependant
éncore en 1724 il n'y avait point d'hôpital au Petit-Goave, & les foldats
ou les matelots malades étaient envoyées à celui de PEfter, à Léogane.
M. de Montholon 1 intendant, propofa alors de céder un terrain qu'il avait
acquis pour avoir un jardin & placer fes nègres & fes chevaux; car l'intendant
n'avait point de logement particulier &c afligné à fa place. Ce terrain eft aujourdhuilhabitation Defvignes, furnommée Fantaifie, en indigoterie dans l'origine, &c actuellement en cotonnerie, fituée fur les monticules qui fe trouvent
derrière le cimetière & à la rive gauche. de la rivière du Petit-Goave. Le
miniftre ayant agréé cette propofition 3 M. de la Rochalard fit acheter ce local
pour 10,000 liv. en 1726, de la fucceflion de M. de Montholon, mort dans
l'intervalle, puis le 9 Août 1732, l'intendant deftina deux chambres des
cazernes à fervir d'hôpital aux troupes, & lc 17 Juillet 1733 les Adminiftrateurs
la rive gauche. de la rivière du Petit-Goave. Le
miniftre ayant agréé cette propofition 3 M. de la Rochalard fit acheter ce local
pour 10,000 liv. en 1726, de la fucceflion de M. de Montholon, mort dans
l'intervalle, puis le 9 Août 1732, l'intendant deftina deux chambres des
cazernes à fervir d'hôpital aux troupes, & lc 17 Juillet 1733 les Adminiftrateurs --- Page 575 ---
F R ANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 561
trateurs ordonnèrent de vendre le terrain Montholon, où l'hôpital ne pouvait
être mis, parce qu'il aurait infeété la feule rivière qui fourniffait de leau
à la ville & àla rade. Il n'y a eu de véritable hôpital qu'au Fort-Royal ; & en
1763 il; y en eut un à l'entreprife.
J'ai vu, en 1788, à l'Acul du Petit-Goave & à la bande du Sud, les
chiens attaqués d'une efpèce de gourme catharale 9 qui les fuffoquait
après leur avoir ôté l'appétit & les forces. Il y en avait dont les yeux
devenaient verdâtres. On me dit à ce fujet, que vers 1765, au Port-au-Prince
des chiens bien portant en apparence perdaient tout mouvement dans la partic
inférieure de leur corps 1 qu'ils trainaient jufqu'à leur mort.
Ily a, à environ quatre petites lieues dans le Sud-Eft du Petit-Goave, 7
fur l'habitation de M. Dupalis & héritiers Decan, s' une ravine nommée la
ravine au Diable, qui a des débordemens périodiques, > dont l'éruption première
eft accompagnée d'un bruit fourd. On a parlé d'une manière différente de
cette. ravine dans les Affiches Américaines de 1788, mais les détails que
j'en donne ici font certains.
Cette ravine au Diable va dans la rivière du Fourq 1 qui elle-même arrive
dans celle du Maflacre, l'une des tributaires de la Grande-rivière de Bainet.
On trouve., à environ deux lieucs & demie dans les hauteurs du PetitGoave, en tirant vers le canton des Palmes, au haut d'une montagne. 3 fur
l'habitation Senac 7 aujourd'hui Ruffy , un étang d'une lieue & demie de
circuit, affez profond. On y prend du poiffon d'eau doucé, &c l'on y trouve
du gibier aquatique.
Mais une particularité bien remarquable du Petit-Goave, ce font deux
tamariniers qu'on trouvait dans la ville; l'un placé dans l'iflet qui donne fur
la place-d'armes & qui eft entre les rues Choifeul & Babille, a été coupé,
mais l'autre exifte en ce moment vers le milieu de l'emplacement qui eft
au-deflus de Ia rue d'Ennery &x entre la rue Micoud & celle de Vaivre.
Cet arbre produit des femences anthropomorphites, &c imitant d'une manière
très-trappante une tête de nègre vue de profil. Il; n'eft perfonne de la Colonie
qui ne. connaiffe ces graines, &c l'ufage de les faire garnir en or ou en argent
avec les ornemens qu'on peut mettre à une tete de nègre pour faire des
breloques de montres, eft fi commun qu'il a même paflé en France. La
fingularité de ne voir un pareil arbre qu'au Petit-Goave, s'augmente encore
Tome II.
E b b b
-trappante une tête de nègre vue de profil. Il; n'eft perfonne de la Colonie
qui ne. connaiffe ces graines, &c l'ufage de les faire garnir en or ou en argent
avec les ornemens qu'on peut mettre à une tete de nègre pour faire des
breloques de montres, eft fi commun qu'il a même paflé en France. La
fingularité de ne voir un pareil arbre qu'au Petit-Goave, s'augmente encore
Tome II.
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562 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
en obfervant que le côté de l'arbre tourné vers I'Oueft, 3 eft le feul dont les
femences aient des traits humains bien marqués. Les habitans du Petit-Goave prirent part à la fédition de 1723, & je
rappellerai à ce fujet que cette ville eft le premier lieu de la Colonie oè ily
ait eu une imprimerie 7 que cette fédition fit mal accueillir par le gouverneurgénéral (Voy. tom. Ier, pag. 353 ). Le Petit-Goave a vu mourir trois des chefs militaires de la Colonie:
M: de Valernod le 24 Mai 171I; M. le marquis de Fayet le II Juillet
1737, & M. de Larnage le 19 Novembre 1746. Il fe pafla même un fait affez fingulier relativement à M. de Fayet, après
l'enterrement duquel le curé mip une repréfentation fur la fofle, qui était dans
le fanétuaire, pour y refter jufqu'à fon fervice. Ce fervice n'ayant pas lieu,
le préfet ordonna à la fin du mois d'Août 1737,de faire ôter la repréfentation;
mais M. de Rodouan, major du Petit-Goave, regardant cet acte comme
une injure pour Ia mémoire de M. de Fayet, ft remettre la repréfentation,
Comme il devait y avoir expofition du Saint-Sacrement le 8 Septembre, le
préfet la défendit fi la reprélentation n'étàit pas enlevée, & M. de Rodouan
menaça de l'envoyer protéger par un détachement fi l'on y touchait. M. de
Chaftenoye gouverncur-genéral par intérim > écrivit de la retirer. A cette époque l'églife des flibufliers étant ruinée, on fe fervait en attendant
qu'on en bâtit une autre, d'un: lieu très-petit que cette repréfentation
gênait beaucoup; car M. de, Fayet avait été enterré fous le prie-dieu du
gouverneur-général qui était, avec celui de l'intendant, dans le fanêtuaire à
défaut de choeur. L'on obfervait même qu'il ne s'était jamais placé dans ce
prie-dieu, puifque venu: une feule fois dans cette églife, il fe tint au milieu
de la nef entouré de fes gardes, plutôt que d'aller s'afleoir auprès de
M. Duclos, intendant. Ily y a de l'églife du Petit-Goave. A celle du Grand.Goave. 3 lieues
de Bainct. du Fond-des-Nègres. --- Page 577 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 563
- I
X L
PAR OISS E D U FOND-DE S - N È C R' F S.
, il fe tint au milieu
de la nef entouré de fes gardes, plutôt que d'aller s'afleoir auprès de
M. Duclos, intendant. Ily y a de l'églife du Petit-Goave. A celle du Grand.Goave. 3 lieues
de Bainct. du Fond-des-Nègres. --- Page 577 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 563
- I
X L
PAR OISS E D U FOND-DE S - N È C R' F S. CETTE paroiffe, , qu'on peut évaluer à environ huit lieues dans fa plus grande
longueur Ef & Oueft, & à environ fix lieues du Nord au Sud, a une figure
très-irrégulière. Elle eft bornée, à P'Et; IO. par la paroiffe du Petit-Goave,
au moyen de la ligne qui, partant de la mer à la pointe du Carenage, vient
couper le pont de l'étang de Miragoane &c va enfuite chercher Ia rivière des
Côtes-de-Fer; 20, par la paroiffe de Bainet au moyen de cette rivière. Elle
a au Sud, les hauteurs de fon propre canton du Fonds-des.Blancs, les
montagnes des Grand-Halliers 8c de la colline d'Acquin qui la fépare de la
paroiffe d'Acquin. A T'Oueft,elle a encore cette paroifle au moyen des hauteurs
de la même colline & d'une ligne qui fe dirige au Nord vers la colline à
Mangon, &x fe prolonge par les montagnes jufqu'aux hauteurs du canton de
PAfle dépendant de la paroiffe de l'Anfe-à-Veau, Enfn elle eft terminée, au
Nord, d'abord par la paroiffe de PAnfe-à-Veau jufqu'à la montagne du
Rochelois, & enfuite par une portion des côtes depuis le milieu, à-peu-près,
de la chauffée de Miragoane , jufqu'à la pointc du Carenage. Il parait que cette paroiffe a cu fes premiers habitans fous d'Ogeron. Ily
a des conceffions de Miragoane qui remontent jufqu'en 1673 , & quelques-unes
font même accordées dans la même année par M. Renou 3 major des milices
au Petit-Goave, attendu lab/ence de d'Ogeron appellé par M. de Baas pour P'expédition de Curaçao. Là, comme dans le refte de la colonie, les terres étaient
données avec une grande libéralité, car M. de la Buiflonnière obtint à
Miragoane 3,696 carreaux pour une hatte, que les Adminiftrateurs réduifirent
à 1,296 carreaux le trois Mars 1711. M. de Brach, devenu gouverneur de la Partie du Sud en 1724, poffédait,
au Fond-des-Nègres en 1716, de quoi établir 60 habitations. Le Fond-des-Nègres eft divifé en plufieurs cantons ; favoir: celui de
Miragoane qui eft au Nord-Eft; celui du bourg ou de Saint-Michel qui eft
vers le milieu de la paroifle; Ia Belle-Rivière, qui eft au Sud-Eft; les
B b b b 2
. de Brach, devenu gouverneur de la Partie du Sud en 1724, poffédait,
au Fond-des-Nègres en 1716, de quoi établir 60 habitations. Le Fond-des-Nègres eft divifé en plufieurs cantons ; favoir: celui de
Miragoane qui eft au Nord-Eft; celui du bourg ou de Saint-Michel qui eft
vers le milieu de la paroifle; Ia Belle-Rivière, qui eft au Sud-Eft; les
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DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Godets, & le Fond-des-Blanes qui font au Sud; le Fond.des-Negres propre.
nent dit placealOueft, & partie du Rochelois vers le Nord-Oueft.
10, Miragoane. Ce nom Indien efl celui de la partie la plus Septentrionale
de la paroiffe &, comme je l'ai dit à l'article du Petit-Goave, une portion
du canton de Miragoane dépend de cette autre paroiffe ; le pont de l'étang
du même nom fait la limite. Miragoane a beaucoup de monticules & peu
de plaine, encore celle-ci eft-elle occupée par des favanettes qui ne font
propres à aucune culture. Tout dit qu'elles renferment des mines de fer &
d'aiman , & je connais un morceau d'une efpèce de pierre noire & compacte
tirée de là, qui jouit d'une propriété attractive très-forte, quoique la pierre
ne foit point armée. Il eft même des points de cette furface où l'aiguille de
la bouffole varie de 7à 8 degrés.
Une chofe très-remarquable de ce canton, c'eft l'étang de Miragoane. Une
ligne tirée du tapion du Petit-Goave, dans la direétion de l'Ef-Nord.Eft à
TOuefl-Sud.-Onef, le couperait dans le fens de fa plus grande Iongueur, qui
eft d'environ 3 lieues, & irait joindre le point par où le grand chemin quitte
le canton de Miragoane pour entrer dans celui de Saint-Michel ou du Bourg,
Cet étang a une forme irrégulière ; aflez peu étendu vers fon extrémité à PEf.
Nord-Efl, il va encore, en fe rétréciffant pendant environ la moitié de la
longueur, jufqu'à n'avoir plus que 3 ou 400 toifes de largeur, & comme cet
endroit eft couvert de joncs, & qu'on y a fait des levées, on vient de Phabitation
Arnoux, dont ces levées dépendent , joindre, au Nord, le chemin de la gorge
de l'acul du Petit-Goave dans les tems fecs. Ce qu'on nomme la tête de
l'étang, & qui eft la pofition la plus élevée du terrain quil'environne 9 forme une
elpèce de petit enfoncement qui court au Sud-Oueft, & où l'étang a déjà
environ 300 toifes de large. Mais dans fa plus grande largeur, qui eft vers
le point d'ou une ligne couperait perpendiculairement le pont du grand chemin,
l'étang a plus de 2,000 toifes. On évaluc fon circuit a environ 7 lieues en
comptant fes finuofités. Sa profondeur eft aflez généralement de 30 toifes
excepté vers le Sud où certains intervalles en ont une prefque double.
Les grandes pluies élevent, &c affez rapidement, de quatre pieds Ia
hauteur moyenne de l'étang, qui diminue auffi de quatre picds dans les
féchereffes.
L'étang n'a aucun autre poiffon qu'une petite efpèce de Pifket long de deux
uc fon circuit a environ 7 lieues en
comptant fes finuofités. Sa profondeur eft aflez généralement de 30 toifes
excepté vers le Sud où certains intervalles en ont une prefque double.
Les grandes pluies élevent, &c affez rapidement, de quatre pieds Ia
hauteur moyenne de l'étang, qui diminue auffi de quatre picds dans les
féchereffes.
L'étang n'a aucun autre poiffon qu'une petite efpèce de Pifket long de deux --- Page 579 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGU de E. 565
pouces & à gros ventre qui n'eft bon à rien. On a ellayé plufieurs fois, .
mais fans fuccès, d'y multiplier des poiffons de différentes fortes. Il nourrit
beaucoup de caymans de 8 à I2 pieds de long. Les tortues de terre y font
très-abondantcs aufli, & à certaines époques de l'année, on y trouve la
farcelle, le canard fauvage 1 & même du gibier marin.
Les caymans viennent au printems dépofer leurs ceufs dans le fable. Les
nègres les épient alors, &x les aflomment avec des morceaux de bois. C'eft
fur tout dans le point appellé la tête de l'étang qu'ils fe rendent, &j'en ai
vu là à plus de 20 toifes de l'eau.
Les tortues font la même opération & à la même époque. Mais comme
elles attendent la nuit, fans doute pour que les caymans les apperçoivent moins,
les nègres viennent avec un flambeau, un chien & un fac. Le chien évente
la tortue, Pintimide par fon aboyement & indique au nègre le point où elle
eft cachée dans l'herbe. Il la cherche à l'aide de fon flambeau, la trouve 2
la met dans le fac & recommence fa chafle.
Les bords de l'étang font garnis de deux fortes de joncs. La plus groffe
fert à faire des nattes, fur lefquelles les nègres fe couchent ; l'autre eft utile
pour les paillaffons ou eftrilles qu'on met fous la felle des chevaux,le bât
des mulets, &c. Il a aufli une efpèce de mauve filamenteufe, dont on fait
des cordes comme des aloes-pite qu'on trouve aufli à Miraogane.
Durant les mois d'hiver, il s'élève le matin fur l'étang, des brouillards
allez épais pour en dérober la vue & fur tout celles des parties fituées vers
le Nord & PER, parce que le vent de terre chafle dans cette direction.
Cet étang fe vide continuellement par une iffue fort étroite placée au NordNord-Eft. A 150 toifes de cette iffue, eft le pont mis dans un point où
l'étang eft très-peu profond &x couvert de joncs. Du pont, l'eau va à travers
des pierres en fe dirigeant vers le Nord, paffer fous un tas de rochers
amoncelés, par trois bouches ou entonnoirs qu'on apperçoit dans les bafles
eaux, & où l'on entend même le bruit de l'écoulement, &c elle va fe jetter à
la mer dans l'acul du Carenage en cafcades ; car on évalue la hauteur moyenne
de l'étang à quarante pieds au-deffus du niveau de la mer.
La terre eft bonne autour de l'étang, & principalement vers fa tête,
point où la faculté d'arrofer permet d'entreprendre toutes les cultures.
Le canton de Miragoane a 4 fucreries, & l'on ne pourrait guerès en établir
qu'une de plus. La partie élevée n'a qu'une indigoterie & 4 cotonneries.
Carenage en cafcades ; car on évalue la hauteur moyenne
de l'étang à quarante pieds au-deffus du niveau de la mer.
La terre eft bonne autour de l'étang, & principalement vers fa tête,
point où la faculté d'arrofer permet d'entreprendre toutes les cultures.
Le canton de Miragoane a 4 fucreries, & l'on ne pourrait guerès en établir
qu'une de plus. La partie élevée n'a qu'une indigoterie & 4 cotonneries. --- Page 580 ---
DESCRIPTIO N DELA PARTIE
Ce canton eft précieux parce que c'eft à fon extrémité Septentrionale,
qu'eft la baie de Miraogane.
Le pont, dont j'ai parlé déjà plufieurs fois, & qui eft fur le bout de l'étang,
eft d'une grande importance 1 puifqu'il eft l'unique moyen de communication de
voiture qu'offre la grande route entre les Parties du Nord & de TOueftide la
Colonie avec celle du Sud. Il exifte depuis que cette dernière a eu fes établiffemens
de Nippes & du Rochelois, oû l'on ne pouvait arriver fans lui, &c il a fallu
le faire réparer plufieurs fois. Il a été rétabli en neuf & mis dans fon état
aétuel fous la direétion de M, Helle, ingénieur, en 1775; il eft fur pilotis
avec radier & culées de maçonnerie; fa longueur eft de 150 pieds, & fa
largeur de 20. On regrette 1 en y arrivant, de perdre la vue de l'étang,
qu'intercepte une petite chaîne de montagnes.
Après le pont , le chemin fe divife en trois branches. L'une ne s'écarte que peu
des bords de l'étang; elle mène aux habitations qui bordent cet étang à POueft,
parcourt environ une lieue &c demie jufqu'à fa tête, & communique même
au chemin qui le côtoye au Sud, dont j'ai parlé au Petit-Goave > & qui
lui-même a fa prolongation jufques vers l'eglife du Fond-des-Negres. La
branche du milieu eft le grand chemin qui va aux Cayes par le Fond-desNègres, & le troifième eft le grand chemin de PAnfe-à-Veau, de
Jérémie 3
qui 1 en fe rapprochant de la mer, va à la baie de Miragoane.
C'eft à environ une lieue & demie dans le Nord-Oueft du pont, 1 après avoir
traverfé une portion des arides favanettes chargées de pierres blanches &
calcaires dures & filiceufes, qu'eft cette baie.
Son ouverture totale, prife en ligne droite depuis la pointe du Carenage
jufqu'à celle de lOueft, eft de 3,160 toifes, & en fuivant le pourtour de la
côte, ilye en a 6,300. La pointe du Carenage couvre dans PEA un enfoncement d'environ 500 toifes de profondeur Nord & Sud, fur 50 de largeur 9
excepté à fon entrée, où il eft plus évafé de moitié. Il a onze pieds d'eau à fa
pafle, vers laquelle eft un îlet couvert de mangles & derrière lequel des
chaloupes peuvent s'abriter des Nords. Cette anfe eft appellée le Carenage
parce que des caboteurs s'y font carenés. C'eft là que les habitans voifins
& ceux même de l'embarcadère de Miragoane viennent avec des canots
chercher l'eau qu'ils boivent, & qui, comme je l'ai dit, eft celle de l'étang
de Miragoane. Filtrée à travers un terrain rocailleux, qu'elle a parcouru
de mangles & derrière lequel des
chaloupes peuvent s'abriter des Nords. Cette anfe eft appellée le Carenage
parce que des caboteurs s'y font carenés. C'eft là que les habitans voifins
& ceux même de l'embarcadère de Miragoane viennent avec des canots
chercher l'eau qu'ils boivent, & qui, comme je l'ai dit, eft celle de l'étang
de Miragoane. Filtrée à travers un terrain rocailleux, qu'elle a parcouru --- Page 581 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 567
durant environ une lieue, elle eft devenue limpide & potable. Cette eau
douce eft la feule qu'on rencontre fur la côte depuis le Petit-Goave jufqu'à
la rivière de l'anfe-Trouvée. , de la paroiffe de PAnfe-à-Veau.
A un quart de lieue dans l'Oueft de ce Carenage, eft le Trou-Mithon,
ancien embarcadère de cette paroifle. Une lieue après, eft l'embarcadère
actuel.
Entre cet embarcadère & la pointe Oueft de la baie, & à 800 toifes dans
PEC de cette dernière, eft l'ilet à Frégates, qui tient à un haut-fond portant
à 600 toites vers l'Oueft & à 1,050 toifes vers PEft. Dans le Sud-Oueft de la
même pointe &c à 750 toiles , eft l'iflet à Figuier, couvert de mangles &c peu
étendu, comme celui à Frégates.
Les plus gros bâtimens peuvent mouiller affez près de terre avec 8 à 18
braffes d'eau &c fond de vafe dans la baie de Miragoane, qui n'eft pas fire
dans les Nords malgré que les ilets qui forment même deux paffes de fon entrée
rompent la mer.
Le fond blanc de l'ilet à Frégates venant jufqu'au Nord du mouillage 7
on eft obligé de ranger la côte près Pilet du Carenage, en entrant & en fortant.
Ce mouillage eft hardi à prendre fans pilote, dit M. de Puyfégur, attendu
que la paffe n'a guères qu'une encablure. &c qu'il faut mouiller dès qu'on eft
en dedans. On peut mouiller aufli au large des ilets de mangles, mais par
25 braffes. Les bateaux caboteurs mouillent à 40 pieds de terre, dans l'enfoncement de la baie, qu'on appelle à ce point la baie du Gris.
La baie de Miragoane eft très-digne d'attention, parce qu'elle eft, hors la
faifon des Nords, un point de débarquement très-voifin du pont de Miragoane.
Dans la guerre de 1756, deux bateaux anglais y vinrent, 2 pillèrent & brûlèrent
le bourg. II y a peu de poftes auffi intéreffans ; il exigerait un camp qui ferait
naturellement défendu par les défilés ; les vivres feraient abondans, & les
habitations voifines fourniraient des hôpitaux & des logemens. On pourrait y
tenir, dit M. Demoulceau, quand même le refte de la Colonie ferait pris.
Le chemin qui conduit à l'embarcadère de cette baie y defcend rapidement
& à travers dès pierres. Avant d'être au bas, on trouve cinq maifons dont
une eft le corps-de-garde. Puis inférieurement encore &c fur la gauche du
chemin, eft une efpèce de parapet & une batterie, oà M. de Puyfégur a
obfervé & dont il marque la latitude à 18 degrés, 26 minutes, 45 fecondes,
ie ferait pris.
Le chemin qui conduit à l'embarcadère de cette baie y defcend rapidement
& à travers dès pierres. Avant d'être au bas, on trouve cinq maifons dont
une eft le corps-de-garde. Puis inférieurement encore &c fur la gauche du
chemin, eft une efpèce de parapet & une batterie, oà M. de Puyfégur a
obfervé & dont il marque la latitude à 18 degrés, 26 minutes, 45 fecondes, --- Page 582 ---
568 DESCRIPTION DELA PARTIE
& la Iongitude à 75 degrés, 32 minutes, 39 fecondes. Parvenu au rivage S
on tourne fubitement au Sud &c on trouve alors fur Ics deux côtés du chemin
25 maifons ou magafins, qui ne font pas contigus entr'eux. Quelques-unes
de ces maifons 1 confiruites cn charpente, font allez jolies &c toutes font
couvertes d'effentes.
Le bourg dc Miragoane avait été conftruit originairement au Trou-Mithon,
On voit encore des reftes de la chauffée qui, du chemin aétuel, qu'on n'a pas
changé, y conduifait le long de la plage.
Les maifons du côté Oucft de l'efpèce de rue aétuelle, ont derrière elles le
petit quai, où l'on embarque les denrées de plufieurs habitations de l'Acul du
Petit-Goave, de celles de Miragoane, du Fond-des-Nègres, du Rochelois &c
même d'Acquin, d'oà l'on aime mieux y faire porter de l'indigo, qu'on
embarque pour le Port-au-Prince 9 que de le donner à vil prix fur les lieux oû
il eft fabriqué. Avec un tems favorable on ne met que 12 heures pour gagner
lc Port-au-Prince , & on en revient en 24.
On a déjà concédé 32 emplacemens dans ce bourg ; ils ont 120 pieds de
face fur 180 de profondeur. Il eft fingulier qu'on n'ait pas oblervé que pour
faciliter l'embarquement, il aurait fallu laiffer un ou deux intervalles qui
auraient conduit au mouillage des bateaux. Car lorfque tout fcra bâti, les
perfonnes du milieu de la rue feront obligées d'en gagner une extrémité pour
embarquer les denrées. Prefque tous les habitans de ce bourg font des blancs
qui ont des embarcations pour le Port-au-Prince, & en même tems de petites
boutiques.
Il vient des bâtimens en droiture d'Europe à Miragoane 1 entr'autres trois
de Bordeaux, & le Quartier de Nippes, 9 de Nantes, de 300 tonneaux, capitaine
Forget. J'y ai vu ce dernier en 1788, époque de fon troifième voyage.
Au fond de la ruc, commence la chauffée qui forme le grand chemin & qui
contourne la baie, Elle a été établie parles ordres de M. de Paty, alors gouverneur du Sud. Vers le milieu de la longueur de cette chauffée font les fources
Salées, nom donné à une portion d'eau confidérable qui fort pardeffous des mailes
de roches à ravets, à la hauteur du fol, au bord du chemin & que la marée
vient troubler. Ces fources Salées font la limite 2 mal convenue, des deux
paroiffes du Fond-des-Negres & de PAnfe-à-Veau.
La fituation avantageufe de la baie de Miragoane, qui cft le feul point
de
la longueur de cette chauffée font les fources
Salées, nom donné à une portion d'eau confidérable qui fort pardeffous des mailes
de roches à ravets, à la hauteur du fol, au bord du chemin & que la marée
vient troubler. Ces fources Salées font la limite 2 mal convenue, des deux
paroiffes du Fond-des-Negres & de PAnfe-à-Veau.
La fituation avantageufe de la baie de Miragoane, qui cft le feul point
de --- Page 583 ---
FR ANÇAISE DE SAINT-DOMINGU E. 569
de retraite, depuis le Petit-Goave jufqu'aux Baradères, pour de gros bâtimens
pourfuivis, rend encore plus inexcufable la détermination qui a donné la
paroifle du Fond-des-Nègres à la Sénéchauffée de Saint-Louis, dont lembarcadère de Miragoane fe trouve à 20 lieues, tandis qu'il n'eft qu'à
6 lieues & demie du Petit-Goave. N'eft-il pas au moins bifarre que le capitaine
d'un bâtiment mouillé à Miragoane foit obligé de recourir à une Amirauté
trois fois aufli éloignée que l'autre? N'eft-il pas ridicule gue les officiers
de la Sénéchauffée du Petit-Goave, que leurs fonctions peuvent appeller
jufqu'aux Baradères, traverfent, pours'y rendre, le territoire de la Sénéchauflée
de Saint-Louis pendant environ trois lieues. 2 Et comment concevoir que
les habitans de la paroille du Fond-des-Negres qui touchent à celle du
Petit-Goave, qui commercent avec Léogane & le Port-au.Prince, qui dépendent
du commandement militaire du Petit-Goave, foient obligés d'aller plaider
à Saint-Louis où rien ne les appelle ?
On penfe depuis long-tems que le canton de Miragoane pourrait fournir
un moyen de commerce très-utile par fon étang, On prétend même que
l'idée en a été donnée par M, de Verville, direckteur-général des fortifications ;
c'eft d'ouvrir un canal qui menerait de l'étang à la rivière à Petit, & de
là au fort-Royal de l'Acul da Petit-Goave, Ce canal aurait environ 2 lieues
& demie de la mer à l'étang & la longueur de celui-ci, ce qui ferait faire
par eau un tranfport de 5 lieues & demie, & donnerait un embarcadère
commode à toutes les habitations par lequel il pafferait, Ce canal en afféchant
plufieurs points de l'étang, laifferait à découvert des terres que la culture
tournerait à fon profit; les charrois diminueraient, les traniports au Portau-Prince, par mer, feraient accourcis, & leur danger pendant la guerre
diminueraient d'autant. On pourrait pour les points fupérieurs former un
embarcardèrc à la tête de l'étang appellé autrefois Pacul-du-monlin fur
l'habitation à préfent Dufour & Sedières. Le bourg fi on le traniportait aux
favanettes dans le voifinage de la croifée des chemins des Caycs & de
Jérémie, offrirait auffi des reffources de pluficurs genres qu'augmenterait
la navigation du canal, 8c il ferait un point pour la défenfe de cette fituation
fur laquelle le gouvernement n'a pas les yeux aflez ouverts.
Lorfqu'on eft fur Phabitation Dufour à la tête de l'étang, on a devant
foi la furface de celui-ci; des mornes le contourment; au-delà fe prolonge
Tome 11.
Cccc
cs & de
Jérémie, offrirait auffi des reffources de pluficurs genres qu'augmenterait
la navigation du canal, 8c il ferait un point pour la défenfe de cette fituation
fur laquelle le gouvernement n'a pas les yeux aflez ouverts.
Lorfqu'on eft fur Phabitation Dufour à la tête de l'étang, on a devant
foi la furface de celui-ci; des mornes le contourment; au-delà fe prolonge
Tome 11.
Cccc --- Page 584 ---
570 DESCRIPTION DE LA PARTIE
vers Ic Petit-Goave, une cfpèce de gaine que le tapion femble terminer
& même fermer. En confidérant cet enfemble, on eft tenté de fe demander
comment on a pu pénétrer dans cet efpace qu'il femble que la nature aurait
voulu ifoler, & comment on peut en fortir; l'imagination erre avec
dans ce labyrinthe qui n'eft que fon ouvrage.
plaifir
La température du canton de Miragoane eft affez chaude.
20. Saint-Michel ou le Bourg. On fort du canton de
grand chemin en montant un peu dans un terrain calcaire, Miragoane par Ie
mêlé de tuf encroûté & de pierres. On defcend enfuite l'autre caillouteux, face
monticules & l'on palTe la rivière de l'Endiablé,
de ces
pour monter enfuite le
morne de l'Endiablé lui-même ainfi nommé,: dit on, parce que les
y défolent les poftillons ; & enfin l'on prend la pente de fon
pierres
appellé le morne Saint-Michel, & au bas font le bourg & revers qui eft
Péglife
Ce bourg a 12 maifons qui bordent le chemin & 28 habitans paroiffiale.
ouvriers, marchands, ou cabaretiers. On y a placé un
blancs 2
dier & 4 archers de maréchauffée. L'églife eft
exempt, un brigacôté
à-peu-près au milieu, fur le
gauche, mais un peu rentrée par rapport à T'alignement des maifons
qui font 3 comme elle, couvertes d'effentes.
L'églife était primitivement à une lieue & demie plus loin, dans le
du Fond-des-Negres proprement dit, où des
canton
religieux carmes l'avaient
Elle y exiftait avant 1712, quoique fes regiftres ne
mife,
1716. Sa tranflation a eu lieu en 1732, &c comme l'un remontent de fes plus qu'à
était M. Michel Lopez de Pas, médecin du roi, nommé
bienfaiteurs
feil fupérieur du Petit-Goave le Ier. Décembre
confeiller au con1723, & qu'il avait fait
préfent d'un grand & mauvais tableau de l'archange fon
encore au-deffus de l'autel, l'églife ceffa d'être fous l'invocation patron qu'on voit
Dame dc lAffemption & pafia fous la proteétion de Saint-Michel de Notre
Cette
(*) Des méchins ont prétendu que M. Michei Lopez de Pas né dans la
y était moit quciqu'il Jeàt abjurée.
religion Judaique,
De làce mauvris quatrain:
Michel a terraffé le Diable,
On dit pour lui des Oremus ;
Mais ferait-il eucore chomable
Si Satan reprenzit le deffus
fous l'invocation patron qu'on voit
Dame dc lAffemption & pafia fous la proteétion de Saint-Michel de Notre
Cette
(*) Des méchins ont prétendu que M. Michei Lopez de Pas né dans la
y était moit quciqu'il Jeàt abjurée.
religion Judaique,
De làce mauvris quatrain:
Michel a terraffé le Diable,
On dit pour lui des Oremus ;
Mais ferait-il eucore chomable
Si Satan reprenzit le deffus --- Page 585 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 571
églife eft de maçonnerie, très-folide & fort confidérable pour le nombre des
paroilliens.
La pofition du bourg eft on ne peut pas plus mal choifie, puifque dans un
lieu où l'eau abonde, , on la placé fur un morne ingrat, éloigné de plus d'un
quart de lieue de toute fource ou rivière, & où le voyagenr ne peut trouver
du fourrage que dans la faifon des pluies,
Il y a de l'églife du Fond-des-Nègres
A celle du Petit-Goave 1
8 lieues.
de Bainet,
d'Acquin,
de l'Anfe-à-Veau,
3°. La Belle-Rivière. Ce nom eft ridicule 1 parce- qu'il eft donné à un ruiffeau
& au plus mauvais canton de la paroifle ; la majeure partie en eft même
inhabitée. Les mornes n'y font qu'un vrai tuf, dont les fougères fe font
exclufivement emparées 1 & les bords du ruiffeau font feuls propres à la culture d'un peu de graine d'indigo ou de coton.
40, Les Godets. C'eft une vallée très-étroite, où paffe la rivière du Fond.
des-Nègres, fans l'influence de laquelle on aurait déjà abandonné ce canton.
Il a eu cependant autrefois de très-riches indigoteries 2 qui fe font anéanties
depuis la difparution des pluies. La Compagnie de Saint-Domingue avait beau.
coup contribué à l'établiflement de ce canton, qui eft fort près des Côtes-de.
Fer, où l'on dit que les bateaux venaient mouiller alors à l'embouchure de
la rivière de ce dernier nom 1 mais où un canot ne trouve pas toujours
paffage à préfent. Les Godets ne donnent qu'un peu de graine d'indigo & de
coton. On y avait autrefois de nombreux troupeaux de beftiaux 2 mais les
féchereiles de 1781 à 1783 les ont prefque anéanties.
5°. Le Fond-des-Blancs, Il fut ainfi appellé parce que dans l'origine il
avait un nombre de blancs très-confidérable. Quoique les terres y foient d'une
très-bonne qualité, on n'y voit que deux fucreries en brut, & il pourrait y
en avoir quatre qui arroferaient. Le refte eft fi aride à caufe des féchereffec
qui le défolent, que ceux qui l'habitaient ont été forcés de l'abandonner. La
difficulté avec laquelle ces deux propriétaires de fucreries y ont confervé tout
au plus leurs capitaux 7 font la preuve du peu de reflource de ce canton. On
y fait de la graine d'indigo; mais fa principale production 2 ce font les Vo+
lailles, qui y font excellentes & que tout le voifinage vient y chercher.
ide à caufe des féchereffec
qui le défolent, que ceux qui l'habitaient ont été forcés de l'abandonner. La
difficulté avec laquelle ces deux propriétaires de fucreries y ont confervé tout
au plus leurs capitaux 7 font la preuve du peu de reflource de ce canton. On
y fait de la graine d'indigo; mais fa principale production 2 ce font les Vo+
lailles, qui y font excellentes & que tout le voifinage vient y chercher. --- Page 586 ---
572 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
60, Le Fond-des-Negres. Il a reçu cette dénomination de ce que les négres
y étaient daus la proportion inverfe du canton du Fond-des-Dlincs. Ce canton
efl formé par une vallée qui comprend tout ce qui eft depuis le bourg jutqu'àl la ravine des Trois-Palmilles, la rivière Serpente & celle du Rochelois,
qui la terminent à l'Oueft, ce qui forme une longueur de 9.065 toifes,
mefurées par le chemin. Cette vallée aurait plus d'une lieue de largeur f
elle n'était rétrécie par le morne de la Rance, qui a environ deux lieues de
long fur une demi-lieue de large, qui prend à trois quarts de lieue de celui
de T'Endiablé, &c qui met entre lui & celui du Rochelois une petite gorge
où trois fucreries trouveraient de la place. Ce morne de la Rance eft médiocrement haut, abfolument privé d'cau, avec un fond de tuf, recouvert d'une
fuperficie végétale chargée de bois. On n'y a tenté que la culture de quelques
vivres du pays, qui y réufliffent très-bien. Il eft divifé entre les diverfes
habitations qui l'avoilinent & auxquelles il procure beaucoup de pierres calca'res, & principalement de roches à ravets.
Le canton du Fond-des-Negres jouit d'une température agréable par fa
fraicheur, qui eft affez grande aux mois de Décembre, de Janvier & de
Février, pour que l'on approche avec plaifir du feu le foir & le matin.
Avant qu'il ne fut découvert, l'humidité de l'air & les épanchemens des
rivières qui fortaient de leur lit l'avaient rendu prefque inhabitable. Aufli ne
s'y était-il établi que des nègres libres, qui y cultivaient le cacaoyer, dont
Labat trouva ce lieu rempli en 1702, & dont on avait encore de grandes
plantations lorfqu'une caufe inconnue jufqu'ici le ft périr dans preique toute
la Colonie. L'humidité a diminué à mefure que les défrichemens fe font multipliés &c que des travaux ont contenu les rivières. Ils ont cu la même influence fur les brouillards , quoiqu'il y en ait encore quelquefois l'hiver d'affez
épais pour dérober la vue de la vallée. Ils contribuent même à y rendre la
température vraiment froide, du moins jufqu'au lever du foleil, qui dillipe
peu à peu ce voile de vapeurs. Ce fol argileux, excellent pour les cannes 3
rend les chemins extrèmement pénibles durant les pluies - & lors de l'attaque
de Saint-Louis par les Anglais, en 1748, il fallut abandonner des voitures
& les fecours qu'elles y portaient en munitions. On ne voit pas une pierre
mobile dans la plainc. Les bois y font remplis d'orangers & de citronniers 9
& lon fait de ces derniers de magnifiques haies. Tous les fruits, les racines
excellent pour les cannes 3
rend les chemins extrèmement pénibles durant les pluies - & lors de l'attaque
de Saint-Louis par les Anglais, en 1748, il fallut abandonner des voitures
& les fecours qu'elles y portaient en munitions. On ne voit pas une pierre
mobile dans la plainc. Les bois y font remplis d'orangers & de citronniers 9
& lon fait de ces derniers de magnifiques haies. Tous les fruits, les racines --- Page 587 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOINGUE, 573
& les graines du pays, & principalement le riz, , s'y recueillent en abondance.
Les légumes d'Europe y réufliffent parfaitement, à l'exception de P'artichaux.
Il y a dans le jardin potager de M. Buttet, des choux-pommes qui, tous
tes yeux, 1 fe font multipliés de rejettons pemlant plus de 30 ans, & cu'on
lui avait dit y avoir précédé fon féjour de 20 autres années.
En général les productions font un peu tardives dans le canton du Fond-desNègres. Les cannes 1 par exemple, n'y peuvent être coupées qu'à 16 ou 18
mois, mais aufli les rejettons y font très-durables. Le labourage y eft utile
pour divifer & ameublir la terre, mais on n'y a aucun befoin de fumier.
Ily a des conceflions données dans ce canton pour corail, qui remontent
jufqu'en 1677. M. de Paty, depuis gouverneur du Sud, qui avait fouffert
de grands dommages dans les biens de Mde. fon époufc par les invafions
des Efpagnols &c des Anglais dans la Partie du Nord en 1691 & 1695,
entreprit, avec les nègres qui lui reftaient, les travaux des fortifications du
fort Saint-Louis &c acheta des terres au canton du Fond-des-Negres. Dès
1705, ily fit du fucre; d'autres colons s'approchèrent de lui 8c imitèrent fon
exemple, & pendant aflez long-tems même il eut chez lui une chapelle qui
précéda l'établiflement de la paroiffe.
En 1748, , la vallée du Fond-des-Nègres était fans contredit une des mieux
établies de la Colonie > & l'on y voyait quelques fucreries où l'on comptait
jufqu'à 300 cultivateurs ; mais il parut alors des nuées d'une efpèce de papillon
qui fe montrait depuis 1744 & qui fe reproduifait d'une manière prodigieufe ati
moyen d'une efpèce de larve qu'on a appellé dans la Colonie la Coque. Cette
coque eft formée d'une pellicule jaunâtre aflez ferme, , longue de 3 à 4 lignes,
ayant la forme d'un grain de riz, adhérente aux feuilles de la canne, 1 & fous
laquelle le microfcope fait diftinguer une multitude de petits animaux de la
nature du cloporte. Le gluten de cette coque. , felon quelques cultivateurs, ou
plutôt le fuc extravafé par les piqûres de l'infeête felon d'autres, attiraient
en outre une infinité de fourmis, au point que la terre en était couverte
même après qu'on avait brûlé les cannes, ce qui*était cependant le meilleur
remède contre la propagation du mal.
Le concours de ces deux ennemis , qu'accompagnait auffi le puceron &
qui defféchaient la canne &c faifaient périr les fouches mêmes, fut fi cruel en
1748, que les plus belles facreries furent abundonnécs. Quelques propriétaires
une infinité de fourmis, au point que la terre en était couverte
même après qu'on avait brûlé les cannes, ce qui*était cependant le meilleur
remède contre la propagation du mal.
Le concours de ces deux ennemis , qu'accompagnait auffi le puceron &
qui defféchaient la canne &c faifaient périr les fouches mêmes, fut fi cruel en
1748, que les plus belles facreries furent abundonnécs. Quelques propriétaires --- Page 588 ---
574 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
voulurent continuer, mais ils ne firent qu'ajouter à leur ruine. Un arrêt du
Confeil du Petit-Goave, du 26 Septembre 1750, exempta même tous les
habitans attaqués de ce fléau du paiement des droits On crut en 1751 qu'il
allait ceffer, mais avec les pluies du printems il fe renouvella & fut plus
deftruétifg qu'auparavant. L'infeéte attaqua jufqu'aux haies, & il fallut mettre le
feu à toutes les cannes. Ceux qui avaient eu recours à d'autres cultures,
convaincus qu'clles étaient fans fruit, reprirent en 1760 des travaux que la
vermine > car c'eft ençore un des noms qu'on donnait à cet infeête, paraiffait
promettre de ne pas rendre infructueux, & il n'en refte heureufement aujourd'hui que le fouvenir.
Il y a au canton du Fond-des-Nègres 7 fucreries & l'on pourrait en
mettre 18 de plus. L'indigo n'y réuflit que dans les années féches; à la
vérité elles deviennent bien fréquentes 7 & depuis le mois de Septembre 1781
jufqu'à celui de Mai 1783, la féchéreffe y a été fi confidérable 7 que l'indigo
n'y cft même pas venu.
Le fol eft encore très-propre au cacaoyer 2 dont quelques plantations faites
depuis fort long-tems, quoique peu foignées &c même tout à fait negligées,
ont du fuccès.
Preique toutes les terres de cette plaine font arrofables, & chaque habitation
pourrait même y avoir un moulin à eau, fi l'on faifait des travaux pour
réunir &c conferver les eaux de plufieurs ruiffeaux ou fources qui fe perdent
prefqu'en naiflant. La rivière du Fond-des-Nègres qui parcourt toute la
vallée de fon nom &c les Godets, avait en Mars 1782, au point où elle a
déjà fait 4 lieues, à la fuite d'une féchérefle rigoureufe, 1,400 pouces d'eau
inefure de fontainier.
Lorfqu'on fuit le chemin pour aller vers Acquin, on trouve fuccelfivement
la fucrerie Pafcal & celle Pilard, l'indigoterie Guiran & la cotonnerie le
Franc; la fucrerie Pimelle, puis la petite rivière du Fond-des-Roches, les
deux fucreries de la fucceflion Buttet, la cafeterie Spinefort & l'habitation
le Blanc, où on cultive le coton & le café.
Le chemin fe rapproche de la direction du Sud, en avançant dans le
Fond-des-Negres, & on paffe la rivière Serpente, limite de cette paroille
avec celle d'Acquin.
Il y a fur l'habitation des héritiers Buttet, une fingularité fort remarquable,
du Fond-des-Roches, les
deux fucreries de la fucceflion Buttet, la cafeterie Spinefort & l'habitation
le Blanc, où on cultive le coton & le café.
Le chemin fe rapproche de la direction du Sud, en avançant dans le
Fond-des-Negres, & on paffe la rivière Serpente, limite de cette paroille
avec celle d'Acquin.
Il y a fur l'habitation des héritiers Buttet, une fingularité fort remarquable, --- Page 589 ---
FRANCAISE DE SAINT T-D O MINGUE S75
Un petit étang d'environ cinq carreaux d'étendue , qui y eft placé, fo
décharge à TER & à POueft. A PER il forme la rivière du Fond-des-Négres
qui, après avoir parcouru la vallée du même nom, le canton du Godets
& fait beaucoup de finuofités pendant l'efpace d'environ IO lieues, devient
la rivière des Côtes-de-Fer & va fe jetter à la mer fur la côte Méridionale
de la Colonie, en fervant de limite entre Bainet 8c Acquin. A l'Oueft il
forme une petite rivière tributaire de la rivière Serpente que reçoit.la Granderivière de Nippes dont l'embouchure eft à la mer fur la côte Septentrionale
dans la paroifle de l'Anfe-à-Veau.
C'eft au canton du Fond-des-Nègres, qu'eft mort, au mois de Décembre
1755, M. de Brach, ancien gouverneur de la Partie du Sud de la Colonie,
à l'âge de 1O5 ans. Il s'était rétiré du fervice en 1745. Exempt de Ia plus
légère infirmité il preferivait &c vifitait chaque jour les travaux de fon
habitation. Se trouvant feul dans fon cabinet, il monta fur une chaife pour
prendre un livre de fa bibliothèque, la chaife fe renverfa &c il mourut des
fuites de cette chûte.
C'eft là auffi que dame Anne de Grofmont, veuve de M. Marin Buttet,
gouverneur de la Partie du Sud, termina fa carrière le 21 Mai 1772 à
80 ans.
7°,Et enfin,Je Rochelois, ou du moins une partie de ce canton, , l'autre
appartenant à T'Anfe-à-Veau. Il eft nouvellement établi & d'une étonnante
fécondité en café; mais quoiqu'il y pleuve fouvent, il manque abfolument
d'eau, & les puits les plus profonds n'en font pas trouver. Il faut y boire
celle des citernes &c des marres, à moins qu'on n'aille en chercher à mi-côte
& le long d'une Zône horizontale, de peu d'épaiffeur, qui a, mais plus au Nord
& à T'Oueft qu'au Sud &c à PEf, une quantité confidérable de fources de l'eau
la plus limpide. L'obfervation a montré qu'à cette hauteur le noyau du rocher
eft appuyé fur un lit de terre glaife. Ce noyau eft un rocher blanc , tendre,
facile à caffer, & dont on fait d'excellent fable. La terre qui le couvre eft
fort légère 8r rouge, comme de la brique pilée. Une heure après les plus
fortes pluies, on y marche à pied fec. Ce.qui étonne, c'eft de fe trouver au
haut de cette montagne, où l'on arrive au bout d'une heure, , fur une véritable
plaine, d'environ quatre lieues & demie de PER à l'Oucft, fur environ
cinq quarts de lieue du Nord au Sud. Elle a quelques trous ou entonnoirs veys
T'Oueft. Les pentes y font fi douces, qu'on peut y rouler en voiture,
Une heure après les plus
fortes pluies, on y marche à pied fec. Ce.qui étonne, c'eft de fe trouver au
haut de cette montagne, où l'on arrive au bout d'une heure, , fur une véritable
plaine, d'environ quatre lieues & demie de PER à l'Oucft, fur environ
cinq quarts de lieue du Nord au Sud. Elle a quelques trous ou entonnoirs veys
T'Oueft. Les pentes y font fi douces, qu'on peut y rouler en voiture, --- Page 590 ---
567 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Lorfqu'en montant au Rochelois on eft en face de l'habitation Baudouin 9 -
& allant vers l'habitation Berquin, l'on trouve le chemin bordé de chaque
côté, fur une longueur d'environ cent pieds, 2 d'un roc vertical de plus de
15 toifes de haut, compofé d'une pierre dure &c blanche comme de l'al,
bâtre. On dirait que ce paffage eft l'ouvrage de l'art,
Les plantations de cafiers offrent le coup-d'ceil le plus agréable par leur
régularité. C'eft fur tout à l'expofition du Sud qu'ils font beaux. La tempé.
rature y eft très-froide durant les mois d'hiver, & l'on y cultive le riz avec
le plus grand fuccès. On le plante depuis le mois de Mars jufqu'à celui
d'Août, & On le récolte 5 mois après.
Le Rochelois ne jouit que depuis peu de tems de fa profpérité. Un nomméle
Rey qui y avait une conceflion de 1,600 carreaux, les offrit en 1761 pour
mille écus à M. Blin du Verger, qui les refufa. Cette conceflion vaut peutêtre plus de trois millions en ce moment. En 1785, M, Armagnac voulut
vendre 150 carreaux à M. Colombel pour 8,000 liv. Celui-ci rompit le marché
comme onéreux, & deux ans après M. Maflon de l'Arcahaye les a payés
84,000 livres.
Les montagnes de'cette paroiffe courent 2 comme la côte, de PEf à
POueft. Leur face Septentrionale eft communément de bonne qualité. Celle
Méridionale n'offre que des rochers 8c des falailes; ; ce que lon attribue à la
violence des pluies du Sud.
Le Leéteur a eu la preuve que la température de Ia paroilfe du Fond-desNègres varie avec les fituations. Ily a plu IO2 jours en 1779 ; IO5 en 1780;
114 en 1781; 85 en 1782; 95 en 1783;1 115 jours dans les neuf premiers
mois de 1784; & 97 fois dans les fix premiers mois de 1785; CC qui donne
pour réfultat moyen. 7 prefque la moitié plus de pluie qu'à Léogane, Le coup
de vent du 9 Septembre 1737 1 y a fait beaucoup de ravages.
Le tremblement de terre de 1770 n'y a pas caufé de très-grands dommages,
Il a cependant maltraité l'églife & le prefbytère, qui ont fouffert encore d'un
tremblement de terre du mois de Juin 1773- Il eft affez extraordinaire que
quatre curés y foient morts en 6 mois.
Après la féchercffe de 1782 & 1783, qui fut extrême, cette paroiffe eut
des maladies bilieufes. En général, il eft fain & il n'eft pas très-rare d'y
yoir des nègres fort avancés en age & même centenaires.
On
prefbytère, qui ont fouffert encore d'un
tremblement de terre du mois de Juin 1773- Il eft affez extraordinaire que
quatre curés y foient morts en 6 mois.
Après la féchercffe de 1782 & 1783, qui fut extrême, cette paroiffe eut
des maladies bilieufes. En général, il eft fain & il n'eft pas très-rare d'y
yoir des nègres fort avancés en age & même centenaires.
On --- Page 591 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 577
On y trouve du gibier, principalement des ramiers, & du cochon maron.
J'ai vanté les volailles du canton du Fond-des-Nègres, mais il y en a de fort
belles à Miragoane auffi. M. Dufour, ancien confeiller du confeil du Portau-Prince, a des chapons aufli gros que des dindonnaux. Tout fon fecret confilte
à tenir fes volailles dans des poulaillers très-aerés &c très-propres 1 & à ne
eonferver pour la, reproduction 1 que les individus d'une belle proportion. La
chenille dévora tout l'indigo en 1750.
Le pois violet, , à nègre ou à Pafcal, eft très-commun à Miragoane. Il eft
très-recherché par les nègres &c donne depuis le mois de Juin jufqu'à celui de
Janvier.
Le coroffolier eft très-commun. dans la paroiffe du Fond-des-Negres 3 où l'on
obferve que fon fruit eft utile & fain pour les nègres. M. le comte d'Ingrande 3
habitant de cette paroiffe, avait même donné un Mémoire à la Société des
Sciences & Arts du Cap-Français, dont il était allocié, fur l'ufage écono.
mique qu'on pouvait faire du coroffol. Ce colon eftimable & laborieux, mort
au commencement de 1787, s'était fort appliqué à l'étude de tout ce qui
peut améliorer le fort des efclaves, & leur nourriture & leur logement ont
été l'objet de Mémoires intéreffans dont il a rendu cette Société dépofitaire.
La population de la paroiffe du Fond-des-Negres, qui était en 1730 de 216
blancs, 42 affranchis 8c 923 efciaves, eft maintenant de 200 blancs, 450
affranchis & 4500 efclaves.
La milice qui n'avait en 1730 que 44 blancs &c 15 affranchis, eft compofée
de 66 blancs &c 160 affranchis, , divifés en trois compagnies.
En 1730, on y voyait 8 fucreries &c 27 indigoteries; à préfent on y compte
II fucreries, 14 indigoteries, 30 cafeteries 1 34 cotonneries, 6 hattes, &x en
outre plufieurs places où l'on a du cacao, du tabac, de la graine d'indigo & des
vivres du pays.
Les colons du Fond-des-Negres tâchent de fe rendre ce féjour réciproquement agréable par les douceurs de la fociété, &c la loge des Frères-Cboifis,
qu'ils y ont fondée 8c où j'aime à me rappeller qu'on a bien voulu me donner
un titre de confiance concourt encore à les réunir.
Tome II.
Dddo d
où l'on a du cacao, du tabac, de la graine d'indigo & des
vivres du pays.
Les colons du Fond-des-Negres tâchent de fe rendre ce féjour réciproquement agréable par les douceurs de la fociété, &c la loge des Frères-Cboifis,
qu'ils y ont fondée 8c où j'aime à me rappeller qu'on a bien voulu me donner
un titre de confiance concourt encore à les réunir.
Tome II.
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578 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
XLI
PAROISSE DE L'AANSE-A-VEAU,
PRESQU'AU même inftant oû Léogane & le Petit-Goave s'établiffaient ) lcs
Français s'avancèrent encore dans l'Oueft & formèrent le Quartier de Nippes 9
qui comprit tout l'intervalle depuis Miragoane jufqu'aux Baradères.
Cette étendue n'eut d'abord qu'une chapelle, mais bientôt après les habitans
en conftruifirent une autre dans le point qu'ils appellaient le Rochelois, &
avant 1670, des carmes deffervaient les deux paroiffes du Rochelois & de
Nippes.
Les colons s'y revoltérent en 1670, contre l'autorité de la Compagnie des Indes
Occidentales & contre celle de d'Ogeron. Ce gouverneur venant de la Tortue
à Nippes à la fn du mois de Mai de cette année, fut à peine débarqué que
cent habitans armés, de Nippes & du Rochelois, l'environnèrent & lui décla.
rèrent qu'ils n'entendaient plus avoir de fupérieurs, & qu'ils avaient choifi
entr'eux un fyndic appcllé Nicolas Gairin, & un fous-Iyndic nommé Jean le
Mcffager > natif du Havre-de-Grace. Plufieurs ouvrirent même l'avis de s'emparer de la perfonne de d'Ogeron, & lui dirent que M. Renou, major des
milices du Petit-Goave, & M. de Villeneuve, lieutenant de celles de Léogane 1 étaient arrêtés &x détenus à bord des deux navires Fleflinguois, caufe
de la fédition & alors mouillés dans la rade de Nippes. D'Ogeron fe vit
donc obligé de fe rembarquer, & le lendemain, après avoir été redemander
MM. Renou & de Villeneuve aux deux capitaines Pitre Conftant & Pitre
Marc, qui les lui rendirent , il fit voile pour le Petit-Goave.
En 1681, la paroifle de Nippes, où était un religieux fervite, avait
234 blancs, 23 mulâtres ou Indiens, & IDI nègres. Elle comptait 81 hommes
portant armes. 1 & celle du Rochelois 61. Lorfque MM. de Saint-Laurent &
de Bégon, Adminiftrateurs généraux des Antilles françaifes y vinrent en 1684,
ils trouvèrent les deux églifes fans pafteurs, & ce fut à leur prière que le
fupéricur des carmes des Iiles du Vent, y envoya deux religieux de cet ordre
en 1685. Le 29 Janvier 1688, le curé de Nippes était le père Archange. de
Saint-Guillaume, & celui du Rochelois le père Nicolas de Saint- Étienne.
de Bégon, Adminiftrateurs généraux des Antilles françaifes y vinrent en 1684,
ils trouvèrent les deux églifes fans pafteurs, & ce fut à leur prière que le
fupéricur des carmes des Iiles du Vent, y envoya deux religieux de cet ordre
en 1685. Le 29 Janvier 1688, le curé de Nippes était le père Archange. de
Saint-Guillaume, & celui du Rochelois le père Nicolas de Saint- Étienne. --- Page 593 ---
FRANÇAISE DE S AINT- D OMIN G Ur. 579
La paroiffe du Rochelois s'étant beaucoup affaiblie, les Adminiftrateurs la
fupprimèrent en 1690. Il ne refta donc plus que celle de Nippes pour tout le
Quartier de Nippes.
Ce Quartier qui avait en 1713, 223 blancs s dont 106 portant armes, 1 136
affranchis, 552 elclaves, 2 fucreries & 48 indigoteries, avait déchu aufli,
lorfque vers 1719 il prit un nouvel accroiflement.
Ce fut ce qui détermina à faire mettre en 172I une églife paroiffiale à
VAnfe-à-Veau, qu'on plaça fous l'invocation de Saint-Louis, comme l'était
celle de Nippes, 1 qu'on fupprima en 1724. Et comme ce changement reculait l'églife dans l'Oueft, le Rochelois qui avait confervé fon bourg 1 éleva en
1727, une petite chapelle dédiée à Sainte-Marie-Magdelaine &x fuccurfale de
T'Anfe-à-Veau, & on en conftruifit une autre au Petit-Trou 1 appellé alors
Petit-Trou de Nippes, & on lui donna Saint-Nicolas pour patron.
La paroiffe de P'Anfe - à- Veau étant trouvée encore trop étendue 2
des habitans furent autorifés, en 1729, à bâtir une chapelle dans le canton des
Fourqs, fur un terrain de onze carreaux donné par M. Hyppolite d'Efcopin 3
lieutenant de la Sénéchauflée de Saint-Louis, & on en fit une annexe des
paroilles de Saint-Louis 8c de T'Anfe-à-Veau, fous le nom de PAfle.
La chapelle du Rochelois fut abandonnée; celle de PAfile où les curés
de Saint-Louis & de PAnfe-à-Veau allaient alternativement célébrer une
meffe
femaine, eut le même fort, &c le 8 Septembre 1738, les
par
Adminiftrateurs érigèrent celle du Petit-Trou en paroiffe.
Il eft évident, d'après ces détails, qu'àl'époque même de 1721, il n'y
avait plus de paroiffe de Nippes. On ne ceffa cependant pas de dire le
Quartier de Nippes, 8c même à préfent, on nomme encore ainfi l'étendue
des deux paroiffes de PAnfe-à-Veau & de Petit-Trou, dénomination d'autant
plus vicieufe, que d'après les ordonnances de 1768 & de 1776, par lefquelles
le roi a fixé la divifion de la Colonie par. Parties, Quartiers & Paroifles,
& défigné leurs noms, il n'y a réllement point de Quartier de Nippes.
Néanmoins les aétes des notaires, ceux des tribunaux, ceux des Adminiftrateurs eux-mèmes, ne ceffent pas de répéter cette dénomination , & je ne
m'empècher d'ètre étonné de la négligence de ces derniers qui, dans
puis
les recenfemens laiffent un article Nippes, fous lequel le miniftre eft obligé
de deviner qu'on cache la paroiffe de PAnfe-à-Veau & celle du Petit-Trou.
D d d d 2
étes des notaires, ceux des tribunaux, ceux des Adminiftrateurs eux-mèmes, ne ceffent pas de répéter cette dénomination , & je ne
m'empècher d'ètre étonné de la négligence de ces derniers qui, dans
puis
les recenfemens laiffent un article Nippes, fous lequel le miniftre eft obligé
de deviner qu'on cache la paroiffe de PAnfe-à-Veau & celle du Petit-Trou.
D d d d 2 --- Page 594 ---
580 DESCRIPTION DE LA PARTIE
C'eft fous ce tire qu'on trouve en 1731, une population de
451 blancs, 9
9+ affranchis & 2,252 efclaves; 132 blancs & 42 affranchis portant armes;
6 fucreries,dnt une en blanc; 139 indigoteries, 5.083 cacaoyers & 2,400
cotonniers; en 1751, 380 blancs, 124 affranchis, 3.564 cfclaves; 202 blancs
& 34 affranchis portant armes, 9 fucreries en brut, IOS indigoteries
21,8o1cacanyers, 83,540 cafiers, & 1,471,250 cotonneries; & en 1775,326
blancs, 427 affranchis & 8,109 efclaves; 286 blancs, & 120 affranchis
portant armes; II fucreries dont une en blanc; 1207 indigoteries 23,700
cacaoyers , 1,639.300 cafiers &c 342,500 cotonniers.
La paroifie de l'Anfe-i-Veau eft boinée à P'Et par celle du Fond-desNègres; aul Sud, en partic par la même paroiffe au moyen de la montagne
du Rochelois, & enfuite par la paroiffe d'Acquin au moyen d'une ligne
prolongée dans le fens de I'ER-Nord-Ef au Ouefi-Sed-Ouef, depuis cette
montagne du Rochelois jufque vers la montagne Carrée, &qui de là, va
du Nord au Sud jufqu'à la hauteur de Ia rivière à Mahot, pour. çourir
enfuite d'Orient à POccident; à lOueft, par Ia paroiffe du Petit-Trou au
moyen d'une ligne du Sud au Nord qui va gagner la fource de la rivière
du Baconnois, & fe terminer avec elle à la mer, cette rivière s'appelle
la rivière des Côtes-de-Fer;8 au Nord par la mer.
Cette paroiffe a environ huit lieues de long de PER à TOuefl fur une
largeur du Nord au Sud qui varie depuis 3 julqu'à 6 lieues. Elle eft fubdivifée
comme toutes Ies autres en cantons, 3 qui font pour la partie plane : le bourg
de la Petite-Rivière du Rochelois &c la Grande-rivière de Nippes fitués à PER
du bourg de l'Anfe-d-Veau; partie de T'Afile jufqu'àla rivière à Mahot,
le refte étant de la dépendance d'Acquin, & PAcul des Savanes qui font au
Sud; partie des Pins placés au Sud.Oueft, le refte étant du Petit-Trou,
& les Côtes-de-Fer qui font au Nord-Oueft. La partie montagncufe a les
trois cantons du Rochelois, du Sault, du Baril & des Cocoyers & les
portions qui bordent les cantons fitués en plaine.
La partie plane dont la direétion eft celle de la côte, n'a de la mer aux
montagnes que depuis 600 jufqu'à 1,200 toifes, ce qui ne donne guère que
la profondeur d'une habitation.
Le grand chemin du Port-au-Prince à Jérémie parcourt cette bande dans
f longucur. Il commence à fc trouver fur le territoire de la paroifie de
du Sault, du Baril & des Cocoyers & les
portions qui bordent les cantons fitués en plaine.
La partie plane dont la direétion eft celle de la côte, n'a de la mer aux
montagnes que depuis 600 jufqu'à 1,200 toifes, ce qui ne donne guère que
la profondeur d'une habitation.
Le grand chemin du Port-au-Prince à Jérémie parcourt cette bande dans
f longucur. Il commence à fc trouver fur le territoire de la paroifie de --- Page 595 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 581
T'Anfe-à-Veau aux fources Salées, où je l'ai laillé dans la Defcription de la
paroiffe du Fond.des-Negres, fur la chauffée de Miragoane. Cette chauffée eft
mal entretenue. La vale gui la borde répand une odeur infeôte. Lorfque je la
parcourus en 1788, deux voitures qui fe rencontraient ne pouvaient y paffer
fans que l'unc fc mit dans cette vafe, & encore en prenant des précautions qui
faifaient perdre beaucoup de tems. Les conteftations des habitans du Fond-desNègres &c de l'Anfe-à-Veau qui redoutent également d'être chargés de cette
partie de la route, font caufe que perfonne n'en prend foin, 8c le gouvernement autorife, par fon indécifion, des négligenccs qu'on pourrait appeler
inexcufables. Cette chauffée, qui a environ une lieue & demie , n'offre, ainfi
que fes alentours. , qu'un coup-d'ceil agrefte, flérile & falineux.
A l'extrémité de cette chaufTée, l'on arrive à l'embarcadère à Vivaud, formé
par trois cafes, & qui eft dans le Trou-Forban. placé à 200 toifes dans l'Oueft
de la pointe Orientale de la baie de Miragoane. Ily a une demi-lieue de là au
Trou-Long, mouillage de barques &c de chaloupes, & où des vifites de
corfaires inquiétantes ont fait mettre une batterie à la droite de l'embarcadère. Une dergi-lieue plus loin, eft l'anfe.Trouvée, où fe jette la rivière du
même nom, qui ne tarit jamais & qui eft la première eau douce depuis le
Petit-Goave, f l'on en excepte celle de l'étang de Miragoane, dans l'anfe
du Carenage. Ces trois points font les feuls par où la côte foit abordable
depuis la baie de Miragoane; le furplus eft côte de fer:
Le TO Décembre 1739, 7 habitans voifins de la rivière de l'anfe-Trouvée,
en préfence du lieutenant de roi du Petit-Goave 2 arrêtèrent de faire les
travaux néceffaires pour en conferver les eaux, depuis un point où elles' fe
perdaient , jufqu'à la mer. Ils fixèrent la proportion dans laquelle ils en
payeraient la dépenfe, &c chargèrent M. Abraham, Pun d'eux, d'en diriger
l'exécution. Elle fut entreprife avec l'approbation des Adminiftrateurs, &c
terminée en 1740.
On fait une lieue après l'anfe-Trouvée pour arriver à la Granderivière du Rochelois, à la rive gauche de laquelle était l'ancienne paroiffé du
Rochelois; 5 45 toifes mènent enfuite jafqu'à la Petite-rivière du Rochelois,
qi, malgré Oon peu d'immportance, eit dangereufe à paller après un débordement, un coup de vent & un raz de marée, à caufe de la mobilité de fon
fond,
une lieue après l'anfe-Trouvée pour arriver à la Granderivière du Rochelois, à la rive gauche de laquelle était l'ancienne paroiffé du
Rochelois; 5 45 toifes mènent enfuite jafqu'à la Petite-rivière du Rochelois,
qi, malgré Oon peu d'immportance, eit dangereufe à paller après un débordement, un coup de vent & un raz de marée, à caufe de la mobilité de fon
fond, --- Page 596 ---
582 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Le bourg actuel du Rochelois fuit cette rivière. La côte 1 depuis l'anfeTrouvée, eft abordable par tout jufques là. Les petites barques qui peuvent
feules mouiller devant le bourg, ont à y redouter les Nords & les raz de
marée. Des canons les y protègent. Le bourg eft compofé de 23 maifons on
cafes, qui bordent les deux côtés du chemin, dont fix ont été incendiées au
commencement de 1788; lors d'une brife violente de Sud-Eft, qui femble avertir
par cette leçon de n'y plus avoir de couverture de paille. Le fite de ce bourg,
oû font maintenant des pècheurs &c des magafiniers, eft regardé comme celui
qu'avait primitivement le bourg de Nippes. Un peu après &c proche du
chemin, eft un cimetière où l'on enterre les blancs & les nègres des environs, & qu'indique une croix.
Il y a près d'une demi-lieue de côte de fer depuis ce bourg jufqu'à la
Grande pointe, 5oo toiles de celle-ci à celle des Belles-Roches 1 puis encore
450 autres jufqu'à la pointe à Burgaux. Ces deux dernières forment l'anfe à
Pornic, dont la profondeur eft d'environ IOO toifes. Le mouillage eft bon, & les
Anglais y ont mis plufieurs fois à terre dans la guerre de 1756. Cette raifon
a fait placer une batteric à la pointe à Burgaux.
On trouve 450 toifes de cette anfe à Burgaux à la rivière Froide 1 vrai
torrent 1 fouvent dangereux à traverfer. & dont l'eau a une très-grande
fraicheur. Cette rivière n'a qu'environ cinq lieues de cours, & elle charie
du galet. A trois lieues de fa fource elle forme une efpèce de grand baffin ou
étang, dont l'iffue eft un faut d'environ cent pieds de haut, qui porte le nom
de Saut du Baril, & qui le donne à un canton. Une lieue plus loin, eft un
autre faut, mais de 15 pieds de hauteur feulement.
C'eft fur cette rivière que M. Orourke a fait conftruire 1 il y a environ
deux ans, une digue dc maçonnerie de 100 pieds de long qui la traverfe &
qui,en élevant l'eau de 14 pieds , la rend fufceptible d'arrofer cent carreaux
de plus. Ce trayail joint à celui d'un canal de fix mille toifes 3 dans des
points où il y a quelquefois 15 pieds de fouille, fait l'éloge de celui qui l'a
entrepris & qui compte qu'il ne lui revient en journées de nègres qu'à I5O
mille livres.
On voit avec plaifr un paratonnerre fur l'habitation Orourke,
Les eaux de la rivière Froide forment des concrétions, comme celles dont
je parlerai à l'articlc de la plaine des Cayes.
d'un canal de fix mille toifes 3 dans des
points où il y a quelquefois 15 pieds de fouille, fait l'éloge de celui qui l'a
entrepris & qui compte qu'il ne lui revient en journées de nègres qu'à I5O
mille livres.
On voit avec plaifr un paratonnerre fur l'habitation Orourke,
Les eaux de la rivière Froide forment des concrétions, comme celles dont
je parlerai à l'articlc de la plaine des Cayes. --- Page 597 ---
PRANÇAISE DE SAIN T-D O MINGUE, 583
La fucrerie Orourke 3 originairement Rancogne, eft la première qu'on
trouve depuis le canton de Miragoane, de la paroifle du Fond-des-Nègres.
De la rivière Froide, il y a 150 toifes jufqu'au Goiland, petit refuge pour
des bateaux, qui ont néanmoins aflez fouvent de la peine à y entrer , par les
fables que la mer dépofe à fon entrée lors des gros tems. C'eft cependant
entre la rivière Froide & le Goiland, fur un plateau de 20 à 25 pieds de
hauteur, fitué vers la mer, qu'était le fecond établiflement du bourg de Nippes,
fur le terrain de l'habitation Rancogne. L'on prétend qu'alors il eft entré
des bâtimens de 14 canons dans l'anfe de Goiland. Ily a un petit baffin que
l'on appelle encore l'étang à Canard ou l'étang à Père, parce que l'on affure
que le curé y élevait réellement de ces animaux. L'ancien cimetière eft en
ce moment celui des nègres du voifinage. Du Goiland à la Grande-rivière de
Nippes, il y a un bon quart de lieue.
Cette rivière a 25 à 30 toifes de large à fon embouchure, où eft un mouillage couvert de mangles propre à des barques, 3 & l'on peut la remonter
pendant un quart de lieue, ce qui a porté à y mettre une batterie. Durant
les pluies 1 la Grande-rivière qui eft falineufe des deux côtés jufqu'au chemin, interrompt quelquefois toute communication pendant 4 & 5 jours. Elle
charie une grande quantité de galet blanc; elle eft très-poiffonneufc.
Depuis le bourg de Miragoane jufqu'à la Grande-rivière, le chemin royal
fuit le rivage, fi ce n'eft dans les intervalles où la côte de fer veut
qu'on paffe fur des portions de terrain qui s'en éloignent. Du Trou-Long à
la Grande-rivière, ce chemin eft beau. Il y a cependant un peu à monter &c
à defcendre. après avoir pallé le Trou-Long. Dans plufieurs points 2 la route
fait rencontrer de grands campêches. Après le fol marécageux qui fuit la
baie de Miragoane 1 on rencontre du tuf & enfuite une terre rougeâtre en
allant vers la rivière Froide.
A 125 toifes de la Grande-rivière,R le trou Vafou, embarcadère pour les
canots feulement. C'eft auffi un canal de falinage de 20 à 30 toifes de large
entre deux petits mornes 1 qui mène jufqu'à 600 toifes dans les terres. De là
à la ravine à Convu, on compte 900 toites, 200 de plus jufqu'à la ravine à
&c de celle-ci,
toifes jufqu'à la pointe Eft du mouillage de
Jambette, 1
T'Anfe-à-Veau. Toute la côte, depuis l'embouchure de la Grande-rivière de
Nippes jufques la, eft de fer & inabordable.
mornes 1 qui mène jufqu'à 600 toifes dans les terres. De là
à la ravine à Convu, on compte 900 toites, 200 de plus jufqu'à la ravine à
&c de celle-ci,
toifes jufqu'à la pointe Eft du mouillage de
Jambette, 1
T'Anfe-à-Veau. Toute la côte, depuis l'embouchure de la Grande-rivière de
Nippes jufques la, eft de fer & inabordable. --- Page 598 ---
584 DESCRIPTION DE LA PAK TIE
Après la Grande-rivière , le chemin fait traverfer un terrain aride
l'on
2 puis
monte & defcend fur une terre rougeâtre remplie de pierres pour aller atteindre
le bourg de l'Anfe-à-Veau, que le chemin coupe cn deux portions, dont
l'une eft au Nord & l'autre au Sud.
Ce bourg(Voy. l'Atlas ), bâti fur une éminence dont la mer baigne la bafe
eft parfaitement à l'abri de toute infulte de la part des vaiffeaux, & l'air eft 1
pur & fain. Il eft compofé de 60 maifons dont la plus grande partie font y far
la plate-forme. Mais le chemin devenu la rue 1 trouvant au bout Nord.Oueft
du bourg, 1 devant lui, l'enfoncement du port, tourne au Sud & defcend une
rampe allez large vers le haut pour être bordée de maifons des deux côtés. A
l'Oueft de cette première rampe en eft une autre moins large 3 qui court en
ouvrant un petit angle avec l'autre, & qui conduit à l'extrémité Méridionale
du port, d'où l'on vient à l'entrée de celui-ci, ayant alors à main droite
plufieurs maifons le long du mouillage, où elles forment une efpèce de petit
bourg dominé par l'autre.
Les maifons de PAnfe-à-Veau font tout couvertes d'effentes
; plufieurs font
jolies & prefque toutes ont des galeries.
Le Port de l'Anfe-à Veau, fi toutefois ce petit enfoncement
nom, fe ferme tous les jours de plus en
mérite ce
plus par l'extenfion naturelle d'un
banc de madrépores qui en gène l'entré. Il n'y a fur cette barre
pieds d'eau dans les bafles marées, tandis qu'en dedans il que 4.ou 5
y en a douze
pieds. Cette barre s'augmente auffi par les fables &c les gravois qu'elle
rctient. Cet état qui empire & qui indique qu'on devrait
le vouloit M. de Verville, eft d'autant plus fâcheux,
curer, comme
qu'il n'y a pas de
meilleur mouillage depuis la baie de Miragoane jufqu'à celle des Baradères.
Pour le protéger il y a une batterie furle bout Nord-Oueft de l'éminence
du bourg qui a là, 47 picds d'élévation au-deffus de la mer, &
qu'on ne
peut pas aborder.
Comme les ennemis établiffent ordinairement leur croifère fur cette côte,
lorfqu'on n'y craint plus les Nords, foit pour prendre les
foit
tenter
caboteurs,
avec des canots des defcentes noéturnes afin d'enlever
pour
il faudrait de plus deux mortiers fur cette pointe du
quelques nègres,
bourg.
J'ai déjà défigné deux endroits qu'a occupé le bourg de
il
devint le bourg de P'Anfe-à-Veau
Nippes. Enfin,i
en prenant le nom de morne où on le
voit,
'on n'y craint plus les Nords, foit pour prendre les
foit
tenter
caboteurs,
avec des canots des defcentes noéturnes afin d'enlever
pour
il faudrait de plus deux mortiers fur cette pointe du
quelques nègres,
bourg.
J'ai déjà défigné deux endroits qu'a occupé le bourg de
il
devint le bourg de P'Anfe-à-Veau
Nippes. Enfin,i
en prenant le nom de morne où on le
voit, --- Page 599 ---
FRANÇAISE D E SAINT-D OMIN GUE.
voit, & qui fut choifi par une circonftance aflez fingulière. Un abbé Redon,
echappé à la pefte de Marfeille, avait fait vocu d'élever une chapelle
à Saint-Roch, dans le lieu où il deviendrait curé; étant celui du bourg de
Nippes, il conftruifit la chapelle fur le morne-à-Veau & elle devint la
première églife de ce lieu quand on y tranfporta le bourg.
Celui-ci a un afpect peu agréable à caufe des inégalités de fon fol chargé
de pierres. L'églife qui eft de maçonnerie, & qui a été bâtie en 1740, fur
le modèle de l'ancienne églife de Léogane, eft au bout d'une efpèce de
place. Elle fut très-lézardée par le tremblement de terre de 1770a ainfi que
le prefbytère, &c ces édifices femblèrent même avoir marqué le point le plus
Occidental de cette bande Nord de la Partie du Sud où ce cruel événement
fe foit fait fentir d'une manière remarquable. Elle a été réparée, &c l'on y
a ajouté un porche & un mur de fix pieds de hauteur qui ferme le prefbytère
& où eft une claire-voye du côté de la mer. Cette églife eft fous l'invocation
de Sainte-Anne ; celle qui l'avait précédée était dédiée à Saint-Louis comme
celle du dernier bourg de Nippes. Ses regiftres ne remontent qu'au 8 Septembre 1701; on a bien trouvé des feuilles volantes antérieures, mais
prefque dévorées par les poux de bois &c prefque illifibles , parce qu'on s'était
fervi d'indigo au lieu d'encre. Le cimetière eft dans lOueft &c fans clôture ;
il n'eft pas rare que les animaux y déterrent les morts.
La population du bourg eft de 15O blancs, 9 80 affranchis &c 180 efclaves.
L'ordonnance du 8 Septembre 1775,y a mis un prévôt, un exempt, un brigadier & quatre archers de maréchauffée. On y a aufli un bureau de la pofte
aux lettres.
J'ai dit, à l'article de la Gonave 1 que le point le plus Occidental de cette
petite Iile correfpond au bourg de T'Anfe-à-Veau, &c c'eft une des caufes qui
appellent les croifeurs dans cette partie , par la facilité de reconnaître tout ce
qui palle dans le canal de la Gonave.
C'eft dans ce canal, &x à environ 9,800 toifes dans le
5 degrés,
Nord,
3 30
minutes Eft du bourg de la Petite-rivière du Rochelois 1 qu'eft le reffif nommé
le Rocbelois, qui à caufe du naufrage d'un bâtiment de la Rochelle, a donné ce
nom à tout ce qui s'appelle le Rochelois dans ce point de la Colonie, M. de
la Luzerne l'a fait également reconnaitre par M. de Sepmanville en 1787. Cet
officier a trouvé la largeur totale du haut-fond, de 2,000 toifes a-peu-près,
Tome II.
E ee
du Rochelois 1 qu'eft le reffif nommé
le Rocbelois, qui à caufe du naufrage d'un bâtiment de la Rochelle, a donné ce
nom à tout ce qui s'appelle le Rochelois dans ce point de la Colonie, M. de
la Luzerne l'a fait également reconnaitre par M. de Sepmanville en 1787. Cet
officier a trouvé la largeur totale du haut-fond, de 2,000 toifes a-peu-près,
Tome II.
E ee --- Page 600 ---
586 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
du Nord au Sud, & fa longueur, de 3,155 toifes de P'Ef à l'Oueft. Les
roches qui font vers fon milieu, & que les caboteurs appellent les Pirogues 9
ont environ 125 toifes. Elles découvrent à bafle-mer & l'on n'en apperçoit
que trois pointes lorique la mer eft haute. M. de Sepmanville a conclu la
latitude du milieu de ces roches de 18 degrés, 37 minutes, 20 fecondes 7 &
leur longitude eft de 75 degrés, 36 minutes, 54 fecondes. Il efl très-prudent de
les éviter. Il y a plus d'efpace pour louvoyer au Nord qu'au Sud, mais il
faut fe tenir à une petite demi-lieue de la Gonave. Si l'on pafle au Sud 9
ajoute M. de Sepmanville, on peut ranger la côte de Saint-Domingue 3 qui
eft faine dans cette partie.
Le bourg de l'Anfe-à-Veau eft le point de réunion des chemins de Ia
paroiffe. Le chemin royal qui va vers le Petit-Trou,defcend la rampe du
bourg &c traverfe fur la droite, à 276 toifes de là,la rivière de l'Anfe-à-Veau
ou de l'Acul des Savannes, qui fe jette dans le port & qui contribue à
l'oblruer, parce qu'elle y charie des fables. Elle ne prend naiflance qu'à deux
lieues de fon embouchure mais comme elle reçoit les eaux de plufieurs
autres 3 elle ne tarit jamais. Les blanchifleufes viennent y laver au point où
eft le chemin.
Arrivé là, la grande route prend la direêtion de P'Ef à T'Oueft, parallèlement
àl la côte, qui dans les deux fortes lieues qu'elle occupe encore fur la paroiffe
de T'Anfe-à-Veau, & jufqu'à la rencontre du point où commence celle du
Petit-Trou, eft inacceflible, & n'a dans toute fa côte de fer, qui eft même
quelquefois de 60 pieds d'élévation, qu'une petite anfe appellée Ia ravine
à Pichot, où un canot trouve accès, mais fans pouvoir pénétrer dans la
côte même. Il y a encore des bois de haute-futaye dans plufieurs points,
depuis cette côte jufqu'à 5 & 600 toifes vers les terres. Le chemin coupe
en deux prefque toutes les habitations.
A 288 toifes de la rivière, le voyageur trouve un morne de tuf aflez confidérable, , appellé morne à Bucher, du nom de, l'habitation voifine. Mais un
nouveau tracé le lui fait parcourir par une pente adoucie. A fa gauche, il
al un étang faumâtre appellé l'étang de lAnfe-à-Veau, & où l'on trouve du
poiffon &c de bonnes anguilles. On a parlé fouvent de jetter la rivière de
PAnfe-à-Veau dans cet étang pour qu'elle ne comblât pas le port.
Après le morne, le terrain eft encore de tuf, puis. il devient graveleux
nouveau tracé le lui fait parcourir par une pente adoucie. A fa gauche, il
al un étang faumâtre appellé l'étang de lAnfe-à-Veau, & où l'on trouve du
poiffon &c de bonnes anguilles. On a parlé fouvent de jetter la rivière de
PAnfe-à-Veau dans cet étang pour qu'elle ne comblât pas le port.
Après le morne, le terrain eft encore de tuf, puis. il devient graveleux --- Page 601 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
& même aride jufqu'à ce qu'on arrive à la fucrerie Berthe, fituée
du chemin. Elle eft
&
au Nord
très-confidérable, l'on y fait aufli du coton & de l'indigo.
Après elle, eft la fucrerie de M. de Laval, colonel du régiment du Portau-Prince. Elle occupe les deux côtés du chemin. 3 mais les établiffemens
font au Sud, & ils font dignes de
attendu
remarque 1
que le goût & la
commodité, qu'on prend rarement pour architeêtes dans les campagnes de
Saint-Domingue, ont préfidé à leur conftruction.
Après la fucrerie Laval, , le chemin eft bordé d'indigoteries. Si
jugeait d'après l'afpect que leur donne la faifon
on les
féche, on imaginerait difficilement qu'elles font très-produ@tives. Il y en a dont le produit annuel a
donné jufqu'à 1,400 francs par tête de nègres. Enfin on arrive à la rivière
du Baconnais, limite de la paroiffe de l'Anfe-à-Veau &x de celle du Petit-Trou.
Elle prend fa fource au pied du gros morne du Baconnais &
on le fait, la rivière des Côtes-de-Fer à fon embouchure. s'appelle, comme
La côte de la paroiffe de lAnfe-à-Veau, vue de la mer, eft
côtes de fer contraftent avec Ia
eft
agréable. Les
plaine , qui peu étendue à la vérité, &
les anfes forment des échappées plus ou moins riantes. Tous les habitans
leurs maifons fur des tertres ou des éminences qui animent
ont
peétive terminée par des montagnes plus ou moins
encore cette perfpittorefques; fi la vue fe
fur le côté oppofé, Ia Gonave mêle aufli de l'intérêt
porte
au tableau.
En allant de T'Anfe-à-Veau au Petit-Trou, on trouve,
P'Acul des
9 après Ia rivière de
Savanes, un embranchement de chemin
mène
au canton de PAcul des Savanes
qui
par une gorge
> petite plaine environnée de montagnes d'un
difficile accès, éloignée d'une à deux lieues, remplie d'immenfes
& où le fol décèle du fer. On y trouve auffi une
favanettes,
le
pierre qui a du brillant &
qui coupe verre comme le diamant. On en fort par une autre
mène au canton de l'Afile.
gorge qui
Ce canton 1 placé à environ quatre lieues vers le Sud-Sud-Oueft du
de l'Anfe-i-Veau, eft celui où j'ai dit
avait
bourg
& où eft encore ce
qu'on
mis une chapelle en 1729,
qu'on nomme le vieux bourg de l'Afile, Il ne
à être cultivé que vers 1719. Les
commença
Décembre
Adminiftrateurs, 3 par une ordonnance du
1765, en avaient fait une paroiffe, bornée à PEft de la
des Trois-Palmiftes de manière à lui donner la colline à
ravine
Stait à la paroiffe d'Acquin; 3 à l'Oueft, le
Mangon 2 qu'on
par canton de Plaifance, qui fépare
E cce 2
'Afile, Il ne
à être cultivé que vers 1719. Les
commença
Décembre
Adminiftrateurs, 3 par une ordonnance du
1765, en avaient fait une paroiffe, bornée à PEft de la
des Trois-Palmiftes de manière à lui donner la colline à
ravine
Stait à la paroiffe d'Acquin; 3 à l'Oueft, le
Mangon 2 qu'on
par canton de Plaifance, qui fépare
E cce 2 --- Page 602 ---
533 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
la paroiffe du Petit-Trou de celle de Cavaillon ; au Nord du morne du Fond
le Retour, en fuivant la Grande-rivière de Nippes; & au Sud du morne vul.
gairement appellé le morne de l'Afile. Cette paroiffe fut en outre placéc dans
lc territoire de la Sénéchaufféc dc Saint-Louis.
Je ne fais pourquoi cet étubliffement ne s'eft pas effeôtué. La vérité eft
qu'il ferait bien naturel qu'il fe réalifât, 8c qu'en le donnant à la Sénéchauffée
de Saint-Louis qui en a déjà une partie dans l'état aétuel des chofes, on
rendit la paroiffe de Fond-des-Negres à la Sénéchaufléc du Petit-Goave. Celleci vient tout près du territoire de Saint-Louis, exercer des fonctions dans
une partie de P'Afile.
Le canton de PAfile, oû l'on comptc maintenant 140 habitans, eft affex
haché. Depuis que le prix du café échauffe toutes les têtes, on tente de lui
en faire produire, quoique le fol ne lui paraiffe pas fort analogue. Il eft trèsarrofé : la rivière des Pins 3 celle d'Ange & celle Serpente, en fe réuniffant
au point qu'on nomme le Fourq, forment Ia Grande-rivière de Nippes 2 que
d'autres appellent auffi dans cette partie la rivière de PAfle. On a ellayé
autrefois d'y avoir des hattes, mais elles n'ont pas réufli à caufe des féchereffes
& des débordemens des rivières. On y a vu cependant des bocufs qui pefaient
jufqu'à 5 & 600 livres.
Mais l'Afile eft intéreflant fous des rapports politiques, parce qu'on y
vient en voiture du bourg de T'Anfe-àVeau & qu'on va de là auffi cn voiture
au bourg d'Acquin, parcourant en tout une route d'environ 1O lieues, dont
il y a plus de la moitié fur la paroiffe de l'Anfe-à-Veau.
L'Afile a auffi une communication avec le Rochelois & le bas de Ia Granderivière de Nippes; une avec le canton des Pins , qu'il a dans POueft, & de là
avec le Petit-Trou, & même une, quoique mal ébauchée, avec les Cayes
par le canton de Plaifance. L'Afle cft donc en quelque forte le réduit naturel
d'une grande étendue de pays pris fur l'une & l'autre face du prolongement
de PIfe, qui forme la Partie du Sud de la Colonie ; & c'eft même dans un
des points où ce prolongement eft le plus étroit, car il n'y a, dit-on, que
13,000 toifes en ligne droite de l'embarcadère de P'Anfe-à-Veau à celui d'Acquin.
On prétend même que lcs caux qui coulent à FAfle pourraient aller indifféremment vers les deux points.
Il y aàl PAfle un exempt, un brigadier & 4 archers de Maréchaufce
du Sud de la Colonie ; & c'eft même dans un
des points où ce prolongement eft le plus étroit, car il n'y a, dit-on, que
13,000 toifes en ligne droite de l'embarcadère de P'Anfe-à-Veau à celui d'Acquin.
On prétend même que lcs caux qui coulent à FAfle pourraient aller indifféremment vers les deux points.
Il y aàl PAfle un exempt, un brigadier & 4 archers de Maréchaufce --- Page 603 ---
FRANÇAIS E. DE SAINT-DOMINGUE, 589
pour lefquels on a confiruit récemment un corps-de-garde. On y voit auffi un
bureau de pofte,& un au bourg du Rochelois.
La température de la paroiffe de TAnfe-à-Vean eft fujette à de grandes.
viciflitudes. Quoiqu'il y tombe annuellement de 80 à 90 pouces d'eau,elle
éprouve des fécherefles, & d'autres fois elle a jufqu'à 120 pouces d'eau dans
une année. Elle reçoit les pluies des Nords, & en 1685 elle en éprouva
même de violentes.
Marie Savane , négreffe libre 9 mourut al'Anfe-à-Veau au mois de Décembre 1768, à l'âge de I14 ans. Elle avait toute fa préfence d'efprit & fe
rappellait bien tous les événemens.
La Grande-rivière de Nippes & la rivière Froide contiennent des carpes.
Il y a fur l'habitation Orourke, voifine de cette dernière, des agathes herborifées.
Cette paroiffe a 6 fucreries , 96 indigoteries ou cotonneries, 40 cafeteries
& une poterie. On y cultive en outre de la graine d'indigo & des vivres du
pays, & l'on y fait du merrain & des_effentes. Elle a éprouvé, en 1778,la
mortalité de l'indigo bâtard.
Si le port de PAnfe-à-Veau pouvait admettre de grands bâtimens, , la culture
s'accroitrait, & principalement en fucre 3 mais on eft borné au cabotage,
Toutes les femaines il part des pallagers pour le Port-au-Prince, où ils fe
rendent en 5 ou 6 jours. En tems de guerre, les rifques font exigér 30 liv.
par barrique de fucre, 6 par baril d'indigo 1 15 par balle de coton ; au retour
on donne I-2 liv. pour une barrique de vin, 6 pour un baril de farine,
ce qui devient une grande furcharge pour les frais d'exploitation. Un blanc
paye 4 gourdes en fe nourriffant pour une traverfée fur ces barques paffagères.
La population eft de 650 blaucs, 350 affranchis & 8,028 efclaves.
On trouve le long du bord de la mer, dans les côtes de fer, des caverneg
qui paraiffent avoir été travaillées par des hommes, &c les montagnes offrent
aufli plufieurs preuves de l'habitation des anciens Naturels.
La milice préfente 158 blancs & 118 afiranchis.
L'Anfe-à-Veau eft du commandement, de la Sénéchauffee & de P'Amirauté
du Petit-Goave.
is & 8,028 efclaves.
On trouve le long du bord de la mer, dans les côtes de fer, des caverneg
qui paraiffent avoir été travaillées par des hommes, &c les montagnes offrent
aufli plufieurs preuves de l'habitation des anciens Naturels.
La milice préfente 158 blancs & 118 afiranchis.
L'Anfe-à-Veau eft du commandement, de la Sénéchauffee & de P'Amirauté
du Petit-Goave. --- Page 604 ---
590 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
On compte de l'églife de l'Anfe-à-Veau
A celle du Petit-Goave.
15 lieues, 1 A celle d'Acquin,
1o lieues.
-Fond-d -des-Nègres,
du Petit-Trou,
C'eft au canton de l'Afile, dans la paroiffe de l'Anfe-à-Veau, que demeure M.
Robert Coëls, Suiffe, qui confacre une grande partie de fes momens à des
obfervations fur l'agriculture Coloniale. II en a communiqué plufieurs à la Société
des Sciences & Arts du Cap-Français, qui l'ont fait adopter par cette Compagnie
& qui font défirer la publication d'un ouvrage dont il eft occupé depuis longtems fur cette matière.
XLIL
PAROISSE DU PETIT-TRou.
CETTE paroiffe tire fon nom d'un petit baffin ou enfoncement qui lui fervait
de port, &c qu'on appellait autrefois le Petit-Trou de Nippes. Elle a pour
limites, à PER, la paroiffe de P'Anfe-à-Veau ; au Sud, les paroifles
d'Acquin 3
de Saint-Louis & de Cavaillon, au moyen de la rivière des Pins & d'une
ligne dirigée de PER à POueft, & allant jufqu'à la hauteur du canton de
Plymouth ; à TOueft, par la paroiffe de Jérémie 7 au moyen d'une ligne
allant du Sud au Nord, jufqu'à la mer. 2 en coupant les cantons de
Plymouth 9
& des Caimites ; au Nord, par la mer.
On a vu, dans la Defcription de PAnfe-à-Veau, que le territoire du PetitTrou formait avec le fien ce qu'on nommait l'ancien Quartier, &
l'ancienne paroiffe de Nippes, & que le Petit-Trou eut vers 1727 une chapelle
fuccurfale de T'Anfe-à-Veau & dédiée à Saint-Nicolas.
Le 8 Septembre 1738 > les Adminiftrateurs érigèrent le Petit-Trou en paroille, qui a été mile fous linvocation de Notre-Dame de Bon-Secours, qu'on
célèbre le 8 Septembre de chaque année, Le premier aéte de fon églife
remonte au 16 Février 1740.
La partie plane du Petit-Trou eft divifée en trois parties ; celle du PetitTrou proprement dit, celle des Baradères & celle de la rivière Salée,
à Saint-Nicolas.
Le 8 Septembre 1738 > les Adminiftrateurs érigèrent le Petit-Trou en paroille, qui a été mile fous linvocation de Notre-Dame de Bon-Secours, qu'on
célèbre le 8 Septembre de chaque année, Le premier aéte de fon églife
remonte au 16 Février 1740.
La partie plane du Petit-Trou eft divifée en trois parties ; celle du PetitTrou proprement dit, celle des Baradères & celle de la rivière Salée, --- Page 605 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 591
Sa partie montagneufe comprend partie du canton des Pins, qu'elle partage
aveel'Anfe-a-Veau &c qui eft au Sud-Eft; le Saut, qui eft au Sud ; Plaifance,
qui eft au Sud-Sud-Oueft; &c les hauteurs des Baradères, qui font au SudOueft.
La plaine du Petit-Trou s'étend de PEft à POueft 1 depuis la rivière du
Baconnais, , qui fait la limite entre les paroiffes de l'Anfe-à-Veau & du PetitTrou, jufqu'à la Grande-ravine des Baradères, ce qui fait environ fix lieues 2
fur une largeur moyenne d'une demi-lieue.
Le grand chemin royal qui la traverie , partant de la rivière du Baconnais
ou des Côtes-de-Fer, dont le lit n'a pas d'eau dans les tems fecs, pafle fucceflivement plufieurs fucreries 8 plufieurs indigoteries. 3 jufqu'à ce qu'on fe
Méridionale du bourg. La terre
trouve au point qui correfpond àl'extrémité
eft d'une très-bonne qualité dans cet efpace & le chemin très-beau. On rencontre à environ trois quarts de lieue avant le bourg, le carrefour que forme
avec la grande route le chemin qui conduit vers le Sud au canton des Pins $
en pallant par celui du Saut, & dans lequel on peut faire une lieue en
voiture, à partir de cette croifée.
Sur la côte qui, comme je l'ai dit, eft de fer depuis le bourg de P'Anfe-àVeau jufqu'à celui du Petit-Trou, on trouve fur le territoire de la paroiffe
actuelle, & à 700 toifes de fon bourg 7 le Trou-Forban, enfoncement affez
dangereux dans les côtes de fer mème, où de petits bâtimens peuvent
mouiller très-près de terre 3 mais où la defcente eft prefque impoflible.
Dans la guerre de 1756, la Hyacinthe, de 12 canons, chaffée par les Anglais, 2
vint s'y mettre.
A 350 toiles avant le bourg, eft la ravine à Picard, petite anfe qu'on
peut defcendre & gagner de là le bourg
devrait protéger 2 parce qu'on
y
même.
Celui-ci eft affis fur le roc & dans une pofition aflez falubre 7 quoiqu'il ait
des portions marécageufes dans fon voifinage. Il confifte en 40 maifons couvertes d'effentes 1 dont 3 ou 4 feulement font paffables ; le refte n'eft qu'un
de
cafes. Léglife conftruite en pierres de taille 3 eft belle & n'a
amas petites
nullement fouffert du tremblement de terre de 1770. Elle eft dans PEt du
bourg &c faifant face à POueft. Le prefbytère lui eft contigu. Le cimetière qui
était autrefois derrière l'églife, a été reculé vers l'anfe à Picard.
3 ou 4 feulement font paffables ; le refte n'eft qu'un
de
cafes. Léglife conftruite en pierres de taille 3 eft belle & n'a
amas petites
nullement fouffert du tremblement de terre de 1770. Elle eft dans PEt du
bourg &c faifant face à POueft. Le prefbytère lui eft contigu. Le cimetière qui
était autrefois derrière l'églife, a été reculé vers l'anfe à Picard. --- Page 606 ---
592 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Autrefois les bâtimens venaient mouiller devant la partie Occidentale
de ce bourg, oà ils étaient expofés à tous les vents & notamment à ceux du
Nord pendant lefquels l'accès de ce point eft interdit aux plus petites embarcations. Les Nords, qui règnent d'ordinaire fix mois, d'Oétobre en Avril,
foufflent même quelquefois fubitement pendant les fix autres mois, depuis le
Cap Dalmarie jufques vers Miragoane, &c excitent des raz-de-marée fi
violens 3 qu'ils font périr, corps & biens, les plus petits canots i & le PetitTrou offre un grand nombre d'exemples de ce genre.
Si, comme on le prétend, M. de Lécoflois yur conmandait dans cette
partie, 3
en laiffant prendre cette pofition pour le bourg, a cédé aux inftances de M. le
Gardcur de Tilly, fon ami, dont l'habitation était voifine ; il mérite de juftes
reproches pour ce facrifice de fon devoir que amié,mimeinponuts, ne
devrait jamais obtenir.
Encore en 1751, des bateaux pouroient mouiller affez commodément
dans cctte cfpèce de port. En 1764, ils n'y arrivaient qu'en touchant. En
1774 il n'y avait pallage que pour des embarcations auxquelles 4 pieds
d'eau fuflifoient; à préfent cet avantage eft abfolument perdu par l'accroiffement des madrépores. On y avait fait une ancienne chauffée, réparée vers
1774,1 mais ellc n'a pas fervi long-tems.
Ce lieu eft défendu par une batterie à barbette, de forme circulaire,
conftruite en 1757 fur un reflif qui avance ( Voy. l'Atlas où le Petit-Trou
offre même un divertiffement de Nègres ). On y eft vu jufqu'à la boucle
du foulier. Dans la guerre de 1756, un frégate anglaife vint fe mettre
dans fon Nord-Oueft, & obligea tout le monde à fe tenir ventre à terre dans
le boyau de communication. Elle tua du monde & culbuta tous les canons.
Un corfaire vint aufli au mois d'Avril 1761, prendre un bateau en fe
mettant entre lui &c cette batterie.
Lc batterie du Petit-Trou forme la Pointe-Orientale de la baie des
Baradères, dont l'ouverture jufqu'à la pointe du Bec du Marfouin, eft
d'environ deux lieues & un quart; fon plus grand enfoncement, qui eft
du Nord-Eft au Sud-Oueft, a quatre lieues & demie, & fon contour environ
douze lieues de côte.
A-peu-près vcrs le milicu de cette baie, & à fon entrée eft un banc d'une
lieue & demic de longueur Ef & Oueft, fur une largeur d'environ une
demi,
verture jufqu'à la pointe du Bec du Marfouin, eft
d'environ deux lieues & un quart; fon plus grand enfoncement, qui eft
du Nord-Eft au Sud-Oueft, a quatre lieues & demie, & fon contour environ
douze lieues de côte.
A-peu-près vcrs le milicu de cette baie, & à fon entrée eft un banc d'une
lieue & demic de longueur Ef & Oueft, fur une largeur d'environ une
demi, --- Page 607 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 593
demi-lieue réduite, fur lequel il n'y a point aflez d'eau pour les moindres
bâtimens.
En fuivant la baie, on trouve à 400 toifes du Petit-Trou , la pointe
à Poulard qui précède l'enfoncement d'environ 420 toifes appellé les
Petites-Anfes, que l'on va gaguer du bourg par une petite langue de fable
& de galets que les lames envoyent fur le rivage 8c qui empèche que
le marécage formé à lOueft de ce bourg ne s'écoule. La côte de fer
continue fous l'eau depuis la pointe à Picard jufques vers cette pointe. $
& va rejoindre l'Oueft du grand banc de la baie des Baradères dont je
viens de parler. Il refte cependant trois palles pour gagner les PetitesAnfes; une entre deux ilets qui touchent le banc à PER; une entre ceux-ci, &
l'ilet i Frégate, & une entre ce dernier &c la terre.
A 1,600 toifes après les Petites-Anfes, eft l'anfe de la Picolet, ainfi appellée
du nom d'un de fes anciens propriétaires. Elle eft couverte * du côté de la mer,
des mangles & des marécages & placée à-peu-près Nord 8 Sud avec Pilet
par à Pècheur, dont elle eft éloignée d'un quart de lieue. C'eft entre la Picolet
&c cet ilet que fe mettent à préfent les bâtimens qui font tout le cabotage
de cette partie, 8c qu'à l'abri des ilets on prend les denrées &x l'on apporte
les approvilfionnemens. J'y ai vu, en 1788, un brigantin, deux bateaux &c
deux gocletes. :On s'occupe de faire aux Petites-Anfes un embarcadère
&c des magafins publics qui jouiront d'une mer tranquille & d'un abord
facile. Sans doute qu'on fortifiera ce point & qu'on interdira par là aux
ennemis les trois pafles qui-y conduifent de l'extérieur de la baie.
De la Picolet à la ravine à PEau, on trouve 1,150 toifes, puis 1,200 de
cclle-ci à la ravine du Mapou ; 750 enfuite pour gagner la Mère-Nourrice,
& encore 1,000 toifes de cette dernière à l'embouchure de la Grande-rivière
des Baradères. Toute cette partie de côtes eft garnie de vafes. & de mangliers.
A environ 800 toifes de l'embouchure de la Grande-rivière, les mornes
la côte jufqu'à Pembouchure de la rivière-Salée, qui eft à 1,800
joignent
toifes de celle des Baradères. On pourrait mettre un bourg fur l'une ou l'autre
de fes rives. Le mouillage des navires' & des frégates eft à environ IOO toifes
de fon embouchure. 5 & celui des gros vaiffeaux à 150 toifes plus au large.
A 800 toifes vers le Sud-Sud-Oueft de l'embouchure de la rivière Salée,
eft Pilet à Viard ou à Pornic. Il eft affez grand, & pourrait fervir à
Ffff
Tome II.
celle des Baradères. On pourrait mettre un bourg fur l'une ou l'autre
de fes rives. Le mouillage des navires' & des frégates eft à environ IOO toifes
de fon embouchure. 5 & celui des gros vaiffeaux à 150 toifes plus au large.
A 800 toifes vers le Sud-Sud-Oueft de l'embouchure de la rivière Salée,
eft Pilet à Viard ou à Pornic. Il eft affez grand, & pourrait fervir à
Ffff
Tome II. --- Page 608 ---
594 DESCRIPTION DE LA PARTIE
protéger l'entrée de la Grande.rivière & de la rivière Salée. Des pècheurs
y ont formé des établiffemens. A 1,000 toifes de celui-là dans le Nord-Oueft
el l'ilet à Cabrit, qui forme la pointe Orientale de ce qu'on nomme le Fond.
des-Baradères au milieu de l'entrée duquel eft l'ilet à Lézard.
Vers le Nord-Eft de ce dernier ilet, 2 font deux aculs ou petites baies,
qu'on nomme le grand &c le petit Détroit. Le premier qui a, à fon entrée,
l'ilet à Anet & dont l'enfoncement eft d'environ 650 toifes, forme la prefqu'ile
du Beda.Marfouin,large de 375 toifes. Le fecond eft plus au Nord, au point
d'oà l'on va aux Grandes-Anfes du côté des Caimites.
Le Bec-du-Marfouin eft ce qui forme l'autre côté de la baie des Baradères.
Il a près de 5 lieues de longueur Sud-Oueft &c Nord-Eft, fur une largeur
qui varie depuis 375 toifes, jufqu'à 1,500. Le manque d'cau douce a enpeché d'y avoir des établiflemens de culture. On y fait du bois de charpente
qui: eft très-eftimé, & quelques pêcheurs y conftruifent des cafes; mais dès
que la guerre eft declarée, tous fes habitans fe retirent dans la crainte des
incurfions des corfaires.
Depuis la pointe du Grand-Boucan qui eft prefque en face de la pointe
Oueft du grand reflif de la baie 5 la côte du Bec-du-Marfouin eft de fer jufques
fur fa face Occidentale aux Grandes-Anfes: Comme les gros vaiffeaux en
entrant ou en fortant de la baie font obligés de ranger la côte du Bec-à-Marfouin: pour éviter Ie grand reffif, on a mis une batterie au Grand-Boucan.
L'extrémité du Bec, vers la mer, eft formée de deux parties, 3 dont la plus
élevée ne couvre pas toute la longueur de celle inférieure, circonftance qui
fait que quelques perfonnes les appelent les Machoires du Marfouin.
En général , la baie des Baradères eft mal connue à caufe des ilets & des
haut-fonds fans nombre qui y font & qui offrent plufieurs mouillages &
>'
M. de Puyfégur exhorte à ne pas s'y hafarder fans pilote. Il faut avouer
quoique cela foit honteux à confeffer, que les Anglais font plus familiarifés ,
avec fes localités que nous 1 & que fouvent ils s'en font fervis pour s'emparer
de bâtimens qui fe croyaient fort en fireté. On détruit auffi des afiles réels en
écorçant les mangles pour faire du tan, & cètte opération 3 à la fuite de laquelle
ils périffent, 2 découvre des points qui auparavant étaient cachés & défendus
contre l'impétuofité des vents.
Anglais font plus familiarifés ,
avec fes localités que nous 1 & que fouvent ils s'en font fervis pour s'emparer
de bâtimens qui fe croyaient fort en fireté. On détruit auffi des afiles réels en
écorçant les mangles pour faire du tan, & cètte opération 3 à la fuite de laquelle
ils périffent, 2 découvre des points qui auparavant étaient cachés & défendus
contre l'impétuofité des vents. --- Page 609 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Le vaifleau du roi le Hardi, de 64 canons 7 commandé par M. de Ia
Touche Tréville, a mouillé aux Baradères en 1766.
La face oppofée du Bec-du-Marfouin appartient à la baie des Caimites,
qui s'étend depuis le Bec-du-Marfouin jufqu'à la pointe du Patte-Large, ce
qui fait au moins dix lieues d'ouverture & environ deux lieues de profondeur moyenne. Cette étendue 9 qui a reçu fon nom de la grande quantité
de l'efpèce de Caimites appellées fauvages ou maronnes qu'on y voit, eft couverte par des ilets appellés Caïmites auli & par des reflifs.
On compte environ une lieue & demie depuis la pointe Eft du Bec-duMarfouin, dont M. de' Puyfégur marque la latitude à 18 degrés,3 minutes,
40 fecondes, 3 & la longitude à 75 degrés, 55 minutes, 27 fecondes, jufqu'à
la pointe des Lataniers, & un peu plus de deux lieues de cellc-ci à la
pointe Fantafque, qui forme, avec la pointe de la grande Caimite, l'une
des palles par où l'on peut entrer dans la baie des Caïmites, Chacune de
ces deux pointes a des reffifs qui ne laiflent que 300 toifes de large à la
paffe, dont de gros bâteaux petvent feuls profiter.
Au point qui correfpond au petit Détroit, font les Grandes-Anfes, où
mouilient de petites barques ; & au point qui correfpond au grand Détroit,
eft le Boucan-Boulanger, où des canots peuvent entrer.
De la pointe Fantafque jufqu'àla rivière Salée de la côte des Caimites, if
y a deux lieues trois-quarts. La baie des Garçons Ia précède. De la rivière
Salée au Lamantin, il y a 1,600 toifes 1 puis 1,700 jufqu'à la Voûte-auxIndes 2 & environ un quart de lieue de plus jufqu'à l'embarcadère à Peflel,
tout me dit de prendre pour la limite entre le Petit-Trou & Jérémie, quoique que M.
Gallouin > arpenteur du Petit-Goave, ait, en 1779, reculé cette limite de deux
lieues dans l'Oueft, jufqu'à la baie Bourbeufe.
D'abord cette opération a été faite hors de Ia préfence de tous ceux qui
avaient intérêt à ftipuler en faveur de Jérémie; : elle l'a été à une époque ot
toute cette partie était encore peu habitée ) puifqu'une ordonnance des Adminiftrateurs, du 18 Oétobre 1773 1 réuniffait au domaine tous les terrains
non cultivés qui fe trouveraient entre la Grande-rivière des Baradères & celle
du Corail dans l'Oueft, & entre les Caïmites & les montagnes de la Hotte. L'on
devait donc regarder comme une chofe affez indifférente,
1 que quelques lieues
de plus ou de moins fuffent jettées dans une dépendance ou dans l'autre.
Ffffz
ordonnance des Adminiftrateurs, du 18 Oétobre 1773 1 réuniffait au domaine tous les terrains
non cultivés qui fe trouveraient entre la Grande-rivière des Baradères & celle
du Corail dans l'Oueft, & entre les Caïmites & les montagnes de la Hotte. L'on
devait donc regarder comme une chofe affez indifférente,
1 que quelques lieues
de plus ou de moins fuffent jettées dans une dépendance ou dans l'autre.
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596 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Mais aujourd'hui ce n'eft plus. la même chofe, & mener au Petit-Goave pour
des rapports militaires ou judiciaires des habitans qui en font éloignés de
plus de 25 lieues &c qui ne peuvent y être conduits. par aucune des aétions
de la vie commune, c'eft compter. pour rien tous les. principes en matière de
délimitation. D'un autre côté, celle dé 1779 a été attaquée par Jérémie. M.
d'Autichamp, commandant en fecond par intérim de la Partie du Sud, lui
en avait fubftitué une autre, &c dans la réalité iln'y en a point de revêtue
d'un caractère certain. Ainfi, prendre pour limites l'embarcadère Peftel & le
chemin de Plymouth qui y conduit du Sud au Nord, c'eft adopter ce que la
nature femble offrir elle-mème pour lever la difficulté.
Mais comme dans tous les fyltèmes ce qui forme le mouillage de la baie
des Caimites eft fur la partie qui doit demeurer à la paroiffe du Petit-Trou,
je crois devoir comprendre ce mouillage dans la Defcription de cette paroiffe.
Le plus grand des ilets qui le forme & que pour cette raifon l'on nomme
la grande Caïmite, a environ deux lieues carrées de furface. M. de Puyfégur
donne à fa pointe la plus Septentrionale, 18 degrés,39 minutes, 25 fecondes.,
de latitude 3 &c 76 degrés. 1 9 minutes, 30 fecondes de longitude. On y a
de beaux bois & de l'eau dans un point appellé le Trou-à-FEau. Dans la
guerre de 1756, c'était une relâche & un lieu de rafraichiflemens pour les
corfaires anglais.
Le 6 Février 1770, M. de Bongars, 1 intendant, concéda à M. le prince
de Rohan, gouverneur-genéral de la Colonie, 225 carreaux de terre dans la
partie Sud-Eft de la grande Caimite, pour hatte & corail; le même jour 3
les deux Adminiftrateurs concédèrent, IO. 225 carreaux dans le Nord-Eft à
M. de Saint-Martin, qui les céda à M. le prince de Rohan, & 20, à M.
Marchand, dans le Sud de PIlle &c à fon milieu, 3 225 carreaux, qu'il céda
le lendemain 7,à M. Dubofq de Carben 9 actuellement habitant à Tiburon.
Les deux autres tiers de la grande Caimite font encore fans concellionnaires,
que je connaifle du moins.
La petite Caimite eft dans FOueft de la première 4 dont elle n'a pas la
dixième partie en furface. Il y a entr'elles deux une pafle avec 4 ou 5 pieds
d'eau.
Un reflif confidérable qui tient à la petite Caimite, court pendant environ
3 lieues &x un quart dans TOueft. A fon extrémité, font quatre petits ilets
à Tiburon.
Les deux autres tiers de la grande Caimite font encore fans concellionnaires,
que je connaifle du moins.
La petite Caimite eft dans FOueft de la première 4 dont elle n'a pas la
dixième partie en furface. Il y a entr'elles deux une pafle avec 4 ou 5 pieds
d'eau.
Un reflif confidérable qui tient à la petite Caimite, court pendant environ
3 lieues &x un quart dans TOueft. A fon extrémité, font quatre petits ilets --- Page 611 ---
FEAXCASE-DESAINT-DONINGW E. 597
Il
de cela, les ilets du Large;
couverts de mangles. y a, indépendamment
de PHirondelle, celui de la Perruque-à-Fiat; les îlets Blancs, l'ilet
ceux
l'ilet d'Amourette, les ilets à la
à Foucaud, l'ilet à Chien, l'ilet à Dégras 1
Longue , l'ilet à Bourguignon , les ilets àn la Serpe ; Pilet à la Boife, l'ilet
Normand - Pilet du Roi, & en un mot, comme aux Baradères, un archipel
auffi mal connu &c dont la nomenclature 2 variable aux caprices du premier
caboteur, déroute quicorique ne vit pas en quelque forte dans ce labyrinthe.
Le
des Caymites a différentes entrées connues. Une entre le Bec-duMarfouin port & la grande Caimité; une entre la grande & la' petite Caimite;
Caimite &. le grand reflif, qu'elle a dans l'Oueft; une
une entre.l petite
Nord,
même. dès Caimites 8 l'ilet à Bourguignon $ une au
entre la terre
& l'ilet
Oueft de l'ilet à Foucaud ; 8 une fixième enfini; entre l'ilet à Dégras
eft
calme , & l'on s'y trouve à l'abri du vent $
àla Longue. La mer y toujours
eft fire &c. facile dès qu'on connaît les palles & les haut-fonds.
la navigation y
aifément contre les entreprifes des ennemis 5 qui y
On pourrait la défendre
ont exercé quelquefois une heureufe audace.
Les bâtimens tourmentés par les Nords dans la rade de Jérémie, viennent
alile aux Caïmites. C'eft le refuge de ceux pourfuivis en tems de
chercher un
de canons 5 commandée par M. de Buor,
guerre. La frégate VAndromaque , 40
& échappa à des vaiffeaux de guerre anglais. Elle mouilla
s'y réfugia en 1781
Sud-Eft de la
Caïmite &c à l'anfe-de.
à l'anfe-à-Maçon, dans le
grande
eft fur la côte de Saint-Domingue 3 à un petit quart de lieue
FHôpital, y qui
La même année, la frégafe la Fée, comdans PEf de la Voite-aux-Indes.
mandée M. de Boubée, vint fe réparer dans l'anfe-de-PHôpital, après
par
un combat très-vifr contre: un vaiffeau anglais.
canal entre la baie des
M. d'Eitaing &x M. Duportal ayant l'opinion qu'un
Baradères & celle des Caimites par le Détroit donnerait une grande fécurité
foit contre.le mauvais tems foit contre les ennemis, fur tout
aux bâtimens, M. Sorrel fut envoyé en 1764 pour en faire la reconnaifance,
au cabotage,
les ennemis de. doubler le
Cet ingénieur fut d'avis. que ce canal difpenfant
Bec-du-Marlouin, ils inquiéteraient fans ceffe les deux baies, & principalement
la baie des Baradères, oû l'on ferait furpris à chaque inftant.
Demoulceau eft revenu à l'idée du canal en 1774, & a dit que
M.
& des canons de chaque côté du canal ne Jui laifleraient plus que
des chaines
0P
les ennemis de. doubler le
Cet ingénieur fut d'avis. que ce canal difpenfant
Bec-du-Marlouin, ils inquiéteraient fans ceffe les deux baies, & principalement
la baie des Baradères, oû l'on ferait furpris à chaque inftant.
Demoulceau eft revenu à l'idée du canal en 1774, & a dit que
M.
& des canons de chaque côté du canal ne Jui laifleraient plus que
des chaines
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598 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
d'immenfes avantages 3 mais il n'a pu s'empécher d'avouer la difficulté de
rouver fur les lieux les moyens de faire déblayer près de 24 mille toifes
de roc.
Pour aller par terre du Petit-Trou aux Baradères, 9 on fort du bourg
le chemin qui y a mené. , &c l'on vient reprendre la grande route, qui laille par
ce bourg un peu dans le Nord.
Bientôt après, l'on traverfe la rivière du Petit-Trou, au point où fe mettent les
blanchifleufes. On eft juftement étonné que cette rivière n'ait que cette utilité
pour le bourg, & qu'elle ne procure pas à fes habitans l'eau dont ils ont
befoin pour les différens ufages de la vie. Il ferait cependant facile de la
conduire jufques là en la prenant prefque au Sud & à environ 1,500 toifes
du bourg, dans un point où elle n'eft plus faumâtre. Mais le défaut d'efprit
public &c de petits intérêts particuliers, empèchent des travaux utiles,
les Adminiftrateurs n'ont pas la fermeté de prefcrire.
que
Plus loin eft l'Étang-Bleu 9 que fa couleur très-foncée fait confidérer comme
recelant des particules cuivreufes; il borde le chemin. On atteint enfuite la
fource à Zomby. C'eft elle qui fournit l'eau dont s'abreuvent les habitans
du bourg, qui en font cependant éloignés d'une bonne lieue. Ils la boivent
mauvaife s parce que la fource nait auprès du chemin & que le petit elpace
où l'on vient puifer l'eau, eft troublé par les nègres qui la prennent, & même
par les pieds des animaux dont on fe fert pour la tranfporter,
Après la fource à Zomby eft la fource à Monnery 7 placée auffi au bord du
chemin, & qui donne une fort bonne eau. Delà, on va vers un terrain appelié
le Marécage, & que ce nom défigne bien. C'eft vers fon extrémité, à environ
trois cens toifes de la mer & à 30 pas au Nord, qu'eft une grotte dont je
parlerai plus loin.
Le Marécage eft fuivi de la fucrerie Loménie de
Marmé, 9 dont la maifon
principale a un paratonnerre $ après elle, vient la fucrerie
abfolument
Renoult, 3 qui eft
privée d'ean, & avec laquelle finit le terrain de la plaine du
Petit-Trou. Ce terme eft celui oà le chemin ceffe d'être praticable
comme il l'eft depuis Ouanaminthe
là,
en voiture 3
jufques
c'eft-à-dire pendant environ
II2 licues.
Le fol de cette plaine > depuis le bourg, eft noirâtre, comme il l'eft
ravant. Cette portion Occidentale eft cependant réputée moins fertile, moins aupa.
profonde & d'une terre un peu plus forte que l'autre.
la plaine du
Petit-Trou. Ce terme eft celui oà le chemin ceffe d'être praticable
comme il l'eft depuis Ouanaminthe
là,
en voiture 3
jufques
c'eft-à-dire pendant environ
II2 licues.
Le fol de cette plaine > depuis le bourg, eft noirâtre, comme il l'eft
ravant. Cette portion Occidentale eft cependant réputée moins fertile, moins aupa.
profonde & d'une terre un peu plus forte que l'autre. --- Page 613 ---
FRANÇAISE DEISAINT-DONINGUE
Du point où l'on eft obligé de quitter la chaife,il faut faire
pour arriver
à la plaine des Baradères, quatre lieues par le grand chemin où l'on ne
peut pafler qu'à cheval, & où il faut franchir trois crêtes fucceflives. &
pénibles que de mauvais plaifans ont appellées 1 favoir: les deux premières
les deux Frères, & la troifième la petite Sceur. Le chemin aboutit au bout
Nord-Eft de la plaine des Baradères & vient traverfer les
maifons qui en forment l'embarcadère, & qui font proche du quatre point grandés où le
grand chemin traverle la grande rivière des Baradères. Cette rivière eft
fort belle- & poillonneufe; on y trouve même des carpes. Elle fournit l'eau
aux bâtimens qui mouillent dans la baie des Baradères. On, la remonte
cela environ une lieue en canots ou en acons & l'on) arrive au. point pour de
l'embarcadère qui eft le dépôt des denrées & des spprovifonnemens de cette
partie.
La petite plaine dés' Baradères a 758 carreaux de furface, c'elt-à-dire,
énviron les cinq-huitièmes d'une lieue carrée. Dirigée du Nord-Eft au Sud.
Oueft comme la baie, elle a deux petites lieues de
fur
profondeur
une
largeur variable d'environ 600 toifes. Elle eft partagée éntre les'
4 fucreries
Choifel & Chamilly; ; Loménie de Marmé & le Franc; Laurent & André
Loménie qui n'était qu'une hatte il y a moins de 40: ans'; & Aubonneau;
chacune peut avoir avec abondance l'eau d'un moulin & toute" celle
néceflaire à fon arrofement. Le moulin de la fucrerie Laurent & André
Loménie qui reçoit l'eau par-deffus la roue, fans qu'on ait eu befoin
d'employer toute la châte, prouve cette poffibilité. Quant à l'arrofenient, il
eft inutile, du moins à préfent, à cette petite plaine fufifamment humeatée
les pluies & formée d'une terre d'alluvion légère ; que Pon pourrait peut-être par
comparer aux meilleures de la Partie du Nord de la Colonie. On y fait
du beau fucre brut.
Les montagnes qui forment fon enceinte font d'une médiocre qualité. Ils
règnent fi exaêtement tout autour, que ne pouvant pas reconnaître les iffues
des gorges par lefquelles on y eft arrivé, on femble être dans une prifon
naturelle.
lly a fur l'habitation Laurent & André Loménie une poterie eftimée.
Du fond de cette petite plaine part un chemin nouveau 7 qui conduit à
la paroiffe de Cavaillon. Il n'a que quatre lieues dans les mornes, & le refte
eft praticable en voiture.
. Ils
règnent fi exaêtement tout autour, que ne pouvant pas reconnaître les iffues
des gorges par lefquelles on y eft arrivé, on femble être dans une prifon
naturelle.
lly a fur l'habitation Laurent & André Loménie une poterie eftimée.
Du fond de cette petite plaine part un chemin nouveau 7 qui conduit à
la paroiffe de Cavaillon. Il n'a que quatre lieues dans les mornes, & le refte
eft praticable en voiture. --- Page 614 ---
N DE LA PARTI E
60a DESCRIPTIO
des Baradères vers la Partie Oueft de la paroiffe du
Quand on fe dirige
à l'embarcadère le grand chemin & l'on traverfe la
Petit-Trou, on réprend
rivière des Baradères. Non loin de là, on commence à monter un morne
le chemin contourne, & l'on a toujours fous les yeux des marécages,
que
des palétuviers, des elpèces. de cierges épineux, dont l'afpect
des joncs,
récente de la jolie plaine
afflige d'autant plus , qu'on a encore l'impreflion
des Baradères. Parvenu au fommet du morne, on defcend l'autre face qui eft
roide 8 péniblé. Le chemin qui eft dans fon Aanc eft très-étroit, fermé
d'un côté par: le morne, de l'autre par une efpèce de mur en pierres féches
de haut, mal-entretenu & dont les pierres retombent dans le
de deux pieds
de chauffée au bord
chemin. Arrivé au bas du morne, on va fur une efpèce
d'un. grand efpace que la mer couvre & noye, & dont les exhalaifons ne font
rien moins qu'agréables ; après la chauffée eft la ravine du Nom-de-Jéfus que
l'on palfe. On entre enfuite dans ce qui eft nommé la petite plaine du canton
de la rivière Salée qui eft lagoneufe, chargée de mangliers & de campèches 1
tire fon nom de la rivière à laquelle le chemin conduit : là eft une
& qui
tient une forte d'auberge.
cafe appartenante à une négreffe qui y
fa
La rivière Salée qui n'a qu'environ une lieue de cours, 1 reçoit jufqu'a
où eft fa naiffance, des canots & des acons
fortie d'un gros rocher, point
viennent à cet embarcadère recevoir des denrées & entrepofer des approqui
fon embouchure en décrivant la baie des Baravifionnemens. J'ai indiqué
dères.
de la rivière Salée, le chemin fe bifurque. L'une de fes
Au point du paffage
branches en fuivant la côte 7 conduit jufqu'au point des Caïmites, où elt
Laurence fur la paroifle de Jérémie, où l'autre va le rejoindre
T'embarcadère
eft regardé comme le plus pênible, Il offre
en paflant plus haut. Le premier
habitans
rècueillent du coton :
cependant de petits réduits chez des
qui
cultivateurs & marins dont les moeurs, mixtes
cfpèce d'êtres amphibies
celles des anciens braves qu'on nommait
peuvent encore fervir à rappeller
de la Côte. C'eft la route d'en haut que fuit le courrier de la pofte
Frères
le chemin royal & c'eft auffi celle où
aux lettres, c'eft elle qu'on appele
je vais conduire le Leéteur.
finit
d'environ IO lieues qui ne
A la rivière Salée commence l'efpace
qu'à la rivière du Corail &x que l'on nomme le Défert. Arrivé au bout du
canton
peuvent encore fervir à rappeller
de la Côte. C'eft la route d'en haut que fuit le courrier de la pofte
Frères
le chemin royal & c'eft auffi celle où
aux lettres, c'eft elle qu'on appele
je vais conduire le Leéteur.
finit
d'environ IO lieues qui ne
A la rivière Salée commence l'efpace
qu'à la rivière du Corail &x que l'on nomme le Défert. Arrivé au bout du
canton --- Page 615 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 601
canton de la rivière Salée. , on commence à monter le morne de la Tète-deBoeuf, qui eft long & roide. A la droite du chemin cft une caverne
confidérable qui contient beaucoup d'eau. Après avoir redefcendu CC
morne avec la même peine 1 on fe trouve dans un lieu qui préfente dcs
cultures. Là, le point de vue a quelque chofe de majeflueux & d'impofant.
