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Arm Ininersity --- Page 3 --- --- Page 4 --- --- Page 5 ---
N --- Page 6 ---
Mata
DE UBE
Maify
CARTE
DE
LISLE SIDOMINGUE
drgfée nour tourrase de
MI E. MOREAU DE S. MEIY --- Page 7 ---
DESCRIPTION
TOPOGRAPHIQUE, PHYSIQUE,
CIVILE, POLITIQUE ET HISTORIQUE
DE L A
PARTIE
FRANCAISE
D E
L'ISLE SAENT-DOMINGUE
AVEC des Obfervations générales fur fa Population , fur le Caraétère &
Moeurs de fes divers Habitans; fur fon Climat, fa Culture, fes
les
fon Adminiftration, &cc. &c.
Productions,
Accompagnées des détails les plus propres à faire comnaitre Pétat de
cette Colonie à
Pépoque du 18 Oaubre 1789;
Et d'une nouvelle Carte de la totalité de PIe.
Par M.L. E. MOREAU DE SAINT-MÉRY.
TOM E P RE MI E R.
COMPRENANT, outre les objets généraux 3 la Defeription des vingt & une Paroiffes de la Partie du
Nord & de PIfle la Tortue.
Les fources de fa profpérité ne font pas toutes taries,
A P. HI L A D E L P H I E,
Et s'y trouve
Chez PAUTEUR, au coin de Front & de Callow-Hill freets.
A PARIS, chez DUPONT, Libraire, rue de la Loi.
Kil HAMBOURG, chez les principaux LIBRAIRES.
1797. --- Page 8 ---
0a
D -
IMI PRI M É SELON L. A Lor.
La Soufcription de cet Ouurage devant reffer ouverte jujqu'au moment de la
-livraifon de ce Premier Volume, la Lifte de Melfieurs les Soufcripteurs fera mife
à la tête du Second Volume, --- Page 9 ---
XX
300e 00080
DISCOURS
PRÉ L I M I N AIR E.
A cette vérité, depuis fi long-tems répétée, que rien n'eft auffi peu connu
que les Colonies des Antilles, fe réunirait peut-être bientôt l'impoffibilité
de connaître ceile qui a été la plus brillntedfenr-elkes,fjs ne me hâtais d'offrir
le tableau fidelle de fa fplendeur paffée.
Occupé depuis quatorze années à recueillir tout ce qui appartenait à la Def
cription , à la Légiflation & à I'Hiftoire des Colonies, > j'avais déjà publié fix
volumes in-40. du Recueil des Loix des Ifles Françaifes de l'Amérique fous le
Vent dont Saint-Domingue était le chef-lieu, & d'immenfes matériaux
étaient déjà préparés pour que les autres parties de mon plan, > fur ces îles, 2 paruffent fucceflivement , lorfque la révolution françaife, difpofant de moi prefque
tout entier, m'a mis dans l'impuiffance d'accomplir mon projet.
Jetté enfuite loin de la France par la tempête politique qui a pouffé des
Français fur prefque tout le refte du globe, j'ai eu le bonheur de fauver, aveç
ma vie, les preuves de m'a conftance à rechercher tout ce qui a trait aux
Colonies, & lorfque mes infortunes me l'ont permis, j'ai repris la tâche que
mon dévouement à la chofe publique m'avait fait entréprendre. Plein de cette
penfée, que les vérités utiles ne fauraient être long tems méconnues,j'ai toujours
ajouté â celles que j'avais à préfenter à ma Patrie, , & j'ai plus d'une fois con-
(*) Sous le titre de Loix 6 Confitutions des Colonies Frangaijes de P.imérignejous le went,
a 2
'ont permis, j'ai repris la tâche que
mon dévouement à la chofe publique m'avait fait entréprendre. Plein de cette
penfée, que les vérités utiles ne fauraient être long tems méconnues,j'ai toujours
ajouté â celles que j'avais à préfenter à ma Patrie, , & j'ai plus d'une fois con-
(*) Sous le titre de Loix 6 Confitutions des Colonies Frangaijes de P.imérignejous le went,
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iv
D I S.C OU R S
folé ma douleur d'habiter loin d'elle, en dirigeant mes idées vers fon bonheur,
tandis que mon coeur s'ennorgueillifhit de fes fuccès.
Une première occafion s'eft offerte de lui donner une marque de mon zèle,
& c'eft à la ceffion faite par l'Efpagne à la France, de la Partie Efpagnole de
Saint-Domingue, qu'eft due ma Defcription de ce territoire (1).
Combien j'ai regretté alors que les coups de la fortune me fiffent la loi de
mettre de côté la Defcription de la Partie Françaife Mais l'amitié n'a pas été
inaétive, & c'eft fous fes aufpices que mon zèle s'eft ranimé.
Je puis donc enfin publier la Defcription de cette Colonie, qui a été fi
juftement enviée par toutes les Puiffances, qui fut l'orgueil de la France dans
le Nouveau-Monde, & dont la profpérité faite pour étonner, était l'ouvrage
de moins d'un fiècle & demi.
A cette rapide énonciation de la gloire de Saint-Domingue, comme colonic
françaife, il me femble entendre une foule de perfonnes, me prêtant des vues
peut-être contradiétoires, m'accufer ou de me livrer à un travail inutile ou de
chercher à exciter de regrets déformais fans remède.
Je dois donc faire ici une profeflion de foi claire &x franche de mes motifs.
Quelle que foit la fituation dans laquelle la paix générale de la France avec
tous ceux qui s'étaient coalifés pour lui ravir fa liberté, trouvera Saint-Domingue ; quel que puiffe être le fyftème que ma Patrie adoptera, à cette époque,
fur fes Colonies à fucre, il ferait abfurde de fuppofer que cette fituation, > que
ce fyftème n'auront aucun rapport avec ce que ces Colonies étaient au moment
où leur Métropole a fait une révolution dont les fecouffes font fenties jufqu'aux
extrémités de la Terre. N'exifta-t-il plus que les objets purement phyfiques
dont leur enfemble eft compofé, il faut que la connaiffance de ces objets
éclairent fur la détermination quelconque qu'on adoptera.
Or, fi cette propofition a toute la folidité que je lui trouve, par rapport a
(1) Publiée à Philadelphie en 1796, en 2 vol. in-8°,
volution dont les fecouffes font fenties jufqu'aux
extrémités de la Terre. N'exifta-t-il plus que les objets purement phyfiques
dont leur enfemble eft compofé, il faut que la connaiffance de ces objets
éclairent fur la détermination quelconque qu'on adoptera.
Or, fi cette propofition a toute la folidité que je lui trouve, par rapport a
(1) Publiée à Philadelphie en 1796, en 2 vol. in-8°, --- Page 11 ---
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laquelle des Colonies cette connaiflance fera-t-elle plus néceffaire, que pour
celle qui l'emportant à elle feule fur toutes les autres réunies, doit par cela
même attirer les regards la première, & exciter une follicitude plus vive P
La Colonie françaife de Saint-Domingue eft, je le fais; celle qui a éprouvé
de la manière la plus cruelle, les convulfions révolutionnaires. C'eft dans fon
vafte fein qu'elles ont fait plas de ravages : divifions inteftines, guerre étrangère, tout s'eft réuni pour l'accabler de maux, pour la déchirer, & il femblerait que ce corps vigoureux & robufte, que cet Hercule colonial, eôt été
deftiné à n'être plus un jour qu'un fquelette décharné.
Cette opinion fut-elle fondée, &je ne l'adopte pas, ( comme le prouve affez
mon épigraphe ), pourquoi la peinture fidelle de ce qu'était n'aguères encore
une Colonie qui donnait cent cinquante millions tournois de produits annuels,
qui fe glorifiait juftement d'influer fur la profpérité de fa Mère-Patrie, ne
ferait-elle pas préfentée, du moins, comme un monument en quelque forte
hiftorique, & comme. un chapitre à méditer par tous ceux qui ont part au
gouvernement des États ?
Il ne peut donc jamais êtré indifférent, & il eft encore bien moins inutile
de montrer ce que le génie français avait crée à deux mille lieues de la
Métropole ; d'expofer avec détails ce que ce génie, très-louvent contrarié par
le Gouvernement, 3 était parvenu à produire prefqu'en un inftant &c avec une
fupériorité qui laiffait loin derrière elle tout ce que les autres nations ont entrepris
de femblable.
Mais, & cette efpérance je ne faurais l'abandonner 3> la France pour laquelle
l'importance des Colonies finira: par être une vérité mathématique, voudra
réparer leurs malheurs par ce qu'elle ne peut s'empècher de les compter parmiles
fiens propres i parce qu'elle doit les confidérer comme des maux qu'il faut
guérir, s'il eft vrai qu'un corps politique ne faurait recouvrer toute fon énergie
tant qu'une plaie profonde altère & mine les fources qui concourent à conferver
fon exiftence. Lorfque cet inftant aura été amené par la paix générale, la France
é mathématique, voudra
réparer leurs malheurs par ce qu'elle ne peut s'empècher de les compter parmiles
fiens propres i parce qu'elle doit les confidérer comme des maux qu'il faut
guérir, s'il eft vrai qu'un corps politique ne faurait recouvrer toute fon énergie
tant qu'une plaie profonde altère & mine les fources qui concourent à conferver
fon exiftence. Lorfque cet inftant aura été amené par la paix générale, la France --- Page 12 ---
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D I SC U R S
aura befoin, furtout pcur Saint-Domingue, d'avoir des renfeignemens capables
de la diriger dans le choix des moyens qu'elle devra adopter pour en faire
encore une utile Colonic.
Précendraic-on que ma Defcription s'ar: êtant précifément au jour où les
premiers mouvemens de la révolution ont été fentis à Saint-Domingue, elle
ne faurait éclairer fufifamment les efprits, ni procurer les avantages que je
viens d'indiquer ?
Je réponds que la Defeription, telle que je la publie, eft précifément ce
qu'il faut défirer: : car ou ce qu'elle eft deftinée à faire connaîrre fubfifte
encore, où il a été détruit en tout ou en partie. Dans le premier cas, rien ne
peut la fuppléer; dans le fecond, en ajoutant ces deux feuls mots n'exife plus,
ou à la fin du livre ou.aux divers articles defcriptifs, on aura la connaiflance
détaillée de la nature, de l'emploi des objets dont il faut déplorer l'anéantiffement. C'eft même l'unique manière d'apprécier la valeur de la perte qu'on
aura faite, & s'il exifte des moyens de la réparer, rien n'eft propre à les
fuggérer comme ces détails nêmes.
Et fans cela, comment faire la comparaifon de ce que fut Saint-Domingue
avec ce qu'il fera au moment où ce rapprochement deviendra le premier devoir
de quiconque devra travailler à fa reftauration ? Sans cela comment mettre fin
à l'interminable difpute qui fubfite déjà depuis trop long-tems entre ceux qui
exagèrent & ceux qui diffimulent tout ce qui contrarie leurs vues dans ce parallèle?
Il ne s'agit plus > comme en 1630, d'attendre que l'audace des Aventuriers
enfante des prodiges i il ne s'agit point de venir, comme autrefois, s'emparer
du fruit de leurs conquêtes, & de ne les en récompenfer eux ou leurs
defcendans, qu'en les rendant durant p'us d'un demi-fiècle le jouet continuel
d'effais, de tatonnemens, de principes incohérens & de lcs vexer fous le prétexte qu'ils ne pouvaient fe paffer d'une proteétion qui fut quelquefois leur
fléau Il faut maint: nant, & c'eft à coup sûr le but qu'on fe propofera, faire
fortir de ce qui fera refléà Saint-Domingue de fon ancien état, les moyens de le
, qu'en les rendant durant p'us d'un demi-fiècle le jouet continuel
d'effais, de tatonnemens, de principes incohérens & de lcs vexer fous le prétexte qu'ils ne pouvaient fe paffer d'une proteétion qui fut quelquefois leur
fléau Il faut maint: nant, & c'eft à coup sûr le but qu'on fe propofera, faire
fortir de ce qui fera refléà Saint-Domingue de fon ancien état, les moyens de le --- Page 13 ---
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rendre encore un jour une fource de richeffe & de puiffance pour la France. Dans
ces champs tout fumans de fang & de carnage, il faut faire renaitre l'abondance, & que l'afpedt du bonheur foit le partage d'une terre où il faut enfevelir,
s'il eft poffible, jufqu'au fouvenir des calamités dont elle a été le théâtre.
Et l'évidence de cette vérité une fois bien établie, quel flambeau plus précieux peut-on prendre pour marcher avec affurance fur cette immenfe furface, *
que celui qui fera diftinguer les chofes qui y fubfiftent encore & reconnaîtré
par leurs ruines mêmes, celles qui ne font plus !
Qu'on fuppole en effet une portion quelconque de la Colonie qui aura fouffert le plus de ravages ; par exemple, une paroiffe entière. La Defcription à la
main, la plus fimple infpeétion dira cC qu'elle a perdu de manufaétures, d'habitans, de cultivateurs, d'établiflemens publics, de reffources de tous les
genres, &c de cette efpèce de revue 3 douloureufe il eft vrai, fortira la connaiffance des pertes qu'on devra réparer, & celle des moyens qui reftent. On
connaitra encore de cette paroiffe fon étendue, fon fol, les avantages ou les'
inconvéniens de fa fituation ; fa température, fes productions, fa minéralogie,
fes rivières, leur diredtion, fes côtes, leurs ports, leurs mouillages, &cc. &zc.
On peut même juger par la marche progreflive quil'avait conduite au degré
d'utilité où elle était parvenue au moment de la révolution, ce qu'on a raifonnablement droit d'efpérer pour l'avenir. Quelquefois même des fautes ou des
erreurs que des obftacles particuliers avaient fait commettre, feront tout indiqués afin qu'on les évite.
Il n'eft donc point d'hypothèfe où l'on puiffe prétendre, > avec raifon, que la
Defeription que je donne aujourd'hui n'eft plus utile ; & il eft fi affreux- 3 j'ai
prefque dit fi abfurde, > de fuppofer la feule qui puiffe donner du poids à cette
affertion, c'eft-à-dire, celle de la perte abfolue de Saint- Domingue, 3 par l'impof
fibilité de le ramener à être une Colonie agricole & manufacturière, que je la repouffe avec un fentiment d'indignation qui a mon patriotifine même pour principe,
n'eft plus utile ; & il eft fi affreux- 3 j'ai
prefque dit fi abfurde, > de fuppofer la feule qui puiffe donner du poids à cette
affertion, c'eft-à-dire, celle de la perte abfolue de Saint- Domingue, 3 par l'impof
fibilité de le ramener à être une Colonie agricole & manufacturière, que je la repouffe avec un fentiment d'indignation qui a mon patriotifine même pour principe, --- Page 14 ---
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D I S C
U R S
Et enfin fi ce fort récllement déplorable était cclui qui menace Saint-Domingue, il ferait néceffaire encore à PHiftoire des Nations de réunir un chapitre au
grand livre de l'expérience > pour montrer ce qu'a été, dans fa courte exiltence,
une Colonie que fa nature 3 fa fplendeur & fa deftrustion rendraient le
premier exemple de ce genre dans les annales du monde. Nous recherchons
avec curiofité les ruines des anciens établiffemens qui ont fait la gloire &
l'admiration des peuples & nous recourons à de pénibles recherches ) à de favantes differtations pour arriver, par elles, la connaiffance imparfaite des mceurs
& du gouvernement de ces peuples. La Grèce 3 PItalie appellent, chaquejour,
les obfervateurs. Eh bien ! avec cet Ouvrage, on méditerait fur Saint - Domingue; & fans doute on peut, à quelques égards, retirer autant de fruit de
cette contemplation que de celle des débris d'Herculanum, qu'on va tirer du
milieu des cendres qui les recouvrent depuis tant de fiècles.
Mais mon coeur & mon efprit rejettent également cette fuppofition 3 &x c'eft
plein de confiance dans ma Patrie, 3 que je publie cette Defcription.
Je dois répondre d'avance à une obfervation queje me fuis déjà entendu faire
dans des entretiens privés ; c'eft de n'avoir pas établi, dans cet Ouvrage > quel eft
l'état aétuel des lieux que j'y décris.
Premièrement, il faudrait que j'adoptaffe pour cela une époque quelconque, &c
comme je ne regarderai jamais comme vrai, ce qui n'eft pas marqué pour moi
au coin de la certitude,je laifferais furement encore un intervalle entre cette
époque & le moment où je fais paraitre ce livre, ce qui ne me garantirait qu'à
demi du reproche ; mais à coup sûr, cet état ne ferait pas celui où la paix
trouvera Saint-Domingue. Je me ferais donc livré à des travaux pénibles &
incomplets.
D'ailleurs, comment aurais-je pu appliquer à cette portion 3 ma méthode
d'entrer dans des détails hiftoriques pour rendre la Defcription plus
curieufe & plus intéreflante ? Il aurait donc fallu parler de la révolution, & je
mç
ce qui ne me garantirait qu'à
demi du reproche ; mais à coup sûr, cet état ne ferait pas celui où la paix
trouvera Saint-Domingue. Je me ferais donc livré à des travaux pénibles &
incomplets.
D'ailleurs, comment aurais-je pu appliquer à cette portion 3 ma méthode
d'entrer dans des détails hiftoriques pour rendre la Defcription plus
curieufe & plus intéreflante ? Il aurait donc fallu parler de la révolution, & je
mç --- Page 15 ---
P R E L I M I N A I R E.
ix
me fuis impofé la loi de montrer Saint-Domingue tel qu'il était le premier
jour que la révolution s'y eft manifeftée. Suis-je en cC moment affez inftruit pour
parler de cette révolution avec la véracité que rien ne me feraj jamais abandonner?
Le moment eft-iI venu d'écrire fur la révolution coloniale ? - Je déclare hautement que je ne le crois pas.
D'un autre côté, je n'ai ni le défir, ni la prétention de m'ériger en juge de cC
qui s'eft paffé relativement aux Colonies & particulièrement à Saint-Domingue ;
ni en confeiller pour les mefures qu'on doit adopter à leur égard. J'ai publié
e
depuis plus de quinze ans la réfolution d'écrire l'hiftoire des Colonies & la je ne
négligerai, ne trahirai, ni n'excéderai les droits qui appartiennent au titre facré
d'hiftorien ; mais dans cette hiftoire, je diftingue aufli tout ce qui a précédé la
révolution, & 1789 eft encore là un terme qui me commande un repos. C'eftau
tems & aux circonftances à rendre publique cette portion de mes veilles : au tems
parce quej'en ai befoin pour exprimer mes idées & les rendre dignes du grand
jour : aux circonftances, parce que les malheurs perfonnels que j'ai éprouvés
depuis la révolution, m'empéchent de calculer, avec certitude, 3 le moment où
mon zèle ne fera point enchaîné par des motifs que, je n'ai déjà trouvés que trop
impérieux.
Je ne veux > à préfent, exprimer fur les Colonies qu'une feule penfée. C'eft
que quelle que foit la deftinée qui les attend 3 quiconque ofera fe mêler de les
adminiftrer fans favoir ce qu'elles ont été & fans fe convaincre qu'en gouvernement > c'eft toujours par la comparaifon du point d'où l'on eft parti avec celui
où l'on fe trouve > qu'on doit juger celui où l'on peut arriver, ne fera jamais
propre à y faire ceffer le défordre & à les rendre encore précieufes pour leur
Métropole.
Et quel eft l'homme raifonnable qui croit qu'après tous les changemens que
la France a éprouvés depuis huit ans, il ferait poffible qu'elle fut gouvernée par
ceux quiignoreraient ce qu'elle a été auparavant 2 C'eft parce qu'elle eft encore
Tome I.
b
'on doit juger celui où l'on peut arriver, ne fera jamais
propre à y faire ceffer le défordre & à les rendre encore précieufes pour leur
Métropole.
Et quel eft l'homme raifonnable qui croit qu'après tous les changemens que
la France a éprouvés depuis huit ans, il ferait poffible qu'elle fut gouvernée par
ceux quiignoreraient ce qu'elle a été auparavant 2 C'eft parce qu'elle eft encore
Tome I.
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remplie de Français & d'hommes qui la connaiffent, qu'elle eft capable des
grandes réfclutions & des étonnans fuccès qu'on admire.
Mais où font ceux qui connaiffent les Colonies ? J'entends par là non pas
ceux qui les ont vues > qui même les ont habitées, mais ceux qui les ont étudiées
fous un rapport quelconque & qui font en état d'éclairer far ce qui les concerne. Peut-être même s'en trouverait - il encore affez d'exiftans fi on les
réuniffait & f on pouvait les interroger tous fur les parties qui leur font le
plus familières; mais le malheur les a difperfés par-tout, & ce malheur n'ft pas
le moindre qu'ait éprouvé Saint-Domingue.
D'une autre part > les opinions de quelques - uns &c la prévention
cruelle qui s'eft élevée contre eux & quiles confond tous > permettent-ils qu'on
fonge à les confulter ou qu'on veuille croire à ce qu'ils diraient de plus vrai ?
Et c'eft à deux mille lieues des Colonies qu'on doit ftatuer fur ce qui les
concerne ! N'y eût-il que cet inconvénient infurmontable, quelle raifon pour
chercher des lumières & pour les accueillir !
J'ole croire que je ne me livre pas à un mouvement préfomptueux en difant
qu'on en puifera d'importantes & de multipliées dans cet Ouvrage. Par un hafard
qu'il faut trouver heureux > il a été fait à une époque où Saint-Domingue était
parvenu au fommet de la profpéricé 3 & on y trouve affez clairement la marche
progrefive qui l'avait fait arriver à ce terme. J'ai décrit l'état de cette Colonie,
jufqu'en 1789, fous les yeux de fes habitans & aidé par les connaiffances de
beaucoup d'entr'eux & par la bienveillance qu'alors je pouvais appeler générale. Si même je me cite quelquefois, fi le terrible snoi, toujours défavorable
pour l'écrivain, eft forti fréquemment de ma plume, > c'eft pour donner la
preuve que je parle avec certitude; 2 c'eft pour augmenter, > relativement à quelque fait, la confiance que j'ofe croire que le Leéteur m'accordera, & pour
mieux rappeler à mes contemporains que nous avons vus enfemble ce que je
retrace. Ii n'eft pas un rapport fous lequel la plus belle des Colonies n'y foit
toujours défavorable
pour l'écrivain, eft forti fréquemment de ma plume, > c'eft pour donner la
preuve que je parle avec certitude; 2 c'eft pour augmenter, > relativement à quelque fait, la confiance que j'ofe croire que le Leéteur m'accordera, & pour
mieux rappeler à mes contemporains que nous avons vus enfemble ce que je
retrace. Ii n'eft pas un rapport fous lequel la plus belle des Colonies n'y foit --- Page 17 ---
P R É L : I M I N A I R E.
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préfentée : adminiftrateur, commerçant, agriculteur 3 phyficien 1 philofophe,
marin > homme de lettres, tous peuvent y trouver des chofes dignes
d'atention.
Jamais, ce fait ne me fera pas contefté, jamais aucun pays n'aura été
décrit avec autant de particularités. Cette entreprife, nul ne l'avait formée avant
moi, & déformais l'avantage même d'une longue priorité fuffit pour que je
puiffe dire qu'elle ne ferait tentée par perfonne. D'ailleurs, comment retrouver
ce que je polsède feul depuis les évènemens arrivés à Saint-Domingue P Comment faire renaître toutes les circonftances qui ont nourri & quelquefois fecondé
un zèle que tout s'était plu à encourager & que tous les fuffrages femblaient
avoir voulu récompenfer d'avance ? Il eft donc vrai que c'eft de moi feul qu'on
peut attendre l'ouvrage que j'offre en ce moment au Public.
Il eft tel qu'il eft forti de ma plume > fi l'on excepte quelques réflexions, qui
pouvaient, huit ans plutôt, porter un caraétère de courage > & auxquelles j'ai
craint qu'on n'en prétât un autre qui m'aurait bleffé.
C'eft donc, en confervant toujours cette idée, que j'ai écritjufqu'en 1789,qu'il
faut lire cette Defcription, où plufieurs chofes auraient befoin d'excufe fi elles
avaient une date plus récente. Il faut même remarquer que je dis dans plus
d'un endroit cette année: exprefion qui fe rapporte toujours à 1789; & qu'en
délignant ou des époques paffées ou des époques fitures, fans les marquer
autrement qu'en difant il J atant d'années ou dans tant d'annôes 3 c'eft encore de
1789 qu'il faut partir pour les compter.
Quelque amour-propre qu'on puiffe foupçonner dans cette obfervation, je
dirai néanmoins qu'il n'eft pas de Colon de Saint-Domingue
pour lequel
la defcription des objets qu'il connait le mieux n'aura pas quelque
chofe de nouveau, parce que perfonne n'a employé comme moi quatorze
années à chercher, foit dans Ja Colonie foit au Dépôt fi précieux de
Verfailles, les détails hiftoriques de manière à retracer plufieurs origines. C'eft
b 2
puiffe foupçonner dans cette obfervation, je
dirai néanmoins qu'il n'eft pas de Colon de Saint-Domingue
pour lequel
la defcription des objets qu'il connait le mieux n'aura pas quelque
chofe de nouveau, parce que perfonne n'a employé comme moi quatorze
années à chercher, foit dans Ja Colonie foit au Dépôt fi précieux de
Verfailles, les détails hiftoriques de manière à retracer plufieurs origines. C'eft
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D I S C C U R S
encore un caractère particulier à cet Ouvrage que de dire le premier une
multitude de faits déjà vieux pour Saint-Domingue, où la nature détruit vite
parce qu'elle eft occupéc, fans relâche, de reprodudtion.
J'ai adopté dans mon plan les divifions civiles de la Partie Françaife de
Saint-1 Domingue comme les plus fimples &c les plus généralement connues. Je
me fuis arrê:é avec une forte de complaifance fur les divers établiffemens publics,
parce qu'ils prouvent quels progrès la civilifation avait faits dans cette Colonie,
& qu'ils font mieux reffortir l'importance qu'elle avait acquife. J'ai blâmé &
quelquefois même avec force, mais je n'héfite point à dire que l'emploi
que je me fuis permis de ce moyen que l'écrivain a droit d'employer, eft
juftifié par l'ufage même quej'en ai fait. Pourquoi ne m'a-t-il pas été toujours
permis de fuivre le penchant de mon coeur & de louer fans ceffe !
Jen'en ai pas perdu une feule occafion, & le Lecteur trouvera furement plus
d'une preuve du plaifir que j'ai goûté en citant les hommes que leurs vertus ou
leurs talens, & quelquefois la réunion des unes & des autres ont rendus dignea
d'éloge.
Je ne me fuis cependant pas diflimulé 5 depuis que le foin de l'imprefion de
mon livre en a remis toutes les parties fous mes yeux, qu'il eft des hommes
que la haine ouI l'affeétion préfente, depuis la révolution, fous des couleurs bien
différentes de celles que j'ai employées pour les peindre. Mais je répète que
je finiffais d'écrire avec 1789, & je crois de ma probité d'écarter ce que j'ai
entendu, & ce que j'ai vu depuis lors ; ou bien il me faudrait renoncer à
la confiance que j'ai voulu infpirer 3 en déclarant quej'avais éloigné de moi, avec
un fcrupule religieux > tout ce qui n'avait pas précédé la révolution.
Il me reftera encore à publier IHiftoire de Saint-Domingue $ j'ai auffi en
réferve des traités complets fur les différentes cultures coloniales. Le Public en
recevra pareillement l'hommage, fi mes voeux qui n'ont jamais pour objet que
l'utilité de tous, ne font pas contrariés.
lu infpirer 3 en déclarant quej'avais éloigné de moi, avec
un fcrupule religieux > tout ce qui n'avait pas précédé la révolution.
Il me reftera encore à publier IHiftoire de Saint-Domingue $ j'ai auffi en
réferve des traités complets fur les différentes cultures coloniales. Le Public en
recevra pareillement l'hommage, fi mes voeux qui n'ont jamais pour objet que
l'utilité de tous, ne font pas contrariés. --- Page 19 ---
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Je ne puis ni ne dois me flatter que ce livre n'aura point de détraéteurs.
Comme je ne facrifierai jamais mon opinion à aucune confidération 3 je n'attends
ni ne veux ce facrifice de perfonne. Je place au-deffus de tout, la France & fon
bonheur, & je compterai pour rien tout ce qui tendra à nuire au livre par des
motifs fauffement prêtés à fon Auteur. Rien ne me fera facrifier la vérité: lorfque je la montrerai elle fera toute nue.
Je ne prétends cependant pas rejetter des obfervations & même des critiques
fondées : je les provoque 3 au contraire. L'erreur eft l'appanage de l'homme &
j'adreffe d'avance des aétions de grace aux perfonnes qui m'auront aflez bien jugé
pour croire que je n'ai commis que des fautes involontaires.
Ce témoignage & celui que nul autre intérêt que l'utilité de mon pays ne m'a
fait prendre la plume > font écrits au fond de ma confcience. Si la France
retire le moindre fruit des vérités que. je publie en cet inftant, mes longues &c
pénibles recherches ne feront que trop récompenfées. Puiffe-t-elle y voir une
preuve nouvelle des fentimens que je lui ai jurés & auxquelsje mourrai fidelle I
des fautes involontaires.
Ce témoignage & celui que nul autre intérêt que l'utilité de mon pays ne m'a
fait prendre la plume > font écrits au fond de ma confcience. Si la France
retire le moindre fruit des vérités que. je publie en cet inftant, mes longues &c
pénibles recherches ne feront que trop récompenfées. Puiffe-t-elle y voir une
preuve nouvelle des fentimens que je lui ai jurés & auxquelsje mourrai fidelle I --- Page 20 --- --- Page 21 ---
APERTISSE M E N T.
Lanas dont je parle plufieurs fois dans cet Ouvrage en eft cependant affez
indépendant pour que l'on puiffe prendre l'un fans l'autre; il eft facile néanmoins de concevoir qu'une Defcription acquiert bien de la clarté
des
par
plans & des vues perfpedtives (1).
J'avais d'abord penfé à ne mettre qu'une Table générale des Matières de
tout l'Ouvrage à la fin du fecond volume 5 mais réféchiffant que la recherche
des détails defcriptifs veut qu'on recourt fouvent à la Table,j'ai cru me rendre
plus agréable au Leéteur en en faifant une pour chaque volume.
Je me fuis félicité auffi de ce qu'une divifion naturelle formait celle
des
deux volumes. La Partie du Nord & l'INe la Tortue
compofent le premier,
tandis que le fecond renferme la Partie de l'Oueft avec lIle la Gonave
5 la
Partie du Sud avec l'Ille à Vache, &x les débouquemens de
Saint-Domingue.
Il pourra arriver qu'en calculant la population ou le nombre des manufaétures
quelconques de l'une des Parties de la Colonie ou un autre objet
d'après la
defcription de chaque paroiffe, on ne trouve pas un réfultat femblable à
l'énoncé général que je place à la tête de la defcription de chacune des trois
Parties; mais cet énoncé je l'ai tiré des recenfemens fournis
par l'Adminiftration, tandis que les autres documens, je les ai recueillis dans les
paroiffes
mêmes, & avec plus d'exaétitude. C'eft danc à Ces derniers
la
que préférence
doit appartenir.
Comme j'ai employé plufieurs termes confacrés par l'ufage à Saint-Domingue, j'ai cru devoir en donner une explication concife mais fuffifante
pous
(1) Le prix de cet Atlas eft de huit gourdes, --- Page 22 ---
xvj
A V E R T I 8 S E M E N T.
que cette efpèce de nomenclature coloniale ne puiffe arrêter aucun Leéteur i
d'autant que la Table des Matières peut encore fervir de fupplément â cet
égard.
Pour garantir le Public de l'inconvénient de contrefactions qui fourmilleraient néceffairement de fautes dans les noms propres des perfonnes > des lieux
& des chofes , j'ai jugé utile de mettre ma fignature à chaque exemplaire, à la
fin de cet Avertiffement,
Prorauy mesy
EXPLICATION
nomenclature coloniale ne puiffe arrêter aucun Leéteur i
d'autant que la Table des Matières peut encore fervir de fupplément â cet
égard.
Pour garantir le Public de l'inconvénient de contrefactions qui fourmilleraient néceffairement de fautes dans les noms propres des perfonnes > des lieux
& des chofes , j'ai jugé utile de mettre ma fignature à chaque exemplaire, à la
fin de cet Avertiffement,
Prorauy mesy
EXPLICATION --- Page 23 ---
EXPLICATIO N
De quelques termes ensplayés à Saint-Demingue 8 dans
ce Premier Volume.
A. L'ufage du figne du datif remplace fouvent, Bois DEBOUT Faireun ). Abattre les arbres
à Saint-Domingue, celui du génitif. Ainfi au qui couvrent un terrain.
lieu de direlhebitation Galiffet ou de Galiffet,
on dit Phabitation à Galiffet, la cafe à un Bois DE FARDACE. C'eft le bois
tel, la rivière à Mancel 3 la ravine à Pré- pour remplir les vides cntre les objets d'arrimage de la
volt, &c.
cargaifon d'un vaifleau.
AcuL. Signifie 3 à Saint-Domingue 3 un enfon- BoUcAN. Lieu où l'on fiit rêtir ou
des
cement.
viandes en les perçant de morceaux griller de bois
en guife de broches; ou bien où l'on
AJOUPA. Petite hutte baffe en forme de toit, des viandes ou d'autres fublunces à expole
faite de quelques petits pieux & couverte de la fumée.
Padtion de
feuillages.
ARGENT. L'expreflion Argent des Colonies ou BOUCANER. du Faire rôtir, griller ou fumer des
viandes, poiffon 3 &c.
fimplement des Colonies s après une fomme >
doit être entendue du taux del la monnoie colo- BOUCANIER. Nom donné aux
niale de Saint-Domingue, où la piaftre-gourde tans chaffeurs de Saint-Domingue premiers à caufe habi-. de
vaut buit liures cingJous.
leur ufage de faire rôtir ou griller des viandes
Argent de Francé ou feulement de France, dans un boucan.
veut dire, fur le pied de la monnoie courante
de France, qui vaut 501 pour cent de plus que BOUCHERIE MARONNE. Boucherie
la monnoie courante de Saint-Domingue; 3 de & qui fe fouftrait aux règles de la accidentelle
forte que les huitlivres cing fous de la piaftrepolice.
gourde ne font que cing livres dix fous, BRISE. Et fynonyme de vent.
argent de France ou tournois; & que cent
livres de France valent cent cinquante livres
de terre, eft le vent vient de
de Saint-Domingue.
rieur de l'ile.
qui
P'intéQuand on trouve une fomme fans aucune
défignation des Colonies particulière, c'eft toujours argent
du large, eft le vent qui vient de la mer.
qu'il faut l'entendre.
BAc A VEsoU. Vafe de bois ou de maçoncarabinée, : eft une brife violente.
nerie deftiné à recevoir le jus des cannes à CALLE. Mot venu de PEfpagnol. Calle ,
fucre, en attendant que les chaudières enayent rue > petit pafflage. En
cit petite une
befoin pour le cuire.
avancée fur la mer , pour Frangnis, embarquer & diBors DEBOUT. Bois compofé d'arbres fur barquer.
pied.
CARABINE, CARABINÉE, Adjeatif
Tome I,
qui CX:
C
une brife violente.
nerie deftiné à recevoir le jus des cannes à CALLE. Mot venu de PEfpagnol. Calle ,
fucre, en attendant que les chaudières enayent rue > petit pafflage. En
cit petite une
befoin pour le cuire.
avancée fur la mer , pour Frangnis, embarquer & diBors DEBOUT. Bois compofé d'arbres fur barquer.
pied.
CARABINE, CARABINÉE, Adjeatif
Tome I,
qui CX:
C --- Page 24 ---
xvij
EXPLICATION DE QUELQUES TERMES. prime la force quand il fe rapporte au vent & dit qu'une habitation eft zux étages de telle
Poulacie quaniil ie rapporte à un chemin. autre , lorfqu'une ligne tirée de la mer vers
l'intérieur & paffant par la première habitation
CARREAU. Étendue de terrain qui, à Saint- va, dans une difance quelconque, rencontrer
Domingue, compread cent pas de trois pieds celle qui elt à fes étages. & demi en carré. Dans d'autres Colonies
comme la Gaadeloupe S Cayenne, le carreau FLIBUSTIER. Nom venu de Fly-bost, ou Fly. n'a que cent pas detrois pieds feulement en boat, barque légère, marchant vite. Comme
carré. les premiers habitans de Saint - Domingue
Le carreau de Saint-Domingue a environ étaient prefque tous occupés de la courfe fur
trois arpens vingt-cing trente-deuxièmes de mer, ils reçurent le nom de Flibuftiers fous
Paris, & plus d'an acre un quart anglais. lequel ils frent les expicits les plus étonnans. CASE. Mot fouvent fynonyme aux Colonies avec FoURQ: BIFUECATION. Ainfi le fourq, d'un
celui de Majm. Cependant, en général, il chemin eft l'endroit où ce chemin fe divife en
défigne une sonitrucion de médiocre impor- deux ou même en un plus grand nombre de
tance. branches. CHEMIN carabiné. Chemin qu'on a obftrué ex- GENERAL. C'et lexpreffion dont on fe fert le
pres pour en interdire Paccès. plus communément
défigner le gouverneur-général de la ELS qu'on appelle
CAYE. Banc ou Roche qui eft dans l'eau. même Général, ou mon Géuéral > en lui
Écueil. parlant. CORAIL. Lieu fpécialement deftiné à élever des
& ISTENDANT (MM. Ics ). Exprefion
cochons. qu'on employe pour parler colleétivement du
Général & de PIntendant > au lieu de dire
CoUPE. Point par lequel un chemin faic fran- M. le Général & M. l'Intendant. chir une chine de montagues. GOURDE. - Voy. Piafre-goarde. DEFRICHE. Synonyme de défrichement. HABITUER un terrain ; le défricher. ExBARCADIRE. Lien oà Pon embarque. On
dit auffi quelquefois DEBARCADERE dé- HATTE. Mot tiré de l'Efpagnol & qui fignifie
figner un lieu de débarquement: SLIRT feul Haras, lieu oû on élève des beftiaux. mu: embarcadère emporte maintenant la doubleidée d'embarquer 3 de débarquer. Ilvient LAGON. Marécage, lieu noyé. delEfpagnol. LIEUE. Exprime, dans cet ouvrage 9 une étenESTER. Autrefcis Ex-terre. Nom donné à des due de deux mille toifes de fix pieds français. parties marécageufes & noyées 2 formées le
iong des côtes par des alluvions ou par la LIVRE.- Voy. Argent.
: embarcadère emporte maintenant la doubleidée d'embarquer 3 de débarquer. Ilvient LAGON. Marécage, lieu noyé. delEfpagnol. LIEUE. Exprime, dans cet ouvrage 9 une étenESTER. Autrefcis Ex-terre. Nom donné à des due de deux mille toifes de fix pieds français. parties marécageufes & noyées 2 formées le
iong des côtes par des alluvions ou par la LIVRE.- Voy. Argent. retreite dela au-delà mer, & la font terre pour du ainf. terrain dire, MANTEGUE. Graiffe de cochon fondue sJainterrà,
folide extrà dont ces efters font même quelquefois doux. détachés. MARINGOUIR. Infele bourdonnant très-ref. ÉTAGE. Comme les défichemens ont commen- femblant au coufin de France & dont les picclelong du rivage & que ce n'eft que par gères font cuifantes. fuccefion de tems qu'on a défriché fupérieurehabite les bois, les
en gagnant vers l'intérieur, on a 2P- MARON.
ainterrà,
folide extrà dont ces efters font même quelquefois doux. détachés. MARINGOUIR. Infele bourdonnant très-ref. ÉTAGE. Comme les défichemens ont commen- femblant au coufin de France & dont les picclelong du rivage & que ce n'eft que par gères font cuifantes. fuccefion de tems qu'on a défriché fupérieurehabite les bois, les
en gagnant vers l'intérieur, on a 2P- MARON. Sauvage ; qui
PBLT p.il feconde, la troifème ligne des défri- foréts; fagitif
cheracas sc, le fecond, le troifiee étage. Far une anaingie tirée de cette exprcfion,n MONNOIE. - Voy. Argent, --- Page 25 ---
EXPLICATION DE QUELRUES TERMES.
xix
MOxNE. Montague.
TACHE. Feuillc du Palmier.
MORNET. Petite montagne; monticule.
TERRER ( le Sucre ) C'eft le foumettre à l'action de l'eaa mife en état de fufpenfion dans
MousTIQDE. Petite mouche prefqu'impercep- une certaine quantité de terre très-battuc; cette
tible, dunt Paiguillon pénètre la peau & y eau, en filtrant depuis la partie large de la
cauie une vive doulcur.
forme de fircre jufqu'à fon fommet qui, dans
cette opération, fe trouve inférieurement placé,
PASsE. Pallige, ifue vers un mouillage, une lave les criftaux du fucre &
de leur
côte. - Point ou une rivière elt guéable.
furface toutes les parties firupeufes emporte quiy yétaient
encore unies. Delà, l'exprellion Sacreterrépour
PIASTRE GOURDE. Monnoie d'Efpagne va- déligner le fucre qui a fubi cette action.
lant cinq livres dix fous de France. On l'appele aufi fimplement gourdés & on fa dillingue TOURNOIS. Vey. Argent.
ainfi de la piatre fimple qui était une ancienne
monnoie d'Bipagne, , qu'on ne voit plus dans VIDE d'un mowlin. C'eft l'eau fortant de fon
la circulatiou & qui valait huit-onzicmes de la canal après qu'elle l'a fait mouvoir.
piaftre gourde.
On appele gourdin la pièce qui eft le quart
d'une Indigoterie. C'eft le canal qui chara
dela piaitre-gourde.
rie l'eau qu'on a fait fervir à la macération
de Pindigo,
RACADEAU. Efpèce de petite mouche dont
la piqure canfe une forte doulcur & laiffe une VIVRES DE TERRE. C'eft
eipice d'auréole cramoilic.
que par Jaquelle on défigne l'appelation collectivement généri- les
RAQUE.Lieu quelquefois noyé, mais toujours racines ou choux telles caraibe que le manioc 3 la patate , le tayo
bas, où font de petits arbres rabougris.
&c.
3 ligname, la couche-couche
SAVANE. Prairic naturelle.
du Pays. C'eft, outre les vivres de terre,
les bananes, les figues-bananes, les
SUGRE. Voy." Terrerle fucre.
le mahis, &c,
poist
&
RENS
- les
RAQUE.Lieu quelquefois noyé, mais toujours racines ou choux telles caraibe que le manioc 3 la patate , le tayo
bas, où font de petits arbres rabougris.
&c.
3 ligname, la couche-couche
SAVANE. Prairic naturelle.
du Pays. C'eft, outre les vivres de terre,
les bananes, les figues-bananes, les
SUGRE. Voy." Terrerle fucre.
le mahis, &c,
poist
&
RENS --- Page 26 ---
E R R A T A.
Du Premier Volume.
PACs 47, ligne rere, au Heu de comme , lifez:
dère de la Petite-Anfe.
contre.
217, 12,lifez: 2 lieues.
80, 3o, lifez: Occidentaux.
296, II, mettez au-deffous en titre:
121,
9,lifez: Artau.
Ville du Cap.
143,
33, lifez: Daxabon.
336,
IO, lifez : nef.
I5o,
Iere.,
385, 25, effacez: général.
10, au lieu de faurt > lifez :
507,
27,lifez: fecretaire.
faut.
600,
8,au lieu du 9 ou IO; lifez :
217,
10, au lieu de : Au bourg du
du 9au IO.
Quartier - Morin, lifez:
695,
21, au lieu de Trivial, lifea,
Au bourg de l'embarcaTréval.
Ryant ONX Faxtes purement typograpbigues, 1e Ledeur A infamment prié d'yfuppléer. --- Page 27 ---
X
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> a = @ 4 @ S - - 0 0 0 0 - - € - ( a @ €
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DE
DES CRIPTION
TOPOGRAPHIQUE E T POLITIQUE
D E L A
PARTIE F RANCAISE
D
L'ISLE S A I N T-D C à MIN G U E.
CAX SASASE D
LA Partie Françaife de l'ile Saint-] Domingue eft 3 de toutes les poffeffions de la
France dans le Nouveau-Monde 3 la plus importante par les richeffès qu'elle
procure à fa Métropole & par l'influence qu'elle a fur fon agriculture & fur fon
commerce,
Sous ce rapport, la Partie Françaife de Saint-Domingue eft digne de l'obfervation de tous les hommes qui fe livrent à l'étude des gouvernemens, qui
cherchent dans les détails des différentes parties d'un vafte état, les points
capitaux qui peuvent en éclairer l'adminiftration, & montrer les bafes réelles du
meilleur fyftème de profpérité publique.
La connaiflance particulière de la Partie Françaife de Saint-Domingue, peut
encore intéreffer l'homme qui, fans faifir l'enfemble dont je viens de parler,
défire connaître les moeurs, le caraétère, les productions, la population & le
commerce d'une Colonie, que fon éloignement même de la Mère-patrie,
Tome J.
A
l'adminiftration, & montrer les bafes réelles du
meilleur fyftème de profpérité publique.
La connaiflance particulière de la Partie Françaife de Saint-Domingue, peut
encore intéreffer l'homme qui, fans faifir l'enfemble dont je viens de parler,
défire connaître les moeurs, le caraétère, les productions, la population & le
commerce d'une Colonie, que fon éloignement même de la Mère-patrie,
Tome J.
A --- Page 28 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
empêche de lui reffembler, & dont la perte ou la confervation eft un des plus
grands événemens fur lequel elle ait à méditer.
Enfin le philofophe, le naturalifte, l'agriculteur & prefque tous ceux que la
contemplation phyfique ou morale de la nature occupe, ne peuvent voir fans
fruit le tableau fidèle d'un établiffement, placé fous le ciel de la Zône torride &c
dont le fort peut influer fur les deftinées de la France.
Mais tous les motifs que je viens de rappeller, comme propres à faire défirer Ia
Defeription de la Partie Françaife, acquièrent encore une nouvelle force quand on
remarque que la propriété de l'ile eft partagée entre deux nations, qui ont dû
adopter des vues particulières à chacune d'elles, relativement à leurs colonies,
parce qu'elles ont dans les principes de leur gouvernement, & même dans
leur caraÉtère, des différences remarquables. Ainfi, une peinture exaéte de
la totalité de l'ile Saint-Domingue, doit avoir le double avantage de faire
connaître le génie Français &c le génie Efpagnol, agiffant à de grandes dif
tances, &c de montrer quel genre de moyens Pun & l'autre a fait fervir à fes
deffeins.
C'eft dans la perfiufion qu'on pouvait retirer un grand fruit de cette Defeription
générale, que je me fuis déterminé à l'entreprendre
LA Partie Françaife de Saint-Domingue forme la portion Occidentale de
cette ile immenfe, dont les Efpagnols occupent abfolument l'Orient. Mais elle
n'offre pas, comme la Partie Efpagnole, une furface d'une longueur à-peu-près
égale, & peu variable dans fa largeur. Saint-Domingue Français a une figure
irrégulière, produite par une double caufe ; l'une eft la direétion finueufe de la
ligne des limites qui fépare le territoire des deux nations, & l'autre deux pointes
de terre inégales, ou plutôt deux prolongemens, qui partent du bord Sud & du
bord Nord de l'ile, pour courir dans rOueft, & qui laiffent entr'eux une efpèce
d'enfoncement ou de petit golfe.
(*) L'accueil que le Public a daigné faire à la publication de la Defeription de la Partie
Efpagnole, que j'ai imprimée à Philadelphie l'année dernière 1795, eft tout à-la fois, 3 & un véhicule
de plns pour mon zèle, & un favorable augure pour Cc qui a rapport à la Partie Françaife,
ile, pour courir dans rOueft, & qui laiffent entr'eux une efpèce
d'enfoncement ou de petit golfe.
(*) L'accueil que le Public a daigné faire à la publication de la Defeription de la Partie
Efpagnole, que j'ai imprimée à Philadelphie l'année dernière 1795, eft tout à-la fois, 3 & un véhicule
de plns pour mon zèle, & un favorable augure pour Cc qui a rapport à la Partie Françaife, --- Page 29 ---
FR. ANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 3
Etendue de la Partie Frangaif.
LE prolongement Méridional qui eft le plus allongé, puifque fon extrémité eft
de trente lieues plus Occidental que l'autre 3 a environ foixante-quinze lieues de
long, comptées depuis la limite julqu'à cette extrémité, fur une largeur qui,
variant depuis fept jufqu'à quinze lieues, peut être évaluée à onze lieues de
largeur moyenne.
Le prolongement Septentrional a environ cinquante lieues de long, mefurées
auffi depuis la ligne des limites, qui là fe trouve un peu plus reculée dans PEt,
jufqu'au point où ce prolongement finit dans l'Oueft, fur une largeur variable
depuis fix jufqu'à quinze lieues, & qu'on peut eftimer à douze lieues de largeur
moyenne.
L'efpace qui reite enfuite entre ces deux pointes, &z qui borde le fond du
petit golfe, préfente à fon tour, une bande d'environ trente lieues du Nord au
Sud, fur une largeur moyenne de dix lieues de PEf à l'Oueft.
D'après ces données, qui offrent un réfultat d'environ dix-fept cens lieues
carrées, & confidérant que la Partie Françaife eft très-montueufe, on peut
évaluer, la furface totale de cette colonie, à deux mille lieues carrées; lefquelles
réunies aux trois mille deux cens lieues carrées, déjà trouvées, à-peu-près,
pour la Partie Efpagnole 3 offrent pour la furface totale de lile St-Domingue,
cinq mille deux cens lieues carrées, dont la Colonie Françaife ne forme guères
plus du tiers, quoique 2 par fa configuration, elle ait au moins cinquante lieues
de côtes de plus que le territoire Efpagnol.
Des Montagnes 63 des Plaines.
LA Partie Françaife eft, comme celle qui l'avoifine, compofée de parties
montueufes & de parties planes, mais ce font les premières qui font les plus
nombreufes. Elles forment des chaînes que l'on peut appeller principales, & qui
font des prolongemens de celles de la Partie Efpagnole, dont on a vu dans la
defcription de cette partie, que le groupe ou centre, était en quelque forte au
Cibao. J'ai même dit que la première chaîne de ce groupe fe prolonge par une de
A 2
ft, comme celle qui l'avoifine, compofée de parties
montueufes & de parties planes, mais ce font les premières qui font les plus
nombreufes. Elles forment des chaînes que l'on peut appeller principales, & qui
font des prolongemens de celles de la Partie Efpagnole, dont on a vu dans la
defcription de cette partie, que le groupe ou centre, était en quelque forte au
Cibao. J'ai même dit que la première chaîne de ce groupe fe prolonge par une de
A 2 --- Page 30 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fes branches jufques vers le Port-de-Paix, en fe fubdivifant pour arriver au Cap
du Môle Saint-Nicolas; tandis que d'autres chaînes vont gagner le Dondon, la
Marmelade, le Gros Morne, les Gondrves, le Mirebalais, & s'étendent, par des
embranchemens fuccefifs, julqu'à l'extrémité de la pointe qui fe termine vers
le Cap Tiburon.
De ces chaînes principales, qui courent à-peu-près de l'EA à l'Oueft, fe
détachent, comme je l'ai fait remarquer en parlant de l'ile en général, des
chaînes fecondaires qui parcourent fa furface en différens fens, & qui fe dirigent
vers la mer. C'eft entre elles que font placées les plaines françaifes, qui ne
diffèrent de celles que nous avons admirées dans la Colonie efpagnole, que parce
qu'elles font moins étendues,
Quant aux montagnes que je confidère comme les premières chaînes, elles
oecupent à-peu-près le milieu de châcune des deux pointes de la Partie
Françaife, mais leur hauteur eft plus confidérable dans la pointe Méridionale.
Les Montagnes de la Partie Françaife fervent, comme celles de la Partie
Efpagnole , à faire varier le climat, qui dépend, dans l'une comme dans l'autre,
de leur hauteur, de leur proximité, de la manière dont elles font placées
par
rapport au vent dominant, & de plufieurs circonftances que l'on peut appeller
accidentelles. Mais en général, la Partie Françaife eft plus chaude & plus expofée
aux féchereffes qu'on voit devenir & plus fréquentes & plus longues, depuis que
par une avidité qui compte l'avenir pour rien, &c qui trompe fouvent fur la valeur
du préfent ,on a abattu les bois qui couvraient ces points élevés, qui y appellaient
des pluies fécondes, qui y retenaient des rofées abondantes, & une humidité dont
des forêts prolongeaient encore l'utile influence.
Je répète ici, qu'il ferait impoflible de donner une defcription qui convint à
toutes les montagnes, &c j'adopterai la même méthode que pour la Partie
Efpagnole : c'eft-à-dire 3, que je placerai aux lieux qui leur font particuliers, les
détails propres à faire bien juger de ces portions du territoire français.
Le même motif veut le même ordre de chofes à l'égard des plaines, entre
lefquelles j'aurai des différences fenfibles à faire remarquer. Et fi l'on veut fe
rappeller ce que j'ai dit à cet égard dans la Defcription de la Colonie cfpagnole 3
sn fera convaincu de l'avantage de cette méthode,
ire 3, que je placerai aux lieux qui leur font particuliers, les
détails propres à faire bien juger de ces portions du territoire français.
Le même motif veut le même ordre de chofes à l'égard des plaines, entre
lefquelles j'aurai des différences fenfibles à faire remarquer. Et fi l'on veut fe
rappeller ce que j'ai dit à cet égard dans la Defcription de la Colonie cfpagnole 3
sn fera convaincu de l'avantage de cette méthode, --- Page 31 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Sc
Reyaames dont dipendait Jous les Caciques > ce quiforme la Partie Françaile.
Ox fe fouvient fans doute aufli, que la Colonie françaife fe trouve formée
d'une grande partie du royaume de Marimn, & de la prefque tctalité du royaume
de Xaragua; mais où il ne reftait plus un feul Indien, lorfque les Français vinrent
dilputer l'ile aux Efpagnols.
C'eft i la partie hiftorique à nous dire quels furent les efforts, les combats , les
défaites & les fuccès de ces hommes, dont le courage étonnera la poftérité, &.
qui, défignés fous le titre d'Auenturiers par leurs ennemis, qui ne voyaient en
eux qu'un ramas d'êtres obfcurs & de pirates, devinrent un peuple cultivateur, à
Phéroifime duquel la France doit fa plus belle poffeffion d'outre-mer. Mais en
parlant de la pénurie des beftiaux qu'éprouve la Partie Françaife, j'ai déjà offert
le tableau progreffif des établiffemeas que ces premiers Français, ces Boucaniers
8c ces Flibuftiers, dont la dénomination femble toujours réveiller des idées
d'audace & de terreur, formèrent à Saint-Domingue. J'ai dit comment n'ofant
y paraitre d'abord, qu'en s'y ménagcant les moyens de fuir à l'afpeét d'un ennemi
puiffant, ils s'étaient tenus rapprochés les uns des autres, bordant la côte ;
de quelle manière prenant enfuite de la confiance dans leur nombre, ils avaient
étendu leurs petits domaines, paifé du rivage à un étage ou bord
fupérieur 3
puis de celui-ci ià un autre encore ; comment enfin, par des progrès dont on ne
peut affez s'étonner, les Colons français font parvenus à foumettre, à leur
courage & à leur perfévérante induftrie, toute la furface qu'ils occupent:
aujourd'hui.
Population de la Partie Françaile de Saint-Demingue.
Cette furface a environ cinq cens vingt mille individus, divifés en
mille blancs, vingt-huit mille affranchis ou defcendans d'affranchis, & quarante
quatre
cens cinquante deux mille efclaves. Ce qui offre la proportion fuivante : onze
efclaves trois dixièmes pour un blanc; dix blancs pour fept affranchis, & feize
efclaves pour un affranchi.
On trouve auffi que la lieue' carrée de Saint-Domingue français contient deux
ens vingt mille individus, divifés en
mille blancs, vingt-huit mille affranchis ou defcendans d'affranchis, & quarante
quatre
cens cinquante deux mille efclaves. Ce qui offre la proportion fuivante : onze
efclaves trois dixièmes pour un blanc; dix blancs pour fept affranchis, & feize
efclaves pour un affranchi.
On trouve auffi que la lieue' carrée de Saint-Domingue français contient deux --- Page 32 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
cens foixante individus, c'eft-à-dire,fix fois & demie autant que la lieue carrée
de Saint-Domingue efpagnol 9 mais, à fon tour, ce nombre n'eft que le quart de
la population de la lieue carrée de France. Difons enfin, qu'en fuppofant que
l'ile entière eût, lors de fa découverte, un million d'Indiens également répartis,
la Partie Françaife eft plus peuplée en ce moment, qu'elle ne l'était alors.
Les trois claffes, prefque phyfiquement diftinétes, qui compofent la population
de la Colonie Françaife, rendent cette population très-différente de celle des
contrées européennes. Ce ferait même prendre une idée bien faufle de cette
Colonie, que de croire à chacune de ces trois claffes un caraétère propre 3 qui
fert à l: faire diftinguer toute entière des deux autres. Chaque claffe a des traits
particuliers, qui femblent former des fubdivifions, que. je tâcherai de faire faifir,
en offrant fuccefivement à mes Lecteurs ce qui concerne les blancs, les efclaves
& les affranchis.
DES BLANCS
DANS les lieux où les hommes fe trouvent raffemblés depuis une longue
fucceffion de temps, leur réunion préfente un amalgame plus ou moins parfait,
& tous les membres de la famille générale ont entr'eux des traits de reffemblance
faciles à appercevoir; mais dans des établiflemens coloniaux récemment fondés
par une émigration fucceffive, on ne peur trouver des marques d'un véritable
enfemble : c'eft un compofé informe qui fubir des impreflions diverfes, &c cette
inconhérence eft remarquable fur-tout > lorfqu'une grande colonie eft formée par
des individus qui font venus y trouver un climat lointain, & abfolument différent
du leur 5 parce que chacun conferve alors l'habitude de quelques ufages des lieux
qu'il abandonne, feulement modifiés & appropriés au pays où il eft tranfporté,
Que fera-ce, fi dans la nouvelle patrie qu'ils fe font faite 3 & où ils fe trouvent
mélés, comme par hafard , les Colons font environnés d'efclaves!
D'après Ces raifons qui donnent un caraétère particulier aux moeurs des
colonies de l'Amérique > je vais tâcher de faifir celui qui diftingue les Colons
français de Saint-Domingue.
Des Flibuftiers, accoutumés à chercher leurs befoins à travers les périls d'un
élément redoutable, & à les obtenir par la force des armes ; des Boucaniers, la
, comme par hafard , les Colons font environnés d'efclaves!
D'après Ces raifons qui donnent un caraétère particulier aux moeurs des
colonies de l'Amérique > je vais tâcher de faifir celui qui diftingue les Colons
français de Saint-Domingue.
Des Flibuftiers, accoutumés à chercher leurs befoins à travers les périls d'un
élément redoutable, & à les obtenir par la force des armes ; des Boucaniers, la --- Page 33 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D O 1 MING UE.
terreur des forêts, dont ils décruilaient les habitans, ne pouvaient avoir que des
maeurs farouches & fanguinaires.
Ce furent cependant de pareils hommes, mélange de plufieurs nations, que des
fpéculateurs qui calculaient dans la métropole de la France quel parti P'on pouvait
tirer de leurs conquêtes, entreprirent d'affervir, &c de foumettre à leurs vus
intéreflées. Ce projet, infenfé en apparence, ne pouvait réufir que par le
moyen d'un chef, dans lequel fe réuniraient les talens les
plus extrzordinaires 9
& ce chef, la Compagnie des iles de l'Amérique le trouva.
En effet, jamais perfonne n'influa autant que d'Ogeron, fur les mceurs des
intrépides conquérans de Saint-Domingue Français 3 dont il parvint à faire des
agriculteurs. Pour leur en donner les qualités les plus néceffires, d'Ogeron
invoqua le fecours d'un fexe féduifant, qui Gaic par-tout adoucir l'homme, &
augmenter fon penchant pour la fociabilité il fit venir de France des êtres
intérefans, de timides orphelines pour foumettre ces êtres orgueilleux, accoutumés à la révolte, &c pour les changer en époux fenfibles &c en pères de famille
vertueux. C'efl de cette manière que Saint-Domingue eut une population qui lui
devint propre, & qu'on commençai le confidérer comme une véritable patrie.
Lorfque ces premiers Colons furent parvenus à s'affranchir de la tutelle
ruineufe des Compagnies de commerce, lorique par les vexations même qu'on
leur faifait éprouver pour la vente de leur tabac on les eut forcés à fubftituer
d'autres cultures à celle de cette plante, ils commencèrent à connaître l'aifance
& tranquilles & contens, ils virent S' 'augmenter leurs moyens de fortune. Bientôt, ;
riches fans luxe, ils eurent une exiftence d'autant plus digne d'envie,
qu'ils
n'avaient pas encore appris l'art de changer les fuperfluités en befoins. L'empire
de ces mceurs coloniales s'étendit même y pendant long-tems, jufques fur les
guerriers > qui fe font prefqu'accoutumés à fe dilinguer par-tout des autres
citoyens. Chaque foldat pouvait devenir Colon > &c fi le changement fréquent
des chefs & les évènemens politiques n'avaient pas influé fur le fort des habitans
de cette ile 3 ils n'auraient rien eu à envier à ceux de la Métropole.
Mais ce bonheur paifible, devint lui-même la caufe d'un changement confidérable. Des Colons qu'une culture dirigée avec intelligence avait enrichis,
deftinérent leurs enfans à divers emplois. Il fallut les envoyer en France pour
y faire des études analogues à leur état futur. Ceux qui revinrent dans leur
pays, y apportérent des goûts qu'on ne pouvait pas y fatisfaire; ils s'étaient
rien eu à envier à ceux de la Métropole.
Mais ce bonheur paifible, devint lui-même la caufe d'un changement confidérable. Des Colons qu'une culture dirigée avec intelligence avait enrichis,
deftinérent leurs enfans à divers emplois. Il fallut les envoyer en France pour
y faire des études analogues à leur état futur. Ceux qui revinrent dans leur
pays, y apportérent des goûts qu'on ne pouvait pas y fatisfaire; ils s'étaient --- Page 34 ---
DES CRIPTIO N DE LA PARTIE
arrachés quelquefois à des penchans déjà trop fortifiés; enfin ils rougirent peutêtre des mceurs ruftiques de leurs parens. De là, ce dégoût du lieu natal, cette
efpèce d'ennui qui fait qu'on ne fe regarde plus que comme paffager dars le pays
oà l'on eft forcé quelquefois de réfider toute fa vie. De-là, cette infouciance
pourl'avantage & la profpérité d'une patrie, de laquelle on n'attend plus que les
moyens de. vivre éloigné d'elle, &c de payer cher des jouiffances qu'on ne
multiplie que parce qu'elles ne fatisfont point.
A ce malheur, qui a rendu la plupart des Colons étrangers à la terre qui les a
vu naitre, s'en joignit éncore un autre : letr goût pour la diflipation, leurs
dépenfes éclatantes les faifant remarquer, on fe fit des Colonies une idée exagerée.
Les contrées dontles produétions pouvaient fuffire à un luxe auffi effréné, devaient
être confidérées comme des mines inépuifables; & l'amour des Européens pour
l'or les fit partir pour aller prendre leur part de ces tréfors immenfes; en vain 3
un climat deftruéteur en moiffonna la majeure partie, on ne vit que les dépouilles
rapportées par ceux qui revenaient.
La Colonie paraîffait cependant fatisfaire a tant d'ambition , & en 1738,
clle fut confiée à deux adminiftrateurs, dont le génie &c l'union la rendirent
encore plus importante. L'idée la plus heureufe de ces deux chefs, fut de
déterminer les habitans à employer l'eau, qui coulait fans utilité dans des plaines
immenfes, à en augmenter la fertilité. Alors on vit s'ouvrir de toute part,
des canaux qni fécondèrent des plantes précieufes. Des routes plus commodes
s'ouvrirent, & les diverfes parties de la Colonie purent communiquer entr'elles.
La population s'accrut doublement, parce que les Colons goûtant fous Larnage
& Maillart, les douceurs d'une adminiftration paternelle, s'arrêtérent dans leurs
foyers, où cet avantage attirait encore les Européens.
Mais ce nouveau degré de civilifation, changea auffi les moeurs du fecond
âge de la Colonie > que d'autres événemens devaient faire varier encore.
La perte de quelques-unes de nos Colonies, pendant la guerre de 1756,
n'ayant que trop appris ce qu'on pouvait craindre pour les autres, on y fit
paffer des régimens & d'autres troupes réglées, pour les conferver fous la
domination Françaife. Ce fut ainfi que Saint-Domingue reçut en 1762 plufieurs
batailions. Les défenfeurs de la patrie, ne font pas les gardiens des moeurs :
celles de St.-Domingue en firent l'épreuve. Le luxe fe propagea dans la Colonie 3
& ili n'y eut aucune profeffion préfervée de fes atteintes. Ce fut fur-tout fur le
fexe
troupes réglées, pour les conferver fous la
domination Françaife. Ce fut ainfi que Saint-Domingue reçut en 1762 plufieurs
batailions. Les défenfeurs de la patrie, ne font pas les gardiens des moeurs :
celles de St.-Domingue en firent l'épreuve. Le luxe fe propagea dans la Colonie 3
& ili n'y eut aucune profeffion préfervée de fes atteintes. Ce fut fur-tout fur le
fexe --- Page 35 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
fxe qu'il obtint les plus grands avantages > & CCS mariages où l'or & l'orgueil
règlent tout 3 fe multiplierent avec une forte de fcandale. Depuis, une autre
guerre, dont la caufe &c le fiège principal étaient en Amérique, en multipliant
les troupes 3 les marins & même les aventuriers que les tems de fermentation
femblent faire éclore, a augmenté les maux de Saint-Domingue, puifqne la
dépravation des moeurs eft une fource réelle de maux.
Dans l'état actuel de la Colonie françaife, la population blanche n'offre
guères qu'un quart de Créols 5 c'eft-à-dire, de perfonnes nées dans l'ile, &c
encore les femmes en forment-elles la majeure partie ; le refte eft compofé
d'Européens des divers points de la France 3 auxquels font mélés quelques
étrangers, & des Créols des autres Colonies.
Parlons d'abord des Européens 5 puifqu'ils ont été les fondateurs de la Colonie
qui, dans. fon origine > comptait parmi les Français un grand nombre de Normands, de ces premiers navigateurs des Iles du Vent, dont l'influence eft encore
remarquable dans plufieurs ufages domeftiques, & dans plufieurs mots du patois
Créol.
Des Europiens qui babitent Saint-Doningue.
Les Européens qui viennent à Saint-Domingue, 2 ont communément une rude
épreuve à fupporter, à l'époque de leur débarquement. Lorfqu'on a quitté fon
pays avec l'efpoir d'une fortune qui femble placée fur le rivage américain', &
qu'on s'y trouve ifolé & fans reffource, on voudrait
le
mais il n'eft
porter pied en arrière ;
plus tems. Des befoins, difficiles à fatisfaire parce que tout eft
codteux, fe multiplient; l'avenir prend une formé hideufe, le fang s'aigrit, la
fièvre ardente de ces climats brûlans arrive, 3 & la mort eft fouvent le terme de
projets auffi courts qu'infenfés. Mais la Métropole a fes inutiles, fes
fes enfans crédules, fes hommes
téméraires 3
dangereux peut-être, & ils ne manqueront
à la terre qui les dévore, & qui appelle aufi des hommes
pas
de reffources en Europe, 3 & qui viennent exercer au loin leur précieux, aétivité privés & des
talens, dont le Nouveau-Monde s'énorgueillit.
Lorfque l'Européen qui débarque a un alile, d'oà il peut confidérer le lendemain
fans inquiétude, , il doit s'occuper de ce qu'exige de lui le luxe de la mode. Il
ne lui demande pas des étoffes riches, mais légères; des toiles que la fineffe de leur
Tome I.
B
3 & qui viennent exercer au loin leur précieux, aétivité privés & des
talens, dont le Nouveau-Monde s'énorgueillit.
Lorfque l'Européen qui débarque a un alile, d'oà il peut confidérer le lendemain
fans inquiétude, , il doit s'occuper de ce qu'exige de lui le luxe de la mode. Il
ne lui demande pas des étoffes riches, mais légères; des toiles que la fineffe de leur
Tome I.
B --- Page 36 ---
IO DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
tiffu ait rendu très-chères, & dont il relèvera la fimplicité par des bijoux, dont
l'ceil puiffe être frappé. C'eft le premier emploi qu'il doit faire de fes gains ou
de fon crédit: c'eft la livrée coloniale. Ne la point porter, c'eft fe déprécier
foi-même, ou prendre l'air d'un cenfeur, dans un pays où l'on s'eft promis de
n'en pas écouter,
Ileft un autre foin non moins important, c'eft de vanter fa naiffance. On
fupplée même dans ce genre à la réalité, & cette partie de l'invention eft affez A
fiuctueufement cultivée. Du moins > faut-il taire fon origine lorfqu'elle n'a rien
de noble, &z c'eft déjà trop d'avoir à redouter que l'envie n'en révèle la vérité.
Telle eft même la force de l'habitude qu'on contraéte à Saint-Domingue, de
fe croire anobli par fon feul féjour dans Pile 3 qu'il eft des Européens qui
rompent tout commerce avec leur famille, qui la fuyent en repaffant en France
& qui détournent avec grand foin leurs regards du lieu où ils appercevraient
l'humilité du toit paternel. Ils fe choififent enfin un héricier dans la Colonie >
pour garantir leur mémoire de la honte que répandraient fur elle des parens
groffiers, qui viendraient recueillir leur fucceffion.
L'un des écueils les plus dangereux pour ceux qui arrivent à Saint-Domingue,
c'eft la paflion du jeu quiy eft prefque générale. On y trouve ces lieux oùr l'on
établit fon bonheur fur l'infortune d'autrui, où lon eft appellé généreux pour
avoir fu faire contracter à un être quelquefois au défefpoir, des dettes qu'on a
décorées du nom facré d'honneur, où l'on va oublier enfin qu'on eft époux,
père &c citoyen.
Mais fi l'on fe préferve de cette contagion, il eft plus dificile de réfifter aux
attraits d'une autre paffion, dont la nature fe plaît â mettre le germe dans tous
les coeurs. On ne trouve pas à Saint-Domingue comme dans les grandes villes
d'Europe > le ipeétacle dégoûtant d'un fexe attaqué par celui qui doit favoir fe
défendre pour embellir fa défaite ; mais on n'y eft pas protégé non plus par
cette décence publique qui préferve les moeurs; 3 dans les heux où l'on rougit de
la dépravation des capitales. On s'expatrie, le plus fouvent, dans l'âge où les
défirs font effervefcens; on vient quelquefois de fe fouftraire à la furveillance
génante de fes parens, & tout-à-coup maitre de foi, on fe trouve expofé à la
féduétion lâ plus dangereufe > puifque fa fource eft en nous-mémes. Il faudrait
un courage éprouvé pour échapper à un pareil danger, & l'on répète tant à
Saint-Domingue que le climat défend d'efpérer la viétoire, qu'on eft peu tenté
; on vient quelquefois de fe fouftraire à la furveillance
génante de fes parens, & tout-à-coup maitre de foi, on fe trouve expofé à la
féduétion lâ plus dangereufe > puifque fa fource eft en nous-mémes. Il faudrait
un courage éprouvé pour échapper à un pareil danger, & l'on répète tant à
Saint-Domingue que le climat défend d'efpérer la viétoire, qu'on eft peu tenté --- Page 37 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, Il
de la ditputer. On fe livre donc à fon penchant, & calculant la vie plutôt par
l'emploi agréable qu'on en fait que par f durée, on arrive rapidement au terme
de la deftruétion.
L'intempérance de la table eft encore un défaut affez commun à SaintDomingue 5 quoique l'on ait banni des repas la joic tumulcueufe des anciens
Colons, qui annonçait au loin la perte de leur raifon, on traite toujours à la
créole, c'eft-à-dire avec profufion. D'un autre côté, comme la grande chaleur
diminue les forces, on croit les réparer par des alimens fortement affaifonnés.
Tout prend à Saint-Domingue un caractère d'opulence 3 qui étonne les
Européens. Cette foule d'efclaves qui attendent les ordres & même les fignes
d'un feul homme, donnent un air de grandeur à celui qui leur commande. Il
eft de la dignité d'un homme riche, d'avoir quatre fois autant de domeftiques
qu'il lui en faut. Les femmes ont principalement le talent de s'environner d'une
cohorte inutile, prife dans leur fexe même. Et ce qu'il eft difficile de concilier
avec la jaloufie que leur caufent quelquefois ces fervantes rembrunies, c'eft
l'attention de les choifir jolies, de rendre leur parure élégante : tant il eft vrai
que l'orgueil commande à tout! Le bien fuprême pour un Européen étant
de fe faire fervir, il loue des efclaves en attendant qu'il puiffe en avoir en
propriété.
En arrivant à Saint-Domingue 3 on eft étranger à prefque tous ceux qu'on y
trouve. On ne les entretient le plus fouvent que du projet qu'on a de les quitter;
car la manie générale eft de parler de retour ou de pafiage en France. Chacun
répète qu'il part Pannée procbaine 3 & lon ne fe confidère que comme des
voyageurs, dans une terre où l'on trouve fi fouvent fon dernier afile. Cette
malheureufe idée eft tellement familière, qu'on fe refufe ces riens commodes qui
donnent du charme à l'exiftence. Un habitant fe regarde comme campé fur
un bien de plufieurs millions; fa demeure eft celle d'un ufufruitier déjà vieux, ;
fon luxe, car il lui en faut, eft en domeftiques, en bonne chère, & Pon croirait
qu'il n'eft logé qu'en hôtel garni.
A ce tableau des moeurs qu'on pourrait appeller générales 3 il eft néceffaire : d'ajouter ce qui appartient d'une manière plus fpéciale aux Blancs
Créols , parce que plufieurs caufes & particulièrement Faétion d'un foleil
conftamment brôlant, produifent dans les habitans de la Zône Torride des
modifications qui les font différer des habitans des Zônes tempérées.
B 2
qu'il n'eft logé qu'en hôtel garni.
A ce tableau des moeurs qu'on pourrait appeller générales 3 il eft néceffaire : d'ajouter ce qui appartient d'une manière plus fpéciale aux Blancs
Créols , parce que plufieurs caufes & particulièrement Faétion d'un foleil
conftamment brôlant, produifent dans les habitans de la Zône Torride des
modifications qui les font différer des habitans des Zônes tempérées.
B 2 --- Page 38 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
XX X
a
Des Crécls Blancs.
LES Américains qui ont reçu le jour à Saint-Donsingue & qu'on défigne
fous le nom de Créols ( commun à tous ceux qui naiffent aux Colonies ),
font ordinairement bien faits & d'une taille avantageufe. Il ont une figure
aflez régulière i mais elle eft privée de ce coloris dont la nature égaye &
embellit le teint dans les pays froids. Leur regard eft expreffif, & annonce
même une forte de fierté, capable d'élever contre eux des préventions défavorables, lorfqu'on ne fait que les appercevoir.
Exempts de la torture du maillot 3 leurs membres offrent rarement la
moindre difformité. Et la température du climat > en les favorifant encore
leur donne une agilité qui les rend propres à tous les
exercices, pour lefquels ils ont autant de penchant que de difpofition.
Ce développement rapide des qualités phyliques ; le fpeétacle fans ceffe
renaiffant, des productions dont une caufe toujours aétive & toujours féconde
enrichit leur pays 5 peut-être encore la vue continuelle de cet élément qui
les fépare du refte de l'Univers ; tout concourt à donner aux Créols une
imagination vive 8c une conception facile. Ces dons heureux préfageraient
des fuccès pour tout ce qu'ils voudraient entreprendre fi cette facilité ne
devenait pas elle-même un obftacle en produifant l'amour de la variété, & fi les
préfens dont la nature fe montre fi libérale dans leur enfance, ne fe changeaient pas, le plus fouvent, en maux pour eux-mêmes & en fujcts d'étonnement pour l'obfervateur.
Différentes circonftances s'accordent encore pour faire perdre aux jeunes Créols
l'avantage qu'ils ont d'abord fur les enfans des autres climats. En premier
lieu 3 la tendreffe aveugle & exceffive des parens qui foufcrivent à leurs
volontés & qui croyent que cette tendreffe leur défend la plus légère réfiftance. Il n'eft point de caprice qui ne foit flatté, point de bifarrerie qu'on
n'excufe, point de fantaifie qu'on ne fatisfaffe ou qu'on n'infpire même; enfin
point de défauts que l'on ne laiffe au tems le foin de corriger: au tems qui
fuffirait quelquefois pour les rendre incorrigibles.
(*) Tout le monde connait ce trait attribué à un enfant Créol & qui peut en peindre un
grand nombre. €e Mon vlé gnon zé. Gnia point. - A coze ça mon vlé dé.,, - 66 Je
veux un ceuf, - Ilr n'y en a point, - - A çaufe de cela j'en veux deux spe
enfin
point de défauts que l'on ne laiffe au tems le foin de corriger: au tems qui
fuffirait quelquefois pour les rendre incorrigibles.
(*) Tout le monde connait ce trait attribué à un enfant Créol & qui peut en peindre un
grand nombre. €e Mon vlé gnon zé. Gnia point. - A coze ça mon vlé dé.,, - 66 Je
veux un ceuf, - Ilr n'y en a point, - - A çaufe de cela j'en veux deux spe --- Page 39 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Heureux encore l'enfant Créol qu'une fanté ferme garantit de l'occafion
funefte d'éprouver toute la fenfibilité des auteurs de fes jours. Car fi fa vie
eft menacéc, fi fon exiftence eft frele, il ne
peut échapper au malheur d'être
un fujet d'idolatrie. Tous les dégoûts de la maladie font
fes
preuves de prétendus défirs qu'on ne lui croit la force pour parens des
pas
Alors
on
d'exprimer.
invente pour lui, on fe livre aux idées les plus
extravagantes 5 & fi le
tempérament de l'enfant Créol, plus fort que les obftacles qu'un attachement
fervile lui oppofe, triomphe du mal phyfique, les
truétibles d'une maladie morale
germes peut-être indefmenacent le refte de fes jours.
Qu'on ajoute à ces inconvéniens ceux de l'habitude d'être entouré d'efclaves, & de n'avoir befoin que d'un regard pour tout faire céder
de foi. Jamais defpote n'a eu d'hommages plus affidus, ni d'adulateurs autour
conftans que l'enfant Créol. Chaque efclave eft foumis aux variations de plus
humeur, & fes dépits enfantins ne troublent que trop fouvent la
fon
paix domef
tiques, parce qu'il fuffit pour qu'il commande l'injuftice, qu'elle foit
d'une volonté qu'il ne fait pas encore diriger.
l'objet
Enfin jufques dans fes jeux l'enfant Créol eft réduit à n'être
Placé au milieu de petits efclaves qu'on
qu'un tyran.
condamne à flatter fes
ou, ce qui eft plus révoltant encore > à renoncer i tous
caprices,
il ne veut pas fouffrir la moindre contrariété,
ceux de leur âge 3
qu'on lui montre, il l'exige; & G la fatalité Ce qu'il voit, il le veut, ce
pagnons lui réfifte, il s'irrite
permet qu'un de fes petits com-
> on accourt de toute parc à fes
de l'infortuné que fa couleur a défigné
la
cris-& ccux
fitôt qu'on d'a contraint à céder & pour foumiffion, apprennent aufpeut-être même
la défobeiffance dans celui qui n'a
qu'un châtiment a puni
pas encore linftinét de la
C'eft pourtant dans les aétes même de ce
fervitude.
heur de quelques efclaves
defpotifine honteux que le bonprend affez fouvent fa fource 3
fi
Créol montre de la prédileétion
parce que l'enfant
meilleur
pour certains efclaves, elle leur affure
fort. Etr même fi c'eft un autre enfant que le Créol
&
un
avec fon maître, il deviendra
adopte s'il grandit
un jour, fuivant fon fexe,
ou le
tre de fes plaifirs, & l'afcendant
l'objet
minifefclaves
qu'il prendra le garantira, lui &c les autres
qu'il voudra protéger, - des injuftices du maître.
Cependant, ces circonftances qui femblent faites pour étouffer dans
du Créol toutes les femences du bien, &
l'ame
auxquelles il faut ajouter encore les
ître, il deviendra
adopte s'il grandit
un jour, fuivant fon fexe,
ou le
tre de fes plaifirs, & l'afcendant
l'objet
minifefclaves
qu'il prendra le garantira, lui &c les autres
qu'il voudra protéger, - des injuftices du maître.
Cependant, ces circonftances qui femblent faites pour étouffer dans
du Créol toutes les femences du bien, &
l'ame
auxquelles il faut ajouter encore les --- Page 40 ---
14 DESCRIPTION DE LA PARTIE
dangers qui accompagnent les bienfaits de la fortune, ne feraient rien fi une
éducation furveillée combattait tous ces ennemis de fon bonheur. Éloigné
du preftige & ne confervant de fes inclinations naiffantes , qu'une efpéce
d'énergie & d'élévation, que des inftituteurs intelligens &c attentifs pourraient
changer en vertus > l'Américain déjà favorifé par la confitution phyfique
cefferait d'être condamné à la médiocrité.
Mais c'eft à cette occafion qu'il faut déplorer le fort des Créols. Confiés
en France, le plus fouvent > à des êtres pour qui ils font étrangers où a
des mercenaires qui leur vendent des foins fouvent au-deffous du prix qu'ils
favent en exiger > ils n'ont pas même l'efpoir de profter de l'éducation
imparfaite des collèges où on les rélègue, Perfonne ne les excite > perfonne
ne les encourage. Incapables de défirer les fuccès pour les fuccès mêmes, ils
comptent, avec ennui les jours paffés dans l'exil de la maifon paternelle &c
avec impatience ceux qui doivent en borner le terme, On ne leur parle de
leurs parens que poar flatter cette efpèce d'amour-propre qui, > au lieu de
porter à mériter des fuffrages, fait croire qu'on en eft toujours affez digne.
On ne leur en parle que pour réveiller le fouvenir des faibleffes de ces parens
pour eux &x la comparaifon de ce premier état avec l'abandon dans lequel
ils font tombés, n'eft guères propre à les enflammer pour l'étude dont tout
le prix eft dans l'avenir,
C'eft ainfi que la plapart des Créols parviennent > foit dans la Colonie
foit en France, à l'âge où ils doivent paraître dans le monde. Il ne refte
peut-être plus pour leur ravir l'efpoir de devenir des hommes eftimables que
de flatter leurs goûts pour la dépenfe & pour des jouiffances dont l'efpèce
fouille quelquefois l'ame encore plus que l'excès 3 & enfin de ne les contraindre que dans un feul point > précifément parce qu'il femblerait devoir
être libre, le choix d'un état; ce choix c'eft l'orgueil des pères qui le fait,
même de deux mille lieues.
Tout autorife à croire qu'une éducation dont le premier foin ferait l'étude
même des jeunes Créols & de leurs penchans > favoriferait les difpofitions
qu'ils montrent dans leur enfance, & qui fe perdent à mefure qu'on les plie
d'avantage à une méthode dont tout accufe la trifte uniformité. En effet,
il eft des Créols qui ont rempli l'efpérance qu'ils avaient fait concevoir
parce qu'ils ont trouvé cet intérêt touchant qui devient un véhicule &c une
qu'une éducation dont le premier foin ferait l'étude
même des jeunes Créols & de leurs penchans > favoriferait les difpofitions
qu'ils montrent dans leur enfance, & qui fe perdent à mefure qu'on les plie
d'avantage à une méthode dont tout accufe la trifte uniformité. En effet,
il eft des Créols qui ont rempli l'efpérance qu'ils avaient fait concevoir
parce qu'ils ont trouvé cet intérêt touchant qui devient un véhicule &c une --- Page 41 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
récompenfe pour celui qui a fu l'infpirer. Il en eft même qui ont furmonté
Jes obtlacles dont on les avait comme entourés. Et pourquoi dans un
où les plantes étrangeres excitent tant de curiofité & de foins, 'ne femble- pays
t-on indifférent que pour celles qui n'y font tranfplantées qu'afin d'éprouver
les iniluences d'un climat bienfaifant & dont les fruits utiles payeraient fi
bien les travaux du cultivateur laborieux & eftimable qui les aurait entrepris !
C'eft faute d'avoir fait ces obfervations qu'on a adreffé aux Américains
le reproche d'être incapables de tout. Il fallait auparavant remarquer de quel
point ils partaient; ; confidérer que pour connaître les Sciences & les Lettres
& par conféquent s'enfammer pour elles ,ils étaient forcés de s'expatrier. Alors
on aurait apperçu que cette néceffité même les plaçait dans une hypothèfe,
dont les défavantages ne pouvaient être balancés par les influences de leur
climat > qu'on a mieux aimé acculer de favorifer leur phyfique aux dépens
de leur moral. De là quelques favantes inepties dont on a enrichi les Recbercbes
Jar las Incriccins S que le génie Américain de Franklin a foudroyées
pour
jamais.
Le Créol qui n'eft pas forti de Saint-Domingue, où il ne peut recevoir
aucune élucation, & celui qui revient dans fon pays natal 3 après que fon
éducation a été négligée en France, font donc' entièrement livrés à cette
imagination vive & effervefcente dont j'ai dit que la nature les douait fous
un ciel brûlant 5 aux fuites de la tendrefle dangereufe de leurs
& de la facilité de donner leurs volontés pour loix à des efclaves. parens Quels
dangers pour l'âge où les paflions fe difputent entr'elles la poffeffion d'un cceur
difpofé à éprouver vivement & leur choc & leur tumulte !
C'eft alors que le Créol perdant de vue tout ce qui n'eft pas propre à
fatisfaire fes penchans > dédaignant tout ce qui ne porte pas l'empreinte du
plaifir, fe livre au tourbillon qui l'entraine. Aimant avec tranfport la danfe
la mufique ,' il femble n'exifter que pour les jouiffances voluptueufes.
Combien il eft difficile que de femblables difpofitions ne deviennent
funeftes dans un lieu où les mceurs ne font rien moins que propres à les maî- pas
trifer. Comment enchaîner un tempéramment ardent dans un lieu où la claffe
nombreufe des femmes qui font le fruit du mélange des Blancs & des femmes
efclaves > ne font occupées que de fe venger 3 avec les armes du plaifir, 2
d'être condamnées à l'avilifement. Auffi les paffions déployent elles toute
pofitions ne deviennent
funeftes dans un lieu où les mceurs ne font rien moins que propres à les maî- pas
trifer. Comment enchaîner un tempéramment ardent dans un lieu où la claffe
nombreufe des femmes qui font le fruit du mélange des Blancs & des femmes
efclaves > ne font occupées que de fe venger 3 avec les armes du plaifir, 2
d'être condamnées à l'avilifement. Auffi les paffions déployent elles toute --- Page 42 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
leur puifance dans le cceur de la plupart des Créols ; & lorfqu'enfin les glaces
de l'âge arrivent 3 elles n'éteignent pas toujours le défir, la plus cruelle de
toutes les paffions.
On peut donc dire, avec vérité, que tout concourt pour former chez les Créols
le caractère impérieux, vif & inconftant qu'on leur connaît, 8z qui les rend
peu propres à l'hymen, dont les beaux jours ne peuvent être l'ouvrage que
d'une conftance mutuelle. Jaloux par amour-propre, ils font tourmentés par la
crainte de l'infidélité, dont ils doanent l'exemple. Heureufe encore l'époufe
trahie, fi en éprouvant tout ce que le foupçon a d'injurieux, elle n'eft pas
condamnée à avoir quelquefois fous fes yeux, > l'objet qui lui ravit les preuves
d'un amour qui lui fut folemnellement juré.
Les défauts des Créols, au nombre defquels il faut compter celui de fe livrer
aujeu, font cependant rachetés par une foule de qualités eftimables. Francs,
affables, généreux, peut-être avec oftentation, confians, braves, amis fûrs &c
bons pères, ils font exempts des crimes qui dégradent l'humanité: les faftes
d'une Colonie auffi étendue que celle de Saint-Domingue, offriraient à peine
les noms de quelques Créols à infcrire dans la lifte des fcélérats. Combien il
ferait facile de rendre les habitans de cette brillante Colonie, auffi recommendables que ceux qu'on fe croit permis de leur citer, comme des modèles inimitables pour eux !
Une vertu principale des Créols, c'eft l'hofpitalité. Ce que j'ai dit de la
manie d'aller en France, doit fuffire pour prouver qu'il y a peu de fociété à
Saint-Domingue, & que cet efprit fugitif eft du moins peu fait pour la rendre
agréable. C'eft donc un motif pour accueillir dans les campagnes, les voyageurs
qui jettent quelque variété fur un plan monotone. Dans un pays vafte où l'on
eft opulent, où il n'y a point de poftes, où des auberges en petit nombre ne
fervent qu'à des individus qui n'ont pas de relations dans la Colonie, l'hofpitalité
prend un caratère de générofité, qui honore ceux qui l'exercent. Il eft des habitans qui facrifient un capital de plus de trente mille livres, en chevaux, en voiture
& en cochers, pour la commodité de ceux qui ont befoin d'aller d'un point à
un autre de la Colonie. Mais de quoi n'abule-t-on pas ! Il y aurait trop à rougir
pour les Européens, de révéler les fcènes par lefquels ils fe font efforcés de
rendre les Colons difficiles fur ce point. Malgré cette défobligeante expérience 3
un homme avoué par l'ami d'un feul habitant, peut encore entreprendre le tour
de
voiture
& en cochers, pour la commodité de ceux qui ont befoin d'aller d'un point à
un autre de la Colonie. Mais de quoi n'abule-t-on pas ! Il y aurait trop à rougir
pour les Européens, de révéler les fcènes par lefquels ils fe font efforcés de
rendre les Colons difficiles fur ce point. Malgré cette défobligeante expérience 3
un homme avoué par l'ami d'un feul habitant, peut encore entreprendre le tour
de --- Page 43 ---
FRANÇAISE D E SAINT T-DOMINGUE.
de la Colonie , & fi fes qualités perfonnelles en font un homme aimable, il cft
fûr d'emporter des regrets de tous lcs lieux, dont une recommandation fucceffive
lui aura ouvert l'entrée.
Le caraétère Créol paraît auffi dans la manière de voyager. De petits
chevaux de médiocre apparence 3 font parcourir aux chaifes ou efpèces de
cabriolets, trois & même quatre lieues par heure. Cette viteffe annonce l'habitude de vouloir & d'être obéi avec promptitude. Le cocher qui connait le
génie de fon maître > partage fon imparience 3 & met de la gloire à n'être
pas devancé. C'eft donc encore un article de luxe pour les habitans, que celui
des chevaux; d'autant que pour le plus léger motif, on expédie un meflager
à cheval, qu'à la rapidité de fa courle & aux cris dont il anime fa monture
couverte de fueur, > on prendrait pour un courrier qui porte la nouvelle d'un
événement, auquel toute la Colonie eft intéreffée.
Les Créols de Saint-Domingue font moins fujets que les Européens, aux
maladies de leur climat. Mais une jeuneffe prématurée, l'abus des
plaifirs 3
peut-être ce levain, dont l'origine eft déformais la feule chofe fur laquelle
l'Europe & l'Amérique puiffent avoir à difputer, ne fuffifent que trop fouvent pour détruire le tempérament le plus robufte. Alors s'accélère le moment
où le Créol a befoin de faire ufage de l'efpèce d'infouciance, avec laquelle il
envifage la ceffation de la vie, & que femble lui donner le fpeétacle fréquent
de la mort.
Mais quittons ce tableau lugubre > pour efquifer le caractère de la portion la
plus touchante du genre humain.
Des Créoles Blancbes:
A la délicateffe des traits, les femmes Créoles de Saint-Domingue réunifent
cette taille & cette démarche élégante , qui femblent être l'apanage des femmes
des pays chauds. Rarement douées de cet enfemble & de cette exaétitude
rigoureude, qui conttituent cffenticllement la beauté, leur figure offre prefque
toujours cette combinaifon, plus féduifante & plus difficile à peindre qu'on
nomme la phylionomic; & fi l'on obtient aifément de la Grèce & de la
Tome I.
omingue réunifent
cette taille & cette démarche élégante , qui femblent être l'apanage des femmes
des pays chauds. Rarement douées de cet enfemble & de cette exaétitude
rigoureude, qui conttituent cffenticllement la beauté, leur figure offre prefque
toujours cette combinaifon, plus féduifante & plus difficile à peindre qu'on
nomme la phylionomic; & fi l'on obtient aifément de la Grèce & de la
Tome I. --- Page 44 ---
18 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Georgie un tribut de femmes belles, il ferait facile à
fournir un de femmes jolies.
Saint-Domingue d'en
C'eft dans les grands yeux fpirituels des Créoles, qu'on trouve le contrafte
heureux d'une douce langueur, & d'une vivacité piquante. Si l'âpreté du climat
ne rendait pas auffi paflagère la fraîcheur de leur teint 3 il ferait difficile de fe
défendre d'un regard où la tendreffe & une forte de gaieté, fc mélent fans fe
confondre. Mais fachant employer, avec un goût exquis, les reffources délicates
que la toilette peut offrir, 3 fans rien emprunter du
les
de ces graces, favent conferver
menfonge > Créoles, aidées
l'empire que la nature leur a donné.
Vêtues avec une légéreté que le climat exige, elles ne paraîfent
libres dans tous leurs mouvemens, & mieux faites
réveiller que plus
pour
l'idée d'une
volupté d'autant plus féduifante 2 que la nonchalance caraétérife tous leurs
mouvemens.
L'état de défeuvrement dans lequel les femmes Créoles font élevées; les
chaleurs prefque habituelles qu'elles éprouvent i les complaifances dont elles
font perpétuellement l'objet les effets d'une imagination vive & d'un développement précoce 3 tout produit une extrême fenfibilité dans leur
C'eft de cetté fenfibilité même, que naît encore leur indolence qui genre fait nerveux. s'allier
à leur vivacité, > dans un tempérament dont le fond eft un peu mélancolique,
Cependant il ne faut qu'un défir, pour rendre à leur ame toute fon
Accoutumées à vouloir impéricufement, elles s'irritent à raifon des énergie.
& dès qu'ils ceffent, l'infouciance renaît. Sans émulation
les talens obftacles ;
qu'il leur ferait fi facile d'acquérir elles les envient pour
agréables
forte de
dès
> cependant 3 avec une
dépit,
qu'une autre les poffède. Mais ce qui les affeéte
les affliger, c'eft la préférence que les charmes de la
faire jufqu'à
à
figure peuvent
obtenir
quelques-unes d'elles 2 fur les autres. Il eft même facile de
foupçonner cette
antipathie née d'une rivalité fecrète , quand on remarque combien les femmes
Créoles cherchent peu à fe réunir, quoiqu'elles fe prodiguent les careffes dès
que le hafard les raffemble.
Les Créoles portent à l'excès leur tendreffe pour leurs enfans. Ce font elles
furtout qui leur infpirent les plus fingulières fantaifies. J'ai affez dit combien
leur aveuglement eft funefte à ces enfans qu'elles ne commencent à traiter
en
méres, qu'au moment où elles confentent à les envoyer en France, dans l'efpoir
fe réunir, quoiqu'elles fe prodiguent les careffes dès
que le hafard les raffemble.
Les Créoles portent à l'excès leur tendreffe pour leurs enfans. Ce font elles
furtout qui leur infpirent les plus fingulières fantaifies. J'ai affez dit combien
leur aveuglement eft funefte à ces enfans qu'elles ne commencent à traiter
en
méres, qu'au moment où elles confentent à les envoyer en France, dans l'efpoir --- Page 45 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
qu'ils y recevront une éducation cultivée. Elles aiment aufli leurs
parens avec
affection, & leur en prodiguent à chaque inftant les témoignages les plus doux.
L'amour, ce befoin, s ou plutôt ce tyran des ames fenfibles, règne fur celle
des Créoles. Aimables par leur propre fenfibilité & par des moyens qu'elles ne
tiennent que de la nature, 2 fans impofture fans artifice, elles fuivent leur
penchant, qui, pour rendre parfait le bonheur de ceux qui en font l'objet,
aurait peut-être befoin de dépendre davantage du fentiment.
Il faut cependant ajouter 3 que fi l'amour égare quelquefois les Créoles, la
durée de leur attachement pour le choix qui les rend coupables, racheterait leurs
fautes, fi la décence pouvait jamais ceffer de s'en offenfer.
Heureufe la Créole, pour qui les fermens de l'hymen ont été les voeux de
l'amour! Chériffant fon amant dans fon époux, fa fidélité, plus communément
encore le fruit de fa nonchalante fageffe, que de la vertu qui fuppofe des combats
& une viétoire, affurera leur tranquillité commune. Mais fi le mari n'a d'autres
droits que ceux du devoir, qu'il redoute en les exerçant defpotiquement, de
méprifer ceux de fà compagne 3 fon exemple pourrait être fuivi.
Toutes ces difpofitions aimantes font que la perte de celui auquel elles
étaient liées, amènent prelqu'auffitôt un nouvel engagement. Auffi
leur appliquer ce que M; Thibault de Chanvallon a dit des Créoles peut-on d'une
autre Colonie i ce qu'il n'eft point de veuve 3 qui, malgré fa tendreffe
D fes enfans,n'efface bientôt, par un nouveau mariage > le nom & le fouvenir pour
33 d'un homme dont elle paraiffait éperduement éprife ". Peut-être même
n'exifte-t-il pas de pays où les fecondes nôces foient aufi communes
Saint-Domingue 3 & l'on y a vû des femmes qui avaient eû fept maris. qu'à
L'attachement des Créoles eft mélé de
jaloufie 3 & malgré leur indifférence
pour l'époux que les feules convenances leur aura donné, elles ne
Jui pardonner fes infidélités. C'eft contre tout. ce qu'elles
peuvent
qu'elles s'irritent avec fureur, La jaloufie a donné la peuvent foupçonner
mort à des femmes
Créoles qui n'ont pu fupporter le changement de celui qu'elles idolâtraient.
Elles font même capables de préférer la perte de l'objet aimé à celle de
fa tendreffe : tant cette odieufe paffion dénature tout
même où elle prend fa fource :
3 jufqu'au fentiment
La danfe > mais la danfe vive a tant d'attrait pour les Créoles
s'y livrent fans réferye
qu'elles
2 malgré la chaleur du climat & la faibleffe de leur
Ç 2
er le changement de celui qu'elles idolâtraient.
Elles font même capables de préférer la perte de l'objet aimé à celle de
fa tendreffe : tant cette odieufe paffion dénature tout
même où elle prend fa fource :
3 jufqu'au fentiment
La danfe > mais la danfe vive a tant d'attrait pour les Créoles
s'y livrent fans réferye
qu'elles
2 malgré la chaleur du climat & la faibleffe de leur
Ç 2 --- Page 46 ---
20 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
conftitution. Il femble que cet exercice ranime leur exiftence, & elles favent
trop bien quels charmes nouveaux il donne à une figure expreffive & à
une taille gracieufe 2 pour qu'elles ne le récherchent pas avec ardeur. Il leur
fait oublier l'indolence qu'elles paraiffent chérir. On les entend même preffer
la mefure qu'elles fuivent avec une précifion rigoureufe, mais fans contrainte.
Enfin telle eft l'efpèce de délire où la danfe les
plonge 3 qu'un fpeétateur
étranger croirait que ce plaifir eft celui qui a le plus d'empire fur leur ame.
En voyant aufi que dans un bal la retraite de quelques femmes devient un
fignal pour que les autres quittent la danfe, on imaginerait que ne formant
qu'une feule famille, elles ne jouiffent de cet amufement qu'autant qu'elles
le partagent toutes. Combien il eft regrettable que ce mouvement de tendreffe apparente ait befoin d'un nouveau bal pour reparaître !
Les Créoles aiment le chant. Leur gofier facile fe prête agréablement aux
airs légers & aux airs tendres ; mais la romance eft ce qui leur plaît d'avantage.
Ses fons plaintifs femblent faits pour flatter leur difpofition langoureufe, &c
elles en accentuent les expreffions avec une vérité qui féduit le coeur après
avoir charmé l'oreille.
La folitude plait beaucoup aux femmes Créoles qui y vivent volontiers
$
même au fein des villes. Elle leur donne un caraétère de timidité qui ne les
quitte pas dans la fociété où elles répandent peu d'agrémens ; à moins qu'elles
n'aient appris en France à fentir tout le prix d'une amabilité qu'elles favent
rendre touchante.
Les Créoles font très-fobres. Le chocolat ) les fucreries, le café au lait
furtout, voilà leur nourriture. Mais un goût qui femble plus fort qu'elles
les porte encore à refufer les alimens fains &c à leur préférer les falaifons 7
apportées d'Europe ou des mets du pays, bifarrement préparés & connus fous
des noms plus bifarres encore. L'eau pure eft leur boiffon ordinaire mais
elles lui préfèrent par fois une limonade compofée de firop & de 3 jus de
citron. Les Créoles ne mangent guères aux heures du repas, mais indifinctement, lorfqu'elles éprouvent les défirs d'un appétit dont elles fuivent toute
la dépravation.
Un fommeil trop prolongé 3 l'inaétion dans laquelle elles vivent 5 des
écarts de régime de toute efpèce, des alimens mal choifis, des paffions vives
prefque toujours en jeus telles font les fources des maux qui menacent les
3 jus de
citron. Les Créoles ne mangent guères aux heures du repas, mais indifinctement, lorfqu'elles éprouvent les défirs d'un appétit dont elles fuivent toute
la dépravation.
Un fommeil trop prolongé 3 l'inaétion dans laquelle elles vivent 5 des
écarts de régime de toute efpèce, des alimens mal choifis, des paffions vives
prefque toujours en jeus telles font les fources des maux qui menacent les --- Page 47 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 21
femmes Créoles, & les caufes qui flétriffent fitôt leur charmes : brillantes
comme les Oeurs , elles n'en ont auffi que la duréc.
Une autre caufe de cette rapidité avec laquelle les Créoles perdent & les
moyens de plaire &. leur fanté , c'eft l'habitude pernicieufe de les marier
avant que la nature n ait achevé toute leur croiffance. Mères avant d'avoir
acquis tout leur développement 7 elles ne, donnent la vie qu'en abrégeant
la leur. Généralement fécondes, foutenant leur groffeffe fans maladie & l'enfantement fans accident 3 elles s'abufent fur ces avantages qui ne font dûs
qu'à la faibleffe de leurs organes.
Il me femble voir naître l'étonnement en apprenant que dans un pays où
la tendreffe maternelle eft une: vertu exaltée >: les enfans preffent un fein
étranger. Il n'eft que trop vrai que s'il eft peu de femmes Créoles qui ne
tentent de nourrir leurs enfans, il cn eft très-peu qui achèvent de remplir
ce devoir. Faibles par coaftitution & parce qu'on a hâté le moment de la
maternité > faibles parce qu'elles détruifent leur eftomac &x que le climat
& peut-être des vices hérédituires ont rendu le genre nerveux très-irritable; ;
les Créoles font réduites à folliciter d'une efclave Je facrifice de fon fang
pour conferver l'être à qui elles n'ont pu donner que la vie. Mais leurs enfans
font nourris fous leurs yeux, elles difputent leurs careffes à la nourrice qu'on
affranchit prefque toujours pour prix de ce bienfait; enfin lès mères rachètent par leurs foins > par leurs follicitudes, l'impuifance où elles fe trouvent
de fatisfaire à une loi dont l'oubli eft quelquefois cruellement puni dans
d'autres climats.
Les femmes Créoles ne reçoivent aucune éducation à Saint-Domingue; &c
quand on les juge d'après cette obfervation 3 on eft étonné de leur trouver
un fens auffi jufte. Leur efprit naturel, plus dégagé de préjugés, donne à leur
ame une trempe forte qui, fi elle contribue à les égarer dans ce qu'elles veulent
d'irraifonnable, procure à leurs réfolutions bien dirigées un caraétère de ftabilité dont quelques détraéteurs chagrins avaient prétendu que leur fexe était
incapable.
On peut même demander avec confiance aux femmes Créoles un confeil
dès qu'il intéreffe le fentiment ou la, délicateffe. Douées d'une efpèce de taÉt
qui vaut fouvent mieux que nos principes 3 elles fe portent naturellement
vers ce qui eft préférable. Fière, indignée de tout ce qui avilit, méprifant
étère de ftabilité dont quelques détraéteurs chagrins avaient prétendu que leur fexe était
incapable.
On peut même demander avec confiance aux femmes Créoles un confeil
dès qu'il intéreffe le fentiment ou la, délicateffe. Douées d'une efpèce de taÉt
qui vaut fouvent mieux que nos principes 3 elles fe portent naturellement
vers ce qui eft préférable. Fière, indignée de tout ce qui avilit, méprifant --- Page 48 ---
22 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
plus que les hommes mêmcs > les hommes
une
dégradés 3
femme Créole
partage vivement l'affront fait à celui qu'elle aime, Il faut qu'il
fa tendreffe s'il eft capable de dévorer un affront; elle n'écoutera renonce a
jamais les
foupirs d'un lâche & préférerait de pleurer fur fa tombe.
Il n'eft malheureufement que trop facile de leur prouver qu'on eft
d'elles à cet égard. La plus grande preuve du peu de fociabilité de Saint- digne
Domingue, c'eft le faux point d'honneur qui y maîtrife encore l'opinion.
Dans un pays où la fortune fait tant de rivaux 3 il eft difficile de
ces dehors polis qui font peut-être les premières fauvegardes de la fureté prendre
lière, L'habitude de commander aux efclaves & de ne trouver particu- de la
foumiflion, rend néceffairement le caraétère un peu altier, & des Colons que défenfeurs de leur propres foyers, doivent être dominés par un préjugé aufli ancien
que la Colonie ; il donne même aux magiftrats un extérieur guerrier.
Les Créoles font auffi naturellement affables
3 généreufes 3
pour tout ce qui porte l'empreinte de l'infortune & de la douleur, compatifintes mais elles
oublient quelquefois ces vertus envers leurs efclaves domeRtiques.
Qui ne ferait révolté de voir une femme délicate à qui le récit d'un malheur moindre que celui qu'elle va caufer, ferait répandre des larmes,
à un châtiment qu'elle a ordonné ! Rien n'égale la colère d'une femme préfider
Créole
qui punit l'efclave que fon époux a peut-être forcée de fouiller le lit
Dans fa fureur jaloufe elle ne fait qu'inventer
nuptial,
pour affouvir fa
Ces fcènes affreufes qui font très - rares le deviennent
vengeance.
encore plus de
jour en jour. Peut-être même les Créoles perdront - elles avec
ce penchant pour une domination
le tems 2
févère, 3 dont elles contractent l'habitude
dès l'âge le plus tendre, Le foin d'en faire élever un très-grand nombre
France 2 l'influence des ouvrages qui font l'éloge des vertus
en
qu'elles lifent avec
domeftiques &c
attendriflement, ameneront fans doute cette heureufe révolution. Déjà les Créoles trouyent du plaifir à adoucir le fort des efclaves
qui les approchent; déjà elles prodiguent aux enfans de tous leurs cfclaves
des foins qu'elles dédaignaient autrefois. II eft plus d'une Créole eflimable
dont le premier foin en s'éveillant eft d'aller viliter l'hôpital de fon habitation, 3 & de veiller à ce que les maux des nègres foient
&c
peines adoucies. Quelquefois même leurs mains délicates foulagés, leurs
préparent des
camens tandis que la confolation coule de leur bouche
médiperfiuavive,
des foins qu'elles dédaignaient autrefois. II eft plus d'une Créole eflimable
dont le premier foin en s'éveillant eft d'aller viliter l'hôpital de fon habitation, 3 & de veiller à ce que les maux des nègres foient
&c
peines adoucies. Quelquefois même leurs mains délicates foulagés, leurs
préparent des
camens tandis que la confolation coule de leur bouche
médiperfiuavive, --- Page 49 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-BOMINGOE
Sexe charmant! Tel eft votre apanage 3 la douceur & la bonté, C'eft
tempérer la fierté de T'homme, pour le captiver, pour lui rendre agréable pour le
foage de la vie, que la nature vous forma. Ne dédaignez donc de
les
pas règner
par moyens qu'elle vous a donnés. Le fondateur d'une religion, en peignart
avec des traits de feu un lieu de délices éternelles, a fenti qu'il fallait,
exciter
pour*
l'enthoufiafine 3 vous montrer dans ce féjour douces & belles, & il a
féduit par ce tableau vraiment enchanteur!
Je ne prétends pas, dans ce tableau du caraétère des blancs qui habitent
l'ile Saint - Domingue 3 avoir recueilli tout ce qui peut le diftinguer, mais
feulement offrir les principales généralités, qui en font comme la bafe. Il fe
préfentera dans le cours de la Defcription de la Partie Françaife
d'un
détail relatif aux mceurs & aux caractères de fes habitans, plus d'une 3 plus
exception
remarquable, plus d'un fujet de louange ou de blâme, & le Leéteur attentif
n'aura pas toujours befoin qu'on les lui indique s pour en être frappé. Il doit
fentir, dès à préfent, que dans une Colonie où chacun 3 apportant fes vices &
fes vertus > fe dirige vers le temple de la fortune , felon fes
opinions 3 fes
befoins & les circonftances, il doit y avoir des nuances fenfibles, même des
diffemblances abfolues.
DES ESCLAVES.
QuorqyE les Efclaves ne forment pas la claffe qui, dans la population fuit
immédiatement celle des blancs 3 il paraît naturel d'en parler avant que de 3 rien
dire des affranchis 1 puilque ceux-ci offrent le réfultat mcdifié de l'efclavage des
uns 3 & de la liberté des autres.
L'obfervation infpirée par la population blanche, en ce qu'elle n'eft pas toute
compofée de Créols, doit être renouvellée par rapport aux Efclaves, puifque
les deux tiers de ceux-ci ( qui font prefque tous négres ), font venus
tandis que le furplus eft né dans la Colonie. Il faut donc parler d'une d'Afrique manière a
diftinéte de ces deux claffes, qui ont, à certains égards, des traits qui leur font
plus ou moins particuliers,
'obfervation infpirée par la population blanche, en ce qu'elle n'eft pas toute
compofée de Créols, doit être renouvellée par rapport aux Efclaves, puifque
les deux tiers de ceux-ci ( qui font prefque tous négres ), font venus
tandis que le furplus eft né dans la Colonie. Il faut donc parler d'une d'Afrique manière a
diftinéte de ces deux claffes, qui ont, à certains égards, des traits qui leur font
plus ou moins particuliers, --- Page 50 ---
24 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Des Efclaves venys d'Afrique.
SAINT-DOMINGUE eft le premier Jieu de l'Amérique où il y ait eu des
Efclaves Africains, & perfonne n'ignore qu'ils y furent introduits comme cultivateurs, d'après l'avis de Barthelemy Las Cafas, qui en avait vu quelques-uns
amenés par hafard à Saint-Domingue depuis 1505. Il propolà de les fubftituer
aux naturels de Pile, que le travail des mines rendait l'objet des plus cruelles
vexations, &x menaçait de faire difparaître abfolument de leur terre natale. L'idée
de Las Cafas, égaré par l'humanité même, fut adoptée, parce qu'elle offrait
des moyens de plus; car la cupidité ne ceffà pas de moiffonner les malheureux
Indiens.
Toutes les Colonies françaifes des Antilles eûrent, dès leur naiffance, des
Efclaves Africains. Mais l'ile Saint - Domingue en avait déjà 3 puifque fes
premiers conquérans en poffédaient alors > depuis près d'un fiècle & demi.
On croira aifément, que dans les commencemens des tentatives des Aventuriers,
ils avaient à peine quelques nègres qu'ils enlevaient, foit à terre, foit dans leurs
courfes maritimes, à leurs ennemis, & ce ne fut qu'en fe livrant à la culture,
que les Colons français connûrent le befoin réel des Africains. On les vit même,
pendant affez long-tems, cultiver de leurs propres mains, affociés à des efpèces
d'efclaves blancs, appellés Engegés ou Trente-fix mois > noms qui exprimaient
l'état fervile où ils étaient &c fa durée.
Tourmentés du défir d'aller provoquer la fortune dans les Colonics, une
foule d'individus fe vendaient en France pour trois ans; > à un capitaine de navire
qui, pour prix de leur tranfport, les cédait à fon tour à un Colon, pour une
fomme convenue. Mais cet ufage dont il eft affez remarquable que les Anglais
aient les premiers donné l'idée dans les Colonies de l'Amérique Septentrionale 3
où il exifte encore aujourd'hui malgré leur indépendance, ne put pas fe foutenir
aux iles franiçaifes, Ce ne fut même que jufqu'à l'époque où le tabac fut l'objet
principal & même unique du commerce colonial, que les Engagés furent
trouvés propres aux mêmes emplois que les négres. Mais la culture de l'indigo
& furtout celle de la canne à fucre, exigérent impérieufement des individus
plus capables de réfifter à l'effet continuel d'un foleil arlent; 8 cette culture
offrant
ir
aux iles franiçaifes, Ce ne fut même que jufqu'à l'époque où le tabac fut l'objet
principal & même unique du commerce colonial, que les Engagés furent
trouvés propres aux mêmes emplois que les négres. Mais la culture de l'indigo
& furtout celle de la canne à fucre, exigérent impérieufement des individus
plus capables de réfifter à l'effet continuel d'un foleil arlent; 8 cette culture
offrant --- Page 51 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 2g
offrant i fon tour > dans fes bénéfices > les moyens de payer les nègres que les
commerçans envoyaient prendre en Afrique 3 le nombre des efclaves s'eft continuellement accru jufqu'au nombre que j'ai déjà indiqué, & qui s'élève
maintenant à quatre cent cinquante-deux mille.
Les Engagés qu'on avait continué de tranfporter en très-petit nombre &
que plufieurs lois exigeaient impérieufement que les armateurs des navires marchands envoyaffent à leurs frais, ne furent plus que des chefs d'ateliers de
nègres ; mais depuis un grand nombre d'années, il ne refte des Engagés que
le fouvenir de l'impôt que le gouvernement leur avait fubftitué & qui a été
converti d'abord en une fourniture de fufils que leur mauvaife qualité a fait
juftement rejeter, &c enfuite en une obligation de tranfporter des foldats, des
officiers ou des agens quelconques du gouvernement aux Colonies ou de cellesci en France. On pourrait cependant ajouter que quelquefois le fouvenir
des Engagés fert à réprimer l'orgueil de ces hommes qui, par des airs dédaigneux, forcent l'amour-propre bleffé à rechercher leur origine.
Une grande partie de l'Afrique eft, pour ainfi dire, tributaire del T'Amérique
à qui elle donne des cultivateurs. Saint-Domingue pofsede 3 à lui feul, au
moins les trois cinquiemes des efclaves des iles françaifes de l'Amérique.
L'étendue de l'Afrique, celle des parties où la traite a licu, les immenfes
intervalles qui féparent ces différentes parties tout doit faire fentir que les
moeurs des Africains réunis dans les Colonies y forment un enfemble où
l'on ne trouve pas exaétement les mceurs particulières de ces divers peuples.
Agiffant fur le moral les uns des autres, les nuances du caractère qui diftingue l'Africain des autres habitans du globe fe fondent en quelque forte en
un tout qui ne conferve que le ton principal & qui fert à montrer P'Africain
devenu colonial: c'eft cet enfemble que je veux tracer.
Ce qu'il offre de plus remarquable & qui eft le moins foumis àl'influence
de la tranfplantation 3 c'eft l'infouciance dont on peut former par-tout la
caractériftique du nègre. Elle eft chez lui, fans doute, l'effet d'une température qui rendant les premiers befoins infiniment bornés > lui ôte tous les
foucis & les foins que l'homme trouve dans l'idée de f'avenir. De cette
dilpofition de l'ame doit naître inévitablement l'indolence, 8x c'eft l'état favori
du nègre. Privé de toute éducation, livré à tous les préjugés > à toutes les
terreurs de l'ignorance 3 il eft faible & craintif quoiqu'il puiffe s'élever aw
Tom, I,
D
> lui ôte tous les
foucis & les foins que l'homme trouve dans l'idée de f'avenir. De cette
dilpofition de l'ame doit naître inévitablement l'indolence, 8x c'eft l'état favori
du nègre. Privé de toute éducation, livré à tous les préjugés > à toutes les
terreurs de l'ignorance 3 il eft faible & craintif quoiqu'il puiffe s'élever aw
Tom, I,
D --- Page 52 ---
25 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
mépris des dangers phyliques, précifément parce que fon imagination perd
fon empire à leur égard. Les qualités corporelles varient extrêmement chez les nègres à raifon des
différens points de l'Afrique où ils ont reçu le jour. Pour mieux remarquer
ces qualicés > la manière la plus sûre eft de les obferver dans leurs rapports
avec ces lieux eux-mêmes $ d'autant qu'elle fera voir de combien de peuples
la population noire de la Colonie eft tirée. Lerfqu'à la naiffance du feizième fiècle > les Portugais commencèrent à
introduire quelques nègres en Amérique, ce furent les environs du Sénéga
qui les fournirent, &c c'eft encore la partie la plus Septentrionale de l'Afrique
où l'on va chercher des efclaves. On y amène quelquefois auffi > en trèspetit nombre il eft vrai, des Maures, des defcendaris ou des viétimes de ces
Arabes procréés d'Ifmaël, qui fe répandirent comme un torrent débordé dans
l'Afrique vers le milieu du feptième fiècle & dont les connaifances étonnent
encore l'Europe qu'ils ont contribué à éclairer. Ces Maures ou Arabes, placés
le long du fleuve Sénégal, font une guerre cruelle aux nègres leurs voifins
&z vont même à de très-grandes diftances dans l'intérieur de l'Afrique chercher des efclaves qu'ils vendent, ainfi que leurs prifonniers nègres, pour payer
un tribut à l'Empereur de Maroc fous le joug duquel ils font courbés,
Malgré l'infériorité de leur nombre, les Maures ufent envers les Nègres d'une
audace qu'on a de la peine à concevoir, & c'eft dans les cas extraordinairement rares où ceux-ci réfiftent avec fuccès, qu'ils vendent quelquefois, à
leur. tour, parmi d'autres nègres, des Maures, qu'ils maffacrent le plus fouvent
tant ils les haifent. C'eft ainfi qu'on a vu des Maraboux 2 livrés par les
nègres fur lefquels ils exercent cependant un empire d'autant plus abfolu
qu'il eft fondé fur la fuperftition 3 aller montrer à une colonie conquife autrefois par les Efpagnols, des efclaves iffus de ceux qui furent auffi autrefois
les conquérans de l'Efpagne. Les nègres Sénégalais, furent encore les premiers qu'apportèrent aux Colons
français les Compagnies, qui parvinrent à fe faire accorder le privilége exclufif
d'un commerce, que les étrangers firent feuls dans les premiers tems de la
Colonie de Saint-Domingue. Ces nègres font grands & bienfaits, élancés, d'un
noir d'ébène. Leur nez eft allongé, & affez femblable à celui des blancs; leurs
cbeveux font moins crépus & plus fufceptibles de s'étendre & d'être treffés,
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FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 27
que l'efpèce de laine qui couvre en général la tête de l'Africain.
Colonie de Saint-Domingue. Ces nègres font grands & bienfaits, élancés, d'un
noir d'ébène. Leur nez eft allongé, & affez femblable à celui des blancs; leurs
cbeveux font moins crépus & plus fufceptibles de s'étendre & d'être treffés,
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FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 27
que l'efpèce de laine qui couvre en général la tête de l'Africain. Dans fon
moral,le Sénégalais a auffi des marques d'une efpècé de fupériorité ; lui, que les
Maures fubjuguent 3 quoique belliqueux & aguerri. Il eft cultivateur, intelligent, bon 3 fidéle, même en amour: 3 reconnaiffant, excellent domeftique. Vivant de petit mil, de mais & de riz, il eft très-fobre, très-propre à la garde
des animaux, difcret 8x fur-tout filencieux, qualité fi rare chez les Africains,
& qu'on ne prife pas affez chez les peuples policés. Les Tolnfes, voifins des Sénégalais n'en diffèrent guères que parce qu'ils
font encore plus grands. On peut comparer aux Sénégalais, les nègres du
Cap-Verd, qui bordent le pays des Yoloffes, & qu'on nomme fort improprement aux Antilles des Calvaires. Leur couleur noire, eft encore plus foncée que
celle du Sénégalais ; leur taille eft avantageufe, leurs traits font heureux, &c les
femmes auraient tous les caraétères de la beauté, fi leur gorge n'excédait pas quel--
quefois par fa groffeur, les belles proportions. Des dents d'un ivoire éblouiffant 3
garniffent une bouche d'où fort un fon doux, & fur lequel il femble qu'infue le
lait qui eft leur nourriture favorite. Qui croirait qu'on peut reprocher aux hommes
à qui la nature préfente de pareilles compagnes, un penchant qui l'outrage! Les Foules , appellés vulgairement Poules ou Poulards 2 voifins des Sénégalais
& des Yoloffes, mais plus intéricurement placés, font affez femblables aux Sénégalais parla taille feulement, car leur couleur eft rougeâtre.. C'eft des points qui font encore plus à PEf du Sénégal s que viennent les
Bambaras, les hommes de la plus haute ftature que donne l'Afrique", mais
qui ont, fur un vifage trifte, de longues marques qui defcendent des tempes
vers le cou > &c qurs'élargiflent à leur milieu. Le Bambara eft lent, fa démarche
mal affurée peint l'indolence, > & telle eft l'opinion qu'il a fait concevoir, ainfi
que d'antres nègres amenés de plufeurs centaines de lieues â PEC de l'Afrique
& vendus avec lui, fous la dénomination générique de Bambara, que ce mot
fert à indiquer un grand corps fans graces. Le fobriquet qu'ila aux iles, eft
celui de Voleur de dindes & Voleur de moutons s" dont il eft trés-friand. Les Quiamdas,voilins des Bambaras,font auffi grandis qu'eux, mais ils n'ont pas
un' extérieur auffi gauche > & ils ont trois longues raies fur chaque côté du vifage. Il faut ranger enfuite les Mandingues. Ils habitent au Sud des Yoloffes, fur la
eôte qui porte leur nom, > 8x fur les bords de la rivière de Gambie.
oleur de dindes & Voleur de moutons s" dont il eft trés-friand. Les Quiamdas,voilins des Bambaras,font auffi grandis qu'eux, mais ils n'ont pas
un' extérieur auffi gauche > & ils ont trois longues raies fur chaque côté du vifage. Il faut ranger enfuite les Mandingues. Ils habitent au Sud des Yoloffes, fur la
eôte qui porte leur nom, > 8x fur les bords de la rivière de Gambie. Ici la teinte
du noir de la peau s'affaiblit, & le caractère a changéencore plus.. Le Mandingus
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DESCRIPTIO N D E LA PAR TIE
eft un maitre févère 3 quelquefois cruel, & il eft fripon par habitude; fa principale nourriture eft le riz. Mais l'efclave Mandingue, par cela même qu'il a été
plié violemment au joug, eft bon à employer aux iles où fon fort eft amélioré,
& ily perd quelquefois fon penchant pour le larcin.
Prefque en face des Mandingues, & en tirant au Midi, font les iles des
Bifegcts, dont la traite appartient aux Portugais. Il en vient fort rarement,
ainfi que des paities voifines, des Sefts, & quelques negrestrès-gueriers qui ont
dans leur pays l'ufage de boucliers de peaux d'éléphant de toute leur hauteur,
& derrière lefquels ils font à l'épreuve de la balle, Ces nègres font pour les
habitations de bons chaffeurs, &c des gardiens fûrs des places à vivrés,
Tous les Africains dont j'ai parlé jufqu'ici, & qui font embarqués fur divers
points d'une côte qui comprend environ trois cens lieues, depuis le dixfeptième degré de latitude Septentrionale 3 où eft placée l'embouchure de la
rivière du Sénégal, jufqu'à Serre - Lione, font en général Mahométans, du
moins ceux qui habitent près de la mer. Mais cette religion eft mêlée d'une
idolâtrie, qui prévaut d'autant plus, qu'on pénètre d'avantage dans l'intérieur,
& fouvent même les preuves de la circoncifion, font les feules auxquelles on peut
reconnaître qu'ils font foumis à des idées de Mahométifme.
Après Serre-Lione, allant au Sud, fe trouve la Côte des Graines ou de
Malaguette ou du Poiure, qui finit au Cap des Palmes, puis la Côte d'Ivoire ou
des Dents, qui fe termine au Cap Apollonie. C'eft de la côte de Malaguette,
que viennent les Bouriquis 3 les Miférables ; non loin d'eux font les Mefurades ou
Cangas > parmi lefquels ceux qui habitent vers le haut des rivières, font anthropophages. Mais la traite de la côte de Malaguette &c celle de la côte d'Ivoire >
appartiennent exclufivement aux Anglais; de manière qu'on ne voit qu'infiniment
peu de ces nègres à Saint-Domingue, où ils ne font introduits que par le
commerce interlope. Ces nègres font très-hardis, prompts à la révolte, aimant
la défertion > & en général très-peu propres à la culture coloniale. Les negres
du Cap des Palmes & des lieux circonvoilins, font très-adroits à la chaffe &
à la pêche, très-grands nageurs & plongeurs audacieux.
Vient enfuite la Côte d'Or, qui fournit beaucoup de nègres à Saint-Domingue,
où l'on eft dans l'ufage de comprendre dans cette côte', qui commence au Cap
Apollonie & qui finit à la rivière de Volia, la Côte des Efclaves, qui fuit cette
tivière au Sud, & qui eft entre elle & le Benin. Les nègres de la Côte d'Or
affe &
à la pêche, très-grands nageurs & plongeurs audacieux.
Vient enfuite la Côte d'Or, qui fournit beaucoup de nègres à Saint-Domingue,
où l'on eft dans l'ufage de comprendre dans cette côte', qui commence au Cap
Apollonie & qui finit à la rivière de Volia, la Côte des Efclaves, qui fuit cette
tivière au Sud, & qui eft entre elle & le Benin. Les nègres de la Côte d'Or --- Page 55 ---
FI RA NÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE 29
font en général bienfaits & intelligens ; mais on leur reproche d'être communément trompeurs, artificieux, diflimuiés, pareffeux, fripons, fatteurs, gourmands,
ivrognes & lafcifs. Ils ont l'oeil étincelant, l'oreille petite, les fourcils épais,
le nez applati & légèrement recourbé, la bouche affez grande, les dents
blanches & bien rangées, la peau luifante & les cheveux fufceptibles d'être
treffés.
Ces nègres font connus dans la Colonie fous diverfes dénominations, parce
que la Côte d'Or renferme plufieurs populations différentes, & que le langage
y varie à de très-petites diftances. La plus générale de ces dénominations, celle
qu'on y regarde prefque comme générique, eft celle d'Aradas, qui s'eft formée
de la prononciation corrompue d'Ardra, nom de l'un des royaumes de la Côte
des Efclaves, mais on fait auffi diftinguer les vrais Aradas des autres.
L'ufage a encore fait confidérer comme nègres de la Côte d'Or, ceux qui
font tirés du Cap Laho ou Lahou, qui eft à la Côte d'Ivoire, & par cette raifon
on les nomme Caplaous. Ils font intelligens, 3 petits, mais forts.
La véritable Côte d'Or procure d'abord les Mines dont le pays fournit
de l'or de mine & non pas feulement de la poudre d'or. Leur peau eft d'une
nuance qui tient prefque le milieu entre le noir & le cuivré; puis les Agouas
leurs très-proches voifins avec lefquels ils n'ont de différence que
leurs
dialeétes; enfuite des Socos, des Fantins, Ces habitans de la Côte d'Or par font
très-orgueilleux, livrés à des guerres continuelles, capricieux &c prompts à fe
donner la mort.
De la Côte des Efclaves, qui n'a pu recevoir ce nom particulier dans une
partie du monde où la fervitude eft univeriellement connue que
parce que
l'efclavage y eft plus hideux & que le fang de ceux qui y font affervis eft
verfé fous le plus léger prétexte, on reçoit les Cotocolis qui habitent le
de Coto le plus feptentrional de cette Côte
des
royaume
> puis
Popos > plus entreprenant que les premiers; ; les Fidas ou Foedas placés au Sud & qui précèdent les Ardras ou Aradas & de l'intérieur viennent des Fonds
> des Mais, 3
des Aoufas > des Ibos & des Nagos.
L'intelligence eft un caractère commun à tous les négres de la Côte d'Or
& à ceux dela Côte des Efclaves', mais les moeurs des derniers font vraiment
fanguinaires, furtout chez les Judas ou Aradas proprement dits, dont la férocité
eft affez connue par tout ce que l'hiftoire a publié de vrai mais de prefque
dras ou Aradas & de l'intérieur viennent des Fonds
> des Mais, 3
des Aoufas > des Ibos & des Nagos.
L'intelligence eft un caractère commun à tous les négres de la Côte d'Or
& à ceux dela Côte des Efclaves', mais les moeurs des derniers font vraiment
fanguinaires, furtout chez les Judas ou Aradas proprement dits, dont la férocité
eft affez connue par tout ce que l'hiftoire a publié de vrai mais de prefque --- Page 56 ---
30 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
incroyable fur les Debomets a qui les Rois de Fuda ont fait aimer le fang
à force d'en répandre eux-mêmes.
Tous ces nègres que je confondrai auffi pour être mieux entendu de3
Colons de Saint Domingue, n'ont pas la peau d'une couleur réellement noire
mais toujours d'une teinte jaunâtre qui fait qu'on pourrait en prendre plufieurs pour des mulâtres, fi des marques plus ou moins multipliées, plus
ou moins ridicules pour l'ceil qui n'y a pas été accoutumé dès l'enfance ne
montraient qu'ils font Africains & nègres.
Il eft même de ces marques, par exemple celles des nègres Mines, qui les
défigurent parce qu'elles les déchiquetent. L'orgueil s'eft emparé de ce trait
national &c il eft des lieux où la prérogative de s'enlaidir eft un droit qui
n'appartient qu'aux rangs élevés; car en Afrique auffi il y 2 des rangs. Oa
a même vu des négres Mines reconnaiffant des princes de leur pays, à ces
fignes bifarres, fe profterner à leurs pieds & leur rendre des hommages dont
le contrafte avec l'état de fervitude auquel ces princes étaient réduits dans
la Colonie offrait un tableau aflez frappant de Pinftabilité des grandeurs
humaines.
Les nègres de la Côte d'Or font actifs, adonnés au commerce & ce goût
ils le. manifeftent aux iles', où ils en perdent un autre, celui de manger les-.
chiens dont on a fait le fobriquet particulier des Aradas; car on aime affez
aux Colonies à caraétérifer ainfi les. diverles nations Africaines : l'on dit donc
Arada mangeur de chiens ou Avare coitime. 11 Arada; car ce vice eft très-fort
chez eux
On. eftime les nègres de la Côte d'Or pour la culture > mais en général
leur caraétère altier en rend la conduite difficile & elle exige des maîtres
qui fachent les étudier. C'eft principalement à l'égard des Ibos qu'une grande
furveillance eft néceffaire, puifque le chagrin ou le mécontentement le plus
léger les porte au fuicide dont l'idée loin de les épouvanter femble avoir
quelque chofe de féduifant pour eux > parce qu'ils adoptent le dogme de la
tranfmigration des ames. Onn'a vu que trop fouvent les Ibos d'une habitation
formerle projet de fe peadre tous pour retourner dans leur pays. Ilyal longtems qu'on oppofe à leur erreur. une de leur propres opinions 3 lorfqu'on
(29 En Créol ; e. Rada mangé chien 23- ta c6 Varichié tan com' Rada 5s*
ter femble avoir
quelque chofe de féduifant pour eux > parce qu'ils adoptent le dogme de la
tranfmigration des ames. Onn'a vu que trop fouvent les Ibos d'une habitation
formerle projet de fe peadre tous pour retourner dans leur pays. Ilyal longtems qu'on oppofe à leur erreur. une de leur propres opinions 3 lorfqu'on
(29 En Créol ; e. Rada mangé chien 23- ta c6 Varichié tan com' Rada 5s* --- Page 57 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
n'a pu prévenir abfolument ce voyage pythagoricien, on fait couper la tête
du premier qui fe tue, ou feulement fon nez & fes oreilles que l'on
conferve au haut d'une perche ; alors les autres convaincus que celui-là n'ofera
jamais reparaître dans fa terre natale ainfi défhonoré dans l'opinion de fes
compatriotes & redoutant le même traitement, renoncent à cet affreux plan
d'émigration.
Cettr difpofition de l'ame qui fait défigner les Ibos par ces mots Créols :
Ibos pend" cor à 30, ( les Ibos Te pendent ) fait que beaucoup de Colens
redoutent d'en acheter; mais d'autres par cela même qu'ils en pofsèdent déjà
les préfèrent parce qu'ils font très-attachés les uns aux autres & que les
nouveaux venus trouvent des fecours 3 des foins &x des exemples dans ceux
qui les ont devancés.
Les femmes Aradas, caufeufes éternelles, font rarement employées comme
domettiques, attendu que de tous les Africains les Aradas font ceux qui parviennent le moins à parler le français 8x que c'eft à l'entendre dans leur
bouche qu'on peut faire confifter la plus grande épreuve de ceux qui fe flattent
de pofféder le langage Créol. Ces femmes font auffi accariâtres &x querelleufes 3
on les reconnait extérieurement à des hanches &c à des feffes dont l'amplitude eft devenue le dernier terme de toute comparaifon de ce genre. Une
étude pouffée plus loin ferait rencontrer d'autres traits d'autant plus particuliers
qu'ils fuppofent des ufages évidemment contradiétoires ; l'excifion des nymphes
ou leur dilatation dans une étonnante proportion 5 dilatation qu'accompagne
celle d'une autre partie, au point qu'un fexe pourrait en quelque forte remplir le rôle de l'autre.
Mais il eft tems de paffer au Benin qui ne donne que peu de nègres à
Saint-Domingue > parce qu'on eft dans l'ufage d'y facrifier les prifonniers
& ce n'eft que depuis peu de tems qu'on y voit quelques efclaves du royaume
d'Ouaire qui eft limitrophe du Benin au Sud. Ces derniers font cependant
fort doux malgré .ce voifinage & ils font les uns 8x les autres d'une teinte
plus foncée que ceux de la Côte d'Or. Ce font les Anglais qui font prefque
toute la traite de ces deux royaumes, ainfi que celle du Calbar ou Galbar
dont les nègres, quoique de la taille de ceux d'Ouaire & du Benin, font taciturnes & attaqués du fcorbut parce que leur pays eft marécageux. On ne fait
pas cas à Saint-Doningue des nègres du Benin parmi lefquels viennent les
autres d'une teinte
plus foncée que ceux de la Côte d'Or. Ce font les Anglais qui font prefque
toute la traite de ces deux royaumes, ainfi que celle du Calbar ou Galbar
dont les nègres, quoique de la taille de ceux d'Ouaire & du Benin, font taciturnes & attaqués du fcorbut parce que leur pays eft marécageux. On ne fait
pas cas à Saint-Doningue des nègres du Benin parmi lefquels viennent les --- Page 58 ---
32 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Mokos, ni de ceux du Galbar. Aufi a-t-on. pris le parti de les annoncer
comme Ibos afin de ne pas réveiller 'la prévention &x l'on ufe de la même
précaution pour les nègres de la rivière du Gabon qui font encore plus au
Sud que ceux du Galbar, mais qui font auffi mal-fains &x auffi maladifs.
Les Africains, depuis le Cap Apollonie où commence la Côte d'Or juc
qu'au Galbar, font tous plongés dans la plus ténébreufe idolâtrie à Iaquelle ils
melent des pratiques qui appartiennent évidemment au mahométiline. Iis n'eft
pas juiqu'aux reptiles les plus dégoutans qui ne foient déifiés dans quelque
Sieu, & Bofman, dans fon voyage de Guinée > raconte le fait de l'extermination générale des cochons 3 parce que l'un d'eux avait mangé un ferpent 7
tandis que cet inftinét rend les cochons encore plus précieux aux habitans de
celles des Antilles où les ferpens font éprouver les plus vives &c les plus
uftes craintes.
Nous fomm es parvenus aux nègres qui font les plus communs à SaintDomingue, &c qu'on y prife bxancoup,c'ef-à-dine, à ceux de la Côte de Congo &
d'Angole, qu'on connait dans la Colonie fous le nom genérique de Congos.
C'eft de cette immenfe étendue qui, du Cap Lopez au Cap Negre, comprend
près de trois cent lieues comptées en ligne droite, que l'on reçoit quelques
Mayombis, placés vers FER-quart-Nonl-ER, les Cingos proprement dits, qui
font au milieu, puis les Moyfombes & les Mondongues, qui font pris à PEft dans
l'intérieur, & qu'on conduit au Congo, mais qu'on doit bien diftinguer des
habitans de la Côte d'Angole, comme je vais le faire voir.
Les Mayombés que l'on traite particulièrement à Malimbe &z à Loango,
ou que donne quelquefois Gabimde 5 ou les Malimbes, tirés du royaume du
même nom, font comme tous les Congos, d'une taille moyenne & d'une nuance
qui tient le milieu entre celle du Sénégalais, 8x celle des nègres confidérés
en général comme nègres de la Côte d'Or, quoique ces derniers placés entre
Serre-Lione & le Cap. Lopez, foient plus au Nord qu'eux. Les nègres du Zaire,
qui font entre Gabimde & Ambris, montrent auffi dans leur caraétère une teinte
de fierté, gne n'ont pas les autres habitans qui les avoifinent.
Les vrais Congos ou Frane-Cungos, pour me fervir de l'expreffion de SaintDomingue > fortent des royaumes de Congo & d'Angole, &c font, comme tous
ceux de cette Côte, d'une douceur & d'une gaiété qui les fait rechercherAimant le chant, la danfe & la parure ils font d'excellens domeitiques 2
&
leur caraétère une teinte
de fierté, gne n'ont pas les autres habitans qui les avoifinent.
Les vrais Congos ou Frane-Cungos, pour me fervir de l'expreffion de SaintDomingue > fortent des royaumes de Congo & d'Angole, &c font, comme tous
ceux de cette Côte, d'une douceur & d'une gaiété qui les fait rechercherAimant le chant, la danfe & la parure ils font d'excellens domeitiques 2
& --- Page 59 ---
FRANC ÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
& leur intelligence, leur facilité a parlér purement le Créol, leurs figures
enjouées & fans marques, furtout chez les femmes, qui n'ont que deux
petites élevures près des tempes & que la coquetterie pourrait ne pas
toujours condamner, les fait préférer pour le fervice des maifons ; on en fait auffi
d'habiles ouvriers & de bons pêcheurs. On prife beaucoup les femmes Congos
pour la culture 3 parce qu'elles y font accoutumées dans leur pays, & qu'en
général les Congos y vivent de manioc, & encore plus de bananes, qu'ils
aiment tellement, qu'on les caraétérife en difant : Congo mangé banane, ( Congo
mangeur de bananes). D'ailleurs excellens mimes, ayant toujours le rire fur la
figure, ils font précieux dans un atelier où ils appelent la gaieté, qui ne convertit pas toujours le travail en délaffement, mais qui retarde du moins la fatigue
qui marche à fa fuite. Peut-être auffi, que dans un pays où les moeurs n'ont
pas une pureté exemplaire, , le penchant des négreffes Congos pour le libertinage
a-t-il augmenté celui qu'on a pour elles.
Ily a beaucoup de Congos qui ont des idées de catholicité > notamment ceux
de la rivière du Zaire. Elles leur font venues des Portugais, mais elles n'ont
pas banni celles du mahométifme & de l'idolâtrie; de manière que leur religion
forme un affemblage allez monftrueux. On peut leur reprocher d'être un peu
enclins à la fuite.
Tous ces traits du caractère des Congos les rend abfolument diffemblables
d'avec les Moufombes & les Mondongues, leurs voifins. Jamais on n'eut un
caraétère plus hideux que celui de ces derniers, dont la dépravation eft parvenue
au plus exécrable des excès, celui de manger leurs femblables. On amène auffi
à Saint-Domingue de ces bouchers de chair humaine > ( car chez eux il y a des
boucheries où l'on débite des efclaves comme des veaux), & ils y font, comme
en Afrique, l'horreur des autres nègres, & notamment des Congos, qui, à
caufe du voifinage, font le plus expofés à leur cruauté. On les reconnaît à leurs
dents incifives, toute fciées en autant de canines aigues & déchirantes. On a eu à
Saint-Domingue des preuves que des Mondongues y avaient gardé leur odieufe
inclination, notamment en 1786, dans une négreffe accoucheufe &c hofpitalière
fur une habitation des environs de Jérémie. Le propriétaire ayant remarqué que
la plupart des négrillons périlfaient dans les huit premiers jours de leur naiffance,
fit épier la matrone; on la furprit mangeant un de ces enfans récemment inhumé,
Bc elle avoua qu'elle les faifait périr dans ce deffein.
Tume I.
E
inclination, notamment en 1786, dans une négreffe accoucheufe &c hofpitalière
fur une habitation des environs de Jérémie. Le propriétaire ayant remarqué que
la plupart des négrillons périlfaient dans les huit premiers jours de leur naiffance,
fit épier la matrone; on la furprit mangeant un de ces enfans récemment inhumé,
Bc elle avoua qu'elle les faifait périr dans ce deffein.
Tume I.
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34 DESCRIPTIO N D E L A PARTIE
Les Mondongues paraiffent néanmoins affez fenfibles aux reproches des autres
nègres, 3 pour qu'on croye qu'ils fentent eux-mêmes l'horreur de leur penchant
féroce. On fait d'ailleurs que les Congos tâchent de les avoir jeunes, & qu'ils
les gardent parmi eux > pour leur ôter les principes qu'ils peuvent avoir fucé
dans leur pays. Mais quant à un goût honteux que les femmes furtout rappellent
avec amertune aux Mondongues, on prétend que ni au Congo ni dans la Colonie,
on ne réuffit pas toujours à le leur faire perdre.
On ne voit, point à Saint-Domingue 3 d'Africains venus du refte de la côte
Occidentale de l'Afrique, qui va fe terminer au Cap de Bonne-Efpérance. La
Côte d'Angole eft dans cette partie, la borne de la traite pour les Colonies
françaifes del'Amérique 5 car celle du royaume de Benguèle eft aux Portngais.
On y a cependant vu quelques négres du Monomotapa & de Madagafcar,
mais on les devoit à des circonftances fortuites, & ce n'eft que depuis quelques
années, que la côte Septentrionale de l'Afrique a augmenté les cultivateurs de
Saint-Domingue, > de quelques nègres Mozambiques,
On diftingue parmi eux, les Mozambiques proprement dits 3 les Quiloi, les
Quiriam , les Montfiat ) qui font les plus propres à la culture, & d'autres nègres
appellés auffi Muzambiques, mais qui viennent de points plus avancés vers le
Cap de Bonne - Efpérance, & qu'on ne peut pas fe flatter de plier à la
fervitude. Les vrais Mozambiques font d'une nuance qui n'eft pas extrêmement
noire, d'une taille plus avantageufe que celle des Congos, mais la difproportion
de leurs bras avec leur corps, dénote aflez les affections de poitrine auxquelles
ils font très-fujets. Fort doux, très-intelligens, ils ont les uns pour les autres
un attachement, qui les porte à fe rechercher, & toutes les démonftrations de
l'amitié accompagnent leur rencontre.
Déjà malheureux par une complexion faible, beaucoup d'entr'eux le font
encore par l'effet d'une pratique révoltante, ( dont d'autres Africains offrent
auffi quelquefois des preuves aux iles ), &c qui leur enlève le titre d'homme
en leur laiffant la vie; furtout lorfque viétimes involontaires de ce crime > qu'ils
cherchent conftamment à tenir fecret, ils fe l'entendent reprocher eux qu'on ne
peut pas en confoler. On fait que l'Orient de la péninfule d'Afrique fournit
par milliers des efclaves à l'Afie, où ils font deftinés à être eunuques, & l'on
affure même qu'elle envoye de ces derniers en Abiflinie & en Arabie.
Tels font les divers habitans de l'Afrique réunis à Sain-Domingue, qui
> qu'ils
cherchent conftamment à tenir fecret, ils fe l'entendent reprocher eux qu'on ne
peut pas en confoler. On fait que l'Orient de la péninfule d'Afrique fournit
par milliers des efclaves à l'Afie, où ils font deftinés à être eunuques, & l'on
affure même qu'elle envoye de ces derniers en Abiflinie & en Arabie.
Tels font les divers habitans de l'Afrique réunis à Sain-Domingue, qui --- Page 61 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
devient déformais leur patrie, & où ils prennent une manière d'être, qui ne
peut ni reffembler à celle qu'ils avaient dans les lieux de leur originc, ni en
différer ablolument.
Ily a bien des endroits de la Colonie, où la nomenclature que j'ai donnée
eft plus nombreufe ; mais cette différence ne vient que de ce que des nègres
interrogés fur le lieu de leur naiflance, en citent le canton qu'on transforme en
royaume, comme fi l'on diftinguait. un Havrais d'un Normand & d'un Français.
Les Africains devenus habitans de Saint-Domingue > y reftent en général
indolens & pareffeux, querelleurs, bavards > menteurs & adonnés au larcin,
Toujours livrés à la plus abfurde fuperftition, il n'eft rien qui ne les effraye
plus ou moins. Incapables de claffer dans leur efprit les idées religieufes, ils font
confifter toute leur croyance dans les démonftrations extérieures. S'ils vont aux
églifes, ils y marmotent quelques prières qu'ils favent mal, ou bien ils y
dorment. Ils ont cependant leurs dévots &c furtout leurs dévotes, dont les
grimaces feraient même envie à certaines dévotes européennes, qui ne feraient
pas toujours capables de leur apprendre quelque chofe en hypocrifie.
Comme les nègres Créols prétendent 3 à caufe du baptême qu'ils ont reçu.,
à une grande fupériorité fur tous les nègres arrivant d'Afrique, & qu'on défigne
fous le nom de Boffals > employé dans toute l'Amérique efpagnole; 3 les Africains
qu'on apoftrophe en les appellant Cbevaux 3 font très-empreffés à fe faire
baptifer. A certaines époques telles que celles du Samedi Saint & du Samedi
de la Pentecôte, où l'on baptife les adultes, les nègres fe rendent à l'églife,
& trop fouvent fans aucune préparation, & fans autre foin que de s'affurer d'un
parrain &x d'une marraine, qu'on leur indique quelquefois à l'inftant, ils reçoivent
le premier facrement du Chrétien, & fe garantiffent ainfi de l'injure adreffée
aux non-baptifés; quoique les nègres Créols lcs appellent toujours baptifès debout.
Le refpect des nègres pour leur parrain & leur marraine eft pouffé fi loin, qu'il
l'emporte fur celui qu'ils ont pour leur pere & pour leur mère. Jurer la marraine
d'un nègre > c'eft lui faire l'injure la plus fanglante; 3 & on les entend après de
longues querelles, dont le trait capital qui paraît venir du royaume d'Angole 3
eft d'adreffer à la partie qui caraétérife le fexe de la mère &c de la marraine,
des injures fouvent extraordinaires par leur bifarrerie, s'écrier : il m'a infulté,
mais il n'a pas oféjurer ma marraine. Cet afcendant eft même un objet qui doit
fixer l'attention des maîtres $ car fur une habitation > par exemple, il n'eft pas
E 2
le trait capital qui paraît venir du royaume d'Angole 3
eft d'adreffer à la partie qui caraétérife le fexe de la mère &c de la marraine,
des injures fouvent extraordinaires par leur bifarrerie, s'écrier : il m'a infulté,
mais il n'a pas oféjurer ma marraine. Cet afcendant eft même un objet qui doit
fixer l'attention des maîtres $ car fur une habitation > par exemple, il n'eft pas
E 2 --- Page 62 ---
36 DESCRIPTIO: N DE LA PARTIE
rare qu'un nègre abufant du titre de parrain, fe faffe fervir par un nouvel
& augmente ainfi le travail de ce dernier, d'une manière fouvent
arrivé,
fa fanté, parce qu'iln'eft pas encore acclimaté, Les nègres
nuifible pour
frères & feurs , lorfqu'ils ont en commun un parrain ou une s'appellent marraine. entre eux
Les nègres croyent à l'influence malheureufe de certains
du vendredi, & s'abftiennent alors de rien
jours 5 par exemple 1
entreprendre de ce qu'ils croyent
important. Si un nègre fe choque le pied droit, il eft content
bon pied ; mais fi c'eft le gauche, cela le trouble. Si même il 3 c'eft le
de ce pied contre quelqu'un, il faut qu'on lui donne
s'eft heurté
droit: il appelle cela lui rendre fon pied. Mais
un petit coup du pied
ce qui l'irrite, c'eft de voir
paffer un balai fur quelques parties de fon corps; il demande auffitôt fi
le croit mort &c demeure convaincu que cela abrège fa vie.
on
Les nègres croyent à la magie & l'empire de leurs fétiches les
delà des mers. Plus les contes font abfurdes plus ils les féduifent. fuit aufigures groffières, de bois ou de pierre, repréfentant des hommes De petites
animaux, font pour eux autant d'auteurs de chofes furnaturelles &
ou des
garde-corps. Il eft un grand nombre de nègres qui
qu'ils appellent
abfolu fur les autres par ce moyen & qui fe fervent acquièrent de leur crédulité un ponvoir
avoir de l'argent, de la puiffance & des jouiffances de tous les
pour
celles que la crainte ne devrait pas favoir ravir à l'amour. genres, même
On fera moins étonné de cette efpèce d'afferviffement fi l'on confidère
parmi les Africains tranfportés en
que
Amérique > il y en a
un
ont
qui
été vendus d'après un jugement de leur
peut-être quart
claré forciers. Heureufe la partie du monde où compatriotes qui les a déon les envoye pour
ce crime, fi celui d'empoifonnement qui donne auffi lieu à un
expier
de jugemens de déportation était auffi imaginaire
l'autre grand nombre
que
! Ce n'eft
que ces monftres qui mettent leurs foins à faire périr leurs femblables pas
auffi communssaux Colonies qu'on l'a crû pendant
foient
doive leur attribuer tous les maux produits
des caufes long-tems 3 &c qu'on
dépendantes du climat. Mais il eft malheureufement par
très-phyfiques &
Africains profeffent à
trop certain que de vieux
Saint-Domingue l'art odieux d'empoifonner; je dis
feffent, car il en eft quiy ont une école où la haine & la
proplus d'un difciple.
vengeance envoyent
Chez les nègres 3 comme chez tous les peuples non-civilifés
2 les geftes
3 &c qu'on
dépendantes du climat. Mais il eft malheureufement par
très-phyfiques &
Africains profeffent à
trop certain que de vieux
Saint-Domingue l'art odieux d'empoifonner; je dis
feffent, car il en eft quiy ont une école où la haine & la
proplus d'un difciple.
vengeance envoyent
Chez les nègres 3 comme chez tous les peuples non-civilifés
2 les geftes --- Page 63 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
font très-multipliés & ils forment une partie intrinsèque du langage. Ils aiment
furtout à exprimer les fons imitatifs. Parlent-ils d'un coup de canon ? Ils
ajoutent boumne ; un coup de fufil, poum ; un fouffet, pimme; un coup de pied
ou de bâton bimme ; des coups de fouet, 'lap w'lap. Eft-on tombé légèrement ?
c'eft bap; ; fort, c'eft boum ; en dégringolant, blou coutoum ; & toutes les fois
qu'on veut rendre un fon augmentatif, on le répète loin, loin, loin, loin, qui
exprime une grande diftance.
Les nègres aiment les proverbes & les fentences. Ils en ont même de trèsmoraux. Après une faute 2 on dit communément en fe repentant: : Ab! Aj'avais
Ju! Les nègres en ont tiré ce proverbe: Si mon té conné! pas. jamais douvan,
li toujours derrière > pour marquer qu'on ne réfléchit que lorfqu'il n'en eft
plus tems.
Tous les Africains font polygames à Saint- Domingue & jaloux. Les mariages
y font extrêmement rares entr'eux, & les maîtres les plus religieux font prefqu'obligés de renoncer à les porter à cette union qui n'eft qu'un fujet de
fcandale. L'influence de leurs moeurs primitives & la difproportion même
du nombre des femmes comparé à celui des hommes > dont les premières
ne forment guères qu'une moitié, font des caufes trés-naturelles de cette plurarité que le climat favorife encore.
Les nègres maltraitent violemment les négreffes qui les trompent ou qu'ils
foupçonnent de les avoir trompés 3 & il en eft parmi celles-ci que ces mauvais
traitemens attachent encore > lors mêmes qu'ils ne les dégoûtent pas d'être
infidèles. Les négreffes ont auffi leurs accès de jaloufie mais ils font toujours relatifs à leurs forces 3 parce qu'elles redoutent d'irriter celui qu'elles
accablent de reproches. Malheur â lui cependant fi fon amante eft vigoureufe,
car il doit craindre alors quelque chofe de plus que la menace.
Cependant, en général, les Africaines accoutumées à des maris
polygames, 3
n'ont pas une jaloufie furieufe, & il eft même affez commun d'en voir plufieurs qui vivent dans une forte d'harmonie quoiqu'elles aiment le même objet.
Elles fe nomment alors entr'elles matelotes ; mot tiré d'un ancien ufage des
Flibuftiers qui formaient des fociétés dont les membres s'appellaient réciproquement matelot. Parmi ces femmes > comme parmi toutes les autres,
il y a une efpèce de ligue contre les hommes, & fans s'aimer, fans prefque fe connaître, elles font volontiers officieufes l'une pour l'autre dès qu'il
dans une forte d'harmonie quoiqu'elles aiment le même objet.
Elles fe nomment alors entr'elles matelotes ; mot tiré d'un ancien ufage des
Flibuftiers qui formaient des fociétés dont les membres s'appellaient réciproquement matelot. Parmi ces femmes > comme parmi toutes les autres,
il y a une efpèce de ligue contre les hommes, & fans s'aimer, fans prefque fe connaître, elles font volontiers officieufes l'une pour l'autre dès qu'il --- Page 64 ---
33 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
s'agit de rendré un amant dupe. On ne faurait même croire jufqu'à
point les deux fexes aiment à fe charger du rôle qui prépare la féduétion. quel
Un caractère très-diftinétif des négreffes nées en Afrique, c'eft leur
chant invincible pour les nègres. Ni leurs habitudes avec les Blacs pen- ni
les avantages qu'elles y trouvent, & au nombre defquels l'affranchiffement fe
rencontre fouvent, pour elles ou pour leurs enfans, ni la crainte d'un châ.iment
que l'orgueil & la jaloufie peuvent rendre extrèmement févère, ne font capables de les retenir. Elles combattent plus ou moins
long-tems, ou cachent
plus ou moins heurculement cette inclination qui finit toujours
& l'on en a la preuve dans le choix public qu'elles font par l'emporter ;
toujours d'un nègre
lorfqu'un événement quelconque, en les rendant à elles-mêmes, détruit leurs
rapports avec des Blancs. L'analogie des penfées, celle du langage, l'égalité
parfaite > la familiarité qui en réfulte & qui n'eft pas le moindre charme
de l'amour, font fans doute les principales caufes de cette tendance fortifie
l'éducation primitive. Peut-être auffi (&c j'ai entendu plufieurs négreffes que l'avouer)
l'avantage que la nature > ou l'ufage du vin de palme a donné aux nègres
fur les autres hommes dans ce qui conftitue l'agent phyfique de
a-t-elle une grande influence dans ce choix pour lequel le Blanc n'eft l'amour >
chétif concurrent.
qu'un
Ce qui a cependant de la peine à s'accorder avec les faits que je viens
de rapporter 3 c'eft l'amour-propre que les négreffes Africaines mettent à
être réputées créoles: Les nègres de leur côté ne font pas exempts de ce défir:
tous aiment à être au moins confidérés comme venus en bas âge dans la
Colonie, C'eft une fuite de cet amour-propre qui les engage à refufer de
fervir d'interprêtes à ceux de leur nation qui arrivent, fous le prétexte
ont oublié leur langue; & comme il faut des inconfequences à l'homme qu'ils de
tous les pays, les Africains gardent machinalement l'habitude de
entr'eux bâtimens lorfqu'ils ont été tranfportés dans le même navire, s'appeller
les décèle.
ce qui
Un amour-propre d'un autre genre eft caufe qu'ils refufent affez obftinément de donner des détails fur les mceurs de leur pays,
diffimule affez
parce qu'on ne leur
pas
combien on les trouve ridicules. Il n'y a guères que ceux
venus déjà vieux qui s'en entretiennent quelquefois ou qui en parlent aux
enfans blancs. C'eft ainfi qu'on fait qu'ils adorent tout 3 les montagnes, les
arbres, les mouches à miel, les caymans, &c. &c.
caufe qu'ils refufent affez obftinément de donner des détails fur les mceurs de leur pays,
diffimule affez
parce qu'on ne leur
pas
combien on les trouve ridicules. Il n'y a guères que ceux
venus déjà vieux qui s'en entretiennent quelquefois ou qui en parlent aux
enfans blancs. C'eft ainfi qu'on fait qu'ils adorent tout 3 les montagnes, les
arbres, les mouches à miel, les caymans, &c. &c. --- Page 65 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 39
Il y a trop d'analogie, même de reffemblance 3 entre les productions naturelles de l'Afrique & celles de Saint-Domingue pour que la vue de cellesci faffe éprouver aux nègres un grand étonnement lorfqu'ils débarquent. Mais
prefque tous les objets d'art les frappent. Parmi ceux-ci ce qui les furprend
le plus c'eft la réflexion produite par une glace. Le nègre s'y contemple >
il palpe le verre 3 il court vite par derrière, pour y faifir un fecond luimême. Convaincu de l'inutilité de cette tentative répétée > il fait mille fingeries, mille grimaces & prend toutes les attitudes pour jouir d'une imitation
dont rien ne peut lui expliquer. Une montre produit d'autres fenfations
qui l'intéreffent encore; il croit au premier inftant qu'un animal eft la caufe
du mouvement.
Il eft des nègres à qui le vin caufe une vive horreur > la première fois qu'on
leur en préfente. Comme c'eft d'ordinaire du vin de Bordeaux ou de Provence,
qui eft d'un rouge foncé, il le prend pour du fang, & ce liquide réveille les
idées de crainte qu'il a eues en fe voyant tranfporté dans un navire > par des
Blancs. Mais rien n'eft moins durable que cette impreffion de la liqueur bachique,
à laquelle ils finiffent toujours par reprocher de n'être pas affez piquante pour
leur palais > & ils lui préfèrent bientôt le tafia, qu'ils aiment fouvent jufqu'à
l'excès.
Comme ce qui me refte à dire des nègres d'Afrique fe rapporte également aux
nègres Créols, il eft naturel quej'entretienne d'abord le Leéteur de ce qui eft
particulier à ces derniers.
Des Efclaves Créols.
LES nègres Créols naiffent avec des qualités phyfiques & morales, qui leur
donnent un droit réel à la fupériorité fur ceux qu'on a tranfportés d'Afrique; 5
& ce fait qu'ici la domefticité a embelli l'efpèce, en appuyant une vérité de
IHiftorien fublime de la nature 3 pourrait peut-être fournir matière à douter par
rapport aux excès qu'on a reproché au defpotifme des maitres.
Il eft aifé de fentir cependant, que les qualités du nègre Créol ont elles-mêmes
des degrés de comparaifon parce que le produit de deux nègres Créols, par
exemple > a de l'avantage fur celui de deux nègres Bambaras, & ainfi des autres
une vérité de
IHiftorien fublime de la nature 3 pourrait peut-être fournir matière à douter par
rapport aux excès qu'on a reproché au defpotifme des maitres.
Il eft aifé de fentir cependant, que les qualités du nègre Créol ont elles-mêmes
des degrés de comparaifon parce que le produit de deux nègres Créols, par
exemple > a de l'avantage fur celui de deux nègres Bambaras, & ainfi des autres --- Page 66 ---
40 DESCRIPTION DE LA PARTIE 2
combinaifons &c du croifement de peuples différens ; & cette dernière raifon eft
peut-être même > une des plus influentes. A l'intelligence, le nègre Créol
réunit la grace dans les formes, la foupleffe dans les mouvemens,
dans la figure. > &c un langage plus doux& privé de tous les accens l'agrément les
nègres Africains y mélent. Accoutumés, dès leur
que
naiffance , aux choles
annoncent le génie de l'homme, > leur efprit eft moins obtus
celui qui
l'Africain qui, quelquefois
que
de
par exemple, ne fait pas difcerner les fubdivifions de
la monnoie ; de manière qu'il veut obftinément la pièce qu'on lui a dit
ou
il refufe de vendre. Il n'eft aucun objet
d'exiger
pour lequel on ne préfère les
nègres Créols, &c leur valeur eft toujours, toutes chofes égales d'ailleurs, d'un
quart, au moins, au-deffus de celle des Africains. Une prédileétion affez
fait préférer les nègres Créols pour les détails domeftiques, & générale, les
différens métiers. Il eft afez fimple, qu'étant élevés avec des
pour
leurs
Blancs, ou fous
yeux., ces derniers fe les attachent d'une manière plus immédiate, &
leur deftine des foins moins pénibles > & une vie qui a aufli plus de douceurs, qu'on
notamment celle d'une nourriture plus agréable & plus facile.
Le développement dans les enfans nègres 3 eft communément plus rapide
chez les Créols, que chez ceux qui font conduits d'Afrique en très-bas âge,
fans doute parce que la nature fouffre toujours une révolution pour les acclimater.
Les jeunes négrefles Créoles font auffi plutôt pubères, que les jeunes Africaines.
Il me femble qu'on peut attribuer cette dernière différence, à la précocité
des jouiffances qui troublent l'ordre phyfique &z pervertiffent l'ordre
& auxquels la négrite Créole a plus d'occafions de fe livrer. C'eft furtout moral, dans 3
les villes, que Ja corruption des moeurs offre de fréquens exemples de femmes
qui n'ont pas été enfans affez long-tems. J'affigerais encore, fans ceffer d'être
vrai, fij'ajoutais que cette fatale anticipation eft quelquefois le réfultat d'un
calcul dont le profit eft pour les mères, que la feule idée de ce trafic devrait
révolter; d'autant qu'elles favent qu'une négreffe, dans quelque lieu qu'elle foit
née > refte toute fa vie dans une efpèce de dépendance de l'homme qui moiffonna
la plus précieufe de toutes les fleurs, > lors même qu'elle ne l'aime plus, & ce
qui eft plus étrange encore, lors même qu'ele ne l'a jamais aimé. On n'a
affez réfléchi, que l'une des caufes qui doit s'oppofer le plus à la reproduétion pas
des nègres, ce font les maternités hâtives, ou les abus qui retardent l'époque
de la maternité.
Les
ce de dépendance de l'homme qui moiffonna
la plus précieufe de toutes les fleurs, > lors même qu'elle ne l'aime plus, & ce
qui eft plus étrange encore, lors même qu'ele ne l'a jamais aimé. On n'a
affez réfléchi, que l'une des caufes qui doit s'oppofer le plus à la reproduétion pas
des nègres, ce font les maternités hâtives, ou les abus qui retardent l'époque
de la maternité.
Les --- Page 67 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE
Les négreffes accouchent avec une grande facilité, & à peine les douleurs les
avertiffent-clles affez tôt, pour qu'elles puiffent s'y difpofer. Il eft même
affez fingulier, de voir une négreffe revenir du travail, chargée d'une
pierre, fous le poids de laquelle fes mufcles fe gonflent, & qui fe
preffe autant
qu'elle le peut, avec ce fardeau volontaire 3 pour gagner le lieu où elie
doit accoucher, perfuadée que fans cette compreffion, elle n'aurait pas le tems
d'arriver.
On ne s'occupe malheureufement pas affez, d'avoir des fages femmes inftruites;
& je ne puis m'empêcher de dénoncer ici à l'humanité & à la raifon, l'ufage
où font plufieurs d'entr'elles, d'épuifer en efforts pénibles &c quelquefois
reux, les forces de celle qui va accoucher, fous l'abfurde prétexte de l'aider, dange-
& comme elles le difent elles-mêmes, de lui faire fervir Jes douleurs. On voit
des Blanches qui partagent cette erreur, 8x qui pouffent l'ineptie jufqu'à frapper
violemment la malheureufe que les fouffrances accablent
même de ces fouffrances devienne
3 afin que l'excès
un fecours. Je me fuis demandé
les apologiftes de ce remède bifarre, ne fe le faifaient
pourquoi
pas adminiftrer.
On ne peut donner affez de louanges aux fentimens que l'amour maternel
placé dans le coeur des négreffes. Jamais les
a
enfans, ces faibles créatures,
n'eurent de foins plus affidus 5 & cette efclave qui trouve le tems de
chaque foir fes enfans & de leur donner du
eft
baigner
linge blanc, un être
Elles nourrifent long-tems, & même fi l'on ne leur impofait
refpeétable.
pas
du
s
fevrage, elles prolongeraient encore ce terme. Il y a d'autant plus l'obligation de mérite dans
la durée de l'allaitement, que les mères nourrices paffent
éviter alors tout commerce fufpedl, fi l'on en
pour très-exaétes à
excepte avec le père de l'enfant,
qu'un préjugé univerfel dit qu'on peut ne pas comprendre dans le fcrupule
général.
C'eft à l'orgueil de la maternité, que la plupart des négreffes facrifient l'un
des charmes les plus féduifans de la beauté, celui d'une
affeétent de l'aplatir pour qu'on les traite en mères & jolie gorge. Elles
; il eft affez fingulier
de voir des femmes cccupées de perdre des
conferver
appas. > qu'on cherche tant à
ailleurs. Il eft donc peu commun de voir des négreffes avec un beau
fein; quoiqu'il foit ridicule de croire, du moins à l'égard de celles
font
qui
en
Amérique , à ces tetons qu'elles jettent, dit-on 3 par-deffus leurs épaulcs, à des
enfans qui ne favent comment faifir ces monftrueux vafes à lait.
Tome I.
F
upées de perdre des
conferver
appas. > qu'on cherche tant à
ailleurs. Il eft donc peu commun de voir des négreffes avec un beau
fein; quoiqu'il foit ridicule de croire, du moins à l'égard de celles
font
qui
en
Amérique , à ces tetons qu'elles jettent, dit-on 3 par-deffus leurs épaulcs, à des
enfans qui ne favent comment faifir ces monftrueux vafes à lait.
Tome I.
F --- Page 68 ---
42 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
Une autre preuve du prix que les négrefies attachent à la maternité , c'eft
l'ufage où font plufieurs d'entr'elles de fe faire défigner par le nom de mère de
leur fils aîné 5 ainfi une négreffe dont le fils s'appelerait Louis, ferait nommée
Man-Lonis; ce genre de vanité peut bien en valoir d'autres.
Quel dommage que des idées d'incontinence 3 & quelquefois des idées
chagrines, portent des mères à ravir l'exiftence à leur fruit, avant même qu'il
ait vu le jour ! Je trahirais la vérité, fije taifais que cet outrage fait à la nature
eft même affez commun parmi les négreffes des villes ou de leurs environs,
& que réuni au mal de machoire ou tétanos, que la haine & lajaloufie favent
multiplier, il détruit un grand nombre d'êtres. Ces
&
dit de l'inexpérience des accoucheufes,
avortemens, ce que j'ai
expliquent affez pourquoi il eft tant
de négreffes fujettes aux maladies hyftériques, que de vieilles matrones favent
encore aggraver, en fe faifant guériffeufes du mal de mère.
C'eft d'ailleurs une manie générale de tous les nègres, d'aimer à fe droguer.
Il eft même reçu parmi eux, qu'un médecin eft fans talens
lorfqu'il ne donne
pas beaucoup de remedes. Aufli > en reçoivent - ils de
que de la nourriture 5 parce
felon eux
plufieurs mains 3 ainfi
que 3
> la médecine des Blancs fait
périr le plus grand nombre des malades par la diète.
En fanté, le nègre peut mériter la
de
qualité fobre, > quoiqu'il fe montre
gourmand & même goulu, dans les occafions où il trouve â
manger avec
profufion. Content de peu dans fa vie commune, il eft peut-être de tous les
hommes celui qui confomme le moins d'alimens, furtout
comparativement à
fon travail. Nourri de caffave, de racines peu fucculentes ou de grains
femblent plus pefans que nutritifs, il recherche avéc avidité les viandes & qui le
poiffon falé; d'abord parce qu'ils corrigent l'infipidité de fes autres
le piment combat encore, & parce qu'en les mangeant fouvent alimens, 3 que
crus, du moins
le poiffon, il économife encore les inftans dont il a la difpcfition.
Le nègre n'a d'autre règle pour manger, que fon appétit. Affez ordinairement
il ne fait que deux repas > l'un vers dix ou onze heures du matin, &c l'autre
vers cinq heures du foir. Il aime à réunir plufieurs mêts dans le même plat,
& même dans chaque bouchée. Un couïs, ( demi-calebaffe ), une affiette s'il
eft plus opulent, contient tout ce qui doit faire fon repas, & il n'a d'autre
couteau, d'autre cuillière, d'autre fourchette, que fes doigts &c fes dents. Un
grand plaifir pour lui, c'eft de caufer en mangeant, &c s'il fe trouve plufieurs
Il aime à réunir plufieurs mêts dans le même plat,
& même dans chaque bouchée. Un couïs, ( demi-calebaffe ), une affiette s'il
eft plus opulent, contient tout ce qui doit faire fon repas, & il n'a d'autre
couteau, d'autre cuillière, d'autre fourchette, que fes doigts &c fes dents. Un
grand plaifir pour lui, c'eft de caufer en mangeant, &c s'il fe trouve plufieurs --- Page 69 ---
FRANÇAISE D E SAINT-D DOMINGUE, 43
nègres enfemble, chacun à fon afliette, ou bien chacun puife à fon tour dans un
plat commun. C'eft le moment des contes, 3 qu'interrompent de grands éclats de
rire. La faillie, l'épigramme, car le nègre eft railleur, animent les convives
& l'hyperbole eft admife pourvu qu'elle amufe. Quand on a fini de manger 2
chacun boit un énorme coup d'eau, le feul de tout le repas. Ce n'eft pas que
les nègres, même Créols, n'aiment le tafia, mais c'eft le plus petit nombre, & les
ivrognes font bien plus rares parmi eux 3 que chez la portion du peuple d'Europe
privée d'éducation.
Dès qu'on a fini de manger, on fe lave les mains & furtout la bouche, avec
un foin extrême ; ce font principalement les négreffes, qui le prennent exaétement. Il eft même aflfez commun de leur voir un petit morceau de bois, un
bout d'une liane favoneufe, qu'elles mâchent d'abord pour en former une efpèce
de broffe, & qui leur fert à frotter , plufieurs fois dans le jour des dents qui nc
font cependant pas toujours auffi faines que blanches, furtout celles des négreffes
créoles.
Cela conduit à dire que la propreté eft un des caraétères des nègres &
fingulièrement des femmes. Elles recherchent l'eau fans ceffe, &c lors même
qu'elles font réduites à n'avoir que des vêtemens mal-propres, leur corps
eft fréquemment plongé dans le bain d'une eau vive & courante ; à moins
qu'elles ne foient forcées de fe contenter de l'eau pluviale qu'elles ont recueillies ou que des puits leur donnent. Cette habitude fi heureufe dans un climat
chaud 3 contribue encore à augmenter la fraîcheur de leur peau qu'on fait
être comparativement plus grande que celle des femmes des climats froids.
Auffi les Turcs qui méritent qu'on les regarde comme de bons juges en ce
genre, préferent-ils (felon Bruce), dans la faifon brûlante, l'Ethiopienne au
teint de jais à l'éclatante Circaffienne. C'eft encore par propreté que les négreffes
s'impofent certaines abftinences périodiques, & il ferait défirable qu'elles vouluffent auffi fe priver alors de leurs bains froids qui deviennent un principe
d'obitruction &x d'autres accidens caufés par la répercuffion.
Puifque je parle d'abftinence je ne puis en taire une dont le motif eft la
crainte bifarre d'un châtiment qui doit, felon les negres, affimiler un inftant
à l'efpèce canine ceux qui ofent facrifier à l'amour durant toute la Semaine
Sainte. Il m'a été impoflible de remonter à l'origine d'une pareille opinion 3
& j'ai feulement vu plufieurs fois une foule de nègres prodiguant dans les
E 2
le d'abftinence je ne puis en taire une dont le motif eft la
crainte bifarre d'un châtiment qui doit, felon les negres, affimiler un inftant
à l'efpèce canine ceux qui ofent facrifier à l'amour durant toute la Semaine
Sainte. Il m'a été impoflible de remonter à l'origine d'une pareille opinion 3
& j'ai feulement vu plufieurs fois une foule de nègres prodiguant dans les
E 2 --- Page 70 ---
44 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
rues des huées à des individus que l'on prétendait avoir trouvés fubifant la
punition ; mais auffi l'effroi s'évanouit-il à l'inftant ou l"horloge fait commencer
le jour de Pâques.
Les nègres aiment le tabac en poudre avec une forte de fureur & ceux
d'Afrique y réuniffent l'habitude de fumer que les femmes partagent. Le jeu
eft encore une de leurs paflions & le jeu de hafard, c'eft-à-dire avec des
dez, ou avec trois des petites coquilles des Maldives appellées coris & dont
il faut pour gagner 2 que deux au moins foient tournées du même
côté. Il eft peu de nègres qui entendent quelque chofe aux
de
jeux cartes 2
fi ce n'eft à ceux d'une extrême fimplicité. Ils aiment auffi les paris & ils
en ont une occafion dans les combats des coqs qu'ils élèvent avec ce deffein.
Mais ce qui ravit les nègres, foit qu'ils aient reçu lejour en Afrique,
foit que l'Amérique ait été leur berceau, c'eft la danfe. Il n'eft point de
fatigue qui puiffe les faire renoncer à aller à de très-grandes diftances &c
quelquefois même pendant la durée de la nuit, pour fatisfaire cette paffion. >
La danfe nègre eft venue avec ceux d'Afrique â Saint-Domingue, & pour
eette raifon même elle eft commune à ceux qui font nés dans la Colonie
& qui la pratiquent prefque en naiffànt : on l'y appelle Calenda.
Pour danfer le Calenda 2 les nègres ont deux tambours faits > quand ils
le peuvent, avec des morceaux de bois creux d'une feule pièce. L'un des
bouts eft ouvert, &c l'on étend fur l'autre une peau de mouton ou de chèvre.
Le plus court de ces tambours eft nommé Bamboula * attendu qu'il eft formé
quelquefois d'un très-gros bambou. Sur chaque tambour eft un nègre à califourchon qui le frappe du poignet & des doigts > mais avec lenteur fur
l'un & rapidement fur l'autre. A ce fon monotone & fourd fe marie celui
d'un nombre > plus ou moins grand, de petites calebaffes à demi remplies de
cailloux ou de graines de mais & que l'on fecoue en les frappant même
fur l'une des mains au moyen d'un long manche qui les traverfe. Quand on
veut rendre l'orcheftre plus complet on y affocie le Banza > efpèce de violon
groffier à quatre cordes que l'on pince. Les négreffes difpofées en rond règlent
la mefure avec leurs battemens de mains & elles répondent en chceur à une
ou deux chanteufes dont la voix perçante répète ou improvife des chanfons: :
car les nègres pofsèdent le talent d'improvifer & c'eft lui furtout qui fert à
montrer tout leur penchant pour la railleric,
affocie le Banza > efpèce de violon
groffier à quatre cordes que l'on pince. Les négreffes difpofées en rond règlent
la mefure avec leurs battemens de mains & elles répondent en chceur à une
ou deux chanteufes dont la voix perçante répète ou improvife des chanfons: :
car les nègres pofsèdent le talent d'improvifer & c'eft lui furtout qui fert à
montrer tout leur penchant pour la railleric, --- Page 71 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
Des danfeurs & des danfeufes, toujours en nombre pair, vont au milieu du
cercle ( qui eft formé dans un terrain uni & en plein air ) & fe mettent
à danfer. Chacun affeéte une danfeufe pour figurer devant elle. Cette danfe
que l'on voit gravée dans mon Atlas & qui offre peu de variété > confifte
dans un pas où chaque pied eft tendu & retiré fuccelivement en frappant
avec précipitation, tantôt de la pointe & tantôt du talon fur la terre, d'une
manière affez analogue au pas de TAnglaife. Le danfeur tourne fur foi-même
ou autour de fa danfeufe qui tourne aufli & change de place en agitant les
deux bouts d'un mouchoir qu'elle tient. Le danfeur abaiffe & lève alternativement fes bras en gardant les coudes près du corps & le poing prefque
fermé. Cette danfe à laquelle le jeu des yeux n'eft rien moins qu'étranger
eft vive & animée & une mefure exaéte lui prête des graces réelles. Les
danfeurs fe fuccèdent à l'envi, & il faut fouvent qu'on faffe ceffer le bal $
que les nègres n'abandonnent jamais qu'à regret.
Une autre danfe nègre , à Saint-Domingue, qui eft auffi d'origine Africaine
c'eft le Cbica, nommé fimplement Calenda aux Iles du Vent, Congo à
Cayenne >
Fandangue en Efpagne &c. Cette danfe a un air qui lui eft fpécialement
confacré & où la mefure eft fortement marquée. Le talent pour la danfeufe
eft dans la perfeétion avec laquelle elle peut faire mouvoir fes hanches & la
partie inférieure de fes reins en confervant tout le refte du corps dans une
efpèce d'immobilité que ne lui fait même pas perdre les faibles agitations de
fes bras qui balancent les deux extrémités d'un mouchoir ou de fon jupon.
Un danfeur s'approche d'elle, s'élance tout-à-coup > & tombe en mefure 2
prefqu'à la toucher. Il recule, il s'élance encore & la provoque à la lutte
la plus féduifante. La danfe s'anime & bientôt elle offre un tableau dont
tous les traits d'abord voluptueux, deviennent enfuite lafcifs. Il ferait impof.
fible de peindre le Cbica avec fon véritable caraétère, & je me bornerai à
dire que l'impreffion qu'il caufe eft f puiffante que l'Africain ou le Créol,
de n'importe quelle nuance > qui le verrait danfer fans émotion pafferait pour
avoit perdu jufqu'aux dernières étincelles de la fenfibilité.
Le Calenda & le Cbica ne font pas les feules danfes venues d'Afrique
dans la Colonie. Il en eft une autre que l'on y connait depuis long-tems >
principalement dans la partic Occidentale, & qui porte le nom de Vaudoux,
ufe eft f puiffante que l'Africain ou le Créol,
de n'importe quelle nuance > qui le verrait danfer fans émotion pafferait pour
avoit perdu jufqu'aux dernières étincelles de la fenfibilité.
Le Calenda & le Cbica ne font pas les feules danfes venues d'Afrique
dans la Colonie. Il en eft une autre que l'on y connait depuis long-tems >
principalement dans la partic Occidentale, & qui porte le nom de Vaudoux, --- Page 72 ---
46 DESCRIPTION DE L A PARTIE
Mais ce n'eft pas feulement comme une danfe que le Vaudoux mérite d'être
confidéré, , ou du moins il eft accompagné de circonftances qui lui aflignent
un rang parmi les inftitutions où la fuperftition & des
bifarres
pratiques
ont
une grande part.
Selon les nègres Aradas, qui font les véritables feétateurs du Vaudoux dans
la Colonie, & qui en maintiennent les principes & les
règles 3 Vaudoux
un être tout-puiffant & furnaturel, dont
fignific
dépendent tous les événemens qui fe
paffent fur ce globe. Or, cet être c'eft le ferpent non venimeux, ou une efpèce
de couleuvre > & c'eft fous fes aufpices que fe raffemblent tous ceux qui
profeffent la même doétrine. Connaiffance du paffé, fcience du préfent,
cience de l'avenir, tout appartient à cette couleuvre
pref3 qui ne confent néanmoins
à communiquer fon pouvoir, & à preferire fes volontés,
que par l'organe d'un
grand-prêtre que les feétateurs choififfent, & plus encore par celui de la négreffe,
que l'amour de ce dernier a élevé au rang de grande-prétreffe.
Ces deux miniftres qui fe difent infpirés par le Dieu, ou dans lefquels le don
de cette infpiration s'eft réellement manifefté pour les
pompeux de Roi & de
adeptes 3 portent les noms
Reine, ou celui defpotique de maître & de
ou enfin le titre touchant de papa & de maman. Ils font 3 durant toute maitrefie, leur
les chefs de la grande famille du Vaudoux, &c ils ont droit au refpeét vie,
de ceux qui la compofent. Ce font eux qui déterminent fi la couleuvre illimité
l'admiflion d'un candidat dans la fociété ; qui lui prefcrivent les
agrée
les devoirs qu'il doit remplir 5 ce font eux qui reçoivent les dons & obligations les
que le Dieu attend comme un jufte hommage i leur défobéir, leur
préfens
réfifter au Dieu lui-même, c'eft s'expofer aux plus grands malheurs. réfifter, c'eft
Ce fvftéme de domination d'une part, & de foumiffion aveugle de
bien établi, on forme à des époques déterminées, des affemblées où l'autre,
le Roi & la Reine Vaudoux , d'après les ufages
préfident
qu'ils peuvent avoir
ele l'Afrique, & auxquels les moeurs créoles ont ajouté plufieurs empruntés
des traits qui décèlent des idées européennes
variantes, &
riche ceinture
; par exemple, l'écharpe ou la
que porte la Reine dans ces affemblées, & qu'elle y varie
quelquefois.
La réunion pour le véritable Vaudoux, pour celui qui a le moins perdu de
fà pureté primitive, n'a jamais lieu que fecrètement, lorfque la nuit répand
l'Afrique, & auxquels les moeurs créoles ont ajouté plufieurs empruntés
des traits qui décèlent des idées européennes
variantes, &
riche ceinture
; par exemple, l'écharpe ou la
que porte la Reine dans ces affemblées, & qu'elle y varie
quelquefois.
La réunion pour le véritable Vaudoux, pour celui qui a le moins perdu de
fà pureté primitive, n'a jamais lieu que fecrètement, lorfque la nuit répand --- Page 73 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
fon ombre, &c dans un endroit fermé &c à l'abri de tout ceil profane. Là,
chaque initié met une paire de fandales, & place autour de fon corps un nombre
plus ou moins confidérable de mouchoirs rouges 3 ou de mouchoirs où cette
nuance eft très-dominante. Le Roi Vandoux a des mouchoirs plus beaux & en
plus grande quantité, &c celui qui eft tout rouge & qui ceint fon front, eft
fon diadême. Un cordon communément bleu, achève de marquer fon éclatante
dignité.
La Reine vêtue avec un luxe fimple > montre auffi fa prédileétion pour la
couleur rouge, qui eft le plus fouvent celle de fon cordon ou de fa ceinture.
Le Roi & la Reine fe placent dans un des bouts de la pièce , & près
d'une efpèce d'autel, fur lequel eft une caiffe où le ferpent eft confervé, &
où chaque affilié peut le voir à travers des barreaux.
Lorfqu'on a vérifié que nul curieux n'a pénétré dans l'enceinte, on commence
la cérémonie par l'adoration de la couleuvre > par des proteitations d'être fidèles
à fon culte, & foumis à tout ce qu'elle prefcrira. L'on renouvelle entre les
mains du Roi & de la Reine le ferment du fecret, qui eft la bafe de l'affociation,
& il eft accompagné de tout ce que le délire a pu imaginer de plus horrible, 3
pour le rendre plus impofant.
Lorfque les feétateurs du Vaudoux font ainfi dilpofés à recevoir les imprefions
que le Roi & la Reine femblent leur faire partager > ces derniers prenant le ton
affectueux d'un père & d'une mère fenfibles, leur vantent le bonheur qui eft
l'appanage de quiconque eft dévoué au Vaudoux ; ils les exhortent à la confiance
en Jui, & à lui en donner des preuves, en prenant fes confeils fur la conduite
qu'ils ont à tenir dans les circonftances intéreffantes.
Alors la foule s'écarte, &c chacun felon qu'il en a befoin, & felon l'ordre
de fon ancienneté dans la fecte, vient implorer le Vaudoux. La plûpart lui
demande le talent de diriger l'efprit de leurs maîtres; mais ce n'eft pas affez
l'un follicite de plus de l'argent, l'autre le don de plaire à une infenfible; 9
celui-ci veut rappeller une maîtreffe. infidèle; celui - là défire une prompte
guérifon, ou une exiftence prolongée. Après eux, une vieille vient conjurer
le Dieu de faire ceffer le mépris de celui dont elle voudrait captiver l'heureufe
adolefcence. Une jeune follicite d'éternelles amours, ou elle répète des voeux
que la haine lui diéte comme une rivale préférée. Il n'eft pas une paffion qui
9
celui-ci veut rappeller une maîtreffe. infidèle; celui - là défire une prompte
guérifon, ou une exiftence prolongée. Après eux, une vieille vient conjurer
le Dieu de faire ceffer le mépris de celui dont elle voudrait captiver l'heureufe
adolefcence. Une jeune follicite d'éternelles amours, ou elle répète des voeux
que la haine lui diéte comme une rivale préférée. Il n'eft pas une paffion qui --- Page 74 ---
48 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ne profère un veeu, & le crime lui-même, 3 ne déguife
ont fon fuccès pour objet.
pas toujours ceux qui
A chacune de ces invocations, le Roi Vaudoux fe
lui. Tout-à-coup il prend la boîte où eft la
recueille ; l'E(prit agit en
couleuvre, la place à terre & fait
monter fur elle la Reine Vaudoux. Dès que l'afile facré eft fous fes
nouvelle pythoniffe elle eft pénétréc du Dieu, elle
pieds,
eft dans un état convulfif, & l'oracle
s'agite 3 tout fon corps
&
parle par fa bouche. Tantôt elle flatte
promet la félicité, tantôt elle tonne & éclate en
&
fes défirs, de fon
intérêt
reproches; au gré de
propre
ou de fes caprices, elle diête comme des loix
fans appel, tout ce qu'il lui plaît de prefcrire, au nom de la couleuvre, à la
troupe imbécille, qui n'oppofe jamais le plus petit doute à la plus monftrueufe
abfurdité, & qui ne fait qu'obéir à ce qui lui eft
defpotiquement prefcrit.
Après que toutes les queftions ont amené une réponfe quelconque de l'oracle,
qui a auffi fon ambiguité, on fe forme en cercle, la couleuvre eft remife fur
l'autel. C'eft le moment où on lui apporte un tribut, que chacun a tâché de
rendre plus digne d'elle, & que l'on met dans un chapeau recouvert,
qu'une curiofité jaloufe n'expofe perfonne à rougir. Le Roi & la Reine promettent pour
de les lui faire agréer. C'eft du profit de ces oblations,, qu'on
les
de l'affemblée, qu'on procure des fecours aux membres abfens paye dépenfes
ou préfens,
qui en ont befoin, ou de qui la fociété attend quelque chofe
fa
fon illuftration. On
des
pour gloire ou
propofe plans, on arrête des démarches, on prefcrit des
aétions que la Reine Vaudoux appuye toujours de la volonté du Dieu, &
n'ont pas auffi conftamment le bon ordre & la tranquillité publique
qui
Un nouveau ferment, auffi exécrable que le
pour objet.
premier, engage chacun à taire
ce qui s'eft paffé, à concourir à ce qui a été conclu, & quelquefois un vafe
où eft le fang encore chaud d'une chèvre, va iceller fur les lèvres des affiftans,
la promeffe de fouffrir la mort plutôt que de rien révéler, &x même de la donner
a quiconque oublierait qu'il s'eft auffi folemnellement lié.
Aprés cela, commence la danfe du Vaudoux.
S'il y a un récipiendaire 3 c'eft par fon admiffion qu'elle s'ouvre. Le Roi
Vaudoux trace un grand cercle avec une fubftance qui noircit, & y place celui
qui veut être initié, & dans la main duquel il met un paquet compofé
d'herbes, de crins, de morceaux de corne & d'autres objets aufli dégoûtans.
Le
eft auffi folemnellement lié.
Aprés cela, commence la danfe du Vaudoux.
S'il y a un récipiendaire 3 c'eft par fon admiffion qu'elle s'ouvre. Le Roi
Vaudoux trace un grand cercle avec une fubftance qui noircit, & y place celui
qui veut être initié, & dans la main duquel il met un paquet compofé
d'herbes, de crins, de morceaux de corne & d'autres objets aufli dégoûtans.
Le --- Page 75 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 49
Le frappant enfuite légèrement à la tête avec une petite palette de bois, il
entonne une chanfon africaine , (*) que répètent en choeur ceux qui environnent
le cercle ; alors le récipiendaire fe met à trembler & à danfer; ce qui s'appelle
monter Vaudoux. Si par malheur l'excès de fon traniport le fait fortir du cercle 3 le
chant ceffe auffitôt, le Roi &c la Reine Vaudoux tournent le dos, pour écarter le
préfage. Le danfeur revient à lui, rentre dans le rond, s'agite de nouveau, boit, a
& arrive enfin à des convulfions auxquelles le Roi Vautoux ordonne de ceffer >
en le frappant légèrement fur la tête de fa palette ou mouvette, ou même d'un
coup de nerfde bceuf s'il le juge à propos. Il eft conduit à l'autel pour jurer,
& de ce moment, il appartient à la feéte.
Le cérémonial fini, le Roi met la main ou le pied fur la boîte où eft la
couleuvre, & bientôt il eft ému. Cette imprefion, il la communique à la
Reine, & par elle la commotion gagne circulairement, & chacun éprouve
des mouvemens, dans lefquels la partie fupérieure du corps, la tête & les
épaules femblent fe difloquer. La Reine furtout, eft en proie aux plus violentes
agitations ; elle va de tems en tems chercher un nouveau charme auprès du
ferpent Vaudoux 5 elle agite fa boite, 8c les grelots dont celle-ci eft garnie
faifant l'effet de ceux de la marotte de la folie, le délire va croiffant. Il eft
encore augmenté par l'ufage des liqueurs fpiritueufes, que dans l'ivreffe de leur
imagination les adeptes n'épargnent pas; > & qui l'entretient à fon tour. Les
défaillances, les pamoifons fuccèdent chez les uns, & une efpèce de fureur chez
les autres; mais chez tous il y a un tremblement nerveux. > qu'ils femblent ne
pouvoir pas maîtrifer. Ils tournent fans ceffe fur eux-mèmes. Et tandis qu'il en
eft qui, dans cette efpèce de bachanale 3 déchirent leurs vêtemens & mordent
même leur chair; d'autres qui ne font que privés de l'ufage de leurs fens
& qui font tombés fur la place, font traniportés, toujours en danfant,
(*) Eh! eh! Bomba, hen ! hen !
Canga bafio té
Canga moune dé lé
Canga do ki la
Canga li.
Les deux premiers fons de la première ligne font prononcés très-ouverts, & les deux dernier
de la même ligne, ne font que des inflexions fourdes.
Tome I.
G
mordent
même leur chair; d'autres qui ne font que privés de l'ufage de leurs fens
& qui font tombés fur la place, font traniportés, toujours en danfant,
(*) Eh! eh! Bomba, hen ! hen !
Canga bafio té
Canga moune dé lé
Canga do ki la
Canga li.
Les deux premiers fons de la première ligne font prononcés très-ouverts, & les deux dernier
de la même ligne, ne font que des inflexions fourdes.
Tome I.
G --- Page 76 ---
50 DESCRIPTION DE LA PARTIE
dans une pièce voifne 1 où ure dégoûtante profitution exerce. quelquefois, da.s
l'obfeurité, le plus hideux empire. Enfin, l laffitude termine ces fcènes
afligeantes pour la raifon, mais au renouvellement defquelles on a eu grand foin
de fixer d'avance une époque.
Il eft très-naturel de croire que le Vaudous doit fon origine au culte da
ferpent, auquel font particulièrement livrés les habitans de Juida, qui le difene
originaire du royaume d'Ardra, de la même Côte des Efclaves ; 8c quand on
a lu jufqu'à quel point ces Africains pouffent la fuperftition pour cet asimal,
il eft aifé de la reconnaitre dans ce. que je viens de rapporter
Ce qu'ily a de très-vrai, & en même-tems de très-remarquable dans le
Vaudoux, c'eft cette efpèce de magnétifme qui porte ceux qui font réunis, à
danfer jufqu'à la perte du fentiment. La prévention eft même fi forte à Cet
égard, que des Blancs trouvés épiant les myftères de cette feéte, 8x touchés par
Pun de fes membres qui les avait découverts, fe font mis quelquefois à danfer,
& ont confenti à payer la Reine Vaudoux, pour mettre fin à CE châtiment
Cependant, je ne puis m'empécher d'obierver que jamais aucun homme de
la troupe de police qui a juré la guerre au Vaudsux, n'a fenti la puiflance qui
force à danfer, & qui aurait fans doute préfervé les danfeurs eux-mêmes, de
la néceffité de prendre la fuire.
Sans doute pour affaiblirles allarmes que ce culte myftérieux du Vaudeux caufe
dans la Colonie, on affeôte de le danfer en pablic, au bruit des tambours & avec
les battemens de mains; on le fait même fuivre d'un repas,- où l'on ne mange
que de la volaille. Maisj'alfure que Ce n'eft qu'un calcul de plus, pour échapper
à la vigilance des magiftrats, & pour mieux affurer le fuccès de ces conciliabules
ténébreux > qui ne font pas un lieu d'amufement & de plaifir, mais plutôt
une école où les ames faibles vont fe. livrer à une dominacion >. que mille
circonftances peuvent rendre funefte.
On ne faurait croire, jufqu'à quel point s'étend la dépendance dans laquelle
Jes chefs du Vaudoux tiennent les autres membres de la feéte. Il n'eft aucun de
ces derniers, qui ne préférât tout, aux maiheurs dont il eft menacé, s'ilne va pas affiduement aux affemblées, s'il n'obéit pas aveuglement à ce que
(*) Les Indiens Malabares adorent aufi la. couleuvre qu'ils appellent -Nalle Pambon ; c'eft-à-dire 1
Bonne Couleuure.
pendance dans laquelle
Jes chefs du Vaudoux tiennent les autres membres de la feéte. Il n'eft aucun de
ces derniers, qui ne préférât tout, aux maiheurs dont il eft menacé, s'ilne va pas affiduement aux affemblées, s'il n'obéit pas aveuglement à ce que
(*) Les Indiens Malabares adorent aufi la. couleuvre qu'ils appellent -Nalle Pambon ; c'eft-à-dire 1
Bonne Couleuure. --- Page 77 ---
FRANÇAISE DE SAINT-1 DOMINGUE 51
Paudoux exige de lui. On en a vu que la frayeur avait affez agités > pour leur
ôter l'ufage de la raifon, &c qui, dans des accès de frénéfie, pouffàient des
hurlemens, fuyaient l'alpect des hommes, & excitaient la pitié. En un mot,
rien n'eft plus dangereux fous tous les rapports que ce, culte du Vaudoux, fondé
fur cette idée extravagante 9 mais dont on peut faire un arme bien terrible
que les miniftres de l'être qu'on a décoré de ce nom, favent & peuvent tout.
Qui croirait que le Vaudoux le cède encore à quelque chofe, qu'on a aufli
appellé du nom de danfe ! En-1768, un nègre du Petit-Goave, elpagnol
d'origine, abufant de la crédulité des nègres, par des pratiques fuperftitieufes, leur avait donné l'idée d'une danfe analogue à celle du Vaudoux > mais
où les mouvemens font plus précipités. Pour lui faire produire encore plus
d'effet, les nègres mettent dans le tafia qu'ils boivent en danfant, de la poudre
à canon bien écrafée. On a vu cette danfe appellée Dan/e a Dowa Pèdre, ou
fimplement Don Pedre, donner la mort à des nègres ; & les fpeétateurs euxmêmes, électrifés par le fpeétacle de cet exercice convulfif, partagent l'ivreffe
des acteurs, & accélèrent par leur chant & une mefure preffée, une crife qui
leur eft, en quelque forte., commune. Il a fallu défendre de danfer Don Pedre
fous des peines graves, & quelquefois inefficaces.
Les nègres domeftiques, imitateurs des Blancs qu'ils aiment à linger, danfent
des menuets , des contredanfes, & c'eft un fpeétacle propre à dérider le vifage
le plus férieux, > que celui d'un pareil bal, où la bitarrerie des ajuftemens
européens , prend un caractère quelquefois grotefque.
Lajufteffe de l'oreille des nègres leur donne la première qualité du muficien,
auffi en voit-on un grand nombre., qui font bons violons. C'eft l'inftrument
qu'ils préférent. Beaucoup cependant n'en jouent que par routine, c'eft-à-dire,
qu'ils aprennent d'eux-mêmes, en imitant les fons d'un air, ou bien qu'ils font
enfeignés par un nègre formé de la même manière, & qui ne leur défigne que
la pofition des cordes & celle des doigts, fans qu'il foit queftion de notes.
Par une habitude qu'ils acquièrent très-rapidement, ils favent, par exemple,
que la valeur du Si eft fur la troifième corde en y mettant le premier doigt,
& en écoutant un air 5 ou en fe le rappellant mentalement, ils l'ont bientôt
appris. On fent cependant que cette méthode ne peut faire que des meneftriers >
& ils ne cèdent à ceux de France ni par leurs fons bruyans > ni par le talent de
boire copieulement, ni par celui de dormir fans ceffer de jouer.
G 2
apidement, ils favent, par exemple,
que la valeur du Si eft fur la troifième corde en y mettant le premier doigt,
& en écoutant un air 5 ou en fe le rappellant mentalement, ils l'ont bientôt
appris. On fent cependant que cette méthode ne peut faire que des meneftriers >
& ils ne cèdent à ceux de France ni par leurs fons bruyans > ni par le talent de
boire copieulement, ni par celui de dormir fans ceffer de jouer.
G 2 --- Page 78 ---
52 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Les negres s'exercent auffi fur le Banza dont j'ai déjà parlé, & ils ont
de plus un inftrument compofé d'une planchette d'environ huit pouces de long,
fur quatre ou cing de large. Ony fait entrer, dans le fens de fa longueur, un
petit morceau de fil de fer ou de laiton, fous lequel paffent en travers plufieurs
bouts de rofeau ou de bambou extrêmement minces, d'inégales
avec une
longueurs,
largeur prefqu'égale par-tout, & qui n'excède guères trois lignes: Le
nègre, tenant la planchette des deux mains, appuye les ongles de fes pouces far
l'extrémité des bouts de rofeau, que le fil de laiton force ainfi à s'élever
& à réfonner. Ces fons criards &c monotones, ceux de la guimbarde,
des cymbales triangulaires & des échelettes, voilà ce qui complette la mufique
inftrumentale des nègres.
Ils fiffent à merveille, 8c c'eft même une de leur grande manière de fe parler,
& de fe prévenir lorfqu'ils en ont befoin. C'eft principalement en
ce langage leur eft utile. Dans les lieux
amour, 3 que
très-habités, > on entend quelquefois
plufieurs perfonnes qui fiffient durant la nuit ou pendant la foiree, & c'eft
d'ordinaire un fignal qui eft du moins très-bien compris, s'il n'eft pas toujours
permis d'y répondre. Car à Saint-Domingue comme ailleurs, les ombres de
la nuit favorifent les amours, & par conféquent les amans, Le nègre qui
renferne dans fes veines les feux d'un climat brûlant, va quelquefois à de
grandes diftances, porter des veeux à l'objet aimé. Il n'eft point d'obftacle
que fa paffion ne furmonte ; ni la fatigue de la veille, ni la crainte de celle
du lendemain, ni les chemins, ni les rivières débordées, rien ne l'arrête,
& il eft des chanfons créoles qui peignent à merveille cette audace amoureufe.
Enfin elle triomphe d'une crainte bien puiffante fur les efprits faibles, c'eft
celle des Revenans; & ce nègre > courageux d'ailleurs, qui croit aux fpeétres
& aux loup-garoux, courtlan nuit avec empreffement, dès que l'efpoir du plaifir
le guide. Une jeune beauté au teint d'ébène, qu'un conte de Zombi (*) fait
trembler de tous fes membres, veille
pour l'attendre 3 lui ouvre une porte
qu'elle fait faire mouvoir fans bruit, & n'a qu'une crainte, c'eft d'être trompée
dans fon attente.
Jel le répète, la fidélité en amour n'eftle caraétère du nègre dans aucun des deux
dexes; ; & c'eft le moment de dire que Saint-Domingue a offert des exemples
(*) Mot créol qni fignifie efprit, revenant,
fait
trembler de tous fes membres, veille
pour l'attendre 3 lui ouvre une porte
qu'elle fait faire mouvoir fans bruit, & n'a qu'une crainte, c'eft d'être trompée
dans fon attente.
Jel le répète, la fidélité en amour n'eftle caraétère du nègre dans aucun des deux
dexes; ; & c'eft le moment de dire que Saint-Domingue a offert des exemples
(*) Mot créol qni fignifie efprit, revenant, --- Page 79 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE 53
de fuperfétation d'autant plus certains 3 qu'un individu fe trouvait nègre & l'autre
mulâtre. Auffi la jaloufie des nègres, multiplic-t-elle les querelles que la rivalité
produit. On ne faurait croire combien il y a de viétimes des fuites de l'infidélité,
& fouvent les crimes occultes font appellés par une implacable vengeance.
A cette caufe des fréquens combats de nègres entr'eux 3 fe joint l'effet de
l'amour-propre, qui tient à être nés dans certaines contrées d'Afrique, ou à
habiter certains cantons de la Colonie, ne fe pas laiffer devancer quand on
eft cocher > 8cc. 8zc. Cet amour-propre produit quelquefois des querelles
fanglantes. Or voit encore plufieurs ateliers époufer les démélés de quelquesuns de leurs membres, ou ceux d'un autre atelier qui a un maître de la même
famille, parce que l'ufage eft qu'alors les nègres s'appellent entr'eux négresmaitres.
C'eft à coups de poing ou de tête que ces différens fe vident, du moins
entre les femmes, qui fuppléent à la force par l'acharnement. Mais d'autres
fois, c'eft avec des bâtons d'un bois extrêmement dur, qui ont de plus de
légers noeuds, & dont le bout fupérieur eft trouvé bien orné par un nègre,
lorfque de petits cloux dorés, recouvrent & arrêtent lé morceau de cuir qui
le garnit jufqu'au tiers de fa longueur 5 c'eft-à-dire, pendant environ dix:
pouces, & qu'un autre morceau de cuir lui fert de cordon. Les nègres manient
ce bâton avec une grande dextérité, & comme ils vifent à la tête, les coups
qu'ils portent font toujours graves. Auffi les combattans font-ils bientôt enfanglantés, &c il n'eft pas facile de les féparer. lorfque la colère les tranfporte, &
lorfque le combat s'eft engagé après que chaque nègre mouillant fon doigt
de fa falive ,l'a pailé fur la terre pour le rapporter fur fa langue, > & que frappant
enfuite fa poitrine de fa main , &c élevant fes yeux vers le Ciel, il a ainfi fait,
dans fon opinion > le plus affreux des fermens. La police leur a bien interdit ces
bâtons, 3 dont on les prive affez fouvent, mais ils font fi facilement remplacés,
que la précaution n'a que peu d'effet.
Ce bâton meurtrier fert auffi à faire briller l'adreffe > dans une efpèce de
lutte. On ne peut s'empécher d'admirer, avec quelle rapidité les coups font
portés &c évités, par deux nègres bien exercés. Ils fe menacent, ils tournent
Pun autour de l'autre pour fe furprendre > en tenant le bâton &c l'agitant
toujours des deux mains ; puis fubitement un coup eft lancé, l'autre bâton le
pare, & les coups font ainfi portés & ripoftés alternativement, jufqu'à ce que-
On ne peut s'empécher d'admirer, avec quelle rapidité les coups font
portés &c évités, par deux nègres bien exercés. Ils fe menacent, ils tournent
Pun autour de l'autre pour fe furprendre > en tenant le bâton &c l'agitant
toujours des deux mains ; puis fubitement un coup eft lancé, l'autre bâton le
pare, & les coups font ainfi portés & ripoftés alternativement, jufqu'à ce que- --- Page 80 ---
54 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
l'un des combattans foit touché parl'autre. Cette joute, que j'ai fait graver auffi
d'après un deffin anglais a fes règles comme l'efcrime ; un athlete nouveau
remplace celui qui a été vaincu, & la palme eft donnée au plus adroit.
Ilr n'eft pas naturel de parler de ces exercices des nègres, foit à la danfe
foit à ces joutes, fans dire un mot de l'odeur qu'ils exhalent, & qui frappe l'odorat
qui devrait y être le plus accoutumé. Beaucoup de perionnes l'attribuent
à un ufage africain, celui de s'oindre d'huile de palme, foit pour fe défendre
des infeétes, foit pour animer la nuance noire, foit enfin pour affouplir la peau
& la rendre flexible; mais à moias qu'on ne dife que l'effet de cette huile a
une influence qui non feulement ne ceffe pas avec Phabitude de s'en fervir,
mais qui pafle aux générations futures, il eft impofible d'expliquer: I°. Comment l'Africain qui n'employe jamais P'huile de palme à Saint-Domingue > y
conferve de l'odeur. 2°, Pourquoi certains nègres créols qui ne s'en font jamais
fervi, exhalent une odeur fétide. 3°. Pourquoi il eft des nègres abfolument
inodores. 4°. Et enfin, par quelle fingularité il arrive que le mulâtre n'eft pas
toujours exempt de cette odleur. C'eft en vain, que certains individus
cherchent à combattre par la propreté la plus recherchée, ces émanations qui
ont deux caraétères bien difinets, puifque dans les uns elles font fortes &
pénétrantes, tandis que dans d'autres elles font fades & douceâtres. Les unes
& les autres fe diftinguent bien de l'odeur qu'exhalent les nègres qui arrivent
frottés d'huile de palme > par les foins des marchands négriers, qui veulent
qu'une peau luifante annonce la fanté.
Je prie le Leéteur, a de me permettre ici une obfervation.
Le nez eft le trait le plus remarquable du vifage, & celui qui fert à caraétérifer la phylionomie des nations 5 l'allongement &z l'applatiflement du nez font
deux différences, deux écarts de la nature, , mais il femble que la longueur
du nez doive contribuer à la perfeétion de l'organe, > à la facilité des fécrétions,
& que les camards doivent avoir le fens de l'odorat moins parfait,moins étendu
&z être plus fujet aux maladies du nez.
Les nègres qui habitent un pays fec & brûlant, dont le fang eft defféché
par une tranfpiration exceffive, doivent avoir moins befoin de cet organe. Il a
dû s'oblitérer par le défaut d'ufage, & la camufité a dû devenir le trait
diftinétif de l'efpèce.
La beauté n'étant qu'une idée d'ordre, née de l'habitude & de la reffemblance
maladies du nez.
Les nègres qui habitent un pays fec & brûlant, dont le fang eft defféché
par une tranfpiration exceffive, doivent avoir moins befoin de cet organe. Il a
dû s'oblitérer par le défaut d'ufage, & la camufité a dû devenir le trait
diftinétif de l'efpèce.
La beauté n'étant qu'une idée d'ordre, née de l'habitude & de la reffemblance --- Page 81 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 55
générale, les négreffes auront pu chercher à procurer à leurs enfans CC trait
national, en leur applatiffant le nez. Il femble encore que la camufité foit
prefque toujours accompagnée de la groffeur des lèvres, &x que la nature
reprenne d'un côté ce qu'elle perd de l'autre.
Les négrillons nés dans nos Colonies, qui ont la même éducation
phyfique & les mêmes alimens qu'en Afrique, 5 ont en général le nez' moins
épaté y les lèvres moins groffes & les traits plus réguliers que les nègres
Africains. Le nez s'allonge, : les traits s'adouciffent, la teinte jaune des yeux?
s'affaiblit, à mefuré que les générations s'éloignent de leur fource primitive, &
ces nuances d'altération font très-fenfibles. J'ai vu des nègres avec un nez
aquilin 8z fort long, & ce trait paffer à tous les individus de la même familler
L'Archipel de l'Amérique eft relativement, un climat tempéré pour les
Africains. Les nègres font tres-fenfibles au froid & ne peuvent pas fe paffer de
feu aux Antilles,. tandis que les Européens n'en approchent jamais que dans
les hautes montagnes, & encore le foir feulement. Cette température doit
diminuer leur tranipiration > & la nature qui cherche à fe débaraffer, doit rétablir
dans les enfans l'évacuation de la membrane pituitaire 2 qui excitant l'organe >
lui procure l'extenfion néceffaire à fon ufage:
Les nègres Créols tirent vanité de ce trait de refemblance avec lés Blancs,
& affeétent de fe prévaloir de ce qu'ils regardent comme une fupériorité,
Serait-ce parce que l'humeur du nez- aurait repris dans les Créols le cours
ordinaire, qu'ils ont en: * général mois d'odeur que ceux de Guinée? Cette
humeur infeéte-t-elle la tranfpiration chez ces derniers, corrompt-elle plus
la matière de leurs fueurs ?
J'abandonne d'autant plus volontiers ces remarques aux phyficiens, dont elles
méritent peut-être L'attention > qu'ils réfléchiront que les Indiens qui habitent un
pays très-chaud ont le nez long & point d'odeur, & je reprend ce qui concerne
les nègres de la Partie Françaife de Saint- Domingue.
Une impreffion très-vive pour les Européens qui débarquent pour la première
fois dans l'une des Antilles, & à plus forte raifon à Saint-Domingue, 3 c'eft d'y
voir autant de figures noires. Un des effets du fombre de cette nuance, fur
laquelle les clairs femblent fe fondre, eft de faire que les Européens foient un
peu plus ou moins long-tems, avant de pouvoir reconnaître un nègre par les
feuls traits de fa phyfionomie,-& par conféquent de le diftinguer d'un autre
barquent pour la première
fois dans l'une des Antilles, & à plus forte raifon à Saint-Domingue, 3 c'eft d'y
voir autant de figures noires. Un des effets du fombre de cette nuance, fur
laquelle les clairs femblent fe fondre, eft de faire que les Européens foient un
peu plus ou moins long-tems, avant de pouvoir reconnaître un nègre par les
feuls traits de fa phyfionomie,-& par conféquent de le diftinguer d'un autre --- Page 82 ---
56 DESCRIPTION DE LA PARTIE
nègre. J'avoue même que toutes les fois que je fuis revenu de France aux
Colonies,j'ai éprouvé un peu cet embarras 5 mais bientôt on faift & l'enfemble
&c les détails d'un vifage noir, comme ceux d'un vifage blanc. Toutes les
affeétions, toutes les paffions s'y peignent avec un caraétère qui eft propre à
chacune d'eiles > & rien n'y eft perdu, pas même la rougeur qui trahit
l'innocence en faveur du plaifir, quoique cette expreffion puife paraître étrange.
Les enfans nègres ont, à l'époque de leur naiflance, une peau dont la teinte
rougeâtre laiferait indécis fur leur couleur, fi un léger bord noirâtre ne fe faifait
pas remarquer autour des points que la pudeur veut qu'en cache, &c à la
naiffance des ongles. La maladie change aufli la peau du nègre ; elle prend
alors une pâleur relative, & la petite vérole y laiffe des mouches d'un noir
plus foncé aux points où elle a marqué, lors même qu'elle n'a pas creufé.
Le ton fombre de la peau'des nègres, eft caufe que la vieilleffe fe laiffe moins
lire fur leur figure, d'autant qu'ils n'ont prefque pas de barbe, & que leur chevelure laineufe ne blanchit que lorfqu'ils font très-avancés en âge. Ce contrafte des
deux couleurs a même quelque chofe de plus frappant, & il ne peut manquer
d'être trés-remanqué, parce que tous les nègres ont beaucoup de vénération
pour leurs vicillards. Ils inculquent ce fentiment à leurs enfans dès l'âge le plus
tendre, & par l'empreffement que ceux-ci mettent dans leurs foins officieux,
dès qu'ils font en état d'en avoir pour leurs vieux parens, on voit que la
leçon a réuffi.
J'ajouterai que les nègres aiment affez à s'épiler ou à ufer des cifeaux & du
razoir > pour avoir une peau fur laquelle rien ne s'élève, & ce goût n'eft pas
toujours exclufivement celui d'un fexe.
L'une des Engularités les plus dignes d'obfervation, relativement à la
noire, s'offre quelquefois à
veux
peau
Saint-Domingue 3 je
parler des Albinos ou
Nogres-blancs, comme on les nomme dans la Colonie. Il y en a toujours
quelques-uns, & il n'eft même pas rare que les mères de ces blafards foient
d'une teinte très-foncée. Il exifte encore une Albinos au Cap qui a bien voulu
fe prêter en 1783, à des obfervations dont le Leéteur ne fera pas privé
(*) Cette Albinos, créole du Port-de-Paix, nommée Marguerite Rebecca, fille légitime & unique
de Guillaume Rebecca, nègre tenant un bateau paffager du Port-de-Paix au Cap, & d'Urfule
Cornave, nègreffe, l'un & l'autre Créols de la paroiffe du Gros-Morne, eft née le 15 Septembre 1767.
On
prêter en 1783, à des obfervations dont le Leéteur ne fera pas privé
(*) Cette Albinos, créole du Port-de-Paix, nommée Marguerite Rebecca, fille légitime & unique
de Guillaume Rebecca, nègre tenant un bateau paffager du Port-de-Paix au Cap, & d'Urfule
Cornave, nègreffe, l'un & l'autre Créols de la paroiffe du Gros-Morne, eft née le 15 Septembre 1767.
On --- Page 83 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
On voyait à la même époque, au canton de Maribaroux, fur l'habitation
Théard & veuve Poirier, une négreffe > mère de fept ou huit enfans > dont les
premiers & les derniers, provenus du même père, étaient Abinos, tandis que
les intermédiaires qui en avaient un autre, étaient noirs. J'ai vu, au mois de Février 1788, Jean, furnommé Yean blanc, dans la
Elle a le 26 Mai 1783 > quatre pieds onze pouces 3 fix lignes, 9 pieds nus 3 elle eft bien faite 9
& d'un embonpoint proportionné. Sa tête eft un peu longue, & fes oreilles font difpofées de manière
que le haut du cartilage furmonte les yeux, tandis que le bas du lobe ne defcend qu'à la moitié
du nez; 5 ce qui fait paraître les mâchoires très-longues, & principalement la mâchoire inférieure. La peau de Marguerite s qui eft très-fine & qui laiffe appercevoir les ramifications des plus petits
vaiffeaux qui s'y diftribuent, eft d'une blancheur fade, & devient fèche vers les extrémités du
corps. Ses cheveux font une efpèce de laine d'un blond roux, affez agréable au toucher. Ses
fourcils font de la même nuance, & rares, ainfi que les cils. Sa figure a le caraétère de celle des nègres, furtout dans un nez épaté, & dans deux lippes
épaiffes & décolorées. Elle a le fein très-joli, & dans la proportion de fon âge. Le fiège de la
pudicité & les aiffelles, font garnis d'une manière analogue aux cheveux, & elle eft depuis deux
ans, fajette au figne périodique de la puberté. On n'apperçoit fur toute P'habitude de fon corps auc une tache. , fi ce n'eft quelques petits
points' lenticulaires rouffâtres, qui font très-apparens far la poitrine. Ses mains & fes pieds, quoique
grands s ne font ni difproportionnés ni difformes. Ses cheveux, quoique frifés & lanugineux, s prennent cependant fous le peigne, une efpèce
d'étendue , car elle en forme une treffe d'environ huit pouces., à partir du lien. Ses yeux font bien fendus 3 & affez ouverts pour appercevoir que le mufcle releveur jouit de
toute fa force. Le blanc de l'ceil eft pur; la pupille & la prunelle affez larges 5 Piris eft compofé
à l'intérieur, autour de la pupille, d'un cercle Jaune indéterminé ; enfuite vient un autre cercle
mélé de jaune & de bleu s de manière que les yeux font chatoians. Ils ont un mouvement
d'ofcillation très-vif, pendant lequel les deux yeux s'éloignent ou fe rapprochent alternativement
du nez d'environ deux lignes, avec une direction un peu inclinée, des tempes vers le nez:
direétion qui eft commune aux orbites.
ofé
à l'intérieur, autour de la pupille, d'un cercle Jaune indéterminé ; enfuite vient un autre cercle
mélé de jaune & de bleu s de manière que les yeux font chatoians. Ils ont un mouvement
d'ofcillation très-vif, pendant lequel les deux yeux s'éloignent ou fe rapprochent alternativement
du nez d'environ deux lignes, avec une direction un peu inclinée, des tempes vers le nez:
direétion qui eft commune aux orbites. Elle affure cependant que ce mouvement involontaire, &
même fatigant à remarquer > n'a paru que depuis peu, après un mal d'yeux confidérable. Marguerite Rebecca eft douce & laborieufe. Elle lit, écrit (je conferve de for écriture ), &
chiffre bien, & a dans fes difcours & dans fa contenance., l'affurance d'une perfonne de fon état,
Elle cout à merveille (j'ai porté des chemifes faites par elle ), elle eft gaie, & parait ne différer
des autres nègres que par les traits phyfiques.
remarquer > n'a paru que depuis peu, après un mal d'yeux confidérable. Marguerite Rebecca eft douce & laborieufe. Elle lit, écrit (je conferve de for écriture ), &
chiffre bien, & a dans fes difcours & dans fa contenance., l'affurance d'une perfonne de fon état,
Elle cout à merveille (j'ai porté des chemifes faites par elle ), elle eft gaie, & parait ne différer
des autres nègres que par les traits phyfiques. Elle jouit d'une bonne fanté., & a fapporté
récemment 3 fans aucun accident, la petite vérole naturelle & la rougeole. Son extérieur eft modefte & décent. Sa peau que la grande chaleur anime 3 fe colore aufli par
Peffet d'une efpècé de honte qu'elle éprouve lorfqu'elle eft confidérée. Elle pratique avec affiduité
Jles exercices de piété. Tom. I,
H --- Page 84 ---
53 DESCRIPTION DE LA PARTIE
prifon de Saint-Louis du Sud ( où il avait été mis pour avoir manqué à la
revue des milices ): Ce nègre libre, créol de Cavaillon, 3 était Albinos, quoique
fes huit frères ou foeurs fuffent nègres noirs, & il était marié â une négreffe, dont
il avait alors cinq enfans tous nègres.
Qu'il me foit permis, puifque je parle d'Albinos 3 de fortir un inftant de
Saint-Domingue, pour obferver qu'à la Martinique, au quartier du Vauclain
une négreffe de M. Lambert Donce, fit deux jumeaux, don l'un était nègre
& l'autre Albinos.
Cette altération de la peau des négres, n'eft pas la feule qu'elle donne lieu de
remarquer; il en eft une autre, qui femble être la graduation entre le nègre &
PAlbinos. Elle confifte dans des marques ou taches plus ou moins grandes, &
avec des nuances qui varient depuis le rouffàtre, jufqu'au blanc laiteux. Tout
le monde connaît ce que Buffon a publié d'une négreffe pie, & à la fymétrie
près de ces taches, qui eft un phénomène très-rare, on voit fouvent des nègres
ainfi marqrés, foit fur le corps entier, foit fur une partie, & quelquefois fur un
membre feulement.
Parmi les nègres, le noir foncé de la peau eft une beauté. Ils favent que des
yeux vifs & des dents blanches, tranchent mieux fur ce fond très-rembruni,
D
& la coquetterie eft de toutes les couleurs. Elle fe montre auffi dans les vêtemens
des nègres, tout fimples qu'ils font: donnons en une idée.
Une chemife & une culotte, voilà pour le nègre; &x même il en eft qui
n'ont que la culotte. Cette chemife & cette culotte font quelquefois de la même
Comme l'on cherche toujours à tout expliquer, les bonnes géns avec lefquels vivent cette
Albinos , répètent'ce qu'on lit dans le numéro 51 des Afiches Américaines de Saint-Domingue 3
du 23 Décembre 1767 , fr la naiffance de Marguerite Rebecca, & que, je copie.
>> Sa mère dont la fageffe S la conduite font exemplaires, affiftait régulièrement les Fêtes &
32 Dimanches aux offices de la paroiffe de ce quartier, Sc fe plaçait ordinairement en face du
: tableau du maitre-autel qui repréfente un ex voto d'une Reine, dont la figure belle 3 exprellive,
33 & vivement coloriée, faifait fur elle une imprefion fi flatteufe, qu'elle ne pouvait fe défendre
2> d'avoir toujours les yeux deffus, ni même de le confidérer fans émotion. C'eft ce qu'elle a
33 conftamment déclaré à toutes les perfonnes- que la curiofité a attirées chez elle, pour voir &
>> admirer ce bifarre & farprenant effet de la nature 3,
Le Ledteur peut comparer cette defcription fidelle, avec les folies recueillies par M. de Paw
fur les Albines.
fi flatteufe, qu'elle ne pouvait fe défendre
2> d'avoir toujours les yeux deffus, ni même de le confidérer fans émotion. C'eft ce qu'elle a
33 conftamment déclaré à toutes les perfonnes- que la curiofité a attirées chez elle, pour voir &
>> admirer ce bifarre & farprenant effet de la nature 3,
Le Ledteur peut comparer cette defcription fidelle, avec les folies recueillies par M. de Paw
fur les Albines. --- Page 85 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
toile, d'autres fois de toiles différentes, 8z c'eft déjà une efpèce de recherche.
La culotte longue ou courte eft une autre combinaifon; mais chez les nègres
cultivateurs elle eft toujours courte. Dans la chemife, le collet, les poignets,
les épaulettes font queiquefois différens du refte 3 & c'eft un nouvcau confeil
.de la mode. Un nègre, pour peu qu'il ne foit point parefleux, a plufieurs
recbanges, &c pour les dimanches, les fêtes & lesj jours de marque, la chemife
& la culotte font blanches. Un chapeau plus ou moins beau, mais prefque
toujours rabattu, une plus grande fineffe dans la toile, l'addition d'une vefte,
& enfin celle des fouliers, car les nègres ont les pieds nus, & s'en fervent
même adroitement pour prendre quelque chofe à terre avec les orteils, comme
ils le feraient avec les doigts de la main ; tels font les divers degrés que
parcourt le luxe auxquels il faut cependant ajouter que des mouchoirs, plus
ou moins chers, font fur la tête, au cou &x dans les poches; de manière que
tel nègre tres-petit-maitre, peut offrir fur lui une dépenfe qu'on ne payerait
pas avec dix louis de France, & fouvent fa garde-robe vaut quatre ou cinq
fois autant. Il eft auffi des nègres, efpèce de féduéteurs à la mode, comme
on en voit parmi les Blancs, à l'égard defquels les négreffes fe difputent le
plaifir de les faire paraître plus élégans.
Pour une négreffe, une chemife 3 une jupe & puis un mouchoir qui couvre
la tête, voilà le vêtement ordinaire. Mais de combien de nuances il eft fufceptible > depuis la grofie toile de Vitré en Bretagne 3 le Brin & le Ginga, jufqu'à
la toile de Flandres & la baptifte d Et ce mouchoir qui ceint le chef, la mode
a-t-elle jamais rien trouvé qui fe prétât mieux à tous fes caprices, à tout ce
qu'elle a de gracieux ou de bifarre. Tantôt il eft fimple, &c n'a d'autre valeur
que dans fes contours; tantôt la forme de la coiffure exige que dix ou douze
mouchoirs foient fucceffivement placés les uns par-deffus les autres
> pour
former un énorme bonnet, dont le poids demande une forte d'équilibre, qui
rappelle l'adreffe étonnante avec laquelle les nègres des deux fexes portent fur
leurs têtes des vafes remplis de liquide, & parcourent avec rapidité de longs
efpaces, fans avoir befoin de leurs mains. Quel luxe quand le moindre de ces
douze mouchoirs coûte un demi-louis de France 3 & qu'on fonge que celui du
deffus ne pouvant être mis plus de huit jours 3 il faut avoir des fupplémens !
Le mouchoir de cou qui doit, pour l'élégance > être afforti à celui de la tête 3
augmente la dépenfe, & ceux de poche la portent très-haut,
H 2
de longs
efpaces, fans avoir befoin de leurs mains. Quel luxe quand le moindre de ces
douze mouchoirs coûte un demi-louis de France 3 & qu'on fonge que celui du
deffus ne pouvant être mis plus de huit jours 3 il faut avoir des fupplémens !
Le mouchoir de cou qui doit, pour l'élégance > être afforti à celui de la tête 3
augmente la dépenfe, & ceux de poche la portent très-haut,
H 2 --- Page 86 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Il eft cependant beaucoup de négreffes, qui, quoique très-bien mifes, fuppriment le mouchoir de cou. Je n'ai pas befoin de dire que ce font les jeunes,
& celles chez qui ce mouchoir cacherait, &c une jolie taille, & des contours
heureux. De beaux pendans d'oreille d'or, dont la forme varie, des coliers à
grains d'or mêlés de grenats. > ou bien de grenats feulement, ajoutent à l'ornement, ainfi que des bagues d'or. Un beau chapeau uni de caftor blanc ou noir,
ou ayant un ruban de foie ou d'or autour de la forme > ou même enrichi d'un
large bordé d'or, indique encore un ton plus élevé, ainfi que le corfet; & enfin
le cafaquin, à la façon des Blanches, puis des fouliers de cuir en forme de
mules, & par fois même des bas.
On aurait peine à croire jufqu'à quel point, la dépenfe d'une négreffe efclave
peut aller; elle met toute fa gloire, & une de fes plus douces jouiflances, à
avoir beaucoup de linge. Jamais elle ne fe trouve affez de mouchoirs ni de
defhabillés, & une manie qu'elles ont prefque toutes, c'eft de fe les emprunter
réciproquement. La plus grande marque d'amour qu'on puiffe donner à une
négreffe, c'eft de lui faire couper des cotes 5 c'eft-à-dire, de la conduire ou de
l'envoyer chez un marchand, pour choifir les fuperbes mouffelines, les indiennes
& les perfes, dont elle fe fait des jupes. Combien d'entr'elles favent, par un
manège étudié, infpirer l'efpoir à de crédules amans; déjà dupes depuis
long-tems, > lorfqu'ils s'apperçoivent que leurs préfens ne leur acquièrent aucun
droit ! On a vu des négreffes qui avaient jufqu'à cent defhabillés, qu'on ne
pouvait évaluer à moins de deux mille écus de France.