On apperçoit dans un lointain gradué les parties montagneufes que la route
doit franchir; les chaînes du canton de Plymouth 1 qui les furmontent & la
montagne de la Hotte qui 1 par fon élévation, domine au-deflus de cette maffe,
&x fe perd dans les nues. C'eft de ce point qu'on peut prendre une idée
exaéte del la'hauteur de cette montagne, réfervoir précieux d'une vafte étendue
de pays.
Après avoir joui de CC magnifique fpedtacle, on nc tarde pas à arriver à
un bois avec lequel commence réellement à-préfent le défert qui, finiffant
au morne de la Mahautière, n'a guères plus que 6 à 7 lieues, pendant
lefquels ce nom ne lui convient que trop encore. Après avoir long-tems
monté & defcendu à travers ce bois dans un fol rougeâtre & d'une
nature un peu argileufe, on arrive au chemin qui mène de Plymouth à
I'embarcadère Peftel aux Caimites. Ce chemin doit être la féparation de la
paroiffe du Quartier & de la Sénéchauflée du Petit-Goave, d'avec la Paroiffe à
le Quartier &c la Sénéchauflée de la Grande-Anfe Oil Jérémie.
Encore en 1733, il n'exiftait aucun chemin entre Nippes & la GrandeAnfe ; M. de Fayet en fit faire un alors. L'entrepreneur exigea 13,000 liv
dont le roi paya 6,200 liv. Les habitans avaient promis 6,800 liv. pour
lefquels le roi donna encore 3,000 liv., auxquelles l'entrepreneur s'était
réduit. Il reftait en 1739 à completter environ quatre lieues de ce chemin, 2
entre la ravine à PEau & celle du Nom-de-Jéfus. Larnage prefcrivit une
corvée de 30 nègres, qu'on mit fous la direétion de M. André Loménie, $
des Baradères, Celui-ci fit le tracé du chemin, qui, au mois de Novembre
1742, était fi éloigné de fa fin, parce que les nègres confommaient leur tems
à venir de chez leurs maîtres & à y retourner . que le 27, le confeil de
Léogane ordonna que ces nègres feraient nourris fur les licux &c munis d'outils aux dépens de la caiffe publique.
Il me refte encore à parler du canton de Plaifance, 3 où l'on a commencé à
Tome II.
Gggg
mois de Novembre
1742, était fi éloigné de fa fin, parce que les nègres confommaient leur tems
à venir de chez leurs maîtres & à y retourner . que le 27, le confeil de
Léogane ordonna que ces nègres feraient nourris fur les licux &c munis d'outils aux dépens de la caiffe publique.
Il me refte encore à parler du canton de Plaifance, 3 où l'on a commencé à
Tome II.
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602 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
mettre des cafeteries il y a environ 20 ans. Il eft formé d'une longue gorge
qui s'ouvre aux Baradères &c qui a dans quelques endroits jufqu'à une lieue
& demie de large. Ce canton eft contigu à celui du Petit-Plaifance, de la
paroiffe de Cavaillon, & il fournit beaucoup de café. Il eft propre auffi au
cacaoyer. On l'avait compris, le 14 Décembre 1765, dans la paroiffe qu'on
établiffait à l'Afile, avec lequel il communique par le canton des Pins.
La population de la paroifle du Petit-Trou eft de 425 blancs, 600 affranchis
& 5,000 efclaves ; & fa milice de 95 blancs & I5I affranchis.
Ily a au bourg du Petit-Trou, un exempt, 2 un brigadier & 4 archers de
maréchauflée, & autant aux Baradères, où l'on avait mis une barre publique
dès le 21 Janvier 1757.
Ily a dans la paroiffe, 9 fucreries. Indépendamment des 4 des Baradères,
qui pourraient arrofer comme je l'ai dit, deux arrofent au Petit-Trou par des
fources, une parl'eau de la rivière du Petit-Trou, & une par celle de la Granderavine. On trouve de plus, 20 indigoteries, 40 cafeteries & 8 cotonneries.
Le débouché de cette paroiffe eft le Cap, où des pailagers conduifent les
denrées. Auffi la fituation de ce lieu eft-elle tres-fâcheufe pendant la guerre.
Le Petit-Trou dépend du commandement & de la Sénéchauffée du Petit.
Goave.
On compte de fon églife
A celle del T'Anfe-à-Veau,
5 lieues. A celle de Cavaillon s
10 lieues
d'Acquin,
IO
Jérémic 3
de Saint- Louis,
La température de la paroiffe du Petit-Trou a des différences fenfibles d'un
canton à un autre 2 indépendamment des effets qui appartiennent à la plus
grande ou à la moindre élévation.; La plaine du Petit-Trou proprement dite,
eft en général aflez privée d'eau. De l'Artibonite jufqu'aux Baradères, la
faifon pluvieufe eft d'Avril en OCtobre.
Dans des années favorables, on évalue le produit des fucreries du PetitTrou à dix milliers de fucre blanc, par carreau de cannes. On replante
peu, & les rejettons ont donné quelquefois plus que les grandes cannes. On
n'eft pas dans l'ufage d'y fumer la terre. On y a cmployé le labour & avec
fuccès, & cependant on l'a abandonné.
aux Baradères, la
faifon pluvieufe eft d'Avril en OCtobre.
Dans des années favorables, on évalue le produit des fucreries du PetitTrou à dix milliers de fucre blanc, par carreau de cannes. On replante
peu, & les rejettons ont donné quelquefois plus que les grandes cannes. On
n'eft pas dans l'ufage d'y fumer la terre. On y a cmployé le labour & avec
fuccès, & cependant on l'a abandonné. --- Page 617 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE 603
Les vents font au Petit-Trou & aux Baradères aufi, de l'EA-Sud-Eft le
jour, &c du Sud-Oueft la nuit. Le Petit-Trou a quelquefois de plus, des vents
du Sud-Eft violens 1 comme au Cul-de-Sac.
Les Cayeux ou fardines font fort communes dans la baie des Baradères,
& eiles n'y font point de mal. Outre les huitres de mangles que l'on trouve
aux Baradères & aux Caimites, on y a auffi des huitres de fond
très-groffes >
dont la coquille eft fi dure qu'il faut la brifer ; mais la chair en eft trèsdélicate. On les fait ouvrir en les approchant du feu.
Les montagnes des Baradères font très-renommées pour les beaux bois
qu'elles fourniffent & qui fervent aux conitructions de la Partie de l'Oueft
de la Colonie. Les établiffemens à café en font abattre chaque jour. On y a
découvert depuis peu de l'ébène dont j'ai un très-bel échanrillon. J'ai vu au
Petit-Trou même, de très-beaux chênes à gland, très-droits,
La paroiffe du Petit-Trou a fourni une quantité prodigieufe de bois de
campêche; on le traniportait au Cap,oà il a été vendu jufqu'à 180 liv. le
millier, &c un nègre pouvait donner ce millier dans une femaine ; mais ce
commerce n'a eu qu'une courte durée 9 parce que le prix avait tombé. A
préfent, on en vend un peu aux capitaines comme bois de fardage, & alors on
n'en ête pas l'aubier.
On employe beaucoup l'herbe de Guinée pour fourrage dans cette paroiffe
& dans les lieux circonvoifins. La nourriture des nègres eft principalement la
patate.
Dans les mornes qui avoifinent la plaine du Petit-Trou vers l'Oueft,
crevaffes
ily
a des
où l'on a fouvent perdu des pièces de bois très-confidérables
dans les charrois. On les entend tomber long-tems avec fracas fans pouvoir
acquérir une idée exaête de la profondeur de ces fciffures.
Il y a des cavernes à plufieurs iffues dans les mornes de la baie des
Baradères. Mais la plus remarquable de la paroiffe eft
celle dont je vais
préfenter la defcription à mon Le@teur, telle que l'a faite à ma prière mon
ami & mon parent M. de Renoult, qui habite dans fon
&
voifinage avec
lequel il ne me fut poffible de l'aller vifiter.
L6 Cette grotte 1 plus curieulfe par le nombre & Ia difpofition fingulière de fes
appartemens que par fes objets d'hiftoire naturelle, fe trouve à la fortie d'un
marécage qui borde la fucrerie Loménie de Marmé dans fa partie Orientale,
G 88g 2
ami & mon parent M. de Renoult, qui habite dans fon
&
voifinage avec
lequel il ne me fut poffible de l'aller vifiter.
L6 Cette grotte 1 plus curieulfe par le nombre & Ia difpofition fingulière de fes
appartemens que par fes objets d'hiftoire naturelle, fe trouve à la fortie d'un
marécage qui borde la fucrerie Loménie de Marmé dans fa partie Orientale,
G 88g 2 --- Page 618 ---
604 DESCRIPTION DE LA PARTIE
La voûte qui en fait l'ouverture & qui eft à environ 30 pas du marais 1
à li chûte d'une montagne 1 eft fi balle, qu'il faut d'abord marcher à quatre
pattes l'efpace de 8 ou IO pieds entre deux rochers qui ne laiffent de
pallage que pour une perfonne. Arrivé à cette diftance, ce rocher s'élève
tout-à-coup à la hauteur de 12P pieds fur 4 & 6 de large, & forme alors un petit
dôme orné de pétrifications ".
4 Ce premier appartement conduit, dans la direétion de T'Oueft, à une voûte
aflez confidérable qui fe prolonge à la diftance de 20 pieds. Au milieu de
T'efpace, eft un rocher alez vafle , formant une table & qui femble être
tombé anciennement du haut de Ia grotte. Plufeurs cabinets environnent ce
lieu. L'un d'eux efl curieux par l'arrangement lymétrique des ftalactites qu'on
y voit. Des franges, des grappes tombent avec grace du pourtour de la
voûte, &c tel eft l'efpèce d'art qui femble régner dans ce lieu, qu'on croirait
que quelque Nymphe vient s'y livrer à fes douces rèveries, fi une ombre
obfcure ne régnait autour de cet afile myftérieux. En le quittant pour aller
vers les noires cavités gui l'entourent, on fe croit environné des ombres des
malheureux Indiens qui fuyaient, au milieu de ces antres,les perlécutions de
leurs tyrans ".
€6 Nous fuivimes une longue voûte de forme irrégulière 3 & tournant un peu
dans T'Oueft, nous arrivâmes à une falle que nous avons trouvée de 60 pieds
de long fur 36 de large, & 20 dans fa plus grande élévation. Elle eft éclairée
par deux ouvertures placées à 20 pieds dans le haut du rocher. De ces deux
ouvertures defcendent deux lianes très-fortcs, qui ont fu trouver de l'aliment
en s'attachant au fol de la grotte. Près d'elles végètent quelques plantes 3
qui, àl la pâleur de leurs feuilles, montrent que le foleil ne lcur prête jamais
fa bénigne influence. Mais cette falle eft infeête à caufe des crabes putréfiés
qu'on y trouve & qu'y portent fans doute les oifeaux noêturnes > qui s'en
nourriffent. Elle a, au Sud, un joli cabinet "',
66 Continuant à aller dans le Sud, on parcourt une galerie de 60 pieds de
long fur 15 de large, & de 5 à 7 pieds d'élévation , que termine une grotte
peu élevée. Un peu dans T'Oueft, eft une grotte allez femblable à la précédente.
Elle mêne à un défilé de 4 pieds de large, obfcur & profond, qui conduit
à un autre très-noir, d'oà l'on entend un peu au loin le bruit d'une chûte
d'eau ",
ourt une galerie de 60 pieds de
long fur 15 de large, & de 5 à 7 pieds d'élévation , que termine une grotte
peu élevée. Un peu dans T'Oueft, eft une grotte allez femblable à la précédente.
Elle mêne à un défilé de 4 pieds de large, obfcur & profond, qui conduit
à un autre très-noir, d'oà l'on entend un peu au loin le bruit d'une chûte
d'eau ", --- Page 619 ---
FRANÇAISE DESAINT-: DO MINGUE 605
46 Nous découvrimes un petit fentier efcarpé & gliffant, qui occupe le
milieu de ces cavités, & en tournant fur notre droite, nous reconnûmes que
l'eau dont nous venions d'entendre le bruit, fe réunit dans un vafte baflin qui
termine la grotte de ce côté. Nous le fondâmes avec une pierre faifie par une
corde, & nous trouvâmes 20 pieds de profondeur. Nous nommâmes ce ballin
le Balin des Sorciers, quoique nous n'en ayons point vu, mais feulement des
légions de chauve-fouris, qui de tems en tems dérangeaient nos obfervations.
e En retournant fur nos pas, un petit mulâtre laiffa tomber la canne de
fon maître dans l'une des cavités. Voulant favoir s'il ferait poflible d'aller
la reprendre, nous le defcendimes en lui paffant la corde fous les bras 1 & à
notre grande furprife, il trouva le fond à 7 ou 8 pieds & rapporta la canne.
Il prit un de nos fanaux, redefcendit & fuivit fous terre un petit chemin
qui le mena au baffin, dont il goûta l'eau, qu'il trouva bonne à boire. Il
chercha fi ce fouterrain ne conduifait point à d'autres, & n'en trouva
",
& Revenus à la Salle puante, nous allâmes dans une grotte au Nord. point Le
jour qui y pénètre par une légère ouverture du haut de la voûte ne fait
appercevoir que des crevafles effrayantes, que des amas de rochers nouvellement écroulés. Le bruit fouterrain que l'on produit en marchant, avertit le
curieux de hâter fa marche, c'eft ce que nous fimes en profitant d'une iffue baffe
& profonde qui fe préfenta devant nous. Nous parvinmes 1 en rampant , à une
caverne dont le comble fuit la pente de la montagne. Nous fimes
furpris, en
y entrant, d'appercevoir le jour qui femble fortir du fond du fouterrain
une
par
ouverture ronde 3 ce qui nous porta à appeller ce lieu T'CEil de Pobypbame ",
6 Cette dernière pièce ne nous offrit rien d'intéreffant, fi ce n'eft une groffe
araignée attachée au plafond, & qui nous parut d'une efpèce inconnue. Nous
effayâmes de la faire entrer dans un cornet de papier ; mais la perfonne qui
la pouffait du bout de fa canne ayant frappé un peu trop fort, l'araignée fauta
fur la main de celui qui dirigeait le cornet & qui n'eût rien de plus preffé
que de fe débaraffer de lun & de l'autre ".
44 Nous fortimes de ces labyrinthes obfcurs par le trou particulier de cette
caverne > & nous revimes avec joie la lumière, dont nous étions privés depuis
trois heures ".
C'eft au canton des Baradères que réfide M. de Pagès, capitaine des
fa canne ayant frappé un peu trop fort, l'araignée fauta
fur la main de celui qui dirigeait le cornet & qui n'eût rien de plus preffé
que de fe débaraffer de lun & de l'autre ".
44 Nous fortimes de ces labyrinthes obfcurs par le trou particulier de cette
caverne > & nous revimes avec joie la lumière, dont nous étions privés depuis
trois heures ".
C'eft au canton des Baradères que réfide M. de Pagès, capitaine des --- Page 620 ---
606 DESCRIPTION DELAPAKTIE
vaifleaux du roi, correfpondant de l'Académie des Sciences de Paris, auteur
de Voyages autour du Monde 6 vers les deux Pôles 3 publiés en 1783QUARTIER DE SAINT-LOUIS,
XLIIL
P AROISSE D 1 ACQUIN.
CHRISTOPHE COLOME mouilla, en 1494, dans ce lieu que les naturels appel.
laient Taquimo. On y bâtit bientôt après une ville qu'on nomma VillaNueva-d'Yaquimo ( Ville-Neuve d'Yaquimo ), & qui obtint, en 1508, pour
armoiries un écu d'azur, ondé d'argent, & chargé d'un château d'or.
Yaquimo fut auffi furnommé Port du Brôfl, à caufe de la grande quantité
de brefillet ou bois de campèche qu'on y trouvait alors & qu'on n'y voit
plus aujourd'hui. Ville-Neuve d'Yaquimo était déjà abandonnée en 1606.
Avant 1660 les boucaniers français vinrent vers Taquimo dont leur prononciation fit Acquin, &le 12 Janvier 1669, d'Ogeron propofait au miniftre de
faire ouvrir du Petit-Goave à Acquin, un chemin dont il évaluait la dépenfe
à 4 mille liv., &c d'y placer, de diftance en diftance, 3 ou 4 maifons ou
cabarets qui coûteraient 50 liv. chacun,
On voulut dans l'origine réferver Acquin aux hattes comme le Mirebalais; mais la Compagnie de Saint- Domingue créée en 1698, qui l'eut
dans fon territoire , y permit la culture de l'indigo,
On y eut d'abord une chapelle qu'on plaça fur le bord de la rivière d'Acquin. Ayant été brûlée, elle fut remplacée par un autre qu'on mit à la
rivière Dormante au bourg actuel; c'eft là, que le père Labat ft un baptème
en 1708, &c que le curé de Saint-Louis venait quelquefois exercer le facerdoce. Enfn Acquin fut érigé en paroille en 171I, & mis fous l'invocation
de Saint-Thomas d'Acquin, fans doute parce que le curé qui était
Dominicain, trouva fingulier de confondre, en quelque forte,ce nom avec
çelui du lieu oà était né le Saint Napolitain de fon ordre, mort en 1274.
Labat ft un baptème
en 1708, &c que le curé de Saint-Louis venait quelquefois exercer le facerdoce. Enfn Acquin fut érigé en paroille en 171I, & mis fous l'invocation
de Saint-Thomas d'Acquin, fans doute parce que le curé qui était
Dominicain, trouva fingulier de confondre, en quelque forte,ce nom avec
çelui du lieu oà était né le Saint Napolitain de fon ordre, mort en 1274. --- Page 621 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 607
Le premier regiftre de la paroiffe commence au 28 Novembre
Acquin & Jacmel prenant de l'accroillement, la Compagnie 17II. fit ouvrir
entr'eux, en 1712,le chemin dont j'ai parlé ailleurs.
La paroiffe d'Acquin à laquelle une ordonnance des Adminiftrateurs du
IO OGtobre 1746, a donné la colline à Mangon qui dépendait de la
Paroiffe du Fond-des-Nègres, 2 & la Partie de l'Afile dite le Fourq qui
dépendait de celle de P'Anfe-i-Veau, a aujourd'hui pour limites, une ligne
qui d'abord à I'Eft trouve la paroiffe de Bainet; enfuite au Nord, celle du
Fond-des-Negres, & qui faifant un retour, trouve encore dans PER, la
même paroiffe du Fond-des-Negres au moyen des hauteurs de la grande
Colline & de la rivière Serpente. Enfuite la ligne changeant de dircôtion,
elle a, au Nord, la paroiffe de l'Anfe-à-Veau & celle du Petit-Trou; à
l'Oueft, la paroifle de Saint-Louis au moyen de la rivière d'Acquin jufqu'à
la rivière à Mahot, & enfin au Sud, la Mer.
Sept cantons compofent cette paroiffe : d'abord les Côtes-de-Fer, la Callebaffière, les Grands-Halliers, > les Flamands 2 qui font tous les quatre dans le
Sud-Eft du bourg, &c qui s'en rapprochent dans l'ordre où je viens de les
nommer; la Colline d'Acquin ou grande Colline 3 qui eft à PE(; la colline
à Mangon, qui eft vers le Nord-Eft, partie de
eft
PAfile,qui au Nord, &
enfin la plaine d'Acquin, qui eft au Sud & qui contient le bourg.
Les Côtes-de-Fer tirent leur nom de la nature de leurs côtes, toutes
garnies de rocs. La rivière qui le porte aufli & qui fépare la paroiffe
de celle de Bainet, & la Partie du Sud de celle de l'Oueft, n'a, à d'Acquin
de 1,500 pas au-deffus de fon embouchure, que des bords
compter
garnis de mornes & de falaifes. Ils ne laiffent que le
impraticables du
&
paffage chemin du
Fond-des-Nègres à Bainet, & qui rencontrant fouvent ces falaifes, eft
de changer de rive. Cette rivière eft affez difficile à
obligé
paffer dans les tems
ordinaires, & impoffible à traverfer dans les crues d'eau.
L'embouchure de la rivière des Côtes-de-Fer eft ordinairement fermée
les pierres que la mer 7 toujours fort agitée dans ce lieu, y accumule par
nuellement. Cette rivière eft féche à environ 4 ou 5oo toifes de la
contielle fe montre dans le bas en forme de
mer, puis
lagon 1 dont l'eau n'eft pas
parce que celle de la mer s'y mêle. Prefqu'à toucher
potable
font deux fources
ce lagon, dans PER,
qui s'y jettent & qui donnent de l'eau pour boire.
irement fermée
les pierres que la mer 7 toujours fort agitée dans ce lieu, y accumule par
nuellement. Cette rivière eft féche à environ 4 ou 5oo toifes de la
contielle fe montre dans le bas en forme de
mer, puis
lagon 1 dont l'eau n'eft pas
parce que celle de la mer s'y mêle. Prefqu'à toucher
potable
font deux fources
ce lagon, dans PER,
qui s'y jettent & qui donnent de l'eau pour boire. --- Page 622 ---
608 DESCRIPTION DELA PARTIE
Dans les grands débordemens. s l'embouchure de la rivière des Côtes-de-Fer
s'ouvre pour quelque tems, 3 &c alors les canots & les petites barques peuvent
mouiller dans le lagon. Cette embouchure eft dans un enfoncement plus large
que profond 1 ayant des côtés de fer de chaque côté.
Depuis cet enfoncement jufqu'au Petit-Salé, 3 fitué à deux petites lieues dans
POueft, la côte eft de fer. A peu-prés à la moitié de cet intervalle, eft le
Trou-Saint-Marc, où les canots peuvent entrer. Une lieue après le Petit-Salé
eft le mouillage à Fouquet. Les barques de pêcheurs peuvent mouiller auffi
dans ces deux endroits.
A l'anfe à Fouquet, où fe rendent les deux bras de la ravine de la petite.
Calcbaffière, dont le plus Oriental s'appelle même le petit mouillage à
Fouquet, commence le canton de la Callebaffière. Il s'étend jufqu'à la ravine
de la grande-Callebalitre, qui eft à deux petites lieues dans l'Oueft. La côte
fur un efpace d'environ une demi-lieue à l'Et de la ravine de la grande
Calcbaffière eft appellée les Terrafes à caufe de fa forme.
A 250 toifes de la grande-Callebaffière, eft la ravine de la Baleine, & à
trois quarts de lieu de celle-ci la rade des Grands-Halliers., où peuvent
mouiller des bâtimens marchands. A 1,500 toifes de cette dernière , l'on
trouve la pointe des Trois-Latanniers 1 &c à 850 toifes plus loin, Ia pointe à la
Barrique, qui eft la pointe Orientale de la baie des Flamands d'Acquin. Cette
baie a 2 lieues un tiers d'ouverture & environ I,IOO toifes de profondeur,
Sur fon côté Oueft eft la Grande.Voûte, qui eft près de la petite Saline ou
marre d'Icaque.
Depuis la rivière des Côtes-de-Fer jufqu'à la Grande-Voûte, intervalle
d'environ dix lieues de longueur, en fuivant le grand chemin de Bainet à
Acquin 3 qui a peu de fimofités &c dans le fens duquel font rangés les quatre
cantons des Côtes-de-Fer, de la Callebaffière, des Grands-Halliers & des
Flamands, il n'y a point d'eau dans les tems ordinaires, excepté celle de
trois puits aux Grands-Halliers, provenant de la rivière de la Colline, qui eft
féche à une lieue de la mer, & celle du puits de la coupe à Toilette &c du
puits de Didier 7 placés dans les hauteurs des Flamands. Cette étendue plane, 9
qui court de PER à TOueft, a près d'une lieue de largeur en quelques endroits
& principalement au canton de Ia Callebafmière.
Le fol de toute cette partie eft très-bon & fort léger, quoique rocheux,
Le terrain eft affez plat.
Le
ine, qui eft
féche à une lieue de la mer, & celle du puits de la coupe à Toilette &c du
puits de Didier 7 placés dans les hauteurs des Flamands. Cette étendue plane, 9
qui court de PER à TOueft, a près d'une lieue de largeur en quelques endroits
& principalement au canton de Ia Callebafmière.
Le fol de toute cette partie eft très-bon & fort léger, quoique rocheux,
Le terrain eft affez plat.
Le --- Page 623 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DONINGUE
60)
Le canton des Côtes-de-Fer, qu'on a commencé à établir en 1716, a eu
6i indigoteries 1 & les Grands.Halliers 7. On y. avait bâti une chapelle, - où le
curé d'Acquin venait dire la mefle. Les Flamands, ,iréputés encore plus fertiles,
ont eu 4 indigoteries. En 1753, un habitant y fit'une récolte qui s'élevait à
mille écus par têté de nègres.
Maintenant cette vafte furface eft prefque abandonnée. Les fécherefles quiy
deviennent de plus en plus fréquentes 1 y multiplient l'infeête appellé vertbrilant ou colleux 9 & l'indigo couvert de fes fils périt. Il n'y a plus aux Côtes.
de-Fer que. 3 habitations, dont l'une fait un peu de coton. Les GrandsHalliers, dont toutes les habitations réunies fous le nom de la Hatte; n'avaient
pas eu de fuccès avec cette fpéculation 3 & qui ont encore mal réufli en
indigoteries 3 font devenues une cotonnerie. Aux Flamands, il n'y a plus que
deux petites habitations en coton & en graine d'indigo 2 & une hatte. On penfe
qu'une indigoterie, qu'on effaye dans les hauteurs près de lun des deux puits
dont j'ai parlé, réuffira 1 & l'autre puits foutient les efpérances d'une petite
indigoterie & d'une cotonnerie.
On s'étonnera peut-être qu'on puiffe fonger à avoir des hattes dans ce
canton 5 puifqu'on y manque d'eau, mais des marres falineufes & faumâtres
Ia fuppléent pour les animaux dans cette partie, où les montagnes elles-mêmes
font arides & n'offrent point de fources.
Il y a long-tems qu'on a l'idée que la rivière du Fond-des-Nègres, prife
dans le point où elle 'n'a pas encore changé de nom, & conféquemment avant
de prendre celui de rivière des Côtes-de-Fer, pourrait arrofer une partie des
Grands-Halliers. M. Pondavy, arpenteur, propofait même à M. Labadie,
conceflionnaire d'environ deux cens. carreaux, d'y mener l'eau moyennant
15,000 livres. I' eft certain que la chôte eft fuffifante, mais les falaifes de
plus de 200 pieds perpendiculaires qui bordent cette rivière, offrent l'idée de
grands travaux, dont la difficulté & la dépenfe n'ont furément jamais été
icrupuleulement examinées.
Le canton de la Colline a près d'une lieue & demie 1 en fuivant le cours
de fa rivière de PER à l'Oueft. Il eft féparé de la paroiffe du Fond-des-Nègres
au Nord, par une petite montagne qui tourne auffi vers P'Ef. Au Sud, fort
les Grands-Halliers & les Flamands, &c à l'Oueft, la plaine d'Acquin. Il
Tome 11,
H h h h
jamais été
icrupuleulement examinées.
Le canton de la Colline a près d'une lieue & demie 1 en fuivant le cours
de fa rivière de PER à l'Oueft. Il eft féparé de la paroiffe du Fond-des-Nègres
au Nord, par une petite montagne qui tourne auffi vers P'Ef. Au Sud, fort
les Grands-Halliers & les Flamands, &c à l'Oueft, la plaine d'Acquin. Il
Tome 11,
H h h h --- Page 624 ---
6ro DESCRIPTION DE LA PARTIE
renferme 16 habitations établies en indigoteries 2 & 4 ou 5 en places-à-vivres
ou en culture de graine d'indigo.
De Thabitation Defmard, la première dans PEf de Ia Colline, part la
rivière de ce nom 1 qui eft groflie à une demi-lieue de là par deux fources;
une demi-lieue plus loin, par une autre , dont l'eau eft faumâtre &c communique
fa faveur à la rivière, quoiqué celle-ci reçoive encore à une autre demi.
lieue la ravine du Marécage 3 dont l'eau eft bonne. La fource des Citronniers
s'y rend à un quart de lieue plus bas, & n'en corrige pas le goût. Cettc
rivière eft à fec en beaucoup d'endroits & ne coule point, comme je l'ai
obfervé, que jufqu'à une lieue de la mer. , vers laquelle elle eft dirigée entre le
port des Grands-Halliers & la pointe des Trois-Lataniers. Afa partie inférieure,
elle a des anguilles & des têtards.
La ravine du Marécage, que j'ai nommée tout à l'heure, prend fon nom
d'un marécage qui était à environ 1,200 toifes de fon embouchure. Cette
efpèce d'étang a tari depuis que fes environs ont été découverts. Un peu
au-defTus, on a fouillé un puits dont P'eau eft excellente 8c très-fraiche, &
où l'on trouve des écreviffes. Dans les iécherefles, ce puits eft à fec, mais en
le creufant, on retrouve des fources très-abondanies, & qui defcendent toujours
à mefure qu'on augmente la fouille. Il femble qu'elles viennent du fond & non
des hauteurs environnantes. Ce puits déborde pendant ix mois de l'année;
pas
Le canton de la Colline a été très-fertile ; mais depuis qu'on l'a dégarni
de fes bois 1 les pluies fe font retirées, quoiqu'elles y fotent moins rares qu'à
la plaine d'Acquin & aux Flamands. Cependant, de 1781 à 1783,la féchereffe
y a été défolante, & telle, que la récolte du petit-mil y a manqué. On a vu
la Colline rapporter une très-grande quantité d'indigo dahs des années propices.
Pendant la guerre de 1778 : les habitans de la Colline envoyaient leur
indigo au Port-au-Prince & en tiraient leurs provifions. Les animaux de charge
le chemin qui va joindre la grande route de la Partie de POueft
paffaient par dans le canton du Fond-des-Negres, & traverfaient même
à celle du Sud,
du terrain où il n'était que toléré; car la route
pour accourcir 9 une portion
pour les voitures fait faire quatre lieues en allant chercher le grand
chemin dans la plaine d'Acquin. On croit qu'il ferait poflible de rendre la
première iffue praticable aux chaifes, & on doit s'étonner de l'infouciance
des habitans à cet égard,
paffaient par dans le canton du Fond-des-Negres, & traverfaient même
à celle du Sud,
du terrain où il n'était que toléré; car la route
pour accourcir 9 une portion
pour les voitures fait faire quatre lieues en allant chercher le grand
chemin dans la plaine d'Acquin. On croit qu'il ferait poflible de rendre la
première iffue praticable aux chaifes, & on doit s'étonner de l'infouciance
des habitans à cet égard, --- Page 625 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 611
Le canton. de la colline à Mangon eft compofé de cette colline même. Elle
dans PEft, à la ravine des Trois-Palmifles qui ef urte des limites
eommence,
&
a 4 lieues du bourg de ce dernier lieu.
entre le Fond-des-Nègres Acquin,
&
Cette colline peut avoir un quart de lieue dans fa plus grande largeur
trois lieues de longeur. Elle eft traverfée par la rivière Serpente, à qui cC
nom convient parfaitement &c qui en reçoit plufieurs autres, & quelques
fources très-poiffonneufes comme elles, &c donnant beaucoup d'anguilles.
Cette colline forme un amphithéâtre de chaque côté de la rivière, & contient
22 habitations 9 dont 14 ont été des indigoteries.
L'indigo n'y réufiffant pas bien, ce que Fon attribuait aux pluies & aux
brouillards, M. Belin Duverger, comenandant de la paroiffe d'Acquin &c
agriculteur très-éclairé, avait établi une cafeterie dans cette colline. Elle
offrait en 1772, première année de fon rapport, le plus beau fpeétacle; mais
l'année fuivante tous les cafiers périrent: Plufeurs autres habitans ont eu
le même réfultat. A préfent que les plutes font encpre moins abondantes,
cette colline n'eft propre qu'aux corails, ou qu'à former des places-à-vivres
les féchereffes rendent indifpenfabiement nécefaires aux habitations de
que
la plaine d'Acquin dont elles dépendent.
La colline à Mangon perd fon nom à Thabitation qu M. Cafamajor avait
établie autrefois en fucrerie. Mais cette culture n'a pas mieux réufli que
celle de l'indigo & du cotonnier.
Le canton de PAfile commence précifement oà finit celui de la colline à
Mangon, & eft lui-même une colline mais plus large 8c plus étendue. Le
Leéteur a vu qu'on avait voulu faire une paroifle de ce canton, mais qu'il eft
refté divifé entre la paroifle de PAnfe-à-Veau, 8x celle d'Acquin, 9 & que la
rivière à Mahot qui va fe jetter dans la rivière Serpente, & par laquelle
lAfle eft auffi traverfée, en eft la limite. L'ancien bourg de PAfile eft
à environ 4 lieues dans le Nord de l'embouchure de la rivière d'Acquin.
Les premières conceflions de PAfle n'avaient été données que pour hattes
& corails. Mais on expofa aux Adminiftrateurs que l'on ne pourrait avoir
de bons pâturages qu'en défrichant, &t ils permirent de cultiver momentanéenfuite qu'ils n'avaient fait qu'adopter un prétexte, ils
ment. S'appercevant
preferivirent, le 29 Novembre 1757,de n'avoir que des hattes 8c des corails à
peine de réunion. Malgré cette menace, l'AGle a eu 24 indigoteries qui,
H h h h 2
aux Adminiftrateurs que l'on ne pourrait avoir
de bons pâturages qu'en défrichant, &t ils permirent de cultiver momentanéenfuite qu'ils n'avaient fait qu'adopter un prétexte, ils
ment. S'appercevant
preferivirent, le 29 Novembre 1757,de n'avoir que des hattes 8c des corails à
peine de réunion. Malgré cette menace, l'AGle a eu 24 indigoteries qui,
H h h h 2 --- Page 626 ---
612: DESCRIP TIONDELA P A R.TI Ei
pendant I2 ans à-pcu-près, ont donné une grande quantité d'indigo, lorfque
le fol était ên quelque forte neuf; mais les féchereffes
.
atteignent aulli
PAfile. On y a des places-à-vivres, &t à graine d'indigo, & quelques
hattes.
Le canton de la plaine d'Acquin eft terminé à T'Ef, par.cclui des Fla-:
mands ; au: Nord, par la colline à Mangon &c l'Afile; à T'Oueft, par la
rivière d'Acquin, qui vient des montagnes de la Grelaudière, ainfi nommées
parce qu'il y fait froid; &c au Sud, par la mer.
La plaine d'Acquin forme un amphithéâtre très-fenfible 1 depuis le rivage
julqu'aux montagnes dent elle eft prefque cernée. Elle n'a guères plus
de deux lieues daps fa plus grande largeur, en y comptant environ un quart:
de lieue d'un terrain falineux où rien ne faurait croître, & fa plus grande
longueur n'excède guères cinq lieues. Tout porte à croire que le fol de
cette plaine a été couvert par la mer, &c que lesi terres. entrainées des
montagnes 1: ont contribué à l'élever & à l'étendre, fur tout lorfqu'on voit
que la mer s'éloigne encore chaque jour des environs des parties falincufes,
C'eft fans doute aux fels qui font ainfi recouverts par des portions terreufes,
qu'il faut attribuer la fertilité de cette plaine, qui le difputcrait aux plus
fécondes de la colonie, f elle n'était pas dépourvue d'eau. Elle n'eft traverfée
que par. une feule petite rivière, appelée la rivière Dormante à caufe de
la faibleffe de fon cours depuis le bourg jufqu'aux Salines. Son eau à demi
croupie n'eft pas potable, & elle n'a pas aflez de courant pour fe faire une
embouchure marquée.
Lorfqu'on vient dans la plaine d'Acquin par la paroiffe du Fond-des-Nagres;
après-avoin paffe la rivière: Serpente., qui eft leur limite dans le grand chemin
royal, lon EC monte. dans un terrain argileux, que les.pluics rendent difficile
pour les veitures, r &c. dont la nuance grife & quelquefois un peu rougeâtre
eft interrompue par des portions calcaires ou caillouteufes. Le chemin fait
différentes finuofités avant de parvenir au haut du morne; il en a même
de f confidérables, qu'on a quelquefois une direétion qui femble revenir fur
celle qu'on a quittée. Mais la vue eft en quelque forte étonnée lorfqu'on arrive
au fommet de la colline à Mangon, d'oà Pon déçouvre toute la plaine d'Acquin
& les. parties élevées des paroiffes fituées dans lOueft juiqu'à l'Hle à Vache
& aux Côteaux, diftans de plus 20 lieues en ligne droite. C'eftàce fommet que
fois une direétion qui femble revenir fur
celle qu'on a quittée. Mais la vue eft en quelque forte étonnée lorfqu'on arrive
au fommet de la colline à Mangon, d'oà Pon déçouvre toute la plaine d'Acquin
& les. parties élevées des paroiffes fituées dans lOueft juiqu'à l'Hle à Vache
& aux Côteaux, diftans de plus 20 lieues en ligne droite. C'eftàce fommet que --- Page 627 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
la Compagnie de Saint-Domingue avait établi un bureau le Is Juin 1713
furveiller la contrebande terreftre. On defcend dans la plaine d'Acquin pour
une pente affez rapide.
par
Cette plaine eft à fon entrée, d'une nature argileufe & entremêlée de cailloux ; aufli les chemins de cette partie font-ils très-mauvais en tems de
& très-fatigans à caufe des énormes morceaux de terre qui s'attachent pluie
aux
roues. En les traverfant, même dans la plus belle faifon, il eft aifé de juger
par les fofles que les eaux des ravinages y ont. creufées, quel doit être leur
état dans les tems pluvieux. Les habitans y travaillent par tâche, mais la
négligence de plufieurs ramène fouvent la néceflité d'un travail général, qui
furcharge ceux qui avaient rempli leur devoir.
La plaine d'Acquin eft terminée à PEA par de petites
montagnes qui vont
en s'abaiffant vers la mer, mais qui s'élevent enfuite pour former le
morne de IHirondelle ou morne Rouge.
gros
Ilya, de la pointe Oueft de la baie des Flamands, dont j'ai parlé précédemment, jufqu'à celle du morne Rouge ou morne de I'Hirondelle, deux
lieues trois quarts. Cingq cens toifes avant. la pointe du morne
eft
gros rocher appellé le Faux-Diamant, & placé à une demi-encablure Rouge, de un
terre.
C'eft à une demi-lieue dans Piutérieur, 3 que s'élève le groupe de
que termine le morne de PHirondelle, &c qui, vu de l'Oueft de montagnes la plaine
forme un afpeét affez remarquable 3 parce que dans un point il fe trouve un 3
intervalle entre deux élévations coniques allez confidérables.
A 1,700 toifes dans TER-quart-Nord.ER de la pointe de PHirondelle ou
morne Rouge, eft l'étang Salé, qui a une lieue de long de PE à l'Oueft :
fur une demi-lieue de largeur moyenne 1 & plufieurs braffes de profondeur. Il
conmunique à la mer. par un canal dont l'embouchure a 3 branches de 7 pieds
de profondeur, ce qui doit porter à la furveiller. Des perfonnes croyent
cet étang communique encore avec la mer par la Grande-Vodte. L'étang Salé que
eft fort poilfonneux. Dans fon voifinage eft une hatte où l'on élève de beaux
mulets.
Lorfqu'on eft à environ deux lieues au large de cette partie de la côte
l'on remarque fur une, diftance d'environ cinq lieues, en. tirant vers PEfE, des 2
portions de petits mornes qui fe font éboulées & dont les roches font répandues
dans la mer 2 &x d'autres traces qu'on doit naturellement attribuer aux trem-
fort poilfonneux. Dans fon voifinage eft une hatte où l'on élève de beaux
mulets.
Lorfqu'on eft à environ deux lieues au large de cette partie de la côte
l'on remarque fur une, diftance d'environ cinq lieues, en. tirant vers PEfE, des 2
portions de petits mornes qui fe font éboulées & dont les roches font répandues
dans la mer 2 &x d'autres traces qu'on doit naturellement attribuer aux trem- --- Page 628 ---
614 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
blemens de terre. Ce n'eft cependant pas l'ouvrage de ceux de 1751 & de
1770, parce que ces effets ont Eté obfervés auparavant.
Les mornes qui bordent la plaine d'Acquin au Nord, font très-peu élevés
mais hachés en mamelons avec des côtes convèxes. Ceux de l'Oueft font
gros &c élevés.
Quand on parcourt la plaine en luivant la grande route, on trouve fuccef.
fivement à droite l'habitation Dufrettey, la fucrerie Nicolas & Sedière (la feule
de la paroiffe ), Sc l'habitation Marfeillon; : à gauche, les habitations Pafcal,
Merinet & Cartier; après cela, eft le bourg.
Celui-ci offre d'abord fur le côté gauche de la route, 14 maifons, fans
qu'ily en ait vis-à-vis. Enfuite on en trouve quatre de chaque côté jufqu'à
la naiffance d'une grande place qui eft au Sud du chemin & dans l'enfoncement
de laquelle on a bâti l'églife; à la droite de celle-ci, efl le prefbytère.
Depuis plus de dix ans, l'églife d'Acquin ne fubfiftait plus, lorfque
George Alizon, charpentier anglais, fe préfenta pour en conftruire une, &c
fit en conléquence un marché avec les habitans. Lorfque l'églife fut achevée,
on la refufa, parce qu'elle n'était pas conforme au marché. Il y eut un
procès , pendant lequel l'entrepreneur mourut, & le tremblement de terre du
3 Juin 1770, renverfa & détruifit ce bâtiment. Enfn on s'eft occupé d'édifier
Péglife actuelle, , qui a été bénite le 7 Mars 1737, jour de la fète de fon
patron, & qui a coû:e, avec le prelbytère, 90,000 livres. Pendant 35 ans un
magafin avait fervi de temple.
Cet édifice, au-deffus de la porte principale duquel eft un appareil en charpente qui fupporte une petite cloche 1 n'a rien de remarquable. On eft choqué
au contraire d'y voir la chaire adoffée au premier pilier du fanétuaire & du
bas-côté de la gauche, de manière qu'on y monte par un efcalier d'acajou en
dedans du choeur même. On l'eft encore d'avantage en regardant une croûte
contraire à toutes les règles du deflin & de la peinture, > mife au-deffus de la
petite voûte en planches du choeur, pour repréfenter le Père Éternel. Cette
églife fera garnie de bancs.
Le bourg & l'églife font conftruits fur un terrain donné par M, Olive,
propriétaire de l'habitation aujourd'hui Duffrettey. C'eft en 1714qu'on a tranfféré l'ancien bourg, > qui était aveç la chapelle à la rive gauche de la rivière
d'Acquin.
, > mife au-deffus de la
petite voûte en planches du choeur, pour repréfenter le Père Éternel. Cette
églife fera garnie de bancs.
Le bourg & l'églife font conftruits fur un terrain donné par M, Olive,
propriétaire de l'habitation aujourd'hui Duffrettey. C'eft en 1714qu'on a tranfféré l'ancien bourg, > qui était aveç la chapelle à la rive gauche de la rivière
d'Acquin. --- Page 629 ---
FRANÇAISE DE; SAINT-DOMINGUE 615
La place, qui a 5o toifes du Nord au Sud & 36 de PEA à TOueft, eft
bordée de maifons. Celles qui font a PER & à TOueft font de charpente avec
des galeries & des balcons, & jolies. Vers le Sud-Eft de la place eft un
chemin qui va vers la mer, dont le bourg eft éloigné d'une lieue. Après la
dans l'Oueft, il y a encore des maifons des deux côtés du chemin.
place Des 1 maifons du bourg, plufieurs font jolies, comme je l'ai dit; on en
compte même cinq à étage. On eft juftement furpris de voir; dans un bourg
od réfide un fubftitut du procureur du roi de la Sénéchaullée de Saint-Louis,
& un exempt > un brigadier 7 4 archers de maréchauffée & 8 adjoints, que les
trois maifons le plus à PBf fur le grand chemin, foient couvertes de paille.
Leur fituation à l'égard de la brife du large fait craindre à chaque inftant
qu'un incendie ne confume le bourg entier.
Il a été long-tems queftion de transférer cet établiffement au point oà eft
l'embarcadère d'Acquin. En 1768, plufieurs habitans donnèrent en conféquence
Ils objeétaient contre le bourg aétuel fon
une requête aux Adminiftrateurs.
éloignement de la mer; la néceflité où il efl d'envoyer chercher de l'ean potalieue au-deffus du
où le bras droit de la petite rivière Dorble à uue
point
elle afléche ou croupit.
mante l'avoifine 1 parce qu'au-deflous
MM. de Rohan & de Bongars chargèrent M. Poinfot, ingénieur, de faire
d'un
bourg. M. Poin'ot le traça en lui donnant 696 pieds de
le plan nouveau
&
de profondeur du Kord au Sud. Cette
long de PER à POuef, 408 pieds
furface devait être divifée en 15 ilets de 120 pieds carrés chacun, coupés en
emplacemens & féparés par des rues de 24 pieds de large, dont quatre
Sud &. deux de PER à TOueft. L'ilet du milieu du rang
allant du Nord au
Méridional était défigné pour la place-d'armes & celui qui le fuivait dans le
T'églife & le prefbytère. Au-devant du bourg, on devait laiffer
Nord, pour
de
précédé d'une promenade de la même
un efpace libre de 50 pieds large,
enfin en face de la place-d'armes, on devait mettre une jettée
étendue ;
avançant de 300 pieds dans la mer.
que les deftinations publiques laiffaient libres, 22
Des 52 emplacemens
demandés, & les Adminifrateurs ordonnèrent provifeirement qu'on
étaient déjà fervice divin à l'embarcadère, & qu'on y logerait le curé; mais
célébrerait le
des maifons oppofèrent la plus forte réfiftance à la tranflation,
les propriétaires
la demande s'étant rétractés,
La plapart des habitans qui en avaient figné
mer.
que les deftinations publiques laiffaient libres, 22
Des 52 emplacemens
demandés, & les Adminifrateurs ordonnèrent provifeirement qu'on
étaient déjà fervice divin à l'embarcadère, & qu'on y logerait le curé; mais
célébrerait le
des maifons oppofèrent la plus forte réfiftance à la tranflation,
les propriétaires
la demande s'étant rétractés,
La plapart des habitans qui en avaient figné --- Page 630 ---
616 DESCRIPTION DE LA PARTIE
l'oppolition devint plus forte & l'emporta, comme le prouve l'édification de
l'églife actuelle. Auffi les habitans du bourg ont-ils donné 15,000 liv. en fus
de leur taxe pour en aflurer &c en preffer Ja conftruétion 3 parce qu'ils la
confidéraient comme un monument qui alfurait leurs propriétés. Quelques habitans viennent encore de répéter l'ancienne demande, mais elle n'a eu aucune
fuite.
Le bourg d'Acquin fait un aflez grand commerce, & en tems de guerre
P'habitant qui ne trouve prefque pas d'illue pour fes denrées & qui par conféquent ne peut pas s'approvifionner, eft obligé de recourir aux marchands qui
l'habitent & d'en dépendre.
En quittant le bout Occidental du bourg d'Acquin, on paffe le bras de la
rivière Dormante.
A une lieue & demie de là, toujours en fuivant le grand chemin, eft l'embarcadère. Il eft compofé de la maçonnerie d'une grande maifon élevée jufqu'au
cordon &c de 7 maifons fort confidérables, fervant d'auberges & d'entrepôts,
toutes dirigées de PEf à l'Oueft, & enfin cinq autres maifons non contigues 9
qui vont vers la mer, dont elles font à environ 60 toifes.
C'eft à cet embarcadère, où les maringouins font bien tourmentans 7 que
fe fait l'importation & l'exportation de la majeure partie de la paroiffe, car
des habitans plus voifins de Miragoane envoyent leurs denrées dans ce
dernier lieu. Si les trafiquans du bourg étaient établis à l'embarcadère, les
habitans feraient peut-être l'économie des frais de traniport depuis là jufqu'au
bourg, , qne ces trafiquans leur font fupporter & quelquefois très-injuftement,
puifque ce font les propres cabrouets des habitans qui font ces charrois au
moyen de conventions entre les marchands & les nègres cabrouetiers.
L'embarcadère d'Acquin, établi par M. Cafamajor, habitant, dans fon
propre terrain en 1730, eft fur la baie du même nom, dont la pointe
Occidentale eft à 1,680 toifes dans l'Oueft de la pointe de l'Hirondelle ou
Morne rouge où font trois tapions blancs très-élevés , qu'on nomme Tapionsd'Acquin. Sa profondeur totale. , jufqu'à l'embarcadère, eft de 960 toifes;
mais à 500 toifes de cet embarcadère, l'ouverture & la largeur font réduites
à 400 toifes, &c la pointe Orientale de la baie eft alors la pointe Occidentale du
canal qui fait communiquer l'étang- Salé avec elle.
La groile Caye, encore couverte de très-beaux bois, occupe 610 toifes
des
'on nomme Tapionsd'Acquin. Sa profondeur totale. , jufqu'à l'embarcadère, eft de 960 toifes;
mais à 500 toifes de cet embarcadère, l'ouverture & la largeur font réduites
à 400 toifes, &c la pointe Orientale de la baie eft alors la pointe Occidentale du
canal qui fait communiquer l'étang- Salé avec elle.
La groile Caye, encore couverte de très-beaux bois, occupe 610 toifes
des --- Page 631 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
des 1,680 primitives de la baie. Entre la Groffe-Caye & PHirondelle,
toifes de cette dernière, eft l'Ilet du Diamant,
& à 2go
mafle de
élevée
d'environ 15 pieds au-deffus de la mer & dont la
rochers,
comprenant les rochers à feur-d'eau,
longueur totale > en y
dirigés du Sud-Sud-Eft au Nord-Nord.
Oueft, eft d'environ 220 toifes, fur une largeur moyenne de toifes.;
il tient en outre à un fond qui s'allonge d'environ 280 toifes 35
Nord-Oueft. M. de Puyfégur,
vers le Nordmarque la latitude du Diamant à 18
13 minutes, 45 fecondes, & fa longitude à 75 degrés,
degrés,
Diamant forme ainfi deux' paffes. On
48 minutes. Le
a jufqu'à 7 braffes d'eau dans celle
l'Oueft.
de
Les gros vaiffeaux ne peuvent mouiller qu'à 1,920 toifes de l'embarcadère
d'Acquin & les vaiffeaux marchands à environ 850 toifes;
être au moins à un quart de lieue
avoir
parce qu'il faut
pour
12 pieds d'eau, La
la
Prudente, > de 40 canons, 1 tirant 18 piede d'eau, commandée M. le Frégate
d'Efcars s eft demeurée, durant la
par
vicomte
guerre de 1778, mouillée dans la baie
d'Acquin pendant plus de deux mois.
On entre aufli dans la baje d'Acquin entre la
grande terre & la GroffeCaye ("paffe qu'on nomme la paffe de Saint-Louis ), par 5 brafles, avec mouil.
lage à environ 250 toifes au Nord de la
de Sud, 6. brafles
Groffe-Caye 7 bien à couvert du vent
par
d'eau. On nomme auffi ce point le
La Groffe-Caye eft un grand ilet dirigé Ef & Oueft, Carenage. de
long fur une largeur réduite d'environ
toifes.
1,360 toifes de
La côte de cet ilet eft
plage en partie de fable & en partie de hautes roches & de fer. Il
une
de mornes d'une hauteur moyenne avec des
douces
eft formé
pentes
& des ravines.
y diftingue bien deux tapions blancs; fon fol eft fec & aride,
On
La mer eft prefque toujours calme dans le fond de la baie quoique boifé,
caufe du peu d'eau qu'il y a jufques vers une demi-lieue
d'Acquin, à
y eft d'une bonne tenue; c'eft une vafe noire, fur
2u large. Le fond
laquelle les bâtimens
s'échouer fans rifque dans des coups de vent. C'eft ainfi
peuvent
fieurs échapper aux plus affreux
qu'on en a vu pluà
ouragans. Les canots ont bien de la
approcher de l'embarcadère 2 & les acons chargés encore
peine
J'ai vu dans cette baie, au mois de Février 1788, plus.
lettes &. un navire Bordelais qui faifait fa
cinq bateaux ou goc.
y
vente. Elle eft
une batterie que M. d'Efaing, qui avait eu Pidée de foumettre protégée par
Tome II.
tous les
Iiii
en a vu pluà
ouragans. Les canots ont bien de la
approcher de l'embarcadère 2 & les acons chargés encore
peine
J'ai vu dans cette baie, au mois de Février 1788, plus.
lettes &. un navire Bordelais qui faifait fa
cinq bateaux ou goc.
y
vente. Elle eft
une batterie que M. d'Efaing, qui avait eu Pidée de foumettre protégée par
Tome II.
tous les
Iiii --- Page 632 ---
N DE LA PARTI E
618 DESCRIPTIO
Juifs de la Colonie à une taxe arbitraire en 1764, avait condamné M. de
habitant à
à
ainfi qu'une auberge &c des chevaux
Pas, jeune ,
Acquin, payer,
dans un établiffement dont j'ai parlé précéde pofte qu'il comptait employer
demment. Il y avait eu une ancienne batterie vers 1740, dont on avait
tranfporté les canons à Saint-Louis 3 après la prife du fort de cette ville.
Depuis lestrémité Oueft de la baie d'Acquin jufqu'à celle de la paroiffe 3
dans la même direêtion, la côte eft prefque abordable par tout, & les bâtimens
de toute grandeur peuvent mouiller à environ 350 toifes de terre, fauf les
dangers des coups de Sud.
M. Demoulceau a fortement exprimé la néceflité de bien fortifier la baie
d'Acquin 8 le morne Saint-Georges qu'elle a dans POueft, fur le territoire
de la paroiffe Saint-Louis, afin de ne pas expofer les défilés de la colline
de la colline à Mangon, du morne d'Acquin, de PAfle & de Saintd'Acquin 1
Louis. M. de la Merveillère eft loin de partager ces craintes. Il ne lui femble
l'ennemi voulût s'engager dans ces défilés & qu'il vint faire
pas probable que dans la bande Méridionale s'il avait des vues fur la
fon débarquement
bande Septentrionale de la Partie du Sud de PIle, puifque l'armée s'éloignerait de fes vaifleaux & par conféquent de fes reffources en tout genre.
En faifant encore environ 1,800 toifes par le chemin après l'embarcadère,
on arrive à la rivière d'Acquin, limite entre la paroiffe d'Acquin & celle de
Saint-Louis. La.première habitation qu'on trouve en venant du bourg & au
Nord du chemin, eft celle de Julien Raimond, le même qui depuis 1785 fait
auprès du miniftre les plus vives follicitations pour obtenir l'alfimilation des
hommes de couleur libres aux blancs, & qui a donné à cet égard des mémoires
le
de Caftries. Ces mémoires font une des raifons qui ont
a M. maréchal
fait inférer par ce miniftre, dans les inftructions données à MM. de la Luzerne
& de Marbois le 6 Décembre 1785, des obfervations fur l'état des affrande
8c même de confulter fur les améchis & une recommandation preffentir
liorations dont cet état peut être fafceptible > les confeils Supérieurs, les
Chambres d'Agriculture &c de notables habitans. M. de la Luzerne devenu
miniftre lui-mème, a infifté encore plus fortement fur ce point dans les
iniiructions du Ier. Août 1788, pour MM. du Chilleau & de Marbois.
Les habitations du Double & Dafmard font au Sud ; celles Maugis,
Cafamajor ou Gaye & celle Bodkins, occupent les deux côtés du chemin.
fafceptible > les confeils Supérieurs, les
Chambres d'Agriculture &c de notables habitans. M. de la Luzerne devenu
miniftre lui-mème, a infifté encore plus fortement fur ce point dans les
iniiructions du Ier. Août 1788, pour MM. du Chilleau & de Marbois.
Les habitations du Double & Dafmard font au Sud ; celles Maugis,
Cafamajor ou Gaye & celle Bodkins, occupent les deux côtés du chemin. --- Page 633 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMIXGUE 619
Après vient l'embarcadère 1 puis l'habitation Davezac de Caftera & veuve
Maragon, fituée au Nord & au Sud, & que borde la rivière d'Acquin.
Là tout près du chemin au Nord, était le premier bourg d'Acquin. On y
voit encore des ruines de maçonnerie qu'on dit être celles de la chapelle. Iln'y
a pas long-tems qu'on y remarquait une croix. Une fuperftition dont le motif
eft difficile à imaginer, porte les nègres de la paroiffe d'Acquin à y enterrer
leurs camarades. En vain a-t-on voulu les contraindre à les porter dans le
cimetière aétuel, qui eft la favane non-clofe du curé; ils attendaient la
nuit pour tromper toute furveillance, & enfin on a été aflez éclairé pour ne,
pas faire de cette circonftance le fujet d'une perfécution religieufe.
Les eaux de la rivière d'Acquin 1 qui forme deux bras réunis fur la dernière
habitation 1 à environ 300 toifes au Nord du chemin, eft diftribuée à quatre
habitations par une opération faite ily a 50 ans par M. Ricord. Le canal de
diftribution qui reçoit les eaux des deux bras au-deffus de leur joncion, eft
placé fur l'habitation de Mde. veuve Maragon, qui s'en fert la première >
puis celles Davezac de Caftera & Nicolas ainé, qui font fur la : même
rive Ef, & enfin l'habitation Boifrond, qui eft fur la rive Oueft, & par
conféquent de la paroiffe de Saint-Louis. Il n'y a pas eu affez d'eau pour
affurer l'exploitation de ces terrains en fucrerie, &c il a fallu les laiffer à
l'indigo.
Quoique la rivière d'Acquin foit, comme prefque toutes celles de SaintDomingue, faible dans les tems ordinaires, elle déborde cependant allez dans
la faifon des pluies pour interrompre la communication.
Le canton de la plaine d'Acquin contient 36 habitations, qui feraient d'un
rapport étonnant fi les féchereffes ne l'afligeaient pas. Après celle de 1726,
on en abandonna plufieurs 1 auxquelles on n'eft revenu que depuis 20 ans ,
parce qu'on a eu des places-à-vivres dans les mornes. Il faut une année bien
propice pour que cette plaine donne 80 milliers d'indigo.
La paroilfe entière d'Acquin, , qui avait en 1720, 64 indigoteries ; en 1730,
100 & 2,430 cotonniers, contient à. préfent une fucrerie, 40 indigoteries,
dont quelques-unes font en même tems des cotonneries, des places-à-vivres
ou à graine d'indigo & quelques hattes. Scn indigo, fans être de la première
qualité, eft très. prifé par le commerce, attendu que la traverfée ne l'altère
point. L'indigo maron y a péri. M. Dufrettey travaille à établir une poterie
fur fon habitation.
Iiiiz
préfent une fucrerie, 40 indigoteries,
dont quelques-unes font en même tems des cotonneries, des places-à-vivres
ou à graine d'indigo & quelques hattes. Scn indigo, fans être de la première
qualité, eft très. prifé par le commerce, attendu que la traverfée ne l'altère
point. L'indigo maron y a péri. M. Dufrettey travaille à établir une poterie
fur fon habitation.
Iiiiz --- Page 634 ---
620 DESCRIPTIO N DEILA-PARTIE
La population qui était en 1720 de 47 blancs & 950 nègres; en 1730, de
354 blancs, 7 affranchis & 1,732 efclaves, eft maintenant de 210 blancs 9
290 affranchis & environ 8,000 nègres.
La milice, où l'on voyait en 1720, 98 blancs &c 2 affranchis, eft actuellement
de 60 blancs, en une compagnie de fufiliers & une de dragons ; 60 dragons
mulâtres &33 fufiliers nègres.
Le LeCteur a aflez vu que la température d'Acquin eft très-féche. Les
années 1726, 1781 &c 1782 font mémorables en ce genre. On n'a pu dans
cette dernière avoir ni patates ni mais 1 ce qui força de recourir au bifcuit en
1783- La bafe de la nourriture des nègres d'Acquin eft le petit-mil.
Il y a eu une inondation le 6 Septembre 1754.
Les coups de vent font aufli des ravages- à Acquin. Celui du 9 Septembre
1737 ne laiffa pas une feule maifon debout, & celui de 1783 a encore caufé des
dommages. La brife ordinaire du large eft de l'Eft-Sud-Eft & celle de terre
du Nord-Eft.
Le tremblement de terre de 1770 y a fait peu de dégâts, quoiqu'il ait
renverfé l'églife, comme je l'ai dit.
Le 19 Juin 1772, M. Pierre Raymond, natif de Buan en Languedoc, eft
mort à Acquin 3 âgé de 80 ans.
La paroiffe d'Acquin eft renommée pour fournir de très-beaux chevaux 1
qu'on priferait encore plus s'il n'était pas difficile de les accoutumer aux
pâturages des autres lieux. Les boeufs y font auffi d'une fort belle efpèce.
Acquin donne les meilleurs moutons de la Colonie 2 les meilleures huitres &
les meilleures truffes. Les ilets de l'étang Salé, 9 fon canal & la baie font bordés
de mangliers, auxquels ces huîtres s'attachent par grappes, mais avec une
telle profufion, que malgré la confommation continuelle qu'on en fait à Acquin
même 1 à Saint-Louis & aux Cayes, d'où des canots viennent s'en remplir,
il n'y a aucune diminution fenfible. Les nègres des habitations où font ces
mangles, fe nourriflent d'huîtres & en vendent. Les plus eftimées fe trouvent
dans le fens d'un petit monticule ifolé qui avoifine la ner 3 fur l'habitation
Langlois de Chancy & qui donne fur le canal de l'étang Salé, au Sud da
bourg.
On pêche la fardine ou cayeux fur la côte d'Acquin, depuis les Côtes-deFerj jufqu'aux Flamands. Le Petit-Salé, le mouillage à Fouquet, la Callebafière,
tres & en vendent. Les plus eftimées fe trouvent
dans le fens d'un petit monticule ifolé qui avoifine la ner 3 fur l'habitation
Langlois de Chancy & qui donne fur le canal de l'étang Salé, au Sud da
bourg.
On pêche la fardine ou cayeux fur la côte d'Acquin, depuis les Côtes-deFerj jufqu'aux Flamands. Le Petit-Salé, le mouillage à Fouquet, la Callebafière, --- Page 635 ---
FRANÇAISE DE SATNT-DONINGUE
les Grands-Halliers & les Flamands font les lieux où elle abonde le plus. Des
habitans des hauteurs de Bainet & du Fond-des-Blancs
pêche &c trafiquent de fon produit. Au mois de Février a'occupent deTcette
ou Mars la fardine
difparaît, puis en Mai ou Juin il en revient une grande quantité. Elle
fonne les premiers jours.
empoiLes crabes font auffi une reffource pour les nègres des cantons des Grands.
Halliers & des Flamands, 9 & ils font bons jufqu'à
des Côtes-de-Fer
Acquin ; tandis que ceux
empoifonnent. Ces crabes fortent avec les premières
en Mai ou Juin. Dans le refte de l'année, il faut fouiller
pluies,
On a de la pintade maronne & du ramier à Acquin.
pour en avotr.
On trouve des Flamands fur la côte de cette paroille, & c'eft fans douto
de ces oifeaux que la baie qui porte leur nom l'a emprunté.
Le bois commence à être rare à Acquin, d'oà les Cayes en ont
tiré. On a même déjà recours à celui des États-Unis
beaucoup
On fait depuis Acquin jufqu'à Torbec de l'huile de Ricin d'Amérique.
auffi blanche & auffi limpide que la plus bellehuile d'olive. Elle ou fert Palma-Chrifti
à la
aux lampes,
pharmacie 7 notamment comme un excellent purgatif dans les maladies
vermineufes & aux embrocations.
Ilya plufieurs falines exploitées à Acquin, & celles de M. Belin
payent bien fon induftrie. On peut leur appliquer ce que j'ai dit ailleurs Duverger fur
les falines.
Au-deffus de l'habitation Davezac de Caftera, près de Ia rivière
eft un petit monticule où l'on trouve des fétiches Indiennes de bois d'Acquin ,
& des efpèces de petits pots de terre cuite. On y rencontre auffi des & d'os $
mais qui paraiffent y avoir été tranfportées. De petits points mis coquilles, de niveau
doivent avoir été le fite des cafes d'une petite peuplade.
Chriftophe Colomb, à fon fecond voyage en 1493, avait amené à SaintDomingue Alphonfe Ojeda, capitaine d'un caraétère hardi &
& d'une bravoure à toute épreuvé. Ce fut lui qu'il
entreprenant 1
mines de
chargea d'aller vifiter les
Cibao ; ce fut Ojeda qui s'empara de
Il était retourné depuis
Caonabo 9 cacique de Maguana.
peu en Efpagne 1 lorfqu'en 1499 il obtint de
de Cordoue communication des mémoires de
l'évèque
de découvrir
Chriftophe Colomb & Ia permiflioa
ce qu'il pourrait du Continent de l'Amérique, à condition
ne pas aller dans ce que Colomb en avait déçouvert durant fes deux
de
voyages.
premiere
Cibao ; ce fut Ojeda qui s'empara de
Il était retourné depuis
Caonabo 9 cacique de Maguana.
peu en Efpagne 1 lorfqu'en 1499 il obtint de
de Cordoue communication des mémoires de
l'évèque
de découvrir
Chriftophe Colomb & Ia permiflioa
ce qu'il pourrait du Continent de l'Amérique, à condition
ne pas aller dans ce que Colomb en avait déçouvert durant fes deux
de
voyages.
premiere --- Page 636 ---
622 DESCRIPTION DELAPARTIE
Ojeda fit fon armement à Séville. Americ Vefpuce, riche marchand Flos
rentin,s'y intéreffa pour une fomme confidérable & s'embarqua même avec
lui. Ils abordèrent à deux cens lieues dans PER de l'Orénoque, allèrent dans
d'autres points & defcendirent dans une des Antilles du Vent, d'où ils vinrent
mouiller dans la baie d'Acquin le 5 Septembre 1499.
Lors d'un fecond voyage 1 qu'ils entreprirent encore enfemble, Vefpuce ft
mettre Ojeda aux fers, oû il était quand leur bâtiment vint mouillér de
nouveau à Acquin en 1502. Ojeda s'y jetta même à la mer pour tâcher de
gagner lc rivage, mais il fut fecouru comme il allait fe noyer & ramené à
bord.
Ainfi Acquin a reçu dans fon port, Colomb qui a réellement découvert
T'Amérique, & qui a été perfécuté; Ojeda qui avait découvert des portions
du continent, & qui après de longues infortunes, ef venu mourir à SantoDomingo en ISIO, dans un tel excès de mifère, que le don de fon linceul
en fut un de charité publique 5 & enfn Améric Vefpuce. 3 Pufurpateur le plus
heureux qui ait peut-être jamais exifté, puifque la moitié du Globe porte
fon nom, quoiqu'il n'ait point de droit à cette gloire qu'aucune autre
n'égale.
Les habitans d'Acquin prirent part à la fédition de 1723.
Dans la guerre de 1778, cinq hommes de couleur forcèrent un corfaire
qui avait mis à terre à la pointe de PHirondelle, rembarquer fon monde
& à lever l'ancre ; ils firent même un prifonnier.
En arrivant à Acquin, on commence à appercevoir des nuances fenfibles
entre les moeurs & les ufages de la Partie du Sud, &x ceux de la Partie
du Nord & de la Partie de l'Oueft de la Colonie, dont on voit bien
qu'elle eft la cadette.
On y conferve même des modes qui rappellent les anciens colons, car
les habitans y portent des vareufes qui different entr'elles par la forme
& par l'élégance. Il y en a de ginga & de toiles très-belles ; les unes font
rondes &c fans poches; d'autres ont une poche vers le ventre ; d'autres
encore ont une pointe de chaque côté, comine les chemifes de femme, &
chaque pointe a une poche.
A mon pallage dans cette Partie., l'année dernière (1 1788 ), les enfans
portaient des bonnets de toile à la hollandaife, ouverts dans le fond & pliffés
forme
& par l'élégance. Il y en a de ginga & de toiles très-belles ; les unes font
rondes &c fans poches; d'autres ont une poche vers le ventre ; d'autres
encore ont une pointe de chaque côté, comine les chemifes de femme, &
chaque pointe a une poche.
A mon pallage dans cette Partie., l'année dernière (1 1788 ), les enfans
portaient des bonnets de toile à la hollandaife, ouverts dans le fond & pliffés --- Page 637 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DO MINGUE. 623
avec un cordon dans une couliffe, de manière à former une houpe. A Acquin particulièrement, le bonnet était fendu dans la houpe mème, 9 enforte
que les deux bouts figuroient aflez bien ceux du bonnet dont on coiffe la
folie. Les enfans avaient des pantalons & de petites vareufes à collets
par-defTus leur chemife.
Acquin dépend du commandement, de la Sénéchauflée, &c de l'Amirauté
de Saint-Louis. La Compagnie de Saint-Domingue y avait mis un lieutenant
de fa juftice feigneuriale.
On compte de l'églife d'Acquin à celle de Bainet
19 lieues
A celle du Fond-des-Negres
de l'Anfe-à-Veau
IO
du Petit-Trou
IO
de Saint-Louis
IG
XLIV.
P A 2 R OISS E D E SAINT- L OU I %
Pour parler de Saint-Louis d'une manière intéreffante, il faut le préfenter fous des rapports qu'il n'a plus.
Depuis que les vaifleaux du Proteéteur allant de l'attaque de SantoDomingo à la conquête de la Jamaique, avaient mouillé dans ce magnifique
port en 1655, il avait pris le nom de Baie de Cromwel. Il le portait
lorfque M. de Beauregard lui donna en 1677 celui de Saint-Louis qui lui
eft refté.
Ce n'était cependant encore qu'un pur canton, pour ainfi dire ignoré, lorfqu'on vit fe former à Paris, une Compagnie qui fe croyant, fans
doute, plus de lumières que celles dont elle avait été précédée dans les
Colonies, voulut tenter un nouvel établiffement à Saint-Domingue. Le 39
Août 1698 douze perfonnes, parmi lefquelles on voyait trois premierscommis du miniftre de la marine, un infpeéteur général de la marine 9
M. Ducafle 2 gouverneur de la Colonie de Saint-Domingue & fix financiers,
, une Compagnie qui fe croyant, fans
doute, plus de lumières que celles dont elle avait été précédée dans les
Colonies, voulut tenter un nouvel établiffement à Saint-Domingue. Le 39
Août 1698 douze perfonnes, parmi lefquelles on voyait trois premierscommis du miniftre de la marine, un infpeéteur général de la marine 9
M. Ducafle 2 gouverneur de la Colonie de Saint-Domingue & fix financiers, --- Page 638 ---
624 DESCRIPTION DE LA PARTIE
s'affocièrent avec un fond de douze cent mille livres. Au mois de Septembre fuivant, un édit en forme de lettres-patentes, en fit la Compagnie de
Saint-Domingue avec le privilége exclufif du commerce pendant cinquante
années, depuis le Cap Tiberon jufqu'à la riviere de Neybe inclufivement
fur trois lieues de profondeur, à partir du bord de la mer. Elle eut en
propriété le don de toutes les parties incultes, & tous les droits de fouveraineté, fans autre redevance, que celles de l'hommage libre & d'une
couronne d'or de fix marcs à chaque mutation de roi. Sa Majeflé s'obligea
même à faire conftruire, à fes frais, une place forte dans le chef-lieu de
l'établiffement, & la Compagnie promit de mettre en cinq ans. 1,500 blancs
& 2,500 noirs dans l'étendue de fa concefion, fans les prendre dans les
deux autres Parties de la Colonie, & enfuite JOO blancs & 200 noirs par
an. On lui donna deux flâtes, deux brûlots & deux corvettes, &c elle promit
d'avoir fix navires. On lui accorda des tribunaux, pourvu qu'ils fuffent
affujettis à la coutume de Paris. Enfin on lui concéda un fceau pour les aêtes
émanés d'elle, & pour armoiries un écu en cartouche d'azur, â deux vaiffeaux
équipés d'or, allant vent arrière fur une mer de finoples. un foleil d'or en
chef, à côté de deux fleurs de lis de même ; pour fupport un Américain au
naturel à droite & un nègre à gauche, appuyés chacun fur une maffue
d'azur femée de fleurs de lis d'or ; l'écu couronné d'une couronne de panaches
d'azur, d'or, de finople, d'argent & de gueules 7 du milieu de laquelle fortait
en cimier une fleur de lis d'or.
Il eft à obferver que le titre de ces lettres-patentes, après avoir défigné la
Compagnie fous le titre de Compagnie Reyale de Saint-Domingue, ajoute, dite de
la Naxtelit-Baargogne, expreflion dont rien ne m'a appris le véritable fens."
Dès le Ier. O8tobre 1698, la Compagnie fe fit donner par le roi la
miflion de commercer dans tout le Continent Efpagnol du golfe du
per-
& d'en recevoir les habitans.
Mexique
Le 30 Mars 1699, le Confeil du Petit-Goave enregiftra tous les titres
de la Compagnie & reçut même le juge qu'elle avait nommé le 12 Novembre
précédent pour toute fa conceffion. Elle commença à former fon établiffement
au mois de Juillet & prit dans la perfonne de M. de Bricourt, fon direéteur,
porté par le vaiffeau l'Opiniâtre, poffeffion de Saint-Louis, où M. de Beauregard avait été envoyé par M. Ducaffe dès le mois de Mai 1698 avec 45
colons.
Le
la Compagnie & reçut même le juge qu'elle avait nommé le 12 Novembre
précédent pour toute fa conceffion. Elle commença à former fon établiffement
au mois de Juillet & prit dans la perfonne de M. de Bricourt, fon direéteur,
porté par le vaiffeau l'Opiniâtre, poffeffion de Saint-Louis, où M. de Beauregard avait été envoyé par M. Ducaffe dès le mois de Mai 1698 avec 45
colons.
Le --- Page 639 ---
-
FRANÇAIS E DE SATNT.DONTNOUE
Le 12 Novembre 1700; le roi déclara qu'au lieu de trois lieues de
fondeur, la Compagnie aurait tout l'intervalle jafqu'aux
proraient la Partie de l'Oueft de celle du
&
montagnes qui fépaSud, qu'il était permis aux habitans
du refte de la Colonie de pafler fur le territoire de cétte
la Compagnie à
conceffion, fauf à
remplacer ces colons par des engagés.
M. Renau, ingenieur-général de la marine 3 ayant été envoyé dans les
Colonies pour examiner leurs fortifications & pour régler celles à faire dans
le chef-lieu de la Compagnie de
il fit
Saint-Domingue 7
le plan du fort de
Pilet de Saint-Louis 3 & chargea M. de la Broue , ingénieur, de fon exécution,
M. de Paty en entreprit les travaux. Je lis dans quelqués
M. Ie
maréchal de Vauban daigna même y faire quelques corrections. pièces que
M. de la
Broue étant mort lorfqué ce fort était parvenu
cordon fut
jufqu'au
> il continué
par les foins de M. Cauvet, & tout était achevé en
Mais
une partie de ces fortifications croulèrent,
1705.
en 1707 1
parce qu'elles avaient été faites
du fable & de l'eau de mer, & il fallut employer de coûtéufes
avec
Saint-Louis en particulier ne faifait pas des progrès rapides. La réparations.
avait des directeurs fiers de leurs privilèges,
Compagnie
plus occupés de leur autorité &c
peut-être de leurs intérêts que du but de leur nomination. Ils femblaient
chercher à paraître encore plus importans en multipliant les dénominations de
la Compagnie, dont ils étaient les agens. Tantôt ils l'appellaient la
de Saint-Demingue 3 tantôt la Compagnie de
Compagnie
Saint-Louis > tantôt la Compagnie de
PIle a Vacbe. Ils cherchaient à cumuler
plufieurs emplois' 9 & en' 1701 M.
Bricourt était auffi juge de la Compagnie Reyale de PIfe a Vacbe.
Bientôt après; on vit auffi à Saint-Louis un établiflement de l'Aflienté;
c'eft-à-dire de Ia Compagnie la plus monftrueufe dont une Colonie
;
pdt donner l'exemple, puifqu'elle venait pour éntrepofer dans françaife
encore fans cultivateurs, des moyens de culture deftinés à
une partie
une autré
coloniale, à PEfpagne:
puillance
Enfin en 1703, on ne comptaît en tout à Saint-Louis
3 affranchis, 643 efclaves. , 20' chevaux & 54 bêtes à
que 42 blancs,
corne, , & Ial
avait eu fi peu pour but d'y multiplier les habitans,
Compagnie
qu'elle s'était rélervée'
la plaine de Saint-Louis & le Fond de Bricourt.
En 1707, elle avait la prétention de payer fés habitans des marchandifes
leur achetait, en lettres-de-change, à huit mois de vue fur fon caiflier à qu'elle Paris.
Tome II.
K k k k
. , 20' chevaux & 54 bêtes à
que 42 blancs,
corne, , & Ial
avait eu fi peu pour but d'y multiplier les habitans,
Compagnie
qu'elle s'était rélervée'
la plaine de Saint-Louis & le Fond de Bricourt.
En 1707, elle avait la prétention de payer fés habitans des marchandifes
leur achetait, en lettres-de-change, à huit mois de vue fur fon caiflier à qu'elle Paris.
Tome II.
K k k k --- Page 640 ---
626 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Le nombre des individus s'augmenta cependant à Saint-Louis en 1710 7
parce que la Compagnie prit à fa folde deux des compagnies des troupes
détachées de la marine. Mais elle demanda auffitôt à faire de ces foldats des
enltivateurs & à les remplacer par des, recrues.
Une chofe vraiment bifarre, c'était de voir 635 blancs ayant environ deux
mille nègres, periévérer depuis environ trois ans dans le voeu d'obtenir un
confeil fouverain dans le territoire de la Compagnie. Celle-ci chargea en 1712
M. Berthomier, fon lieutenant de roi & fon direéteur, de tâcher de les. en
détourner. Ses repréfentans ne manquèrent pas de zèle dans leurs remontrances 1 fur tout le direéteur, qui fentait bien qu'un confeil fouverain aurait
gêné & affaibli fon crédit.
De petits empiétemens portèrent le roi à régler, le 30 Juillet 17II, que
l'autorité militaire des pays de la conceflion de la Compagnie ferait foumife.à
celle du gouverneur de toute la Colonie.
De fon côté 9 la Compagnie fit, le 7 Juin 1716, fur la régie de fon
domaine, des ftatuts que le roi approuva au mois de Juillet fuivant. Ils obligeaient les habitans à juftifier devant le greffier de Saint-Louis des titres de
leurs conceflions, fans pouvoir vendre celles-ci avant d'en avoir défriché les
deux tiers, & les plus étendues furent réduites à IOO carreaux. Tout habitant
fut tenu de payer à la Compagnie annucllement, au jour de Saint-Martin 3
fix deniers de cens par cent carreaux, & à chaque mutation en ligne direête 3
12 deniers, & de plus, dans celles par vente, le trentième du prix ou le
foixantième feulement, quand c'était par échange. Les grands chemins furent
fixés à 60 pieds de largeur, ceux de communication à la moitié. Chacun
fut tenu de conferver fur fon habitation un carreau en bois ou d'en planter
cette quantité, & d'avoir en outre cent arbres de brefillet, de fuftet, cent
cacaoyers, cent cotonniers, cent arbres de gayac, de bois marbré, de bois de
fer, de bois de chène violet, de cèdre, 3 d'acajou bâtard, de grenadille, &
autres de la même utilité; d'avoir par cent carreaux 20 vaches & 5brebis
& un blanc par dix nègres, & de fabriquer au moins dix quintaux de tabac
par an.
Un autre réglement, du 22 Septembre de la même année 1716, affimila
les habitans de Ia conceffion de la Compagnie à ceux du refte des Ifles pour
leur contribution aux dépenfes publiques.
, 3 d'acajou bâtard, de grenadille, &
autres de la même utilité; d'avoir par cent carreaux 20 vaches & 5brebis
& un blanc par dix nègres, & de fabriquer au moins dix quintaux de tabac
par an.
Un autre réglement, du 22 Septembre de la même année 1716, affimila
les habitans de Ia conceffion de la Compagnie à ceux du refte des Ifles pour
leur contribution aux dépenfes publiques. --- Page 641 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 627
La Compagnie qui avait trouvé quelquefois une jufte oppofition dans le
confeil fouverain du Petit-Goave; j par exemple 1 lorfque ce confeil ne voulait
les conteftations qu'on avait avec elle fuflent vidées par des juges
pas que commiflionnait, & lorfqu'il interdilait la cumulation des places de
qu'elle
direêteur &c de juge, obtint, le 22 Juin 1717, une déclaration du roi qui
attribuait la connaiflance de toutes les affaires de la Compagnie aux officiers
de P'Amirauté générale de France 3 au fiége de la Table-de-Marble à Paris
attendu, y difait-on, qu'il s'agillait d'affaires maritimes. Mais le 8 Novembre
1719, le confeil de Léogane refufa de reconnaître cette attribution.
Dès le 22 Oétobre 1718, le roi s'exprimait ainfi dans un arrêt du
Confeil d'État. 46 Étant informé des befoins preffans des habitans de
la Colonie de Saint-Louis, côte de Saint-Domingue, & du peu de foin que
la Compagnie d'y remédier; que les directeurs & intéreffès de cette
72 prend
ont plufieurs conteftations enfemble ; &x comme il n'eft pas jufte
1) Compagnie
les habitans de ladite Colonie fouffrent auffi confidérablement de la
> que
qui règne, Sa Majefté permet à tout français d'y enyoyer
>). mélintelligence
des vivres pendant fix mois ". Il eût été bien plus_naturel, fans doute 2 de
n chafler ignominieufement cette Compagnie monopoleufe; mais il fallait que le
mal fut pouffé loin pour qu'on allât même jufqu'à l'avouer publiquement.
Cependant le ier. Août 1719, la permiflion fut encore prorogée pour 6 mois 3
& enfin le jour de juflice arriva.
Le 2 Avril 1720, la Compagnie parut céder au roi ce qui n'aurait jamais
da paffer dans les mains de particuliers mille fois moins recommandables que
des colons qui vont tout braver pour enrichir leur patrie; & des lettrespatentes du même mois, dans le préambule defquelles on chercha encore tous
les égards pour des péculateurs qui n'avaient fu en mériter aucun pendant 22
la Compagnie. Heureufe la Colonie, fi un arrêt du Confeil d'État,
ans, fupprima
du IO Septembre fuivant, n'eût pas fait paffer à la Compagnie des Indes
quelques-unes des prétentions de la Compagnie de Saint-Domingue ; fi on ne
lui avait pas tranfmis le droit de vendre à fon profit les terres non concédées
la première & celui de rentrer dans les terres non-défrichées, & fi on ne
par
lui avait pas donné le privilège exclufif de fournir à la Colonie en 15 ans
30,000 nègres tirés de l'étranger; fi enfn un autre arrèt, du 27 Septembre,
n'avait pas réuni à perpétuité à la Compagnie des Indes le privilège du
commerce de la côte de Guinée!
Kkkk2
profit les terres non concédées
la première & celui de rentrer dans les terres non-défrichées, & fi on ne
par
lui avait pas donné le privilège exclufif de fournir à la Colonie en 15 ans
30,000 nègres tirés de l'étranger; fi enfn un autre arrèt, du 27 Septembre,
n'avait pas réuni à perpétuité à la Compagnie des Indes le privilège du
commerce de la côte de Guinée!
Kkkk2 --- Page 642 ---
628 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Ce furent ces nouvelles idées de gêne & de contrainte, & l'arrivée des
direéteurs & des employés de la Compagnie des Indes, qui frent commencer au
Cap, le 16 Oétobre 1722, une fédition qui gagna le refte de la Colonie,
& qui ne finit qu'au mois de Février 1724, époque où il fallut enfin reconnaitre qu'on devait préférer la Colonie à la Compagnie des Indes.
Telle a été la durée, encore trop longue, de la Compagnie de Saint-Domingue, dont l'influence, que je fuis tenté d'appeller marcotique 3 comme celle
de toutes fes femblables, 2 a été long-tems fenfible fur la furface qu'clle avait
ufurpée.
Mais c'eft princip.lement Saint-Louis, fa capitale, qai conferve cette
empreinte.
Lors de la fuppreffion de Ia Compagnie comme elle n'avait formé autour
de la baie de Saiut-Louis que fes propres établiffemens; & que fes direéteurs
étaient même parvenus à acquérir plufieurs conceflions pour fe former des
fucreries 7 la garnifon du fort y était prefque ifolée. M. de Sorel, gouverneur.
général, propofait de diftribuer ces établifiemens 3 achetés au nom du roi, par
petites portions ; de mettre un bourg, une églife paroiffiale, une Sénéchauffée
& une Amirauté à Saint-Louis. Mais au lieu de cela, le 12 Mai 1720,
M. le maréchal d'Eftrées 9 confeiller du confeil de Régence, vice-roi de
l'Amérique, vice-amiral de France $ grand-d'Efpagne, chevalier des ordres
du roi & préfident du Confeil de marine, obtint à titre de franc-aleu noble
fans juftice, la conceffion des deux terrains que la Compagnie avait particulièrement à Saint-Louis; l'un appellé la Plaine de Saint-Louis, ayant environ
une lieue de large fur deux de long en venant de la baie Saint-Georges, &
l'autre d'environ deux lieues en carré, appellé Bricourt.
Cependant, le roi ayant ordonné de bâtir une ville près du fort SaintLouis, M. Frézier, commis par M. de Sorel, gouvermeur-général, & par
M. de Paty, gouverneur de la Partie du Sud > la traça le 24 Août 1721. Il
obferva d'abord que la conceflion faite à M. le maréchal d'Efirées, empéchait
de placer la ville dans la grande favane de lhabitation de la Plaine, oà
l'on aurait eu d'un côté l'eau de la Petite-rivière pour toutes les maifons, &
de l'autre la navigation de la Grande-rivière, qu'on peut remonter en canots ;
mais que le roi n'ayant confervé que la place achetée dans l'origine 700 liv.
par la Compagnie de l'Afliente dans lOueft de la Grande-rivière, & la Viciile-
échait
de placer la ville dans la grande favane de lhabitation de la Plaine, oà
l'on aurait eu d'un côté l'eau de la Petite-rivière pour toutes les maifons, &
de l'autre la navigation de la Grande-rivière, qu'on peut remonter en canots ;
mais que le roi n'ayant confervé que la place achetée dans l'origine 700 liv.
par la Compagnie de l'Afliente dans lOueft de la Grande-rivière, & la Viciile- --- Page 643 ---
FRANCAISE DE S. AINT.D OMINGUE. 629
Place, fituée dans l'Oueft de cette première, & toutes deux au bord de la
mner, dans un terrain dont le bas était marécageux &x plein de crabières
(trous de crabes ), il fallait faire un canal de 600 pas fur le terrain de M.
le maréchal d'Eftrées pour conduire l'eau douce à la ville, deffécher le fol &
ne pas fonger à avoir plus de cent maifons. Ce tracé 1 approuvé par les Adminiftrateurs le 12 Novembre 1721, ne fut cependant pas exaétement fuivi, 8c ce
ne fut qué le IO Mai 1722, que le Confeil de marine acheta de la Compagnie de
l'Affiente l'emplacement du bourg.
Saint-Louis qui depuis 1699 avait eu une chapelle appartenante à la Compagnie, &c dont l'aumônier s'appellait aufli quelquefois curé, parce qu'il, en
faifait les fonctions, eut réellement alors une églife paroifliale &c forma une
paroiffe.
Cette paroille eft bornée actuellement, à PEft, par la paroiffe d'Acquin 2
au moyen de la rivière du même nom; ; au Nord , par la paroiffe du PetitTrou, au moyen de la chainc de montagnes qui fépare la face Méridionale
d'avec la face Septentrionale de la Partie du Sud; à TOueft, par la paroiffe
de Cavaillon, au moyen de la rivière des Orangers,jufqu'àl'anfe des Folleurs,
& au Sud, par la mer.
La ville de Saint-Louis eft fituée au fond de la baie, fur une bande plate
mais fort étroite, le long de la mer. Des mornes élevés, excepté vers TOueft,
bordent cette efpèce de ruban, qui a lui-mème aflez d'étendue vers PEA pour
former une plaine d'environ 2;000 toifes dans fa longucur Nord & Sud, fur
une largeur variable de 12 à 1,500 toifes , qu'on pourrait arrofer. M. Godin a
évalué que le morne auquel Ja ville eft adoflée & où était une vigie, à
267 toifes d'élévation au-deffus du niveau de la mer. La ville a la forme d'un
carré long, dont le grand côté, qui court, en partant du rivage , à-peu-prés du
Sud Sud-Oueft au Nord-Nord-Eft, a environ 280 toifes 3 & le petit côté environ
180 toifes. Cette furface eft divifée d'abord en 33 ilets carrés de 26 toifes de
côté, excepté trois, que le rivage rend irréguliers. Mais Pilet du milieu
du fecond rang, en venant du morne, étant celui de l'églife, au-devant de
laquelle eft un autre ilet formant la place-d'armes, avec des arbres, on a
coupé par une rue cruciale les ilets qui font fur les deux côtés de la place &
ceux qui étaient entr'elle & la mer, de maniere qu'on en a fait 15 carrés
longs ou demi-ilets (Voy. l'Axlas ).
que le rivage rend irréguliers. Mais Pilet du milieu
du fecond rang, en venant du morne, étant celui de l'églife, au-devant de
laquelle eft un autre ilet formant la place-d'armes, avec des arbres, on a
coupé par une rue cruciale les ilets qui font fur les deux côtés de la place &
ceux qui étaient entr'elle & la mer, de maniere qu'on en a fait 15 carrés
longs ou demi-ilets (Voy. l'Axlas ). --- Page 644 ---
630 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Les rues entre les ilets complets ont 36 pieds de large. Il y cn a quatre de
cette efpèce , qui vont du rivage au haut de la ville, & fix qui les coupent
à angles droits. Les trois des demi-ilets font moins grandes.
Les maifons de St-Louis font, comme celles de la Partie de l'Oueft de la Colonie, bâties de charpente ou cliffées & couvertes d'eflentes. Quelques-unes font de
maçonnerie avec un étage. On a pratiqué au-devant de ces maifons des galeries de fix pieds de large. Tout annonce la décadence de ce lieu; les rues
font remplies d'herbe & beaucoup de maifons y tombent en ruine.
Ily avait en 1766, 67 maifons, 84 en 1776, & l'on n'en trouve plus
que 76.
L'églife eft fort fimple, mais décente. On y voit les bancs honorifiques, &
celui du Commandant en fecond de la Partie du Sud, rappelle que ce
chef a eu fa réfidence dans cette ville. Saint-Louis eft le pâtron de la
paroiffe &x de l'églife, dont on ne trouve plus de regiftres au-delà de 1743Elle fut très-endommagée par un coup de vent en 1738.
Le prefbytère eft tout-à-fait au-deffus de la ville, mais à la toucher, &c
fur un point élevé, & le cimétière lui eft contigu vers l'Ef.
Le palais de julice & les prifons occupent le demi-ilet de 60 pieds
de face fur 156 pieds de profondeur, qui eft le fecond à main droite
en defcendant de l'églife vers la mer. Le bâtiment même à 52 pieds de
face &c 20 de large, IO de haut fous comble, une galerie de 9 pieds en
avant &z une de 8 vers la cour. Il eft divifé en un auditoire de 34 pieds
& demi & une chambre au bout. On entre de la galerie intérieure dans
la cour, & de là dans le logement du geolier. Après celui-ci eft une feconde
cour avec un puits de 6 pieds de diamètre, & en face une prifon. Dans le
bas font trois cachots voûtés fpacieux, dont deux fervent pour les criminels,
& un pour les épaves. En haut font les prifonniers pour dettes, ceux
pour avoir manqué aux revues, &c.
J'ai déjà donné quelques notions fur les établiffemens judiciaires de
Saint-Louis. La Compagnie de Saint-Domingue y mit fa juridiétion fifcale &
plaça des lieutenans à Acquin, à Jacmel &x aux Cayes alors le Fond de PIfle à
Vache. Elle avait un juge, un procureur-fifcal & un grefier dans chaque lieu,
mais fon fceau réfidait à Saint-Louis. Le territoire total de cette juftice était
égal à celui de la conceffion même depuis la rivière de Neybe jufqu'au CapTiburon.
Saint-Louis. La Compagnie de Saint-Domingue y mit fa juridiétion fifcale &
plaça des lieutenans à Acquin, à Jacmel &x aux Cayes alors le Fond de PIfle à
Vache. Elle avait un juge, un procureur-fifcal & un grefier dans chaque lieu,
mais fon fceau réfidait à Saint-Louis. Le territoire total de cette juftice était
égal à celui de la conceffion même depuis la rivière de Neybe jufqu'au CapTiburon. --- Page 645 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 631
Au mois de Novembre 1721, le roi divifa ce territoire entre deux Séné.
chauffées qu'il mit à Jacmel & à Saint-Louis, donnant à cette dernière , depuis
Acquin inclufivement jufqu'au Cap-Tiburon & la rendant pour tout, femblable
aux autres Sénéchauffées déjà établies dans la Colonie.
Le 15 Oétobre 1739 3 les Adminiftrateurs jugèrent convenable de nommer
( M. Contet t) à la Sénéchauffée de Saint-Louis. C'eft le feul
un confeiller
qu'elle ait eu jufqu'à la nouvelle compolition des fiéges inférieurs par l'édit
du mois de Janvier 1787.
Avant 1741, le confeil de Léogane avait autorifé le juge de Saint-Louis à
alterner, chaque femaine 1 entre Saint-Louis & les Cayes pour y tenir une
audience ; mais en 1741, Larnage & Maillart firent cefler ce partage.
Après la prife du fort Saint Loais au mois de Mars 1748, le lieutenant de
la Sénéchauflée de Saint-Louis avait été aux Cayes pour y tenir l'amirauté
les caufes célères ; mais on le fit revenir à Saint-Louis à la_fin
& expédier
de 1751.
faveur des Cayes ont été enfin fuivis d'un édit du mois de
Tant d'effais en
Mars
qui a ôté à Saint-Louis les quatre paroiffes des Cayes 1 de Torbec, 9
des' Côteaux 1779 & du Cap-Tiburon & qui lui a donné celle du Fonds-des-Negres, 3
la retirant de la SénéchaulTée du Petit-Goave ; de manière que la Sénéen
n'a
réellement que les quatre paroiffes du Fond.
chauffée de Saint-Louis plus
dea-Nègres , d'Acquin, , de Saint-Louis & de Cavaillon, qui, indépendamment
de convenance qui fe trouve dans l'enlèvement de la paroiffe du
du manque
du
ne forient
reffort
Fond-des-Nègres fait aux tribunaux Petit-Goave,
qu'un
tout
Il femblerait naturel , dans l'état préfent des
borné & fur trop peu peuplé.
ehofes de fupprimer les tribunaux de Saint-Louis, pour donner à ceux des
7 Acquin Saint-Louis > Cavaillon > les Cayes, Torbec & le Port-Salut;
Cayes, rendre le Fond-des-Negres au Petit-Goave, & de lui ôter le Petit-Trou pour
de
dernier à Jérémie
à fon tour, perdrait le Cap Dalmarie qui,
donner ce
qui,
&c aux Côteaux, formerait une nouvelle Sénéchauffée
réuni au Cap-Tiburon
Amirauté qu'on placerait à Tiburon. Je voudrais de plus que 2
& une nouvelle
tout où ily a un mouillage pour des bâtimens de long cours 1 ily'eêt un
par de PAmirauté dont ce point dépendrait, pour l'accélération du comprépolé
les navires. La fuppreflion 7 quant à Saint-Louis ne
merce en expédiant
lui ferait rien éprouver de plus fâcheux qu'à préfent. II y végéterait quelques
individus de moins, mais fans perte réelle.
voudrais de plus que 2
& une nouvelle
tout où ily a un mouillage pour des bâtimens de long cours 1 ily'eêt un
par de PAmirauté dont ce point dépendrait, pour l'accélération du comprépolé
les navires. La fuppreflion 7 quant à Saint-Louis ne
merce en expédiant
lui ferait rien éprouver de plus fâcheux qu'à préfent. II y végéterait quelques
individus de moins, mais fans perte réelle. --- Page 646 ---
632 DESCRIPTIO N DE LA PAKTIE
La Sénéchauflée de Saint-Louis a 5 procureurs, 7 notaires & 8 huiffiers,
Les ofliciers de la Sénéchauffée le font auffi de l'Amirauté.
Saint-Louis a eu, même avant l'établiffement de la Compagnie, un commandant & enfuite le gouverneur de Ia Partie du Sud jufqu'en 1763, qu'il a
été remplacé par un Commandant en fecond établi au Petit-Goave, d'où il eft
revenu à Saint-Louis en 1769, pour paffer de là au Cayes, en 1776, époque
depuis laquelle il réfide dans cette dernière ville.
Saint-Louis a eu également, dès l'origine 1 un lieutenant de roi. La Compagnie le préfenta même au roi à plufieurs nominations ; puis la place étant reftée
fufpendue en 1743, elle fut rétablie par l'ordonnance du 23 Juillet 1759. Celle
du 24 Mars 1763 la fupprima encore & le 15 Mars 1769 fes fonétions furent
données à l'un des majors de la Légion de Saint-Domingue, Le 17 Mars 1771
on a créé une lieutenance de roi en titré qui a été détruite le 20 Décembre
1783Saint-Louis a toujours eu un major depuis 1707 $ excepté de 1763 à 1769,
qu'il n'y avait plus d'état-major ; & un aide-major de 1727 jufqu'en 1783,
qu'il a été fupprimé.
Dès que le gouverneur de la Partie du Sud eut fa réfidence à Saint-Louis;
on lui confruifit un logement qui fe nomme encore le Gouvernément. Il eft
bâti à environ trois cens toifes à l'extrémité fupérieure de la ville dans un
point qui correfpond à fon milieu & qui la domine. C'eft un grand bâtiment
de charpente > àl la fuite duquel font les cazernes. Le premier bâtiment conftruit
avec cette dernière deftination, fut renverfé par le coup de vent du 9 Septembre
1737. Celui aEtuel qui fut découvert par l'ouragan du mois d'Août 1772, &
qui a fervi d'hôpital loriqu'un convoi vint à Saint-Louis en 1780, ne fert à rien
en ce moment.
La première garnifon de Saint-Louis fut celle des deux compagnies détachées
de la Marine 1 qui y vinrent en 1702 & que la Compagnie prit à fa folde, le
IO Juillet 1710. En 1725, on en voyait encore 2 & un détachement de Suiffes ;
3 compagnies en 1736 ; 4 en 1751; 6 en 1752 ; autant en 1758, &c en 1764
un détachement du régiment de Forez. Depuis on y a eu des détachemens' de
la Légion de Saint-Domingue ou du régiment du Port-au-Prince ; mais SaintLouis n'a plus pour garnifon fédentaire que- IO hommes qu'on lui envoie de
celle des Cayes &c qu'on- relève tous les trois mois, Gelle qu'on y tint durant
le
en 1736 ; 4 en 1751; 6 en 1752 ; autant en 1758, &c en 1764
un détachement du régiment de Forez. Depuis on y a eu des détachemens' de
la Légion de Saint-Domingue ou du régiment du Port-au-Prince ; mais SaintLouis n'a plus pour garnifon fédentaire que- IO hommes qu'on lui envoie de
celle des Cayes &c qu'on- relève tous les trois mois, Gelle qu'on y tint durant
le --- Page 647 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 633
la guerre de 1778 était logée dans lilet qui fait face à la calle 8c au-devant
duquel font quelques arbres.
En venant du gouvernement à la ville, on trouve l'hôpital qui fut bâti pour
la garnifon. Il a cent pieds de long fur 21 de large 3 mais, comme tout le
refte , il offre des ruines.
Jufqu'au 9 Août 1732, on envoyait les malades à l'Efter. L'intendant fit
alors établir des chambres dans les cazernes pour les traiter. En 1763,Thôpital fut mis à l'entreprife, ce qui a toujours eu lieu depuis. La moyenne
proportionnelle calculée de 1777 à 1783 inclufivement, n'a donné qu'un mort
fur dix malades, 1 par an.
Ily a toujours un oflicier d'Adminiftration de la marine en réfidence à SaintLouis.
On voit aufli dans cette ville un garde-magafin de la marine & de l'artillerie dont les effets font dans la face Oueft de l'ilet qui eft au Couchant des
prifons ; un commis aux claffes, un tréforier des invalides de la marine ; un
capitaine de port dont les Adminiftrateurs affimilèrent les droits à ceux du
capitaine de port du Cap, le 31 Août 1719 & dont le tarif a encore été
réglé le Ier. Juillet 1749; un chirurgien-major 3 un chirurgien-major de
l'amirauté, plufieurs chirurgiens ordinaires, 9 un voyer, & un direêteur des
pcftes.
La maréchauflée de Saint-Louis avait eté compofée en 1739 2 d'un prévôt,
un exempt 1 2 brigadiers &c IO archers. Elle a, d'après l'ordonnance du 8
Février 1775, un prévôt, un exempt. 1 un brigadier, 4 archers & 8
adjoints.
L'efcouade de police créée le 17 Juin 1788, eft d'un exempt & de 2
archers.
Le féjour de la ville eft mal-fain, malgré ce que femblerait faire augurer
l'oblervation fur l'hôpital militaire. Deux lagons fitués dans PER; traverfés
par la brife du large &c aflez creux pour que cent braffes n'en atteignent
pas la profondeur, font fans doute la caufe du mauvais état de l'air. On s'en
convaincra en obfervant que les maifons de la partie Orientale de la ville
ont toujours plus de malades que celles de T'Oueft, &c que depuis l'époque oà
l'eau de la fontaine de la ville vivifie le plus grand lagon & combat fa fétidité,
Tome Il.
L111
brife du large &c aflez creux pour que cent braffes n'en atteignent
pas la profondeur, font fans doute la caufe du mauvais état de l'air. On s'en
convaincra en obfervant que les maifons de la partie Orientale de la ville
ont toujours plus de malades que celles de T'Oueft, &c que depuis l'époque oà
l'eau de la fontaine de la ville vivifie le plus grand lagon & combat fa fétidité,
Tome Il.
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634 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
& depuis que le petit lagon reçoit l'eau de la Petite rivière de Saint-Louis, les
maladies font moins fréquentes & moins dangereufes.
Le Lecteur a retenu que le 12 Mai 1720, le roi fit don de deux terrains à
M. le maréchal d'Eftrées,qui les afferma cn 1737. Le 7 Avril 1744, le roi les
acheta, avec ce quis'y trouvait d'établillemens & 27 nègres, pour 90,000 liv.
des héritiers de M. d'Eftrées, les fit divifer en 25 portions de différentes
grandeurs, en fit vendre à fon profit 24 dont il retira 95,000 liv. & il lui
refta une portion égale à une autre vendue 20,0ooliv. & en outre, 5,000 liv. de
bénéfice & 27 nègres. Il n'y eut que deux conditions appofées aux ventes :
l'une que l'on ne planterait que des vivres; ; l'autre qu'on ne cumulerait pas
deux portions divifées par le roi.
On jugea enfuite qu'il ferait avantageux de donner l'excédant de la terre &
les 27 nègres aux fermiers des boucheries de Ia Partie du Sud, à la charge
d'améliorer & de clorre cette partie 1 qu'on appela dès lors la favane du roi.
La favane ne fut ni défrichée, ni clofe & les 27 nègres ne furent pas moins
gardés par les fermiers. D'autres fermiers affermèrent la favane, mais y
cultivèrent de l'indigo, l'épuisèrent & l'abandonnèrent.
L'eau pour la garnifon était une dépenfe énorme; dans l'origine on allait
la chercher en canot à la Grande rivière; mais la marée montant plus
haut que le canot, il fallait encore aller prendre l'eau plus loin - & la
porter fur la tête. On fongea vers 1735 à une fontaine; M. Herbert, ingénieur, en fit le plan que vifa M. de Lécoffois en 1739, & le devis s'éleva
à 28 mille livres. Près de 25 ans s'étaient écoulés fans rien terminer, &
l'eau de la garnifon coûtait 600 liv. par mois 3 lorfque M. Dutauzin s'offrit
pour exécuter la fontaine fi on lui donnait la favane, qui était de 180
carreaux dont 80 en plaine. M. Hays, fubdélégué de M. l'intendant > paffa
le marché le 30 O@tobre 1763. L'acquéreur promit 4 pouces d'eau courante
de la Petite rivière par un canal de maçonnerie dès l'entrée de Ia ville,
& une cuvette verfant la moitié de l'eau dans la rade 7 l'autre moitié dans
la ville. Mais le 14 Janvier 1764, M. Dutauzin auquel on reprochait de
n'avoir pas aflez payé le terrain, réfilia le marché.
Alors M. d'Eflaing imagina, aufli en 1764, qu'ily avait un autre moyen
de procurer de l'eau à Saint-Louis, & qu'il faliait ia faire jaillir au
'entrée de Ia ville,
& une cuvette verfant la moitié de l'eau dans la rade 7 l'autre moitié dans
la ville. Mais le 14 Janvier 1764, M. Dutauzin auquel on reprochait de
n'avoir pas aflez payé le terrain, réfilia le marché.
Alors M. d'Eflaing imagina, aufli en 1764, qu'ily avait un autre moyen
de procurer de l'eau à Saint-Louis, & qu'il faliait ia faire jaillir au --- Page 649 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
moyen de la verge d'or des enfans de Moife. Il ordonna en 'conféquence,
aux héritiers de M. le médecin de Pas , juifs d'origine, de conftruire une fontaine ; elle était déjà avancée lorfque le roi entendit les murmures des Ifraélites
& lon n'eut pas de fontaine.
En 1768 on revint à l'idée de donner la favane du roi, à condition de
faire une fontaine; mais M. de Bongars, qu'on confulta, fut d'avis qu'il valait
mieux payer pour l'une &c diftribuer l'autre en petites portions à d'anciens
foldats qui procureraient des reflources à la ville pour fa confommation.
Au milieu de tant d'incertitudes, M. Hopkins colonel d'infanterie
propofé de donner pour la favane du roi l'ancien comptoir de la Compagnic 1 ayant
de Saint-Domingue > à Saint-Louis, très-propre à un logement de commandant,
on confulta les Adminiftrateurs qui ne lui furent pas favorables. Mais,
M. de la Cofte, chef du bureau des Colonies, & à préfent Deputé de celle
de Saint-Domingue au bureau de Commerce, a obtenu, le 3 Août-T 1776, un
breget de don de ce terrain, comme s'il était écrit, que le lieu fur lequel
la Compagnie a jetté fon premier regard de complaifance, , ne doit pas
ceffer d'exciter des défirs, qui font toujours malheureux pour lui.
Enfin, graces aux vues bienfaifantes de MM. de Reynaud & le Braffeur,
la ville de Saint-Louis a une fontaine, achevée depuis 1782, & qui a
coûté 39 mille livres. M. de Boisforeft, alors ingénieur en chef de la
Partie du Sud,en a donné le plan &. a dirigé fon exécution; fa prife d'eau
eft fous un rocher au Fond de Bricourt, vers la lifière Orientale de Phabitation, aujourd'hui Vife. L'eau traverfe cette habitation dans un canal de
3 pieds de largeur, qui s'éloigne peu du tracé de 1764; il paffe fur
la. ravine à Duclos
un
par aqueduc. 3 qui tire fon nom de Pont aux Tuifs
de ce qu'il a été fait par les héritiers de Pas, traverfe enfuite l'habitation
aujourd'hui Chaillou, entre fur l'habitation la Cofte, autrefois la favane du
roi, côtoye les pattes du morne jufques fous le gouvernement, & va enfuite à la tête de la ville, où eft établi un baffin demi-circulaire de 20
pieds de diamètre & de maçonnerie 3 jettant l'eau par 12 robinets d'un
pouce.
Cette eau eft excellente 9 mais il eft fâcheux que ce canal découvert reçoive
des immondices des habitations
des
fupèrieures 1 & celles nègres de la ville.
Lorfqu'en venant d'Acquin par le grand chemin on entre dans la paroiffe
L1112
la ville, où eft établi un baffin demi-circulaire de 20
pieds de diamètre & de maçonnerie 3 jettant l'eau par 12 robinets d'un
pouce.
Cette eau eft excellente 9 mais il eft fâcheux que ce canal découvert reçoive
des immondices des habitations
des
fupèrieures 1 & celles nègres de la ville.
Lorfqu'en venant d'Acquin par le grand chemin on entre dans la paroiffe
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636 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
de Saint-Louis, le fite devient agrefte & affez ombragé, & la route fuit prefque
toujours le rivage jufqu'au pied du morne Saint-Georges, qui a reçu ce nom
des Anglais. On rencontre dans cette étendue, à droite, l'habitation Boifron, >
où eft une vigie d'oû l'on découvre jufqu'à Jacmel; du même côté, la cotonnerie Gaye, > puis celle Depont, - qui borde les deux côtés du chemin. La face
des mornes qui regardent le mer eft inculte. Je fus étonné ( au mois de Février
1788 ), de la prodigieufe quantité de papillons blancs que je voyais s'élever le
long des parties boifées qui bordent le chemin, à mefure que la' voiture en
approchait.
A 430 toifes de Ia pointe Occidentale de la baie d'Acquin ,: eft la pointe
Orientale de la baie des Anglais, qui a 140 toifes d'ouverture fur environ 200
de profondeur. C'eft à 1,300 toifes au large, & dans le Sud de la pointe
Occidentale de cette baie., qu'eft la pointe Occidentale de la Groffe-Caye
d'Acquin.
Après avoir fait environ deux petites lieues par le chemin depuis la riwière
d'Acquin 7 on pafle la rivière des Anglais, qui fe rend à la mer à lOueft
de la pointe à Gillet, placée entre la baie des Anglais & la pointe de Pas.
A environ un quart de lieue dans le Sud de la pointe à Gillet, eft le haut-fond
de la Trompeufe.
On compte, du bout Oueft de la baie des Anglais 1,600 toifes jufqu'à la pointe
de Pas. A 1,400 toifes dans le Sud-Eft de cette pointe, eft l'ilet de l'Anguille, &
620 toifes plus loin encore, dans la même direétion, l'ilet la Régale. Ils
font peu étendus, 7 couverts de mangles &c entourés de reflifs. Ily a entre les
deux un paffage avec 7 braffes de fond.
De la pointe de Pas, ily a encore près de trois quarts de lieue jufqu'à Ia
pointe Eft de la baie Saint-Georges, dont la pointe Oueft eft appellée Cap
Saint-Georges. Cette baie a 680 toifes d'ouverture, fur environ 610 toiles de
profondeur. Toute cette partie de côte efl abordable.
A près d'une lieue au large, & précilément dans le Sud du çap SaintGeorges, 1 eft la pointe Oueft du haut-fond de roches, appellé la Provengale,
dont la longueur dirigée au Nord-Eft, eft de 1,320 toifes, fur une largeur
réduite d'environ 300 toifes. On n'y trouve que depuis 2 jufqu'à 5 braffes
d'eau. Il eft d'autant plus important à connaître, que tout bâtiment venant
de Jacmel ou d'Acquin court rifque de s'y tromper, fi en voulant entrer à Saint-
eft la pointe Oueft du haut-fond de roches, appellé la Provengale,
dont la longueur dirigée au Nord-Eft, eft de 1,320 toifes, fur une largeur
réduite d'environ 300 toifes. On n'y trouve que depuis 2 jufqu'à 5 braffes
d'eau. Il eft d'autant plus important à connaître, que tout bâtiment venant
de Jacmel ou d'Acquin court rifque de s'y tromper, fi en voulant entrer à Saint- --- Page 651 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. -
Louis, il ne s'éloigne pas de la côte pour aller chercher la paffe de Saint-Louis,
qui ef entré la caye Mouftique & la terre.
La pointe Oucft de la caye à Ramiers efl à 220 toifes dans le Sud de la
pointe Ef de. la Provençale. Cette caye qui a un tapion blanc coupé à pic,
forme un ilet' couvert de mangles, qui a un quart de lieue de long EftNord-Eft, fur une longueur d'environ 80 toifes. En paffant toujours à une
demi-encablure dans le Sud de la caye à Ramiers, on a IO braffes de fond &c
l'on évite furement le haut-fond de la Provençale.
On.a déjà fait environ 6 lieues par le chemin fur le territoire de SaintLouis 1 lorfju'on arrive au. pied du morne Saint-Georges. Le chemin parcourt
en s'éloignant de la mer. 1 1,695 toifes pour aller de l'une des bafcs de ce
morne 1 qui eft roide &c élevé - jufqu'à l'autre. La face Occidentale a même
plus de rapidité, quoiqu'elle foit la plus longue. On trouve, dans le bas de ce
dernier côté, un crochet pénible que les chevaux defcendent avec effort.
Le chemin eft large & bon. On en eft redevable à l'intelligence de M. Ilays,
confeiller, qui lc fit exécuter en 1756. Auparavant, on ne paffait ce morne
en voiture qu'avec un danger réel. Il a été coupé > dans un endroit, entre deux
portions de montagnes, 3 qui femblent former une porte. Ce chemin eft un
véritable défilé , facile à défendre. Le morne Saint-Georges a, dans la partie
que termine le cap Bonite, une excellente vigie:
Parvenu au bas du morne Saint-Georges, on fait encore environ une lieue
& demie pour atteindre la ville. Une demi-lieue avant d'y. arriver, on pafle
la Grande-rivière de Saint-Louis, &c 250 toifes plus loin la Petite-rivière de
Saint-Louis, dont l'embouchure, qui touche la ville dans PEft, eft à plus
d'un quart de lieue de celle de la Grande-rivière. Les deux lagons malfaifans
dont j'ai parlé font prefque entre ces deux embouchures. Ils nourriffent l'un
& l'autre de très-gros caymans, 8c l'on en cite même de 30 pieds de long.
En entrant dans la ville par fon angle Nord-Eft, on voit avec plaifir la
fontaine, mais cette fenfation eft troublée en: appercevant le cimetière, 9
clos par une haie vive. Il femble qu'on ait juré de frapper toujours à SaintDomingue les regards du voyageur par ce tableau lugubre.
L'entretien de la fontaine, qu'on payait 3,600 livres, a été réduit par M.
de Marbois à 2,000 liv. M. de Fouchy s'en' eft chargé.
Du cap Saint-George, il y a unc grande lieuc juiqu'à la pointe ER de la
blée en: appercevant le cimetière, 9
clos par une haie vive. Il femble qu'on ait juré de frapper toujours à SaintDomingue les regards du voyageur par ce tableau lugubre.
L'entretien de la fontaine, qu'on payait 3,600 livres, a été réduit par M.
de Marbois à 2,000 liv. M. de Fouchy s'en' eft chargé.
Du cap Saint-George, il y a unc grande lieuc juiqu'à la pointe ER de la --- Page 652 ---
638 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
baie de Saint-Louis ou cap Bonite. De celle-ci à la pointe de la Vigie;
formant la pointe Occidentale, il y a environ 1,800 toiles d'ouverture, fur
1,700 toifes d'enfoncement. A 900 toifes du cap Bonite &c à 1,240 toifes dans
1'Ef-Sud-Ef de la pointe de la Vigie, eft l'ilet de la caye d'Orange 1 ayant 450
toifes de long Ef & Oueft, fur une largeur moyenne d'environ IIO toifes.
Cet ilet a dans l'Eft un reflif de groffes roches 1 qui court 140 toifes au
large. C'eft entre la caye d'Orange & la grande terre. 1 qu'eft la pafle
ordinaire.
Dans le Nord-Eft de 'la caye d'Orange ) font la caye à Rats, la Teigneufe
& l'ilet de Henri, entre lefquels les plus gros vailleaux peuvent entrer dans
la baie.
A 650 toifes à TEf-quart-Nord.E# de la caye d'Orange, eft la caye
Mouftique, dirigée Nord-Eit, avec environ 430 toifes de long & une largeur
réduite de 140 toifes. A 750 toifes dans lOueft du cap Bonite, eft le hautfond du Mouton. Enfn à 51 toifes au Sud-Sud-Oueft de la ville, eft l'ilet
Saint-Louis, où avait été établi le fort Saint-Louis.
Le port de St-Louis eft le mouillage le plus affuré de toute la Partie du Sud, foit
pour les bâtimens du commerce 1 foit pour les bâtimens de guerre qui peuvent
mouiller très-près de terre. Ces avantages & la fituation avantageufe de l'ilet de
ce port, furent ce qui détermina la Compagnie à confidérer Saint-Louis comme
le fite naturel de tous fes établiffemens, & elle en fit réellement fa capitale.
Une fortereffe fut Elevée fur cet ilet, & pendant la guerre de 1702 On
y plaça 24 canons. On ne ceffait pas, à chaque rupture ou à chaque appréhenfion de rupture., d'y faire de nouveaux travaux. En 1742, elle était percée
pour 75 canons & en avait 60 pièces montées.
Une efcadre anglaife compofée de fept vaiffeaux, d'une frégate & de trois
corvettes 9 commandée par M. Knowles, vice-amiral de l'efcadre blanche 1
vint mouiller à Tiburon le 8 Mars 1748. Elle en partit le 14, fe rendit le
15 à PHle à Vache & alla mouiller le 18 à la baie d'Orange.
Le fort avait alors , 335 hommes 1 tout compris 5 72 pièces de canons
montées, 4 mortiers, des munitions de toute efpèce, & des vivres pour
fix mois.
Le 19 à une heure après midi, l'efcadre manceuvra pour entrer en colonne,
dans le port de Saint-Louis, par la grande paffe. La batterie tournée vers la
le 14, fe rendit le
15 à PHle à Vache & alla mouiller le 18 à la baie d'Orange.
Le fort avait alors , 335 hommes 1 tout compris 5 72 pièces de canons
montées, 4 mortiers, des munitions de toute efpèce, & des vivres pour
fix mois.
Le 19 à une heure après midi, l'efcadre manceuvra pour entrer en colonne,
dans le port de Saint-Louis, par la grande paffe. La batterie tournée vers la --- Page 653 ---
FRANÇAISE DE S AINT- D OMINGUE 639
rade , tira fur les vaifleaux qui ne rendirent pas un feul coup. Les vaiffeaux
doublèrent le baftion Sainte-Éléonore & vinrent entourer le baftion Saint-Jofeph,
Deux d'entr'eux fe mirent entre le fort & la terre ; favoir : un vis-à-vis la
& le commandant prefqu'au pied de l'angle faillant du baftion. Les
porte, fe
vers le flanc de l'Oueft & tous dans des points où l'on avait
autres posèrent
mouiller.
toujours eu Popinion que des vailleaux de force ne pouvaient pas
En jettant l'ancre , l'efcadre fit feu de toute part & particulièrement de fes
hunes. Le feu prit à lun des trois navires. marchands que le commandant
avait fait ranger devant la porte du fort. Mais les corvettes anglaifes vinrent
les prendre tous les trois & les remorquer derrière l'efcadre. L'aétion dura
environ une heure &x demie jufqu'à près de trois heures & demie > que
depuis
le feu du fort qui avait toujours été fort lent , ceffa tout-à-coup.
Le vice-amiral Knowles arrêta alors le fien, & envoya fon major fommer
le fort de fe rendre. A cette première fommation le commandant capitula.
promit de ne point fervir durant un an. Elle eut la faculté de
La garnifon
mais fans
ni munitions. Les officiers eurent leurs
fortir en armes 3
canons,
& leurs domeftiques nègres. Quant à la ville, M. Knowles réferva
de bagages faire le lendemain pour elle, une capitulation avec M. de Chaftencye 1
gouverocor-géniral, par intérim , qui s'y était rendu.
M. de Chaftenoye qui ne fut que le foir la capitulation du fort, quitta la
ville, & le 25, M. de Caffaro , major de Saint-Louis, muni de fes pouvoirs 9
arrêta avec M. Knowles, que Saint-Louis ferait un port libre pour les vaiffeaux de guerre anglais qui viendraient y mouiller quand ils le voudraient &
faire de l'eau & du bois. On convint que les Français pourraient feulement
y le protéger contre les corfaires, avoir à terre deux batteries, chacune
pour
de 8 pièces de canons de 12.
M. Knowles employa les mines pour faire fauter les remparts. Trois démantelèrent la partie Occidentale ; deux ruinèrent la batterie du Sud, & 4 autres
endommagèrent beaucoup la muraille de PEf. La porte ayant été culbutée de
la mème manière 3 l'on n'entre plus dans le fort, 3 que par une efpèce de brèche.
La voûte eit fendue dans plufieurs endroits & les piliers font prefque rompus.
Dans la partie du Nord une mine a culbuté le baflion Saint-Jofeph. Il ne
refte de la poudrière qu'un monceau de pierres. Les deux baftions du Sud-Ef
Nord-Eft furent endommagés en dedans de la place. En un mot, ce fort
& du
manière 3 l'on n'entre plus dans le fort, 3 que par une efpèce de brèche.
La voûte eit fendue dans plufieurs endroits & les piliers font prefque rompus.
Dans la partie du Nord une mine a culbuté le baflion Saint-Jofeph. Il ne
refte de la poudrière qu'un monceau de pierres. Les deux baftions du Sud-Ef
Nord-Eft furent endommagés en dedans de la place. En un mot, ce fort
& du --- Page 654 ---
640 DESCRIPTIO de N DE LA PARTIE
dont l'artillerie a été portée à la Jamaique, n'eft qu'une mafure couverte de
halliers que je n'ai pu vifiter fans éprouver quelque chofe d'humiliant.
Telle a été la deftinée de ce fort qui avait coûté un million. Il n'y eut que
5 ofliciers & 17 foldats tués, &c 27 bleffés, parmi lcfquels étaient des matelots,
des affranchis 7 des efclaves. La première idée qu'éveille un événement pareil
à celui de la reddition du fort Saint-Louis 1 après 85 minutes d'attaque réelle 1
eft injurieufe pour celui à qui la défenfe en était confiée. Il eft afligeant ponr
un hiftorien d'être obligé de dire que M. Buttet, gouverneur de la Partie du
Sud, qui s'y était renfermé, manqua de la préfence d'efprit néceffaire pour
bien connaître fa pofition & pour profiter de tous les avantages qu'un chef
militaire doit favoir mettre à profit. D'une bravoure que rien n'intimidait &t
dont il avait pris les premières leçons au régiment de Champsgne-Inf@anterie >
il fut fur les remparts de Saint-Louis auffi téméraire que pendant plus de 50
années de fa vie guerrière, lorfque chaque grade, chaque récompenfe avait
été le prix d'une aétion d'éclat. Mais il avait adopté 3 fans examen, 1 l'opinion
que le fort était inattaquable dans fa partie Septentrionale, & la démonftration
du contraire le jetta dans un étonnement dont il ne fut pas fortir. Par une
fatalité défaftreufe , les officiers que leurs grades ou leurs fonctions rendaient
le plus dignes de fa confiance 3 lui frent des rapports que la lâcheté leur
dictait, &c jugeant, d'après fa propre intrépidité, il crut que des Français qui ne
fe montraient plus étaient réellement tués. Ce honteux exemple ne fut pas 1
il eft vrai, le partage de tous, mais la valeur feule ne fixe pas la victoire.
Elle alla fe ranger du côté du vice-amiral Knowles dont l'audace la fattait,
& qui avait fu, en venant faire quelques années auparavant au fort, auprès
de M. Buttet, un melfage de la part de l'amiral Vernon, combiner un projet
dont le fuccès paffa même fes efpérances.
Le 15 Septembre 1749 un confeil de guerre affemblé à Léogane 1 par ordre
du roi, , après trente-deux féances, condamna le gouverneur du fort à être caffé
comme incapable, & prononça différentes peines contre des officiers & des
foldats.
Ces décifions reflèrent fufpendues, & le roi chargea même, le 13 Mars 1750,
M. le maréchal de Noailles de les révifer, ce qu'il fit avec MM. de Sennedterre,
de Contade, de Crémilly & de Saint-Pern, lieutenans-généraux & l'on trouva
que la juftice & l'exemple demandaient un acte éclatant. Le jugement du
confeil
prononça différentes peines contre des officiers & des
foldats.
Ces décifions reflèrent fufpendues, & le roi chargea même, le 13 Mars 1750,
M. le maréchal de Noailles de les révifer, ce qu'il fit avec MM. de Sennedterre,
de Contade, de Crémilly & de Saint-Pern, lieutenans-généraux & l'on trouva
que la juftice & l'exemple demandaient un acte éclatant. Le jugement du
confeil --- Page 655 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUI E. 641
confeil de guerre fut exécuté le 2 Septembre fuivant fur la place-d'armes du
Petit-Goave, en préfence des troupes, & on embarqua les condamnés fur les frégates la Syrène &c la Fidèle qui les conduifirent en France dans diverfes prifons.
Les récompenfes furent données, en même tems , aux officiers des troupes, à
des foldats & à MM. Lamarre s Dubocq 8c Cuperlier, officiers de milices.
C'eft à P'hiftoire à s'arrêter fur les détails du déplorable événement de la
prife de Saint- Louis > 8c elle ne taira pas que la vue de M. Buttet pliant fous
la honte une tête blanchie par l'âge &c accoutumée aux lauriers 1 arracha des
larmes à tous ceux qui favaient que fon coeur brûlait encore pour la gloire.
Trois ans après, la douleur avait détruit l'exiftence de ce feptuagénaire.
Lors de la prife du fort Saint-Louis, quelques corps de milices n'écoutant
leur ardeur, étaient venus fe placer furl le rivage où ils étaient très-expofés.
que
Des vaifleaux l'on voulait tirer fur eux, mais M. de Trélawnay, a gouverneur
de la Jamaique 1 pria d'épargner ces Colons.
Je répète que la terreur n'était pas. le partage de tous dans le fort.
Gafpard, vieux mulâtre du Fond-des-Negres, ayant un bras emporté &
defcendant du rempart pour aller fe faire panfer, dit à fon fils : Ne bronche
pas, car il me ree encore un bras pour te faire fauter le cou.
Le vainqueur de Saint-Louis, à qui la paix donna la chriofité de voir
Léogane, y trouva le fien au mois de Mai 1749;dans Melle, de Longpré.
de M. de Longpré, commiflaire de la marine, fon père
Il employa auprès
& de la famille entière, tout ce que la plus violente paffion put lui fuggerer
obtenir la main de cette aimable perfonne. Il alla même jufqu'à faire
pour
général de la Colonie, fon confident, & à
de M. de Conflans, gouverneur
le déterminer à folliciter pour lui, une union à laquelle il attachait tout
fon bonheur. Mais Melle de Longpré ne céda point à des voeux qu'elle ne
point fans doute, puifqu'elle époufa, 4 mois après, M. Mithon de
partageait
de la garnifon. On a prétendu dépuis que l'amour bleié
Senneville 1 capitaine
avait pouflé M. Knowles jufqu'à la haine contre les Français, & qu'il lui
avait fait commettre, des aêtes confidérés, çomme l'une des caules de la
de 1756. Ainfi les malheurs d'une partie du monde pourront dépenguerre dre de ce que les beaux yeux d'une Créole françaife, auront allumé une
vive pallion dans le cceur d'un vice-amiral d'Angleterre.
Saint-Louis avait été jufqu'à la prife du fort, le port de toute la bande
Tome II.
M m m m
& qu'il lui
avait fait commettre, des aêtes confidérés, çomme l'une des caules de la
de 1756. Ainfi les malheurs d'une partie du monde pourront dépenguerre dre de ce que les beaux yeux d'une Créole françaife, auront allumé une
vive pallion dans le cceur d'un vice-amiral d'Angleterre.
Saint-Louis avait été jufqu'à la prife du fort, le port de toute la bande
Tome II.
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642 DESCRIPTION DE LA PARTIE
du Sud, & l'efcadre de M. le marquis d'Antin y avait particulièrement
demeuré depuis le 7 Novembre 1740 jufqu'au 18 Janvier 1741. Méditant
une expédition 9 il avait même fait embarquer fur fes vaiffeaux 800 colons
de la Martinique, qui ne firent pas, à leur retour, l'éloge du climat de
Saint-Louis où cette efcadre éprouva la maladie maligne des vaiffeaux. Mais
après la defrudtion du fort, les bâtimens prirent la route des Cayes; il
fallut même qu'une ordonnance des Adminiftrateurs du 2 Janvier 1752,
infpirée par les dommages éprouvés dans la rade des Cayes l'année précédente, leur enjoignit de fe retirer chaque année à Saint-Louis, depuis le I5
Juin jufqu'au ICr. Novembre, à peine > par les capitaines, d'être refponfables
en leur propre & privé nom, , des pertes qu'ils n'auraient pas voulu éviter
par ce moyen.
La beauté de ce port ft chercher à réparer le fort, afin de le protéger.
En effct, la fituation de l'ilet fur lequel on l'avait élevé eft
très-heureufe. 2
puifqu'il permet des feux croifés dans une largeur de 1,800 toifcs. Il forme
donc deux paffes, une à PER, de 840 toifes, & une à 1-Oueft de 950 toifes,
& les vaifleaux peuvent y être battus pendant une demi-heure au moins. Avec
des mortiers fur cet ilet & une fortification fur la caye d'Orange, l'ennemi
ferait atteint à 1,8co toifes de la paffe 1 & pendant plus de 3,000 toifes jufqu'au
mouillage. Il aurait ainfi à craindre le vent, le calme, la côte, les bombes
& les boulets rouges.
En 1751, MM. de Conflans, de Verville &c lÉtat-major de Saint-Louis,
décidèrent que le rétabliffement du fort était impoffible > mais i's proposèrent de
le réédifier fur un nouveau plan, & d'avoir en attendant des bateries rafantes
& des mortiers fur la pointe de la Compagnie, la pointe à Pafcal & Pilet
du fort.
En 1752, M. Dubois de la Motte & PÉtat-major trouvèrent le fort de
Saint-Louis très-réparable, & ce gouverneur-genéral infiflait pour ce parti &
voulait qu'on foutint encore ce fort d'une batterie fur la pointe de la Compagnie,
afin de battre le mouillage où étaient les vaiffeaux anglais en 1748.
Le 22 Juin 1753, MM. de Vaudreuil &c Demoulceau & P'État-major
conftatèrent que le fort avait feize brèches & qu'il ne poavait être réparé.
Mais on parla de le reconftruire en occupant alors l'ilet tout entier & une
langue de terre de 120 toifes de long fur environ 50 toifes dans fa plus grande
la pointe de la Compagnie,
afin de battre le mouillage où étaient les vaiffeaux anglais en 1748.
Le 22 Juin 1753, MM. de Vaudreuil &c Demoulceau & P'État-major
conftatèrent que le fort avait feize brèches & qu'il ne poavait être réparé.
Mais on parla de le reconftruire en occupant alors l'ilet tout entier & une
langue de terre de 120 toifes de long fur environ 50 toifes dans fa plus grande --- Page 657 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 643
largeur, qui eft dans fa partie Sud, afin que l'ennemi ne pût pas occuper
cette pointe, battre la place en brêche & même y placer le mineur.
On fit alors la batterie de la Compagnie mais non d'après le plan de M.
Dubois de la Motte, qui n'en faifait qu'un auxiliaire du fort de P'iflet. Elle
fut achevée én 1754 fous la direêtion de M. de Saint-Romes, ingénieur. Elle
eft deftinée à battre la palTe principale & la partie du mouillage entre l'ilet
Saint-Louis & la terre ; mais, comme dit M. de la Merveillère, 1 on y a tout
prodigué excepté l'efpace. Elle eft demi-circulaire 9 fermée par une gorge de
deux demi-baflions, dont les flancs font trop petits. Malgré fon exiguité 2 on
a mis au-deffous du terre-plein cinq cafemates très-folidement voûtées, 9 à
l'épreuve de la bombe 1 qui ne font que des cachots humides, un foflé plein
d'eau, 3 un chemin couvert, deux corps- de-garde &c une falle d'armes. La
chôte des mornes ne finit qu'à un peu plus de 120 toifes de cette batterie,
qui enveloppe & termine la totalité de la pointe. Elle a 13 pièces de gros
calibre.
Dans la même année, 1753 3 M. de Vaudreuil ft faire la batterie SaintÉloy fur une pointe qu'on appellait alors la pointe des Mangles. Elle bat les
palles &c le rivage jufqu'à la Grande-rivière de Saint-Louis & domine la batterie
de la Compagnie, dont elle eft à 300 toiles. Cette batterie â barbette. 7 placée
à 40 pieds au-deffus de la mer, a II pièces de 36, deux mortiers &c une
poudrière voûtée en brique, mais elle eft trop rentrée.
Le fort de Saint-Louis ayant excité encore des idées de protection en 1764,
M. Demoulceau en le vifitant de nouveau, perfévéra dans fon opinion
de 1753- M. Duportal dans la même année décida le contraire; mais enfin,
en 1774, M. Demoulceau a écrit qu'on ne devait.pas fonger à le rétablir.
Tous les militaires s'accordent à vanter le port de Saint-Louis & la néceffité d'une fortification fur l'ilet pour fa défenfe, néceflité bien reconnue lorfque
60 bâtimens marchands relâchèrent en 1780 dans ce port, où ils ont refié
IO mois fous le convoi du vaiffeau l'Adionnaire ; puifqu'on ne s'y crut en
fureté qu'en plaçant 16 pièces de canon fur le vieux fort pour avoir un feu
croifé avec celui de "Actionnaire y mouillé à la tête du convoi au grand
mouillage. Ils regrettent ce qu'on a dépenfé pour les batteries placées à terre
(fans excepter celle qui eft à l'embouchure de la Petite-rivière, &c celle
des Pendus, qui eft à l'Oucft en fortant de la ville ), & qui font infuffifantes
M m m m 2
fureté qu'en plaçant 16 pièces de canon fur le vieux fort pour avoir un feu
croifé avec celui de "Actionnaire y mouillé à la tête du convoi au grand
mouillage. Ils regrettent ce qu'on a dépenfé pour les batteries placées à terre
(fans excepter celle qui eft à l'embouchure de la Petite-rivière, &c celle
des Pendus, qui eft à l'Oucft en fortant de la ville ), & qui font infuffifantes
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644 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
contre un ennemi maître de s'abriter de l'ilet & d'y placer da canon; Ce qui
rappelle que dans la guerre de 1755, des corfaires s'y embufquèrent pour
enlever des nègres à terre pendant la nuit. On penfe auffi qu'une batterie
de IO canons 8c de deux mortiers qu'on placerait fur une hauteur avancée,
qui eft à environ 1,400 toifes dans le Sud de la batterie des Pendus, aurait
un effet excellent. Heureufement que l'état peu brillant de Saint-Louis comme
établiffement de culture, ne peut pas exciter Ja convoitife d'un ennemi &c que
fes défilés le protègent, en attendant qu'on puiffe faire une dépenfe que les
progrès de la Colonie finiront peut-être par prefcrire. A préfent Saint. Louis
ne fait aucun commerce direet, & fes denrées font envoyées aux Cayes, qui
T'approvifionnent de tous les objets d'importation.
Il fera facile, lorfqu'on s'occupera de Saint-Louis , de rendre plus fain le
fitc de la ville en égoûtant les eaux que plufieurs ravines defcendantes du
morne y répandent. Un foflé bien dirigé les conduirait à l'embouchure de la
Petite-rivière. L'eau de Ja fontaine pourrait paffer dans toutes les rues. Celles
du haut de la ville font pavées au milieu pour cela, mais les côtés n'étant
pas nivelés,le paffage des voitures y eft difficile. Adtuellement cette eau de Ia
fontaine va gagner la rue qui eft au Sud de la place. 1 paffe à fon milieu &
tourne, vis-à-vis la batterie, pour aller fe jetter à l'Ef de cette batterie.
Il faut ajouter 1 à la lifte de ces objets défirables, un quai qui eft même
néceffaire actuellement. M. Dedès avait fait une jettée de 30 toifcs de long audevant du fecond ilet, en partant de l'Oueft. En 1785, il n'en reftait plus que
24 toifes, &c à préfent ce ne font prefque plus que des ruines.
Iln'y a point de fociété dans la ville de Saint-Louis. Les fubliftances y
font aflez rares 1 parce que le marché n'y tient que le dimanche & qu'il ne
fatisfait pas toujours les befoins.
Pour aller vers Cavaillon, on fort de la ville de Saint-Louis par fon angle
Sud-Eft, & tout près des dernières maifons on trouve un petit pont fait err
1784, d'après un deflin de M. de Boisforeft. Il a 17 pieds de long fur 12 de
Iarge. Les pluies l'ont déjà entamé, & ont emporté la chauffée. On fuit
après; un terrain lagoneux , & à 360 toifes du pont, eft la batterie SaintÉloy, que contourne le chemin. C'eft au pied de ce rocher, dans PEf,
qu'était la première chapelle que Ia Compagnie de Saint-Domingue fit bâtir
à Saint-Louis. On laile à I5O toifes à gauche la batterie de la Compagnic,
long fur 12 de
Iarge. Les pluies l'ont déjà entamé, & ont emporté la chauffée. On fuit
après; un terrain lagoneux , & à 360 toifes du pont, eft la batterie SaintÉloy, que contourne le chemin. C'eft au pied de ce rocher, dans PEf,
qu'était la première chapelle que Ia Compagnie de Saint-Domingue fit bâtir
à Saint-Louis. On laile à I5O toifes à gauche la batterie de la Compagnic, --- Page 659 ---
FRANCAISE DE SAINT-DOMINGUE. 645
diftante de 240 toifcs de celle Saint-Eloy, puis l'on va paffer à toucher la
batterie des Pendus, qui eft tout proche &c au Sud du chemin. On fait
environ 600 toifes le long de la mer; ; puis le chemin paffe la ravine de la
Compagnie & gagne le morne à Mounier ou de la Compagnie.
Il y 2 en ligne droite du point de fortie de la ville à l'Oueft &c de
la batterie de la Petite-rivière juiqu'aux vieux fort, une diftance égalc
d'environ 600 toifes.
Le morne à Mounier eft peu confidérable 8c calcaire, Après l'avoir defcendu
& avoir fait, par le chemin, environ 5,500 toifes depuis la ville , on trouve la
rivière du Mefle ou rivière-Ravine 1 puis une petite plaine où eft la cotonnerie
Engerrand 1 que fuit, du même côté, la fucrerie Benech de Solon, où eft un
moulin à eau : fur la droite eft la fucrerie Henri avec un moulin à bêtes. Cette
petite plaine très-agréable 3 & d'environ trois-quarts de lieue de long 1 eft
précifément la colline où coule la rivière de Mefle. Elle eft terminée par une
gorge où eft toujours cette rivière, dont les trois fources fe trouvent à environ
cing quarts de lieue de la plaine qui, au moyen d'un chemin, communique
avec. le canton de Bricourt.
Après avoir pallé la fucrerie Benech 3 on trouve une indigoterie abandonnée
appartenante au même propriétaire. Elle eft bornée par la rivière des Orangers 1 que le chemin fait rencontrer à 3,000 toifes de la rivière du Mefle. Son
eau claire &c limpide invite le voyageur à boire. C'eft cette eau qui fait mouvoir le moulin Solon. Elle noye auffi des portions de terrain de cette habitation
où lon fait beaucoup de riz.
De cette riviète l'on commence à monter le morne des Orangers, moins
confidérable: que le morne Saint-Georges > mais roide 3 calcaire & blanchâtre,
Son fommet, que l'on trouve à environ 1,200 toifes, forme la féparation entre
la paroiffe de Saint-Louis & celle de Cavaillon.
La côte qui correfpond à cette partie de la paroiffe, offre 1 à 530 toifes
après la pointe à Vigie formant la pointe Oueft de la baie Saint-Louis, la
pointe à Pafcal, dont la couleur eft blanchâtre. Entr'elles deux eft la petite
baie du Paradis. De la pointe à Pafcal à la pointe Eft de la petite baie du
Mefle, ily a 810 toifes. Cette petite baie a 370 toifes d'ouverture & environ.
1,120 toifes de profondeur. C'eft un afile pour de petits bâtimens & des
bateaux qui y ont mouillage 3 mais fans abri contre les vents de Sud,
la
pointe à Pafcal, dont la couleur eft blanchâtre. Entr'elles deux eft la petite
baie du Paradis. De la pointe à Pafcal à la pointe Eft de la petite baie du
Mefle, ily a 810 toifes. Cette petite baie a 370 toifes d'ouverture & environ.
1,120 toifes de profondeur. C'eft un afile pour de petits bâtimens & des
bateaux qui y ont mouillage 3 mais fans abri contre les vents de Sud, --- Page 660 ---
645 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
De la pointe Oueft de la petite baie du Mefle jufqu'ali pointe des Magafins
il y a 900 toifes. Vis-à-vis de cette pointe font trois ilets qu'on nomme les
Magafins. Cclui du milieu a un quart de lieue de long, fur une largeur
moyenne d'environ 70 toifes. Les deux autres font petits.
A une forte demi-lieue de la pointe des Magalins eft la pointe Orientale de la
grande baic du Mefle, qui a environ 870 toifes d'ouverture far environ une
licue & demie de profondeur. Le mouillage pour les gros vaifleaux eft à 800
toifes de l'embouchure de la rivière du Mefle qui fe jette dans cette baie & qui
eft très-navigable pour des acons & des chaloupes. Elle a 12 pieds de profondeur qui fe réduifent infenfiblement à 6 pieds en remontant. On pourrait
la rendre utile encore plus haut &c la nettoyer pour que, même dans l'efpace
aétuel, on pût faire jouer les avirons, ce que ne permettent pas les mangles
des bords, lorfqu'on a encorc 8 & même 10 pieds d'eau. Le mouillage des
bâtimens marchands eft jufqu'à 5CO toifes. Les bâtimens font à couvert des
vents de Sud, les plus à craindre de tous, comme on ne l'éprouve que trop
dans les équinoxes depuis quarante ans.
Le fond eft en général de vafe. Le rivage eft allez abordable dans les
endroits où il eft de fable. Mais au fond de la baie, les mangles & les vafes le
rendent innacceffible & empèchent auffi de pénétrer autrement que
la
rivière.
par
La grande baie du Mefle eft très - importante 1 parce que les efcadres
peuvent y entrer & que la rivière conduit à une plaine où l'on peut fe retrancher & effayer de faifir des communications d'oà l'on inquiéterait enfuite.
Depuis la pointe à Pafcal jufqu'à la grande baie du Melle, la côte eft affez
abordable pour des canots & des chaloupes.
De la pointe Occidentale de la baie du Mefle qu'on nomme baie Saint-Remy,
il y a 940 toifes jufqu'à l'anfe des Folleurs où finit la côte de la paroiffe de
Saint-Louis.
Cette paroiffe eft compofée de 9 cantons. Celui des Anglais & celui du
morne Saint-Georges qui s'étendent depuis la limite d'Acquin jufqu'àla ville
de Saint-Louis, ont 19 habitations. Celui de la Grelaudière qui eft dans le
Nord du morne Saint-Georges & à qui une température froide a fait donner
ce nom , a 18 cafeteries, Au Grand - Fond, au Boucan & à Bricourt, la
partic montueufe a 16 cafeteries. Lc fond de Bricourt, qui communique
des Anglais & celui du
morne Saint-Georges qui s'étendent depuis la limite d'Acquin jufqu'àla ville
de Saint-Louis, ont 19 habitations. Celui de la Grelaudière qui eft dans le
Nord du morne Saint-Georges & à qui une température froide a fait donner
ce nom , a 18 cafeteries, Au Grand - Fond, au Boucan & à Bricourt, la
partic montueufe a 16 cafeteries. Lc fond de Bricourt, qui communique --- Page 661 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 647
dans l'Oueft avec laigorge du Mefle, eft à 2,8co toifes dans le Nord-Eft
de Saint-Louis. C'eft la que coulc la rivière de Saint-Louis dont la fource
n'eft éloignée que de trois-quarts de lieue, tout ai plus, des premières habitations de ce canton, où eft marquée la retraite de Saint-Louis. Le canton
des Palmes, formé des montagnec qui font au Nord de la ville, a IO
habitations.
Sur la face Eft de la baie de Saint-Louis 1 il y a trois places oû l'on cul.
tive des vivres &c du coton & quatre dans POueft. Le revers de cette face
Oueft, qui donne fur la petice baie du Mcfle, en a fix du même genre &
l'on en compte 16 dans la grande baie du Mefle.
A partir de la ville jufqu'à la rivière des Orangers, y compris le canton
de la Petite-Plaine , & des hauteurs du Mefle, ily a 15 habitations.
En 1713,la paroiffe de Saint-Louis avait 3 fucrerics & 27 indigoteries ; en
1750, une feule fucrerie en brut & 30 indigoteries. A préfent, on y compte
8 fucreries, 15 indigoteries > 6 cotonneries 8c 40 cafeteries.
La population qui était en 1713, de 49 blancs, 2 affranchis &x 462 efclaves ;
&c en 1730, de 141 blancs, 21 affranchis & 851 cfclaves, eft à préfent de 160
blancs, 165 affranchis & environ 4,000 efclaves.
La milice avait en 1703, 18 blancs ; en 1713,31 blancs ; en 1730, 52
blancs & II affranchis. Elle compte à préfent, 40 blancs & affranchis prefque tous artilleurs.
La brife du large eft, à Saint-Louis de PER-Sud-Ef &c du Sud-Eft; 8c celle
de terre du Nord-Eft. Cette dernière eft forte", 7 parce qu'elle fuit une chaîne
de montagnes & des gorges.
Le 26 & le 27 Septembre 1716, ily eut une inondation &c un coup de vent
qui renverfa des maifons & des fucreries. Iy eut des dommages au fort, aux
cazernes & à la poudrière.
Le 95 Septembre 1737, à 2 heures après-midi, le vent paffa du Nord au NordOueft, puis au Sud , au Sud-Oueft &c enfin à I'Oueft , oà il fut le plus furieux.
Le gouvernement fut détruit; l'églife ) le presbytère furent découverts; la
pluie, la grèle, accompagnèrent cette tempête; il y avait quatre pieds d'eau dans
les rucs. Toutes les mailons furent découvertes plufieurs furent renverlées.
Dc dix bâtimens qui étaient dans leport, 7 échouerent, , mais il furent relevés
fans perte, Deux barques fombrèrent &c 14 homnes y furent noyés.
nement fut détruit; l'églife ) le presbytère furent découverts; la
pluie, la grèle, accompagnèrent cette tempête; il y avait quatre pieds d'eau dans
les rucs. Toutes les mailons furent découvertes plufieurs furent renverlées.
Dc dix bâtimens qui étaient dans leport, 7 échouerent, , mais il furent relevés
fans perte, Deux barques fombrèrent &c 14 homnes y furent noyés. --- Page 662 ---
648 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Dans la nuit du 24 au 25 Septembre 1741, il y eut un ouragan violent;
& dans celle du 21 au 22 Septembre 1751, le vent qui s'était élevé à POueft,
tourna au Sud-Eft & foufla avec tourmente. Neuf navires & dix bateaux ou
barqucs qui étaient dans le port furent jettés à la côte. On les retira tous à
P'exception d'un bâtiment provençal & d'un bordelais qui étaient entièrement
crevés. Il y eut des cannes renveriées. Vers minuit il parut un météore
lumineux.
Dans un coup de vent de la nuit du 16 au 17 Septembre 1754, Ia mer
fut furieufe. Il n'y avait qn'un bateau efpagnol dans le port, & ily tint
mouillé. La batterie de la Compagnie fut extrèmement endommagée.
Le 8 Mars 1788, le vent du Nord commença.à Saint-Louis, &c il
augmenta affez pendant fix jours, pour faire du tort aux vivres 1 aux cafiers
& aux cotonniers. Le 13,à cinq heures du foir, le feu prit dans une rofelière voifine de la rivière & du lagon. L'incendie menaça ainfi la ville
toute la nuit; mais par les foins intelligens de M. de Saint-Vilmé, commandant pour le roi à Saint-Louis, & de M. Boulmier, fénéchal, & de M.
Mongin, lieutenant de Ia Sénéchauffée, le zèle de M de Bragerac, prévôt de
maréchaufléc, & l'empreflement des habitans, on échappa à ce malheur.
En Mars 1721, il y avait 8 mois qu'il n'avait plu à Saint-Louis i les
vivres du pays furent anéantis & les beftiaux périrent faute de pâtures.
Le tremblement de terre de 1770, y a caufé peu de dommages.
On trouve à Saint-Louis, de la pintade maronne & du ramier. Ce gibier
ne fupplée pas la volaille, dont il y a difette depuis 8 ou IO ans, à caufe
du ravage des fourmis. Cet infeête qui parait fe diriger de POueft à IEA, ,
a paffé la Grande-rivière de Saint-Louis depuis 1786, & gagne même les
mornes. Il mange jufqu'auxyeux des jeunes veaux, ce qui force à les enlever dcs favanes dès que les vaches ont mis bas, & à frotter le tour de
leurs yeux d'huile de palma-chrifi.
La baie & les rivières de Saint-Louis font poillonneufes.
Le bois y eft rare, parce que les Cayes en ont beaucoup tiré de ce lieu,
& celui qui refte exige des charrois cotteux.
Les montagnes de Saint-Louis ont beaucoup de grottes & de cavernes.
On cultive' à Saint-Louis, fur l'habitation de M. le chevalier de Grimouville : major pour le roi à Saint-Marc 3 fituée à l'Ef de la Grande-rivière
de
rifi.
La baie & les rivières de Saint-Louis font poillonneufes.
Le bois y eft rare, parce que les Cayes en ont beaucoup tiré de ce lieu,
& celui qui refte exige des charrois cotteux.
Les montagnes de Saint-Louis ont beaucoup de grottes & de cavernes.
On cultive' à Saint-Louis, fur l'habitation de M. le chevalier de Grimouville : major pour le roi à Saint-Marc 3 fituée à l'Ef de la Grande-rivière
de --- Page 663 ---
FRANÇAIS SE DESAINT-DOMINGUE 649
de Saint-Louis près du grand chemin d'Acquin au Sud, le cotonnier de
Sainte-Marthe ou coton de foie (golypium birfutum de Linné ) fur lequel j'ai
donné un Mémoire qui fe trouve imprimé parmi ceux de la Société Royale
d'Agriculture de Paris 1 pour le trimeftre d'Automne de l'année 1788.
MM. Defmarets 1 Abeille &c Thouin, nommés commifiaires par cette Société,
ont fait des expériences qui prouvent que le fil de ce coton vaut 12 francs
la livre, lorfque celui du coton de Cayenne n'en vaut guères que 9, & que
fon emploi ferait infiniment avantageux aux fabriques françaifes (1).
Le 18 Juillet 1781, le feu prit à la cambufe de la frégate l'Inconitante qui
croifait à la tête de la rade de Saint-Louis. Le gros tems la jetta fur la côte &c
elle échoua fur les reffifs, Il s'en fauva un garde-marine , quatre officiers
auxiliaires & 200 hommes. Tout l'état-major, & 80 autres perfonnes furent
brûlées ou noyées. On prodigua avec juftice alors les éloges à M. & Mad. Defponville 7 le long de l'habitation defquels ce malheur arriva, pour les fecours
& les foins qu'ils firent porter par leurs nègres 8c qu'ils donnèrent eux-mèmes
à ces infortunés. Ce fut cinq jours après 2 que la même caufe produifit la perte
du vaiffeau l'Intrépide au Cap.
(2) Saint-Louis eft le chef-lieu d'un Quartier compofé des paroiffes d'Acquin,
de Saint-Louis & de Cavaillon.
(:) J'aif fait faire à Paris, pour ma femme, des bas de ce magnifique coton & l'on en a eu 9 paires
par livre. Le fabriquant les eftimait 12 liv. la paire. Or j'avais donné 50 fous de filage & autant
pour le travail- du métier 9 par paire. En fuppofant que ce coton que je tenais de P'amitié de
M. de Grimouville , m'eàt coûté 12 francs la livre, c'eût été 26 fous & demi pour une paire &
61 liv. 6 fous pour la dépenfe totale. Ily aurait donc eu près de cent pour cent de bénéfice. Ces
bas font d'une beauté qui le difpute à la foie, & d'un ufage bien plus économique s fans même
compter la difference des frais du blanchiffage.
(2) D'après les obfervations de M. de Puyfégur :
La Caye à Ramiers a pour latitude 18 degrés, 13 minutes, 30 fecondes, & pour longitude
75 degrés, 53 minutes, 1 IO fecondes.
La Caye d'Orange > 18 degrés, 12 minutes, 30 fecondes de latitude, & 75 degrés, 53
minutes, 12 fecondes de longitude.
Le Vieux-Fort, , 18 degrés 9 14 minutes 3 27 (econdes de latitude , & 75 degrés, 59 minutes,
zo fecondes de longitude.
Et la pointe Pafcal, , 18 degrés, 12 minutes 2 15 fecondes de latitude 3 & 76 degrés, O minute 3
15 fecondes de longitude.
Tome II.
N n n n
fecondes de latitude, & 75 degrés, 53
minutes, 12 fecondes de longitude.
Le Vieux-Fort, , 18 degrés 9 14 minutes 3 27 (econdes de latitude , & 75 degrés, 59 minutes,
zo fecondes de longitude.
Et la pointe Pafcal, , 18 degrés, 12 minutes 2 15 fecondes de latitude 3 & 76 degrés, O minute 3
15 fecondes de longitude.
Tome II.
N n n n --- Page 664 ---
650 DESCRIPTIO N DE LA P AK TIE
On compte de fon églife:
A celle d'Acquin, :
IO lieues,
du Petit-Trou, 1
de Cavaillon,
On parle encore $ avec vénération , à Saint - Louis, de M. Benech
fénéchal, dont P'efprit conciliateur étouffait plus de procès qu'il n'en jugeait
réellement.
B J
X L V.
PAROISSE DE CAVAILLON,
Ux lieu du Comtat Venaiflin & un du Languedoc portent cC nom 2 & il eft
même aflez fingulier que ce dernier ait un couvent de Jacobins & le Cavaillon
de Saint-Domingue une fucrerie appartenante aux Jacobins. Ce n'cft cependant
pas de cette circonftance que Ia paroiffe 1 dont je parle en ce moment, a pris
fa dénomination 2 puifque dès le commencement du fiècle, on difait le port
Cavaillon & que l'acquifition des Dominicains n'efl que de 1731.
Cavaillon où était d'abord une clapelle fuccurfale de la paroiffe du Fond
de l'Ifle à Vache, efl devenu, en 1720, une paroiffe fous l'invocation de NotreDame de l'Annonciation. Ses regiflres remontent jufqu'au 15 Décembre 1719.
Cettc paroifle a une forme particulière 2 parce qu'avec une bafe étrcite vers
la mer, clle a deux côtés qui vont en s'écartant. Elle eft bornée à PER, par
la paroilfe de Saint-Louis ; au Sud, par la mer ; à lOueft, , par. la paroiffe
des Cayes, à partir du Tapion de Cavaillon qui touche au rivage; & au Nord,
par une grandc chaîne de montagnes qui la féparent des paroiffes de Jérémie
& du Petit-Trou.
Ses cantons font les Fiamands dans le Sud-Eft, à une demi-licue du bourg;
le Petit-Plaffance, dans lc Nord-Eft, à 4 lieues ; le Mal-Fini, à une demi.
, par la mer ; à lOueft, , par. la paroiffe
des Cayes, à partir du Tapion de Cavaillon qui touche au rivage; & au Nord,
par une grandc chaîne de montagnes qui la féparent des paroiffes de Jérémie
& du Petit-Trou.
Ses cantons font les Fiamands dans le Sud-Eft, à une demi-licue du bourg;
le Petit-Plaffance, dans lc Nord-Eft, à 4 lieues ; le Mal-Fini, à une demi. --- Page 665 ---
FRANÇAIS E DE SAINT.DOMINGUE. 651
lieue & le Bras-Gauche, à une lieue & demie, 9 tous les deux dans POueftNord-Oueft.
En traverfant Ia paroiffe de Cavaillon, lorfqu'on fuit le chemin royal pour
aller de Saint-Louis aux Cayes, 9 on entre fur fon territoire, 2 au fommet du
morne des Orangers. Ce morne eft encore plus roide du côté de Cavaillon que
du côté de Saint-Louis. Au bas eft une efpèce de petit baflin ou cu-de-lampe S
la cotonnerie Labadie eft fur la droite &c cellc d'une négreffe libre fur la gauche.
C'efl le long de celle-ci que le chemin contourne ce petit baflin pour en aller
gagner un autre où eft la fucrerie Durocher. Cette dernière eft dans ce qu'on
nomme la petite plaine du Mefle où font encore d'autres habitations. Après les
cannes de cette fucrerie, l'on trouve un petit bois fur les arbres duquel des
lianes flexibles & variées deflinent les formes les plus agréables, avec un goût,
une élégance, & même une majefté que l'art le plus exercé défefpérerait
d'imiter.
Enfuite vient le morne de Cavaillon, beaucoup moins confidérable que celui
des Orangers, & prefqu'auflitôt après l'avoir defcendu, on fe trouve au bourg
de Cavaillon.
Ce bourg borde le chemin. Cinq maifons font au Sud ; une guildiverie Ies
précède & en face de cette guildiverie eft le cimetière placé encore le Iong du
chemin.
L'églife eft au Nord du chemin, mais avec un intervalle comme pour lui
former une place, Trois maifons, alignées fur la route, fuivent l'églife. La
dernière eft fur le bord de la rivière. Entr'elle &c les deux autres cft un chemin
qui conduit au Nord , dans les hauteurs de Cavaillon & dont deux maifons
bordent la gauche,
Le chemin royal fait traverfer, à gué, la rivière de Cavaillon qui, à ce
point, & durant la faifon féche , a environ 40 pieds de large. Elie eft trèsdangereufe, pendant les pluies. Quoiqu'elle ait des écores de 20 pieds de
hauteur, elle les franchit alors 8c fe répand, d'autant plus aifément dans la
plaine, qu'elle n'a point de levées, Chaque année il lui faut des viétimes.
Prenant fa fource un peu plus à PEf que la ravine du Sud, mais comme elle,
dans les montagnes qui bordent le canton de Plymonth 1 de la paroille de Jérémie, & fe grofiffant, dans fon cours, des eaux de plufieurs autres rivières, 1
elle déborde avec fracas, entrainant des bois &c des pierres ; & ces débordemens
arrivent même quelquefois 1 lorfqu'il ne pleut pas à Cavaillon.
des viétimes.
Prenant fa fource un peu plus à PEf que la ravine du Sud, mais comme elle,
dans les montagnes qui bordent le canton de Plymonth 1 de la paroille de Jérémie, & fe grofiffant, dans fon cours, des eaux de plufieurs autres rivières, 1
elle déborde avec fracas, entrainant des bois &c des pierres ; & ces débordemens
arrivent même quelquefois 1 lorfqu'il ne pleut pas à Cavaillon. --- Page 666 ---
652 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
On parle depuis long-tems d'avoir un pont fur cette rivière qui interrompt
fouvent la communication entre la Partie du Sud, & les deux autres Parties
de la Colonie. Le gouvernement s'en occupe réellement. On en avait même
fait un projet, contre lequel des riverains fupérieurs ont réclamé, parce
qu'il leur faifait redouter le refoulement des éaux ; mais M. de la Merveillère en a propofé un depuis, qui dans les mêmes principes que celui
qu'il projette fur P'Artibonite, n'aura pas ce danger. Il a fait fur cet objet
des recherches qui l'ont convaincu que ce pont ne faurait être nulle part
mieux, , qu'au point où eft le gué actuel, ce qui doit faire abandonner une
ancienne idée, de tranfporter le bourg à l'embarcadère 11 fur l'habitation Cuf
tine, & d'y faire paffer le chemin de Saint-Louis aux Cayes en le dirigeant
de la ravine du Mefle à l'embarcadère, & de là par une gorge fur l'habitation Cuftine autrefois Rutant, nom qui rappelle un dire@eur.lieutenant de
roi de la Compagnie de Saint-Domingue.
Après la rivière, on travérfe de PEft à l'Oueft, la plaine du bas de
Cavaillon, puis l'on monte le petit morne à Grandier, qui eft calcaire &
inculte. Au bas de fa face Oueft, eft un petit baffin ou cu-de-lampe circulaire, & d'environ un quart de lieue de diamètre, où l'on trouve fur la
gauche la cotonnerie Lafoffe. On contourne ce baflin & l'on monte la
morne du Mal-Fini, plus confidérable que le morne à Grandier, garni
de cailloux, comme tout le canton de fon nom & qu'on a défigné
par une épithète qui exprime 1 à Saint-Domingue, quelque chofe de'
laid, de défagréable. C'eft le même motif qui a fait donner à tout le
canton, ce nom d'un vilain oifeau de proie
Au bas du morne du Mal-Fini,f un autre baflin d'environ 800 toifes
de diamètre. C'eft là gu'eft l'habitation de M. Boulmier, fénéchal de SaintLouis, où l'on fait de l'indigo & du coton.
Dans ce baffin, vers le Sud, eft une gorge qui conduit à l'embarcadère
du Bras-Gauche diftant d'une petite lieuc.
Après avoir paflé le baffin Boulmier, on monte le morne de la GrandeCrête, dont l'extrémité vers la mer eft le Tapion de Cavaillon, & dont
le fommet fait la limite entre la paroifle de Cavaillon & celle des Cayes,
& entre la Sénéchauffée de Saint-Louis & celle des Cayes. Le chemin
eft bon dans ce morne, 9 graces aux foins de M. Reynaud. 1 chevalier de
Saint-Louis, commandant des milices de la parciffe des Cayes. Auparavant
, on monte le morne de la GrandeCrête, dont l'extrémité vers la mer eft le Tapion de Cavaillon, & dont
le fommet fait la limite entre la paroifle de Cavaillon & celle des Cayes,
& entre la Sénéchauffée de Saint-Louis & celle des Cayes. Le chemin
eft bon dans ce morne, 9 graces aux foins de M. Reynaud. 1 chevalier de
Saint-Louis, commandant des milices de la parciffe des Cayes. Auparavant --- Page 667 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 653
il était fi roide, que les voitures redelcendaient par leur propre poids &
que les animaux ne pouvaient furmonter l'obitacle qu'avec d'incroyables
effirts.
La portion plane qui forme la plaine du bas de Cavaillon & qui parait être
une terre d'alluvion, où l'on a établi des fucreries depuis 1731, a environ
5 à 6,000 toifes du Nord au Sud,fur environ trois quarts de lieue de PER à
l'Oueft, mais elle fe prolonge encore trois lieues dans le Nord-Nord-Eft, par
une efpèce de rétrécillement. Elle court enfuite dans l'Eit-Nord-Eft par.une
gorge très-étroite, & va gagner à trois lieues le canton de PAfle, dont j'ai
parlé, plufieurs fois ailleurs, &c qui eft la retraite naturelle de Cavaillon.
C'eft au moyen de ces gorges qu'on va du bourg de Cavaillon à celui de
l'Anfe-à-Veau. On eft obligé de faire pour cela quatre lieues à cheval dans
un chemin où font des roches vives, puis une autre lieue, que des travaux
bien entendus rendraient propre à la voiture. Après ces cinq lieues, on
trouve un chemin de chaile jufqu'à l'Anfe-à-Veau.
Au Nord de la plaine de Cavaillon, fur Phabitation la Biche, eft le chemin
dont j'ai parlé à l'article du Petit-Trou &c qui conduit à la plaine des Baradères. Il fauu franchir trois crêtes de montagnes avant de trouver cette dernière
plaine.
Il y a encore au haut de la plaine de Cavaillon un chemin par lequel on va
en voiture dans le haut de la plaine des Cayes.
Enfin, il y a aufli par POueft une communication entre la plaine de
Cavaillon & le canton de Plymouth de Jérémie.
Le fol de Cavaillon eft très-varié. Tantôt c'eft une terre légère & trèsanalogue aux cannes à fucre; tantôt un tuf blanchâtre ; tantôt une terre
rouge & graveleufe; quelquefois un tuf encroûté &x d'autrefois des roches
vives.
Les eaux de la rivière de Cavaillon font utilement employées.à fertilifer
fa plaine. Les propriétaires des habitations Delmas, Grandier, Lobinois &c
Cuftine, riveraines du côté Oueft, ayant chargé M. Moreau, ingénieurgéographe du roi, des travaux relatifs à l'arrofement de leurs terres, celui-ci
leur préfenta au mois de Novembre 1774, un plan & un devis qu'ils agréèrent.
Le ier. pilotis de la digue fut frappé le IO Janvier 1775La. digue a 150 pieds de long fur 32 d'épaifeur. en dos d'âne, 8c. elle éléve
, riveraines du côté Oueft, ayant chargé M. Moreau, ingénieurgéographe du roi, des travaux relatifs à l'arrofement de leurs terres, celui-ci
leur préfenta au mois de Novembre 1774, un plan & un devis qu'ils agréèrent.
Le ier. pilotis de la digue fut frappé le IO Janvier 1775La. digue a 150 pieds de long fur 32 d'épaifeur. en dos d'âne, 8c. elle éléve --- Page 668 ---
654 DESCRIPTION DE LA PARTIE
l'eau de quatre pieds & demi. Cette digue, formée de neuf rangs de pilots
a été en outre éperonnée par un corps de maçonnerie de 3 pieds d'épaifleur
de chaque côté, élevé de quatre pieds au-deffus de la digue. La prife d'eau
cft établie à la fuite de l'éperon du côté de I'Oueft, en maçonnerie. L'eau
entre par deux éclufes de cinq pieds d'ouverture, dont une feule fuffit Ia plus
grande partie de l'année. Ce travail a été évalué à 45,000 liv. en journées de
nègres & en argent.
Un canal de IO pieds de large porte l'eau jufques vers l'habitation Delmas
où eft un baflin de diftribution à quatre ouvertures égales, de deux pieds &x
demi chacune. Ce premier baflin donne 20 pieds cubes d'eau par feconde.
Là,1 la portion Delmas prend un canal particulier pour aller fur cette habitation, où ily a deux moulins à eau qui font alternativement en mouvement,
& où ily a 86 carreaux arrofables.
Les trois autres portions d'eau vont enfemble jufqu'à l'habitation Grandier,
d'oà elles fe diftribuent par trois iffues égales. L'habitation Grandier arrofe
70 carrcaux, celle Lobinois 60 & celle Cuftine peut en arrofer 250. Chacune
d'elles a un moulin à eau.
M. Grenon de Pinfault a aufli établi une prife d'eau à la digue, mais fur
la rive Ef. Il conduit l'eau fur fon habitation par un canal qui a au moins fix
mille toifes de développement. Il prend une portion d'eau égale à celle de
chacun des quatre riverains dont je viens de parler, mais fon long canal lui
fait fouffrir une grande déperdition. Il a cependant encore affez d'cau pour un
moulin à eau & pour arrofer plus de terrain qu'il n'en a auquel l'arrofement
convienne.
Au-deffus de l'habitation Grenon de Pinfault, en fuivant la rive Orientale
& dans l'ordre où je vais les nommer, font : la fucrerie de M. Grenon
père 3
qui a droit à une portion d'eau qu'on ne lui croit fans doute pas néceffaire ;
Phabitation Pilard, autrefois en fucrerie, qui pourrait réclamer le même
avantage ; l'habitation Roipide, où eft le bourg, la fuit, mais n'ayant aucun
établifement, l'eau ne peut lui être utile 5 l'habitation Lambert ou Voffet, 2
qui devra avoir aufli un moulin à eau & le moyen d'arrofer 60 carreaux ;
l'habitation Giraudier, qui n'eft point fufceptible d'être arrofée, mais qui
peut avoir un moulin à cau ; celle de Pas, qui ne peut fonger qu'à l'indigo
ou au coton; ; celle Onfroy 3 quiy eft confacrée à préfent, mais qui pourrait
'eau ne peut lui être utile 5 l'habitation Lambert ou Voffet, 2
qui devra avoir aufli un moulin à eau & le moyen d'arrofer 60 carreaux ;
l'habitation Giraudier, qui n'eft point fufceptible d'être arrofée, mais qui
peut avoir un moulin à cau ; celle de Pas, qui ne peut fonger qu'à l'indigo
ou au coton; ; celle Onfroy 3 quiy eft confacrée à préfent, mais qui pourrait --- Page 669 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 655
devenir une fucrerie & avoir de l'eau; puis la fucrerie Berret qui peut s'en
procurer aufli.
Au-deffus de cette dernière, 1 eft la fucrerie la Biche, qui tire des fources
de la rivière de Nippes de quoi faire aller un moulin à eau & arrofer 60 ou
70 carreaux.
Plus haut eft l'habitation des pères Dominicains de la Miffion. Le 21
Décembre 1731, M. le Simple, habitant à Cavaillon , leur vendit une habitation de IOO carreaux pour 30,000 livres, & le 21 Février 1739, M.
Catulle, habitant à Torbec, , leur vendit une indigoterie pour 14,000 liv.,
payées comptant. Un troifième terrain ajouté à ceux-là forme leur fucrerie 9
qui a 250 carreaux, dont IOO en cannes, & un moulin procuré par des
fources qui viennent du côté de la ravine de Nippes & par d'autres fources
qui naiffent fur l'habitation même. Le fol en eft très-bon. Les Dominicains
l'ont affermée à M. Berret l'année dernière avec 84 nègres & 15 mulets,
pour 40,000 liv. par an. Ils en ont retiré 54 nègres &c 15 mulets pour les
mettre fur leur habitation de Léogane.
En remontant encore la vallée de Cavaillon, on trouve la fucrerie Verdier,
ayant un moulin à eau & 60 carreaux arrofés par l'eau qu'elle tire de la
rivière de Cavailion, en commun avec l'habitation Hays.
Celle-ci eft la dernière du côté Eft. Elle a un moulin à eau &c 30 carreaux
de cannes arrofés.
Sur la rive Occidentale &-au-deffus de l'habitation Delmas 3 eft la fucrerie
Caffignol. Elle a droit à un moulin à eau Bc à l'arrofement. Vient après l'hatation Boileau, qui n'eft guères prepre qu'à être une hatte. Enfin la fucrerie
Clonard, qui a réuni celle Paris, &c qui a un moulin à eau 8c le moyen
d'arrofer environ 90 carreaux.
Lorfque la Compagnie de Saint-Domingue fut fupprimée 7 Cavaillon excita
aufli des défirs, & le 14 Mai 1720, M. Randot, premier commis du Confeil
de marine, s'était fait faire par le roi le don de 3,600 carreaux ( trois lieucs
carrées ), à prendre de la mer. > &c de la rivière de Cavaillon & chaffant vers
Saint-Louis ; mais graces à je ne fais quel motif, il les rendit le 8 Juin 1721.
De la pointe à Folleurs, où commence dans PER la côte de la paroiffe de
Cavaillon, ily y a 880 toifes jufqu'àla pointe à Poulain, du nom d'une habitation voifine, & qui efi cclle Orientale de la baie des Flamands. Cette baie a
), à prendre de la mer. > &c de la rivière de Cavaillon & chaffant vers
Saint-Louis ; mais graces à je ne fais quel motif, il les rendit le 8 Juin 1721.
De la pointe à Folleurs, où commence dans PER la côte de la paroiffe de
Cavaillon, ily y a 880 toifes jufqu'àla pointe à Poulain, du nom d'une habitation voifine, & qui efi cclle Orientale de la baie des Flamands. Cette baie a --- Page 670 ---
656 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
220 tcifes d'ouverture & 2,400 toifes d'enfoncement, dirigé à-peu-près d
Sud-Oueft-quart-Sud au Nord-Ef-quart-de-Nord. Versla pointe Oueft de cette
baie, eft l'ilet du Carenage 1 qui garnit 420 toifes de cette côte. Entre l'ilet
& la terre, un petit canal admet à peine un canot.
D'après les fondes prifes en 1751 par les ordres de M. de Conflans,
& en 1752, par les ordres & fous les yeux de M. de Vaudreuil, on avait jugé
que l'entrée de la baie n'avait pas plus de 15 pieds d'eau ; que l'on y
entrait difficilement, & que l'on ne pouvait en fortir qu'avec la brife de
terre. Cependant la baie des Flamands eft depuis long-tems le port où viennent
hiverner les bâtimens de la rade des Cayes pour éviter les ouragans
dont ils font abfolument préfervés dans cet afile. ce L'entrée & les côtes de cette
21 baie font faines, , dit M. Puyfégur ; on peut mouiller par tout & l'on y trouve
9> un endroit commode pour carener ",
Cependant il faut pénétrer un peu avant pour trouver un mouillage
tranquille & pour cela être au moins au-delà de la pointe du morne à Cabrit.
Les bâtimens auxquels 18 ou 20 pieds d'eau fuffifent, peuvent mouiller
derrière cette pointe mais les vaifleaux de guerre ne peuvent jetter l'ancre
que dans le chenal où ils font expofés au vent du large.
Une batterie mife fur la pointe à Poulain, protège la baie des Flamands ;
nais il faudrait lui donner des feux croifés 9 en en mettant une autre fur la
pointe de l'ilet du Carenage, & les garnir l'une & l'autre de gros canons.
On dit que les vers font très-multipliés dans cette baie.
L'ordonnance des Adminiftrateurs, du 30 Septembre 1772, a tarifé les droits
du capitaine de port des Cayes, à 60 liv. par bâtiment qu'il conduit à la
baic des Flamands, &c le retour à 80.
Au fond de la baie eft l'embouchure d'une rivière que les canots & les
chaloupes remontent pendant environ 250 toifes, pour aller faire de l'eau ou
pour fe rendre à un petit embarcadère.
Les 420 toifes de l'ilet du Carenage, forment la diftance qui eft entre
la pointe Oueft de la baie des Flamands, & la pointe Eft de la baie de
Cavaillon. Cette dernière baie a 1,420 toifes d'ouverture, fur environ 1,200
toifes d'enfoncement; malgré ces dimenfions le mouillage y eft peu étendu.
Il eft à lEft de la baie, vis-à-vis des mangles avec bon fond & 25 pieds
d'eau prefqu'à terre, L'Oueft a des roches. L'embouchure de la rivière de
Cavaillon,
des Flamands, & la pointe Eft de la baie de
Cavaillon. Cette dernière baie a 1,420 toifes d'ouverture, fur environ 1,200
toifes d'enfoncement; malgré ces dimenfions le mouillage y eft peu étendu.
Il eft à lEft de la baie, vis-à-vis des mangles avec bon fond & 25 pieds
d'eau prefqu'à terre, L'Oueft a des roches. L'embouchure de la rivière de
Cavaillon, --- Page 671 ---
FRANÇAISE DE S AINT.D OMINGUE 657
Cavaillon, eft au fond de cette baie; une barre de fable s'y eft formée & déjà
l'on ne peut la paffer qu'à marée haute. La rivière court Nord & Sud &c
prefqu'en ligne droite jufqu'à 660 toifes, terme où elle fe divife en deux
bras. Le bras gauche, qui donne fon nom à un canton, eft
peu confidérable, 2
& l'autre, qui eft réellement la rivière de Cavaillon, eft fort large & profond. Les canots 8c les chaloupes portant 12 bariques de fucre la remontent
jufqu'à un embarcadère public, qui eft à environ une lieue de fon embouchure 9 mais qu'on ne gagne qu'après en avoir fait environ trois, à caufe
des finuofités de la rivière, Le chemin qui conduit du bourg de Cavaillon
à cet embarcadère, & par lequel on peut aller aux Cayes auffi, en paffànt
la rivière en canot, fe bifurque pour gagner l'embarcadère de la baie des
Flamands, d'oà il fe prolonge pour mener à la grande baie du Mefle.
Les Adminiftrateurs ont interdit depuis le 6 Mai 1745, l'ufage abufif
ou étaient les habitans d'envoyer prendre à leur gré,du bois &c des pierres
dans les deux baies des Flamands & de Cavaillon.
De la pointe Oueft de cette dernière jufqu'au Tapion de Cavaillon où finit la
côte de la paroiffe * ily a cent toifes.
Cavaillon qui avait > en 1730, 4 fucreries en brut 1 43 indigoteries & 1,400
cotonniers 3 compte maintenant 12 fucreries, IO indigoteries, 3 6 cotonneries
& 30 cafeteries. Ony fait du fucre brut que la plaine du Cul-de-Sac pourrait
avouer. La culture du cafier s'y propage & principalement dans le canton du
Petit-Plaifance 1 qui eft au Nord-Eft & qui eft adoflé au canton de Plaifance
de la paroiffe du Petit-Trou, que l'on diftingue quelquefois en l'appelant le
Grand.Plaifance, Qn cultive beaucoup de riz à Cavaillon. Les nègres y ont
pour nourriture principale le petit-mil concaflé, bouilli & mis en pâte. On
appele là comicbe-coucbe, comme dans le refte de la Bande du Sud, la farine de
manioc des Ifles du Vent ou couffac de Cayenne.
Durant la guerre de 1778, les blancs de Cavaillon ont mangé du pain fait
avec un tiers de froment, un tiers de petit-mil & un tiers de mouffache.
Le peu d'importance de Cavaillon dans l'origine & la pareffe enfuite, ayant
fait eonfondre létat de fa population avec celle des Cayes ou de Saint-Louis,
je ne puis pas en montrer les progrès fucceffifs. En 1730, elle était de
blancs, 16 affranchis & 1,183 efclaves. Maintenant elle eft d'environ 195
blancs, 300 affranchis & 5,500 efclaves,
Tme II.
oo0
Le peu d'importance de Cavaillon dans l'origine & la pareffe enfuite, ayant
fait eonfondre létat de fa population avec celle des Cayes ou de Saint-Louis,
je ne puis pas en montrer les progrès fucceffifs. En 1730, elle était de
blancs, 16 affranchis & 1,183 efclaves. Maintenant elle eft d'environ 195
blancs, 300 affranchis & 5,500 efclaves,
Tme II.
oo0 --- Page 672 ---
653 DESCRIPTION DE L. A PARTIE
La milice qui avait en 1730, 65 blancs & 7 affranchis, eft préfentement
de 121 blancs en une compagnie de fufiliers &x une de draguns blancs, & deg3
affranchis.
Cavaillen a I exempt, I brigadier, 4 archers & 8 adjoints de maréchauffée.
La brife du large eft dépendante de PEf à Cavaillon & celle de terre du
Nord-Oueft ou de Oucil-Nord.-Ouef. Le coup de vent du 9 Septembre 1737
y fit beaucoup de ravages.
Le bas de Cavaillon a, le matin , pendant les mois d'Hiver, des brouillards
allez confidérables. Ils le font encore plus dans le canton du Mal-Fini.
D'après des mefures prifes fur une habitation du haut dela plaine de Cavail:
lon, le taux moyen de l'eau de pluie tombée depuis 1780, julqu'en 1785
inclulivement, a été de 76 pouces & demi par an 3 1782 n'en a eu cependant
que 42 pouces, IO lignes 1 mais 1784 en a eu 120 pouces, 9 lignes.
En 1761, ily eut un affreux débordement de la rivière de Cavaillon. On
allait en canot dans le bourg. La guildiverie avait 5 pieds d'eau; tout
fottait. Dans l'ouragan du 16 Août 1788, il tomba cn 24 heures,
y
14 pouces
cinq lignes d'eau dans la gorge de Cavaillon. Le débordement de la rivière &
des ravines de cette paroiffe furpafsèrent tous ceux dont on avait confervé la
mémoire.'
Le tremblement de terre de 1770 léfarda des bâtimens & n'en renverfa
très-peu à Cavaillon.
que
Le bas de la rivière de Cavaillon a beaucoup de caymans qui ont jufqu'à
pieds de Iong &x certains jours d'Été, vers dix heures du matin, on en compte 25
quelquefois 25 ou 30 qui fe délectent à s'étendre fur le fable du rivage. Après
les débordemens, on en a trouvé à terre jufqu'au-deffus du bourg. M. Grenon
de Pinfault, commandant la paroiffe, en avait fait mettre un de dix pieds dans
une citerne. II parvint à en fendre le mur à coups de queue ; de manière qu'il
y refta à fec. Il vécut ainfi encore trois mois 3 fans autre aliment
les
mouches qu'il recevait fur fa langue, en l'étendant au
que
dehors, pour cet
effet.
Les fourmis ont paru dans la plaine de Cavaillon en 1773, elles y furent
tranfportées des Cayes dans des marchandifes qu'on entrepofa à l'embarcadère.
En 1775, on en était défolé & l'ouragan de cette année ne les détruifit point.
On vit un petit balai de toilette cn réunir trois livres pelant dans un cabinet,
mouches qu'il recevait fur fa langue, en l'étendant au
que
dehors, pour cet
effet.
Les fourmis ont paru dans la plaine de Cavaillon en 1773, elles y furent
tranfportées des Cayes dans des marchandifes qu'on entrepofa à l'embarcadère.
En 1775, on en était défolé & l'ouragan de cette année ne les détruifit point.
On vit un petit balai de toilette cn réunir trois livres pelant dans un cabinet, --- Page 673 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 659
Elles diminuent très-fenfiblement depuis 1786 8c fc retirent vers les montagnes', fans faire de mal fenfible au haut de la plaine. Les rats &c les couleuvres qui avaient difparu, pendant leur irruption *
commencent à redevenir très-multipliés. Cavaillon a de fuperbes bois 5 particulièrement le bois à enivrer, l'acoma
violet, l'acoma jaune 1 l'acoucoua, l'épinu jaune 2 le bois jaune ou mûrier. Autrefois on a employé le labour dans la plaine de Cavaillon. M. Brun de
la Condamine qui y pafla en 1774, dreffait un nègre & deux boeufs au
fervice d'une charrue, moyennant 400 liv. J'ai vu l'année dernière, fur la
fucrerie Grandier, de très-beaux rejettons de cannes plantées à la charrue. On a cependant abandonné cette méthode ( excepté fur la fucrerie Delmas. ),
parce qu'on prétend que les terres font encore trop neuves 8c qu'elle rend les
cannes fougueufes & feulement plus riches en feuilles. Il y a vers l'Eft de Cavaillon 3 un gros morne appellé le morne Bleu 7
célèbre parce qu'il a fervi d'afile au nègre Pompée, dont les dévaftations & les
crimes ont défolé long-tems cette partie. Ce morne a plufieurs cavernes, 3
même fpacieufes, où l'on trouve des fétiches & d'autres preuves de la fréquentation des Naturels. C'eft dans l'une de ces cavernes que Pompée fut pris après
une vigoureufe défenfe. M. Redon de Moutplaifir cultivateur curieux 1 a chez lui, au morne Bleu,
des coignaffiers qui ont parfaitement réufli. Il a aufli deux fuperbes oliviers, s
prêts à rapporter ; des pommiers > des fraifes & une grande abondance de
petites figues de Marfeille auxquelles les oifeaux font la guerre Ia plus
cruelle. J'ai vu, avec plaifir 2 le cerifier du pays employé cn bordure à Cavaillon,
comme le buis en France &c embellir ainfi, 3 avec utilité, le jardin de Mad. Grandier. Ily a fur l'habitation Grenon de Pinfault, de la pierre de taille fort eflimée. On en trouve auffi dans les mornes du Mal-Fini. La rivière de Cavaillon charie 3 avec fes pierres, des morzeaux de mine
de fer. Les bêtes cavalines ont été long-tems attaquées à Cavaillon de Ia gourme
qui les fuffoquait. Elle a cefié fur eux 2 mais elle fe manifefte fur les chiens
qui périffent prefque tous.
'habitation Grenon de Pinfault, de la pierre de taille fort eflimée. On en trouve auffi dans les mornes du Mal-Fini. La rivière de Cavaillon charie 3 avec fes pierres, des morzeaux de mine
de fer. Les bêtes cavalines ont été long-tems attaquées à Cavaillon de Ia gourme
qui les fuffoquait. Elle a cefié fur eux 2 mais elle fe manifefte fur les chiens
qui périffent prefque tous. --- Page 674 ---
660 DESCRIPTION D E LA PARTIE
Le mal de mâchoire, autrefois très commun à Caraillon , n'y paraît plus. On attribuc ce changement à l'ufage de ne couper l'ombilic aux enfans qu'après
avoir cxprimé tout le fang au bout du cordon & de garantir enfuite la feétion
du contact immédiat de l'air. D'autres habitans fe font contentés d'avoir de
bonnes négreffes accoucheufes & de leur donner une récompenfe pour chaque
enfant qui n'a point le mal de mâchoire, & ce calcul a eu le même
fuccès. Cependant il y a des lieux de la Partie du Sud oà tous ces moyens ont été
impuiflans & l'on y a imaginé un châtiment pour les mères qu'on foupçonne
d'avortement , ou dont les enfans meurent du mal de mâchoire. C'eft de leur
faire porter au cou une petite figure humaine de bois d'environ un pied de lung. Le premier exemple de ce genre & le feul qui ait frappé mes yeux, était celui
d'une jeune négrefle d'environ 18 ans qu'on accufait d'avoir violé, dans fon
fein, l'amour maternel, le plus impérieux de tous. Elle paraiffait vivement
afligée de ce châtiment. Elle eut l'idée de me prier d'en felliciter la cellation
& me protefta qu'elle était innocente. J'avais befoin de la croire, je plaidai,
j'obtins ce qu'elle défirait, & j'ai eu le bonheur d'apprendre depuis 2 que le
titre qu'on lui reprochait d'avoir redouté eft fon partage, & qu'elle en remplit
les devoirs avec unc forte de triomphe. J'ai à parler d'un abus. Le bourg de Cavaillon ayant été fur le bord
Occidental de la rivière, les nègres continuent à y enterrer tous leurs camarades; de manière qu'ils font exhumés dans les débordemens & qu'on voit
quelquefvis des chiens dévorans des cadavres humains. N'eft-ce donc pas une
obligation pour quelqu'un que de fauver un pareil fpcétacle à des êtres faibles,
à des êtres fenfibles! L'afile de la mort ne doit pas être violé. Cavaillon eft du Commandement, de la Sénéchauffée & de P'Amirauté de
Saint-Louis. On compte de l'églife de Cavaillon
A celle de Saint-Louis,
5 lieues. A celle de Jérémic,
18 lieues. du Petit-Trou,
1O
des Cayes,
--- Page 675 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE. 661
ARRIVÉ à la dernière plaine que j'ai à décrire, le voeu conftant de mettre
dans ce que j'offre à mon LeCteur toute la clarté dont les objets font
fufceptibles, me détermine à lui parler d'abord de cette plaine, indépendamment de fa divifion entre deux parviffes.
de Jérémic,
18 lieues. du Petit-Trou,
1O
des Cayes,
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FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE. 661
ARRIVÉ à la dernière plaine que j'ai à décrire, le voeu conftant de mettre
dans ce que j'offre à mon LeCteur toute la clarté dont les objets font
fufceptibles, me détermine à lui parler d'abord de cette plaine, indépendamment de fa divifion entre deux parviffes. DE LA PLAINE DES CAYES, APPELLÉE AUSSI PLAINE DU FoxD
ET PLAINE DU FoND DE L'ISLE A VACHE. LA Plaine des Cayes a pour bornes : à PEt, la rivière de PIllet; au Sud,
la mer; à TOueft, la rivière de PAcul,jufqu'à la rencontre de la rivière
des Mornes & enfuite celle-ci; 8c au Nord les montagnes. Elle a environ quatre
lieues & demie de largeur moyenne d'Orient en Occident, fur une hauteur
moyenne égale aufli, ce qui peut la faire évaluer à 20 lieues carrées de
furface. Cette plaine eft un véritable remblai, ouvrage des eaux dont elle eft
maintenant arrofée, &c principalement de la ravine du Sud & de Ia rivière de
PAcul, qui en chariant les terres des montagnes, ont auffi tranfporté une
énorme quantité de galets. Les différentes rivières par lefquelles la plaine
des Cayes eft coupée s'étant fait faccellivement plufieurs lits dans des directions différentes. 1 les couches de terre & celles de galets ont auffi varié, &
dans leurs directions & dans leur épaiffeur. Le bas de Ia plaine recevant
encore du limon lorfque la rivière n'avait plus la force de charier fes galets,
il a, par cette raifon, une couche végétale que des fouilles de vingt pieds de
profondeur n'ont quelquefois pas montré toute entière, & cette profondeur eft
proportionnée à l'éloignement du rivage. La ravine du Sad, en fe promenant dans les parties qu'elle avoifine, y a
répandu avec profufion le galet inépuifable que fes eaux font rouler.
ière n'avait plus la force de charier fes galets,
il a, par cette raifon, une couche végétale que des fouilles de vingt pieds de
profondeur n'ont quelquefois pas montré toute entière, & cette profondeur eft
proportionnée à l'éloignement du rivage. La ravine du Sad, en fe promenant dans les parties qu'elle avoifine, y a
répandu avec profufion le galet inépuifable que fes eaux font rouler. De là,
les cailloux de la plaine à Jacob; de lâ, les parties de la plaine des Cayes,
où une couche végétale de quelques pouces couvre à peine un fol pierreux &
ftérile ; de là, ces bancs de fable qui coupent des terrains précieux , de là,
ces favanettcs qui, dans une dimenfion d'environ deux licues de lengueur fur --- Page 676 ---
662 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
unc largeur variable d'un quart de lieue à une demi-lieue, n'offrent à l'oeil
afligé qu'une terre inculte & infertile.
Pour fc faire une idée de ce que la nature a pu mettre de galet dans la
vafte étendue de cette plaine, il fuffit de connaitre lcs débordemens de fes
rivières, fur tout de la ravine du Sud, dont les lits, car elle en change fans
cefle, n'ont aucune profondeur; il fuffit de voir quelle maffe énorme de ces
galets tapiffe ces lits, dont l'un a dans un point de la plaine plus de cent
toifes de large.
Ces variations dans le cours des rivières ont eu un inconvénient de plus 1
du moins pour les parties inférieures de la plaine, & qu'on remarque encore 5
c'eft d'y entretenir & d'y produire des infiltrations qui féjournent dans les
points les plus bas, , & qui, aux moindres pluies. noyent de grands efpaces de
terrain, où des eaux croupiffantes interdifent tout accès à l'agriculture.
La rivière de P'Acul, plus bienfaifante que la ravine du Sud, quoiqu'elle
charie aufli du galet, coule dans un lit dont les bords élevés, même de 15 à
20 pieds, la contiennent, excepté dans des débordemens, ou elle fe joue de
ces barrières. Les portions qu'elle parait avoir remblayées, & qui font dans
la partie Occidentale de la plaine 2 font d'un fol différent de celui de Ia
plaine à Jacob, 1 fituée vers PEf. Il a au licu de la légèreté de ce dernier,
une confiftance un peu forte. La terre y eft humide & onélueufe, aufli ne
redoute-t-elle pas la faifon féche, qui défole la plaine à Jacob. L'arrofement
n'eft employé que dans quelques points de cette région Occcidentale, & le
voyageur qui apperçoit à certaines époques ces deux parties de la plaine, ne
peut aflez s'étonner de l'afpeêt frais de l'une, tandis que l'autre lui montre
les effets d'un foleil dont l'exceflive chaleur la dépouille des ornemens du
règne végétal.
Ily a cependant auffi des efpaces d'argile mélée dans la
à
plaine Jacob 3
mais elle n'y efl que de rapport, car à un ou deux pieds de profondeur on
rencontre le galet, avec cette particularité qu'il eft compofé de petites parties
liées les unes aux autres par une efpèce de ciment naturel, au moyen duquel il forme une mafle très-compa@te, que les pinces ont de la peine à rompre
& que l'on nommc dans la plaine des Cayes platine > & que les nègres appelent
magcine du Bon-Dieu.
L'eau forme même des concrétions femblables dans les canaux qui charient
s de profondeur on
rencontre le galet, avec cette particularité qu'il eft compofé de petites parties
liées les unes aux autres par une efpèce de ciment naturel, au moyen duquel il forme une mafle très-compa@te, que les pinces ont de la peine à rompre
& que l'on nommc dans la plaine des Cayes platine > & que les nègres appelent
magcine du Bon-Dieu.
L'eau forme même des concrétions femblables dans les canaux qui charient --- Page 677 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 663
les eaux dans la plaine des Cayes, & elles font d'autant plus confidérables,
que fa vitefle eft plus grande; de forte que là cette viteffe conferve les canaux
au lieu de les détruire.
On voit auffi, fur quelques habitations de la plaine à Jacob, de pecits
monticules ou mamelons d'une marne durcie &c même pierreufe 3 qu'on regarde
comme des fommités de bancs de poiypiers.
Le bas de la plaine 3 aquatique comme je l'ai dit, exige des defféchemens.
La végétation y eft fougueufe, mais fans utilité, faute d'élaboration, & il
faut autant de travaux pour l'enchainer que pour exciter cette végétation
ailleurs. Auffi ne voit-on pas de bananiers dans tout le côté Méridional du
grand chemin, depuis la ville des Cayes jufqu'à l'extrémité Oueft de la
plaine. Les cannes y font toujours couchées &c inclinées, & aux moindres
pluies les patates pourriffent en terre.
On eft bien convaincu que la plaine des Cayes eft un vrai remblai des
rivières, quand on fait que fur la fucrerie Monville &c Demyrat, au canton
de l'Acul, ayant voulu pofer des fondemens de maçonnerie, on trouva à fept
ou 8 pieds de profondeur un fable blanc, fin &c tellement mouvant qu'on fut
obligé d'abandonner l'entreprife. Chez M: Defrouaudières, au même canton,
un puits creufé à 130 picds de profondeur n'a pas ceffé de montrer des. lits
de rapport. Sur T'habitation Walih, au Sud-Oueft de la plaine, on a trouvé
dans une fouille de vingt pieds, des morceaux de vafes de terre cuite des
anciens Naturels, 3 & un arbre dont le tronc. 5 quoique enccre entier, était
néanmoins dans un état de macération qui permettait de le partager par le
mcindre contact. On trouve dans une foule d'endroits 1 à un, deux, trois &
quatre pieds de profondeur, de la maçonnerie du Bon-Dieu.
La plaine des Cayes a un coup-d'ceil impofant, parce que rier n'interrompt fon étendue 3 car il ne faut pas coinpter les petits monticules dont
j'ai parlé, & dont un affez confidérable eft fur l'habitation du comte de Mercy,
à la plaine à Jacob. L'ceil fe promène avec plaifir fur une furface qui n'attend
que les regards du gouvernement pour que fes produits accroiffent de près de
deux tiers; puifqu'il n'eft prefque pas d'habitation qni ne put voir plus que
doubler le fien par l'augmientation du nombre des cultivateurs. La culture
s'étendrait & s'améliorerait tout à la fois; au lieu de cent vaiffeaux qui
fuffifent pour enlever les denrées qu'ellc fournit, un nombre double ferait
ène avec plaifir fur une furface qui n'attend
que les regards du gouvernement pour que fes produits accroiffent de près de
deux tiers; puifqu'il n'eft prefque pas d'habitation qni ne put voir plus que
doubler le fien par l'augmientation du nombre des cultivateurs. La culture
s'étendrait & s'améliorerait tout à la fois; au lieu de cent vaiffeaux qui
fuffifent pour enlever les denrées qu'ellc fournit, un nombre double ferait --- Page 678 ---
664 DESCRIPTION DE LA PARTIE
au-defTous du befoin. Augmentant les revenus par les nègres, on augmenterait
les nègres par les revenus. L'induftrie s'accroîtrait ; l'émulation qui eft fa
fille ou fa compagne, multiplierait fes bienfaits, & la plaine des Cayes ne
ferait plus indigne de rivalifer avec celle du Nord, celles de P'Artibonite 9
du Cul-de-Sac & de Léogane.
Oa ne peut fe diffimuler que dans l'état préfent des chofes, la plaine des
Cayes ne peut foutenir le parallèle avec les autres. Le Cul-de-Sac a toute la
fupériorité de fa terre légère, aveclaquelle celle de la fucrerie Ia Gautraye eft la
feule qui paraiffe avoir de l'analogie, & toute l'efpérance de fes terres falineufes, que le tems améliore. Mais avec des bras, la plaine des Cayes aurait
plus de reflources dans fes parties féches, qui font fufceptibles d'arrofement,
plus de moyens pour égoûter celles qui ont befoin de l'être; elle ferait défendue
par des digues & des levées qui réduiraient les rivières & les torrens à n'être
plus qu'utiles.
Les terres réputées les plus productives de la plaine des Cayes font celles
fituées à peu de diftance de la ville des Cayes, loriqu'elles ne font pas
noyées.
Un avantage fingulier & très-précieux de la plaine des Cayes 1 c'eft qu'il
n'y exifte peut-être pas une feule fucrerie qui ne puiffe avoir un moulin â
eau. Cet avantage eft d'autant plus grand, que la dépenfe que le lervice des
moulins à bêtes exige eft très-confidérable & que cette économie tourne toute
entière en accroiffement pour la culture.
La plaine des Cayes a huit mois de pluie dans l'année, de Mai en
Décembre. Les quatre autres mois font fecs, & â peine y voit-on quelques
faibles grains.
Un grand nombre de rivières, plus ou moins confidérables, arrofent & fertilifent la plaine des Cayes. La plus Orientale eft celle de PIflet, qui, à environ
une lieue de fon embouchure, reçoit par fa rive gauche la rivière Dormante;
après, eft la ravine du Sud, qui reçoit dans le haut la rivière Caymite, &
que l'on appelle la rivière des Cayes lorfqu'elle borde dans l'Oueft la ville
des Cayes, bordée dans PEA par la rivière PHlet. La rivière Réaux fuit,
puis la rivière du Vieux-Bourg enfuite c'eft la rivière de Torbec, où fe
jette fur une rive la ravine du Mefle, &x fur l'autre la rivière Fauffecave 9
du nom d'un habitant. Après, on remonte dans l'Oucft la rivière Vandigoux 1
qui
elle la rivière des Cayes lorfqu'elle borde dans l'Oueft la ville
des Cayes, bordée dans PEA par la rivière PHlet. La rivière Réaux fuit,
puis la rivière du Vieux-Bourg enfuite c'eft la rivière de Torbec, où fe
jette fur une rive la ravine du Mefle, &x fur l'autre la rivière Fauffecave 9
du nom d'un habitant. Après, on remonte dans l'Oucft la rivière Vandigoux 1
qui --- Page 679 ---
FRANC ÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 665
qui reçoit près de fon embouchure la rivière du Mufcadin, enfuite celle de
Quitte-la-là, à Taquelle fe réunit la rivière Vafeufe.
Enfin à la limite Occidentale de la plaine, eft la rivière de PAcul,qui
eft groffie à fa rive droite par la rivière du Fond-Palmiftc, & par celle
des Mornes ; par la ravine à Duclerc & celle à Galais, 8c à fa rive gauche
par la ravine du Fond-Vert & par celle des Anguilles. Entre ces rivières
font encore des ravines ou infltrations, dont le cours eft plus ou moins
marqué, , &c par tout on trouve l'eau en fouillant à quatre pieds de profondeur,
ce qui dit affez que le fol ne doit être arrofé qu'avec beaucoup de circonfpection.
La plaine a auffi des efpèces d'étangs 9 tels que l'étang des Cocoyers,
l'étang Enragé, 3 l'étang des Rofeaux, &c l'étang du Fond-Vert. On préfume
que ces amas d'eau font d'anciens bras de rayinages que les galets des
débordemens ont encaiffés, & que des infiltrations entretiennent. Ils ne perdent
que par l'évaporation. Ils font poiffonneux. L'étang Vert a des anguilles &c
beaucoup de tortues. On dit y avoir vu anciennement des Caymans.
Les rivières. que j'ai nommées, tariffent à certaines époques ou dans
certains intervalles de leur cours, pour fe montrer toutes comme des torrens
dans la faifon pluvieufe, & pour menacer d'anéantir la plaine qui eft leur
ouyrage. Leur pente eft aflez rapide du pied des montagnes à la mer.
Le 26 & le 27 Oétobre 1716, il y eut une inondation qui caufa de
grands ravages ; & dans la nuit du 23 au 24 Juillet 1724, une autre
inondation 1 à laquelle un ouragan fe réunit, renverfa les bâtimens de 18
des 23 fucreries qui exiftaient alors &c prefque toutes les maifons ; les cannes
furent rompues ou arrachécs, &c les indigoteries ne furent pas plus épargnées. On évalua la perte à un million & demi, & elle était immenfe pour
cette époque.
Quelquefois au lieu des pluies que la plaine des Cayes reçoit d'ordinaire
en plus grande quantité que les autres plaines de la Golonie, & qui font
plus abondantes fur le bord de la mer, qu'en allant vers les montagnes, 3
elle éprouve des fécherefles; 8c au mois de Mars 1786, elle en a été
défolée.
La brife cfl da Sad-Eft &. da Sud-Sud-Eft le jour, Sc du Nord-Eft au
Nord-Oueft la nuit. Il y vente quelquefois du Nord, & dans la failon fécho
Tome II.
PPPP
ité que les autres plaines de la Golonie, & qui font
plus abondantes fur le bord de la mer, qu'en allant vers les montagnes, 3
elle éprouve des fécherefles; 8c au mois de Mars 1786, elle en a été
défolée.
La brife cfl da Sad-Eft &. da Sud-Sud-Eft le jour, Sc du Nord-Eft au
Nord-Oueft la nuit. Il y vente quelquefois du Nord, & dans la failon fécho
Tome II.
PPPP --- Page 680 ---
666 DESCRIPTION DE LA PARTIE
ce vent annonce de la pluie. Dans celle des ouragans 1 il préfide aux
bourafques, fur tout lorfque la partie Nord du ciel eft chargée de nuages
qui gardent toujours la même élévation, & qui forment çe que fur le lieu
l'on appelle Nord-bangué. Au furplus, le vent du Nord y eft très-defléchant,
ce qui confirme encore ce que j'ai dit de l'effet du paffage des vents pardeffus des chaines de montagnes qui le dépouillent de fon humidité.
Les ouragans défolateurs de la Partie du Sud, n'épargnent point cette
plaine, & je réferve pour la defeription des Cayes, des détails à cet
égard, parce qu'ils ont trait à fon port.
La plaine des Cayes eft la moins chaude de la Colonie, 8c il eft rare que
le thermomètre de Réaumur y monte au-deffus de 23 degrés & aille à 26.
La brife du large, que femble intercepter quelquefois l'Ile à Vache, ne
rafraichit pas toujours l'air; mais celle de terre caufe d'ordinaire une fenfation afez piquante, qui veut qu'on ne fe couche pas fans être couvert, &
même la négligence à cet égard, n'eft pas toujours impunie
Au mois de Mars 1788,i1 fit à la plaine des Cayes un Nord violent.
Le IO au matin, le thermomètre defcendit à 15 degrés trois quarts audefTus de la gelée, 8c le 13, plongé dans un pot d'eau, il defcendit à
12 degrés & demi.
En général l'air eft pur & agréable dans la plaine 7 fur tout dans fa partie
élevée, où l'on jouit d'une meilleure fanté.
La température humide de la plaine des Cayes eft, fans doute, la caufe
principale qui y multiplie les infectes. Depuis vers 1750, le puceron, la
fourmi, la coque, le pou-de-bois & les rats, fe difputent tour-à-tour, le
foin d'éprouver la patience & le courage du cultivateur.
Les Hiftoriens Efpagnols ne nous difent pas s'il y a eu aucun établiffement dans la plaine des Cayes ; Goméra annonce feulement que le canton
de l'Acul qu'elle a dans l'Oueft, s'appellait la favane 1 Zabana. Cette défignation &c le fait certain qu'il y a eu une ville appellée Terre-Sauvée-de.
la-Savane ( Salvatierra de la Zabana ) à la bande du Sud, dans la province
de Haniguayaga, autorifent à penfer qu'elle était dans cette plaine. Ovando
fit bâtir, en 1503, cette ville, à laquelle on concéda en 1508, pour armoiries, un écu de gueules au grifon d'or. Elle fut abandonnée en 1606,
comme la plupart des villes de PIle Efpagnole.
re-Sauvée-de.
la-Savane ( Salvatierra de la Zabana ) à la bande du Sud, dans la province
de Haniguayaga, autorifent à penfer qu'elle était dans cette plaine. Ovando
fit bâtir, en 1503, cette ville, à laquelle on concéda en 1508, pour armoiries, un écu de gueules au grifon d'or. Elle fut abandonnée en 1606,
comme la plupart des villes de PIle Efpagnole. --- Page 681 ---
FRANÇAISE D. E SAINT-DOMINGUE 667
Avant 1662, - des Boucaniers français vinrent chaffer dans la petite ile
l'étonnante multiplication des vaches avait fait appeller PIfle à Vache & que la
plaine oppofée fut nommée , par eux 3 la grande terre de P'Ifle à Vache. Quelques - uns de ces Boucaniers s'arrêterent dans cette plaine 7 & d'Ogeron
follicitait le miniftre, le 20 Janvier 1666, de faire un établiffement de 2 ou
300 hommes, vis-2-vis PIle à Vacbe & d'ordonner qu'on ouvrit, de la, , un
chemin jufqu'au Cul-de-Sac.
L'établiflement eut lieu & les Anglais menaçant de l'envahir.
7 M. de Cuffy
y envoya pour commandant M. de Beauregard, major de la Colonie. Les
galères efpagnoles y caufaient de fi fréquentes inquiétudes & y avaient commis
de fi grands ravages 3 au Commencement de 1683 7 que MM. de Saint-Laurent
& de Bégon écrivaient au miniftre, 3 le 25 Janvier 1685, que ce lieu, le feul
encore établi de la Bande du Sud fe dépeuplait malgré la fertilité du fol &c
l'abondance de la chaffe. Pour y retenir les habitans, ces Adminifirateursgénéraux propofaient d'accorder 12,000 livres de fucre qui reftaient des fonds
faits par le roi , à un prêtre nommé Mamiel, ancien miflionnaire de la Côte
à condition qu'il fe ferait curé du Fond de PIfle à Vache. Ce pafleur y vint 3
&c l'on conftruifit une chapelle, mais il mourut en 1686, &c le 30 Septembre
le miniftre recommandait de lui donner un fuccefleur.
Le 21 du même mois de Septembre, les Efpagnols vinrent encore faire une
defcente dans ce lieu qu'ils pillèrent, & dont ils dépouillérent & détruifirent
allez l'églife pour qu'on fût obligé de l'abandonner,
Le 2 Mars 1688, les habitans, par un procès-verbal, dreffé en préfence
de M. de Graffe 1 major pour le roi, & figné de MM. Beauregard le Goff,
confeiller du confeil du Petit-Goave,
Dubignon, Gefme, 1 Boyer, Heurterel,
Poupot > Fournier &c le Lièvre 7 décidèrent qu'on mettrait une nouvelle églife
fur Phabitation Gelme, où elle ferait plus commodément pour le Public.
Cependant la plaine des Cayes était prefque abandonnée, en
1690 1 lorique
M. de Cufly s'y rendit pour engager les habitans à y demeurer afin que les
Anglais ne vinffent pas s'y établir 1 & il leur vanta beaucoup le coton qu'ils
récoltaient & qui était réellement alors le plus beau de la Colonie.
Ce ne fut pourtant qu'en 1698, que l'établiffement de cette plaine eut un
caraétère de folidité. M. de Beauregard y revint alors comme lieutenant de
roi, avec un aide-major 1 & 25 foldats commandés par M. Defpouffes, enfeiPppp 2
que les
Anglais ne vinffent pas s'y établir 1 & il leur vanta beaucoup le coton qu'ils
récoltaient & qui était réellement alors le plus beau de la Colonie.
Ce ne fut pourtant qu'en 1698, que l'établiffement de cette plaine eut un
caraétère de folidité. M. de Beauregard y revint alors comme lieutenant de
roi, avec un aide-major 1 & 25 foldats commandés par M. Defpouffes, enfeiPppp 2 --- Page 682 ---
658 DESCRIPTION DE LA PARTIE
gne , 60 nouveaux colons, un curé &c un chirurgien. Ce chefy étant mort
on 1699, M. Ducafle le remplaça provifoirement par M. de Paty, le même
qui eft mort depuis gouverneur de la Partie du Sud.
Ce fut auffi en 1699, que la Compagnie de Saint-Domingue vint prendre
poffeflion de cette plaine, qui faifait partie de fa conceflion & qui peut lui
reprocher la lenteur de fon établiffement. La Compagnie traitait cependant
avec une forte de complaifance 5 quoique toujours dans fon propre fyltème ?
la plaine du Fond, qu'on a commencé à nommer, fous elle, la plaine des
Cayes & qui avait en 1713,3 fucreries & IOI indigoteries. Par fon réglement
du 22 Septembre 1716, elle y mit une juridiction fifcale dont le reffort s'étendait depuis la rivière des Cayes jufqu'au Cap Tiburon & elle créa un major
de toutes les milices de cette étendue. Enfin, vers 1719, les progrès de la
plaine furent trouvés affez confidérabies pour exiger qu'on en formât deux
paroiffes. Ainfi au lieu de celle du Fond de lIle à Vache, on en fit deux qui
prirent les noms des deux bourgs qu'on projetta dès lors, & dont l'un fut appclé
les Cayes & l'autre Torbec.
En 1720, la plaine des Cayes avait 20 fucreries 9 93 indigoteries & 12
guildiveries qu'on y nommait vinaigreries, comme aux Iles. du Vent. En 1730
il n'y avait que IO fucreries en fucre en brut & une en blanc. $ 30 indigoteries, ICO cacaoyers & 400 cotonniers. En 1742, on y comptait 25 fucreries
& vers 1750, elle prit un accroiflement fenfible; ; de manière qu'en 1753 7 elle
offrait 30 fucreries en brut, une en bianc, 8 indigoteries 1 30 cotonneries, &
la partie montagneufe environnante avait 6 cafeteries, hattes & plus de 20
places-à-vivres,
La population fuivit cette progreflion. En 1681, elle était de 35 blancs, 41
nègres 7 23 métis, mulâtres indiens & indiennes; ; en 1692, de 40 blancs;
en 1713, de 366 blancs , 55 affranchis & fauvages libres & de'1,392 nègres 7
mulâtres & fauvages efclaves; ; en 1720, de 429 blancs & 2,796 nègres;
en 1730, de 364 blancs, 50 affranchis & 2,071 elclaves ; & en 1753, de
474 blancs ,127 affranchis & 5-371 efclaves.
Maisla plaine des Cayes a tiré, comme celles du Cul-de-Sac & de L.éogane,
fcs plus grands avantages de l'arrofement.
ègres 7
mulâtres & fauvages efclaves; ; en 1720, de 429 blancs & 2,796 nègres;
en 1730, de 364 blancs, 50 affranchis & 2,071 elclaves ; & en 1753, de
474 blancs ,127 affranchis & 5-371 efclaves.
Maisla plaine des Cayes a tiré, comme celles du Cul-de-Sac & de L.éogane,
fcs plus grands avantages de l'arrofement. --- Page 683 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 669
M U a
De PEau procurée par la rivière de PAcul.
Le 18 Mars 1745, douze habitans du canton de PAcul fe réunirent pour
prendre, dans la rivière du même nom 2 de l'eau pour arrofer leurs habitations,
en la faignant par le travers de celle de M. Moreau, qui en avait déjà pris une
fon utilité. Le projet était de réunir à cette eau celle d'une fource
portion pour
de l"'habitation le Coq , à la droite de la rivière & qui en donnait prefqu'autant
celle-ci. Les intéreffés firent choix de M, Dune pour ces travaux hydrauque liques & promirent de contribuer à la dépenfe 1 par portions égales. Les
Adminiftrateurs homologuèrent cet accord le 26 Mai. M.. Delabbaye, habitant,
attaqua cette décifion & il fallut procéder avec lui jufqu'au 27 juillet 1755x
qu'un jugement des Adminiftrateurs rejetta fon oppolition.
Les intéreffés, en vertu d'uue nouvelle permiflion 7 s'affemblèrent le ier,
Avril 1756. Ils établirent que la rivière de l'Acul s'était formé un lit fi
confidérable, dans le tems des débordemens, que, quoiqu'affez abondante dans
les hauteurs 2 fes eaux fe partageant enfuite en différens bras, fe perdaient dans
le fable & dans les pierres qu'elles entrainaient. Qu'en conféquence 1
ils trouvaient couvenable de faire un canal, à partir du boucan Poignant, où
finit le morne de la crête à Palmifte pour aller de là à la rivière des Anguilles
qui ferait traverfée par un canal voûté, à caufe des débordemens. Les Adminiftrateurs donnèrent leur approbation aux conventions des habitans le II
Août 1757La diftribution des eaux de la rivière de TAcul a été faite par M. Rey,
procureur de l'habitation de M. Maillart, intendant, qui entreprit ce travail,
fans qu'il lui fàt familier, fans devis, & qui fut, tout-à-la-fois, le fyndic
des intérefiés & leur entrepreneur.
Le volume d'eau donué par cette rivière vient, en entier, dans un oaffin
général fur l'habitation le Duc & la Ferrière 3 d'oû elle fort par deux ouvertures inégales.
La branche Ia plus Orientale du canal fournit trois portions d'eau égales, à
fucreries fur lefquelles font 4 maulins à eau. L'une de ces fucreries a cédé
les deux cinquièmes de fon. eau à une autre qui n'avait pas fouferit, mais qui
fe fervait de leau à fon pallage pour un cinquième moulin.
général fur l'habitation le Duc & la Ferrière 3 d'oû elle fort par deux ouvertures inégales.
La branche Ia plus Orientale du canal fournit trois portions d'eau égales, à
fucreries fur lefquelles font 4 maulins à eau. L'une de ces fucreries a cédé
les deux cinquièmes de fon. eau à une autre qui n'avait pas fouferit, mais qui
fe fervait de leau à fon pallage pour un cinquième moulin. --- Page 684 ---
610 DESCRIPTION DE LA PART TIE
La branche la plus Occidentale du canal fournit onze portions égales pour
cent carreaux chacune à onze fucreries dont quatre ont des moulins, que l'eau
du même canal fait mouvoir, &c une, a aufli un moulin qui prend de l'eau de la
rivière de Torbec.
Ce font donc 14 habitations de la rive gauche de la rivière qui jouiffent de
toute fon eau. Un habitant de la rive droite a voulu réclamer, 3 mais fa demande
a été profcrite par un jugement des Adminiftrateurs du 24 Décembre 1765.
On a commencé à jouir 7 en 1761, de l'eau de la riviere de l'Acul, Ily a
un aqueduc de 400 pieds de long fur trois de large 1 en. arcades , qui paffe fur
l'habitation des héritiers Girard pour aller porter une des portions d'eau à
l'habitation Bezin. Cet aqueduc prouve que le galet & la chaux produifent
pour les fonds , une excellente maçonnerie ; car pour cet aqueduc qui a 19
pouces de large & 24 pouces de haut. , le parapet n'a que 12 pouces & dans un
long efpace, il n'en a même que 9.
Les riverains du côté droit fe difputent entr'eux l'eau de la fource le Coq,
La rivière de PAcul donne, de plus, un moulin à la fucrerie Praflin, &c deux
à celle des deux fucreries Walfh qui eft le plus au bas de la plaine.
De PEau procurée par la rivière du Mefle, ou de Yean-Dézé.
En 1754, M. Bezin, ancien commandant du Rochelois, & M. Benech de
Solon, tous les deux habitans de la plaine des Cayes, au canton de JeanDézé, exposèrent aux Adminiftrateurs que les eaux de ce canton tariflaient
tous les ans 1 &c réduifaient les habitans aux pertes les plus cruelles. Que
fe voyant prefque obligés d'abandonner leurs habitations, ils avaient fait niveler la rivière appelée du Mefle ou de Jean-Dézé 1 depuis fa fource, & que
M, Roland, arpenteur & géographe du roi, avait trouvé une pente fuffifante
jufqu'à leurs deux habitations. Les Adminiftrateurs ordonnèrent, le 27 Mai
1754, la fignification de cette demande d'eau à tous les riverains. Elle
produilit, le 14 Janvier 1755, une affemblée, d'oà il réfulta que 6 riverains
de l'Oueft & 5 de PEf s'arrangèrent pour difpofer de l'eau de la rivière, en
prenant une moitié pour chaque rive 2 & la fubdivifant au prorata des terres
deux habitations. Les Adminiftrateurs ordonnèrent, le 27 Mai
1754, la fignification de cette demande d'eau à tous les riverains. Elle
produilit, le 14 Janvier 1755, une affemblée, d'oà il réfulta que 6 riverains
de l'Oueft & 5 de PEf s'arrangèrent pour difpofer de l'eau de la rivière, en
prenant une moitié pour chaque rive 2 & la fubdivifant au prorata des terres --- Page 685 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE, 671
arrofables. Les Adminiftrateurs canonisèrent cet arrêté le 6 Août fuivant.
Cette rivière de Jean-Dézé fournit un volume d'eau qui a été divifé dans
deux branches de canal dont les ouvertures établies à un barrage dans la rivière
ont chacune 5 pieds de largeur & fourniffent environ 12 ou 15 pouces de
hauteur.
Cette eau fert d'abord 1 à Phabitation de M. Moreau C I médecin du roi),
qui arrofe 40 carreaux & qui profite de tout le volume d'eau pour fon
moulin. La branche Eft fournit enfuite à trois fucreries ; à une indigoterie ; à
deux indigpterich-cotonneries 3 & à trois cotonneries, mais feulement de quoi
abreuver les hommes & les animaux ,l'eau étant trop faible pour pouvoir être
employée à l'arrofement. La branche de I'Oueft fert de la même manière > à 4
fucreries; I indigoterie ; I indigoterie-cotonnerie & à 3 cotonneries.
De PEau procurée par le bras droit ou Oriental de la ravine du Sud.
M. Davezac de Caftera, né à Tarbes en Bigorre, du fecond mariage d'un
greflier en chef de la Sénéchauffée du même lieu, fut envoyé à Paris, où il
tonfuré, il n'obéiffait qu'à regret aux
étudiait en Sorbonne. Quoique déjà
fon
l'avait deftiné à l'églife. Cet éloignement & l'emploi
volontés de père, 3 qui
agréable de quelques fommes qu'on lui avait fait paffer pour qu'il accomplit
lui donnèrent l'idée de ne pas revenir à Paris après des
le voeu paternel,
vacances. Riche de ce quidevait] payer fon retour & fa penfion, riche de quelques
de fa famille & de la matricule d'avocat de fon frère ainé, il prit la
préfens
route de Bordeaux.
Là il fe détermina à paffer aux Iles, & ayant entendu dire qu'on y avait
bonne opinion des beaux habits 1 il en acheta autant qu'il put, prit quelques
livres & s'embarqua en 1748 pour Saint-Domingue fur un vaifleau qui paffa à
&
le tranfporta enfuite dans la Partie du Sud, où il
la Martinique qui
débarqua avec un feul louis d'or. Il y trouva un oncle, dont l'aveu, joint
lettres d'avocat, fit en 1749 du nouvel-arrivé un procureur de la Sénéaux
chauffée de Saint-Louis.
M. Davezac fe maria au mois d'Oétobre 1752 &c prit alors fes vrais nons
Saint-Domingue fur un vaifleau qui paffa à
&
le tranfporta enfuite dans la Partie du Sud, où il
la Martinique qui
débarqua avec un feul louis d'or. Il y trouva un oncle, dont l'aveu, joint
lettres d'avocat, fit en 1749 du nouvel-arrivé un procureur de la Sénéaux
chauffée de Saint-Louis.
M. Davezac fe maria au mois d'Oétobre 1752 &c prit alors fes vrais nons --- Page 686 ---
672 DESCRIPTIO N DI E LA PARTIE
de baptême, Pierre Valentin , qui différaient de ceux de la matricule de fon
frère, & l'on doit obferver que s'il s'eft laiffé donner la qualité d'avocat, il
ne l'a jamais prife lui-mème dans aucun aête.
M. Davezac donna en 1753 fa démiflion de la place de procureur, & il
obtint en 1755 la commilion d'aide-major des milices de Saint-Louis.
Ayant acquis une indigoterie à Acquin, il fit avec fuccès des travaux pour
y conduire de l'eau.
Vers le même tems ou peu après, des habitans de la plaine des Cayes
voulurent employer les eaux de la ravine du Sud, qui a fa fource dans. le
morne de Macaya, du côté de Plymouth, à fertilifer la plaine à Jacob,
Plufieurs perionnes affuraient que ce projet était inexécutable; les volontés
fe contrariaient; enfin, rien ne s'effectuait, lorfque Davezac conçut l'idée
d'entreprendre cette diftribution d'eau.
Son affurance & fon éloquence naturelle le firent écouter. Les habitans
intéreffés s'allemblèrent & Davezac leur perfuada qu'il accomplirait leurs
défirs. Après Pavoir entendu difcourir fur le projet, on crut pouvoir lui
demander un plan & un devis, mais Davezac répondit qu'il n'en favait pas
faire & qu'il n'en avait pas befoin. Quelques opinions paraiffaient s'obftiner
à exiger ce plan, on voulait au moins réfléchir fur les éclairciffemens donnés
par Davezac, mais celui-ci qui connaiflait bien l'efprit colonial &c qui favait
que tout manquerait fi l'affemblée fe rompait fans conclure 3 infifta & fit
ad pter fes propofitions.
Ce fut le 20 Juillet 1759 que les habitans nommèrent trois fyndics pour
diriger les travaux, avec pouvoir de conclure un marché avec tel entrepreneur qu'ils jugeraient convenables.
Lc 16 Décembre fuivant, aôte foulleingprivé entre ces fyndics & Davezac,
qui fe chargea de tout moyennant 730,000 livres, dont 60,000 payables au
Ier. Mars 1760; 240,000 liv. en quatre années, de ce Icr, Mars 1760 au
ier. Mars 1764; 100,000 liv. le jour de la réception des travaux, & 300,000
en trois ans, , à partir de cette dernière époque, Davezac s'obliga à livrer
fon ouvrage dans cinq ans. 1 & à le garantir encore deux ans après. Les
Adminiftrateurs homologuérent cette conyention le 16 Décembre 1759.
Davezac commença les travaux auflitôt. Il acheta près du point qu'il avait
fixé pour la prife, d'eau, un terrain qui forme aujourd'hui une cafeterie appartenante à fes enfans, & affermée à M, Verret,
Dès
partir de cette dernière époque, Davezac s'obliga à livrer
fon ouvrage dans cinq ans. 1 & à le garantir encore deux ans après. Les
Adminiftrateurs homologuérent cette conyention le 16 Décembre 1759.
Davezac commença les travaux auflitôt. Il acheta près du point qu'il avait
fixé pour la prife, d'eau, un terrain qui forme aujourd'hui une cafeterie appartenante à fes enfans, & affermée à M, Verret,
Dès --- Page 687 ---
FRANÇAISE DI E SAINT. DOMING UE. 673
Dès que l'on put concevoir qu'il réuflirait, l'envie &x lintérêt s'éveillérent.
On paya mal le premier quartier de 60,000 livres, on le tracaffa & les Adminiftrateurs furent obligés de défendre de le troubler par une ordonnance du
26 Mars 1761.
D'un autre côté, des non-riverains qui n'avaient pas fouferitdans l'origine,
voulurent être colloqués dans la diftribution, & le Ier. Février 1762 les
Adminiftrateurs rejettèrent leurs demandes.
Le 7 Mai 1762, nouvel accord entre les intéreflés & Davezac. , pour
changer au projet de dittribution ; & le 8 Septembre 1764 on confirma ce
changement en préfence des Adminifirateurs.
Le 28 Février 1765, fommation de la part des fyndics à Davezac de fe
conformer au marché de 1759, qu'on l'accufait de violer, & le 20 Avril,
requête au Sénéchal de Saint-Louis pour faire ordonner l'exécution ponêtuelle
de ce marché.
Le 17 Mai, Davezae en méconnaillant la compétence du Sénéchal, fomma
à fon tour Ies intéreffés de recevoir l'ouvrage qu'il venait de terminer.
Alors les fyndics s'adrefTèrent aux Adminiftrateurs & Ooutinrent que les
modifications de 1762 & de 1764 n'avaient pas été férieufes ou bien conçues de
part & d'autre. Renvoi de la conteflation, le 4 Juin 1767, par-devant le
Sénéchal de Saint-Louis, mais comme commiffaire en cette partie.
Il faut avouer que là on. fe permit tout contre Davezac , auquel on oppofait
uu plan de diftibrution qu'on avait fait faire parun" arpenteur. Quoique Davezac
ne fut pas faire de plan i il couvrit cependant de confulion l'auteur de celui-ci
& ceux qui voulaient qu'on l'admirât. Comme toutes' ces conteitations avaient
arrêté les payemens," Davezac fit faifir les: negres de quelques intércffés les
plus acharnés contre lui, puis il les leur rendit.
Cependant M: d'Argout, alors commandant de la Partie du Sud, fentant
combien cet affligeant procès nuifait à l'intérêt général, parviut à déterminer
tous les intereffés à, s'affembler devant lui pour fe concilier avec Davezac.
Comme l'affemblée. allait fe tenir au mois de Mars- 1768, M. le prince de
Rohan qui venait vifiter la Partic du Sud, arriva aux Cayes & fut pris pour
arbitre. Son entremife amena une tranfaction d'autant plus flatteufe pour
Davezac, qu'on n'yinféra rien des démélés antérieurs. Il exécuta CC nouvel
acte, &: le Ier. Février 1770,n prélence de M. Dufrettey, major pour le
Tome II,
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allait fe tenir au mois de Mars- 1768, M. le prince de
Rohan qui venait vifiter la Partic du Sud, arriva aux Cayes & fut pris pour
arbitre. Son entremife amena une tranfaction d'autant plus flatteufe pour
Davezac, qu'on n'yinféra rien des démélés antérieurs. Il exécuta CC nouvel
acte, &: le Ier. Février 1770,n prélence de M. Dufrettey, major pour le
Tome II,
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674 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
roi aux Cayes, les intéreffés, par un aéte que reçurent MM. le Faucheur &
Bugarcl, notaires, après avoir examiné les ouvrages, déclarèrent en être
trés-fatisfaits, autant 63 au dela de ce qu'ils pouvaient e/pérer de l'exécution d'un
marcbé fait Jans plan,Jans devis 55 fans profl: oucrage cependant quifera bonneur
à perpétuité au Sieur Davezac de Caftera, d'autant mieux qu'il n'était pas du
môtier lorftil afait cetie entreprife, en laguelle il a ji bien réuff, 2 la plus grande
fatifastion defditsFeurs fuferipteurs; enfin, Davezac renouvella fa promeffe de
garantir pendant deux ans fes travaux faits pour arrofer alors 2,840 carreaux 2
dépendans de 13 habitations.
Sa prife d'eau eft fur la rive gauche de la ravine du Sud. Cette ravine
a dans cet endroit eaviron 75 pieds de large, & la dircction du Nord-quartNord-Eft au Sud-quart-Snd-Ouef. La prife d'eau qui elt à environ 150
toifes au-deffus du niveau de la mer, eft formée par une maçonnerie de pierre
de taille avec 25 pieds de long, 4 d'épaiffeur 8c IO de haut, allant de PERquart-Nord-E#, à 1'Oueil-quart-Sud-Ouel. Dans le bas de ce maffif de
maçonneric font trois ouvertures de 3 pieds en carré chacune, pour recevoir l'eau. Une efpèce de monticule qui fe prolonge dans la rivière couvre
cet ouvrage.
Comme le galet que la ravine du Sud charie en abondance, s'introduifait
dans le canal malgré les grils de fes ouvertures, on a imaginé. en 1780,
de couvrir la prife d'eau par un.autre trayail de maçonnerie. En conféquence, *
de l'extrémité Oueft du mur de Davezac parailèlement au cours de la rivière
& à angle droit avec la prife d'eau, on a fait un mur de 3 pieds d'épaif..
feur, de IO pieds de haut & de 150 pieds de long qui remonte jufqu'à
la pointe du monticule dont j'ai parlé. Dans le bas de ce mur & à environ
6 pieds de la jonction du mur Davezac & du nouveau 7 on a pratiqué trois
ouvertures égales à celles faites par Davezac, mais on a élevé leur fond
de 19 pouces au-deffus des premières.
En face du mur Davezac, & à 18 pieds plus haut, on en a fait un qui
lui eft parallèle, qui a les mêmes dimenfions que lui, qui part du mur de
1780, &c qui vient s'appuyer contre l'écore le long de laquelle eft un
quatrième mur parallèle à celui de 1780. De manière que le mnur Davezac,
celui qui lui correfpond plus haut, celui qui du côte oppofé à la rivière
réunit CES deux premiers, & enfin une portion de celui de 1780,dans
s plus haut, on en a fait un qui
lui eft parallèle, qui a les mêmes dimenfions que lui, qui part du mur de
1780, &c qui vient s'appuyer contre l'écore le long de laquelle eft un
quatrième mur parallèle à celui de 1780. De manière que le mnur Davezac,
celui qui lui correfpond plus haut, celui qui du côte oppofé à la rivière
réunit CES deux premiers, & enfin une portion de celui de 1780,dans --- Page 689 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 675
Iequel font les trois ouvertures 2 forment un baflin qui ferait de 18 pieds
carré, fi celui de Davezac & celui de 1780, ne faifait pas entr'eux un
angle un peu aigu &c d'environ 70 degrès. Des marches miles contre le mur
placé du côté intérieur, fervent à defcendre dans ce baflin que l'eau traverfe,
pour aller des ouvertures de 1780 dans celles de Davezac, pour retirer le
gravois qui peut s'y être introduit.
Des 150 pieds qu'avait le mur de 1780, il n'en refle plus que 86 ;
le refle qui s'étendait dans la partie fupérieure a été détruit; un pareil
fort menace ce qui fublifte & qui commence à s'ébouler dans les parties
inférieures. La négligence qu'on montre à cet égard, peut avoir des fuites
funeftes ; car la prife d'eau, dont la folidité n'a jamais éprouvé le moindre
échec, peut être ébranlée par la chûte du mur qu'on lui a joint. S'il
tombait fans être emporté, il pourrait devenir une forte de bélier ou fervir
de bafe à des amas de gravois, capables de nuire à un ouvrage tellement
utile,qu'on ne peut pas concevoir que la feule idée de fa deftruétion n'alarme pas tous ceux qu'elle intérefie,
On eft également furpris en voyant qu'après avoir exhauflé de 19 pouces
le fond des ouvertures, il ait fallu faire dans la ravine une digue de terre
& de gravois de deux pieds & demi de haut, pour élever l'eau dans les
tems fecs. Il eut été bien plus fimple de profiter de ces 19 pouces. Au
furplus, 3 pourquoi ne pas préférer une digue folide de maçonnerie qu'on
placerait un peu au-deffous de la prife d'eau ( par la même raifon de la
erainte des amas de pierres ) & qui, quelque difpendieufe qu'elle pât être,
le ferait moins qu'un travail qu'il faut recommencer dix fois par an, & qui
coûte à chaque fois au moins mille écus en valeur de journées de nègres ?
Le canal a 9 pieds de large fur 3 de profondeur, La pente depuis la
prife d'eau jufqu'au baflin de diftribution générale eft de 81 pieds, II pouces,
9 lignes, &c la longucur du canal, dans cet intervalle 7 de 2,208 toifes.
La ravine du Sud jaugée dans un tems où les eaux étaient hautes, avait
15,600 pouces cubes d'eau, On évalue à un tiers la diminution qu'elle éprouve
dans la faifon féche.
Au baflin de diftribution placé fur l'habitation Lévy. , l'eau eft divifée en
deux. Le canal le plus Oriental diftribue l'eau à 3 fucreries & une indigoterie non : riveraines, y arrofe 1,460 carreaux &c y fait mouvoir IO
moulins,
Q9992.
les eaux étaient hautes, avait
15,600 pouces cubes d'eau, On évalue à un tiers la diminution qu'elle éprouve
dans la faifon féche.
Au baflin de diftribution placé fur l'habitation Lévy. , l'eau eft divifée en
deux. Le canal le plus Oriental diftribue l'eau à 3 fucreries & une indigoterie non : riveraines, y arrofe 1,460 carreaux &c y fait mouvoir IO
moulins,
Q9992. --- Page 690 ---
676 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Le canal de PEC vide enfin l'excédant de fon cau dans la rivière l'Ifet,
fur l'habitation Bourjoly.
Le canal Occidental fournit de l'eau à 8 fucreries & à une cotonnerieindigoterie riveraines, à une fucrerie non-riveraine & à 9 moulins, & arrofe
1,380 carreaux.
Enfin cette branche du canal va fe décharger dans la rivière PIilet ) fir
P'habitation la Gautraye.
Ainfi l'entreprife de Davezac fert à arrofer 2,840 carreaux de terre & à
faire mouvoir 19 moulins. Ilyar 17 intéreflés qui ont moulin 8t arrofement, 5
qui arrofent feulement, & enfin deux habitations qui ont l'ufage de l'eau parce
qu'elle les traverfc dans fon cours, mais pour des moulins feulement, & elles
ne contribuent en ricn aux dépenfes.
Pour veiller à l'entretien des ouvrages 1 pour empécher les ufurpations
enfin pour maintenir l'intérêt comnun, les intéreffés nomment deux fyndics
qui,en cas de mnort ou d'abfence, font remplacés dans des affemblées convoquées par le fyndic reflant. C'eft d'ortinaire au prefbytère des Cayes & à
la pluralité des voix que ces élections ont lieu.
Enfin, pour conduire les trayaux fur la rivière, ouvrir & fermer les pellés,
on a établi, dès l'origine, un gardien qui ell encore le même aujourd'hui. Chaque
habitant lui donne, comme il avait été fipulé,125 livres par cent carreaux.
compris dans la diftribution, ce qui fait 3.550 livres pour 2,840 carreaux.
Il réfide fur le terrain voifin de la prife d'eau, &c dont il eft propriétaire.
Tel eft l'ouvrage qui rendra immortel le nom de Davezac parmi ceux des
citoyens précieux.. Sans Jui l'eau coulerait peut-être encore inutilement dans de
lit de la ravine du Sud, & les particuliers qu'elle enrichit, & PEtat dont elle
augmente les richefes 7 feraient privés des avantages qu'elle procure
depuis trente ans ; au contraire, fon heureufe induftrie, fon génie' naturel y
a élevé un monument hydraulique, & nouveau Pactole, cette ravine femble
rouler des flots d'or.
M. Verret blame Davezac de n'avoir pas mis fa prife d'eau à cant pas
plus haut, dans le point ot le petit morne gue j'ai cité l'aurait déienduc de la
rivière; de ne Pavoir pas placée parallèlement au cours de la rivière, & de
n'avoir pas mis fon fond au-deffous de celui de Ja rivière; enîn d'avoir fait
un canal auffi déméfurément grand. Mais, m'a-t-il ajouté, cn cenfurant ces
'or.
M. Verret blame Davezac de n'avoir pas mis fa prife d'eau à cant pas
plus haut, dans le point ot le petit morne gue j'ai cité l'aurait déienduc de la
rivière; de ne Pavoir pas placée parallèlement au cours de la rivière, & de
n'avoir pas mis fon fond au-deffous de celui de Ja rivière; enîn d'avoir fait
un canal auffi déméfurément grand. Mais, m'a-t-il ajouté, cn cenfurant ces --- Page 691 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 677
défauts, je dis que ce travail annonce de la hardieffe, du génie &c qu'il
célébrera toujours la mémoire de Davezac.
Cet homme étonnant eft mort le 14 Septembre 1781, après avoir conféquemment joui de fa gloire. On affure que fes enfans n'ont pas encore reçu
la totalité de ce qui lui était dû pour cette entreprife. Puiffe l'opinion publique
cn faire à fes débiteurs une honte qu'eux-mèmes trouvent infupportable !
De PEau procurée par le bras gaucbe de la ravine du Sud.
Le fuccès des trois diltributions que j'ai citées porta les habitans de la
plaine des Cayes à en défirer d'autres. On vit donc éclore, le 9 Novembre
1765, une délibération des intérefTés à celle du bras gauche ou Occidental
de la ravine du Sud; > par laquelle ils nommaient MM. Tuffet & Dautun
à l'effet d'affurer l'opération par laquelle M. Roger, arpenteur, devait jauger
ce bras gauche, $ pour dreffer enfuite un plan & faire un devis de cette
diftribution.
Le 2 Janvier 1766, les Adminiftrateurs autorisèrent M. Roger, qui opéra
le 28 Février.
Les chofes en étaient cependant reftées là jufqu'en 1785, que les intéreffés
recoururent aux Adminifirateurs pour demander le jaugeage &c du bras droit
& du bras gauche de la ravine du Sud. Ceux-ci commirent M. Verret,
Le 15 & le 16 Juillet, le jaugeage eut lieu, &z M. Verret trouva dans le
bras droit 12,000 pouces d'eau & 2,4CO dans le bras gauche > au point de la
prife projettée.
De ce moment. 7 il y a eu un procès entre les intéreflés des deux bras pour
avoir un partage égal.
Le 9 Août, MM. Tuffet &c Caftelpers, choifis par une délibération du 30
Juillet, firent devant M. le Goux, notaire $ un marché avec M. Verret,
d'après le nivellement, le plan & le devis de l'arpenteur Roger, pour exé.
cuter cette entreprife, moyennant 500,000 liv., 2 payables, moitié d'avance,
&c l'autre moitié par tiers, le Ir, Avril 1787, le ier, Avril & le Ier, Octobre
1738, avec foumifion à toutes faifics, même dl'objets aratoires, faute de
le Goux, notaire $ un marché avec M. Verret,
d'après le nivellement, le plan & le devis de l'arpenteur Roger, pour exé.
cuter cette entreprife, moyennant 500,000 liv., 2 payables, moitié d'avance,
&c l'autre moitié par tiers, le Ir, Avril 1787, le ier, Avril & le Ier, Octobre
1738, avec foumifion à toutes faifics, même dl'objets aratoires, faute de --- Page 692 ---
6;3 DESCRIPTION DE LA PARTIE
payement ; mais fans foliditéentreles intéreffés. De fon côté, M. Verret s'obli.
gea à terminer les travaux dans 30 mois > à compter du jour où ils feraient
commencés &c qui ne pourrait êtrc renvoyé plus loin que le Ier, Avril 1786.
Mais Roger ayant fixé au canal 9 pieds de large & 3 pieds de profondeur dans
tout fon cours, 8c M. Verret ayant démontré que ces dimenfions & les pentes
indiquées par Roger excéderaient le volume de l'eau, il fut convenu que le
canal n'aurait que 5 pieds & demi de large fur deux pieds & demi de profondeur
& ferait capable de contenir, en tout tems 3 9,000 pouces d'eau.
M. Verret examinant enfuite la prife d'eau telle que Roger l'avait indiquée 9
il l'a trouva fujette à des inconvéniens graves; > parce qu'elle pouvait être
culbutée par le choc des arbres & des blocs de rochers. Il trouva de plus que
le canal placé dans le lit même de la ravine, fur une longueur de 28 toifes 1
parce qu'on ne pouvait pas l'éloigner de la ravine immédiatement après la
prife d'eau, pouvait être emporté dans les débordemens & encombré par les
fables, les galets, &c. Ces obfervations déterminèrent les intéreffés à confentir
par un aête du 23 Décembre 1786, au changement de cette prife d'eau, que
M. Verret a mife immédiatement fous une patte de morne 7 par laquelle elle
efl couverte, & à la barrière de l'habitation des héritiers Davezac 1 au-deffus
de Thabitation Conftant. Elle eft ainfi à 28 toifes plus bas que Roger ne l'avait
indiquée, dirigée de PEf à T'Oueft, mais tout-à-coup le canal fe dirige Nord
& Sud. Le baflin de diftribution doit être au pied du morne à Cabrit, fur
Thabitation Duveau, & le canal doit avoir 1,564 toifes, 5 pieds,
M. Verret a commencé fcs travaux au mois de Décembre 1786, parce
que l'ouragan du mois d'Août 1785 & la difette de vivrés qu'il caufa, le
mirent dans de grands embarras pour nourrir fes ateliers.
Il ne les avait pas encore pouffés loin, lorfqu'il s'apperçut que des points,
marqués par Roger pour le paflage du canal, avaient été détruits par des
débordemens > & que d'autres points défignés comme formés d'un fol facile à
dablayer, font 1 comme le morne à Cabrits, par exemple, 11 noyau de roc
vif, d'une penite roide, couvert d'une ligère couche de terre; lié par des racines
darbres 8 garnis > en plufeurs endrcits, d'énormes blocs de rocbers entafés qui
ofrent lefedacle d'anciernes ruines cpérées par quelgues-unes de ces conoulfions de
la Nature dunt on reneontrefriquement de j efrayantes traces. Ces deux circonf.
tances majeures ont preduit la ceffation des travaux.
if, d'une penite roide, couvert d'une ligère couche de terre; lié par des racines
darbres 8 garnis > en plufeurs endrcits, d'énormes blocs de rocbers entafés qui
ofrent lefedacle d'anciernes ruines cpérées par quelgues-unes de ces conoulfions de
la Nature dunt on reneontrefriquement de j efrayantes traces. Ces deux circonf.
tances majeures ont preduit la ceffation des travaux. --- Page 693 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 679
Le 30 Juillet 1788, M. Verret qui n'avait reçu en tout que 208,068 liv.
17 f. 2 d., a publié un mémoire imprimé où il expofe avec détail aux intéreffés
les obftacles qu'il a rencontrés & qui exigent une dépenfe de I 50,000 liv. plus
forte que celle qu'il avait calculée, d'après les opérations de Roger. 1 bafes de
fon marché, & il expufe quel doit être le véritable plan de diftribution des
eaux de ce bras gauche de la ravine du Sud d'après la nature des lieux.
Il eft impoffible de ne pas donner des regrets amers aux circonitances qui
ont permis que ces faits foient devenus Ia matière d'un procès 7 encore indécis,
entre M. Verret qui a été le médiateur de tant de procès fur des travaux
hydrauliques, &c les intéreffés de la diftribution des eaux du bras gauche de
la ravine du Sud. Ce procès , le feul que Verret ait encore eu, fe juge cependant, 1 par le délai feul, d'une manière prelqu'irréparable contre les intéreffés.
Ceux-ci font au nombre de 26 &c ils doivent arrofer 2,655 carreaux de terre
quand la diftribution fera effectuée.
De l'Eau precurée par la ravine Sécbe.
Les habitans riverains du côté Ef de la ravine Séche, demandèrent aux
Adminiftrateurs la permiflion d'y prendre de l'eau, &c ccux-ci ordonnèrent
le 6 Avril 1785, que cette demande ferait communiquée à tous ceux qu'eile
pouvait intéreffer. Les riverains de l'Oueft fe réunirent alors à eux & follicitèrent que M. Verret fut chargé de la jauger, ce qui fut prefcrit, 2 le 20 du
même mois.
Le 28, les intérefTés firent avec M. Verret, un marché par lequel il s'obligea de jauger & de donner un devis, un plan &x un profil moyennant 20,000
livres.
Le jaugeage fut commencé le II Mai, &c terminé le 6 Juillet. Il en eft
réfulté que le 15 Juin, 2. jour où l'eau était la plus haute & en tems pluvieux)
M. Verret a trouvé dans la ravine Séche, 2,975 pouces d'eau, mefure de
fontainier, à quoi il jugeait convenable d'ajouter 400 pouces pour les déperditions qu'il attribuait à l'effet des barrages ; c'était donc 3-375 pouces.
Mais il eftima, d'après fes travaux, & le rapport d'anciens habitans que ce
le 15 Juin, 2. jour où l'eau était la plus haute & en tems pluvieux)
M. Verret a trouvé dans la ravine Séche, 2,975 pouces d'eau, mefure de
fontainier, à quoi il jugeait convenable d'ajouter 400 pouces pour les déperditions qu'il attribuait à l'effet des barrages ; c'était donc 3-375 pouces.
Mais il eftima, d'après fes travaux, & le rapport d'anciens habitans que ce --- Page 694 ---
680 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
volume fe réduifait quelquefois à 2,000 pouces & qu'il ne fallait compter
que fer 1,8co. Le devis total montzit à 435,228 liv. La longueur du canal
depuis la prife d'eau jufqu'au baffin de partage. , à la lifière des habitations
Latafe & Prunière , fut trouvée de 2,420 toifes &c un fixième. La pente de C3
déveleppement, efl de 626 pieds, II pouces, I ligne.
Le 31 Juillet 1785 > les intéreffés nomnèrent MM. Guilgault &c le Goux
pour fyndics & MM. Defrouaudières & Durocher pour adjoints.
Le II Acût, M. Jacqueffon, notaire aux Cayes, a pailé un marché entre
ces quatre fyndics 8c M. Verret, 1 par lequel celui-ci s'obligea à faire une
prife d'eau au-deffus du fourq à George, à la diftance de 1,600 toifes & fur le
terrain Efmangard ; à conduire cette eau jufqu'à la tête de la plaine fur Phabitation Moreau ; de faire un canal général de diftribution à la lifière des habitations Latafte & Prunière & de le rendre fufceptible de contenir 3,600 pouces
d'eau. Il prit enfuite 30 mois de délai pour accomplir l'ouvrage.
Les intérefiés de leur côté, s'engagèrent à lui compter 400,000 liv. aux
mêmes époques de la même manière 9 & fous les mêmes obligations que les
500,000 liv. de l'entreprife du bras gauche de la ravine du Sud.
Le travail fut commencéle 19 Décembre 1786, &ileft terminé. Cette diftribution procure de l'eau à 21 intéreffés 1 dont 16 fur la rive Orientale &
5 fur la rive Occidentale, 3 & pour 1,800 carreaux de terre.
La prife d'eau ef Ef & Oueft, à deux degrés près & fans avoir égard
a la variation.
Indépendamment des avantages procurés à la plaine des Cayes 2 par ces
grandes diftributions, > il y a encore des habitations qui cn retirent de particuliers de quelques courans d'eau, de quelques fources, &c.
Les eaux de la rivière du Fond-Palmille, qui fe jettent dans celle de
l'Acul, au-deffous de la prife d'eau dont je viens de parler, font mouvoir le
moulin de la fucrerie Saint-Martin cadet.
La rivière des Mornes , qui arrive dans celle de PAcul un peu au-deflous
du confluent de la rivière du fond Palmifte, donné un moulin à la fucrerie
Monville 8 Demyrat.
La fucrerie la Folfe pourrait avoir, par les fources réunies de la rivière
Quitte-la-là, un moulin, &: arrofer 50 carreaux.
La feconde fucrerie Wallh en a un par la Quitte-la-là.
L'habitaticn
-Martin cadet.
La rivière des Mornes , qui arrive dans celle de PAcul un peu au-deflous
du confluent de la rivière du fond Palmifte, donné un moulin à la fucrerie
Monville 8 Demyrat.
La fucrerie la Folfe pourrait avoir, par les fources réunies de la rivière
Quitte-la-là, un moulin, &: arrofer 50 carreaux.
La feconde fucrerie Wallh en a un par la Quitte-la-là.
L'habitaticn --- Page 695 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE 681
L'habitation Thévenin, par la rivière Vendigon.
Les trois fucreries, Orourke, Marraud , & Leyritz & Marraud, ont
chacune un moulin par la petite rivière du Mufcadin.
La fucrerie Saint-Martin ainé, doit le fien à la rivière de Torbec &c.
arrofe.
Des fources en procurent un à l'habitation Lucker.
La rivière du Vieux-Bourg en donne un à la fucrerie Guilhem, & un
à la fucrerie Bory.
Des fources un à l'habitation Vinche.
Des fources font mouvoir celui de l'habitation La Renaudie.
Et d'autres fources ceux des habitations Pelerin la Buxière & Dutruch.
La rivière Réaux, en procure un à la petite place Lemmens & à l'habitation Gelée,
Et l'habitation Drouette, autrefois la Gautraye, doit le fien à la rivière
des Cayes.
La rivière l'Iflet fournit à chacune des deux habitations, le Roux & Olhiel,
de l'eau pour y faire mouvoir un moulin &c y arrofer 150 carreaux.
Une fource confidérable, qui fort du Morne au Diable vers la jonétion de
la rivière Dormante &c de la rivière P'Ilet, donne un volume d'eau fuffifant
pour arrofer l'habitation Charpantier, & lui procurer un moulin.
Le ruiffeau du morne au Diable, formé de plufieurs fources fur l'habitation
la Gautraye & celle Charpantier 1 fournit aflez d'eau pour un moulin,
Ainfi la plaine des Cayes compofée, comme je l'ai dit, d'environ 20 lieues
carrées de furface, peut être confidérée comme en ayant environ la moitié
arrofée ; ce qui, en refléchiflant qu'elle a des points à qui l'arrofement
ne pourrait être que défavantageux pour le fol, la met dans une fituation
plus heureufe que celle d'aucune autre plaine de la Colonie.
Nulle autre auffi n'a autant de moulins à eau, puifque fur IOO fucreries
l'on en compte 56.
La plaine des Cayes poliéde donc à un haut degré, deux grands moyens
de profpérité. L'arrofement qui fert à fertilifer la terre, & à combattre les
ravages des Téchereffes; & des moulins qui alfurent une économie capitale,
parce que le remplacement des mulets devient chaque jour plus difficile
& plus coûteux,
Teme II,
Brrf
ins à eau, puifque fur IOO fucreries
l'on en compte 56.
La plaine des Cayes poliéde donc à un haut degré, deux grands moyens
de profpérité. L'arrofement qui fert à fertilifer la terre, & à combattre les
ravages des Téchereffes; & des moulins qui alfurent une économie capitale,
parce que le remplacement des mulets devient chaque jour plus difficile
& plus coûteux,
Teme II,
Brrf --- Page 696 ---
682 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
Les hommes qui ont concouru, par leurs heureux talens, à lui affurer la
jouiffance de ces bienfaits font donc dignes de la reconnaifance des Colons de
cette plaine, & des éloges de tous ceux qui ont eu l'occafion d'admirer
l'emploi qu'ils ont fait de ces talens.
Il eft doux fans doute , après avoir rendu hommage à ceux de Davezac;
d'avoir encore à en citer qui, plus grands &c fondés fur une théorie favante, ,
fe font exercés dans les trois parties de la Colonie, & principalement dans la
plaine des Cayes.
Jean Jofeph Verret, né au canton des Cannes-Brillées, près de la NotvelleOrléans, capitale de la Louifiane, le 17 Juin 1735, d'un père Canadien &
d'une mère Louifianaife, était l'ainé de fix enfans.
A neuf ans, un foldat lui enfeigna à lire & à écrire. Très-appliqué dès
lors, il apprit feul à exécuter de routine le menuet de Cupis fur le violon;
puis il chercha, en comparant ce morceau noté avec le mouvement de fes
doigts, à fe rendre muficien &c devina réellement la mufique au point
d'être capable d'exécuter fa partie dans un concert.
Le hafard lui ayant procuré à 18 ans des livres de mathématiques, prefqu'auffitôt il devint géomètre. Mais n'obtenant pas affez de confiance
de fon père, qui était habitant, pour pouvoir faire l'effai de fes talens
il quitte la maifon paternelle va chez un particulier, s'annonce comme char- 2
pentier, cite un ouvrier fous lequel il dit avoir appris, & pour fon coup-d'effai
allonge une maifon à deux étages avec fuccès. Il voit des moulins à eau
fcier des planches & le voilà machinifte & hydraulicien au point d'en conftruire pour
de plus fimples & de préférables.