Un grand plaifir pour elles, c'eft de faire ce qu'elles appellent l'affortiment;
c'eft-à-dire, qu'à certaines fêtes folemnelles elles s'habillent plufieurs d'une
manière ablolument uniforme, pour aller fe promener ou danfer. On fait plus
fréquemment l'affortiment avec une bonne amie qui eft la confidente, celle
dont on ne peut pas fe paffer. Cet attachement extrêmement vif, eft par cela
même peu durable ; car il faut le dire, les perfidies, les trahifons viennent trop
fouvent de la bonne amie; & quand le jour de la haine eft arrivé, il n'eft pas
d'injures qu'elles ne fe prodiguent, point de turpitudes qu'elles ne révélent ou
qu'elles n'inventent, : & des paroles on en vient prefque toujours aux mains.
On fe rappelle bien alors le vieil adage : Amitié de femmes > de D'eau dans un
panier.
Cen'eft pas feulement dans les villes, quel le luxe des efclaves eft très-apparent.
vent de la bonne amie; & quand le jour de la haine eft arrivé, il n'eft pas
d'injures qu'elles ne fe prodiguent, point de turpitudes qu'elles ne révélent ou
qu'elles n'inventent, : & des paroles on en vient prefque toujours aux mains.
On fe rappelle bien alors le vieil adage : Amitié de femmes > de D'eau dans un
panier.
Cen'eft pas feulement dans les villes, quel le luxe des efclaves eft très-apparent. --- Page 87 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 61
Dans plufieurs ateliers, celui qui a manié la houe ou les outils pendant toute
la femaine > fait fa toilette pour aller le dimanche à l'églife ou au marché, &c
l'on aurait de la peine à le reconnaître fous des vêtemens fins. Cette métamorphofe eft encore plus grande pour la négreffe qui a pris une jupe de mouffeline
& fes mouchoirs de Paliacate ou de Madras. Je l'affure ici, il eft bien peu de
nègres exempts de reproches, lorfqu'on les voit couverts de haillons > &c
lorfqu'enfin on ne peut leur en faire, c'eft à la mauvaife adminiftration des
maîtres qu'ils s'adreffent, & peut-être plus juftement encore, à l'adminiftration
publique.
Les nègres, 3 tels qu'ils font dans la Colonie, montrent en général plutôt le
courage de la réfignation, que celui de la bravoure; ; néanmoins dans les circonftances où l'on a eu befoin de cette dernière qualité, on a eu à fc louer de
l'épreuve, pourvu toutefois que les nègres aient alors avec eux des Blancs,
pour les raffurer & pour leur donner de la confiance. Leur réfignation eft entière
dans les douleurs phyfiques, & j'en ai vu foumis à des opérations très-douloureufes, où ils étouffaient la plainte. Lorfque le crime les mène à la mort, ils
y vont avec une fermeté qui reffemble quelquefois à l'infenfibilité, Il en eft
dont l'ame fière, élevée rougirait de la moindre baffeffe. Le chagrin a fur eux
beaucoup d'empire, & il agit avec la rapidité qu'on lui connaît dans tous Ics
climats chauds, parce que l'imagination plus aétive, y eft auffi plus facile à
frapper. On a vu des nègres que la contrainte & une vie trop monotone,
affeétaient fingulièrement. J'en citerai deux traits,
Sur l'habitation des Glaireaux, 3 au Quartier Morin, un nègre nommé YeanBaptife, déteftant le travail de la culture, imagine pour s'en débaraffer, d:
tailler fur les dimenfions de fon bras droit, un bras de bois affez dur, & pendaht
plufieurs mois, il exerce fà main gauche à couper le poignet du bras de bois
avec fa ferpe. Lorfqu'enfin il fe croit aflez fàr de fon coup, il place la vraie
main droite qu'il ne pût cependant amputer qu'au quatrième coup.
Un autre nègre de l'habitation Dubuiffon, dans la paroiffe du Trou ( fucrerie dont la fage adminiftration mériterait d'être prife pour modèle dans
toute la Colonie ), était fujet à déferter &cià des maladies qui étaient la fuite
de fon libertinage & dont letraitement le faifait tenir dans une forte de gêne.
Un premier jour de l'an, il affile fon coutcau, & d'un feul coup il fe rend
cunuque.
quatrième coup.
Un autre nègre de l'habitation Dubuiffon, dans la paroiffe du Trou ( fucrerie dont la fage adminiftration mériterait d'être prife pour modèle dans
toute la Colonie ), était fujet à déferter &cià des maladies qui étaient la fuite
de fon libertinage & dont letraitement le faifait tenir dans une forte de gêne.
Un premier jour de l'an, il affile fon coutcau, & d'un feul coup il fe rend
cunuque. --- Page 88 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
Je n'ajouterai pas d'autres détails du même genre, on n'eft que trop inftruit
de la facilité qu'ont certains Africains à s'étouffer avec leur langue & de Ja
trivolité des motifs qui les portent à employer ce moyen.
Des perfonnes concluant de l'énergie de quelques nègres pour les peindré
tous, on dit qu'il ferait facile d'en faire promptement des hommés trèséclairés, dont les fuccès feraient glorieux pour l'hummanité entière, & à l'appui
de cette opinion ils ont rapporté des faits qui prouvent que des nègres fe
iont difingués par des actions recommandables dans différens genres & même
bar une efpèce de favoir.
D'autres perfonnes au contraire, puilant leurs argumens dans des aftes auffi
réels & qui prouvent la plus honteufe ignorance & un penchant bien fort
pourles vice, ont affirmé que les nègres font une efpèce abârardie &c dégénérée,
& peu s'en eft fallu qu'ils n'imitaffent ce concile, aufli injufte que bifarre > où
l'on agita la queftion de favoir fi les femmes avaient une ame elles
qui
avertiffent l'homme de l'exiftence de la fienne.
La vérité, dit-on fans ceffe, n'eft pas dans les extrêmes, &c les deux opinions
que je cite fur le nègre le prouvent encore; car elles font également erronées. Qui oferait fe charger de démontrer que l'influence de l'éducation
peut ou ne peut pas s'étendre à tel ou tel objet 2 Qui peut favoir jufqu'à
quel point les cautes phyliques fecondent ou contrarient l'éducation ? Qui
peut même défigner d'une manière infaillible le fyftème d'éducation qui conwient le mieux à tel peuple donné 2 Ce proolème tout-à-la-fois, métaphyfique
moral, phyfique & d'économie politique n'eft pas réfolu, ni même entamé
par des déclamations où une fauffe philofophie adopte tout d'un côté & où
la mauvaile foi nie tout de l'aucre. Le fait aétuel c'eft que le nègre eft dans
un état de dégénération réelle comparativement à l'européen civilifé. Cet
état eft tel qu'il autorife à foutenir que cette dégénération qui eft,
peut-être 2
l'ouvrage des fiècles, voudrait d'autres fiècles pour que fes effets généraux difparuffent tout-à-fait & un concours de caufes & de volontés dont il eft difficile
de fuppofer la réunion fubite, quelque féduifant que cet efpoir puiffe être.
Les nègres n'ont que fort peu d'idées de calcul & ils comptent avec des
grains de mais ou des pois 3 en variant les efpèces ou les groffeurs pour
indiquer les différentes pièces de monnoie. Jamais ils n'ont une notion exaéte
de leur âge, & l'on ne parvient pas même à leur en faire retenir l'époque.
és dont il eft difficile
de fuppofer la réunion fubite, quelque féduifant que cet efpoir puiffe être.
Les nègres n'ont que fort peu d'idées de calcul & ils comptent avec des
grains de mais ou des pois 3 en variant les efpèces ou les groffeurs pour
indiquer les différentes pièces de monnoie. Jamais ils n'ont une notion exaéte
de leur âge, & l'on ne parvient pas même à leur en faire retenir l'époque. --- Page 89 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 63
Ce qui eft paffé depuis dix ans leur femble à une diftance qu'ils confondent
avec une autre diftance double & triple. Leur mémoire eft très-fautive &
les trompe fouvent. Il leur faut de très-grands événemens pour leur tenir
lieu de dates, & ce qui les étonne. le plus dans les Blancs, c'eft
l'écriture 9
c'eft la communication des idées, &z quand ils difent que les Blancs auraient
réputé les nègres forciers s'ils avaient fait cette précieufe découverte ils
conviennent affez qu'ils ne font pas trés-éloignés de nous croire un peu fami. >
Jiarifés avec le démon. Ce mot me rappelle ce que quelques nègres difent de
leur origine.
Selon eux, Dieu fit l'homme & le fit blanc; le diable qui l'épiait fit un
être tout pareil; mais le diable le trouva noir lorfqu'il fut achevé > par un
châtiment de Dieu qui ne voulait pas que fon ouvrage fût confondu avec
celui de 'Efprit Malin. Celui-ci fut tellement irrité de cette différence
qu'il donna un foufflet à la copic & la fit tomber fur la face, ce qui lui
aplatit le nez &c lui fit gonfler les lèvres. D'autres nègres moins modeftes
difent que le premier homme fortit noir des mains du Créateur & que le
Blanc n'eft qu'un nègre dont la couleur eft dégénéréc.
J'ai déjà dit quelque chofe de l'opinion des négres fur les morts dont ils
racontent toutes les fables que les vieilles de tous les pays font aux enfans.
De là le zèle qu'ils mettent aux funérailles, & qui a un caraétère différent
quand il fe rapporte aux Blancs ou aux nègres. Ce qui eft commun ce font
les hurlemens 2 les cris de défefpoir &c les démonftrations d'une douleur déchirante. Quel dommage que pour la plupart ce ne foit qu'une coutume, > qui
au fond n'eft pas plus fotte que celle de louer en Europe des hommes
pour
porter des habits de deuil. C'eft à des momens convenus de la cérémonie
funèbre que ces cris éclatent, , &x l'on cite même à ce fujet une anecdote vraie
ou fauffe qui,au furplus , peint bien un enterrement ou affiftent des négres.
Des cris s'étant fait entendre 3 une négreffe qui avait un grand crédit fur
les autres, les interrompit en leur difant : pencore crié, mon va ba zot' la voi.
e Ne criez point encore, je vous donnerai le fignal 33- Arrivées à la fofle
les négreffes font mine de.s'y jetter 3 elles fe débattent pour s'arracher à >
celles qui les retiennent, & dans ces combats, les convullions &c les pamoifons ont leur place.
Si l'on enterre un nègre > les autres accompagnent auffi le corps 5 quelquefois
interrompit en leur difant : pencore crié, mon va ba zot' la voi.
e Ne criez point encore, je vous donnerai le fignal 33- Arrivées à la fofle
les négreffes font mine de.s'y jetter 3 elles fe débattent pour s'arracher à >
celles qui les retiennent, & dans ces combats, les convullions &c les pamoifons ont leur place.
Si l'on enterre un nègre > les autres accompagnent auffi le corps 5 quelquefois --- Page 90 ---
64 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
même avec un tambour, en chantant léloge du défunt, & en battant des mains.
L'on fixe enfuite à un jour qui laiffe le tems des préparatifs, ce qu'on appelle
un fervice, c'eft-à-dire, un grand repas où l'on mange bien & boit encore
mieux, 8x qui fe termine quelquefois par la danfe. Ce font les parens, les amis
ouzles nègres compatriotes qui font les frais de cette cérémonie, qui n'eft rien
moins que lugubre. J'cus le malheur de perdre un jeune négre Mondongue,
nommé Caftor, le 29 Novembre 1782, 8x les nègres firent fon fervice le
25 Décembre. Je contribuai même pour le repas, ce que font beaucoup de
maîtres.
Qgand un efclave meurt ayant des enfans, ils fe partagent ce qu'il a laiffé;
les parens fuccèdent à défaut d'enfans. Enfin fi cet ordre de fucceffion manque 2
on diftribue, avec l'agrément du maître, les effets à d'autres nègres qui ont des
enfans , & lorfqu'on peut établir que le défunt a eu l'intention de difpofer de
fon petit pécule > fà volonté eft accomplie comme facrée.
Le deuil. des nègres confifte à fe vêtir de blanc durant plufieurs jours., &c à
avoir le mouchoir de tête plié en demi-mouchoir, mis fans aucun foin, &c avec
les deux bouts pendans par derrière.
Je ne fuis pas aflez injufte pour prétendre que les larmes des nègres font
toujours étudiées ; il eft des nègres qui pleurent parce que leur cceur eft déchiré,
dont les yeux fe mouillent lorfque long-tems encore après, ils parlent de quelques
objets qui leur étaient chers., & parmi lefquels ils comptent des maîtres qu'ils
ont aimés &c fervis avec une eftimable fidélité.
J'ai à parler maintenant du langage qui fert à tous les nègres qui habitent
la colonie françaife de Saint-Domingue. C'eft un français corrompu, auquel
on a mêlé plufieurs mots efpagnols francifés, &x où les termes marins ont auffi
trouvé leur place. On concevra aifément que ce langage, qui n'eft qu'un vrai
jargon, eft fouvent inintelligible dans la bouche d'un vieil Africain > & qu'on le
parle d'autant mieux, qu'on l'a appris plus jeune. Ce jargon eft extrêmement
mignard, & tel que l'inflexion fait la plus grande partie de l'expreflion. Il a auffi
fon génie, ( qu'on paffe ce mot à un Créol qui croit ne le pas profaner ), 8z un
fait très-fûr, c'eft qu'un Européen, quelque habitude qu'il en ait , quelque
longue qu'ait été fa réfidence aux Ifles, n'en poffede jamais les fineffes.
Je n'ignore cependant pas que le langage créol a donné lieu à plufieurs
critiques. Il en eft une fort amère, confignée dans un ouvrage intitulé : Voyage
d'un
'on paffe ce mot à un Créol qui croit ne le pas profaner ), 8z un
fait très-fûr, c'eft qu'un Européen, quelque habitude qu'il en ait , quelque
longue qu'ait été fa réfidence aux Ifles, n'en poffede jamais les fineffes.
Je n'ignore cependant pas que le langage créol a donné lieu à plufieurs
critiques. Il en eft une fort amère, confignée dans un ouvrage intitulé : Voyage
d'un --- Page 91 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE
d'un Suiffe dans diférentes Colonies d'Amérique. Il eft vrai qu'on a pris une
méthode fort fûre pour le décrier, c'eft de faire. du Créol-Suife, & d'en conclure
que ce langage eft miférable. Je me range à l'avis de l'auteur, mais il faut
avouer que fon baragouin ne paffera pour du créol, qu'auprès de nos avans,
qui en introduilent un du même genre fur les théâtres, & qui
perfuadent aux
Parifiens que c'eft le véritable. La prétendue lettre du Suiffe n'a jamais été
écrite que par lui, ou par quelqu'un qui a voulu s'amufer de fa crédulité. J'en
appelle aux féduifantes Créoles, qui ont adopté ce patois expreffif pour peindre
leur tendreffe !
Il eft mille riens que l'on n'oferait dire en français, mille images voluptucufes
que l'on ne réuffirait pas à peindre avec le français, 8 que le créol exprime ou
rend avec une grace infinie. II ne dit jamais plus que quand il employe les fons
inarticulés, dont il a fait des phrafes entières. Le Cbia, le Bicbi même
, qu'on a
tant voulu ridiculifer, eft-il un terme de dédain qui renferme plus de fens P
Et pour qu'on ne prétende pas queje crée des merveilles
imaginaires 3 je vais
rapporter une chanfon bien connue, 3 qui fera voir fi le langage créol eft un
jargon infignifiant & mauffade. Elle a été compofée, il y a environ quarante ans
par M. Duvivier de la Mahautière, mort Confeiller au Confeil du Port-au- 2
Prince. J'en préfente, en même-tems, la traduétion verlifiée par un créol ,
aux
qui,
dépens de fon amour-propre, n'a cherché qu'à conferver, prefque ligne
pour ligne 3 le fens littéral qu'une imitation libre aurait empêché de faifir.
Sur PAir : Que ne Juis-je la fougère!
I
Lifette quitté la plaine, 2
Lifette, tu fuis la plaine,
Mon perdi bonher à moué 5
Mon bonheur s'eft envolé ;
Gié à moin femblé fontaine
Mes pleurs, en double fontaine,
Dipi mon pas miré toué.
Sur tous tes pas ont coulé.
La jour quand mon coupé canne >
Le jour > moifonnant la canne >
Mon fongé zamour à moué ;
Je rêve à tes doux appas 5
La nuit quand mon dans cabane >
Un fonge dans ma cabane, 3
Dans dromi mon quimbé toué,
La nuit te met dans mes bras.
Tome I,
I
envolé ;
Gié à moin femblé fontaine
Mes pleurs, en double fontaine,
Dipi mon pas miré toué.
Sur tous tes pas ont coulé.
La jour quand mon coupé canne >
Le jour > moifonnant la canne >
Mon fongé zamour à moué ;
Je rêve à tes doux appas 5
La nuit quand mon dans cabane >
Un fonge dans ma cabane, 3
Dans dromi mon quimbé toué,
La nuit te met dans mes bras.
Tome I,
I --- Page 92 ---
66 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE Si to allé à la ville 3
Tu trouveras à la ville 3
Ta trouvé geine Candio 3
Plus d'un jeune freluquet,
Qui gagné pour tromper fille,
Leur bouche avec art diftille
Bouche doux paffé firop.
Un miel doux mais plein d'apprêt;
To va crer yo bin fincère 3
Tu croiras leur coeur fincère: :
Pendant quior yo coquin tro i
Leur coeur ne veut que tromper;
C'eft Serpent qui contrefaire
Le ferpent fait contrefaire
Crié Rat, pour tromper yo.
Le rat qu'il veut dévorer. Dipi mon perdi Lifeite,
Mes pas, loin de ma Lifette 3
Mon pas fouchié Calinda.
S'éloignent du Calinda
Mon quitté Bram-bram Fanetie.
Et ma ceinture à fonnette
Mon pas batte Bamboula.
Languit fur mon bamboula.
Quand mon contré laut' négreffe,
Mon ceil de toute autre belle, :
Mon pas gagné gié pour li;
N'apperçoit plus le fouris;
Mon pas fouchié travail pièce :
Le travail en vain m'appelle,
Tout' qui chofe a moin mourri.
Mes fens font anéantis. Mon maigre tant com' gnon fouche
Je péris comme la fouche,
Jambe à moin tant' comme rofeau ;
Ma jambe n'eft qu'un rofeau ;
Mangé na pas doux dans bouche,
Nul mêts ne plait à ma bouche,
Tafia même c'eit comme dyo.
La liqueur s'y change en eau.
Quand mon fongé toué, Lifette,
Quand je fonge à toi, Lifette 3
Dyo toujour dans jié moin.
Mes yeux s'inondent de pleurs.
Magner moin vini trop bête
Ma raifon lente & diftraite 3
A force chagrin magné moin.
Cède en tout à mes douleurs, Lifet' mon tandé nouvelle.
Mais eft-il bien vrai, ma belle 3
To compté bintôt tourné :
Dans peu tu dois revenir :
Vini donc toujours fidelle a
Ah ! reviens toujours fidelle s
Miré bon paffé tandé.
Croire eft moins doux que fentir.
N'a pas tardé davantage s
Ne tarde pas d'avantage,
To fair moin affez chagrin 3
C'eft pour moi trop de chagrin;
Mon tant com' ZOZO dans cage 3
Viens retirer de fa cage,
Quand yo fair li mouri faim,
L'oifeau confumé de faim,
-
é :
Dans peu tu dois revenir :
Vini donc toujours fidelle a
Ah ! reviens toujours fidelle s
Miré bon paffé tandé.
Croire eft moins doux que fentir.
N'a pas tardé davantage s
Ne tarde pas d'avantage,
To fair moin affez chagrin 3
C'eft pour moi trop de chagrin;
Mon tant com' ZOZO dans cage 3
Viens retirer de fa cage,
Quand yo fair li mouri faim,
L'oifeau confumé de faim,
- --- Page 93 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 67
C'eft dans ce langage qui, comme l'on voit, comporte la rime & la mefure,
que les Créols aiment à s'entretenir 3 & les nègres n'en ont pas d'autre entr'eux.
C'eft encore par fon moyen > que les nègres expriment & leurs mots fententieux,
&x leurs traits piquans.
On leur entend dire , par exemple > d'un bavard, que Ja boucbe n'a pas de
dimancbe. Veulent-ils montrer que l'orgueil eft une fottife, ils indiquent deux
points oppofés du Ciel, en difant: Solé lévé la, li coucbé là.s Le foleil fe lève
ici, il fe couche là 22. Pour exprimer que fi cet aftre a un couchant, il n'eft pas
de fujet de vanité qui puife être durable.
Je bornerai pour ce moment, à ce que, j'en ai dit, ce qui concerne la claffe
des nègres, , qui comprend en quelque forte tous les efclaves à Saint-Domingue.
Parmi ceux-ci, fe trouve mêlée la defcendance de quelques Caraïbes, de
quelques Indiens de la Guyane, de Sauvages Renards du Canada, de Natchez
de la Louifane; que le gouvernement ou des hommes violateurs du Droit des
Gens, jugaient néceffaire ou lucratif de réduire à la fervitude.
J'oubliais de dire que ce qui diftingue le plus le nègre créol , de l'Africain,
c'eft qu'à l'exemple des Colons anglais, les habitans de la Colonie françaife
font étamper fur la poitrine, de leur nom ou avec de fimples lettres initiales,
les Africains; tandis que les autres ne le font que dans les cas extrêmement
rares où on veut les humilier, précifément parce que l'ufage les excepte.
L'étendue de la Colonie , le voifinage d'une Colonie étrangère, tout aura porté
à adopter une précaution qui n'a rien de douloureux. Elle a cependant un
inconvénient pour PAfricain, qui paffe de l'état d'efclave à celui d'affranchi,
c'eft qu'en prolongeant le fouvenir de fa première fituation, elle peut, dans
plufieurs cas, élever des doutes fur fa liberté.
Mais ces Affranchis, voyons quels ils font; j'aurai affez d'occafions, dans
la Defcription d'une immenfe Colonie, de compléter le caraétère & les moeurs
des Efclaves & j'y trouverai l'avantage de rendre les chofes plus frappantes,
parce qu'elles fe trouveront, pour ainfi dire, dans des cadres qui leur feront
affortis.
I2
première fituation, elle peut, dans
plufieurs cas, élever des doutes fur fa liberté.
Mais ces Affranchis, voyons quels ils font; j'aurai affez d'occafions, dans
la Defcription d'une immenfe Colonie, de compléter le caraétère & les moeurs
des Efclaves & j'y trouverai l'avantage de rendre les chofes plus frappantes,
parce qu'elles fe trouveront, pour ainfi dire, dans des cadres qui leur feront
affortis.
I2 --- Page 94 ---
68 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
DES AFFR A N C H I S.
LES Affranchis font plus univerfellement connus fous le nom de Gensde- Couleur ou de Sang-mélés, quoique cette dénomination, prife
défigne auffi les nègres efclaves. Dès que la Colonie eut des exaétement, efclaves
elle ne tarda pas à avoir des Affranchis, & plufieurs caufes durent
à former cette claffe intermédiaire entre le maître & l'efclave. A concourir
les efclaves étaient non-feulement des
mais
St-Domingue
nègres,
encore des Indiens & des
Sauvages qu'on ne diftinguait des nègres que par leur couleur. La rareté des
femmes, les mceurs des Flibuftiers & des
Boucaniers 3 l'appât attaché à la
condefcendance des négreffes, firent paraître les mulâtres
la
leur peau claffa avec les Indiens & les
que nuance de
fement de 1681, où
Sauvages, comme le prouve le recenon les trouve tous confondus & au nombre de
mais alors 3 il n'y avait de libres que des Blancs.
480 i
Les hommes qui afferviffaient, fans
ferupule 3 les Sauvages & les
colorés comme les mulâtres, éprouvèrent
Indiens 3
cependant un fentiment particulier
à l'alpeét de ceux-ci, & par une forte d'accord,qui ne put avoir fon
que dans l'affeétion paternelle & dans
origine
T'amour-propre > il paffa en ufage
les mulâtres en atteignant leur vingt & unième année-, fortaient
que
Cependant l'intérêt perfonnel ayant violé plus d'une fois cette convention d'efclavage.
& le Code Noir ayant réglé les fucceffions coloniales
tacite
les mulâtres perdirent leurs
quant 2ux efclaves 2
avantages 3 & l'on ne reconnut réellement
Affranchis que ceux à l'égard defquels le maître avait formellement pour
fes droits par écrit. Il avait exifté de femblables Affranchis bien
abdiqué
puifque Pédit du mois de Mars de cette année,
avant 1685,
préparé par les Confeils
Supérieurs & les Adminiftrateurs des Colonies plufieurs années
fait de la manumifion, volontairement foufcrite le
auparavant 3
par maître, une
légale, & l'on voit dans les recenfemens du commencement du fiècle difpofition
qu'il fe trouvait environ 500 Gens libres de tout âge & de tout fexe, actuel,
quelquefois l'on diftinguait encore en négres libres & en mulâtres libres que
fans doute parce que Pon confondait avec ces derniers la defcendance ;
Indiens & des Sauvages parmi lefquels il adû fe trouver d'autant
des
plus natu-
par maître, une
légale, & l'on voit dans les recenfemens du commencement du fiècle difpofition
qu'il fe trouvait environ 500 Gens libres de tout âge & de tout fexe, actuel,
quelquefois l'on diftinguait encore en négres libres & en mulâtres libres que
fans doute parce que Pon confondait avec ces derniers la defcendance ;
Indiens & des Sauvages parmi lefquels il adû fe trouver d'autant
des
plus natu- --- Page 95 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
rellement des Affranchis que les Indiennes ou les Sauvageffes ont du mépris
pour les nègres, tandis que les Blancs aiment le caraétère doux & fidelle
& les appas fecrets de ces femmes.
Si l'on réfléchit au grand nombre de motifs qui fe réunifaient
l'augmentation du nombre des Affranchis > on fera fans doute furpris pour
de n'en pas voir davantage en 1703 3 époque où je n'en trouve que 500 de
recenfés.En effet les fuites d'un concubinage qui femblait néceffaire ; une forte
de générofité qui fouvent ne devait s'exercer qu'à la mort du maître ; un
calcul, même intéreffé > parce que l'on vendait quelquefois l'efclave à luimême 5 le mariage d'un Affranchi: avec fon efclave ; enfin la propre reproduéion
des Affranchis, > tout devait fervir à augmenter cette claffe. Elle refta cependant
quelques années fans accroiffement fenfible i puis les libertés teftamentaires
& les ventes d'efclaves confenties à eux-mêmes étant devenues plus
eut une
fréquentés,
ily
ordonnance de I7II qui affujettit l'affranchiliement à l'autorifation
des chefs de la Colonic. En 1715,ily avait environ I 500 Affranchis, & il fallct
plus de trente ans pour doubler CC nombre. - On en compta enfuite plus de
6,000 en 1770 & le double dix ans après.
Ce dernier accroifement eut fa fource dans la force qu'avait acquis
que le Blanc, père d'un enfant de couleur, devait chercher à lui l'opinion la
liberté ; dans le premier effet de l'ordonnance de 1775,
procurer
parce qu'en prefcrivant de nouvelles formes pour laffranchiffement & en lui donnant de nouvelles
gênes, , elle annonçait de la faveur pour le paffe; &c dans le défir de recruter
la maréchauffée qui fit promettre la liberté à ceux qui y ferviraient.
Mais nulle augmentation n'a jamais été égale à cellé qu'offre le moment aétuel comparé à 1780 3 puifque les Gens - de - Couleur fe trouvent
maintenant au nombre de vingt-huit mille, ce qui préfente un total
double de celui d'alors. Il peut cependant être expliqué
les prefque raifons
que je viens de rapporter fur ce qui a eu lieu dans l'intervalle par de
à
1780; en y ajoutant d'abord, que des dépenfes d'embelliffemens faites 1770
1780 & depuis, ont rendu les affranchiffemens nombreux,
en
befoin du produit de leur taxe 5 de manière
parce qu'on avait
que depuis dix ans l'on
en compter plus de fept ou huit mille; &x en outre que jamais les mariages peut
d'Affranchis avec des efclaves, ni ceux des efclaves avec des Blancs n'ont
été auffi communs, On a reproché, furtout dans la Partie du Sud, à plufeurs
faites 1770
1780 & depuis, ont rendu les affranchiffemens nombreux,
en
befoin du produit de leur taxe 5 de manière
parce qu'on avait
que depuis dix ans l'on
en compter plus de fept ou huit mille; &x en outre que jamais les mariages peut
d'Affranchis avec des efclaves, ni ceux des efclaves avec des Blancs n'ont
été auffi communs, On a reproché, furtout dans la Partie du Sud, à plufeurs --- Page 96 ---
70 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
de ces derniers, d'avoir réuni à cette complaifance, chèrement payée, celle
de fe rendre maris de plus d'une femme. Or, tel de ces mariages produifant la légitimation de cinq ou fix enfans, ce moyen a porté une augmentation
confidérable & fubite dans la claffe des Affranchis 3 & a caufé auffi une
plus grande reprodudtion. La formation des Chaffeurs Royaux, en 1779, a encore
donné lieu à l'accroiflement, en faifant mieux rechercher les Gens-de-Couleur
non-recenfés & en devenant la caufe de la ratification de libertés peu légales
en faveur de ceux d'entr'eux qui en offraient le prix dans leur dévouement
à s'enrôler dans ce corps.
Telles font les caufes s qui, en fe combinant entr'elles, ont donné à la
Colonie Françaife de Saint - Domingue les vingt-huit mille Affranchis qu'elle
compte en ce moment.
La première obfervation qu'infpire l'exiftence de cette claffe 3 c'eft
que ce fut au fein de la France, qu'on fit des lois pour le maintien de la
fervitude des Africains en Amérique 5 que ce fut la France qui fongea à
s'approprier les produits du commerce de la traite des noirs
eft
-
qu'il même
interdit aux Colonies de faire direêtement S que le gain de ce privilège exclufif
a été pour la France, & que les Colons ne doivent qu'à eux feuls l'idée de
T'affranchiflement, de ce pagte heureux qui rétablit un efclave dans les droits
de l'humanicé; 3 qui donne au maitre le moyen de fatisfaire fa juftice ou un
fentiment de générofité qui tourne au profit de l'efclave & qui ajoute à la
force politique des Colonies, 8c auquel enfin il n'a manqué pour être vraiment refpetable, que l'obligation de la part du maître d'affurer la fubliftance
de l'Affranchi jufqu'à ce qu'il pût s'en procurer une, & pour le cas où l'âge
& les infirmités le livreraient à la misère.
Les Affranchis, comme il eft aifé de le fentir, font des individus offrant
une grande variété dans les nuances par leur mélange avec les Blancs ) avec
les négres & entr'eux mêmes 5 mélange qui pouvant fe faire avec différentes
combinailons de nuances, 2 donne, à fon tour > naiffance à des combinaifons nouwelles. Les deux extrêmes font pour ces Affranchis d'un côté le nègre &x de
l'autre des individus dont la couleur ne montre aucune différence fenfible >
lorfqu'on la compare à celle du Blanc.
C'eft pour mieux faire connaître cette localité colorée que je vais parcourir
les degrés divers. du mélange.
êmes 5 mélange qui pouvant fe faire avec différentes
combinailons de nuances, 2 donne, à fon tour > naiffance à des combinaifons nouwelles. Les deux extrêmes font pour ces Affranchis d'un côté le nègre &x de
l'autre des individus dont la couleur ne montre aucune différence fenfible >
lorfqu'on la compare à celle du Blanc.
C'eft pour mieux faire connaître cette localité colorée que je vais parcourir
les degrés divers. du mélange. --- Page 97 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 71
RÉSULTAT
De toutes les nuances 3 produites par les diverfes combinaifons du mélange
des Blancs avec les Nègres, & des Nègres avec les Caraibes ou Sauvages
ou Indiens Occidentaux, & avec les Indiens Orientaux.
I.
Combinaifons du Blanc.
D'un Blanc & d'une Négreffe, vient
un Mulâtre.
Mulitreffe,
Quarteron.
Quarterone,
Métif,
Métive,
Mamelouque.
Mamelouque,
Quarteronné.
Quarteronnée, 3
Sang-mélé.
Sang-méléc,
Sang-mélé, qui s'approche
continuellement du Blanc.
Marabou,
Quarteron.
Griffonne,
Quarteron.
Sacatra,
Quarteron.
II.
Combinaifons du Nègre.
D'un nègre & d'une Blanche 3 vient
un Mulâtre.
Sang mélée >
Mulâtre.
Quarteronnée,
Mulâtre.
Mamelouque,
Mulâtre.
Métive s'
Mulâtre.
Quarteronne,
Marabou.
Mulâtreffe 3
Griffe.
Marabou >
Griffe.
Griffonne 2
Sacatra.
Sacatra,
Sacatra.
IIL
Combinaifons du Muldtre.
D'un Mulâtre & d'une Blanche 3 vient
un Quarteron.
Sang-mélé 3
Quarteron.
Quarteronnée,
Quarteron.
Mamelouque,
-Quarteron, --- Page 98 ---
72 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
D'un Mulâtre & d'une Métive,
Quarteron.
Quarteronne, 3
QuarteronMarabou ,
Mulâtre 9
Griffonne s
Marabov,
Sacatra 9
Marabou.
Négreffe
Griffe.
I V.
Combinaifons du Quartercn.
D'un Quarteron Sc d'ane Blanche , vient
un Métif.
Sang-mélée
Métif.
Quarteronnée,
-Métif.
Mamelouque,
Métif.
Métive s
Métif.
Mulâtreffe,
Quarteron.
Marabou,
Quarteron.
Griffonne,
-Mulâtre.
Sacatra ,
Mulâtre.
Négreffe,
Marabou,
V.
Combinaifuns du Mitif.
D'un Métif & d'une Blanche, vient
un Mamelouc.
Sang-mélée,
Mamelouc.
Quarteronnée,
Mamelouc.
Mamelouque,
Mamelouc.
Quarteronne, 3
Métif.
Mulâtreffe .
Quarteron.
Marabou,
Quarteron.
Griffonne,
Qgarteron.
Sacatra,
Mulâtre.
Négreffe,
Mulâtre,
VI
Combinaifons du Mamelouc.
Dee "famelouc & d'une Blanche, vient.
un Quarteronné.
Sang-Mélée,
Quarteronné.
Quarteronnée,
Quarteronné,
-mélée,
Mamelouc.
Quarteronnée,
Mamelouc.
Mamelouque,
Mamelouc.
Quarteronne, 3
Métif.
Mulâtreffe .
Quarteron.
Marabou,
Quarteron.
Griffonne,
Qgarteron.
Sacatra,
Mulâtre.
Négreffe,
Mulâtre,
VI
Combinaifons du Mamelouc.
Dee "famelouc & d'une Blanche, vient.
un Quarteronné.
Sang-Mélée,
Quarteronné.
Quarteronnée,
Quarteronné, --- Page 99 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
D'un Mamelouc & d'ane Métive, vientun Mamclouc.
Quarteronne. .
Métif.
Mulâtreffe, ,
Quarteron.
Marabou,
Quarteron,
Griffonne, 3
Quarteron.
Sacatra,
Mulâtre.
Négreffe 3
MulâtreVII
Combinaifons du Quarteronné.
D'un Quarteronné & d'une Blanche , vient,
un Sang-mélé.
Sang-Mélée
Sang-Mé'é,
Mamelouque, ,
Quarceronné.
Métive,
Mamelouc.
Quarteronne s
Métif.
Mulâtrefle
Quarteron.
Marabou >
Quarteron.
Griffonne 3
Quarteron,
Sacatra ,
Mulâtre.
Négreffe ,
Mulâtre.
VIIL
Combinaifons du Sang-mélé.
D'un Sang-mélé & d'une Blanche, vient
un Sang-mélé.
Quarteronnée,
Sang- -mélé.
Mamelouque,
Quarteronné.
-Métive,
Mamelouc.
Quarteronne ,
Métif.
Mulâtreffe, >
Qgarteron.
Marabou 3
Quarteron.
Griftonne, 3
Quarteron.
Sacatra ,
Quarteron.
Négreffe ,
Mulâtre:
I X.
Combinaijons du Sacatra:
D'un Sacatra & d'une Blanche, vient
un Quarteron
Sang-mélée,
Quarteron.
Tome I.
K --- Page 100 ---
74 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
D'un Sacatra & d'une Quarteronnée,
Mamelouque,
-Mulâtre,
Métive,
Mulâtre.
Mulâtre.
Quarteronne,
Mulâtreffe,
Mulâtre.
Marabou,
Marabou.
Griffe.
Griffonne 3
Négreff:,
Griffe,
Sacatra,
X.
Combinaifons du Grife.
D'un Griffe & d'une Blanche, vient
Sang-mélée,
un Quarteron,
Quarteronnée,
Quarteron.
Mamelouque
Quarteron.
Métive,
Quarteron.
-
Quarteronne 3
Quarteron.
Mulâtre.
Mulitreffe, >
Marabou.
-
Marabou,
Sacatra ,
Marabou.
Négreffe,
Griffe,
Sacatra,
Cembinaifons du Marabou.
X I.
D'un Marabou & d'une Blanche, vient
un
Sang-mélée
Qaarteron.
Quarteron,
Quarteronnée 3
Qgarteron
Mamelouque 3
Qgarteron.
Métive,
Quarteron.
Quarteronne, 3
Mulâtreffe
Quarteron,
Mulâtre.
Griffonne,
Marabou.
Sacatra 3
Griffe,
Négreffe,
-Grrffe,
XII
Combinaijons des Sauvages 88 Caraibes de PAmérique, ou Indiens Occidentaux.
Comme leur nuance eft celle du Mulâtre, , leurs combinaifons ont exaétement les mêmes réfultats
excepté que les cheveux font moins crépus dans les combinaifons qui
du
s
approchent nègre 7
treffe
Quarteron,
Mulâtre.
Griffonne,
Marabou.
Sacatra 3
Griffe,
Négreffe,
-Grrffe,
XII
Combinaijons des Sauvages 88 Caraibes de PAmérique, ou Indiens Occidentaux.
Comme leur nuance eft celle du Mulâtre, , leurs combinaifons ont exaétement les mêmes réfultats
excepté que les cheveux font moins crépus dans les combinaifons qui
du
s
approchent nègre 7 --- Page 101 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
à partir du Mulâtre 3 & qu'ils font plus longs &c plus droits dans les combinaifons qui partent
da Mulâtre pour: aller vers le Blanc.
X III
Combinaifons des Indiens Orientaux.
Leur nuance étant celle du Griffe, les combinaifons qui réfultent de leur mélange peuvent être
comparées à celles du Sacatra. Mais les cheveux de ces Indiens étant longs & plats, tant que
ce caraétère des cheveux eft remarquable dans les combinaifons 3 on les appelle indiftinétement
Zingres, & quand les cheveux deviennènt laineux, 3 ils font confondus avec les autres combinaifons
du Griffe, auxquelles ils reffemblent le plus.
Il y a donc treize claffes diftinétes, quant à la nuance de la peau 3 dans
les individus qui forment la population de la Partie de Saint-Domingue.
J'ai déjà parlé des deux qu'on doit confidérer comme élémentaires & conftitutives de toutes les autres; je veux dire le blanc & le noir, à l'égard defquels
le préjugé colonial a adopté comme maxime que quelque rapproché que
puiffe être du Blanc, la femme non-blanche, il ne faurait provenir un Blanc
de leur procréation ; de même que quelque rapproché du nègre que puiffe
êtré une femme colorée 3 ils ne peuvent jamais produire un nouvel individu
qui redefcende julqu'au nègre. C'eft-à-dire, en termes plus fimples que les
Blancs mélés entr'eux peuvent feuls faire des Blancs & que les nègres ne
peuvent provenir que de nègres des deux fexes.
La troifème nuance eft celle du Mulatre qu'on pourrait prefque fubdivifer en deux; ; attendu que les Mulâtres comparés entr'eux, , offrent deux nuances
très-diftinétes qui font exaétement celle du cuivre rouge & celle du cuivre
jaune. Ils ont tous les cheveux crépus.
Le Mulâtre eft produit de douze manières 5 car dans ce cas-ci comme
dans tous les autres, je ne compte que pour une feule combinaifon celle du
Mulâtre avec une Blanche &z celle du Blanc avec une Mulâtreffe > puifqu'il
n'y a que le fexe de changé.
I. Le Mulâtre provenu du Blanc & d'une Négreffe & qui eft vraiment
la moyenne proportionnelle entre les deux.
2. Le Mulâtre provenu du Sang-Mêlé avec la Négreffe.
3.
Quarteronné avec la Sacatra.
4.
Négreffe.
K 2
dans tous les autres, je ne compte que pour une feule combinaifon celle du
Mulâtre avec une Blanche &z celle du Blanc avec une Mulâtreffe > puifqu'il
n'y a que le fexe de changé.
I. Le Mulâtre provenu du Blanc & d'une Négreffe & qui eft vraiment
la moyenne proportionnelle entre les deux.
2. Le Mulâtre provenu du Sang-Mêlé avec la Négreffe.
3.
Quarteronné avec la Sacatra.
4.
Négreffe.
K 2 --- Page 102 ---
76 DESCRIPTIO N DE LA PART IE
5. Le Mulâtre provenu du Mamelouc avec la Sacatra,
6.
Négreffe.
7.
Métif avec la Sacatra.
8.
Négreffe.
9.
plus foncé provenu du Quarteron avec la Griffonne.
10.
Sacatra.
1I.
provenu du Mulâtre 8c de la Marabou & qui eft d'un
cuivré encore plus fombre.
12. Enfin le Mulâtre produit par le Mulâtre avec la Mulatreffe. Celui-ci
s'appelle Franc-Mulatre, Mulâtre-Franc, ou Cafque.
De toutes les combinailons du Blanc 8z du nègre , c'eft le Mulâtre qui
réunit le plus d'avantages phyfiques ; de tous ces croifemens de races c'eft lui
qui retire la plus forte conftitution 3 la plus analogue au climatde Saint-Domingue.
A la fobriété & à la force du nègre, il unit la grace dans les formes &
l'intelligence du Blanc. Il vit jufques dans un age très-avancé & fi fa peau
fe tache en vieilliffant, il n'a que la laideur de la vieilleffe & point fa caducité.
Imberbe comme le nègre, il a comme lui un caractère laineux dans les cheveux; >. mais fon poil eft plus long. Indolent, il a cependant la paflion des
exercices du corps & furtout celle de l'équitation & celle qui porte un fexe
vers un autre. Encore un coup, c'eft l'homme de ce climat qui brûle, de
cette Zône où l'homme femble être dévoué au plaifir,
La quatrième nuance eft celle du Quarteron, que ce nom défigne parfaitement, lorfqu'il eft le produit d'un Blanc & d'une Mulâtreffe, parce qu'il
n'a vraiment alors que le quart de fa nuance en commun avec le nègre.
Le Quarteron a la peau blanche. - mais ternie par une nuance d'un jaune
très-affaibli ; fes cheveux font plus longs que ceux du Mulâtre &c bouclés.
Il les a même affez fouvent blonds, à moins qu'il ne foit produit par lune
des combinaifons où l'éloignement du Blanc eft plus grand ; parce qu'alors la
teinte jaune eft plus prononcée & les cheveux deviennent crépus,
Les Quarterons font produits de vingt manières.
I. Parle Blanc avec la Mulâtreffe,
2.
Marabou.
3.
Griffonne.
4.
Sacatra.
cheveux font plus longs que ceux du Mulâtre &c bouclés.
Il les a même affez fouvent blonds, à moins qu'il ne foit produit par lune
des combinaifons où l'éloignement du Blanc eft plus grand ; parce qu'alors la
teinte jaune eft plus prononcée & les cheveux deviennent crépus,
Les Quarterons font produits de vingt manières.
I. Parle Blanc avec la Mulâtreffe,
2.
Marabou.
3.
Griffonne.
4.
Sacatra. --- Page 103 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE,
5. Par le Sang-Mélé avec la Mulâtreffe.
6.
Marabou.
7.
Griffonne.
8.
Sacatra.
9. Par le Quarteronné avec la Mulâtrefle.
IO.
Marabou.
II.
Griffonne.
12. Par le Mamelo:c avec la Mulâtre fe.
13.
Marabou.
14.
Giiffonne.
15. Parle Métif avec la Mulâtreffe.
16,
Marabou.
17.
Griffonne.
18. Par le Quarteron avec la Quarteronne.
19.
Mulâtreffe.
20.
Marabou.
Il eft des Quarteronnes dont la blancheur eft telle, qu'il faut des yeux bien
exercés pour les diftinguer des Blanches. C'eft un avantage qu'ont,
par exemple 3
fur toutes les autres 3. celles qui font nées de mulâtreffes de la teinte du cuivre
jaune, & qui étaient elles-mêmes des filles de Blancs non-bafanés, & de négreffes
d'une teinte un peu rougeâtre.
Au Quarteron 3 la nuance a donc déjà confidérablement gagné ; mais qu'il eft
loin de pouvoir être comparé au mulâtre pour la force, & furtout pour celle
de réfifter au climat. En s'approchant du Blanc, il cft devenu prefque auffi
fufceptible que lui de toutes les impreflions de la température chaude. Il a
déjà & peut-être, plus que le blanc, befoin d'un abri contre le foleil, dont
l'effet brunit fa peau & la tache de rouffeurs qui prennent un ton jaunâtre, &
qui lui donnent quelquefois un teint défagréable & blafard.
A la cinquième nuance, fe-préfente le Métis, appellé à Saint-Domingue
Métif, qui, principalement s'il eft fils d'un blanc, a une peau fort blanche &c
des cheveux longs, mais cette blancheur n'eft point animée.
Ce Métif ne peut être le produit que de fix combinaifons.
I, Du Blanc avec la Quarteronne,
2. Du Sang-mêlé avec la Quarteronne,
, &
qui lui donnent quelquefois un teint défagréable & blafard.
A la cinquième nuance, fe-préfente le Métis, appellé à Saint-Domingue
Métif, qui, principalement s'il eft fils d'un blanc, a une peau fort blanche &c
des cheveux longs, mais cette blancheur n'eft point animée.
Ce Métif ne peut être le produit que de fix combinaifons.
I, Du Blanc avec la Quarteronne,
2. Du Sang-mêlé avec la Quarteronne, --- Page 104 ---
79 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
3- Du Quarteronné avec la Quarteronne.
4. Du Mamelouc avec la Quarteronne.
5. Du Métif avec la Métive.
6. Du Quarteron avec la Métive.
Ici l'obfervation de l'augmentation du blanc dans la couleur, avec une perte
proportionnelle dans la force phyfique 3 doit être renouvellée. Le Métif, furtout
celui qui n'a en réalité que le huitième du nègre, eft même plus faible que
le Blanc, dont il fe rapproche par la peau & par l'intelligence. Le Métif
imberbe, comme le quarteron 3 eft encore plus accablé par le climat. Il fe
reproduit à peine, &c c'eft méme déjà une chofe rare que des Métifs.
La fixième nuance eft celle du Mamelouc , qui ne peut pas être confondu
avec le Blanc, précilément parce qu'il a une blancheur matte, décolorée, & où
l'on déméle quelque chofe d'une teinte jaunâtre. Cette peau eft encore plus
énnemie du hâle que celle du Métif, & il femble qu'elle manque d'élafticité.
Cinq combinaifons feules, peuvent donner des Mameloucs.
I. Le Blanc avec la Métive.
2. Le Sang-mélé avec la Métive.
3- Le Quarteronné avec la Métive.
4. Le Mamelouc avec la
L
Mamelouque,
5.
Métive.
Iln'y a plus ici qu'un feizième du nègre.
Les Mameloucs qui font le produit du Mamelouc avec la Mamelouque, font
peut-être affez rares pour qu'on n'en trouvât pas quatre' dans toute la Colonie
& l'on ne fera pas furpris de ce fait, fi l'on a bien remarqué ce que j'ai dit
de la dégénération des Gens-de-Couleur, depuis le Quarteron.
Au feptième rang vient le Quarteromné > auquel on ne peut compter par
conféquent qu'un trente-deuxième de noir.
Il eft le réfultat :
3. Du Blanc avec la Mamelouque.
2. Du Sang-mélé avec la Mamelouque.
3- Du Quarteronné avec la Quarteronnée.
4 Du Quarteronné avec la Mamelouque.
Ici s'offre un phénomène nouveau; 3 c'eft que les Quarteronnés produits par les
Blançs & les Mamelouques fe rapprochent très-fenfiblement du Blanc par la
quel on ne peut compter par
conféquent qu'un trente-deuxième de noir.
Il eft le réfultat :
3. Du Blanc avec la Mamelouque.
2. Du Sang-mélé avec la Mamelouque.
3- Du Quarteronné avec la Quarteronnée.
4 Du Quarteronné avec la Mamelouque.
Ici s'offre un phénomène nouveau; 3 c'eft que les Quarteronnés produits par les
Blançs & les Mamelouques fe rapprochent très-fenfiblement du Blanc par la --- Page 105 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
force, &c les furpaffent en longévité, de manière qu'ils femblent être après
les mulâtres, les hommes les plus appropriés à la température coloniale.
On compte pour huitièmt nuance, celle du Sang-môlé, qui comprend tout
CC qui eft au-deffus du quarteronné 3 &x qui n'a par conféquent qu'un foixantequatrième du nègre , mais qui fe rapproche continuellement du Blanc.
Cette claffe peut être produite de la manière fuivante :
I. Par le Blanc avec la Quarteronnéc.
2.
Sang-mélée.
2.
-Sang-mélé avec la Sang-mélée.
4.
Quarteronnée.
Combinaifons dont les deux dernières furtout, offrent l'idée d'une foule de
combinaifons fecondaires, le Sang-mélé pouvant être au premier, au fecond
degré, &x enfin à un degré fucceflivement plus voifin du blanc.
Il faut des yeux bien experts, pour reconnaître ces derniers mélanges d'avec
les Blancs purs, & l'on peut dire qu'en général il n'y a guères que la tradition
orale ou écrite, qui ferve de guide à cet égard.
Il exifte à Saint-Domingue des Sang-mélés parvenus au quatrième mélange
de Sang-mélés, toujours avec des Blancs, de forte qu'ils n'ont réellement dans
leurs veines qu'un cing cens douzième du fang Africain. Cette proximité du
Blanc les rend fi femblables à celui-ci, qu'ils ont autant à redouter que lui du
climat, mais auffi tous fes avantages moraux & phyfiques leur font-ils communs.
Les trois nuances qui reftent, appartiennent à une autre combinaifon, à
laquelle on peut donner le nom de latérale 3 parce qu'elle ne fe trouve pas dans
la ligne qui va du blanc au noir, ou du noir au blanc.
Le Sacatra qui forme la première de ces nuances', & par conféquent la
neuvième dans l'ordre général, eft un être moins noir que le nègre, & d'une
teinte plus foncée que celle du griffe. Il eft des Africains, qui leur reffemblent
à cet égard: tels font certains nègres de la Côte d'Or.
Le Sacatra ne peut être produit que de trois façons.
I. Par le Griffe avec la Négreffe.
2.
Sacatra
Négreffe.
3Sacatra.
(
Cette claffe exiite à peine, & quoiqu'elle foit regardée comme fupérieure au
nègre, elle n'en diffère que d'une manière prefque infenfible , puifqu'elle n'a
qu'une partie blanche, contre fept noires.
blent
à cet égard: tels font certains nègres de la Côte d'Or.
Le Sacatra ne peut être produit que de trois façons.
I. Par le Griffe avec la Négreffe.
2.
Sacatra
Négreffe.
3Sacatra.
(
Cette claffe exiite à peine, & quoiqu'elle foit regardée comme fupérieure au
nègre, elle n'en diffère que d'une manière prefque infenfible , puifqu'elle n'a
qu'une partie blanche, contre fept noires. --- Page 106 ---
80 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Le Griffe a la dixième nuance. Il eft en général plus bafané que le mulâtre',
quoique l'on voye des Griffes auffi clairs que le mulâtre forcé. Mais ce qui
eft trés-remarquable, c'eft que le quarteron, provenu d'un Blanc & d'une
Griffone, foit d'une teinte qu'on ne diftinguerait pas de celle du Blanc, fi
fes cheveux n'étaient pas frifés.
Le Griffe eft tellement favorifé par Ja nature, qu'il eft fort rare d'en voir
an qui n'ait pas une figure agréable & un enfemble qui plaît. Ila tous les
avantages du mulâtre, mais il n'eft aucune des combinaifons produites par
les mélanges coloniaux, qui puiffe offrir un réfultat aufli livré à la fougue
amoureufe que le Griffe &x elle eft égale dans les deux fexes. C'eft un phénomène, peut-être inoui, que la continence dans un individu de cette nuance
& fans doute par une fuite même de ce tempérament impoffible à contenir,
les repentirs qui naiffent du plaifir font encore plus cuifans > lorfqu'ils font
procurés par cette claffe. On remarque aufli qu'en général les Griffes font
affez fujets à bleffer l'odorat.
Il eft des Griffes réfultats de cinq combinaifons.
I. Du Nègre avec la Mulatreffe,
2.
Marabou.
3. Du Griffe avec la Griffonne.
4.
Sacatra.
5. Du Marabou avec la Sacatra.
En onzième lieu,il faut compter le Marabou qui, quoique affez femblable
au Griffe, a en général une teinte plus olivâtre. Il eft auffi moins enclin
au plaifir. Le Marabou vient de cinq manières.
1. Du Quarteron avec une Négreffe.
2. Du Mulâtre avec une Griffone.
3.
Sacatra.
4- Du Marabou avec une Marabou.
5.
Griffonne.
Je range à la douzième nuance les Sauvages, Caraibes ou Indiens Occiqui font en très-petit nombre & qui fe réduifent peut-être à quelques femmes
amenées de la Louifiane par des bâtimens Anglais & dont on fait des domeftiques, car je ne fache pas qu'on les ait employés à d'autres ufages. Un feul
trait diftingue tous ces Indiens Occidentaux 2 hommes ou femmes, des mulàtres
&c
ou avec une Marabou.
5.
Griffonne.
Je range à la douzième nuance les Sauvages, Caraibes ou Indiens Occiqui font en très-petit nombre & qui fe réduifent peut-être à quelques femmes
amenées de la Louifiane par des bâtimens Anglais & dont on fait des domeftiques, car je ne fache pas qu'on les ait employés à d'autres ufages. Un feul
trait diftingue tous ces Indiens Occidentaux 2 hommes ou femmes, des mulàtres
&c --- Page 107 ---
F R ANÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE 81
8c des mulatreffes, ce font de longs cheveux, extrèmement plats , d'un noir de
jais. Quant à la figure, ils l'ont, trifte & moins agréable que celle du mulâtre;
leurs pieds & leurs mains font plus petits.
Mélés aux nègres ou aux blancs, ou aux divers réfultats du mélange de ces
deux couleurs 3 il n'y a plus de différence entre leur defcendance & celle des
mulâtres, fi ce n'eft que les cheveux font plus long-tems noirs , plus long-tems
plats. Mais une preuve qu'enfin cette marque elle-même fe perd, c'eft que
malgré ces faits certains, qu'au commencement du fiècle il y avait plus de trois
cens Sauvages ou Indiens en fervitude à Saint-Domingue français $ qu'en 1730,
M. Salvert, gouverneur de la Louifiane 2 y envoya vendre cinq cens Sauvages
Natchez, & qu'on en a amené d'autres depuis', & de la Louifiane & du
Canada, il n'y a point de nuances ni de caraétères extérieurs, qui faffent reconnaître les individus qui doivent les avoir pour tige.
Enfin, au dernier terme > viennent les Indiens Orientaux, qu'il faut diftinguer
en deux efpèces. La première eft compofée d'un très-petit nombre de véritables
naturels des Indes Orientales. L'autre, d'individus quiy ont également reçu le
jour, & qui font auffi infiniment rares dans la Colonie, mais qui réfultent du
mélange des Indiens avec les efclaves Africains amenés dans l'Inde. On diftingue
facilement ces Indiens entr'eux, car les premiers ont une teinte olivâtre 3 analogue
à celle du griffe ; leur nez eft élevé, & leurs cheveux font très-longs ; tandis
que les autres font plus rapprochés du nègre par la peau & les traits, & par
des cheveux moins longs & moins foyeux. Lorfque les uns & les autres fe
mélent aux autres individus quelconques de la Colonie > leur caraétère fe
conferve quelquefois, furtout en fe rapprochant du Blanc; & alors, comme je
l'ai déjà dit, on les appelle Lingres. Mais je puis répéter pour eux, comme
pour les Sauvages, que leur defcendance fe confond avec celle de l'Africain.
Malgré l'analogie des nuances entre les. Indiens Orientaux ou Occidentaux, 3
& les mélanges du Blanc & du Noir,il y a néanmoins cette différence importante en politique 3 que ces Indiens font complètement affimilés aux Blancs
pour les droits & les privilèges, tant qu'ils ne fe mêlent qu'entr'eux ou qu'avec
des Blancs, & qu'on ne les prive de leur liberté, qu'en violant des loix qui
font pofitives, claires & multipliées. Mais auffi, dès que le fang Africain s'eft
uni à celui d'un Indien oud'un Blanc quelconque 3 le préjugé les dégrade, eux
& leur defcendance, comme méfalliés 2. fans qu'ils puiffent prétendre à nul
Tom. I.
L
ne fe mêlent qu'entr'eux ou qu'avec
des Blancs, & qu'on ne les prive de leur liberté, qu'en violant des loix qui
font pofitives, claires & multipliées. Mais auffi, dès que le fang Africain s'eft
uni à celui d'un Indien oud'un Blanc quelconque 3 le préjugé les dégrade, eux
& leur defcendance, comme méfalliés 2. fans qu'ils puiffent prétendre à nul
Tom. I.
L --- Page 108 ---
S2 D ESCRIPTIO N DE LA PARTIE
emploi, a nulle place, parce que de ce moment, ils font alimilés aux Affranchis.
Les détails dans lefquels je fuis entré fur les nuances des hommes colorés,
doivent avoir fait remarquer qu'à leur égard comme par rapport au Blanc
lui-même, mille circonftances font que fouvent deux perfonnes, appartenant a
la même claffe > diffèrent beaucoup entr'elles quant à la nuance, parce que l'une
eft d'un ton de peau plus foncé que l'autre. Il peut même fe faire qu'une perfonne
quel la couleur de ceux de qui elle tient le jour, place dans une claffe fupérieure,
foit d'une nuance plus foncée qu'une perfonne de la claffe inférieure. C'eft ce
que rendra encore plus fenfible, ce que je vais ajouter fur les diverfes
nuances, 3
en commencant par les plus rembrunies, > & omettant les deux extrêmes 3
puifque j'ai déjà ailez parlé du nègre 3 & qu'on a vu qu'il en eft d'extrémement
noirs, , d'autres d'un noir cuivré, ce qui doit avoir de l'influence, même par
rapport à deux mulâtres ; car le fils d'un Provençal &z d'une Sénégalaife fera
plus foncé que celui d'un Flamand & d'une négreffe Foëda.
Pour me rendre plus intelligible, je fuppofe que le Blanc & le Nègre
forment chacun un tout compofé de 128 parties qui font blanches dans lun
& noires dans l'autre. On fera donc d'autant plus près ou plus loin de l'un ou
de l'autre, qu'on fe rapprochera ou que l'on s'éloignera davantage du terme
qui leur fert de moyenne proportionelle & qui doit être ici 64.
I.
Le Sacatra, qui eft le plus rapproché du nègre & qui eft produit de trois
manières, peut avoir depuis 8 jufqu'à 16 parties blanches & depuis II2 juf120 parties noires.
S A C A T R A.
Blanches. Noires.
Venu du Sacatra & de la Négreffe
I20
Sacatra.
II2
Griffe & de la Négreffe.
II2
I I.
Le Griffe réfultat de cinq combinaifons, 2 peut avoir depuis 24 jufqu'à 32
parties blanches &c 96 ou 104 noires. --- Page 109 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 83
G RIF F E,
Blanches. Noires.
Venu du Marabou avec la Sacatra Griffe avec la Griffonne Nègre avec la Mulâtreffe Marabou
I04
Griffe avec la Sacatra e
I04
IIL
Le Marabou a dans fes cinq combinaifons depuis 40 jufqu'à 48 parties du
blanc & depuis 80 jufqu'à 88 du noir.
M A R A B U.
Venu du Marabou avec la Marabou Quarteron avec la Négreffe Mulâtre avec la Griffonne Sacatra. Marabou avec la Griffonne IV.
Le Mulâtre dans fes douze combinaifons, va de 56 à 70 parties blanches
& en garde depuis 58 jufqu'à 72 noires. Ainfi il y a tel mulâtre plus rapproché du Blanc qu'un autre, de 14 parties.
M U L A T R E,
Provenu du Quarteronné & de la Sacatra Mamelouc & de la Blanc 8x de la Négreffe.
avec la Négreffe Mulâtre avec la Griffonne Sacatra. Marabou avec la Griffonne IV.
Le Mulâtre dans fes douze combinaifons, va de 56 à 70 parties blanches
& en garde depuis 58 jufqu'à 72 noires. Ainfi il y a tel mulâtre plus rapproché du Blanc qu'un autre, de 14 parties.
M U L A T R E,
Provenu du Quarteronné & de la Sacatra Mamelouc & de la Blanc 8x de la Négreffe. Métif & de la Sacatra. Quarteron avec la Griffonne Mulâtre avec la Mulâtreffe L 2 --- Page 110 ---
84 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
B'anches. Noires,
Sang-Mélé avec la Négreffe. Quarteronné62
Mamelouc Métif Quarteron avec la Sacatra Mulâtre avec la Marabou V.
Les 20 combinailons du Quarteron offrent depuis 7ijufqu'ag6 parties blanches
& depuis 32 jufqu'à 57 parties noires.
U A R T E R 0 N.
Venu du Blanc & de la Mulâtreffe. Quartéron avec la Quarteronne Sang-Mélé avec la Mulâtreffe Quarteronné Mamelouc92
Blanc avec la Marabou Métif avec la Mulâtreffe . Sang-Mêlé avec la Marabou Quarteronné Mamelouc Blanc avec la Griffonne e Métif avec la Marabou e Quarteron avec la Mulâtreffe Sang-Mélé avec la Griffonne Quarteronné78
Mamelouc Blanc avec la Sacatra Métif avec la Griffonne Quarteron avec la Marabou Sang-Mélé avec la Sacatra --- Page 111 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 85
VL
On trouve dans les fix combinaifons du Métif, depuis I04 jufqu'à II2
parties blanches, & par conféquent depuis 16 jufqu'à 24 parties noires,
M É T I F.
Blanches. Noires
Venu du Blanc avec la Quarteronne
II2
Métif & de la Métive
II2
Sang-Mélé & de la Quarteronne
III
Quarteronné & de la
IIO
Mamelouc & de la
IIO
Quarteron & de la Métive VII
Les cinq manières qui produifent le Mamelouc, > font dans le rapport de
I16 à 120 parties parties blanches, fur 8 ou 12 parties noires.
M A M E L 0 U C.
Venu du Blanc & de la Métive Mamelouc & de la Mamelouque Sang Mélé & de la Métive Quarteronné & de la
IO
Mamelouc & de la
I16
VIII
Les quatre combinaifons du Quarteronné vont de 122 à 124 parties blanches & de 4 à 6 parties noires.
U A R T E R 0 N N É.
Venu du Blanc & de la Mamelouque
blanches, fur 8 ou 12 parties noires.
M A M E L 0 U C.
Venu du Blanc & de la Métive Mamelouc & de la Mamelouque Sang Mélé & de la Métive Quarteronné & de la
IO
Mamelouc & de la
I16
VIII
Les quatre combinaifons du Quarteronné vont de 122 à 124 parties blanches & de 4 à 6 parties noires.
U A R T E R 0 N N É.
Venu du Blanc & de la Mamelouque Ouarteronné & de la Quarteronnée Sang-Mélé & de la Mamelouque Quarteronné avec la --- Page 112 ---
86 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
IX.
Quant au Sang-Mélé, formé de quatre manières, il va de 125 à 127 parties blanches, & d'sne à 3 noires,
SAN G - M É L É.
Venu du Blanc & de la Sang-Mélée
Quarteronnée Sang-Mélé avec la Sang-Mélée Quarteronnée. :
Les conféquences générales qu'on tire de mes nouvelles explications, établiffent qu'on répute toujours nègre, celui qui n'a pas au moins huit parties
du blanc.
Qu'un Sacatra eft entre
8 & 23 parties,
Un Griffe, entre
24 &c39.
I
Un Marabou, entre
40 & 48.
Un Mulâtre, entre
49 &x 70.
Un Quarteron, entre
71 & 1OO.
Un Métif, entre
IOI & II2.
Un Mamelouc, entre
113 & I20.
t Un Quarteronné, entre
I2I & 124.
Et un Sang-mèlé, entre
125 & 128.
qui eft le terfne du Blanc : terme dont la defcendance du Sang-mélé fe
rapproche fans ceffe en fe mélant à des Blancs; car on peut voir que le
Sang - mélé qui parviendrait ainfi au huitième degré ; aurait 127 parties
63/64ime du Blanc, contre un 164ime, d'une partie du nègre; ou 8,191 parties
blanches contre une partic noire, ce qui ne donne réellement pour différence, 2
qu'un infiniment petit.
Il eft vrai que pour appuyer l'opinion, qui, n'admettant pas la poffibilité
de la difparition totale de, la trace du mélange, veut par conféquent qu'une ligne
prolongée jufqu'à linfini, fépare toujours la defcendance blanche de l'autre, on
dit que la nuance qui s'était affaiblie pendant deux ou trois générations, s'avive
& décèle le mélange Africain & que fi ce n'eft pas dans la couleur que l'indice
eft vrai que pour appuyer l'opinion, qui, n'admettant pas la poffibilité
de la difparition totale de, la trace du mélange, veut par conféquent qu'une ligne
prolongée jufqu'à linfini, fépare toujours la defcendance blanche de l'autre, on
dit que la nuance qui s'était affaiblie pendant deux ou trois générations, s'avive
& décèle le mélange Africain & que fi ce n'eft pas dans la couleur que l'indice --- Page 113 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 87
ie rencontre, il eft dans l'affemblage des traits > dans un nez épaté, , dans des
lèvres épaifles, qui ne montrent que trop l'origine. Mais cet indice > auquel
il ferait peut-être plus dangereux de croire qu'on ne le penfe, c'eft l'oeil du
préjugé qui le voit, &c s'il fe promenait dans l'Europe entière, il trouverait
avec ce fyftème > de quoi y former aufli une nomenclature colorée ; car qui n'a
pas obfervé en voyageant dans cette partie du monde, des teints bien obfcurs
& des traits qui femblent appartenir à l'Afrique ? Ily a furement tel quarteron,
deux fois plus blanc qu'un E/pagnol ou qu'un Italien.
Et fi lorfqu'on compte à peine un fiècle & demi depuis que les deux couleurs fe mêlent dans la Colonie françaife 2 il y a déjà des occafions où l'on
eft réduit à douter par rapport à certains individus > quelqués générations
de plus ne peuvent - elles pas amener un rapprochement abfolu quant aux
teintes, furtout dans un climat où la peau de l'Européen lui-même prend un
ton jaunâtre 3 lorfqu'il en éprouve long-tems l'influence ? Cette époque pourrait
même être accélérée par des circonftances particulières, telles
par exemple >
que la tranfplantation dans un pays froid ; l'on fait que le nègre qui habite
la France y eft moins noir qu'aux Antilles , & j'ai conftaté ) fur plufieurs
individus nègres ou colorés, qu'ils étaient d'une nuance bien moins fombre
lHiver que PÉté.
Je dois dire ici, que dans l'évaluation des parties blanches & des parties
noires des divers mélanges > j'ai toujours pris le nègre de
Blanches. Noires,
Le Sacatra de - e
II2
Le Griffe, de
roid ; l'on fait que le nègre qui habite
la France y eft moins noir qu'aux Antilles , & j'ai conftaté ) fur plufieurs
individus nègres ou colorés, qu'ils étaient d'une nuance bien moins fombre
lHiver que PÉté.
Je dois dire ici, que dans l'évaluation des parties blanches & des parties
noires des divers mélanges > j'ai toujours pris le nègre de
Blanches. Noires,
Le Sacatra de - e
II2
Le Griffe, de Le Marabou, de Le Mulâtre, de Le Quarteron, > de Le Métif, de
II2
Le Mamelouc, de Le Quarteronne, de Le Sang-mélé, de En faifant toujours rapporter les nouveaux mélanges à ceux qui les
précèdent, & où le Blanc & le négre font toujours fuppofés agir dans les --- Page 114 ---
88 DESCRIP rIO N DE LA PARTIE
proportions que je viens de défigner, c'eft-à-dire, que le mulâtre que je prends,
Vient d'un Blanc & d'une vraie Negreffe; ce qui lui donne parties égales des deux
nuances, & ainfi des autres.
D'après cette obfervation &x les tables oûj'offre les minimum & les maximum
de chaque nuance, on peut toujours trouver le minimum & le maximum d'un
mélange fubféquent. C'eft ainfi que fi un Blanc eft mêlé à une mulâtreffe > de
70 parties blanches qui eft le maxium 3 le quarteron qui en proviendra aura 99
parties blanches, tandis que le même Blanc mélé à la mulâtreffe de 56 parties
blanchés qui eft le minimum, ne produira qu'un Quarteron de 92 parties blanches.
On peut encore fe convaincre par les recherches des maximum &c des minimum
qu'il eft rigoureufement poffible qu'un quarteron, par exemple pris dans le
minimum ne foir qu'égal au mulâtre pris dans le maximum. En effet, fi un
mamelouc de II6 parties blanches a procréé avec une griffonne de 24, le
quarteron qui leur devra le jour n'aura que 70 parties, & ne fera conféquemment
qu'égal au mulâtre de 70 parties > &c cependant dans la colonie l'un fera réputé
quarteron, & l'autre mulâtre feulement.
On peut même trouver que l'individu de la nuance confidérée comme fupéricure, ait moins de parties blanches que l'individu de la nuancer réputée inférieure.
En voici un exemple. Le Mulâtre & la Marabou font un Mulâtre > qu'on place
conféquemment au-deffus du Griffe. Cependant fi ce Mulâtre & cette Marabou
font tous les deux aul minimum 3 l'un n'aura que 56 parties blanches, & l'autre que
34 feulement Ce Mulâtre n'aura donc réellement que 45 parties blanches,
quoiqu'on le mette au - deffus de ceux d'entre les Marabous > qui en ont
jufqu'à 48.
On doit en conclure > que l'arbitraire agit fur toute la claffification, & que
l'on ne peut offrir que les approximations que j'ai établies, Elles donnent
cependant lieu de remarquer qu'en général , l'arbitraire a plutôt augmenté que
diminué l'évaluation des nuances 5 je veux dire que le calcul mathématique
ferait defcendre plus d'individus d'une nuance dans la nuance au-deffous, qu'il
(*) Car le Marabou peut avoir pourayeul un Griffe de 24 parties blanches feulement, ce
a réduit fa mère Sacatra 3 venue de ce Griffe & d'une négreffe , à n'avoir plus que 12 parties qui
blanches. Or cette mère & un Mulâtre de 56 parties, n'oni pu faire qu'un Marabou de 34 parties
blânches.
n'en
ématique
ferait defcendre plus d'individus d'une nuance dans la nuance au-deffous, qu'il
(*) Car le Marabou peut avoir pourayeul un Griffe de 24 parties blanches feulement, ce
a réduit fa mère Sacatra 3 venue de ce Griffe & d'une négreffe , à n'avoir plus que 12 parties qui
blanches. Or cette mère & un Mulâtre de 56 parties, n'oni pu faire qu'un Marabou de 34 parties
blânches.
n'en --- Page 115 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE 89
n'en ferait monter de celle-ci dans l'autre ; d'autant que lorfque 3
par exemple 3
un enfant vient d'un Quarteron clair avec une Griffonne claire., au lieu de le
réputer Marabou, on le claffe alors parmi les Mulâtres, & ainfi des autres
combinaifons.
Ces approximations peuvent encore préfenter certains rapports inverfes, lorfqu'on prénd alternativement le Blanc & le Noir pour terme de comparaifon.
C'eft ainfi que tandis que le Quarteron a 4 du Blanc &c 4 du Nègre > le Griffe
a * du Nègre & ;du Blanc ; que tandis que le Métif a 4 du Blanc & # du
Noir, le Sacatra a % du Noir & + du Blanc.
Ce ferait, peut-être 3 après tant de-récherches fur Ies dénominations tirées de
la couleur. 3 le lieu d'en faire fur la caufe de celle-ci dans les
differtation où
nègres 3 mais cette
je ne réunirais furement pas plus de lumières qu'il n'y en a dans
celles qui ont été publiées fur cette matière, m'écarterait fans utilité, j'ofe le
dire, de mon fujet, & ne fervirait qu'à ajouter une opinion de plus à celles
qui ont confidéré la chaleur, comme la caufe principale de la couleur foncée
du nègre ; caufe que mille circonftances peuvent accélérer, ralentir, balancer
ou détruire, fans qu'il foit permis à l'homme de porter un jugement certain fur
ce point. Il eft toujours trés-évident, que la caufe quelconque de la couleur du
nègre 3 n'agit pas feulement fur les humeurs de fa peau, puifque celle deftinée
à la procréation, conferve de linfluence fur les mélanges dont elle eft
élément, quoique cette influence colorée ne foit pas toujours dans la
un
où un calcul purement arithmétique la préfente.
proportion
Je dirai même à ce fujet un fait que l'on peut vérifier comme moi, c'eft
que dans la combinaifon d'une nuance avec la même nuance, la teinte fe
rénforce ; c'eft ce qui eft fenlible furtout dans le
mère qui font
Mulâtre 3 venu de père & de
Mulâtres; ; fa peau eft plus fombre que celle des autres Mulâtres
qui ont cependant moins de parties blanches que lui.
La difficulté d'arriver aux derniers degrés du mélange vers le Blanc, , parce qu'ils exigent plus de tems, & ce que j'ai dit de la faible conftitution
du Quarteron, du Métif & du Mamelouc > doit convaincre que les nuances
les plus rapprochées du nègre > font les plus communes. Auffi parmi les
Affranchis, trouve-t-on deux fixièmes de nègres, trois fixièmes de Mulâtres ou
de Marabous, de Griffes & de Sacatras que l'on confond avec les Mulâtres
>
Tome I
M
, parce qu'ils exigent plus de tems, & ce que j'ai dit de la faible conftitution
du Quarteron, du Métif & du Mamelouc > doit convaincre que les nuances
les plus rapprochées du nègre > font les plus communes. Auffi parmi les
Affranchis, trouve-t-on deux fixièmes de nègres, trois fixièmes de Mulâtres ou
de Marabous, de Griffes & de Sacatras que l'on confond avec les Mulâtres
>
Tome I
M --- Page 116 ---
93 DESCRIPTION DE LA PARTIE
&c un dernier fixième d'individus des nuances fupérieures > à compter du
Quarteron inclufivement.
Dans la propre opinion des Affranchis, il y a une grande diftance entre les
Affranchis nègres & les autres 3 qui relativement aux nègres, femblent fe
réunir tous en une feule clafe. Il faut avouer que quelques motifs réels appuyeraient cette prévention. - fi elle n'était pas pouffee auffi loin. La première > c'eft
que plufeurs négrefes font affranchies, parce qu'elles ont eu pour leurs maîtres
une complailance qui n'eft pas au proft des mceurs, & parmi celles-là > ccmme
parmi celles qui ont obtenu la liberté pour avoir été nourrices ou pour d'autres
fervices. réels, il en eft un affez grand nombre qui nées en Afrique, font
trés-inférieures en intelligence & en avantages corporels, aux négreffes efclaves
nées dans la Colonie. Auffi y a-t-il fort peu de nègres libres dont les habitudes
diffèrent de celles des nègres efclaves, &c ceux qui s'en écartent feront affez
bien peints parce que je dirai des Affranchis des autres nuances.
Les plus nombreux, ceux mêmes qui le font affez pour que leur nom foit
donné dans l'ufage ordinaire à tout ce qui n'eft pas nègre ou Blanc, ce font
les Mulâtres.
J'ai déjà dit qu'ils étaient bien faits, d'une forme agréable & fort intelligens;
mais ils pouffent aufli loin que le nègre, l'indolence & l'amour du repos. Ces
hommes font capables de réuffir dans tous les arts méchaniques & libéraux, &
quelques-uns l'ont prouvé d'une manière qui aurait dà les exciter tous, fi ne
rien faire n'était pas pour eux le bonheur fuprême. Le Mulâtre ouvrier travaille
lorfque le befoin eft devenu impérieux, & encore fa fobriété, aufii grande que
celle du nègre & la nature du climat, lui laiffent-elles la poffibilité d'une
longue lutte avec ce befoin; puis il retourne à l'oifiveté, jufqu'à ce que la
même caufe ramène le même effet. Sans doute il eft des exceptions à ce trait
général 3 on connaît des Mulâtres laborieux > occupés de fe procurer une
exiftence douce 3 à l'abri de la misère, & même accompagnée de jouiffances
plus ou moins agréables; mais la facilité avec laquelle on les compte 3 appuye
l'obfervation générale.
Le Mulâtre aime le plaifir $ c'eft fon unique maître, mais ce maître eft
defpotique. Danfer, monter à cheval, facrifier à la volupté, voilà fes trois
paffions. Il égale le Créol blanc daps la première, & le laiffe loin derrière
3 à l'abri de la misère, & même accompagnée de jouiffances
plus ou moins agréables; mais la facilité avec laquelle on les compte 3 appuye
l'obfervation générale.
Le Mulâtre aime le plaifir $ c'eft fon unique maître, mais ce maître eft
defpotique. Danfer, monter à cheval, facrifier à la volupté, voilà fes trois
paffions. Il égale le Créol blanc daps la première, & le laiffe loin derrière --- Page 117 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 91
lui dans la dernière. QJant à fon goà: pourles chevaux, il ne faut qu'un fait pour
le prouver & le faire juger > c'eft que dans toutes les Colonies, la première
injure qu'on adreffe à un Mulâtre, c'eft de l'appeller volor cboual; voleur de
chevaux.
On fait du Mulâtre un excellent foldat, & une foule de circonftances l'ont
prouvé à Saint-Domingue, , notamment les levées de Maréchauffée > les Chaffeurs
formés par M. de Belzunce en 1762, les Chaffeurs- Royaux de 1779 qui ont
marché au fiège de Savannah dans la Georgie. Il femble même qu'alors il
perde de fa pareffe, mais tout le monde fait que la vie du foldat, a dans les
loifirs qu'elle laifle, de l'attrait pour les hommes indolens. Il eft bien conftant
que dans la Zône Torride, il ne peut pas exifter un défenfeur plus précieux
que celui qui vit de peu 5 qui fe contente des racises 8x des fruits que le
climat produit; qui ne redoute pas le foleil & auquel il ne faut, pour ainfi
dire > point de vêtemens 5 qui gravit une montagne avec agilité 5 qui fait
monter au haut d'un arbre & qui réuffit affez à la chaffe po.r re prefque
jamais perdre fon coup. Il ne faut cependant pas prétendre à une difcipline
qui s'étende jufqu'à le caferner. Un Mulâtre foldat pourra fe trouver exactement aux appels du jour, peut-être même à celui du foir 5 mais c'eft en
vain qu'on veut gêner fa liberté la nuit: elle appartient au plaifir & il ne
l'engage point, quelque traité qu'il ait fait d'ailleurs.
Ce font les Mulâtres qui communément pourfuivent les efclaves fugitifs,
& l'on juge alors de leur fupériorité locale fur tout autre foldat 5 d'autant
qu'en quittant leur fouliers, ils ont les mêmes avantages que Pefclave qui
fe fert de fon pied nû pour monter jufques fur des rochers; ou pour defcendre de rapides falaifes.
Le Mulâtre aime la parure : la vefte, le pantalon de toile fine, le chapeau
retapé, & les mouchoirs de tête & de cou lui font chers. Dans des jours
de marque, il a fouvent des bas & un habit & toujours de la grace &x de
l'élégance, de quelque manière qu'il foit vêtu. Prefque imberbe, il paraît
long-tems jeune ,jufqu'à ce qu'enfin le blanc de fes yeux fe jauniffe & annonce
les progrès de l'age. Celui-ci amène les cheveux blancs & les taches de la
peau, qu'on voit même paraitre de bonne heure chez quelques-uns fous le
nom de Lotas & qui préfagent une altération cutanée dont les caractères font
la laideur &x la difformité. Cependant, & dans cet état qui excite le dégoût,
M 2
long-tems jeune ,jufqu'à ce qu'enfin le blanc de fes yeux fe jauniffe & annonce
les progrès de l'age. Celui-ci amène les cheveux blancs & les taches de la
peau, qu'on voit même paraitre de bonne heure chez quelques-uns fous le
nom de Lotas & qui préfagent une altération cutanée dont les caractères font
la laideur &x la difformité. Cependant, & dans cet état qui excite le dégoût,
M 2 --- Page 118 ---
92 DESCRIPTION DE LA PARTIE
le Mulâtre fournit encore une longue carrière; c'eft celui de tous les êtres
de Saint-Domingue 3 dont la vie eft la plus prolongée.
Tous les avantages donnés par la nature au Mulâtre font prodigués à la
Mulâtreffe. Ce que j'ai écrit en peignant les Créoles blanches lui convient
parfaitement, fi on le fait rapporter à l'élégance des formes, à la facilité des
mouvemens; mais elle porte plus loin cette nonchalance qui annoncerait la
faibleffe, f cette caufe n'était pas démentie par le langage des yeux. A fa
démarche lénte; accompagnée de mouvemens de hanches 3 de balancemens
de tête; à Ce bras qui fe meut le long du corps en tenant un mouchoir
à un petit morceau de racine devenu une efpèce de broffe qui frotte fréquem- 5
ment P'émail des plus belles dents, reconnaiffez l'une de ces prétreffes de Vénus
auprès defquelles les Lais, les Pbriné auraient vu s'évanouir toute leur célébrité.
L'être entier d'une Mulâtreffe eft livré à la volupté , 8c le feu de cette
Déeffe brûle dans fon coeur pour ne s'y éteindre qu'avec la vie. Ce culte
voilà tout fon code, tous fes voeux, tout fon bonheur, Il n'eft rien que l'imagination la plus enflammée puiffe concevoir, qu'elle n'ait preffenti, deviné,
accompli. Charmer tous les fens, les livrer aux plus délicieufes extafes, les
fulpendre par les plus féduifans raviffemens : voilà fon unique étude ; & la
nature, en quelque forte, complice du plaifir, lui a donné charmes,
appas 3
ienfibilité, & ce qui eft bien plus dangereux, > la faculté d'éprouver encore
mieux que celui avec qui elle les partage, des jouiffances dont le code de Papbos
ne renfermait pas tous les fecrets.
On fe rappelle quej'aicité les Mulâtreffes comme les Créoles les plus précoces. Cette particularité > leurs dilpofitions naturelles, les féduétions de leurs
femblables, l'effet d'une réputation qui appartient à toute la claffe, font autant
de caufes qui les vouent de bonne heure à l'incontinence. On ferait affligé
de voir jufqu'à quel point ce défordre s'eft accru, > & quelquefois le terme
qui fépare l'enfânce de la puberté & qui appartient, pour ainfi dire 3 également aux deux, eft à peine refpeété. De là tous les maux dont le moindre
n'eft pas d'empêcher la reproduétion, ou de n'en faire réfulter que des êtres
faibles & débiles.
Le luxe des Mulâtreffes eft pouffe au dernier terme > & depuis 1770 il
a fait des progrès qui paraiffent incroyables à ceux qui ont pu comparer les
deux époques. C'eft toujours dans les villes qu'on doit l'obferver pour en
3 également aux deux, eft à peine refpeété. De là tous les maux dont le moindre
n'eft pas d'empêcher la reproduétion, ou de n'en faire réfulter que des êtres
faibles & débiles.
Le luxe des Mulâtreffes eft pouffe au dernier terme > & depuis 1770 il
a fait des progrès qui paraiffent incroyables à ceux qui ont pu comparer les
deux époques. C'eft toujours dans les villes qu'on doit l'obferver pour en --- Page 119 ---
FRANÇAISE DI E SAINT-DOMINGUE
avoir une idée exaéte. Ce luxe confifte, prefque
dans
entièrement,
un feul objet,
lhabillement, puifque rien n'eft d'ordinaire plus fimple que le logement d'une
Mulâatreffe, qui confifte en une ou deux pièces ou chambres tout
L'une de ces pièces fert de falon : elle eft fouvent fans
>
au plus.
autre tenture
papier; une glace, une table, un beau cabaret avec des porcelaines, de qu'un
chaifes de paille peintes, ou de rotin, tel en ef Faneublement. Dans la jolies
font les mêmes chofes, mais d'un autre
feconde
goût; puis un lit couvert d'une belle
perfe, élevé de quatre ou cinq pieds, fuivant l'ufage de la Colonie;
deux armoires du plus bel acajou, & un lit de repos du même une ou
l'ufage n'eft pas un problême infoluble. Si le logement n'a bois, dont
tout ce que je viens de détailler s'y réunit, & une cuifine & qu'une des pièce >
extérieurs pour les efclaves, complètent la demeure d'une Affranchie. logemens
cependant vû quelques-unes qui pouffaient la recherche
On en a
qui avaient des maifons
beaucoup plus loin &
fomptueufes, mais ce genre n'eft pas commun à SaintDomingue 3 quoiqu'il ait rendu affez fameux le nom d'une courti@ane-Mulatreffe
que fuivirent long-tems le plaifir, la curiofité &c la fortune.
Comme toutes les Créoles, les Mulâtreffes mangent fans avoir d'heures
pour les repas, & elles vivent avec une frugalité
fixes
doute contribue à leur confervation. C'eft
remarquable, & qui fans
donc, 3 encore une
aux
que tout eft réfervé. Tout ce que l'Inde produit de
fois, vêtemens
en
plus beau, de plus
mouffelines, en mouchoirs, en étoffes & en toiles, vient
précieux
de la mode pour embellir ce fexe coloré, De riches
prendre les formes
la multiplicité, plus que le
dentelles, des bijoux dont
genre augmente la valeur > font
profulion; &c le défir de ces chofes coûteules eft tellement employés avec
voit un affez grand nombre de Mulâtreffes à
infatiable, qu'on
en
Saint-Domingue,
changer entier de vétemens, tous les jours d'une année.
qui pourraient
Depuis le fimple défhabillé, juiqu'à la robe légère les
en négligé, tout entre dans la toilette des différentes que Blanches portent
degré qu'elles ont atteint dans
Mulâtreffes, fuivant le
C'eft même
l'opinion, & le prix dont on paye leurs
aux premiers élans
font
défaites.
qu'elles
vers le luxe,
ont été initiées à certains myftères
qu'on juge qu'elles
&z que ce luxe eft le fignal d'une parce que l'amant favorifé orne fa conquête,
nouvelle perte pour la vertu.
A ce goût de multiplier les habits & les bijoux, fe réunit
augmenter confidérablement la
ce qui doit en
dépenfe, c'eft le défaut de foin pour les confer.
e leurs
aux premiers élans
font
défaites.
qu'elles
vers le luxe,
ont été initiées à certains myftères
qu'on juge qu'elles
&z que ce luxe eft le fignal d'une parce que l'amant favorifé orne fa conquête,
nouvelle perte pour la vertu.
A ce goût de multiplier les habits & les bijoux, fe réunit
augmenter confidérablement la
ce qui doit en
dépenfe, c'eft le défaut de foin pour les confer. --- Page 120 ---
94 DESCRIPTION DE LA PARTIE
ver; c'eft cette prodigalicé qui fait que les chofes les plus difpendieufes font
comme dédaignées, en les employant lors même que leur ufage eft un véritable
abus, ou en les rejettant parce qu'elles ont déjà fervi quelquefois. Prelque
jamais une Mulatreffe ne prendra l'aiguille, dont elle fe fert comme une fée,
pour prolonger la durée d'une parure achetée fort cher; fon orgueil lui dit qu'il
faut la remplacer par une autre, & elle fait comment elle a acquis la première,
Ce que j'ai peint jufqu'ici des Mulâtreffes, a affez préparé à m'entendre
dire que la plus grande publicité accompagne leurs aétions. La plupart d'entre
elles demeurent chez un Blanc, cû, fous le titre bien peu mérité de ménagères,
elles ont toutes les fonétions d'une époufe, fans être fort difpofées à accomplir
les devoirs de ce titre. Les autres ont des logemens qui leur font propres. Ce
font autant d'écoles où le favoir eft promptement acquis, mais aux dépens de
l'innocence, de la bourfe &z très-fiéquemment de la fanté.
C'eft même à ce dernier égard, qu'on remarque deux particularités. L'une,
que le poifon de l'amour eft plus aétif chez les Mulâtreffes que chez les
autres femmes > les Griffonnes exceptées 5 & la feconde > que malgré les
maux qu'elles éprouvent elles-mêmes de l'excès des plaifirs, on les voit fouvent
& toujours avec furprife, prendre. vers l'àge de trente-cinq ans, un embonpoint
qui reproduit plufieurs de leurs charmes, & qui leur donne encore des droits
à plaire. Il ferait cependant très-peu raifonnable de penfer que cette efpèce de
palingénéfie, foit le partage de toutes celles qui en ont befoin ; mais on peut
affurer que l'âge qui, dans les climats tempérés, eft celui de la deftruétion des
femmes prodigues de leur exiftence, n'eft pas plus funefte aux Mulâtreffes,
qu'aux autres femmes qui n'ont pas adopté le même calcul.
Il ne faudrait pas conclure non plus, de ce que je dis des moeurs des
Mulatreffes, qu'iln n'en eft point qui connaiffent la vertu. Oui,lon en voit dont
la conduite mériterait d'être prife pour modèle 5 qui ont même de plus à
attendre, l'éloge d'avoir réfifté à l'exemple de leurs fembiables, aux féduétions
fans nombre dont elles font environnées 3 d'autant que le préjugé leur refufe la
confidération, qui eft le jufte prix de tant de facrifices & d'un combat où il
faut plus d'un genre de courage pour triompher. Mais ces exceptions fon:
malheureufement bien rares. C'eft celles qui en font l'objet, que des Blancs
ou des hommes de leur claffe prennent quelquefois pour époufes. Quand
elles font unies à ces derniers, elles ont prefque toujours une palme de plus à
environnées 3 d'autant que le préjugé leur refufe la
confidération, qui eft le jufte prix de tant de facrifices & d'un combat où il
faut plus d'un genre de courage pour triompher. Mais ces exceptions fon:
malheureufement bien rares. C'eft celles qui en font l'objet, que des Blancs
ou des hommes de leur claffe prennent quelquefois pour époufes. Quand
elles font unies à ces derniers, elles ont prefque toujours une palme de plus à --- Page 121 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 95
obtenir, , pour n'avoir pas imité un époux dont la fidélité n'eft pas l'apanage,
& pour fouffrir, avec plus ou moins de réfignation, les mauvais traitemens qu'ils
leur prodiguent, & qu'on doit imputer au défaut d'éducation, & à un penchant
jaloux.
C'eft donc réellement à l'écat de courtifane , que les Mulatrefes font
prefque généralement condamnées, &c elles y font affociées avec les femmes
efclaves. Ce commerce illégitime qui offenfe les mceurs &c la morale religieufe,
eft cependant regardé comme un mal néceffaire, dans les Colonies où les femmes
Blanches font en petic nombre, & furtout dans celle de Saint-Domingue, où
cette difproportion eft encore plus grande. II femble qu'il prévienne de
plus grands vices: les faibleffes des. maitres pour les efclaves, font caufe que
l'efelavage eft adouci. On eft même en quelque forte autorifé à dire, que la
chaleur du climat qui irrite les défirs, & la facilité de les fatisfaire > rendront
toujours inutiles les précautions légiflatives qu'on voudrait prendre contre cet
abus, parce que la loi ie tait où la nature parle impéricufement.
On conçoit auffi que l'exemple des femmes efclaves, influe fur les moeurs
de celles qui font libres. Les négreffes venues d'Afrique, où la polygamie eft
autorifée, favent que par leur commerce illégitime avec les Blancs, elles peuvent
améliorer leur fort & celui de leurs enfans, & c'eft affez pour les porter à la
condefcendance. Ainfi l'influence du climat, le goût du luxe, l'éloignement
pour les époux de leur claffe, qui font les maris les plus foupçonneux & les
plus defpotiques, tout porte les femmes de couleur à fuir le mariage & à fe
livrer à un concubinage lucratif, qui fatisfait mieux leurs inclinations voluptueufes, & auquel elles doivent leur liberté.
C'eft le concubinage des Blancs avec les négreffes, qui eft Ia caufe que les
Mulâtres affranchis font auffi nombreux ; car les Mulâtreffes libres font ellesmêmes très-peu d'enfans', précifément par le genre de vie qu'elles ont adopté.
En fecond lieu, le climat de Saint-Domingue étant moins favorable aux
enfans dont la nuance s'approche du Blanc, les Quarterons réuffiffent peu. Enfin
la corruption des moeurs qui mène tous les vices à fa fuite, fait craindre la
maternité aux Mulatreffes. De là 3 les moyens &x peut - être les crimes
qui en garantiffent. Ce ne ferait donc pas hafarder une erreur, que de foutenir
que fi les Mulâtres libres n'étaient pas recrutés par des enfans de Blancs & de
négrefes, cette claffe mettrait bien moins de tems à difparaitre, qu'il ne lui en
a fallu pour arriver au terme où elle eft parvenue,
ices à fa fuite, fait craindre la
maternité aux Mulatreffes. De là 3 les moyens &x peut - être les crimes
qui en garantiffent. Ce ne ferait donc pas hafarder une erreur, que de foutenir
que fi les Mulâtres libres n'étaient pas recrutés par des enfans de Blancs & de
négrefes, cette claffe mettrait bien moins de tems à difparaitre, qu'il ne lui en
a fallu pour arriver au terme où elle eft parvenue, --- Page 122 ---
96 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
L'éducation phyfique des enfans de couleur 3 eft abfolument la même que
celle des enfans blancs, & elle produit les mêmes avantages quant à leur taille
& à l'exemption des défauts corporels. Les femmes de couleur ont pour leurs
enfans une tendreffe qui eft bizarre auffi dans fes effets, mais je n'oferais pas dire
qu'elle foit accompagnée d'autant de foins que celle des Blanches & des
négreffes.
Ces femmes font des maîtreffes fort impérieufes & très-redoutées.
3 quoiqu'il
foit très-commun de voir des Mulâtreffes libres 3 vivant dans la plus grande
familiarité avec des femmes efclaves : mais ce ne font pas les leurs. Et j'obferve
à cet égard que cette @millanié.quelquefaias fondée fur la parenté > a très-fouvent
pour caufe, les préfens que des Affranchies reçoivent des efclaves qui ont des
amans dans leurs maitres ou dans d'autres Blancs, qui leur donnent les moyens
d'être généreufes. En général, les Mulâtres tirent même de grands fecours des
efclaves avec lefquels ils ont des rapports de différens genres, fans s'en croire
humiliés.
Un trait bien remarquable > c'eft la fidélité & le fecret avec lequel les femmes
de couleur font fervies par leurs négreffes; car une opinion prefque impéricufe
leur défend d'avoir des efclaves pris dans les nuances mélangées. Une
>
même la plus maltraitée, ne confent prefque jamais à trahir fa maîtreffe, négreffe, ni à >
écouter un homme à qui celle-ci accorde des faveurs. Si enfin elle fuccombe,
c'eft en tremblant, c'eft en défirant que la maifon, ou au moins l'autel où fa
maîtreffe facrifie au plaifir, ne foit pas le lieu où elle fe livre elle-même à fon
vainqueur. Cet effet de la craiate eft d'autant plus fingulier, qu'il n'a lieu
dans les fervantes d'une époufe blanche.
pas
Ce qu'on fe perfuadera facilement, c'eft qu'il y a entre les Mulâtreffes &
les Blanches, une antipathie qui prend fa fource dans la perfuafion que leurs vues
s'entre-nuifent. Les unes veulent des époux, les autres cherchent à empêcher
qu'on ne le devienne > ou du moins à faire agir comme fi on ne l'était pas. De la,
cette haine qui fe montre dans les actions, dans les difcours ; de là, les unions
malheureufes, la ruine de plufieurs familles, & quelquefois encore des écarts
de moeurs de la part de Blanches, à qui le défir de la vengeance confeille
d'imiter, en quelque chofe, celles qui ont caufé leurs maux. Un fait très-conftant
c'eft que fort peu de femmes de couleur refufent leurs faveurs à un Blanc dès
qu'il eft marié, furtout s'il facrifie dans cette infidélité, une époufe que les
graces
unions
malheureufes, la ruine de plufieurs familles, & quelquefois encore des écarts
de moeurs de la part de Blanches, à qui le défir de la vengeance confeille
d'imiter, en quelque chofe, celles qui ont caufé leurs maux. Un fait très-conftant
c'eft que fort peu de femmes de couleur refufent leurs faveurs à un Blanc dès
qu'il eft marié, furtout s'il facrifie dans cette infidélité, une époufe que les
graces --- Page 123 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
grâces auraient dû fauver d'une préférence que rien n'excufe. Qui croirait cependant
que les Mulâtreffes font fouvent prifes pour modèle par les Blanches, dans leurs
ajuftemens négligés, 8z qu'il en eft parmi celles-ci qui ont, avec les premières,
des converfations, où une curiofité toujours déplacée & qui n'eft pas exempte
de dangers, n'eft fatisfaite qu'aux dépens de la décence ! On eft même affez
furpris de voir que dans leurs attitudes 2 leur démarche &c leurs gettes, beaucoup
de jeunes Créoles s'étudient à imiter les Mulâtreffes, qu'elles fe dépitent tant
d'avoir pour rivales, & dont elles augmentent ainfi l'orgueil.
Cet orgueil confifte furtout à montrer fes triomphes, & dans la Colonie il
ferait bien difficile que quelque chofe reftât fecret; d'ailleurs entre elles-mêmes
les Mulâtrefles fe difputent les viétoires, &c dans leurs querelles, tout feraic
révélé,s'ilyavait quelque chofe de caché. La publicité ,je le redis, eft une de
leurs plus douces jouiffances, & c'eft au plaifir qu'elles y trouvent,
doit l'ufage qui fait que 3 chaque foir, à l'heure du coucher, on voit fortir qu'on les
filles de couleur de chez elles, 3 fouvent éclairées par un fanal, porté
efclave, & allant paffer la nuit chez celui qu'elles aiment le
par une
le mieux.
plus, ou qui les
paye
Les Mulâtreffes affectent une forte de dédain pour les Mulâtres, & même
dans leurs bals qui reffemblent à ceux des Blanches, elles ne veulent d'autres
hommes que des Blancs. J'affure néanmoins que chez un grand nombre d'entr'elles, ce dédain n'eft que fimulé, & que plus d'une a pour favori un
qu'elle embellit fecrètement de ce qu'elle reçoit d'un Blanc qui
Mulâtre,
fallait, que fa bien-aimée a une averfion infurmontable
les jurerait, s'il le
pour hommes colorés,
Il en doute d'autant moins > que cette bien-aimée eft une tigreffe en
& comment
jaloufie,
fuppofer qu'une femme jouc un fentiment qu'elle n'éprouve !
Il eft des Mulatreffes, que leur célébrité ne garantit pas du
pas
défagrément de
choquer l'odorat, & que l'ufage des parfums ne fait que trahir
Mais
défaut n'eft rien moins que général. Elles aiment la plus d'avantage.
ce
font
exquife propreté, & elles
un ufage continuel des bains. Elles ont même à cet égard, une habitude bien
plus favorable à la beauté que celle des Blanches, parce qu'elles employent
l'eau froide. C'eft à ce moyen qui donne du ton aux chairs & à la fibre toujours
doivent fans doute, de paraître plus
de
$ qu'lles
long-tems jeunes 3 8c n'être pas habituellement vaporeufes, elles qui font de toutes les femmes, celles dont le genre nerveux
eft le plus travaillé par le magnétifme de l'amour; elles qui aiment les fleurs
Tom. I.
N
itude bien
plus favorable à la beauté que celle des Blanches, parce qu'elles employent
l'eau froide. C'eft à ce moyen qui donne du ton aux chairs & à la fibre toujours
doivent fans doute, de paraître plus
de
$ qu'lles
long-tems jeunes 3 8c n'être pas habituellement vaporeufes, elles qui font de toutes les femmes, celles dont le genre nerveux
eft le plus travaillé par le magnétifme de l'amour; elles qui aiment les fleurs
Tom. I.
N --- Page 124 ---
93 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
avec pafion, quis'en parent 3 qui en jonchent leurs lits & leurs armoires, & qui,
fachant bien que leur parfum éveille la volupté > ont un grand plaifir à en
former des bouquets pour l'objet qui leur eft cher. Il eft rare qu'une fille de
couleur aille le foir trouver fon amant, fans s'être plongée auparavant dans l'eau
froide 3 ou fans en avoir fait verfer à grands flots par fes efclaves, depuis fes
épaules jufqu'à fes pieds ( car la coiffure eft faite pour durer deux ou trois
jours fans quitter la tête ); &c elle arrive ainfi avec la fraicheur & la dureté du
marbre.
Tout ce qu'on vient de lire fur les Mulâtres des deux fexes, eft applicable
prefqu'en totalité, aux Gens de couleur des nuances plus blanches, pourvu qu'on
en excepte ce qui tient à la force du tempéramment 3 à l'aptitude au plaifir
& à la prolongation de la vie. Qu'on fe rappelle toujours que le Quarteron, le
Métif & le Mamelouc, font, à tous égards 2 inférieurs aux Mulâtres, &c qu'à
partir du Quarteronné, on retrouve le phyfique du Blanc.
Les Gens de couleur font, en général, bons & fufceptibles d'élévation dans
l'ame, & les femmes font compatiffantes pour les pauvres &c furtout pour les
malades à un point qu'on ne peut affez louer. Le manque d'éducation &c
l'imication des vices & des ridicules des Blancs qu'ils outrent, font leurs plus
grand défauts. Ils font fort hofpitaliers, & s'ils pouvaient vaincre leur indolence,
les Colonies poffederaient en eux des êtres précieux. On peut leur reprocher 3
des crimes; mais ce font des hommes, & des hommes quelquefois encore
trop près de la fervitude, pour qu'on doive en être étonné. Les fuccès de
plufieurs d'entr'eux dont l'enfance a été cultivée en France, prouve que les
ravaler, comme font certaines perfonnes, c'eft facrifier aveuglément au préjugé;
tandis que les turpitudes de beaucoup d'autres;, leurs mceurs & leur inaptitude
aétuelles font la plus forte critique de l'opinion de ceux qui Veulent qu'on les
croie fupérieurs aux Blancs.
Il me refte à dire que parmi les efclaves font auffi des Gens de couleur
de toutes les nuances. Il eft prefque, fans exemple, qu'il y en ait d'employés
à d'autres ufages. qu'aux foins purement domeftiques > 8z il ne faue guères
compter que des Mulâtres. Ces efclaves fe croient fupérieurs aux nègres
libres à caufe de leur rapprochement du Blanc par leur nuance; & par leurs
mceurs, ils font, en quelque forte, encore une claffe mitoyenne entre l'efclavage
8z l'affranchillement, ou plurôt entre l'efclavage extrêmement adouci & l'affran-
à d'autres ufages. qu'aux foins purement domeftiques > 8z il ne faue guères
compter que des Mulâtres. Ces efclaves fe croient fupérieurs aux nègres
libres à caufe de leur rapprochement du Blanc par leur nuance; & par leurs
mceurs, ils font, en quelque forte, encore une claffe mitoyenne entre l'efclavage
8z l'affranchillement, ou plurôt entre l'efclavage extrêmement adouci & l'affran- --- Page 125 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGI UE.
chiffement tacite dont jouiffent beaucoup d'efclaves de toutes les nuances qui,
foit par la condefcendance de leurs maitres, foit parce qu'ils fe font rachetés
eux-mêmes envers lui des devoirs de l'efclavage, foit enfin parce que l'adminiftration publique ferme les yeux fur cet abus, font réputés Affranchis fans
l'être. Mais je les ai deffinés, en parlant de ceux pour lefquels ils font des
efpèces d'auxiliaires.
Enfin on appelle Méfalliés 3 les Blancs dont les. femmes ne font pas des
Blanches. Il faut les regarder comme un nouvel intermédiaire, entre les Blancs
& les Gens de couleur. Ils appartiennent cependant à ces derniers, par leur
alliance. Mille occafions différentes me raméneront encore, dans le cours de
cette Defcription 3 à offrir des traits qui appartiendront aux Affranchis, parmi
lefquels un affranchiffement plus ou moins ancien & un plus grand éloignement
de la couleur du nègre > font des prérogatives qu'ils invoquent, au moins en
fecret. Mais ee que je défire que le Leéteur retienne > c'eft que je me fervirai
indiftinétement de ces mots 3 Gens de Couleur & Sang-mélés, pour défigner tous
ceux qui ne font ni Nègres ni Blancs, & que j'entendrai par Afrancbis, tout
ce quin'eft ni Blanc ni Efclave.
O
e
N 2
plus grand éloignement
de la couleur du nègre > font des prérogatives qu'ils invoquent, au moins en
fecret. Mais ee que je défire que le Leéteur retienne > c'eft que je me fervirai
indiftinétement de ces mots 3 Gens de Couleur & Sang-mélés, pour défigner tous
ceux qui ne font ni Nègres ni Blancs, & que j'entendrai par Afrancbis, tout
ce quin'eft ni Blanc ni Efclave.
O
e
N 2 --- Page 126 ---
EOO DESCRIPTION DE LA PARTIE
NO M BI RE ET NATURE
Des Etablifemens de la Partie Françaife de Saint-Domingue.
<
L. Colonie françaife de Saint-Domingue, dont je viens de peindre les
contient 793 manufactures à fucre ou fucreries : 3,150 indigoteries habitans,
cotonneries; 3,117 cafeteries ou cafeyères; 182 guildiveries ou diftilleries ; 789
tafia ou eau-de-vie de fucre; 26 briqueteries &c tuileries; 6 tanneries; fours de
à chaux ou chaufourneries ; 29 poteries &c 50 cacaoyères indépendamment 370 d'une
foule d'autres écabliffemens connus fous le nom de places-à-viores,
y cultive des racines nourriffantes, 3 des grains, des fruits, &
parce qu'on
que l'on y élève des
volailles & d'autres animaux, qui font autant de moyens de fubfiftance.
On compte en outre à Saint-Domingue français 40 mille chevaux ; 50 mille
mulets & 250 mille boeufs, moutons > chèvres ou pourceaux > qui fervent à
l'exploitation des manufactures ou à la confommation des habitans.
DIVISION DE LA COLONIE FRANCAISEEN TROIS PARTIES.
CETTE Colonie a été, dès fon origine, diftinguée en trois portions qui forment
des divifions diftinétes, &x qu'on appelle Partie da Nord, Partie de
&x Partie du Sud; dénominations prifes du point du Ciel, auquel POuef,
chef-lieu de ces trois parties.
répond le
Chacune d'elles eft foumife à un Commandant en fecond * qui reçoit les ordres
immédiats du Gouverneur-Général & de I'Intendant.
Pour être plus clair, & pour mettre en même-tems le Leéteur à portée de
me fuivre avec plus de facilité,j'adopte, pour première divifion, celle de ces trois
Parties; & confidérant que nulle autre claffification ne peut être auffi commode
que celle des paroiffes, je la prends encore pour m'aider moi-même dans les
détails infinis, que préfente une Colonie telle que celle de Saint-Domingue.
neur-Général & de I'Intendant.
Pour être plus clair, & pour mettre en même-tems le Leéteur à portée de
me fuivre avec plus de facilité,j'adopte, pour première divifion, celle de ces trois
Parties; & confidérant que nulle autre claffification ne peut être auffi commode
que celle des paroiffes, je la prends encore pour m'aider moi-même dans les
détails infinis, que préfente une Colonie telle que celle de Saint-Domingue. --- Page 127 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE IOE
- e
PARTIE DU NORD.
CETTE Partie a pour limite atuelle à l'Orient, la Colonie
Elpagnole y
dont elle eft féparée par la Rivière du Maffacre, depuis fon embouchure jufqu'a
fon confluent avec celle de Capotille, enfuite par celle-ci jufqu'à fon confluent
avec la Rivière de la Mine 3 puis par la Rivière de la Mine &c par une
ligne qui va dans le Sud chercher le Piton-des-Ramiers & les Montagnes
de la Mine & de Marie-Gallegue. La Partie du Nord fe trouve donc terminée à
PEC par les Paroiffes du Fort-Dauphin & d'Ouanaminthe, limitrophes de la
Colonie Efpagnole ; ce qui forme une ligne d'environ dix lieues, dirigée du
Nord au Sud depuis la Mer jufqu'aux Montagnes.
Les bornes de la Partie du Nord dans le Sud & dans l'Oueft font :
1°, Une ligne convexe dirigée 3 à-peu-près, de lER-Nord-Ef au SudSud-Oueft qui, prenant du Canton de la Mine dans la Paroiffe d'Ouanaminthe vient fe terminer à la limite commune de la Paroiffe de la Marmelade
& de celle des Gonaïves i ligne qui, dans fa longueur, fépare les Paroiffes françaifes, de Vallière, du Trou, de Limonade, de Sainte-Rofe ou la Grande-Rivière,
du Dondon & de la Marmelade > du territoire efpagnol 5 & 2°, une ligne
finueufe qui ayant pour direction la plus principale > celle du Sud-Eft au NordOueft, fépare ( en allant du point où la précédente finit jufqu'à la Mer ).
les Paroiffes de la Marmelade, de Plaifance > du Gros-Morne &c de JeanRabel, de celles des Gonaïves, de Bombarde & du Môle.
Enfin la Partie du Nord eft terminée dans toute fa longueur Septentrionale,
qui eft d'environ quarante-cinq lieues, > par la Mer qui baigne les Côtes de
la Paroiffe du Môle, de Jean-Rabel,du Port-de-Paix, du Petit Saint-Louis
ou Saint-Louis du Nord, du Borgne, du Port-Margot, du Limbé, de P'Acul,
de la Plaine du Nord, du Cap: > du Quartier-Morin, de Limonade, du Terrier
Rouge, &x du Fort-Dauphin.
C'eft donc dans la Partie du Nord que fe trouve, prefqu'en entier s le prolongement Septentrional dont j'ai parlé à la page 3, & la furface de cette
Partie peut être évaluée à environ quatre cens quatre-vingt lieues carrées.
La Partie du Nord n'a pas toujours été renfermée dans fes limites actuelles
cul,
de la Plaine du Nord, du Cap: > du Quartier-Morin, de Limonade, du Terrier
Rouge, &x du Fort-Dauphin.
C'eft donc dans la Partie du Nord que fe trouve, prefqu'en entier s le prolongement Septentrional dont j'ai parlé à la page 3, & la furface de cette
Partie peut être évaluée à environ quatre cens quatre-vingt lieues carrées.
La Partie du Nord n'a pas toujours été renfermée dans fes limites actuelles --- Page 128 ---
102 DESCRIPTIO: N DE LA PARTIE
Par un ufage auffi ancien que l'établifement de la Colonie
Françaife 3 on a
toujours diftingué celle-ci en plufieurs portions, fous le titre de Quartiers, qu'on
défigne, à leur tour, 3 fous le nom du lieu. principal de chacun de ces Quartiers. C'eft ainfi qu'on a dit le Quartier du Port-de-Paix, le Quartier du Culde-Sac, le Quartier de Nippes, le Quartier du Cap,&cc. Les établiffemens
de la Partie du' Nord ayant commencé par le Quartier du Fort-de-Paix,
celui-ci compofait d'abord feul toute la Partie du Nord; puis vint le Quartier du Cap; pendant long-tems ily eut.même un intervalle prefque vide entre
l'extrémité Orientale du premier & l'extrémité Occidentale du fecond, &z le
Quartier du Cap s'étendait alors jufqu'à la limite efpagnole dans l'Oueft; mais
depuis on vit fe former le Quartier de Bayaha ou Fort-Dauphin; &x Ia Partie
du Nord a été réellement fubdivifée entre ces trois feuls Quartiers durant
d'un demi-fècle.
plus
Une ordonnance du Roi, du Ier. Avril 1768, ayant enfuite fait cinq
tiers de cette étendue 3 la Partie du Nord a eu le Quartier du QuarQuartier de Limonade, le Quartier du Limbé, le
Cap 3 le
Quartier Dauphin & enfin
le Quartier du Port-de-Paix qui s'étendait encore alors', comme précédemment,
jufqu'au Môle inclufivement, Enfin une autre ordonnance du Roi, du 20 Décembre 1776, a fixé la Partie du Nord, telle qu'elle eft en ce moment, & l'a
compofée des cinq Quartiers du Fort-Dauphin, de Limonade, > du Cap,du
Limbé & du Port-de-Paix. Mais quoique par la nomenclature, la Partie du
Nord paraiffe n'avoir rien perdu alors, on lui a réellement ôté les Paroiffes de
Jean-Rabel, du Môle & de Bombarde > pour en former un Quartier, donné
à la Partie de l'Oueft, fous le nom de Quartier du Mole-Saint-Nicolas.
La Partie du Nord a pour Adminiftrateurs ou Chefs
mais
particuliers >
communs à fes cinq quartiers, un Commandant en fecond, qui depuis 1763
a remplacé l'ancien Gouverneur de Sainte-Croix & du Cap, & un Commiffaire
Ordonnateur de la Marine > établi depuis 1719; l'un &z l'autre réfident au Cap.
Il y a, en outre, un Commandant particulier au Cap qui commande les trois
quartiers du Cap > de Limonade &x du Limbé; ; puis un Major réfident au
Fort-Dauphin & un autre Major en réfidence au Port-de-Paix &x commandant
le quartier du même nom. Dans chacun de ces deux derniers lieux eft
un
dfiandomindnein.Caugmes militaires ou civils font fous les ordres du Commandant en fecond & de 'Ordonnatcur.Yoili la vraie divifion de la Partie du Nord,
ier au Cap qui commande les trois
quartiers du Cap > de Limonade &x du Limbé; ; puis un Major réfident au
Fort-Dauphin & un autre Major en réfidence au Port-de-Paix &x commandant
le quartier du même nom. Dans chacun de ces deux derniers lieux eft
un
dfiandomindnein.Caugmes militaires ou civils font fous les ordres du Commandant en fecond & de 'Ordonnatcur.Yoili la vraie divifion de la Partie du Nord, --- Page 129 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
celle qui fixe l'étendue à laquelle feule cette dénomination doit être
La Partie du Nord avait un tribunal fupérieur de juftice dont le appliquée. territoire
était celui des cinq quartiers tels qu'ils étaient avant que l'ordonnance du
Décembre 1776 ne les changeât. Mais cette cour qui portait le nom de Confeil 20
Supérieur du Cap que lui avait donné l'édit de fa création, en date du mois
de Juin 1701, en l'établiffant au Cap, été fupprimée par un autre édit du
mois de Janvier 1787 & réunie à celle du Port-au-Prince
qu'une feule cour fous le titre de Confeil Supérieur de pour ne former
Saint-Domingue,
Chaque chef-lieu des trois quartiers du Cap du Fort-Dauphin & du Portde-Paix, a une Sénéchauffée qui a tout le territoire du quartier
avec cette obfervation cependant que le quartier du
pour juridiétion 3
Môle 3 malgré fon commandement particulier qui dépend de la Partie de l'Oueft, n'a jamais ceffé d'être
du reffort de la juridiétion du Port-de-Paix.
Partout où eft une Sénéchauffée, il y auffi une Amirauté.
On compte dans la Partie du Nord , vingt & une paroiffes, favoir : le FortDauphin, Ouanaminthe, Vallière > le Terrier - Rouge &c le Trou qui forment
la Sénéchauffée du Fort-Dauphin les treize fuivantes qui compofent la Sénéchauffée du Cap, favoir : Limonade, Sainte-Rofe ou la Grande -
le Quartier-Morin, la Petite-Anfe, le Dondon , le Cap; la Plaine du Rivière,
la Marmelade, l'Acul, le Limbé, Plaifance, le
Nord,
Et enfin le Gros-Morne, Saint-Louis du
Port-Margot > &z le Borgne.
Nord, & le Port- de - Paix,
appartiennent à la Sénéchauffée du Port-de-Paix:
qui
Des vingt &c une paroiffes qui forment la Partie du
appelle paroiffes de
Nord.ilyenadit-épe qu'on
plaine > parce que leur furface contient une portion
plus ou moins étendue 3 8c quatre feulement font appellées paroiffes de plane
parce qu'on ne peut y arriver qu'à travers des montagnes & les mornes
de trait n'y fauraient parvenir. Ces quatre dernières font
que voitures
Vallière, le
la Marmelade & le Borgne.
Dondon >
La Partie du Nord, confidérée dans fon enfemble, renferme
& fertile, , qui porte le nom de Plaine du Câp. Elle
une plaine vafte
Maffacre, & fe termine à l'Oueft de la
commence à la rivière dà
paroiffe du Port-Margot; ce forme
une longueur d'environ 30 lieues, fur une profondeur rqui varie depuis qui
qu'à 8, & qu'on peut évaluer à fix lieues pour terme moyen, à caufe des 4 lieuesjuf
mens des gorges, allez ordinairement nommés Aculs dans la Colonie, enfonce- Cette
âp. Elle
une plaine vafte
Maffacre, & fe termine à l'Oueft de la
commence à la rivière dà
paroiffe du Port-Margot; ce forme
une longueur d'environ 30 lieues, fur une profondeur rqui varie depuis qui
qu'à 8, & qu'on peut évaluer à fix lieues pour terme moyen, à caufe des 4 lieuesjuf
mens des gorges, allez ordinairement nommés Aculs dans la Colonie, enfonce- Cette --- Page 130 ---
104 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fuperficie d'environ 180 lieues carrées, eft cependant interrompue quelquefois
par des mornets ou monticules en quelque forte ifolés; par des portions montagneufes, telles que le groupe confidérable & élevé, appellé le Morne du Cap,
qui cerne la ville de ce nom 8c qui fe trouve dans ce point de la plaine 3 le long
même de la côte ; & encore par de petites chaînes, de la nature de celle qui
forme la coupe du Limbé.
De l'extrémité Occidentale de la plaine du Cap, jufqu'à l'extrémité de la
Partie du Nord dans l'Oueft, les bords de la mer font en général montueux,
Les cuiffes de montagnes qui viennent jufqu'au rivage, laiflent cependant
entr'elles de petits intervalles planes, mais qui n'ajoutent que très-peu à ce que
la Partie du Nord a de furface plate. On peut donc dire avec vérité, que plus de
la moitié de la Partie du Nord eft en montagnes, plus ou moins élévées.
La côte de la Partie du Nord eft, depuis l'embouchure de la rivière du
Maffacre, où commence le territoire français, jufqu'à l'ilet du Limbé, plus
ou moins garnie de rochers ou reffifs formant des bancs, entre lefquels font
des points de débarquement, ou même de grands mouillages, tels que ceux
du Fort-Dauphin, du Cap & du Port-de-Paix.
Dans fon contour intérieur, la Partie du Nord fe trouve comme féparée 3 par
les montagnes, de la Partie de l'Oueft; qui eft entre elle & celle du Sud.
Les communications de l'une à l'autre, font même pénibles. Autrefois elles
n'en avaient que par mer ; enfuite on a paffe fur le territoire Efpagnol, pour
aller du Dondon au Mirebalais, chemin qui exifte encore, fi toutefois il mérite
ce nom; & que M. de Chateaumorant, Gouverneur-Général de la Colonie,
décrivait en ces termes au miniftre > en 1716: >> Je n'aurais pu me rendre
terre à
quelqu'envie
euffe, quand même ma fanté me
>> par
Léogane,
quej'en
l'eût permis, les chemins étant quafi impraticables. Il faut faire dix lieues
>
fur les terres efpagnoles, y coucher une nuit, & les fix autres être à la belle
>>
avoir marché tout le jour à l'ardeur du foleil. Il y a même des
"> étoile, après
à paffer,
faut monter & defcendre à pied, fi l'on n'y veut pas
2> montagnes
qu'il
>> courir rifque de la vie 3 les chevaux ne pouvant pas quafi s'y tenir 32.
En 1719, on ouvrit quelques fentiers qui allaient du Nord à l'Oueft, fans
quitter le territoire français, mais avec d'incroyables difficultés 5 & ce n'a été
qu'il la fin du mois d'Août 1750 ). que M. de Vaudreuil, Commandant-Général
de la Colonie, fit ouvrir, par cent nègres de corvée, le chemin qui a fervi
jufqu'en
3 les chevaux ne pouvant pas quafi s'y tenir 32.
En 1719, on ouvrit quelques fentiers qui allaient du Nord à l'Oueft, fans
quitter le territoire français, mais avec d'incroyables difficultés 5 & ce n'a été
qu'il la fin du mois d'Août 1750 ). que M. de Vaudreuil, Commandant-Général
de la Colonie, fit ouvrir, par cent nègres de corvée, le chemin qui a fervi
jufqu'en --- Page 131 ---
F RANÇAISE D E SAINT-DONINGUE
IOS
jufqu'en 1787. A cette dernière époque > la réunion des deux Confeils du
& du Port-au-Prince, a fait travailler à une route propre aux
Cap
voitures, au lieu
qu'on ne pouvait aller auparavant qu'à cheval , dans un intervalle d'environ huit
lieues, & encore qu'avec de grandes difficultés.
La Partie du Nord a des avantages réels fur celles de l'Oueft &c du Sud,
II en eft qui tiennent à la nature de fon fol & de fon climat, & d'autres qui
font dûs à fa pofition géographique. Parmi les premiers, on doit compter celui
d'avoir beaucoup de rivières, de ruiffeaux, de ravins 3 & de recevoir des pluies
réglées, notamment celles qui accompagnent le vent du Nord, quoique depuis
vingt ans leur périodicité ait été fouvent remplacée par de longues & défaftreufes féchereffes. Le fol de cette Partie eft généralement plus produétif que
celui des deux autres, & l'on en a la preuve dans l'avantage inappréciable de
pouvoir s'y paffer d'arrofage qui, laiffant l'eau aux moulins à fucre, permet
une grande économie en animaux fort chers, difficiles à remplacer, & dont
l'exiftence devient chaque jour plus incertaine par les épizooties. Ce n'eft pas
qu'on ne trouve dans les Parties de l'Oueft &c du Sud, des terrains auffi fertiles
que dans celle du Nord, mais ils veulent prefque toujours l'arrofement, & tel fol
dont les productions étonnent l'ceil & enrichiffent le propriétaire, ferait frappé
de ftérilité, fans le fecours du principe aqueux qui féconde la terre & l'embellit.
L'avantage géographique de la Partie du Nord, c'eft de fe trouver placée
au vent des deux autres ; ce qui dépend de l'effet prefque totalement conftant
des vents alifés, qui fouflent de PER. Tous les bâtimens qui viennent d'Europe,
attériffent au haut de la côte Nord de la Colonie efpagnole, à caufe des dangers
qui exiftent plus à l'Oueft, & que la vue de ce point de la côte aide à éviter.
Ils la fuivent, & viennent paffer devant le Nord de la Colonie françaife, où
les denrées de la vafte plaine du Cap les invite à s'arrêter. Lorfqu'un bâtiment
part du Cap, il a le débouquement le plus proche & le moins dangereux ; tout
concourt donc à mériter la préférence à un lieu qui, en tems de guerre furtout 3
promet une traverfée plus courte 3 une fortie plus facile & plus de probabilités
pour trouver un convoi.
De ce que le Cap reçoit &c attire plus de bâtimens que les autres ports de
la Colonie, il en réfulte d'autres avantages pour la Partie du Nord; c'eft que
les denrées y font avantageufement vendues ; c'eft que leur débouché eft plus
certain pendant la guerre; c'eft qu'elle offre les meilleures marchandifes, parce que
Tome I.
traverfée plus courte 3 une fortie plus facile & plus de probabilités
pour trouver un convoi.
De ce que le Cap reçoit &c attire plus de bâtimens que les autres ports de
la Colonie, il en réfulte d'autres avantages pour la Partie du Nord; c'eft que
les denrées y font avantageufement vendues ; c'eft que leur débouché eft plus
certain pendant la guerre; c'eft qu'elle offre les meilleures marchandifes, parce que
Tome I. --- Page 132 ---
106 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
la concurrence qu'on redoute, confeille de n'en apporter que de bonnes qualités;
c'eft enfin, d'offrir plus de reffources pour la fubfiftance des efclaves, quelque
calamité qu'on puiffe éprouver. D'un autre côté, le Cap étant un lieu qui
réunit des établiffemens de tous les genres, la circulation du numéraire y eft
plus rapide qu'ailleurs ; & l'induftrie, quelque forme qu'elle veuille prendre,
eft prefque fûre d'y être encouragée.
La Partie du Nord eft la première que les Français aient établie, &c elle eft
encore la plus importante par fa fituation 2 militairement parlant, par fes
richeffes & par fa population. Sur fa furface d'environ quatre cent quatre-vingt
lieues carrées, comme je l'ai déjà dit, on peut compter à-peu-près feize mille
Blancs de tout âge, dont plus des deux tiers font du fexe mafculin ; neuf mille
gens de couleur libres, prefqu'en nombre égal dans chaque fexe, & cent foixantedix 'mille efclaves, parmi lefquels le rapport des nègres eft à celui des négreffes
comme neuf eft à fept. La Partie du Nord renferme à elle feule, 288 fucreries, 443 indigoteries, 66 cotonneries, 2,009 cafeteries, 46 guildiveries > 19
briqueteries, 6 tanneries, les feules qui exiftent dans la Colonie, 125 fours à
chaux, II poteries, 7 cacaoyères ou cacaotières, 15 mille chevaux > 24 mille
mulets, &x 88 mille autres animaux, tels que boeufs, moutons, chèvres ou
cochons.
Les nègres ont, dans la Partie du Nord, une manière de fe nourrir >
qui n'eft pas la même que dans les deux autres parties. Ils y préfèrent la caffave
à l'ufage des racines, & en général ils y font plus induftrieux & mieux traités.
La culture eft aufli pouffée plus loin au Nord, & l'art de fabriquer le fucre,
y a fait des progrès qu'on n'égale point encore dans le refte de la Colonie.
Il faut dire de plus, parce que c'eft la vérité, , qu'on y trouve une plus grande
fociabilité, &c des dehors plus polis. Il y a même une forte de rivalité jaloufe
de la part de POueft & du Sud à cet égard, & elle fervirait au befoin, de
preuve à cette obfervation. La plus grande fréquentation des bâtimens européens y place les premiers fuccès de la mode, & par-tout où il y a des Français,
la mode a des adorateurs. Le luxe y a donc un culte très-fuivi, & c'eft da
Cap, comme d'un centre qu'il répand fes jouiffances & fes maux.
Je ne dois pas omettre > en vantant la Partie du Nord, de dire qu'elle
éprouve, plus rarement que les deux autres, ces coups de vent funeftes, ces
ouragans furieux > qui détruifent ablolument l'efpoir & la récompenfe da
il y a des Français,
la mode a des adorateurs. Le luxe y a donc un culte très-fuivi, & c'eft da
Cap, comme d'un centre qu'il répand fes jouiffances & fes maux.
Je ne dois pas omettre > en vantant la Partie du Nord, de dire qu'elle
éprouve, plus rarement que les deux autres, ces coups de vent funeftes, ces
ouragans furieux > qui détruifent ablolument l'efpoir & la récompenfe da --- Page 133 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 107
cultivateur, & qui femblent être une guerre des élémens entr'eux Elle n'eft pas
non plus menacée de fubverfion comme celle de l'Oueft 3 par ces commotions violentes où l'on croit fentir la terre vaciller fur fon axe 3 & où la demeure
de lhomme devient tout-à-coup fon tombeau. Les églifes de la Partie du Nord ont eu originairement des Capucins pour
pafteurs, &x l'on a vu parmi eux > des prêtres & des religieux de divers ordres,
qu'on prenait pour affurer le fervice divin. En 1704, les capucins ne pouvant
plus fournir les fujets néceffaires 3 ils abandonnérent cette miffion 5 &c les
fils de Loyola remplacerent les difciples de Saint-François. Ils la gardèrent jufqu'à
leur expulfion de la Colonie 3 à la fin de 1763. Les prêtres féculiers en ont été
chargés depuis lors jufqu'en 1768, 3 qu'elle eft repaffée aux Capucins > qui
la deffervent en ce moment. Ce ferait une entreprife & longue & difficile > que de comparer, > fous tous
les rapports > la Partie du Nord avec cellès de l'Oueft & du Sud, & encore les
exceptions partielles empecheraient-clles fouvent cette comparaifon. Au lieu
de ce travail peu fatisfaifant, je crois devoir attendre que l'ordre de"la defcription me fourniffe des particularités à citer ou des obfervations à faire > &
qui ferviront en même-tems à bien caractérifer le lieu dont je parlerai, & la
partie de la Colonie dont ce lieu dépendra. Le Leéteur pourra ainfi prendre une
opinion > qui fera véritablement la fienne. O a S a - X <
QUARTIER D. U FORT-D A UP HIN. I. PAROISSE D U FORT-1 D A U P H I N. CETTE paroiffe commence avec la côte Nord de la Partie Françaife de
la Colonie de Saint-Domingue 3 & par conféquent à l'embouchure de la rivière
du Maffacre, qui eft la limite commune avec la Colonie Efpagnole.
ur pourra ainfi prendre une
opinion > qui fera véritablement la fienne. O a S a - X <
QUARTIER D. U FORT-D A UP HIN. I. PAROISSE D U FORT-1 D A U P H I N. CETTE paroiffe commence avec la côte Nord de la Partie Françaife de
la Colonie de Saint-Domingue 3 & par conféquent à l'embouchure de la rivière
du Maffacre, qui eft la limite commune avec la Colonie Efpagnole. Elle a
elle-même pour borne à IEt, la ligne de la frontière efpagnole & la paroiffe
d'Ouanaminthe. D'après l'ordonnance des Adminiftrateurs du 23 Avril 1759 cette limite
(")VoyezLoix de Saint-Domingue, vol, 4. in-4to. page 255 a recueillies &. publiées par PAuteur. --- Page 134 ---
108 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Orientale eft ainfi difpofée. D'abord la rivière du Maffacre jufqu'au point de
l'habitation Vaublanc, d'oû une ligne allant de PEt à POueft, rencontreraic
la barrière de la même habitation 5 puis de cette barrière le grand chemin
du Fort-Dauphin à Ouanaminthe, entre les habitations la Teft: & Lambert
Camax, jufqu'au gué de la rivière la Matrie, appellé 1z Pafe a la Tefe 3
ou Pefe Mencir; de là c'eftle cours de la Matrie qui forme la borne jufqu'à
une autre paffe ou gué vulgairement nommé la Pag: à Dépé; puis de cette
Paffe à Dépé c'eft une ligne droite qui va au fommet du Morne-Chapelle,
& de celui-ci jufqu'au Morne-organifé que l'éreétion de la paroiffe de Vallière
a enlevé à celle du Fort-Dauphin. -
Au Nord, la paroiffe du Fort-Dauphin a la Mer pour terme. A l'Oueft
elle trouve la paroiffe du Terrier-Rouge, c'eft-à-dire ; d'abord vers la côte >
une partie des Fonds-Blancs, qu'un chemia, courant Nord & Sud & paflant
dars TEt des Mamelles, fépare du refte des Fonds-Blancs qui appartiennent
à la Paroiffe du Fort-Dauphin; enfuite Ie canton du Terrier-Rouge
proprement dit, puis le canton du Grand-Baflin. Après cela elle eft contigue à une
portion de la Paroiffe du Trou, dont celle du Fort- Dauphin fe trouve féparée
par la rivière Marion jufqu'à fon confluent avec la rivière de l'Acul de Samedi,
& par cette dernière rivière en gagnant la cime de la montagne de PAcul
de Samedi. Au Sud, eft encore une portion de la paroiffe de Vallière > dont celle du
Fort-Dauphin fe trouve féparée dans cet endroit, par le fommet des montagnes
de l'Acul-de-Samedi 5 enfuite la paroiffe d'Ouanaminthe vers les montagnes
de l'Acul-des-Pins, & le Morne-organifé. La rivière du Maffacre, qui tire fon nom des anciens meurtres que les Boucaniers & les Efpagnols ont réciproquement commis fur fes bords, en difputant
le territoire, a pour nom efpagnol Daxabon & pour nom indien Guatapana. Elle eft le terme des poffeflions françaifes dans cette partie, & fon cours ainfi
que fa pêche ont été déclarés communs aux deux nations par le traité des
limites du 3 Juin 1777A environ deux mille cinq cens toifes de fon embouchure, eft un premier
dlet défigné par l'épithète de Petit Ilet ou Iflet des Caymans, &c qui commençant:
à la pyramide No, 2, va jufqu'a celle No.
apana. Elle eft le terme des poffeflions françaifes dans cette partie, & fon cours ainfi
que fa pêche ont été déclarés communs aux deux nations par le traité des
limites du 3 Juin 1777A environ deux mille cinq cens toifes de fon embouchure, eft un premier
dlet défigné par l'épithète de Petit Ilet ou Iflet des Caymans, &c qui commençant:
à la pyramide No, 2, va jufqu'a celle No. 6. Cet ilet eft partagé entre:
la France & l'Elpagne, &c la portion françaife a été concédée à l'habitarion: --- Page 135 ---
FRANÇAISE D E SAIXT-DOMINGUL
Dupin, qu'elle touche. En continuant à remonter la rivière au-deffus de ce
premier ilet, ele ne forme qu'un feul bras, pendant environ deux cens toifes.
C'eft à Pun des points de cet intervalle & au - deffus de la pyramide No.
7, qu'était une prife d'eau pour l'ufage des cinq moulins à fucre des habitations
riveraines du Maffacre, à l'extrémité du bas Maribarou, ) &c dépendantes
de: la paroiffe du Fort-Dauphin. A cette diftance de deux cens toifes, commence
le grand flet du Maflacre, connu fimplement fous le nom d'Iflet du
partagé dans fa
Mafecre, 3
longueur > qui eft d'environ 4,8co toiles, par les pyramides
depuis le No. 8 jufqu'au No, 175 de manière que chacune des deux puiffances >
a, à-peu-près, la moitié de fa furface.
Une preuve que l'adoption de la rivière du Maffacre pour borne, a favorifé
les feules prétentions elpagnoles, c'eft que le grand ilet du Maflacre était
confidéré dans fa totalité, comme une propriété françaife, lorfque le roi le
concédait en 1754 au Duc de Noailles, au Duc d'Ayen fon fils & au Marquis
de Montclar, fils du Duc d'Ayen. Les démélés des limites s'étant oppofés a
la prife de poffeffion, le Duc d'Ayen devenu Duc de Noailles, & le Marquis
de Montclar, alors Marquis de Noailles, > obtinrent au mois de Novembre
1768, des lettres-pattentes confirmatives des premières. Enfin, le traité des limites
de 1777 ayant borné à la moitié le droit de la France fur cet ilet, de nouvelles
lettres-patentes du mois de Mars 1778 > ont confirmé, quantà cêtte portion, celles
de 1754 & de 1768.
Cette conceflion confidérée alors comme formant une fuperficie d'environ
420 carreaux, a été vendue le 2 Février 1780, par MM. le Maréchal & le
Marquis de Noailles, à MM. Paradès & Pittaubert pour une fomme confidérable, dont il ne reftait plus dà que cent mille livres tournois > au mois de
Janvier 1787. Cette conceffion eft un des trop fréquens exemples qu'offre SaintDomingue, de l'abus de la faveur. A combien d'ufages utiles re pouvait-on
deftiner la moitié de lilet du Maffacre P Par exemple, à
même pas
dédommager,
en
nature, pluficurs propriétaires dépouillés par le traité des limites 3 ou du moins
former avec fa valeur > quelques établiffemens publics.
à
L'ilet du. Maffacre a été divifé le 5 Mars 1784, entre MM. Paradès &
Pittaubert, (après en avoir vendu 50 carreaux à l'habitation Gourgues, &c à
Phabitation Tavau). La portion de M. Pittaubert qui eft la
& où il avait commencé les plantations & les
plus Méridionale :
conftructions néceffaires à une
é des limites 3 ou du moins
former avec fa valeur > quelques établiffemens publics.
à
L'ilet du. Maffacre a été divifé le 5 Mars 1784, entre MM. Paradès &
Pittaubert, (après en avoir vendu 50 carreaux à l'habitation Gourgues, &c à
Phabitation Tavau). La portion de M. Pittaubert qui eft la
& où il avait commencé les plantations & les
plus Méridionale :
conftructions néceffaires à une --- Page 136 ---
IIO DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fucrerie, a pour propriétaires aétuels MM. Teftard &x Lalanne, négocians du Cap.
Il y a fur cette habitation une briqueterie - tuilerie, & un four à chaux.
Le bras droit du Maffacre qui borde l'ilet à PER, fe nomme la rivière de
Don Sébaftien, ou le Bras-E/pagnol. Il eft très-encombré, & fe trouve à fec
lorfque le bras français ou Occidental 3 a encore une tranche d'eau de 8 à 9
pouces d'épaiffeur. Le bras français eft aufi connu fous le titre de Bras gaucbe
du Maffacre, dénomination très-f fautive, parce que la ligne qui, fuivant le
traité des limites, borde le grand ilet dans fa partie Oueft, depuis un point qui
correfpond à - peu - près au milieu des pyramides Nos. II & 12,jufqu'à la
pyramide No. 7, eft réellement formé I°, Par un foflé creufé de main d'homme,
pendant environ trois cens cinquante toifes enligne droite, & 20, Par la Ravineà-Coufins, qu'on doit encore bien diftinguer du vrai bras gauche de la rivière
du Maffacre.
En effet, un arrêt du Confeil du Cap, du mois de Juillet 1784, ajugé
qu'il fe trouve, entre la Ravine-a-Coufins qui fejette dans le Maflacre, un peu au
Sud de la pyramide No. 7 & le bras gauche du Maffacre > une portion de
145 carreaux, qu'il a adjugés à MM. Bedout & Croifeuil, malgré les prétentions des ceflionnaires de MM. de Noailles.
Ainfi les archives de ce tribunal fupérieur renferment le traité des limites de
1777 3 qui adopte comme bras gauche du Maffacre, la Ravine-a-Coufins; &c
fon arrêt de 1784, qui, d'après des plans du local, des procès verbaux & une
difcuftion très-étendue, a prononcé que le traité des limites a dans cette partie
de l'ilet du Maffàcre, facrifié 72 carreaux & demi du territoire français, puifqu'il a engoblé dans cet îlet, qu'on devait partager en deux, 145 carreaux quin'en
dépendent pas.
Mais ce n'eft pas à cette quantité que fe borne le préjudice, puifque foixante
carreaux font reftés encore compris dans le Sud de la portion recouvrée par
MM. Bedout &c Croifeuil, entre le bras gauche réel du Maffacre & une partie
de la Ravine-a-Coufins, &x le foffé qui donne l'eau aul moulin de l'habitation
Lambert Camax; ce qui exigeait un dédommagement de trente carreaux de la
part des Efpagnols, auxquels on ne peut cependant imputer cette vicieufe
démarcation. Ils ne connaiflaient ni le foffé Lambert Camax, ni la Ravine-àCoufins ; tandis que nous avions nous 2 des plans 3 une tradition, des témoins
oculaires, & que, comme le difait Don Garcia, commiffaire des Efpagnols
lin de l'habitation
Lambert Camax; ce qui exigeait un dédommagement de trente carreaux de la
part des Efpagnols, auxquels on ne peut cependant imputer cette vicieufe
démarcation. Ils ne connaiflaient ni le foffé Lambert Camax, ni la Ravine-àCoufins ; tandis que nous avions nous 2 des plans 3 une tradition, des témoins
oculaires, & que, comme le difait Don Garcia, commiffaire des Efpagnols --- Page 137 ---
FRANÇA ISE DE SAINT-DOMINGUE III
pour Ja délimitation entre les deux nations, M. de Choifeul qui agiffait pour
la France, ne peut prétendre qu'on lui ait jamais fait une objeétion 5 ce qui
d'ailleurs était conforme aux inftructions de la Cour d'Efpagnc.
La portion Paradès dans la conceffion primitive, & qui n'eft plus que de
128 carreaux, eft noyée, inculte & affermée depuis 1785 à l'habitation Vaublanc
qu'elle avoifine. La Partie Efpagnole de l'ilet eft auffi fans culture.
L'embouchure du Maffàcre eft acceffible à des chaloupes > & les Efpagnols
y ont mis de leur côté un corps-de-garde. Des idées de fureté &c non de
fifcalité ont fait placer depuis quelques années fur la rive Oueft, trois pièces
de canon pour préferver cette embouchure > quoique bien éloignée de toute
entreprife utile.
J'ai dit, qu'à cette embouchure qui eft dans la Baie de Mancenille, commence la côte françaife, au Nord. En la fuivant, 3 il y a deux lieues &x un
quart depuis le Maffacre jufqu'au Fort-Saint-Louis ou Fort-la-Bouque. Dans
cette étendue qui offre une côte toute de fer & élevée de vingt pieds au-defius
de la mer 3 on ne trouve de points acceffibles que la Tour, lieu placé à I5O
toifes de l'embouchure du Maffacre & où il y a un corps-de-garde 3 l'embarcadère de Baux à 410 toifes plus loin 5 l'embarcadère de la Petite-Melonnière
à 840 toifes du précédent ; puis à 815 toifes de ce dernier, celui de la GrandeMelonnière où eft une batterie &z d'où l'on compte encore 2,330 toifes jufqu'au
Fort-la-Bouque. Tous ces endroits 2 fort improprement appellés embarcadères
>
puifqu'on n'y tranfporte ni denrées ni approvifionnemens, ne font que des points
militaires dont on furveille l'accès pendant la guerre.
Le Fort-la-Bouque eft fur la pointe Eft de la Baie du Fort-Dauphin, dont
la beauté avait donné lieu au premier nom qu'elle reçut des E/pagnols & qui
devint celui de toute cette partie de l'ile. Baya-ha I exprimait en effet lajufte
admiration que fait éprouver l'afpeét de cette magnifique baie où les plus
nombreufes flottes pourraient être réunies &z trouveraient les commodités navales
qui dépendent de la fituation, difpofées par la nature d'une manière bien fupérieure à tout ce que l'art pourrait créer, foit pour carêner, foit pour réparer
les vaiffeaux. M. de Verdun y carêna fa frégate au mois de Mai 1778.
L'entrée de la baie du Fort-Dauphin eft un véritable goulet, dirigé a-peu-près
Nord & Sud fur une longueur de 1,317 toifes, & dont l'oûverture: a 390 toiles à
partir de la Pointe du Fort-la-BouqueàlEfjufquala Pointe-Noire à lUuett.Iva
it pour carêner, foit pour réparer
les vaiffeaux. M. de Verdun y carêna fa frégate au mois de Mai 1778.
L'entrée de la baie du Fort-Dauphin eft un véritable goulet, dirigé a-peu-près
Nord & Sud fur une longueur de 1,317 toifes, & dont l'oûverture: a 390 toiles à
partir de la Pointe du Fort-la-BouqueàlEfjufquala Pointe-Noire à lUuett.Iva --- Page 138 ---
II2 DESCRIP T ION DE L A PAR TIE
ens'Élargiffantvers la baie où il finit paravoir47stoifes.Cegoulet, qui a depuis quato:zejufqu'à trente-cinq braffes de profondeur, eft défendu, d'abord par les 35 pièces de canon du Fort-la-Bouque, mot francifé del'efpagnol Beca, qui fignifie entrée,
bouche, & dont une prononciation vicieufe fait déja le fort la Boucle en
fecond lieu par la batterie de l'Anfe de 32 pièces, qui eft à 380 toifes du Fortla-Bouque; puis par le Fort-Saint- Charles de 12 pièces, placé à 412 toifes
plus loin & que fuit à 525 toifes le Fort-Saint-Frédéric de 9 pièces.
La Côte qui borde l'Oueft du goulet a 1,740 toifes de long ainfi divifées :
140 de la Pointe-Noire, qui eft un peu hors du goulet. jufqu'à celle de PAnfeà-Falaife 5 375 de celle-là à celle du Bec-à-Marfouin, 300 enfuite jufqu'à la
Pointe-Lacas, que précède T'Anfe-a-la-Houe, & de la Pointe-Lucas à celle
du Baril-de-Bceuf 2353 445 toifes pour gagner la Pointe-à-Brifion ou Briffon >
avant laquelle eft PAnfe-du-Carénage; &c enfin 345 autres toifes pour arriver à
Ia pointe qui termine le goulet dans le Sud.
Le Leéteur fe convaincra facilement, par le plan géographique & la vue
perlpeétive du Fort-Dauphin qui font partie de l'Atlas, que la plus grande
dimenfion de la baie eft de TEf à l'Oueft. Elle a dans ce fens près de deux
lieues fur une largeur moyenne Nord & Sud d'une forte demi-lieue. En fuivant
dans l'Eft le contour de la baie, on trouve à 400 toifes du fort Saint-Frédéric,
l'Anfe du Grand-Carénage, que termine, à 500 toifes la Pointe-des-Bcoutes,
De celle-ci aux Cazes-Duvivier, ily a environ une demi-lieue > &c de ces Cazes
gagnant vers le Sud-Eft, on trouve à environ trois-quarts de lieue, la PointePéchereau qui forme une. avancée dans T'Oueft, & qui couvre dans le Sud l'ancien
embarcadère de la Saline-aux-Bzeufs. C'eft en allant de la Pointe-Péchereau
dans le Sud, qu'on rencontre fucceffivement à 800 toifes les Cazes-de-Nanette,
à 1800 autres, celles de Moineau & à une lieue&c demie, celles de Derfac qui
ne font qu'à 130 toifes de l'embouchure de la Rivière-l-canon. A un quart de
lieue de cette embouchure, eft la Crochue qui eft le point le plus Sud de toute
la baie, &x qui fert d'embarcadère aux paroiffes d'Ouanaminthe & de Vallière
& à prefque toute celle du Fort-Dauphin.
On compte près d'une lieuede la Crochue, établie en 1733 par M. Baudin
de la Craye, au bout Sud-Eft de la ville du Fort-Dauphin.
En partant de l'extrémité de la citadelle qui a le même nom que la ville
& qui eft prefqu: Nord & Sud avec l'entrée de la baie, & contournant celleCi
'embarcadère aux paroiffes d'Ouanaminthe & de Vallière
& à prefque toute celle du Fort-Dauphin.
On compte près d'une lieuede la Crochue, établie en 1733 par M. Baudin
de la Craye, au bout Sud-Eft de la ville du Fort-Dauphin.
En partant de l'extrémité de la citadelle qui a le même nom que la ville
& qui eft prefqu: Nord & Sud avec l'entrée de la baie, & contournant celleCi --- Page 139 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
ci en gagnant l'Oueft, on trouve, à une lieue, l'embarcadère à Caron, qui eft
lui-même à une demi - lieue de l'embouchure de la rivière Marion, placée
à un quart de lieue de l'embarcadère Girard. De cet embarcadère , on va au culde-fac Dujarriay > dont la pointe Sud eft à 900 toifes, & qui a 1,800 toifes de
contour. De la pointe Nord de ce cul-de-fac, on fait une grande lieue pour
atteindre le point qui répond aux bâtimens de P'habitation Meyer, puis 670 toifes
pour gagner les bâtimens Mathieu, & deux lieues un quart pour fe trouver à
la grande pointe à Briffon 3 par laquelle eft terminé le tour de la baie 2 qui a
plus de dix lieues par fes diveries finuofités.
Cette baie a cinq ilets. Un à 900 toifes & prefque dans PEft de la pointe où
eft le fort Saint-Frédéric ; un fecond appellé l'Ifet à Séran, à cent toifes au Nord
de la pointe Péchereau ; & le troifième, nommé lIfet à Garnier 3 à 600 toifes
au Sud de la même pointe. Le quatrième, lIflet des Oifeaux ou IIlet Fouardière, eft à une demi-lieue dans l'Oueft-Sud Oueft de la pointe à Briffon;
& le cinquième, PIlet à Boyau ou des Boucaniers, à 900 toifes dans l'OueftNord-Oueft de la citadelle du Fort-Dauphin. Le premier > le fecond &c le
quatrième ilets font fort petits; le troifième l'eft un peu moins, & l'Ilet à
Boyau, > le plus grand de tous 3 a 160 toifes de long, fur 80 de large. Il a été
célèbre autrefois, parce qu'il fervait de retraite 3 avant 1662, aux Boucaniers
qui venaient chaffer des boeufs aux environs de cette baie ; & encore en 1733,
cet ilet était connu fous le nom d'Ilet des Boucaniers. Il a été long-tems queftion
de le fortifier, &r l'on peut en faire un utile carénage.
L'élévation des terres qui féparent la baie de la mer > la garantit parfaitement ;
de manière qu'il y règne toujours un calme aufli précieux que fa bonne tenue.
Elle a encore un avantage dans la chaîne de reffifs, larges &c prefqu.à fleur
d'eau, qui font en dehors, En effet, ils protègent une côte baffe qui eft,
depuis lOueft du goulet ou la pointe Noire,jufqu'aux Efters des Fonds-Blancs,
fitués à deux lieues un tiers de la pointe Noire, & ajoutent une feconde défenfe
naturelle aux mangles, - qui eux-mêmes rendent les débarquemens très-difficiles.
Les reffifs ne laiffent, outre l'entrée de la Bouque, que deux ou trois paffages,
mais fi étroits & fi peu profonds, qu'un canot pourrait à peine y pénétrer.
La ville du Fort-Dauphin eft bâtie fur une portion de terrain qui avance au
Nord, & dont l'extrémité , qui eft prefqu'au centre de la baie, porte la citadelle. Cette ville a eu pour origine, le double deffein de protéger une magniTome I.
P
ifs ne laiffent, outre l'entrée de la Bouque, que deux ou trois paffages,
mais fi étroits & fi peu profonds, qu'un canot pourrait à peine y pénétrer.
La ville du Fort-Dauphin eft bâtie fur une portion de terrain qui avance au
Nord, & dont l'extrémité , qui eft prefqu'au centre de la baie, porte la citadelle. Cette ville a eu pour origine, le double deffein de protéger une magniTome I.
P --- Page 140 ---
T14 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fique baie, où l'ennemi aurait pu fe repofer, fe réparer & même tenter
defcente qui aurait inquiété la Partie du Nord de la Colonie , & de
une
aux incurfions des
s'oppofer
Efpagnols 3 dont j'ai fait voir (*) que les réclamations
comprenaient toujours le quartier de Bayaha. Dès les premières entreprifes des
Aventuriers & celles des Flibuftiers & des Boucaniers, qui leur fuccédèrent,
ceux-ciavaient, comme je l'ai déjà obfervé, formé un établiffement à lINet à
Boyau; mais cet établiflement, , quoique fucceffivement
était
augmenté,
accompagné d'inquiétudes continuelles de la part des Efpagnols contre
marcha plufieurs fois. Un mémoire du Père Le Pers, >
lefquels on
Jéfuite, écrit à SaintDomingue en 1714, porte qu'alors un nommé Bénard, furnommé
avait une hatte dans le quartier de Bayaha où il s'était toujours maintenu, Maringouin >
les
malgré
Efpagnols, qui ne rétablirent leurs hattes en deça du Rebouc, qu'après la
paix de Rifwick, faite en 1698.
M. de Galiffet, le premier qui connut & qui vanta l'importance de Bayaha,
s'occupa eflicacement, au commencement du fiècle aétuel , de donner des
habitans à cette partie. Il y plaça en 1701, plufieurs foldats congédiés.
uns
Quelquesy formaient 3 par rapport aux Efpagnols > ce qu'on nommait alors une
deftinée à avertir de leurs mouvemens 3 & en 1703 , ils avaient formé un vigie,
français de Bayaba, dont le curé fe nommait alors l'abbé Rio. En bourg
comptait plufieurs fucreries & un certain nombre de hattes dans cette 1714,n
dance, & c'était le lieu de la Partie du Nord où il fe fabriquait le
dépenà cette époque. On défirait tellement d'accroître les progrès de plus d'indigo
ordonnance des Adminiftrateurs du 20
Bayaha, qu'une
Juin 1711, y accordait
des conceflions, & que le 3 Décembre 1715 & le 14 Septembre préférablement ils
réunirent celles qui n'avaient point été établies.
1717,
Ce bourg dont la fituation ne pouvait remplir que le feul deffein d'être
à portée de furveiller les Efpagnols, qui avaient tout ravagé en
&
plus
& de les repouffer, fut abandonné
la ville
1691 en 1695,
pour
actuelle, où les habitans furent
tranfportés, & qui fe nomma auffi Bayaha.
Cette tranflation fut due principalement aux repréfentations de M. le Chevalier
de la Rochalar > Gouverneur-Général, fur l'importance de la baie, & elle
(*) Voyez l'Abrégé Hitorique 3 à la téte du premier volume de ma Defcription de la Partie
Efpagnole.
les repouffer, fut abandonné
la ville
1691 en 1695,
pour
actuelle, où les habitans furent
tranfportés, & qui fe nomma auffi Bayaha.
Cette tranflation fut due principalement aux repréfentations de M. le Chevalier
de la Rochalar > Gouverneur-Général, fur l'importance de la baie, & elle
(*) Voyez l'Abrégé Hitorique 3 à la téte du premier volume de ma Defcription de la Partie
Efpagnole. --- Page 141 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE IIS
s'effectua en 1725- Il obtint auffi, par des lettres-patentes du 7 Août 1726,
celle de la Sénéchauffée qu'avaient établie au Trou, en 1725, des lettres-patentes
du mois d'Août 1724, & Bayaha pofleda, en 1727, un tribunal de fon nom. On
attachait un tel mérite à confolider ce pofte, que le roi y nomma, le I5
Novembre 1728, un lieutenant de roi, un major & un aide-major.
Tant de foins n'étaient pas féparés du projet de fortifier ce local, projet conçu
par M. de Galiffet dès 1700, & le Comte de Maurepas 2 Miniftre, approuva
les plans que M. de la Rochalard en avait fait dreffer, après avoir fondé le port
lui-même auparavant & encore en 1713. Les moyens de fureté confiftaient
alors dans une pièce de canon mife à l'entrée de la baie , au point où eft le
fort la Bouque, avec une garde qui était chargée d'arraifonner les canots & les
bâtimens, & dans les cas de danger , le canon, la bouche tournée vers l'intérieur > tirait un coup que répétait une autre pièce 3 placée chez M. Caron,
commandant des milices & du quartier ( qui a donné fon nom à l'un des
embarcadères de la baie ); enfuite d'habitation en habitation 3 on tirait un
coup de fufil pour répandre l'allarme > & pour réunir tous les défenfeurs.
Le fort Bayaha fut fixé au point où eft la citadelle > & l'on en pofa la
première pierre 3 en grande folemnité, à l'angle de l'épaule gauche du baftion
de Maurepas, avec l'infcription fuivante, compofce par M. de la Rochalard,
& gravée fur une plaque de cuivre:
POUR PERPÉTUELLE MÉMOIRE A LA POSTÉRITÉ
Pan de Grace MDCCXXX 85 le XVe. de Pheureux rigne de L O UIS XV, Roi de
France 85 de Navarre :
La première année de Page du PRINCE DAUPI H I N,, Jam premier fli :
Bous le Minifère 9 pour la Marine 83 les Colonies de M. de P H
Comte de
Maurepas :
La feptième année du Gouvernement Général, en cette Ifle, de M. Ga/pard Charles de GoussE,
Chevalier de la ROCHAI LA R E5 de POrdre Militaire de Saint-Louis, 3
Chef-d'Efadre des armées du Roi, auteur du prajet de cet établifement.
Et fous PIntendance de M. Tean-Bapripe DucLos.
A été cejourd?hui, 8 du mois d'Août, pofée cette première pierre au baftion de Maurepas,
par M. ESTIENNE DE CHASTENOYE, Chevalier de POrdre Militaire de Saint-Louis,
P 2
la ROCHAI LA R E5 de POrdre Militaire de Saint-Louis, 3
Chef-d'Efadre des armées du Roi, auteur du prajet de cet établifement.
Et fous PIntendance de M. Tean-Bapripe DucLos.
A été cejourd?hui, 8 du mois d'Août, pofée cette première pierre au baftion de Maurepas,
par M. ESTIENNE DE CHASTENOYE, Chevalier de POrdre Militaire de Saint-Louis,
P 2 --- Page 142 ---
I16 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Gouverneur de Pile Sainte-Croix & Commandant en cette Partie de
fence de MI. Louis MARIN BUTTET, Chevalier de POrdre Militaire Saint-Domingue, de en pré.
Lieutenant de Roi de ce fort, ville & pays en dépendans :
Saint-Louis,
Etde Louis JOSEPH DE LA LANCE 3 Ingénieur ordinaire des camps & armées du
chargé en chef de la conduite des fortifications de Saint-Domingue,
Roi,
M. de Chaftenoye qui avait fait la dépenfe de la
fit auffi
plaque 3
celle de
deux médailles d'or, fur lune
defquelles > on grava ces mots :
Morfrigreur LE COMTE DE MAUREPAS Mimifre & Secrétaire d'État de la Marine
s 1730,
Et fur l'autre:
Morfeur LE CHEVALIER DE LA ROCHALAR, Gouverneur E5 Livatesant-Gisiral de la Colonie,
1730.
Au mois de Décembre fuivant, M. de la Rochalar donna le nom de FortDauphin à la citadelle & à la ville de Bayaha, & cette dénomination, prife de la
naiffance du Dauphin arrivée l'année précédente ayant été agréée par le Roi,
une ordonnance des Adminiftrateurs s du 18 Oétobre 1731, prefcrivit à tous
les officiers publics de ne plus émployer que le nom de Fort-Daupbin. Ainfi
s'éteignit celui de Bayaha qui, encore en I710, était celui qu'on donnait a toute
l'étendue de terrain qui était depuis Caracol jufqu'à la rivière du Maffacre.
Le Fort-Dauphin eft conftruit fur Un roc à-peu-près triangulaire & efcarpé
d'environ 15 à 16 pieds, dont il a fallu un peu fuivre l'irrégularité. Il forme une
prefqu'ile dont la gorge eft coupée par le foffé, & il offre la figure d'une botte.
Il s'avance dans la baie de manière à être vû du goulet dès qu'on s'y préfente &
pour lequel il devient même un point de perfpective. Ce fort confifte en une
fimple enceinte ayant trois baftions fur le bord des efcarpemens, Il renferme
tous les bâtimens néceffaires, s &c a l'avantage de ne pouvoir être battu d'aucun
point de la côte, de dominer toute la baie & de découvrir par le gouletjufqu'en
pleine mer. Le cavalier Maurepas, y placé dans le baftion du même nom
d'excellens fouterrains fous fes plates-formes; il fait face à l'entrée de la baie > &c a
ne craint point le feu des hunes des plus grands vaiffeaux. Cette fortification qui
couvre la ville y qui bat l'embouchure de la rivière des Roches & fes
environs, s'
protège efficacement la baie au moyen de fes feux croifés avec €eux du fort
Saint-Frédéric dont elle n'eft qu'à 800 toifes.
ion du même nom
d'excellens fouterrains fous fes plates-formes; il fait face à l'entrée de la baie > &c a
ne craint point le feu des hunes des plus grands vaiffeaux. Cette fortification qui
couvre la ville y qui bat l'embouchure de la rivière des Roches & fes
environs, s'
protège efficacement la baie au moyen de fes feux croifés avec €eux du fort
Saint-Frédéric dont elle n'eft qu'à 800 toifes. --- Page 143 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE, II7
La pierre de taille employée dans le Fort-Dauphin a été apportée de France,
notamment par la Aûte le. Profond. Ce fut encore cette flûte ( premier bâtiment
de la Marine royale françaife entré dans cette baye ), qui apporta une partie des
canons qui arment & le Fort-Dauphin & les fortifications du goulet. La citadelle
du Fort-Dauphin était achevée en 1735 à l'exception des merlons & des plateformes des bateries qui furent commencées à la fin de 1741 & achevées au
commencement de 1743. Il eft dipofé pour avoir 55 pièces de canon.
On a vu que les fortifications du goulet confiftent en quatre parties. Le fort
la Bouque qui reçut fa première garnifon le 16 Juillet 1736 & que le Roi prefcrivit, en 1742, de nommer la redoute Saint-Louis, ( dénomination qui n'a jamais
prévalu ), eft un petit fortin qui avait un donjon qu'un incendie confuma le 31
Mars 1788. Un foldat, endormi fur (on lit, en fumant, occalionna cet accident 3
qu'un vent d'Eft violant augmenta tellement > que pour fauver le magafin à
poudre, il fallut rompre le pont-levis, la porte d'entrée & la partie en bois du
petit efcalier qui conduifait des fouterrains au donjon. Des fecours portés très-à
propos empéchérent ce malheur, & on les dut au zèlede M. Thibault-Duvernay,
capitaine des milices, de deux charpentiers de navires, de deux tailleurs de
pierres & d'un foldat. M. Bernard, gardien de ce fort, fut auffi communiquer
fon intrépidité à ceux que la crainte de voir fauter la poudrière faifait déjà fuir,
& le gouvernement diftribua avec utilité & difcernement, & les éloges & les
récompenfes. Le donjon n'a point été relevé, d'autant que dans l'infpedtion
générale de M. du Pujet, colonel du corps royal d'artillerie des Colonies, faite
en 1786, le fort la Bouque, auquel l'aétion du feu de 1788 a fingulièrement
nui, était noté comme inutile ( reproche qu'on lui avait déjà adreffé plufieurs
fois ), & comme devant être détruit pour faire ailleurs emploi de fes matériaux.
Une batterie fur le bord oppofé & une eftacade de chaînes & de mâtures feraient
une défenfe bien fupérieure à celle du fort la Bouque & qui laifferait fans nulle
inquiétude fur le fort de cette baie.
Lors de la conftruétion du fort la Bouque, on trouva précifément à la même
place, les ruines d'anciens murs, 8c dans la fouille en 1735, quatre pièces de cuivre,
dont trois étaient des monnoies d'Efpagne fabriquées fous Ferdinand IV (Roi de
Caftille depuis 1295 jufqu'en T312) & qui avaient, fans doute, été apportées
par les Efpagnols. La quatrième de ces pièces était un jeton qui, fuivant
toutes les apparences, > avait été fabriqué par les Hollandais depuis 1566, tems
les ruines d'anciens murs, 8c dans la fouille en 1735, quatre pièces de cuivre,
dont trois étaient des monnoies d'Efpagne fabriquées fous Ferdinand IV (Roi de
Caftille depuis 1295 jufqu'en T312) & qui avaient, fans doute, été apportées
par les Efpagnols. La quatrième de ces pièces était un jeton qui, fuivant
toutes les apparences, > avait été fabriqué par les Hollandais depuis 1566, tems --- Page 144 ---
118 DESCRIPTION DE LA PARTIE
auquel ils commencèrent la conquête de leur liberté : fept figures d'hommes
portant le globe terreftre, faifaient vraifemblablement allufion aux fept ProvincesUnies > la ruche à miel à la République de Hollande & les infcriptions au
bonheur que produit l'union. On voit même fur le plan gravé dans l'ouvrage de
Charlevoix, imprimée en 1732, le point où eft le fort la Bouque > défigné fous le
nom de Pointe du Fort-Efpagnol; dans d'autres plans ce fort eft appellé redoute
de l'entrée. On y avait mis en 1768 un employé qui vifitait les bâtimens entrant
& fortant pour empêcher la contrebande.
La batterie de l'Anfe qui vient après le fort la Bouque, n'a été conftruite que
dans la guerre de 1756. On commença entre elle & ce fort, en 1760, une citerne
d'environ trois cens bariques d'eau, Cette batterie eft confidérée comme la vraie
défenfe du goulet, parce que chaque bâtiment eft forcé de fe préfenter â fon feu,
de manière à en être enfilé.
Le fort Saint-Charles; contemporain du fort la Bouque & qui reçut auffi ce
nom en 1742,u lieu de celui de Redoute 2 mi-canal, n'aj ajamais été achevé i on
donnait autrefois le nom d'Anfe des Helleux fuivant les uns 3 mais bien plus
vraifemblablement des Halleurs, à un petit enfoncement qui fuit ce fortin,
Quant au fort Saint-Frédéric, commencé en 1740, & terminé en 1741, il
reçut auffi ce nom en 1742,u lieu de celui de Redoute de la Groffe-Pointe. Il
n'a jamais été complètement fini non plus. Les fortifications de la paroiffe du
Fort-Dauphin ont beaucoup coûté 2 foit à établir, foit à réparer; &x un état
m'apprend que de 1739 à 1744 inclufivement, on y a dépenié deux cens çinquante-trois mille livres tournois.
La ville du Fort-Dauphin qui eft la feconde de la partie du Nord pour
l'importance, reçut fes premiers habitans de la peuplade du bourg de Bayaha.
Elle eft fituée au fond de la baie, le long du rivage, & occupe une étendue
de 400 toifes de longueur du Nord-Oueft all Sud-Eft, & d'enyiron 300 toifes
en largeur du Nord-Eft au Sud-Oueft, & fe trouve à 400 toifes de l'entrée du
fort. On y compte douze rues, qui partent du bord de la mer & fe dirigent vers
l'intérieur, & fept qui coupent ces premières à angle droit. Ces rues qui ont
cinquante pieds de largeur, à l'exception de la grande rue qui en a dix de plus,
partagent 75 carrés ou ilets, ou portions d'ilets, parce que quelques-uns ont
forme
leur donne la direétion de la mer ou de la rivière;
une
irrégulière, que
çes 75 ilets font enfuite divifés en 390 emplacemens. Les ilets parfaits ont 243
l'intérieur, & fept qui coupent ces premières à angle droit. Ces rues qui ont
cinquante pieds de largeur, à l'exception de la grande rue qui en a dix de plus,
partagent 75 carrés ou ilets, ou portions d'ilets, parce que quelques-uns ont
forme
leur donne la direétion de la mer ou de la rivière;
une
irrégulière, que
çes 75 ilets font enfuite divifés en 390 emplacemens. Les ilets parfaits ont 243 --- Page 145 ---
FRANÇAISE DE SAIYT-DOMINGUE
I19
pieds de chaque côté, & font féparés en huit emplacemens qui, fur une
deur égale de 123 pieds & +, ont, fàvoir : les 4 des angles, chacun 61 profon-
+ de façade, & les 4 renfermés entre ceux-là; chacun 62 pieds de pieds
Il n'y a cependant que deux cens quatorze maifons bâties au
façade.
Fort-Dauphin,
c'eft-à-dire, que la ville peut en avoir encore autant dans fes
tout ce qui eft déjà conftruit fe trouve raffemblé.
extrémités, car
Les fept rues qui vont du Nord-Oueft au Sud-Eft, & que je vais
dans leur ordre, font : la rue Vallière, dénomination
nommer
qui annonce qu'elle eft
moderne , puifqu'elle porte le nom d'un
Gouvemeur-général, > nommé en
puis la rue du Quai, ce qui prouve qu'autrefois elle bornait la ville 1772;
i la rue
Saint-Charles 3 l'un des patrons de M. de la Rochalar; la Grande rue, de
foixante pieds , qui a des arbres de chaque côté dans plufieurs de fes
c'eft la plus longue rue de la ville, parce qu'elle conduit d'un bout à la points levée :
qui eft entre la ville & la citadelle , & que de l'autre elle fe termine
chemin de Maribarou & d'Ouanaminthe la
au grand
; rue Sainte-Anne 5 la rue de
l'Églife, où l'églife n'eft cependant point placée, & la rue de la Rivière.
Les douze rues qui vont de la mer vers la rivière, font la rue Montacher,
( Intendant en 1771), elle vient jufqu'à l'endroit où le chemin du Fort-Dauphin
au Cap, traverfe la rivière ; la rue Bory ( Gouvemeur-Général en 1762 ); la
rue de Clugny ( Intendant en 1761 ); la rue Saint-Jean, ( patron de M. Duclos
Intendant ); la rue Bourbon 3 au bout de laquelle eft une calle de
pour embarquer &
I5O pieds 3
pour débarquer; 3 la rue Dauphine ; la rue Saint- Étienne
(à caufe du Patron de Mr. Chaftenoye ), & la rue du Marais. Les trois autres
ne font que projettées, n'ont pas de nom.
qui
Les rues du Fort-Dauphin ne font point pavées. Prefque toutes les maifons
ont un petit perron carrelé ou pavé, quelquefois même entouré de
où l'on fe met le foir pour prendre le frais. La largeur des rues les livre à murs, >
l'action du foleil, & par conféquent à une chaleur brûlante, dont l'effet toute eft
peut-être moins infupportable encore que celui des fortes brifes quiy élèvent
des tourbillons de pouffière. Les maifons font affez jolies; il y en a
qui font de maçonnerie, toutes avec le feul rez de chauffée. L'intérieur beaucoup
frais, parce que les emplacemens font affez
en eft
des
& des
profonds pour qu'on puiffe avoir
galeries
cours où l'air circule librement. L'ameublement eft affez
bien entendu pour une ville coloniale, & il eft plus d'un logement où fe
montre une forte d'élégance,
. Les maifons font affez jolies; il y en a
qui font de maçonnerie, toutes avec le feul rez de chauffée. L'intérieur beaucoup
frais, parce que les emplacemens font affez
en eft
des
& des
profonds pour qu'on puiffe avoir
galeries
cours où l'air circule librement. L'ameublement eft affez
bien entendu pour une ville coloniale, & il eft plus d'un logement où fe
montre une forte d'élégance, --- Page 146 ---
DE LA PARTIE
120 DESCRIPTION
Il n'y a qu'une feule place publique dans cette ville ; elle eft bordée dans fes
quatre faces par la Grande-Rue, la rue Dauphine, la rue Sainte-Anne & celle
Saint-Érienne ; elle a plus de cinquante toifes en carré, &c fe nomme la Place
royale.
C'eft fur le côté Sud-Oueft de cette place, &c à fon angle avec la rue
Saint-Etienne, qu'était une vieille barraque, où l'on a célébré long-tems le
fervice divin, &c dontl'état était tout-à la fois indigne de la Majefté du Très-Haut
& menaçant pour ceux qui y portaient leurs voeux. Les paroifliens fe déterminèrent donc en 1783, à faire achever l'édifice commencé alors depuis plus
de 40 ans. L'enceinte extérieure de ce temple élevé en maçonnerie, était due
au père la Cour, Jéfuite, curé de la paroiffe, qui, nouveau Langlet, dévoré
du zèle de la maifon de Dieu, yavait employé le produit des dons pieux qu'il
avait obtenu des fidèles & du gouvernement. Mais fa mort arrêta abfolument
la continuation de cet édifice , qui, malgré cet abandon, n'a éprouvé aucune
dégradation, foit de l'intempérie des faifons > foit de l'effet des tremblemens de
terre. En s'occupant de le terminer 3 d'après une délibération des paroifliens,
du 28 Novembre 1784, homologuée par les Adminiftrateurs le 3 Avril 1785,
on jugea qu'il était trop vafte pour la paroiffe > & on le réduifit d'un tiers,
ce qui a forcé à refaire la façade, hormis dans la partie correipondante aux
deux chapelles du devant. On a fupprimé auffi la croix latine qui était au
haut du portail,
C'eft une des plus belles églifes de Saint-Domingue. Elle eft fous l'invocation
de Saint-Jofeph, &x a I04 pieds de long & 40 de large 3 le tout dans ceuvre 3
& 4opieds d'élévation jufqu'à la naiffance de la charpente. L'édifice eft terminé en
cul de four dans fa partie poftérieure. Au-devant, eft un perron de quatre marches.
On compte qu'elle a coûté I00,000 livres tournois. C'eft la que fut enterré M.
le Marquis de Vienne, Gouverneur-Général. , qui mourut le 4 Février 1732
dans cette ville, où la relâche de plufieurs gallions au Cap & le bruit répandu
de quelques deffeins hoftiles de la part des Efpagnols, pour s'oppofer à l'établiffement du Fort-Dauphin, l'avaient conduit.
utile aux habitans de la ville du Fort-Dauphin,
: Une entreprife extrêmement
a placé un fecond monument au milieu de cette place d'armes ; c'eft une fontaine
deftinée à leur donner l'eau qu'ils étaient obligés d'aller chercher affez loin,
l'avoir falubre, ou d'aller prendre dans le canal d'une habitation contigue
pour
qui
la part des Efpagnols, pour s'oppofer à l'établiffement du Fort-Dauphin, l'avaient conduit.
utile aux habitans de la ville du Fort-Dauphin,
: Une entreprife extrêmement
a placé un fecond monument au milieu de cette place d'armes ; c'eft une fontaine
deftinée à leur donner l'eau qu'ils étaient obligés d'aller chercher affez loin,
l'avoir falubre, ou d'aller prendre dans le canal d'une habitation contigue
pour
qui --- Page 147 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMIN G U E, 12Y
qui n'était pas obligée à cette fervitude. Il en coûtait trente livres tournois parjour
au tréfor public, pour l'eau de la garnifon. Ce fut fous l'adminiftration & durant
une vifite de MM. d'Ennery &c de Vaivre au Fort-Dauphin, qu'on en forma
le projet, le 9 Juin 1776. Le 14 Août fuivant, les habitans fubftituèrent à une
première contribution, celle du quart, une fois payé, du produit d'une année de
leurs loyers; le marché fut paffé pour 50,000 livres tournois, dont la moitié
devait être tirée de la caiffe des libertés, & la livraifon de l'ouvrage fut promife
pour le mois d'Oétobre fuivant.
L'exécution en fut confiée à M. Artaud, entrepreneur. On établit la prile
d'eau à une grande lieue du Fort-Dauphin, fur le terrain de MM. les héritiers le
Gris, & l'eau a été conduite par le moyen d'aqueducs intérieurs & extérieurs.
Cette fontaine achevée en 1787 n'a pas été décorée fuivant le projet originaire, & d'après lequel je l'ai fait graver No. 6 de mon Atlas. Elle devait être
formée, comme lon voit, par une pyramide quadrangulaire, ayant, à chaque face
du focle, un mafque de la bouche duquel fort l'eau. L'un des côtés de la
pyramide devait porter les armes de France > & celui oppofe, cette infcription :
L'an de N. S. MDCCLXXVI.
c Sous le règne de Louis XVI & le gouvernement de M. le Comte d'Ennery Lieutenant-Général
7, des armées du Roi, Grand-Croix de P'ordre royal & militaire de Saint-Louis, GouverneurGénéral des Ifles de P'Amérique fous le Vent 32*
66 Et l'adminiftration de M. de Vaivre, Confeiller du Roi au Parlement de Franche-Comté,
3> Intendant de juftice 3 police 1 finances & de la guerre 33.
Tandis que les deux autres côtés recevraient les armoiries de ces deux
Adminiftrateurs. La corniche était furmontée par quatre dauphins groupés
accolés par la queue, 8c répondant aux quatre faces. L'ouvrage ayant été long & les >
Adminiftrateurs ayant changé, on oublia ( & c'eft l'ufage à Saint-Domingue
ceux
),
auxquels on était redevable d'une vue utile, & en 1779 on regardait déjà
M. d'Argout, alors Gouverneur-Genéral, comme l'auteur de ce bienfait. C'eft
d'après cette opinion qu'on doit lire l'infeription fuivante, qui me fut confiée
à cette époque par fon auteur M. de Stapleton, Créol de
Chevalier de l'ordre de Saint-Hubert.
Saint-Domingue, 3
Tom. I
C
),
auxquels on était redevable d'une vue utile, & en 1779 on regardait déjà
M. d'Argout, alors Gouverneur-Genéral, comme l'auteur de ce bienfait. C'eft
d'après cette opinion qu'on doit lire l'infeription fuivante, qui me fut confiée
à cette époque par fon auteur M. de Stapleton, Créol de
Chevalier de l'ordre de Saint-Hubert.
Saint-Domingue, 3
Tom. I
C --- Page 148 ---
122 DESCRIPTIO N D E LA P ARTIE
Non erat ante fluens populis fitientibus humor ;
Ecce peregrinam mittit fons publicus undam >
Miraturque novos fluétus & non fua dona.
Jam liquor ad veltros decurrit purior hauftus;
O cives ! Licet his aeftum fedare fluentis.
Veftra fitis quoties fuerit fatiata bibendo
Clamate : Hec nobis d'Argoutus munera fecit;
Hic noftrum voluit primus minuiffe laborem, *
Atque fui memores populos feciffe merendo.
Une chofe bien étonnante pour ceux qui ne connaiffent pas Saint-Domingue *
c'eft que la dépenfe de la fontaine fe foit élevée à dix-fept cent mille livres
de la Colonie (1,133333 livres, 6 fous, 8 deniers de France ), fomme vraiment
exhorbitante, furtout fi l'on confidère la médiocrité de la ville du Fort-Dauphin.
On a pofe, pour garantir la prife d'eau des débordemens, un batardeau qui a
coûté le tiers de cette fomme, tandis que fi cette prife d'eau avait été mife quatre
cens pas plus haut, on aurait, avec une éclufe & une pelle, rempli le même
objet, & économifé les trois quarts de cette fomme. On aurait aufli fauvé la
dépenfe d'un fyphon de cent mille livres tournois.
On a encore dit contre l'exécution du projet de cette fontaine, telle qu'elle a eur
lieu, que le batardeau élevant les eaux de trois pieds , il a diminué d'autant
les levées de l'habitation voifine & détruit leur réfiftance; qu'en faifant la prife
d'eau où elle eft, on a néceffité le facrifice d'une grande portion d'eau, pour
qu'il pût en arriver fix pouces à la fontaine, & qu'on a ravi à dix-neuffucreries, l'eau avec laquelie on aurait pu arrofer. On ajoute même que cette
fontaine dont les réparations ont été très-coûteufes, a enfin ceffé de donner de
l'eau, avant la fin de 1788.
On avait placé auffi un tuyau de détournement qui conduifait l'eau à une petite
fontaine mife fur le côté Nord de la Grande rue * entre les rues Bory & Clugny.
Larivière Marion qui fournit l'eau à la ville, en donne aufli aux trois fucreries
le Gras, Collet & le Gris.
Ilya en bâtimens publics, au Fort-Dauphin, une maifon appellée le Gouvernement 3 parce que lofficier militaire > commandant, y loge; elle eft à l'angle
Nord-Oueft de la onzième rue > en allant de la Grande rue à la citadelle 5 la
maifon du Roi bâtie fur la place d'armes & au coin de la Grande rue i là font
l'officier & les bureaux d'adminiftration; à l'angle Nord-Oueft de la Grande
ens publics, au Fort-Dauphin, une maifon appellée le Gouvernement 3 parce que lofficier militaire > commandant, y loge; elle eft à l'angle
Nord-Oueft de la onzième rue > en allant de la Grande rue à la citadelle 5 la
maifon du Roi bâtie fur la place d'armes & au coin de la Grande rue i là font
l'officier & les bureaux d'adminiftration; à l'angle Nord-Oueft de la Grande --- Page 149 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 123
rue avec la rue Saint-Étienne, eft le logement de la maréchauffée; & à celui
Sud Oueft de la rue de l'Eglife avec celle Bourbon, l'on a bâti les prifons.
La ville du Fort-Dauphin a eu des commencemens extrêmement lents, & en
1738 les maifons qui étaient dans la Grande rue, formée la première, étaient
comme abandonnées & tombaient en ruine. Cette ville en avait I04 en 1751,
I16 en 1755, & 138 en 1761 3 époque où l'on a penfé qu'elles pouvaient être évaluées à IOO mille livres, de loyer. En 1765 on en voyait
cependant 170 3 mais une ordonnance du 18 Janvier 1775, prouve que plufieurs emplacemens étaient abandonnés 2 puifqu'elle menace de réunion &c
prefcrit des peines de police contre la mal-propreté & les autres inconvéniens de
cet abandon.
Le voifinage du Cap, celui d'Ouanaminthe, où les habitans du Fort-Dauphin
ont voulu empêcher pendant plus de trente ans qu'on ne fit un bourg, devenu
l'entrepôt d'un commerce furtif avec les Efpagnols, ont toujours contrebalancé
le plan de faire quelque chofe d'intéreffant de cette ville.
Terminée au Nord-Eft par la mer & au Nord-Oueft parla. citadelle & la mer,
elle l'eft au Sud-Oueft par la rivière des Roches ( bras droit de la rivière
Marion ), qui la contourne dans toute fa longueur. Cette rivière qui ne tarit
jamais & dont la fource eft dans le piton de Bayaha fervait autrefois à défaltérer
les habitans qui lui doivent l'eau de leur fontaine. Comme elle a fon embouchure
à I90 toifes du chemin qui va de la ville à la citadelle, dans un terrain prefque
de niveau avec la mer 3 elle épanche quelquefois fes eaux fur ce fol, & le rend
d'autant plus marécageux que les grandes marées y entrent aufli.
C'eft à cette caufe défaftreufe, que la ville du Fort-Dauphin doit la jufle
réputation d'infalubrité, dont elle jouit. Ceux qui Phabitent prouvent. par leur
teint livide, par le délabrement de leur fanté & par une rapide deftruétion,
combier l'air y eft dangereux. Comment expliquer d'après cela, la propofition
que M. de la Chapelle > Intendant de la Colonie 3 faifait au Miniftre, & que
celui-ci adoptait dans une lettre à M. de Larnage du 8 Juin 1737, de mettre
tous les foldats débarquant d'Europe pendant une année, dans les poftes du
Fort-Dauphin & de Saint-Louis du Sud, comme les plus fains de la Colonie?
Exemple frappant, & malheurcufement trop commun, de la rapidité avec
Jaquelle des Adminiftrateurs prononcent fur un pays où ils arrivent à peine !
Le premier bataillon du régiment de Quercy perdit dans la garnifon du
lettre à M. de Larnage du 8 Juin 1737, de mettre
tous les foldats débarquant d'Europe pendant une année, dans les poftes du
Fort-Dauphin & de Saint-Louis du Sud, comme les plus fains de la Colonie?
Exemple frappant, & malheurcufement trop commun, de la rapidité avec
Jaquelle des Adminiftrateurs prononcent fur un pays où ils arrivent à peine !
Le premier bataillon du régiment de Quercy perdit dans la garnifon du --- Page 150 ---
124 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
Fort-Dauphin, en 1763 & 1764; un nombre infini d'hommes, & en 1782 le
régiment Efpagnol de Léon, compofé de 1,440 hommes, vit mourir, en 3 mois,
17 officiers, 3 cadets & 647 foldats.
Jufqu'en 1732 on envoyait au Cap, par mer > les malades de la garnifon du
Fort-Dauphin, ce qui augmentait encore les pertes. A cette époque, M. Duclos, Intendant, y fit établir une chambre, pour traiter les malades. En 1739,
M. Larnage voulant y avoir un véritable hôpital,y deftina 55,000 livres qu'il
avait tirées d'une amende, pour fait de commerce étranger. On acheta en
conféquence une habitation qui avait même appartenue autrefois aux religieux
de la Charité du Cap, loriqu'ils ne prévoyaient pas qu'il y aurait un jour une
ville du Fort-Dauphin. Elle était en 1739 une indigoterie. Comme l'acquifition
était conditionnelle, & que l'approbation du Miniftre ne vint pas, le FortDauphin n'a pas eu d'hôpital. La garnifon du régiment de Querry y avait fait
faire un établiffement paffager > que les religieux de la charité du Cap cédèrent
même à un entrepreneur peu-à-près. L'hôpital était à l'entreprife lors du
ment
régide Léon, & maintenant iln'y a qu'une efpèce d'ambulance pour la garnifon.
Mais ce qui ferait encore plus important qu'un hôpital, ce ferait de détruiré
ja caufe qui rend ce féjour mortifère. Il n'y en a pas d'autre moyen que de conduire les eaux mêmes de la rivière à travers le marais que la levée, qui fert à
aller de la ville au fort, a partagé en deux. Un pont fort fimple faciliterait le
paffage des eaux de l'un des côtés dans l'autre & de la à la mer.: Ce
le moins coûteux de tous ceux qu'on pourrait employer, ferait auffi moyen le
plus
sûr ; car le parti de faire remblayer a été tenté par le moyen des foldats & leur
mortalité a fait voir fon danger. Une levée formée fur la rive gauche de la
rivière en rejetterait encore les eaux du côté de la ville & en les retenant, furtout
après les débordemens, elle les obligerait à dépofer leur limon dans le marais
dont le fol s'exhaufferait, & il perdrait ainfi la faculté d'exhaler des miafmes
délétères & infeéts. L'économie faite fur la fontaine pouvait fuffire à ce travail
auquel des milliers d'hommes auraient fini par devoir la vie, &z elle aurait fauvé
le fcandale que l'ignorance ou toute autre caufe a donné dans une dépenfe
énorme.
Le côté Sud-Eft de Ja ville eft le plus gai, parce qu'il s'ouvre fur la campagne
& qu'en entrant dans le chemin de Maribarou, on apperçoit far la droite, des
plantations de cannes qui réjouiffent la vue 5 à la gauche eft une briqueterie.
hommes auraient fini par devoir la vie, &z elle aurait fauvé
le fcandale que l'ignorance ou toute autre caufe a donné dans une dépenfe
énorme.
Le côté Sud-Eft de Ja ville eft le plus gai, parce qu'il s'ouvre fur la campagne
& qu'en entrant dans le chemin de Maribarou, on apperçoit far la droite, des
plantations de cannes qui réjouiffent la vue 5 à la gauche eft une briqueterie. --- Page 151 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE
Parvenu à 1,200 toifes de la ville, on eft fur un petit tertre qui en forme les
limites pour la garnifon & à environ 300 toifes duquel on rencontre, fur la
gauche 2 un chemin qui mêne à l'embarcadère de la Crochue.
Mais avant de terminer ce qui concerne la ville & de compléter des détails
qui doivent la préfenter comme le chef-lieu de l'une des grandes étendues
lées quartiers , il eft néceffàire que je donne une idée exacte de la totalité appe- de la
paroiffe du Fort-Dauphin.
Elle eft d'une forme irrégulière 3 parce que la paroiffe d'Ouanaminthe
& y pénètre dans PEt. La paroiffe du Fort - Dauphin
avance
qu'on peut évaluer à
vingt lieues carrées de furface, eft une de celles qu'on appelle paroiffe de plaine
à Saint-Domingue & fa portion plane en forme environ les deux tiérs.
Une favane > ou prairie naturelle, fépare le canton Dauphin,
dit, & qui eft dans Ie contour de la ville, du canton de Maribarou proprement
PEA. Cette favane a énviron une lieue & demie de
qui eft à
largeur à fon extrémité
Nord,contigue aux Fredoches & fe dirige vers les montagnes en
annonce
Tout y
l'aridité : des monticules fans aucun ordre
s'élargiffant.
donnant la vie qu'à quelques arbuftes chétifs, incapables dé cacher entr'eux, & ne
un fol
de nombreux cailloux détachés : des pierres & dès roches qui fortent d'une chargé
ochracée pour montrer. leurs têtes rougeâtres ou brunes, & d'autres qui
terre
tout-à-fait
à nu préfentent des maflfes fillonnées & chargées d'afpérités; tel eft le
tacle de cette favane dans les tems fecs. S'il pleut
fpecabondamment, une herbe fine
& fucculente dérobe bientôt ce trifte alpedt & lui fubftitue un riche tapis de
verdure. On fe demande d'où peut provenir un changement auffi
abfolu &c comment cette favane s'eft formée & a confervé fon fubit, auffi
deffus des terrains énvironnans P
élévation auLe phyficien eft ténté de répondre que fa
configuration > fon
vers la montagne > la couleur des terres & leur
élargiffement
des
analogie avec les terres
montagnes voifines ; analogie que les pierres détachées reproduifent à leur
tour: 7 parce qu'elles font vitrifiables comme celles de ces
les défordres d'un volcan, dont la lave aura coulé avéc montagnes, annoncent
&
toutes les matières en
fufion, aura toujours occupé un efpace moindre en s'éloignant du cratère. Il
femble même qu'alors la mer bornait le fol de la favane puifqu'elle touche
Fredoches où tout eft encore calcaire & annonce le féjour plus récént des aux
Des convulfions plus ou moins vives, produifant des
eaux..
irruptions plus ou moins
ces
les défordres d'un volcan, dont la lave aura coulé avéc montagnes, annoncent
&
toutes les matières en
fufion, aura toujours occupé un efpace moindre en s'éloignant du cratère. Il
femble même qu'alors la mer bornait le fol de la favane puifqu'elle touche
Fredoches où tout eft encore calcaire & annonce le féjour plus récént des aux
Des convulfions plus ou moins vives, produifant des
eaux..
irruptions plus ou moins --- Page 152 ---
126 DESCRIP? TIO 2e N D E LA PARTIE
lointaines & des expulfions de pierres plus ou moins aétives, la favane aura eu
des inégalités, des monticules & les principes martiaux expliqueraient dans ce
fyftème 3 la ténuité & l'efculence de l'herbe.
Quelques-uns des monticules de cette favane ont eut & ont encore des dénominations particulières. Celle de Morne - à- Vigie, que l'un d'eux conferve
vient de l'ufage auquel il a été deftiné, lorfqu'après les ravages des Efpagnols
en 1695, on y plaça deux hommes en vigie pour épier leurs mouvemens ; vigie
dont on fupprima les obfervateurs, > lors de la paix à la fin de 1698, quoique
l'impofition pour leur payement ait duré jufqu'en 1702. Dés raifons plus ignorées
ont créé, la Mabotière, les Marmoufets, les Platons 8zc.
C'eft dans cette favane ou dans ces favanes que font auffi des ruiffeaux où
l'eau ne fe montre que durant quelques heures & feulement à l'époque des
fait Rivière-Blancbe, des Risiore-a-Cams,8c. Le
pluies, > quoiqu'on en ait des
voilinage des fucreries ou quelques vallons ont raffemblé dans ce lieu 17 blancs,
56 affranchis & 268 efclaves.
Mais quelle vue délicieufe que celle offerte au voyageur lorfque de l'extrêmité de ces favanes , il découvre la riche plaine du canton de Maribarou ! Son
ceil fe promène fur des champs de cannes qui femblent s'embellir encore par le
contrafte des points qu'il vient de parcourir. Il aime l'effet que produit fur ce
d'un vert
8c
& là, comme
vert ondoyant, des arbres
plus prononcé placés çà
varier la fcène. Les bâtimens d'un grand nombre de manufaétures y ajoutent
pour
leur intérêt, & les bois qui bordent les rives du Maffacre 3 couronnent & fixent
Thorifon.
Tout annonce que cette plaine eft un ancien fond vafeux de la mer. Des
points bas que les rivières n'ont pas couvert de leur fable brifé 3 ont encore des
traces bitumineufes. Les plantes font impregnées de leur âcre fubftance & c'eft
un des obftacles qui s'oppofe à la fabrication du fucre des cannes que ces endroits
produifent & fur-tout à fa pelludicité.
La rivière la Matrie fépare le canton de Maribarou des grandes favanes & la
rivière du Maffacre eft entre ce canton & les poffeffions efpagnoles. Maribarou
eft divifé en haut & en bas Maribarou. Le bas Maribarou eft la partie qui fe
trouve au Nord du chemin qui mène de la ville du Fort-Dauphin au bourg
d'Ouanaminthe. Le haut Maribarou s'étend au contraire dans le Sud de ce chemin
jufqu'à la rivière de la petite Artibonite, vulgairement nommée rivière à Baujeau
du Maffacre eft entre ce canton & les poffeffions efpagnoles. Maribarou
eft divifé en haut & en bas Maribarou. Le bas Maribarou eft la partie qui fe
trouve au Nord du chemin qui mène de la ville du Fort-Dauphin au bourg
d'Ouanaminthe. Le haut Maribarou s'étend au contraire dans le Sud de ce chemin
jufqu'à la rivière de la petite Artibonite, vulgairement nommée rivière à Baujeau --- Page 153 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
& qui fe jette dans le Maffacre entre les habitations Baujeau & Vigne. Il réfulte
de cette divifion que tout le bas Maribarou appartient à la paroiffe du FortDauphin qui renterme en outre quatre habitations du haut Maribarou, parce
qu'elles font dans l'Oueft de la Matrie 5 tout le refte du haut Maribaroux eft de
la paroiffe d'Ouanaminthe.
Dans le bas Maribarou les deux rivières du Maffacre & de la Matrie ne font
jamais à plus d'une lieue l'une de l'autre > même dans les contours où elles
s'écartent le plus entr'elles, & dans de grands débordemens, notamment dans ceux
du mois de Septembre 1761 & du 4 au 5 Août 1772, l'on a vu leurs eaux fe confondre ; le même phénomène eut lieu durant plus de 25jours en 1787.
En 1776, époque d'une longue féchereffe qui ne s'eft que trop renouvellée, 3
la Matrie a tari plufieurs fois; le Maffacre conferva à peine un filet d'eau, &c
l'une & l'autre très-renommées pour leurs nombreux poiffons > ont fingulièrement
perdu de ce précieux avantage 5 d'autant que les nègres trouvant déformais le
poiffon dans des afiles fans profondeur > en firent une prodigieufe deftruétion.
La Matrie fe jette dans le Maffacre, à environ deux mille toifes de l'embouchure de Cc dernier, & il y a même de l'analogie dans leurs deux noms.
car Matrie vient de Mata, elpagnol, lieu où l'on tue > où l'on fait boucherie.
Le Maffacre fe dirige enfuite vers la mer par un paflage étroit, entre deux
monticules, où fes eaux refferrées s'oppofent avec force au flux de la mer, que
l'on reconnaût au goût de l'eau jufqu'à deux lieues. Vers le point où le Maffacre
reçoit la Matrie & où ce conflit eft le plus fenfible 3 il s'eft élevé un banc de
fable, qui, foutenu par l'effort oppofé des deux caufes, préfente, même dans
de grandes inondations, un môle que l'audace a quelquefois employé. Des levées
s'oppofent aux irruptions du Maffacre, furtout depuis le bourg d'Ouaniminthe
jufques au point qui répond à l'extrémité intérieure du grand ilet.
On compte dans la partie de Maribarou qui dépend de la paroiffe du FortDauphin, 17 fucreries, 2 favoir: 13 du bas Maribaroux, & les quatre du haut
Maribarou dont j'ai parlé 5 leur produit total peut être évalué à trois millions
& demi de fucre terré, & plus d'un demi million de fucre brut.
Depuis 175ojulqu'en 1753, trois habitans &z enfuite cinq s'occupèrent du foin
d'employer l'eau du Maflacre à fertiliferl leur fol & à faire mouvoir des moulins. Ils
firent à ce fujet trois conventions 3 qui amenèrent dans la même année 1753 3 une
conceflion d'eau de la part des Adminiftrateurs, &x elle fut l'origine de la prife
d'eau dont j'ai parlé,
plus d'un demi million de fucre brut.
Depuis 175ojulqu'en 1753, trois habitans &z enfuite cinq s'occupèrent du foin
d'employer l'eau du Maflacre à fertiliferl leur fol & à faire mouvoir des moulins. Ils
firent à ce fujet trois conventions 3 qui amenèrent dans la même année 1753 3 une
conceflion d'eau de la part des Adminiftrateurs, &x elle fut l'origine de la prife
d'eau dont j'ai parlé, --- Page 154 ---
128 DESCRIPTION D E LA PARTIE
Le Maffacre ayant éprouvé plufieurs débordemens, & les difficuités que les
cinq propriétaires des moulins fe fulcitaient eux-mêmes entr'eux, ayant rendu
un examen du local néceffaire, cet examen fut ordonné par les Adminiftrateurs
le 28 Juillet 1784. Il a eu lieu au mois de Mai 1786, par M. Michel Verret,
frère et affocié de l'ingénieur Hydraulicien. Cette opération qui, comme une
foule d'autres, prouve l'utilité d'artiftes éclairés en ce genre, a démontré que
depuis 1753 jufqu'en 1786, le Maffacre avait creufé fon lit de 4 pieds 9 pouces
4 lignes, et que la prife d'eau devait en conféquence être portée plus haut qu'elle
n'était auparavant, et même au-deffus de la pyramide No. 8. M. Verret a fait
trouver de l'eau en quantité fuffifante pour l'arrofement etle jeu des cinq
moulins affociés à l'eau; et il a marqué pour les tems de féchereffe, l'ordre
dans lequel chacune des cinq habitations ( dont trois peuvent en outre prendre
de l'eau dans la Matrie pour arrofer feulement ), doit faire ufage de l'eau.
Cette opération a amené le 26 Décembre 1786, une convention par laquelle
les cinq intéreffés ont formé un fyndicat, pour tout CC qui eft relatif à cette
jouiflance d'eau, et le 19 Avril 1787, les Adminiftrateurs l'ont convertie en
ordonnance, ainfi que le procès verbal de M. Verret.
Il n'y a cependant que trois habitations qui ayent déjà des moulins roulans, et
fi l'on y ajoute le moulin à eau de l'une des quatre habitations du haut Maribaroux, > on en trouve quatre pour la Paroiffe du Fort-Dauphin.
Maribarou dépendant du Fort-Dauphin, a 60 blancs, 17 affranchis et environ
2,500 efclaves. Il s'en faut bien que ce canton, dont le fol mérite peut-être le
premier rang parmi tous ceux de Saint-Domingue français, foit parvenu au
degré d'accroiflement dont il eft fufceptible, puifqu'il n'eft encore qu'à fa
troifième génération de Colons. Or l'on fait que la première défriche 5 que la
feconde commence les grands travaux > comine les levées qui doivent garantir du
ravage des eaux, et les foffés qui doivent les égoûter; et que la troifième ordonne
les plantations et entreprend les édifices, pour que la quatrième puiffe réalifer
le plan d'une utile et grande manufacture. Heureufe la cinquième, fi elle peut
mêler l'agréable à l'utile, et unir fes jouiffances perfonnelles aux richeffes de
PÉtat!
J'ai dit que les grandes favanes étaient contigues aux Fredoches; c'eft le nom
qu'on donne, dans la Colonie, a des terrains dont le fond eft une efpèce de tuf
blancheâtre et argileux, qui ne donne la vie qu'à des ronces et à quelques bois
blancs,
. Heureufe la cinquième, fi elle peut
mêler l'agréable à l'utile, et unir fes jouiffances perfonnelles aux richeffes de
PÉtat!
J'ai dit que les grandes favanes étaient contigues aux Fredoches; c'eft le nom
qu'on donne, dans la Colonie, a des terrains dont le fond eft une efpèce de tuf
blancheâtre et argileux, qui ne donne la vie qu'à des ronces et à quelques bois
blancs, --- Page 155 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
blancs, dont les proportions accufent le fol de ftérilité. Tel eft celui qui borde
la paroiffe du Fort-Dauphin au Nord, et qui fuit, à-peu-près, les contours de
la baie et le terrain qui eft entr'elle ct le bas du Maffacre. Ces Fredoches (qui
ceignent auffi la baie de Mancenille ), environnent dans cette partie le Lagonaux-boeufs, efpèce de petit lac dont les eaux contenues de toute part par des
terres élevées, n'ont pas pu fe retirer avec la mer lorfqu'elle a abandonné les
lieux voifins, Cependant comme fes bords font moins élevés au Nord-Eft,
c'eft par là que dans les crues d'eau, l'excédant fe dégorge dans la Matrie.
Les Fredoches renferment quelques indigoteries, condamnées par les féchereffes
à une trifte langueur. Ce fol convient mieux à quatre poteries, qui ayant par
la mer un débouché facile, fourniffent les fucreries de quartiers même trèséloignés. On y voit auffi plufieurs fours à chaux, auprès defquels la pierre
calcaire et le bois fe trouvent placés, et en outre trois briqueteries et tuileries
dans le nombre defquelles eft comprife celle qui eft au fortir de la ville du
Fort-Dauphin ; tous les établiffemens des Fredoches ont 53 blancs, I04 affranchis
et 678 efclaves.
On a trouvé dans les Fredoches, en 1787, cinq têtes d'hommes au fond d'une
caverne. L'aplatiffement du coronal ou frontal, depuis les fourcils jufqu'en haut,
démontrait qu'elles avaient appartenu à d'infortunés Indiens. Elles étaient bien
confervées & garnies de leurs dents. Malgré toutes les recherches il n'a pas été
polible de rencontrer d'autres parties offeufes.
Le refte de la plaine de la paroiffe du Fort-Dauphin eft au Sud des Fredoches.
Elle y forme un efpace qui a les grandes favanes dans PEIt 3 les montagnes
au Sud, & dans l'Oueft, un prolongement de ces montagnes qui fe dirige au
Nord & s'arrête à une petite lieue de la côte & de la ville &c dans le couchant de cette dernière.
Au pied de cet épatement montueux 3 coule la rivière Marion > formée
par les eaux des montagnes de l'acul de Samedi 3 augmentées de celles de
tous les ravins qui bordent fon cours, Des deux côtés de la rivière font des
habitations en fucrerie ; mais comme la branche de montagnes dont je viens
de parier a une pente prolongée vers la rivière, 3 la rive Oueft eft la plus refferrée.
Cependant celle de PEC eft aflez remplie par les monticules des favanes, pour
que la rive Occidentale ait eu douze habitations, 3 tandis que la rive Orientale n'en
avait que cinq et encore d'une plus petite étendue. Enfin les deux côtés finiffent
Tome I.
R
; mais comme la branche de montagnes dont je viens
de parier a une pente prolongée vers la rivière, 3 la rive Oueft eft la plus refferrée.
Cependant celle de PEC eft aflez remplie par les monticules des favanes, pour
que la rive Occidentale ait eu douze habitations, 3 tandis que la rive Orientale n'en
avait que cinq et encore d'une plus petite étendue. Enfin les deux côtés finiffent
Tome I.
R --- Page 156 ---
130 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
par fe rétrécir au point qu'on n'y trouve plus que quelques vallons et quelques
côteaux.
En confidérant cet efpace, dont la partie fupérieure s'appelle le canton de la
grande Colline et n'a plus que trois de ces anciennes fucreries , on conçoit qu'à
l'époque où les rivières n'avaient pas encore formé leurs lits, 8c promenaient
leurs eaux à raifon des pentes, les parties fupéricures fur lefquelles ces eaux
n'auront pu ni féjourner ni dépofer un fédiment limoneux, n'auront pas acquis
une couche végétale aufli épaiffe que les parties inférieures. Dans les points
voifins de la mer, mais qui font bas, les eaux douces auront corrigé l'âcreté
'des dépôts marins & le limon, en fe combinant avec eux 5 aura produit un fol
plus ou moins fertile; tandis que dans les endroits tels, par exemple, que la
portion des Fonds-Blancs qui dépend de la paroiffe du Fort-Dauphin > les eaux
n'ayant pu aller combattre l'âcreté primitive > fes effets fubfiftent encore. Cette
explication eft appuyée par la nature différente du fol dans les 17 fucreries &c
même dans les collines & les vallons de la partie rétrécie, 3 qui enrichi d'abord
les dépouilles des montagnes chariées par les pluies a vu enfuite fa fertilité par fe
décruire par la caufe mêne qui l'avait créée. On pouvait porter à environ deux
millions de fucre le produit de ces 17 fucreries, prefque toutes anéanties, furtout celle du canton de la grande Colline. Les recenfemens ne font monter la
population de cette partie , qu'à 63 Blancs, 2,202 efclaves & feulement à IO
affranchis; 3 car, en général, on voit peu de ces derniers dans les lieux où des
établiffemens multipliés font ou ont été une preuve d'énergie et d'aétivité.
Ce qui fe trouve des Fonds-Blancs dans la paroiffe du Fort-Dauphin et
comme
qui,
je l'ai déjà obfervé, ne comprend pas les monticules appellés les Mamelles,
placés à 2,700 toifes dans lOueft de la pointe du baril de Boeuf, et à mille toifes
de la mer, contient pluiieurs indigoteries. Des féchereffes, prefque continuelles
depuis quelques années 3 les affligent & les réduifent à la plus grande médiocrité.
La coupe de Bayaha qui n'eft qu'une gorge de l'extrémité de la branche
Occidentale des montagnes de la paroiffe du Fort-Dauphin contient auffi
qu-lques faibles indigoteries & des cultivateurs de manioc & de mais. Ces
deux endroits, d'autres habitations de la grande Coliine > des favanes de
l'acul de Samedi ou de la favane à Bouché contigue à ceile-ci, ont
31 blancs >
73 affran chis, & 442 efclaves.
A l'E de la coupe de Bayaha, eft une portion triangulaire que forment, avec
des montagnes de la paroiffe du Fort-Dauphin contient auffi
qu-lques faibles indigoteries & des cultivateurs de manioc & de mais. Ces
deux endroits, d'autres habitations de la grande Coliine > des favanes de
l'acul de Samedi ou de la favane à Bouché contigue à ceile-ci, ont
31 blancs >
73 affran chis, & 442 efclaves.
A l'E de la coupe de Bayaha, eft une portion triangulaire que forment, avec --- Page 157 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE, I37
la mer; , les deux branches de la rivière Marion. Cette rivière fe bifurque dans
la plaine même & fon bras droit ( que les habitans placés à fa gauche 3 voulurent
combler en 1717 va vers la ville ayec le nom de rivière des Roches. On
conftruifit dans cette efpèce d'ilet, au commencement de 1707, une chapelle
fuccurfale de Limonade, le curé de cette paroiffe venait célébrer le fervice
divin. L'abbé de Mont-Tours y dit la première meffe le 25 Mars de la même
année. En 17I0 le père Boutin, Jéfuite, en fit une paroiffe dédiée à Saint-Jofeph,
et en 1722, on transféra l'églife à 1,500 toifes plus à l'Oueft, au vieux bourg
de Bayaha et à 800 toifes au Sud de l'embarcadère de la Crochue, dans une favane
où le local de l'ancien cimetiere eft encore reconnu par la vénération fuperftitieufe des nègres. Ce n'a été qu'en 1731 que la ville du Fort-Dauphin a eu:
dans fon enceinte 2 fon pafteur qui eft toujours le feul eccléliaftique du lieu,
Il ne me refte plus maintenant à décrire que les montagnes 5 elles bornent la
paroiffe au Sud. Au Sud-Oueft font celles de l'acul de Samedi et dont la face
ou le revers Nord eft de la paroiffe du Fort-Dauphin. On parla en 1768 de
former une paroiffe àlacul de Samedi ; les habitans autorifés par le gouvernement
en 1772 à délibérer à ce fujet, nommerent un fyndic pour fuivre l'éxécution du
plan qui comprenait toute la gorge ou bafijn de l'acul de Samedis la circonférence du morne au Diable 2 la vallée de l'acul des Pins, le Morne-Organife,
& les cinq cantons de la face Sud de la montagne ou grande Crête de J'acul de
Samedi, qui dépendent aujourd'hui de la paroiffe de Vallière. Ce plan qui fut
contrarié & qui a cependant produit la nouvelle paroiffe de Vallière, a aurait
réuni plus d'avantages que l'établiffement de celle-ci. Mais cct objet appartient
à la defeription de cette paroiffe , avec laquelle il eft, en quelque forte
lié. L'acul de Samedi renferme plufieurs cafeteries fans qu'aucune mérite d'être
citée, et dans prefque-toutes, on affocie la culture des vivres à celle du cafier.
Après l'acul de Samedi (très-arrofé par divers bras de la rivière Marion 2 par
la rayine des Palétuviers 3 par celle à Bouyard 3 &c, ), eten allant vers FEf, on
trouve d'abord, la belle Crête 2 haute montagne 2 pofée prefqu'en face de l'entrée
de la baie, ctà VEt de laquelle coule la rivière Marion dans un canton appellé
les Fonds-Bleus, puis le morne au Diable 3 qui fépare l'acul de Samedi de
l'acul des Pins. Un côteau dont la déclivité eft affez douce pour qu'il conferve
(:) Voyez Lcix de Saint-Domingue, tome 2 : page 592.
R 2
Crête 2 haute montagne 2 pofée prefqu'en face de l'entrée
de la baie, ctà VEt de laquelle coule la rivière Marion dans un canton appellé
les Fonds-Bleus, puis le morne au Diable 3 qui fépare l'acul de Samedi de
l'acul des Pins. Un côteau dont la déclivité eft affez douce pour qu'il conferve
(:) Voyez Lcix de Saint-Domingue, tome 2 : page 592.
R 2 --- Page 158 ---
132 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
encore une couche végétale a fervi à placer dans ce lieu une fucrerie, ayant un
moulin à eau ; la terre de tout ce canton, > ne répond pas au foins du cultivateur
de café, mais le maniocyef fort beau.
L'acul des Pins , ainfi nommé parce que les pins y font communs, eft le
canton qui touche à la paroiffe d'Ouanaminthe dans PER &z dans le Sud. Les
commencemens de fa culture ont été brillans; on y a formé une affez belle
fucrerie et de grandes cafeteries. Un grain rond, petit et fec, a acquis de la
réputation aux cafés qu'il produit ct qui font recherchés par les capitaines
provençaux, parce qu'affociés aux cafés venus du Levant, ils trompent I'ceil du
connaiffeur et le palais du gourmet.
Toute la partie du Fort-Dauphin en mornes, eft habitée par IOO blancs,
200 affranchis et 1,490 efclaves.
Jettons maintenant des vues générales fur le Fort-Dauphin. Le climat y eft
extrême. Après une féchereffe annuelle, qui dure ordinairement depuis le mois
de Février jufqu'à celui de Mai ou de Juin, les pluies deviennent exceffives
avec les premiers orages, et amènent des fièvres bilieufes ardentes. Il
*
réfulte de
ces avalaffes x qu'après avoir confommé les vivres de terre de
>: nouvelles
plantations faites pour les remplacer, font fans fuccès. De là des difettes qui
durent fix mois entiers, et qui font caufe que dans un lieu où la difcipline
des efclaves pourrait être plutôt trouvée relâchée que févère, il y a une grande
perte de ces hommes précieux, perte qui était encore proportionnellement
confidérable
plus
autrefois 3 lorfqu'on leur faifait deffécher les parties noyées de cette
paroiffe ; mais maintenant les travaux d'égout & de levées, font faits à l'entreprife par des nègres qui y font dreffés & accoutumés.
Ce ferait peut-être le cas d'examiner s'il n'y aurait pas plus d'avantage à
employer en arrofement qu'en machines, l'eau qu'on tire des différentes rivières.
Chaque année la féchereffe réveille des haines qui ont toujours à
un caraétère fort
Saint-Domingue
actif. Il ferait très-digne d'une adminiftration fage, amie de
l'ordre et de la profpérité publique, de ftatuer enfin par un règlement général
fur tous les droits ligitieux de ce- genre,. et que des chefs principaux et fubalternes
favorifent ou bleffent d'après des motifs trop étrangers à la juftice. Ne pourraiton pas réunir les eaux de la rivière de Jean de Nantes avec celles de la petite
Artibonite ( toutes deux de la paroiffe d'Ouanaminthe ), et une portion de
celles dy haut du Maffacre, 3 pour les diftribuer de manière que le premier
atuer enfin par un règlement général
fur tous les droits ligitieux de ce- genre,. et que des chefs principaux et fubalternes
favorifent ou bleffent d'après des motifs trop étrangers à la juftice. Ne pourraiton pas réunir les eaux de la rivière de Jean de Nantes avec celles de la petite
Artibonite ( toutes deux de la paroiffe d'Ouanaminthe ), et une portion de
celles dy haut du Maffacre, 3 pour les diftribuer de manière que le premier --- Page 159 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
habitant ne fût tenu de remettre fon eau qu'au troifième, le fecond
quatrième > & ainfi en alternant. Lorfque la pente ferait faible, des
qu'au
garantiraient des débordemens, & l'on affure que des nivellemens trop-pleins ont
que ce travail eft poffible.
prouvé
Un autre trop-plein fur la Matrie, pourrait porter quelquefois dans le Lagonaux-bceufs, qui a 2,500 toifes de long fur 500 de largeur moyenne, deseaux
déffaleraient le fond et les alentours, et qui y mettraient un limon
qui en
la culture et même pour la falubrité de
précieux pour
l'air, que ce lagon ne peut
Le Fort-Dauphin ne préfente aucune idée d'augmentation qu'altérer.
ce n'eft dans la culture de Maribarou et dans celle de pour l'avenir, fi
montueufes, qui pourraient fixer des hommes réduits à quelques portions
faibles moyens d'établiffement. Mais tout cela
n'employer que de
en ajoutant à la richeffe de la
paroiffe et en lui. procurant furtout des vivres que la montagne
abondance, ne ferait rien pour la ville proprement dite. Encore produirait en
proximité du Cap, celle du bourgd'Ouanaminte
une fois, la
s'oppoferont
à cc que la ville du Fort-Dauphin acquière une importance totjourseficacement
celle actuelle, & dont on aura une idée plus exaéte par les détails plus fuivans. grande que
Le Fort-Dauphin eft le chef-lieu du Quartier de fon nom
de la Partie du Nord, et qui comprend les
2 Pun des cinq
cinq paroiffes du
d'Ouanaminthe, de Vallière, du Terrier-rouge et. du Trou. On Fort-Dauphin, a vu
créant un commandant militaire en 1728,il avait
qu'en y
de roi, un major et un.
pour état-major un lieutenant
aide-major, ce que confirma encore l'ordonnance du
roi du 23. Juillet 1759- L'aide-major fut fupprimé en 1777; et: par l'effet de
l'ordonnance du 20 Décembre 1783, il n'a plus qu'un major. Un officier de
l'adminiftration de la marine y a toujours été chargé des fonétions d'un
de lordonnateur du Cap, et c'eft encore un écrivain principal de la fubdélégué
comme le difait l'ordonnance de 1759- Un commis aux claffes eft marine, 2
détails, fous fes ordres; et un capitaine de port veille à tout
chargé de
cet emploi, dont M. Miftral fut le premier
ce qui concerne
pourvu en 1732.
La Sénéchaufée a un fénéchal, un. lieutenant
roi, deux fubftituts, un grefier un audiencier, huit particulier, un procureur du
diftribués dans les différentes paroiffes du reffort de la procureurs, huit notaires
à celui du commandement, dix
fénéchauffé , qui eft égal
huiffiers, un jaugeur-étaloneur et un concierge
desprifons; et.depuis 1788,unexempt, un brigadicrettrois archers-fergensde
police,
un. lieutenant
roi, deux fubftituts, un grefier un audiencier, huit particulier, un procureur du
diftribués dans les différentes paroiffes du reffort de la procureurs, huit notaires
à celui du commandement, dix
fénéchauffé , qui eft égal
huiffiers, un jaugeur-étaloneur et un concierge
desprifons; et.depuis 1788,unexempt, un brigadicrettrois archers-fergensde
police, --- Page 160 ---
134 D E S C RIP TIO N D E LA PARTIE
Jamais réputation n'a peut-être été plus odieufeque celle des procureurs de lajurifdiétion du Fort-Dauphin, avant que le zèle févère de M. d'Ennery et la
probité furveillante de MM. Gautier de la Rivière et d'Hudicour, fénéchaux,
n'euffent mis un frein à cette rapacité qui avait fait du Fort-Dauphin l'épou:
vantail des plaideurs et la honte de la juftice. Il ya eu dans cette fénéchauffee
des confeillers, à deux époques. D'abord un feul ( M. Barbé ), que les
Adminiftrateurs nommèrent le 5 Avril 1739, & ceux choilis en vertu de l'édit
de réunion des deux Confeils, du mois de Janvier 1787.
Le fénéchal eft aufii lieutenant de l'Amirauté 5 qui a été établie avec la Sénéchauffée, et le procureur du roi appartient aux deux fièges 3 ainfi que les officiers
miniftériels. Deux interprêtes en dépendent.
Une brigade de maréchauffée, compofée d'un prévôt, de deux exempts 3 deux
brigadiers et vingt-deux archers, dépend du quartier Dauphin. Le prévôt réfide
dans la ville; il a un exempt et fix archers à Ouanaminthe, et un exempt et
quatre archers au Trou.
Les comptables publics font un garde-magafin de la marine et de l'artillerie,
un tréforier, un receyeur de l'oétroi et des droits domaniaux, un curateur aux
fuccefions vacantes, 3 et un receveur des droits d'amirauté. On y voit un médecin
et un chirurgien du roi, un chirurgien-major de l'amirauté, et deux chirurgiens
ordinaires, un arpenteur principal , un voyer principal, un gardien des éclufes
réfident dans l'étendue de la' jurifdiâtion.
et fontaines ; plufieurs arpenteurs
Le Fort-Dauphin jouit depuis long-tems, comme le prouve une ordonnance
des Adminiftrateurs du 12 Décembre 1727, d'un établifement de pofte aux
lettres. Le çourrier de toutes les parties de la colonie, paffant par le Cap, y arrive
deux fois
femaine. Il n'y venait qu'une fois avant le mois de
et en part
par
Mars 1764.
Divers ouvriers, > quelques maitres d'école pour enfeigner la leéture, l'écriture
5 des marchands > dont quelques-uns même fe titrent de
et l'arithmétique
négocians ; des revendeurs; un nombre, toujours trop grand, de cabaretiers,
dont le privilège qui était en ferme autrefojs, donnait déjà 3-560 liv. au fifc
et quelques oififs complètent, avec les divers
en 1728; quelques plaideurs
employés ou fonétionnaires publics, la population de la ville du Fort-Dauphin,
où l'on ne compte, malgré tout cela, que 254 blancs, 130 affranchis &z 470
efclaves. On peut y ajouter un détachement fourni par le régiment du Cap
, de cabaretiers,
dont le privilège qui était en ferme autrefojs, donnait déjà 3-560 liv. au fifc
et quelques oififs complètent, avec les divers
en 1728; quelques plaideurs
employés ou fonétionnaires publics, la population de la ville du Fort-Dauphin,
où l'on ne compte, malgré tout cela, que 254 blancs, 130 affranchis &z 470
efclaves. On peut y ajouter un détachement fourni par le régiment du Cap --- Page 161 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
pour la garnifon du fort et celle des fortifications de l'entrée > garnifon qui,
jufqu'en 1762, était de trois compagnies des troupes détachées de la marine
et 25 fuiffes, qu'un bataillon du régiment de Quercy remplaça en 1762. Le pofte
du fort la Bouque avait originai ement 30 hommes et un officier, on ne le
relevait que tous les Isjours. La ville pourrait compter en outre 50 caboteurs
ou marins qui s'occupent de la pêche qu'ils vont faire dans la baie de Mancenille,
ou du tranfport des denrées, qui a lieu dans des barques & dans des bâteaux
depuis quatre jufqu'à cent tonneaux.
Le tranfport dont je viens de parler, fe fait par de grandes barques nommées,
Palagers 3 lorfqu'il s'agit du Cap, et dont l'ufage eft même déjà ancien pour le
Fort-Dauphin 3 puifque le produit en a été long-tems affermé au profit du roi.
Ils font affranchis de cet impôt depuis le 24 Août 1750, & leurs propriétaires
font feulement foumis à tenir des écritures en règle de ce qu'ils chargent, & à
répondre de la perte & des avaries, quand elles font imputables à leur négligence ou à l'impéritic des patrons, qui doivent être des libres, et connus de l'Amirauté, par une déclaration de l'armateur.
La facilité de cette communication réduit la ville à n'être qu'un entreprôt
particl, , puifque plufieurs embarcadères font auffi des entrepôts. L'on a cependant
vu quelquefois le pavillon français flotter dans la baie, fur des navires d'Europe
pendant la paix, quoique le plus fouvent les capitaines fe contentent d'envoyer
du Cap des marchandifes, qu'un officier du navire vend dans un magafin qu'il
prend à cet effct. On a mêne compté jufqu'à 12 ou 15 de ces magafins, qui
faifaient chacun un débit de IOO et 150 mille livres par mois. On n'en eft
pas
furpris quand on lait que la dépendance du Fort-Dauphin eft une de celles
dont les propriétés font les plus dégagées de dettes.
En 1784,ilyacu une importation direéte du Fort-Dauphin&e de fon voifinage,
par deux navires de Bordeaux , quatre goelettes efpagnoles, dont trois de
Barcelone et une de Cumana, et cinq bateaux ou brigantins des États-Unis
d'Amérique.
En tems de guerre, la ville du Fort-Dauphin eft nulle quant au commerce
et même le traniport des denrées et des approvifionnemens de cette paroiffe 3
eft très-difficile. Les reffifs érant abfolument à fleur d'cau, il ne peut y avoir y
de navigation fûre entre eux et la terre 5 il faut donc gagner la pleine mer,
et par cela même le cabotage eft expofé à bien des rifques, Les vents contraires,
érique.
En tems de guerre, la ville du Fort-Dauphin eft nulle quant au commerce
et même le traniport des denrées et des approvifionnemens de cette paroiffe 3
eft très-difficile. Les reffifs érant abfolument à fleur d'cau, il ne peut y avoir y
de navigation fûre entre eux et la terre 5 il faut donc gagner la pleine mer,
et par cela même le cabotage eft expofé à bien des rifques, Les vents contraires, --- Page 162 ---
DESCRIPTIO N DE LA P ARTIE
l'ennemi , tout concourt à fufpendre la communication. Il réles tempêtes état 3 de chofes,
les habitans payent plus cher et vendent meilleur
fulte de cet
que
marché. Quelquefois dans les fortes brifes du mois d'Avril, on attend un mois
les provifions demandées du Cap. Le fret par les paffagers devient chaque jour
cher. Suivant l'adjudication faite le 3 Mai 1743, il était alloué au fermier
plus
libre, trois livres par efclave, trente fous ; pour un barril,
par perfonne
cent
& fix francs
elle était
cinquante fous 5 pour une barrique,
fous,
quand
remplie de fucre. Cette barrique de fucre qui était tranfportée en 1770 pour
liv. IO fol-, payait dans la guerre de 1778 24 liv, 15 fol., et depuis la paix
elle eft taxée à 20 liv. 12 fol. 6 deniers.
Les obftacies apportés par la guerre, font toujours renouveller le projet
d'ouvrir un canal qui irait de la partie Oueft de la baie, entre la pointe à Dujarriay
terres arides placées Nord et Sud des Mamelles, jufqu'à la baie de
et les
de la rivière du même nom, d'oà les paffagers fe
Caracol, à l'embouchure
rendent au Cap en dedans des reffifs. J'ai même un plan dreffé en 1751 par
M. Charlevoix de Villers, ingénieur 3 où l'on voit que ce canal d'environ 6,000
toifes devait avoir 30 pieds de largeur dans fon fond, 30 pieds de talus, & 30
de haut à partir du haut des berges. Mais la paix revient, &x dans un
pieds où les hommes ne font pour ainfi dire que paffer, il eft difficile qu'un
pays foit conçu, mûri & exécuté lorfque fon exécution exige des talens, du
projet & de la dépenfe. M. de Moulceau était, en 1773, d'avis qu'on fit le
tems Miniftre dans une lettre du mois de Féyrier 1774, en a rejetté le
canal. Le
projet à caufe de fon inutilité en tems de paix.
La baie du Fort-Dauphin ne fera jamais choifie par les ennemis pour un
point de débarquement, > parce que les vaiffeaux ne peuvent y entrer qu'un à
les batteries, ils font expofés à faire côte s'ils font défemun 5 qu'enfilés par d'ailleurs la côte étant armée de reflifs, ily a le danger des
parés; & que
des brifes violentes ou carabinées, celui des
calmes > celui des courans 2
Nords &xc. Mais auffi, malgré fa pofition au yent 3 cette baie ne peut pas
de protedtion 3 car d'une part une efcadre ne pouvant en
être un établiffement
l'autre, & les brifes de terre n'étant pas toujours affez
fortir qu'un vaiffeau après
efcadre nombreufe fe flattât de fortir toute
durables ni affez fortes pour qu'une
retraite à l'ennemi,
entière, 8 de l'autre part la baie de Mancenille offrant une
la Grange & les Sept-Frères des mouillages fars,des forces fupérieures
&
pourraient
'une part une efcadre ne pouvant en
être un établiffement
l'autre, & les brifes de terre n'étant pas toujours affez
fortir qu'un vaiffeau après
efcadre nombreufe fe flattât de fortir toute
durables ni affez fortes pour qu'une
retraite à l'ennemi,
entière, 8 de l'autre part la baie de Mancenille offrant une
la Grange & les Sept-Frères des mouillages fars,des forces fupérieures
&
pourraient --- Page 163 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
pourraient y être aifément bloquées par des forces tres-inférieures. Le FortDauphin eft donc tout ce qu'il peut être; puifqu'on l'a préfervé de devenir un
refuge pour les ennemis ; qu'il en eft un pour les bâtimens pourfuivis qui ne peuvent pas gagner le Cap, & un point de raffemblement pour s'oppofer au paffage
de l'ennemi s'il tentait une defcente à la baie de Mancenille. C'eft même ici
l'occafion de dire que l'éloge de la milice du quartier Dauphin a été fait fans
difcontinuation > par tous les Adminiftrateurs 3 & que fon zèle & fon amour
pour le nom français font des vertus qu'elle n'a pas ceffé de montrer.
Elle eft compofée actuellement de 240 blancs & 175 affranchis.
La population totale de la paroiffe eft de 700 blancs, 600 affranchis & environ
9,000 efclaves. En 1723 , on y comptait 206 hommes portant armes, & 1,030
nègres.
La latitude du Fort-Dauphin marquée fur mon plan, eft de 19 degrés 42
minutes 30 fecondes, & fà longitude Occidentale du Méridien de Paris de
> 74
degrés 21 minutes.
La ville du Fort-Dauphin eft à environ 12 lieues du Cap, 87 de SantoDomingo 3 5 de Dahabon &c 5 d'Ouanaminthe; à 4 Jieues du bourg du
Terrier-rouge, 6 de celui du Trou, & 13 de Vallière.
Par rapport à l'intérieur de la paroiffe, on compte, du Fort - Dauphin
lieues.
Au bas Maribarou
3 A la grande Colline, ,
lieues,
A l'embouchure du Maffacre
4 Au Morne à Vigie & la Mahotière, 3 1/2
A la Melonniere s
5 Aux Marmoufets & aux Platons,
3 4
Aux Fredoches, .
2 A l'acul de Samedi,
Aux Fonds-Blancs,
2 Au Morne au Diable,
A la coupe de Bayaha 3
2 Aux Fonds-Bleus,
A la paffe de la rivière Marion, 3
2 A PAcul des Pins 3
Au Vieux- Bourg 9.
I
Et au Morne Organifé,
II 7
Il y a des grands chemins de communication entre le Fort-Dauphin & les
paroiffes de fa juridiétion. Il communique avec les bourgs de ces paroiflès
des routes de voiture > excepté avec la paroiffe de Vallière qui eft
par
montagneufe
dans fa totalité. Le chemin royal qui va du Fort-Dauphin au Cap, eft affez
rénible depuis cette première ville jufqu'à l'extrémité des Fonds-Blancs,
qu'il faut prefque continuellement, monter et defcendre.
parce
Cependant ces cinq
lieues font aifément franchies en deux heures, graces à la rapidité des chevaux
Tome I.
S
routes de voiture > excepté avec la paroiffe de Vallière qui eft
par
montagneufe
dans fa totalité. Le chemin royal qui va du Fort-Dauphin au Cap, eft affez
rénible depuis cette première ville jufqu'à l'extrémité des Fonds-Blancs,
qu'il faut prefque continuellement, monter et defcendre.
parce
Cependant ces cinq
lieues font aifément franchies en deux heures, graces à la rapidité des chevaux
Tome I.
S --- Page 164 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
créols > à moins que le débordement des rivières , n'y mette obftacle. M. de
Belzunce avait fait pofer, en 1762, fur les deux paflages de la rivière Marion,
des bacs qui ne fubliftent plus.
On avait établi aufli au mois de Mai 1785, entre le Fort-Dauphin etle Cap, une
diligence à dix places > dont fix pour des Blancs à deux piaftres-gourdes et
des affranchis à une piaftre-gourde. Elle allait d'une ville à l'autre
quatre pour
tenté plufieurs fois à Saintdans la journée. Mais ce genre d'érabliffement, déjà
Domingue, n'a eu aucun fuccès.
La paroiffe de Bayaha renferme des mines, et j'ai même la preuve, dans
une ordonnance des Adminiftrateurs. , datée du 26 Décembre 1716, qu'on en
avait trouvé une d'or, puifqu'elle permettait à MM. de Boifdenier, Belfond,
Gerland, et autres affociés, , de faire travailler cette mine pendant dix ans 3
privativement à tous autres, à la charge de payer net au Roi, le cinquième de
l'or, qu'on ferait tenu de repréfenter toutes les femaines au commandant & au
commiffaire du Cap, à peine de confifcation et de déchéance du privilège. Je
n'ai pas pu découvrir dans quel point était cette mine dont je fuis certain que
l'exploitation n'a jamais eu lieu.
On lit dans le premier volume des Mémoires de la Société des Sciences & des
Arts du Cap, pag. 199 2 l'analyfe d'une mine de pierres argileufes cuivreufes
trouvée fur l'habitation de M. Marcadé > placée au bord de la mer dans la baie et
à l'Oueft de la ville du Fort-Dauphin. La mine eft à deux pieds de profondeur 5
ces pierres couvertes d'une efpèce de rouille brunâtre, montrent une couleur
verte très-claire dans leurs fraétures 3 quelquefois des taches blanchâtres & des
parties quartzeufes, & des traces de pyrites ; le toit quartzeux qui les recouvre
fait feu avec le briquet. On dit que le lit en eft fort étendu. A l'air libre, la
&
dans l'eau diftillée. D'après l'analyfe > M.
pierre a pefé 1,152 grains 926
membre de la Société, a trouvé que la mine avait : 1o, 14 & demi de
Auvray, cuivre > réduit fous forme métallique. 20. T+4 65 &x demi d'argile dépouillé de fa
> colorante, de fragment de quartz & d'acide carbonique. Et 3°. T 61 de
partie
terre calcaire, de terre epfonneufe > &c d'une petite portion d'argile.
Des obfervations météorologiques faites dans la paroiffe du Fort-Dauphin fur
Ja quantité d'eau qui y tombe annuellement, ont donné les réfultats fuivans.
Année pluvieufe
6 pieds.
pouces. 2 lignes.
Année moyenne
de fa
> colorante, de fragment de quartz & d'acide carbonique. Et 3°. T 61 de
partie
terre calcaire, de terre epfonneufe > &c d'une petite portion d'argile.
Des obfervations météorologiques faites dans la paroiffe du Fort-Dauphin fur
Ja quantité d'eau qui y tombe annuellement, ont donné les réfultats fuivans.
Année pluvieufe
6 pieds.
pouces. 2 lignes.
Année moyenne Année sèche --- Page 165 ---
FRANÇAISE D E SAIN T-DOMINGUE, 139
On y reffent quelquefois des tremblemens de terre qui ne font cependant
jamais capables de renverfer des édifices. On en a reffenti un affez fort le 28
Août 1784En 1788, l'épizootie a fait périr &c des mulets & des boeufs dans le bas
Maribarou.
La paroiffe du Fort-Dauphin a vu naître M. Croifeuil, auteur d'une traduction, en vers, de PArt d'aimer d'Ovide.
IL
P AR OISS: E D'OUA N A M I N T H E.
OUANAMINTHE porte encore le nom indien qu'avait le canton où fon
bourg eft fitué & qui fe prononçait autrefois Guanaminto. Cette paroiffe dont le
bourg eft l'établiffement français de ce genre >. le plus voifin de la limite efpagnole , faifait autrefois partie de l'immenfe quartier de Bayaha & a dépendu de la
paroiffe du Fort-Dauphin jufqu'en 175*.. On y avait formé, dès 1731, une
fuccurfale à caufe des habitans qu'attiraient dans les alentours le commerce avec
les Efpagnols, qui étaient obligés de tirer tous leurs approvifionnemens de la
Partie Françaife: Cette fuccurfale étant le prélage d'un bourg, les habitans de
la ville du Fort-Dauphin en marquèrent auffitôt de l'inquiétude. On voit par
ûne ordonnance des Adminiftrateurs du 30 Juin 1738, qu'on défendit fur cette
frontière des relations qui nuifaient au Fort-Dauphin. Les habitans d'Ouanaminthe qui voulurent enfuite une paroiffe réelle au lieu d'une fimple annexe 27
émirent leur voeu', ,le I5. Décembre 1751; 3 fur le point où la nouvelle paroiffe
devait être affife. Ils croyaient même fi bien que l'autorifation de s'expliquer à
cet égard, était un titre que le vicaire d'Ouanaminthe commença à adminiftrer
les Sacremens & â fe regarder comme un véritable curé jufqu'à ce qu'un arrêt
du Confeil du Cap du 18 Novembre 1752, lui prefcrivit de n'agir que comme
vicaire de celui du Fort-Dauphin: Autour de fa chapelle s'étaient ralliés depuis
long-tems des affranchis dont le négoce réveilla les allarmes du Fort-Dauphin &c
celles-ci produifirent une. autre ordonnance du 4 Avril 1758, qui défendit de:
faire aucun trafic à Ouanaminthe. Il eft trés-remarquable, qu'environ huit moiss
S 2
prefcrivit de n'agir que comme
vicaire de celui du Fort-Dauphin: Autour de fa chapelle s'étaient ralliés depuis
long-tems des affranchis dont le négoce réveilla les allarmes du Fort-Dauphin &c
celles-ci produifirent une. autre ordonnance du 4 Avril 1758, qui défendit de:
faire aucun trafic à Ouanaminthe. Il eft trés-remarquable, qu'environ huit moiss
S 2 --- Page 166 ---
140 DESCRIPTIO N DE LA PA R TIE
après, c'eft-à-dire, le 29 Novembre 1758, les mêmes Adminiftrateurs érigèrent
Ouanaminthe en paroiffe, en lui donnant pour limite commune avec celle du
Fort-Dauphin, la rivière la Matrie depuis fa fource jufqu'à la mer. Les plaintes
nouvelles du Fort-Dauphin, mais feulement fur la trop grande étendue de la
paroiffe d'Oranzminthe , produifirent une ordonnance du 23 Avril 1759 > qui la
reftraignit à l'étendue qu'elle a aujourd'hui.
Cette paroiffe a pour limites actuelles à l'Eft &c au Sud, la frontière efpagnole,
favoir: la ligne de démarcation de l'ilet du Maffacre, depuis le point où elle ferait
rencontrée par le prolongement vers PER du chemin qui paffe à la barrière de
l'habitation Vaublanc jufqu'à la pyramide No, 17. Enfuite 3 depuis cette pyramide jufqu'à la 22€. 3 les eaux du Maffacre celles fupérieures du ruiffeau de
Capotille, & puis du ruiffeau de la Mine, font la féparation qui va enfuite, tournant
vers le Sud, jufqu'à la pyramide No.32, qui eft fur la paroiffe de Vallière, contigue
dans le Sud-Oueft à celle d'Ouanaminthe ; enfin celle-ci a dans l'Oueft > la
paroiffe du Fort-Dauphin.
Ouanaminthe eft une paroiffe de plaine, fuivant ce que j'ai dit qu'on devait
entendre par ce mot ; c'eft une des plus petites de la Colonie, car elle n'a guères
plus de dix lieues carrées de furface, & plus de la moitié de cette étendue eft en
montagnes.
La paroiffe d'Ouanaminthe a une forme très-irrégulière, à caufe du cours
des rivières qui la bornent à l'Et, & qui viennent du Sud-Eft. Le bourg eft
même plus Oriental que l'embouchure du Maffacre.
La partie plane fe trouve divifée en plufieurs cantons ou portions de cantons 3
parce qu'il en eft dont le nom eft commun à la partie de montagnes qui les avoifine.
En général, cette partie plane offre beaucoup de portions favaneufes, qui augmentent à mefure qu'on va vers le Sud, & dont le terrain n'eft pas très-fertile,
furtout dans le voifinage des favanes du Fort-Dauphin. Les autres offrent
cependant des terrains très-propres à la culture des vivres de terre. Mais dans
toute cette plaine, rien n'eft auffi précieux que le haut de Maribarou, nom
Indien, & non pas Marie-Baroux, comme le veulent ceux qui donnent le nom
d'une femme pour étymologie à celui de ce lieu,
Le haut Maribaroux contient en totalité quatorze fucreries, dont dix dépendent de la paroiffe d'Ouanaminthe. Ces dernières produifent annuellement deux
millions &x demi de fucre blanc. Enfuite vient le canton d'Ouanaminthe 3
cette plaine, rien n'eft auffi précieux que le haut de Maribarou, nom
Indien, & non pas Marie-Baroux, comme le veulent ceux qui donnent le nom
d'une femme pour étymologie à celui de ce lieu,
Le haut Maribaroux contient en totalité quatorze fucreries, dont dix dépendent de la paroiffe d'Ouanaminthe. Ces dernières produifent annuellement deux
millions &x demi de fucre blanc. Enfuite vient le canton d'Ouanaminthe 3 --- Page 167 ---
FRANÇAIS E D E SAIXT-DOMINGUE
proprement dit, à l'une des extrémités duquel, vers le territoire efpagnol, eft
le bourg. Ce canton eft renfermé entre la rivière de la petite Artibonite ou à
Beaujeau, &x Phabitation Efcot, qui borne le bourg d'Ouanaminthe au Sud.
Il compte onze fucreries 3 donnant environ deux millions de fucre bianc.
Vis-à-vis le bourg d'Ouanaminthe, dans l'Oueft de la
paroife 3 eft le canton
des Savanes de la petite Artibonite ; puis au-deffus, allant au Sud-quart-SudEft, le canton des Savanes naturelles de la petite Artibonite. Au-deffus de cette
bande, en eft une autre qui a dans l'Et le canton de la favane d'Ouanaminthe,
puis en gagnant dans l'Oueft celui de la favane du Canary, & enfin celui de
la favane au Lait, qui touche déjà à l'acul des Pins.
Supéricurement encore
& dans une efpèce d'enfoncement entre les mornes, & qui fe dirige au Sud-Eft,
font les cantons de Capotille, de la favanne Longue, de I'Hermitage de la
ravine des Roches, puis celui des Brûlages, qui eft le point de la Partie > du
Nord de la Colonie françaife le plus avancé dans la Partie
Efpagnole 5 en
revenant un peu au Sud, on trouve le canton de la Mine, celui du Trou
de Jean de Nantes 3 &x celui de la Nouvelle-Bretagne. On ne peut
faire
grand éloge de toute cette extrémité fupérieure plane, furtout pas
un
lorfqu'on eft
obligé de dire que Capotille & la Mine ont vu s'anéantir les quatre fucreries
qu'elles avaient autrefois, Cela ramène prefque malgré foi, à parler de Maribarou, confidéré cependant dans toute fon étendue haute & baffe.
Ce qui borde le Maffacre depuis l'embouchure de la petite Artibonite jufqu'à
celle de la Matrie, eft d'un fol excellent 5 ce qui eft â IEt du
chemin, 3 a
une qualité fupérieure au terrain placé à l'Oueft; mais ce qui mérite une
préférence décidée, c'eft la portion qui, bordant le Maffacre, eft vers le milieu,
entre les deux embouchures dont je viens de parler. Près du Maffacre, la terre
eft grifatre > légère, profonde s propre a l'arrofement, & l'on y reconnaît une
vraie terre d'alluvion, 3 tandis que celle qui eft le long de la Matrie, eft noire,
forte & même argileufe.
On a comparé le vin de canne de Maribarou à ceux de Limonade & du
Quartier-Morin, & il a toujours paru plus riche.
Les cantons de la partie montagneufe font une portion des Brûlages
& de la Mine; le canton du morne Obé; partie de celui du Trou de
Jean de Nantes & de celui de la Nouvelle-Bretigne i celui de l'acul à Parifien,
& ceux du Détroit & du Trou à
Jeannot, que je nomme dans l'ordre où ils
comparé le vin de canne de Maribarou à ceux de Limonade & du
Quartier-Morin, & il a toujours paru plus riche.
Les cantons de la partie montagneufe font une portion des Brûlages
& de la Mine; le canton du morne Obé; partie de celui du Trou de
Jean de Nantes & de celui de la Nouvelle-Bretigne i celui de l'acul à Parifien,
& ceux du Détroit & du Trou à
Jeannot, que je nomme dans l'ordre où ils --- Page 168 ---
142 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
font autour de la partie plane qu'ils bordent, & en commençant leur nomenclature par le Sud-Eft de la paroiffe.
C'eft dans cette partie Sud - Et des montagnes : que fe trouve Ie
piton de Bayaha, que l'on appelle auffi piton des Frégates, parce qu'on prétend
qu'il fert de reconnaiffance aux vaiffeaux de ce nom, qui vont. le long de la
côte Nord. La pyramide No. 31 de la frontière avec les Efpagnols, eft fur la
pente Sud de ce piton, fitué à-peu-près Nord & Sud du morne au Diable 3
quoique fon fommet foit la véritable borne. Mais comme tous les: pitons ( qui
ne font autre chofe que des pointes de montagnes de forme ronde & inacceffibles
dans leur partie fupérieure ), il eft à l'abri de l'audace de lhomme > qui peut
bien le défigner pour terms, mais qui ne faurait aller lui impofer des marques
de fa propriété.
Ouanaminthe eft un des points les plus arrofés de la Colonie, puis qu'entre
les rivières de la Mine, de Capotille & du Maffacre qui le bordent à FEft, &c
celle de la Matrie qui eft à lOueft > fe trouvent: 1°, La ravine de la favane Longue 3 qui vient, avec les eaux de la Raque Efpagnole, fe jetter, peu-à-près,
dans la rivière du Canary. 2°, Cette rivière du Canary, où fe rend la ravine
des Sables après avoir reçu la ravine de la Savane au Lait. 3°. La ravine du
Trou de Jean de Nantes & celle du Détroit. Et 4°. la rivière de la petite
Artibonite, née au piton de Bayaha, & qui forme même, en fe fubdivifant entre
les mornes, plufieurs des rivières que je viens de nommer, tandis que fon
cours principal qui garde fon nom s traverfant la plaine de la paroiffe, du SudOueft au Nord-Eft, recueille fucceffivement fes diverfes branches que d'autres
eaux ont augmentées; elle arrive ainfi enrichie, dans la rivière du Maffacre, au
point que j'ai défigné. Cette maffe d'eau fi précieufe, fait mouvoir quatre travail
intelligemment dirigé, pourrait
moulins, 3 & je répète, qu'un.
général,
donner des moulins à eau à prefque toutes les fucreries de la paroiffe.
Le bourg d'Ouanaminthe qui eft à cinq lieues de la ville du Fort-Dauphin,
& par conféquent à dix-fept de celle du Cap, puifqu'il communique avec cette
dernière en paffant par l'autre, eft placé dans une favane élevée. Il eft compofe
de dix-fept ilets , ayant foixante-feize emplacemens, 2 où fort bâties foixante-cinq
maifons dans une étendue de 210 toifes de l'Eft à FOueft, & de 135 toifes du
maifons, font.
Nord au Sud. Vingt & un de ces emplacemens ayant vingt-quatre
arrentés au profit de la paroiffe, à laquelle ils appartiennent. Quatre rues font
dans une favane élevée. Il eft compofe
de dix-fept ilets , ayant foixante-feize emplacemens, 2 où fort bâties foixante-cinq
maifons dans une étendue de 210 toifes de l'Eft à FOueft, & de 135 toifes du
maifons, font.
Nord au Sud. Vingt & un de ces emplacemens ayant vingt-quatre
arrentés au profit de la paroiffe, à laquelle ils appartiennent. Quatre rues font --- Page 169 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 143
dirigées de l'Ett à l'Oueft, 5 & cinq autres les coupent à angles droits 5 il
n'y a guères que cinq ou fix maifons qui s'écartent de cette direction, qu'on
doit leur faire fuivre dans Jes cas de reconftruétion. Ce font les feules qui étaient
reftées après un incendie. 2 auquel on eft redevable malgré foi, de la régularité
2étuelle du bourg.
En venant du grand chemin du Fort-Dauphin 3 qui eft à-peu-près du NordOueft au Sud-Eft, on tourne à gauche pour entrer dans le bourg par la Grande
rue , l'une de celles ouvertes d'Orient en Occident. Elle a foixante pieds de large
8 va fe terminer à l'autre extrémité. > dans le chemin qui conduit à Dahabon 3
& où commence auffi le chemin qui va dans le Sud, > pour conduire au canton
de la Mine. La Grande rue a parallelement, dans le Sud, la rue de l'Affomption,
& dans le Nord la rue Lilancour ( commandant en chef; par intérim ), & celle
de Vallière, ( Gouverneur- Général ); ces trois n'ont que quarante pieds de
large. Les quatres rues du Nord au Sud, font, lorfqu'on vient du côté du
Fort-Dauphin, d'abord la rue de l'Églife > de quatre-vingt pieds de large, > au
bout de laquelle, à droite & à foixante-dix toifes, eft le temple du
Seigneur 3
ayant foixante pieds de long fur quarante de large, & dédié à Notre-Dame de
T'Affomption. Enfuite la rue Royale, la rue Du Grés ( lieutenant du roi du
Fort-Dauphin ), la rue Reynaud ( Commandant-Général par intérim ), &z la
rue de Vaivre 1 Intendant ) ; ces quatre n'ont que trente pieds de large, & la
dernière eft en quelque forte le prolongement du chemin de la Mine. Sur la
gauche de la Grande rue & devant celle de l'Églife, eft la place d'Ennery,
( Gouverneur-Général ), qui a trois cens cinquante pieds de long du Septentrion au Midi, & feulement deux cent cinquante d'Orient en Occident, à partir
des arbres qui l'environnent. Ileft affez ridicule que la rue de l'Eglife qui s'ouvre
dans cette place, ne correfponde pas à fon milieu.
Il n'y a que 488 toifes, en ligne droite > du bord Et du bourg jufqu'à la
borne No. 18, pofée pour limite fur les deux rives du Maffacre qui, dans cet
endroit, où eft un gué, a 85 pieds de large; c'eft ce qu'on appelle la paffe
d'en haut. La paffe d'en bas eft à environ 70 toifes au-deffous de la premièré.
Elle eft moins folide que la précédente vers laquelle le chemin fera dirigé 5 car
actuellement il fait un coude & va gagner la paffe d'en bas. Ces deux paffes
conduifent au bourg de Dahabon qui eft en face de celui d'Ouanaminthe & à
environ 300 toifes du Maffacre fur le bord duquel les Efpagnols ont un corps-
d'en haut. La paffe d'en bas eft à environ 70 toifes au-deffous de la premièré.
Elle eft moins folide que la précédente vers laquelle le chemin fera dirigé 5 car
actuellement il fait un coude & va gagner la paffe d'en bas. Ces deux paffes
conduifent au bourg de Dahabon qui eft en face de celui d'Ouanaminthe & à
environ 300 toifes du Maffacre fur le bord duquel les Efpagnols ont un corps- --- Page 170 ---
144 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
de-garde. Du côté des Français, les habitans ont placé des levées pour fe garantir
de fes débordemens. De la pafe d'en bas à l'extrémité fupérieure du grand ilet
du Maffacre 3 iln'y a qu'environ 380 toifes.
Le bourg d'Ouanaminthe doit toute fon exiftence aux échanges qui peuvent
s'y faire avec les Efpagnols 3 & il a eu fa part des profits que Monte-Chrift leur
procurait pendant la guerre de 1756. Ce bourg eft fort fain & l'on en a fait une
fatisfailante épreuve dans l'établiffement d'un hôpital militaire qu'on y forma au
mois d'Oétobre 1778 & qui était deftiné aux convalefcens & aux fcorbutiques.
Le voifinage de la Partie Efpagnole, celui du Mafacre y rendaient la boucherie,
Ie laitage 3 le légumes abondans & furtout les tortues de terre. qui conviennent fi
bien à certaines maladies des climats chauds ; mais au lieu de fe renfermer dans
cette fage deftination, on envoya bientôt toutes fortes de malades à Ouanaminthe,
même des malheureux qui ne permettaient plus d'efpoir, &x l'on en vit qui,
-
épuifés encore par la fatigue d'un trajet fait fur des bateaux incommodes, expiraient prefqu'en arrivant à l'hofpice 3 oû il mourut beaucoup de monde >
notamment des foldats du régiment elpagnol de Léon ) & qui fut entièrement
abandonné au commencement de 1783.
Il avait été queition d'acquérir un terrain pour établir, à demeure, un pareil
hôpital, , placé jufqu'alors dans des maifons prifes à loyer. Mais cC projet, digne
des amis de l'humanité, ne s'eft pas réalifé. Oa indiquait même un terrain dépendant de l'habitation des héritiers Sens, à la lifière d'un emplacement appartenant
à la fabrique, qui a l'avantage de n'être qu'à environ 140 toifes d'un lieu oùi l'on fe
procurerait facilement de l'eau. On arriverait à cet hôpital par le chemin de Ia
Mine, & le bourg quin'en ferait qu'à 150 toifes, ajouterait encore aux reffources
pour Taprovifionnement.
Tel leftle lieu qui n'a ceffé de porter ombrage au Fort-Dauphin, & que celuici aurait encore voulu anéantir en 1768. On a long-tems tourmenté ceux qui
voulaient faire un petit commerce à Ouanaminthe, mais perfonne n'a peut-être
plus travaillé à l'augmentation de ce bourg que M. le Vicomte de Choifeul.
Les denrées d'Ouanaminthe ont le mê.ne débouché que celles du FortDauphin, faufle peu que les Efpagnols prennent pour leur propre confommation.
La police légale de cette paroifife qui eft du commandement & de la Sénéchauffée du Fort-Dauphin, eft faite par un fubftitut de ce tribunal quiy réfide 5
& celle de furveillance &x de sûreté par un commandant des milices & un
exempt
de Choifeul.
Les denrées d'Ouanaminthe ont le mê.ne débouché que celles du FortDauphin, faufle peu que les Efpagnols prennent pour leur propre confommation.
La police légale de cette paroifife qui eft du commandement & de la Sénéchauffée du Fort-Dauphin, eft faite par un fubftitut de ce tribunal quiy réfide 5
& celle de furveillance &x de sûreté par un commandant des milices & un
exempt --- Page 171 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE 145
exempt de maréchauflée. On a terminé, en 1787, le logement deftiné à la
maréchauffée & un arrêt du Confeil de Sint-Domingue 3 rendu le 4 Septembre
de la même année, en a fait payer entièrement la dépenfe fur la caiffe publique.
Ily a un bureau de pofte dans ce lieu &z l'on fe rappelle que j'ai dit qu'il
expédiait les lettres pour la Partie Efpagnole & envoyait aufli à Dahabon celles
qu'on veut faire pafer en Elpagne ou dans les Colonies Efpagnoles
Les montagnes d'Ouanaminthe 3 comme celles du Fort-Dauphin, renferment
des mines de fer, & les plus forts indices annoncent qu'ily en a de fulphureufes.
C'eftà une mine d'or qui a été exploitée par les Efpagnols, que le Canton de
la Mine doit fon nom. Les bois y font très-beaux, les richeffes de la botanique
très-multipliées & l'on affure même y avoir vu du quinquina. Il ferait peut-être
préférable que ces montagnes fuffent plus propres à la culture du cafier qui ne
peut êtie comptée que pour trois olI quatre habitations. Les autres y réuniffent
la culture des vivres, à laquelle beaucoup d'autres établiffemens font livrés
exclufivement 8z avec un fuccès très-lucratif, Ouanaminthe qui a une poteriebriqueterie près du bourg, n'offre nulle part de l'indigo.
La population de la paroifle d'Ouanaminthe eft de 280 Blancs, 270 affranchis
& environ 7,000 efclaves. Il s'y trouvé 308 hommes portant armes, en deux
portions égales, > dont l'une de Blancs > & l'autre de gens de couleur.
L'une des plus anciennes habitations de la paroiffe d'Ouanaminthe, , eft celle
Robineau, fituée dans le canton del la petite Artibonite, c'éft du moins celle où Pcn
a commencé à faire du fucre terré, en 1730 5 elle appartient, à préfent, à M,
Robineau de Bougon, Créol & petit-fils de M. Robineau, procureur-général du
Confeil du Cap. Quoique ce colon eftimable. & inftruit, réfide habituellement
en France, il a cependant conftamment affujetti les régiffeurs de fon habitation , à
lui donner 3 de tems en tems , un tableau de l'état &c du nombre des arbres
fruitiers qu'il a pris plaifir à y planter & à y multiplier dans un voyage qu'il
Y fit en 1750. Mais on aime mieux vanter que fuivre fon exemple.
Vers 1750, M. Walfh, fit venir d'Afrique 3 quelques chameaux qui ont vécu
plufieurs années fur fon habitation de la Mine, fans donnér de poftérité. Ils
effrayaient les chevaux au point d'être la caufe de plufieurs accidens. Ce fut une
des. raifons qui en empêcha l'ufage pour les tranfports.
f*) Voyez la Partie Efpagnole, rer. vo'ume, 2 page 195.
Tom. I.
T
1750, M. Walfh, fit venir d'Afrique 3 quelques chameaux qui ont vécu
plufieurs années fur fon habitation de la Mine, fans donnér de poftérité. Ils
effrayaient les chevaux au point d'être la caufe de plufieurs accidens. Ce fut une
des. raifons qui en empêcha l'ufage pour les tranfports.
f*) Voyez la Partie Efpagnole, rer. vo'ume, 2 page 195.
Tom. I.
T --- Page 172 ---
146 DESCRIPTION DE L A PARTI I E
La température de cette parciffe eft analogue à celle de la paroiffe du FortDauphin, mais avec cette particularité que furtout dans le canton d'Opanaminthe
proprement dit, les féchereffes s'y font beaucoup plus fentir & que les pluies qui les
fuivent, caufent de plus grands débordemens. Onyéprouve auffi de violens orages;
c'eft même de la chafne de Cibao 8 par les parties montagneufes qui ne font pas
loin de Maribarou 5 qu'ils fe dirigent vers la partie du Nord de la Colonie
françaife & il eft paffé, en proverbe, d'y dire quand on entend un orage lointain
que Maribarou gronde. Le tonnerre y tombe affez fréquemment, & l'on cite
plufieurs incendies que fa chûte a caufés dans quelques habitations. Le 17 Juin
1785, à deux heures > vingt minutes de l'après-midi, à la fuite d'un vent
furieux fuivi de pluie, vint une grèle dont on ramaffa des grélons auffi gros que
le poing. Elle dura environ vingt-huit minutes & fut fuivie d'une averfe. Ce fut
furtout vers P'habitation Thilorier, au bord extérieur Sud-Oueft de l'ilet du
Maffacre, qu'elle fe fit fentir & elle y brifa les tuiles de la maifon principale.
Heureufement, que la pluie dont cette grèle fut précédée, avait fait retirer les
nègres & les animaux 3 car ils auraient pu être bleffés & même tués par des
grélons auffi prodigieux.
Le 2 Otobre 1764, le tonnerre tomba au bourg d'Ouanaminthe où il tua M.
Belleville
du
M. Chaillou , ci-devant notaire & un
> procureur Fort-Dauphin,
charpentier. Dix autres perfonnes qui étaient dans la chambre, furent renverfées du
même coup fans recevoir aucun mal; ; mais deux foldats efpagnols, du corps-degarde de l'autre côté du Maffacre, furent tués.
Les montagnes des environs d'Ouanaminthe font très peuplées de différentes
efpèces de ramiers, 3 qui procurent un mets très-délicat à la dépendance du FortDauphin, d'oà l'on en tranfporte même au Cap. Le voifinage des Efpagnols qui
ne font, ni auffi nombreux, ni auffi turbulens que les Français, permet à ce
bel oifeau de fe multiplier, & comme il n'a pas l'inftinét d'éviter de franchir les
limites, il vient y trouver la mort que nos nègres chaffeurs ne lui laiffent pas
long-tems attendre.
Le cimetière du bourg d'Ouanaminthe recèle les reftes de M. de Paradès,
mort à Maribarou fur l'habitation d'Ofmond, & dont le nom a été long-tems
le fujet d'une active curiofité parce qu'il était mêlé aux détails relatifs aux
projets politiques que l'armée navale de M. Dorvilliers devait favorifer, en 1778.
Mais laiffons à P'hiftoire à réveiller des cendres qui repofent dans un lieu obfcur de
Saint-Domingue,
aminthe recèle les reftes de M. de Paradès,
mort à Maribarou fur l'habitation d'Ofmond, & dont le nom a été long-tems
le fujet d'une active curiofité parce qu'il était mêlé aux détails relatifs aux
projets politiques que l'armée navale de M. Dorvilliers devait favorifer, en 1778.
Mais laiffons à P'hiftoire à réveiller des cendres qui repofent dans un lieu obfcur de
Saint-Domingue, --- Page 173 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 147
I I I.
PAROIS S E D E V A L L I È R E.
CETTE paroiffe, dont toute l'étendue eft montagneufe, porte le nom de l'un
des deux Adminiftrateurs qui Pont érigée, le IO Août 1773, par une ordonnance
où on lit qu'elle eft formée des cinq cantons de la rivière à Prévoft & des Racadeaux, du Trou-Vilain > de la rivière à Mulâtre , du Boucan-Neuf de la Grande
rivière & de la Nouvelle-Gafcogne. Ce territoire qui était, en majeure partic,
dans la paroiffe du Fort-Dauphin, &c quant au refte, dans celle du Trou, eft
placé au revers Sud du fommet des montagnes de l'acul de Samedi, qui vont
depuis le piton des Negres,jufqu'à celui des Flambeaux.
On peut le confidérer comme ayant deux bandes, > dont la plus Septentrionale commence à TEt, à-peu-près vers le piton de Bayaha; c'eft le canton de
la rivière à Mulâtre, nom qui lui fut donné par M. Saffray de Tournemine, 3
prévôt général de maréchauffée, parce qu'en pourfitivant des nègres fugitifs, i
perdit un mulâtre, tué fur l'écore de la rivière qui defcend du piton des Ténèbres.
Plus à l'Oueft eft le Trou-Vilain ; une gorge profonde qu'obfeurciffaient des
arbres., dont des milliers de liane épaififlaient encore le feuillage, lui ont attiré
cette dénomination. On trouve 3 allant toujours à l'Eft, la rivière à Prévoft
fon nom rappelle le premier habitant dont) l'induftrie plaça un défriché au ;
bord de la perite rivière qui coule au milieu de ce troifième canton, 3 par lequel
la première bande eft terminée.
La feconde bande plus intérieure que la première, commence à FEf, par le
Boucan-Neuf de la Grande rivière, dénomination que lui donna un M. de la
Porte, ancien chaffeur qui avait placé le boucan de fa chaffe fur les rives de
la Grande rivière, Enfin plufeurs gafcons ayant été les prémiers s'établir au
canton des Bas-Ouragans, il finit par prendre le nom de Nouvelle-Gafcogne.
Les premières concefions furent toutes données avec ces divers noms, qui
ont fait place à celui de paroiffe de Vallière.
Tous ces cantons étant féparés par des chaînes de montagnes, célles-ciles rendaient, pour ainfi dire, étrangers les uns aux autres, faute de chemins de communication, Le nom de ravine à Mulatre était même l'appellation générique, parce que
T 2,
au
canton des Bas-Ouragans, il finit par prendre le nom de Nouvelle-Gafcogne.
Les premières concefions furent toutes données avec ces divers noms, qui
ont fait place à celui de paroiffe de Vallière.
Tous ces cantons étant féparés par des chaînes de montagnes, célles-ciles rendaient, pour ainfi dire, étrangers les uns aux autres, faute de chemins de communication, Le nom de ravine à Mulatre était même l'appellation générique, parce que
T 2, --- Page 174 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ce canton avait été le premier établi par le courage de M. Utrel, qui ofa
demander une conceffion de ces lieux connus des feuls chaffeurs, & qui l'obtint
en 1744 fous la défignation de hauteurs de l'acul de Samedi. La defcendance de
colon,
du premier coup de hache les antiques poffeffeurs
cet intrépide
qui frappa
de ce fol, n'a cependant pas recueilli le jufte fruit de fes peines, & des enfans, 3
laiffés en bas àge, ont vu paffer en d'autres mains > par de nouvelles conceffions,
une proprié.é que fon origine aurait dû rendre refpeétable.
Mais perfonne n'a autant contribué à faire connaître l'intérieur de ces montagnes que M. Gaillardet, Créol, le plus grand épouvantail des nègres fugitifs,
& un déterminé chaffeur dès fa jeuneffe. Devenu commandant des milices du
quartier Dauphin, & remarquant la faveur qu'obtenait la culture du cafier, &c
la détérioration qu'éprouvait la face Nord de la montagne de l'acul de Samedi,
il indiqua au gouvernement la ravine à Mulâtre comme propre à recevoir le
précieux arbufte de P'Arabie. Il vifita les lieux &x détermina plufieurs perionnes
à demander des conceffions en 1748. On éprouva mème alors ce qui eft arrivé
dlans prefque toute la Colonie c'eft qu'il y eut plus de terrain de concédé qu'il
n'en exiftait en réalité, & le gouvernement prit le fage parti de faire lever, par
M. Meillat, arpenteur éclairé, un plan général de ce canton. Cette époque fut
encore celle où l'on vit ( felon l'ufage ), d'un côté, des conceffionnaires effrayés
de l'entreprife d'aller défricher dans des montagnes où il fallait gravir à pied,
& de Fautre, des protégés toujours apoftés pour s'emparer des conceffions, vendre leurs titres à des hommes inacceffibles à toute crainte, & bien
plus dignes qu'eux d'obtenir gratuitement le droit d'enrichir l'Etat. Parmi ces
derniers, on doit citer M. Caftex, qui, déjà favorifé par la fortune, aida de fes
confeils,de fon exemple & de fa bourfe > les hommes qui vinrent comme lui fe
placer dans ces nouveaux défrichés, & qui a obtenu le titre de commandant
de la paroiffe de Vallière au moment de fa création, de l'amitié reconnaiffante
de fes concitoyens autant que du choix du gouvernement.
Les difficultés inféparables d'un défrichement dans un pareil local ; ne furent
pas les feules que les habitans eurent à éprouver. Les Efpagnols qui n'avaient
ceffé de prétendre que la Grande rivière, depuis fa fource, était la limite des
deux nations 5 appercevant des plantations fur la rive Sud, vinrent, le 21 Février
faire une fommation de les abandonner. Le tranfport de M. de Lange, major
du 1755, Fort-Dauphin avec quelques miliciens éloigna les verbalifeurs. M. de
urent
pas les feules que les habitans eurent à éprouver. Les Efpagnols qui n'avaient
ceffé de prétendre que la Grande rivière, depuis fa fource, était la limite des
deux nations 5 appercevant des plantations fur la rive Sud, vinrent, le 21 Février
faire une fommation de les abandonner. Le tranfport de M. de Lange, major
du 1755, Fort-Dauphin avec quelques miliciens éloigna les verbalifeurs. M. de --- Page 175 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-I DOMINGUE 149
Vaudreuil, alors commandant général de la Colonie, fit pofer un corps-de-garde
fur l'habitation la plus avancée vers le Midi; mais lorfque le retour de ce chef
en France eut fait ramener ce corps-de-garde au bord de la rive Septentrionale,
cent cinquante Eipagnols avoués par leur gouvernement, vinrent au mois
d'Août 1757, faccager & brûler les quatre habitations qui fe trouvaient ainfi
abandonnées & fans proteétion. Les troubles fe renouvellèrent plufieurs fois 3 en
vain les habitans du quartier Dauphin marchèrent à différentes époques pour
punir les Efpagnols 3 ceux-ci venant tout-à-coup par leurs déferts & s'en
retournant après le ravage, les habitans qui marchaient pour procurer du fecours,
fe trouvaient harcelés fans aucune utilité.
Les Colons laffés de tant d'inquiétudes, reculaient leurs plantations ; quelquesuns les avaient entièrement abandonnées, 3 & leur exemple devenait contagieux, 3
lorfqu'à l'occafion d'un trouble, fur lequel M. de Chaftenoye, Gouverneur
du Cap, avait des avis certains, M. de Lange 3 déjà nommé, reçut
l'ordre de faire marcher toutes les milices de la dépendance à cette frontière.
Des perfonnes que leur état exemptait de ce fervice s fe réunirent par zèle aux*
milices, & mirent M. le Vicomte de Choifeul, alors fimple particulier, à leur
tête. M. Gaillardet, chargé d'éclairer la marche, ayant été apperçu par les
Efpagnols, ils jugérent qu'ils étaient découverts, & employèrent à fuir, la
journée qui précédait celle deftinée à leurs dévaftations. On refta cependant
campé durant trois jours, dont M. de Choifeul profita pour infpirer aux habitans du quartier, la réfolution de demeurer fur leurs terrains. Perfonne n'eut
peut-être plus que lui le don de perfuader, & celui plus heureux encore de
faire croire que fon opinion lui venait de ceux à qui il Pinfinuait. Sans cet
événement, il ne faut pas douter que le cours de la Grande rivière ne fût
devenu la limite définitive 5 ce qui aurait fait perdre à la France tout ce qui eft
entre fa rive gauche & la limite actuelle, depuis les fources de cette rivière
jufqu'à Bahon.
Les Efpagnols ne ceffèrent cependant pas de fe plaindre ou de menacer, &c
on en vint au mois d'Avril 1760, une convention provifoire, ftipulée par M.
Delgrieux, Capitaine des troupes, & par Don Gafpard, & qui maintint nominativement douze habitans. Elle n'empêcha pas en 1/61, des hoftilités que M.
Bart arrêta. Les Efpagnols ayant encore fait des réclamations à l'arrivée de
M, de Nolivos, en 1770, pour que les Français abandonnadent Ia rive gauche
au mois d'Avril 1760, une convention provifoire, ftipulée par M.
Delgrieux, Capitaine des troupes, & par Don Gafpard, & qui maintint nominativement douze habitans. Elle n'empêcha pas en 1/61, des hoftilités que M.
Bart arrêta. Les Efpagnols ayant encore fait des réclamations à l'arrivée de
M, de Nolivos, en 1770, pour que les Français abandonnadent Ia rive gauche --- Page 176 ---
DE LA PARTIE
I5O DESCRIPTION
de la Grande rivière ; ce nouveau gouverneur vint en 1771 à Dahabon, pour
convaincre Don Gafpard qui y commandait, que la convention provifoire du
mois d'Avril 1760 3 repouffait elle-même la prétention des Efpagnols. Au mois
d'Août de la même année 1771, Don Fernandez, commandant de SaintRaphaël, & M. de Boisforeft 3 ingénieur en chefde la Partie du Nord, vinrent
enfemble examiner cette partie de la frontière, & en lever le plan. Au mois
d'Avril
on
les Efpagnols ayant à leur tête le Préfident
1773 ) répandit que
même de Santo-Domingo, devaient venir faire une incurfion dans cette partie,
encore les milices de la dépendance, ayant à leur tête MM. de
ce qui y amena
Lilancour & Du Grès, lieutenant de roi & major du Fort-Dauphin. Ce mouvement qui fe trouva inutile, ayant donné lieu à des obfervations de la part
de M. de Lilancour, elles devinrent une des caufes de l'éreétion de la paroiffe
de Vallière, au mois d'Août fuivant,
On croyait que l'opération définitive des limites augmenterait la nouvelle
paroiffe, mais le fait a été contraire à cette attente. Les retranchemens ont
même été caufe que les limites données à la paroiffe en 1773, ont été changées
une nouvelle ordonnance du 15 Novembre 1783 2 qui les a avancées dans
P
par
l'Oueft, fur la paroiffe du Trou.
Vallière eft maintenant borné à lEft par la ligne des limites efpagnoles,
depuis un point antérieur à la pyramide No. 32, jufqu'à la pyramide No, 33Cette limite qui vient du piton de Bayaha & qui fuit la crête du morne à
Ténèbres & le piton des Effentes, borne la rivière à Mulâtre & le BoucanNeuf, & a laiffé aux Efpagnols une plaine nommée le Petit-Baflin, où le
gouvernement français avait donné des conceffions autrefois,
Au Sud, c'eft encore la frontière efpagnole qui termine Vallière depuis la
pyramide No. 33,jufqu'à la pyramide No.43, placée au confluent que forme
le ruiffeau des Chandeliers qui vient de la Partie Efpagnole 3 avec la GrandeRivière qui eft fur notte territoire. La limite Sud borde ainfi tout-le terrain
A
la crête du piton des
appellé Bas-Ouragans ou Nouvelle Gafcogne. l'Oueft,
Nègres, le piton des Flambeaux &z la rivière des Racadeaux féparent Vallière
de Limonade & enfuite du canton des Écreviffes appartenant au Trou, Enfin au
Nord, la Grande-Rivière & l'acul de Samedi le féparent de la paroiffe du Trou
& de celle du Fort-Dauphin.
La paroiffe de Valière, dans fa longueur de PEft à l'Oueft > peut avoir environ
-Ouragans ou Nouvelle Gafcogne. l'Oueft,
Nègres, le piton des Flambeaux &z la rivière des Racadeaux féparent Vallière
de Limonade & enfuite du canton des Écreviffes appartenant au Trou, Enfin au
Nord, la Grande-Rivière & l'acul de Samedi le féparent de la paroiffe du Trou
& de celle du Fort-Dauphin.
La paroiffe de Valière, dans fa longueur de PEft à l'Oueft > peut avoir environ --- Page 177 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
trois lieues de furface fur deux de largeur, du Nord au Sud. Sa configuration
intérieure eft celle d'une longue colline au milieu de laquelle coule la GrandeRivière, formée par divers ruiffeaux, venus des crêtes ou chaînes de montagnes
qui la ceignent de toutes parts.
Les premières fources de la Grande-Rivière fortent du piton de Bayaha & de
la crête de la montagne à Ténèbres, 3 vers PEt de la paroiffe. Ces fources forment
d'abord deux petites rivières dont l'une eft appellée rivière à Ténèbres & l'autre
rivière du Boucan-Neuf & qui fe joignent à environ une lieue de leur origine. A
ce point de jonétion > la rivière prend le nom de Grande-Rivière
3 parce qu'elle
a un lit vafte > un cours fans cafcade ni fault. Après s'être promenée dans les
différentes finuolités que forme le terrain, elle va dans la paroiffe qui porte le
même nom de Grande-Rivière ( qu'on s'eft accoutumé à préferer à celui de
Sainte-Rofe ) & enfuite dans la plaine du Cap., pour y
la
répandre fertilité, 3
quoique des excavations placées dans des rochers entre lefquels elle s'eft fait un
paflage, 2 abforbent, fans doute > une grande partie de fes eaux, puifque malgré
toutes celles dont elle reçoit le tribut, elle n'en conferve pas plus, dans les tems
ordinaires 3 à l'endroit où le grand chemin du Cap à Limonade la traverfe,
qu'elle n'en contient dans les tems fecs, au point 3 fi voifin de fa fource > où elle
reçoit le nom de Grande-Rivière. De ce point & dans la feule paroiffe de
Vallière, la Grande-Rivière eft groffie par la rivière à Mulâtres, la ravine à la
Porte, la ravine à Prévoft & celle des Racadeaux.
Quand on obferve l'inclinaifon rapide des diverfes montagnes de Vallière on
ne peut refufer un jufte éloge aux hommes qui ont le courage d'aller exercer leur
induftrie dans de femblables lieux, où la plus petite entreprife eft difficultueufe,
On admire l'intelligence quiy y a ouvert plufieurs chemins de communication &
ceux néceffaires à l'exportation des denrées; & quand on eft conduit par cette
contemplation à réfléchir fur l'ordonnance du 24 Novembre 1781, relative aux
chemins, on ne peut affez s'étonner qu'elle ait demandé, par
exemple 2 dix
pieds francs de largeur aux chemins de communication fur le penchant des
montagnes ; puifqu'à Vallière, l'emploi de tous les nègres à ce feul travail ne
l'accomplirait pas en dix ans.
Vallière ne produit que du café & des vivres du pays. Il donne environ un
million & demi de livres de cette graine fi utile au cultivateur. Il ferait poffible
d'y doubler cette quantité, mais ce ferait fon maximum. Le fol, très-diverfifié,
dix
pieds francs de largeur aux chemins de communication fur le penchant des
montagnes ; puifqu'à Vallière, l'emploi de tous les nègres à ce feul travail ne
l'accomplirait pas en dix ans.
Vallière ne produit que du café & des vivres du pays. Il donne environ un
million & demi de livres de cette graine fi utile au cultivateur. Il ferait poffible
d'y doubler cette quantité, mais ce ferait fon maximum. Le fol, très-diverfifié, --- Page 178 ---
152 DESCRIPTION DE LA PARTIE
comme ailleurs, eft au-deffus du médiocre, fans arriver à la fupériorits qui rend
célèbres quelques lieux de la Colonie. Ony compte environ cert habitations &c
une population de 160 blancs, 160 affranchis & à-peu-près 2,000 efclaves.
On ne remarque rien d'intéreffant pour P'hiftoire naturelle dans la paroiffe de
Vallière, où le phyficien obferve cependant qu'il n'y a point de pierres calcaires
fufceptibles de calcination pour fournir de la chaux. Des veftiges d'uftenfiles à
l'ufage des anciens Naturels, qu'on rencontre fur le fommet des montagnes &
dans les gorges. > annoncent qu'elles ont été très-peuplées autrefois, On y trouva,.
en 1787, un grani tombeau, auprès duquel en était un autre qui n'avait pu
être élevé qu'à un enfant. Comme le plus grand était chargé d'hyérogliphes &c
que la pierre qui le recouvrait fapérieurement, avait fix pieds &c était d'une feule
pièce, on le regarda comme un tombeau de Cacique > ou au moins d'un perfonnage très-confidérable. Jen'aip pas pu favoir quelle fuite avait eu l'examen qu'on
fe propofait d'en faire.
Quoique l'ordonnance d'éreétion en paroiffe > (de 1773) , autorife Vallière à
avoir un bourg & un marché, ilr n'y exifte cependant encore rien de femblable.
*
Ce n'eft même que depuis 1782, que le fervice divin y a été célébré, chaque
mois 3 par le curé de Limonade auquel on paie 2,000 liv. par an. Antérieurement & depuis 1780, on donnait S0o liv. au curé du Fort- Dauphin pour
y venir quatre, fois par an,lesjours de reyue de la milice ; cependant Vallière
n'a ceffé d'offrir lajouiffance de huit ou neuf carreaux de terre, d'un domeftique,
de deux chevaux, les meubles d'un ménage & mille écus > par an, pour avoir
un curé qui lui ferait fpécialement attaché. Le 29 Septembre 1773, les habitans fe font impolés à raifon de trente livres par tête d'efclave, pour les frais
d'établifiement en paroiffe, & fur environ quarante mille livres tournois qui
en font réfultés, on a acquis; au nom de la fabrique > un terrain de. vingt-huit
carreaux dans un point central, où l'on a conftruit deux bâtimens, l'un fervant
tout-à-la fois de chapelle 3 fous l'invocation de Saint-Vincent ( patron de M,
de Montarcher, Intendant ), & encore de prefbytère en attendant une églife,
& l'autre pour P'utilité du curé,
J'ai dit dans la defcription du Fort-Dauphin , qu'il avait été queftion de
former une paroiffe à laquelle on défignait pour centre, un lieu fitué à
l'entrée du baffin de l'acul de Samedi près de la rivière Marion, & dans une
direction Et & Oueft, ayec l'acul des Pins d'un côté & la coupe des Percheg
de
er, Intendant ), & encore de prefbytère en attendant une églife,
& l'autre pour P'utilité du curé,
J'ai dit dans la defcription du Fort-Dauphin , qu'il avait été queftion de
former une paroiffe à laquelle on défignait pour centre, un lieu fitué à
l'entrée du baffin de l'acul de Samedi près de la rivière Marion, & dans une
direction Et & Oueft, ayec l'acul des Pins d'un côté & la coupe des Percheg
de --- Page 179 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMIN G U E. 153
de l'autre. On affure même qu'un chemin ( qui eft pofible ) prolongé jufqu'au
canton de la Mine dans la paroife d'Ouanaminthe: > conduirait les habitans de
ce dernier point, au bourg du Trou en moins de tems qu'il ne leur en faut, à
préfent, 3 pour être à la hauteur de la ville du Fort-Dauphin lorfqu'ils fe rendent
en voiture au Cap; c'eft-a-dire, qu'ilyaurait une économie d'un tiers de chemin.
Aujourd'hui les habitans de l'acul des Pins ont fept ou huit lieues à faire pour
aller à leur paroiiTe > tandis qu'une coupe 3 placée vers le milieu d'une crête
baffe qui domine la double colline par laquelle les deux vallées font féparées, &c
fituée, à-peu-près, au centre de l'acul des Pins; ; coupe où je fais que l'on a déja
paffé à pied & à cheval fans qu'on y ait employé le moindre travail, aurait fait
communiquer ce canton avec celui de l'acul de Samedi.
D'un autre côté, les cabrouets > les animaux de charge & les nègres,
feraient arrivés à ce bourg par un chemin de plaine pour l'approvifionner, tandis
que les montagnes voifines > y trouvant un entrepôt peu éloigné, y auraient
apporté aulli leurs provifions. Il y aurait peut-être eu par le même
moyen > des
facilités pour charier des merreins, 2 des effentes & même du bois à bâtir qu'il
faut brûler aujourd'hui fur la place pour en être débarraffé. Les habitans les plus
éloignés auraient pu arriver au bourg, en trois heures. Il y aurait donc eu avantage pour tous, & notamment pour la plaine du Fort-Dauphin & de Maribarou,
où les féchereffes rendent les fecours en vivres du pays fi preffans. Tous ces
motifs ont fléchi devant l'intérêt particulier, fi l'on en croit certaines opinions 3
parce que l'ouverture du chemin aurait facrifié ce même intérêt à l'égard de
quelques habitans fur le terrain defquels il aurait paffé.
Peut-être que le peu d'établiffemens faits à Vallière, confidéré comme paroiffe,
ferait une raifon pour revenir au plan de l'acul de Samedi auquel on les réunirait.
Dans tous les cas, il ferait utile > du moins > de confolider celui d'un
marché à Vallière. Le nègre qui trouve à vendre &c à acheter > a plus de
reffources, plus de jouiflances & fa condition s'améliore. Le commerce
que ces échanges produifent, tire d'une oifiveté dangereufe des gens de couleur >
des Blancs qui croupiffent dans des villes ou dans de grands bourgs, où ils
donnent &z reçoivent alternativement l'exemple des vices. Avec des profits
ils deviendraient habitans & l'homme qui cultive un champ eft un, citoyen & un
homme qui a une patrie. Je fais que de riches planteurs & des citadins égoiftes
croient que tout le monde eft heureux lorfqu'ils ne manquent de rien & qu'ils ne
Tome I.
V
gens de couleur >
des Blancs qui croupiffent dans des villes ou dans de grands bourgs, où ils
donnent &z reçoivent alternativement l'exemple des vices. Avec des profits
ils deviendraient habitans & l'homme qui cultive un champ eft un, citoyen & un
homme qui a une patrie. Je fais que de riches planteurs & des citadins égoiftes
croient que tout le monde eft heureux lorfqu'ils ne manquent de rien & qu'ils ne
Tome I.
V --- Page 180 ---
154 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
veulent que de grands propriétaires ou des hommes à grandes fpéculations fans
fe reffouvenir de ce qu'ils furent autrefois & fans compter tous les hafards > dont
ils font les enfans gâtés. Mais moi qui fonge, à mon tour, > que la nature fait des
fourmis &c des éléphans, moi qui penfe aux nègres que la misère &z le défaut
d'alimens fubftantiels & de fecours de l'art de guérir, moiffonnent, je fuis d'avis
qu'on multiplie les individus dans les montagnes où le luxe ne fait pas gravir &
où une population libre 3 deviendrait tout à la fois, un moyen de richeffes
nationales & de fureté intérieure. On en a la preuve dans l'établifement des
montagnes de l'acul de Samedi & par conféquent de Valiière. Tous les noms de
piton des Nègres, de piton des Flambeaux, de piton des Ténèbres, de crête
à Congo, rappellent des époques où des fugitifs fe cantonnaient dans des points
prefqu'inaccefmibles, ne fut-ce que par le défaut de chemins. On fe rappelle
encore de Polidor & de fa bande, de fes meurtres, de fes brigandages, & furtout
de la peine qu'on eut à l'arrêter.
Il faut compter en outre que dans le cas où de grands intervalles de
font fans point de réunion > les fecours fpirituels font refufés à des hommes montagnes
I
du moins en fortant d'une vie laborieufe, veulent s'entendre dire
qui,
qu'un être
fouverainement bon les attend pour les récompenfer. Le frein moral de la
religion 3 abftraétion faite même des vérités confolantes
met
qu'elle
en réferve
dans le coeur de l'homme pour l'époque où le malheur les fait éclore, s'altère
& fe perd fi l'homme eft loin de tout ce qui lui parle de l'autre vie. Une
feconde raifon, c'eft que des revues de milices répétées, au moins à chaque
trimeftre, appelent quelquefois très-loin un habitant, pour qui elles font troisjours
de détournement & une occafion de dépenfe. C'eft bien affez
guerre il faille
que durant la
envoyer 7 comme les habitans de Vallière > toutes les fix
femaines, une garde de huit jours au polte de la Melonnière, où plufieurs d'entre
eux n'arrivent qu'après avoir fait douze ou quinze lieues, dont
font périlleufes dans certaines faifons.
quelques-unes
La paroiffe de Vallière n'a d'autre débouché pour fes denrées que le FortDauphin, d'où elle les envoie au Cap, qui lui fournit auffi fes befoins, Il y a
huit ou dix lieues de tranfport.
La fituation de cette paroiffe, environnée de montagnes, Ia garantit des
féchereffes qui défolent les plaines de fon voifinage. Elle eft plutôt fujette à
Kexcès des pluies & aux débordemens qui en font la foite. Dans l'ouragan da
fes denrées que le FortDauphin, d'où elle les envoie au Cap, qui lui fournit auffi fes befoins, Il y a
huit ou dix lieues de tranfport.
La fituation de cette paroiffe, environnée de montagnes, Ia garantit des
féchereffes qui défolent les plaines de fon voifinage. Elle eft plutôt fujette à
Kexcès des pluies & aux débordemens qui en font la foite. Dans l'ouragan da --- Page 181 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
4au 5 Août 1772, & qui fe fit fentir depuis Ouanaminthe jufqu'à Saint-Marc,
le vent qui foufflait du Sud-Eft, renverfa les conftruétions & détruifit le manioc,
le riz & les pois. L'acul de Samedi, l'acul des Pins, 2 la Nouvelle-Bretagne
furent ravagés ; la récolte de café qui était fur les arbres, fut prefqu'à moitié
perdue, & ce qui reftait de la précédente dans les magafins, fut confidérablement
endommagé. Une pluie abondante qui dura vingt-quatre heures, ajouta les
inondations à tant de calamités.
La température de Vallière eft affez fraiche, & elle ferait même trouvée
froide par les habitans des villes. On pourrait y naturalifer des arbres fruitiers
de France, & en 1787 on voyait chez un habitant plufieurs pommiers., dont
un avait vingt-fix pouces de circonférence. On obfervait avec raifon qu'étant
fauvageon 3 venu de pepin, fes fruits ne pouvaient pas être bons.
Dans l'Et de Vallière, eft le Mont-Organifé qui en dépend. Il ne fe dégrade
pas comme la face Septentrionale des montagnes qui font au fond de la plaine du
Fort-Dauphin, & l'on y trouve des terres qui ont encore leur fertilité première. On a appelé ce mont, Organifé, parce qu'il femble être l'afile chéri
de l'oifeau, nommé muficien à caufe de fon brillant gofier & de fa facilité à
moduler plufieurs notes de mulique avec une exaétitude qui charme
lhomme, 3
toujours occupé de fe retrouver dans tout. C'eft une des jouiffances de ces lieux
élevés, où le regret produit par] plus d'une privation, eft adouci encore par une vue
étendue 2 qu'on peut, de certaines pofitions, 3 promener jufqu'à des diftances
très-confidérables; & par la fraîcheur tonique des nuits, dont la température eft
telle, qu'au point du jour & à caufe des eaux limpides dont on eft entouré
les bras nombreux de plufieurs rivières, on éprouve à l'air extérieur une fen- par
fation très-propre à rappeler celle des gelées blanches de France, & cette
fenfation eft commune aux montagnes avoifinantes, & notamment à celles de
l'acul de Samedi,
-
I V.
P A R aI S S E D U TER R IE R R 0 U C E,
LA forme de cette paroiffe eft prefque celle d'un triangle ayant fa bafe à la
mer & dont les deux côtés vont toujours en fe rapprochant jufqu'au fommet, où
V 2
par
fation très-propre à rappeler celle des gelées blanches de France, & cette
fenfation eft commune aux montagnes avoifinantes, & notamment à celles de
l'acul de Samedi,
-
I V.
P A R aI S S E D U TER R IE R R 0 U C E,
LA forme de cette paroiffe eft prefque celle d'un triangle ayant fa bafe à la
mer & dont les deux côtés vont toujours en fe rapprochant jufqu'au fommet, où
V 2 --- Page 182 ---
156 DESCRIPTION DE LA PARTIE
ils font très-peu diftans l'un de l'autre. Elle eft, pour ainfi dire, toute en plaine,
& ne renfer Le qu'une très-petite portion montagneufe qui n'eft même, dans
certains points, que le penchant doux de quelques collines oul l'extrémité de quelques petites chaînes.
La paroiffe du Terrier-Rouge eft contigue, dans lEf, à celle du FortDauphin, de forte qu'elles fe partagent les Fonds-Blancs; le canton du TerrierRouge > proprement dit, eft enfuite > & le canton du Grand - Baflin 7 qui
furmonte celui du Terrier-Rouge en allant au Sud, correfpond à la grande
Colline du Fort-Dauphin au Nord eft la mer : à l'Oueft, en partant du rivage >
eft une petite portion de la paroiffe de Limonade avec laquelle celle du TerrierRouge a en commun > la ravine à Grimaud, jufqu'à la rencontre du chemin du
Cap au Terrier-Rouge ; puis ce chemin lui-même, , devient une limite Sud,
jufqu'à ce que parvenu à la lifière des habitations Pardieu & Bretoux, il trouve
la cime de la montagne des Épineux, des Balingans &c à Bouché, qui, dirigée au
Sud, devient une partie de la limite Occidentale du Terrier-Rouge, contigue
dans cette partie à celle du Trou.
Au Sud, la paroiffe de Terrier-Rouge a, par fa configuration, le chemin du
Cap au bourg du Terrier-Rouge, comme je viens de le dire, pour fa limite Oueft;
puis dans le furplus de fa frontière Méridionale, elle a pour limite commune avec
la paroiffe du Trou, lai ravine à Bouché jufqu'à fon confuent avec la rivière
Marion.
La paroiffe du Terrier-Rouge a un fol extrêmement varié, J'ai déjà dit un
(
mot de celui des Fonds-Blancs, que traverfe le grand chemin du Cap au
Fort-Dauphin. Rien n'eft plus fait pour attrifter que Fafpeét qu'il préfente
dans les temps fecs, & qui ferait douter que ce canton foit fufceptible de
produire un indigo très - eftimé, quand des pluies propices viennent le féconder. Un tuf blancheâtre & marneux y étale bientôt les miracles de la plus
rapide végétation > fi les fels qu'il contient font tenus dans l'état de diffolution
qui peut les convertir en féve. Il eft cependant des portions plus voifines du
rivage qui font d'une aridité abfolue, parce que la mer eft encore trop proche
d'une furface qu'une effiorefcence falineufe occupe toute entière 3. ou qu'eile
n'abandonne que pour donner paffage à des arbultes vrais avortons, ou à ces
xégétaux fpongieux, qui femblent vouloir repouffer encore par leurs épines,
Khomme que l'aridité du fol n'aurait pas écarté. C'eft dans le canton des Fonds-
d'une aridité abfolue, parce que la mer eft encore trop proche
d'une furface qu'une effiorefcence falineufe occupe toute entière 3. ou qu'eile
n'abandonne que pour donner paffage à des arbultes vrais avortons, ou à ces
xégétaux fpongieux, qui femblent vouloir repouffer encore par leurs épines,
Khomme que l'aridité du fol n'aurait pas écarté. C'eft dans le canton des Fonds- --- Page 183 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
Blancs qu'on a trouvé, il y a peu d'années, du vrai fulfate de chaux, dont la
Société des Sciences & des Arts du Cap-Français a même fait faire le bufte de feu
M. Lefebvre Deihayes, habitant de Plymouth, Pun de fes membres les plus zélés.
C'eft encore au canton des Fonds-Blancs que font les mamelles, petits monticules placés à l'extrémité Oueft des Fredoches, remarquables par leur ifolement, & dont j'ai parlé à l'article du Fort-Dauphin > mais qui appartiennent à la
paroiffe du Terrier-Rouge.
Cette bande Nord eft fuivie, en allant dans le Sud, d'un canton qui en
diffère un peu, c'eft celui de la Belle-Hôteffe, au-deffus duguel encore eft celui
du Grand-Baffin > qui va communiquer par fon bout fupérieur à la gorge de
l'acul de Samedi, & où le terrain eft médiocre & les pluies tellement rares,
que la culture y eft quelquefois fans fruit. Le Grand-Baffin a cependant fept
fucreries, mais qui ne donnent entr'elles que 500 milliers de fucre. Une
rivière, la Matrie s paffe au Grand-Baflin; quoique confidérable à fa fource, fon
lit eft fouvent à fec, parce que fes eaux s'infiltrent parmi les fables qu'elle
charie & dont fon cours eft bordé.
Du Grand-Baffin qui termine la paroiffe au Sud-Eft gagnant lOueft, on
trouve le canton qui fe nomme le Terrier-Rouge proprement dit, & qui eft
bordé au Nord par le chemin qui va du Cap au Fort-Dauphin, en paffant
le bourg du Terrier-Rouge. Ce canton eft défolé auffi par la féchereffe. On par
y
compte cinq fucreries, dans le nombre defquelles eft celle qui appartenait aux
Jéfuites, autrefois miflionnaires de la Partie du Nord de la Colonie, &c où ils
avaient une chapelle clauftrale & 270 nègres. Ces cinq fucreries donnent
néanmoins environ un millon de fucre ; quantité dont celle des Jéfuites fournit
le tiers, mais les capitaux qui produifent ce revenu, 3 prouvent bien le peu
de fertilité du fol. Il eft même tres-extraordinaire que des religieux & furtout
des Jéfuites, s qui, dans toutes les Colonies, ont montré une grande fagacité dans
le choix des conceffions qu'ils fe font fait faire, ayent franchi le Quartier-Morin &
Limonade pour venir s'établir au Terrier-Rouge. Ce canton finit à la face
Orientale de la chaîne des. Épineux, des Balingans & à Bouché, terme de
la paroiffe à l'Oueft.
Le nom de Terrier-Rouge, donné à caufe de la nuance du terrain ( origine
qui blâme l'ufage de dire les Terriers-Rouges ), appartient fpécialement auffi
à une grande favane naturelle, nommée la grande favane du Terrier-Rouge ou la
ir au Terrier-Rouge. Ce canton finit à la face
Orientale de la chaîne des. Épineux, des Balingans & à Bouché, terme de
la paroiffe à l'Oueft.
Le nom de Terrier-Rouge, donné à caufe de la nuance du terrain ( origine
qui blâme l'ufage de dire les Terriers-Rouges ), appartient fpécialement auffi
à une grande favane naturelle, nommée la grande favane du Terrier-Rouge ou la --- Page 184 ---
158 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Savane-Carrée, qui unit diagonalement le canton du Terrier-Rouge, dont je
viens de parler, avec l'extrémité fupérieure des Fonds-Blancs, la plus rapprochée
du Fort-Dauphin. Cette favane très-étendue, eft chargée dans plufieurs endroits
de fredoches ou de raques ( affemblage de bois rabougris ), qui s'étendent dans
divers fens, & qui rendent inutiles de grands efpaces où l'on ne va pas même
chercher quelques bois, que leur incorruptibilité devrait faire prifer, malgré
la petiteffe de leurs dimenfions.
Le bourg du Terrier-Rouge placé à environ trois petites lieues de l'embarcadère de Caracol, eft compofé de vingt-cinq maifons éparfes &z médiocres,
fituées auprès de l'églife dédiée à Saint-Pierre, & fervant à loger quelques petits
détaillans, , utiles au marché de la paroiffe, qui fe forme au bourg les fêtes &
les dimanches. Le Terrier-Rouge faifait, avec le Trou, partie de la paroiffe de
Limonade. Lorfque le Trou devint en 1705 une paroiffe qui s'étendait jufqu'aux
limites efpagnoles, le Terrier-Rouge qui en dépendait eut une chapelle en
1707, &x devint lui-même une paroiffe dès 1710, fi on en croit une note
écrite en 1714par le père Le Pers, 3 qui devait le bien favoir, lui qui a été
le fondateur de la paroiffe du Trou. Néanmoins > foit que cet établiffement
paroiffial de 1710 n'ait été que précaire 3 foit qu'il eût même été abandonné
depuis 1714, on voit dans une pièce authentique l'ordonnance des Adminif
trateurs du 27 Août 1722, qu'en 1721 les habitans du Terrier-Rouge, du
Grand-Baflin, du Grand acul de la Belle-Hôteffe, de la Savane - Carrée &c
du Fond-Blanc 3 demandérent une paroiffe 3 à caufe de leur trop grand éloignement de celle du Trou. Autorifés le 18 Mai à délibérer à cet égard, ils
arrétérent le 26 Octobre , qu'on conftruirait l'églife fur un terrain entre deux
raques fituées dans la favane à Goyave, lieu où eft le bourg aétuel, ce qui fut
approuvé par les Adminiftrateurs. Le bourg eft affez au centre de la paroiffe,
puifque Ne bout Nord-Oueft de celle- ci qui s'en écarte plus que le refte
n'a point d'habitans; il eft près de la rivière la Matrie ou du Terrier-Rouge >
qu'il a à PEft, & qui vient du morne. à Bouché.
Il ne refte plus à décrire que la portion de la partie Septentrionale de la
paroiffe 3 qui, placée au-deffous du grand chemin du Cap au Fort-Dauphin,
s'étend depuis les Fonds-Blancs jufqu'à la paroiffe de Limonade, dans l'Oueft
Le canton qui fuit les Fonds-Blancs de PEf à POueft eft celui de Jacquezy.
Ce mot indien que l'on écrit Jaguezy, Jacquezy & Yaxy, était le nom de tout:
Il ne refte plus à décrire que la portion de la partie Septentrionale de la
paroiffe 3 qui, placée au-deffous du grand chemin du Cap au Fort-Dauphin,
s'étend depuis les Fonds-Blancs jufqu'à la paroiffe de Limonade, dans l'Oueft
Le canton qui fuit les Fonds-Blancs de PEf à POueft eft celui de Jacquezy.
Ce mot indien que l'on écrit Jaguezy, Jacquezy & Yaxy, était le nom de tout: --- Page 185 ---
FRANÇAISE DE SAIYT-DOMINGUS
l'étendue qui forme la paroiffe du Terrier-Rouge & une partie de celle du
Trou; aufli ne le connaiffait-on autrefois que fous cette dénomination générique,
& le Trou était appellé, le Trou de Yacquezy. Depuis, il a été reftraint au
canton dont je parle en ce moment & qui eft entre la mer, les deux bras de la
rivière de Jacquezy, & le chemin qui va du Cap au Fort-Dauphin.
Jacquezy > proprement dit, eft très-remarquable par fa fertilité. Huit fucreries
y donnent dix-huit cens milliers de fucre blanc d'une belle qualité. Qu'on juge
par là de ce qu'on pourrait attendre de ce terroir 3 fi les pluies ne lui étaient
aufli conftamment refufées où fi les habitans, au lieu de fe difputer de pas
par longs
& coûteux procès, le peu d'eau qui coule fans utilité dans les rivières, s'accordaient pour fe la partager à raifon de leurs poffeflions arrofables ! Ils augmenteraient
leurs revenus & ajouteraient à leurs richeffes la jouiffance délicieufe du
des fruits & du
jardinage
laitage qu'on regrette de ne pouvoir pas donner à des nègres
convalefcens. C'eft à Jacquezy que viennent les meilleurs caîmites, ce fruit
à mucilage fucré, dont les Créols font fi friands > quoique fon odeur un
fermentéc le rende peu agréable aux Européens. La caimite eft là auffi peu
qu'une belle pomme de calville ou qu'une belle
&
groffe
fond
la
orange 3 fa peau offre fur un
verd,1 nuance violette qu'a le deffous de fa belle feuille liffe.
Le bourg du Terrier-Rouge qui a la grande Savane du même nom au NordEft, a auffi une grande favane de Jacquezy au Nord-Oueft & à-peu-prés à la
même diftance. A la naiffance de cette favane, à PER & avant d'arriver à la
rivière la Matrie, eft un monticule qui n'eft qu'un point du prolongement de
la crête des Épineux, vers le Nord. Onle nomme le morne E.fpagnol, & autrefois,
on appelait auffi pafe Efpagnole, le point voifin où le chemin traverfait larivière.
Plus au Nord font deux petites réunions d'eau
les
que Français ont toujours
appellées la grande Mare & la mare à l'Oye. C'eft entre, elles deux que M. de
Pardieu avait une hatte , en 1716, &x au-deffus un corail ou lieu pour élever
des cochons.
Le canton de Caracol fait Jacquezy, dans l'Oueft. Ce n'eft plus
favane que la féchereffe change quelquefois en un champ, couvert de qu'une
pouffière.
Ily a cependant des habitations dans la partie Sud de Caracol s mais elles font
de la paroiffe du Trou. Enfin, entre Caracol & la limite de Limonade
trouve encore une raque appellée raque à Budan, qui n'a point d'établifemens > or
dans ce qui dépend du Terrier-Rouge,
ol fait Jacquezy, dans l'Oueft. Ce n'eft plus
favane que la féchereffe change quelquefois en un champ, couvert de qu'une
pouffière.
Ily a cependant des habitations dans la partie Sud de Caracol s mais elles font
de la paroiffe du Trou. Enfin, entre Caracol & la limite de Limonade
trouve encore une raque appellée raque à Budan, qui n'a point d'établifemens > or
dans ce qui dépend du Terrier-Rouge, --- Page 186 ---
160 DESCRIPTIO: N DE L. A PARTIE
Mais ce qui eft fufceptible d'offrir un véritable intérêt, c'eft la côte, qui
borde toute cette paroiffe, au Nord. A mille toifes du point du rivage qui répond
aux Mamelles, commencent Jes Efters des Fonds-Blancs, ces portions qui,
mitoyennes entre la terre & l'onde, ont, fij'ofe m'exprimer ainfi, une exiftence
amphibie &c à qui leur nom eft venu de ce qu'elles font ex terra, hors de la terre
avec laquelle elles ne forment pas un tout homogène. Les efters ou exterres des
Fonds-Blancs (8 l'ufage a rendu efter plus familier) 3 ont environ 3,000
toifes de long fur une profondeur qui augmente en gagnant à l'Oueft & qu'on
peut compter à environ mille toifes en terme moyen.
La chaîne de reflifs, dontj'ai déà parlé à l'article du Fort-Dauphin, eft
parallèle à cette côte dont elle n'eft éloignée que de 500 toifes & où elle a plus
d'une demi-lieue de large, & feulement huit ou neuf pouces d'eau à mer baffe.
Un peu à PEt du point où commencent les efters, eft une petite pafie où les
canots peuvent traverfer les reffifs, & à 1,500 toifes de celle-là, eft la paffe des
Fonds-Blancs où de petits bâtimens pourraient pénétrer ; auffi y a-t-il en face
de cette dernière une batterie & un corps-de-garde pour la défendre & s'oppofer
-
même au paflage des canots qui fe ferait introduits par la paffe qui leur fuffit.
Ce corps-de garde, où lon arrive en contournantl les efters dans PEt & allant
enfuite le
du
eft à
toifes de la pointe de Jacquezy qui
long rivage,
2,500
termine ces efters dans l'Oueft & qui eft prefqu'en ligne droite avec l'entrée du
Fort-Dauphin.
On trouve 1,420 toifes en contournant la côte depuis la pointe de Jacquezy 3
jufqu'à l'embouchure de la rivière la Matrie ou du Terrier-Rouge qu'elle a au
Sud. On remonte cette rivière pendant 550 toifes pour arriver à l'embarcadère
de Jacquezy qui exiftait avant 1716; 8c à une petite lieue dans P'Et duquel
était, dans les Fonds-Blancs 9 la hatte que M. Robineau > fucceffivement
Sénéchal et Procureur-Général au Cap, fit à la follicitation de MM.le Chevalier
de Saint-Laurent et Bégon, et à l'exemple de M. Franfquenay en 1685, et qu'on
voyait encore en 1716.
A toifes dans le Sud-Oueft de l'embouchure de la Matrie ou rivière du
Terrier-Rouge., 400
eft celle de la rivière de Jacquezy ou du Trou de Jacquezy,
quieft couverte, dans l'Oueft, par une pointe qui s'avance de plus de 200 toifes
de
la baie de ce
hors de l'embouchure et qui forme, avec la pointe Jacquezy
nom, où devait aboutir le canal de communication avec le bord Oueft de
La
la baie du Fort-Dauphin.
'embouchure de la Matrie ou rivière du
Terrier-Rouge., 400
eft celle de la rivière de Jacquezy ou du Trou de Jacquezy,
quieft couverte, dans l'Oueft, par une pointe qui s'avance de plus de 200 toifes
de
la baie de ce
hors de l'embouchure et qui forme, avec la pointe Jacquezy
nom, où devait aboutir le canal de communication avec le bord Oueft de
La
la baie du Fort-Dauphin. --- Page 187 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 161
La dernière pointe forme > en même-tems, celle Septentrionale de la baie de
Caracol. Dans cette dernière baie et à une demi-lieue de la pointe 5 eft l'embarcadère de Caracol qui exiftait avant 1717, et où l'on embarque dans deux points, >
dont le fecond eft à 360 toifes dans lOueft du premier & près de l'embouchure
de la rivière de Caracol qui eft dans l'Eft de la favane du même nom. La côte
courre au Sud-Oueft depuis la pointe qui forme la baie de Jacquezy, 3 à l'Oueft,
jufqu'à la rivière de Caracol, où elle reprend la direétion de PEfE à l'Oueft
pendant. 600 toifes; mais à ce terme,. la côte recule d'environ 500 toifes dans
le Sud, & formant trois arcs de cercle prefqu'égaux, que deux petites pointes
féparent, elle fait une. grande lieue dans l'Oueft. Arrivée l, elle reprend le
Nord & revient prefque jufqu'à être parrallèle avec la direétion de la côte depuis
l'entrée du Fort. Dauphin jufqu'à la pointe de Jacquezy.
C'eft au devant de ces arcs ou enfoncemens & > par conféquent > du retour de
côte qui eft à angle droit avec lui, qu'eft un nouvel efter découpé par portions
inégales, mais plus grandes que celles de l'efter des Fonds-Blancs. Il a 3,700
toifes de I'Et à POueft & environ 1,500 du Nord au Sud. Entre lui & les arcs
eft la baie à Békli qui a 470 toifes d'ouverture & 1,400 de profondeur de lEft à
l'Oueft. Au fond de la baie de Békli, eft un intervalle dans l'efter même 3 au
troifième arc qui eft le dernier au fond, &c que quelques perfonnes appellent la
baie à Conégut du nom de l'habitation qu'elle borde & où eft l'embouchure de
la rivière à Grimaud , limite de la paroiffe de Limonade; ce qui m'avertit de
rentrer dans celle du Terrier-Rouge.
Les efters des Fonds-Blancs &c de Caracol, > font couverts de palétuviers qui
fourniffent du tan & où l'on vient cueillir des huitres.
L'efter de Caracol eft formé par douze portions appellées ilets > qui en compofent l'enfemble que l'on nomme la pointe de Caracol. Les trois ilets les
plus confidérables de ces douze font le côté Eft de l'efter. Tout cet efter fut
concédé le 22 Novembre 1769à. M. Courrejolles, ce quin'empêcha pas plufieurs
perfonnes de le convoiter en 1772 & en 1775. Mais un arrêt du Confeil du Cap
du 20 Mars 1781, a maintenu M. Courrejolles dans fes droits. Le poffeffeur
aétuel eft M. Bernier, qui l'a payé vingt-fept mille livres, au mois de Janvier 1783.
La pointe de Caracol fe trouve à3,000 toifes de celle de Jacquezy. L'ouverture
qui eft entre elles deux conduit donc : 1°, à la baie de Caracol qui occupe le
Tome I,
X
êt du Confeil du Cap
du 20 Mars 1781, a maintenu M. Courrejolles dans fes droits. Le poffeffeur
aétuel eft M. Bernier, qui l'a payé vingt-fept mille livres, au mois de Janvier 1783.
La pointe de Caracol fe trouve à3,000 toifes de celle de Jacquezy. L'ouverture
qui eft entre elles deux conduit donc : 1°, à la baie de Caracol qui occupe le
Tome I,
X --- Page 188 ---
162 DESCRIPTIO N DE - LA P ARTIE
milieu. 2°, à celle de Jacquezy qui eft dans le fond Sud-Ett; &x 3°. à celie
de Békly qui eft dans le fond Sud-Oueft.
Dès 1713, ces divers embarcadères furent carabinés, mais celui de Caracol
fut le premier de tous ceux de la Partie du Nord qu'on fortifia. Ill'a été par les
foins de M. de Chaftenove qui y fit placer une batterie &c un retranchement.
Cet embarcadère eft affez difficile, parce que les chaloupes ne peuvent en approcher qu'à la haute mer. L'embarcadère de Jacquezy eut auffi un retranchement
peu après, fait, comme celui de Caracol, par des nègres de corvée. M. de
Belzunce y ajouta encore des difpofitions en 1762.
Maintenant l'embarcadère de Jacquezy & celui de Caracol font protégés
des batteries & des corps-de-garde
de
par
capables s'oppofer aux entreprifes que
pourraient tenter les canots ou les bâtimens auxquels la paffe des Fonds-Blancs &c
celle même de Caracol, qui eft dans les refifs & en tace de la pointe de Caracol,
aurait donné accès ; ce qui fuppoferait le fecours d'excellens pratiques pour fe
diriger dans la paffe & pour éviter les hauts-fonds de la pointe de Caracol, &c une
audace que pourrait punir l'impoffibilité de fe retirer 3 G l'on était défemparé.
Au mois de Juin 1762, la frégate anglaife le Huffard, fondant la paffe de
Caracol, s'y échoua & fut prife. Les habitans de Limonade de
3 Sainte-Rofe
& du Dondon fourniffent, comme ceux du Trou, à la garde de Caracol.
Le paffage de Jacquezy & celui du Trou ( il n'y avait point alors de paroiffe
du Terrier-rouge), furent affermés au mois de Janvier 1717, par le capitaine de
port du Cap, d'après les ordres du Gouverneur-Général à un M.
avec privilège exclufif. Le paffage de Jacquezy fut affermé
trois Fouquet,
pour
ans à M.
François Surger, en 1728, à raifon de 690 liv. par an 3 il produifait en
6,650 liv. Cependant il ne fut porté qu'à 3,600 liv. le 18 Juillet 1763, 1744
M. Ruotte > fubftitut du procureur-général du Cap, &
de que
fubdélégué l'intentendant, l'adjuga à M, Chardavoine. J'ai déjà dit que ces fermes
en 1765.
difparurent
J'obferverai cependant que quoique le métier de paffager foit trèslibre, il n'eft cependant pas permis à ceux qui le font 3 de refufer de fe
charger des marchandifes qu'on leur préfente à tranfporter fur le pied ordinaire
du fret, dont le taux eft fixé par l'ufage. La queftion s'étant
du Cap'entre M.
préfentée au Confeil
Troplong, capitaine d'un navire de Bordeaux, & M. Duhalty,
propriétaire du paffage de Jacquezy, celui-ci fut condamné par arrêt de ce
n'eft cependant pas permis à ceux qui le font 3 de refufer de fe
charger des marchandifes qu'on leur préfente à tranfporter fur le pied ordinaire
du fret, dont le taux eft fixé par l'ufage. La queftion s'étant
du Cap'entre M.
préfentée au Confeil
Troplong, capitaine d'un navire de Bordeaux, & M. Duhalty,
propriétaire du paffage de Jacquezy, celui-ci fut condamné par arrêt de ce --- Page 189 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE 163
tribunal > du 13 Mai 1777,à recevoir & à tranfporter des feuillards que l'autre
lui avait offerts. Iln'y a donc que la ceffation du paffage qui puiffe exempter
le maître du paffager de fervir le public.
Les trois embarcadères de la paroiffe du Terrier-rouge font d'autant plus
précieux pour elle & pour la paroiffe du Trou, à laquelle les deux embarcadères
de Caracol fervent de débouché 3 que les barques paffagères qui y font les
tranfports, naviguent en dedans des reffifs, & font ainfi moralement à l'abri de
tout danger. Des chemins commodes conduifent jufqu'aux magafins d'entrepôt, conftruits aux embarcadéres, les denrées qu'on doit vendre ou livrer au
Cap, &x fervent à tranfporter les approvilionnemens & les autres objets qu'on tire
de cette ville. Quelquefois auffi, les chaloupes des navires d'Europe mouillés au
Cap, viennent, jour nommé, chercher des denrées que les capitaines ont acheté
ou qu'ils doivent recevoir à frêt, & ils évitent ainfi les frais du magafinage &
les inconvéniens d'un déchargement au Cap. D'autrefois encore, les acons font
expédiés de la rade du Cap pour effeétuer ces tranfports, qui dans les années
heureufes pour le cultivateur &c pour le commerçant, rendent très-fréquentes
différentes routes qui coupent en divers fens la furface de la paroiffe du Terrierrouge. On y éprouve cependant 5 mais trop rarement pour l'utilité des
habitans, l'obitacle du paffage des rivières que des orages changent en torrens >
& qui font affez encaiffées, furtout celle de-Jacquezy ou du Trou de Jacquezis
pour être dangereufes à traverfer lorfque leurs eaux excèdent une certaine
hauteur.
Il eft tems de dire que le canton de Caracol,qui porte le nom efpagnol du
limaçon > peut-être à caufe de l'enfoncement de la baie de Békly ou des
tournoyemens des parties de l'efter > était le fite de la ville de Port-Royal,
( (Puerto-Real), que Rodrigue Mexia fonda en 1503, & qui dépendait du
gouvernement de Saint-Yague. Mais ce qui eft encore plus glorieux pour
Caracol, c'eft que fon port eft celui de la Nativité, ainfi nommé par Chriftophe
Colomb, qui y entra. le jour de Noël 1492. En rapprochant tout ce qu'il y a
de defcriptif dans les premiers hiftoriens du Nouveau-Monde > il n'eft guères
poflible de douter de ce fait; furtout quand on remarque que le chef-lieu du
royaume de Guacanaric était fur une pointe, à l'extrémité de la Véga-Réal,
& conféquemment vers le point où eft maintenant l'embarcadère de la PetiteAnfe, au Quartier-Morin. x & qu'il eft dit que Colomb partant de la Nativité,
X 2
if dans les premiers hiftoriens du Nouveau-Monde > il n'eft guères
poflible de douter de ce fait; furtout quand on remarque que le chef-lieu du
royaume de Guacanaric était fur une pointe, à l'extrémité de la Véga-Réal,
& conféquemment vers le point où eft maintenant l'embarcadère de la PetiteAnfe, au Quartier-Morin. x & qu'il eft dit que Colomb partant de la Nativité,
X 2 --- Page 190 ---
164 DESCRIPTIO 1 N DE LA PARTIE
fit de l'eau au Nord-Oueft , puis fortit en remarquant bien l'entrée pour la
reconnaître, que fon lit était noyé &x qu'on n'y trouvait point de pierres pour
bàtlr; eirconftances qui femblent bien défigner la rivière de Caracol ou de
Jacquezy, une entrée auffi difficile que celle de Caracol dans un paffage que
laiffent des reffifs, & la nature des environs de l'efter. Ce fut près du port de la
Nativité que fut conftruite la tour que l'on appella la fortereffe de la Nativité,
& où Colomb laiffa quelques Efpagnols, qu'il trouva maffacrés à fon fecond
voyage ;. ce qui le porta à abandonner le port de la Nativité au mois de
Décembre 1493- Je montrerai dans la defcription de la paroiffe de Limonade >
fur le territoire de laquelle il parait qu'était la fortereffe, combien ces preuves
fe fortifient encore. Tout fe réunit donc pour offrir dans Caracol, le premier
établiflement européen du Nouveau-Monde, & en même-tems le premier de
l'ile Saint-Domingue. Quel état pour une auffli illuftre origine ? On y chércherait
envain le fouvenir de fa gloire primitive, les traces de la ville qui embellifait
un lieu que fon aridité 8c celles des environs a prefque livré à l'abandon, du
moins dans une grande partie ; on n'y peut recueillir que cette utile leçon,
que tout ce qui eit l'ouvrage de lhomme, eft périffable comme lui.
La ville du Port-Royal était du nombre des villes efpagnoles de la Colonie
qui obtinrènt des armoiries en 1508. Elle avait un écu d'azur, ondé, chargé
d'un navire d'or. Dès 1606, elle était déjà abandonnée.
Le Terrier-rouge a des droits à la reconnaiflance publique > parce que c'eft
fur l'habitation des Jéfuites , appartenant à préfent à M. de Rouvray 2 qu'ont
été naturalifés les premiers cafiers que les Jéfuites de la Martinique envoyèrent
à leurs confrères. On en prit les graines pour les planter au Dondon, où l'on
a commencé, > à Saint-Domingue > la culture de cet arbufte, qui doit être mis au
fecond rang parmi les produétions qui font la richeffe de la Colonie.
Il y a au Terrier-rouge > fur Phabitation Auvray, de la luzerne provenue de
graines que cet induftrieux habitant a fait'venir de France, 8z y a planté en 1776.
Il peut en faire une coupe tous les mois, & les mulets & les chevaux la mangent
avec grand plaifir.
La température du Terrier-rouge > eft généralement fèche. Cette paroiffe
fouffrit extrêmement de la féchereffe qui y règna depuis la fin du mois d'Août
1785,jufqu'à celui d'Avril 1786; & qui fut telle, qu'on croit que le feu a
pris fpontanément au mois de Mars 1786, à pluficurs pièces de cannes de
& les mulets & les chevaux la mangent
avec grand plaifir.
La température du Terrier-rouge > eft généralement fèche. Cette paroiffe
fouffrit extrêmement de la féchereffe qui y règna depuis la fin du mois d'Août
1785,jufqu'à celui d'Avril 1786; & qui fut telle, qu'on croit que le feu a
pris fpontanément au mois de Mars 1786, à pluficurs pièces de cannes de --- Page 191 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Phabitation Verron, fituée dans le canton du Terrier-rouge proprement dit,
C'eft fur cette habitation qu'eft né,le 24 Oétobre 1771, un petit muleton
produit par une mule 3 & qui a vécu jufqu'au 17 Juin 1776.
Les recherches publiées par la Société des Sciences & des Arts du Cap fur
les épizooties 3 prouvent que la maladie charbonneufe a paru au Terrier-Rouge en
1787, &l'on y lit, pages 149 E3fivantes, les détails des accidens qu'éprouva MAuvray 3 pour s'être bleffé en ouvrant une mule qui en était morte.
Suivant le rapport d'Herréra, il y avait dans les environs de Port-Royal une
mine de cuivre. Tout porte à croire qu'elle était fur l'habitation le Roux des
Ines, ci-devant Champaing dépendante à préfent de la paroiffe de
Limonade, 2
où l'on a vu des débris de quartz, que la tradition délignait comme
ceux d'une exploitation. Il eft réellement fingulier que dès cette époque qui
remonte jufqu'à la découverte de l'ile, on fût déjà réduit à travailler des mines de
cuivre. L'or n'était donc pas auffi commun qu'on l'a dit! Le travail de cette mine
ne devait pas être dans la favane de Caracol, où le bois pouvait lui
puifqu'il n'en a jamais exifté que peu dans cette partie, &c encore manquer; avait-il
dans ce bois même de grands intervalles falineux, incapables d'en y
produire. Ce
local n'aurait donc pas pu entretenir des ufines, ou du moins elles ont dû n'avoir
qu'une courte exiftence fi elles étaient réduites à cette faible reffource
3 &c tout
autre moyen aurait augmenté les frais d'exploitation.
On compte dans la paroiffe du Terrier-Rouge 3 240 blancs, 160 affranchis,
& 5:500 efclaves 5 elle a une compagnie de dragons & une de fufiliers,
compofées
de 90 blancs, & une troifième formée de 70. dragons-mulacres & nègres libres.
Ily a du bourg du Terrier-Rouge,
Au Cap
Au Fort-Dauphin
9 lieues,
Au Trou
V.
P A R O I S S E D U TRO U.
CETTE. paroiffe qui eft fort étendue 5 diffère de la
en
précédente, ce
a une très-grande partie de fon territoire en montagnes. Sa forme eft qu'elle
très-irré.
& une troifième formée de 70. dragons-mulacres & nègres libres.
Ily a du bourg du Terrier-Rouge,
Au Cap
Au Fort-Dauphin
9 lieues,
Au Trou
V.
P A R O I S S E D U TRO U.
CETTE. paroiffe qui eft fort étendue 5 diffère de la
en
précédente, ce
a une très-grande partie de fon territoire en montagnes. Sa forme eft qu'elle
très-irré. --- Page 192 ---
166 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
gulière & tient à celle des gorges & des points de communication de fes
différens cantons. Quatre paroiffes l'enferrent, , de manière qu'elle ne touche par
fon territoire 2 ni à la mer, ni à la ligne des frontières efpagnoles. Dans PEt,
c'eft la paroiffe du Terrier-Rouge par la cime de la montagne des Épineux, des
Balingans & à Bouché 2 & la ravine à Bouché, jufqu'au confluent de cette
dernière avec la rivière Marion; là, c'eft la paroiffe du Fort-Dauphin par la
nême rivière Marion jufqu'à fon confluent avec la rivière de l'acul de Samedi,
puis par celle-ci jufqu'à la rencontre de la crête à Battre du Feu. De ce point
la ligne qui borde la paroiffe du Trou, devient extrêmement finueufe, de
manière qu'elle a des direétions qu'on ne peut pas défigner toutes du même mot.
C'eft ainfi qu'elle fuit la crête à Battre du Feu, jufqu'à la cime de la montagne
de l'acul de Samedi où elle ceffe d'être contigue à la paroiffe du Fort-Dauphin;
puis de cette cime, elle vajufqu'au piton des Flambeaux 3 ayant pour limite ,
la peroifle de Vallière ; qu'elle continue à fuivre, en allant au piton des Nègres
jufqu'à la fource de la rivière des Racadeaux 3 enfuite cherchant la Granderivière & fuivant fon cours pendant quelque tems 3 elle va à la montagne des
Palmiftes rencontrer le piton des Roches, terminer ainfi le bord Sud de la
parciffe &c commencer fon côté Oueft.
Celui-ci eft formé par la montagne des Éereviffes, qui fépare le Trou, du
canton du Moka, appartenant à la Paroiffe de Limonade; enfuite c'eft la montagne des Côtelettes & celle de Sainte-Suzanne qui féparent le Trou, des cantons
du Moka, des Côtelettes & de Sainte-Suzanne > dépendant auffi de la paroiffe
de Limonade. Enfin c'eft le canton de Roucou que la ravine à Grimaud divife
entre la paroiffe du Trou à T'Et & celle de Limonade à l'Oueft.
Au Nord, fe trouve toujours la paroiffe du Terrier-Rouge entre laquelle &
celle du Trou, eft le chemin du Cap au bourg du Terrier-Rouge > jufqu'à
Phabitation Pardieu, qui termine le Trou dans cette partie.
En parlant de la paroiffe du Terrier-Rouge j'ai eu occafion de dire 3 qu'une
grande portion du territoire plane de celle-ci, & de la paroiffe du Trou, étaient
originairement défignés fous les noms communs de Caracol &c de Jacquezy, &
que le Trou lui-même s'appellait le Trou de Jacquezy, apparemment à caufe
que plufieurs gorges des montagnes ont leur ouverture dans ce point. Dès qu'il
parut des Flibuftiers & des Boucaniers dans la plaine du Cap, Jacquezy &
Caracol eurent quelques établiflemens français épars, 8 j'ai déjà répété qu'en
la paroiffe du Trou, étaient
originairement défignés fous les noms communs de Caracol &c de Jacquezy, &
que le Trou lui-même s'appellait le Trou de Jacquezy, apparemment à caufe
que plufieurs gorges des montagnes ont leur ouverture dans ce point. Dès qu'il
parut des Flibuftiers & des Boucaniers dans la plaine du Cap, Jacquezy &
Caracol eurent quelques établiflemens français épars, 8 j'ai déjà répété qu'en --- Page 193 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 167
1685,ily avait des hattes à Limonade 2 vers la lifière de Caraçol de &
Jacquezy ;
et qu'au commencement du fiècle, d'anciens défenfeurs de la Patrie congédiés
& des colons du voilinage du Cap, gagnèrent vers PEf pour s'oppofer aux
attaques des Efpagnols qui avaient tout dévafté, en 1691 &z en 1695: époques
où ils avaient cru anéantir, pour jamais. ) "ceux qu'ils avaient vus établis, plus de
vingt ans auparavant, , jufqu'au bord de la rivière du Rebouc.
Mais encore, en 1705, Limonade était le dernier lieu formé en paroiffe 3 &c
il eft aifé de concevoir que le pafteur veillait mal au bonheur des ouailles qui
habitaient la rive Occidentale du Maffacre. La première paroiffe qui fe forma
au-delà de Limonade 3 fut celle du Trou, où l'on conçut, 3 en 1705, le projet
d'avoir une Églife, 3 dont la dédicace fut faite à Saint-Jean Baptifte, le 24 Juin
1707, & qui eut l'abbé de Mont-Tours pour premier curé ; le même qui
célébra, trois mois auparavant, la première meffe à la luccurfale de Bayaha.
Elle comptait déjà un affez bon nombre de paroiffiens dont le premier, établi
en 1700 > était M. Blanchet, alors propriétaire de l'habitation que pofsède
aujourd'hui ) M. le Maître, commandant les milices de cette paroiffe 5 &
plufieurs autres (*) habitans prefque tous venus de Limonade. Ce fut au père Le
Pers, Jéfuite très-zélé &c curé de Limonade, que ces colons furent redevables
de l'acquifition du terrain que lui vendit M. Mercier, à qui M. Auger, gouverneur, 3 l'avait concédé, 3 en 1703. Ce fut même un fentiment de reconnaiflance
qui fit choifir le patron du père Le Pers, pour celui de la paroiffe.
Un arpentage de Mondion de Beaupré, fait en 1708 > dit que ce terrain avait
quarante-huit carreaux, & en 1712; 3 le curé en vendit trente-quatre à M. Prot
que repréfente maintenant la famille de Brucourt, pour un négrillon eftimé cent
êcus ; on peut juger, > par ce trait, de ce qu'on eftimait alors le terrain d'un
canton de plaine > couvert de bois & entrecoupé de lagons. En 1716, les habitans demandèrent, au noin de la fabrique 3 la permiffion d'habituer les quatorze
carreaux reftant & d'y conftruire une nouvelle Eglife plus confidérable > la
première n'ayant que trente-deux pieds de long fur trente de large. En 1727,
(*) MM. le Fée, le Coyteux 9 Cramoify s Chicoteau , Charpentier, de la Haye, Michel,
le Verrier , la Porte, le Mercier, Boulardière 3 Frémont 3 Hervée, Laguiel, Loppe > Forton >
Brunet, Bivet 1 Ridel, Flochet s Roquin 3 Godet, Guiard, le Picard, , Bourié Lefcauadiens s
Roberd, Limoufin 3 François, la Fichon , Lallemand > Pineault, > le Bas, le Meunier, 3 Jolicceur >
Guibert, Auger 3 Richard & de Bonne,
Verrier , la Porte, le Mercier, Boulardière 3 Frémont 3 Hervée, Laguiel, Loppe > Forton >
Brunet, Bivet 1 Ridel, Flochet s Roquin 3 Godet, Guiard, le Picard, , Bourié Lefcauadiens s
Roberd, Limoufin 3 François, la Fichon , Lallemand > Pineault, > le Bas, le Meunier, 3 Jolicceur >
Guibert, Auger 3 Richard & de Bonne, --- Page 194 ---
168 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
l'abbé Boyer, curé, confentit à l'abandon pour un cimetière, d'une portion
de ce terrain, délégué par le père Le Pers à fes fucceffeurs; mais le 12
Novembre 1764, une partie du terrain compris dans cet abandon s fut convertie
en emplacemens du bourg, par une délibération de paroiffe. On prit, fans
doute > ce parti en fe reffouvenant qu'en 1739, la fabrique avait obtenu la
conceffion du terrain de l'Églife où était alors un bourg & même celle d'une
partie de ce qui avait été vendu aux auteurs de Mde de Brucourt,
Cequi ferait croire que la population de la paroiffe du Trou s'eft accrue rapidement, c'eft que le père Laval qui en a été le curé, depuis 1714jufqu'en 1718,
y avait fait bâtir un hôpital pour les malades & où les paffans trouvaient auffi un
hofpice et des foins qui honorent la mémoire de ce pafteur; c'eft qu'en 1721, au
moment même où l'on démembrait de la paroiffe du Trou, de quoi former celle
du Terrier-Rouge, on trouva à arrenter plufieurs terrains dans le bourg, au
profit de la paroiffe 5 ufage qui s'eft renouvellé plufieurs fois depuis > notamment
en 1754, comineje viens de le dire , etqui donne un certain revenu à la fabrique.
Les anciens aétes ftipulent vingt fous de redevance annuelle > par pied, compté
iur la plus grande dimenfion du terrain, et d'autres cent francs par emplacement.
Le bourg du Trou n'a qu'une feule rue > dirigée à-peu-près Nord-Oueft &
Sud-Et lorfque l'on vient du Cap; à l'extrémité de cette rue, on tourne vers
le Sud, & l'on trouve encore des maifons 3 mais fur la gauche feulement. Le
bourg dans fa totalité en contient quarante, où logent environ cent familles.
Il eft ouvert à la brife du large, &c fe trouve dans fon bout Sud-Eft au bord
de la rivière du Trou de Jacquezy > qui y coule fur un fable fin, à la chûte
des mornes des Perches, des Écreviffes, du Moka, des Côtelettes & de
Sainte-Suzanne, ce qui lui donne une fituation très-avantageufe pour fon marché.
Légife aétuelle eft fur une place de quatre cent pieds de PEC à l'Oueft, &
elle a foixante-quinze pieds de long, fur quarante de large. La charpente qui eft
fort belle, fait regretter que les murs fur lefquels elle repofe, ne foient pas plus
élevés. La façade a quarante pieds de hauteur. Le clocher eft derrière l'églife,
& fa partie baffe fert de facriftie. Les fondemens de cette églife ont été bénis
le 23 Oétobre 1781, et l'on a placé des jetons d'argent dans la pierre principale de la façade répondante au côté de P'Épitre. On y lit: :
Pofuerunt henoratifimus D. Ludovicus le Maitre, parochia praefectus ; honoratifimus D.
Qaintinus Charpentier > ordinis regii ac militaris Sanéti Ludovici Eques.
Et
& fa partie baffe fert de facriftie. Les fondemens de cette églife ont été bénis
le 23 Oétobre 1781, et l'on a placé des jetons d'argent dans la pierre principale de la façade répondante au côté de P'Épitre. On y lit: :
Pofuerunt henoratifimus D. Ludovicus le Maitre, parochia praefectus ; honoratifimus D.
Qaintinus Charpentier > ordinis regii ac militaris Sanéti Ludovici Eques.
Et --- Page 195 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
Et fur une plaque d'argent :
Benedicente reverendiffimo patre Sulpicio Parocho S praefentibus 9 praenobili D. G. Buor,
ordini regii ac militaris Sanéti Ludovici Equite; praenobili D. J. G. Equite de la Groule ; prenobili
D. W. Pardieu de Berteville ; honoratifimo D. J. Monjal ; Regnante Ludovico
Domini 1781.
XVI, anno
L'églife elle-même a été bénie ie 23 Décembre 1783, par le préfet apoftojique, & l'on voit dans la falle du presbytère, un tableau qui rappelle
la cérémonie de cette conlécration du lieu où l'homme va fe profterner devant que
fon créateur, > a été troublée par la mort d'un citoyen, tué par la cuiller d'un
canon qu'on tirait en: figne d'allégreffe.
Ily a auffi un presbytère nouvellement conftruit, ainfi que fes appartenances.
Un colon eftimable du Port-au-Prince
3 propofa, au mois d'Août 1787, une
foufcription pour ériger une ftatue à De Clieux; foufcription qui, j'ai honte de
le dire, n'eut que dix-fept approbateurs, votant
colon de la paroiffe du
M.
pour 4,032 liv. Un autre
Trou, Larrat, propofa au mois de Mars 1783, de
convertir le projet de la ftatue en une maifon d'éducation, où en l'honneur de
De Clieux, on recevrait cinquante orphelins de la Colonie, & préférablement les
enfans des habitans cafiers dans l'indigence, depuis l'âge de
fept jufqu'à treize
ans ; mais pour cette fois, il n'y eut pas un feul foufcripteur. Enfin le
Sulpice, - capucin, curé du Trou 5 avait penfé qu'une maifon d'éducation frère
être un nouvel ornement pour la place du bourg, & il alliait à l'idée de devrait
efpèce de dette de la paroiffe > ( à laquelle il a été légué des fonds cette
pour cet objet, notamment par M. Jacques Tirion, une fomme de
liv.
en 1722, placée à dix pour cent fur M. Defportes, & une fomme de 8,235
placée par le père Ramet, jéfuite, curé en 1738, entre les mains de M. 1,500 liv,
non), l'idée de l'autre dette que doivent plufieurs Colonies
Montmigau
qui leur a donné l'utile cafier, par une privation
généreux militaire
donc,
courageufe, en 1721. Hl défirait
qu'un monument placé au-devant de cette maifon
d'y pénétrer, la
enfeignât, avant même
reconnaiffance, cette vertu fi rare &c qui ne naît que dans les
lieux où l'on a l'habitude d'en cultiver d'autres. Le curé a fait des
démarches pour réalifer ce plan. Il a demandé
vendît
voeux & des
qu'on
neuf carreaux
terre placés fur l'autre rive de la rivière du Trou & faifant
de
attachés au presbytère, & qui lui rapportaient
partie des treize
1,650 liv., pour acheter près de
l'églife une maifon où ferait l'école ; qu'on y fit réunir les cens & les rentes
Tom. I.
Y
é a fait des
démarches pour réalifer ce plan. Il a demandé
vendît
voeux & des
qu'on
neuf carreaux
terre placés fur l'autre rive de la rivière du Trou & faifant
de
attachés au presbytère, & qui lui rapportaient
partie des treize
1,650 liv., pour acheter près de
l'églife une maifon où ferait l'école ; qu'on y fit réunir les cens & les rentes
Tom. I.
Y --- Page 196 ---
170 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
annuelles perçues par la fabrique, montant à 2,000 liv.; ceux payés au curé,
faifant 7ooliv, &x ceux conteftés entr'eux, s'élevant à 1,000 liv.; il demandait
qu'on rendit compte des perceptions depuis leur origine. Il allurait, en outre,
que des aumônes lui avaient été offertes pour cette ceuvre pie. Ce projet,
adopté par quelques paroiffiens, fut combattu par d'autres qui l'emportèrent,
& comme tout ce qui n'eft qu'utile doit être long-tems àfe réalifer, ia maifon
d'éducation n'exifte pas plus que l'hommage à rendre à Gabriel De Clieux,
mort en 1786,âgé de quatre-vingt-fept ans.
Il eft affez remarquable qu'au nombre des donateurs de cette paroiffe, on
compte un homme dont la mort cauiée par un crime, a mis fin à une vie
fouillée de toutes les horreurs que l'abus de l'autorité peut inipirer à un tyran.
Le fang de fes affaffins a coulé avec un éclat malheureufement néceilaire ; mais
qu'on fe hâte de réalifer le don qu'il a fait 3: & que fur les chandeliers
dont il a voulu embellir l'autel du Dieu de paix, coule aflez de cire expiatoire
pour défarmer le Dieu des vengeances éternelles.
Le terrain du bourg eft expofé > depuis long-tems, aux débordemens de la
rivière > qui fait à l'Oueft un angle pour fe jetrer de fon côté, & qui menace. le
cimetière qui a été autour de l'églife jufqu'en 1727, 8c qu'on aurait dû tranfférer ailleurs qu'au vent du bourg. Il ferait tems qu'on réalisât enfin le redreffement de la rivière, ordonné depuis le 22 May 1764, & qu'on mit le cimetière
à l'Oueft. Peut-être auffi la décence voudrait-elle qu'on éloignât le marché de
l'églife qu'il entoure, parce que le bruit qu'on y fait, trouble la piété des
fidelles dans le temple.
Le bourg du Trou n'eft pas ancien, puifque l'édit du mois d'Août 1724
y ayant créé une Sénéchaufiee > inftallée le II OEtobre 1725, par M. de
Beauval-Barbé, confeiller & doyen du Confeildu Cap, accompagné du procureur-général, du greffier &c de l'audiencier de cette cour 3 l'audience s'eft tenue
long-tems ou dans le presbytère, ou dans l'habitation du fénéchal, M. Croifeuil.
LeTrou perdit fon tribunalle 9 Janvier 1727 > en vertu de lettres-patentes du 7
Août1726, quile transféra à Bayaha, d'où il a paffé au Fort-Dauphin, ayant toujours
la paroiffe du Trou dans fon reffort. C'eft le bourg du Trou qui fut donné pour
réfidence aux premiers officiers de la marine anglaife, pris dans la guerre de
1778: M. Stott, capitaine de vaiffeau > commandant la frégate la Minerve,
prife par M. le Gardeur de Tilly, quitta ce bourg, & mourut fur une habitation
du Terrier-rouge où Phofpitalité lui avait été offerte,
au Fort-Dauphin, ayant toujours
la paroiffe du Trou dans fon reffort. C'eft le bourg du Trou qui fut donné pour
réfidence aux premiers officiers de la marine anglaife, pris dans la guerre de
1778: M. Stott, capitaine de vaiffeau > commandant la frégate la Minerve,
prife par M. le Gardeur de Tilly, quitta ce bourg, & mourut fur une habitation
du Terrier-rouge où Phofpitalité lui avait été offerte, --- Page 197 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUE
I7I
Il y a dans la paroiffe du Trou, un fubftitut du procureur du roi de la
Sénéchauffée du Fort-Dauphin, chargé de la police judiciaire, & au
bourg 3
un exempt &c quatre archers de la maréchauffée, dépendans de la prévôté du
Fort-Dauphin,
Ce bourg a aufli un bureau des pofles. Le courier du Cap au
Fort-Dauphin y
porte > deux fois par femaine., les lettres de toute la Colonie.
Une obfervation qu'inipire Jacquezy & Caracol qui font devenus les deux
paroiffes du Terrier-Rouge & du Trou, c'eft que le gouvernement qui avait
trouvé très-important de les faire établir & qui avait réuni, le 20 Juin 1711, tous
les terrains qui avaient pu y être accordés originairement afin
> de concéder, de
nouveau > la totalité de ces deux cantons par petites portions & d'y faire former
des hattes, > ait imaginé de taxer les nouvelles conceflions par deux ordonnances
du 23 Mars & du 26 Avril 1712, furle pied de cinquante livres
par. cent pas de
terre fur fix cens pas. J'ai un état du montant de cette taxe pour les conceffions
faites depuis Janvier 1710jufqu'en Janvier 1713; il s'élève à 6,395 liv. & j'y
lis que cette fomme eft deftinée à l'établiffement d'un couvent de
religieufes, ce
qui a dà s'effeétuer lorfque cet établiffement a eu lieu au Cap. Ainfi les conceffions des parties planes des: deux paroiffes du Terrier-Rouge & du Trou,
ne
alors
connaiffait
que fous le nom de raques de Jacquezy & de Caracol, qu'on n'ont
point été eoncédées gratuitement > mais à titre onéreux. Aufi voit-on dans
les deux ordonnances de réunion du 3 Décembre 1715 &c du
que
1717, les Adminiftrateurs parlent de faire rembourfer ou de 14 Septembre
dédommager les
mineurs de ce que leurs auteurs ont pu payer, rembourfement qui n'a pu être
refufé à tous les autres conceflionnaires fans une véritable injuftice. Les ordonnances de 1712 excitèrent même de la fermentation, & comme l'on crut qu'elle
était l'ouvrage de M. d'Arquian, gouverneur du Cap, celui-ci fut interdit le
Gouverneur-Général.
par
La. paroiffe du Trou eft appellée paroiffe de plaine. Son territoire plane eft
compofée de partie des. cantons de Caracol & de Roucou, & dés cantons de la
plaine du Trou & de Roche-plate. Dans Jes montagnes, font ceux des Perches,
de la Mahotière s' de l'acul Saint-Denis > de Facul à Conit & des Écreviffes.
La portion de Caracol dépendante du Trou, eft le côté Sud de la favane du
même nom & du chemin du Cap au Terrier-Rouge. Elle confifte dans le feul
rang d'habitation qui eft fur ce chemin & dont le fol fe reffent de la qualité de la
Y 2
plaine du Trou & de Roche-plate. Dans Jes montagnes, font ceux des Perches,
de la Mahotière s' de l'acul Saint-Denis > de Facul à Conit & des Écreviffes.
La portion de Caracol dépendante du Trou, eft le côté Sud de la favane du
même nom & du chemin du Cap au Terrier-Rouge. Elle confifte dans le feul
rang d'habitation qui eft fur ce chemin & dont le fol fe reffent de la qualité de la
Y 2 --- Page 198 ---
N DE LA PARTIE
172 DESCRIPTIO
favane. Au-deffus de ce canton, la paroiffe s'élargit & l'on a, à PER, la plaine
du Trou, & à l'Oueft, celle de Roucou dont on a vu qu'une partie dépend
de Limonade. Roucou a pluficurs fucreries qui, comme celies de la plaine du
Trou, n'auraient befoin que de pluies fréquentes pour étonner par leur fertilité,
Des fucreries de la plaine du Trou font contigues à celles de Jacquezy 8x partagent
les avantages de fon fol comme fa dénomination dont les propriétaires font affez
jaloux. En allant de la mer vers le bourg &z à P'Oueft de la rivière du Trou; on
trouve une très-vafte favane qui n'eft pas la partie fertile de la plaine du Trou &c
avec laquelle les parties avoifinantes ont quelquefois de l'analogie.
C'eftdans cette favane, confidérée par M. de Belzunce comme un des points de
la défenfe intérieure de la Colonie, que cet officier, alors commandant-général des
troupes et milices, fit former un camp barraqué, en 1762, deftiné à affurer parles
montagnes, la communication entre le Fort-Dauphin et le Cap. Ce camp, fitué
à environ trois lieues et demie de la mer > à fept lieues du Cap et à fix du Fortau-devant de Phabitation Narp et dans la partie de la favane appellée
Dauphin,
fevane à Polidor, était compofé d'un front de onze cafes ayant chacune 60 pieds
.de long fur 18 de large 3 flanqué de deux ailes d'autres cafes perpendiculaires à
ce front de bandière > le débordant des deux côtés et deftinées au logement des
officiers. Sa gauche était appuyée à un petit ruiffeau quile féparait de T'habitation
Poirier ; fa droite a un bois et le ruiffeau formait fur fes derrières, une efpèce de
cul de lampe où était l'hôpital fitué fur une petite éminence età une diftance
convenable du camp. Au ruiffeau commence la naiffance des montagnes. Ce fut
là d'après une ordonnance des Adminiftrateurs du 5 Mai 1762, les habitans
que
de Limonade, du Trou, du Terrier-Rouge et du Fort-Dauphin furent obligés
de conftruire ce camp par corvées et de faire tous les travaux néceffaires pour
les bois dans la montagne > les tranfporter, difpofer le terrain deftiné aux
couper
8zc.
du fecond bataillon du
magafins, aux fours,
On y placa cinq compagnies
régiment de Quercy & le corps de gens de couleur, appellé les Chaffeurs volontaires de l'Amérique au nombre de 550 5 le tout fous les ordres de M.
Blondeau, lieutenant-colonel du régiment de Querci.
Aux premiers frais etaux premiers détournemens que ce camp caufaaux habitans,
fe joignirentceux relatifs à fon entretien, & lesabus allèrent filoin, que les clameurs
s'élevèrent. Elles furent nulles tant que M. de Belzunce vécut & furtout depuis
au mois de Mars 1763,n ne pouvait plus fe
que reçu gouverneur-général,
ous les ordres de M.
Blondeau, lieutenant-colonel du régiment de Querci.
Aux premiers frais etaux premiers détournemens que ce camp caufaaux habitans,
fe joignirentceux relatifs à fon entretien, & lesabus allèrent filoin, que les clameurs
s'élevèrent. Elles furent nulles tant que M. de Belzunce vécut & furtout depuis
au mois de Mars 1763,n ne pouvait plus fe
que reçu gouverneur-général, --- Page 199 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 173
plindre de lui qu'à lui-même. A fa mort, arrivée dans cette paroiffe > le
4 Août de la même année 1763, M. le chevalier de Montreuil 3 fon fucceffeur;
par intérim, n'ofa pas écouter les plaintes, tant était grande la réputation militaire
de M. de Belzunce &c le crédit qui l'avait conduit à Saint-Domingue ; quoique
le procès-verbal de l'affemblée coloniale du mois de Mars 1764, prouve qu'on
en faifait d'amères contre le campdu Trou, auquel on reprochait d'avoir occafionné la ruine de huit fucreries & de menacer plufieurs autres manufaétures du
même fort.
Enfin arriva M. le comte d'Eftaing qui, reçu gouverneur le 23 Avril 1764;
alla, dès le Ier Mai, vifiter ce camp qu'on lui préfentait comme une calamité &
comme une calamité devenue encore fans objet, depuis la paix dont on jouifait
depuis un an. M. d'Eftaing qui a dit quelque part, ce qu'une chofe établie par
>> M. le Vicomte de Belzunce, lui parait refpettable, ES doit l'être aux yeux de
>> tous les militaires, , parce que la réputation 5 les talens 8 le zèle ont caraitérifé la
3) vie E3 les aétions de cet oficier-général >> 2 ne pouvant néanmoins s'empécher
de trouver des défauts au camp > forma > le 3 mai, un comnité oû il était avec
lIntendant, M. de Montreuil > M. Duportal 3 M. de Thoran, commandant
au Cap, & M. de Reynaud major-général des troupes, & l'ony arrêta la levée du
camp. Elle fut effectuée le 5 Mai 1763, même jour que celui où il avait été
preferit, deux ans auparavant ; M. d'Eftaing marcha à pied à la tête des troupes
jufqu'à l'embarcadère de Limonade où elles s'embarquèrent pour le Cap.
On fongea bien à quelques foins pour conferver les bâtimens qui avaient été
conftruits ; mais ayant été faits à la hâte, fans choix pour le bois, &z.dans un
pays
où l'on entend peu de chofe à ce qui s'appelle confervation, furtout quand ils'agit
de propriété publique 3 ils font devenus la proie de ceux qui ont ofé les détruire
pour leur utilité particulière.
En terminant fur l'article du camp > je dirai que des relevés prouvèrent qu'ill
y avait eu au Trou proportionnellement un cinquième de malades de plus qu'aul
Cap, tandis qu'au contraire la mortalité était plus grande d'un cinquième au
Cap; bien entendu que c'eft par comparaifon de foldats blancs à foldats blancs ;
car dans les 550 hommes de couleur, on ne vit jamais au Trou plus d'un
malade par vingt, > & il n'en mourut que trois dans deux ans, perte qui ne fut
que le douzième de celle proportionnelle des foldats de Querci,
Dans la partie fupérieure, la plaine du Trou fe rétrécit & s'infinue à travers
'au contraire la mortalité était plus grande d'un cinquième au
Cap; bien entendu que c'eft par comparaifon de foldats blancs à foldats blancs ;
car dans les 550 hommes de couleur, on ne vit jamais au Trou plus d'un
malade par vingt, > & il n'en mourut que trois dans deux ans, perte qui ne fut
que le douzième de celle proportionnelle des foldats de Querci,
Dans la partie fupérieure, la plaine du Trou fe rétrécit & s'infinue à travers --- Page 200 ---
174 DESCRIP TIO N DE L. A PARTIE
des gorges & entre différens petits épatemens des extrémités des diverfes chaines
de montagnes; de manière quie plufieurs fucreries ont leurs bâtimens en plaine
& des portions de plantations fur des pentes douces.
C'eft dans une pareille fituation qu'eft l'habitation Dubuiffon que j'aidéja citée
avec éloge,p parce qu'elle offre le modèle d'une adminiftration fage &d'une exploitation facile, attendu que dans tous les genres les moyens excèdent un peu le
réceffaire. C'eft là qu'on trouve réfolu le problême de la conciabilité du bonheur
avec la fervitude. Les nègres y font gais, aétifs, la reproduétion y couvre les
mortalités & des enfans nombreux y font une preuve parlante de la bonté du
fyftème qui dirige cette manufaéture. Elle a encore un caraétère remarquable
c'eft qu'elle eft proportionnellement celle de toute la Colonie qui donne le plus
*
de fucre > parce qu'elle fe trouve placée au bout d'une petite chaîne de montagnes
que *uivent les nuées, qui s'y arrêtent & qui vont répandre leurs eaux fur un
terrain où leur béaigne infuence eft confervée par la fraîcheur des hauteurs
environnantes. L'habitation Dubuiffon eft, par ce dernier avantage. > un objet
d'envie, parce qu'elle a de la pluie, tandis que le refte de la plaine en manque
quelquefois depuis long-tems 3 & qu'elle jouit d'une température à-peu-près
égale; fon revenu calculé fur dix années eft preique toujours égal aufli.
Roche-plate eft dans un enfoncement qui fe dirige vers le Sud-Eft, & qui
précède la coupe des Perches. Roche-plate a plufieurs fucreries qui ont des
moulins à eau établis fur la rivière du Trou, dont la fource eft au piton des
Flambeaux, & qui a affez de chûte dans cette partie, pour que certaines
habitations puiffent en prendre l'eau 8z la remettre à la rivière far leur propre
terrain. Telle eft l'habitation Foache, colloquée à la rivière par jugement du
tribunal terrier du II Décembre 1777Nous voici parvenus aux montagnes. Le canton des Perches qui termine la
petite chaîne des Epineux & des Balingans, eft au fond de Roche-plate. Il a une
gorge dont j'ai déjà parlé plufieurs fois, & qui par celles de l'acul de Samedi
& de l'acul des Pins > pourrait donner une communication Eft et Oneft, en
voiture, avec le haut d'Ouanaminthe. Le canton de la Mahotière eft au Sud de
la gorge des Perches, & à-peu-près Nord & Sud avec le piton des Flambeaux;
l'acul Saint-Denis qui parait avoir reçu fon nom de Phabitation Jucherean de
Saint-Denis, eft au Sud du point où commence la gorge des Perches ; l'acul
à Conit, où la rivière de Caracol a fa fource, eft Nord & Sud avec l'embar-
, en
voiture, avec le haut d'Ouanaminthe. Le canton de la Mahotière eft au Sud de
la gorge des Perches, & à-peu-près Nord & Sud avec le piton des Flambeaux;
l'acul Saint-Denis qui parait avoir reçu fon nom de Phabitation Jucherean de
Saint-Denis, eft au Sud du point où commence la gorge des Perches ; l'acul
à Conit, où la rivière de Caracol a fa fource, eft Nord & Sud avec l'embar- --- Page 201 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE
cadère de Jacquezy, & a derrière lui dans le Sud, l'acul de Marie-Rofe,
& dans fon voifinage ,-l'acul de Thomas Hervé, auquel un fameux chaffeur
de cochons marons 3 grand propriétaire, a donné fon nom. Enfin les Écreviffes
font dans le Sud-Oueft', &c fe prolongent vers le Nord, pour terminer la partie
montagneufe de la paroiffe.
La première culture de la dépendance du Trou, fut celle de l'indigo; il y a
trente ans qu'on y voyait encore quelques faibles indigoteries, mais il n'en exifte
plus aujourd'hui. La plaine n'a que des fucreries, au nombre de trente-trois
qui font annuellement plus de cinq millions de fucre blanc. Si la féchereffe
n'affligeait pas le Trou, il ferait d'une étonnante fécondité. Ily, a de plus à la
plaine, une briqueterie & quatre guildiveries. En voyant combien une température fèche eft délàvantageufe à cette plaine 3 OR regrette que l'on ne fe foit
occupé de tirer plus de parti de l'eau de la rivière da Trou & de plufieurs pas
ravines, qui répareraient du moins par l'arrofement, une partie des maux qu'on
y fouffre. Il faudrait aller faigner affez haut la rivière du Trou,
parce qu'ellé
a huit pieds d'écore; elle eft guéable par-tout.
La culture du cafier & celle des vivres 3 occupent les montagnes dont le fol
eft très-varié 3 parce. que le fite l'eft fingulièrement aufli. On y compte
cafeteries & plufieurs places à vivres. La conformation de ces montagnes I5O &
de celles des autres paroiffes contigues, leurs pitons ardus, des rivières &c des
ravines fubdivifées en plufieurs branches, & fe multipliant en quelque forte
leurs finuofités, des falaifes > des parties excavées & le voifinage de la Partie par
efpagnole, , qui devient une retraite de plus au befoin; tout difpofe ces lieux
pour
étre l'afyle préféré des nègres fugitifs, qui peuvent choifir ou d'une vie fainéante,
difficile à troubler, ou d'un plan de défolation pour les différentes partics
expofées à leurs irruptions, faufà payer de leur vie, les crimes qu'ils entaffent,
C'eft à une réfolution du dernier genre, , que la dépendance du Trou a dû
les longues vexations que lui fit fouffrir le nègre Polydor à la tête d'une bande
de nègres armés, qui fut enfin détruite par la réunion des habitans du lieu &c
des environs. L'effroi qu'avait répandu Polydor par fes atrocités était fi
grand, >
que: fa deftruétion fut confidérée comme. un fervice rendu à toute la
Colonie 5
et le nègre Laurent, dit Cézar, qui concourut avec M: Nautel fon maître,
à arrêter ce- fcélérat dans la favane qui a gardé fon nom, où il fut tué, obtint
des Adminiftrateurs le 28 Juin 1734, la liberté qu'ils avaient promife à
'avait répandu Polydor par fes atrocités était fi
grand, >
que: fa deftruétion fut confidérée comme. un fervice rendu à toute la
Colonie 5
et le nègre Laurent, dit Cézar, qui concourut avec M: Nautel fon maître,
à arrêter ce- fcélérat dans la favane qui a gardé fon nom, où il fut tué, obtint
des Adminiftrateurs le 28 Juin 1734, la liberté qu'ils avaient promife à --- Page 202 ---
176 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
l'efclave qui prendrait Polydor, mort ou vif. Des fonds de la Colonie, on donna
à M. Nautel lui-même, une faible indemnité fans doute de quelques dépenfes 3
car 1,500 liv. ne pouvaient ni payer le fervice qu'il avait rendu, ni le confoler
d'avoir été eftropié en le rendant
Depuis & en 1777,le nègre Canga, autre chef de bande &c défolateur du
canton des Écreviffes, a expié fous le glaive de la loi, de nouveaux ravages 5
& au mois de Septembre 1787, Gillot, furnommé Yaya, a été condamné au
dernier fupplice, pour avoir renouvelé dans les paroiffes du Trou & du Terrierrouge, les fcènes qui caraétérifent un brigand fanguinaire.
La température de la plaine du Trou peut-etre connue d'après les obfervations
faites par M. Warlock en 1783, 1784, 1785 & 1786, fur l'habitation Craon,
fituée vers le milieu de l'étendue Et & Oueft de la plaine, &c à la naiffance
des montagnes; en obfervant cependant que, comme celle Dubuiffon dont elle
eft voiline, elle reçoit des grains de pluie auxquels le refte de la plaine ne
participe pas ; mais on pourrait en faire un terme général d'obfervation, en
retranchant quelques pouces d'eau à l'égard des autres parties de cette plaine.
Il réfulte de ces obfervations, qu'il y a eu:
En 1783 76 jours pluvieux. 49 pouces. S lignes d'eau,
1784 109 1785 81
1786 85 Que les mois pluvieux font Juin , Juillet, Août, Septembre 9 Oétobre 2
& Novembre, & qu'ils ont donné en jours pluvieux &c en pluie :
En 1783
38 jours.
23 pouces. L'obfervateur remarque que dans ces quatre années, la plus favorable à la
culture a été 1785, parce qu'elle avait été précédée d'une année très-pluvieufe
&c où les pluies avaient furtout été également diftribuées 5 circonftance qui en
augmente infiniment l'effet. Par la raifon côntraire 1 l'année 1786 fut une année
(*) V.Loix de Saint-Domingue, Tom. 4, pag. 399,402 & 418,
de
L'obfervateur remarque que dans ces quatre années, la plus favorable à la
culture a été 1785, parce qu'elle avait été précédée d'une année très-pluvieufe
&c où les pluies avaient furtout été également diftribuées 5 circonftance qui en
augmente infiniment l'effet. Par la raifon côntraire 1 l'année 1786 fut une année
(*) V.Loix de Saint-Domingue, Tom. 4, pag. 399,402 & 418,
de --- Page 203 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 177
de féchereffe, où l'on vit tarir les puits; 3 les mares > les ravines & même des
rivières, quoiqu'elle ait eu plus de pluie que 1783 & 1785- Mais la féchereffe
avait régné depuis le mois de Novembre 1785,jufqu'à celui de Juillet 1786,
de forte que l'évaporation fut extrême aux premières pluies qui fuccédèrent à
cette longue attente.
La plus grande élévation du Baromètre a été, pendant ces quatre années, de 28
pouces 4 lignes 2 & fa moindre élévation de 27 pouces 6 lignes.
Le Thermomètre de Réaumur a marqué pour la plus grande chaleur 32° 3 &
pour la moindre I5°.
Les vents dominans font ceux d'Ef-Nord-Eft le jour & ceux oppofés de
1'Oueft-Sud-Oueft la nuit. Les plus rares font ceux du Nord-Oueft & du Sud-Eft.
On a reffenti quinze tremblemens de terre dans ces quatre ans 3 dont deux
feulement ont été très-fenfibles, le 18. Juin 1784 &c le II Juillet 1785. Ils ondulaient de lOueft à PEt, &x fans mouvement de trépidation.
Le 5 Mai 1736, il fit au Trou une chaleur infupportable. Le Thermomètre
de Réaumur expolé au Nord & à l'ombre qui, avant le foleil levé, était à 19
degrés, alla à deux heures, jufqu'à 31 degrés & demi, Il faifait un vent de Sud
variable de PEft à l'Oueft. Plus de deux cens armoires & tables de bois d'acajou
éclatèrent & furent fendues de bas en haut.
La température des montagnes eft bien plus fraîche que celle de la plaine
&x elles ie reffentent moins de la féchereffe furtout dans PEft. Le canton des
Ecreviffes, par exemple, d'environ trois Jieues de circonférence, a un fol un peu
moins médiocre que celui du Moka dont il eft borné. Il recevait autrefois depuis
90j jufqu'à cent pouces d'eau par an, & l'ouragan & les pluies du 4 au 5 Août
*772, qui le défolèrent, augmentérent même cette proportion ; mais depuis
1773, il eft fujet aux fécherefes comme le refte. Il faut cependant excepter
l'année 1777 5 oû il a reçu à-peu-près cette quantité. La féchereffe de 1776 avait
décidé M. Chevalier 9 habitant de la montagne des Écreviffès, à y planter des
cotonniers qui avaient parfaitement réufli 5 encouragé par cet effai, il en planta
une immenfe quantité que les pluies de 1777 firent tous périr. Dans l'Été de
1781, le canton des Écreviffes a été favorablement traité. Les Nords fourniffent
communément le tiers des pluies de l'année.
Du piton des Flambeaux fort la rivière de Nocud-court qui fe réunit à celle
Tome I,
Z
planter des
cotonniers qui avaient parfaitement réufli 5 encouragé par cet effai, il en planta
une immenfe quantité que les pluies de 1777 firent tous périr. Dans l'Été de
1781, le canton des Écreviffes a été favorablement traité. Les Nords fourniffent
communément le tiers des pluies de l'année.
Du piton des Flambeaux fort la rivière de Nocud-court qui fe réunit à celle
Tome I,
Z --- Page 204 ---
178 DESCRIPTIS DE L A PARTIE
des Goyaves pour aller grofir la rivière des Écrevie; dont le tribut va enfaite
augmenterla Grand: rivière.
La température des Ecreviffes eft très-analogue à celle de laarmelade. Le
pommier eft le feul des arbres à fruits de France qui y rroduir, mais d'une
manière qui annonce bien la dégéaération. On ne peut pas faire lenêne reproche
à des fraifes dont le parfum flatte & le goût & l'odorat, tandis que la douce &c
timide violette charme encore ce dernier par les émanations qui échappent de
fes corolles fimples ou doubles. Tous les vivres du pays réuffiffent bien aux
Ecreviffes.
La paroiffe du Trou compte environ 360 blancs, 240 affranchis & IC,CCO
efclaves. Ses milices font en trois compagnies dont deux de blancs & une de gens
de çouleur. Les premières ont 136individus &c la dernière 70.
Le débouché des denrées du Trou, a lieu par le Cap au mcyen des embarcadères de Caracol où des paffagers les reçoivent & rapportent ce que le Cap
fournit 3 à fon tour > en fubfiftances d'Europe 3 en uftenfiles, &zc. 8cc.
L'éloignement où certains cantons fe trouvent de l'Églife avait déterminé 1 s
habitans des Écreviffes, réunis à l'occafion d'une revue le 19 Juillet 1778, à
propofer la confiruction d'une chapelle. Ily eut une foufcription de 3,300 liv.
-
& M. Demonet fut nommé fyndic; ce projet n'a pas eu plus de fuite que celui
du même genre fait par les habitans des Perches. Mais par un abus qui eft répréhenfible à plus d'un égard, on a établi un cimetière dans ce dernier canton &
Jà fans qu'il en foit fait aucun aéte public, on inhume et blanc et homme de
couleur, et libre et efclave. Cet abus remonte jufques vers 1777.
La paroifie du Trou a donné le jour à M. Defmé Dubuiffon 3 procureurgénéral du Confeil du Cap, mort confeiller au Parlement de Paris, charge dans
Jaquelle il fut reçu, lorfque renvoyé en France par M.le comte d'Efaing, en 1764,
pour avoir eu une grande part aux arrêtés de l'affemblée coloniale du mois de
Mai de la même année, on trouva que le Créol qui avait jetté le premier des
lumières réelles fur l'impôt.colonial, ne déparerait pas la cour confidérée comme la
première du royaume. Il fuffit de lire le procès-verbal de cette affemblée et
les remontrances du Confeil du Cap au roi, fur l'érat de la Colonie, datées du
15 Mars 1764, pour être convaincu que les hommes tels que M. Dubuiffon
font rares partout 3 et pour que les circonflances de fon renvoi dont les décails
réelles fur l'impôt.colonial, ne déparerait pas la cour confidérée comme la
première du royaume. Il fuffit de lire le procès-verbal de cette affemblée et
les remontrances du Confeil du Cap au roi, fur l'érat de la Colonie, datées du
15 Mars 1764, pour être convaincu que les hommes tels que M. Dubuiffon
font rares partout 3 et pour que les circonflances de fon renvoi dont les décails --- Page 205 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
appartiennent à l'hiftoire 3 prouvent elles-mêmes qu'il avait été apperçu fous le
rapport d'un homme plus facile à embarquer qu'à réduire à la nullité,
Le bourg du Trou eft à
7 lieues du Cap,
5 lieues des Écrevifes ,
du Fort-Dauphin ,
de Vallière,
du Terrier-Rouge,
de l'acul à Conit,
de l'embarcadère de Caracol,
des Perches.
de Rcche-plate,
Le 8 Janvier 1774, mourut fur fon habitation > au Trou 3 M.
Faneuil, commandant des milices de cette paroiffe , né à la Rochelle et Benjamin de
80 ans. Il habitait la Colonie depuis 1715.
a
âgé
C'eft encore au Trou qu'on a vu mourir, en 1781, Étienne Auba, né
Quartier-Morin en 1683. Efclave de M. le Long qui le mena au fiége de au
Carthagène, il fut affranchi au retour de cette campagne, > comme tous les nègres
qui y avaient marché. La conduite exemplaire d'Auba, le fit nommer
capitaine des nègres libres de la dépendance du quartier du
en 1723
M., de Sorel, Gouvemeur-Géncral, le fit recevoir
Fort-Dauphin, où
en cette qualité. Prefqu'au
même inftant, Auba s'embarqua avec fa compagnie fur la frégate l'Expédition,
commandée par M. de Sirac, pour aller dégager une flotte françaife
des
forbans avaient forcée à s'échouer à Samana. Auba eut de fon
que
mariage avec une
négreffe 3 un grand nombre d'enfans &x de petits-enfans. Peu fortuné & accablé
par l'âge, il follicita & obtint des Adminiftrateurs, le II Août
1779,
ne,
où il lui reftait plus que neuf enfans & deux
époque
petits-enfans 3 une penfion
viagère de 600 liv. fur la caiffe des libertés > plutôr encore comme une récompenfe de fes fervices, que comme un fecours pécuniaire.
Auba était d'une petite ftature > d'une figure qui annonçait la bonté. Il
paraiffait toujours en public en habit & en épée. Il parlait avec bon fens & avec
intérêt de ce qu'il avait vu. J'eus avec lui une longue converfation
au mois de
Juin 1779, & je le trouvai encoré plein d'énergie. Auba mourut
centenaire , fur un petit terrain qu'il avait acheté au canton de
prefque
habitations Gervaife &. Coulomb, fur la rive Et de la ravine Roucou, à
entre les
Grimaud, &c
par confég quent dans la paroifie du Trou, On lui prodiguait à l'envi des
d'eftime & de bienveillance, que fes cheveux blancs avaient converties marques
de vénération.
en marques
Z 2
encoré plein d'énergie. Auba mourut
centenaire , fur un petit terrain qu'il avait acheté au canton de
prefque
habitations Gervaife &. Coulomb, fur la rive Et de la ravine Roucou, à
entre les
Grimaud, &c
par confég quent dans la paroifie du Trou, On lui prodiguait à l'envi des
d'eftime & de bienveillance, que fes cheveux blancs avaient converties marques
de vénération.
en marques
Z 2 --- Page 206 ---
180 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
0 X D XX C XX C
QUARTIE R D E L IM O N A D E.
V I.
PAROISSE DE LIMONAI D E.
CETTE paroiffe fituée à trois lieues à l'Orient de la ville du Cap, eft l'une
des plus ccèbres de la Colonie par fes riches produits.
Elle eft bordée au Nord par la mer, depuis l'embouchure de la ravine à
Grimaud,jufqu'a celle de la Grande rivière.
*
A TEt, 1°, par la paroiffe du Terrier-rouge, depuis l'embouchure de la
ravine à Grimaud, jufqu'au point où cette ravine eft traverfée par le grand
chemin qui va du Cap au Trou. 2°. par la paroiffe du Trou, à partir de
ce point du grand chemin, & allant dans le Sud ( toujours en fuivant la ravine
à Grimaud ), gagner la montagne de Sainte-Suzanne, & fuivre celle des
Côtelettes & celle du Moka. 3°. par la paroiffe de Vallière dans le canton
appellé les Fons-Bleus > jufqu'à la rencontré de la pyramide des limites
efpagnoles No. 43, polée au confluent de la Grande rivière & de la ravine
des Chandeliers, & 4°. par la paroiffe Sainte-Rofe, au moyen du cours de
la Grande rivière, jufqu'à la ravine des Mulets bâtards.
Au Sud, en totalité par la paroiffe Sainte-Rofe, au moyen de la fuite des
Fonds- Bleus, depuis la ravine des Mulets bâtards, jufqu'à la rivière du Moka
ou à Picaut, & encore par la continuité des Fonds-Blancs.
A IOueft, Limonade eft terminé d'abord par la paroiffe Sainte-Rofe, au
moyen d'une limite formée I°. par la rivière du Moka ou à Picaut, jufqu'à
celle des Giraumons. 2°, par la fuite des Fonds-Bleus, en allant à la rencontre
de la ravine des Giraumons ,jufqu'à la crête. 3°. par une rentrée dans le Moka
jufqu'à la crête du morne des Giraumons. 4°. par la fuite du Moka. 5°. par
une rentrée dans les Côtelettes. 6°. par le canton du Bois-Blanc, en fuivant fa
crête, & 7°. par le Bois de Lance jufqu'en face du bourg de la Tannerie 3 point
où Limonade trouve la paroiffe du Quartier-Morin, & a pour limite Occidentale
commune avec celle-ci, le cours de la Grande rivière jufqu'à la mer.
Limonade eft une paroiffe de plaine. Son territoire plane renommé par fa
fertilité, a dans fa plus grande profondeur Nord & Sud, trois lieues & demie
, en fuivant fa
crête, & 7°. par le Bois de Lance jufqu'en face du bourg de la Tannerie 3 point
où Limonade trouve la paroiffe du Quartier-Morin, & a pour limite Occidentale
commune avec celle-ci, le cours de la Grande rivière jufqu'à la mer.
Limonade eft une paroiffe de plaine. Son territoire plane renommé par fa
fertilité, a dans fa plus grande profondeur Nord & Sud, trois lieues & demie --- Page 207 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
& dans fa plus grande largeur Eft & Oueft, environ deux lieues. Ilfe
des cantons de l'Embarcadère, de l'Iflet de Limonade, de la favane de compofe Limonade 3 de partie de Roucou & de partie du Bois de Lance ; tandis
la
que partie
montagneufe comprend Sainte-Suzanne, partie des Côtelettes, le Moka
les Fonds-Bleus, les Bois blancs &c partie du Bois de Lance.
neuf,
Limonade a été l'un des premiers établiffemens de la plaine da Cap. Ce fut
vers l'an 1676 qu'il reçut fes premiers habitars ; il dépendait alors du QuartierMorin, &c fes défrichemens commencèrent, comme tous ceux de la Colonie,
dans le voifinage du bord de la mer. Le terrain en était encore
moins il fallait qu'il eût joui d'un bien long
vierge, ou du
repos > puifqu'on voit encore en ce
moment fur Phabitation Fournier de Bellevue, un cotonnier-mapou dont le
branchage a également foixante-treize pieds de chaque côté du
tronc, ce qui
prouve qu'il a acquis cette dimenfion remarquable étant au milieu d'autres
arbres, qui l'abritaient du vent 5 puifque partout où les arbres reçoivent immédiatement la brifed'Eft, ils ont dans leur feuillage & furtout dans leurs racines,
plus d'étendue à P'Oueft qu'à TEft, comme pour contrebalancer l'action du
Il fe forma dès lors un embarcadère, à un quart de lieue
vent.
conftruifit en 1679, une petite chapelle que deffervait le
duquel on
bé éiétin. Elle était fur le terrain appartenant
père Rodolphe,
aujourd'hui à M. Fournier de
la Chapelle , à la gauche du chemin en allant à
l'embarcadère > & plus de trente
ans encore après, une croix indiquait cette première chapelle. Le tabac &
peu de coton étaient tout ce qu'on récoltait alors, & le nombre des habitans un
s'étant accru & la commodité commune indiquant un autre choix, la
fut mife en 1680, fur un terrain où a été depiis la fucrerie de M. chapelle de la
Chenaye, environ 300 pas plus haut que la première; & les
étant
devenus les miflionnaires de la Partie du Nord, le
Capucins
tut attaché en 1681 à cette chapelle,
père Hyacinthe de cet ordre 5
L'établifement de Limonade eut des progrés fenfibles. En
1685, on commença àyo cultiverlindigo & à défricher les mornets qui terminent
au Nord. On trouve même encore des veftiges
Sainte-Suzanne
On comptait alors près de
d'indigoteries dans cette paroiffe.
cinq cens engagés fous les armes aux
ce
ne doit pas étonner, quand on fait qu'un feul navire
revues, qui
dans la Colonie cent de ces hommes, la
tranfportait quelquefois
travaux de la culture
que flibufte, la débauche & les
ont prefque tous détruits. Eux feuls faifaient produire
On trouve même encore des veftiges
Sainte-Suzanne
On comptait alors près de
d'indigoteries dans cette paroiffe.
cinq cens engagés fous les armes aux
ce
ne doit pas étonner, quand on fait qu'un feul navire
revues, qui
dans la Colonie cent de ces hommes, la
tranfportait quelquefois
travaux de la culture
que flibufte, la débauche & les
ont prefque tous détruits. Eux feuls faifaient produire --- Page 208 ---
182 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
à la terre & les vivres & les denrées 3 car à cette époque de 1685, il n'y avait
point encore de nègres à Limonade.
La population même de ce lieu, infpira à plufieurs Colons l'idée d'aller; en
1690, s'établir au canton du Bois de Lance > dont le nom eft vifiblement venu
de ce qu'il produifait beaucoup de ces arbres, efpèces de Cornouilliers, dont les
tiges droites & flexibles fervent à monter le fer des lances, arme commune
alors, et prefque la feule qu'euffent les Elpagnols, qui la manient avec une
grande fupériorité. Le premier de ces Colons fut M. Ducatel, auteur des
héritiers Gravé, et dont la famille exifte à Saint-Malo, d'où il était originaire.
Le Bois de Lance n'avait cependant aucune connexité paroiffiale avec Limonade,
et il continua à dépendre du Quartier-Morin.
Plufieurs événemens vinrent non-feulement rallentir, mais prefque anéantir
toutes les entreprifes des Colons de Limonade. M. de Cuffy > gouverneur 3 y
ayant indiqué le raffemblement des Français qu'il voulait mener à l'attaque de
la ville de Saint-Yague 3 de la Colonie efpagnole; les habitans de Limonade
formant une compagnie de milices, y marchèrent avec le refte de la petite
armée, compofée d'environ g00 hommes, le 27 Juin 16g0. L'arrière-garde
où était la compagnie de Limonade, , ayant donné dans une embufcade, elle fut
très-maltraitée par les lanciers efpagnols. Privée de M. Gelin, fon capitaine,
qui fut tué,elle chancelait et commençait même à fe débander, lorfque M.
Garnier fon lieutenant, animant les Français par fon exemple fit faire volte-face
à fa compagnie, et par cette manceuvre qu'imita le refte de l'arrière-garde,
il fauva l'armée et caufa la défaite des Efpagnols 3 le même jour Saint-Yague
fut pris et brûlé.
Ce fuccès coûta des cultivateurs à Limonade mais ce ne fut rien en comparaifon de l'année fuivante. C'eft dans la favane de Limonade que fut donnée la
bataille de ce nom > le 21 Janvier 1691 > entre les Français & les
Efpagnols. Ces derniers étaient plus de trois mille, tandis que les forces françaifes
n'arrivaient pas au tiers de ce nombre. L'avis de M. de Cufly était de marcher
vers Jacquezy & de difputer le terrain à l'ennemi débarqué à Bayaha & à Caracol
& venant aufli par terre de la Partie efpagnole 3 & de le harceler à travers les
bois. Mais M. de Franque/nay, lieutenant de roi au Cap, ouvrit, au contraire,
celui de l'attaquer dans la favane de Limonade. Ce dernier parti, évidemment le moins fage > prévalut & l'on fe rendit à la favane, le 20. La
vers Jacquezy & de difputer le terrain à l'ennemi débarqué à Bayaha & à Caracol
& venant aufli par terre de la Partie efpagnole 3 & de le harceler à travers les
bois. Mais M. de Franque/nay, lieutenant de roi au Cap, ouvrit, au contraire,
celui de l'attaquer dans la favane de Limonade. Ce dernier parti, évidemment le moins fage > prévalut & l'on fe rendit à la favane, le 20. La --- Page 209 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
droite de l'arniée françaife était appuyée au petit mornet de Limonade
gauche fur les bois qui av. vifinaient la mer. La ravine
&c la
peu profonde du
François 3 féparait les deux armées. L'attaque fut faite le
capitaine
malgré des prodiges de valeur, les Français furent les viétimes 21, au matin, &c
Cuffy tomba mort auprès de Franfquenay, & foit fur le
de leur intrépidité.
fur les habitations voilines
champ de bataille, foit
> 300 Français per.lirent la vie. Les
employèrent onze jours à ravager & à détruire toute la
E(pagnols
après ce terme: 3 ils quittèrent le territoire français. M. de cépendance la
du Cap;
Port-de-Paix, vint de ce lieu au Cap, le 3 Février
& Boulaie, il
major du
terrain à Limonade. Parmi les cadavres
1691 alla le 4 fur le
à demi putréfiés, on reconnut
MM. de Cuffy & de Franquefnay ; de M. Marchand, confeiller
ceux de
milices ; de M.
& capitaine de
Coquière > habitant; de M. Rémouffin,
de
au Port-de-Paix; de MM. Beuzeval, Camuzet &c
capitaine cavalerie
Leftorel,
reur du roi & greffier du Cap ; de M. Piotard,
fénéchal, , procude Butterval, neveu de M.
procureur des biens vacans ; de M.
Franfquenay & enfin des plus braves
lendemain 55 M. de la Boulaye fit inhumer dans la chapelle de habitans. Le
corps de MM. Cufly & Franquefnay. Une partic de la
Limonade les
périt dans cette fatale journée, il lui refta
compagnie de Limonade
cependant encore 180
armes.
hommes portant
Les habitans du Quartier-Morin ayant été décruits aufi
, à 60
armes près, les habitans du Bois de Lance
hommes portant
qui en faifaient
prefque tous.
partie difparurent
Les colons qui avaient furvécu, revinrent des bois où ils avaient erré
famille, recommencer leurs écablifiemens. Ceux de Limonade
avec leur
1694, pour la troifième fois, une églife, qui fut mife dans conftruifirent, en
la feconde. Mais en 1695, les Efpagnols unis
un autre point que
dévafler toute la partie du Cap jufqu'au
aux Anglais étant encore venus
de nouveau entièrement ruiné. Tant de Port-de-Paix 3 Limonade fe trouva
des colons & dans la même année
malheurs n'abattirent point le
1695, > on fe mit à faire la quatrième courage
Limonade, au point où avait été la troifiè ne, & le père Aubert,
églife de
de fes propres deniers, pour le prefbitère, un terrain de M. capucin, acheta
propriétaire terrien de cette paroiffe 3 et de celles
Lelong, grand
le voyage de la mer du Sud, et qui fut le chef des circonvoifines, qui avait fait
Tortue s'établir dans la plaine du Cap, où il laiffa habitans qui vinrent de la
une grande fortune,
ade, au point où avait été la troifiè ne, & le père Aubert,
églife de
de fes propres deniers, pour le prefbitère, un terrain de M. capucin, acheta
propriétaire terrien de cette paroiffe 3 et de celles
Lelong, grand
le voyage de la mer du Sud, et qui fut le chef des circonvoifines, qui avait fait
Tortue s'établir dans la plaine du Cap, où il laiffa habitans qui vinrent de la
une grande fortune, --- Page 210 ---
184 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Cef fut à la même époque de 1695, que les habitans du Bois de Lance qui fe
trouvaient entre la Grande rivière et le Foffé, demandèrent à être unis à la
paroiffe de Limonade et féparés de celle du Quartier-Morin ; ce qui leur fut
accordé.
Quatre ans après, on vit commencer à Limonade les préparatifs des établiffeLa
manufaéture de ce
mife en action, fut
mens en fucrerie. première
genre,
celle de M. Dureau, commandant des milices de ce quartier 3 c'eft celle qu'on
trouve la première à droite du chemin, après avoir traverfé la Grande rivière 3
lorfqu'on vient du Cap,
Les habitans du Bois de Lance qui fe multipliaient auffi, défirèrent une petite
chapelle pour la commodité de leur canton > et la permifion qu'ils en obtinrent,
en 1700, devint pendant plufieurs années, une fource de divifions continuelles
entr'eux et les habitans de Limonade. En 1701, on commença à y former des
fucreries dont la première fut celle de M. le Febvre, et qui eft aujourd'hui à M.
le Roux des Iles.
à caufe d'un débordement de la Grande rivière, arrivé à la fin de
Cependant 3
et qui rendit la communication très-difficile et prefque impoffible entre
1705,
le Bois de
les Adminiftrateurs ordonnèrent que le curé de
Limonade et
Lance,
Limonade irait quelques dimanches et quelques fêtes de l'année, dire la meffe
au Bois de Lance.
durant l'année
Ce canton qui s'était confidérablement augmenté en nègres 3
au commencement de 1707 > fon projet de devenir une paroiffe
1706, > reprit,
les habitans de Sainte-Rofe demandaient à être féparés
particulière 3 d'autant que
faire
de celle du Bois de
de la paroiffe du Quartier-Morin et de
partie
Lance,
même à faire décider que le curé de Limonade dirait réguOn parvint la meffe au Bois de Lance le premier et le troifième dimanche de
lièrement
vint
de
mois, et à certaines fêtes défignées - jufqu'à ce qu'il
affez
chaque
France
la
du Bois de Lance pût avoir un curé.
miffionnaires de
pour que paroiffe
fuccès, les habitans du Bois de Lance pour empêcher
Fiers de ce nouveau
d'une
de
ne leur fût ravi, réfolurent à l'unanimité 3 l'édification
églife
qu'il
fuivant un deffin fait par Ifignior Joanni Baptifa Amato, Sicilien
maçonneric,
chacun fit des
& M. Ducatel donna le terrain.
de nation. A l'envi,
promeffes,
Les habitans de Limonade ne voulurent pas paraitre moins religieux que
du Bois de Lance. Le 26 Juillier 1705, ils firent célébrer folennellement
ceux
par
folurent à l'unanimité 3 l'édification
églife
qu'il
fuivant un deffin fait par Ifignior Joanni Baptifa Amato, Sicilien
maçonneric,
chacun fit des
& M. Ducatel donna le terrain.
de nation. A l'envi,
promeffes,
Les habitans de Limonade ne voulurent pas paraitre moins religieux que
du Bois de Lance. Le 26 Juillier 1705, ils firent célébrer folennellement
ceux
par --- Page 211 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 185
par les Jéfuites de la miffion, pour la première fois, la fête de Sainte-Anne
devenue leur patrone, & le 26 Novembre fuivant, ils adoptèrent auffi lc plan
d'une nouvelle églife, propolé par le même fignor Amato 5 mais ils réalifèrent
leur plan 3 à la différence des habitans du Bois de Lance, qui laiffèrent écouler
1707 & 1708, 3 fe contentant de la chapelle 3 &c ne bâtiffant point l'églife
paroiffiale pour laquelle M. Champaing avait fait venir un tableau de la Nativité
de la Vierge, 3 qui montrait fous quelle invocation la paroiffe devait être. Les
Adminiftrateurs leur donnèrent cependant un curé au mois d'Oétobre 1708, dans
la perfonne de M. l'abbé de Mont-Tours, qui n'eut que trois mois d'exercice,
parce qu'au mois de Janvier 1709, les habitans follicitèrent eux-mêmes leur
réunion à la paroiffe de Limonade.
Cette réunion qui, > pour cette fois, fut confommée fans retour, eut pour motifs
principaux : un pont fait en 1708 fur le Foffé de Limonade à la paffe
aétuelle d'Adhenet, & un chemin ouvert en droite ligne depuis ce pont jufqu'à
la chapelle du Bois de Lance., ce qui avait abrégé de plus d'une demi-lieue
l'efpace qu'on avait à parcourir pour aller d'une églife à P'autre.
J'ai dit qu'au mois de Novembre 1706, Limonade avait décidé la conftruétion
d'une cinquième églife, l'autre menaçant ruine. Il fignor Amato que la délibération de la paroiffe appelle un habile architecte, la fit conftruire en bois. Les
ouvriers étaient fi rares, qu'il n'y avait pas un maçon en état de faire une voûte
de briques. Ce nouveau temple fut confacré à Sainte-Anne 3 le jour même de la
fête de cette Sainte, en 1707. On confacra en même-tems les deux chapelles
latérales, l'une à la Vierge & l'autre à Sainf-Jean-Baptile, patron du père
le Pers, curé. La célébration de Sainte-Anne eût même en 1708 un éclat rare,
parce que M. de Charrite 3 gouverneur du Cap, conduifit à Limonade Don
Guillermo Morfil, Préfident de la Colonie eipagnole, ce qui attira un grand
concours de perfonnes au panégyrique de la Sainte, fait par le père René,
Jéfuite.
Cette églife fut mife à l'endroit où eft celle qu'a la paroiffe de Limonade en
ce moment. Cette dernière, la fixième depuis 1679, 3 a été édifiée en 1777 par
les foins de M. Caulet, l'un des paroiffiens 3 qui ayant une habitation attenante
au terrain de l'églife, a fait en 1776 l'offre de conftruire une églife de maçonnerie
de 96 pieds de long fur 48 de large ( qui a coûté environ 150,000 liv.),
on lui donnait dix des dix-fept carreaux appartenant à la fabrique. Cette églife
Tome I.
Aa
édifiée en 1777 par
les foins de M. Caulet, l'un des paroiffiens 3 qui ayant une habitation attenante
au terrain de l'églife, a fait en 1776 l'offre de conftruire une églife de maçonnerie
de 96 pieds de long fur 48 de large ( qui a coûté environ 150,000 liv.),
on lui donnait dix des dix-fept carreaux appartenant à la fabrique. Cette églife
Tome I.
Aa --- Page 212 ---
186 DESCRIPTION DE LA PARTIE
eft une des plus jolies de la Colonie, étant bâtie en petit fur le mcdèle de celle
du Cap. Elle eft fituée à environ deux lieues de l'embarcadère. Feue Mde.
Fournier de Bellevue, morte en 1782, a donné à cette églife le maitre-autel,
ceux des deux bas-côcés, le choeur & la baluttrade de marbre. Cette bienfaitrice
a été enterrée dans ce temple.
La Grande rivière qui borne la plaine dans toute fa longueur, a, comme on
l'a vu dans la defcription de la paroiffe de Vallière, fes fources au piton de
Bayaha & à la crête de la montagne à Ténébres. Il n'y a donc guères plus de
14 lieues de fes fources à fon embouchure, tandis que fon cours en a environ 40.
Elle n'a pas toujours eu dans la plainc, le lit qu'elle y occupe à préfent. Eile fe
promenai: originairement dans cette plaine qui lui doit évidemment fa formation,
& lorfque les premiers Français vinrent s'établir dans cette partie, > elle avait fon
cours principal dans la petite rivière de ce quartier, qu'on nommait alors rivière
Salée, qui fe rend à la mer par l'habitation Duplaa & qui eft aujourd'hui la
petite rivière du Quartier-Morin.
Ce fut en 1684, que la rivière de Limonade ( car on l'appelait ainfi ), fe
forma plufieurs lics entre la rivière Salée & le Foffé. Onluien a compté quatre 5
le plus à PEft fe nommait la ravine à la Chenaye le fecond la Marre à Cayman,
le troifième, la petite rivière de Limonade > & le quatrième, le plus Occidental,
s
d'abord la Ville à Canot & enfuite la rivière de Limonade. Elle a même pendant
long-tems coulé tout à la fois & par la petite rivière de Limonade & par la
Ville à Canot qui avoifinait cette première, dans l'Oueft. Toutes ces irruptions
furent caufe que dans les premières années du fiècle aétuel, ily avait à chaque
rive de la Ville à Canot, devenue la rivière de Limonade & qui eft fon lit aÉtuel,
un quart de lieue de terrain impraticable 8x plus ou moins noyé dans une longueur
de près de deux lieues, à partir de l'embouchure. C'eft encore par l'effet de ces
irruptions > qu'en 1726 &c 1727 * de nouveaux conceffionnaires obtinrent le
terrain fitué entre ce qui avait été le lit de la petite rivière de Limonade devenu
fec, & le lit aétuel; parce que les anciens concefionnaires de Limonade
parurent
n'avoir aucun droit au terrain à l'Oueft de la petite rivière, ni ceux du QuartierMorin à celui qui était trouvé au-delà de la Ville à Canot.
Des perfonnes qui firent, en 1697 3 des travaux pour forcer la rivière à revenir
dans la rivière Salée, occafionnèrent une telle inondation, que M. Danzé , major
commandant au Cap & M. Robineau, alors fénéchal de la même ville, fur la
naires de Limonade
parurent
n'avoir aucun droit au terrain à l'Oueft de la petite rivière, ni ceux du QuartierMorin à celui qui était trouvé au-delà de la Ville à Canot.
Des perfonnes qui firent, en 1697 3 des travaux pour forcer la rivière à revenir
dans la rivière Salée, occafionnèrent une telle inondation, que M. Danzé , major
commandant au Cap & M. Robineau, alors fénéchal de la même ville, fur la --- Page 213 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 187
plainte d'un grand nombre de familles dont ces travaux avaient amené la ruine,
vinrent les faire détruire. Plufieurs habitans abandonnèrent leurs poffeffions' &
ceux qui étaient reftés, donnérent même une requête à M. de
en
Galliffet, 1700 2
pour que les premièrs contribuaffent à débarraffer le lit de la rivière des arbres
qui l'obitruaient, fans quoi leurs terrains appartiendraient à ceux qui feraient ce
travail.
Un débordement du 13 Décembre 1705 > jetta entièrement la rivière de
Limonade dans le Foffe,jufqu'au 30 Novembre
1707 > qu'un autre débordément
qui, comme le précédent, porta fes eauxjufques dans la chapelle dui Bois de
Lance 3 la ramena à fon premier lit, où elle eft reftée; fauf fes épanchemens
partiels qui ont lieu dans le Foffé, lors de crues extraordinaires.
Cette rivière qui éprouve quelquefois un déffechement prefque total , eft
connue parl la violence de fes débordemens. Indépendamment de ceux
viens
que. je
de citer > on compte celui du mois d'Oétobre 1722, qui fit d'horribles
noya beaucoup de perfonnes & répandit les eaux dans la paroiffe du Quartier- ravages, >
Morin & dans celle de la Petite-Anfe; celui du 6 Janvier
1751 3 qui caufa de
grandes inondations ; celui de 1754, où l'eau s'éleva à34 pieds au-deffus de fon
niveau ordinaire ; celui du mois d'Août 1772 &c celui du 17 Oétobre
dont l'élévation fut encore plus grande qu'en 1754, de quatre
1780,
pouces.
L'efpace que parcourt la Grande rivière, depuis le bourg de la Tannerie
jufqu'à la mer > où elle compte quinze habitations à lEf, & dix à l'Oueft, eft
de 7,583 toifes en ligne direéte & de 9,216 toifes, en y comprenant les finuofités.
Ilya dans cette longueur, une pente de II2 pieds, ce qui donne précifément
trois lignes & demie pour deux toifes. La Grande rivière peut contenir à fa
moindre élévation 3 pendant dix mois de l'année, environ 36 pieds carrés d'eau,
mefure de Fontainier; c'eft-à-dire, une tranche d'eau de 36 pieds de bafe, fur un
pied de hauteur 2 coulant librement & fans preffion , ce qui fe réduit hydrauliquementà I 12,960 livres d'eau par feconde. Les deux autres mois de l'année, qui
font ordinairement de la mi-Février à la mi-Avril, le volume peut fe réduire à
environ 12 pieds carrés ou 4320 livres par feconde ; à moins que cette quantité
ne foit encore diminuée par une féchereffe extraordinairé, comme celle de 1776.
La plaine eft traverfée, vers fon milieu, la
par petite rivière, 2 mieux connue
fous le nom du Foffé, & qu'il faut fe garder de confondre avec ce qu'on appellait
autrefois la petite rivière de Limonade, qui n'étaitqu'un bras de la Grande rivière
A a 2
12 pieds carrés ou 4320 livres par feconde ; à moins que cette quantité
ne foit encore diminuée par une féchereffe extraordinairé, comme celle de 1776.
La plaine eft traverfée, vers fon milieu, la
par petite rivière, 2 mieux connue
fous le nom du Foffé, & qu'il faut fe garder de confondre avec ce qu'on appellait
autrefois la petite rivière de Limonade, qui n'étaitqu'un bras de la Grande rivière
A a 2 --- Page 214 ---
183 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
défféché depuis long-tems, parce qu'elle a ceffé d'y paffer. Le Foffé prend fa
fource dans la montagne de Sainte-Suzanne &x tombe en cafcade de cette montagne, ce qui forme, au Bois de Lance, d'oà l'on peut la voir, un coup-d'ceil
pittorefque. Le Foflé, qui ne charie point d'arbres, mais feuiement des fables
dans fes débordemens, a un cours finueux. Il contient, dans le tems moyen >
environ un pied carré d'eau. Il a reçu quelquefois 3 comme je l'ai dit, les eaux
de la Grande rivière, quoique fon lit foit devenu plus élevé que celui de cette
dernière. C'eft même parle moyen de cet excédant d'eau étrangère, qu'il forme
de grands débordemens 3 puifque dans fon cours de quatre ou cinq lieues,
compté en ligne droite, il ne peut être confidérablement groffi. Cependant en
1782, agifant feul, il furmonta fes écores. Depuis la paffe Walfh & Adhenet,
le cours du Foffé prend une tendance fenfible vers PEf, & décrivant prefque un
quart de cercle, il va dans fa partie inférieure parcourir des terrains bas >
marécageux & falineux, avant d'arriver à la baie de Caracol, où eft fon embouchure.
Je répête que la Grande rivière paraît avoir formé par fes alluvions > la plaine
qu'elle fépare entre les deux paroiffes de Limonade & du Quartier-Morin. Tout
fait préfumer qu'elle a conduit fes eaux, far cette furface, en différens fens depuis
les Mornets > placés fur l'habitation Deftouches > à l'intrée de la favane de
Limonade jufqu'à la ravine du Mapou > près de l'embarcadère de la Petite-Anfe
dans la paroiffe du Quartier-Morin, fur une largeur d'environ trois lieues. Le
fol eft compofé, dans cet efpace > de graviers & de couches terreufes horiiontales
qui annoncent l'ouvrage des eaux. On trouve des cailloux roulés ou des galets,
dans toute la partie fupérieure de la plaine & ils diminuent de volume en s'approchant de la mer 3 parce que l'eau perdant de fa viteffe, à proportion que la pente
du terrain diminue, le courant n'a pas eu aflez de force pour chaffer les gros
cailloux au loin. A l'embouchure 3 on ne trouve que du gravier & du fable.
Cette embouchure était affez profonde autrefois pour permettre aux canots de
ja remonter environ l'efpace d'une demi-lieue. La marée y était fenfible &
c'eft, fans doute, cette circonftance qui avait fait appeler rivière Salée, la petite
rivière du Quartier-Morin, lorfque la Grande rivière y avait fon cours principal :
car ce nom eft aux Ifles, celui de prefque toutes les rivières, à l'embouchure
defquelles la marée remonte. La favane de P'habitation Fournier la Chapelle eft
fillonnée par les traces d'un lit de rivière 3 traces qu'on peut fuivre fort loin ea
remontant au Sud.
eft, fans doute, cette circonftance qui avait fait appeler rivière Salée, la petite
rivière du Quartier-Morin, lorfque la Grande rivière y avait fon cours principal :
car ce nom eft aux Ifles, celui de prefque toutes les rivières, à l'embouchure
defquelles la marée remonte. La favane de P'habitation Fournier la Chapelle eft
fillonnée par les traces d'un lit de rivière 3 traces qu'on peut fuivre fort loin ea
remontant au Sud. --- Page 215 ---
FRA NÇ AISE DE SAIN T-DOMINGUE. 189
D'ailleurs tout favorife ces conjeétures. On a trouvé fur l'habitation de Mde.
Fournier de Bellevue, à 900 toifes de la mer &c à quatre pieds de profondeur
dans une terre de rapport, une ancre dont la tige ou verge que j'ai mefurée,
a neuf pieds deux pouces de long.
Je me fens très-enclin à penfer que cette ancre pourrait être l'une de celles
de la caravelle la Marie, que commandait Chriftophe Colomb lorfqu'il découvrit
l'Amérique, & qui périt dans la nuit du 24 au 25 Décembre 1492, tems des
Nords. Ce naufrage arriva dans un mouillage qui femble bien être celui de
Limonade. Selon Herréra, la caravelle fut entraînée par les courans, 3 & Colomb
fit dire à Guacanaric qu'elle avait péri à une lieue & demie de la réfidence de
ce cacique. Les dimenfions de cette ancre (reconnue pour être de fabrique
efpagnole), qui eft longue progortionnellement à fa groffeur que la rouille a
fans doute encore diminuée comme on en peut juger par fon aétion fur
l'organeau qu'elle avait foudé à fa tige 5 fon enfouiffement & le fait hiftorique >
tout me femble concourir à appuyer mon opinion.
En fuppolant qu'on T'adopte, ce qui recule l'époque de la perte de l'ancre
auffi loin qu'il eft poffible, on doit encore être furpris de l'immenfe quantité de
limon que cette rivière a tranfporté, pour convertir en terre cultivable la rade
où le bâtiment a été mouillé, ou du moins le rivage où cette ancre aura pu
être traniportée, car Phiftoire dit encore que Colomb fit fauver tout ce qu'il put.
L'étonnement ferait moindre cependant, fi l'on faifait attention à la fréquence des
débordemens de cette rivière & à l'immenfe quantité de terre & de fable
qu'elle entraîne des montagnes à la mer.
Ily a cinquante ans que le Foffé était navigable jufqu'à la paffe ou gué des
habitations Wallh & Adhenet, diftantes de plus d'une lieue de la mer. On
attribue fes remblais aux défrichemens que lon a faits depuis ce tems dans les
montagnes.
Vers 1715,1 les canots venaient dans la Grande rivière jufqu'à environ 1,500
toifes de l'embouchure aétuelle, charger les fucres de M. Fournier, vis-à-vis
fa maifon,. placée alors où eft aujourd'hui l'habitation Miniac-Trefin.
MM. Duplaa & Fournier dont les habitations bordent l'embouchure de la
Grande rivière fur les deux rives parallèles, ont mis à profit depuis environ
quinze ans, fa propriété de remblayer. Des lévées placées fur le bord de la
mer ont garanti le terrain des invafions de l'Océan, & ont retenu les rapports
fucres de M. Fournier, vis-à-vis
fa maifon,. placée alors où eft aujourd'hui l'habitation Miniac-Trefin.
MM. Duplaa & Fournier dont les habitations bordent l'embouchure de la
Grande rivière fur les deux rives parallèles, ont mis à profit depuis environ
quinze ans, fa propriété de remblayer. Des lévées placées fur le bord de la
mer ont garanti le terrain des invafions de l'Océan, & ont retenu les rapports --- Page 216 ---
190 DESCRIPTION DE LA PARTIE
que les eaux de la rivière dépofent, après avoir été introduites avec beaucoup
d'intelligence fur les terrains des falines 2 pendant la durée des crues.
L'habitation Fournier a ainfi acquis vingt ou vingt-cinq carreaux ( environ
80,000 toites fuperficielles ). On voit un fol où les canots & les chaloupes
naviguaient huit ou dix ans auparavant, donner des récoltes abondantes, &z
l'homme devenu par. fon induftrie le dominateur de la nature &z une forte de
créateur. Cet exemple d'induftrie & de courage peut être propofé à tous les
habitans qui font placés fur les embouchures des rivières.
La Grande rivière, ( ainfi que toutes les rivières ou ruiffeaux un peu confidérables de l'Amérique ) ,eft accompagnée de droite 8z de gauche de petites
ravines ou de ruiffeaux parallèles, qui prennent naiffance à une lieue & demie
à-peu-près du bord de la mer. Ces petites rivières doivent leur origine aux
infiltrations de la Grande rivière & aux égoûts des terrains. Elles fe forment dès
que le niveau du fond de la rivière ne permet plus aux ruiffeaux & aux fofles
latéraux de fe jetter dans fon lit. Cet état de chofes prouve l'élévation du fol
de la rivière. Ses bords & les terrains adjacens font élevés, parce que dans les
crues d'eau, les rapports s'y font fucceflivement dépofés, mais à 150 ou 200
I
toifes de diftance des rives, le terrain fe trouye de niveau avec le fond de la
rivière.
C'eft faute d'avoir connu cette fituation relative, que le Tribunal-Terrier
al rendu quelques jugemens inexécutables. Il eft de règle générale > que l'habitant
doit jetter les eaux pluviales qui l'incommodent dans la rivière voifne, mais
lorfque celle-ci a un lit auffi élevé que le terrain qu'on yeut égoûter, la règle
ne faurait avoir d'application.
Cette élévation du fol des rivières eft avantageufe aux terres adjacentes. Une
rivière encaiffée profondément, attire toutes les eaux fourerraines & deffèche
les alentours. Une rivière qui coule fur un fol plus élevé que le terrain voifin,
n'a pas cet inconvénient fi nuifible dans un pays brûlant & où malheureulement
les pluies font rares. Mais, dira-t-on, les débordemens feront plus fréquens :
or il eft aifé de fe garantir de ceux -ci par des levées, & c'eft le parti qu'ont
pris les habitans du bas de Limonade &c du Quartier-Morin.
Les débordemens de Ia Grande rivière & du Foffé étant une caufe fréquente de rayages & un fujet continuel d'allarmes, il eft naturel que quelques
habitans aient cherché à s'en préferver, Vers 1715, on en vit même travailler
ont plus fréquens :
or il eft aifé de fe garantir de ceux -ci par des levées, & c'eft le parti qu'ont
pris les habitans du bas de Limonade &c du Quartier-Morin.
Les débordemens de Ia Grande rivière & du Foffé étant une caufe fréquente de rayages & un fujet continuel d'allarmes, il eft naturel que quelques
habitans aient cherché à s'en préferver, Vers 1715, on en vit même travailler --- Page 217 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
à changer le cours de la Grande rivière mais les cris des autres firent profcrire
cette entreprife. On fe contentait donc de gémir oy de fe plaindre les uns des
autres, 8c il fallut toute l'incitation de M. Chaftenoye,
pour donner naiflance en 1740 aux premières levées qu'on gouverneur vit
au Cap,
les bords de la Grande rivière, afin de
divers
commencer fur
préferver
terrains d'inondation,
Ces travaux partiels, comme ceux entrepris depuis fur le Foflé, étaient impuiffans
contre la force qui les avait rendus néceffaires, & les ravages des débordemens
ne changèrent que de direétion.
On paffa plus de vingt ans dans cet état mais les dégats furent tels
du Fofle, notamment dans une crue d'eau, du 20 Novembre que ceux
craindre l'interruption de la communication de la paroiffe de Limonade 1763, firent
embarcadère & celle du Cap avec le Fort-Dauphin. Ces
avec fon
objets portèrent la
Chambre d'Agriculture, à faire, le 26 du même mois, un mémoire
M. Fournier de la Chapelle > l'un de fes membres
rédigé par
> 8c habitant de Limonade,
où l'on expofait aux Adminitrateurs, l'urgence d'oppofer des levées à l'exhauffement des eaux de la Grande rivière & du Foffé, & à leurs dangereux effets.
D'après une vilite faite par l'arpenteur Deville > le 28 Janvier
ordonnance du 3 Avril, prefcrivit une levée de cinq cens pas de long, 1764, far l'habi- une
tation Walth, pour empêcher l'épanchement des caux du canal de fon moulin
dans le Foffe, lors des crues, 3 avec une pelle à bafcule fur ce canal :
pour donner au Foflé, à la paffe Wallh, un lit droit de
un travail
fur autant de
vingt pieds. de large >
profondeur avec des levées; ; un autre travail pour ouvrir une
portion de lit redreffé au Foffé avec des levées; on enjoignit de nettoyer le lit du
Foffé de tout ce qui pouvait géner le cours des eaux & de le débaraffer auffitôt
après chaque crue. L'ordonnance voulut encore que fur les levées de la Grande
rivière & du Foflé, l'on plantât du gros chiendent afin de lier les terres &c
d'entretenir ainfi ces levées, fur lefquelles on défendit tout paccage
de même que la pêche dans ces rivières, à moins
d'animaux,
ou des filets &
que ce ne fut avec des fennes:
non pas à l'aide de barages & autres moyens permanens. Outre
ces mefures, on dirigea mieux le grand chemin du Cap au
delà de la rive Orientale du Foffé, on le rendit
Fort-Dauphin auplus folide, 3 & on donna un
nouveau cours à la ravine à l'Anguille qui fe jette dans le foffé un
au-deffus
de la paffe d'Adhenet.
peu
Mt. Deftouches & d'autres habitans
> fe plaignirent. De là une autre vifite
ens permanens. Outre
ces mefures, on dirigea mieux le grand chemin du Cap au
delà de la rive Orientale du Foffé, on le rendit
Fort-Dauphin auplus folide, 3 & on donna un
nouveau cours à la ravine à l'Anguille qui fe jette dans le foffé un
au-deffus
de la paffe d'Adhenet.
peu
Mt. Deftouches & d'autres habitans
> fe plaignirent. De là une autre vifite --- Page 218 ---
192 D ESCRIPTIO N DE LA PARTIE
faite par un fecond arpenteur, en préfence de M. de Thoren, commandant au
Cap, & de tous les habitans intéreffés , le 2 Novembre 1764: puis une inondation produite par le Foffé, dans la nuit du 27 au 28 Février 1765, donna lieu
le I. Mars, > à une autre vifite par M. Polchet, in, é nieur & à un avis de M.
Duportal, direéteur des fortifications, aux lumières defquels on ne pouvait refufer
une grande confiance. Les motifs d'intérêt public, que ces précautions multipliées ne firent que fortifier > déterminèrent les Adminiftrateurs à repouffer
l'oppoâtion de M4. Deftouches &c des autres.
Il eft affligeant, mais néceffaire de répéter, fans ceffe > qu'à Saint-Domingue,
les chofes utiles n'obtiennent aucun foin. Une nouvelle preuve de cette vérité, >
c'eft que la levée faite fur l'habitation Deftouches, ne fut jamais ni entretenue 3
ni réparée; aufli en 1772 2 les riverains de la Grande rivière revinrent-ils à
parler de fon redreffement, parce que cette année fut une des plus célèbres par
les débordemens. En conféquence > M. Desforges > ingénieur, termina le 4
Novembre 3 des opérations qui offraient le plan de ce redreffement, depuis un
point parallele au bourg de la Tannerie > jufqu'à fon embouchure, & qui
réduifait fon cours aux 7,583 toifes, quej'ai dit qu'il a; compté en ligne droite.
Le mois fuivant, les riverains l'adoptèrent & au mois de Janvier 1773,ilreçue
des Adminiftrateurs la fanétion qui lui était néceffàire. Suivant la pratique
ordinaire, on crut encore que tout était confommé, par ces feuls préparatifs,
& la Grande rivière, fit éprouver, le 17 &c le 18 Oétobre 1780, des défaftres
irréparables. Elle fit craindre dans le bas de la paroiffe, la jonétion de fes caux
avec le Follé, & par conféquent, la deftruction de l'embarcadère ; la communication du Cap avec le Fort-Dauphin fut interrompue. Tant de maux réunirent
encore les habitans qui drefsèrent une requête où l'on trouve l'expreffion fidèle
de leurs douleurs, & qui demandait aux Adminiftrateurs que les riverains
fuffent tenus de faire couper les rofeaux, les bamboux &c les arbres plantés entre
le lit de la rivière & les levées, avec défenfes d'y mettre autre chofe que du petitmil, de l'herbe de guinée ou d'autres plantes analogues, incapables de gêner. le
cours des caux 5 que les brêches des levées fuffent réparées 2 & que ces levées
fuffent affujetties à un fyftème général de préfervation contre les dégats de la
rivière & que des prépofés publics les vifitaffent au moins une fois par an, Une
ordonnance du 2 Novembre 1780 2 convertit ces propofitions en devoirs. Une
autre du 17, d'après la délibération des intéreffés, rendit la précédente commune
aux
5 que les brêches des levées fuffent réparées 2 & que ces levées
fuffent affujetties à un fyftème général de préfervation contre les dégats de la
rivière & que des prépofés publics les vifitaffent au moins une fois par an, Une
ordonnance du 2 Novembre 1780 2 convertit ces propofitions en devoirs. Une
autre du 17, d'après la délibération des intéreffés, rendit la précédente commune
aux --- Page 219 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE.
aux riverains de la Grande rivière, depuis la Tannerie jufqu'à la paffe à Viard.
La ferveur du moment fut même telle qu'une troifième ordonnance du 24,
adopta le vceu des douze riverains > dont les habitations fe trouvent au-deffous
de la paffe à Viard ju/qu'à la lifière fupérieure de celle le Febvre, pour le
redreffement de la Grande rivière dans la longueur d'environ 2,400 toifes qui
était entr'eux, conformément au plan de M. Desforges 3 du 4 Novembre 1772.
Qui n'aurait cru qu'enfin les grandes & utiles opérations du redreffement &
des levées allaient être terminées !Cependant plus de trois ans s'étaient écoulés,
lorfque de nouveaux ravages firent affembler des riverains pour demander
M. Verret ing@nicur-hydraulicien, & M. Naudet, arpenteur-général de la Partie que
du Nord, fuffent chargés de faire des nivellemens & d'indiquer les
moyens
propres à garantir lilet de Limonade, & la paroiffe du Quartier-Morin, des effets
dont les débordemens de la Grande rivière les menaçaient, Les Adminiftrateurs
autorisèrent cette mefure 3 le 22 Décembre 1783. Tandis qu'on la rempliffait,
un débordement en portant les eaux de la Grande rivière dans le
Foffé 2 par
l'habitation Deftouches > ravagea cette habitation 3 & facceffivement celles
Duménil, Fontenille, Walfh & Montholon de manière même que dans cette
dernière, les terrains donnés aux nègres pour leurs cultures per fonnelles furent
fous l'eau, durant plufieurs jours.
Alors M. Walth implora le fecours du gouvernement qui ordonna, le 3 Avril
1784, à M. Verret d'examiner inceffimment ce qu'il fallait faire au Foffé. Ce
précieux artifte indiqua, le 8, les moyens de s'y préferver à l'avenir. Ils confiftaient à nettoyer le lit du Foffé, à recharger les levées des deux rivières, fur les
habitations expofées, > à les rendre exaétement contigues les unes aux autres &c
même à les prolonger jufqu'à la lifière de l'habitation Freze. Les intérefiés
approuvèrent ce qu'avait confeillé M. Verret, & les Adminiftrateurs ratifièrent
Jeur confentement, le I5 Mai 1784.
Mais le redreffement partiel de la Grande rivière, depuis la paffe â Viard,
jufques fur l'habitation Fontenille foumis à MM. Verret &c Naudet, & fur
lequel ils avaient fini leurs opérations-, le 9 Mars >. reftait toujours à faire. Divers
habitans de Limonade & du Quartier - Morin fe réunirent, le I5 Juin, chez le
notaire-général, mais cette affemblée ne produifit aucure détermination. Les
commiffaires recoururent donc, de nouveau, aux Adminiftrateurs, &le.r dirent
cette grande vérité, que l'autorité feule pouvait amener les hibitans à faire CC
Tome I.
Bb
leurs opérations-, le 9 Mars >. reftait toujours à faire. Divers
habitans de Limonade & du Quartier - Morin fe réunirent, le I5 Juin, chez le
notaire-général, mais cette affemblée ne produifit aucure détermination. Les
commiffaires recoururent donc, de nouveau, aux Adminiftrateurs, &le.r dirent
cette grande vérité, que l'autorité feule pouvait amener les hibitans à faire CC
Tome I.
Bb --- Page 220 ---
194 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
que leur feul intérêt aurait dû leur commander. Le gouvernement montra de la
faibleffe, & cette faibleffe coûta encore trois ans. Enfin, le Ier. Juin 1787, les
riverains nommèrent deux commiffaires qui, le 19 Oétobre 3 pafsèrent un
marché avec MM. Fage dit le Brun, la Foffe & Duvielh de Lartigue, entrepreneurs, 3 pour ce redrefement partiel > moyennant une fomme de 65,000 &
quelques cens livres. Au moyen d'une nouvelle affemblée du 21 Décembre 1787,
l'on convint que l'habitation Ménoire n'entrerait pas pour comme on l'avait
d'abord réglé, dans le payement des entrepreneurs, mais feulement dans les autres
frais & dans ceux de la totalité de l'entretien. On déchargea auffi l'habitation
Caftellane de 363 6 & celle Tauzin de 86) 8 parce que les entrepreneurs confentirent
à prendre les travaux déjà faits par ces deux habitations. Il ln'y eut donc à payer
que 43,663 livres , montant des de dont, d'après la répartition du Ier. Juin 3
l'habitation Fontenille devait 4 ; celle Deltouches, 4 celle Dumefnil, 38 8
celle l'Efcarmotier, os &c celle la Molère, 4. Il eft réfulté de ce dernier arrangement, confirmé par une ordonnance du 9 Mai 1788, qu'enfin la Grande rivière
a été redreffée & qu'elle n'a plus que 1,300 toifes entre deux points oûrelle en
avait environ deux mille auparavant 5 de forte qu'elle ne parcourt plus de la
Tannerie à la mer. 3 que 8,500 toifes.
Ces détails feraient peut-être longs s'ils n'offraient pas encore un trait du
caraétère des Colons de Saint-Domingue. En ne comptant que depuis 1764,
les premières idées fur le redreffement de la Grande rivière & fur les
précautions à prendre contre les inondations du Foflé; en comparant avec la
dépenfe que ces objets auraient exigé, les pertes éprouvées dans cet intervalle &
les frais même de plufieurs travaux infuffifans, faits ou renouvellés à chaque
débordement; que de millions perdus ! Quelle leçon pour le gouvernement
qui partage une auffi funefle indifférence !
Ce n'eft pas précifément pour n'avoir point redreffé la Grande rivière dans
toute fa longueur en plaine > qu'on mériterait le reproche d'une inlouciance ou
d'une légéreté nuifible ; car c'eft une véritable queftion, de favoir fi ce plan
n'a pas aufli fes inconvéniens. Cette rivière ne creufera - t - elle pas fon lit
devenu droit & dans lequel les fables ne feraient plus retenus par les finuofités
que forment encore fes rives aétuelles ? En 1759, M. Fournier de la Chapelle
&c M. Fournier de Bellevue donnèrent une direétion droite à la Grande rivière,
le long de leurs habitations > fituées à fon embouchure; il en eft réfulté que la
fes inconvéniens. Cette rivière ne creufera - t - elle pas fon lit
devenu droit & dans lequel les fables ne feraient plus retenus par les finuofités
que forment encore fes rives aétuelles ? En 1759, M. Fournier de la Chapelle
&c M. Fournier de Bellevue donnèrent une direétion droite à la Grande rivière,
le long de leurs habitations > fituées à fon embouchure; il en eft réfulté que la --- Page 221 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
rivière a creufé fon lit, & l'on s'en eft apperçu par le defféchement des habitations fupérieures. Des terres fableufes & légères qui donnaient d'abondantes
récoltes parce qu'elles étaient toujours humides, font devenues tout-à-fir fériles
par ce defféchement.
On croit pouvoir annoncer cependant, qu'à moins que le travail des hommes
ne contrarie le cours naturel des chofes, le fond du lit des rivières de SaintDomingue doit s'élever. Prefque toutes font barrées par des batardeaux, fouvent
répétés ; prefque toutes ont des prifes d'eau pour le fervice des moulins ou
pour l'arrofement des terres. Dans les tems ordinaires, les lits des rivières
reftent à fec. Les herbes y croiffent, & ajoutent à la confiftance du fable qui
s'y affermit, & le fond s'élève parce que les eaux diminuées par les différentes
dérivations, n'ont même plus la force de chaffer les fables jufqu'à la mer.
Et l'on en a une preuve à Limonade dans la rivière du Foffé
le lit eft plus élevé que celui de la Grande rivière. Cette différence > dont
évalue à huit pieds > n'a cependant pas toujours exifté ; d'anciennes obfervations qu'on
difent même que le Foffé était plus bas. Ce changement s'expliquerait la
nature du fond du lit du Foffé, placé entre les mornets de Limonade; & à par leur
pied. Il a moins d'eau,-moins de viteffe & par conféquent moins de
la Grande rivière. Son lit eft coupé par trois batardeaux élevés' pente que
> fàvoir :
celui commun aux trois habitations Butler, de Berghes &
l'Efcarmotier > celui
de Phabitation Walfh & celui de l'habitation Montholon, que Phabitation Walfh
entretient pour empêcher que le fond du lit ne fe creufe. Dans des débordemens
de la Grande rivière 3 le Foffé a reçu d'elle des graviers & des fables,
n'aura
pu chaffer & même des arbres qui auront arrêté des fédimens; enfin, qu'il
& la Chambre d'agriculture le difait en 1763, il avait une embouchure affez
poiffonneufe pour attirer des nègres formant des eftacades, afin d'obliger les
poiffons à donner dans leurs paniers. Tant d'obftacles formés dans diverfes
parties de fon cours, feront devenus des points d'appui pour lés terres & les
fables qu'il recevait. Les plantes marécageufes ont amoindri fon embouchure
& élevé fon fol de proche en proche, au point qu'en 1763, on le regardait
déjà comme prefque au niveau des terres à la paffe à Viard.
La paroiffe de Limonade réunit toutes les cultures. Elle contient trente-fept
fucreries qu'on peut divifer en trois claffes, favoir: quatorze dans la première,
qui donnent quatre millions de fucre blanc 5 quatorze dans la feconde, qui
B b 2
ufes ont amoindri fon embouchure
& élevé fon fol de proche en proche, au point qu'en 1763, on le regardait
déjà comme prefque au niveau des terres à la paffe à Viard.
La paroiffe de Limonade réunit toutes les cultures. Elle contient trente-fept
fucreries qu'on peut divifer en trois claffes, favoir: quatorze dans la première,
qui donnent quatre millions de fucre blanc 5 quatorze dans la feconde, qui
B b 2 --- Page 222 ---
196 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
en produifent trois millions, & neuf dans la troifième, qui en rendent un
million ; trois indigoteries, > quatre tuileries 3 poteries & briqueteries, fept guildiveries ou manufactures à tafia, & 160 cafeteries & 54 places à vivres.
On eft étonné de voir les deux extrêmes réunis dans un lieu auffi recommandable pour fes productions. A l'extrémité Sud-Eft de la plaine, fe trouve
une favane qui porte le nom de favane de Limonade. Elle a une lieue carrée
de furface; formée en dos d'âne, elle ne reçoit aucune des dégradations des mornes.
Tout annonce que ce terrain a été couvert par les eaux de la mer, et formait
la plate-forme d'un reffif ou plutôt d'une caye. La couche de terre crétacée qui
couvre ce terrain, peut avoir dans fa plus grande épaiffeur vingt ou vingt-cinq
pieds. Au-deffous, fe trouve un lit de fable ou de gravier. Lorfqu'on
y eft parvenu par la fouille, l'eau comprimée s'élève par les ouvertures qu'on
avait creufées fans rencontrer d'humidité, & vient jufqu'à la hauteur du fol.
Dans les tems de pluie, ces ouvertures verfent l'eau par-deffus leurs bords &
fourniffent des ruiffeaux > qui coulent tant que durent les pluies. Ces efpèces
de molières ont mis quelquefois en grand danger le voyageur & le cheval
le portait, parce que la couche fupérieure en s'affaiffant & donnant paflage qui à
l'eau, s'y délaye & fait croitre quelques herbes qui dérobent la vue du précipice.
Cette favane a été une propriété de M: Franquefnay 3 qui y trouva la mort
en 1691, & qui y avait établi une hatte en 1685. Ce fut en confidération de
cette poffeffion primitive, que M. de Butterval, l'un de fes neveux, y obtint
une conceflion, lorfqu'au mois de Juin 1711 on réunit la favane de Limonade
ainfi que les raques de Caracol & de Jacquezy, réunion par laquelle M. de
Charrite fe trouva privé, avec juftice 3 de la conceflion qu'il s'était fait faire de
toute la favane. Les Adminiftrateurs y réfervèrent une commune aux habitans
du Cap pour y faire paitre des animaux. Ily a dans les extrémités fupérieures de
la favane plufieurs petits établiffemens de
de
gens couleur, 3 où l'on peut dire
gu'ils végètent.
A PER de la favane, eft la raque qui, felon le cours de la ravine à Grimaud,
a des parties dans la paroiffe de Limonade ou dans celle du Terrier-Rouge.
Cette raque d'une demi-lieue carrée 3 n'offre qu'un coup-d'ail trifte : auquel
la favane a préparé, & qui, à ion tour, annonce la favane de Caracol, que le
voyageur qui parcourt le grand chemin du Cap au Terricr-Rouge 3 trouve un
peu moins aride que la première,
ft la raque qui, felon le cours de la ravine à Grimaud,
a des parties dans la paroiffe de Limonade ou dans celle du Terrier-Rouge.
Cette raque d'une demi-lieue carrée 3 n'offre qu'un coup-d'ail trifte : auquel
la favane a préparé, & qui, à ion tour, annonce la favane de Caracol, que le
voyageur qui parcourt le grand chemin du Cap au Terricr-Rouge 3 trouve un
peu moins aride que la première, --- Page 223 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
Au Nord-Eft de la raque > qu'on connaît auffi fous le nom de
à
parce qu'elle a, au Nord, une petite fucrerie de ce nom, eft une raque autre Budan 3
qui fans être dans un terrain fertile
fucrerie,
, offre dans fa végétation un contrafte
heureux avec tout ce qui l'environne 5 c'eft Phabitation Conégut, la dernière
dans le Nord-Eft de Limonade.
Entre la favane & la rivière du Foffé, en venant
eft une portion de terrain cultivé où font notamment les conféquemment deux
à l'Oueft,
fucreries Montholon
& la Chevalérie. Cette portion s'élargit en gagnant dans le Sud. Elle
plaine vafeufe dans fon point le plus Nord, ce qui indique affez bien la s'appelle la
fon fol que la mer avoifine. La favane la
nature de
3 raque, & cette portion
forment enfemble une efpèce de carré long, borné à PER
cultivée, a
Grimaud, au Nord par la mer, à l'Ouef le
par la ravine à
par Foffé depuis fon embouchure
jufqu'à la paffe à Viard, & au Sud par le chemin qui va du
Rouge.
Cap au TerrierSupérieurement à ce carré 3 cn eft un autre plus étroit qui a ce chemin
Nord , la ravine à Grimaud à PEft, le chemin du
au
Sud, & la rivière du Foffé à l'Oueft.
Cap au bourg du Trou au
Toute fon étendue eft cultivée,
à lEftoû eft un peu de bois.
excepté
Encore au-deffus de ce fecond carré, eft une troifième
terminée au Nord, par le chemin du Cap au Trou, à P'EC portion de plaine
maud jufqu'aux
par la ravine à Grimontagnes 3 au Sud par ces montagnes, 3 & à
petite chaîne élevée qui gagne du Sud vers le Nord & dont les T'Oueftipar une
qui vont, avec des intervalles, fe prolonger jufques
petits mamelons
furfhabitation
ce qu'on appele les Mornets ou les Platons.
Walfh, font
Cette portion plane eft d'une forme irrégulière dans fa
parce que les montagnes y forment des avancées & des culs de partie Méridionale 3
trouve aufli des plans plus ou moins inclinés &
lampe, &c qu'on y
qui
Ja plaine & de la montagne. La partie Elt de participent plus ou moins de
étendue à caufe d'un enfoncement
cette furface, qui eft aufli la plus
au Sud, eft le canton de Roucou,
dépend de Limonade. On ne peut douter
dont partic
de ce qu'il contenait des
que cette dénomination n'ait été tirée
roucouyers, foit du tems des Indiens
avec le fruit de cet arbre, foit dans l'origine de la
qui fe peignaient
découverte de l'ile
Efpagnols > car les Français n'ont guères accordé de
par les
Colonie où l'on n'a quelques
prix à cette denrée dans la
roucouyers que par pure curiofité,
ade. On ne peut douter
dont partic
de ce qu'il contenait des
que cette dénomination n'ait été tirée
roucouyers, foit du tems des Indiens
avec le fruit de cet arbre, foit dans l'origine de la
qui fe peignaient
découverte de l'ile
Efpagnols > car les Français n'ont guères accordé de
par les
Colonie où l'on n'a quelques
prix à cette denrée dans la
roucouyers que par pure curiofité, --- Page 224 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
La portion de Roucou , appelée la grande Raque, 3 parce qu'elle était comprife
autrefois dans l'étendue qu'on nommait les Raques de Caracol, offre des terres
d'une couleur fort noire. Elles font le produit de la putréfaétion des végétaux &
de la précipitation du fer qu'elles contiennert, parl les matières végétales aftrince forme une
d'encre , d'oû réfulte la nuance de cette terre. Si
gentes; 3 qui
eipèce
l'on y ouvre une tranchée, la fouille met alternativement à T'air, des terres
rougeâtres & noirâtres. Il y a apparence que les parties de ce terrain où la terre
noire fe trouve à une plus grande profondeur, font celles oûi des arbres ont végété
&c pourri fur le fol qu'ils on: coloré &c enrichi. Avec des pluies bien réglées "ces
terres noires font tès-produétives > furtout en grains, & la végération y eft
eiles font très-fiufceptibles de l'aétion de la féchereffe & les
prodigieufe 3 mais
plantes y fouffrent dès qu'elle s'y fait fentir. Ces terres noires qui fontles meilleures
en Europe & dans les pays froids, s'échauffent beauccup trop fous la Zône
Torride, parce qu'elles font intimement pénétrées par les rayons folaires. Les
les
de la chaleur le
fouliers ne fuffifent pas quelquefois pour préferver pieds
que
Soleil communique à cette terre & l'eau qu'elle reçoit d'abord y devient tiède.
Étant cuite > en briques, cette terre eft rouge, ce qui décèle & fa nature argileufe
& la préfence du fer. Elle eft cependant affez légère 7 affez perméable pour fervir
au terrage du fucre.
Roucou a pour l'arrofer, la ravine i Grimaud , limite Orientale de toute la
partie plane de la paroiffe de Limonade, & la ravine à François qui eft dans
FOueft de cette première.
La ravine à Grimaud qui nait fur T'habitation Coulomb, traverfe celles Fildié &
Budan, & va fe jetter à la mer à TEft de l'habitation Conégut. Elle a donné
dans plufieurs mefurages treize livres d'eau par feconde. Elle tarit très-fouvent.
Ceft fur fes bords que font nés MM. de Chabanon, &c Chabanon de Maugris >
frères, dont je parle plus loin.
La ravine du capitaine Françoucis 3 ainfi nommée d'un Colon qui commandait
P'artillerie & qui fut tué fur fes rives à la bataille de Limonade en 1691 2 naît
fur Phabitation Pufterle à Roucou, & parcourt celles Fournier de Varenne &
le Mentonnois pour aller gagner la mer à travers la favane de Limonade. Dans
cette ravine donne livres onces d'eau feconde; elle
les temps moyens >
le plus loin.
La ravine du capitaine Françoucis 3 ainfi nommée d'un Colon qui commandait
P'artillerie & qui fut tué fur fes rives à la bataille de Limonade en 1691 2 naît
fur Phabitation Pufterle à Roucou, & parcourt celles Fournier de Varenne &
le Mentonnois pour aller gagner la mer à travers la favane de Limonade. Dans
cette ravine donne livres onces d'eau feconde; elle
les temps moyens > par
coule les deux tiers de l'année. --- Page 225 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Un habitant de Roucou a confacré à la nymphe de cette cau un petit
un
bofquet
avec bain & cette infcription :
Nayade de Roucou, 3 que ton onde docile
Coule pour l'agrément & pour l'utilité :
En embelliffant mon afile,
A mes champs altérés, , rend la fertilité,
En allant de la grande raque de Roucou vers l'Occident, on trouve
milieu de la furface plane que je décris en ce moment, une avancée prefqu'au de
tagne dirigée du Sud au Nord, & dont la dernière fommité eft
monappellée le
morne de Bellevue ; fon extrémité n'eft qu'à environ 400 toifes du chemin du
Trou. Ce morne forme une efpèce de point de partage entre les mornes de
pierres calcaires & ceux de pierres vitrifiables. A l'Eft & au Sud, les
n'offrent point des premières, tandis que ceux du Nord & de l'Oueft mornes
remplis. Les pierres du morne de Bellevue & celles de Roucou font en font
fchifteufes
& unies dans leurs fciffures. > par un ciment calcaire.
Après avoir gagné la chaîne qui finit par les mornets &x traverfé la ravine
à
l'Anguille , on trouve un enfoncement plane qui s'appuie au Nord fur le
chemin du Cap au Trou, à l'Oueft fur la Grande rivière, au Sud fur
pointe de la furface de la paroiffe Sainte-Rofe & fur les
une petite
montagnes du Bois de
Lance , & à PEt for la chaîne qui va former les Mornets. Cette
fuperficie
eft moins large à fa bafe Nord, a fur fon bord Sud-Et l'églife & le
qui
,
de Limonade, environnés d'un terrain appartenant à la paroiffe, & presbytère
partie autrefois de l'habitation Dumefnil,
du
qui a fait
provenue Sicilien Amat, architeétedireéteur de l'églife faite à Limonade en 1707. L'églife & le
ifolés dans une favane, où l'on entre par une barrière pratiquée fur presbytère le chemin font
Limonade au Bois de Lance, ouvert en 1708 > & qui a été, ainfi
le de
fait alors fur le foffé, & dont l'églife de Limonade n'était
que pont
qu'à 200 toifes, la
caufe de la renonciation des habitans du Bois de Lance à former
une paroiffe
féparée.
Les fêtes & les dimanches il y a un marché dans la favane du
dont la fituation eft propice pour les tranfports que les nègres des presbytère;
font des vivres qu'ils ont à vendre On a depuis
années montagnes y
plufieurs
le
de
ce
projet
mettre marché au milieu d'une rue de 170 toifes de long fur
de
large, dont les emplacemens de chaque côté auraient 60
90 pieds
pieds de face & 66
féparée.
Les fêtes & les dimanches il y a un marché dans la favane du
dont la fituation eft propice pour les tranfports que les nègres des presbytère;
font des vivres qu'ils ont à vendre On a depuis
années montagnes y
plufieurs
le
de
ce
projet
mettre marché au milieu d'une rue de 170 toifes de long fur
de
large, dont les emplacemens de chaque côté auraient 60
90 pieds
pieds de face & 66 --- Page 226 ---
200 DESCRIFTION DE LA PARTIE
de profondeur fur fon côté Nord, & 75 fur fon côté Sud. Ces emplacemens
feraent donnés à la charge d'une redevance, au profit de la paroiffe. Ce plan
qu'on pourrait blâmer en ce qu'il ne laiffe point dans cette rue une ouverture
pour aller gagner l'églife, qui lui eft parallèle au Sud, fera d'une trèsdifficile exécution ; parce que le bourg de l'embarcadère de Limonade déjà
agrandi, eft un rival qui a trop d'avantage pour que beaucoup de perfonnes
veuillent réfider habituellement dans ce fecond entrepôt, & le marché de
Sainte-Suzanne eft devenu encore un nouvel obftacle.
Après avoir dépaffé PÉglife, on va, au Sud, chercher le canton du Bois
de Lance qui fe fubdivife en d'autres petits cantons dont l'un placé fur fon côté
Eft,vers l'habitation Lefcarmotier, s'appele la plaine d'Efprit ; le Bois de Lance
a douze fucreries qui fabriquent trois millions de fucre blanc. C'eft vers le haut
de ce canton, qu'était la paroiffe du Bois de Lance, dontj'ai affez parlé. On va
du Bois de Lance au Quartier-Morin en traverfant la Grande rivière à la paffe à
Viard, 3 première communication des habitans > lorfqu'ils dépendaient de la
paroiffe du Qpartier-Morin.
Dans le Bois de Lance > près de la Grande rivière & à une demi-lieue audeffous du bourg de la Tannerie, eft le morne à Mantègre, 3 gros monticule
détaché de la chaine des montagnes du Bois de Lance. Il eft préfumable que la
Grande rivière a eu autrefois fon cours dans cet intervalle, parce que dans fes
débordemens, elle s'yeft jettée & qu'on a été obligé d'y placer des levées pour
en être garanti. Le morne à Mantègre qui eft aflez roide dans fes pentes, a fervi
quelquefois d'afile aux nègres marons. Colas furnommé jambes coupées 3 nègre
efclave de M. Doze > qui fut exécuté au Bois de Lance , au mois de Juin 1724,
ne l'a rendu que trop fameux, pendant quatre ou cinq ans 3 par les ravages de fa
bande. Le furnom de Mantègre lui a été donné > dans l'origine > par l'abondance
des cochons marons qu'on y trouvait &x dont on tirait le faindoux appelé mantègre
par les Efpagnols.
Enfin il n'y a plus à connaître dans la plaine que ce qu'on y nomme l'flet de
Limonade. C'eft tout l'efpace compris entre le Foffé etla Grande rivière > et que
le canal du moulin de l'habitation Carbon ou Bullet borne au Sud s en faifant
paffer une portion d'eau de la Grande rivière dans le Foffé 5 et que la mer achève
d'entourer au Nord. L'ilet de Limonade, dans lequel fe trouve conféquemment
une partie du terrain de quelques habitations du canton du Bois de Lance, que
le
l'flet de
Limonade. C'eft tout l'efpace compris entre le Foffé etla Grande rivière > et que
le canal du moulin de l'habitation Carbon ou Bullet borne au Sud s en faifant
paffer une portion d'eau de la Grande rivière dans le Foffé 5 et que la mer achève
d'entourer au Nord. L'ilet de Limonade, dans lequel fe trouve conféquemment
une partie du terrain de quelques habitations du canton du Bois de Lance, que
le --- Page 227 ---
FRANÇAISE DE SAIXT-DOMINGUS
20I
le Foffe partage, a peut-être le terrain'le plus fertile de la Colonie ; c'eft
dant celui qu'on a laiffé fi long-tems en proie aux débordemens & du cepen- Foffé
& de la Grande rivière.
A ce fujet d'étonnement, s'en joint un fecond, c'eft que tandis que la
Grande rivière pourrait procurer des moulins à prefque toutes les fucreries de
la paroiffe , & que les eaux du Foffé groffies de la vide de Phabitation Bullet
en font mouvoir fept, il n'y en ait qu'un à la rive Occidentale de la Grande
rivière, fur l'habitation Fournier de Bellevue.
Le premier moulin à eau de la paroiffe , a été celui de l'habitation Bullet. M.
Carbon alors fon propriétaire, étant fur les deux rives de la Grande rivière &c du
Fofle, fit une prife d'eau fur la première & jeta fa vide dans le fecond.
L'habitation Butler en fit une fur le Foflé, au-deffus de cette vide. En vain
l'habitation Brémond, riveraine de la Grande rivière, voulut-elle lui
difputer
cette poffeflion, elle conferva la préférence dûe à l'antériorité de fon moulin.
L'habitation Caftellane ou de Berghes traita avec celle Butler pour l'eau de fa
vide, &c l'habitation l'Efcarmotier, à fon tour 3 avec celle Caftellane, &c toutes les
trois concoururent à l'entretien d'une prife d'eau & d'un batardeau, L'habitation
d'Offemont, deyenue l'habitation Wallh, fit auffi un batardeau fur le Foffé & un
moulin, & l'habitation la Chapelle, aujourd'hui Montholon, en fit un au-deffous.
Comme cette dernière avait peu de châte, Phabitation Walfh a, par
confenti à en perdre deux pieds, 3 qu'elle lui a tranfinis, & la première arrangement, a renoncé
à une fervitude qu'elle avait achetée fur lhabitation Wallh pour fes canaux. M.
Fournier de la Chapelle, propriétaire alors de l'habitation Montholon, avait
obtenu la conceffion de l'eau de fa vide pour la porter fur fon autre habitation
de Limonade > près de la Grande rivière > mais l'habitation la Chevalerie,
au-deffous de celle Montholon, a contefté cette conceffion & l'a fait placéc
anéantir,
& par des conventions affez récentes, l'eau de la vide Montholon eft deftinée
au moulin de la Chevalerie ; voilà les fept moulins du Foflé,
Les paroiffes de la rive Oueft de la Grande rivière, n'ont
le
pas négligé
précieux avantage de fon eau 3 comme le fera voir la defcription de la paroiffe
du Quartier-Morin & de la paroiffe de la Petite-Anfe. Les premiers moulins
à eau de Limonade Ont été faits par M, Fauconier.
Je fuis encore obligé de dire qu'il y a plus de dix ans que divers habitans
de l'ilet de Limonade fongèrent à un établi@ement de moulins à cau, au
Tom, I.
moyen
Cc
écieux avantage de fon eau 3 comme le fera voir la defcription de la paroiffe
du Quartier-Morin & de la paroiffe de la Petite-Anfe. Les premiers moulins
à eau de Limonade Ont été faits par M, Fauconier.
Je fuis encore obligé de dire qu'il y a plus de dix ans que divers habitans
de l'ilet de Limonade fongèrent à un établi@ement de moulins à cau, au
Tom, I.
moyen
Cc --- Page 228 ---
202 DESCRIPTIO N DELAPARTIE
d'une éclufe commune fur la Grande rivière, mais que cette utile entreprife a
rencontré des cppofitions &de la part de ceux qui ont craintqu'on ne les obligeât
à un partage plus rigoureux de l'eau de cette rivière, &c de celle d'autres
habitans qui fe font crus autant de droits que ceux qui voulaient avoir des
machines hydrauliques. De ces contrariétés > eft réfulté la perte de l'eau
d'autant plus précieufe, que les féchereffes deviennent plus fréquentes. Ce fut
en réfléchiffant fur ces circonftances qui appellaient l'induftrie, que M. Verret
engageait le gouvernement, au mois de Mai 1783, à faire vérifier fi l'eau de
quelque rivière, par exemple de celle du Dondon, ne pouvait pas fervir à
augmenter les eaux de la Grande rivière, & fi par une répartition éclairée de
l'eau & furtout de la chûte 3 trop peu calculée jufqu'ici, on ne pourrait pas
donner ou des moulins à eau ou des moyens d'arrofement aux trois paroiffes de
Limonade, du Quartier-Morin &c de la Petite-Ante. Ce favant hydraulicien n'a pas
étd écouté, & les chofes font encore ce qu'elles étaient alors.
En commençant par PEt la defcription des montagnes dépendantes de la
paroiffe de Limonade, on trouve d'abord le canton de Sainte-Suzanne > qui a
pour principaux habitans des gens de couleur. On y fait un peu de café, mais
beaucoup de vivres. Plufieurs habitations fucreries viennent fe terminer à la
pente de ces montagnes. La difficulté de participer aux fervices fpirituels de
l'églife paroiffiale, a porté les habitans de la partie montagneufe à folliciter
l'établiffement d'une fuccurfale à Sainte-Suzanne. Elle a eu lieu fous l'invocation
de cette Sainte, & la première meffey a été folemnellement célébrée le 23 Juillet
1780. Elle eft dans une favane où l'on dreffait un autel ambulant, faur lequel le curé
de Limonade venait offrir le facrifice tous les fix mois, & baptifer les enfans.
M. Fournier de Varenne, commandant de la paroiffe, envoyé en 1779 pour
F
exciter les hommes de couleur à s'enrôler pour l'expédition de Savannah,
projettée par M. d'Eftaing, qui était encore aux Ifles du Vent, après avoir
prêché pour la guerre fur le fol où fe plaçait l'autel du Dieu des armées,
propofa une foufcription pour la fuccurfale, &c elle fe monta fur le champ à
7500 liv. L'un offrit les bois, l'autre la main-d'ceuvre, l'autre le tableau de la
patrone 3 à condition qu'on la ferait reffemblante à Mie. Viviez, l'une des jolies
femmes de la ville du Cap; tous fe chargèrent de contribuer aux charrois; M.
Bouchaud donna d'anciens ornemens d'une loge de franc-maçons. L'églife a
été faite, un vicaire à demeure placé, un marché très-confidérable, - utile aux
bois, l'autre la main-d'ceuvre, l'autre le tableau de la
patrone 3 à condition qu'on la ferait reffemblante à Mie. Viviez, l'une des jolies
femmes de la ville du Cap; tous fe chargèrent de contribuer aux charrois; M.
Bouchaud donna d'anciens ornemens d'une loge de franc-maçons. L'églife a
été faite, un vicaire à demeure placé, un marché très-confidérable, - utile aux --- Page 229 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 203
montagnes & à la plaine, établi. Par fon moyen, les nègres des mornes ont
connu l'aifance &c il a multiplié leurs cultures.
En 1769, M. Doré, alors doyen des notaires du Cap, fit lâcher dans les cafiers
de fon habitation de Ste-Suzanne, , entourée de bois, 3 trente cailles huppées des Illes
efpagnoles qui y peuplèrent confidérablement. Il avait pris la précaution de faire
femer du millet, du farrazin ou blé noir, de l'avoine & des grains de la
Colonie 3 pour retenir ces oifeaux qu'on trouve auffi dans la partie Sud de l'ile.
Mais il y a plus de cinq ans, que les chats marons & plus encore les nègres > les
avaient prequ'entièrement détruits, &x cet eflai utile ne fervira peut-être qu'à
prouver encore la difficulté de faire le bien à Saint-Domingue.
Le canton des Côtelettes eft aride & comme épuifé. C'eft un des premiers
qu'on a établis dans cette partie, & il ferait défirable qu'on le confacrât à l'éducation des animaux que chaque jour rend 8z plus rares & plus chers.
Le Moka neuf, canton auquel ce nom pompeux fut donné > parce que fa
culture première était celle du cafier, eft loin de le mériter à préfent. Le fol, à
enjuger par la fuperficie 3 ferait une vraie terre promife, mais à un pied de profondeur, 9 un tuf d'une argile folide arrête le pivot du cafier, de manière que cet
arbufte qui excite les efpérances pendant la première & la feconde année, décline
enfuite & les trompe. Au centre de ce canton 3 eft une rivière qui prend fa
fource au bas de la montagne connue fous le nom de la Friandife, & qui le fépare
d'avec celui des Côtelettes. Son cours eft dirigé au Sud-Oueft 5 après avoir reçu
la ravine à Commiffaire qui coule dans le Moka & le Fond-Bleu, elle s'appele
fimplement la ravine à Picaut ; elle fert de ligne de démarcation, depuis fon
point de jonction avec la ravine à Commiffaire jufqu'à fon embouchure dans la
Grande rivière; entre la paroiffe de Limonade &c celle de Sainte-Rofe, Sous ce titre
humble de ravine, elle tranfporte un grand volume d'eau, & acquiert une
étonnante rapidité dans les débordemens. C'eft au Moka que les habitans de la
partie montagneufe de la paroiffe de Limonade > paffent la revue 3 pour éviter
leur déplacement.
Le canton du Fond-Eleu, moins favorifé que le précédent par les pluies des
Nords ; fans doute > à caufe de la difpofition de fes montagnes > en eft bien
dédommagé par la nature de fon fol qui, en général, eft une terre franche &c un
sospourri, où le cafier réuffit parfaitement & dure vingt-cinq & trente ans, dans
Cc
Limonade > paffent la revue 3 pour éviter
leur déplacement.
Le canton du Fond-Eleu, moins favorifé que le précédent par les pluies des
Nords ; fans doute > à caufe de la difpofition de fes montagnes > en eft bien
dédommagé par la nature de fon fol qui, en général, eft une terre franche &c un
sospourri, où le cafier réuffit parfaitement & dure vingt-cinq & trente ans, dans
Cc --- Page 230 ---
204 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
l'expofition Nord. Celle, au Sud, plus frappée du foleil & où la terre eft légère,
convient mieux aux vivres du pays.
Les cantons des Bois-Blancs & du Bois de Lance en montagnes, ne fontqu'une
petite bande qui n'offre aucun détail particulier 3 fi ce n'ef qu'en 1711, on
voyait au Bois de Lance > Pierre d'Imba , nègre libre > agé de 103 ans, qui
avait commandé à Carthagène, en 1697 3 la compagnie des nègres libres de la
dépendance du Cap, & Jean Euftache Lamondière, autre nègre libre , qui avait
été enfeigne de cette compagnie.
Ce quej'ai dit du Fond-Bleu, donne lieu d'obferver, en parlant des mornes 2
qu'en général la face qu'ils préfentent vers la mer, eft peu propre à la culture du
cafier. Au furplus, dans les montagnes de Limonade, cet arbufte commence
à rapporter plutôt qu'à la Marmelade & au Dondon, mais fa durée moyenne
n'excède guères dix ans , parce que le fol dépouillé de fa terre végétale fe refufe
à en produire.
On peut évaluer à 300 milliers > le café de Sainte-Suzanne; à 500 milliers,
celui des Côtelettes; à 700 milliers, celui du Moka ; & à 700 milliers, celui du
Fond-Bleu. Total deux millions , deux cens mille livres pefant.
Mais, je le redis, c'eft un réfultat que chaque année verra décroître. Dans
quelques endroits, le cafier eft envahi par l'herbe à panache plante dont
on fait, lorfqu'elle a pris tout fon accroiffement, des couvertures qui durent
trois fois autant que celles de têtes ou tiges de cannes à fucre. Les habitans
mettent le feu tous les ans dans ces herbes à panache > dont les beftiaux broutent
les jeunes pouffes > mais cette méthode elle-même , amène la ftérilité ; car les
plantes dont les vents & les pluies difperfent & entraînent les cendres, ne rendent
rien au fol. Dans d'autres endroits > ce fol abfolument abandonné 3 fe couvre de
halliers & enfin de bois. Au bout de vingt-cinq 8c trente ans 3 il devient fufceptible
de rapporter du manioc pour retomber dans un état de ftérilité beaucoup plus
long.
On trouve plufieurs mines dans l'étendue de Limonade. La plus connue > eft
celle d'aiman du petit morne, dit de Limonade Ou morne à Békly, ou morne
d'aiman. Le nom de Békly 3 lui eft venu d'un Anglais, fort riche, auquel it a
(*) C'eft un Andropogon. Bomare appele cette plante Barbon. On s'en fert auffi en Guinées
pour couvrir les çafes.
long.
On trouve plufieurs mines dans l'étendue de Limonade. La plus connue > eft
celle d'aiman du petit morne, dit de Limonade Ou morne à Békly, ou morne
d'aiman. Le nom de Békly 3 lui eft venu d'un Anglais, fort riche, auquel it a
(*) C'eft un Andropogon. Bomare appele cette plante Barbon. On s'en fert auffi en Guinées
pour couvrir les çafes. --- Page 231 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMIN G U E.
appartenu, ainfi que tout le terrain placé au-deffous jufqu'à la baie de Békly, &
au-deffus jufques vers le morne à Bellevue ; & le nom de morne d'aiman, de fà
nature. Ce morne a environ cinq carreaux de fuperficie ; ce n'eft que dans fes
faces Nord & Sud, qu'on trouve la mine qui a , dans fa caffuure, tout le brillant
métallique i il n'y en a point dans celles de PEt ou de l'Oueft. Il eft fitué fur le
bord Nord du chemin du Cap au bourg du Trou, à un point qui irait dans le
Nord trouver, à environ trois mille toifes fur l'habitation
Conégut > l'intervalle
qui eft entre le côté Nord-Oueft de la baie de Békly &z le côté Sud-Eft de la baie
de Limonade. Cet aiman eft une mine de fer noirâtre trés-riche fe
qui montre
en maffes affez confidérables & ifolées fous fa forme métallique & qui a
ment fubi l'action du feu, parce que fes parties pulvérifées font attirables probablel'aiman. Le minerai produit, à l'effai, jufqu'à deux tiers de fon
à
le fommet
poids en fer. On a
remarqué que
de ce morne qui offre des pointes, eft fouvent
de
la foudre. La maifon qu'on y a bâtie 3 à plufieurs reprifes, a frappé
incendiée par le feu du Ciel, tandis que le voifinage eft épargné. Il toujours eft
été
blable que la mine de fer fert de conduéteur à la matière éleétrique de vraifem-
& aux émanations de celle du Globe Terreftre.
l'atmofphère
C'eft même un bruit populaire qu'une grande quantité de pierre de cette mine
embarquée par M. Texier 3 arpenteur de la paroiffe, il) y a
la perte du vaiffeau dont on n'a jamais eu de nouvelles. quiarante ans > a caufé
que le morne à Békly agit fur leurs bouffoles & ce motif Les arpenteurs affurent
a empéché
conteftations de terrain. Les environs de Ce morne 3 au pied duquel coule plufieurs
l'EA, la ravine du capitaine François, font
dans
cultivables; Cc qui eft
de fervir à la culture de la canne ne s'étend pas loin. La
eft fafeeptible
noir & l'intérieur une marne argileufe où Fon trouve fuperficie des
un terreau
parties calcaires
féparées; cette marne fe diffout très-vite dans l'eau. Plus l'on creufe
partie calcaire domine.
> plus la
MM. Fournier de Varenne & Dubourg qui ont acheté en fociété le
Békly & une portion de fes alentours, > en ont tiré de la pierre. M. de Varenne morne à
en a fait prendre 80 ou IOO toifes cubes. Son fommet qui était férile, offrait
aptrefois un jafmin d'une étonnante groffeur. Sa partie Orientale eft
d'une pierre feuilletée > point minérale, point pefante &
compofée
qu'on nomme à SaintDomingue 3 pierre pourrie ou roc pourri ou roche pourrie.
On trouve dans le canton du Bois de Lance 3 des traces des travaux
entrepris
. de Varenne morne à
en a fait prendre 80 ou IOO toifes cubes. Son fommet qui était férile, offrait
aptrefois un jafmin d'une étonnante groffeur. Sa partie Orientale eft
d'une pierre feuilletée > point minérale, point pefante &
compofée
qu'on nomme à SaintDomingue 3 pierre pourrie ou roc pourri ou roche pourrie.
On trouve dans le canton du Bois de Lance 3 des traces des travaux
entrepris --- Page 232 ---
206 DESCRIPTION DE LA PARTIE
du temps des Efpagnols 3 pour l'exploitation d'une mine d'or. J'ai dit que fur
l'habitation le Roux des Iles, fituée dans ce canton, on voyait des débris de
quartz qu'on prétend avoir été tirés dans une ancienne exploitation d'une mine de
cuivre. Ce canton annonce par fon aridité fon état de mine.
Les fables du Foffé ont montré du cuivre natif, & l'on en a trouvé un morceau
aufli dans la Grande rivière, vis-a-vis la Tannerie, uni à un morceau de gangue
quartzeufe, 3 qui conftatait l'origine de ce cuivre natif. Enfin les cantons de SainteSuzanne & des Côtelettes contiennent des mines. de cuivre qu'on avait commencé
à travailler. C'eft vraifemblablement de toutes ces mines que parle Herréra &
qui dépendaient de Porto-Réal.
Limonade paraît avoir été très-peuplé avant la découverte de l'Ille. On trouve
à chaque pas, des débris des uftenfiles des indigènes qui l'habitaient.
La côte qui borde la paroiffe de Limonade au Nord, eft digne auffi de nos
obfervations. Dans la defcription de la paroiffe du Terrier-Rouge l'on a vu
qu'un efter appelé de Caracol, forme le côté Occidental de la baie du même
nom. Comme cet efter femble compofer un tout folide, à caufe des mangliers,
dont il eft garni, on l'a confidéré comme tel. L'intervalle qui le fépare du rivage
de l'extrémité Eft de la paroiffe de Limonade, eft ce qu'on a décoré du nom
de baie de Limonade dont le fond va fe tourner vers le fond de la baie de Békly.
Sa pointe Et qui eft le bout Nord-Oueft de l'efter de Caracol, fe trouve à une
lieue de la pointe de Caracol 3 autre bout de cet efter. La longueur du goulet de
cette baie eft de 280 toifes, fur environ 60 de large; la longueur de la baie >
dirigée Nord & Sud eft de 600 toifes fur une longueur moyenne de 400 toifes 5
fa profondeur eft de cinq à fix pieds. C'eft dans l'angle Sud-Oueft de cette baie
qui borde la plaine vafeufe où eft la fucrerie la Chevalerie 3 que fe jette la rivière
du Foffé de Limonade allant prefque du Sud-Oueft au Nord-Eft dans la partie
inférieure de fon cours.
Sur la rive Orientale du Fofé 1 à environ une lieue de fon embouchure aÉtuelle
&c dans la partie la plus élevée de la favane de Limonade, 2 on a trouvé fur un
terrain, dépendant à préfent de l'habitation Montholon, à deux ou trois cens toifes
des bâtimens de cette habitation, les fondemens d'un fort, confidéré comme
celui de la Nativité, conftruit au mois de Janvier 1493, par Colomb. Ces
fondemens étaient de la pierre aimantaire du morne à Békly. Ils ont été démolis
pour conftruire les bâtimens de l'habitation Deftouches à qui ce local appartenait
alors,
terrain, dépendant à préfent de l'habitation Montholon, à deux ou trois cens toifes
des bâtimens de cette habitation, les fondemens d'un fort, confidéré comme
celui de la Nativité, conftruit au mois de Janvier 1493, par Colomb. Ces
fondemens étaient de la pierre aimantaire du morne à Békly. Ils ont été démolis
pour conftruire les bâtimens de l'habitation Deftouches à qui ce local appartenait
alors, --- Page 233 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE
En fuivant Herréra, on voit que Colomb venant avec fes deux caravelles
pour voir Guacanaric, il mouille à quatte ou cinq lieues ( marines ) du port
Saint-Thomas , (qui eft celui de l'Acul à POueft du Cap), dans un endroit où
eft un paflage qu'il remarqua &. qui eft Caracol, comme je l'ai établi ailleurs.
Retourné à fom bord le foir pour prendre du repos. 3 après avoir traité avec le
Cacique, fa caravelle eft entraînée par les courans durant la nuit, à une demilieue ( marine ) fous le vent ( dans l'Oueft ) de l'autre caravelle, c'eft-à-dire
de Caraçol vers Limonade. Il fait avertir le Cacique de fon naufrage, en lui
failant dire que ce malheur eft arrivé à une lieué & demie ( marine ) de fa
demeure, ce qui conduit bien vers l'embarcadère de la Petite-Anfe, & marque
encore. Limonade pour le lieu de ce naufrage. Les Efpagnols regardent cette
perte comme un ordre d'en-haut pour fe fixer dans ce lieu, & Colomb voulant
laifier quelques Caftillans dans lile, fe détermine à faire un fort des débris de
la caravelle. Ayant nommé Caracol Port de la Nativité, du jour où ily eft
entré, il veut que le fort foit le fort de la Nativité, & il eft confié à trente-neuf
Caftillans, 3 dont le chef eft le capitaine Diego de Arena.
Maintenant il s'agit de voir comment le Cbâteau de Colomb (c'eft le nom des
ruines trouvées fur l'habitation Montholon ), peut être le fortde la Nativité.
Je lis encore: dans Herréra, qu'au fecond voyage de Colomb &c le 27
Novembre 1493, la flotte aborda à l'entrée du Port de la Nativité (Caracol),
où l'Amiral apprend par des Indiens venus à fon bord en canots, de facheufes
nouvelles de ce fort. Que le, jeudi 28 toute la flotte entra dans le port & qu'on
vit auffitôt que la fortereffe était brûlée 5 ce qui pouvait bien être découvert de
ce point, puifque de l'embarcadère de Limonade on apperçoit un pavillon bâti
fur l'habitation Fournier de Varenne > à Roucou. Que Colomb defcend à terre &
ne trouvant perfonne qui pût lui rendre compte de ce qui s'était paffé, il entra
avec des barques dans une rivière & commanda qu'on pettoyât un puits qu'il
avait fait faire à la fortereffe; l'on n'y trouve rien, mais feulement, aux environs,
des habits de Chrétiens, & proche de la forcereffe fept ou huit perfonnes
enterrées, que leurs vêtemens firent reconnaître pour des Efpagnols.