A vingt-deux ans Verret a fait un mariage d'inclination. Son père étant
mort peu après, & fa mère ayant paffé à de fecondes nôces, il prit tous fes
frères avec lui, les forma & les affocia à fes travaux & à fes études.
La domination efpagnolc ne laiffant pas à Verret l'efpoir d'employer fes
connaiffances, il paffa à Saint-Domingue en 1772 avec fes frères. Il parcourut
la Colonie, où fon premier ouvrage a été le moulin à eau de l'habitation
Canivet & Joubert, au Limbé. De ce moment, il a eu une réputation acquife.
Il paffa en France en 1781, &c y demeura une année, s'enrichiflant de
nouvelles idées & faifant remarquer par les membres les plus diftingués de
l'Académie dcs Scicnces, &c fon favoir & fa peripicacité.
parcourut
la Colonie, où fon premier ouvrage a été le moulin à eau de l'habitation
Canivet & Joubert, au Limbé. De ce moment, il a eu une réputation acquife.
Il paffa en France en 1781, &c y demeura une année, s'enrichiflant de
nouvelles idées & faifant remarquer par les membres les plus diftingués de
l'Académie dcs Scicnces, &c fon favoir & fa peripicacité. --- Page 697 ---
FRANÇAISE D E SAINT.DOMINGUE 633
Revenu à Saint-Domingue, il ya été toujours occupé de travaux utiles.
Les Adminiftrateurs 1 juflement frappés du grand nombre de conteflations
auxquelles le partage des eaux donnait lieu, établirent, le 19 Juillet 1783,
un ingénieur hydraulicien pour foumettre à des règles équitables & fixes
cette partie de la richefle coloniale &c éclairer leurs propres jugemens; &c
Verret qui avait été fans modèle jufques là & qui était encore fans concurrens, obtint ce titre, & de leur choix & de la confiance publique. C'eft par fes
foins & fes travaux que le fyftème hydraulique de la Colonie a été connu
dans prefque toutes fes parties & il a placé par tout des preuves de fa rare
intelligence & pofé les fondemens de fa gloire.
Verret eft d'une taille ordinaire &c conferve encore des reftes de fa première
vigueur. Étant jeune, il fauta un foflé de feize pieds, & il parcourait deux
cens dix toifes en une minute. Son langage eft épuré, fa diction nette & il
a dans fes idées une clarté qui les met à la portée de tous les efprits.
Sa conduite avec fa femme 8c avec fes frères fait aflez l'éloge de fon cceur.
Quoique père de douze enfans, il n'a pu conferver que deux filles, dont
l'une eft en ce moment mariée à M. Delfaut, habitant de l'embarcadère du
Limbé, & l'autre eft en France. Son caractère eft doux & modefte.
Verret travaille à un Traité fur les principes & la pratique des moulins à
fucre, dont il a même fait imprimer une efpèce d'extrait en quelques
C'eft un préfent auquel la Colonie a des droits, & j'en réclame la publication pages.
en fon nom.
On aime à efpérer que des créols intelligens fe confacreront aux utiles
travaux dont la famille Verret, ces eflimables Louifianais, 1 leur donne de fi
beaux exemples.
Avant de finir fur l'arrofement de la plaine des Cayes, je dirai qu'il a
de grands partifans &c de grands antagoniftes. Tout le monde s'accorde néanmoins à convenir que cette reflource doit être employée avec réferve.
On la met en ufage de quatre manières :
1°, En nappe. L'eau eft mife fur toute la furface. Cette méthode ne conwient tout au plus qu'aux terres extrèmement fortes 1 mais en général
elle nuit.
20, Par infiltration. En laiffant l'eau dans des conduits ou foflés pratiqués
autour d'une furface quelconque.
Rrrr 2
antagoniftes. Tout le monde s'accorde néanmoins à convenir que cette reflource doit être employée avec réferve.
On la met en ufage de quatre manières :
1°, En nappe. L'eau eft mife fur toute la furface. Cette méthode ne conwient tout au plus qu'aux terres extrèmement fortes 1 mais en général
elle nuit.
20, Par infiltration. En laiffant l'eau dans des conduits ou foflés pratiqués
autour d'une furface quelconque.
Rrrr 2 --- Page 698 ---
684 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
3°. Par rigoles ou carrotage. On divife une pièce dc cannes, au moyen
de petites levées de terre, par carrés longs, de IO rangs de trous de cannes, fur
deux ou trois de hauteur. L'eau eft dans le fens du grand côté ; on rompt
le bord de la rigole pour la faire entrer dans le premier carré long. Qpand
elle y a paffé, on ouvre une iffue dans la levée pour qu'elle aille au fecond
carré long, & ainfi de fuite. Cette manière ne convient encore qu'aux terres
fortes ; elle entrainerait les légères dans le bas de la pièce.
40. Par tranchées. On prend un efpace de cent pas en carré, le long duquel
font des conduits pour l'eau. On divife ce carré dans le fens de l'un de fes
côtés par quatre rigoles, à 25 pas l'une de l'autre. Enfuite on divife les
quatre carrés longs de IOO pas fur 25, que forment ces quatre rigoles,
par de petites levées mifes à angles droits avec ces quatre rigoles, & en
plaçant ces petites levées à fix pas d'intervalle. Enfin, parallèlement aux
quatre rigoles, on fait des féparations qui coupent à angles droits les petites
levées placées à fix pas les unes des autres 1 & on ne laifle entre ces fépas
rations que deux rangs de trous de cannes.
Tout ainfi difpofé, on fait entrer l'eau dans l'une des quatre grandes
rigoles, puis de là dans une des féparations de fix pas, où elle arrofe d'abord
un premier rang de deux trous, enfuite un petit paflage la mène au fecond
rang de deux trous, & ainfi de fuite jufqu'à ce que la totalité du carré primitif, de IOO pas, foit arrofé.
Cette dernière manière exige quatre fois autant de tems que la troifième 3 1
mais aufli convient-elle feule aux terres légères, qu'elle imbibe fans les
dégrader.
L'arrofeur doit au furplus, dans toutes les méthodes, connaître le fol &
étudier ce qu'il convient de lui donner d'eau d'arrofement, en quantité &t en
durée.
Au moyen de l'arrofement, on peut planter des cannes jufqu'au mois de
Janvicr, & non pas feulement depuis Juillet julqu'en Novembre, comme
ceux qui n'arrofent pas.
On calcule que la portion moyenne de l'eau doit être d'an pouce cube
pour un carreau, , & c'eft à-peu-près celle de la plaine des Cayes.
L'arrofement caufe une différence d'un cinquième, & quelquefois même
d'un quart dans le produit d'un terrein donné.
(
'arrofement, on peut planter des cannes jufqu'au mois de
Janvicr, & non pas feulement depuis Juillet julqu'en Novembre, comme
ceux qui n'arrofent pas.
On calcule que la portion moyenne de l'eau doit être d'an pouce cube
pour un carreau, , & c'eft à-peu-près celle de la plaine des Cayes.
L'arrofement caufe une différence d'un cinquième, & quelquefois même
d'un quart dans le produit d'un terrein donné.
( --- Page 699 ---
FRANÇAIS E DE'S AINT-D OMINGU E. 635
La plaine des Cayes qui avait 55 fucreries en 1762; 83 en 1772 ; 88
en
en a maintenant 1OO. On compte qu'elle eft fufcepen 1780; 95 1785,
mille
de fucre brut. Mais un
tible d'en avoir 130 & de donner 150
barriques
accroiffement eri exigerait un confiderahle dans le nombre des nègres.
pareil En 1771, elle n'én avait que 14.478; en 1780, environ 20,000, & l'on
porter
23,000 ceux qui y font réellement à préfent. C'eft
ne peut guères
qu'à
rien dire de trop d'affurer qu'elle en voudrait encore au moins 12,000.
ne
que
la prime de
Le commerce national n'en introduit prefque pas, malgré
livres tête, donnée par le gouvernement en 1784 & doublée en 1786;
1OO
par
800,000 livres tournois, ce qui ne
car ces primes ne montaient en: 1787 qu'à
tou2
fuppofait guères plus de 4,000 nègres. S'il en apporte, ce font prefque
des nègres de mauvais choix ou des enfans s! parce que la prime eft due
jours
comme
un homme. Ces nègres chétifs font cependant
pour un enfant
pour
& les deux autres
vendus. jufqu'à 2,800 livres > dont un tiers eft payé comptant
tiers fix & douze mois après.
& la
De tous les téms, la Partie du Sud a reçu le rebut des deux autres,
des Cayes doit encore de grofles fommes à la Compagnie des Indes' & à
plaine
d'Angole pour des nègres qui n'ont pas rembourfé leur valeur.
la Compagnie
font achetés d'un négrier, il faut les mener au bureau
Dès que les nègres
dehors d'une
d'une lettre S,
de l'entrepôt, où ils font étampés fur le
épaule,
& le nom
à propos de donner
Yon infcrit le nom de l'acheteur
qu'il juge
au nègre.
efpéUn feul fait, choifi entre plufieurs autres, prouve ce qu'on pourrait
de la
des
fi elle était à fon véritable degré d'établiffement.
rer
plaine
Cayes
&
Lhabitation Picot qui devait, il y a environ vingt ans, un million demi,
s'eft liquidée & donne cent mille écus de revenu.
Les efclaves font très-doncement traités dans Ia plaine des Cayes. Les
terrains étant confidérables, on leur en abandonne beaucoup, & la proximité
des Cayes leur fournit un grand débouché & des échanges qui fervent à
varier leur nourriture, dont le fond eft le petit-mil 1 puis la patate, La caffave
qui et rare, n'en eft guères qu'un fupplément.
Les cabrouets font les charrois les dimanches & les fètes. On croirait que
ceux
les mènent, mais loin de là, ils le follicitent
c'eft une peine pour
qui
vendre à la
eux-mêmes, parce qu'ils mettent fur le cabrouet ce qu'ils ont à
à
varier leur nourriture, dont le fond eft le petit-mil 1 puis la patate, La caffave
qui et rare, n'en eft guères qu'un fupplément.
Les cabrouets font les charrois les dimanches & les fètes. On croirait que
ceux
les mènent, mais loin de là, ils le follicitent
c'eft une peine pour
qui
vendre à la
eux-mêmes, parce qu'ils mettent fur le cabrouet ce qu'ils ont à --- Page 700 ---
686 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ville. D'ailleurs 1 les bons maitres leur donnent encore quelques efcalins ou
des jours de la femaine pour cultiver leurs jardins ou places.
Plufieurs perfonnes employent le labourage pour épargner aux nègres le
travail le plus pénible.
Il y a quelques parties du haut de la plaine, où l'on commence à fe
fervir de fumier, , tiré des parcs des: animaux où l'on met de la paille.
Les habitations les plus confidérables de la plaine des Cayes font, dans la
partie Orientale, les fucreries La: Borde qui ont 1,400 nègres & qui donnent
1,200 milliers de fucre blanc. Dans l'Oueft, 1 ce font les deux fucreries
Wallh qui ont 700 nègres, & qui donnent plus de 700 milliers de fucre blanc
& le plus beau de la plaine des Cayes,
Dans le haut de cette plaine, & fur tout au canton de la plaine à Jacob 1
on a des rejettons de 20 ans. Dans les. habitations des bas, il eft déraifonnable de
paffer les premiers ou du moins les feconds rejettons. En général le fucre
eft aufli plus beau vers le haut.
On ne' cuit que les gros firops, & Ies firops fins. Il y a par étuvée
environ un tiers de commun. Quand le fucre vaut 60 liv., le commun en vaut
50. On ne rafine que les bafles matières.
Les meilleurs équipages n'y cuifent d'ordinaire que IOO formes par 24
heures; ; 25 formes font la barique de I5OO livres. Dans les habitations très:
rendantes, 5 batteries fuffifent pour cela, dans d'autres il en faut 6. On enforme ordinairement au Sud par 4 batteries.
On fait fur quelques habitations de très-beau fucre brut, Il n'y a pas
d'émulation dans cette fabrique 1 parce que le cours établi par les commerçans
aux Cayes ne donne pas plus pour le fucre brut de la première qualité que
pour celui qui eft très-inférieur,
On remarque en général que les habitations qui font le plus beau fucre
brut ne font pas celles qui donnent le plus beau fucre blanc. Auffi entend-on des
propriétaires foutenir qu'il eft plus avantageux de faire du brut, & que c'eft
un faux amour-propre, qui confeille le contraire. On en a même vu revenir
au brut. Mais c'eft l'excufe qui eft l'ouvrage de l'amour-propre. Il eft probable qu'on donne trop de corps au fucre qu'on veut terrer & que l'eau du
terrage ne peut s'infinuer entre les facettes des criftaux pour les laver.
Le produit ordinaire du carreau de terre en cannes, eft depuis 8 julqu'à
15 milliers de fucre brut par all,
'eft
un faux amour-propre, qui confeille le contraire. On en a même vu revenir
au brut. Mais c'eft l'excufe qui eft l'ouvrage de l'amour-propre. Il eft probable qu'on donne trop de corps au fucre qu'on veut terrer & que l'eau du
terrage ne peut s'infinuer entre les facettes des criftaux pour les laver.
Le produit ordinaire du carreau de terre en cannes, eft depuis 8 julqu'à
15 milliers de fucre brut par all, --- Page 701 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 687
Le prix commun de la terre nue > eft de 4,000 liv. le carreau.
Un nègre cultivateur acclimaté, vaut 3,000 liv.
La plaine des Cayes eft fuffifamment pourvue de befliaux, pour- n'avoir
beloin du fecours de l'étranger.
pas
On a remarqué que les écumes du fucre y faifaient mourir les boeufs
n'y étaient pas accoutumés. Les mulets s'en nourriffent fans accident.
qui
Les fourmis parurent aux Cayes en 1772, où elle furent
dans du left pris à la Martinique. Les rues de cette ville apportées 3 dit-on,
en étaient jonchées.
Elles diminuent beaucoup & fe dirigent vers la montagne.
Les rats qu'elles avaient fait difparaitre, fe montrent de nouveau & déjà
l'on regrette les fourmis. Pauvre humanité!
On a encore un peu de bois dans la plaine des Cayes. On y appelle bois à
enivrer 1 le favanette gris de la Martinique 3 dont la feuille a réellement de
la rellemblance avec le bois propre à engourdir le poiffon. On y nomme bois
Dalmarie, comme dans plufieurs Hieux de
Saint-Domingue 2 celui que nous
nommons Galba à la Martinique, oà il eft chétif. On a aufi du courbaril aux
Cayés, mais à fon tour c'eft lui qui eft faible, tandis qu'il eft f beau aux
Hles du Vent.
Mais ce qu'on admire dans plufieurs endroits de la plaine de Cayes, ce font
de magnifiques palmiers. Ils donnent des lits & des draps aux nègres. Leurs
tâches ont jufqu'à 7 pieds de long fur 3 de large ; elles fe
elles fe
lavent.
battent,
Mais l'attitude orgueilleufe de cet arbre Pexpofe aulli plus qu'un
autre 1 puifque la Aèche qui décore fa tête majeftueufe eft affez fréquemment
frappée de la foudre.
L'herbe de Guinée eft très-eflimée comme
fourrage 2 dans la plaine des
où elle réuffit, même parmi les gravois.
Cayes
La graine du gigiri y fert de beurre aux nègres après avoir été écrafée,
Cette graine donne en huile un feptième de fon poids.
La face des mornes qui couronnent la plaine des Cayes & qui eft tournée
vers elle, eft inculte & aride. Il femble que ce foit en
s'épuifant qu'elle ait
remblaié la plaine qui doit avoir été antérieurement lagoneufe &c marécageufe.
On eft d'autant plus autorifé à croire que la plaine était d'abord de cette
nature,
que des amas de coquilles exiftent à d'affez grandes diflances de la mer :
exemple, à 3,000 toifes, fur l'habitation Demirat & Monville
par
> à Torbec,
ulte & aride. Il femble que ce foit en
s'épuifant qu'elle ait
remblaié la plaine qui doit avoir été antérieurement lagoneufe &c marécageufe.
On eft d'autant plus autorifé à croire que la plaine était d'abord de cette
nature,
que des amas de coquilles exiftent à d'affez grandes diflances de la mer :
exemple, à 3,000 toifes, fur l'habitation Demirat & Monville
par
> à Torbec, --- Page 702 ---
DE LA PARTIE
688 DESCRIPTION
le confluent de la rivière des Mornes & de la rivière de P'Acul, & à 700
près
à Coquilles qui eft dans le Nord de la rade de Chateaudun,
toifes, au morne
de haut &c
& près de la rive Ef de la rivière des Cayes. Ce morne a pieds
pieds de long. On y compte 12 couches de 18 pouces chaçune ; compofées
300 d'efpèces de palourdes & de fourdons que la mer aura fans doute amoncelées
dans ce point, lorfquelle y venait encore. Un arbre, un fédiment quelconque
aura fervi de bale à cette maffe. Ce morne eft un fondi inépuifable pour des fours
à chaux qui Tentourent.
On eft autorifé à penfer aufli que les mornes environnant la plaine, étaient
faits de main
habités par les Naturels ; car on y remarque des efcarpemens
d'homme , ainfi que des applaniffemens. On s'apperçoit que les arbres n'ont
ni la même élévation * ni la même force que ceux qui font reftés fur la cime,
Cette région mitoyenne plus faine & plus propre à faire découvrir la mer
aura fans doute été préféré par des hommes qui n'ayant ni luxe ni commerce, 9
n'avaient pas befoin d'établiflemens fur le rivage.
Les chemins de la plaine des Cayes font très-beaux & fe font à la tâche, Le
A" Mai 1714, les habitans aflemblés arrêtèrent de faire un chemin qui
prolongerait celui de Saint-Louis au Vieux-Bourg jufqu'au Sud-Oueft à la
rivière de PAcul; d'en faire un autre à 1,200 pas de la mer 2 pour traverfer
toute la plaine 3 & un autre du Nord-Eft au Sud-Oueft à 1,400 pas de celui du
milieu. MM. Barthomier, lieutenant du roi, & Hays, direêteur de la Compagnie de Saint-Domingue, approuvèrent ces projets, le 3 Juin 1714; M.
Mithon , le 18 Février 1715; puis le 14 Avril, M, De Paty décida que ces
chemins auraient 60 pieds de large & ceux de communication particulière >
pieds. Jugeant enfuite que la paroiffe du Fond devait en former deux 1 que
les
& Torbec, M. de
l'on mettrait où font réellement aujourd'hui Cayes
Paty
ordonna d'ouvrir d'avance des deux bourgs projettés, un chemin > le plus
aller avec 80 pieds de largeur , joindre le premier chemin
droit poflible 2 pour
de
de faire tracer ces fix
traverfant la plaine. M. de Paty prefcrivit plus
chemins 7 &c eftima que 1,500 livres devaient fuffire pour payer l'arpenteur
mais M. de Blenac prefcrivit de crier ce tracé au rabais. Enfin tout fut
approuvé de nouveau par MM. de Blenac & de Milthon, le 15 Février
3716, &c par MM. de Chateaumorant &x Milhon, le 14 Août 1717Ces chemins n'étant pas faits, M. de Paty rendit une ordonnance le 3
Oftobre
que 1,500 livres devaient fuffire pour payer l'arpenteur
mais M. de Blenac prefcrivit de crier ce tracé au rabais. Enfin tout fut
approuvé de nouveau par MM. de Blenac & de Milthon, le 15 Février
3716, &c par MM. de Chateaumorant &x Milhon, le 14 Août 1717Ces chemins n'étant pas faits, M. de Paty rendit une ordonnance le 3
Oftobre --- Page 703 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE, 689
OCtobre 1719. Il prefcrivit les trois chemins pour traverfer la plaine ; l'achevement de celui du Bourg, devenu le vieux Bourg, aux favanettes; l'entre.
tien de celui venant du haut de la plaine vers l'embarcadère de Torbec
l'ouverture d'un chemin de traverfe le long de Ia rivière du Mufcadin & ;
de celle de Quitte-la-là; &c un du Mufcadin à P'Acul; un pour aller au
canton de Jean-Dézé &c un pour gagner le canton de la plaine à Jacob.
Enfin M. de Paty défendit de détruire, le long de la mer, les mangles, - les
crocs de chien, les queniquiers, les raquettes & les citronniers de
zucuns bois fur les 50 pas du roi, &c d'ouvrir d'autres embarcadères couper
ceux des Cayes & de Torbec.
que
La vérité eft, qu'il ferait difficile de voir nulle autre part autant de
chemins que dans la plaine des Cayes > où cinq la coupent prefqu'en
droite ligne 1 de PER à l'Oueft, & fix prefque droit auffi, du Nord au
Sud.
La plaine des Cayes étant Ia réfidence d'un très-grand nombre de
taires, la fociété y eft très-agréable, principalemeut dans la partie de Torbec. propriéMais avant les troubles de 1768 & de 1769, occafionnés par le rétabliffement des milices, l'harmonie y était plus générale, 9 l'union plus marquée,
Des traits de defpotifme éprouvés par des Colons refpedtables, & approuvés
par d'autres à caufe de quelques confidérations dont les motifs ne pouvaient
pas toujours paraitre purs aux victimes de ces aétes rigoureux;, des haines
d'opinions les plus crueiles de toutes, ont laiffé des traces que les dehors
de la politeffe décèlent à force même de chercher à les cacher. Cependant
on trouve dans ce féjour des réunions où tout refpire la franchifle la cordialité. De jeunes & jolies Créoles font le charme de fêtes
qui ne feraient
vraiment qu'attrayantes fi l'on n'y rencontrait pas déjà, comme dans celles
données lors du pallage de M. de Bellecombe au commencement de
les affauts du luxe & les défis de
1789,
P'amour-propre, ces deux ennemis de
tout plaifir durable. Là, les fouvenirs politiques des vieux
parens femblent
s'effacer, du moins n'empêchent-ils pas toujours leurs defcendans de fe
livrer à des penchans qui défavouent ces anciennes animofités.
On croit avoir remarqué que les fecondes nôces 1 même avec récidive,
font allez communes dans cette plaine. On cite en preuve le mot d'un
curé des Cayes, qui, mariant une dame pour la
fois
cinquième
1 fe conTome II.
S SSs
iques des vieux
parens femblent
s'effacer, du moins n'empêchent-ils pas toujours leurs defcendans de fe
livrer à des penchans qui défavouent ces anciennes animofités.
On croit avoir remarqué que les fecondes nôces 1 même avec récidive,
font allez communes dans cette plaine. On cite en preuve le mot d'un
curé des Cayes, qui, mariant une dame pour la
fois
cinquième
1 fe conTome II.
S SSs --- Page 704 ---
6go DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
tenta, pour tout difcours, de ces paroles : Se m'en réfère, Madame, 2 ce
quej'ai déja eu Pbonneur de TOMS dire quatrefuis.
Les habitans de cette plaine & ceux de toute Ia Partie du Sud, demandent un Confeil fupérienr féant aux Cayes, & par conféquent le voeu de la
Colonie entière eft d'en avoir trois au lieu d'un feul.
Ils demandent qu'on ajoute un troifième bataillon au régiment du Portau-Prince, qui aura pour garnifon les pofles de Ia Partie du Sud.
Ils demandent aufli des écoles publiques & des moyens d'éducation.
Et s'il le faut, ils offrent de fupporter la dépenfe que ces objets peuvent
occafionner.
Ils obfervent, à cet égard, que les octrois perçus aux Cayes s'élèvent à
800 mille livres, dont il ne refte que 280 mille livres dans la Partie du
Sud pour fa dépenfe, & que les frais de juftice payés par elle au Port-auPrince, vont à 300 mille livres, ce qui abforbe & au-delà, la portion gardée. Ils difent que la dépenfe d'une Cour fouveraine & d'un bataillon donnerait
de la vie à la Partie du Sud, & des convenances de plus d'un genre.
L'argent eft fi rare dans la Partie du Sud, que des Danois y ayant introduit, en 1785, pour environ 60,000 livres de petites efpèces d'argent pour
le quadruple de leur valeur réelle, elles furent reçues fans difficulté. Les
juges furent obligés de les décrier.
On évalue à 12 millions le produit annucl de la plaine des Cayes & des
parties qui compofent avec elle la totalité des deux paroiffes des Cayes & de
Torbec ; & à 8 millions les objets d'importation qu'elle confomme, à quoi il
faut ajouter ce que coûte en France l'éducation des enfans &c d'autres dépenfes
locales. Il ne faut donc compter qu'environ 2 millions pour entretenir & accroitre les manufactures 1 ce qui ne peut fuffire.
On a beaucoup reproché à cette partie de faire le commerce étranger, &
l'on écrivait encore au miniftre, le 5 Janvier 1786, que tout le monde s'y
livre, & que tous ceux que leur état prépofe pour l'empécher, fe laiffent
gagner par les idées des habitans.
f Ce ferait peut être une raifon d'examiner fi le commerce national n'a pas
quelque reproche à fe faire par rapport aux caufes de cette influence de l'opinion des Colons. Mais la vérité eft que le commerce étranger ne reçoit plus
guères, dans la Partie du Sud, que des cotons qui vont à la Jamaique; c'eft
ce que les Colons appelent ironiquement le commierce avec Paris.
pour l'empécher, fe laiffent
gagner par les idées des habitans.
f Ce ferait peut être une raifon d'examiner fi le commerce national n'a pas
quelque reproche à fe faire par rapport aux caufes de cette influence de l'opinion des Colons. Mais la vérité eft que le commerce étranger ne reçoit plus
guères, dans la Partie du Sud, que des cotons qui vont à la Jamaique; c'eft
ce que les Colons appelent ironiquement le commierce avec Paris. --- Page 705 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 6y1
Il n'entre pas dans toute la Partie du Sud, 5o0 nègres étrangers paran. Lorf
que ce commerce a été licite. 1 on en a apporté beaucoup. Ils coûtaient 1,7001.
& on donnoit en payement du fucre brut à35 liv. le quintal.
On les paye maintenant de 1,6g0 à 1,800 liv., & il ne manque pas de gens
qui font aflureurs de leur livraifon à terre pour 4 gourdes par tête.
M. du Chilleau 9 gouverneur-général de la Colonie 1 plus perfuadé qu'ur
autre par les habitans de la Partie du Sud, s'était déterminé à rendre feul,
fur le refus de M. de Marbois, le 9 Mai de cette année ( 1789), une ordonnance qui ouvrait aux étrangers, pour 5 ans, à compter du premicr
Août, les ports des Cayes & de Jérémie, &c même celui de Jacmel 2 avec
faculté d'y introduire les objets admis dans les ports d'entrepôt par l'arrêt du
Confeil d'Etat, du 30 Août 1784, &c de plus des nègres, le tout payable en
denrées coloniales. Les obligations étaient de payer les droits locaux. 3 & en
outre un pour cent de la valeur pour droit d'entrée., en exceptant toutefois les
nègres qui ne payeraient que 45 liv. par tête, &c la morue & le poiffon falé
qui ne payeraient plus que 3 livres par quintal. Le droit de deux pour cent
du domaine d'Occident, était confervé fur toutes les marchandifes exportées;
les nègres pris hors, les limites de la Partie du Sud & du Quartier Jacmel,
étaient fujets â confifcation, & ils devaient être étampés au port d'entrée, de
trois lettres I. P.S.
Cette ordonnance, enregiftrée au Confeil de Saint-Domingue le II du
même mois, a été caflée par un arrêt du Confeil des Dépêches du 2 Juillet,
pnregiftré par la même Cour le 19 Août.
QUARTIER DES CAYES
XLVI
PAROISSE DES CAYES.
ELLE a pour limites : à TEA, la paroiffe de Cavaillon, au moyen de la
ligne qui, partant du bout Méridional du tapion de Cavaillon, va par fon
Ssssg
trée au Confeil de Saint-Domingue le II du
même mois, a été caflée par un arrêt du Confeil des Dépêches du 2 Juillet,
pnregiftré par la même Cour le 19 Août.
QUARTIER DES CAYES
XLVI
PAROISSE DES CAYES.
ELLE a pour limites : à TEA, la paroiffe de Cavaillon, au moyen de la
ligne qui, partant du bout Méridional du tapion de Cavaillon, va par fon
Ssssg --- Page 706 ---
692 DESCRIPTIO N DE LA PART T IF
fommet gagner au Nord la crête des montagnes qui féparent la bande du Sud
de fon revers Septentrional ; au Nord, cette chaîne, qui fépare Ia paroiffe
des Cayes de celle de Jérémie ; à TOueft, la paroifle de Torbec, au moyen
du chemin qui, courant du vieux Bourg prefqu'en ligne droite au Nord, va
joindre la chaîne de montagnes qui court de PEf à lOueft; & au Sud par la
mer. Elle a ainfi une profondeur d'environ dix lieues du Sud-Sud-Oueft au
Nord-Nord-Eft, fur une largeur moyenne d'environ trois lieues &c demie de
T'EC à P'Oueft. Elle a dans fon territoire à-peu-près la moitié de la plaine
de fon nom.
Ses cantons font tres-nombreux. Les principaux font : PIflet; le Fond des
Frères, la ravine à P'Anfe > le Pare, la plaine à Pitre, le Fond des Cocoyers
la ravine du Sud, Jean-Dézé, partie des Savanettes & le morne à Coquilles.
Le Leêteur connaillant une des parties les plus importantes de Ia paroiffe
des Cayes par la Defcription de la plaine > rien après ccla n'eft auffi digne de
fon attention que la ville de ce nom.
Le chemin royal qui y conduit en venant de Cavaillon paffait autrefois
dans la partie inférieure de la plaine des Cayes & dans un terrain marécageux,
mais les Adminiftrateurs en ont prefcrit le changement le 12 Novembre 1757.
En defcendant le morne de la Grande-Crête qui eft peu élevé & dont le
fommet eft la limite entre Cavaillon & les Cayes, on trouve au bas une
efpèce de petit cul-de-lampe ou baflin, 8c la cotonnerie Lafoffe, vers le Sud du
chemin. Après, vient une petitte montée qui conduit à fon tour à un autre
petit ballin, qu'on fuit fur la gauche auffi & qui, par fon iffue qu'on voit
s'élargir, préfente la plaine des Cayes, que le voyageur ne découvre cependant bien que de la paie de la rivière PIflet. Après avoir traverfé cette
rivière, on fait environ mille toiles en allant de P'E-Nord-Ef à l'Oueft-Sud.
Oueft, puis l'on tourne au Sud-Eft, & à environ 800 toifes on entre dans la
ville par une magnifique chauffée bordée par des foflés fervant à l'écoulement
de la ville &x terminée par un pont de bois. C'eft l'entrée unique ; elle donne
fur la place du marché, qui eft fpacieufe mais non nivelée.
Le Leêteur fait que la ville des Cayes a été dans le principe l'un des
bourgs formés par la fubdivifion de l'immenfe paroiffe de la plaine du Fond,
dont on a tiré celles de Cavaillon, des Cayes, de Torbec & des Côteaux.
Cette divifion avait été projettée depuis 1719, &c on avait décidé cn confé-
bois. C'eft l'entrée unique ; elle donne
fur la place du marché, qui eft fpacieufe mais non nivelée.
Le Leêteur fait que la ville des Cayes a été dans le principe l'un des
bourgs formés par la fubdivifion de l'immenfe paroiffe de la plaine du Fond,
dont on a tiré celles de Cavaillon, des Cayes, de Torbec & des Côteaux.
Cette divifion avait été projettée depuis 1719, &c on avait décidé cn confé- --- Page 707 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 693
quence qu'on réferverait dans le point nommé les Cayes du Fond de PIle à
Vache, un efpace de 145 toifes, 5 pieds en carré. Mais le 25 Janvier 1720,
MM. de Sorel 8c de Mithon ordonnèrent 1 fur la remontrance de M. Pertuis,
procureur fifcal de la juridiction de Cayes, de prendre 337 toifes & demie,
non compris les 50 pas du roi, fur toute la largeur depuis l'embouchure de
la rivière PHlet jufqu'à l'embouchure de la rivière des Cayes. Le roi
approuva cette décifion le 20 Septembre.
On avait fans doute oublié toutes ces mefures préparatoires 1 lorfque le 16
Juillet 1726, M. de la Rochalar décida, , d'après un plan de M. de la Lance,
ingénieur en chef, que le bourg aurait douze ilets de 240 pieds en carré
chacun, & divifés en huit emplacemens, de 60 pieds de face fur 120 de
profondeur; ; que ce bourg 1 dont les rues auraient 50 pieds de large, ferait
terminé au Nord par un foffé, par la rivière des Cayes d'un côté, & un
lagon de l'autre, & qu'on réferverait hors de fon enceinte des emplacemens
pour le prefbytère 3 des cazernes &c les boucheries.
Dès le 21 Janvier 1722, les paroifliens des Cayes décidèrent qu'ils feraient
conftruire une églife fur le plan & le devis de M. Frézier, avec un prefbytère,
ce qui fut effeétué en 1726, & l'on y apporta les regiftres de l'ancienne
paroiffe du Fond de PIfle à Vache, que les carmes deffervaient avant 1704.
Ces regiftres remontent encore jufqu'au I5 Novembre 1693. Un arrêt du
confeil du Petit-Goave, du 8 Mai 1728, permit de vendre le terrain de
l'ancienne églife.
Le 29 Juillet 1726, M. de la Rochalar ordonna l'exécution du projet de
M. de la Lance, mais en ajoutant trois ilets de profondeur de plus.
En 1736, le prefbytère étant proche le lagon &c loin de l'églife 9 les
Adminiftrateurs preicrivirent. 1 le 12 Février 1737, de le retirer du voifinage
du lagon, de le bâtir proche de l'églife &. de donner le terrain de l'autre
prefbytère en payement.
Le 28 Février 1750, les Adminiftrateurs à qui la prife de Saint-Louis
faifait confidérer plus attentivement l'établiflement des Cayes, prefcrivirent
l'exécution de celle du 25 Janvier 1720 pour la ville, annulant tout ce qui
exiftait de contraire, 3 & ils enjoignirent de garder une favane pour dépendre
du prefbytère, une pour la commodité des habitans du bourg, &c un empla.
cement pour des cazernes. Ils permirent de plus de remblayer fur la mer.
qui la prife de Saint-Louis
faifait confidérer plus attentivement l'établiflement des Cayes, prefcrivirent
l'exécution de celle du 25 Janvier 1720 pour la ville, annulant tout ce qui
exiftait de contraire, 3 & ils enjoignirent de garder une favane pour dépendre
du prefbytère, une pour la commodité des habitans du bourg, &c un empla.
cement pour des cazernes. Ils permirent de plus de remblayer fur la mer. --- Page 708 ---
694 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
Le 29 Mars 1759, une autre ordonnance prefcrivit de remblayer les rues
dans fix mois. Le 14 Septembre 1764, les négocians des Cayes donnèrent
aux Adminiftrateurs un mémoire fur l'agrandiffement dc la ville & fur fon
amélioration à plufieurs égards 3 & le IO Décembre ccux-ci réunirent au
domaine des terrains qui devaient en faire partie & que des conceffions avaient
fait pafler à des particuliers.
La ville des Cayes eft bornée au Sud, par la mer 3 à laquele elle fait face,
& où les rentrans de la pointe de la Tourterelle, & de la pointe d'Heurterel
qu'on appelle pointe d'Heurteil en eftropiant le nom de fon ancien propriétaire,
lui donne une forme irrégulière; au Nord, par la rue du Rempart; à PER,
par l'embouchure de la rivière PIflet &c le côté Oueft de l'anfe de la Rivière 3
& à l'Oueft par une ligne courant Nord-Eft 8c Sud.Oucft, qui va au bout de
300 toifes joindre la rivière des Cayes 2 & enfuite par cette rivière,
Il ne faut que jetter les yeux fur le plan ( Voy. PAtlas ) pour être convaincu que le voilinage de la plaine des Cayes a, en quelque forte, a commandé de
prendre pour la ville, 1 cette pofition, puifqu'il ne s'en offre pas d'autres depuis
la baie de Cavailion jufqu'àla rivière de l'Acui, longueur denviron 6 lieues.
L'emplacement de la ville eft divifé, en ce moment, en 71 ilets entiers & en
17 ilets incomplets à caufe des inégalités de l'enceinte. Ils font divifés par des
rues qui fe coupent toutes à angles droits du Nord au Sud & de lES à l'Oueft
excepté la rue Trouffe-Cotte qui eft dans l'angle Sud-Oueft de la ville & qui
court du Nord-Eft au Sud-Oueft.
En venant de PEt dans l'Oueft, il y a trois rucs fans nom & qui ne
font qu'indiquées. Après vient la rue du Lagon ; la rue du Bout-du-Monde,
parce qu'elle a été un point extrême de la ville ; la rue Neuve; la rue des
Batteries, parce qu'elle conduit à celle d'Heurteil; la rue du vieux Pref.
bytère ; la rue du Canal oà était, en 1720, le lagon à Pertuis; la rue de
Bohème; ; la rue Dauphine 3 la rue de la Place Royale ; la Grande rue Royale ;
la rue de Bourbon &c la rue d'Orléans.
En allant du Nord au Sud, on trouve fuccellivement : la rue du Rempart;
la rue des Foffés; la rue Traverfière ; la rue Fleury 5 Ia rue du Pont; la
rue de PÉglife ; la rue des Cafernes, & enfin la rue du Parapet.
Il y a donc aux Cayes 25 rues, en comptant la rue Trouffe-Cotte & celle
innommée qui la coupc à angles droits. Leur largeur eft de 50 pieds.
d'Orléans.
En allant du Nord au Sud, on trouve fuccellivement : la rue du Rempart;
la rue des Foffés; la rue Traverfière ; la rue Fleury 5 Ia rue du Pont; la
rue de PÉglife ; la rue des Cafernes, & enfin la rue du Parapet.
Il y a donc aux Cayes 25 rues, en comptant la rue Trouffe-Cotte & celle
innommée qui la coupc à angles droits. Leur largeur eft de 50 pieds. --- Page 709 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 695
Ces rues ont prefque toutes du gravois qu'on y a rapporté pour les élever;
parce que Ie fol de la ville eft bas 8c marécageux, & noyé dans la faifon
des pluies. Ce gravois n'eft pas encore recouvert du fable qu'on compte y
mettre. La pente des rues eft peu fenfible. Deux d'entr'elles, la rue du
Canal &c la rue du vieux Presbytère ont des canaux qui peuvent être confidérés comme des égoûts deftinés à épuifer des lagons qui occupent une portion de la furface de la ville, depuis fon extrémité Orientale jufqu'à la rue
du Canal. Si ces lagons étaient defléchés &, comblés, deux rigoles latérales
fufiraient dans toutes les rues.
Ily a bien à faire encore pour affainir la ville des Cayes, > quoiqu'elle ait
donné lieu à pluficurs projets.
Lc premier fut celui d'un ingénieur Hollandais qui voulait fermer le port
des Cayes & laiffer la ville ouverte. Le baflin aurait été enveloppé de deux
polygones, & n'aurait eu qu'une entrée.
Celui de M. Duportal, fait én 1765, augmentait la ville dans POueft jufqu'ày faire trouver l'emplacement de 1,230 maifons de 60 pieds de face. La
plage aurait embraffé la rade de Chateandun, & un quai devait empêcher
que le port ne fe remblayât. Un foflé, formant l'enveloppe intérieure de la
ville, aurait donné de quoi combler les lagons 2 8c fa profondeur aurait defféché le fol. Enfn M. Duportal jettait la rivière des Cayes dans la rade
de Chateaudun. Ce projet, quoiqu'spprouvé, eft refté fans exécution.
M. de Rallier, que j'ai loué ailleurs, 2 s'eft occupé, en 1788, du nivellement des rues, & les Adminiftrateurs ont adopté fes vues 5 mais M. de la
Merveillère vient de propofer très-récemment ( à la fin de 1789) un plan
directeur de cette ville.
Cet officier général, juftement frappé des ravages de la ravine du Sud,
appellée, comme j'ai dit, rivière des Cayes vers fon embouchure, a regardé fon redreflement comme la chofe la plus urgente, & il examine 9 à
cet égard, deux opinions.
L'une ef, qu'il faudrait mener cette ravine en ligne droite dans la rivière
l'Iflet, le long du nouveau foffé d'enveloppe projetté au Nord. M. de la
Merveillère croit 1o, Que les eaux'de laravine arrivant ainfi fous un angle trop
ouvert dans la rivière l'Iflet, attaqueraient la rive Eft de celle-ci, & emporteraient, tôt ou tard, la langue de terre qui eft entre cctte rive & la mer,
, qu'il faudrait mener cette ravine en ligne droite dans la rivière
l'Iflet, le long du nouveau foffé d'enveloppe projetté au Nord. M. de la
Merveillère croit 1o, Que les eaux'de laravine arrivant ainfi fous un angle trop
ouvert dans la rivière l'Iflet, attaqueraient la rive Eft de celle-ci, & emporteraient, tôt ou tard, la langue de terre qui eft entre cctte rive & la mer, --- Page 710 ---
696 DESCRIPTION DE LAPAK TIE
& où font des cannes de la fucrerie le Roux. 20, Que diriger la ravine de
l'Oueft à TEt, tandis que la direction générale des eaux eft du Nord au
Sud dans la plaine des Cayes, ce ferait s'expofer à voir cette ravine impétueufe abandonner le nouveau canal; 3°. Qu'enfin fi les pierres & les gravois
chariés en abondance par cette ravine 1 arrivaient à la mer par la rivière
l'INlet, les courans du port qui font conftans de PER à POueft, les y porteraient.
M. de la Merveillère adopte donc la feconde opinion qui veut que cette
ravine foit conduite à la mer par le chemin le plus court, &c il eft d'avis que
fon embouchure foit le lagon qui eft près de l'habitation Reynaud à l'Oueft
de la ville, direêtion dans laquelle celle-ci pourrait être étendue.
Enfuite un foffé large de 5 toifes dans le haut, & profond de 6 à 7 pieds,
cuvert du prolongment du nouveau canaljufqu'ala limite de l'habitation Oshiel
acheverait la borne de la ville dans l'Oueft & un femblable le long de cette
habitation formerait l'enceinte au Nord. Dans ce fyftème le foflé exiftant le
long de la rue du Rempart ferait comblé & l'efpace qui eft entre cette rue &
le terrain de M, Oshiel formerait une promenade.
Le canal & les foffés feraient digués à 3 pieds 1 pour garantir la ville des
inondations, 3 & l'on pourrait même baflionner cette enceinte, & la garnir de
pingouins, Quant à la digue le long de la rivière PIlet, M. de la Merveillère
croit qu'elle devrait former vers l'embouchure un front régulier de fortifications.
Toutes ces vues de M. de la Merveillère font le réfultat d'un échange
arrêté depuis 1770, d'après une délibération des paroifliens des Cayes 7 en
date du 23 Février 1766, par laquelle la paroiffe a donné 9 carreaux appar,
tenans à la ville près de la petite rivière des Carpes, qui coulant du NordOueft au Sud-Eft, fe décharge dans la rivière PIlet, à environ 400 toifes de
fon embouchure, pour 4 carreaux & demi appartenans à M. Oshiel, bornés
d'un bout par le foffé de la ville, & de l'autre par la rivière des Cayes.
Les Cayes avaient So maifons en 1751; 126 en 1761; 273 en 1766;
329 en 1776. On en compte maintenant 702. A l'égard des conftructions il
faudrait prefque diftinguer la ville en deux parties. Celle qui eft tout-à-fait
à PER, ne confifte qu'en maifons ordinairement faites de pierres jufqu'à la
hauteur de deux ou trois pieds 2 & terminées par un cliffage de bamboux &
de
Cayes.
Les Cayes avaient So maifons en 1751; 126 en 1761; 273 en 1766;
329 en 1776. On en compte maintenant 702. A l'égard des conftructions il
faudrait prefque diftinguer la ville en deux parties. Celle qui eft tout-à-fait
à PER, ne confifte qu'en maifons ordinairement faites de pierres jufqu'à la
hauteur de deux ou trois pieds 2 & terminées par un cliffage de bamboux &
de --- Page 711 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DO MINGUE 697
de torchis. Les coups de vent relpeétent peu ces
baraques 2 entre lefquelles
font des entourages de bamboux & des cloaques prefque toujours impoflibles
à franchir, fi ce n'eft fur de mauvais petits ponts de bois, qui ne cachent
pas la vue de marais infects. C'eft là qu'habitent communérment les
de
couleur libres, ce qui a fait donner à ce lieu le nom de Petite Guinée. gens
Dans la partie Oueft, qui eft à proprement parler la ville 7 les maifons font
communément de charpente ou maconnées entre poteaux. lly en a cependant
un grand nombre de pierres. Ces dernières font faites ou de madrépores tirés
de la mer & que leur volume permet de tailler avec d'affez grandes dimenfions
ou avec de véritables pierres de taille, tirées de la plaine à deux petites >
lieues dans le Nord de la ville
La carrière en fournit de deux efpèces. L'une eft blanche &c moins eftimée
parce que l'air l'attaque; l'autre eft grifâtre, facile à travailler & acquiert
enfuite une grande dureté. Ces pierres équariffent depuis un pied, jufqu'à
18 pouces & coûtent l'une dans l'autre une gourde piece
Beaucoup de maifons des Cayes ont un étage. On y aajouté des galeries
de fix pieds de large, prifes fur la rue. Les maifons étant plus réunies qu'au
Port-au-Prince, la capitale de Ia Partie du Sud a plus l'air ville que la
capitale de la Colonie.
En entrant dans la ville du côté de la plaine, & dès qu'on a paffé le pont
on fe trouvé , comme je l'ai dit, fur la place du marché, qui a toute l'étendue 7
d'un ilet & celle de Ia rue Traverfière, de Ia rue de la Place Royale & de la
Grande rue Royale, qui la traverfent. On vient d'élever à fon milieu une
fontaine conftruite de pierres de taille & deftinée à donner par quatre tuyaux
de l'eau qui viendra de la rivière lIflet. Ainfi les Cayes doivent efpérer d'avoir
bientôt une eau pure &c fuffifante, & les citadins ne l'achèteront plus ou ne
feront plus forcés de l'envoyer prendre à de petites fources qui font proches
du morne à Coquilles.
C'eft dans la maifon qui fait l'angle Sud-Eft de la place du marché qu'eft
le palais de juftice, où fiégent la Sénéchauffée & PAmirauté.
J'ai déjà eu occafion de dire que la Compagnie de Saint-Domingue avait
mis aux Cayes une juridiction feigneuriale , efpèce de démembrement de fa
juridiétion principale établie à Saint-Louis & l'avait compofée d'un lieutenant du
juge d'un fubftitut du procureur fifçal & d'un greffier.
Tene II.
Tttt
marché qu'eft
le palais de juftice, où fiégent la Sénéchauffée & PAmirauté.
J'ai déjà eu occafion de dire que la Compagnie de Saint-Domingue avait
mis aux Cayes une juridiction feigneuriale , efpèce de démembrement de fa
juridiétion principale établie à Saint-Louis & l'avait compofée d'un lieutenant du
juge d'un fubftitut du procureur fifçal & d'un greffier.
Tene II.
Tttt --- Page 712 ---
698 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Le rei ayant créé en 1721 la Sénéchauffée royale de Saint-Louis, il plaça
lcs Cayes dans fon territoirc. En 1738,le miniftre fongeait à en mettre une
aux Cayes mêmc, mais ce projet n'eut pas lieu. Après la prife de SaintLouis, en 1748,1a Sénéchauffée fut tenue aux Cayes, mais les Adminiftrateurs la renvoyèrent à Saint-Louis. La Chambre d'Agriculture du Portau-Prince demanda en 1761 & les négocians des Cayes en 1764, deux tribunaux pour cette ville ; les Chambres de Commerce de Nantes, de Bordeaux,
de Marfeille & de Dunkerque follicitèrent une Amirauté auprès du miniftre
en 1770. Enfin, deux édits du mois de Mars 1779 ont créé une Sénéchauflée
& une Amirauté aux Cayes. Flles ont pour juridiction les paroilles des Cayes 3
de Torbec, du Port-Salut, des Côteaux & du Cap Tiburon. L'une & l'autre
ont été inftallées le 9 Décembre fuivant par M. Dubois de la Molignière 2
confeiller au confeil du Port-au-Prince, nommé commiflaire à cet effet par
cette cour, ailifié de M. Piémont, fubititut du procureur-général, &x d'un
grefficr.
Les édits de création & ceux de 1787 ont traité ces deux tribunaux
comme toutes les Sénéchauflées & Amirautés de la Colonie. La Sénéchauffée
a 9 procureurs, 14 notaires, 9 huifliers, une troupe de police compoféc d'un
infpeéteur 9 un exempt & quatre archers ; un étalonneur & un concierge.
Le palais de juftice, qui fe trouve en face de la maifon où logeaient les
Commandans en fecond de la Partie du Sud ( maifon placée à l'angle SudOueft de la rue de la Place Royale ), a 60 pieds de long fur 21 de large 1
& 14 de haut. Il cft couvert de tuiles. On y arrive par la rue Traverfière : en
montant quatre marches. En entrant, eft un veftibule de 16 pieds, puis
l'auditoire, qui en a 41; après une cour de 14 pieds, on trouve la vieille
poudrière, où l'on a groupé des cachots & des logemens pour les épaves. En
haut font les prifonniers civils & au fond le logement du geolier.
Tout cet emplacement était la poudrière &c le magafin d'artillerie, & appartient au roi. La dépenfe du palais & des prifons a coûté 70,000 livres.
C'efi dans la maifon qui eft la dernière vers le Nord-Eft de la place que
s'était formé depuis quatre ou cinq mois, lors de mon paffage aux Cayes
l'année dernière (1738 ), un club établi par M. Vincent &x compofé de 30
habitans. Pour 600 liv. par an, ils y trouvent, dans un joli logement, un
bon dinerlcs fêtes & les dimanches & les papiers publics. Les dames n'y font
ûté 70,000 livres.
C'efi dans la maifon qui eft la dernière vers le Nord-Eft de la place que
s'était formé depuis quatre ou cinq mois, lors de mon paffage aux Cayes
l'année dernière (1738 ), un club établi par M. Vincent &x compofé de 30
habitans. Pour 600 liv. par an, ils y trouvent, dans un joli logement, un
bon dinerlcs fêtes & les dimanches & les papiers publics. Les dames n'y font --- Page 713 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUE
point admifes. Les fouferipteurs peuvent y mener des étrangers, &c cette
faculté en m'en ouvrant l'accès, m'y a fait trouver une fociété aimable &
ce qu'on rencontre rarement à Saint-Domingue, des hommes qui paraiffent
charmés d'être enfemble.
C'eft encore tout près de cette place 1 après le club &c dans la rue Traverfère auffi, qu'eft la falle de fpeétacle.
Au mois de Mai 1765, les Adminiftrateurs à qui M. Sauvé
préfenta une
requête au nom des habitans de la plaine des Cayes, accordèrent la permiffion
d'établir un ipectacle fous l'adminiftration de deux principaux habitans. On
en forma réellement un aux Cayes à la fin de cette année, fous la direction
de M. Charpentier, dont j'ai parlé à l'article du fpeétacle du Port-au-Prince.
A fon départ, les acteurs jouèrent à la part, fous la direction de Juville,
d'eux, jufqu'au moment où les négocians & les habitans fe
, l'un
chargèrent de la
comédie. N'éprouvant que des pertes, 3 ils cefsèrent le 26 Septembre 1768.
M. Lemery, fermier des Jeux, fut alfujetti à les remplacer. Il fut directeur lui-mème mais le fpeétacle ceffa dès le 26 Décembre.
En 1771, M. Duval &c Melle, Francheville tentèrent un nouvel effai
n'alla pas au-delà de trois ou quatre reprélentations.
qui
A Pâques 1778, M. La Mothe, comédien 2 & M. Fleury, citoyen des
Cayes, , parurent pour un inftant 1 puis les aéteurs jouèrent à la part jufqu'au
mois de Septembre 1780, que la comédie ceffa encore.
En 1783, Saint-Martin, 3 directeur de la comédie du Port-au-Prince & de
Saint-Marc, demanda un privilège pour mettre aux Cayes le fpeétacle de
cette dernière ville. Il fit même difpofer la falle, puis il laiffa fon
fans
exécution. Le 26 Octobre fuivant, M. de Rezan qui lui avait projet
ouvrit le théâtre,
fuccédé,
puis il mourut au mois de Juin 1784. M. Caze le remplaça
peu après & fuivit la direétion jufqu'en 1785, que des actionnaires la
Ils firent un fond de 66,000 livres, auxquels ils ajoutèrent
prirent.
21,500 livres fix
mois après, & avant Pâques 1786, ils avaient déjà été remplacés
M.
Duclos, auquel a fuccédé M. Efmenard, & la comédie a été
par
interrompue à
Pâques 1787.
Elle a repris à Pâques 1788, dans la falle dont je parle en ce
M. Efmenard a fait bâtir & qui eft formée d'un cliffonnage moment, , que
extérieur. Sa longueur totale eft de 118 pieds, fa largeur totale de 64. Le parterre a 32 pieds
Tttt 2
los, auquel a fuccédé M. Efmenard, & la comédie a été
par
interrompue à
Pâques 1787.
Elle a repris à Pâques 1788, dans la falle dont je parle en ce
M. Efmenard a fait bâtir & qui eft formée d'un cliffonnage moment, , que
extérieur. Sa longueur totale eft de 118 pieds, fa largeur totale de 64. Le parterre a 32 pieds
Tttt 2 --- Page 714 ---
700 DESCRIPTIO N DE LA P ARTIE
de long, l'orcheftre 8, le théâtre 42. On y voit deux rangs de loges de
chaque côté; chaque rang a T loges. Elles font difpofées de manière que rien
n'y gène la vue.
La décoration intérieure eft aflez gaie, uais les peintures du plafond font
tres-mauvaifes. On voit au' hant de l'avant-fcène un Apollon & des Mufes
dont lcs proportions 8 les traits annoncent que le climat a défiguré le Diea
du Permeffe, les Nceuf-Sceurs. Dans l'avant-fcène même font deux caryatides qui parailfent la porter. Pour mieux exprimer leurs efforts, le peintre
leur a fait rentrer le cou dans la poitrine & le menton fe trouve au bas de
l'eflomiac.
On regrette avec raifon que cette falle n'ait pas été conftruite fur la place,
où elle aurait été plus aéréc, avec des abords plus faciles, &c l'on aurait pu
y faire arriver par un large perron, qui aurait donné de la grace & de la
nobleffe à l'entrée. Au lieu de cela , on a été obligé de prendre le repos des
quatre marches du perron actuel dans le terrain de la falle même, de forte
que cC perron a l'air d'un grand marche-pied mis contre le mur dans la rue.
Pour rendre cette entrée plus ridicule encore, on en a ceintré le haut en
forme d'alcove, & au moyen d'une croifée mife fur le toit, le bâtiment a
l'air d'un pignon où ferait une fenêtre pour remplir des greniers. On compte
qu'il a coûté 120,000 livres. On paye aux loges deux gourdes, au parterre
une. Les gens de couleur font admis pour une demi-gourde. Un abonnement
annuel d'hommes eft de 500 liv.; un de femme 400, & un de mari & femme,
de 800 livres.
Les femmes viennent au fpectacle en déshabillés.
A l'extrémité Orientale de la rue des Foffés, qui eft au-deffus de la ruc
Traverfière, eft la demeure de M. Gentillon, qu'il faut compter comme
une petite habitation, au bas de laquelle eft la batterie de Ia Tourterelle.
On voit là un moulin à vent qui fert à moudre du mais.
Sur le côté Septentrional de la rue des Foflés & à l'oppofite de l'avant
dernier ilct qui précède le moulin Gentillon, , eft la place des Tanneurs, qui
a toute l'étendue d'un ilet & qui par conféquent donne auffi fur la rue du
Rempart. On vient d'en concéder la jouiffance pour 9 années, à la charge de
la rendre alors dans l'état d'une place publique.
L'ilet qui ef au-deflous de la place des Tanneurs &c celui dont il eft fuivi
és & à l'oppofite de l'avant
dernier ilct qui précède le moulin Gentillon, , eft la place des Tanneurs, qui
a toute l'étendue d'un ilet & qui par conféquent donne auffi fur la rue du
Rempart. On vient d'en concéder la jouiffance pour 9 années, à la charge de
la rendre alors dans l'état d'une place publique.
L'ilet qui ef au-deflous de la place des Tanneurs &c celui dont il eft fuivi --- Page 715 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE, 701
dans l'Oueft, donnant fur la rue des Foffés & fur la rue Traverfère, ont été
achetés par les francs-maçons de la loge des Frères-Réunis. Un lieu commode & très-agréablement décoré par le pinceau de quelques mcmbres, officiers de la marine, voit fe raffembler de tems en tems des hommes qui
préchent &c pratiquent l'amour de leurs femblables, & j'ai trouvé bien doux
d'y recevoir une adoption qui me fera toujours chère.
Sur le côté Nord & au coin des rues de Fleury & du Lagon, 2 eft la poudrière actuelle. Elle eft de maçonnerie, voûtée, couverte d'ardoifes &x entourée
d'un mur de clôture de 12 pieds de haut & de 2 pieds d'épailleur. M. de la
Merveillère eft d'avis qu'on la place dans la partie Nord-Oueft de la ville,
mais hors de fon enceinte.
Dans la rue de Bourbon entre celles Traverfière & de Fleury 1 eft, fur le
côté Eft, l'hôpital militaire.. C'eft une maifon particulière louée 5,000 livres
par. an. L'hôpital des Cayes eft à l'entreprife depuis la guerre de 1756. Cet
hôpital qui peut recevoir 50 lits, 3 eft compofé d'une falle , puis d'un cabinet
pour les vénériens. Il n'eft point fermé & n'a pour toute garde qu'un planton
qu'on chage tous les jours. Auffi les courfes font-elles fréquentes de l'hôpital
au cabaret, & la continence n'eft-elle la vertu que de ceux qui n'ont pas la force
d'en fortir. On y reçoit en outre les matelots & les pauvres. Cet hôpital a
donné de 1783 à 1786, pour taux moyen annuel, I mort fur IO malades.
On voit dans la rue du Pont, au coin de la rue de la Place Royale,
l'ancien palais de juftice. Cette rue tire fon nom d'un petit pont de bois,
fans lequel on ne pourrait pas y traverfer la rue de Bourbon.
Dans la rue des Cazernes, entre la rue Dauphine 8x celle de la Place
Royale & fur le côté Septentrional de celle-ci, eft l'églife paroifliale 1 mife
fous l'invocation de Notre-Dame de l'Affomption 1 comme l'était l'églife de
la paroiffe du Fond de IIle à Vache. Ainfi, les capitales des trois Parties de
la Colonie ont la nême patrone. Cette églife eft de maçonnerie, mais de fort
mauvais goût & très-obfcure. Ses bas-côtés n'ont que huit pieds de large. La
chaire, de bois d'acajou, a été fculptée en France avec quelques foins. Ses
quatre faces repréfentent les quatre évangéliftes avec leurs attributs. Le
deffus a un Saint-Efprit fous la forme d'une colombe, & elle eft furmontée
d'un ange tenant une trompette.
Le fond du choeur eft garni de vieilles tapifferies, dont les deffins font
devenus des énigmes. L'églife a des bancs.
. La
chaire, de bois d'acajou, a été fculptée en France avec quelques foins. Ses
quatre faces repréfentent les quatre évangéliftes avec leurs attributs. Le
deffus a un Saint-Efprit fous la forme d'une colombe, & elle eft furmontée
d'un ange tenant une trompette.
Le fond du choeur eft garni de vieilles tapifferies, dont les deffins font
devenus des énigmes. L'églife a des bancs. --- Page 716 ---
702 DESCRIPTION DE LA PARTIE
La nef eft aflez grande. A fon extrémité fupérieure eft, à droite, une
petite chapelle Oous l'invocation de la Vierge à laquelle en correfpond une
autre fur le côté oppofé, confacrée à Saint Pierre.
L'ilet au milieu de la face Sud duquel l'églife eft bâtie, a des mailons le
long des rues; on a laiffé feulement au Nord, derrière l'églife, un efpace
pour venir au clocher &c pour s'introduire dans la facriflie. Ces maifons font
à rez-de-chauffée, avec un galetas à très-grandes fenêtres. Elles font divifées
par logemens de 20 pieds. C'eft le réfultat d'une convention par laquelle
Ja paroiffe à qui cet ilet appartient, l'a affermé pour 9 ans, à la charge de
le bâtir de cette manière, fauf à elle à acheter alors les maifons au prix de
leur eftimation, ou à les laiffer enlever par le fermier. Les faces du Sud &
de l'Oueft font louées 300 liv. le logement 3. par an; celle de PEft 200 liv.
& celle du Nord IOO liv. feulement.
La Place Royale fur laquelle donne l'églife, a toutc l'étendue d'un ilet
augmentée des rues de trois faces, car celle du bas eft occupée par la batterie royale. Cette place eft mal remblayée, 9 & fert cependant encore de marché. On projette de n'y fouffrir que les marchands de marchandifes féches, &
de faire allerl les autres fur la place du marché où ils commencent à fe montrer.
Ony voit quatre boutiques de 14 pieds en carré, dont deux font aux angles du
Sud de la place, , & deux entre ces premières & l'églife ; elles appartiennent à
de petits marchands, qui ayant promis qu'elles feraient mobiles, ont fait
mettre une roulette à chaque bout.
Cette place aura une des fontaines projettées, & la troifième fera au-def.
fous d'elle fur le quai, pour l'aiguade des vaiffeaux. On en a évalué la
dépenfe totale à 100,000 liv., dont les caiffes publiques payeront la moitié,
& la paroiffe l'autre, en vendant alors les emplacemens qui entourent l'églife.
Sur le côté Eft de la Place Royale, eft la maifon qu'on loue 8,000 liv. par
an pour loger la garnifon des Cayes. Cette vitle a été fans troupes pendant un
très-long-tems. En 1764 on y envoya un bataillon du régiment de Forez.
Depuis 1783, les 300 hommes du régiment du Port-au-Prince qui tenaient
garnifon à Saint-Louis 7 ont été envoyés aux Cayes. Il arrive quelquefois que
la garnifon eft beaucoup moins forte.
En face de l'églile, mais donnant fur la rue du Parapet, eff un corps-de-
loger la garnifon des Cayes. Cette vitle a été fans troupes pendant un
très-long-tems. En 1764 on y envoya un bataillon du régiment de Forez.
Depuis 1783, les 300 hommes du régiment du Port-au-Prince qui tenaient
garnifon à Saint-Louis 7 ont été envoyés aux Cayes. Il arrive quelquefois que
la garnifon eft beaucoup moins forte.
En face de l'églile, mais donnant fur la rue du Parapet, eff un corps-de- --- Page 717 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE 703
garde de 41 piedls de long fur 21 de l'autre. La batterie royale le couvre aul
Sud. M. de Puyfégur qui a obfervé fur cette batterie, cn a trouvé la latitude
de 1S degrés, II minutes, IO fecondes, & la longitude de 76 degrés, IO
minutes, 30 fecondes.
Dans l'Oueft de la batterie &c fur le quai, eft un efpace où l'on,a formé un
ilet & conftruit des maifons, quoiqu'il eût été réfervé pour former une place
utile aux mouvemens du commerce; ; il convient de le rendre à fa deftination
première.
Les détails que la ville des Cayes offre encore, étant relatifs à fon commerce, & celui-ci fe faifant par mer, , il eft naturel de parler de la côte de la
paroifle & de fa défenfe.
Du Tapion de Cavaillon où cette côte commence 2 jufqu'à l'embouchure de
la rivière PIflet, ily a une très-forte lieue, d'un terrain bas 1 abordable &
falineux. Prefqu'entre les deux eft la pointe de Plilet, & à 70 toifes en avant
de celle-ci, l'ilet des Cayes, ou ilet du Carenage > ou ilet de la Compagnic, qui a environ 200 toifes du Nord au Sud, fur une largeur réduite de
120 toifes. Les bateaux & les barques peuvent pafler entre cet flet &c la
terre.
Sur la rive Orientale de la rivière PIfet, près de fon embouchure. , eft un
corps-de-garde. Il y a environ 200 toifes de cette embouchure à la pointe de la
Tourterelle, s qui forme , avec la pointe de PIflet, l'anfe de la Rivière où des
frégates viennent mouiller par IO braffes'; comme la pointe, de la Tourterelle
forme, avec celle d'Heurteil, l'anfe de la Tourterelle. A cette dernière, commence le bout Eft de la ville. De la pointe d'Heurteil, qui eft à environ 300
toifes plus loin que celle de la Tourterelle , à l'embouchure de la rivière des
Cayes ou Ravine du Sud, où finit la ville 1 il y a 470 toifes &c un quart de
lieue de cette embouchure à la rade de Chateaudun.
Le port des Cayes eft en face de la ville à laquelle il a furement donné
l'exiftence. Ce port, entouré de reflifs, a trois paffes.
Le grand reflif qui a environ une lieue carrée d'étendue, & qui découvre
vers fon Sud-Eft, ferme toute la rade au Sud, &c eft inacceflible pour tout
bâtiment au-deflus de 20 tonneaux. Encore faut-il que ceux qui en ont
moins, 3 prennent garde à des écueils à fleur d'eau qui fe prolongent jufqu'à
trois quarts de lieue dans PEf.
. Ce port, entouré de reflifs, a trois paffes.
Le grand reflif qui a environ une lieue carrée d'étendue, & qui découvre
vers fon Sud-Eft, ferme toute la rade au Sud, &c eft inacceflible pour tout
bâtiment au-deflus de 20 tonneaux. Encore faut-il que ceux qui en ont
moins, 3 prennent garde à des écueils à fleur d'eau qui fe prolongent jufqu'à
trois quarts de lieue dans PEf. --- Page 718 ---
704 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Le petit refif ell dans le Nord du grand. Ses pointes de roche découvrent à
balle marée.
Le reflif du milieu eft au Nord du commencement Et du petit reffif. Il ne
découvre point ni le prolongement qu'il a dans la rade. Mais malgré 4 ou
5 pieds d'eau , les brifans le font toujours bien diftinguer.
La grande-pafle de la rade des Cayes eft entre le petit reflif & le reffif du
milieu, avec quatre braffes &c demie & cinq brafles d'eau. Prefqu'au milieu
de cette paffe eft une roche fur laquelle il n'y a que. dix à douze pieds d'eau à
baffe marée.
La petite-pafle eft entre le reffif du milieu & celui qui prolonge la pointe
d'Heurteil. Comme elle n'a que deux à trois braffes d'eau, elle ne fert
qu'aux barques & aux canots.
La troifième paile eft entre l'extrémité Occidentale du petit reflif & la
pointe de Chateaudun, avec 2& 3 brafles d'eau; elle ne peut être employée non plus que par les canots &c les chaloupes.
On voit par ces détails, que le port des Cayes ne peut recevoir que des
bâtimens au-deffous de 300 tonneaux, les autres font obligés d'aller dans la
rade de Chateaudun, qui forme un affez bon mouillage. Cette rade eft
formée par le grand reflif, quelques petits reffifs & la terre. Elle n'a qu'une
lieue de long dans le fens de la côte, fur 3 ou 400 toifes de large. On y pénètre par une paffe qui eft entre le grand reflif, qu'il faut doubler dans le
Sud, & un petit reffif, & par 5 à 6 brafles d'eau; l'on en approche jufqu'à
fe trouver à un quart de lieue de Ia ville, Les frégates y mouillent.
Le port des Cayes eft expofé à tous les vents, &c ceux du Sud y font courir
les plus grands dangers, comme j'en citerai bientôt des preuves. Aufli a.t-on
vu que depuis 1752, on contraint les bâtimens qui s'y trouvent, à aller
paffer dans la baie des Flamands la faifon de Thivernage, qui eft celle de
ces vents. L'inexécution en a même été payée cher quclquefois. Cette néceffité me fournit l'occafion de dire (qu'il eft inconcevable que cette baie
ne foit pas donnée à l'Amirauté des Cayes dont on peut dire qu'elle dépend
par le fait.
D'ailleurs le port des Cayes fe comble d'une manière fi rapide, qu'on
pourrait prefque dire que l'époque où il fera à peine praticable pour
lcs bâtimens du commerce d'Europe, n'eft pas extrèmement éloignée. Il n'eft
prefque
ceffité me fournit l'occafion de dire (qu'il eft inconcevable que cette baie
ne foit pas donnée à l'Amirauté des Cayes dont on peut dire qu'elle dépend
par le fait.
D'ailleurs le port des Cayes fe comble d'une manière fi rapide, qu'on
pourrait prefque dire que l'époque où il fera à peine praticable pour
lcs bâtimens du commerce d'Europe, n'eft pas extrèmement éloignée. Il n'eft
prefque --- Page 719 ---
PRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
prefque pas de navires qui n'y touchent en entrant ou en fortant. Des perfonnes
avaient penfé qu'une jettée en avant de la batterie d'Heurteil, aurait arrêté les
dépôts; ; mais M. de la Merveillère affure que les jettées dans les mers où les
courans font conftans , hâtent le remblai des parties inférieures en y. produifant
le repos; & il rappelle même, à cet égard, que Vauban ne fut défabufé qu'après
une tentativeinfrudueufe de ce genre qu'il avait faite à Cette en Languedoc.
Selon les époques de l'année, le port des Cayes a depuis 28 jufqu'à 40
navires de long cours. Il en vient maintenant environ 50 par an, dont Bordeaux & Nantes fourniffent la majeure partie. Il y arrive envircn trente
bâtimens des Etats-Unis d'Amérique, quelques Efpagnols & des Curaçaoliens;
car les Cayes font un des ports d'entrepôt 2 d'après l'arrêt du Confeil d'Etat
du 30 Août 1784.
Pour tranfporter les denrées des lieux qui font entrc Saint-Louis &c Ia
pointe de l'Abacou, on fe fert de canots affez pincés de l'avant avec deux
mâts dont chacun reçoit une voile. Ces canots portent jufqu'à 12 & 14 bariques
de fucre, & ont dix negrès rameurs. On les appelle pirogues du pays.
Dans la Partie du Sud, les avirons font faits d'une branche droite, au bas
de laquelle eft une nageoire taillée en écran & qu'on applique avec une corde
fur le manche, , où on laiffe deux trous pour cet effet. Cet aviron moins folide
que ceux d'une feule pièce, eft très-léger.
Les capitaines des navires de France font la commiflion aux Cayes. C'eftà-dire, que fur des demandes détaillées , ils y apportent des objets qui leur font
payés à raifon de 200 liv. de la Colonie 2 pour IOO liv. tournois de la faéture
quittancée.
La rareté du numéraire fait qu'on prend à crédit chez le
boulanger 3 chez
le boucher, & on paye par reviremens. C'eft une véritable circulation de
mandats. , de délégations 1 & une efpèce de commerce d'échange.
Les difficultés du port des Cayes y ont fait établir un capitaine de port depuis
long-tems. Les Adminiftrateurs ont fixé fes devoirs & fes droits par une
ordonnance du 30 Septembre 1772. Il en a auffi la police qui là, comme dans
les autres ports, a pour objet la confervation du port, la fureté des bâtimens,
& le foin de prévenir les accidens du feu.
La première prorection qu'ait eu le port des Cayes > fut une batterie en terre
que M. de Vaudreuil y fitfaire par ordre de Larnage à la place royale en 1740,
"Tome II.
V V V V
fes droits par une
ordonnance du 30 Septembre 1772. Il en a auffi la police qui là, comme dans
les autres ports, a pour objet la confervation du port, la fureté des bâtimens,
& le foin de prévenir les accidens du feu.
La première prorection qu'ait eu le port des Cayes > fut une batterie en terre
que M. de Vaudreuil y fitfaire par ordre de Larnage à la place royale en 1740,
"Tome II.
V V V V --- Page 720 ---
706 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Pendant la guerre de 1748, iln'y en eut point d'autres ; mais durant celle de
1756 on mit la batterie royale en pierre de taille avec une garde de grenadiersmilices, & l'on en éleva une nouvelle à la pointe d'Heurteil où étoit un
pofte de gens de couleur, & une à barbette à la pointe à Raimond, à environ
130 toifes dans POueft de la batterie royale 1 avec un détachement de cavaleriemilice ; cette dernière n'exitte plus.
La batterie de la pointe de la Tourterelle a été faite en 1775, &c celle de la
pointe d'Heurteil a été réparée au commencement de la guerre de 1778, & on
en a mis une à la pointe de la Tourterelle. Il eft à remarquer que tandis que la mer
s'éloigne de la battecie royale, elle avance fur celle d'Heurteil.
Les bâtimens de guerre ne po: vant pas entrer dans le port des Cayes, cette
ville eft hors de leuriniuite. Ils pourraient cependant s'en approcher d'affez près
extérieurement pour que leurs feux puffent l'atteindre. Mais il faudrait un vent de
Nord ou de Nord Oueft pour fe retirer, & ce vent qui ne fouffle que la nuit,eft
quelquefois 8 ou IO jours fans fe faire fentir, & la brife du large ferait courir
plus d'un danger pendant ce long intervalle.
Les Cayes font donc uffilamment protegées dans l'état aétuel 1 mais il faut
pour cela tenir les batteries de la? Tourterelle & d'Heurteil en bon état, & avancer cette dernière vers la mer.
QJant à la batterie royale , qui eft de terre avec un coffre de maçonnerie ;
elle eft f rentrée & fi mal fituée, que tout le monde avoue la néceffité de la démolir. On aura alors un quai, en avant duquel on conftruira l'aiguade d'autant
plus utile à former 3 que fi l'on redreffe le lit de la ravine du Sud, fon embouchure
qui admet à préfent des bateaux de 80 tonneaux jufqu'à environ IOO pas, & où les
chaloupes vontjufqu'à 800 pas faire de l'eau, n'offrira plus cette reffource. On
mettra auffi au quai deux calles pour faciliter tous les tranfports maririmes. Il
faudrait une autre batterie, vers l'embouchure du nouveau canal de redreffement,
mais où l'on ajouterait des mortiers pour la proteétion de la rade de Chateaudun.
M. de la Merveillère penfe auffi, comme M: Duportal, qu'il ne faut pas en
démoliffant la batterie royale 1 laiffer la place royale ouverte au Sud. Il propofe
de concéder des emplacemens dans cette partie & d'y laifferle corps-de- garde,
ce qui la rendra tnoins nue & défendra des effets de la brife, > les marchandiles
qu'on y étale.
La retraite des Cayes eft, d'après tous leshommes du métier, àl'Afile fur la
i, comme M: Duportal, qu'il ne faut pas en
démoliffant la batterie royale 1 laiffer la place royale ouverte au Sud. Il propofe
de concéder des emplacemens dans cette partie & d'y laifferle corps-de- garde,
ce qui la rendra tnoins nue & défendra des effets de la brife, > les marchandiles
qu'on y étale.
La retraite des Cayes eft, d'après tous leshommes du métier, àl'Afile fur la --- Page 721 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DO MINGU E. 707
paroifle d'Acquin en gagnant par le canton du Parc la gorge de Cavaillon.
Le fond de l'Ile à Vache eut, comme je l'ai rapporté, 1 dès 1667, un officiermajor dans M. de Beauregard, puis de Graffe comme major commandant depuis
1688 jufqu'en l'écablifiement 1691.
fut réelleient confolidé, le fond de l'Ie à Vache reçut
alors Lorfque M. de Beauregard, mais comme lieutenant de roi. Puis en 1699 M. de Paty
le remplaça, & la lieutenance de roi pafa à Saint-Louis où réfidait le direéteur de
la Compagnie de Saint-Domingue.
Les Cayes reftituées au domaine royal par la Compagnie reftèrent encore fans
État-major jufqu'én 1724 que > d'après le compte rendu par M. de Champà
d'y établir une garnifon de 50 hommes et une
mellin 1 le roi jugea propos
majorité à laquelle M. la Biche de Reignefort fut nommé. En 1732 on fupprima
la majorité et. M. la Biche fut fait lieutenant de roi. En 1735 ce fut la lieuteroi
&x M. de Vaudreuil fut nommé major. En 1740,
nance de qu'on fupprima
plus de majorité & M. de Vaudreuil devint lieutenant de roi.
En 1756 nouvelle majorité mais avec la lieutenance de roi, ce que confirma
l'ordonnance du roi du 23 Juillet 1759. Celle du 24 Mars 1763 n'y laiffa rien, &
celle du 15 Mars 1769 y mit un major.
Le 19. Juillet 1776 fuppreffion du major, rétabliffement du lieutenant de roi, &
le 20 Décembre 1783, le major rétabli & le lieutenant de roi fupprimé.
J'ai dit à l'article de Saint-Louis, que lc commandant de la partie du Sud avait
toujours réfidé dans cette villejufqu'en 1763, que le Commandant en fecond créé
le remplacer eut fa réfidence fixée au Petit-Goave, d'oà l'ordonnance du 15
pour Mars 1769 le fit paffer à Saint-Louis. Le 22Avril 1776, M. de Sedieres obtint
la permiflion d'allerréfider aux Cayes. M. d'Argout, gouverneur général, donna
la même permiffion à M. de Pardaillan le 16 Janvier 1778. M. d'Autichamp
l'eut auffi en 1780, & enfin l'ordonnance du roi du 20 Décembre 1783, a décidé
le Commandant en fecond de la partie du Sud habitera les Cayes.
que
l'ordonLes Cayes ont eu auffi un aide-major. depuis 1727 jufqu'en 1763;
nance de 1769 le rétablit. Depuis 1783 iln'y a plus abfolument aux Cayes que
le Commandant en fecond de la partie du Sud & un major.
Les Cayes ont toujours un officier d'adminiftration de la marine; On y voit un
garde-magafin de la marine, un garde-magalin d'artilierie, un tréforier des invalides de la marine 5 un prévôt, un exempt, 2 brigadiers, 8 archers, & $
Vvvv2
ance de 1769 le rétablit. Depuis 1783 iln'y a plus abfolument aux Cayes que
le Commandant en fecond de la partie du Sud & un major.
Les Cayes ont toujours un officier d'adminiftration de la marine; On y voit un
garde-magafin de la marine, un garde-magalin d'artilierie, un tréforier des invalides de la marine 5 un prévôt, un exempt, 2 brigadiers, 8 archers, & $
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703 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
adjoints de maréchauftée; un médecin, un chirurgien et un apothicaire du roi;
un chirurgien-major de l'amirauté; plufieurs autres médecins & chirurgiens;
un arpenteur général, un arpenteur général adjoint & un voyer général; un
arpenteur principal; plufieurs voyers, pluficurs arpenteurs, & un direéteur
de pofte.
Le bureau des claffs de la marine y coûte 4,000 liv. de loyer par an, &
celui de l'entrepôt 6,000 liv.
C'eft aux Cayes que réfide l'ingénieur en chef de la partie du Sud,
La confommationj journalière de la ville des Cayes eft de 20 barils de farine
pelànt 180 livres net; II ou 1,200livres de viande debceufou de veau 3 3 à
400 livres de mouton ; 4à 500 livres de cochon.
Hy a depuis 1787, 7 cabrouets établis par un particulier. On les paye 30
fous par voyage.
Un cheval de louage y coûte 2 gourdes par jour. La corde de bois à brûler
cubant 123 pieds, vaut de 60 à 56 liv.
On y employe déja du bois de charpente des États-Unis d'Amérique, &
la brique & les carreaux viennent de France.
La population de la ville des Cayes peut-être évaluée comme il fuit: :
Blancs
1,250
Affranchis
Efclaves
3,000
Garnifon et rade
1,ICO
Total
5,650 Individus.
Il y a pourla ville des Cayes, IO nègres de la chaîne publique > logés à
une de fes extrémités.
Il y a très-peu de fociété dans la ville des Cayes. Cette cité n'a du mouvement & de la gaité que le dimanche 3 parce que les habitans de la plaine
y affluent > que leurs voituresy produifent de l'agitation, & que les nègres qui
viennent au marché animent cette enceinte.
Dans la partic du Sud, depuis les Cayes jufqu'à Jérémie, les Africains
gres de la chaîne publique > logés à
une de fes extrémités.
Il y a très-peu de fociété dans la ville des Cayes. Cette cité n'a du mouvement & de la gaité que le dimanche 3 parce que les habitans de la plaine
y affluent > que leurs voituresy produifent de l'agitation, & que les nègres qui
viennent au marché animent cette enceinte.
Dans la partic du Sud, depuis les Cayes jufqu'à Jérémie, les Africains --- Page 723 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 709
efclaves conduifent leurs camarades jufqu'au cimitière > en formant une foule
confidérable. Les femnmes chantent & battent des mains en avant du corps,
que les nègres fuivent. Un nègre eft auprès du cercueil avec un bamboula
qu'il frappe de tems en tems d'une manière lugubre.
Le cimetière qui était autrefois autour de l'églife, a été mis à l'extrémité de
la. rue de Fleury > mais hors le foffé de la ville, non loin de la rivière des
Cayes, & fur une portion du terrein échangé avec M. Ofhiel. Il a 60 toiles
en carré, une haie l'entoure. M. de la Merveillère eft d'avis qu'on l'éloigne
encore dans l'Oucit, après avoir changé le lic de la ravine du Sud.
Plus haut que le cimetière, font les boucheries qu'on a fagément retirées de
la ville où elles caulaient de l'infection.
Pour terminer fur la ville, je dirai que dans les plans de M. de la Merveillère,
il réferve 4 Ilets pour y bâtir des cazernes, un bâtiment pour le Commandant
en fecond, une portion de terrain pour un arfenal, une pour un hôpital & une
pour une Providence.
Si une indifférence dont Saint-Domingue n'a offert que trop de preuves, fur tout
autrefois, n'avait pas été commune à la Partie du Sud, > les Cayes auraient
depuis long-tems une Providence.
Le 6 Janvier 1737, M. Jean-Baptifte Stafford, natif d'Oxford en Irlande 7
naturalifé Français en 1714, fit un teftament portant qu'il voulait que fon
habitation même & fes dépendanccs, fulfent converties en un hôpital pour le
foulagement des pauvres de la colonie, laiffant. aux paroiffiens des Cayes à
choifir deux adminiftrateurs, & mettant pour condition expreffe, que les religieux
de la Charité feraient exclus de cette régie. Et dans le cas oû fa volonté ferait
non-accomplie, il déclara inftituer Mad. Pellerin 8z fes enfans pour fes
héritiers univerlels.
Quoique cet être bienveillant fût mort peu de jours après ce teftament, fes
exécuteurs teftamentaires ne s'adrefferent que le 22 Février 1740 aux Adminiftrateurs qui permirent aux habitans de s'affembler, &c ceux-ci choifirent deux
adminiftrateurs pour l'habitation.
Larnage & Maillart, en rendant compte au miniftre de cette donation,
pensèrent qu'il convenait de laiffer liquider la fucceflion de fes dettes & des
legs particuliers ; & le miniftre approuva cette idée. Le 21 Août 1744, il
demanda à 1on tour des renteigncmens, & les Adminiftrateurs lui répondirent
nt aux habitans de s'affembler, &c ceux-ci choifirent deux
adminiftrateurs pour l'habitation.
Larnage & Maillart, en rendant compte au miniftre de cette donation,
pensèrent qu'il convenait de laiffer liquider la fucceflion de fes dettes & des
legs particuliers ; & le miniftre approuva cette idée. Le 21 Août 1744, il
demanda à 1on tour des renteigncmens, & les Adminiftrateurs lui répondirent --- Page 724 ---
910 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
le Ier. Août de l'année fuivante, que la fucceflion était fans dettes; &en
effet, d'après une délibération de la paroiffe qui avait voté fix lits, on avait
commencé à y recevoir des malades dès le 21 Février. Ils demandèrent alors
des lettres-patentes, en vantant l'établiffement & défirant qu'on y mit des
hofpitalières. 3 parçe qu'elles fe chargeraient en même-tems de l'éducation des
jeunes demoifelles, fauf à laiffer les deux adminiftrateurs choifis par la paroiffe,
chargés de la régie de l'habitation confidérée comme manufacture.
Le 5 Août 1746, Mde. veuve Pellerin demanda, devant le juge de SaintLouis, un compte de l'adminiftration des biens. En 1751, M. de LaporteLalanne, intendant, s'évoqua l'affaire, mais un ordre du miniftre, du 4 Avril
1760, enjoignit à M. de Clugny, fon fucceffeur, de la renvoyer aux
juges ordinaires, ce qu'il fit le 20 Avril 1761. Le 14 Août fuivant, MM.
Pellerin fils, à caufe du décès de leur mère, furent envoyés en poffeffion de
la fucceflion.
Les habitans des Cayes firent appel de ce jugement du Sénéchal de SaintLouis, qu'un arrêt du confeil du Port-au-Prince confirma le 9 Décembre 1763,
& Ia mife en poffeffion eut lieu le 28 Janvier 1764.
A la mort de Stafford, la fucceflion s'élevait à 187,960 liv. 171, & les
charges à 103,202 liv. 18 f.; de forte qu'il ne reftait pour former l'hôpital
que 84757 liv. 18 f, & quoique depuis 1745 jufqu'au dernier Décembre 1762
on y eût reçu environ 150 malades par an, les biens valaient 710,000 livres, e
ce qui formait un bénéfice de 625,00 livres, dont MM. Pellerin fe trouvèrent
pofleffeurs.
Le 6 Avril 1764, le roi ordonna aux Adminiftrateurs de fufpendre le premier arrêt, & le confeil du Port-au-Prince en rendit un autre le 23 Juillet
qui révoqua le précédent. MM. Pellerin furent donc dépoffédés le 13 Août.
Il était affez vraifemblable, d'après ces derniers aêtes, que les pauvres
rentreraient dans cet afile ; mais loin de là, un arrêt du confeil des Dépêches,
daté du II Février 1765, confirma le premier qu'avait rendu le confeil du
Port-au-Prince.
Ainfi lcs pauvres fe font trouvés dépouillés $ après une pofleffion réelle de
25 ans, &c le miniftre a écrit aux Adminiftrateurs, le 27 Février 1765, en
leur envoyant l'arrêt du II, que la lettre du 4 Avril 1760, par laquelle M.
Berricr ordonnait, au nom du roi; à M. de Clugny, de renvoyer le procès
qu'avait rendu le confeil du
Port-au-Prince.
Ainfi lcs pauvres fe font trouvés dépouillés $ après une pofleffion réelle de
25 ans, &c le miniftre a écrit aux Adminiftrateurs, le 27 Février 1765, en
leur envoyant l'arrêt du II, que la lettre du 4 Avril 1760, par laquelle M.
Berricr ordonnait, au nom du roi; à M. de Clugny, de renvoyer le procès --- Page 725 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 711
fait par Mde. Pellerin devant le juge de Saint-Louis, était un refus de Sa
Maje/té de doaner fon approbation à létabifement. Et comme cette induction
n'était pas d'une évidence irréfiftible 1 le miniftre ajoute qu'il a été reconnu
que l'établifement d'un bôpital aux Cayes êtait fans objet 3 parce que ce Quartier
Étant un des pius ricbes de la Colonie, ancun babitant 1e Je ferait tranfporter 2
Pbopital ni n'y enverraitfon économe, E5 qu'erfin aucun négociant , aucun marcband
n'y aurait recours pour eux ni pour leurs commis. Enfin, pour que l'efprit fàt
auffi affligé que le coeur dans cette étrange affaire, la lettre dit encore que
d'un autre côté ona confidéré qu'il en avait coitfimmenfément aux feurs Pellerin
enfrais E3 en voyages dAmèrique, & qu'il n'aurait pas été jufte de les rendre
victimes de leur bonne foi 83 de leurs droits.
Non fans doute, les 615 malades qui, à ne compter que du 25 Novembre
1756 au 31 Juillet 1761, avaient trouvé dans ce lieu 'un refuge contre la
misère ou la douleur, ou qui avaient reçu au moips les regards de la pitié
avant de defcendre au cercueil, n'étaient ni des habitans de cette plaine des
Cayes préfentée comme fi riche en 1765, ni des négocians, ni leurs prépofés,
dont ils favent prendre foin lorfque la maladie les accable. Mais enfin c'étaient
des hommes, des hommes fans reffources, des hommes dont la Colonie a
aufli befoin & que le_gouvernement a toujours le devoir de ne pas laiffer périr
faute de fecours.
Et à préfent que les Cayes font certainement bien plus riches qu'alors,
pourquoi eft-il encore des êtres qui, fans l'admiffion que les Adminiftratcurs
leur font donner lorfqu'ils en font très-I follicités, dans l'hôpital, aux frais du roi,
mouraient au milieu des rues Qu des chemins > ou fur le rivage ? Ah! Larnage
& Maillart, que n'avez-vous affez vécu pour protéger cette ceuvre de bienfaifance! Ton voeu, vertueux Stafford, ferait accompli, & l'on n'aurait pas
tourné contre ceux que tu avais adoptés les premiers, la confidération des
immenfes dépenfes de deux individus, allant dans la Colonie pour y donner
Tunique exemple qu'elle ait encore vu dans fon fein, d'avides légataires
chaffant les pauvres d'un lieu que celui qu'ils prétendent repréienterleur avait
ouvert.
L'habitation Stafford eft à trois quarts de licue dans le Nord de la ville des
Cayes. La moitié en a 6t3 vendue à l'un de Mii. de Tareth.
MI. Antoine Trentignon de Nimes, habitant de in piaie des Cajeg, Rt,
allant dans la Colonie pour y donner
Tunique exemple qu'elle ait encore vu dans fon fein, d'avides légataires
chaffant les pauvres d'un lieu que celui qu'ils prétendent repréienterleur avait
ouvert.
L'habitation Stafford eft à trois quarts de licue dans le Nord de la ville des
Cayes. La moitié en a 6t3 vendue à l'un de Mii. de Tareth.
MI. Antoine Trentignon de Nimes, habitant de in piaie des Cajeg, Rt, --- Page 726 ---
912 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
le 29Avril 1745,un teftament par lequel il donne aux pauvres de l'hôpital.
général & à ceux de l'hôtel-Dieu de fa ville natale, aux pauvres des Cayes
& à ceux de Torbec, fes biens à divifer en quatre.
Etant mort fur l'unc de fes habitations, le 8 Mai 1747, M. de ja Raifnie
fon affocié & fon exécuteur tefiamentaire, auquel il avait donné le droit de
garder les biens en nature en en payant la valeur, fit faire un inventaire qui
fixa la part de M. Trentignon à 450 &c quelques mille livres.
En 1755, le procureur du roi de la Sénéchaufiée de Saint-Louis fit recoler
T'inventaire, & la part des pauyres des deux paroiffes de Ia Colonie s'éleva
à 360 mille livres.
Peu après, M. Picot, officier de PÉtat-major de la Colonie, époufa Ia
veuve la Raifnie, Il a tranfigé en 1765 avec les deux hôpitaux de Nimes.
J'ignore ce qu'eft devenue la réclamation des pauvres des Cayes & de Torbec depuis 1770. On projettait alors de deftiner cet objet à une Providence.
La population de la paroiffe des Cayes, fans compter celle de la ville," eft
dc 536 blancs, 300 affranchis & 12,000 efclaves.
La milice totale eft de 275 blancs & 275 affranchis, divifés en 4 compagnies blanches, une de dragons mulâtres, une de dragons nègres & une de
fufiliers de couleur.
La paroiffe contient actuellement 49 fucreries où l'on voit 54 moulins, dont
28 àe eau : treize de ces fucreries font du fucre blanc; ily a 50 cafeteries, 8 indigoteries, 6 cotonneries. ; plufieurs habitations ont, comme celle des héritiers
Girard & celles Walfh, des poteries 7 mais pour leur propre ufage. M. Bourgjoly a refufé de M. le Chevalier Dufrettey 3 habitant à Acquin, 15,000 liv.
pour un mulâtre potier, qui a appris fon métier en France.
On compte dans la paroiffe des Cayes 2,000 mulets, 400 chevaux & 2,000
bêtes à cornes.
Le climat de cette paroiffe offre deux faifons annuelles marquées l'une
pluvicufe, d'Avril en OCtobre ; l'autre fèche, d'Oétobre en Avril. La première
fe manifefte par des orages d'abord lointains qui fe rapprochent, & quant aux
difances &c quant aux intervalles. Les pluies abondantes arrivent vers la fin de
Mai & durent pendant les mois de Juin & de Juillet. Les grandes chaleurs
fe montrent en Août & en Septembre, puis des orages, quelquefois exceflivement pluvieux, reparoillent, 9 en s'éloignant, pour faire place à la faifon féche.
Les
Avril. La première
fe manifefte par des orages d'abord lointains qui fe rapprochent, & quant aux
difances &c quant aux intervalles. Les pluies abondantes arrivent vers la fin de
Mai & durent pendant les mois de Juin & de Juillet. Les grandes chaleurs
fe montrent en Août & en Septembre, puis des orages, quelquefois exceflivement pluvieux, reparoillent, 9 en s'éloignant, pour faire place à la faifon féche.
Les --- Page 727 ---
F R. ANÇAISE DE SAINT-DOMINGU E. 713
Les orages viennent prefque toujours de PEf 8 fondent principalement
fur la ville, de telle manière que quelquefois à 7 ou 800 toifes de fon enceinte
on n'en reçoit point d'eau. Les pluies viennent du même point; cependant tous
les vents font pluvieux en Juin & en Juillet.
Il arrive là, comme dans le refte de la Colonie 3 que les époques des faifons
femblent quelquefois interverties parce qu'il en eft d'extrémement pluvieufes,
ou de très-féches ; 1782, 1783, 1784 & Septembre 1785 ont été du premier
genre, & Mars 1786 fut fec. Le taux annuel moyen des pluies eft de 70à75
pouces.
Les brifes alternatives du large & de terre rafraichiffent l'air. La première
vient de PEf-Sud-Eft &t du Sud-Eft, & la feconde du Nord au Nord-Oueft.
Les Vents de Nord font reffentir du froid, depuis le mois de Décembre
jufqu'à celui de Mars, &c les anciens colons les redoutent pour leur fanté.
En 1680 il; y eut un fort ouragan.
Dans la nuit du 21 au 22 Septembre 1751, un autre jetta à la côte tous les
bâtimens qui étaient aux Cayes, & il amena l'ordonnance du 2 Janvier 1752,
qui oblige à aller hiverner dans la baie des Flamands.
A la pointe du jour du 17 Septembre 1754, tout était calme ; à fept heures
la mer s'agita & groflit fans vent jufqu'à IO heures, qu'il commença à fouffler
du Nord avec beaucoup de véhémence. A II heures il paffa au Nord-Eft,y
refla jufqu'à 3 & fut plus impétueux qu'auparavant. Il jetta alors à la côte
bâtimens de Bordeaux, 2 de Nantes, un du Havre 9 5 caboteurs dans la
rade des Cayes ; deux de Bordeaux, un de Nantes , & un de Dunkerque, à
la rade de Chateaudun , découvrit la plupart des maifons de la ville 8c renverla
les moins fortes. A 4 heures le vent fe rangea à PER-Sud-Ef,8 fut encore
très-violent jufqu'à minuit. La pluie ne ccffa point le 17 depuis onze heures du
matin, tout le 18 & une partie du 19, & le vent était encore fort ce dernier
jour qu'il y eut un coup de Sud. La ravine du Sud déborda à une grande
hauteur dans la ville. La plaine fut ravagée. Le 21 il fit du tonnerre &c la
foudre confuma le mât de mifaine qui reftait feul à un bâtiment jetté fur la
côte. Le mauvais tems dura jufqu'au 22. Six bâtimens tinrent à l'ancre aux
Cayes & 4 à Chateaudun. Il n'y eut que cinq perfonnes noyées.
L'ouragan du mois de Septembre 1756 fit auffi de grands ravages.
Dans celui de la nuit du 4 au 5 Août 1772, de 14 vaiffeaux marchands qui
étaient mouillés dans la rade des Cayes, onze furent jettés à la côte. Il y eut
Tome II.
X X X X
22. Six bâtimens tinrent à l'ancre aux
Cayes & 4 à Chateaudun. Il n'y eut que cinq perfonnes noyées.
L'ouragan du mois de Septembre 1756 fit auffi de grands ravages.
Dans celui de la nuit du 4 au 5 Août 1772, de 14 vaiffeaux marchands qui
étaient mouillés dans la rade des Cayes, onze furent jettés à la côte. Il y eut
Tome II.
X X X X --- Page 728 ---
114 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
6 pieds d'eau dans la ville par le débordement des rivières, & il fallut
traniporter les malades de l'hôpital en pirogues. La plaine n'offrait plus qu'un
déchirant pectacle.
Dans la nuit du 27 au 28 Août 1775, 9 nouvel ouragan.
Enfin le 16 &c le 17 Août 1788, - on en a encore éprouvé un, où le vent a
paffé du Nord à l'Oueft avec violence & a exercé fa fureur au Sud.
Lcs accidens du tonncrre font caufe qu'on a mis des paratonnerres fur
quelques maifons de la ville & de la plaine.
Le 9 Avril 1766 la comête fut vue aux Cayes à la même heure qu'au Portau-Prince & avec les mêmes circonftances. On l'y a diftinguée pendant 7 jours.
A Ia même heure auffi qu'au Port-au-Prince, on reffentit aux Cayes l'affreux
tremblement de terre du 3 Juin 1770. Les bâtimens récens de maçonnerie en
fouffrirent beaucoup, & quelques-uns tombèrent. Les cazernes qui logeaient
3 compagnies & demie furent rendues inhabitables. Perfonne n'y périt, & un
foldat eut même le courage généreux d'y entrer pendant la fecouffe, 3 pour
ouvrir la porte d'un cabinet où M. la Roque était prifonnier pour les troubles
relatifs au rétabliffement des milices. La croix de fer qui eft au-deffus de la
façade de l'églife, fut tournée dans une direction qui la mit à angle droit avec
fa dircétion ordinaire. La terre s'entr'ouvrit dans plufieurs endroits du bord de
la mer, 8c une partie du rivage s'abaiffa de près de fix pouces. Il fortit tout-àcoup de ces ouvertures une odeur fulfureufe, &c il s'y déclara plufieurs fources. e
Une demi-heure après le tremblement de terre, il y eut une fecouffe affez
violente & à minuit une très-petite, qui fut Ia dernière. La petite rivière
des Carpes s'accrut de neuf pieds, déborda & tarit fur le champ. Elle
reprit enfuite fon cours naturel. La plaine fouffrit très-peu, & ce tremblement
de terre ne fit perdre la vie à perfonne. Le 20 Septembre fuivant, ily eut
une fecouffe très-violente à 5 heures 1 IO minutes du foir.
Dans la nuit du 29 au 30 Septembre 1786, on en a reffenti deux fecoufles
allez violertes accompagnées d'un bruit fourd.
La vraie faifon des maladies eft aux Cayes celle de la chaleur, qui jointe a
Phumidité difpofe aux fièvres intermittentes & putrides. A la fin de Phivernage les maux de gorge 1 les fluxions de poitrine fe montrent, accompagnés de
putridité à caufe des orages &c de pluies quelquefois exceflives. Les catharres, les rhumatifmes, les diarrhées. les fux diffenteriqaes caraétérifent
uit fourd.
La vraie faifon des maladies eft aux Cayes celle de la chaleur, qui jointe a
Phumidité difpofe aux fièvres intermittentes & putrides. A la fin de Phivernage les maux de gorge 1 les fluxions de poitrine fe montrent, accompagnés de
putridité à caufe des orages &c de pluies quelquefois exceflives. Les catharres, les rhumatifmes, les diarrhées. les fux diffenteriqaes caraétérifent --- Page 729 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 715
les années pluvicufes, & Ies habitations voifines de la ville participent à fon
peu de falubrité. Dans ces années les animaux importés, & fur tout ceux des
États-Unis périllent en grand nombre.
La ville eft mal faine à caufe de fon fol aquatique. La partie qui environne
la ravine du Sud & la place d'entrée le font davantage 1 mais moins cependant que la partie Orientale de la ville. C'eft la que la petite vérole eft communément d'un très-mauvais caractère. Les logemens mal-fains des gens de
couleur, les falaifons avariées qu'on fouffre qu'ils achetent des Américains, en
font des caufes principales.
Une autre caufe générale d'infalubrité pour la ville 9 ce font les cours des
maifons. Plus étendues que celles du Cap-Français elle ne font point pavées 3
& ce font autant de cloaques après les pluies. On a dans ces cours * des puits
d'une eau faumâtre, d'une mauvaife odeur &c très-mal-propre.
Après ces détails on conçoit aifement que les dartreux font très-communs.
aux Cayes 1 &qu'on y. voit auffi quelques Jépreux. Les ophtalmies n'y font
pas rares.
La manière dont.l'importation des nègres y a lieu 3 a fait perdre P'habitude
d'y vifiter les négriers. Aufli yintroduifirent-ils la petite vérole en 1786. Elle
fit des ravages dans la plaine où l'inoculation n'a pas obtenu la confiance
qu'elle mérite, & où l'on en eft encore à la vieille méthode, du fil impregné
de pus variolique laifsé dans une plaie faite pour fon infertion.
Le magnétifme a eu dans la Partie du Sud fes difciples & fes apôtres, &c par
conféquent fes miracles. Il a auffi été perfécuté par le ridicule > & enfin il eft
mort dans toutes les croyances 9 excepté dans celles qui admettent la
réfurrection.
Il y a aux Cayes plufieurs négreffes d'une très-grofle corpulence 2 &
d'une ftature que cette corpulence n'empéclie pas de paraître grande.
Les légumes ne font pas aufli beaux aux Cayes qu'au Port-au-Prince; les
artichaux n'y font que de la grolleur où on les mange à la poivrade.
llya à la plaine à Jacob fur l'habitation Cambry 9 à deux lieues dans le
Nord-Oueft du rivage de la ville des Cayes, une mine de fer; et des pyrites
martiales fur Phabitation la Roche 1 à la rive droite de la ravine du Sud, non
Ioin et au-deffous de la prife d'eau &x au point où correfpond fur l'autre rive le
phorne Perrin : autrefois Champlois. J'ai des échantillons de l'une & des autres,
Xxx X 2
à Jacob fur l'habitation Cambry 9 à deux lieues dans le
Nord-Oueft du rivage de la ville des Cayes, une mine de fer; et des pyrites
martiales fur Phabitation la Roche 1 à la rive droite de la ravine du Sud, non
Ioin et au-deffous de la prife d'eau &x au point où correfpond fur l'autre rive le
phorne Perrin : autrefois Champlois. J'ai des échantillons de l'une & des autres,
Xxx X 2 --- Page 730 ---
716 DESCRIPTIO N DE LA PAK TIE
On a dans la plaine des Cayes des pots faits à Sainte-Marthe, d'une argile qui tient l'eau très-fraiche, - & à travers laquelle l'eau exude mê me. Les
bâteaux Efpagnols en apportent.
Les habitans des Cayes prirent part à la fédition de 1723. Ses milices
pnontrerent, en allant au fecours de Saint Louis en 1748, un zèle & un courage
qui obtinrent de juftes éloges.
On en doit, des éloges, à M. Rolland, , arpenteur-général de Ia Partie du Sud,
& habitant des Cayes, pour plufieurs travaux utiles qui lui ont mérité une
penfion du roi, & particulièrement un plan de la plaine des Cayes, d'après
lequel M. Phelipeau, ingénieur-géngraphe à Paris, que j'ai déjà cité fur la
plaine de l'Artibonite, a fait une gravure très-intérellante en 1786.
Les Cayes font le chef-lieu particulier d'un Quartier qui comprend les pa:
roiffes des Cayes, 1 de Torbec &c du Port-Salut.
On compte de l'églife des Cayes :
A celle de Cavaillon
5 lieueg,
Torbec
Jérémic
Le courier de la pofte aux lettres pour Saint-Louis, le Petit-Goave, le
Port-au-Prince, le Cap, &c. part deux fois par femaine, & celui pour
Tiburon, , Jérémie &c., une feule fois.
Pour aller des Cayes à Torbec on reffort de la ville par le pont 2 & l'on
va jufqu'au chemin par lequel on eft venu des Cavaillon, & qui forme le carrefour qu'on appelle les 4 chemins. De ces 4 chemins l'un va à la ville 3 l'autre
à Cavaillon ; le troifième à la plaine à Jacob, & le quatrième qui court dans
T'Oueft, mène à Torbec. Après avoir fait une forte lieue dans ce dernier,
palffant la rivière des Cayes, celle de Réaux &c une autre petite, on rencontre
le chemin qui va du Vieux-Bourg au haut de la plaine, & qui forme la limite
entre la paroiffe des Cayes & celle de Torbec.
M. Dudès habitant à Cavaillon, propofa aux Adminiftrateurs en 1785, de
faire à fes frais un chemin du canton de Plymouth de Jérémie aux Cayes, a
condition que fes deux neveux feraient exemptés du fervice des milices. On.
y avait accédé, mais Cavaillon dépendant du Quartier de Saint-Louis, le
ccmmandant de ee lieu voulait recevoir des compfes & donner des ordres;
oiffe des Cayes & celle de Torbec.
M. Dudès habitant à Cavaillon, propofa aux Adminiftrateurs en 1785, de
faire à fes frais un chemin du canton de Plymouth de Jérémie aux Cayes, a
condition que fes deux neveux feraient exemptés du fervice des milices. On.
y avait accédé, mais Cavaillon dépendant du Quartier de Saint-Louis, le
ccmmandant de ee lieu voulait recevoir des compfes & donner des ordres; --- Page 731 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE
le commandant des Cayes avait la même prétention 1 & enfin P'ingénieur
voulait diriger les travaux. M. Dudès mit tout le monde d'accord en retirant
fa propofition.
Une réflexion fe préfente prefque involontairement lorfqu'on a bien médité
fur ce que vaut l'établiffement des Cayes; c'eft que malgré tout ce que
la plaine, dont il eft le débouché, lui a procuré
il
d'importance 1 eft impoflible
qu'un jour les avantages naturels de Saint-Louis ne ramènent pas dans ce der.
nier lieu, 2 &t ne lui rendent pas le titre de capitale de la Partie du Sud.
A K
IS LI E A VACHE
CETTE ile qui eft à environ 3 petites lieues au Sud-Sud-Ef de la ville des
Cayes & à 2 lieues à l'Ef-Nord-Ef de la pointe de l'Abacou, a 4 lieues de
long de PEà lOueft, fur une largeur réduite d'environ cinq-quarts de
lieue Nord & Sud. Sa partie Orientale, fur une longueur de 2,500 toifes eft
une plaine 1 le refte eft montagneux & couvert de bois. Toute la côte de cette
Ifle eft bordée de haut-fonds 1 de rochers, de reflifs, excepté dans fa
partie
Oueft, depuis l'anfe à PEau jufqu'a la pointe des Lataniers, diftance d'environ cinq-quarts de lieue où elle eft faine. La chaîne de reflifs qui eft à la
pointe Eft & qu'on nomme la Folle, s'étend au Nord à-peu-près à une lieue &c
demie ; à fon extremité eft lilet de la Folle, 9 puis plus au Nord l'ilet a la
Bouée.
Après la pointe de PEf & fur le côté Nord, à une forte demi-lieue, eft
la pointe de Mangles 5 puis à une petite lieue &c demie de celle-ci, la pointe
des Roches, qui a au Nord l'ilet-à Gout, la petite Caye-à-l'Eau & Pilet
au Gofier qui fe trouve à une lieue & un quart de la côte. A une demi-lieue
dans le Nord-Eft de celui-ci eft la grande Caye-à-P'Eau, le plus Septentrional
des ilots & où une touffe de gros arbres s'éleve au-deffus des autres.
A une demi-lieue dans l'Oueft de Ia pointe des Roches eft la pointe
couvre à PER le Trou-du-Haut. A environ trois quarts de lieue dans le Nord qui
de cette pointe eft l'ilet à Pierre Nantois.
A une demi-lieue du Trou-du-Haut eft le Trou-du-Milieu,
puis une demi-
ft la grande Caye-à-P'Eau, le plus Septentrional
des ilots & où une touffe de gros arbres s'éleve au-deffus des autres.
A une demi-lieue dans l'Oueft de Ia pointe des Roches eft la pointe
couvre à PER le Trou-du-Haut. A environ trois quarts de lieue dans le Nord qui
de cette pointe eft l'ilet à Pierre Nantois.
A une demi-lieue du Trou-du-Haut eft le Trou-du-Milieu,
puis une demi- --- Page 732 ---
718 DESCRIPTION DE LA P PARTIE
lieue après, la baie Ferret d'environ 1,000 toifes d'enfoncement , où eft un bon
mouillage avec 3 à 5 braffes d'eau. Dans le Nord-Eft de la baie & tout près
eft l'ilet Raquette ; enfin une. demi-lieue plus loin eft la pointe Nord-Oueft
de l'ile-à-Vache.
A un quart de lieue de cette pointe fur le côté Oueft eft l'anfe-à PEau; ; 3
quarts de lieue plus loin eft le Diamant; & àunelieue & un quart de celui-ci la
pointe des Lataniers, à 3 quarts de lieue de laquelle la côte fe dirige vers
PER à la pointe des Baleines.
Toute la face Sud, depuis la pointe des Lataniers eft garnie de ce qu'on appelle les roches du Sud fur lefquelles le navire 'Heureufe-Jeanne de Bordeaux, capitaine Detchegeray, venant des Cayes, 2 s'eft brifé le 3 Novembre
1771. Onyt trouve l'anfe à Canot qui eft à environ une lieue & demie de la
pointe de PEft,
Ilya en outre plufieurs haut-fonds, reffifs 1 cayes & ilets fans nom entre
IIlle-à-Vache & la grande terre, de manière qu'il ne faut pas fe mettre dans ce
chenal fans un excellent pratique,
Selon M, de Puyfégur, la latitude de la pointe Ef de PIlle à Vache eft de
18 degrés, 3 minutes ; fa longitude, de 75 degrés, 59 minutes, 20 fecondes,
ce qui la place exaêtement Nord &c Sud avec le vieux fort de Saint-Louis.
La latitude de fa pointe Nord-Oueft eft de 18 degrés, 6 minutes, IO fecondes :
fa longitude, de 76 degrés, 8 minutes, 5 fecondes. La latitude de la Cayeà-PEau eft de 18 degrés, 8 minutes, 32 fecondes, & fa longitude de 76 degréss
2 minutes, 53 fecondes.
L'Ile à Vache a, tout près du Trou-du-Milieu, - au Sud, un étang falé
d'environ 800 toifes de PER à TOueft, fur une largeur moyenne d'environ
250 toifes Nord & Sud. A 350 toifes dans le Sud-Oueft de ce premier, eft
l'étang d'eau douce, qui a 700 toifes dans fa longueur du Sud-Ef au NordOue?, & environ 250 toifes de largeur.
L'Ifle à Vache, qui doit fon nom à l'immenfe quantité de bêtes à cornes
qu'on y trouvait & fur laquelle un vaiffeau de guerre anglais périt en 1678,
a eu pendant long-tems des boucaniers, & en 1674, les Anglais revenant de
PEfter de Léogane, y bràlèrent deux cafes couvertes de paile. M. Ducaffe la
concéda en 1698 à M. de Beauregard, qui y plaça en 1699 mille brebis ou
moutons. Elle avait été exceptée de la conceffion de la Compagnie de Saint-
y trouvait & fur laquelle un vaiffeau de guerre anglais périt en 1678,
a eu pendant long-tems des boucaniers, & en 1674, les Anglais revenant de
PEfter de Léogane, y bràlèrent deux cafes couvertes de paile. M. Ducaffe la
concéda en 1698 à M. de Beauregard, qui y plaça en 1699 mille brebis ou
moutons. Elle avait été exceptée de la conceffion de la Compagnie de Saint- --- Page 733 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUE
Domingue, mais la mort de M. de Beauregard fut fans doute caufe
Compagnie l'obtint par un arrêt du confeil d'État du 12 Novembre que cette
la fuppreffion de la Compagnie, cette Hle rentra dans le domaine du 1700. A
M. de Fayet écrivait au minifre en 1732 & lui propofait de faire roi.
bateau chargé de pierres à l'entrée de la baie Ferret,
couler un
féjour des croifeurs
tems de guerre & des interlopes en tems de paix. Le miniftre
en
ce parti, M. de Fayet lui-même le trouva trop coûteux &
ayant adopté
faire
les
propofa enfuite de
perdre eaux de l'étang d'eau douce. Le minifire confentit
y
encore le
Juin 1733, & ce projet refta également inexécuté.
Sous le généralat de M. de Conflans, plufieurs
l'Ile à Vache de petits
perfonnes avaient formé à
établiflemens, qu'il fit détruire.
Dans la guerre de 1756, un fameux capitaine corfaire de la
une maifon de campagne à la baie Ferret, & à la
Jamaique fe fit
de fa métairie.,
paix on y voyait les reftes
D'après les ordres du roi, tranfimis par M. le duc de Praflin, miniftre de
marine, aux Adminiftrateurs, ceux-ci lui concédérent, le 28
la
PHle à Vache 3 pour en difpofer à fon gré. Ce don n'étant Janvier 1771,
lés Adminiftrateurs furent obligés de
le
pas très-refpeôté,
défendre, 17 Janvier 1775, d'aller
s'établir dans cette Ifle & d'enjoindre aux pêcheurs qui y étaient d'en fortir.
L'ifle à Vache fouraiffant beaucoup de bois de conftruction &
un cri univerfel n'a ceflé de réclamer contre l'abandon
d'ameublement,
fait faire. MM. de Reynaud & le Braffeur
qu'un miniftre s'en eft
répondit, le
en: ayant écrit au miniftre, celui-ci
17 Février 1781, qu'il fallait s'occuper des
de
la Tortue & PIle à Vache, & rien n'eft
moyens ravoir
encore fait à cet
Un fofloyeur employé fur Phabitation Praflin, à
égard.
ment IOO carreaux de terre dans cette Ifle. M. Saulé Torbec, a eu pour payey a établi une
7 auquel il les a vendus,
indigoterie avec 12 nègres. M. Barrère y fait du bois
l'ufage de T'habitation Praflin, & il fe paye et bois même,
pour
Ainfi, les trojs petites iles de quelque importancé
Colonie, font devenues la
1 placées autour de la
propriété de la famille Choifeul,
avait au miniftère deux de fes
parce qu'elle
membres , dont le devoir était de les
pour des ufages publics & d'en faire Tobjet d'économies
conferver
l'État.
très-réelles pour
Selon quelques perfonnes, Tlle à Vache eft
avantageufe aux Cayes, parce
même,
pour
Ainfi, les trojs petites iles de quelque importancé
Colonie, font devenues la
1 placées autour de la
propriété de la famille Choifeul,
avait au miniftère deux de fes
parce qu'elle
membres , dont le devoir était de les
pour des ufages publics & d'en faire Tobjet d'économies
conferver
l'État.
très-réelles pour
Selon quelques perfonnes, Tlle à Vache eft
avantageufe aux Cayes, parce --- Page 734 ---
720 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
qu'elle couvre au Sud fon efpèce de rade, où il n'y aurait pas de poffibilité
que les vaiffeaux puffent entrer. Selon d'autres, parmi lefquels font MM.
d'Efaing & Demoulceau, elle ne fert qu'à gêner la fortie des bâtimens des
Cayes. Elle eft défavantageufe pour le port de Saint. Louis, la baie du Mefle 1
celle des Flamands & la rade des Cayes, parce que les ennemis peuvent
fe tenir cachés par clle &c qu'on ne peut échapper à cet inconvénient que par
une excellente vigie, , qui devrait être placée fur l'Ifle à Vache même.
XLVIL
PAROISSE DE TORBEC.
IL refte peu à dire particulièrement de cette paroiffe lorfqu'on a détaille,
comme j'ai fait, la plaine des Cayes 3 dont elle contient environ la moitié.
Elle eft bornée : à P'Orient, par la paroiffe des Cayes; au Septentrion,
par un point de la crête des montagnes qui fépare les faces Nord & Sud de
la Partie du Sud, attendu que la limite Orientale de la paroiffe des Côteaux
court dans le Nord-Eft prefque jufqu'à rencontrer la limite Sud-Oueft des
Cayes; à POccident 2 d'abord par la paroiffe des Côteaux & vers le bas par
celle du Port-Salut, dont elle a fourni le territoire 3 au Midi, par la mer.
La paroiffe de Torbec a un très-grand nombre de cantons, dont les principaux font dans Ia plaine, le Vieux Bourg, à l'Ef; une partie des Savannettes, à T'Ef.Nord-Ef; ; la Ravine Séche & partie de Jean-Dézé, au NordNord-Eft; la ravine des Anguilles & le Fond-Vert, au Nord ; le Palmifte-Ecrit,
la rivière des Mornes & l'Acul, au Nord-Oueft; le Quitte-la-là à l'Oueft.
Dans les mornes, font le Boucan de la France, les Platons, &c.
Lorfque Torbec faifait partie de la paroifle de la plaine du Fond, il avait
déjà ce nom, & même en 1726, lors du démembrement de cette paroiffe
primitive, il femblait que Torbec fût confidéré comme plus important que les
Cayes, car on difait la ville de Torbec & le bourg des Cayes. C'eft fur le
territoire de Torbec qu'eft refté l'ancien bourg de toute cette plaine. Il était
à 1,500 toiles dans POueft du bourg aétuel de Torbec, & forme encore un
embarcadère
déjà ce nom, & même en 1726, lors du démembrement de cette paroiffe
primitive, il femblait que Torbec fût confidéré comme plus important que les
Cayes, car on difait la ville de Torbec & le bourg des Cayes. C'eft fur le
territoire de Torbec qu'eft refté l'ancien bourg de toute cette plaine. Il était
à 1,500 toiles dans POueft du bourg aétuel de Torbec, & forme encore un
embarcadère --- Page 735 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 721
embarcadère où l'on cempte une vingtaine de cafes. C'eft là que la Compagnie
de Saint-Domingue avait des agens de fon adminiftration & fa juridiction du
Fond de T'Ille à Vache.
Le bourg aétuel de Torbec n'a plus qu'une vingtaine de maifons, dont
la plupart font de maçonnerie, parce qu'elles ont été faites lorfque Torbec
était regardé comme le lieu principal de la plaine des Cayes, & que M. de
Vaudreuil, faifant les fonétions de commandant de la Partie du Sud,y réfidait
avec une compagnie des troupes détachées de la marine pour garnifon. On
voit encore les ruines de plufieurs autres maifons. Elles fervent à prouver que
Torbec a été trois fois plus confidérable qu'il ne l'eft aujourd'hui.
L'églife qui eft confacrée à Saint-Jofeph, patron de M. de Vaudreuil, eft
jolie. On y voit des bancs pour les Adminiftrateurs de la Colonie. La rivière
de Torbec, dont le cours eft très-peu long , qui a beaucoup d'eau, beaucoup
de poiffons & la qualité précieufe de ne charier que du fable fin, fert
d'embarcadère à la partie de la plaine qui dépend de cette paroille & borne
le bourg à I'Et.
Sur fon côté Oueft, eft un efter ou lagon qui a de 15 à 18 pieds d'eau &
du poiflon , mais moins délicat que celui de la rivière. Avant 1716, il exiftait une pointe de terre avancée d'environ I5O toifes vers le Sud, entre la
rivière & le lagon &c qui, défendant celui-ci de la brife du large, en faifait
nne efpèce de petite anfe, où des barques chargées venaient mouiller.
Plufeurs ouragans ayant détruit cette pointe &c l'embouchure de la rivière
étant très-fouvent obftruée par une barre qui fe formait à environ 40 toifes en
avant, M. de Vaudreuil 3 alors lieutenant de roi des Cayes, reçut en 1741 des
Adminiftrateurs, lordre de faire un canal pour joindre la rivière & le lagon,
& les habitans frent conftruire un pont fur cette communication.
Le 23 Mai1748,les habitans quin'avsientréircascum fruit de cette opération,
délibérèrent fur le moyen d'avoir un embarcadère & n'exécutèrent rien. Ce fut
la même chofe en1752. Cependant comme en 1760 ils virent que le défaut d'embarcadère rendait les provifions plus chères & la livraifon des denrées plus difli
cile, ils nommèrent le 10 Janvier des fyndics pour en faire conitruire un. Le 14
Février les Adminiltrateurs les y autorifèrent, mais la guerre fufpendit encore
tout. Ils demandèrent en 1764 à prendre du bois & des pierres à PIle à
Vache &c fur les cinquante pas du rui, & on le leur permit le 22 Mai
Tome II.
Yyyy
les provifions plus chères & la livraifon des denrées plus difli
cile, ils nommèrent le 10 Janvier des fyndics pour en faire conitruire un. Le 14
Février les Adminiltrateurs les y autorifèrent, mais la guerre fufpendit encore
tout. Ils demandèrent en 1764 à prendre du bois & des pierres à PIle à
Vache &c fur les cinquante pas du rui, & on le leur permit le 22 Mai
Tome II.
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722 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Le 13Juin 1765,ils obtinrent de faire démolir le pont de 1741 qui périffait
de vétufté. On ne fit encore rien.
Le 6 Juin 1773, autre délibération, qui arrêta une impofition. Autres délibérations le 30 Mai & le 15 Juillet 1781. Enfin le 28 Août faivant, ordonnance des Adminiftrateurs qui, fur la requête des fyndics, renvoya au Commantdant de la partie du Sud, à nommer trois habitans étrangers à Torbec 1 pour
décider quels étaient les habitans de ce lieu qui devaient contribuer pour
l'embarcadère. Le 21 Mai 1782, M. de Couftard en nomma trois qui prononcèrent le 5 Juin, & le 7 Août les Adminiftrateurs confirmèrent leur
décifion.
Le 19 Juillet 1784, M. Moreau, ingénieur aux Cayes, vint examiner les
lieux & faire un plan & un devis. Il a jugé qu'il fallait à PER une jettée de
20 toifes de long, y compris le prolongement qui fera de 6 toifes au-delà de
l'ancienne, commencée par lcs habitans avec une tête ; à l'Oueft une jettée de
42 toifes &c 4 pieds de long, y compris 8 toifes de prolongement de plus que
l'ancienne. A deux tiers de fa longucur celle-ci fait un angle obtus avec celle
de PER pour donner plus de rapidité au courant. Le cours de la rivière eft
Nord & Sud & les jettées vont du Oueft-Nord-Eft à T'Ef-Sud-Eft. Les
nègres des fucreries payent 8 liv., 5 fous par tête, &les autres 5 liv., 5 fous.
Le travail de ccs jettées a commenoé le 23 Janvier 1787, & l'on a compté
alors 18,00oliv. à M. Lézongar, entrepreneur de ce travail, pour la moitié de ce
qu'il doit coûter. L'autre devait être payée à la livraifon qui vient d'avoir
lieu.
Il ne peut rien exifler de plus utile à cette paroiffe que ces jettées. Elles
commencent dans un point où la rivière a 12 toifes de large, mais elle n'en a
plus que 5 à la tête des deux jettées. On compte que lcs grandes pirogues du
pays remonteront au-dcflus du bourg. Ainfi on ne fera plus obligé de faire des
charrois jufqu'à Cayes où ils font très-pénibles dans la faifon pluvieufe,
La côte de la paroiffe de Torbecn'eft pas facile par tout pour un débarquement &c après avoir gagné la terre, plufieurs points font encore impénétrables
à caufe des lagons & des rivières. Le mouillage du vieux Bourg eft à environ
250 toifes de terre ; une batterie le défend.
Il y a une grande lieue de la rade de Chateaudun au bourg de Torbec, qu'il
eft très-aifé de fortifier & qui eft dans un endroit fort fain. On compte près
de la paroiffe de Torbecn'eft pas facile par tout pour un débarquement &c après avoir gagné la terre, plufieurs points font encore impénétrables
à caufe des lagons & des rivières. Le mouillage du vieux Bourg eft à environ
250 toifes de terre ; une batterie le défend.
Il y a une grande lieue de la rade de Chateaudun au bourg de Torbec, qu'il
eft très-aifé de fortifier & qui eft dans un endroit fort fain. On compte près --- Page 737 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
d'une demi-lieue de l'embouchure de Ia rivière de Torbec à la pointe à Mahot,
& environ une lieue 3 quarts de cette pointe, à l'embouchure de la rivière de
l'Acul où finit Ia plaine des Cayes & la paroiffe de Torbec.
La portion de plaine dépendante de Torbec à 5I fucreries, ou fe trouvent 28
moulins à eau. Onze de ces fucreries font du fucre blanc. La paroiffe a en outre
18 indigoteries ou cotonneries, IOO cafeteries, autant de places à vivres.
a
Ily
une poterie publique fur l'habitation Raguier, au canton de la rivière des
Mornes. On a fait fur Phabitation Walih du rum qui même a été vendu 3 liv.
le galon, & que P'on trouvait aufli bon que celui de la Jamaique; mais les
Américains des États-Unis aimant mieux prendre les firops pour les diftiller
chez eux 1 le rum eft refté fans acheteurs. Il y a quelque guildiveries à Torbec
comme aux Cayes.
Des deux fucreries Walth, celle d'en-haut tire fon eau d'un ruiffeau
nait fur fon fol & l'autre, appellée Tiverny, de la rivière de l'Acul, Des éclufes qui
placées aux points où les deux conduites d'eau font de niveau, font
l'on peut donner la totalité de l'eau à l'une des deux habitations. 3
qu'à volonté
deux moulins mis par la même roue,
Tiverny a
On voit fur l'habitation d'en-haut une fucrerie dont les fourneaux étaient
autrefois à la Brefilienne 2 c'eft-à-dire avec un fourneau pour chaque
chaudière,
La population de Ia paroiffe de Torbec eft de 600 blancs, 860 affranchis &
I1,000 efclaves 2, dont 80 font dans le bourg de Torbec.