Ainfi, le fort de la Nativité n'était pas fur le rivage de Caracol : on remontait une rivière pour y aller $ & quand on rapproche ces localités des ruines
trouvées fur les rives du Foffe, dont l'embouchure a dû s'avancer vers la mer. >
comme le refte de cette côte, & éloigner par confequent le fort du rivage; il
eft impoffible de ne pas reconnaître l'identité de ces ruines avec le fort de la
agnols.
Ainfi, le fort de la Nativité n'était pas fur le rivage de Caracol : on remontait une rivière pour y aller $ & quand on rapproche ces localités des ruines
trouvées fur les rives du Foffe, dont l'embouchure a dû s'avancer vers la mer. >
comme le refte de cette côte, & éloigner par confequent le fort du rivage; il
eft impoffible de ne pas reconnaître l'identité de ces ruines avec le fort de la --- Page 234 ---
208 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
Nativité. Une feule chofe peut embaraffer, c'eft que l'hiftorien dit un fort
bâti de bois & qu'ici les fondemens font de pierres d'aiman 8c de briques, même
d'une grande dimenfion ( car j'en poffède une que j'ai prife fur le lieu &c qui
a quelques marques ); mais le fort de bois pouvait être fur une aflife de briques
dans un lieu qu'Herérra dit que Colomb abandonna > le 7 Décembre 1493, &c
à caufe du maffacre & parce que c'était une terre fort baffe où il n'y avait ni
pierres ni matériaux pour bâtir.
Un fait conftant, c'eft que les Indiens avaient des vafes & des fétiches de
terre cuite, & en fuppolant qu'ils ne fiffent pas de briques, les Efpagnols ont
bien pu avec de l'argile &c la manière dont les Indiens cuifaient leurs vafes,
faire des briques pour en compofer la bafe de leur fortereffe. Il ne leur aura pas
été difficile non plus d'aller prendre des pierres au morne à Békly. Une
tradition conftante appuie le fait, 8c l'on a encore trouvé en 1784, lors d'une
fouille pour le canal du moulin de l'habitation Montholon, non loin du château 3
une efpèce de tombeau où il y avait vingt-cinq cadavres qui n'appartenaient point
à des Indiens 3 puifque leurs têtes n'étaient point applaties. Ces corps dont on
diftinguait la charpente offeufe étaient dans la même direétion & parallèlement difpolés, ufage que l'on fait qu'avaient les Indiens pour leurs morts :
c'étaient donc des Efpagnols enterrés par des Indiens. Enfin l'on a trouvé dans
le même lieu des fourchettes de fer bien rouillées & des pièces de cuivre.
J'ai pris deux de ces pièces le 26 Mai 1787. Les voici:
ARD
)
H
2 I TI
L'une
. Ces corps dont on
diftinguait la charpente offeufe étaient dans la même direétion & parallèlement difpolés, ufage que l'on fait qu'avaient les Indiens pour leurs morts :
c'étaient donc des Efpagnols enterrés par des Indiens. Enfin l'on a trouvé dans
le même lieu des fourchettes de fer bien rouillées & des pièces de cuivre.
J'ai pris deux de ces pièces le 26 Mai 1787. Les voici:
ARD
)
H
2 I TI
L'une --- Page 235 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUI E.
L'une eft de la grandeur d'une pièce de fix liards, mais plus épaiffe; c'eft celle
dont on voit les deux faces. L'autre eft un peu plus petite & un peu plus
épaiffe; c'eft la moins confervée. Si ces pièces ont réellement
appartenu
aux Caftillans maffacrés dans cet endroit en 1493, il n'eft pas étonnant qu'on
ne puiffe en faifir que quelques traits & encore aveclaloupe, après un féjour de près
de trois cens ans dans un fol encore falineux & prefque aquatique ; car d'environ
80 carreaux vendus par Mde. Deftouches à M. Fournier de la Chapelle & dans
l'étendue defquels étaient le fort & le tombeau, à peine un quart eft-il
cultivable en cannes. Six ou huit carreaux fourniffent quelques vivres du
pendant la faifon des pluies 5 mais le tuf argileux de la favane de Limonade pays fe
rencontre à quelques pouces. Au-delà, ce terrain ne peut produire que des
acacias & des grategalles.
Colomb aura été obligé de chercher pour placer fon fort, un lieu un peu
élevé, découvert 3 voifin de l'eau douce & il n'aurait pas pu le bâtir plus près
de la mer, car dans la plaine vafeufe vers le rivage 3 le fol eft une tourbe falineufe qui fe réduit en terreau à lair & qui s'affaiffe. Le feu y a pris plus d'une
fois fpontanément. Ces tourbes exiftent ailleurs fur les bords de la mer, &
notamment fur l'habitation Chaftenoye, du Quartier-Morin.
On compte trois quarts de lieue depuis la pointe Occidentale de la baie de
Limonade jufqu'au bourg de l'embarcadère du même nom, qui fe trouve placé
prefque Nord & Sud avec l'églife ; il en eft à deux lieues & à 1,400 toifes de
la Grande riviére. Le terrain confacré à cet embarcadère court à-peu-près de
PEt à l'Oueft, en décrivant une portion d'arc. Il a environ 500 toifes de
longueur & contient les magafins iervant de dépôt aux denrées de la paroiffe, &c
les maifons de plufieurs ouvriers & pêcheurs 3 ce qui compofe 32 emplacemens
dont trois font de maçonnerie, avec un premier étage, Bc 22 ont des maifons
à rez de chauffée. Ce lieu diftant du Cap d'environ deux lieues & demie
par mer, eft fufceptible de toute l'attention du gouvernement, par fa polition
militaire au vent du Cap & par fon mouillage.
Lorlque M. de Belzunce paffa à Saint-I Domingue en 1762 avec huit bataillons
de troupes, toutes les idées avaient pris la teinte militaire, & l'on ne s'occupa
que des moyens de conferver la Colonie, Ce fut à ce zèle 3 qu'on dut la
protection donnée aux embarcadères de Jacquezy & de Caracol, & M, de
Tome I.
D d
par fa polition
militaire au vent du Cap & par fon mouillage.
Lorlque M. de Belzunce paffa à Saint-I Domingue en 1762 avec huit bataillons
de troupes, toutes les idées avaient pris la teinte militaire, & l'on ne s'occupa
que des moyens de conferver la Colonie, Ce fut à ce zèle 3 qu'on dut la
protection donnée aux embarcadères de Jacquezy & de Caracol, & M, de
Tome I.
D d --- Page 236 ---
N DE L. A PA RTIE
210 DESCRIPTIO
Villemontes, ingénieur, qui fut chargé de cette partie de fortifications, en montra
aufli un grand pour celles de la côte de Limonade.
Dès le 30 Mai 1762, une ordonnance des Adminiftrateurs prefcrivit une
corvée pablique des nègres des deux paroiffes de Limonade & du QuartierMorin, pour faire des retranchemens fur la côte de la première. Cette mefure
fut la fuite d'une vifite faite par M. le Chevalier d'Oify, capitaine de vaiffeau,
&c M. Amelot, ingénieur de la Colonie, le 28 Mai. Ayant fondé la paffe de
Limonade, ils dirent que les vaiffeaux de guerre pouvaient y pénétrer. Le doute
ayant attaqué ce réfultat, les mêmes perfonnes fondèrent de nouveau 8c affurèrent
qu'elles avaient même trouvé une feconde paffe, encore plus fpacieufe & plus
commode que la précédente. Cette affurance > celle de la bonté du mouillage
firent créer trois redoutes, deftinées à protéger des batteries dont la conftruétion
eut. lieu en même-tems, de manière que Limonade devint un pofte refpeétable.
Au mois d'Avril 1773, la corvée publique a :établi les batteries qui font aux
deux extrémités du bourg, ainfi que les redoutes, ce qui a coûté 32,050
journées de nègres > fans compter les frais de la conftruétion des bâtimens
fervant de corps-de-garde.
Quoique depuis 1764 le travail des ing@aicurs-géngrapbes, qui avaient été
fpécialement deftinés à lever le plan topographique & hydrographique de la
Colonie, ait démontré, ainfi que celui de M. de Moulceau, dire@teur-général
des fortifications, fait en 1773, que les deux paffages du reffif de Limonade
font bien loin de pouvoir admettre un vaiffeau de guerre, indépendamment de
la dificulté d'y manceuvrer, l'on a toujours rendu l'embarcadère de Limonade
aflez fûr pourqu'il foit très-imprudent à l'ennemi de s'y hafarder. Les bâtimens
qui peuvent y paffer ne pouvant pas avoir affez d'eau poar aller jufqu'au Cap
entre les reffifs 3 ils auraient le double danger de P'entrée & de la fortie, s'ils
manquaient une defcente très- périlleufe, unique objet qu'ils pourraient fe propofer
& auquel on peut encore oppofer en quelques heures, linondation des terrains
voifins, de manière que P'ennemi ne pourrait pas pénétrer à travers les marais
couverts de mangles qui environnent l'embarcadère; au furplus, une prame
entraverfée dans la paffe, fera toujours ceffer quand on voudra, toas les dcutes &z
toutes les craintes fur cette partie.
Hya en tems de guerre deux poftes à l'embarcadère de Limonade, où is
auquel on peut encore oppofer en quelques heures, linondation des terrains
voifins, de manière que P'ennemi ne pourrait pas pénétrer à travers les marais
couverts de mangles qui environnent l'embarcadère; au furplus, une prame
entraverfée dans la paffe, fera toujours ceffer quand on voudra, toas les dcutes &z
toutes les craintes fur cette partie.
Hya en tems de guerre deux poftes à l'embarcadère de Limonade, où is --- Page 237 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 21I
font fournis par cette paroiffe 3 &c par celles de Sainte-Rofe &c du Dondon;
d'ailleurs la population du lieu même ajoute à fa fureté.
Cet établiflement eft fufceptible d'agrandiffemens. Ils n'ont été arrêtés
que
par la difette d'eau potable que les habitans de ce bourg font obligés d'aller
chercher avec des canots à la Grande rivière. MM. Reynaud de Villeverd,
lieutenant au gouverement-géérmal > & le Brafeur 3 commiffaire - général,
ordonnateur failant fonction d'Intendant, s'étaient occupés, en 1781, des moyens
de leur procurer de l'eau, en y conduifant celle de la vide d'un moulin. Une
modique fomme de 30,000 livres eût affuré cet avantage ; le gouvernement en
fournifait la moitié &c les habitans du bourg faifaient le furplus par des taxes'
volontaires & par une impofition d'un dixième fur les loyers des maifons. Mais
la fin de leur adminidration 3 injuftement calomniée, & réellement trop courte
pour le bien de la Colonie, a fait évanouir ce projet dont l'utilité a furtout été
fentie lorfqu'une partie de l'armée efpagnole 3 aux ordres de Don Bernard de
Galvez, a été cantonnée pendant un an dans ce bourg, où étaient établis les hôpitaux. On a été obligé de tirer du Cap 3 à grands frais, par des embarcations
l'eau deftinée aux malades qui en auraient cependant manqué, fi l'humanité des >
habitans n'avait pas fuppléé à l'inexactitude des tranfports. En donnant de l'eau
à ce local, on verrait un grand nombre d'ouvriers répandus dans la plaine, s'y
réunir & dans quelques années la Colonie compterait une ville de plus.
Il part tous les matins du Cap , pour cet embarcadère 3 à quatre heures,
pendant les fix mois des grands jours, & à cinq pendant les fix autres, trois
grandes barques ou pafagers qui fervent au tranfport des perfonnes, 3 des denrées
& des approviionnemens & qui retournent au Cap dans la matinée. On profite
en allant, de la brife de terre & l'on eft ramené par celle du large 5 fi le vent
manque, les avirons font employés. L'arrière de ces paflagers 3 mâtés en chaloupes, eft couvert par une teugue > ou petit pont de madriers qui eft couver;
lui-même d'une toile goudronée qu'on rabat des quatre côtés, quand on veut être
garanti de la pluie, du foleil ou du vent. Le prix du paflage eft de 30 fous
pour
les libres & de la moitié pour les efclaves. On peut
le
apprécier 3 par prix de la
barique de fucre de 1,500 livres &c au-delà, qui eft de fix francs , le tarif des autres
objets. On trouve auffi au Cap, de petits canots particuliers qui font ce pallage
pour deux gourdes.
Le fifc s'était étendu autrefois fur cette partie. Dès le commencement de 1717,
Dd 2
ft de 30 fous
pour
les libres & de la moitié pour les efclaves. On peut
le
apprécier 3 par prix de la
barique de fucre de 1,500 livres &c au-delà, qui eft de fix francs , le tarif des autres
objets. On trouve auffi au Cap, de petits canots particuliers qui font ce pallage
pour deux gourdes.
Le fifc s'était étendu autrefois fur cette partie. Dès le commencement de 1717,
Dd 2 --- Page 238 ---
212 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
ce pafage fut affermé avec ceux de Caracol & de Jacquezy. Celui de Limonade
donna lieu a un tarif des Admini(trateurs > le IO Juin 1738,& au mois de
Décembre 1746, un premier commis des bureaux des Colonies, qui ne délaignait pas les chofes lointaines, fit figner à fon profit, un brevet de don,
pour
vingt ans, du produit de ce paffage > comme une annexe de celui du bac du
Cap, objet principal du brevet. Cet abus de pouvoir excita vainement des
mécontentemens & des plaintes, puifque celles-ci arrivaient
mier commis qui les excitait. Les vingt années étant précifément au preprès d'expirer 3 on crut
qu'un nom plus relevé que celui du, premier commis, ne ferait qu'embelli
même conceflion. En conféquence, le 8 Mai 1765, Mde. la Ducheffe de Brancas par la
obtint, mais pour trente ans > le brevet de don du péage du Cap, dont on déclara
cependant que les autres paffages ne dépendaient point. Une feule barque était
deftinée au fervice du beau quartier de Limonade > duranr le privilège exclulif
que l'on fit ceffer en 1765, & le public était mal-fervi.
Lorfque la Grande rivière eft débordée, ce qui eft fon état habituel dans la
faifon des pluies + les paffagers acquièrent encore plus d'utilité,
fervent alors à entretenir la communication avec le Cap.
parce qu'ils
Dans la guerre de 1756, lorfque les croifeurs infeftaient nos côtes
denrées des paroiffes fituées à PEt de Limonade , n'avaient point d'autre débou- 7 les
ché, & c'était par cette voie que leurs habitans tiraient leur fubfiftance du
Cette préférence était die à la pofition de cet embarcadère 3 dont la
Cap.
fe faifant en dedans des reffifs, eft à l'abri d'être infultée par les corfaires, navigation
L'établifiement de l'embarcadère de Limonade ferait encore plus
fi
l'on
fréquenté,
réalifait le projet du canal du Fort-Dauphin à la baie de Jacquezy. Il fert
d'afile à trente-quatre pêcheurs qui fourniffent à l'approvifionnement du Cap. On
y voit deux grandes manufactures de tafia. Le gouvernement l'a jugéafftz
imporrant pour l'affujettir à la police des villes qui défend d'y couvrir les maifons
paille. Ce bourg eft plus fain qu'on pourrait le penfer. Il doit cette falubrité en à
l'avantage d'être placé au vent des marais. Les hôpitaux militaires qui y ont été
établis, ont infiniment moins perdu d'hommes que les antres., quoique_leur
établiffement n'offrit pas les mêmes commodités.
L'embarcadère de Limonade eft prefque auffi ancien que l'établifement de
eette paroiffe. Avant 1713, il avait un corps-de-garde 3 chargé de tirer l'allarme
que répétait un canon 3 placé chez M. Fournier, licutenant-colonel de milices,
y ont été
établis, ont infiniment moins perdu d'hommes que les antres., quoique_leur
établiffement n'offrit pas les mêmes commodités.
L'embarcadère de Limonade eft prefque auffi ancien que l'établifement de
eette paroiffe. Avant 1713, il avait un corps-de-garde 3 chargé de tirer l'allarme
que répétait un canon 3 placé chez M. Fournier, licutenant-colonel de milices, --- Page 239 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE 213
La différence entre I hauteurde la plus grande marée qui arrive au mois de
Juillet, lors de la pleine lune qui fuit le folltice d'Été, & la plus baffe marée cit
d'environ deux pieds.
Le thermomètre de Réaumur 3 obfervé pendant vingt-cinq ans 1 dans la plaine
de Limenade, dans le voifinage de la mer, ne s'eft point élevé au-deffus de 28
degrés & n'a pas baiffé au-deffous de 18 degrés. La température des montagnes
varie fuivant l'élévation & la pofition des lieux. Elle va communément I'Hiver
de 9 degrés à l'aurore, jufqu'à 16 dans la'plus grande chaleur du jour &
P'Été de 18 à 22 degrés, 3 à moins que des jours abfolument privés de brife > ne le
portentjufqu'à 27 degrés > ce qui eft très-rare.
On croit pouvoir évaluer à 80 ou à 90 pouces la quantité d'eau qui tombe
annullement dans la plaine. Quelquefois $ dans la faifon appelée hivernage
aux Ifles du Vent, c'eft-à-dire, depuis le mois de Juilletjufqu'à celai d'Oétobre, il
furvient de petits coups de vent qui découvrent & renverfent des cafes à
nègres 3
& même des cafes à bagaffes, endommagent les autres couvertures de tuiles OUI
d'ardoifes &x détruifent les bananiers,
Dans le coup de vent de 1772, ) un cachalot fut jetté en dedans du reffif de
Limonade où il périt. Il infecta même jufqu'au Cap & l'effet ne ceffà que quand
les requins l'eurent dépecé.
Ces coups de vent font accompagnés de pluies exceffives. C'eft ce qui arriva
le 17 Oétobre 1780, époque d'un débordement que j'ai déjà indiqué parmi ceux
qui ont défolé cette paroiffe. La Grande rivière furmonta les levées de l'habitation
Bullet & vint fe jetter dans le Foffé. Elle fit la même chofe fur les habitations
Dumefnil, Deftouches & Fontenille. Malgré cette dérivation > la Grande
rivière rompit les digues de l'habitation la Molère au Quartier-Morin; au deffous,
du côté de Limonade, les levées de celle le Fevre eurent une brêche de
I5O pieds
& une de so;ils'en fit une autre fur Phabitation Miniac Treffin & trois fur l'habitation Fournier de Bellevue qui, placée au bas de la plaine n'était encore
qu'un étang à cinq heures du foir, quoique l'inondation eut commencé à cinq
du matin. Le vent arracha les bananiers &-le manioc dans les montagnes.
Mais ces ravages inftantanés, quoique grands, ne font pas comparables à ceux
de la féchereffe qui, depuis vingt ans 3 deviennent toujours plus fréquens.
La paroiffe de Limonade a beaucoup de chemins de icommunication & de
traverfe. Les deux principaux font ceux qui vont du Cap au Fort-Dauphin en
heures du foir, quoique l'inondation eut commencé à cinq
du matin. Le vent arracha les bananiers &-le manioc dans les montagnes.
Mais ces ravages inftantanés, quoique grands, ne font pas comparables à ceux
de la féchereffe qui, depuis vingt ans 3 deviennent toujours plus fréquens.
La paroiffe de Limonade a beaucoup de chemins de icommunication & de
traverfe. Les deux principaux font ceux qui vont du Cap au Fort-Dauphin en --- Page 240 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
paffant l'un par le bourg du Terrier-Rouge 8c l'autre par le bourg du Trou.
En 1720, on allait encore du Cap à Bayaha par des fentiers dont les circuits
mettaient une grande dittance entre ces deux points 8c d'où l'on venait gagner un
chemin qui aboutifait au Haut du Cap. Plufieurs fois on avait prefcrit l'ouverture d'une nouvelle route. 3 mais enfin le IO Décemb:e 1720,les Adminiftrateurs
ordonnèrent qu'on en pratiquerait une de 40 pieds de large, à partir du pont du
Foffé &c qui, allant au Qgartier-Morin, pafferait au Sud de lgife de cette
paroiffe & de lhabitation Beaunay 2 jufqu'à rencontrer le grand: chemin du
Quartier-Morin, allant de l'embarcadère de la Petite-Anfe au Morne-Pelé, & qui
remontant ce chemin irait chercher celui de la paroiffe de la Petite - Anfe, au
Haut du Cap. Mais comme on prévoyait que cette route ne ferait pas praticable
dans toutes les faifons, la même ordonnance décida qu'un chemin déjà ouvert
entre l'habitation Charrite ( aujourd'hui Duplaa) 8z le Fevre, ferait prolongé,
d'abord à lEft jufqu'à rencontrer dans Limonade le chemin qui allait du pont
du Foffé à l'embarcadère , & qu'à l'Oueft, il irait traverferle chemin du Quartier-Morin pour aller, coupant encore celui de la Petite-Anfe, gagner la paffe
àAny & le Grand chemin du Cap.
Ces travaux furent ordonnés aux trois paroiffes de Limonade, du Quartierleur étant d'une utilité commune 8c l'on y
Morin & de la Petite-Anfe, 3 comme
joignit ceux du chemin du pont de Limonade à l'embarcadère qui devenait grand
chemin, puifque le fecond de ceux ordonnés, allait y aboutir.
Il réfulte de ces détails que la communication primitive de Limonade avec le
à la Grande rivière', avait lieu par le point où le chemin du Cap
Cap, quant
maintenant cette rivière; que le chemin de l'embarcadère au
au Trou, coupe
Foffé fut le premier pratiqué ; que ce Foffé ayant trente-deux pieds d'écore en
écore, avait un pont que les débordemens forcèrent de reconftruire 7 en 1713,
détruifrent le premier, fait en 1708 5 que le chemin du Bois de
parce qu'ils
la
à Viard, a été le
Lance qui communiquait avec le Quartier-Morin par paffe
fecond &c
le dernier de tous les chemins de Limonade eft précifément
3 qu'enfin
venant du Cap, traverfe la Grande rivière à
le plus utile aujourd'hui; c'eft,celui qui
1,800 toifes de fon embouchure & dans un point où fon lit a I04 pieds de large.
On eft fort étonné qu'une route auffi fréquentée & aufli importante foit auffi
incertaine à caufe du paffage de cette rivière, où durant les Nords & les orages
fuite 2 depuis fix jufqu'à douze pieds d'eau &
ily a quelquefois pluficursjoursde
averfe la Grande rivière à
le plus utile aujourd'hui; c'eft,celui qui
1,800 toifes de fon embouchure & dans un point où fon lit a I04 pieds de large.
On eft fort étonné qu'une route auffi fréquentée & aufli importante foit auffi
incertaine à caufe du paffage de cette rivière, où durant les Nords & les orages
fuite 2 depuis fix jufqu'à douze pieds d'eau &
ily a quelquefois pluficursjoursde --- Page 241 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
même davantage ; & qu'on ne l'ait pas garantie de cet inconvénient & des
malheurs qui en font trop fréquemment la fuite.
M. Barrère, lieutenant de roi au Cap, propofa au miniftre le IO Juillet
1708, la, conftruction d'un pont fur ce paffage ; &c cette propofition
le
8 Octobre fuivant, n'eàt aucun effet. Le 28 Septembre
MM. agréée
&c Maillart écrivirent au miniftre pour demander
1739,
Larnage
point. On
ce pont, & on ne l'exécuta
parut s'occuper férieufement de ce plan lors de l'arrivée de M. de
Belzunce. L'efcadre anglaife deftinée au fiège de la Havane, contrariée
vents d'Oueft & forcée de fe tenir
le travers
par les
craintes à
par
du Môle, donnait de vives
Saint-Domingue 2 précifément au moment où les orages avaient affez
augmenté les eaux de la Grande rivière
pour qu'iln'y eût pas de
avec les parties qu'elle a dans l'Eft. M. de Belzunce prit alors le communication
établir un bac. Mais comme il était fouvent à
parti d'y faire
fondre le brai, &
fec, l'ardeur du foleil faifait
chaque jour il fallait le réparer. Quand la rivière était
les arbres qu'elle chariait entrainaient le bac
forte,
, qui difparut à fon tour,
MM. de Vallière & de Montarcher arrétêrent le marché du
Renaud, entrepreneur du Cap, en 1773, fauf l'autorifation pont avec M.
quand l'autorifation vint, on ne parla plus du
du Miniftre > &c
& le Brafleur voulurent
pont. En 1780, MM. de Reynaud
en réalifer le projet; on en fit le
Il devait
de bois fur des piles de
plan.
être
maçonnerie, avec une feule arche de 17 pieds d'élévation
au-deffus du fond de l'eau, 3 & 20 pieds de large. D'après le devis, M.
entrepreneur 5 fe chargeait de fa conftrudtion
Artau,
liv.
pour 574,140 liv., & demandait
677,320 pour le faire avec la voûte de maçonnerie en
de Saint-Venant, habitant du
briques. M. Barré
de fer, & l'on
Quartier-Morin, en propofà un avec des chaînes
ne fait déjà plus depuis long-tems qu'on aurait dû ce
bienfait aux deux chefs que j'ai nommés, fi leur aétive adminiftration nouveau
On paffe la Grande rivièré prefqu'à fec
avait duré.
tems & avec danger
lorfqu'il n'a: pas plu depuis longlorfqu'il pleut 3 & l'on voit des negres. de l'habitaticn
Lefebvre arriver à la paffe aux: moindres Crues, environner la voiture
chevaux pour rompre le fil de l'eau & efcorter ainfi d'un
& les
bord à l'autre le
voyageur plus ou moins craintif, plus ou moins audacieux:
craindre
des
5 fi le courant fait
pour
voiturés pleines, on les fait paffer à vide > & des
portent les hommes fur leur cou ou entreleurs bras
nègres
les entourent pour lcs foutenir &
entrelacés; tandis que d'autres
s'oppofer au courant. Il n'eft perfonne qui
de l'eau & efcorter ainfi d'un
& les
bord à l'autre le
voyageur plus ou moins craintif, plus ou moins audacieux:
craindre
des
5 fi le courant fait
pour
voiturés pleines, on les fait paffer à vide > & des
portent les hommes fur leur cou ou entreleurs bras
nègres
les entourent pour lcs foutenir &
entrelacés; tandis que d'autres
s'oppofer au courant. Il n'eft perfonne qui --- Page 242 ---
216 DESCRIPTIO 2e N DI E L A P A R TIE
dans ces inftans > & plus encore dans ceux où le paffage eft abfolument interdit &
où quelque téméraire paie de fa vie fon imprudente impatience , qui ne demande
un pont ; mais la rivière rentre dans fes bornes & l'on reprend l'ordre machinal qui
dirige tout à Saint-Domingue.
J'aurais dû expoler plutôr mon impuiffance de trouver-l'origine du nom de
aufli ancien
l'établiflement de ce lieu. Peut-être
Limonade, 3 qui me parait
que
eft-il venu de ce que ce fut un des premiers de la Colonie françaife où l'on
fit du fucre. J'aimerais cependant mieux croire, comme plus vraifemblable, que
Limonade fera venu de Limon , nom efpagnol de l'oranger, parce que dans
la plaine de Limonade & du Quartier-Morin, portion la plus riche de la
Partie du Nord, cet arbre précieux devait être commun. Mais, & on le
donne fi de foin, furtout dans les cantons riches de la
croira à peine 2 on
peu
Colonie 3 à ce qui eft d'agrément, c'eft-à-dire, à ce qui ne fe convertit pas en
qu'on trouve difficilement quelques orangers dans la plaine de Limonade
argent, & plufieurs habitans font acheter au Cap les citrons néceffaires à l'ufage
que
domeftique de leurs maifons. Il eft vrai que depuis environ trente ans, on a
remplacé dans la plaine du Cap les haies qui étaient toutes de citroniers, par
des haies de campâche.
La population de Limonade eft une des plus confidérables de la Colonie. On
dans la plaine environ 200 blancs, 200 affranchis 2 ( dont la plupart font
compte
réunis dans un point de la favane de Limonade, près le chemin du Cap au
Terrier-Rouge, où ils forment une bourgade ), & 8,000 nègres. Les mornes
peuvent avoir 260 blancs, 300 affranchis 8c 5,000 nègres; ce qui offre un total
d'environ 14000 individus 3 dont 290 portant armes. Les affranchis étaient bien
plus nombreux qu'à préfent, avant l'expédition de Savannah, puifque la paroiffe
de Limonade avait alors une compagnie de quarterons de 60 hommes, une de
mulâtres de plus de 100, & 35 nègres libres; 8c il y avait furement beaucoup
d'individus qui échappaient aux revues.
La première compagnie de cavalerie-milice de Limonade était commune
deux autres
du Quartier-Morin & de la Petite-Anfe, on la forma au
aux
paroiffes
mois de Novembre 1700, & M. Garnier en fut nommé capitaine le 15 du
même mois. Sa commiffion porte que c'eft en confidération des fervices qu'il a
rendus & à l'expédition de Carthagène & au combat de Limonade où il a été
également bleffé,
Limonade
ie de cavalerie-milice de Limonade était commune
deux autres
du Quartier-Morin & de la Petite-Anfe, on la forma au
aux
paroiffes
mois de Novembre 1700, & M. Garnier en fut nommé capitaine le 15 du
même mois. Sa commiffion porte que c'eft en confidération des fervices qu'il a
rendus & à l'expédition de Carthagène & au combat de Limonade où il a été
également bleffé,
Limonade --- Page 243 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 217
Limonade fi peuplé de blancs lors de fon établiffement, n'en avait que 80
portant armes en 1713Cette paroiffe donne fon nom à l'un des cinq quartiers de la Partie du Nord,
qui comprend en outre les paroiffes du QJartier - Morin, de Sainte-Rofe, du
Dondon & de la Marmelade i elle dépend du commandement & de la
fénéchauffée du Cap.
On compte de l'églife de Limonade
lieues.
lieues.
An Cap,
Au Fond-Bleu,
A Roucou, 3
Au bourg du Trou,
Au Bois de Lance p
du Quartier-Morin,
31/2
A Sainte-Suzanne,
de Sainte-Kofe,
Aux Côtetettes,
A l'églife du Quartier-Morin,
Au Moka Neuf,
Limonade a fourni des littérateurs & des hommes dignes d'éloge 3 ou a été
habité par eux. On peut citer parmiles premiers, M. de Chabanon, de l'Académie
Françaife &c de celle des Belles-Lettres.
M. Chabanon de Maugris > fon frère, connu par un Effai de traduétion en vers
d'un livre des Odes d'Horace 3 par la Paftorale de Philémon & Baucis, opéra,
&c qui donna à vingt & un ans des mémoires admis parmi ceux des Savans
étrangers, publiés par l'Académie des Sciences j il a été enlevé trop tôt aux
lettres.
Parmi les feconds, on doit nommer M. le Gentil de la Barbinais, habitant de
ce quartier, né à Saint-Malo. Il s'embarqua le 30 Août 1714 fur le vaiffeau le
Vengeur, du même port, Arrivé au Pérou, il fe mit fur un autre vaiffeau qui
allait à la Chine. Après y avoir féjourné près d'un an, il vint débarquer au port
de Gênes, en 1718. M. le Gentil eft le premier français qui ait fait le tour du
Monde, ou du moins qui ait écrit fes voyages $ & on lui doit des notion's
exaétes fur la Chine. Ses ouvrages imprimés à Paris en 1727, en
trois volumes in-12., font cités avec éloge par Buffon & Voltaire, & ont
obtenu les fuffrages de Fontenelle, qui dit dans fon approbation pour la cenfure
en 1724: >5 Je crois que -cet ouvrage fera inftructif pour le fond des chofes,
& agréable par la manière dont il eft écrits.
Au retour de fon voyage, M. le Gentil s'attacha au cardinol de Rohan, &c le
Tome I,
Ee
trois volumes in-12., font cités avec éloge par Buffon & Voltaire, & ont
obtenu les fuffrages de Fontenelle, qui dit dans fon approbation pour la cenfure
en 1724: >5 Je crois que -cet ouvrage fera inftructif pour le fond des chofes,
& agréable par la manière dont il eft écrits.
Au retour de fon voyage, M. le Gentil s'attacha au cardinol de Rohan, &c le
Tome I,
Ee --- Page 244 ---
218 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fuivit à Rome en qualité de fecrétaire d'Ambaflade, Il a auffi publié une. hiftoire
du Conclave.
M. le Gentil, devenu commiffaire-ordonnateur au Cap, y époufa une Delle
Fournier. Ce Jittérateur eftimable eft mort à Nantes 3 vers 1740.
On doit à M. Dureau de la Malle, autre habitant de ce quartier, une
traduction eftimée du Traité des Bienfaits de Seneque.
M. Mofnereau, aufli habitant de Limonade, a donné une Defcription de
l'Indigo & de fa culture, en un volume in-12.
Limonade a eu pour curé le père le Pers, Jéfuite, auteur des mémoires fur
lefquels le père Charlevoix; fon confrère, a écrit l'Hiftoire de Saint-Domingue.
Le père Archange, mort curé à Limonade, a publié un grand ouvrage fur
l'Aftronomie.
Au nombre des autres hommes qui ont honoré ce lieu, on doit compter e
1°, M. Garnier, auteur de la famille Tabary-Garnier, dontj'ai déjà parlé plufieurs fois. Il marcha au fiège de Carthagène à la tête d'une compagnie de
Limonade, où il avait M. Louvet pour lieutenant & M. Maurice pour. enfeigne.
Ses heureules qualités & fon rare courage le firent choifir pour doyen du confeil
fupérieur du Cap à la création de cette cour, lorfque la Colonie avait encore
befoin de guerriers jufques dans fes magiftrats, &c que les traits de valeur étaient
un titre à toutes les récompenfes.
2°. M. Fournier qui marcha aufli au fiège de Carthagène & qui fut choifi pour
confeiller du Confeil du Cap, en 1781. Cet habitant, le même que j'ai nommé
pages 189 & 212, eft peut-être de tous les colons de Saint- Domingue, celui
dont la fortune a été la plus remarquable, puifqu'il laiffa, à Limonade une
fucrerie à chacun de fes trois fils & à chacune de fès trois filles.
3°. M. Fournier de la Chapelle, fils du précédent, Créol > mort ancien procureur-général du Confeil du Cap, avait fait réuffir parfaitement le mûrier blanc
>
venu d'Europe, fur fon habitation de Limonade, ( où une allée de palmiers de
près de mille toifes de long offre un fpeétacle majeftueux ). Il y fema auffi
beaucoup de lilas des Indes ou Azedecock dont on fait des chevrons & des cercles
paffables. M. de la Chapelle avait fait, en outre > pour améliorer différens fruits
du pays, des tentatives très-heurcufes que l'on a pas été jaloux de fuivre ni
d'imiter.
M. de la Chapelle eft le premier qui ait mis en pratique l'inoculation à Saint-
mille toifes de long offre un fpeétacle majeftueux ). Il y fema auffi
beaucoup de lilas des Indes ou Azedecock dont on fait des chevrons & des cercles
paffables. M. de la Chapelle avait fait, en outre > pour améliorer différens fruits
du pays, des tentatives très-heurcufes que l'on a pas été jaloux de fuivre ni
d'imiter.
M. de la Chapelle eft le premier qui ait mis en pratique l'inoculation à Saint- --- Page 245 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 219
Domingue, d'une manière étendue $ il inocula fes nègres en 1767 & eut le plus
heureux fuccès.
4°. L'eftime générale nomme encore M. Fournier de Varenne , petit-fils de
M. Fournier, auteur de plufieurs mémoires utiles > de la Chambre d'Agriculture
du Cap dont il a été membre. Citoyen précieux pour un pays devenu fa patrical'âge
de dix-neuf ans, il avait conçu l'idée, d'une Encyclopédie coloniale - 3 mais des
devoirs de famille l'ont empêché de fuivre ce projet. L'armée efpagnole cantonnée à Limonade en 1782, a affez éprouvé en lui, & a affez répété, combien
un commandant de quartier éclairé & chéri peut être utile. L'amour filial l'a
ramené après vingt-fix ans dans Saint - Malo, fa ville natale ; mais SaintDomingue n'oubliera jamais fes vertus privées &c publiques, & le fervice qu'il
lui a rendu en l'enrichiffant avec M. Duvernet, habitant du Limbé, du bambou,
dont mille ufages font l'éloge.
Le bambou apporté à Saint-Domingue avait été pris fur l'habitation Rochechouart à la Martinique où il était connu depuis quelques années. On l'embarqua
fur le vaiffeau du roi IHeétor en 1759, & il fut planté fur l'habitation Portelance
prèsl l'embarcadère de la Petite-Anfe. La première bouture fut remife à M. de
Varenne, 5 qui la mit fur l'habitation Fournier de Bellevue à Limonade. Les
premièrs bambous qu'elle produifit 3 fournirent les chevrons d'un bac à vefou
qui a duré dix-fept ans 3 on les avait employés avant leur parfaite maturité. Combien il eft regrettable que l'infeete qui détruit le bambou à Saint-Domingue s
devienne chaque jour plus commun !
M. de Varenne a auffi tenté de naturalifer le peuplier d'Italie que lui avait
envoyé M. le Fer de Beauvais de Saint-Malo. Cet arbre pouffait des branches
avec force , les feuilles étaient plus larges & d'un vert plus foncé qu'en Europe 3
mais dès que les tiges avaient atteint dix ou douze pieds, elles périffaient. On en
planta, fans fuccès, au bas de Limonade 3 à Roucou &x fur l'habitation Duplaa,
au bas du Quartier-Morin.
Le faule a auffi affez bien réuffi à Limonade, mais les branches étaient caffantes.
Il eft vrai qu'il n'était pas près de l'eau, voifinage qui le rendrait peut-être plus
fouple 3 au refte > on peut s'en confoler, lorfqu'on fait que l'ofier ne vaut pas
les lianes dont la nature eft fi prodigue à Saint-Domingue.
M. Fournier de Varenne a eu auffi l'avantage de pratiquer l'inoculation fur fon
habitation à Roucou 3 en 1772, fur quatre-vinge dix-huit fujets de tout âge. Il fic
Ec2
n'était pas près de l'eau, voifinage qui le rendrait peut-être plus
fouple 3 au refte > on peut s'en confoler, lorfqu'on fait que l'ofier ne vaut pas
les lianes dont la nature eft fi prodigue à Saint-Domingue.
M. Fournier de Varenne a eu auffi l'avantage de pratiquer l'inoculation fur fon
habitation à Roucou 3 en 1772, fur quatre-vinge dix-huit fujets de tout âge. Il fic
Ec2 --- Page 246 ---
220 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
même un petit catéchifme d'inoculation que la contagion de la petite vérole rendit
très-utile, dans la même année, & qui, quoique refté manuferit, devint le guide
de beaucoup d'habitans.
ce@ @ 3 D2 X
VII
P A R O ISSI E S A IN T E R o S L.
Iimproprement appelée
PAROISSE DE L A
R A N D E - R IVIE R E.
RIEN n'eft aufii commun à Saint-Domingue que de trouver des rivièrer
défignées fous la dénomination de Grande rivière, qui ferait déjà vicieufe , n'exprima-t-elle qu'une idée de comparaifon, parce qu'on ne fait quel en eft le terme
pofitif, mais qui l'eft doublement par fa multipliciré. A combien plus forte raifon
doit-on blâmer l'ufage qui a fait adopter le nom de Grande-Rivière pour celui
d'une paroiffe, furtout en abandonnant le nom de Sainte-Rofe qu'elle a reçu dès
fon origine. Je crois donc faire une chofe conforme à la raifon &c m'élever
contre un abus réel des mots, > que de rétablir l'appelation primitive de cette
paroiffe > &je ne diraijamais que la paroiffe Sainte-Rofe.
Cette paroiffe eft, pour ainfi dire, formée par une gorge de montagnes qui
a environ fix Heues de profondeur fur à-peu-près trois lieues dans fa plus grande
largeur. Ilf faut donc compter Sainte-Rofe pour une paroiffe de plaine.
Cette paroiffe a au Nord, d'abord un petit point de la paroiffe du QuartierMorin, 2 c'eft celui qui eft au Nord du bourg de la Tannerie; puis la paroiffe
de Limonade, en fuivant la Grande rivière & allant aux mornes du Bois de
Lance, des Bois-Blancs, des Côtelettes & à la crête des Giraumons jufqu'au No,
43 des limites elpagnoles. Là, Sainte-Rofe trouve pour limite à PER, le territoire efpagnol 3 en fuivant encore le cours de la Grande rivière jufqu'au corpsde-garde efpagnol du Bahon à l'embouchure de ruiffeau de ce nom, où eft la
pyramide No.44: ; les montagnes de Bahon jufqu'au corps-de-garde de la Vallée
ou du Bail (qui comme celui de Bahon a un fergent & quatre hommes ), Ce qui
comprend les pyramides No. 45, 46,47,48 > 49 & 50 des himites,
agnol 3 en fuivant encore le cours de la Grande rivière jufqu'au corpsde-garde efpagnol du Bahon à l'embouchure de ruiffeau de ce nom, où eft la
pyramide No.44: ; les montagnes de Bahon jufqu'au corps-de-garde de la Vallée
ou du Bail (qui comme celui de Bahon a un fergent & quatre hommes ), Ce qui
comprend les pyramides No. 45, 46,47,48 > 49 & 50 des himites, --- Page 247 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 221
La paroiffe Sainte-Rofe eft terminée, au Sud, par la chaîne de la MontagneNoire quila fépare auffi de la colonie efpagnole ; & par la prolongation de la ligne
des frontières jufqu'à la pyramide No, 97, qui eft aux fources de la ravine
Mathurin. Enfin la paroiffe Sainte-Rofe a pour terme à l'Oueft 3 d'abord la
paroifie du Dondon dont elle eft féparée par le prolongement de la première
chaîne de montagnes partant du Cibao, & dont un embranchement latéral qui vient
former la crête du grand Gilles, fépare la paroiffe Sainte-Rofe de la paroifie de
Ja Petite-Anfe jufqu'au point où cette crête prête à fe terminer proche le bourg
de la Tannerie , a Sainte-Rofe d'un côté, &c de l'autre une petite portion de la
paroilfe du Quartier-Morin.
C'eft au milieu du fond de la gorge Sainte-Rofe que coule la Grande rivière
déjà connue du Leéteur par la defcription de la paroiffe de Vallière & de celle de
Limonade , & que les Naturels appelaient Guaraouai. Elle traverfe Sainte-Rofe
qui eft fort expolée à fes débordemens dans toute fa partie plane..
C'eft dans cette partie à environ 2,000 toifes du bourg de la Tannerie
qu'eft l'églife de Sainte-Rofe. Elle eft de bois & mal bâtie. Le prefbitère eft de >
maçonnerie & commode. Quelques cafes réunies autour de cette églite forment
une cfpèce de bourg, habité par une quarantaine d'individus. C'eft le lieu du
marché & du raffemblement des milices de la paroiffe pour paffer les revues.
Sainte-Rofe a fait partie de la paroiffe du Quarder-Moriajuiquen 1712, qu'ellemême fut érigée en paroiffe, & jufqu'au mois' de Décembre 1749: 3 leurs milices
ne formaient qu'une feule compagnie.
Ce lieu était originairement célèbre par l'indigo &c furtout par le tabac qu'il
produifait, & le fuccès de la culture de ces deux plantes avait beaucoup accru le
nombre des habitans. > lorfqu'un affreux débordement vint prefque l'anéantir,
le 18 Octobre 1722. Les eaux parvinrent à une fi prodigieufe
>
hauteur, > que tout
l'intervalle de l'un des côtés de la gorge jufqu'à l'autre, devint le lit de la rivière :
demeures, hommes > animaux, uftenfiles, meubles, tout fut emporté; ce défàftre
ayant duré pendant vingt-quatré heures, il y eut près de deux cens perfonnes
noyées. Arrivée dans la plaine 3 la rivière y continua fes ravages, &c Limonade,
le Quartier-Morin & la paroiffe de la Petite-Anfe eurent leur part du malheur.
Ceux des habitans de Sainte-Rofe qui échappèrent aux eaux 3 reftèrent fans
vêtemens, fans fubfiftance, 2 fans abri. Des aumônes confidérables, des
quêtes multipliées, montrèrent bien l'intérêt des habitans de la dépendance du
plaine 3 la rivière y continua fes ravages, &c Limonade,
le Quartier-Morin & la paroiffe de la Petite-Anfe eurent leur part du malheur.
Ceux des habitans de Sainte-Rofe qui échappèrent aux eaux 3 reftèrent fans
vêtemens, fans fubfiftance, 2 fans abri. Des aumônes confidérables, des
quêtes multipliées, montrèrent bien l'intérêt des habitans de la dépendance du --- Page 248 ---
N E L A PARTIE
222 D E S CRIPTIO
'ces infortunés, mais elles n'égalèrent pas les pertes. Plufieurs Colons
Cap pour d'abandonner leurs terres où la rivière avait laiffé du galet au lieu
furent obligés
d'autres
qu'ils avaient perdu, avec leurs nègres, tous
d'un fol cultivable ;
parce
leurs moyens de culture.
Ce changement fubit dans la fortune d'une foule de citoyens, offrait un cond'autant
les colons de Sainte-Rofe étaient renommés par
trafte
plus frappant que
Des confciences d'autant plus
leur amour pour une vie pleine de jouiflances.
émues la défolation était encore récente, fe rappelèrent que le père Méric, 2
que
le même
faintement indigné de la conduite
Jéfuite, 2 curé de cette paroiffe,
qui,
de fes paroifiens, s'était écrié lors d'un panégirique del la patrone, Cc Sainte-Rofe
avait encore tonné contre les plaifirs
3> de Lima - morte vierge > quoique créole ! >,
mondains, huit jours avant le débordement & avait fini par dire que dans peu
le Scigneur ferait fentir qu'on ne l'outrageait pas impunément.
de ravines fe déchargent dans la Grande rivière, fur le territoire
Beaucoup Les principales font celles à Picaut , qui defcend du Fond-Bleu;
de Sainte-Rofe.
vient de l'efpagnol; celle de Gambade, qui fort de la
celle à Marion, qui
celles du
- Trou & du Fond - Chevalier 3 qui
Montagne - Noire, &c
Joli
leur fource l'une à la Montagne-Noire, 8c l'autre aux Bois-Rouges.
prennent
Une autre ravine apporte un tribut confidérable : elle s'appelle Caracol, defcend
des Écreviffes qui eft de la paroiffe du Trou, &c forme un faut affez
du canton
pieds de largeur, & dont la hauteur
curieux. Quatre cafcades d'environ vingt-cinq
huitjufqu'à quinze pieds, tombent fucceffivement dans des baffins de
varie depuis
8c très-poiffonneux, dont le dernier eft
vingt pieds de large, très-profonds
cafcades furmontent
terminé par une vafte plate-forme de pierres. Quatre autres
mais tombant verticalement & étant bordées de rochers inacceffibles,
les autres, >
font moins
elles ne peuvent être mefurées que de l'oeil, qui juge qu'elles
larges
les autres, &c qui fait paffer dans l'ame l'impreffion majeftueufe produite par
que
ce fite environné d'arbres épais.
On ne doit donc pas s'étonner que les inondations foient fréquentes à SainteRofe, où l'on parle furtout de celles de 1722 & de 1754, de celle de 1772 qui
maifons
à deux cens toifes de fes rives, &c enfin de celle du
emporta des
placées croit avoir furpaffé de toutes celles qui l'ont préIS Oétobre 1730, qu'on
célée.
Sainte-Rofe compte trois fucreries, dont une ne fait que du fucre
La paroiffe
fréquentes à SainteRofe, où l'on parle furtout de celles de 1722 & de 1754, de celle de 1772 qui
maifons
à deux cens toifes de fes rives, &c enfin de celle du
emporta des
placées croit avoir furpaffé de toutes celles qui l'ont préIS Oétobre 1730, qu'on
célée.
Sainte-Rofe compte trois fucreries, dont une ne fait que du fucre
La paroiffe --- Page 249 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
brut, 329 cafeteries, 2 hattes, un entrepôt, 3 indigoteries, une cotonnerie,
une cacaotière & 67 places à vivres. Le terrain ne jouit pas en général d'une
haute réputation ; dans quelques lieux c'eft une terre fort légère; dans d'autres,
la. furface touche prefque à une efpèce de tuf argileux, furtout lorfqu'on approche
du fommet des montagnes. Il faut cependant excepter les hauteurs de la
Montagne-Noire &c du Joli-Trou,"od il fe trouve des parties très-fertiles.
Cependant la culture des vivres donne 3 dans cette paroiffe, des produits fi
abondans, que plufieurs fucreries de la plaine y ont ce qu'on nomme de petites
places, d'où elles tirent tous ceux quileur font néceffaires, & que 3 dans des tems
de difette, le Fort-Dauphin lui-même y trouve de quoi faire fubfifter fes ateliers
par le fecours des bananes &c de la caffave.
Comme tous les autres lieux de la Colonie 3 Sainte-Rofe eft fubdivifée en
cantons., qui ont chacun leur dénomination particulière. En fuivant le cours de
la Grande rivière > lorfqu'on entre dans cette paroiffe par le bourg de la
Tannerie, on les trouve dans l'ordre où je vais les nommer.
Rive droite.
Rivegaucbe.
L'Acul de Deux.
La Tannerie,
Le Gros nez.
La Petite Guinée,
Partie de la ravine à Fourmy ou à Goyard.
Le Grand Gilles.
Les Épineux.
Les Crêtes du Dondon.
Caracol.
Le Camp ( de Biros ).
Le Fourq de Caracol.
Le Grand Cormier.
Les Perroquets.
Le Petit Cormier.
La Ravine des Roches.
Le Bourg.
Les Giraumons.
La Grande Guinée.
Le Bois de Pins.
Le vieux Canton des Allemands.
Lts Genypayers.
Le Fond Chevalier.
Les Petites Mares.
Le Bois Ronge.
Les Crêtes à Marcan,
Le Piton de Roche.
Les Crêtes Plates.
Le Joli-Trou.
Le Picaut.
La Belle Crête.
La Ravine à Gambade.
La Crête à Gauthier.
La Montagne Noire.
Bellevue.
La Ravine à Trianon ou à Parifien.
La Ravine des Bananiers.
La Ravine de la Banque,
Bahon.
Le, Canton des Allemands.
Le Bay.
Il n'eft prefque aucun de ces noms dont on ne trouve l'étymologie dans
celui d'un habitant, dans la nature du fol ou des productions, ou dans la forme
du lieu.
Le Joli-Trou.
Le Picaut.
La Belle Crête.
La Ravine à Gambade.
La Crête à Gauthier.
La Montagne Noire.
Bellevue.
La Ravine à Trianon ou à Parifien.
La Ravine des Bananiers.
La Ravine de la Banque,
Bahon.
Le, Canton des Allemands.
Le Bay.
Il n'eft prefque aucun de ces noms dont on ne trouve l'étymologie dans
celui d'un habitant, dans la nature du fol ou des productions, ou dans la forme
du lieu. --- Page 250 ---
DE LA PAR T IE
224 DESCRIPTION
Les chemins de Sainte-Rofe font affez beaux pour toutes fortes de voitures,
& l'on peut s'enfoncer en chailes jufqu'à quatre lieues dans la gorge, mais c'eft
fept fois la Grande rivière. On peut cependant
avec l'inconvénient d'y paffer
aller d'un bout à l'autre de la paroiffe fans traverfer cette rivière, mais ce
chemin n'ef praticable qu'à cheval & pour des animaux de charge.
La température eft douce à Sainte-Rofe & même fur le haut de la MontagneNoire on a vu le thermomètre à 9 degrès au-deffus de glace pendant la nuit. Les
plus beaux légumes, de fuperbes fleurs & de larges artichaux croiffent fur cette
d'un habitant de la ville du
& même de la plaine, a
montagne où plus
Cap
recouvré la fanté qu'il était ailé chercher dans ce climat dont le froid femble
piquant par fon contrafte avec les chaleurs des tropiques.
On évaluaità quatre-vingt-dix pouces, l'eau que les pluies donnaient annuellement à Sainte-Rofe. Mais Saint-Domingue devient chaque jour plus fec, &c
même depuis quelques années, on ne peut guères compter que les deux tiers de
cette quantité. Les Nords & les orages font pleuvoir, mais ces derniersy exercent
les fix mois pluvieux font comptés
une plus grande libéralité, puifque
d'ordinaire de Juin à Novembre, & qu'ils donnent les 20 des jours de pluie & les
4 de la quantité d'eau de l'année. Le climat de Sainte-Rofe eft affez favorable
à fes habitans, pour qu'on y voye beaucoup de fexagénaires. C'eft de tous les
endroits de la Colonie, celui qui a montré le plus de centénaires.
Parmi eux, l'on doit citer le Capitaine Vincent Ollivier, nègre libre, qui a
été inhumé dans cette paroiffe, le 14 Mars 1780, âgé d'environ cent vingt ans.
Vincent, qui était efclave, faivit M. Ollivier fon maître 3 en 1697,au fiège de
Carthagène. Comme il en revenait fur un bâtiment de tranfport, il fur fait
prifoanier & mené en Europe où les Hollandais le rachetèrent avec feize autres >
qui farent tous envoyés en France. Vincent qui frappait par fa haute ftature,
fut préfenté à Louis XIV. Ayant pris de la paffion pour la vie militaire, Vincent
alla faire les guerres d'Allemagne fous Villars, & à fon retour à Saint-Domingue,
M. le marquis de Chateau-Morand, alors gouverneur-général, le nomma, en
1716, capitaine-général de toutes les milices de couleur de la dépendance du
Cap, d'oà lui était vénu le nom de Capitaine Vincent fous lequel feul, il était
connu &c qu'on lui donnait lors même qu'on lui adreffait la parole. La conduite
de Vincent 8z fes vertus quiétaient parvenues à rendre le préjugé muet, lui obtinrent l'épée du roi avec laquelle il fe montrait toujours, ainfi qu'avec un plumet.
Vincent
, en
1716, capitaine-général de toutes les milices de couleur de la dépendance du
Cap, d'oà lui était vénu le nom de Capitaine Vincent fous lequel feul, il était
connu &c qu'on lui donnait lors même qu'on lui adreffait la parole. La conduite
de Vincent 8z fes vertus quiétaient parvenues à rendre le préjugé muet, lui obtinrent l'épée du roi avec laquelle il fe montrait toujours, ainfi qu'avec un plumet.
Vincent --- Page 251 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 225
Vincent était admis partout; 5 on le vit à la table de M. le Comte d'Argout,
gouvemeur-général, affis à fes côtés &c moins enorgueilli de cette marque d'une
infigne prédilection, que celui qui la lui avait accordée. Il donnait à tous les
hommes de fa claffe un exemple précieux, & fon âge & une mémoire extrêmement fidelle le rendaient toujours intéreffant.
Je l'ai vu dans l'année qui précéda fa mort, rappelant fes antiques proueffes
aux hommes de couleur qu'on enrôlait pour l'expédition de Savannah, &
montrant, dans fes defcendans qui s'étaient offerts des premiers, qu'il avait
tranfmis fa vaillance. Vincent, , le bon capitaine Vincent, avait une figure
heureufe, & dans le contrafte de fa peau noire & de fes cheveux blancs, fe
trouvait un effet qui commandait le refpect. Aimé de tous tant qu'il vécut,
content de fon humble fortune dans la poffeflion d'une habitation au canton des
Bois-Blancs, & dans la jouiffance d'une penfion de 600 liv. que MM. d'Ennery
& de Vaivre lui avaient accordée, le 8. Juillet 1776, fur le tréfor public; cC
vénérable viellard a emporté à fa mort des regrets univerfels.
Le 26 Janvier 1780, on a vu mourir, à Sainte-Rofe, Nanette, négreffe libre, 3
agée de quatre-vingt-dix ans.
Le 14 Mai, Hélène Defle, veuve en premières noces de Richard Boutinot,
en fecondes de Mathurin Lamare > & en troifièmes de Pierre le Grand,
demeurant au canton du Joli-Trou, âgée de cent ans.
Le 29 Décembre, Catherine, négreffe libre, de nation Timbou, à quatrevingt-dix ans.
Le 28 Mars 1781, Marie-Jeanne, négreffe libre 3 du canton du Joli-Trou,
âgée de quatre-vingt-dix ans.
Le 31 Mai, Jeanne, négreffe libre, â cent ans.
Le 5 Septembre, Pierre Télémaque, affranchi par M. Legendre 3 à quatrevingt-dix ans.
Le 18 Novembre , Marie Magdelaine 2. négreffe libre, , Arada, à cent ans.
Le 14 Février 1782, Catherine Rouffeau; négreffe libre, veuve de Julien
Vital, à guaire-singt-guinze ans.
Sainte-Rofe a encore perdu depuis une blanche de cent trois ans 3 & ily a peu
de. tems qu'une autre, plus que centenaire, exiftait encore.
Enfin le premier Septembre 1786, eft mort René Aglan, nègre libre, à
rent dix ans.
Tome I.
Ff
greffe libre, , Arada, à cent ans.
Le 14 Février 1782, Catherine Rouffeau; négreffe libre, veuve de Julien
Vital, à guaire-singt-guinze ans.
Sainte-Rofe a encore perdu depuis une blanche de cent trois ans 3 & ily a peu
de. tems qu'une autre, plus que centenaire, exiftait encore.
Enfin le premier Septembre 1786, eft mort René Aglan, nègre libre, à
rent dix ans.
Tome I.
Ff --- Page 252 ---
226 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
On remarque auffi dans cette paroiffe, que les terrains de la partie Occidentale
font prefque les feuls qui ayent des pierres calcaires, 8c que prefque tous ceux
de l'Orient font garnis de pierres vitrifiables. On avait prétendu qu'il exiftait
une ardoifière dans la paroiffe, mais ce fait ne s'eft point vérifié.
La population de Sainte-Rofe eft de 650 blancs, 950 affranchis &x 9,500
efclaves. Des 1,600 libres; 500 font portant armes. Les milices de cette paroiffe
fourniffent, durant la guerre, leur contingent au fervice des corps-de-garde de
Caracol, de Limonade & du grand carénage du Quartier-Morin.
les habitans de Sainte-Rofe, fans être tous riches, font trèsEn général >
occu, és de fe procurer toutes les jouiffances d'une vie que des moraliftes
févèrès pourraient trouver un peu épicurienne , &c la fête de la paroiffe eft
céèbre les amufemens dont elle eft l'occafion. On y aime la bonne chère
& le jeu. par Il eft facheux que ce goût de diffipation n'ait pas banni un efprit de
rend les combats finguliers fort communs > dans un lieu où
fufceptibilité, > qui
du
tout le monde devrait fentir que la concorde eft le premier afaifonnement
plaifir. Cette humeur irritable & le foin de contenir un grand nombre de gens
de couleur, ont rendu difficiles les fonétions du commandant des milices de
l'heureux talent de conciliateur eft néceffaire, talent qui
cette paroiffe, auquel
n'exclut pas le befoin de fermeté.
La réputation de falubrité dont jouit la paroiffe Sainte-Rofe, avait déterminé
à y faire cantonner. 3 en 1719, deux compagnies des troupes détachées de la
marine, & ce territoire a eu d'autres cantonnemens 3 mais par d'autres motifs,
Toutes les perfonnes qui ont examiné Saint-Domingue militairement, fe font
accordées à regarder Sainte-Rofe comme le premier point d'une retraite intérieure
dans la Partie du Nord, & comme importante à caufe de la nature de fes
communications avec le Dondon, par des gorges qui s'ouvrent dans le territoire
de Sainte-Rofe. M. de Belzunce, arrivé à Saint-Domingue dans des circonftances où l'on devait regarder cette Colonie comme très-menacée,. & avec la
miffion difficile de la conferver au pouvoir de la France, ne laiffa pas SainteRofe 8. le Dondon fans fonger à leur utilité. Sachant que fous le miniftère de
M. le Maréchal de Noailles avait été fort occupé de l'idée
M. de Maurepas >
d'établir une place forte au Dondon, 8 croyant que la confervation des troupes
venues avec lui exigeait une mefure avec laquelle s'alliait fon fyftême défenfif
de la Colonie, il fit former des camps à Sainte-Rofe & au Dondon, Des
Rofe 8. le Dondon fans fonger à leur utilité. Sachant que fous le miniftère de
M. le Maréchal de Noailles avait été fort occupé de l'idée
M. de Maurepas >
d'établir une place forte au Dondon, 8 croyant que la confervation des troupes
venues avec lui exigeait une mefure avec laquelle s'alliait fon fyftême défenfif
de la Colonie, il fit former des camps à Sainte-Rofe & au Dondon, Des --- Page 253 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
baraques furent placées, notamment au bas de la gorge du Grand-Gilles, à
demi-lieue du bourg de la Tannerie 3 près de Phabitation Fontenelle;
une
qui avait devant lui un ancien lit de la Grande riviére, fe nommait le ce camp
De ce camp, la communication avec le Dondon fe divife
camp Biros.
en deux branches.
Celle de la droite, paffe par la gorge du Grand-Gilles qui a une lieue de long,
fur cinq cens toifes dans fa plus grande largeur, mais qui fe rétrécit dans
fieurs points &c tellement dans un 3 que les deux côtés des montagnes ne laiffent pluentr'eux que l'intervalle du chemin. Il n'y a que deux lieues du camp Biros
au bourg du Dondon.
La communication de la gauche eft par la gorge de Sainte-Rofe même.
traverfe un ancien lit de la Grande rivière dans quatre points. D'abord deux Ony fois
fur le terrain Fontenelle 3 puis a cent cinquante toifes de l'églife de Sainte-Rofe
& plus loin encore. Le chemin continue enfuite près de l'habitation Grand-Jean
8c va fe joindre à la gorge du Joli-Trou qui eft à une demi-lieue au-deffus de
l'églife.
Cette gorge du Joli-Trou a une lieue de long fur un quart de lieue de
dans fa
large,
plus grande largeur 3 comptée du pied d'une montagne à l'autre. A
environ un tiers de fon étendue, elle fe divife en deux branches. La première
traverfe plufieurs fois la ravine du Joli-Trou & la feconde eft ce qu'on appele le
Fond Chevalier. Ces deux branches fe réuniffent dans leur plus grande profondeur
où eft la jonction des chemins des deux petites gorges. Mais de la ce chemin fe
partage encore en deux. L'un monte la Belle-Crête & la traverfe pour arriver an
bois de la Porte jufqu'à la limite efpagnole qui eft à environ quatre lienes de
l'églife Sainte - Rofe ; l'autre après avoir paffé les Bois-Rouges > parvient au
Dondor proche l'églife de ce lieu qui, foit par la communication de la
droite, S
foit par celle de la gauche, fe trouve à environ trois lieues de celle de SainteRofe,
Entre l'églife de Sainte-Rofe & l'habitation Grand-Jean, ily a encore une
communication avec le Dondon. A une paffe de la ravine des Cormiers, le
chemin fe divife en deux, la fourche de la gauche va joindre le chemin du Dondon
à l'habitation la Bretonnière, fituée à une petite lieue du bourg du Dondon, &
celle de la droite va trouver le même chemin à l'habitation Dupuy, au fommet
de la gorge du Grand-Gilles & à environ mille toifes au-deffous de l'habitation
la Bretonnière,
Ff2
communication avec le Dondon. A une paffe de la ravine des Cormiers, le
chemin fe divife en deux, la fourche de la gauche va joindre le chemin du Dondon
à l'habitation la Bretonnière, fituée à une petite lieue du bourg du Dondon, &
celle de la droite va trouver le même chemin à l'habitation Dupuy, au fommet
de la gorge du Grand-Gilles & à environ mille toifes au-deffous de l'habitation
la Bretonnière,
Ff2 --- Page 254 ---
228 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
Ce fut encore à la même époque du mois de Mai 1762, que le chemin de la
du Grand-Gilles fut rendu praticable aux voitures pour le tranfport des
gorge
la Tannerie
haut de
approvifionnemens. , des munitions, > 8cc, depuis
jufqu'au
cette
On' fentit bien dès-lors que dans des montagnes où il fallait couper
& remuer gorge. des terres pour combler des points bas > on obtiendrait difficilement
chemin folide & durable > on était même très-enclin à lui en préférer un par
le un Bonnet qui, quoique plus long, à la vérité, était plus utile â la plaine du
Cap & à la partie montagneufe même 5 mais il fallait pour cette route 90,000
journécs d'ouvriers lorfque l'autre n'en exigeait que 27,000, &c cette dernière
confidération l'emporta. La paix arrivée en 1763, 8 le défaut d'entretien ont
ramené le chemin du Grand-Gilles à ce qu'il était auparavant, &c ils n'ont laiffé du
Biros, conftruit pour recevoir trois bataillons > avec magafins, hôpicamp
taux & autres établiflemens, que le fouvenir de ce que des corvées énormes
ont coûté aux habitans.
Cependant ces conftruations fervirent, au mois de Novembre & de Décembre
1764, à recevoir environ huit cents Allemands & Acadiens. Le tréfor public
acheta du terrain pour leur procurer les- moyens de fubfifter. Chaque famille
-
mois de
fa cabane, & quatre carreaux de terre avec un
avait, au
Janvier 1765,
petitj jardin enfemencé. Le 21 Décembre fuivant, on fit partir pour le Môle les
cent foixante & onze individus qui reftaient, tout le refte était mort. Ces malheureux Allemands failaient partie de ceux immolés par milliers dans l'entreprife
mal combinée de Cayenne. Et on a déjà befoin, vingt-quatre ans après, d'expliquer comment des cantons de Sainte-Rofe ont reçu leur nom de la tranfplantation
de colons très-exotiques pour le elimat de Saint-Domingue.
A la guerre de 1778, Sainte-Rofe avait repris un peu de l'exiftence qui tient
à fa pofition militaire. On y fit conftruire une batterie & un retranchement dans
-
le étroit du chemin au Sud du bourg de la Tannerie 8z plus loin des magafins,
:
des plus feurs & une poudrière pour recevoir les munitions de tout genre > d'abord
entrepolées dans les bâtimens de la fucrerie Fontenelle.
La pofition géographique de la paroiffe Sainte-Rofe > les difficultés que la
Grande rivière oppofent quelquefois à la communication de certaines parties avec
d'autres, &
, celle du canton de Bahon avec l'églife dont elle eft
5 par exemple
cimetière
éloignée de quatre lieues, ont été caufe' qulon a formé à Bahon >: un
faire les inhumations lorfqu'on ne pourrait pas aller à la paroifle, Ce parti
pour
erie Fontenelle.
La pofition géographique de la paroiffe Sainte-Rofe > les difficultés que la
Grande rivière oppofent quelquefois à la communication de certaines parties avec
d'autres, &
, celle du canton de Bahon avec l'églife dont elle eft
5 par exemple
cimetière
éloignée de quatre lieues, ont été caufe' qulon a formé à Bahon >: un
faire les inhumations lorfqu'on ne pourrait pas aller à la paroifle, Ce parti
pour --- Page 255 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 229
en quelque forte, forcé dans un pays où la putréfaction des corps eft très-rapide,
aurait dû être accompagné de la précaution de faire attefter ces inhumations fur
les regiftres paroiffiaux, mais elle a été négligée & ce n'a été qu'après en avoir
été averti par des circonftances particulières que le Confeil du Cap, par arrêt du
20 Oétobre 1785, a prefcrit la recherche de toutes les fépultures antérieures &c
a commis un habitant notable pour exercer > à l'avenir, une efpèce de vicariat
dont la principale fonétion eft de conftater > dans une forme probante > quels
font les individus qu'on enterre à Bahon, afin de confervér des preuves utiles à
l'état civil des citoyens.
La paroiffe Sainte-Rofe a été la première de la Partie du Nord 2 où l'on a vu
fe naturalifer des abeilles tirées de la Partie Efpagnole quiles tenait de la Havane.
M. Brulé , habitant au Joli-Trou 5: s'étant occupé de l'éducation de ce laborieux
infeéte , ily a trouvé une utilité réelle 5 puifqu'avant 1783, il vendait la pinte
de miel une. gourde. Cette valeur avait déjà décru de moitié en 1788.
Le bourg de Sainte-Rofe eft à
6 lieues du Cap.
3 lieues. de P'Églife de Limonade,
3 V2 de l'Églife de la Petite-Anfe.
du Dondon.
du Quartier-Morin.
Une ligne tirée Nord 8c Sud de l'Églife de Sainte-Rofe, irait aboutir à la
mer: , dans PEt de lembouchure de la Petite rivière du Quartier-Morin & à
environ cinq lieues de cette églife.
Sainte-Rofe eft du quartier de Limonade & du commandement &x. de la Sénéchauffée du Cap:
Ily avait, en 1717, un chemin du Cap à Léogane qui paffait par la gorge de
Sainte-Rofe, le Joli-Trou & le territoire efpagnol qu'on parcourait jufqu'au
Mirebalais.
On trouve dans le premier volume des Mémoires de la Société des Sciences
& Arts du Cap, une analyfe qui annonce que la paroiffe Sainte-Rofe renferme
au canton de la Montagne-Noire, far l'habitation Cameron, une eau minérale
ferrugineufe.
C'eft encore dans cette paroiffe, fur l'habitation Gouvion, qu'une mule a donné
le 30 Mars 1788, un foetus qui a été envoyé à la Société des. Sciences 8c Arts du
Cap',. ainfi que le procès-verbal qui conftatait ce. fait,
du Cap, une analyfe qui annonce que la paroiffe Sainte-Rofe renferme
au canton de la Montagne-Noire, far l'habitation Cameron, une eau minérale
ferrugineufe.
C'eft encore dans cette paroiffe, fur l'habitation Gouvion, qu'une mule a donné
le 30 Mars 1788, un foetus qui a été envoyé à la Société des. Sciences 8c Arts du
Cap',. ainfi que le procès-verbal qui conftatait ce. fait, --- Page 256 ---
230 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
La paroiffe Sainte-Rofe a pour fa police, un fubftitut du procureur du roi de
la Sénéchauffée du Cap, & en outre un exempt & quatre archers de Maréchauffée.
VIII
PAROISSE Sarst-Louisou MORIN,
Du. Qyartier-Morin ou du Trou de Cbarles Morin.
CETTE paroiffe eft une de celles qui donnent encore lieu de critiquer la
nomenclature coloniale, non pas cette fois pour avoir multiplié certaines dénominations, mais pour en avoir donné plufieurs au même lieu, ce qui eft
également propre à égarer. Il eft très-facile en effet, que celui qui entend parler
du Quartier-Morin ou qui lit ce mot dans un acte, n'en foupçonne pas l'indentité
avec ceux de Saint-Louis & de Trou de Charles-Morin, & qu'il croye auffi
qu'il exprime ce qu'on entend Ordinairement à Saint-Domingue par Qyartier,
& non pas une feule paroiffe.
La paroiffe du Quartier-Morin, pour me fervir du premier nom français
qu'elle ait eu & qui a tellement prévalu, qu'il n'eft pas permis d'efpérer qu'on
veuille l'abandonner, faifait originairement partie de celle de la Petite-Anfe,
& en fut féparée peu d'années après, quoiqu'elle ne foit devenue que le 2 Février
1700 la paroiffe Saint-Louis, du nom de fon patron actuel. Elle renfermait
encore à cette dernière époque tout ce qui était entr'elle & la limite e/pagnole
à l'Eft, en y comprenant même la gorge où eft la paroiffe Sainte-Rofe. Tout
le monde fait que la formation d'une paroiffe eft toujours poftéricure à celle
des établiflemens qui lui donnent naiffance ; parmi ceux-ci, s'en trouvait un
ou plus confidérable ou plus ancien que les autres, qui appelé du nom de fon
propriétaire, fervait à défigner un canton dépendant alors de la paroiffe de la
Petite-Anfe. On difait donc le Morin > le Quartier de Morin, le Trou de Cbarles
Morin, parce que ce Colon était dans un endroit où la Grande rivière qui
vaguait encore dans la plaine, avait laiffé des flaques d'eau. L'églife placée dans
fon voifinage était bien l'églife Saint-Louis, mais cette dénomination nouvelle
ayant à combattre l'habitude de l'ancienne 3 on continuait à dire le Morin en
la paroiffe de la
Petite-Anfe. On difait donc le Morin > le Quartier de Morin, le Trou de Cbarles
Morin, parce que ce Colon était dans un endroit où la Grande rivière qui
vaguait encore dans la plaine, avait laiffé des flaques d'eau. L'églife placée dans
fon voifinage était bien l'églife Saint-Louis, mais cette dénomination nouvelle
ayant à combattre l'habitude de l'ancienne 3 on continuait à dire le Morin en --- Page 257 ---
FI R A NÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
parlant, quoique dans les aétes on écrivit Saint-Louis, & enfin aujourd'hui &
depuis long-tems, on ne dit & l'on n'écrit prefque plus que Qyartier-Morin
C'eft à cette paroiffe que le nom de paroiffe de plaine convient
car
ment; on peut dire que tout fon territoire eft plane. Elle a
limites parfaiteNord la mer; ; à PEC la paroiffe de Limonade, dont elle eft
pour
au
féparée par la Grande
rivière, depuis fon embouchure jufqu'à environ 400 toifes au-deffous du
de la Tannerie; au Sud par une bande extrêment étroite de la
bourg
paroiffe SainteRofe, en fuivant la fommité du Grand-Gilles; & à l'Oueft,
la
la Petite-Anfe, favoir : depuis un point du fommet de la par paroiffe de
montagne du GrandGilles, qui correfpond à-peu-près au bout du Morne Pelé, jufqu'au point où
le chemin de l'embarcadère de la Petite-Anfe commence fur l'habitation Millot
puis ce chemin lui-même , jufqu'au point où il fe trouve entre deux mamelons ;
qui font dans le Sud-Oueft du Morne Pelé ; de-là, la limite faifant le NordEt, va paffer fur le fommet du Morne Pelé, du milietr duquel elle
direétion Nord-Oueft
va, par une
2 gagner la ravine des Sables, qui fert enfuite de borne
jufqu'à ce que devenue elle-même rivière Any, elle fe décharge dans la rivière
du Haut du Cap. A ce point 3 c'eft le cours de cette dernière jufqu'à fon embouchure dans la mer, qui fépare la paroiffe du Quartier-Morin de celle du
On peut évaluer la paroiffe du Quartier-Morin à environ
Cap.
longueur Nord & Sud, & à une lieue & demie de
quatre lieues de
largeur moyenne, > ce
équivaut à une furface d'environ fix lieues: carrées.
qui
Si, pour juger de l'importance des paroiffes de
Saint-Domingue > on les comparait entr'elles 2 à raifon de leur étendue, on commettrait une immenfe
relativement à celle du Quartier-Morin, puifqu'elle eft une de'celles
erreur
le meilleur fol, & dont les produits font proportionnellement les qui pofsèdent
& les produétions. les plus. belles (t). Elle ferait
plus confidérables
vraiment une terre promife, s'il:
(*) Pour tout dire,je crois devoir obferver qu'une bourgade de la province
Truxillo au Pérou, à POueft du cerre ou monticule de
&jdu Corrégiment de
Pélagatos 5 s'appele Morin.
(+) L'habitation le Febvre qui a 135: carreaux de cannes, 3 donne 800 milliers de fucre
en ne roulant pas tout; celle Charrite, 550 milliers avec 97 carreaux de cannes qui font s encore
totalité de Phabitation, puifqu'elle n'a que 1O2 carreaux. La fucrerie Saint-Michel prefque la
milliers de fucre que fabriquent 256 nègres > en
donne 400:
mara
déduétion
90 journées, non-fucceffives : Phabitation Macneproduit, s
faite de la. part attribuée au mobilier 2 fur le
cent par an 2 pour le fond.
pied de neuf à dix pour
qui font s encore
totalité de Phabitation, puifqu'elle n'a que 1O2 carreaux. La fucrerie Saint-Michel prefque la
milliers de fucre que fabriquent 256 nègres > en
donne 400:
mara
déduétion
90 journées, non-fucceffives : Phabitation Macneproduit, s
faite de la. part attribuée au mobilier 2 fur le
cent par an 2 pour le fond.
pied de neuf à dix pour --- Page 258 ---
N D E L A PARTIE
232 DESCRIPTIO
avait des inégalités dans ce fol fi fécond & fi de petites portions ne femn'y
pas
blaient pas dilpofées par la nature comme pour faire mieux éclater fa prodigalité
fur les autres.
La paroiffe du Quartier-Morin ne connait d'autre culture que celle du fucre
fucreries 7 donnant par année, neuf millions pefant de cette
qui occupe 32
du
eft
le beau
fubftance fi utile, fi agréable. Le fucre Quartier-Morin réputé plus
de celui qu'on fabrique dans la Partie du Nord & c'eft le maximum d'une échelle
l'eftimation de celui
dans les autres paroiffes.
à laquelle on fait rapporter
produit
Les terrains des habitations Charrite, Portelance & Saint-Michel, font les plus
le beau fucre 5 mais la meilleure terre avec des produétions aufli
réputés pour
pourrait encore être arrofée en
belles, c'eft celle de l'habitation Chaftenoye, qui
de l'eau dans la Grande rivière, au-defTous de la prife d'eau
totalité, en prenant
de l'habitation Fournier de Bellevue.
de la longueur de la paroiffe du QuartierA-peu-près vers les trois-cinquièmes
Morin, à compter du rivage 2 on trouve l'extrémité d'une petite chaîne de
& eft le
de la chaîne du Bonnet
montagnes divifée en mamelons qui
prolongement
de la paroiffe de la Petite-Anfe. Sa direétion eft à-peu-près du Suddépendant
& le mamelon qui le termine eft d'environ 800 toifes de
Oueft au Nord-Eft
dénomination
long fur 400 de large ; c'eft ce qu'on appele le Morne Pelé,
qui
le
avec une grande vérité, annonce affez que l'aridité eft fon
en peignant
Ce monticule où eft une mine de fer très-riche, mais point magnétique,
partage. de manière à rétrécir de moitié la largeur de la plaine dans cette partie,
avance.
de la
s'étend encore, quoique bien moins que dans la
mais au-deffus
plaine
Nord de la paroiffe: Supéricurement au Morne Pelé, c'eft-à-dire entre
partie
où fe trouvent huit fucreries, le terrain du Quartierlui & les montagnes, efpace
Morin eft moins fertile, fi ce n'eft dans la partie qui borde Ja Grande rivière,
font d'autant plus féconds, qu'ils font plus voifins de fon lit,
dont les dépôts
une moindre viteffe >
& en même-tems plus éloignés des mornes, parce qu'avec
l'eau tranfporte moins de galets & abandonne davantage de limon.
à l'article de Limonade des changemens de lit
Mais auffi tout ce que j'ai dit
dans
8 des irruptions de la Grande rivière &c de la nature du fol qu'elle a formé
la plaine, eft commun au Quartier-Morin. On a même vu, qu'autrefois cette
rivière coulait abfolument dans la rivière Salée, qui eft maintenant la petite
fon extrême rapprochement de l'autre & un
rivière du Quartier-Morin, que
cours
antage de limon.
à l'article de Limonade des changemens de lit
Mais auffi tout ce que j'ai dit
dans
8 des irruptions de la Grande rivière &c de la nature du fol qu'elle a formé
la plaine, eft commun au Quartier-Morin. On a même vu, qu'autrefois cette
rivière coulait abfolument dans la rivière Salée, qui eft maintenant la petite
fon extrême rapprochement de l'autre & un
rivière du Quartier-Morin, que
cours --- Page 259 ---
FRANÇAISE-DE SAINT-DOMINGUE, 233
cours qui a, à peine 3,000 toifes, ne permet pas de confidérer autrement que
comme une infiltration de la Grande riviére, furtout lorfqu'on voit, comme moi,
d'anciens plans où cette dépendance eft fenfiblement marquée.
Les débordemens de la Grande rivière ont caufé des pertes conficérables au
Quartier-Morin, & dans celui du mois d'Oétobre 1780, les dégats foufferts par
les habitations Cadufh 8c Rocheblave étaient bien propres à donner une icée de
fon impétuofité.
Laflés de tant de pertes, effrayés de l'avenir, excités par l'exemple tardif mais
heureux des riverains des deux bords qui ont effeétué le redrefiement partiel de
la Grande rivière dont j'ai parlé à l'article de Limonade > les riverains du
Quartier-Morin depuis la Tannerie jufqu'à l'habitation Gradis inclufivement,
s'occupèrent auffi de fon redreflement dans cette partic. Ils avaient même été
jufqu'à s'affembler le 30 Juin 1787, & les Adminiftrateurs avaient ordonné
qu'on ferait préalablement un plan des lieux, mais c'eft encore un projet de
Saint-Domingue.
Iln'eft pas une feule des dix habitations de la paroiffe du Quartier-Morin
riveraines de la Grande rivière, depuis la Tannerie , qui ne pût avoir un moulin
à cau, & peut-être même une diftribution faite avec intelligence > auraitt-elle pà en procurer un à chacune des trente-deux fucreries de la paroiffe par la
facilité de faire fervir fucceffivement la même eau à plufieurs moulins Mais les
habitans du Quartier-Morin fe. font laiffés enlever cet avantage dont de longues
féchereffes & le renchériffement progreffif des mulets leur fait fentir chaque jour
la perte, de plus en plus. D'autres habitans qui le méritaient mieux qu'eux 3 puifqu'ils étaient plus indufrieux, 3 l'ont employé à Putilité de leurs habitations
depuis 1741, &x quatre feules habitations du Quartier-Morin, dont deux non-riveraines, > ont fu s'affocier à CC détournement d'eau. Les deux premières font les
habitations I'Héritier & Duplai, & les deux autres font celles Lacombe &
Stapleton 5 aujourd'hui Fournier'de Bellevue & Macnemara.
On a cependanr calculé alors qu'il était jufte de laiffer dans le lit de la Granderivière, l'eau néceffaire aux riverains placés inférieurement à la prife d'eau des
heureux ufurpateurs.; mais foit que l'évaluation faite alors du volume d'eau de la
rivière fàt fautive, foit que ce volume ait fingulièrement décru par l'effet du
tems qui a réellement amené de fiéquentes féchereffs, foit que la quantité qu'on
eft autorifé à en détourner ait été excédée, foit enfin que ces trois caufes aient
Tome I.
G g
ains placés inférieurement à la prife d'eau des
heureux ufurpateurs.; mais foit que l'évaluation faite alors du volume d'eau de la
rivière fàt fautive, foit que ce volume ait fingulièrement décru par l'effet du
tems qui a réellement amené de fiéquentes féchereffs, foit que la quantité qu'on
eft autorifé à en détourner ait été excédée, foit enfin que ces trois caufes aient
Tome I.
G g --- Page 260 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fimultanément, il eft arrivé, ar exemple 2 au mois de Mars 1786, que le
agi lit de la rivière a été abfolument à fec. Ainfi l'on peut regarder les riverains du
Quartier-Morin, comme dépouillés par le fait, d'un avantage dont le droit a
été folemnellement reconnu par ceux-mêmes quiles en ont privés, & avec lefquels ils plaident, depuis 1777, pourle recouvrer. Au furplus > j'entre dans la
defcription de la paroiffe de la Petite-Anfe, dans de plus grands détails fur cet
objet, parce que les ufagers de l'eau détournée de la Grande rivière, font connus
fous le nom d'Intéreffés au canal de la Petite-Anfe.
Les riverains du Quartier-Morin ont pratiqué des levées pour fe garantir des
débordemens > eux qui, pour ainfi dire, n'ont plus que les dangers de leur
poftion. Ily en a une fur l'habitation Duplaa > la dernière de la rive gauche, dont
les dimenfions font, dans certains points > 60 pieds de bafe fur I5 pieds de
hauteur, au-deffus des écores de la rivière & de 20 pieds de plate-forme. Je m'y
fuis promené plufieurs fois en voiture.
L'églife du Quartier-Morin eft fituée à environ 2,500 toifes dans le Sud du
rivage, 8c à 1,000 toifes dans lOueft de la Grande rivière, de manière qu'eile
eft prefque à Fune des extrémités de la paroiffe. Cette fituation étonnera moins
fi l'on refléchit que dans l'origine des établiffemens français 3 le voifinage de la
mer était feul fréquenté. Cette églife fut mife fous l'invocation de Saint-François
d'Affife lors de fon établiffement, comme le prouve la pièce fuivante , qui montre
cn même-tems ce qu'était alors le Qyartier-Morin.
L'an 1688 3 le cinquième jour du mois de Mai, par Pordre de M. de Cufly > gouverneur pour le
roi en! Pile de la Tortue & Côte Saint-Domingue 3 nous frère Jean Jacques, capucin miflionnaire
& pafteur de l'églife du Qgartier-Morin, Jean Dumolard Sc Jean Mandeville marguilliers, en
conféquence du dit ordre > nous nous fommes tranfportés dans Péglife de Saint-François d'Alife
du Quartier-Morin, où étant, nous avons vu & examiné la dite églife tant dedans que dehors;
nous avons trouvé une églife foutenue par des fourches, couverte de cannes à fucre & entourée
d'une paliflade, 3 le tout demi-pouri ; enfuite nous avons vu un feul autel, fur lequel nous avons
crouvé un vieax & petit tabernacle, fans dorure, huit petites images de papier, > deux vieilles
fatues qui repréfentent denx Anges & quatre chandeliers de bois, demi-rompus. De-là, nous
avons paffé dans la facrifie tendant à la même ruine que la fufdite églife 5 nous y avons
trouvé deux coffres, un grand & un médiocre ; dans Pun ilya douze vafes de terre de faience:
dans Pautrei il y a deux chafubles, une verte, & l'autre noire qui ne vaut pas grand chofe, deux
aubes, une fine & Pautre un peugromière, un calice d'argent demi-rompe par le pied, deux corporaux
percés, fix purificatoires, trois nappes d'autel, deux nappes pour la communion & trois ferviettes 2
gne petite clochette pour Pélévation de Vhoftie, deux miffels vieux; dans le fufdit tabernacle,il
autrei il y a deux chafubles, une verte, & l'autre noire qui ne vaut pas grand chofe, deux
aubes, une fine & Pautre un peugromière, un calice d'argent demi-rompe par le pied, deux corporaux
percés, fix purificatoires, trois nappes d'autel, deux nappes pour la communion & trois ferviettes 2
gne petite clochette pour Pélévation de Vhoftie, deux miffels vieux; dans le fufdit tabernacle,il --- Page 261 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMING U E. 235
yaune petite cuftode pour conferver le tas-Saint-Sacrement. Hors de Péglife, it y a une cloche
dezo0 livres pelant ou environ, nefonnant point, à caufe qu'elle cft appuyée fur terre, n'y ayant
point de clocher; de toates ler frdises chofes, nous avons fait & dreffé le préfent procès-verbal,
pour préfenter à Sa Majefté, ain que par fa charité ordinaire , il lui plaife donner fecours
Signé : F. Jean Jacques Davilla, capecin; Bernardin Brunelot, affocié du fieur Dumolard , comme
abfent; Jean Mandeville ; de Benzevci, fénéchal; ; Camufet > procureur du Roi; & Leftorel , greffier
de la Sénéchauffée du Cap.
Mes recherches n'ontpa m'apprendre pourquoi cette paroiffe a été mife en
1700 , fous l'invocation de St-Louis. Elle avait été bâtie en bois à cette époque, >
mais elle a été contruite en maçonnerie en 1717. C'eft une des jolies & des
mieux entretenues de la Colonie. Elle a un autel à la romaine &c doit une
grande partie de fes ornemens à la libéralité de M. de Charrite, gouverneur du
Cap, & qui avait accepté volontairement la charge de marguillier de cette
églife en 1709 & 1710.Iy avait fait conftruire, à fes frais, une chapelle latérale
du côté du Nord, fous l'inyocation de Saint-Jean-Baptific, fon patron. Les
paroifliens pour reconnaître tant de bienfaits, ont donné à perpétuité cette chapelle à M. de Charrite, > par une délibération du 23 Janvier 1718, approuvée
par les Adminiftrateurs de la partie du Nord le 12 Août 1746, & enfuite
les Adminiftrateurs en chef le IO Mai 1751, en faveur de la famille de par M.
de Charrite. Elle en jouit encore fans autre obligation que celle foufcrite
fon auteur, d'entretenir cette chapelle & de faire les frais de l'office divin par qui
y eft célébré le jour de la fête patronale de Saint-Jean. Les regiftres paroiffiaux du Quartier-Morin, qui font confervés, remontentjufqu'en l'année
1705.
Le terrain de l'églife eft une ancienne dépendance de Phabitation Guillaudeu,
autrefois connue fous le nom de Beauval, qui était celui de l'un de fes copropriétaires. C'eft fur cette habitation que M. Guillaudeu a fait conitruire une colonne
de foixante &c dix pieds de hauteur,. qui porte une barre éleétrique. L'on n'a pas
obfervé qu'elle ait influé fur les nuages chargés de la matière de la foudre, ; fi
cen'eft que depuis l'établiffement de cette barre 3 le tonnerre eft tombé fouvent
fur le moulin de l'habitation Carré , qu'elle a immédiatement dans I'Oucft, &
qu'ily a tué &x des nègres &c des mulets. Le conduéteur de chez M. Guillaudeu
s'étant rompu à la hauteur d'environ vingt pieds, on l'a laiffé dans cet état,
fans penfer qu'il peut occafionner des acccidens, cette tour étant placée au
milieu de cafes à nègres bâties en calernes,
Gg 2
le moulin de l'habitation Carré , qu'elle a immédiatement dans I'Oucft, &
qu'ily a tué &x des nègres &c des mulets. Le conduéteur de chez M. Guillaudeu
s'étant rompu à la hauteur d'environ vingt pieds, on l'a laiffé dans cet état,
fans penfer qu'il peut occafionner des acccidens, cette tour étant placée au
milieu de cafes à nègres bâties en calernes,
Gg 2 --- Page 262 ---
236 DES CRIPTIO N DE LA PARTIE
Ce fut fur l'habitation Carré que la défaftreufe épizootie de 1772 commença
à fe manifefter. Il y eut dans deux.jours plus de 60 animaux attaqués & enlevés.
Depuis, elle a continué fes ravages d'une manière plus ou moins funefte, &c
en 1788, la morve & le charbon failaient encore périr beaucoup d'animaux au
Quartier-Morin.
On croit que les premières cannes à fucre de la plaine du Cap ont été
plantées dans un terrain faifant, à préfent, partie de l'habitation Duplaa, qui eft
un démembrement des poffeflions de M. de Charrite 3 & fur laquelle eft même
refté la maifon de cet ancien gouverneur. Ces cannes plantées en 1699 & roulées
cn 1700, fe trouvent dans PEft des bâtimens de la manufaéture, & il faut
avouer que jamais lieu ne fut plus propice pour recevoir ce précieux dépôt,
puifqu'encore en ce moment, cet utile rofeau y croît avec un fuccès qui femble
tenir à l'orgueil de cette poffeffion primitive.
Avant la canne à fucre, on a cultivé l'indigo pendant quelques tems au
Quartier-Morin ; mais qu'on juge de cC que c'était alors, puifque le II OEtobre
1688, M. Garnier &c fa femme vendaient à M. de Franquefnay 18 carreaux de
-
terre avec une indigoterie, fitués vers P'habitation Carré, pour un négrillon de
huit ou dix ans. A la fin du dernier fiècle, un terrain de 600 pas en carré de
l'habitation aujourd'hui Charrite, placé près des bâtimens, fut acheté des capucins
cent pièces de buit, 3 environ 400 liv. tournois, & la jolie & fi fertile habitation
Deftreilles, ne coûta depuis à M. Stapleton que 3,000 liv. En 1737, ily avait
encore du bois debout fur l'habitation la Molère, au bord de la Grande rivière.
J'omettais de dire que l'églife du Quartier-Morin, a eu long-tems pour pafteur
le père Olivier, jéfuite, né dans la province de Guyenne. Jamais on n'eut
plus de qualités propres à l'apoftolat. Devenu fupérieur de la miflion , en 1716,
it défira, en 1720, d'aller furveiller l'adminiftration de l'habitation de fon ordre
zu Terrier-Rouge. 2 parce que fa fanté ne lui permettait plus de remplir les devoirs
de fon état. Iy mourut, le 28 Mars 1731, dans la 58e année de fon âge &c la
260 de fa miffion, > déà très-vieux par les auftérités qu'il pratiquait, & laiffant
un fouvenir digne de fes vertus.
La paroiffe du Quartier-Morin eft une de celles où il y a le plus de chemins de
eommunications. Tous ces chemins font beaux & prefque toujours droits. Ils
bordent des habitations dont Fafpect annonce de riches manufactures, mais non
pas d'agréables habitations ; car on en voi: où il n'y a point d'arbres; où la
> déà très-vieux par les auftérités qu'il pratiquait, & laiffant
un fouvenir digne de fes vertus.
La paroiffe du Quartier-Morin eft une de celles où il y a le plus de chemins de
eommunications. Tous ces chemins font beaux & prefque toujours droits. Ils
bordent des habitations dont Fafpect annonce de riches manufactures, mais non
pas d'agréables habitations ; car on en voi: où il n'y a point d'arbres; où la --- Page 263 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
demeure principale eft comme jettée au hafard, au milieu d'une fàvane
laquelle les animaux cherchent le long des
3 dans
bâtimens, un abri dont on les éloigne
ou que leurs excrémens rendent délagréable. C'eft donc avec une fenfation mêlée
de douceur & de furprife, qu'on apperçoit fur l'habitation
Duplaa, une allée de
400 toifes de long, garnie d'un double rang de chênes très-élevés &c dans
lefquels
on remarque le long & conftant effet de la brife d'Eft, qui a donné aux arbres
une inclinaifon vers le Couchant.
Une autre furprife naît de ce que le bâtiment le plus frappant ne fe trouve
en face mais fur le côté gauche de cette
pas
avenue 3 & elle augmente > mais pour
faire place à un fentiment bien doux, lorfqu'on apprend que cette conftruétion
eft l'hôpital de l'habitation, & que là l'humanité & des foins multipliés accueillent
les cultivateurs de cette immenfe fucrerie 3
ainfi
pour
dire 3 créée en dix ans
par le zèle & les talens multipliés de M. Barré de Saint-Venant
embelli les lifières de cette habitation,
; ila auffi
en y plantant de jeunes acajoux-meubles,
qui feront un jour d'une. grande utilité aux conftructions de la
avoir rien coûté.
manufacture > fans
La côte qui termine, 3 au Nord, la paroiffe du Quartier-Morin, eft
fournir plufieurs obfervations. Elle commence au bord Oueft de l'embouchure propre à
de la Grande rivière. A 430 toifes plus Oueft encore, eft P'embouchure de
petite rivière du Quartier-Morin. Celle-ci, dans le point du grand chemin du la
Capà Limonade qu'elle traverfe * a quelquefois beaucoup d'eau, dans les
pluvieux, fans cependant qu'elle interrompe jamais la communication.
tems
C'eft à quelque diftance, 3 au Couchant de cette embouchure de la
rivière, qu'on peut obferver combien la mer remblaye dans cette partie, petite
chaque jour des efpèces de dunes fabloneufes 3 où l'on reconnaît auffi le puifque limon
de la Grande rivière, s'élèvent du fond des eaux & étendent le domaine
terreftre
en s'uniffant au rivage, par de nouveaux attérriffemens. M. Barré &
nous fommes hafardés à aller les
moi, nous
premiers, en 1779, dans une voiture, à travers un étroit paffage de quelques toifes de mer. > fur une de ces dunes qui avait
plus de 20 toifes du Nord au Sud & qui ne tarda pas à être
ajoutée au fol de
Phabitation. Avec une pareille rapidité, il ne faudrait pas des fiècles
la
chaîne des reffifs qui eft au-devant de cette
pour que
plage en fit partie , d'autant
elle & la terre, font déjà des haut-fonds plus ou moins larges &
qu'entre
élevés que les débordemens doivent étendre
plus. ou moins
chaque, jour.
unes qui avait
plus de 20 toifes du Nord au Sud & qui ne tarda pas à être
ajoutée au fol de
Phabitation. Avec une pareille rapidité, il ne faudrait pas des fiècles
la
chaîne des reffifs qui eft au-devant de cette
pour que
plage en fit partie , d'autant
elle & la terre, font déjà des haut-fonds plus ou moins larges &
qu'entre
élevés que les débordemens doivent étendre
plus. ou moins
chaque, jour. --- Page 264 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
Iya6ro toifes depuis l'embouchure de la rivière du Quartier-Morin ou petite
Morin,
perfifte d'autant plus à regarder comme une infiltration de
rivière
, ( que je
la Grande rivière , qu'elle nait, trés-près de celle-ci, fur l'habitation la Molère,
Morin même ), jufqu'à l'embarcadère de l'habitation Chafteau Quartier
Dès le commencement du fiècle, il y a eu un corps-de-garde à cet
noye.
tout environné de terrains marécageux & noyés à la haute mer $
embarcadère 3
où l'on pourrait cependant trouver quelques iffues à mer baffe. Ce pofte avait 1
en 1713, une pièce de canon > pour tirer l'allarme que répétait l'habitation
Chaftenoye &c enfuite des fufils, de manière à avertir d'abord les deux paroiffes
du Quartier-Morin &c de la Petite-Anfe &c enfuite les plus éloignées. Aujourd'hui ce pofte nommé le grand Carénage, a une batterie très-capable de le faire
refpeéter & d'interdire tout paffage entre les reffifs & lui, aux embarcations qui
%
oferaient y pénécrer. Les habitans du Quartier-Morin & ceux des paroiffes SainteRofe 8c du Dondon 3 y font concurremment le fervice, en tems de guerre.
On compte une demi-lieue de l'embarcadère Chaftenoye à l'embouchure de
la ravine du Mapou, qu'on a appelé aufli autrefois ravine du Quartier-Marin,
ravme du Mapou 8x rivière du bourg de P'embarcadère de la Petite-Anfe, Cette
rivière n'eft encore autre chofe qu'une infiltration de la Grande rivière, d'oà
la voit
partir à envifon trois lieues de fon embouchure, fur l'habitaon
prefque
tion Gradis où elle s'appele la ravine des Sept-Frères. Elle eft groflie près du
Morne Pelé la ravine de la Belle-Hôtefe, qui a la même caufe qu'eile. On
par
de la
de la Petite-Anfe, quel a été le fort d'une
voit dans la defcription
paroiffe
d'eau de la Grande-rivière qui devait être jetée dans la ravine du Mapou
portion l'utilité des riverains de cette efpèce de ruiffeau, qu'on traverfe fur un
pour de maçonnerie dans la route du Cap à Limonade, quand on a tourné au
pont
Nord après avoir paffé l'habitation Portelance.
toifes
l'embouchure de la rivière Mapou, eft un efter qui n'eft
A 190
après
lui-même qu'à 200 toifes du bourg de l'embarcadère de la Petite-Anfe.
Comme dans l'ufage on s'eft accoutumé à appeler ce lieu bourg de ia PetiteAnfe ou même fimplement la Petite-Anfe, il ya confufion pour beaucoup de
perfonnes entre lui & la paroiffe de la Petite-Anfe, & comme la paroiffe du
Quartier-Morin eft contigue à celle de la Petite-Anfe, & que même cette
dernière n'a point de bourg, il arrive au moins, qu'on croit que celui de
l'embarcadère dépend de la paroiffe du même nom. Pour favoir CC qui a pu
eft accoutumé à appeler ce lieu bourg de ia PetiteAnfe ou même fimplement la Petite-Anfe, il ya confufion pour beaucoup de
perfonnes entre lui & la paroiffe de la Petite-Anfe, & comme la paroiffe du
Quartier-Morin eft contigue à celle de la Petite-Anfe, & que même cette
dernière n'a point de bourg, il arrive au moins, qu'on croit que celui de
l'embarcadère dépend de la paroiffe du même nom. Pour favoir CC qui a pu --- Page 265 ---
FRANÇAIS SE DE SAINT-DOMINGVE
donner Heu à cette communauté de nom, il faut fe reffouvenir de ce
que la paroiffe du Quartier-Morin avait fait partie de celle de la que Petite-Anfe j'ai idit,
origimairement, Orà cette époque l'embarcadère fubfiftait; ; il était réellement
celui de la paroiffe de la Petite-Anfe, & comme beaucoup d'habitations de la
paroiffe dont il a pris fa dénomination n'ont pas ceffé de s'en
fervir, > il eft refté
avec le titre d'embarcadère de la Petite-Anfe, le feul qu'il porte dans les aétes
publics.
Le bourg de l'embarcadère de la Petite-Anfe, bâti à 1516 toifes du bac du
Cap, eft l'entrepôt des denrées des paroiffes du Quartier-Morin, de la Petite-Anfe,
de partie de celle de la Plaine du Nord, de Sainte-Rofe & du Dondon. Situé
au fond de la baie du Cap,il eft avantageufement placé pour recevoir les
denrées & les approvifionnemens. Il économife des frais de
magafinage au
ceux
du paffage des effets > des perfonnes & des voitures par le bac de Cap, la
ville, & prefque une lieue de chemin > indépendamment de l'efpace qu'il faudrait parcourir dans la ville même,
Soixante & dix emplacemens compofent ce bourg , où fe trouvent
ouvriers tous utiles aux manufaétures. Il n'eft formé que d'une feule rué, plufieurs
eft la continuité du chemin du Cap, & qui forme un tour d'équerre, allant qui
d'abord parallèlement au rivage &c tournant enfuite à-peu-près du Nord au Sud.
Cette dernière partie de rue a environ quatre-vingt-dix pieds de large convertis
en un bourbier de la même largeur dans les tems pluvieux, parce
que ce point
eft un des plus fréquentés de la Colonie de Saint-Domingue, &
donne pas des foins proportionnés à fon importance. Il y a dans ce qu'on ne lui
bourg deux
guildiveries très-lucratives, attendu qu'il fert de point de réunion à un nombre
confidérable de nègres, & que les dimanches & les fêtes leur affluence eft
même un objet qui intéreffe la police. On y trouve aufli trois poteries &
briqueteries.
Le bourg avair toujours été fous la garde particulère des bâtimens mouillés
dans la rade du Cap qu'il termine au Sud, lorfqu'après avoir fortifié P'entrée
de cette rade on craignit fi elle était forcée, que la Petite-Anfe n'offrit
point de defcente. En conféquence M. Frezier tant
à
un
nient
donner
pour parer cet inconvéque pour
une proteétion de plus au mouillage, propofait, au mois
d'Avril 1720, de conftruire un fort à une petite pointe dans l'Oueft de l'embouehure du Mapou, de manière que le carénage & le bourg fuffent défendus, I
rade on craignit fi elle était forcée, que la Petite-Anfe n'offrit
point de defcente. En conféquence M. Frezier tant
à
un
nient
donner
pour parer cet inconvéque pour
une proteétion de plus au mouillage, propofait, au mois
d'Avril 1720, de conftruire un fort à une petite pointe dans l'Oueft de l'embouehure du Mapou, de manière que le carénage & le bourg fuffent défendus, I --- Page 266 ---
N DE LA PART I E
240 DESCRIPTIO
défiraitaufi une calle au bourg, parce que les canots & les chaloupes ne pouvaient
aborder le rivage faute d'eau. Plufieurs motifs & le peu d'utilité d'une
pas dépenfe dont le devis s'élevait à 296,100 liv., détournèrent de ce projet,
auquel M. de Vaudreuil, gouverneur, fubftitua en 1747 une batterie circulaire
prefqu'en face de la rue > & qui fuffic pour tout ce qu'on peut efpérer ou craindre
de Le ce bourg pofte. de la Petite-Anfe n'eft rien moins que fain à caufe des marais
dont il eft environné, car depuis l'embouchure de la Grande rivière jufqu'à la
rive droite de la rivière du Haut du Cap, excepté dans l'efpace même du bourg,
ily a une largeur de 300 toifes, au moins, en palétuviers , qu'abreuvent les eaux
de la mer, & où fe fait tout le jeu des marées,
Qui reconnaîtrait dans un pareil terrain,le fiége principal du royaume de
Marien, le féjour rde Guacanaric, ce Cacique bienfaifant &x hofpitalier qui engagea
Colomb à fe fixer dans fes états ! Le grand village qu'il habitait, car les premiers
cette réfidence d'un fouverain, était
auteurs efpagnols, n'ont appelé que village
en face du lieu où eft fituée à préfent la ville du Cap > à l'Oueft de Port-Royal
ou Caracol & de Limonade, à l'extrémité d'une grande campagne qui pric
depuis, difent ces auteurs, le nom de Véga-Réal; & à tant d'indices, il eft
impoffible de méconnaitre le fite du bourg de l'embarcadère de la Petite-Anfe.
Dans le long marais qui borde la côte depuis Limonade jufqu'au Cap, ce
point étaitle feul oû l'on pdt avoir conftruit une habitation quelconque. Ainfi la
demeure d'un chef qui commandait à deux cens mille hommes; i qui fe faifait
obéir dans toute l'étendue qui fe trouve depuis Monte-Chrift, jufqu'au Môle, eft
elle-même à peine un fiècle & oà
remplacé par une bourgade qui compte
habitent quelques magafiniers &c quelques ouvriers dont la plupart ne fe doutent
qu'il ait jamais exifté ni royaume de Marien, ni Cacique Guacanaric.
pas Au furplus, tout prouve que ce lieu, fes environs & les différentes parties du
Quartier-Morin, ont été habités par les Indiens ; pai tout on retrouve leurs offemens leur groffiers mais ingénieux uftenfiles > leurs fétiches hideux mais
, très-artiflement travaillés, quoiqu'on ne leur ait pas trouvé d'outils.
quelquefois Sur Thabitation Duplaa particulièrement, on rencontre à chaque pas; en fouillant
les trous de cannes, quelques nouveaux veftiges de l'exiftence de cette race
déformais effacée de la lifte des humains.
Le bourg de la Petite-Anfe n'a d'autre eau que celle qu'on va chercher à la
rivière
ffiers mais ingénieux uftenfiles > leurs fétiches hideux mais
, très-artiflement travaillés, quoiqu'on ne leur ait pas trouvé d'outils.
quelquefois Sur Thabitation Duplaa particulièrement, on rencontre à chaque pas; en fouillant
les trous de cannes, quelques nouveaux veftiges de l'exiftence de cette race
déformais effacée de la lifte des humains.
Le bourg de la Petite-Anfe n'a d'autre eau que celle qu'on va chercher à la
rivière --- Page 267 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE 241
rivière Mapou qu'il a même fallu qu'une ordonnance du 17 Septembre 1757,
lui confervât le droit d'aller'prendre. Les emplacemens y font fort chers, à caufe
de Putilité des magafins d'entrepôt qu'on y conftruit & qui ont toujours été trèsenviés; car dès le 14 mai 1718, une ordonnance prononçait la réunion des
emplacemens du Cap & du bourg de la Petite-Anfe qui ne feraient pas établis
dans fix mois, & cette affimilation du bourg à la ville principale annonce affez
l'importance qu'il avait déjà.
En 1765, PÉtar y avait acheté une maifon où a été logée la Légion créée par
M. d'Efaing le 15 Janvier de la même année.
On a mis auffi des hôpitaux au bourg de la Petite-Anfe, durant la guerre de
1778, & depuis la paix de 1783, on y en a vu pour le traitement des Africains
arrivans. On a prétendu que l'air de ce lieu ne leur avait pas été favorable & l'on
a compté que du mois d'Août 1782 à celui de Janvier 1783, il y avait eu 140
morts fur 333 nègres malades.
Prefqu'aufi anciennement que fon origine 3 le bourg de la Petite-Anfe a eu un
bateau-paflager de fon nom pour fa communication avec le Cap. En confidérant
que le chemin qui exifte entr'eux aujourd'hui n'a été fait qu'en 1742, l'on fentira
que ce paffager devait être fort utile à ceux qui ne voulaient pas. aler gagner le
Haut du Cap pour arriver à la ville.. Ce paffage que l'on payait 4 fous 6 deniers,
en 1713, fut affern.é au profit du fifc, le 21 Juin 1727 > à raifon de 2,095 liv. par
an 3 à Mde. Ve. la Boiflière, réuni le IO Juin 1738 à celui de Limonade 3 puis
compris enfuite dans le don fait à M. de la Porte. Mais le privilège exclufif de ce
paflage fut fupprimé en 1765. Ce bateau partait trois fois par jour du Cap,
l'aurore > à dix heures du matin, & à quatre heures du foir. Cette dernière
traverfée était quelquefois dangereufe. Il n'exifte plus de paflager de la PetiteAnfe, mais de petits canots du Cap peuvent être loués à ceux qui défirent faire
ee court trajet par mer, > 8z les tranfports ont lieu de la Petite-Anfe au Câp ou à
bord des vaiffeaux ou de ceux-cià la Petite-Anfe, au moyen des chaloupes &
des acons,
Ily eut, en 1766, un très-grand projet dans lequel la Petite-Anfe jouait un
rôle confidérable. M, le comte d'Eftaing fentant l'importance d'un arfenal & de
magafins pour la marine, & de les environner d'une fortification qui les protégerait
en ajoutant à la défenfe du Cap, chargea M.
Duportal, > dire@teur-général des
fortifications, s de ce projet. On arriva à cinq propofitions.
Tome I,
H h
, en 1766, un très-grand projet dans lequel la Petite-Anfe jouait un
rôle confidérable. M, le comte d'Eftaing fentant l'importance d'un arfenal & de
magafins pour la marine, & de les environner d'une fortification qui les protégerait
en ajoutant à la défenfe du Cap, chargea M.
Duportal, > dire@teur-général des
fortifications, s de ce projet. On arriva à cinq propofitions.
Tome I,
H h --- Page 268 ---
DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
mettait l'arfenal au Capmême, à-peu-près où eft le hangard à la
La première
à l'effet de la brife néceffaire
mâture ; mais on trouva que ce local était peu expofé
à la confervation des bois, que la proximité du morne y augmenterait Phumidité
& que ce point était trop éloigné du grand carénage.
La feconde propofition indiquait un point en avant de la rivière Mapou, mais
300,000 livres de dépenfe la firent rejetter.
offrait l'intervalle entre l'habitation de la Foffette &
La troifième propofition
ia rivière du Haut du Cap, cC qui mafquait le front du polygone, placé au bout
Oueft du front de fortification du Sud de la ville, & la fit croire nuifible.
La quatrième voulait qu'on prit le grand carénage lui-même, d'autant qu'on
aurait
abattre les plus gros vaiffeaux, bord à quai, & y établir une machine à
pu y
rebuté l'éloignement où l'on ferait du Cap, par linfalumâtef., mais on fut
par
brité del'air & par une dépenfe de 400,000 livres.
On fe décida donc a préférer le cinquième parti, qui était de mettre fur le
chemin du Cap au bourg de la Petite-Anfe, l'établiffement défiré, à environ 600
toifes du bac. Tel était du moins le fentiment qu'adoptait M. d'Eftaing, & qu'il
auprès du Miniftre. La fortification dans cC point devait être en état de
a
appuyait
mais cc
recevoir 300 hommes, coûter 300,000 liv., les magalins 190,000;
plan n'a jamais eu d'exécution.
Avant de ceffer de parler du bourg de l'embarcadère de la Petite-Anfe,je
crois devoir dire que c'eft le lieu que l'eftimable Verret habita avec fa famille
lorfqu'il quitta la Louifiane pour venir éclairer Saint-Domingue de fes lumières
heureufe de fes principes hydrauliques ; mais
& l'enrichir par l'application
comme il femble avoir appartenu encore plus particulièrement à la plaine des
Cayes,je me réferve de lui rendre là les derniers honneurs dûs à fes talens.
l'ai dit, environ 1,500 toifes du bourg de la Petite-Anfe au côté
Ily a, je
Et de T'embouchure de la rivière du Haut du Cap, qu'on traverfe, à ce point 3
dans un bac pour entrer dans la ville qui commence à l'autre rive. Cet efpace
eft celui du chemin qu'on doit à Larnage &c Maillart, qui le prefcrivirent le
Oétobre 1742, pour la communication du Cap avec la plaine > par le
premier
bourg de la Petite-Anfe. C'eft à proprement parler, un térrain fabloneux 3 garni
de mangliers dans une partie de fa longueur, & où l'on fe trouve entre la mer
d'un côté & les marais qu'elle noye 3 de l'autre. Dans les hautes marées & dans
les tems des Nords où la mer bat fortement cette plage, elle eft attaquée dans
crivirent le
Oétobre 1742, pour la communication du Cap avec la plaine > par le
premier
bourg de la Petite-Anfe. C'eft à proprement parler, un térrain fabloneux 3 garni
de mangliers dans une partie de fa longueur, & où l'on fe trouve entre la mer
d'un côté & les marais qu'elle noye 3 de l'autre. Dans les hautes marées & dans
les tems des Nords où la mer bat fortement cette plage, elle eft attaquée dans --- Page 269 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
plofieurs points 3 & quelquefois la vague brife affez près des chevaux pour que
fon bruit & fon développement les effraye. Quand cette caufe ceffe, les marais
fe dégorgent à leur tour, & le chemin eft coupé par les ruiffeaux auxquels cet
écoulement donne naiffàance. La réflexion de la mer, la chaleur & la mobilité du
fable & les exhalaifons de ces marais., rendent ce trajet pénible &c long, &c le
voyageur y ferait accablé fi dans des intervalles & à travers les patéluviers qui
aiment ce féjour aquatique , il n'était pas frappé de l'afpeét d'une rade chargée de
vaiffeaux, fi celui d'une grande ville ne lui infpirait pas des idées philofophiques
qu'entretient encore la maifon principale de l'hôpital des Religieux de la
Charité, qui fait perfpeétive fur l'autre côté de la rivière. Qui voudrait croire
que les défagrémens de ce chemin utile aux plus riches paroiffes, font quelquefois augmentés par la négligence 3 qui met fon empreinte fur tout à SaintDomingue !
A environ 500 toifes de la fortie du bourg de la Petite-Anfe, en venant au
Cap, ce chemin a un pont connu fous le nom de Pont-Rouge, parce qu'il eft de
bois & peint de cette couleur. M. Jacques Grandin, chirurgien du bourg,
s'occupant de la conftruétion d'un four à briques 3 à carreaux & à tuiles 3 fit à
travers le chemin, pour égouter fon terrain qui était noyé, un foffé qu'il
demanda à couvrir d'un pont de 20 pieds de long fur 3 pieds de large de PEt à
FOueft, ce qui lui fut permis par l'ordonnateur du Cap, le 18 Avril 1750. Les
dégradations fucceflives, l'aétion alternative du flux & du reflux, ont miné
plufieurs fois les bafes de ce pont, qui eft maintenant à la charge de la paroiffe
du Quartier-Morin, & qu'on a vu affez délabré en 1778 pour qu'ilfut dangereux
d'y paffer. Des plaintes aigues le firent enfin raccommoder, & l'on fait que des
plaintes font dé,à anciennes lorfqu'elles font entendues.
Du pont jufqu'au Cap, c'eft à l'habitation Saint-Michel, qui a la jouiffance
gles cinquante pas du roi, à entretenir le chemin, comme le prouve une ordonnance du 6 QEtobre 1780. Cet entretien eft coûteux ; le gouvernement a
contribué auffi fous l'adminiftration de MM. de Reynaud &c le Brafleur à faire
une chauffée bordée de pierres fèches le long de la mer, dans la langue de terre
qui termine- la rive Et de la rivière du Haut du Cap..
C'eft dans la diftance du pont Rouge: au Cap, & à environ une demi-lieue
avant le bac 3 qu'on voit fur la gauche & à 200 toifes du chemin, un mornet
appelé le morne à Jarlan : & qui eft préfentement le morne Saint-Michel,
Hh 2
c le Brafleur à faire
une chauffée bordée de pierres fèches le long de la mer, dans la langue de terre
qui termine- la rive Et de la rivière du Haut du Cap..
C'eft dans la diftance du pont Rouge: au Cap, & à environ une demi-lieue
avant le bac 3 qu'on voit fur la gauche & à 200 toifes du chemin, un mornet
appelé le morne à Jarlan : & qui eft préfentement le morne Saint-Michel,
Hh 2 --- Page 270 ---
DE LA PARTIE
244 DESCRIPTION
quciqu'on ait penfé par erreur qu'il dépendait de l'habitation Baulin, & qu'on
l'ait auffi eppelé de cette dernière manière. Ce petit monticule ifolé, pofé à
l'extrémité de la plaine dans le point où le terrain lagoneux commence à devenir
confiftant, eft en forme de pain de fucre & domine fes environs par le moyen
d'un plateau d'environ IO toifes de circonférence. Des ordonnances des Admiminiftrateurs, de 1739 &c de 1766, preferivirent de prendre dans ce Petit mornet
de la pierre pour raccommoder la paffe de la rivière du Haut du Cap & le chemin
de l'embarcadère de la Petite-Anfe au Cap, en rendant ce mornet plus à pic.
On évaluait alors fes dimenfions à 33 toifes de diamètre, 80 pieds de haut &:
8 toifes de furface au fommet.
L'habitation Baudin était autrefois celle de M. de Boifmorant, commiffaire
-
de la marine, ordonnateur du Cap, dont le vrai nom était Bianconelli,8. qui
était frère d'un feapin de la comédie Italienne, très-célèbre fous ce nom. Lors
de la révolte de la Colonie contre la Compagnie des Indes, les habitans vinrent
brûler fon habitation le 18 Décembre 1722, comme une preuve de la haine
leur avait infpiré la proteétion qu'on reprochait à ce confeiller du Confeil
du que Cap, ( car il l'était aufi ), d'accorder à la Compagnie. On brûla également
la
avait à la Petite-Anfe, vers la paffe du Haut du
un magafin que Compagnie
Cap.
Les premiers habirans qui quittèrent lile de la Tortue pour venir former
des établiffemens permanens dans la plaine du Cap, étaient au nombre de douze,
& avaient pour chef, Pierre le Long, premier mari de Mie. de Graffe, & que j'ai
déjà nommé. Il commença fa première culture dans la paroiffe de la Petite-Anfe,
j'ai affez dit avoir précédé celles qui l'avoilinent aujourd'hui, & qui la
que
La defcendance de M. le Long qui exifte à préfent dans
compofaient en partie.
la perfonne de Mde. Faubeau de Mallet, habite la paroiffe de la Plaine du Nord,
à la limite de celle de la Petite-Anfe.
Depuis le bourg de l'embarcadère de la Petite-Anfe jufqu'à la rivière du
Haut du Cap, le Sud du chemin forme un marais qui a environ 300 toifes de
profondeur. Ce marais s'étend auffi far la majeure partie de la langue de terre qui
termine le chemin vers l'embouchure de la rivière. Cependant depuis 1787 , les
baraques conftruites fur cette langue pour loger du bois & enfuite quelques petites
maifons bâties fur lextrémité de la rive droite > ont élevé &c defféché cette
portion. Au-deffus, toute cette rive Eft eft bordée du même marais dans une
ifes de
profondeur. Ce marais s'étend auffi far la majeure partie de la langue de terre qui
termine le chemin vers l'embouchure de la rivière. Cependant depuis 1787 , les
baraques conftruites fur cette langue pour loger du bois & enfuite quelques petites
maifons bâties fur lextrémité de la rive droite > ont élevé &c defféché cette
portion. Au-deffus, toute cette rive Eft eft bordée du même marais dans une --- Page 271 ---
F R A NÇAISE DI ESAINT-D OMINGUE,
largeur de 5oo1 sissiMfwlTemboschaure del la rivière. Any, qui fe jette dans celle
du Haut du Cap à environ 1,500 toifes du point où eft le bac, mefuré en
droite. A PEt & au Sud de ces portions lagoneufes > font des habitations ligne dont
le fol plus élevé donne du fucre de la plus grande beauté. L'une de ces habitations ( celle Baudin ), préfente dans certains points, à ceux qui remontent la
rivière en canot, la perfpeétive d'une belle avenue de chênes, dont le double
rang fe préfente du Nord au Sud, dans une longueur de 200 toifes. L'oeil
s'attache avec plaifir à ces arbres 5 qui lui annoncent que tout ce qui l'environne
n'eft pas le domaine des palétuviers,
La paroiffe du Quartier-Morin eft une de célles qui ont une température
chaude, &c elle tiént le milieu entre celles qu'on
peut regarder comme fèches
& celles qui font pluvieufes. Le bas de la plaine peut recevoir annuellement
pouces d'eau, quantité qui augmente un peu dans le voilinage des mornes, où
d'ailleurs l'humidité eft plus long-tems confervée. Les mois pluvieux font depuis
Mai jufqu'en Décembre, & le plus fec celui d'Avril. Quant à la chaleur, elle
y eft extrême dans les jours longs & où la brife n'eft pas très-forte. Le thermomêtre de Réaumur à l'efprit de vin étant au bourg de la Petite-Anfe à
degrés le 7 Septembre 1775, à midi, on l'expofa à l'aétion du foleil, 8t en 24
minutes il s'éleva jufqu'à 49 dégrés. En Octobre 1779, un thermomètre. 20
femblable, tenu dans une chambre très-acrée, du même lieu, s'éleva à
dégrés à 4 heures de l'après-midi.
La population de la paroiffe du Quartier-Morin eft extrêmement faible
blancs. Tous les propriétaires de fes riches habitations réfident en France & en
Pon
avui un moment où il ne s'en trouvait que trois à Saint-Domingue, On
204 blancs & 95 affranchis. De ces
individus
y compte
3 ily a près de IOO blancs
dans le bourg de l'embarcadère & 25 hommes de couleur. La paroiffe
ne fournit
que 118 hommes portant armes > mais l'on y trouve plus de 7,000 nègres dont
environ 400 font au bourg de la Petite-Anfe.
De PÉglife du Quartier-Morin à celle du Cap
au bourg de la Tannerie,
3 lieuesi
au bourg de l'embarcadère,
à Péglife de Limonade,
-de la Petite-Anfe,
y2
Il eft impoffible de ne pas parler de M. de Charrite, lorfqu'on décrit la paroiffe
ne fournit
que 118 hommes portant armes > mais l'on y trouve plus de 7,000 nègres dont
environ 400 font au bourg de la Petite-Anfe.
De PÉglife du Quartier-Morin à celle du Cap
au bourg de la Tannerie,
3 lieuesi
au bourg de l'embarcadère,
à Péglife de Limonade,
-de la Petite-Anfe,
y2
Il eft impoffible de ne pas parler de M. de Charrite, lorfqu'on décrit la paroiffe --- Page 272 ---
D DESCRIPTION DE LA PARTIE
du Quartier-Morin où il a laiffé une immenfe fortune. Entré, en 1683, au fervice
de
de la Marine 3 érant alors âgé de 25 ans, il fut fait Enfeigne
en qualité garde
voiles
la
en 1689 & lieutenant en 1693. Il efcortait un convoi de 150
pour
rivière de Bordeaux, lorfqu'ily fut attaqué par une fleflinguoife de 22 canons
& deux corvettes efpagnoles de IO ou 12 canons chacune. A la troifième tentative
qu'on fit pour l'aborder, il eut le çou percé d'une balle de fauconneau, l'épaule
& la machoire fracaffées. Malgré cela il ne fut pas pris 8c il fauva fon convoi.
Depuis cet inftant, M. de Charrite ne vécut plus que d'alimens liquides. Il obtint
une penfion de 500 livres en 1697, la croix de Saint- Louis lannée faivante 3
ainfi que la place de lieutenant de roi du Cap, dont il devint gouverneur, en
1706. Nomm gouverneur-général des Inles du Vent, en 17r,irefufa cêtte
-
place. Onlui donna , en 1716, celle de lieutenant au gouvemement-général de
Saint-Domingue , dans l'exercice de laquelle il eft mort le 17 Oétobre 1723.
M. de Charrite était doux, populaire, ennemi du defpotifme 3 mais on lui a
reproché, avecjuftice, d'avoir terni çes belles qualités par une infatiable cupidité.
Il poffédait encore en 1716, le tiersdu Quartier-Morin, mille toifes en carré dans
la paroiffe de la Petite Anfe, la favane de Limonade, & il n'était pas fatisfait,
Mais on ne lui a pas moins des obligations très-réelles.
M. de Charrite fit venir de France un rafineur inftruit, & ce fut fur fon habifut établie la
purgerie de la Colonie
tation, au Quartier-Morin, que
première
Françaife. Il envoya les premiers effais de fon fucre rafiné, comme on difait
vaiffeau le Profond, 2 en 1711. Pour engager les autres
alors, au Miniftre 3 par le
l'imiter établit une
où l'on faifait des formes pour le fucres
habitans à
> il
poterie
& ce fut encore à lui qu'on dôt une manufacture de tuiles & une autre de
briques. Ces exemples furent heureux & la reconnaiffance doit les publier.
M. de Charrite avait auffi fait venir de la Havane des ouvriers pour établir
manufacture de tabac en poudre, mais les Calons à qui cette fabrique
une n'offrait point de débouché &c pour qui les gains d'une fucrerie avaient plus d'attrait, ne goûtèrent pas cette nouvelle tentative quin'eut aucun fuccès.
M. de Portelance , né à Paris, propriétaire d'une des belles habitations de
du
de Mémoire 2 de la tragédie d'Antipater &
cette paroiffe 3 eft auteur Temple
des Adieux du Goût, comédie.
du
élève du célèbre
M. Dazille, chirurgien - médecin , penfionnaire
roi,
Antoine Petit, a réfidé depuis 1777 jufqu'en 1783, fur les deux habitationg
'eut aucun fuccès.
M. de Portelance , né à Paris, propriétaire d'une des belles habitations de
du
de Mémoire 2 de la tragédie d'Antipater &
cette paroiffe 3 eft auteur Temple
des Adieux du Goût, comédie.
du
élève du célèbre
M. Dazille, chirurgien - médecin , penfionnaire
roi,
Antoine Petit, a réfidé depuis 1777 jufqu'en 1783, fur les deux habitationg --- Page 273 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGU E. 247
Duplaa & Chaftenoye au Quartier-Morin &c y a produit ainfi que dans les paroiffes
voifines, une révolution favorable dans l'adminiftration des nègres 2 tant en
fanté, qu'en maladie. C'eft d'après fes indications que l'établifement des hôpitaux efpagnols de l'embarcadère de Limonade fut fait. Ce Cantonnement qui a
duré dix-huit mois , quoique compofé de régimens venant du camp de St-Roch,
a été le moins deftruéteur.
On doit à M. Dazille > qui a été employé fucceffivement dans les ports de
France, fur les vaiffeaux du roi, en Canada > à Cayenne > à PIfle de France; ;
les Oifarvations/ur les Maladies des Negres 3 ouvrage très-eftimé, imprimé chez
Didotjeune, , en 1776, & dont il prépare une nouvelle édition 2 & des Obfervations
Générales Jur les maladies des Climats cbauds, publiées chez le même 2 en 1785C'eft auffi le Quartier-Morin qui a été le lieu de la première réfidence de M.
Siméon Worlock , créol de lile anglaife d'Antigue, beau-frère de M. Daniel
Sutton, auteur d'une méthode d'inoculer qui porte fon nom. M. Worlock
inftruit de cette méthode par fon beau-frère, avec la condition de ne s'en fervir
qu'en Amérique, arriva au Cap, en 1774, venant de Nantes, recomiandé
au gouverneur-genéral par le miniftre de la Marine. Il a inoculé par milliers s
des négres de la Colonie, pour un prix extrèmement modique > & s'eft attaché par
fon caractère tous ceux qui le connaiffent. M. Worlock a obtenu, en 1779, des
lettres de naturalifation.
Ayant cultivé toutes les branches de l'art de guérir, M. Worlock a fait un
mémoire fur la maladie épizootique peftilentielle de Saint-Domingue, 3 quilui a
obtenu un prix d'encouragement de la Société royale de Médecine de Paris &
le titre de correfpondant. On en trouve l'extrait dans les Recherches fur les Épizooties publiées par la Société des Sciences &c Arts du Cap, qui s'eft attaché
M. Worlock.
-
I X.
P A R OISS E D U DOND O N.
L E" voifinage immédiat des Efpagnols réunis dans des établiffemens confidérables > a rendu très-lent celui du Dondon. Son origine ne remonte qu'au II
Septembre 1698, époque où André Minguet, fibuftier-chirurgien, qui avait --- Page 274 ---
DESCRIP TIO N D E L A PARTIE
marché au fiège de Carthagène 3 obtint de M. Ducaffe, alors gouverneur > la
du lieu appelé vulgairement le Trou du Dondon , borné des montaconceffion >> forment le Cap, & de l'autre côté des montagnes des favanes du
>) gnes qui
des
Grand Fond & du Limbé, & de la rivière du Pimentier, > pour y élever
>> beftiaux Cette donation d'une immenfe étendue de terrain, était, comme
>>
>)*
elle-même
un témoignage des fentimens qu'in/pirait la
le dit la conceffion
gouverneur > la
du lieu appelé vulgairement le Trou du Dondon , borné des montaconceffion >> forment le Cap, & de l'autre côté des montagnes des favanes du
>) gnes qui
des
Grand Fond & du Limbé, & de la rivière du Pimentier, > pour y élever
>> beftiaux Cette donation d'une immenfe étendue de terrain, était, comme
>>
>)*
elle-même
un témoignage des fentimens qu'in/pirait la
le dit la conceffion conduite de Minguet, qui, , prifonnier à Carthagène, avait fu s'attirer les égards
du chefefpagnol &x la confiance de fes compatriotes.
On fent néanmoins qu'alors on était loin d'attacher aux terres la valeur
ent fucceffivement acquife depuis. Minguet forma fur fa conceflion une
qu'elles corail.
de
de foixante ans, placé fur un fol très élevé &
hatte & un
Agé près
où des arbres peut-être auffi anciens que l'ile, attiraient des pluies fréquentes,
il n'était d'abord connu que des efpagnols de Gohave qui fupportaient impatiemment le voifinage d'un Français, & qui mirent inutilement tout en ufage
l'expulfer. Deux autres Français obtinrent en 170I une conceffion en deçà
pour de
acheta d'eux leur terrain, comme s'il avait gagné de
de celle Minguet, qui
fes voifins la maladie des grands domaines.
En effet, elle agitait Minguet, puifque fans aucune utilité réelle, il ft ratifier
fa conceffion par M. Auger le 25 Mars 1704, par M. de Choifeul le 22 Février
le 20
le même
conjoine
1709,par M. Mithon > Intendant,
Juillet 17II,
qui,
une nouvelle conceffion de
tement ayec M. du Paty, 3 ajouta 3 cinq jours après,
à celle de 1698 ; & enfin par M. de Blenac, le 25 Mars 1715IQO carreaux
de
Il eft même très-remarquable que Minguet, qu'on ne peut s'empêcher
comme très-jaloux de fa conceffion, ait agréé l'approbation donnée par
regarder M. de Blenac, qui eft conçue en ces termes : >> Vu la conceflion de l'autre
accordée par M. Ducaffe & les approbations & ratifications fuivantes 2
3> nous part donnons la nôtre au fuppliant, 8c ce pourfa vie. 33
52 Vouloir réduire à une jouiffance ufufruitière un don fait en propriété, &c
effayer ce changemnet par rapport à un vieillard prefqu'o&ogénaire, c'était
cacher un dépouillement réel fous une forme bienveillante, & il n'eft pas facile
de juftifier le gouverneur-général à cet égard, même en difant qu'une ordonnance du roi de 1713, réuniffait toutes les hattes & corails, où il ne
(*) Voyez Loix de Saint-Domingue tome ier., page 608.
ie
ière un don fait en propriété, &c
effayer ce changemnet par rapport à un vieillard prefqu'o&ogénaire, c'était
cacher un dépouillement réel fous une forme bienveillante, & il n'eft pas facile
de juftifier le gouverneur-général à cet égard, même en difant qu'une ordonnance du roi de 1713, réuniffait toutes les hattes & corails, où il ne
(*) Voyez Loix de Saint-Domingue tome ier., page 608.
ie --- Page 275 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
fe trouvait pas des animaux en nombre fufifant. Elle ne pouvait pas concerner
Minguet qui,au fein des bois, exerçait l'une des plus touchantes vertus, l'hofpitalité, , & l'hofpitalité la plus digne de ce nom. Aux fecours de la chirurgie > il
avait réuni ceux d'une foule de plantes, & la nature fecondait fouvent une heureufe
application des moyens qu'elle prodiguait autour de Minguet. Le pauvre allait
trouver un père; 3 le riche (s'ii en était alors à Saint-Domingue ); recourrait à
un être qui fe croyait déjà payé par le fuccès. Son faible hofpice était devenu
fuccellivement un immenfe hôpital & ces Efpagnols 3 auparavant fi irrités contre
Minguet, venaients'y méler aux Français, & partager des foins que ce vénérable
Colon donnait à Phomme > quelle que fut fa patrie.
Je me hâte cependant de dire qu'en accueillant 3 à la même époque de 1715,
des demandes de conceflions pour établir des indigoteries au Dondon, 3 M. de
Blénac, 8c fon fucceffeur M. de Chateaumorant, ainfi que leur collègue M. Mithon,
mirent pour condition, que les concelionnaires saccommederaient avec André
Minguet, 3 en Cas que les nouvelles cencefonsfe trouvafent dans la fieme.
'Plufieurs d'entr'eux remplirent la condition, & Minguet fe contenta de dix
livres par carreau ; les autres prétendirent qu'ils étaient hors des limites de la
conceffion de 1698; Minguet était vieux, fa mort devait le dépouiller : & il eft
des êtres dont l'efprit & le coeur ne répugnent à aucun calcul.
On ne fe borna pas â de fimples prétextes > à des empiétations colorées, il fe
trouva des hommes, plus hardis qui demandèrent des terrains évidemment fitués
dans la conceflion. de Minguet, celui-ci s'en plaignit, & les chefs décidérent, le
4 Juillet 1721, que les conceffions de 1698 & de 17II feraient refpeétées, &c
qu'un arpenteur en ferait connaitre lesvéritables dimenfions.
Comme cet utile citoyen devait être l'oojet de chofes, au moins fingulières,
T'arpenteur Datour imagina de dé:ider, en fon abfence, 3 par un procès-verbai
dn 261 MMars 1722, à quoi l'on devait les 1éduire, 8c les Adiminifrateurs en fecond
du Cap, ufurpant un droit qui n'ajamais appartenu qu'aux Adminiftrateurs en
chef, fe frent jnges de la conteftation & prononcèrent le 18 Juin 1722, que la
veuve de Minguiet ( caf le premier Colon français du Dondon venait de
Je tribut à la nature ) aurait feulemént 425 carreaux
feraient
payer
3 qui
répartis fur
trois érabliffemens de fon mari, auquel on avait la hardieffe de reprocher de n'en
avoir forméaucun. Le même jugeentrégla les conteftations de plufeurs concet
Teme .
Ii
ation & prononcèrent le 18 Juin 1722, que la
veuve de Minguiet ( caf le premier Colon français du Dondon venait de
Je tribut à la nature ) aurait feulemént 425 carreaux
feraient
payer
3 qui
répartis fur
trois érabliffemens de fon mari, auquel on avait la hardieffe de reprocher de n'en
avoir forméaucun. Le même jugeentrégla les conteftations de plufeurs concet
Teme .
Ii --- Page 276 ---
DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
fionaires 8z le Dondon devint ainfi un établiffement réel qui ne date dans le fait
que de 1721.
Cet établiffement était utile à caufe des inquiétations fréquentes des Efpagnols.
C'eft un des motifs du réglement de 1722 > qui enjoint à tout habitant d'avoir
qu Dondon, le nombre de blancs preferit par les loix.
On eft parvent à ravir au fils de Minguet de nouvelles portions de terrain,
de manière que tous les droits de cet ancien Colon fe font réduits à 148
fe trouvent avjourd'hui dans le territoire de la paroiffe de la
carreaux, qui
Marmelade; encore a-t-on eflayé de les enlever à celui auquel ce fils les a
vendus en 1770. Ainfi P'on ne trouve plus dans la paroiffe du Dondon la
defcendance de ce Minguet, dont tous les Colons de Saint-Domingue prononcent le nom avec reconnaiffance, ne fut-ce que pour défigner quelques plantes
une liane dont le fuc eft un p:iffant
que ce nom fi: connaître, > notamment
vulnéraire. Je trouve trop dej jouillances à retracer le fouvenir de tous les êres
bienfailans qui ont exiféà Saint-Domingue, pour n'avoir pas faifi une occalion
de rappeler le fien; d'autant queje remplis en même-tems mon défir d'éclairér
fur l'origine de la paroiffe du Dondon.
Cette paroiffe écait G peu avancée en 1724, que MM. de Chaftenoye 8c Duclos,
gouverneur & ordonnateur du Cap, qui venaient d'y faire un voyage à caufe de
quelques démêlés avec les Epagnols, crurent pouvoir imiter leurs devanciers
& faire , le 20 Novernbre 1724, un réglement pour y augmenter la population,
confiftante alors en une douzaine de blancs feulement. Pofant d'abord comme
chofe certaine > que l'on ne pourra pas établir de fucreries dans ce lieu, mais
bien y faire de l'indigo, du tabac ou du cacao, iis ne voulaient pas qu'un
habitant pût y pofféder plus de 36 carreaux > excepté trois perfonnes que leur
on trouve avec fatisfaétion la veuve de
réglement nomme > & parmi lefquelles
Minguet, à caufe des fervices de fon mari &c de l'obligation qu'on lui a d'avoir
confervé & maintenu ce quartier aux Français. Ils exigent la réfidence du
propriétaire ou celle de blancs qui le repréfentent, 8 que chaque habitant foit
armé & équipé avec un cheval.
En 1725, le Dondon fe trouvait féparé du refte de la Colonie françaife. Il
communiquait feulement avec la paroiffe de Sainte-Rofe, par la gorge du JoliTrou, où l'on était alors obligé de faire près d'une lieue à pied. C'eft même ce
fentier qui était depuis 1717, une des routes du Cap à Léogane.
de blancs qui le repréfentent, 8 que chaque habitant foit
armé & équipé avec un cheval.
En 1725, le Dondon fe trouvait féparé du refte de la Colonie françaife. Il
communiquait feulement avec la paroiffe de Sainte-Rofe, par la gorge du JoliTrou, où l'on était alors obligé de faire près d'une lieue à pied. C'eft même ce
fentier qui était depuis 1717, une des routes du Cap à Léogane. --- Page 277 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
25i
Enfin le Dondon fortit de cet état d'enfance, &c en 1727 on en forma une
paroiffe qui fut retranchée de celle de la Petite-Anfe. On y bâtit une chapelle
que deffervaient des prêtres, chargés par les Jéfuites du foin de plufieurs arnes
par le défaut de fujets de la compagnie de Jéfus. En 1742, les habitans achetèrent de M. Garfeau une portion de terrain où l'on conftruifit une églife & un
presbytère en 1743. On avait eu auffi le projet d'y former un bourg, qui fur
même commencé dès lors mais le terrain étant infuffifant, les habitans fe firent
autorifer par les Admniniftrateurs, le 9 Avril 1749, à acquérir un fapplément
de M. Baconnais, ce qui a effedtivement eu lieu. L'arpenteur Rault le divifa
par emplacemens 8c en fit un plan direéteur, où les alignemens étaient réglés
fur Ia pofition de l'églife, & une ordonnance des chefs approuva ce plan le 3
Décembre 1751.
Ce n'a été qu'à l'époque des arrangemens paroiffiaux de 1742 que les limites
du Dondon furent délignées d'une manière certaine ; jufque - là le zèle du
deffervant en était la vraie mefure, & le curé de Sainte-Rofe & lui,étaient
fouvent les vicaires l'un de l'autre. Les Colons éux-mêmes n'étaient
pas encore
auffi nombreux qu'on le défirait, puifqu'une ordonnance du 21 Mai
menaça de la réunion de leurs terres, ceux quin'auraient pas formé d'établiffemens dans fix mois. Le 25 Novembre 1773, la paroiffe de lal Marmelade a
été diftraite de celle du Dondon, dont voici les bornes aétuelles:
Au Nord; 1°. La Paroiffe de la Petite-Anfe, > dont elle eft féparée par la
montagne du Bonnet, & 2°. la paroiffe de la Plaine du Nord, dont elle eft
féparée par les montagnes du Grand-Boucan & des Mornets.
A l'Eft, la paroiffe Sainte-Role, au moyen de la première chaîne de montagnes qui vient du Cibao & qui ceffe de dépendre du Dondon à la Crête du
Grand-Gilles.
Au Sud, le territoire efpagnol, depuis la pyramide No, 79, qui forme à la
ravine Mathurin le point de féparation entre la paroiffe Sainte-Rofe &c celle du
Dondon jufqu'a la pyramide No, 97 qui eft fur la rive droite de la rivièré du
Canot, & à la pointe de l'embranchement oppofé 3 defcendant de Marigallegue,
8x qui eft commune à la paroiffe de la Marmelade.
C'eft dans un point de cette étendue , que MM. de Chaftenoye & Duclos
virent en 1724 deux arbres, fur l'un defquels était écrit CAPITAN BERTOL,
& fur l'autre ANDRÉ MINGUET : limites convenues entre ces deux voifins
Iiz
rivièré du
Canot, & à la pointe de l'embranchement oppofé 3 defcendant de Marigallegue,
8x qui eft commune à la paroiffe de la Marmelade.
C'eft dans un point de cette étendue , que MM. de Chaftenoye & Duclos
virent en 1724 deux arbres, fur l'un defquels était écrit CAPITAN BERTOL,
& fur l'autre ANDRÉ MINGUET : limites convenues entre ces deux voifins
Iiz --- Page 278 ---
252 DESCRIPTIO N D. E LA P 2 ARTIE
français & efpagnol, pour mettre fn à des plaintes:éciproques d'emp'ètement.
Dans toutes les montagnes qui féparent le Dondon d'avec la Colonie efpagnole, & dont la plus con@lérable eit la chaîne nommée morne à Chapelets,
à caule du nombre prodigieux de palmiftes à chapelets qu'elle nourrit, il n'y a
que. deux ouvertures qui puiffent faire communiquer Jes deux Colonies. Celle
de la Porte, qui eit dans le bout Sud-Eit de la parciffe, & dontf'ai entretenu le
Leéteur en parlant de Saint-Raphaël > paroiffe de la Partie Epagnole, 8c où les
Français avaient un pofte qu'ils appelaient vigie, & qu'on y voyait encore en
1702; & le Saut du Canot, qui eft vers le Sud-Oueft.
Au Couchant, la paroifle du Dondon eft bornée par celle de la Marmelade :
1°. au moyen des montagnes de la Soufrière de l Marmelade, entre lefquelles
eft un intervalle qui fert à la communication des deux paroiffes; 8c 2°. par la
montagne de la ravine à Fourmi.
Le Dondon eft ablolument enclavé dans les montagnes & le fol du lieu où eft
I'Églife 8c le bourg, eft élevé d'environ deux cent cinquante toifes au-deffus du
niveau de la mer. (*) Il n'ya peut-être dans nul lieu de la Colonie un fite plus.
pittorefque que celui de cette paroiffe. D'énormes montagnes dont les fommets
font quelquefois efcarpés 3 préfentent des rochers inclinés >. fouvent même
renverfés les uns fur les autres, &c le défordre de ces mafes offrent prefque par-tout
des témoignages de grandes agitations terreftres. Les montagnes font entrecoupées ou féparées par des vallées riantes > par des côteaux frais dont la verdure
nuance agréablement celle des bois touffus dont les élévations font couvertes, &c
confole de quelques afpeêts où le roc décharné attrifte l'homme & lui parle de
deftruétion. L'induftrie de cet être inexplicable fe remarque dans tous les points,
S la nature,. tantôt défigurée tantôt embellie par fes travaux, femble avoir
confenti à partager fon empire avec lui.
L'inégale furface du Dondon 2 autant qu'elle peut être évaluée, a trois lieues.
du Septentrion au Midi & cinq lieues du Levant au Couchant, & comme ces
dimenfions font plus ou moins rétrécies dans certains points > on ne peut en évaluer le circuit qu'à environ quinze lieues. Cette étendue eft divifée en neuf
cantons.
() C'eft par erreur quej'ai mis cing cens toifes dans la Defcription de la Partie Efpagnoie, tome
ser., pages 256 & 272 & que j'y ai dit que la plaine de Gohavect aufli élevée que le bourg du.
Dondon.
ant au Couchant, & comme ces
dimenfions font plus ou moins rétrécies dans certains points > on ne peut en évaluer le circuit qu'à environ quinze lieues. Cette étendue eft divifée en neuf
cantons.
() C'eft par erreur quej'ai mis cing cens toifes dans la Defcription de la Partie Efpagnoie, tome
ser., pages 256 & 272 & que j'y ai dit que la plaine de Gohavect aufli élevée que le bourg du.
Dondon. --- Page 279 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGU: E.
A
Le premier eft celui nommé le Brocbetage. Des montagnes efcarpées ceignent
cette agréable vallée qui, contigue à la paroife de la Petite-Anfe au Nord, & à
celle Sainte-Rofe dans TER, a pour borne au Sud, la rivière du Dondon & à
P'Oueft, le canton des Vafeux. Dix-hait habitations font placées au Brochetage qui,
dirigé à fon commencement de PER à l'Oueft > tourne enfuite du Nord au Sud.
Il a environ une lieue & demie de longueur fur mille toifes de largeur moyenne.
Le fecond canton eft celui du Bois-Rouge. C'eft l'enfoncement qu'on a devant
foi dès qu'on eft parvenu au haut de la ciête du Grand-Gilles, il va vers le Sud
en formant un amphithéâtre 5 puis ils'étend le long des montaghes qui féparent
Sainte-Rofe d'avec le Dondon. Sept habitations peu confidérables ne font pas
l'éloge de fa fertilité.
C'eft vers le milieu du canton du Brochetage que la montagne qui le divife à
l'Occident du canton des Vafeux qui eft le troifième 3 laiffe un paflage à la petite
rivière qui donne fon nom à ce dernier canton. La vallée des Vafeux eft étroite &c
profonde ; & les montagnes de la Guille au Sud, celles des Galeries à l'Oueft, du
Grand Boucan &c du Bonnet au Nord, & celles du Brochetage à PEt, qui la
réduifent à une lieue de longueur. 3 la rendent en même-tems trifte & mal-faine,
On y compte cependant vingt-huit habitations dans un efpace d'environ mille
carreaux dont, au moins > un quart eft encore en bois.
Le quatrième canton c'eft la Guille > placé au Sud des Vafeux. Il a celui du
Matador à lEft, les Galeries & les mornes du Haut du Trou à l'Oueft & au
Nord le Callebaffier. Deux lieues de T'Ef à l'Oueft & une largeur d'une licue, en
compofent l'étendue qui, fans être plus agréable pour l'oeil que celle des Vafeux,
a cependant des avantages fur celle-ci, puifque par-tout,oà les montagnes environnantes vont en amphithéàtre on voit des cultures, tandis que les autres font
arides & impofantes par leurs affreux efcarpemens. Trente habitations garniffent
ce féjour dont la température eit fraîche & le fol bien arrofé.
Les Galeries, cinquième canton > font compofées d'une fuite de montagnes
rapprochées, efcarpées &c difpofées fans ordre. Des valons rétrécis y forment
eependant de petits intervalles où cinq habitations ont trouvé à fe placer dans une
lieue d'étendue de PEt à POueft. Ce canton qui ne répond point à Pidée
agréable que fon nom. fait concevoir , eft appuyé au Septentrion fur la paroiffe de
la Plaine du Nord dont il eft féparé par la montagne des Mornets 3 le Haut du
Trou le touche au Sud, le chemin des Mornets à l'Oueft, & la ravine de
Monfieur ou de la Guille à PEt,
cinq habitations ont trouvé à fe placer dans une
lieue d'étendue de PEt à POueft. Ce canton qui ne répond point à Pidée
agréable que fon nom. fait concevoir , eft appuyé au Septentrion fur la paroiffe de
la Plaine du Nord dont il eft féparé par la montagne des Mornets 3 le Haut du
Trou le touche au Sud, le chemin des Mornets à l'Oueft, & la ravine de
Monfieur ou de la Guille à PEt, --- Page 280 ---
254 DESCRIPTION DE LA PARTIE
De tous les cantons du Dondon , le fixième appellé le Haut du Trou eft le plus
beau, le plus étendu, le plus fertile &c conféquemment le plusriche. L'ordonnance
d'éreétion de la Marmelade en paroiffe 3 lui avait donné le canton du Haut du
Trou, mais d'après une oppofition judiciaire des habitans du Dondon, une
autre ordonnance du II Juillet 1776, reétifiant la première, a remis le Haut du
Trou dans la dépendance du Dondon. On peut confidérer ce canton comme une
petite plaine de deux lieues & demie de longueur fur une largeur égale, à quelques irréguiarités près. Elle renferme quarante habitations, 8c la rivière Efpagnole
l'arrofe en la traverfant. Circonferite au Nord par les Mornets & les Galeries,
elle a au Sud le morne à Chapelet, à lEft la montagne Colorade &c le Callebaffier, & àlOueft la Soufrière & les montagnes de la paroiffe de la Marmelade,
LaMarre à la Rocbe, feptième canton, eft une autre vallée dont le fol fertile
eft le plus élevé du Dondon > quoique la vallée foit profonde, caufe des hauteurs
qui l'environaent & qui font auffi très-propres à la culture. Elle a deux lieues
d'étendue du Levant au Couchant, > fur une largeur petite & inégale & renferme
vingt-cinq habitations. Ce local a les montagnes du Haut du Trou au Septentrion, au Midi le morne à Chapelet, qui vers le milieu de la Marre à la Roche,
offre le paffage du Saut du Canot, à l'Orient le Callebaffier, & à l'Oueft les
montagnes de la ravine à Fourmi, qui font dans ce point, la limite du Dondon
8 de la Marmelade.
Le huitième canton, le Matador eft également une vallée agréable & fertile
que coupe & arrofe la rivière du Pimentier. S'étendant d'abord du Nord au Sud
cette vallée fe trouve enfuite dirigée de PEC à l'Oueft & a ainfi une longueur
d'une lieue & demie fur une demi-lieue dans fa plus grande largeur, étendue
garnie d'une trentaine d'habitations. Le morne à Chapelet eft encore fon terme
dans le Sud; une petite montagne ifolée, nommée morne. à Jacques & plufieurs
monticules qui femblent partir du Morne à Chapelet, féparent le Matador du
Baffin-Cayman qu'il a dans PEft. Au Nord eft le morne du Dondon qui eft la
fuite de la première chaîne 3 &c au pied duquel coule la rivière la Porte, & à
TOueft un embranchement du morne à Chapelet, qui porte le nom de Callebaffier.
Enfin le Ballin - Cayman complete la nomenclature de la divifion intérieure
de la paroiffe du Dondon. Ce canton analogue à fa dénomination eft un vrai
baflin d'environ une lieue & demie de l'Eft à I'Oueft fur une demi-lieue de large
fuite de la première chaîne 3 &c au pied duquel coule la rivière la Porte, & à
TOueft un embranchement du morne à Chapelet, qui porte le nom de Callebaffier.
Enfin le Ballin - Cayman complete la nomenclature de la divifion intérieure
de la paroiffe du Dondon. Ce canton analogue à fa dénomination eft un vrai
baflin d'environ une lieue & demie de l'Eft à I'Oueft fur une demi-lieue de large --- Page 281 ---
FRANÇAISI E DE SAINT-DOMINGU E.
Ilaau Nord les montagnes ftériles qui font communes à une partie de la paroiffe
Sainte-Rofe, puis celles du Brochetage, à PEC les montagnes & le bois de la
Porte, au Sud le Morne à Chapeler & à l'Oueft le Matador. Dans le nombre
des quinze habitations qu'il renferme , quelques-unes font fur la face Septentrionale du morne à Chapelet & vont jufqu'à fon fommet toucher la ligne de
démarcation des deux Colonies. Ce local frais, ferait encore utile par fa fécondité
fila rivière duDondon ne faifait pas, de la partie baffe 3 le théâtre de fes débordemens &c fi elle n'augmentait pas fes rayages par le nombre même de fes
finuofités.
On voit d'après ces détails, que les quatre cantons du Brochetage, des Vafeux,
des Galeries & du Haut du Trou, font dans la limite Septentrionale du Dondon, 3
& par conféquent qu'ils touchent aux paroiffes de la Petite-Anfe, de la Plaine
du Nord 8c de l'Acul. Que les trois cantons du Brochetage , du Bois-Rouge &
du Ballin - Cayman en font la limite Occidentale, &c conféquemmnent
qu'ils
font contigus > d'abord à la paroiffe Sainte - Rofe, 8c de plus, au moyen d'une
inclinaifon de cette limite Orientale, vers le Sud , à une petite partie du
territoire e'pagnol; S que la limite Méridionale commune à l'autre Colonie, eft
bordée par les cantons du Ballin-Cayman 3 du Matador & de la Marre à la
Roche; que la limite Occidentale qui eft entre le Dondon &c la Marmelade,
fuit les deux cantons de la Marre à la Roche &c du Haut du Trou; & qu'entin
lc canton de la Guille eft vers le centre de la paroiffe.
Le canton le premier établi au Dondon par les
Français 3 a été le Matador.
C'eft celui où Minguet fit fon premier défriché, La maifon qu'il habitait était à
environ deux cent. toifes dans le Nord de la chaine des Chapelets & à quinze
ou vingt toiles dans le Sud d'un coude que fait la rivière du Pimentier, qu'on
n'appelait alors que ravine. La Guille a été le fecond établi. Minguet y avait au
Sud de la rivière du nom de ce canton, une habitation qui ne fe trouvait,
à. compter d'extrémité en. extrémité & en ligne droite 3 qu'a environ 700 toifesde celle qu'il avait au Matador. Le troifième quartier établi, a été celui du
Brochetage. C'eft là que Minguet commença â éprouver des ufurpations &
par
conféquent ce fut là auffi que les plus anciens habitans du Dondon, après
Minguet, s'établirent: Ce furent MM. Berger, Stapleton, Linch, Martin,
Silvecane, la. Caze, Boredon, le Sieux, Fleury, Parent & Marie Marthe
Parent.
toifesde celle qu'il avait au Matador. Le troifième quartier établi, a été celui du
Brochetage. C'eft là que Minguet commença â éprouver des ufurpations &
par
conféquent ce fut là auffi que les plus anciens habitans du Dondon, après
Minguet, s'établirent: Ce furent MM. Berger, Stapleton, Linch, Martin,
Silvecane, la. Caze, Boredon, le Sieux, Fleury, Parent & Marie Marthe
Parent. --- Page 282 ---
256 DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
Le Bafin Cayman fuivit les trois cantons que j'ai nommés. Ses premiers
habitans furent MM. Fortier 3 Martin Fortier > Fleury 3 P. Garreau 3 L.
Garreau, Pirly, > la Salle & Paquet, Péié,Spigeo: & Plex, dont les poffeffions
allaient joindre celles de Minguet au Matador. Il n'y avait pas en 1723,d'autres
habitans au Dondon que ceux que je viens de nommer. Ses autres cantons ont
reçu des cultivateurs prefque tous en même-tems.
Le bourg du Dondon eft à l'extrémité Sud du Brochetage, &c fur la rive
droite de la rivière de fon nom, oû l'on a vu long-tems les pilaftres d'un pont
de pierre, élevés en 1763 par les ordres de M. de Belzunce, & quin'ont pas écé
achevés. Le chemin qui mène à l'Efpagnol par le paffage de la Porte, les
traverfe, ainfi que la rivière. Il n'eit compofé que de 80 maifons, mais il
s'accroit tous les jours. Il eft défendu d'y couvrir les maifons en paille. Des
marchands, des artilans & des cabaretiers en forment la population , qu'augmentent encore des oififs, efpèce d'hommes dangereufe par-tout, mais furtout dans
une Colonie. Le voifinage de la Partie Efpagnole a rendu encore plus néceffaire
Îe détachement de maréchauflée qui y réfide. Il eft compofé de fx cavaliers &
un brigadier de couleur, fous les ordres d'un exempt blanc,
C'eft dans la partie Orienrale du bourg, qu'eft l'églife. Lors de l'érection de
la paroiffe er 1727; on en conftruifit une de bois en vingtjours dans un autre
point, Sa confécration à l'éternel fous l'inyocation de Saint-Martin, archevêque
de Totrs, fut faite le II Novembre de la même année, jour de la fête du
patron. Celle aétuelle ef de charpente for un folage de maçonnerie, de plus de
quatre pieds en dehors; fà longueur eft de IOO pieds ; fa longueur de 35, fa
hauteur de dix-huit; trois cloches d'accord entr'elles forment ce que les amateurs
appeilent une belle fonnerie. Lafere du patron a été transférée au 4 Juillet,jour
de la tranfation du Saint, par mandement dy Préfet apoftolique de li Partie du
Nord, en date du I 2 Mai 1784, à caufe des pluies trop ordinaires au mois de
Novembre, & encore parce que la récolte du café exige alors un travail aflidu de
ia part des cultivateurs &c de leurs nègres.
Les rivières du Dondon qui ne font que des ruiffeaux dans les tems ordinaires
& des torrens durant les pluies, ont en général, des eaux vives, faines & légeres;
fertout celles dont les caux coulent fur des lits pierreux, graveleux cu fabloneux.
Ces rivières nourriffent le mulet bârard; le haut-dos, efpèce de carpe 3 le
dormeur; le déricat térard cu cabot; les petits mulets appelés gros-verires &
de
que des ruiffeaux dans les tems ordinaires
& des torrens durant les pluies, ont en général, des eaux vives, faines & légeres;
fertout celles dont les caux coulent fur des lits pierreux, graveleux cu fabloneux.
Ces rivières nourriffent le mulet bârard; le haut-dos, efpèce de carpe 3 le
dormeur; le déricat térard cu cabot; les petits mulets appelés gros-verires &
de --- Page 283 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
de graffes anguilles. Mais ces habitans des eaux fi propres à ajouter à la
fenfualité des tables, ainfi que des écreviffes femblables aux chevrettes
falicoques, & des crabes d'un
flatte
ou
goût qui
les créoles, 2 ont trop de perfécuteurs
dans les negres 3 qui ne croyent pas qu'attendre c'eft quelquefois gagner.
Les montagnes de la Marmelade récèlent la fource de la rivière. la plus
confidérable du Dondon. Quoique fucceflivement groffic par les eaux de plufieurs
ravines, les terrains poreux fur lefquels elle coule en abforbent une partie & en
rendent le volume variable & incertain. Sa direétion principale eft du Couchant
au Levant, mais elle eft extrêmement finueufe, D'abord nommée la rivière
Dorée, parce qu'elle paffe fur un fond de marcaffites fophiftiquées de foufre 8c
d'arfenic qui ont la couleur & l'éclat de l'or, elle devient la rivière Efpagnole
en' traverfant le canton de la Guille, & prend le nom de rivière du Dondon
lorfqu'elle paffe au Sud du bourg. Non loin de là, on la connaît fous celui de
rivière la Porte, 3 avec lequel elle fait environ quinze lieues, & va fe méler fur
le territoire elpagnol à d'autres, pour arriver dans l'Artibonite & fervir ainfi à
l'utilité d'une autre portion de la Colonie françaife.
Des montagnes qui féparent la Guille & les Galeries du canton des Vafeux
fort la rivière ou plutôr la ravine de ce dernier nom. Elle
fur
>
ferpente un fond
de fable & de gravier, allant de l'Oueft vers l'Et; arrivée au pied d'un morne
appelé le Grand Gouffre, & qui a environ cent pieds d'une hauteur
ellé fe précipite dans un trou & difparait abfolument aux
du efcarpée
Un
yeux fpeétateur
furpris.
roc bruni, chargé de lianes, de mouffés & de quelques points de
verdure, forme une maffe qui s'élève au milieu du vallon & oû eft placé le trou
dévorateur 5 mais à 200 toifes de là, l'eau reparait. Si dans des pluies abondantes le ruifeau gonflé roule à l'entrée du gouffre les arbres qu'il a arrachés, les
eaux refluent dans le vallon, leur fureur s'accroit, jufqu'à ce que devenues plus
puiffantes que l'obftacle, elles le détruifent & vont avec un épouvantable fracas
inondér les parties inférieures au point de leur fortie. Au-delà du gouffre la
rivière garde fa direétion première, mais parvenue vers le milieu du
>
elle femble regretter le féjour dont elle s'éloigne, &
Brochetage 2
qu'elle abandonne enfin
pour aller- vers le Sud, en fuivant le même canton 5 à l'extrémité duquel elle
porte à la rivière du Dondon fon tribut, augmenté de celui de la ravine du
Bonnet &c de la ravine du Bois-Rouge.
II y a dans plufieurs endroits du Dondon, &
Tome I,
principalement au Brochetage,
K k
vers le milieu du
>
elle femble regretter le féjour dont elle s'éloigne, &
Brochetage 2
qu'elle abandonne enfin
pour aller- vers le Sud, en fuivant le même canton 5 à l'extrémité duquel elle
porte à la rivière du Dondon fon tribut, augmenté de celui de la ravine du
Bonnet &c de la ravine du Bois-Rouge.
II y a dans plufieurs endroits du Dondon, &
Tome I,
principalement au Brochetage,
K k --- Page 284 ---
258 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
des eaux minérales qu'on dit ferrugineufes, vitrioliques & alumineufts, car
aucune analyfe ne les a encore fait connaître d'une manière certaine.
Le fol du Dondon eft varié, comme celui de tout le refte de l'ile. En général,
le fond des vallées eft argileux > les côteaux fabloneux ou tufeux, mais avec des
proportions différentes d'argile & de tuf. On y voit auffi des coquilles & des
concrétions pierreufes ou criftallines. D'énormes bancs de granit compofent la
bafe des montagnes 5 ces bancs en portent d'autres de pierres calcaires ou
vitrifiables, de nature différente ou de roches à ravets, qui, dans plufieurs
endroits, font abfolument à la furface.
Une couche végétale couvre ou a couvert, avec plus ou moins d'épaiffeur, le
fol du Dondon. Expofé par l'avidité de l'homme > ou feulement par fon induftrie 3
à l'aétion des pluies étonnantes de la Torride, cette couche eft plus ou moins
promptement éntraînée & fur les parties élevées ou dans celles dont la pente eft
rapide, l'eau a déjà détruit ce que le tems avait lentement formé en accumulant
les dépouilles des végétaux. Les crevaffes des fommités des montagnes ont une
terre rougeâtre & ochreufe, une terre appelée adamique ou primitive par les
naturaliftes. On trouve aufli au Dondon quelques terres rocailleufes, celles fabloneufes y font très-rares.
En confidérant les bords des rivières, il eft facile de fe convaincre de la
richeffe de la minéralogie du Dondon. L'or, l'argent, le fer, le cuivre, l'antimoine > le marbre 3 le porphyre 3 l'albâtre , le jafpe > l'agathe le filex, le grès,
les
le talc, le
la terre glaife 3 des pétrifications &c des criftalligranits 3
fpath,
fations de tous les genres & une multitude de foffiles dont on apperçoit des
fragmens > appelent &c attendent le curieux de la nature.
Ileft un phénomène dont le fol du Dondon fournit des exemples particuliers 5
c'eft celui des affalages ou avalanches. Une portion de terrain > plus ou moins
étendue > fe détache du point où elle était, gliffe fur la furface environnante &c
va fe placer plus loin 3 tandis que fes différentes parties confervent entr'elles les
diftances qu'elles avaient auparavant. La face Septentrionale du morne qui porte
le nom de morne du Dondon & qui eft au bout Sud du Brochetage, en offre
des exemples vers fa bafe, 8x l'on peut en remarquer encore au canton de la
Guille où de pareils terrains > qui ont commencé à gliffer en. 1780, ne fe font
pas encore entièrement arrêtés.
M. l'abbé de la Haye, curé du Dondon 3 que j'avais prié de fuivre ce phéno.
aravant. La face Septentrionale du morne qui porte
le nom de morne du Dondon & qui eft au bout Sud du Brochetage, en offre
des exemples vers fa bafe, 8x l'on peut en remarquer encore au canton de la
Guille où de pareils terrains > qui ont commencé à gliffer en. 1780, ne fe font
pas encore entièrement arrêtés.
M. l'abbé de la Haye, curé du Dondon 3 que j'avais prié de fuivre ce phéno. --- Page 285 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 259
mène 3 & à qui je fuis redevable de beaucoup de détails de la defcription de la
paroifte, 3 penfe que durant les grandes pluies, l'eau forme des courans &c
pénètre dans l'intérieur de la terre ; que là elle détrempe 3 divife 3 entraîne
les terres qui fervaient de bafe aux couches fupérieures 3 produit des cavités, des
écroulemens 3 des affaiffemens, des affalages &c creufe même des abymes. De
là, la chûte des rochers, , le renverfement de 'ces maffes énormes dont le choc
femble ébranler le Globe.
Dans les affalages de la Guille qui ont lieu fur le penchant d'un côteau dont
la face eft vers le Midi, le terrain a gliflé & eft defcendu. D'anciennes fources
fe font taries > de nouvelles les ont remplacées; les haies vives d'un chemin ont
été portées à 15 ou 20 pieds de leur première fituation ; mais fur la fuperficie de
ce fol mobile, rien ne s'eft dérangé: plantations, maifons, arbres 3 tout a été
tranfporté dans fon entier & fans aucune. trace de dommage.
Le terrain de la montagne eft aquatique > coupé de fources &z de ravines & fa
bafe laiffe encore voir des traces d'affalages plus anciens ; c'eft un banc de rochers
inclinés & brifés recouvert d'une légère couche végétale 8c dont les fommités
décharnées forment des crêtes ardues & hideufes. Il eft donc naturel que les eaux,
furtout celles d'orage, qui font tout à la tois & plus chaudes & plus abondantes >
pénétrant facilement un fol déjà mouillé, &c ne pouvant pas trouver d'iffue à
travers les rochers, nappent à fa furface & acquérant de la force par leur poids
finiffent par'entrainer des portions de la couche fuperficielle. Ill'eft autant, que
celles-ci fuivent la pente des rochers que le féjour même des eaux a couvert d'une
efpèce de limon gliffant 3 & que ces portions entrainécs ne s'arrêtent qu'au
moment où elles fe trouvent portées fur un autre fol capable de les retenir. Si les
eaux tombent dans une cavité, leur chûte produit l'affaiffement de la furface, &c
un écroulement 3 fi elles minent plus la bafe dans un point que dans un autre , la
perte de l'a-plomb amène un renverfement, une véritable culbute.
Mais il eft des' affalages du Dondon où l'on obferve une autre; particularité, parce
qu'au mouvement progreflif qui eft plus lent que dans les autres & qui n'eft même
fenfible que dans les tems pluvieux, fe trouve uni celui de rotation ; de forte
qu'un bâton enfoncé dans une direétion contraire à celle du mouvement de
progreffion > finit par prendre celle de la pente, du terrain après avoir décrit
un arc de cercle.
Lorfque les eaux fouterraines agiffent, la marche progreffive a lieu ; &c elle ceffe
K k 2
au mouvement progreflif qui eft plus lent que dans les autres & qui n'eft même
fenfible que dans les tems pluvieux, fe trouve uni celui de rotation ; de forte
qu'un bâton enfoncé dans une direétion contraire à celle du mouvement de
progreffion > finit par prendre celle de la pente, du terrain après avoir décrit
un arc de cercle.
Lorfque les eaux fouterraines agiffent, la marche progreffive a lieu ; &c elle ceffe
K k 2 --- Page 286 ---
260 DE S CRIPTIO N DE L A P A R TIE
au contraire, lorfque les eaux font taries, voilà pour l'intermittence. Quant au
tournoyement, fur lequel je n'adopte pas une explicarion que M. l'abbé de la Haye
m'a communiquée & qu'il a fait paffer depuis à la Société royale des Sciences &
Arts du Cap, il me iemble que f, par l'inégalité du plan fur lequel l'affalage fe
fait, leterrain qui glife rencontre un obftacle qui l'arrête dans un point, l'impulfion
reçue par la maffe, fait qu'alors toutes les parties de celle-citendent à tourner vers
l'un des côtés de ce point fur lequel la maffe ne repofe pas en totalité; 8c le tournoyement eft plus ou moins marqué à raifon du volume &c de la viteffe du terrain
qui glife 8de la pofition &c de l'étendue du point qu'ila rencontré comme obftacle.
Avec de nouvelles pluies les deux phénomènes recommencent ; peut-être même
qu'une obfervation conftante ferait voir, & je le crois, que l'impulfion direête & la
circulaire prennent l'une & l'autre des direétions différentes de celles qu'elles ont
eu originairement & qu'il fe trouve des tournoyemens excentriques, d'abord les
uns par rapport aux autres & encore relativement à la maffe elle-même.
En général, l'air du Dondon eft fain, tempéré, frais 8c même humide, à en
juger par la déliquefcence du fel ordinaire. On yt trouve des vallées très-chaudes
des' collines tempérées où le printems femble avoir fon féjour habituel 5 le froid
eft le partage des montagnes que des brouillards couvrent lorfque le foleil a franchi
le Méridien. Quelquefois, le foir, on invoque le fecours du feu.
Durant les Nords qui règnent dans les fix mois d'Oétobre à Avril, on eft, en
quelque forte tranfi ; l'afpect du foleil eft un bien ardemment défiré, 8x une
forte de renaiffance en eft le produit. Dans la faifon des orages, qui prend les fix
autres mois > à de brillantes matinées fuccèdent des déluges d'eau &c des
tonnerres dont la configuration du lieu accroît l'horreur &c le fracas. Au coucher
du foleil le calme renait & la nature repole toute entière.
Au lever de l'aftre qui féconde la terre, une brife délicieufe vient du Sud &
parcourant les différentes gorges 3 elle produit une douce fenfation ,. jufques vers
dix ou onze heures du matin que la brife du large, toujours tardive dans les
montagnes., commence à régner. Avec elle la chaleur qu'elle tempère s'eft
cependant augmentée. Depuis le foirjufqu'avant l'aube du jour l'air fe rafraîchit,
& enfuite les vapeurs qui s'exhalent de la terre, fe condenfent & forment un
brouillard épais &c froid, fi le tems eft calme, où un froid dont l'impreffion eft
prefque douloureufe fi le vent qui fouffle de l'intérieur augmente fon aftion
pénétrante. C'eft principalement dans les trois premiers mois de l'année que cet
Depuis le foirjufqu'avant l'aube du jour l'air fe rafraîchit,
& enfuite les vapeurs qui s'exhalent de la terre, fe condenfent & forment un
brouillard épais &c froid, fi le tems eft calme, où un froid dont l'impreffion eft
prefque douloureufe fi le vent qui fouffle de l'intérieur augmente fon aftion
pénétrante. C'eft principalement dans les trois premiers mois de l'année que cet --- Page 287 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMING - UE. 261
effet eft fenfible &c après sles pluies des Nords. On a vu ( rarement à la vérité ) le
thermomètre de Réaumur 3 à l'efprit de vin, defcendre alors jufqu'à quatre
degrés au-deffus de la congélation 3 terme prodigieux pour la Zone Torride &
dont le contrafte avec la température ordinaire, eft vivement fenti. Le fommet
des montagnes offre dans de femblables inftans une efpèce de rofée gélatineufe.
Le Dondon a donc par rapport à lui-même, les quatre faifons annuelles &
quelquefois dans un feul intervalle de vingt-quatre heures. La plus grande différence obiervée au thermomètre dans les années communes, eft de 20°.; car il
parcourt l'intervalle du se degré au-deffus de glace jufqu'au 25. dans les vallées
découvertes. Lc thermomètre va en Été de 12 à 24° ; lHiver de 7à15. Dans
la moyenne région des montagnes' & dans les lieux arrofés,.en Été de 1oà22;
P'Hiver de 4 ou 5 à 12. Enfin fur le fommet des
la
montagnes > température
encore plus douce, varie cependant, prefqu'à
chaque point > par les différens
afpects & les caufes accidentelles.
Le Dondon eft expofé aux coups de vent de Sud,elpèce de précurfeurs de
violens orages & qui dans leur courte durée, déployent une fureur qui caufe la
deftruétion des plantations. Quelquefois auffi ce vent dure pendant un certain
intervalle, &c on la douloureufement éprouvé dans l'ouragan du 4 au 5 Août
1772.
La première culture du Dondon a été celle de l'indigo, auquel on a préféré le
cafier, > parce que le premier ne produifait que peu & feulement dans les années
féches qui ne font pas les plus communes au Dondon. Le cotonnier dont
fait l'effai, a aflez mal réuffi pour qu'on l'ait abandonné, C'eft
on a
au Dondon
les premiers cafiers portés des Ifles du Vent à
que
Saint-Domingue 3 ont été
& ily a eu de grandes fortunes créées dans cette paroiffe le fuccès de plantés
mières manufaétures, dont on fixe l'époque à 1738. On par
dans ces precompte
la
une indigoterie, 6 places à vivres & 219 cafeteries. On
divifer paroiffe
dernières en trois claffes. La première de 20 habitations qui pourrait donnent
ces
jufqu'à IOO milliers de café & dont le produit total peut être évalué à depuis 30
un million
de livres; 5 la feconde de I5O habitations qui donnent depuis IO jufqu'à milliers
& un réfultat de deux millions, deux cens mille livres, & la troifième 30 de
habitations produifant de 2 à IO milliers & en tout, 15O milliers : ce
fait 39
environ trois millions & demi de livres de café par année.
qui
Quand on contemple le Dondon, les montagnes qui le coupent dans tous les
valué à depuis 30
un million
de livres; 5 la feconde de I5O habitations qui donnent depuis IO jufqu'à milliers
& un réfultat de deux millions, deux cens mille livres, & la troifième 30 de
habitations produifant de 2 à IO milliers & en tout, 15O milliers : ce
fait 39
environ trois millions & demi de livres de café par année.
qui
Quand on contemple le Dondon, les montagnes qui le coupent dans tous les --- Page 288 ---
DE LA PARTIE
g62 DESCRIFTION
fens 3 quand on voit les rochers, les parties incultivables qui s'y trouvent, on eft
étonné que Pinduftrie ait pu y. créer autant de richeffes, mais l'on ne peut
s'empêcher de fonger que chaquejour le fol S' 'appauvrit par les dégradations caufées
par les.pluies. Tant qu'il exiftera des bois, leur coupe procurera de nouveaux
défrichés, mais qu'on juge par les dégats de la hache en foixante ans, de ce qui
refte à efpérer!
Prefque tout ce qu'on confie au fol du Dondon en grains, en légumes, en
fruits & en fleurs, y réuffit on ne peut pas plus heureufement. On y a fait venir
d'excellent tabac. Le mais, le riz y. font abondans. Les pois de toutes les
les navets, les choux', la betterave, le céleri y font fort beaux;
efpèces > la
le tayo, le bananier, très-produ@tifs; ; tous les fruits du
l'igname > patate,
l'ceillet
pays y font d'une bonne qualité. La délicate rofe , l'aimable giroflée,
fuave, Phumble violette & la douce pafferofe y récompenfent le foin du cultivateur. La botanique y trouverait des tréfors 5 les forêts fourniffent avec
abondance à tous les befoins pour les conftruétions & l'ameublement, & l'on y
rencontre des plantes aromatiques, que le préjugé feul, peut-être, place audeffous de celles qui font fi chèrement obtenues de l'Afie.
Ces forêts ont auffi des cochons marons > & les rochers procurent quelquefois
des piloris, le feul des quadrupèdes naturels au pays, qu'on trouve encore dans
la Partie Françaife & qui a prefque difparu, tandis que le rat venu d'Europe y
multiplie avec une défolante rapidité. Les animaux domeftiques femblables à
ceux d'Europe, ont du fuccès, ainfi que les beftiaux; cependant le climat trop
froid & trop humide en écarte les moutons & les chèvres. Il eft fâcheux que le
cette maladie contagieufe de la volaille, détruife une grande partie de celle
pian,
qu'on y élève avec facilité jufqu'à un certain terme.
La pintade fauvage, le ramier, les tourterelles, car les efpèces en font variées,
fourniffent ainfi que les farcelles 3 les bécaflines, &c, dans certaines faifons 3 un
gibier délicat. L'oeil fe fatisfait auffi, en contemplant le crabier, les diverfes
poules d'eau, l'aigrette > le collier, & en fuivant dans l'air le perroquet, la
perruche, , où en appercevant près des montagnes le petit perroquet de terre. Le
voyageur au fond d'une gorge folitaire & profonde 3 eft tiré de fa rêverie par
l'organifte méthodique 3 ou égayé par les modulations enchantereffes du roffignol.
Le colibri, l'oifeau-mouche viennent tout-à-coup lui montrer fur leur robe,le
plus brillant écrin, Quelquefois un fon lugubre & lamentable le frappe tout-à-
où en appercevant près des montagnes le petit perroquet de terre. Le
voyageur au fond d'une gorge folitaire & profonde 3 eft tiré de fa rêverie par
l'organifte méthodique 3 ou égayé par les modulations enchantereffes du roffignol.
Le colibri, l'oifeau-mouche viennent tout-à-coup lui montrer fur leur robe,le
plus brillant écrin, Quelquefois un fon lugubre & lamentable le frappe tout-à- --- Page 289 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 263
coup, c'eft le mal-fini, le grigri, la chouette, la frefaye qui a fondu à l'impro
vifte fur ce petit miracle de la nature, ou qui d'une ferre aigue, prefe les
entrailles d'une proye plus utile parce qu'elle eft plus volumineufe.
Le Dondon nourrit beaucoup d'infeétes & de reptiles. Les lézards &c les
couleuvres y formeraient une colleétion très-curieufe: Des fcorpions, des bêtes
à mille pieds ou millepedes & des araignées crabes ou à cul-rouge 3 y caufent
quelquefois des morfures douloureufes &c capables d'allumer la fièvre, mais elles
ne caufent point la mort. Dans la faifon pluvieufe > on entend jufques dans les
lieux qu'on habite croaffer la grenouille & le crapeau. On eft également affailli
alors par des nuées de mouftiques & de mouches. On rencontre auffi des effaims
de guêpes qu'on ferait bientôt puni d'attaquer. Enfin l'on trouverait une
jouiffance réelle à admirer une grande variété de papillons, fi l'idée que leur
nombreufe & dévorante] profpérité eft un Aléau pour l'agriculture, ne rendait pas
moins agréables les nuances &c les defins qui les embelliffent.
Les abeilles élevées dans la paroiffe Sainte-Rofe ont fourni des effaims à celle
du Dondon, où l'on recueille de la cire & du miel.
Tout prouve que le Dondon était fort peuplé par les Indiens, On y trouve
continuellement des débris de leurs vafes, & des figures qui rappelent leurs
idées fuperfitieufes. Des cavernes dont ils avaient fait des fépulchres, renferment
encore des reftes de la dépouille périffable de ces êtres faibles & bons j & l'on
trouve des antres où leurs bifarres divinités recevaient un culte plus bifarre
encore.
C'eft dans le territoire du Dondon qu'eft la voûte célèbre, connue fous le
nom de Voite à Minguet, parce qu'on dit qu'elle a été fa première habitation.
Elle eft fituée à environ une demi-lieue dans T'Oueft-Sud-Oueft du bourg, fur
la rive Méridionale de la rivière, dans une vallée étroite, > profonde & folitaire.
Son entrée eft un vafte portique où deux maffes informes font
placées comme
deux gardiens ou deux génies tutélaires. On diftingue encore quelques veftiges
des Zemes & des fculptures groffières, dont l'intérieur était orné, 8c que des
concrétions pierreufes ont recouvert. Le veftibule d'abord fpacieux, fe rétrécit
à quatre ou cinq toifes de l'entrée, & forme un paffage qui conduit à une efpèce de
fanctuaire éclairé par un trou de la voûte, dont les débris ont couvert le fol.
Sur les bords du paffage 3 font deux ouvertures étroites., & quelques tombeaux
creufés dans le roc. Les côtés du temple ont auffi dans leur épaiffeur des
es ont recouvert. Le veftibule d'abord fpacieux, fe rétrécit
à quatre ou cinq toifes de l'entrée, & forme un paffage qui conduit à une efpèce de
fanctuaire éclairé par un trou de la voûte, dont les débris ont couvert le fol.
Sur les bords du paffage 3 font deux ouvertures étroites., & quelques tombeaux
creufés dans le roc. Les côtés du temple ont auffi dans leur épaiffeur des --- Page 290 ---
254 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
rctraites fpacieufes peut-être deftinées aux miniftres du temple ) qui a cent
cinquante pieds de long fur une hauteur prefqu'égale.
Chaque année les Caciques des divers lieux de l'ile venaient dans cet endroit, a
la tête de leur fujets, renouveller leurs hommages aux Dieux de la patrie. L'opinion des Infulaires était que le foleil 8c la lune avaient percé la voûte pour aller
éclairer le monde & que les premiers hommes ayant ofé imiter leur exemple 2 ils
avaient été métamorpholés par le foleil, en grenouilles en lézards 3 en oifeaux,
&c, & les gardiens de la caverne en pierres. Ainfi 3 à travers leur fimplicité,
ces hommes nus &c ignorans affectaient les idées les plus orgueilleufes. SaintDomingue avait été, felon eux, le berceau de la nature > les deux aftres qui nous
éclairent avaient répandu leurs premiers rayons fur les Haytiens; ils étaient donc
eux des defcendans des premiers hommes ; en un mot, tout ce qui pouvait
tenir à l'opinion de leur fupériorité fur le refte des humains était entré dans ces
têtes privées d'inftruétion 3 comme fi la vanité était le patrimoine naturel de
l'homme. Et ce million de fils aînés de la nature, de defcendans d'une foule de
Prométhées, une poignée d'Efpagnols l'a anéanti pour jamais & à peine quelques-unes de fes erreurs & le fouvenir de fa cruelle deftinée 3 furnagent-t-ils fur
l'océan des fiècles !
La population aétuelle du Dondon eft d'environ 600 blancs, 200 affranchis &
9,000 efclaves. Le bourg eft compté, dans ce calcul, pour 120 blancs, 50 affranchis 8c2 250 efclaves. Les hommes libres portant armes > font au nombre de 300,
En tems de guerre, cette paroiffe fournit fon contingent pour la garde de
l'embarcadère de Caracol, 8c de celui de Limonade 8t pour le pofte du GrandCarénage duQuartier-Morin.
On a déjà vu à l'article de Sainte-Rofe, que le Dondon avait toujours été
regardé comme un lieu important pour la défenfe intérieure de Saint-Domingue.
*
Son bourg eft, peut-être, l'un des points de lile qui ont fait enfanter le plus de
projets. La difficulté des accès > la falubrité de l'air, tout avait fait penfer à M.
de Belzunce qu'on y réunirait le double avantage de la confervation de la Colonie
& de celle des hommes qui devaient affurer la première. Il fut donc queftion dès
Farrivée de cet officier-général d'y avoir un camp compofé de baraques comme
ceux du Trou & de Sainte-Rofe. Pour faciliter ce plan, on fentit la néceflité
d'un chemin propre aux tranfports, & j'ai dit auffi qu'on fit ouvrir celui de la
crête du Grand-Gilles, de manière à lui faire remplir cette deftination, On pofa
des
la Colonie
& de celle des hommes qui devaient affurer la première. Il fut donc queftion dès
Farrivée de cet officier-général d'y avoir un camp compofé de baraques comme
ceux du Trou & de Sainte-Rofe. Pour faciliter ce plan, on fentit la néceflité
d'un chemin propre aux tranfports, & j'ai dit auffi qu'on fit ouvrir celui de la
crête du Grand-Gilles, de manière à lui faire remplir cette deftination, On pofa
des --- Page 291 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 265
fiar les deux habitations Fleury &c le Febvre , l'une &c l'autre fur le chemin qui
va du Grand-Gilles au paffage de la Porte. Le premier était à environ 1,000 toifes
dans le Nord du bourg, & celui le Febvre à 500 toifes dans fa partie Méridionale. On conftruifit des magafins & l'on projeta encore deux camps, l'un à
l'entrée du Brochetage, & le quatrième près du chemin du bois de la Porte.
Le Dondon était défigné pour recevoir cinq bataillons des troupes qui étaient
arrivées en partie 3 & dont le refte était annoncé par le Miniftre. Et comme ces
préparatifs intéreffaient alors également la Colonie efpagnole, parce que les deux
nations craignaient un ennemi commun, on s'occupa, de part & d'autre, de faire
du paffage de la Porte ou Saint-Raphaël, une communication de voitures avec la
Partie Efpagnole, afin d'évacuer par ce territoire, dans le cas d'une retraite forcée
yes magafins d'artillerie 8x de vivres , & de les conduire jufques aux montagnes
du Mirebalais, d'où l'on ouvraitauffi une communication avec le Port-au-Prince.
Ces différentes entreprifes coûtèrent beaucoup, indépendamment des corvées
qui furent un véritable impôt pour l'habitant, & lorfque la paix de 1763 arriva,
tout fut abandonné. Les Efpagnols en donnèrent l'exemple les premiers, par
rapport au chemin de la Porte , qu'ils ne regardèrent plus que comme un moyen
de fraude & de rapprochement > chofes qu'ils ont toujours beaucoup plus craintes
que défirées.
Cependant les baraques du Dondon fervirent à loger 242 Allemands ou
Acadiens, quiy furent envoyés aux mois de Novembre &c de Décembre 1764,
& de Janvier 1765, & dont il ne reftait plus de vivans que 89 lorfqu'on les fit
partir pour le Môle, le 2I Décembre 1765. Ce ferait un argument contre la
falubrité du lieu, fi cette perte de près de deux tiers dans un an avait frappé fur
d'autres que fur des Allemands, déjà accablés par des maux foufferts dans une
autre Colonie, ou fur des Acadiens qui avaient été expofés long-tems à des
privations & à des regrets > que leurs fentimens pour leur patrie femblaient prefcrire qu'on leur épargnât.
Le Dondon a plufieurs iffues vers la plaine. J'ai cité celles qui le font
communiquer avec Sainte-Rofe, dans la defcription de cette dernière paroiffe,
par le Joli-Trou, le Fond-Chevalier, les Cormiers 8c le Grand-Gilles, & en
décrivant la paroiffe de la Petite-Anfe, je parlerai de celle par le Bonnet a
PÉvèque. En voilà déjà cinq.
La fixième eft dans le revers Oueft de la montagne du Bonnet, dans la
Fome I.
gorge
LI
J'ai cité celles qui le font
communiquer avec Sainte-Rofe, dans la defcription de cette dernière paroiffe,
par le Joli-Trou, le Fond-Chevalier, les Cormiers 8c le Grand-Gilles, & en
décrivant la paroiffe de la Petite-Anfe, je parlerai de celle par le Bonnet a
PÉvèque. En voilà déjà cinq.
La fixième eft dans le revers Oueft de la montagne du Bonnet, dans la
Fome I.
gorge
LI --- Page 292 ---
266 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
du Grand Boucan , paroiffe de la plaine du Nord. Cette gorge qui commence
aux habitations Longuemalle & Beffon, a 400 toifes d'ouverture fur 1,800 de
longucur. A ce point eft la crête qui fépare le grand Boucan des Vafeux, 8x par
conféquent la paroiffe du Dondon de celle de la Plaine du Nord, mais qui lie
les mornes du Bonnet avec ceux du Dondon. En avançant de 200 toifes dans les
Valeux, le chemin fe partage & la branche de la droite va au canton de la Guille
Dans ces200 toifes 8c dans 800 autres placées fupérieurement, la route eft finueufe
& aboutit à un point où une efpèce de rideau tranfverfal, d'environ dix toifes
d'élévation, unit la chaîne des montagnes du Bonnet avec celle qui fe dirige
vers l'Acul en formant une forte de fer à cheval. Là eft le gouffre de la rivière
des Vafeux, & 1,200 toifes plus loin, le chemin joint le grand chemin du
Dondon au-deffus du camp Fleury & à 900 toifes au-deffous du bourg. Cette
fixième communication eft appelée la Porte Saint-Jacques.
Plus à l'Oueft du Grand-Boucan & à-peu-près Nord &c Sud du centre du
Gros morne du Cap, on trouve à l'extrémité de la plaine 3 une autré communication qui appartient à la paroiffe de PAcul, c'eft celle de la gorge des Mornets 5
elle aboutit au canton du Trou ou du Haut du Trou du Dondon.
Les fept communications du Dondon avec la plaine font autant de moyens de
tranfport pour fes denrées au Cap 2 & pour faire venir de cette ville les
approvifionnemens qui lui font néceffaires. Chaque habitant choifit le chemin le
plus à fa portée 3 c'eft par cette raifon que plufieurs d'entr'eux envoyent leurs
cafés à l'entrepôt de l'embarcadère de la Petite-Anfe, tandis que d'autres les font
aller au Cap direétement. Il fe trouve des perfonnes dont l'état confifte à faire
faire ces charrois. Les mulets portent la denrée jufqu'à l'entrée de la plaine, où
les cabrouets les reçoivent enfuite pour un prix convenu, à tant le millier ou la
-
livre.
Le chemin le plus ordinaire du Cap au Dondon, eft celui qui mène auffi à
Sainte-Role. Après avoir paffé le bac on contourne 3 en gagnant vers le NordEft, le fond de l'Anfe qui va du bac à l'embarcadère de la Petite-Anfe i ce qui
comprend trois-quarts de lieue. De là, fe dirigeant fur le morne Pelé, au
Sud-Sud-Oueft, on fait deux lieues. Après avoir un peu tourné à TEft, pour
éviter le morne Pelé, on reprend au Sud-Sud-Oueft & au Sud,jufqu'au bourg
de la Tannerie, ce qui fait environ une lieue & demie. Un peu plus loin, on
entre , fur la droite, dans une gorge profonde où l'on parcourt une lieue dans un
comprend trois-quarts de lieue. De là, fe dirigeant fur le morne Pelé, au
Sud-Sud-Oueft, on fait deux lieues. Après avoir un peu tourné à TEft, pour
éviter le morne Pelé, on reprend au Sud-Sud-Oueft & au Sud,jufqu'au bourg
de la Tannerie, ce qui fait environ une lieue & demie. Un peu plus loin, on
entre , fur la droite, dans une gorge profonde où l'on parcourt une lieue dans un --- Page 293 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 2
chemin dont la direétion principale eft le Sud-Oueft, mais qui va tantôt à
l'Oueft, tantôt au Sud. Arrivé au pied de la gorge du Grand-Gilles, on fuit
plufieurs rampes pour la monter & en atteindre le fommet, qu'on trouve à une
lieue & demie, vers le Sud-Sud-Oueft. La commence le
Dondon, 1 8c l'on Va
gagner le bourg, en faifant encore environ une lieue & demie, d'abord à l'Oueft
puis au Sud.
Le bourg du Dondon fe trouve donc; 3 par le chemin, à huit lieues du Cap.
L'églife du Dondon, celle de la Petite-Anfe & la batterie circulaire du quai du
Cap, font prefque fur la même ligne.
Le projet d'un chemin de communication avec la plaine, en voiture,
gorge du Bonnet, aurait fait gagner une lieue fur la diftance aétuelle. , par la
D'un autre
côté, étant meilleur & parcouru en chaifes, il aurait exigé moins de tems &
procuré une grande commodité. Ce ferait d'ailleurs la route la plus droite. Ce
projet a été renouvellé, en 17833 M.
Courejolles > ingénicur 3 avait même
commencé le tracé qui porte fon nom.
Ily a, à préfent, du bourg du Dondon :
A PÉglife du Cap,
8 lieues. A PÉglife de SaintSainte-Rofe,
Raphaël 3 dans la lieues.
Partie
del la Petite-Anfe, 9 4 1/2
de St-Michel Efpagnole, de
de la Plaine du Nord, 5
de Hinche P'Atalaye, 5
de PAcul,
A San-Domingo, >
de la Marmelade, On a établi, en 1782, un bureau de pofte aux lettres au bourg du
Le courrier y arrive & en part une fois par femaine. avait
Dondon.
fement au
Ily eu un pareil établifcommencement de 1763, mais qui avait ceffé
fa création.
prefqu'aufitôr après
Le Dondon a offert le fait d'une fuperfétation bien certaine.
négreffe créole, nommée Dédé, efclave de Mde.
En 1755, une
veuve Hyver,
deux enfans jumeaux; l'un garçon & mulâtre, l'autre fille &
accoucha de
le même jour & dans l'intervalle d'une heure
négreffe, procréés
l'aveu de la mère. Le mulâtre vécu
1 par un blanc & un nègre 3 de
a
environ deux ans 5 la mère & la
négreffe vivaient encore, en 1767 > lorfque d'après des doutes manifeftés petite
feuille périodique du Cap, furla
dans la
fuperfétation * ce fait fut conftaté.
LI 2
même jour & dans l'intervalle d'une heure
négreffe, procréés
l'aveu de la mère. Le mulâtre vécu
1 par un blanc & un nègre 3 de
a
environ deux ans 5 la mère & la
négreffe vivaient encore, en 1767 > lorfque d'après des doutes manifeftés petite
feuille périodique du Cap, furla
dans la
fuperfétation * ce fait fut conftaté.
LI 2 --- Page 294 ---
268 DESCRIPTION DE LA PARTIE
C'eft au Dondon que mourût, en 1743 , le père Le Pers, jéfuite Valon : le
premier des miflionnaires qui eût été chargé du foin de cette paroiffe où il alla
en 1735- Le père Le Pers avait pour goit dominant de coopérer à l'établiffement
de nouvelles paroifles. Arrivé au Cap, le 24 Août 1704,il fut d'abord chargé
de la curé de Limonade qui lui fut redevable de fon accroiffement. Il provoqua
enfuite fon Cémembrement pour former celle du Trou qu'il deffervit, & il influa
facceffivement fur l'éreétion de celles du Fort-Dauphin & du Terrier-Rouge.
Simple dans fon extérieur , retiré, d'une extrême fobriété, animé d'un zèle
apoftolique dont les nègres étaient le principal objet, le père Le Pers n'avait de
mondain que l'amour de la botanique & celui de connaître Phiftoire du pays qu'il
était venu habiter. Trouvant encore d'anciens colons qui avaient été eux-mêmes
ou qui avaient, du moins, connu les fondateurs de la Colonie Françaife, il dreffa
des mémoires qu'il envoya à fon confrère le père Charlevoix avec lequel il avaic
étudié en théologie. C'eft à l'aide de ces matériaux, auxquels l'Éditeur
ajouta le fruit de fes recherches dans le dépôt encore bien précieux des
archives Coloniales formé à Verfailles, que le pére Charlevoix publia en
-
1730 les deux volumes in-4°. de P'Hiftoire de Saint-Domingue, fijuftement
eftimée.
Ce fut même en voyant cet ouvrage que le père Le Pers, qui n'y trouvait pas la partie de Phiftoire naturelle affez étendue > prit la réfolution de
fe livrer à l'étude de la botanique. Un exemplaire de l'ouvrage de Tournefort tombé entre fes mains, acheva de l'y déterminer , & dès-lors tout le tems
qu'il ne confacrait pas aux devoirs de fon état, il l'employait à l'herborifation. On le voyait même oublier pour cette paffion 3 le befoin de nourriture
que fon nègre domeflique était obligé de lui rappeller plufieurs fois pendant
ies incurfions.
La nature du fol du Dondon, la configuration de ce lieu, fa température,
tout perfuada au père Le Pers que fes recherches feraient fruétueufes ; ildemanda donc & obtint la cure da Dondon. Mais les avantages même du
local pour cet objet, devinrent funeftes au père Le Pers : accoutumé depuis
trente ans aux chaleurs qu'il ne trouvait plus au Dondon, il mourut en 1743
dans fa 5gme année, 3 laiflant une foule de mémoires fur les plantes de St.-
Domingue que le médecin du roi, Poupée Defportes, 3 qui ie trouva auprès de lui à fa mort, recueillit avec T'agrément du fupérieur de la miffion
cet objet, devinrent funeftes au père Le Pers : accoutumé depuis
trente ans aux chaleurs qu'il ne trouvait plus au Dondon, il mourut en 1743
dans fa 5gme année, 3 laiflant une foule de mémoires fur les plantes de St.-
Domingue que le médecin du roi, Poupée Defportes, 3 qui ie trouva auprès de lui à fa mort, recueillit avec T'agrément du fupérieur de la miffion --- Page 295 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 269
& fous la promeffe d'en faire ufage dans ce qu'il publierait fur la botanique
Coloniale. Il ne faut donc pas douter que ces mémoires n'ayent beaucoup
fervi à- l'ouvrage de ce médecin imprimé en 1770 fous le titre de Maladies
de Saint-Domingue > dans les parties où il traite de l'hiftoire naturelle.
Il femble que ce foit un apanage des Curés du Dondon que l'étude de
la botanique > puifque celui aétuel y eft entièremen livré. M. l'abbé de la
Haye a publié, en 1788, le profpedtus d'un ouvrage fous le titre de Florindie
( Flore Indienne ), ou Hifoire tbijfco-tenemique des végétaux de la Torride,
fruit de fes longs & utiles travaux.
Ce laborieux éccléfiaftique a auffi donné au public ,en 1781 un traité fur
la panification de plufieurs racines, fous le titre de PAri de convertir les Viures
en pain Jans mélange de farine > de l'imprimerie du Cap Français. Ainfi nous
ferons redevables à des pafteurs du Dondon de nous avoir fait connaître
, Pun
Phiftoire de la plus importante Colonie, & l'autre celle des richeffes dont Ja
nature y a rempli le règne végétal, & s'affociant tous les deux à la plus
jufte reconnaifnace, leur réputation attachera une idée d'intéiêt au lieu qui
a été leur féjour.
M. l'abbé de la Haye, eft en outre, (ainfi que M. Prieur, l'un des plus
eftimables habitans du Dondon ), au nombre des cultivateurs de la Partie du
Nord auxquels on a remis des plantes &c des graines des Indes Orientales
envoyées par ordre du miniftre, de l'Ille de France à Cayenne, à la Martinique 8z à Saint-Domingue, fur le navire l'Alexandre, commandé par MMothais de la Chataigneraie, arrivé au Cap le 14 Juillet 1788. Puiffent
leurs foins & ceux des autres Colons qui ont eu part à ce dépôt, naturalifer ces végétaux précieux & affocier la plus belle des Antilles aux bienfaits.
que le Créateur avait répandus auffi loin d'elle !
X.
PAROISSE DE LA MA R M ELADE
Le nom de Marmelade que porte cette paroiffe , eft celui de l'un de fes
cantons qui dépendait autrefois de la paroiffe du Dondon. Il lui avait été
donné par les habitans des autres parties du Dondon en
de
figne dédain 2
a caufe des pluies exceffives qui faifaient de fon fol une eipèce de bouillie
ou de marmelade,
répandus auffi loin d'elle !
X.
PAROISSE DE LA MA R M ELADE
Le nom de Marmelade que porte cette paroiffe , eft celui de l'un de fes
cantons qui dépendait autrefois de la paroiffe du Dondon. Il lui avait été
donné par les habitans des autres parties du Dondon en
de
figne dédain 2
a caufe des pluies exceffives qui faifaient de fon fol une eipèce de bouillie
ou de marmelade, --- Page 296 ---
270 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
C'eft feulement à l'époque du 25 Novembre 1773 que remonte" l'érection de la Marmelade en paroiffe; elle a été faite par une ordonnance des
Adminiftrateurs qui, comme on l'a vu à l'article du Dondon, avait donné
le canton du Haut-du-Trou de cette dernière, à la nouvelle paroiffe mais
Jes réclamations des habitans du Dondon & plus encore le traité des limites entre la France & l'Efpagne, amenèrent deux autres ordonnances du
II & du 14 Juillet 1776; parl'une le Haut du Trou a été reftitué au Dondon
& par l'autre la Marmelade a acquis le nouveau canton d'Ennery, qui
était confidéré auparavant comme une partie des poffeftions Elpagnoles.
Telle qu'eft aujourd'hui la paroiffe de la Marmelade, elle eft bornée au
Nord par les paroiffes de l'Acul & du Limbé ; à PEt par le Dondon ; au
Sud par la frontière Efpagnole, depuis la pyramide No, 97 qui lui eft commune avec la paroiffe du Dondon jufqu'à la pyramide No, 125 qui lui appartient ainfi qu'à la paroiffe des Gonaives ; & à l'Oueft par les paroiffes des
Gonaïves, de Plaifance & du Limbé.
La Marmelade eft compofée de trois cantons principaux > dont l'un, qui
*
eft la Marmelade proprement dite, a celui de la Soufrière au Septentrion &
celui d'Ennery au Midi. Enfuite le canton de la Marmelade fe fabdivife
lui-même en canton de la Marmelade > en Plateau-la-Vallée, en Corail &c
Téte-à-Boeuf. Celui de la Soufrière a auffi une portion qu'on appele la RivièreDorée.
En général le fol de cette paroiffe eft très-élevé & montueux > particulièrement dans le canton de la Soufrière. La nature de ce fol n'eft pas la même partout ; néanmoins les terres calcaires y font les plus communes, à l'exception
toutefois du canton de la Soufrière où les terres argileufes dominent confidérablement.
Il règne dans les différentes parties de la paroiffe une variété de climat
qui n'eft pas auffi fenfible dans d'autres paroiffes. La température de l'air 3
dans la partie appelée Marmelade 3 répond à celle dont on jouit dans
les provinces intérieures de la France vers la fin d'un beau mois de
Mai. Dans les fix mois qui comprennent l'intervalle d'Oétobre à Avril,le
thermomètre de Réaumur defcend jufqu'au gme degré au-deffus de la glace au lever du foleil & ne monte que jufqu'au 16me degré vers midi. Dans les
fix autres mois il s'éleve jufqu'au 24me degré le jour &x defcend la nuit à 20,
provinces intérieures de la France vers la fin d'un beau mois de
Mai. Dans les fix mois qui comprennent l'intervalle d'Oétobre à Avril,le
thermomètre de Réaumur defcend jufqu'au gme degré au-deffus de la glace au lever du foleil & ne monte que jufqu'au 16me degré vers midi. Dans les
fix autres mois il s'éleve jufqu'au 24me degré le jour &x defcend la nuit à 20, --- Page 297 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Il eft rare que dans les jours caniculaires des années les plus chaudes, il
atteigne 27 degrés. Auffi n'y connait-on pas ces chaleurs exceffives
dent les nuits d'Été fi fatigantes, même dans des
qui renprovinces Septentrionales
de la France, & l'on ne peut guères s'y paffer d'une couverture de coton.
Les pluies font abondantes dans ce canton où l'on peut même en évaluer
la quantité moyenne à IOO pouces. Il y tonne beaucoup durant PÉté &c la
foudre y caufe de fréquens & de fâcheux accidens qui devraient porter à
imiter l'exemple qu'y avait adopté M, Kerdifien de Tremais
géneral de la marine & ancien ordonnateur du
> commiffaire
Cap, d'établir des paratonneres fur les bâtimens de fon habitation.
Mais ces orages ne règnent que durant l'Été; comme ils ne fe déclarent
fouvent que le foir &c qu'ils ne durent que peu d'heures, ils ne nuifent à
la jouiflànce d'un fort beau ciel, avantage dont on n'eft pas même
pas
les Nords. En effet, ceux-ci laiffent des intervalles de
privé pendant
plufieurs jours, où l'on
ne voit que peu de nuages & prefque jamais de brouillards, & qui
procurent un
air extrêmement falubre.
Les terres du canton de la Marmelade font en général affez fertiles.
Dans le canton de la Soufrière, elles le fonr moins. Les pluies & les brouillards
y font fi fréquens > & l'inclinaifon des montagnes à Phorifon fi
grande. > que fon
fol argileux prefque par-tout &x qui ne peut pas être fuffifamment réchauffé
les rayons du foleil, eft ftérile dans pluficurs endroits, &
par
généralement peu
produétif.
La température de la Soufrière eft quelquefois affez froide, même au mois
d'Août, pour que dans la belle & agréable maifon de M. Efteve, ancien
Sénéchal du Cap, fur fon habitation de la rivière Dorée, on voye avec plaifir,
briller le feu dans les cheminées qu'ily a fait conftruire.
Au canton d'Ennery 3 ainfi nommé en honneur du gouverneur-général qui a
conclu le traité des limaites de 1776 par lequel ce canton eft devenu français
il pleut beaucoup moins qu'à la Marmelade, , & l'on y éprouve des chaleurs
brûlantes qu'on attribue au voifinage des fàvanes efpagnoles. Ces chaleurs
nuifibles à la végétation 3 femblent s'accroître encore à raifon des défrichemens.
En général > les terres de la paroiffe de la Marmelade font propres à la culture
du cafier, la feule qui y foit fuivie; car l'effai de celle de l'indigo dans quelques
indigoteries au canton d'Ennery 3 n'aura ferviqu'à apprendre qu'il faut y renon-
fàvanes efpagnoles. Ces chaleurs
nuifibles à la végétation 3 femblent s'accroître encore à raifon des défrichemens.
En général > les terres de la paroiffe de la Marmelade font propres à la culture
du cafier, la feule qui y foit fuivie; car l'effai de celle de l'indigo dans quelques
indigoteries au canton d'Ennery 3 n'aura ferviqu'à apprendre qu'il faut y renon- --- Page 298 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
cer, 8 l'on y a pris le parti d'y planter auffi des cafiers. Peut-être la nature
féche de fa température aurait-elle dû inviter à y tenter celle du cotonnier.
Les légumes de toute efpèce réufifent affez bien dans tous les terrains de la
paroiffe, pourvu qu'on en renouvelle fouvent les graines. Les fruits propres au
pays &c en général ceux des climats chauds, y font très-bons, & particulièrement
l'orange. Il n'en eft pas de même de ceux des climats tempérés; ils y dégénèrent
promptement, ainfi que les fleurs, quelque foin qu'on puifle leur donner, fi ce
n'eft fur T'habitation de M. Chevalier Puilboreau, dont je parle à l'article de
Plaifance.
L'on y eft privé des reffources de la chaffe &x de la pêche, fans en étre
dédommagé par les volailles, qui ne peuvent s'accoutumer à un climat pluvieux, 3
non plus que les moutons.
Une infinité de ravines, dont les eaux font très-bonnes, coupent l'étendue de
la paroiffe dans divers fens. Trois principales qui ne font que des torrens mais
qui font appelées rivières, font connues fous les noms de rivière du Dondon,
de rivière de la Marmelade & de rivière Dorée. La première naît fur l'habitation
le Maitre, dans le canton de la Marmelade, la feconde fur P'habitation Paparel
& la troifième fur l'habitation des héritiers Dupuy, à la Soufrière. Ces deux
dernières vont l'une & l'autre fe jetter dans la Grande ravine du Limbé, au
point où eft un petit ilet que cette direétion des deux rivières a fait nommer
FIet à corne.
Aucune obfervation n'a fait connaître avec précifion la minéralogie de la
paroiffe de la Marmelade, qui eft cependant riche en cuivre & en fubftances
fulfureufes. La nomenclature même de certains lieux de la paroiffe le prouve 5
car la Soufrière eft ainfi appelée, parce que l'on voit quelquefois des vapeurs
fulfureufes s'élever du fol même; & le nom de rivière Dorée a été infpiré par Ja
vue des pierres de fon lit, qui contiennent des pyrites brillantes d'un jaune
doré. Il eit d'ailleurs notoire que M. Paparel a porté une paire de boucles de
fouliers, faite du cuivre recueilli fur fes poffeffions à la Soufrière.
La pepulition totale de la Marmelade eft de 500 blancs, 150 affranchis &
environ 7,000 nègres diftribués fur 165 cafeteries, 30 placesà vivres, un four
à chaux & une hatte.
La milice y compte 220 hommes portant armes.
L'églife de la Marmelade qui eft de bois & jolie, a environ quatre-ving:
pieds
liers, faite du cuivre recueilli fur fes poffeffions à la Soufrière.
La pepulition totale de la Marmelade eft de 500 blancs, 150 affranchis &
environ 7,000 nègres diftribués fur 165 cafeteries, 30 placesà vivres, un four
à chaux & une hatte.
La milice y compte 220 hommes portant armes.
L'églife de la Marmelade qui eft de bois & jolie, a environ quatre-ving:
pieds --- Page 299 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
pieds de long. Sainte-Marthe eft fa patrone: c'était celle de Mde. Paparel,
bienfaitrice de ce temple. On l'a élevé dans un point du canton de la Marmelade,
fur un terrain dépendant autrefois de lhabitation Favereau, & affez central,
La pofte du Cap y arrive une fois par femaine.
Il y a un fubftitut du procureur du roi de la Sénéchauffée du Cap à la
Marmelade, où il eft chargé de la police, qu'y font un exempt, un brigadier
& quatre archers de maréchauffée.
La paroiffe de la Marmelade a plufieurs communications. La principale eft
celle du chemin qui la traverfe en venant du Dondon, , & qui va joindre dans le
baffin de Plaifance, les routes de voiture que la réunion des deux Confeils du
Cap & du Port-au-Prince a enfin obligé d'effeétuer. Ce chemin de la Marmelade
avait été commencé en 1762, à la demande de M. le Vicomte de Belzunce,
fous l'adminiftration de MM. de Bory & de Clugny. L'objet principal qu'on fe
propofait, s" était d'établir entre la Partie du Nord &c celle de l'Oueft, une communication exempte de linconvénient de devenir impraticable par les débordemens des rivières. Ce travail était refté abandonné depuis 1763, époque de la
mort de M. Belzunce 3 jufqu'en 1787. Il eft inutile d'obferver que dans la
Marmelade comme au Dondon, ce chemin n'eft praticable qu'à cheval.
Ce chemin a une iffue vers le Cap, en parcourant depuis la Soufrière près de
fix lieues de long à caufe de fes finuofités, pour gagner le Haut du Trou du
Dondon , d'oû il s'étend dans la plaine par la gorge des Mornets.
La gorge des Périgourdins qui fe termine à l'habitation Paparel, formant la
féparation du canton de la Marmelade proprement dite, de celui de la Soufrière
du Dondon, & qui communique par une crête de mornes peu interrompue
jufqu'à la coupe du Limbé, fournit encore une route vers l'Acul &c vers le
Cap. Cette route a cinq lieues de long à caufe de fes contours, & va rencontrer
le grand chemin Belzunce à une lieue de Phabitation Paparel. Il y a de plus,
une communication entre le canton d'Ennery & les Gonaïves, vers lefquelles
plufieurs habitations de ce premier lieu, très-éloigné de tout embarcadère
trouvent préférable de faire tranfporter leurs denrées. Enfin M. Ollier, habitant 2
du canton de la rivière Dorée, ayant obtenu la permiffion de fe faire un chemin
qui va aboutir à l'Iflet à corne du Limbé, ce chemin eft devenu public
par
l'adoption que plufieurs perfon.es en ont fait.
Tome I.
M m
lefquelles
plufieurs habitations de ce premier lieu, très-éloigné de tout embarcadère
trouvent préférable de faire tranfporter leurs denrées. Enfin M. Ollier, habitant 2
du canton de la rivière Dorée, ayant obtenu la permiffion de fe faire un chemin
qui va aboutir à l'Iflet à corne du Limbé, ce chemin eft devenu public
par
l'adoption que plufieurs perfon.es en ont fait.
Tome I.
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274 DESCRIPTIO N D E LA PAR TIE
Ily: a de l'églife de la Marmelade
A celle de Plaifance,
81 lieues. A celle du Dondon,
3lieues.
-du Cap,
C'eft au canton d'Ennery & conféquemment dans la paroiffe de la Marmelade
que M. Brulley, auparavant fubftitut du procurceur-général au Confeil fupérieur
du Cap 2 travaille depuis 1785 > à établir une nopalerie & à créer umre
manufacture où ferait recueillie la matière propre à fournir la nuance éclatante
que produit linfeête mexicain. On ne peut proférer le mot de cochenille, ; relativement à Saint-Domingue, fans qu'il ne réveille le fouvenir de M. Thiery de
Menonville, qui n'avait été ravir au Mexique la cochenille meftèque, avec tant
de périls, 2 que pour qu'elle mourût, après lui, au Port-au-Prince. Ce n'eft
donc que fur la cochenille fylveftre que M. Brulley &c quelques. autres perfonnes
ont tenté des effais &c elle eft l'objet de fon établiffement de nopalerie.
M. Brulley ayant envoyé en 1787, au miniftre de la Marine > des: effais de
cochenille recueillis par lui fur fon habitation, ils ont été foumis à l'examen de
'Académie des Sciences de Paris. Il eft réfulté du rapport fait par elle , que
R
les préparations de M. Brulley avaient altéré la qualité de la cochenille : que la
teinture de celle non-préparée avait beaucoup approché de celle de la cochenille.
duMexique. Cependant ce réfultat d'un premier effai, a été trouvé fi intéreffant,
que le roi a accordé à M. Brulley, trois mille livres, à titre de gratification fur
la caiffe municipale > avec reccommandation aux Adminiftrateurs de faire publier
cette faveur par la voie de la gazette, afin qu'elle pût exciter le zèle des habitans.
C'eft donc un puifant motif pour M. Brulley lui-même de continuer des:
travaux dont le fuccès procurerait à Saint-Domingue un nouveau genre d'utilité.,
en méritant à celui quil'aurait obrenu, une place diftinguée parmi les hommes:
que la reconnaifance publique nomme dans cette brillante Colonie.
On ne s'attend furement pas à apprendre que la Marmelade a été le lieu: qu'on:
avait choifi pour y. faire fruétifier les idées du magnétifme > afforties comme en
Europe, aux vues de ceux qui les propageaient. Elles ont paru à la Marmelade
accompagnées des farces des Illuminés, des fcènes dégoûtantes des ConvulGonnaires & des abus de la profanation 3 parce qu'on voulait arriver aux profits de:
lefcroquerie. Le Confeil fupérieur du Cap avait vainement menacé les fectateurs.
de cette doétrine dangereufe, par un arrêt du 16 Mai 1786, un nommé Jérome.
vues de ceux qui les propageaient. Elles ont paru à la Marmelade
accompagnées des farces des Illuminés, des fcènes dégoûtantes des ConvulGonnaires & des abus de la profanation 3 parce qu'on voulait arriver aux profits de:
lefcroquerie. Le Confeil fupérieur du Cap avait vainement menacé les fectateurs.
de cette doétrine dangereufe, par un arrêt du 16 Mai 1786, un nommé Jérome. --- Page 301 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 275
ou Poteau, mulâtre, aidé de Télémaque, nègre, ne continua pas moins à
rançonner les efclaves, en les initiant à des myftères chimériques dans des
affemblées noéturnes, tenues dans des lieux écartés & qui attiraient un immenfe
concours de ces hommes faibles &c fuperftitieux.
Supérieur à eux, de toute la mefure de leur crédulité, Jérome leur vendait
des maman-bila (pettes pierres calcaires ) contenues dans des facs appelés fonda :
des graines rouges 8c noires d'une efpèce d'acacia, qu'il nommait poto ; mais
furtout des bâtons (appelés mayombo 3 où l'on introduifait de la poudre des
maman-bila, au moyen d'une vrille,.ce qui leur donnait la vertu de battre, fans
danger pour foi, un autre nègre dont le bâton n'avait pas de mayombo. Jérome
fe contentait d'une gourde pour un poto, mais il en fallait quatre pour un mayombo.
Il avait des feconds qui inftruifaient de leur côté, en lui donnant la moitié de leur
gain s & tous prêchaient l'indépendance. Jérome a été envoyé aux galères a
perpétuité, par arrêt du Confeil de Saint-Domingue du 13 Novembre 1787, &
l'on a cru que fon difciple Télémaque ferait affez puni en demeurant auprès de
lui, tandis qu'expofé au carcan 3 dans le marché de Clugny au Cap, il donnerait
un exemple éclatant de l'impuiffance de fes pratiques 3 pour échaper aux peines
dont la juftice devrait toujours payer le charlatanifmme effronté,
QUARTIE R DU CAP.
X I.
P A R OISS E D E L A P ETIT E A N S E,
ON fait que cette paroiffe établie en 1670, était déjà confidérable avant
l'irruption faite par les Anglais réunis aux Efpagnols 5 en 1695, lors de laquelle
fon églife fut détruite comme le refte de fes établiffemens. En 1697 2. on en
conftruifit une petite de bois, couverte de paille. C'eft dans cette chaumière que
le malheur conduifait Phomme qu'il ramène toujours vers la puiffance infinie qui
régitlUnivers. Les plus anciens regiftres de cette paroiffe font de la même année
1697.
La paroiffe de la Petite-Anfe a pour borne, I°, au Nord > la paroiffe du Quarsier-Morin, en fuivant le cours de la-ravine des Sables qui devient la rivière Any
M m 2
petite de bois, couverte de paille. C'eft dans cette chaumière que
le malheur conduifait Phomme qu'il ramène toujours vers la puiffance infinie qui
régitlUnivers. Les plus anciens regiftres de cette paroiffe font de la même année
1697.
La paroiffe de la Petite-Anfe a pour borne, I°, au Nord > la paroiffe du Quarsier-Morin, en fuivant le cours de la-ravine des Sables qui devient la rivière Any
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276 DE S C RIPTIO N DE LA PARTIE
& qui va fe jetter dans la rivière à Galifet ou du Haut du Cap, à 1,500 toifes
de l'embouchure de cette dernière, en ligne droite 3 ce qui fait que cette limite
Nord eft formée par une ligne qui va réellement du Sud-Eft au Nord-Et. 20. A
l'Et, encore par la paroiffe du Quarticr-Morin, au moyen du grand chemin qui
fert aux habitations du haut de la paroiffe pour faire tranfporter leurs denrées à
l'embarcadère de la Petite-Anfe 3 depuis le point oùr ce chemin rencontre la
ravine des Sables, jafqu'à celui où, cenfé prolongé dans le Sud, il irait trouver
la fommité de la chaine du Grand-Gilles, fauf toutefois la portion où cette limite
entre la Petite-Anfe & le Quartier-Morin quitte le chemin pour paffer fur le
morne Pelé. 3.Au Sud-Et 3 par la chaîne du Grand-Gilles jufqu'à la rencontre
de celle des montagnes du Bonnet qui fépare la paroiffe de la Petite-Anfe de
celle du Dondon au Sud. 4°. A l'Oueft, par la paroiffe de la Plaine du Nord,
d'abord au moyen d'un contrefort de la montagne du Bonnet, dirigé vers le
Nord & que les deux paroiffes fe partagent, l'une à PEtt, l'autre à TOueft,
enfuite par la ravine des Matteux jufqu'à fon embouchure dans la rivière du
Haut du Cap 2 puis par la rive Orientale de cette dernière jufqu'au point où la
rivière Any s'y jette & où la paroiffe de la Petite-Anfe trouve la paroiffe du Quartier-Morin ; tandis qu'à la rive de T'Oueft, c'eft la paroiffe du Cap qui la fuit
parallelement depuis le Haut du Cap jufqu'au point qui correfpond fur la rive
de la rivière Any.
gauche 3 à l'embouchure
Les limites même de cette paroiffe prouvent que fon nom ne lui convient pas,
n'a
comme autrefois, l'Anfe qui forme le fond de la rade du.
puifqu'elle plus >
Cap & qu'elle ne touche plus à la mer par. aucun de fes points.
du territoire de la Petite-Anfe eft en plaine, où elle fe
La plus grande partie
fubdivife en cantons du Haut du Cap, des Perches & du Bonnet, tandis que
la partie montagneufe n'en compofe qu'un feul, appelé le Bonnet à PÉvêque..
Ce qui eft confidéré dans cette paroiffe comme canton du Haut du Cap, n'eft
réellement la portion de ce dernier qui eft fur la rive droite de la.rivière de
Galifet. Cette que portion confifte en deux ou trois fucreries, & en deux tuileries &
briqueteries & une guildiverie, placées entre le chemin qui vient gagner la paffe
du Haut du. Cap, la rivière du Haut du Cap & l'embouchure de la rivière Any.
Le canton des Perches eft celui qui, ayant la rivière de fon nom dans le milieu
de fa longueur, > a la rivière du Haut du Cap à l'Oueft & au Nord où elle fait un
coude & une ravine dans IE, Le furplus de la plaine eft. défigné fous
i
ileries &
briqueteries & une guildiverie, placées entre le chemin qui vient gagner la paffe
du Haut du. Cap, la rivière du Haut du Cap & l'embouchure de la rivière Any.
Le canton des Perches eft celui qui, ayant la rivière de fon nom dans le milieu
de fa longueur, > a la rivière du Haut du Cap à l'Oueft & au Nord où elle fait un
coude & une ravine dans IE, Le furplus de la plaine eft. défigné fous
i --- Page 303 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
le nom de Petite-Anfe, excepté la partie fupéricure qui eft connue fous le nom
de Bonnet, ou Bonnet à l'Évêque.
La paroiffe de la Petite-Anfe jouiffait autrefois d'une grande réputation de
fertilité qu'elle ne. foutient pas aujourd'hui au même degré. La terre y eft corimunément forte & d'une nature prefqu'argileufe ; l'eau y nappe fans y pénétrer.
On y compte 32 fucreries , dont fept de la première claffe donnent annuellement
deux millions de fucre blanc, fept de la feconde claffe, en produifent un million &
demi, feize en. donnent un million & demi, &c une en fabrique deux cent milliers
de brut.
C'eft dans la première claffe que font les trois fucreries contigues du Marquis
de Galiffet, appelées des. Plantes, la Grande-Place & la Golfette. Il n'eft aucune
poffeffion de la Colonie françaife auffi connue que celles de la famille Galifet qui
les. doit à fon auteur 2 gouverneur du Cap, dès la fin du fiècle dernier, & à qui
cette qualité n'à pas nui pour l'étendue &c l'établiffement de fes domaines ; non
plus que l'influence qu'il eût fur la diftribution des fonds revenant aux colons de
Saint-Domingue qui avaient marché, comme lui, au fiège de Carthagène, M.
de Galifet poffédait encore en 1716 plus de douze cens carreaux de terre dans la
Petite-Anfe feulement. Ces habitations, dis-je, font très-connucs parce qu'elles
ont donné naiffance à deux expreflions populaires : l'une pour marquer qu'une
chofe eft très-douce, dit : doux commefucre a Galifet'; & l'autre
le bonheur, dit: : beureux comme un mègre à Galifet ; mot où fe trouve pour l'éloge peindre le
plus fatisfaifant pour le colon qui fait faire fortir de l'efclavage même un état
bien des hommes libres pourraient envier, & pour les repréfentans de ce que
taire dont ils fecondent fi bien les vues bienfaifantes, quoique manifeftées proprié- de
de deux mille lieues, puifque ce propriétaire réfide en France..
près.
On doit un autre éloge à des habitans de cette paroiffe pour avoir
&:
réalifé le projet de tirer de la Grande Rivière une portion d'eau qui y coulait conçu eni
pure perte, & de l'employerà faire mouvoir des moulins fur leurs fucreries. Cette
entreprife eft bien faite pour qu'on en trouve ici: les détails les plus intéreffans.
Elle eut pour principal moteur M. le marquis de Choifeul Praflin propriétaire à la Petite-Anfe, qui y réfidait alors & qui, réuni à plufieurs autres, adreffà.
aux Adminiftrateurs le 22 Février 1742, un mémoire où il expofait que l'eau de
la Grande Rivière excédait les befoins de fes riverains dans les paroiffes de Limonade & du Quartier-Morin 5 qu'une partie de ceux de Limonade, en méme-tems.
Elle eut pour principal moteur M. le marquis de Choifeul Praflin propriétaire à la Petite-Anfe, qui y réfidait alors & qui, réuni à plufieurs autres, adreffà.
aux Adminiftrateurs le 22 Février 1742, un mémoire où il expofait que l'eau de
la Grande Rivière excédait les befoins de fes riverains dans les paroiffes de Limonade & du Quartier-Morin 5 qu'une partie de ceux de Limonade, en méme-tems. --- Page 304 ---
278 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
riverains du Foffe, trouvaient dans ce dernier de quoi fe procurer des moulins à
eau, puifque l'eau du moulin du premier riverain de Limonade, prife dans la
Grande Rivière & vidée dans le Foffé 3 l'avait affez confidérablement augmenté
pour leur en faire craindre les débordemens : que les autres riverains de la droite
au nombré de fept, n'avaient befoin que de l'eau néceffaire à deux moulins, parce
que la chûte permettait à plufieurs de fe fervir fucceffivement de la même eau en
alternant du premier au troifième 3 du deuxième au quatrième > 8cc. : que la rive
gauche n'offrait que fix habitations qui ne puffent pas profiter de l'entreprife projettée & qu'ils auraient affez de l'eau de deux moulins. M. Fauconier > ajoute le
mémoire, jaugeant la Grande Rivièrele 24 Janvier 1742, après de longues
féchereffes, y a trouvé une telle quantité d'eau 3 qu'en déduifant celle qui ferait
a
néceffaire aux riverains 3 lorfqu'ils voudront avoir tous des moulins, ily a réellement plus des P de l'eau qui ne font pas employés, &z les auteurs de l'entreprife
ne demandent que le 7me de ce fuperfu pour faire aller 21 moulins au Quartier
Morin & à la Petite Anfe, fur des habitations toutes non-riveraines.
Voici maintenant qu'elle devait être la diftribution de Peau. D'abord celle d'un
2 4
inoulin devait être mife dansla ravine du Mapou ( que j'ai indiquée page 238 3
comme fe jettant à la mer dans l'Et de l'embarcadère de la Petite Anfe ) 8c
fuffire à tous fes riverains. Enfuite un canal portant l'eau de 4 moulins devait en
donner un quartà l'habitation aujourd'hui Fournier de Bellevue ( du QuartierMorin ), un quart à l'habitation Broffard > lefquelles deux habitations devaient
jetter l'eau après s'en être fervi, dans la ravine des Sables pour l'utilité des
riverains de celle - ci ; un troifième quart devait fervir fucceffivement à trois
habitations $ enfin le quatrième quart devait être employé par. fix habitations > &c
conduit enfuite dans la rivière du Haut du Cap, de manière que cette rivière
aurait réellement reçu toute l'eau du canal, puifque la ravine des Sables devient,
dans fa partie inférieure, la rivière Any & que, comme on l'a vu, celle-ci tombe
dans la rivière du Haut du Cap.
Pour donner plus de crédit à leur demande 3 pour aller au-devant de toutes les
objeétions & lever tous les obftacles > les provocateurs de la demande fe
foumettaient, dans les cas de féchereffe, à baiffer leurs éclufes & à rendre aux
rivérains l'eau qu'ils auraient obtenue pour leurs moulins.
Larnage & Maillart connaifaient trop bien l'utile emploi des eaux ; ils
avaient trop cherché à en infpirer l'idée, pour n'en pas favorifer l'exécution,
crédit à leur demande 3 pour aller au-devant de toutes les
objeétions & lever tous les obftacles > les provocateurs de la demande fe
foumettaient, dans les cas de féchereffe, à baiffer leurs éclufes & à rendre aux
rivérains l'eau qu'ils auraient obtenue pour leurs moulins.
Larnage & Maillart connaifaient trop bien l'utile emploi des eaux ; ils
avaient trop cherché à en infpirer l'idée, pour n'en pas favorifer l'exécution, --- Page 305 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUS
aulli l'adoptèrent-ils par une ordonnance du 9 du même mois de Février
Cette ordonnance étend même à tout autre habitant qu'à ceux réunis
le 1742.
jet, la permiflion de faire des ouvertures & des faignées dans la Grande pour Rivière proaux conditions du mémoire, & elle enjoint. de fouffrir le paflage des
canaux.
Dans le nombre de ces. demandeurs de 21 moulins 3 les intéreffés à firent
un réglement ( * ) pour fixer les travaux communs 3 les fouilles, les 17. les
aqueducs 3 la contribution de chacun > & l'on y répéta l'obligation de baiffer ponts, les
éclufes lorfqu'il n'y aurait pas affez d'eau dans la Grande Rivière
fubvenir
pour
aux befoins des riverains 2 qui doivent être privilégiés à cet égard s' & même
pour prévenir les inconveniens d'une difcuffion, les éclufes doivent être baiffées
à la première fommation faite par les riverains au: gardien de l'éclufe. Ce réglement fut approuvé par les Adminiftrateurs le 22 Avril 1742.
Les travaux commencèrent bientôt après, & l'on fit une prife d'eau à la rive
gauche de la Grande Rivière au-deffus du bourg de la Tannerie &z fur un terrain
que les intéreffés ont acheté récemment.
M.. de Grandpré & d'autres habitans s'étant oppofés au
des
paffage canaux 3 un
jugement des Adminiftrateurs du 9. Juillet 1745, les obligea à cette fervitude en
quelque forte publique > à la charge d'une jufte indemnité, comme l'offrait le
réglement même des intéreffés, & encore de ne pas diminuer les eaux d'un lagon
placé fur l'habitation Grandpré.
La prife d'eau de la Tannerie fe trouvant fupérieure.à celle de lhabitation
Carbon, maintenant Bullet, la première de toutes celles qui ont été pratiquées
fur la Grande Rivière 3 M. de Carbon fe plaignit que les intéreffés de la Petite
Anfe, ne laiffaient pas dans la rivière l'eau néceffaire à fon moulin, & fit détruire
le batardeau conftruit fur la rivière par les intéreffés, Cetaéte. confidéré comme
une voye de fait, amena > le 3 Février 1749, deux jugemens des Adminiftrateurs.
Le premier conferva M. de Carbon dans la jouiffance de l'eau néceflaire à fon
moulin, avec une éclufe conftruite de manière qu'il ne pourra paffer fous la roue de
fon' moulin que 312 pouces & # carrés d'eau, par minute, à moins que. les-intéref.
fés n'aiment mieux faire réformerà leurs dépens > le moulin Carbon, de manière
qu'une moindre quantité d'eau lui fuffife. Le deuxième jugement condamne
M: & Mde de Carbon à payerla valeur du batardeau.
(.* ) Voyez Loix de Saint-Domingue 3 Tome 3 3 page 685
de manière qu'il ne pourra paffer fous la roue de
fon' moulin que 312 pouces & # carrés d'eau, par minute, à moins que. les-intéref.
fés n'aiment mieux faire réformerà leurs dépens > le moulin Carbon, de manière
qu'une moindre quantité d'eau lui fuffife. Le deuxième jugement condamne
M: & Mde de Carbon à payerla valeur du batardeau.
(.* ) Voyez Loix de Saint-Domingue 3 Tome 3 3 page 685 --- Page 306 ---
280 DESCRIPTIO N D E L A PARTIE
Tels font les premiers faits relatifs à l'entreprife des moulins de la Petite Anfe $
dont MM, de Choifeul & Galifet follicitèrent vivement la ratification de la part
duroi. Mais le miniftre ayant confulté MM. de Larnage & Maillart, ceux-ci
furent d'avis, fuivant leur lettre du 16 Mars 1746, d'attendre que l'entreprife
fût entièrement réalifée. Ce terme n'eft point encore arrivé, & de plus les intéreffés de la Petite Anfe ont, au moment aétuel, des contradiéteurs & des procès.
Les riverains du Quartier-Morin, à la Grande Rivière, fortis enfin de leur léthargie, s'étant réunis & fyndiqués pour avoir la jouiffance à l'eau, qu'ils confidèrent comme un droit naturel de la ftuation de leurs terres, les intéreffés de la
Petite-Anfe ont afrêté, le 22 Décembre 1777, que leur fyndic les défendrait contre
la demande de M. Barré de Saint-Venant, fyndic pour le Quartier-Morin. Voila
une première conteftation qui fublifte.
Les Religieux de la Charité du Cap, MM. Lefebvre, Decourt de la Tonnelle
& Broffard ont demandé quel'eau du Mapou, achetée par MM. de Gabriac de
Mde, Defglaireaux le 13 Avril 1751, ne puiffe pas être employée à l'arrofage par
ceux-ci, mais qu'au contraire elle foit mife dans un canal, où, après avoir fervi
à un moulin 3 fi MM. de Gabriac jugent à propos d'en faire un 3 elle puiffe par:
venir fucceffivement aux habitations des réclamans, 3 qui offrent d'entrer dans les
frais occafionnés par l'entreprife. Cette demande a été accueillie par un jugement
des Adminiftrateurs du 26 Mars 1779, qui a donné lieu à un appel fubfiftant en:
core au Confeil des Dépêches en ce moment, &c où les intéreffés de la Petite-Anfe
figurent contre Mde de Gabriac & attaquent un jugement du 24 Avril 1754,
qui a permis à MM. de Gabriac d'employer l'eau en arrofement, parce qu'il leur
eft réellement utile que le nombre des contribuables aux dépenfes s'augmente.
Examinons maintenant la difficulté en foi. Suivant le mémoire du 9 Février
1742, le Foffé grofi de la vide du moulin de M. de Carbon, pouvait donner des
moulins aux riverains du foffé ; ce fait eft conftant &x 7 habitations doivent réellement leurs moulins à cette réunion.
Le mémoire avançait que 21 moulins feraient le réfultat de l'affociation 2
fe
par le même canal, les riverains del'Oueft
outre quatre que pourraient procurer,
depuis la Tannerie jufqu'à l'habitation Nugent, ce qui ferait 25 moulins : que
l'eau d'un moulin mife dans le Mapou fuffirait à fes riverains (qui étaient an
nombre de 15), c'était donc 40 moulins : que l'eau laiffée dans la Grande
Rivière fuffirait encore avec un immenfe excédant à 6 riverains de Limonade
qui
le même canal, les riverains del'Oueft
outre quatre que pourraient procurer,
depuis la Tannerie jufqu'à l'habitation Nugent, ce qui ferait 25 moulins : que
l'eau d'un moulin mife dans le Mapou fuffirait à fes riverains (qui étaient an
nombre de 15), c'était donc 40 moulins : que l'eau laiffée dans la Grande
Rivière fuffirait encore avec un immenfe excédant à 6 riverains de Limonade
qui --- Page 307 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
28E.
qui ne l'étaient pas du Foffé > & à cinq autres placés au-deffous de l'habitation
Nugent, ce qui portait le nombre des moulins poffibles à SI.
De ces 51, il y en a 9 feulement qui font le produit du canal des intéreffés.
On en voit en outre un feulà Limonade & un feul au Quartier-Morin, fur les deux
habitations riveraines de l'embouchure de la Grande rivière ; il y a donc un
déficit de 40 moulins. Si l'on compte pour le remplacement des I5 des rives du
Mapou, l'arrofement de l'habitation Gabriac, il manque toujours réellement
25 moulins , dont I2 appartiendraient aux riverains de Limonade & du
Quartier-Morin.
D'après le mémoire > la portion d'eau revenant à ces riverains attend dans
la rivière qu'ils veuillent en faire ufage, mais cette affertion eft fortement démentie; car le 29 Mars 1786, M. de la Vaitière, commandant
en
intérim, de la Partie du Nord , s'étant tranfporté fur les lieux, fecond, par
vives plaintes des riverains > il trouva qu'il ne paffait point dans le d'après lit de les
rivière, même de quoi abreuver les animaux. Il ordonna
la
en conféquence,
la fommation faite par les riverains le même jour > ferait exécutée, &
que
que l'éclufe
ne ferait ouverte que d'un pouce.
Les intéreffés croyant fans doute que l'affèchement de la rivière était
par d'autres caufes que leur prife d'eau, en demandèrent la vifite, ainfi produit
prifes d'eau des habitations Duplaa 8z Fournier de Bellevue. Le
que des
juge du
comme commiffaire du tribunal Terrier 3 s'y
Cap,
opéra,& il eft réfulté de fa vérification, tranfporta 5 Phydraulicien Verret
que la Grande rivière contenait en
1786, en totalité s 1,519 pouces d'eau par minute 5 que de cette
les
intéreffcs de la Petite-Anfe en prenaient 972 & le moulin Carbon quantité,
eft clair que les riverains n'avaient plus
317; d'où i
que 230 pouces d'eau,
D'après ce rapport, on voit que les intéreffés prennent dans un tems où les
eaux font faibles, près des # de celles contenues dans la
d'environ 43 comme le voulait leur mémoire de
rivière, au lieu
1742, & que les riverains
n'en ont pas un cinquième, au lieu des 4 du mémoire. Et il faut
que les intéreffés n'ont pas l'efpoir de faire préférer les réfultats de Fauconnier avouer
ceux de Verret,
à
C'eft d'après ces derniers, 3 que les riverains ont expofé que cet état de chofes
ne pouvait pas être toléré, > puifque ceux qui n'avaient voulu qu'un excédant
dépouillaient les autres, & qu'ils ont obtenu provifoirement de M. de la Valtière
Tome I.
N n
reffés n'ont pas l'efpoir de faire préférer les réfultats de Fauconnier avouer
ceux de Verret,
à
C'eft d'après ces derniers, 3 que les riverains ont expofé que cet état de chofes
ne pouvait pas être toléré, > puifque ceux qui n'avaient voulu qu'un excédant
dépouillaient les autres, & qu'ils ont obtenu provifoirement de M. de la Valtière
Tome I.
N n --- Page 308 ---
DE LA PARTIE
282 DESCRIPTION
le 22 Avril 1736, que déformais le droit de faire baiffer les pelles des éclufes
s'exercerait, non à la prife d'eau de la Tannerie, mais à celle du canal de
diftribution fur lhabication Cadufh & Barré; parce que de cette manière,
l'habitation P'Héritier, riveraine, ne fera pas privée de l'eau; que la reftitution
de l'eau étant faite au-deffous de la prife Carbon, celle-ci ne pourra pas abforber
ce que l'éclufe de la Tannerie Jui renverrait étant fermée, &c que l'éclufe d'en bas étant chez un, riverain du Quartier-Morin, elle fera furveillée
tandis,qu'à la Tannerie, le gardien peut être enclin à la complaifance envers les
intéreffés de la Petite-Anfe > parce qu'il eft payé par eux.
Ainfi fans entrer dans l'examen de la préférence qu'un riverain & un premier
établiffant peuvent mériter lun fur l'autre, fans pefer pour tout ce qu'elle vaut 3
la foumiffion des fouferipreurs de 1742, de rendre l'eau de leurs moulins
aux riverains fi elle leur devient néceffaire, il eft toujours conftant que leur
entreprife n'eft pas, à beaucoup près 1 fufceptible de tous les avantages qu'offrait
fon profpectus.
Il eft impoffible que tant d'intérêts oppofés n'amènent pas une opération
générale, pour fixer ce que chacun doit & peut efpérer. Mais fi l'évènement
de cette opération détruifait quelques-uns des huit moulins qui font dans la
paroiffe même, & qui font dûs à l'affociation de 1742, on ne pourrait refufer
de juftes regrets à ceux qui. ne jouiraient plus d'un fruit que leur zèle &c leur
induftrie fer mbleraient mériter pour toujours.
La Paroiffe de la Petite-Anfe a un moulin de plus que ceux qu'on doit à
la Grande rivière. Il eft fur Phabitation Clairfont autrefois Affelin.. Son eau
venue de la. rivière des Matteux, eft, tjetée dans la ravine des Perches 2 &
va conféquemment encore dans la rivière du Haut du Cap.
C'eft dans la partie plane de la Petite-Anfe que fe trouvent 4 indigoteries ;
ily a une hatte à fon extrémité.
L'églife de la Petite-Anfe eft placée au Nord de la plus grande fucrerie de
Galifet,. &x comme toutes les autres églifes, plus près de ce qui eft plane que de
la montagne. Une ligne tirée Nord & Sud de cette églife vers le Cap, irait
rencontrer le bout Sud de la batterie circulaire qui eft fur le quai de cette ville.
Gette paroiffe a toujours été fous l'invocation de l'immaculée Conception de la
Vierge. J'ai auffi le procès-verbal qui fut fait de fon églife le 3 Mai 1688, par
les ordres de M. de Cuffy. Il prouye qu'elle était aufli pauvre &c auffi dépourvue
. Une ligne tirée Nord & Sud de cette églife vers le Cap, irait
rencontrer le bout Sud de la batterie circulaire qui eft fur le quai de cette ville.
Gette paroiffe a toujours été fous l'invocation de l'immaculée Conception de la
Vierge. J'ai auffi le procès-verbal qui fut fait de fon églife le 3 Mai 1688, par
les ordres de M. de Cuffy. Il prouye qu'elle était aufli pauvre &c auffi dépourvue --- Page 309 ---
FRANÇAISE DE SAINT-BOMINGUE
que celle du Quartier-Morin, quoiqu'à cette époque elle fut bâtie de neufts
entourée de palifades mais le cimetière rempli d'berbes 8 1on renfermé, 8S le
presbytère tout-à-fait ruiné : c'eft ce qu'atteftent Michel de Calais, prêtre
indigne, deffervant ladite églife ; Macé, tréforier > & le procureur du roi Capucin &c le
greffier de la Sénéchauffée du Cap.
L'églife aétuelle de la Petite-Anfe a été long-tems l'une des plus belles de
la dépendance du Cap. Elle eft de maçonnerie ; la première pierre en fut
le 20 Mai 1720 par M. le Marquis de Sorel, gouverneur-général de la pofée
& elle n'a été achevée qu'après 1730. Elle a eu
Colonie,
pour pafteur 3 pendant près de
vingt ans 3 le père Margat, dont je parle dansla defcription du Cap.
La partie montagneufe de la paroiffe de la Petite-Anfe a pris fon nom de
Bonnet à PÉvêque, 3 de la configuration d'une des fommités de la chaîne de
montagnes qui la borne au Sud, chaîne qui dépend de la première du Cibao.
Cette fommité a en effet deux pointes comme celles d'une mitre, 8c c'eft un des
points indicateurs pour les marins qui entrent dans la rade du Cap, à
elle fait face au Sud. Le haut de la fection de cette montagne eft calcaire, laquelle
quoiqu'on y rencontre quelques granits épars, puis le bas eft de la roche vive,
d'une nature un peu graniteufe. L'on y trouve par-tout des preuves de l'aétion de
Pair, des eaux &c des tiemblemens de terre dans des excavations 8c dans des
fciffures.
Les épatemens de cette montagne forment une gorge qui
plaine, & qui commence à l'extrémité de celle-ci à T'habitation communique avec la
fait environ 80o toifes fur une pente douce, terminée à la droite Benac; l'on y
par un efcarpement très-à-pic, & à gauche par divers mornets. C'eft dans cet efpace & vers
le Nord-Eft, qu'on trouve, au bas d'un monceau de roches, une fource
dont l'eau s'échappe en cafcades au fortir d'un baffin d'environ trois pieds limpide, cubes,
&c va fe mêler à la ravine des Sables. M. Henry travaillant en
1786 au tracé d'un
chemin dans la montagne du Bonnet, obferva qu'à quinze toifes à-peu-près de
la fource, tout ce qui était plongé dans fon eau était chargé d'incruftations. Les
végétaux confervent leurs formes & même leurs couleurs, malgré cette efpèce
d'enduit, qui eft affez adhérent aul fond du ruiffeau pour qu'on ne puiffe en retirer
les corps que par fragmens brifés. Cette obfervation a été confignée dans
le tome premier des Mémoires de la Sdciété Royale du Cap-Français, in8°., page 212,
N n 2
ongé dans fon eau était chargé d'incruftations. Les
végétaux confervent leurs formes & même leurs couleurs, malgré cette efpèce
d'enduit, qui eft affez adhérent aul fond du ruiffeau pour qu'on ne puiffe en retirer
les corps que par fragmens brifés. Cette obfervation a été confignée dans
le tome premier des Mémoires de la Sdciété Royale du Cap-Français, in8°., page 212,
N n 2 --- Page 310 ---
294 DESCRIPTIO N DI E LA PARTIE
A la fin de la gorge, on paffe fur un terrain cultivé, dont la pente eft encore
douce & de 300 toifes de long. Il confine dans l'Oueft à une vallée formée par
ia montagne du Bonnet &c par la ravine des Sables. Elle a, à-peu-près, 200 toifes
d'un plan incliné. De ce point, on monte environ 300 toifes de mauvais
chemin en longeant la montagne du Bonnet, compofée de quatre mornes &c
une lieue de long, en paffant par le travers des pointes de la mitre, 3
ayant apperçoit de la plaine. A environ 400 toifes plus haut &z à 200 des
qu'on
fitués dans un valon, on trouve la
établiffemens Renot, 3 Foucher, Choifeul,
naiffance de la gorge du Dondon, par laquelle on peut aller fur le territoire de
cette dernière paroiffe 2 joindre le chemin du bourg, près l'habitation Junca.
Dans les cavités qui fe trouvent dans différens points de cette gorge du Bonnet
à l'Évêque, & qu'on appele le chemin des Caraïbes, on trouve des fétiches &c
des haches Indiennes.
La montagne dans la paroiffe de la Petite-Anle contient I2 cafeteries & 25
places à vivres.
On voit dans la defcription de la paroiffe du Quartier-Morin que celle de la
Petite-Anfe a depuis très-long-tems 3 deux chemins qui la font communiquer
d'un côté avec le Cap &z de l'autre avec les paroiffes de P'Eft qui, originairement,
ne venaient au Cap qu'en traverfant ces deux chemins. On va auffi de la Petite
Anfe à la paroiffe de la Plaine du Nord, par la paffe de l'habitation Pafquier, où
l'on trouvait autrefois un pent du même nom > conftruit fur la rivière du Haut
du Cap, à environ une lieue dans le Sud du bourg du Haut du Cap, & furla
fépare les deux paroiffes de la Petite-Anfe & de la Plaine du Nord. Ily
ligne qui
a plus de vingt ans que ce pont a été emporté dans un débordement.
Deux autres chemins dirigés Nord & Sud, & fe réuniffant au haut de la
plaine, conduifent au Bonnet &x fervent à tranfporter les denrées à l'embarcadère
de la Petite-Anfe.
Ce quej'ai dit de la nature. du fol gras de la Petite-Anfe, doit bien faire. penfer
dans les tems pluvieux, ces. chemins doivent être difficiles. Les roues y.
que enfoncent, 8 ce n'eft qu'avec une peine extrême que les animaux peuveht y
trainer les voitures 8c, à plus forte raifon, les cabrouets & les charrettes.. Depuis
les canaux des intéreffés de la Petite-Anfe avaient fait paffer une portion
d'eau que dans le lit. de la ravine des Sables , celle-ci, lors de fes débordemens
g'épanchait dans les terrains qui. lui font inférieurs, au déverlement des
es y.
que enfoncent, 8 ce n'eft qu'avec une peine extrême que les animaux peuveht y
trainer les voitures 8c, à plus forte raifon, les cabrouets & les charrettes.. Depuis
les canaux des intéreffés de la Petite-Anfe avaient fait paffer une portion
d'eau que dans le lit. de la ravine des Sables , celle-ci, lors de fes débordemens
g'épanchait dans les terrains qui. lui font inférieurs, au déverlement des --- Page 311 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 285
canaux & de là dans le grand chemin qui les traverfe. On y forma des levées
que leur infuffifance rendit inutile & que M. de Vaudreuil ordonna, en 1750
de prolonger depuis la tête de l'habitation Maifoncelle, aujourd'hui Bongars. En
1752, on n'avait réalifé qu'une partie de cette: précaution de forte qu'une
ordonnance du IO Juin, enjoignit de la perfeétionner & d'employer la corvée
publique àl'entretien de cette partie du chemin.
Les débordemens de la ravine des Sables, qui a fa fource au haut de la montagne du Bonnet > étant auffi un obftacle affez fréquent, on a enfin fongé à y
conftruire un pont, > au point où cette ravine devient la rivière Any & traverfe le
chemin qui conduit du haut de la plaine de la paroiffe de la Petite-Anfe 3 au bourg
de l'embarcadère du même nom. Ce pont de maçonnerie a été fait, en 1786, &
il a reçu le nom de pont Maillart, deftiné à réveiller l'idée de l'intendant qui a
le mieux mérité de la Colonie: Ce pont affure > par fa fituation, la communication
entre les deux paroiffes du Quartier-Morin & de la Petite-Anfe. Il a coûté 70,000
livres, dont les habitans ont payé la moitié par une contribution volontaire, &
la caiffe municipale l'autre moitié.
Des obfervations météorologiques faites pendant les quatre. derniers mois de
1784 & les années 1785 &x 1786, par M. Odeluc fur l'habitation Galifet, proche de
l'Églife, peuvent fervir à faire connaître la température de cette paroiffe, d'autant
que l'exaétitude & les talens de l'obfervateur leur aflurent une grande confiance;
Olfervations des quatre derniers mois de 1784:
Thermomètre à l'efprit de vin s expofé à l'ombre, dans une chambre prefque toujours ouverte >
n'ayant que des jaloufies, & tournée au Nord.
Plus grande chaleur à P'ombre (ce quiarriva le II Septembfe, à midi ).
Moindre chaleur (le 23 Décembre > avant le lever du foleil ).
Différence
Chaleur moyenne
13°
210 V/2
Pluie reçue dans une caiffe de fer blanc 3 d'un pied cube graduée &
portée par un piédefal, > à hauteur d'appui ifolé
13 pouces. 11 lignes,
Évaporation évaluée dans une caiffe de fer blanc de huit pouces en carré
fur cinq de profondeur > graduée & mife dans une caiffe de bois 9
remplie de terre
25 pouces. 5 lignes. 1/2.
Ainfi l'évaporation a excédé la pluie > de
-II pouces. 6 lignes. 1/2
cube graduée &
portée par un piédefal, > à hauteur d'appui ifolé
13 pouces. 11 lignes,
Évaporation évaluée dans une caiffe de fer blanc de huit pouces en carré
fur cinq de profondeur > graduée & mife dans une caiffe de bois 9
remplie de terre
25 pouces. 5 lignes. 1/2.
Ainfi l'évaporation a excédé la pluie > de
-II pouces. 6 lignes. 1/2 --- Page 312 ---
236 DESCRIPTIO N
E LA PARTIE
Température.
Jours pluvieux
Septembre 1784. Chaude & humide
:
1O
OStobre
Plus chaude & moins humide
Novembre
Moins humide
1O
Décembre
Agréable & sèche depuis le IO
Le 31 Décembre à fix heures du matin, le thermomètre defcendit au dehors à 119 V2, ce que
l'on n'avait jamais vu.
Vents dominans.
Eft, Nord & Sud-Oueft.
Tremblemens de Terre.
Un le 25 Juillet, à 6 heures 3/4 du foir.
Un le 29 Septembre à II 1/2 du foir.
Unle 25 Août, à 1 h. 15 m. du matin, avec Un le 27 Novemure , à I h. 20 m. après-midi.
trois fecouffes, dont les deux premières faibles.
Un coup de vent avec forte pluie qui a donné 20 lignes d'eau, en deux heures.
0000 -e
Obfervations de 1785.
THERMOMETRE.
Plus grande chaleur
250 1/2
Moindre
14°
Différence
110 V/z
.
Le zo Mai, le thermomètre a monté > au foleil 3 à deux heures 1/2 du foir, à 3oo 1/2.
B
M E T R E.
Plus grande élévation,
28 pouces. 3 lignes.
Moindre,
forte pluie qui a donné 20 lignes d'eau, en deux heures.
0000 -e
Obfervations de 1785.
THERMOMETRE.
Plus grande chaleur
250 1/2
Moindre
14°
Différence
110 V/z
.
Le zo Mai, le thermomètre a monté > au foleil 3 à deux heures 1/2 du foir, à 3oo 1/2.
B
M E T R E.
Plus grande élévation,
28 pouces. 3 lignes.
Moindre, Différence 2
V4
Pluie -
75 pouces. o lignes. 14
Evaporation 9 Excédant de pluie. --- Page 313 ---
FRANÇAISE DE SAINT-) DOMINGUE
Température.
Mars , Avril & Oétobre, , les plus pluvieux. Mai 3 Juin, Juillet, Décembre
Les matinées belles en
1 les moins.
général s furtout le lendemain des orages.
En Mars & Avril , l'air enfumé, , parce que les Efpagnols bràlent leurs favanes.
Mai, , Juin , Juillet ; éclairs & tonnerre, , prefque tous les foirs. En
&
Septembre en Oétobre auffi.
Tremblemens de Terre.
IO Janvier, , à 9 h. 3 m. du matin, a violente fecouffe de tremblement de
fort bourdonnement,
terre , précédée d'un
Thermomètre intérieur 3 alors à
Celui au foleil
Beau ciel, 9 fans nuages tems calme s beaucoup d'éleâtricité. Nouvelle lune à 8
25°
19 Février à 6h. 5 m. deux
fecouffes,
h. 15 m. du foir.
Thermomètre
petites
> tems nébuleux , pluie aux environs.
extérieur, >
intérieur 3
16°1/2
16°,
Baromètre s
28 p. I. lig. 1/2.
Météore.
Le7 Mars un météore lumineux vers le morne du Cap, dirigé de PEf à POueft. On
lire à fa clarté.
pouvait
Débordement confidérable des rivières.
Premier Quartier , I h. 7 m. après-midi.
En 1786.
Seulement 29 P. 2 lig. d'eau, , dont la moitié en Oétobre & en Décembre.
Une extrême féchereile a caraétérifé les quatre premiers mois de cette année. Des
Sud-Oueft f chauds pendant les mois de Février, Mars & Avril, les bois des vents de
fendirent & qu'on vit éclater des vaiffeanx de verre.
que
meubles fe.
Je faifis cette occafion d'annoncer qu'on doit
regarder comme une obfervation
générale, celle de M, Odeluc fur le baromètre, que je vais
Le baromètre
rapporter.
éprouve, 2 à Saint- Domingue, une variation diurne
tend à le faire monter depuis neufheures du
périodique qui
fe lève
matin, ou même auparavant fi la brife
plutôt, jufqu'à onze heures. Dans l'intervalle de onze heures à
defcend, , puis il remonte un peu
trois 3 il
> pour defcendre vers le foleil couchant. Enfuite
il monte à la brife de terre, 3. mais moins que le matin
ll'eft
> jufqu'à dix heures du foir.
toujours, relativement, plus élevé le jour que la nuit. Le mercure fex
foutient auffi un peu plus haut en Hiver qu'en Été,
qu'à onze heures. Dans l'intervalle de onze heures à
defcend, , puis il remonte un peu
trois 3 il
> pour defcendre vers le foleil couchant. Enfuite
il monte à la brife de terre, 3. mais moins que le matin
ll'eft
> jufqu'à dix heures du foir.
toujours, relativement, plus élevé le jour que la nuit. Le mercure fex
foutient auffi un peu plus haut en Hiver qu'en Été, --- Page 314 ---
288 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Suivant M. Lefebvre Deshayes , le baromètre monte le matin , parce que le
foleil 8c la brife du large chaffent les vapeusgui,samencdhant fur les montagnes 3
preffent l'air 8c forcent le baromètre à defcendre après onze heures. La brife
acquérant toute fa force enfuite, l'obftacle eft détruit & l'inftrument remonte.
Mais la condenfation des vapeurs au foleil couchant vient le rabaiffer, puis lorfque
le ferein eft tombé & que la brife de terre dégage l'air , il remonte. Dans la nuit
les vapeurs s'élèvent, les rofées y mèlent de lhumidité 8z c'eft la caufe d'une
nouvelle defcenfion. M. Deshayes dit encore que les vents de Sud & de Sud-Eft
agiffent plus fenfiblement fur le baromètre que ceux du Nord, parce que les
premiers tranfportent plus d'humidité, 8c des nuages plus pefans.
J'ajoute que la chaleur de la Zône Torride caufant une très-grande dilatation
dans les molecules de Pair 8x y tranfportant une portion d'humidité, l'air doit
perdre de fon reffort, & agir moins fur un inftrument deftiné à mefurer ce
reffort.
Les années pluvieufes font d'ordinaire les moins faines à Saint-Domingue &
I
la paroiffe de la Petite Anfe eft foumife à cet effet. On l'a vérifié par rapport
bataillon du régiment Irlandais de Dillon, qui y fut tenu plufieurs
au premier
de celui d'Avril
fur les habitations Galifet.
E
mois en garnifon 3 à partir
1782,
La moitié des foldats de ce bataillon y furent malade &x de dix-huit officiers il en
mourut cinq. Le terrain des habitations Galifet eft, à la vérité, bas 8 aquatique,
étant le long de la rivière &, proportionnellement, ce font celles de la paroiffe
qui perdent le plus de nègres. Celle furnommée Defplantes éprouve cependant
moins cet inconvenient que les deux autres.
Ce fut encore fur l'habitation Galifet que fe fit,le IO Avril 1784, une
expérience aéroftatique > ( la deuxième qui a eu lieu à Ssint-Domingue).
Neuf foufcripteurs avaient fait la dépenfe d'un aéroftat de 204 aunes de tafetas;
fa hauteur était de 30 pieds, fon moyen diamètre de 18 & fa circonférence
de près de 57. Sa force d'afcenfion était de 64 livres 2 onces : de la paille féche
& de la laine brûlées, mifes dans un fourneau à briques, fournirent en quatre
minutes & demie le gaz néceffaire. A 7 heures 40 minutes du matin 3 le tems
étant calme, la machine abandonnée à elle-même > s'élèva en décrivant une
&en laiffantle tems de confidérer les ornemens quil'embellifaient & des
fpirale,
repréfentant l'air, le feu , la chimie & la phyfique. Ony voyaitauffi les
allégories des deux Chefs de la Colonie, le chiffre de M. de Galifet & celui de
armoiries
M.
heures 40 minutes du matin 3 le tems
étant calme, la machine abandonnée à elle-même > s'élèva en décrivant une
&en laiffantle tems de confidérer les ornemens quil'embellifaient & des
fpirale,
repréfentant l'air, le feu , la chimie & la phyfique. Ony voyaitauffi les
allégories des deux Chefs de la Colonie, le chiffre de M. de Galifet & celui de
armoiries
M. --- Page 315 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
M. Beccard , greffier du Fort-Dauphin, qui avait communiqué à l'efprit des
Colons, l'enthoufiafime que venaient de luii infpireren France, les expériences des
Monigolfier & des Pilatre de Rofier. L'afcenfion dura cinq minutes, l'état ftationnaire trois, & après cinq minutes de defcenfion, le ballon, qu'on eftima s'être
élevé à 300 toifes, vint tomber à environ 200 toifes du point de fon départ.
Ce phénomène nouveau pour la terre américaine, avait réuni un grand
concours de perfonnes, & quoique l'aréoftat ne contint point de navigateurs,
l'impreffion feule de ce majeftueux effet de la péfanteur fpécifique qui montre
une grande furface portée par l'air, excita la plus vive admiration. La fimplicité du moyen ajoutait à la furprife > & les fpeétateurs nègres ne fe laffaient
pas de fe récrier fur l'infatiable paffion de Phomme 3 pour foumettre la nature
à fa puiflance. Un procès verbal authentique conftata la naturalifation des Montgolfières, &z les Affiches Américaines > du 21 Avril 1784, la publièrent.
La population de la paroiffe de la Petite-Anfe eft de I17 blancs, 53 affranchis,
donnant en tout 75 hommes portant armes, & 4,652 efclaves.
On peut juger combien la population aÉtuelle diffère de celle qui exiftait
ilya un fiècle 3 puifqu'au mois de Février 1691, & par conféquent après la
bataille de Limonade, M. de la Boulaye, major du Port-de-Paix, vint faire
la revue des habitans du quartier du Cap, & trouva dans la paroiffe de la
Petite-Anfe deux compagnies de milices, qui formaien: 150 hommes, & dont
il fit trois compagnies de 50 hommes chacune.
De l'églife de la Petite-Anfe:
A celle du Cap,
3 lieues.
de
du
Aléglife Limonade 7
2 lieues
Quartier-Morin, ,
1/2
Ste-Rofe ,
1/2., I/2.
La Petite-Anfe eft du quartier, du commandement, & de la fénéchauffée du
C'eft fur l'habitation de Nord, dépendant de cette
Cap.
fait
paroiffe > qu'arriva un
regardé comme très-rare, & qui a été configné dans un acte de notoriété
fait par les officiers de la fénéchauffée du Cap, le 15 Décembre 1769, fur
la dépofition affermentée de M. de Nord, propriétaire de T'habitation, de MM.
Cazavan, , Martin & Darrecbieilh, qui en étaient le chirurgien, le
&
le. rafineur & encore de M. Deshayes de Sainte-Marie, avocat au gérant Confeil
du Cap, qui s'était trouvé préfent.
CC Le I4 Mai 1769, on amena à M. de Nord une mule nommée Soufrir,
>> comme malade > ayant le ventre très-gros & quelque chofe qui paraiffait
Tome I,
0 O
'habitation, de MM.
Cazavan, , Martin & Darrecbieilh, qui en étaient le chirurgien, le
&
le. rafineur & encore de M. Deshayes de Sainte-Marie, avocat au gérant Confeil
du Cap, qui s'était trouvé préfent.
CC Le I4 Mai 1769, on amena à M. de Nord une mule nommée Soufrir,
>> comme malade > ayant le ventre très-gros & quelque chofe qui paraiffait
Tome I,
0 O --- Page 316 ---
290 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
3> lui fortir de la vulve. Il envoya chercher le nommé Francifque, nègres
>> foi-difant maréchal de l'habitation voifine Walsh; celui-ci fit abattre la mule
>> &c lui donna un breuvage, &c quelques minutes ap:ès, appercevant des pieds
>> fortant de l'uterus, il tira rudement un petit animal noir, vivant, qu'à fon
>) poil, à la tête & à fes oreilles, M. Cazavan croit tenir plus de l'âne que
>> du mulct. La violence employée par le nègre ayant occafionné le renver-
>) fement, & la gangrène de la matrice, & tiraillé le muleton, celui-ci a péri
>> prefque auffitôr, & a été fuivi de fa mère deux heures après ",
Ce fut à l'étonnement que caufa ce phénomène & au défir de le faire conftater, qu'eut M. Defmé Dubuiffon, ancien procureur général du Confeil
du Cap, confeiller du Parlement de Paris, alors au Cap, qu'on dût l'authenticité qu'il a acquis. Buffon l'a configné dans fon fupplément, tome
5, page 25, où l'on voit que la peau du muleton fut envoyée à Londres
au doéteur Matty 3 qui la plaça dans le cabinet de la Société Royale, ce qui
femble affez fingulier, d'un fait arrivé dans une Colonie françaife.
Malheureufement les faits deftructeurs des plus utiles animaux n'ont pas été
auffi rares dans cette paroiffe, où l'épizootic a caufé des ravages qui n'ont pas
encore ceffé.
En 1777, la feule habitation Millot perdit en fix mois quarante mulets,
dont l'eftomac paraiffait corrodé &c quelquefois même pourri, comme chez
les hommes qui meurent d'une maladie inflammatoire putride. MM. Millot
frères ayant adopté depuis un régime approuvé par M. Chabert, direéteur de
l'école vétérinaire d'Alfort, ils font parvenus à diminuer la contagion. Cerégime
confifte à bien humeEter les herbes 2 qu'on fait hacher dans un bac, avec une
quanticé de fel mêlée à une limonade de gros firop, de jus de citron &c d'eau,
-
Les animaux font très-avides de cette nourriture; mais il faut en outre féparer
les animaux malades de ceux qui ne le font pas, & veiller exaétement à ce
qu'aucune partie des harnois des premiers ne ferve jamais. On a attribué l'origine de cette maladie des mulets, à des cargailons de chevaux exportés du
Conneéticut.
La morve > inconnue avant 1770, eft devenue un autre fléau. Elle a fait
périr fur la principale habitation Galifet, dix-fept mulets, dans les trois derniers
mois de 1785.
Le charbon a fait fer les boeufs un dégat auffi terrible, & les gardiens
ois des premiers ne ferve jamais. On a attribué l'origine de cette maladie des mulets, à des cargailons de chevaux exportés du
Conneéticut.
La morve > inconnue avant 1770, eft devenue un autre fléau. Elle a fait
périr fur la principale habitation Galifet, dix-fept mulets, dans les trois derniers
mois de 1785.
Le charbon a fait fer les boeufs un dégat auffi terrible, & les gardiens --- Page 317 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUL
d'animaux ont fouvent partagé la contagion en les foignant, & en les panfant.
Ilf faut avouer auffi qu'une circonftance particulière a long-tems concouru
les caufes générales > pour rendre les faits d'épizootie plus communs dans avec la
paroiffe de la Petite-Anfe; c'eft que les fermiers des boucheries du Cap y avaient
leurs entrepôts jufqu'en 1787. Ces entrepôts mal entourés, où il mourait beaucoup
d'animaux, qu'on laiffait pourir fur le fol, dont on enlevait des cuirs infects,
&c dont les chiens tranfportaient les chairs, étaient autant de foyers d'une
contagion propageé par les animaux eux-mêmes, &c par les nègres, qui mangeaient de cette viande charbonneufe fraiche ou falée.
Le mal des eaux ou de lagon 3 qui eft une efpèce de farcin, attaque auffi
les mulets &c les chevaux, > & il eft même beaucoup d'habitans qui la confidèrent comme contagieufe.
Il fuffic de lire les Recherches de la Société des Sciences & Arts du Cap
furles épizooties, pour. être convaincu de ce qu'une Colonie > qui a un befoin
aufi abfolu d'animaux pour fes manufaétures, éprouve de pertes, & combien
le Colon devrait être attentif & furveillant, même pour faire arracher & détruire l'herbe à blé &c lafenfitive , qui font pour les animaux un alinent funefte.
Je ne fais quels fuccès auront eu huit moutons du Cap de Bonne-Efpérance,
placés fur Phabitation Bongars, de cette paroife > où l'on voulait les naturalifer. Je crois que le choix dulocal était fort mauvais, & que la circonftance
qui l'avait déterminé, tirée de CC que ces animaux, payés par la Colonie,
avaient été adreffés à cet intendant, 3 par le conful français, aura rendu inutile
un effai, où l'on n'aurait pas dû facrifier une vue d'utilité réelle 3 à une infipide adulation.
La paroiffe de la Petite-Anfe m'offre à citer:
1°. Jofeph de Galifet, auquel la Colonie eft redevable de vues & d'exemples
utiles, qu'il n'a pas' toujours dépendu de lui d'y faire réuffir. Mais M. de
Galifet a été, durant huit années > gouverneur du Cap, & commandanten chef
de la Colonie, depuis le mois de Juillet 1700, jufqu'au mois de Novembre
1703; c'eft donc à l'hiftoire que fon portrait appartient. Il mourut à Paris le 26
Mai 1706.
2°. M. le chevalier de Gabriac, de la maifon de Saint-Paulet, du Languedoc, fils de M. de Saint-Paulet, colonel du régiment de cavalerie-milices de la Partie du Nord, Il était capitaine aide-major au régiment du roi infanOo 2
mois de Juillet 1700, jufqu'au mois de Novembre
1703; c'eft donc à l'hiftoire que fon portrait appartient. Il mourut à Paris le 26
Mai 1706.
2°. M. le chevalier de Gabriac, de la maifon de Saint-Paulet, du Languedoc, fils de M. de Saint-Paulet, colonel du régiment de cavalerie-milices de la Partie du Nord, Il était capitaine aide-major au régiment du roi infanOo 2 --- Page 318 ---
292 DESCRIPTION DE LA PARTIE
erie, lorfqu'il s'éleva une querelle entre les o.ficiers de ce corps &c le duc
depuis maréchal de Biron. M. de Gabriac fut chargé de porter la parole &
ce choix, ainfi que le délabrement de fa fortune , le mirent dans la néceffité
de fe retirer du fervice. Il était intimement lié avec M. de Choifeul, devenu
miniftre depuis, &c dontil avait fouvent préfagé les fuccès. M. de Gabriac
arrivant à Saint-Domingue, fe préfenta au procureur de fon habitation, comme
un recommandédu propriétaire; il fut aflez mal accueilli, mais les lettres étaient
fi preffantes > que le procureur ne put fe difpenfer de le recevoir. Le foir,
a négreffe nourrice de M. de Gabriac le reconnut, &c il fe paffa entr'eux
une fcène touchante. La négreffe garda le fecret pendant quinze jours. Au
bout de ce tems M. de Gabriac va dans le cabinet de fon procureur, l'oblige
à lui communiquer fes livres & fes comptes, & l'on affure que cette expédition
lui fut très-profitable.
Le halard ayant fait que M. le duc de Choifeul, entendit prononcer le
nom d'un chevalier de Gabriac, réfidant à Saint - Domingue 3 il s'informe
fi c'eft fon ancien camarade, fon mentor, &c lorfqu'il en eft fûr, il lui écrit >
-
& lui envoye un brevet de colonel. Il lui marque que les événemens l'ont
mis dans le cas d'influer fur le fort des Colonies, mais qu'il a befoin des
Iumières &c de la fageffe de fon ancien ami, & qu'il le fomme de venir le
joindre, promettant de fe charger de fa fortune, s'il eft dans le cas d'en avoir
befoin.
MM. de Gabriac, de Clugny, Fournier de la Chapelle & Defmé Dubuiffon,
firent des plans pour procurer à Saint-Domingue la liberté politique & de bonnes
loix, & M. Fournier de Varenne > malgré fa jeuneffe, fut admis à les feconder.
On y prépara l'établiffement des Chambres d'Agriculture & de Commerce,
& l'on y avait projetté celui d'un député de la Colonie, place importante 3
ridiculement, ou plutôt defpotiquement remplacée, par un député de la Chambre d'Agriculture, titre qui n'a de réel, que les appointemens qu'il procure.
M. de Gabriac s'embarqua le 4 Mai 1763, fur le navire le Bourbon de
Bordeaux, efpérant qu'il ferait le député de la Colonie. Il eut un rhume dans
la traverfée, on le faigna, & le fcorbut fe manifefta; il mourut à Bordeaux
chez M. Simon Jauge 3 une heure après être débarqué, Sa mort amena des
changemens, qu'il faut aufli renvoyer à P'hiftoire.
M. de Gabriac qui, comme on l'a vû, avait acheté de Mde Delglaireaux
le Bourbon de
Bordeaux, efpérant qu'il ferait le député de la Colonie. Il eut un rhume dans
la traverfée, on le faigna, & le fcorbut fe manifefta; il mourut à Bordeaux
chez M. Simon Jauge 3 une heure après être débarqué, Sa mort amena des
changemens, qu'il faut aufli renvoyer à P'hiftoire.
M. de Gabriac qui, comme on l'a vû, avait acheté de Mde Delglaireaux --- Page 319 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMIN N G U E. 293
l'eau de la Grande-Rivière. , deftinée à la ravine du Mapou, la fit fervirà arrofer.
Ce fut lui qui donna le premier exemple de cet emploi de l'eau, dans la Partie
du Nord de Saint-Domingue.
M. de Gabriac était férieux & même fec, mais perfonne n'eut un caraétère
plus ferme; fon raifonnement était la hache de Phocion. Il avait plus de Caraétère &c de mérite : que d'efprit & de connaifances, 3 quoiqu'il eut pouffé
affez loin l'étude des mathématiques. Ijouiffait de l'eftime générale 3 & la trempe
forte de fon ame, lui donnait toujours le premier rôle. M. de Gabriac était
un homme rare, que la Colonie doit fe glorifier d'avoir vû naitre; un citoyen,
animé du défir du bien', 8c un ennemi déclaré de cette autorité, qui croit
s'affermir par les abus.
X II
PAROISSE DU CAF-PRANCAIS
LA 'paroiffe du Cap-Français eft, pour ainfi dire, uniquement compofée de la
ville du même nom > puifque tout le furplus n'en eft que l'acceffoire & Jes
dépendances. Occupons-nous de cet établiflement, le plus confidérable de la
Colonie françaife, fa capitale de fait, le fiège principal de fes richeffes, de fon
luxe ; le lieu le pluscommergant, celui enfin que fa fituation géographique rendra
toujours le plusimportant pour elle.
Lorfqu'on vient d'Europe au Cap, on attérit au Cap Samana ou du moins
vers le vieux Cap-Français, & c'eft de là qu'on dirige fa route vers le Cap
la Grange en longeant la côte. Après avoir pafié ce Cap, on fe trouve bientôt
par le travers des ilets appelés les Sept Frères (*) &c de la baie de Mancenille (t), fur le côté Septentrional de laquelle on a vu que commence la
Colonie françaife.
C'eft auffi vers ce point que fe trouve ia naiflance du banc de reflifs dont j'ai
déjà parlé plufieurs fois en décrivant les côtes de fix paroiffes &c qui
(*) Voyez Partie Efpagnole > volume premier s page 202.
(+) Voyez Partie E(pagnole 2 volume premier s page 203.
Frères (*) &c de la baie de Mancenille (t), fur le côté Septentrional de laquelle on a vu que commence la
Colonie françaife.
C'eft auffi vers ce point que fe trouve ia naiflance du banc de reflifs dont j'ai
déjà parlé plufieurs fois en décrivant les côtes de fix paroiffes &c qui
(*) Voyez Partie Efpagnole > volume premier s page 202.
(+) Voyez Partie E(pagnole 2 volume premier s page 203. --- Page 320 ---
294 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
regnant depuis l'entrée du goulet de la baie du Fort-Dauphin jufqu'aux paffes
ordinaires du Cap, oblige les bâtimens à fe tenir à une certaine diftance de la
terre dans toute cette longueur, d'environ neuf lieues un tiers par mer.
En paffant le long de la côte efpagnole, on eft frappé de l'élévation des terres
de cette partie, où eft le groupe du Cibao; mais on n'a fous les yeux qu'un pays
inhabité, excepté lorfqu'on eft parvenu vers la petite peuplade de Monte-Chrift.
En découvrant la Partie Françaife, l'afpect change. Les montagnes qui
jufques la avaient femblé border le rivage, paraiffent s'en éloigner un peu, &
dans la diftance qu'on trouve entr'elles & foi, on juge qu'un terrain plane
s'étend jufqu'à la mer; & cians quelques points où le reffif eft plus à fieur
d'eau otl le fol de la plaine un peu plus élevé, on diftingue des conftructions & des lieux cultivés. Sur les montagnes l'ceil difcerne les habitations > les
plantations, les bois, & l'ony reconnaî:le (éjour de lhomme &x de l'homme induftrieux. De ces maffes montueufes fe détachent fuccellivement, pour l'obfervateur,
des points remarquables laperipeétive varie à chaque inftant 5 des chaînes différentes fe féparent tles unes des autres &c fe préfentent dans différentes direétions
-
fuivant celle qu'on a foi-même, & la diftance où l'on fe trouve.
-
La Grange qu'on a toujours derrière foi, forme l'une des extrémités du
tableau; à la gauche, eft la terre & tous les objets qu'elle étale à la vue. Ony
faifit, à mefure qu'on avance, l'embouchure de la rivière du Mafficre &c le
trifte réduit oàles Efpagnols tiennent une garde de quelques hommes ; la batterie
qui eft fur la rive françaife, puis le fort la Bouque > qui fert à faire remarquer
l'entrée de la baie du Fort-Dauphin; les Mamelles fe préfentent fur le devant
du tableau, plus au fond eft la petite coupe de Bayaha, & dans le lointain les
montagnes font dominées par le piton de Bayaha 3 que fuivent le piton des
Ténèbres &c celui des Flambeaux, le plus élevé de tous. Lorfqu'on les a
paffés, l'on a franchi les paroiffes qui font à PEt de celle du Trou. Le rideau
montagneux de celle-ci préfente à fon tour le petit piton Sarralin, la crête de
Sainte-Suzanne, limite Orientale de Limonade un peu plus à l'Oueft, font
les montagnes de Sainte-Rofe, puis les crêtes du Dondon, & enfin un morne qui
parait d'autant plus élevé qu'il termine le rivage, c'eft le morne du Cap.
Si cette route , parallèle à la côte, eft faite durant le jour, des bateaux-pa@fagers
fortant du Fort-Dauphin, de Caracol , de Jacquezy 3 indiquent le fite de ces
divers ports ou embarcadères, 8x tandis que la mer brife fur le banc de reffifs 2 eB
êtes du Dondon, & enfin un morne qui
parait d'autant plus élevé qu'il termine le rivage, c'eft le morne du Cap.
Si cette route , parallèle à la côte, eft faite durant le jour, des bateaux-pa@fagers
fortant du Fort-Dauphin, de Caracol , de Jacquezy 3 indiquent le fite de ces
divers ports ou embarcadères, 8x tandis que la mer brife fur le banc de reffifs 2 eB --- Page 321 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-D DOMINGUE. 295
le blanchiflant, de petits mâts qui le furmontent, 3 tracent le canal qui eft entre
lui &c la terre, &z indiquent des barques ou des acons qui y font une courte mais
utile navigation. Si l'on fe trouve le long de cette côte > durant la nuit, des feux
qui brillent dans chaque point, annoncent les habitations 3 tandis qu'une flamme
active qui s'échappe avec impétuofité, défigne les lieux où l'on prépare ces
criftaux fucrés qui font la richeffe principale de la Colonie 3 & qui fatisfont tant
de jouiffances agréables. La brife de terre porte une odeur fuave jufqu'au vaiffeau
où l'ame eft livrée aux plus douces fenfations. La fatigue de la traverfée, l'ennui
d'un féjour monotone > le fouvenir des dangers, tout eft effacé; chacun ne
confidère plus que le terme & le but de fon voyage.
L'Européen qui voit, pour la première fois, la terre américaine 3 ne peut
fuffire à tout ce qu'il éprouve. Un mélange confus des idées lcs plus variécs,
l'agitent. A la joie de l'arrivée, s'uniffent les regrets des objets qu'laabandonnés,
fon imagination lui exagère ou les avantages qu'il fe promet 3 ou les inconvéniens
qu'il redoute 3 & dans ce tumulte, il eft encore frappé des mouvemens de tous
ceax qui l'entourent. Chaque figure exprime la joie, l'impatience de mettre le
pied à terre S aux vêtemens groffiers & toujours un peu mal-propres qu'on a eus
dans le voyage > fuccédent ceux que l'amour-propre & l'élégance font chercher &c
iln'eft perfonne qui n'ait déjà fongéà fa toilette de débarquement.
Quand on a fait tous les préparatifs & qu'à chaque inftant on attend le pilote
pour entrer, on demande cependant : où eft donc le Cap? Pour toute réponfe
quelqu'un montre un gros morne qui femble s'avancer du milieu de tous les
autres 3 & en effet, c'eft fur ce point qu'eft dirigée la route du vaiffeau. On continue à avancer, en découvrant les terres qui font au-delà du Cap & même file
tems eft ferein, la petite île de laTortue, dans l'Oueft. Bientôt le fort Picolet
eft vifible à la vue fimple 5 fon pavillon fertà le mieux montrer & à rompre la
trifte monotonie de la hauteur qui le furmonte. Enfin lorfqu'on eft prêt d'entrer
dans le port &c qu'on fixe de prèsle morne de Picolet, fon afpect ftérile a quelque chofe de hideux qui contrifte. On a peine à concevoir qu'on foit à la porte
d'une ville confidérable où le luxe fait, chaque jour, de rapides progrès. Cette
perfpective eft faite pour produire fur l'efpric de l'Européen qui a cru ne trouver
que des lieux rians où la fortune a tout embelli, une impreffion chagrine,
Heureux celui pour qui elle n'eft pas un finiftre prélage !
Mais déjà le vaiffeau que le pilote, venu du port, fait maneuvrer, a Picolet
voir qu'on foit à la porte
d'une ville confidérable où le luxe fait, chaque jour, de rapides progrès. Cette
perfpective eft faite pour produire fur l'efpric de l'Européen qui a cru ne trouver
que des lieux rians où la fortune a tout embelli, une impreffion chagrine,
Heureux celui pour qui elle n'eft pas un finiftre prélage !
Mais déjà le vaiffeau que le pilote, venu du port, fait maneuvrer, a Picolet --- Page 322 ---
296 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
à fa droite & court vers le Sud; déjà l'on remarque quelques maifons qui bordent
le rivage, on commence à foupçonner que le Cap exifte 5 puis les maifons fe
multiplient; ils'en préfente de nouvelles; enfin une longue bande offre une ville
que du mouillage > on trouve peu étendue; on a fauté dans un canot, on y vogue,
on débarque, & d'un pied, encore mal-affuré, l'on foule la terre d'Amérique.
Quel fpectacle ! Comme il diffère des lieux qu'on a quittés : On voit quatre ou
cinq figures noires ou obfcurcies pour une blanche. Les vêtemens, les maifons 3
& prefque tous les objets phyfiques dont ont eft environné, ont un caraétère
nouveau. Dans l'étonnement, dans la confufion qu'ils jettent dans l'efprit, on
avance & la ville femble s'étendre. Décrivons-la, cette ville, à laquelle ce nom
ne pourrait être refufé dans aucun lieu du Monde.
Pour mettre plus d'ordre & de clarté dans les détails multipliés dont le Cap eft
naturellement l'objet, j'ai cru indifpenfable de le divifer en plufieurs parties 3
mais aprèsavoir expolé, toutefois ce qui appartient à fon enfemble.
La ville du Cap fituée, d'après les obfervations de M. Chaftenet de Puyfégur, par
les 199 46m. 241 de laticude Nord ( obfervée à Véglife paroiffiale ), & par 749
-
38 m. 25 fde longitude Occidentale du méridien de Paris, eft bâtie au pied
-
d'une montagne qui la couvre au Nord & à lOueft, 8x dans un enfoncement
formé par deux branches ou prolongemens de cette montagne 3 tandis qu'elle a
une rade àPER & dans le Sud une langue de terre qui va fe réunir à la plaine qui
porte le nom de plaine du Cap.
On lit dans les premiers auteurs qui ont écrit fur l'Amérique que le Cap ou
le promontoire auquel fa ville eft adoffée, reçut la dénomination de Cap-Saint ou
Piinte-Sainte, au premier voyage de Colomb, dans le mois de Décembre 1492;
tandis que d'autres affurent qu'il le nomma Cap-Fraxçais. Ce dernier nom a
prévalu, fans qu'on fache davantage, ce qui aurait pu l'infpirer à Colomb, que
celui de Cap-Saint. D'autres perfonnes, encore plus curieufes d'étymologie,
ont prétendu que le nom de Cap-Français a une origine toute françaife & conféquemment plus moderne, & elles tirent leur preuve de ce que les Elpagnols
appelent encore le Cap-Français Guarico, & non Cap-Français. Puis pour
ajouter de l'intérêt à cette explication > on fait de Guarico ou Guaric, la contraction de Guacanaric, 3 Cacique 8 roi du Marien, de manière que le Cap ferait
bâti où fut la capitale de ce royaume.
En adoptant cette dernière opinion fur le mot Guarico 3 il ferait abfolument
impoffible
& elles tirent leur preuve de ce que les Elpagnols
appelent encore le Cap-Français Guarico, & non Cap-Français. Puis pour
ajouter de l'intérêt à cette explication > on fait de Guarico ou Guaric, la contraction de Guacanaric, 3 Cacique 8 roi du Marien, de manière que le Cap ferait
bâti où fut la capitale de ce royaume.
En adoptant cette dernière opinion fur le mot Guarico 3 il ferait abfolument
impoffible --- Page 323 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
impofible de conferver les faits hiftoriques tels qu'ils font rapportés par Oviédo,
Herréra &c par Fernand 3 fils de Colomb. Si Guacanaric avait habité le fite de la
ville aétuelle du Cap, > Colomb défirant conférer avec lui ne ferait pas venu
mouiller à Caracoi, mais dans la baie du Cap; il n'aurait pas conftruit fon fort de la
Nativité fur les confins de Limonade à quatre lieues de ce Cacique; il n'aurait
pas,
après fon naufrage a une lieue de l'autre caravelle
3 mouillée, comme la fienne 3 à
Caracol, 3 envoyé à une lieue 8c. demie avertir le Cacique de ce malheur, puifqu'en fe perdant vers la baie de Limonade, une lieue & demie 9 même
n'atteindrait pas le Cap, ficué à plus de fix mille toifes de ce point. Le marine 3
réfidait donc plus à PEt; & il eft même impoffible de
Cacique
fuppofer que ce foc
plus près du Cap que le bourg del'embarcadère de la Petite-Anfe, comme je crois
l'avoir démontré précédemment. D'ailleurs, , l'argument tiré du mot Guarico luimême, qui eft réellement Indien & qui pouvait s'appliquer au canton tout entier
8c non pas au fite actuel de la ville ou du promontoire qu'il
fon poids lorfqu'on fait qu'une grande rivière de la province de touche, Venezuèle perd tout
le même nom, > & que c'eft encore celui d'un bourg de la province de Maracaibs porte
près de la ville de Tucuyo 3 à coup fûr Guacanaric n'était pas le chef de
lieux du Continent de l'Amérique Méridionale.
ces
Mais la ville qui nous occupe en ce moment, ne s'eft pas toujours appelée le
Cap-Français ou fimplement le Cap. Lorfque des Flibuftiers &c des Boucaniers
qui voulaient étendre dans P'Ef leurs conquêtes fur les
fondemens d'un premier établiffement dans la Plaine du Efpagnols 3 jettérent les
lieu où la
Cap, ce ne fut pas au
eft ville ; car fon local, fuivant Charlevoix, & d'après ce qu'on lira
ci-après, 3 eut pour premier poffeffeur un calvinifte nommé Gobin > qui y fit une
habitation. En effet, les douze premiers français qui vinrent de la Tortue
cultiver la partic du Cap en 1670, avaient pour guide Pierre le
& pour
fait déjà que celui-ci plaça fon habitation dans un point qui dépend Long > l'on
de la paroiffe du Quartier-Morin, & fitué près du lieu où le maintenant
traverfe la rivière du Haut du Cap.
grand chemin
Ces premiers Français appelèrent la rade du Cap, par laquelle ils avaient
remonté la rivière jufqu'à la hauteur où Pierre le Long s'était établi, la PetiteAAnfe, & ce qui eft très-remarquable, le morne du Cap reçut alors d'eux le
nom de Gros Cap de la Petite-Anfe. Tout ce qu'ils établirent
ou leurs nouveaux compagnons, fur la rive droite de la fuccellivement, rivière, fe cux
Tome I,
nomma
PP
premiers Français appelèrent la rade du Cap, par laquelle ils avaient
remonté la rivière jufqu'à la hauteur où Pierre le Long s'était établi, la PetiteAAnfe, & ce qui eft très-remarquable, le morne du Cap reçut alors d'eux le
nom de Gros Cap de la Petite-Anfe. Tout ce qu'ils établirent
ou leurs nouveaux compagnons, fur la rive droite de la fuccellivement, rivière, fe cux
Tome I,
nomma
PP --- Page 324 ---
29s DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
roujours la Pelite-inf, 3 candis que les établiffemens de la rive gauche gui
bordaient la chaîne du morne du Cap s'appelèrent le Haut ou le Bas du Cap s
felon qu'ils étaient plus ou moins rapprochés ou plus ou moins éloignés du
rivage. Ce fut où eft maintenant le bourg du Haut du Cap, que l'on fonda la
première paroifie de la dépendance du Cap, & le Cap d'asjoura'huiqu'on appelait
aufi la Bafeterre ne fervait alors que d'afile à quelques pécheurs, & n'était
qu'une dépendance du Haut du Cap.
Concevoir d'après cela- comment le Gros Cap de la Petite-Anfe, le Gros Cap,
le Cap,fera devenu le Cap-Français lorfque des Français aurontréellement habité
fon voifinage, me paraitune chole fi fimple, fi conforme aux piècesquej'ai vues, s
qu'il m'eft rigoureulement démontré que je donne la véritable origine du nom
de Cap-Frarçais.
Lorfqu'en 1676 la petite Colonie de Samana fut obligée d'abandonner ce
lieu, ce fut dans le voifinage du Cap qu'elle s'établit; le Bas du Cap ou la
Baffeterre en reçut un accroifement fenfible, & l'on y vit une paroiffe ; mais les
E(pagnols dans leur incurfion du mois de Janvier 1691, brûlèrent les bourgs
du Haut &c du Bas du Cap. Dans la néceffité où l'on fe trouva de les reconftruire 3 l'inconvénient des tranfports par la rivière du Haut du Cap pour aller
jufqu'au bourg du même nom ; le befoin de protéger le port & la difficuité del le
faire eficacement fi l'on ne réfidait pas à fa portée, déterminérent
plufieurs
perfonnes à donner la préférence au Bas du Cap. Un nouveau malheur la Jui
affura, ce fut une nouvelle defruétion des deux endroits par les Elpagnols &
les Anglais réunis, qui y mirent le feu le 30 Mai 1695.
De ce moment, il ne fut plus queftion de rétablir les deux paroiffes, mais
feulement de faire tous les efforts dont on était capable pour former au Bas du
Cap un établiflement folide &c durable; & voilà comment le Cap actuel a été
fondé.
Il faut avouer cependant que cette opinion ne fut pas la feule qu'on edt
alors, & que le Cap a éprouvé plus d'une contradiétion avant que fa pofition
fût regardée comme certaine, puifqu'elle 'n'a été définitivement arrêtée par le
roi qu'en I7II.. Jufques-là on foutenait, & avec raifon, * que fa fituation ferait
plus avantageufe où eft le bourg de l'embarcadère de la Petite-Anfe. M. de
Charrite > gouverneur du Cap, qui a fingulièrement favorifé la formation de cet
embarcadère, tenait pour cet avis, qui rapprochait la ville de fes immenfes
regardée comme certaine, puifqu'elle 'n'a été définitivement arrêtée par le
roi qu'en I7II.. Jufques-là on foutenait, & avec raifon, * que fa fituation ferait
plus avantageufe où eft le bourg de l'embarcadère de la Petite-Anfe. M. de
Charrite > gouverneur du Cap, qui a fingulièrement favorifé la formation de cet
embarcadère, tenait pour cet avis, qui rapprochait la ville de fes immenfes --- Page 325 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
poffeffions du Quartier-Morin, & M. Ducaffe penfait comme lui, par le feul
motif de l'utilité réelle. M. de Breda, major du Cap, opinait au
contraire 3
pour que la ville fut rapprochée du Haut du Cap, où il avait fes habitations.
M. de Mithon, Intendant, fut feul du fentiment de laiffer le Cap où il eft;i1
invoqua l'exiftence de quelques baraques qu'on y avait faites depuis P'incendie
de 1695 ; il répandit un foupçon d'intérêt perfonnel fur ce que confeillaient fes
contradicteurs & il l'emporta, , lui qui n'était guidé que par le défir de marquer
de la prépondérance far eux. Mais il faut rejetter entièrement l'idée erronnée que
quelques bâtimens confervés après l'attaque de 1695, déterminèrent ce choix;
car il n'y était pas refté de veftiges de ce qu'on nommait alors le bourg du Bas du
Cap.
Le Cap a la figure d'un carré long, auquel il faut ajouter une bande qui, de la
partie inférieure du côté Nord, va s'étendre vers le fort Picolet. Le côté Sud du
carré eft cependant plus court que celui Nord, > parce que la branche de montagne
qui le borde en partie, s'étend dans PER & parce que le quai fe trouve dirigé
de manière à fe rapprocher de cette branche, à mefure qu'il va dans le Sud, Dansl la
réalité, 2 la ville fait face à TER-quart-Sud-ER 8c fe trouve adoffée aux mornes
dans la direétion de l'Oueft-quart-Nord-Oueft, Mais comme cette pofition diffère
peu de celle quila placerait dans le fens des quatre points cardinaux,je fuppoferai
toujours qu'elle s'y trouve.
Mefuré dans fa plus grande longueur, > qui eft depuis le Gri-Gri, au Nord,
jufqu'à la boucherie 3 au Sud, le Cap a 1,200 toifes de longueur, fur 600 toifes
de largeur y comptées depuis la batterie royale à l'Eft, jufqu'à l'ancien cimetière
des nègres dans le haut de la ravine, à l'Oueft ; mais on peut évaluer fa furface
réduite, à 600 toifes en carré.
Les rues du Cap font tirées au cordeau & fe coupent à angles droits du Septentrion au Midi &c du Levant au Couchant. A deux ou trois exceptions près, ces
rues ont toutes vingt-quatre pieds de large &x féparent 260 Nlets ou carrés qui ont
120 pieds fur chaque face. Prefque tous ces ilets font divifés en quatre emplacemens, ce qui fait même qu'en parlant d'un emplacement, fans autre explication
on déligne le quart d'un ilet. Il s'y trouve donc environ 1,000
fans parler des ilets entiers Otr des emplacemens qui ont une deftination emplacemens" publique 2
quelconque. Les rues qui vont de PEC à l'Oueft, font au nombre de 37 & celles
qui les croifent au nombre de 19. Elles font bordées de maifons, dont I5O
Pp2
emens, ce qui fait même qu'en parlant d'un emplacement, fans autre explication
on déligne le quart d'un ilet. Il s'y trouve donc environ 1,000
fans parler des ilets entiers Otr des emplacemens qui ont une deftination emplacemens" publique 2
quelconque. Les rues qui vont de PEC à l'Oueft, font au nombre de 37 & celles
qui les croifent au nombre de 19. Elles font bordées de maifons, dont I5O
Pp2 --- Page 326 ---
300 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
feulement font de bois & les autres de maçonnerie. On n'en peut guères trouver
qu'environ 3ooqui ayent un étage 5 3 ou4 en ont deux; les autres n'ont qu'un
rez de chauffée. Ces maifons font bâties avec de la pierre tirée des mornes, ou
avec de la roche à ravet & quelques-unes, avec de la pierre de taille apportée
de France par des bâtimens de Nantes > venus prefqu'à vide pour chercher du
fret. Nantes procure aufii des ardoifes d'Anjou, qui font la plupart des couvertures des maifons du Cap. Les autres font couvertes de tuiles de Normandie ou du
pays, & un très-petit nombre en bardeaux ou effentes, dont les plus eftimées, a
caufe de leur durée, font de bois du pays; les autres viennent du Mififfipi ou de
l'Amérique Septentrionale, on préfère celles du premier lieu & parmi les
unes ou les autres, celles qui font de bois de Cipre.
Avant 1776, iln'y avait prefque point de rues du Cap qui fullent pavées, &c
encore aujourd'hui, excepté celle qui femblent plus particulièrement confacrées
au commerce, elles ne le font communément que dans leur milieu, de manière
à former un ruiffeau, dont chaque bord pavé a enviren fix pieds, pour l'écoulement des eaux, le refte eft d'un fable graveleux. Affez fouvent le bord des
maifons a un petic trottoir de carrezux, de briques ou de pierres un peu plus
larges que celles du ruiffeau, quine font, à proprement parler, que des cailloux.
Comme le niveau des rues a été, affez fouvent , mal pris, les pavés font
inégaux, & ils'eft trouvé des endroits où des remblais fucceffifs, auquels l'ignorance a préfidé, 2 ont enfoui le rez de chauffée de plufieurs pieds.
Une chofe qui choque dans les mailons, c'eft l'ufage de blanchir l'extérieur
avec un lait de chaux. Dans un pays où le foleil eft ardent, la réflexion de ces
façades blanches eft infupportable pour la vuc. On y avait mal-adroitement fubftitué, 3 un enduit noir, formé de charbon pilé & mêlé à de l'eau de chaux ; ce
qui augmentait la réfraétion &x pénétrait les murs d'une chaleur que la nuit pouvait
à peine diffiper. Mais on a adopté une idée, tout-à-la-fois, plus raifonnable &t plus agréable, en employant pour les façades, le lait de chaux, la peinture
jaune-tendre & la couche charbonnée. Cette dernière fait un linteau dans le bas 3
la partie fupérieure eft en jaune, & le ceintre des portes & des fenêtres en
blanc.
Les maifons ont prefque toutes la même diftribution. Ce font des chambres
de quinze ou dix-huit pieds, en carré, dont le plafond eft très-élevé s & qui ont
Sur la rue une porte entre deux fenêtres, ou une porte & une fenêtre; ces ouver-
& la couche charbonnée. Cette dernière fait un linteau dans le bas 3
la partie fupérieure eft en jaune, & le ceintre des portes & des fenêtres en
blanc.
Les maifons ont prefque toutes la même diftribution. Ce font des chambres
de quinze ou dix-huit pieds, en carré, dont le plafond eft très-élevé s & qui ont
Sur la rue une porte entre deux fenêtres, ou une porte & une fenêtre; ces ouver- --- Page 327 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
tures font répétées du côté de la cour , où règne d'ordinaire une galerie, plus
ou moins large. Ily a des appentis le long des murs de cette cour & leur divifion en petites pièces, fournit des cuifines, des offices & des
les
logemens pour
nègres. Un puits au milieu de cette cour ou à l'un de fes angles : telle eft la
diftribution commune. Le peu d'étendue des ilets rend les efpaces vides trèsbornés dans l'intérieur des emplacemens. Il en refte à peine , lorfque les quatre
faces font bâties, & les conftructions fe touchent prefque de toute
Depuis 1776, le goût desjaloufes aux fenêtres & même aux part.
s'eft
fingulièrement étendu. On en voit prefque par-tout de mobiles & d'immobiles, portes >
de celles qu'on élève, de celles à chaffis. Les galeries en font garnies, & ils
faut avouer que c'eft une des idées les plus heureufes qu'on ait pu avoir dans cC
climat, où les jaloufies diminuent l'éclat du jour > le modèrent à volonté, &
augmentent l'aétion du vent, en l'obligeant de fe comprimer pour paffer entre les
palettes. On leur a de plus l'obligation bien douce (mais quelquefois dangereufe),
de pouvoir laiffer les fenêtres ouvertes la nuit & de jouir d'un fommeil qui n'eft
qu'une fatigue nouvelle 3 lorfqu'il eft pris dans un lieu étouffé.
A-peu-près depuis 1783, on a vu s'introduire au Cap, un goût que j'ai
loué; c'eft celui d'avoir de charmantes volières, oû des oifeaux fournis déjà le
par
Sénégal > la Guyane le Miffiffipi & même par la Partie Efpagnole de
charment l'ceil & l'oreille. On eft frappé furtout de la mutation
l'Ile,
les fénégalais qui changent totalement de nuances > fans changer de qu'éprouvent
l'homme fenfible aime à
plumes 3 &
penfer que la vue & le foin de ces timides créatures,
doivent infpirer des penfées auffi douces qu'elles.
Je paffe maintenant à la defcription particulière.
Une ordonnance des Adminiftrateurs 3 datée du 31 Décembre 1786, a
les limites de la ville du Cap, &c du faubourg du petit Carénage. Ces limites réglé
font formées :
Au Nord, par une ligne droite de 300 toifes de long, dirigée Eft & Oueft
depuis le rivage, à partir de l'embouchure d'une
ravine fituée
l'habitation
petite
au Sud de
Bailli, au Gri-Gri.
A PEt, par le quai actuel.
Au Sud, par une ligne droite parallèle à celle de la limite du côté Nord ; elle
parcourt700 toifes, depuis le milieu des deux focles du pont projetté du
cn fuivantlalignement de la rue du Pont qui fait face à ces focles, près bac,
ée Eft & Oueft
depuis le rivage, à partir de l'embouchure d'une
ravine fituée
l'habitation
petite
au Sud de
Bailli, au Gri-Gri.
A PEt, par le quai actuel.
Au Sud, par une ligne droite parallèle à celle de la limite du côté Nord ; elle
parcourt700 toifes, depuis le milieu des deux focles du pont projetté du
cn fuivantlalignement de la rue du Pont qui fait face à ces focles, près bac, --- Page 328 ---
302 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
A l'Ouelt, la montagne vers laquelle il eft permis d'étendre la ville indéfis
niment.
La même ordonnance défend de bâtir dans un efpace fitué fur la rive droite de
la rivière du Haut du Cap & que renferment entr'elles, deux lignes; l'une
cenfée tirée du milieu de l'avenue de l'hôpital de la Charité & allant, 2 en paffant
à 200 toifes dans le Sud du morne Saint-Michel ou à Baudin, fe terminer à 200
toifes au-delà de ce morne ; l'autre menée perpendiculairement depuis le point
où finit la précédente,jufquilla mer. Cette détermination paraittenir au fyftème
de défenfe militaire.
La ville aéluelle eft bien loin, comme le montre le plan (V. l'Atlas ), d'atteindre les dimenfions que lui permet l'ordonnance
cite. dit
était
*
que je J'ai qu'elle
fon étendue réelle, c'eft cette étendue queje fubdivife en huit feétions.
PRE E M I È R E SECTI O N.
-
ELLE eft bornée, à PEt, dans toute fa longueur par le quai, depuis l'emboua
chure de la ravine du Cap, qui paffe fous la batterie Circulaire julqu'au
point du quai qui répond au bout Sud du corps - de - garde de la place Le
Braffeur. Au Nord, elle a pour limite la ravine, depuis fon embouchure jufqu'au
point Nord-Oueft de la rue du Gouvernement, & à l'Oueft, cette même
rue jufqu'à la rencontre de la rue de la Vieille Joaillerie. Au Sud, fa borne
eft la rue de la Vieille Joailierie, 3 jufqu'au quai.
Le quai, appelé quai Saint-Louis, eft garni de cinq calles, dont la plus
Occidentale, placée en face de la rue du Confeil, eft la calle Royale 3 elle
a été établie vers 1740, & refaite, en 1763, pour l'utilité de la marine de
l'Écat. Celle de la gauche, en face de la rue Saint-Laurent, eft la calle Marchande. Une troifième fait face à la rue Notre-Dame, on la connait fous
le nom de calle Le Febvre, parce qu'elle eft au bout de la maifon OCcupée par un négociant de ce nom. Elle a été conftruite en 1780, avec des
matériaux fournis par le roi, & aux dépens de M. Le Febvre, quant à la
main-d'ceuvre. La quatrième eft tout près de la troifième & au boutde la
rue Chaftenoye > c'eft la calle des Pafagers 3 parce que ces barques y
abordent. La cinquième, la plus Orientale de toutes, eft vis-à-visla rue du
on OCcupée par un négociant de ce nom. Elle a été conftruite en 1780, avec des
matériaux fournis par le roi, & aux dépens de M. Le Febvre, quant à la
main-d'ceuvre. La quatrième eft tout près de la troifième & au boutde la
rue Chaftenoye > c'eft la calle des Pafagers 3 parce que ces barques y
abordent. La cinquième, la plus Orientale de toutes, eft vis-à-visla rue du --- Page 329 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
Canard & à P'extrémité Septentrionale de la place Le Braffeur. Ces
conftruites fur pilotis, avec de forts madriers, ont 80 pieds de
calles,
de large ; celle de la Marine excède un
long fur 15
peu ces dimenfions. Elles font
biment commodes, par la facilité qu'elles donnent de charger &c de
infià baffe, comme à haute mer.
décharger
La calle de la Marine s eft entre la batterie Royale & la batterie
C'eft fous cette dernière que paffe le conduit, qui vient de la
Circulaire.
de la rue du Confeil, &
fontaine du haut
qu'augmente au befoin l'eau menée du
roi, &c qui fe rénd à la fontaine d'Eftaing,
magafin du
Cette fontaine
pour l'aiguade des vaiffeaux.
5 détachée à environ 90 pieds du revêtement de la batterie
Circulaire, donne > par cette difpolition 2 une plus grande facilité
barcations, qui y font leur eau fans fortir les pièces des
aux empes. Elle forme une pyramide carrée de
canots où chalouquadrangulaire, & furmonce
maçonnerie, qui porte un chapiteau
que
une grenade emflamméc; la grenade eft
fer. Cette fontaine , deftinée à épargner beaucoup de
de
peine aux.
un pays où il en périt un grand nombre, eft un des bienfaits matelots, de
dans
tion commune de MM. de Reynaud & Le Braffeur; elle a été achevée l'adminiftra-
& confacrée fuivant le voeu de ces deux Adminiftrnteurs,
en 1781,
mile fur la face Sud , au-deffous du
, par une infeription
GRENADE:
Elle
chapiteau: Au VAINQUEUR DE LA
1781.
a coûté 16,c00 Jivres tournois. En fortant de
caile > où le débarquement des perfonnes fe fait
cette
eft la plus avancée dans le fens du commencement préférablement, de la
parce qu'elle
je l'ai dit; la batterie Circulaire à la droite; fon bout rade, on as comme
& gagnant dans le Nord-Ouelt, à caufe de fa
Sud borde le rivage, >
forme, > elle a
un petit remblai de fable charrié par la ravine qui, au
extérieurement
paffe fous la batterie, & arrive à la mer. La batterie fort moyen d'une voûte,
fection 2 &c va fur le territoire de la huitième où
donc de la première
Carénage. Je reviendrai à cette batterie
3 du faubourg du Petit-
> en parlant de la défenfe du
Dans l'Oueft de la batterie Circulaire
Cap.
2 eft le parc d'Artillerie,
jufqu'a la rue de Picolet, & quila borde, allant du Sud
qui s'etend
au Nord,
petite rue de PArlenal, qui eft de la huitième fection. Le
jufqu'à la
go toiles du Nord au Sud, fur environ 50, de PEf à POueft. parc d'artillerie a
la guerre de 1778 qu'on l'a formé & qu'on l'a clos d'un C'eftdurant
mur à hautcur
eft le parc d'Artillerie,
jufqu'a la rue de Picolet, & quila borde, allant du Sud
qui s'etend
au Nord,
petite rue de PArlenal, qui eft de la huitième fection. Le
jufqu'à la
go toiles du Nord au Sud, fur environ 50, de PEf à POueft. parc d'artillerie a
la guerre de 1778 qu'on l'a formé & qu'on l'a clos d'un C'eftdurant
mur à hautcur --- Page 330 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
d'appui, ( avec des pilaftres de diftance en diftance ), qui porte une clairevoye en fer. Auparavant, ce terrain faifait partie de la place Saint-Louis,
formée en 1745, nom que porte encore la portion étroite qui eft entre le
parc &le côté Sud du prolongement de la rue du Confeil. Un commandant
d'artillerie avait fait fermer cette place > en 1768, mais une ordonnance des
Adminiftrateurs, du 12 Août de la même année, en rendit la jouiflance au
public.
On a conftruit, dans la partie du parc d'Artillrie, qui eft au Nord de la
ravine, & intéricurement, trois grands magafins, 8 de petites dépendances,
fur la rue de l'Arfenal, pour les ateliers des ouvriers de l'Artillerie. MM.
de
& Le Braffeur avaient le deffein de mettre une mâture & auX
Raynaud
defus un magafin de garniture, dans le parc, parce que le confeil de guerre,
de 1780, avait jugé que les établiffemens d'Artillerie feraient mieux à la Foffette ; 80,000 livres devaient procurer cet avantage à la Marine, quin'en jouit
cependant point encore.
Au Sud de la batterie Circulaire eft la batterie Royale > qui borde le quai
depuis la calle de la Marine, jufques vers le milieu de PIllet, qui eft entre
les rues Saint-Jean & Saint-Laurent. A cette extrémité Sud, eft la deuxième
calle, à quelques toifes de laquelle 2 dans le Sud, commence ce qu'on nomme
le premier Baltion, qui avance dans la mer. Je renvoye auffi à parler de ces
fortifications 3 à l'article de la défenfe.
Tout le quai de la première feétion > qui va de la batterie Circulaire à
la place Le Braffeur, eft une conquête faite fur la mer. En 1721, le Cap
était terminé , à PEt, par le côté Oueft de la rue Neuve, & au Sud il
au-delà de la rue Saint-Simon, fi ce n'était dans la rue
ne s'étendait pas
Efpagnole & la rue Saint-Louis. Le bord de la mer était inégal , & tel,
les immondices de la ville le couvraient, & que l'aétion de la mer l'enque
tamait.
M. de Galifet avait fait établir, en 1699, une efpèce de calle, ou d'avancée,
(la première qui ait eu lieu ), au moyen de deux chaloupées de pierres par
chaque navire marchand de la rade & d'une contribution des habitans de,
la ville pour les pieux & la main-d'csuvre, mais elle n'avait cu qu'une courte
durée, D'anciens retranchemens, étaient devenus eux-mêmes des caufes d'inégalité
tamait.
M. de Galifet avait fait établir, en 1699, une efpèce de calle, ou d'avancée,
(la première qui ait eu lieu ), au moyen de deux chaloupées de pierres par
chaque navire marchand de la rade & d'une contribution des habitans de,
la ville pour les pieux & la main-d'csuvre, mais elle n'avait cu qu'une courte
durée, D'anciens retranchemens, étaient devenus eux-mêmes des caufes d'inégalité --- Page 331 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
lité. Il fallait que les matelots euffent la moitié du corps dans l'eau,
porter, de la chaloupe au rivage, les marchandifes tirées des vaiffeaux, & pour les
chargemens mulipliaient &c la fatigue 3 & les dangers pour la fanté.
On avait cependant le projet d'une chauffée royale 3 & pour l'effeétuer
l'amirauté du Cap avait défendu aux capitaines, fous peine de punition
s
de jetter leur left ailleurs que dans le lieu que leur indiquerait le corporelle,
port; mais ce left, que rien ne retenait, était entraîné les capitaine de
petites avancées nouvelles, faites
des
par vagues ; deux
été
par
propriétaires de la ville, avaient
détruites, & la chauffée ne fe formait point.
Ce fut dans cette fituation - 3 que trente-trois capitaines de navires &c
du Cap réunis, s'adreffèrent aux Adminiftrateurs,
négocians
Mars
qui ordonnèrent, le 26
1721, que tous les habitans de la plaine du Cap fourniraient,
dix nègres payant droits, un pieu de dix à onze pouces de diamètre, des bois par
les moins fujets aux vers 5 que les chaloupes iraient les
cadères, pour les conduire au Cap, où les habitans de la prendre ville devaient aux embarfaire placer fur deux rangs. 9 à deux pieds l'un de l'autre. Ce travail, foumis les à
l'infpection de M. Pinfon, aide-major du Cap, &z du capitaine de
faveur defquels même l'ordonnance intéreffait la
port ( en
la
dans le
générofité des habicans de
ville,
Cas oû ils feraient contens des deux
eut
mais avec une extrême lenteur , quoiqu'une deuxième in(pe@teurs), lieu,
Novembre 1722, eût taxé chaque
ordonnance, du IO
emplacement ou quart d'iflet à
& les négocians à une contribution proportionnée à leur
&c 25 livres,
état dreffé par les Adminiftrateurs eux-mêmes.
négoce 3 d'après un
Malgré tous ces
exiftait à peine un commencement de chauffée royale en
moyens, il
M. Proft, négociant, qui avait obtenu, le lendemain de l'ordonnance 1725. de
la permifion de faire la chauffée du devant de fa maifon
1721,
placée au bout de la
rue Chaflenoye, & même un petit môle pour favorifer encore les opérations du
commerce * y mit peu d'exaétitude. Cette calle était placéc précifément dans la
même diredlion, mais un ilet plus haut que celle de M. le Febvre. Il en cut
une enfuite en face de la rue de Conflans, puis on fit une avancée d'environ y
toifes qui correlpondait à l'ilet placé entre les rues Saint-Jean & Saint-Pierre. 40
Tel. était l'état des chofes en 1739, en obfervant que les deux calles
nommait embarcadères, ainfi que l'avancée, étaient formées par une
qu'on dans
la chauffée même, > de forte que les chaloupes
coupure
y pénétraient comme dans une
Tome I.
Qg
Conflans, puis on fit une avancée d'environ y
toifes qui correlpondait à l'ilet placé entre les rues Saint-Jean & Saint-Pierre. 40
Tel. était l'état des chofes en 1739, en obfervant que les deux calles
nommait embarcadères, ainfi que l'avancée, étaient formées par une
qu'on dans
la chauffée même, > de forte que les chaloupes
coupure
y pénétraient comme dans une
Tome I.
Qg --- Page 332 ---
306 DI ESCRIRIPTIO N DE LA PAR TIE
rue &c déchargedient fur les côtés de la chauffée lorfqu'elles ne trouvaient pas
affez d'eau pour arriverjufqu'au rivage par la coupure.
Ce fut alors que M. Béhotte, négociant, fit aux Adminiftrateurs, au nom
d'une compagnie, à la tête de laquelle était M. Perrier a fermier du paffage de la
Petite-Anfe, la propofition de pouffer les remblais dans la merjufqu'à 50 toifes
des mailons, à condition que cette compagnie aurait la propriété des fept ilets,
dont ce prolongement augmenterait la ville, & qu'elle pourrait prendre, pour
remblayer, des terres dans' le morne des Capucins. Elle demandait auffi la
propriété des terrains que fes travaux rendraient propres à être édifiés dans ce
morne. MM. de Larnage & Maillart adoptèrent un plan auffi favorable à
d
l'utilité publique & à l'embelliffement du Cap, par leur ordonnance du 22 Juillet
-
-
1739- Ils y mirent pour condition, à leur tour, que le remblai qui devait être
terminé au premier Janvier 1743, commencerait à partir du Sud de la rue du
Confeil jufqu'à la rue de Chaftenoye; que Tony laifferait la place des trois
enfoncemens pour débarquer, de 45 pieds de large & 36 de largeur chacun; que
le quai ferait bordé de roches fèches dans une épaiffeur de 3 pieds &c affez
élevé pour n'avoir rien à craindre de la mer, & qu'il ferait appuyé en avant
fur des pieux frappés à refus de mouton. Comme les navires devaient trouver un
avantage réel dans cette entreprife > chacun de ceux qui arriveraient durant les
trois ans fut obligé de fournir fix tonneaux de left en roches ou cailloutages.
On fixa les fept ilets à former, à 120 pieds de PEC à l'Oueft, & l'on détermina qu'ils auraient, du Nord au Sud, la même façade que les maifons
au-devant defquelles ils formeraient une rue de 35 pieds de large. On accorda
en outre à la Çompagnie quatre ilets dans le morne des Capucins, fnr la place
d'armes. Ce fut par la même ordonnance que l'achèvement du remblai, audevant du magafin du roi (à préfent le parc d'artillerie ), & la confruéion
d'unc calle au bout de la rue du Confeil ( la calle de la marine ) furent prefcrites
aux dépens du roi, pour fervir d'alignement aux travaux de M. Béhotte, qui
furent finis en 1746, après avoir obténu le 12 Juillet 1743, la permiflion de
prolonger les fept flets de dix pieds de plus dans PEft.
Voilà comme la ville du Cap fut agrandie de fept ilets, & quelle a été
l'origine de la rue. Neuve, bien mieux connue fous le nom vulgaire de rue du
Marché des Blancs, ou feulement de Marché des Blancs.
Pour placer en 1748 des retranchemens en terre au Sud du quai Saint-Louis,
6, après avoir obténu le 12 Juillet 1743, la permiflion de
prolonger les fept flets de dix pieds de plus dans PEft.
Voilà comme la ville du Cap fut agrandie de fept ilets, & quelle a été
l'origine de la rue. Neuve, bien mieux connue fous le nom vulgaire de rue du
Marché des Blancs, ou feulement de Marché des Blancs.
Pour placer en 1748 des retranchemens en terre au Sud du quai Saint-Louis, --- Page 333 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 307
on le fit prolonger. par la corvée des nègres, & il fe trouva alors ce qu'on
nomma le quai du Marais. On fit la même. chofe près du bac, & il y eut
pareillement un gitai du Bac, noms qui ont été confervés jufqu'à Cc qu'on ait
comblé le marécage.
Plufieurs particuliers prolongèrent fucceflivement le quai Saint-Louis, & vers
1760, on comptait fept autres ilets dans le Sud de ceux de la compagnie Béhotte.
On avait placé plufieurs grues far ce quai, & une ordonnance du 4 Décembre
1761, autorifa M. Pofchet fils à en mettre une nouvelle au-deffous de la rue
de la Fontaine. Ce fut vers le même-tems qu'on travailla à combler ce qui
fe. nommait le marécage, c'eft-à-dire l'eipace compris entre la mer & la rue
Saint-Louis,la rue Saint-Jofeph & le bout Sud de la ville,.ce qui continua le
quai. Celui-ci, excepté dans la longueur de la batterie royale, était bien
loin d'avoir confervé les 140 pieds de large qu'il avait dans l'origine > tant le
défaut d'entretien l'avait livré aux dégradations de la mer, malgré les travaux
& les retranchemens de 1748.
Le quai du Cap fut le premier objet dent s'occupa le bureau de police municipale créé le 20 Juin 1764 > & affemblé le 30. MM. de
Montreuil & de Clugny ayant accordé le 9 Août 1762 à M. Courejolles la
conceffion, en jouiffànce, d'une étendue de 190 pas de large, à prendre dans
la mer, MM. d'Eftaing &c Magon ( car le général 8c l'intendant s'étaient faits
membres de la police municipale ), exigèrent de M. Courrejolles le remblai
de fa conceffion, qu'ils convertirent le Ilr. Juille: en un titre à perpétuité S
l'on autorifa même M. Courrejolles > à employer à fon profit ce qui
reftait de terre des retranchemens, La conceffion de M. Courrejolles devait
s'étendre depuis la rue Saint-Laurentjufgul celle des Religieufes, c'elt-à-dire
depuis l'extrémité de la batterie royale au Nord en courant 190 pas dans le Sud.
Le 8 du même mois de Juillet, le. bureau municipal oubliant ce' qu'il avait faic
relativement à M. Courrejolles, fit foufcrire aux propriétaires des emplacemens
fitués depuis la batterie royale jufqu'au de - la du bac, l'obligation de former
au-devant de leurs maifons un quai qui aurait 90 pieds de large dans l'intervâlle
de la batterie Royale à la rue du Cimetière, &c 60 pieds feulement depuis cette
rue julqu'au. bac. Les propriétaires fe foumirentà y travailler de manière que les
remblais feraient achevés de la batterie à la rue de la vieille Joaillerie dars un an.
Mais ils fe frent promettre que dans le C2s oû de nouveaux remblais feraient
Q9 2
ons un quai qui aurait 90 pieds de large dans l'intervâlle
de la batterie Royale à la rue du Cimetière, &c 60 pieds feulement depuis cette
rue julqu'au. bac. Les propriétaires fe foumirentà y travailler de manière que les
remblais feraient achevés de la batterie à la rue de la vieille Joaillerie dars un an.
Mais ils fe frent promettre que dans le C2s oû de nouveaux remblais feraient
Q9 2 --- Page 334 ---
308 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
former encore une rue vers la mer, ils auraient la préférence des terrains dont
les leurs fe trouveraient mafqués.
M. Courrejolles fut prefque le feul qui s'oceupa d'accomplir ce qui lui était
preferit. Les anciens retranchemens s'applanirent pour étendre la ville, & le
fuperfu du remblai fut procuré par le fable de la ravine. Il fit fortir du
fein des eaux une nouvelle propriété, & en 1765 Ia vafte étendue de fa conceffion dominait la mer. Il y fit conftruire une maifon de planches, un
réfervoir, 3
une petite fontaine 3 une grue & une jetée.
Les capitaines de navires qui auraient dà applaudir à ces créations del l'induftrie
dont ils pouvaient jouir, pour une faible rétribution de 30 liv. par navire, durant
tout le voyage : rétribution qu'ils étaient toujours maîtres d'éviter en faifant
comme avant que ces moyens exiftaffent, fe plaignirent d'être rançonnés. Quelques hommes, envieux de la propriété que l'activité de M. Courrejolles lui
avait procurée, fe firent l'écho de ces miférables clameurs ; & elles parvinrent
jufqu'aux Adminiftrateurs. Sans fe livrer à l'opinion que ceux-ci firent tout ce
-
qu'ils purent pour retirer à ce citoyen, la conceflion qu'ilavait fi heureufement
remplie, il eft certain qu'ils parvinrent à fe faire céder 3 à la fin de 1765,
un mandataire de M. Courrejolles, 60 pieds en carré, du terrain de la conceflion par
pour 41,313 liv. & c'était juftement la partie où était la grue, la fontaine & la
jetée. On prétendit même que cette fomme n'était qu'une indemnité des
travaux 5
car on prononça la réunion de la conceflion : réunion tellement privée de formes
légales, qu'on n'ajamais ofé la montrer.
Cette acquilition faite, on s'occupa de délivrer le quai de toute gêne. On fit
mettre à exécution une ordonnance du juge de l'amirauté du 18 Août 1764, qui
défendait de l'embarraffer par des marchandifes & des immondices. On
crivit les rétributions de tout genre & l'on rendit
profgratuites, > la calle 7 la fontaine >
la grue de M. Courrejolles 3 les autres grues qui ne rapportaient plus rien à leurs
maitres, difparurent. M. d'Efaing s'applaudit du parti qu'on avait
&
22 Mars 1766, il reçut les remercimens publics des
de pris > le
capitaines navire de cet
affranchiffement. Cependant les fucceffeurs de MM. d'Eftaing &c Magon crurent
devoir affermer, pour le compte du roi, ce quiavoit été acheté de M. Courrejolles, & j'ai la preuve que cette ferme exiftait, le 23 Août 1767. Mais bientôt
après il n'y eut plus de veftiges des utiles érablifemens créés par M. Courrejolles,
& que fca envieux ou fes critiques regrettèrent plus d'une fois,
les fucceffeurs de MM. d'Eftaing &c Magon crurent
devoir affermer, pour le compte du roi, ce quiavoit été acheté de M. Courrejolles, & j'ai la preuve que cette ferme exiftait, le 23 Août 1767. Mais bientôt
après il n'y eut plus de veftiges des utiles érablifemens créés par M. Courrejolles,
& que fca envieux ou fes critiques regrettèrent plus d'une fois, --- Page 335 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE
Le quai refta dans cet état, mais comme tout le monde fentait de
étaient les maifons dont il était bordé, il n'y eut point de tentatives quel prix
pour déterminer le gouvernement à former une nouvelle rue
qu'on ne fit
même parvenu à obtenir
vers la mer. On était
quelques conceffions qu'une ordonnance des Adminif
trateurs du 12 Novembre 1773 3 qui défend de bâtir fur le quai, annulla,
Lorfqu'en 1780 3 dans le confeil de guerre, formé au Cap, pour l'examen de
la défenfe de la Partie du Nord, il fut reconnu que le plan de faire du
un retranchement baftionné, devait être abandonné, MM. de Reynaud & quai
Braffeur décidèrent alors qu'ily y aurait entre les maifons & la
Le
batterie
mer, depuis la
royale jufqu'au bac, une diftance de 90 pieds dont 60 feraient confidérés
comme la rue &c le furplus comme le quai. Ce dernier intervalle feul pouvait fervir
d'entrepôt aux objets débarqués pendant un court délai & dès le commencement
de 1781, tous les propriétaires des mailons du quai avaient
achevé
travail.
prefque
ce
MM. de Bellecombe & Bongars prirent l'adminiftration, en 1782. Comme
a, à Saint-Domingue, plus d'un exemple de la mobilité des
on
principes quil la
dirigent, on chercha à infinuer qu'il ferait utile d'avoir une rue de
de la ville, depuis la rue Chaftenoyejufu'au bac. M. de Beliecombe plus au bas
idée qu'on appuyait de l'obfervation de la cherté des loyers durant goûta la cette
cherté qui avait caufé jufqu'à 800,000 livres de dépenfe
guerre,
par an, au roi, pour des
cazernes 3 des magafins, & des hôpitaux. Il fit dreffer un plan, où le nouveaur
projet fe trouvait porté,
Dans ces. entrefaites arriva, en 1784, M. Maugendre appuyé,
crédit
dit-on 3 du
accordé aux foins domeftiques d'un de fes frères par Mde. de Brionne.
Ce protégé follicita auprès des Adminiftrateurs la permiffion de faire une
fur le quai pour fe loger &z y avoir un cabaret,. D'un autre côté M. Maffot, baraque
taine de port, demandait celle de conftruire une maifon de bois fur tout le capiacheté du repréfentant de M. Courrejolles en 1765, & que l'on avait terrain' deftiné
poftérieurement à recevoir une maifon pour le logement du capitaine de
L'un & l'autre s'obligeaient à évacuer les lieux, au premier ordre & port.
lautre obtinrent ce qu'ils défiraient,
> l'un &c.
Mais M. Jean Lalande ayant eu une conceffion ( en propriété ileft
le
27 Novembre 1784, d'un emplacement qui devait former une nouvelle vrai)
le quai 8c prolonger celle
rue fur
Saint-Jofeph à VE(; : elle excita des plaintes 8c le 3
logement du capitaine de
L'un & l'autre s'obligeaient à évacuer les lieux, au premier ordre & port.
lautre obtinrent ce qu'ils défiraient,
> l'un &c.
Mais M. Jean Lalande ayant eu une conceffion ( en propriété ileft
le
27 Novembre 1784, d'un emplacement qui devait former une nouvelle vrai)
le quai 8c prolonger celle
rue fur
Saint-Jofeph à VE(; : elle excita des plaintes 8c le 3 --- Page 336 ---
310 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Mars 1785, les Adminiftrateurs l'annullèrent 3 M. de Bellecombe écrivit au
commandant du Cap 3 le même jour > qu'il lui défendait de permettre de bâtir fur
le quai,exs quelque prâtexte que cefit, > jufqu'à ce que le nouveau plan-direéteur
du Cap, qu'il devait envoyer au Miniftre, fut approuvé,
Cependant M. Maugendre autorifé à conftruire une baraque de 30 a 40
pieds en carré dans le lieu que lui indiquerait le commandant de la Partie du
Nord & le capitaine de port, fut dirigé fur le terrain de la conceffion de M.
Courrejolles. Celui-ci voyant un arpenteur, s'oppofa à fes opérations. M.
Clément, propriétaire d'une maifon fur le quai, invoqua auffi la promeffe du
bareau municipal de 1764; de-là des conteftations même judiciaires 3 pendant
lefquelles M. Maugendre qui continuait fa conftruction reçut du gouvernement
l'ordre de la fufpendre. Il prit alors le parti de s'engager par écrit envers M.
Courrejolles, à lui remettre le terrain dès qu'il lui fignifierait qu'il voulait y
bâtir, & à titre d'aveu de fa propriéré, il promit de lui compter une gourde
par an; cet accord vifé par le commandant du Cap, fit lever le II Décembre la
fufpenfion ordonnée à M. Maugendre.
Telles font les circonfances qui ont créé les deux maifons de bois qu'on voit
fur le quai, & les feules qui y exiftent 8c qui font alignées l'une fur Ia rue
Notre-Dame &c l'autre fur la rue Chaftenoye. Celle qui eft plus au Sud & à
érage, eft celle de M. Maffot. M. Courrejolles a vainement tout tenté pour faire
valoir fes droits ou pour obtenir du moins de partager des marques d'une faveur
dont fes travaux primitifs le rendaient plus digne qu'aucun autre; & l'ordonnance
du 31 Décembre 1786 que j'ai citée, &c qui fixe les limites de la ville du Cap,
défendant expreffement à toutes perfonnes de conftruire aucun bâtiment fur le
quai, quelques foient leurs titres de propriété 3 M. Courrejolles fe trouve
enveloppé dans cette prohibition qui montre à quelles viciffitudes continuelles
font livrés les hommes foumis à l'adminiftration coloniale > qui alernativement
veut &c ne veut pas.
M. Maugendre a ajouté un nouveau lucre â fa pofft-fion, c'eft celui d'une
fource qu'il a creufée dans la cour de fa maifon, &z dont une ordonnance du
commandant en fecond & de l'ordonnateur du Cap, du 18 Mars 1785, lui
permit de vendre l'eau à raifon de dix fous de France la barrique. L'analyfe de
cette eau, faite huit jours auparavant par le médecin 2 le chirurgien & l'apothicaire du roi,ya fait découvrir du fulfate calcaire & du muriate à bafe terreufe
creufée dans la cour de fa maifon, &z dont une ordonnance du
commandant en fecond & de l'ordonnateur du Cap, du 18 Mars 1785, lui
permit de vendre l'eau à raifon de dix fous de France la barrique. L'analyfe de
cette eau, faite huit jours auparavant par le médecin 2 le chirurgien & l'apothicaire du roi,ya fait découvrir du fulfate calcaire & du muriate à bafe terreufe --- Page 337 ---
FE RA A N ÇAIS 2 E DE SAINT-BONINGUE
31E
comme dans l'eau des puits du Cap, toujours moins légère que celle de fontaine,
Dans fon état aétuel le quai a, vis-à-vis de la batterie Royale, environ
2C
toifes, prefque le double vis-à-vis le baftion, & enfuite près de 20 toifes dans
l'endroit où font les baraques de bois. Mais depuis lajufqu'à la place Le Brafeur,
fa largeur varie depuis 84 pieds jufqu'à 60.
Dès l'année 1746, on avait planté une double allée d'arbres en avant de
la batterie Royale ; c'était alors l'unique promenade du Cap. Ces arbres devenus
très-hauts, ont fini par décliner > fans doute parce que leurs racines étaient
parvenues au point d'être abreuvées par l'eau de mer. On a donc abattu ces
allées en 1777. Leur entretien avait été fuccelivement confiéà MM. Bouvier la
Rivière, Métayer & Sacalay, qu'il exemptait de tout fervice perfonnel, de
logement de gens de guerre, même de tutelle & curatelle, & de corvées pour
50 nègres. On a planté peu-à-près deux nouvelles allées, mais qui vont depuis
l'alignement du côté Sud de la rue du Confeil ou de la place Saint-Louis
jufqu'à l'alignement Nord de la rue de la Fontaine 2 avec une interruption
aflez grande à la rue Saint-Laurent, pour qu'on puiffe aller gagner la calle
qui lui fait face,
On regrette que ces arbres ne croiffent pas plus rapidement; mais l'air falin
du voifiriage & le défaut d'abri font deux grands obftacles, indépendamment
du peu d'épaiffeur du fol au-deffus de l'eau falée. C'eft toujours une chofe
précieufe que l'ombre dans un pays chaud, mais elle l'eft d'avantage quand elle
peut garantir du foleil celui qui épie l'arrivée d'un canot pour retourner à fon
vaiffeau. Ce petit plantage porte le nom de Cours Le Braffeur. On a fait récemment une efpèce de hangard au bord de la calle Royale, pour fuppléer au
couvert que les arbres ne fourniffent point encore aux marins.
C'eft à l'extrémité Sud du Cours Le Braffeur & en face de la rue de la
Fontaine, qu'on vient d'élever en 1789 une fontaine compofée d'un foc &c d'un
piédeftal quadrangulaire, faifant face aux quatre points cardinaux. Du piédeftal
part une pyramide également quadrangulaire, fur le côté Sud de laquelle on a
tracé une méridienne dont le ftyle eft une verge de fer traverfant un globe
ayant à fon extrémité, qui défigne le Nord, une fleur de lys dorée comme la
plaque folaire. Les quatres côtés du piédeftal ont des infcriptions; & ceux du
focle contiennent chacun un mafque dont la bouche eft un robinet,
points cardinaux. Du piédeftal
part une pyramide également quadrangulaire, fur le côté Sud de laquelle on a
tracé une méridienne dont le ftyle eft une verge de fer traverfant un globe
ayant à fon extrémité, qui défigne le Nord, une fleur de lys dorée comme la
plaque folaire. Les quatres côtés du piédeftal ont des infcriptions; & ceux du
focle contiennent chacun un mafque dont la bouche eft un robinet, --- Page 338 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
3r2
Voici l'infcription du côté qui fait face à la ville:
Puram fumis aquam, fimul afpicis
Horam: : utraque fponté fugit;
Sed fiftere soge, fruendo.
Dans le morne & à un point qui eft parfaitement au Nord de la méridienne,
l'on a élevé une colonne de douze ou quinze pieds de hautqui fervirait à reétifierla
méridienne elle-même, & fur laquelle on peut vérifier la variation de l'aiguille
aimantée des bouffoles.
Le quai Saint-Louis, c'eft fon nom jufqu'à la place Le Braffeur, eft bordé
de quatorze ilets 3 contenant 27 emplacemens numérotés depuis I jufqu'à 27.
Prefque tous font des magafins de négocians, des entrepôts de paffagers, des
auberges, des cafés, des billards. Les maifons y font toutes de maçonnerie s
quelques-unes font à étage. Telle eft celle qui donne fur ce quai & fur la place
Saint-Louis, qu'on a vu fervir de cazernes à un détachement du corps royal
d'artillerie
Pour s'y
de l'aétion du foleil
> depuis 1776julqu'à 1783garantir
qui frappe les maifons dès fon lever, on y a des tentes fpacieufes, fous lefquelles
la brife eft refpirée avec délices, auffitôt que la chaleur eft diflipée & que le
foleil a dépaffé fon méridien.
C'eft fur ce quai & au bout de la rue Saint-Pierre, qu'on trouve des bains
publics fort commodes. Ils ont été établis au commencement de 1788. Sur le
côté Nord de la rue il y en a douze dont quaere en marbre & huit en
baignoires de bois. Sur le côté Sud, il y en a auffi qui ont été conftruits en
fociété par M. Lartigau de Louftouneau, &c Marie-Rofe le Doux, mulâtreffe de
la Martinique. Ils font au nombre de quinze, dont quatre font dans deux cabinets.
Le local de ces derniers eft encore plus agréable & micux difpofé. Chaque
baignoire eft en ciment avec un double tuyau pcur l'eau chaude & l'eau froide.
Un feul bain y coûte une demi-gourde, mais on peut, par abonnement, en
avoir fix pour deux gourdes. Ceux du côté Nord de cette rue ont même été
mis à la moitié de cette fomme. La proximité de ces bains par rapport à la rade
les rend très-fréquentés, 8c les dimanches & les fêtes il n'eft pas toujours facile
d'y avoir fon tour. On n'y a pas la police févère de ceux de Paris, oà les fexes
font partagés; le mari &c la femme, ou ceux qui fe confidèrent comme tels,
peuvent alier au même bain & à la même baignoire.
A
cette rue ont même été
mis à la moitié de cette fomme. La proximité de ces bains par rapport à la rade
les rend très-fréquentés, 8c les dimanches & les fêtes il n'eft pas toujours facile
d'y avoir fon tour. On n'y a pas la police févère de ceux de Paris, oà les fexes
font partagés; le mari &c la femme, ou ceux qui fe confidèrent comme tels,
peuvent alier au même bain & à la même baignoire.
A --- Page 339 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE, 313
A l'angle du quai avec la rue Conflans , eft un corps-de-garde. Son objet
principal eft d'empêcher les rixes, dont la réunion de beaucoup de perfonnes aux
calles eft affez fouvent l'occafion.
La place Le Braffeur eft formée par le quai & par un petit efpace que laiffent
dans cette partie, l'extrémité de la rue Neuve & celle de la rue du Gouvernement > qui n'étant point parallèles au quai, viennent y aboutir dans le
Nord à angle aigu.
Cette petite place a été faite en 1780, lorfque MM. de Reynaud &x
Le Braffeur obligèrent à réparer le quai. Ce point était précifément une efpèce
de flaque d'eau, qui venait jufqu'au bord des maifons. Le gouvernement le
fit remblayer, & M. de Reynaud lui donna le nom de fon collègue, nom
que les habitans du Cap doivent aimer, s'ils croient que le défir d'affainir
& d'embellir leur féjour, foit fait pour infpirer la reconnaif@nce. La place
Le Braffeur a coûté 73-391 livres, 18 fols, payés par la caiffe des libertés.
On avait auffi élevé un petit bâtiment de maçonnerie, en tour d'équerre,
fur le quai 8 le bout Nord de la rue de la Vieille Joaillerie > pour fervir d'afile
aux Gardes-quais, créés le 6 Oétobre 1780, par une ordonnance des mêmes
Adminiftrateurs, pour veiller à la confervation, & à la propreté des quais. Ce
corps-de-garde, qui a coûté 12,052 livres, 4 fous, logeait cinq hommes
en uniforme bleu, doublure, vefte & culotte blanches, paremens bleus de ciel,
boutons blancs, timbrés d'une ancre, & armés d'un moufqueton. Ils rempliffaient
un fervice plus utile qu'il ne le parait, puifqu'ils empéchaient les embarras,
les encombremens du quai > qui nuifent aux mouvemens du commerce , &c
s'oppofaient en même-tems, à ce que toute la longueur du quai d'un grande
ville > ne fût une latrine continue, & le point de réunion d'immondices, dont
la vue & l'odorat bleffent cruellement deux fens, indépendamment de l'effet
de ces exalaifons fur la fanté. On a cru qu'une dépenfe de deux mille écus
par an, était dilproportionnée avec cette utilité, &c une autre ordonnance,
du 161 Novembre 1782, a remplacé les. Gardes-quais, par un feul infpeéteur
de quai, avec les mêmes fonétions & le même uniforme, &c on l'a placé
fous les ordres du capitaine de port.
Ilyaeu une économie des deux tiers, mais on n'a pas vu 3 qu'il était
phyfiquement impoffible, que l'infpedteur de quai du Cap, occupé à empêcher un amas d'ordures près du bac, pûc s'oppofer à une tentative du
Tome I.
R I
ais, par un feul infpeéteur
de quai, avec les mêmes fonétions & le même uniforme, &c on l'a placé
fous les ordres du capitaine de port.
Ilyaeu une économie des deux tiers, mais on n'a pas vu 3 qu'il était
phyfiquement impoffible, que l'infpedteur de quai du Cap, occupé à empêcher un amas d'ordures près du bac, pûc s'oppofer à une tentative du
Tome I.
R I --- Page 340 ---
314 DESCRIPTION DE LA PARTIE
même genre 3 faite au même inftant à un autre point du quai, éloigné de 4
ou 5oo toifes. Auffi, dès le 13 Décembre 1783, les Adminiftrateurs étaientils déjà réduits à renouveller les défenfes, fi fouventi crépétées, 8 par conféquent
fi fouvent inutiles, d'encombrer le quai. Une autre , du 13 Décembre 1786,
a prononcé la confifcation de ce qu'on y laifferait plus de deux jours, 3 & a défigné
la grève qui borde le chemin du Cap à l'embarcadère de la Petite-Anfe,
au-delà du bac, pour fervir à placer les bois &c les pierres, avec l'offre effeétuée depuis, d'y accorder des conceflions en jouiffance, aux commerçans
qui en défireraient. C'eft, fans doute, avoir donné une extenfion au quai
du Cap, mais la garde de ces bois eft très - difficile, dans un endroit
ifolé, & qui fe trouve cependant fur le bord d'un chemin. C'eft encore un
tranfport de plus pour les ramener au Cap, 8c tous les tranfports font chers
à Saint-Domingue. Peut-être qu'une police très-active fur le quai, qui n'y fouffrirait l'entrepôt des objets que pendant de courts délais, ferait plus utile à
tous.
C'eft par le quai qu'on peutjuger du mouvement commercial de la ville
du Cap, & quand on réfléchit à tout ce qui arrive dans fa rade, ou qui
en eft tiré par les barques paflagères, on eft bientôt convaincu que le Cap donne
une grande impulfion au commerce de la Colonie, &z que l'exiftence de
cette ville a une grande action fur le commerce des places maritimes de la
métropole.
La rue qui eft au-deffus du quai, & qui va du Nord au Sud, porte le
nom de rue de Picolet, depuis le pont qui traverfe la ravine, jufqu'à la
rencontre de la rue du Confeil, qui la coupe de PEf à POueft : depuis cette
rue, jufqu'à la place Le Braffeur 2 elle s'appele la rue Neuve.
Ce bout de la rue de Picolet, qui fe trouve dans ma première feétion, 3
a le parc d'Artillerie à PEft; à lOueft, il eft bordé en entier par un grand
corps de bâtimens, qui eft le magafin du roi pour les vivres, & pour les
objets de marine. En 1719, l'ilet, dont le magafin fait partie, contenait à
fon angle avec les rues du Confeil & du Renard, une maifon à M. Béhotte,
l'un des entrepreneurs du remblai du quai. Au Nord de cette maifon, était
celle de Mme. Veuve Millot, entre laquelle & la ravine, était une allée d'arbres,
donnant auffi fur la rue du Renard. Le refte de l'iflet, c'eft-à-dire plus de
fa moitié vers la mer > était abandonné, & on voyait vers fon bord Oueft,
rues du Confeil & du Renard, une maifon à M. Béhotte,
l'un des entrepreneurs du remblai du quai. Au Nord de cette maifon, était
celle de Mme. Veuve Millot, entre laquelle & la ravine, était une allée d'arbres,
donnant auffi fur la rue du Renard. Le refte de l'iflet, c'eft-à-dire plus de
fa moitié vers la mer > était abandonné, & on voyait vers fon bord Oueft, --- Page 341 ---
FRANÇAIS E DI E SAINT-DOMINGUE
à environ huit toifes de la rue du Confeil, les ruines des murs d'une maifon.
On avait dès-lors, le deffein d'y conftruire un
magafin, 3 parce que ceux de
l'État, au nombre de trois, fitués,l'un fur la place d'armes, dans une maifon achetée le 27 Février 1698, pour cette deftination; le
fecond, rue
Sainte-Croix, devenue rue Penthièvre ; & le troifième, vers le point où eft
la boulangerie du roi ( huitième feétion ), étaient vieux &z infuffifans.
on fe borna à faire, fur ce terrain vide, dans la même année
Cependant une
1719,
prifon
& un corps-de-garde. Jufques-là le corps-de-garde avait été dans l'iflet qu'on
voit au Nord de celui de la boulangerie aétuelle du roi ( huitième feétion
&c dont on avait employé une portion à fervir de prifon. Ce nouveau bâti- ),
ment prit douze toifes fur la rue Picolet, & toute la profondeur, jufqu'au
terrain de Mme. Veuve Millot; le refte attendit la bâtiffe du magafin.
L'incendie du 21 Décembre 1734, en confumant les deux premiers magafins que j'ai cités., décida cette conftruétion qui fut achevée en 1737, &
qui fit difparaître la prifon de 1719. On n'avait d'abord projetté qu'un rez
de chauffée, mais on fit un étage, & c'était du luxe en 1735- Cc magafin
conftruit en maçonnerie, a 208 pieds de façade, 20 de large dans ceuvre
& 24. de hauteur , jufqu'à la naiffance du comble. On y compte trois portes,
& quatorze fenêtres, au rez de chauffée. Le premier étage eft garni de dixhuit croifées, de près de fept pieds de haut, ayant un petit balcon de fer
à hauteur d'appui, & au milieu eft une porte qui ouvre fur un beau balcon
de 20 pieds de longeur. Ce bâtiment, dont le centre & les deux extrémités
portent trois frontons triangulaires aux armes de France, avec des attributs
de marine > fe fait remarquer encore par fon toit élevé, qui y ajoute de la
grace 3 fon enfemble frappe ceux qui débarquent, &c fon féjour eft agréable
par fon expofition > relativement à la brife, par la facilité de s'y garantir de
Ia grande chaleur du foleil, au moyen d'une galerie haute & baffe de 9 pieds
de large 5 qui règne dans toute la longueur intérieure du bâtiment.
On avait regretté bien fouvent qu'en dedans, l'intervalle vide n'eût pas plus
de dix pieds de largeur; mais le terrain manquait. L'occafion s'étant préfentée
fous l'adminiftration de MM. de Reynaud & Le Braffeur d'acquérir le refte de
l'iflet, jufqu'à la rue du Renard, ils l'ont faifie avec emprefèment. Cette
dépenfe, de 104,000 livres, économifa, fur le champ, 40,000 livres de loyers
à PÉuat, qui en avait alors pour près du double de cette fomme. En exhauffan
R r 2
cafion s'étant préfentée
fous l'adminiftration de MM. de Reynaud & Le Braffeur d'acquérir le refte de
l'iflet, jufqu'à la rue du Renard, ils l'ont faifie avec emprefèment. Cette
dépenfe, de 104,000 livres, économifa, fur le champ, 40,000 livres de loyers
à PÉuat, qui en avait alors pour près du double de cette fomme. En exhauffan
R r 2 --- Page 342 ---
316 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
les bâtimens achetés &c déjà conftruits, on aurait un carré de bâtimens parallèles,
difficiles à trouver dans les Colonies, &c en abattant le mur de féparation >
on aura une vafte cour, qui donnera une grande facilité pour tous les mouvemens du magafin. C'eft cette facilité > & celle du parc d'Artillerie, dont
l'entrée eft en face du magafin > qu'on a eu en vue, lorfqu'on a laiffé entr'eux
une rue d'environ cinquante pieds de largeur.
Le, premier étage eft en grande partie deftiné au logement du garde-magafin.
Ona vu, pendant 24 ans, le Confeil Supérieur du Capy tenir fes féances,
tandis que la Sénéchauffée était en bas. Un fyftème d'économie avait fait adopter
cette bifarre réunion, qui faifait délibérer des tribunaux, au milieu du fracas
des cuvriers du magafin. M. de Clugny, intendant, choqué de ce rapprochement, & trouvant que le local n'était pas affez grand > même pour n'être
qu'un magafin, loua une maifon pour les affemblées du Confeil.
A l'époque où l'on a bâti le magafin du roi, il fe trouvait à peine IO. toifes
entre lui & la mer, dans certains points. Aux deux tiers de cet intervalle, coupé
de foffés & où l'eau féjournait, était un retranchement de terre qui exiftait depuis
le commencement du fiècle. Encore en 1719, lorfqu'on voulait traverfer la
ravine pour aller hors de la ville (car elle la bornait alors au Nord), on paffait dans
fon lit, ou bien il fallait aller chercher un petit pont étroit qui était au bout de la
rue du Gouvernement. On fit, en 1719, pour les gens de pied, un autre petit
pont de bois devantla prifon qu'on élevait talors, & les voitures paffaient dans la
ravine même. Ce ne fut qu'au mois de Décembre 1732, qu'on remplaça ce petit
pont par un autre pont de bois auffi, mais porté fur deux culées de brique. On
lui donna 40 pieds de long, 7 de haut dans fon milieu, au-deffus du fond de la
ravine & IO de voye.
On aurait peine à croire toutes les calomnies & toutes les inepties que l'exif
tence de ce pont, qu'on a voûté depuis & fur lequel on paffe en ce moment, a
fait débiter. On trouverait plus d'une perfonne à Saint-Domingue, qui dirait
qu'on lui a affuré, d'une manière qui ne permet pas le doute, que le plan de cC
pont fut envoyé au miniftre, avec un état de dépenfe, montant à 1,800,000 liv.
& que pour rendre cette dépenfe vraifemblable, on voyait, dans le plan, un vaiffeau de guerre paffant à la voile fous ce pont. Eh bien ! en écrivant ceci, je
tiens le plan original 5 il eft figné de M. de la Lance ingénieur ; j'y prends les
dimenfions queje rapporte : cet ingénieur dit que fon ouvrage a été. exécuté
avec un état de dépenfe, montant à 1,800,000 liv.
& que pour rendre cette dépenfe vraifemblable, on voyait, dans le plan, un vaiffeau de guerre paffant à la voile fous ce pont. Eh bien ! en écrivant ceci, je
tiens le plan original 5 il eft figné de M. de la Lance ingénieur ; j'y prends les
dimenfions queje rapporte : cet ingénieur dit que fon ouvrage a été. exécuté --- Page 343 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 317
dans le courant du mois de Décembre, & c'eft! le 22 qu'il figne le plan, parce que
cet ouvrage eft fini, & il ajoute feulement que la conftruétion qu'il a employée
pourrait fervirà des ponts de cent pieds de portée. Que devient donc la fable des
dix-buit cens mille livres, & le vaiffeau qui cingle à pleines voiles !
On fait déjà quelle a été l'origine de la rue Neuve, & qu'elle fe nomme auffi
la rue du marché des Blancs. Prefque auffi anciennement que le Cap, les matelots ont été dans l'ufage de venir étaler 2 les dimanches & les fêtes, leurs petites
pacotilles fur le bord de la mer ou de la chauffée. Quelquefois on a voulu les
troubler dans cette pofefion > mais ils ont toujours fini par la reprendre. Comme
ily avait auffi un marché de comeftibles &c d'autres marchandifes fur la placed'armes, 3 le marché de la chauffée, diftingué fous le nom de marché aux Blancs,
s'étendait depuis le bord de la merj jufques vers cette place 3 &c un arrêt du confeil
du Cap, du 8 Juin 1735, autorife les marins à conferver leur ufage. Mais comme
il avait fini par devenir abufif, une ordonnance des Adminiftrateurs du II Mars
1773 > renferma le marché des Blancs dans la rue de ce nom.
C'eft là que chaque dimanche ( &c non pas les fêtes ordinaires ni les grandes
fêtes folemnelles ) on voit étaler, depuis le commencement de cette rue, à partir
de celle du Confeil, jufqu'à la rue Chaftenoye, toutes fortes de marchandife séches &c de comefibles apportés de France 5 ferrailles > poteries ,
fayancerie , merceries, &zc. Ony trouve des bijoux, des fouliers, des chapeaux, 3 des perroquets, des finges, & prefque tout ce qu'on peut acheter au
Cap. Dans cette étendue d'environ 200 toifes, les deux côtés de cette rue de
35 pieds, font garnis de marchandifes, même de boutiques à tréteaux portatifs,
& dans la partie où la rue de la Pointe ouvre dans la rue Neuve, & où celle-ci
eft le plus large 3 il y a un double rang de marchands.
C'eft vers fept heures du matin que le marché commence &z il dure jufqu' 'à midi.
Il eft du bon ton d'aller faire un tour de marché aux Blancs > quoique l'on n'ait
rien à y acheter. La chaleur, 3 quelquefois exceflfive, n'en bannit point, &c la
mode l'emporte fur cette crainte. Les femmes de couleur, furtout, ne peuvent pas
fe paffer des s'y aller montrer & d'y étaler an luxe qui devient quelquefois un appât
qu'elles favent employer avec fuccès. Dans le fait, le marché des Blancs eft
réellement utile &c à ceux qui veulent fe procurer, dans un inftant, divers objets
qu'il ne ferait poffible de réunir qu'en allant dans plufieurs boutiques ou magafins,
8c aux marins qui fe trouvent rendus avec leurs marchandifes, dès qu'ils font
out, ne peuvent pas
fe paffer des s'y aller montrer & d'y étaler an luxe qui devient quelquefois un appât
qu'elles favent employer avec fuccès. Dans le fait, le marché des Blancs eft
réellement utile &c à ceux qui veulent fe procurer, dans un inftant, divers objets
qu'il ne ferait poffible de réunir qu'en allant dans plufieurs boutiques ou magafins,
8c aux marins qui fe trouvent rendus avec leurs marchandifes, dès qu'ils font --- Page 344 ---
318 DESCRIPTION DE LA PARTIE
arrivés à terre. Le concours que la curiofité attire, fert les vendeurs, & les
curieux de nouvelles y trouvent, dans certaines maifons 3 des coteries où l'on peut
en apprendre & en entendre faire de toutes les efpèces.
La maifon qui fait l'angle Sud-Eft de la rue Neuve, a un premier étage 3 dont
la vafte pièce du coin, appelée la Bourfe, fert aux affemblées de la Chambre de
Commerce. Cette maifon eft parfaitement fituée pour apercevoir, même audelà de l'entrée du port, les bâtimens qui paffent devant le Cap, où qui y
viennent, C'eft de ce point qu'on reconnaît les fignaux particuliers que font ceux
qui ont intérêt à s'annoncer à quelques perfonnes à qui les bâtimens & les fignaux
font déjà défignés.
La chambre de Commerce du Cap eft le réfultat d'une ordonnance de MM.
Burt & Clugny 3 en date du 13 Mai 1761, qui a permis aux négocians de cette
ville, d'avoir un lieu d'affemblée à l'inftar des bourfes des villes du royaume. Il
eft à remarquer que cette demande eut lieu à l'époque oà l'on avait établi une
Chambre d'Agriculture & de Commerce dont on parlait de ne faire qu'une
Chambre d'Agriculture. Les commerçans voulaient oppofer un contrepoids à fon
influence 2 mais comme il leur fut aifé de voir qu'elle n'en aurait aucune > il
renoncèrent prefque auffi-tôt, par le fait, au bénéfice de l'ordonnance qu'ils
avaient obtenue. Ilsy attachaient fi peu de prix, qu'en 1765, M. Birot l'un
d'eux, fit inférer dans les Affiches Américaines , qu'il remettrait au propriétaire
le lieu des affemblées, fi on ne lui donnait pas de quoi en payer les loyers.
M. Bourgeois avocat, ayant été fecrétaire de la Chambre d'Agriculture & de
Commerce 5 on le choifit encore pour être fecrétaire de la Chambre d'Agriculture
& fecrétaire de la Chambre de Commerce. Cette dernière lui donnait fi peu
d'occupation & l'on attachait fi peu de prix à ce qui pouvait en émaner 3 que M.
Bourgeois en tenait de fimples notes fur des feuilles volantes, qui ne fe font même
pas retrouvées, lorfqu'on a eu Ja fantaifie de s'en reffouvenir > long-tems après
que M. Bourgeois eût repaffe en France. Elle n'a rien d'antérieur à 1778.
La Chambre de Commerce fe raffemblait cependant, une fois par an 2 pour
élire deux des quatre membres qui portaient le nom de fes Commifaires. c'était
alors qu'on faifait une cotifation volontaire pour le loyer de la falle de la bourfe
qui retombait toujours en grande partie fur ces Commiffaires.
En 1784, les négocians du Cap, fortis enfin de leur infouciance, crurent
devoir folliciter, auprès du Miniftre, par l'entremife des Adminiftratcurs, une
cependant, une fois par an 2 pour
élire deux des quatre membres qui portaient le nom de fes Commifaires. c'était
alors qu'on faifait une cotifation volontaire pour le loyer de la falle de la bourfe
qui retombait toujours en grande partie fur ces Commiffaires.
En 1784, les négocians du Cap, fortis enfin de leur infouciance, crurent
devoir folliciter, auprès du Miniftre, par l'entremife des Adminiftratcurs, une --- Page 345 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
autorifation formelle & une organifation de leur établiffement. Le Miniftre
répondit, le 24 Décembre 1785, aux Adminiftrateurs que l'intention du roi était
feulement qu'elle continuât à jouir provifoirement de l'effet de la permifion
obtenue de MM. Bart & Clugny > & que les. Adminiftrateurs lui fiffent
dont
éprouver
la protection fes opérations la rendaient fufceptible.
La Chambre de Commerce a fait encore plufieurs tentatives pour obtenir des
lettres-patentes, mais elle n'a jamais trouvé les Adminiftrateurs dilpofés à lui
accorder leur attache. Elle a même effayé de réuffir par des démarches direêtes
auprès du miniftère, mais toujours fans fuccès. Elle n'a obtenu que l'agrément
du général & de lP'intendant, le 30 Oétobre 1786, de fe fervir d'un cachet qui
lui eft propre & dont elle fcelle cC qui émane d'elle Je reparlefai de cette
Chambre 2 lorfque je rendrai compte de celle d'Agriculture.
La rue Neuve fe termine à la place Lc Braffeur. Vers fon
millieu 3 fon côté
Eft fait une avancée à laquelle correfpond une rentrée dans le côté oppofe. Cétre
inégalité provient de ce que cette partie inférieure de la ville a été acquife fur la
mer, , par des remblais fucceffifs qui ont eu des direétions différentes.
C'eft dans la rue neuve, fur fon côté Occidental, entre la rue Saint-Laurent
& la, rue Conflans; qu'eft un puits où une fource très-abondante fournit de
l'eau Ce puits qui fe trouvait alors fur le rivage, fut un de ceux où les chaloupes vinrent prendre de l'eau en 1740, lors de l'incendie du navire la Ville de
Rouen > & il eft fait pour offrir du fecours dans une pareille occurence,
puif
que par le moyen d'une pompe de deux pouces &c demi de diaunètre, il fournit
vingt barriques d'eau par heure & ne diminue 5 dans ce tems > que de trois lignes.
(*) Ce cachet offre un écuffon de gueules, aux deux mains de juflice d'or en fautoir,
par-deffus une épée d'argent, pour marquer le gouvernement mixte ; le tout accofté 3 à dextre, ayant
d'une corne d'avondance, & à feneftre 3 d'une ancre aufli d'argent, > pour marquer le eft
ville maritime & la plus floriffante du Nouveau-Monde; en chef de France, que d'une Cap une
embiême du Cap-François ; l'écu timbré d'un
chargé
téte,
cafque, 3 également d'argent , bordé &
d'or, taré de front & fermé de onze grilles pour marquer que tout le monde y eft foldat. damafquiné Pour
fupports, deux nègres 3 avec cette infeription : Cbambre de Commerce du Cap.
(+) L'analyfe de cette eau 3 faite par Papothicaire du roi, le 8 Aout
eontient beaucoup de fulfate calcaire. une portion de terre calcaire & de terre 1786, apprend qu'elle
très-peu de muriate, , à demi-décompole : c'eft- -à-dire où l'acide eft furabondant magnéfienne ; inconvéniens avec
la même analyfe propofe de corriger, avec huit onces d'alkali fixe, ou une forte leffive de cendres que
dans chaque barrique d'eau, 3 afin de précipiter toute la terre,
fulfate calcaire. une portion de terre calcaire & de terre 1786, apprend qu'elle
très-peu de muriate, , à demi-décompole : c'eft- -à-dire où l'acide eft furabondant magnéfienne ; inconvéniens avec
la même analyfe propofe de corriger, avec huit onces d'alkali fixe, ou une forte leffive de cendres que
dans chaque barrique d'eau, 3 afin de précipiter toute la terre, --- Page 346 ---
320 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Cette fource, car ce doir en être une,ne taritjamais & n'a jamais eu plus de
deux pieds 8c demi d'eau, en hauteur.
Du même côté de la rue, mais entre celles du Cimetière & Saint-Simon,
fe trouvent des halles qui appartenaient aux ci-devant Jéfuites, des créanciers
defquels le gouvernement les a achetées ; on les nomme balles anglaifes 3 parce
qu'elles ont été long-tems occupées par des négocians anglais de l'Amérique
Septentrionale ; à préfent elles fervent de magafins à l'État.
Au-deffus du grand magalin de la rue Picolet, & dans le fens d'une ligne
dirigée vers le Nord-Oueft,ef une petite rue de 30 toifes de long 8x d'environ
20 pieds de large, terminée par la ravine, & appelée la rue du Renard. EHe
eft fort ancienne &x elle conduifait ily y a 80 ans, de la rue du Confeil au-devant
de l'emplacement de Mde. Millot & derrière la maifon de M. de Chaftenoye,
dont le bout Nord était fur la ravine. J'ignore ce qui a pu lui faire donner ce
nom dans un pays où l'on ne connait point de renard, du moins au phyfique.
La rue de la Pointe eft un peu plus dans l'Oueft que celle du Renard. Elle
part de la rue du Confeil & va fe terminer dans la rue Neuve, à cent toifes.
Elle tire fon nom de l'angle qu'elle fait avec la rue Neuve. Cette rue eft vers
la mer la première qui foit parallèle à toutes les rues fupérieures, &c qui ait
comme elles la direétion du Nord au Sud.
Je finirai les détails de la première fedtion terminée par la rue du Gouvernement dont je parlerai dans la feconde > en obfervant qu'elle a été augmentée
depuis 1734, des quatorze ilets du quai & des quatre derniers îlets qui forment
au Sud le côté Oueft de la rue du Gouvernement. L'incendie de 1734 avait
brûlé tout ce qui exiftait alors de cette feétion, 3 jufqu'à la rencontre de la rue
Chaftenoye, & dès 1736, tout était rebâti à douze emplacemens près. C'eft
cet évènement malheureux qui fit fubftituer les maifons de maçonnerie, qu'on
y voit, à celles de paliffades ou palmiftes, que la flamme avait dévorées.
SECONDE SECTION.
Cette feétion eit bornée au Nord par la Ravine, 2 à PEt par la rue du
Gouvernement, au Sud par la rue du Cimetière, & à l'Oueft par la rue
d'Anjou, le côté Oueft de la place-d'armes & la rue du morne des Capucins.
Cette
fit fubftituer les maifons de maçonnerie, qu'on
y voit, à celles de paliffades ou palmiftes, que la flamme avait dévorées.
SECONDE SECTION.
Cette feétion eit bornée au Nord par la Ravine, 2 à PEt par la rue du
Gouvernement, au Sud par la rue du Cimetière, & à l'Oueft par la rue
d'Anjou, le côté Oueft de la place-d'armes & la rue du morne des Capucins.
Cette --- Page 347 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGU) E. 321
Cette étendue eft une des plus anciennement bâties; elle forme un carré long.
La rue du Gouvernement la plus Orientale de cette fection, eft très droite &c
parfaitement alignée dans toute fa longueur. M. de Chaftenoye avait fa maifon
à l'angle Nord-Eft de cette rue, fur la ravine; M. Chaftenoye fut reçu en
qualité de Gouverneur du Cap en 1724, & la rue devint alors la rue du Gouvernement, dénomination qui lui eft reftée. C'eft à l'extrémité de la rue du
Gouvernement que fut mis le premier petit pont de bois fur la ravine > pour la
faire traverfer aux perfonnes de pied, &c l'on voyait encore des veftiges de ce
pont lorfqu'il a été remplacé par celui de piérres, conftruit cette année.
La maifon en face de celle de M. de Chaftenoye 5 & qui eft aufli fur la
ravine,a fervi de prifon pendant environ vingt-cinq ans. Cette deftination lui
avait été donnée en 1746 par M. de Larnage , lorfqu'on retira les prifons du
magafin du roi de la rue de Picolet, où elles étaient depuis 1740. Elles n'ont
été transférées où elles font maintenant qu'au mois de Juillet 1773. Beaucoup
de perfonnes appelent encore le bout de la rue du Confeil, jufqu'à la ravine 3
la rue des Vieilles Prifons. La même maifon a aufli fervi de cazernes au corps
des Grenadiers-volontaires-blancs, formé fur la demande de M. d'Eftaing, &c
gue ce vice-amiral conduifit au fiège de Savannah en 1779C'eft dans la maifon qui fait l'angle Sud-Oueft des rues du Gouvernement &
du Confeil, que la Cour fupérieure du Cap s'eft affemblée depuis 1764,
qu'elle quitta le magalin du roi,jufqu'en 1772 qu'elle eft allée dans la maifon
des ci-devant Jéfuites, qu'on nomme aujourd'hui le Gouvernement. Ce n'eft
cépendant pas à cette époque feulement que la rue s'eft appelée rue du Confeil,
comme je le dirai tout- à-l'heure.
La rue du Gouvernement eft toute occupée par des commerçans, & les
capitaines de navire y ont des magafins depuis la rue Saint-Jean jufqu'à la place
Le Braffeur. La rue fupérieure qui avait pris en 1699 le nom de rue SainteCroix, parce que plufieurs habitans de la Colonie de ce nom 3 qu'on tranfporta
alors à Saint-Domingue > y demeuraient, 3 8c qu'a préfent l'on nomme ruc
Penthièvre, a la même deftination. Placées l'une & l'autre dans le voifinage du
quai & des points les plus peuplés de la ville, elles font propres au commerce.
Une grande partie des maifons y font à étage 3 ce qui les rend encore plus
peuplées. C'eft un coup-d'ceil vraiment intéreffant de voir dans ces deux rues
cette longue fuite de magafins où les vaiffeaux de chaque port étalent les marTome I.
S f
uc
Penthièvre, a la même deftination. Placées l'une & l'autre dans le voifinage du
quai & des points les plus peuplés de la ville, elles font propres au commerce.
Une grande partie des maifons y font à étage 3 ce qui les rend encore plus
peuplées. C'eft un coup-d'ceil vraiment intéreffant de voir dans ces deux rues
cette longue fuite de magafins où les vaiffeaux de chaque port étalent les marTome I.
S f --- Page 348 ---
322 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
chandifes fabriquées dans ces ports, dans leur voilinage ou dans les lieux de
l'intérieur du royaume auxquels ils fervent de débouché. Ony expofe auffi ce qui
eft tiré des pays étrangers, & dans un court efpace de terrain on trouve tout ce
que les befoins de la vie 8z les fantailies du luxe ont confeillé de tranfporter à
plufieurs mille lieues.
Au -devant de chaque magafin eft un tableau d'environ trois pieds de
long, qui contient l'état détaillé de la cargaifon qu'on y vend, le nom du
capitaine & celui du navire dontle defin eft fouvent la vignette du tableau.
On croit parcourir en peu d'inftans la France entière, quand à l'accent gafcon
on entend fuccéder le normand & le proverçal, au dunkerquois. Les cabrouets
ne ceffent de tranfporter du rivage au magafin & du magafin au rivage; des
nègres vigoureux 3 armés de morceaux de bois ronds & pefans, frappent, en
cadence, les douves des boucauds où le café s'entaffe ; le tonnelier du navire les
fonce & les rabat. Les négocians de la ville qui font dans cette étendue *
ajoutent aufli par leurs charrois, leurs encaiffemens &x l'enfutaillement, au
vacarme affourdiffant de ce canton, où tout annonce la richeffe de Saint-Do-
-
mingue &c celle particulière de la Partie du Nord.
La rue Penthièvre qui va fe terminer fur le quai, près du bac, a plus de
5oo toifes de long. La hauteur des maifons, les tentes qui font au-devant des
magafins des navires & qui en font une efpèce d'enfeigne la rendent une des
plus fraiches de la ville. C'eft fur fon côté Eft, entre les rues Saint-Laurent
& de Conflans, qu'eft le bureau des ventes des objets maritimes, que l'audiencier
de P'Amirauté a feul le droit de faire. Communément l'encan fe fait dans la
rue, & ce concours d'acheteurs &c le tambour qui les appelle fans cefle, eft un
nouveau tintamare réuni a celui dont je viens de parler.
Parallelement & au-deffus de la rue Penthièvre, en eft une qui s'appele la
rue Saint-Domingue depuis la ravine jufqu'au point où elle rencontre la placed'armes ; au-delà on la nomme rue Dauphine > & plus ordinairement rue du
Bac. La rue Saint-Domingue n'a que ISO1 toifes du Nord au Sud. Elle eft fort bien
bâtie, contient plufieurs maifons à étage ; & lorfqu'y étant on jette les yeux au
Nord, on voit la croupe du morne dont le Cap eft borné dans cette partie,
chargé d'une verdure qui égaye. Elle eft due à quelques points où l'on cultive
Pherbe de Guinée, donnée en fourage aux chevaux de la ville. Le vert tendre
de cette plante fexible qui varie encore avec les ondulations caufées par la
fort bien
bâtie, contient plufieurs maifons à étage ; & lorfqu'y étant on jette les yeux au
Nord, on voit la croupe du morne dont le Cap eft borné dans cette partie,
chargé d'une verdure qui égaye. Elle eft due à quelques points où l'on cultive
Pherbe de Guinée, donnée en fourage aux chevaux de la ville. Le vert tendre
de cette plante fexible qui varie encore avec les ondulations caufées par la --- Page 349 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 343
brife, femble adoucir la chaleur 3 parce qu'elle plait à l'oeil 8c porte à l'ame
une fenfation de fraicheur.
C'eft dans la rue Saint-Domingue, & prefque au coin Nord-Oueft de la
place-d'armes, qu'on a vu le premier cabinet littéraire, formé dans la Colonie.
Cet établiffement, qu'imagina l'activité de M. Defpaffier, Génevois, contribuait
déjà à l'amufement &z â l'inftruction du Cap, lorfque j'y arrivai au mois de
Mai 1775- Il en coûtait deux gourdes d'abonnement par mois, & cette reffource,
réunie à la vente des livres, a fuffi pour procurer une fortune très-honnête à
fon inventeur.
M. Dufour de Rians 3 imprimeur-libraire, ne vit pas, fans chagrin, l'entreprife de M. Defpaflier, qu'il repréfenta àl l'ordonnateur du Cap, comme une
violation de fon privilège exclufif. M. Caignet rendit donc fur fa requête, le
31 Juillet 1777, une ordonnance qui défendait toute vente de livres, tout
cabinet littéraire. M. Defpaffier & le public s'entendirent, pour agir comme fi
l'ordonnance n'exiftait pas, & cet exemple ne tarda pasà être fuivi par M.
Herbeau > qui ouvrit un magafin de livres & de papeterie, & un cabinet
littéraire, dans la rue Dauphine ou du Bac, fur fon côté Oueft, entre la rue
Saint-Simon & celle Saint-Jofeph.
C'eft encore dans cette fection, & fur la place-d'armes, que l'on a vu
un établiffement femblable, fait par MM. Batillot frères,de Paris, qui ont
même acquis le fond de M. Herbeau, depuis fa mort; & enfin, au mois
de Juillet 1788, M. Decombaz, Suiffe, a propofé, avec M. Bénard,
français, fon affocié, un abonnement pour la leéture de tous les journaux, 3
qui a été l'origine de la formation de leur librairie, &. de la formation de
leur magafin, où fe trouve tout ce que peut offrir le marchand papetier.
C'eft ainfi que l'heureux effai d'un feul homme, a multiplié des reffources
utiles, & le moyen d'avoir plufieurs jouiffances qu'un odieux privilège
voulait empêcher d'arriver jufqu'aux Colons, ou qu'il voulait leur vendre à
un prix toujours exhorbitant, dès qu'il eft arbitraire.
Au-deffus de la rue Saint-Domingue, 3 dont le nom n'a pas befoin de commentaire, eft celle du Palais. 3 qui tire le fien de ce que le Confeil Supérieur
a été pendant fix ans dans l'iflet qui fait l'angle Nord-Eft de cette rue avec
celle du Confeil. Ce tribunal, errant depuis fon inftallation > faite au mois de
Novembre 1701; obligé de tenir fes affemblées, tantôt chez le gouverneur. $
S S 2
-deffus de la rue Saint-Domingue, 3 dont le nom n'a pas befoin de commentaire, eft celle du Palais. 3 qui tire le fien de ce que le Confeil Supérieur
a été pendant fix ans dans l'iflet qui fait l'angle Nord-Eft de cette rue avec
celle du Confeil. Ce tribunal, errant depuis fon inftallation > faite au mois de
Novembre 1701; obligé de tenir fes affemblées, tantôt chez le gouverneur. $
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324 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
tantôt chez fes membres, eut enfin, en 1712, un local dans une maifon
achêtée du produit des amendes judiciaires, & qai était fur la place-d'armes;
mais ayant été brûlée en 1734, on louzla maifon de la rue du Con'eil. Elle
avait un rez de chauffée compofé alors de deux pièces. On en donna une
au Confeil, & l'autre à la Sénéchauffée, Thémis n'y était pas fomptueufement placée, quoiqu'on payâtce temple 2,400 livres par an (lomme confidérable
pour cette époque ), car les parties & les procureurs attendaient dans la rue y
expofés au foleil & à la pluie, leur tour pour être jugés. Ce fut à cette
époque de 1734, qu'on nomma rue du Confeil, celle où cette Cour s'arfemblait, & quiérait appelé auparavantla rue Verdery,du nom d'un négociant.
On appela en meme-tems rue du Palais, celle qui donnait fur l'un des côtés
du lieu d'affemblée du Confeil, qu'on transféra, ainfi que la Séréchaufée
en 1740, au magafin du roi.
La rue du Palais a la même longueur que celle Saint-Domingue, &c va,
comme elle, de la ravine à la place-d'armes,ob elle ne pénètre cependant qu'en
contournant la baraque qui fert de corps - de - garde, & qui s'oppofe à ce
que de cette rue > on découvre le portail de l'églife. Tout fon côté Oueft
& même une petite portion de celui de PER, ef fur un roc qui faitait au- 3
trefois partie du morne des Capucins. Auffi la rue qui eft affezinégale, Vat-elle en
à mefure
s'élevant,
qu'elle approche de la place. Il a fallu faire jouer
la mine pour y conftruire les belles maifons qu'on y voit, & furtout pour y
creufer des puits qui ont jufqu'à 90 pieds de profondeur.
Au-deffus de la rue du Palais, eft celle du morne des Capucins elle va
également de la ravine à la place-d'armes, où elle aboutit à l'angle Nord-Oueft
de celle-ci. Cherchons maintenant l'origine de fon nom.
Il fe trouvait à l'extrémité Nord-Oueft de la place-d'armes, un monticule
ifolé, dirigé d'abord du Nord au Sud, enfuite du Nord-Oueft au Sud-Efti
ayant 80 toifes de long, fur 40 de large. Cette petite hauteur, formée d'ua
rOC vif &c quartzeux, qu'on ne pouvait confidérer que comme une ramifica.
tion de la bafe des montagnes qui entourent la ville à FOueft &c au Nord
faifait partie de l'habitation de M. Gobin, le calvinifte quej'ai dèjà nomme
comme le premier propriétaire français du terrain où la ville du Çap. eft
conftruite. En 1680, M. Marquant, capitaine des milices& commandant du
Cap, chargé des pouvoirs de la Veuve Gobin, fit vendre judiciairement.c
que comme une ramifica.
tion de la bafe des montagnes qui entourent la ville à FOueft &c au Nord
faifait partie de l'habitation de M. Gobin, le calvinifte quej'ai dèjà nomme
comme le premier propriétaire français du terrain où la ville du Çap. eft
conftruite. En 1680, M. Marquant, capitaine des milices& commandant du
Cap, chargé des pouvoirs de la Veuve Gobin, fit vendre judiciairement.c --- Page 351 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
mhorne , & les terrains circonvoifins, & M. de Pouançay, gouverneur de
Saint- Domingue , les acheta buit milliers de tabac. A la mort de M. de
Pouançay, arrivée en 1683, M. Galichon hérita de cette acquifition, & M.
de Launays-Pays, frère de la Veuve Galichon ( depuis Mde. Hardouineau),
donna aux Capucins du Cap, dans la perfonne du père Chrifoftome > curé du
lieu, le morne qui failait alors la borne du Bourg, àl'Oueft, & un terrain
pour jardin, fitué plus Oueft encore dans la favane, à condition qu'ils diraient
des meffes pour le repos de l'ame de fon beau-frère, jufqu'à la concurrence
de cinguante écus > évaluation faite des objets donnés. Ces religieux firent conftruire fur le morne une maifon de planches de palmiftes, couverte d'effentes,
& où écait une chapelle confacrée à Saint-François, ils T'habitèrent, & voila
le morne devenu le morne des Capucins.
Le 25 Septembre 1699, M. Bonnefoi, fyndic des Capucins, échangea en
leur nom., &c du conlentement du R. P: Tranquille, capucin de Rouen, vifiteur général de l'Amérique , cette propriété avec un magafin fitué à l'entrée
du Cap, & 300 livres de retour. Peu après l'on y forma une batterie, &c
le 5 Janvier 1704, M. de Charrite, qui avait un prête-nom dans l'échange
de 1699, fe fit concéder deux terrains au Nord & au Sud du morne par M.
Auger, qui défendit le mêne jour de bâtir, tant fur le morne qu'autour. M.
Fréfier voulait qu'on y plaçàt les cazernes, mais M. de Charrite, , quiy était
logé, s'y oppola.
Le 25 Juin 1728,la Veuve de M. de Charrite vendit plufieurs
faifant partie du Cap, &c le morne des
terrains, *
Capucins 3 à M. Dujarriay , qui eft
mort Lieutenant de roi au Port-de-Paix, pour 7,500 livres. Ce nouvel acquéreur obtint, le 20 Oétobre 1731, des Adminiftrateurs, la permifion de
céder dans la favane qui terminait le Capà l'Oueft, 8c dans les terrains voifins du morne des. Capucins > des emplacemens * à condition qu'ils. feraient
alignés fur les rues. de la ville, &c. bâtis dans un an, fous peine de réun cnion;
mais quant au morne lui-même > la batterie continua à y exifter, ainfi qu'un
pavillon > qui fervait à répéter les fignaux de la vigie, & ilsy étaient encore,
lorfqu'en 1738, M. Gautier, fyndic des créanciers Dujartiay, demanda aux
chefs à être autorifé à difpofer du morne. Ceux-ci confultèrent l'ingénieur en
chef &c le commandant du Cap, qui furent d'avis que le morne était dans
le cas d'être réuni au: domaine. Le procureur da roi requit cette réunion a
que MM, de Larnage & Maillard prononcèrent le 9 Mai 1739-
étaient encore,
lorfqu'en 1738, M. Gautier, fyndic des créanciers Dujartiay, demanda aux
chefs à être autorifé à difpofer du morne. Ceux-ci confultèrent l'ingénieur en
chef &c le commandant du Cap, qui furent d'avis que le morne était dans
le cas d'être réuni au: domaine. Le procureur da roi requit cette réunion a
que MM, de Larnage & Maillard prononcèrent le 9 Mai 1739- --- Page 352 ---
3:6 DESCRIPTIONDE LAPAR T IE
On n'a fans doute pas oublié, que ce fut à cette époque que la Compagnie Béhott:, offrit de remblayer fur la chauffée, & c'eft. le morne
des Capucins-qui fournit une partie des remblais. Une ordonnance du 8 Ofobre
1746, permit à tout particulier d'excaver ce qui en reftait encorc, &c de
faire fon profit des matériaux. Il a fini par être applani dans fa totalicé, &
il n'eft refté que fon nom, donné à la rue dont je parle en ce moment.
Onya élevé de jolics maifons, dont trois à étage, Lesdeux maifons qui font
les angles Nord-Eft & Nord-Oueft de cette rue avec celle du Confeil, ont
-
été la réfidence de
intendans de la Colonie. M. de
a occupé
a
plufieurs
Clugny
. 5
celle Nord-Eft, &c MM. de Vaivre & Bongars, ainfi que M. Le Braffeur,
*
qui a rempli un interim entr'eux deux, celle de l'autre côté. Elles font de
-
bois l'une & l'autre , mais commodes, & ayant ce qu'on trouve agréable partout, une g ande cour 8z un jardin,& qui l'eft bien davantage dans un pays
chaud, & fur-tout au Cap, où les emplacemens font bornés. C'eft à leur fituation près de la ravine > qu'elles en font redevables.
La place-d'armes qui a porté auffi le nom de. place Notre-Dame, eft un
carré de 45 toifes auquel fe joint extérieurement la largeur des quatre rues qui la
bordent. Cette place a exifté depuis les premiers fondemens de la ville, mais elle
n'a pas toujours été aufli confidérable, ni avec fa forme carrée. C'était d'abord
un efpace irrégulier, laife libre autour de l'Églife dont la pofition n'a pas changé;
la véritable place, celle qui fervai: de marché, n'était autre chofe que le
bord du grand chémin, dont l'extrémité eft devenue la rue E(pagnole, dans
laquelle I M. de Galifet fit réferver un grand efpace vers la rue de la Boucherie, à
la fn de 1699, 3 Jorfque cette rue commençait à fe bâtir. La place-d'armes d'àpréfent était 3 à cette époque, la petite place s la place de PEglife. On ne
commença à la difpofer d'une manière utile , qu'en 1706, encore ce ne fut que
dans la partie contigue à V'Églife. On laiffa toujours de quoi paffer autour de
celle-ci, mais on bâtit à fes deux angles Nord-Eft &c Nord-Oueft avec les rues
6 d'Anjou & du Bac.
Le 7 Février 1707, un arrêt du Confeil du Cap, mit, fur la place de
T'églife, le marché des comeftibles, qu'une ordonnance du juge de police,
du 30 Juin 1736, en fit fortir pour le renvoyer dans la rue Efpagnole,
ou dans celle de la Fontaine, alternative qu'on changea en difpofition cumulative, puifqu'en effet, on fit deux marchés au lieu d'un. Une autre ordonnance
ues
6 d'Anjou & du Bac.
Le 7 Février 1707, un arrêt du Confeil du Cap, mit, fur la place de
T'églife, le marché des comeftibles, qu'une ordonnance du juge de police,
du 30 Juin 1736, en fit fortir pour le renvoyer dans la rue Efpagnole,
ou dans celle de la Fontaine, alternative qu'on changea en difpofition cumulative, puifqu'en effet, on fit deux marchés au lieu d'un. Une autre ordonnance --- Page 353 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
du mêne juge, du 26 Juin 1741, ramena le marché fur la place-d'armes,
fondée fur ce que le marché dela rue Elpagnole, n'ayant d'autre place que
la rue elle-même ) le paffage continuel des voitures &c des perfonnes, dans cet
unique abord de la ville, faifait courir des rifques aux voyageurs, &à ceux
qui vendaient Bc achetaient. On le plaça alors dans fon bout Nord- Oueft,
le long du morne des Capucins, depuis le lieu où eft maintenant le corps-:
de-garde 3 jufques vers le milieu- de la place. Le concours que cé marché
attirait, engagea les vendeurs de marchandifes féches à y étaler auffi, mais
une autre ordonnance de police, du 23 Avril 1742, les en expulfa.
En 1744, on fit une églife de bois près du morne, & à toucher le marché; 8c prévoyant que le voilinage de celui-ci nuirait à la tranquillité de l'office
divin; la police fit encore transférer le marché des denrées, le 25 Mai 1744
fur la rue qui borde le côté Et de la place.
Les pacotilleurs qui favaient que l'obftination a quelquefois des fuccès,
revinrent fur la place 5 & fe la partagèrent. La police plus complaifante, peutêtre depuis qu'elle avait un infpeéteur, les y fouffrit. On y vit le petit marchand
à inventaire, le porte-balle , puis les boutiques mobiles, & enfin les boutiques
à roulettes, qui, dans leurs grandes dimenfions s n'avaient d'ambulatoire,
que la forme. La place avait été embellie par une plantation d'arbres, faite
vers 1740, qui en marquait le carré, 8c même un double rang fur les côtés
Eft & Oueft, ajoutait à la décoration & à Pombrage frais qu'elle produifait.
Tout appelait donc les marchands, à qui ce local n'était pas deftiné, &c ceux
du marché des Blancss'avançant fucceffivement vers la place, les deux marchés
s'étaient enfin réunis, & les dimanches lon avait une foire, depuis la placed'armes jufqu'àla rue Neuve, en defcendant le long de la rue de la Fontaine.
Enfin, lexcès même de l'abus > le corrigea en partie, > & une ordonnance de
police, du 1I Mars 1763, renvoya au marché aux Blancs, ceux qui devaient
3 être, &c ne laiffa, en marchands ordinaires 2 fur la place-d'armes, que ceux
qui ya avaient une poffefion d'habitude & des places fixes.
En 1764, arriva le bureau de police municipale, auquel l'exiftence des bortiques de la place-d'armes donna une petite velléité fifcale > ce fut d'y placer cinq
rangs de baraques dont on tireraitune rétribution. Il trouva même que les arbres
des bords Nord & Sud gênaient fon plan, & arrêta , le 16 Août 1764, de les
détruire faufà laiffer fubfifter les deux aliées de PEC & de lOueft, jufqu'à.ce
iva le bureau de police municipale, auquel l'exiftence des bortiques de la place-d'armes donna une petite velléité fifcale > ce fut d'y placer cinq
rangs de baraques dont on tireraitune rétribution. Il trouva même que les arbres
des bords Nord & Sud gênaient fon plan, & arrêta , le 16 Août 1764, de les
détruire faufà laiffer fubfifter les deux aliées de PEC & de lOueft, jufqu'à.ce --- Page 354 ---
328 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
que toutes les baraques fuffent conftruites. On commença, avec fagacité, pat
le tarif des places.
Au mois d'Août 1765, plufieurs marchands fe plaignirent de cette perception
dont ils allèrent même jufqu'à mettre la légitimité en doute, 8 ils dénoncèrent
l'infpeéteur de police qui la triplait; mais le juge de police , appuyé fur les décifions du bureau , créateur de l'impôt, la feule chofe qui eûr eu lieu du pian de
baraques, décida que ces marchands n'avaient rien de mieux à faire que de
payer & de croire à la probité del'infpecteur.
Les Adminiftrateurs ayant été changés, la rétribution s'abolit d'elle-même &c
les principes devinrent fi différens, que la police enjoignit, le 31 Mars 1769, à
tous ceux qui avaient des boutiques quelconques fur la place-d'armes de les retirer. Elle permit feulement aux pacotilleurs qui n'avaient aucune boutique
S
en ville, d'étaler fur des ferpillieres, dans des points de la place qu'on leur indiL
querait, > pourvuque ce ne fut nifête, ni dimanche 5 puis tout-à-coup une ordonnance de police du 4 Juillet 1769, rouvrit l'accès de cette place aux marchands de
marchandites féches, pourvu qu'ils n'euffent que des tables portatives & point de
baraques. Cette dernière tolérance dura elle-même très-peu, &i ily a près de vingt
ans quel la place eft entièrement libre. Cependant le dimanche, quelques nègres
viennent encore vendre des denrées, le long de la rue, à l'Eft de la place;
c'eft le refte d'une ancienne habitude.
Les arbres échappés au fyftème deftruéteur du bureau de police municipale,
exiftent encore , du moins les deux allées de PEf & de l'Oueft, formées de
poiriers (efpèce de bignones ), arbres quijouiffaient autrefois d'une telle réputation, qu'en 1684, le, roi ordonnait à M. de Gabaret, chef-d'efcadre, d'envoyer
de ces poiriers de la Martinique en France si afin de les employer en bordages
pour les vaiffeaux; attendu,. difait-on, alors 3 qu'il font préfervés des vers. On
a remplacé les arbres qui en avaient befoin > loriqu'en 1779 , on a
nivelé la place & fermé fon enceinte par des traverfes de bois équarri,
fur lefquelles on peut s'affeoir & qui font portées par des poteaux 3 de
diftance en diftance. On a mis des tourniquets neufs aux quatre angles & au
milieu de chaque côté, on a laiffé P'intervalle pour une voiture, fi fon paffage
devenait néceffaire, car des'barrières ferment habituellement cette, ouverture.
Toute cette clôture eft peinte en vert, ce qui ajoute à l'agrément du coup-d'ceil
Il y a aufi quatre arbres au-devant du corps-de-garde pour donner de l'ombre aux
foldais
3 de
diftance en diftance. On a mis des tourniquets neufs aux quatre angles & au
milieu de chaque côté, on a laiffé P'intervalle pour une voiture, fi fon paffage
devenait néceffaire, car des'barrières ferment habituellement cette, ouverture.
Toute cette clôture eft peinte en vert, ce qui ajoute à l'agrément du coup-d'ceil
Il y a aufi quatre arbres au-devant du corps-de-garde pour donner de l'ombre aux
foldais --- Page 355 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
foldats. L'entretien des allées eft à la charge de MM. Bouillary & Blais qui l'ont
obtenu des Adminiftrateurs, 2 le 8 Février 1781, 2 pour leur exemption de tout
fervice perfonnel.
La place eft décorée par le portail de l'Églife qui répond au milieu de fon côté
Sud; plufieurs belles maifons à étage l'embelliffent de toute part.
C'eft au milieu de la place qu'eft une fontaine nommée la fontaine de la placed'armes. Les habitans de la ville étaient obligés d'aller chercher l'eau à une
fource dans. le morne, au Nord-Oueft de la ville > à moins qu'ils ne vouluffent
boire celle de quelques petits ruiffeaux qui tariffaient dans les grandes chaleurs &
dont l'ufage caufait d'affligeantes maladies. Ces inconvéniens déterminèrent les
Adminiftrateurs à les convoquer le to Mars 1710, pour délibérer fur la conftruétion d'une fontaine. Ce ne fut cependant que le 18 Mars 1712, qu'on décida
de faire venir fur la place-d'armes 3 l'eau de la fource Bidau, qu'on menerait
enfuite au bord de la mer pour l'aiguade des vaiffeaux. La dépenfe, d'après une
idée de M. de Charrite, devait être payée par un droit de dix fous fur chaque
bannette ou côté de cuir de boeufquiferait embarqué au Cap. Le droit fe percevait
fans qu'ily eût de fontaine > lorfqu'au mois de Janvier 1715, l'affemblée coloniale formée pour l'octroi, trouva le projet de 1712 trop difpendicux, puifqu'il
y avait une fource plus près du Cap, & en conféquence, le droit fur le cuir
devint une partie de l'oétroi.
Le befoin d'eau fubfifta encore près de vingt ans 5 enfin on fit une contribution
&c la fontaine parut en 1735. C'était un baflin de pierre, furmonté d'une énorme
cage de bois, aux quatre côtés de laquelle était un robinet; mais l'eau ne fut
pas conduite vers le quai, quoique M. de Vienne 3 M. de Larnage & M. de
Vaudreuil en euffent lucceflivement eu le projet &c que le Miniftre eûr écrit, en
1736 &c en 1741 de le réalifer, comme très-important.
C'eft le gouvernement qui a fait élever la belle fontaine de pierre qu'on y
voit à préfent. Elle eft compofé: (V. l'Atlas), d'un focle de fix pieds en carré,
au-deffus duquel eft un piédeftal coupé fur les angles, dont les quatre faces
font creufées circulairement, de façon que la corniche eft taillée en forme d'abaque. Au-deffous eft un autre petit focle, fur lequel cft pofé un vale
antique 3
couronné de deux dauphins. Sur la face Nord du piédeftal, font feulptées les
armes du roi, avec cette infcription au-deffous :
Tome I.
Tt
é,
au-deffus duquel eft un piédeftal coupé fur les angles, dont les quatre faces
font creufées circulairement, de façon que la corniche eft taillée en forme d'abaque. Au-deffous eft un autre petit focle, fur lequel cft pofé un vale
antique 3
couronné de deux dauphins. Sur la face Nord du piédeftal, font feulptées les
armes du roi, avec cette infcription au-deffous :
Tome I.
Tt --- Page 356 ---
339 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
Regnante LuDOvIco XV, amatiffimo
Impenfis Regis
Fons exurgit Civibus.
Les armes du Cap font au Sud. Ce font celles que cette ville demanda aux
Adminiftrateurs la permiflion de prendre au mois de Mai 1769, par l'entremife
de MM. de la Ferronays & Malouer, commandant en fecond & commiffaire
de la marine faifant les fonétions d'ordonnateur 3 comme une récompenfe
de fa conduite au rétabliffement des milices. C'eft un écuffon où eft une ville
d'argent adollée à une montagne de même, de l'extrémité de laquelle s'élance
un gros jet d'or dans la mer. La ville & la montagne occupent la moitié dextre
de l'étendue d'une mer d'or, furmontée d'un ciel d'azur 3 au milieu duquel
paraic une fleur de lys auffi d'or, Pour fupport, une gerbe de cannes à fucre
d'un côté, de l'autre une branche de chêne ; une guirlande de fleurs les lie à
deux cornes d'abondance, d'où fortent des branches de différens arbres coloniaux
chargés de leurs fruits. L'écuffon appuyé fur la charnière d'une large coquille
dont on voit l'intérieur, a une couronne de chêne furmontée de Ja légende
FIDELITATIS PREMIUM, au-deffous de l'écuffon on lit:
Aurea fons inde fluit:
Et inter Oceanos fluctus,
Ad Patriam ufque fugit.
A PEC ce font les armes de M. le Prince de Rohan; alors gouverneurgénéral,&
Gubernatore Generali
Illuftrifimo Principe de Rohan.
Et à l'Oueft celles de M. de Bongars, Intendant, avec cette infcription :
Provinciali Praefeéto
Dignifimo Prefidente de Bongars.
Le premier focle eft orné de figures qui repréfentent des tritons &c des goutes,
renfermés dans des cadres formant arriére-corps. Cette fontaine qui a 20 pieds
de hauteur, eft placée dans le milieu d'un baffin circulaire de IO pieds- de
diamètre, où quatre mafques de bronze placés fur le bord fupérieur du premier
focle, vomiffent continuellement l'eau. Elle a été conftruite en 1769 fur les
plans & fous la conduite de M, Rabié, ingénieur, juftement 30 ans après que
des goutes,
renfermés dans des cadres formant arriére-corps. Cette fontaine qui a 20 pieds
de hauteur, eft placée dans le milieu d'un baffin circulaire de IO pieds- de
diamètre, où quatre mafques de bronze placés fur le bord fupérieur du premier
focle, vomiffent continuellement l'eau. Elle a été conftruite en 1769 fur les
plans & fous la conduite de M, Rabié, ingénieur, juftement 30 ans après que --- Page 357 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOINGUE, 331
M. de Fayet avait décidé que cette place devait avoir une fontaine de pierres
au lieu de la baraque qui la défigurait. C'eft de cette fontaine que la rue qui lui
répond dans PEC & par laquelle l'excédant de fon eau coule à la mer, a pris
le nom de rue de la Fontaine. Ce monument ne ferait pas déplacé dans la
plupart des villes de France > & il honore le goût de la ville où il a été conftruit.
Je regrette feulement de ne favoir pas quel eft l'artifte qui I'a exécuté.
Je reviens au corps-de-garde qui dépare la place. On a vu ailleurs que
l'ancien corps-de-garde du Cap était dans la huitième fection 3 & que de là on
le tranfporta en 1719 au point où eft le magafin du roi, près de la mer. Lors
de la conftruétion de celui-ci, on le mit en face de l'arfenal, puis fur le morne
des Capucins 3 au point où eft la mailon qui fait l'angle Nord-Oueft des rues
Saint-Laurent & du Palais, d'où il a paffé dans fon local aétuel lors de l'aplaniffement du morne des Capucins. C'eft une baraque de bois qui a le lit de
camp des foldats au milieu 3 la chambre de l'officier au bout Oueft, & à celui
Et le lieu de détention 2 que l'on appele ironiquement le wviolon. Sur tout le
devant régne une galerie en appentis, fans laquelle & fans les arbres qui font
au bord de la place, il ne ferait pas habitable ; car le foleilydonne depuis fon lever
jufqu'à ce qu'il fe cache derrière le morne du Cap au Couchant.
Ilya a cependant eu dès l'excavation du morne des Capucins 3 un emplacement
réfervé de chaque côté de la rue du Palais, parce que MM. de Larnage &
Maillart voulaient y élever, en face de l'églife, un palais de juftice, qui aurait
eu, en prenant la largeur de cette rue , 150 pieds de long. La diftribution devait
être faite de manière que le corps-de-garde fe ferait trouvé placé dans l'un des
bouts, A ce plan, l'on avait fubftitué celui de mettre le corps-de-garde de
manière qu'il formât, fur la place, l'angle Sud - Oueft de la rue du Palais,
tandis que l'angle Sud - Et ferait formé par un autre bâtiment où logerait
le commandant de la place.
En 1780, M. Artaud, entrepreneur du roi, offrit aux Adminiftrateurs de lui
céder les deux emplacemens 5 il s'obligeait à faire fur celui de lOueft, à fes
frais, un corps-de-garde de pierres de tailles, voûté, où feraient une chambre
d'officier, , un corps-de-garde proprement dit 8c deux violons, 8t que précéderait
une galerie ornée de pilaftres, entre lefquels feraient des garde-fous de fer.
Surl'autre, , il aurait élevé une maifon avec une façade de pierres de taille, , dont il
aurait fait commumiquer/étage avec celuiqu'il aurait conftruit? à fon profit,an-defius
T t 2
é, où feraient une chambre
d'officier, , un corps-de-garde proprement dit 8c deux violons, 8t que précéderait
une galerie ornée de pilaftres, entre lefquels feraient des garde-fous de fer.
Surl'autre, , il aurait élevé une maifon avec une façade de pierres de taille, , dont il
aurait fait commumiquer/étage avec celuiqu'il aurait conftruit? à fon profit,an-defius
T t 2 --- Page 358 ---
332 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
du corps-de-garde, 3 par une voûte, fous laquelle aurait paffe la rue du Palais.
Ces propofitions furent trouvées avantageufes, elles embelliffaient la place par
un nouveau bâtiment dont le couronnement devait être en baluftres, & une
ordonnance du S Juin 1780, ,les agréa & fixa les plans que M. Artaud devait
fuivre dans fes conftrudlions. Je ne fais à quoi il faut attribuer la non-exécution
de ce projer; elle laife fubfifter la baraque qui contrafte encore d'avantage avec le refte de la place depuis qu'une magnifique maifon a rempli l'efpace
qu'on difait réfervé à un nouveau corps-de- garde.
La place-d'armes eft celle où l'on paffe les milices en revue depuis très-longtems. Les troupes s'y affemblaient auffi lorfque la garnifon du Cap n'était
compofée que de quelques compagnies détachées de la marine, 3 toujours trèsincomplettes. C'eft même ce qui lui a donné le nom de place-d'armes. On la
voyait encore entourée d'une haie vive en 1724.
La place-d'armes a prefque toujours été auffi le lieu des exécutions, quoiqu'on
-
n'y faffe plus que celles des Blancs depuis qu'on a formé la place Clugny. On
n'en a retiré les fourches patibulaires, qui y étaient à demeure, qu'au moment
où l'on a conftruit le corps-de-garde fur le point qu'elles occupaient. Cette
place a été le théâtre de circonftances extraordinaires, relatives à deux exécutions.
La première était celle d'un jeune homme, officier d'un navire de Bordeaux,
condamné à la potence pour un vol avec effraction. Elle fe faifait le 14 Mars
1777. La corde fe rompit au moment où il fut jetté par le bourreau; ce
malheureux fe releva promptement, fe mit à genoux & cria grace; quelques
voix répétèrent grace. Néanmoins le bourreau defcendit, le rame: a à Péchelle où
le patient lui dit d'aller raccommoder la corde, 2 ce qu'ii fit. Lorfq:" revint pour
le faire monter, ce jeune homme paffant fes deux pieds dans ceux de 1 échelle, fit
réfiftance & rendit vains les efforts del'exécuteur pour le faire monter. Cetableau
produifit une imprefion foudaine fur les fpedatcurs;l'und'cux porte au bourreau
un coup de bâton qui devient le fignal de pluficurs autres. La maréchaufée à
cheval fait un mouvement pour envelopper le patien: & le bourreau, on l'accable
de pierres, elle prend la fuite ; le bourrezu fe bat avec le parier t qui le mord
& lui lance des coups de pied; il l'avait cependant déjà entrainé jufques vers
le corps-de-garde depuis le bout Nord-Eit de la place, lorige deux matelots
vigoureux failiffent le bourreau, le frappent & lui enlèvent fa proye qu'ils
emportent parla rue du Palais. Le bourreau veut alois regagoer la pri.on oden
l'accable
de pierres, elle prend la fuite ; le bourrezu fe bat avec le parier t qui le mord
& lui lance des coups de pied; il l'avait cependant déjà entrainé jufques vers
le corps-de-garde depuis le bout Nord-Eit de la place, lorige deux matelots
vigoureux failiffent le bourreau, le frappent & lui enlèvent fa proye qu'ils
emportent parla rue du Palais. Le bourreau veut alois regagoer la pri.on oden --- Page 359 ---
FRANÇAIS SE DE SAINT-DOMINGUE,
fa demeure habicuelle, mais les nègres le pourfuivent, le lapident & le font
tomber mort fur l'autre côté de la place, en face du point où il avait planté la
potence. J'ai vu le corps de ce malheureux fous un amas de pierres; fa tête
était ablolument applatie. Un fait fingulier,. c'eft qu'une petite fouris qu'il avait
eu la patience d'apprivoifer & qui était dans fa poche, y fut trouvée vivante &
intaéte.
La feconde exécution qui eut lieu le 8 Mai 1778, était celle d'un grenadier
& d'un caporal du régiment de Gatinois, condamnés au dernier fupplice en
expiation d'un affaffinat. Le bruit répandu que les grenadiers voulaient fauver
leur camarade, fit mettre 300 hommes, formés de piquets des divers corps de
la garnifon, en bataillon carré autour de l'échafaud. Au premier coup de barre
donné au grenadier fur une jambe, il pouffe un cri aigu. Des femmes, fpectatrices fi déplacées à ces exécutions dont elles font toujours avides, en font
émues, elles s'agitent pour s'éloigner. Ce mouvement eft pris pour celui de la
révolte qui doit fauver les criminels 5 la troupe fait feu, fe débande, pourfuit
les fpeétateurs & les paffans. Vingt-huit perfonnes furent tuées dans ce moment
ou moururent de leurs bleffures; 3: l'exécution eut lieu, après toutefois que le
bourreau, qui, fe rappelant le fort de fon camarade l'année précédente > avait fui
à la prifon, en eût été ramené au bout de trois quarts d'heure.
Comme la place-d'armes eft une interruption pour les rues qui y aboutiffent,
elles y changent de nom > excepté celle Notre Dame, qui paffe devant l'églife
& qui conferve le fien jufqu'à la. mer. J'ai dit que la rue Saint - Domingue devenait au Sud la rue Dauphine ou du Bac, & celle du morne des
Capucins la rue d'Anjou. Dans P'Ef de la place, la rue la plus au Nord eft
celle de Conflans > du nom d'un gouverneur-général, celle après eft la rue de
ja Fontaine > puis la rue Notre Dame. Ces coupures régulières &
dans la place Ia rendent encore plus agréable. On regrette cependant qu'on parallelés n'ait
pas imaginé de couvrir fa furface de chiendent en y laiffant des intervalles,
dans lefquels les gens de pied la parcoureraicnt. Le voifinage de la rue
de la Fontaine entretiendrait la fraîcheur néceffaire dans le terrain, 8c ce
ferait plus doux pour l'oeil qu'un fol fabloneux qui réfracte encore les tapis
du foleil. C'eft fur cette place qu'était le premier magafin du
rayons fit
acheter en 1698 M. de Galiffet, gouverneur du Cap,
écus roi,. que
les hardes des foldats & d'autres reverent-bons.. pour 400
payés par.
la rue
de la Fontaine entretiendrait la fraîcheur néceffaire dans le terrain, 8c ce
ferait plus doux pour l'oeil qu'un fol fabloneux qui réfracte encore les tapis
du foleil. C'eft fur cette place qu'était le premier magafin du
rayons fit
acheter en 1698 M. de Galiffet, gouverneur du Cap,
écus roi,. que
les hardes des foldats & d'autres reverent-bons.. pour 400
payés par. --- Page 360 ---
334 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Ce fut dans ce magafin que l'on plaça Phopital des religieux de la Charité
avant l'acquifition du terrain où ils font maintenant; 8x il devint enfuite le
logement de M. Auger, gouverncur 2 de M. Deflandes Intendant, puis de
M. de Charrite.
L'églife qui embellit la place-d'armes, & dont celle-ci tire auffi le nom de
place Notre Dame, eft un monument moderne > quoique le terrain où elle eft
ait toujours porté le temple du Seigneur. La première églife & par conféquent
la paroife du Bas du Cap, ne fut établie qu'un peu auparavant 1680, & pour
qu'onj juge bien de ce qu'elle était huit ans après, je crois devoir rapporter la
pièce fuivante 3 que je copie fur l'original:
>1 L'an 1688 3 le7 Mai, fxivant les ordres de M. de Cuffy , gouverneur pour le roi en l'ile de la
33 Tortue & côte de Saint-Domingue, nous François Camuzet, , procureur du roi au fiége royal du
33 Cap Se dépendances nous fommes tranfportés au quartier du Bas du Cap pour faire la vifite de
32 Péglife paroiffiale dédiée à P'Affomption de Notre Dame de Bon Secours, maifon presbytérale
32 & cimetière du dit lieu; au fajet de quoi nous avons fait affembler les marguilliers & principaux
>) habitans où nous avons vu l'églife conftruite de méchant bois de palmifte & toute prête a
>> tomber, couverte de feuilles fans être lambrifée, le tout felon la faculté des habitans, laquelle
33 églife nous avons trouvée dépourvue de toutes les chofes néceffaires..
33 Nous avons pareillement fait la vifte du cimetière de ladite églife, qui n'eft nullement clos
93 mais expofé à toutes fortes d'animaux. De là nous nous fommes tranfportés au presbytère 3 que
95 nous avons trouvé en pareil état que Péglife > prefque tout découvert, y pleuvant partout.
9> Déclarons que la pauvreté des habitans eft fi grande , qu'lleur eft impollible de remédier aux
33 fufdites néceffités. C'eft pourquoi nous avons fait le préfent procès-verbal pour être préfenté à
>> Sa Majefté, alin que par fa charité royale qui lui eft fi ordinaire , il lui plaife s' donner de
> fecours. Fait en préfence du révérend Père Jean Chrifoftome de Libourne, millionnaire de l'ordre
>3 des Capucins, fervant ladite églife, & des fouilignés les jour & an que deffus. Signé: F. Jean
33 Chrifoftôme 3 capucin miflionnaire indigne; de Franquefnay > C lieutenant de roi) ; Rouault,
3) marguillier; Bédcé, J. Lambert, Leftorel, greffier.
Les Efpagnols brulèrent en 1691 cette églife, à moitié détruite d'clle-méme,
On lui en fubftitua une à laquelle les ennemis forcèrent de mettre le feu en
1695- En 1696, une troifième églife de bois, couverte de pailles, occupa la
place de la feconde & y refta jufqu'an 1710,qu'on en bâtit une aufli de bois,
mais plus grande, mieux fermée & couverte d'effentes. Ce fut à celle là que
M. de Galiffet, gouverneur, > fit mettre une baluftrade autour du chceur, en
dedans duquel on plaça un banc pour lui.
En 1708 les habitans voulorent aveir un temple de maçonnerie, dont M,
ife de bois, couverte de pailles, occupa la
place de la feconde & y refta jufqu'an 1710,qu'on en bâtit une aufli de bois,
mais plus grande, mieux fermée & couverte d'effentes. Ce fut à celle là que
M. de Galiffet, gouverneur, > fit mettre une baluftrade autour du chceur, en
dedans duquel on plaça un banc pour lui.
En 1708 les habitans voulorent aveir un temple de maçonnerie, dont M, --- Page 361 ---
FR A NÇAIS E DE SAINT-D OMING U E. 335
le comte d'Arquian > gouverneur du Cap, ne pofa la première pierre que le 28
Mars 1715- Le père Boutia , alors curé, déploya tout fon zèle, afin d'accélerer
cette conftruction, > pour laquelle on fit des emprunts à 6 & même à 12 pour
cent, & enfin, le 22 Décembre 1718,elle fut bénite 8z confacrée, fous le
titre de l'Affomption de la Sainte-Vierge. Elle avait deux chapelles en croix,
l'une dédiée à Saint-Pierre, & l'autre à Saint-Jofeph; c'eft dans cette églife
qu'on mit les bancs honorifiques, dans les places que défignait l'ordonnance
des.Adminiftrateurs du 19 Mars 1712.
Vers 1725, les Jéfuites imaginèrent de former un Sanétuaire, qu'ils fermèrent
d'un beau grillage > avec un portail aufli de fer, & de chaque côtél duquel
étaient dix ftalles. Ils n'y laiffèrent que le banc du gouverneur ( car > avant 1743,
l'ordonnateur n'avait point de banc dans l'églife 3 à Saint-Domingue), & quand
les deux Adminiftrateurs principaux venaient au Cap, ils fe mettaient dans
ce Sanétuaire. MM. de Larnage & Maillart, confentirent à avoir leurs fauteuils
dans le Choeur, au-deffous du San@tuaire, où le banc feul du gouverneur
du Cap fut confervé. Ces innovations des Jéfuites mirent les bancs du Confeil,
du major 8cc., derrière leurs ftalles ,& non comme l'ordonnance le prefcrivait;
il paraît que l'orgueilleufe humilité de ces religieux 3 n'avait pas trouvé ce
calcul indigne d'elle.
Ce qu'on aura peine à croire, c'eft que dès 1739, l'églife, achevée feulement vingt ans auparavant, faifait craindre qu'elle ne s'écroulât. Le comble
ne fubfiftait plus qu'au moyen de cinq mâts, qui foutenaient les principaux
arreftiers de la noue des chapelles avecla nef, & que le moindre tremblement
de terre pouvait renverfer. Enfin les frayeurs. que donnait l'état chancellant
de l'églife > étantjuftement augmentées par un délai de trois ans, elles décidèrent
à demander aux chefs, en 1742, la permiflion de mettre une halle fur la
place-d'armes, ou l'on célebrerait P'office divin pendant la réparation de l'églife.
Cette halle fut conftruite fur l'alignement de la rue du morne des Capucins 1
de celle d'Anjou, dans la partie Nord-Oueft de cette place 2 & bénie le
3a Mai 1744.
On defcendit le comble de l'églife, & pendant quatre ans, on, ne fit rien
pour la réparer. On parla alors d'en conftruire une autre de pierre, &c la
paroiffe le décida ainfi en 1748. Il fe fit fort peu de travail, & on le ceffa en
1754 On fe fervait toujours du hangard de la place, lorfque le 4 Oétobre
jou, dans la partie Nord-Oueft de cette place 2 & bénie le
3a Mai 1744.
On defcendit le comble de l'églife, & pendant quatre ans, on, ne fit rien
pour la réparer. On parla alors d'en conftruire une autre de pierre, &c la
paroiffe le décida ainfi en 1748. Il fe fit fort peu de travail, & on le ceffa en
1754 On fe fervait toujours du hangard de la place, lorfque le 4 Oétobre --- Page 362 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
1764, le bureau de police municipale arrêta qu'on s'occuperait de continuer
cet édifice, 8c au mois de Mai 1765, on porta folemnellementle Saint-Sacrement
dans un de fes bas-côtés, où l'on fit l'office pendant quatre ans. L'on voyait
enfin le bâtiment s'avancer, lorfqu'en 1771 > on s'apperçut que les piliers étaient
prêts à crouler. On abandonna promptement l'églife 3 & comme la baraque de
la place avait été démolie, on choifit la chapelle des religieufes de NotreDame, pour y faire le fervice paroiffial.
Le preffentiment n'était pas faux , puifque le 4 Oftobre fuivant, à quatre
heures trois quarts du matin, les bas-côtés 8c la petite nef de la partie Occidentale,
furent renverlés, ainfi que les piliers de la grande nef., Comme ceux-ci.foutenaient en partie le ceintre qui avait été élevé pour former la voûte de cette
-
églife, la charpente fuivit la chûte du refte. Il avait fait la veille, à la même
heure, un tremblement de terre, court, mais affez vif; on a penfé qu'il
avait contribué à l'événement du lendemain, dont la caufe première élevait
un reproche qui n'épargna pas les talens des conftru@teurs.
Il fallut, pour bien dire, réédifier l'églife entière. La paroiffe s'affembla, le
IO Novembre 1771, reçonnut l'infuffifance des taxes antéricures, les, annulla,
& en fit de nouvelles. Enfin l'églife a été achevée, & la première cérémonie
qui y a été faite, fut le fervice de Louis XV, le 26 Juillet 1774. Le 14
Août fuivant, on y porta proceffionnellement le Saint-Sacrement, tiré de la
chapelle des religieules, & le lendemain, fête de la paroiffe 3 ily eut une
meffe en mufique, de la compofition de M. Gervaife 2 maître de mufique
du fpeétacle du Cap > pour célébrer cette dédicace. La conftruétion de cct
édifice, dura 26 ans, car la première pierre en avait été pofée le 28 Mars
1748, par M. de Vaudreuil, commandant général, & M. Samfon, commiffaire ordonnateur.
Le frontifpice ou portail de ce temple ( voyez l'Atlas ), eft compofé de
deux ordres, le prenier Dorique > & le fecond Ionique. La porte priggipale eft décorée de quatre colonnes accouplées, deux de chaque côté, encaftrées
dans le mur,jufqu'au quart de leur diambtrc,couronnées d'un fronton triangulaire,
dans lequel font fculptées les armes de France. Les deux petites portes de
ce frontifpice font décorées de quatre pilaftres 3 encaftrés dans le mur 3
des trois quarts de leur épaiffeur. Au-deffus de ces deux portes font deux niches,
où font placées deux ftatues de pierre, repréfentant les deux premiers apôtres,
L'ordre
de grandeur un peu plus que naturelle.
ambtrc,couronnées d'un fronton triangulaire,
dans lequel font fculptées les armes de France. Les deux petites portes de
ce frontifpice font décorées de quatre pilaftres 3 encaftrés dans le mur 3
des trois quarts de leur épaiffeur. Au-deffus de ces deux portes font deux niches,
où font placées deux ftatues de pierre, repréfentant les deux premiers apôtres,
L'ordre
de grandeur un peu plus que naturelle. --- Page 363 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 337
L'ordre fupérieur eft compofé de quatre colonnes & de deux pilaftres, qui
eorrelpondent à ceux de l'ordre inférieur, & dont les faillies font dans la même
proportion. Le tout eft terminé & couronné par un fronton demi-circulaire,
dans lequel eft fculptée une gloire; ce fronton eft furmonté par une croix de pierre,
qui a même été refaite depuis, dans des dimenfions plus petites s parce qu'elle
avait été frappée du tonnerre,
Ce portail, élevé fur les plans & la direction de M. Rabié 3 mort ingénieur en
chef de la Partie du Nord, eft un oraement pour la place, & l'on en eft frappé,
lorfqu'on y arrive. On l'a regratté en 1788, ce qui lui rend tout l'éclat de la
pierre fur laquelle on a paffé une couche de chaux rendue légèrement bife ; c'eft
de Nantes que la pierre de taille a été apportée.
Mais lintérieur ne répond pas à ce frontifpice.
L'églife a 206 pieds de long fur 84 de large > dans ceuvre 3 ce qui fait qu'elle
traverfe une rue > parce qu'elle parcourt prefque la longueur de deux ilets; tandis
que l'ancienne avait jufte lilet pour mefure. On monte deux petites marches
pour y arriver. La première chofe qui frappe en entrant dans ce vaiffeau, c'eft
qu'il eft terminé par une charpente, tandis qu'il avait été conftruit pour être
voûté. Cette fauffe proportion écrafe tout l'intérieur qui eft d'ordre Ionique. Il
eft compofé de trois nefs : la grande, dont chaque côté eft décoré de fix portiques 3 a 36 pieds de largeur fur 40 de hauteur y compris la corniche. Tout l'ordre
eft furmonté d'un attique pour recevoir la voûte & fervir d'appui aux vitreaux.
Les bas côtés vont fe terminer à la croix dont les extrémités, formant le choeur
& deux chapelles, font circulaires.
Le choeur eft fermé, par une belle grille de fer dont les ornemens font dorés.
L'autel eft à la romaine 5 du côté de l'épitre, font les fiéges du prêtre officiant
& de fes affiftans > & un peu plus haut, ceux deftinés au général & à l'intendant;
du côté de l'évangile 2 eft celui du commandant en fecond & de l'ordonnateur.
Derrière le maître-autel &c abfolument contre le mur, du fond du choeur, eft un
autre autel de plâtre, au-deffus duquel eft un fépulcre ouvert. Au milieu de
celui-ci fur le derrière, & à chacun de fes deux bouts, eft un perfonnage mafculin.
Deux d'entr'eux regardent dans le fépulcre & le troifième contemple une affomption qui eft auffi de plâtre, & qui furmonte tout le fujet;1 la vierge s'élève dans une
nuée chargée de têtes d'anges & deux anges entiers la couronnent. L'autel
&c fes acceffoires occupent un efpace de 15 pieds de haut fur 12 de large
Tome I,
V V
, eft un perfonnage mafculin.
Deux d'entr'eux regardent dans le fépulcre & le troifième contemple une affomption qui eft auffi de plâtre, & qui furmonte tout le fujet;1 la vierge s'élève dans une
nuée chargée de têtes d'anges & deux anges entiers la couronnent. L'autel
&c fes acceffoires occupent un efpace de 15 pieds de haut fur 12 de large
Tome I,
V V --- Page 364 ---
338 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
De chaque côté du choeur eft une porte qui conduit à une facriftie. Celle de
la droite en entrant, eft deftinée à la préparation des prêtres & de ce qui eft
néceffaire à l'office divin ; l'autre à recevoir les perfonnes, pendant la rédaétion
des aétes de baptème, de mariage & de fépulture; toutes les deux font trop
petites.
Au-deffus de la porte de la facriftie de l'Oueft, eft un tableau d'environ fix
pieds de haut, repréfentant St-Bonnaventure qui écrit; il fait le pendant d'un SaintSaintin à genoux > placé fur la porte oppofée. Ces deux tableaux ont été offerts
par deux capucins du nom des deux Saints. Ils peuvent donner une idée favorable
du motif des donateurs, mais ils ne produiront pas le même cffet, quant au
- A
talent de l'artifte.
C'eft auffi du cô:é Occidental du chceur, fur le mur & au-deffus du fiège du
gotverneur-général > qu'on voit l'épitaphe de M. de Belzunce ar mort' dans la
paroiffe du Trou, le 4 Août 1763, &c enterré dans cette partie de l'églife le
lendemain. Elle eft gravée fur un- marbre blanc encaftré dans une bordure de
màrbre noir: Le haut de ce monument, qui forme un carré de quatre pieds de
long fur deux pieds &c demi de large, eft furmonté par une urne cinéraire, &
terminé inféricurement par un écuffon armoirié 3. le tout eft doré d'or moulu..
L'épitaphe eft en ces termes :
HI C JACET
ARMANDUS Vicecomes DE BELSUNCE,
In quo claritas antiqui generis 3
Minimum ad gloriam monumentum fuit.
Civis placidus, Amicus certus & fuavis 5
Strenuus Bellator & pericalorum appetens 3
Anima prodigus ut militi parceret ;
Sola fortiter factorum-& vulnerum commendations >
Ad. magna eveÉtus,
Regiorum exercituum Legatus.
Tandem parta per labores mercede,
Santi-Dommnici Infula prefefturà donatus
Novis plena laboribus :
Dam demendate fibi Provincia faluti acriter invigilat:
Morbo praereptus obit,
Die 4a. Augufti, Ann. D. 1753Etatis, 43Sublato ex oculis amico, amicus confecravit DE CASTERA,
Regis excrçituum Brigaderius, MDCCLXILIL
Regiorum exercituum Legatus.
Tandem parta per labores mercede,
Santi-Dommnici Infula prefefturà donatus
Novis plena laboribus :
Dam demendate fibi Provincia faluti acriter invigilat:
Morbo praereptus obit,
Die 4a. Augufti, Ann. D. 1753Etatis, 43Sublato ex oculis amico, amicus confecravit DE CASTERA,
Regis excrçituum Brigaderius, MDCCLXILIL --- Page 365 ---
FRANÇAISE D E SAIN T-DOMINGUE, 339
Les autels des deux chapelles font de marbre blanc. Celle de la gauche eft
confacrée à la Vierge. Onya placé un grand tableau, donné à l'églife aul mois de
Mai 1788, > repréfentant l'adoration des mages; c'eft une croûte qui défigure l'églife. La chapelle de la droite était autrefois fous l'invocation de St-Jean Baptifte
dont on apperçoit encore la petite ftatue placée en 1774, en même-tems que
celle de la vierge l'avait été dans l'autre chapelle. Ony a mis un tableau de SaintFrançois , peint debout, une croix à la main. C'eft un préfent du R. P. Saintin,
préfet de la miffion ; ce tableau quoique bien fupérieur à l'autre, eft lui-même
trés-médiocre &x n'eft pas une excufe pour avoir préféré le féraphique inftituteur
des Capucins, au précurfeur de I'Homme-Dieu.
Une chaire de bois d'acajou fculptée, eft placée fur le côté gauche de la grande
nef. Elle a coûté deux mille écus, mais elle eft ridicule par fa petiteffe, relativement au vaiffeau. Léglife eft pavée de carreaux de marbre noir &c blanc.
Depuis quelques années, un jeu d'orgues eft placé en jubé, à l'extrémité de
l'églife &c en face du maitre-autel. Il eft bien faible pour l'étendue où il doit fe
faire entendre > mais il eft peut-être encore trop fonore pour les mains novices
qu'il trahit.
C'eft dans l'enceinte de cette églife, parce qu'elle comprend celle de l'églife
qu'elle a remplacée > qu'a été inhumé, le 5 Mars 1739, M. d'Orgeville 3
anaître des requêtes & intendant des Iles du vent, qui venait d'être nommé
à l'intendance générale de la marine. Le miniftre lui avait écrit, le 20 Janvier
1738, pour l'engagerà paffer à Saint-Domingue, en revenant de la Martinique
en France, &c à y prendre des renfeignemens exaéts fur tout ce qui concernait
cette Colonie. M, d'Orgeville avait d'autant plus volontiers accepté cette
miffion, qn'elle lui donnait l'occafion de revoir M. de Larnage > fon ancien
ami. Il mourut au Cap, le 4 Mars 1739, au foir. La paroiffe accepta même
le 15, les tentures qui avaient été mifes à l'églife & au
gouvernement, 2 où
M. d'Orgeville était mort, paur lui tenir lieu des cinq cens livres dues à la
fabrique pour fon inhumation.
Le héros de Belle-Ile, , dans la guerre de 1756, aauffi mêlé fes cendres
A la pouffieère de ce. temple. M. le chevalier de Sainte-Croix, embarqué
fur l'efcadre de M. Dubois de la Motte, qui portait des fecours trop tardifs
a la Martinique 3 devait avoir le commandement des troupes dans cette Ifle,
f elles y avaient débarquées. Obligé de fuivre l'efeadreà Saint-Dominguey
Vv2
, , dans la guerre de 1756, aauffi mêlé fes cendres
A la pouffieère de ce. temple. M. le chevalier de Sainte-Croix, embarqué
fur l'efcadre de M. Dubois de la Motte, qui portait des fecours trop tardifs
a la Martinique 3 devait avoir le commandement des troupes dans cette Ifle,
f elles y avaient débarquées. Obligé de fuivre l'efeadreà Saint-Dominguey
Vv2 --- Page 366 ---
340 DESCRIPTION DELA PARTIE
où il arriva le 17 Mars 1762, il demanda l'agrément de retourner en France
pour y. continuer fes fervices, inutiles dans une Colonie dont la partie militaire
était confiée àM. de Belzunce. Un ordre du roi, du mois de Juillet, l'y autorifait,
mais lorfqu'il parvint, M. de Sainte- Croix n'était plus. Sa mort eft arrivée
le 18 Août 1762.
Il n'y a point, dans l'églife du Cap, d'autres bancs que ceux accordés
par l'ordonnance du roi, du I5 Novembre 1728. J'ai déjà dit où font les
fauteuils &c les prie-dieu des deux Adminiftrateurs, & le banc du Commandant en fecond, & de l'ordonnateur dans le choeur. Ily en a un à double rang 3
à droite, pour le Confeil fupérieur ( car on le conferve encore ), enfuite
eft celui de la Sénéchaffée. En face de celui du
celui
-
duquel
Confeil, eft
du
A
lieutenant-de-roi; au-deffous eft celui du
tient celui commif-
-
major, auquel
du
faire de la marine, qui n'en eft féparé que
une çloifon. Le commandant par
des milices de la paroiffe en a un auffi, au bas de celui de la
-
Sénechauffée,
B
& celui des marguilliers fait face à la chaire.
Tous ces bancs font contre les piliers & fe regardent les uns les autres,
à
excepté celui du commandant des milices, qui fait face à l'autel. Le refte
de l'églife eft abiolument libre, & les perfonnes qui veulents'y affeoir, font
obligées d'y faire porter des chaifes chaque fois qu'elles y vont. Dans l'origine
c'était abfolument la même chofe ; du moins je puis affurer que depuis 1718,
il n'y a point cu de banc dans cette églife pour les fidelles.
Comme cette églife eft lunique paroiffe du Cap, elle ferait trop petite
fi la dévotion des paroifliens n'était pas un peu tiède. Iln'y a guères que durant
la Semaine-Sainte > & aux fêtes très-folemnelles, qu'elle eft abfolument remplic.
Le fervice y eft célébré avec pompe 5 ily a un fuiffe gn habit bleu , qu'à
établi une délibération de la paroiffe du 17 Février 1743. Chaque jour ouvrier
on dit une meffe, au point du jour, pour les ouvriers, &x une autre à fept
heures;. celle-ci a été fondée. Le dimanche, immédiatement après la meffe
paroiffiale, les nègres fe réunifent dans l'églife, y: font la priére & chantent
des cantiques i quelques vieillards des deux fexes fe font les chefs. de ces
exercices, à la fuite defquels fe dit une meffe baffe, appelée la mele des
nègres
La fabrique eft affez riche pour frayer aux dépenfes ordinaires, & loriqu'il
y en a de confidérables, elles font faites d'après des contributions particulicres.
iffiale, les nègres fe réunifent dans l'églife, y: font la priére & chantent
des cantiques i quelques vieillards des deux fexes fe font les chefs. de ces
exercices, à la fuite defquels fe dit une meffe baffe, appelée la mele des
nègres
La fabrique eft affez riche pour frayer aux dépenfes ordinaires, & loriqu'il
y en a de confidérables, elles font faites d'après des contributions particulicres. --- Page 367 ---
PRANGAISE DE SAINT-DOMINGUE 341
L'égife du Cap a reçu plufieurs bienfaits en dons & en legs. M. Gabriel
Barau, marchand rue Efpagnole, natif de Clérac, en Saintonge, qui avait
déjà mérité d'elle par des aétes généreux, le titre & les honneurs de marguillier, le I Janvier 1757, lui légua le 30 Mais 1758 : I°, 6,000 livres
pour être diftribuées aux pauvres honteux ; 2°. 20,000 livres pour fonder à
perpétuité une meffe de requiem, les jours ouvriers à onze heures, & les fêtes
& dimanches après la meffe des nègres $ 3°. & le refte de fa fucceffion 9
valantplus de 100,000 livres, pour être employé en maifons > dont le produit
doit être diftribué annuellement aux pauvres honteux de la paroiffe.
Celle-ci a deux marguilliers dont un eft remplacé chaque année; ils font,
avec le euré, les Adminiftrateurs de la paroiffe. Les affemblées de paroiffiens
fe tiennent au milieu de la grande nef, en face de la chaire. Elles font ou
défertes ou tumultucufes., fuivant leur objet, & l'on y a vu dans des nominations, plus de fcrutins que de votans. Il ya 24 notables,. ce font des
perfonnes que les. paroifliens choififfent àl la pluralité des voix, & parmi lefquelles
on prend enfuite les marguilliers, & les commiflaires que la paroiffe nomme
pour veiller à des objets qui peuvent l'intéreffer > commc des marchés, &c.
La paroiffe du Cap eft la feule de lIlle qui ait un greffier, gardien de fes
archives, chargé du recouvrement des fommes dues à la fabrique 5 il a été
établi par une ordonnance du 22 Décembre- 1757-, qui l'affimile aux marguilliers > pour les droits honorifiques, qui font toute fa rétribution.
Les paroiffiens du Cap avaient imaginé,. depuis un certain. nombre d'années,
un expédient plus utile que délicat, > pour procurer des fonds à l'églife. Il
confiftait à nommer pour marguillier- des perfonnes que l'on favait craindre
cette nomination 3 & fur-tout celles que l'on connaiffait pour n'être pas de
la religion catholique romaine 5 & de qui lon recevait ordinairement mille
écus, pour obtenir. d'en être difpenfé.. Cette conduite fimoniaque m'avait infpiré
trop d'indignation, pour ne m'en pas reffouvenir, lorfque le miniftre de la
marine me chargea en 1788, d'une rédaétion appropriée aux Colonies, de
la loi fur les Non- Catholiques, & l'artiele IO eft fpécialement deftiné à fauver
à l'avenir. un pareil fcandale.
Il eft bien difficile de favoir au jufte ce qu'a coûté l'églife du Cap. Si
j'en crois le plus grand nombre des rapports, la dépenfe a été à 1,200,000
livres; d'autres l'ont portée jufqa'à 1,800,000. Elle offre cependant, dans
ies, de
la loi fur les Non- Catholiques, & l'artiele IO eft fpécialement deftiné à fauver
à l'avenir. un pareil fcandale.
Il eft bien difficile de favoir au jufte ce qu'a coûté l'églife du Cap. Si
j'en crois le plus grand nombre des rapports, la dépenfe a été à 1,200,000
livres; d'autres l'ont portée jufqa'à 1,800,000. Elle offre cependant, dans --- Page 368 ---
342 DESCRIPTION DE LA PARTIE
plus d'une partie, des preuves d'ignorance; fa lente édification n'a pas toujours été accompagnée de la plus auftère probité.
Le 2 Novembre 1782, à cinq heures du foir, les chevaliers de l'ordre
de Saint-Jacques, en Elpagne, officiers dans les divers corps de troupes
efpagnoles, réunies alors au Cap fous le commandement de Don Bernard de
Galvez 3 y ont reçu un chevalier de l'ordre de Calatrava, en vertu d'un
pouoir exprès du roi d'Efpagne.
Le tour immédiat de l'églife n'eft point encore débarraffé depuis vingt ans 3
de quelques portions de conftruétions voifines 3 qui y exiftaient lors de la
première églife, dont elles fe trouvaient affez éloignées. Des deux portes
latérales, qui donnent dans les pecites nefs, en face des rues Saint-François
& Chaftenoye, celle de lOueft feule peut fervir, quoique l'accès en foit malpropre & embarraffée. On avait auffi le projet de démolir le clocher, petite
tour de maçonnerie, de forme carrée &z de 60 pieds de hauteur, conftruite
en 1718, lorfqu'on trouvait un paffage entr'elle & l'églife. Maintenant elle
y eft contigue & fe trouvant alignée fur le portail, elle lui ôte une partie
-
de fa grace. Le clocher renferme une horloge qui mefure fort inégalement
le tems, & le bas eft le logement du fuiffe. Ona auffi au Cap l'amour-propre
des grofles cloches, mais ce goût ferait ruineux,'il était toujours fatisfait;
car les nègres aiment, eux, à les caffer, en les fonnant avec violence, & en
a
les failant fervir à des carillons affourdiffans. Il y a long-tems qu'il en exifte
une félée, dont le fon fépulcral eft très-analogue aux enterremens qu'elle
annonce. Les nègres prétendent que dans fon finiftre accord avec une autre,
pour qui elle fait la baffe, elles difent : Bon blanc mouri: mauo3 râté. Uz
bon blanc efmort : les mécbans refieut.
Derrière l'églife paffe la rue des Religieufes. Lorfqu'on y eft, on trouve
une petite ruelle d'environ 50 pieds de long, qui conduit exaétement à la
porte d'un petit caveau, pratiqué dans le derrière de l'églife, où l'on dépofe
les perfonnes qui ont cette fépulture à titre d'honneur, ou celles pour qui on
l'achète 3,000 livres. La précédente égliie avait auffi un caveau, mais dans
l'enceinte de la facriftie, & les Jéfuites y avaient même fait enterrer le père
Laval, curé du Trou. On a fubititué le caveau aéluel à l'ufage f funefte,
dans les pays chauds, d'enterrer dans les églifes. L'orgueil eft fatisfait 8c la
nuit le corp3 eft transféré au cimetière de la Foffette. C'eft dans ce çaveau
ie avait auffi un caveau, mais dans
l'enceinte de la facriftie, & les Jéfuites y avaient même fait enterrer le père
Laval, curé du Trou. On a fubititué le caveau aéluel à l'ufage f funefte,
dans les pays chauds, d'enterrer dans les églifes. L'orgueil eft fatisfait 8c la
nuit le corp3 eft transféré au cimetière de la Foffette. C'eft dans ce çaveau --- Page 369 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 343
qu'on tranfporta avec les cérémonies funébres, le 23 Août 1773,les offemens des religieux Jéfuites enterrés dans la chapelle de leur maifon conventuelle 3
devenue la maifon du gouvernement. J'ai vu dans ce caveau, en 1777, des
parties de cadavre parfaitement entières & defféchées. Elles fe trouvaient dans
un point à gauche de l'entrée, où le fol eft fabloneux. Quelques dévotes
crièrent au miracle, & affurèrent que ces dépouilles périffables, étaient celles
de ces anciens Jéfuites 3 ce que contredit leur tranfport de 1773C'eft auffi dans ce caveau, qu'on mit, le 9 Avril 1777, les entrailles de M.
lc comte d'Ennery > gouverneur-général, & que fut enterré, le 8 Mars 1780,
M. le comte d'Argout, 3 fon fucceffeur, mort la veille.
En face de ce caveau & au Sud de la rue des Religieufes, commence la rue
Fermée. Elle méritait autrefois doublement ce nom, d'abord parce qu'clle n'a
jamais été percée jufqu'au bout de la ville. 3. puifqu'elle fe termine à la rue du
Hafard , où elle va par une ligne dirigée au Sud-Sud-Oueft, qui s'écarte conféquemment du parallélifme des autres rues i enfuite parce qu'elle était terminée à
fon bout Nord, s par un ancien cimetière qui avait 150 pieds de PEt à l'Oueft fur
60 du Nord au Sud, depuis la rue des Religieufes jufqu'à la. rue du Cimetière
qui lui doit fon nom.
Ce cimetière laiffait à PER, environ 60 pieds entre lui & la rue du Bac ou
Dauphine, &x autant à l'Oueft entre lui & la rue d'Anjou. Dans une épidémie
qu'ily eut au Cap, vers le mois de Mars 1736, ce cimetière étant trop petit &c
fa fituation faifant redouter la contagion, les Adminiftrateurs en fecond du Cap,
firent former pour les matelots & les nègres, le cimetière de la Foffette qui, après
avoir été négligé très-long-tems > eft enfin devenu celui de la paroiffe en 1761,
Le vieux cimetière eft deftiné à recevoir un très-beau prefbytère, depuis qu'une
ordonnance de MM. de Reynaud &x Le Braffeur du 23 Avril 1781, a fait ouvrir
la rue Fermée, ,jufqu'à la rue des Religieufes. On y conftruit une belle maifon
de maçonnerie, fur le côté Oueft de la rue Fermée.. L'ordonnance des Adminiftrateurs, du. 22 Septembre 1787, a homologué le marché de 955000 liyres,
paffé entre la paroiffe 8c M. Renaud > entrepreneur > celui qui a terminé l'Églife.
La rue Fermée avait été clofe auffi dans fa partie Sud, mais par un jugement
des Adminiftrateurs du 12 Mars 1765, fur la demande de M. Yvon, M. Ducaffe
fut obligé de faire cefferl l'interception qui était fon ouvrage,
des Adminiftrateurs, du. 22 Septembre 1787, a homologué le marché de 955000 liyres,
paffé entre la paroiffe 8c M. Renaud > entrepreneur > celui qui a terminé l'Églife.
La rue Fermée avait été clofe auffi dans fa partie Sud, mais par un jugement
des Adminiftrateurs du 12 Mars 1765, fur la demande de M. Yvon, M. Ducaffe
fut obligé de faire cefferl l'interception qui était fon ouvrage, --- Page 370 ---
344 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
L'incendie qui fe manifefta dans la rue de Penthièvre, > pendant la nuit du 20
au 21 Décembre 1734, confuma la majeure partie de la feconde feétion & prefque tout ce qui exiftait alors de la première. Ses ravages & ceux dontil fut la caufe
parce qu'on abatit plufieurs maifons afin de fauvér le refté de la ville, s'étendit
depuis la ravine jufqu'à la rue Chaftenoye, dansle fens du Nord au Sud & depuis
la rue du Palais &c le côté Et de la place-d'armes , jufqu'au bord de la mner >
c'efb-a-dire,jufu'a côté Oueft de la rue Neuve ; ce qui comprenait 35 ilets. A
cette époque le Cap n'avait pas 20 maifons qui ne fuffent pas de palmiftes.
Le 24Janvier 1735, une ordonnance de M. de Chaftenoye engagea à rebâtir
en maçonnerie > ou au moins en briques entre poteaux. Quant aux maifons qu'on
devait rebâtir en bois, il prefcrivit d'en faire rentrerla façade de dix-huit pouces,
de manière qu'on pûr les réédifier en maçonnerie à une autre époque &c trouver
l'épaiffeur du mur. Il y a encore quelques maifons de bois où l'on remarque cette
rentrée de 18 pouces. Le 15 Juillet 1735, il y avait déjà 25 maifons reconftruites, & au mois de Septembre 1736, la valeur de 27 ilets rebâtis; l'on
ne
dans cette nouvelle
douzaine
maifops
-
voyait
ville, qu'une
de
qui ne fuffent
pas de maçonnerie; & le Cap s'était augmenté du magafin du roi conftruit vers
la mer.
Dans les rues qui coupent la feconde feétion de PEt à l'Oueft, on compte
fuccelfivement, après celle du Confeil qui eft la plus Septentrionale, les rues
Saint-Pierre & Saint-. Jean, (les deux noms de baptême de M. de Charrite ), la rue Saint-Laurent, patron de M. de Valernod, gouverneur de la
Colonie en 171I; celles de Conflans 2 de la Fontaine & de Notre - Dame.
Celle de Chaftenoye qui les fuit & que l'églife ferme dans l'Oueft, allait,
autrefois, de la mer au morne du Cap. Je ne fais quel nom elle portait originairement, mais lorfque M. de Chaftenoye gouverneur > vint fe loger dans
la maifon qui faifait le coin Sud-Oueft de cette rue avec le marché aux
Blancs & qui fe trouvait alors au bord de la mer, on l'appela rue SaintÉtienne. 3 à caufe du patron de M. de Chaftenoye. Puis le logement du gouverneur étant appelé le gouvernement, on dit la rue du Gouvernement, au lieu
de la rue Saint-H Étienne, 3 & la rue aétuelle du Gouvernement, dontj'ai parlé au
commencement de cette feconde feétion 3 fut appelée la rue du Vieux Gouvernement. Lorfque les Jéfuites bâtirent leur chapelle > dans leur enclos, le long
de la rue Saint-Erieane, on appela la portion qui fe trouvait au Couchant de
l'églife,
neur étant appelé le gouvernement, on dit la rue du Gouvernement, au lieu
de la rue Saint-H Étienne, 3 & la rue aétuelle du Gouvernement, dontj'ai parlé au
commencement de cette feconde feétion 3 fut appelée la rue du Vieux Gouvernement. Lorfque les Jéfuites bâtirent leur chapelle > dans leur enclos, le long
de la rue Saint-Erieane, on appela la portion qui fe trouvait au Couchant de
l'églife, --- Page 371 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMING UE.
l'églife, , la rue Saint-Prançois-Xavier, patron de la chapelle des
Jéfuites, nom
qu'elle a confervé, tandis que la partie inférieure de la rue Saint-Etienne
ou du
Gouvernement a fini par fe nommer la rue
Chaftenoye. Quant à la rue des
Religieufes 3 placée au Sud de celle Chaftenoye, 3 j'en parle ailleurs &c l'on vient
d'apprendre l'origine du nom de larue du Cimetière qui eft la plus Méridionale de
la feconde feftions
100 Z -X # AX € >3 A XX 3 0000
TROISIEN M E SECTION.
PLACÉE au-deffus de la feconde feftion, la troifième va, comme elle, de la
ravine à la rue du Cimetière du Nord au Sud, 8c des rues dumorne des
& d'Anjou dans l'Et, jufqu'à la rue des Marmoufets & à la
Capucins
dans l'Oueft. Comme la ravine rentre un peu dans le Sud, le rue Efpagnole
troifième fection, fa furface eft moindre que celle de la feconde, long de cette
Cette rentrée de la ravine eft caufe que la rue du Confeil trouvé fon
mité Occidentale fur cette feétion, dans la rue Royale. Sur le côté Oueft extré- de
cette dernière, & en face de la rue du Confeil, eft une fontaine
le nom. Elle eft compofée d'un fimple portiqué dont les deux qui en porte
&c Doriques ont un très-petit focle, fervant de
& çolonnes carrées
piédeftal ne débordent de
quelques pouces le mur auquel tout le travail eft adoffé, Au-deffus de que
ment qui eft continu, eft un fronton triangulaire fans
l'entableeft creufé en niche
ornemens. Le portique
demi-circulaire 5 un robinet fournit l'eau. Cette fontaine
eft à peine apperçue 3 on ne connaît guères d'elle que fon utilité, & l'on
dire qu'elle fait le bien modeftement.
peut
La première rue parallèle & fupérieure à celle des Capucins, eft la
Vaudreuil. Le Cap devait ce témoignage de reconnaiffance à
rue
un commandantgénéral, qui a été fort occupé de fon embelliffement &
qui en aimait
féjour. Cette rue qui travérfe maintenant tout le Cap du Nord
le
de la ravine, avait un autre nom dans fa
au Sud, partir
partie exiftante avant
Elle
commençait encore en 1732 â la rue de Bourbon & finiffait à celle du 1748.
A la vérité il en exiftait environ 200
Hafard.
pieds, à compter de la ravine
vers les deux tiers du premier ilet au Sud de la
jufques
là
la
rue du Confeil; mais
jufqu'à rue de Bourbon, elle était
depuis
Tome I.
interrompue : d'abord au Nord par
X X
exiftante avant
Elle
commençait encore en 1732 â la rue de Bourbon & finiffait à celle du 1748.
A la vérité il en exiftait environ 200
Hafard.
pieds, à compter de la ravine
vers les deux tiers du premier ilet au Sud de la
jufques
là
la
rue du Confeil; mais
jufqu'à rue de Bourbon, elle était
depuis
Tome I.
interrompue : d'abord au Nord par
X X --- Page 372 ---
345 DESCRIPTION DE LA P AR TIE
l'extrémité du morne des Capucins, & enfuite par l'immenfe jardin potager de
M. de Charrite, qui s'étendait, du Nord - Oueft au Sud-Eft, jufqu'au point
où eft aujourd'hui l'angle Nord-Oueft des rues. de Bourbon &x du morne des.
Capucins, fur la place-d'armes.
La rue Royale qui eft au-deffus de la rue Vaudreuil > & qui était alors la
rue Saint-Félix, était précifément dans le même cas, 8c ne parvenait même
qu'à la rue Sainte-Marie dans le Nord, parce que lejardin de M. de Charrite qui
fuivait la direétion du côté Oueft du morne des Capucins, entre lequel &c lui
était un paffage, avait 70 toifes de long fur 30 de large. Il allait obliquement
depuis la rue Bourbon jufqu'à la rue Traverfne dont une prononciation
corrompue a fait la rue Traverfère, qui était fa borne au Nord, &c qui doit
fon défaut de parralleliine avec les autres rues, à la néceflfité de fuivre la
direétion de ce bout du jardin.
C'eft ce terrain, aujourd'hui fi précieux, que Mde. de Verdelin, veuve de
M. de Charrite > vendit, avec d'autres qui font entrés depuis dans l'enceinte de
la ville, à M. Dujarriay en 1728, &x que celui-ci revendit enfuite par emplacemens, à commencer, de 1732. Il y avait donc fept ilets de la troifème feétion
qui n'exiftaient point quand cette. vente jeut lieu, mais en 1736 elle n'avait
de non-bâti que ce que le morne des Capucins en occupait encore. On peut
donc compter que ce n'a été que vers 1750 que tout. cet efpace a eu des
mailons.
A l'angle Nord-Eft des rues Vaudreuil & Saint-Pierre, eft une grande &s
belle maifon à étage, qu'on connaît encore fous le nom d'ancienne comédie. Un
peu avant 1740; quelques perfonnes eurent l'idée de fe réunir pour jouer la
comédie. On fit difpoler en conféquence une maifon qui était à l'angle Sud-Eft
des rues Notre Dame &c Royale, & là des aÉteurs plutôt tolérés qu'avoués par
Thalie, trouvaient du moins l'amulement s'ils n'y faifaient pas briller. le talent..
Quelquefois dans leur zèle ils: prétendaient aufli charmer Melpomène. On jouait
rarement, & quand on avait befcin de fonds pour le loyer, le luminaire, &c,
on donnait des repréfentations extraordinaires, où les billets étaient payés 6 liv;
aux premières places. En 1743 les dépenfes avaient abforbé la recette, & le
théâtre chancelait, lorfque foixante perfonnes firent un accord le 23 Février
1744, pour le foutenir pendant deux ans.
Au moyen de cet. arrangement, le fpeétacle devint gratujt & chaque. foufcrip-
de fonds pour le loyer, le luminaire, &c,
on donnait des repréfentations extraordinaires, où les billets étaient payés 6 liv;
aux premières places. En 1743 les dépenfes avaient abforbé la recette, & le
théâtre chancelait, lorfque foixante perfonnes firent un accord le 23 Février
1744, pour le foutenir pendant deux ans.
Au moyen de cet. arrangement, le fpeétacle devint gratujt & chaque. foufcrip- --- Page 373 ---
FRANGAISE D E SAINT-DOMINGUE
teur avait quatre billets par repréfentation, le fien compris. On difpofa alors
le parterre en amphithéâtre avec des bancs, de manière que tous les fpectateurs
étaient affis. Le fpectacle fut mis fous la proteétion du gouverneur & de l'ordonnateur, auxquels on déféra le choix d'un tréforier & d'un direéteur parmi les
foufcripteurs.
Cette première foufcription fut renouvellée, & le fpectacle vint dans la maifon
dela rue Vaudreuil (*) que je cite > ouil a étéjufqu'en 1764qu'il a été mis dans le
local où il fe trouve maintenant, &c dont je parle dans cette feétion.
Il femble qu'il foit de la deftinée de cette maifon de fervir à plaire aux
habitans du Cap, en les inftruifant. Depuis la fin de 1788, on a établi dans fon
premier étage un cabinet littéraire 3 au moyen d'une cotifation faite par 80
perfonnes, qui ont donné quarante-deux piaftres gourdes chacune. Ce local
tres-élégamment meublé > renferme outre une bibliothèque utile & tous les
journaux intéreffans, trois pièces deftinées au jeu de billard, à celui du triétrac
&c à des jeux de fociété, ) ( car on en a profcrit ceux de hafard ), dont la
rétribution couvre les dépenfes d'entretien.
C'eft là qu'on peut trouver, dans plufieurs genres, un préfervatif affuré contre
l'ennui, & qu'un étranger qui a un foufcripteur pour répondant, rencontre une
compagnie choifie 8z s'efforce d'ajouter lui - même aux agrémens de ce lieu
de réunion dont l'idée eft heureufe.
On reconnaît aifément dans le terrain de l'ancienne comédie, une partie du
morne des Capucins. Ce bout de la rue Vaudreuil &c celui même de la rue
Royale, 2 laiffent encore voir un roc vif feuilleté.
C'eft dans la rue Vaudreuil qu'on trouve la Société royale des Sciences &
Arts du Cap-Français. cet établiffement qui, encore à fon berceau, a déjà
répondu aux efpérances qu'il avait fait concevoir.
Le 8 du mois de Juin 1784, un officier de la marine 2
avantageufement connu
par fes talens dans cC métier difficile & par des obfervations nautiques
vint au Cap, l'efprit enflammé par l'une de ces idées brillantes que l'imagination >
embellit encore. Une époufe féduifante, partageant la même
opinion > femblait
M. de Bory, gouverneur-général, trouvant Rouffeau au café de la Régence à Paris, crut lui
faire un compliment en lui difant: Pai u jouer votre Devin du wvillage au Cap-Frangain-Tast
pis pour vouslui répondit le févère Jean- Jacques, qui n'avait fans doute pas mis au rang des béatitudes
théâtrales 9 celle d'être joué par des amateurs,
X X2
oufe féduifante, partageant la même
opinion > femblait
M. de Bory, gouverneur-général, trouvant Rouffeau au café de la Régence à Paris, crut lui
faire un compliment en lui difant: Pai u jouer votre Devin du wvillage au Cap-Frangain-Tast
pis pour vouslui répondit le févère Jean- Jacques, qui n'avait fans doute pas mis au rang des béatitudes
théâtrales 9 celle d'être joué par des amateurs,
X X2 --- Page 374 ---
548 DESCRIPTIOI N DE LA PARTIE
s'être affociée à l'apoftolat maritime de fon époux, 3 & à leur voix le magnétifmne
eut des fectateurs. On vit, dès le 26 du même mois, à la Providence des
hommes > un baquet qu'alllégèrent des obltrués, des goûteux, des afthmatiques.
Mais là auffi, le mefmérifme trouva des incrédules. Le premier qui douta fut un
médecin, auquel on femblait déjà reprocher fon inutilité &c que l'on crut trop
encroûté des préjugés d'Hypocrate, > pour être digne de la nouvelle théorie.
Devenu contradiéteur, ) par le fait même des mefmériens, il fe réunit à un
botanifte qui partagea fes foupçons ; une troifiène perfonne s'approcha d'eux, 8c
voilà des expériences anti-magnétiques commencées. Soit que le climat fe prétât moins aux illufions, foit que la marche rapide des maladies qu'on y éprouve
fût plus propre à montrer l'infuffifance du moyen, les faits vinrent à l'appui de la
contradiction, le bacquet fur déferté & il fallut rapporter le paralytique qu'on y
avait ameré.
Les trois perfonnes que le défir d'arrèter les progrès d'une doétrine fuperftitieufe
avait raffemblées, non-fatisfaites d'avoir combattu la chimère, voulurent une
gloire plus réelle. Ils fe rappellèrent qu'on avait parlé mille fois de l'utilité dont
pourrait être pour la Colonie une réunion de colons, ayant un véritable amourpour elle, & s'entretenant de ce qui pouvait être capable de hâter fes progrès &c
de la porter à fon plus haut degré de fplendeur. Sans trop avoir caiculé,
la poffibilité du plan, on en fit un, on appela fix autres perfonnes, on s'éleétrifa
réciproquement x 8z dans ce petit, comité > l'on créa le Cercle des Pbiladeipbes 3.
nom qui rappelle à des hommes confacrés au bonheur commun, que l'amour
fraternel doit être leur premier fentiment.
Ce fut le 15 Août 1784, que les fondateurs du Cercle arrêtèrent leur plani
qu'ils foumirent aux chefs de la Colonie. Ceux-ci fentirent que des obfervations:
fur Phiftoire natarelle, fur l'agriculture &c fur les objets qui intéreffent l'humanité
fouffrante au moral ou au phyfique, devaient être précieufes dans une Colonie
comme celle de Saint-Domingue 3 le Cercle fut donc avoué le 30 Septembre
fuivant. Auffitôt parût un profpeétus où l'on fit fartout fentir l'avantage indicible
dut travail de perfonnes quis'occuperaient de matières coloniales dans les Colonies
mêmes 5 on y appelait tous ceux que leurs talens ou leur zèle rendaient propres
à feconder un auffi eftimable deffein. Quelques-uns de ces hommes qui croyent
que tout eft apathique ou égoifte comme eux, regardèrent l'heureufe infpiration
de cette Société comme un rêve i mais d'autres êtres qui n'attendaient que ce:
indicible
dut travail de perfonnes quis'occuperaient de matières coloniales dans les Colonies
mêmes 5 on y appelait tous ceux que leurs talens ou leur zèle rendaient propres
à feconder un auffi eftimable deffein. Quelques-uns de ces hommes qui croyent
que tout eft apathique ou égoifte comme eux, regardèrent l'heureufe infpiration
de cette Société comme un rêve i mais d'autres êtres qui n'attendaient que ce: --- Page 375 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
fignal, vinrent unir leurs voeux & leurs réfolutions à celles de fes fondateurs. Les
ftatuts furent imprimés, & le II Mai 1785, une féance publique, en donnant
un fpeétacle nouveau pour Saint-Domingue, 3 montra aux colons que l'entreprife
n'était pas vaine.
M. Arthaud, préfident du Cercle, y expofa la fimplicité de fon origine, &
prenant une noble confiance dans ce qu'elle avait de pur & d'eftimable , il fit
concevoir que cette humble fource pourrait être un jour un fleuve majeftueux. Il
répondit à cette miférable maxime inventée par Pintérêt perfonnel & qui
fait croire à tant de colons que le goût de ce qui n'eft pas lucratif, ne peut être
folidement établi far ce folbrôlant. Parlant enfuite de ce quilui eft le plus familier,
M. Arthaud fit voir combien la communication entre les hommes confacrés aux
différentes parties de l'art de guérir eft importante. > & il montra combien leur
aflociation au Cercle était commandée par P'humanité. Le public applaudit aux
efforts déjà faits & il encouragea, par cela même, 3 tous ceux dont il doit être &
l'objet & le juge dans l'avenir ; les habitans du Cap, furtout, entendirent avec
plaifir dans la même féance 5 une defeription mélico-topographique de leur ville,
où M. Arthaud la confidère fous le point de vue des maladies qu'on y obferve.
Mais ce qui fut bien fenti & qui honora les premiers eflais du Cercle, ce fut
l'éloge de Larnage &c de Maillart, fait par M. Baudry Deflozières. En effet,
il était bien glorieux pour cette Société, d'acquiter dès fes premiers inftans, une
dette de toute la Colonie & de donner ce bel exemple de la reconnaillance
publique.
Le Cercle voulant encore fe donner des coopérateurs 5 par-tout où l'amour de
bien eft capable d'exciter, pubiia un programme 2 le même jour II Mai 1785,
offrit des prix pour obtenir des. mémoires fur des objets intéreffans & annonça
celui de 1650 livres dont Ia bienfaifance de M. François de Neufchateau, alors
procureur-général du Confeil du Cap, l'avait rendu dépofitaire y pour être
donné au meilleur ouvrage fur la manière de fabriquer un papier à l'abri des
ravages des infectes qui, dans les Colonies, font difparaitre rapidement & les
livres & les manufcrits. Le programme propofa, en outre > pour fujet d'un prix
l'éloge des fondateurs des deux maifons de Providence du Cap.
Ce qu'on ne pouvait affez louer, c'était le zèle infatigable des premiers
membres du Cercle, zèle qui exigeait d'eux des facrifices pécuniaires. Ils
prirent un local pour des effais de culture de cochenille. Bientôt, les Adminiftra-
re rapidement & les
livres & les manufcrits. Le programme propofa, en outre > pour fujet d'un prix
l'éloge des fondateurs des deux maifons de Providence du Cap.
Ce qu'on ne pouvait affez louer, c'était le zèle infatigable des premiers
membres du Cercle, zèle qui exigeait d'eux des facrifices pécuniaires. Ils
prirent un local pour des effais de culture de cochenille. Bientôt, les Adminiftra- --- Page 376 ---
350 DI ESCRIPTIO N DE LA PARTIE
teurs qui fucceffivement, &x à Penvi, avaient montré une affeétion bienfaifante
pour le Cercle, 3 lui accordèr: nt la concefion d'un terrain pour un jardin de
botanique ; mais ce terrain, établi à grand frais, fut réclamé par un propriétaire
ignoré jufques-la, & dont le Cercle fut réduit à n'être que le fermier.