La milice eft de 143 blancs en 2 compagnies, dont une eft de cavalerie. de
s &
187 affranchis en 2 compagnies 1 dont une de dragons mulâtres.
J'ai vu l'année dernière à Torbec, fur la fucrerie Demyrat &c Monville, trois
familles de nègres dont Pune était compofée du mari 7 de la femme & de
enfans ; la feconde, du mari, de la femme & de 8 enfans ; 8c la troifième, de la 9
mère &c 7 enfans. Ces-2gindividus étaient tous créols,
7 à lexception de l'une
des méres. Ne ferait-il pas très-digne d'un bon gouvernement d'établir
d'humanité dans chaque paroiffe pour Thabitant dont l'atelier ferait un prix
nellement en meilleur état & avec la plus grande reproduction ? Je proportion- fuis
qu'on mettrait de la gloire à l'obtenir.
garant
On n'a rien à dire de la température de Torbec, loriqu'on a parléde celle des
Cayes qui lui eft très-analogue, fur tout dans la plaine. Je pourrais
annoncer
Yyyy 2
très-digne d'un bon gouvernement d'établir
d'humanité dans chaque paroiffe pour Thabitant dont l'atelier ferait un prix
nellement en meilleur état & avec la plus grande reproduction ? Je proportion- fuis
qu'on mettrait de la gloire à l'obtenir.
garant
On n'a rien à dire de la température de Torbec, loriqu'on a parléde celle des
Cayes qui lui eft très-analogue, fur tout dans la plaine. Je pourrais
annoncer
Yyyy 2 --- Page 738 ---
724 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
qu'en général la partie montagneufe des deux paroiffes offre les mêmes réfultats;
en météorologie, en produétions &c., mais je dois au leéteur quelque chofe de par.
ticulier fur le canton des Platons.
Il eft compofé du morne de fon nom, & fe trouve à environ 6 lieues dans le
Nord-Nord-Oucf du bourg de Torbec. La plaine quilui fert de bafe 1 finit après
la fucrerie Ducis. Là on paffe la rivière de l'Acul, &c on monte environ une
demi-lieue avec une pente aflez douce, fur un terrain que la rivière PAcul a
couvert de galets, jufqu'au pied du morne à Burin. Puis tout-à-coup le che.
min devient roide, & paffe fur un terrain glaifeux qui exige 30 minutes du
pas d'un cheval, pour arriver jufqu'à un plateau. Celui-ci eft d'une terre
noire, femée de groffes pierres arrondies, qui à leur furface, femblent avoir
été volcanifées, &c dont le grain eft à Pintérieur, de la nature du grès, & d'une
nuance cendréc.
De ce plateau, l'on defcend pendant IO minutes, & l'on arrive à la rivière
Cayman, courant du Nord-Eft au Sud.Oueft, que fes finuofités obligent de
paller 4 ou 5 fois en 25 minutes, &c qui Vers le Sud-Oueft, fe jette par un
faut de dix pieds, dans la rivière des Mornes. Enfin, l'on fe trouve réellement
au pied du morne des Platons.
On le gravit pendant une demi-lieue dans la direétion du Nord-Nord-Ef,
fur un terrain tantôt grifâtre, tantôt jaunâtre, mais parfemé de pierres qui,
à mefure qu'on monte, perdent infenfiblement & de leur forme ronde, & de leur
nature de grès; un quart d'heure avant d'arriver aux Platons, ce font de
vraies roches à ravets, & le chemin femble conduire à une efcalade. Cette
roche à ravets eft excellente pour tous les ouvrages auxquels on emploie de
la pierre calcaire, &x donne de la chaux.
Parvenu aux Platons , & jettant les yeux vers le Sud, la peripective eft
fuperbe. On domine toute la plaine des Cayes, & la vue fe
depuis
promène
le morne des Orangers d'entre Saint-Louis & Cavaillon, 2 jufqu'à la pointe de
l'Abacou. Au Nord-Eft Ia plaine de Cavaillon fe montre comme une longue
gorge entre le morne du Fond-des-Frères, celui de la Cavalière, la chaîne de
Cavaillon, > & les mornes élevés de Saint-Louis. Dans le lointain la perfpedtive
s'élargit, &c l'on découvre vers PEAt-Sud-Eft les montagnes de Jacmel, & avec
un ciel pur, celle de la Selle montre auffi fa cime ardue.
Au Nord, on confidèrc la prolongation des chaines qui féparent les deux
longue
gorge entre le morne du Fond-des-Frères, celui de la Cavalière, la chaîne de
Cavaillon, > & les mornes élevés de Saint-Louis. Dans le lointain la perfpedtive
s'élargit, &c l'on découvre vers PEAt-Sud-Eft les montagnes de Jacmel, & avec
un ciel pur, celle de la Selle montre auffi fa cime ardue.
Au Nord, on confidèrc la prolongation des chaines qui féparent les deux --- Page 739 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE
faces de la Partie du Sud. On obferve de près leur jondtion au morne de la
ravine du Sud, auquel eft adoffé le Macaya, qui termine 1 au
Septentrion >
l'amphithéatre montueux de la plaine des Cayes 1 & qui fe renoue à la Hotte
dont les épatemens viennent féparerles Platons d'avec les Côteaux, c'eft l'un de
ces épatemens, 1 ou contre-forts, > qui s'abaifant par deégré 3 vient en
mettre
quelque
forte, fe
au niveau de la mer , à la pointe de P'Abacou.
Les Platons ont ainfi, d'un côté une partie de la ravine du Sud, qui prend
naiffance au Nord, Ia rivière de PAcul au Nord-Eft, & celle des Mornes au
Nord-Oueft.
Le morne des Platons eft extrémement boifé. Au Nord & au Nord-Eft font
les plus beaux bois. de conftruction ; l'acajou, le gayac, le bois de fer & de
fuperbes acomas à feurs bleues. Au Sud eft le bois de lance. 3 le bois trom.
pette; tandis qu'à l'Oueft un terrain noir nourrit de magnifiques palmiers
& d'autres bois qui femblent indiquer une terre végétale profonde.
Les roches de ce canton ont une diredtion horifontale, & font de la nature
de celles qu'on appelle, dans la Colonie, roches-pourries.
La terre des Platons eft rouge & ferrugineufe. Après les grandes
l'on trouve beaucoup de géodes ou plutôt d'étites ou pierres d'aigle de pluies, diffé- 2
rentes dimenfions, depuis celles d'une balle de piftolet, jufqu'à celles du gros
plomb de chaffe. Les unes font pleines & pefantes, d'autres légères &c comme
fouflées. Toutes font plus ou moins attirables à Paiman.
Mais aufli dès que les pluies, même les avalafles ont cellé, on peut aller
tout à pied fec.
par
Sur l'habitation Cuérin eft un. monticule incliné vers le Nord-Eft, élevé
& rempli de roches à ravets mobiles, au bas duquel vers le Sud-Oueft eft
une ouverture d'environ 72 pieds de circonférence. Deux perfonnes y ont
defcendu dans. un panier fufpendu &. à 230 pieds de profondeur, elles font
arrivées fur un fond uni & folide, où était du fable fin ayant la blancheur &
l'éclat de la nacre, une efpèce de fable à parties moins rondes d'un blanc éteint,
& enfin une fubftance d'un rouge brun, qui, 7 après des. effais, s'eft trouvée être
une vraie pouzzolane très-propre à cimenter les baflins à laverle calé. Le fond du
trou frappé avec une pince a rendu un fon creux. Le trou va en s'élargiffant en
entonnoir jufqu'à avoir à fon efpèce de plancher environ 120 pieds de circonférence.
Ce trou n'a aucune des grenailles farrugineufes, fi communes à la furface du
qui, 7 après des. effais, s'eft trouvée être
une vraie pouzzolane très-propre à cimenter les baflins à laverle calé. Le fond du
trou frappé avec une pince a rendu un fon creux. Le trou va en s'élargiffant en
entonnoir jufqu'à avoir à fon efpèce de plancher environ 120 pieds de circonférence.
Ce trou n'a aucune des grenailles farrugineufes, fi communes à la furface du --- Page 740 ---
726 DESCRIPTIO: N DE LAPARTIE
fol. Onytrouve des ftalactites. Il eft affez éclairé pour qu'on puiffe lire étant
au bas, & la température quoique fraiche, ,n'y était point incommode.
La température des Platons même, ne donne pas plus de 23 degrés de
chaleur au thermomètre de Réaumur au mercure. Ilmarquait 21 degrés un tiers
le 21 Aodt,jour où l'on defcendit dans l'entonnoir au fond duquel il refta à
13 degrés deux tiers.
Le càfier fe plait beaucoup dans ce fol, où il eft çomme enchaffé entre les
roches à ravets. Il donne jufqu'à 2 livres un quart de café. Le premier habitant quiy a porté fon induftrie eft M. Faure ; ily a formé une cafeterie en
1781. Trente mille cafiers lui ont rapporté en 1787 1 75 milliers de café net.
On fuppofe que le plus grand plateau a environ IOO carreaux de fuperficie ;
les autres ont de 25 à 35 carreaux.
Il n'y a point de courans d'eau aux Platons, mais il a d'abondantes fources.
La configuration de tout ce canton , le défordre dont il offre les preuves &
les différentes fubftances qu'on y rencontre 3 font bien faits pour infpirer à quelque curieux de la nature, l'idée de recherches qui pourraient éclairer fur la
phyfique de Saint-Domingue,
Le palmier eft très-commun à Torbec. On en voit le long de la rivière
de fon nom fur la fucrerie Saint-Martin ainé, de belles allées, des pépinières
ou touffes fous lefquelles font des bofquets.
On trouve à la prife d'eau de la ravine Séche, 2 du marbre blanc, du vert,
du veiné, du jafpé. Dans les hauteurs de la rivière de l'Acul, il y a du
marbre gris de l'efpèce appellée bardille, > en France.
A la croifée du grand che min qui va du bourg de Torbec, fur l'habitation
Walfh , avec celui qai monte pour gagner le chemin des Côteaux, on trouve
fur l'habitation la Foffe, un petit hameau compofé de 12 cafes aflez jolies
qu'occupent un boulanger, un boucher, des ouvriers, &c; ce point s'appelle
le Carrefour.
C'eft au paffage de la rivière de PAcul, que la grande route quitte la paroiffe de Torbec & entre fur celle du Port-Salut. L'on peut venir en voiture
depuis Ouanaminthe jufques là & par conféquent faire 132 lieues.
Torbec dépend du commandement, de la Sénéchauffé & de l'Amirauté des
Cayes. --- Page 741 ---
RANÇAISE DE SAINT. DO MING UE. 727
On compte de l'églife de Torbec. A celle des Cayes
3 Licues. A celle des Côteaux
12 Licues,
projetée au Port-Salut IO
de Jérémic
C'eft Torbec qui a reçu les cendres d'un Adminiftrateur, dont le nom eft
devenu lui-mêmé un éloge à Saint-Domingue > un objet d'émulation & de
comparaifon pour tous ceux que le choix du monarque y rend dépofitaires de
l'autorité.
On compte de l'églife de Torbec. A celle des Cayes
3 Licues. A celle des Côteaux
12 Licues,
projetée au Port-Salut IO
de Jérémic
C'eft Torbec qui a reçu les cendres d'un Adminiftrateur, dont le nom eft
devenu lui-mêmé un éloge à Saint-Domingue > un objet d'émulation & de
comparaifon pour tous ceux que le choix du monarque y rend dépofitaires de
l'autorité. Simon Pierre Maillart, né à Offonne 3 en Bourgogne 1 d'un gardemarteau de la marine fut placé dans les bureaux de M. de Maurepas & en
devint le fecrétaire intime. Ce miniftre le nomma en 1738, à l'intendance de
Saint-Domingue pour y faire ceffer le défordre des comptables, qui y avaient
pris l'habitude de ne pas rendre de comptes. Il n'y trouva pas en arrivant, de la part de Larnage 1 des difpolitions favorables > parce que ce gouverneur-général avait défiré que M. de Sartre ,
intérimaire de M. de la Chapelle, lui fût donné pour collègue, & parce
que le travail de Maillart dans les bureaux de Verfailles élevait des préventions
contre lui. Mais la conduite ferme de Maillart avec les agens des finances
&c avec ceux du commerce étranger lui ramena Larnage &t toute la Colonie
fait que l'accord de ces deux chefs fut une fource de bonheur pour les Colons. Maillart était grand, & c'était prefque le feul contralte qui fût entre lui
&c Larnage. Il avait l'air noble &c doux, malgré de petits yeux un peu éraillés. Spirituel, bon, , fans fafte, ayant la repartie vive & heureufe &c le cceur
très-g généreux, fon commerce était fûr & attachant, &. il eut autant d'amis
qu'il voulut en faire. Il quitta l'intendance en 1749 &c fe rembarqua à Nantes en 1755 pour
repaffer dans la Colonie, où le rappellait le foin de fon habitation de Torbec 9
qu'il avait achetée de M. de Vaudreuil. Maillart obtint alors un ordre du roi qui Jui confervait les honneurs d'intendant. Il ne fongea pas même à le faire enregiftrer dans les confeils fupérieurs,
oà il ne fe préfenta point. Il fut au Port-au-Prince, mais fans rien vouloir
d'honorifique. Cependant les Adminiftrateurs en titre lui firent mettre dans le
choeur de l'églife de Torbec un banc où il recevait l'eau & l'encens. Il vêcut
fur fon habitation en fimple citoyen, retrouvant par tout les témoignages de
la reconnaiffance publique &x obtenant autant dans cet état privé qu'à l'époque
où il était environné du pouvoir qui diSte tant de louanges menfongères. --- Page 742 ---
7:S DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
La mnort enleva Maillart fur fon habitation, le 6 O@tobre 1758, dans la
foixante-neuvième annéc de fon âge, à la fuite d'une attaque d'apoplexie qui
lui avait paralyfé tout le côté gauche. L'approche du tombeau ne troubla ni
fon efprit ni fon cceur. Il garda toute la férénité de l'un, toute l'affection de
l'autre.
742 ---
7:S DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
La mnort enleva Maillart fur fon habitation, le 6 O@tobre 1758, dans la
foixante-neuvième annéc de fon âge, à la fuite d'une attaque d'apoplexie qui
lui avait paralyfé tout le côté gauche. L'approche du tombeau ne troubla ni
fon efprit ni fon cceur. Il garda toute la férénité de l'un, toute l'affection de
l'autre. Je couchbe, difait-il peu avant fa mort, à M. Defrouaudières, colon 3
fon ami ( & fon exécuteur teltamentaire ), Je coucbe déjà avec un cadavre;
failant allufion à ce que la moitié de fon corps était privée de mouvement. Il mourut univerfellement regretté, & les milices aflemblées lui rendirent
les honneurs funèbres. C'eft au Nord de l'églife de Torbec, à PER de la chapelle Saint-Jofeph,
vis-à-vis de Ia feconde fenêtre après cette chapelle & du banc de l'intendant,
mais en dehors &x dans le cimetière, , à environ 4 pieds du mur 1 que Maillart
fut enterré. Les habitans ont fait recouvrir fa tombe d'une pierre d'une feule
pièce qui a 5. pieds 4 pouces de long fur 22 pouces de large &c 4 d'épaiffeur. Elle eft dirigée du Nord au Sud, évidée en demi-cercle dans le haut & porte
cette infeription :
€6 Ci git Meflire Simon Pierre Maillart, Écuyer, ancien Intendant de Saint-Domingue *
39 décédé le VI Décembre MDCCLVIII ",
Au-defTous, font les armoiries de Maillart, qui étaient trois maillets & que
le roi lui avait accordées par des lettres de nobleffe du 2 Septembre 1746,
qui, à coup fûr, ne feront pas critiquées. Maillart laiffa une veuve & 4 fils ; le premier eft mort ordonnateur à Breft;
le fecond, officier dans les troupes de la Colonie ; le troifième, appellé
Maillart Dumefle, à caufe de la rivière de ce nom 1 par laquelle Phabitation
de fon père était traverfée 1 le même qui eut la douleur d'arriver de Cayenne
qu'il avait adminiftré comme intendant, au Port-au-Prince, pour voir renverfer par le tremblement de terre du 3 Juin 1770, une ville commencée par
les foins de fon père, eft mort intendant des Ifles de France & de Bourbon;
lc quatrième eft abbé.
Maillart Dumefle, à caufe de la rivière de ce nom 1 par laquelle Phabitation
de fon père était traverfée 1 le même qui eut la douleur d'arriver de Cayenne
qu'il avait adminiftré comme intendant, au Port-au-Prince, pour voir renverfer par le tremblement de terre du 3 Juin 1770, une ville commencée par
les foins de fon père, eft mort intendant des Ifles de France & de Bourbon;
lc quatrième eft abbé. Maillart laiffa pour 1,256,270 livres de biens & pour 1,200,000 livres de
dettes. La mauvaife adminiftration de fon habitation, une générofité pouffée
trop loin & une confiance qui lui faifait croire qu'on ne voulait jamais le
tromper, furent les caufes de fa ruine ; fes biens palsèrent à Ia maffe de fes
çréanciers fyndiqués. c] La --- Page 743 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE 729
c6 La prudence &c le concert avec lefquels MM. de Larnage & Maillart ont
37 gouverné cette Colonie 99 , difaient MM. de Rohan & de Bongars dans une
ordonnance du 18 Février 1767 < doivent fervir de règle à ceux qui défirent
99 la rendre heureufe & floriffante, & une adminiftration longue & réfléchie.
93 où la fageffe & l'expérience s'aidaient mutuellement, ne peut guères laiffer
99 aux fucceffeurs de ces fages Adminiftrateurs que l'avantage de les imiter ".
Ces paroles 1 je voudrais qu'on les gravât fur les tombes de ces deux hommes,
que la Colonie nomme comme fes bienfaiteurs. 9 &x je ne fais fi dans le jufte
enthoufiafme qu'ils m'infpirent, je ne défirerais pas qu'on en fit l'épigraphe
des inftruétions que le roi donne à chaque nouvel Adminiftrateur.
On vient de voir que M. de Vaudreuil avait une habitation à Torbec.
Employé dans la Colonie pendant 21 ans & fucceflivement major 9 licutenant
de roi, gouverneur du Sud, de l'Oueft &c du Nord, puis commandant-général
de la Çolonie depuis 1753 jufqu'en 1757, il montra des talens précicux. 2 un
zèle infatigable, un grand amour pour la Colonie &c ajouta une preuve à celles
données avant lui par d'Ogeron & Larnage, & que M. de Reynaud a renouvellée depuis, que les meilleurs Adminifrateurs de la Colonie ont été ceux qui
la connaiflaient bien. Maillart ne fait pas une exception à cette vérité, car
dans les bureaux des Colonies à Verfailles, dans l'intimité du miniftre 2 ilavait
puifé des connaiflances théoriques tres-précieules, & fa confiance dans Larnage
le mena vite à la pratique la plus heureufe. M. de Vaudreuil eft mort à Paris
le 17 Novembre 1764.
C'eft à Torbec qu'eft né, le II Juillet 1741, M. le comte de Vaudreuil,
fils du précédent, 3 devenu Chevalier des ordres du roi & grand Fauconnier de
France.
Un habitant de la plaine de Torbec, M. de Chalet, donna en 1765 un
bel exemple d'hofpitalité, en offrant de recevoir fix malades pour lcs faire
foigner & médicamenter gratuitement, pourvu que ce fuffent des Européens
arrivés depuis moins de 3 mois dans la Colonic. Il ouvrait également fa maifon
à tout voyageur pour 24 heures, &c même plus, fi le tems ne lui permettait pas
de continuer. fa route , à condition que le même paffant ne fe préfentât point
deux fois dans la même année.
Tomne H.
Z N Z N
ofpitalité, en offrant de recevoir fix malades pour lcs faire
foigner & médicamenter gratuitement, pourvu que ce fuffent des Européens
arrivés depuis moins de 3 mois dans la Colonic. Il ouvrait également fa maifon
à tout voyageur pour 24 heures, &c même plus, fi le tems ne lui permettait pas
de continuer. fa route , à condition que le même paffant ne fe préfentât point
deux fois dans la même année.
Tomne H.
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730 DESCRIPTION DE LA PARTIE
XLVIIL
PAROISSE DU PORT-SALUT
Os pourrait dire avec vérité de cette paroiffe, qu'elle eft encore en projet.
Il y avait déjà long-tems qu'on en avait conçu Pidée, lorfqu'à la fn de 1784
MM. de Bellecombe & de Bongars ont donné des ordres, , d'après lefquels
M. Moreau, 1 ingenieur-geographe aux Cayes, en a fait le plan. Elle a pour
limites : à TEt, la rivière de lAcul, jufqu'à fon confluent avec la rivière
des Mornes, 9 puis cette dernière jufqu'aux Platons ; au Nord, les mornes
qui, des Platons, 1 vont rencontrer les deux bras de Ia rivière de l'anfe-à-Dric;
à T'Oueft, la rivière de l'anfe-à-Dric depuis les deux bras ; & au Sud; la
mer, depuis l'embouchure de la rivière de l'Acul jufqu'à celle de la rivière de
l'anfe-à-Dric.
Le gouverneur-genéral a nommé un commandant des milices de cette
paroiffe.
Elle eft compofée de quatre cantons, , l'Étron-de-Porc, l'Abacou, Marcheà-Terre & le Port-Salut, & forme dans fon extrémité une véritable péninfule,
dont la bafe, tenant à la grande terre & allant de l'embouchure de la rivière
du Mefle à l'anfe des Côteaux, a environ cinq lieues de long, dirigées à-peuprès Eft & Oueft.
J'ai déjà eu occafion de dire que cette péninfule était la prolongation d'un
embranchement de la Hotte. Elle eft entrecoupée par un nombre infini de
côteaux, dont les intervalles font des efpèces de ravines, & la côte a aufli
plufieurs petits afiles.
On compte, de l'embouchure de la rivière de PAcul, trois quarts de lieue
jufqu'à la Petite-rivière de l'Étron-de-Porc. Entr'elles deux & à environ 300
toifes de la côte, eft un petit ilet appellé Plle aux Beufs; & à la même
diftance, mais prefqu'en face de la rivière de l'Etron-de-Porc, eft l'ilet de ce
nom, à qui fa configuration a fait donner ce nom dégoûtant. A environ 350
toiles, prefqu'au Sud de cet ilet, eft celui du Carenage. Il y a une lieue &
demie dc cette: rivière à la pointe de T'Abacou, où finit T'enfoncement des Cayes.
, eft un petit ilet appellé Plle aux Beufs; & à la même
diftance, mais prefqu'en face de la rivière de l'Etron-de-Porc, eft l'ilet de ce
nom, à qui fa configuration a fait donner ce nom dégoûtant. A environ 350
toiles, prefqu'au Sud de cet ilet, eft celui du Carenage. Il y a une lieue &
demie dc cette: rivière à la pointe de T'Abacou, où finit T'enfoncement des Cayes. --- Page 745 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE,
Abacou eft l'altération du mot Indien Bocao, Cette pointe eft formée par deux
pointes de reflifs qui s'étendent à environ 750 toifes au large. Sa latitude eft
de 18 degrés 2 I minute, 30 fecondes, & fa longitude de 76 degrés, 12 minutes,
55 fecondes.
Il n'eft point de navigateur de Saint-Domingue qui ne connaiffe cette
par la difliculté qu'on trouve à la doubler lorfqu'on vient de lOueft, & pointe dans 9
prefque tous les tems. Les caboteurs la rangent de près ( car à une demi-lieue
ily a plus de 40 braffes d'eau ), afin de diminuer l'obftacle, mais cette raifon
confeille aufli de la fortifier, puilqu'elle les expofe à être attaqués.
Au mois de Décembre 1699, deux bâtimens de guerre &c un bâtiment
marchand, tous anglais, fe perdirent fur l'Abacou. M. de Bricourt, direéteur
de la Compagnie de Saint-Domingue, 3 fit ramener les équipages à la Jamaique
& l'on fauva ce qu'on put des bâtimens. La Compagnie prit un tiers
le fauvetage.
pour
A 620 toifes de la pointe de l'Abacou, eft le trou Gros-Pierre, d'autres
que
nomment auffi l'anfe-au-Diable, très-bonne reffource pour les bateaux & les
barques, avec I5o toifes d'ouverture, 9 fur 220 toifes d'enfoncement. La tenue
y eft bonne, & l'on n'y craint aucun vent. Quel dommage qu'une barre
interdife fon entrée à de gros bâtimens! Son utilité, même réduite à en recevoir de petits, ne dit-clle pas qu'il faut le protéger?
A environ une lieue du trou Gros-Pierre, eft le port à Nonette. Après
lui eft la ravine à Galais 3 à 860 toifes ; celle à Mahot à 450 toifes;
celle à Caimite à 700 toifes ; celle à Marche-à-terre à 240 tcifes. Les embouchures de ces ravines 2 & le port à Nonette, ne mettent pas même des barques
cn fureté.
De l'embouchure de la ràvine à Marche-à.Terre, à la
à
pointe Gravois, 3
ily a environ mille toiles. La latitude de la pointe à Gravois eft de 18 degrés;
55 fecondes, & fa longitude de 76 dégrés, 22 minutes 1 15 fecondes. Cette
pointe a dans PER, une côte de fer de 1,880 toifes de long, &c de 1,300 toifes
dans POueft, &ily a une lieue 8c demie entr'elle & le Port-Salut, où fe rend
la rivière de ce nom. Ce petit port eft pour les bâteaux, les barques & les
chaloupes, un afile où ils n'ont rien à redouter, 2 ni du mauvais tems, ni des
ennemis, , parce qu'une batterie placée fur une hauteur 1 qui a environ 40
pieds perpeudiculaires le protège, & c'eft ce qui lui a mérité fon nom 1 que cite
Z Z Z Z 2
ie entr'elle & le Port-Salut, où fe rend
la rivière de ce nom. Ce petit port eft pour les bâteaux, les barques & les
chaloupes, un afile où ils n'ont rien à redouter, 2 ni du mauvais tems, ni des
ennemis, , parce qu'une batterie placée fur une hauteur 1 qui a environ 40
pieds perpeudiculaires le protège, & c'eft ce qui lui a mérité fon nom 1 que cite
Z Z Z Z 2 --- Page 746 ---
732 DESCRIPTIO N DE L. A PARTIE
d'Ogeron dans une lettre du 12 Janvier 1669, où il annonce l'utilité de faire
un chemin depuis Acquin jufqu'au Port-Salut. Le mouillage y eft bon, &
la mer tranquille. Il y a auffi un retranchement à l'embarcadère 1 & à 250
toifes dans le Sud de la batterie. Les milices ont, de ces deux poftes, repouflé
fouvent des corfaires & des frégates dans la guerre de 1778. Le corps-degarde, que les habitans avaient fait conftruire à la batterie a été incendié
quelques mois après la paix de 1783L'embarcadère, tel qu'il eft, Sud-Sud-Efl & Nord.Nord-Ouef, a 250 pas
en ligne droite, à partir de la pointe du petit Port-Salut.
C'eft dans ce lieu, que font projettés. le bourg & l'églife de cette paroiffe , &
déjà l'on voit 6 maifons à PEf, 3 un peu au-deffus de l'embarcadèré 1 au
point où eft le mouillage, & plus haut encore , dans la même direétion , 12
autres, parmi lefquelles eft le bureau de la pofte. La rivière eft à 130 toifes
plus loin.
A cinq quarts de lieue du Port-Salut, eft la rivière des Sables, & 560 toifes
plus loin, la pointe de Sable. De celle-ci à l'anfe à Roland, il y a trois
grands quarts de lieue, & à-peu-près trois quarts de lieue de là à l'anfe-à
Dric. C'eft là que fe trouve la limite de la paroiffe du Port-Salut, & de celle
des Côteaux.
La côte que je viens de détailler, a des haut-fonds ; mais il y a en dehors
mouillage pour des frégates de 20 à 24 canons à Marche-à-Terre , &c au port à
Nonette. Un vaiffeau de 5o canons protégea même ainfi de fon feu, les chaloupes qui enlevèrent dans ce dernier point, 3 pendant la guerre de 1756, le
bateau appellé la Madame. De petites frégates peuvent s'approcher également
de la pointe de Sable 1 &. du Port-Salut.
Le territoire de la paroiffe du Port-Salut, a donné autrefois proportionnellement, une grande quantité d'un fort bel indigo, mais le fuccès lui-même a
appauvri ce fol. Depuis la paix de 1763, on y a établi une fucrerie, celle de
M. Charles Lafoffe. dans le canton du Port-Salut même, & faifant du fucre
brut ; elle a un moulin à eau. Cct établiflement donne un efpoir fondé pour les
16 fucreries, 4 qu'on croît que ce local peut contenir le long de la mer qui,
comme l'on voit, borde trois de fes faces.
Dans quelques endroits le terrain a des bancs de roches à ravets que recouvre une terre rougeâtre, entrainée des montagne. Dans d'autres, la terre ef
dans le canton du Port-Salut même, & faifant du fucre
brut ; elle a un moulin à eau. Cct établiflement donne un efpoir fondé pour les
16 fucreries, 4 qu'on croît que ce local peut contenir le long de la mer qui,
comme l'on voit, borde trois de fes faces.
Dans quelques endroits le terrain a des bancs de roches à ravets que recouvre une terre rougeâtre, entrainée des montagne. Dans d'autres, la terre ef --- Page 747 ---
FRANÇAISE DE SAINT - D O MINGUE 733
prefque craieufe, car les habitans de la plaine des Cayes, y envoyent prendre
de quoi frotter l'intérieur des barriques, où ils mettent leur fucre à purger,
afin d'enapècher que le firop ne coule le long des parois. La température de cette paroiffe eft féche. Il fauty avoir recours à des puits 9
&x encore à l'exception de ceux qui font voifins de la mer, ou de petits ruiffeaux, ils tariflent. Elle a outre fa fucrerie, 138 indigoteries ou cotonneries. Le cafén'y pourrait réuflir. Sa population eft de 180 blancs, , 120 affranchis,
&3,000 efclaves, & fa milice de 35 blancs & 30 affranchis. Le Port-Salut, eft encore dépendant entièrement pourle fpirituel, de Torbec
dont il a étéretranché. Il eft au furplus du commandement, de la Sénéchauflsc,
8c de l'amirauté des Cayes. En quittant la plaine du Fond, au bout de l'habitation Saint-Martin, après
avoir traverfé la rivière de l'Acul, par le grand chemin royal, on eft fur le
territoire de la paroiffe du Port-Salut. On y paffe la petite rivière à Galais, &
bientôt après il faut quitter la voiture pour prendre le cheval. On monte le morne du Palmifte-Écrit, auquel on a donné ce nom à caufe
d'un palmier fur l'écorce duquel des paffans s'amufaient à graver leurs noms. Ce morne eft affez long 3 mais le chemin y eft beau. La terre y eft très-mauvaife, chargé de roches calcaires, ou d'un tuf blanc. On pafle plufieurs fois
la petite rivière des Mornes. Du haut du morne du Palmifte-Ecrit, il y a une
échappée d'où l'on apperçoit une bande de la plaine des Cayes, & la mer dans
le lointain. Au bas du morne du Palmifte-Ecrit, on trouve la rivière del'anle. à-Dric 1 que j'ai dit être la limite avec la paroifle des Côteaux. Il ne faudrait cependant qu'un travail fort ordinaire, pour rendre praticable
aux voitures les 4 licues qu'on paffe maintenant à cheval. L'on irait alors
jufqu'à Tiburon. Autrefois au lieu du chemin qui exifte, ilfallait en parcourir
un qui fuivait lui-mème la côte de la péninfule de l'Abacou. On entreprit le
nouveau en 1784, & il fut terminé en 1785; la partie vers Torbec a été faite
fous la direction de M. Du Boufquet, &c celle vers les Côteaux, par M. Morel. M. Béchillon, capitaine au régiment du Port-au-Prince 2 a franchi les 4 lieues
dont je viens de parler, dans fa chaife > & s'efl rendu à fon habitation de Ia
Roche-à-Bateaux. On compte du point oû l'églife du Port-Salut eft projcttée ;
A Téglife de Torbec
IO lieues.. des Côteaux
--- Page 748 ---
734 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
On trouve dans plufieurs endroits de la paroiffe, des fétiches & des vafes de
terre cuite.
les 4 lieues
dont je viens de parler, dans fa chaife > & s'efl rendu à fon habitation de Ia
Roche-à-Bateaux. On compte du point oû l'églife du Port-Salut eft projcttée ;
A Téglife de Torbec
IO lieues.. des Côteaux
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734 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
On trouve dans plufieurs endroits de la paroiffe, des fétiches & des vafes de
terre cuite. QUARTIER DU CAP TIBURO N. XLIX,
PAROISSE DES CÔTEAUX. CETTE paroife démcmbrée de Ja paroifle du fond de l'ile à Vache, comme
celles de Cavaillon 1 des Cayes & de Torbec, remonte à 1726, ainfi que
ces deux dernières, 8c a Saint-Pierre pour patron. Dans l'origine elle avait un
immenfe territoire, puifqu'elle comprenait tout le Quartier des Anfes, dont
les limites étaient Torbec d'un côté, & Jérémie de l'autre, & dont le nom
venait du grand nombre d'anfes qu'on y trouve. Le II Janvier 1752, les Adminiftrateurs décidèrent que l'églife des Anfes;
qui était tombée en ruines, ferait déformais à Tiburon, 2 & qu'il y aurait une
chapelle aux Trois-Rivières fur la paroiffe actuelle ; mais le 14 Juin fuivant,
ils arrêtèrent que l'annexe ferait aux Côteaux, 8c c'eft ce qui eft refté réellement la paroiffe des Côteaux, dont les limitcs, d'après cette décifion du 14Juin
1752, font : à FER, la rivière de l'anfe-à-Dric, depuis fon embouchure
jufqu'à fa fource, qui fépare les Côteaux de la paroiffe de Torbec, & de celle
du Port-Salut; j au Sud, la mer depuis l'embouchure de la même rivière jufqu'à
l'embouchure de la rivière des Anglais; ; à l'Oueft, cette dernière rivière qui
la fépare de la paroifie de Tiburon ; & au Nord, par la chaîne de la montagne
de la Hotte 1 qui eft entre les deux faces de la pointc Méridionale de
l'ile. La paroiffe va en fe rétrécifant 2 & devient prefque aigue dans le haut,
parce que la limite Occidentale de Torbec court au Nord-Oueft, & celle
Orientale de Tiburon dans le Nord-Eft. Ia dénomination de Côteaux eft prife de ce que cette paroiffe eft, en quelque
forte, compofée de côteaux Voyez l'Atlas ), qui par une dégradation fuccellive, viennent depuis la Hotte jufqu'à la mer. J'ai joui de la manière la
plus complette 3 de ce fpectacle vraiment attachant, de cette fucceflion de
ce que la limite Occidentale de Torbec court au Nord-Oueft, & celle
Orientale de Tiburon dans le Nord-Eft. Ia dénomination de Côteaux eft prife de ce que cette paroiffe eft, en quelque
forte, compofée de côteaux Voyez l'Atlas ), qui par une dégradation fuccellive, viennent depuis la Hotte jufqu'à la mer. J'ai joui de la manière la
plus complette 3 de ce fpectacle vraiment attachant, de cette fucceflion de --- Page 749 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 735
monticules pofés par étages. Un orage venant de cette montagne dans la direêtion du bourg des Côteaux 1 où je me trouvais alors, 7 envahiflait dans fa
marche impofante les différens chaînons vers lefquels le vent le dirigeait. Déjà
la Hotte fe perdait 3 pour ainfi dire, fous le voile épais que formait la pluie
échappée de la nue, par torrens, tandis que les monts plus rapprochés de moi,
confervaient encore leurs formes & m'indiquaient même leurs diftances récipar la variété des teintes qui Ies ombraient ; enfin les côteaux plus
proques,
voifins de la mer, avaient ce ton bleu foncé qui annonce un air plus denfe. Des
éclairs plus ou moins vifs, plus ou moins fréquens, donnaient encore de l'effet
à ce tableau 1 &, le bruit éclatant du tonnerre imprimait à la fcène un caractère
vraiment majeftueux.
Les Côteaux doivent Ieur établiffement primitif au commerce étranger,
qu'àl'éloign ement où ils fe trouvaient des établiffemens principaux de
parce
la Colonie , les regards du commerce national ne s'étendaient pas même jufqu'à
des mouillages favorifaient les échanges entre les habitans
eux. La multiplicité
à-peu-près les uns &c les autres, que les
& les interlopes > qui foupçonnaient
chefs de la Colonie fentaient la néceffité de leurs relations 7 ou plutôt l'impuiffance d'y mettre des obitacles bien réels.
La côte de la paroiffe commence, ainfi que je l'ai dit, à l'embouchure de la
rivière de l'anfe-à-Dric. Une petlte lieue après > en allant dans lOueft, eft
l'anfe-à-Juif divifée en denx par une petite pointe. La partie la plus Orieneft la
anfe-à-Juif,
tale, où eft une roche appellée la Table-du-Diable,
petite
& la plus Occidentale 2 la grande anfe-à-Juif.
A une forte lieue plus loin, eft l'anfe de la Roche-l-Bateau, qui prend fon
nom d'une roche voifine du rivage qui, vue de loin dans certaines pofitions 2
à l'air d'un bateau à la voile. L'anfe de la Roche-à-Bateau a plus d'étendue
celle des Côteaux. Son mouillage eft très-bon pour de petits bâtimens 2
plus que alluré & de meilleure tenue que celui des Côteaux : et il y a fur les cinquante pas du roi, de l'habitation Béchillon, un embarcadère où font déjà
bâties fix cafes. Une batterie protège ce point.
C'eft à environ trois quarts de lieue de l'anfe de la Roche-à-Bateau qu'eft
l'anfe des Côteaux, dont l'ouverture eft de 300 toifes, &c l'enfoncement de
toifes. C'eft fur fon côté Oriental qu'eft le bourg. Des bateaux qui ne
150 tirent pas plus de dix pieds d'eau > peuvent mouiller à 60 ou 80 toifes de terre 2
ère où font déjà
bâties fix cafes. Une batterie protège ce point.
C'eft à environ trois quarts de lieue de l'anfe de la Roche-à-Bateau qu'eft
l'anfe des Côteaux, dont l'ouverture eft de 300 toifes, &c l'enfoncement de
toifes. C'eft fur fon côté Oriental qu'eft le bourg. Des bateaux qui ne
150 tirent pas plus de dix pieds d'eau > peuvent mouiller à 60 ou 80 toifes de terre 2 --- Page 750 ---
736 DESCRIPTION DE LA PARTIE
&c lcs autres bâtimens à 120 toifes, avec un allez bon fond par 4 braffes. Dans
la partie de l'Oueft de l'anfe, eft une roche qui n'a que 3 pieds d'eau. On l'évitera toujours en prenant le milieu, & en arrivant, lorfqu'on fera vers le
tiers de l'efpace , furle côté Eft, pour mouiller.
On compte trois quarts de lieue de l'anfe des Côteaux à l'anfe des Damallins, qui a un affez bon mouillage à environ 5o1 toifes de terre, & par 3 &
4 brafles fur un bon fond 1 mais quin'eft point abrité.
Une lieue plus loin eft l'anfe appellée le Port-à-Piment 1 de près de cinq
quarts de licue d'ouverture, fur un quart de lieue de profondeur. Ily a mouillage très-près de terre par 2 braffes, & par dix un peu plus au large, avec une
bonne tenue fur un fond de fable blanc; mais lâ, comme à l'anfe des Damaffins,
les vents de Sud font à redouter.
Ilya près de cinq quarts de lieue du Port-à-Piment à l'anfe. des Trois-Rivières, que fuit à 900 tojfes l'anfe de la rivière Salée. De celle-ci à l'aculà-Jean ou Jouan, on compte 700 toifes, &c de là 800 toifes jufqu'à la pointe du
morne des Anglais, 3 qui a 500 toifes de côtes de fer. Enfin il y a près de trois
quarts de lieue de cette pointe à la rivière des Anglais, où commence la paroile de Tiburon.
Quand on parcourt la paroiffe des Côteaux par le grand chemin royal, on
trouve fon territoire avec le paffage de la rivière à Dric. Après l'avoir franchie,
on monte un morne plus élcvé que celui du Palmifte-Ecrit. A fon fommet le
chemin eft fort roide : l'on dit qu'on y trouve du fable ferrugineux. La terre y
eft rouge eft forte. Après avoir defcendu, on trouve un endroit où les mornes,
toujours refferrés depuis la montée du Palmifte-Ecrit, Commencent à laifferun
intervalle un peu plus ouvert. C'elt là qu coule la rivière de l'anfe-à-Juif,
fur les côtés de laquelle font de petits établiflemens qui donnent l'air d'un
hameau à ce lieu champêtre. On peut mettre une fucrerie dans cette anfe.
Le vallon continue à s'ouvrir encorc, & l'on trouve à la gauche , l'habitation
Rateau, au bout de laquelle eft un petit enfoncement, , où fe montre, fur la
droite du chemin, l'indigoterie Mallet ; au-delà de celle-ci eft l'habitation
Manciny, , où l'on cultive à la fois 1 l'indigo & le coton.
En terminant cette efpèce de petit baflin, on palle la rivière de l'anfe de la
Roche-à-Bateau, qui eft bordée de chaque côté, dans cet endroit, par un rocher
coupé à pic, d'environ 60 pieds d'élévation 2 & compofé d'une efpèce de
grifon
ie Mallet ; au-delà de celle-ci eft l'habitation
Manciny, , où l'on cultive à la fois 1 l'indigo & le coton.
En terminant cette efpèce de petit baflin, on palle la rivière de l'anfe de la
Roche-à-Bateau, qui eft bordée de chaque côté, dans cet endroit, par un rocher
coupé à pic, d'environ 60 pieds d'élévation 2 & compofé d'une efpèce de
grifon --- Page 751 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 737
grifon blanc feuilleté, & pofé par couches parallèles à l'horifon, qui n'ont
guères plus d'un ou deux pouces d'épaiffeur.
De là on pénètre par une gorge qui s'étend dans le canton de Ia Roche-à-Bateau. L'afpeat de ce canton vu de la mer, offre une petite plaine, &x en re
montant la rivière on voit une vingtaine d'habitations placées des deux côtés,
& où l'on cultiye l'indigo, le coton & le cafier. On pourrait y former une fucrerie des habitations Béchillon & Largue réunies; &c une autre de celles JeanBaptifte Millet & Chevalier, en les réuniflant aufli ; la rivière arroferait
l'une &c l'autre.
Après la rivière de la Roche-à-Bateau, et: même un peu au-deffus on peut
reprendre la voiture. Le chemin vient repaffer cette rivière à fon embouchure ; delà il fe dirige tout le long de la mer , qui, dans des endroits s'avance
même jufqu'aux pieds des chevaux 2 & l'on arrive au bourg des Côteaux.
Ce bourg qui occupait autrefois une grande longueur dans le fens du chemin
n'a plus que 19 maifons. On n'en voit qu'une feule de paffable, &c qui ait une
galerie fur le devant; elle eft à la gauche du chemin, & au coin de la place
qui eft très-peu régulière. Autrefois le bourg s'étendait d'avantage dans le
Nord, mais dans fes débordemens la rivière a emporté plufieurs maifons, &
elle borde encore la dernière. On attribue à la mauvaife qualité de fes eaux,
où les habitans vident les égouts de leurs indigoteries, les maladies dont font
attaqués prefque tous les habitans du bourg. On dit qu'on pourrait y mener
l'eau d'une fource de l'habitation Gadroy, qui touche ce bourg au Nord-Eft.
Je crcis qu'il faudrait aufli compter pour quelque chofe la fituation de ce lieu
où la circulation de la brife eft gênée par la Hotte, qui eft prefque derrière
lui.
Dans le bourg, eft un détachement de maréchauffée, compofé d'un
exempt,
un brigadier & 4 archers 3 qui logent dans le corps-de-garde fait pour les
miliciens en tems de guerre. Ony voit auffi un bureau de pofte.
Au Nord-Nord-Ouelt & à environ Isotoifes du bourg, fur le bas d'une
colline prolongée 2 eft l'églife qu'environne le cimetière, , & derrière lequel
eft le prefbytère. On ne conçoit pas qu'elle a été la caufe de cet éloignement,
qui eft réellemènt conidérable dans Te tems des pluies. Il ferait aifé de faire
l'échange de ce terrain, , qui appartient à la paroiffe avec un autre plus à la
proximité du bourg, que donnerait Phabitation Dézert. Cette
églife 7 quoique
Tome II.
Aaaaa
qu'environne le cimetière, , & derrière lequel
eft le prefbytère. On ne conçoit pas qu'elle a été la caufe de cet éloignement,
qui eft réellemènt conidérable dans Te tems des pluies. Il ferait aifé de faire
l'échange de ce terrain, , qui appartient à la paroiffe avec un autre plus à la
proximité du bourg, que donnerait Phabitation Dézert. Cette
églife 7 quoique
Tome II.
Aaaaa --- Page 752 ---
738 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
faite depuis 1752, menace d'avoir bientôt lc fort de celle qu'elle a remplacée,
& qui tomba de vetuflé.
L'anfe &le bourg des Côteaux, font défendus par une batterie à barbette,
placée à l'entrée de ce bourg 1 vers le Sud , après quelques cafes bâties fur
les cinquante pas du roi, & occupées par des gens de couleur, ce qui fait
mème, que cette partie eft appellée quelquefois la petite Guinée.
Le 28 Juillet 1781, trois bâtimens Nantais 2 partis des Cayes pour France,
furent chaflés par deux brigs armés, jufques dans la rade des Côteaux ; la
batterie fit ccffer leur feu. Au mois d'Août 1784, le Necker, corfaire appartenant à M. Tauzia, négociant au Cap, commandé par M. Jofeph Larrieux,
ayant été chaflé pendant 4 lieues, 2 & canonné par une frégate 1 relâcha aux Côteaux. La frégate envoya plus de 120 boulets, tant fur le corfaire que fur Ia
batterie, & fongeait à mettre fes chaloupes à la mer pouramariner le corfaire ;
mais la batterie fut fervie avec tant de précifion, que plufieurs boulets tombèrent à fon bord, & entr'autres un qui lui enleva fa corne d'artimon, à
laquelle était attaché le pavillon blanc; alors elle abandonna le combat. Lai récompenfe qu'ont eu les habitans pour cette marque de zèle, 3 a été de n'avoir
pas un feul homme bleffé, & de conferver les boulets de la frégate, qu'on
a1 ramaffés par tout. Ces faits s le voifinage de Ia Jamaique 3 & la facilité qu'à
l'ennemi de trouver des mouillages, prouve la néceffité d'avoir des canons de
gros calibre dans ce pofte; il ferait même plus convenable de lui donner deux
batteries, dont les feux croifés feraient une proteétion eflicace, & d'avoir une
poudrière moins humide que celle actuelle.
Dans le bourg font les propriétaires d'un bateau & d'une goelette qui compofent la marine propre des Côteaux.
En fortant du bourg des Côteaux 1 le chemin fuit encore la mer, il cft étroit
& n'a guères plus de 30 pieds dans certains endroits. Heurcufement que le
nombre des voitures ne peut être confidérable dans la langue de terre plane
des Anfes,ar on ne conçoit pas trop le parti.que prendraient, dans quelques
points, deux voyageurs qui fe rencontreraient à fens oppofé, On trouve le
long de cette route de petites rentrées qui forment des anfes & où, dans des
enfoncemens plus ou moins grands 1 mais toujours bornés, font placées plufeurs habitations ; tel eft d'abord l'anfe à Louis où font les habitations la Roque
& Éliot, dont la première réunie à celles liverny 8x Dézert, peut devenir une
fucrerie qu'arroferait la rivière des Côteaux.
fe rencontreraient à fens oppofé, On trouve le
long de cette route de petites rentrées qui forment des anfes & où, dans des
enfoncemens plus ou moins grands 1 mais toujours bornés, font placées plufeurs habitations ; tel eft d'abord l'anfe à Louis où font les habitations la Roque
& Éliot, dont la première réunie à celles liverny 8x Dézert, peut devenir une
fucrerie qu'arroferait la rivière des Côteaux. --- Page 753 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMIN GU E. 739
Bientôt après, on monte un morne peu long, mais très-roide , dont le maffif
eft calcaire &c d'oà l'on va gagner les Damaffins où fe rend une rivière de ce
nom & où font les deux habitations Quentin & Munier. établies en indigo &
en coton. Cette rivière pourrait les arrofer, 8c les faire convertir en une
fucrerie. Dans les hauteurs de ce canton font encore rO habitations, en café,
coton & indigo.
On va chercher enfuite le Port-à-Piment. Dans le contour de cette anfe
font 14 maifons; 5 il en eft d'alTez confidérables & avec galeries. Ces 14
maifons font divifées en trois portions qui occupent les deux extrémités & le
centre de l'anfe. Il y en a 9à la gauche du chemin & 5 à la droite. Une
rivière qui eft à PEf des maifons & à environ IOO toifes de Ia plus voifine 9
fournit toujours une affez bonne eau dans ce point, où font les habitations
Milhet & Puyverger. Plufieurs habitans demandent qu'on y érige un bourg. On
affure même que ce lieu fait déjà plus de commerce que le bourg des Côteaux.
Un bateau en dépend.
Peu après on paffe les Trois-Rivières qui fe réuniffent dans les débordemens
couvrir l'immenfe lit de galets qu'elles fe partagent dans les tems ordipour
naires. On trouve aux Trois-Rivières les habitations Deflandes. 1 Labayé & de
plus celle des héritiers Pontu, fufceptibles d'être mifes en fucreries & d'arrofement. Ily en a 15 autres dans les hauteurs. Une rivière qui leur donne de
l'eau, vient à l'extrémité Occidentale de cette petite plaine, fe perdre dans
les rochers près de la mer.
C'eft après avoir franchi cet efpace 1 qu'en côtoyant toujours la mer 1 le
chemin conduit à la petite portion plane 1 appellée la rivière Salée, qui a auffi
farivière & les deux habitations Boufquet & Arnaud ou Cooper. 1 qui réunies,
peuvent former une fucrerie.
Deux groffes pointes forment l'anfe de la rivière Salée. La plus Orientale,
d'élévation
eft coupée à pic &x eft
qui a environ 70 pieds
perpendiculaire,
formée d'une efpèce de pouzzolane d'un rouge vif; fes dégradations offrent
Les couches de cette mafe 3 qui ont environ trois pieds
un afpeêt pittorefque.
d'épailleur, font parallèles à l'horifon, fi ce. n'eft dans les deux extrémités
Eft &c Oueft de la pointe où elles s'abaiflent. Cette pouzzolane procure un
excellent ciment.
L'autre pointe qui eft un peu moins élevée que l'autre, eft auffi à pic, mais
A a a a a 2
offrent
Les couches de cette mafe 3 qui ont environ trois pieds
un afpeêt pittorefque.
d'épailleur, font parallèles à l'horifon, fi ce. n'eft dans les deux extrémités
Eft &c Oueft de la pointe où elles s'abaiflent. Cette pouzzolane procure un
excellent ciment.
L'autre pointe qui eft un peu moins élevée que l'autre, eft auffi à pic, mais
A a a a a 2 --- Page 754 ---
740 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
d'une efpèce de terre marneufe d'un gris jaunâtre. Ses couches horifontales
au milieu, & inclinées à leurs extrémités, n'ont pas plus d'un pied d'épaiffeur.
La première de ces pointes eft connue auffi fous le nom de Tapion des
Chardonnières. M. de Puyfégur en marque la latitude à 18 degrés, 16 minutes,
1O fecondes, & la longitude à 76 degrés, 35 minutes, IO fecondes.
Continuant à fuivre le chemin, on trouve l'anfe des Chardonnières, aini
nommée à caufc des ourfins appellés chardons 1 qu'on trouve dans la mer le
long de fa côte. La eft un embarcadère avec cinq cafes & cinq habitations,
& entr'autres cclles Trochu 8c Delaparre, dont on peut faire enfemble une
fucrerie, mais fans eau , &c celle Benech de Solon, qui à elle feule en formerait
une autre avec peu d'eau.
Après le fable de l'anfe des Chardonnières, on arrive à l'Acul-de-Jean,
ou Jouan, que fuit la petite plaine appellée les Anglais 2 à caufe des fréquentes
defcentes qu'ils y faifaient autrefois dans leurs croifières, pour s'yrepofer. Au
milieu de cette plaine coule la rivière des Anglais, féparant la fucrerie
Reynier. , qui eft de Ia paroiffe des Côteaux, de celle du comte du Gravier,
qui eft de la paroife de Tiburon, & leur donnant un moulin à eau à chacune.
Sur le terrain devenu en 1726 la paroiffe des Côteaux, il y avait en 1718
8 indigoteries & 32 animaux ; en 1730, 48 indigoteries & en 1753 une
fucreric dans le voifinage du bourg 3 45 indigoteries, 6 cafeteries, 81,500
cctonniers. 2 I hatte &c 2 places-à-vivres,
Le fol en plaine eft généralement bon, & celui qui borde la mer pourrait
fervir à l'établiflement d'uue douzaine de fucreries. La première chaine de
montagnes, épuilée par l'indigo & dégradée par les pluies, n'efl au contraire
propre qu'à l'éducation des animaux. Autrefois les Anfes avaient une haute
réputation pour l'indigo qu'elles produifaient, & aujourd'hui encore on le
paye vingt fous de plus par livre. Derrière cette première chaîne, font des
terrains fertiles où le cafier réuflit, notamment dans les hauteurs de la Rocheà-Bateau, des Trois-Rivières & de la rivière des Anglais, où l'on trouve
la terre d'une nuance rouge, regardée comme la plus analogue à cette plante.
Maintenant, la paroifle a une fucrerie, 60 indigoteries, 40 cafeteries, quel.
ques cotonneries & de petits établiflemens où l'on cultive des vivres & de la
graine d'indigo.
En 1718,on y voyait 82 blancs & 84 efclaves; en 1730, 240 blancs,
is-Rivières & de la rivière des Anglais, où l'on trouve
la terre d'une nuance rouge, regardée comme la plus analogue à cette plante.
Maintenant, la paroifle a une fucrerie, 60 indigoteries, 40 cafeteries, quel.
ques cotonneries & de petits établiflemens où l'on cultive des vivres & de la
graine d'indigo.
En 1718,on y voyait 82 blancs & 84 efclaves; en 1730, 240 blancs, --- Page 755 ---
FRANÇAIS E DE S AINT-DOMINGUE
45 affranchis & 632 efclaves; en 1753, 273 blancs, 106 affranchis & 2,065
efclaves. A préfent, on peut compter 300 blancs, 160 affranchis & environ
6,000 efclaves.
La milice eft compofée de deux compagnies, une de 70 blancs & une de
50 affranchis.
La température des Côteaux eft féche &c le devient encore plus chaque
année. En 1785, la féchereffe y détruifit tous les vivres, & comme les
efclaves fouffraient les horreurs de la faim, l'adminiftration y fit paffer au
commencement de 1786 du bifcuit, qu'on ne délivrait que pour de l'argent
comptant, fur le pied de 50 liv. le quintal. J'ai entendu depuis, de grandes
plaintes fur le mauvais choix de ce bifcuit. Ce doit être au moins un avertiffement pour des occurrences femblables, où la négligence eft inexcufable.
Cependant, le 4 Septembre 1772, la pluie qui regnait depuis plufieurs
jours, fit autant de torrens des rivières. Celle des Côteaux entraina une
maifon du bourg, & aux Trois-Rivières il y eut de grands dommages. On
fit en 1773, pour redreffer la rivière des Côteaux, un plan encore fans
exécution.
La brife du large eft depuis TEft-Sud-Ef jufqu'à PER, &c celle de terre du
Nord-Eft.
Le climat eft fort fain dans cette paroiffe, 1 où l'en eft étonné de voir
autant de rivières & autant de marques de fécherefle. Peut-être un examen
hydraulique offrirait-il des moyens de les combattre. Cependant ces rivières
font fujettes à tarir dans leur partie inférieure durant la faifon féche, qui eft
d'ordinaire depuis Décembre julqu'en Juillet.
La plupart de ces rivières ont leurs fources dans la chaîne de la Hotte,
& dans cette montagne même ; telle eft la rivière des Côteaux.
La Hotte n'eft guères dans certains points qu'à trois lieues de la mer. C'eft
de la Roche-à.Batean qu'elle a vraiment l'air d'une hotte renverfée. D'après
les mefures prifes trigonométriquement par M, Moreau, 3 ingénieur aux Cayes,
en 1766, fon fommet à 1,143 toifes perpendiculaires au-deffus du niveau de
la mer. On aflure que ce fommet a des étangs ou réfervoirs d'eau. Il eft heureux que leur inaccefibilité doive empècher d'abattre les bois qui ombragent
le berceau des rivières que cette montagne entretient & qui y appellent les
pluies. On prétend qu'on a pu gravir allez haut fur la Hotte pour découvrir
es,
en 1766, fon fommet à 1,143 toifes perpendiculaires au-deffus du niveau de
la mer. On aflure que ce fommet a des étangs ou réfervoirs d'eau. Il eft heureux que leur inaccefibilité doive empècher d'abattre les bois qui ombragent
le berceau des rivières que cette montagne entretient & qui y appellent les
pluies. On prétend qu'on a pu gravir allez haut fur la Hotte pour découvrir --- Page 756 ---
742 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
dans un jour très-ferein, la Navaffe, petite ile entre Saint-Domingue & la
Jamaique 1 & placée à environ 22 lieues dans l'Oueft du Cap Tiburon 9 qui
lui-même eft à environ douze lieues de la Hotte.
La côte des Côteaux eft aflez poiffonneufe. Les rivières le font beaucoup.
Celle des Côteaux fournit particulièrement de fuperbes mulets, & celle des
Anglais des carpes très-délicates qui ont jufqu'à un pied de long.
Le gibier eft rare, 1 mais dans les mois de Septembre & d'OEtobre le gibier
marin y devient très-commun, fur tout lorfque l'équinoxe a été orageufe. Les
vents qui règnent alors du Sud femblent amener ce gibier de la côte da
continent efpagnol,
Les figues de France & le mufcat font excellens depuis la Roche-à-Bateau
jufqu'à Tiburon ; on en fait deux récoltes par an.
Depuis les Côteaux jufqu'à Jérémie, on fe fert, comme aux Ifles du Vent,
de la coquille du lambis au lieu de cloches pour faire aller les nègres au
travail ou pour le leur faire quitter. On y employe aufli le même moyen
dans les bourgs pour annoncer ( corner ) la vente du poiflon &x celle de la
viande de boucherie.
L'églife des Côteaux eft diftante
De celle projettée au Port-Salut, de 4 lieues. De celle de Jérémie, de
sglieues,
de Torbec ,
Tiburon,
Les Côteaux dépendent du Quartier & du commandement de Tiburon,
& de la Sénéchauffée & de l'Amirauté des Cayes.
L,
PAROISSE DU CAP TIBURON
Ou fimplement de TIBURON.
LE mot Tabaron 2 Taburon, Tiberon ou Tiburon, qui eft Indien, 1 réveille
Pidée d'un animal terrible, l'un des plus cruels ennemis par lequel l'homme
puilfe être attaqué, puifqu'il fait ufage de fes forces fupérieures dans fon
propre élément, tandis que Phomme y cft faible & fans défenfe. Il eft naturel
.
L,
PAROISSE DU CAP TIBURON
Ou fimplement de TIBURON.
LE mot Tabaron 2 Taburon, Tiberon ou Tiburon, qui eft Indien, 1 réveille
Pidée d'un animal terrible, l'un des plus cruels ennemis par lequel l'homme
puilfe être attaqué, puifqu'il fait ufage de fes forces fupérieures dans fon
propre élément, tandis que Phomme y cft faible & fans défenfe. Il eft naturel --- Page 757 ---
FRANÇAISE DE
SAIWT-DOMINGU: E. 743
de fuppofer que Tiburon était un féjour chéri des requins, puifqu'il
leurnom.
portait
Chriftophe Colomb paffant 1 le 20 Avril 1494, devant la groffe
nous nommons le cap Tiburon', , l'appella, je ne fais
le pointe que
Michel.
pourquoi, cap SaintLorfque l'efcadre de M. de Cahuzac, dont j'ai
miflion à
déjà parlé, eut achevé fa
Saint-Chrifophe, elle prit une croifière, & le vaiffeau les
monté par M. de Cahuzac lui-même, vint mouiller, le 6 Octobre Trois-Rois,
à Tiburon, lieu du rendez-vous. Le vaiffeau trouvant
1629,
l'eau était
y
une rivière dont
pure, en fit provifion & remit en mer le foir, laiffant à terre
3 hommes avec des vivrés pour qu'ils puffent y attendre les autres
tandis que M. de Cahuzac tiendrait la mer pour les chercher.
vailleaux,
Le 19, on revint à Tiburon, où le canot ne trouva pas les trois hommes.
Le 20, on envoya la chaloupe armée. Une douve de barrique fulpendue
que les trois àutres vaiffeaux venus à Tiburon le 16,
apprit
le 18 pour aller à l'autre rendez-vous
en étaient repartis
indiqué par M. de Cahuzac. On fit
encore de l'eau & l'on pêcha beaucoup de poiffons. Le vaiffeau
minuit, alla au Port-Français & arriva à Honfleur
repartit à
avec l'efcadre le
Décembre fuivant.
Ily avait déjà plus d'un fiècle que les Aventuriers s'étaient établis à la
Tortue & que l'Ile Saint-Domingue avait des Flibufliers & des
fans que Tiburon, concédé néanmoins à la Compagnie de Boucaniers,
en 1698, ni Dalmarie, comptaffent aucun habitant français. Saint-Domingue
Cependant la culture s'étendant chaque jour dans la Colonie, on follicita
vers 1725 de M. de la Rochalar, gouverneur-général,
dans cette vafte étendue. Il les refufa,
quelques conceflions
la laiffer ainfi,
de
parce qu'il penfait qu'il valait mieux
que n'y pas mettre affez de monde pour en protéger les
établiffemens contre les ennemis 1 qui avaient Phabitude de confidérer
la côte de cette portion de PIle comme leur domaine.
toute
Ces demandes furent réitérées dix ans après, fous M. de Fayet,
le refus, mais parce qu'il craignait que les
3 qui répéta
produétions qu'on
dans ces lieux ne fuffent entièrement dévolues au
recueillerait
commerce étranger.
Larnage perfuadé au contraire qu'il fallait commencer l'établiffement
qu'ily en eût un, donna en 1737 des conceffions
pour
2 pour lefquelles la crainte de
Ces demandes furent réitérées dix ans après, fous M. de Fayet,
le refus, mais parce qu'il craignait que les
3 qui répéta
produétions qu'on
dans ces lieux ne fuffent entièrement dévolues au
recueillerait
commerce étranger.
Larnage perfuadé au contraire qu'il fallait commencer l'établiffement
qu'ily en eût un, donna en 1737 des conceffions
pour
2 pour lefquelles la crainte de --- Page 758 ---
744 DESCRIPTION D E LA PARTIE
la guerre avait refroidi l'empreflement. Enfin, on vit en 1740 douze habitans
dans le territoire de Tiburon & de Dalmarie, puis trente & quelques en 1741
& 2CO en 1742.
Comme c'en était affez pour croire que la tentative ferait fructueufe,
Larnage & Maillart, fur la remontrance du procureur du roi de la Sénéchauffée
du Petit-Goave, dont les deux lieux étaient cenfés dépendre, déclarèrent,
le 6 Novembre 1742, que la même perfonne ne pourrait y polléder plus de
225 carreaux; que nulle conceffion ne pourrait occuper les deux bords
d'une rivière, & qu'enfin tout terrain demeuré inoccupé un an après fa
conccflion, ferait réuni au domaine.
On fongea dès lors à former une paroiffe pour Tiburon & Dalmarie, &c
les Adminiftrateurs fixèrent un lieu pour l'églife &x le bourg au point oû eft
à préfent le bourg de Dalmarie, L'églife était achevée au mois de Juin 1743,
& le prefbytère près de l'ètre ; l'un 8c l'autre étaient de bois,
Tiburon fe trouva donc dépendre de cette églife de Dalmarie ; mais dans la
réalité ceux des habitans qui étaient voifins de celle des Anfes y allaient au
fervice divin ; ceux plus rapprochés de l'autre lui donnaient la préférence 1
& ceux placés intermédiairement n'avaient de rapport avec aucune. La guerre
de 1744 vint achever de mettre Ide la confufion dans ces divifions civiles &
religieufes, & plufieurs habitans ayant même fui, à caufe de cette guerre > des
établiffemens commencés, l'églife de Dalmarie fut abandonnée.
Les Adminiftrateurs déterminés par la paix, faite depuis 1748, déclarèrent
le 21 Avril 1751, que les conceflions non-cultivées dans fix mois feraient
réunies. Les habitans qui revinrent à Tiburon follicitèrent les Adminiftrateurs
& en obtinrent, le II Janvier 1752, une ordonnance qui, attendu que la
paroiffe des Anfes, dont l'églife était tombée, avait trop d'étendue, ordonna
que l'églife de cette paroiffe ferait conftruite à Tiburon & qu'il y aurait une
chapelle fuccurfaie aux Trois-Rivières.
Le 19 Février, ils réduifirent pour l'avenir à 36 carreaux l'étendue des
conceflions qu'on ferait à Tiburon & à Dalmarie.
On a vu précédemment comment une nouvelle ordonnance du 14 Juin
avait mis aux Côteaux & non aux Trois-Rivières ce qu'on ne voulait
confidérer alors que comme une annexe de Tiburon.
Cependant on était en 1759 & Tiburon n'avait pas d'églife. Les Adminiftrateurg
Le 19 Février, ils réduifirent pour l'avenir à 36 carreaux l'étendue des
conceflions qu'on ferait à Tiburon & à Dalmarie.
On a vu précédemment comment une nouvelle ordonnance du 14 Juin
avait mis aux Côteaux & non aux Trois-Rivières ce qu'on ne voulait
confidérer alors que comme une annexe de Tiburon.
Cependant on était en 1759 & Tiburon n'avait pas d'églife. Les Adminiftrateurg --- Page 759 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 745
trateurs rappelèrent donc dans une ordonnance du 27 Juillet, que les habitans
avaient été autorifés en 1752 à prendre, pour faire la paroiffe & un bourg,
une portion de l'habitation que M. Pat avait achetée de M. Hugueville,
dans l'anfe de Tiburon ; que le 19 Novembre fuivant les habitans s'étaient
impofés à raifon de IO livres par tête de nègres pendant trois ans ; que
depuis, les habitans ayant défiré un autre emplacement pour le bourg, M. de
Saint-Romes, ingénieur, avait été envoyé fur les lieux, &c qu'il avait trouvé
le premier choix méritait la préférence. En conféquence 1 les Adminif
que ordonnèrent
payerait, à dire d'arbitres, à M. Pat, le terrain
trateurs
qu'on
prendrait pour le bourg , 8c à M. Gautier, celui oà feraient mis I églife,
qu'on le cimetière & le prefbytère ; que les emplacemens du bourg feraient vendus
& fixés d'après les alignemens donnés par un arpenteur & le plan de M. de
Saint-Romes, 3 & qu'enfin nulle couverture ne pourrait être de paille.
Malgré tant de préparatifs 1 il n'y a eu de curé à Tiburon qu'au mois de
Septembre 1768, &c fon établiffement, comme paroiffe 1 n'a été confolidé que le
22 Avril 1770, époque à laquelle remontent les regiftres.
L'églife eft fous linvocation de Saint-Jean.Daptifite.
à l'extrémité
de PIle, eft bornée : à
Cette paroiffe 2 fituée
Sud-Oueft
LER,
la paroiffe des Côteaux ; au Nord, d'abord par la paroiffe de Jérémie,
par & plus à T'Oueft, par la paroiffe de Dalmarie, au moyen d'une ligne
qui, tirée de la chaîne formant un des contreforts de la montagne de la
Hotte, 8c paffant vers la fource des eaux thermales appellées les fources du
de la Grande-rivière de la Grande-Anfe, va fe terminer à la
bras gauche
mer 7 à la pointe des Irois; à l'Oueft &c au Sud, par la mer.
La partie plane de cette paroifie ne forme guères qu'un cordon d'une largeur
variable, , mais toujours petite, le long de la mer, & elle eft même interrompue
la montagne de Tiburon. Dans l'intérieur, elle eft compofée de monts
par
dont la difpofition eft quelquefois tumultuaire, , quoiqu'ils aient tous un rapport
avec la chaine de la Hotte, à laquelle ils femblent fervir de points
marqué
d'appui pour la défendre de l'attaque des fiècles, qui exercent leur empire fur
cette furface hachée & confufe, & qui y marquent de cent manières leurs
efforts & les ravages du tems.
Tiburon a prefque toujours eu une réputation maritime , & c'eft pour moi
raifon de conlidérer fes côtes comme l'un des premiers objets à décrire.
une
Tome I.
B b b b b
à laquelle ils femblent fervir de points
marqué
d'appui pour la défendre de l'attaque des fiècles, qui exercent leur empire fur
cette furface hachée & confufe, & qui y marquent de cent manières leurs
efforts & les ravages du tems.
Tiburon a prefque toujours eu une réputation maritime , & c'eft pour moi
raifon de conlidérer fes côtes comme l'un des premiers objets à décrire.
une
Tome I.
B b b b b --- Page 760 ---
746 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Ces côtes commencent, dans P'EC, avec l'embouchure de la rivière
des Anglais, qui fe jette par plufieurs branches dans l'anfe des Anglais
d'environ une lieuc d'ouverture & formée par le morne des Anglais
à l'Orient & la pointe du mouillage des Anglais à l'Occident. Le
mouillage y eft preique toujours dangereux, ainfi que fur toute, cette côte,
& l'on n'y débarque qu'avec une très-grande difficulté.
Il y a une demi-lieue de la pointe du mouillage des Anglais au morne de
la Vigie ou de Charlemagne, &c une demi-lieue de celui-ci au tapion de
la Cahouane. On compte une lieue &c trois quarts de ce tapion à la GrandePointe, &x une forte lieue de celle-ci au Vieux.Boucan,qui eft par 18 degrés,
15 minutes, 64 fecondes de latitude &c par 76 degrés, 48 minutes de longitude.
A 390 toifes du Vieux-Boucan, eft la pointe des
Mangles 7 que fuit à urfe
demi-lieue plus loin la pointe des Aigrettes.
Des Aigrettes au tapion qui fait la pointe Orientale de l'anfe du Milieu,
ilya.une demi-lieue, & 1,210 toifes de ce tapion à ce que beaucoup de perfonnes & beaucoup de cartcs appellent le cap Tiburon, quoique ce ne foit
quc la pointe à Burgaux, dont la latitude eft de 18 degrés, 17 minutes, 50
fecondes, & la longitude de 76 degrés 3 51 minutes, 36 fecondes.
A partir d'une demilieue dans PEC de la GGrande-Pointe jufqu'à la pointe
à Burgaux, 1 la côte eft garnie de rochers qui découvrent à bafle mer &c qui
ont en avant un fond de roches fur lequel iln'y a point de mouillage ; il faudrait un calme bien conftant pour qu'on pût être à un quart de lieue fur la
côte fans avoir à redouter de chaffer fur fes ancres.
Vis-à-vis du Vieux-Boucan, eft une paffaou l'on trouve environ II pieds
d'eau. Ily en a auffi une pour les canots en face des Aigrettes 1 plateau affez
élevé, fur lequel font les établiffemens d'une habitation formant un point de
vue très-agréable.
La pointe à Burgaux eft la pointe Orientale de la baie de Tiburon qui,
de là jufqu'au cap Tiburon, formant la pointe Occidentale. , a 1,730 toifes
d'ouverture. Elle forme un port très-a affuré contre pre fque tous les vents 2
od l'on peut mouiller très-près de terre & où l'on trouve de l'eau, du bois
& des rafraichiffemens de toutes les efpèces. Sa fituation eft une des plus propices pour un lieu de rendez-vous dans des expéditions.
Tiburon placé à 58 lieucs dans le Sud-Oueft du Môle Saint-Nicolas 3 forme, ,
arec lui, les deux points extrèmes d'une croifière, qui protègerait mieux
un port très-a affuré contre pre fque tous les vents 2
od l'on peut mouiller très-près de terre & où l'on trouve de l'eau, du bois
& des rafraichiffemens de toutes les efpèces. Sa fituation eft une des plus propices pour un lieu de rendez-vous dans des expéditions.
Tiburon placé à 58 lieucs dans le Sud-Oueft du Môle Saint-Nicolas 3 forme, ,
arec lui, les deux points extrèmes d'une croifière, qui protègerait mieux --- Page 761 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE
qu'aucune autre, la Colonie entière. Elle offre des vents prefque toujours
traverfiers, toujours frais, & chaque 24 heures les bâtimens amis peuvent être
rencontrés & protégés quel que foit leur deftination, &c ceux ennemis pourfuivis
& privés de la relâche ou du retour à la Jamaique.
Tiburon permet, comme le Môle,l'entrée des vaiffeaux pendant la nuit ;
c'eft un avantage 1 mais qu'il faut favoir interdire à l'ennemi.
On ne redoute dans cette baie qui eft faine par tout & avec bon fond, en
n'approchant pas trop. la pointe à Burgaux 1 que les vents de Sud, dont les
petits bâtimens peuvent même être abrités par la pointe à Burgaux. Avec
tout autre vent, une mer tranquille rend tous les mouvemens faciles.
Du "cap Tiburon au cap à Foux, 3 il y a environ 1,200 toifes, environ
toifes de celui-ci au cap des Carcalles, entre lequel & Ia pointe 750 des
Figuiers, qui eft à 750 toifes plus loin, eft l'anfe des Carcaffes, avec un
médiocre mouillage. La côte de fer qui commence dans l'Oueft même de
la baie de Tiburon, vient border PEft de l'anfe des Carcaffes; & la pointe
des Figuiers a auffi 300 toifes de côtes de fer,
A une bonne lieue de la pointe des Figuiers 9 eft la pointe des Irois
2 limite
de la paroiffe de Tiburon avec celle de Dalmarie. Entre elles deux eft l'anfe des
Irois, dont le mouillage eft aflez frequenté par les petits bâtimens 2 quoiqu'il
ne foit paffable que lorfqu' 'il fait parfaitement calme; c'eft-à-dire, tres-rarement.
Le grand chemin de la paroiffe fait prefque fuivre tout cette côte.
La rivière des Anglais où il commence, 2 coule au milieu de la petite plaine
appellée auffi des Anglais. C'eft dans fa partie Occidentale qu'eft, comme je
l'ai déjà dit, la fucrerie du comte du Gravier. L'habitation de Véronne, doit
en former une feconde & aurait de l'eau. Le canton des Anglais eft malheureufement fujet à reffentir des féchereffes. La terre de cette petite plaine,
qui eft légère & fabloneufe, eft très. propre au fucre qu'on y fait beau
& prefque fans travail. A l'extrémité de Phabitation du Gravier, & en face
du mouillage des Anglais, le chemin qui fuit le rivage, paffe devant
grandes cafes, qui forment l'embarcadère.
J'ai vu à ce mouillage un bateau appartenant à l'habitation du Gravier
elle-meme, qui tranfporte fes denrées au Port-au-Prince , & y prend fes approvifionnemens. Il me femble que cette dépenfe doit être bien rachetée par la
meilleure défaite des denrées, & par la différence du prix d'achat des
Bbbbba
Anglais, le chemin qui fuit le rivage, paffe devant
grandes cafes, qui forment l'embarcadère.
J'ai vu à ce mouillage un bateau appartenant à l'habitation du Gravier
elle-meme, qui tranfporte fes denrées au Port-au-Prince , & y prend fes approvifionnemens. Il me femble que cette dépenfe doit être bien rachetée par la
meilleure défaite des denrées, & par la différence du prix d'achat des
Bbbbba --- Page 762 ---
743 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
chofes tirées directement du Port-au-Prince, d'avec celui des marchandifes
qu'on fe procure de la feconde ou même de la troifième main.
Lorfqu'une feule habitation ne peut pas faire les frais d'un femblable
bâtiment , plufieurs pourraient la partager. Dailleurs dans les momens où l'on
n'en a pas befoin, l'on peut l'affretter ou lui faire prendre une portion de fret
pour différens points de la route.
A peu de diftance de l'embarcadère des Anglais, on commence à monter
le mnorne de la Cahouane, qui a pris fon nom d'une efpèce de tortue fort
commune autrefois fur la côte dont ce morne eft bordé, & qu'ony trouve
encore. Ce morne eft très-roide & très-long. Le chemin qui eft coupé dans fon
flanc, eft pénible, raboteux & exige mème des voyageurs prudens, qu'ils
mettent pied à terre.
Il eft des points de ce chemin où la voie ne peut fuffire à deux voitures;
c'eft principalement dans ces endroits, que le chemin fe trouve au bord de fa.
laifes de Ioà 15 toifes d'élévation, dont le pied eft baigné par la mer, &
dont la longueur eft garnie de rochers qui y forment différentes pointes
différens alfpeéts. Le moindre mouvement d'un poftillon maladroit, le moindre
écart d'un cheval ombrageux, peut précipiter la voiture dans ces falaifes où un
miracle feul conferverait la vie. On peut citer plus d'un accident de ce genre,
finon par rapport aux chaifes, qui font infniment rares depuis la Roche-àBateau jufqu'à Tiburon, du moins à l'égard des cabrouets dont quelquesuns, parmi lefquels en était un de M. Laroque, ont prouvé que le morne
de la Cahouane eft réellement périlleux.
Après avoir franchi ce morne, inculte dans toute la longueur du chemin, 1
qui y parcourt environ une licue & demie, on trouve l'anfe de fon nom qui
borde une vallée, dans laquelle coule une rivière appellée la Cahouane auffi, &c
où font plufieurs habitations. L'une d'elle, 9 la Roque Turgeau 2 a été une
fucrerie à laquelle on a renoncé faute d'eau.
Le canton de la Cahouane eft fuivi de celui de la Grande-Pointe, puis
de celui de la Petite-Plaine ou des Aigrettes. On les traverfe ou par le
chemin qui fuit la mer, ou un peu plus haut 2 par un chemin qui fert aux
habitans pour communiquer avec le bourg de Tiburon, foit par le haut de
la rivière de Tiburon, foit en regagnant le grand chemin royal.
Par en bas, l'on paffe pendant environ deux petites lieues dans le voifinage
.
Le canton de la Cahouane eft fuivi de celui de la Grande-Pointe, puis
de celui de la Petite-Plaine ou des Aigrettes. On les traverfe ou par le
chemin qui fuit la mer, ou un peu plus haut 2 par un chemin qui fert aux
habitans pour communiquer avec le bourg de Tiburon, foit par le haut de
la rivière de Tiburon, foit en regagnant le grand chemin royal.
Par en bas, l'on paffe pendant environ deux petites lieues dans le voifinage --- Page 763 ---
FRANÇAIS E. D E SAINT-DOMINGUE. 749
de mangles & de lagons ; & on trouve ce qu'on appelle la Grande-Saline
de la Petite-Plaine, efpace marécageux &c noyé; et ce n'eft qu'un peu avant
le Vicux-Boucan, point où le chenin d'en-haut fe réunit à l'autre , que la route
s'améliore.
Le canton de la Petite-Plaine & toutes fes dépendances forment l'étendue
plate la plus confidérable qui exifte depuis la Roche-à-Batead jufqu'au bourg
de Tiburon. Son afpect eft riant, &c il y a même un de fes points qu'on a
décoré du nom fi doux de Tempè. Scs terres font propres à la canne à fucre
qui remplacerait avantageufement l'indigo 2 auquel ce fol n'accorde plus rien.
On pourrait y mettre cinq fucreries, on y en a même vu deux autrefois. Il eft
fâcheux que ce local n'ait pas d'autre eau que celle de quelque fources qui
tariffent dans les tems fecs &c qui obligent à recourir à des puits.
En quittant la petite plaine, on trouve le morne qui termine la pointe à
Burgaux. Il eft court mais affez rapide 1 fur tout dans fa pente vers le bourg,
Le chemin le tourne encore fur les bords d'une falaife.
Le bourg de Tiburon eft fur le côté Oriental de la baie 1 dont l'enfoncement
eft Sud-Oueft &c Nord-Eft &c aboutit à une petite plaine ( Voyez PAtlas )
d'environ 120 toifes de large, - qu'on voit s'élever prefque infenfiblement en
amphithéâtre; deux mornes bornent cette plaine, & lai refferrent vers fon fond.
Elle offre avec eux une perfpedtive agréable. 7 &c même pittorefque. L'un, que
termine le cap Tiburon, s'élève bientôt prefqu'à pic & à une grande hauteur 5
l'autre, quoique s'abaiffant jufqu'à la pointe à Burgaux, a cependant aflez d'élév ation pour dominer la rade. Le bourg a été placé au bas de ce dernier morne 5
fur une portion de fix carreaux 1, que la paroiffe a obtenus de la générofité de
M. Gautier, dont l'habitation touchait au bourg 2 & il partage, avec la fucrerie
Onfroy, le rivage de l'anfe.
Trente-trois maifons compofent ce bourg, 2 dont T'extrémité Méridionale eft
à environ 300 toifes de la pointe à Burgaux. Elles font de charpente, couvertes
d'eflentes, avec des galeries fur le devant j une feule à un étage. Le bourg fe
trouve couvert par un retranchement de pieux de bois incorruptible, de 15
pieds d'épaifleur, où des boulets de 24 n'ont pu faire aucune brêche , & que
lon a prolongé par un retranchement de terre, 2 précédé d'un foflé de 8 picds
de large fur 135 toifes de long.
Sur une hauteur derrière lebourg, & vers fon milieu font l'églife 2 le pref-
devant j une feule à un étage. Le bourg fe
trouve couvert par un retranchement de pieux de bois incorruptible, de 15
pieds d'épaifleur, où des boulets de 24 n'ont pu faire aucune brêche , & que
lon a prolongé par un retranchement de terre, 2 précédé d'un foflé de 8 picds
de large fur 135 toifes de long.
Sur une hauteur derrière lebourg, & vers fon milieu font l'églife 2 le pref- --- Page 764 ---
750 DESCRIPTIO N DE 2 LA PARTIE
bytère 3 le cimetière, la batterie Vaudreuil, la poudrière &c un corps degarde.
L'églife eft un bâtiment fans goût, que les poux de bois dévorent. Il eft
difficile d'y marcher, s parcequ'elle s'eft décarrelée 3 & que les carreaux qu'on
a laiffés fe meuvent fous les pieds & font vaciller. Suivant l'ufage de SaintDomingue, pour tout ce qui appartient au public 1 on voit arriver tranquillement le befoin d'une conftruction nouvelle, plutôt que d'entreprendre,
dès qu'elles font nécellaires, des réparations peu coûteufes.
Le prefbytère n'eft pas beaucoup meilleur que l'églife.
Le cimetière eft derrière elle 1 & fans clôture. Il eft même arrivé quelquefois que des pourceaux du bourg foient venus exhumer des cadavres. Ce cimetière était plus confidérable autrefois ; mais en 1786, M. Luce prétendant
quele cimetière était en partie fur fon terrain 1 en a mis une portion dans fon
enclôs. Il eft affez extraordinaire qu'une pofleflion de feize ans 3 qu'une croix
qu'on voyait même dans l'enclos de M. Luce 9 atteltait, n'ait pas été refpeâtée
par ce particulier qui, de fon autorité privée 1 a rendu le cimetière réellement
trop petit pour la paroiffe.
La batterie appellée de Vaudreuil, parce que c'eft ce gouverneur qui l'a
fait confruire, eft mal fituée, puifqu'elle touche prefque les maifons du bourg,
& qu'clle les menace d'incendie toutes les fois qu'elle joue $ d'ailleurs elle
ferait mafquée par les vaifleaux qui viendraient chercher fa proteation.
La poudrière à le même inconvénient pour le bourg. Elle eft à environ 30
pieds de la batterie, & à 12 ou 15 de l'églife.
Le corps-de-garde eft derrière la poudrière. Comme il fert auffi de barrepublique s il eft aflez alarmant de voir cette poudrière dans le voifinage d'un
lieu où peuvent être détenus des malfaiteurs, des hommes au défefpoir, fur
un paffage ; en un mot, expofée à des inconvéniens qui cauferaient la deftruction du bourg , & celle de beaucoup d'hommes.
Le feu ayant pris au bourg de Tiburon, au mois de Mars 1788, époque
d'une grande fécherefie &c de vents violens 1 il caufa de fi vives allarmes 1
qu'à la follicitation des habitans, M. Bcllanger 3 fubititut à réfidence, du procureur du rui des Cayes à Tiburon 2 prit fur lui de faire jetter à la mer
quatre milliers de poudre qui fetrouvaient dans la poudrière. Le miniftre a décidé le 24 Juillet fuivant, qu'il ferait tenu de les payer, fauf fon recours
contre les habitans du bourg-
1 il caufa de fi vives allarmes 1
qu'à la follicitation des habitans, M. Bcllanger 3 fubititut à réfidence, du procureur du rui des Cayes à Tiburon 2 prit fur lui de faire jetter à la mer
quatre milliers de poudre qui fetrouvaient dans la poudrière. Le miniftre a décidé le 24 Juillet fuivant, qu'il ferait tenu de les payer, fauf fon recours
contre les habitans du bourg- --- Page 765 ---
F RANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
La défenfe de la baie de Tiburon confifte maintenant dans la batterie
dreuil & dans la batterie d'Argout, qui eft fur la plate-forme de la Vauà Burgaux, à 40 pieds au-deffus du niveau de la mer. Cette barbette pointe
appelle aufli la batterie du Vent, eft à environ 400 toifes de la batterie qu'on
dreuil, Mais on eft tellement convaincu de l'infuffifance de
Vauva s'oceuper incellamment de faire
ces moyens > qu'on
une batterie de mortiers de celle de Vaudreuil, de mettre des canons du plus gros calibre & des affuts de côtes à la
batterie d'Argout, & d'en placer une femblable à un point Occidental de la
baie, au pied de l'habitation Benoift, à environ 1,000 toifes dans le NordOueft de la batterie
d'Argout 1 avec laquelle elle aura des feux croifés.
Le bourg de Tiburon eft la réfidence d'un major pour le roi. Jufqu'au
Mars 1769, Tiburon avait dépendu de la majorité de la Grande-Anfe 15
rémie ; mais le roi en créa une alors pour ce lieu. Elle s'étend fur les ou deux Jéparoifles de Tiburon & des Côteaux. Le major a même refidé autrefois dans le
bourg de cette dernière paroifie.
On a placé à Tiburon auffi, 2 un officier d'adminiftration de la marine.
Ony trouve en outre un capitaine de port. un voyer, un receveur de
P'octroi, établi par un arrêt du confeil du Port-au-Prince du
13 Septembre
1752 ; un prévôt, un exempt. 1 I brigadier &c 4 archers de maréchauffée.
aufli une auberge à Tiburon , j'y ai logé. Tous les dimanches il fe forme Ilya
marché dans ce bourg.
un
C'eft. dans la gorge ou vallée, à l'extrémité de laquelle efl le bourg
coule la rivière de Tiburon, qui fe jette dans le Nord du
, que
vière qui prend fa fource comme celle
bourg. Cette ri2
des Anglais 3 dans le morne de la
Cahouane, & à cent pas d'elle , eft très-renomiée pour la l'impidité &c la
pureté de fes eaux, qui font même fur certains eflomacs, l'effet des
vives, & principalement de celles de la Seine. Elles ont fur tout la eaux
précieufe de ne fe point altérer dans les plus longues traverfées. propriété
La terre de cette vallée eft très-propre aux différentes cultures. La fucrerie
Onfroy borde le rivage, elle a un moulin que fait tourner l'eau de la rivière,
& Pon y fabrique 600 milliers de fucre brut. L'afpedt de fes cannes donne
core de la gaiété au bourg, dont elles ne font féparées
end'environ
que par une divifion
40 pieds.
Ce faible éloignement, la faculté qu'on aurait d'incendier ces cannes
pref.
vallée eft très-propre aux différentes cultures. La fucrerie
Onfroy borde le rivage, elle a un moulin que fait tourner l'eau de la rivière,
& Pon y fabrique 600 milliers de fucre brut. L'afpedt de fes cannes donne
core de la gaiété au bourg, dont elles ne font féparées
end'environ
que par une divifion
40 pieds.
Ce faible éloignement, la faculté qu'on aurait d'incendier ces cannes
pref. --- Page 766 ---
752 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
qu'à chaque inftant. , & la certitude que ce crime n'ajamais été commis, peuvent
être de grands arguméns contre l'atroce méchanceté qu'on fuppofe aux efclaves.
Le port de Tiburon, par fa fituation & fon eau > a toujours attiré les bâtimens. Ce fut là que Pierre le Grand, fameux flibuftier natif de Dieppe, débarqua tout l'équipage du vice-amiral des galions qu'il prit à la vue de Tiburon, s
n'ayant que 28 hommes , & 4 petits canons 1 après avoir donné l'ordre de faire
couler fon propre bâtiment. Le célèbre voyageur Dampier allant, , à 22 ans > à
la Jamaique pour être. économe d'une habitation, était à bord du navire le
Content de Londres, capitaine Kent, lorfque celui-ci mouilla à Tiburon au commencement de 1674. Bambou y mouilla en 1702, avant d'aller canonner Léo.
gane. Le 9 Mars 1741 > la flotte de l'amiral Vernon fit de l'eau à Tiburon, &
en partit pour Carthagène ; ily revint fe confoler du peu de fuccès de cette
expédition.
Après la prifed du fort Saint-Louis, le contre-amiral Dent revint mouiller à
Tiburon avec 3 vaiffeaux de guerre 7 le 27 Mars 1748, &c envoya un de fes
canots en parlementaire pour demander à y faire de l'eau & du b.is. Une
compagnie de troupes defcendit pour affurer ces opérations. Le Ier, Avril, M,
Knowles y revint auffi avec 5 autres vaiffeaux. Il fit dire à M. de Lage de
profiter. de l'indigo qui était bon à couper dans un terrain où il voulait faire exercer fes troupes. On y débarqua en effet le lendemain 450 hommes qui manccuvrèrent en fa préfence 1 & en celle de M. de Trélawney, gouverneur de
la] Jamaique. Ila alla enfuite chez M. Hugueville (dans l'endroit ou eft le bourg),
oû le commandaut & les ofliciers de milices fe rendirent. M. Knowles leur fit
prendre le thé avec lui, & les engagea à venir diner à fon bord le lendemain.
Les officiers de l'efcadre defcendaient à terre & fe promenaient à la campagne.
Le dernier vaiflcau refté à Saint-Louis pour démanteler le fort, étant venu le
3, M. Knowles partit de Tiburon le 4, & renvoya une heure avant de mettre
à la voile, un nègre de M. Moiffon qui s'était introduit à fon bord.
Tiburon eft la relâche des caboteurs en tems de guerre & lorfqu'ils ont
fouffert à la mer. On en voit toujours plufieurs au mouillage. Il y a même trois
goélettes qui appartiennent à Tiburon. Le tranfport des fucres de l'habitation
Onfroy y amène aufli dircêtement de Nantes, où réfide le propriétaire, un
fenault nomm le Tiburon, , capitaine Dumontet, que j'y ai vu en 1788.
La paroiffe de Tiburon a été le théâtre de plufieurs combats de corfaires &
même
ouffert à la mer. On en voit toujours plufieurs au mouillage. Il y a même trois
goélettes qui appartiennent à Tiburon. Le tranfport des fucres de l'habitation
Onfroy y amène aufli dircêtement de Nantes, où réfide le propriétaire, un
fenault nomm le Tiburon, , capitaine Dumontet, que j'y ai vu en 1788.
La paroiffe de Tiburon a été le théâtre de plufieurs combats de corfaires &
même --- Page 767 ---
FRANÇAISE DE SAINT. DOMINGUE
même de bâtimens de la marine royale anglaife & de plufieurs faits de
qu'on doit confidérer comme très-glorieux pour fes
dont
guerre
habitans, je trouve le
zèle & la valeur loués par tout.
Dans la guerre de 1744, le corfaire Balanqué prit un riche vaiffeau Lon.
drin, le mena à Tiburon & fe mit à s'y divertir & à y tirer du
figne d'allégreffe. Un vaifleau de guerre croifeur entendant
canon en
ce bruit, entra à
Tiburon, > y canonna le corfaire &c la prife & les força à 'fe brûler. On trouve
encore dans le haut de la rivière des boulets du vaifleau, & l'on conferve
curiofité un poteau dans lequel il y en a un d'incrufté & qui y fit fon trou par
à quelques pieds au-deffus de la tête d'une dame qui, aflife fur une chaife
confidérait cet évènement.
>
Dans la même guerre 1 M. Moiflon avait conftruit à fes frais, fur fon
habitation de la pointe des Aigrettes, une batterie de 7 ou 8 embrafures,
avait l'air d'un château. N'ayant qu'un canon , il avait garni les qui
embrafures avec des bois ronds qui produifirent un fi bon effet, autres
bâtiment ennemi n'ofa mouiller devant les Aigrettes.
qu'aucun
Pendant la guerre de 1756, avec 5 canons de fix chambrés, & dans un état
pitoyable, les habitans firent des prodiges dans la baie; notamment contre
une frégate anglaife qui venait attaquer des bâtimens de tranfport conduifant
un fecours efpagnol à Saint-Yague de Cube. Ils lui tuèrent un monde confidérable & ne perdirent qu'un feul homme.
Ces braves colons font prefque tous artilleurs & leurs nègres font foldats.
L'étendue & l'importance d'une colonie comme Saint-Domingue force à
créér des défenfeurs, 8c l'expérience prouve qu'on n'en a retiré jufqu'ici y
que de bons effets.
En partant du bourg de Tiburon pour aller vers Dalmarie, on va
gagner P'extrémité Oueft de la fucrerie Onfroy. L., on commence à monter
le gros morne de Tiburon dont l'extrémité forme le cap Tiburon, qui eft la
pointe la plus Sud-Oueft de PHile. Cette montagne eft compofée de trois crêtes
ou chaines, qui vont, toujours en s'élevant jufqu'à avoir 1,056 toifes perpendiculaires au-defus du niveau de la mer, fe réunir à la chaîne de la Hotte. Le
grand chemin qui les franchit eft très-roide & très-mauvais &c exige
de tems , quoiqu'on n'y parcoure que deux fortes lieues. Parvenu beaucoup
au fommet
de la chaine, le voyageur peut, dans un tems ferein, découvrir la Navalle,
Tome II.
Ccccc
qui vont, toujours en s'élevant jufqu'à avoir 1,056 toifes perpendiculaires au-defus du niveau de la mer, fe réunir à la chaîne de la Hotte. Le
grand chemin qui les franchit eft très-roide & très-mauvais &c exige
de tems , quoiqu'on n'y parcoure que deux fortes lieues. Parvenu beaucoup
au fommet
de la chaine, le voyageur peut, dans un tems ferein, découvrir la Navalle,
Tome II.
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754 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Iln n'y avait pas de chemin pour traverfer cette montagne avant 1743, que
Larnage & Maillart cn ordonnèrent l'ouverture. La latitude du cap Tiburon eft
de 18 degrés, 19 minutes, 25 fecondes &x fa longitude de 76 degrés, 54 minutcs,
12 fecondes.
On arrive par la defcente de l'autre côté à l'anfe des Carcafles, où le chemin
prend le bord de la mer. Cette anfe qui eft très-peu large & très-peu profonde,
renferme la cotonnerie La Roque Turgeau, où quelques fources procurent
de l'eau. Sur le rivage, eft un fablon ferrugineux attirable à l'aiman, prefque
en totalité
Les caboteurs qui n'ont pu doubler le cap-à-Foux, comme cela arrivé
jouvent, relâchent & mouillent aux Carcaffcs pour appareiller de nouveau
avec la brife de terre.
Le cap-à-Foux de Tiburon peut, comme lc cap-à-Foux du Môle, avoir
reçu fon nom de deux motifs extrêmement différens. L'un, parcc qu'il
donne retraite à un grand noibre d'oifeaux de ce nom ; l'autre, parce qu'étant,
à caufe de fa pofition $ fujet à offrir des vents oppofés, il rend fous , fous une
acception trivale, il eft vrai, les marins dont il lafle Ia patience.
Un corfaire anglais voulut tenter, dans la guerre de 1778, une defcente
dans l'anfe des Carcaffes. MM. La Roque Turgeau &c Dubofq de Carbin fon
beau-frère, fe rendirent fur la batterie, où il y avait deux coups de poudre
& un boulet. Le boulet ayant porté tout près du canot qui venait à terre,
il revira de bord, laiffant les défenfeurs de ce lieu encore plus alarmés que lui.
En quittant le bout de l'anfe des Carcafles, on commence à monter le
morne à Chapelets, qui elt peu confidérable ; puis on ne tarde pas à aller
reprendre au bord de la mer le morne de la petite-Cahouane. On entre
enfuite, foit par le morne des Irois, foit en fuivant le rivage fi la mer eft
belle, dans l'anfe des Irois.
La pointe qui eft à l'autre extrémité de cette anfe & qu'on nomme la
pointe des Irois, eft le point le plus Occidental de PINe Saint-Domingue.
M. de Puyfégur marque fa latitude à 18 degrés, 22 minutes, 25 fecondes,
& fa longitude à 76 degrés, 7 55 minutes, 52 fecondes. C'eft là que la brife
d'Ef, que le giflement des côtes de la bande du Sud ont forcé à dépendre un
peu de ce côté, &c quelquefois jufqu'au Sud-Eft, fait obftacle au même vent,
qui fuivant la bande oppofée Nord de la pointe de l'Ie ( laquelle excède
ur marque fa latitude à 18 degrés, 22 minutes, 25 fecondes,
& fa longitude à 76 degrés, 7 55 minutes, 52 fecondes. C'eft là que la brife
d'Ef, que le giflement des côtes de la bande du Sud ont forcé à dépendre un
peu de ce côté, &c quelquefois jufqu'au Sud-Eft, fait obftacle au même vent,
qui fuivant la bande oppofée Nord de la pointe de l'Ie ( laquelle excède --- Page 769 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
depuis le Bec-à-Marfouin cette pointe dont le Môle eft une extrémité ),
dépend à fon tour un peu de cette partie & par fois jufqu'au Nord-Eft. C'eft
là que fe fait fentir le remou de deux courans, , dont l'un, venant de la
bande du Sud, porte au Nord, tandis que l'autre venant de la bande Nord,
porte dans le Sud-Eft.
C'eft ainfi que le vaiffeau qui dans un tems ordinaire vient, foit de Tiburon
foit de Dalmarie 1 prend à la pointe des Irois un vent contraire à celui qu'il
recevait. C'eft ainfi que deux vaiffeaux venant des caps de ces deux
noms parviennent jufques là avec des vents propices pour y trouver lun &
l'autre la contrariété.
Mais cette limite ainfi pofée par la nature pour l'échange des vents, n'eft
pas tellement abfolue que l'un des deux n'empiète quelquefois fur l'autre.
La variation obfervée en 1787 à la pointe des Irois s'eft trouvée de 6 degrés,
20 minutes Nord-Eft.
Le nom d'Irois eft celui que portaient originairement dans les Antilles, des
Irlandais catholiques réfugiés 9 dont on voyait même un aflez grand nombre
dans PIle Saint-Chriflophe. Je ne fais à quelle époque le lieu dont je parle
aura pris cette domination , qu'il portait avant 1673La petite plaine des Irois , où coule une rivière du même nom 1 a été
très-renommée autrefois à caufe de fes productions en indigo. Mais depuis la
perte de l'indigo bâtard ou maron 1 la plaine des Irois a perdu fa fplendeur.
On pourrait y placer 4 fucreries, mais une feule aurait de l'eau, & encore
faudrait-il l'aller chercher très-loin.
Selon la tradition, le premier habitant fédentaire des Irois a été un
Saintongeais appellé Devineau, qui vint s'y établir vers 1745. Il avait un
canot où il mettait une petite quantité de tafia qu'il allait vendre d'anfe en
anfe. Ayant gagné de quoi acheter trois nègres avec ce cabaret ambulant, il
vint former un defriché aux Irois. Pour coucher; il pofa des gaules formant
un carré que portaient quatre poteaux fichés en terre, & un cuir de boeuf
changeait/cette claie en lit. Des planches clouées fur des pieux formèrent.
une table, 8c tout le refte répondit à cet ameublement. Devineau infatigable,
arrêta la fortune & à fa mort il laiffa environ un million & demi.
Les nègres du lieu ont une grande vénération pour fa mémoire. Lorfque
les fécherefles afligent les Irois, ils difent que f l'on tranfportait de l'églife
Ccccc 2
boeuf
changeait/cette claie en lit. Des planches clouées fur des pieux formèrent.
une table, 8c tout le refte répondit à cet ameublement. Devineau infatigable,
arrêta la fortune & à fa mort il laiffa environ un million & demi.
Les nègres du lieu ont une grande vénération pour fa mémoire. Lorfque
les fécherefles afligent les Irois, ils difent que f l'on tranfportait de l'églife
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756 DESCRIPTION DE LA PAK TIE
de Tiburon aux Irois les cendres de Devineau, elles attireraient la fertilité
fur ce canton.
En 1752, on ne comptait que 5 habitans aux Irois, mais MM. Dubois
de la Motte & Laporte Lalanne ayant déterminé M. Forlan 1 lua des
principaux chefs connus des Frères-la-Côte 2 commandant le batéau du roi le
Faucon , à s'y établir, fa réputation de bravoure & de fagelle y appella un
grand nombre de fes compagnons. * ainfi que dans les points voifins.
Il y a aux Irois an embarcadère, où font 9 cafes ou magafins. Près de
l'embouchure de la rivière eft une batterie.
M. de Baas, gouverneur-géncral de toutes les Antilles françaifes 5 venant
de Curaçao à Saint-Domingue, fit entrer dans les Irois la frégate la Sibylle,
commandée par M. de Maintenon, pour y prendre quelques petits bâtimens
anglais.
En parcourant la plaine des. Irois par le grand chemin, on trouve d'abord,
a droite, 3 l'habitation Douté; à gauche, celle Mercier; à droite, celle de Mde,
Gautier ; à gauche, celle Ifnard, & enfin celle de Mde. Lucas, dont le
terrain borde le chemin des deux côtés, quoique les établifemens foient à
droite. Ce chemin prend la gauche de la plaine & monte le morne des Irois
par un nouveau tracé fait par M. Allard.
Affez douce pour mener agréablement cn chaife fi elle était plus large,
cette route a l'inconvénient d'être coupéc dans le flanc du morne, dont elle
recevra les dégradations & les eaux, & d'être dans une terrc rougeâtre &c
forte, ce qui la rendra boueufe,
C'eft le mornc des Irois qui eft la limite entre la paroiffe de Tiburon &
celle de Dalmarie, &c des deux Sénéchauffées des Cayes & de Jérémie.
Autrefois les Irois étaient, comme Tiburon, de la dépendance du PetitGoave, L'ordonnance du 5 Juillet 1738, qui mit une annexe de la Sénéchauffée
du Petit-Goave à Jérémie, étendit fon territoire jufqu'au cap Tiburon, &
Tiburon même as partint à la Sénéchaufée de Saint-Louis. En
il
fut décidé que les Irois feraient comptés dans la dépendance de la face 1752, Méridionale, 1 puis le II Janvier 1763 ,les Adminiftrateurs les rendirent à
Jérémic ;
Apparemment que cette divifion avait encore laiffé de l'incertitude, car elle
fut renouvellée le 2 Juin 1774. Cependant l'édit du mois de Décembre
en
1776,
créant formeiloment une Sénéchaulfée à Jéremic, lui a ôté les Irois & les
pendance de la face 1752, Méridionale, 1 puis le II Janvier 1763 ,les Adminiftrateurs les rendirent à
Jérémic ;
Apparemment que cette divifion avait encore laiffé de l'incertitude, car elle
fut renouvellée le 2 Juin 1774. Cependant l'édit du mois de Décembre
en
1776,
créant formeiloment une Sénéchaulfée à Jéremic, lui a ôté les Irois & les --- Page 771 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU E. 757
a rendus à la Sénéchauflée de Saint-Louis, qui les a perdus elle-même par
l'édit du mois de Mars 1779, qui a donné toute la paroiffe de Tiburon à la
Sénéchauffée des Cayes.
Tiburon eft en ce moment le chef-lieu d'un Quartier & dépend, comme
l'on voit, de la Sénéchauffée & de P'Amirauté des Cayes. Mais depuis le 12
Mars 1741, Larnage &x Maillart indiquaient Tiburon comme devant avoir' des
tribunaux lui-même. Cette opinion a été renouvellée plufieurs fois , & ce que
j'ai dit à ce fujet à l'article de la paroiffe de Saint-Louis eft devenu le voeu
des Adminiftrateurs le 4 Juillet 1788.
D'après ce que j'ai rapporté dans la Defcription de la paroiffe des Côteaux,
on conçoit aifément que Tiburon a été redevable auffi au commerce étranger
de fes premiers fuccès. Cette paroiffe, qui n'exiftait pas en 1740, qui avait
en 1754 une fucrerie en brut, 30 indigoteries, 2 cotonneries, 7 cafeteries
& 7 places-à-vivres, compte maintenant 4 fucreries, 30 indigoteries ou cotonnerics, 50 cafeteries &c quelques places-à-vivres.
Ilya encore dans les hautéurs beaucoup de terrains incultes & même nonconcédés, mais ces hauteurs font remplies de montagnes fi élevées, la difficulté d'y pratiquer des chemins eft fi grande, qu'il faudra encore bien des
efforts pour que l'induftrie s'empare de ces efpaces, , qu'on dit très-vafles
& très-fertiles.
La population de Tiburon confiftait en 1753 en 138 blancs, 38 affranchis
& 1,725 efclaves. Elle eft maintenant de 552 blancs, 220 affranchis & 4,000
efclaves.
Dans toute l'étendue de Tiburon & de Dalmarie, Larnage ne trouva en
1742 que 4 femmes mariées & feulement 3 filles à marier, d'oà ce gouverneur-général concluait, dans fa lettre du 18 Juillet aul miniftre, qu'il fallait
créer dans la Colonie des moyens d'éducation, afin d'y former &c d'y retenir
les créoles, qu'il trouvait qu'on époufait avec déjà trop d'empreflement en
France.
La milice eft de IOO blancs & de 75 affranchis.
La température de Tiburon eft douce. Le thermomètre de Réaumur ne
s'y élève pas au-deffus de 22 degrés, & il defcend à 17. Les pluies rendent
le climat encore plus tolérable. Tiburon en reçoit environ IOO
La brife de terre y eft d'ailleurs très-régulière & forte. Elle foulle pouces par an.
depuis le
France.
La milice eft de IOO blancs & de 75 affranchis.
La température de Tiburon eft douce. Le thermomètre de Réaumur ne
s'y élève pas au-deffus de 22 degrés, & il defcend à 17. Les pluies rendent
le climat encore plus tolérable. Tiburon en reçoit environ IOO
La brife de terre y eft d'ailleurs très-régulière & forte. Elle foulle pouces par an.
depuis le --- Page 772 ---
758 DESCRIPTION DE LA PAR TIE
Nord jufqu'au Nord-Oueft, &x dure jufqu'à 8 heures du matin. La brife du
large cft de T'EA au Sud-Eft.
L'ouragan du 16 au 17 Septembre 1754 fit dérader de Ia baie de Tiburon
le navire de Bordeaux le Chevalier de Rance, que retrouva le bateau du roi
le Faucon , par lequel il fut reconduit au Port-au-Prince.
Le poifion eft très-commun à Tiburon & s'y vend à la main, fans pefer
S à vil prix. Il eft rare qu'il y ait des qualités nuifibles. La fardine y eft
extrémement commune. On voit prefque toujours quelques requins fur cettecôte.
La volaille eft à très-bon marché auffi. Un dinde n'y vaut qu'une gourde;
un chapon une demi-gourde. La viande de mouton 8 f. la livre, celle de porc
15. On a un régime de bananes pour un efcalin.
Mais les denrées d'Europe y font très-chères, même en tems de paix.
Quelques finges domeftiques qui fe font échappés de différentes habitations, -
font du dégât dans les grains &x les fruits à Tiburon. J'en ai vu un cette année
fur l'habitation de M. la Roque Turgeau, aux Carcalles, où il a été arrêté
dar un de fes nègres accoutumé à la chaffe de ces animaux en Guinée, , & qui
le prit avec des chiens. Il eft à queue prenante & a environ 2 pieds étant
debout, Il a deux dents en forme de crocs qui fortent de fa bouche, un poil
fauve & de grands poils à la face. On prétend qu'il dévaftait le voifinage
depuis trois ans.
C'eft dans cette paroiffe & aux Irois que la mortalité de l'indigo bâtard a
commencé en 1776, & en 1778 elle eft devenue générale. On a vainement
recherché la caufe de ce cruel événement, , qui s'opérait en trois jours. La
plante, 1 levait, croiffait julqu'à une certaine hauteur, & du foir au lendemain
Ia feuille fe fânait, la tige fe courbait & périffait. La racine paraiffait brûlée.
Le bois eft commun à Tiburon.
J'ai vu chez M. Dubofg de Carbin à la rivière de Tiburon, un fait affez
curieux. Un citronnier, dont le tronc s'était divifé donna palfage à un pommier-rofe 1 planté tout auprès &c qui prit fa direétion par cet intervalle que
le tems a fermé, de forte que le pommier-rofe s'eft trouvé abfolument à travers
le citronnier. M. Dubofq a imaginé de couper le pommier-rofe du côté de fa
racine ,& à Pufleurement du çitronnier 1 fur le bord par lequel il entrait;
de forte que Ic pommier-role n'a réellement plus d'autres racines que celle
du citronnier 2 qui a continué à le nourrir. Les deux arbres n'en forment donc
plus qu'un & ls pommcs-rofes ont une légère odeur de citron.
trouvé abfolument à travers
le citronnier. M. Dubofq a imaginé de couper le pommier-rofe du côté de fa
racine ,& à Pufleurement du çitronnier 1 fur le bord par lequel il entrait;
de forte que Ic pommier-role n'a réellement plus d'autres racines que celle
du citronnier 2 qui a continué à le nourrir. Les deux arbres n'en forment donc
plus qu'un & ls pommcs-rofes ont une légère odeur de citron. --- Page 773 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 759
On fait grand cas du choux-caraibe à Tiburon & dans toute la Partie du
Sud : il.y porte 1 comme aux Ifles-du-Vent, ce nom & celui de Malanga.
Tiburon offre des fétiches & des voûtes avec des offemens humains , qui
atteftent la réfidence des anciens Naturels.
On y rencontre auffi beaucoup de minéraux, du beau criftat de roche 1
une efpèce de géode ferrugineufe, ou étite creufe qui s'ouvre d'elle même, lorf.
qu'elle eft parvenue à un certain degré, & qui recèle un fable noir qui n'eft
pas attirable à l'aiman, ou quelquefois des parties de criftalilation. Les Irois
en ont beaucoup.
Il y a fur le côté Oueft de la baie de Tiburon, un petit rocher détaché
qu'on dit être antimoniacal. Il s'appele le Moine.
La paroiffe de Tiburon contient auffi des eaux thermales, qu'on défigne par le
nom d'eaux chaudes de la Cahouane, , parce qu'elles font dans le point où le bras
gauche de la grande rivière de la Grande-Anfe ou Jérémie 2 fort de la montagne
de ce nom. L'une des 2 fources à 27 degrés de chaleur 2 au thermomètre à mercure de Réaumur, 8c Pautre 30 degrés. J'obferverai à ce fujet que cette grande rivière de la Grande-Anfe, a deux bras qui ont été defignés par bras droit & bras
gauche, mais comme l'ont fait trop fouvent de prétendus arpenteurs pour d'autres
rivières, & notamment à l'égard de la rivière des Baradères, c'eft-à-dire >
qu'ils ont cru que les bras d'une rivière commençaient à fon embouchure & fe
terminaient à fa fource. C'eft ainfi que d'après le jugement de ces Meflieurs,
la rivière de Jérémie, qui court du Sud au Nord, à fon bras gauche à PEt,
& fon bras droit à l'Oueft ; ce qui ne rappelle pas mal l'anatomie du Médecin-malgré-lui.
Quand on veut aller de bourg de Tiburon à ces fources 1 qui ont été découvertes par des mulâtres chafleurs vers 1759 5 on fait trois lieues en remontant la rivière de Tiburon 1 intervalle dans lequel la route eft frayée. On
traverfe enfuite l'énorme chaine des montagnes de Tiburon, pour arriver au
bras
qu'on defcend pendant trois lieues prefque continuellement
dans gauche le lit même 7 de la rivière, allant à-peu-près du Sud-Eft au Nord- Oueft
avant d'arriver au confluent de la ravine des fources chaudes de la Cahouane
avec ce bras gauche. A 300 toifes de cer confluent & fur la ravine 2 font ces
fources qui ont une odeur d'hépar.
Si au lieu de prendre cette ravine on continue à defcendre le bras gauche
iver au
bras
qu'on defcend pendant trois lieues prefque continuellement
dans gauche le lit même 7 de la rivière, allant à-peu-près du Sud-Eft au Nord- Oueft
avant d'arriver au confluent de la ravine des fources chaudes de la Cahouane
avec ce bras gauche. A 300 toifes de cer confluent & fur la ravine 2 font ces
fources qui ont une odeur d'hépar.
Si au lieu de prendre cette ravine on continue à defcendre le bras gauche --- Page 774 ---
760 DESCRIPTION DE LA PARTIE
pendant encore environ 300 toifes, on trouve furl la rive droite une fource qui fort
d'un rocher noir * & où il eft impofible de tenir la main un quart de feconde,
Cette fource eft fi peu élevée au-deffus du niveau des eaux du bras gauche,
qu'elle doit être fubmergée au moindre débordement.
Différens malades ont creufé déjà 5 où 6 bains avec des degrés de chaleur
différens, à travers les gravois &c les pierres, le long de Ia rive droite de la
ravine des fources. Un terrain plat y permettrait d'ailleurs toutes fortes
d'établillemens, & même la culture des vivres > du cacao, du café. Dans
le bras Mahot, & en remontant vers le Macaya 1 il y aurait de quoi exercer
P'activité d'un grand nombre de Colons. Ces fources font à environ 8 lieues du
bourg de Tiburon.
Environ deux lieues plus bas, mefurées en ligne droite fur le même bras
gauche 3 il y a encore des fources chaudes, mais elles font de la paroiffe
de Dalmarie.
Enfin fur le bras droit de la même rivière qui pafle dans l'Oueft du bras
gauche, font les fources des Irois. En partant de l'ambarcadère des Irois
on fait 4 licucs pour y arriver. De ces 4 lieues, deux font le lit même de la
rivière, ce qui les rend affez pénibles à caufe des pierres, & ne permet
d'aller à ces eaux que dans la faifon féche (du mois de Décembre à celui
d'Avril). Il eft même des endroits où il eft prudent de defcendre de cheval.
A l'endroit des fources les deux mornes qui encaiffent la rivière fe rapprochent au point de ne laiffer, pour ainfi dire, que le lit de la rivière même. Dans
les crues, les fources qui ne font qu'à deux pieds au-deffus des baffes eaux
font couvertes. On a vu plufieurs fois les cafes qui avaient été confruites
pour des perfonnes qui allaient aux eaux, être emportées dans des débordemens.
Des deux fources des Irois l'une cft moins chaude, c'eft celle trouvée la
plus convenable pour les blancs; l'autre quoique plus voifine de la rivière
eft plus chaude > & convient mieux aux nègres. Quoiqu'il foit difficile de fe
rendre à ces eaux, quoiqu'il faille y faire une, cafe & y apporter tout abfolu,
ment, ils'y eft trouvé cependant quelquefois cent perfonnes.
Ces eaux découvertes comme setlcs de la Cahouane & de la GrandeAnle vers 1759, ont une réputation méritée pour les maladies cutanées, les
obfiructions, les hydropifies & les vieux ulcères.
Il
eft plus chaude > & convient mieux aux nègres. Quoiqu'il foit difficile de fe
rendre à ces eaux, quoiqu'il faille y faire une, cafe & y apporter tout abfolu,
ment, ils'y eft trouvé cependant quelquefois cent perfonnes.
Ces eaux découvertes comme setlcs de la Cahouane & de la GrandeAnle vers 1759, ont une réputation méritée pour les maladies cutanées, les
obfiructions, les hydropifies & les vieux ulcères.
Il --- Page 775 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 761
Il ferait aifé de faire un chemin commode pour aller des Irois à ces
fources, & même il ferait très-avantageux de le prendre pour aller aux
fources de la Cahouane, qui ne font guères qu'à 8 lieues des Irois.
Il y a de l'églife de Tiburon :
A celle des Côteaux.
12 lieues.
de Dalmarie
de Jérémie
Ce ferait laifler la Defcription de Tiburon imparfaite que de n'y pas faire
mention de M.. Dubofq de Carbin 1 dont l'habitation eft au-defTus de Ia
fucrerie Onfroy. Venu jeune du Languedoc, fa patrie, dans la Colonie, M.
Dubofq s'y eft confacré de bonne heure à des objets utiles, fur tout au
tracé des chemins. Devenu enfin habitant de Tiburon, 3 il s'eft livré fans
réferve à l'hiftoire naturelle de la Colonie 1 dont il peint les objets avec une
vérité que rien ne faurait furpafler: Il a formé aindi une collection, dont le
mérite: eft réel. , & fes obfervations & fes expériences furune multitude d'objets
coloniaux de diverfes natures, 3 rendent encore plus intéreffant un travail fait
avec un zèle que rien n'a ralenti, & une patience à laquelle la naturea
attaché de grands fuccès en ce genre.
Avec des goûts aufli peu répandus dans les Colonies, M. Dubofq n'a pu
tirer fes encouragemens que de fa propre vocation ; & quand on habite Tiburon, il faudrait des hafards bien heureux pour qu'on pût entendre quelques
louanges. Mais M. Dubofq projette de paffer en France, &c là,je n'en doute pas,
il reçevra les éloges qu'il mérite. Je me félicite même de l'occafion de parler
de lui avec les fentimens qu'il m'a infpirés, & de lui préparer, en quelque
forte, la récompenfe qu'il a fi bien acquife.
Tome II.
Ddddd
ite Tiburon, il faudrait des hafards bien heureux pour qu'on pût entendre quelques
louanges. Mais M. Dubofq projette de paffer en France, &c là,je n'en doute pas,
il reçevra les éloges qu'il mérite. Je me félicite même de l'occafion de parler
de lui avec les fentimens qu'il m'a infpirés, & de lui préparer, en quelque
forte, la récompenfe qu'il a fi bien acquife.
Tome II.
Ddddd --- Page 776 ---
762 DESCRIPTIO 1 N DE LA PARTIE
QUARTIER DE LA GRANDE-ANSE OU JÉRÉMIE.
L L.
PAROISSE DU CAF-DALMARIE
On fimplement de DALMARIE,
PAR une lingularité dont je n'ai dejà rapporté que trop d'exemples , plufieurs
noms de lieux ont été changés, &c en voici une preuve de plus. Dalmarie
était le nom Indien de l'endroit où je fuis parvenu. In'ya pas quatre vingt
ans qu'ille portait encore, & depuis on en a fait Dame-Marie. Comme rien ne
me prefcrit d'adopter cette altération, je rétablis la primogéniture Indienne
dans fes droits.
On nc connoiffait encore de Dalmarie que fon port & fa rivière, lorfque les
bâtimens commandés par M. Ducaffe 1 pour l'expédition de la Jamaique 2 vinrent du Petit-Goave y mouiller & y faire de l'eau. Ils y reftèrent jufqu'au
24 Juin 1694.
Bambou revenant de Léogane, qu'ila avait canonné en 1702, entra à Dalmarie 1 & y paffa fix jours à faire de l'eau & du bois. Une autre efcadre
anglaife de IO vaiffeaux y entra au commencement du mois de Juin 1726,
dans le même deffein.
En un mot, Dalmarie n'était, comme je l'ai dit cn parlant de Tiburon,
qu'une relâche anglaife, lorfque Larnage crut utile, , à caufe de cela même,
d'y former un établiffement , & ily donna des conceflions en 1737.
Une autre circonflance fortifia cette réfolution. Il était queftion depuis
long-tems d'un arrangement entre la cour de France &c celle d'Angleterre pour
la navigation aux Colonies, &c l'on était même près de défigner en 1738. , les
articles dont on était convenu à ce fujet, lorfque lcs anglais infiftèrent pour
être autorifés à mouiller au Môle Saint-Nicolas, à Tiburon &c à Dalmarie, 9
fe prévalant même de l'ufage où ils avaient été jufqu'alors. Le traité manqua,
& le IO Mars 1739, le miniftre donna aux Adminiftrateurs l'ordre de former
l'établiffement du Cap Dalmarie, qu'ils avaient déjà propofé, fauf à s'occuper enfuite de Tiburon & du Môle.
orfque lcs anglais infiftèrent pour
être autorifés à mouiller au Môle Saint-Nicolas, à Tiburon &c à Dalmarie, 9
fe prévalant même de l'ufage où ils avaient été jufqu'alors. Le traité manqua,
& le IO Mars 1739, le miniftre donna aux Adminiftrateurs l'ordre de former
l'établiffement du Cap Dalmarie, qu'ils avaient déjà propofé, fauf à s'occuper enfuite de Tiburon & du Môle. --- Page 777 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINOUE 763
La Defeription de Tiburon dit tout ce qui fe paffa depuis 1740 jufqu'en
à Dalmarie, où P'Amiral Norris était mouillé avec, 32 voiles, au mois
où l'amiral Vernon vint faire de l'eau au mois de Septemde Novembre 1740;
bre 1742 &c où un efcadre anglaife mouilla encore le 28 Juin 1744. Auffi
Larnage y eût nommé M. Bineau de la Saline, major pour le roi le
quoique
depuis l'extrémité du Quartier de Nippes
2 Janvier 1741, avec autorité
des droits
jufqu'aux Aigrettes de Tiburon, les Français n'y avaient guères que
très-fouvent compromis
la
de
les chaffa
Les habitans avaient reparu en 1748, mais guerre 1756
çomme celle de 1744, & ils ne revinrent qu'en 1763.
On était en 1776, & Dalmarie n'avait encore qu'une exiftence aflez incertaine & due au feul commerce étranger 1 lorfque M. d'Ennery s'y rendit.
Il ordonna l'établiflement d'un bourg 1 auquel on travailla fur le champ, & l'on
une des maifons de l'embarcadère, qui fervit pendant
acheta en conféquence
& de
puis l'on donna cette maifon & 10,000 liv.
3 ans d'églife
prefbytère,
acheter deux autres maifons couvertes d'effentes, dont une eft encore
pour l'églife 8c l'autre le prefbytère. Ainfi Dalmarie n'a été réellement une paroiffe
le 22 Juillet 1776. Ses regiftres ne remontent qu'au 2 Septembre de la
que même année. Elle eft fous l'invocation de la Nativité de la Vierge.
La paroifle de Dalmarie, d'après une ordonnance de MM. d'Ennery &c de
Vaivre, eft bornée au Sud, par la paroiffe de Tiburon ; à l'Oueft & au Nord, 9
la mer, & àPEt, par la paroiffe de Jérémie au moyen de la rivière de l'anfe
du par Clerc, de fon embouchure à la fource ; enfuite par une ligne, allant de
cette fource à la jonétion des deux bras de la Grande-rivière de Jérémie, &c
enfin
le bras gauche de cette Grande-rivière de Jérémie jufqu'à la
par
rencontre de la ligne courant à la pointe des Irois.
La côte de la paroiffe commence avec la pointe des Irois, entre laquelle
& la pointe à Fanchon, ily aune lieue. Dans cet intervalle l'on trouve d'abord
l'anfe à la Croix, & enfuite l'anfe à Bizi, où une lame toujours très-forte
empèche de mouiller.
De la pointe à Fanchon à la pointe à Ibar , il y a 760 toifes, 8c elles forment
l'anfe à Efpagnol, où la côte eft de fer & inabordable fur un front de 800 toifes
dans le Nord & de 400 toifes dans le Sud.
La pointe à Ibar & l'ilet à Pierre-Jofeph forment les deux extrémités de
D d ddd 2
l'anfe à Bizi, où une lame toujours très-forte
empèche de mouiller.
De la pointe à Fanchon à la pointe à Ibar , il y a 760 toifes, 8c elles forment
l'anfe à Efpagnol, où la côte eft de fer & inabordable fur un front de 800 toifes
dans le Nord & de 400 toifes dans le Sud.
La pointe à Ibar & l'ilet à Pierre-Jofeph forment les deux extrémités de
D d ddd 2 --- Page 778 ---
764 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
la baie de Milet-a.Pierre-Jofeph qui a trois bons quarts de lieue d'ouverture &
170 toifes d'enfoncement. C'eft au fond de cette baie qu'eft le bourg du même
nom. Le mouillage des grcs vaiffeaux y eft à 200 toifes au large. Celui des
petits, quoique plus intérieur, n'eft pas abrité non plus, S dans les coups de
tems ils font prefque toujours jettés à la côte.
A un petit quart de lieue de la pointe de PHeta.Plere.jo@ph, eft une autre
pointe qui forme, avec elle, la petite anfe Dalergue, après laquelle
viennent l'anfe de l'Hôpital & l'anfe d'Fynaud qui vont jufqu'à la pointe à
Boury, &c qui ont entr'elles trois quarts de lieue d'ouverture & environ un
quart de lieue de profondeur. Des bâteaux font affez bien dans cette baie, 9
parce qu'ils y font abrités au Nord & au Sud. La pointe à Boury eft un rocher
fort élevé prefqu'ifolé de la terre & efcarpé ver la mer.