Enfin le 29 Décembre 1786, le Miniftre écrivit aux Adminiftrateurs que le
roi accordait au Cercle une autorifation provifoire, & les termes feuls de cette
lettre font un éloge. La Société eft redevable de ce premier afte de la puiflance
publique qui confolida fon établiffement, à M. de Vaivre, ancien intendant de
la Colonie & chargé de l'intendance des Colonies, à Verlailles, qui partageant
lintérêt qu'un des membres les plus attachés au Cercle mettait à de preffantes
follicitations, les fit accueillir du Miniftre avec une véritable bienfaifance. Ce
préfage heureux d'une proteétion encore plus utile à l'avenir, eut fon premier
accompliffement, 3 lorfqu'au mois dAvril 1788, M. de Marbois, intendant;
décida que déformais le Cercle recevrait annuellement 3,000 livres, pour aider à
fes dépenfes qui, à la fin de 1737, s'élevaient déjà, en totalité, à 40,000 livres.
M. de la Luzerne qui avait paffé du généralat de Saint-Domingue au miniftère
de la Marine & des Colonies, &c qui avait été témoin oculaire du défir permanent
du Cercie, d'être utile 3 approuva ce fage emploi d'une petite partie des fonds
publics.
Mais l'année aétueile (1789), devait être à jamais mémorable pour le Cercle,
Il a obtenu, le 17 Mai, les lettres-patentes qui le confirment fous le titre de
Société reyale des Sciences 83 Aris du Cap-Frangass. Jamais auffi circonftances
ne furent plus favorables M. Barré de Saint - Venant qui avait préfidé le Cercle, fe trouvait à Paris, & à fes inftances s'uniffaient celles de deux
autres membres, M. du Pujet, inftituteur de M. le Dauphin, 8c l'auteur 3 nous
avions à folliciter un Miniftre, convaincude P'utilité de ce que nous lui recommandions; M. de Vaivre était un nouvel organe qui répétait la prière, les Adminiftrateurs de la Colonie avaient appuyé le voeu du Cercle, le fuccès fut donc
complet. Au même inftant 3 l'Académie des Sciences de Paris a ajouté un fleuron
àl la couronne du Cercle, en arrêtant qu'elle enverrait à la Société un exemplaire
de fes Mémoires, des volumes des Savans étrangers &c de la Connaiffance des
tems, 8x que chacun des quarante membres réfidans de la Société, venant à Paris
aura la liberté d'affifter aux féances particulières de l'Académie, pendant une
année. M. Barré de Saint-Venant eft celui à qui la Société eft redevable de cette
uron
àl la couronne du Cercle, en arrêtant qu'elle enverrait à la Société un exemplaire
de fes Mémoires, des volumes des Savans étrangers &c de la Connaiffance des
tems, 8x que chacun des quarante membres réfidans de la Société, venant à Paris
aura la liberté d'affifter aux féances particulières de l'Académie, pendant une
année. M. Barré de Saint-Venant eft celui à qui la Société eft redevable de cette --- Page 377 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 351
gloricufe marque d'eftime. Quant à moij'ai été affez heureux pour faire adopter
au Mufée de Paris & à ceux de Bordeaux & de Touloufe 8z à la Société d'Agriculture de Paris, une correlpondance avec la Société.
Elle eft compofée de douze honoraires & de quarante affociés réfidans,
c'eft-à-dire > à portée de fe rendre aux affemblées; ceux-là feuls dirigent les
travaux de la fociété. Il y a en outre un nombre illimité d'affociés, pris dans
lIe, ou dans les autres Colonies ; d'affociés nationaux ou autres s choifis dans le royaume &z dans les pays étrangers, y & enfin de correfpondans
régnicoles & non-régnicoles. Il suffit de jetter les yeux fur le tableau de la Société, imprimé chaque année dans l'almanach du Cap, pour être convaincu que
des favans diftingués ont défiré de lui appartenir.
La Société des Sciences &x Arts du Cap a un Préfident, un Vice-Préfident, un Secrétaire perpétuel, un Tréforier, un Bibliothécaire > un Garde
du cabinet de phyfique 8c d'hiftoire naturelle & un Direéteur du jardin des
plantes. Le roi lui a accordé, par fes lettres-patentes, une fomme annuelle
de 10,000 livres 3 pour fes dépenies, dont F,000 livres font affeétées à un prix
deftiné au meilleur mémoire, fur une queftion d'utilité publique, que la
Société aura indiquée. Elle s'affemble une fois par femaine. Elle eft exaéte à
donner fa féance publique obligatoire du 15 Août,jour de fon anniverfaire,
&c lej public voit chaq le année de nouveaux progrès. Li Société a fur fesjettons-
& fur fon cachet, une ruche d'abeilles placée fur un tertre, furmontée d'un:
foleil rayonnant avec cette légende, Sub Jule labor, & pour exergue : Société
Royale des Sciences E5 Arts dit. Cap Français 1784.
Parmi les ouvrages publiés par le Cercle jufqu'à préfent, on diftingue les:
Recherches fur les Épizooties de la Colonie un mémoire fur le Tétancs. ) 8x
ke premier volume de fes Mémoires, où il y a entr'autres chofes, des obfervations précieufes fur les eaux minérales. Une réflexion bien' fimple fe
préfente à l'efprit, lorfqu'on penfe àla formation prefque fortuite de cette Société,
c'eft que fans elle > les ouvrages qu'elle a mis au jour, & parmi lefquelsj'oubliais
celui de M. Thierry de Menonville', fur la culture de la Cochenille, dont:
la Socièté a été l'éditeur, n'auraient vrailemblablement jamais exifté; c'eft que
fans elle des matériaux intéreffans &c nombreux ne feraient pas réunis dans
un dépôt, où Putilité publique faura puifer, & que de coûteufes & pénibless
expériences n'auraient point été faites; c'eft que fans elle beaucoup de Colons.
ui de M. Thierry de Menonville', fur la culture de la Cochenille, dont:
la Socièté a été l'éditeur, n'auraient vrailemblablement jamais exifté; c'eft que
fans elle des matériaux intéreffans &c nombreux ne feraient pas réunis dans
un dépôt, où Putilité publique faura puifer, & que de coûteufes & pénibless
expériences n'auraient point été faites; c'eft que fans elle beaucoup de Colons. --- Page 378 ---
352 DESCRIPTION DE LA P A R T 1 IE
auraient à paine foupçonné en eux des talens 2 que l'émulation y excite &
que l'efpoir de fervir le bonheur commun encourage ; c'eft que fans elle on
ne verrait ni les commencemens d'une nombreufe bibliothèque, qui eft dû,
furtout aux dons de MM. Arthaud & Baudry Deflozières, aux legs de M.
le Gras & le Febvre Deshayes, & enfin aux acquifitions faites aux dépens des
membres, ni les commencemens d'un cabinet où l'on remarque entre plufieurs
chofes curieufes, mais avec attendrifiement, la tête d'un ancien habitant de
l'Ile, d'un de ces malheureux, dont la race exifterait encore, fi les premiers
conquérans avaient eu le goût pailible de l'étude & l'ame des Philadelphes;
c'eft que fans elle enfin, des hommes laborieux, découragés par leur ifolement, par l'infouciance qui les environnait autrefois, feraient morts prefque
inutiles pour un pays que leurs recherches éclairent, que leurs travaux font
mieux connaître & que leur exemple apprend à aimer, comme une patrie
réelle. Heureufe affociation, puiffes-tu durer autant que le Nouveau Monde,
8c ma faible plume fervir à conferver à tes courageux & généreux fondateurs,
le tribut de reconnaiflance qui leur eft dû ! (*)
A l'angle Sud-Oueft des rues Royale & Sainte-Marie, eft la maifon qui,
depuis que celle des Jéfuites n'eft plus la réfidence des miffionnaires, fert
de logement au Préfet apoftolique de la miflion de la Partie du Nord, en
même-tems curé de la ville du Cap, & aux autres religieux par lefquels il
eft aidé dans la defferte de la paroifie. C'eft encore la maifon où s'arrêtent
les religieux envoyés de France, jufqu'à ce que le Préfet leur donne des
'cures 3 8 tous les curés qui viennent au Cap, fe rendent à la maifon de la
préfeéture > comme la feule qu'il foit décent pour eux d'habiter.
Jufqu'en 1704, f l'on en excepte cependant quelques momens de difette où
l'on prenait les religieux qui fe préfentaient, comme en 1687 que les cures du
Haut & du Bas du Cap étaient confiées au foin de deux carmes, , les cures de la
Partie du Nord ont été deffervies par les capucins de la province de Normandie > province que les premiers habitans français des Antilles devaient naturellement préférer, puifqu'elle était la patrie du plus grand nombre d'entr'eux. Sur
(*) Ces fondateurs font 3 MM. Arthaud, médecin ; Dubourg botanifte; Baudry Deflozières,
avocat; Auvray, habitant; Cofme d'Angerville, chirurgien du roi; Poulet, négociant ; Peyré S
médecin; Roulin & Couré, chirurgiens,
leur
> province que les premiers habitans français des Antilles devaient naturellement préférer, puifqu'elle était la patrie du plus grand nombre d'entr'eux. Sur
(*) Ces fondateurs font 3 MM. Arthaud, médecin ; Dubourg botanifte; Baudry Deflozières,
avocat; Auvray, habitant; Cofme d'Angerville, chirurgien du roi; Poulet, négociant ; Peyré S
médecin; Roulin & Couré, chirurgiens,
leur --- Page 379 ---
F R ANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 353
leur refus de continuer à fournir des fujets, les Jéfuites ont eu cette miffion
dont ils ont été chargés par lettres-patentes du mois d'OEtobre de la même
année,jufqu'à l'expulfion de leur ordre de la Colonie. En 1764, on vit arriver
l'abbé de la Roque, en qualité de préfet apoftolique, & les cures furent
deffervies par quelques eccléfiaftiques & par des religieux de différens ordres,
jufqu'au 9 Oétobre 1768, que le père Colomban, capucin préfet, arriva avec
plufieurs de fes confrères & prit poffeffion de la miffion du Nord.
En allant plus au Sud dans la rue Royale, après le logément des capucins
& à l'angle Nord-Eft de cette rue & de celle Notre Dame, eft l'imprimerie,
logée dans cette maifon depuis 1779- L'un des premiers befoins qui fe faffe
fentir lorfqu'une fociété devient un peu confidérable > c'eft celui d'un
érabliffement deftiné à faciliter la connaiffance de ce qui peut intéreffer chacun de
fes membres & qui afure la confervation de certains actes de l'autorité publique
en les multipliant; ce befoin, la Colonie françaife de Saint-Domingue l'avait
éprouvé dès le commencement du fiècle. Un pays d'une vafte étendue ayant
deux Cours fouveraines & plufieurs tribunaux inférieurs, devait défirer une
imprimerie. 5 le gouvernement en fut convaincu 3 & le IO Avril 1723, M,
Jofeph Payen 3 ci-devant libraire à Metz, obtint des lettres-patentes qui le
nommèrent imprimeur 8c libraire du roi dans la Colonie, avec un privilège
exclufif. Payen débarqua au mois de Juin 1724 au Cap; M. de la Rochalard,
gouverneur-général, infruit de fa nomination, en parut allarmé. On accufa
le libraire d'avoir vendu des livres obicènes, & le gouverneur le fit emprifonner
au Petit-Goave.
Malgré les frayeurs que lui infpiraient fans doute les mouvemens féditieux
dont la Colonie était à peine remife, & qu'il craignait de voir reproduire par une
imprimerie, il permit à Payen d'établir la fienne. Celui-ci préfenta fes lettrespatentes au Confeil du Petit-Goave au mois de Décembre 1725, pour y être
reçu , comme elles le prefcrivaient. Mais M. de la Rochalard les lui jeta en
difant qu'elles ne pouvaient pas y être enrégiftrées puifqu'elles ne lui avaient pas
été adreffées. Payen s'établit à Léogane & fit paraître > au commencement de
1725, un cahier contenant l'édit du mois de Mars 1685, connu tous le nom de
Code Noir ; celui du mois d'Août 1685 qui a établi le Confeil du Petit-Goave,
( devenu celui du Port-au-Prince ), & les quatre Sénéchauffées du Petit-Goave
de Léogane, du Cap & du Port-de-Paix; l'édit du mois d'Octobre 1716 fur
Tome I,
Y y
ane & fit paraître > au commencement de
1725, un cahier contenant l'édit du mois de Mars 1685, connu tous le nom de
Code Noir ; celui du mois d'Août 1685 qui a établi le Confeil du Petit-Goave,
( devenu celui du Port-au-Prince ), & les quatre Sénéchauffées du Petit-Goave
de Léogane, du Cap & du Port-de-Paix; l'édit du mois d'Octobre 1716 fur
Tome I,
Y y --- Page 380 ---
354 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
les nègres amenés en France, & il termina ce cahier par les lettres-patentes qui
le nommaient imprimeur-librsire. Cette pièce, la première qui foit fortie d'une
preffe françaife à Saint- Domingue, avait un titre où on lifait, au-deffous de
de l'indication des édits : Nouvelle édition, corrigée 8 augmentée d'addition , par
M. Gabet, confeiller du roi; & au bas de la page, Par ordre de Monfeigneur le
Chevalier de la Rochalard. Celui-ci, toujcurs ombrageux, trouva mauvajs &c
P'impreffion des lettres-patentes d'imprimeur &c celle d'une approbation qu'il
n'avait point donnée; de là un fecond emprilonnement, au fortir duquel Payen
crur qu'il ferait plus fagement de repaffer en France que de lutter contre ce
defpote, qui voulut bien donner pour excufe au Miniftre > que le privilège
exclufif de l'imprimeur pouvait caufer du trouble, 8c que plufieurs perfonnes
vivaient du métier de copiftes. Cependant un ouvrier de Payen imprima quelques
fattuins peridant que celui-ci était en France. L'ouvrier mourut, & lorfque
Payen revint, il trouva les matériaux de fon imprimerie entre les mains du
curateur aux fucceflions vacantes, de qui il les reçut, fans que j'aie trouvé la
moindre trace de ce qu'il en a fait depuis.
Larnage & Maillart qui favaient bien comment on ôte aux hommes jufqu'à
l'idée de la révolte, follicitèrent, le 14 Mai 1742, deux imprimeries, l'une pour
Léogane > l'autre pour le Cap.< Sans imprimerie, difaient-ils 3 les loix ne peuvent
>> être connues & les Adminiftrateurs ignorent eux-mêmes leur devoir. La
>> perception des impôts exige des états, des quittances, & la multiplicité des
3> écritures eft longue , coûteufe & fautive ; enfin les plaideurs n'ont pas la
>> faculté d'éclairer leurs juges, & les Adminiftrateurs avec un grand nombre
>> de fecrétaires, font toujours farchargés de travail, parce qu'une foule de
23 pièces de pur ftyle ne peuvent être imprimées d'avance pour être remplies à
33 l'occafion 52* Le Miniftre répondit, le 17 Septembre 1742, de choifir des
imprimeurs, auxquels il enverrait des brevets. On n'avait pas réfléchi à Verfailles
que les matériaux d'imprimerie ne pouvaient venir que de France 3 le tems fe
paffa en explications, la guerre furvint en 1744, la mort de M. de Larnage
en 1746, & la Colonie n'eut pas d'imprimerie.
En 1761, la chambre d'Agriculture du Cap > qui ignorair ce qui s'était
paffe avant fon exiftence, follicita vivement pour avoir une imprimerie au
Cap. Les Adminiftrateurs appuyèrent fon voeu, & le 31 Décembre 1762,
M. Antoine Marie, imprimeur à Nantes, 3 obtint du roi le brevet d'impri-
en 1744, la mort de M. de Larnage
en 1746, & la Colonie n'eut pas d'imprimerie.
En 1761, la chambre d'Agriculture du Cap > qui ignorair ce qui s'était
paffe avant fon exiftence, follicita vivement pour avoir une imprimerie au
Cap. Les Adminiftrateurs appuyèrent fon voeu, & le 31 Décembre 1762,
M. Antoine Marie, imprimeur à Nantes, 3 obtint du roi le brevet d'impri- --- Page 381 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 355
meur-libraire, mais exclufif pour toute la Colonie, brevet qui le foumettait
à la cenfure &c à la furveillance de l'intendant, dans ces deux fonétions.
M Marie, à qui le miniftre avait laiffé le choix du lieu de fa réfidence,
arriva au Cap, au mois de Décembre 1763, & s'y fixa. La joie des Colons
de cette Partie fut très - vive, & à linftant même fut créée la première
gazette de Saint-Domingue 3 dont je renvoie les détails à un autre endroit.
MM. d'Eftaing &c Magon jugeant à propos d'avoir une imprimerie au Portau-Prince, ils en donnèrent le privilège au commencement de 1765, à M.
Duchefne. M. Marie s'en plaignit, & le 17 Mai 1765, il fut maintenu dans
fon privilège exclufif, par le miniftre, à condition d'avoir une imprimerie
au Port-au-Prince, comme au Cap. Voilà donc deux imprimeries dans la
Colonie.
Après la mort de M. Marie, fa fille eut fon interim $ elle dirigea l'établiffement du Cap, & MM. Thomin &c le Blanc celui du Port-au-Prince,
jufqu'à l'arrivée de M. Guillot, pourvu le 28 Septembre 1768, comme fon
prédéceffeur, d'un brevet exclufif, mais pour dix ans feulement. Lors du
défaftre du Port-au-Prince > arrivé le 3 Juin 1770, tous les uftenfiles de
l'imprimerie ayant été détruits, l'imprimeur eut ordre d'y faire paffer ceux 1
du Cap, ce qui occafionna pendant quelque tems une fulpenfion de travaux
typographiques dans cette dernière ville.
M. Bourdon fuccéda à M. Guillot, par un brevet du 14 Avril 1774, mais
non exclufif. Il eut auffi une imprimerie dans chacune des deux villes. Le
29 Mai 1775, M. Dufour de Rians obtint un brevet avec le privilège exclufif, pour le reffort du Confeil du Cap, pendant huit ans > & l'on greva
la place d'une penfion de 3,000 livres, en faveur de M. Donnet, pour la
non-jouiffance de M. Guillot, fon beau frère.
Une ordonnance provifoire des Adminiftrateurs, du 26 Juin 1783, prorogea pour quinze ans le privilège de M. Dufour de Rians > d'après une
autorifation du miniftre, ce que confirma un bervet du roi du premier Juillet
fuivant. La penfion fut fupprimée mais on lui en fubftitua une de la même
fomme 3 en faveur des D'les, Cafamajor, dont avait été chargée pendant longtems la place de fénéchal du Fort-Dauphin, comme fi le jufte dédommagement
des travaux d'un juge 7 par des honoraires éventuels > était conciliable avec
Vidée d'une penfion, pour les filles d'un médecin, entre lequel& la Colonie,
il n'a jamais exifté de rapport,
Y y 2
ée mais on lui en fubftitua une de la même
fomme 3 en faveur des D'les, Cafamajor, dont avait été chargée pendant longtems la place de fénéchal du Fort-Dauphin, comme fi le jufte dédommagement
des travaux d'un juge 7 par des honoraires éventuels > était conciliable avec
Vidée d'une penfion, pour les filles d'un médecin, entre lequel& la Colonie,
il n'a jamais exifté de rapport,
Y y 2 --- Page 382 ---
356 DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
En 1785, M. François de Neuf-Château, procureur-général du Confeil
du Cap, follicitait le miniftre, pour que le Cap eût deux imprimeries, en
appliquant les bénéfices de la feconde aux maifons de Providence. Les Adminiftrateurs eurent ordre d'examiner ce plan; dont ils ne rendirent aucun
compte.r On fe plaignait, & avec raifon., de la lenteur des travaux de celle de
M. Dufour qui, au moyen de fon privilège exclufif, n'avait point l'émulation
que produit la concurrence. On fe plaignait, & plus amèrement encore 3
que les ouvrages d'imprimerie ne fuffent pas taxés, quoique le miniftre, qui
avait fenti que le privilège exclufif produirait le monopole, eût prefcrit, dès
le 19 Janvier 1763 à l'intendant, de foumettre l'imprimeur à un tarif.
J'avoue que perionnellement frappé de l'abus en cC genre 3 je déterminai
le miniftre à adopter ce que les Adminiftrateurs lui écrivaient le 27 Août
1786, de prendre de la Chambre fyndicale de Paris des renfeignemens, qui
puffent fervir d'approximation dans la Colonie. On a d'ailleurs confulté fur le
lieu même, des perfonnes inftruites, mais étrangères aux imprimeries exiftantes,
& d'autres que ces imprimeries intéreflaient; avec ces matériaux & des états
donnés par les imprimeurs de la Guadeloupe & de la Martinique, on a inféré
dans le tarif du IO Novembre 1787, très - reprochable à plufieurs égards,
le chapitre des imprimeurs.
A cct hiftorique des imprimeurs de Saint-Domingue, je n'ai plus à ajouter que l'établiffement d'une troifième imprimerie, qui eft la feconde du
Port-a au- Prince, fait par les Adminiftrateurs au mois de Février 1788.
Elle appartient à M. Mozard, à qui je rends cette juftice, que ce qui en
fort eft exempt des fautes typographiques, dont fourmillent les deux autres 3
comme j'ai eu, plus qu'aucun autre, occafion de le vérifier dans ce quej'ai
recueilli d'imprimés coloniaux depuis quatorze ans.
Mais je voudrais, pour que cet art rendit des fervices encore plus importans > que chaque imprimeur fàt tenu de remettre à l'officier d'adminiftration
du lieu de fa réfidence, trois exemplaires de ce qu'il imprime à titre d'ouvrage,
&c qui feraient envoyés au miniftre de la marine ; un ferait mis au dépôt
des archives des Colonies, un autre à la bibliothèque du roi, &z le troifième
confervé dans les bureaux des Colonies pour y recourir habituellement. Avec
cette précaution que j'ai fait adopter pour les gazettes feulement, en 1786,
le miniftre ne ferait pas privé d'utiles reneignemens, confignés principalement
ce qu'il imprime à titre d'ouvrage,
&c qui feraient envoyés au miniftre de la marine ; un ferait mis au dépôt
des archives des Colonies, un autre à la bibliothèque du roi, &z le troifième
confervé dans les bureaux des Colonies pour y recourir habituellement. Avec
cette précaution que j'ai fait adopter pour les gazettes feulement, en 1786,
le miniftre ne ferait pas privé d'utiles reneignemens, confignés principalement --- Page 383 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
dans les ouvrages périodiques, &c l'on ne ferait pas expolé à regarder toujours
cemme nouvelles, des demandes reproduites à plufieurs époques fucceffives,
ainfi que le prouve, entre mille autres exemples, ce que j'ai rapporté fur
l'imprimerie elle-même.
Au - deffus de la rue Royale eft celle Saint - Louis. Elle eft fermée à fon
bout Nord, près de la ravine 3 parce que dans ce point le côté Nord de
la rue Traverfière, va s'unir au côté Oueft de la rue Saint-Louis. Elle eft
une de celle qui confervent le même nom dans toute leur longueur.
La rue des Marmoufets qui lui eft parallèle , n'a ce nom que depuis la
ravine au Nord, jufqu'à la rue Sainte-Marie. Cette rue des Marmoufets n'a
que 24 pieds de large, au lieu que celle Efpagnole où elle
Leur côté Eft n'eft même
ouvre, en a 48.
pas parfaitement aligné lun fur l'autre, car le côté
de la rue Elpagnole avance de plus de 16 pieds dans l'Oueft, par
à
celle des Marraoufets,
rapport
C'eft entre les rues Saint-Louis & Elpagnole, & celles de Notre-Dame
&c Saint- François - Xavier, qu'eft l'ilet formant la place Montarcher,
a confequemment I20 pieds en carré, Mais avant de la décrire > il faut confi- > qui
dérer l'état antérieur de cette partic de la ville.
En 1739, les Jéfuites avaient dans leur enclos lilet de la place Montarcher,
celui qui eft au Nord, &c où eft la comédie actuelle, & en outre les deux
ilets qui correlpondent à ceux-là dans PEft. Cet enclos defcendait donc jufgu'à la rue Royale, quiétait alors la rue Saint-Félix. La rue Saint-Louis,
qui s'appelait la rue du Cimetière, était interrompue par cet enclos, ainfi
la rue Efpagnole qui, dans la Partie Nord de l'enclos,
la que
s'appclait rue
Traverfe.
Les quatre îlets pris par les Jéfuites, avaient été concédés, fàvoir: les
deux plus à l'Oueft, le 8 Mars 1710, au fupérieur général des miflions de la
compagnie de Jéfus, pour fervir à y édifier la maifon principale deftinée aux
miffionnaires; & les deux inférieurement placés, le IO du même mois, à la
paroiffe du Cap, qui les deftinait à devenir le presbytère des prêtres attachés
à fa defferte. Quoique les conceffions parlent des rues, elles n'étaient
quelque forte qu'indiquées, & ile eft bien certain que les deux ilets les plus en
Occidentaux, fe trouvaient alors au - delà de toutes les maifons bâties dans
cette partie de la ville. On n'y conftruifit ni chef-lieu de miffion, ni presbytère;
paroiffe du Cap, qui les deftinait à devenir le presbytère des prêtres attachés
à fa defferte. Quoique les conceffions parlent des rues, elles n'étaient
quelque forte qu'indiquées, & ile eft bien certain que les deux ilets les plus en
Occidentaux, fe trouvaient alors au - delà de toutes les maifons bâties dans
cette partie de la ville. On n'y conftruifit ni chef-lieu de miffion, ni presbytère; --- Page 384 ---
DESCRIPTIO N DE LA P ARTIE
les Jéfuites, comme je l'ai dit, les englobèrent dans leur enceinte, au moyen
d'une haie vive. Le public réclama vainement, en 1713,F'ouverture des rues,
comme l'exigeaient expreffement les conceffions, le cré.litjefuitique l'emporta
pendant vingt ans, &c la paroiffe réclama auffi infructucufement pour ravoir
fon terrain.
Enfin le miniftre recommanda aux Adminiftrateurs de faire; avec ces moines
orgueilleux, un arrangement qui mit fin aux réclamations. On en fit un en effet,
mais qui marque bien leur caraétère & leur crédit. Dans cet aéte, reçu par un
notaire le 3 Juillet 1746, on ftipula entre la paroiffe & eux, qu'ils lui cédaient
deux ilets, concédés à la miffion > à condition qu'elle leur en donnerait deux à
perpétuité, dans le haut 8c àl lOueft de leur terrain 8c qu'ils jouiraient des deux
donnés à la fabrique pour un prefbytère, tant qu'ils defferviraient la paroiffe ; de
cette manière, on eut l'ufage des rues. Lors de l'expulfion des Jéfuites 3 la
paroiffe a prit les deux ilets dont ils s'étaient réfervés laj jouiflance, & qui étaient
non pas précifément ceux donnés à la paroiffe, mais à la miflion > parce gu'ils
étaient les plus voilins de leur enclos. La paroiffe a difpofé de tous les quatre
à fon profit.
La conceflion du IO Mars 1710, obligeait la paroiffe à payer ou à faire
traniporter dans un autre lieu, deux magafins qui fe trouvaient fur le terrain
qu'on lui donnait. Ils étaient l'un & l'autre à l'extrémité de la ville > bornée
dans ce point, à la date de la conceffion, par ces magafins eux-mêmes, l'un
appartenant à M. Bertaud, l'autre à M. Dupavier: Leur face était furla rue du
Canal, aujourd'hui la rue Sainte-Marie, en face de M. Fildier & de Mde. veuve
Broffart, c'eft l'ilet que renferment à préfent les rues Sainte-Marie, SaintLouis 3 Notre-Dame & Royale. Quant au fecond ilet, formant le Sud de
celui-là, il avait été le premier cimetière de la ville, &il était devenu vacant
depuis qu'on en avait ouvert un autre derrière l'églife & que.j'ai déjà décrit. On
avait même toujours refufé d'y donner des concefions & ce ne fut que parce qu'il
s'agiffait d'un prefbytère que l'opinion qui fe trouvait bleffée 3 par l'idée de
l'occupation de ce terrain, fut appaifée. C'était à caufe de la fituation de ce
cimetière que la rue Saint-Louis portait le nom de rue du Cimetière.
C'eft donc en face & au-deffus de cet ancien cimetière, qu'eft la place Montarcher. On ne devine pas trop quel motif on a eu de former cette place. Si
c'étaità caufe de la comédie, on devait donc acquérir l'emplacement de celle-ci,
ait bleffée 3 par l'idée de
l'occupation de ce terrain, fut appaifée. C'était à caufe de la fituation de ce
cimetière que la rue Saint-Louis portait le nom de rue du Cimetière.
C'eft donc en face & au-deffus de cet ancien cimetière, qu'eft la place Montarcher. On ne devine pas trop quel motif on a eu de former cette place. Si
c'étaità caufe de la comédie, on devait donc acquérir l'emplacement de celle-ci, --- Page 385 ---
FRANÇAISE DE FAINT-DOMINGUE
puifque le propriétaire de cet emplacemnent peut lui donner une autre
fi c'était feulement
deftination :
pour y mettre une fontaine, on aurait pu la placer à l'un des
angles du bas de l'enclos du gouvernement.
Cette place qui porte le nom de l'intendant fous l'adminiftration
elle
été faite , eft fermée de traverfes comme la
duquel a
place-d'armes, Elle a quatre tourniquets à fes angles, un rang d'arbres fur les quatre faces & une fontaine au milieu
qui a le même nom que la place.
La fontaine ( V. l'Atlas ) eft compofée d'un piédeftal en forme
lequel s'élèvent
d'abaque 3 fur
quatre colonnes Ioniques 3 liées entr'elles au tiers de leur fût,
une bande qui les enveloppe. Sur cette bande font
les
par
fculptées armes de France,
& celles de MM. le chevalier de Vallière &c de Montarcher qui étaient Adminif
trateurs en 1772, lorique la place & la fontaine furent faites. On lit fur la
face Nord & fur celle du Sud, cette infcription répétée :
Anno Domini MDCCLXXIL.
Regnante LupovIcO Decimo Quinto 3 optimè dileéto;
Lud. Floren. DE VALLIERE & Joan. Fran. DE MONTARCHER.
Frafedlis Regis.
Cette fontaine a peu de grace &c une forte de prétention que la petiteffe de la
place rend très fenfible.
MM. de Reynaud & Le Braffeur avaient lintention de faire conftruire fur
cette place, un palais de juftice, ce qui aurait laiffé la maifon du
gouvernement
aux Adminiftrateurs.
C'eft fur l'ilet qui borde la rue au Nord de la place Montarcher, qu'eft la falle
de fpe@tacle. Elle règne dans toute la longueur Nord & Sud de cet ilet, &
fon grand côté fur la rue Efpagnole, avec laquelle elle finit à la rue Sainte-Marie, a
L'entrée eft vers la place Montarcher; c'eft celle d'une maifon ordinaire &
faut favoir qu'elle conduit à un fpeétacle pour le
3 il
foupçonner > à moins que ce ne
fut à caufe des grands balcons extérieurs qu'on y a mis en 1784.
Le fpectacle du Cap, le plus ancien de la Colonie, était encore dans la
rue
Vaudreuil, en 1764, lorfqu'il devint un théâtre public. Il s'ouvrit, en
le 13 Oétobre 1764, 3 par une repréfentation du Mifanthrope & des Trois Gafcons. payant 3
Peu après M. Chinon en prit la direétion & les Adminiftrateurs lui en accordèrent
le privilège exclufif pour vingt ans, > à condition qu'il compterait une fomme de
20,000 livres au gouvernement, M. Chinon loua alors la maifon où fe trouve
int un théâtre public. Il s'ouvrit, en
le 13 Oétobre 1764, 3 par une repréfentation du Mifanthrope & des Trois Gafcons. payant 3
Peu après M. Chinon en prit la direétion & les Adminiftrateurs lui en accordèrent
le privilège exclufif pour vingt ans, > à condition qu'il compterait une fomme de
20,000 livres au gouvernement, M. Chinon loua alors la maifon où fe trouve --- Page 386 ---
360 DESCRIPTION DE LA PARTIE
le fpeétacle en'ce moment. On yjoua pour la première fois > le 20 Avril 1766.
La direftion ruinait le direéteur & le ipectacle allait difparaître, lorfque cinquante
colons , parmi lefquels on remarquait même des habitars dont la réfidence était
trop éloignée du Cap, pour qu'ils euffent d'autre motif que le défir de conferver
une récréation néceffaire à nne grande ville, fe réunirent & formèrent une aflociation dont les claufes furent rédigées par M. Grimperel, notaire, le 25 Mars
1771. Ils reçurent la renonciation de M. Chinon à fon privilège &c s'affocièrent
pour les quatorze ans qu'ils devait durer encore, 8c on fit 50 actions de 3,000
livres chacune. Cette affociation a duréjufqu'au 9 Mars 1783, que M. Fontaine
s'eft chargé du fpeétacle qu'il dirige encore aujourd'hui pour fon propre
-
compte
T
La falle a 120 pieds de long fur 40 de large. Elle. eft divifée en trois parties
égales; la première comprend le théâtre & l'orcheftre; la feconde le parterre 3
la troifième l'amphithéâtre & fes dégagemens. On a tâché de rendre la falle ovale
(*) On ne fera peut être pas fàché de trouver ici le réfultat des comptes des douze années gérées
par les eétionnaires.
La recette totale du fpeétacle fut de
2,494993 liv., 4 fol. IO ders,
La dépenfe totale de
2,829,024 12
Déficit,
334.031 12
Surquoi déduifant le montant des dons faits par le gouvernement,
162,300 93
Ce déficit n'eft plus que de
171,731 12
Mais cette perte qui donne pour celle de chacune des 50 aétions 3:434 liv. 12 fol. 2 ders. 13/25
n'était pas abfolee pour tous les actionnaires, car ceux qui,à ce titre, étaient entrés gratuitement
au fpeétacle pendant douze ans 3 avaient réellement gagné, puifque chaque abonnement annuel
pour un homme eft de 360 liv.
Il reftait encore aux aétionnaires le fond du magafin du fpedtacle, qui fut abandonné à M,
Fontaine pour qu'il fe chargeit de l'entreprife.
En prenant un terme moyen. > on voit que le fpedtacle donnait alors, par an, 207:9161. f. d.
Et qu'il dépenfait
235.752 I 5.
J'obferverai encore fur ces comptes, que j'ai bien conuns étant devenu adltionnaire, que la
recette des cinq dernières années a été infiniment plus confidérable que dans les fept autres, > à
caufe des efcadres & des troupes nombreufes françaifes & elpagnoles qui fe trouvèrent au Cap à
différentes époques 3 & l'on ne hafarderait rien de dire que), fans ces circonftances, particulières le
déficit aurait plus que doublé.
fur
que j'ai bien conuns étant devenu adltionnaire, que la
recette des cinq dernières années a été infiniment plus confidérable que dans les fept autres, > à
caufe des efcadres & des troupes nombreufes françaifes & elpagnoles qui fe trouvèrent au Cap à
différentes époques 3 & l'on ne hafarderait rien de dire que), fans ces circonftances, particulières le
déficit aurait plus que doublé.
fur --- Page 387 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 361
fur fes derrières 2 en les arrondiffant par des cloifons, mais dans l'intérieur elle
n'eft qu'un carré long. Au moyen d'une avant-fcène > l'aéteur fe trouve plus près
des auditeurs &c fa voix ne fe perd pas dans les couliffes. Au mois d'Avrii
1784, on a ajouté un troifième rang de loges aux deux formées en 1766. Ily a
vingt loges au premier rang &c vingt &c une aux autres, à caufe de celle qui
répond à l'entrée de l'amphithéâtre. Ces loges contiennent, à l'aife, fix perfonnes 3
trois fur le devant & trois fur le derrière 3 mais on en entaffe huit.
Les deux premières loges du premier rang vers le théâtre, n'en forment
qu'une de chaque côté; celle de la droite eft pour le gouverneur-général, ceux
qu'il y invite, ou les officiers de la garnifon ; celle de la gauche appartient à
lintendant, , & les officiers d'adminiftration s'y placent, Un factionnaire garde
l'une, & quelquefois un hoqueton de l'intendance l'autre,
En avant de ces deux loges honorifiques, font deux balcons qui fe trouvent
fur l'avant-fcène & qui ont fix places fur le devant, Après ces balcons, fe
trouve une demi-loge de chaque côté ; elles font fuivies des couliffes.
Des IO loges qui font le plus au fond du troifième rang, fept reçoivent
les mulâtreffes & trois les négreffes. Il y a le long du parterre trois loges
grillées de chaque côté. En arrière de l'orcheftre, on a pris fur le parterre de
quoi former un banc de toute la largeur; c'eft là que fe met l'état-major de
la place & des corps militaires. Le fpeétacle peut contenir 1,500 perfonnes. La
falle qui était peinte en mofaique jaune de Naples fur un fond bleu de roi,
a été mis en 1784 en blanc cendré avec des panaux & des filets bleus, & l'on
a ôté de deux en deux loges les piliers de bois & de forme carrée qui gênaient
Ja yue,
Deux fatyres gigantefques en bufte 3 placés à l'avant-fcène : femblent foutenir
Pédifice. Au frontifpice font les armes de France. Le rideau peint en bleu a
quatre génies 3 dont deux font les fymboles de la tragédie & de la comédie,
& les deux autres planant dans les airs, foutiennent la légende avec ces mots
en lettres d'or: CASTIGAT RIDENDO MORES. La falle eft éclairée par les lampions du théâtre, mais comme le fond était dans l'obfcurité, on a placé, entre
chaque rang, des bras portant des bougies > dont la nuance blanchâtre de la
falle augmente l'effet. Les deux loges des Adminiftrateurs ont fur le devant un
tapis peint avec des attributs militaires ou de marine.
En entrant dans le fpeétacle, où l'on arrive par quatre marches 3 on a devant
Tome I,
Z 2
La falle eft éclairée par les lampions du théâtre, mais comme le fond était dans l'obfcurité, on a placé, entre
chaque rang, des bras portant des bougies > dont la nuance blanchâtre de la
falle augmente l'effet. Les deux loges des Adminiftrateurs ont fur le devant un
tapis peint avec des attributs militaires ou de marine.
En entrant dans le fpeétacle, où l'on arrive par quatre marches 3 on a devant
Tome I,
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362 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
foi un intervalle au fond duquel eft le corps-de-garde, c'eft le deffous de
lamphithéitre. Des deux côtés eft un efcalier qui mène aux loges. A côté
de celui de la gauche, eft un paffage qui conduit au parterre, & en face de ce
paffage un efcalier féparé, par lequel les gens de couleur fe rendent à leurs
loges.
Jufqu'au 15 du mois d'Août 1775, on n'avait donné de fpeétacle que le
dimanche & le.jeudi, mais depuis lors on y a ajouté le mardi. Quand il y a des
pièces au bénéfice des aéteurs, c'eft d'ordinaire le famedi. On joue les trois
jours gras. Il n'y a d'autre vacance que celle de la quinzaine de Pâques.
Les places des premières loges ccûtent deux gourdes , celles des fecondes
une gourde & demie, celles des troifièmes & du parterre une gourde. L'abonnement d'un homme pour l'année eft de 36oliv.; celui d'une femme 240 liv.;
du mari & de fa femme, 550. Un abonnement par mois depuis la rentrée de
Pâques jufqu'au mois de Décembre vaut 45 liv., & du premier Janvier à la
fin du carnaval, 66. Si l'on ne veut s'abonner qu'aux fix derniers mois théàtrals, c'eft 200 liv. pour un homme & I5opourune femme. Quant aux troupes
chaque bataillon paye 600 liv. par mois. Iln'y a d'entrée gratuite que celle de l'état-major, des fergens majors des régimens, des officiers de police & des ouvriers
de l'imprimerie qu'employe la comédie.
Il y a auffi des loges louées à l'année aux premières &x aux fecondes. Pour
cela,il faut que quatre dames fe réuniffent &x la demandent fi c'eft aux premières loges, &c ces quatre dames donnent chacune IOO liv. outre leur abonnement annuel. Trois dames fuffifent pour en avoir une aux fecondes, 8z elles
donnent IOO. liv. chacune. Ces loges reftent fermées &x ne peuvent être données
qu'à celles qui les ont louées, excepré au moment où le rideau eft levé: Les
locataires ont la préférence pour leurs loges les jours d'abonnement fufpendu,
jufqu'à deux heures de l'après-midi. Les loges grillées & les loges appelées
baignoires. > qui aux fecondes & aux troifièmes- répondent aux balcons des
premières, , font louées auffi à l'année d'après des conventions particulières avec
le direéteur.
Parmi les loges louées a l'année. 2 ett le balcon du côté droit, qui était
toujours occupé par les membres du Confeil du Cap, lorfque cette "cour y
exiftait, &c dont ils prétendaient jouir très - exclufivement ; on la nommait
même loge du Confeil. L'origine de l'ufage particulier de cette loge, venait
, font louées auffi à l'année d'après des conventions particulières avec
le direéteur.
Parmi les loges louées a l'année. 2 ett le balcon du côté droit, qui était
toujours occupé par les membres du Confeil du Cap, lorfque cette "cour y
exiftait, &c dont ils prétendaient jouir très - exclufivement ; on la nommait
même loge du Confeil. L'origine de l'ufage particulier de cette loge, venait --- Page 389 ---
FRANGATSE DE SAINT-DOMINGI UE. 363
de ce que M.. Fournier de la Chapelle, procureur-genéral, fe tenait dans une
joge voifine du théâtre où des amateurs chantaient &t jouaient gratuitement.
De là le procureur-général fe mélait aux chceurs, que fa forte voix foutenait.
Par un fentiment qui prenait fa fource dans l'eftime &c la reconnaidance qu'il
infpirait, il conferva cette loge lorfque le fpeétacle devint public ; des confeillers
s'y placèrent fuccellivement jufqu'à ce. qu'on ait imaginé de changer en titre
une fimple tolérance.
La police du fpeétacle appartient à l'état - major ; c'eft ce qu'une ordonnance
du roi, du II Mars 1785, a encore confirmé. Il ya I5 grenadiers ou chaffeurs
avec un officier, de garde. Cette garde eft payée quatre gourdes pa: repréfentation. Si l'on prend des figurans, & ce font encore les régimens qui les
fourniffent, on les paye 4 liv. IO fol. par homme.
La comédie du Cap a ordinsirement 20 aéteurs, 8 femmes & douze hommes.
Ilyen a un ou deux ( & le plus communément ce font des femmes ), qui font
payés 12,000 liv., les autrés ont depuis trois jufqu'à 8,000 liv. d'appointemens.
Le fpeétacie eft très - couru, malgré l'extrême chaleur qu'on y reffent, & qui
eft produite 3 d'abord par le climat, & encore parce que la falle eft entourée de
bâtimens qui la couvrent 7 excepté dans l'Oueft qui n'eft pas le côté de la brife.
Dans les repréfentations où il y a affluence > les étroits corridors qui tournent
autour des loges, font pleins & on affiègent les portes de celles-ci. On pourrait
bien laiffer ouvertes les croifées qui donnent dans ces corridors, mais le vent,
s'il en fait, peut enrhumer; il éteint ou fait vaciller les lumières, & empêche
d'entendre l'acteur. On a cependant compté jufqu'à cent trente Dames, un jour
de carnaval, dans cette falle.
Ainfi que dans les villes de province;, la tragédie & la comédie ont au Cap
un temple & des difciples communs > &c il n'eft que trop ordinaire
de voir Melpomène prendre le ton de la mufe comique. Ce qui eft plus
fingulier, c'eft l'emprefiement, j'ai prefque dit la fureur des créols, pour aller
voir ces tragédies., dont le caraétère grotefque rebute les perfonnes de goût.
Une chofe qui ne choque pas moins celles-ci, c'eft la violation du coftume, D
Pune des plus féduifantes illufions du théâtre. On déplore encore l'affeétation
que certains afteurs mettent à gliffer dans leurs rôles des lazzis qui offenfent
même la décence; mais les bruyans applaudiffemens du parterre leur femblent
préférables à la délicateffe qui profcrit ces reffources de la médiocrité,
Z Z 2
Une chofe qui ne choque pas moins celles-ci, c'eft la violation du coftume, D
Pune des plus féduifantes illufions du théâtre. On déplore encore l'affeétation
que certains afteurs mettent à gliffer dans leurs rôles des lazzis qui offenfent
même la décence; mais les bruyans applaudiffemens du parterre leur femblent
préférables à la délicateffe qui profcrit ces reffources de la médiocrité,
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DESCRIPTION DE LA PARTIE
On a cependant vu, à ce théâtre, des aéteurs auxquels il n'a manqué que des
modèles & de Pémularion pour être remarqués par leurs talens. On fe rappele
encore de la voix mélodieufe, des graces & de la vérité de M- Mentel, dans
les rôles d'amoureufes; du ton vrai & naturel de Dubuiffon', dans les pères
du
de l'étonnante mémoire & de la pureté de langage
nobles 5 jeu comique,
& de l'entente de Mme. Marfan
de Dubourg; on eft frappé du port majeftueux
charme dans la belle Arfenne, attache dans la Gouvernante &c féduir dnns
qui
Mee de Clainville; on applaudit avec tranfport au gofier flexible, aux gazouillemens de Mme. Clerville.
ce théâtre, ni aucun autre de la Colonie, ne
>
pofMais jamais, peut-étre,
fédera un talent aufli marqué que celui de Chevalier, que la mort a enlevé
la nature ne fut plus prodigue des qualités qu'exige
au public en 1780. Jamais
la fcène comique. Elie lui avait donré le mafque > l'affurance 3 l'intelligence >
fait
l'afteur difparait, pour n'offrir que le perce je ne fais quoi qui
que
Il était excellent dans le rôle du médecin Tue, de
fonnage qu'il repréfente.
Popéra: On ne s'avije jamais de toul; dans celuidu cocher la Briffe,du Maséchal ferrant : de Guillot, des Chaffeurs & la Laitière 3 mais fon triomphe
c'était le rôle de Figaro, du Barbier de Séville. Ce n'était pas un rôle qu'il
eôt appris, c'était lui que Beaumarchais avait étudié; &c j'ofe prononcer hardiment que Préville eut voulu lejouer comme lui. Il avait d'ailleurs les mceurs
tres-comédierns un aimable enjouement, de nombreux créanciers, les goûrs
d'un homme riche, celui des femmes, pourvu que ce ne fut pas la fienne,
écune pareffe qui avait quelque chofe d'original.
Lorfque le fpectacle était aux actionnaires, les direéteurs le firent venir
lui
de ne pas étudier fes rôles &c d'avoir très-fouvent
un jour pour reprocher
befoin du fouffleur. Eb! Melfieurs, vous 1e feriez pas en état de me payer,
je Javais mes rôles. Chevalier mourut lorfqu'on ne le croyait qu'incommodé,
Ferme ie rideau, dit-il, à une mulâtreffe pour laquelle fon penchant n'était
l'ouvrage de la beauté, la farce eff jouées il expira en achevant ce CO-.
pas
mique adieu.
Le fpeétacle attire encore, parce qu'il eft un rendez-vous, où l'on va parler
d'affaires ; aufli les corridors y font-ils bruyans. L'amphithéâtre l'eft prefque
mais
un autre motif. Afile des jeunes gens de la ville & de la
autant,
par
à caufe des filles de couleur, dont les loges font au-deffus, la
garnifon,
la beauté, la farce eff jouées il expira en achevant ce CO-.
pas
mique adieu.
Le fpeétacle attire encore, parce qu'il eft un rendez-vous, où l'on va parler
d'affaires ; aufli les corridors y font-ils bruyans. L'amphithéâtre l'eft prefque
mais
un autre motif. Afile des jeunes gens de la ville & de la
autant,
par
à caufe des filles de couleur, dont les loges font au-deffus, la
garnifon, --- Page 391 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 365
onverfation eft quelquefois établie de bas en haut & de haut en bas 3 &
elle eft d'un genre qui pourrait offenfer des oreilles, même difficiles à bleffer.
A chaque entr'aéte ily a grande rumeur, & elle augmente entre les deux pièces,
parce que les filles de couleur en profitent pour aller dans les rues adjacentes,
ou dans la promenade du gouvernement, prendre l'air; c'eft du moins le prétexte
qu'on avoue.
Ce n'eft que depuis le mois de Juin 1775, que les négreffes libres ont
obtenu l'entrée du fpeétacle, où l'on avait admis, depuis 1766, les nuances
fupéricures des deux fexes, au fond du paffage de l'amphithéâtre. Elles me
choifirent pour rédiger leur demande, &c je ne dis qu'un mot 3 ce fut pour
demander, qu'elles pufent aller s'efevir auprès de leurs filles. Mais ces filles
menacèrent de leur céder toute la place, fi cette confufion avait lieu, & il
fallut les mettre dans des loges féparées. Ainfi, quand une négreffe & fa
fille mulâtreffe viennent à la comédie, elles fe féparent; l'ébène eft pour la
gauche, le cuivre pour la drcite.
On aura peine à croire qu'il n'y a pas fix ans que les femmes fe font affranchies de l'étiquette gênante d'aller, avec une grande toilette, àl la comédie.
L'élégant defhabillé embellit donc nos féduifantes créoles, &x le luxe, devenu
plus commode, n'a rien perdu de fon empire. Elles vont au ipeétacle faire
parade de leurs attraits & de leurs adorateurs; elless'yépient, &c la médifance y prend quelquefois de l'aliment. Il eft même des obfervations qu'on
peut faire à l'entrée. On y remarque 3 par exemple s que prefque toutes les
femmes font mifes avec la même élégance, ce qui apprend que dans la Colonie
ce fexe charmant n'eft diftingué qu'en deux claffes, les jolies & celles qui ne
le font pas. Comme chaque femme y va toujours avec un cavalier ( autre que le
mari, qui en eft difpenfé par l'ufage ), des yeux, peut-être prévenus, croient
avoir remarqué que le hafard permet bien fouvent que ce foient les deux mêmes
perfonnes. Qu'on fe garde cependant d'adopter comme d'infaillibles
les farcafmes malins qu'on lâche d'ordinaire au paffage des belles, mais jugemens on doit >
croire fans héfiter, que celles qu'ils épargnent, font par cela même bien dignes
de la plus avantageule opinion.
Le théâtre du Cap a auffi fes anecdotes. J'en dois dire une qui fera juger qu'il
ne s'y trouve pas toujours des fpeétateurs familiarifés avec la littérature comique.
Le 13 Janvier 1781, on donnait le Mauvais ménage 3 on interrompit la pièce
d'ordinaire au paffage des belles, mais jugemens on doit >
croire fans héfiter, que celles qu'ils épargnent, font par cela même bien dignes
de la plus avantageule opinion.
Le théâtre du Cap a auffi fes anecdotes. J'en dois dire une qui fera juger qu'il
ne s'y trouve pas toujours des fpeétateurs familiarifés avec la littérature comique.
Le 13 Janvier 1781, on donnait le Mauvais ménage 3 on interrompit la pièce --- Page 392 ---
366 DESCRIPTION DE LA PAR TIE
pour demander l'auteur : Dubourg, qui jouait un rôle, vint dire que la pièce
était de Dominique en fociété avec Legrand. Que lauteur paraife, s'écria-t-on
encore : c'ef, dit Dubourg 3 le célebre Dominique, mort depuis près de cinquante
ans. On applaudit beaucoup, en bafouant les chronologiftes. Comme cette. pièce
ennuyait, dans un moment où Mds. Dubuiffon était feule fur la fcène, une voix
cria, fnifez.
Tele veux bien, dit l'aétrice, elle fit une profonde révérence,
& la toile fut bailiée.
Ce théâtre s'honore d'avoir reçu, entr'autres perfonnes dignes d'être citées:
1°. En 1776, Don Jofeph Solano, alors préfident de la Partie Efpagnoie, qui
y al reparu en 178aloriqu'il commandait l'armée navale d'Efpagne au Caps2°, Le
vainqueur de la Grenade, le 31 Juillet 1779, lui quiy était venu fi fouvent 15
ans auparavant durant fon généralat 3°. Don Bernard de Galvez, commandant
général des armées combinées de France & d'Eipagne en 1782; 4°. Et enfin, le
prince Guillaume-Henri, fils du roi d'Angleterre, > le 5 Avril 1783Un aéteur de ce fpectacle, & qui eft le doyeo de tous ceux de la Colonie, eft
en poffeffion depuis trente ans, de faire les complimens dans ces cas extraordinai-
-
res, &c dans tous les autres. Clôture; rentrée, pièces à bénéfices, tout eft
de fon domaine, > & fon inépuifable verve conferve toujours un caractère d'originalité, que ne feconde pas mal une petite ftature & une groffeur peu commune.
C'eft à fa mufe féconde qu'on doit l'heureux à propos de la chanfon: Quand Biron
voulut danfer 3 à dEfaing vint s'adrefer, chantée en préfence de ce Vice-amiral,
Voici le compliment qu'il débita une fois, en annonçant une pièce à fon
bénéfice:
Hier au foir, Meffieurs 3 tout prêt à me coucher s
Par conféquent, ma porte étant fermée,
On frappe. - Eh bien ! qui frappe : Et que vient-on chercher 1
Ouvrez ; répond quelqu'un d'une voix enrouée.
J'ouvre & je vois une vieille enfumée,
Béquille en mâin 3 haute de quatre pieds,
Le dos voûté, méchans atours, & telle
Qu'on nous dépeint, la fée Urgèle ;
Digne d'être , en un mot, la reine des forciers.
Surpris en cette circonftance
Jeilui dis, d'un air agité
Eh! Qgi donc, êtes-vous ? - Moi? Je fuis P'Efpérance.
Eh quoi ! cette divinité
ée.
J'ouvre & je vois une vieille enfumée,
Béquille en mâin 3 haute de quatre pieds,
Le dos voûté, méchans atours, & telle
Qu'on nous dépeint, la fée Urgèle ;
Digne d'être , en un mot, la reine des forciers.
Surpris en cette circonftance
Jeilui dis, d'un air agité
Eh! Qgi donc, êtes-vous ? - Moi? Je fuis P'Efpérance.
Eh quoi ! cette divinité --- Page 393 ---
FRANÇAISE DI E SAINT-D OMINGUE, 367
A tous les malheureux propice 2
Et qui leur rend tant de fervice
En ne s'offrant qu'en beau 3 les mains pleines de bien ?
Non , c'eft ma foeur ainée & je fuis fà cadette,
L'Efpérance des comédiens.
Ah! ! je le vois fur P'étiquette,
Pour moi, votre vifite eft un coup de poignard.
Que voulez-vous. P Comme il eft tard,
Je viens vous demander rétraite 5
A votre tour 3 vous me devez cela :
Ce doit étre pour vous 3 une grande allégreife,
Que de loger votre Déeffe.
Déeffe, tant qu'il vous plaira
Jc ne puis vous loger, 3 la veille de ma piace;
C'eft m'impofer une trop dure loi ;
Je ne fuis pas en affez bonnes chances 3
Pour retirer encor chez moi, s
La plus pauvre des Efpérances.
Vaines raifons ;. j'eus beau la fupplier 3
D'aller ailleurs s'initier ;
Dans mon manoir, 3 elle a pris fon étape
Etla cruelle en rit fous cape.
Mais je ferai fi bien > qu'elle délogera ;
Voici 3 Meffieurs, le plan de mon affaire :
Ici mardi, fe trouvera
Ma fatale penfionnaire :
Venez en foule alors ; dès qu'elle fe verra
Vis-à-vis d'un nombréux parterre, >
Amphithéâtre & coetera >
La honte s'en emparera,
Car on aime toujours à cacher fa misère $
Et pour jamais, elle difparaitra.
On doit encore à M. Clément, quelques petites pièces à qui les circonftances
& les fingularités ont donné le fuccès du moment, le feul qu'il eût en vue. Il
en a fait une qui eft une pièceà caraétère, mais qui ne peut.produire d'effet
que
dans la Colonie 3 parce qu'elle repréfente les localités 5 c'eft le Lundi du
Cap, -
ou les Recowuremens. Comme c'eft le jour de la femaine où capitaines de navire,
marchands 3 négocians tout le monde paye & envoye recevoir, 3 il a imaginé
de mettre cette fcène hebdomadaire furle théâtre. Un capitaine provençal eft le
une pièceà caraétère, mais qui ne peut.produire d'effet
que
dans la Colonie 3 parce qu'elle repréfente les localités 5 c'eft le Lundi du
Cap, -
ou les Recowuremens. Comme c'eft le jour de la femaine où capitaines de navire,
marchands 3 négocians tout le monde paye & envoye recevoir, 3 il a imaginé
de mettre cette fcène hebdomadaire furle théâtre. Un capitaine provençal eft le --- Page 394 ---
368 D ESCRIPTIO N DE LA PARTIE
principal perfonnage de la pièce; fon adreffe à faire paffer chez un confrère de
Bordeaux, des barriques de vin, à qui celui-ci donne des lettres de naturalité
une
marchande de modes
fait fa dupe;
d'un crû gafcon; 3 fes vues fur jeune
quien
le patois & les tours originaux du langage des anciens troubadours, tout fait
de ce canevas une gaieté locale qui ne manque pas de fel comique.
Quelquefois des auteurs ont fait effayer des pièces far ce théâtre 3 comme elles ne
font pas nombreufes, l'aréopage comique ne fait pas foupirer long-tems le génie j
la troupe s'affemble, fi la pièce a la pluralité des fuffrages > l'auteur la fait cenfurer par le juge de police & elle eft jouée. Un auteur qui a fait applaudir depuis
la tragédie de Mirza, fur le théâtre français, à Paris, n'a pas pu fauver de
coloniale un drame qui échoua le 21 Mars 1778. Il cria à la cabale A
-
l'épreuve
fe venger des Afets & manifefta, en un mot, tous les effets de
fic une fable pour
la prévention d'auteur.
Il eft facheux d'avoir à citer auffi des traits qui prouvent que Pon a trouvé
A
quelquefvis de la jouiffance à marquer de l'autoritéjufques dans ce lieu confacré
Le
crié bis, le 28 Oétobre 1781, àl tirade de Grosau plaifir. parterre ayant
Amoureux de Molière, le lieutenant de
René contre le séxe, 2 dans le Dépit
roi défendit tl'aéteur d'accéder à cette demande. Une autre fois, au mois de
Juin 1734, on avaitjetté fur le théâtre, des couplets flatteurs pour une actrice
le public affectionnait & il mit la même violence à en empêcher la leéture.
quel Le 6 Février 1785, ( Dimanche gras)le direéteur annonçant un bal de nuit
dans la falle de 'la comédie pour le lendemain 2 quelqu'un demanda une redoute
au lieu d'un bal. Le parterre s'éleva par fes cris, contre cC changement i le
lendemain il y eut redoute. A la comédie fuivante, on exigea des excufes du
direéteur. Il en fit ; une aétrice les lui ayant reprochés,l'on voulait qu'elle en fit
à fon tour. Des militaires prirent fon parti, des duels hardis fuccédèrent. On
cru: qu'en emprifonnant quelques jeunes gens, le calme renaîtrait; : mais ce parti
alluma encore plus la querelle. Le gouverneur-général fit embarquer pour France
de ces
qui ne fe trouva plus à bord, quand le vaiffeau mit â
un
jeunes gens
la voile.
Ces démélés échauffèrent les efprits, & le 26 Mai fuivant, un grenadier du
régiment du Cap, quiétais de fervice, ayant voulu faire taire un jeune homme,
ily eut entr'cux une vive difpute. On veut faire fortir le bourgeois, un fecond
E'y cppofe; le lieutenant de roi veut qu'ils fortent lun & l'autre i fait prendre le
prermier
trouva plus à bord, quand le vaiffeau mit â
un
jeunes gens
la voile.
Ces démélés échauffèrent les efprits, & le 26 Mai fuivant, un grenadier du
régiment du Cap, quiétais de fervice, ayant voulu faire taire un jeune homme,
ily eut entr'cux une vive difpute. On veut faire fortir le bourgeois, un fecond
E'y cppofe; le lieutenant de roi veut qu'ils fortent lun & l'autre i fait prendre le
prermier --- Page 395 ---
FRANCAISEIDE SAINT-DOMINGUE, 36g
premier par quatre foldats & le fecond par trois. Le jour était mal-choifi, c'était
la Fête-Dieu où tout le monde prend les armes le matin, où des déjeâners
copieux montent encore les têtes que le bruitdes tambours 8z des canons a agitées,
Il ne reftait plus que huit hommes de garde ; on s'ameute contre eux, on
défarme les trois qui menaient l'un des jeunes gens & on le délivre. La fermentation devient générale. On donne une requête au gouverneur, pour que la police
du fpedtacle foit ôtée aux troupes S on veut que le direéteur rende les abonnemens;
lesjeunes gens arrêtés font pourfuivis comme perturbateurs, par le procureur du
roi; on lance des décrets que le Confeil annulle fur leur appel. A leur tour, ils
attaquent en juftice le fils du lieutenant du roi qui faifait les fonctions d'aidemajor de place; 5 enfin l'on arrête que perfonneln'ira au fpeétacle. Cette réfolution
ceffa le 16 Juillet, parce que le général par intérim venait de faire des changemens à la configne de la comédie , auffitôt après le départ du titulaire pour la
France; &z encore les femmes ne confentirent-elles à y retourner que quinze
jours après.
On devait imaginer que tout était terminé à cet égard; mais on crut que
l'autorité devait tirer une éclatante vengeance de la témérité de ceux qui
avaient penfe qu'un aide-major de place était attaquable dans les tribunaux. M.
de Bellecombe, en arrivant à Verlailles, fit de cette circonftance un délit monftrueux, & par un ordre miniftériel du IO Décembre 1785, timbré arrêt du
Confeil d'Etat, le procureur qui avait figné la plainte &c le Sénéchal qui le lui
avait enjoint, furent interdits, le premier jufqu'à nouvel ordre, le fecond pour
un an. On les a relevés l'un & l'autre au mois de Novembre 1786, & le regret
tardif de cet acte artibitraire, a fait accorder une gratification au juge. L'hiftoire
révélera le refte.
Quelquefois la falle du fpeétacle a fervi à des amateurs, à des aéteurs forains,
àdes danfeurs de corde. On y a vu Ribier, aéteur des Variétés, donnant des
pièces de théâtre que leur gaieté faifait rechercher. Le direéteur exige dans ces
CAS un quart du produit net des reprélentatione ; c'eft-à-dire, après avoir déduit
les frais qui vont à environ 200 liv. chaque fois.
Volange, des Variétés, a joué au Cap en 1773 > fous le nom de Plainville.
Jullien & Suin, aéteurs de la comé die Italienne. > ont été attachés à ce fpeftacle,
le premier en 1773,1 l'autre en 1786,
Tome I
A a a
direéteur exige dans ces
CAS un quart du produit net des reprélentatione ; c'eft-à-dire, après avoir déduit
les frais qui vont à environ 200 liv. chaque fois.
Volange, des Variétés, a joué au Cap en 1773 > fous le nom de Plainville.
Jullien & Suin, aéteurs de la comé die Italienne. > ont été attachés à ce fpeftacle,
le premier en 1773,1 l'autre en 1786,
Tome I
A a a --- Page 396 ---
370 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
On avait tenté auffi les concerts, mais ce genre n'a jamais eu de fuccès
dans la Colonie.
Il eft des circonftances où l'on donne un fpeétacle gratuit. C'eft quand la
joie publique fe manifefte à caufe de quelque événement. Dans les jours de
confternation générale , il eft fermé &c il a été décidé que c'était au gouvernement à le preferire. Jufqu'en 1772, les affiches du fpeétacle portaient; Par
permifion de M. le Général. M. de Vallière à qui M. de Vaivre fit remarquer
cette attribution au chef militaire, fit mettre par permiflion de M. les Général
& Intendant, ce qu'on a continué depuis.
Une ordonnance des chefs, du 29 Janvier 1766, pour empêcher les inconvéniens qui pouvaient réfulter des calculs des divers théâtres de la Colonie,
a défendu de recevoir un aéteur engagé dans un autre. Il n'y a qu'un feur
exemple, que je citerai ailleurs, d'ua refus de fépulture à une comédienne.
Quelquefois cependant, le pré.et Colomban en a refufé au Cap pour parains
ou maraines.
C'eft un grand vice que de n'avoir point un femainier qui dirigerait plus
immédiatement la police intérieure des aéteurs & préviendrait le changement
continuel des pièces mifes au répertoire.
En diminution des dépenfes du direéteur, qu'on ne peut €valuer à moins de
280,000 liv. par- an, il faut compter les bals & les redoutes. Depuis l'établifement d'un théâtre, on avait été conftamment dans l'ufage d'y donner, depuis
les Roisjufqu'aux jours gras, un bal de nuit chaque Dimanche. Il commençait
à dix heures & allait aufli loin que les danfeurs voulaient le conduire. Ces bals
étaient fatigans dans un pays où la veille d'une feule nuit eft un vrai dommage
pour la fanté. Les pères & les mères ne manquaient pas d'invoquer cette
excufe pour n'y aller que rarement, & les jeunes perfonnes la goûtaient peu. M..
de Reynaud, alors gouverneur-général par intérim, donna l'idée de fubftituer
des redoutes ou bals parés à ces. bals de nuit, où le mafque autorifait fouvent
des propos déplacés. La première redoute eut lieu le 6 Décembre 1780. Depuis
elles commencent toujours au premier mercredi de ce mois &c vont jufqu'aur
vendredi gras 3. parce qu'il y en a deux par femaine. A cinq heures précifes le bal s'ouvre, & à neufheures on le fait ceffer. Ce choix des heures eft
heureux, quand la redoute commence les affaires font finies; quand on en fort
c'eft l'inftant du foupers on a toute la nuit pour fe repofer, &x les vieux parens
Décembre 1780. Depuis
elles commencent toujours au premier mercredi de ce mois &c vont jufqu'aur
vendredi gras 3. parce qu'il y en a deux par femaine. A cinq heures précifes le bal s'ouvre, & à neufheures on le fait ceffer. Ce choix des heures eft
heureux, quand la redoute commence les affaires font finies; quand on en fort
c'eft l'inftant du foupers on a toute la nuit pour fe repofer, &x les vieux parens --- Page 397 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 371
ont d'autant moins d'excufe que la redoute ne coûte qu'une demi-gourde tandis
que les bals de nuit font payés le double. On va à la redoute pour danfer, pour
voir danfer, pour y caufer, pour y parler d'affaires 3 oul pour y faire une partie
de cartes dans un retranchement qu'on forme dans le fond du théâtre. Auffi
n'y a-t-il plus de bals de nuit que les trois jours gras,, & il faut convenir que
les amateurs de mafcarade s'en dédommagent bien alors.
: J'ai affez parlé de la paffion des Créols pour ce voluptueux exercice; c'eft
avoir dit que les redoutes forment le plus délicieux fpectacle. La falle y eft
confacrée toute entière, en uniffant, comme au bal de l'opéra, le parterre au
théâtre & à l'amphithéâtre. Les plus jolies figures, les graces les plus féduifantes,
les ajuftemens les plus élégans 3 tout y ravit, & au fortir de ces fêtes charmantes A
l'ame eft dans une efpèce de délire. Aux bals de nuit & aux redoutes, les gens de
couleur peuvent aller dans leurs loges pour voir danfer.
Il ferait impoffible de fe paffer d'un fpeétacle au Cap, furtout depuis qu'on
en a contraété l'habitude. On a peu de fociété dans cette ville, & l'on eft du
moins raffemblé fi l'on n'eft pas réuni. Le défir de plaire, celui de montrer fa
parure, contraignent plufieurs femmes à faire diverfion à leur vie fédentaire. Les
étrangers, les marins furtout, trouvent à la comédie un délaffement qui les
garantit de l'ennui & de fantaifies plus coûteules. On peut aufli y prendre des
leçons de langue, & dans une ville où les promenades font peu fréquentées, oû
l'on craint le foleil & après lui le ferein, le ipeétacle doit paraitre agréable. Il
affure d'ailleurs la jouiffance des redoutes', qui ne peuvent fe paffer de fon local.
En face de la comédie, 3 & fur l'autre côté de la place Montarcher, eft un ilet
qui a eu autrefois une deftination très-pieufe. Lorfque les malheureux Colons de
Saint-Chriftophe furent tranfportés à Saint-Domingue par les anglais après la
prife de leur fle, en 1690, ils éprouvèrent tous les befoins, & ils en feraient
péris vidlimes fi les Colons du. pays où ils avaient été comme jetés, ne les
avaient accueillis avec cette fenfibilité teuchante & cet empreffement qui les
honorera pour. jamais. On croira aifément qu'à la fuite de tant de malheurs > il
dut y avoir beaucoup de malades, & pour les foulager il fe forma au Cap une
confrérie fous le titre de Miféricorde, à laquelle les dames les plus diftinguées
voulurent être affociées, M. Auger, gouverneur-général, permit à cette confrérie, le 27 Décembre 1703, de prendre Pâlet dont je parle pour J bâtir uise
A aa2
era pour. jamais. On croira aifément qu'à la fuite de tant de malheurs > il
dut y avoir beaucoup de malades, & pour les foulager il fe forma au Cap une
confrérie fous le titre de Miféricorde, à laquelle les dames les plus diftinguées
voulurent être affociées, M. Auger, gouverneur-général, permit à cette confrérie, le 27 Décembre 1703, de prendre Pâlet dont je parle pour J bâtir uise
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372 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
infirmerie definée aux femmes malades de la Colonie de Saint-Cerifepbe, E5 eutres
pauvres familles > qui dans la Juite pourront tomber dans la meme difgrace. Cet
ilet était encore alors à l'extrémité du bourg, & ce canton avait pris déjà le
nom de quartier des Gens de Saint-Chriftophe.
Le père Girard, premier fupérieur des Jéfuites, qui arriva au Cap en 1704,
s'attacha particulièrement à la confrérie de la Miféricorde, qui eut alors une
fupéricure &c une tréforière annuelle, dont chaque affociée vifitait les malades
à fon tour pendant un mois. Ce fut à la charité de cette même confrérie qu'on
dut l'achat de deux maifons vers la place-d'armes, dont on fit un hopital pour
tous ceux qui étaient malades ou pauvres; mais ce dernier établiffement fe
trouva détruit, lorfqu'en 1707 M. de Charrite 3 gouverneur par intérim; fit comprendre ce terrain dans l'alignement de la place. Touché de l'abandon où fe
trouvaient ces malheureux, le père Boutin, curé du Cap, imagina, quelques
années après, de fe fervir de l'afile de la Miféricorde, 3 qui était devenu
moins utile, pour en faire un hôpiral. Les aumônes qu'il recueillait fecondaient
ee pieux deffein. qui fut encore traverfé.
M. Cabot, entrepreneur de la conftruction de la nouvelie églife 3 étant mort
dans cet hôpiral le 8 Juillet 1717, le père Boutin crut pouvoir fuivre relativeà lui, l'ufage où il était de diftribuer les effets laiffés par les morts dans T'hôpital,
aux perfonnes les plus nécelliteufes quiy reftaient : mais le curateur aux fucceffions vacantes réclama ceux de M. Cabot, & le juge du Cap, décida le 13 Août 2
que pour cette fois la probité connue du père Boutin le difpenferait du compte
des effets qu'il avait diftribués, mais que ce ne ferait plus la même chofe à
Pavenir > l'hôpital Boutin ( car il portait ce nom ),n'ayant aucun privilège. Ce
fait & la promeffe foufcrite peu après par les religieux de la Charité, devenus
un peu jaloux du père Boutin , de recevoir les pauvres. malades dans leur hôpital,
furent caufe que le curé abandonna fon projet.
La Miféricorde n'étant pour ainfi dire plus utile, le père Boutin prit, vers
1719, la réfolution de convertir fon local en un. refuge pour les orphelines. Il le
difpofa en conféquence : il fit des acquifitions pour le foutenir. Les deux
demoifelles de Guimont, nouvelles converties que le père Boutin avait faitvenir
du Poitou, fe confacrèrent à fa. direétion, & l'on y vit bientôt. quinze petites
orphelines. Les direétrices formérent auffi une école où l'un enfeignait gratuitement à lire 8c à écrire aux petites filles de la ville. Les orphelines apprenaien:
Il le
difpofa en conféquence : il fit des acquifitions pour le foutenir. Les deux
demoifelles de Guimont, nouvelles converties que le père Boutin avait faitvenir
du Poitou, fe confacrèrent à fa. direétion, & l'on y vit bientôt. quinze petites
orphelines. Les direétrices formérent auffi une école où l'un enfeignait gratuitement à lire 8c à écrire aux petites filles de la ville. Les orphelines apprenaien: --- Page 399 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMIN G U E.
en outre ceux des travaux de leur fexe qui pouvaient leur affurer des reffources, &
Pon vit fortir de cet intércffantafile des mères de famille laborieufes, qui donnèrent
l'exemple des vertus. Les religieux de la Charité cenfurèrent cet établiffement,
& le fupérieur des Jéfuites fit fignifier, par un aéte judiciaire, au père Boutin
qu'il défapprouvait l'emploi qee faifait ce religieux de fon pécule
regardait comme une propriété de l'ordre. Alors le
3 qu'on
former
père Boutin eut le défir de
un établifement de religieufes qui remplirait le même but que le
des orphelines. Il s'occupa abfolument de ce plan, & pour l'appuyér il fit refiage une
vente à Mlle. de Guimon l'ainée, de tout ce qui appartenait à la maifon des
orphelines, avec la condition fecrète qu'elle en ferait la remife aux religieufes.
Lorfque celles-ci arrivèrent en 1732,ily avait fur l'ilet une maiton de
à deux étages, couverte d'ardoifes, vitrée, & tous les
charpente
On acquit auffi l'ilet qui était dans le Sud de appartemens convenables.
celui-ci, & on les
murant la rue. C'eft là que les religicufes font demeurées
réunit en
leur local actuel étant affez avancé
les
jufqu'en 1746, que
pour recevoir, elles y paffèrent, les
y retrouverai.
Je
Ilya une petite défeétuofité dans l'alignement de deux des rues de la
fedtion, celle Saint-Michel & celle de la Providence.
troifième
pucins exiftait entr'elles & les rues
Lorfque le morne des CaSaint-Jean &c
conceffions
Saint-Laurent, quoique les
les
impofafent toujours l'obligation de s'aligner fur les rues
arpenteurs du tems prirent du bord de la mer une direétion
adjacentes,
niffement du morne 3 fe trouva aboutir fur la droite des deux qui, après l'applaVoilà la caufe du défaut de parallélifme
rues fupéricures,
qu'on y remarque.
QU A T R I è M E SEC C TI O N,
C'EST celle de tout le Cap qui offre le plus d'établiffemens
quemment le plus de chofe à examiner & à décrire.
publics, & confén'exiftait point, même en
Commençons par dire qu'elle
1710, époque où fon territoire fe trouvait
hors du Bourg, car ce n'était pas encore la wille du Cap.
entièrement
Cette feétion eft bornée au Nord par la ravine > comme les trois
PEft, par la rue des Marmoufets toute entière & un bout de la premières; à
au Sud; parl la rue du Cimcticre,julqu'aux Cazernes
rue Efpagnole i
du manège, qui ferment cette.
en
Commençons par dire qu'elle
1710, époque où fon territoire fe trouvait
hors du Bourg, car ce n'était pas encore la wille du Cap.
entièrement
Cette feétion eft bornée au Nord par la ravine > comme les trois
PEft, par la rue des Marmoufets toute entière & un bout de la premières; à
au Sud; parl la rue du Cimcticre,julqu'aux Cazernes
rue Efpagnole i
du manège, qui ferment cette. --- Page 400 ---
374 DESCRIPTIO N DE L. A PARTIE
rue, puis au-deffius de ces Cazernes, par des épatemens du morne du Cap, & a
l'Oueft par ce morne. Cette feétion a une forme irrégulière à caufe d'une gorge où
elle entre au Nord-Oueft.
Parmi les chofes remarquables qu'elle contient, celle qui frappe le plus I'ceil
de l'oblervateur, c'eft la maifon appelée le Gouvernement, que l'on diftingue parfaitement dans la feconde des Vues du Cap de mon Atlas. Au fiècle dernier;
lorfque les Capucins étaient les miflionnaires de la Partie du Nord, mais après la
deftruétion du Port - de - Paix en 1695, leur maifon principale, où devait réfider
leur fupérieur, fut d'abord au Bas du Cap, fur le morne des Capucins 3 &c enfin
on leur en conftruifit une dans l'enclos aétuel du Gouvernement.
Lorfque les Jéfuites arrivèrent en 1704, ils prirent le logement des Capucins,
qui était hors de la ville, dans ce qu'on nommait alors la favane du bourg du Cap.
On fe reffouvient qu'en 1710, les Jéfuites avaient obtenu la conceflion du terrain
qui porta enfuite leur nom. Ils y formèrent leur établiffement, qui prenait depuis
la rue Royale jufqu'au point où eft à préfent la rue des Vierges ; il était au Nord
& au Sud comme il eft refté. Ils y firent élever une maifon alignée du Septentrion
au Midi, fur la rue Saint-Sauveur. Une belle avenue de poiriers allait depnis cette
maifon jufqu'au bas de la place Montarcher. Le long de la rue Saint - François
Xavier était leur chapelle conftruite toute de pierres de taille, & formant avec la
maifon un tour d'équerre. Vers 1738, ces religieux projettèrent leur maifon
aétuelle, qu'ils firent exécuter en 1748, & dont la terraffe était déjà formée en
1739.
Au moyen des deux ilets, donnés en toute propriété aux Jéfuites parlr paroiffe
du Cap au - deffus de leur enclos, parla tranfaétion du 3 Juillet 1746, cet enclos
s'étendit de 120 pieds dans l'Oueft. Ils prirent, le3 Juillet 1747, une conceflion
de tout leur terrain, à partir de la rue Efpagnole, fans renoncer 3 comme l'on
fait, titre de deffervant de la paroiffe, à la jouiffance des deux ilets qui ne leur
avaient jamais appartenus, &c qui font ceux de la place Montarcher &c de la
Comédie.
Le terrain quil leur a été concédé en 1747, fe trouve donc avoir la longeur de
cinq ilets 8x des quatre rues qui les auraient partagés, ce qui fait 696 pieds, fur
une largeur de 264, formée par celle de deux ilets &z de la rue qui aurait été
entr'eux. Le choix de ce local eft très - propre à faire juger de la perfpicacité de
ES religicux.
c qui font ceux de la place Montarcher &c de la
Comédie.
Le terrain quil leur a été concédé en 1747, fe trouve donc avoir la longeur de
cinq ilets 8x des quatre rues qui les auraient partagés, ce qui fait 696 pieds, fur
une largeur de 264, formée par celle de deux ilets &z de la rue qui aurait été
entr'eux. Le choix de ce local eft très - propre à faire juger de la perfpicacité de
ES religicux. --- Page 401 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Le bâtiment qu'ilsy ont conftruit eft de maçonnerie 3 avec un étage ; ila216
pieds de long, fur 36 de large ; fon toit eft couvert d'ardoife. Dans l'origine, fa
diftribution était monaftique & offrait de grandes galeries ou dortoirs, pris fur la
largeur du côté de l'Oueft, & les chambres donnaient fur la ville. Deux pavillons parallèles, de 60 pieds de long fir I5 de large en tour d'équerre fur le
derrière, fervaient aux diftributions communes. Celui du bout Sud, qui a auffi un
étage, avait au rez de chauffée un réfectoire, des offices, &cc; l'autre, qui n'a
qu'un rez de chauffée, était deftiné à être la chapelle. Les Jéfuites ont joui de
cette maifon depuis 1748, qu'elle fut achevé,juqu'au mois de Décembre 1763
qu'ils furent renvoyés.
Comme le fort de la fociété en France x était connu dans la Colonie, avant
même qu'on y procédât contre elle, MM. Bory & de Clugny avaient écrit au miniftre, le 5 Septembre 1762, qu'il ferait convenable que cette maifon fût deftinée
aux Adminiftrateurs, qui réfidaient alors au Cap. De fon côté, le Confeil fupérieur,
quis'af@mblaitencore au magafin du roi, demanda, par un arrêté du 15 Décembre
fuivant, qu'on la fit fervir iloger les tribunaux & leurs greffes ; qu'on mît les
prifons dans l'étendue de fon enclos; qu'on prit le jardin pour former une place
au-devant des Cazernes, & une partic du local pour faire un logement auxmiffionnaires.
M. de Bory s'y logea le premier, puis M. de Belzunce 3 lorfqu'il devint
verneur général 3 après lui M. de Montreuil, qui eut linterim & enfuite gou- M,
d'Eftaing qui y fit faire beaucoup de dépenfes en embelliffemen S,. lorfqu'il arriva
au mois d'Avril 1764 La maifon a confervé cette deftination jufqu'au départ de
ce dernier au mois de Juillet 1766; mais la réfidence des Adminiftrateurs devant
être le Port-au-Prince, elle demeura inoccupée. Ce fut alors que la paroiffe duCap éleva la queftion de favoir, fi elle n'avait pas le droit de réclamer les biens
poffedés par les Jéfuites au Cap, au Terrier-Rouge, & au Petit-Saint-Louis,
comme étant affeétés àl'entretien & à la conftruétion des églifes de la Colonie, &.
à la fubfiftance des prêtres deffervans j. mais cette revendication > à qui l'on ne
pouvait refufèer un caraétère frappant de juftice, n'eut aucune fuite.
Le 6.Mars 1768, le roi acheta, des fyndics des créanciers des Jéfuites, la maifon
dont je parle, 8c.les halles- de la rue Neuve, pour 200,000 livres tournois, & le
9 Avril, le miniftre décida qu'on y placerait le Confeil, la Sénéchauffee, PAmirauté > les différens Greffes. & les bureaux d'Adminifration. Cette détermination
, n'eut aucune fuite.
Le 6.Mars 1768, le roi acheta, des fyndics des créanciers des Jéfuites, la maifon
dont je parle, 8c.les halles- de la rue Neuve, pour 200,000 livres tournois, & le
9 Avril, le miniftre décida qu'on y placerait le Confeil, la Sénéchauffee, PAmirauté > les différens Greffes. & les bureaux d'Adminifration. Cette détermination --- Page 402 ---
376 DESCRIPTION DE L A PARTIE
n'ayant point été éxécutée (je ne fais pourquoi),le 12 Décembre 1771 le miniftre
cr.lonna de placer dans cette maifon le Confeil, la Sénéchauffee, l'ordonnateur &x
les bureaux, & les greffes des deux tribunaux. On s'occupa depuis le mois de
Juin 1772, jufqu'à celui de Janvier 1773, des difpofitions locales néceffaires
pour exécuter cet ordre. Il ferait aufli long qu'ennuyeux de rendre compte de
toutes les difficultés que cette exécution fit naitre, des volumes qu'elle fit écrire
parle Confeil, parle commifaire qui faifait fonctions d'ordonnateur, & par
l'Intendant. Enfin le7. Janvier 1773, le Confeil marchant en Corps, vint du lieu
de fes féances rue du Confeil, prendre poffefion de fon nouveau local. La Sénéchauffée &l'Amirauté fe rendirent auffi chacune dans le leur.
Lorfque M. d'Ennery arriva au Cap, le 16 Août 1775, il prit le logement
de l'ordonnateur > qu'à fon départ pour le Port-au-Prince, on divifa en trois
-
parties. Celle du bas fut confervée pour le gouverneur-général. lorfqu'il viendrait
au Cap, dans fes voyages paffagers, une portion de celle d'en haut pour l'intendant & le refte de l'étage fut donné à un commiffaire de la marine qui y avait fes
bureaux. La guerre furvint & M, d'Argout prit tout ce qui avait été deftiné 3
-
dans l'origine al'ordonnateur. M. de Reynaud, de Lilancour &c de Bellecombe
s'y placèrent également, & lorfque ce dernier alla, en 1784, réfider au Portau-Prince 3 l'ordonnateur 8c fes bureaux reprirent le pofte que M. du Chilleau
leur a fait quitter, cette année, pour y mettre le commandant de la partic
du Nord ; cC que le miniftre a approuvé.
Cette habitation fucceffive ou alternative des gouverneurs a fait donner le nom
de goxvernement à tout le terrain des Jéfuires 5 l'on ne le défigne pas autrement
Le bâtiment quoique fort fimple, a de l'apparence & fon étendue eft remarquable
pour le Cap. Le rez de chauffée dans lequel on entre par la façade Orientale 1
n'a qu'une porte au milieu du bâtiment, à laquelle on arrive par neuf marches de
pierres de taille 3 & de chaque côté, l'on compte onze croifées. Ily a auffi vingtdeux croifées au premier érage, & au-deffus de la porte, en eft une autre qui
donne fur un grand balcon de fer. A ce balcon, répond fupérieurement une
efpèce de lucarne détachée du toit &c où fe trouve placé le cadran de l'horloge du
gouvernement, qu'avec raifon l'on fuit comme un guide plus sûr que celle de la
paroiffe.
La diftribution intérieure confifte d'abord dans un veftibule de trente-fix pieds
en carré, qui fert de corps-de-garde, lorfque le gouverneur eft dans le bâtiment.
A
de fer. A ce balcon, répond fupérieurement une
efpèce de lucarne détachée du toit &c où fe trouve placé le cadran de l'horloge du
gouvernement, qu'avec raifon l'on fuit comme un guide plus sûr que celle de la
paroiffe.
La diftribution intérieure confifte d'abord dans un veftibule de trente-fix pieds
en carré, qui fert de corps-de-garde, lorfque le gouverneur eft dans le bâtiment.
A --- Page 403 ---
FRANÇAIS: E DE SAINT-DOMINGUE, 377
A fa gauche 3 on entre par deux portes paralleles dans le falon d'audience du
gouverneur qui a trente pieds en carré, & qui eft fiivi de trois autres pièces. Le
long du falon & de ces. pièces, j à lOueft, eft un corridor de fix pieds de large
qui aboutit à une porte 3 donnant fur le côté Sud de la maifon, C'eft à ce bout
Méridional, & près de la porte de fortie, 3 qu'eft, à droite, un bel efcalier qui
conduit à l'étage fupérieur. On trouve auffi quatre pièces dans celui-ci.
Une galerie y correfpond au corridor d'en bas. L'aile Sud forme dans fon
extrémité Oueft, au rez de chauffée, une falle à manger où l'on arrive par un
paffage de fix pieds 3 que'bordent des offices. Au-deffus de Ia falle à manger,
font plufieurs pièces commodes.
A droite du veftibule d'entrée 3 en face du corridor qui va à la porte du bout
Sud, en règne un autre, mais de neuf pieds de large, qui conduit à une
porte, au bout Nord. Trois des pièçes qui bordent ce corridor vers la ville,
font partie du logement du gouverueur, &c la quatrième > qui eft la plus Septentrionale 9 eft la falle d'audience de P'Amirauté qui eft tapifiée d'un
fleurdelifé &c où l'on a mis un Chrift, & une table &c des fièges pour les papier juges.
Près la porte du bout Nord, eft un efcalier abfolument femblable à celui de
l'autre côté.
Un corridor correfpondant à celui qui mène à la falle à manger, dans l'aile
gauche 3 conduit ici à l'aile droite qui forme 3. dans fa totalité 3 la falle de la
Sénéchauffée. Elle eft belle, bien éclairée, fpacieufe. Une enceinte en acajou
contient des fauteuils pour. fes membres ; une table eft devant eux. En dehors
de l'enceinte eft un grand banc pour les procureurs, qui n'ont cependant
d'autre falle des pas perdus que le corridor de neuf pieds par lequel on commu- pas
nique au veftibule. La falle eft tapiffée comme celle de l'Amirauté. Au-deffus des
fièges eft un tableau repréfentant un Chrift ( produit d'une amende ). On a mis en
face un autre grand tableau de fix pieds de haut, fur quatre de
large > repréfentant
Louis XVI en pied & donné par M. Suarez d'Alméida, procureur du roi de
cette Sénéchauffée, le II Août 1783; deftination approuvée le 16 par les
Adminiftrateurs.
Le tournant de l'efcalier laiffe un intervalle entre lui & le mur Nord du corridor
de la Séné échaufée S on y voyait autrefois un brigadier & quatre archers de maréghaufeequi prenaient leurs moufquetons & bordaient la haie
duConat
> lorfqu'un membre
fogéricur, dont ils étaient la garde, montait on defcendait l'efcalier,
Tome I.
Bbb
ination approuvée le 16 par les
Adminiftrateurs.
Le tournant de l'efcalier laiffe un intervalle entre lui & le mur Nord du corridor
de la Séné échaufée S on y voyait autrefois un brigadier & quatre archers de maréghaufeequi prenaient leurs moufquetons & bordaient la haie
duConat
> lorfqu'un membre
fogéricur, dont ils étaient la garde, montait on defcendait l'efcalier,
Tome I.
Bbb --- Page 404 ---
378 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Cet efcalier conduit à un palier où eft un petit retranchement de IO pieds en
carré, à gauche, formé par une cloifon de planches peintes en rouge 1 qui n'ont
que huit ou neuf pieds de hauteur &: dont la partie fupérieure eft en claire-voye.
C'était la chapelle da Confeil que, par une indécente affectation, l'on avait placée
dans ce lieu, malgré les réclamations continuelles de ce tribunal.
Trois portes donnen: fur ce palier. Celle qui eft en face de l'efcalier, conduifait
au parquet du procureur général. Ony remarquait une ancienne armoire d'acajou,
qui renfermait lcs reftes de quelques volumes achetés pour l'ufage du Confeil,
d'après un. arrêt du mois de Septembre 1725. On jugeait, d'après ce corps de bibliothèque, que les ouvrages ne devaient être ni nouveaux ni nombreux; c'étaient
les ordonnances > la coutume de Paris, &c quelques didtionnaires de droit & de pratique. J'avais eu le bonheur d'y faire ajouter un exemplaire des Loix 6 Confitutions
des Hesfous le vent, auquel on recourt affez fouvent, pour que je croie à l'utilité de
cet ouvrage. Jel'ai entrepris avec le défir qu'il répande des lumières fur un pays
auquelj'ai, pour ainfi dire, confacré ma vie toute entlère.
Des deux autres portes du palier, l'une ouvre dans un petit corridor qui conduilait à la porte par où les membres du Confeil fe rendaient dans la falle
d'audience > ou dans celle des délibérations. A la droite de ce corridor était un
petit endroit pratiqué lous le comble de cette aile fans étage, c'était la buvette
du Confeil. Enfin la dernière porte du palier était celle de la falle des Avocats 3
où une grande porte faifait entrer dans la falle d'audience.
II ne manquait à cette falle > pour être véritablement belle > que d'être plus élevée.Mais un) plafond blanchi au lait de chaux & placé à environ 14 ou 15 pieds, l'écrafait. Elle était divifée, dans fa longueur, en deux parties égales, qui fe trouvaient
carrées chacune. La barre qui féparait les Juges, des avocats & du public, marquait cette divifion: Un banc régnait de chaque côté pour l'auditoire. Ily en avait
deux pour les avocats, & au bout de chacun d'eux, dans l'efpace qui répondait à
la porte pratiquée dans la barre 3 était un huiffier fur un tabouret. La barre érait
une baluftrade tournée, à deux points corre/pondans de laquelle deux crochets
fixaient deux pupitres, prefque plats, oà l'avocat qui plaidait pofait fes pièces.
L'enceinte, occrpée par les Juges, avait une forme demi-circulaire. Elle érait
girnie d'un banc à dollier, avec des couffins rembourés & ccuverts de cuir de
roufli noir, bordés de petits cloux dorés. Au fond était le fauteuil du gouverneur
général, > avecun Chriit au- deffus; au-devant de la place dupréident tétait un pe-
, oà l'avocat qui plaidait pofait fes pièces.
L'enceinte, occrpée par les Juges, avait une forme demi-circulaire. Elle érait
girnie d'un banc à dollier, avec des couffins rembourés & ccuverts de cuir de
roufli noir, bordés de petits cloux dorés. Au fond était le fauteuil du gouverneur
général, > avecun Chriit au- deffus; au-devant de la place dupréident tétait un pe- --- Page 405 ---
FRANÇAISE DE SAINT-I DOMINGUE
tic pupitre portatif. Les magiftrats fe plaçaient à droite & à gauche, en. alternant
fuivant l'ordre de leur réception.
Une autre portion demi-circulaire intérieure &c laiffant, entr'elle 8c la première,
un efpace de quatre pieds, contenait un autre banc à doffier & des couffins, où le
Confeil fe mettait aux petites audiences; enfin un troifième efpace demi-circulaire.
en dedans de ce fecond, & confequemment bien plus petit, était la place du
procureur général & de fes fubftituts. Il avait devant lui une table, vers l'autre
côtéde laquelle fc mettzit le. greffier, faifant face auxj juges. Aux grandes audiences, les membres du miniftère public montaient fur les petites formes du fecond
rang, parce que les juges allaient fur les grandes, & le greffier fe plaçait comme
était le procureur général aux petites audiences.
A droite en entrant, à toucher la barre, mais dans l'angle intérieurde l'enceinte,
était l'audiencier, ais au-devant d'une petite table & faifant face à PEC.
Six grandes croifées de chaque côté éclairaient cette falle. Elles avaient desj jaloufies à battans, comme toutes celles de cette maifon > mais de plus des chaffis
à battans auffi, garnis d'un canevas extrêmement fin. Toute la falle avait des
bordures qui étaient d'acajou comme les fièges, les hancs, & tous les autrcs meubles qu'on y voyait. Entre les croifées chaque panneau offrait des attributs de
juftice peints en jaune, & ayec intelligence, & l'on en voyait aufii dans le cordon
qui fe trouvait au-deffus de ces croifées. Le fond de la falle était lambriffé. Le ton
rembruni que le tems donne au bois d'acajou ; la peinture , de la même nuance,
qu'on avait mife dans les embrafures des fenêtres; le cuir de rpuffi noir
a
qui couvrait les formes; la décoration des panneaux ; l'habit noir des juges, des avocats &
des huiffiers: l'étendue de cttee falle; le jour ménagé qui s'y répandait, tout y
entretenait ce fentiment profond qui accompagne l'idée de la loi; touty parlait aux
bons de fa puifance proteétrice &c du befoin de l'aimer, & aux méchans de la
néceffité de la craindre.
Entre l'arrondigiement du banc desj juges &. les murs latéraux du bâtiment, 3 l'on
avait laiffé un efpace qui menait de chaque côté à deux portes qu'on appercevait
de la falle d'audience. Elles faifaient parvenir à la dernière pièce du local du
Confeil; c'était fa chambre de délibération & fa chambre criminelle. Elle était
carrée auffi; on s'y affemblait autour d'une très-grande table avec des fauteuils,
C'eft dans cette pièce qu'eft la porte qui ouvre fur le balcon dontj'ai parlé, &
qui marque le milieu du premier étage,
Bbb 2
ait de chaque côté à deux portes qu'on appercevait
de la falle d'audience. Elles faifaient parvenir à la dernière pièce du local du
Confeil; c'était fa chambre de délibération & fa chambre criminelle. Elle était
carrée auffi; on s'y affemblait autour d'une très-grande table avec des fauteuils,
C'eft dans cette pièce qu'eft la porte qui ouvre fur le balcon dontj'ai parlé, &
qui marque le milieu du premier étage,
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380 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Perfu adé que la plopart de mes leéteurs ne feraient pas fatisfaits fje me bornais
à leur dire que trois tribunaux s'afiemblaient dans ce lieu, où deux fe trouvent
'encore, fan s les leur faire connaitre , je vais leur en donner une idée fuccinéte 3
parce que les autres détails appartiennent plus particulièrement à I'Hiftoire ou au
tableau raifonné de lAdminiftration de la Colonie, qui forme une autre partie de
mon travail.
Dans l'origine de l'établiffement de la Colonie françaife de Saint-Domingue, les
chefs des av anturiers & des flibuftiers étaient les feuls juges des différends, &c ces
chefs réuniflaient tous les pouvoirs. Lorfque ces hommes entreprenans eurent un
chef nommé par le gouverneur général des Ifles, ou par le roi, celui-ci fuccéda
à cette puiflance illimitée & defpotique, & conféquemment méconnue quelquefois.
Le II OEtobre 1664, le roi établit trois Confeils fupérieurs à Saint-Chriftophe,
àla Martinique & à la Guadeloupe, pour, juger les appels des juges que la Compagnie des Iles de l'Amérique y avaient; mais il ne fut point queftion de SaintDomingue, qui refta fans juges & fans Confeil, comme par le paffé. Enfin vers
1680 on imagina d'y former une efpèce de corps judiciaire. Il fe compofait des
officiers majors nommés par le roi, &c de ceux des milices, à défaut defquels on
appelait les notables habitans. Ce tribunal > qui jugeait en première &x dernière
inftance, &c qui appelait fes décifions des arrêts, s'affemblait dans les lieux principaux des différens quartiers, où il y avait des affaires civiles ou criminelles à juger >
&c s'intitulait tantôt du mot générique de Confeil Souverain de Saint - Domingue
tantôt de celui de Confeil Souverain dul lieu où il s'était affemblé., de forte qu'on
voit des arrêts du Confeil du Petit-Goave, du Corfeil de Leogane, du Confeil de
Nippes.
Cet ordre de chofes fubfiftait, lorfque MM. de Saint Laurent & Bégon > Admimiftrateurs généraux des Iles du vent, vinrent à Saint-Domingue en 1684, &c ils
préfidèrent plufieurs de ces confeils, dans les divers lieux où ils pafsèrent. Sentant
toute l'imperfeélion d'un femblable régime,ils proposèrent de confliruerréellement
ordre
& c'eft en conformité de leur demande, que l'édit du mois
un
judiciaire,
d'Août créa un Confeil Souverain au Petit-Goave, avec quatre Siéges royaux,
pour juger en première inftance.
L'un de ces fiéges fut mis au Cap, 8 c'eft ccluiquiy fublifte à préfent. L'édit
de fa créationlui donne un fénéchal, ua lieutenant,un procureurdu roi& un greffier,
ordre
& c'eft en conformité de leur demande, que l'édit du mois
un
judiciaire,
d'Août créa un Confeil Souverain au Petit-Goave, avec quatre Siéges royaux,
pour juger en première inftance.
L'un de ces fiéges fut mis au Cap, 8 c'eft ccluiquiy fublifte à préfent. L'édit
de fa créationlui donne un fénéchal, ua lieutenant,un procureurdu roi& un greffier, --- Page 407 ---
FRAI NÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
& pour reffort, tout ce qui s'étend depuis le Port-Français, jufqu'aux limites de
la Partie Septentrionale de la Colonie dans PEt. Sa compofition eft reftée la
même,mais fon refforts'eft étendu dans l'Oueft, & comprend aujourd'hui les treize
paroiffes de Limonade, de Sainte-Rofe 3 du Quartier-Morin, du Dondon, de la
Marmelade, de la Petite-Anfe, du Cap, de la Plaine-du-Nord, de P'Acul, du
Limbé, de Plaifance, du Port-Margot & du Borgne. Il eft à remarquer cependant que la nomenclature de ce territoire n'a été fixée par aucune loi, mais par
la convenance & par une efpèce d'induétion. Par exemple, lorfqu'ils'eft formé des
paroiffes à l'Oueft du Cap, on les a confidérées comme des démembremens de
celles qui exiftaient déjà, & elles ont dépendu de la Sénéchauffée du Cap, quoiqu'elles duffent appartenir à celle du Port- - de - Paix, qui venait jufqu'au
Port-Français. Celles quil'ont été encore plus tard, &qui ont eu une ordonnance
d'éreétion 3 ont été attachées, par cette ordonnance même à la Sénéchauffée 5
on peut d'ailleurs conclure avec raifon de la loi du prince, qui diftrait en 1774,
la paroiffe du Borgne, de la Sénéchaufee du Port-de-Paix, pour la réunir à celle
du Cap, que toutes celles qui font en deça, font néceflairement du reffort de cette
dernière.
Ce fut au mois de Juin 1686, que la Sénéchauffée fut inftallée. Ses regiftres
& fes minutes furent brûlées en Janvier 1691 & en Juin 1695, par les ennemis,
dans les incendies du Cap. L'on a vu que fes premiers officiers furent tués a la
bataille de Limonade 5 le 21 Janvier 1691. Son plus ancien regiftre d'audience,
exiftant en ce moment, commence le 20 Août 1695 > l'audience étant tenue par
Zéphirin Falaife, 5 procureur du roi, faifant fonétions de juge; Antoine
faifant
Dafpir,
huiflier, 3
fonétions de procureur du roi. Ily a une audience du 20, Avril,
1696, tenue par un M. Regondy, dont rien n'indique les qualités. On trouve à
la date du 18 Juin fuivant, une audience ainfi intitulée. >> Vu l'abfence de M.
C le juge & la déclaration de M. le procureur du roi, & vu la néceflité publique
( qu'ily ly a de tenir l'audience, avons fait approcher un tel, un tel, &c. ?. Les
jugemens font rendus par M. de Galiffer, gouverneur de Sainte-Croix, & du
Cap Saint-Domingue. Il prononce > dans une première caufe > la main levée d'une:
faifie-arrêt en donnant caution, & reçoitle ferment de cette caution. C'eft encore
M. de Galiffet qui tientl'audience du 14 Juillet. Le 16 Février 1697 > c'eft M.
Efcoffier. Le 21 Août 1697,lejuge fe trouvant intéreffé dans une caule, M. Fizet,
curateur aux vacances, monte au tribunal, &y fiége à fa place. A la même époque
première caufe > la main levée d'une:
faifie-arrêt en donnant caution, & reçoitle ferment de cette caution. C'eft encore
M. de Galiffet qui tientl'audience du 14 Juillet. Le 16 Février 1697 > c'eft M.
Efcoffier. Le 21 Août 1697,lejuge fe trouvant intéreffé dans une caule, M. Fizet,
curateur aux vacances, monte au tribunal, &y fiége à fa place. A la même époque --- Page 408 ---
382 DESCRIPTIO N DI E LA P A RTIE
de 1697, M. Danzé, major du Cap, y nomme plufieurs huiffiers. Le I5 Juillet
1702, c'eftle greffier qui continue l'audience, que quitte M. Robineau, fénéchal,pour aller trowver Mlefom époufe, gai était très-mal > Juivant Pavis qu'on lui
en domne. On voit, par ces exemples, cC qu'était la Sénéchauffée du Cap dans fes
commencemens.
Son plus ancien regiftre d'infinuation remonte au 17 Août 1697 & commence
par celle d'un contrat de mariage. Le plus ancien, quant aux enregiftremens,
va au 14 Septembre 1699. Celui qui offre la plus ancienne déclaration d'un
maronnage d'efclaves, eft du 31 Juillet 1703, & co.mence par celle qu'y faic
M. de Galiffet que quatre de fesnègres font fugitifs.
C'eft dansle greffe de cette Sénéchauffée quiaencore perdu plufieurs piéces dans
-
l'incendie de la nuit du 20 au 21 Décembre 1734,
des qu'on peut juger ravages
des infeétes qui dévorent les papiers dans la Colonie. Il y a d'anciens regiftres
& d'anciens aétes qu'ils ont rendu abfolument illifibles. Convertiffant le papier
qu'ils mangent en une elpèce de gluten terreux 3 ce gluten fe durcit & rend les
differentes'euilles de papier adhérentes les unesaux autres, de manière qu'on ne peut
les défunir qu'en les déchirant. Il arrive quelquefois que ces feuilles font criblées
par des milliers de petits trous qui les changent en découpures ou dentelles,
ou bien un regiftre ou une liaffe d'aétes qui ont été attachés, femblent avoir été
maçonnés prr une couche d'un mortier léger. Ce n'eft même pas toujours à raifon
de l'ancienneté des pièces qu'on peut en calculer le ravage ; la nature du papier,
T'humidité plus ou moins grande du lieu, concourt à accélérer leur deftruétion, &
j'ai vu au greffe de la Sénéchauffée du Cap, en 1783, des regiftres de baptême,
&c, de la parciffe de cette ville en 1774 2 déjà illifibies dans quelqued
parties.
Qu'onjuge, d'après ce feul fait, de l'utilité du dépôt des Colonies établi a
Verfailles en 1776, &c de ce qu'a de coupable la négligence que les officiers
publics.n'ont ceffé de mettre dans la remife des pièces 3 aux prépofés de P'intendant pour les envoyer à leur deftination. Je ne puis m'empécher auffi d'accufer
hautement les Adminiftrateurs qui, préférant quelques commodités domefliques
à un grand intérêt public, n'ont pas exécuté l'ordre réitéré de mettre les différens greffes du Cap dans la mailon du gouvernement, & qui ne font pas
effrayés, malgré l'exemple de 1734, de les voir placés indiféremment dans
divers points de la ville 2 expofés à chaque inftant à des incendies,
empécher auffi d'accufer
hautement les Adminiftrateurs qui, préférant quelques commodités domefliques
à un grand intérêt public, n'ont pas exécuté l'ordre réitéré de mettre les différens greffes du Cap dans la mailon du gouvernement, & qui ne font pas
effrayés, malgré l'exemple de 1734, de les voir placés indiféremment dans
divers points de la ville 2 expofés à chaque inftant à des incendies, --- Page 409 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Lajuridiation n'eut, pendant long-tems, d'autre lieu d'affemblée que la maifon
du fénéchal, ou celle du gouverneur du Cap, lorfqu'ille fuppléait. Avant 1699,
le fénéchal tenait même l'audience fur fon habitation, 3 & ce fut M. de Galiffet
qui l'obligea à remplir ce devoir au bourg; alors on prit le greffe. Enfuite on
donna une falle d'audience, dont l'état était tel, vers 1713, 3 que les juges n'y
étaient à l'abri, ni du foleil, ni de la pluie. On réunit alors la Sénéchauffée au
Confeil , placé dans un magafin fur la place-d'armes & on y difpolà auffi un petit
auditoire pour elle. Depuis elle n'a pas ceffé d'être dans le même local que la cour
fupérieure > jufqu'à la réunion de celle-ci à la cour du Port-au-Prince.
Quoique l'édit ait donné un lieutenant à ce tribunal, il n'en a cependant eu un
qu'en 1708. Au mois de Juillet & d'Août 1739, les Adminiftrateurs y nommèrent deux confeillers > MM. Cothereau & Hirel, mais cette création fut
délapprouvée & révoquée par le Miniftre, le 26 Mai 1741. Le tribunal n'eut
plus de confeillers jufqu'aux trois, qu'à créés l'édi: du mois de Janvier 1787.
La multiplicité des fonétions du procureur du roi, lui firent donner parles
Adminiftrateurs, un premier fubfitut, le 13 Oétobre 1737, dans M. Barbey,
garde-magafn du roi, & depsis on a fuccellivement établi un fecond
fubftitut >
un troifième > puis un quatrième, dans la perfonne de M. de Saint-Martin fils, 2
nommé par commiflion du 2 Décembre 1777 2 & qui eft mort, en 1785, confeiller da Confeil du Cap, où je l'ai remplacé. Ily a auffi un fubflitut à réfidence dans
chaque paroiffe dépendante de la Sénéchauffée. II y eft une efpèce de commiffaire
délégué de cette Sénéchauffée pour la juftice & les aétes provifoires qui
requièrent célérité, ou pour ceux où le tranfport des officiers de la Sénéchauffée
deviendrait trop coûteux.
Le greffier a auffi choifi trois grefier commis pour l'aider. Il y a un
audiencier établi depuis le commencement du fiècle. Il porte une
noire
baguette
garnie d'ivoire > &c marche à la tête du tribunal aux cérémonies publiques.
La Sénéchauffée ne prononçait qu'en première inftance, au civil &c au
mais depuis 1787, elle a quelques cas préfidiaux. Dans l'origine criminel; les
ties s'y défendaient en perfonne & la, comme ailleurs, des défenfeurs officieux parremplacèrent les parties, & c'étaient furtout les huiffiers qui remplifaient ce
rôle. A leur fuite vinrent les folliciteurs de procès. Plufieurs fois on les proferivit
& toujours ils fe reproJluifirent fous différentes formes. Enfin le 14
on créa des
Juillet 1738 >
procureurs qui, au Cap, étaient communs au Confeil & à la Séné-
ient en perfonne & la, comme ailleurs, des défenfeurs officieux parremplacèrent les parties, & c'étaient furtout les huiffiers qui remplifaient ce
rôle. A leur fuite vinrent les folliciteurs de procès. Plufieurs fois on les proferivit
& toujours ils fe reproJluifirent fous différentes formes. Enfin le 14
on créa des
Juillet 1738 >
procureurs qui, au Cap, étaient communs au Confeil & à la Séné- --- Page 410 ---
DESCRIPTIO N DELA PARTIE
chaufiée, 8c y faifaient les doubles fonétions d'avocats 8x de procureurs, mais
depuis 1764, les procureurs font exclufivement attachés au fiéges de première
inftance. Leur nombre a varié avec l'accroiffement des affaires : aétuellement
ils font vingt.
Les notaires ont exiflé même avant la Sénéchauféc, & il y en avait de nommés
parl l'intendant des Iles, réfidant à la Martinique. Leur nombre a varié auffi, il
y en a douze dans la ville du Cap, & dix-huit répandus dans les autres paroiffes
de la juridiétion.
Il y a vingt huiffiers pour le fervice de tous les tribunaux du Cap. On fait
qu'ilen exiftait dans la Colonie, lors même qu'elle n'avait que fon confeil des
milices. On les a augmentés fuivant le befoin. Depuis le 26 Février 1761, un
a
arrêt du confeil du Cap les a mis en bourfe commune & leurbureau a toujours
a
été au même point; c'eft la maifon qui fait l'angle Sud-Eft des rues de la Providence 8 Royale. Le bon ordre eft maintenu aux audiences de la Sénéchauffee,
par des archers de police dont elle eit auffi accompagnée dans les fonétions & les
cérémonies publiques.
I
La Sénéchauffee a réuni toute la compétence maritime aux autres > depuis fon
établiffement, jufqu'en 1718, qu'en vertu du réglement du roi, du 12 Janvier
1717, qui met des fiéges d'Amirauté dans les ports coloniaux, où il y avait des
Sénéchaufices, il y en eut une au Cap. L'Amirauté eft compofée d'un lieutenant,
d'un procureur du roi, d'un greffier & d'huiffiers. Dès le 6 Septembre 1717,
ily eut des officiers nommés pour celle du Cap, mais depuis lors, le fénéchal,
foit comme bréveté, foit comme juge le plus prochain ( ainfi que le veut la
création des Amirautés coloniales ), a toujours réuni, jufqu'au IO Oftobre 1781,
les fonétions de fénéchal & de lieutenant de l'amirauté , excepté depuis le IO
Août 1719jufqu'au mois de Mai 1721, que la dernière place a été remplie par
M. le Roy qui n'avait que celle-là. Un arrêt du confeil d'Etat ayant prononcé
l'incompatibilité de cCS fonations, le7. Juillet 1781, elles font divifées depuis
ce tems.
Quant au procureur du roi, ill'a été conftamment de la Sénéchauflée & de
P'Amirauté jufqu'au 24 Août 1778. Ces places ont étédéclarécs incompatibles
auffi par l'arrêt de 17S1. Le greffe a été donné tantôt au citulaire de celui de la
Sénéchauffee, tantôt à un autre. Le lieutenant de l'Amirauté nomme à l'intérim ce
ce greffier qui a deux grefiers-commis. Il a nommé auffi des huiffiers, lorfqu'il
ne
flée & de
P'Amirauté jufqu'au 24 Août 1778. Ces places ont étédéclarécs incompatibles
auffi par l'arrêt de 17S1. Le greffe a été donné tantôt au citulaire de celui de la
Sénéchauffee, tantôt à un autre. Le lieutenant de l'Amirauté nomme à l'intérim ce
ce greffier qui a deux grefiers-commis. Il a nommé auffi des huiffiers, lorfqu'il
ne --- Page 411 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 385
ne s'en eft pas trouvé de brevetés. Le premier de cC dernier genre ne l'aété que
le premier Août 1741. Ilya a aétuellement quatre huiffiers brevetés pour PAmirauté, mais ils font réunis à la bourfe commune &x n'ont de particulier que le
fervice de leur fiége, qui a un audiencier breveté depuis 1719. Celui de la
Sénéchauffée le fuppléait auparavant.
Ila a exifté autrefois des procureurs, fpécialement délignés pour l'Amirauté,
quoique choifis parmi ceux de la Sénéchauffée > & eux feuls y plaidaient & y
inftruifaient les affaires. Le lieutenant del'Amirauté les commiflionnait, mais cette
nomination amena des difficultés dont le réfultat a été que les procureurs de la
Sénéchauffée font, à ce titre, ceux de l'Amirauté, Ce tribunal a de plus un receveur-général des droits de M. l'Amiral, un chirurgien-major, un apothicaire,
un jaugeur. &c plufieurs interprêtes.
Le Confeil fupérieur du Cap avait été créé fous cette dénomination par un édit
du mois de Juin 1701, qui le compofait du gouverneur-général, de lintendant
>
du gouverneur de la Partie du Nord, du commandant du Cap, de deux lieutenans de roi, de deux majors, de fept confeillers, d'un procureur-général
& d'un greffier. On retrancha du reffort du Confeil du Petit-Goave, qui
comprenait toute la Colonie 3 les quartiers du Cap &c du Port-de-Paix, ( celui
du Fort-Dauphin n'exiftait point encore & fon territoire faifait partie du quartier
du Cap), &c tous ceux qui pourraient fe former dans la bande du Nord. Le
Confeil était tenu de s'affembler au moins une fois par mois. Le
gouverneurgénéral y avait la préféance, & fucceffivement l'intendant, le gouverneur du
Nord & le commandant du Cap; mais la préfidence était attribuée à l'intendant
8c paffait de lui au plus ancien Confeiller. Ce tribunal fupérieur fut inftallé au
Cap par M. de Galiffet, gouverneur- général de Sainte-Croix & du Cap, le II
Novembre 1701. J'ai dit qu'avant 1712 il n'avait eu aucun local fixe, &
par
quels logemens intermédiaires il était arrivé à celui qu'il a aétuellement dans
la maifon. du gouvernement.
Le Confeildu Caps'affembla d'abord le premier lundi de chaque mois 8ejugeait
tant qu'il y avait des procès en état. En Aoûr 1713, il n'eut plus de féance
que
tous les: deux mois., mais en Février 1716 il reprit l'ufage du premier lundi du
mois. Depuis long-tems il fiégait environ IOO jours de l'année.
Comme l'intendant à qui l'édit de création attribuait la préfidence réfidait
alors à la Martinique > le doyen des Confeillers le
repré.enta > à cet égard,
Tome I.
Ccc
en état. En Aoûr 1713, il n'eut plus de féance
que
tous les: deux mois., mais en Février 1716 il reprit l'ufage du premier lundi du
mois. Depuis long-tems il fiégait environ IOO jours de l'année.
Comme l'intendant à qui l'édit de création attribuait la préfidence réfidait
alors à la Martinique > le doyen des Confeillers le
repré.enta > à cet égard,
Tome I.
Ccc --- Page 412 ---
DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
commencement de l'année 1705, époque de l'arrivée de M. Deflandes ,
jufqu'au ordonnateur, , avait l'exercice des droits de préfident. M. Mithon
qui nommé
de
de premier-confeiller du 9 Septembre
les eut après lui, en vertu provifions
&c dès
Devenu intendant en 1718, il fut préfident en cette qualité,
1708.
qui eut encore le droit de préfider après
1719 il y eut un fecond-confeiller
le Confeil du Cap a toujours eu un
lintendant. Depuis lors jufqu'en 1769,
trois
un
; de manière qu'ilavait roujours deux ou
premier ou fecond-confeiller fi l'on excepte depuis 1766, que le fecondpréfidens étrangers à fon corps,
du
confeiller était M. Collet, pris dans le Confeil, d'après une ordonnance
mois de Février 1766.
n'avait
Confeillers & huit autres
Le Confeil qui, dans fon origine 3
que fept
dont
étaient militaires , avait fouffert différens changemens.
membres >
fept
avait été fucceffivement augmenté à caufe
D'abord le nombre des Confeillers
des progrès de la Colonie. Le 12 Février 1726, l'entrée en avait été ouverte
& aux contrôleurs de la marine, & le 9 Mars 1734,à tous
aux commiffaires de fon reffort. En 1738 & dans les années fuivantes, les
les officiers majors avaient nommé des affeffeurs à ce Confeil, où ils n'avaient point
Adminiftrateurs dans les affaires où ils étaient rapporteurs, ou quand le nombre
de voix, que
cette mefure provifoire était devenue
de juges nécefTaires n'était pas complet 3
établi
définitive les lettres-patentes du mois d'Août 1742, qui ont
quatre
par font des fuppléans dont le titre s'éteint après trois années, s'il n'eft
affeffeurs > qui
pas renouvellé.
ordonnance du roi ne donna de féance au Confeil
Le 24 Mars 1763, une
de manière
n'y vit plus les
qu'au gouverneur-général & à lintendant 3
qu'on
ni les commiffaires &x les contrôleurs de la marine. En 1766 le
états-majors, des confeillers fut porté à douze ; on en envoya plufieurs qui étaient des
nombre du
de Paris, & ils eurent tous 12,000 liv. d'appointemens
avocats liv. parlement de loyer. Mais le tribunal reçut une autre compofition au mois de
& 1,500
membres le
> l'intendant 2
Septembre 1769. Il cut pour
gouverneur-général
le commandant en fecond du Cap, un préfident choifi parmi les confeillers, le
commiffaire général de la marine', le lieutenant de roi du Cap, le plus ancien
des commiffaires de la marine, douze confeillers en comptant le préfident, quatre
affeffeurs, un procureur-général, trois fubftituts & un greffier.
les
entraient au Confeil du Cap lors de la
Le rang de toutes perfonnes qui
. Il cut pour
gouverneur-général
le commandant en fecond du Cap, un préfident choifi parmi les confeillers, le
commiffaire général de la marine', le lieutenant de roi du Cap, le plus ancien
des commiffaires de la marine, douze confeillers en comptant le préfident, quatre
affeffeurs, un procureur-général, trois fubftituts & un greffier.
les
entraient au Confeil du Cap lors de la
Le rang de toutes perfonnes qui --- Page 413 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
réunion de 1787, était dans l'ordre où je viens de les nommer; 3 c'eft-à-dire
que le gouverneur-général était dans le fauteuil, l'intendant à fa droite, le >
commandant en fecond à fa gauche 2 le préfident après l'intendant, &c en alternant ainfi des deux côtés du fauteuil. Cependant lorfque l'intendant était hors
du reffort du Confeil &x qu'il y avait un commiffaire
général ou même un
commiffaire ordinaire avec l'ordre de faire les fonétions de commiflaire général,
il préfidait privativement au préfident-conf@iller & prenait le pas fur lui. Mais
excepté l'intendant & ce commiffaire général, 2 c'était le préfident ou# un confeiller
par ordre d'ancienneté, qui préfidait. Le Confeil avait auffi plufieurs confeillers
honoraires qui avaient été fes membres ou ceux du Confeil du Port-au-Prince,
car ily y avait de ces honoraires qui l'étaient des deux Cours. Ils
prenaient leur
rang d'ancienneté parmi les confeillers, excepté avant le doyen des titulaires,
qui les précédait toujours, parce qu'un confeiller honoraire ne peut jamais avoir
droit ni à la préfidence ni au décanat.
Le procureur-général a rempli feul fes fonétions jufqu'au Ier. Août
que les Adminifrateurs lui donnèrent un fubftitut qui fut M. Dumouriez 1739,
Duperrier; le nombre des fubftituts fut enfuite fuccelflfivement
Le greffier de cette cour confidéré à bien des
porté à trois.
égards comme un confeiller,
puifqu'il obtenait l'honoraire comme eux, était autrefois appelé dans fa commiflion Confeiller Secrêtaire du roi 6 du Con/eil du Cap. Il avait deux
commis.
greffiersLe Confeil du Cap a eu fon premier audiencier le
4 Septembre 1706. Il
portait une verge noire avec laquelle il précédait le Confeil aux cérémonies.
Ce tribunal était dans l'ufage d'accorder une féance honorifique &c la voix
confultative aux membres des autres cours fouveraines qui s'y préfentaient. On les
plaçait alors immédiatement après le doyen. On a vu fiéger ainfi au Confeil du
Cap, notamment M. Le Maire, confeiller du Confeil de
1745, & M, de Saint-Mihiel, médecin du roi & confeiller Léogane du 3 le 5 Mars
Confeil
rieur de l'Ie de France, le 28 Mars 1782; ce dernier fut même
fupéle préfident & le doyen.
placé entre
C'était encore un ufage d'y faire alfeoir les membres des Sénéchauffées
audiences a la gauche du procureur-général & des fubftituts. On avait les mêmes aux
égards pour des officiers militaires fupérieurs, à partir du rang de major
inclufivement,
C Cc 2
du 3 le 5 Mars
Confeil
rieur de l'Ie de France, le 28 Mars 1782; ce dernier fut même
fupéle préfident & le doyen.
placé entre
C'était encore un ufage d'y faire alfeoir les membres des Sénéchauffées
audiences a la gauche du procureur-général & des fubftituts. On avait les mêmes aux
égards pour des officiers militaires fupérieurs, à partir du rang de major
inclufivement,
C Cc 2 --- Page 414 ---
388 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
J'ai dit quej jufqu'en 1764 les procureurs de la Sénéchau@ée l'étaient auffi du
Confeil & rempliffaient partout les fonétions d'avocat, mais depuis cette époce tribunal s'était attaché des avocats poflulans qui, par ce moyen,
que étaient 2 fes feuls officiers miniftériels. Ceux-ci admettaient dans leurs bancs les
notaires & les procureurs, 8c avaient pour chef leur doyen, fous le nom de
bâtonnier. Leur nombre était limité, & ils ne pouvaient être reçus qu'avec un
vifa de l'intendant. On les avait fixés à douze 3 mais ce nombre avait été un
peu excédé depuis quelques années. J'ai eu l'honneur d'appartenir à ce barreau
depuis 1775 jufqu'en 1735, & même lors de ma réception au Confeil du Cap
en qualité de confeiller, cette cour me difpenfa, par un arrêt, de l'information
de vie & mceurs, atrendu celle qui avait eu lieu lors de ma réception en
qualiré d'avocat près d'elle.
Les huifiers étaient auffi ceux des deux féges inférieurs; il yen avait toujours quatre de fervice au Confeil.
Je me livrerais à des particularités qui groffiraient extrêmement cette defcription fije voulais donner une idée plus étendue des tribunaux du Cap. J'ajouterai cependant que le Confeil prononçait en dernier reffort fur les appels des
jugemens des Sénéchauffées &c des Amirautés du Cap, du Fort-Dauphin 8x du
Port-de-Paix: ; qu'il ftatuait en premier & en dernier reffout fur les appels comme
d'abus, fur ce qui concernait les fabriques des paroiffes & fur ce qui intéreffait
la police intérieure de fes membres ou des perfonnes qui lui étaient immédiatement attachées.
Mais puis-je, malgré ma réfolution, > ne pas dire quelque chofe d'une
localité dont tous les étrangers font frappés ? le coftume des magiftrats
coloniaux, qui fiégent en épée. Cette furprife doit ceffer fi l'on réfléchit
à ce que j'ai rapporté de l'exiftence du confeil des milices, qui prenait fon
nom de ce que le chef de la Colonie ou le lieutenant de roi le formait en
en raffemblant des officiers. Le commandant des milices de la paroiffe
en était le premier confeiller, le major des milices y faifait les fonétions de
procureur-général, & il ferait vrai de dire que ce fut au courage qu'on décerna
Phonneur de rendre lajuftice. On fe foumettait au jugement de ceux à qui l'on
obéiffait dans les combats, & le tribunal était une cour martiale ambulante.
En 1685, loriqu'on créa le Confeil du Petit-Goave pour toute la Colonie >
des douze confeiliers choilis, onze & le procureur-général étaient officiers des.
ait les fonétions de
procureur-général, & il ferait vrai de dire que ce fut au courage qu'on décerna
Phonneur de rendre lajuftice. On fe foumettait au jugement de ceux à qui l'on
obéiffait dans les combats, & le tribunal était une cour martiale ambulante.
En 1685, loriqu'on créa le Confeil du Petit-Goave pour toute la Colonie >
des douze confeiliers choilis, onze & le procureur-général étaient officiers des. --- Page 415 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 389
milices & ne ceffèrent pas de l'être; ils confervérent leur coftume & l'arme
dont ils favaient bien fe fervir. Les mêmes circonflances ayant
accompagné, en
1701, le choix des confeillers du Confeil du Cap, on y vit auffi les magiftrats
qui étaient officiers de milice garder leur épée en exerçant la juftice.
Les affaires judiciaires augmentant fuccellivement & confommant tout le
tems des magiftrats ils finirent par renoncer aux emplois de la milice, & ils
avaient même éprouvé des vexations affez renouvellées pour qu'ils cruffent utile
de demander l'exemption du fervice perfonnel. Mais dès que la patrie était
menacée, on les voyait s'armer & fe rendre des premiers pour partager les
dangers avec leurs concitoyens.
Deux fois ( en 1761 &x en 1780 ), on s'occupa dans le Confeil du Cap de
favoir fi l'on changerait ce coftume, mais à la dernière époque on convint qu'il ne
fallait pas s'occuper d'un pareil objet. Ainfi donc 3 la magittrature de SaintDomingue > ( car dans l'origine les membres des tribunaux inférieurs étaiént aufli
employés dans les milices & foldats en préfence de l'ennemi), en confervant
l'efprit de fon inflution primitive, fe glorifie encore de repréfenter les premiers
défenfeurs, les premiers conquérans de la Colonie. Ils fiégent dans les lieux
que leurs devanciers ont foumis à la France. Un habit qui laiffe voir une
épée qu'on fait manier & qu'on tient de fes prédéceffeurs, vaut bien. une
longue robe, & l'amour de la juftice n'exclut pas le courage. Les Confeils
de Saint-Domingue ont vu des magiftrats de cours fouveraines de la
adopter leur coftume & accepter dans leur fein une place
métropole
Defmé
honorifique j M.
Dubuifon 3 confeiller au Parlement de Paris qui s'affeyait en robe dans
la cour des Pairs, reprit l'épée lorfqué dans un voyage qu'il fit dans la Çolonie
il fiégea en qualité de confeiller honoraire au Confeil du Cap.
Ce n'a été qué vérs 1766 que le Confeil s'eft habillé de noir, ce
imité par tout cè qui tient à l'ordré judiciaire.
qui a été
Auparavant 3 chaque confeiller
portait un habit de la couleur qui lui plaifait; l'intendant imitait cet'
& quand la cour fe méttait, fuivant fon ufage d'alors, autour d'une exemple 3
tribunal ne reffemblait pâs mal à un comité de fermiers
table, le
généraux, parce
c'était furtout aux habits galonnés qu'on donnait ia préférence. On avait que
fauffe idée de vouloir rendre moins tranchante la chamarure dorée
la
des étatsmajors & des officiers d'adminiftration de la marine. Revenu à des principes
plus fains, on a pris l'habit noir, & l'on a vu M. d'Eftaing fiéger à fori tour,
pâs mal à un comité de fermiers
table, le
généraux, parce
c'était furtout aux habits galonnés qu'on donnait ia préférence. On avait que
fauffe idée de vouloir rendre moins tranchante la chamarure dorée
la
des étatsmajors & des officiers d'adminiftration de la marine. Revenu à des principes
plus fains, on a pris l'habit noir, & l'on a vu M. d'Eftaing fiéger à fori tour, --- Page 416 ---
DESCRIPTIO N D E LA PAR TIE
vêtu de cette manière. Tout le tems que M. Caignet, commiffaire général de
la marine & ordonnateur au Cap y a préfidé le Confeil, c'a été auffi en habit noir.
Il eft tems que je reprenne la defcription de la maifon du Gouvernement.
fe trouve dans un point très-élevé
Le féjour en eft très-agréable, parce qu'il
de la ville & que les brifes le rafraichiffent. La vue en eft belle, & dans un tems
diftinétement le Cap la Grange > qui eft à 14 lieues. L'oeil
ferein on apperçoit
fe promène fur la mer & fur la plaine, depuis la paroiffe de la Petite-Anfe
jufqu'à Limonade; il contemple les montagnes quis'étendent de Sainte-Suzanne
au Dondon, , on voit les mâts qui indiquent la rade, on faifit une grande étendue
de la ville > 8c ramenant fes regards autour de foi, on trouve encore des objets
qui les égaient, foit au-devant, foit en arrière du bâtiment.
Cinq
du rez de chauffée s'ouvrent dans différens points, du côté Oueft,
portes eft entourée la maifon, par fes deux ailes & en avant par un
fur une cour qui
par
une
de bois. Cette cour forme une efpèce de verger où
mur qui porte claire-voye
font des orangers dont les fruits font excellens. Huit marches conduifent à une
au milieu de la claire-voye &c qui ouvre fur un potager de toute la
porte placée
largeur du terrain fur 20 toifes de long. Au milieu eft un baflin que renouvelle
un conduit d'eau tirée du morne de l'Oueft ; cette eau fert aufli aux cuifines
placées le long de la rue Saint-François Xavier, un peu fur le derrière de l'aile
gauche & donnant fur le potager. Enfin le local eft terminé à l'Oueft par un
efpace laifé contre le mur de clôture pour former des couverts & des bofquets. La loge du jardinier en occupe le milieu.
Cette diipofition élevée du terrain derrière la maifon, 3 fait perdre à celle-ci
beaucoup de fon agrément dans les tems pluvieux, & furtout durant les Nords.
L'inclinaifon rapide du fol, qui fe trouve d'ailleurs affez près du morne, fait
d'inftans l'eau traverle le potager, tombe dans la cour 3 & le bordinféqu'en peu dernière étant de niveau avec les appartemens du rez de chauffée,
rieur de cette
fla
eft confidérable, * 'ou y entretient une humidité fenfible.
l'eau s'y répand
pluie
& furtout
de celle du Sud.
Sile vent eft Nord, les ailes font très-froides
l'étage
était fouvent
d'en laiffer fermées toutes les ouvertures donJ'ai vu qu'on
obligé
nant au Nord &x qu'on y éprouvait encoreune fenfation piquante. Je crois en toral
cette habitation ne ferajamais faine dans le bas, tant que le pavé n'en fera pas
que
&
,où l'on éprouve
exhauffé, ou que la cour ne fera pas abaifféc; que quantal'aile,
d'hiver
Saint-Domingue, il n'y a que l'élévation de l'étage de
une efpèce
pour
l'autre côté, qui puiffe la garantir,
x qu'on y éprouvait encoreune fenfation piquante. Je crois en toral
cette habitation ne ferajamais faine dans le bas, tant que le pavé n'en fera pas
que
&
,où l'on éprouve
exhauffé, ou que la cour ne fera pas abaifféc; que quantal'aile,
d'hiver
Saint-Domingue, il n'y a que l'élévation de l'étage de
une efpèce
pour
l'autre côté, qui puiffe la garantir, --- Page 417 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE.
Tout l'efpace compris entre la façade de la maifon & la rue Efpagnole, aa abfolument changé depuis 1781, que les foins de MM. Reynaud & Le Braffeur l'ont
fait fortir de l'état d'abandon où on le laiffait. Auparavant, la terraffe de vingtquatre pieds de large faite parles Jéfuites en 1739,1 régnait tout le long du bâtiment.
On parvenait à cette terraffe par une rampe de dix-huit pieds de large, pratiquée
à chaque extrémité, & encore à fon milieu - au moyen d'une petite terraffe longitudinale de 15 pieds de large & de IOO pieds de long, au bout de laquelle étaient
huit marches. Entre ce petit terre-plein & les deux rampes, était, de chaque côté,
un carré long de mur, placé au bas & au bord de la terraffe ayant IOO pieds de
long fur 60 de large, , où de fuperbes rofiers exhalaient leur parfum. Les
murs
portaient fupérieurement une baluftrade de bois > dont deux côtés fe trouvaient
confequemment border le. terre-plein. A 60 pieds de celui-ci commençait l'allée
de poiriers , qui fe terminait à 50 pieds avant d'arriver à la porte d'entrée fur la
rue Efpagnole , & qui était au milieu d'une favane qui allait depuis cette
jufqu'à la maifon. Les arbres fe détruifaient faute de foins ; la favane, fillonnée porte >
par les eaux pluviales, avait des creux 3 des inégalités en un mot, tout cet alpeét
était trifte.
M. de Reynaud, logé au gouvernement dans l'interim de gouverneur-général
qu'il eut au mois d'Avril 1780 3 voulut rendre ce féjour agréable au public, & y
mit le zèle qu'il a montré dans tout ce qu'il a entrepris. De ce moment la terraffe
de 24 pieds a été prolongée de manière qu'elle en a 80, & qu'elle comprend toute
la largeur & prefque toute la longueur des deux grands carrés où l'on
avait vu
des rofiers; des baluftres de pierres de taille bordent cette nouvelle terraffe : les
deux rampes des bouts ont été élargies & pavées. Au bout Sud du terrain &z en
face de la rue Saint-Jacques, l'on a placé une fuperbe porte grillée, de fer,
aux deux côtés de laquelle font de petites loges. Cette porte devait correfpondre
à une autre > qui aurait fait face dans la rue du Chat; ces deux entrées latérales
auraient remplacé celles qui, pofées au mur d'enclos au Nord & au Sud,ré
pondent aux deux portes qui terminent les deux corridors du rez de chauffée.
En prolongeant des appentis appuyés fur le mur de la rue. Saint - FrançoisXavier, l'on y a ajouté une buanderie 2 qui fe trouve en face du puits, que de
grands lavoirs de maçonnerie entourent. Au côté oppofé, on a fair un logement
pour le concierge & des écuries. Au point où commençait la favane, &
où finiffent la buanderie d'un côté & le logement du
de
concierge l'autre 3
de chauffée.
En prolongeant des appentis appuyés fur le mur de la rue. Saint - FrançoisXavier, l'on y a ajouté une buanderie 2 qui fe trouve en face du puits, que de
grands lavoirs de maçonnerie entourent. Au côté oppofé, on a fair un logement
pour le concierge & des écuries. Au point où commençait la favane, &
où finiffent la buanderie d'un côté & le logement du
de
concierge l'autre 3 --- Page 418 ---
392 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
fe trouve une magnifique grille de fer, qu'embelliffient les ornemens de la porte,
qui marque fon milieu, & à laquelle on arrive en montant trois marches. Çette
grille (épare, en quelque forte, la maifon du gouvernement & fes dépendances, de
ee qu'on nomme le jardin du gouvernement, & qui eft le partage du public.
L'allée de poiriers a entièrement difparu dujardin. L'efpace, qui a 50 toifes de
long fur les 44 toifes de largeur du terrain, eft divifé cn quatre grands carrés
ou tapis verts de gafon, que bordent de jolis arbres. Une large plate-bande
auffi en gafon, règne fur les quatre côtés de la promenade &x cette plate-bande
a elle-même intérieurement un rang d'arbres. L'allée principale qui mène vers
la maifon a 30 pieds de large, &c les autres 24. Toutes ont des bancs
de pierre de diftance en diftance, avec l'attention qu'il n'y en ait pas deux l'un
vis-à-vis de l'autre, afin de rendre chaque compagnie plus indépendante, & pour
punir un peu aufli la curiofité.
Les pignons des deux petits bâtimens qui donnent fur les bouts du jardin,
dans l'Oueft, ont été peints de manière à offrir, dans leurs perfpeétives, de petits
enjolivemers. A l'un de ces bouts eft une porte étroite, avec un tourniquet
qui donne fur la rue Sainte-Maric, prefque vis-à-vis celle du Lion. Quelque
commode quelle foit, il n'eft perfonne qui ne défirât la voir interdite, puifque pour. gagner quelques pas, on veut arriver de ce point à la grande porte de
la rue Efpagnole 3 par une diagonale qui traverfe & gâte le gafon de deux carrés.
Il faut dire, quoique cette vérité foit affigeante, que les gênes font quelquefois néceffaires > pour que le public n'abufe pas Jui-même, de ce qui a fes
jouiffances pour objet.
Ilya encore fix toifes entre la plate-bande de PEt du jardin & le mur de
clotûre de cette partic. Ce mur qui ne va qu'à hauteur d'appui, porte une
claire e-voie de bois avec des pilaftres carrés de maçonnerie. Au milieu eft la
d'entrée placée dans un évidement demi-circulaire. A la droite
grande porte
de cette porte, qui eft de fer &x elevée de quatre marches au-deffus de la rue,
eft un petit bâtiment où loge une garde, & aux deux angles des rues SainteMarie & Saint-Prangah-Xavier, mais en dedans, font deux petits- bâtimens,
fermés prefque en entier de jaloufies > & deftinés d'abord à être, Pun, falon de
converfation &c l'autre, falle de concert; on en a fait des logemens. Depuis
corps-de-logis jufqu'à la porte d'entrée, M. de Reynaud avait fait
ces petits
des treillages en portique, qu'on devait couvrir de fleurs, mais il
pratiquer
était
-Xavier, mais en dedans, font deux petits- bâtimens,
fermés prefque en entier de jaloufies > & deftinés d'abord à être, Pun, falon de
converfation &c l'autre, falle de concert; on en a fait des logemens. Depuis
corps-de-logis jufqu'à la porte d'entrée, M. de Reynaud avait fait
ces petits
des treillages en portique, qu'on devait couvrir de fleurs, mais il
pratiquer
était --- Page 419 ---
FRANGAISE DE SAINT- D O MINGUE,
était à peine parti pour la France, qu'un fentiment défapprobateur & peutêtre jaloux, les a fait ôter. On voulut punir le public de la reconnaiffance
qu'il avait montrée pour des embelliffemens dont il était l'objet, 8c l'on vit
même un inftant des chevaux mis à paître dans cette jolie promenade; un
mouvement d'indignation fit juftice de cette infultante idée.
La promenade du gouvernement eft celle que l'on préfère, parce que c'eft
la plus rapprochée de tout le monde, parce qu'on y eft à l'abri des grandes
brifes, parce qu'elle eft féparéc de toute autre agiration que de celle de la
menade même i & le voifinage de la comédie lui affure cette prédiledion. proOn ne faurait être trop fenfible à ce préfent de deux Adminiftrateurs à qui
le Cap doit cette jouifince, entre beaucoup d'autres. Il eft bien plus utile qu'on
ne penfe d'avoir, dans un pays chaud, un lieu de délaffement où l'on puiffe
prendre de l'exercice. Les femmes furtout y font appelées par le plaifir, parle
défir de plaire, & les confeils de l'amour-propre, tournent au profit de Ia
fanté.
C'eft au devant du gouvernement & entre lui & la comédie, qu'on fait
chaque matin la parade des troupes definées à la garde du jour.
L'édifice du gouvernement eft le premier fur lequel on ait vu des barres
éleétriques au Cap. Elles y ont été pofées en 1783- Dès le 23 Juin de la même
année, le tonnerre tomba fur celle du centre > & fuivit le conduéteur, mais
arrivée à. l'extrémité Sud de la maifon > où ce conduéteur formait un angle aigu,
la matière éleétrique s'échappa & vint frapper le mur près du pilaftre
Oriental de la porte qui donne dans la rue Saint-Frangola-Xavier. On a remédié
à ce défaut, mais ce que je n'ai pas ceffé de blâmer, c'eft qu'on laife le conducteur far le paffage de ceux qui viennent dans le bout Sud du bâtiment, où il
plonge dans la terre ; de manière qu'un imprudent', un
un
ignorant 3 enfant,
quelqu'un même qui ne le fait pas, peut dans un inftant où l'atmofphère ferait
très-chargée d'éledtricité, fe faire foudroyer 3 en déterminant le fluide à quitter fa
direétion 8c en fe plaçant dans fa fphère d'aétivité.
Le concierge du gouvernement nommé par l'intendant, a I,200 liv. Le foin
ticulier,du local des tribunaux était confié à un concierge-buvetier nommé par- le
Confeil & qui avait fon logement dans un petit bâtiment
par
parallèle aux cuilines.
Enfin ily a un horloger commiffionné par l'intendant ou l'ordonnateur &
1,200 livres fur la caiffe des amendes , pour foigner & entretenir T'horloge. payé
Tome I
D d d
'intendant, a I,200 liv. Le foin
ticulier,du local des tribunaux était confié à un concierge-buvetier nommé par- le
Confeil & qui avait fon logement dans un petit bâtiment
par
parallèle aux cuilines.
Enfin ily a un horloger commiffionné par l'intendant ou l'ordonnateur &
1,200 livres fur la caiffe des amendes , pour foigner & entretenir T'horloge. payé
Tome I
D d d --- Page 420 ---
394 DESCRIPTIO N DE LA PAR TI IE
Mais c'eft affez parler du Gouvernement quia fa grande entrée fur la rue des
Marmoufets. Je paffe à la rue de l'Ours qui eft parallèle à celle - ci dans
lOueft. Ily a plus de trente ans que la rue del'Ours eft fermée dans le Sud par
une maifon, au moyen de laquelle deux flets fe trouyent joints. Cette maifon où
l'on a vu le greffe de la Sénéchauffée, était occupée par M. de Bory & il la
quitta pour aller habiter le gouvernement actuel, & depuis ce tems > elle a été
louée par les commandans en fecond. Elle eft bâtie en manfardes, avec. un
corps-de-logis entre cour &jardin. La cour a, au-devant, une claire-voye qui va
fe termineràl l'extrémité de deux ailes. Cette fituation eft gaie & la maifon a de
la grace, parce qu'elle eft exhauffée & qu'onyarrive par plufieurs marches.
La rue du Lion eft au-deffus de celle de lOurs. Leurs deux noms font tout
aufli bifarres lun que l'autre pour Saint-Domingue. C'eft dans cette rue & à fon
angle Sud-Eft avec la rue de la Providence, qu'habitait la veuve Cottin, cette
femme vénérable, cette mulâtreffe qui fit toujours taire le préjugé de la couleur
& de la naiffance par fes vertus. Charitable hofpitalière, elle prodigua aux
malheureux tout ce qu'elle devaitàla fortune, & fon ame généreufe la rendait la
mère des pauvres. J'aurais crû n'avoir décrit qu'imparfaitement cette fection, f
-
je n'avais pas
l'endroit où demeurait ce modèle
a
indiqué
de bonté, à quile Confeil
du Cap avait donné un grand &jufte éloge lorfqu'il
le 22
l'excepta,
Mai 1760,
de la defenfe faite à d'autres qu'à des blanches, de remplir l'état de fage-femme.
La veuve Cottin vient de payer le tribut à la nature.
La troifième rue au-deffus de celle des Marmoufets, porte auffi un nom ridicule, elle fe nomme la rue du Chat. C'eft dans l'ilet qui eft entre la rue du Lion
&c celle du Chat, & fur la rue Sainte-Maric, qu'eft l'un de ces afiles touchans
fondés par la piété généreufe pour le foulagement des malheureux; il eft connu
fous le nom de Providence des femmes.
Un maitre maçon 3 appelé François Dolioules, né en France, mais habitant la
ville du Cap, avait conçu le defiein de donner une maifon qu'ily poffédait, aux
religieufes de la même ville > comme le prouve fon contrat de mariage qui contient cette donation, fubordonnée toutefois à la jouiffance de fa femme. Mais
témoin de cequ'avait fait un autre citoyen en fondant un hofpice pourleshommes,
il fit, le 8 Mai 1739, un teftament par lequel il lègue cette maifon & fes dépendances, pour former un hôpital aux pauvres femmes honteufes de la paroiffe.
Le curé du Cap était chargé de diriger l'établifement, dont l'éxécution étaic
, fubordonnée toutefois à la jouiffance de fa femme. Mais
témoin de cequ'avait fait un autre citoyen en fondant un hofpice pourleshommes,
il fit, le 8 Mai 1739, un teftament par lequel il lègue cette maifon & fes dépendances, pour former un hôpital aux pauvres femmes honteufes de la paroiffe.
Le curé du Cap était chargé de diriger l'établifement, dont l'éxécution étaic --- Page 421 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE
toujours renvoyée après la mort de Mte. Dolioules. Dolioules mourut deuxjours
après, âgé de 45 ans & fut fuivi, peu après, de fon époufe. En 1741, commença un procès entre les religieufes qui invoquaient le contrat de mariage, les
marguilliers réclamant pour les pauvres 3 le curateur aux vacances, >
les héritiers Dolioules, &c les adminiftrateurs de la Providence des hommes repréfentant
foutenaient que le nouvel hofpice devait étrerégi comme l'autre. Le 8 Mars qui
un arrêt du Confeil du Cap repouffà la précention des religieufes &
1743, les
adminiftrateurs de la Providence des hommes, à folliciter
renyoya
de la Colonie, l'autorifation légale du don de Dolioules provifoirement de ceux
i ceux-ci l'accordèrent
le 29 du même mois.
Telle a été l'origine de la Providence des femmes. Poury fuppléer. durant
le procès 3 le curé & les adminiftrateurs de celle des hommes
à
-
l'angle Sud Oueft des rues Saint - Jofeph & Vaudreuil, une achetèrent, maifon
appela T'bôpital Saint - Telepb & où l'on reçut en 1745 les pauvres femmes qu'on
malades. On confacra à Sainte-Elizabeth le bienfaitde Dolioules, &vers
transféra les femmes malades de l'hôpital Saint-Jofeph dans la maifon 1747,on
avait léguée 3 circonftance qui eft caufe que la maion Sainte - Élizabeth qu'il
fouvent défignée fous le nom d'hôpital Saint-Jofeph. L'adminiftration de cetl eft
ce a été confiée aux foins du curé. du Capjufqu'au mois d'Avril
le hofpiDefmarets jéfuite, demanda à en être déchargé. Cette
1751 5 que père
à celle de la Providence des
adminifration a été réunie
hommes, ce qui me porte à en renvoyer les détails
au moment où je parlerai de l'autre. C'eft cette réunion qui eft caufe l'on
cru long-tems & que pluficurs perfonnes croyent encore
que a
3 que la Providence
femmes a eu le même fondateur que ceile des hommes
des
de Dolioules
; de manière que le nom
eft, en quelque foite, ignoré. Qu'on enjuge par ce feul trait, c'eft
que les Adminiftrateurs des deux maifons le croyent auffi & l'ont imprimé depuis
1779 jufqu'à préfent.
La Providence des
femmes, > bâtie de maçonnerie 2 a dix lits
&c dix
autres dans des cabinets. La grande falle a 60 pieds de long fur d'hopital 24 de
A
fon extrémité Sud eft une petite chapelle fort
large.
que leurs maux retiennent dans leurs
fimple ; ainfi les infortunés
lits, peuvent y recevoir les confolations
naiffent de la confiance dans un être infiniment
& les
qui
hommes
bon, que confolations des
ne remplacent jamais pour le coeur du malheureux. Tout
& la propreté dans cette maifon qui a
refpire l'ordre
reçu'quelquefois des femmes livrées à la
Dddz
mité Sud eft une petite chapelle fort
large.
que leurs maux retiennent dans leurs
fimple ; ainfi les infortunés
lits, peuvent y recevoir les confolations
naiffent de la confiance dans un être infiniment
& les
qui
hommes
bon, que confolations des
ne remplacent jamais pour le coeur du malheureux. Tout
& la propreté dans cette maifon qui a
refpire l'ordre
reçu'quelquefois des femmes livrées à la
Dddz --- Page 422 ---
396 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
plus affligeante maladie, puifqu'elles étaient privées de l'ufage de leur raifon.
Elles y payent une penfion > lorfque leur fortune le permet. On a depuis longtems le projet de transférer cet hofpice près de celui des hommes, &
fans doute qu'alors on placera quelque part, un-mot qui rappele Dolioules & fa
touchante piété.
Ilyavait dans cette maifon, en 1788, vingt femmes & dix enfans. Les femmes
ne font pas toujours des malades mais des infortunées, fans aucune reffource s
& qui aflfurées d'être logées & nourries; travaillent pour avoir de quoi fe procurer.
de petites jouiffances.
Paralielement à la rue du Chat, eft la rue du Pet-au-Diable, dont le nom
burlefque a une crigine qui m'eft inconnue. Entr'elles deux 8c à toucher la ravine,
eft un ilet que les prifons civiles occupent tout entier. J'ai annoncé ailleurs par
quelles tranflations fucceflives les prifons ont enfin été mifes dans le local aétuel 3
en vertu d'un arrêt du Confeildu Cap du 20 Juillet 1773-
:
Le terrain a été acheté des héritiers de Beaunay. Ily avait long-tems qu'on
deftinait des fonds à cette conftroétion, & dès le 23 Juillet 1733, MM. de
Fayet &z Duclos avaient imaginé, en s'érigeant en juges d'une imputation de commerce étranger, de- faire payer à MM. Charette, Bonnegens, Boulard 8
Lanty négocians à Léogane, & Jauvain curateur aux vacances du même lieu s
55,000 livres d'amende,- dont 25,000 furent deftinées à bâtir une prifon au Cap,
La prifon adtuelle eft: compofée de plufieurs corps de bâtimens. Son enceinte
eft formée par des murs très-élevés. La diftribution y. eft combinée pour que
les perfonnes libres foient féparées des efclaves > 8c pour que les femmes ne
foient pas.mélées aux hommes. IL y' a quelques chambres particulières avec des
lits au premier étages dans.les autres endroits ce font des lits de camp. Des cours
affez. grandes & bien pavées'; fervent à faire prendre l'air aux prifonniers le
matin &x le foir. Un conduit diftribue l'eau par-tout, & ce précicux élément combat
& la mal-propreté & les effets d'un climat chaud. Cependant on n'a pas fait des
baffins à laver, que tout exige. En général ce féjour de peine eft rendu auffi
doux qu'il puiffe l'être par les détails > quoiqu'on doive regretter qu'on n'ait pas
pris affez: de précautions pour le nettoyement des latrines, qui répandent une
mauvaife odeur. Les cachots n'cfirent que l'idée d'une grande fureté, fans qu'un
rafinement barbare fe foit plà à en accroitre l'horreur. Tout dépend néanmoins
de. lhomme à qui le foin de ce lieu redoutable, mais néceffaire, eft confé;
tails > quoiqu'on doive regretter qu'on n'ait pas
pris affez: de précautions pour le nettoyement des latrines, qui répandent une
mauvaife odeur. Les cachots n'cfirent que l'idée d'une grande fureté, fans qu'un
rafinement barbare fe foit plà à en accroitre l'horreur. Tout dépend néanmoins
de. lhomme à qui le foin de ce lieu redoutable, mais néceffaire, eft confé; --- Page 423 ---
FRANÇAISE DI E SAINT-DOMINGUE. 397
& perfonne n'ignore que la févérité qui dégénère en dureté, l'économie qui
fe tourne en cupidité, peuvent faire d'un geolier un affreux cerbêre, un être
aufli coupable que les criminels qu'il doit garder, mais que tout lui défend de
vexer & d'affamer.
Quel moment plus propre à placer l'éloge d'un concierge dès prifons du Cap;
qui, quoique nommé à cet emploi par l'effer d'une proteétion qui pouvait
n'offrir qu'un fujet rapace, montra, même en l'acceptant, une forte de délicateffe,
puifqu'il exigea quefa commiflion le défigne cât fousletitre de concierge-infpedteur,
M. Fleury a prouvé, depuis 1781 jufqu'en 1784 2 qu'il n'eft point d'état qu'un
homme ne puifle honorer, Ses foins conftans pour donner aux prifonniers tous
les adouciffemens conciliables avec la fureté de-leur détention : fa vigilante
attention pour que les châtimens que les maîtres y font infliger à leurs efclaves
n'y dégénéraflent jamais en cruautés; la générofité qui l'i porté à payer plufieurs fois les dertes de ceux qu'il était chargé de garder; tout lui a mérité le
tribut queje trouve doux de payer en ce moment à fa mémoire. Puiffent fes
fucceffeurs s'occuper. de le mériter à leur tour1
Ily a un faétionnaire de la garnifon à l'entrée de la geole s qui donne fur la
rue de la Providence. Pendant la guerre de 1778, lorfqu'on y avait mis beaucoup de prifonniers anglais, un fecond factionnaire était fur le morne de l'autre
côté de la ravine. Il ferait facile d'empêcher les: évafions en faifant une petite
vigie dans. la plus grande cour, & qui les dominerait toutes. Un fignal de
l'homme qui y ferait en fentinelle "préviendrait de tous les projets de fuite, &
les déconcerterait,
La police intérieure de la prifon eft extrêmement douce, fi même elle ne l'eft
pas trop quelquefois. Le fecret y e(t une chofe fur laquelle it ne faut pas compter.
Je ne. puis m'empêcher de m'élever: ici contre un des plus grands
défordres dont la CGolonie puife offrir le. fpectacle, & dont les. prifons font le:
principal théâtre.
Depuis 1741 que le légiflateur, écoutant un fentiment d'humanité, a commué
la peine des galères & celle de mort au troifième cas de fuite des efclaves en
celle de la chaîne perpétuellé ; il a été établi une chaîne oû. : ces condamnés font
tenus deux à:deux comme les: forçats des: ports de France, en mettant
toujours enfemble deux individus du même-fexe, Leur nombre s'eft accru, &c
par le laps de tems &. encore parce que cette peine a été étendue par les
ué
la peine des galères & celle de mort au troifième cas de fuite des efclaves en
celle de la chaîne perpétuellé ; il a été établi une chaîne oû. : ces condamnés font
tenus deux à:deux comme les: forçats des: ports de France, en mettant
toujours enfemble deux individus du même-fexe, Leur nombre s'eft accru, &c
par le laps de tems &. encore parce que cette peine a été étendue par les --- Page 424 ---
398 DESCRIPTION DE LA PARTIE
tribunaux coloniaux à plufieurs autres cas. L'établiflement de la chaîne avait le
double objet de tempérer une loi févère, & de mettre fans ceffe fous les yeux des
efclaves des hommes rigoureufement tenus & foumis à un travail continuel; mais
qu'ils'en faut que ce fecond but foit atteint au Cap! D'abord on a fouftrait les
nègres de chaîne à l'infpection des juges de police pour les mettre fous celle
des officiers d'adminiftration, qui, prefque toujours étrangers à la Colonie &c
deftinés à n'y pafer que quelques années, calculent moins les fuites du mauvais
régime à cet égard. Auffi prefque tous ces nègres jouiffent-ils d'une liberté
digne d'être enviée par l'efclave. C'eft furtout à des travaux domeftiques chez
des Adminiftrateurs principaux ou cn fous-ordre, 3 qu'on les employe. Ils vont
fans chef, fans furveillans S 8z ce qu'on aura peine à croire, il en eft dont on a
abfolument rompu les chaînes pour s'en fervir plus utilement. C'eft dans cet
état que j'aivuchezM. de Bellecombe lenègre Lindor, valetde M. Sainte-Marie,
lieutenant particulier de la Sénéchauflée, & qui avait été condamné à la chaîne
e
à perpétuité pour des vols confidérables. Je l'ai vu encore mieux vêtu que
lorfqu'il fervait fon maître, & je fais cette comparaifon parce qu'elle n'eft par
infignifiante.
On croit avoir tranquillifé en difant que ces nègres font obligés d'aller coucher
à la prifon, comme fi un homme perverti ne pouvait être un fcélérat que
pendant la nuit! Un roman entrepris par un heureux génie pour corriger les
moeurs chevalerefques de l'Efpagne 2 préfente un fou délivrant des hommes
qu'on mène aux galères, parce que, de bonne foi, il les croit innocens; mais
on ne trouve nulle part, qu'aux colonies de l'Amérique, des perfonnes chargées
de faire refpeéter les décrets de la juftice, occupés de rendre la liberté à ceux
qu'elle a enchaînés comme dangereux. Quelle doit être la fenfation du juge qui
rencontre dans un état de liberté celui qu'il avait envoyé aux galères P celle
du maître qui trouve de même l'efclave qu'il avait été forcé d'accufer pour un
délit grave 2 Quelle doit être celle d'un efclave qui, après avoir vu fon femblable entre les mains du bourreau, l'apperçoit plus heureux, plus libre &
mieux traité qu'il ne l'a jamais été!
C'eft dans la prifon que les nègres galériens habitent, & là ils font couchés indifféremment avec les autres prifonniers, pour lefquels ils font une
dangereufe compagnie, une funefte école. Enfin, pour que rien d'allarmant ne
manquat à ce genre de défordre, on 1 confié la direction de ces galériens, , hors
mains du bourreau, l'apperçoit plus heureux, plus libre &
mieux traité qu'il ne l'a jamais été!
C'eft dans la prifon que les nègres galériens habitent, & là ils font couchés indifféremment avec les autres prifonniers, pour lefquels ils font une
dangereufe compagnie, une funefte école. Enfin, pour que rien d'allarmant ne
manquat à ce genre de défordre, on 1 confié la direction de ces galériens, , hors --- Page 425 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE,
de la geole , àl'un d'entr'eux, qu'on a même vu les dimanches avec deux chaînes
de montre d'or. Ily: a un cabaret rue du Chat, oûil fe débite, au moins, une
barrique de tafia par mois à ces hommes coupables. On frémirait d'entendre
leurs converfations, & de voir, en les fuivant un peu, de quelles complaifances
ils font l'objet de la part d'autres efclaves, à qui des maîtres trop crédules
croient que leur vue doit faire horreur. Cet état de chofes ne faurait fubfifter; il révolte tous les principes, il perpétue les crimes, il les favorife, il
les encourage peut-être 5 je paye ma dette à la chofe publique en le dénonçant.
Ilya dans l'enceinte même de cette prifon, une chambre criminelle, oà fe
font les aétes d'inftruétion du premier juge, ce qui difpenfe de transférer les
prifonniers. Elle fervait autrefois à cette affreufe épreuve, > dont la feule penfée
aurait dû révolter ; c'était là que dans les horreurs de la torture, & après le
ferment de dire la vérité, il fallait racheter quelquefois par un aveu, & trop
fouvent par un menfonge, 3 la ceffation d'une atroce douleur, & fe condamner
foi-même, où en conduire d'autres au fupplice.
A l'angle de la prifon, rues du Chat & de la Providence, eft une fontaine
publique très-utile à tout ce canton. Lors de la grande féchereffe de 1786, les
nègres de la chaîne en. vendaient l'eau, fous prétexte de la prendre
le
pour
gouvernement, & les efclaves ne pouvaient pas aborder la fontaine > fans payer
quinze fous, pour avoir le droit d'y prendre de l'eau.
II y a immédiatement au-deffus de lilet de la prifon, dans l'Oueft, la valeur d'un autre ilet inoccupée, & au devant duquel vient fe terminer la rue
Sainte-Avoye, percée du Nord au Sud. Cet elpace, qui fait partie du terrain.
de la Providence des hommes, eft celui où l'on projette la conftruétion de la
Providence des femmes, qui fe trouverait ainfi entre la rue du Pet-au-Diable
& celle Sainte-Avoye, avec la rue de la Providence fur le devant &x la ravine
par derriere.
Nous voici arrivés à cette Providence des hommes, à celle qui a eu ce nom
la première, qui l'a communiqué à l'autre > & qui l'a donné à la rue jufqu'au
point oû elle rencontre > à PEft,la rue du morne des- Capucins. Qu'on me permette de préfenter les détails qui la concernent, & de publier les louanges de
fon fondateur, Louis Turc de Caftelveyre.
Cet homme précieux, né à Martigues, petite ville de Provence à 7 lieues
de Marfeille, le 25 Août 1687, d'un père noble 2 partit en 1719 pour le Canada,
'a donné à la rue jufqu'au
point oû elle rencontre > à PEft,la rue du morne des- Capucins. Qu'on me permette de préfenter les détails qui la concernent, & de publier les louanges de
fon fondateur, Louis Turc de Caftelveyre.
Cet homme précieux, né à Martigues, petite ville de Provence à 7 lieues
de Marfeille, le 25 Août 1687, d'un père noble 2 partit en 1719 pour le Canada, --- Page 426 ---
DESCRIPTION DELA PARTIE
avec M. Charron, pour l'aider dans les foins d'un hofpice, que ce dernier
avait établi à Ville-Marie, dans l'ile de Montréal, pour les orphelins, les vieillards
& les infirmes. M. Charron étant mort dans la traverfée, les Adminiftrateurs
& l'évèque choifirent Caftelveyre, pour être fupérieur des Hofpitaliers de la
Croix-de-Saint-Jofeph, vulgairement connus fous le nom de Frères Charvens,
& il prit alors celui de frère Chrétien.
Deux ans après, il paffa en France pour les affaires de cette maifon, &y
revint l'année fuivante. Dans un fecond voyage, fait en 1723, il fe livra à
des fpéculations où fa bonne foi fut trompée, & croyant en faire une plus heureufe à Saint-Domingue, il y paffa en 1725, voulanty affurer ledébouché des
pêcheries & d'une brafferie de fon hofpice. Arrivé à Léogane > le frère Chrétien
fe laiffa tenter par P'idée d'y former un hofpice 3 il en établit même un 5 comme
*
je le dis à la defcription de ce lieu, & il s'en occupait avec le zèle qui l'animait, lorfque fes créanciers de France, ou plutôt ceux de la maifon du Canada,
fe plaignirent au miniftre, qui preferivit au gouverneur de Saint-Domingue de
le faire repaffer au Canada, même par la force. Le frère Chrétien 3 prévenu de
cet ordre, redoutant M. de la Rochalar qui avait vu avec déplaifir fon plan pour
Léogane, alla fe refugier dans la Partie Epagnole, où il végéta pendant trois
années. Apprenant enfin qu'on l'accufait de dilapidation en Canada, il revint
dans la Colonie, où il fut arrêté fur le champ, & embarqué pour la FranceeIl
mouilla dans la rade de l'ile d'Aix, où fe trouvait une flôte qui allait en Canada,
& fur laquelle on le transféra au mois de Juillet 1728.
Arrivé à Quebec, il ne puty faire juger les procès qu'on lui avait fufcités,
qu'au mois d'Avril 1735. Il fatisfit à tous fes engagemens, mais auffi il n'avait
plus de reffource. Dans cette douloureufe fituation, Caftelveyre rendu à luimême, déformais étranger à l'habit & aux fonétions de frère hofpitalier, réfolut
de retourner à Saint-Domingue, mais ce fut au Cap qu'il vint.
Dès qu'ily fut débarqué, il enfeigna à lire & à écrire aux enfans. Au milieu
de cette utile occupation, il confidérait l'état déplorable de plufieurs individus
d'Europe, étaient fans reffources & fans appui, & auffitôt
qui, en débarquant
la maifon de Caftelveyre eft changée en hofpice. Les Jéfuites l'encouragèrent,
furtout le père Boutin, avec lequel il avait l'analogie de l'amour du bien&le
défir de foulager l'infortune. MM. Proft & Defmé Dubuiffon, négocians du
Cap, concoururent: à cette ceuvre pie; & l'on vit Caftelveyre fe former une famille
, & auffitôt
qui, en débarquant
la maifon de Caftelveyre eft changée en hofpice. Les Jéfuites l'encouragèrent,
furtout le père Boutin, avec lequel il avait l'analogie de l'amour du bien&le
défir de foulager l'infortune. MM. Proft & Defmé Dubuiffon, négocians du
Cap, concoururent: à cette ceuvre pie; & l'on vit Caftelveyre fe former une famille --- Page 427 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMING G U E. 401
mille d'infortunés. Il était même parvenu à acquérir deux terrains dans le quartier
de la ville appelé alors le Marécage, le 23 Février & le 23 Novembre
&c MM. de Larnage &c Maillart lui en concédèrent un troifième. Ces 1739, fuccès
cnflammèrent Caftelveyre, qui fe détermina à fe rendre adjudicataire d'une
petite habitation dépendante de la fucceflion de M. Affelin, & qui touchait à
la ville.
C'eft celle dont je parle en ce moment. Cette habitation, de 350 toifes,
de PEft à l'Oueft, fur 175 de largeur, & qui prend les deux bords de la ravine,
avait trois bâtimens, beaucoup de vivres du pays, & neufn nègres. M. Le Normand
de Mézy, alors ordonnateur au Cap, (adjoint au miniftère de la marine en
& encore exiftant à Paris, )l'un des grands partifans des vues de Caftelveyre, 1758, lui
avait confeillé cette acquifition, ainfi que M. Juchereau de Saint Denis, faifant
les fonétions de procureur général. La générofité de divers particuliers
les 14,840 livres, prix de la vente, > dont les membres du Confeil Supérieur procura
payèrent 7,000 livres.
Convaincu que son plan pouvait fe réalifer, Caftelveyre, qui fe rappelait les
chagrins qu'une adminiftration de biens lui avait caufés en Canada, voulut en
être préfervé à l'avenir. Dans cet efprit il fit au Confeil Supérieur du
le 12 Novembre 1740, la déclaration qu'il abondonnait tout ce qu'il poffedait, Cap,
pour qu'on en formât un établiffement, où les enfans 3 les vieillards 3 les infirmes,
les incurables & les hommes arrivant de France & fe trouvant fans afile & fans fecours, feraient reçus. Non content de ce dépouillement folemnel ( effeétué le
15, par un aéte reçu par M. Auriol notaire, & accepté par le procureur général),
Caftelveyre ajouta qu'il voulait confacrer le refte de fa vie à cet érabliffement.
En effet, de ce moment il prend Phabit d'hofpitalier, & trouve fon bonheur
dans les devoirs que ce titre lui impofe.
Le 7 Janvier 1741, le Confeil du Cap fit un réglement pour la direétion de
cet afile, ouvert à l'infortune & on lui donna le nom facré de Providence, qui
rappele fi bien aux malheurcux, qu'un Étre Supérieur prend foin de toute la
nature.
Le réglement dit, qu'on y recevra les enfans pauvres de la ville du &
de
Cap
fes dépendances, 9 qu'on leur enfeignera un métier, & qu'on les garderajuf
qu'a vingt ans. Les vieillards, les infirmes y font appelés, &c les mendians doivent
y être conduits. Ceux que l'efpoir de la fortune amène de France, & quin n'ont
Tome I,
Eee
Étre Supérieur prend foin de toute la
nature.
Le réglement dit, qu'on y recevra les enfans pauvres de la ville du &
de
Cap
fes dépendances, 9 qu'on leur enfeignera un métier, & qu'on les garderajuf
qu'a vingt ans. Les vieillards, les infirmes y font appelés, &c les mendians doivent
y être conduits. Ceux que l'efpoir de la fortune amène de France, & quin n'ont
Tome I,
Eee --- Page 428 ---
DE LA PARTIE
402 DESCRIFTION
trouvé
la misère, font fecourus jufqu'à ce qu'on puiffe des placer ; ce doit
être auffi que l'afile des incurables > avec la précaution de les féparer de ceux pour
qui ils peuvent être dangereux. D'autres articles fixent la nourriture, les vêteles exercices de piété. Quant à l'adminiftration, elle était confiée à deux
mens >
le Confeil devait choifir tous les trois ans 7 & dont le curé du Cap
perfonnes que
à
& à un fousétait l'affocié honoraire; : & pcur l'intérieur, c'était un hofpitalier
ho'pitalier à le régir.
D'après le réglement, le Confeil nomma, le 9 Février, MM. Defmé Dubuiffon & Proft, adminiftrateurs, lun, pour trois ans > & le fecond pour deux
feulement, afin qu'ils ne fuffent pas changés en même - tems, &c Caftelveyre
devint hofpitalier comme il l'avait ambitionné; de forte que la Providence fe
fes bienfaiteurs. Le mêmejour, ce tribunal choifit auffi dans
trouva dirigée par
fon fein, les commiffaires qui devaient être préfens à l'inventaire prefcrit par le
réglement.
Larnage & Maillart trouvèrent de Paliment pour leur ame, > dans le foin de
folliciter l'approbation du prince en faveur de cet établiffement, & M. Le Normand de Mézy y attacha auffi la plus haute importance. Une lettre du roi, du I2
Septembre 1742, n'accorda cependant qu'une approbation provifoire, parce que
fuffifamment doté. Elle blâma en même-tems le pouThofpice ne paraiffait pas
voir que le Confeil s'était arrogé de lui donner un réglement, réglement que la
pureté du motif fauva cependant de la caffation.
Le miniftre, qui ne trouvait pas la Providence aflez folidement fondée, crut
néanmoins qu'elle pouvait être > dès lors, un débouché utile pour la maifon des
enfans trouvés de Bordeaux, & il voulait, aufli provifoirement, qu'on envoyât
des enfans de l'un dans l'autre. Il arriva même au Cap, à la fin du mois de
garçons qu'on plaça chez des particuliers, mais
Février 1743 > quatre jeunes
& Maillart firent fentir auflitôt au miniftre, que ce fyltème ferait defLarnage
truéteur de l'établifiement colonial.
Au mois de Mars fuivant, le procès de la Providence des femmes ayant été
terminé, les Adminiftrateurs de la Colonie la réunirent à celle des hommes le
du même mois, & déclarèrent l'une & l'autre, capables de recevoir des do24 nations & des legs. De ce moment les deux maifons ont eu une adminiftration
par une déférence, fondée fur l'utilité de fes fecours, la
commune > quoique
maifon de Providence des femmes ait eu long-tems pour direéteur particulier,
ivant, le procès de la Providence des femmes ayant été
terminé, les Adminiftrateurs de la Colonie la réunirent à celle des hommes le
du même mois, & déclarèrent l'une & l'autre, capables de recevoir des do24 nations & des legs. De ce moment les deux maifons ont eu une adminiftration
par une déférence, fondée fur l'utilité de fes fecours, la
commune > quoique
maifon de Providence des femmes ait eu long-tems pour direéteur particulier, --- Page 429 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGI U E.
le curé du Cap, comme. je l'ai prouvé ci-devant. De ce moment auffi, il a toujours été queftion de trouver les moyens de foutenir & de favorifer de toutes les
manières, ces deux hofpices.
Dès le premier Mars 1748, Larnage & Maillart avaient concédé à celle des
hommes le privilége exclufif de fournir tous les cercueils de la paroiffe du Cap.
Le 20 Avril, ils nommérent M. Pouget pour chirurgiens des deux Providences
fur la demande & la préfentation de leurs adminiftrateurs, avec exemption de
tutelle & de corvées à l'inftar du chirurgien-major du roi, & ce 3 tant qu'il
ne ferait pas révoqué par les adminiftrateurs de ces maifons qui, quoique naiffantes 2 méritaient le plus vif intérêt. e Voilà, 39 écrivaient les deux chefs de la
Colonie au Miniftre 3 le premier Août 1745, ce plus de mille
perfonnes aux-
>3 quelles la Providence des hommes, depuis environ trois ans > a donné l'afile,
>> & par ce moyen, confervé la vie à plus de la moitié quil'aurait infailliblement
3) perdue fans un tel fecours. Elle fe reffent des malheurs de la
guerre qui
55 diminue les dons & les libéralités &c >2* A la fin du mois de Septembre 1746
Caftelveyre obtint encore des Adminiftrateurs que les enterremens des noncatholiques feraient faits dans un cimetière, dont je parlerai bientôt, par la
Providence. Le 8 Février 1749, fur fesr repréfentations, MM. de Conflans &
Maillart accordèrent à ces maifons l'exemption générale des corvées & des travaux publics pour leurs nègres, &x au direéteur, mot fubftitué à celui d'hofpitalier,
l'exemption du guet, de gardes & de corvées publiques. Toujours excités
Caftelveyre, ils décidèrent 3 le IO Juin 1749 > que les Providences auraient par
quarante livres de viande à la boucherie 9 au taux des privilégiés, au lieu de vingt
livres feulement qu'elles avaient euesjufques-l, & elles furent comprifes
pour
cette quantité dans l'adjudication des boucheries du I2 Décembre 1761.
Les mêmes perfonnes avaient été continuées dans l'adminiftration des Providences, jufqu'en 1750, que le Confeil en nomma deux autres ; mais il conferva
au mois de Juin, 3 à MM. Dubuiffon & Proft l'honoraire, > & charga deux de fes
membres d'inftaller les nouveaux adminiftratcurs en exercice. Les Providences
eurent donc réellement alors cinq adminiftrateurs, en' y comprenant le curé, &
plus que tout cela encore > le vertueux Caftelveyre.
: C'était lui, en effet, qui était l'ame de cet établiffement; ; c'était lui qui,
comme il l'avait toujours fait, foignait & panfait les malades $ & confolait par fes
paroles, les douleurs phyfiques & morales de ceux dont il s'était environné. Il
Ecc2
en exercice. Les Providences
eurent donc réellement alors cinq adminiftrateurs, en' y comprenant le curé, &
plus que tout cela encore > le vertueux Caftelveyre.
: C'était lui, en effet, qui était l'ame de cet établiffement; ; c'était lui qui,
comme il l'avait toujours fait, foignait & panfait les malades $ & confolait par fes
paroles, les douleurs phyfiques & morales de ceux dont il s'était environné. Il
Ecc2 --- Page 430 ---
404 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
vivait au milieu d'eux ; 8c ce qui les touchait davantage, de la même manière
qu'eux. Il était même parvenu à donner a des hommes que le préjugé de leur
naiffance dominait, le courage d'entrer dans la Providence & d'en accepter les
fecours. Enfin c'était un ange tutélaire pour les malheureux, un père tendre
qui avait adopté tous les infortunés pour fes enfans.
Quel jour de deuil que le 21 Mars 1755, où la mort le leur enleva, dans la
670 année de fon âge ! Il n'en fut pas un feul qui ne regardât ce jour comme
celui de la perte la plus cruelle qu'il pât éprouver. On les vit tous éplorés,
fuivre le cercueil qui ne confervait plus que les reftes inanimés de l'un de CeS
hommes que le ciel montre trop rarement à la terre. Le peuple entier les fuivait
en foule & jamais plus de larmes n'honorèrent la vertu.
Son fouvenir protégea fon ouvrage que les chefs de la Colonie crurent de leur
gloire de feconder. Le JS Février 1761, P'intendant donna à lhofpitalier des
Providences, la commiflion exclufive de tambour public pour toutes les publications civiles. Il fe réunit au gouverneur-général pour leur concéder le terrain
qui était immédiatement au-devant de la Providence des hommes. M. de Clugny
les chargea encore le 13 Mars 1764, du nettoyement des rues du Cap, ce qui
leur donnait une rétribution. Cependant les dépenfes croiffaient. - elles étaient
fupérieures aux moyens, 3 les conftruétions dépériflaient, & il faut le dire pour
être vrai, les deux Providences s'étaient trouvées malheureufes depuis l'expulfion des Jéfuites. Lorfque les pharifiens font proferits, difaient les adminiftrateurs aux chefs de la Colonie, faut il rappeler aux vrais fidelles le précepte de
l'apôtre, que la fubfiftance & les vêtemens doivent être donnés aux pauvres!
Cette apoftrophe touchante produifit une ordonnance qui accorda aux Providences
le privilège exclufif de faire porter les morts aux enterremens & d'exiger ce qu'on
accordait auparavant aux foldats fuiffes du régiment d'Halwil, qui étaient dans
l'ufage de faire ce tranfport & qui venaient d'être réformés.
A cette marque de proteétion donnée par MM. d'Eftaing &c Magon, MM.
de Rohan &c Bongars crurent devoir faire fuccéder celle de demander que les
Providences fuffent définitivement autorifées par lettres du prince. Selon leur
lettre du 15 Oétobre 1766, il était impoflible d'efpérer qu'on y vit élever des
bâtimens durables, au lieu que cette preuve de l'intérêt du gouvernement
ferait un germe fécond de fuccès, dont limitation par d'autres lieux de la Colenie
& notamment par la ville du Port-au-Prince, ne ferait pas perdu. Cependant ur
der celle de demander que les
Providences fuffent définitivement autorifées par lettres du prince. Selon leur
lettre du 15 Oétobre 1766, il était impoflible d'efpérer qu'on y vit élever des
bâtimens durables, au lieu que cette preuve de l'intérêt du gouvernement
ferait un germe fécond de fuccès, dont limitation par d'autres lieux de la Colenie
& notamment par la ville du Port-au-Prince, ne ferait pas perdu. Cependant ur --- Page 431 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE,
aveuglement inexcufable faifait croire à Verfailles que l'établiffement devait être
riche, avant qu'on le confolidât; tandis que l'indifférence du miniftère était
un des plus grands obftacles à fa folidité. Enfin MM. de Rohan & de Bongars
firent fentir cette vérité par une nouvelle lettre du 20 Août 1768, & les lettrespatentes furent accordées le Ier. Juillet 1769. On y lit qu'à cette époque les
biens des Providences étaient évalués à 400,000 livres tournois ; &c que l'établic
fement portera le titre de Maijon de Providence, fans diftinguer celle des femmes
d'avec celle des hommes, diftinétion que les rédaéteurs des lettres - patentes
ignoraient fans doute & que leurs provocateurs ne connaiffiient peut-être
pas >
car fans cela le préambule aurait nommé Dolioules comme il nomme Caflelveyre,
Les bienfaits déjà reçus, ont été approuvés ainfi que ceux à venirjufqu'à ce qu'ils
aillent à 1,200,000 livres tournois. On a eu foin d'inférer un article qui déclare
que cette fcndation eft civile &c entièrement à la charge de la Colonie. Quant à
l'adminiftration 3 les lettres-patentes la confient à un bureau compofé du
gouverneur-général & de l'intendant ou de ceux qui les repréfentent, de deux confeillers
& du procureur-général du Confeil du Cap, de deux membres de la Chambre
d'Agriculture de la même ville, de quatre notables choifis par les paroiffiens du
Cap & du préfet apoftolique de la Partie du Nord, lequel bureau eft chargé de
faire un réglement.
Les quatre premiers notables furent. choilis dans une affemblée de paroife
du 22 Avril 1770. La même affemblée choifit auffi M. la Cafe, notaire,
pour
le fyndic, 3 qu'une ordonnance de MM. de Nolivos & de Bongars, du 7 Mars
1770, avait créé, & dont les fublimes fonétions confiftaient à folliciter d'eux
l'approbation du choix de la paroiffe quoique les lettres patentes ne rendiffent
pas cette approbation néceffaire. L'inftallation du bureau eut lieu le II Juin
1770 chez M. de Choifeul, commandant en fecond, & ce. bureau remplaça la
fimple affemblée des adminiftrateurs &c du curé , qui avait lieu tous les lundis
à la Providence des hommes.
>
Le réglement rédigé par MM. Sainte-Marie & Baujouan que le bureau en
avait chargés, eft du 9 Septembre 1771 & va faire connaître le régime de la
Providence. Il eft divifé en ftatuts généraux & en ftatuts particuliers.
Les ftatuts généraux règlent que le bureau s'affemblera le premier jeudi de
chaque mois après-midi, dans une falle de la Providence des hommes, &
même plus fouvent s'il eft néceffaire. Il doit s'y trouver fept délibérans; la
Baujouan que le bureau en
avait chargés, eft du 9 Septembre 1771 & va faire connaître le régime de la
Providence. Il eft divifé en ftatuts généraux & en ftatuts particuliers.
Les ftatuts généraux règlent que le bureau s'affemblera le premier jeudi de
chaque mois après-midi, dans une falle de la Providence des hommes, &
même plus fouvent s'il eft néceffaire. Il doit s'y trouver fept délibérans; la --- Page 432 ---
D. ESCRIPTIO N DE L A PAR' TIE
pluralité y détermine, & dans les cas de partage, la voix de celui qui préfide
devient prépondérante. Les délibérations font rédigées par le fecrétaire du bureau
le
& l'intendant $ & figné des memfur un régiftre paraphé par général
bres préfens. Tous les trois ans le bureau prend deux adminiftrateurs parmi
notables 5 ceux-ci doivent viliter Thôpital au moins trois 'fois par femaine
quatre &c en rendre compte chaque mois au bureau. L'un des deux Adminiftrateurs
eft tréforier & agent de la Providence. Il rend un compte particulier au bnreau
chaque trimeitre, &c un compte général dans les trois mois qui fuivent fon
exercice. Les deux adminiftrateurs peuvent être réélus, mais à chaque époque
des titres &c
Le bureau feul
triennale on vérifie l'inventaire général
papiers.
non
& au-deffus de
peut affermer les biens 3 ordonner les réparations
urgentes
1,200 liv., recevoir les dons avec des conditions onéreufes, édifier, foutenir
des procès, changer aux règlemens & décider fur la police & l'économie de
l'établiffement.
Les ftatuts particuliers foumettent au bureau: le choix & le nombre des hofpitaliers des deux maifons, lefquels doivent être indépendans les uns des autres.
Dans chaque maifon, le chef eft obligé de tenir un regiftre paraphé par les
adminiftrateurs, où s'infcrivent les noms de baptême & de famille, l'âge, les
qualités, le lieu de la naiffance, la profeflion & la religion de ceux qui y entrent,
de l'arrivée dans la Colonie, &
leur état de marié ou non marié & l'époque
la date de l'entrée & de la fortie 8c la note des effets
de porter en marge
& emportés par les pauvres. Nul ne peut être admis à Phôpital que
apportés fur le billet de Fun des deux adminiftrateurs. Le bureau a la nomination d'un
& la fixation de leurs honoraires. Le préfet charge
médecin & des chirurgiens, 3
des deux
des prêtres de dire la meffe les fêtes & les dimanches dans les chapelles
& d'y donner les fecours fpirituels. Les morts font mis dans un
maifons >
de celle des hommes, & inhumés par un prêtre quiy eft
cimetière dépendant
prépofé. La preuve de ces inhumations eft portée fur un regiftre triple, paraphé
du. procureur-général ; l'un refte à Thôpital, l'autre eft dépofé au greffe de la
Sénéchauffée, le troifième eft envoyé au dépôt de Verfailles. Plufieurs articles
la nourriture, le vêtement &x les heures où les pauvres doivent diriger
règlent
de tous les biens. Des troncs doivent fe trouver
leurs voeux vers le difpenfateur
du reffort du
dans la chapelle des religieufes du Cap, dans chaque paroiffe
Confeil du Cap & dans les chapelles des deux Providences, où doit être aufi
ffe de la
Sénéchauffée, le troifième eft envoyé au dépôt de Verfailles. Plufieurs articles
la nourriture, le vêtement &x les heures où les pauvres doivent diriger
règlent
de tous les biens. Des troncs doivent fe trouver
leurs voeux vers le difpenfateur
du reffort du
dans la chapelle des religieufes du Cap, dans chaque paroiffe
Confeil du Cap & dans les chapelles des deux Providences, où doit être aufi --- Page 433 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
le tableau de leurs fondateurs & de leurs bienfaiteurs. dirai
Je
en quoi ces
règlemens ont été inexécutés, changés ou modifiés.
Lorfque le fpeétacle du Cap devint public, les adminiftrateurs de la Providence expoferent à MM. d'Efaing & Magon 3 qu'en France les
des villes donnaient aux pauvres une partie de leurs
fpeétacles
bénéfices, > & ils follicitèrent
ou une rétribution fixe, ou des repréfentations au bénéfice des pauvres. Les
actionnaires de celui-ci arrétérent,"le 12 Février 1775, qu'il ferait donné un
mardi du carême, 3 une repréfentation au profit des Providences. Cet ufage s'eft
confervé jufqu'à préfent, & c'eft avec un fentiment religieux que les perfonnes
mêmes qui ne vont pas à cette repréfentation envoyent leur aumône.
mois de Mai 1785 le fpeétacle fat déferté, on fentit
Lorfqu'au
devait
être
que cette circonftance ne
pas
préjudiciable aux pauvres ; il fe fit une quête qui produifit
7,000 livres.
Le bureau qui jufqu'au mois de Juin 1773 avait été très-peu exaét, convint
alors de fe former chaque mois, comme il le devait; c'était toujours chez
le
gouverneur-général ou chez fon repréfentant, mais le bureau décida, le 6 Juin
1775, qu'en conformité des règlemens 3 il fe réunirait dans une des falles de
la maifon de Providence, ce qui eut lieu la première fois le 12du même mois.
M. d'Ennery débarqua au Cap deux mois après, & dès le furlendemain
fit affembler le bureau. On obferva avec raifon
il
que plufieurs abus avaient
attaqué l'adminiftration de la Providence. On décida donc, le 8 Août
que dorénavant le bureau fe renfermerait exaétement dans les termes de 1775,
tution; ; qu'on ne recevrait que les perfonnes à qui l'hofpice était
l'inftiplaça les fous au rang des incurables, auxquels l'accès en eft ouvert, deftiné; & on
décida que les vagabonds & les pauvres de la Colonie n'y feraient
l'on
Touchés des befoins de ces deux maifons, MM.
plus reçus.
d'Ennery & de Vaivre
accordèrent 30,000 livres à prendre annuellement fur la caiffe des libertés; leur
rétribution de 10,000 par an payée par le geolier du Cap, & que les chefs une
la Colonie avaient donnée jufques là à leurs fecrétaires, Jeur fat attribuée. de
décifion qui honore fes auteurs fous plus d'un rapport, triplait,
Cette
coup 3 le revenu de la Providence, qu'on n'évaluait
prefque tout-àEnfin
qu'à 20 ou 30,000 livres.
en 1777 on entreprit de bâtir réellement la Providence des
qui était fi peu de chofe à cette époque, > que voulant y mettre des foldats hommes,
valefcens au mois de Mars, on calcula qu'on ne
conpouvait en placer que 140
ifion qui honore fes auteurs fous plus d'un rapport, triplait,
Cette
coup 3 le revenu de la Providence, qu'on n'évaluait
prefque tout-àEnfin
qu'à 20 ou 30,000 livres.
en 1777 on entreprit de bâtir réellement la Providence des
qui était fi peu de chofe à cette époque, > que voulant y mettre des foldats hommes,
valefcens au mois de Mars, on calcula qu'on ne
conpouvait en placer que 140 --- Page 434 ---
408 DE S C RIPTIO N DE LA P ARTIE
ou 160 fi l'on prenait la chapelle. L'édifice doit avoir 60 toifes de façade fur
la rue de la Providence, à partir de la rue Saint-Avoie 8c s'étendant à l'Oueft.
Il n'y en a cependant que les deux tiers de conftruits. Un corps avancé formant
un grand veftibule de toute la largeur du bâtiment, qui eft de 36 pieds, marque
fon milieu. A l'extrémité Orientale, eft la chapelle qui a été fculptée par M.
Adde, artifte intelligent, avantageufement connu par. l'exécution heureufe de
plufieurs moulins à fucre, & qui a cru devoir laiffer. à la Providence une preuve
de fa reconnaiflance pour l'afile qu'elle avait donné autrefois à fes talens, que
n'avait pas refpeété la mifère.
Comment ce trait n'a-t-il pas rappelé aux adminiftrateurs que tout,
jufqu'aux règlemens, leur impofe le devoir de placer dans cette chapelle
le nom du fondateur de la Providence ! Nulle part on n'apperçoit le nom de
Caftelveyre 3 de ce mortel dont la bienfaifance fut l'unique objet, la feule
penfée, la feule jouiffance. Il a fallu que la Société des Sciences & Arts du
Cap ait propofé en 1785 l'éloge de Caftelveyre & de Dolioules;il a fallu que
les hommes eftimables qui la compofent aient fongé à ce que l'oubli allait
enfevelir fans eux. Il y aurait trop à rougir pour le bureau de' la Providence fi
l'on favaitjufqu'à quel point il pouffait l'ignorance fur tout ce qui concerne les
deux Providences. Je reprochais à l'un de fes membres l'infouciance qu'on
avait à parler de ces deux précieux établiffemens, &-ee fut en cédant à mes
importunités qu'il fit inférer dans l'almanach de 1779 une notice où l'on dit
que Caftelveyre a fondé les deux maifons. Ce fait inexact, les almanachs
fuivans l'ont fervilement copié. J'ai eu autrefois des renfeignemens encore plus
fautifs, & qui m'auraient égaré par la confiance dont je les croyais digne,
n'avais conçu l'idée de répondre aux vues de la Société des Sciences & Arts fije
(*) Elle a daigné couronner mon faible ouvrage au mois de Juillet 1790. Les Adminiftrateurs
qui l'ont connu ont avoué leur faute en cherchant à la réparer. Ils ont demandé une
rappelàt le nom fi touchant de Caftelveyre. Qu'ils ôtent du frontifpice du veftibule infcription celle-ci: qui
Hic DIVITUM DONIS, PAUPERES CURANTUR.
Qu'on abdique cette ridicule manie de célébrer en latin des vertus françaifes. Écrivez dans votre
langue, dans celle qui fera entendue de tous :
Et
CASTELVEYRE OUVRIT CET ASILE AU MALHEUR EN 1740.
croyez que ce langage fimple parle plus au cceur que les difiques contournés & les
guindés qu'on pourrait offrir,
vers
A
ftibule infcription celle-ci: qui
Hic DIVITUM DONIS, PAUPERES CURANTUR.
Qu'on abdique cette ridicule manie de célébrer en latin des vertus françaifes. Écrivez dans votre
langue, dans celle qui fera entendue de tous :
Et
CASTELVEYRE OUVRIT CET ASILE AU MALHEUR EN 1740.
croyez que ce langage fimple parle plus au cceur que les difiques contournés & les
guindés qu'on pourrait offrir,
vers
A --- Page 435 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 409
A l'immenfe corps-de-logis de la Providence > ont été ajoutés de nouveaux
bâtimens, l'un de 261 pieds de long fur 17 de large, &c l'autre de 94 fur
18, qui ont été conftruits par M. Artau, entrepreneur, d'après des marchés
pallés le IO Mai & le I5 Juillet 1782; le premier pour 81,000 liv., & le
fecond pour 42,000 liv. C'eft dans la totalité de ces conftruétions, qui peuvent
contenir environ 800 perfonnes 8c qui étaient achevées en 1782, qu'on a vu
jufqu'à 900 malades ou bleffés dans la dernière guerre, > car durant deux ans la
Providence a été changée en un hôpital militaire, devenu indifpenfable. Auffi
le bureau ne s'eft-il pas affemblé depuis le 5 Juillet 1781 jufqu'au 7 Août
1783. Au mois d'Août 1779 on avait été forcé auffi d'y mettre 400 malades de
l'efcadre de M. d'Eftaing. La Providence a été intéreffée pendant dix-neuf
mois 2 pour moitié, à l'entreprife des malades qu'on traitait aux frais de l'Etat
dans fon local.
La plume éloquente de Raynal a loué l'auteur de la Providence, &x fans doute
qu'il l'aurait nommé s'il l'avait connu 3 mais je crois devoir réclamer contre
les imprécations qu'il lance à caufe des infidélités qu'il reproche à des adminiftrateurs de ce réfuge des pauvres, &j'ofe dire qu'il a été trompé &c que ce forfait
eft imaginaire. M. Hilliard d'Auberteuil a auffi parlé >. mais d'une manière
affligeante, d'une fondation qui attend des infortunés à deux mille lieues de leur
pays, , pour les fauver de la mort & peut:être de la honte, & M. Dubuiffon, fon
critique a eu tort de lui reprocher cette trifte peinture, , puilqu'il voyait la Providence conftruite à neuf, tandis que M. Hilliard l'avait laiffée menaçant ruine.
Mais qu'on eft doulourcufement frappé en obfervant que l'éloge fait par M.
Dubuiffon n'eft pas complettement mérité ! Qui ne ferait affligé de n'appercevoir
qu'à peine le vafte bâtiment de la Providence, dans un point dont les alentours fe
trouvent efcarpés de huit à dix pieds, de manière qu'il eft enfoncé &c qu'on ne le
diftingue que lorfqu'on en eft près. On regrette que cet édifice n'ait pas été mis
dans une fituation plus élevée & plus faine, où fa peripeétive aurait embelli
la ville.
On remarque que ce bâtiment faifant face au Sud, manque lui-même d'élévation dans fes proportions 5 que les ouvertures en font trop baffes & que les
malades y éprouvent une chaleur extrême. La ravine n'ayant qu'un filet d'eau
qui ne fert qu'à détremper les immondices qu'on yjette > &c que groffit l'égoût
des latrines des cazernes, elles y font une fource d'infeétion qui corromp: l'air de
Tome I.
Fff
bâtiment faifant face au Sud, manque lui-même d'élévation dans fes proportions 5 que les ouvertures en font trop baffes & que les
malades y éprouvent une chaleur extrême. La ravine n'ayant qu'un filet d'eau
qui ne fert qu'à détremper les immondices qu'on yjette > &c que groffit l'égoût
des latrines des cazernes, elles y font une fource d'infeétion qui corromp: l'air de
Tome I.
Fff --- Page 436 ---
415 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
cette maifon &c qui nuit aux malales. Une digue & une éclule auraient pa fervir
à lâcher, à volonté, l'eau qu'on aurait accumulée. Comment n'a-t-on pas fenti
li néceffité d'une galerie tournante dans l'intérieur des cours pour que les malades
ne fufent pas expofés aux injures de P'air, furtout dans la faifon des pluies ?
Pourquoi n'avoir pas éloigné davantage leurs latrines, au lieu de les mettre au
centre 8 de les adoffer aux bâtimers 2 M. Artaud, mélecin duroi, a propofé
de pratiquer des lucarnes dans la toiture des fal'es ; mais l'inconvénient ferait
mieux cerrigé parlélévation des croilees. Au total, il eft indifpenfable de s'occuperde reétifier tout cet enfemble 3 & pourles quatre-vingt-dix ou cent perfonnes
qu'on voit confammental la Providence depuis la guerre, au lieu de vingt qui
s'y trouvaient a"paravant, & pour les cas où il faudrait encore y loger des
bleffés. C'eft affez que des entrepreneurs d'hôpitaux trouvent dans des calculs
dont le réfulcat eft une fortune qui éclabouffe, 3 les moyens de n'accorder à celui
qui donne fon fang àl la patrie, que ce qu'il ne peut lui refufer, fars que des vices
de local moifonnent eacore cet homme utile. Il ne faut pas que Pon foitarré:é par
les dépenfes qu'on a faites, parce qu'il ne s'agit pas de facrifier des hommes à de
l'argent, mais de l'argent à des hommes. Qu'on fe fouvienne de l'exemple de
Caiteiveyre ; il a tout foumis a ia feule penfée d'êere vraiment utile.
La Provilence n'eft pas, je le fais, dans une fituation qui lui permette de
grandes dépenies, mais cette fituation doit s'anaéliorer & l'on peut ne faire que
fuccefivement les changemens néceffires.
En 1779, les Providences devaient 102,0CO livres, quoiqu'elles euffent reçu
en 1776, 1777 Sc 1778, go,Cco livres de la caiffe des libertés, & en 1776, 1777 >
1778 & 1779, 40,000 livres du geclier > payement qui ceffa en 1780, parce
que M. Ficury s'en ft décharger ; mais auffi la Providence avait dépenfé, en
1777, 300,000 livres pour un édifice. En 1782 elle a fait faire des conftruétions
par M. Artau pour 123,ocolivres, elle avait acheté pour 63,000 livres d'approvifionnemens deftinés aux mala.des, parce qu'on annonçait l'arrivée de M:
d'Eftaing & de forces fupérieures pour une expédition, à quoi il faut ajouter
44,000 livres de remplacemens de règres, ce qui faifait un total de 332,000
livres de dettes en 1782: D'après une ordennance du général & de l'intendanc
datée du 29 Novembre 1785, la Providence a reçu 1235025 livres pour Ce qui
lui appartenait dans la moitié du traitement des malades, dont M. Brée de la
Touche, entrepreneur avait l'autre moitis. Elle a reçu, au même titre encore,.
ajouter
44,000 livres de remplacemens de règres, ce qui faifait un total de 332,000
livres de dettes en 1782: D'après une ordennance du général & de l'intendanc
datée du 29 Novembre 1785, la Providence a reçu 1235025 livres pour Ce qui
lui appartenait dans la moitié du traitement des malades, dont M. Brée de la
Touche, entrepreneur avait l'autre moitis. Elle a reçu, au même titre encore,. --- Page 437 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 4II
56,000 livres, c'eft au total, 179,000 livres; elle en redevait donc 153,000
à la paix en 1783A l'époque de 1785, il faut déduire trois années d'un cafuel qu'on pouvait
évaluer alors à 35,000 livres par an, & environ 10,000 de loyers 8c de rentes
annuelles, c'eft au moins II5,000 livres par an, &, par conféquent, la dette était
réduite à environ 40,000 livres.
Calculons maintenant pour cette année 1789. Le droit fur la geole a été renouvellé en 1785, mais fur le pied de 6,000 livres feulement; c'eft 24,000 livres
pour quatre ans. Les revenus fixes étaient montés à 20,000 livres ; le cafuel à
50, ooo,letout par an, c'était 280,000 liv., & au total, au moins 3CO,CCcO liv.
Voilà donc la dette éteinte, & 260,000 livres de refte. Je fens bien qu'il a fallu
faire la dépenfe de la maifon, pendant ces quatre ans, & je fais même qu'au
commencement de 1789, loin d'avoir des fonds difponibles, les Providences
devaient 150,000 livres. Or elles avaient alors auffi, un aétif de 450,000 liv.
compofé de dons, de legs & d'amendes prononcées à leur profit. Défalquant
un tiers pour le peu de reffource de certains recouvremens 3 on trouve encore
300,000 livres qui payeront la dette, & fourniront un capital de 150,000 liv.
qui, bien placées, donneront I 15,000 liv. de revenu. Il faudray ajouter I 5,000 liv.
annuels, > que donnera la maifon de l'emplacement de l'ancien hôpital Saint- Jofeph,
au coin des rues Vaudreuil & Saint-Jofeph, que MM. Reynaud & Robar, entrepreneurs, ont bâtie en 1788, à condition qu'ils en jouiraient dix ans. Tout
cela réuni au revenu d'une autre maifon, qui fait l'un des angles de la rue
Penthièvre & de la Vieille Joaillerie, fituée par conféquent dans un point trèscommerçant, & reçue de M. Charrier, en échange de 225 quarreaux de terre
dans la paroiffe de Plaifance, qui venaient de Caftelveyre 5 on peut confidérer
les Providences comme inceffamment libérées de tout engagement, devant jouir
d'un revenu annuel de 100,000 liv., d'autant que depuis 1787, ils'eft augmenté
de 1,014 liv., par des baux emphithcotiques, dont l'ordre de la defcription me
fera parler tout à l'heure.
On ne peut pas, fans courir le rifque de fe tromper, compter la dépenfe
annuelle des deux Provilences, pour moins de I00,000 livres, à canfe des
appointemens du direéteur, des hofpitaliers, les frais d'entretien des bâtimens,
le remplacement des nègres, & la dépenfe de cent malade S cu autres perfonnes
accueillics dans ces hofpices; voilà donc ces établifemens au pair. Maintenant
Fff2
.
On ne peut pas, fans courir le rifque de fe tromper, compter la dépenfe
annuelle des deux Provilences, pour moins de I00,000 livres, à canfe des
appointemens du direéteur, des hofpitaliers, les frais d'entretien des bâtimens,
le remplacement des nègres, & la dépenfe de cent malade S cu autres perfonnes
accueillics dans ces hofpices; voilà donc ces établifemens au pair. Maintenant
Fff2 --- Page 438 ---
412 DESCRIPTIO N DE L A P AR T IE
les nouvelles libéralités, les nouvelles amendes, & quelques économies, peuvene
& doivent éire employées aux changemens qui pourront leur donner une fituation falubre, aèrée, commode & propre à remplir le but de leur inflitution.
Que le bureau fe cé:ermine enfin, faire placer la longue lifte des fondateurs
& des bienfaiteurs dans un tableau, &j'ofe affurer que Ces an éliorations deviendront bientôt poffibles; 5 car il doit être plus ailé de les réalifer, qu'ilnel'a
été de procurer 100,000 livres par anà ces maifons. Sans doute il eft trifte,
qu'il faille parler à l'amour-propre des hommes, pour les porter à une aétion
utile, mais n'ayons pas la prétention de changer le coeur humain, &c publions fes
vertus, > mêne pour les exciter.
Cette lifte que je poffede, offre un total de 624.90glivres 2 fous 4 deniers de
bienfaits, fans compter les dons de Caftelveyre & de Dolioules, & il ett à ma
connaiflance perfonnelle, 3 qu'elle contient des omiffions. Ne ferait-ce pas une raifon (entre beaucoup d'autres ), pour que l'adminiftration de la Providence,
rendit des comptes publics ?
Je voudrais auffi, qu'au rang des bienfaiteurs, on plaçât les adminiftrateurs
des maifons de Providence, ; carc'eft un bienfaitque de donner, dans une Colonie,
fon tems aux foins de ces hofpices 8z de s'attacher à leurs inté: êis.
La même juftice devrait être la récompenfe des médecins &c des chirurgiens,
qui leur ont confacré & qui leur confacrent journellement des foins gratuits.
Comment le bureau des Providences réglige-t-il tant de moyens de procurer
des fecours de tous les genres, aux malheureux qui leur font confiés P
J'allais être coupable moi-même, en oubliant de compter M. Adde parmi les
bienfaiteurs, lui qui a fculp:é fajolie chapelle avec un cizeau que conduifait la
gratitude.
J'ai peu de chofe à ajouter fur ces établiffemens, dont on ne fe laffe point de
parler. Depuis le 2 Avril 1778, le bureau y a mis un contrôleur qui, comme le
le dit fon titre même, infpeête tous les achats > toutes les dépenfes, & dont le
direéteur eft tenu de prendre le vifa pour tout ce qu'ilfait. Et comme le bureau a
fenti que les fonétions qui lui font attribuérs, relativement aux regiftres qui
doivent faire preuve de la mort de ceux quiy périfent, font civiles, il prit un
arrêté le 7 Novembre 1771, portant que ce direéteur ( alors appelé hoipitalier )
dépoferait au greffe de la Sénéchauffée fa nomination & fa figr ature, pour que
fes actes mortuaires' puffent être légalifés. Le tribunal a juftement exigé de plus
que les fonétions qui lui font attribuérs, relativement aux regiftres qui
doivent faire preuve de la mort de ceux quiy périfent, font civiles, il prit un
arrêté le 7 Novembre 1771, portant que ce direéteur ( alors appelé hoipitalier )
dépoferait au greffe de la Sénéchauffée fa nomination & fa figr ature, pour que
fes actes mortuaires' puffent être légalifés. Le tribunal a juftement exigé de plus --- Page 439 ---
FRANÇAISE DE SAINLDOMINGUE
le ferment de ce direéteur, entre les mains du juge; ; c'eft donc à cet égard un officier public. Les regiftres mortuaires des Providences,
fe
depuis 1746, trouvent
au greffe de la Sénéchaufiée. Leur revenu cafuel eft produit par le tranfport des morts, où chaque règre
reçoit 3 livres, & même II liv., dans les inhumations folemnelles; les
par enterremens des non-catholiques, où celui d'unjuif coûte18o liv.;celui d'unproteftant
avec cercueil couvert 199 liv. IO fous & fans ce cercueil 67 liv. IO fous ;
park le droit des exécutions, où elles font préparer les échafauds , les gibets, &c. par le produit de la repréfentation annuelle de la comédie;
celui
;
par
(1 prefque
nul )des troncs mis dans les églifes; par les quêtes que font des Dames de la
ville, dans les: deux journées du Jeudi & du Vendredi-Saint,
des ftations aux chapelles des deux Providences;
lorfqu'on va faire
par le produit de quelques
tombereaux qui font des tranfports & des charrois dans la ville, &c enfin le
traitement des matelots malades, qui eft payé par les capitaines des navires par
marchands, dont ces matelots dépendent. Je m'arrête enfin ici, relativement à ces établiffemens
qui montrent que les
vertus les plus touchantes ne font pas étrangères aux colons, & en répétant
font dûs à la générofité, au rare dévouement & à la
qu'ils
perfévérante charité de
Caftelveyre, dont l'exemple a donné naiffance à la Providence des
&
à la Providence qui fubfifte maintenant dans la ville du Port-au-Prince. femmes,
En fortant de la maifon de Providence des hommes, la laifant à droite 8a
montant dans l'Oueft la rue de fon nom, on trouve, à environ IOO toifes de la
rue du Pet-au-Diable, un pont de bois qui traverfe la ravine à Douet ou des
Cazernes, , près du pont où elle va fe rendre dans celle du Cap. En
n'y avait point de maifons au-deffus de la Providence & en
1779 il
1781 on en
une
feule ; en degà de la ravine des Cazernes, & elle était confidérée voyait
petits embelliffemens
avec fes
> comme une maifon de campagne 3 mais depuis 1786,le
Cap s'eft encore étendu de IOO toifes au de-là de la ravine des Cazernes. une petite gorge qui a à peine 40 toifes dans fon plus large, & qui eft encaiffée C'eft
par deux coupes du morne du Cap.
il
1781 on en
une
feule ; en degà de la ravine des Cazernes, & elle était confidérée voyait
petits embelliffemens
avec fes
> comme une maifon de campagne 3 mais depuis 1786,le
Cap s'eft encore étendu de IOO toifes au de-là de la ravine des Cazernes. une petite gorge qui a à peine 40 toifes dans fon plus large, & qui eft encaiffée C'eft
par deux coupes du morne du Cap. Elle a fa direétion au
ravine du Cap la borne au Nord. Nord-Oueft, &c la
Le 6 Avril 1786, le bureau de la Providence confidérant la cherté des
& follicité par plufieurs particuliers, décida que ce terrain ferait donné loyers, à bail
emphythéotique, Il faifait partie de la conceflion accordée à l'hofpice le Avril
--- Page 440 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
1761, par MM. Bart & Clugny, de 300 pas, depais la rue du Pet-au-Diable ,
allant dans i'Oueft, & le long de la ravine du Cap. Les Adminiftrateurs dela
Colonie, à qui cette deftination fut foumife, l'approuvèrent le 7 Juin 1786, ainfi
que le plan qui avait été dreffé pour partager cet efpace en neuf emplacemens >
& conferver le paffage du chemin qui conduit de la ville du Cap à la Bande
du Nord & au Port-Français. Ce plan fut même reétifié par les opérations du
Voyer, qu'une autre ordonnance des Adminiftrateurs de la Colonie fanétionna
le 14 Oétobre 1786. Enfuite y comprenant le terrain de l'ancien cimetière de
fur le
la Providence, on a formé neufemplacemens, qu'on peut compter
plan
topographique du Cap, dans mon Atlas. On les a tous affermés au mois de Juin 1787, au profit de la Providence, pour
-
dix ans; chaque fermier eft tteau de faire pendant les dix ans, qui comptent du
premier Juillet 1787, pour, 3,000 livres de bâtimens, & l'un deux pour? 7,000
livres. Si les conftruétions font au-deffus de cette valeur, les fermiers auront
dix autres années de jouiflance > moyennant une rétribution fixée ; &c al'expiration des vingt ans, tout le terrain & les bâtimens doivent être remis en bon état
à la Providence, fans nulle indemnité de fa part. C'eft ainfi que fe font formées plufieurs jolies petites maitons de plaifance 3
offrant un afpect varié par l'inégalité du terrain, & les differens enjolivemens
qu'on a cherché à naturalifer dans ce fol ingrat, où l'on ne peut tenter que la
culture de quelques fruits 8c de quelques légumes, au moyen de l'eau que
procure des fources & des ravines. Je viens de dire que c'était à l'extrémité de cette efpèce de petit faubourg,
qu'était le cimetière de la Providence, placé dans ce point en 1746, à une
époque où l'on était loin de fuppofer que les vivans, guidés par le plaifir
viendraient y chercher des afiles. Ce cimetière, qui avait IOO pieds de long
du Nord au Sud, & 60 de large de PEt à l'Oueft, avait été établi par
Caftelveyre > indigné de ce qu'on plaçait au hafard les corps des nègres nonbaptifés, & des non-catholiques 5 de ce qu'on en avait jetté dans des puits fecs
& d'autres dans la mer, de forte que ramenés au rivage, ils y devenaient
la proie des animaux.
. Ce cimetière, qui avait IOO pieds de long
du Nord au Sud, & 60 de large de PEt à l'Oueft, avait été établi par
Caftelveyre > indigné de ce qu'on plaçait au hafard les corps des nègres nonbaptifés, & des non-catholiques 5 de ce qu'on en avait jetté dans des puits fecs
& d'autres dans la mer, de forte que ramenés au rivage, ils y devenaient
la proie des animaux. Les officiers de police du Cap & les adminiftrateurs
avaient trouvé ce lieu convenable, & déjà il était entouré d'une large haie
vive, en attendant la clôture de maçonnerie qu'on yavait fait poftérieurement
Jorfque les chels de la Colonie approuvèrent cette nouvelle ceuvre du picux --- Page 441 ---
FRANÇAISE DE.SAINT-DOMINGUE 415
Caftelveyre. Au mois de Septembre 1746,n a mis plus à l'Oueft, & fur la
rive cppofée de la ravine du Cap, ce dernier refuge de Phomme, &c on l'a
diftribué de manière à fervir de fépulture pour les malades de la Providence,
pour les fupplicics, pour les non-catholiques, & pour les nègres non-baptifés.
A toucher la limite Oueft du terrain affermé par la Providence, eft un
établiflement auquel tous les hommes fenfibles doivent un tribut de reconnaiffance.
Depuis que l'Afrique donne des cultivateurs aux colonies américaines, les
cceurs, où l'on n'avait pas étouffé Ies fentimens de la nature, étaient foulevés
de voir l'état d'abandon où étaient laiffés les Africains malades, apportés par
les navires: Entaffés dans des magafins trés-refferrés , gardés au fein de la ville,
dont l'air n'était pas propre à les rétablir, & qu'ils n'ont rendue que trop fouvent
le théâtre d'épidémies cruelles, ilsyoffraient le fpeétacle déchirant de l'humanité
méconnue par la cupidité. Unjeune chirurgien, calculant que Pavidité fe trompait
elle - même, conçut le projet d'un hofpice, où des foins affidus pourraient
conferver des êtres précieux; & il éntreprit de s'enrichir en faifant le bien:
L'occafion venait de lui en être fournie par un ordre du procureur du roiy.
du 25 Novembre 1782, qui obligeait. de tranfporter tous les nègres de cargaifons malades hors de la ville. Il en recueillit d'abord un grand nombre
dans un endroit pris & dilpolé à la hâte; puis méditant fur fon entreprife,il acquit
une petite habitation, au lieu dontj'entretiens le Lecteur en ce momen:, & dès
le mois de Février 1783, il fut en. état de remplir fa. deftination. MM. do
Bellecombe & de Bongars protégèrent ce deffein,. &. le médecin & le chirurgien
du roi approuvèrent les vues 8c. les dipofitions de M. Durand, chirurgienmajor de l'amirauté. Le 16. Mars 1786, une ordonnance de MM.de Couftard 80
de Marbois > a confolidé l'établifiement pour; fervir au traitement des nègres
malades provenant des cargaifons > avec faculté néanmoins aux particuliers de
les faire traiter ailleurs, s'ils le jugent à propos.
L'expolition de cet hôpital > appelé Maifen de Janté, eft heureufe par fon
élévation > fon ifolement &, par fa fituation dans une gorge où l'air eft plus
aétif par cela même que fon paffage y eft plus preflé, Le tâtiment principal a
1OO pieds de long, fa divifion en-plufieurs falles donne la facilité de féparer les
fexes 8c. les malades de différentes maladies. D'autres conflruétions font deftinées
au logement du chirurgien, qui réfide dans l'hofpice & le dirige, & aux détails
du fervice, Chaque journée coûte cinquante fous ou moitié feulement lorfque
if par cela même que fon paffage y eft plus preflé, Le tâtiment principal a
1OO pieds de long, fa divifion en-plufieurs falles donne la facilité de féparer les
fexes 8c. les malades de différentes maladies. D'autres conflruétions font deftinées
au logement du chirurgien, qui réfide dans l'hofpice & le dirige, & aux détails
du fervice, Chaque journée coûte cinquante fous ou moitié feulement lorfque --- Page 442 ---
416 DESCRIPTION DE LA PARTIE
les malades ne font pas nourris aux dépens de la maifon. Des particuliers de
la ville, approbateurs de l'établiffemeit & qui trouveraient difficilement les
mêmes fecours pour leurs - nègres, les envoyent dans cette mailon, où ils
payent 4 livres par jour; ils font trairés féparement des premiers, On peut
attendre les plus falutaires effets de cet établiffement, puifque dans les commencemens, lorfque beaucoup de commodités devaient manquer encore, du
mois d'Août 1782 à celui de Janvier 1783,fur 672 malades, il n'en eft mort
que IIO,ce qui n'en fait pas le fixième.
Quand on réfléchit que fans cette maifon de fanté, il aurait péri pluficurs
milliers d'êtres, qui pour être fauvés du fcorbut de mer dentils font attaqrés,
n'ont eu befoin que d'un air pur &c d'un nourriture faine,on bénit Pidée de
M. Durand, on applaudit à fon zèle, à fa fenfibilité, & en contemplant fon
-
hofpice & le joli jardin qui en fait partie, le cceur s'attendrit & prononce fon
éloge.
a :
Il me refte encore à parler, pour terminer fur ce canton, que j'appelerais
volontiers le canton de la bienveillance; d'une autre entreprife couronnée d'un
moindre faccès, mais plus glorieufe encore pour fon auteur.
En 1756, le nombre des gens de couleur libres commençait à augmenter,
fans que leurs reffoures fuiviffent la même progreflion; on voyait de ces malheureux errants dans la ville du Cap, fans pain, fans afile, & quelquefois accablés
encore par la maladie & par les infirmités. Le père Daupley 3 jéfuite, alors
curé des nègres, touché de ce fpectacie, chercha à intéreffer MM. Brévignon
& Grandjean, négocians, adminiftrateurs des maifons de Providence, & les
engagea à donner, fur le vafte terrain de celle des hommes, un emplacement où
l'on poarrait Dâtir une cafe pour recueillir ces infortunés. Cette première marque
d'humanité obtenue, il en fallait une feconde plus grande éncore; c'était que
quelqu'un fe chargeât de la conftruction de la cafe, & de dirigerl'elpèce d'hofpice
que demandait la pité. Le choix du père Daupley fe fixa fur l'être que je vais
faire connaitre.
ALOOU KINSON, né à la Côte d'Or,en Afrique, en 1714, y fut acheté
par le capitaine Bertrand & vendu au Cap. M. Thoumafeau, maçon, l'acheta
& lui enleigna fon métier. Il fut baptifé dans la même ville le 31 Mars 1736,
& reçut le nom de Yean Tefmin. M. Thoumafeau à fa mort, arrivée en 1738,
laiffa Jafmin à un M. Louis, entrepreneur des travaux du roi, avec prière de
lui
d'Or,en Afrique, en 1714, y fut acheté
par le capitaine Bertrand & vendu au Cap. M. Thoumafeau, maçon, l'acheta
& lui enleigna fon métier. Il fut baptifé dans la même ville le 31 Mars 1736,
& reçut le nom de Yean Tefmin. M. Thoumafeau à fa mort, arrivée en 1738,
laiffa Jafmin à un M. Louis, entrepreneur des travaux du roi, avec prière de
lui --- Page 443 ---
F R A.N ÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
lai procurer les moyens d'acquérir fa liberté. Jafimin, chargé, par M. Louis, de
la conftruction des prifons & de la poudrière de Saint-Marc, mérita par fon
intelligence & fa conduite, que celui-ci l'affranchit dès le IO Novembre 1741,
& MM. Larnage & Maillart ratifièrent fa liberté le 12 Mars 1749, en
aftraignant Jafmin à payer 150 livres à la communauté des religieufes du Cap.
Le IO Mai fuivant, Jafinin époufa Catherine, régreffe de Foeda, à la Côte
d'Or, alors âgée de 28 ans, & affranchie du Sieur Nanat.
Jafnin conftruifit, en trois mois, à fes frais, dans POueft de la Providence
des hommes , à 15 toifes de la rive gauche de la ravine du Cap &c à 30 toifes du
point oû elle reçoit maintenant l ravine des cazernes, > une maifon de maçonnerie
de 36 pieds de long fur 28 de large 2 avec un fimple rez de chauffée, couverte
d'effentes & difpofée de manière à recevoir des malades dans quatre chambres
avec un grand corridor au milieu.
C'eft là que depuis près de quarante ans, Jafmin, connu fous le nom de Jafimin
Thoumazeau, 3 qui offrel'union du fien avec celui de fon ancien maître > exerce la
plns généreufe hofpitalité 2 prodiguant fes foins, ceux de fa femme. 3 de douze
de ies règres & fa propre fortune pour le foulagement des êtres de fa claffe. Ce
lieu qui peut recevoir > à l'aife, douze malades, en a quelquefois dix-huit,
parce que Jafmin ne peut fe réfoudre à les repoufer lorfqu'il peut les accueillir,
même en les gênant tous.
Cet hofpice charitable fut toujours fecouru par le Jéfuite qui fe trouvait curé
des négres, mais depuis l'expulfion de cct ordre, > la même reffource ne fubfifte
plus. Jafimin n'a donc. plus d'aide que le produit d'une quête qui a lieu le JeudiSaint lors de l'adoration d'une croix qu'il place dans un des eabinets de l'hôpital. C'eft là que les gens de couleur apportent environ 5 ou 600 liv., qui font
loin de pouvoir être comparées aux dépenfes de Jafmin.
Dans les commencem.ens, les chirurgiens chargés du foin des Providences
allaient vifiter quelquefois l'hofpice de Jafinin, mais ce zèle s'eft éteint. Il y
en 2 même eu qui ont été capables de demander une rétribution &c leur
démarche a décidé Jafmnin à appeler un chirurgien à fon choix dans les cas
particuliers où il ne peut s'en pafler; car Jafmin eft le fondateur, Thofpitalier
8le médecin de cet hofpice > auquel il a pu donner encore plus de foin depuis
le 22 Décembre 1768, que IM. de la Ferronays 3 commandant en fecond du
Cap,le difpenfa de fervice des milices, qu'il remplifit comme fergent de. la
Teme I.
a e g
eler un chirurgien à fon choix dans les cas
particuliers où il ne peut s'en pafler; car Jafmin eft le fondateur, Thofpitalier
8le médecin de cet hofpice > auquel il a pu donner encore plus de foin depuis
le 22 Décembre 1768, que IM. de la Ferronays 3 commandant en fecond du
Cap,le difpenfa de fervice des milices, qu'il remplifit comme fergent de. la
Teme I.
a e g --- Page 444 ---
DESCRIPTIO N DE 20 LA PARTIE
41S
compagnie des nègres libres. Cette exemption a même été renouvellée le 6
M. de Choifeul 3 fon fucceffeur, 2 qui l'a motivée fur les charités
Juin 1770, par
que Jafmin exerce journellement.
En 1778, ce nègre précieux conçut le projet d'augmenter fa maifon, 3 devenue
infuffi'ante. Le père Colomban > préfet apoftolique > préfenta fa requête au
bureau des Providences. Il demandait la permiffion d'ajouter, à fes dépens, trois
autres chambres de
dans POueft de celles exiftantes, de
ou quatre
maçonnerie,
faire quelques fouilles & de ramaffer des pierres dans la ravine & fur le terrain >
offrantd'entretenir le tout à fes frais & de fournir gratuitement toute fa vie, la fubfiftance, les panfemens & les médicamens néceffaires à fon hofpice. Un arrêté
du bureau, du 12 Février 1778, accorda ces demandes.
Jafmin avait déjà fait faire un mur de 80 pieds de long pour foutenir les terres
le long de la ravine & pour former un plateau capable de recevoir les nouvelles
bâtiffes, lorfqu'un projet de redreffement de cette ravine l'a engagé à fufpendre.
Les chofes étaient dans cet état à l'époque où l'adminiftration des Providences
les beaux
dont parlé. Le croira-t-on ? on
a fait en 1786
emphythéotiques j'ai
a renverfé le mur de 80 pieds 3 & avec lui a difparu la poffibilité d'exécuter le
-
plan d'une augmentation de logement. Les voilins > produits par les baux emphythéotiques, ont fait des conftruétions, des remblais, des déblais, & la chûte
des terres a même diminué l'ancien local occupé par l'hofpice de Jafmin,
Cet établiffement, ignoré de prefque tous ceux qui habitent la ville du Cap,
eft donc expofé aux caprices & même aux injuftices 2 malgré fon utilité qui offre
donnés
la vertu de ce qu'elle fait infpirer de
un des plus beaux exemples
par
les chofes utiles. Les travaux de Jafmin, fi dignes d'éloge, font
courage pour
vu, 8z. mon coeur s'en indigne encore > j'ai vu s'éleves
ignorés ou méprifés. J'ai
tout autour de cet hoipice, des maifons bâties par le luxe ou par des motifs qui
ne font pas l'apologie des moeurs., & l'alile des. pauvres. > diminué, prefque
enfeveli.
Rempli d'une vénération profonde pour Jafmin > j'ofai lui promettre, en
1788, que j'obtiendrais du miniftère une autorifation expreffe pour fon hofpice.
Je ne puis me rappeler, fans que des larmes d'attendriflement ne foient encore
près de s'échapper de mes: yeux > de la joie qu'il en eut. Je queftionnai les
perfonnes les plus eftimables du Cap, toutes furent unanimes fur le compte
du bon Jafmin, prefque octogénaire, & qui était réfolu d'affurer après lui une
8, que j'obtiendrais du miniftère une autorifation expreffe pour fon hofpice.
Je ne puis me rappeler, fans que des larmes d'attendriflement ne foient encore
près de s'échapper de mes: yeux > de la joie qu'il en eut. Je queftionnai les
perfonnes les plus eftimables du Cap, toutes furent unanimes fur le compte
du bon Jafmin, prefque octogénaire, & qui était réfolu d'affurer après lui une --- Page 445 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE,
partie de fa fortune à l'hofpice. Je partis admirant cet autre Caftelveyre, qui
voulait même que j'acceptaffe une fomme pour les dépenfes qu'il croyait que
les follicitations me feraient faire. Ses bénédiations , fes voeux, fes préfens
mènes, car il fallut, pour ne le pas affliger 3 accepter deux chèvres laitières &c
quelques fruits de fa petite habitation du Morne-Rouge, tout me fuivit jufqu'au
vaiffeau, & l'efpoir de le fervir accompagna tout mon voyage.
Je donnai un mémoire au miniftre 3 M. de la Luzerne , qui me chargea de faire
un projet de lettres-patentes, que j'ai dreffé. J'y aflimilais l'hofpice de Jafmin
aux autres Providences, & je lui donnais le nom de Providence des gens da
couleur libres. Deux hommes de couleur devaient en être les adminiftrateurs &
être nommés par les paroiffiens du Cap pour deux ans, de manière qu'ily
en eût un de remplacé tous les ans, fauf les réélections tant qu'on les jugerait
utiles. Ces adminiftrateurs devaient rendre leurs comptes au bureau des
Providences. 3 formé par les lettres-patentes de 1769, lequel devait régir la
nouvelle Providence comme les autres, mais cependant fes arrêtés, quant à
elle, ne devaient être valides qu'avec l'approbation des deux chefs de la Colonie.
L'hofpice était autorifé à recevoir des dons jufqu'à 600,000 liv.; ; les tribunaux
pouvaient lui appliquer les amendes encourues par les gens de couleur libres 5
Jafmin &z fa femme étaient nommés premier hofpitalier & première hofpitalière,
& "fur le tableau des bienfaiteurs qui devaic être mis dans un lieu apparent de
l'hofpice s on aurait nommé d'abord la Providence des blancs, & enfuite
Jafmin & Catherine fa femme.
Au. moment où je croyais que tout allait fe terminer, le Miniftre penfa que
cet objet était de nature à être préalablement communiqué aux Adminiftrateurs
de la Colonie. En conféquence, il leur adreffa une copie de mon mémoire &
du projet des lettres-patentes. Le miniftre leur écrivit,. le 12 Mars 1789, que
l'établifement paraifait très-utile ; qu'il croyait même qu'il fallait que Jafmin
fût établi premier adminiftrateur pour toute fa vie. Il adoptait également trois
propofitions de moi; l'une d'envoyer à Jafmin une médaille d'or avec cette
infcription : Fean Tafmin fondateur de la Providence des gens de couleur libres
au Cap, en 1756; la feconde de lui donner une penlion honorifique; la troifième d'accorder plufieurs afiranchiffemens à des efclaves qui ferviraient dans
l'hofpice pendant cinq ou fix ans.
Membre de la Société royale d'Agriculture de Paris , je l'entretins des vertes
G g g 2
l'une d'envoyer à Jafmin une médaille d'or avec cette
infcription : Fean Tafmin fondateur de la Providence des gens de couleur libres
au Cap, en 1756; la feconde de lui donner une penlion honorifique; la troifième d'accorder plufieurs afiranchiffemens à des efclaves qui ferviraient dans
l'hofpice pendant cinq ou fix ans.
Membre de la Société royale d'Agriculture de Paris , je l'entretins des vertes
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420 DESCRIPTIO N DE LA PART IE
de Jafmin, & elle a ar:è:é dans f féance du 26Mars 1739, qu'elle lui accordera une médaille d'or comme prix de vertu rurale, attendu qu'il emploie les
productions de fa petite habitation à l'utilité de fon holpice.
Aflocié auffi à la Société des Sciences &c Arts du Cap,j'avais eu l'cccafion
d'écrire à mes confrères ce que j'avais fait relativement à l'établiffement de
Jafmin. Auffitôt MM. Arthaud & Roulin, aufi membres de l Société, 8c
médecin & chirurgien du rci, allèrent vifiter fon hofpice où iis trouvèient, au
mois de, Juillet (1789), treize infortunés exiftant par fes bienfaits. Sur le compte
qu'ils ren.lirent de cetta vifite à la Société, elle trouva jufte &c délicieux pour
elle d'arrèterle 20 Juillet, qu'elle donnerait, dans fa féance publique du 1
Août, une mélaille d'or à Jafmin, avec l'emblême du Cercle d'un côté, &c de
l'autre, ces mots: Parle Cercle des Pbiladelpbes à Y. Tafmnin, N. L., fondateur
-
d'un bôpita! a5 Cap, pour les pauvres gens de couleur libres. Apprenant alors
que les Adminiftrateurs venaient de recevoir la lettre où le Miniftre les
confultait, la Société crut devoir leur écrire le 30 Juillet, pour leur communiquer
Parrêté fur là médaille. Ils l'engagèrent à en conférer avec M. Couftard
qui venait de prendre au Cap les fonétions de commandant en fecond, & M.
I
Jauvain qui y remplidait, depuis trois ans 3 celles d'ordonnateur, qu'ils chargeaient de prendre des renfeignemens d'aprés la Jettre du Miniftre. Le
Cercle reçutle II Août, une lettre fignée de ces deux derniers qui engageait
la Société à fufpendre le don de la médaille, ce qui, en ftyle colonial, équivaut
à une défenfe.
C'eft ainfi que des idées étroites deviennent un obftacle aux meilleures vues..
C'eft ainfi qu'un lieu où des malheureux pourraien: aller chercher la fanté, &
expirer, du moins, fans éprouver les horreurs du défeipoir, ne peut être ouvert
à tous ceux qui en ont befoin. Eh! fouffirez qu'ils y entrent, froids Egoiltes ! ne
fut-ce que pour VOLS épargner la peine de détourner les yeux à l'a'pect du
malheur!
Cependant lorfque des gens de couleur font quelques legs pieux, les Providences des Blancs. > où l'onne les admet pas, > ne dédaignent pas de les recueillir.
Lorfque des gens de couleur donnent lieu à la prononciation de quelque amende
applicable aux Providences, celles des blancs ne rougiffent pas de les recevoir.
Quand les perfonnes de couleur meurent chez Jafmin, c'eft de la part des
Providences Ces Elancs qu'on vientréclamer leurs miférables effets. Si lcs
de couleur font quelques legs pieux, les Providences des Blancs. > où l'onne les admet pas, > ne dédaignent pas de les recueillir.
Lorfque des gens de couleur donnent lieu à la prononciation de quelque amende
applicable aux Providences, celles des blancs ne rougiffent pas de les recevoir.
Quand les perfonnes de couleur meurent chez Jafmin, c'eft de la part des
Providences Ces Elancs qu'on vientréclamer leurs miférables effets. Si lcs --- Page 447 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 42R
fofloyeurs & les porteurs de la Providence enterrent ces mêmes perfonnes, on
n'a pas honte de demander à Jafmin > les frais de fépulture. Et lorfqu'il ne
faudrait qu'un regard de bonté pour leur procurer de nouveaux fecours, > cela ne
concerne plus qui que ce foit, ou plurôt il y a des êtres qui croyent devoir
l'empêcher! La Providence des hommes avait un blanc fou qui gênait dans
la maifon , on l'a envoyé chez Jafmin qui a été forcé de veiller à la garde de ce
furieux qui occupait la place de plufieurs malades. En 1788, un homme dont
l'efprit était aliéné, vint encore le trouver volontairement > &c quitta la
Providence.
Eh quoi! dans une grande ville oû rien ne devrait échapper aux regards de ceux
dont le premier devoir eft de protéger tout ce qui mérite de lêtre 7 une foule de
pauvres n'ont qu'un nègre pour appui! Cet homme eftimable 2 dont la Puiffance
Suprême qui veille far la vertu pour rendre la terre habitable > bénit les travaux >
poffede un petit terrain de onze carreaux, au Morne Rouge > dans la paroiffe de
11 Plaine du Nord, où il cultive quelques vivres pour fa confommation & celle
de fon hofpice S cinq emplacemens dans la ville du Cap, dont deux rue SaintJofeph : deux rue du Cimetière, & un rue du Haha, & vingt-cinq négres 3
dont douze le fervent, ainfi que l'hôpital > dans le voilinage duquel il a fa maifon.
Arrivé à fa 75" année 3 fa vieilleffe eft celle d'un être qu'une main invifible
foutient, & fon unique chagrin > c'eft de fonger à l'abandon de fon hofpice
après fa mort, c'eft de remarquer Vinfouciance,je dirais même la perfécution
qu'il éprouve. Sa femme âgée de 71 ans, partage fes craintes & fes foins charitables. Le ciel qui leur a donné tant de pauvres pour enfans., n'a pas voulu fans:
doute, que leur mariage en produisit; cependantils en ont d'adoption. Ce font
deux enfans de couleur qu'on a expolés à leur porte en. naiflant, & qui reçoivent
des foins qui prouvent combien la confiance des auteurs. de leur exiftence était:
méritée.
Vertucux Jafmin ! Que l'efpérance ne pérife pas au fond de ton coeur! Siles
témoins de tes efforts y font infenfibles pourla plupart; fi un préjugé, avec lequel
tcs ceuvres n'ont rien de commun > ne permet pas qu'ils t'eftiment tout ce que
tu vaux, coniole-toi; une voix confacrée à la vérité, au panégyrique des bons &
au blâ ne des. méchans., aura publié tes vertus. Elle fera entendue cette voix
>:
& mille autres en deviendront les échos; & fi tu payais à la mort un tribut inévitable, avant qu'une puifance proteétrice couvrirl'afile que tu élevas al'infortune,
rien de commun > ne permet pas qu'ils t'eftiment tout ce que
tu vaux, coniole-toi; une voix confacrée à la vérité, au panégyrique des bons &
au blâ ne des. méchans., aura publié tes vertus. Elle fera entendue cette voix
>:
& mille autres en deviendront les échos; & fi tu payais à la mort un tribut inévitable, avant qu'une puifance proteétrice couvrirl'afile que tu élevas al'infortune, --- Page 448 ---
DESCRIPTION DE LA PARTIE
ton nom confervé à l'admiration de nos neveux, le ferait renaitre du fein même
de fes décombres; les cceurs fenfibles y placeront un jour ce nom vénéré, &
la cenfure publique fera alors le partage de tous ceux qui, incapables de t'imiter
à
auront dit, que récompenfer ta bienveillance, c'était menacer l'état politique
de la Colonie, & qui fe jugeaient importans, parce qu'ils fe croyaient le pouvoir de t'avilir !
En face de la Providence des hommes & dans tout l'efpace qui eft entre la rue
de la Providence & celle Sainte-Marie, eft une place appelée le Champ de Mars.
La ravine des Cazernes fuivant autrefois le bord Sud d'un épatement du morne qui
venait couvrir prefque toute la furface de cette place, paffait dans une direétion
prefque Eft & Oueft, à cent pieds dans le Nord des Cazernes. Arrivée versle
milieu de la place aétuelle, elle tournait au Nord-Eft, allait traverfer en diagonale le terrain qui eft entre la Providence des hommes & les prifons, & n'arrivait
dans la ravine du Cap, qu'un peu au-deffus de ces dernières. Toute cette étendue
n'était donc qu'un terrain montueux, où l'école du canon pour les bombardiers a
refté jufqu'à l'arrivée des foldats du corps-royal, amenés par M. de Belzunce, 3
époque où cette école fut réunie à celle du mortier, qui était à la Foffette. Depuis,
ce local, en quelque forte abandonné, s'était transformé en cloaque, par la
décharge des latrines des Cazernes dans la ravine de leur nom, 8c par les immondices qu'on y apportait. Ony voyait cepenant, en 1781, une jolie maifon,
dans l'angle Nord-Oueft des rues Sainte-Marie & Sainte-Avoye, & une autre vers
les deux tiers de la place dans l'Oueft. Les Cazernes étaient infectées ; tout le
quartier partageait ce défagrément i on venait de transformer la mailon de Providence en hôpital; tout exigeait donc un changement. Il fut décidé par MM.
Oétobre
&z l'on travailla auffitôt.
Lilancour 8c Le Braffeur > le premier
1781,
y
La ravine des Cazernes > ou à Douet, comme le preicrivait une ordonnance
des Adminiftrateurs du 19 Février 1766, follicitée dès - lors par ceux de la Providence a été détournée bien au-deffus des Cazernes 8 menée dans celle du Cap
au-deffus de la Providence : c'eft fur elle, comme je l'ai dit, que paffe le pont
par lequel on arrive aux emplacemens donnés à bail emphythéotique. Le terrain
montueux a été applani, il eft devenu une belle place de 60 toifes de long & de
44 toifes de large, fur les quatre faces de laquelle règne une allée d'arbres, alignés
farla rue Sainte-Avoye, la rue de la Providence > la rue Sainte-Marie & une rue
anonyme dans POueft. On a fait du côté des Cazernes & de la Providence, des
le pont
par lequel on arrive aux emplacemens donnés à bail emphythéotique. Le terrain
montueux a été applani, il eft devenu une belle place de 60 toifes de long & de
44 toifes de large, fur les quatre faces de laquelle règne une allée d'arbres, alignés
farla rue Sainte-Avoye, la rue de la Providence > la rue Sainte-Marie & une rue
anonyme dans POueft. On a fait du côté des Cazernes & de la Providence, des --- Page 449 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
murs en terraffe , pour foutenir les terres, attendu qu'ily a33 lignes de pente
par toife de P'Oueft à T'Ef, & 24 lignes par toifes du Sud au Nord. On a
donné au propriétaire de la maifon. qui était au Sud-Oueft, le devant de la place
dans l'Oueft & une jufte indemnité; & le plan fait voir le bâtiment qu'ily a conftruit, & après lequel eft le morne du Cap.
On doit élever une fontaine au milieu de cette place, qui tire fon nom de
-
Champde Mars, du voilinage des Cazernes, dont les troupes viennent y manceuvrer,
Sous la rue qui eft entre la place & la maifon quilal borde à POueft, on a pratiqué
un canal fouterrain qui porte lcs matières des latrines dans. la ravine du Cap. Il
a coûté, avec le détournemeut de la ravine à Douet, 40,000 livres; l'aplaniffement de la place & fes terraffes 75,000, à quoi l'on peut ajouter plus de
pour la plantation des arbres, l'indemnité donnée à M. Ruotte
le
25,000
de fa
pour déplacement
maifon 3 &c. On ne peut qu'applaudir néanmoins à la formation du Champde-Mars; on eft feulement fâché qu'il enterre encore la maifon de Providence
qu'il eft indifpenfable de mettre au moins de niveau avec lui:
2?
Les Cazernes ont abfolument à l'Ef & à l'Oueft, le même alignement le:
que
Champ-de-Mars, au Sud duquel elles font placées; la rue Sainte-Marie eft
entr'eux au Nord. Les Cazernes & le Champ-de-Mars font fur l'extrémité de
l'ancienne favane du Cap, de l'habitation. Gobin, poffédée auffi après M.
Charrite, 2 qui avait même établi une boucherie qu'on a vu
par de
très-pottérieurement à
cette époque 7 au haut de la rue Sainte-Marie, qui était alors la: rue du Canal.
Le roi fit l'acquifition de cette favane avant 1750, tems où elle
appartenait à M..
Lamanoye. Le miniftre ayant annoncé à M.. de Conflans, gouverneur
par une lettre du 26 Novembre 1749, un renfort de mille hommes;, il général 3
de les baraquer fur ce terrain, s'ils. arrivaient. De là le projet des Cazernes: ordonna
actuelles.
Dans l'origine les troupes avaient été mifes chez les
maifons
particuliers, puis dans des
louées à cet effet.. Enfuite on les plaça dans l'ancienne
était un vieux bâtiment de bois pourri & ouvert à tous les
boulangerie > qui
vents. Quand il
on
des recrues, les. baraquait, ce: qui;. en les: expofant à l'effet alternatif arrivait
l'exceflive chaleur des. jours, , & de l'air humide des nuits, leur caufait
de
dies, dont la plupart: périffaient:. On: fe détermina donc
des malaà bâtir les
cazernes devenues l'arfenal, &c où l'on put: placer d'abord 160 hommes. anciennes
L'édifice des cazernes.,. comme le prouve la vue quej'en ai fait
ferais:
graver,
'effet alternatif arrivait
l'exceflive chaleur des. jours, , & de l'air humide des nuits, leur caufait
de
dies, dont la plupart: périffaient:. On: fe détermina donc
des malaà bâtir les
cazernes devenues l'arfenal, &c où l'on put: placer d'abord 160 hommes. anciennes
L'édifice des cazernes.,. comme le prouve la vue quej'en ai fait
ferais:
graver, --- Page 450 ---
424 DESCRIPTIO N DE LA P ARTIE
trouvé beau dans les villes les plus renommées du royaume. Bâti de maçonnerie
& de pierres de taille, il eft vraiment impofant & 'on eft fâché de le trouver à
l'alignement d'une rue qui en dérobe l'aipeêt, par fon peu de largeur. La première
pierre Ces Cazernes a été pofée au mois de Septembre 1752, fous le commandement général de M. Dubois de la Motte, & l'intendance de M. Laporte Lalanne
Sc fous la conduite de M. Rabié qui en a donnéleplan. Ce corps de cazernes > qui
a 462 pieds de long fur 392 de large, eft compolé de dix corps de bâtimens. Dans
l'origine on pouvait y inger, comme aujourd'hui, 20 copitaines ) 50 lieutenans,
mais feulement 1,2201 foldats, dans deschambres petires & écouffces. Aumoyen de
changemens propolés & effeétués par M. Hefl,ingénicur, au mois de Novembre
17S1, on y loge le même nombre d'officiers & 1,624 hommes. Des arcades
pratiquées dans les murs de refends, ont faitde deux petites chambres une grande,
quir reçoit la brife dans queique fens qu'elle vienne. Ilya 80 chambres de foldats, 75
d'officiers, 12 cuifines, une chapelle, deux prifons & deux cachots, Tcus ces
bâtimens renferment une cour de 282 piedis de long fur 2520 de large.
La porte placée en face de la rue Saint-Frangois-Xavier, connue auffi fous le
nom de rue des Cazernes, avait autrefois un attique & un entablement de pierres
de taille, que les tremblemens de terre ont confeilié de démolir. La porte, non
cintrée eft donc ouverte par le haut; elle eft décorée de quatre colonnes Doriques
accouplécs 8c ifolées. A l'autre bout de la cour > & en face de l'entré:, eft ia
fontaine qui fert de frontifpice à la chap:lie. Cette fontaine eft ornée de deux
colonnes & de deux pilaftres Ioniques, 3 accoupiés & itoiés. Tout i'ordre,
qui a 40 pieds de hauteur, eft furmonté d'un attique au milieu duquel font
fculptées les armes de Frence; de chaque côté font deux.accroières cu piédeftaux,
pour recevoir deux figures repréfentant des feuves. La niche de la fontaine eft
demi-circulaire, fa partie fupérieure eft rocailleule S intermédisirement font trois
compartimensgurais de gouttes 8c dans la partie inférieure, qui eftunie, fe trouve
un mafque > dont la bouche fert de paflige à l'eau. Celle-citombe dans un baflin
demi-circulaire, , comme ia niche qu'il termine, & où l'on vient prendre l'eau en
montant plufeurs marches au-deffus du niveau du pavé de la cour, L'intérieur de
la chapelle eft décoré de fix portiques d'ordre Ionique. Tout l'orire a 20 pieds
de hauteur. Les pilaftres, qui font accoupiés, faillent du quart de leur épaiffeur,
à l'exception des quatre colonnes du fond, qui iont ifolécs.
Le côté Nord des Cazernes ne fe trouve -pas précilement aligré fer la rue
Sainte-
en
montant plufeurs marches au-deffus du niveau du pavé de la cour, L'intérieur de
la chapelle eft décoré de fix portiques d'ordre Ionique. Tout l'orire a 20 pieds
de hauteur. Les pilaftres, qui font accoupiés, faillent du quart de leur épaiffeur,
à l'exception des quatre colonnes du fond, qui iont ifolécs.
Le côté Nord des Cazernes ne fe trouve -pas précilement aligré fer la rue
Sainte- --- Page 451 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGU) E.
Sainte-Marie, il fe trouve même un intervalle de fix toifes de large. C'eft au bord
de cet efpace, à lOueft, que font les latrines 3 dont il faudra abfolument qu'on
s'occupe encore 3 pour délivrer la Providence des hommes de leur écoulement. II
ya aen arrière des Cazernes un peu de terrain plat, que l'on vient de deftiner à
un ufage précieux pour la ville , en y conftruifant des lavoirs, auxquels la ravine
à Douet donne de l'eau. Ce point termine auffi la ville , à l'Oueft.
Immédiatement au Sud des Cazernes, & feulement avec un elpace de 24pieds,
eft ce qu'on appele les nouvelles Cazernes ou Cazernes du manège, dont Phiftoire a quelque chofe d'affez bifarre. Le miniftre ayant ordonné d'attacher trois
compagnies de dragons à cheval à la légion de Saint-Domingue, & de les
répartir dans les trois chef-lieux de la Colonie 2 on en envoya une au Cap au
commencement de 1772, après avoir prévenu d'y préparer des logemens
les trente chevaux qui lui étaient deftinés & qui furent achetés à l'Artibonite. pour
Les grandes Cazernes n'offrant de la place que pour les hommes, on acheta le
local qui les avoifinait au Sud, & comme il était vafte,
donna
l'ingénieur
carrière à fon imagination > & fit un plan du manège, avec des écuries, des
magafins à fourage, un corps-de-garde > un logement de gardien & pour
répondre à la célérité demandée, on travailla fur le champ au déblai & l'on
prépara une dépenfe de 80,000 livres. Les Adminiftrateurs purent cependant
arrêter ce, zèle & en modérerles effets à 32,000 livres.
En 1776, on reprit encore le travail des nouvelles Cazernes, mais toujours fur
un plan vicieux. On n'avait pas encore efcarpé le terrain que ces nouvelles
Cazernes devaient occuper & quin'eft qu'en partie fur la Seétion
queje décris en
ce moment; on n'avait commencé à travailler qu'à la façade, lorfque M. d'Argout,
venant prendre le gouvernement général en 1777 > défendit de les continuer,
Il aurait fallu un déblai de plus de 400,000 livres pour une médiocre utilité.
Les Cazernes ne peuvent fuffire que durant la paix au logement des feules troupes d'infanterie de la garnifon, & l'on en a fait l'épreuve dans la guerre de 1778,
où il en a coûté aux habitans de la ville, en défalquant mêrhe CC que le roi leur
accordait pourle logement des officiers, 170,000 livres par an; 3 fomme à laquelle
il faudrait joindre la location des maifons prifes par PÉtat pour loger les foldats.
Une ordonnance des Adminiftrateurs du 6 Février
1784,ayant promis aux. citadinsdu Cap qu' 'ils feraient déformais exempts du logement des troupes,exceptédans
le cas de foule indifpenfable, ces chefs préférèrent, lorfque l'événement dé.aftreux
Tome I,
Hhh
an; 3 fomme à laquelle
il faudrait joindre la location des maifons prifes par PÉtat pour loger les foldats.
Une ordonnance des Adminiftrateurs du 6 Février
1784,ayant promis aux. citadinsdu Cap qu' 'ils feraient déformais exempts du logement des troupes,exceptédans
le cas de foule indifpenfable, ces chefs préférèrent, lorfque l'événement dé.aftreux
Tome I,
Hhh --- Page 452 ---
426 DESCRIPTION DE LA PARTIE
de M. de Graffe y eût amené une grande quantité de troupes, d'écrire , le
19Avril 1782, aux habitans de la plaine du Cap pour les engager à recevoir
l'embarras de fix mille hommes, ce qu'ils acceptèrent avec un zèle recommandable. On envoya même le régiment Efpagnol de Zamora à Limonade.
J'arrive enfin à l'établifiement des Dames religieufes, par lequel je dois terminer
la quatrième Seétion. On fait déjà que le père Boutin en fut le promoteur &c qu'il
le fubftitua à l'hôpital de la Miféricorde & à la maifon des Orphelines. Dès 1710,
M. de Charrite avait eu l'idée d'avoir des religieufes pour l'éducation des jeunes
créoles, & dans une de fes lettres au miniftre > il difait que rien ne ferait plus
propreàr rendre le féjour de la Colonie agréable, que de faire des femmes inftruites.
& aimables des créoles, qui ne manquaient pas de difpofitions heureufes pour le
devenir.
Le père Boutin s'occupa de réalifer ce projet & d'échapper par la aux petites
tracafleries de quelques religieux de fon ordre. Il s'adreffa d'abord aux hofpitalières
de la Rochelle qui font des religieufes de la Congrégation de Notre-Dame >
fondées originairement à Bordeaux, & qui ont plufieurs maifons dans la Guyenne,
la Saintonge > le Périgord & ailleurs. Ces religieufes ayant goûré le plan, le père
Boutin dreffa une lifte des biens de la maifon des Orphelines qui confiftaient dans:
les emplacemens & les bâtimens que j'ar décrits dans la troifième Seétion 5 dans la
petite habitation du morne du Cap, au Nord, connue aujourd'hui fous le nom
d'habitation des religieufes, compofée de 21 carreaux, fur laquelle ilyavait
un four à chaux qui produifait 3,000 livres de rente , 8t dans 23 nègres; ilajouta
la promeffe de 2,000 livres, à quoi il évaluait fon cafuel, comme curé. Au bas.
de ce petic inventaire x la Dlle- Guimon s direétrice de la maifon des Orphelines 3
à qui le père Boutin avait feint de donner tous ces' objets, figna le jer. Février
1721, l'abandon qu'elle faifait des biens de cet hofpice aux religieufes hofpitalières de la Rochelle, à condition que fa foeur co-direétrice & elle feraient gardées:
nourries & vêtues par la nouvelle communauté qui leur donnerait I5O livres par
an, 8c que fi elles voulaient en fortir, on leur compterait, à chacune > 4,0001
livres &c qu'elles prendraient leurs meubles, deux négreffes &c un négrillon.
La prieure des hofpitalières ayant agréé ces propofitions 3 le père Boutin
donna, en fon nom, le 28 Août fuivant, une requête aux chefs de la Colonie >
pour obtenir leur approbation > quant à l'établiffement projété, afin que la
pricure pût s'en autorifer pour obtenir du miniftre les ordres néceffaires pour
,0001
livres &c qu'elles prendraient leurs meubles, deux négreffes &c un négrillon.
La prieure des hofpitalières ayant agréé ces propofitions 3 le père Boutin
donna, en fon nom, le 28 Août fuivant, une requête aux chefs de la Colonie >
pour obtenir leur approbation > quant à l'établiffement projété, afin que la
pricure pût s'en autorifer pour obtenir du miniftre les ordres néceffaires pour --- Page 453 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE 427
l'embarquement des religieufes. L'intendant renvoya la requête au Confeil
fupérieur du Cap, pour délibérer avec les notables habitans &c juger fi l'établiffement ferait utile &c fuffifamment fondé. Le 2 Septembre, le Confeil ordonna
que le fénéchal ferait l'inventaire des biens offerts & dont les marguilliers du Cap
refteraient chargés ; il expulfa les Dlles. Guimon ( ce qui bleffait la reconnaiffance
8c manifeftait l'ufurpation d'un pouvoir qu'il n'avait pas), & annulla-toutes les
donations qu'on avait pu leur faire perfonnellement ; puis il convoqua les notables
habitans pour délibérer fur la requête de la prieure de la Rochelle. L'intendant
fixa la convocation au 22 Septembre , y appela les commandans de quartier &
autorifa le gouverneur du Cap à y faire venir les autres notables dont il jugerait
le.concours néceffaire. A cette affemblée, où fe trouvèrent le gouverneur & le
major du Cap, flx confeillers, le procureur-genéral, le fupérieur de la miffion
des Jéfuites, le père Boutin fondateur, le curé du Cap & dix notables, tous
officiers de milice 3 les Jéfuites déclarèrent que le père Boutin avait eu le droit
de difpofer en faveur de la maifon des Orphelines 3 du produit de fon cafuel & de
le deftiner à un érabliffement de religieules, &c le fupérieur répéta ainfi ce qu'il
avait déclaré, par écrit,1 le Ier. Septembre. L'on arrêta enfuite 2 à l'unanimité,
fous le bon plaifir du roi & des Adminiftrateurs, que les hofpitalières pouvaient
envoyer trois religieufes, qui, avec les Dlles. de Guimon, au zèle defquelles on
donna des éloges, commenceraient l'établifiement, que ces Dlles. conduiraient
jufques-là, fous la direétion du marguillier que ces religieufes fe contenteraient
de ce quileur était offert; qu'elles feraient tenues de prendre des lettres-patentes
& de fe rendre au Cap, dans le délai d'un an, à leurs frais ; que l'établifement
ferait fujet à la police générale & particulière de la Colonie, dirigé pour le fpirituel , par le curé du Cap, & pour le temporel, par un fyndic choifi par le Confeil
fupérieur. Enfin l'on termina par recevoir la déclaration du père Boutin > qu'à
l'avenir, il confacrait fon cafuel à cet établiflement, qu'on croyait très-prochain
mais qui fut encore long-tems attendu.
Les religieufes de la Rochelle firent des objeétions 2 lorfqu'il fallut envoyer
des fujets > & le père Boutin s'adreffà alors à celles de Périgueux de la même
congrégation &x qui éraient de la même province que lui. Celles-ci fe déterminèrent & follicitèrent elles-mémes les lettres-patentes qui furent expédiées au
mois de Novembre 1731. En voici les difpofitions: :
Les religieufes vivent en communauté, fuivant les règles & les inftitutions de
H h h 2
oyer
des fujets > & le père Boutin s'adreffà alors à celles de Périgueux de la même
congrégation &x qui éraient de la même province que lui. Celles-ci fe déterminèrent & follicitèrent elles-mémes les lettres-patentes qui furent expédiées au
mois de Novembre 1731. En voici les difpofitions: :
Les religieufes vivent en communauté, fuivant les règles & les inftitutions de
H h h 2 --- Page 454 ---
428 DESCRIPTIO N D E L A PARTIE
leur ordre. Pour le fpirituel, elles font gouvernées par le curé du Cap ; pourle
temporel, par un fyndic nommé par le Confeil du Cap, tous les trois ans. Ce
fyndic doit rendre fon compte aut gouverneur du Cap, au commifaire de la
marine , au procureur-général, au curé, & à la fupérieure. La communauté,
fixée à fix religieufes & deux converfes, au plus, eft foumife à la police générale
& particulière de la Colonie.E.lle ne peut avoir de novice prife dans la Colonie,
ni rien demander 3 foit au gouvernement, foit à la Colonie. Les religieufes font
autorifées à avoir des penfionnaires & des exrernes.
Enenles religieufes embarquées à Rochefort fur un vaiffeau du roi, arrivèrent
au Cap en 1733. C'étaient Mefdames de Beauchefne > de la Broufe, de
Fontenilles, du Bourbec & du Grezeau, du couvent de Périgeeux ; Mtdela
Motte, du couvent de Saintes
& deux foeurs converfes de celui de Périgueux;
jet trouve par-tout l'éloge de ce choix. Le père Boutin redoubla d'ardeur en voyant
le fuccès de fes travaux & ne ceffa de travailler à l'augmentation de cet établiflement. Il fallut refufer plufieurs penfionnaires, dans les premiers momens > faute
de logement. Le IO Septembre 1733 ) le Confeil nomma M. Laty pour premier
fyndic de cette communauté > à laquelle le père Boutin en avait toujours
tenu lieu.
Trop refferrées dans leur local, à lEt de la rue Epagnole, quoique M. de
Vienne leur eût permis de clorre le bout de la rue gui porte à préfent leur
nom 3 les religieufes reprélentérent qu'elles avaient cinquante penfionnaires, ,
qu'elles en refufaient chaque jour, &c demandérent la permifion d'acheter du
terrain de l'autre côté de cette rue où elles pourraient avoir un bâtiment pour
leurs peniionnaires, un petit jardin & de l'eau. Le minift: e écrivit aux Adminiftrateurs, le 16 Juin 1737 3 d'autorifer cette acquifition fi elle était fans
inconvénient. Mais les religieufes voulaient imiter l'exemple des Jéfuites, &
unir leur maifon au terrain qu'elles acheteraient, en interceptant la rue Elpagnole,
& ce plan éprouva des difficultés.
Enfin une ordonnance de MM. de Larnage & Maillart du 16 Août 1739, arrêta
queles religieules ne bâtiraient plus fur leur ancien établiffement, mais feulement
à l'Oueft de la rue Efpagnole; qu'elles comprendraient dans leur enclos la rue
des Religieufes 1 qui y pafait, > de PEA à l'Oueft ; que pendant trois ans, elles
fermeraient la rue Efpagnole, entre l'ancien & le nouveau couvent, pour la
r'ouvrir enfuite > ainfi que la rue des Religicufes, jufqu'à JEf de la rue E/pa-
plus fur leur ancien établiffement, mais feulement
à l'Oueft de la rue Efpagnole; qu'elles comprendraient dans leur enclos la rue
des Religieufes 1 qui y pafait, > de PEA à l'Oueft ; que pendant trois ans, elles
fermeraient la rue Efpagnole, entre l'ancien & le nouveau couvent, pour la
r'ouvrir enfuite > ainfi que la rue des Religicufes, jufqu'à JEf de la rue E/pa- --- Page 455 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-D O MINGUE,
gnole. Deux autres ordonnances des mêmes Adminiftrateurs datées
du 24
Juillet 1739, & du premier Avril 1740, leur permirent de tirer leur bois de
conftruction de la Nouvelle-Angleterre. Le 22 Juin 1740, de nouvelles lettres
patentes leur permirent d'être douze religieufes & trois converfes. En 1745, elles
étaient devenues propriétaires des huit ilets compris dans leur enclos > dont le
mur était déjà fait & où elles allèrent, avant la fin du mois de Juin
leur
1746,
parce que grand corps-de-logis était terminé,
Les religieufes de Notre-Dame ont encore obtenu, le 27 Décembre
une déclaration du roi, portant qu'elles feront à l'avenir
1779 >
dix-huit, dont fix
pourront être créoles, & qu'elles n'auront plus de converfes. Elles n'ont jamais
été à ce nombre, furtout quant à la proportion des créoles. Le Confeil du Cap qui
a penfé que la manière dont cette communauté fe recrutait était fujette à des
inconvéniens, a même arrêté provifoirement, & jufqu'à une décifion du roi,
que les Voeux ne pourront y être émis avant dix-huit ans accomplis.
Les troupes envoyées à Saint-Domingue en 1776 & 1777, & qui étaient
prefque toutes au Cap,y étaient dificilement logées, & M. d'Argout,
neur- général, fe trouva au moment de prendre le couvent des religieufes gouvery fuppléer. Il écrivit au miniftre qu'il n'avait été retenu que par la crainte d'être pour
acculé d'un abus d'autorité, &c lui demandait une autorifation
le
pour cas où
cette mefure deviendrait indifpenfable, Il reçut, en conféquence, un ordre du
17 Avril 1778, qui lui prefcrivait ce qu'il aurait à faire alors. L'annonce
d'un corps de deux mille hommes aux ordres de M. le Marquis de
Saint-Simon, donna lieu à fon application. MM. de Reynaud & le Braffeur
affemblèrent donc, comme l'ordre le prefcrivait, le préfident, le doyen & le
procureur-général du Confeil du Cap, 8c délibérérent avec eux le 20 Juillet
1780. On décida à l'unanimité que le couvent ferait pris pour les, troupes, &c
que les religieufes feraient placées dans la maifon de l'habitation de M. Charrier
l'ainé, au Haut du Cap.
En 1781, MM. de Reynaud & le Braffeur jugèrent qu'il ferait utile de
conftruire des cazernes à l'extrémité Occidentale du jardin des religieufes. En
conféquence retranchant de ce jardin tout ce qui était depuis la rue SaintJacques jufqu'à la rue des Vierges, ils firent ouvrir cette rue Saint-Jacques
comme elle l'eft encore fur le plan de l'Atlas., &c l'on éleva alors fur ce terrain
des cazernes qui ont- coûté 80,000 liv, Enfin la paix ayant laiflé la ville du Cap
ait utile de
conftruire des cazernes à l'extrémité Occidentale du jardin des religieufes. En
conféquence retranchant de ce jardin tout ce qui était depuis la rue SaintJacques jufqu'à la rue des Vierges, ils firent ouvrir cette rue Saint-Jacques
comme elle l'eft encore fur le plan de l'Atlas., &c l'on éleva alors fur ce terrain
des cazernes qui ont- coûté 80,000 liv, Enfin la paix ayant laiflé la ville du Cap --- Page 456 ---
430 DESCRIPTION DE LA PARTIE
avec la garnifon ordinaire du régiment de fon nom, on reftitua le local des
religieules, qui y entrèrent le 29 Juin 1783, après l'avoir fait rebénir par le
préfet. On excepta cependant ce qui était déformais retranché & féparé par la
rue Saint-Jacques, qu'on leur a rendu à certaines conditions le II Août 1785.
Cette difraétion très-déiapprouvée par le miniftre dans l'origine 3 du moins
quant à fa précipitation, a été vue d'un autre ccil quand MM. de la Luzerne e
& de Marbois l'ont juftifiée au mois d'Avril 1787. Cependant le miniftre écrivit
à ces derniers, que fi les religieufes perfiftaient à réclamer le terrain néceffaire
à l'extenfion de leur promenade & propre à leur procurer des légumes &c
d'autres douceurs, & à refufer I 50,000 liv, d'indemnité, il fallait le leur rendre,
en leur obfervant que des circonflances de guerre pourraient le leur faire
reprendre. Enfin le refus obftiné des religieufes les a fait rentrer dans la poffeffion
de la totalité au commencement de 1789, avec la défenfe expreffe de toucher
aux conftruétions gui y ont été faites & qui ont monté à 405,399 livres.
Le terrain total desreligieufes a donc pour bornes, au Nord,la rue SaintFrançois-Xavier ou des Cazernes 5 à PEA la rue Efpagnole; au Sud, la rue
du Cimetière, & à POueft, celle des Vierges qui leur doit furement fon nom.
Il a 92 toifes de long fur 44 de large. Il renferme plufieurs corps de bâtimens
tous de maçonnerie. A fon angle Nord-Ef, dans la rue Efpagnole, eft la
chapelle qui a 60 pieds de long fur la rue Saint-François-Xavier, & 36 de
large. La première pierre en a été pofée par M. de Larnage au mois de Juin
1746. Son entrée eft dans la rue Efpagnole un petit clocher la termine derrière
le chceur. On a Vu que cette chapelle avait fervi long-tems de paroiffe au Cap.
Sur la rue Efpagnole, eft encore l'entrée du parloir. Un bâtimennt parallele
à la chapelle > mais fans ouverture fur la rue & ayant un étage, fert de logement aux grandes penfionnaires, telles que les femmes qui plaident en féparation
ou que d'autres motifs, toujours relatifs au refpeét pour les mceurs, portent
à fe retirer au couvent. Le Confeil du Cap oblige même les religieufes, dans
la perfonne de leur fyndic temporel., à recevoir les époufes qui plaiden
contre leurs maris.
Le bâtiment principal eft aligné fur l'Ef de la rue Sainte-Sophie, & fon
milieu répond à celle des Religieufes. Il a 35 toifes de long Nord &x Sud fur
40 pieds de large; fon aile Septentrionale a 20 toifes de longueur, mais celle
du Midi n'a encore été pouffée qu'à 25 pieds. Un étage règne par-tout aveç
de leur fyndic temporel., à recevoir les époufes qui plaiden
contre leurs maris.
Le bâtiment principal eft aligné fur l'Ef de la rue Sainte-Sophie, & fon
milieu répond à celle des Religieufes. Il a 35 toifes de long Nord &x Sud fur
40 pieds de large; fon aile Septentrionale a 20 toifes de longueur, mais celle
du Midi n'a encore été pouffée qu'à 25 pieds. Un étage règne par-tout aveç --- Page 457 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGE UE.
des greniers au-deffus. On voit encore, au bout de l'aile Sud, une allée dont
l'aile du Nord n'a permis de conferver que le rang le plus intérieur ; une autre
allée mène de la chapelle au bâtiment qui eft far l'autre angle de la rue Efpagnole. On monte fix marches pour entrer dans le grand corps-de-logis, du côté
de l'Eft; du côté de la cour, eft un verger où les arbres font fymétriquement
placés; plus loin eft le potager & le forplus du jardin que le retranchement
de 1781 a beaucoup diminué. Dans différens
font
points, 7 les appartenances relatives au fervice de la maifon ou deftinées à lui procurer des jouiflances
fotr chères dans une grande ville.
toujours'
Le 16 Décembre 1746, les religieufes avaient obtenu de M. de
l'agrément de prendre de l'eau fur lhabitation Lamanoye, à l'Oueft de Chaftenoye, leur >
local,
pour la conduire dans leur couvent ; puis les jéfuites ayant réuni toutes ces eaux
chez eux 3 ils fe déterminèrent à en accorder la moitié aux religieufes,
5,120 livres 17 fols 9 deniers, pour leur contribution dans la dépenfe, moyennant & cellesci en jouirent en 1759* Mais dans: les bâciffes de 1781, on garda leur
portion d'eau pour les cazernes, & depuis la remife de leur mailon, elles fe trouvaient privées de ce bien précieux. On a fenti la juftice de leur réclamation, &c
par ordonnance des Adminiftrateurs du 7 Juin 1786, dans la diftribution nouvelle que l'on a faite de l'eau de la ville x elles en ont obtenu une cuantité
fufifante pour leurs befoins > à la charge de faire les frais de conduite.
L'établife-ment des religieufes à de
grands défapprobateurs, > &c. l'on en a une
preuve évidente dans le petit nombre de leurs penfionnaires, qui ne va guères à
préfent que de quarante à cinquante, tandis qu'elles en avaient
davantage il a
foixante ans. Cette défapprobation s il faut le dire, a eu
caufe
y
exemples de relâchement dans la furveillance de ces
pour
quelques
de
pentionnaires 3 & plus encore
ce qu'elles en ont qui ne font pas des blanches. D'ailleurs l'éducation
procurent eft toujours incomplette du côté des talens agréables, &c
qu'elles à moi
j'inclinerai toujours, pour que nos jeunes créoles foient élevées en France, quant
qu'elles y font à l'abri du defporifine dontle fervice des efclaves leur donne Phabi- parce
tude & le goût. Mais il faut cependant que ce ne foit qu'autant
s'affurer qu'elles y auront des foins capables de les fauver des
qu'on pourra
dangers d'un
où les moeurs exigent la plus grande vigilance, & de celui de s'entendre pays
fans ceffe leur fortune. Le couvent du
exagérer
Cap peut encore être utile dans
d'autres. cas; dans ceux trop communs 3 par exemple, où de feconds beaucoup
mariages
abi- parce
tude & le goût. Mais il faut cependant que ce ne foit qu'autant
s'affurer qu'elles y auront des foins capables de les fauver des
qu'on pourra
dangers d'un
où les moeurs exigent la plus grande vigilance, & de celui de s'entendre pays
fans ceffe leur fortune. Le couvent du
exagérer
Cap peut encore être utile dans
d'autres. cas; dans ceux trop communs 3 par exemple, où de feconds beaucoup
mariages --- Page 458 ---
432 DESCRIPTIO N D E L A PARTIE
donnent des marâtres à de jeunes perfonnes qu'il faut affranchir de cette odieufe
domination.
Les religieufes ont fep: claffs; quatre pour leurs penfionnaires, trois autres où
cent petites filles dela ville apprennent gratuitement à lire, à écrire & l'arithmétique, Trois foispar femaine, ilya des infiructions publiques pour les devoirs
religieux. Chaque année les penfionnaires donnent un exercice public.
Je ne connais pas exaétement le revenu de cette communauté, mais je fais
qu'il fuffi: à fa dépenfe. Elle a reçu plufieurs dons. Le Confeil du Cap lui a
accordé le II Décembre 1734, 30,ooolivres fur un leg de M. Colleno; le même
tribunal a homologué , le 6 Juillet 1743, une donation de 10,000 livres, faite par
Mme-le Tellier, le 27 Juin 1742, pour en aider les bâtiffes, à la charge de loger,
nourrir, vêtir & élever à perpétuité une jeune fille orpheline &c néceffiteufe,au choix
de la donatrice & de fes fucceffeurs. M. le comte d'Héricourt a aufli fondéà
perpétuité une meffe de requiem, tous'les mercredis, dans la chapelle des religieufes, pour le repos de l'ame de fon époufe. M. Barraut leur a légué, en 1758,
2,000 livres, pour procurer des ornemens à leur chapelle. Quoique le fyndic doive
être renouvellé tous les trois ans, celui aétuel a bien prolongé fon exercice, car
ill'était déjà en 1772. Pour faire une "fignification à la fupérieure des religieufes,
P'huiflier prend une permifion par écrit du procureur-général. Ce magiftrat & les
Adminiftrateurs de la Colonie fe font arrogés 'le droit d'entrer quelquefois dans
Pintérieur du couvent & toujours avec une fuite nombreufe: : je doute que cela
foit ni utile ni décent.
Les religieufes de Notre - Dame, qu'on appele aufii les Filles Sainte - Marie,
portent un habit noir, une guimpe blanche & un voile noir. Elles ont un directeur
particulier, c'eft un capucin ; elles lui ont même fait conftruire un petit logement
au bout Nord-Oueft de leur terrain 3 près la hauteur de la rue Saint - Jacques. Il
en eft peu de plus défagréable, parce que n'ayant d'ouverture que fur l'extérieur, on y eft comme en prifon, & expolé à une chaleur étouffante. On ne
reconnaît pas, à ce trait, l'ame compatiffante des nones pour leurdireéteur.
C'eft l'extrémité Occidentale de la rue des Religieufes, depuis leur enclos
jufqu'aux Cazernes, extrémité qui n'a par confequent que la longueur d'un iler,
qu'on nomme rue du Haba, parce que mafquée à fes deux bouts, on femble
étonné de cette difpofition dans une ville où les rues fe coupent à angles droits :
l'on fait donc naturellementl'exclamation ha ! ha !
C'eft
leurdireéteur.
C'eft l'extrémité Occidentale de la rue des Religieufes, depuis leur enclos
jufqu'aux Cazernes, extrémité qui n'a par confequent que la longueur d'un iler,
qu'on nomme rue du Haba, parce que mafquée à fes deux bouts, on femble
étonné de cette difpofition dans une ville où les rues fe coupent à angles droits :
l'on fait donc naturellementl'exclamation ha ! ha !
C'eft --- Page 459 ---
FR. AN NÇAIS E D E SAINT-DO) MIN G U E.
C'eft dans cette portion de rue qu'habite l'humain 1 le compatiffant Jafmin & fon
époufe.
4 <
CINQUIE È M E SECTIO N.
C'EST la moins riche en détails & la plus irrégulière dans fa figure. Elle eft
bornée au Nord par la rue du Cimetière, à P'EC par la rue
Sud
par une portion de la ligne qui, partant du milieu des deux focles Eipagnole, du au
dans l'Oueft, & enfuite par une ligne dentelée produite
pont, court
par les
plus ou moins avancés ou plus ou moins excavés de divers mamelons prolongemens du
du Cap, jufqu'au point où la rue du Cimetière finit dans l'Oueft.
morne
Cette feétion, 3 fi l'on en excepte quelques boutiques qui étaient dans la
Efpagnole, d'abord nommée la Grande rue & qu'on a laiffée auffi
rue
qu'elle était réellement le grand chemin par où l'on arrivait large, parce
l'on tournait à la rue Saint. François Xavier
au Cap, & où
n'exittait
pour defcendre vers la mer,
point en 1700. La paix produite par l'avénement de
V,
trône
Philippe au
d'Elpagne 3 ayant rétabli le commerce au Cap, les habitans de la Partie
Efpagnole y venaien t trafiquer, 3 ils fe logeaient dans le voifinage du marché,
premières cafes qu'ils trouvaient, tout cela était dans la Grande rue & elle aux
la rue Efpagnole. L'extrémité de cette rue au Nord avait fourni des deving
malheureux habitans de
afiles aux
Saint-Chriftophe & on la nommait Quartier des
Saint- Chriftophe. La plupart d'entr'eux ayant retourné à la
gens de
leur Ine, leurs logemens furent occupés des
Martinique ou dans
par nègres libres, quis'y
beaucoup enfuite i de là eft venue la dénomination de Petite
multiplièrent
Guinée,
toute la cinquième Seétion 3 & qu'on a commencé à lui donner
que porte
en
cette dernière époque l'extrémité du Cap, dans cette
1740. Jufqu'à
de la rue Saint-Sauveur, remontait le bout de la
partie, fuivait l'Oueft
la
rue Saint-Jofeph & venait aboutir
à rue des Vierges.
La cinquième Seétion a cinq rues parallèles à la rue Efpagnole. Elles
allant de PEt à lOueft, la rue
font, en
Saint-Sauveur, > la rue Sainte-Sophie, la rue
Jacques, la rue des Vierges & celle
Les
Saintleurs
Sainte-Avoye.
rues percées à l'Oueft
gardent
noms jufqu'à la mer.
La rue E/pagnole 3 l'une des plus grandes du Cap, a 42 pieds de
C'eft
Tome I.
large.
Iii
èles à la rue Efpagnole. Elles
allant de PEt à lOueft, la rue
font, en
Saint-Sauveur, > la rue Sainte-Sophie, la rue
Jacques, la rue des Vierges & celle
Les
Saintleurs
Sainte-Avoye.
rues percées à l'Oueft
gardent
noms jufqu'à la mer.
La rue E/pagnole 3 l'une des plus grandes du Cap, a 42 pieds de
C'eft
Tome I.
large.
Iii --- Page 460 ---
434 DESCRIPTION DE LA PARTIE
une de celles dont le pavé a donné lieu à plus de difficultés, entre les ingénieurs
& les voyers, entre les Adminiftrateurs & le Confeil. C'eft même à fon occafion
qu'il a été enfin reconnu, , que la ville du Cap devait avoir un plan-direéteur; que
c'était à l'autorité militaire à le furveiller, & que l'autorité civile était tenue de
s'y conformer.
La largeur de la rue Efpagnole prouve cette vérité, que dans les climats chauds,
lès rues les plus fpacicufes ne font pas les plus fraiches. Comme les maifons ne
peuvent pas y répandre une ombre capable d'y tempérer l'ardeur du foleil, elle
eft auffi chaude qu'un grand chemin & même elle eft plus chaude, parcé
que les murs yréfraétent la chaleur, &c parce que les maifons y interceptent la brife
du large.
C'eft dans cette rue & au coin Sud-Eft de celle de la Vieille Joaillerie que 3
dans une maifon fervant d'auberge, à l'enfeigne des Bons Chaffeurs, on a établi
depuis 1788, des bains publics.
Iln'y a rien de remarquable dans cette Section, dont le terrain eft très-inégal ;
on y trouve plufieurs belles maifons; ce quartier eft tranquille, & il femble qu'on
y foit à la campagne. C'eft un des motifs qui y ont fait établir, depuis une
&
vingtaine d'années, une loge de Fran-maçons, fous le titre de l'Amitié, dans
l'angle Nord-Oueft de la rue Sainte Sophie & de la rue Taranne. On y a l'agrément de pouvoir tenir la loge en la laiffant ouverte, fans craindre l'oeil curieux des
profanes, & c'eft un avantage inappréciable dans un pays chaud. J'y ai partagé
plufieurs fois des plaifirs bien doux &j'y ai vu exercer, furtout pendant la guerre
de 1778, des traits de bienfaifance qui répondent aux reproches d'inutilité qu'on
fait à une fociété qui procure du moins l'occafion de fe réunir, qu'on a fi peu à
Saint-Domingue.
C'eft dans la rue des Vierges 3 entre celle du Cimetière & Saint - Simon, côté
Et, qu'eft la maifon où eft mort M. de Sainte-Croix, ancien gouverneur de
Belle-Ille $ & all coin plus au Sud du même côté, fe trouve pareillement celle
qu'habitait M. de Reynaud de Villeverd, dont l'éloge fe trouve fi fouvent dans ma
defcription du Cap,
Encore en 1781, aucune des maifons qui viennent du quai, ne pénétraient
fur le côté Oueft de la rue Efpagnole, paffé celle de la Vieille Joaillerie, en
allant vers la Foffette. On a même vupendant plufieurs années, un hôpital pour les
foldats attaqués de maladics cutanées & de celle qu'on ne nomme pas, dans un
Villeverd, dont l'éloge fe trouve fi fouvent dans ma
defcription du Cap,
Encore en 1781, aucune des maifons qui viennent du quai, ne pénétraient
fur le côté Oueft de la rue Efpagnole, paffé celle de la Vieille Joaillerie, en
allant vers la Foffette. On a même vupendant plufieurs années, un hôpital pour les
foldats attaqués de maladics cutanées & de celle qu'on ne nomme pas, dans un --- Page 461 ---
FRANÇAIS E DEISAINT-D OMIN G UE.
corps de bâtiment qui bordait le côté Oueft de la rue
teur de la rue de la Vieille Joaillerie,
Efpagnole 3 depuis la haujufqu'à celle de la Boucherie. Cet
a cujufqu'à près de 250 malades. Mais fucceffivement on a fait ouvrir hôpital
aux rues intermédiaires, notamment aux deux rues du Chantier & du un paffage
par ordonnance des Adminiftrateurs du 2 Mars 1785, & il n'y a plus Hafard, celles
de la Boucherie & Saint-Nicolas, qui s'arrêtent à la rue Efpagnole. que Il eft
que dans cc point, la cinquième fection a à peine la valeur d'un demi-ilet, vrai de
PEt à l'Oueft, tant le morne la rétrécit. On y projète cependant des excavations
qui doivent mener la rue du Hafard jufques dans celle
trouvera auffi prolongée par le même
Sainte-Avoye, qui fe
moyen.
C'eft au bout Sud de la cinquième Seétion
la limite Méridionale
3 dans la rue Efpagnole & à toucher
donnée à la ville par l'ordonnance des Adminiftrateurs du
31 Décembre 1786, , que fe trouve le cimetière del la paroiffe du
la Foffette parce qu'il faifait autrefois
du
Cap, qui s'appele
partie terrain ainfi nommé. Parlant
dans la feconde Section de l'ancien cimetière placé derrière
rue
Fermée , j'ai dit que le 29 Août 1736, les adminiftrateurs l'églife de la paroiffiale, Partie
Nord avaient pris fur eux d'en indiquer un autre comme fupplément du
du
pour y inhumer les matelots & les nègres, dont il périffait un grand premier, nombre.
L'ufage de celui - ci ceffa avec la maladie contagieufe, & l'on fe contentait du premier cimetière, lorfque le 7 Octobre 1759, il fut unanimement décidé
dans une affemblée de la paroiffe, que le cimetière devait être changé, Les
Adminiftrateurs adoptèrent ce projet 3 & l'on acheta de M. Brethous,
de
la Compagnie des Indes, de quoi former le nouveau.
agent
Le préfet des Jéfuites avait protefté contre cette délibération, & les Adminiftrateurs avaient profcrit fa démarche ; mais lorfqu'en 1761, le cimetière étant
on y commença les inhumations. > le curé refufa abfolument d'y
clos,
morts, prétextant l'éloignement du cimetière. A un enterrement accompagner il fallut faire les
fommation juridique au cré, pour le réfoudre à
une
la caufe d'un fcandale les
marcher; ; chaque inhumation était
que Adminiftrateurs firent ceffer par une ordonnance du
29 Juillet 1761, qui menaça de peines temporelles, des hommes à leur
voir ne parlait point affez haut.
qui deLe cimetière de la Foffette 3 qui fe trouve un peu rentré par
à
l'alignement Oueft de la rue Efpagnole, a 60. toifes dans fa plus
rapport
& 20 dans fa plus grande largeur,.de manière
dans fa grande longueur,
que
forme irrégulière, fa
I i i 2
par une ordonnance du
29 Juillet 1761, qui menaça de peines temporelles, des hommes à leur
voir ne parlait point affez haut.
qui deLe cimetière de la Foffette 3 qui fe trouve un peu rentré par
à
l'alignement Oueft de la rue Efpagnole, a 60. toifes dans fa plus
rapport
& 20 dans fa plus grande largeur,.de manière
dans fa grande longueur,
que
forme irrégulière, fa
I i i 2 --- Page 462 ---
436 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
furface ne peut être comptée que pour environ 1,000 toifes carrées, où 36,000
pieds de fuperficie. De chaque côté de la porte d'entrée, qui donne dans la rue
Elpagnole & intéricurement, font deux petits tâtimens de maçonnerie ; celui
de la gauche eft une petite chapelle, & celui de la droite un petit réduit
placer les outils du foffoyeur 3: &c., ce qui diminue encore Fefpace. En réduifantà pour
600 perfonnes le nombre de cellesqu'on enterre dans ce cimetière chaque année
(& €e taux eft bas ), &c comptant pour chaque corps une foffe de 6 pieds
de long fur 3 de large, ce qui fait 18 pieds de furface, on voit, que fans
défalquer le terrain qu'il faut aux deux petits bâtimens & à l'ouverture de la
grande porte, parce que cela fe trouve compenfé par les corps auxquels il ne
faut pas 18 pieds, il y a 10,800 pieds foffoyés chaque année, & qu'en
trois ans & demi, à - peu -près, tout le cimetière eft remué. Mais fl'on veut
confidérer d'une part que dans le tems de guerre, 3 par exemple, il y a beaucoup
de troupes au Cap & qu'on y a des hôpitaux, & d'une autre part que dans le calcul
on fuppofe qu'il n'y a pour ainfi dire pas d'intervalle entre les corps, ce qui n'eft
pas ainfi dans la réalité, on fera convaincu que moins de trois années fuffifent à la
révolution du cimetière.
Comment n'eft-on pas allarmé de Ia néceffité de remuer auffi fouvent une terre;
où les. corps n'ont pas. pu éprouver une décompolition parfaite, & où les miafmes
putrides peuvent produire les plus affreux ravages ? Les inhumacions étaient trèsfréquentes au Cap, lorfqu'en 1781 ,je reçus un exemplaire du mémoire de la
Société de Médecine de Paris, confultée par l'ambaffadeur de Malthe de la part
de la Religion 3 fur les dangers des fouilles dans les caveaux de l'églife SaintDominique de Malthe > qu'on voulait rebâtir. Je crus devoirle communiquerau
rédaéteur de la gazette du Cap, qui en imprima le réfultat dans la feuille du 4
Décembre 1781. J'efpérais &c il le croyait avec moi, que quelques oreilles
feraient frappées de cette décifion qu'on doit laiffer écoulerau moins vingt-cing
ans avant d'ouvrir les caveaux, & au moins cing ans avant de creufer les cimetières
où l'on a dépofé des corps. Mais, comme fi le cimetière du Cap avait eu l'étendue
néceffaire, ou comme fi Fobjet n'eût concerné perfonne, 2 l'avis ne fut pas lu ou le
fut comme l'aurait été un logogriphe ou une charade, & en 1782, lorfque la
réunion des foldats Français & Efpagnols, & des hôpitaux de bleffés & de malades de toute efpèce rendirent les mortalités extrêmement multipliées, on fe contenta, comme je l'ai vu, de déplacer des corps entiers, pour en placer d'autres.
ou comme fi Fobjet n'eût concerné perfonne, 2 l'avis ne fut pas lu ou le
fut comme l'aurait été un logogriphe ou une charade, & en 1782, lorfque la
réunion des foldats Français & Efpagnols, & des hôpitaux de bleffés & de malades de toute efpèce rendirent les mortalités extrêmement multipliées, on fe contenta, comme je l'ai vu, de déplacer des corps entiers, pour en placer d'autres. --- Page 463 ---
PRANÇAISEDE SAIXT-DOMINGUS
Depuis, & en 1785, M. François de Neufchâteau, alors
Confeil du Cap, avait annoncé dans un
procureur-général du
réquifitoire 3 qu'il s'occuperait inceffamment des cimetières du Cap, mais il paraît qu'il ne l'a pas fait.
Le Ier. Janvier 1767, la paroiffe nomma un chapelain de la Foffette, où il
n'y avait eu jufques-là qu'un chantre de la paroiffe fous
Il était
le titre de foffoyeur.
tenu d'y avoir un journal , où il infcrivait les inhumations
tait, jour par, jour, fur le regiftre de la paroiffe, attendu
3 qu'on rapporles
qu'on n'enterrait ainfi
que efclaves. Mais depuis il eft tenu d'avoir des regiftres en
qu'on y porte auffi immédiatement des libres & des blancs
forme, parce
j quant aux perfonnes
auxquelles on fait des cerémonies funèbres dans l'églife
cétte églife que leur acte mortuaire eft fait & figné.
paroiffiale, c'eft dans
Le chapelain de la Foffette dit la meffe > chaque jour, dans la
cimetière, & y fait les enterremens de ceux
chapelle da
qu'on y expofe. Dans l'origine 3 le
chapelain logeait dans l'autre petic bâtiment du cimetière
reconnaitre
> mais on a fini
que ce féjour était dangereux pour les vivans. Le chapelain eft à par la
nomination des marguilliers en charge, 3 qui lui délivrent une commiflion. Un
arrêt du Confeil du Cap, du 21 Janvier 1777 7 a tarifé fes honoraires
les
enterremens, > & a févérement défendu de laiffer à la porte du cimetière pour &
tranfporter, furtout la nuit, des cadavres, fans avertir le chapelain d'y
trouvait ainfi dans l'impuiffance de conftater quelle était la
qui fe
Ils'eft élevé s en 1780. > une querelle affez fingulière entre perfonne le qu'ilenterrait,
Foffette &z l'aumônier de l'hôpital militaire de
chapelain de la
la rue Epagnole 7
& qui s'appelait l'hôpital Bouvier, du nom de fon
dontj'ai parlé
entrepreneur. Le
foutenait que l'autre n'avait pas un caradtère public, pour faire les aétes premier
tuaires de ceux qu'il lui envoyait à inhumer au cimetière de la Foffètte. morL'intendant décida en faveur de l'aumônier &
l'aftraignit feulement à
au chapelain une note indicative des noms, , &cc. avec chaque
& envoyer à
remettre fes regiftres mortuaires, lors de l'évacuation de
corps
lui
Thôpital.
Un chapelain de la Foffette y avait fait planter du petit mil. On fait de
propriété précieufe pour l'homme * font doués les
quel
végétaux y de convértir le
azote en gaz oxigène ; & la rapidité de la croiffance du petit mil était ici gaz
preuve, & du befoin de ce moyen, & de fon utilité. Comme le
une
chapelain n'était pas purement chimique, il faifait couper &z vendre le procédé du
à fon profit, &c il en avait un débit
petit mil
très-avantageux. Mais pluficurs chevaux ayant
* font doués les
quel
végétaux y de convértir le
azote en gaz oxigène ; & la rapidité de la croiffance du petit mil était ici gaz
preuve, & du befoin de ce moyen, & de fon utilité. Comme le
une
chapelain n'était pas purement chimique, il faifait couper &z vendre le procédé du
à fon profit, &c il en avait un débit
petit mil
très-avantageux. Mais pluficurs chevaux ayant --- Page 464 ---
438 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
été malades, quelqu'un imagina de les fevrer de petit mil du cimetière, & les
accidens cefèrent. Il n'en fallut pas davantage pour en faire abandonner la culture
que l'humanité aurait dû perpétuer, même aux dépens du public, qui, au furplus,
aurait pu en être indemnifé, > en vendant la récolte comme engrais. Ce fait,
arrivé en 1782, n'a pas été affez exaétement fuivi pour démontrer fi réellement
les fucs du petit mil 3 trop animalifés, ou trop peu élaborés par la fougue d'une
végétation trop fucculente, avaient produit les effets qu'on lui attribue. Mais
j'ai cru devoir le citer ici pour infpirer l'idée d'une expérience qu'un autre
pourra faire.
Des hommes, inftruits cependant, ont auffi crié contre la culture du cimetière
de la Foflette > renouvellée encore depuis 1782; mais, ainfi qu'ils me l'ont
avoué, c'était feulement parce qu'ils la confidéraient comme une forte de
profanation. Pour moi qui n'honore les vivans 3 qu'à raifon de leur utilité, je ne
prendrai pas pour honorer les morts, , le fyftème oppofé; & fi les végétaux créés
par la décompolition de leur être animal peut fauver les premiers de quelques
dangers, il n'y a point à balancer. C'eft un faux refpeét que celui qui fait
raifonner autrement, & certes 9 on ne prétendra pas que les loix de la police qui
forcent à inhumer promptement un père mort d'une maladie
putride 3 foit un
attentat contre la tendreffe du fils qui murmure de cette
il fera, peut-être, le premier
difpofition 2 par laquelle
garanti. Pourquoi les précautions ne dureraientelles pas autant que le befoin qu'on en a ? Ne profanons pas notre raifon
de honteux préjugés 5 remarquons ce que fait la nature : elle couvre avec par
prodigalité, le fol de la plupart des cimetières des Colonies, de ricins de la plus
haute ftature & de belles-de-nuit.
Le cimetière eft placé de manière que fon alpect frappe en entrant dans la
ville. On ne fait fi l'on doit accufer le hafard ou l'incurie d'avoir
préfenté ce
fpeétacle lugubre à l'abord d'une ville confidérable, dans un pays où la deftruction eft prompte & fréquente. On avait même imaginé de
peindre en noir, 3 la
porte du cimetière, de la parfemer de larmes blanches & de décorer le haut de
l'impofte avec une mort, une faulx, une clepfidre & cette infcription :
H U C TEXDINUS OMNES.
Mais M. de Reynaud, gouverneur-général.
> par intérim, trouvant tout cet
appareil trop philofophique le fit difparaicre cn 1780, & la porte fut peinte
en gris.
On avait même imaginé de
peindre en noir, 3 la
porte du cimetière, de la parfemer de larmes blanches & de décorer le haut de
l'impofte avec une mort, une faulx, une clepfidre & cette infcription :
H U C TEXDINUS OMNES.
Mais M. de Reynaud, gouverneur-général.
> par intérim, trouvant tout cet
appareil trop philofophique le fit difparaicre cn 1780, & la porte fut peinte
en gris. --- Page 465 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Le cimetière fe trouve, par fa fituation > à la tête de la ville, relativement à
la brife de terre ; il répand donc fur elle des vapeurs qui ne peuvent être que
nuilibles. Il faudrait un cimetière , fix fois auffi fpacieux 5 qu'on pourrair placer
au fond de la gorge de la Foffette , où il ne nuirait à rien. Celui aétuel, ou
plutôt fa chapelle feulement, ferait le dépôt jufqu'auquel les cérémonies de
l'églife accompagneraient les corps, & le foir, on les porterait à leur véritable
féjour, comme l'on porte, depuis long-tems, ceux mis par oftentation dans le
caveaur derrière l'églife, au cimetière de la Foffette. La population du
s'accroit continuellement, & tout augmente le befoin du changement Cap
défire. Alors les nègres foffoyeurs pourront, avec bien moins
que je
d'inconvénient,
oublier, pour leur profit, de mettre de la chaux danstles foffes, ou d'en
affez, & leur propre exiftence fera moins expofée.
mettre.
Au Sud de ce cimitière & à toucher fa clôture 3 eft le refte d'un ancien
chement de terre & il a, à l'Oueft, l'école d'artillerie; mais
retranappartiennent à la défenfe du Cap, dont je traite féparément. ces deux objets
SIXIEME SECTION.
CETTE Seétion eft placée entre la cinquième & la feptième qui lui font
parallèles. Au Nord, elle commence à la rue du Cimetière ; à l'Eft, à la
d'Anjou ; au Sud, elle touche la limite de la ville > & trouve à
rue
Efpagnole. En 1740, il n'en exiftait guères que la moitié & l'Oueft, la rue.
de
2 cette moitié était
compofée ce qui eft entre la rue du Cimetière & la rue Taranne, &
rue Royale & la rue Efpagnole , jufqu'au bord Septentrional de la
entre la
tout le refte eft forti depuis du fein des eaux, ou d'un
place Royale,
rue Royale à la mer. La fixième Seétion forme
marécage qui allait de la
un carré long.
On connaît déjà les rues qui coupent la fixième Section du
puifqu'elles font communies à la troifième borne
Nord au Sud,
Ces rues font celles
qui
toute la fixième, au Nord,
Saint-Louis 2 Royale, Vaudreuil & d'Anjou, C'eft dans
cette dernière, au coin Nord-Oueft de la rie Saint-Simon, qu'eft,
le bureau de la poite aux lettres, dont le Capjouit très-anciennement. depuis 1777,
Dans la direétion de PEt à POueft, on trouve
la
tière , la rue Saint-Simon, qui eft la
d'abord, après rue du Cimeplus Septentrionale, , celle Saint-Joleph,
,
Saint-Louis 2 Royale, Vaudreuil & d'Anjou, C'eft dans
cette dernière, au coin Nord-Oueft de la rie Saint-Simon, qu'eft,
le bureau de la poite aux lettres, dont le Capjouit très-anciennement. depuis 1777,
Dans la direétion de PEt à POueft, on trouve
la
tière , la rue Saint-Simon, qui eft la
d'abord, après rue du Cimeplus Septentrionale, , celle Saint-Joleph, --- Page 466 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
la rue Taranne, la rue des Trois Chandeliers, celle du Canard, celles de la
Vieille Joaillerie, du Chantier, des Trois Vifages, de la Boucherie de
& la rue du Pont
rue
Saint-Nicolas, la de Rohan ( gouverneur-général ),
qui
vont toutes de la mer au morne.
il eft tant de rues du Cap,dont les noms
Je ne fais par quelle étrange fingularité,
font bifaires ou infignifians, lorfqu'il y avait, dans leurs dénominations, des
des fentimens qui auraient honoré les habitans de cette ville.
moyens d'exprimer
Pourquoi des rues du Lion 3 de l'Ours, du Chat, du Pet-au Diable; au lieu des
rues de Caftelveyre, de Dolioules ? Pourquoi des rues des Trois Chandeliers,
des Trois Vifages , & autres non-moins ridicules ; & pas une rue Larnage 3
pas une rue Maillart ? Hommes ingrats, rougiriez-vous des bienfaits dont vous
êtes l'objet : vous ne les mériteriez pas. Je dois dire, cependant 3 que la rue SaintSimon, porte ce nom en l'honneur du patron de M. Maillart; mais pourquoi
n'avoir préféré fon nom de famille ? La rue Saint-Jofeph doit le fien au nom
pas
de la Colonie. Pour la
de baptême de M. de Vaudreuil, commandant-général
rue Taranne & celle des Trois Chandeliers, leur origine m'eft inconnue & je ne
-
la crois pas regrettable.
La rue des trois Chandeliers forme le côté Nord & extérieur de la place
Clugny, qui a la rue de la Vieille Joaillerie au Sud, celle Vaudreuil à PEf,
& celle Saint-Louis à l'Oueft. Cette place forme un carré de 44 toifes, compris
entre quatre allées d'arbres & a 52 toifes en carré, fi l'on compte les rues qui
autrefois le Marécage. Il était cependant
y paffent. Tout ce quartier s'appelait
ne formât qu'un marais. M. Larnage &c
tout concédé en 1751, quoiqu'il
Maillart s'étonnaient eux-mêmes alors de ce qu'on n'avait pas faifi plufieurs
circonfances favorables pour faire combler ce local, qui était pour la ville une
caufe permanente d'infedlion. Le miniftre leur prefcrivait, le 14 Mars 1741,de
réunir les terrains qu'on ne deffécherait pas dans un an. Les Adminiftrateurs
temporiferent encore, mais le 19 Oétobre 1743, ils donnèrent fix mois pour
combler, & un an pour bâcir. Cette ordonnance produifit fon effet, non pas
dans le délai fixé, mais > peu-à-peu, l'on vit des progrès fenfibles dans le defféchement, & ce marais fétide fit place à des maifons.
En 1752 on forma le projet d'avoir un marché dans l'ancien marécage. Le
lieu en fut défigné, &c l'on défendit même d'y faire de nouvelles conftructions, Les habitans voifins du licu choifi, propofèrent de contribuer aux dépenfes
qu'il
pas
dans le délai fixé, mais > peu-à-peu, l'on vit des progrès fenfibles dans le defféchement, & ce marais fétide fit place à des maifons.
En 1752 on forma le projet d'avoir un marché dans l'ancien marécage. Le
lieu en fut défigné, &c l'on défendit même d'y faire de nouvelles conftructions, Les habitans voifins du licu choifi, propofèrent de contribuer aux dépenfes
qu'il --- Page 467 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
qu'il occafionnçrait &c à l'indemnité des propriétaires du terrain. Ce ne fut
cependant qu'en 1764, que les Adminiftrateurs 3 déterminés par l'embarras
l'on éprouvait fur la place-d'armes, qui était le point d'affemblée des
que
arrêtèrent l'établiffement du marché. Leur ordonnance du 12 Janvier troupes, 1764,
créa la place Clugny, du nom de l'un d'eux; pour réunir les fubfiftances de
toutes les efpèces. Elle a coûté 82,400 liv. pour indemnifer les propriétaires des
feize emplacemens qu'elle occupe, & 94,198 livres pour le remblai &c les
travaux qu'elle a exigés, ce qui fait 176,398 liv. Cette fomme a été payée
par les propriétaires voifins de cette place.
Le 26 Janvier 1766, le marché des nègres y fut inftallé pour la première
fois, & pour les fêtes & les dimanches feulement; mais le
13 Juillet 17681, on
l'y a rendu journalier, malgré la réclamation des habitans qui voulaient en
conferver un fur la place-d'armes.
Le marché n'était point pavé, & dans les tems pluvieux, il était devenu
prefque impoflible de s'y mouvoir à caufe des boues dontil était couvert; ce qu'on
conçoit facilement quand on connait les pluies de Saint-Domingue &
on réfléchit qu'il y a tel dimanche où 15,000 négres viennent
quand
au marché
Clugny, foit pour y vendre foit pour y acheter. MM. de Reynaud & Le
Braffeur affemblèrent, le 7 Janvier 1781; tous les contribuables de 1764. Les
particuliers donnèrent 55,000 liv., & les Adminifrateurs prenant l'excédant dans
la caiffe des libertés, la place Clugny a été pavée en entier & entourée de
barrières comme la place-d'armes.
Une ordonnance de police du 3 Avril 1782, qui règle celle de cette
la deftine exclulfivement au marché des comeftibles; elle défend d'en vendre place,
ailleurs, en interdit l'entrée & les contours aux vendeurs de marchandifes
féches ; mais les marchands placés dans les maifons environnantes qui veillent à
ce que ceux qui font étrangers fe conforment à cette difpofition font
moins religieux dans l'obfervation de la défenfe qui leur eft faite, d'étaler quelquefois hors
de leurs maifons fur des tables ou fur des établis. Un infpeéteur de
al le marché dans fon détail, conferve les clefs des barrières
police qui
qu'on ouvre
çela. eft néceffaire, & c'eft lui qui diftribue les places aux marchands lorfque
chaque inipeéteur de fervice foit chargé de veiller à fa propreté.
2 quoique
Du côté Et de la place, font les marchands d'herbages & de
étalent la
légumes, qui
carrotte, 3 le navet, le choux, le concombre rafraichiffant, le melonTome I,
K k k
police qui
qu'on ouvre
çela. eft néceffaire, & c'eft lui qui diftribue les places aux marchands lorfque
chaque inipeéteur de fervice foit chargé de veiller à fa propreté.
2 quoique
Du côté Et de la place, font les marchands d'herbages & de
étalent la
légumes, qui
carrotte, 3 le navet, le choux, le concombre rafraichiffant, le melonTome I,
K k k --- Page 468 ---
442 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
gène à la robe purperine; le melon à chair verdâtre ou celui à chair rouge, &c
d ont le parium éveille tout-à-la fois l'appétit 8c P'odorat; une: foule d'autres plantes
co.nme l'épinard, lalaitue. > la romaine, &c, charment la vue & attirent l'acheteur.
Quelquefois la marchande plaic auffi fous fa baraque couverte, mais portative,
& le rire invitateur eft placé fur fa bouche emmiellée.
Dans le même ordre 3 mais au Sud, font des marchands de viande de
mouton, de porc, de faucifies, &c. Une. grande propreté règne dans toute
cette. partic 3 parce que le climat l'exige au moins autant que lintérêt du
marchand, ain d'en écarter les mouches, dont les nombreux effaims couvriraient tout.
A l'Oueft, font les volailles vivantes 3 car on n'en voudrait pas acheter
d'autres. Quelquefois malgré les liens qui uniffent leurs pieds, de leurs becs aigus
deux coqs fe font la guerre > & l'un d'eux entonne le chant de la victoire peu
d'inflans avant fon trépas. Les marchands de chair de cabrit ou de chèvres font
à la faite, afin qu'ils ne puiffent pas, en fe confondant avec ceux de mouton *
*
faire prendre une viande pour l'autre, quoique la première foit moins eftimée
& que d'ailleurs la. queue de la chèvre doive être confervée pour avertir encore
ceux qui ne feraient pas capables de les diftinguer.
Derrière les marchands de volaille > font les nègres qui vendent Ie petic
mil, l'herbe d'Écoffe & l'herbe de Guinée ; ces fourages précieux dont
on fubftante les chevaux & les vaches nourricières, & dont le produit eft fi
lucratif,
La région Nord eftle partage de ceux qui expofent en vente les coquillages
vivans., comme le vigneau, le foudon, la palourde, > le burgot, le lambi,les
huîtres attachées par bouquets fur le manglier qui leur tient lieu de fol, & les
poiffons de toute efpèce. C'eft là qu'un énorme mulet ou qu'un vorace brochet
attire le pourvoyeur de celui qui prépare un régal 5 l'immenfe vieille eft débitée
pir morceaux à ceux qui favent ce qu'elle vaut dans une étuvée au vin; le
balaou à la marche rapide, le tazard & la bonite à la chair ferme 8x compaste
çomme celle du thon, > la carangue graffe, le cayeux à l'écaille légère, mais
dangéreux dans certaines faifons de l'année, le barbarin ou rouget, dont la
chair eft colorée par fa longue & mobile écaille, le perroquet, le chirurgien 2
le haut-dos, la farde rouge fi eftimée, mais moins encore que la farde grife
qu'on voit près d'elle, l'orft à la verte arrête la banane aux milliers de
celle du thon, > la carangue graffe, le cayeux à l'écaille légère, mais
dangéreux dans certaines faifons de l'année, le barbarin ou rouget, dont la
chair eft colorée par fa longue & mobile écaille, le perroquet, le chirurgien 2
le haut-dos, la farde rouge fi eftimée, mais moins encore que la farde grife
qu'on voit près d'elle, l'orft à la verte arrête la banane aux milliers de --- Page 469 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE
piquans ; tout,jufqu'au quia-quia dédaigné par le riche, préfentent une nourriture plus ou moins agréable, plus ou moins coûteufe.
in Après eux viennent encore d'autres habitans des plaines liquides S mais
impregnés: d'un fel confervateur, ils annoncent affez qu'ils font étrangers au
lieu où on les voit: : c'eft la morue verte ou falée, les harangs, les
maquereaux; enfin l'on trouve là les perfonnes qui vendent le lard, le faindoux 3 la
graiffe, Phuile, le favon & ils terminent cette enceinte extérieure. La place en
renferme ercore une-autre.
Les rues qui fe coupent réciproquement au milieu de la place, font abfolument libres de tout étalage 3 feulement fur l'alignement des bords de ces rues,
des deux côtés de chaque carré que leur croifement forment, l'on trouve les >
différens grains comme les pois ( de vingt efpèces ), les lentilles, le mais,
le pain de froment, &c cette foule d'autres fubftances qui tiennent lieu de
aux
pain
nègres &c même à beaucoup de créols,; c'eft la large & fragile caffave,
provenu du vénéneux manioc, la douce. patate > la farineufé igname, le tayo
ou choux caraibe, qu'on pourrait prendre pour une efpéce de pomme de terre
plus féche, & la banane , cette manne qui ne raffalie jamais. Là fe trouve auffi
du charbon de bois.
Enfin l'intérieur des carrés occupés par les nègres cultivateurs des campagnes
les fêtes &t les dimanches, ou par des revendeufes ou des externes aux jours de
la femaine 3 offrent le tableau confus & mobile d'une multitude de vendeurs de
tout ce que la terre coloniale peut produire en fruits, en légumes & en une
infinité de cho'es dont la nomenclature deviendrait fatigante. Ici la douce &
riche orange &c le citron plein d'une acide très-developpé, font mis en tas 5
là, c'eft l'ananas fi fier de fa couronne qui femble en faire le roi des fruits ; plus
loin - on apperçoit la goyave, la pomme canelle ;, le coroffol, la
le
monftrueux abricot,
papaye 3
l'infipide icaque, > le pétit azi, le COCO, la caymite. On
voit la belle cirouelle 3 la prune. monbin plus belle encore, l'aouacat ou
avocat à la chair couleur d'émeraude, la fondante fapotille', lepétit raifin du
bord de la mer,: s'offrir aux palais des créols; fuivant la faifon. On
aufli les cordes, dont la pite a fait tous les frais, & le fruit du callebaffier y trouvé
fous
différentes formes, & quelquefois travaillé au dehors d'une manière ingénieufe
ou bilarre.
A cette armée de vendeurs fymétriquement difpofée, fe mêle la cohue
K k ka
fapotille', lepétit raifin du
bord de la mer,: s'offrir aux palais des créols; fuivant la faifon. On
aufli les cordes, dont la pite a fait tous les frais, & le fruit du callebaffier y trouvé
fous
différentes formes, & quelquefois travaillé au dehors d'une manière ingénieufe
ou bilarre.
A cette armée de vendeurs fymétriquement difpofée, fe mêle la cohue
K k ka --- Page 470 ---
DESCRIPTIO N DE LA PA R T IE
des acheteurs & même des fimples troqueurs; car le nègre de la campagne
qu'on connait fous le nom de nègre de place, échange les petits produits de fa
culture ou de fon induftrie, contre ce que le nègre de ville lui apporte & qu'il
a confervé de fa nourriture citadine pour avoir des fruits. On troque auffi de
même des cannes à fucre dont les Créols font fi friands, & dont ils fucent le
jus en comprimant de leurs dents cette canne qu'ils ont d'abord coupée de
manière que chaque noeud fe trouve au milieu d'un petit cilindre fucré.
L'amateur de fleurs peut aufli fe fatisfaire & parer de leurs vives couleurs la
belle qu'il chérit 8 qui, après avoir été fraiche comme elles, fera auffi flétrie
par le tems. On y a du raifin dont le grain d'un noir foncé, tranche avec le
verd du pampre qui l'accompagne , ou bien c'eft du mufcat, auffi délicieux par
fa faveur que remarquable par fa groffeur, qui étale fa longue grappe. Le parfum
de la truffe va frapper au loin le gourmand, dont l'oeil impatient la dévore a
l'avance. Enfin, tout ce que l'ile peut produire pour nourrir fes habitans ou
embaumer l'air qu'ils refpirent, eft fur le marché Clugny, excepté les
pour
denrées des manufaétures coloniales.
Nulle barraque couverte n'y eft à demeure, & les feules tables qui y reftent,
font celles des bouchers 3 le refte difparait chaque jour, lorfqu'à trois heures
de l'après-midi tout eft lavé & nettoyé. Rien ne gêne les rues qui bordent la
place. La plôpart font traverfées par des tentes qui fervent d'abri aux maifons
& qui doivent être à dix pieds de haut & attachées du côté de la place a des
poteaux peints en vert; toute la police eft accompagnée d'amendes contre ceux
qui la violent, & pour l'affurer > outre l'infpeteur de police &x fà brigade, il y
a un fergent & quelques foldats de troupes dans un corps-de-garde placé au
Sud-Oueft de la rue du Canard, donnant fur la. place.
Les arbres de cette place font des figuiers blancs ; leur plantation a été
réparée en 1781 par des arbres qu'on a pris chez divers habitans, & que des
nègres de la chaîne publique ont replantés 3 mais leur entretien ordinaire a
toujours été à la charge d'une perfonne qu'il difpenfe du logement de gens de
corvées
& du fervice des milices; c'eft maintenant
guerre, de toutes
perfonnelles
M. Aujar, charpentier.
La place Clugny a, dans fon milieu, une fontaine compofée d'un pilaftre en
forme de tombeau, &x d'une feule colonne d'ordre Ionique furmontée d'un
feleil.
3 mais leur entretien ordinaire a
toujours été à la charge d'une perfonne qu'il difpenfe du logement de gens de
corvées
& du fervice des milices; c'eft maintenant
guerre, de toutes
perfonnelles
M. Aujar, charpentier.
La place Clugny a, dans fon milieu, une fontaine compofée d'un pilaftre en
forme de tombeau, &x d'une feule colonne d'ordre Ionique furmontée d'un
feleil. --- Page 471 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE 445
Elle porte cette infcription : (*)
Utilitati & faluti Civium 7
Hujus Coloniae Praefectus
In fuprema Burgundia cura Senator,
Hanc (t) fontem
In fore nomino fuo infignito,
Amoris erga Colonos
Pignas fimul & monumentum
Pofuit. Anno Domino 1764
Lorfque l'infcription fut pofée, celui qu'elle célèbre n'était déjà plus intendant,
La fontaine porte fes armoiries.
En fortant de la place Clugny & allant au Sud par les trois rues qui y
conduifent, on trouve une autre place après avoir parcouru cinq ilets. Elle a
auffi la rue Royale vers fon milieu & porte, le nom de place Royale. Le projet
de cette place exiftait dès 1746, mais on ne lui deftinait alors qu'une partie de
fa furface aétuelle, qui était montueufe par le prolongement des pattes du
morne, qui de cette place allaient encore vers l'embouchure de la riviére.
Dans cette année même 3 on éleva un front de fortifications pour couvrir la
partie Méridionale de la ville, & il formait dans Ia place une courtine qui venait
prefque jufqu'àl l'alignement Sud de la rue de Rohan ; au milieu de cette courtine
était l'entrée de la ville en face de la rue Royale. On avait détruit cette partie
du retranchement, mais M. d'Ennery le fit rétablir en 1775, en le reculant
cependant d'environ IO toifes dans le Sud. Ce fut alors: qu'on conftruiGit le petit
corps-de-garde qu'on voit encore fur cette place & qui bordait le côté Eft de
l'entrée de la ville, pratiquée dans ce retranchement, auquel le corps-de-garde
touchait intérieurement.
En 1780, MM. de Reynaud & le Braffeur, d'après une décifion d'tn confeil
de guerre, firent abattre ce retranchement de nouveau, &. alors on fixa les
(*) On avait propofé la fuivante :
Incertos huc ufque aditus ignota fubivit
Fecundo, qua. nunc exilit unda > finu:
Vos haurite 2 Cives ! hac divi munera Civis;
Tanti fit dignum pignus amoris, Amor:
(#) La fontaine a. le folécifme buze qui a vraiment échappé à lauteur de Winkription;
de guerre, firent abattre ce retranchement de nouveau, &. alors on fixa les
(*) On avait propofé la fuivante :
Incertos huc ufque aditus ignota fubivit
Fecundo, qua. nunc exilit unda > finu:
Vos haurite 2 Cives ! hac divi munera Civis;
Tanti fit dignum pignus amoris, Amor:
(#) La fontaine a. le folécifme buze qui a vraiment échappé à lauteur de Winkription; --- Page 472 ---
245 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
dimenfions de la place, qui font exaétement les mêmes que celles de la place
Clugny, c'eft-i-dire, 52 toifes en carré en y comprenant les rues qui y paffent ;
le corps-de garde fe trouve prefqu'au milieu.
A la même époque on s'occupa de l'embellifement de la place, & l'on propofa
des portes triomphales pour décorer fon côté Sud &c la façade tournée vers la campagne. M. Rabié en fit les projets; il devait.y avoir deux portes femblables,
l'une en face de la rue Vaudreuil, l'autre en face de la rue Saint-Louis. Chacune
aurait eu 50 pieds de face & autant de haut. Quatre colonnes d'ordre Dorique
foutenantl'édifice &c ayant 26 pcuces de faillie, laiffaient paffage entr'elles à une
porte de treize pieds de largeur & vingt-fept de hauteur, pratiquée au milieu avec
impofte, archivolte & clef, & à deux portes latérales 3 non-ceintrées, de fix pieds
le large fur treize de haut. Au-deffus de la corniche de l'entablement était un
attique droit, où quatre pilaftres correipondans aux quatre colonnes > portaient
des attributs militaires. Une troifième porte devait être en face de la rue Royale,
Elle différait des deux autres en ce que le deffus de fes deux portes latérales,
portait un mélaillon elliptique couronné par une guirlande de feuilles de chêne 5
l'entablement était alternativement canelé &c décoré d'attributs militaires
-
fculptés 5
fa corniche était terminée par un fronton triangulaire, offrant dans fon tympan les
armes de France fcuiptées, &c les deux acrotères placés aux extrémités du fronton,
portaient auffi des trophées guerriers, Des ordres étaient déjà donnés pour que
les nègres ouvriers du roi au Môle, y préparaffent les pierres de taille néceffaires
à la conftruction de ces portes.
Indépendamment de ce genre de décoration, les Adminiftrateurs en adoptèrènt
un autre, le 8 Novembre 1780, qui confiftait à conftruire des maifons régulières
fur les quatre faces de la place & dans toute la partie du terrain qui s'étendait
depuis l'Oueft de la rue Efpagnole, jufqu'au bord de la rivière.
Pour affurer l'exécution de ce deffein, ils concédèrent à M. Artau, entrepreneur 3 tout le terrain non bâti qui fe trouvait dans la place, avec l'obligation,
comme ill'offrait lui-n même, d'y faire ces embelliffemens. Toutes les façades
devaient être à double étage &régner fur les quatre côtés des ilets. Un avantcorps avec des pilaftres en aurait occupé le tiers, & leurs extrémités auraient eu
aufi des pilaftres. Onze ouvertures garniffaient chaque étage des ilets du côté de
la plaine. Deux corps-de-logis fymétriques. décoraient en outre la rue du Pont,
l'un entre la rue Dauphine & larue d'Anjou > & l'autre allant de la rue Elpagnole
étage &régner fur les quatre côtés des ilets. Un avantcorps avec des pilaftres en aurait occupé le tiers, & leurs extrémités auraient eu
aufi des pilaftres. Onze ouvertures garniffaient chaque étage des ilets du côté de
la plaine. Deux corps-de-logis fymétriques. décoraient en outre la rue du Pont,
l'un entre la rue Dauphine & larue d'Anjou > & l'autre allant de la rue Elpagnole --- Page 473 ---
FRANÇAIS E D E SAINT T - DOMINGUE, 441
dans l'Oueft ; ils avaient 230 pieds delong & dix-neufouvertures à chaque étage.
Ces deux bâtimens & les deux qui étaient entre la rue Vaudreuil & la rue SaintLouis, avaient de plus des frontons triangulaires au-deffus de l'avant-corps.
Il faut avouer que fi ce plan s'était réalifé, cet abord de la ville eût été magnifique, &c que le voyageur qui, après en avoir été frappé au-dehors, ferait entré
par la porte de la rue Royale & qui aurait trouvé cette place avec la même architeéture,(parce qu'aux différentes époques des reconftructions des maifons actuelles,
les propriétaires y auraient été affujettis), , n'aurait pu fe défendre d'un mouvement
d'admiration. Mais la conceffion faite à M. Artau a été attaquée par les propriétaires anciens, du local, & au lieu d'édifices il n'y a que des murs d'enceinte qui indiquentles nouveaux ilets, en attendant que le jugement du procès montre leurs
véritables maitres. Onalaifé aux trois bouts des rues qui conduifent de la campagne dans la place Royale, 4pieds de large > au lieu de 24 qu'ont ces rues après
la place, en allant au Nord.
La maifon qui donne fur le côté Septentrional de Ia place, entre les rues
Royale &c Saint-Louis, a été, en 1779, la cazerne des Chafcuns-volontaires de
couleur, , & toutlilet qui eft entre la place 5 la rue Elpagnole, les rues SaintNicolas & de Rohan, a fervi de logement pendant la guerre de 1778, aux efcadrons de Dragons des régimens de Condé & de Belzunce. Ils étaient même
chargés du corps-de-garde de la rue Royale, 3 qui était dans leur voifinage.
Au commencement de 1789, l'on a élevé au milieu de la place Royale,
une fontaine à quatre faces, avec des' pilafttres. Ioniques aux angles. L'entablement
qui unit deux colonnes à chaque face, porte une urne fculptée & décorée, pofée
far un.petit dez; une ouverture, circulaire, ornée d'un noeud & placée dans le:
focle de la fontaine 5 laiffe paffer l'eau à chaque face. Au-deffus de l'ouverture &c
au-deffous de l'entablement, font les armes. de la France; à l'Et, celles. de la ville
qui, cette fois, repréfententl l'extrémité d'une terre d'oà un vaiffeau parait partir;
au Sud, , les armes de M.. du Chillau, alors gouverncur-géncral; à l'Oueft,
l'écuffon de M. de Marbois, intendant.
Telle eft l'exiftence d'une portion de la ville du Cap, qui a été créée prefque en
entier depuis cinquante ans. Le voifinage de la place Clugny & de la Petite-Guinée,
le rend extrêmement peuplé, & à cet égard il l'emporte beaucoup fur la:
quatrième feétion 3 G celle-ci a l'avantage quant aux établiffemens publics. Les loyers:
font extrémement chers fur la placc Clugny & dans les cnvirons, & durant la
.
Telle eft l'exiftence d'une portion de la ville du Cap, qui a été créée prefque en
entier depuis cinquante ans. Le voifinage de la place Clugny & de la Petite-Guinée,
le rend extrêmement peuplé, & à cet égard il l'emporte beaucoup fur la:
quatrième feétion 3 G celle-ci a l'avantage quant aux établiffemens publics. Les loyers:
font extrémement chers fur la placc Clugny & dans les cnvirons, & durant la --- Page 474 ---
448 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
guerre de 1778, ily a eu des maifons dont le revenu a égalé la valeur, en trois
ou quatre ans.
SEPTIÈME SECTION.
Ex 1740, il n'en exiftait qu'un fixième à-peu-près, vers le Septentrion, & ie
refte était alors l'afile des crabes &c des infeétes qui fe décompofant dans l'eau croupiffante d'un marais , rendait le Cap un féjour mal-fain. Cette Section eft devenue
propre aux hommes, de la -même manière que la fixième, & c'eft une des
éternelles actions de graces qu'on doit à Larnage & à Maillart.
Cette Section a, dans l'Eft, la mer depuis la rue du Pont jufqu'en face de la
place Le Braffeur, & enfuite la rue du Gonvernementjufqul la rencontre de celle
du Cimetière ; au Nord, elle a cette rue du Cimetière dans toute la largeur de la
feconde Seétion ; à l'Oueft, la rue d'Anjou & la fixième Seétion 5 & au Sud, la
rue du Pont, limite de la ville dans cette partie. Al'Orient fa figure eft un
peu
irrégulière parce quel le Cap fe rétrécit en allant du Nord au Sud.
Cette Seétion a une autre irrégularité par rapport à fes rues, en ce que la rue
Fermée, au lieu de fe diriger paralièlement aux autres, qui vont du Nord au Sud,
gagne le Sud-Oueft, comme je l'ai dit, & fe termine à la rue du Hafard; de forte
qu'à partir de celle-cijufqu'au bout Sud de la ville, les ilets ont une double étendue
de PEC à l'Oueft & vont de la rue Dauphine à la rue d'Anjou. J'ai fait
connaitre 3
en décrivant les autres Seétions, les rues de celle-ci; elle n'a de particulier que la
rue Dauphine, beaucoup plus connue fous le nom vulgaire de rue du Bac.
L'ilet qui donne dans l'Oueft de la rue Dauphine & qui eft entre les rues du
Chantier & des Trois Vifages, eft le logement ou la cazerne de la
Maréchauffée 3
compofée ed'un prévôt particulier, un exempt, trois brigadiers & quinze archers.
Difons un mot de ce qui concerne cette Maréchauffée.
Ce fut le 16 Mars 1705, que le Confeil de Léogane, après avoir pris
l'avis des principaux habitans, ordonna l'entretien de 36 hommes dans chaque
quartier de Léogane, du Petit - Goave &c du Cul- de - Sac, qui auraient
300 livres par an, pour rechercher les nègres fugitifs, indépendamment de
la rétribution qui leur ferait payée pour chaque capture; & impofa chaque tête
d'efçlave > depuis quatorze ans jufqu'à foixante, - pour acquitter cette dépenfe.
Le
, après avoir pris
l'avis des principaux habitans, ordonna l'entretien de 36 hommes dans chaque
quartier de Léogane, du Petit - Goave &c du Cul- de - Sac, qui auraient
300 livres par an, pour rechercher les nègres fugitifs, indépendamment de
la rétribution qui leur ferait payée pour chaque capture; & impofa chaque tête
d'efçlave > depuis quatorze ans jufqu'à foixante, - pour acquitter cette dépenfe.
Le --- Page 475 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Le Confeil du Cap fit, le 4 Juillet 1707, les mêmes difpofitions
fon
reffort,
pour
On eut beaucoup de peine à trouver des hommes pour former ce
corps , & l'on
recourut aux affranchis qui le composérent prefqu'en entier 5 on y vit même des
efclaves affidés. Le 13 Avril 1718, le gouverneur-général appela prévôt & grand
prévôt le chef de cette troupe 3 archers ceux qui la
compofaient 3 & fit pour les
captures un nouveau tarif, auquel le Confeil du Cap ajouta le 5 Décembre
fuivant. Enfin le 27 Mars 1721, une ordonnance des Aiminiftrateurs créa,
la Partie du Nord, une compagnie de maréchauéffe,
pour
compofée d'un prévôtcapitaine 2 un lieutenant, un enfeigne ou exempt, fix brigadiers & foixante-fix
archers. Les officiers formaient une juftice prévôtale que fuivait un exécuteur,
Cette maréchauffée, chargée d'arrêter les nègres fugitifs & les foldats dé
faifait fon fervice , à pied & à cheval, Elie fut confirmée
erteurs, 3
fuivant ; les brigadiers furent
au mois de Juillet
cependant réduits à quatre, 3 & les archers à
quarante-trois.
Mais cette inftitution avait difparu fucceflivement & les défordres des
marons
étant devenus allarmans
nègres
3 les Adminiftrateurs créérent une nouvelle
maréchauflée, 3 le 20 Janvier 1733 3 pour toute la Colonie. Cette fois là on établit
dans le reffort de chaque Confeil, un grand prévôt & deux lieutenans de
on mit quatre exempts & cinquante-deux archers pour celui du Petit-Goave, prévôt; trois
exempts & trente-trois archers pour celui du Cap. Tous ces archers étaient
parmi les gens de couleur libres 5 mais dès 1734, on permit de recevoir pris des
efclaves, à qui ce fervice faifait acquérir la liberté. Au mois de Janvier
le Confeil de Léogane organifa plus particulièrement la maréchaufée 1739,
de fon
reffort. Celui du Cap adopta le même régime, 3 & l'on voit dans fon règlement du
6 Août 1739, 3 que la Sénéchauffée du Cap avait un prévôt, deux
guatre brigadiers & vingt-quatre archers.
exempts >
La maréchauffée a eu une exiftence certaine
3 par un réglement du roi du
Juillet 1743, &c ce font fes dilpofitions qui la dirigent. Le
prévôt-général n'a
point d'appointemens, & quoique le réglement ne s'explique pas fur fes droits
honorifiques; mais réferve feulement de les fixer, on l'a aflimilé, dans l'ulage,
à un major de milices & l'on ne pouvait guères faire moins. Il eft
l'inlpeéteur de
toute la maréchauffée du Confeil pour le reffort duquel il eft nommé ; il fait des
tournées, vérifie comment le fervice eft rempli & envoye fes
Tome I.
comptes aux deux
L11
fur fes droits
honorifiques; mais réferve feulement de les fixer, on l'a aflimilé, dans l'ulage,
à un major de milices & l'on ne pouvait guères faire moins. Il eft
l'inlpeéteur de
toute la maréchauffée du Confeil pour le reffort duquel il eft nommé ; il fait des
tournées, vérifie comment le fervice eft rempli & envoye fes
Tome I.
comptes aux deux
L11 --- Page 476 ---
DESCRIFTION DE LA PARTIE
Adminiftrateurs, mais il ne donne pas d'ordre immédiat à la troupe. Il eft reçu
au Confeil fur une comiiflion des Adminiftrateurs ou un brevet du roi, &y
prête ferment. Les prévôts & exempts font reçus de même. Les premiers ont
lerang de lieutenans de milice & ; dans le reffort du Confeil du Cap, 2,000 livres
d'appointemens par an > & les exempts > le rang d'enfeigne avec 1,200 livres.
Les brigadiers & les archers prêtent leur ferment entre les, mains du juge de la
Sénéchauffée de leur réfidence 3 les uns ont 900 liv., les autres 600 liv. annuellement, & tous l'exemption de droits pour quatre efclaves &x celle de tutelle &
curatelle. Il eft permis de prendre des furnumeraires non-payés, mais dans la
Partie du Nord on n'en trouve pas. Les captures font payées, à part, à la
maréchaufée, ainfi que la conduite des criminels.
Le commandant du chef-lieu de l'endroit où eft la maréchauffée, doit la pafier
en revue tous les fix mois, & le prévôt particulier, tous les mois. C'eft fur les
certificats de ces revues, qu'elle reçoit fes appointemens du receveur des droits de
-
maréchauffée > en vertu d'une ordonnance d'un confeiller-commifaire du Confeil
P
nommé par ce tribunal. Les appointemens ne peuvent être faifis que par ceux qui
ont fourni lanourriture ou l'équipage.
Ilya eude longs &c vifs démêlés entre les officiers de juftice & les officiers
militaires fur Femploi de la maréchauffée; une déclaration du roi , du 6 Décembre 1753, a ftatué que hors le fervice des villes & de leur banlieue les magiftrats
ne difpoferaient pas de la maréchauffée 3 qu'en prévenant les commandans
militaires; mais au lieu d'avoir fait ceffer les difficultés, cela n'a fait que les
accroitre. La maréchauffce devenue militaire, dès 1743, l'a toujours été de
plus en plus 3 par le fait, attendu que cette exiftence flatte plus fes officiers. M.
de Belzunce l'avait rendue complettement militaire, 3 &c lui avait défendu d'obéir à
d'autres ordres qu'aux fiens. M. d'Eftaing l'avait fupprimée & remplacée par des
hommes de fa légion qui devenait maréchauffée dans l'occafion; mais le réglement de 1743 & la déclaration de 1753 orit repris leur empire.
Le fervice dont la maréchaufée eft tenue, confifte à arrêter les foldats
déferteurs, les efclaves fugitifs & les criminels ; à conduire ces derniers aux
exécutions à mort & à faire la garde du Confeil fupérieur loriqu'il eft affemblé
où lorfqu'il marche en corps 3 on l'employe auffi pour la main-forte 3 lorfqu'elle
eft néceffaire aux décifions des tribunaux, & à ce qu'on appelle établiffement
de garnifon, pour faire payer les contributions publiques ou les dettes de
cargaifon.
claves fugitifs & les criminels ; à conduire ces derniers aux
exécutions à mort & à faire la garde du Confeil fupérieur loriqu'il eft affemblé
où lorfqu'il marche en corps 3 on l'employe auffi pour la main-forte 3 lorfqu'elle
eft néceffaire aux décifions des tribunaux, & à ce qu'on appelle établiffement
de garnifon, pour faire payer les contributions publiques ou les dettes de
cargaifon. --- Page 477 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Cette troupe eft, dans la Partie du Nord, exaétement habillée, armée &
équipée comme la maréchauffée de France. Depuis le mois d'Oétobre
les
archers portent une bandoulière qui était, dans
1721,
l'origine > bleue parfemée de
fleurs-de-lys jaunes, mais que dans la Partie du Nord, on a changé depuis
long-tems pour la bandoulière de la maréchauffée de la métropole. Dans
toute
cette partie, 3 la maréchauffée eft cafernée dans des logemens qui ont été achetés
ou bâtis des fonds de la caiffe municipale, où l'on verfe,
année, le
tant d'une impofition par tête de nègre.
chaque
monLa maréchauffée eft, en général, très-bien montée & équipée dans toute la
Colonie , & l'on n'en doit pas être furpris quand on fait qu'elle eft compofée de
gens de couleur. Il eft fàcheux de ne pouvoir pas louer de même fon
pour fes devoirs. Comne elle a un droit par capture de
amour
& qu'on ne peut regarder comme tels
nègres fugirifs >
3 que ceux qu'on trouve hors de l'habitation de leurs maîtres, fans billet figné de lui, qui les nomme & qui
le
lieu où ils vont 3 les archers de maréchauffce fe mettent à la
furtout défigne
dimanches & les fêtes, aux abords de la ville, & fe cachent pifte,
les
même 5 s'ils le
peuvent. 3 pour fe montrer tout-à-coup. On en a vu qui, fous le
d'examiner ces billets, les déchiraient & cette infidélité
leur prétexte
par nègre arrêté, Si la date exprime le jour 8z le
cupide vaut fix liv.
chofes
quanrième > & que ces deux
ne cadrent pas enfemble, ils tournent contre le maître une loi qui n'eft
qu'en fa faveur. Ils exigent toujours à vil prix, & prennent fouvent de force
qui leur convient des modiques objets de la vente defquels le
Cc
fubfiftance. Iln'exifte de moyen de remédier à
nègre attend fa
ce défordre, que le choix des
archers de police, dont l'on s'occupe peu, & le châtiment févère de leurs
rications. Mais ils femblent trouver de la proteétion
prévatribunaux qui puniffent & leurs
) parce que ce font les
que
chefs fe croyent militaires.
La moitié Orientale des trois ilets qui fuivent celui de la Marechauffée
dans le Sud, & les trois ilets entiers en face de cette moitié &
en allant
l'autre côté de la rue Dauphine, ont été, depuis le
qui bordent
commencement de 1776
qu'en. 1782, réunis par une clôture de maçonnerie fermant les
juf
féparent & fervant de cazernes
rues qui les
d'abord, au quatrième bataillon du
de Béarn, , puis à ce bataillon & à celui qui vint le trouver en
régiment
avec lui, le régiment d'Agénois. Ces cazernes
1777, pour former
deux
ont été occupées enfuite par les
régimens efpagnols de Zamora & la Couronne, depuis le
commencemént
Ll12
de maçonnerie fermant les
juf
féparent & fervant de cazernes
rues qui les
d'abord, au quatrième bataillon du
de Béarn, , puis à ce bataillon & à celui qui vint le trouver en
régiment
avec lui, le régiment d'Agénois. Ces cazernes
1777, pour former
deux
ont été occupées enfuite par les
régimens efpagnols de Zamora & la Couronne, depuis le
commencemént
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452 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
de 1792,jufqu'à leur embarquement pour la Havane, au mois d'Avril 1783. On
a rétabli alors la communication de toutes les rues.
Dans la face Sud de la rue de Rohan, qui eft à l'extrémité de cette ancienne
cazerne, & dans l'ilet entre la rue Dauphine & la rue d'Anjou, ont été long-tems
les boucheries du Cap, quiavaient fini par être dans l'enceinte de la ville, quoiqu'clles s'en trouvaffent originairement éloignées. L'épizootie de 1772 fit reffortir
les inconveniens d'avoir une tuerie dans ce local & c'eft ce qui a donné lieu à
l'établiffement de la boucherie actuelle en 1777.
La boucherie du Cap, d'abord placée dans la rue Efpagnole, au coin de celle
qui porte encore fon nom, fut mife enfuite dans la rue Sainte-Marie, à la hauteur
de la rue des Vierges, d'où elle fut transférée au bout Nord-Oueft de la rue
Dauphine & de celle Taranne, où la ville fe terminait encore en 1735- Enfin la
boucherie alla eans la rue de Rohan, comme je viens de l'indiquer.
Le local de l'ancienne boucherie a fervi, en 1779, de cazernes aux ChaffeursRoyaux, & dans le moment de preffe, produit en 1782, par l'armée de M. de
Graffe, qui augmentait de beaucoup les malades d'une nombreufe garnifon 3
on en fit un hôpital, où ils'eft trouvé jufqu'à 500 perfonnes.
Cet ilet de la boucherie en a un autre plus à l'Eft, & qui eft le dernier au bord
de la mer. C'eft prefque à l'extrémité Nord de ce dernier ilet, qu'eft l'embouchure de la rivière du Haut - du - Cap & à cette embouchure eft placé le
bac.
On fait que jufqu'en 1742, il n'y avait d'autre chemin pour arriver â la ville 2
que celui du Haut-du-Cap. On avait fouvent penfé à établir une communication
avec le bourg de l'embarcadère de la Petite-Anfe ;, telle qu'elle fubfifte à préfent,
& dès le IO Juillet 1708, M. Barrère propofait au Miniftre, qui F'approuva le 8
Oétobre, d'avoir un pont fur l'embouchure de la rivière du Haut-du-Cap; cependant Larnage & Maillart étaient encore réduits à le folliciter le 28 Septembre
1739Ces Adminiftrateurs prirent alors une autre mefure, ce fut d'y placer un bac.
Ils en ordonnèrent l'établiffement le IO Septembre 1742. L'homme qui à cette
époque marquait le plus de zèle & d'intelligence pour les chofes de ce genre, &
qui avait déjà la ferme du paffage de l'embarcadère de la Petie-Anfe & de celui
de Limonade > ayant offert de s'en charger, on réunit le bac à la ferme pour cinq
ans, sur le pied de 10,500 livres par année, dont la dernière Jui fut donnée gratis,
ls en ordonnèrent l'établiffement le IO Septembre 1742. L'homme qui à cette
époque marquait le plus de zèle & d'intelligence pour les chofes de ce genre, &
qui avait déjà la ferme du paffage de l'embarcadère de la Petie-Anfe & de celui
de Limonade > ayant offert de s'en charger, on réunit le bac à la ferme pour cinq
ans, sur le pied de 10,500 livres par année, dont la dernière Jui fut donnée gratis, --- Page 479 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
pour les frais de l'établiffement, qu'il s'obligea
fixé par les
d'effeétuer en 1743. Le péage fut
Adminiftrateurs, d'après un tarif que M. le Normand de Mézy, ordonnateur au Cap, propofa, & qui fert encore aujourd'hui. (*)
Les mêmes Adminiftrateurs ordonnèrent la confeétion du cheminle Ier. Oétobre.
On commanda en conféquence la corvée des nègres des paroiffes
devaient
fervir de ce chemin, & il fut fait. Qu'on fe
qui
fe
& Maillart !
rappele encore ce fervice de Larnage
Au moment où le public commençait à en jouir, un
reaux de Verfailles, vit
premier-commis des buqui cet établiffement dans les comptes les
teurs en rendaient, imagina qu'illui ferait fort doux de fe faire que Adminifrapéage, que MM. Larnage & Maillart deftinaient à la
un pécule d'un
conftruétion d'un pont. Ce
premier-commis, qui ne promenait fur Saint-Domingue que des yeux de convoitife, y avait déjà apperçu une proye dans la fucceffion de M. Amat, ce Sicilien
architeéte de l'églife de Limonade 3 & dans celle de fà femme, qu'il s'était fait
adjuger le I5 Février 1744; mais il avait été trompé dans fon attente. Pour l'en
dédommager il eut, le 16 Décembre 1746, un brevetde don de ce
& du
paflage de la Petite-Anfe, pour vingt ans 3 à compter du Ier." Juin péage, de
luifaire refentir les effets de lajaisfadinfngulire de Sa
1747, afin
Majefé, pour
portans qu'il avait rendus 8 gu'il continuait de
lesfervicezimrendre.particalitremes à la Colonie de
St-Domingue. Cet abus de la confiance que lui donnait fa place fit
d'indignation lorfque le brevet fut connu fon
pouffer un cri
le Ier. Mai fuivant. Cette Cour
par enrégiftrement au Confeil du Cap,
envoya des repréfentations on ne les lut Les
habitans du Quartier-Morin & de
pas.
Limonade, 3 qu'on contraignait à entretenir la
chauffée > depuis l'embarcadère de la Petite-Anfe jufqu'au bac,
qu'au moins celui quiavait les bénéfices eût les
demandèrent,
charges 5 pour toute
-
premier commis fit fon frère intendant de la Colonie
réponfe, le
en 1752.
(*) Il exige quinze fous d'un blanc à pied 3 le double s'il eft à cheval. Sept fous & demi d'un
nègre à pied, s & trois fois autant s'il eft à cheval. Par voiture trente
& les perfonnes ; un cheval quinze fous ; un boeufle double
fous, non compris les chevaux
cabrouet à chevaux trente fous
; un autre animal fept fous & demi, Un
d'un
: un à boeufle double s non compris la charge ni les animaux; la
charge cheval fept fous & demi. Une barrique de fucre trente fous ; une de vin
pour
& demi ; un quart ou tierçon quinze fous. Le fermier eft tenu de faire le
vingt- deux fous
jour, exceptè pour les cabrouets à boeufs, & de
les
paffage la nuit comme le
parvenu à l'autre bord,
décharger effets mis dans le bac, lorfqu'il eft
eufle double s non compris la charge ni les animaux; la
charge cheval fept fous & demi. Une barrique de fucre trente fous ; une de vin
pour
& demi ; un quart ou tierçon quinze fous. Le fermier eft tenu de faire le
vingt- deux fous
jour, exceptè pour les cabrouets à boeufs, & de
les
paffage la nuit comme le
parvenu à l'autre bord,
décharger effets mis dans le bac, lorfqu'il eft --- Page 480 ---
454 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
La chambre d'Agriculture prefque naiflante, partagea les fentimens de la
Colonie pour le don du péage du bac, &c réclamant pour elle, elle fit un mémoire
en 1763, pour en demander la révocation, quant aux quatre ans qu'il avait
encore à courir, ou du moins qu'à l'expiration du don, ce péage fàt réuni à la
caiffe de la Colonie i cette demande eut le fort dès autres. Enfin au mois de
Mars 1764, l'Affemblée coloniale fupprima toutes les fermes de paffage, &c
condamna M. de Laporteàrefituer les droits de la ferme du paffage de Limonade,
qu'il avait perçus fur une fimple lettre du Miniftre aux Adminiftrateurs, du Ier.
Août 1747, & qui difait que ce paffage était auffi compris dans le don. Cette
démarche a été infruétueufe comme le refte. Le brevet de don a eu tout fon effet,
& l'on vajuger s'il était digne des fervices de Mr. de Laporte.
Il affermaen 1747,1 les paffages compris dans le don,90,300 livres pour trois ans;
en 1750, 190,000 liv. pour cinq ans 3 & en 1755 , à raifon de 40,200 livres par
an, ce qui a duré douze ans 3 puifqu'en 1765, MM. d'Eftaing &c Magon décidèrent que cette feule ferme ferait rétablie. Ainfi le premier-commis récolta 762,000
livres qu'ont payé, en majeure partic de malheureux efclaves, obligés de prendre
quinze fous fur le produit des chétifs objets qu'ils portent au marché, en allant &c
en revenant par le bac,
Comme je l'ai dit ailleurs > on avait fenti que le produit du bac était digne d'une
plus haute deftinée, 3 puifque le 7 Mai 1765 > lorfque le brevet de M. de Laporte
avait encore deux ans à courir, Sa Majefé, mettant en confidération les Jervices
de feu M. le marquis de Clermont-Gailerande 8 les dépenfes qu'il avait êté obligé de
faire pour Je foutenir avec décence dans les commandemens dont il avait été cbargé, 6
wvoulant le récompenfer dans la perfonne de Mmes la ducbefe de Brancas, Jafille, Dame
d'bonneur de Mme. la Daupbine, 65 P'aider à Je Joutenir dans cette place, lui fit
don, pour 30 ans, du péage du bac du Cap, à compter du 1e: Janvier 1767.
Ce brevet contenait la condition qu'il ne ferait rien exigé pour le paflage des troupes &x de leurs bagages, & que l'on n'unirait aucun autre paflage à celui-là.
Le confeil du Cap furfit deux fois àl'enrégiftrement de ce brevet en 1766 &
en 1771. Le 20 Septembre 1769, une ordonnance du roi, fur l'impofition 3
déclara que le produit des bacs ne faifait point partie de l'oétroi, & le 22 Novembre 1771, un nouveau brevet, fondé fur ce que le bac produit plus de 24,000 liv.
argent de France > que le roi avait compté donner par an à Mme. de Brancas, &
fur ce que l'on projettait un pont qui ferait: fupprimer le bac, lui accorde 24,0ooliv.
Septembre 1769, une ordonnance du roi, fur l'impofition 3
déclara que le produit des bacs ne faifait point partie de l'oétroi, & le 22 Novembre 1771, un nouveau brevet, fondé fur ce que le bac produit plus de 24,000 liv.
argent de France > que le roi avait compté donner par an à Mme. de Brancas, &
fur ce que l'on projettait un pont qui ferait: fupprimer le bac, lui accorde 24,0ooliv. --- Page 481 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
argent de France furl l'octroi, pendant trente ans , à compter du Ier. Janvier
De cette manière le produit du péage n'eut pas plus qu'autrefois fa deftination 1767.
primitive, &x la Colonie s'eft trouvée grevée d'une penfion
convenir, que les droits de Mme. de Brancas
pour laquelle, il faut
ne font pas faciles à
que la Colonie n'a furement pas profité de la décence
appercevoir, puifClermont-Gallerande s'était foutenu dans fes
avec laquelle M. de
commandemens.
Les deux Confeils de la Colonie 2 forcés
remontrances qui n'ont fervi
d'enrégiftrer Ce don, ont dreffé des
qu'à prouver qu'ils ont fait leur
en
mant contre la faveur cupide qui, pour envahir, irait
devoir, réclaMonde.
jufqu'aux extrémités du
Des ordonnances du roi rendues en 1766 ayant décidé la
était de la compétence des Adminiftrateurs,
que police des bacs
& celle de 1769 faifant de leur
produit un droit domanial, c'eft l'intendant ou l'ordonnateur du Cap
le bac à une enchère publique. Le Confeil fiupérieur
qui afferme
qui l'avait fait depuis
jufgu'en 1771, avait, par un arrêt du 8 Décembre
1766 3 impofé les mêmes
obligations au fermier que celles de l'ordonnance de MM. Larnage & Maillart
en 1742, & de plus, de laiffer paffer gratis tous les officiers &z foldats
leurs bagages, 3 les membres du Confeil & ceux de la Sénéchauffée, leurs avec
tiques & leurs chevaux 3 les officiers miniftériels de la
domefle fervice public, & enfin les nègres des
juftice en fonétions pour
le produit du bac fut mis dans la caiffe travaux publics. Dans cet intervalle,
de le verfer dans celle de la Colonic. municipale 3 d'où le roi ordonna en 1772
M. Proft de Lary,
fit la carte bannie en 1774, y laiffa l'exemption du Confeil & de ordonnateur la
3 qui
Mais M. Caignet fon fucceffeur mit dans celle du Ier. Novembre Sénéchauffée.
qu'elle n'aurait lieu qu'autant que les Confeillers feraient préfens lors du 1777,
de leurs voitures & de leurs chevaux. Il y eut des débats
paflage
lettres du miniftre du Avril
à ce fujet, & deux
1779 & du 17 Février 1781, ont
que M. Caignet avait fait.
confirmé ce
Le bac a toujours les 50 pieds de long qu'il eut d'abord, favoir de
& IO d'élancement à chaque bout, 16 pieds de
&c
30 femelle
Il a
large 4 pieds de hauteur.
4 nègres pour en faire le fervice & pour larguer le cable lorique
que embarcation veut remonter ou defcendre la rivière;
quelbac payant pour avoir le privilège exclufif,
car le fermier du
rivière en canot à moins
perfonne ne peut faire traverfer la
que ce ne foit des habitans
riverains 3 &c encore pour
de
& IO d'élancement à chaque bout, 16 pieds de
&c
30 femelle
Il a
large 4 pieds de hauteur.
4 nègres pour en faire le fervice & pour larguer le cable lorique
que embarcation veut remonter ou defcendre la rivière;
quelbac payant pour avoir le privilège exclufif,
car le fermier du
rivière en canot à moins
perfonne ne peut faire traverfer la
que ce ne foit des habitans
riverains 3 &c encore pour --- Page 482 ---
456 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
l'ufage feulement de leur habitation. Le privilège n'eft pas toujours très-refpecté, comme le prouvent des ordonnances de 1770, de 1775 & une du 30
Janvier 1781, qui donnent le fecret de leur inefficacité.
Le bac n'eft pas toujours auffi bien entretenu. qu'il devrait T'être, & il
même quelques années qu'il coula bas au milieu du
ya
C'eft
paflage 3 tant il faifait d'eau.
cependant mal entendre fon intérêt de la part du fermier parce
négligence amène une grande réparation, & par conféquent un long délai pendant qu'une
lequel il n'y a point de péage. On n'eft pas toujours non p.us jufte avec le
fermier. Par exemple , on a vu l'état du petit pont rouge du chemin de la
Petite-Anfe rendu cette route impraticable fans qu'on lui ait tenu compte de
cette non-jouifance. En 1783, les matelots d'une chaloupe du roi trouvant
le cable du bac n'était pas largué affez vite > le coupèrent. Le fermier fut que
d'en acheter un autre qu'il payât 2,400 liv., & on ne lui accorda aucun dédom- obligé
magement. Quelquefois auffi il a des difficultés pour fon payement. Autrefois
il y avait un factionnaire au bout du bac, du côté de la ville, qui faifait la
police, mais on l'a retiré en 1783.
I
Comme la rivière n'a que vingt toifes à fon embouchure, la traverfée du bac
eft peu longue. Néanmoins dans la faifon des Nords la mer y eft
&
le mouvement du bac fuffit pour éprouver les perfonnes qui font malades agitée, fur
cet élément. On eft obligé quelquefois d'attendre affez long-tems & d'une
manière pénible lorfque dans les heures & dans les jours de grande chaleur,
on parvient à la rive droite de la rivière au moment où le bac vient d'en
partir pour aller vers la ville, côté où il s'arrête toujours plus
que c'eft celui où l'on paye. Placé fur une lange étroite dont le long-tems, fable réverbère parce
les rayons du foleil & frappé des reflets qu'ils produifent fur la furface de la
mer & de la rivière, on eft dans un état de fouffrance réelle. On laifle cependant
quelquefois durant même des journécs entières, des chevaux dételés auprès
d'une chaife qui attend le retour d'un habitant, la venue d'un
convive, ou d'un
homme d'affaires, 3 ou enfin celle d'une nymphe qui va auffi féduire les
gnards. Des habitans font mettre derrière la voiture du fourrage pour les animaux campaqui attendent, ou bien en font acheter au Cap; mais ce dernier moyen
être
traverfé par les combinaifons du cocher, qui croit fouvent, comme peut
ayoir mangé pour tout le monde, On demandera peut-être pourquoi Sganarelle,
quelques
hangards ne font pas placés pour abriter du moins les animaux 2 Je réponds
à
3 ou enfin celle d'une nymphe qui va auffi féduire les
gnards. Des habitans font mettre derrière la voiture du fourrage pour les animaux campaqui attendent, ou bien en font acheter au Cap; mais ce dernier moyen
être
traverfé par les combinaifons du cocher, qui croit fouvent, comme peut
ayoir mangé pour tout le monde, On demandera peut-être pourquoi Sganarelle,
quelques
hangards ne font pas placés pour abriter du moins les animaux 2 Je réponds
à --- Page 483 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 457
à cette quefion, que ne fera pas quelqu'un qui connait la complère infouciance
de Saint-Domingue, > que M. Sicard, alors fermier, en avait fait conftruire
en 1764, ainfi qu'un mnagafin pour entrepofer des effets; mais il exigeait un
dédommagement de fept fous & demi, & cette prétention a fait périr ces
bâtimens. Et puis l'on parle d'épizootie, de perte d'ahimaux !
La ferme du bac qui était de 60,300 liv. en 1786, a été portée à 90,000 liv.
à la fin de la mêne année, par années de paix ou de guerre, c'eft-à-dire, que
celles-ci ne donnent pas lieu à une diminution. En ajoutant à cela le dépérifement du bac, fon entretien , l'emploi de cinq ou fix efclaves, le loyer d'une
maifon pour loger le fermier & fon monde, les frais d'adjudication > on voit
qu'il lui faura-peu-près 100,000 liv. pour couvrir fes frais; c'eft environ 300
livres par jour. Or cette ferme enrichit le fermier, dont le bail eft de quelques
années ; on peut donc croire que fon produit n'eft pas moindre que de 400 liv.
par jour: Mais cc produit pendant fix jours de la femaine n'eft pas en tout de
400 liv.; il faut donc que le feul dimanche produife 2,400 livi, & l'on peut
dire qu'elles font acquittées par 3,200 efclaves, qui viennent vendre au
marché du Cap & qui donnent chacun 15 fols pour l'aller & le revenir; à
moins que, comme il s'en trouve quelques-uns, ils n'ayent un maire qui abonne
tout fon atelier pour le paffage annuel au bac, en convenant d'un prix avec
le fermier.
Qi'onjug:, d'après cela, s'il ferait avantageux pour ces malheurcux nègres
qu'il exinêt un port 2u licu d'un bac ! Et ce pont, combien de fois aurait-on eu
fa valeur. , avec les 1,500,000 liv que M. de la Porte & Mde. de Brancas
font venus détourner de cette bienfaifante deftination! On feit que ce pont: avait
été défiré & follicité, en 1708 & en 1739, & j'ofe dire que fi Larnage avait
vécu, les brevets de don n'auraient jamais été follicités; on aurait redouté fa
rigide vertu.
Au mois d'Oétobre 1772, ils'offrit un plan plus vafte. Une fociété d'entrepreneurs , à la tête defquels était M. Renaul, offrit de faire fept ponts fur les
fept rivières du Fort-Dauphin; de la Matrie, du Trou , de la Grande rivière, du
Hant du Cap, de la rivière Salée de l'Acul, & du Limbé 5 à con.lition qu'on y
établirait un réage à leur profit, ou bien qu'on leur en payerait la dépenfe.
L'ingénieur en chef l'évalua à 1,200,000 livres. Comme parmi ces ponts qui
auraient affuré,ans toutes les fai'ons, la comm:nication de toute la pari: de
Tome I.
M m m
du Trou , de la Grande rivière, du
Hant du Cap, de la rivière Salée de l'Acul, & du Limbé 5 à con.lition qu'on y
établirait un réage à leur profit, ou bien qu'on leur en payerait la dépenfe.
L'ingénieur en chef l'évalua à 1,200,000 livres. Comme parmi ces ponts qui
auraient affuré,ans toutes les fai'ons, la comm:nication de toute la pari: de
Tome I.
M m m --- Page 484 ---
458 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
Nord, celui de la Grande rivière & celui de la rivière à Galifet au bac, étaient
évidemment les plus importans, 3 MM. de Vallière & de Montarcher foufcrivirent
un marché pour ces denx-là. Le prix devait en être payé par tous les habitans
des Sénéchauffées du Cap & du Fort-Dauphin, 3 divifés en trois claffes, avec une
contribution qui aurait été de 300 livres pour les plus riches, & de 24 livres
pour ceux de la claffe oppofée. Le roi en fupportait un dixième qui devait être
pris fur le droit de deux pour cent des adjudications judiciaires. Quant aux autres
ponts, on voulut attendre la décifion du miniftre, & même fa détermination,,
avant de fixer la cottifation, > quoiqu'on dût toujours commencer les deux ponts,
Le 24 Décembre 1772, MM. de la Feronnays, commandant en fecond de la
Partie du Nord & Malouet, faifant fonétions d'ordonnateur, posèrent la première
pierre du pont dont M. de Boisforeft, ingénicur en chef avait fait le plan, &c
que M. Renaud devait exécuter précifément au point où eft le bac.
Mais on n'avait pas calculé l'influence de l'efprit de Saint-Domingue. Au mois
de Septembre 1775, iln'y avait plus de fouvenir , ni du projet adopté, ni de la
première pierre pofée. M. d'Ennery venait d'arriver, i! fentit auffitôt l'utilité
de deux ponts fur la rivière à Galiffet & fur celle de l'Artibonite, & il promit *
avec M. de Vaivre 3 fon collègue 3 600,000 livres fur la caiffe des libertés pour
en affurer l'exécution. D'après cette offre, MM. d'Argout & Proft de Larry 2
commandant en fecond & ordonnateur au Cap, convoquérent les habitans de
Limonade, du Quartier-Morin & de la Petite-Anfe, le IO Septembre, au
gouvernement, où il fut arrêté que le roi payerait la moitié de la dépenfe du pont
du bac & que ces habitans avec lefquels devaient concourir les principaux
négocians de la ville, fupporteraient l'autre moitié. Les habitans des trois:
paroiffes nommèrent MM. Fournier de Varenne & Barré de Saint-Venant pour
leurs commifiaires, afin d'infpeêter l'exécution du marché qui ferait paflé avec
l'entrepreneur, & de procéder à la répartition de la fomme votée au prorata. du
revenu de chaque habitation, > & à l'intérêt de chacun des propriétaires à l'établiffement du pont, & M. Haitze fut choifi pour receveur des foufcriptions.
Chaque habitant figna un état énonciatif de fon revenu, les commiffaires firent
la répartition au gré du gouvernement & des foulcripicurs. Mais M. d'Ennery
mourut, M. d'Argout alla gouverner la Martinique, MM. Proft de Lary était mort
quelquesjours après l'affemblée da IO Sepembre 1775, & le projet n'eut d'autre
effet que de montrer le patriotifme des Colons. On prétendit même 2 en 1777 2
figna un état énonciatif de fon revenu, les commiffaires firent
la répartition au gré du gouvernement & des foulcripicurs. Mais M. d'Ennery
mourut, M. d'Argout alla gouverner la Martinique, MM. Proft de Lary était mort
quelquesjours après l'affemblée da IO Sepembre 1775, & le projet n'eut d'autre
effet que de montrer le patriotifme des Colons. On prétendit même 2 en 1777 2 --- Page 485 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
que le pont du bac n'était bon qu'à donner le plaifir de traverfer la rivière en
voiture & que les nègres n'avait qu'à pafer par le Haut du Cap.
MM. de Reynaud & Le Braffeur ne partagèrent pas cette dernière
cpinion 9 &c
reprenant le projet de 1775, ils drefsèrent un profpedtus de la conftruétion du
pont, mais fur d'autres principes. Ils fentirent qu'il était difficile d'élever un
de maçonnerie qui ferait extrêmement coûteux & d'une pénible exécution. pont Des
vues militaires influèrent auffi furle nouveau plan & le pont fut projetté en bois
fur des piles de maçonnerie. Les habitans des trois paroiffes voifines
adoptèrent
encore ce profpectus avec le même zèle, 2 dans des affemblées paroiffiales du II;
du 18 &c du 22 Février 1781: On fuivit dans la répartition de la contribution
volontaire, le plan de répartition des commiffaires de la foufcription de 1775 qui
divifait les fucreries en quatre claffes dont la première payait 1,500 livres
chaque millier de fucre de produit; la feconde 5 1,000 livres 5 la troifième par
660 livres & la quatrième , 500 livres. Les habitans virent feulement avec peine
que leur fonds devaient être verfés dans la caiffe des libertés, au lieu d'être remis
à un caiffier choifi parmi eux. La foufcription s'éleva à
livres exi202,455
,
'gibles, un tiers en commençant l'ouvrage > un tiers à fa moitié & le refte à fon
achèvement.
Ainfi affurés des moyens, MM. de Reynaud & Le Braffeur rendirent, le
du même mois. de Février une ordonnancé pour l'édification du
pont, en piles
de maçonnerie, couvertes de charpente. Il devait avoir cent pieds de long fans
compter les culées &c les rampes, ni l'épaifieur des piles,- qu'on devait
elpacer
de 20 pieds en 20 pieds; de forte que la longueur totale du pont, d'une culée à
l'autre, aurait été de 150 pieds. La largeur était fixée à 32 pieds, dont 24
les voitures &c 4 de chaque côté pour procurer un trottoir aux gens de pied: pour le
milieu avait un pont-levis. La foufcription produifait l'effet
perpétuité, du droit de péage, les habitans
d'affranchir, 3 a
foufcripteurs & tous les blancs
attachés à leurs habitations, leurs chevaux, leurs voitures, leurs effets & leurs
denrées. Le commandant, le major, Paide-major, & le
chirurgien-major des
bataillons de milices du Cap & de Limonade, ainfi que le commandant le
le
, curé,
l'aide-major, y chirurgien-major & les voyers principaux & particuliers des
paroiffes du Morin, de Limonade & de la Petite-Anfe, étaient également
difpenfés
du péage, ainfi que leurs voitures, 3 leurs chevaux, & leurs domeftiques. Enfin,
l'exemption comprenait tout individu, : non-blanc, quel qu'il fit, > pour fa perMr mm 2
de milices du Cap & de Limonade, ainfi que le commandant le
le
, curé,
l'aide-major, y chirurgien-major & les voyers principaux & particuliers des
paroiffes du Morin, de Limonade & de la Petite-Anfe, étaient également
difpenfés
du péage, ainfi que leurs voitures, 3 leurs chevaux, & leurs domeftiques. Enfin,
l'exemption comprenait tout individu, : non-blanc, quel qu'il fit, > pour fa perMr mm 2 --- Page 486 ---
450 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
fonne, faufà payer pour fes chevaux, fes denrées 2 fes voitures & fes animaux de
charge. Le droit de péage était maintenu pour tout autre 3 afin d'affurer l'entretien du pont.
- L'infatigable M. de Reynaud preffant fon projet, fit raffembler des matériaux s
& un heureux hafard fecondant fes deffeins, 3 fit trouver plufieurs belles carrières,
dont on tira des pierres de taille pourle pont. Le 28 Juin 1781, MM. de Reynaud
& Le Braffeur partirent du gouvernement accompagnés du Confeil fupérieur, de
l'Etat-major, des officiers de tous les corps 'de la garnifon, de la Sénéchauflee,
des repréfentans des paroiffes du Quartier-Morin, de Limonade & de la PetiteAnfe, des plus notables habitans de la ville & de la plaine & d'un grand concours
de pcrfonnes; & précédés d'une mufique militaire, dévancée elle-même par le
clergé de l'églife du Cap, ils allèrent fur le bord Oriental de l'embouchure de la
rivière du Haut du Cap, oû, après la bénédiation des deux premières pierres par
le père Colomban > ils les pofèrent au bruit du canon. & des fanfares au point de
l'entrée du pont, vis-à-vis la rue qui en a pris fon nom 2 & à la bafe de deux
piédeftaux. Peu après on vit s'éléver ces deux piédeftaux d'ordre Corinthien de
D
IO pieds de hauteur > la bafe & la corniche comprifes, fur 50 pouces de largeur $
avec cette infcription fur celle du Nord :
LA PREMIÈRE PIERRE DE
CE PoNr A ÉTÉ PosÉE
LE 28 JUIN 1781,PAR MM. DE
REYNAUD, COMMANDANTGÉNÉRAL ET LE. BRASSEUR
ORD.TEUR FAISANT FONCTION,
D'INTENDANT.
Et celle-ci fur le piédeftal du Sud.
Monument de la bienfaifance
des. habitans du Morin, de Limonade
& des parties. adjacentes de la Petite-Anfe,
en faveur des Eiclaves & Affranchis,
élevé par ordre de MM. de
Reynaud & Le Braffeur.
UIN 1781,PAR MM. DE
REYNAUD, COMMANDANTGÉNÉRAL ET LE. BRASSEUR
ORD.TEUR FAISANT FONCTION,
D'INTENDANT.
Et celle-ci fur le piédeftal du Sud.
Monument de la bienfaifance
des. habitans du Morin, de Limonade
& des parties. adjacentes de la Petite-Anfe,
en faveur des Eiclaves & Affranchis,
élevé par ordre de MM. de
Reynaud & Le Braffeur. --- Page 487 ---
FRAN ÇAISE DE SAINT-DONINGUE
46r
Un cri d'alégreffe &c ceux de la reconnaiffance fe mélèrent aux falves qui célébraient cette cérémonie, tout à la fois religieufe & civique 5 mais,au moment
aétuel ces deux piédeftaux &c les infcriptions dontis font chargés, atteftent
le zèle des Adminiftrateurs & le civifme des Citoyens, ne fuflifent
que
pour faire le bien. La fin de l'adminiftration de M. de Reynaud, arrivée pas toujours
de Juillet 1781, ,a été celle des efpérances des habitans & furtout de celle au mois
infortunés efclaves. En 1786, on fit un nouveau bail du bac,
trois des
l'année dernière
pour ans, &c
(1788), j'ai vu les deux piédeftaux dégradés & près de fe
renverfer.
Le coeur elt: affligé de l'inexécution de cet utile projet, & Pon ne paffe
de ces infcriptions fans laiffer échapper un reproche contre les Adminiftrateurs pas auprés
femblent avoir cherché à les rendre inutiles. Eft-ce donc n'avoir rien
qui
de s'approprier, par l'exécution, une partie des vues. utiles de fon mérité, que
Comment, avec 202,455 livres, n'a-t-on pas fait faire un pont q'uoan'évaluait prédéceffeur?
217,790 liv. ? Adminiftrateurs I croyez-vous hériter de la
qu'à
fez à d'autres? ce calcul égoifte eft indigne de
gloire que vous ravif
dépofitaires d'une grande
ileftune forfaiture réelle, car vous jurez de la faire fervir, cette
autorité,
de ceux qui vous obéiffent, &c qui ne doivent
de autorité, au bonheur
nuelles. Écartez
Pas dépendre mutations contices hainesj jaloufes, & affociez votre nom à celui de Vos prédéceffeurs,en fecondant leurs vues bienfaifantes. Je dois donc loueri ici MM. Duchilleau
& Marbois, 3 qui voulaient faire achever cette année le pont du bac
remblais du bord de la rive Eft, exigent peut-être des
> auquel les
trouvé d'autres obftacles.
changemens ; mais ils ont
Quand exiftera-il ce pont : Qu'on me permette ici quelques réfexions fur fa
conftruction, qui a trouvé des contradiéteurs quant à la largeur réduite de la
rivière, elles pourront éclairer dans des circonftances femblables.
La rivière du Haut du Cap ou de Galifet, confidérée au point où eft le
eft plutôt un bras de mer, 3: un efter, qui pénètre dans les
bac,,
terres, qu'une rivière..
Les canots &z les chaloupes y remontent. jufqu'à la paffe du Haut-du-Cap,
qu'elle foit très-valeufe depuis l'embouchure de la.rivière Any &z
quoi--
la rendre navigable beaucoup plus
furtout
7 l'on aurait pu
haut,
aux bâtimens à fond plar,
faire un gué aux voitures., on. n'avait pas: ferré le fol d'une
fi, pour
paffe au
au lieu de conftruire dans cet endroit, comme on l'a fait
Haut-du-Cap,
pouvait pas être
depuis > un pont qui ne
très-coûteux, en referrant le lit de la rivière. Les habitans fas
ière Any &z
quoi--
la rendre navigable beaucoup plus
furtout
7 l'on aurait pu
haut,
aux bâtimens à fond plar,
faire un gué aux voitures., on. n'avait pas: ferré le fol d'une
fi, pour
paffe au
au lieu de conftruire dans cet endroit, comme on l'a fait
Haut-du-Cap,
pouvait pas être
depuis > un pont qui ne
très-coûteux, en referrant le lit de la rivière. Les habitans fas --- Page 488 ---
462 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
feraient épargnés des charrois, puifque des canots feraient venus plus loin, & dans
l'obligation oùr l'on était autrefois d'aller prendre de l'eau dans cette rivière 3 pour
les befoins de la rade, on l'aurait eue plus pure & fans mélange d'eau falée : première faute.
Dans tous les projets de pont à la place du bac, on a toujours fait fonner. haut
la néceffité d'une grande dépenfe. Un citoyen obfervateur qui croit que c'eft une
feconde faute & qu'il eft très-facile d'en élever un de maçonnerie à peu de
frais, propofe ce moyen facile, qui eft de réduire la largeur de la rivière à 60
& même 40 pieds, au lieu de 200 qu'elle a à préfent. Cette propofition qui a
J'air d'un paradoxe, eft cependant fufceptible de démonftration. En voyant une
nappe d'eau immenfe à l'embouchure de la rivière du Haut du Cap, on conclut
que c'eft une rivière confidérable, & dans le fait ce n'eft qu'un faible ruiffeau
qui fournit à peine au fervice d'une rangée de moulins & dont on a jugé que
le volume d'eau était infuffifant pour fournir aux befoins de la ville du Cap.
Ce n'eft pas dans l'efpace occupé par la mer qu'on doit apprécier la force
de la rivière, mais au point où fon cours eft affez élévé pour que le réflux de
la mer ne s'yfaffe pas fentir. Or, quoique les plus grandes marées n'excèdent
pas 30 pouces à Saint-Domingue 3 il faut cependant remonter à plus d'une lieue
en ligne droite pour trouver la rivière du Haut du Cap dans fon état naturel.
C'eft là qu'eft ta véritable embouchure, & non pas dans le bras de ider qui
la fuit.
Mais l'expérience eft toute faite depuis long-tems, Car il exifte far l'habitation
Breda un pont de bois établi fur deux piles de maçonnerie, élévé de 8 à IO
pieds & ne laiffant qu'un paffage d'environ 30 pieds de large > qui fuffit dans tous
les tems à l'écoulement de la rivière. Mais le volume d'eau qui paffe fous ce
pont n'arrive point à la mer; car il faut tenir compte de l'effet de l'évaporation
dans un climat auffi chaud que celui de Saint-Domingue > & dans limmenfe
furface où la rivière fe répand depuis le point où elle fent l'effet de la marée.
A ces premiers raifonnemens l'on peut ajouter d'autres preuves. Lorfqu'on a
voulu établir le bac actuel, la rivière avait dans ce point 80 toifes; on l'a
réduite à environ 33 & l'ouverture diminuée de plus de moitié, a fuffi fans
que les bords, 3 qui n'ont que deux ou trois pieds au-deffus des marées, 2 ayent
jamais été furmontés. Tout le fecret confifte donc à rétrécir le lit de la rivière,
On fait que la mer recule aifément deyant les travaux de Thomme. On convient
bac actuel, la rivière avait dans ce point 80 toifes; on l'a
réduite à environ 33 & l'ouverture diminuée de plus de moitié, a fuffi fans
que les bords, 3 qui n'ont que deux ou trois pieds au-deffus des marées, 2 ayent
jamais été furmontés. Tout le fecret confifte donc à rétrécir le lit de la rivière,
On fait que la mer recule aifément deyant les travaux de Thomme. On convient --- Page 489 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
que ce rétréciffement fera un peu gonfer les eaux, mais en donnant
du bac la même élévation qu'à celui Breda, on n'aura rien à
au pont
laiffant une largeur double. Cette largeur eft néceffaire,
craindre en lui
la rivière, mais feulement à
non pas au befoin de
ceux de la navigation; car tout le monde fait
les levées qu'on fait le long des rivières n'ont autant
que
pas
d'élévation
approchent de Ja mer.
lorfqu'elles
On procurerait le rétréciflement de la rivière du Haut du
réduire à 50 ou 60 pieds, en pratiquant des quais de droite Cap jufqu'à la
la rivière. On pourrait même s'en
fur la
& de gauche fur
paffer
rive du côté du Cap
le térrain y a une pente très-confidérable, Ces
parce que
PEC, offriraient de
quais, qu'on a commencés à
grandes commodités à la navigation & au commerce.
rivière refferrée travaillerait fur fon fond dans les tems des crues &c deviendrait La
navigable beaucoup plus haut. Les matériaux de ces remblais font fous la main.
Le morne du Cap, d'un côté > fournira les pierres, & les reffifs donneront
madrépores
des
plus convenables - encore > parce que ces roches de mer
moins chères & qu'étant placées dans leur élément, elles fervent à
font
les coquillages & d'autres madrépores qui ajoutent fans ceffe à la folidité muliplier
ces travaux. Rien de fi facile enfuite que la conftruétion d'une feule
de
un canal de 50 Qu 60 pieds. Voila, du moins je le
arche fur
penfe, le
pourrait retirer des circonftances qui ont retardé la conftruétion profit qu'on
juftement défiré & fi inutilement
du pont f
projeté depuis 80 ans.
L'ilet qui donne fur le quai & qui eft entre la rue de la Boucherie & cellè
Saint-Nicolas, appartient à l'État. Je n'ai rien à dire de particulier de la
de quai qui fe trouve dans la
portion
feptième Seétion, 2 fi ce n'eft qu'elle eft la moins
fréquentée & la moins large. C'était fur ce bout de quai qu'on
planches avant l'ordonnance de 1786, Ileft maintenant
déchargeait les
couvert
comme le furplus. M. Artau avait obtenu des
d'immodices s
Adminiftrateurs, le 5 Novembre
1785, une ordonnance qui lui permettait de fermer fur le bord de la
trois ilets depuis la rue des Trois.
mer les:
des
Vifages jufqu'à celle de Rohan, 3 pour y mettre:
matériaux tant qu'il ferait entrepreneur du roi,. mais une autre
du 3 Juin 1787, ne lui laiffa que trois mois
évacuer
ordonnance
pour
tout. ce terrain,
tau avait obtenu des
d'immodices s
Adminiftrateurs, le 5 Novembre
1785, une ordonnance qui lui permettait de fermer fur le bord de la
trois ilets depuis la rue des Trois.
mer les:
des
Vifages jufqu'à celle de Rohan, 3 pour y mettre:
matériaux tant qu'il ferait entrepreneur du roi,. mais une autre
du 3 Juin 1787, ne lui laiffa que trois mois
évacuer
ordonnance
pour
tout. ce terrain, --- Page 490 ---
464 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
HUITIEME 8c DERNIERE SECTION.
BORNÉE au Sud par la ravine du Cap & par toute la largeur de la première
Section, elle a la mer à PEtt, la limite Septentrionale de la ville au Nord,
& à l'Oueft , le morne du Cap qui la refferre. La forme de cette Section eft
irrégulière ; elle femble compofée de deux parties par les contours du morne
qui, s'avançant dans l'Et vers le milieu de cette Seétion, réduit fa partie Ncrd
à n'être qu'une bande étroite.
J'ai dit, en parlant de la première Seétion, qu'une partie de la batterie
circulaire du quai & la plus grande partie du; parc d'artillerie fe trouvaient fur
la huitième Section. Supérieurement à cette portion du parc d'artillerie &
ayant comme elle la ravine au Nord, eft l'arfenal, qui a la rue de Picclet à
TE(, celle Marbois â lOueft, & la rue de l'Arfenal au Nord. Cet arienal était
la feule chofe qui exifiât de toute cette Seétion en 1740, de manière que cette
P
Seétion eft un accroiffement de la vilie depuis cette époque. Comme elle a eu
dès fon commencement le nom de Petit-Carénage 3 parce qu'or y carênait les
bâtimens, on donne maintenant le nom de faubourg du Petit-Carénage à toute
la Seétion.
En 1712, la ravine était la limite extrême de la ville au Nord; alors
cn forma une boulangerie du roi cû elle cit encore aujcurd'hui, quoique
ce ne foit plus le même bâtiment. Puis à 15 pieds de l'angle Sud-E(t de cette
boulangerie, fe trouva, peu après, l'angle Nord-Oueft de la mai cn de maçonnerie
de l'aide-major de la ville du Cap qui, prenant encore 45 pieds dans le Sud de
fa maifon 3 avait formé un enclos & un jardin dont le morne étaitle terme dans
l'Oueft. A 60 pieds, dans le Nord du logement de l'aide-major, & prefque fir
le même alignement, on fic un corps-de-garde, en face duquel & dans une
baraque, étaient mis les nègres marons. Un puits d'eau faumâtre était entre les
deux angles oppofés de la boulangerie 8c du corps-de-garde. Tels furent les
commencemens de la huitième Seétion qui, comme l'on voit, étaient tous
reafermés dans les cô:és Nord, Oueft & Sud de la placelaLuzerae.
On avait augments d'une jtroifième compagnie de troi pes, les de ux que le
Capavait depuis 1702, & CES trois qui formaient fa garnifon étant fans logement
fixe
était entre les
deux angles oppofés de la boulangerie 8c du corps-de-garde. Tels furent les
commencemens de la huitième Seétion qui, comme l'on voit, étaient tous
reafermés dans les cô:és Nord, Oueft & Sud de la placelaLuzerae.
On avait augments d'une jtroifième compagnie de troi pes, les de ux que le
Capavait depuis 1702, & CES trois qui formaient fa garnifon étant fans logement
fixe --- Page 491 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 465
fixe, cela fit fonger à leur conftruire des cazernes. On choifit pour cela, en
1719, le terrain actuellement appelé l'arfenal , & dans la même année on les
commença; elles furent deftinées à loger trois compagnies de 50 hommes chacune
avec leurs officiers 3 & on donna au bâtiment la forme qu'il conferve: : un corpsde-logis avec deux ailes en avant. Les officiers étaient aux quatre bouts des ailes, 3
& même le bout Nord-Eft était le logement de l'ingénieur. Une grande cour
régnait en avant. ; une clôture de paliffades la fermait, & à la barrière, formant la
porte d'entrée, étaient deux guérites de pierres. Tout près de la clôture dans
l'intérieur & entre les ailes & la porte d'entrée, étaient deux puits. Au Nord 5
à l'Oueft &c au Sud, étaient des cuifines faites de bois rond, & les deux de
l'Oueft étaient adoffées au morne & fe trouvaient conféquemment dans la rue
aétuelle de Marbois, > qui n'exiftait point alors. On paffait entre ces cazernes
& la ravine par. une petite chauffée de 12 pieds de large, au moyen de laquelle
on allait fur la rive Nord depuis un petit pont de bois qu'a remplacé celui
de pierre dans la rue Picolet,jufqu'à un autre petit pont de bois qui était fur
la ravine entre les deux rues du Gouvernement &c de Marbois. La paliffade fut
continuée depuis les cazernes jufqu'à la maifon de l'aide-major.
A cette époque de 1719, la mer arrivait à environ 45 pieds dans lEt du pont
de la rue Picolet; le rivage fuivait enfuite la direétion du Nord-Oueft, de façon
qu'au bout du pavillon de l'aile Nord des cazernes, moins avancée alors de 8o
pieds dans P'E qu'aujourd'hni, il n'y avait que 45 pieds d'e(pacejufqu'à la mer.
Bientôt après le corps-de-garde & la prifon des nègres ayant péri de vétufté, on les
avait établis fur l'emplacement aétuel du magafin du roi, & à l'incendie de
1734, on les mit l'un & l'autre dans le pavillon du bout de l'aile Sud des cazernes 5 puis ces cazernes fe trouvant trop petites, on fit auflitôt les deux pavillons
détachés qu'on voit en avant des deux ailes & l'on difpola le plus Méridional pour
être le corps-de-garde la prifon & une falle d'armes.
En 1742, M. de Larnage fit fermer toutes les cazernes, comme elles le font
aujourd'hui, par un mur de clôture. On plaça auffi alors la claire-voye de bois
qui eft fur le devant, portée par un mur d'affife avec des pilaftres de diftance en
diftance, 5 & une porte de bois garnie, dans le haut , de pointes de fer, & placée
au milieu de l'emplacement fur la rue Picolet, entre deux pilaftres Doriques;
dont le fûc & les deux corniches, au-deffus de l'entablement, prélentent des
trophées militaires fculptés.
Tome I.
N nn
-voye de bois
qui eft fur le devant, portée par un mur d'affife avec des pilaftres de diftance en
diftance, 5 & une porte de bois garnie, dans le haut , de pointes de fer, & placée
au milieu de l'emplacement fur la rue Picolet, entre deux pilaftres Doriques;
dont le fûc & les deux corniches, au-deffus de l'entablement, prélentent des
trophées militaires fculptés.
Tome I.
N nn --- Page 492 ---
466 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Cet établiffement militaire, en y ajoutant une boulangerie , refaite en neuf en
1734 auprès de l'ancienne, > & une falle d'armes 3 était encore tout ce qui exiftait
de la huitiè me Seétion > lorfque le 14 Septembre 1743, MM. de Larnage &
Maillart, toujours occupés de l'agrandiffement & de l'embellifement du Cap,
reçurent les propofitions de M. Coudreau, ingénieur, qui venait de diriger
la clôture des cazernes, & qui, à la tête d'une Compagnie, offrait de faire un nouvel
empiétement fur la mer. La Compagnie s'obligea à former > par des remblais >
neufilets au Nord des cazernes & vers la mer. Ces neuf ilets étaient ceux qui
forment les deux côtés de la rue Picolet, favoir: quatre à l'Oueft, &c cinq à
TEl; parce que le morne laiffait plus d'efpace dans ce dernier point. Les conditions impofées à la Compagnie furent de remblayer & d'applanir les neufilets 8c le
terrain adjacent, de porter le remblai dans le Sud ; jufqu'à la batterie circulaire,
de manière qu'on pûr faire une place au-devant des cazernes, & de conftruire un
aqueduc à la ravine, depuis le pont fait fur elle jufqu'à fon
embouchure > à
l'extrémité du remblai projetté, & enfin de laiffer au roi l'ilet où eft la place la
Luzerne. Pour dédommagement 3 la Compagnie eut les huit autres ilets que fon
travail formait, le droit de fouiller dans le morne pour avoir du remblai, 8;
même de s'approprier les terrains que cette fouille ajouterait au fol propre à bâcir.
La Compagnie remplit fes engagemens & fit un quai de 90 pieds au-devant
du fecond rang d'ilets, & l'on appela place Dauphine, l'efpace qui fe trouva
au-devant des cazernes.
Cette entreprife a produit les rues de l'Arfenal,du Comte, de la Poudrière,
& du Fort aux Dames, qui vont de PEtt à l'Oueft, & celles Picolet & da
Morne, qui les coupent du Nord au Sud; toutes ces rues ont 30 pieds de large,
au lieu de 24 qu'ont celles de la ville, parce que MM. Larnage & Maillart trouvaient les premières trop étroites.
C'eft dans cette partie & au bout de la batterie circulaire, dans le Nord,
qu'une Compagnie, à la tête de laquelle était M. Pamelart, ouvrit, le 26 Janvier
1776, un Vaux-hall ou Colifée qu'elle avait obtenu la permifion d'y faire bâtir. Il
y avait une falle de danfe, 3 un café & un falon de compagnie ; l'on y payait
comme aux bals de la comédie. Ces bals durèrent pendant le carnaval de 1776,
& on déferta enfuite le Vaux-hall, auquel on chercha à ramener le public par des
feux d'artifices, qui n'eurent pas plus de fuccès. Ce local, où les Volontaires-milices du Cap donnèrent un repas de 500 couverts fous des tentes, & un bal, le 14
fe, 3 un café & un falon de compagnie ; l'on y payait
comme aux bals de la comédie. Ces bals durèrent pendant le carnaval de 1776,
& on déferta enfuite le Vaux-hall, auquel on chercha à ramener le public par des
feux d'artifices, qui n'eurent pas plus de fuccès. Ce local, où les Volontaires-milices du Cap donnèrent un repas de 500 couverts fous des tentes, & un bal, le 14 --- Page 493 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUS
Février 1777, àl'occafion de l'interim du gouvernement général
M. de Lilancour, , commandant en fecond de la Partie du Nord que rempliffait
lité, capitaine des volontaires était
& , en cette quadevenu , dès le mois de Mai 1776, le
des gens de couleur quiy danfaient tous les dimanches & qui s'en
partage
eux3
mêmes, du moins les femmes, > parce que l'on avait fini
dégoutèrent
de blancs dans leur bal. Le Vaux-hall dura donc
par ne plus laiffer entrer
à peine un an & iln'en reftait plus
de veftiges peu, de tems après.
t Les cazernes,, dont on avait retiré les prifons pour les mettre aux magafins du
roi, quand les tribunaux y vinrent, ceffèrent de fervir â la garnifon,
qui alla, en
1757, prendre poffeffion des cazernes aétuelles. C'eft de cette époque
les
cazernes anciennes, 3 qui reçurent la compagnie des bombardiers,
que le
d'Arfenal,
prirent nom
qu'elles ont gardé, parce qu'elles ont conftamment logé une portion
queleonque de la troupe ou des ouvriers de l'artillerie. On a auffi augmenté les
bâtimens dans l'intérieur, , & c'eft furtout à MM. de Reynaud & Le
doit les plus confidérables, dont l'idée leur avait été donnée
Brafleurqu'on
par un plan-direéteur
qu'arrêtérent MM. d'Eftaing & Magon le 3 Juin 1764.
Afin d'établir une communication de plus entre la ville & le magafin à poudre
& la boulangerie du roi, ils ordonnèrent, le 2 Oétobre 1780, en rappelant le
de 1764, que la rue du Gouvernement ferait prolongée fur le côté Nord de plan la
ravine, & le long du morne > jufqu'au bout du Petit- Carénage; que l'on démolirait les baraques qu'on y avait élevées fans titre, &c au mépris d'une ordonnance
des Adminiftrateurs du 20 Avril 1743, qui déclarait tout cet efpace
qu'on feraitun pont de la largeur de Ja rue fur la ravine , &
le inceflible 5
l'arfenal fervirait à agrandir les magalins d'artillerie. Ainfi que derrière de
au lieu d'un cloaque
rempli d'immondices, on a eu une belle rue appelée depuis rue
à caufe
de l'intendant de ce nom; un beau bâtiment utile au fervice de Marbois, l'artillerie,
mencé au mois de Mai 1780 & fini trois mois après, l'embellit, & l'on
comcommence
déjà à excaver le morne 3 pour donner à cette rue des maifons dans l'Oueft.
Le quai formé par les entrepreneurs de 1743 , fut ce qui donna lieu à convertir
en carénage, ce lieu trouvé commode pour cette deftination 3 étant abrité le
voifinage du morne 3 & par l'avancée de la batterie circulaire, &c de là le par
Petit-Carénage donné à tout le canton, qui n'a pas ceffé de s'étendre depuis. nom de
Sa première augmentation a éte celle des maifons alignées du Nord au Sud fur
la boulangerie &z qui font caufes que la rue du Morne nc mérite plus ce
nom,
Nnn 2
ce lieu trouvé commode pour cette deftination 3 étant abrité le
voifinage du morne 3 & par l'avancée de la batterie circulaire, &c de là le par
Petit-Carénage donné à tout le canton, qui n'a pas ceffé de s'étendre depuis. nom de
Sa première augmentation a éte celle des maifons alignées du Nord au Sud fur
la boulangerie &z qui font caufes que la rue du Morne nc mérite plus ce
nom,
Nnn 2 --- Page 494 ---
468 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
depuis qu'il a été reculé dans IOueft, par des excavations qui ont produit auffi
le prolongement de) la rue Marbois & enfuite la rue de Varenne, qu'indique une
ordonnance des Adminiftrateurs du 22 Oétobre 1750, où l'on regle d'avance que
la rue projettée au Nord de celle-l,s'appelera la rue du Puits. Poftéricurement à
tout cela eft venu un ilet de plus vers la mer, 8 qui forme le côté Nord te la Fue
de T'Arfenal, & enfin l'extenfion du Petit-Carénage dans la bande que j'ai
indiquée comme le terminant au Nord.
Mais pour fairiur fa première portion, jedois dire que fous l'adminiftration
de MM. de Reynaud & Le Braffeur, on a conftruit une boulangerie fort beile,
quoique très-fimple. Ce bâtiment ayant rendu abfolument régulière la place qui
était en avant, ces Adminiftrateurs l'appelèrent la place de la Boulangerie. Il s'p
trouvait cependant un emplacement que M. Bongars acheta au mois de Septembre
1782, de M. le comte de Vaudreuil, F3,200 livres, au nom du roi. Cet efpace
libre donna lieu aux habitans du Petit-Carénage, quif fe plaignaient depuis longtems de l'éloignement du marché Clugny > de folliciter qu'on fit un marché de
cette place. Les Adminiftrateurs autorifèrent provifoirement cette deftination, au
mois de Mai 1787, & le 3 Mai 1788, ils ont décidé, par une ordonnance, que
la place ferait appelée Piace la Luzerne, du nom de l'un d'eux, & qu'elle ferait
convertie en un marchéjournalier de comeftiblesde toute efpèce, en plaçant enfemble les marchands des mêmes chofes. Quant aux dépenfes du pavé Sc de
lenceinte en barrières & à leur recouvrement, l'ordonnateur adopta les mêmes
moyens que ceux dontj'ai rendu compte, en parlant du marché Clugny: ce
font les propriétaires des maifons voifines qu'on a impofés.
La place la Luzerne eft très-petite puifqu'elle n'a que 20 toifes en carré &c 25
en comprenant les rues qui la bordent. C'etle Ier. Janvier 1789, que le marché
a été ouvert. Il attend une fontaine dont l'ufage lui ferait très-utile.
Dans la maifon qui fait l'angle Nord-Eft de la place la Luzerne, font des bains
publics, que M. Gatier, tapiffier, a fait conftruire au mois d'Avril 1778, en
dépen@ant.32,000 livres. C'eft le premier établiffement de ce genre qui ait exifté
an Cap. L'eauyeft fournie par un puits où font pluficurs fources. Dans la même
rue & du même côté, entre la rue du Fort des Dames & celle de Varenne, 2
eft un autre puits qu'on fait fervir à l'utilité des navires. Les pièces à l'eau font
mifes dans un emplacement qu'abrite une épaiffetonnelle, &l'on paye I5 livres
pour faire remplir chacune d'elles.
tabliffement de ce genre qui ait exifté
an Cap. L'eauyeft fournie par un puits où font pluficurs fources. Dans la même
rue & du même côté, entre la rue du Fort des Dames & celle de Varenne, 2
eft un autre puits qu'on fait fervir à l'utilité des navires. Les pièces à l'eau font
mifes dans un emplacement qu'abrite une épaiffetonnelle, &l'on paye I5 livres
pour faire remplir chacune d'elles. --- Page 495 ---
F R A NÇAIS E DE SAINT-DO MIN G UE.
46g
On a donné le nom de rue d'Argout (gouverneur - général ) à celle qui, dans
PER eft parallèle à la rue Picolet. C'eft, à proprement parler, un quai de
pieds qui là, eft au-devant du petit carénage où l'on radoube des navires, 90 &c
où ily a un ponton. Ony conftruit auffi quelques barques. Ce quai n'a cependant
pas toute la longueur de la rue d'Argout qui elle même eft fermee au Sud de la
rue de l'Arfenal par le parc d'Artillerie, &z les bâtimens qui le bordent dans cette
partic. A l'extrémité Nord de la rue d'Argout, mais inférieurement & dans une
direétion Nord-Eft, eft un grand hangard à mâture, & dans PEf de ce hangard,
le remblai a été pouffé dans la mer jufqu'à 80 toifes plus loin que le bord du quai
d'Argout.
Maintenant ce remblai fe continue dans le Sud, pour que rendu à l'alignement
Nord de la rue de Varenne, il foit terminé par un
de
quai 90 pieds de large 3
encore plus Méridional. En face &, par conféquent, du côté Sud de la rue du
Comte fera la même chofe, 3 puis le remblaiira s'aligner dans l'ER avec celui qui
a 80 toifes en avant du quai d'Argout. On remblayera auffi fur la même ligne
F'efpace qui eft entre la rue du Comte au Nord & l'embouchure de la ravine au
Sud. Enfio parallèlement au quai d'Argout 8c de manière à unir les deux remblais
dont l'un fera en avant de la rue de Varenne & l'autre en avant de la rue du
Comte, fera un quai de 90 pieds interrompa par une ouverture de 90 pieds
faifant face au milieu de l'ilet qui eft entre la rue de la Poudrière & la rue du
Fort aux Dames. Lorfque ce travail, déjà très-avancé, fera terminé 3 il fe trouvera
une enceinte formant un baflin de 60 toifes en carré, où les embarcations feront
tranquilles 2 & qui procurera des commodités dont je parlerai à l'article du port.
Le hangard de la mâture exifte depuis 1765. On le ft d'abord pour mettre à
couvert les canots & les acons & les autres embarcations du port. Sa pefante
couverture écrafe fes piliers. Lorfqu'on le conftruifit il était immédiatement au
bord de la mer 8z une petite langue de terre uniffait feulement l portion du PetitCarénage dontj'ai parlé jufqu'ici, avec cele dontj'ai à entretenirle Leéteur.
En 1766, cette dernière formait encore le devant d'une habitation achetée, à
Cette époque > par M. Courrejolles, ingénicur du roi, qui, en conftruifant des
fours à chaux at bord de fon terrain & une maifon, , a donné Pidée d'élever des
bâtimens dans ce nouveau canton en remblayant dans la mer d'un côté, & en
excavant le morne de P'autre. Mais c'eft furtout depuis 1780 que cette extrémité
du faubourg s'eft étonnamment accrue, caralorsla première maifon qu'on trouvait
près le hangard en était à 80 toifes,
conftruifant des
fours à chaux at bord de fon terrain & une maifon, , a donné Pidée d'élever des
bâtimens dans ce nouveau canton en remblayant dans la mer d'un côté, & en
excavant le morne de P'autre. Mais c'eft furtout depuis 1780 que cette extrémité
du faubourg s'eft étonnamment accrue, caralorsla première maifon qu'on trouvait
près le hangard en était à 80 toifes, --- Page 496 ---
470 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
En 1780, on s'occupa beaucoup de remelayer le quai d'Argout, & tout fon
voifinage prit une nouvelle face. De belles maifons remplacèrent de chétives
baraques & le refte du Petit - Carénage participa à cette faveur. Ce fut fous
l'adminiftration de MM. de Bellecombe & de Bongars qu'on adopta le plan du
baflin dontj'ai parlé & dont les travaux ont donné une exiftence nouvelle à ce
local. Ils ont produit une rue Saint-Alexandre qui Ya de PEiE à l'Oueft. Les
maifons qui bordaient ce qu'on avait toujours appelé le chemin de Picolet, furent
aligné:s, augmentées, & ce chemin eft devenu la rue Sainte-Catherine qui a 30
pieds de large, & quiprend fa dénomination de celle d'une batterie de mortiers à
laquelle elle conduit en allant vers Picolet. Le côté Oueft de cette rue acquitla
largeur d'un îlet, & une crdonnance des Adminiftrateurs, du 27 Mars 1784
prefcrivit de faire au-devant de cet ilet, depuis le hangardjufqu'à la limite de
la ville, un quai de 60 pieds appelé le quai Bellecombe. Sur ce quai, à l'angle
Sud-Eft & le long de la rue Saint-Alexandre > a été placé un magafin de IOO
pieds de long pour le fervice de la marine, & maintenant l'efpace de 200 toifes
qai eft entre la rue Saint-Alexandre & la limite Septentrionale de la ville du Cap
eit divifé en ilets dont il n'eft pas un feul qui n'ait déjà quelques maifons.
Enfin le 30 Mai 1789, MM. du Chillau &c de Marbois ont ordonné que la
rue d'Argout & celle Saint-Alexandre feront réciproquement
de
prolongées >
manière que l'une ouvre dans l'autre. Une rue de 24 pieds de large > à laquelle
le hangard fert d'alignement d'un côté 2 unit encore tranfverfalement la rue
d'Argout & celle Saint-Alexandre; &z en face du point où cette nouvelle rue
arrive dans celle Saint-Alexandre, une rue de 30 pieds, 3 paralléle & fupérieure
à celle Sainte-Catherine, eft projettée; c'eft-à-dire, que cette bande du PetitCarénage s'élargira encore,
Les rues qui coupent cette bande de PEt à l'Oueft & qui iront jufqu'àla rue
projetée font, après la rue Saint-Alexandre ( ainfi nommée à caufe du patron de
M. de Bongars > intendant), la rue Saint-Thomas ; puis la rue Saint- Léonard
& enfuite celle Saint-Guillaume, les deux patrons de M. de
Bellecombe 3 gouverneur-général; la rue Bongars ; la rue du Ballon, parce que M. Benquer,
négociant au Cap,avait fait partirde ce point une petite Mongolfière qui, ayant fait
craindre pour le feu, a été caufe que la police a manifefté le deffein de ne plus
fouffrir d'expériences aéroftatiques la rue Saint-Philippe 3 en honneur de Don
Bernard de Galvez qui avait conquis le fort de ce non à Penfacole, & enfin la rue
Sainte-Claire,
Bongars ; la rue du Ballon, parce que M. Benquer,
négociant au Cap,avait fait partirde ce point une petite Mongolfière qui, ayant fait
craindre pour le feu, a été caufe que la police a manifefté le deffein de ne plus
fouffrir d'expériences aéroftatiques la rue Saint-Philippe 3 en honneur de Don
Bernard de Galvez qui avait conquis le fort de ce non à Penfacole, & enfin la rue
Sainte-Claire, --- Page 497 ---
FRANÇAISE DE SAINT T-D O MINGU UE.
Le faubourg du Petit-Carénage eft fort peuplé, mais prefqu'en totalité, de
perfonnes qui tiennent ou qui ont tenu au métier de la mer. Ce font des ouvriers
de vaiffeau, des pêcheurs ; auffi n'eft-ce pas le lieu le plus avancé de la Colonie,
pour les manières, la pureté du langage & l'élégance. Les femmes du bel-air
prétendent même qu'une toilette faite au Carénage fe trahit toujours par quelque
chofe que la mode régnante n'adopte pas, & c'eft prefque un proverbe de dire
qu'une chofe eft du Carénage pour exprimer qu'elle offenfe le bon goût. Unjour
viendra que le Petit-Carénage fera placé fous l'empire du luxe & deviendra
élégant comme la ville dont il eft le faubourg; car les petites-maitrefes de celleci favent bien qu'elles ont été précédées par des belles dont l'ajuftement
apprêterait furement beauçoup à rire, aujourd'hui, aux femmes du Carénage.
Il femble qu'après avoir terminé fur la huitième Seétion
s'occuper du
> tout invite à
port.
Du Port du Cap.
SoN entrée eft formée par un intervalle d'environ 500 toifes, que la chaîne
de reffifs qui règne depuis l'entrée du Fort-Dauphin jufques là laiffe entr'elle
& le morne du Cap, > proprement dit. Pour y arriver, les vaifleaux fe
fur le fort Picolet, placé au bas de ce morne, &c dont ils approchent dirigent
300 toifes jufqu'à cent. Enfuite tournant à gauche, ils donnent dans la depuis
ayant Picolet d'un côté & la pointe du reflif appelée la
paffe,
Coque-Vicille de
l'autre, mot qui indique affez le naufrage d'un bâtiment dont la
fans doute frappé long-tems les regards. Bientôt cette entrée fe fubdivife coque elle- aura
même en deux paffes, dont celle de la droite, la plus proche de terre &
commence au fort Saint-Jofeph, eft nommée la Petite-Paffe,
qui
la plus étroite, & l'autre eft appelée la Grande-Paffe
parce qu'elle eft
fous le
3 un haut-fond connu
nom de Grand-Mouton &c un haut-fond beaucoup plus petit,
le
Corne du Mouton & placé à P'EC du premier , prefqu'à le toucher &c à appelé fon bout
Sud, forment la féparation. IH y a encore entre le Grand-Mouton & le
gement de la Coque-Vieille, un autre haut-fond, c'eft le Petit-Mouton. prolonGrande-Paffe eft entre lui & le Grand-Mouton.
La
Soit qu'on ait pris la grande ou la petite paffe, on vient aboutir à un point
c un haut-fond beaucoup plus petit,
le
Corne du Mouton & placé à P'EC du premier , prefqu'à le toucher &c à appelé fon bout
Sud, forment la féparation. IH y a encore entre le Grand-Mouton & le
gement de la Coque-Vieille, un autre haut-fond, c'eft le Petit-Mouton. prolonGrande-Paffe eft entre lui & le Grand-Mouton.
La
Soit qu'on ait pris la grande ou la petite paffe, on vient aboutir à un point --- Page 498 ---
472 DESCRIPTIO N DE LA P AR TIE
qui eft à 400 toiles du Grand-Mouton & qui fait face au hangard à la mâture,
Là commence le mouillage. Pour y arriver, il faut encore éviter un autre petit
haut-fond ( la Trompeufe ), qui eft en face & à 800 toifes du même hangard,
& qui défend d'aller trop loin de terre. Mais enfuite le mouillage s'élargit,
parce que le haut-fond du Bélier qui eft dans le Sud de la Trompeufe, 3 s'écarte
dans PEt relativement à la pofition de la Trompeufe. C'eft dans cette partie
plus éloignée de l'entrée du port que mouillent les navires marchands qui tirent
moins d'eau que ceux de la marine royale, &c qui ont befoin d'être plus près
de la ville pour tous leurs mouvemens commerciaux 5 tandis que les autres fe
mettent à la tête de la rade, 8c mouillent jufques vis-à-vis le hangard du
Petit-Carénage.
Les petites embarcations mouillent entre les bâtimens marchands & la terre,
parce qu'ils n'ont rien à craindre du banc de fable qui règne avec peu de
largeur depuis Picoletjufqu'au de-là du fort Saint-Jofeph > mais qui de-là s'élargit tout-à-coup, & va faire le tour du port jufqu'au bourg de l'embarcadère
de la Petite-Anfe, avec une largeur qui varie depuis 150 jufqu'à 300 toifes.
Des pavillons rouges font placés de manière à indiquer les deux paffes de
l'entrée; cependant il eft bien peu de marins qu'y s'y hafardent fans pilote; à
moins que ce ne foit des officiers de la marine, qui ont eu l'occafion d'en
acquérir une pratique fire; car un capitaine marchand ne le tente pas
a caufe des affurances, qui fuppofent que le bâtiment fera entré par un pilote.
Plufieurs exemples ont prouvé que l'entrée du Cap était dangéreufe. On
peut citer celui du vaiffeau le Dragon, de 74 canons, faifant partie de l'efcadre
de M. de Blénac & commandé par M. le Chevalier Defroches, qui fe perdit un
peu. au-deffus de Picolet le 17 Mars 1762, en voulant entrer. Celui du navire
P'Intelligence, capitaine Hubert, qui fit naufrage fous Picolet le 2 Janvier
1772, venant de la Côte-d'Or, & dont les 422 nègres furent heureufement
fauvés par les ordres & les foins de M. de Charrite > commandant la corvette
du roi PHirondelle. Le navire le Breton, de Bordeaux, de mille tonneaux, qui
avait appartenu à la Compagnie des Indes, fe perdit, en allant au Cap, le 14
Septembre 1776,& la plipart des marchandifes qu'on fauva étaient avariées.
Le 31 Juillet 1779, Pun des vaiffeaux de l'efcadre de M. d'Eftaing toucha dans
la paffe, & ce ne fut qu'en l'allégeant beaucoup & après des coups de talon
très-vifs qu'on parvint à le dégager. Il eft même étonnant que durant la guerre >
lorfqu'il
fe perdit, en allant au Cap, le 14
Septembre 1776,& la plipart des marchandifes qu'on fauva étaient avariées.
Le 31 Juillet 1779, Pun des vaiffeaux de l'efcadre de M. d'Eftaing toucha dans
la paffe, & ce ne fut qu'en l'allégeant beaucoup & après des coups de talon
très-vifs qu'on parvint à le dégager. Il eft même étonnant que durant la guerre >
lorfqu'il --- Page 499 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
lorfqu'il entre des convois confidérables dans ce port, les accidens foient auffi
peu nombreux, puifqu'on eft forcé d'employer quiconque s'offre de bonne
volonté comme pilote, à caufe de P'immenfe difproportion qui fe trouve alors
entre le nombre des officiers de port & celui des tâtimens à entrer.
J'ai vu quelque chofe de très-hardi fait en 1779 par M. de Kerlaint, commandant la frégate lIphigénie. M. d'Eftaing, . > déjà forti, lui donna un ordre
pour le refte de fon efcadre qui était encore mouillée dans le port; l'Iphigéaie
entra par la petite paffe, fit fon fignal & reffortit à l'inftant par la grande
paffe.
On peut donc dire avec raifon que le port, ou plâtot la rade du Cap, eft
femée d'écueils, placés la plupart fous l'eau & dangereux par cette raifon même ;
car le rang de reffifs qui en forme le bord extérieur eft facile à voir, puifqu'à
baffe mer [il découvre, & qu'à mer haute la vague qui s'y brife l'indique
toujours. Ces reffifs. font cependant fameux auffi par plus d'un naufrage. Le
Maribarou, de Bordeaux, de 250 tonneaux, forti du Cap avec fix autres bâtimens
le I". Mai 1766 > fut pris par le calme &x porté par les courans fur ces reflifs ; il
échoua & perdit prefque toute fa cargaifon.
J'ai déjà parlé d'une paffe que laiffent entr'eux le reffif de la Coque-Vicille
& le reffif ou haut-fond du Billard. Pour en mieux connaître la pofition il faut
favoir que la Coque-Vicille fe dirige à-peu-près du Nord-Oueft au Sud-Eft
vers le reffif du Bélier, , qui court à peu-près Eft 8c Oueit, & dont le bord Sud
forme le côté Nord de la paffe des embarcations venant de Limonade. Affez près
du point oà le Pélier fe termine vers la ville 8c entre lui & la Coque-Vieille , eft le
Billard, qui tire fon nom de fa forme. L'intervalie qu'il laiffe jufqu'à la CoqueVieille forme la paffe des Normands, dénomination qu'on ne peut attribuer qu'i
l'ufage qu'en faifaient les premiers Flibuftiers français 3 Normands pour la
plupart, & particulièrement Dieppois. Durant la guerre de 1778, un navire &
deux brigantins vivement prefTés par l'ennemi, trouvèrent leur falut dans l'audace
qui leur fit prendre cette paffe.
En général le mo.illage eft bon dans la rade du Cap, quoique dans les
fortes brifes, & furtout dans les Nords, la mery foit très-agitée. Des marins
qui la fréquentent depais 1733 > m'ont affuré qu'elle était beaucoup plus
tranquille, lorfque les reflifs étant plus élevés qu'à préfent ils étaient de plus
couverts de mangliers qui formaient encore un rideau de dix ou douze pieds
Tome I.
Oae
affe.
En général le mo.illage eft bon dans la rade du Cap, quoique dans les
fortes brifes, & furtout dans les Nords, la mery foit très-agitée. Des marins
qui la fréquentent depais 1733 > m'ont affuré qu'elle était beaucoup plus
tranquille, lorfque les reflifs étant plus élevés qu'à préfent ils étaient de plus
couverts de mangliers qui formaient encore un rideau de dix ou douze pieds
Tome I.
Oae --- Page 500 ---
474 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
i'élévation. Les mangliers ont donné du bois à brûler ou du bois de fardage ,
& la bafe qui les portait a fourni de la pierre à chaux ou des pierres pour bâtir
le Cap. Mais comme l'excès même des abus en devient quelquefois le remède,
une crdonnance de MM. d'Ennery & de Vaivre, du 27 Août 1776, a défendu
enfin l'enlèvement de ce reffif proteéteur 3 avec une amende de mille livres
contre les délinquans, peine qu'a fubi, le 31 Août 1776 , un particulier faifant
le paffage du Cap à la Petite-Anfe, dont le canot fut pris en contravention.
L'on va, depuis 1776, démolir les reffifs au-delà de la rade., en tirant vers
le Fort-Dauphin. Dans la guerre de 1778, des corfaires ont même enlevé des
canots qui y faifaient de la rocbe, comme l'on dit dans le pays.
Dans l'origine, les Efpagnols venaient jufque dans la rade du Cap s'emparer
des bâtimens, & peu s'en fallut qu'en 1684 ils ne s'y rendiffent maitres d'un
navire de Honfleur In'y exiftait point d'officier de port. Un ancien marin
qui y exerçait volontairemenr le métier de pilote > y mourut en 1698, &c en
Février 1699 on en demandait un autre au miniftre. Il n'en vint point, & le
28 Décembre 1703, M. Auger 3 gouverneur de la Colonie, nomma à cet
emploi M. Bricourt. Il eft vrai que le 18 Mars 1704, il plaça ce capitaine
comme fecond de M. Dupré, dit Duval, pratique qui avait les fonétions avant
lui. Alors chaque vaiffeau de guerre payait 50 liv., a une flûte 36, un navire marchand au-deffus de IOO tonneaux 24,. & ceux au-deffous 18. Duval avait pour loi
feul le produit des bâtimens du roi, & il partageait celui des marchands. Ce fut
auffi en 1703 que fus nommé le premier capitaine de port, par une commiffion
fans appointemens 5 il fe nommait Gombert. Il n'y eut pas de capitaine de port
breveté avant M. Raoult, en 1715Les Adminifrateurs en fecond de la Partie du Nord permirent 3 au mois de
Juillet 1724, au capitaine de port de placer un pilote fur le morne, au Sud de
(*) Qa'onjuge de ma furprife loriqu'ailant me promencr à la chapelle de Notre-Dame de Grace,
placée fur le haut de la côte près de Honfieur, le 30 Mzi 1793,j'y trouvai pour fecond tableau 3
à main droite en entrant, la repréfentation d'un navire attaqué par un grand canot s & vers lequel
d'autres canots fe dirigent 3 avec ces mots au-deffous :
cE tabieau a été donné par le capitaine Louis Hardy. Etant à Saint-Domingue le 29 Août
> 1684, il fut abordé d'une pirogue efpagnole qui vint pour le prendre. Il fit vocu à la Sainte
a Vierge & fut préfervé >>:
tableau 3
à main droite en entrant, la repréfentation d'un navire attaqué par un grand canot s & vers lequel
d'autres canots fe dirigent 3 avec ces mots au-deffous :
cE tabieau a été donné par le capitaine Louis Hardy. Etant à Saint-Domingue le 29 Août
> 1684, il fut abordé d'une pirogue efpagnole qui vint pour le prendre. Il fit vocu à la Sainte
a Vierge & fut préfervé >>: --- Page 501 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Picolet, parce que ce pilote ayant un canot vers ce point & pouvant appercevoir lest bâtimens,de plus loin 3 irait plâtot les prendre pour les entrer. Cet établiffement très-augmenté en 1760, fubfifte encore, mais feulement pour les pilotes &c
leurs canots , car le capitaine de port a pour logement défigné, , le terrain qui était
autrefois à M. Courrejolies, dont j'ai parlé à la première Seétion 5 je dis défigné , parce qu'il loge réellement dans une autre maifon qu'il loue, & qu'à fon
tour il afferme la maifon bâtie par lui fur le terrain du quai.
Les bâtimens mouilient devant toute la longueur de la ville, mais depuis
jufqu'à 500 toifes d'éloignement du rivage , pour peu qu'ils foient un peu 300
Cette diftance eft très-fatigante pour les matelots, furtout dans les fortes brifes, gros,
qui rendent le retour de terre à bord pénible, & quelquefois même abfolument
impoffible , parce qu'on ne peut aller qu'à l'aviron, tandis qu'on vient à la voile,
C'eft pour rendre cet inconvénient nul, du moins quant aux bâtimens de
mouillés à la tête de la rade 3 qu'on prépare le baflin près du hangard de la marine, guerre
qui donnera la facilité d'aller & de revenir
à la voile,
toujours
> & qui épargnera la
fanté des équipages. J'ai fait en 1782 des traverfées de ce point, allant en rade &c
en revenant à la voile.
Le port du Cap peut contenir un nombre confidérable de bâtimens. On en a
compré julqu'à cinq ou fix cens de toute grandeur, depuis le vaiffeau à trois
bateau
ponts
jufqu'au petit
paflager > pendant la guerre de 1778. Mais ce port fe comble
chaque jour, & depuis 1770 il y a des points où cela eft très - fenfible. On
m'a même affuré que la différence était de ohze pieds dans quelques endroits,
ce qui eft très-capable d'aliarmer fur la confervation de ce port.
Trois caufes produifent ce malheureux effet. La Grande rivière, dont les
débordemens charient beaucoup de fable, que les courans conduifent dans la
rade du Cap; la rivière à Galiffet quis'yjette, &c dont l'embouchure a
des bancs de fable > & enfin la ravine du Cap, qu'on ferait tenté de
toujours
compter pour
rien, parce qu'on la voit à fec prefque toute l'année; mais qui dans les grandes
pluies, tranfporte des maffes énormes de terre que les eauxy font venir des mornes,
& qui vont remblayer le port, comme ne le prouve que trop, le banc qui eft déà
en avant de la batterie circulaire. Il ferait peut- être tems de s'occuper d'empécher,
du moins, 3 que ce mal n'augmente encore.
Il en eft un autre auquel on ne peut penfer qu'avéc chagrin, parce qu'il croft
fans ceffe auffi, mais fans qu'on çonnaiffe de moyen de le combattre; ce font, lçs
Q002
mornes,
& qui vont remblayer le port, comme ne le prouve que trop, le banc qui eft déà
en avant de la batterie circulaire. Il ferait peut- être tems de s'occuper d'empécher,
du moins, 3 que ce mal n'augmente encore.
Il en eft un autre auquel on ne peut penfer qu'avéc chagrin, parce qu'il croft
fans ceffe auffi, mais fans qu'on çonnaiffe de moyen de le combattre; ce font, lçs
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D. ESCRIPTION DE LA PARTIE
vers qui y percent les navires d'une manière vraiment allarmante. En 1687, on
ne connaiffait pas aux Antilles, ces infectcs deftruSteurs, qu'on avait feulement
obfervés à la côte d'Afrique , mais trois ans après on s'apperçut qu'ils fe naturalijaientàl la Martinique,commel le dit une lettre de M. Dumaits de Goimpy,intendant
des Iles du vent, au Miniftre, le 12 Janvier 1692. Depuis ils font devenus
communs aux ports des autres Iles. Les eaux chaudes du Tropique n'ont pas
même fufi à leur voracité, & les ports de Francel'ont reffentie. Ce fut vers 1710,
felon M. de Paw, qu'ils furent apportés d'Amérique en Europe, & vers 1730,
felon un mémoire de M. Dupaty, inféré dans les Mémoires del'Académie de la
Rochelle, qu'ils commencèrent à parai.re fur les côtes de PAunis, où l'on dit
qu'un bâtiment échoué les tranfporta au retour d'un voyage de long cours . La
fubftance de leur corps, ajoute le mê ne auteur > eft molle, glaireufe, d'un gris un
peu fale ; leur tête eft ornée de deux pièces écailleufes, qui ont précifément la
figure du fer d'un villebrequin & qui fervent au même ufage. Cette efpèce de ver
fe trouve toujours dans un tuyau de fubitance fort blanche, dure, mince & pierreufe, d'une longueur & d'une groffeur qui varient fuivant l'âge & les progiès du
ver. Quelquefois cCs tuyaux, qui vont en diminuant, ont pluficurs pieds de long
& leur gros bout n'eft guere que comme le tuyau d'une plume.
J'ajoute, avec M. Dupaty , qu'on n'a trouvé aucun remèle à leurs dégâts. Les
bois y réfiftent feulement plus ou moins long -tems. Le cyprès qu'on en avait cru
préfervé a eule fort des autres, &x Dampier nous ditque le cèdre n'en eft pas plus
exempt. M. Dupaty défirait qu'on pût fe procurer du manglier pour les bois des
bouchots à moules des côtes de la Rochelle que les vers attaquaient, parce qu'il
le croyait àl Pabri de l'infeéte; mais M. Adanfon a détruit cette eireur par fon
mémoire fur les vers tarrières ou tarets du Sénégal, qui percent auffi le manglier.
Ce favant décrit ce ver apode, à qui la nature a donné vingt-cinq rangs de petites
dents taillées en lofange & affez femblables à celles d'une lime > pour percerle bois
&c défoler Phomme, en détruifant la plus étonnante machine qu'ait enfanté fon
génic.
Une expérience faite par M. le baron de Beffner à Cayenne, dont il était gouverneur, > avait donné des efpérances > puifque de deux morceaux de bois de fapin
mis dans la mer au mois de Septembre 1769, & retirés au mois de Janvier 1770,
celui qu'on avait goudronné était criblé de piquôres de vers, tandis que l'autre >
frotté d'huile de Carapa ou de Palma-Chrifti ou ricin, était fort fain; mais le
préfervatifa fiui par perdre fon empire.
, dont il était gouverneur, > avait donné des efpérances > puifque de deux morceaux de bois de fapin
mis dans la mer au mois de Septembre 1769, & retirés au mois de Janvier 1770,
celui qu'on avait goudronné était criblé de piquôres de vers, tandis que l'autre >
frotté d'huile de Carapa ou de Palma-Chrifti ou ricin, était fort fain; mais le
préfervatifa fiui par perdre fon empire. --- Page 503 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
Dans les commencemens de la Colonie, les navires mouillaient le plus au fond
de la rade, au Sud, qu'ils pouvaient , pour être davantage à l'abri de tout accidenr maritime & de furprife, & en tems de guerre ils fe logeaient dans l'efpace
qui eft entre la côte & le reffifdu Bélier, gagnant ainfi vers le
Ce
nage était au point de l'habitation Chaftenoye où eft le
carenage.
Carecorps-de-gar.le, &
nomme encore le grand carenage; 5 il était, comme l'on voit, affez loin de la qu'on ville
du Cap. Il exiftait encore dans ce lieu, lorfqu'ea 1717 M. de Chateaumorand
défendait aux capitaines de navires qui y allaient, de couper ni de laiffer
les bois qui s'y trouvaient & qui formaient un rideau utile à la défenfe de la Colonie, couper
défenfes que MM. de Larnage & Maillart étendirent à tout l'efpace quiétait
le morne à Jarlan ou à Baudin,jufqu'au fond de la rivière du
depuis
leur ordonnance du Ier. Mars 1743. Ils fe virent cependant Haut-du-Cap, par
d'Avril 1745, de réitérer leur
obligés, au mois
prohibition, & d'y comprendre tous les bois &
mangliers qui bordaient la côte dans la rade & dans la baie du Cap, & qu'ils
confidéraient comme un rempart naturel. A cette dernière époque le
était encore au même endroit, quoique les capitaines euffent fait des tentatives carenage
pour fe carener au bord de la mer dans la ville, ce que leur défendit notamment
une ordonnance du gouverneur & de l'ordonnateur du Cap, en 1725. On n'abandonna le grand carenage, que pour lui préférer le petit carenage, dont j'ai
déjà parlé dans la huitième Seétion.
Mais il manquait une chofe effentielle au port du Cap; c'était un lieu de carène
pour les vaiffeaux de ligne, & l'on avait vu M. de Monteil forcé d'aller
1781, à la Havanne, pour y carener plufieurs vaiffeaux de fon efcadre. M. Gramont, en
ancien capitaine de navire, privé du bras droit à la courfe, fe trouvant capitaine de
port par interim, au Cap, s'occupa de la recherche d'un lieu propre à former
ce carenage > & il communiqua fes obfervations à MM. d'Argout & de Vaivre
qui engagèrent M. de Graffe à vifiter un point qu'il indiquait. Un
favora- >
ble, confirmé par un fecond rapport de M. La
rapport
Mothe-Piquet, 3 déterminèrent
MM. de Lilancour & Le Braffeur à concéder le terrain à M. Gramont, fi toutefois le mot de terrain pouvait convenir à un haut-fond , couvert de trois ou quarre
pieds d'eau, Ce zélé citoyen fut affujetti à y former un carenage pour les vaiffeaux & les navires; & à évacuer ce local, s'il devenait utile au bien de la:
Colonie.
Ce carenage eft le bout du haut-fond appellé le Bélier, placé vis-à-vis
. de Lilancour & Le Braffeur à concéder le terrain à M. Gramont, fi toutefois le mot de terrain pouvait convenir à un haut-fond , couvert de trois ou quarre
pieds d'eau, Ce zélé citoyen fut affujetti à y former un carenage pour les vaiffeaux & les navires; & à évacuer ce local, s'il devenait utile au bien de la:
Colonie.
Ce carenage eft le bout du haut-fond appellé le Bélier, placé vis-à-vis --- Page 504 ---
47S DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
l'embarcadère de la Petite-Anfe & en face de l'extrémité de la ville du Cap vers
le bac. Les travaux de M. Gramont furent fi rapides que, dès le mois de Novembre 1781, fon carenage pouvait recevoir un vaiffeau de rang. Le premier qui en
ft ufage a étéle vaiffeaule Palmier, > de l'armée de M. de Graffe, commandé
par
M. de Martelly, au mois de Juin 1782; le vaiffeau le Scipion y vintimmédiatement après, &c la frégate la Sybille > au mois de Novembre de la même année. Au mois de Juillet 1783, le carenage pouvait recevoir, à la fois, trois navires
marchands, ou un vaiffeau de guerre & un navire marchand, G celui-ci n'avait
pas tiré plus de 7 pieds d'eau. Ily avait deux grands magafins pour loger les
équipages &c les cargailons, & de plus un pavillon &c une galerie formant un
logement agréable pour M. Gramont qui furveillait les travaux. Ce local a encore
été augmenté, puifqu'en 1786, la cargaifon entière d'un bâtiment marchand
logée > il reftait encore de l'efpace pour plus de cent barriques de fucre
(*) M. Gramont a fait le IO Mai 1782 un marché avec Pintendant pour la carène des bâtimens
de l'État, à raifon de 250 livres, par jour, pour un vaiffeau & 120 livres pour les flâtes ou autres
bâtimens armés ou frétés pour le comptc du roi. Quant aux navires du commerce, ceux à trois
mâts, payen: de l'inftant où ils fe placent au quai jufqu?à celui où ils n'y ont plus d'effets,
Jivres , parj jour , s'ils font chargés ; 125 livres, s'ils font à demi charge; IOO livres , s'ils font I5o fur
leur left. Le fenault , 125, 10o & golivress fuivant qu'il eft chargé 9 &c., &c. Le brigantin, 10O,
90 & 80 livres ; la goëlette, 80, 70 & 60 livres ; S tout ewary-caboteur, 33 livres, parjour,
dans quelque état qu'il fe trouve. Pour les prix de c3 tarif, M. Gramant fournit quatre caliornes s deux fanins deux poulies de
retour, les cabeitans les canons pour corps-morts ou points de réfiftance, une chaudière à
avec les magalins neceffaires pour loger les effets du chargement & l'équipage. brai,
On peut juger de l'économie que le carenage de M. Gramont procure. par le caicul fuivant. Le Palmier y a été 45 journées. Il aurait fallu pour le même tems, quatre navires marchands
recevoir fes effets & fon équipage, qu'on aurait payés 300 livres, par jour chacun (à la Marti- pour
nique on les a payés 500 liv. en 1779 - pour la carène du Saint-Efprit) : c'était donc 54,000 livres.
On peut juger de l'économie que le carenage de M. Gramont procure. par le caicul fuivant. Le Palmier y a été 45 journées. Il aurait fallu pour le même tems, quatre navires marchands
recevoir fes effets & fon équipage, qu'on aurait payés 300 livres, par jour chacun (à la Marti- pour
nique on les a payés 500 liv. en 1779 - pour la carène du Saint-Efprit) : c'était donc 54,000 livres. deux pontons pour les apparcils à 50 livres par jour 3 auraient coûté 4500 ; deux acons pourle
brai & la cambufe, à 60 livres chaque, 5.400; ; & enfin pour le tranfport des effets, , 3.600 ; total
67.500 livres. Le carenage a reixplaçé toutes ces chofes 3 excepté le logement des pièces à l'eau,
des voiles S des vivres, & il n'a coûté que 11,250 livres, pour les 45 jours : ii) y a donc eu
56,250 livres de bénéfice fans compter que la carène fur les pontons aurait duré plus long-tems
que celle faite dans un lieu où tous les mouvemens font prompts , où tout eft difpofé & fous la main.
.500 livres. Le carenage a reixplaçé toutes ces chofes 3 excepté le logement des pièces à l'eau,
des voiles S des vivres, & il n'a coûté que 11,250 livres, pour les 45 jours : ii) y a donc eu
56,250 livres de bénéfice fans compter que la carène fur les pontons aurait duré plus long-tems
que celle faite dans un lieu où tous les mouvemens font prompts , où tout eft difpofé & fous la main. On a calculé aufi qu'un navire de 500 tonneaux, ne dépenfe gue 3,000 livres aa carenage
qu'ailleurs il dépenferait 9.545 livres. tandig --- Page 505 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
Je crois qu'on doit des éloges au citoyen qui a ainfi concouru au bien public; ,
& quand les Adminiftrateurs pour récompenfer M. Gramont, lui ont donné le
titre de capitaine de port honoraire, avec la fuppléance du titulaire, ils ont fait
une chofe jufte & à laquelle on doit applaudir. M. le Cher. de Bras-Pujet, capitaine de vaiffeau, au retour du commandement d'une ftation à Saint-Domingue,
a rendu au miniftère des comptes très-avantageux du carenage-Gramont &c les
Adminiftrateurs avaient même été chargés, par le miniftre, de lui en rendre un
compte détaillé, que. je ne crois pas qu'ils lui aient fait paffer.
Mais en même tems, comme mon devoir &c mon défir font d'être vrai,je
crois devoir dire que ce carenage n'eft pas auffi abrité qu'on pourrait le défirer,
furtout pendant les Nords & les brifes violentes; de manière que les bâtimens
reçoivent le double effet de l'action de l'eau &z de da réfiftance du corps immobile. De là les dangers pour la mâture & celui de voir courber plus ou moins le
vaiffeau. On affure que ces accidens ont été éprouvés au carenage-Gramont,
notamment par le navire le Bien-Aimé du Havre dont le grand mât s'eft rompu.
Il ne faut donc pas s'étonner s'il y a des perfonnes qui préfèrent les pontons
flottans.
Un abus très-ancien & qui fublfte encore, contribue beaucoup à gâter le
du Cap, c'eft l'ufage d'y laiffer des carcaffes. Dans une rade fujette aux remblais port
& aux vers, on ne peut rien faire de plus nuifible 3 parce que ces carcaffes
deviennent autant de points qui fixent les fables tranfportés par les eaux & qu'ils
font caufe de l'exhauffementdu fond ; tandis que des bois abandonnés & pourris
logent des milliards de vers dont la reproduction croît en raifon compofée de
l'abondance de Ja nourriture & de la tranquillité où ils font laiffés.
Le port du Cap était confidéré depuis long-tems comme un établiffement de
marine mais l'ordonnance du 24 Mars 1763, l'a vraiment conftitué tel, &
voulait même qu'il fût le feul de cette nature dans la Colonie, C'eft de cette
époque que l'intendant a ajouté à ces titres, celui d'Intendant de la Marine
>
inféré depuis lors auffi dans les commiffions d'intendant ; c'eft également de cette
époque que le capitaine de port a été affimilé au capitaine d'un port de la marine
de France. Ilya a depuis environ vingt ans un lieutenant de port au Cap; onya
même vu un aide de port. Les pilotes font au nombre de deux ou trois. En 1763,
le roi y a nommé un maître entrétenu & un maître charpentier, pour en diriger
les ouvrages. Quelques ouvriers Y font employés, mais en très-petit nombre >: &
'eft également de cette
époque que le capitaine de port a été affimilé au capitaine d'un port de la marine
de France. Ilya a depuis environ vingt ans un lieutenant de port au Cap; onya
même vu un aide de port. Les pilotes font au nombre de deux ou trois. En 1763,
le roi y a nommé un maître entrétenu & un maître charpentier, pour en diriger
les ouvrages. Quelques ouvriers Y font employés, mais en très-petit nombre >: & --- Page 506 ---
430 DESCRIPTIO N D E LA PAR TIE
comme ils travallent dans un lieu qui n'eft pas fermé 8c à la journée ou au mois,
la célérité n'eft pas leur déraut. On donnait autrefois à ces ouvriers la nourriture
du magafin du roi, mais maintenant on les paye davantage & il font tenus de fe
nourrir. Ils avaient en 1788, onze gourdes par mois.
Le port du Cap eft aufli devenu un port d'entrepôt, par l'arrêt du Confeil
d'État du 30 Août 1784, quia admis les bâtimens neutres pour plufieurs objets
& cette deilination y a fait paraître des direéteurs, des vifiteurs & des commis
d'entrepôt. Afin de prendre des précautions contre le commerce prohibé, d'après
ies ordres du miniftre, M. de Barbezan, commandant la ftation, le commandant particulier & le commiffaire de la marine, fuppléant l'ordonnateur du
Cap, fe font tranfportés dans la rade 1 le 2 Mars 1787, & ont décidé qu'une
ligne cenfée tirée de la rue Saint-Simon vers la partie la plus Nord du bourg
de la Petite-Anfe, fervirait de limite au mouillage des bâtimens étrangers, qui
feraient tenus de mouiller au Sud de cette ligne : qu'on conftruirait pour leur
commerce une calle particulière, coûtant 18,500 liv., devant la rue Saint-Simon
& que les caboteurs auraient l'efpace exiftant tout le long du quai, à partir de
la calle Le Febvre inclufivement Sc allant vers le Petit-Carenage. Ce plan non
encore exécuté féparera des bâtimens de France, les étrangers, & de ceux-ci
les caboteurs.
La police générale des ports appartient aux deux chefs de la Colonie qui
ordo:nent cc qui a trait à leur fûreté, à leur confervation à leur entretien. Quant
à la police particulière 3 elle fe fubdivife en plufieurs branches. Les Adminiftrateurs règlent tout ce qui eft une fuite néceffaire de leurs pouvoirs fur la police
générale, & les officiers de port veillent à lexécution de leurs ordres. Le
commandant de la ftation a la police intérieure de la rade, fous l'infpedtion des
Adminiftrateurs, & quand il ne fe trouve pis de bâtimens de l'Écat dans la rade
cette police intérieure paffe au plus ancien des capitaines marchands qui devient
alors le commandant de la rade & qui porte une flamme à fon grand mât. L'officier
d'adminiftation chargé des claffes, a auili une portion de police fur les équipages
des navires marchands, & fait rechercher tous les marins déferteurs. A terre, les
matelots font foumis à la police terreftre, & font remis à leurs chefs, s'il s'agit
de fimple correétion, & à lajuftice ordinaire, s'ils'agit de crimes. Cette fubdivifion de juridiction eft faite par plufieurs ordonnances que le manque de clarté
ou le caraétère plus ou moins entreprenant de ceux qui les interprêtent, rend
fouvent infuffifantes ; de là des confiéts & des abus de pouvoir.
La
les
matelots font foumis à la police terreftre, & font remis à leurs chefs, s'il s'agit
de fimple correétion, & à lajuftice ordinaire, s'ils'agit de crimes. Cette fubdivifion de juridiction eft faite par plufieurs ordonnances que le manque de clarté
ou le caraétère plus ou moins entreprenant de ceux qui les interprêtent, rend
fouvent infuffifantes ; de là des confiéts & des abus de pouvoir.
La --- Page 507 ---
FRANÇAISE DI E SAINT-DOMINGUE
La police particulière du port & du carenage du Cap a été fixéc
ordonnance de MM. de Bellecombe &de
par une
Bongars, du 22 Mai 1784. Elle conferve
au capitaine de port la rétribution dont il jouit fur l'entrée & la fortie des bâtimens
& l'oblige à entretenir, à fes frais, des pilotes &c un canot armé
devant des bâtimens qui fe préfentent à la paffe. C'eft à lui feul pour aller audroit d'avoir des pontons dont l'état &c l'entretien doivent
qu'appartient le
être furveillés
le
commandant des forces navales.
par
Cependant M. Faucher - négociant, én avait
un 9 au mois de Juillet 1786, & ce n'était pas le feul. C'eft auffi
port à faire relever les carcaffes, aux dépens des
au capitaine de
Nul
propriétaires qui ne le font
ne peut faire dépecer un vieux bâtiment qu'à P'endroit
lui
pas.
de
que indique le
capitaine port 2 l'on ne peut pas faire une carène fans le prévenir, ni chauffer
un navire hors de la préfence d'un officier ou du maître de port. M.
confervé, par cette ordonnance 2 dans tous fes droits, relativement Gramont à fon eft
nage, qu'on foumet cependant à la police du capitaine de
careport.
D'autrerordonnances ont chargé le capitaine de port de veiller à ce
touche point aux reffifs, & d'après un ancien
auffi
qu'on ne
ufage 3 il a
le foin de faire
placer les navires négriers au fond de la rade s de manière que les
bien expolés à l'action des brifes & que l'air de ces navires ne
nègresy foient
rade, ni à la ville. Enfin la police des
puiffe nuire, ni à la
quais confidérés comme une
des chofes qui conftituent un port, eft confiée au capitaine de
partie
Au mois de Mai 1786, M. P'Amiral avait nommé des maîtres port. de
ports principaux de la Colonie & notamment un
le
quai dans les
pour Cap, mais les Adminiftrateur s'opposèrent à l'exercice de fes fonétions, &c au mois d'Août
le
décida que cet établiffement n'aurait pas lieu.
1787, roi
Ce qu'on ne faurait trop recommander dans une rade comme celle du
dont la plus grande dimenfion eft en longueur, & ou, à de certains
Cap,
il règne 3 durant trois jours de fuite, des brifes violentes
intervalles,
binées, 3 c'eft de veiller au feu. Plufieurs
3 appelées brijfes cara-.
néceffaire.
exemples ont prouvé que ce foin eft
Le 28 Septembre 1728 au foir, le navire le Fidèle, de Nantes,
Nanicol , y brûla par l'imprudence d'un matelot qui avait été dans la calle capitaine
une chandelle pour y prendre de l'eau-de-vie. En 1749, le navire le avec
de Nantes,eut le même fort; & au mois de Janvier
le
Triton,
de
armé
1731, naviré la Ville
Rouen,
au Havre, prit feu Vers les trois heures
le
Tome I.
après-midi: cable
PPP
ire le Fidèle, de Nantes,
Nanicol , y brûla par l'imprudence d'un matelot qui avait été dans la calle capitaine
une chandelle pour y prendre de l'eau-de-vie. En 1749, le navire le avec
de Nantes,eut le même fort; & au mois de Janvier
le
Triton,
de
armé
1731, naviré la Ville
Rouen,
au Havre, prit feu Vers les trois heures
le
Tome I.
après-midi: cable
PPP --- Page 508 ---
482 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
ayant brûlé , le vaiffeau fut porté par le vent au fond de la rade entre le bac
& le petit pont rouge du chemin de la Petite-Anfe; à onze heures du foir
il fauta.
Le dernier exemple ne remonte qu'au lundi 23 Juillet 1781. Les cambufiers
du vaiffeau l'Intrépide, de 74 canons. , mirent imprudemment le feu à des
liqueurs fpiritueufes 3 le vaiffeau fut embrafé. Perfuadé qu'on ne pouvait pas
le fauver, on le troua & on l'échoua fur le banc de fable vis-à-vis l'embouchure
de la ravine. On jetta ce qu'on put de fes poudres, on mouilla le refte, ce qui
n'empêcha pas le vaiffeau de fauter en l'air à onze heures du matin, environ
dix minutes après qu'on en eût fait écarter les canots qui l'environnaient avec
trois ou quatre mille hommes. La commotion fut terrible; la ville entière en
trembla; des morceaux de bois enflammés, des ferremens, des boulets vinrent
tomber dans la ville &c furtout fur deux maifons du Petit-Carenage. La boulangerie du roi fut prefque toute découverte ; plufieurs navires eurent des parties
de leurs ponts enfoncés, des mâts, des vergues brifées. Quarante-deux"marins
furenttués ou brûlés. Quand on fonge que vingt-quatre heures pliitot, à caufe d'une
brife carabinée, 3 le vaiffeau aurait brûlé au milieu de l'armée navale de 28
vaiffeaux & de 300 bâtimens de commerce, que rien n'aurair pu fauver : quand
on confidère quelles pouvaient être les fuites de cet évènement, on eft prefque
conduit à trouver heureux qu'il fe foit borné à la perte d'un 74, malgré le vif
chagrin de fon capitaine , M. Duplefis-Pafcau, qui n'obéit qu'avec peine à
l'ordre de quitter fon vaiffeau, avec lequel il aurait fauté quelques inftans
plus tard.
On doit aufli fe reffouvenir que d'après quelques accidens, une ordonnance
du 24 Mai 1768 a défendu de chauffer à bord aucune matière combuftibledans les ports & les rades de la Colonie.
L'on peut évaluer à environ 170, le nombre moyen des bâtimer's qui fe
trouvent- ordinairement dans la rade du Cap. Ce nombre total peut fe comnpofer
à-peu-près, de 80 navires de France, ayant depuis 20Q jufqu'à 600 tonneaux,
dont 28 de Bordeaux, 14 de Nantes, 14 de Marfeille, 4 de Bayonne > 4 du
Havre > I de' Honfleur, 4 de Dunkerque, 6 de la Rochelle, 2 de Saint-Malo,
I de l'Orient, I de Rochefort, fans diftinétion des régriers. 5o-Américains;
1O ou 12 bâtimens de la Louifiane, de la Havane, de la côte elpagnole cu
des Iles du Vent, de Sainte-Croix > de Saint-Euftache & de Curaçao, &c3.
4 de Bayonne > 4 du
Havre > I de' Honfleur, 4 de Dunkerque, 6 de la Rochelle, 2 de Saint-Malo,
I de l'Orient, I de Rochefort, fans diftinétion des régriers. 5o-Américains;
1O ou 12 bâtimens de la Louifiane, de la Havane, de la côte elpagnole cu
des Iles du Vent, de Sainte-Croix > de Saint-Euftache & de Curaçao, &c3. --- Page 509 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 483
trente caboteurs ou paflagers 3 ajoutant à cela les canots 3 les acons &c les
pirogues pour le tranfport des perfonnes, des effets, des fubfiftances, & pour
la pêche, 3 & le mouvement des chaloupes des navires 3 il eft facile de concevoir
que le port du Cap offre un tableau très-animé, très-varié & qui donne l'idée du
commerce dont cette ville eft le fiége, &c qui eft plus grand que dans aucun
autre lieu de la Colonie.,
D'après un. ufage très-ancien & dont le commencement eft même ignoré 3
lorfqu'un capitaine de navire débarque à la calle, un foldat du corps-de-garde
voilin le conduit chez le commandant de la place, chez l'ordonnateur > au bureau
des clafies, chez le lieutenant de l'Amirauté, au greffe de ce tribunal & à la
pofte. On fent facilement que cet ufage a dû prendre naiffance. dans un tems de
guerre où l'on aura trouvé important que le chef de la place fut le premier
inftruit des chofes qu'un bâtiment pouvait appréndre 3 l'ordonnateur fait auffi
ce que la cargaifon peut procurer aux befoins des magafins, des troupes &c.
Tout le refte tend à s'affurer que le capitaine aura rempli ceux de fes devoirs
auxquels l'intérêt public eft uni. Une ordonnance du commandant en fecond &
de l'ordonnateur. , du premier Août,1776, exigeait même que le capitaine fe.
fit fuivre de fes paffagers chez l'un & l'autre, mais cette règle n'a eu qu'une
courte exécution.
Tous les détails du port ainfi terminés, je vais, 3 en quelque forte , rentrer dans
la ville pour obferver une foule de chofes qui la concernent toute entière & qui
auraient été quelquefois moins intelligibles pour le Leéteur, fije les lui avais
préfentées avant la Defcription particulière des huit Seétions,
Des Incendies,
LA ville du Cap, comme plufieurs autres villes, doit fon embelliffement à
des malheurs. Les ennemis en brûlant en 1691 8c en 1695 les chétives cabanes
qu'on y avait conftruites, firent paraître des maifons plus étendues, clofes de paliffades de bois-palmifte. On çommença: à ne plus couvrir en tâcbes & en têtes de
canne, à caufe de la défenfe qui fut faite le 26 Juin 1721, &c dont l'utilité fut
fentie lorfque des petards tirés le jour de la Fête-Dieu, en 1723, firent brûler
deux maifons, Enfuite vinrent des mailons de bojs menuifées, & déjà quelques
PP P 2
, clofes de paliffades de bois-palmifte. On çommença: à ne plus couvrir en tâcbes & en têtes de
canne, à caufe de la défenfe qui fut faite le 26 Juin 1721, &c dont l'utilité fut
fentie lorfque des petards tirés le jour de la Fête-Dieu, en 1723, firent brûler
deux maifons, Enfuite vinrent des mailons de bojs menuifées, & déjà quelques
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484 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
bâtimens de maçonnerie fe faifaient remarquer, lorfque l'incendie de la nuit
du 20 au 21 Septembre 1734, qui dura depuis minuit jufqu'au foleil levant,
vint brûler la moitié de la ville, dans le quartier du commerce, & caufer une
perte de plufieurs millions. Les officiers, les foldats, les nègres montrèrent la
plus grande aétivité & le plus grand courage pour en arrêter les progrès. MM,
d'Héricourt & de Maupoint fe difinguèrent par leur audace, mais fans les fecours
donnés par les charpentiers du vaiffeau la Charante, commandé par M. le
Comte de Vandreuil, prét à faire route pour la Louifiane, > & ceux des bâti-'
mens de la rade, qui abattirent plufieurs maifons pour intercepter le cours du
feu; fans le concours des matelots & des nègres des ateliers voifins de la ville,
c'en était fait de tout ce qui exiftait de conftructions. On tira de cet événement
la leçon de ne plus bâtir qu'en maçonnerie,
Dans la nuit du 7 au S Décembre 1752, une négreffe s'étant endormie laiffant
une lumière a: près d'une paillaffe, le feu fe manifefta à une heure du matin
& menaça d'embrafer toute la ville. Heureufement que M. de Chaftenoye, gouverneur du Cap, fit abattre une maifon de bois &c en fit découvrir pluficurs
atitres couvertes d'effentes, ce qui borna la perte à quatre maifons, au coin des
rues du Gouvernement &x de la Fontaine. Perfonne ne contribua plus à fauver
la ville alors, que MM. Blanc & Balanqué, par la témérité avec laquelle ils
allaient, même au milieu des flammes, 3 travailler à arrêter leur dévaftation. L'on
a vu le dernier capitaine de port du Cap, en 1767, place qu'il avait méritée
par fes brillantes 3 & peut-êire encore plus par fes généreufes actions, comme
capitaine de corfaire.
Depuis, le Cap n'a éprouvé que quelques inquiétudes par le feu, dont la
plus vive fut celle du mois de Mai 1773, lorfque le feu prit dans le logement
de M. de Reynaud, alors coloneldu régiment du Cap, fur le côté Eft de la rue
des Vierges & entre celles Saint-Simon & Saint-Jofeph. M. Rey du Château,
officier du régiment du Cap, 3 eut le malheur d'y avoir une jambe caflée, & l'on
diftingua parmi la foule de ceux que leur ardeur portèrent à éteindre l'incendie 3
M. Léon Laugier fils, officier d'un navire de Marfeille mouillé en rade, à qui
M. de Vallière donna une épée, au nom du roi, pour récompenfer fon heureufe
intrépidité.
Le peu d'élévation des maifons rend les incendies moins dangereux, mais aufli
le peu de profondeur des ilets entaffe les conftructions & le peu de largeur des
le de ceux que leur ardeur portèrent à éteindre l'incendie 3
M. Léon Laugier fils, officier d'un navire de Marfeille mouillé en rade, à qui
M. de Vallière donna une épée, au nom du roi, pour récompenfer fon heureufe
intrépidité.
Le peu d'élévation des maifons rend les incendies moins dangereux, mais aufli
le peu de profondeur des ilets entaffe les conftructions & le peu de largeur des --- Page 511 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 485
rues rend la communication du feu très-facile. Il faudrait donc qu'on eût, dans
chaque maifon une furveillance que la pareffe des nègres rendra toujours néceffaire. Il faudrait encore que chaque maifon eût un ou deux feaux de cuir j que
chaque feétion eût des pompes dépofées dans un lieu convenu, & que d'avance
ilyedt des perfonnes chargées de les faire jouer. Mais il faudrait furtout que
l'entretien de celles achetées par le roi & auquel on a prépofé un direéteur, depuis
1777, avec exemption de fervice de milices, &c 1,200 livres par an 3 fàt furveillé.
C'eft durant les longues féchereffes auxquelles Saint-Domingue devient de plus
en plus fujet, que l'incendie eft redoutable 3 & fi l'on réfléchit qu'alors les fontaines &x les puits font prefque défféchés 7 on doit fentir la néceffité des
précautions que j'indique. C'eft un objet fur lequel la police manque d'aétivité.
De la Police.
PUISQUE j'ai proféré ce mot, 3 je vais parler de la police du Cap. Les plus
anciennes loix coloniales & principalement le réglement du roi du 4 Novembre
1671, a donné l'exécution de la police aux juges inférieurs. La vérité eft néanmoins que dans le premier age de la Colonie, les États-majors l'exerçaient prefque
exclulivement, > à moins qu'il ne fût néceffaire de prononcer quelques amendes,
pour lefquelles ils renvoyaient aux juges. MM. de Larnage &z Maillart convaincus
que cette forme était vicieufe 3 créèrent, le 13 Août 1739, uni infpecteur de
police du Cap qui fut chargé de la police fous le procureur du roi & auquel ils
donnèrent un brigadier & quatre archers tirés de la maréchauffée. Ils nommèrent
M. Ferrary &c l'affujetrirent à prendre les ordres de l'État-major & du Confeil
fupérieur > & à remettre au miniftère public, les procès-verbaux des contraventions. La part laiflée à l'État-major fut un nouveau titre d'ufurpation &z la
police lui fut preique totalement dévolue jufqu'en 1762, que les plaintes des
colons déterminérent MM. de Bory & Clugny à prendre de nouvelles mefures.
Elles furent réunies dans leur ordonnance du 14 Juiliet qui établit deux
teurs & dix fergens de' police, un voyer & un étalonneur-jaugeur, & qui infpec- leur
diftribue des fonctions, en les plaçant fous les ordres du fénéchal & du
du roi.
Y
procureur
La police a divers objets que je vais parcourirrapidement, D'abordla propreté
. de Bory & Clugny à prendre de nouvelles mefures.
Elles furent réunies dans leur ordonnance du 14 Juiliet qui établit deux
teurs & dix fergens de' police, un voyer & un étalonneur-jaugeur, & qui infpec- leur
diftribue des fonctions, en les plaçant fous les ordres du fénéchal & du
du roi.
Y
procureur
La police a divers objets que je vais parcourirrapidement, D'abordla propreté --- Page 512 ---
486 DESCRIPTIOI NDE LA P ARTIE
de la ville. Il ferait difficile de trouver fur 'aucun fujet autant de réglemens des
Adminiftrateurs, du Confeil, du Juge de police, qu'ily en a depuis le 9 Mars
1710, pour que la ville du Cap foit propre. Le nettoyement des rues n'a pas ceffé
d'être affermé, à partir de l'époque de 1735, & le dernier procès verbal d'adjudication, fait le 9 Septembre 1785; le fixe à 49,000 livres par an.
La police a ordonné de balayer le devant des maifons & les ruiffeaux des. rues,
tous les jours avant fept heures du matin, & dans beaucoup d'endroits on ne le fait
prefquejamais. Elle a prefcrit de jetter de l'eau deux fois par jour au-devant des
maifons, afin de rafraichirl'air & de renouveller l'eau des ruifeaux, & ce n'eft
qu'un fimple ufage que quelques perfonnes employent dans les grandes chaleurs &
feulement quand il leur plaît. On ne doit pas mettre d'immondices dans les
rues 3
quand les tombereaux ont paffé, ni les placer ailleurs qu'au coin & le long des
maifons, & iln'eft pas d'inftant duj jour qu'on n'en voye au bord des ruiffeaux &
furtout dans les carrefours ; dans les rues peu fréquentées, ily a des amas d'ordures. Sil'on bâtit, l'on gêne les rues, & la nuit rien n'indique le danger aux
paffans; en un mot > nulle part la police n'eft plus mal faite à cet égard; les rues
les calles, les quais font fales & infeéts; ; quelquefois des cloaques répandent une
odeur infupportable : on trouve par-tout des voitures & des chevaux détélés, qui
gênent & faliffent les rues,
La police doit empêcher le bruit, & chacun fait celui qu'il veut. Elle doit empécher les jeux défendus, & nulle part on ne joue avec plus d'audace : les efclaves
eux-mêmes y font publiquement des parties très-chères, & dont la perte ou le
gain eft néceffairement un vol fait à un maître. La police doit veiller à la diftributjon de la viande, & cependant on excède à la boucherie le prix du' tarif, ou bien
l'on ne veut donner de la viande qu'aux domeftiques des gens en place 3 il eft
même reçu qu'on va prier quelqu'un de ces élus, de recommander fon nègre à
l'infpeéteur de police qui eft à la boucherie. On tolérait autrefois que des archers
de police priffent de la viande à la boucherie exclufive, & la revendiffent à un taux
double, , & même plus fort,
La police doit veiller à ce que les boulangers ne vendent pas à faux poids, &
par une fingularité remarquable, il eft des boulangers qui échappent conftamment
à la furveillance, quoique ce ne foit pas ceux dont le public fe plaigne le moins,
Depuis le 2 Août 1780, une ordonnance des Adminiftrateurs a réglé quiln'y
aurait que trente cabarets au Cap, que quatre feulement pourraient vendre "du
tafia, mais pas en moindre quantité que de dix bouteilles, & néanmoins tout le
poids, &
par une fingularité remarquable, il eft des boulangers qui échappent conftamment
à la furveillance, quoique ce ne foit pas ceux dont le public fe plaigne le moins,
Depuis le 2 Août 1780, une ordonnance des Adminiftrateurs a réglé quiln'y
aurait que trente cabarets au Cap, que quatre feulement pourraient vendre "du
tafia, mais pas en moindre quantité que de dix bouteilles, & néanmoins tout le --- Page 513 ---
FRANÇAISE DE SAIXT-DOMINGUE
monde voit, excepté la police, qu'ily a plus de trente cabarets, & le
tafia fe vend à la plus petite mefure > pour lept fous & demi.
qué
Les cabarets doivent être fermés à des heures marquées, &
voilinage d'un cabaret où les nègres m'empêchaient de dormir cependantjaieu le
& même lorfqu'un beau clair de lune ne
long-tems après, >
permettait pas, à tout autre
la
police, de ne les pas voir.
qu'à
C'eft'la mêne bienveillance pour les billards, qui étaient, en 1786, auffi
breux que: les cabarets 3 & pour les cafés : &c il a fallu que des officiers de l'état- nommajor & même M. de: Bellecombe, gouverneur
détachement de troupes.
général, allaffent, avec un.
- pour y faire ceffer
défaftreux.
R
unjeu
On ferait tenté de croire qu'iln'yaau Cap ni gens fans aveu, ni
parce que la police n'en trouve point. Le métier d'aubergifte &c de vagabonds, logeur, eft
celui de quiconque veut le prendre, & les règles ne font pas mieux fuivies fur ce
point que fur les autres,
Quant aux efclaves, il femble que la police n'ait aucune fonétion qui les
regarde. Les nègres vont armés de gros bâtons; ils tiennent des chambres à
ils jouent, ils forment des affemblées, ils violent enfin tous
loyer,
hommes de police font fpeétateurs tranquilles de leurs
lesréglemens, & les
contraventions. Ils arrêtenc
cependant le dimanche quelques nègres de la
plaine 3 qu'ils accufent d'être fans
billets : par fois même ils conduifent à la geole des nègres de la ville
arrêtés. dans quelques patrouilles de nuit, mais ce font des
> qu'ils ont
droit d'impunité, par le.crédit de leurs maîtres
nègres qui n'ont pas le
les
; car ily a tel efclave qui obtient
égards de la police, & fouvent tel archer de police a; parmi les efclaves du
fexe, une proteétrice > qui a auffi. fes créatures.
Quelles font donc les. caufes de tant de défordres ? La
eft le
nombre
d'hommes formant la troupe de police la feeonde, principale la médiocrité trop petie
traitement ; la troifième > le peu d'énergie & de furveillance de la des de leur
de
part officiers
police 2 je veux dire desiofficiers de la Sénéchauffée. In'y a, à préfent le
Cap eft doublé comparativement à 1764, que le même nombre d'agens de que
deux infpeéteurs, dex fergens & huit archers:, au lieu de dix fergens. Parmi police; ces
dix derniers., ily: enia-toujours un qui eft toute lajournée chez le: fénéchal &.
l'autre chez le procureur du. Foi.,. pour exécuter leurs ordres enfait de
infpeéteurs, obligés de rendre des
police. Les
comptes journaliers au commandant, àl l'ordonnateur, 2 au fénéchal, au. procureur du roi, perdent une grande partie de leur tems.
:, au lieu de dix fergens. Parmi police; ces
dix derniers., ily: enia-toujours un qui eft toute lajournée chez le: fénéchal &.
l'autre chez le procureur du. Foi.,. pour exécuter leurs ordres enfait de
infpeéteurs, obligés de rendre des
police. Les
comptes journaliers au commandant, àl l'ordonnateur, 2 au fénéchal, au. procureur du roi, perdent une grande partie de leur tems. --- Page 514 ---
488 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
dans ces CO urfes, auxquelles ils ajoutent des vifites au préfident & au
général du Confeil. Comment huit hommes qui reftent,
procureurles devoirs qu'on leuri impofe ? comment feraient-ils des patrouilles accompliraient-ils de
tous
une ville qui a près d'une lieue d'enceinte dans fa forme
nuit 3 dans
irrégulière? n'eft-on pas
pas certain, au moment où cette patrouille vient de paffer, qu'on ne fera plusinquiété par elle?
Le traitemente eft, depuis 1762, fixé à 2,400 livres pour les infpeéteurs & à
livres pour chacun des autres ; çe qui fait en tout 13,800 livres par an, qui font 900
payées par la caiffe des droits municipaux, c'eft-à-dire, des droits fuppliciés &c
de maréchaufce; on leur fournit, en outre 3 un fufil, une bayonnette, un fourniment & une épée. Les infpeéteurs font obligés d'avoir un uniforme
d'un habit, vefte & culote bleus, boutons d'argent, une aiguillette compofé
l'épaule, & de porter un bâton d'ébène garni d'ivoire en haut &c d'argent fur
troupe eft aufli en bleu avec les boutons blancs & on lui fournit en bas. La
une bandoulière
bleue avec un bordé blanc, aux armes de France &c le mot Police. Enfin ce n'eft
que depuis le mois de Novembre 1785, que le Confeil du Capa loué une maifon
rue Epagnole pour y loger la troupe de police i chaque archer était tenu de fe
loger, à fes frais, auparavant,
Eft-il un individu, connaiffànt Saint-Domingue, qui croye poflible
archer de police y fubfifte & s'habille, &c, avec 900 livres i un infpecteur qu'un avec
2,400? Je fais qu'ils ont des profits de capture & de confifcation, mais
font auffi près du befoin 3 il eft plus sûr encore pour eux de vendre leur lorfqu'ils indulgence que d'attendre des profits incertains. Auffi les exemples de
font-ils journaliers. D'ailleurs quand il y a un fi petit nombre de complaifans prévarication à
acheter, les facrifices font moins grands, Il faut donc augmenter la
troupe, qu'on a
encore obligé à mener les criminels aux exécutions qui ne font pas fuivies de
mort; il faut la payer de manière à engager des hommes qui s'efliment à
ces fonétions. Mais tout cela ne fuffira pas a les officiers de la Sénéchauffée remplir
mettent pas un zèle févère dans la manutention de la police, s'ils ne plient à ne la
loi tous ceux quife font un jeu de l'infulter par leur défobéifiance.
pas
Le voyer, qui a 3,000 d'appointemens depuis 1781, & les revenans bons de fa
place s n'y met pas non plus une grande exaétitude. Il eft guidé dans fa principale
fonction, qui eft l'alignement des rues, 3 par le plan-direéteur qui eft dreffé, changé
& corrigé par l'ingénicur çn chef, d'après les ordres des Adminifirateurs, parce
que
ter par leur défobéifiance.
pas
Le voyer, qui a 3,000 d'appointemens depuis 1781, & les revenans bons de fa
place s n'y met pas non plus une grande exaétitude. Il eft guidé dans fa principale
fonction, qui eft l'alignement des rues, 3 par le plan-direéteur qui eft dreffé, changé
& corrigé par l'ingénicur çn chef, d'après les ordres des Adminifirateurs, parce
que --- Page 515 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-D DOMINGU E. 489
que les villes des Colonies font confidérées comme des places de guerre. Une
copie de ce plan eft dépofée au greffe de la Sénéchauffee. La voirie > proprement
mais
du
de la ville. Ilinfpeête
dite > ne le regarde pas
l'entrepreneur nettoyement
les pavés, règle l'écoulement des ruiffeaux > empêche les ufurpations fur le local
des rues 2 gzc.
s'en douter. En nul
Il faut favoir qu'il exifte un étalonneur-jaugeur juré, pour
lieu du monde, peut-être, on ne vend plus à faux poids & à fauffe mefure qu'au
Cap. Indolence de celui qui a cet emploi, défaut de protedtion dans ceux qui
devraient affurer fes opérations, voilà les caufes de ce nouveau vice de police.
Je dois pourtant convenir qu'il ferait très-difficile que les officiers de la Sénéchauffée puffent remplir leurs obligations en fait de police avec l'exaétitude , la
jufte févérité, & la célérité qu'elles exigent. Le tribunal confomme tout leur tems
pour les affaires civiles & criminelles; ; d'ailleurs la police a encore d'autres parties
eux. C'eft, outre deux audiences de police le mardi & le vendredi de
pour
chaque femaine,l'après midi,cette multitude de plaintes, de débats, de colloques,
qu'il faut écouter, de la part d'efclaves qui fe plaignent de libres, de libres qui fc
plaignent d'efclaves, de blancs qui imputent des faits à des affranchis ou qui font
l'objet des reproches de ces derniers. Il faut manderles uns & les autres, tenir en
quelque forte un tribunal domefique > accommoder, blâmer 3 menacer 2 punir &c
garder dans tous ces cas une mefure qui tienne tout à la fois de l'équité natur
relle & de la juftice légale; employer l'autorité à maintenir la paix publique, fans
en abufer, & ne pas la foumettre au crédit, à la faveur, à la crainte 2 peut-étre.
Tant de foins dans une ville coloniale, où les individus font placés les uns à l'égard
des autres dans des rapports politiques 3 exigent bien des qualités, & caufent une
grande perte de tems. Or le fénéchal, fon lieutenant & le procureur du roi en'ont
à peine affez pour accomplir toutes leurs fonctions de judicature, & pour prononçer
vingt mille jugemens s au moins 2 par année. La police eft donc le patrimoine des
infpecteurs, & ils difukas,loriqyeus-mines auraient befoin d'être conftamment
furveillés.
Dès 1748, on a parlé de l'établiffement d'un lieutenant de police au Cap, où le
befoin qu'on en avait a prodigicufement augmenté. Il fuffirait de connaître toutes
les ordonnances & les réglemens de police, pour être convaincu qu'elle eft trèsimpu'fante, 3 & qu'elle manque de moyens répreffifs. Que faire du vagabond qui,
fa vie errante &z contiarrêté & mis en prifon, finit par en fortir pour reprendre
Tome I.
Q99
de l'établiffement d'un lieutenant de police au Cap, où le
befoin qu'on en avait a prodigicufement augmenté. Il fuffirait de connaître toutes
les ordonnances & les réglemens de police, pour être convaincu qu'elle eft trèsimpu'fante, 3 & qu'elle manque de moyens répreffifs. Que faire du vagabond qui,
fa vie errante &z contiarrêté & mis en prifon, finit par en fortir pour reprendre
Tome I.