A un quart de lieue de la pointe à Boury , eft la pointe du Miniftre, qui
a dans fon Ouef-Nord-Ouef, à 770 toifes,des rochers qu'on voit toujours,
qu'on appelle les Baleines, &c dont M. le Puyfégur marque la latitude à 18
degrés, 29 minutes, 54 fecondes & la longitude à 76 degrés,55 minutes, 6
fecondes. A environ une lieue de la pointe du Miniftre, eft la pointe des
Negres-Marons ; elles forment enfemble la baie de Bayardel qui a environ
450 toifes de profondeur. Vers le quart de cette diftance dans le Sud,ef, près
de terre, la roche appellée le Minifire. Prefque toute cette baie eft bordée
de reflifs qui ne fe montrent qu'à marée bafle, & l'on ne peut y mouiller
que vers la pointe de la Petite-Tante.
De la pointe des Negres-Marons, ily a 530 toifes de côtes de ferjufqu'au
tapion de la Boflée, &c un tiers de lieue de ce tapion à celui de Rouffelin,
ce qui forme l'ouverture de l'anfe de la Boffée, dont la profondeur eft d'environ
320 toifes & qui eft expofée au vent du Nord.
De la pointe du tapion de Rouffelin au Faux-Cap, on trouve cinq quarts
de lieue, qui forment l'ouverture -de la baie de Dalmarie, dont la profondeur
eft d'environ 660 toifes. Cette baie, qui fait face à TOueft, contient plufieurs
mouillages.
Le premier eft celui du Trou-Rouffelin 2 qui eft dans le Septentrion de Ia
pointe du même nom. Il a 250 toifes d'ouverture & 170 toifes d'enfoncement,
& peut recevoir de forts bâteaux ; mais il eft très-expofé aux vents de Nord.
Le fecond eft celui de la Grande rivière de Dalmaric, qui s'étend depuis le
d'environ 660 toifes. Cette baie, qui fait face à TOueft, contient plufieurs
mouillages.
Le premier eft celui du Trou-Rouffelin 2 qui eft dans le Septentrion de Ia
pointe du même nom. Il a 250 toifes d'ouverture & 170 toifes d'enfoncement,
& peut recevoir de forts bâteaux ; mais il eft très-expofé aux vents de Nord.
Le fecond eft celui de la Grande rivière de Dalmaric, qui s'étend depuis le --- Page 779 ---
FRANÇAISE DE SAINTIDOMINGUE 765
Trou-Rouffelin jufqu'à cette Grande-rivière. Il n'eft point abrité du NordOueft qui eft communément très-fort &c encore moins de T'Oueft qui y rend
la mer très-agitée & la tenue mauvaife; ce qui jette les bâtimens à la côte,
comme le prouvent des carcaffes.
A partir d'une demi-lieue du rivage jufqu'à une lieue & demie au large
en venant de POueft, on a un fond excellent d'herbes & de fable, mais
où fe trouvent de diflance en diftance. 3 des élévations de roches, qui n'ont que
deux brafles ou deux braffes & demie d'eau. Depuis 200 toifes après le
tapion de la Boffée jufqu'à 380 toifes avant P'embouchure de la: Granderivière, il y a un reflif qui touche & longe la côte avec une largeur depuis
20 jufqu'à 200 toifes, excepté au fond du Trou-Rouffelin.
Le mouillage de la Grande-rivière fe trouve en face du bourg de Dalmarie.
A 720 toifes de l'embouchure de la Grande-rivière, eft le tapion Blanc où
l'on a mis la batterie d'Ennery, 9 & où commence le troifième mouillage, celui
de la Petite-rivière de Dalmarie, dont l'embouchure eft à 760 toifes du
tapion Blanc. Dans cet intervalle, & à 160 toifes du tapion Blanc, eft l'anfe
des Roches.
Tous les marins prefèrent le mouillage de Ia Petite-rivière à celui de la
Grande, parce qu'on y a plus d'abri, meilleure tenue 2 qu'on n'y' dérade
prefque jamais, & que lorfque cet accident arrive, c'eft pour échouer fur
un fable fn par lequel les bâtimens ne font point endommagés.
Ily a 760 toifes depuis l'embouchure de la Petite-rivière jufqu'au FauxCap,& près d'un quart de lieue depuis celui-ci jufqu'au cap Dalmarie, dont
M. de Puyfégur a fixé la latitude à 18 degrés,37 minutes, 20 fecondes,
& la longitude à 76 degrés, 52 minutes, 36 fecondes. Ce font deux mornes
ifolés, coupés à pic vers la mer. Le Faux-Cap eft un peu plus élevé. Un
marécage affez boifé 8c étendu fépare ces. deux pointes de la terre. On y
communique par une langue de fable de 6à7 7 toifes de largeur.
La baie de Dalmarie peut recevoir les plus gros vaiffeaux. On-y trouve
du bois & de l'eau & de très-bon galet pour left. Plufieurs militaires en ont
fait la rivale de la baie de Tiburon, àl laquelle ils l'ont même préférée. D'autres,
en vantant Daimarie trouvent que Tiburon lui eft bien fupérieur. Les avis
font fi peu motivés dans la comparaifon % que je ne trouve à en conclure qu'une
feule chofe, 2 c'eft que l'un & l'autre font très-intéreffans, & que la préférence
Peut dépendre des vues particulières que l'on adopterait.
aires en ont
fait la rivale de la baie de Tiburon, àl laquelle ils l'ont même préférée. D'autres,
en vantant Daimarie trouvent que Tiburon lui eft bien fupérieur. Les avis
font fi peu motivés dans la comparaifon % que je ne trouve à en conclure qu'une
feule chofe, 2 c'eft que l'un & l'autre font très-intéreffans, & que la préférence
Peut dépendre des vues particulières que l'on adopterait. --- Page 780 ---
766 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Du cap Dalmarie à la ravine du même cap, il y a 250 toifes ; autant de là
à la ravine du Roi; 80 de cette ravine au tapion ; 200 de celui-ci à la pointe,
en avant de laquelle eft la roche à Maurice, qui laiffe entr'elle & la terre
un efpace de 30 toifes, où paffent des bateaux ; puis à 830 toifes plus loin 1
eft l'anfe au Père-Noël, embarcadère pour des canots &x des chaloupes.
De l'anfe au Père-Noël à la pointe du Trou-d'Enfer, on compte 350 toifes,
& un quart de lieue de cette pointe au Trou-d'Enfer. Celui-ci a été un refuge,
mais dans Ia guerre de 1756, un corfaire anglais 3 en canonnant un bateau
quiy était mouillé, a fait tomber des roches qui en ont gêné la pafle.
A une demi-lieue du Trou-d'Enfer, eft la pointe de la Seringue. Dans
l'avant-dernière guerre nos corfaires foutinrent fur cette côte plufieurs combats
glorieux, où les habitans les fecoururent avec ardeur, & P'Augufte, vaifeau
anglais de 64 canons, fut obligé de fe retirer après avoir été très-maltraité.
Entre le Trou-d'Enfer & la Seringue 2 il y a une pointe que borde un
reflif qui s'étend à 250 ou 300 toifes au large. La côte de cet intervalle eft
baffe auffi, excepté vers les embouchures de la rivière du Trou-d'Enfer, où
clle eft élevée & de fer.
La côte de fer eft très-baffe depuis le cap Dalmarie jufqu'à la Seringue.
C'eft de la pointe de la Seringue que la côte commence à s'arrondir vers
PER.
Il y a de cette pointe au Trou-Sardine, une grande demi-lieue ; 680 toifes
de là au trou & à la ravine Chouchou , avant laquelle, à 120 toifes, eft Pilet à
Couchou ; 760 toifes jufqu'au tapion Jaune; 730 toifes de celui-ci à la ravine
à Chaloupe, & 880 toifes de cette ravine à la pointe Occidentale de la baie
des Abricots.
Cette baie a 790 toifes d'ouverture & 680 d'enfoncement. Son rivage eft de
fable & affez abordable fur environ 300 toifes. La rivière des Abricots s'y
décharge. La mer y eft affez fréquemment, forte, ce qui rend le mouillage dur.
De la pointe Orientale de la baie des Abricots à la pointe Occidentale de
l'anfe du Clerc, il y a près d'une demi-lieue. Cette anfe a trois quarts de
lieue d'ouverture fur 930 toifes d'enfoncement. A une demi-lieue de la pointe
de P'Oueft, eft le fond de l'anfe , & trois quarts de lieue plus loin, les ilets
à Cabrit, qui font à 25 toifes de terre & à 500 toifes de la pointe à Cabrit,
oà finit l'anfe du Clerc. Cette anfe eft très-tourmentée des vents de Nord 7
près d'une demi-lieue. Cette anfe a trois quarts de
lieue d'ouverture fur 930 toifes d'enfoncement. A une demi-lieue de la pointe
de P'Oueft, eft le fond de l'anfe , & trois quarts de lieue plus loin, les ilets
à Cabrit, qui font à 25 toifes de terre & à 500 toifes de la pointe à Cabrit,
oà finit l'anfe du Clerc. Cette anfe eft très-tourmentée des vents de Nord 7 --- Page 781 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE 767
& Ia mer y elt toujours groffe. Auffi les caboteurs n'y entrent-ils que lorf
qu'ils y font forcés, & ils ne peuvent mouiller qu'au Racroc 1 point où font
des roches qui découvrent de tout tems. La côte de fer qu'on trouve depuis
environ I5o toifes dans PER de la pointe de la Seringue, celle au fond de
l'anfe du Clerc, fur une longueur d'environ 200 toifes, où eft l'embouchure
de la rivière qui fait la limite entre la paroiffe de Dalmarie & celle de Jérémie;
puis la côte de fer reprend.
C'eft le long de la côte de la paroiffe de Dalmarie que paffe le grand chemin
royal, qui la fait communiquer & avec Tiburon &,avec Jérémic. Ce chemin
parvenu au pied du morne 7 dont l'extrémité eft la pointe des Irois. 1 point juf
qu'auquel j'ai mené le Leêteur dans la Defcription de Tiburon, entre dans la
plaine de Ifet-a-Piere.jfeph. Bien moins confidérable que celle des Irois
elle en eft un efpèce de prolongement & forme avec elle un demi-cercle >
compofé de deux portions avec un étranglement au point où ces deux portions s'uniffent comme les fommets de deux triangles fphériques, dont le
rivage ferait la bafe & entre lefquels ferait la pointe des Irois.
On trouve d'abord dans la plaine à Pierre-Jgfeph, où l'on cultive Pindigo,
à droite, l'habitation Yvonnet ; à gauche 3 celle Bournonville ; enfuite, à
droite, celle Marias, dont les bâtimens font fur une hauteur, & celle Mefnier
Dumoulin, à gauche.
De là on arrive au bourg de 1ifet-a.Piere-jafaph, 3 ainfi nommé à caufe
d'un petit ilet placé à environ 40 toifes de terre, dans l'extrémité Nord de
l'anfe &c fur lequel demeurait un pêcheur de ce nom. D'anciens colons
affurent que ce rocher tenait à la terre. Les anglais mirent le feu aux cafes
qui y étaient dans la guerre de 1756. On a dit, à tort , qu'ily avait mouillage entre lui & la terre ; il n'y a pas même paflage pour des canots.
Ce bourg, commencé vers 1765, bâti fur une langue de fable que la mer
a jettée fur le rivage, a 30 maifons. Elles forment une rue aux deux
extrémités, mais au centre il n'y a qu'un feul rang de maifons, dans PER
du chemin &x faifant face à la mer. Celles-là font affez jolies &c ont des
galeries. Ce bourg eft très-défagréablement placé, à caufe des lagons qui
l'environnent & qui exhalent une odeur dont la fétidité eft infupportable.
L'eau de la rivière du même no m qui paffe au Sud du bourg &c
qu'on y
boit, eft très-mauvaife, parce qu'elle coule fur un fond vafeux. Auffi les
x faifant face à la mer. Celles-là font affez jolies &c ont des
galeries. Ce bourg eft très-défagréablement placé, à caufe des lagons qui
l'environnent & qui exhalent une odeur dont la fétidité eft infupportable.
L'eau de la rivière du même no m qui paffe au Sud du bourg &c
qu'on y
boit, eft très-mauvaife, parce qu'elle coule fur un fond vafeux. Auffi les --- Page 782 ---
768 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
habitans de l'Iflet-à-Pierre-Joleph font-ils prefque toujours malades, & il eft
des années qui, comme 1780, en voient mourir la moitié.
Il n'y a que rarement de la brife de terre dans ce lieu, que les Nords
atteignent cependant. On a de la peine à s'y approvifionner. La rivière n'y
eft pas poillonneufe, ce qui eft commun à celle des Irois, On n'y a point de
bois durs. L'éloignement où eft ce bourg de léglife paroifliale 1 prive fes habitans du fervice divin. Le curé aétuel de Dalmarie y eft venu dire la meffe
quelquefois dans une maifon particulière. Il ferait utile de mettre une chapelle
fuccurfale dans cet endroit. Ony a un cimctière.
Le fort de ce bourg elt infniment précaire en tems de guerre par la diffi.
culté d'y naviguer fans être pris, à une diftance auffi voifine de la Jamaique. Le
bourg lui-même eft protégé par des batteries. Il a I exempt, I brigadier &
4 archers de maréchauflée,
Après avoir paffé le bourg de I'Iilet-à-Pierre-Jofeph, on fuit encore le bord
de la mer & l'on va trouver l'anfe de T'Hôpital , qui tire fon nom de ce que
les Anglais y avaient réellement établi un hôpital dans la guerre de 1744.
On monte enfuite un petit morne 1 au-delà duquel cft l'anfe d'Eynaud, qui
eft fort longue & où l'on compte 9 cales, qui y forment un embarcadère.
Le paffage d'une autre élévation à l'extrémité de l'anfe d'Eynaud, conduit
à l'anfe Baillardel, qui eft une plage d'une grande étendue, que borde intérieurement une grande faline couverte de bois. Il n'y a, entre cette faline &c
la mer 3 que quelques toifes pourle pallage de la grande route,fur une terre
fabloneufe & blanchâtre, chargée de roches calcaires. La mer brife avec
force dans le bout Sud de cette anfe, qui eft toute garnie de mangliers, de
palétuviers & de gris-gris du bord de la mer. A l'extrémité Nord de la plage,
on voit encore les reftes de la carcaffe du vaifleau le comte d'Hurtubie, de
Bordeaux, parti de Saint-Louis dans le convoi de l'Actionnaire, & qui fut
obligé de faire côte en 1781 pour échapper à l'ennemi.
C'eft à ce point qu'on s'éloigne de la mer. , & qu'on commence à monter un
morne affez long &c allez fort, où l'on trouve des pierres calcaires & des
pierres dures & vitrifiables, comme dans les anfes d'Eynaud & Baillardel.
Au haut de ce morne le terrain conferve une pofition affez horifontale,
& l'afpect change. On trouve des portions très-bien çultivées en coton & en
vivres, le fol eft boifé, des palmiers embelliffent la fcène, des lianes
annoncent
à monter un
morne affez long &c allez fort, où l'on trouve des pierres calcaires & des
pierres dures & vitrifiables, comme dans les anfes d'Eynaud & Baillardel.
Au haut de ce morne le terrain conferve une pofition affez horifontale,
& l'afpect change. On trouve des portions très-bien çultivées en coton & en
vivres, le fol eft boifé, des palmiers embelliffent la fcène, des lianes
annoncent --- Page 783 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 769
annoncent une température fraiche, & bientôt on découvre des cacaoyers dont
la beauté n'eft prefque plus admirée, , parce que la graine fi faine &c fi précieufe
pour la fanté qu'ils donnent, n'a prelque plus de valeur vénale.
De ce fommet l'on découvre plufieurs habitations, qui placées fur fes côtés
ou fur des points plus élevés des montagnes environnantes, 3 offrent au voyageur
un afpeêt qu'anime une agréable variété.
On traverfe ainfi le canton de la Boffée, dont le tapion eft formé d'une
pierre blanchâtre à lames, qui parait pofée par rangs , & prefque verticalement. Les diverfes longueurs des lames, leurs différentes inclinaifons font
de ce bloc un point très-remarquable en mer.
Dire que la grande route vient paffer près de la pointe de la Boffée, c'eft
annoncer que cette route à gagné le rivage qu'on avait laiffe, depuis la fin de
l'anfe Baillardel. Dans l'anfe de la Boflée, le chemin eft aufli entre la mer &
un grand marécage boité, où débouche la rivière dè la Boflée, & où font deux
fourcés. 1 l'une appellée de la Boffée, l'autre du Rouffelin. On fait encore une'
lieue & l'on trouve, ; à main droite, le bourg ou la ville de Dalmarie, car
les Adminiftrateurs l'ont appellée ville dans leur ordonnance.
Cette ville. bornée à l'Oueft, de la mer ; au Nord, de la Grande-Rivière;
à PER, par. P'habitation Saint-Martin', & au Sud, par un lagon 3 eft com
pofée aétuellement de 18 maifons, dont 12 grandes de charpente couvertes
d'effentes. , ayant des galeries fur le devaut, féparées entr'elles par de petits
intervalles & affez femblables les unes aux autres, bordent le chemin. L'une
de ces' maifons fert d'églife > &c une autre de prefbytère. Les dix premières &t
la douzième font alignées, la onzième rentre un peu; c'eft le corps-de-garde,
Le fol de cette ville eft d'une térre fi rouge que les planches &: Ies poteaux des
maifons font teints de cette couleur jufqa'à environ deux pieds de haut
l'effet des égouts pendant la pluie.
par
Le port de Dalmarie ayant attiré les regards des Adminiftrateurs. on
7 projette une ville beaucoup plus étendue 1 & qui aurait déjà de l'accroiffement,
fi le plari formé de donner un chemin aux habitans des hauteurs de la
Grande-rivière de Jérémie, qui fe trouvent de la paroiffe de Dalimarie, n'avait
pas trouvé une auffi forte oppofition de la part des habitans plus voifins de la
ville qui redoutent de concourir à ce nouveau chemin. S'il exiftait, le dé.
bouché facile des denrées à Dalmarie, amenerait auffi de nouveaux cultivateurs.
Tome II.
Eeeec
iffement,
fi le plari formé de donner un chemin aux habitans des hauteurs de la
Grande-rivière de Jérémie, qui fe trouvent de la paroiffe de Dalimarie, n'avait
pas trouvé une auffi forte oppofition de la part des habitans plus voifins de la
ville qui redoutent de concourir à ce nouveau chemin. S'il exiftait, le dé.
bouché facile des denrées à Dalmarie, amenerait auffi de nouveaux cultivateurs.
Tome II.
Eeeec --- Page 784 ---
770 DESCRIPTION DEILA PARTIE
L.'agrandifement du bourg eft d'autant plus facile, que fon terrain eft de
43 carreaux de terre appartenans au roi, & confervés avec cette deftination.
Ce terrain eft plat & dans une pofition faine. C'eft là qu'était la première
églife, dont Larnage & Maillart prefcrivirent la conftruétion. Ce font ces
Adminiftrateurs qui ont réfervé ce vafte terrain s afin d'y avoir des cazernes, s
& les autrcs bâtimens relatifs à un établifement de force.
En quittant le bourg de Dalmarie, où ilya I exempt, I brigadier & 4
archers de marechauffée, on s'enfonce un peu entre la onzième & la douzième
maifon, pour aller chercher la pafle de la Grande-rivière de Dalmarie. Cette
rivière qui prend fa fource dans les mornes des hauteurs des Irois, 1 a environ
6 lieues de cours. Qu'oiqu'elle déborde quelquefois confidérablement, elle
manque d'eau à fon embouchure durant les fécherefTes.
Après la rivière, on monte un morne de tuf aflez roide & garni de pierres.
On trouve au pied de fa defcente, la Petite-rivière Dalmarie, dont l'embouchure répond au point de la côte, que j'ai dit qu'on regardait comme le meilleur
mouillage de cette partie. La Petite-rivière qui donne toujours deux ou trois
pieds cubes d'eau,n'a qu'une petite demi-lieue de cours , elle fort de deffous
un rocher à PEft. Plus haut que ce rocher font trois entonnoirs qui ont de
20 à 30 & 40 braffes d'eau de profondeur, féparés les uns des autres par un
morne. Ce font ces entonnoirs qui fourniffent l'eau.
Beaucoup de perfonnes penfent que la ville de Dalmarie devrait être mife
fur le bord de la mer > à la Petite-rivière. De la ville actuelle jufques là, le fite
eft gracieux, couvert d'arbres, parmi lefquels on remarque des palmiftes-francs,
Plus loin que la Petite-rivière, on paffe la ravine du Roi. Depuis là jufqu'à
la Seringue, , on monte 8c defcend fans cefle ; on trouve fur les parties les plus
élevées &c en très-grande quantité, un fable ferrugineux. On paffe Ia rivière
du Trou-d'Enfer, qui donne 5 à 6 pouces cubes d'eau & ne tarit jamais. Elle
a environ une lieue de cours, & trois bras différens. A un quart de lieue de là
on traverfe la rivière de la Seringue > dont le cours eft d'environ deux lieues.
Elle a deux bras & le même volume d'eau que la rivière du Trou-d'Enfer, &
ne tarit pas plus qu'elle.
Entre les deux rivières, far un morne de 20 à 30 toifes d'élévation au-deffus
du niveau de la mer, > & placé à 120 ou 130 toifes du rivage, eft une batterie qui
protège l'anfe du Trou-d'Enfer & celle de la Seringue.
Après la rivière de la Seringue, le chemin monte encore, & atteint la hau-
deux bras & le même volume d'eau que la rivière du Trou-d'Enfer, &
ne tarit pas plus qu'elle.
Entre les deux rivières, far un morne de 20 à 30 toifes d'élévation au-deffus
du niveau de la mer, > & placé à 120 ou 130 toifes du rivage, eft une batterie qui
protège l'anfe du Trou-d'Enfer & celle de la Seringue.
Après la rivière de la Seringue, le chemin monte encore, & atteint la hau- --- Page 785 ---
FRANÇAISE DESAINT-DONINGUE
teur du morne de la Seringue 7 dont l'extrémité forme la
du même
C'eft de cette pointe avancée que tout le canton tire fa pointe dénomination, nom.
qu'elle a un rocher dont la voûte, percée fupérieurement, donne
parce
paflage
un trou de deux pieds de diamètre, 3 aux vagues qui pouffées par les vents vio- par
lens du Nord, s'élevent quelquefois jufqu'à 15 à 20 pieds de haut.
Depuis le cap Tiburon jufqu'après avoir doublé celui de la
même jufqu'à
la
Seringue 1 &
Jérémie > mer eft houleufe & clapoteufe. Des variations
continuelles dans les vents 2 des calmes > des courans 7 tout empêche de
compter fur des traverfées réglées.
La hauteur où a conduit le chemin, forme une efpèce de
bordent dans le lointain, des
plateau s que
montagnes plus ou moins élevées 2 plus ou moins
rapides, plus ou moins cultivées. A ce fpeétacle attrayant, fe mêle la vue de
la mer fur laquelle l'ceil promène au loin fon empire. Des palmiers placés
& là, forment des repos dans la partie terreftre du tableau. Un air plus frais ça
plus léger, fait que le voyageur s'arrête avec plaifir 3 pour mieux favourer des
jouiffances agréables. Il ne manque pas de donner un éloge à cette riante
peétive & des actions de graces à l'être fenfible, qui a mis une allée
perf.
au bord du chemin, le long de l'habitation Paveret.
d'orangers
Depuis cette élévation l'on defcend doucement jufqu'à la plaine des Abricots.
Loriqu'Haiti que la nature femblait avoir fait pour des hommes doux
fobres, contens de fes bienfaits 1 &c tels qu'étaient ces êtres paifibles fim- s
ples dans leurs défirs comme dans leurs penfées, qu'une nation
eft 1
détruire, était habité par eux, ces infulaires avaient
policée venue
canton des Abricots était le paradis, où les
pour croyance 1 que le
ames des hommes juftes & bons
venait fe nourrir du fruit du Mameys ou abricotier. Cet arbre
fon
le vert foncé de fes feuilles & la groffeur de fon fruit ne rendent que
port 2
d'une haute deftinée croiffait en effet en abondance dans
pas indignes
ce lieu. A en
par la deftruétion que l'européen cupide lui a fait fouffrir, comme à juger
arbres pour pouvoir déchirer la terre dont il était l'ornement, le tous les
a pris de l'abattre, dans les endroits où la chûte de fon fruit par foin qu'on
laiffait
chofe à craindre pour les paffans, , enfin par le nombre de ceux
le quelque
confervés, ou que le hafard a préfervés, il
que tems a
doit y en avoir eu prodigieufement.
Ily a quinze ou vingt années que toutes les iffues en étaient bordées, &
le trouvait encore à chaque pas,
qu'on
Eecees
a pris de l'abattre, dans les endroits où la chûte de fon fruit par foin qu'on
laiffait
chofe à craindre pour les paffans, , enfin par le nombre de ceux
le quelque
confervés, ou que le hafard a préfervés, il
que tems a
doit y en avoir eu prodigieufement.
Ily a quinze ou vingt années que toutes les iffues en étaient bordées, &
le trouvait encore à chaque pas,
qu'on
Eecees --- Page 786 ---
772 DESCRIPTION DE LA P A RTIE
Mais ce féjour de délices éternelles ; nourrit aufli le mancenilier ce poifon fi
cruel & fi fabtil. L'Indienn'avait pas laifé échapper ce contrafte.; tandis que
l'homme bon était alimenté par l'abricot, le méchant mangeait le fruit du
mancenilier, dont le fuc était femblable à celui dont fon coeur était rempli.
Ce paradis qui fuffifait à des individus que les vices des grandes fociétés
n'avaient pas corrompus, eft trop petit pour l'ambition de quelques habitans.
On n'y croit plusàl'exiftence d'un bonheur 1 qui avait des défirs modérés pour
bafe : P'Élyfée a été détruit.
La petite plaine des Abricots commence au rivage, & va en s'élargiflant
jufqu'au point où la rivière de fon nom, que l'on paffe à l'entrée Occidentale de
cette plaine > reçoit au-deffus du chemin la rivière des Balifiers; là, la plaine
eft arrêtée par un morne, mais elle fe prolonge un peu vers le Sud-Oueft,
en fuivant le lit de la rivière des Abricots, & davantage vers le Sud-Eft, en
fuivant la rivière des Balifiers.
La plaine des Abricots peut avoir, dans fa plus grande longueur Nord &
Sud, une lieue d'enfoncement, & environ un quart de lieue dans fa plus
grande largeur. On y trouve Ia fucrerie Spechbach, à laquelle la rivière des
Balifiers procure un moulin à eau. C'eft fur cette habitation qu'on voit les
plus beaux cacaoyers de la Colonie, qui paffent auffi pour les premiers qu'on y
ait replantés après la defiruction de cet arbre en 1736. Ils ont jufqu'à 25 &
30 pieds de hauteur.
La rivière des Abricots a environ 4 lieues de cours, du Sud au Nord; elle
reçoit un grand nombre de ruiffeaux quila font grofir aflez pendant les pluies
pour furmonter fes bords.
La rivière des Balifiers prend fa fource parmi des rochers, à environ une lieue
au-deffus du point où elle fe rend dans celle des Abricots, & qui eft à environ
trois petits quarts de lieue de la mer. Elle avance par cafcades. La première eft
un faut de 15 pieds d'élévation, au-deffous duqucl eft un ballin qui donne lieu
lui-même à un autre faut ou cafcade & à un autre baffin > ce qui a lieu fucceffivement une quinzaine de fois avcc plus ou moins de hauteur jufqu'à ce que la
rivière coule avec une pente ordinaire. La rivière des Balifiers a encore de
l'eau pour un moulin & même davantage.
Prefqu'au confluent de la rivière des Balifiers avec celle des Abricots 3 eft le
confuent de la Fetite rivière des Caps, qui venant du Sud.Oueft, fe jette aufli
dans celle des Abricots,
à un autre baffin > ce qui a lieu fucceffivement une quinzaine de fois avcc plus ou moins de hauteur jufqu'à ce que la
rivière coule avec une pente ordinaire. La rivière des Balifiers a encore de
l'eau pour un moulin & même davantage.
Prefqu'au confluent de la rivière des Balifiers avec celle des Abricots 3 eft le
confuent de la Fetite rivière des Caps, qui venant du Sud.Oueft, fe jette aufli
dans celle des Abricots, --- Page 787 ---
FRAI NÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 773
L'anfe des Abricots efl l'embarcadère du canton 1 fur fon côté Eft eft un
petit bourg où l'on compte 17 maifons. Des canons le protègent.
Feu M. de Spechbach fit commencer en 1774 , à cet embarcadère, une jettée
à trois rangs de pilotis, chargée de traverfes & de madriers ; ce travail a été
La
à environ cent pieds de long 3 & porte une grue a
achevé en 1775. jettée
les vers
fon extrémité. Cette entreprife utile n'aura pas une longue durée 3 car
ont attaqué les pilotis.
des Abricots fe trouve de Dalmarie fa paL'éloignement où l'embarcadère
Pimportance même de l'établiffement 2 ont fait défirer d'y avoir une charoiffe,
pelle fuccurfale: : on en a accordé la permiffion l'année dernière. Depuis long-tems
les morts du canton font inhumés à Pembarcadère même, dans un cimetière
donné feu M. Cornik, & qu'on a fait bénir avec cette deftination. Des témoins par drefTent & fignent l'aête mortuaire qu'on envoye au curé de Dalmarie.
Les colons de ces lieux ont encore à défirer de paffer les revues de milices à
l'embacardère, & d'être ainfi difpenfés d'aller à Dalmarie avec aufli peu de
néceffité. Ce voeu eft commun aux habitans de bien des points de la Colonie.
avoir traverfé la plaine des Abricots 7 le grand chemin qui paffe à
Après
monte le morne des Abricots, très-éleenviron 400 toifes de l'embacardère 1
à la droite du chemin, & à le
vé & ehcore garni d'abricotiers. On y trouve
tenir.
creufée en voûte, où 20 perfonnes pourraient
toucher, une grande pierre
de PEft à P'Oueft, & de manière à faire
Cette pierre eft fendue tranfverfalement
croire qu'elle fe féparera un jour, peut-être avec danger pour les perfonnes
qui fe trouveront alors dans le grand chemin.
le morne des Abricots, qui eft tout boifé, à defOn ne tarde pas 1 après
le chemin eft très-roide &long dans cette
cendre pour arriver à l'anfe du Clerc,
defcente à la fin de laquelle la route paffe far une cavernet très-confidérable 7
diftance du
où commence l'anfe du Clerc. La mer brife avec
à peu de
point
d'autant
l'anfe eft
force dans cette anfe, & fon bruit parait
plus grand, que
élevés
répercutent le fon. Dans le petit cfpace
couronnée de mornes
trois qui habitans ont des cafes, &c l'on en voit une
plané qui eft près du rivage,
lanfe eft adoffée. Cette anfe à une
quatrième fur le haut du morne auquel
batterie. Oriental de l'anfe, eft la rivière du même nom qui, à fon embouAu bout
les
lui
forme un marécage qui ne vide à la mer que quand pluies
chure,
és
répercutent le fon. Dans le petit cfpace
couronnée de mornes
trois qui habitans ont des cafes, &c l'on en voit une
plané qui eft près du rivage,
lanfe eft adoffée. Cette anfe à une
quatrième fur le haut du morne auquel
batterie. Oriental de l'anfe, eft la rivière du même nom qui, à fon embouAu bout
les
lui
forme un marécage qui ne vide à la mer que quand pluies
chure, --- Page 788 ---
774 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
donnent allez de courant pour y arriver. C'eft cette rivière qui fépare les
deux paroifles de Dalmarie & de Tiburon. Elle court du Sud au Nord pendant
environ deux lieues,
Les cantons de cette paroiffe tirent tous leur nom de points de la côte.
Il y a celui des Hauteurs de la Grande-rivière de la Grande-Anfe. Le
bras droit de celle-ci traverfe la paroille du Sud au Nord, depuis fes limites
avec Tiburon jufqu'à la jonétion des deux bras 1 parcourant ainfi dix lieues > fi
l'on veut compter fes finuofités. La rivière va enfuite de POueft àPER, n'étant
guère qu'à deux lieues ou deux lieues &c demie de la mer qu'elle a au Nord.
Mais les chemins manquent pour aller yers ce canton. On fe fert cependant
de fentiers pour fe rendre aux eaux thermales des Irois.
C'eft à Larnage & à Maillart qu'on doit le chemin qui paffe fur le morne de
la Seringue où l'on ofait à peine fe hafarder avant 1742.
Il ferait facile de faire un chemin , propre à la chaife 1 depuis les Carcalles
jufqu'àla ravine du Roi, ce qui ferait environ neuf lieues. Si l'on effectuait
aufli celui du Palmifte-Ecrit entre Torbec & les Côteaux, on irait d'Ouanaminthe à Dalmarie en chaife par la bande du Sud, excepté dans les deux
lieues du morne de Tiburon, , qui ne laifle rien efpérer en ce genre.
Il y a un bureau de pofte à Hlet-a.Pierre-Joleph 1 un à Dalmarie & un aux
Abricots,
Dalmarie dépend du commandement & de la Sénéchaullée de Jérémie, Il a
été un inftant en 1743 1 le fiège de ce commandement.
Il y a de fon églife, 3
A celle de Tiburon
9 licues.
de Jérémic
La paroiffe de Dalmarie n'a que la feule fucrerie des Abricots, IO indigoteries, 200 cafeteries fi l'on yeut compter jufqu'à des établiffemens qui n'ont
que 6 & même que 4 nègres 8c où l'on fait aufli du coton ou des vivres;
quelques cacaoyères où l'on a auffi mêlé d'autres cultures, & deux hattes.
La terre dominante eft là, comme depuis les Irois jufqu'aux Baradères,
fur tout près de la côte, rouge, gralle & même un peu argileufe en
certains endroits. Dans les-l hauteurs il y en a de noires &c de grifes mélées de
roches.
La p-pulation peut être évaluée à 650 blancs. 220 affranchis & environ
des vivres;
quelques cacaoyères où l'on a auffi mêlé d'autres cultures, & deux hattes.
La terre dominante eft là, comme depuis les Irois jufqu'aux Baradères,
fur tout près de la côte, rouge, gralle & même un peu argileufe en
certains endroits. Dans les-l hauteurs il y en a de noires &c de grifes mélées de
roches.
La p-pulation peut être évaluée à 650 blancs. 220 affranchis & environ --- Page 789 ---
FR ANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
4,500 efclaves. La milice à 130 blancs &c 52 affranchis, tous artilleurs.
Des Irois à Dalmarie, la brife du jour eft du Nord. Oueft, & celle de Ia nuit
du Sud-Eft. Les vrais Nords y donnent de la pluie, mais les vents de
Nord-Eft ne donnent que du vent, fans y répandre d'eau.
Les crabes font très-communs à Dalmarie.
C'eft de la paroiffe de Dalmarie que dépendent les eaux thermales du bras
gauche de la Grande-rivière de la Grande-Anfe. , parce qu'elles font fur fa rive
gauche. Dès le rer, Août 1760, les Adminiftrateurs déclarèrent,
ordonnance, que d'après la réputation
par une
déjà acquife par ces eaux qu'on avait
découvertes nouvellement, ils avaient fait analyfer leurs principes & fuivre
leurs effets. En conféquence ils concédèrent le même jour ces fources
7ans à M. Martin, riche chirurgien , à la charge d'y recevoir les pour
gratuitement & les foldats &c les matelots fur le même pied qu'aux hôpitaux. pauvres
On lit de plus dans cette ordonnance, que les fources des Irois ont été trouvées
abfolument douées des mêmes vertus.
Depuis on n'a pas ceflé de recourir à ces fources dont deux font chaudes
& deux froides. Les deux premières fortent de la terre entre deux rochers
très-abondantes & toutes fe perdent dans la rivière. D'apres l'effai
7 font
qu'en a fait M. Lefebvre Deshayes & dont on trouve un extrait dans analytique le Tome
premier des Mémoires de la Societé des Sciences & Arts du
chaleur
Cap- François 1 la
de ces eaux qui font extrêmement limpides va en diminuant. Cependant la fource appellée P'Ardente , eft encore de plus de 5o degrès au thermomêtre à mercure de Réaumur & l'autre de 37 degrés, & elles gardent cette
chaleur fans participer aux variations de
faffent aller le thermomètre du
l'atmofphère 7 quoique celles-ci
13e, au 23e. degré, Les bords & les lits de ces
fources font garnis de verdure.
L'eau thermale répand, au loin, une odeur de foie de foufre infupportable
& a le même goût, fans que les oifeaux ni les infeêtes en
En fortant de la fource, elle noircit l'argent & ternit l'or. paraiffent Enfn il affectés.
de toutes les expériences de M.
réfulte
Deshayes 2 que ces eaux contiennent du foufre,
plufieurs fels neutres, quelques parties métalliques dans l'état
de la
terre calcaire &c vitrifiable, , de T'hépar terreux, du fel de Glauber, ocreux, de la
félénite, du fel commun, peut-être an peu de fel marin à bafe terreufe, du
tartre vitriolé, une terre martiale, enfn une très-petite
de
portion
matière
bitumineufe ou plutôt réfineufe,
que ces eaux contiennent du foufre,
plufieurs fels neutres, quelques parties métalliques dans l'état
de la
terre calcaire &c vitrifiable, , de T'hépar terreux, du fel de Glauber, ocreux, de la
félénite, du fel commun, peut-être an peu de fel marin à bafe terreufe, du
tartre vitriolé, une terre martiale, enfn une très-petite
de
portion
matière
bitumineufe ou plutôt réfineufe, --- Page 790 ---
776 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Ces eaux échauffent les perfonnes qui en font ufage. Elles excitent des
ricotemens très-vifs chez les galeux & les dartreux. Elles font employées aux
mêmes maladies que celles des Irois & de la Cahouane.
Le lieu où font ces eaux thermales, efl d'un difficile accès. Il faut s'y munir
de tout, puifque l'on ne peut y trouver que des lecours éloignés, infuffifans
& qui ne confiftent guères qu'en vivres da pays ou en volailles. Il faudrait
que le gouvernement y prépofàt un homme dévoué à l'humanité fouffrante &
qui fit que la bienfaifance paye elle-même les facrifices qu'elle exige dans
cette clpece de Thébaide, qui finirait cependant par lui devenir agréable
pendant la faifon où l'on prendrait les eaux & dont il pourrait s'éloigner luimême dans la faifon. pluvieufe.
En général dans toute cette partie 1 comme dans celle qui lui eft contigue
dans la paroifle de Tiburon, il y a des rochers impraticables, des montagnes
efcarpées 1 féparées par des falaifes profondes, fur tout le long des bords des
deux bras de la Grande e-rivière. Là, fe trouve du marbre blanc, du jafpé,
du bleu veiné. Là, font des mines 1 des géodes,des pierres d'aigle. Là, font des
traces de grands phénomènes qui attendent des oblervateurs que les obftacles
irritent au lieu de les repouffer.
LIIm, 8 dernière
PAROISSE DE JÉRÉMIE.
UNE grande étendue qui offre dans fa conformation phyfique des carattères
très-dignes de remarque & dans de rapides progrès en agriculture une forte
de phénomène. voilà ce qui doit rendre Jérémie très-intéreffant fous plus
d'un rapport.
Cette paroiffe, bornée: : à POueft, par celle de Dalmarie; au Nord, par
la mer ; à PER, par la paroifie du Petit-Trou & au Sud par des chaînes de
montagnes qui la féparent des paroilles de Cavaillon, des Cayes, de Torbec.
des Côteaux & de Tiburon, a environ quinze lieues de long de PEft à l'Oueft,
fur environ fix lieues de profondeur du Nord au Sud, & par conféquent une
furfacc d'environ 90 lieues carrées.
En
à POueft, par celle de Dalmarie; au Nord, par
la mer ; à PER, par la paroifie du Petit-Trou & au Sud par des chaînes de
montagnes qui la féparent des paroilles de Cavaillon, des Cayes, de Torbec.
des Côteaux & de Tiburon, a environ quinze lieues de long de PEft à l'Oueft,
fur environ fix lieues de profondeur du Nord au Sud, & par conféquent une
furfacc d'environ 90 lieues carrées.
En --- Page 791 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 777
En jettant un coup-d'ceil général fur cet enfemble, on ne peut s'empècher
d'ètre frappé de fon afpeêt. Des montagnes qui femblent en quelque forte
amoncelées les unes fur les autres jufqu'à une hauteur d'autant plus impofante, qu'entr'elles 8c la mer il n'y a qu'une faible diftance, commandent une
forte d'étonnement refpetueux. Les intervalles qui féparent ces montagnes
entr'elles, les points par lefquels elles fe réuniffent. 1 leurs formes variées,
leurs angles multipliés, l'efpèce de confufion dans laquelle plufieurs de leurs
parties paraiffent avoir été jettées & la corrélation que le fyftème entier a
confervé, tout porte à l'efprit l'idée d'une caufe puiffante, qui, au
milieu de grandes cataftrophes, a fu préferver un ordre que l'intelligence
humaine ne faifit qu'avec effort & d'une manièré imparfaite.
Mais c'eft en obfervant de plus près &c avec détail le fite de Jérémie, c'eft
en promenant des regards tout-à-la-fois curieux & attentifs fur les diverfes
portions entre lefquelles il eft en quelque forte diftribué, que l'étonnement 8t
Padmiration augmentent.
Jérémie a auffi une partic plane 1 qui doit être comptée, malgré fon
exiguité.
La paroiffe eft divifée en 17 cantons, favoir : le Morne de l'anfe du Clerc,
les Hauteurs de la Grande-rivière, le Trou-Bonbon, le Fond d'Amourette, les
Fonds-Rouges. 3 la Grande-Rivière, la Guinaudée, le Vieux-Bourg, la Voldrogue, les Rofeaux, le Petit-Trou, le Fond des Halliers, le Fond d'Icaque, 9
le Patte-Large, partie des Caîmites, le Défert & Plymouth.
Mais avant d'en commencer la Defcription, il eft naturel de chercher à
connaître Jérémie dans fon origine.
II paraît que ce fut vers 1673 que des Français, fans doute Boucaniers,
gagnant TOueft du Quartier de Nippes, vinrent dans ce qu'ils nommérent la
Grande-Anfe, en prenant l'ouverture qui eft depuis le cap Rofe jufqu'au
Patte-Large. En 1681, des religieux carmes avaient déjà formé une paroiffe
de la Grande-Anfe & de la Grande. Rivière, nom donné à Ia portion baignée
par la rivière , qui étant confidérable 8x coulant dans la Grande-Anfe, devait
avoir la même épithète.
Dans les premiers mois de 1683, trois galères efpagnoles pillèrent la
Grande-Anfe & emmenèrent prefque tous les nègres du commandant du
Quartier, qui s'appellait Beauregard,
Tome II
Fffff
é une paroiffe
de la Grande-Anfe & de la Grande. Rivière, nom donné à Ia portion baignée
par la rivière , qui étant confidérable 8x coulant dans la Grande-Anfe, devait
avoir la même épithète.
Dans les premiers mois de 1683, trois galères efpagnoles pillèrent la
Grande-Anfe & emmenèrent prefque tous les nègres du commandant du
Quartier, qui s'appellait Beauregard,
Tome II
Fffff --- Page 792 ---
778 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Lorfque l'édit du mois d'Août 1685 créa un confeil fouverain & quatre
Sénéchauflées, il décida que la Grande-Anfe dépendrait de la Sénéchaulfée
du Petit-Goave.
Au mois d'O@tobre de la même année 1685, 1 deux demi-galères efpagnoles
vinrent à la baie des Caimites avec l'intention d'y piller; mais n'y trouvant
point d'habitans, ils allèrent au canton du Corail, qu'ils avaient déjà dévafté
&) y enlevèrent trois habitans pour leur fervir de pilotes. De là, ils allèrent
débarquer dans trois endroits différens, &c prirent tous les habitans endormis.
Ils n'éprouvèrent d'autre réfiftance que celle du notaire de la Grande-Anfe,
qui cafla l'épaule à un efpagnol, mais qui fut tué, & celle de trois habitans,
qui ceffèrent leur feu parce que le commandant efpagnol envoya menacer, 3.
s'ils continuaient de tirer, de faire périr les habitans qu'il avait fait prifonniers. Un de ces trois français fut tué auffi.
Les efpagnols relâchèrent les habitans, épargnèrent l'églife & la maifon
du carme curé, mais emmenèrent trois habitans pour fervireà faire adjuger
leur prife, confiltant en nègres, en divers effets & en 2,000 pièces
de huit.
Ce pillage 1 qui était le fecond qu'éprouvait Ia Grande-Anfe, porta prefque
tous les habitans à l'abandonner, & à peine en reftait-il
quelques-uns, 1 Ia
plâpart chaffeurs, lorfqu'en 1690 l'infâme capitaine Smith vint dégrader fur
le fable de la côte de ce lieu, des colons de Saint-Chriftophe qu'il avait pris
pour les traniporter au Port-de-Paix. Les habitans allèrent au fecours de ces
infortunés 1 les tranfportèrent fur leurs dos ou dans leurs canots jufqu'à leurs
cafes, non fans que quelques-uns mouruffent en chemin de fatigue & de
faim. Ils furent menés enfuite au Petit-Goave.
Enfn, au commencement de 1702, M. de Galifet fit retirer les cinq
habitans qui y reftaient encore & que menaçaient de fréquentes vifites de
forbans.
Vers 1720 on retourna dans cette partie 9 mais elle était fi peu habitée que
les nègres marons du Quartier de Nippes venaient s'y réfugier. Ils y devinrent
même fi inquiétans. 3 que M. Chaflaigne commandant du Quartier, d'après
les ordres du gouverneur-général 3 ordonna, le 25 Février 1730, M. Robin
Defroulières > habitant, de fe mettre à la tête d'un détachement & de les
pourfuivre. Ils furent joints dans les hauteurs de l'anfe du Clerc, où l'on
en tua 23 & où l'on en arrêta un plus grand nombre.
ier. Ils y devinrent
même fi inquiétans. 3 que M. Chaflaigne commandant du Quartier, d'après
les ordres du gouverneur-général 3 ordonna, le 25 Février 1730, M. Robin
Defroulières > habitant, de fe mettre à la tête d'un détachement & de les
pourfuivre. Ils furent joints dans les hauteurs de l'anfe du Clerc, où l'on
en tua 23 & où l'on en arrêta un plus grand nombre. --- Page 793 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
On avait cependant conçu de très - grandes efpérances des progrès
que faifait la culture du cacaoyer dont on avait déjà plus de vingt
mille pieds rapportant en 1732, lorfqu'au commencement de 1735 ils
périrent tous fubitement. Ce malheur & la guerre de 1744, avaient rendu
la Grande-Anfe très-languiffante 9 mais une ordonnance du 21 Avril 1751,
menaçant de réunir tous les terrains qui ne feraient pas établis dans fix mois,
le zèle des habitans fe renouvella pour ne plus fe rallentir, & enfin ils ont
été aflez fecondés par les événemens pour en recueillir les fruits les plus
heureux.
La côte de la paroifle de Jérémie femble exiger que j'en parle avant de
m'occuper de la peinture des différens cantons.
Cette côte commence 7 comme on l'a vu, à l'embouchure de la rivière de
l'anfe du Clerc. Après la pointe à Cabrit, oà finit cette anfe & à 20 toifes
feulement, eft le trou-Bonbon, qui a 140 toifes d'cuverture & 160 toifes d'enfoncement. Son rivage eft de fable, & dans ce refuge 3 aflez bon pour des
caboteurs, on débarque affez facilement lorfque les Nords n'y font pas violens.
Ilya une batterie pour Ia défenfe de ce port, au fond duquel eft l'embouchure
de la rivière de fon nom.
A près d'une lieue du trou-Bonbon, , eft la ravine de Torbec. Un canot
peut s'y mettre à l'abri d'un mauvais tems en la remontant à 80 toifes. A
800 toifes plus loin, eft la ravine des Sables.
Ily a près d'une demi-lieue de la ravine des Sables au cap Rofe, qui eftla
pointe Oceidentale de la Grande-Anfe, &c où la côte eft de fer. Les Anglais
fortant de la Jamaique pour débouquer, viennent reconnaitre ce cap, à P'Eft
duquel eft un morne où eft une. vigie. Ily a la même diftance de ce cap à
la ravine du fond d'Amourette, & 360 toifes de celle-ci à l'anfe à Cochon.
Çette dernière eft bordée dans fon fond par une côte de fer très-efcarpée.
Une demi-lieue après avoir pafe Panfe à Cochon, on trouve l'anfe de la
Brunette, puis à environ 700 toifes plus loin, la Petite anfe, propres l'une
& l'autre à des canots feulement, C'eft à 340 toifes de la Petite anfe qu'eft
la pointe du Trou-Jérémie, : &. à un petit quart de lieue de celle-ci, en tournant
au Sud, qu'eft le bout Septentrional de la ville de Jérémie. Je parlerai à
l'article de cette ville de ce que lon appelle fon port, depuis lequel jufqu'à
la pointe de la Seringue la côte eft prefque toute de fer.
Fffffa
'une
& l'autre à des canots feulement, C'eft à 340 toifes de la Petite anfe qu'eft
la pointe du Trou-Jérémie, : &. à un petit quart de lieue de celle-ci, en tournant
au Sud, qu'eft le bout Septentrional de la ville de Jérémie. Je parlerai à
l'article de cette ville de ce que lon appelle fon port, depuis lequel jufqu'à
la pointe de la Seringue la côte eft prefque toute de fer.
Fffffa --- Page 794 ---
780 DESCRIPTION DE de LA PARTIE
A 900 toifes du bout Méridional de Jérémic, eft l'embouchure de la Grande.
rivière de la Grande-Anfe, qui, elle-même, eft à 980 toifes de l'embouchure
de la rivière la Guinaudée. Entre ces deux embouchures & à 420 toifes de
celle de la Guinaudéc, eft une pointe appellée le Pèrela-Montagne, &c qui
s'étend fous l'eau jufqu'à IIO toifes.
A720 toifes de l'embouchure de la Guinaudée, , eft celle de la rivière la
Voldrogue, qui eft plus confidérable. On trouve, à environ trois quarts de
lieue après, la ravine du Mitan, qui précède d'une demi-lieue la rivière des
Rofeaux.
De lembouchure de la rivière des Rofeaux, on compte 680 toifes jufqu'au
Petit-Trou de la Grande-Anfe, qui ne peut recevoir que de petits bâtimens.
La côte qui eft entr'elles eft fabloneufe & bafle, mais les Nords qui furviennent quelquefois tout-à-coup font qu'on n'en approche qu'avec crainte.
Du Petit-Trou à la Petite ravine Saumâtre, ilya a380 toifes : de la Petite
ravine Saumâtre à la ravine Saumâtre, 360 toifes, & de cette dernière à la
ravine Creufe, 85o toifes ; toute cette étendue eft de fer & inabordable.
Près d'une lieue après la ravine Creufe,ef la ravine à la Roche, qui eft
à 300 toites du Patte-Large, où finit la Grande-Anfe & commencent les
Caimites.
On compte une lieue du Patte-Large à la rivière du Corail, & autant de
celle-ci aux Oranges-Douces ; une demi-lieue des Oranges-Douces à la Grandebaie, & environ deux fortes lienes jufqu'à l'embarcadère Peftel, où vient
aboutir le chemin de Plymouth dans la baie des Caimites, chemin qui eft
la limite naturelle entre la paroiffe de Jérémie & celle du Petit-Trou.
En entrant dans la paroifle de Jérémie par le grand chemin royal, en venant
de la paroiffe de Dalmarie, 1 on fe trouve dans le canton du morne de l'anfe
du Clerc. Ce morne eft très-pénible à grayir. Lorfqu'on en a atteint le fommet par différentes finuofités, le chemin continue à monter & à defccndre
fans ceffe dans une terre rouge & graffe, dans un terrain où les roches à
ravets font très-multipliées & dans des portions boifées. On s'éloigne de la
mer depuis le point où l'on eft en face des ilets aux Cabrits. Enfin, on
trouve un terrain cultivé & où des bananiers varient un peu l'afpeét.
On arrive ainfi au canton du Trou-Bonbon, où l'on revient vers la mer,
& l'on trouve d'abord l'un des deux bras de la rivière de ce nom. Cette
& graffe, dans un terrain où les roches à
ravets font très-multipliées & dans des portions boifées. On s'éloigne de la
mer depuis le point où l'on eft en face des ilets aux Cabrits. Enfin, on
trouve un terrain cultivé & où des bananiers varient un peu l'afpeét.
On arrive ainfi au canton du Trou-Bonbon, où l'on revient vers la mer,
& l'on trouve d'abord l'un des deux bras de la rivière de ce nom. Cette --- Page 795 ---
FKANÇAIS E DE SAINT-DOMIN GUE. 781
rivière, qui coule du Sud au Nord, fuit une gorge d'environ 15O toifes de
largeur. A environ une lieue de fon embouchure, elle reçoit un autre bras
venant du Sud-Eft & coulant aufli dans une gorge femblable. L'une & l'autre
vallées font garnies dans leur longueur d'un grand hombre de cafeteries. La
rivière ne peut recevoir que des canots à fon emboucliure que la mer
obftrue fouvent par les fables qu'elle y amoncèle.
Après ce bras de la rivière 1 on trouve deux ou trois maifons du bourg du
Trou-Bonbon ; enfuite eft un fecond bras 'de la même rivière & le refte des
maifons du bourg; formé de IS maifons placées au Nord de la ronte. Quatre
d'entr'elies la bordent & les autres font derrière celles-là, en tirant vers la
mer, , fans alignement & fans direétion marquée.
Ce bourg, où il y a un cimetière particulier, étant paffé, le chemin va
toujours parallèlement à la côte, qui eft inabordable 8 à travers un bois. Il
tait traverfer la ravine de Torbec, dont le cours eft d'environ deux lieues du
Sud au Nord, entre des mornes élevés & couverts d'arbres, &c à travers
un fol de tuf chargé de roches à ravets. On ne voit pas de la mer l'embou.
chure de cette ravine. Plus loin, font encore des mornes d'une terre rouge &
entre lefquels coule la ravine des Sables 3 prefque toujours à fec
gralle,
depuis que les habitations voifines fe fervent de fes eaux.
Après la ravine des Sables, le chemin monte encore à travers le bois &c
ce qu'on nomme Ie Tourne-Broche. C'eft plus loin qu'on trouve le
gravit
du Fond-d'Amourette. Là eft la favanne & la hatte à De Jeanne >
canton
du nom d'un ancien propriétaire. Elle a une allez grande longueur. On contourne enfuite par des efcarpemens les mornes très-élevés qui couronnent
Fanfe à Cochon, & enfin par un terrain à grandes maffes calcairés, fans
culture & boifé, on arrive à l'entrée de la ville de Jérémie.
Entre le Trou-Bonbon & Jérémie & à partir de cette ville, on peut faire
trois lieues en voiture. Le chemin eft aflez plat, mais. fatigant par les fauts
qu'y font faire les roches à ravets.
Le premier établiffement que la paroiffe aétuelle ait eu comme bourg ,
n'était
au point où lon voit la ville aétuelle. C'était entre la rivière la
pas 8 la Grande-rivière qu'on l'avait placé, & il fe nommait le bourg
Voldrogue
de la Grande-Anfe. C'eft là que fut la première chapelle; c'eft là que les
efpagnoles vinrent exercer leur pillage & c'eft là qu'on vint encore
galères
ches à ravets.
Le premier établiffement que la paroiffe aétuelle ait eu comme bourg ,
n'était
au point où lon voit la ville aétuelle. C'était entre la rivière la
pas 8 la Grande-rivière qu'on l'avait placé, & il fe nommait le bourg
Voldrogue
de la Grande-Anfe. C'eft là que fut la première chapelle; c'eft là que les
efpagnoles vinrent exercer leur pillage & c'eft là qu'on vint encore
galères --- Page 796 ---
782 DESCRIPTIO N DE LA P AR TIE
conftruire une églife vers 1720. Le Jérémie aétucl exiftait, mais c'était le
Trou-Jérémie. , ainfi appellé du nom d'un pècheur qui l'habitait & qui portait
celui de ce prophète lamentable.
Un incendie confuma l'églife, & comme le Trou-Jérémie était le lieu où
mouillaient les bâtimens, les habitans votèrent, le 16 Août 1750, pour
qu'on y bâtit la nouvelle églife & un nouveau bourg, puifque le commerce y
avait déjà fait élever plufieurs magafins. Les Adminiftrateurs écoutèrent leur
demande & ordonnèrent, le 12 Septembre, que le plan du nouveau bourg
ferait fait parl'arpenteur Defmoyelles. Ils décidèrent que les habitans du bourg
de la Grande-Anfe auraient les premiers emplacemens 1 & que Ies maifons
déjà exiftantes à Jérémie ne feraient affujetties à l'alignement que lors de
leur reconftrudion.
Cette décifion était à peine portée que M. de Verville, direéteur des fortifications, foutint que le local de l'ancien bourg était préférable & qu'on
pouvait y convertir un lagon en embarcadère, en y jettant une partie des eaux
de la rivière la Voldrogue, Une ordonnance du 19 Janvier 1752 prefcrivit
de garder l'ancien bourg.
M. Demoulceau reçut ordre de faire travailler au canal de la Voldrogue
& l'effectua, non fans juger que cette rivière chariait des terres & des roches
dans le lagon ; & dans un ouragan du 16 au 17 Septembre 1754, le bourg de
la Grande-Anfe ayant été emporté prefque en entier par la mer & par la
Voldrogue une ordonnance du 9 Décembre 1754 décida irrévocablement que
Jérémie ferait préféré,
Le 19 Novembre 1756, les Adminiftrateurs arrêtèrent le plan de la
nouvelle ville, compofée de 65 emplacemens 1 non compris ceux occupés
par diverfes maifons jettées au hafard,
De la Ville de Térêmie.
LA ville de Jérémie eft fituée à la châte d'une montagne, dans une pofition
agréable par fon élévation. L'air y eft pur & fain, la température très-douce,
parce que la brife dominante y eft du Nord-Eft & que la brife de terre , qui
nouvelle ville, compofée de 65 emplacemens 1 non compris ceux occupés
par diverfes maifons jettées au hafard,
De la Ville de Térêmie.
LA ville de Jérémie eft fituée à la châte d'une montagne, dans une pofition
agréable par fon élévation. L'air y eft pur & fain, la température très-douce,
parce que la brife dominante y eft du Nord-Eft & que la brife de terre , qui --- Page 797 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
vient du Sud, eft très-forte, froide & prolongée
jufqu'à 9 & même roheures du
matin. Auffi les matinées & les foirées des mois d'hiver
exigent-elles
prenne un habit.
qu'on
Cette ville eft divifée naturellement en deux parties ; l'une
éminence d'environ 25 pieds d'élévation, eft la
placée fur une
le
Haute-Ville ;
formant
rue
long du rivage une
appellée la rue de la Marine eft l'autre, la
La Haute-Ville , qui eft divifée à préfent en 69
Bage-Ville.
carré long d'environ 200 toifes du
emplacemens, a la forme d'un
Nord-quart-Nord-EA au
Oueft, fur environ I5o toifes de T'ER-quart-Sud-E à
Sud-quart-Sud:
Oueft. Elle contient IIO maifons.
POueft-quart-Nord.
La Baffe-Ville qui fuit la forme de l'anfe , a pour direétion
Nord-Nord-Oueft au Sud-Sud-Ef. Elle renferme
principale celle du'
la mer, & 26 au pied de l'éminence où eft la 70 maifons dont 45 font vers
extenfion
Haute.Ville. Cette rue a pris fon
principale d'après une ordonnance des Adminiftrateurs du
1760, qui a permis de l'alonger.
12 Juillet
La Haute-Ville a reçu: aufli une augmentation
8 Mai
d'après une autre ordonnance du
1761 3 dans le fens de la pointe de Jérémie. Elle a maintenant
rues, dont fix font parallèles au petit côté du carré, & cinq les
onze
gles droits.
coupent à anEn venant dans le fens du grand côté, de l'une ou de l'autre
ville, on trouve en arrivant à la rue qui eft alors la troifième extrémité de la
elle a 50 toifes fur 66 en
les
s la place-d'armes;
intérieurs de
comprenant rues qui y aboutiffent. Trois
cette place font bordés d'un
d'arbres
côtés
bas. C'eft fur cette
rang
; elle eft ouverte vers le
place que fe tient le marché; comme elle était auffi
place des exécutions 3 on y avait planté un
mais
la
gibet,
ce
a déplu & une nuit la potence a été brûlée.
coup-d'ceil finiftre
On ne peut aller de l'une des deux portions de la ville à
rampes, qui ne font que les traces du cours des
l'autre, que par trois
ciles de l'une vers l'autre.
eaux, & les charois font diffi.
Les rues de Jérémie font comme celles des autres lieux de la
jet de plufieurs réglemens de police mal
Colonie, l'obexécutés; aufli font elles
cet inconvénient > augmenté par le défaut de pavé,
boueufes, &.
les ormes dont elles étaient bordées.
a enfin déterminé à couper
Une ordonnance des Adminiftrateurs du 12 Février
1783, a affujetti la ville
re.
eaux, & les charois font diffi.
Les rues de Jérémie font comme celles des autres lieux de la
jet de plufieurs réglemens de police mal
Colonie, l'obexécutés; aufli font elles
cet inconvénient > augmenté par le défaut de pavé,
boueufes, &.
les ormes dont elles étaient bordées.
a enfin déterminé à couper
Une ordonnance des Adminiftrateurs du 12 Février
1783, a affujetti la ville --- Page 798 ---
784 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
aux règles que les voyers font chargés de maintenir ;1 les galeries pratiquées audevant des maifons doivent refter libres pour le public & il eft défendu de
mettre des pilotis vers la mer, & de prendre ni roche ni fable fur la côte de
Jérémie fans permiffion,
La plupart des maifons font jolies &x à étages 9 faites de charpente ou de
roches-à-ravets maçonnées entre poteaux. Elles font couvertes d'effentes & de
tuiles; ellcs ont des galeries hautes & balles qui ont depuis fix jufqu'à IO pieds
del large; il eft beaucoupde maifons dont l'enceinte n'eft pas clofe. Celle de la
Baffe-Ville ont du côté du morne le défagrément de n'avoir point de cour 3 & du
côté de la mer l'inconvénicnt de fouffrir des dommages par les raz de marée;
elles font d'ailleurs toutes très-chaudes à caufe de l'enfoncement de ce point.
La ville de Jérémie a le malheur de manquer d'eau. On eft obligé de l'envoyer chercher avec des ânes, à des fources qui font à près d'une lieue de Ia
ville, ou à la Grande-rivière au rifque de la boire faumâtre, parce que les
nègres ne veulent pas fe donner la peine d'aller la puifer aux points où elle
n'eft pas mêlée à l'eau de mer. Il eft des perfonnes qui ont le dangereux courage de boire de l'eau des puits,
Depuis le 14 Septembre 1764, ily y a eu plufieurs délibérations des paroifliens 1
& plufieurs ordonnances, des Adminiftrateurs pour faire conftruire au milieu de
la place-d'armes une fontaine, où lera menée l'eau d'une fource de l'habitation
Quio de Kerlegan ; mais enfin le gouvernement s'en occupe, & des tuyaux
font attendus de Francc pour réalifer ce bienfait, dont la valeur fera infinie
pour les habitans de la ville de Jérémie.
On projette auffi depuis 25 ans de conftruire une églife au milieu de Pilet,
faifant face à la place-d'armes. En ce moment le fervice divin eft fait dans une
maifon particulière louéc à cet effet. On voit dans cet églife momentanée un
bénitier curieux. C'eft un bloc calcaire de deux pieds de haut fur quinze pouces
de diamètre ; à fes quatre angles font quatre figures de femmes nues > aflifes &
ayant leurs mains étendues fur leurs cuiffes. Ces figures n'ont que vingt
pouces de haut, à caufe de quatre pouces de bafe ou piédeftal laiffée dans la
partie inférieure.
Ce bloc trouvé à une affez grande profondeur au canton des Fonds-rouges. 3 à
unc lieue de diftance de la ville, eft confideré comme un travail des anciens
Naturels; on l'a creufé pour en faire un bénitier. Toutes informes que font ces
figures
étendues fur leurs cuiffes. Ces figures n'ont que vingt
pouces de haut, à caufe de quatre pouces de bafe ou piédeftal laiffée dans la
partie inférieure.
Ce bloc trouvé à une affez grande profondeur au canton des Fonds-rouges. 3 à
unc lieue de diftance de la ville, eft confideré comme un travail des anciens
Naturels; on l'a creufé pour en faire un bénitier. Toutes informes que font ces
figures --- Page 799 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 785
figures, toutes choquantes qu'elles font pourlcs proportions, ce bloc eft encore
très-extraordinaire s'il eft réellement forti de la main d'hommes qui ignoraient
T'ufage des inftrumens de fer. La pierre eft elle-mème fort tendre & facile à
tailler.
L'églife de Jérémie a Saint-Louis pour patron. On n'yt trouve pas de velliges
des anciens aétes de la paroiffe qui, je le repète, remonte au-delà de 1681.
le plus ancien qu'elle ait à préfent, eft une célébration de mariage faite par
le curé de Nippes, dans l'églife de la Grande-Anfe le 4Mai 1723; les regiftres
ne fe fuivent qu'à partir du II Juillet 1725, que le père Michault, dominicain, était curé.
En vertu d'une délibération prife par les paroifliens le rer, Août 1774,
on a mis le cimetière qui était près de la place-d'armes 2 hors de la ville 8c
l'on y enterre depuis le mois de Juin 1786. Il eft proche de la maifon fervant
d'églife, 8c de celle qui tient lieu de prefbytère, &c il eft entouré de pingouins.
Dans la favane du prefbytère eft la poudrière.
Jérémie eft le fiége d'un. État-major. Au mois de Mai 1734, on établit
un major pour le roi du Quartier de la Grandc-Anfe. Un ordre du roi du
rer, Décembre 1744, avait bien décidé que le major de la Grande-Anfe irait
à Dalmarie, mais les événemens de la guerre en dilpofèrent al utrement, & il
conferva fa première réfidence. L'ordonnance du 23 Juillet 1759 l'y conferva;
puis celle de 1763, fupprima tous les États-majors.
En les rétabliffant le 15 Mars 1769, le roi ne mit qu'un aide-major à
Jérémie, 1 & le 27 Mai 1774, un major outre l'aide-major enfin depuis
l'ordonnance du 20 Décembre 1783, il n'y a qu'un major. Son autorité s'étend
fur le Quartier qui n'eft compofé que des deux paroifles de Jérémie & de
Dalmarie.
Depuis le 21 Février 1773- 1 Jérémie a toujours eu un officier d'Adminif.
tration de la marine 1 fubdélégué de l'intendant.
Cette ville eft auffi le fiége d'une. Sénéchauflée & d'une Amirauté. Le 5 Juillet
1738, les Adminiftrateurs trouvant la Sénéchauflée du Petit.Goave trop étendue
depuis le Grand-Goave jufqu'à Tiburon, & cédant au voeu des habitans 7
nommèrent M. Baudin de la Craye, lieutenant de juge de la Sénéchauflée
avec réfidence à la Grande-Anfe , pour y exercer toutes les fonétions du
fénéchal, depuis le Bec-de-Marfouin jufqu'à Tiburon. Cet établiffement eut
Tome II.
G g g g g
Sénéchauflée du Petit.Goave trop étendue
depuis le Grand-Goave jufqu'à Tiburon, & cédant au voeu des habitans 7
nommèrent M. Baudin de la Craye, lieutenant de juge de la Sénéchauflée
avec réfidence à la Grande-Anfe , pour y exercer toutes les fonétions du
fénéchal, depuis le Bec-de-Marfouin jufqu'à Tiburon. Cet établiffement eut
Tome II.
G g g g g --- Page 800 ---
786 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
liou S l'on y mit un fubftitut du procureur du roi du Petit-Goave & un
greflier. Quoique le miniftre eût défaprouvé d'abord cette inftitution qu'il
trouvait hors des pouvoirs des Adminiftrateurs, 1 le roi fe détermina fur de
nouvelles repréfentations de Larnage & Maillart, à faire expédier au mois de
Juin 1740, des lettres-patentes en forme d'édit qui la confrmait. A leur
tour les Adminiftrateurs pensèrent qu'il fuffifait de ce qu'ils avaient fait en
1738, & ne firent aucun ufage des lettres-patentes.
Le 26 Août 1755, les Adminiftrateurs ordonnérent la tranflation de la
Sénéchauflé previfoire de la Grande-Anfe à Jérémie, où un édit du mois de
Décembre 1776, l'a confirmée cn la déclarant indépendante de celle du PetitGoave &c l'allimilant en tout, aux autres Sénechauffées de la Colonie. Elle
a pour territoire les paroiffes de Jérémie & de Dalmarie.
Un édit du même mois de Décembre 1776, a créé auffi une Amirauté à
Jérémie. Depuis le 20 OEtobre 1773, le lieutenant de l'Amirauté du PetitGoave, d'apres des lettres du fecrétaire-général de la marine - s'était cru en
droit d'en mettre auffi une annexe à Jérémie, mais le confeil du Port-auPrince, par un arrêt du II Novembre 1776, avait profcrit cette mefure, &
même avec des marques d'un mécontentement grave pour le lieutenant de
l'Amirauté du Petit-Goave.
Les officiers des deux fiéges font les mêmes. Leurs audiences en dernier
reflort ont lieu lc vendredi, & les autres le famedi. La Sénéchauffée a 5
procureurs, 8 notaires, 7 huifliers, I exempt, I brigadier &c 4 archers de
police, I étalonneur & I concierge des prifons.
La Sénéchauffée & l'Amirauté tenaient autrefois leurs féances dans une
maifon fituée dans le Nord-Lft de Ia ville, mais l'année dernière le roi a fait
l'acquifition d'une maifon appartenante à M. Breuil, fituée vers le Sud, dans Ia
rue qui eft alignéc fur les arbres du bas de la place-d'armes pour 150,000 liv.
&z ces deux tribunaux s'y affemblent. Les prifons y font aufli, comme elles
étaient dans le local de l'ancien palais.
On a trouvé encore dans cette maifon un logement pour le major-commandant & un pour l'officier d'Adminiftration de la marine.
Jérémie eft devenu le centre d'un commerce déjà confidérable, & qui
s'accrcit chaque jour. On y bâtit fans ceffe puifqu'il n'y avait que 72 maifons
en 1765, & cependant les maifons & les loyers y font plus chers qu'au Portau-Prince. Il eft des loyers qui ont triplé depuis dix ans.
cette maifon un logement pour le major-commandant & un pour l'officier d'Adminiftration de la marine.
Jérémie eft devenu le centre d'un commerce déjà confidérable, & qui
s'accrcit chaque jour. On y bâtit fans ceffe puifqu'il n'y avait que 72 maifons
en 1765, & cependant les maifons & les loyers y font plus chers qu'au Portau-Prince. Il eft des loyers qui ont triplé depuis dix ans. --- Page 801 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D OJM I N G UE. 787
Jérémie recevait autrefois 3 ou 4 petits bâtimens d'Europe, & fouvent
ce concours nuifait aux vendeurs. Aujourd'hui il en vient une douzaine &c
ils ne furpafient pas les befoins. J'y ai compté l'année dernière onze bâtimens
de France 3 & huit caboteurs.
Malheureufement ce commerce a lieu dans un mauvais port, commandé
par tous les points voifins & fans abri contre les Nords. Le mouillage eft
formé par la pointe de Jérémie, , qui, fituée au Nord de la ville, court dans la
mer de lOueft à PEA. Cette pointe, 9 dont M. de Puyfégur à marqué la latitude
à 18 degrés, 40 minutes 1 & la longitude à 76 degrés, 33 minutes, 48
fecondes, 2 quoique baffe, abrite les vaifleaux dans les tems ordinaires ; mais
lorfque le vent du Nord eft très-fort, 2 la mer n'eft plus enchainée & elle exerce
les plus affreux ravages. Dailleurs cette pointe qui s'étend fous l'eau, eft
mangée tous les jours par la mer même , & M. Demoulceau l'a trouvée accourcie de 50 toifes, de 1753 à 1774.
Il faut mouiller entre la terre & le reffif appellé le Mouton , &c il ne peut.
entrer dans ce mouillage que des bâtimens 7 qui tirent, 3 tout au plus, II ou 12
pieds d'eau, & avec des précautions pour éviter les accidens. Ily a entre le
Mouton & le reflif qui prolonge la pointe baffe, une autre paffe, > mais elle ne
peut être utile qu'à des bateaux puifqu'elle n'a que de 12 à 15 pieds d'eau,
& encore faut-il qu'ils fe gardent des rochers appellés les Trois- Maries,
font encore plus près de terre que le Mouton. Les frégates & les bâtimens qui
plus gros ne peuvent mouiller que dans le Sud ou dans l'Oueft du Mouton, &c
alors ils font entièrement fans abri.
D'un autre côte le mouillage de Jérémie fe comble fenliblement, effet qu'on
attribue aux fables que la Grande-rivière y charie.
Il ferait bien défirable qu'on eût à Jérémie un magafin d'ancres & de
çcables pour fecourir les bâtimens en danger. S'il avait exifté, on aurait
fauver un brig du roi quiy a péri à Noël 1786. Ce n'eft
pu
que le capitaine de port a obtenu un traitement annuel de que depuis 1787
eft à peine l'intérêt de la dépenfe d'un canot & de
1,200 livres, qui
4 nègres canotiers.
On ne peut aborder la plage de Jérémie en canot que fort loin de
parce que la mer brife au loin & fe déploye fur le rivage. Il
terre,
quai & même de palfage entre les maifons & la
n'y a point de
plage. Quelques particuliers
ont des acons.
Gg g g g g 2
1787
eft à peine l'intérêt de la dépenfe d'un canot & de
1,200 livres, qui
4 nègres canotiers.
On ne peut aborder la plage de Jérémie en canot que fort loin de
parce que la mer brife au loin & fe déploye fur le rivage. Il
terre,
quai & même de palfage entre les maifons & la
n'y a point de
plage. Quelques particuliers
ont des acons.
Gg g g g g 2 --- Page 802 ---
798 DESCRIPTION DI E LA PARTIE
La ville, vue de la mer, a un coup-d'ccil riant. Sa difpofition en amphichaltre
la fait paraitre plus grande qu'elle ne l'eft ré.llement.
Ilya à Jérémie en face de la place-d'armes 7 une batterie appellée le Fort.
Elle a l'inconvénient de faire craindre fon feu aux bâtimens mouillés entre
elle S l'ennemi. Il femble qu'elic ferait micux fur la pointe de Jérémie, oà
Larage en avait fait mettre une cn 1742 & dont on apperçoit encore des
ruines. Des mortiers y conviendraient à merveille. Dans le Nord de la ville,
eft la batterie de P'Anfe, & au Sud, fur le morne à Berquier, la batterie
d'Efaing, dont les feux fe croiferaient avec ceux de la pointc. On follicite
vainement un maitre-canonnier entretenu,
Il) y a peu de fociété habituelle dans Ia ville de Jérémie ; mais comme
dans plufieurs lieux de la Colonie, une fête raffemble un concours nombreux; ;
on en a donné oû fe trouvaient deux cens perlonnes des deux fexes. Les
femmes y aiment la danfe. Le ridicule de changer plufieurs fois d'habillemens
dans le même bal, leur a été apporté de la plaine des Cayes, & elles n'ont
pas toutes fa s'en défendre.
Ils'eit formé en 1787 une comédie bourgeoife à Jérémie, au moyen de I5O
foufcripteurs qui ont donné chacun 66 livres. Cette cottifation a payé le loyer
&c les dépenfes de la falle, qui eft la partie bafle d'une maifon
ordinaire >
fituée vers le Sud-Oueft, à un point qui eft prefque commun à la Haute & à
la Balfe-Ville. L'on y a placé des bancs en amphithéâtre dans toute la longueur.
Le fpeétacle eft gratuit. On ne joue que le dimanche & même dé quinzaine
en quinzaine. Lorfque la foufeription eft épuifée ou lorfqu'on veut faire une
dépenfe nouvelle, on annonce une repréfentation particulière oà chacun donne
en entrant ce qu'il lui plaît.
A la fin de la même année, 1787, on a auffi établi un Vaux-Hall, où
l'on joue le foir aux jeux de fociété &c où on lit les papiers publics. On y a
des rafraichillemens, & il n'en coûte qu'une gourde par mois. On
peut y manger en prévenant le direéteur, 3 qui eft M. de Colans, auquel
Jérémie eft redevable de ce lieu de délaffement &c de l'idée de la comédie
bourgeoife.
Ces deux circonflances ont fait augmenter le goût du luxe dans cette ville
& c'eft fur tout par rapport aux filles de couleur qu'on peut s'en appercevoir. P
Elles font cependant loin encorc d'atteindre celles du Cap & du Port-au-Prince,
quoique dans leurs bals elles foient tres-recherchées pour leur parure.
Jérémie a un garde-magalin de la marine, un garde-magafin de l'artilleric
de l'idée de la comédie
bourgeoife.
Ces deux circonflances ont fait augmenter le goût du luxe dans cette ville
& c'eft fur tout par rapport aux filles de couleur qu'on peut s'en appercevoir. P
Elles font cependant loin encorc d'atteindre celles du Cap & du Port-au-Prince,
quoique dans leurs bals elles foient tres-recherchées pour leur parure.
Jérémie a un garde-magalin de la marine, un garde-magafin de l'artilleric --- Page 803 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE. 789
8: de la poudrière, un tréforier des invalides de la marine; un médecin, un
chirurgien & un apotkicaire du roi, plufieurs arpenteurs 1 un arpenteur
principal, un grand voyer 1 des arpenteurs ordinaires, un direéteur des
poftes; I prévôt, I exempt, I brigadier & 4 archers de maréchaufiée.
Les fubfiflances font affez chères dans cette ville. On y paye un chapon
& un canard jufqu'à une gourde 3 une poule une demi-gourde ; un mouton
5 gourdes, un cochon 2 de 8 à 12 gourdes. Le refte, à proportion.
Jérémie eft dans une extrême pénurie d'argent. Elle y eft encore plus
grande qu'aux Cayes. La dépenfe journalière eft même embarraflante à payer. Les
denrées font envoyées en grande partie au Cap &c au Port-au-Prince pour y
être vendues, & comme il eft difficile d'en faire venir de l'argent, qu'on ne
veut pas rifquer par mer, il faut s'occuper de reviremens.
Il y long-tems qu'on projette à Jérémie l'établiffement d'une efpèce de
Providence. Il y a cinq nègres donnés aux pauvres de la paroiffe, qui produifent une rente depuis plus de IO ans 1 & l'on comptait déjà une douzaine de
mille livres de fonds en 1781. La bienfaifance publique aurait bientôt confolidé un pareil établiffement fi le goavernement en pofait les fondemens.
On compte de l'églife de Jérémie :
A celle de Dalmarie,
12 lieues. A celle de Torbec,
20 lieues
Tiburon,
des Cayes,
des Côtcaux,
de Cavaillon,
du. Port-Salut,
du Petit-Trou. >
Quoique le fol de la ville de Jérémie foit calcaire, Ia première chaine de
montagnes qui la borde eft d'ine terre rouge 1 d'où eft venu à ce canton le
nom des Fonds-Rouges; il a été très-célebre par fes produits en café.
Des hauteurs qai bordent Jérémie, on voit dans un tems trés-ferein PHle
de Cube, le Môle & la Gonave.
Lorfqu'on quitte la ville pour aller vers la paroiffe du Petit-Trou, on def
cend de la Haute dans la Baffe-Ville, ce qui donne l'occafion de remarquer que
le rocher qui fépare l'une de l'autre eft calcaire & quelquefois de tuf. Les
couches ont jufqu'à 3 pieds d'épaiffeur; elles s'inclinent de IO à 20 degrés,
tantôt dans TER, tantôt dans TOueft, & quelquefois même elles font avec
l'horifon des angles de plus de S0 degrés.
Après avoir parceuru toute la rue de la Marine, on tourne au Sud-Oueft &c
qui donne l'occafion de remarquer que
le rocher qui fépare l'une de l'autre eft calcaire & quelquefois de tuf. Les
couches ont jufqu'à 3 pieds d'épaiffeur; elles s'inclinent de IO à 20 degrés,
tantôt dans TER, tantôt dans TOueft, & quelquefois même elles font avec
l'horifon des angles de plus de S0 degrés.
Après avoir parceuru toute la rue de la Marine, on tourne au Sud-Oueft &c --- Page 804 ---
790 DESCRIPTION DE LA PARTIE
l'on va jufqu'à la fucrerie Berquier, qui a un moulin à eau procuré par
plufieurs fources. On a formé en maçonnerie un réfervoir d'environ 4 carreaux
d'étendue. Comme cette réunion d'eau ne fuflifait pas toujours, on a conftruit un moulin à vent qui, en faifant mouvoir une machine à chapelets 3
élève l'eau de la Grande-rivière dans le réfervoir.
De là, le chemin fe dirige vers PER & l'on trouve bientôt la Granderivière de la Grande-Anfe ou de Jérémie, 3 l'une des plus confidérables de la
Colonie, J'ai dit précédemment qu'elle prend fa fource au morne de la Cahouane,
dans la chaîne qui de Ia Hotte fe prolonge au cap Tiburon ; elle parcourt
conféquemment avec fes finuofités plus de 25 lieues d'étendue. La riviere
Froide, l'une de fes tributaires, a dans fon cours un faut confidérable, où
fes eaux ont creufé par leur chûte un énorme baffin. La Grande-rivière
reçoit, auffi fur fa rive droite, mais environ deux lieues plus bas que fon
confluent avec la rivière Froide, la rivière à Mahot, qui vient de montagnes que M. Doulcet, arpenteur, a nommées la Nouvelle-Saintonge, en l'honneur
de la province où il eft né. Cette rivière n'afféche point, à la différence de la
rivière Froide, qui eft fans eau pendant les deux tiers de T'année; mais elle
eft très-encaifiée & femble fe précipiter dans des gouffres.
La Grande-rivière coule dans un vallon d'environ fix à fept cent toifes de
large, qui commence à 7 lieues & demie de fon embouchure 8c qui eft rempli
de fuperbes habitations. C'eft le canton de la Grande-Rivière.
Cette rivière reçoit des canots portant deux milliers jufqu'à 7 lieues de
fon embouchure. On la traverie dans un bac, parce qu'elle eft tres-profonde.
Ce bac fut établi, d'abord par M. Branchu, auquel Larnage & Maillart
permirent, le 5 Novembre 1/44, d'exiger deux efcalins pour un maître,
fon domeftique &x fa monture; un efcalin pour un homme libre à pied; un
efcalin pour un efclave à cheval & la moitié pour l'efclave à pied, avec
exemption pour les officiers de milice, , le lieutenant de la Sénéchauflée & les
habitans pallant pour les gardes.
Cc bac, qui appartient maintenant à M. Gebaud, parent & fuccefleur de
M. Branchu, a 18 pieds de long lur 12 de large; un nègre le fait mouvoir
le long d'un cable. Il eft placé à environ 300 toifes de l'embouchure de la
Grande-rivière. L'on palfe auffi à cette embouchure à cheval, pour éviter le
péage du bac.
lieutenant de la Sénéchauflée & les
habitans pallant pour les gardes.
Cc bac, qui appartient maintenant à M. Gebaud, parent & fuccefleur de
M. Branchu, a 18 pieds de long lur 12 de large; un nègre le fait mouvoir
le long d'un cable. Il eft placé à environ 300 toifes de l'embouchure de la
Grande-rivière. L'on palfe auffi à cette embouchure à cheval, pour éviter le
péage du bac. --- Page 805 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Cette rivière eft très-poiflonneufe, &c nourrit particulièrement des carpes.
Elle a quelques caymans. On en a même vu un de dix pieds 3 à douze
lieues de fon embouchure. Ili n'y a cependant pas d'exemple que ces animaux,
qui y ont jufqu'à 15 pieds de long, aient caufé aucun accident.
C'eft à deux lieues au-deffus du bac qu'el la fucrerie de M. le baron de
Breteuil, avec un moulin à eau que procurent des fources.
Après le bac, le grand chemin vient gagner le rivage, qu'il fuit jufqu'à la
rivière la Guinaudée, dont l'embouchure eft à 980 toifes de celle de la Granderivière; entre les deux, mais un peu plus près de la Guinaudée ,eft l'anfe du
Pere-la-Moatagne, dont la pointe a été mangée par la mer qui en indique encore la forme lorfqu'elle brife beaucoup. Cette anfe a quelques cafes de
pécheurs, & elle eft dominée par un plateau qui va jufqu'à l'embouchure de la
Grande-rivière, & qui eft connu fous le nom du Château.
Des perfonnes ont penfé que ce plateau aurait fervi avantageufement à placer
la ville, & qu'avec un cure-môle on aurait pu faire monter les bâtimens dans
la Grande-rivière jufqu'au point où eft le bac, où ils auraient été à l'abri du
mauvais tems 7 hors de la vue de l'ennemi & de l'atteinte des vers; &c qu'enfin
cette pofition aurait été très-aifée à défendre.
La Guinaudée eft une efpèce de petit ruiffeau de trois lieues de cours
avec
à peine une toife de large à fon embouchure que la moindre mer obftrue. Et
cependant Phiftoire de ce filet d'eau , qui a l'air d'un petit lagon ou d'un efter,
ferait vraiment effrayante par les malheurs qu'il a caufés 1. & le danger
continuel qu'il fait courir. Son fable eft tellement mouvant
l'on prefque
trouver un tombeau fur tout à cheval & en voiture, &
que peut y
après un Nord ou un
raz de marée. Un voyageur en mefurant de l'oeil l'intervalle étroit
cette
eau lui donne à franchir, eft loin de
que
foupçonner qu'il va fe jetter dans un
abime 3 & fa fécurité caufe fa mort.
Il eft bien étonnant qu'on n'ait pas jetté un pont fur un paflage auffi funefte.
Tel eft Saint-Domingue : chacun répète cette phrafe, on ne traverfe la Guinaudée qu'en frémifant, &le pont ne fera peut-être jamais fait.
On avait cependant imaginé de former au-deffus de fon embouchure,
jettée fur laquelle on la traverfait. Mais la jettée elle-même
une
a caufé des accidens ) qui ont prouvé que ce n'était pas à un pareil travail qu'on devoit fe
borner.
auffi funefte.
Tel eft Saint-Domingue : chacun répète cette phrafe, on ne traverfe la Guinaudée qu'en frémifant, &le pont ne fera peut-être jamais fait.
On avait cependant imaginé de former au-deffus de fon embouchure,
jettée fur laquelle on la traverfait. Mais la jettée elle-même
une
a caufé des accidens ) qui ont prouvé que ce n'était pas à un pareil travail qu'on devoit fe
borner. --- Page 806 ---
792 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
Peu aprèsla Guinaudée, qui donne fon nom au canton où elle paffe, o1 atteint l'ancien bourg de la Grande-Anfe, dent cinq cafes indiquent encore le
fite. Avant eft la fucrerie Teflas avec un moulin , que de l'eau de la Guinaudée
fait mouvoir; plus haut efl la fucrerie Canon, avec un moulin qu'elle doit à la
Voldrogue.
Le cimetière du Vieux. Bourg eft encore celui des nègres de fon voifinage.
Une croix qu'on voit du grand chemin, felon l'ufage 2 indique feule la deflination de cette terre.
Aprèsl le Vicux-Bourg eft la rivière la Voldrogue, dont l'embouchure n'eft qu'à
270toifes de celle de la Guinaudée. Cette rivière belle & large qui charie une
énorme quantité de galet blanc, eft fujette à de grands débordemens dont le
bourg. de la Grande-Anfe a reffenti plus d'une fois les effets. Elle prend fa
fource vers la Hotte, & l'on évalue fon coursà12 lieues; elle eft poillonneufe
& fournit des carpes. Le pays oà elle coule forme un canton de fon nom > où l'on
cultive le cafier.
Après la Voldrogue le chemin fuit encore la mer. Il cft bordé du côté des
habitations de haies de pingouins 1 qui ont même jufqu'à 60 pieds de large;
furle rivage font des manceniliers & beaucoup de queniquiers; ; on arrive ainfi
à la rivière des Rofeaux 3 dont l'embouchure eft a environ cinq quarts de lieue
de cclle de la Voldrogue.
La rivière des Rofcaux part auffi de la Hotte & a 15 lieues de cours. Rendue
à environ un quart de lieue de fon embouchure, elle fc féparc en plufieurs bras
qui fe réuniffent en un feul à cette embouchure. Elle eft une des plus fujettes
aux débordemens & cependant on l'a vue tarir dans la faifon des pluies; elle eft
fort poiflonneufe principalement en carpes & en brochets. Elle eft refferrée
entre des mornes en la remontant, & elle défigne un canton de fon nom oû la
terre eft noire. Dans les tems ordinaires, la mer ferme fon embouchure avec le
galet qu'elle même charic en abondance. Alors on la pafle au moyen de cette
digue rocailleufe, fous laquelle filtre la rivière qui forme un baffin au-deffus de
la digue; & quand la mer s'y oppofe cn va chercher le gué deux cens toifes
plus haut.
De Jérémie aux Rofeaux le chemin eft uni & peu fufceptible de fe gâter,
puifqu'il eft prefque toujours furle fable. On fait ces 4 lieues en voiture. Dans
cette diftance la bande de terrain plat s'étend &c s'élargit de tems en tems, entre
les cuilles des montagnes, & va quelquefois à une & même à deux lieues.
Ie
la mer s'y oppofe cn va chercher le gué deux cens toifes
plus haut.
De Jérémie aux Rofeaux le chemin eft uni & peu fufceptible de fe gâter,
puifqu'il eft prefque toujours furle fable. On fait ces 4 lieues en voiture. Dans
cette diftance la bande de terrain plat s'étend &c s'élargit de tems en tems, entre
les cuilles des montagnes, & va quelquefois à une & même à deux lieues.
Ie --- Page 807 ---
FRANÇAIS E DE S AINT-DOMINGUE 793
Le chemin ne quitte pas le rivage après la rivière des Rofeaux, , jufqu'à la
pointe du Petit-Trou de la Grande-Anfe où un enfoncement forme l'embarcadère du même nom, qui fert aux habitans des Rofeaux, & â ceux des GrandsHalliers. Là font 6 cafes dont 3 font fi près de la lame qu'elles gênent le
tranfport &c l'embarquement 3 parce que l'efpace eft très-borné. On continue
à cheminer fur des terrains en jachères qui ont eu de l'indigo autrefois.
Peu après l'on paffe la petite-Saumâtre, puis la grande-Saumâtre 1 ravines
qui fortent des mornes voifins 1 & qui n'ont point d'eau dans les tems fecs.
C'eft dans l'anfe de la grande - Saumâtre que la goélette appellée le Balaou
appartenante à M. Breuil, négociant de Jérémie, pourfuivie pendant la guerre de
1778, par le fameux Porkins, fit côte 3 le canot du corfaire vint même à terre,
fufilla mais inutilement l'équipage, dont les roches à ravets ne ralentiflaient pas
la fuite, & enleva du bord tout ce qu'il put.
La grande-Saumatre eft le point le plus éloigné où l'on puifle venir de Jérémie en voiture.
Lorfqu'on l'a paffée, on monte un gros morne de tuf,oà le chemin eft peu
commode 1 8c l'on gagne un bois en montant & en defcendant fans cefle, Ilya
même une defcente appellée le Tourne-broche de Dubofq, du nom de M. Dubofq de Carbin qui l'a tracé 1 & à caufe de fa forme qui renouvelle plufieurs
fois celle de la manivelle. Le voyageur prudent préfère d'admirer à
picd 1 plutôt qu'à cheval, plufieurs points de ce chef-d'ceuvre itinéraire.
Près d'entrer dans le canton du Patte-Large on laiffe à droite le chemin qui
mène près de là au canton du Fond des Grands-Halliers qui précède immédiatement celui du Fond-d'Icaque. Le canton du Patte-Large eft ainfi nommé à
caufe du gros morne qui y avance à la mer, en confervant une grande hauteur 1
& qui ayant à fes extrémités des parties
ia
marécageufes 9 que mer fépare en
leur laiflant des longueurs différentes, reffemble à une patte très-coloflale,
dont les doigts feraient étendus.
Del la Saumâtre au Patte-Large, le terrain eft peu propre à la culture ; quelques
portions de roches-à-ravets 1 permettent cependant d'efpèrer que le cafier y
réuffira ; la couleur de la terre eft rougeâtre, elle eft quelquefois
graffe 9 quelquefois c'eft un tuf pourri.
C'eft à peu de diftance du morne du Patte-Large & dans PER, qu'on
treuve l'habitation de Lafneau, mulâtre libre 2 connu de tous Ies voyageurs par
Tome IL.
H h h h h
culture ; quelques
portions de roches-à-ravets 1 permettent cependant d'efpèrer que le cafier y
réuffira ; la couleur de la terre eft rougeâtre, elle eft quelquefois
graffe 9 quelquefois c'eft un tuf pourri.
C'eft à peu de diftance du morne du Patte-Large & dans PER, qu'on
treuve l'habitation de Lafneau, mulâtre libre 2 connu de tous Ies voyageurs par
Tome IL.
H h h h h --- Page 808 ---
794 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
l'accueilqu'ils en reçoivent , par l'empreffement qu'il met à leur procurer les
moyens de continucr leur route 1 fur tout en les envoyant dans fes canots juf.
qu'au détroit du Bec-de-Marfouin; ; il cultive le coton. Des hommes tels que
Lafneau accufent de rigueur un préjugé qui ne leur permet jamais 3 ni à leur
defcendance, 9 l'efpoir de fe confondre avec ceux dont une noble &c généreufe
hofpitalité, & une conduite que tout le monde eftime, les rapproche fans ceffè.
Quand on a traverfé l'habitation Lafneau, on fe trouve bientôt à l'entrée du
petit pays piat nommé le Corail, parce qu'il en fut réellement un dès que le
quartier de la Grande-Anfe eût des Français. On peut y faire aller le cabrouet
depuis le Patte-Large. Le Corail eft maintenant une fucrerie appartenante à
M. le Chevalier de Lacombe &c aux héritiers de M. Duvivier de la Mahautière,
mort confeiller au Confeil du Port-au-Prince. Elle contient un terrain fort
étendu,t très-fertilc, mais où des parties balles & noyées, ont befoin d'ètre longtems tourmentécs par la culture avant de donner des denrées d'une qualité
eftimable. Cette habitation a un beau moulinàeau que fontmouvoirdes fources
très-abondantes, qui naiffent fur fon fol même 1 & dans le voilinage du moulin; le chemin pafle auprès de ces fources ; l'embarcadère eft au bâtiment de
la fucrerie, fur un canal d'environ 600 toiles de long &c de 12 pieds de large,
conduifant à la mer.
Les fources du Corail difparurent loriqu'on fit un batardeau pour les contenir;
on ouvrit alors un canal pour avoirl'eau de la rivière du Corail même, maisles
travaux faits pour la prife d'eau ayant fait reparaitre les fources en les élevant,
leur retour fit abandonnerla prife d'eau; 1l ett donc évident que ces fources ne
font qu'une infiltration de la rivière du Corail,
Cette rivière qui eft formée des écoulemens du Fond-d'Iacque 3 du Fond des
Grands-Halliers & de Plymouth,n'a que deux lieues de cours. Elle fe montre
confidérable dès fa naiffance, où elle n'a que 18 pieds d'élévation au-deffus
du niveau de la mer ; elle eft pciffonncule : elle eft profonde dans les tems les
plus fecs, & déborde fouvent dans la faifon des pluies, fimultanément avec la
rivière de Plymouth.
A l'extrémité du Corail eft une croix, elle indique le cimetière de ce canton
que les poffeffeurs de l'habitation la Mahautière font obligés de fournir; ils
avaient auffi par une conceflion 9 l'obligation d'avoir un cabaret pour les paffans.
Sclon l'opinion la plus généralement admife le canton du Corail n'eft qu'une
vent dans la faifon des pluies, fimultanément avec la
rivière de Plymouth.
A l'extrémité du Corail eft une croix, elle indique le cimetière de ce canton
que les poffeffeurs de l'habitation la Mahautière font obligés de fournir; ils
avaient auffi par une conceflion 9 l'obligation d'avoir un cabaret pour les paffans.
Sclon l'opinion la plus généralement admife le canton du Corail n'eft qu'une --- Page 809 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 795
fubdivifion de celui appellé les Caimites, & qui doit s'étendre alors depuis
le pied du morne du Patte-Large dans TOueft,jufqu'au détroit du Bec-de-Marfouin dans P'Et, &c de la mer jufqu'au chemin du Défert qui fépare les
Caïmites de Plymouth.
La même opinion place auffi dans les Caïmites, , le canton du Fond-d'Icaque,
qui furmonte celui du Corail à environ une lieue de la, mer. Le Fond-d'Icaque
qui tire fon nom de la grande quantité d'icaquiers qu'on y trouve, eft un vallon
profond de peu de largeur, courant à-peu-près d'Orient en Occident, oà font des
hattes qui portaient toutes originairement le nom de Hatte-a-Lafond, parce
qu'elles appartenaient a ce particulier. auquel on avait concedé I, ,400 carreaux
de terre. Le fond du vallon eft marécageux par une caufe dont je parlerai ; dans
les avalafles il devient une nappe d'eau, & il n'y a que quelques années
que 500
animaux y furent noyés. Des établiflemens à café font dans les points élevés.
En quittant le Corail on entre dans ce qui eft le canton des Caimites
tout le monde. On trouve un efpace nommé la Petite-Plaine que termine l'em- pour
barcadère Lafond du nom de celui qui l'a établi & qui était fils du grand conceflionaire du Fond-d'Icaque, ou embarcadère Durand du nom de fon précédent propriétaire, ou embarcadère Bighin du nom du propriétaire actuel, &x plus
naturellement encore embarcadère du Corail, à caufe du point où il eft placé,
Ileft compofé de 4 maifons dont une fert d'auberge.
Après l'embarcadère, le chemin eft mauvais & fatigant & garni de roches
jufqu'à l'embarcadère des Caimites ou à Laurince 1 ainfi appellé du nom
d'une fille de couleur à laquelle appartient une grande partie du terrain &c
plufieurs des neuf maifons qui compofent cet embarcadère.
C'eft là que fe fait le commerce des lieux circonvoifins. C'eft là réfide
un fubftitut du procureur du roi de la Sénéchauffée de Jérémie, & que
a
un bureau
qu'ily
des poftes; c'eft là naturellement que doit être établi un bourg
demandé par les habitans des Caimites & de Plymouth, & Ia
que fituation
différente de leurs habitations ,fait vouloir aux uns à l'embarcadère Lafond
à celui Laurince & à celui Peftel. L'embarcadère Laurince offre
des avantages qui doivent lui affurer la préférence. D'abord , il eft bâti, il eft fpacieux,
aèré, fufceptible de défenfe 9 ayant un port, un capitaine de port & de la
facilité pour avoir de l'eau. On y mettrait, en attendant 3 une chapelle fuccurfale de Jérémie, & ce lieu devrait avoir déjà une
maréchauffée, 1 puifque les
H h h h h 2
L'embarcadère Laurince offre
des avantages qui doivent lui affurer la préférence. D'abord , il eft bâti, il eft fpacieux,
aèré, fufceptible de défenfe 9 ayant un port, un capitaine de port & de la
facilité pour avoir de l'eau. On y mettrait, en attendant 3 une chapelle fuccurfale de Jérémie, & ce lieu devrait avoir déjà une
maréchauffée, 1 puifque les
H h h h h 2 --- Page 810 ---
795 DESCRIPTIO N D E L A PARTIE
Caïmites offrent plufieurs abords par mer & qu'il eft très-utile d'y affurer la
tranquillité publique.
A l'embarcadère Laurince, le chemin fe bifurque pour aller fe réunir à la
rivière Salée des Baradères, comme je l'ai indiqué dans la Defcription de la
paroifie du Petit-Trou.
Le chemin d'en-haut ou royal fe dirige de lembarcadère Laurince vers le
Sud, en faifant monter un morne affez élevé & affez rapide auquel cet
embarcadère eft adoflé. Du haut de ce morne, on découvre la baie des Caimites.
Les 59 ilets qui l'abritent & qui la forment varient fon afpect par leur étendue,
leur fite; ils fe multiplient en quelque forte, felon les points d'oà on les
obfeive. On voit aufli de là des points de la côte du Petit-Trou, au-de là
des Baradères, dans PEfi-Nord-Eft; le canton de Plymouth, au Sud; au
Sud-Oueft, le Fond.d'Icaque 7 & dans la même direction, la Hotte.
On parvient bientôt après au morne à Palmiftes, qu'on nomme aufli morne à
Palquier & morne des Caimites 3 & où eft l'habitation Chardonnay, dont les
établiffemens font entourés d'une haie d'orangers &c dont le local eft fait pour
frapper le naturalifte. Sur un fol qui a la nuance d'un vermillon pâle & vrai.
ment couleur de rofe, des points différens offrent de grandes maffes de pierres
C: Icaires; & par tout font répandues, ça & la,des parties de roches à ravets
mobiles: ; les premières ont des dircctions & des inclinaifons différentes; les
fecondes font décharnées, creufées, trouées, renveriées & fendues prefque
toujours dans une direétion Eft & Oueft. Leurs ftries, leurs excorations font
noires; tout y annonce le mouvement d'un fuide qui les aurait agitées. Elles
offrent le même alpect que les picrres de la même nature qui font fur des
bords de mer & qui fubiffent les efforts de celle-ci. Dans ce lieu déjà élevé
d'environ 50 toifes au-deffus de la mer, on trouve des coquilles maritimes,
des palourdes, des ourfins, &c.
Ces phénomènes ne font pas les feuls dignes de remarque. Dix trous ou
entonnoirs, car ils en ont la forme, & dont quelques-uns reçoivent des eaux
qui s'y perdent, offrent un autre fpeétacle. Leur profondeur eft inconnue;
leur ouverture eit plus ou moins grande, depuis 6 jufqu'à20 pieds de diamètre.
Un petit nègre s'étant jetté dans une de ces cavités dans un moment de
maladie &c de dépit contre une vieille négreffe qui le contrariait, on voulut
l'en retirer. L'on y fila une corde qui defcendit jufqu'à 105 pieds, mefure
aux
qui s'y perdent, offrent un autre fpeétacle. Leur profondeur eft inconnue;
leur ouverture eit plus ou moins grande, depuis 6 jufqu'à20 pieds de diamètre.
Un petit nègre s'étant jetté dans une de ces cavités dans un moment de
maladie &c de dépit contre une vieille négreffe qui le contrariait, on voulut
l'en retirer. L'on y fila une corde qui defcendit jufqu'à 105 pieds, mefure --- Page 811 ---
F RANÇAISE DE SAIXT-DOMINGUE
de toute fa longueur, 3 fans trouver de fond, & fans avoir d'autre indice du fort
de ce malheureux enfant que par l'odeur cadavereufe qu'exhalait l'ouverture
trois jours après fa châte. J'y ai jetté des pierres confidérables ; on les entend
tomber par bonds avec un bruit qui fe perd enfin dans le lointain, fans qu'on
puiffe juger fi elles ont parcouru toute la profondeur.
Un mulet aveugle s'étant précipité dans le même trou 3 l'on a pris le parti
de les faire entourer tous jufqu'à 3 pieds de hauteur pour empécher les
accidens.
La même habitation préfente encore des grottes ou cavernes. Il en eft une
entr'autres, où l'on arrive par une pente roide. Son ouverture ceintrée
à 15 pieds de profondeur au-deffous du fol, a vingt pieds de large 3 placée &c
d'élévation. Quand on y a pénétréjufqu'à IO pieds, on trouve à droite une vraie 25
grotte, où les ftalaétites & les ftalagmites offrent les formes les plus bifarres,
Elle eft à plufieurs compartimens & ne reçoit le jour que de P'entrée & du
fond, où eft un trou, Ici, il me femblait appercevoir des ftatues de
& de forme humaine ; là, des enfans ; d'un côté, des
de grandeur
grappes raifin; de
l'autre, des pots de Aeurs. Tantôt c'étaient des deflins du
tantôt ceux de grands animaux. Si l'on prend un morceau de genre gothique, 2
ces flaladtites
& fi l'on en frappe les pièces, leur pofition à l'égard les unes des autres &
leur éloignement plus ou moins grand de P'air extérieur, leur denfité,
leurs dimenfions, tout leur fait rendre des fons bifarres 1 qui
procurent, ou une
cacophonie très-lingulière ou des accords accidentels très-étonnans: ; & le local
& fon horreur majeftueufe prètent à l'une & aux autres un caraétère dont
l'ame reçoit les impreflions les plus étranges.
Mais ces entonnoirs & ces grottes ) j'aurai encore à en parler au Leeteur,
Du morne à Palmilles, le chemin conduit à la crête à Palmiftes
terrain plat & toujours rouge. Plus loin, eft la Mahautière,
par un
morne peu élevé
dont le fommet long & peu rude forme un chemin qu'un médiocre travail
rendrait propre à la voiture.
De la Mahautière, commence un bois qui ne finit réellement
qu'un peu
avant d'arriver au morne de la Tête-de-Bocuf, par lequel la rivière Salée
des Baradères eft précédée, & qui a confequemment environ fept lieues
de long.
Le chemin commence aufi de la Mahautière à n'être qu'un bafilage. Son
morne peu élevé
dont le fommet long & peu rude forme un chemin qu'un médiocre travail
rendrait propre à la voiture.
De la Mahautière, commence un bois qui ne finit réellement
qu'un peu
avant d'arriver au morne de la Tête-de-Bocuf, par lequel la rivière Salée
des Baradères eft précédée, & qui a confequemment environ fept lieues
de long.
Le chemin commence aufi de la Mahautière à n'être qu'un bafilage. Son --- Page 812 ---
798 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
peu de fréquentation, 3 l'ombre prefque continuelle qui y règne, favorifent la
pouffe des herbes & des lianes qui couvrent abfolument la route. On ne la
reconnait plus qu'à un intervalle fans arbres & à quelques indices d'un fentier.
Il eft facile alors de reconnaitre qu'on eft dans le Défert, nom que portait
autrefois tout l'intervalle compris entre la rivière du Corail &c celle des
Baradères ; d'abord, parce qu'avant 1732 il n'y exiftait même pas de chemin,
comme je l'ai déjà dit, & parce qu'encore en 1764, pour aller des Baradères
au Patte-Large dans la faifon féche, il fallait partir au point du jour fi l'on
voulait arriver à 6 heures du foir, & que dans la faifon pluvieufe il fallait 24
heures de marche réelle &x conduire prefque toujours fon cheval par la bride.
Aujourd'hui, je le répète, le nom de Défert ne peut plus s'appliquer qu'à
l'efpace qui eft entre le bois de la Mahautière &c le morne de la Téte-de-Bceuf.
Souvent on traverfe ces fept lieues fans rencontrer un être vivant. Cependant
cette étendue n'eft pas abfolument inhabitée. Depuis quelques années, des
hommes que rien ne rebute font venus s'y placer, mais leur petit nombre
même peut n'être pas apperçu d'un voyageur.
Tout y annonce la folitude la plus profonde, 9 &c fi quelques oifeaux tels que
des dames-anglaifes ou caleçons rouges, des perroquets ou des coucous n'inter,
rompaient pas le filence de ces bois 1 on fe croirait féparé du refte de la nature.
Le chemin y eft d'autant plus ennuyeux qu'étant tracé dans la forêt & formant
des finuofités continuelles, on ne voit jamais à plus de 25 toifes devant ou
derrière foi. Dailleurs le foleil, qui fe fait jour à travers les feuilles, & qui les
deffine fur le terrain, forme un contrafte d'ombre & de lumière * que l'agitation
caufée par le vent & le mouvement même du voyageur, rend très-pénible pour
l'ceil.
Le fol eft d'une nuance rouge, > comme celui qu'on a trouvé depuis le
Corail. Il eft fort & gras en beaucoup d'endroits, chargé de roches à ravets, 3
ou d'un tuf pourri mêlé de gravois. Dans cette route mal-travaillée, &c plus
mal-entretenue, les chevaux font fouvent obligés de chercher les points ou ils
peuvent mettre leurs pieds. Dailleurs des arbres renverfés par les vents 9
des terres éboulées, des pierres déplacées 9 des parties où Phumidité & la moindre
pluic font des bourbiers, , exigent qu'on ne marche qu'avec précaution. On peut
dire, avec vérité, qu'il n'y a pas dans tout le chemin du Défert une feule
soife fans racines d'arbres ou fans pierres.
és de chercher les points ou ils
peuvent mettre leurs pieds. Dailleurs des arbres renverfés par les vents 9
des terres éboulées, des pierres déplacées 9 des parties où Phumidité & la moindre
pluic font des bourbiers, , exigent qu'on ne marche qu'avec précaution. On peut
dire, avec vérité, qu'il n'y a pas dans tout le chemin du Défert une feule
soife fans racines d'arbres ou fans pierres. --- Page 813 ---
FRANÇAIS E DESAINT-DOMINGUE
Cependant les habitans des Caïmites y vont avec rapidicé, & l'on cite même
le peu de durée de leurs courfes. Mais on ne tient pas compte des rifques
courus, des accidens arrivés & l'on ne remarque pas que ce mot > les habitans
des Caïmites, n'offre que quelques individus.
On dit auffi que l'on peut rendre ce chemin praticable aux voitures. La chofe
eft fans doute phyfiquement poflible, mais je doute que de long-tems elle foit
conftatée par le fait, puifque cette route n'eft pas d'une importance affez grande
pour rendre cette dépenfe néceffaire.
Après avoir fait environ 3 lieues depuis le morne à Palmiftes, on trouve
le chemin qui conduit du canton de Plymouth à l'embarcadère Peflel des
Caimites. L'à eft la limite véritable entre la paroiffe de Jérémie & celle du
Petit-Trou, & de là, le chemin du Défert devient moins mauvais en allant
dans l'Ef.
L'autre chemin du bas, 2 traverfe les Caïmites, 3 proprement dites, dont le
Défert eft la bordure fupérieure.
Le canton des Caimites tout entier, ne comptait pas une douzaine d'habitans
lors de la guerre de 1756, & c'étaient d'anciens Frères-la-Côte qui vivaient
d'une manière à demi-fauvage. Lorfque leurs chétives cabanes excitaient y la haine
de quelques corfaires ennemis 3 leur courage fe réveillait & créait de nouveaux
prodiges auxquels ils affociaient jufqu'à leurs efclaves. On parle encore fur
les lieux des hauts faits de Durand, ancien capitaine de corfaire, le même
qui a donné fon nom à un embarcadère dont j'ai parlé, & de ceux de PEfcla.
von, ancien flibuftier. Des Anglais avaient furpris & pillé Phabitation de
Feuquière alors propriétaire du Corail, mais nos braves frent expier fur le
local même à plufieurs des vainqueurs, une témérité dont le châtiment devint
un long prélervatif.
Ces hommes, fopérieurs à tous les dangers, fe réuniffaient aux Caimites
d'oà les ont chaffés 1 dans la guerre de 1778,1 les recherches, qui avaient
objet de les faire- fervir fur les bâtimens de P'État. On n'a refléchi pour
l'ombre même de la contrainte les épouventerait & la Colonie pas les a
que
perdus.
En général le canton des Caïmites eft affez montueux & remarquable
fes rochers calcaires, ifolés, dépouillés 8c exhauffés. Il a cependant des bois par
très-eftimés pour la conftrudtion , quoique depuis le tremblement de terre de
1770, il en ait procuré étonnamment au Cul-de-Sac, au Port-au-Prince, & à
contrainte les épouventerait & la Colonie pas les a
que
perdus.
En général le canton des Caïmites eft affez montueux & remarquable
fes rochers calcaires, ifolés, dépouillés 8c exhauffés. Il a cependant des bois par
très-eftimés pour la conftrudtion , quoique depuis le tremblement de terre de
1770, il en ait procuré étonnamment au Cul-de-Sac, au Port-au-Prince, & à --- Page 814 ---
800 DESCRIPTION DELA PARTIE
Léogane. On y afourni anfi des bordages pour les navires, des bois durs pour
les moulins des manufacturcs coloniales, du merrein, des effentes , &c;
mais les arbres fe trouvant enfin & moins comiuns & plus éloignés du rivage,
on y a pris le parti de la culture.
Cclle du cotonnier y eft favorifée par une température féche , dont l'époque
coincide avec celle de la récolte 1 mais le cafier eft fujet à y être écbaudé.
L'indigo n'eft l'objet des foins que d'une feule habitation, c'eft dire que le fol
le refufe.
Le manque d'eau condamne à faire ufage de citernes ou de marres, aux
Caïmites. Des entonnoirs fans nombre 3 dont ce fol eft criblé, empêchent que
Ia pluie même n'y produife le plus petit courant d'eau. S'il y a des fources,
elles font le long de la mer & leur eau faumâtre n'adoucit pas les regrets.
La côte des Caimites a beaucoup d'anfes comme je Pai dit, en parlant de
la baie de fon nom 3 à l'extrémité Occidentale de la paroiffe de Jérémie eft
l'embarcadère Peftel du nom de fon propriétaire. Il eft fufpcetible de recevoir
plufieurs bâtimens à la fois. C'eft un véritable port, entouré de rochers trèsélevés & couverts d'arbres avec une feule ouverture faifant face à l'Eft. Le
chemin qui y aboutit eft propre aux voitures.
Il ne me refte plus qu'à parler du canton qui femble occuper, en ce moment,
tous les efprits dans la Colonie, & qui jouit dejà d'une grande renommée; ; je
veux dire Plymouth,
Ce canton borde au Sud celuides Caimites. Les premiers habitans français
de la Grande-Anfe, , qui venaient dans ce lieu faire d'immenfes provifions de
chair de boeufs fauvages & de cochons marons, lui donnèrent le nom du Fond-duBourg. Lorfqu'on vint effayer en 1720, de rétablir la paroiffe de la GrandeAnfe, fon étendue & la nature de fes montagnes y avaient dejà attiré des nègres
fugitifs, 7 qui à différentes reprifes y formèrent des bandes que le gouvernement
crut utile de faire difliper.
A une époque poftérieure une de ces bandes avait pour chef un nègre de la
Jamaique, acheté par un habitant des Cayes. Fameux par fes incurfions & par
l'adrefe avec laquelle il échappait à toutes les recherches, il rendit néceffaire
une pourfuite générale. Des mulâtres de la plaine des Cayes parvinrent à le
joindre, & le tuèrent après une défenfe qui rendit fa défaite encore plus mémorable,
.
A une époque poftérieure une de ces bandes avait pour chef un nègre de la
Jamaique, acheté par un habitant des Cayes. Fameux par fes incurfions & par
l'adrefe avec laquelle il échappait à toutes les recherches, il rendit néceffaire
une pourfuite générale. Des mulâtres de la plaine des Cayes parvinrent à le
joindre, & le tuèrent après une défenfe qui rendit fa défaite encore plus mémorable, --- Page 815 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 801
rable. Elle fuggéra même l'idée d'appeler de fon nom le lieu où il avait perdn
la vie , & c'eft ainfi que le Fond du-Bourg efl devenu Plymoutb.
Le canton de Plymouth eft fitué à environ dix lieues dans le Sud-EA-quartd'Eft de la ville de Jérémie, ) à la même diltance à-peu-près dans POueft-SudOueft du bourg du Petit-Trou &c à environ huit lieues dans le Nord-Oueftquart de Nord de la ville des Cayes : le tout compté en droite ligne. Il a, comme
on l'a dit, au Nord le chemin du Défert qui le fépare des Caimites; à PER,
les Baradères i au Sud-Eft & au Sud, la chaîne de montagnes quile fépare de la
paroiffe de Cavaillon 1 & à lOueft la Grande-Anfe.
Mais Plymouth habité, Plymouth cultivé ou Plymouth deftiné à l'être
comprend un intervalle d'environ fept lieues de PEt à P'Oueftfur troisou quatre
lieues de profondeur,
Il y avait environ 25 ou 30 ans que M. Farin, ancien officier de la maréehauffée > s'était confiné à Plymouth, dont la vie folitaire avait fini par lui
déplaire > lorfqu'un autre individu appellé Fourcaud vint commencer, en quelque
forte, l'établifiement de Plymouth. Il fut fuivi bientôt après d'un nouvel habitant
nommé Lacour, qui commença fon défriché le premier Juin 1770. Cependant leur exemple n'eut d'abord que peu d'imitateurs, car le miniltre ayant
écrit aux Adminiftrateurs, le 21 Février 1773, pour placer à la Grande-Anfe
les Louifianois fuyant la terre enfanglantée de leur malheureux pays, 3 ils
rendirent l'ordonnance du 18 OCobre fuivant dont j'ai dejà parlé, &c qui réuniffait les terres non établies entre la rivière des Baradères & celle du Corail
&c entre les Caimites & la montagne de la Hotte. On donna des conceflions à
quelques-uns de ces infortunés dans les hauteurs de la Grande-rivière de la
Grande-Anfe, & l'on avait même déjà décoré, par une raifon femblable, le
Défert du nom de Nouvelle - Louifiane 9 ce qui rappellait affezl'accueil fait aux
Acadiens au Môle, à Bombarde & au Mirebalais.
Néanmoins l'ordonnance donnant la crainte de la réunion, plufieurs perfonnes
de la bande du Sud vinrent habiter Plymouth; ; à prefent on ne parle plus
que de Plymouth ; le haut prix du café lui a amené tous les ambitieux 9
tous les fpéculateurs du refte de la Colonie.
Enfin cette efpèce de frénéfie eft allée fi loin 7 qu'une portion de Plymouth
qui dans fon Sud-Oueft 8c dans fon Ouefl-Sud-Oueft 3 tire vers le Macaya &c
sême vers la Hotte , à peine connue ily a fix ans, 2 a reçu des Colons 9 malgré
Tome II.
Iiiii
de Plymouth ; le haut prix du café lui a amené tous les ambitieux 9
tous les fpéculateurs du refte de la Colonie.
Enfin cette efpèce de frénéfie eft allée fi loin 7 qu'une portion de Plymouth
qui dans fon Sud-Oueft 8c dans fon Ouefl-Sud-Oueft 3 tire vers le Macaya &c
sême vers la Hotte , à peine connue ily a fix ans, 2 a reçu des Colons 9 malgré
Tome II.
Iiiii --- Page 816 ---
S02 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
le manque de chemins > l'éloignement de tout fecours & la févérité du climat
qui, à une fi grande élévation, a des vicifitudes de froid &x de chaudauxquelles
les nègres ne peuvent guères s'accoutumer, Ilya des êtres afles tourmentés du
défir & de l'efpoir de dompter la fortunc , pourêtre venus la combattre julqu'au
pied du Macaya, & ce qu'on aurait peine à croire, c'eft que toutes les produétions font dans cette région d'une rare beauté. Le cafier y eft même devenu
un arbre d'un fi beau port, qu'un ne le reconnait plus pour cet arbufte qui,
quelques lieues plus bas, a déjà étonné par fes diménfions, puifqu'il eft des endroits de Plymouth où il équarrit cing pouces à arrêtes vives, où il fe joint à celui
planté à S pieds de lui, & où il donne jufqu'à cing livres de café par an.
Plymouth eft en général compofé de quatre chaînes de montagnes dont l'une
aboutit dans l'Oueft au Macaya 2 &c fait ainfi partie de celle qui marque les
deux côtés ou faces de la Partie du Sud de la Colonie , &c qui va du Macaya
julqu'à la montagne de la Hotte, dont la forme eft plus alongée quand on la
voit de la face Nord, que lorfqu'on la confidère de la bande Sud. Ces montagnes, qui vont enfuite fe terminer au cap Tiburon 1 par leur élévation & par
leur configuration mème 1 appellent & recueillent les pluies de manière que
celles-ci y font très-abondantes, & que de cette longue &c prodigieufe arrête
fort une énorme quantité d'eau.
Cependant elle n'a pas toute le même fort. Du Macaya à Tiburon, les eaux
vont fe répandre dans toute l'étendue qui les fépare 3 & arrivent enfin à la
mer après avoir fertilifé une grande fuperficie. C'eft même ce qui font encore
les eaux que le Macaya &c les montagnes plus Orientales laiffent échapper dans
la bande du Sud, depuis les Cayes jufqu'à Saint-Louis; mais dans la face
Nord, les montagnes de Plymouth offrent des phénomènes différens.
L'intérieur de ces montagnes a des fites finguliers 1 des pofitions furprenantes 1 des mafles énormes cntallées, accumulées fur d'autres maffes, qui
auraient fuffi feules pour étonner. Tout y annonce de grands événemens. On
y voit de prodigieux elcarpemens 3 des cavités, des fommités aigues, des
rocs déchirés : des crevaffes, & prefque par tout des preuves de la témérité
de T'homme, de fon génie, de fa cupidité.
Les eaux qui coulent de ces montagnes forment deux rivières > qui par leur
cours, leurs débordemens 1 les pierres qu'elles roulent, les profondeurs oà elles
s'enfencent, difparaifient S; fc perdent, ajoutent encore au pittorefque de ces
licux,
, des
rocs déchirés : des crevaffes, & prefque par tout des preuves de la témérité
de T'homme, de fon génie, de fa cupidité.
Les eaux qui coulent de ces montagnes forment deux rivières > qui par leur
cours, leurs débordemens 1 les pierres qu'elles roulent, les profondeurs oà elles
s'enfencent, difparaifient S; fc perdent, ajoutent encore au pittorefque de ces
licux, --- Page 817 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D DOMINGUE,
La rivière de Plymouth vient de PER & part à-peu-près des confins des
montagnes des Baradères > &c après un cours de deux lieues vers l'Oueft, elle
trouve fur l'habitation Clément un vafle entonnoir où elle eft abforbée dans les
tems ordinaires.
La rivière du Boucan-Tuffet, qui porte le nom d'un point de fon cours où
M. Tuffet, officier des milices, s'arrêta avec fon détachement dans
fuite de
une pournègrès marons, 9 coule à travers des rochers coupés à pic, &
femble avoir creufés pour fe faire un
qu'elle
paffage 2 rencontre plufieurs de ces mêmes
entonnoirs & s'y perd également à 400 pas du point où difparait la rivière de
Plymouth.
Dans des débordemens ordinaires 1 ces deux rivières palfent
tonnoirs que lenr offre une étendue d'environ
par plufieurs en300 toifes en carré; mais
les eaux font parvenues à un volume extraordinaire, les deux rivières lorfque
former un confuent cent pas plus bas.
vont
C'eft alors que déployant toute leur impétuofité, elles vont fe
la hatte à
répandre dans
Fourcaud, 3 dont on ne fait pas toujours retirer aflez vite les
& là elles échappent par des trous & des infiltrations.
animaux,
Si les pluies continuent, 1 la hatte à Fourcaud qui a plus de cent
carreaux de
fuperficie en terrain plat, & qui eft environnée de montagnes, devient
nappe d'eau $ les palmiers qui y font tres-nombreux, & qui paffent
une
plus confidérables de la Colonie, ont jufqu'à 80 pieds d'eau au-deffus pour les
Aèche de leur panache; c'eft un lac immenfe où une flotte
de la
pourrait manceuvrer,
Peu-à-près l'eau baifle & s'évapore ; enfin la fèche des palmiers les
élevés parait 2 &c fucceflivement les autres parties de cet arbre
plus
qui demeure
long-tems chargé de limon ; car la hauteur de fa cime ne le
de
fort dont l'ambitieux pourrait tirer une lcçon,
garantit pas ce
Plus bas que la hatte à Fourcaud eft une autre petite
plaine avec des entonnoirs.
Au Fond-d'Icaque dépendant des Caimites, fc trouvent auffi plufieurs de
entonnoirs qui communiquent même entr'eux.
ces
Telle eft la configuration du fol de Plymouth &, comme je l'ai
Caimites auffi, Excavé partout
déjà dit, des
7 Plymouth offre des effets qu'on
dans les autres points de la Colonie, puifque les rivières
remarque peu
ne difparailfent dans
çeux-ci à travers dcs fables ou fous des montagnes
2 que pour être rétrouvées
Tiiiia
auffi plufieurs de
entonnoirs qui communiquent même entr'eux.
ces
Telle eft la configuration du fol de Plymouth &, comme je l'ai
Caimites auffi, Excavé partout
déjà dit, des
7 Plymouth offre des effets qu'on
dans les autres points de la Colonie, puifque les rivières
remarque peu
ne difparailfent dans
çeux-ci à travers dcs fables ou fous des montagnes
2 que pour être rétrouvées
Tiiiia --- Page 818 ---
804 DESCRIPTIO N DE LAIPARTIE
inférieurement à une diftance plus ou moins grande , & dans la direétion principale de leur cours ; fans doute les eaux qui s'abiment dans le canton de Ply.
mouth ont le même fort, mais elles fent inapperçues.
Cependant lorfqu'on remarque la maffe d'eau de la rivière du Corail, le
volume des fources qui font dans fes environs 1 on eft aifément convaincu qu'elle
n'eft que la renailfance de quelques rivières qui fe font engouffrées fupérieurement. La rivière Salée des Baradères en eft une preuve non moins forte,
puilqu'elle fort tout-à-coup d'un rocher avec plus de fix pieds cubes d'eau dans
les tems ordinaires, & à une petite lieue feulement de fon embouchure.
Un oblervateur attentif, intelligent, & doué de la patience fans laquelle il
n'y a peint de découvertes 2 parviendrait,je crois, connaitre les relations qui
exiftent entre les divers entonnoirs, 8c entre ceux-ci & les eaux de la rivière
de Plymouth & du Boucan-Tuffet d'une part 3 & les rivières du Corail &c de la
rivière Salée des Baradères de l'autre. Des corps légers, des fubftances COlorées & d'autres moyens comme l'analogie des limons & celle des fubltances
entrainées, & la concordance des débordemens, éclaireraient fur ce point.
Peut-être même ces expériences ne fe borneraient-elles pas à la feule vérififiation de ces faits phyliques. De la connaillance des communications fouterraines réfulterait celle du niveau des eaux, & l'agriculture s'approprierait
peut-être 1 ce qui eft perdu pour elle dans l'état aétuel des chofes.
Du morne à Palmiftes, on découvre parfaitement tout Plymouth. Sa partie
Orientale, où la terre eft noirêtre, eft la moins eftimée. Celle du centre, qui
au une terre rouge, légère, mélée de tuf & quelquefois de portions un peu
fortes & même un peu argileufes, a les cafiers les plus beaux &c les plus
durables. La partie Occidentale, où la terre cft noirâtre encore, tient le
milieu entre les deux autres pour la nature de fes productions.
L'on doit donc fe garder de croire que tout Plymouth offre des merveilles
en ce genre; ; mais P'on peut dire avec vérité de ce canton, qu'iln'a point de
terres décidément mauvaifes.
Iy a des côteaux dont la pente eft dégradée par les caux. Les fommets &
les flancs de plufieurs montagnes font hériflés de pierres détachées & amoncelées
& quelquefois avec tant de régularité qu'on les croirait l'ouvrage de l'art,
d'autant que les parties environnantes en font privées. Dans d'autres points,
font aufli de vrais ruchers chargés de bois, comme le font aufli des amas de
cidément mauvaifes.
Iy a des côteaux dont la pente eft dégradée par les caux. Les fommets &
les flancs de plufieurs montagnes font hériflés de pierres détachées & amoncelées
& quelquefois avec tant de régularité qu'on les croirait l'ouvrage de l'art,
d'autant que les parties environnantes en font privées. Dans d'autres points,
font aufli de vrais ruchers chargés de bois, comme le font aufli des amas de --- Page 819 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 805
pierres détachécs. Au-deffous de la couche végétale, on trouve un ftratum
un peu argileux, mais mêlé de parties calcaires & d'un fable très-fin.
L'indigo ne profpère point à Plymouth, parce qu'ily trouve trop de pluie
& de froid. Le cotonnier qui y acquiert une. grande hauteur, perd ordinairement fes goufles avec les pluies de Janvier & de Février. Mais ce lieu eft
extrèmement propice au cacaoyer &c fur tout au cafier.
Les paccages y font excellens, &c ce devrait être un objet de méditation
d'autant plus important pour le gouvernement, que la dépendance de Jérémie
eft privée de belliaux & que le fervice des boucheries eft au moment d'y être
abandonné.
Tous les légumes de France, tous les vivres du pays font d'une qualité
fupéricure à Plymouth.
On a divifé ce canton en d'autres petits cantons,. mais ces dénominations
varient au gré des habitans, & quelquefois le fucceffeur d'un propriétaire
change celle donnée à fon habitation. Il y a cependant ce qu'on nomme le
Grand-Trou,jolie petite plaine 1 arrofée 8c entourée de mornes 1 placée au Sud
de Plymouth 8c fituée conléquemment à une grande élévation. Peut-être
pourrait-elle attirer des regards militaires dans la recherche d'une retraite
intérieure. Il y a auffi un canton du Boucan-Tuffet, au Sud-Sud-Oueft, &c
un canton de la Commandance, à l'Oueft-Nord-Oueft.
Les embarcadères de la côte des Caimites font auffi ceux du canton de
Plymouth. C'eft par eux que le commerce des deux cantons fc fait. Il a lieu
avec Léogane, le Port-au-Prince & Saint-Marc, & occupe environ 2obateaux ou
goclettes, qui y apportent aufli pour trafiquer tous lcs articles d'importation
que ces cantons confomment. Cet état de chofes rend les marchandifes d'Earope fort rares pendant la guerre. Les habitans de Plymouth les plus voifins
des embarcadères du Corail, de Laurince & de Peftel ont deux lieues de
charrois ; les plus éloignés en ont julqu'à neuf.
Jérémie, en 1692, n'avait qu'une indigoterie. En 17:1, on y comptait 53
indiguteries, 1,470 cacaoyers, 626,200 cotonniers & 483,850 c.fiers. A préfent, on y voit IO indigoteries, 7 fucreries, dont 2 font du fucre blanc
32 cotonneries 8x 118 cafeteries, où l'on fait auffi environ 60. millicrs de
cacao, c'eft-à-dire moitié de ce qu'en procure la paroifle de Dalmarie. Le
commerce du bois y produit environ un demi-milion par an,
1,470 cacaoyers, 626,200 cotonniers & 483,850 c.fiers. A préfent, on y voit IO indigoteries, 7 fucreries, dont 2 font du fucre blanc
32 cotonneries 8x 118 cafeteries, où l'on fait auffi environ 60. millicrs de
cacao, c'eft-à-dire moitié de ce qu'en procure la paroifle de Dalmarie. Le
commerce du bois y produit environ un demi-milion par an, --- Page 820 ---
805 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
La population était, en 1681, de 163 blancs & I17 nègres, meftis 8c mulâtres,
Indiens &c Indiennes. En 1692, de 14 habitans fédentaires & de 16 chaffeurs,
En 1751, de 387 blancs, 109 affranchis & 2,147 nègres. Elle eft à préfent
de 2,000 blancs, de 1,000 affranchis &c de 17,000 efclaves, en y comprenant
celle de la ville & fes accelloires.
Les gens de couleur avaient prefque toutes les propriétés de cette
mais ils les ont vendues à mefure que la terre y a acquis de la valeur; paroiffe, il
refte encore cependant. En. général, leur claffe y ef compofée de beaux individus en
& la maréchaullée &c la milice de Jérémic : les plus belles après celles du
Mirebalais, en donnent la preuve,
En 1751, la milice avait 159 blancs, 28 affranchis; en 1765, 168 blancs
& 81 affranchis, & elle a maintenant 480 blanca & 332 affranchis.
La température de Jérémie eft en général faine. La chaleur n'y paffe
guères 24 degrés, &c encore n'eft-elle aufhi forte que dans les lieux
très-découverts &c très-voilins de la mer. Aux Caîmites, la température tient
le milieu entre celle des côtes & celle des montagnes élevées. A
elle eft froide, comparée au refte de la paroiffe. L'élévation du Plymouth lieu, le $
voifinage de montagnes très-hautes, fon expofition Nord, la fréquence des
pluies, tout concourt ày diminuer la chaleur, Il arrive cependant qu'au mois
de Juillet &c d'Août, le thermomètre aille à 23 degrés, mais aufli au mois
de Décembre defcend-il jufqu'à IO degrés, ce qui eft extrême
pour
Saint-Domingue. En général, durant les beaux jours des mois d'hiver, on
croit être en France au. mois de Mai.
Les vents dominans qui règnent à Jérémie font du Nord-Nord-EA le jour,
& depuis le Sud-Eft jufqu'au Sud la nuit. Les Nords s'y font fentir, nn
feulement dans la faifon qui leur eft propre, 3 depuis OCtobre jufqu'en Avril,
mais même dans les autres mois, quelquefois d'une manière foudaine & toujours avec danger pour les bâtimens. Leur force redouble vers trois ou quatre
heures de l'après-midi &c demeure la même jufqu'à 9 ou IO heures du foir,
puis ils perdent &c diminuent encore vers le matin.
Dans la faifon des orages, il y a ce qu'on nomme des bourvary ou bourlevary,
C'eft un vent impétucux qui fe déclare tout-à-coup & qui interrompt quelquefois, le calme le plus parfait. Le vent déracine & renverfe les arbres,
découvre des maifons & détruirait tout, f fa plus plus longue durée n'était
demeure la même jufqu'à 9 ou IO heures du foir,
puis ils perdent &c diminuent encore vers le matin.
Dans la faifon des orages, il y a ce qu'on nomme des bourvary ou bourlevary,
C'eft un vent impétucux qui fe déclare tout-à-coup & qui interrompt quelquefois, le calme le plus parfait. Le vent déracine & renverfe les arbres,
découvre des maifons & détruirait tout, f fa plus plus longue durée n'était --- Page 821 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMIN G U E. 807
pas réduite à un quart-d'heure ou à une demi-heure. La foudre éclate alors,
& c'eft le commencement d'un orage.
Dans l'ouragan de la nuit du 4 au 5 Septembre 1772, les vents & les eaux
firent les plus grands ravages. Il y eut. beaucoup de maifons
renverfées, 1
de toits emportés. Les bois furent abattus fur les montagnes. Les fivières
débordées emportèrent hommes, animaux & maifons.
L'ouragan du 27 Août 1775 caufa de grands dommages par terre & par
mer, & les fubliftances propres au pays furent anéanties.
Le 5 Septembre 1781, il en fit un terribles, que. le baromètre indiqua méine
peu d'inftans auparavant * en defcendant à 26 pouces & trois. quarts de ligne,
Cet infirument fe meut d'ordinaire dans cette paroiffe entre 26 pouces,
4 lignes, & 26 pouces 1 IO lignes.
Jérémie eft bien arrofé par les pluies, & il en doit une partie aux Nords.
Le taux annuel moyen eft d'environ 90 pouces. Dans les. ouragans, il en eft
de tellement exceffives, que les rivières s'élèvent de 20 & même 25 pieds
perpendiculaires.
A Plymouth, il y eut 70 pouces. 1 7 lignes & demi d'eau dans les fix
premiers mois de 1783, &c 166 pouces, I ligne & demie en 1784.
Depuis les Carcaffes de la. paroiffe de Tiburon jufqu'à Jérémie, il n'y a
ordinairement point de pluie tard dans la foirée, à moins que ce ne foit à la
fuite des bourvari.
Le tonnerre n'eft pas très-fréquent ni de longue durée dans Ia paroife de
Jérémie. Il femble que la montagne de la Hotte attire les nuées à clle avec
une force attractive, qui fait que les phénomènes éleétriques femblent être
particulièrement deftinés à cette mafle qui domine tous les points environnans.
Les tremblemens de terre ne font prefque rien à Jérémic, & ils n'y produifent aucun effet fâcheux. Cette partie de la Colonie ne jouit-elle de cet
avantage qu'après avoir été le théâtre d'anciennes cataftrophes, & fa fécurité
a-t-elle été achetée par de longs malheurs ? En faififfant l'enfemble de toute
l'extrémité de cette pointe Méridionale de PIle; à partir du travers du
Petit-Trou &, de Saint-Louis, il eft impoflible de n'y pas reconnaitre, prefque
par tout, des preuves effrayantes &c irréfragables de convulfions par lef.
quelles cette furface a di être agitée. Quand on contemple le lyfène mon.
tueux de cette partie; quand on confidère les fubftances de toutes les elpèces
femble de toute
l'extrémité de cette pointe Méridionale de PIle; à partir du travers du
Petit-Trou &, de Saint-Louis, il eft impoflible de n'y pas reconnaitre, prefque
par tout, des preuves effrayantes &c irréfragables de convulfions par lef.
quelles cette furface a di être agitée. Quand on contemple le lyfène mon.
tueux de cette partie; quand on confidère les fubftances de toutes les elpèces --- Page 822 ---
So3 DESCRIPTIO N DE L-A PARTIE
qu'on y voit rapprochées, mélécs, confondues ; quand on y voit des eaux
thermales, on ient que la nature a dà y être dans un travail dont elle n'a
furmonté la violence qu'avec des efforts qui ont dû être terribles.
Mais c'eft principalement lorfqu'on jette la vue fur cette multiplicité de
trous, d'cntonnoirs, de cavernes, qu'on fent naitre une conviction que tout
fortifie.
Cependant, on fe fait cette queftion : Ces trous, ces entonnoirs, font-ils
l'effet de tremblemens de terre, très-énergiques ; ou bien font-ils des traces
d'un ou de plufieurs volcans éteints : Conflatent-ils que l'air, autrefois enchainé
dans les. entrailles de la terre, a fu s'y fry:r un pallage ; ou difent-ils plutôt
que l'eau en pénétrant à de grandes profondeurs & y trouvant des fubftances
infiammables, dont la décompofition fubite aura produit à fon tour l'expenfion
foudroyante de ce fluide 1 a brifé fa prifon, en épouvantant & en décruifant
même tout ce qui fe trouvait près d'elle :
On conçoit bien comment ces foupiraux ces canaux qui ont fans doute
entr'eux des communications, donnent maintenant paffage à l'air, & font autant
de moyens qui préviennent les fecoufles dont la Partie de l'Oueft efl encore
fi cruellement agitée, mais nous n'avons encore rien appris de leur origine, 3
& leur exiftence même fatigue l'efprit, 3 fans répandre aucun jour fur la caufe
puiffante qui les a produits.
Il eft donc naturel de défirer que cette Partie de la Colonie , & particulièrement la chaîne des hautes montagnes depuis Saint-Louis , jufqu'à l'extrémité
du cap Tiburon 3 devienne l'objet de recherches fur leur nature, fur leur
compofition & fur les differens phénomènes dont elles offrent la preuve. Je ne
puis me défendre de l'idée, qu'on doit y trouver des chofes intéreflantes &
utiles à révéler. La variété des fols, les minéraux, les eaux thermales, les
matières ayant une apparence yolcanique la pouzzolane des Platons, , celle
des Chardonnières ; le nombre infini de cavernes, qui traverfent même quel.
quefois des portions de montagnes: ; la quantité de grottes avec des voûtes
d'une très-grunde étendue, des galeries, des corridors, d'immenfes appartemens ornés de pétrifications ayant toutes les formes ; des centaines d'afiles
fouterrains où l'on admire des colonnes de tous les genres, des pilafires plus
ou moins faillans 3 des fouballemens 1 des arcades fimples des arcs-doubleaux,
des voûtes plates & même furbaillécs, des corniches & toutes les beautés
que
: ; la quantité de grottes avec des voûtes
d'une très-grunde étendue, des galeries, des corridors, d'immenfes appartemens ornés de pétrifications ayant toutes les formes ; des centaines d'afiles
fouterrains où l'on admire des colonnes de tous les genres, des pilafires plus
ou moins faillans 3 des fouballemens 1 des arcades fimples des arcs-doubleaux,
des voûtes plates & même furbaillécs, des corniches & toutes les beautés
que --- Page 823 ---
PRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 809
que l'art n'offre que d'une manière étroite, dans les chef.d'ceuvres de l'architeéture humaine ; tout doit être foumis à l'examen; ; tout peut 1 tout doit fervir
à l'explication de ce qui n'eft encore pour nous qu'une énigme que les entonnoirs
de Plymouth &c des Caimites rendent encore plus obfcure. Nous ne fommes
même point en état de dire pourquoi des points voifins de la Hotte. , montrent
la plus brillante végétation, > tandis qu'à une élevation moindre vers la Selle,
la nature femble engourdie & prefque morte. Pourquoi le cafier acquiert-il
dans les premiers une flature gigantefque & ne peut-il jamais devenir dans
les autres qu'un être qu'il faut compter parmi les productions foibles &c débiles,
& claffer parmi les nains ?
On trouve des cochons marons à Jérémie 9 mais ils y deviennent plus rares de
jour en jour, 1 à caufe de la chaffe continuelle qu'on leur donne, même avec des
chiens. Ils fe font refugiés dans des endroits oà il eft difficile de pénétrer ;
mais comme on fait que leur inftinét les porte à défirer certains fruits dans
différentes faifons 1 par exemple l'abricot, 9 on les épie quand ils viennent pour
le fatisfaire', & l'on place auffi des pièges fur leur paffage.
On a des lézards très-gros & excellens à manger > du ramier, de la pintade
maronne 1 de la poule d'eau , des canards fauvages &c encore du gibier marin
dans la faifon. Depuis quelques années on a créé une reffource de plus pour
la table en élevant des paons, qui réufliffent très-bien. Les canards domeftiques,
dont une efpèce eft venue d'Europe & l'autre d'Afrique, font très-multipliés.
La femelle' coloniale fe prête aux voeux du mâle de France, tandis que la
femelle Européene n'écoute jamais ceux du mâle créol. Ainfi l'étranger a tous
les avantages', 7 fans avoir à redouter d'en être puni par une vengeance qui
n'eft pas reftée le plaifir des Dieux feuls. On appelle Albrans, dans la Colonie,
les canards qui naiffe nt de ces feux adultères.
Au mois d'Avril 1788, comme on faifait un bois neuf fur Phabitation de
M. de Favarange 1 lieutenant de la Sénéchauffée de Jérémie au canton des
Rofeaux, 1 dans le vallon où paffe la rivière, il fortit tout-à coup d'un gros
arbre pourri, un grand nombre d'agoutis , dont trois furent pris.
Les rats font communs à Jérémie, aufli point de fourmis depuis les Côteaux.
En 1782,M. Gelin de la Martinique, a apporté des Abeilles de cette ile au
canton des Grands-Halliers où elles ont beaucoup multiplié. On les tient dans
Tome II
K k k k k
ofeaux, 1 dans le vallon où paffe la rivière, il fortit tout-à coup d'un gros
arbre pourri, un grand nombre d'agoutis , dont trois furent pris.
Les rats font communs à Jérémie, aufli point de fourmis depuis les Côteaux.
En 1782,M. Gelin de la Martinique, a apporté des Abeilles de cette ile au
canton des Grands-Halliers où elles ont beaucoup multiplié. On les tient dans
Tome II
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810 DESCRIPTION DE LA PARTIE
des tonneaux fous de petits toits faits exprès. Elles y préfèrent les feurs du
mais & celles du palnier à toutes les autres ; quand on taille la ruche maladroitement elles s'enfuyent. Elles procurent une très-bonne cire & un excellent
miel qu'on vend une gourde la bouteille.
Le poiffon n'eft pas très-commun fur la côte de Jérémie, oà d'ailleurs la pèche
eft dangereufe. J'ai parlé du poiffon que fourniffent plufieurs rivières. Celles de
Plymouth & du Boucan-Tuffet n'ont que des anguilles, & des Colons prétendent
même qu'elles frayent avec les couleuvres, 1 &c qu'il en réfulte une efpèce
ixte.
Depuis les Irois jufqu'à Jérémie, & fur-tout dans ce dernier lieu > il y a une
fi prodigieufe quantité de crabes que même en Ia voyant on a peine à fe le
perfuader. Il en cft de blancs & de rouges, 1 qu'on appeile crabes de mer 1 &
encore de rouges qu'on nomme crabes de ravine.
Les crabes de Dalmarie font réputés les meilleurs, & on les mange fans
danger. Il n'en eft pas de même depuis les Abricots jufqu'à la Voldrogue 3 oà
elles caufent quelquefois la mort comme ne l'atteftent qu'un trop grand nombre
d'exemples. On n'y mange d'ordinaire que ceux de ravine; au canton des
Rofeaux on mange auffi le crabe blanc.
Les crabes defcendent chaque année à la mer pour leur ponte & pour changer
d'écales. Aux premières pluies du printems ils quittent le rivage pour regagner les terres ; c'eft alors que des milliards de ces animaux fe répandent
notamment fur toute l'anfe de Jérémie &c dans la ville. Lorfque celle. cin'avait
encore que peu d'habitans, c'était un foin pénible que de défendre l'entrée des
maifons à CCS nouveaux hôtes. Malgré des précautions fans nombre ils y pénétraient, on en avait par-tout, jufques dans fon lit. L'extérieur des murs ou
des cloifons des maifons en étaient tapiffés les toits en étaient couverts, les
russjonchées. Ils formaient quelquefois un tas de plufieurs pieds d'épaiffeur en
fe mettant les uns furles autres. C'était une efpèce de mur mubile & animé 3
armé de ténailles qui menaçaient de toute part.
A cet inconvénient indicible fe joignait celui plus grand encore de l'odeur
de ces crabes morts. Il eft peu d'exhalaifon plus fétides > plus infeêtes que celle
de ces animaux en putréfaction & elle dure long-tems, parce que l'écale la
concentre.
Quoique le nombre des crabes ait beaucoup diminué à Jérémie, il eft encore
èce de mur mubile & animé 3
armé de ténailles qui menaçaient de toute part.
A cet inconvénient indicible fe joignait celui plus grand encore de l'odeur
de ces crabes morts. Il eft peu d'exhalaifon plus fétides > plus infeêtes que celle
de ces animaux en putréfaction & elle dure long-tems, parce que l'écale la
concentre.
Quoique le nombre des crabes ait beaucoup diminué à Jérémie, il eft encore --- Page 825 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUE
81I
étonnant. On les trouve à ch ique pas 1 le chemin en eft hérité. Au moindre
bruit ils fe mettent en défenfe & préfentent leurs pinces. On les entend courir
fur les feuilles & dans les herbes.
Le 12 Mars 1774, le juga de police rendit une ordonnance où lis
préambule : 46 Sur ce qui nous a été remontré
le
je cC
par procureur du roi de ce
99 fiége 1 que la fituation de cette ville expofe fes habitans à fouffrir
91 d'incommodités de la quantité innombrable de crabes
beaucoup
qui ont coutume d'y
3 pafler pour fe rendre au bord de la mer ; que la néceflité où fe trouvent les
9) habitans de les tuer pour s'en garantir, & leur empècher l'entrée de leurs
s1 maifons, pourrait donner lieu à des maladies dangereufes le
par mauvais
33 air qui réfulte néceflairement de la putréfaétion, &c., En
juge ordonne qu'à partir du 14 du même mois
conféquence le
ville fans diftinétion
d'Avril, tous les habitans de la
> feront mettre deux fois par jour en tas tous les crabes tués
tant en dedans qu'aux environs de leurs maifons 3 & les feront
à la
mer 3 ou dans d'autres lieux où ils ne puiffent
tranfporter
peine de IO liv.
pas produire d'infeêtion 1 fous
d'amende, avec injonation à la maréchauffée d'y tenir la main.
Cette ordonnance a été renouvellée le 8 Avril 1775 , & le 13 Mars
On doit s'étonner de ce que des crabes 1 quoique de la même 1776.
dangereux dans certains lieux & point dans d'autres. C'eft le efpèce, foient
fait cette différence. Partout où il croit, le crabe qui fe nourrit mancenilier de
qui
devient lui-même un poifon cruel
l'homme
fon fruit
pour
9 fans que le crabe
foi-même le moindre effet d'un fuc vénéneux dont il tranfmet toute Ia fubtilité. éprouve
Il eft des endroits de la Colonie où les ravages des crabes fur les habitations
voifines de la mer. font inconcevables. Tel eft Limonade, tel eft
ment le Limbé. Les crabes y coupent les racines des cannes à fucre. principale- IL eft des
habitans qui payent les nègres qui leur en apportent. Sur lhabitaticn Fourmier
de Bellevue à Limonade 9 on employa une fois 15 nègres à en tuer
jours, 1 &c ils en détruifirent plus de 20,000.
pendant 20
Les nègres en font une partie de leur fubfiflance, & ils en tirent
profit, s'ils font voilins d'un bourg ou d'une ville.
un grand
Lorfqu'un nègre prend un crabe qu'il ne peut emporter fur le
il
arrache les deux yeux. L'animal demeure alors à la même
champ, lui
revient le chercher. Cette
place où le nègre
opération cruelle caufe au crabe des convulfions affez
longues. Iln'a pas la même fenfibilité aux
pattes, 3 car fouvent lorfqu'on le tient
K k k k k 2
ins d'un bourg ou d'une ville.
un grand
Lorfqu'un nègre prend un crabe qu'il ne peut emporter fur le
il
arrache les deux yeux. L'animal demeure alors à la même
champ, lui
revient le chercher. Cette
place où le nègre
opération cruelle caufe au crabe des convulfions affez
longues. Iln'a pas la même fenfibilité aux
pattes, 3 car fouvent lorfqu'on le tient
K k k k k 2 --- Page 826 ---
812 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
par les mordans, il fait un mouvement comme pour s'en détacher, fe laiffe
tomber & fuit , quelquefois affez vite pour échapper.
Le bois commence à être affez éloigné à Jérémie pour qu'on trouve déjà économique d'employer celuides Etats-Unis d'Amérique dans les parties intéricures des maifuns.
Dans cette dépendance il y a des cafiers qui, à deux ans, donnent 2 livres &c
demie de café. Dansi les lieux de grands rapports on les plante à 6,7 & 8 pieds
fuivant les pofitions, toutes chofes égales d'ailleurs. Le premier étage eft
toujours mauvais pour le caficr. Dans les autres, l'expofition Nord & celle
Oueft font repu:ées les meilleures.
De Tiburon à Jérémie la nourriture des nègres eft comme aux ifles-du-Vent,
Ja banane 3 l'igname ) le choux-caraibe, 1 la patate & le manioc.
On y nourrit les animaux avec le bois-patate. Il coûte un gourdin le paquet
dans la ville de Jérémie.
On a des fraifes à Plymouth. Les artichaux y font petits. Jérémie a aufi des
cacones > on les y appelle callebafites.
Durant la guerre de 1778, le beurre de cacao a remplacé, dans la paroiffe de
Jérémie, le beurre de lait dans tous fes ufages.
Entre la Voldrogue & la rivière des Rofcaux fur l'habitation Doles, 1 à trois
lieues de la mer, on trouve des étites ou pierres d'aigle 1 abfolument femblables
à celles des Platons de Torbec, mais plus groffes, car elles varient depuis la
groffeur d'un pois jufqu'à celle d'un boulet de quatre. Le terrain où clles font
eft très-productif.
Au-deffous de la terre végétale, dans le canton de Plymouth, on trouve un
minéral, : que M. Lefebvre Defhayes a appellé de l'acier natif. Il fe manifefte
après les pluies dans les courans d'eau où il s'accumule par fon propre poids.
La terre en contient jufqu'à aune grande profondeur. Ses grains font ifolés 1
forts petits, de figure irrégulière & de couleur noirâtre, & ont des facettes
qui réféchiflent avec éclat, la lumière du foleil. Ce métal a l'apparence & la
dureté de l'acier, & eft très-attirable à l'aiman. Il n'eft pas fufceptible de
rouille &c nul acide n'agit fur lui. M. Defhayes croyait que l'examen analytique
de cette fubftance pouvait être curieux.
Dans les galets que charient les rivières de Plymouth, il y a des pyrites
martiales minéralifécs par le foufre. Les eaux de ces rivières font trèsapéritives.
& la
dureté de l'acier, & eft très-attirable à l'aiman. Il n'eft pas fufceptible de
rouille &c nul acide n'agit fur lui. M. Defhayes croyait que l'examen analytique
de cette fubftance pouvait être curieux.
Dans les galets que charient les rivières de Plymouth, il y a des pyrites
martiales minéralifécs par le foufre. Les eaux de ces rivières font trèsapéritives. --- Page 827 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGU E. 813
Aux Caïmites la couleur du folannonce auffi du fer, mais en particules trèsetténuées &c intimement combinées avec le principe terreux 1 car il ne parait
nulle part réuni en mafle. On trouve aflez furprenant d'y voir dans une terre
qui rellemble à de l'ocre rouge > des pierres calcaires d'une grande blancheur.
En creufant c'eft le même phénomène. Des pétrifications calcaires auffi parvenues à divers degrés 1 fe montrent fans participer àl la nuance du terrain.
On trouve à Plymouth, mais dans fon extrémité fupérieure &c difficilement :
de la pierre vitrifiable. Les torrens en tranfportent quelquefois des morceaux
ont été entrainés des montagnes. On rencontre ainfi du criftal de roches
qui
d'une très-belle eau & quelques fpaths vitrifiables.
Près de la mer 1 aux Caïmites, le fpath eft commun. Son eau eft belle &
il eft cryftalifé en rhombes, même à la furface de la terre.
Il y a de la pierre de taille dans plufieurs endroits voifins de la ville de
Jérémie. L'habitation Berquier, proche de la Grande-rivière, en a une carrière confidérable où on peut la tailler dans de grandes dimenfions.
On trouve plufieurs cavernes, comme je lai dit, dans la paroiffe de
Jérémie. Il y en a une d'une immenfe étendue, divifée en plufieurs compartimens avec des ouvertures vers la mer & vers l'intérieur, dans lOueft du
bourg du Trou-Bonbon. Le chemin paffe long-tems fur fa voûte. On y a
trouvé autrefois des corps d'Indiens placés tous parallèlement dans la même
direêtion. Il y en a une au bord du chemin en venant des Rofeaux au PatteLarge, &t une très-fpacieufe à l'extrémité Orientale du morne du PatteLarge.
Celle appellée la Vodte-aux-Indes, & qui eft un peu à PEf de,l'embarcadère Pefliel, contient des offemens humains. La vague brife à fon entrée dans
les gros tems &t dans les raz de marée.
On trouve prefque par tout 1 dans les nouveaux défrichés, des débris
d'uftenfiles de terre cuite, qui annoncent l'habitation des anciens Naturels.
On n'a pas éprouvé d'épizootie à Jérémic, fi ce n'eft fur les chiens. Il y a
feulement des vers qui fe mettent daus l'oreille des bètes cavalines & qui, en
détruifant le cartilage 3 font tomber l'oreille & les rendent clabauds.
avait
de chemin entre
& la
On a vu qu'avant 1732, iln'y
point
Nippes
Grande-Anfe. C'eft même par la perte des cacaoyers de cette dernière paroiffe
les habitans furent dans l'impuiffance de payer les 6,800 livres qu'ils
que
avaient promifes pour leur contigent.
ille des bètes cavalines & qui, en
détruifant le cartilage 3 font tomber l'oreille & les rendent clabauds.
avait
de chemin entre
& la
On a vu qu'avant 1732, iln'y
point
Nippes
Grande-Anfe. C'eft même par la perte des cacaoyers de cette dernière paroiffe
les habitans furent dans l'impuiffance de payer les 6,800 livres qu'ils
que
avaient promifes pour leur contigent. --- Page 828 ---
814 DESCRIPTION D ) E LA PARTIE
J'ai dit auffi que ce fut en 1742 que Larnage fit rendre le chemin réellement
praticable entre la Grande-Anfe & Dalmarie. Les chemins font diftribués par
tâche dans cette paroiffe.
Celui de Plymouth à l'embarcadère Peftel peut devenir propre à Ia voiture, 3
même à partir de la rivière de Plymouth. Ce chemin fert auffi à communiquer
avec la plaine des Cayes. C'eft en effet le point par lequel les crêtes qui
féparent les deux côtés de la Partié du Sud font moins élevées. Des pentes
adoucies rendraient facile l'exécution de cet important chemin, & un cavalier
bien monté irait en un jour de la ville de Jérémie aux Cayes, & réciproquement,
Davezac de Caftera, le même que j'ai fi juftement loué à l'article de la
plaine des Cayes, avait pris avec M. d'Eftaing des arrangemens pour faire
un chemin entre les deux lieux & où pafferaient des animaux de charge en
traverfant Plymouth, Ce chemin part du Fond-d'Icaque & mène par Plymouth
où Davezac avait une conceffion, jufqu'à fa prife d'eau fur, la ravine du Sud;
mais cette route eft mauvaife &x même hideufe dans une grande partic, &
impraticable durant les Nords.
C'eft dans la paroiffe de Jérémie &c au canton de Plymouth que réfidait
M. Lefebvre Defhayes, né à Saint-Malo en 1732,mais dont la famille forme
à préfent l'une des plus nombreufes de la Colonie, où fes frères font nés,
Venu dans TIle après la perte de fon père, mort à Acquin, il eut aux
Cayes un emploi qui veut des talens & qui ne faurait fe palfer d'une probité
parfaite, Mais ftigué des détails de fa place & maitrifé par des goûts que
trouble le bruit d'une vi'le, il vint fe confner à Plymouth, dans un vallon
placé à 220 toifes au-defTus de la mer, & la folitude où il fe réfugiait lui
fembla fi belle, qu'il la nomma Tivoly, Plymouth devint cependant enfuite
un canten célèbre ; mais du moins le poffeffeur de Tivoly était-il fûr de ne
vcir arriver ni les curieux par oifiveté, ni les frondeurs par habitude.
Dans fes penchans pour les objets d'hiftoire naturelle, qu'il obfervait alternativement, il donna la préférence aux oifeaux, & fon pinceau favait rendre
avec une exaétitude frappante & une grâce heureufe ces êtres fi intéreffans,
Ses deflins reproduifaient toutes les beautés dont la nature fe plait à embellir
Jeurs plumages. Enfn, pour dire tout d'un feul mot, Buffon donna fon fuffrage
à M. De.hayes, 1 & le loua dans fon immortel ouvrage. Ce fut fous fes aufpices
que M. Defhayes devint correfpondant du cabinet du roi.
& fon pinceau favait rendre
avec une exaétitude frappante & une grâce heureufe ces êtres fi intéreffans,
Ses deflins reproduifaient toutes les beautés dont la nature fe plait à embellir
Jeurs plumages. Enfn, pour dire tout d'un feul mot, Buffon donna fon fuffrage
à M. De.hayes, 1 & le loua dans fon immortel ouvrage. Ce fut fous fes aufpices
que M. Defhayes devint correfpondant du cabinet du roi. --- Page 829 ---
FRANÇAIS E DE SATXT-DOMINOUE
8:5
La météorologie & l'aftronomie occupèrent auffi M. Defhayes, & en
plaudillant , M. de Lalande l'encouragea dans les recherches
l'apbranches
qui avaient CCS
pour objet.
Lorique le goût de plufieurs amateurs pour les fciences eut donné naiffance
au Cercle des Philadelphes, M. Delhayes s'emprelfa de s'y réunir, & cette
Société reçut de lui plufieurs mémoires, entr'autres fur une efpèce d'anémone 3 fur le colibri, fur la fermentation fpiritueufe de la cerife du cafier,
fur le perfactionnement des anémomètres 1 &c.; tous fes ouvrages font
au coin de la jufteffe des idées, de l'attention
marqués
du
qui ne Taiffe rien
&c
défir conftant d'être utile aux autres.
échapper
Une maladie de foye, attribuée à fon application
même, a enlevé M.
Defhayes en 1788, au Cap, où il était venu chercher, trop tard, les fecours
de l'art de guérir.
M. Defhayes avait légué au Cercle fes manufcrits & une partie de fa bibliothèque. M. Mala, fon exécuteur
teflamentaire, y a joint fon
cette Société a mis dans la falle d'aflemblée,
portrait, gue
il eft à défirer que l'efpèce fe
comme celui d'un homme dont
multiplie dans la Colonie, pour laquelle M.
Defhayes était un véritable ornement.
M
C'EST avec Ia Defcription de Jérémie que finit celle de la Colonie. Elle
fe termine ainfi à un point vers lequel il femble qu'une impulfion
porte toutes les penfées. L'ardeur d'y pofféder des terres n'a être générale
que par la complaifance avec laquelle les
pu
égalée
ficats fur
arpenteurs ont prodigué les certilefquels on a obtenu des conceflions en fi
en plaifantant, mais avec beaucoup de
grand nombre, > qu'on dit,
Jérémie font déjà delà I'Ifle
vraifemblance, 3 que les arpenteurs de
par
à Vache. Ainfi, il y aura bien des voeux
trompés & une multitude d'individus n'auront obtenu qu'un
Mais cet emprefTement marque lui-même à quel degré procès.
parvenue la vafte, Ia magnifique Colonie de
d'importance eft
Saint-Domingue,
Elle offre en ce moment 48 familles de 12 enfans vivans , dont
font
blanches , & 30 familles de IO enfans vivans, dont 18 font blanches. 23
Mde. Souty > du Port-de-Paix, a 12 enfans
dont
vivans, 4 en ont chacun IO,
enu qu'un
Mais cet emprefTement marque lui-même à quel degré procès.
parvenue la vafte, Ia magnifique Colonie de
d'importance eft
Saint-Domingue,
Elle offre en ce moment 48 familles de 12 enfans vivans , dont
font
blanches , & 30 familles de IO enfans vivans, dont 18 font blanches. 23
Mde. Souty > du Port-de-Paix, a 12 enfans
dont
vivans, 4 en ont chacun IO, --- Page 830 ---
816 DESGRIPTIO N DE LA PARTIE
SISECS K A
IL réfulte des détails que j'ai fournis, que la côte de cette Colonie, mefurée de pointe cn pointe depuis l'embouchure de la rivière du Maffacre juf
qu'à celle des Anfes-à.Pitre, a
265 lieues.
Mais en contournant les baies 3 les ports &x les anfes & fuivant leur développement, cette côte a
356 lieues,
DES DÉBOUQU E M E N S.
-5 Et terme mème, qui vient de l'efpagnol défembocar, fortir de la bouche,
du paffage, indique ici que pour quitter Saint-Domingue &c aller, foit
en Europe, foit aux États-Unis d'Amérique : il faut paffer entre de
petites iles placées dans. la partie Septentrionale de Saint-Doraingue où elles
cccupent ane longueur d'environ cent quatre-vingt-dix lieues, dans une
direction à-peu-près du Sud-Eft-quart-d'Ef, au Nord-Oueft-quart-d'Ouef,
Ces iles font autant de dangers 7 que trop de naufrages ont appris à redouter &c que les marins qui font dans la néceffité de les franchir doivent bien
étudier dans l'excellente carte que M. de Chaftenet Puyfégur en a donné
& qu'il a jointe à fon Pilote de Saint-Domingue, & encore dans fon ouvrage
publié en 1787 fous le titre de Détails Jur la navigation aux côtes de SaintDomingue 83 dans Jes Dibeuquemens.
Les anciens hiftoriens difent que les iles du débouquement, toutes comprifes fous la dénomination générale de Lucayes, étaient habitées par des
Indiens lors de la découverte de l'Amérique; mais les Efpagnols n'y ont
jamais tenté aucun établiflement. Le premier aête qui prouve qu'elles aient
frappé l'attention d'un français, ce font les lettres-patentes du cardinal de
Richelieu, qui, comme grand-maitre ) chef & furintendant - général de la
navigation &c du commerce de France, donna, le 22 Janvier 1633, 1 à M.
Guillaume de Caen, Ics iles d'Inaque, Ibacque, Mergane, Guanafiany &
Citatur, en toute propriété, pour y établir des colonies de Français. On
reconnaît encore Inague & Mogane, deux des iles du débouquemens, fous ces
poms Indiens.
En
Richelieu, qui, comme grand-maitre ) chef & furintendant - général de la
navigation &c du commerce de France, donna, le 22 Janvier 1633, 1 à M.
Guillaume de Caen, Ics iles d'Inaque, Ibacque, Mergane, Guanafiany &
Citatur, en toute propriété, pour y établir des colonies de Français. On
reconnaît encore Inague & Mogane, deux des iles du débouquemens, fous ces
poms Indiens.
En --- Page 831 ---
FRANÇAISE DE SAINT.DOMINGUE. 817
Il parait que M. de Caen ne s'enthoufiafma point de fon nouveau domaine,
car il n'en prit jamais poffellion.
En 1662, d'Ogeron obtint du roi, , à titre de conceflion perpétuelle, les iles
Lucayes, &c de plus, les Caiques > qui font partie des Iiles du Débouquement,
mais ce fut encore fans en avoir jamais eu aucune jouiffance.
Arrivé en 1722, on ne connailfait des Débuuquemens que les défaftres qu'on
y éprouvait. M. Frézier s'occupa alors de relever celui de Krooked &
Long-Ifland, que l'on appele le Débouquement Anglais; M. Dervaux Deffouville & M. de Kruforet T'examinérent encore en 1724.
Les Iles des Débouquemens reftèrent inhabitées, & des Anglais qui relâchèrent pendant la guerre de 1744, dans celles de Mogane & de la GrandeInague 1 y perdirent 3 ou 400 hommes en moins de trois femaines, par l'ufage
de l'eau qu'ils furent contraints d'y boire.
Le 27 Novembre 1752, le roi expédia la frégate PÉmeraude, fous les
ordres de M. Kruforet le Borgne. , auquel il donna pour inftruétions particulières ( celle générale étant d'éloigner les contrebandiers ), de prendre unc
nouvelle poffeffion des Illes des Débouquement, en y plantant des croix & des
poteaux de bois 3 avec trois fleurs de lis & ces mots : Continuation de polfelfion
pour le roi Louis XV, roi de France, 1753, & en conftatant ce fait par
un procès-verbal. Il enjoignit de plus d'y mettre des beftiaux, d'y planter
des arbres fruitiers, d'y femer des grains, &c.
M. de la Cardonie, enfeigne de vaifeau, , étant expédié avec le vaiffeau
PIlluftre pour faire à Saint-Domingue l'obfervation du pafiage de Mercure fur
le Soleil, il eut ordre, le 28 Janvier 1753, de s'adjoindre individuellement
après le 6 Mai à M. de Kruforet pour l'objet des Débouquemens.
M. de Kruforet partit du Cap avec fa frégate, accompagnée, comme le
roi l'avait ordonné, du bateau PAigle commandé par M. de Ruis, major
des' armées navales, & avec un bateau plus petit.
Le 1O Mai, il planta fur la plus Méridionale des Ifles Turques, vulgairement appellée la Caye Salée ou de Sable, le poteau 8c la croix ordonnés.
Le 14 Mai, il fit la même chofe à la Cique du milieu, vulgairement
nommée la Petite-Saline; il y trouva 14 anglais faifant du fel, auxquels il
notifia fa prife de poffeflion, 7 en leur permettant néanmoins de demeurer dans
File. Le 15, on alla dans rIlle Turque la plus Septentrionale, appellée la
Tome II,
L1111
ée ou de Sable, le poteau 8c la croix ordonnés.
Le 14 Mai, il fit la même chofe à la Cique du milieu, vulgairement
nommée la Petite-Saline; il y trouva 14 anglais faifant du fel, auxquels il
notifia fa prife de poffeflion, 7 en leur permettant néanmoins de demeurer dans
File. Le 15, on alla dans rIlle Turque la plus Septentrionale, appellée la
Tome II,
L1111 --- Page 832 ---
318 DESCRIPTION DE LA PAKTIE
Granda-Saline, cà étaient une vingtaine d'anglais, travaillant au felen fociété
avec ceux de la Petite-Saline.
L9 Juin, M. de Ruis fit, la même opération fur la Caique du Nord,&
M. de Krufret, le 24 Juillet, à la Grande-Inague,.
M. de Kruferet pouffant trop loin le zèle, captura trots bateaux anglais
qu'il trouva aux Ifles Turques, & que l'Amirauté du Cap déclara de bonne
prifes mais le confeil fupérieur les ft relâcher.
Cette arrefation porta le Préfident de la Partie Efpagnole a écrire à fa Cour,
qui fit faire, dès le mois de Septembre 9 des plaintes à celle de Verfailles fur
ces opérations. Le miniftre écrivit à l'Ambaffadeur de France à Madrid, le 23
Septembre, de l'allurer que M. de Kruforet n'avait été chargé que de
recherches purement nautiques pour rendre les Débouquemens moins funeftes;
& le 21 Novembre cette déclaration fut renouvellée.
L'enregiftrement des procès-verbaux de prife de polleffion, faite au confeil
du Port-au-Prince le 7 Septembre 1753, ayant été connue, le Préfident
Efpagnol écrivit direêtement à M. de Vaudreuil au mois d'O@tobre. pour fe
plaindre. M. de Vaudreuil ayant répondu le 29 OCtobre d'une manière
évalive 1 le Préfident lui demanda pofitivement le 28 Novembre, , de faire ôter
les poteaux, & M. de Vaudreuil répliqua le 26 Décembre, qu'il attendrait
des ordres précis de fa Cour.
Comme l'on affurait que toutes les marques de poffeflion avaient été détruites
aux Ifles Turques, M. de la Cardonie, d'après les ordres de M. de Vaudreuil,
s'y rendit le 21 Juillet 1754, fur le bateau l'Aigle & apprit que les croix & les
poteaux av. ient été coupés & enlévés au mois de Janvier précédent par le
capitaine d'une frégate anglaife venuc exprès de la Caroline.
En 1754, la cour de France fit enfin déclarer à celle d'Efpagne, que
quoique les Ifles Turques cuffent toujours été défertes, que les Efpagnols n'y
euffent jamais formé d'établiflement &c qu'ils n'en euffent jamais réclamé la
poffeffion, il fuffifait que Sa Majefté Catholique affurât qu'elles lui appartenaient, pour que les ordres les plus exprès fuffent donnés aux officiers des
Colonies, de ne rien entreprendre & de laiffer ces Iiles dans l'état ou elles
avaient toujours été; le roi ne doutant pas que Sa Majefté Catholique
n'empéchât qu'aucune autre puiffance par quelque établiflement ou autre
entreprife dans ces mêmes Ifles, ne pât troubler Ia navigation de Saint-
que Sa Majefté Catholique affurât qu'elles lui appartenaient, pour que les ordres les plus exprès fuffent donnés aux officiers des
Colonies, de ne rien entreprendre & de laiffer ces Iiles dans l'état ou elles
avaient toujours été; le roi ne doutant pas que Sa Majefté Catholique
n'empéchât qu'aucune autre puiffance par quelque établiflement ou autre
entreprife dans ces mêmes Ifles, ne pât troubler Ia navigation de Saint- --- Page 833 ---
PRANÇAISE DE SAENT-DOMINGUE
81g
Domingue. Le miniftre écrivit dans les mêmes termes à M. de Vaudreuil le
Novembre 1754, & celui-ci au Préfident Efpagnol le 6 Août
Les chofes reftèrent ainfi jufqu'au mois de Mai 1764, 1755. M.
donna à M. le comte de Guichen, capitaine de vaiffeaux, que d'Efaing
le Brillant, l'ordre d'aller détruire les
commandant le vaiffeau
établiflemens faits aux Iflcs
par des Aventuriers anglais 7 de les en faire fortir, & d'y alfurer l'élévation Turques
de deux colonnes par M. Petit, 3 capitaine de port au Cap, pour fervir de
phares, & dont celui-ci avait donné le plan. M. de Guichen partit, le
avec fon vaiffeau > la frégate la Bergère, un
28,
chemens de
chébec, un bateau & deux détatroupes ; le 31, la miflion fut confommée pour la deftruétion des
établiflemens. Le 3 Juin, on commença le grand phare, & le 6 il était
élevé de 7 pieds.
déjà
Le 16 Juillet, l'amiral Burnaby
> commandant les forces navales à la
Jamaique, envoya des plaintes fur cette expédition à M: d'Eftaing.
Le 19 Juillet, M. Shirley , gouverneur des Ifles de Bahama, écrivit à M.
d'Eftaing pour fe plaindre de ces aôtes, demander l'évacuation
Turques comme partie de fon
&
des Iles
gouvernement, un
les Anglais tirés de ces Ifles.
dédommagement pour
Le 26 Juillet, des frégates vinrent expulfer les Français qui fe
aux Ifles Turques, firent renverfer les phares & remirent à André trouvaient
commiflion de réfident & confervateur des Ifles du
Simmers une
roi
Débouquement, au nom du
d'Angleterre, 3 expédiéc par le gouverneur des Iles de Bahuma, à la date
du 23 Février 1764.
Le 25 Août M. d'Efaing répondit à M. Shirley, en
droits inconteftables des
s'appuyant fur les
Efpagnols, > fur l'importance des phares & déclara
cependant que la commifion donnée à M. Simmers avait
mettre des phares fur
empêché qu'il ne fit
plufieurs autres Ifles.
Le 26 Août de la même année, l'ambaffadeur
de France, dénonça l'expédition de M. de Guichen, d'Angleterre près la cour
des habitans & amené
1 qui avait brûlé les maifons
au Cap 14 bâtimens anglais, qu'on avait
relâchés. Il demanda la reftitution des Ifles
cependant
défaveu & la punition des ofliciers
Turques 2 une réparation, le
qui avaient commis &c ordonné cet acte de
wiolence, &c la copie des ordres qui feraient
La
envoyés au Cap.
coar de France répondit que les François & les Anglais allaient
égaleLlllla
brûlé les maifons
au Cap 14 bâtimens anglais, qu'on avait
relâchés. Il demanda la reftitution des Ifles
cependant
défaveu & la punition des ofliciers
Turques 2 une réparation, le
qui avaient commis &c ordonné cet acte de
wiolence, &c la copie des ordres qui feraient
La
envoyés au Cap.
coar de France répondit que les François & les Anglais allaient
égaleLlllla --- Page 834 ---
820 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ment faire du fel pour leur befoin aux Ifles Turques qui étaient inhabitées:
que fur le bruit que des forbans faifaient de ces Ifles., le lieu de leur retraite,
M. d'Eftaing avait envoyé détruiré leurs établiffemens : que d'après ce qui
s'était paffé en 1753 &c 1754, la France avait dû croire, que fi ces Ifles
n'apparte aient pas à T'Efpagne, elles étaient au moins neutres : que quant aux
phares,leur utilité générale leur méritait la proteêtion de toutes les Puiffances:
qu'ainfi fans rien juger fur la propriété de cès Iiles 7 Sa Majefté confentait à
indemnifer ceux des particuliers qui auraient des réclamations fondées à faire
pour leurs établiffemens détruits.
M. d'Efaing qui, le 29 Août, avait écrit à M. Burnaby, > comme à M.
Shirley, & le 20 Septembre, au Préfident Efpagnol pour le prévenir des
réclamations des Anglais, reçut des ordres de la Cour d'après lefquels il
dépècha le 29 OCtobre la corvette la Sylphide à M. de Littleton, gouverneur
de la Jamaique, pour lui annoncer qu'il règlerait ces indemnités avec lui,
E.lles furent payées au mois de Novembre 1765, & coûterent 96,151 liv.
13 S. 5 d.
Au commencement de 1767, le roi d'Angleterre nomma André Simmers, ,
Ecoffais, d'environ 45 ans, gouverneur commandant en chefdes Ifles Turques
& Caiques 3 quoique non militaire; il fe rendit aux Ifles Turques. Comme on
avait répandu qu'on allait y faire un grand établiffement, M. le Prince de
Rohan en prévint le miniftre qui fit faire des plaintes à la cour de Londres.
Celle-ci répondit qu'elle n'avait qu'un agent dans ces Iiles, quelques huttes
temporaires pour le fel &c pas un canon.
De nouveaux naufrages portèrent le roi à envoyer en 1768 , M. de la Carbonnie pour faire le relevé des Débouquemens.
La guerre ayant été déclarée entre la France & l'Angleterre en 1778,M.
d'Argout qui favait que N. de Nolivos avait eu, dès le 3 Octobre 1769,
l'ordre de s'emparer des Ifles Turques en cas de rupture entre les deux
Puillances, favorifa l'armement de deux corfaires 1 fait par M. Bernard
Lavaud, négociant au Cap, & lui donna des troupes pour cette conquête.
Elle fe borna à brûler les maifons de la Petite-Saline , 8c à canonner celles de
la Grande, & les Anglais réunis dans celle-ci, repoufsèrent les deux corfaires:
M. de Courrejolles ingénieur, propofa alors d'en tenter une feconde, & de
porter les habitans à unc capitulation, en vertu de laquelle on les conferverait
Bernard
Lavaud, négociant au Cap, & lui donna des troupes pour cette conquête.
Elle fe borna à brûler les maifons de la Petite-Saline , 8c à canonner celles de
la Grande, & les Anglais réunis dans celle-ci, repoufsèrent les deux corfaires:
M. de Courrejolles ingénieur, propofa alors d'en tenter une feconde, & de
porter les habitans à unc capitulation, en vertu de laquelle on les conferverait --- Page 835 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-D OMINGUE. 821
dans ces Ifles. Il y fut autorifé le II Septembre 1778. Sachantqu'un corfaire
de M. Clément, négociant du Cap, armé de 6 canons & de 56 hommes, 2
projettait d'aller enlever les nègres aux Ifles Turques, il fe rendit à bord,
comme on mettait à la voile, fous prétexte d'aller lever le plan de ces Ifles.
Arrivé aux Ifles Turques il communiqua fon vrai plan à M. Roux, honoré
de l'épée du roi & capitaine du corfaire, & à M. Florenville repréfentant de
l'armateur, & le leur fit adopter. M.de Courrejolles prit poffeffion de la PetiteSaline le 25 Septembre : le 26 il alla à la Grande-Saline. Il envoya une lettre
& l'autre aux habitans fommant Pun &c invitant les autres à
au commandant
capituler. Deux vieillards & un député vinrent à bord dire que le commandant
était parti pour la Jamaique 3 &c demandant 24 heures de répi pour les habitans
qui, le lendemain envoyèrent par écrit la propofition de garder la neutralité.
M. de Courrejolles la refufa, & envoya copie d'une capitulation qu'on accepta le
même jour. Le 28, tous les habitans prétèrent le ferment de fidelité entre les
mains de M. de Courrejolles,
Cette capitulation portait que les habitans conferveraient toutes leurs propriétés, fuivraient les loix coloniales françaifes, garderaient leur religion,
rétabliraient les deux phares élevés fous le gouvernement de M. d'Eftaing, &c
avec les mêmes inferiptions & les armes de France 9 & que ceux des habitans
qui n'agréeraient pas ces conditions pourraient quitter les Iiles Turques.
Le même jour 28 Septembre 3 M. de Courrejolles donna une conimiflion de
commandant de ces Iiles à M. George Baal ainé 1 &le 29 il revint au Cap,
en échappant par une manccuvre hardie à 8 vaiffeaux de guerre anglais qui
étaient devant ce port.
Les Ifles Turques reftèrent ainfi françaifes, mais leurs habitans étaient toujours expofes à des inquiétations 1 &c le gouvernement ne faifant rien pour leur
proteêtion, 2 M. de Courrejolles propofa en 1780, au nom d'une Compagnie, de
s'en charger à condition qu'on lui donnerait les falines & le fel appartenant à
ceux des habitans qui s'étaient retirés depuis la capitulation de 1778, 8c que
les bâtimens anglais dont elle s'emparerait dans ces iles lui refteraient pour moitié 2 & l'autre moitié aux habitans. Les Adminiftrateurs proposèrent ce plan
au miniftre qui le rejetta le 5 Mai 1781.
Mais comme les Anglais étaient revenus aux Ifles Turques, & qu'on crai.
gnait qu'ils ne s'y fortifiaflent, M, de Bellecombe fit partir du Cap un détache-
és depuis la capitulation de 1778, 8c que
les bâtimens anglais dont elle s'emparerait dans ces iles lui refteraient pour moitié 2 & l'autre moitié aux habitans. Les Adminiftrateurs proposèrent ce plan
au miniftre qui le rejetta le 5 Mai 1781.
Mais comme les Anglais étaient revenus aux Ifles Turques, & qu'on crai.
gnait qu'ils ne s'y fortifiaflent, M, de Bellecombe fit partir du Cap un détache- --- Page 836 ---
822 D ESCRIPTIO N D 2 E. LA PARTIE
ment de 130 hommes compofé de piquets des régimens de Royal-Auvergne;
Touraine 1 Enghien &c du Cap 1 fous les ordres de M.de Courrejolles , qui ft
fon débarjuement le 14 Février 1783. La Coquette & le Dauphin-Royal qui
y avaient porté les troupes de l'expédition , étaient mouillés dans la GrandeSaline , lorfqu'un vaifleau de guerre qu'ils apperçurent les força d'appareiller
le 2 Mars. La Coquette fut prife ; le Dauphin-Royal échappa. M. de Courrejolles ne trouva point de troupes aux Ifles Turques , mais feulement une efpèce
de gouverneur.
Le 7 Mars il fut attaqué par 2 v.ifleaux, deux frégates, 2 brigs & un
bateaa anglais. Les 2 brigs qu'on avait armés a deflein d'une grofle artillerie
s'embofsèrent devant une batterie de 4 pièces de 24, élevée par M. de Courre- 7
jolles, 9 tandis que les vaiffeaux mettaient des troupes à terre. Le feu de la
batterie obligea les deux brigs à couper leurs cables, &c les troupes fe rembarquèrent.
Le traité de paix de 1783, ayant mis les chofes furle pied où elles étaient
avant la guerre. 1 les Français ont évacué les Ifles Turques au mois de Septembre 1783,&0 ont rafé les fortifications qu'on yavait faites.
Avec la neutralité &c l'abandon des Ifles des Débouquemens, on a ceffé d'en
parler, excepté lor rique la perte de quelque bâtiment a rappellé les malheurs
qu'elles caufent. Depuis 1785 jufqu'à préfent on négocie cependant, & fur tout
avec la cour d'Efpagne, pour qu'on puilfe y mettre des phares, à l'aide defquels
ces malheurs feraient facilés à éviter.
Tous les autres moyens ne ferviront jamais eficacement à en préferver, à
caufe des courans dont la force & l'irrégularité ne peuvent être calculés d'a.
près aucune carte. Et comment en douter quand on remarque combien d'obfervations nautiques nous avons à prefent fur les Débouquemens. J'ai cité celles
de MM. Frézier, d'Ervaux Deffouville ; celles de MM. Kruforet
de Ruis, de la Cardonie; M. de Fleurieu en a fait en 1769, MM. de Leborgne, Verdun,
de Borda & de Pingré en 1771 & 1772, & enfn M. de Puyfégur en 1784 &
1785, & néanmoins le vaEu pour les phares eft encore exprimé chaque jour.
Après avoir occupé le Leéteur de l'hiftoire des Iifles des
vais lui en parler d'une manière
Débouquemens 9 je
defcriptive, en me fervant pour Ia partie nautique des travaux de M. de Puyfégur.
borgne, Verdun,
de Borda & de Pingré en 1771 & 1772, & enfn M. de Puyfégur en 1784 &
1785, & néanmoins le vaEu pour les phares eft encore exprimé chaque jour.
Après avoir occupé le Leéteur de l'hiftoire des Iifles des
vais lui en parler d'une manière
Débouquemens 9 je
defcriptive, en me fervant pour Ia partie nautique des travaux de M. de Puyfégur. --- Page 837 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 823
Cet obfervateur réduit les Débouquemens de Saint-Domingue à quatre. Le
premier eft entre la Cayc-d'Argent & le Mouchoir-Carré; le fecond par ICS
Iles l'urques; le troifième par les Caiques, & le quatrième par Krcoked,
19, Du Débouquement entre la Caye-d' Argent E3le Moucbeir-Carre.
La Caye-d'Argent eft un haut-fond qui a onze lieucs de l'Ef à l'Ouefl, &
7 lieues du Sud au Nord dans fa plus grande étendue. Sa partie la plus Occidentale eft Nord &c Sud du Vieux Cap-Français de Ia côte Septentrionale
de la Partie Efpagnole de Saint-Domingue > &c fe trouve par conféquent à 20 d.
29 m. 20 f. de latitude, & par 72 d, 24 m. 20 f. de longitude. Comme l'on
paffe fubitement fur cet écueil de 14 braffes d'eau à IO pieds, il ne faut pas
s'y hazarder.
Le Mouchoir-Carré eft un haut-fond très-dangereux > mais moins étendu que
la Caye-d'Argent ; on ne doit pas y paffer non plus. Sa latitude eft par 20 d.
59 m. 40 f. & fa longitude par 73 d. 28 m. Les Efpagnols le nommaient
originairement Abreojos 1 (les chardons) &c par corruption on en a fait les Abrejos
(les Ouvre-l'acil), expreflion qui indique bien le foin avec lequel il faut les
éviter.
La Caye-d'Argent & le Mouchoir-Carre, font Sud-E.f & Nord-Oueft. Le
canal de 14 lieues de large qui les fépare, eft très-fain. On ne prend ce dé.
bouquement que lorfqu'on y eft obligé, Il faut paffer à mi-canal. Quand on eft
p.rvenu à 20 d. 35 m. fans avoir trouvé de fond,onn n'a plus ric n àappréhender
de la Caye-d'Argent, 1 &c parvenu en continuant à courir à PER, par 21 d,
51 m., on eft entièrement débouqué,
2° Du Dibouquement des Iles Turgues,
Ila a lieu entre les Iles Turques & les Iles Caiques; c'eft le plus beau & le
plus court.
anal. Quand on eft
p.rvenu à 20 d. 35 m. fans avoir trouvé de fond,onn n'a plus ric n àappréhender
de la Caye-d'Argent, 1 &c parvenu en continuant à courir à PER, par 21 d,
51 m., on eft entièrement débouqué,
2° Du Dibouquement des Iles Turgues,
Ila a lieu entre les Iles Turques & les Iles Caiques; c'eft le plus beau & le
plus court. --- Page 838 ---
824 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Les Iles Turques font au nombre de trois principales : Sand-Key (ou la Caye:
de-Sable ) qui eft la plus Méridionale, la Petite-Saline qui eft au milieu & la
Grande-Saline qui eft la plus Septentrionale.
Le canal entre ccs Ifles & les Caiques a 5 lieues dans fa moindre largeur &c
n'a aucun danger 7 & Pon peut même y louvoyer. Mais la difficulté c'eft d'éviter tous les écucils qui bordent les Iiles Turques & les Caiques , 8c d'apperçeveir ces Mles elles-mèmes.
La latitude de la pointe Sud de Sand-Key eft de 21 d, II m., 9 & fa longitude de 73 d. 35 m. 22 f
La latitude de la pointe Nord de la Grande-Saline eft de 21 d. 31m.45,
& fa longitude de 73 d. 30 m. 30 f.
Ces Ines qui correlpondent à-peu-près à Ia pointe Ifabélique de la Partie
Efpagnole, étaient appellées Amana par les Indiens. On en avait fait Ananas
depuis ; on les appellait aufli Ifles de Don Diègue Luengo, du nom de celui
qui les découvrit & enfn elles font devenues les Ifles Turques, très-vraifem;
blablement parce que de malheureux naufragés: y auront été traités àla Turque
par des pirates.
L'Ille de la Caye-de-Sable (Sand-Key ) dirigée à-peu-près Nord & Sud, 9
a environ une demi-lieue de long 1 & trois petits mornets. Elle n'a pas d'autres
habitans que des oifeaux pècheurs 1 quelques tortues 3 des rats & des lézards.
L'lle de la Petite-Saline eft à environ deux petites lieues & demie dans le
Nordaquert-Nord-E#t de la Caye-de-Sable 5 fa forme eft à-peu-près triangulaire,
elle a un peu plus d'une lieue de long , &c de petits mornets. Les bois qu'on
y trouve ne peuvent fervir que pourle chauffage. Il a y long-tems que des Anglais des Bermudes, de la Nouvelle-Providence, de la Jamaique même, font
dans l'ufage d'y venir faire du iel. La faline eft vers le Nord-Oueft de Pile,
Des lézards, des crabes, des lambis, des burgaux & des oifeaux, parmi lefquels
font de nombreux Alamands 2 fervent à la nourriture des faliniers. La côte eft
fort poifonneufe auffi, & les vieilles & les fardes y font fort bonnes. C'eft dans
la Partie du Nord que font les cafes des fauniers. Ily vient de petits arbres,
& l'eny fait réuflir un peu de mais.
Ia Grande-Saline eft à environ deux lieues dans le Nord-Nord-Ef de la Pe.
tite-Saline. Elle a deux mouillage l'un vers le milieu de l'ile à l'Oueft, & 1 autre
dans fa Partie Sud ; mais ils ne font pas bons, non plus que tous çeux de;
Débouquemens en général,
. C'eft dans
la Partie du Nord que font les cafes des fauniers. Ily vient de petits arbres,
& l'eny fait réuflir un peu de mais.
Ia Grande-Saline eft à environ deux lieues dans le Nord-Nord-Ef de la Pe.
tite-Saline. Elle a deux mouillage l'un vers le milieu de l'ile à l'Oueft, & 1 autre
dans fa Partie Sud ; mais ils ne font pas bons, non plus que tous çeux de;
Débouquemens en général, --- Page 839 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE 825
Son fol eft fabloneux auffi ; ila des roches & refufe toute culture. Cepen.
dant depuis le mois d'Oétobre jufqu'à cclui de Février on peut y avoir quelques
légumes , graces aux pluies des Nords.
Excepté dans les points où font les falines, on trouve dans cette ile 8 dans
la précédente, une efpèce de bruière odoriférante qui donne une graine dont
les oifeaux font très-friands. Il y croit auffi des fredoches. Il femble cependant qu'un chiendent frifé qu'on y voit, , permettrait d'y élever du bétail.
Ony voyait, encore en 1781 > quelques ânes fauvages d'une très-belle efpèce.
On difait qu'ils avaient été portés fur la Grande-Saline par les fuites du
naufrage d'un bâtiment.
Cette ile n'offre ni fources, ni ruiffeaux. Une grande marre donne une eau
qui devient faumâtre dans le tems fec; on eft obligé d'avoir des citernes.
Ily a dans le Nord-Oueft de l'ile un établiffement d'environ cent maifons 3
la plupart de bois > couvertes d'effentes 9 8c quelques-unes de maçonnerie foe
avec des pierres plates qu'on trouve fur les lieux. Plufieurs de ces maifons font
à étages, toutcs font placées fans alignement, & fans tymétrie entre la mer &
les falines.
La nourriture principale des habitans confifte en falaifons , en volailles, en
mais, en mulets exquis & d'autres poiffons, en lambis & en oifeaux la plupart
marins.
Les travaux de'ces faliniers confiftent à difpofer leurs falines & à porter le
fel au bord de la mer, où ils l'amoncèlent en Pyramide qui ont depuis IO
jufqu'à 20 pieds de diamètre à leur bafe, & IO oul 12 pieds de hauteur. On
commence à préparer les aires au mois de Février, & en Oêtobre tout eft
terminé. Un pied d'eau en hauteur donne deux pouces de fel &c quelquefois
quatre.
Un nègre prépare communément mille boiffeaux par récolte, & ce boileaus
dont trois rempliffent à- peu-près un baril de farine de 180 livres net, vaut
deux efcalins. Ainfi ce nègre rapporte environ 180 gourdes par an.
Le fel des Hles Turques eft très-eftimé dans les pècheries des États-Unis
d'Amérique. Ses criftaux font blancs & gros. Les fauniers imitent au furplus;
quand ils le veulent les fels d'Europe qu'ils croyent très-inférieurs au leur.
Ils difent qu'il eft gris par manque de foin des aires, & parce qu'on y mele de
Ton.e Il,
M in In m m
nègre rapporte environ 180 gourdes par an.
Le fel des Hles Turques eft très-eftimé dans les pècheries des États-Unis
d'Amérique. Ses criftaux font blancs & gros. Les fauniers imitent au furplus;
quand ils le veulent les fels d'Europe qu'ils croyent très-inférieurs au leur.
Ils difent qu'il eft gris par manque de foin des aires, & parce qu'on y mele de
Ton.e Il,
M in In m m --- Page 840 ---
826 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Ia terre, & que le grain eft petit parce qu'on met dans lcs aires une trop
grande lauteur d'eau.
La population de la Grande & de la Petite Saline peut-être êvaluée en tems
de paix à 3 ou 400 blancs, & à 5 ou 600 nègres. La plupart retournent à la
Bermude & à lu Providence après la récolte du fel, & reviennent l'annéc fuivante pour Fraparer les aires.
Un chef un crlledteur compofent toute l'adminiftration 1 ils jugent les
différends. S'il fe préfente quelque chofe d'important les notables s'affemblent
& le gouvernement de la Neuvelle.Providence décide en définitif; c'eft le Çomité qui règle le cours du fel.
Les octogénaires y font communs, On n'y voit point de médecins.
On eftime queles Ifles Turques peuvent donner 700,000 boiffeaux de fel
par an.
Ilya à PER de la Grande & de la Petite Saline des ilots, auxquels on
a donné des noms. Ce font des rochers ftériles.
C'efl à l'extrémité Méridionale de l'ifle de Sable ou Sand-Key 3 que M.
d'Eflaing avait fait placer une pyramide quadrangulaire 1 terminée par une
flcur de Iis, pour fervir de phare, Eile portait cette infcription:
Homincsad Deos nulià re roprius accedunt, quàm falutem Hominibus dando. Cic.
& le nom de Phare-Choifeuil, & l'on avait commencé à la pointe Méridionale
de l'ile de la Grande-Saline, le Phare-Praflin qui devait être abfolument femblable à l'autre.
3°. Iu Débouquement des Cuiques.
Il eft marqué par M. de Puyfégur, comme le feul qu'on doive prendre en
fortant du Cap, dès que l'on n'a pas des vents d'Eft-Sud-Eft conitans. Il eft
àPOueft des Caiques 1 entr'elles & la Grande &x la Petite Inague & Mogane.
Sil'on peut paller au vent de Mogane, a après l'avoir bien reconnu, on eft
débouqué. Si l'on efl forcé d'aller fous le vent de Mogane, il faut prendre le
canal entre lui & les deux Hles-Plates, qui font très-balles, & qu'il a dans
le Ouef-Nord-Oucit à 12 lieucs & demie, & aller paller au vent de l'ile
Samana.
1 entr'elles & la Grande &x la Petite Inague & Mogane.
Sil'on peut paller au vent de Mogane, a après l'avoir bien reconnu, on eft
débouqué. Si l'on efl forcé d'aller fous le vent de Mogane, il faut prendre le
canal entre lui & les deux Hles-Plates, qui font très-balles, & qu'il a dans
le Ouef-Nord-Oucit à 12 lieucs & demie, & aller paller au vent de l'ile
Samana. --- Page 841 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 827
La Petite Inague ell à 12 licucs trois quarts dans lOueft prefque quait
Nord-Oueft de la Petite-Caique.
Les Caiques font un affemblage de pluficurs iles &c ilots , parmi lefquels o11
compte quatres iles principales. : la Grande-Caique, la Caique du Nord, la
Caique du Nord-Oueft ou des Providenciers S la Petite-Calique, formant
d'Orient en Occident, & dans l'ordre où je viens de les nommer 1 un demicercle ayant fa convexité au Septentricn. Un grand placet fur lequel il y a de
3 a 15 pieds d'eau termine les Caiques au Sud.
La latitude de la pointe Sud.Ouell de la Petite-Caique eft de 21 d. 36 m1.
I5 f; fa longitude de 74 d, 53 m.
La latitude de la Caique du Nord-Oueft ou des Providenciers ou des Bernudiens, prife à fa pointe Nord-Ouelt, eft de 21 d. 50 m1. 50 f. & fa longitude de
74 d. 45 m. 30f.
Ainfi la totalité des Caiques correfpond à la grande terre depuis environ 8
lieues dans PEA du cap La Grange, jufqu'à la pointe du Limbé.
La pointe Ef de la Petite-Inague eft à 21 d. 29 in. de'latitude ; &c à75d. 22m,
de longitude : & le milieu de cette ile qui a environ 5 lieues de PEf à l'Oueft,
correfpond au point le plus Eit de la Grande-Inague, 9 &c à la moitié de l'intervalle qui eft entre la baie Mouflique &c le Port-à-PÉcu 9 à la grande terre.
Les brifans de PER de Mogane font par 22 d. 18 m. de Jatitude 1 & par
75 d. 6 m. 30 f de longitude, & le milieu de cette ile correfpond à-peu-près
àla baie Mouftique, dans P'Oueft du Port-de-Paix.
Une frégate de Nantes fur laquelle M. de Franquefnay, lieutenant de roi de
la Colonie, pallait du Cap en France, fc perdit fur Mogane au mois de Mai 1635.
Le vaiffeau du roi le Rubis, ) allant du Cap en France 1 fe perdit fur la
Grande-Caique le II Janvier 1731, entre onze heures & minuit.. Il coupa
fon grand mât, jetta 9 canons à la mer & rentra au Cap très-endommagé le 22.
La frégate l'Opale périt fur Mogane dans la nuit du 28 au 29 Août 1762,
& le vaifle.au le Diadème y toucha en même tems.
Le Lis, riche bâtiment, & le Diligent, de Bayonne, eurent le même forts
le premier, le 6 Juillet 1764, & le fecond, au mois d'Oétobre fuivant.
Au mois de Décembre 1765, le Supe:be, de Marfeille, parti du Cap, fe perdit
fur a Petite-Inague, & laMarie-Anne. , de la Rochelle, vers la même époque.
Ce fut au mois de Novembre 1786, qu'échoua fur Mogane 8c fans ref.
fource, le navire le Maréchal de Mouchy, de Bordeaux, à bord duquel
le premier, le 6 Juillet 1764, & le fecond, au mois d'Oétobre fuivant.
Au mois de Décembre 1765, le Supe:be, de Marfeille, parti du Cap, fe perdit
fur a Petite-Inague, & laMarie-Anne. , de la Rochelle, vers la même époque.
Ce fut au mois de Novembre 1786, qu'échoua fur Mogane 8c fans ref.
fource, le navire le Maréchal de Mouchy, de Bordeaux, à bord duquel --- Page 842 ---
328 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
était M. Françeis de Neufchatenu, precureur-général du Confeil dn Cap. Ily
fit, entr'autres pertes 1 cclle du manufcrit de fa traduction de l'Ariofte 3
ouvrage de plufieurs années, & dont des fragmens, lus en fociété, faifaient
déûrer la publication avec empreffement.
Le Pofillon-Royal, de Marfeille, parti du Cap le 25 Oetobre 1787, évalué
à 1,200 mille livres, périt le lendemain fur les Caiques. Peu de jours après,
un bâtiment forti de la Jamaique, eut la même deftinée, qui devint bientôt
celle de dcux bâtimens des Etats-Unis d'Amérique.
La Comteffe de Menou , de Nantes, capitaine Chevert, fut encore une
victime des Caiques au mois de Décembre, ainfi que le Docile, de Nantes,
capitaine Fourncau ; l'un &c l'autre fortaient du Cap, &c on les eftimait
enfemble 3 millions.
Un Dunkerquois fignala l'année 1788 par un naufrage fur ces Iles;
tout le monde perdit la vie.
4°. Du Débouquement Anglais Ou de Krooked.
PLus long, &c plus fous le vent que tous les autres, il eft préférable par
cela même lorfqu'on vient du golfe de l'Oueft & de la Partie du Sud de SaintDomingue ou lorfqu'on va aux Etats-Unis d'Amérique.
C'eft le cap Saint-Nicolas qui eft le point de départ ordinaire de ce Débouquement. On va paffer dans l'Oueft de la Grande-Inague, qui eft baffe &
chargée de monticules, comme toutes les Ifles du débouquement, que cette
configuration fait paraitre comme des ilots féparés.
De là, on va chercher IIle-au-Château., dont la latitude eft par 22 d.,
7 m., 30 f., & la longitude de 76 d., 44 m., 301 f., en évitant deux petites
îles de fable extrèmement baffes, appellées les Hog/ies ou les Etoiles, qui
font à 18 lieues & demie dans le Nordquan-Nord.E#t de la pointe Oueft
d'Inague, 3 & fur lequel un bâtiment américain s'eft perdu le 7 Décembre 1788.
L'ilot le plus Oueft des Hogities eft par 21 d., 40 m., 40 f de latitude, 2
& par 76 d., 17 m., 54 f. de longitude.
Dans l'Oueft, 5 degrés Sud de l'Ille-au-Château & à 5 lieues, eft lécueil
appellé Mira-por-vos ( Prenez-garde à vous ), affez femblable à celui des
Hogfties. Sa partie la plus Nord eft à 22 d., 8 m., 30 f. de latitude, &
à 76 d., 56 m., 40 f de longitude,
f de latitude, 2
& par 76 d., 17 m., 54 f. de longitude.
Dans l'Oueft, 5 degrés Sud de l'Ille-au-Château & à 5 lieues, eft lécueil
appellé Mira-por-vos ( Prenez-garde à vous ), affez femblable à celui des
Hogfties. Sa partie la plus Nord eft à 22 d., 8 m., 30 f. de latitude, &
à 76 d., 56 m., 40 f de longitude, --- Page 843 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMIN G U E. 829
Du travers de PIle-au-Château, on va, par l'Oueft de l'ile la Fortune,
fituée à 22 d., 29 m., 50 fecondes de latitude, &76 d., 45 m.,35 f. de
longitude, chercher l'extrémité Oueft de l'ile de Krooked, que l'ile la Fortune
a dans le Nord, comme elle a celle d'Aklin dans le Sud. Cette extrémité
Occidentale de Krooked eft à 22 d., 48 m., 50 f de latitude, &c à 76 d.,
46 m., 5 f de longitude. Lorfqu'on l'a atteinte avec un tems ordinaire, on
eft débouqué. Mais avec certains vents, on a encore à craindre l'ile des
Wattelin, qui eft dans le Nord à 33 lieues, ou même celle de Samana, placée
à 23 d.,9 m., IO fecondes de latitude,& à 76 d., 14 m., 38 f.delongitude,
Un fond blanc réunit les iles Aklin, la Fortune & Krooked. Elles ont au
Nord & à PER un reffif qui , de 3 ou 4 licues. 9 offre un afpect charmant, mais
qui, de près, n'eft plus qu'un compofé de triftes cactes, qu'alimentent un fol
de roches & de coraux.
La' latitude de la pointe Oueft de la Grande-Inague eft de 21 d.,& fa
longitude 1 de 76 d.,7m., 30 f
Iy a de l'eau douce dans la Grande-Inague & dans PEA de la pointe baffe
de Krooked. Cette dernière ile a même quelques arbriffeaux.
Rien n'eft habité dans ces quatre débouquemens que la Grande & la PetiteSaline des Iles Turques, & elles feules ont auffi & peuvent avoir quelque
utilité. Les autres femblent n'exifter que pour être la terreur des marins dans
tous les tems & un danger de plus durant la
guerre. 3 parce que la fureur de
Phomme &c fa cupidité viennent y chercher & y attendre l'occafion de s'exercer.
Mais puifque ces écueils menacent également &c celui qui pourfuit & celui
qui fuit; puifque les vaiffeaux de tous les peuples y courent les mêmes
rifques, pourquoi dans la paix, lorfque le coeur de l'homme n'eft pas fermé
à l'humanité, 1 les deux nations les plus expofées à y voir anéantir d'immenfes
richefles, agillent-elles comme fi elles étaient fourdes à fa voix? Il ferait fi beau, il
ferait fi doux de placer fur ces rochers, qui n'annoncent
que périls, qui ne rappellent que malheurs, des phares d'où naîtraient la fécurité pour les navigateurs!
On ne peut fonger qu'avec reconnaiffance au mouvement qui avait
M. le comte d'Eftaing à vouloir exécuter un plan auffi touchant. Mais porté
ment fe défendre d'un mouvement contraire à l'égard de
comce chef anglais
a donné l'ordre de détruire les deux pharés déjà élevés? Comment P'officier qui
chargé de cette déteftable miflion a-t-il pu l'exécuter? Il n'entendait donc
pas la touchante infeription qui aurait da les rendre facrés?
M. le comte d'Eftaing à vouloir exécuter un plan auffi touchant. Mais porté
ment fe défendre d'un mouvement contraire à l'égard de
comce chef anglais
a donné l'ordre de détruire les deux pharés déjà élevés? Comment P'officier qui
chargé de cette déteftable miflion a-t-il pu l'exécuter? Il n'entendait donc
pas la touchante infeription qui aurait da les rendre facrés? --- Page 844 ---
830 DESCRIPTIO: N DE LA PARTIE
Gouvernement anglais ! expiez cette erreur, ce mouvement d'un orgueil
qu'un de vos géographes lcs plus célebres a juflement blàmé Concertez.
vous avec le Gouvernement français, & qu'il n'y ait à cet égard d'autre
ambition, d'autre rivalité que celle d'accélérer l'élévation de ces monumens
d'une bienfaifance univerfelle. La mort de chaque individu dans les débouquemens el prefque un crime qui s'élève contre ceux auxquels il ferait fi
facile d'ea anéantir les dangers ! Songez que les deux premières puillances
navales du Monde font froidement les complices des pyrates qui, dans ces
funefles parages, 9 attendent les malheureux que les flots n'ont pas engloutis
pour leur arracher leurs dépouilles.
GEKAED Ce
M voilà enfin arrivé au terme de cette Defeription. Il ferait infenfé de
croire qu'elle remplira le voeu de tous mes Leétcurs. Mais qu'ils fouffrent du
moins que je nie rende ce témoignage, qu'il n'a pas été en mon pouvoir
de lui donner une plus grande utilité, Ceux d'entr'eux qui ont habité les
Colonies &c particulierement, celle de Saint-Domingue, ne pourront refufer de dire
qu'ane entreprife de cette nature était remplie de difficultés, & qu'il n'en
eft poirt quiayent arrêté mon zèle. On le concevra par ce feul fait, qu'il n'exifte
point en ce moment, de plan topographique del'ifle Saint-Domingue.
J'ai rempli mon voeu & mon deffein de dire tout ce qui doit bien faire
connaitre à la France elle-même fa plus belle poffeffion Coloniale. Maintenant
on pourra parler de Saint-Domingue avec quelque certitude. Il eft encore
beaucoup de vérités à publier, mais elles appartiennent à lHiftoire de
cette
Colonie, au Tableau de fon Adminiltration & au Traité général de fa Culture,
qui comprend tous les détails relatifs aux cultivateurs eux-mèmes. Ces
je le répète,je les ai entrepris, 9 je les publierai avec le défir qui ouvrages eft
fentiment dominant, celui d'être utile à la Patrie.
mon
Fin de la Defeription de la Partie Françaife de PIRe Sairt-Domingue,
(*) Thomas Jefferies, dans le Dilcours Préliminaire de fon Atlas.
Colonie, au Tableau de fon Adminiltration & au Traité général de fa Culture,
qui comprend tous les détails relatifs aux cultivateurs eux-mèmes. Ces
je le répète,je les ai entrepris, 9 je les publierai avec le défir qui ouvrages eft
fentiment dominant, celui d'être utile à la Patrie.
mon
Fin de la Defeription de la Partie Françaife de PIRe Sairt-Domingue,
(*) Thomas Jefferies, dans le Dilcours Préliminaire de fon Atlas. --- Page 845 ---
: 3,3 e a A M a a Moa - a 2 WMEY
*
E DE LE 3 REELLE R *
TABLE DES M. ATIERES 0
Contenues dans ce Second Volume.
Le chiffre défigne la page.
Lus DES SOUSCRIPTEURS,
iij
De l'ancien Quartier & de l'ancienne
Avertillement,
paroiffe du Cul-de-Sac, & de la Paine du
Lite chronologique des Adminiftrateurs de la méme nom,
Colonie,
1°. De l'ancien Qu-rtier du Cul-de-Sac, ibid.
Traduétion des Inferiptions latincs contenues 2°, Dc la paroiffe du Cul-de-Sac,
ibid.
dans les deux volumes de cet ouvrage,
3°. De la Piaine du Cul-de-Sac,
Sr, De l'arrofement procuré par la GrandePARTIE DE L'OUEST.
I
rivière du Cul de-Sac,
$ 2. De Parrofement procuré par la rivicre
Quartier du Méle Saint-Nicolas, 13. Bianche,
XXII. Paruilie de Jean-Rabel,
13 $3. De l'arrofement procuré par la rivigre
XXIL.
du Mole Saint-Nicolas, 22 Creufe,
XXIV
de Bombarde,
47 $4 De l'arrofement procuré la riviere
XXV.
du Port-à-Piment,
58 des Orangers, lany ere la Efer la rivicre
Quartierde Saint-Marc, 89 la Savo.e& pardestources, &c des égours, 2io
XXVI. Paroifie ues Gonaives,
ibid. $ 5. De Parrolement procuré par la riviere du
De l'ancien Quartier de l'Artibo- Gallet, ou du Fond-Parifien,
nite, del la Piaine & ue la rivière du même XXXII. Paroiffe de la Croix des Bouquets, 286
nom 1
116 XXXIII.
du Port-au- Piince,
sc. De l'ancien Quartier del'Artibonite. ibid. De la ville du Port-au-Prince,
20. De la Plaine & de la rivière de PArti- Première S-etion dePancienne ville,
3'5 321
bonite 9
118 S cunde
3° De "Arrofement de Plaine de P'Artibo- Première
delar nouvelle ville, 332
nite,
128 Seconde
4 Des bacs & des ponts de la Plaine de Etut-Major, Officiers d'Adminifration & Of- 395
'Artibonite ,
157 ciers Publics du Port-au-Prince
XXVIL. Paroiffe de la Petite-Rivière, 165 De quelques ctablifemans publics du Port 376 auX(VII.
des Verrettes,
176 Prince,
XXIX.
de Saint-Marc,
179 Dela Police du Port-au-Prince,
384 379
Des Salines & du Sel des Antilles,
186 De l'eau procurée à lIa vilie du Port-au- Prince,
Des Terres des Satines,
ers d'Adminifration & Of- 395
'Artibonite ,
157 ciers Publics du Port-au-Prince
XXVIL. Paroiffe de la Petite-Rivière, 165 De quelques ctablifemans publics du Port 376 auX(VII.
des Verrettes,
176 Prince,
XXIX.
de Saint-Marc,
179 Dela Police du Port-au-Prince,
384 379
Des Salines & du Sel des Antilles,
186 De l'eau procurée à lIa vilie du Port-au- Prince,
Des Terres des Satines, Quartier du Mirebalais, 226 Des quais, du port & de la rade du Port-auXXX. Paroiffe du Mirebalzis,
ibid. Prince,
Quartier du Port-au-Prince, 247 De la pepulation & des coniommations dela 399
XXXI. Paroiffe de P'Arcahaye,
ibid. ville du Port-au-Prince,
--- Page 846 ---
T A B L E
De la température du Port-au-Prince,
412 30. Du Débouquement des Caiques 2
De la défenfe da Port-au- Prince & de la Partic 40. Du Débouquement Anglais ou de Krocked,
de T'Oueli, Quartier de Léogane. A. XXXIV. Paroliede Léogane,
Del'ancicnne paroiffe de ia Petite- Rivière, 417 Abacou. Pointe de la paroiffe du Port-Salut, -
De 2.ncienne" parcilie de ioiter,
44S V. Pert-Salnt. AXNY.Pawnedud Grend Goare,
+35 Abeilies. Aux Gonaives, 112-A Jérémic, 8cg. Quartier de Jacmel,
492 Abricot. Opinion des Naturels du pays fur ce
XXXVI. Paroille des Cayes de Jacmel, 493 fruit, 771. XXXVIL. dejacmel,
510 Abricets. Leur baie, 766 1 Leurs rivières, 766
XXXVIIL. deBinet,
520 772-Leur plaine 775, 772-Les Naturcls
Iile la Gonave,
526 y avaient mis le Paradis, -L font les
plus beaux cacaoyers de 16 Colonie & ceux
PARTIE DU SUD, 531 qu'on croit les plus anciens, 772 - Leur
bourg,, 773 --Leurs fortifications, 773- - La
Quartier du Petit-Goave,
537 baie a des vers, 773-- Leur cimetière,773XXXIX. Paroiffe du Petit-Goave,
537 Viennent d'obtenir une fuccurfale, 773- Ont
XL,
du Fond-de:Negres,
593 un bureau de polte, 774- V. Delmarie. XLI. derantc-a-Yeau,
578 Académiciens. Ceux envoyés au Pérou pour mefuXLII. du Petit-Trou,
590 rer un degré de PEquateur, font' venus au
Quartier de Saint-Louis,
606 Petit-Goave, 559XLIIL. Paronie d'Acquin,
605 Acadiens. Envoyés de France à Saint-Domingue;
XLIV. de Saint-Louis,
623 26. - Sont déportés au nombre de 12,000,
XLY. de Cavaillon,
les Anglais en Amérique, 27 Venus
De la Plaine des Cayes,, appellée aulli Plai- Ses colonies du continent de PAmérique Anne du Fond & Plaine du Fond de PIfle à glaife, 27-Maltraités le climat, 27,29
V ache,
661 - Partent pour la TRELIS 28 - Ceux qui
D: P'eau procurée parl la rivière dePAcul, 669 reftent font féparés des Allemands, 28- ForDel'eau precarée par la rivière du Mefle ou de ment Bombarde, 28-I Depenfe qu'ilsent caufée
Jean-Dezi,
6;0 dans la Colonie 29 3 238- - La
Del'eau procurée le bras droit ou Oriental tent le Mole, 38 - Leur fort au AZAIEE
dela ravine da ST
671 237.
Ceux qui
D: P'eau procurée parl la rivière dePAcul, 669 reftent font féparés des Allemands, 28- ForDel'eau precarée par la rivière du Mefle ou de ment Bombarde, 28-I Depenfe qu'ilsent caufée
Jean-Dezi,
6;0 dans la Colonie 29 3 238- - La
Del'eau procurée le bras droit ou Oriental tent le Mole, 38 - Leur fort au AZAIEE
dela ravine da ST
671 237. Del'eau procurée par le bras gauche de la ravine degain. Chriftophe Colomb mouille, 606-Son
du Sad,
677 nom Indien, 606 - Les ImTR bâtifent
De l'eau procurée parla. ravine Séche, 679 une vilie, 606 - Surnommé Port 2 Bréfil &c
Quartier dés Cayes,
691 pourquoi, 606-Les Français s'y établifent, ,
XLVI. Paroifc des Cayes,
691 606--On voulait le réferveraux hattes, 606Ifleà Vache,
717 La Compagnie de Saint-Dominguo y permet
XLVII. Paroiffe de T'orbec,
720 la culture de l'indigo, 606- Ses premières
XLVIIL,
du Port-Salut,
739 chapelles, 606, 609-Son bourg, 606, 614,
Quartier du Cap-Tibaron,
734 619-Devient une paroiffe, 606-Sonp patron,
XLIX. Paroiile des Côteaux,
734 606- -Ses chemins, 607, 608, 610,612,
L. de Tiburon,
742 613,614, 618 - Ses limites, 607,611Qiarticr de li Grande-Anfe ou Jérémie, 762 Ses cantons, 607-Ses rivières, 607, 610,
LI. Paroiie de Daimarie,
762 611, 017, 619- Ses côtes, 607, 613Llie & dernière. Paroiffe de Jérémie,
776 Manque d'eau,608, 609, 610,612- - Son
Delavilede Jeremie,
78z fol, 608, 609, 612, 613-Ses hattes,609
Des Dabouqurineas,
816 Arrofement, 609,619- Ses manufactures,
1o. Du Dehouquement entre la Caye-d'Argent & 609.612.611.619. -Ses débouchés, 610,
le wicuchoir Carré,
823 616 -Sa plaine, 612 - Ses lalines, 6122o, Da Debouquemeut des Ifles Tarques, 823 Bzau point de vue, 612-Ses inontagnes, 613
Ses --- Page 847 ---
D E S M A T I E R E S. Ses tremblemens de terre, 613 - Son églife, éloge , 49- - Leur nombre à Bombarde
614 - On voulait changer la fituation du Forment une
de milice à 50bourg, 615- Son embarcadère, 616 - Sa 57compagnic
Bombarde,
baie, tortifications 617-Latitude & longitude, 617--Ses Améric Vepuce.
es inontagnes, 613
Ses --- Page 847 ---
D E S M A T I E R E S. Ses tremblemens de terre, 613 - Son églife, éloge , 49- - Leur nombre à Bombarde
614 - On voulait changer la fituation du Forment une
de milice à 50bourg, 615- Son embarcadère, 616 - Sa 57compagnic
Bombarde,
baie, tortifications 617-Latitude & longitude, 617--Ses Améric Vepuce. Vient deux fois à
6zz. * 617-Sa pofition militaire,618 Amirauté. De la Partie del'Oueft, Acquin De
Cimetiére, 619 Sa population, 6z0
Marc,
5- SaintSa milice, 620-Sa température, 620-Nour- 363-De 5,197-Du Port-au-Prince, 5 * 360,
riture des négres 620 - Ses tremblemens de Mole, - Jacmel 3 -On en avait mis une au
terre, 620 1 Produit de beaux chevaux, de
30, 44 Leurs officiers portent un
beaux baeufs, 620-Renommé pour les mou- uniforme, Partie du , Sud, 363 - De Jacmel, 513, - De la
tons, les huitres & les truffes, 6z0 Son Louis, 631 532, 546, 547 - De Sainthiftoire naturelle, 620 Le bois y eft rare, pofé dans certains --Propofition d'en mettre un pré621-Son huile de palma-chrilti, 621- Preu- à Tiburon, - endroits Des 3 631- Propofée
ve. de Phabitation des Naturels, 621 - Ojeda De Jérémic, 630 785. Cayes, 697 2 698y. vient deux fois 3 6z1- Améric Vefpuce Awacoana. Sceur de Béhéchio
vient deux fois , 622. - Acquin célebre &
Succède
cacique de Xarapourquoi, 622 Caraétère de fes habitans, déplorable gua, 440- fin,
à fon frère, 444, - Sa
622-Sa dépendance civie & militaire, 623- Anes. A
444, 495. Diftance qui eft entre lui & d'autres lieux, 023
quoi employés au Môle, 37 - Au
La Compagnie de Saint-Dominguey: avait une Port-au-Prince Anes
, 398 - A Jérémie, 784 -
juridicuon fifcale, 630. fauvages aux fles Turques, 825Adcur. Adtrice Créole, 329-Adeur Créol,330 Anglois. Colonies Déportent du continent 12,000 de Acadiens dans leurs
Ce qui fe paffe fur le refus d'enterrer une Ac- A Jean-Rabel , 20 Au P'Amérique 3 27
trice > 460. - V.Spedacle. Au Petit-Goave,
A Môle, 24, 25,
Aculdu Patit-Goave. Succurfale du Petit-Goave,
540 Saint-Louis, 623,
540 - Devient paroiffe 540 On veut en 635-Prennent Qui fe perdent Saint-Louis, fur la 638 85 fuivantes. faire le Fort-Royal, 542 Son fort, 542Pointe du FAbacou,
On veut y mettre la ville du Pétit-Goave, 731-Aux 752 A Côtcaux, Dalmarie 738, 762 740-A Ce Tiburon
543-Habitation achetée pour y mettre auxifles des
818 qu'ils font
fMa ville du Fort-Royal & don de cette habitaInvités à concouriravec Débouquemens, les Bharuaner l'étion, 543, 555 Son Hopital, 543 - Sa tabliffement de phares dans les Français iles des à
décadence, 543 8 Juirvantes.
-Goave, 731-Aux 752 A Côtcaux, Dalmarie 738, 762 740-A Ce Tiburon
543-Habitation achetée pour y mettre auxifles des
818 qu'ils font
fMa ville du Fort-Royal & don de cette habitaInvités à concouriravec Débouquemens, les Bharuaner l'étion, 543, 555 Son Hopital, 543 - Sa tabliffement de phares dans les Français iles des à
décadence, 543 8 Juirvantes. - Sa paroiffe mens, où ils en ont détruit deux 2 Déboufupprimée, 543-Traces de fon exiftence, 555 -V. Tamaique. 829, 830
Bourg actuel de ce nom, 556-Chrift venu Animaux. Extrémité à
les
de Carthagène, 556- - Canton de ce nom au les reduifentau laquelle féchereffes
Petit-Goave, 556- - V. Petit- -Goave. ment on les nourrit Port-d-Piment, au
77 ComAdmiuifrateuri. Les deux Adminiftrateurs de la Ce qu'ils confomment Port-au- de -Prince, 7 407Colonie viennent réfider au Port-au-Prince 9 Preuve deladiiculté bois-patate, 407316 - Caraétère & importance de leurs
d'acclimater ceux étranfonctions, 357; - Attribution judiciaire qu'ils
fur 492, eux, 715 Effets des écumes de
-
E
ont, 361, 362. V. Gursasar-Gpsirals Jérémie, 812--V. Comment nourris à
Intendant. Anle-à-Veau,
Épizootie, Rigne Animal. Adminipratien Coloniale. Réflexions fur fon inf- A une fuccuriale 578-Devient au une paroilfe, 579tabilité, 32, 1 Ce qu'eile devrait vouloir, 3 une annexe. à PAlle, Rochelois, Ses - Acu
155- Relativement aux faliniers de PArtibo- - Son étendue, 579- -
m.eE
nite,185 1 Réflexions fur des; principes rela- Sa partie plane 3 580 580-Ses Ses cantons, 580
tifs aux arrofeinens, 453-R Reproche grave 586 faivanter-Ses côtes chemins, 580,
relatifà la nourriture des efelaves, 484, 741. rivières, 581, 582, 583, 586 581, 587 Ses
dklin. (Ife d') V. Dibouquemens. Beau canal &
far jivante
Allemands. Amenés à Saunt-Domingue, 27 6 Orourke, 582 paratonnerre Son
Thabitation
vantes. - Aublet en met à la Plate-Forme 587 Son
fol, 583, 584, 586,
ver à labaie de Henne, , 28, 53,56- Dé- 584- Ses fortifcations, buurg, 584, 585- Son port,
penfes qu'ils cautent dans la Colonic,9- 585 - Ses tremblemens de 584 San églife,
Sont envoyés à Bombarde, 47, 48-Leur population > 583- Sa marccaauilée, terre, 585 Sa
Tome II. N n n n n 585
l --- Page 848 ---
$3+
T A B L E
Sa polteaux lettres, 585- Ses manufactures,
Noms de ceux qui ont concouru
587 J temperature, 589-Centenaire, 589 l'arrofement de Léogane, 451 1 pour
Ses debouches, 589 - Preuve de Paabita- manifeltés fur les arrofemens, trouvés Principes
tion des anciens Naturels 589 - Sa milice, 9 reux par l'Auteur , 453.
585
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$3+
T A B L E
Sa polteaux lettres, 585- Ses manufactures,
Noms de ceux qui ont concouru
587 J temperature, 589-Centenaire, 589 l'arrofement de Léogane, 451 1 pour
Ses debouches, 589 - Preuve de Paabita- manifeltés fur les arrofemens, trouvés Principes
tion des anciens Naturels 589 - Sa milice, 9 reux par l'Auteur , 453. - De Bainet, dange589- Sa dépendance civile & militzire, 589 --Pofible au Kond-de-Negres, 574.- Dela 525
Sa diftance àu'autreslieux, 590-V.Apis, parcife du Petit-Trou, 602
Nippes : Rochelais
609, 619-de Cavaillon 653-Dela d'Acquin,
Arjise (les) Voyez Côteaux. des Cayes, 669.jufqa'a 684plaine
anis-à-Pitre. Leurs nègres marons, 309,497, Artibonite. de cè nom
-
jufpea 593. Ce quc c'elt, 493, 495 -
( Origine Piaine de l ). Son étendue," 116. Leur célébrité hiltorique, 495,, 496-Preuve Sa furfacc, 119-Scs rivières, 119 118que le cacique Henriy a icjourne. 496
Son fol, 122, 127 Sa divifion nisantes en trois
Communiquent: avec le Cul-de-1 -fzc, 497. portions , 122--Sa
Artres. Voyez Rignerigital. 164-Ses premiers établiffemens, température 123, 124- 151, Ses
drcabaye. Ce nom eft indien 3 247 Ses chemins, 124, 163 - Sa culture, 3 125-Ses
premiers établilfemens, 247 Les Elpagnois manufactures, 125 Ses
veulent Pattaquer > 248 Terminait le 6 fuivantes - Projets de productions, 125 à
Cul-de- -Sac, 248- Ses productions, , 248, I56 Ses partics noyées Parrofer, & travail à 127, faire
254-Sc, manufactures, 248, 251-Ses ri- pour les deflecher, 127 à
vières &c fes anfes, 248 6 Jurvantes, 253-Ses fur le projet de l'arroier, 556-Réfexions
arrofemens, 248 8 Juizanter, 26z 3 Jiui- fes ponts, 3 157 5
155-Ses dc bacs &
vantes - Pourquoi une habitation y cll'ap. 163-Ses debouches, fuivantes-tont Plan. de PEiter, cette
pellée Si la Genérale 249-S1 population 3 251 plaine, 165-Manque 164 de bois, 171 - Son
milice, 252 Sus côtes, 2;2, 256 6 extrémité inférieure, 191. uivantes-Ses limites, 252-S1 plaine, 252
(Ancienne paroiffe del), 115 Son
Ses cuntons,; 252-Ses chemins, 253 257, origine , 117. 258, 260 --Son fol, 254-Sa feconuité 254
Ancien Quartier del?)
Ses montagnes, 254 Cantons dont on pro- établi, , 116 - - Devient le 115-Comment de Saintjette de fare une paroiffe, 255 - Son bourg, Marc, 118-Sa
Quartier
255 - Son églife, 255-Ses trembiemens de 165-Sa maréchauffée population, 165-Sa milice s
terre , 255 , 260-Ja marcchuuffce 9 256
(Rivière de P).
é 254
Ancien Quartier del?)
Ses montagnes, 254 Cantons dont on pro- établi, , 116 - - Devient le 115-Comment de Saintjette de fare une paroiffe, 255 - Son bourg, Marc, 118-Sa
Quartier
255 - Son églife, 255-Ses trembiemens de 165-Sa maréchauffée population, 165-Sa milice s
terre , 255 , 260-Ja marcchuuffce 9 256
(Rivière de P). Limite 165. du
Ses debouches, 256- Ses poats projettés Marien, , 119 Sa fource 3 royaume de
260, Sa temperature, 2 250 ses maladies 3 119-Volume de fes eaux, 11g-Son 11g-Sa viteffe cours s
263-Dilance entr'elle & pludeurslicux,254 120, 139-Travaux relatifs aux projets del la s
Armairies Sesperionnsaleuer, de Sainte-Marie :65. de la Vraie-Paix,
faire fervir à Parrofement de la plaine de ce
De Terre-Sauvée de la Savane, 667. 445 nom, 128 jrfgu'à 156-Ses débordemens,
Arpenteur. Abus relatif au dépôt de leurs aétes, 133, nomme 134,, un infpedteur 136, fes 149, 153- - Oa
-
Zk
213 - Voyez Rolland. Hauteur de fes écores, , digues, dans 138 le
Arryemsent. Aux Gonaives, 93 6 Juivanter - point le plus haut de la 139-Coule plaine,
Ses
A PArtibonite, 127 a 156 Noms des digues 3 144-Bft navigable 156. 139perfonnes qui fe font occupées de Pairofe- Artillerie 358 6 fuivantes Parc d'artillerie au
ment de PArtibonite, 128, 129 - - Ce que Port-au-Prince, 363-Son école au Port-auc'eft qu'un pouce de Fontainier 3 143
Prince, 406-V. Comment des travaux faits pour l'arrolement Aale. Canton divifé Fartifcationt. entre les
de
de la plaine de l'Artibonite font récompenfés, à-Veau &
paroiffes PAnfe154 --Réflexions dietées par lcs circonflances fuccurlale de
& - de Eut une
de l'arrolement tenté à PArtibonite,
SaintFTRAILEE
CoiandelArtibonitee engéneral ett-il atile? 155 155 Louis, vrait étre 579 une -Son paroille, bourg, 587-Sa , 587, 611 - DcAuxVerrettes, 177- -Arcalayotad.stf 588-Ses rivières,
- population, s
262-Delar plainedu Cul-de-Sac, 271j49aa 588 Avantages de 588, fa 61I Ses hattes, 3
289,301- De la Croix.-desBougucts, 305
588, - Sa
pofition militaire
AuPort-au. Prince, 393, 410, I Ses bureau 706 de polte, maréchauffte, Ses
588 - - Son
cit5,429- Dc Leogane,451 &fuivantes A.blea,M.). Nommé 589- directeur. manufaétures, du 611. général Mole > --- Page 849 ---
D E S M A TILI RES. 8:5
28-Forme Bombarde, , 28 - Se démnêt de fes Ba-ometre V. Timpirature. foustions, , 28--Veut fusitituer le noi de M.
polte, maréchauffte, Ses
588 - - Son
cit5,429- Dc Leogane,451 &fuivantes A.blea,M.). Nommé 589- directeur. manufaétures, du 611. général Mole > --- Page 849 ---
D E S M A TILI RES. 8:5
28-Forme Bombarde, , 28 - Se démnêt de fes Ba-ometre V. Timpirature. foustions, , 28--Veut fusitituer le noi de M. BaJan (M). Élge decet habitant de Léogane,
d'Etxing à celui du Mile, 29 Sa recon- 485. nuffince envers M. Bombarde, 47 Donne Beaubarmais (famille), 475ler nom de Bombardopolis, 48 Sa mort, Beauval (M. de). Eavoye par le minilre p "r
28-Son ouvrage, 58- V. Acadiens, Alle- l'examen du Mole, 25. mands. Ber-da-Marfain. Et une prefqu'ile,
Auger (M.) gouverneur de la Colonie. Enterré Forme un des côtés delabie des Baraderes, 594à Léogane, 471. 594-Manque d'eau douce , 594-Ses proAuteur. A rédigé comme, membre 9 & au nom ductions, 594-Ses habitans,
du Confeil Supérieur de Saint-Domingue, les 594-Latitude & longitude de 594-Si 1a pinte forne, Lf,
repréfeatations contre la fapprefion du Confeil 595, - On voulait couper le col de la
du Cap, 345-A donné un mémuire fur la peninfule qu'il forme, 597-V. Baradères,
patite confidérée comine fourrage, 407. Prit-Trau. Ouvrages qu'il promet encore fur Saint- Bé. échio. Cacique de Xaragua-V. Anacoara. Domingue,8so. Bellecombe (M. de). Va au Môle, 31-Vaaux
Avoine. Réutfit à la Croix-des-Boaquets, 295 Eaux de Boynes , 65 - Cours de fon nom
Aux Caycs de Jacmel, 505. à Saint Marc, 199 - Batterie de fon nom,
Arvortement, 660 Peine imaginée pour le 216. punir, 660. Belloc (M.). Éloge de fon humanité envers les
B. Acadiens, 27. Bac. Sur l'Artibonite,
Benech (M.). Éloge de ce Sénéchal de Saint157 faivanter, 214, Louis , 6so. 244, - A Jérémie, s 790. Bertrand (M.). Il tenta le premier l'arrofement
Baié des Biradères - v. Baradères. de l'Artibonite, Son cloge, 224-V. Arrofedes Caimites, V. Caimites. ment de la plaine de PArtibonite. des Flamands, 655 Les bâtimens des
Saint-Ouen, fils du
Son
Cayes vieanent y hiverner, 656-Ses forti- éloge, 224 V. Arrofement de précédent. la plaine de
fications, 656-Ses vers, 6;6. PArtiboniie Saliniers de
-
Pdrtibenite. du Melle (Grande) , 646.
fedes Caimites, V. Caimites. ment de la plaine de PArtibonite. des Flamands, 655 Les bâtimens des
Saint-Ouen, fils du
Son
Cayes vieanent y hiverner, 656-Ses forti- éloge, 224 V. Arrofement de précédent. la plaine de
fications, 656-Ses vers, 6;6. PArtiboniie Saliniers de
-
Pdrtibenite. du Melle (Grande) , 646. Befiaus-V. Règne anmal. (Petite), 647. Bié-V. Froment. Bains Publics. Au Port-an-Prince, ,
Bois-V. Règne
Bainet. D'oà lui vient ce nom,
Bombarde. Ses chemins, Vigétal. 29, 50, 54,55,
522-Son
aMBhase
eglife,
523 Scs limites , --Nom primitif de cette
-
paroiffe,
522, 524 Son drTt 522, 526-Ses manu- cantons, 47-Sa
s 47factures, 523, 525-Ses côtes, 523 - Sa manufictures, 47-Des population, Allemand.Thabjtent, 47, 55-Ses
maréchaulfee, 523 Sa température 524, 47- M. Aublet l'appelle Bombardepolis &
civile 526-Ses & militaire, productions, 524-Ses 524-Sa chemins, dépendance pourquoi, 47-Sa ville, 43, 49-32 temSa diftance à d'autres lieux, 524, 525-Ses 524- eau, pérature, 48, 49 - D'ob eile tire fon
rivières, 524, 525-Ses arrofemens 525- Les pluies 48-Son y églite, font plas 48- fréquentes Son fol, & 49 -
Ses montagnes, 525- Preuve de Phabitation favorables depuis 1783,
plus
des anciens Natureis, , 525-Ses débouchés >
Ses productions 49-Ses 50- A progrès, beauconp 49
Baleine, 526. coûté à PEtat,50-Le roiyavait unc habiBande du S04. Sud. Ce qu'on doit entendre
tation, Ses , 50-Ses côtes, S fuivaites -
532-V. Partie du Sud. par l,
montagnes, 54 N. d'Efing croit
Baraderes. Leur riviére, 593, 599, 600-Leur Sa Bombarde diftance propre à divers à faire lieux, une place-forte,55
rivière Salée * 593. 600-Leurs manufactures, Traces volcaniques 3 57--Son hiftoir 55; 58- natu599- (Baie
Son étendue,
relle, 57- Sa milice, 57 - Scs rappe Tts
hauts-fonds, des). 7 592 Scs civils & militaires, 59 Son patron, M. 592-Ses côtes, 583-Ses ilets, Bombarde , n'exitte plus, 56-Aublet, fon
59+-Ses détroits , 594 Mal connue fondateur elt mort, 58. 32i0 Frangais, 3 594:
Boucafin. Son bourg, 2,9, 299-Son borean
de polte , 299-V. Arcubaye. --- Page 850 ---
T A B L E
Bourcel (M.de).
aires, 59 Son patron, M. 592-Ses côtes, 583-Ses ilets, Bombarde , n'exitte plus, 56-Aublet, fon
59+-Ses détroits , 594 Mal connue fondateur elt mort, 58. 32i0 Frangais, 3 594:
Boucafin. Son bourg, 2,9, 299-Son borean
de polte , 299-V. Arcubaye. --- Page 850 ---
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Bourcel (M.de). Son éloge , 199. Canons de fonte pris à Carthagène & laiffés aux
Befu V.Fuisten
Colons de Saint-Domingue comme une preuve
Eribant (M.). Commandant du Port-à-Piment, de leur courage, 482. 8j-Trouve à Terre-Neuve deux bouteilles Cap-a-Foux du Mols. D'oû lui vient ce nom 46 9
cemercure cru, 83-Services importans qu'il 54-Sal latitude & fa longitude, 46. rend, £0, 87-Scn éloge, 87 1 Calomnié
de Liburon. Son nom, 754. asprès d'un Ges Aaminutrateurs, 87-M.de Cap Dalmarie. V. Dalmarie. Belecombe lui rend une juftice éclatante, 87
Dame-Marie. V. Dalmarie. -Son vcu pour les pauvres, 87. Ciap Tiburon. Appellé cap Saint - Michel
Brevtt (M.). Son ouvrage fur le cafc, 442. Chriltophe Colomb, 743-La pointe à sEeI
Brigueterie-V. Mamfacures. gaux mal-a-propos nommée cap Tiburon s
Briyje Carabinée > 301-V. Peut. 740-Sa polition 747- ER la pointe la plus
Bujes. Buufs qui en font provenus, 302. Sud-Oueft de Pile, 753-a latitude & fa
longitude, 754-V. Tiburon. C
Capitaine de Port. A la poace du quai, 402,
404. Cacaryers. Moins ettimés à préfent & pourquoi 7 Capitale. V. Cayes $ Jacmel; Liogane $ Petit769-Ou font les plus beaux de la Colonie Goave ; Pert-au-Prince 3 Saint-Lowis. & qu'on croit aufli les pius anciens, 772- Capois. Négre hattier. Découvre Jes eaux
Périffent tous en 1735 $ 779, 813,
thermales du Port-à-Piment 6z 65 Juivantes. Cacasyires V. Manufadires. Carthagine. V. Canons. Cariga-v. Anjes-h-Fures Bibécbios Henri. Caftaing. ( Mde de) Éloge de cette fondaXaragua. trice d'une Providence à Léogane, , &c. &c
Cackalot - V. Balcine, Pécbe. 467. Cafi-V. Mamfutiures
Cajiclugre. Avait établi une Providence à LéoCafueries-v. Munufalures. gane, 467. Cofer -V.2 Rigne Figiral. Cavaillon. Lieux de ce nom, 650-Les DomiCabuzac (M.
. ( Mde de) Éloge de cette fondaXaragua. trice d'une Providence à Léogane, , &c. &c
Cackalot - V. Balcine, Pécbe. 467. Cafi-V. Mamfutiures
Cajiclugre. Avait établi une Providence à LéoCafueries-v. Munufalures. gane, 467. Cofer -V.2 Rigne Figiral. Cavaillon. Lieux de ce nom, 650-Les DomiCabuzac (M. de). Vient deux fois à Tiburon 3 nicains y ont une habitation, : 650-Avait une
743. chapelle fuccurfale, 650-Eft devenue une
Caimites. (les ) Leurs produétions, 600, 799, parouie, 6jo-Limite de cutte paroiffe, 650
Sco--Leurs habitans, 600, 799-Leur éten-
-Ses cantons, 650-Ses chemins, 651, 6s7,
due.794-Leurs embarcaderes 9 795, 799, Ses montagnes, 651-Son bourg, 651-Son
Ont un fublitut du Procureur du roi de églifc, 651-Sa rivière, 651-Pont projetté,
Jérémie, 796 - Ont un bureau des pofte 9 652-Saj plaine, 653-Son fol, 653-Ses ar796-leurbourg projetté, 795-Devraient rolemens 3 653-Concellion abufive
y
avoir une fuccurfale, 795- Devraient avoir avait obtenuc, 653-Ses côtes,
manufaétures
Ses
RE
une marcchauffee, 795 Leur fol, 796 3
2, 657- produéions 657795--Leurse entonnons, leurs grottes,796, Nourriture des negres, 657-Sa population. Faits hiftoriques 3
652-Sa milice, 658-Sa marechauliee,6s8
( Baie des) IR. au revers Oueft du -Sa température 3 658-Tremblemens de
Bec-du-Marfouin. s 56; - D'ou vient ce nom, terre, 658-Son hilloire naturelle s 659595 ses côtes, & Juiventes, 800 - Onya employéle labourage, 600-Maladies,
Ses ilets, 2 595.596 88 jvauter,795- La- 660-Sa dépendance civile & militaire, 660
titude & lungitude de la Grande-Caimite, -Sa diftance d'autres lieux, 660-A dépendu
595--1 Eit un mouillage exceilent, 597. de la paroiffe de la plaine des Cayes,734Ci. gres. (Ifles) Cuncedee a d'Ogeron, 817- V. Baie des Flamands. Pile de poffeiion par la France, 818-Ce Cayes. Limites de cette paroiffe , 691-Son
827-Noms des principales, 827- étenduc 3 692-Ses cantons, 3 692-Ses cheEE & jongitude, 827-Naufrages cités, mins, 692, 716, 814-Sesrivières,
825. V. Diberquement. --Ses côtes 3 703 Sa
rade, 703 ere JuiC
Rilon d'en deplorerla perte, 37. wvantes, 713 - Ses canots * 705 Ses forCoxm:
-Coile d'Otahiti connue aux tifications, 705 85 fuivantes. Dons faità
lies
-Celie de Batavia, 481- fespauvres, 711 Sa population, 712- Sa
V.Rignerigeais Lempérature. miice, 712 Ses manufadtures, 712-Sa
température
703 Sa
rade, 703 ere JuiC
Rilon d'en deplorerla perte, 37. wvantes, 713 - Ses canots * 705 Ses forCoxm:
-Coile d'Otahiti connue aux tifications, 705 85 fuivantes. Dons faità
lies
-Celie de Batavia, 481- fespauvres, 711 Sa population, 712- Sa
V.Rignerigeais Lempérature. miice, 712 Ses manufadtures, 712-Sa
température --- Page 851 ---
DES S M A TIERES
température - 712-Ses tremblemens de terre, 9 Ses marchés, 3 697-Le dej juftice ,637,
714-Ses maludies, 714-Son hiltoire natu- 701-Sa jurifdiction AERAN , 697- pa
relle , 715 6s faivantes. 1 Chef-licu d'un chauffée, 697-Sonc club, 698-Son fpectauic,
Quartier, 716-Finira par le ceder à Saint- 699 Jursanten-Un moulin à vent, 700Luuis 1 717. Sa loge de Francs-maçons, 701-S pouCayes. (plaiae des ) Ses différens noms, 661 drière, 701 - Sou hôpital, 701- Fontaine
Scs limites, * 661- ER un rembiai, 661, projettée, 702-Sa garnifon, 702- - Latitu.e
66;-Ses rivières, 661, 664: 699 6 fuiv. & longitude.703--Som commerce,705 -Et
Saravine du Sud 661=Sa rivière de P'Acul, un port d'entrepôt, 705=Rareté du numé662-Mugonne du Bon-Dieu, 662-Les eaux raire, 705 - Son capitainede port,
y forment des concretions, 66z-Se monti- Son État-major, , 707 = Réfidence du 705 comcules, 663-Son (ol, 663-Sonalpes. 663- mandant en fecond * 707. - Son officier
Sufceptible d'accroiulement, 663- - Ne
d'adminiftration 707 Ses forQionnaires
foutenir le parallele avec celle du Nord F de publics, 707-Sa maréchauffée, 707-Eft la
POueft, 694-Sa
réputéc la plus
réfidence de Pingénieur en chef de' la Partie
duétive, PPATN d'y avoir dcs Rinoltas duSud, , 708 - Ses confommations 3 708 1
àeau, 664-Ses étangs, 665-Ses ouragans, Prix de divers objets, 3 708-Sa population,
665-Les Eipagno's y avaient mis la vilie de 708, , 712-Scs mceurs, s 708-Son cimetière,
Terre-Sauvéc de la Savane, 666- Son éta- 709-Ses boucheries, 709 Sa dillarce à
bliffement par les Français, 667 - M: nacée d'autres lieux, 716-Sa polle aux lettres,716:
les
667 Sa chapelle 607 Cayes de Tacmel. Limités de cette
Eae AEt Elpagnols, 667 - Son églife, 493, S-Muer4/493. 494, 495,5 paroiffe, 504,
667- lecgerp productions 667, 686-s0n État- 505 s 506, 507, 5o8- Leur furface eft mal
major, 657- -Concédee à la Compagnie de counue, 493-Leu.s
E5 Juivantes. Saint Domingue, 668-A eu une joridiction - Cantons s 495 E5 côtes,493 fnivantes.
églife, 493, S-Muer4/493. 494, 495,5 paroiffe, 504,
667- lecgerp productions 667, 686-s0n État- 505 s 506, 507, 5o8- Leur furface eft mal
major, 657- -Concédee à la Compagnie de counue, 493-Leu.s
E5 Juivantes. Saint Domingue, 668-A eu une joridiction - Cantons s 495 E5 côtes,493 fnivantes. fifcale, 668-Sa paroiffe 1 668 - Divilee an 497-Prod nétions, ,
504, 5o5, Chemins,
deux paroiffes, 668-Ses mauufactures, 668, 507., 508, 509 -
population , 668- - Ses arrolemens,
des
505,5
23AA
685-Sa
SA
Croix Bouquets empiéte fureiles,
69julqua 684-Ses négres 635- Preuve Manufaéture:, 504:
5og-Les
de la fertilité
&
505,
ACAL
* 685 Nourriture traite- cains viennent y. pécher le Cichalot,
ment des nègres, 683-On y. laboure 685- Les Jamaic ins viennent y pécher la
On y
68; Ses habitations les
fote
fume,
plus 504 Température 505 506 ,
conlidérab' es, 685 Sa culture, 636 Son Montagnes s 5o5- Fo.tifications 7 510- -
hiftoire maturelle, 637 t5 Aivanter.-Mon- Bourg - 507- -Population , 507,
tagues qui la bordent, 3 667 Preuve de 507-Qiand devenues une paroirfe, sog-Egife,
Phabitation des Naturels 688-Ses chemins, Preuve de 'habitation des anciens Naturels, 507683 faivantes. Ses mceurs, 689 De- 508 - Mines 3 5o3 - Milice , Marcmandes de fes habitans : 6g0 Rareté C du chauffée , 509 - Dependance civile 509-1 & milinuméraire, 3 6y0-Son produit, 6g0 - -Onlui taire, 7. 510 - Tremblemen: de terre, S1O- -
impute de faire le commerce étranger, 6g0- Leur diitance à d'autres lieux,
Ceque M.du Chilleau avait fait pour elle, Anfes-à-Pitre. 510-Voycz
691-CaraStere de fes habitans,716 Carte Cayman. - - V. Règne Animal. gravée de cette plaine, 716-0à était fon Centenaire, 164, 238,
ancien
- Cavaillon, les Cayes, Cbambre d'Agriculiure 425, du 575, ;8g. Torbec r'ia & Coemes dépendaient delipa Cbaufourneric.- V.. Manufadures. Tun-as-Priat,379. roiffe de la plaine des Caye.73-V.io- Cvemin.
fes habitans,716 Carte Cayman. - - V. Règne Animal. gravée de cette plaine, 716-0à était fon Centenaire, 164, 238,
ancien
- Cavaillon, les Cayes, Cbambre d'Agriculiure 425, du 575, ;8g. Torbec r'ia & Coemes dépendaient delipa Cbaufourneric.- V.. Manufadures. Tun-as-Priat,379. roiffe de la plaine des Caye.73-V.io- Cvemin. De jean-Rabel, 21, 26 - - Du
Sauvée de la Savane. 23,2
De Bombarde, , Mole, 50,
Cayer. ( ville des ) Son origine s 692- Son 54, 26,29,35 55,56- Du Port-à-Piment, 8; 29, 3Jaiéglife, 693 701-Ses limites, 694-Sa fitua- wvantes. Des Gonaives, 105 Juivanter. tion, 694: 703 Ses rues, 094 9 695- De la Partie du Nord à ceile de l'Oueft & ce
N'ell pas faine, 695,
Ravages qu'y q'uil a coûté, 107, 108, 429,473 De
faitla' ravine du ahish gu'oa appelle la plaine de l'Artibonite, 124, 163 -Del la
rivière des Cayes : 095-Ses maifons, 096- Petite- -Rivière, , 175- Des Verrettes, 178Ses places 1 697, 700, 701, 702, 703-- De Saint-Marc, 214-Du Mirebalais, 233,
Tomc II. 00000 O
A
- --- Page 852 ---
T A B L E
#12-DeParcahye. >
250 De 536-D.Mingeans, 568- -1 De Saint- Louis,
la'Croix dus Boaquets, MAATAT 305
Port-au- 644 Des Cayes, 70;- De Tiburon, 752
Prince, 429--Batrele Port-an-Prince Se JacDe Jérémie, 786, 787, 80s. mel, 431 3 Jaivantes, 476 U fuivantes, Compngnic dePAfiente. Cc que c'était, 62s. dhtma Du Cul-de-Sacà àsmtode Sas-Desings.3. 510, -
Demingo. 447-De Léogane s 473.475- Sa jaridiaion fifcale, 512, 630, 697- 533 -Son
Ceuxde. Léuganefont.es feuls aient des hitforique, 3 623 fuivanter. Etendue de fa
indicateurs, 474- Des Cayes Jde Jacmel, concetfion , 624 - Ses privilèges, 624-Ses
506 De Jacmel, 518 Jissantes. De Directeurs, 625 - Ses prétentions,
Bainct, 524 - Du Feut-Gowve,533 fai- Prend des troupes à fa folde, 626-On 623. voulait
wantes. Du Fond. des-Nugres, 560, 570, qu'elle établit une cour fouveraine, 6z6. -Ses
572-Du Rochelois, 576-D:PA461.Va empiétemens, 626, 627 Règles qu'elle
580, 586,3 Jaiwantes. Da Petit-Trou, établit, 626 Sa mauvaile adminiftration,
591, .598,599.620, G01-D'Acquin, 607 627 Elleeftf fupprimée, 627. 608, 610, 612, 613,614 618-De St-Louis,
des Indes. Elle obtient la conceffion de
635 fuiuanters 644-De Cavaillon 6;1, plufieurs draits de la Compagnie de Saint6;2,653, 657 - De la plaine des Cayes, Domingue & d'autres plus odieux, 627 La
683-Des Cayes, 716, 814-De Torbec, Colonic fe foulève coatre elle, 628.
upprimée, 627. 608, 610, 612, 613,614 618-De St-Louis,
des Indes. Elle obtient la conceffion de
635 fuiuanters 644-De Cavaillon 6;1, plufieurs draits de la Compagnie de Saint6;2,653, 657 - De la plaine des Cayes, Domingue & d'autres plus odieux, 627 La
683-Des Cayes, 716, 814-De Torbec, Colonic fe foulève coatre elle, 628. 726-Du Port-Salut, 733 - Des Côteaux, Conce/ion. Avec quelle avidité on les recherche,
733 6 Tricantes. De Tiburcn, , 747 202, 815'
1392 faivanter, B hizantes, 756 Dc Conjeil de Liegane, 4, 342 faivanter, 455,
,
Dalmarie, 767. 28 fuivantes, 769,774 De 459Jerémie, 780 6 juivantes, 813 6 Juivantes. de Saint-Domingue s 5: 343 Son
Choiful. Cette famille fe fait donner les trois inftallation 1 343-Sa compofition, &c,
petites i.es qui bordent la Colonie Françaife, 6 fuivantes. -Ses remontrances fur la réunion 343,
des deux Confeils de la Colonie 345-Colluc713. V. Tompérature. me donné à fes membres 346- Sa
Cechenille. - V. Règne Aninal; Rigme Vigital. 347. garde,
Ciels( M. Robert ). Son éloge, 590. du Cap, 4, 343 - Sa fuppreftion a
Colomb ( Cariitophe ) Entre lc 8 Décembre produit des plaintes, 345 Reprefentations
1492, dans le grand Port-à-PÉcu, 17 Dé- du Confeil de St-Domingue fur f fupprefion,
couvre le Môle Saint- Nicolas, le 6 Décembre 345--I1 fera rétabii, 3451492 ,. 22- - Mouille au Mole, 23-Mouille
du Patit-Goave, 4,
Sa
à Acquin, 606- - - Appelle Cap Saint-Michel compolition, is Juirvantes, 546. 341, 538
le Cap-Tiburon, 743. du Port-au-Prince 4, 342 Ses memColonies. Comment on ecrit fur elles, quand on bres font enlevés par ordre du Prince de Rohan
ne les connait pas, II - Preuve de ce que & embarqués pour France 9 342-Calfé > puis
vaut la Colonie Françaife de Saint-. Domingue, 3 rétabli, 343, - Sa compofition 343306, - 815-11 faut bien connaitre les Colonies Confeillers - V. Confeilde Saim-Domingue. les bien adminiftrer, preuves, 729-Sur Coquille 1 V. Nigres ; Rigne Minéral. feri conformation phylique de celle de Saint- Corydon. - V. Saline. Domingue, 807 UMunu-V.Riga Miné- Cofume. - V. Confeil de
de
Saint-Domingat. ral: Iremblement terre. Côteaux (Paroiffe des). Démembrée de celle de la
Colons. Canons de Carthagène donnés à ceux de plaine des Cayes, 734 Son territoire
Saint-Dozingue comme un monument de leur mitif, 734- A remplacé la paroiffe EE
courage,. 482. Anfes, 734-Ses limites : 734 - Sa dénomiComité dddminfration. Ce que c'ef,378. nation, 734-Ses rivières,
-
7346 fuirvantes. Cummaidant.- V. Gouverneur. -Son bourg, 735,737,741- Établie par lc
en Secund, 3:. 547,632,707. commerce étranger, 735-Ses côtes, 735 85
Çommercs. Entrepôt du 28, 29, 38.
, 734-Ses limites : 734 - Sa dénomiComité dddminfration. Ce que c'ef,378. nation, 734-Ses rivières,
-
7346 fuirvantes. Cummaidant.- V. Gouverneur. -Son bourg, 735,737,741- Établie par lc
en Secund, 3:. 547,632,707. commerce étranger, 735-Ses côtes, 735 85
Çommercs. Entrepôt du 28, 29, 38. hivanter-Ses fortifications, 735, 738-Ses
Biteanx pall-gers du Mole, 4+ Bateaux chemins, 736, 738 - Ses eaux, 737 Sa
paflgers ues Gonzives, ros--De Saint-Marc, maréchauffee, 737-Son églife, 737 Ses
21-D:Forau-Priner 405-De Liogane, EUCCh738.751--Oay demande un bourg 2d
470- De jacmel, 517 Da Petit-Goave, Port-a.Pument,739- - Latitude & longitude, --- Page 853 ---
DES M A TI E R E S. 1 Ses manufaétures 7 740 Son
Ses bois, 295 - Empiète fur la paroifle
E4 740 Scn montagnes 1 740, 741
des Cayes de Jacmel, 3 297-Ses tremblemens
Si population, 1 740-Si températale. 741de terre, 301 Ses malidies, 302 Scs
Son hittoire natur-lle , 742 Sa diftance à milices, 305 11 Scs arrofenens, 305 - Ses
d'autres licux, 742 Sa dépendance civile chemins, : 306-Ses ponts , 307 - Ses côtes,
& militaire, 742. 308- Sa diftance par rapport à pluficurs
Cotes. De la paroile de Jean-Rabel, 17 E8 fui- lieux, 309 - Long-tems défolées Par les
wantes-Du Mole, 33 6 Juivantes, 46- -
nag.es marons, 309-Sa maréchauffcc, 309De Bo-mbarde, , 52- -Du Port-à- Piment 2 61- Faits Hiftoriques , 3:9. Des Gonaives, 69-de Saint-Marc, 182, 191 Cube (Iile de). Les Anglais la prennent, 2 25-
-De PAreahaye 252, 256 is Juivantes -
Sa diftance du Môle, 33-Canal entr'elle &c
De la Croix-des-Batruets 3o8. 1 Du Port- le Mole, 45-Frégate frangaife quiypérit,
au-Prince,402,
Lcogane, 468 85
Auivantes Du tratbiea 490 - Des ciinsar Les premiers établiffemens de la
Cayes de lacmel, 4131 De Jacmel, 515, Partie de POuci y étaient fitués, 2- Ce
521-De Binet,523 -Da Petit-Goave, 549, qu'on appellait autrefois de ce nom 3 2,266,
557-D: PAale-a-Vem, 581 fivanter- 267-Sa plaine > 5 - Son régne végétal &
D.
85
Auivantes Du tratbiea 490 - Des ciinsar Les premiers établiffemens de la
Cayes de lacmel, 4131 De Jacmel, 515, Partie de POuci y étaient fitués, 2- Ce
521-De Binet,523 -Da Petit-Goave, 549, qu'on appellait autrefois de ce nom 3 2,266,
557-D: PAale-a-Vem, 581 fivanter- 267-Sa plaine > 5 - Son régne végétal &
D. Petit-Trou, 691-Des Baraderes.593 animal, II-A été terminé par I'Arcahaye,
fuivantes - Des Caimites, 595 faivanes, 248. 830-d'Acquin, 607 6 fiivantes, 613-
(Plaine du). Son étendue, 259-Son
De Saint-Louis, 536 E" Jirantes, 645 8 fol, 26g-Ses érangs, 269-Opinions fur fa
Jaivamer-De Cavaillon. 653-Des Cayes, formation, 269 , 270-S:s produtlions, , 271
65 fuivantes- De Pifea Vache, 717
- Ses arrofemens, 271 julgsa 28z - Scs
BEAK Torbec, 722- Dn Port- rivières, 271, à 283 - Noms de ceux qui
Salut, 730-Des Côteaux, 735 6 Juirvantes ont travaillé à fon arrofement, 272,
- De Tiburon, 746 6S furvantes - De 277, 278, 279, 281- Proportion de 273, fa
Dalmarie, 763-De jérémie, 779 ts Jui- furfsce arrofee * 281-Ses productions, 8zz
wvantes 1 Etendue des côtes del la Partie Fran- Éloge de fa culture, 283-Canal de navigaife, 816. gation projetté, 284-Ses épizooties s 285. Coton defbic. Cultivé à Saint- Louis, 648-Efai
(Ancienne P roiffe du). Sa chapeile,
& emploi l'Auteur en a fait , 638, 649. 266-Son bourg, 267, , 291 Devient une
c.EN Manufadures. paroiffe, 267- Ses limites, 257-Sa fupprefCourrejolles (M. de). S'empare deux fois des Ifles fion, 267 65 fuivantes. Turques, 820 frin. V. Arrofement de Pdrti-
(Ancien Quartier du), 266, 267 9
bonite, Dibouquemens, IAes Thrguet. 291 Ses rivières , 268 - Sa population, >
Crabes Leur étonnante multiplioité à Jérémie 3 258-Ses milices 3 268. 810 6 frirvantes-I Dégâts caufent, 811. Culture. Parrapport aux terres falineufes, 189
Créte-à-Piguans. Point d'une de montagnes
V. Mamfadures, , Rigne Vigetal; lempo
dépendante de Léogane, 476 Sa fituation rature. remarguable, 476-Sa polition militaire, 477
518, 519D
Graix-dei-Bauguett. Origine de cette paroifie *
236, 288- - Son églife, 286, 3 SJuivanes Dalmarie. Son établifement , 744, 762 - Son
291-N'etait d'abord qu'une fuccurfale du églife , 744,.
Rigne Vigetal; lempo
dépendante de Léogane, 476 Sa fituation rature. remarguable, 476-Sa polition militaire, 477
518, 519D
Graix-dei-Bauguett. Origine de cette paroifie *
236, 288- - Son églife, 286, 3 SJuivanes Dalmarie. Son établifement , 744, 762 - Son
291-N'etait d'abord qu'une fuccurfale du églife , 744,. 763, 769, 770- Combien les
Port-au.Prince, 286 3/mivastes-Son bourg, femmes y étaient rares, 757 Son nom eft
237, 288 55 faivanies, 292-Ses limites, 288 Indien, 762-Faits hiftoriques, 762,
-Contient une partie de la plaine du Cul-de- Port, 762 1 Les Anglais prétensaient 763- au
Sac, 289 1 Ses cantons, 2g0, 9 294, 296 droit d'y mouiller, 702-Etat-major > 763
298, 299-Son cimetière, 292 Ses eaux,
La
ehaffe es habitans, 763 Ce
292, 297-Sa population 3 292, 313 Ses qu'y AXNE M. d'Ennery 763-Bourg,,
montagnes, 292 8 fuiz vantes, 297, 307Quand devenu une paroiffe,763, Limites, 763Ses productions, 293, 30; Ses man.fac- 763,. 757 1 774-- -Côtes, 764 6 Juvantes
tures, 3 293, 295, 305, 306-Sa température, -Latiturle & longitude, 764 - Baic,
254,
294 7 295, 297 299 Ses rivières, 294 765-- Mouillages, 764 , 765 1 Kivières, --- Page 854 ---
T A B L E
773, 74-Foni@auen.,6s. Turques, 823 65 fuvantes - Latitude &
MA ce fcs milices, 766, 75
longitude de plafieurs points, 823, 824,
Cuainsie 767 6 faicanter, 769,773 5 827, 828,
hiloire naturelle, 824
hizames-jois points de vue, 768,771
8 fuivantes Te Mos-Plates, 826 - le
-Produ@tions, 753, 759-Montagnes, 7b9 Samana, 826-Nuufrages cités, 827, 828Vilie, 769 -Marschaullee, - Enton- Leur
828 - L'ile-au-Chateau,
noirs, 770-Cutins, 774 Hfeasim. 828-Lcs Hogfties, 828
774, Sos-Bureau de pode.774Depen -L'ile de
8zg-Lel Fortune,
dance civiie S militaire,
Diltance a
L
7748z9-L'ile d'Ak'ing 829-1 Ile Watteling,
d'autres Leux, 274-Sol, 774, 7;6-Popu- 829-Les Iles Turques font les feules habila:ion , 774 l'e.npérature, 775 Eaux técs, 829-Malheurs qu'ils caufent, 829thermaler, 775-Hitone nature.le, 776
Utilité des pharcs,8 8ay-V.Caigusl Inagues
V..
L
7748z9-L'ile d'Ak'ing 829-1 Ile Watteling,
d'autres Leux, 274-Sol, 774, 7;6-Popu- 829-Les Iles Turques font les feules habila:ion , 774 l'e.npérature, 775 Eaux técs, 829-Malheurs qu'ils caufent, 829thermaler, 775-Hitone nature.le, 776
Utilité des pharcs,8 8ay-V.Caigusl Inagues
V.. Abricots i Jiga-Pire-Tfpbe
IAerlanguer. Dim-ilari-V. Dalmerie. Dijenfe dela Colovie,30,41, 54, 55, 76,
D'Aacesille (M.), 15-Fait le plan du bourg 246, 435, 441, 472,
518,
de Jean-Rabei, 15-Sa diftribution de Phépi- 519,530, 551,588, 805- 1. Fortifcations. tal des caux de Boynes, 171 - Divife le terrain
du Port-au-Prince et de la Partie de
du bourg projetté au Port à-Pament, 72
POuet, 435 t5 faivantes. V. Arrsfoment de la plaine de PArtibonire. Demoulceau (M.). Vaavec M. de Bcauval exaDartis (M.). Eloge de fes travaux pour la cul- miner le Mole, 25 Se concerte avec le
ture du cafier, 294. gouverneur & Pintendant fur les moyens de
Davezac de Cafera (M.). Son éloge pour défenfe det toutela Colonie, 30-Ses foins pour
l'arrofement d'une partie de la plaine des l'arrofement du Cul-de-Sac, V. Arrefament
Cayes, 671 65 Juivantes Chemin qu'ii
Ses foins pour donner de l'eau au Port-auouvre entre les Cayes et Jérémie, 814. Prince, V.Port au-Prince-Sa petitehabitation
Dibenguernent. Angiais releve par M. Frezier, , à toucher la ville du Port-au-Prince 3 409 -
817, 818-Q_nd il cft préférable, 828. V. Défenje milstaire. -Des Caiques, 825 - Preferable dans Défert (le). Ce qu?on nomme ainfi, 600. quelcas, 825. Diflandes (M.). Premier intendant de Saint-
-Des Ifles Turques, 824Domingue. A été enterré à Léogane, 471. Entre la Caye d'Argent et le Mou- Devineau. Premier habitant des. Irois. Sa fortune,
choir.Carre, 823 - Latitude & longitude, 755-Son éloge, 755. 823. Direseur-gentral des forrifications. Réfide au
Diteuquerens. Ce que c'ci, 816 - Longueur Portau-Pnmee.377
qu'occupent les iies qaiies forment, 816 - Dijiancede plafeuri lieax 2 d'autres. De JeanDirectica de ces iles, 816-Leurs dangers, Ribel, 22-Du Môle Saint-Nicolas, 44816-Ilfut les étudi T dans les ouvrages De Bombardopoli,, 58-Du Port-à-Piment,
de M.de Poyfgur, 816 Toutes ies Illes 88-Des Gonaives, 110-Del la) Petite Rivière,
des Débouquemens étaient comprifes fous le 175-Des Verrettes, 179-De Saint-Marc.
ax 2 d'autres. De JeanDirectica de ces iles, 816-Leurs dangers, Ribel, 22-Du Môle Saint-Nicolas, 44816-Ilfut les étudi T dans les ouvrages De Bombardopoli,, 58-Du Port-à-Piment,
de M.de Poyfgur, 816 Toutes ies Illes 88-Des Gonaives, 110-Del la) Petite Rivière,
des Débouquemens étaient comprifes fous le 175-Des Verrettes, 179-De Saint-Marc. nom de Lucayes, 816 1 Les Ffpagnols n'y 217- -Du Mirebalais, 246-De P'Arcahaye,
eurent point u'ctiblifiemens, 816-Concefions 264-De la Croie.de-Bouqeets, 399 - Du
acx Debeuquemens., 816, 817- Noms de Port-au-Prince, 402-De Léogane, 485quelques iiles, 810-Plans qu'on en fait, Du Grand-Goave, 492-Des Cayes de Jacmel,
817, 822-Malfains, 817-Prile de poffellion 520-De Jacmel, 521 - De Bainet,
parl la Frasce, 817 C/at-Iretatom 525-Du Petit-Goave, 562- Du Eeslit:
des Efpagnols dur eux 818-Les Anglais Negres, 571- De PAnfe. à-Veau, 590
L font detruire les marques de poffeffion de Da Petit-Trou, 602-D'Acquin, 623-De
France, 818-Reclamations des Anglais, Saint-Louis, 650-De Cavaillon, 661-Des
819- Oa paye une indemnité aux Anglais Cayes, 716 - De Torbec, 727-Du Portquiun en avait expuliés, 819 - Les Anglais Salut, 733-Des Côteaux,742- De_Tiburon,
y nomment un cummandant, 819, 820 -
746, 761-Du Môle, 745-De Dalmarie
Les Français s'empareat des Ifles Turques, 774 - De Jérémie , 789- V. le Tableau
820 8 fuis axte-D'après M. de Fuylegar, itnéraire mis à la téte de ce Second
il y a quatre Debcuquemens, 823 - Afles Volume. D'Orvilliers, --- Page 855 ---
D E S M A TIERES
D'Orvilliers (M.). Son éloge, 45-Ses combats Juinvantes.- - Ce qu'il fait à Dalmarie, 763. avec deux frégates Anglaifes > 45. Epiceries, 5o5.- V. Plantes des Indes OrienDominicains. Leur établiflement dans la Colonie, tales. 468 fuiwantes, 650, 653-V. Miffions. Epizootie de la Partie de P'Oueft, 12-Du CulDubois (M.). Son éloge, 45 Son combat avec de-fac, 28; 1 Au Port-au-Prince, 425 - - A
un forban, 4-Recoit une médaille d'or, s 45. Liogane, 479- Au Grand-Goave, 491
Dubois de la Motte (M. ). Son combat contre Au Petit- Goave,561 - A Cavailion, 059. trois vailfeaux Anglais, fous la Plate- Forme, Erreur. M Voy. Colonies. 56. Ejclaves. Reproche fait aux loix de 1787 en cc
Dibf de Carbin (M.). Son éloge, 761. qui les cuncerne, 361 I Prix reiatifà eux
Dubry (M.). Son opinion far les eaux de Boynes, qu'on devrait établir, 723 Réflexion fur la
72- Son inémoire fur le Port-à-Piment, 78, méchancetée qu'on leur impute, 752 -V.N
83,85.
Voy. Colonies. 56. Ejclaves. Reproche fait aux loix de 1787 en cc
Dibf de Carbin (M.). Son éloge, 761. qui les cuncerne, 361 I Prix reiatifà eux
Dubry (M.). Son opinion far les eaux de Boynes, qu'on devrait établir, 723 Réflexion fur la
72- Son inémoire fur le Port-à-Piment, 78, méchancetée qu'on leur impute, 752 -V.N
83,85. gres $ Nourriture. Du Cbilleau. (M.). Ses idées fur le Mole, 32- Elpagnals. Défaits en venant attaquer les GonaiConcéde feul à; plulieurs. Allemai.ds l'habitation ves, 89 Veulcnt prendre du terntoire aux
que le roi pouedait à Bombarde, 51 1 Ce Gonaives, 90 Leurs prétentions fur le
qu'il fut relativement: à la Partie du Sed, 691. Mirebalais, 227 Veulent attaquer l'ArDiportal (M.). Son fyfene fur la defenfe du cahaye, 248 Attaquent le Petit-Goave s
Môle, 30- V. Arrefement de Partibonite : 539 - Pilient les Cayes, 667 Pillent la
Cayes : Saint-Louis. Grande-Anfe 3 777, 781-Leurs prétentions
fer les Ifles des Debouguemens, 818. E. ERaing (M. d'). II invite les Acadiens de
New-York à venirà Saint-Domingue,
Eaux. Mefare de fontHnler,143-V. Arrofement. Ce qu'il fait au Môle à l'égard des Ta
Eaux Minirales. Du Port-à-Picu, 19. diens, 27, 28- Envoye des Acadiens à la
Eaux de Beynes. - V. Eaux Thermales du Port- Louifiane, 28 Refuic d'envoyer chercher
à-Piment. d'autres Acadiens en Amérique, 29- Fait
Thermales. Du Mirebalais, 244 - De la tout pour le Mole, 29 - Ne veut pas fouffrir
Croix des Bouquets, 302- - Dela Cahouane * qu'on donne fon noin au Mole, 29 1 Elt
- De la Grande-Anfe, 759-Des Irois caufe que le Môle devient un entrepôt, 29
RTP Dalmarie, 775 Analyfe de celles Croit Bombarde
à faire une place-forte,
dela Grande-Anf 775:
56 Son opinion ERVET le Port a-Piment, 88
du Port-a-Piment. Découvertes
Son opinion fnr le Port-au-Prince & la
un nègre & comment, 61, 66-Gueriffent Gonave, 436 Loué les phares des
ENg grand nombre de perfonnes, 63--Devien- Debouquemens, 829= 1l Cer Dibaugsemens
nent la propriété de M. de Rameru qui en fait Difenfe; Juif: Mircbalais; ; Pbares j Pert-àdon Putilité publique, 03-Leuranalyie, Piment. 63, T Es fuivantes. - La fource principale ERer. L'une des deux anciennes paroiffes de Léos'appelle Scarce ds Rameru, 64 - S'appeiient gane, 448: iI Son bourg, 443, 471 il AntéEaux de Boynes, 64- Leur Adminifiration, rieur à la Petite-Rivière, 448 Eglife, 448,
6; - Noms des différentes fources, 66-Ont 471 l Mouillage, 448 = Attaqué par les
une grande analogie avec celles de Barrège, Anglais, 448, 449 = Le confeil de Léogane
68-Ividladies qu'elles gudrinient, 68-iniciip- vient y tenir fes féances, 448 = Supprimé
tions, 71, 72.
Leur Adminifiration, rieur à la Petite-Rivière, 448 Eglife, 448,
6; - Noms des différentes fources, 66-Ont 471 l Mouillage, 448 = Attaqué par les
une grande analogie avec celles de Barrège, Anglais, 448, 449 = Le confeil de Léogane
68-Ividladies qu'elles gudrinient, 68-iniciip- vient y tenir fes féances, 448 = Supprimé
tions, 71, 72. comme paroiffe, 449=M. Auger, GouverÉducaticn. Quels moyens d'éducation on trouve neur de la Colonie y a eté enterré, 471 = M. au Port-au Prince, 379 - Point aux Cayes Deflandes qui ft le premier les fonétions d'In6g0. tendant de la Colonie 9 y a été enterré, 471
Eylife -V. Chague Faroife àf mot. iE Cimetière, * 471. Enfans. Famitles de 12 enfans vivans, 815
(Rivière de P) )=V. Artibonire. Fumilles de 1O enfans vivans, 815. Etang. De Miragoane 556: iI 3a polition, 564
Ennery (M. d'). Son opinion fur le Môle, 30- Son étendue, 564 i= Son port, 564 Seul
Sa mort, 31 Va aux caux thermales du poiffon qu'il ait, 565 I A des caymans s des
Port-l-Piment, 65-Defcription du monument tortues, du gibier, 565= Srejoncs, 565
Alevéaf fa memoireau Port-au-Prince, 9 372 & Ses brouillards, 505 Onilfe vide, 505,
Tome II. PPPPP --- Page 856 ---
T A B L E
Idéc qu'il peut fournir un Canal, , 559 Fontaine. -V. Cayes : Tacmel 3 Tirêmte
d'oà fon atpert eit remarquable, 509. Lengane 5 Petit-Goaz: 3 Pert. à-Pimset 3
Etarg
tues M V. Etang 1rF. Pert-au-! Princes Sain-Lonis; Saint-Marc. loux, 0+
Furt Reyal EV. dedu Parit-Gaave. lotifratiors. Du Port-a-lEca, 18-A Jean-RaDE:, 19-A Mo.e, 23 30, 31, 408
tomat:e,
32+ =Ibin, 805. laiventes.- Bonibarde, 3 Aux Gonaives,
Etaig
9, 259. 101 De SuintMarc, 199 3 2:5, 223tjor Ceax de la Perie de PO:2,4= Del'Arcahaye, 265-Du Port-: u-Prince, 313,
Mole, 39 E De Sr-Marc, 212 = Du 354,4 409,436 Bfiten-De Léoganc,
Hliebulais, 239= Da Port-au-Prince, 315
O, 471 I 472 Du Grand-Goave,
De Léogane, 162 = De Jacmel, 513= -
Des res de Jacmel, 5c6-De Jicmel,
DelaPad: du Sud, 53:-Dal Perit Goave,
L 7 DaPesit-Goave 0 541, - 42
47 De St-Louis, 632 - Des Cayes, 707 5++, 545 549-Du Fond-d.
éoganc,
Hliebulais, 239= Da Port-au-Prince, 315
O, 471 I 472 Du Grand-Goave,
De Léogane, 162 = De Jacmel, 513= -
Des res de Jacmel, 5c6-De Jicmel,
DelaPad: du Sud, 53:-Dal Perit Goave,
L 7 DaPesit-Goave 0 541, - 42
47 De St-Louis, 632 - Des Cayes, 707 5++, 545 549-Du Fond-d. - 50;
De Tiburon, 51 = De D.lmaric,70;-
Anie-a Veau, 534Da Petit- Trou,
De Jérémie, 785. 503=D'Acquia, 617= De Saint-Louis, 643
Énars ais d'smérigne.Ont fourni des maifonsau 544, 645--De Cavaiion, 655=Des Cayes,
Mole, 37 = Foarnifent du bois, 171, 812 705 S fivaste-Da Port-Saet, 735=Des
Leurs bâtimens viennent pécher la baleine fur Côteaux, 735, 738=De Tiburon, 749,750,
les côtes de jacmel, 504 = Débouquement 751=De Dunarie , 795,773=De jeremie,
pouryaller, 828. 788.-V.. Difonp. Erhegeasemarabies venus au Port-au- Prince, Forinme.(Hel V. Dibeuguemers. 409Venus à Léogane, 483, 484. Four à Chaux =-V. Momufudarer. Fcarrage =V. Rigne Légetel,
F. Foxr.N'ont point dafexu Port-au-Prince, 384. Frangois de Nesfibércas, M.)=Perd dans un
F:mmes. Combien elles étaient rares dans certains naufrage fur Pile de Moganc, fon manufcrit
lieux & pourquoi 3 757. dela traduétion de PAriofte, 827. Foucks (M. Staniflas),a fucrerie à Jean-1 Rabel, Fraccomageit 408 , 577, 701. 14Froment. Récolte au Mirebalais , 235=Réuft à
Fendioucires, publies. DuMale,3y-A Saint- la Croix des Bougucts 3 295. V. -
Rigne
Marc, 213 Au Port-au-Prince, 378-A Vigital. Léegone, 455- Jaemel,513- Au Petit- Frait-V. Rigne Vizital. Gcave 549 -Dc Szin:-Lonis 633: Aux
G. Cayes 707- -De Tiburon, 751-De Jérémie, Garde.(M.) = Employe le premier les tom788. bereaux à bafcule, 443. Fendodur-sigren Etendue decette paroidie, 553 Galifat. ( M de. )-Court le rifque de fe noyer
Limites, 56)-Eablifemens, 563 M. en allant du Port-de-Paix à Léogane , 23
de Binch en poltedait une grande partie, 563 Couche treize nuits par terre au Port-à-Pi-
-Caniens, 563,570., 571, 5721 Manu- ment, , 58.
afcule, 443. Fendodur-sigren Etendue decette paroidie, 553 Galifat. ( M de. )-Court le rifque de fe noyer
Limites, 56)-Eablifemens, 563 M. en allant du Port-de-Paix à Léogane , 23
de Binch en poltedait une grande partie, 563 Couche treize nuits par terre au Port-à-Pi-
-Caniens, 563,570., 571, 5721 Manu- ment, , 58. faélurcs 565,571, 572, 574,577- -Chemins, Gavcbé. (M. )=Elt nommé Direftesr des eaux
565, 70, / Temnperature, 567,, 570de Boynes, 65=-A analyfs les eaux de Boynes,
Dépendunce civile & militaire 569 Bourg, 67 =Prix qu'on lui à ces eaux, 69=
Eglile 570 - Marcchauffec, 570
Son éloge, 69=A G2NI au Port-de-Paix
Diltancea d'autres lieux, 571-Producions, que la mer s'eloigne 3
Découvre une
571,574, 577- Sol, 572 574-Infedtes qui minc de cuivre gris dans lipan plaine du Port-àlavaient aneanti, 573- 5 alceptible d'arrofe- Piment, 81-Fait un voyage minéralogique
mert, , 574-Etungt d'ou fortent deux rivières à Terre-Neuve, 81, 82, 8+. qui vont a la mer à fens oprofe, 57j Gens de Couleur. Excellens défenfeurs pour les
Centenaire , 575 Montagnes 3 576 -
Colonies,41 * 55 il Feraient d'excellens caPopulation 1 7 --Milice, 577- -Aurs,577 nonriers, 42 : Éloge d'Ibar quarteron, 226
Aun: loge deFrarci-magins, 577-Voyez il Eloge de ceux du Mirebalais, 229 11 Le
Miragsa Rocheleis. climat du Mirebalais leur ef très-propice, 238 --- Page 857 ---
DES M ATIERES
= C't tn quarteron qui eft Diredteur du Colonie ou d'une partie del la Colonie. Au
sp.chicle de Leogane, , 400=Truits de bia- Port au-Prince,
E A
voure de plufi:urs ycns de couleur d'Acquin, 403 UJuv= AS-Lowis, 353/iu 632. Léogene,
622=Trait de bravoure d'un mulitreà Pat- Goavernenr de la Colunic.Aredcau Petit- -Goade Scint-Louis, 641=De Jerémie, 806. ve, 541. EV Raiman.d; Lafneau. de la Partic de POucf,
Golfe de :Oueft. De la Colonie, s 7, 1O,
du Nord,2 2. 2,3. so1 étendue, 402=On y péche de la RdAET
du Sud, 2,3, 632. Gonaiecs, 504Son 80-Cette debouquement, 828. Général.. Réfide au Port zu- Prince,
dien,
habitées paroiffe porte un nom in- 353 =Son logement,353 8 Jniv.
ucf,
Golfe de :Oueft. De la Colonie, s 7, 1O,
du Nord,2 2. 2,3. so1 étendue, 402=On y péche de la RdAET
du Sud, 2,3, 632. Gonaiecs, 504Son 80-Cette debouquement, 828. Général.. Réfide au Port zu- Prince,
dien,
habitées paroiffe porte un nom in- 353 =Son logement,353 8 Jniv. II Enterrés
89-Ettient
par des Boucan- au Port-au-Prince, 372 =
à
a
niers 8--Attaquées par les Eipagnols, 89 455 il Entérré à
A réfidé Ikogane Le
Les Flibuftiers les frequentaient aufi 3 89 mier a réfidé à Léogane, Léogane, 541=' 457= Trois morts pre-
=Appartinrent au Quartier de PArtibonite, & deux enterrés au
à celui du Port-de-Paix, enfuite à celui Anccdote fur la mort Petit-Goave, de lun deux, 56z iE
S P'Artibonite & enfin à celuide Saint- Marc, Voy-fliainifratern
562=
= Deviennent une paroiffe, 90 , 91=Les Grand-Geate.Son nom, 485, 486= Goaveeft
cherchent iy empiéter,
un mot
Fad
Manufactures, 91, 98-Acquirent de Pétendue go= 486=1 Limites Indien, de 485 cette = Devient une paroille
parle dernier tracé des frontières Elpagnoles, = Plaine, il paroifle, 486,480,
486 Productions, 3
91-Limites, 91-Cantons, 92--Mlaine, 92 491 il Manufiétures,
491 486, = Monta- 487,
Sol de cette plaine , 92, 98-Montagnes,
486 = Cantons, 486, 487 = Sol,
92=Rivières, 92 ES fuivantes =Arrofemeas,
487= Eglife, 487 = 487
SCDA
93 Juiw. Projet de jetter les Trois-Ri- 488, , 491 iI Maréchaufice, Population,
vières dans la Brande - 9-Températute, 97 488 = Chemins, 488, d92 E Ponts,
=Produdions , 97-Bois, 98, 112-flattes, tance entre lui & d'autres 489 lieux, Ain.-- Dif
98-Côtes, 99=-La baie ie divife en quatre Côtes, 490 = Fortifications, 489, =
autres baies, 100 = On
y établir
tOhamt
pourrait
un de Lazaret, 490 = Milice, 491 =
carenage, 1OO= Fortifications, IO1, 104- ture, 491 I Trembiemens de terre Tompéra. Eglife, 101=Boarg, 101/U-uinti, Epizooties, 3 491- Preuves de
491 LE des
104= == Batcaux paflagers , I Canal pro- anciens Naturels, 492 =Dépendance P'habitation civile &
jetté, 105-Chemins, 105 DE Aipedt militaire * 492. du canton de la Défolée, 105 il Difance, Grands-Beis. Canton de la paroiffe de la CroixIC9 , 11C=-Pepelation, II 10-Milice, TI0 des-Bouquets, 293 = V. Marcchaffee, 110= Dépendance religieufe Grande-Anfe. Ce qa'on nommait Coenr-dor-Bengaete ainfi, -
civile & militaire, 1ro=Hliftoire Naturelle, V.Téremie. I1I=Abeilles, I12 =Minéralogic, 113- Guildiveries. Oi elics font défendues, M
Gotes,13-Eaux, 113-Phénomene rela- V.Mamfadurt. 170:
tifaux.vents, 113.
Marcchaffee, 110= Dépendance religieufe Grande-Anfe. Ce qa'on nommait Coenr-dor-Bengaete ainfi, -
civile & militaire, 1ro=Hliftoire Naturelle, V.Téremie. I1I=Abeilles, I12 =Minéralogic, 113- Guildiveries. Oi elics font défendues, M
Gotes,13-Eaux, 113-Phénomene rela- V.Mamfadurt. 170:
tifaux.vents, 113. Gonave. (Ifle la) M.del la Luzerne la fait relever
H. par M. de Sepmanville, 526- Sa fituation,
de 527-Btenduc, 527 = Latitude & Longitude Hlabitation. Moycn de tranfport des denrées, > &c. piuficurs points, 527 Batimens qui s'y 747. perdent, Ovando , - Son nom indien, 528
du Roi. Située à Bombarde. On la
y AZ mif.crer les Indiens, 528, concède aux Allemands, SI= V. St-Louis. Etabifemens s fi-Prodadiom.s5 529 Hatte, 225= V. -Concédee à M. le Marquis de Choileul, , & Ilenne (
Manufatiures. Porte un nom
avcc
échangée lui pour une peulion , 528= Rivière Baiede). de fon nom, 56 il Aublet Indien, avait 56: LE
Ce qu'on en fait maintenant, 529=M. de la une troifième peuplade d'Allemands à l'em- mis
Luzcrne y fait mettre des animaux utiles : 529 bouchure de cette" rivière,
Sa diftance
il A des fources, 529 Son utilité, 53C= de laville de
56=S
Température, 530-Sa poftionnautiguc.ss6 Ileeri(Cacigue) ). Bombardopolis; Son
7 56. Son canal favorable aux croifières, 585V. Anjes-à-Pitre. marheurcux fort, 496=
Gurvernement, Maifon où réfide le chef de la Henriguilie: i= V.Etarg/ali, --- Page 858 ---
$44
T A B L E
MFIN.).Iogésterd Ses travauxpour donner Trois enterrés à Léogane, 458, 471 Oil
de.eau: auPort-an-Pince, 357,, 369, 395 6 réfidait à Léogane, 404-V V.. Admunifraicars. fiunstes = Ses travaux pour l'arro,ement de Irois (les). Mouillage 3 747,754-La pointe de
Lcogane, 452. ce nom eft la plus Occidentale de SaintHiiaireNaturilie- V.Mamsfoderet ; Nicalfon; Domingue,
Latitude & longitude,
Rignedinals RizneMinerels Rigne Frg-tal. 755 -I Effet 1 brifes & des courans à ce
Hrsornage iE V. Bare des Flamands 3 Gayes 3 point, 754-Variation de la bouffole là,
St.-Louis. 755-Acception de ce nom 755, Plaine,
li-gjlies i= V. Dibouquemens. 1755-C'ek ii quel la mortaité
Hipatal. Du Port-au-Prince, 369 E/wi0.424,
Pindigo bâtard a commencé 7 755
PTALLT
Del Léogane, 464 /msi = Da Petit-Goave, Premier habitant, 755-Population, 756543= De St-Louis, 633 = Des Cayes, 701 Faits hiftoriques, , 756- Chemin, & 756.-
Voy.
ies i= V. Dibouquemens. 1755-C'ek ii quel la mortaité
Hipatal. Du Port-au-Prince, 369 E/wi0.424,
Pindigo bâtard a commencé 7 755
PTALLT
Del Léogane, 464 /msi = Da Petit-Goave, Premier habitant, 755-Population, 756543= De St-Louis, 633 = Des Cayes, 701 Faits hiftoriques, , 756- Chemin, & 756.-
Voy. Mortalité 3 Religicux de la Charité. Sont la limite entre Tiburon Dalmarie,
Hurloge,332. 756-Leur dépendance ancienne Sc actuelle ,
Ilorte (la)= = V. Montague dila Hotte. 736-Eaux thermales, 760-V. Tiburon. Hitres. = V. Rigue duimal. Ilea Vache. Situation, 717- Etendue , 717Côtes, 717 8 Juiv. - Latitude S: longiI. tude, 718-Eung Salé, 718- - Etang d'cau
douce, 718. - D'ob lui vient ce nom , 718--
Ibar=V. Gensde Couleur. Concédée à M. de Beauregard,711 18-Animaux
Imprimeries. = V. Petit-Guave; Port-au-Prince. qu'ily met, 718-Non concédée d'abord à la
Inague (Grande). Situation, 827, 829 = Sa Compagnic de St-Domingue, qui Uncorfairede Pobtient ennature, 828 = V. Dibongnemens. fuite.718- Etablifiemens, 719I Petite) Situation , 827 = Sa nature 3 la Jamaique Y a une métairie 719 - M. de
S29= V. Dibeuquomens. Prafin, miniftre, fc la fait donner, 719
Incendies. Précautions, 389 6 fuir. = Dans le Son utilité, 719 Elt-eile avantagcuie ou
port du Port-au-Prince, 404nuifible aux Cayes? 720. Indien iI V. Naturels de Pile ; Population. Tfe-au- Cbitear-V Dibuuquemens. Indigo. Mortalité de P'indigo bâtard, 755, Ifles du Débexgarmia-v. Dibeuquemens. 758-V. Mancfadzures ; Rigne Vigétal. ines Turgues. Les Américains des Etats-Unis
Irdigeterie-v. Marufadares. vonty préparer leur huile de baleine ,
Ingenieur en cbef. De la Partie du Sud, 536 Prife de polleffion par la France, 817 SCton
Réfide aux Cayes, 708. y fait du fel , 817- -On y met des
Jonsiose-y.frepicege
819-Conquiles par les Frangais, 820 ORN
Inquifition. Un Dominicain tente de Pétablir -Leur état à la paix, 825-Debouguement,
nombre, S24-Latitude &
dans la Colonie > 337. 824-Leur
longiInferiptions. Des caux thermales du Port-à- tude de plufiears points, 824-Noms, 824
Piment 71, 72-Projettées pour z fontaines -Situation, 824-Salines 824 - Saliniers
du Port-au-Prince, 339 - Des cazernes du qui y viennent, 824-- Productions 824,
Port-au-Prince, 352 De la fontaine de la 8z5, 286-Sol, 825 Établiffemens, 825place du gouvernement au Port-au-Prince, Nourriture des habitans, 825 Population,
387-Da maufolée de M.
824-Noms, 824
Piment 71, 72-Projettées pour z fontaines -Situation, 824-Salines 824 - Saliniers
du Port-au-Prince, 339 - Des cazernes du qui y viennent, 824-- Productions 824,
Port-au-Prince, 352 De la fontaine de la 8z5, 286-Sol, 825 Établiffemens, 825place du gouvernement au Port-au-Prince, Nourriture des habitans, 825 Population,
387-Da maufolée de M. d'Ennery,
835-Admiuitrstiun, 826 Température 826. les 9
Des pharcs des Débouquemens, 297 826--Jilots, 826 Phares,
Sont
la iôte de ce wvolune, pegewj. feules habitées des Débouquemens, 829
Infectes. Des canaux des eaux thermales du V. Dilenquemens. Sa baic,
Port-l.Piment, 73 Da Port-à-Piment, 79 URa-a-Pirrie-Tafpb,
764- Bourg, -
Eanemis de Pindigo, 125 Multipliés au 754, 757-Mouillage, 754-Plaine, 766 fon
Port-au-Prince : 426--Au Fond-des-Negres, D'on vient ce nom, 766 Pourquoi
533-Dela plaine des Cayes, 666-V.Rigne bourg eft mal fain, 767, 768 Rivière,
dnimal.
ic,
Port-l.Piment, 73 Da Port-à-Piment, 79 URa-a-Pirrie-Tafpb,
764- Bourg, -
Eanemis de Pindigo, 125 Multipliés au 754, 757-Mouillage, 754-Plaine, 766 fon
Port-au-Prince : 426--Au Fond-des-Negres, D'on vient ce nom, 766 Pourquoi
533-Dela plaine des Cayes, 666-V.Rigne bourg eft mal fain, 767, 768 Rivière,
dnimal. 707-Température. 768-Exige une fuccurIntendance-v. Intendant. fale, 708--Maréchaufte, 768--A un burcau
Intesdant. Réfide aul Port-au-Prince, 332 - Son de poite ,
Dalmarie. tôte
:
logement, 332 6 fin. Agens que fa Itinéraire 2 la de ce Volume
réndencc fixe au Port-au-Prince, 3 377, 378- V. Difance. Tacmel, --- Page 859 ---
DES M ATIER) E S.
J
Police, 16-Partie montagneufe, , 17 & Ig=
Facmel. Mis dans la Partie de POueft, 3, 492 Cantons, 17,19=Eaux 17= minérales, Côtes , 17 6 Aare-=Bois >
Lc commandant de la Partie de l'Oueft ya 19=Latitude & longitude Mineralogie,
" fa
D
réfidé, 3- Etat-major 4-A un officier =Milice , zo 21=Preuves de Putilité pointe de 19
d'Adminiftration, le
4 - Communication avec mouillage 20=Son embarcadère 3 21= Ses fon
Port-au-Prince, 431 6 Juin., , 476 juiv., chemins 21 26-Population, , 22-Diftance
518 fuiv. Communication: avec Léogane, à plufieurs autres lieux 22 = Eflais
475 Sfuiv. A été mis dans la Partie du naturalifer des
de
pour
Sud, : 492 Mis en paroiffe, 510 511 Yirimie. Ce qui plantes rend cette PInde, paroiffe 22.
Compris dans la conceflion de la Compagnie fante, 776=-Limites,
très-intéref.
de Saint-Domingue, 51c-Productions, , 51I, pect, 777--Montagnes, 776-Erendue, 777, 780--Partie 776--AL plane,
Surface, 514-Eglife,
Limites, 511 521777= Cantons, 777; Etabliffemens, 778--
SINAE Sol,
plane, 514-Montagnes, 778=-Devenu paroifle, =
les
mhi7' par
Rivières, 514, $14- 518--Tempirature, Manufaétures, 514- Efpagnols
778 = Eglife , 778, 782
Tremblemens de terre, 515: 520-Popula- 515
Dépendance fouffrent des 243: Colons & de militaire, 778=Ce qu'y
tion, 516-Milice, 516- Côtes, 516;5 521 A été le refuge des Saint-Chriftophe,
-Baie 516-Arbres, 517 Fortifications, Les cacaoyers y périflent, nègres marons, 778 2
517-Importance de fa pofition, 517 E5 fuiu. 63 Jain. = Rivières - UA frio. Côtes,
Dépendance fouffrent des 243: Colons & de militaire, 778=Ce qu'y
tion, 516-Milice, 516- Côtes, 516;5 521 A été le refuge des Saint-Chriftophe,
-Baie 516-Arbres, 517 Fortifications, Les cacaoyers y périflent, nègres marons, 778 2
517-Importance de fa pofition, 517 E5 fuiu. 63 Jain. = Rivières - UA frio. Côtes, Iui -Chemins, 518 Juir. Diftance entre Juin. = Chemins , 780
= Sol 779
& d'autres lieux. 521 - Mines, ,
780,
EA
521- 789, 798 =
du Trou. Faits hiftoriques, 521,
Bourg
Bonbon, 781=
(ville de), 511 - Divifée en Haute & Cimetière, 781 : 785 ; 792 * 794 I Ancien
Biffe-Ville, 511, 512-Maifons, 511:512 789-796--Sa bourg,781--Son Grande nom s 782-Points de vue,
Température, 511 - Rues, 511 - N'a ni Anfe, 790 = Bac , 790 rivière = de la Grande- de
place ni marché, 511-Souvent appelée le vière la Guinaudée, 791 = Dangers Faits fa ribourg, 512 Fontaine projettée 512
793 = D'ou vient le nom de hiftoriques, 3
Sénéchauffee, 512 65 /w-Juridiction fifeale 793 3 794 795 800 =Ce divers points, 3
de la Compagnie de Ssint-Domingue, 512- Delert, 798--Population qu'on nomme le
Amirauté, 513-Etat-major 3 513 Officier Température, 806--Tremblemens 806-Milice, de 806
FAST-RATHITTONiNeTPtes 807 = Hiftoire Naturelle
E5 terre,
513-Potle aux lettres, 513-Marechautice, Crabes, 810-Nourriture des 807 Juia
513- Mouillage, 515, S16. - Commerce, -Preuvede lhabitation des Naturels, nègres, 612
517-Maurs.522
813=
Tacobins-v. Dominicains $ Miffens. Epizootie, a multiplié 81 3= Facilité avec laquelle on y
Tamaigue. Expédition de M. Ducaffe contre Tirimie. (Ville les de)Situation, conceffions , 815. cette ile, 539 & fairantes. deux partics, 783- Maifons 782--Divifée ,
en
Yardin Reyal" des Planterou Jardin Botanique 786 = Place, 783-Arbres, 783, 784,
au Port-au-Prince, 36s-Situation & étendue,
-Manque
- 783--Rues, 783
-
365- Où il était d'abord, 366 Par qui 784-Eglife, d'cau,784 784 Fontaine projettée,
établi, 366-Qui en a été chargé, 367, 368 de Phabitation des anciens Binitisr. 784 Preuve
-Quien eft chargé, 368 - Objets qu'on
Cimetière
Naturels, 784=
trouve 9 368 - Duit beaucoup à M. de % jor, 785, 3 786=Ef , 785--Poudrière chef-lieu , d'un 785-Erat-maLuzerne, 368-Local mal choifi, 368. 785-Omcier
Qgartier,
Tean-Rabel. (paroife de ) Limites, 13=Partie Sénéchaufiee, d'Adminifration.
-Quien eft chargé, 368 - Objets qu'on
Cimetière
Naturels, 784=
trouve 9 368 - Duit beaucoup à M. de % jor, 785, 3 786=Ef , 785--Poudrière chef-lieu , d'un 785-Erat-maLuzerne, 368-Local mal choifi, 368. 785-Omcier
Qgartier,
Tean-Rabel. (paroife de ) Limites, 13=Partie Sénéchaufiee, d'Adminifration. l
, 785 786=
plane, 14--Produdions, 14, 17, 19==Po- de Juftice,
Amirauté, 785 il Palais
pulation 3 14, 15, 22=Sol, 14, 17=Plaine, merce, 786=Port, 756-Mareehauffe, 786 & Com14=Propre aux fucreries 1 14-Eaux, 14= tude, 787 Afpedt, 787-Latitude 8
longi
Bourg, 15 piv. - Ett Feu ancien, 9 15= Mceurs, 3 788- Spedacle, 88--Fortifications 788
Eglile,15 iv. = Mouillage, 15, 20 = 788 Fonctionnaires publics, 788-Wauxhall, 788 i= SublisTome iI,
--- Page 860 ---
T A B L E
tances,789- Pénurie d'argent, Providence de la Pointe de Jean- Rabel, 19=DuN Mole,
qu'on y projette,789 iM Diltance entr'elle & 36 I Du Cap à-Foux du Môle, 46= Dela
d'autres lieux, 789. Piate-forme, , S3 11 Da Mornela Pierre aux
Tenberrdela Mette. (M.) Eloge dece Médecin, Gomives, 99. il De la pointe de St-Marc,
442--V.Tarin Royaldes Plantes. 222 I= Delaville du Port-su-Prince, 405 iM
Tuifs. Arbitrairement taxés par M. d'Efaing, Du Fort la Pointe à Léogane, 469= De plu618. 635:
fieurs points del la Gonave, 527 = Du tapion
Knsules. (M. de) Vicc-Amiral anglais, prend du Petit-Goave, 549=1 De la baie de MiraSaint-Louis, 6;8 il Devient éperduement
567 iM Da vetifdu Rochelois, 586=
amoureux d'une créole de Léogane, 641-Ce RER Dc pointe Eft du Becdu Marfosin.593 -
qu'on attribue à cette paffion , 641 = Va à De Pilctappellé Grande Caimite, 596 Dc
Tiburon,
points de" la baie d'Acquin, 617- De pluKrecked ( ile 3. i= V. Débouquemens. feurs points de St-Louis, 649 De Ja batterie royale des Cayes, 1 De plufeurs
L. points de PIfle à Vache, 3 - De la pointe
de PAbacou, 731 - - Del pointe à Gravois,
Labat (le Père ), :449, 481, 432, 606. 731; - Du tapion des Chardonnières, 740
Labourage 9 659 U N Manwfadures. - De plufieurs points de Tiburon,
Lac de Xaragua iN V. Etangfalt. 754 - Del la pointe des Irois,754 is
Lagune d'Asuy = V. ExangJawmatre. rochers appellés les Baleines 3 764 De la
Lalande (M. )= = V. drrfunent de la Plains de pointe de Jerémie,7 787 De plufieurs points
Parcabaye; ds PArtibonite. des Debouquemens, 823, 824, 827, 823,
La Luzerne (M. de ). Loué pour avoir donné 829.
. 754 - Del la pointe des Irois,754 is
Lagune d'Asuy = V. ExangJawmatre. rochers appellés les Baleines 3 764 De la
Lalande (M. )= = V. drrfunent de la Plains de pointe de Jerémie,7 787 De plufieurs points
Parcabaye; ds PArtibonite. des Debouquemens, 823, 824, 827, 823,
La Luzerne (M. de ). Loué pour avoir donné 829. de l'eau au Port-au-Prince, 339, 398-Eloge Laval (M.de), Colonel du régiment du Portde fes vues & de fes foins pour le jardin bo- au-Prince, 351, 352,353,
tanique du Port-au-Prince, 369: = Fait lever Lefebure Desbayes (M.). I A71 Panaly(e des
le plan de la Gonave, 526. eaux thermales du bras gauche de la rivière de
Laporte Lalanne (M.de). Imputation calom- la Grande-Anfe, 775 - Ses talens fes tranicufe faite à cet Intendant, 317= Se fait vaux, 814. donner une partic du terrain de P'ancien gou- Ligion de Saint-Demingss, 350 & faivantes. vernement de Léogune & l'eau quiy fervait, Ligunes - - V. Rigne Vigital. 464= Enterré à Leogane, 458 = A vendu Liogene. État-major 4 - - A un oficier d'Admice quilui avait été donné à Léogane, 464. niftration, , 4: Son origine, 443 - Lesvilles
Larmage (M. de). Ses foins avec Maillart pour de Ste-Marie de la Vraie-Paix & de Ste-Marie
l'arrofcment de diverfes parties, 9+, 95,123 du Port étaient dans fon territoire, 443 - Son
= Fait cultiverie riz au Mirebaiais, 229- nom Indien était Toguana,
Fait analyferleseaux thermales du Mirebalais, Attaques qu'il fouffre fous dtt Efpagnols,
244= Une habitation de PArcahaye encore 445 fivantes - Les Elpagnols Pabandonappellée la Générale, parce qu'elle lui a ap- nent, 446 - Quand établi par les Français,
partenue 7 249 11 Fait rendre propre aux voi- 446 - - D'Ogeron était au nombre de fes fontures la communication entre Saint-Marc & dateurs, 446- On y forme Pétabliffement de
PArcahiye, 258 I A enfeigné avec Maillart la Pointe, celoi de PEfter & celui de la Petitecomment l'on fait aimer l'autorité, 346 Rivière, 446- Partie de fes habitans périfEf le premier avec Maillart qui procure de fentà Porto-Rico, 446 - - Limites de cette
l'ezu au Port-au-Prince, 398 = Ouila été paroiffe, 449, 475 Plaine, 450; 454-A
enterré dans Péglife de Léogane 457, = Son eu la premiére fucrerie de la Colonie,450éloge, , 457, 727, 729 DE Détails perfonnels, Productions, 450,451, 454,472 Riviè458 = Fort occupé del'établiliement dePAcul res, 451, 474, 476 Arrofemens 3 451,
du Petit Goave, 542, 543 iE Fait faire avec 474 Cantons, 454,472 - Bois, 454 -
Maillart un chemin pour paffer le Morne de Température, 454, 477 Ses habitans reTiburon, , 754 = Fait faire de méme le chemin demandent une Sénéchauffée & une Amirauté,
duMome de la Seringue 774.
= Fort occupé del'établiliement dePAcul res, 451, 474, 476 Arrofemens 3 451,
du Petit Goave, 542, 543 iE Fait faire avec 474 Cantons, 454,472 - Bois, 454 -
Maillart un chemin pour paffer le Morne de Température, 454, 477 Ses habitans reTiburon, , 754 = Fait faire de méme le chemin demandent une Sénéchauffée & une Amirauté,
duMome de la Seringue 774. 459- Rade, 468, 469 - Côtes, 468Lefneau, mulitre. Son eloge, 793. Fortifications 469 3 470 3 471, Ce
Latitude B Longitude. Da Port-à-lEcu, 18 il qu'on nomine "a Peinte, 409-Latitude & --- Page 861 ---
D ES M TATIERES
longitude, 469 Bourgade de la Pointe, Limites des Paroiffes - V. Chaque parcife à
470- Ponts, 470, 475 Embarcadère de fon mot. l'Efer, 471-M. Auger, Gouverneur, enterré Longstude-V. Latitude. àl P'Eter, 471 - M. D:landes, Intendant Lousfiane. On y envoye des Acadiens, 28
enterre à l'Elter, 471 Montagnes, 472, Raifon d'en déplorer la cetlioa, 37 - Scs
475 8 Juivantes- Sol, 472 Minufactures, malhcurs, 801. 473 - Population , 473 Milice, 473
Nouvelle). Ce qu'on nommait ainfi
Chemins, 473, 475 Défenfe, 475 Che- à Saint-I Domingue, 801. min de Jacmel, 476 Juivanter Pofition dc Louifianais. OiPon veut placer ceux qui vienla Crête à Piquans, 476 Tremblemens de nent à Saint-Domingue, 801. terre, 479 - Maladics, +79 Hiftoire na- Lugé (M. de). Genre d'hofpitalité qu'il exerçait,
turelle, 479 8 faivantes. Preuves de Pha- 225. bit.tion des ancieas Naturels, 481 - MonuM
ment étiit fur fon territoire, 481 &S Juin. Regoit a premier mortier à bombes envoyé de Magoxne du Bon-Dieu. Ce que c'eft, 662. France, 483 - Éloge de fes habitans, 484- Magnitifne. Son fort dans la Partic du
Son ancienne fplendeur, 3 484 Mceurs, 484 Maillard (M.) Enterré à Torbec > 727 Sud,715. -Son
Reproche relatif à la nourriture des efclaves, éloge 727 8 Jaiv.-V. Larnage. 484 Eit chef-licu d'un Quartier, 484 - Malde Macboire, 660. Dépendance civile & militaire,454
Maladies-v. Tempirature. Liegane (vilie de). S. Aituation,454. 436
Maladie deSiam,
Oa elle a été dubord.454-455 - Devient ia Mamfndures. De ARanie la
de l'Oueft, -
refidence des Adminiftrateurs, 455, Ren- De Jean-Rabel, 14, 17: 19-Du Môle, 13 43
verfée par le tremblement de terre de 1770, -De Bombarde, 47-Da Port-à-Piment, 85
455 Ses rues, 456 Maifons, , 456- Des Gonaives, 91,98 Dela plaine de
Piace, 456- Marche, - Arbres, 456 PArtibonite, 125- De la
-
Eglife, 457 8 fairn.
Ren- De Jean-Rabel, 14, 17: 19-Du Môle, 13 43
verfée par le tremblement de terre de 1770, -De Bombarde, 47-Da Port-à-Piment, 85
455 Ses rues, 456 Maifons, , 456- Des Gonaives, 91,98 Dela plaine de
Piace, 456- Marche, - Arbres, 456 PArtibonite, 125- De la
-
Eglife, 457 8 fairn. fimt eft en- 170, 171-Des Verrettes, Petite-Rivière, 176-De Saintterré, 457-M. del Montholon, M. de Laporte Marc, 186, 222-Du Mircbalaie, 235
Lalanne & M. de la Chapelle, Intendans, y De P'Arcahaye, 248, 251-Du 229,
ont été enterrés, 458 - Cimetières, 458, 282-De la Croix-des-i Bouquets, Cul-de-Sac, 295,
459 i1 Avait une Senéchauffce, 559 Prie 305, 306-Da Trou-Bordet,
Portfons,
= Fontaine
459 Sources, 460
pro- au-Prince, 410, 411-De
jettée, 460 = Tremblement de terre, 460 l Du Grand-Goave, 485, 491 - Des
Spe@tacle, 460 Sfuiv. il Etat-major, 462 de Jacmel,
MERUE
Garnifon, 163 - Fonélionnaires publics, -De Bainct, 504,505, 523,525 509-D:J Dela Jaemel,514 Partie du
463 I Maréchauifée, 463- =Ancienne maifon Sud, 534-Di Petit-Goave, 558-Du Fonddu Gouvernement, 463 = Eaux, 463, 466 des-Negres, 565,
- De
M Hopital, 464 65 Jeiv. I Ancienne Provi- Nippes, 580--De
dence, 85 Juin. = Canal
53;-Du
KEReM
projetté entr'elle Peti-Trou, 569, 60z 1
la
D'Acquin,
& Pointe, 470 l Pourrait faire une place 610, 611, 619-De Saint-Louis, 609,
fermée, 472 = M. de Baas y vient, 483 = Cavaillon,637 - De la plaine des
Etrangers remarquables qu'elle a reçus, 483, 668,
CE
685-Des
De Torbec,
une
Cayes,712484= On y a fondu cloche pourl le Port- 723, 726 - Du Port-Salut, 733 - Des
au-Prince, 484: = Pofte aux lettres, 484 = Di- Côteaux, 740-De Tiburon, 757-D: Dalligences, > 484 = Diftance de plufieurs. lieux, maric, 774-De Jérémie,
485 Ll Hommes à louer, , 485 = A été la Marbois (M. de). Intendant. 805. Loué pour avoir
rélidence du premier Gouverneur-général de donaé de l'eau au Port-au-Prince,
la Colonie , 541. Maricbaufie. Dc Jean-Rib-l, 16 - 398. Saint-Marc,
3274 Muie,
Libraire. A
213 : Au Port-au11d-De) Pancien Quartier
Prince , 379165-De la Petitc-Rivière,
Limites.
à louer, , 485 = A été la Marbois (M. de). Intendant. 805. Loué pour avoir
rélidence du premier Gouverneur-général de donaé de l'eau au Port-au-Prince,
la Colonie , 541. Maricbaufie. Dc Jean-Rib-l, 16 - 398. Saint-Marc,
3274 Muie,
Libraire. A
213 : Au Port-au11d-De) Pancien Quartier
Prince , 379165-De la Petitc-Rivière,
Limites. ia Partie
Brdacte
Avcc
Efpagnole, 91, 9 166, 170-Des Verrettes, 177-Feit la police du
227, 288 1 493. fpeltacle à Saint-Marc, 204-Du Mont-Roui,
de la Partie d-POueft, I. 217--D.Virebaats, 59-Delaratayness
duSud,531. De la Croix des Sunquers > 309 Du --- Page 862 ---
T A B L E
Tata-Ping.3A-Del Léogane, 463= il -Manufidures, 229, 235 - Produifait du
Du Grand-Goave, 488: = Des Cayes de riz, 229, Rivières 230 E5 faivanter
Jacmel, 509=De Jacmel, 513-De Bainet,
Baurg, 231 Eglife, 232 Cantons,
524=Du Petit-Goave, 548--Du Fond-des- 233 fis Chemins , 233 fuio. 2406
Negres: 570 L1 De P'Anie-a-Veau, 585= faiv.- -Surface 255 Plaine
De lAfle, 569 = Du Petit-Trou, 602- - Ony a récolté du froment, 235-Sol,235 285-Hattes,
De Saint-Louis, 033=De Cavaillon, s 658= 237- Température 237, 238 Reçoit des
Des Cayes, 707 = Des Côtezux, 737 = Acadiens 237- Population, 238-Prefque
De Tiburon, 751=Del T'Ilet à Pierre-Jofeph, Centenaire, 238-Caraétère de fes habitans,
768=D:] Dainars.770=-De. Jérémie, 3 786. 238-Milice
- Maréchauffée, 239Marie, 75:
Dépendance Tail & militaire 3 240 - Potte
Maris (M. ). Son éloge, 44, 45. aux lettres 3 240- Confidéré comme le réduit
Mazure (M.) So. éloge, 198,
naturel de la Partie Frauçaife, 240-Difficulté
Mcr. S'éloigae des coies e paroiffes du Port- des charois , 283 Débouché 243 On y
de-Paix & du Por -2- inpat, 4=V. Maris. demande des chapelles fuccurfales, 243
Mefares-V. di 2.18. Bac projetté 244-Eaux thermales, 244 63
Mitéorologie = 2.11,. Juiv. Diftance où ilelt de plufieurs lieux,
Milice.De Jean-Rabel & fon éloge 7 20, 21: il 246-Pofition militaire, 246,441. Du Môle, 43-De Bombarde, 57=Dul Port- Mifion Apepclique.
is. demande des chapelles fuccurfales, 243
Mefares-V. di 2.18. Bac projetté 244-Eaux thermales, 244 63
Mitéorologie = 2.11,. Juiv. Diftance où ilelt de plufieurs lieux,
Milice.De Jean-Rabel & fon éloge 7 20, 21: il 246-Pofition militaire, 246,441. Du Môle, 43-De Bombarde, 57=Dul Port- Mifion Apepclique. Des Dominicains 3 335 8
à-Piment, 83- Des Gonaives, IIO il De Juiv. 530-Ses propriétés à Léogane, 3 à Ca:
P'ancien Quartier de PArtibonite, 165=De la vaillon, 335 Jwiv. Petite-Rivière, 171=Des Verrettes 3 1793 il Mifionnaires. - V. Milfon. De Saint-Marc, 212= Du Mirebalais & fon Maurs. De Saint-Marc, 206, 212-Du Portéloge, 239-De PArcahaye, 252=Du Cul- au-Prince, , 408 De Léogane, 48+ = De
de-Sac, 268=De la Croix-des-Bouquets, 305 Jacmel > 522 - De la Partie du Sud , 536-
=Troubles pour fon rétabliffement, 309= Dul Fond-de.-Negres, 577 - D'Acquin, 623
Du Trou-Bordet, 315=Du Port-au-Prince, -De la plaine des Cayes, 689-De la ville
412=-De Léogane 473=Du Grand-Goave, des Cayes, 708 iE De lérémie,788. = Des Cayes de Jacmel, 509 "I De Mogane. (Jlle de) Situation, 827-Batimens qui
Pa & fon éloge, , 516= De Bainet, 525 s'y perdent s 827-V. Dibouguemens. i= Du Petit-Goave, 558 i= Du Fond-des- Méle Saixt-Nicelas. Son Etat-major > 4-A un
Négres, 577 i1 De PAnfe-à-Veau, 589 iI officier d'adminitration, 4- Ses cures font
d'Acquin, 620-De Saint-Louis & fon cloge, deffervies des Capucins, 13- Elt mis
641, 647--De Cavaillon, 658-Des Cayes p dans la Palra de POucit & poarquoi,13.31712--De Torbec, , 725=Da Port-Salut & fon Ila été nommé le Gibraltar du Nouveauéloge, 732-Des Côteaux & fon éloge,738, Monde, 22-Sa découverte, 22-Ainfi nome
741-Dc Tiburon & fon éloge, 753,754, me par Chriftophe Colomb, 22- - Colomb y
Dalmarie &c fon éloge, 766,775 mouille une feconde fois 23 iI Refte ignoré
KTate Jérémie, 8c6. pendant ans, 23 - Opinions fur la valeur
Mineralagie. V. Règne Vigital. politique " Mole, , & Juiv. Propolitions
Mine. 1 Rigne Mineral. pourl'etablir, 24- Abt y établit des AcaMiragoant. Canton de la poroiffe du Fond-des- diens, 26 i5 Jiv-Ses chemins, 23; 26 ,29,
Negres, 564 1 Cc nom cft indien, 564- 36=Sa rivière, 26-On y envoye des AlleMines, 554, 566-Sol, 565-Baie, 566 85 mands, 27-Declaré port franc, 28, 29Jasvantes.
etablir, 24- Abt y établit des AcaMiragoant. Canton de la poroiffe du Fond-des- diens, 26 i5 Jiv-Ses chemins, 23; 26 ,29,
Negres, 564 1 Cc nom cft indien, 564- 36=Sa rivière, 26-On y envoye des AlleMines, 554, 566-Sol, 565-Baie, 566 85 mands, 27-Declaré port franc, 28, 29Jasvantes. - Embarcadère 567 Defenfe, , Fortifications > 29, 30, 31 40 63 Jmin,
567- - Latitude & longitude, 567-Bourg - Population, 29 3 38, 42-M. d'Eitaing refufe
568- Commerce, , 568 - Chauilée, 568, de lui laiffer prendre fon nom, 29 - On
581.-V.. Etarg de Miragoane. y avait mis une Amirauté 1 30 - Reçoit
Mina-por-zot V. Diborquement. fucceilivement MM. de Nolivos, de Vallière,
MorcLnleis. Etat-major 4, 239 - N'a point d'Ennery, de Bellecombe, du Chilleau 7 30
d'officier d'adminiftration, 4-Situation, 226 E5 farw.-On interdit fon portaux
-Limites, 226 85 Juiv. - Prétentions des 32-A déjà coûté plufieurs millions étrangers, 3
Efpagnols fur lui, 227 - D'où lui vient ce Limites, 32, 46
confidérable 32-Ses
Très-peu
nom 229-Refervé dans Porigine pour des comme paroiffe 3 32 - Son
eft
hattes , 229 - - Produétions, > 229 3 230, 235 dans fon port, 32=Côtes, 3* 6 importance fuiv.34 460
Baie --- Page 863 ---
D E S M A TIE R E S. Baie, 33 tfaiv Prefqu'ile ou Péninfule, 33, Montagne de la Selle. La plus élevéc de la Partie
346 Juiv=Ville, 366 Jurv. defOueft, 297, 475-3a hauteur
Aati & longitude, 36 fain --Ses rues, culaire, 293- Sa température, . 5c6, perpendi- 809. $6-Maifons 37-Piace d'Armes, 37=ion
de Tiburon , terminée par le de
eau , 37-Eglilc, 37-Ses jardins, 38-Ses ee nom. Sa hauteur
cap
Brifes, 38-Un incendic, 38=Ses habitans
du Macaya, perprndicalaire,741. 760, 801. Pabandonnent s 39 E Effets quel'on attri- Mont-Roui. Canton divifé 725, entre trois paroiffes,
bue à la fuppreihon de ion entrepôt, 39 218-Onyprojete une paroiffe, 216--R.vie-
-Etat-Mjor, 39 il Fonélionnaires publics, res,317.Bourg, 212-Marechaufe, 217.
ic, 38=Ses habitans
du Macaya, perprndicalaire,741. 760, 801. Pabandonnent s 39 E Effets quel'on attri- Mont-Roui. Canton divifé 725, entre trois paroiffes,
bue à la fuppreihon de ion entrepôt, 39 218-Onyprojete une paroiffe, 216--R.vie-
-Etat-Mjor, 39 il Fonélionnaires publics, res,317.Bourg, 212-Marechaufe, 217. 3Ses cazernes, 39-Opinions fur la defti- Moreau I M. l'abbé ). Premier fondatrur de la
nation & fur Pimportance du Môlc 3 40 65 Providence du Port-au- Prince, 6s
fiv-Le Môle a befoin de canonniers, 42- Morne. V. Montogres. 380 Fiivs
Eloge des canonniers qu'ila, 42-Ses cantons, Mortalitis. De Pnopital militaire du Port-au4:-Productions, * 42 43-Minque d'appri- Prince, 424-Comment fupputées dans la Coviionnemens en tems de guerre s 42=Mifice, lonie, 424 -De Phôpital militaire de St- Louis,
4-Tremblemens de terre, 43- Dependance 633-De l'hôpital militaire des
militaire & civile, 44 Ce qu'ii exige Moulin. Y.Mussfadtures. Cayes, 701. quant à PAmirauté, 44-Bateaux pallagers, Moxard (M.). Idées fur l'arrofement des rues
4+- Diftance de pluficurs autres lieux, 44= du Port-au-Prince, 398. - Obfervations fur
Chemins , 44=Ua Archevèque de Santa-Fé y des infectes 413- Calculs fur les mortalités
officie, 44 Ses hommes remarquables * 44 65 des hôpitaux, 425: Opinion fur un canal à
de Juiv-Ses & parages dans le font très-dangereux en tems Léogane : 470-Opinion fur un monument de
guerre
mauvais tems , & pour- Léogane, , 482. s 45 -Et intéreffant pour le Naturalille
N. I: le militaire s 46= Température A 97 Les
Anglais avaient la prétention d'y mouiller à Naturels de PIfe, 88. - Preuves de leur habitaMontagner. leur gré, Connexion 762. générale de celles de tion,113, 688, 221 9 481, 508, 526, 589, 621,
6-Plus faines
734, 759, 784, , 813 - Lieu oà iis
Pilc,
quel Môle, les plaines, 3 12-De avaient mis le paradis & leur croyance à cet
Jean-Rabel, -De
17-Di
34, fuiwanten égard, 771 Travail curieux qu'on leur attriBombarde,54-D. Port-a-Piment, 60
-
bue,78z. Des Gonaives, 92 De la paroiffe dela Nedtoux ( M ), Botanifte. Son éloge,
Petite-Rivière, 168 futranters 171-Des Negre. Qui découvre les eaux thermales 368. du
Verrettes, 176 De Suint-Marc, 182, 214, a-Piment , 61-Trait de
d'un Port218- - Du Mirebalais, 235-Del PArcahaye, 219-Capitaine de nègres-libres, courage nègre,
254-De la Croix des Bouquets, 297; : 307- de la conduite d'un
412-Éloge
Du Port-au-Princc, 411, 412-De Léogane, Nigres.
les 368. du
Verrettes, 176 De Suint-Marc, 182, 214, a-Piment , 61-Trait de
d'un Port218- - Du Mirebalais, 235-Del PArcahaye, 219-Capitaine de nègres-libres, courage nègre,
254-De la Croix des Bouquets, 297; : 307- de la conduite d'un
412-Éloge
Du Port-au-Princc, 411, 412-De Léogane, Nigres. Leur nourriture, negre, 12 - 423des
427, 475 fuivantes --Chaine qui prolonge lexes, 13, 534- Prime pour Proportion leur introducla Selle, 476-Du Grand.Goave, 486-Des tion, 535-Superdition, > 619, 660- FunéCayes-de-Jacmel, Bainet,
505-De Jaemcl,514-De raiiles, 708 - Population remarquable de
Partie du 525-Leur Sud, 532, compofition, 807 8 fain. Petit- Negres, travail, ou 723 de - les Manière faire de ies appellerau
en
HTRE
Goave, 557-Du Fond-des-Negres, 576-Du en afait des foldats à revenir, 742- On
Petit-Trou, 599-D'Acquin, 613, 614-De Nourriture. "Tiburon,7 753-Voyez
Saint-Louis, 045-D-Cavailon, 6;1 Qui
du Roi. Leur utilité,
bordent la plainedes Cayes, 687 De TorMarons. V.Auera-Pirie 40400-Hogs.40y. bec,724-Des Côteaux, 740- DeTiburon, Nicolfon ( le père ). Préfet des Dominicains. Son
745, 748,748, 753.757-Dc Dalmarie, ouvrage fur Phiftoire naturelie
769, 771 - De Jérémie, 777, 780,7 789, 485. de la Colonie
802, 814 Juiv V. Rechelais; Tapion. Nuppes. Formait un Quartier, 578 Eut
de la Hotte, , 533, 601 , 725,734, chapeile, 578 - Devient paroiffe,
une
801, 809-Sa fituation, 737, 741 - Sa forme, Colons s'y révoltent contre
578-Les 578. 741 Sa hauteur perpendiculaire, 741-Vue Population , 578, 579,580 d'Ogeron, - Celle d'étre
qu'clle procure, , 741-Sa chains,745,753- une paroiffe, 579- -Emploi vicieux de ce nom,
Tome II,
Krrrr r --- Page 864 ---
85o
T A B L E
$79-MenstAares, ;80-On:on dit qu'était raine, 4 -A le Confeil fupéricur de Saintfon premier bourg, , 582 2-Oi l'on dit qu'était Domingu: dans fon territoire, 5 - A trcis
fon fecond bourg,
Cimetière. 9 583. Sénéchauffées & trois Amirautés, - A 17
Noliruos (M. de). On rde doit les premiers cafers paroiffes, 5 Contient trois plaines, 5 -
de la Partie de j'Oueft 1 481.
aine, 4 -A le Confeil fupéricur de Saintfon premier bourg, , 582 2-Oi l'on dit qu'était Domingu: dans fon territoire, 5 - A trcis
fon fecond bourg,
Cimetière. 9 583. Sénéchauffées & trois Amirautés, - A 17
Noliruos (M. de). On rde doit les premiers cafers paroiffes, 5 Contient trois plaines, 5 -
de la Partie de j'Oueft 1 481. Scs montagnes, S N Ses côtes, 6-1 Ports,6
Nerds (les).- V. Tompirature; Vent. Communication avee la Partic du Nord,6
Nozrriture. Des Colons dansla Partie de POueft, - Celle du Ncrd lui efl fupérieure, 6
12-Des nègres dela Partic de P'Ouelt, 12Supériorité fur celle du Sud, 6- Sol plus
Des nègres de la Partie du Sud, 536- -A léger que celui de la Partie duNord 6- Son
Léogane 2 484 - Au PeritTrou, 603- Des fol, 6- A befoin d'arrofement, 6- Pournègres à Acquin, 620-A Cavaillon, 657- quoi elle a moins de pluie que celle du Nord,. Dans la plaine des Cayes, 633-AJeremie,
Température, 7, 12- Coups de vent,
812. DE Tremblement de terre, 8 hivanes 1
O. Maladies, Il- Population, 12 - Manufactures, animaux, 13 Religicux qui en defOfciers a'diminiirasies. Subdélégués de l'In- fervent les paroiffes 13 - D'ou lui font
tendant, 4- Au Mole, 4-4 Saint-Marc, venus fes premiers cafiers, 481. 212- Au Port-au-Prince, 3 377-A Jacmel, Partie du Nerd, 2 Son ancienne divifion 3 3
513-Dansl la Partie du Sud, 532-Au PetitSupérieure aux deux autres, 6. Goave,547-A Saint-Louis, 633-Aux Cayes, Partie au Sud, 2 Ancienne divifion, 3,532
22hla0dabess 783. Les deux antres lui font fupérieures, 6- Ce
Ogsron (d?), Fondateur de Léogane, 446 -
qu'on nomme ainfi, 531 Limites, 531
Quelques détails forlui, 446-Un lui concède 532- - - Chef-lieu, 532 Aun Commandant
les Lucayes, les Caiques, 817. en fecond, 532 Etats-majors, 532- -OffiOijecux - Voy. Rigne Animal. ciers d'Adminifration, 533 Senechauffees
Ojeda. Célebre Efpagnol vient deux fois à Ac- & Amirautes, 532 Surface, 532- Plaine,
: 621, 62z - Perfécuté, 622- Meurt 532 Montagnes, 532- A deux magaifi1.a misère, 622. ques ports, 533 - Quand établie, 533 -
Réuffit à la Croix-des-Bouquets, 295Population 533, 53+ Concédée à la Com0gc Port-au-Prince, 427- Aux Cayes de Jac- pagnic de Saint-Domingue > 533 Ceffe
mcl, 505 - V. Rigne Végétal. d'appartenir à la Compagnie 3
ManuOcando, Gouverneur Efpagnol de I'Ile Saint- fictures, 534 Comment elle 2 infericure
Domingue, , 444 Ses atrocités, , 44+ 445, aux deux autres Parties de la Colonie 3 534, -
495,523 - Fait bàtir une viile oà eft Léo- Délavantages, 535 = Doit fes premiers titcgane, 445. cès au commerce étranger, 535 iI EncouraP.
agnie 3
ManuOcando, Gouverneur Efpagnol de I'Ile Saint- fictures, 534 Comment elle 2 infericure
Domingue, , 444 Ses atrocités, , 44+ 445, aux deux autres Parties de la Colonie 3 534, -
495,523 - Fait bàtir une viile oà eft Léo- Délavantages, 535 = Doit fes premiers titcgane, 445. cès au commerce étranger, 535 iI EncouraP. gemens propo(és pour eile 535, Température, 535, Maeurs, 536 = Millonnaires,
Pagè: (M.de),quiaf fait des voyages autour du 536: = N'a point d'Ordonnateur de la Marine,
Monde, 606. 536 iI Fonétionnaires publics pour toute fon
Paradis - V. Abricots. étendue, 3 536: i= = Ce que M. Duchilleau avait
Pur-fe. La Partie de l'Oueft en a dix-fept, 5
fait pour elle, 691 = Son débouquement,
La Partie du Sud en a quatorze 532. 828 = Voy, Plaine des Cayes. Partie de POsef. Limites, 1- Surface, 2, 12, Partie E/pagnele i= V. ugnels ; Limitet. -
des trois Parties
(bateaux) ) =
P
13 Eft la plus confidérable
Palagers
Cemmerce. qui compofent la Colonie de Saint Domingue, Patate. Employée comme fourage, 407: =Voy. 2 - Quand on a commencé à difinguer une Rigne Celle Vigital. de
parte de POueft, 2- Ses Commandans, fes Péché. la Baleinc, 504 == Celle de la
Gouyerneurs, 2,3 Ses anciennes divifions, Tortue, 504. 3- Réfidence de fes Commandans & Gou- Pendule. La longueur du pendule mefuré au
verneurs.3 - - A fx quartier,3-Al chef- Petit- Goave, 559. lieu du Gouvernement dans fon territoire : Perfonnes. Dignes d'éloge= V. Chaque paroife
A un Co-nmandan: en fecond, 4- A ae àfon mot.
Gouyerneurs, 2,3 Ses anciennes divifions, Tortue, 504. 3- Réfidence de fes Commandans & Gou- Pendule. La longueur du pendule mefuré au
verneurs.3 - - A fx quartier,3-Al chef- Petit- Goave, 559. lieu du Gouvernement dans fon territoire : Perfonnes. Dignes d'éloge= V. Chaque paroife
A un Co-nmandan: en fecond, 4- A ae àfon mot. Ofcion.'Aiminibadios fubdelégues de lIn- Petit-Goave. Son confeil fouverain, 2 il A été
tendant,- A eu la première Cour fouve- de la Partic de POueft, 3==Le commandant --- Page 865 ---
DES M ATIE R ES. de la Partie de P'Oueft y a réfidé, 3 = A -Partie montagneufe,
= Chemins,
fon importance primitive , 537--Ét- 591, 598, 599, 6c0, 601-Rivieres, 591,599
EEES 1 537 = Ses habitans fe révoltent
Sol, 591, 598-Côtes,
591,593
contre
591-Bourg,s91,
d'Ogeron, 537 = Reçoit des habitans 92,
rglife, 591 Cimctière,
de Saint-Chrilophe, 538 = Les Flibuftiers Mouillage, 9 Fortificaticns, 592-Piraton- 591s'y fixent, 540 = Un carme en fait une pa- nerre, 8g3-Ja@wosfoayten; voiture,
roiffe, , St2--Porti@cations,
5+1 , 542, Manufactures, 599, 60z-Magnifique pointd 598-- de
543, 544, 550=-Étendue 587 conceflions 3 vue, 6o1-Population, Goz Miréchauffée,
541=-Limites 5 54+ = Côtes, 549 > 557 I 6oz-Arrofemiens, 602 iI Débouchés, 602
Port, 549 = Fxamen des opinions fur fon Dépendance civile & militaire, 602-Diftance
importance, 551 i5 fuivantes I Chemins, àd d'autres lieux, 60-Tempenature, 602--
543 85 fuirvantes l Rivieres, 555 im Vierge Hiftoire naturelle, 60z hiverte Bois,
apportéc de Carthagène, 556= Sol, 557 = 604-Nouriture des nègres oe3-Hliltoire
Montagnes, 557-Cantons, 557=Population, naturelle, 603-M.de Pages Paabite, 605558-Nilices, 558--Manulbiclures 558 V. Baie des Baradères; Baradires Caimites,
l'empérature, 559=Vifité par les Académi- Petite-Rivitre. Ce nom 1ég-Damembrement
ciens allant au Pérou Ss6--Tremblemens, de qui dépendait de PArtibonite , 166
terre, 560 =Hiftoire naturelle, 561 il Faits Eglife : 166 1 169 Limites, 166
hiftoriques, 662=V. Acul du Pelit-Geave. Partie plane, 157 Cantons, 167
(ville du). Netait d'abord qu'un Sol, 167, 168, 171, 172 Product ons,
bourg, 537 iM Brulée & pourquoi, 537 i= 168, 16g--Montagnes, 168, 171L'expédinon de Curagao part de là, 537 = 169, 170- Manufactures, 170, Bourg, 171
Attaquée par les Ilollandais,
eu la Maréchauffee, 170- Rivières, 171-Popupremière cour fouveraine de a Uaatn 538, lation , 171= Milice, 171- Hiftoire natu546: I A une Sénéchauffee, 538, 646 i= relle, 171,173.
, 168, 171L'expédinon de Curagao part de là, 537 = 169, 170- Manufactures, 170, Bourg, 171
Attaquée par les Ilollandais,
eu la Maréchauffee, 170- Rivières, 171-Popupremière cour fouveraine de a Uaatn 538, lation , 171= Milice, 171- Hiftoire natu546: I A une Sénéchauffee, 538, 646 i= relle, 171,173. 174 Tempérsture, 174
Attaquée les Efpagnols 538= = Conduite
Hattes, 1-Depenbaucecpis & mildes HERI l C'elt là que fe fait taire, 174-Ditance à d'autres lieux ,
Pexpédition pour 117 Jamaique, 3
Chemins,
175. 175dition contre Carthngène part E là, 540des deax anciennes
Les Anglais la brulent en partie, 540= de Léogane 3 147, 448-Bourg, paroifes
Églife, 540, 348 = Le gouverneur de la Rivière, 447, 409- Eglite, 4+7 1x Anglais 459Colonie y réfidait, 541 l Les Anglais y Pattaquent, 447- Incendie du
viennent, 541=Situation, , 545- Rues, 545 Pharcs, 9 819, 8z 6- V. Debonguenens. bourg, 443. =Maifons, , 545==Place, 545=-Marché, 545 Places à-wivres V. Manefadarer. =Fort, 545--Magafin du roi, 546--Palais Plaine. Ta Partie dePOucile en a trois, 5 -La
dejultice, 546=Le greffe dela Senechauffée Partie du Sud en a une,
Artiborite *
a été bràlé 547=Alpect, 547=Son officier Cayes : Cul de-Sac; 532-V.. -
d'Adminifration, 547. Etat-major, 547
Planes-V. Rigne Vigital Liegane. Le commandant en fecond de la Partie du
des Indes Orientales, 22, 505. Sud y. a réfidé, 547 Garnifon, 547 Plate-Forme. Du Mole -
Maréchauffte, 548- - A un Chrift venu de le golie de POueft, 53-Latitede 52, 53-La & commence longitude,
Carthagène, 548-Expofé aux débordemens, 53-A des Allemands, 53-Son nom, 9
548, 534-Population, 549 Fonctionnaires Bourg, 53-Chapeile, 53-Alpedt, 54.- 53Meladies publics, 549-Temperature, 552 65 fuiv.- Température, 54-Paturages 54- Pofition
S5:0A--Eaux, 553-Hopital, militaire 54 Embarcadére de Bombarde >
560-Trois gouverneurs de la Colonie y font 54-Dflancc, 54-Population, 55 - Oay
morts, 562--Amecdote fur la mort d'un gou- trouve des traces
-
veineur-général, 562 Diftance à d'autres Pluic-V. Tempirature. volcaniques, 57. lieux, 562-V. Acul du Petit- Goave. Plymoutb. Canton de Jérémie, 8co-Son nom,
Prtit-Hert-V.. Etang-Salé. 8oc-Situation, . 301- Etendue, 1 Etas
Petit-Trou. Ce nom 590-Limites, > 590, 595, bliffemens, 801-R.nommee, 801
-
601 Dépendait de Nippes, * 590 Etait tions, 80z, Sos-Ientagues, 801-Produc- 8cz 804 -
fuccurfale de l'Anfe-à- -Veau, 590.
on nom,
Prtit-Hert-V.. Etang-Salé. 8oc-Situation, . 301- Etendue, 1 Etas
Petit-Trou. Ce nom 590-Limites, > 590, 595, bliffemens, 801-R.nommee, 801
-
601 Dépendait de Nippes, * 590 Etait tions, 80z, Sos-Ientagues, 801-Produc- 8cz 804 -
fuccurfale de l'Anfe-à- -Veau, 590. 1 Partic Eaux, 802 laivanes- Rivières, bo2
plane 2 590, 591-Cantons, 590, 591, 601 Sol, 804, 805 Embarcauere, 80s
a --- Page 866 ---
T A B L E
Commerce, 8o; 1 Manufiéures, , 805
terre, 79-Lacochenill- réuffirait, -Sois,
Population, 805 - - iemperature, 806
S1-Mines,81, 8z6
ne
V.Tinimie. pu'ation 85- Manuf Étares, 85 iiice, b5
Poijor-v. Rigne Animal. -Rapports civils & miltsires, 6 -Chemins,
Poist. Del'Armbonite, , 157-De l'Efter, 163, 8; 6 Juicvantes Erang, 86-Hlibité par
214-Dola Petite. Riviere, 174 - De Saint- les anciens Nutirels, 88-Difunce de plufi-urs
Marc, 195-Projettés à l'Arcshaye, 250- autres lieux, 88 Opinioa de M. d'Etaiug
Dela Croix des-Bouquets, 307-Da Port- fur fa fituation, 88. aPHec,42,45-1 1-oga4c.470.475. Port. - à- Piment. Canton de la paroiffe des
488-D. Gr.ad-Goave, 488-De Mragoine, Côteaux, 739564, 555-A Saiat- Louis, 634. 644-Pro- Port-ax-Princt. Chef-liea du gouvernement, 4jetté à Caraillou, 052- Q'exige la Gui- Etat-major 3 4., 376-Cour fouveraine 1 4*
maudée 791. 5-Premières limites de cette paroiffe * 285Prpalsticn. De la Partie de P'Osef, 12 De Capitale de la Colonie, 310-Sn nom, 310
Jean-Rabal, 22- Du Mole, 29, 38 - De -Ce qui fe paffe à l'occafion de fon établiffeBombarir, 55-Du Port-a-Piment, 557
ment, 311 fais. 316 3firv. FortificaDes Gonaives, I1C-De Pancien Quartierde tions, 313, 364: 403, 409, 436 BfivP'aribonite, 155-De ia Petite-Riviere, 171 Devient une paroiffe, 313 Limites,314Des Verrettes, 177- De Saint-Marc, 222- Partic piane 410- Cantons, 410, 411Du Mirebalais, 238-Ve PArcahaye, 251- Soi, 410 - Manufactures * 410 411 412Da Cui-de-Sac, 268 - De la Croix -des- Rivières, 410, 411 Arrofemens, 410Bouqueri, 292, 305-Du Trou-Bordet , 315 Montagnes ,411 tT Population, 412-
-Du Port-au-Prince, 406, 412-Del Léogane, Milice, 412 Temperature 412, 425473-Du Grand Goave, 488, - Des Maladies, 422 jmiv.- - Productions, 426
Cayes de Jacmel, 507; 509--1 82" Jacmel, Hittoire naturelie,426 /wiu--Bois, 428
515-D: Biinet, 525- De ia Partie du Sud,
Chenins, 429, 431 faiv.
tT Population, 412-
-Du Port-au-Prince, 406, 412-Del Léogane, Milice, 412 Temperature 412, 425473-Du Grand Goave, 488, - Des Maladies, 422 jmiv.- - Productions, 426
Cayes de Jacmel, 507; 509--1 82" Jacmel, Hittoire naturelie,426 /wiu--Bois, 428
515-D: Biinet, 525- De ia Partie du Sud,
Chenins, 429, 431 faiv. Voitures
533, 534-Du Petit-Goave, 549. 558- Du publiques, 434 = Polte aux lettres,434
Fond-ucs-.Negres, 577-De N ppes, 578,579 Diftance de piufizurs lieux, 435-De fa déDe PAnfe-à-V. vau, 583. 589-De PAhe, fonfe, 4356uio. Effets de fon établiffe538-Du Pat.t-Trou, 602-D'Acquin, 620 mens, 435-Ses defavantages lorfqu'on le
--Dc Saint-Lovis, 625, 647-D: Cavaillon, compare au Cap > 435-Hommes qu'cileoffre
657-De la pi.ine des Cayes, 668, 68;
à citer, 451. Des Cayes, 708,712-De Torbec, 723 - Port-au-Prince. ( Villedu)315 - Eglife, 315,
Du Port-Salet, 733-Des Côteaux, 740
359--Etat-major, 315 Refidence des deux
De Tiburon, 756, 757--De Daimarie 774 Auminiftrateurs dela Colonie, 316- DiftinDe Jérémie, 8c6-1 Des Ifles Turques, 825- gué en ancienne & n uvelle ville : 316V. Enfans. Tremblemens de terre, 318, 333,346,363,
Port-à-iEu (le Grand & le Petit). Chrif- 370,393 9 4178fisi Situation, 318tophe Colomb vient le 8 Décembre 1492,
Limites, 1 a R- -Surface, 319, 321-Rues,
& le nomme 2 Port de la Conception, 17 319.321,386 3Juiv- -Mailons, 319. --M. de Fontenay y vient en 1652, 17 Première fection de l'ancienne ville 7 321
A un: mouillage qui peut admettre des frégates, Marchés, 322 3 331, 334, 340, 347, 360
1S-Latitude & longitude, 18--Faits hittori- Arbres, 322, 330, 334, 340. 357 ,304ques, 18-Salines, hattes & animaux, 18 - Places, 322,340, 357,358, 372 SpectaPlankes, bois, 19-Eaux minéra.es, 19. cle,322,3 324 fuin. Détails fur la place
Pert à-Pimert. Son nom, S--Eabifismeas, Val'ière , 323 8 fuiv. Bals publics
ux thermales, 59. 6z6 frirantes -
concerts 2 33c-Corp-de-garde 330--Fonimues 59 - Cantons, 60 fuin., 75 65 taincs, aiguades , abreuvoirs, 330,
fivantzs Afpedt, 60, 61-Montagnes, 60
357, 365 3 388, 392 &5 Juiv.- BAbt
-Rivières, 60- -Côtes, 61,74-Bourg, 64, 12 332.
59. 6z6 frirantes -
concerts 2 33c-Corp-de-garde 330--Fonimues 59 - Cantons, 60 fuin., 75 65 taincs, aiguades , abreuvoirs, 330,
fivantzs Afpedt, 60, 61-Montagnes, 60
357, 365 3 388, 392 &5 Juiv.- BAbt
-Rivières, 60- -Côtes, 61,74-Bourg, 64, 12 332. 70 Wfuicantes -HAuire nature'le, 67, 78, Seconde fectionde l'ancienne ville, 332--Limites,
8:-Prusachens, 75,79-Sol, 75 Eaux, 332-Intendance, 332-Presbytère, 33+-Eaux,
70-Temperaure.;5 Syuivantes- Piturages, 334, 339, 352, 355, 350,359, 371,,3 392 &S
7,-nimaux, 77, 79 Tremblemens de Jhiv-Le) préfet apoftolique des Dominicuins
y --- Page 867 ---
DES MATIER E S. yr réfide, 335-Eglife, 337 85 Juin.- Pro- ces établiffemens : 466 - Quia exifté à
menades publiques, 338, 364-Bureaux de Léogane, 467 65 feiw -Des Cayes, U
Padminiftration, , 340-Palais de Juftice, 341 fuiv.- Projettée à Jérémie, 789. 709
6 Miv-Cour fouveraine 1 341 E5 fuiv.-
(maifonde ) Du Port-au-Prince, 379,
Anciennes prifons , 3+7,3 36c-Incendies, 348, 381 - Ses premiers fondateurs, $80 ses
389 6 Juiwantes. donateurs , 380 - Lettres patentes, 38zPremière festion de la nouvelle ville,349Oà Pon veut la mettre, 383. Limites 319-Cazernes, 349 *
352-
(M. de). V.Dibo-g-emen : Latitude;
Garnifon, * 349,353 - Mailon Aigo gouverne- PIATIAOE
ment,
Cazernes d'Artillerie 3 358Q. Palais Ehes de commencé, 359 Nouvelles
prifons, 9 359--Sencchaulfee, 560-Amirauté, Quartier, 3- - De la Partie dePOusi, 4-Du
360- -Magazin du roi , 364 11 Port, 364. Mole,4, 13 - - De Suint-Marc,4, 89-Du
Seconde fechion de la nouvelle ville, $ 365 Li- Mirebalais, 4, 226 - Du
365 Jardin du roi ou Botanique, 247-Dc Léogane, 4, 443-De Port-au.Pince.4. Jacmel,
Tre E fuin.- Hopital, 6 fuin. 424- De PArtibonite, 115- Le quartier de Saint--
poudrière, 371--Palais 22 Julice projetté, Marc remplace celui de PArtibonite, 118
372-Cimetieres , 372, 408 = - Moniment Ancién quartier du Cul-de-Sac, 266à
-
élevé M d'Ennery 9 372 Le direéteur de Jacmel, , 492-Celui de Jacmel a Quartier
général des fortifications y réfide 3 377
del lal Partie delOueft.
115- Le quartier de Saint--
poudrière, 371--Palais 22 Julice projetté, Marc remplace celui de PArtibonite, 118
372-Cimetieres , 372, 408 = - Moniment Ancién quartier du Cul-de-Sac, 266à
-
élevé M d'Ennery 9 372 Le direéteur de Jacmel, , 492-Celui de Jacmel a Quartier
général des fortifications y réfide 3 377
del lal Partie delOueft. & decelle du Sud, dépendu
Fonclionnaires publics, 378. - Imprimeries, Celui de Jacmel eft le moins connu dc la 492-- Cololibrairies , cabinet-littéraire 9. 379 LE Edu- nie, , 492- Du Petit-Goave,
Ancien
cation, 379-Chambre d'agriculture, 1.379- quartier de Nippes, , 57888/nin. 537 - De SaintSes négocians, 379=1 Mailon de Providence, Louis, 606 1 Dcs Cayes, 691 1 Du
379 3Jwiw. - Police 7 384 65 fuiw. 385. Tiburon , 734: - Ancien quartier des Anfes, Cap401 iM Maréchauffée, 384-Boucheric, 388, 734 - De la Grande. Anfe ou
- Maifons, 383-Incendic * 389, 404
Jérémic 3 762,
Quai, 399 fio-Port * 399, 402 85
R. Aiv-Cotes 3 402,430 Diftance de plufirursautres lieux, 402 Commer:e 405 Raimond ( Julien ). Ses mémoires, 618. 435-Acons, 405- Cabrouets, , 405-Popu- Rameru (M.de). Sa bienfaifance, 63
lation, 495-Cotfommatons, 406-Voitures, Régimeni du Cap. Son éloge, 352. pies
Chevaux, Animaux, &c. 407-- Maurs, 408
Port-au Prince, E3
Franc-maçons, 9 408 - Alentours, 408 E5
Son éloge, 352-Procure 351 de Pe fnizantes. au PortAie.-Etrangers remarquables qu'elle a reçus, au-Prince, 394
409-Tennerre & paratonerre, 414 IM Inferi- Rigne Animal. Au Môle, 42 - Dc Bombarde,
eureau Cap, 43-Detavantuges de fon port, 53- - Au Port-à-Piment, 77,
436. Port-de-Paix." Température > 97. Gonaives, III, 132-De
79--Aux
-
1;
Part Royal V. Tron-Bordet. bonite, 125 6 fiv-De la plaine Petite- dePArtiPert-Salut. Paroiffe prefque encore en projet, 174--DeS-Maic, 219, 225-Du Rivière,
750-Limites , 730-Cantons , 730-Forme 229, 237-Del
Mirebalais, - -
une peninfule , 750- Côtes, 7 730 8 fiix. de-Sac, 285-Deli PArcahaye, Croix-des-) 263 Du Cul-
-Rivières, 31 Awc.-Latituic, &
298,
Bouquet..
Pert-Salut. Paroiffe prefque encore en projet, 174--DeS-Maic, 219, 225-Du Rivière,
750-Limites , 730-Cantons , 730-Forme 229, 237-Del
Mirebalais, - -
une peninfule , 750- Côtes, 7 730 8 fiix. de-Sac, 285-Deli PArcahaye, Croix-des-) 263 Du Cul-
-Rivières, 31 Awc.-Latituic, &
298,
Bouquet.. 297,
longi299, 302,
-
tude, 731 180 nom, , 731-Milice s 732
Prince,
304, 305 Di Port-auBourg, ,732-Eghife -Rredodiont,73
8 faiv. 407, 485-Du 413, 425, G.and 4 410-D: Lcogane,
3ol, 732- Température , 733 Manu- R2 Cayes de Jacmel,
Goave, 492factures 3 733.- Population, 733 - Dépen- 515, 516-De Bainet, 574, 525 506-De Jaemel,
dance 7 - Chemins, 733- Diftance à 529-Du Fond des-Negres, Ala Gonave,
d'autres RAdST , 733-Anciens Naturels, 734- 577- -DePAnf-a-Vead, 583, 566,
Pope aax Lettres. Et une firme , 434 Ce
589-Du
IMAK
qu'elle produit, 434. Arou.599. D: Saint Louis, 603-D'.lcguin, 648- Dc Cavaillon, O11, 6z0, 621
Prifet Appolinue, 335 jatvanter. De la plaine des Cayes, 666, 687 6;8Priaoo'de Lengone, ( Prétendue) 481. Côteaux, 742-De
Des
Provideure (maifon de). Preuve de. P'utilité de ric,775-De Jérémie, Tiburon,758-D 791, 792, DalmaTome Il. 794, 799,
Ssss S
a --- Page 868 ---
T A B L E
809,810, 813- Des Débouquemens. - 824. Sol, 575=Trous ou entonnoirs,
-
575=-Che. RigneMiniral. DeJ Jean Rabel, 19-Da Mole, min encredes rocs, 576=5a réputation, 5:6
1-D: Bombarde, 57-Du Port-à-Piment, =Eit une fuccurfale de l'Aafe-a-Veau,
60, 75,81- Des Gonaives, 113- Dela Bourg : 581, 582-Chinetière, pta
Petite-Rivière, 17I - A Saint-Marc, 186, depcite, 58g. 193,2 221-APArcahaye, 259, 263, 297, Rochelois (reilf du). Sa fituation , 585= Son
298, 302, 304, 305; 421, 422-Du nom , 58g=-Recoanu par M.de Sepmanville,
Port-au-Prince, 429-A Thctel 454,472, 585 - Latitude S longizade, 586. fiv., 485, 488, 489 Des Cayes Roban ( M. de), 343,729. 12 Jacmel, 508, 510--De Jacmel, 514, 521 Rolland (M. ). Son cloge, 716. D: Biinet, 525,, 526-Du Petit-Goave, 554, Renferay ( M. de). Son éloge 443. 351 - Aufend-der-Negres, 564, 566,575 Rejignal. Famille venue de Saint-Chriftophe aux
De PAnfe-à-Veau, 582, 587, 589, 603
Gonaives, 97 7 117.
508, 510--De Jacmel, 514, 521 Rolland (M. ). Son cloge, 716. D: Biinet, 525,, 526-Du Petit-Goave, 554, Renferay ( M. de). Son éloge 443. 351 - Aufend-der-Negres, 564, 566,575 Rejignal. Famille venue de Saint-Chriftophe aux
De PAnfe-à-Veau, 582, 587, 589, 603
Gonaives, 97 7 117. D'Acquin, 612, 621--De Saint-Louis, 648de Grandmont, 103. A Cavaillon, 659 De la plaine des Cayes,
des Dunes. Son éloge, 225. 661,662, 687 - De la
des Cayes,
697, 716- De Ra 724,725,
S. 726 2'6: Port-Salut, 732,733 Des
Côteaux, 736,737 > 739-ATiburon, 754, Saint-Chripephe (Ie) 3 116 pio 778. 759-A Dalmarie, 179,723.76-Ajer Saint-Louis. Avait une annexe PAfile, , 579=
mic,796, 802, 808, 81z. Ses noms, 623=Son établifTfement, 624 La
Végital. De Jean-Rabel, 17, 19-Du Compagnie de Saint-Domingue en fait lec chefMole, 42,43, 44-De Bombarde, 49,50 lieu dela concefion, 624--Port, 625=PopuDu Petkhemw,to.6p.4g. 77,79,, lation, 3 625; 647 i= Gamifon, 626 =M. 80- Aux Gonives,97, 105, 112 -Dela D'Eftrées y obtient des dons abufifs, 628,634
plaine de PAitibonite; 125 fin. 188-De =Devient paroiffe, 629-Limites, 629, 647
St-Marc, 216--Au Mirebalais,
=Terrains au r0..634--Mangunit d'eau, 634
cahaye, 254, 259, 263 Du gAC Sac, Pont aux Juifs, 635--Chemins, 635, 644 =
283 A la Croiv-des-Bouqucts, 293, 295 9 Côtes, 635, 645 3 Jaiv==Port,
297,297, 293, 302, 307 Au Port-au- mAttaques prife de fon fort, 638 sBTtE
Prince, 368, 359, 407, 427, 428 De Milice, 641, 647 = Etait le de toute la
Léogane, +54 +50, 70 72 3 479
Bande du Sud, 041 =
du marquis
TESS
to
arana-Goave, 48 Aux éRe d'Antin vient, 642= Maladies, 642: =On
de-Jacmel, 503 50t,505- Jacmel, 514, oblige 12 vaiffeaux ày paffer Phivernage, 642
515 516 De Buinet, 524-A la Gonave, =On veut rétablir le fort, 642, 643-Forti10 529-Du Petit-Goave, L551-Du Fond- fications, 643, 644, 645 il Commerce, 3 644
des-Negres, 577- -Au Petit-Trou, 600, 602, =Rivières, 645= Montagnes, 645=Cantons,
603, 620, 621-De St Louis, 648-A Cavail- 646-Mansfactures, 647--Tempematurt 647
lon, 659-Dela plaine des Cayes, 686,687 i= Tremblement de terre,.
u Petit-Goave, L551-Du Fond- fications, 643, 644, 645 il Commerce, 3 644
des-Negres, 577- -Au Petit-Trou, 600, 602, =Rivières, 645= Montagnes, 645=Cantons,
603, 620, 621-De St Louis, 648-A Cavail- 646-Mansfactures, 647--Tempematurt 647
lon, 659-Dela plaine des Cayes, 686,687 i= Tremblement de terre,. 648 = Hitoire
De la paroiffe des Cayes, 715-ATorbec, naturelle, 648-Coton de foie, 648-Frégate
725, 726-Des Côteaux, 74 -DeTiburon, incendiée, 649-Cheflieu d'un quartier, 649
758, 759 - A Jerémie, 812 - Des =Finira par Pemporter far les Cayes, 717=
in4a des Débouquemens , 824V. Baie des Flamands; Baie du Mefle. Religieux de la Cbarité. - V. Hipital. Saint-Louis (ville de ). Le roi preferit de la
Ricèrd( M.). Son cloge, 441.619- V. Arrofe- bâtir, 628 = M. Frézier la trace, 628 l
ment de Pfrtiborite 65 du Cul-de-Sac. Chapelle, 629, 644 il Situation, 629 =
Riviires, 759 =V. Chaque Paroife àfon mot, Eglife 629. 630 = Place-d'Armes, 629 iE
Rebery-t Lartigue (1 M.). Beau trait de géné- Rues, 630 = Maifons, > 6jo=-Palais de Juc
rofité, , 442. tice, 3 630: = Prifons 630: l Chef-lieu de la
Rocbelois. Etait une paroiffe, 578, 579-Révolté Jurifdiction fifcale de la Compagnie de Saintcontre a?0geron, 578. Domingue, 3 630: I Sa Sénéchauilee, , 631 =
Cinton qui dépend des deux paroifles Opinion fur cette Sénéchauffee. > 631 = Etatdu Fond. des-Negres, & de PAnfe-à-Veau, 3 major, > 632 = A été la réfidence du Gouver575=-Manque d'eau dans fes montagnes,575 neur 3 puis du commandant en fecond de la --- Page 869 ---
D E S M A TIE R ES. $55
Partic du Sud, 63:- Maifon du Gouverne- Prince, 360
- De
-
ment, , 632 Cazernes, 632, 633- Gar- 459 - De Jacmel, fuwanter 512 Du Léogane,360,
nilon, 632= il Hopital .633, = Omcier d'Ad- 538, 545- De Saint-Louis, Peuit-Goave,
minitration, 633 iM Fonctionnaires publics, Inens propofés dans
631- Chenge- Des
633 il Muréchauilée, 633 Police, 633
Cayes, 697 M De plufieurs, 631
Mal fine & pourquoi, 633 Fontuinc, 034, Seringue (Pointe de k). Jéremie, Ce 785. 635, 637. 1 Cimetiere, 039 - Moyens de la Serpent à téte de Chien. Fait nom.771. rendre lainc, 644 I Son état maiheureux, Sorrel (M.), ingénieur. Trace fingulier, un 480. 64+ E Pont, 644 = Sa diftance à d'autres Mirebaiais au Port-au-Prince, chemin du
licux, 650= il Éloge d'un de fes Sénéchaux. vaux pour donner de l'eau au 241- Ses tiaSaint-Marc.
. 1 Cimetiere, 039 - Moyens de la Serpent à téte de Chien. Fait nom.771. rendre lainc, 644 I Son état maiheureux, Sorrel (M.), ingénieur. Trace fingulier, un 480. 64+ E Pont, 644 = Sa diftance à d'autres Mirebaiais au Port-au-Prince, chemin du
licux, 650= il Éloge d'un de fes Sénéchaux. vaux pour donner de l'eau au 241- Ses tiaSaint-Marc. Etat-major, 4 - 212 IM Officier
- Ses foins pour la communication Port-au-Prince, entre
d'Adminifration, 4, 212: = Chapelle fuccur- 12hor Port-au-Prince &
fale de P'Artibonite 117, 179 = Paroiffe, Sources puantes Voy. Jacmel, Eaux 431. Tbermales de la
117, 130 1l Chef-lieu de Quartier, 118: i1
Limites, 180=1 Partie plane, 180: il Sol 181 Speltacle. Crais-dur-Bangauis. De
302. M Produ@tions, 181, 132-Montagnes, 182, au-Prince, St-Marc, Riv - Du Port214 6
) 218 =
322, 324 Juiv.: i=
de
fuivantes
Cotes,182, 191, deux jeunes Actrice 1020
Eloge
221 l Salines, 183 = Manufaétures, 186=
créoles,
462 - De
Baie, 191 = Alentours, 213= Poudrière, Léogane, * 460 De &5 Juir. M 228 Cayes, 699
-
214 Chemins, 214 i5 fuiv. il Cimetière, 2 Staford fmiw. (M.), Fondateur Jerémie,738. 215 = Manufictures, 216, 222 N Diltance
E5 Juiv. d'une providence aux
de" plufieurs lieux, 217-Tremblemens de Sucrerie. Cayes, = 709 V. terre, 219: =Hiltoirer naturelle, 219 pivm Siperfitatien, Manfagures,
Anciens Naturels, 22! = Latitude & longi425. T. tude, 222- Population. , 222= = Milice, 122
Saint-Marc Détails hiftoriques, (ville s 224. Tapien du Petit- Goave, 488,
- Sa
maifons,
de). 192, 193 = Rues & hauteur, 549-Sa latitude & fa 489, 554
193= Rivières, 198,3140/0
De la
longitude, 549. Pont, 195 - Place, 195 = Marché, 196 - Timpirature. Du Môle, 38-De Partie Bombarde, de POuell, 7, 12Eglife, 196 l Senichauffce, 197 Ami- la
48, 49=De
rauté, , 197 Fortifications, 198, 216, 223 Piment,76 Plate-Forme E5 du Môle,
Du Port-àPromenades, 199 Speétacle, 199 = Bals, 78: iI Des fuirvantes l 8. Port- de-Paix,
206=1 Wauxhall, 206--Maeurs, 206, 1 212
Gonaives, 97 - - De la plaine de
Police, 207 - Eau, 207 85 Juiv.: l Tempé: PArtibonite, Rivière, , 123, 151, 164-De la Petiterature, 211, 218=Rade, 211
Du 174-De Saint-Marc, 20 I11, 218--
212- -Garnifon, 213- -Fonétionnaires Commerce, publics, 260=De Mirebalais, la 237, 238.
1 212
Gonaives, 97 - - De la plaine de
Police, 207 - Eau, 207 85 Juiv.: l Tempé: PArtibonite, Rivière, , 123, 151, 164-De la Petiterature, 211, 218=Rade, 211
Du 174-De Saint-Marc, 20 I11, 218--
212- -Garnifon, 213- -Fonétionnaires Commerce, publics, 260=De Mirebalais, la 237, 238. - De l'Arcahaye,
213-Poleaux lettres, = Libraire, 213. Du
Croia-de-Bosguets, 294, 299Saintard M. ). Ouvrage : compofe, 265. De Port-au-Prince, Léogane,
412 C/a0tsL2 Du
(Mad.). Eloge de fa noble hofpitalité,
Cayes 454, de 477
Grand-Goave,
265. 491-Des De
Jacmel, 505, 506, 510
Sainte-Croix ( Ifle de), 459. 526- De lacmel, la Gonave, 511, 515=De Bainct, 52A,
Sainte-Marie de la Vraie-Paix. Ville Efpagnole, Sud,
Du 530 - De la Partie du
445 - = Armoirics, 445 = On elle était, 482 Du Road Petit-Goave, 552, -
Son aqueduc, 482. à-Veau, des-Nègres, 570, 576--De Mue
du Port. Ville Efpagnole, 445. Louis, 589-DAcquin, De
620-- De SaintSaline. Du Port-à-Piment, 84 - De Corydon, > plaine des 647
Cavaillon, 658 - De la
84-1 Des Gonaives, 104 - De PArtibonite, 3 De
Cayes, 695-Des 726-Du Cayes, 712183,18;- Salines des Antilles, 186 fuine -Des Torbec,723. des
Côteaux, 741=De
fanesiuf.733
Ter.es falines, 3 188. - Des ffles Turques, De
Tiburon, 757
817 fuiv. 824, 825 i5 fuivantes. Dalmarie, Pide-a-Pierc.Joleph. -
767, 768 - De
Saliniers. = V. Saline. Des Iles 775=De Jérémie, 782, 806. Samana ile) - V. Dibonguemens. Terre Sauvée Turques, de la Savanne. 8z6. Sel- Voy. Saline. Ovando dans la
des Ville bâtie par
Sinicbaufie, 5,44, 197, 361 - Du Port-au- Armoiries , 666-Abandonnée, plaine Cayes, 666, 666 l --- Page 870 ---
T A B L E
Thioy : Mencosille I M.). Vaau Mexique T-tegt-LJH
cacicher la Cochenile, &c., 365 6 Faiventis Irou Berdet. Etait une fuccurfale, 267: il Devint
Nomiad Botanite du roi à Sant-Domingec, pariffe, 267, 268 , 31, 315 - On voulait
366=Sa mort, 36;=-Son éloge, 367. ymettrel la Capitale fous le nom de Pert-reyal,
Zibarea. C'elt lenom du Requin, 742 = Chrif- 311- Son nom 1 314= Population , 315 i=
tophe Colomby pafle 9 745=M. de Cahuzac Milices, 315 = Ses manufactures, 315 N
y.mouilie deux fois - 743 iI Etablifement, Rivière, 410 - Bourg s 430. 742-A dépendu de Dalmarie, 744-Egiife,
+4: 745,7 749:. 75o--Bourg, 745, 749 iI
V.
quin, 742 = Chrif- 311- Son nom 1 314= Population , 315 i=
tophe Colomby pafle 9 745=M. de Cahuzac Milices, 315 = Ses manufactures, 315 N
y.mouilie deux fois - 743 iI Etablifement, Rivière, 410 - Bourg s 430. 742-A dépendu de Dalmarie, 744-Egiife,
+4: 745,7 749:. 75o--Bourg, 745, 749 iI
V. Paroife, 745--Limites, , 745-Partie plane,
P4i-Montagnes, 745, 3, 749, 753, 757 Vaiure ( M. de ). Intendant 2 65 i= Paroiffe de
Côtes, 746 I Latitude, 740--Bic, 746 fon nom projettée 1 217 1 255. E faiw., 752-Dijtance, 740, 761= Che- Vallière (M. de ). Mort au Port-au-Prince,3o
mins, 747 753, 7sy--Fortilentions. 749, Baie de fon nom , 61 Place S rue de fon
750, 5 tat major, 75t--Marechauilce, nom au Port-au Prince, 322, 330 il Cequ'il
5i=-Kivières, 751=-Perionnes citées, 752
fait pour donner de l'eau au Port-au-Prince,
Faits hiltoriques, 752, 753,7 761-Milices, 39+, 398 l Pont de fon nom, 429. 753, 754, 75 Ses relations 757-Manu- Vandelnof. Envoyé d'Efpagne pour exterminer
factures, 157 Population, 9 151 Tempéra- les Français, 29==E# defait, 8g--Sa mort, 89. ture , 7572Habitution des Naturels, 759= Variation de la Bonfole, 530,755:
Eaux thermales, 759. Vaudreuil (M. de), gouverneur de la Colonie. Terbec. Seslimites, 720-Cantons, 720 Em- Son éloge : E Son Fils, 729. barcadères, 720, 72 Eglile, 722--Rivières, Vent. Theorie 12 ceux qu'on éprouve à Saint722-Cotes, 722= artie plane, 723--Manu Domingue, 7. 56, 113, 301, 417, 754,
faétures, 723, zo -Population, 723 3-Milice, 75smChange à la Plate-Forme du Mole, 53
7a--Temperature 723, 726-F Platons, 724 Leur efetà la pointe des Irois, 754=Ce qu'ou
-Hifoire naturelic, 72 -Montagnes, 724, nomme hourvary 807. 725-Chemins 3 726 - Dépendance 3 726 Verret ( M.). Son éloge, 682 85 Juin. Diftance, 727. Verrettes. Limites, 176=S0l, 176--Producions,
Trelauney (M. de). Trait de modération de ce 176 = Manufaétures, 176 = Eglie, 177, i=
Gouverneur de la Jamaique, 641. Bourg, 177-Marechaufite, 177-Popalation,
Tremblement de terre. Opinions diverfes fur leurs 177= Chapelle fuccurfale, 177 Rivieres, 177
caufes, 8 E Jaiv., 709 juie = Au Môle, Moulins à eau, 177--Arrofemens, 1 177
43-Au Port-à-Piment, 79 1l ASt-Marc, Chemins, 178= Dépendance civile & miliHi9-DepArcahaye, 255,, 260: =Du Çul- taire, 179-Milice, 179=Diftance entr'elles
de-Sac, 269 D: Ja Croix- des Bouquets, & d'autres lieux, 179.
Jaiv., 709 juie = Au Môle, Moulins à eau, 177--Arrofemens, 1 177
43-Au Port-à-Piment, 79 1l ASt-Marc, Chemins, 178= Dépendance civile & miliHi9-DepArcahaye, 255,, 260: =Du Çul- taire, 179-Milice, 179=Diftance entr'elles
de-Sac, 269 D: Ja Croix- des Bouquets, & d'autres lieux, 179. 301=Dul Purt au-Prince, 318, 333, 346, Volange,201, 202, 329 = V. Speltacle. 370,393, 417 Bfaivi I R-Aexions &ob- Volcan.Raynal en admet un fous la piaine du
fervations fur ceux du Port-au-Prince, 421 8 Cul-de-suc, * 269=V. Tremblement deterre. fuivantes. = A Léogane, 455, 460, 479: i= Voyage. Moyens de voyager, 217 +33, 43+,474. Du Grand-Goave, 491 Aux Cayes de
Jacmel,510- - De Jacmel, 515,
Du
W. Peuit-Goave, 560 E APAnie-à. Va 585
D'Acquin, 613: 620 De Saint- Louis, Wattelin ( Ife de ). II V. Dibouguemens. 648 = De Cavaillon, 658 - Aux Cayes,
X. 714= De Jérémie, 807. Trembley (M.). Son cloge, 175 = V. Arrofement
de
fous les
de la plaine deP.drtibonite. Xaragua. Royaume Saint-Domingue
Trentignon (M.).F Fait don d'une partie de fon Naturels, 443-Ses habitans, 443-Son cacibien aux pauvres,711 6 Juin. que Béhéchio, 443 = Les Efpagnols y maffaTribanal-Tirrier. Quand creé, 361 = Sa com- crent les Naturels, 3 445 il Villes qu'Ovando
poition, fa fupprriion, 361. yfic bâtir 3 445. Fin de la Table des Matières. --- Page 871 --- --- Page 872 ---
magilfye --- Page 873 ---
E797
M837d
1-SIe
V, a --- Page 874 ---
214 Chemins, 214 i5 fuiv. il Cimetière, 2 Staford fmiw. (M.), Fondateur Jerémie,738. 215 = Manufictures, 216, 2 N Diltance
E5 Juiv. d'une providence aux de" plufieurs lieux, 217-Tremblemens de Sucrerie. Cayes, = 709 V. terre, 219: =Hiltoirer naturelle, 219 pivm Siperfitatien, Manfagures,
Anciens Naturels, 22! = Latitude & longi425. T. tude, 2- Population. , 2= = Milice, 122
Saint-Marc Détails hiftoriques, (ville s 224. Tapien du Petit- Goave, 488,
- Sa maifons, de). 192, 193 = Rues & hauteur, 549-Sa latitude & fa 489, 554
193= Rivières, 198,3140/0
De la longitude, 549. Pont, 195 - Place, 195 = Marché, 196 - Timpirature. Du Môle, 38-De Partie Bombarde, de POuell, 7, 12Eglife, 196 l Senichauffce, 197 Ami- la
48, 49=De rauté, , 197 Fortifications, 198, 216, 223 Piment,76 Plate-Forme E5 du Môle,
Du Port-àPromenades, 199 Speétacle, 199 = Bals, 78: iI Des fuirvantes l 8. Port- de-Paix,
206=1 Wauxhall, 206—Maeurs, 206, 1 212
Gonaives, 97 - - De la plaine de
Police, 207 - Eau, 207 85 Juiv.: l Tempé: PArtibonite, Rivière, , 123, 151, 164-De la Petiterature, 211, 218=Rade, 211
Du 174-De Saint-Marc, 20 I11, 218—
212- -Garnifon, 213- -Fonétionnaires Commerce, publics, 260=De Mirebalais, la 237, 238. - De l'Arcahaye,
213-Poleaux lettres, = Libraire, 213. Du
Croia-de-Bosguets, 294, 299Saintard M. ). Ouvrage : compofe, 265. De Port-au-Prince, Léogane,
412 C/a0tsL2 Du
(Mad.). Eloge de fa noble hofpitalité,
Cayes 454, de 477
Grand-Goave,
265. 491-Des De
Jacmel, 505, 506, 510
Sainte-Croix ( Ifle de), 459. 526- De lacmel, la Gonave, 511, 515=De Bainct, 52A,
Sainte-Marie de la Vraie-Paix. Ville Efpagnole, Sud,
Du 530 - De la Partie du
445 - = Armoirics, 445 = On elle était, 482 Du Road Petit-Goave, 552, -
Son aqueduc, 482. à-Veau, des-Nègres, 570, 576—De Mue du Port. Ville Efpagnole, 445. Louis, 589-DAcquin, De
620— De SaintSaline. Du Port-à-Piment, 84 - De Corydon, > plaine des 647
Cavaillon, 658 - De la
84-1 Des Gonaives, 104 - De PArtibonite, 3 De
Cayes, 695-Des 726-Du Cayes, 712183,18;- Salines des Antilles, 186 fuine -Des Torbec,723. des
Côteaux, 741=De fanesiuf.733
Ter.es falines, 3 188. - Des ffles Turques, De
Tiburon, 757
817 fuiv.
- De Corydon, > plaine des 647
Cavaillon, 658 - De la
84-1 Des Gonaives, 104 - De PArtibonite, 3 De
Cayes, 695-Des 726-Du Cayes, 712183,18;- Salines des Antilles, 186 fuine -Des Torbec,723. des
Côteaux, 741=De fanesiuf.733
Ter.es falines, 3 188. - Des ffles Turques, De
Tiburon, 757
817 fuiv. 824, 825 i5 fuivantes. Dalmarie, Pide-a-Pierc.Joleph. -
767, 768 - De
Saliniers. = V. Saline. Des Iles 775=De Jérémie, 782, 806. Samana ile) - V. Dibonguemens. Terre Sauvée Turques, de la Savanne. 8z6. Sel- Voy. Saline. Ovando dans la des Ville bâtie par
Sinicbaufie, 5,44, 197, 361 - Du Port-au- Armoiries , 6-Abandonnée, plaine Cayes, 6, 6 l — Page 870 —
Thioy : Mencosille I M.). Vaau Mexique T-tegt-LJH cacicher la Cochenile, &c., 365 6 Faiventis Irou Berdet. Etait une fuccurfale, 267: il Devint
Nomiad Botanite du roi à Sant-Domingec, pariffe, 267, 268 , 31, 315 - On voulait
366=Sa mort, 36;=-Son éloge, 367. ymettrel la Capitale fous le nom de Pert-reyal,
Zibarea. C'elt lenom du Requin, 742 = Chrif- 311- Son nom 1 314= Population , 315 i=
tophe Colomby pafle 9 745=M. de Cahuzac Milices, 315 = Ses manufactures, 315 N
y.mouilie deux fois - 743 iI Etablifement, Rivière, 410 - Bourg s 430. 742-A dépendu de Dalmarie, 744-Egiife,
+4: 745,7 749:. 75o—Bourg, 745, 749 iI
V. Paroife, 745—Limites, , 745-Partie plane,
P4i-Montagnes, 745, 3, 749, 753, 757 Vaiure ( M. de ). Intendant 2 65 i= Paroiffe de
Côtes, 746 I Latitude, 740—Bic, 746 fon nom projettée 1 217 1 255. E faiw., 752-Dijtance, 740, 761= Che- Vallière (M. de ). Mort au Port-au-Prince,3o
mins, 747 753, 7sy—Fortilentions. 749, Baie de fon nom , 61 Place S rue de fon
750, 5 tat major, 75t—Marechauilce, nom au Port-au Prince, 322, 330 il Cequ'il
5i=-Kivières, 751=-Perionnes citées, 752 fait pour donner de l'eau au Port-au-Prince,
Faits hiltoriques, 752, 753,7 761-Milices, 39+, 398 l Pont de fon nom, 429. 753, 754, 75 Ses relations 757-Manu- Vandelnof. Envoyé d'Efpagne pour exterminer
factures, 157 Population, 9 151 Tempéra- les Français, 29==E# defait, 8g—Sa mort, 89. ture , 7572Habitution des Naturels, 759= Variation de la Bonfole, 530,755:
Eaux thermales, 759. Vaudreuil (M. de), gouverneur de la Colonie. Terbec. Seslimites, 720-Cantons, 720 Em- Son éloge : E Son Fils, 729.
d'Efpagne pour exterminer
factures, 157 Population, 9 151 Tempéra- les Français, 29==E# defait, 8g—Sa mort, 89. ture , 7572Habitution des Naturels, 759= Variation de la Bonfole, 530,755:
Eaux thermales, 759. Vaudreuil (M. de), gouverneur de la Colonie. Terbec. Seslimites, 720-Cantons, 720 Em- Son éloge : E Son Fils, 729. barcadères, 720, 72 Eglile, 722—Rivières, Vent. Theorie 12 ceux qu'on éprouve à Saint722-Cotes, 722= artie plane, 723—Manu Domingue, 7. 56, 113, 301, 417, 754,
faétures, 723, zo -Population, 723 3-Milice, 75smChange à la Plate-Forme du Mole, 53
7a—Temperature 723, 726-F Platons, 724 Leur efetà la pointe des Irois, 754=Ce qu'ou
-Hifoire naturelic, 72 -Montagnes, 724, nomme hourvary 807. 725-Chemins 3 726 - Dépendance 3 726 Verret ( M.). Son éloge, 682 85 Juin. Diftance, 727. Verrettes. Limites, 176=S0l, 176—Producions,
Trelauney (M. de). Trait de modération de ce 176 = Manufaétures, 176 = Eglie, 177, i=
Gouverneur de la Jamaique, 641. Bourg, 177-Marechaufite, 177-Popalation,
Tremblement de terre. Opinions diverfes fur leurs 177= Chapelle fuccurfale, 177 Rivieres, 177
caufes, 8 E Jaiv., 709 juie = Au Môle, Moulins à eau, 177—Arrofemens, 1 177
43-Au Port-à-Piment, 79 1l ASt-Marc, Chemins, 178= Dépendance civile & miliHi9-DepArcahaye, 255,, 260: =Du Çul- taire, 179-Milice, 179=Diftance entr'elles
de-Sac, 269 D: Ja Croix- des Bouquets, & d'autres lieux, 179. 301=Dul Purt au-Prince, 318, 3, 346, Volange,201, 202, 329 = V. Speltacle. 370,393, 417 Bfaivi I R-Aexions &ob- Volcan.Raynal en admet un fous la piaine du
fervations fur ceux du Port-au-Prince, 421 8 Cul-de-suc, * 269=V. Tremblement deterre. fuivantes. = A Léogane, 455, 460, 479: i= Voyage. Moyens de voyager, 217 +33, 43+,474. Du Grand-Goave, 491 Aux Cayes de
Jacmel,510- - De Jacmel, 515,
Du
W. Peuit-Goave, 560 E APAnie-à. Va 585
D'Acquin, 613: 620 De Saint- Louis, Wattelin ( Ife de ). II V. Dibouguemens. 648 = De Cavaillon, 658 - Aux Cayes,
X. 714= De Jérémie, 807. Trembley (M.). Son cloge, 175 = V. Arrofement de fous les de la plaine deP.drtibonite. Xaragua. Royaume Saint-Domingue
Trentignon (M.).F Fait don d'une partie de fon Naturels, 443-Ses habitans, 443-Son cacibien aux pauvres,711 6 Juin. que Béhéchio, 443 = Les Efpagnols y maffaTribanal-Tirrier. Quand creé, 361 = Sa com- crent les Naturels, 3 445 il Villes qu'Ovando
poition, fa fupprriion, 361. yfic bâtir 3 445.
aume Saint-Domingue
Trentignon (M.).F Fait don d'une partie de fon Naturels, 443-Ses habitans, 443-Son cacibien aux pauvres,711 6 Juin. que Béhéchio, 443 = Les Efpagnols y maffaTribanal-Tirrier. Quand creé, 361 = Sa com- crent les Naturels, 3 445 il Villes qu'Ovando
poition, fa fupprriion, 361. yfic bâtir 3 445. Fin de la Table des Matières. — Page 871 — — Page 872 — magilfye — Page 873 —
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