Q99 --- Page 516 ---
490 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
nuer à menacer la fociété des mêmes fléaux ? Il faut une perfonne qui ait le foin
unique de la police de cette grande ville, 8c que le gouvernement manifefte d'une
nianière éclatante le deffein de la foutenir contre tous les abus d'autorité, & contre
la ligue des hommes qui croyent que leur dignité s'augmente, par l'impunité
qu'ils accordent à leurs domeftiques, à leurs efclaves. Il faut qu'avec tous les
moyens d'affurer l'ordre, le chef de la police foit refponfable du trouble qu'on y
apportera. Alors, mais alors feulement, on remédiera aux divers monopoles qu'on
croitnuls , parce qu'on ne les éprouve pas perionnellement, &c l'on ne craindra
pius, comme à préfent, de faire le bien, parce qu'il faudrait braver une rumeur
infenfée, qui réclame aveuglément en faveur d'ancieris abus.
C'eft encore le fénéchal qui cenfure les pièces de théâtre &z qui donne des perinifions aux baladins , à ceux qui montrent des optiques, des marionnettes, aux
faifeurs de tours', a ceux qui font des courfes à cheval, &cc. Sans doute qu'on
croit que cette permiflion eft tacitement accordée, pour expofer & vendre des
livres & des eftampes obicènes; cari il n'eft pas de jour de marché des Blancs où les
yeux ne foient bleffés par ces dernières, & où la jeuneffe ne puiffe trouver
auffi à échanger fa précieufe innocence, contre la morale ordurière de livres
dangereux où de dégoutans tableaux fouillent encore la vue.
Pour mieux faire juger de la néceficé d'une bonne police au Cap, il fuffit d'eni
connaître l'importance & la population
a a
Nembre des Maifons 8 Population du Cap.
CETTE viile qui, lors de l'incendie de 1734, n'avait guéres que 400 maifons",
en contenait 587 en 1751 5 627 en 1753 5 817 en 1756; 857 en 1761; 869 en
17645 9I0 en 1766; 1260 en 1783 & 1361 en 1788 , dont 122E dans la ville &
140 dans le faubourg du Petit Carenage, non compris les édifices & les établiffemens publics, qui font au nombre de 79. Le Cap a donc triplé en cinquante ans,
& même cette manière de confidérer fon accroifement, n'eft pas celle qu'il faut
prendre, puifque de belles maifons & des maifons à étages ont remplacé des baraques & des efpèces de chaumières, telles qu'on en voyait dans la Petite-Guinée
& dans le canton du Marécage.
En 1764, on évaluait à 1,688,690 livres, ce que les maifons du Cap produifaient
Le Cap a donc triplé en cinquante ans,
& même cette manière de confidérer fon accroifement, n'eft pas celle qu'il faut
prendre, puifque de belles maifons & des maifons à étages ont remplacé des baraques & des efpèces de chaumières, telles qu'on en voyait dans la Petite-Guinée
& dans le canton du Marécage.
En 1764, on évaluait à 1,688,690 livres, ce que les maifons du Cap produifaient --- Page 517 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE, 492
de loyer, & en 1779, à trois millions; & certainement en 1788, ces loyers s'élevaient à près de cinq millions > quoique le nombre des maifons ne fûr pas doublé
depuis 1764.
Une ordonnance des Adminiftrateurs du 20 OEtobre 1780, renouvellée le 27
Janvier 1787, a donné aux rues du Cap des plaques peintes qui en indiquent le
nom 3 & chaque maifon eft numérotée.
Venons à la population. La paroiffe du Cap avait, d'après les recenfemens;
Blancs.
Affranchis. Efclaves.
En 1692 . e 160 hommes . . 63 femmes . rotal - 257.
1710 . : 335.
52. - 605
1198.
1730 : . .694.
62. : .1749 :
2886:
1749. . 900.
143. . (non marquée)
1658.
1971. . 1020.
271. . .2568.
44641775. - 1105.
.195. . .4257
.6143.
1780. . .1065.
1391. : . 4665
. 7729.
1788. . .1895,
845 :
1264. : 8147 .
12151.
Ces recenfemens ne méritent pas tous une égale confiance. Les plus anciens
peuvent être crus > parce que dans une population faible chacun eft connu & apperçu $ mais à mefure qu'elle s'accroit, les erreurs 3 les omiffions échappent plus
aifément, & malgré la vigilance que M. de Marbois a employée, le recenfement
de 1738 eft fur rent fantif.
Diftinguant la population de la ville, proprement dite 3 de celle de la paroiffe, 9
j'ai des renfeignemens qui m'autorifent à compter la première de la manière
fuivante.
Blancs de tout fexe & de tout âge e
- 3600.
Affranchis .
1400.
Efclaves.
3 I0,000.
15,000.
Voilà la population propre du Cap:mais il fausy: faire des additions pour l'avoir
telle qu'elle exifte.
Q992
.
Diftinguant la population de la ville, proprement dite 3 de celle de la paroiffe, 9
j'ai des renfeignemens qui m'autorifent à compter la première de la manière
fuivante.
Blancs de tout fexe & de tout âge e
- 3600.
Affranchis .
1400.
Efclaves.
3 I0,000.
15,000.
Voilà la population propre du Cap:mais il fausy: faire des additions pour l'avoir
telle qu'elle exifte.
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DESCRIPTIO N DE L A P AR T IE
La garnifon qui ferait de 1,300 hommes tout compris, ne peut être comptée
hom.
dans l'etat ordinaire que pour .
.
I0OO
80 bâtimens de France dans la rade, évaluésà25 individusl'n
dans l'autre . e
.
50 bâtimens américains de 6 hommes chaque
IO autres bâtimens neutres à IO hommes.
IOO
30 caboteurs, paffagers, &c., à 5 hommes. e
hom.
C'eft donc . .
3.550
a ajouter aux 15,000 déjà trouvés, & l'on a environ 18,500 perfonnes pour le
taux de la population habituelle de la ville du Cap, pour le nombre des bouches
qui s'y nourriffent, & auxquelles je n'ajoute pas la maréchauffée, 3 la troupe de
police, ce que contient un feul bâtiment négrier, qu'on peut fuppofer en rade a
les individus de la chaîne publique, &c enfin les voyageurs & les colons des autres
lieux qui s'y trouvent accidentellement, mais qui affurent encore mieux mon
évaluation.
Ce tableau montre lui-même combien on peut compter au Cap d'individus, er
quelque forte étrangers à la Colonie; 8c parmi les 3,600 Blancs, il en eft au moins
un fixième fans nulle propriété mobiliaire où immobiliaire, & qui fpéculent fur
des événemens qui fe réalifent pour les uns, &c dont l'attente trompe beaucoup
d'autres, Primitivement il a fallu envoyer des engagés, puis des fujets pris dans
certains hôpitaux pour maintenir la population de Saint-Domingue, & le Capena
particulièrement profité ainfi que de quelques. colons venus de Saint-Chriftophe &
de Sainte-Croix. Ce fut au commencement du mois de Février 1696, que la
Colonie de cette dernièie Ile arriva au Cap. Elle était compofée de IO foldatsi,
I fergent, 50 hommes portant armes, 3 ou 4 familles & 60 nègres; ils ne
reftèrent pas tous dans cette ville.
Une chole dont on eft très-frappé en confidérant la population de SaintDomingue., c'eft le petit nombre des enfans blancs. La plupart de ceux qu'on
rencontre font faibles s débiles, ,. maladifs.,. & l'ufage d'en envoyer beaucoup en
France eft une caufe qui les rend encore plus rares. Je reviendrai fur cette
obfervation.
On eft naturellement conduit à parler des confommations de la ville du Cap ;
forfqu'on a entretenu de fa population. En 1788, on Y débitait, chaque jour, >
de SaintDomingue., c'eft le petit nombre des enfans blancs. La plupart de ceux qu'on
rencontre font faibles s débiles, ,. maladifs.,. & l'ufage d'en envoyer beaucoup en
France eft une caufe qui les rend encore plus rares. Je reviendrai fur cette
obfervation.
On eft naturellement conduit à parler des confommations de la ville du Cap ;
forfqu'on a entretenu de fa population. En 1788, on Y débitait, chaque jour, > --- Page 519 ---
FRANÇAISE D E SAIN T-DOMINGUE 493
20 ou 22 boeufs dont le poids variait depuis 4,800 livres jufqu'à 6,000, fuivant
l'état de ces boeufs. Les dimanches & lesjeudis font les plus fortes boucheries,
&c les moindres ont lieu'" le vendredi &c le famedi. La tuerie de veaux. n'eft pas
réguliere, &, fouvent même, il fc paffe huit jours fans qu'on en faffe ; mais on
peut cependant calculer que le Cap confomme > chaque mois, 15 veaux pefant
80 livres chacun. Par jour > dix moutons & 25 cabrits ( chevraux ) &c 30
cochons. 25 boulangers employent, chaque jour > 70 barils de farine de 180
livres. Dans cette fourniture de pain, il y en a pour les bâtimens de la rade &c
pour quelques habitations des environs de la ville; en 1783, elle allait prefque au
double > par l'augmentation des troupes françaifes & par la préfence des troupes
efpagnoles ; ces dernières confommaient, à elles feules, 30 barils de farine
parjour.
Du Cap confidéré comme Capitale.
LE Cap eft le lieu plus habité de toute Ia Colonie, & il doit cet avantage a
fon plus grand commerce, qui lui-même eft l'effet de la fituation géographique
du lieu comme portle plus au. vent. Cependant différentes circonftances ont prefque toujours été caufe que la capitale de la Colonie a été placée ailleurs qu'au
Cap. D'abord le premier établiffement ayant été fait à la Tortue 5 le point de la
grande Ille qui lui correfpondait prefque direétement, devint le chef-lieu. Enfuite
la culture du Cul-de-fac fit préférer Léogane au Port-de-Paix. Les inftructions
de M. Deflandes, premier intendant, voulaient que les Adminiftrateurs partageaffent leur réfidence entre. Léogane & le Cap, mais le premier lieu fut préféré
& un fait le prouve, c'eft que les. Adminiftrateurs n'eurent qu'un Iogement
paffager dans un. magalin du roi fur la place-d'armes, 3 jufquen 1734, qu'il brôla;
& que depuis lors. jufqu'à la réfidence de MM. Bory & Clugny au. Cap, en
1762, les chefs logeaient paffagèrement dans des maifons qu'ils louaient ou qu'ils
empruntaient. La beauté du mouillage dui Petit-Goave fit balancer enfuite pendant plus de 50 ans.entreLéogane &. le Petit-Goave, & on finit par leur préférer le:
Port-au-Prince.
Celui-ci perdit enfuite fes droits > pendant Ia guerre de 1756; car M. de Bory,
reçu gouverneur-général au mois de Mars 1762, & M. de Clugny fon collègue,
réfidèrent au Cap, ainfi que M. de Belzunce. L'ordonnance du 24 Mars 1763,)
ave fit balancer enfuite pendant plus de 50 ans.entreLéogane &. le Petit-Goave, & on finit par leur préférer le:
Port-au-Prince.
Celui-ci perdit enfuite fes droits > pendant Ia guerre de 1756; car M. de Bory,
reçu gouverneur-général au mois de Mars 1762, & M. de Clugny fon collègue,
réfidèrent au Cap, ainfi que M. de Belzunce. L'ordonnance du 24 Mars 1763,) --- Page 520 ---
494 DESCRIPTIO N E LA PA R T IE
décida que les deux Adminiftrateurs réfi.leraient au auCap; & M. d'Eftaing y
eut, en effet, faprincipale réfidence. Mais en nommant M. le prince de Rohan
on renditau Port-au-Pince fon titre de capitale qu'il conferve de droit, quoique
dans lei fait, ce titre n'appartienne qu'au Cap, où la guerre néceffitera toujours le
féjour des chefs. On les y a vus depuis 1778 jufqu'en 1785Dans tous les tems ila toujours été enjoint au général & à l'intendant de partager
leur réfidence entre la capitale de la Colonie &c le Caps notamment par les inftructions de MM. de Chateaumorand &c Mithon, du 26 Août 1716, par celles de
MM. Fayet & Duclos du 2I Juillet 1732, & par celles de MM. de Larnage 8z la
Chapelle, du IO Juin 1737 qui leur prefcrit de féjourner , chaque année, quatre
mhois anl Caps & il eft même. des inftructions qui veulent un partage égal. La
pofition du Port-au-Prince qui le place à-peu-près au milieu des deux extrémités
de la Colonie, lui ont obtenu la préférence que réclame le Cap, lorique la crainte
del'ennemi plus forte que les inconvéniens intérieurs veut que les Adminiftrateurs
foient à portée de commaniquer avec les chefs des armées &z des efcadres & de
combiner les préparatifs & les mouvemens qui ont pour objet, ou la confervation de la Colonie ou des entrepriles hoitiles fur d'autres points.
EX
Etat-major 8 Oficiers dAdminipration du Cap.
LE Cap, dont l'établiffement ne remonte que vers 1671, n'eut point de chef
militaire particulier avant 1679, que M. de Franquefnay y fut placé comme
lieuténant de roi, Il commandait ce qu'on nommait alors le Quartier du Cap,
c'eft-à-dire, ce qui eft, à préfent, entre le Port Français & la rivière du Maffacre.
En 1695, on homma un gouverneur du Cap 8 comme c'était l'ancien gouverneur de l'ile Sainte-Croix dont la Colonie avait été tranfportée au Cap, M. de
Boilfyraimé reçutle titre de gouverneur de Sainte-Croix & du Cap, Il eut fa réfidence dans cette dernière ville & comprit alors la Sénéchauffée du Port-de-Paix
dans le reffort de fon gouvernement. La place de gouverneur a ceffé en 1763,
dans la pérfonné de M. de Chaftenoye fils. Trois de ces gouverneurs du Cap, &
qui l'étaient réellement de la Partie du Nord entière, furent lieutenans au
govemement-gééral. Ce font M. de Charritte, & MM, de Chaftenoye père &c
fils; ils curent le Cap pour réfidence.
uffée du Port-de-Paix
dans le reffort de fon gouvernement. La place de gouverneur a ceffé en 1763,
dans la pérfonné de M. de Chaftenoye fils. Trois de ces gouverneurs du Cap, &
qui l'étaient réellement de la Partie du Nord entière, furent lieutenans au
govemement-gééral. Ce font M. de Charritte, & MM, de Chaftenoye père &c
fils; ils curent le Cap pour réfidence. --- Page 521 ---
F R A N.Ç AISE E DE SAINT-DOMINGUE,
L'ordonnance de 1763, qui fupprimait les gouverneurs particuliers &c les remplaçait par des commandans en fecond ; fixant le gouverneur-général au Cap,
cette ville ne devait point avoir de commandant en fecond, cependant des vues
particulières y firent garder M. de Thorenc & depuis ily a toujours eu un
commandant en fecond de la Partie du Nord, réfidant au Cap.
La licutenance de roi commencée à M. de Franfque(nay en 1679, fupprimée
en 1763, rétablie le I5 Mars 1769 par une ordonnance du roi qui charge le
major de la légion de Saint-Domingue d'en faire les fonétions s ce qui a duré
juiqu'à ce qu'une autre ordonnance du 17 Mars 1771 ait rérabli un lieutenant de
roi titulaire ; n'a ceffé qu'à M. le chevalier du Grès, par l'ordonnance du 20
Décembre 1783 qui a changé le titre de lieutenant de roi en celui de commandant
particulier.
On crut utile d'avoir un major au Cap. Le premier fut le célèbre Laurent de
Graff, en 1690. Cette majorité fopprimée en 1763, rétablie le 15 Mars 1769,
fupprimée par l'ordonnance du 16 Mars 1771, rétablie le 15 Avril 1776, a été
fupprimée de nouveau le 20 Décembre 1733 2 lorfqu'elle était remplie par M. de
la Plaigne.
Le Cap eut fon premier aide-major en 1688. Cette place fut aufli fupprimée en
1763 & r tablie en 1769 ; il y a maintenant deux aides-majors, parce qu'il en a
été créé un fecond le 18 Mai 1787.
Le Capa eu. aufli deux majors-généraux des troupes & milices de la Partie du
Nord.; trois des majors-généraux de la Colonie y ont été fixés, ainfi que plufieurs
des aides-majors-genéranx.
Lorfque l'intendant n'a pas eu fa réfidence au Cap, cette ville a toujours eu,
depuis 1721, un commiflaire ordonnateur, , & fuccellivement plufieurs commifaires, fous-commifhires &c écrivains de la. marine , chargés des différens
détails du fervice > même de celui des troupes pour lefquelles on n'a vu des commiffaires de guerre qu'en 1763. Le commiffaire ordonnateur des guerres était
pareillement établi au Cap.
Cette ville confidérée comme une fubdélégation de l'intendance, a depuis
1738 un greffe de la fubdélégation, qui eft le dépôt de tous les aêtes faits par
les, Adminiftrateurs & qui intéreffent les parties de l'adminiftration qui ne font
ni militaires ni judiciaires. C'eft là que font mis auffi tous les procès-verbaux
& les plans des arpenteurs qui meurent ou qui s'abfentent, & les recenfemens
Cap.
Cette ville confidérée comme une fubdélégation de l'intendance, a depuis
1738 un greffe de la fubdélégation, qui eft le dépôt de tous les aêtes faits par
les, Adminiftrateurs & qui intéreffent les parties de l'adminiftration qui ne font
ni militaires ni judiciaires. C'eft là que font mis auffi tous les procès-verbaux
& les plans des arpenteurs qui meurent ou qui s'abfentent, & les recenfemens --- Page 522 ---
496 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
feurnis par les Colons pour chaque année. C'eft encore un fervice rendu par
Larnage & Maillart, qui ont voulu faire trouver aux habitans de la Partie du
Nord plus près d'eux les titres de leurs propriétés froncières, & divers actes relatifs à
a
l'ufage de ces propriétés, foit quant aux chemins, aux diftributions d'eau, aux
travaux fur les rivières, foit enfin à plufieurs autres matières, toutes également
importantes pour eux & même pour l'intéret public, parce qu'on y trouve auffi ce
qui concerne la formation des paroiffes 3 la nomination de plufieurs prépofés
dans les différentes branches de l'adminiftration générale de la Colonie, &
jufqu'aux preuves de l'état des affranchis.
Partie militaire. Garnifen du Cap.
DEPUIS 1763, il y a un ingénieur en chef de la Partie du Nord, qui habite
la ville du Cap, ainfi que le commandant de l'artillerie de la Colonie. On y
voitauffi un garde-magalin de la marine. Pendant quelque tems il y avait un gardemagafin de la marine diftinét de celui qu'on nommait alors garde-magafin principal, , & qui était chargé des vivres &x effets, mais ces deux places ont été
réunies depuis la paix de 1783, > comme auparavant. Ily a aufli un garde-magafin
d'artillerie, établi par une lettre du Miniftre, du 5 Août 1771, avec 3,000 liv.
tournois d'appointemens.
Le Cap a toujours eu une garnifon depuis la fin du fiècle dernier. Elle ne fut
compofée jufqu'en 1762 que de plufieurs compagnies des troupes détachées de
la marine, d'abord au nombre de deux, puis portées à trois 8c augmentées de
quelques fuiffes, dont 60 étaient au Cap. Ces trois compagnies étaient fi réduites
au mois de Juin 1718, que les milices du Cap faifaient la garde la nuit pour
foulager les 50 foldats qui reftaient. En 1762 l'on envoya des régimens tirés de
l'armée de ligne 3 & où l'on incorpora en 1766 ces troupes détachées de la
marine. En 1766 on créa une légion de Saint-Domingue > dont une partic était
au Cap. Enfin on établit deux régimens pour la Colonie, dont un du nom du Cap
fut deftiné à la garnifon fédentaire de cette ville, où il fut formé le 31 Janvier
1773, &c où il fit bénir fes drapeaux le 26 Avril fuivant. Il doit être,. au complet,
de 1,214 hommes, tout compris fur le pied de paix. Son uniforme eft bleu,
paremens & collet de drap verd, revers bleu, liféré verd, boutons timbrés
d'une
tablit deux régimens pour la Colonie, dont un du nom du Cap
fut deftiné à la garnifon fédentaire de cette ville, où il fut formé le 31 Janvier
1773, &c où il fit bénir fes drapeaux le 26 Avril fuivant. Il doit être,. au complet,
de 1,214 hommes, tout compris fur le pied de paix. Son uniforme eft bleu,
paremens & collet de drap verd, revers bleu, liféré verd, boutons timbrés
d'une --- Page 523 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
d'une ancre & les épaulettes d'argent. Le fervice journalier de la place du Cap
& de T'hôpital, en tems de paix, exige 80 hommes &c 3 officiers, non compris la comédie.
Quant à l'artille: rie, ily y avait, avant 1762, deux compagnies de bombardiers,
dont une était au Cap où elle fut commandée par M. de l'Ile-Adan, &
enfuite par M. de Fontenelle. Quand M. de Belzunce arriva, amenant deux compagnies du. corps royal fous le commandement de M. de Villarfon, lieutenantcolonel, M. de Fontenelle demeura commandant des bombardiers, qu'on
incorpora cépendant dans le corps royal., lors de la formation de la légion
de Saint-Domingue en 1766. Le roi créa de nouveau, en 1768, deux compagnies de 1OO hommes chacune 3 fous le titre de canomien-bonbardima, qu'on
augmenta d'une troifième compagnie en 1771. C'eft de cette artillerie coloniale
que s'eft formée, en 1784, la majeure partie de la brigade aétuelle. On vit
cependant arriver, à la fin de 1775, cinq compagnies du régiment de Metz,
du. corps royal, & une compagnie d'ouyriers, le tout fous les ordres d'un
Hieutenant-colonel &x d'un chef de brigade. Deux compagnies, les ouvriers &
l'érat-major demeurèrent au Cap. Cette troupe a repaffé en France en 1783.
Des Milices du Cap.
EN rendant compte de la force armée qui exifte au Cap, il elt naturel de
citér les milices qui s'y trouvent & qui forment prefque la totalité de celles
de la paroiffe.
Les milices font auffi anciennes que la Colonie 3 puifque les premiers français
quiy parurent avaient les armes à la main & des chefs qu'ils fe donnaient euxmêmes. Le plus brave était fûr de fixer ce choix
volontaire, > & ce ne fut
qu'avec un commencement d'organifation que les commandans militaires s'emparérent de la nomination des officiers de milices. Nous avons vu
que çes
premiers officiers étaient les juges nés de leurs concitoyens: 3 & que même
lorfqu'il y eut des Senéchauffées & des Confeils fupérieurs , la magiftrature & la
milice pouvaient réclamer les mêmes individus.
La milice du Bas du Cap comptair 134 hommes en 1688,220 en 1696.
En 1705 la milice fut formée en régimens, & en 1710 la Partie du Nord en
avait trois d'infanterie & un de cavalerie.
Tome I.
Rrr
leurs concitoyens: 3 & que même
lorfqu'il y eut des Senéchauffées & des Confeils fupérieurs , la magiftrature & la
milice pouvaient réclamer les mêmes individus.
La milice du Bas du Cap comptair 134 hommes en 1688,220 en 1696.
En 1705 la milice fut formée en régimens, & en 1710 la Partie du Nord en
avait trois d'infanterie & un de cavalerie.
Tome I.
Rrr --- Page 524 ---
DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
D'abord, & durant très-long-tems, chacun fe préfentait avec fes vêteme ns
ordinaires &c fes armes, & les officiers eux-mêmes n'étaient diftingués que par
le hauffe-col, l'une des plus anciennes décorations imilitaires. La vue des troupes
réglées , la fupériorité à laquelle elles prétendaient, l'opinion que l'on attachait
à Puniforme , donnèrent enfin l'idée d'en avoir un dans la milice.
Ce fut vers 17I0 que fes officiers prirent l'uniforme des garde-côtes >
l'habit blanc, collet 3 paremens & doublure rouges i car le fimple foldat
n'était point en uniforme.
En 1723 la ville du Cap montra 374 miliciens. Au mois de Juin 1725, M.
de la Rochalard, gouveraeur-général, retint l'ordre du roi qui permettait à la
milice-cavaleric, faute de trompette > de battre à la dragonne. Les jeunes gens
difait-il, auraient cru que toutes les folies qu'ils auraient faites étaient des attributs
de leur nom, E3 cela dost être évité dans U1 pays où le Joleil agit de plus près fur
toutes les cervelles.
En 1732, les régimens furent fupprimés & les milices remifes en compagnies
indépendantes 5 & le Cap étant déjà devenu la ville la plus confidérable &z la
plus civilifée de la Colonie, il y eut une forte d'émulation parmi les divers
capitaines pour avoir de belles compagnies,
Dans la même année 1732, M. Beaujeau, autorifé par M. de Vienne, gouverneur-général, venait de former la compagnie des grenadiers > avec habit, 2
collet & revers écarlate, boutons &
vefte & culottes blanches 2 paremens 3
épaulettes d'argent. Quelques années après, parut celle des carabiniers avec un
habit écarlate, galonné d'un galon à treffe d'argent, paremens, collet &x revers
bleu de roi, retrouffis, boutons & épaulettes d'argent. M. Defmé Dubuiffon 3
renchérir far ces deux compagnies, en forma une de fufiliers le 17 Janvier
pour 1740. Elle portait habit bleu, paremens > collet, vefte, culotte & bas rouges 3
l'habit & la vefte galonnés en plein en orx boutons furdorés, chapeau bordé en
or, cocarde bleue & rouge. Cette compagnie avait deux tambours & deux fifres
nègres, & elle prit un drapeau avec une croix de fatin blanc femée de fleurs de
lis d'or, & les quatre coins 2 par oppofition > bleus & rouges. L'habillement &
l'armement des 52 hommes de cette compagnie > les tambours & les fifres.,
coûtèrent plus de 50,000 mille francs. Dans ces commencemens; > la compagnie
de dragons prit auffi un uniforme bleu de roi galonné d'or, paremens & collet
vefte &c culotte blanches,
du cheval bleu galonné d'or,aing
rouges,
l'équipage
que le chapeau &c l'aiguillette.
us & rouges. L'habillement &
l'armement des 52 hommes de cette compagnie > les tambours & les fifres.,
coûtèrent plus de 50,000 mille francs. Dans ces commencemens; > la compagnie
de dragons prit auffi un uniforme bleu de roi galonné d'or, paremens & collet
vefte &c culotte blanches,
du cheval bleu galonné d'or,aing
rouges,
l'équipage
que le chapeau &c l'aiguillette. --- Page 525 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
Les milices fupprimées en 1764, époque où toutes celles du Cap avaient un
uniforme, reproduites un inftant par M. d'Eftaing, furent rétablies par une
ordonnance du roi du Ier. Avril 1768, qui fit un commandant, un major &
un aide-major des milices de chaque paroiffe. Cet état-major prit au Cap
l'habit bleu galonné d'or, vefte, culotte, paremens & collet blancs, & les
diverfes compagnies reparurent avec les uniformes qu'elles voulurent adopter.
On vit renaître la compagnie des grenadiers, celle des carabiniers &c celle des
dragons à cheval avec leur ancien uniforme. Une feconde compagnie à cheval
fe forma fous le nom de gendarmes avec habit écarlate galonné d'or, ainfi
le chapeau & l'équipage du cheval ; paremens, collet & revers de velours noir, que
épaulettes d'or & un trompette comme les dragons à cheval; ; Cette compagnie
fe reproduifait telle qu'elle avait été un moment fous les ordres de M.
Une
d'Eftaing,
nouvelle ordonnance, du mois de Décembre 1776, mit les milices en
bataillon. Le Cap donna fon nom à l'un d'eux, & l'on vit fon état-major qui
garda l'uniforme de 1768, compofé d'un commandant, d'un commandant en
fecond, d'un major, de quatre aides-majors, d'un chirurgien-major & d'un
tambour-major, Cet état de chofes a duré jufqu'en 1787.
On voyait alors la compagnie des grenadiers, celle des carabiniers,
quatre
compagnies de fufiliers blancs, en habit bleu, paremens, collet, doublure, vefte
&x culotte blanches 3 boutons & épaulettes d'argent ; une compagnie de canonniers habit bleu, collet, paremens & doublure écarlate 3 vefte & culotte
blanches, 3 boutons & épaulettes d'or ; une compagnie de volontaires avec l'habit
écarlate galonné d'un galon à treffe d'or, paremens, collet & revers de velours
vert, la doubluré en croifet vert, vefte 8c culotte blanches, boutons, retrouffis
& épaulettes d'or ; une compagnie de dragons à pied > habit vert-dragon, doublure pareille 2 paremens & collet écarlate. boutons &c épaulettes d'or, cocarde
& plumes noires, 3 brodequins de veau noir; une compagnie de chaffeurs, habit
ventre de biche > doublure de même, collet & paremens vert-faxe, vefte &
culotte blanches, boutons > épaulettes & retrouffis d'argent, brodequins de veau
noir; une compagnie de mulâtres & autres fang-mé'és libres, habit bleu,
mens, collet, revers & doublure jaunes. 3 boutons & épaulettes d'argent, pare- vefte
& culottes blanches; ; une compagnie de nègres libres, habit bleu,
& collet écarlates, doublure blanche ainfi que la vefte & la culotte, paremens boutons
& épaulettes d'argent ; 8 enfin les deux compagnies à cheval de dragons & de
gendarmes dont j'ai parlé,
R F F 2
libres, habit bleu,
mens, collet, revers & doublure jaunes. 3 boutons & épaulettes d'argent, pare- vefte
& culottes blanches; ; une compagnie de nègres libres, habit bleu,
& collet écarlates, doublure blanche ainfi que la vefte & la culotte, paremens boutons
& épaulettes d'argent ; 8 enfin les deux compagnies à cheval de dragons & de
gendarmes dont j'ai parlé,
R F F 2 --- Page 526 ---
500 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Cette bigarrure d'uniformes qui était un affaut de luxe & qui était peut-être
Ja chofe qui attachait le plus à la milice 3 a difparu par l'exécution de l'ordonmance du roi du ger. Janvier 1787. Le commandant des milices de chaque
paroiffe eft le capitaine que ie gouverneur-général choifit. Il a un aide-major
fous fes ordres. Chaque compagnie eft de 5C hommes, In'y a plus de différence
qu'entre linfanterie & les dragons à cheval blancs, les dragons à cheval de
couleur & les blancs des compagnies d'artillerie.
Dans la Partie du Nord, toute l'infanterie a Phabit blanc, vefte & culotte
blanches, boutons blancs, poches en long, doublure blanche, paremens & revers
bleus; toute la cavalerie blanche, habit rouge 3 vefte, culotte, doublure, boutons
paremens & revers blancs'; toute la cavalerie de gens de couleur, furtout de
Nankin, paremens & revers rouges. Quant à l'artillerie, elle porte l'uniforme
qu'a ce corps en France, excepté que le bouton eft uni & fans numéro.
Les milices du Cap fe font diftinguées en plufieurs occafions par leur zele
& leur courage. Lors de l'attaque de Léogane en 1702, elles marchérent à forr
fecours. Elles allaient à celui de Saint-Louis en 1748, & étaient déjà rendues
au Petit-Goave, mais, la fubite reddition de cette place rendit vain leur entier
dévouement.
Une compagnie de nègres libresdu Cap marcha en 1697 au fiège de Carthagène,
commandée par Pierre d'Imba, négre que j'ai cité dans la defeription de Limonade, & fous les ordres de M. Dupaty.
On comptait en 1718, 900 hommes portant armes dans toute la dépendance
du Cap, & les milices de cette feule paroiffe en comprenaient 450, en 1750.
Le contrôle de 1788, faie monter la milice du Cap à 1,600 hommes. Il faut
confidérer que c'eft le lieu de toute la Colonie où ily a le plus de perfonnes que
leur état difpenfe de ce fervice, & où eft auffi le plus grand nombre de celles qui
échappent aux recherches qu'on ne fait jamais exaétement en tems de paix, ou
qui trouvent des prétextes pour en être difpenfées.
En général, les officiers de milice font très-jaloux de l'efpèce de fupérioriré
que leur donne leur emploi, & plus encore de leur épaulette mais le fentiment
contraire agite les miliciens. Les chefs militaires fe font habilement fervis de
l'amour - propre des officiers de milices, &c ils en ont fait fouvent de fars
conduéteurs, pour la tranfmiffion des effets de leur fyftême un peu defpotique.
Ces détails font dans T'hiftoire, ainfi que ceux des événemens dont le rétablif
fement des milices a été accompagnéen 1768, & dans les deux années fuivantes,
tte mais le fentiment
contraire agite les miliciens. Les chefs militaires fe font habilement fervis de
l'amour - propre des officiers de milices, &c ils en ont fait fouvent de fars
conduéteurs, pour la tranfmiffion des effets de leur fyftême un peu defpotique.
Ces détails font dans T'hiftoire, ainfi que ceux des événemens dont le rétablif
fement des milices a été accompagnéen 1768, & dans les deux années fuivantes, --- Page 527 ---
FRANÇAIS SE DE SAINT-DOMINGUE 5ox
- U - =
Des Médecins, Cbirurgiens ES Apotbicaires.
L'EXEMPTION du fervice des milices, me rappele Ies médecins , les chirurgiens
& les apothicaires, Ce n'a été que) par l'ordonnance du rer: Janvier 1787,
que
les droits des chirurgiens, 2 à cette exemption, ont enfin été réglés, On ne Ia
faifait porter auparavant que fur les chirurgiens brevetés, foit pour le fervice des
hôpitaux du roi, foit pour celui de P'Amirauté, foit enfin pour celui des milices.
On ne pourra jamais s'étonner affez, qu'on ait cru pendant un fiècle, qu'on devait
aftreindre à un fervice militaire perfonnel, des hommes confacrés à foigner Phumanité fouffrante, &c que lon pouvait ou faire attendre le malade 3 ou le condamner
à la mort, pour avoir un homme de plus à une revue 9 fouvent inutile
3 ou dans
un corps-de-garde durant la guerre. Enfin cette barbare ineptie a cédé aux clameurs qui la pourfuivaient depuis fi long-tems.
On ne peut douter qu'il n'y ait eu des chirurgiens à Saint - Domingue, dès
l'origine de la Colonie, mais les médecins n'ont dô y arriver
qu'après ; parce
ces derniers, moins nombreux par-tout que les chirurgiens, ne fe rencontrent que
dans les lieux où ily a déjà une civilifation marquée. Le Ier., médécin que
auquel
on paraît avoir accordé de la confiance au Cap, fàt M. Dautun , qui y
en.
exerçait
1710, quiétait employé dans les aétes publics &z légaux & qu'on appelait même
médecin du roi, quoique le 1", qui ait eu ce titre foit M. Fontaine, doéteur de la
faculté de Montpellier que le roi nomma par brevet du 6 Oétobre 1714, & qui
fut reçu au Confeil du Cap le 27 Mars 1715. Après lui vint, en 1719, M. Du
Valain, médecin du Havre-de-Grace, puis M. Poupée Defportes ; depuis il
a toujours eu un médecin du roi au Cap. On le confidère comme le chefdes y
médecins > qui font plus ou moins nombreux ; c'eft du moins lui quiexamine autres les
médecins qui fe préfentent pour exercer dans la Partie du Nord: Ilya a au Cap,
depuis long-tems, quatre ou cinq médecins 3 outre le médecin du roi.
Ony a toujours vu un Cbirurgien-major ou chirurgien du roi, depuis M. Clerin
Deflauriers nommé le premier, par brevet du Ier. Novembre 1720. Ily a un,
chirurgien-major del l'Amirauté, un chirurgien-major du régiment du Cap, un de
l'artillerie 2 un des milices, & deux ou trois autres brevetés fous diverfes dénominations. On compte dans ce moment vingt autres chirurgiens dans cette ville,
decin du roi.
Ony a toujours vu un Cbirurgien-major ou chirurgien du roi, depuis M. Clerin
Deflauriers nommé le premier, par brevet du Ier. Novembre 1720. Ily a un,
chirurgien-major del l'Amirauté, un chirurgien-major du régiment du Cap, un de
l'artillerie 2 un des milices, & deux ou trois autres brevetés fous diverfes dénominations. On compte dans ce moment vingt autres chirurgiens dans cette ville, --- Page 528 ---
3o2 DESCRIPTIO N D E L A PARTIE
Il eft douloureux d'avoir à dire que cet effaim d'Efculapes 3 n'eft pas toujours
armé contre la mort. A Dieu ne plaife que je veuille refufer de juftes éloges a
quelques fujets quiles méritent par leurs talens & leur conduite délicate; maisje ne
les prodigue point affez, pour les étendre jufqu'à ces fraters qui ont révé dans une
traverfée ou en faifant les recouvremens du navire fur lequelils étaient embarquéss
qu'ils font devenus médecins, chirurgiens, chimiftes 3 pharmaciens, dentiftes &x
accoucheurs, & qui, avec l'audace du charlatan, moiffonnent & les hommes &
Pargent, & indignent ceux qai favent combien l'étude de l'homme malade eft
difficile, 8ccombien l'ignorance eft, en ce genre > voifine de l'affaflinat.
Depuis l'ordonnance du mois de Mars 1763, 1 il y a un apothicaire du roi au Cap,
& l'on y trouve en outre douze autres apothicaires ou droguiftes. Cette partie eft
aufli livrée aux plus grands défordres. L'ordonnance de MM. de Reynaud & Le
Braffeur, du 3 Novembre 1780, fur les poifons, eft inexécutée, malgré fon importance, & les apothicaires qui ignorent 3 pour leur feul intérêt, que des
médicamens décompofés font toujours dangéreux, puifque leur moindre inconvénient eft de ne pas produire d'effet, lors même qu'ils n'en caufent pas un contraire à
celui qu'on en attend 1 vendent impunément les drogues les plus défeétueufes. On
fent allumer fon indignation, quant on fait que toutes ces prévarications coupables
trouvent des excufes & même des appuis. Qui que vous foyez qui les tolerez,
je vous dénonce à l'humanité entière & je n'en excepte pas le gouvernement qui
les connait &c qui ne prend pas un bras de fer pour anéantir de tels ennemis de
l'efpèce humaine.
Le roi avait nommé un médecin accoucheur le 25 Avril 1775, & qui s'était
établi au Cap. Il devait former des fage-femmes, & rien n'était plus néceffaire,
Une ordonnance de MM. de Reynaud &c Le Braffeur du 18 Janvier 1781, a pris
des mefures pour étendre cette inftruction, fans laquelle on continuera à facrifier
des mères & des enfans. Le médecin-accoucheur du Cap eft mort. L'ony trouve
des fage-femmes. Deux dentiftes font auffi réfidant au Cap & y font occupés, quoique les dents foient paffablement belles à Saint-Domingue. Mais les négresfur-tout,
font trop imprévoyans fur les courans d'air, fur les effets du ferein, tur les contraftes de l'atmofphère pour n'être pasexpofés à les perdre &z à en fouffrir
beaucoup.
Enfin l'on trouve auffi au Cap un artifte vétérinaire. M. de Boynes, convaincu
de l'utilité dont ferait pour des Colonies, des hommes occupés de conferver des
ient paffablement belles à Saint-Domingue. Mais les négresfur-tout,
font trop imprévoyans fur les courans d'air, fur les effets du ferein, tur les contraftes de l'atmofphère pour n'être pasexpofés à les perdre &z à en fouffrir
beaucoup.
Enfin l'on trouve auffi au Cap un artifte vétérinaire. M. de Boynes, convaincu
de l'utilité dont ferait pour des Colonies, des hommes occupés de conferver des --- Page 529 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
animaux qu'on y paye fi chers & dont le remplacement eft quelquefois impoffible,
chargea l'école vétérinaire d'Alford de former des fujets, aux dépens des Colonies,
où ils s'engageraient de refter pendant 12 ans. C'eft ainfi que Saint-Domingue en
aeu deux, M. Dutilleul, qui y eft mort, & M. Gelin. Ily a long-tems que
l'opinion publique réclame en faveur de M. la Pole un brevet de vétérinaire, *
pour récompenfer les travaux conftamment utiles de cet artifte.
De la Cbambre dAgriculture.
UN établiffement très-remarquable, parmi ceux du Cap, c'eft la Chambre
d'Agriculture. Depuis trente ans, le Confeil Supérieur de la Martinique avais
demandé que les Colonies euffent en France des députés, chargés d'y expofer
leurs befoins, d'y fuivre leurs demandes, d'y foutenir même leurs intérêts; mais
cette follicitation, trouvée hardie, n'avait eu aucun fuccès, lorfqu'au mois de
Juillet 1759, des arrêts du Confeil d'État établirent des Chambres mi-parties
d'Agriculture & de Commerce, dans quelques Colonies. Saint-Domingue en eût
deux, > dont l'une fut placée au Cap.
Quatre habitans & quatre négocians la compofaient 3 elle avait pour attribution:
tout ce qui avait rapport au commerce & à la culture, & le droit de nommer un
député de la Colonie avec entrée & féance au bureau de commerce à Paris
commeles autres députés des principales villes duroyaume. Ce plan qui prétendait 3
à l'union des inconciliables & qui donnait pour préfident à des hommes, dont
l'opinion devait être libre > l'intendant ou l'ordonnateur qu'ils ne pouvaient
confidérer que comme un furveillant ne produifit que des querelles & des
diffentions > & il fallut le changer. C'eft ce que fit l'ordonnance du 24 Mars 1763
qui créa deux Chambres d'Agriculture qui ne devaient être compofées que? de
fept colons Créols ou ayant habitations. Tout. cc qui concerne la population, les.
défrichemens , l'agriculture > la navigation, 3 le commerce extérieur & intérieur 3
les communications au-dedans 3 les canaux,. en. un mot. y tout ce qui peut contribuer à l'amélioration, aux progrès & à la fureté de la Colonie * font du reffort
de la Chambre d'Agriculture qui,doit remettre. un: double. de fes mémoires aux
Adminiftrateurs, & qui conferve, comme les anciennes, une. correlpondance:
avec le député de la Colonie.
> la navigation, 3 le commerce extérieur & intérieur 3
les communications au-dedans 3 les canaux,. en. un mot. y tout ce qui peut contribuer à l'amélioration, aux progrès & à la fureté de la Colonie * font du reffort
de la Chambre d'Agriculture qui,doit remettre. un: double. de fes mémoires aux
Adminiftrateurs, & qui conferve, comme les anciennes, une. correlpondance:
avec le député de la Colonie. --- Page 530 ---
504 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Mais la fonétion la plus délicate confiée aux Chambres d'Agriculeure, c'eft
l'avis qu'elles doivent envoyer au miniftre , à chaque mutation de gouverneurgénéral ou d'intendant, fur fon adminiftration, en parlant de fon caraétère, de
fes talens, de fes fautes, de fa probité > &c du bien ou du mal gu'il aura produit
pendant fon adminiftration.
La Chambre d'Agriculture a eu de faibles commencemens 3 compofée d'ane
manière qui a prefque toujours été contraire à l'efprit de fon inftitution, -c'eft
furtout dans l'origine que la gêne dont on s'eft plû à l'environner a eu le plus
d'influence. Elle a cependant produit une centaine de mémoires fur divers fujets
plus ou moins intéreffans & parmi lefquels il fe trouve des vues très-utiles & des
traits qui montre que le courage ne lui a pas toujours été étranger. Je dois même
dire que fes membres ont eu quelquefois befoin d'en avoir de plus d'an genre.
Pour peu qu'on connaiffe Saint Domingue & le gouvernement colonial ; on
k
croira ailément qu'un érabliffement qui avair pour un de fes motifs, le défir de
connaitre la conduite des Adminiftrateurs, par l'examen que la Chambre d'Agriculture avait droit d'en faire > pourvu gu'il fàt fecret pour tout autre' que le
minifre , n'a pas dû être toujours à l'abri de l'autorité dont eles devait juger
l'ufage. C'était même un calcul affez fimple de la part de ceux qui redoutaient fa
cenfure, de travailler à lui donner d'avance 'un caraélère de récrimination.
L'hiltoire aura done 3 à cctégard, des traits à citer.
Je fuis loin de vouloir que la Chambre d'Agriculture puiffe s'ériger en école
de calomnie i je fens qu'il faut que le mal comme le bien qu'elle rapporte foit
appuyé par des faits 3 mais je voudrais en même-tems 3 que quiconque attenterait à la liberté de fon opinion fût frappé par une peine publique. L'équité
voudrait que far les chofes qui compromettent l'Adminiftrateur vivant, le miniftre
Jui fournit le moyen de fe juftifier auffi par des faits; mais, encore un coup 3 le
devoir de la Chambre eft affez beau, il importe aflez à l'intérêt public pour qu'il
dût être facré, Et qu'on n'oublie jamais que c'eft à la Chambre d'Agriculture
du Cap qu'en doit la première imprimerie qui a exifté à Saint-Domingue.
Elle s'affemble d'ordinaire dans la mailon de fon fecrétaire qui a pour traiterent 6,200 livres dans lefquelles eft comprife la dépenfe d'un local pour ces
affemblées, C'eft toujours parmi les avocats du Confeil du Cap que le
fecrétaire a été choifi, & j'exerçais cet honorable profeffion lorfque J'ai été
fccrétairc-adjoint de la Chambre d'Agriculture du Cap,
De
ifté à Saint-Domingue.
Elle s'affemble d'ordinaire dans la mailon de fon fecrétaire qui a pour traiterent 6,200 livres dans lefquelles eft comprife la dépenfe d'un local pour ces
affemblées, C'eft toujours parmi les avocats du Confeil du Cap que le
fecrétaire a été choifi, & j'exerçais cet honorable profeffion lorfque J'ai été
fccrétairc-adjoint de la Chambre d'Agriculture du Cap,
De --- Page 531 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 505
Ogo
De la Cbambre de Commerçe.
EN décrivant la première Section , j'ai indiqué le lieu où s'affemble la
Chambre de Commerce ou la Bourfe. Depuis quelques années fon zèle s'eft
réveillé, & fans vouloir donner à cette réunion le caraétère d'une corporation
légale le gouvernement l'a.maintenue & même protégée dans certaines circonftances. La Chambre de Commerce du Cap a un direéteur & quatre fyndics en
exércice, a un fyndic correfpondant en France & un fecrétaire. Les anciens
direéteurs & les anciens fyndics qui doivent devenir direéteurs dans l'ordre de leur
exercice 3 en font membres. La Chambre s'affemble à la bourfe, tous les mardis,
à quatre heures de l'après-midi. Là on s'occupe d'affaires de commerce & l'on
répond les différens parères. S'il s'agit d'objets majeurs, ou de quelques nominations 3 tous les négocians font convoqués. On ne peut s'empêcher de défirer
que les négocians du Cap veuillent bien définir ce qu'ils entendent par ce titre &c
fixer les conditions néceffaires pour le mériter i car tant qu'on fera de l'état de
négociant l'état de celui qui n'en a aucun, on fera autorifé à croire qu'il n'y a au
Cap, ni négocians, ni Chambre de Commerce.
Les parères > que donne celle qui porte ce nom, font extrêmement fages 5 ils
préviennent des procès & fervent fouvent à les faire décider dans les tribunaux.
Perfonne ne doit plus d'éloge que moi, au défir qu'ont les divers membres d'être
utiles à leurs concitoyens ; la Chambre a bien voulu, dans ceette intention, me
communiquer fes archives.
Elle avait même un deffein que j'ai vainement efayé de fervir. Frappé
de la verfatilité. de l'opinion fur le droit de commiflion dû aux divers agens
qu'on employe dans les Colonies, comme les mandaitares. 2 les exécuceursteftamentaires > les régifleurs 3 les commiflionaaires, &c.; fatiguée par la multiplicité des queftions fur. le même objet S perfuadée que l'on peut, excéder les juftes
bornes dans certaines réclamations, la Chambre a fait un. relevé qui forme une
efpèce de tarif > fondé fur Pufage > fur des décilions judiciaires & fur fes proprès
parères. L'avantage de ce travail m'avait frappé & j'avais offert dele faire. imprimer
à Paris. J'en parlai,au miniftre &je crus devoir le lui vanter s je follicitai même
fon agrément pour limpreffion; il me répondit que cC feraitapprouver & la Chambre de Commerce & fon tarif, mais que je n'avais qu'à faire imprimer avec une
Tome I.
Ss S
Pufage > fur des décilions judiciaires & fur fes proprès
parères. L'avantage de ce travail m'avait frappé & j'avais offert dele faire. imprimer
à Paris. J'en parlai,au miniftre &je crus devoir le lui vanter s je follicitai même
fon agrément pour limpreffion; il me répondit que cC feraitapprouver & la Chambre de Commerce & fon tarif, mais que je n'avais qu'à faire imprimer avec une
Tome I.
Ss S --- Page 532 ---
$06 DESCRIPTIO N DE L. A PARTIE
permifion tacite. Je m'adreffai alors au lieutenant-général de police, dans les
bureaux duquel on me dit qu'on ne pouvait fe difpenfer de communiquer le
manufcrit au miniftre de la marine > parce qu'il intéreffait fon département ;
graces à ce cercle vicieux 3 le manufcrit eft encore entre mes mains.
On pourrait être furpris que la Chambre de Commerce n'ait pas fait imprimer
cet ouvrage au Cap même où j'ai annoncé l'exiftence d'une imprimerie. Mais elle
voulait en faire tirer un grand nombre d'exemplaires & ce projet aurait été coûteux
par la difproportion que met néceflairement la cherté de la main-d'ceuvre coloniale entre le prix de l'impreffion en France & à Saint-Domingue. Il eft cependant
des objets fur lefquels cette différence ne s'apperçoit pas > puifqu'on a maintenant
pour 44 livres de France, par an, un abonnement de la gazette de la Colonie qui
a jufqu'à 1,000 pages.
a a
Dela Gazette.
CETTE Gazette firt un des premiers bienfaits produits par l'établiffement d'une
imprimerie dans la Colonie > qui en donna l'idée au moment même ou elle
s'inftallait. M. de Clugny, que fa place d'intendant chargeait de la furveillance
de l'imprimerie, protégea le projet de la Gazette & en accorda le privilège exclufif
à M. Monceaux, avocat da Confeil du Cap, le IO Janvier 1764- Le profpectus
en fut publié auffitôt & il faffit de le lire pour être convaincu de l'utilité de
l'entreprife. Le défaut de communication entre les différeates parties de la
Colonie & même quelquefois d'une paroiffe à l'autre, rétréciffait tous les rapports,
toutes les connaiffances > rien d'avantageux ne pouvait devenir général, rien de
dangereux ne pouvait trouver des contradicteurs au-delà d'un efpace borné ; en
un mot, pour me fervir des expreflions du prolpectus, on parlait au Cap, de
Jacmel & du Cap-Tiburon comme des montagnes du Chily & des terres Magellaniques. La Gazette promit & donna des notices de chofes imprimées en France
>
relativement au commerce > à l'agriculture > à la navigation à la politique & à
la culture coloniale 3 elle publia les chofes à vendre & à affermer; le prix des
denrées & celui du fret. Le premier numéro parut le Mercredi Ier. Février 1764,
fous le titre de Gazette de Saint-Demingue. Elle était hebdomadaire & contenait
2; pages d'impreffion in-4°.1 La foufcription pour la première année fut de 120 liv.
en France
>
relativement au commerce > à l'agriculture > à la navigation à la politique & à
la culture coloniale 3 elle publia les chofes à vendre & à affermer; le prix des
denrées & celui du fret. Le premier numéro parut le Mercredi Ier. Février 1764,
fous le titre de Gazette de Saint-Demingue. Elle était hebdomadaire & contenait
2; pages d'impreffion in-4°.1 La foufcription pour la première année fut de 120 liv. --- Page 533 ---
PRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUI E.
La nouvelle de la publication de cet ouvrage périodique parvint à Verlailles &
y fema l'allarme dans les bureaux de la marine. On crut déjà voir la transformation
de cette feuille en un ouvrage polémique ou le gouvernement ferait frondé, , & le
miniftre en ordonna la fuppreffion par une lettre du 13 Mai 1764- Heurcufement
que M. d'Eftaing ne partagea pas ces terreurs ; mais pour concilier
avec l'utilité de la feuille, 3 la Gazette de Saint-] Domingue devint Pobéiflance
Petites Aficbes Américaines. La
: Avis divers E7
Ier. Janvier 1766, la
métamorphofe s'opéra le 29 Août 1764, & le
gazette devint les Afficbes Américaines
qu'elle a encore aujourd'hui,
> dénomination
En 1768, MM. de Rohan & de Bongars exigèrent que la Gazette
fous leurs yeux, elle fe fit donc au
s'imprimat
& on y
alors
Port-au-Prince > à compter du 23 M. rs 1768,
joignit
un fupplément fous le titre d'Avis du Cap , puis d'Avis du
Cap ou Supplément aux Afiches Américaines & enfin de
Américaines.
Supplément aux Afficbes
La Gazette perdit fon inflituteur & fon premier rédaéteur
Août 1768.I L'avocat-linérateur fut
qui mourut le 21
remplacé par M. Duchemin
officier du régiment de Quercy, né près
&
Defpaletz, ancien
Prince; le 9 Janvier 1771.
d'Agen qui mourut au Port-auLorfqu'il y eut un fecond
dans la
établi au Cap,. il voulut faire auffi des Affiches
imprimeur
Colonie,
trateurs décidèrent,
Américaines, mais les Adminif.
en 1777 > que c'était le privilège de
du
leur réfidence, fauf à l'autre à imprimer les avis du reffort l'imprimeur où il
lieu de
de fupplément. Cette décifion
était, par forme
défavorable aux prétentions de M.
Rians lui devint bientôt utile par la guerre de 1778
Dufour de
teurs au Cap. La Gazette
, qui amena les Adminiftracommença à y être imprimée le Octobre
& le fupplément au Port-au-Prince jufqu'au
1778,
a repris.
3 Juillet 1784, que l'ordre inverfe
Vers 1780; M. Rhodier fecértaire du
Confeil du Cap, avait été chargé de la gouverneur-général & depuis avocat du
ainfi que le privilège de la Gazette. rédaétion qui a éprouvé un changement
1783, avec le
L'imprimeur du Cap obtint le Ier. Juillet
privilège exclufif pour la Partie du Nord, pendant
privilège de la Gazette, à condition
quinze ans 3 le
Aduniniftrateurs.
qu'elle aurait un rédaéteur choifi par les
Ceux-ci, ont nommé le 17 Novembre fuivant, M.
en eft encore chargé,
Mozard qui
Le prix des Affiches Américaines eft,
depuis 1765 ou 1766, de 66 livres par
Sss 2
Cap obtint le Ier. Juillet
privilège exclufif pour la Partie du Nord, pendant
privilège de la Gazette, à condition
quinze ans 3 le
Aduniniftrateurs.
qu'elle aurait un rédaéteur choifi par les
Ceux-ci, ont nommé le 17 Novembre fuivant, M.
en eft encore chargé,
Mozard qui
Le prix des Affiches Américaines eft,
depuis 1765 ou 1766, de 66 livres par
Sss 2 --- Page 534 ---
508 DI ESCRIPTIO N DE LA PARTIE
an, quoique leur volume ait prefque triplé, & par le plus grand nombre de pages
8 par la différence des caraétères employés à leur impreffion. Ce ferait même une
chofe inconcevable, fl'on ne difait pas quele volume fe trouvant grofli en grande
partie par diverfes annonces dont lon paye l'impreffion, Ce qui donne un produit
indépendant des foufcriptions $ l'imprimeur gagne d'autant plus, qe'i parait
donner davantage pour le mêne prix. En 1788, , le nombre des abonnés était de
1,500, ce qui donnait 99,000 liv., dont Pimprimeur du Port-au-Prince a les deux
tiers, parce que c'eft lui quiimprime la partie qui eft vraimient Gazette. Cet.imprimeur a de plus pour 1,50CO livres d'avis, fa part eft donc de 81,000 livres &
fa dépenfe d'environ 56,000 liv. L'imprimeur du Cap a pour au moins 25,000
jivres d'avis, qui, avec 33,000 livres de fon tiers de la gazette, font 58,000 liv. 8c fa
dépenfe eft de 33,000 liv.; donc les Affiches Américaines, quip procurent 139,000,
payent leur dépenfe de 89,000 livres, & laiffent um bénéfice de 50,000 livres 3
qui fe trouve divifé par moitié entre les deux imprimeurs.
Dans les dépenfesj'ai compris celle de 12,000 livres, que les Admiftrateurs
ont allouée par an à M, Mozard pour fa rédaction. Ce ferait manquer à la juftice de
ne pas dire que perionne n'a plus cherché que lui à répandre del'intérêt dans cette
feuille. Il n'eft point de détails coloniaux qu'il n'ait follicité ou reçu avec empreffe6
ment, &c ila fu exciter fouvent 8c.le zèle &c l'amour-propre de plufieurs perfonnes
inftruites, & s'il avait été mieux fecondé en général, le public aurait encore gagné
plus d'initruction. Depuis que la rédaétion lui eft confiée , il a rendu cette Fère.
feuille périodique de Saint-Domingue encore plus utile > par des calculs, par des
vues neuves, & l'imprimeur qui a fu fe faire accorder le privilège exclufif, ne doit
ce que le rédaéteur prend fur un bénéfice 2 dont une partie eft réelpas regretter
lement dûe à fon talent.
Il ne faut pas oublier, lorqu'on juge cette feuilie, qu'elle a toujours été
foumife à la cenfure. D'abord à celle de l'intendant feul 5 comme le veut Pétabliffement des imprimeries à Saint-Domingue. Les gouverneum-généraux avaient
bien tenté, mais infructucufement, de s'en emparer plufieurs fois,julqu'à M. de
Bellecombe qui parvint à fe fubftituer à la place du trop facile M. de Bong ars.
Cette ufurpation a été convertie en titre par le privilège accordé à M. Dufour de
Rians en 1783, & la cenfure de cette feuille eft devenue commune aux deux
Adminiftrateurs, M. François de Neufchâteau, procureur- général du Confeil
du Cap, prétendit en 1785, que les fonétions des Adminiftrateurs les empè-
Bellecombe qui parvint à fe fubftituer à la place du trop facile M. de Bong ars.
Cette ufurpation a été convertie en titre par le privilège accordé à M. Dufour de
Rians en 1783, & la cenfure de cette feuille eft devenue commune aux deux
Adminiftrateurs, M. François de Neufchâteau, procureur- général du Confeil
du Cap, prétendit en 1785, que les fonétions des Adminiftrateurs les empè- --- Page 535 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
chaient de l'exercer comme elle devait l'être, & il croyait que cette cenfure devaie
faire partie de fes propres fonétions, comme fi elles n'étaient pas elles - mêmes
affez nombreufes & affez relevées, pour écarter cette velléité.
Il eft abfolument impoffible de fe procurer dans toute, la Colonie, un exemplaire
complet des Affiches Américaines, & M. Mozard lui-même 3 n'a pu les trouver
au-delà de 1782. J'ai refufé beaucoup d'argent de la mienne,
l'unique, 3 je crois,
qui exiite. Sil Fon avait fait, ce queje confeille, c'eft-à-dire, fi l'on avait adreffé
des exemplaires de €e qui fort des preffes coloniales à la bibliotheque du roi,
au dépôt & aui bureau des Colonies , l'on ne ferait pas expofé à
fouvent de renfeignemens que cette colleétion aurait offerts. Jel'ai affez manquer
aux bureaux du miniftère pour qu'on enait fenti l'utilité. C'eft fur mon obferva- prêtée
tion que le miniftre a chargé les Adminiftrateurs, par fa lettre du 3 Juin
de lui en envoyer déformais quatre exemplaires.
1785,
De PAlmanacb 63 de quelques Ouurages imprimis à Saint-Demingue.
C'EST encore au Cap qu'eft née l'idée d'avoir un almanach de
Le
Saint-Domingue,
premier parut en 176s. C'était un petit in-12. inpriméavec les mêmes caractères que les Affiches Américaines. Cet effai ne pouvait plaire ni par la partie
typographique ni par fon peu d'étendue. On fir donc venir des caraétères
ce qui fut caufe qu'on n'eut pas d'almanach de 1766. En 1767, ila exprès,
in-16. d'une allez jolie édition. En 1769, & enfuite, il
paru format
fut fait au Port-au-Prince.
L'imprimeur du Cap en a fait un de fon côté, depuis 1778, comme celui du Portau-Prince le faifait du fien, & avec des caraétères plus analogues. Hyade
légères différences entre les détails de P'un & de l'autre, mais encore y en a-t-il,
Cet ouvrage eft très-utile, en ce qu'il fait connaître les divers fonétionnaires
blics de la Colonie. J'aiquelquefois concouru à donner à ce] petit trecueil des détails puparticuliers.
Le fuccès de la Gazette, dès fon
origine > avait donné à M. Delpaletz,
que j'ai déjà nommé à l'article de la Gazette, l'idée d'un autre
périodique 3 fous le titre de Tournal de Saint-Demingue, dont le premier ouvrage numéro
parut atr mois de Novembre 1765: Ce Journal, dont il ferait très-difficile de fe
procurer dix exemplairescomplets à
Saint-Domingue, > paraiffait chaque mois fous
articuliers.
Le fuccès de la Gazette, dès fon
origine > avait donné à M. Delpaletz,
que j'ai déjà nommé à l'article de la Gazette, l'idée d'un autre
périodique 3 fous le titre de Tournal de Saint-Demingue, dont le premier ouvrage numéro
parut atr mois de Novembre 1765: Ce Journal, dont il ferait très-difficile de fe
procurer dix exemplairescomplets à
Saint-Domingue, > paraiffait chaque mois fous --- Page 536 ---
5I0 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
le format in-12. Des 64 pages de chaque numéro, la moitié était deftinée à parler
des mémoires des Chambres d'Agriculure 3 à donner des extraits d'ouvrages fur
les matières économiques, le CO mmerce & la culture, fur les machines propresaux
Colonies, & à rapporter des obfervations fur les maladies de leur climat; enfa
ce devait être le dépôt de recherches utiles en phyfique, en hiftoire naturelle i
l'autre moitié était réfervée aux belles-lettres. Rien de plus intéreffant fous tous
lesr rapports, que ce recueil, qui mélait l'utile à l'agréable; une foule de mémoires
fur divers fujets, , des obfervations toutes propres à faire bien connaitre Saint-Domingue & fon importance > des pièces de littérature qui excitaient l'émulation des
Créols, tout. était fait pour recommander l'entreprife de M. Defpaletz, qui l'on
ne pouvait refufer un goût éclairé; mais au quinziè: ne numéro (Janvier 1767 )
il ne fe trouva plus de foufcripteurs. En vain l'imprimeur propola de continuer
l'impreffion, feulement pourles frais; en vain quelques hommesjaloux de la gloire
de la Colonie offrirent de faire toutes les dépenfes, fi les coopérateurs du Journal
voulaient continuerà l'alimenter, rien ne put iauver le Fournal de Saint - Domingue.
Son anéantiflement eft un reproche pour la Colonie. Oa l'imprimait au Cap.
On fit paraître aufli, vers le même tems, une petite feuille intitulée l'Iris
Américaine, qui ne contenait que del la poëlie. Cegenre léger n'eutqu'une exiftence
éphémère, & I'Iris difparut. Il m'a même été impoffible d'en découvrir la plus
petite trace.
Il faut encore citer le Cap pour un autre ouvrage périodique. C'eft une gazette
de Médecine & d'Hippiatrique dont M. Duchemin de l'Étang avait obtenu le
privilège exclufif, par brevet du 26 Décembre 1777. Cette feuille, dont il n'a
paru que huit numéros les Ier, & les 15 des mois de Novembre & Décembre
1778,. Janvier & Février 1779, en huit pages in-40., n'a pas eu un fuccès qui
ait pu la foutenir. Elle était intitulée Gazette de Médecine.
Heureufement que la Société des Sciences & Arts du Cap eft propre à remplacer, en grande partie, un ouvrage tel que celui qu'avait entrepris M. de l'Étang,
& qui exige le concours de plufieurs obfervateurs. C'eft une ample moiffon que
celle qui s'offre au médecin, au chimifte > au phyficien 3 au botanifte & au
vétérinaire, dans un pays où prefque tout eft à faire dans ce genre & où la nature
préfente de riches matériaux. Une fociété d'hommes laborieux, s'excitant les uns
les autres, doit être naturellement le point où les recherches, les obfervations,
les réfulcats, doivent être communiqués & examinés, avec le défir d'en faire
une utile application à l'humanité entière,
, au chimifte > au phyficien 3 au botanifte & au
vétérinaire, dans un pays où prefque tout eft à faire dans ce genre & où la nature
préfente de riches matériaux. Une fociété d'hommes laborieux, s'excitant les uns
les autres, doit être naturellement le point où les recherches, les obfervations,
les réfulcats, doivent être communiqués & examinés, avec le défir d'en faire
une utile application à l'humanité entière, --- Page 537 ---
FRA NÇAIS E DE SAINT-D OMINGUE 51I
Il ferait, par exemple, beaucoup plus du reffort de cette Société que du mien,
de parler de la température du Cap, de fon climat, des événémens météorologiques dont elle offre l'obfervation, & de l'influence de toutes ces circonftances
far les perfonnes qui P'habitent. Mais ce qu'elle fera fans doute un jour d'une manière profonde, je vais l'efquiffer.
Du Climat 83 de la Température du Cap.
LA ville du Cap eft contournée dans toute fon étendue au Nord, à l'Oueft
& en partie au Sud par une montagne; ou pour parler plus exactement, la
ville occupe l'intervalle qui fe trouve entre deux cuiffes de cette montagne. 3 intervalle qu'ont augmenté des applaniffemens fucceffifs. Il faut diftinguer dans le
fol où elle eft bâtie, deux portions qui diffèrent effentiellement par leur nature*
La première, la plus voiline du morne à l'Oueft, eft un prolongement de la
bafe de celui-ci, & on le reconnaît aux couches de roc dont elle eft formée;
l'autre eft un terrain fabloneux, graveleux, un véritable remblai formé
les dégradations du morne, que les pluies ont tranfportées, par les terres que par
la rivière du Haut-du-Cap aura chariées dans les débordemens, ou lorfque fon
cours était irrégulier, & enfin par les divers deflechemens &c les avancées faites
dans la mer à différentes époques. La première partie comprend la troifième, 3 la
quatrième & la cinquième Seétions, & l'autre renferme la
première > la feconde,
la fixième 3 la feptième & la huitième. Il y a cependant dans la feconde une
portion du premier genre, c'eft celle où était autrefois le petit morne des
Capucins. Le bout Sud de la fixième Section eft auffi une prolongation de la
bafe de la branche du morne 3 quilui eft encore prefque contigue.
Le fol du Cap a, depuis le morne jufqu'à la mer, une forte inclinaifon
(*) De la ravine des Cazernes, depuis le point oh elle répond dans l'Oueft à la porte de cet édifice
jfuquà cette porte même , ilya
22 pds. IIp. 33
de
De la porte des cazernes à la rue des Vierges,
2 3 lignes pente.
De la rue des Vierges à la rue Saint- Jacques, 9
9 33
De la rue Saint-Jacques à la rue Efpagnole,
morne jufqu'à la mer, une forte inclinaifon
(*) De la ravine des Cazernes, depuis le point oh elle répond dans l'Oueft à la porte de cet édifice
jfuquà cette porte même , ilya
22 pds. IIp. 33
de
De la porte des cazernes à la rue des Vierges,
2 3 lignes pente.
De la rue des Vierges à la rue Saint- Jacques, 9
9 33
De la rue Saint-Jacques à la rue Efpagnole, Efpagnole à la rue. Royale, Royale à la rue d'Anjou ,
dAnjou à la rue Dauphine, s
' 8
Dauphine aux maifons fur le quai,
10 II
De ces maifons à la mer,
s
>>
III
2 3 --- Page 538 ---
512 DESCRIPTIO N D: E LA P ARTIE
auffi la rapidité des eaux. J lorfque les pluies violentes de la Zône torride tomben:
fur le morne du Cap, y eft-elle remarquable, L'on conçoit avec quelle facilité les
rues fe féchent preique auffitôt que la pluie a ceffe, furtoutidans la partie qui
eft la plus voiline du morne.
La différence que j'ai annoncée dans le fol de la ville, en produit une affez
marquée dans la fanté de fes habitans. On obferve qu'en général les maladies
font moins fréquentes & moins rebelles dans la partie fupérieure que dans celle
qui avoifine la mer, 3 8c que les vifages font moins chargés de cette nuance d'un
jaune terne qui femble être le partage des Colons des Antilles qui habitent le
long des côtes 5 nuance qui eft communément moins fenfible chez les femmes,
Le Cap eft fitué de manière à recevoir l'impreffion du foleil dès fon lever,
& dans la Zône torride la chaleur commence avec l'apparition de cet aftre. A la
vérité, la brife du large peut aufli y déployer toute fon action, mais le fite
produit une différence remarquable entre les effets du vent & ceux du foleil.
La brife trouvant un obftacle invincible dans le morne auquel la ville eft
adofé, perd une partie de fa viteffe & tournoye en quelque forte pour trouver
une iffue, foit en rencontrant la petite gorge qui termine la quatrième Section,
au-deflus de la Providence, foit en fe repliant le long de la branche qui va dans
la direétion du Sud-Eft fe terminer vers le cimetière de la Foffette. Le foleil
au contraire favorifé par cette barrière même, darde avec force des rayons que
le morne réfraéte & qui acquiérent ainfi une chaleur reverbérée que l'abfence
de la brife rend infupportable & étouffante.
La brife de terre ne peut pas toujours la tempérer, car la pofition du morne
la force auffi à gliffer le long de la branche dont je viens de parler pour
s'infinuer par la bande étroite qui eft entre le cimetière & la mer. Ce n'eft donc
qu'en évoluant fur elle-même qu'elle peut parcourir la furface de la ville & dans
les longs jours d'Été où le foleil eft ardent & la brife de terre très-faible (s'il
n'y a pas eu d'orage ), il eft très-exact de dire que la chaleur de chaque jour
eft augmentée par une portion de la chaleur de la veille.
La continuité d'une caufe auffi puiffante > rendrait néceffairement le Cap
inhabitable, fi le climat de Saint-Domingue n'était pas marqué par deux faifons
qui fuivent les deux Equinoxes, 8 fi les météores n'avaient pas ; dans la Partie
du Nord, deux révolutions qui y correfpondent.
Depuis le commencement du mois d'Octobre jufqu'à la fin de celui de Mars,
les
eft augmentée par une portion de la chaleur de la veille.
La continuité d'une caufe auffi puiffante > rendrait néceffairement le Cap
inhabitable, fi le climat de Saint-Domingue n'était pas marqué par deux faifons
qui fuivent les deux Equinoxes, 8 fi les météores n'avaient pas ; dans la Partie
du Nord, deux révolutions qui y correfpondent.
Depuis le commencement du mois d'Octobre jufqu'à la fin de celui de Mars,
les --- Page 539 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE. SI3
les vents d'Oueft & de Nord s'emparent de l'atmolphère. Les prèmiers, tout-àla fois pefans, chauds & humides, font éprouver la fenfation la plus pénible de
ces climats brûlans, par la privation totale des brifes qui donnent de l'elafticité à
l'air & le rendent refpirable. On n'eft pas, il eft vrai, tourmenté par cette
tranfpiration qui allume le fang après l'avoir defféché,mais on fe fent brûler
d'un feu concentré. Le corps eft abattu, l'efprit s'éteint, l'ame s'affaiffe. Viétime
du tyran qu'on alimente de fa propre fubftance, on a foif d'air, mais l'air eft
fagnant, &c l'on eft dans l'état d'une efpèce de fièvre nervale qui a aufli fes
anxiétés. Enfin après un mois ou fix femaines d'attente > les Nords exercent
leur empire, & à la chaleur qui anéantiffait toutes les facultés, fuccède un fentiment de froid qui les réveille. La fibre reprend de l'énergie 3 & dans CC
changement la jeuneffe trouve un principe réparateur, tandis que les anciens
Colons ont au contraire à redouter plufieurs maladies deftruftives.
Les Nords, s'ils font fecs, ce qui eft affez rare. > produifent auffi un effet
cauftique ; ils deffèchent les plantes 8 communiquent à P'air un carattère d'âpreté
-qui donne au lang une indilpofition inflammatoire. Les Nords pluvieux n'ont pas
le même inconvénient, & fi l'excès des pluies n'amène pas à fon tour les
maux d'une extrême humidité, cette faifon eft la plus utile & celle qui donne la
température annuelle la plus douce. Il eft fingulier d'entendre 3 lorfqu'elle règne 3
fortir de prefque toutes les bouches qui n'aguères exhalaient la plainte du chaud,
la plainte contraire s que les Africains pouffent toujours les premiers.
Dans l'autre femeftre., les chaleurs vont toujours croiffant. Il n'y a plus que
des pluies d'orage, & les vents de Sud qui les précèdent, ou qui même les accompagnent, font chauds & quelquefois violens & dangereux pour l'agriculteur &c
pour le marin. Avec ces orages furviennent des mouvemens foudains dans l'état de
l'atmofphère ; à l'exceflive chaleur s'allie une humidité produite par l'eau que le
ciel verfe en torrens; à louverture des pores, fuccède une ftriétion plus ou moins
fenfible ; l'évaporation foudaine des eaux pluviales produit un refroidiffement
d'autant plus dangereux pour l'imprévoyance, que le mal-aife phyfique, caufé par
le chaud, porte à le défirer &x à fe livrer à fes douces mais trompeu'es
influences.
Ces effets généraux des deux faifons rapportés au Cap, y font encore plus
fenfibles, comme le Lefteur doit l'avoir déjà preffenti d'après ce que j'ai dit
du fite de la ville. Ce fite augmente la chaleur & caufe aufli une augmentation
Tome I.
Ttt t
évoyance, que le mal-aife phyfique, caufé par
le chaud, porte à le défirer &x à fe livrer à fes douces mais trompeu'es
influences.
Ces effets généraux des deux faifons rapportés au Cap, y font encore plus
fenfibles, comme le Lefteur doit l'avoir déjà preffenti d'après ce que j'ai dit
du fite de la ville. Ce fite augmente la chaleur & caufe aufli une augmentation
Tome I.
Ttt t --- Page 540 ---
514 DESCRIPTIO N DE LA P A R T IE
dans Phumidité. Celle-ci eft due, d'abord à la nature de la brife du large qui >
ayant parcouru une immenfe étendue de mer, arrive chargée d'un principe falin
dont tous les corps qu'elle frappe atteftent l'exiftence. Arrêtée par le morne &c
obligée de féjourner fur li ville, 3 elle charge l'atmolphère de ce même principe
&c fait contraéter à l'air une propriété déliquefcente, qui agit & fur lhabitude
du corps & fur les humeurs, > après avoir nui aux organes. Une feccnde caufe
d'humidité &c d'humidité malfaifante, ce font les points bas & marécageux qui
environnent encore le Cap, & dont l'effct était vifible fur les habitans de la
rue Efpagnole & de fes environs, lorfqu'en 1739ril fut un des motifs qui fic
ordonner de comblerl l'efpace fitué entre cette rue & la mer. Les deux rives
de la rivière à Galiffet ne font, pour ainfi dire, que deux marais, &lon a vu
qu'en 1758 ils occupaient encore la moitié du territoire actuel de la ville. Le
foleil pompe avec force les exhalaifons de cette furface marécageufe, & les deux
brifes les amoncèlent fur la ville.
L'air qu'on refpire au Cap eft donc tout-à-la fois épais, humide & chaud,
& les variations qui fe trouvent dans l'intenfité de ces trois qualités, ne font
jamais telles qu'elles puiffent le rendre très-fain. On conçoit néanmoins que tous
les travaux, faits depuis 50 ans, ont rendu le féjour du Cap infiniment plus
tolérable. Sans doute la pofition de la Petite-Anfe fuppotée avec les remblais
faits autour du Cap, ferait treès-pré.érable par la circulation de l'air, par la
facilité d'étendre preiqu'incériniment la vilie & de l'environner de tous les
établiffemens quilui auraient été néceffaires, foit comme lieu de commerce >
foit comme lieu de force.
Après avoir parlé de lair, je dois examiner quel eft le partage du Cap
relativement à l'eau, cet autre agent de l'exiftence, fur ioucue il a un effer
zout-à-la fois prochain & éloigné.
J'ai rapporté comment cette ville avait acçuis fucceffivement plufieurs fontaines, dont quelques-unes mêmes font très-récentes. C'eft à ce dernier travail
qu'on fera redevable d'être garanti de la pénurie d'eau que firaient éprouver les
grandes féchereffes.
Jufqu'en 1788, cn ne comptait que fix fontaines pubiiques, celle de la
prifon, celle de la place Montarcher &c celle de la place-d'araue. qui recevaient
leur. eau de la fource de l'habitation des Religieufes, celle de la rue du Confeil,
celle de la plzce Clugny & celle d'Ettaing, qui la recevaiene de la fource
ie d'eau que firaient éprouver les
grandes féchereffes.
Jufqu'en 1788, cn ne comptait que fix fontaines pubiiques, celle de la
prifon, celle de la place Montarcher &c celle de la place-d'araue. qui recevaient
leur. eau de la fource de l'habitation des Religieufes, celle de la rue du Confeil,
celle de la plzce Clugny & celle d'Ettaing, qui la recevaiene de la fource --- Page 541 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DOMINGUE 515
d'Efpaigne. Ces fontaines tariffaient avec une grande facilité. Il fallait même aider
celle d'Eftaing ( qui avec quatre robinets de deux pouces, n'avait réellement
que deux poucesd'eau),par lejeu de deux pompes placées dans le puits du magalin
du roi. Elles exigeaient, en outre > tant d'entretien, que de 1771 à 1781, elles ont
coûté plus de 50,000 livres au roi. Ala vérité, l'on comprenait la dépenfe de la
conduite de l'eau de la ravine à Douet à la fontaine des Cazernes & au Gouvernement.La qualité préférable des eaux de cette dernière ravine & l'augmentation que
leur recueillement promettait, déterminérent les Adminiftrateurs à adopter, en
1784, le plan d'un grand travail. M. de Boisforeft, direéteur des fortifications :
l'ayant amèrement cenfuré en 1735, les Adminiftrateurs fe virent forcés d'en
confier exclufivement l'exécution à M. de la Fite, ingénieur. Ce travail qui
confifte principalement en un grand aqueduc & qui a coûté 900,000 liv., fut
encore critiqué avec le défir fecret de le trouver condamnable, mais l'envie a
été forcée de l'approuver.
Aujourd'hui, > graces au zèle & au talent de M. de Rallier s ingénieur en
chef de la Partie du Nord, la ravine à Douet donne de l'eau aux Cazernes, ati
Gouvernement, , aux Religieufes, & l'excélant va fe réunir à l'eau venue de la
fource de l'habitation des Religieufes. Celle-ci fournit d'abord aux prifons &,
réunie enfuite à l'excédant de la ravine à Douet, elles vont enfemble alimenter
la fontaine Montarcher S la fontaine Clugny; tandis qu'une portion va à Ia
fontaine de la place-d'armes & fe rend enfuite à celle du quai au bas de la rue de
la Fortaine & aux utiles lavoirs qui font fur le quai. L'eau de la fource
d'Epaigne 3 déformais groffie de celle qui allait autrefois à la place Clugny > fert
feulement la fontaine de la rue da Confeil, & va de là à la fontaine d'Eftaing.
Enfn leau qui coulait à la Foffette depuis quelque tems, a fourni auffi à la
nouvelle fontaine de la place Royale. Ily a donc, en 1789, outre l'eau des
prifons, du Gouvernement, des Cazernes & des Religieufes 3 neuf fontaines
publiques.
M. de Rallier avait formé un projet qui devait procurer trois fontaines de plus.
Supprimant le robinet qui donne l'eau â l'angle de la prifon, il voulait le remplacer par un robinet qui, , correfpondant au Gouvernement, aurait été placé à
l'angle Sud-Ef du Champ-de-Mars. L'eau qui va de la fontaine de la placed'armes à celle qui eft fur le quai ;, devait fervir, en paffant, un robinet au bout
de la rue de la Pointe 3 dans le marché aux Blancs; &c la fource des Religieufes
Ttte
et qui donne l'eau â l'angle de la prifon, il voulait le remplacer par un robinet qui, , correfpondant au Gouvernement, aurait été placé à
l'angle Sud-Ef du Champ-de-Mars. L'eau qui va de la fontaine de la placed'armes à celle qui eft fur le quai ;, devait fervir, en paffant, un robinet au bout
de la rue de la Pointe 3 dans le marché aux Blancs; &c la fource des Religieufes
Ttte --- Page 542 ---
516 DESCRIPTIO N DELAPARTIE
accrue par de nouveaux travaux, aurait pu procurer une fontaine au hangard a
la mâture du Petit- Carenage.
M. de Rallier envifageait furtout, quant à cette dernière fontaine, un objet qui,
avec raifon , lui parait majeur : celui de faire dans le moins de tems poffible,
l'eau d'une efcadre ou d'une armée navale, puifque tout le tems que ce foin
confomme devient profitable à l'enpemi & que dans un climat chaud, les moindres retards peuvent être funeftes aux troupes & aux équipages. La diftribution
aurait même été combinée de manière que dans. un befoin très-preffant, toute
l'eau aurait pu être retenue pour l'aiguade des vaiffeaux & fervir ainfi les vues
les plus importantes.
Autrefois les bâtimens étaient obligés de venir chercher Peau à la fontaine de la
place-d'armes, au moyen d'une calle qui était à l'extrémité de la rue de Chaftenoye > ce qui donnait un immenfe éloignement à parcourir aux chaloupes obligées
de retourner à bord des vaiffeaux mouillés à la tête del la rade, &; Çe qui ne pouvait
même pas fe faire à toutes les heures, â caufe de la brife du large. C'eft ainfi
qu'on vit l'efcadre de M. de l'Étenduère & fon convoi, retenus fix jours de plus
au Cap, en 1745, rien que pour attendre l'eau qui leur était néceffaire.
M. de Rallier obligé de fe fervir de travaux déjà faits a , du moins
> favorifé
fon fyftème par la nouvelle fontaine du quai, qui eft auffi propre à l'aiguade des
vaiffeaux & parl'augmentation de la fontaine d'Eltaing, & s'il ne l'a pas effedtué,
quant à celle du hangard, c'eft aux difficultés parcimonieufes de l'adminiftration
qu'il faut s'en prendre.
Il s'en faut bien que toute l'eau du Cap foit d'une bonne qualité, Celle de Ia
ravine à Douet eft la plus légère. Elle porte le nom du propriétaire d'une habitation fituée dans le morne de la ville & où eft fa fource. Celle de la Foffette
fe fait jour à travers un fond fabloneux & qui vient de l'Oueft de ce petit enfon- qui
cement 3 mérite enfuite la préférence fur celle de la fource des Religieufes
que l'on néglige de tenir couverte quoiqu'on l'ait toujours recommandé
l'inftant où ellea fervi à la première fontaine qu'ait eu le
dès
la
Cap, celle de
place-d'armes.
Toutes ces. caux font plus ou moins féléniteufes, mais c'eft furtout dans les
féchereffes qu'elles acquièrent de la fadeur & de la crudité, &c alors elles font
encore infuffifantes pour les befoins des habitans. Et ces derniers, comme fi cet
inconvénient n'était pas déjà alitzgrand, ont contraété Phabitude de boire l'eau
la première fontaine qu'ait eu le
dès
la
Cap, celle de
place-d'armes.
Toutes ces. caux font plus ou moins féléniteufes, mais c'eft furtout dans les
féchereffes qu'elles acquièrent de la fadeur & de la crudité, &c alors elles font
encore infuffifantes pour les befoins des habitans. Et ces derniers, comme fi cet
inconvénient n'était pas déjà alitzgrand, ont contraété Phabitude de boire l'eau --- Page 543 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
de leurs puits, quoiqu'elle prouve par fon impuiffance à diffoudre le favon &c à
cuire les légumes, qu'elle a des qualités nuifibles s à la longue du moins,
la fanté.
pour
C'eft fartout aux puits de la partie fupérieure de la ville qu'on accorde uhe
préférence qu'on croit méritée par leur grande profondeur, puifqu'il en eft qui
ne donnent de l'eau qu'à 90 pieds d'une fouille faite avec le fecours de la mine,
tandis que dans la partie inférieure 3 il fuffit quelquefois de creufer une toife
trouver l'eau. Ces derniers puits ont affez ordinairement une eau dont le goût pour
faumâtre & la couleur un peu jaunâtre > avertit de n'en pas faire ulage comme
boiffon, mais quelquefois auffi, leur limpidité trompe & il eft des puits trèsvoifins de la mer > dont on boit l'eau.
Sans doute, il en eft oû des fources abondantes fourniffent un liquide qui diffère
à peine de celui qu'on recueille aux fontaines s & P'apparition foudaine de diverfes
infiltrations dans plufieurs points de la ville, pendant les faifons pluvieufes,
annonce affez qu'elles font nombreufes. Mais fans que l'analyfe ait rien appris
Fon juge que l'eau offerte par un puits eft pure dès qu'elle ne bleffe pas le goût.
Il ferait trop ridicule de rapporter toutes les raifons que le radotage de Phabitude
fait dire pour foutenir la réputation de chaque puits, &c dans la réalité, on loue
plus cher une maifon qui a un puits dont l'eau eft cenfée bonne à boire.
Les efclaves font principalement les grands préconifeurs de leau de
parce que le foin d'en procurer d'autre ferait une peine pour eux, &plors puits méme >
que le maître ne fe fie pas à ce qui fe dit en faveur du puits, il eft bon de les
furveiller.
L'infuffifance de P'eau des fontaines, pour fatisfaire aux befoins du Cap, eft
caufe que cette ville ne. peut-être auffi propre qu'elle aurait befoin de Pêtre, &
que dans les jours très-chauds & dans les tems très-fecs, les Fues ne font
arrofées 2 & qu'elles exhalent une odeur fétide, qui altère encore l'air,
point
MM. de Reynaud & Le Braffeur, qui s'étaient fait une affaire capitale de
procurer au Cap tout ce qui pouvait le rendre &c plus agréable &plus fain, avaient
conçu. l'idée d'y faire venir de l'eau de la Grande rivière de Limonade. Une affemblée de tous les propriétaires de maifons de la ville du Cap, fut convoquée
eux le 18. Mars 1781, pour délibérer fur un mémoire de M. Verret.
par
Cet habile hydraulicien y expofait d'abord., que la rivière du Haut du Cap ne
pouvait être d'aucune utilité pour le bus qu'on fe propolair parce qu'elle man-
conçu. l'idée d'y faire venir de l'eau de la Grande rivière de Limonade. Une affemblée de tous les propriétaires de maifons de la ville du Cap, fut convoquée
eux le 18. Mars 1781, pour délibérer fur un mémoire de M. Verret.
par
Cet habile hydraulicien y expofait d'abord., que la rivière du Haut du Cap ne
pouvait être d'aucune utilité pour le bus qu'on fe propolair parce qu'elle man- --- Page 544 ---
518 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
quait d'eau au moment oni il parlait, & que c'eft fon état, même pendant les
déchereffes ordinaires. Il confidérait enfuite qu'une prife d'eau fur la Grande
rivière & une conduite de quatre ou cinq lieues de long feraient ruineufes; mais
qu'ilf faliait fe fervir du canal des intéreffés de la paroiffe de la Petite-Anfe, ce qui
pouvait fe faire fans nuire aux moulins établis. Il obfervait enfuite 3 que fi M. de
Gabriac était ramené à l'obligation de n'employer qu'à mouvoir un moulin, l'eau
qu'il confomme en arrofant fon habitation, l'habitation Bongars ou celle de la
Charité, qui prendrair la vide de ce moulin pour faire agir le fien, ferait obligée
de conduire l'eau jufqu'à l'angle Nord-Eft de l'habitation Lefebvre, autrefois
Fontenelle, où la ville du Cap commencerait fes travaux pour conduire l'eau fur
i'habitation Breda, au moyen d'un acqueduc de 2,300 toifes de long, fur 18
pieds de haut, & de cette habitation à la rue Efpagnole, par un canal de terre,
maçonné & voûté. Enfin M. Verret évaluait les frais de l'entreprife à 1,800,000
I
livres.
Les Adminiltrateurs propoférent aux propriétaires de maifons de s'impofer
pendant la guerre à raifon de deux & demi pour cent du produit des maifons, &
calculèrent qu'en y ajoutant 25,000 francs, que le gouvernement donnerait chaque
année, for la caiffe des libertés, il y aurait 100,000 livres à employer pendant
chaque année de guerre, & qu'à la paix une cottifation volontaire remplacerait
ces moyens. L'affemblée générale nomma des commiflaires, & formée une feconde fois, le 18 Novembre 1781, pour entendre leur rapport, elle rejetta le
projet.
Ce rejet était fondé fur ce que le Cap eft fitué au pied d'une montagne élevée
&, peut-être, la pius abondante en fources de toute PIfle, & fur ce que cette
ville repofe 3 dans toute fon étendue, fur une nappe d'eau, douce &c très-potable;
dur ce qu'on y trouve même plufieurs emplacemens que la proximité des fources
à la. furface de la terre rend inutiles à leurs propriétaires, & où l'eau repouffe la
main de l'architeéte & appele l'art hydraulique ; fur ce que la ville renferme huit
ou neuf cens puits, dont près de fix cens donnent de l'eau bonne à boire, fix fontaines & deux pompes, & que quiconque veut ouvrir la terre, trouveà fe défaltérer;
fur ce que le puits du Gouvernement a fuffi feul, dans de grandes fechéreffes, à
donner l'eau aux Cazernes & aux environs 5 fur ce que l'eau de la Grande rivière
ne pouvant, d'après le plan, être portée au-delà du milieu de la rue Egagnole 3
iin'y aurait que la partie inférieure de In ville versie Sud,& qui a je plus d'eau,
deux pompes, & que quiconque veut ouvrir la terre, trouveà fe défaltérer;
fur ce que le puits du Gouvernement a fuffi feul, dans de grandes fechéreffes, à
donner l'eau aux Cazernes & aux environs 5 fur ce que l'eau de la Grande rivière
ne pouvant, d'après le plan, être portée au-delà du milieu de la rue Egagnole 3
iin'y aurait que la partie inférieure de In ville versie Sud,& qui a je plus d'eau, --- Page 545 ---
FRANÇAISE D E SAINT-I DOMINGUE,
àc quil'on en procurerait; inconvénient qui ferait le même pour les cas d'incendies
dans les autres quartiers de la ville; fur ce que le remblai des marais a rendu l'air
affez falubre ; fur ce que l'eau pour boire ne manque point, de l'aveu même des
Adminiftrateurs , 8rc. &c.
Venant enfuite à l'exécution, on s'allarme fur la déperdition de l'eau, dans un
elpace de près de 4,000 toifes; fur l'incertitude de fa conduite : & l'on cite les
exemples des entreprifes hydrauliques de l'arrofement de l'Artibonite & de la
fontaine du Fort-Dauphin. Enfin les commiffaires offraient de prouver que l'entreprife exigerait fix millions de dépenfe 3 & qu'ainfi la durée de l'ouvrage ferait
de foixante ans.
Le projet produifit cependant des recherches pour augmenter l'eau des fontaines,
& les Adminiftrateurs, 3 avertis dès les affemblées du mois de Mars 1781 , avaient
établi, le 28 Avril, un fontainier qui, fous les ordres de l'ingénieur en chef, eft
chargé de l'entretien des fontaines du Cap & de leuirs canaux.
On ne peut difconvenir que les objeétions étaient fortes, & que celles relativés
à la dépenfe n'étaient pas faciles à lever; mais prétendre en 1781
le
avait affez d'eau, c'était foutenir une chofe démentie par l'évidence & que fe confoler Cap
de la perte d'une eau faine, 3 par celle des puits de cette ville 5 c'était défendre fa
bourfe en abandonnant fa vie. Répétons que les foins de M. de Rallier ont donné
quelque valeur à cette partie faible du rapport de 1781, & regrettons
le
que
gouvernement n'ait pas laiffé au zèle de cet officier tous les moyens d'angmenter
les reffources du Cap en ce genre.
La température de la ville du Cap, où j'oubliais de dire
cave, à caufe de l'humidité du fol, du
qu'il n'y a point de
voifinage de la mer, & de la crainte
qu'elles ne fuflent contraires à la folidité des maifons dans les tremblemens de
terre', eft néceffairement chaude > d'après tout ce que j'ai rapporté de fa
topographie. Le thermomètre de Réaumur 3 à l'efpric de vin, placé au Nord
& à l'ombre , a pour termes extrêmes 16 & 28 degrés; & il eft infiniment
que ces termes foient excédés.
rare
Pour particularifer davantage les obfervations météorologiques il faut dire
le mois de Janvier eft communément très - pluvieux, & foumis
que
depuis le Nord-Eft jufqu'au Nord-Oueft. Les
aux vents,
dans le lointain'; le thermomètre
montagnes paraiffent brumeuses
marque alors 16, 17 & 1S degrés le matin,
20 & 21 à midi & 19 8c 20 le foir,
ient excédés.
rare
Pour particularifer davantage les obfervations météorologiques il faut dire
le mois de Janvier eft communément très - pluvieux, & foumis
que
depuis le Nord-Eft jufqu'au Nord-Oueft. Les
aux vents,
dans le lointain'; le thermomètre
montagnes paraiffent brumeuses
marque alors 16, 17 & 1S degrés le matin,
20 & 21 à midi & 19 8c 20 le foir, --- Page 546 ---
DESCRIPTIO N DE LA P : ARTIE
Le mois de Février eft très- reffemblant à celui qui le précède, fi ce n'eft que
le ciel eft plus nébuleux & que les pluies font moins continuelles.
Mars reffemble à fon tour à Février, mais les vents d'Oueft interrompent
quelquefois ceux du Nord & mêlent ain le chaud au froid; le thermomètre
s'élève en Mars à un ou deux degrés de plus 3 à chacune des trois époques du
jour quej'ai citées, & marque quelquefois jufqu'à 23 degrés à midi,
Le mois d'Avril eft un de ceux qui font les plus diffemblables d'avec eux
mêmes : tantôt il fert à prolonger l'empire des Nords & la faifon pluvicufe
tantôt, 8c le plus fouvent, il eft fec; les vents de Nord-Eft s'élèvent avec
une forte de violence, les brifes carabinées font fréquentes, & il n'eft pas
extraordinaire que ces grands mouvemens de l'atmofphère laiffent une place
aux orages i le thermomètre monte encore un peu.
Au mois de Mai fe manifefte l'efpèce de renaiffance printanière qu'on a pu
commencer à obferver dès le mois d'Avril, & qui, quoique infenfible pour
les yeux vulgaires, frappe cependant ceux de l'obfervateur de la Zône torride
qui eft attentif à confidérer le changement de feuilles dans quelques arbres, >
ou celui de la nuance du vert dans d'autres. Ce mois eft en outre coupé en
parties égales par deux températures affez différentes. Dans la première l'on
voit encore les grandes brifes du mois d'Avril, puis les vents du Sud les
remplacent; l'air eft étouffant, les premières tranfpirations paroiffent, & avec
elles le fentiment pénible qui les précéde encore plus qu'il ne les accompaDans la feconde partie du mois naiffent les orages, les cataraétes font
gne.
elles répandent l'inondation. Des matinées pendant lefquelles le Ciel
ouvertes,
eft fouvent du plus bel azur, font remplacées par des après-midi où les nuaamoncelés d'abord vers le Sud, tranfportent le tonnerre qu'on a quelqueges
fois entendu dans le lointain depuis midi. Maribarou fe charge, dit - on:
Maribarou canonne. Peu-à- peu l'air s'épaifit, la brife ceffe, enfin le déluge
arrive, précédé des éclairs, des éclats de la foudre & d'un coup de vent du
Sud dont la courte impétuofité eft le fignal que la nue fe déchire. On a vu
telle année, (& je puis citer 1775), où durant fix femaines de fuite,
prefque à la même heure (entre cinq &c fix heures du foir), un orage affreux
vient fondre &x s'épuifer fur le Cap. Variable dans fa durée, il ceffe quelquefois
après une heure ou deux, d'autrefois il fe prolonge jufques fort avant dans la
nuit, Ces orages ont auffi des années deftinées à marquer leur abfence, mais ce
fort
On a vu
telle année, (& je puis citer 1775), où durant fix femaines de fuite,
prefque à la même heure (entre cinq &c fix heures du foir), un orage affreux
vient fondre &x s'épuifer fur le Cap. Variable dans fa durée, il ceffe quelquefois
après une heure ou deux, d'autrefois il fe prolonge jufques fort avant dans la
nuit, Ces orages ont auffi des années deftinées à marquer leur abfence, mais ce
fort --- Page 547 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
font celles qui préfagent une extrême féchereffe, ou durant lefquelles on l'éprouve déjà depuis plufieurs mois.
Juin a fa première moitié affez femblable à la feconde moitié du mois de
Mai. Le thermomètre, dans l'une & dans l'autre, 3 arrive jufqu'au 24 & au 250
degré. Les orages moins longs 8x moins périodiques, font
affez nébuleux. Des vents de Nord-Eft, violens,
remplacés par un Ciel
& la
reparoiffent à la fin du mois
température a des alternatives de froid & de chaud. Voilà le premier
femeftre de l'année.
Pendant le mois de Juillet, il y a encore des orages de tems en
tems, & de la pluie auffi. Mais la chaleur augmente
&c elle
25: & 26. degrés à midi. Les vents varient & paffent du beaucoup,
va à
Et; ils ne rafraichiffent
Nord-Oueft au Sudpas précifément l'air, quoiqu'ils combattent l'effet
accablant du chaud, en donnant un jeu plus facile aux poumons.
Le mois d'Août eft fec; s'il pleut c'eft par orage feulement ; la chaleur fe
foutient à 25 & 26 degrés.
C'eft au mois de Septembre que la température eft le plus pénible, & le
thermomètre arrive au plus haut terme. Les vents peu réglés difparoiffent que même
des. jours entiers. C'eft dans, ces, jours que l'on éprouve une véritable anxiété,
&c que l'on fent tout le poid de fon être. Le thermomètre parvenu à 28 degrés
& allant même quelquefois au-delà durant plufieurs heures, annonce l'excès
d'une fouffrance que n'adoucit même plus une abondante 8z facile tranfpiration.
Si quelque pluie fe répand dans. la fournaife, l'air en eft épaiffi, mais point
mobilifé.
Enfin arrive le mois d'Oétobre, - ce mois tant défiré &c qui excite encore
les plaintes s'il n'amène pas les Nords. Il vient faire trêve à fix mois, où il a
fallu fe plaindre fans ceffe de la chaleur. Celle-ci faifait dire à
affez de vérité, qu'àS Saint-Domingue on paffait la: moitié de quelqu'un, fon tems à avec fuer
8. l'autre à s'effuyer, Si les: Nords paroifent, le thermomètre ne va plus qu'à
23 & 24.degrés, il marque encorer 25 G ces Nords font tardifs ou s'ils doivent
être vainement attendus, jufqu'à leur époque dans: l'année fuivante.
Le thermomètre qui defcend jufqu'à 18: degrés. en: Novembre. 3: s'élève auffi
quelquefois. jufqu'à 24, à moins que les. Nords ner foient très-prononcés.
Quant à Décembre, qui.appartient auffi aux Nords, mais qui quelquefois
eft abfolument fec, le thermomètre y defcend jufqu'à 16 degrés. Il n'eft
Toma L
Vvv
: l'année fuivante.
Le thermomètre qui defcend jufqu'à 18: degrés. en: Novembre. 3: s'élève auffi
quelquefois. jufqu'à 24, à moins que les. Nords ner foient très-prononcés.
Quant à Décembre, qui.appartient auffi aux Nords, mais qui quelquefois
eft abfolument fec, le thermomètre y defcend jufqu'à 16 degrés. Il n'eft
Toma L
Vvv --- Page 548 ---
322 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
cependant pas très-rare que quelques orages viennent mêler leurs pluies en
grande maffe, aux pluies fines & pénétrantes des Nords.
Les nuits des mois chauds font en général auffi chaudes, au Cap, que les
foirées, & le fommeil y eft plutôt un accablement qu'un état de repos & de
reproduétion des forces vitales. On eft dans l'ufage de laifer les fenêtres ouvertes au moyen des jaloulies à volets qu'on y place, mais la néceffité de fe
mettre fous une mouftiquaire pour échapper au martyre que font éprouver les
mouftiques & les maringouins, fait perdre tout l'effet de l'air introduit dans
la chambre; &la portion qui fe trouve fous la mouftiquaire eft bientôt échauffée
par la refpiration de toute une ruit ; auffi le réveil eft - il prefque alors
un état de maladie, tant on fe fent haraffé. S'il eft furvenu un orage confidérable, la brife de terre qu'il excite & à laquelle il piêre de l'énergie, procure
cependant une nuit agréable. Mais le changement de l'atmofphère nuit aufli
à la fanté, furtout fi l'on s'eft trouvé dans un courant d'air, 8c fi l'on était
couché par-deffus les draps.
Dans les mois des Nords 3 les jaloufies font cloles durant les nuits ; on preffe
contre fes épaules le drap fur lequel on s'éténdait auparavant ; on fent, en
entrant dans le lit, une forte de petit froid qui plaît & qui préfage un fommeil
doux & réparateur, & fi à cette fenfation fe mêle le plaifir d'entendre tomber
la pluie, On s'endort l'ame difpofée à rêver à des jouiffances plus douces encore.
Le baromètre varie peu au Cap, & confirme l'obfervation que j'ai déjà
faite fur lei jeu de cet inftrument à Saint-Domingue. La plus grande différence
qu'il faffe obferver dans cette ville, > eft de 27 pouces IO lignes à 28 pouces
3 lignes.
Il eft un autre inftrument météorologique, fur lequel il eft difficile auffi
d'avoir une opinion fixe dans la Colonie, c'eft la machine éleétrique. II
eftimpoffible de contefter que l'air ne foit chargé d'une grande quantité d'électricité, & dans les lieux où le tonnerre a le plus folemnel empire, il forcerait"
bientôt l'incrédulité à confeffer l'exiftence du fluide qui le conftitue. Mais il eft
difficile de faire des expériences qui en conftatent Pintenfité abfolue ou relative,
L'humidité dont l'air eft toujours plus ou moins accompagné, s'oppofe à l'expreffion de la machine, & fi elle n'eft pas faite par. une main habile, fi
l'expérience n'eft pas dirigée par une perfonne intelligente & bien pénétrée de
la théorie éleétrique, le réfultat eft nul, J'ai connu plufieurs habitans inftruits
des expériences qui en conftatent Pintenfité abfolue ou relative,
L'humidité dont l'air eft toujours plus ou moins accompagné, s'oppofe à l'expreffion de la machine, & fi elle n'eft pas faite par. une main habile, fi
l'expérience n'eft pas dirigée par une perfonne intelligente & bien pénétrée de
la théorie éleétrique, le réfultat eft nul, J'ai connu plufieurs habitans inftruits --- Page 549 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE, 523
& zélés qui ont été contraints de renoncer à leurs machines, qui ne produiaient
prefque rien. Le moindre changement dans l'atmofphère, l'approche du foufile
de quelqu'un, la tranfpiration prefqu'inévitable de celui qui meut la machine,
fuffit pour qu'on ne puiffe plus en obtenir les plus faibles étincelles.
Cependant, M. Arthaud, astuellement médecin du roi, a guéri en 1776
d'une hémipléfie, M. Golliaud , arpenteur du Borgne, avec fix femaines d'ulage
de l'éleétricité. Malgré cet exemple > je crois qu'il y a peu de fruits à efpérer
de l'électricité médicale à Saint-Domingue 3 &c je fais que les expériences les
plus conitantes & les plus laborieufes ont confirmé cecte fâcheule vérité à la
Martinique, en 1787.
J'ai cependant connu des perfonnes qui avaient éprouvé à Saint-Domingue
un foulage: nent marqué de l'éleétricité dans des affe Rions nerveufes; mais il faut
dire que dans ce. nombre étaient des hommes fédentaires, a:tachés à la vie du
cabinet, &c qui faifant mouvoir eux-mêmes la manivelle, devaient fans doute
plus.à ce falutaire exercice qu'à l'élcétricité.
Quoiqu'il en foit,je vais rapporter des expériences faites au Cap par feu M.
Dubourg, l'un des fondateurs de la Société des Sciences &c Arts de la même
ville. Cet homme laborieux employait une machine éleétrique de Rhamfden,
dont le plateau 3 fait par Vernevent, avait vingt pouces de diamètre. Par fon
moyen, lorfque l'éleétricité était forte, , M. Dubourg chargeait, en vingt tours
de manivelie, une jarre de fix pouces de diamètre & de dix pouces de hauteur 2
garnic d'une feuille métallique felon la méthode du doéteur Bevir. Cette charge
fuffifait pour percer dix à douze feuilles de papier avec l'excitateur & produire
une explofion qui fe faiiait entendre dans les appartemens voifins.
M. Dubourg avait un tableau magique de vingt pouces de long fur douze
pouces de large, recouvert de feuilles métaliiques qui venaient jufqu'à dix-huic
lignes du. bord. Le verre en était très-commun & d'une nuance verdâtre. Dans
ie courant des mois de Juin & de Juillet, ce tableau fe déchargeait fouvent
fpontanément. M. Dubourg tirait des étincelles du premier & du fecond conduéteur à un pouce & demi ou deux pouces de diftance, &c il n'avait jamais
employé qu'elles pour allumer l'efprit de vin.
A. ces réfultats, , il eft important de joindre deux obfervations, l'une c'eft que
M. Dubourg éleétrifait rarement fans avoir expolé préalablement tout l'appareil
au foleil, l'autre c'eft qu'il s'était convaincu que le tems le plus favorable à
V VV 2
éteur à un pouce & demi ou deux pouces de diftance, &c il n'avait jamais
employé qu'elles pour allumer l'efprit de vin.
A. ces réfultats, , il eft important de joindre deux obfervations, l'une c'eft que
M. Dubourg éleétrifait rarement fans avoir expolé préalablement tout l'appareil
au foleil, l'autre c'eft qu'il s'était convaincu que le tems le plus favorable à
V VV 2 --- Page 550 ---
524 DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
l'éleétricité à Saint-Domingue eft dans un jour ferein, depuis neufheures du
matin jufqu'à quatre heures du foir, pourvu que la brife d'Eft fouffle, fans quoi
lon n'a prefque rien à efpérer. J'appuierai d'autant plus fur cetté dernière
obfervation, qu'elle m'a été également communiquée par M. Thomin, notaire
général & fecrétaire de la Chambre d'Agriculture de la Partie de l'Oueft,
réfidant au Port-au-Prince, qui fait depuis longues années des expériences
éleétriques qu'on doit regretter qu'il n'ait pas publiées.
J'ai parlé de la température &c du climat du Cap dans leur état
commun 3
mais il eft des phénomènes météorologiques qui troublent cet ordre ou du moins
le fyflème d'ordre que Phomme conçoit, &c d'après lequel il claffe ce que la
nature a embraffé dans le fyfème univerfel que notre faible raifon ne peut faifir
tout entier. Je veux dire les orages violens, les pluies exceffives, les féchereffes
dévaftatrices, les coups de vent, les ouragans & ces mouvemens qui femblent
ébranler les fondemens de la terre. Je citerai des uns &c des autres, ceux
qui ont pu parvenir à ma connaifance.
En général les orages font tres-confidérables au Cap; ; le promontoire qui
termine cette ville à l'Oueft & au Nord & qui eft comme féparé des autres
parties montagneufes de l'ile, faic l'office d'un piton qui arrête les nuées. Les
orages formés au fein de la chaîne de Cibao, pouffés le long de cette énorme
épine par les vents de Sud & de Sud-Eft, viennent frapper le morné du Cap
dont le choc écartant les nues, les force à laifer échapper la maffe d'eau qu'elles
avaient déjà de la peine à retenir. La difpofition du morne ajoute enfuite au
bruit du tonnerre, dont l'éclat eft répercuté & vibre long-tems fur la ville avant
que le fon ait pu s'élever julqu'au-deffus de cette enceinte. Le tonnerre tombe
fréquemment dans les environs de la ville, furtout fur la pente de la branche
du morne qu'elle a au Nord, & la direétion du vent du Sud peut en être la
caufe. Comme cette partie a très-peu de population, les accidens y font trèsrares. Par la raifon contraire 2 lorfque le tonnerre tombe dans la ville, ce qui eft
arrivé peu fouvent, le danger eft grand.
On peut citer > le 25 Août 1763, qu'ily eut un homme foudroyé farle bord
de la mer. Le 20 Mai 1782, à cinq heures & demie du foir , lors d'un orage
peu grondeur >: il y cuttout-i-coup un éclat violent, le tonnerre tomba au marché
des Blancs, fur une maifon à grand balcon de bois, au bout & fur le côté Sud de
la rue de Conflans. Il-frappa, derrière le cou, un employé des magalins du roi
Août 1763, qu'ily eut un homme foudroyé farle bord
de la mer. Le 20 Mai 1782, à cinq heures & demie du foir , lors d'un orage
peu grondeur >: il y cuttout-i-coup un éclat violent, le tonnerre tomba au marché
des Blancs, fur une maifon à grand balcon de bois, au bout & fur le côté Sud de
la rue de Conflans. Il-frappa, derrière le cou, un employé des magalins du roi --- Page 551 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
&le tua. Deux perfonnes qui s'étaient trouvées à deux ou trois pas du foudroyé,
fous le balcon, demeurèrent évanouies pendant un affez long-tems. Le même
coupde tonnerre tua un foldat efpagnol qui n'avait aucune marque de la percuffion
éleétrique. Un matelot frappé, mourut peu de tems après. Le tonnerre a auffi
brifé une fois la croix placée au-deffus de la corniche du portail de l'églife.
La crainte du tonnerre a fait mettre au Cap plufieurs paratonnerres. J'aidit
y en avait un fur la maifon du Gouvernement. Au mois de
qu'il
fur la
Juin 1783, on pofa
poudrière une barre éleétrique dont le conduéteur fe perd dans un
Mais c'eft en 1787, que l'ufage de cette précaution s'eft réellement étendu, puits. M.
Millon phyficien, en faifant, au Cap, des cours de phyfique où il développait
la théorie de l'éleétricité, a convaincu plufieurs perfonnes de l'utile effet des
paratonnerres, , & dès le mois de Juin > il en avait déjà pofé neuf & travaillait à
quatorze autres. Il prenait 792 livres pour ifoler une maifon & y mettre les
paratonnerres. Le tonnerre en tombant fur l'un deux avait prouvé lintelligence
de l'opération.
Vers la fin de l'année 1722, il y eut plufieurs mois de pluies & de grands
débordemens. En 1732, les pluies furent tellement continuelles
qu'on fit, au
Cap 3 des prières publiques au mois d'Oétobre pour leur ceffàtion. Au mois de
Mai 1735, on fut encore défolé par leur continuité. En 1752, on eut
mois de pluies 5 elles affligèrent en Avril 1766, & durant les
plufieurs derniers
mois de 1787 , il plur tous les jours.
quatre
En 1726, au contraire, on éprouva une féchereffe cruelle
mois. Au mois d'Avril 1743, on comptait déjà plus de fix mois pendant fecs. onze En
1753, on reffentit cette calamité qui fe montra auffi en 1754, accompagné de la
difette. En 1757, ily y eut plus de quatre mois de féchereffe. Le même fléau
reparut au commencement de 1764 &. de 1769; et depuis il a été très-fréquent.
On l'a reffenti au commencement de 1774 & depuis le mois de Janvierjufqu'à
celui d'Août 1776. On le revit pendant la fin de 1778 & le commencement de
1779 d'une manière effrayante. Ils'eft renouvéllé de la fin de 1780 au mois de
Mai 1781; puis de la fin de 1785 au mois de Septembre 1786. La plus cruelle
difette accompagna la féchereffe de 1774 ainfi que celle de 1778.
Mais rien n'égala jamais la fécherefe de 1786 qui dura un an, dans certains:
lieux. Elle fut accompagnée, au Cap, de caraétérés extraordinaires. Le 20 Mars.
1786, le thermomètre monta à 23 degrés & le lendemain à 24. Des panneaux
de
Mai 1781; puis de la fin de 1785 au mois de Septembre 1786. La plus cruelle
difette accompagna la féchereffe de 1774 ainfi que celle de 1778.
Mais rien n'égala jamais la fécherefe de 1786 qui dura un an, dans certains:
lieux. Elle fut accompagnée, au Cap, de caraétérés extraordinaires. Le 20 Mars.
1786, le thermomètre monta à 23 degrés & le lendemain à 24. Des panneaux --- Page 552 ---
526 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
d'armoire fe fendirent; des glaces, des vafes de faience fe rompirent fpontanément. Le 30, le vent devint violent; dans la nuit, un fougueux raz de marée
endommagea les remblais du bord de la mer > & prélagea ( fuivant le
a
témoignage
des anciens colons ) que la féchereffe ferait encore opiniâtre, ce qui ne d vélifa que trop. Enfin le 5 Mai le thermomètre qui était à 219 au foleil levant,
monta à 27 à midi & à 28à trois heures. Le baromètre était depusja veille à 27
pouces, onze lignes 4 Le vent était Sud-Oueft & les thermon:è tres expofés à
Cette direétion s'élevèrent jufqu'à 31°. L'eau de puits était à 26 & 27°. Les
corps nitreux & réineux placés à l'ombre brûlaient la main, & les machines de
Nairne lançaient des étincelles fur les corps environnans, à dix ou douze pouces
I
de diftance. Cet état extraordinaire dura fix heures. La féchereffe était encore
telle au mois
U
d'Août, qu'il fallut que l'ordonnateur fit un réglement 3 le 22,
pour régler que les troupes iraient à trois heures de l'après-midi, remplir des
pièces àl l'eau, pour leur ufage > au magafin duroi, & aux puits de la rue Picolet,
que j'ai cités dans la Defeription de la huitième Sedtion, afin de laiffer au public
le peu d'eau que donnaient encore quelques fontaines, tous les puits ayant tari,
La faifon des orages avait bien ameré des pluies, mais pas affez abondamment
pour combattre les effets de la féchereffe qui dura jufqu'au mois de Septembre.
Les vents déployent auffi quelquefois leur fureur zu Cap. Le 14 Août 1680 eft
fameux par un ouragan épouvantable. Dans la nuit du 13 au 14 Novembre 1765,
ily en eut un affreux qui dura depuis onze heures du foirjufqu'à quatre heures du
matin, & quantité de maifons de la ville furent tres-endommagées. Tous les
bâtiniens de la rade fouffiirent; les uns chafsèrent, d'autres furent échoués &c
quelques goélettes & bateaux furent fubmergés. Le15 Octobre 1780, un Nord
fit encore des dommages, plufieurs maifons furent découvertes, notamment
celle que j'habitais. Le 27 Septembre 1785, on fentit auffi un petit ouragan.
Quelquefois les coups de vent du Sud qu'éprouve la Partie de l'ile qui porte le
même nom 5 ont de l'influence jufques dans çelle du Nord, & découvrent des
toits & couchent des arbres au Cap.
Cette ville ne connaît pas ces fecouffes qui anéantiffent les cités & font
périr leurs habitans fous des monceaux de ruines; mais elle n'eft pas préfervée
de celles qui répandent l'allarme & l'effroi, qui lézardent les maifons &c qui
annoncent affez que le fol où elle eft placée n'eft pas imperturbable. Elle a
reffenti fortement, quoique fans dommage > les cinq tremblemens de terre,
au Cap.
Cette ville ne connaît pas ces fecouffes qui anéantiffent les cités & font
périr leurs habitans fous des monceaux de ruines; mais elle n'eft pas préfervée
de celles qui répandent l'allarme & l'effroi, qui lézardent les maifons &c qui
annoncent affez que le fol où elle eft placée n'eft pas imperturbable. Elle a
reffenti fortement, quoique fans dommage > les cinq tremblemens de terre, --- Page 553 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 527
dont plufieurs parties de l'Ille ont éprouvé les défaftres en 1701, 1713, 1734,
1751 & 1770.
La terre y trembla le 27 Janvier 1766, à fix heures & demie du foirs la fecouffe
for affez vive. Il y eut une autre fecouffe peu violente le 26 Avril à neuf heures,
quelques minutes du foir, & un troifième dans le nuit du II au 12 Juin fuivant.
On en a obfervé depuis une faible, le IO Juillet 1771 , à fix heures 14 m. du
matin ; une plus forte, à quatre heures du matin, le3 Oétobre de la même
année, veille de la châte de la voûte de l'églife, &x une violente le 4 Août 1776, à
quatre heures du matin.
L'année 1784 a fait éprouver quatre tremblemens de terre au Cap; un le 25
Juillet à fix heures 14 m. du matin, avec trois fecouffes ; la commotion fut affez
forte &x le mouvement était dans la direétion du Sud-Oueft au Nord - Eft.
Le tems était lourd & chaud. Ilavait fait un peu de pluie Ia veille, le ciel était
couvert, la lune s'obfcurcit &c parut avec une zône d'un rouge pâle. Le fecond
le 24 Août à une heure treize minutes du matin; ; le troifème le 27 Septembre a
onze heures vingt-cinq minutes du foir, & le quatrième le 27 Novembre. On
en compta trois en 1785 : un le IO Janvier, le fecond le 19 Février, le troifième &le plus fort le 1O Juillet dans la nuit. On en a fenti un auffi en 1786, au
mois de Décembre.
Mais quelquefois l'orage, la pluie, le tremblement de terre & même la gréle,
s'affocient, & paraifent ou fe font reffentir enfemble. C'eft ainfi que dans la nuic
du 24 au 25 Décembre 1775, il y eut un orage épouvantable, accompagné
d'une pluie fi abondante 3 qu'ily eut, au Petit-Carenage, 3 des maifons prefque
comblées par la terre que les eaux avaient entraînée. Le 4 Août 1776, après une
fechéreffe de fept mois $ il y eut un violent tremble.nent de terre que j'ai cité &
qui fit fortir de toutes les mailons oû l'on n'ofa rentrer que quelques heures après.
Le foir, à 4 heures > vint un fort orage, 2 accompagné d'une grèle dont quelques
grains étaient auffi gros que le pouce. On ne fe rappelait pas d'en avoir vu d'aufli
confidérable depuis 1769.
- U > Dooca
Des Maladies.
J'AI promis de parler de la fanté des habitans du Cap. En général ceux qui
ent de terre que j'ai cité &
qui fit fortir de toutes les mailons oû l'on n'ofa rentrer que quelques heures après.
Le foir, à 4 heures > vint un fort orage, 2 accompagné d'une grèle dont quelques
grains étaient auffi gros que le pouce. On ne fe rappelait pas d'en avoir vu d'aufli
confidérable depuis 1769.
- U > Dooca
Des Maladies.
J'AI promis de parler de la fanté des habitans du Cap. En général ceux qui --- Page 554 ---
528 DESCRIPTION DE LA PARTIE
ont traité cette matière ont femblé fe livrer à deux extrêmes également reprochables. Les uns, & ce font les plus nombreux, ont préfenté fon climat comme
très-meurtrier : les autres > ont cherché à faire croire qu'on l'accufait à tort, & à
offrir des réfultats que des villes de France pourraient envier. Je dirai ce que
j'aivu, ce que des perfonnes en qui,j'ai grande confiance ont obfervé comme
moi.
Il faudrait diftinguer au Cap la population propre, d'avec la population accidentelle, & fe rappeler ce que j'ai dit fur la manière dont une colonie fe peuple.
Il n'eft prefque pas d'inftant où il n'arrive quelqu'un au Cap, par les vaiffeaux
qui y mouillent, car cette ville eft celle où il aborde le plus de bâtimens, & celle qui
offre le plus de probabilités aux combinailons qui font qu'on y vient de toute part.
C'eft ce conceurs d'arrivans que je nomme la population accidentelle du Cap,
foit qu'ils doivent s'y fixer, foit qu'ils n'y foient que paflagérement.
Une chofe commune à tous les individus qui arrivent 3 c'eft la néceffité de
s'acclimater qui, quoiqu'on en penfe, a aufli fes effets. chez les Créols ou chez
les Colons qui reviennent de France. Mais cette néceffité eft éprouvée de bien des
manières par celui qui débarque ; car on fent qu'elle doit dépendre du caraétère,
du tempérament, de l'age, de l'état de la fanté, de l'époque de l'année 3 de la
durée &c de la nature de la traverfée, du contrafte plus ou moins grand du
climat qu'on quitte avec celui auquel on fe trouve foumis > de la quantité de perfonnes qui augmentent déjà plus ou moins la population accidentelle du lieu.,
enfin de la fituation de l'ame &z du penchant plus ou moins marqué pour les
jouiffances qui nuifent à la tempérance & à la fobriété. Perfonne ne peut nier que
les arrivans ne foient plus ou'moins éprouvés, & il eft très - remarquable que ceux
qui payent le tribut le plus coûteux., font également ceux qui croient pouvoir tout
braver impunément, &. ceux, qui, effrayés de tout, fe regardent comme malades
en, mettant le pied à terre > & qui ne fongent qu'à leur fanté qu'ils imaginent
avoir déjà perdue. C'eft que la confiance préfomptueufe & la frayeur puérile,
font deux excès, & que le climat de Saint-Domingue les punit tous.
Si l'on confond cette claffe d'individus extrinsèques à la Colonie, comme conftituant en partie fa population; fi les marins & les foldats qui arrivent font comptés
au nombre des Colons dès qu'ils touchent la terre de lIfle > St-Domingue eft trèsmeurtrier, & le Cap qui reçoit la majeure partie de ces êtres, peut être
confidéré comme un lieu funefte. Cependant l'influence. du nouveau climat devient
chaque
ue les punit tous.
Si l'on confond cette claffe d'individus extrinsèques à la Colonie, comme conftituant en partie fa population; fi les marins & les foldats qui arrivent font comptés
au nombre des Colons dès qu'ils touchent la terre de lIfle > St-Domingue eft trèsmeurtrier, & le Cap qui reçoit la majeure partie de ces êtres, peut être
confidéré comme un lieu funefte. Cependant l'influence. du nouveau climat devient
chaque --- Page 555 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
chaque jour moins fenfible, & par rapport au Cap, qui eft l'objet de nos
oblervations actuelles, il eft facile de fentir que les maladies doivent y être &
plus rares & moins actives, depuis que des marais immenfes ont dilparu.
Je viens aux habitans réels de cette ville, à ceux quiy ont leur réfidence &c
quiy y font acclimatés > quelqu'ils puiffent être. Je trahirais la vérité, fi j'ofais
dire que le climat brûlant de la Zône Torride eft auffi favorable à la
que celui des Zônes Fortunées où le froid Aquilon femble fouffler population 2
la fanté au
milieu des frimats; où P'hiver donnant un nouveau reffort à la fibre, reproduit la
vie annuelle, & ajouite ainfi les années aux années, en les accompagnant d'une
force proportionnée aux befoins & aux jouiffances, que la nature a affignés à
chacune des faifons de l'homme: mais le climat des Colonies a auffi fes
U ne les perd que pour ceux qui, bourreaux de leur proprè exiftence, avantages, oublient
que le plaifir peut devenir un poifon; 3 il n'en eft privé que pour ces hommes
infatiables que la foif de l'or tourmente, & qui ne fongent qu'à l'accumuler
fuir un lieu qu'ils redoutent. Je fais bien que le climat moiffonne auffi des êtres pour
à quil leur modération promettait un meilleur fort; mais quel eft donc le champ
fortuné où des épis ne tombentj jamais avant leur maturité ?
La chaleur qu'on reffent au Cap raréfie les humeurs, tandis qu'une tranfpiration exceflive reliche la fibre 5 on prend pour de la force une fermentation
intérieure, & pour befoin l'appauvriffement que produifent de grandes déperditions. On fe fent porté vers les divers genres d'incontinence
une forté
d'exaltation
par
trompeufe, par un agacement des nerfs, & à ce défordre phyfique
qu'il faudrait corriger, s'uniffent tous les écarts de
cienne dés pays chauds. On eft environné de la féduétion l'imagination, la
cette magil
plus
celle qui ne repouffe pas le défir, lots même qu'elle n'eft pas capable dangereufe, de le
faire naitre, & l'on a cédé fans avoir fongé à combattre. Les digeftions deviennent léntes & pénibles, la bile s'aigrit, s'exalte & les maladies arrivent.
Plus violentes à Saint-Domingue qu'en France, elles y font peut-être moins
nombreules. Elles ont 5 dans les' villes des Colonies, un caraétèré communément
plus grave qu'à la campagne, & cette différence eft également obfervée en
Europe.
Au Cap les maladies fuivent communément la période des deux faifons. Dans
les mois chauds, les plus communes font les fièvres intermittentes, les contil
nues, 3 les fièvres putrides, les fièvres malignes & les dyffenteries. Dans les
Tome I.
X X X
nombreules. Elles ont 5 dans les' villes des Colonies, un caraétèré communément
plus grave qu'à la campagne, & cette différence eft également obfervée en
Europe.
Au Cap les maladies fuivent communément la période des deux faifons. Dans
les mois chauds, les plus communes font les fièvres intermittentes, les contil
nues, 3 les fièvres putrides, les fièvres malignes & les dyffenteries. Dans les
Tome I.
X X X --- Page 556 ---
530 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
mois froids, ce font les rhumes, les fluxions de poitrine, les rhumatifines, les
diarrhées, les affeétions fcorbutiques, les maux de gorge. Les premières qui
règnent d'une manière plus marquée depuis le mois de Juin jufqu'à la fin du
mois de Septembre, font plus fpécialement le partage des nouveaux arrivés,
de ceux qui ont entrepris des voyages, ou de ceux dont l'ame a été trop
vivement émue, foit par le plaifir, foit par le chagrin. Les autres menacent
les anciens Colons, les perfonnes d'une complexion foible ou celles qui fe jouent
des viciflitudes de l'atmofphère,
On ne peut s'empêcher d'être frappé, pendant que les premières exercent
leurs ravages, de la rapidité avec laquelle on eft atteint & terraffé; il ne faut
pas, dans ce redoutable intervaile, fe fier à l'idée d'une fimple indifpofition;
le fymptôme le moins apparent eft quelquefois, par cela même, le plus finiftre;
à la perfuafion qu'on peut fe livrer à fes occupations ordinaires, que dément
cependant une proftration de forces, on peut reconnaitre une fièvre maligne
& infidieufe, &c nulle part cette dernière épithète ne fut plus cruellement
applicable qu'à Saint-Domingue. On eft frappé à mort avant de l'avoir foupçonné, 8z fi une expérience heureufe n'a pas accoutumé le médecin à diftinguer cette affreufe maladie à fa fimplicité apparente > tout elpoir eft perdu.
Ah ! quel pays a plus befoin de talens dans ceux qui exercent l'art de guérir!
Ils font là, plus fouvent que dans tout autre lieu, placés entre le double
écueil de prendre pour une maladie où il faudrait tout brufquer, celle où la
nature n'a befoin que d'être aidée à tems; ou de fe livrer à une attente perfide lorfqu'il n'y avait plus un moment à perdre pour agir.
Dans les maladies chroniques, combien d'obftacles s'oppofent au rétabliffement ? un climat chaud fait fi peu pour le recouvrement des forces vitales, le
fommeil eft fi troublé, les alimens fi peu reftaurans, le défordre de l'appétit
fur-tout eft une caufe fi propre â produire d'autres défordres, que les convalefcences font longues & pénibles. Si l'on eft tourmenté par des obftruétions
qui font fi fréquentes après les maladies aigues; fi l'on eft attaqué de ces diarrhées effroyables qui changent l'homme en fpeêtre, & qui font accompagnées
de la faim dévorante, il n'eft rien à efpérer tant que l'on demeure dans la
Colonie, à moins que pour ces diarrhées, on ne trouve dans l'ufage de la
poudre de Caftillon (ainfi nommée du nom d'un chirurgien du Cap, fon
inventeur, qui conferve l'art de la préparcr), un remède dont on publie avec
attaqué de ces diarrhées effroyables qui changent l'homme en fpeêtre, & qui font accompagnées
de la faim dévorante, il n'eft rien à efpérer tant que l'on demeure dans la
Colonie, à moins que pour ces diarrhées, on ne trouve dans l'ufage de la
poudre de Caftillon (ainfi nommée du nom d'un chirurgien du Cap, fon
inventeur, qui conferve l'art de la préparcr), un remède dont on publie avec --- Page 557 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 531
raifon des effets qu'on ferait tenté d'appeler miraculeux. Mais en général ceux
à qui la reffource d'aller chercher une nouvelle fanté dans un pays froid eft
poflible, ne fe réfolvent à la prendre que lorfqu'elle eft devenue douteufe à
force d'avoir attendu. Il femble qu'on craigne plus d'abandonner fes affaires
que fon exiftence, prefque toujours compromife lorfqu'on s'obftine à combattre dans la Colonie une maladie quelconque qui a été long-tems rebelle.
Le genre de vie qu'on mène au Cap, n'eft rien moins qu'un régime propice à la fanté. Toutes les paffions y font en jeu & dans une continuelle agitation. On n'y connaît pas les douceurs de la fociété, de cette réunion d'individus
qui fe conviennent plus ou moins., & qui mettent en commun le défir de
plaire les uns aux autres 3 & de charmer les heures de leur loifir. On ignore
le plaifir de fe livrer à cette efpèce d'abandon où l'on s'oublie, pour ainfi dire,
foi-même pour s'occuper des autres, pour mieux goûter des délaffemens qui
appelent & excitent la gaiété.
Si l'on joue c'eft pour gagner; fi l'on caufe c'eft d'affaires; fi l'on va au
fpeétacle c'eft pour faire affaut de vanité, au bal c'eft pour s'exténuer; fi l'on
fe régale, c'eft l'orgueil qui le veut, & c'eft pour avoir une cohue qui fait
fuir la véritable joie. Et le dirai-je? c'eft au caraétère de la plupart des fmmes
qu'il faut reprocher la perte d'une des plus délicieufes jouiffances de la vie.
Avec peu d'amabilité & de politeffe elles ont mille prétentions & fe prodiguent, entre elles, les marques du défaut d'éducation. Elles fe difputent les
places au fpectacle . elles comptent les vifites & les invitations qu'elles fe font.
S'il y en a plufieurs, par exemple, qui doivent quêter le même jour > il y
en a qui font coucher le coiffeur chez elles afin d'être les premières prêtes, &
d'aller s'emparer des plâces qu'elles croyent les meilleures ; en un mot, jamais
l'orgueil n'a rien imaginé de plus puérile & de plus capable d'empécher toute
liaifon. Il faut donc vivre pour foi, être égoifte par néceffité comme par calcul,
& ne fonger qu'à l'or.
Tandis que ces difpofitions morales nuifent à la fanté, d'autres caufes l'attaquent encore. La dépravation du goût produite par la chaleur, porte à faire
ufage des falaifons. Les jambons > les cuiffes d'oyes, le boeuf à la daube, la
morue falée, les fauciffons > font des mets dont on ne fe laffe jamais, & que
le relâchement de l'eftomach fait rechercher. On mange beaucoup parce que
les affaifonnemens font piquans, & il faut remarquer deux chofes; la première,
Xxx 2
encore. La dépravation du goût produite par la chaleur, porte à faire
ufage des falaifons. Les jambons > les cuiffes d'oyes, le boeuf à la daube, la
morue falée, les fauciffons > font des mets dont on ne fe laffe jamais, & que
le relâchement de l'eftomach fait rechercher. On mange beaucoup parce que
les affaifonnemens font piquans, & il faut remarquer deux chofes; la première,
Xxx 2 --- Page 558 ---
532 D ESCRIPTIO N DE LA PARTIE
qu'on mange plus aux Colonies qu'en France, quoique la chaleur y foit plus
grande ; la feconde, qu'on y boit moins qu'on ne fait en.France pendant des
chaleurs moins confidérables, dernier effet qu'on ne peut attribuer qu'à lhumidité de l'air.
On avair imaginé, pendant quelques tems au Cap, d'avoir des ventilateurs,
efpèce d'éventail de planches attaché au plafond avec des couplets 3 &
qu'un petit nègre agitait pendant le repas. Mais l'on s'eft apperçu que les
rhumes devenaient fréquens, & la fenfualité du ventilateur a été abandonnée.
Il eft bien étrange que dans un lieu où l'on a fongé à un pareil moyen, on conferve l'orgueilleufe habitude de fe faire environner à table par un rang, quelquefois double, d'efclaves qui, appuyés fur le dos des chaifes, interceptent
l'air à une grande hauteur & étouffent leurs maîtres qu'ils dominent de plus d'un
pied.
J'ai affez dit ailleurs combien les femmes créoles faifaient peu pour leur
fanté, 8x cela eft vrai, principalement pour celles du Cap. La le luxe agit
plus qu'ailleurs fur les moeurs, &x les paflions agitent & vexent encore plus
le phyfique. Au milieu d'une vie monotone, elles ne font pas exemptes des
fecouffes violentes des paflions; & elles éprouvent toutes, plus ou moins, celles
des infirmités de leur fexe, qui peuvent réfulter du combat inégal d'une conftitution foible contre un caraétère dominateur & une imagination exaltée. Affez
renfermées, elles font fujettes aux impreffions de l'air, & l'on eft frappé de
voir qu'après avoir été quelquefois réclufes tout le jour, elles s'affeyent devant
leurs maifons durant trois ou quatre heures avant &c après le fouper, lorfqu'un
ferein dangereux charge l'atmofphère & rend humides tous les corps qui y font
expofés. Il eft telle foirée où ces femmes rentrent avec leurs vêtemens flafques
de l'effet de cette vapeur humide & chaude, à laquelle on pourrait peut-être
attribuer une grande partic des ophtalmies dont Saint-Domingue eft affligé, &
la perte des dents, ce moyen de fanté, cet ornement fi précieux pour la
beauté.
A la vérité l'on fe défend mal , dans un climat chaud, contre le défir qui
porte à chercher une fenfation rafraichiffante: C'eft à cette dilpofition prefque
involontaire que lon doit les rhumes, les çautères, les fuppreflions de tranfpiration qui, dans des fujets foibles, préparent des maladies mortelles. Les
femmes font encore les plus imprudentes à cet égard, quoiqu'elles duffent faveir
pour la
beauté.
A la vérité l'on fe défend mal , dans un climat chaud, contre le défir qui
porte à chercher une fenfation rafraichiffante: C'eft à cette dilpofition prefque
involontaire que lon doit les rhumes, les çautères, les fuppreflions de tranfpiration qui, dans des fujets foibles, préparent des maladies mortelles. Les
femmes font encore les plus imprudentes à cet égard, quoiqu'elles duffent faveir --- Page 559 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGI 2 U E. 533
qu'à certaines époques périodiques, leur fanté peut être facilement compromife,
On ne fe rappelle non plus jamais affez, combien il eft dangereux d'être mouillé
par la pluie dans des lieux où la tranfpiration même infenfible eft toujours
çonfidérable.
Je ne puis m'empécher de m'occuper ici un inftant des enfans 2 cette portion
f intéreffante de P'humanité. Il eft extrêmement difficile de les élever aux Antilles,
& cette obfervervation je la trouve confignée dans les pièces les plus anciennes
que CeS établiflemens puiffent procurer > &, fans doute, elle y a toujours été
frappante 2 car elle eft faite par des perfonnes de tous les états. La faible complexion des mères en eft la première caufe, puis la manière dont on les élève, la
manie dangereufe de les laiffer aller pieds nus, ): celle de les baigner fouvent quand
ils font en fueur, 3 l'énorme quantité de fruits qu'on leur donne, fans même
s'affurer de leur parfaite maturité, , tout leur prépare donc une pénible exiftence.
La petite vérole 2 les fièvres fuivies d'obftruction >. & furtout les maladies vermineufes en moiffonnent la majeure partie.
Les enfans font à peine fevrés, qu'il faudrait employer exaétement Ies vermifuges pour les garantir des convulfions qui les enlèvent tout-à-coup ou qui
caufent dans l'économie animale des défordres que la mort fuit tôt ou tard. Les
failons pluvieufes font celles où l'on a remarqué que les enfans étaient plus fujets
aux vers qui compliquent alors toutes leurs maladies. Les alimens muqueux
qu'on leur prodigue > contribuent fans doute auffi à les rendre la proie de ces
animaux deftruéteurs $ on ne peut donc trop recommander d'envoyer les enfans
en Europe, dès leur bas âge, afin de les fouftraire à des maux qui rendent la
population prefque nulle dans un pays immenfe.
Jc crois devoir m'élever contre un abus tout-à-la-fois ridicule &c. dangereux qui
eft très-commun à Saint-Domingue > c'eft de confier la garde des enfans à
d'autres enfans. Rien de plus ordinaire que de voir un enfant de huit ou neufans
qui en garde un de deux ou trois ans. On conçoit combien le fardeau fait courir
de rifque à l'un & à l'autre & furtout à celui qui eft porté; d'ailleurs l'amour des
jeux de fon àge entrainant le gardien, le gardé, laiffé feul, eft expofé à fe bleffer
ou à être bleffé, Lamauvaife pofition que le poids fait prendre à celui quip
influe auffi fur celui qu'il met fur fes hanches & ils fe déforment &x s'eftropient porte,
l'un & l'autre., Cette méthode eft encore une fource d'injuftices : quand l'enfant
échappe des. mains de çelui qui n'a pas la. force de le retenir, quand fon poids,
le gardé, laiffé feul, eft expofé à fe bleffer
ou à être bleffé, Lamauvaife pofition que le poids fait prendre à celui quip
influe auffi fur celui qu'il met fur fes hanches & ils fe déforment &x s'eftropient porte,
l'un & l'autre., Cette méthode eft encore une fource d'injuftices : quand l'enfant
échappe des. mains de çelui qui n'a pas la. force de le retenir, quand fon poids, --- Page 560 ---
534 DESCRIPTION DE LA PARTIE
qui fait chanceler le porteur, occalionne la chûte des deux, on frappe celui qu'on
a chargé d'un foin au-deflus de fon âge 3 l'on s'irrite d'autant plus que la châte
eft plus grave & l'on continue à être injufte au rifque d'expofer la vie de deux
enfans. Mais la crainte du châtiment empêche fouvent le gardien de parler d'un
accident qui n'a pas eu de témoins ; quelquefois même les domeftiques concourent pour le diffimuler, & de petits infortunés meurent parce 'qu'on n'a pas connu
des chûtes graves.
On ferait peut-être furpris de mon Glence relativement aux efclaves 1 fije ne
faifais pas obferver que ce n'eft pas dans une ville qu'ils peuvent offrir des obfervations particulières. Occupés de foins domeftiques ou de différens métiers s
leurs maladies font très-refifemblantes à celles des blancs, comparativement à
leurs occupations. On ne peut pas remarquer là les deux caufes qui ont le plus
d'influence fur certaines maladies des efclaves, le befoin d'une nourriture plus
abondante 8c celui de repos. J'ofe même dire que le plus grand ennemi des
efclaves des villes, c'eft l'excès du plaifir, ce font les fuites honteufes dont cet
excès eft accompagné & qui attaquent d'autant plus leur exiftence qu'ils font ufage de palliatifs & de répercuffifs, afin de pouvoir courir plutôt les mêmes dangers.
Deux autres raifons accélèrent la deftruétion des efclaves, la conjuration de tous
pour procurer à ceux d'entr'eux qui font malades de quoi manger, > lorfque la diète
la plus auftère eft exigée par leur état > la confiance qu'ils ont dans les remèdes
de leurs commères qui en ont au moins un millier pour chaque incommodité. Cette
confiance eft la fuite d'un ufage commun à plufieurs parties de l'Afrique où les
femmes pratiquent ce qu'on y appelle la médecine & notamment à Serre-Lionne.
Il faut donc une furveillance continuelle pour écarter ces deux genres d'affaffinat,
& comment peut-elle être sûre > quand il faut abfolument que les efclaves malades
foient foignés par d'autres efclaves ?
J'ai dit que les maladies avaient perdu de leur intenfité & il en eft une affreufe
laquelle cette obfervation eft très-vraie. Je veux parler de la maladie de
pour Siam, dontj'indique l'origine à l'article du Port-de-Paix, &c qui fut apportée de
la Martinique à Saint-Domingue en 1691. Une barque venant de Léogane au
Cap la propagea dans cette dernière ville > au mois de Septembre 1696. Chaque
année voyait de nouveaux ravages, & lorfqu'au mois de Juillet 1705, les vaiffeaux
P'Ambitieux > le Faucon & le Marin, vinrent de la Martinique au Cap; cette
effroyable maladie qui produit une telle raréfaction du fang, qu'il rompt tous les
apportée de
la Martinique à Saint-Domingue en 1691. Une barque venant de Léogane au
Cap la propagea dans cette dernière ville > au mois de Septembre 1696. Chaque
année voyait de nouveaux ravages, & lorfqu'au mois de Juillet 1705, les vaiffeaux
P'Ambitieux > le Faucon & le Marin, vinrent de la Martinique au Cap; cette
effroyable maladie qui produit une telle raréfaction du fang, qu'il rompt tous les --- Page 561 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE,
yaiffeaux &c fort par tous les pores 3 y fit mourir 300 perfonnes, en quelque forte
peftiférées. Comme elle frappait particulièrement les hommes de mer > on l'appela
aufli la matel te & la tavardille.
En 1733 & au mois de Juillet 1734; elle caufa de grands
fe renouveller en 1743 & au mois d'Août 1755. Mais depuis lors ravages elle eft > qu'on vit
devenue de plus en plus rares l'on cite même les fujets qu'elle
mais toujours
l'on n'arrache prefque jamais à la mort.
attaque >
que
Le Cap n'a donc pas toujours été exempt d'épidémies, & en
eut. une de près d'une .année, pendant laquelle les fièvres
1755 il y en
les plus terribles ravages. Les chiens, au bout de
gangreneufes firent
quatre mois, partagèrent ce
fléau,ils étaient dévorés par les vers, même avant leur mort, & l'on crut d'une
fage police de défendre alors l'ufage du poiffon, parce que les cadavres des
chiens étaient jettés dans la rade.
C'eft pour. moi une occafion de dire que quelquefois le poiffon a une
propriété malfaifante au Cap, furtout lorfqu'il eft très-gros. On a même pris
l'ufage de le faire cuire lorfqu'il eft d'une grande dimenfion, avec une cuiller
d'argenti, parce qu'on a obfervé que quand la cuiller noirciffait, le poiffon
était mal-fain. L'efpèce de fardines appelée cayeux, eft fpécialement proferite
au Cap depuis le mois de Mai jufqu'à celui d'Oétobre, par une ordonnance de
police du 12 Juin 1778, readue 37 ans après que le médecin Defportes eût
vu des perfonnes empoifonnées par la chair de ce poiffon d'autant plus
reux
> qu'il eft très-délicat. Plufieurs perfonnes penfent que le poiffon eft nuifible dangelorfqu'il s'eft nourri fur. des bancs cuivreux, mais cette opinion a fait place à
celle plus raifonnable, qui attribue cet effet au fruit du manceniller qui croît fur le
rivage, &c dont on fait que toute la fubftance eft un des poifons les plus actifs. Peutêtre devrait-on s'occuper d'expériences relatives au tems du frai; elles jetteraient
fans doute du jour fur cette partie encore environnée de ténèbres. La
que la défenie de vendre du cayeux pendant les fix mois que j'ai indiqués preuve n'eft
pas un préfervatif fuffifant, c'eft que pour en avoir mangé le 14 Février
j'eus le lendemain le corps tout rouge d'une éruption avec prurit, des 1779,
& des vertiges.
coliques
Une épidémie toujours renaiffante, c'eft celle de la petite vérole. Jamais on
n'oublira les effets défaftreux qu'elle eut en 1772 au Cap & dans fa
dance, Elle fut introduite dans cette ville par le navire négrier dontj'ai dépen- cité le
uffifant, c'eft que pour en avoir mangé le 14 Février
j'eus le lendemain le corps tout rouge d'une éruption avec prurit, des 1779,
& des vertiges.
coliques
Une épidémie toujours renaiffante, c'eft celle de la petite vérole. Jamais on
n'oublira les effets défaftreux qu'elle eut en 1772 au Cap & dans fa
dance, Elle fut introduite dans cette ville par le navire négrier dontj'ai dépen- cité le --- Page 562 ---
536 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
naufrage dans le port du Cap. Les nègres allaient couverts de puftules dans
les rues, & le médecin du roi qui avait fans doute oublié ou qui ne favait
p:s que la petite vérole était contagieufe > quoique plufieurs ordonnances fucceffives, depuis le 18 Janvier 1686, l'euffent défignée parmi les maladies dont
il était de fon devoir d'empêcher la communication, ne prit aucune précaution pour s'y oppofer. Il périt 1,200 perfonnes de cette épidémie. Elle fervit du
moins à rappeler que vers 1745 on avait tenté quelques effais d'inoculation,
renouvellés en 1757, &c plufieurs habitans de la plaine du Cap, chez qui
l'épidémie était parvenue 3 ufèrent de ce moyen préfervateury que le médecin
Joubert n'avait ceffé de confeiller au Port-au-Prince en 1769. Mais on a vu
( page 247 ), qu'il était réfervé à M. Warlock d'obtenir à l'inoculation., par
de continuels fuccès, une grande partie de la confiance qu'elle mérite.
L'inoculation n'eft cependant pas encore affez familière pour que la petite
vérole ne foit pas redoutable. Qui croirait que c'eft au Cap qu'on trouve le
plus d'incrédules fur le fuccès de la méthode qui la combat, & où l'on oppofe
le plus d'entêtement à la propagation de cette méthode ! Au mois de Juin
1782, la petite vérole fe manifefta au Cap &c y fit périr beaucoup d'individus
jufqu'au mois de Décembre > qu'elle commença à perdre de fa force. Elle
exiftait encore, mais très-affaiblie au mois de Mars 1783- Elle a reparu en 1788
avec des caraétères affigeans. En vain prétend-on que cette maladie cruelle
l'eft beaucoup moins dans les climats chauds, elle y eft toujours affez funefte
pour qu'on doive diminuer le nombre de ceux qui ne l'ont point encore éprouvés; & qu'on fe fouvienne > comme l'a dit la Condamine 3 qu'elle défigure &
mutile ceux qu'elle ne peut détruire. D'ailleurs la vieille routine d'un traitement
échauffant, eft elle-même auffi redoutable que la maladie.
Je tiens de M. Warlock, que ce qu'on publie du prétendu préfervatif que
procure le foin de laiffer faigner le cordon ombilical & de le preffer, eft imaginaire. Il a fait l'expérience plufieurs fois, notamment dans la paroiffe du
Dondon en 1781, & elle n'a pas empéché la communication de la petite
vérole, foit naturelle foit inoculée.
Il eft rare que la petite vérole ne foit pas précédée > accompagnée ou fuivie
de très-près par la rougeole, qu'on craint avec raifon à Saint-Domingue. Au
mois de Décembre 1748, de Janvier & de Février 1749, elle caufa beaucoup
de pertes dans toute la Partie du Nord, & au mois de Septembre 1782 elle fit
périr
elle n'a pas empéché la communication de la petite
vérole, foit naturelle foit inoculée.
Il eft rare que la petite vérole ne foit pas précédée > accompagnée ou fuivie
de très-près par la rougeole, qu'on craint avec raifon à Saint-Domingue. Au
mois de Décembre 1748, de Janvier & de Février 1749, elle caufa beaucoup
de pertes dans toute la Partie du Nord, & au mois de Septembre 1782 elle fit
périr --- Page 563 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUS
périr un grand nombre de perfonnes prefque toutes adultés, par les
dont elle fut fuivie.
dyflenteries
On voit affez communément au Cap, depuis quelques années, des
attaqués de l'éléphantiafis ou
fujets
mal-rouge > ce fléau de plufieurs contrées de
l'Afrique. Leur alpect hideux excite autant l'effroi que la pitié, & il force ceux
qui portent leurs vues plus loin à reprocher au
coupable & dangereufe. Il
gouvernement une indifférence
devrait y avoir dans un lieu quelconqne de la Colonie
une léproferie où ceux de ces individus qui font encore fufceptibles de
trouveraient les fecours néceflaires, où les autres feraient
à guérir
convenable & où l'on formerait, à l'égard de
affujettis un régime
tous, une réclufion affez douce
pour ne pas aggraver la douleur de leur état & affez fûre
la
communication de cette mala.die.
pour empêcher
On parvient rarement au Cap à un âze avancé, & la lifte des
de toutesles époques ferait courte $ 8c ce ferait encore plutôt des octogénaires
mulâtres. On y a remarqué Thomas Bernard, homme de
nègres ou des
de 80 ans & qui avait en 1787 douze enfans
couleur Agé de plus
légitimes vivans. L'on cite
Mde, Marie Regnard, époufe de M. Cormeau de la
notaire
Chapelle,
au
Cap, morte à 84 ans le 29 Mai 1770, & Mde, Marguerite Gigot,
de M. de Safrey, marquis de Tournemine,
époufe
3 qui y écait née & qui y mourut
le 16 Mars 1771 > âdgée de 82 ans,
Les perfonnes des deux fexes qui parviennent à leur cinquantième
une exiftence plus entière qu'ailleurs,
annnée,y ont
mités. des
parce qu'elles n'y éprouvent pas les infirpays froids. Ce n'eft pas qu'il faille croire > comme l'a dit Reynal
que la goutte la graveile, la pierre & l'apoplexie ne font jamais le moindre 2
mavage aux Iles. Les trois premières maladies y font bien connues, & elles
ya autorifent peut-etre l'opinion de ceux qui les confidèrent comme dcs maladies
de la lymphe. Quant à l'aploplexie > on en eft affez garanti par la grande activité
que la chaleur imprime au fang > & qui, en brifant les molécules, ,les fait
plutôt à l'état inflammatoire qui allume les fièvres de
paffer
cC nom qu'à celui de
(*) Fils d'un père que m'a ravi Papoplexie & d'une mère qui était devenu
fais gouteux moi-même & nous fommes Créols tous les trois, Ma feule famille gouteufe à 52 ans, je
nombreufes réfuta.ions de l'affertion de Raynal,
me fournirait de
Tome I.
Yyy
les molécules, ,les fait
plutôt à l'état inflammatoire qui allume les fièvres de
paffer
cC nom qu'à celui de
(*) Fils d'un père que m'a ravi Papoplexie & d'une mère qui était devenu
fais gouteux moi-même & nous fommes Créols tous les trois, Ma feule famille gouteufe à 52 ans, je
nombreufes réfuta.ions de l'affertion de Raynal,
me fournirait de
Tome I.
Yyy --- Page 564 ---
538 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
violence & d'épaifi@ement qui caufe l'apoplexie. Au fi.rplus > on ne voit encore
que cropd'apoplectiques aux Illes.
Etrangers E5 autres perfomnes remarquables venues au Cap.
UN lieu auffi fréquenré que le Cap, où il arrive chaque année autant de
bâtimens & qui eft le centre d'un auflfi grand mouvement, doit avoir été néceffairement vifité par des perfonnes remarquables. J'en vais citer quelques-uns dans
P'ordre chronologique.
Une flotte efpagnole paffant devant cette ville, y mit à terre, : le 27 Juillet 1708,
I
Don Guillermo Morfil, meftre de camp, qui allait prendre poffeffion de la place
de préfident de la Partie Efpagnole, &c quis'y rendit par la Partie du Nord de la
Colonie Françaife, où il fit un peu de féjour, puifqu'il affifta, comme je l'ai
dit, à la Sainte-Anne, fête patronale de la paroiffe de Limonade.
Le père Charlevoix, jéfuite, venant de la Louifiane, l'avait mené le voyage
qu'il fit par ordre du gouvernement en Septembre 1720, pour découvrir la mer
de FOueft, arriva au Cap le Ier, Septembre 1722, & en partit pour le Havre le
25 du même mois. Il eft même vraifemblable que ce fut alors que le père le Pers
lui remit fes mémoires, qui ont formé I'Hiftoire de Saint-Domingue, qui s'arrête
en 1723, & que. je trouve vraiment digne d'éloge.
Le 7 Novembre 1731, Don Manuel Lopez Pintadez, chef d'efcadre, 3 qui
montait le Saint-Louis de 6c canons 3 relâcha au Cap avec cinq autres vaiffeaux
efpagnols > faifant partie des gallions qui retournaient du Mexique en Europe 3 &c
qui avaient été très-maltraités d'un coup de vent. Ily féjourna jufqu'à la fin du
mois d'Avril. Ces vaiffeaux, pendant qu'on les réparait, mirent à terre quatrevingt millions.
Au commencement de 1741, on vit au Cap Don Pierre Zorrilla de SaintMartin, marquis de la Gandara Réal, premier-ficutenant des gardes efpagnoles,
qui fe rendait à la préfidence de Santo-Domingo. Ce fut lui qui eût l'occafion
d'entendre parler de la ferme des boucheries.
Au commencement de Février 1744, arriva un prince de Mont-Liban,
Avril. Ces vaiffeaux, pendant qu'on les réparait, mirent à terre quatrevingt millions.
Au commencement de 1741, on vit au Cap Don Pierre Zorrilla de SaintMartin, marquis de la Gandara Réal, premier-ficutenant des gardes efpagnoles,
qui fe rendait à la préfidence de Santo-Domingo. Ce fut lui qui eût l'occafion
d'entendre parler de la ferme des boucheries.
Au commencement de Février 1744, arriva un prince de Mont-Liban, --- Page 565 ---
FR ANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
venu de Marfeille à la Martinique & de cette Ille à Saint - Domingue,
implorer la charité des fidelles, afin d'obtenir de quoi racheter fon frère aîné retenu pour
en otage par le bacha de Sidon, 3 pour un tribut qu'il n'avait pu payer. Il était
vêtu à la turque 3 ainfi qu'un homme quil'accompagnait &z lui fervait d'interprête.
Il fut reçu & logé par les jéfuites, qui le traitèrent avec de
grands égards 3 mais
étant revenu, au mois de Mars 1751, les Adminiftrateurs crurent convenable
d'empêcher le renouvellement de fes quêtes.
Un illuftre voyageur , le commodore Byron, revenant du naufrage qu'il avait
éprouvé dans fon voyage autour du monde, entra au Cap le 8 Juiller 1745
fur la fregate particulière le Lys armée à Saint-Malo, & en repartit le 6 Septembre, fur le mê ne bâtiment, dans un convoi efcorté par une efcadre aux ordres
de M. de l'Etenduère.
Ce fut dans cette ville qu'un archevêque de Nicofie vint mourir, au mois de
Septembre 1751,au moment où les Adminiftrateurs exigeaient qu'il reparit de
la Colonie, qu'il difait être venu voir en voyageur qui veut s'inftruire.
Don Manuel de Azlor y Urriez, colonel, & Préfident de la Partie
Epagnole D
arriva, le 20 Février 1766, de fon gouvernement, & fit dans cette ville un affez
long féjour 3 que M. d'Eftaing fût lui rendre trés-agréable,
Un autre préfident Efpagnol y fut attiré par la grande affaire des limites,
C'était Don Jofeph Solano & Bote, chevalier de l'ordre de Saint - Jacques &c
capitaine de vaiffeaux. Il y vint le 14 Février 1776; & le 8 Avril 1782 il
mouilla dans fon port avec l'efcadre qu'il commandait en qualité de licutenantgénéral & quiy féjourna jufqu'au mois d'Avril 1783.
Le 21 Février de la même année 3 le Cap reçut Don Bernard de Galyez,
lieutenant-général des armées efpagnoles, qui venait y prendre le commandement
général des armées combinées de France & d'Efpagne. Ilen repartit le 8 Mai1783,
emportant les regrets de tous ceux qui l'avaient connu ; regrets qui devinrent
bien plus vifs en 1786, à la nouvelle de fa mort; il était alors vice-roi du
Méxique.
Mais l'étranger le plus célèbre, que la ville dontje parle ait eu dans fon fein
& dont j'ai déja fait mention à l'article du fpeétacle, c'eft le prince GuillaumeHenri, duc de Lancaftre, fils du roi d'Angleterre, 3 qui y débarqua le 5 Avril
de l'efcadre de l'amiral Hood où il fervait en qualité de garde-marine, & qu'il
rejoignit à l'expiration de fon congé de 24 heures, ayant eu à peine le tems de
Yyy 2
ville dontje parle ait eu dans fon fein
& dont j'ai déja fait mention à l'article du fpeétacle, c'eft le prince GuillaumeHenri, duc de Lancaftre, fils du roi d'Angleterre, 3 qui y débarqua le 5 Avril
de l'efcadre de l'amiral Hood où il fervait en qualité de garde-marine, & qu'il
rejoignit à l'expiration de fon congé de 24 heures, ayant eu à peine le tems de
Yyy 2 --- Page 566 ---
540 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
voir cette ville, qu'il trouva très-digne de la curiofité qu'elle lui avait infpirée.
Le Cap a été la patrie, le tombeau ou le féjour de plufieurs hommes, qni ont
des tiures pour être cités.
Le pére Pierre Boutin, jéiuite. Il était né à la Tour-Blanche, en |Périgord,
durant l'année 1672. Arrivé au Cap en 1705, en qualité de miffionnaire, il
occupa fucceffivement les cures de l'Acul, du Port-de-Paix & du Petit-SaintLouis , jufqu'en 1714, qu'il paffa à celle du Cap, dont on a vu qu'il dirigea
l'églife & comme pafteur & comme architeéte. Quelques effets d'un zèle, peutêtre trop ardent, ayant fait défirer preiqu'auffitôt aux Adminiftrateurs de ne pas
voir lepère Boutin à la tête de cette paroiffe 3 il s'attacha fpécialement à l'inftruction des nègres. Il avait pour cette ceuvre les deux grands talens qu'elle exige
une patience qui ne fe laffe de rien & une fanté ferme que ne promettait cependant pas fon extérieur faible. A cette partie de l'apoftolat le père Boutin réunit
le foin fpirituel des marins, c'eft-à-dire, qu'il cultivait la partie la plus laborieufe
de la vigne fainte, puifqu'alors il fallait aller dans la rade, parce que les matelots
malades étaient gardés à bord des bâtimens.
L'étude des nombreux idiomes del'Afrique, celle des moeurs des hommes qui
habitent cetce partie du monde, était la principale application du père Boutin,
qui était parvenu à fe rendre auffi fimple & auffi intelligible pour tous les nègres,
que pour les blancs les plus inftruits. Ce fut lui qui établit le premier, l'ufage de
faire le baptême des adultes aux deux époques annuelles. des famedis de Pâques
& de la Pentecôte; mais chaque foir il faifait une inftruétion au-devant du perron
que l'églife avait alors. La meffe, appelée des nègres, fut auffi inftituée par lui.
On a vu quelle affeétion il avait montré pour les malades, en établiffant un
hôpital, & quel attachement folide 8c religieux il avait pour la Colonie, à qui il
a fait un vrai préfent dans l'établifiement des Religieufes de Notre-Dame au Cap.
Livré aux plus grandes auftérités, le père Boutin ne ceffà pas de jouir d'une fanté
conftante, & fa mort, arrivée le vendredi 21 Décembre 1742, ne fut précédée
que de quelques jours de maladie.
Cette mort fut le fignal d'un deuil univerfel; ceux mêmes, qui croyaient
que le zèle du pieux miflionnaire avait été quelquefois trop loin, ne virent plus
que la perte de fes vertus, & de leur influence fur deux claffes d'hommes qui en
avaient éprouvé l'heureux afcendant. Il n'eft pas encore aujourd'hui un feul
individu qui ne fache le nom du père Boutin, chez qui il ne réveille l'idée de
ie.
Cette mort fut le fignal d'un deuil univerfel; ceux mêmes, qui croyaient
que le zèle du pieux miflionnaire avait été quelquefois trop loin, ne virent plus
que la perte de fes vertus, & de leur influence fur deux claffes d'hommes qui en
avaient éprouvé l'heureux afcendant. Il n'eft pas encore aujourd'hui un feul
individu qui ne fache le nom du père Boutin, chez qui il ne réveille l'idée de --- Page 567 ---
FRAI NÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE 54t
la bienveillancel la plus fervente. Les habitans du Cap, en particulier, lui confervent
une gratitude > qui eft le monumentleplus durable, qu'un homme puiffe confacrer
au fouvenir d'un autre homme. Le père Boutin avait trouvé au milieu d'une vie
pleine d'exercices de piété & de travaux utiles,le tems de fe livrer auxobfervationsaftronomiques, & les mémoires de Trévoux renferment plufieurs des fiens.
Le Cap a eu auffi pendant quelques années pour curé s le père Margat, > jéfuite,
qui l'avait été auparavant de la paroiffe de la Petite-Anfe > pendant vingt ans. Ce
religieux eft l'auteur d'une Hiftoire de Tamerlan, & de plufieurs lettres curieules
&i intéreffantes, imprimées parmi les Lettres Édifiantes.
C'eft au Cap, que Jean-Baptifte René Poupée Defportes, pratiqua feize ans
la médecine ; il y fut même médecin du roi chargé des hôpitaux, depuis
jufqu'à fa mort, arrivée au Quartier - Morin le 15 Février 1748,lorfqu'il n'avait"
encore que 43 ans & 5 mois. M: Delportes, né à Vitré, en Bretagne, d'une
famille qui a produit plufieurs médecins , s'occupa de juftifier le choix qui lui
avait confié une place importante, quoiqu'il fut encore très - jeune,. comme
médecin ; le brevet de correfpondant de l'Académie des Sciences récompenfa fes
effais en 1738, & l'encouragèrent pour l'avenir.
On a imprimé en 1771, à Paris,3 volumes in-12 des ceuvres de M. Defportes,
fous le titre d'Hiftoire des Maladies de Saint-Domingue. Ony trouve un traité
des plantes ufuelles de la Colonie 5 une pharmacopée ou recueil de formules des
médicamens fimples du pays, & quelques differtations fur diverfes denrées coloniales, l'analyfe des eaux minérales du Mirebalais, &c. &c, J'aidit en parlant du père
Le Pers, que fes travaux botaniques avaient paffés à M. Defportes.
Ce médecin a des apologiftes & des détraéteurs. Les uns & les autres ont
abondé dans leur fens > & peut-être que fi les premiers voulaient confidérer trop
les connaifances botaniques & chimiques de M. Defportes, qui avait quitté que la
métropole vers 1732, n'étaient pas & ne pouvaient pas être trés-profondes
on s'étonnerait moins de trouver dans fes recettes une profufion contradiétoire 3
qu'il n'eft pas permis de vouloir juftifier de nos jours. Mais M. Defportes a eu 3
le mérite d'avoir le premier donné quelques idées far la médecine coloniale ; il a
fait des oblervations locales qu'on ne peut s'empêcher d'eftimer, & f fon livre
n'eft pas toujours propré à être un guide, il peut du moins fervir de notes
indicatives.
M, Bourgeois, né à la Rochelle, de la famille du miniftre M. Bourgeois de
3
qu'il n'eft pas permis de vouloir juftifier de nos jours. Mais M. Defportes a eu 3
le mérite d'avoir le premier donné quelques idées far la médecine coloniale ; il a
fait des oblervations locales qu'on ne peut s'empêcher d'eftimer, & f fon livre
n'eft pas toujours propré à être un guide, il peut du moins fervir de notes
indicatives.
M, Bourgeois, né à la Rochelle, de la famille du miniftre M. Bourgeois de --- Page 568 ---
542 DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
Boynes, habita pendant près de trente ans la ville du Cap, où it fut avocat 8c le
premier fecrétaire de la Chambre d'Agriculture. M. Bourgeois revenu en France,
ficimprimer à Paris, en 1773, un poëme, fous le titre de Colomb, en deux parties
in-8°., dont chacune contient vingt-quatre chants. La vérité force à dire
cette publication fut un piège pour l'amour-prôpre de l'auteur, &
que
pourrait rien retirer de cet
qu'on ne
des
ouvrage 3 que des matériaux pour un diétionnaire
rimes > parce qu'elles y font d'une grande richeffe. Unneveu de M. Bourgeois
a publié en 1788, & depuis fa mort, un recueil i2-8°., fous le titre de
intérefans dans diferentes Cclonies
Veyages
Françailes 3 E/paguoles ES Anglaifes, E3c. ESc.
C'eft un extrait fortincomplet de traits anecdotiques, de
&
détails.
deferiptions d'autres
C'eft pendant fa réfidence au Cap que M. Hilliard d'Auberteuil a
les deux volumes in-80. qu'il a publiés à Paris, en 1776. Ils font intirulés, compofa
Confidérations Jur PÉtat prôfent de la Colonie de Saint-Domingue, Cet
écrit avec. hardieffe, ne formait qu'une partie d'un grand travail que M. ouvrage Hilliard
fe vit forcé de réduire, parce que I'Hiftoire Politique des deux
de
l'abbé Reynal, en avait rendu plufieurs détails inutiles. Le livre de M. Indes, Hilliard
ft une grande fenfation à Saint - Domingue où fa diftribution fut même
La réputation de critique qu'avait fon auteur, contribua
défendue.
Ledteurs, & fut la caufe de plufieurs faits
beaucoupà lui donner des
toire. M. Hilliard s'eft
qui trouveront leurs places dans l'hifquelquefois laine emporter au défir de cenfurer, & fcs
détails ne font pas toujours d'une exaétitude rigoureufe. Le
en dénonça l'efprit & des fragmens, fit de M, Hilliard
Miniftre, a qui on
lIMle la Grenade. Mais
un procureur du roi de
l'efprit inquiet de Mr. Hilliard le ramena en
& il vient de mourir à Saint-Domingue, où il faifait, depuis deux
France,
folliciteur de vieux procès & d'écrivain de mémoires de
ans,le métier de
judicature,
avocats inoccupés couvraient de leur fignature,
que des
C'eft au Cap auffi que M. Dubuiffon, né à Paris, auteur de la tragédie de
Mirza, fit la critique de l'ouvrage de M. Hilliard, fous le tirre de Nouvelles
Confidérations fur Saint-Domingue > en réporfe à celles de M. H. D. Elle a été
imprimée à Paris en 1780; l'auteur y a fuivi M, Hilliard chapitre
&, dans plufieurs points, il loue par cela même qu'il ne critique par chapitre
M. Rey, Créol du Cap, mort en 1779 procureur-général du pas. Confeil
rieur de cette ville, a écrit fur le commerce des blés & a concouruàla fupé
d'un ouvrage périodique connu fous le nom de SpeBateur Français, rédaction
. D. Elle a été
imprimée à Paris en 1780; l'auteur y a fuivi M, Hilliard chapitre
&, dans plufieurs points, il loue par cela même qu'il ne critique par chapitre
M. Rey, Créol du Cap, mort en 1779 procureur-général du pas. Confeil
rieur de cette ville, a écrit fur le commerce des blés & a concouruàla fupé
d'un ouvrage périodique connu fous le nom de SpeBateur Français, rédaction --- Page 569 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
M. Weuves le jeune > né à Neufchâtel en Suiffe en 1738 > après avoir
étudié le commerce quelques années à Paris & au Havre, vint le faire au Cap.
H alla, en 1766, dans la Partie Efpagnole & fut fix femaines à Samana. Devenu
fondé de procuration de M. le duc de Bouillon dont il a régi l'habitation à Léogane , il repaffà en France en 1776. C'eft là qu'entendant dire, , en 1779, à un
homme d'Écat que les Colonies étaient onéreufes à la Métropole, il fit,
combattre cette opinion > un mémoire qu'il remit au miniftre de la Marine pour des
mains duquel il le retira pour le donner à M. de Vergennes qui le défirait. > Ce
dernier fe détermina à le faire imprimer, mais l'ambaffadeur d'Efpagne qui fut
que le cagotifme efpagnol y était févèrement blâmé, follicita pour que l'ouvrage
fut cartonné. Ille fut, en effet, de l'agrément de M. Weuves qui faifait alors
un voyagé à Londres &c qui tranfigea ainfi pour qu'on ne touchât point au fond des
chofes coloniales. Cet ouvrage intitulé : Réflexions Hiforiques 63 Politiquesfutr le
commerce de France avecfes Colonies dAmérique s imprimé, en 1780, chez Cellot
à Paris, un volume in-8°, eft fait pour attirer de juftes éloges à fon auteur qui
habite encore Paris 3 en ce moment.
M. Alexandre Dubourg, né à Caen le 27 Février 1747,eft mort au Cap le
9 Décembre 1787. Son père qui était tapiflier, ne pouvant lui faire continuer
fes études, lui fit enfeigner le deffin &c les mathématiques & l'envoya à Rouen
pour s'inftruire dans le commerce de la droguerie. Il y entendit le célèbre le Cat
& s'enflamma pour l'étude de la nature ; mais contrarié dans ce goût, il fe fic
foldat au régiment de Périgord, avec lequel il paffa à la Martinique.
On éleva un fpeétacle dans cette ile & M. Dubourg s'y fit remarquer
par
l'intelligence avec laquelle il rempliffait quelques rôles. Séduit par les applaudiffemens, M. Dubourg continua àêtre comédien: , après même qu'il n'était
plus foldat, & il vint exercer cet art au Cap. Une conduite honnête, un extérieur
décent 8c des talens prefque naturels pour le théâtre, donnèrent des amis & des
admirateurs à M. Dubourg qui, nourrid de la lecture des bons auteurs, fe livra à une
étude qui peignait la douceur de fon caraétère.
Le Cercle des Philadelphes en fe formant, choifit M. Dubourg pour le préfider, & cette nomination honora les éleéteurs & celui qu'ils avaient élu. M.
Dubourg qui trouvait dans cette nouvelle fociété des jouifances analogues à fes
goûts, 3 s'occupa beaucoup de rendre fes premiers travaux intéreffàns. Il fit un
cours de botanique &c dans un pays où toutes les manufactures font alimentées
par
douceur de fon caraétère.
Le Cercle des Philadelphes en fe formant, choifit M. Dubourg pour le préfider, & cette nomination honora les éleéteurs & celui qu'ils avaient élu. M.
Dubourg qui trouvait dans cette nouvelle fociété des jouifances analogues à fes
goûts, 3 s'occupa beaucoup de rendre fes premiers travaux intéreffàns. Il fit un
cours de botanique &c dans un pays où toutes les manufactures font alimentées
par --- Page 570 ---
544 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
le règne végétal, M. Dubourg fut écouté avec intérêt & avec fruit & l'on peut
dire que fes travaux ont procuré au Cercle des liaifons flatteufes & propres à encourager. Il eft bien malheureux que la culture d'une Science qui a tantà recueillir
à Saint-Domingue, y foit naturellement pénible > parce qu'il faut braver un
climat ardent pour aller lire dans le grand livre de la nature. Ce zèle qui ne
manquait pas à M. Dubourg, lui donna la mort, malgré fa forte conftitution, &
fa perte en a étéune réelle pourla Colonic.Celle-cia donné en lui cette preuve utile
qu'elle ne partage pas l'opinion de ceux quipenfentque la profeffion deftinée à offrir
fur la fcène les vices & les ridicules pour les faire hair, & les vertus pour les faire
aimer, eft dégradante. On y a bien fenti que ce font les moeurs des acteurs qui
les ont avilis, & non pas l'emploi de leurs talens.
Je ferais inexcufable fi je ne rappeiais pas ici, un homme à qui Raynal,
Hilliard & la Blancherie ont payé un jufte tribut d'cloge.
M. Pinfun, de Bayonne > capitaine négrier, garda un des négres qu'il avait
traités au Congo &c en fit fon dometique. Louis ( c'eft le nom de ce nègre ) qui
fuivait fon maître dans fes voyages, fut mis par lui en apprentiflage du métier de
cuifinier à Nantes, quand M. Pinfun quitta la mer. Oa prétend que ce dernier
trouvant que Louis prenait en France. une manière d'êcre qui influait fur fa
foumiflion, le renvoya à Saint-Doningue en le rendant libre.
Louis vint exercer fon induftrie au Cap, d'abord comme cuifinier, puis il y
leva une penficn, & comme ila avait de la réputation furtout dans la Lâtifferie, il
fut furnommé des Rouleaux.
M. Pinfun, forcé de repaffer, long-tems après, dans la Colonie > à caufe du 4
dérangement abfolu de fa fortune, ne trouva plus d'anciens amis ou n'en Fencontra que de froids. Mais Louis des Rouleaux les fuppléa tous. Apprenant l'arriv ée
de fon ancien majtre j il va le chercher, le loge, le nourrit, exige qu'ils'éloigne
d'un pays où la comparailon d'une fituation profpère ajoute à fes chagrins, & lui
affure une penfion.
Juqu'à la mort de Louis des Rouleaux, arrivée en 1774, il a non-feulement
acquitté la penfion comme une dette facrée, mais fa reconnaillance ne laiffait
échapper aucune occalion d'y ajouter des préfens quila furpaffaient tou ours. Louis
des Rouleaux qui avait acquis trois mailons , ajoui, pendant long-tems, de
l'eitime gérérale, fon éloge était dans toutes k g bouches. Nul homme fenfible
n'auruit voulu quitier le Cap, lans avoir vu celui dont l'exemple était, tout-à-lafois
acquitté la penfion comme une dette facrée, mais fa reconnaillance ne laiffait
échapper aucune occalion d'y ajouter des préfens quila furpaffaient tou ours. Louis
des Rouleaux qui avait acquis trois mailons , ajoui, pendant long-tems, de
l'eitime gérérale, fon éloge était dans toutes k g bouches. Nul homme fenfible
n'auruit voulu quitier le Cap, lans avoir vu celui dont l'exemple était, tout-à-lafois --- Page 571 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMIN IGUE, 545
fois G noble & fi touchant, & fl commandait l'admiration, même aux ingrats,
De fon mariage avec une négreffe, étaient nés deux fils qui n'exiftent plus,
& une fille mariée à Cape > nègre, & actuellement vivante au Cap-Français.
DelEducation.
C'EST quand on vient de parler d'hommes inftruits, d'hommes qui ont
cherché à être utiles à la Colonie, > qu'on déplore de la voir fans un feul établiffement propre à donner de l'éducation à ceux des enfans que la fortune de
leurs parens ne permet pas d'envoyer en France. Il n'exifte au Cap que des
écoles où lon enfeigne à lire, à écrire & l'arithmétique. Ces connaiflances
fublimes en foi, fout, je le fais, indifpenfables & très-précieules, mais c'eft
comme moyens qui conduifent à toutes les autres connaiffances, - à celle des
Arts & des Sciences ; elles perdent donc la plos grande partie de leur utilité pour
des fujets qui reftent d'ailleurs dans une profonde ignorance.
Plufieurs fois on a projetté & même formé dés penfionnats où l'on enfeignait
de plus les mathématiques, Phiftoire, la géographie &x quelquefois le latin, &x
où Pon avait des maîtres d'agrément. En ce moment même, celui de M.
Dorfeuil, qui s'eft toujours accru depuis 1784, & où l'on compte plus de
cent externes & trente-cinq penfionnaires, mérite de juftes éloges &z pour lès
foins attentifs que les élèves y trouvent, &c pour l'ordre qu'il a mis dans l'enfeignement, en combinant les divers devoirs & les divers exercices avec
l'amour de la variété, qui caractérife le jeune âge. Mais l'extrême cherté de
tout, néceffitant celle des penfions, il n'en eft point qui puiffent être conftamment
durables. D'ailleurs comment luppléer le chef de l'entreprife lorfqu'il meurt ou
feulement lorfqu'il eft malade, , & comment remplicer un maître d'agrément qui
n'a été trouvé que par hafard & qui ne regarde pas comme folide le penfionnat
auquel il s'eft attaché,
: Il n'y a qu'une inftitution publique qui puiffe remp'ir ce but important, parce
que les fujets feraient affez multipliés pour que les pefies puffent être réparées
fur le champ ou pour que le vide ne fût pas abfolu jufqu'à l'arrivée d'un
remplaçant d'Europe. Des inftitutcurs inftruits & éprouves quaat aux moeurs 2
des artiftes à talens trouvant d'abord dans l'établiffement & dans les refources
Tome 1,
2 Z Z
puiffe remp'ir ce but important, parce
que les fujets feraient affez multipliés pour que les pefies puffent être réparées
fur le champ ou pour que le vide ne fût pas abfolu jufqu'à l'arrivée d'un
remplaçant d'Europe. Des inftitutcurs inftruits & éprouves quaat aux moeurs 2
des artiftes à talens trouvant d'abord dans l'établiffement & dans les refources
Tome 1,
2 Z Z --- Page 572 ---
546 DESC RIP TIO N D E L A P ARTIE
d'une grande ville de quoi fe faire un fort, adopteraient Saint-Domingue comme
une nouvelle patrie. Des Créols eux-mêmes, formés en France avec cette
deftination, feraient enfuite éclore dans l'ile les talens qu'ils auraient été acquérir
en France 3 & en prenant foin que le prix de l'éducation fût modique, parce
qu'on répartirait la dépenfe de l'établiffement fur toute la Colonie on ferait
des colons, des hommes inftruits & intéreflans. Une pareille inftitution au Cap &c
une au Port-au-Prince fuffiraient à tous les befoins. Quand je fonge que les colonies
efpagnoles ont des univerfités, & que nous qui nous croyons fi fupérieurs aux
Efpagnols nous n'avons que des écoles, qui indiquent les tems d'ignorance 3 je
gémis d'une vanité qui n'eft fondée que fur les richeffes. Mais au furplus,
l'inftruétion n'eft-elle donc rien pour l'induftrie :
L'on croira peut- être que je me contredis en défirant une éducation locale,
après avoir dit ailleurs qu'il était utile que les Créols allaffent la chercher loin
des illufions & des influences de leur pays. Je fuis &c je ferai toujours de ce
dernier fentiment; mais je ne veux pas que l'impuiffance de fupporter une
grande dépenfe faffe croupir dans une honteufe ignorance des êtres qui, pour
devenir l'ornement de leur pays, n'auraient befoin que d'enfeignement. Avec
l'inftruétion viendrait la politeffe, l'urbanité; les mceurs fe poliraient, l'émulation du bien naîtraic; l'habitant qui pourrait s'inftruire dans la phyfique > les
manhznsiged,hghoduar 3 la botanique & même dans cette langue qui fait
connaître tant de chefs-d'aeuvres, ferait plus utile, confidéré comme manufacturier, comme chef d'un nombreux atelier. Il y aurait encore affez de
Colons riches qui préféreraient, ne fut-ce que par orgueil, l'éducation métropolitaine. Eh que fait-on ? peut-être que les Créols qui ne pourraient plus fe
croire des coyphées en revenant parmi ceux à qui toute lumière a manqué, fe
eux-mêmes d'émulation & fe croiraient obligés de rapporter du favoir.
piqueraient
Un parcil établiffement, dont la Société des Sciences & Arts du Cap lerait
vraiment le complément, aurait des effets que j'aime à concevoir & à prédire.
Un autre gain, ferait que les femmes trouveraient plufieurs avantages à avoir
des maris façonnés, 8c que l'éducation domeftique des enfans ferait améliorée.
On trouverait alors des penfionnats de jeunes perfonnes du fexe, non pas à un
prix exhorbitant, comme j'en ai vu un, notamment rue Efpagnole, au
Cap, où la penfion & deux maîtres d'agrément coûtaient 2,800 liv.
tournois par. an, mais où les maitres auraient du bénéfice à n'être pas plus
ieurs avantages à avoir
des maris façonnés, 8c que l'éducation domeftique des enfans ferait améliorée.
On trouverait alors des penfionnats de jeunes perfonnes du fexe, non pas à un
prix exhorbitant, comme j'en ai vu un, notamment rue Efpagnole, au
Cap, où la penfion & deux maîtres d'agrément coûtaient 2,800 liv.
tournois par. an, mais où les maitres auraient du bénéfice à n'être pas plus --- Page 573 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
coûteux qu'en France. Des inftitutrices connaiffant l'influence des vertus
privées fur la vie d'une époufe & d'une mère, en donneraient
& la leçon, & nos Créoles ne fe contenteraient plus d'être jolies, l'exemple elles 3
draient de plus être dignes de l'eftime univerfelle, qui les embellirait
vouencore.
Des Environs du Cap.
Il eft tems que j'examine les environs de la ville du Cap & le refte de la
paroiffe, dont elle eft le point principal.
De la Ravine du Cap.
LA première chofe qui attire les regards dans ces environs, parce qu'elle eft
tout-à-la fois & dans la ville & hors de la ville, c'eft la ravine du Cap.
Cette ravine a pour véritable nom, celui de ravine de la Belle Hôteffe, , qui
portent un très-grand nombre d'autres de Saint-Domingus. Elle a fon cours dans
la gorge qui eft au-deffus de la Providence des hommes, & fe trouve placée de
manière à recevoir les eaux du revers des mornes qui la bordent, & qui, coupés
eux-mêmes par différentes ravines ou ruiffeaux, fourniffent un grand volume
d'eau dans la faifon des orages, mais plus encore durant les pluies de Nord.
Cette ravine, à partir du fommet de la gorge, fe dirige vers la ville, en
faifant, avec les rues qui vont du morne à la mer, un angle d'environ
degrés. Rendue en face de l'hôpital de Jafmin 3 elle court parallèlement à ces
mêmes rues jufqu'à ce qu'elle foit parvenue à la hauteur de la rue du Pet au
Diable & en face de la rue Saint-Michel. Delà, elle s'écarte vers le Nord,
de manière que parvenue au bout de la rue des Marmoufets, elle fait prefque
face à la rue Saint-Pierre; qu'au bout de la rue Royale elle eft un peu au Nord
de la rue du Confeil, & qu'au bout de la rue du Morne des Capucins elle eft
à-peu- près vis-à-vis le point de fon embouchure. De cette extrémité de la
rue du Morne des Capucins jufqu'à la mer. 3 elle a un cours affez droit, fi ce
n'eft que depuis la rue Saint-Domingue jufqu'à celle du Gouvernement, elle
rentre au Sud, même d'environ 15 toifes vers cette dernière rue. Elle parcourt
Z z Z 2
Confeil, & qu'au bout de la rue du Morne des Capucins elle eft
à-peu- près vis-à-vis le point de fon embouchure. De cette extrémité de la
rue du Morne des Capucins jufqu'à la mer. 3 elle a un cours affez droit, fi ce
n'eft que depuis la rue Saint-Domingue jufqu'à celle du Gouvernement, elle
rentre au Sud, même d'environ 15 toifes vers cette dernière rue. Elle parcourt
Z z Z 2 --- Page 574 ---
548 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
dans la ville, à compter du haut des emplacemens au-deffus de la Providence,
jufqu'à la mer , environ 700 toifes. Un arceau en voûte applatie 3 trop balle
pour laiffer introduire la plus petite pirogue, donne paffage à un canal de cinq
toifes de larges c'eft par là que les eaux de la ravine gagnent la mer, fous la
batterie circulaire.
A mefure que la ville s'eft étendue, la ravine eft devenue un plus grand
inconvénient pour elle. Lorfqu'on n'avait bâti que fur le rivage &c que le Cap
ne s'étendait pas au Nord de cette ravine; lorfque le morne du Cap n'était pas
auffi à nu & auffi expofé aux dégradations des pluies, les eaux s'écoulaient
fans obftacle, & il parait qu'alors le lit de la ravine lui fuffifait, mais fon état a
changé avec l'agrandifement du Cap.
Des perfonnes prétendent que vers 1720, on venait, avec des canots par la
ravine > faire de l'eau à un puits placé à la hauteur de la rue Vaudreuil.
Mais des pièces de 1719 me prouvent que la ravine était toujours à fec dans
les tems ordinaires. D'autres perfonnes m'ont affuré avoir paffé en canot fous
le pont qui eft entre l'Arfenal & le magalin du Roi en 1740, ce qui ne peut
avoir eu lieu que dans des débordemens, puifque même lors de fa conftruétion
on n'a laiffe que fept pieds de vide fous ce pont. Mais il eft certain que ce vide
n'eft pas à préfent de deux pieds de hauteur, tant le fond s'eft élevé
Cette différence encore plus fenfible dans d'autres points, eft dûe à deux
caufes. La première & la plus puiffante, font les terres &x les fables entraînés
par
cette ravine elle-même & par celles qui viennent y réunir leurs eaux. La feconde,
l'habitude contraétée, depuis que le voifinage de cette ravine a été bâti, d'y
jetter la plus grande partie des immondices de la ville, fans que les ordonnances
de police ayent jamais pu remédier efficacement à ce mal, dont il faut avoir vu
les effets pour les concevoir.
On peutjuger du volume du remblai par le banc formé en dehors de la batterie circulaire, à l'embouchure de la ravine 5 & lorfqu'on fait qu'en 1782 le
conduit qui mène l'eau à la fontaine de la rue du Confeil &z qui traverfe la rue
Royale, était élevé de plus de deux pieds au-deffus de fon fond, tandis qu'en
1788 il eft abfolument fous terre > on ne peut qu'être étonné de cet exhauffement fi prompt, qu'on le voit croître de pluficurs pieds en un petir nombre
d'années; il était tel enfin en 1788 que le lit de la ravine était plus élevé que
le niveau des rues qui lui font paralleles, Les nouveaux établifemens faits depuis
averfe la rue
Royale, était élevé de plus de deux pieds au-deffus de fon fond, tandis qu'en
1788 il eft abfolument fous terre > on ne peut qu'être étonné de cet exhauffement fi prompt, qu'on le voit croître de pluficurs pieds en un petir nombre
d'années; il était tel enfin en 1788 que le lit de la ravine était plus élevé que
le niveau des rues qui lui font paralleles, Les nouveaux établifemens faits depuis --- Page 575 ---
FRANÇAISE DESAIST-DOMTNOUE
peu le long de cette ravine, les déblais &c les remblais formés fur les
concédés par la Providence 3 l'écoulement de la ravine fur un terrain terrains
forte plat lorfqu'elle arrive dans la ville
de
en quelque
chargée ce qu'elle a pris dans le
morne $ enfuite fes finuofités qui lui laiffent le tems de former des
tout la rend dangercufe, & les ravages-de fes débordemens
dépôts,
croiffant.
vont toujours en
Autrefois elle en avait eu où l'eau enfilait les rues du Confeil,
St.-Michel, la Providence & Bourbon, c'eft-à-dire, l'une de St.-Pierre,
ces rues: ou
pluficurs , ou même toutes à la fois; mais pendant
cette
nait à la ravine par la rue St.-Domingue.
elle long-tems
cau retourDepuis a fuivi ces différentes rues
jufqu'à la mer.
Le jeudi 8 Novembre 1781, à 8 heures précifes du foir, la pluie
avee la plus grande impétuofité & avec une telle force, qu'em moins commença de
cinq minutes, 3 la ravine déborda dans les rues du Confeil, St.-Pierre, vingtchel 8c de la Providence, & furtout dans cette dernière où l'eaur St.-Mila plupart des maifons jufqu'à Pextrémité de la rue St.-Laurent entra dans
vers la mer.
Il y avait, à huit heures & demie, deux pieds & demi d'eau au coin de la
Royale & de celle de la Providence. Il y eut des meubles emportés à la rue
avec une rapidité incroyable ; des fucres, des cafés furent avariés dans mer les $
magafins, 3 le pavé fut creufé en plufieurs endroits & notamment dans une longueur de dix toifes de la rue St-Laurent entre celles du Palais 8c
On attribua cet événement à la conftruction nouvelle de deux St-Domingue,
bord Nord de la rue St.-Michel, au-deffus de celle des maifons fur le
Marmoufets, dans
.une partie de l'ancien lit de la ravine, auquel on prétendait qu'il n'avait été
Jaiffé qu'un lit trop étroit que fes eaux' avaient furmonté,
Comme la préfence d'un malheur infpire prefque toujours l'idée d'une
caution , M, Desforges, ingénieur, propofa, le 14 Décembre
préde détournement de la
fuivant, un plan
ravine, 3 à partir du point où elle regoit la ravine à
Douet, De lâmême , la ravine était jettée fur fa rive gauche ; arrivée à la
du Lion elle était menée prefque au Nord, &
rue
parvenue vis-à-vis la rue' du
Fort-aux-Dames, on la conduifait derrière le hangard à la mâture, & elle
arrivait à la mer vers. l'extrémité de la rue St-Alexandre.
Ce projet faifait parvenir toutes les rues percées du Sud au Nord, depuis celle
des Marmoufets jufqu'à la rue du Gouyernement, prefqu'aufi loin dans le Nord
; arrivée à la
du Lion elle était menée prefque au Nord, &
rue
parvenue vis-à-vis la rue' du
Fort-aux-Dames, on la conduifait derrière le hangard à la mâture, & elle
arrivait à la mer vers. l'extrémité de la rue St-Alexandre.
Ce projet faifait parvenir toutes les rues percées du Sud au Nord, depuis celle
des Marmoufets jufqu'à la rue du Gouyernement, prefqu'aufi loin dans le Nord --- Page 576 ---
550 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
que la rue St-Alexandre, & à leur tour les rues du Petit-Carenage, depuis
celle de l'Arfenal jufqu'à celle St-Alexandre, fe feraient étendues dans l'Oueft
jufqu'au prolongement de la rue des Marmoufets. On aurait formé une rue entre
celle du Confeil &c celle de l'Arfenal, en fuivant la direétion du lit aétuel de la
ravine pris à fon embouchure. Enfin ce plan qui donnait cinquante îlets de plus
à la ville en la débarraffant de la ravine 3 lui procurait encore un magnifique
boulevard formé d'un rang d'arbres plantés le long de la ravine qui aurait eu
656 toifes & cent pieds de pente.
Suivant M. Desforges, ce travail ne devait coûter que 450,000 livres. Soit
qu'on ait trouvé des obftacles à fon exécution, foit que l'on fe fût refroidi, fuivant l'habitude coloniale, les chofes rettèrent dans leur premier état.
Le 28 Février 1782, la ravine déborda encore & paffa, à huit heures du
foir, par les rues du Confeil, St-Michel & la Providence, mais fans caufer de
dommages.
Ce ne fut pas la même chofe le 7 Novembre 1787. Après une heure & demie
d'orage 3 la ravine déborda entre huit & neuf heures du foir ; les eaux abatti-
-
rent le mur qui ferme l'emplacement du côté Nord de la rue Traverfère. Elles
s'élevérent à huit pieds, perdirent tous les meubles, noyèrent deux jeunes
nègres de Mde, Beffière, propriétaire de la maifon conftruite fur cet emplacement, & lui firent courir des rifques à elle même. Il y eut quatre pieds de fable
& de pierres dans la maifon, une voiture fut emportée & brifée, & les chevaux, placés dans l'écurie, ne fe fauvèrent qu'en en brifant les portes. Un
chirurgien fut entraîné jufques vers la mer ; les cadavres du cimetière de la
Providence furent exhumés & emportés les denrées & les approvifionnemens
furent avariés dans des magafins où l'eau s'éleva jufqu'à 4 pieds. Il fallut dès le
lendemain matin déblayer la ravine, & l'on y employa 15O hommes du régiment du Cap, 5o de l'artillerie & tous les nègres de la chaîne publique.
Les réparations n'étant que provifoires, on fentit enfin qu'il fallait s'occuper
férieufement de garantir le Cap de pareils événemens, & M. de Rallier fit, le
II Juin 1788, un plan vifé le 17 par le Direéteur général des fortifications, &c
approuvé le 20 par le comité d'adminiftration. Les propriétaires des maifons
intéreffé s aux travaux de la ravine > s'alfemblérent le 19 Avril, & nommérent
deux d'entr'eux pour commifaires.
Eniin aprcs tous les examens, & toutes les difcuffions, les Adminiftrateurs
allier fit, le
II Juin 1788, un plan vifé le 17 par le Direéteur général des fortifications, &c
approuvé le 20 par le comité d'adminiftration. Les propriétaires des maifons
intéreffé s aux travaux de la ravine > s'alfemblérent le 19 Avril, & nommérent
deux d'entr'eux pour commifaires.
Eniin aprcs tous les examens, & toutes les difcuffions, les Adminiftrateurs --- Page 577 ---
FRANGAISE DE SAINT-DOMINGUE
ent rendu le 20 Mai 1789, une ordonnance
de la rue de lO urs à celle du
> portant que la ravine fera redreffe
frais de
morne des Capucins > & fon nouveau lit, fouillé aux
l'État, a quinze pieds de profondeur. L'écore
ville, eft revêtu d'un
intérieur 3 du côté de la
mur quis'élève de fept pieds au-deffus du
paye un tiers & les deux autres tiers font fupportés
bord, dont PÉtat
ceux des maifons &
par les propriétaires du local &c
emplacemens de l'ancien lit. Entre ce mur & la ville eft
rue de dix-huit pieds de large , qui va de celle de l'Ours à celle du
une
Capucins. L'entretien du mur de revêtement eft à la
morne des
des emplacemens
charge des propriétaires
adjacens, chacun au-devant de fon terrain, ce doit
lieu pour le mur de revêtement que les
qui avoir
propriétaires au Nord
loir faire de ce côté. Quant à l'entretien du lit de la
pourraient vou-
& à la
ravine, à la
profondeur, 3 qu'on a trouvé à propos de lui
les riverains largeur
deux côtés en fupportent les deux tiers, & l'autre donner,
des
propriétaires des maifons fituées
tiers eft aux frais des
entre la ravine & les rues Saint-Michel &
Saint-Jean, En foignant cet entretien,l'on n'aura plus rien à craindre de
ravine, &. l'on aura l'obligation de cette fécurité à M. de
la
plan a un peu augmenté l'étendue de la ville.
Rallier, dont le
C'eft encore à jui qu'on doit d'autres déterminations de
Jufqu'en 1773, les rues abo utiflant à la ravine
cette ordonnance,
mais au mois de Janvier
M.
y avaient un libre accès 3
1774,
Doré, doyen des notaires,
de terrains au Nord de la ravine, en face de la rue
propriétaire
manda aux Adminiftrateurs & obtint
Saint - Domingue, 3 ded'eux, le 12du même mois, la
de faire un pont fur la ravine, & de le fermer
permiflion
par une porte, fur la rue
Saint-Domingue. MM. Abel & Leclerc, propriétaires des deux maifons
faifaient les angles Nord-Oueft & Nord-Eft de la rue Vaudreuil & du
qui
enchérirent fur cet exempie, 3 & firent faire un portail. entr'eux
Confeil,
mèrent par une grande porte, le bout de la rue Vaudreuil. deux, & ferpropriét: ires du haut de la rue du Confeil & de la
Peu après les
Royale,, demandèrent à
partie adjacente de la rue
placer un portail & une porte à l'extrémité de la rue
Royale & fur le côté Nord de celle du Confeil : les Adminiftrateurs
autorisèrent le 6 Décembre 1774. Voilà trois iffues de la ravine les y
quoiqu'en réalité cette dernière l'ait toujours été fort mal,
fermées,
paffage pour aller à la vigie, à l'habitation des
parce qu'eile eft le
Religicufes & à la prife
d'Efpaigne, & fous divers prétextes, on la laiffait
d'eau
prefque toujours ouverte
fur le côté Nord de celle du Confeil : les Adminiftrateurs
autorisèrent le 6 Décembre 1774. Voilà trois iffues de la ravine les y
quoiqu'en réalité cette dernière l'ait toujours été fort mal,
fermées,
paffage pour aller à la vigie, à l'habitation des
parce qu'eile eft le
Religicufes & à la prife
d'Efpaigne, & fous divers prétextes, on la laiffait
d'eau
prefque toujours ouverte --- Page 578 ---
552 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
pendant le jour. En imitation de ces clôtures, on ferma d'un mur l'extrémité
de la rue du Palais à toucher la ravine, & l'on mit des ponts au bout des
rues Saint-Domingue & de Penthièvre, aufli fur la ravine 3 & on les ferma
d'une porte. Loriqu'en 1778, M. de Vaivre, intendant, vint habiter le Cap,
on ferma aufli d'un mur, avec une porte, l'extrémité de la rue du morne des
Capucins, au bout de la rue du, Confeil,
Rien n'était fi fingulier que la colère de tous ceux qui n'habitaient pas près
de la ravine, de ce qu'on en avait interdit l'accès aux immondices 3 tandis que
ceux qui étaient dans fon voilinage en avaient une bien plus fondée, de ce
qu'il reftait encore des iffues par lefquelles ony pénétrait. A la vérité, dans
certains jours, & furtout dans les tems pluvieux, il était difficile de réfifter
aux exalaifons que les matières ftercorales répandaient dans toute la longueur
de la ravine, quiérait réellement une des latrines publiques du Cap. Quelquefois
mêne il y. avait des rixes entre les porteurs d'immondices & les habitans du
voifinage de la ravine. Le Confeil Supérieur, 3 les Admini@rateurs, fe querellaient fur cette dégôutante compétence,
Enfin l'ordonnance citée, du 20 Mai 1789, a ordonné la conftruction de
cinq ponts de maçonnerie fur la ravine 3 aux points où les rues, du Gouvernement, du Palais,du morne des Capucins, de Vaudreuil & Royale y aboutiffent,
le premier aux frais de l'État, qui l'entretiendra, &c les quatre autres à ceux
de M. Abel, Quant à leur entretien, il eft obligatoire pour les propriétaires
des maifons & des terrains contigus, avec cette différence, cependant,
que
ceux fitués au Nord de la ville, payeront les deux tiers de cet entretien. Chaque
pont doit avoir la largeur de la rue & un mur en garde-fou. de fept pieds,
pour empêcher que la ravine ne foit encore le réceptacle des ordures. Ce
projet exécuté, la ravine aura huit ponts; celui de l'Arfenal, les cinq que je
viens de nommer, celui de la rue Penthièvre & celui de la rue Saint-Domingue.
Le Cap aura une grande caufe d'infeétion de moins, & l'on ne fera plus
expofé aux dommages que la ravine ne caufait que trop fouvent.
C'eft à environ 80 toifes dans le Nord de cette ravine, & prefqu'en face,
de la rue du Lion, qu'eft la prife d'eau d'Efpaigne ainfi nommée du propriétaire du terrain, qui a les bâtimens de fa petite habitation prefqu'en face & à
25 toifes de la. rue Royale, Cette proximité avait même fait prétendre que
la maifon était celle d'un citadin, mais le contraire fut jugé, par arrêt duConieil du Cap du 21 Oétobre 1777Qu'il
80 toifes dans le Nord de cette ravine, & prefqu'en face,
de la rue du Lion, qu'eft la prife d'eau d'Efpaigne ainfi nommée du propriétaire du terrain, qui a les bâtimens de fa petite habitation prefqu'en face & à
25 toifes de la. rue Royale, Cette proximité avait même fait prétendre que
la maifon était celle d'un citadin, mais le contraire fut jugé, par arrêt duConieil du Cap du 21 Oétobre 1777Qu'il --- Page 579 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Qu'il me foit permis de m'arrêter un inftant, pour payer un jufte tribut
à la mémoire de M. d'Efpaigne, qui, borné dans fa fortune, &c chargé d'une
nombreufe famille, prefque toute compofée d'enfans jumeaux, a fu, aidé
fon époufe, leur donner une éducation utile & agréable, & offrir ainfi par
modèle aux parens, qui voudront mettre leur plaifir & leur bonheur à former un
d'eftimables citoyens dans les deux fexes.
Après avoir paffé Phabitation d'Efpaigne 3 en venant à TER, il y a un
grand terrain > prefque plat, qui appartient à M. Abel. Il en a mis une
en potager & en verger, & c'eft l'objet d'un grand profit, aufli à portée portion de
la ville, d'autant que les fruits y font excellens. On y cultive auffi des fleurs
On y a vu un fuperbe datier. Le refte eft planté en petit mil
ainfi que la portion où le morne n'eft encore qu'un côteau. C'eft pour for le fourrage, terrain
de M. Abel, &c en face de l'extrémité de la rue du morne des Capucins,
qu'érait un petit lieu de plaifance 3 formé dès le commencement du fiècle
& qui a fubfifté long-tems fous le nom de la Guinguette. On y voit même
encore un bout d'allée qui ombrageait ce lieu champêtre, L'ordonnance du
20 Mai 1789, permet à M. Abel de divifer fon terrain en emplacemens,
en y fuivant la direétion des rues.
Entre les rues du Palais & Saint - Domingue, font les établiffemens de
M. Solh, un des fept particuliers auxquels
neuf cabrouets
appartiennent les foixante - dix- -
qui font les tranfports dans la ville du Cap. C'eft encore un
motif de louer le père Boutin, 2 à qui les premiers cabrouets font dûs.
de ce que dans un climat auffi chaud, les matelots étaient
Afligé
eux-mêmes les charrois du
obligés de faire
rivage au magafin, & du magafin au
il imagina de faire faire des cabrouets, & cette idéé eût bientôt des rivage,
imitateurs, parce qu'elle eft lucrative. Ces cabrouets 2 qui ne font que des charrettes
à deux roues, affez courtes pour qu'elles tournent facilement dans des
de vingt-quatre pieds, font attelés d'un mulet & conduits
deux rues
On les charge au moyen d'un
par
nègres.
rourniquet 3 ils portent deux milliers. On
donne trente fous par courfe, de la mer à la rue Royale, & une
a c'eft au-deffus. Pris pour la journée ils coûtent
demi-gourde
levant
quatre gourdes 3 du folcil
au foleil couchant, excepté depnis midi jufqu'à deux heures, les
negres & les animaux prennent du repos. Un cabrouetà mulets coûte feul que
Apiès M. Solh eft un grand corps de bâciaens aligné
700 L
Toma I.
à-peu-près dans fon
Aaaa
la rue Royale, & une
a c'eft au-deffus. Pris pour la journée ils coûtent
demi-gourde
levant
quatre gourdes 3 du folcil
au foleil couchant, excepté depnis midi jufqu'à deux heures, les
negres & les animaux prennent du repos. Un cabrouetà mulets coûte feul que
Apiès M. Solh eft un grand corps de bâciaens aligné
700 L
Toma I.
à-peu-près dans fon
Aaaa --- Page 580 ---
554 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
bout Oueft, fur le côté Oriental de la rue Penthièvre. C'eit là que la première loge de Tranc-Maçors, formée au Cap vers 1748,s'eft affemblée pendant
trente-ciaq ans. C'eft principalement aux Colonies, que les motifs pour fe
a
réunir font précieux; ; & quant ils font de nature à ramener les hommes à des
fentimens fraternels, d'oû naiffent quelquefois des actes de bienfaifance, ils
doivent être accueillis. Je ne Puis me rappeler, fans en être touché, du tableau
qu'offrait cette loge en 1778, lorfque des officiers anglais y étaient traités
en frères, tandis que la politique les avait rendus prifonniers de guerre.
Les Franc-Maçons > qui n'auraient pas voulu qu'on les crût infen@ibles aux
charmes du beau fexe, ont contribuéaux frais d'une brillante fete, qui fut
donnée dans ce local, le I", Février 1780.
Cette loge, , qui porte le nom de Sint-Jeun-de.jeruf@ikem Écoffaife, &c que
j'ai dirigée pendant quatre ans, a fulpendu fes travaux depuis plufieurs années,
& dépofé fes archives parmi celles de la loge de la Vérité.
Au Nord précifément de la Loge &c fur la cime d'un côteau, quieft même
efcarpé au Sud-E(t, font plufeurs petites mairons dont le fite eft agréable,
parce que ce point comine la ville & reçoit l'impreflion des brifes. C'eft dans
un de ces petits pavillons, où l'on va par la rue Saint - Domingue, que
M. de Fleurieu & le père Pingré firent leurs obfervations aftronomiques en 1769,
& où MM. de Verdun, Borda & Pingré, en firent encore en 1772. A environ
50 toifes dans le Nord-Nord-Et de ces pavillons, & dans un enfoncement, eft la
Poudrière, qui a toujours été à cette place depuis qu'ily y en a une au Cap; on
fe rappele qu'elle a donné fon nom > en 1750, à l'une des rues du Petit- Carenage.
Chemin du Fort Picolet.
A l'extrémité de ce faubourg eft une petite langue de terre qui finit à
800 toifes au Fort Picolet. La maifon qui termine le Petit - Carenage & Ia
ville, à main gauche, eft nommée la Guinguette, parce qu'elle eft depuis longtems occupée par un traiteur, chez lequel on va faire des parties d'amufement.
Cette maifon, placée fur le bord de la montagne & à laquelle on arrive par plufieurs terraffes & des efcaliers qui font coupés dans le morne même > en montant
dans le fens du Sud vers le Nord, frappe par fa fituation, Lorfqu'on la quitte &
termine le Petit - Carenage & Ia
ville, à main gauche, eft nommée la Guinguette, parce qu'elle eft depuis longtems occupée par un traiteur, chez lequel on va faire des parties d'amufement.
Cette maifon, placée fur le bord de la montagne & à laquelle on arrive par plufieurs terraffes & des efcaliers qui font coupés dans le morne même > en montant
dans le fens du Sud vers le Nord, frappe par fa fituation, Lorfqu'on la quitte & --- Page 581 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
que par conféquent on franchitla limite de la ville, on approche tout près &e
fur la gauche du chemin, de l'habitation Bailly, dont l'afpect eft fort gai. Elle
eft placée fur un repos que forme le morne dans cette partie. Ony parvient
des rampes & des efcaliers de maconneric.quiragnent
par
côté &
fymécriquement de chaque
> qu'enjolivent diverfes plantes & de petites ftatues, qui rendent tout cet
enfemble vraiment pittorefque. Cette habitation eft une manufaéture à chaux. La
maifon principale eft jolie, 2 commode &c agréable, &. une bonne Jongue-vue
multiplie les jouiffances.
y
Cette habitation paffée, le chemin monte en faifant un crochet vers
&c
revient auffitôt dans l'Oueft. Il contourne ainfi une batterie de mortiers, TEft,
à IOO toifes, en ligne droite,de la limite de la ville &
eft qui efb
après laquelle un arbre
qui a fait prendre à ce point & à la batterie, le nom de Gris - Gris. Le chemin
reprend fa direftion au Nord, côtoyant toujours le morne & defcendant un
dans cet endroit. On va laiffant deux ou trois petitesmaifons &
peu
main droite, & l'on fe
un four à chaux à
trouve dominer le Fort - aux - Dames, qui ef à 60 toifes
dans le Nord de la pointe du Gris - Gris > par laquelle l'élévation où eft la batterie du même nom, eft terminée vers la mer. A environ 200 toifes du Fortaux-Dames, on apperçoit de la même maniére le Fort Saint-Jofeph.
a égale diftance de l'un & de l'autre, & du même côté eft une A-peu-près
autre maifon &
encore un four à chaux i &c enfin à 400 toifes du Fort Saint-Jofeph, eft celui
de Picolet, qui termine le chemin par fon pont-levis.
Le chemin de Picolet qui, depuis le Petit-Carenage, eft
fe trouve tantô: dans de petits points boifés & fur
varié, par ce qu'il
un terrain qui offre des
lités, &c tantôt dans le fens d'une
fur
voit
inégas
plage, laquelle on briter la mer
fes pieds, formerait une promenade affez agréable &
à
prefqu'à
fenfations de plufieurs genres, fi elle n'était fouvent propre procurer des
pas
mal-faine
les habitans de la ville. Placé fur le bord de la côte & le
du
pour
avec force &
long morne, > le venty frappé
>. Jorfque les brifes font violentes, leur aétion eft capable de
cuter la tranfpiration. 3 que l'air chaud de la ville a rendu abondante. On a obfervé réperque des perfonnes qui choififfaient ce lieu pour venir s'y délaffer, ainfi celles
qui venaient s'affeoir au Gris-Gris, étaient fujettes aux rhumes & à des que inçommodités du même genre, C'eft fans doute la même caufe qui agit fur les habitans
de la Partie Septentrionale du Petit-Carenage
qui, prefque tous ouvriers, ont
plus à redouter les fupprefions, Leur teint eft livide; les femmes y ont aufli une
Aaaa 2
qui choififfaient ce lieu pour venir s'y délaffer, ainfi celles
qui venaient s'affeoir au Gris-Gris, étaient fujettes aux rhumes & à des que inçommodités du même genre, C'eft fans doute la même caufe qui agit fur les habitans
de la Partie Septentrionale du Petit-Carenage
qui, prefque tous ouvriers, ont
plus à redouter les fupprefions, Leur teint eft livide; les femmes y ont aufli une
Aaaa 2 --- Page 582 ---
556 DESCRIPTIO N DE d LA PARTIE
carnation terne & les enfans y ont prefque tous des obftructions. D'ailleurs cette
eft privée d'eau, & celle
des
lui
doit être un ncuà
partie
que puits procurent,
veau principe de mauvaife fanté. C'eft à Picolet que fe termine ce qu'on
peut appeler les environs du Cap, du côté Nord. Je paffe au côté Sud.
La Folfette.
LE grand chemin qui fait fortir de la Partie Méridionale de la ville, eft
aligné fur la rue Epagnole. Dès qu'on quitte cette dernière, on a, à fa droite,
l'enfoncement appelé la Foffette, à caufe de fa configuration, & à gauche une
promenade appelée le Cours Villeverd.
La Foffette forme une petite habitation que la Compagnie des Indes acheta, lorfqu'au mois de Septembre 1720, elle obtint le privilège exclufif du commerce
de la côte de Guinée, & de la fourniture des nègres à Saint-Domingue en les
tirant de l'étranger. Elle y avait fait conftruire des magalins, dont l'incendie
fignala la révolte de la Colonie contre les privilèges de cette Compagnie en
1723. Ce fut même en haine d'elle, qu'on ne voulut plus appeler ce lieu du
nom de PAfrigue, que les agens de cette Compagnie lui avaient donné, &
que l'on reprit celui de la Foffette qu'il avait auparavant,
En 1759, la Compagnie véndit une petite portion de ce terrain pour le cimetière de la ville qui a auffi confervé, comme on l'a vu, le nom de la Foffette.
En 1763, la Compagnie annonça la vente de cette habitation. M. de Clugny,
alors intendant, s'empreffa d'éerire au Miniftre que ce terrain était indifpenfablement néceffaire au fervice public, foit pour y former un arfenal, foit pour y
camper des troupes en tems de guerre, ou pour y conftruire des hôpitaux, foit
pour avoir toujours à proximité de la ville, un lieu propre à nourrir les chevaux
d'une troupe de cavalerie ou d'une compagnie de maréchauffée, foit enfin pour
y raffembler un certain nombre de beftiaux pour la fubfiftance des troupes. Ce
local qui a un peu plus de 57 carreaux, prefque tous en plaine, 2 était alors cultivé
par 34 nègres que M. de Clugny annonçait comme devant être très-utiles aux
travaux des magafins & des hôpitaux, ce qui économiferait la dépenfe trèscoûteufe des journaliers. Soixante-dix ou 80,000 livres devaient fuffire à l'acquifition. Sa lettre, écrite le 19 Décembre, 1763 ne produifit aucun effet, & la
Foffete fur achetée par M, Ducaffe en 1766,
é
par 34 nègres que M. de Clugny annonçait comme devant être très-utiles aux
travaux des magafins & des hôpitaux, ce qui économiferait la dépenfe trèscoûteufe des journaliers. Soixante-dix ou 80,000 livres devaient fuffire à l'acquifition. Sa lettre, écrite le 19 Décembre, 1763 ne produifit aucun effet, & la
Foffete fur achetée par M, Ducaffe en 1766, --- Page 583 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 557
Ce que M. de Clugny avait dit s'eft vérifié en grande partie. Lorfque des
efcadrons des régimens de dragons de Condé & de Belzunce arrivèrent au Cap,
il fallut faire conftruire à la Foffette une écurie pour leurs chevaux. Lorfqu'on
concerta, en 1781, des opérations militaires qui annonçaient des entreprifes fur
des iles ennemies, on crut devoir préparer des hôpitaux, on les plaça dans la
favane de la Foffette. Il a fallu payer toutes ces jouiffances & les dépenfes qu'on
a faites pour y conduire l'eau qui devait être néceffaire aux hôpitaux ; à coupsûr,
l'achat qu'on aurait fait en 1764, aurait été une économie. Cet achat n'a cependant eu lieu qu'en 1788, pour une fomme de 240,000 livres.
L'enfoncement appelé la Foffette, peut avoir environ 300 toifes de PEt à
POueft, depuis la haie qui borde le chemin jufqu'au morne, s fur une largeur
inégale qui va en fe rétréciflant & qui peut être évaluée à 150 toifes de largeur
moyenne. On y cultive quelques vivres & du petit mil pour fourrage. Le morne
le borde farl les trois faces, Nord, Oueft & Sud. C'eft à I5O toifes du chemin,
que font les bâtimens de l'habitation, & c'eft entre eux & le chemin qu'on avait
fait les conftructions deftinées à fervir d'hôpital.
Elles confiftaient en huit corps de logis de bois à rez de chauffée, de 1OO pieds
de long chacun, formant deux rangs de chaque côté & de PEI à POueft. On les
voit encore fur le plan du Cap. De ces huit bâtimens, , iln'y en a plus que fix,
favoir : les quatre du côté Nord & deux feulement au Sud. Les deux autres ont
été tranfportés ailleurs i c'en eft un qu'on a mis au bout de la rue Saint-Alexandre
au Petit-Carenage. Une fontaine était projetée au milieu des huit maifons.
Les inconvéniens qui réfultent de la vente des nègres africains à bord des
vaiffeaux qui les ont tranfportés, étant très-multipliés, je dreffai, en 1783, un
mémoire qui fut figné d'un grand nombre d'habitans des paroiffes de la dépendance
du Cap & qui indiquait les bâtimens élevés à la Foffette 3 comme un bafar
commode & propre à fauver les nègres de plufieurs maux tous affligeans pour
P'humanité. Les Adminiftrateurs n'osèrent pas adopter cette mefure dont la
juftice les frappait 3 mon mémoire fut envoyé au miniftre. Les Chambres de
Commerce en furent averties & leurs follicitations ou la marche craintive du
gouvernement qui n'a pas sû être ferme à propos > le rendirent inutile.
Cependant cette femence avait germé & les mêmes Adminiftrateurs profirèrent
d'une occafion favorable pour tenter une partie de ce que j'avais efpéré. Le 24
Mai 1784, au moment de l'impreflion récente de la vifite de fept magafins
miniftre. Les Chambres de
Commerce en furent averties & leurs follicitations ou la marche craintive du
gouvernement qui n'a pas sû être ferme à propos > le rendirent inutile.
Cependant cette femence avait germé & les mêmes Adminiftrateurs profirèrent
d'une occafion favorable pour tenter une partie de ce que j'avais efpéré. Le 24
Mai 1784, au moment de l'impreflion récente de la vifite de fept magafins --- Page 584 ---
558 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
négriers, ils défendirent de dépofer en ville des règres nouveaux, & autorisèrent
à les placer dans les bâtimens conftruits à la Foffette, à la charge de remettre au
tréfor 24 livres par chaque tête de nègre, après la vente faite. Mais les capitaines
prétendirent que cette difpofition était peu commode ; que les nègres malades
n'y trouvaient pas de foins, & quant à ceux en fanté, ils craignirent d'être
obligés de les vendre à terre. Cette ordonnance eft donc demeurée fans effet
fur ce point 5 mais elle a produit, du moins, l'établifilement de lhôpital de M.
Durand dont j'ai parlé.
A environ 140 toifes de la rue Elpagnole eft un très-petit tertre fur le milieu
duquel &c au bord du chemin du côté de la Foffette, eft une croix, C'eft à côté
de cette croix que coule l'eau amenée du morne en 1782, qui eft une des
meilleures du Cap & qui fournit à préfent la fontaine de la place Royale fi utile à
toute cette parcie de la ville.
La Foffette a une très-finiftre réputation ; c'eft le lieu où un préjugé auffi
cruel qu'infenfé amène tous ceux qui veulent y venger des injures réelles ou
imaginaires. La folitude de ce lieu où de petites finuofités montueufes
t
l'abri de tous les
mettent à
yeux 5 la facilité de s'y rendre de la ville, même fous le prétexte de la promenade, le voifinage de l'hôpital 3 tout lui a mérité cette funefte
préférence. Il n'eft pas d'année que çette terre ne foit arrofée de fang humain, &e
en tems de guerre où les troupes font nombreufes, elle eft continuellement
enfanglantée. Il femble que le climat ne foit pas affez fatal, & qu'on ait befoin de
feconder fesi influences.
Les nègres forment aufli dans la favane de la Foffette leurs danfes, le foir des
dimanches & des fétes; de manière que c'eft un théâtre de fureur & de
plaifir.
C'eft dans cette favane que l'on fait manceuvrer les troupes, furtout pour les
exercices à feu.
Encore en 1780, le terrain qui eft à la gauche du chemin que borde d'un
çôte la haie vive de l'habitation de la Foffette
2 était un cloaque 3 un vrai
marécage, où pénétrait l'eau de la mer & celle de la rivière du Haut du
Cap, où deux ravines qui coulent dans la longueur de la favane de la Foflette
pendant les pluies, venaient auffi mêler leurs caux. C'était furtout à 200 toifes
de la ville que ce marais, à caufe d'un détour de la rivière, venait forcer le
chemin à entrer dans l'Oueft pour côtoyer enfuite une langue de terre très-
marécage, où pénétrait l'eau de la mer & celle de la rivière du Haut du
Cap, où deux ravines qui coulent dans la longueur de la favane de la Foflette
pendant les pluies, venaient auffi mêler leurs caux. C'était furtout à 200 toifes
de la ville que ce marais, à caufe d'un détour de la rivière, venait forcer le
chemin à entrer dans l'Oueft pour côtoyer enfuite une langue de terre très- --- Page 585 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOI MINGUE. 559
étroite, puis le côté Nord & le côté Eft d'une petite pointe de
montagne >
dont l'extrémité eft plus Orientale que la rue Royale. A l'infection de ces
eaux croupiffantes, fe mélait celle des immondices de la ville, que tranfportent
les tombereaux employés à fon nettoyement, celle des dépouilles des animaux
tués à la boucherie > placée au bord de la rivière en 1778, 8c ceile des
animaux morts, qu'on ne prenait pas toujours la peine d'enterrer; de forte que
le paffage de ce lieu était infupportable, & que la brife du foir & les vents
de, la Partie du Sud en portaient toutes les émanations fur la ville. Le chemin
qui faifait différens tours pour avoir un fol moins aquatique, était facilement
gâté, & durant les pluies il devenait un bourbier prefqu'impraticable, En un
mot 3 jamais ville n'eut un abord plus repouffant, furtout lorfque la décoration
de la porte du cimetière ajoutait encore à fon impreffion.
M. Ducaffe qui avait acheté l'habitation de la Foffette 1 demanda au miniftre
la conceffion de tout l'efpace entre cette habitation & la rivière, formant ce
qu'on appelle aux Iles les cinquante pas du roi mais les Adminiftrateurs
confultés par le miniftre, dirent que ces cinquante pas contenaient des parcs
indifpenfables au fermier des boucheries & fervaient à la 'pâture des animaux
deux ou trois jours avant leur tuerie ; qu'en outre le rivage de ce terrain fur la
rivière était le carenage de petits bâteaux ou barques de pêcheurs.
M. Sourbier avait été plus heureux, puifque dès le 17 Avril 1764 les
Adminiftrateurs lui avaient accordé cette conceffion des 5o pas, dont l'avis des
Adminiftrateurs en 1768 prouve qu'iln'avait fait aucun ufage. On eut cependant l'étrange idée de placer dans ce lieu les Providences, &c ce fut dans cet
efprit qu'on leur concéda, le 8 Novembre 1771 > les cinquante pas du roi, 3
bornés au Nord des foffés de la ville (le foffé qui était au-devant de l'ancien
front de fortifications ), au Sud des Religieux de la Charité, à PEt de la
rivière, & à l'Oueft des terrains Ducaffe, mais à la charge d'ouvrir un grand
chemin en fuivant la rue Royale > & de le planter d'arbres des deux côtés.
Cette conceffion répétait les mots' de celle de M: Sourbier, qui avait fait don
de fes droits aux Providences le 24 OEtobre précédent.. Une ordonnance des
(*) C'eft-à-dire un intervalle de 175 pieds, mefurés à partir du point jufqu'auquel monte
la plus haute marée, , & qui eft réfervé,hors des villes & bourgs, dans toutes les Antilles francaifes >
pour l'utilité publique,
'arbres des deux côtés.
Cette conceffion répétait les mots' de celle de M: Sourbier, qui avait fait don
de fes droits aux Providences le 24 OEtobre précédent.. Une ordonnance des
(*) C'eft-à-dire un intervalle de 175 pieds, mefurés à partir du point jufqu'auquel monte
la plus haute marée, , & qui eft réfervé,hors des villes & bourgs, dans toutes les Antilles francaifes >
pour l'utilité publique, --- Page 586 ---
360 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Adminiftrateurs, du 5 Novembre, prefcrivait même la tranflation des Providences, mais CC pro,et que je ne puis m'empêcher d'appeler infenfe, fut auflitôt abandonné que conçu.
Ce que je ne devine pas, ce font les motifs qui ont fait obtenir à M.
Ducaffe, le 9 Octobre 1777, contre les Providences, la réunion de la conceffion
par un jugement du tribunal Terrier, qui porte, fauf aux Adminiftrateurs à
accorder la conceflion de ce terrain à qui ils trouveront convenir. Le cloaque
& P'infeétion exiftaient encore, lorfque MM. de Reynaud 8 le Braffeur, frappés
de l'horreur de ce fpectacle, formèrent le projet de le faire difparaitre.
Cours Villeverd.
DEPUIS le mois de Juillet jufqu'à celui de Novembre 1780, l'on s'occupa
de relever le plan du terrain & de faire divers projets qui furent enfin arrêtés.
Par ordonnance du Ier. Décembre, MM. de Reynaud & le Braffeur accordèrent
à M. Artcau, entrepreneur du roi, la conceftion des terrains dontj'ai parlés,
eftimés 1O0,280 liv., à la charge de faire, dans un an, un chemin allant en
ligne droite de la rue Efpagnole jufqu'au pied du morne de Thôpital, d'abattre
& d'enlever, depuis la rue Elpagnole jufqu'à celle d'Anjou, toutes les terres
qui reftaient de l'ancien retranchement, & de faire un corps-de-garde fur la
place Royale 3 le tout eftimé 104,885 liv. Il devait même encore placer, à fes
frais, la porte du cimetière à fon angle Nord-Eft > pour pouvoir jouir du terrain
qui eft entre ce cimetière &c l'alignement de la rue Eipagnole. Le chemin a
été fait; 3 il eft beau, bien bombé à fon milieu, avec un foffé d'écoulement de
chaque côté, & par fon moyen, de la porte du Gouvernement l'on découvre
jufqu'au morne de Thôpitai. Sa largeur eft de 60 pieds & fa longueur de 380
toifes, depuis les dernières maifons de la rue Epagnole.
Ce n'était pas affez pour les vues des deux Adminiftrateurs. Ils s'occupèrent
de plus de faire border ce chemin d'une allée d'arbres, & outre cela il devait y
en avoir une de palmiftes de 300 toifes de long & de 50 pieds de large qui aurait
formé une promenade
La gauche du chemin fut deftinée à offrir une autre promenade, au moyen
d'une magnifique allée de 400 toifes de long & de 36 pieds de large, correfpondant
ole.
Ce n'était pas affez pour les vues des deux Adminiftrateurs. Ils s'occupèrent
de plus de faire border ce chemin d'une allée d'arbres, & outre cela il devait y
en avoir une de palmiftes de 300 toifes de long & de 50 pieds de large qui aurait
formé une promenade
La gauche du chemin fut deftinée à offrir une autre promenade, au moyen
d'une magnifique allée de 400 toifes de long & de 36 pieds de large, correfpondant --- Page 587 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 56r
pondant à la rue Royale, > ayant une contre-allée de 30 pieds de chaque côté,
&c dans une longueur d'environ 120 toifes, une plantation d'arbres en quinconce
entre l'avenue &c le grand chemin à l'Oueft, & s'étendant avec une pareille
largeur dans l'Oueft. Le chemin a eu des arbres, le quinconce a été planté, &
l'avenue conduite feulement à 200 toifes, 3 parce que le terrain eft devenu dans
cet endroit plus difficile à combler qu'on ne l'avait cru.
C'eft ainfi que le zèle bienfaifant de deux chefs a converti en un lieu
agréable & falubre une fource de maladies & une caufe de defruétion. C'eft
ainfi qu'on a vu naitre le Cours Villeverd, nom pris de M. de Reynaud de
Villeverd, qui a été l'un de fes créateurs. C'eft en faifant ces travaux falutaires
qu'on a formé la belle rue du Pont, qui a 60 pieds de large, & du bord
Sud de laquelle part le quinconce. Des barrières de bois ferment celui-ci, &c
l'on y entre par des tourniquets. Tous les travaux de la promenade &c de la rue
du Pont ont coûté 120 ou 130,000 livres > pris dans la caiffe des libertés.
Ce local a éprouvé cependant quelques changemens qui lui ont ôté, jufqu'à
un certain point, le caraétère public que MM. de Reynaud & le Braffeur avaient
donné à prefque toute fa totalité. Ils y avaient fait des concefions, mais
toujours à la charge de quelques conftructions qui avaient le public pour objet,
telle était celle d'un vafte emplacement. > â condition d'y avoir un café & un
lieu propre à donner des fêtes publiques. Mais un jugement du tribunal Terrier,
du IO Novembre 1781, a réuni au domaine public, tout ce qui avait pu être
concédé antérieurement. Je reviens aux changemens qu'on a faits.
Ils font dûs à la complaifante amitié de M. de Bellecombe, gouverneur-général, pour M. Artau, entrepreneur du roi, , qui a obtenu 5 par ordonnance de
cet Adminiftrateur & de M. de Bongars, intendant, en date du 16 Oétobre 1783,
la jouiflance > pour vingt ans, du terrain non employé par la promenade entre
le chemin & la rivière, fauf un point deftiné alors à des lavoirs publics. Il avoit
appuyé fa demande fur les pertes que lui faifait fouffrir la difperfion de fes matériaux, fur le befoin d'un vafte chantier pour les travaux du roi qu'ii entreprenait. Il obtint de plus la permiffion de tranfporter ailleurs la mailon qui avait
été conftruite pour le gardien de la promenade près du chemin 3 & de planter
en petit mil, en herbe de guinée &z autres herbages, l'efpace qui eft entre le
cours 8c le chemin, de faire des hangards &z autres bâtimens pour fes matériaux
& fes chantiers.
Tome I.
Bbbb
afte chantier pour les travaux du roi qu'ii entreprenait. Il obtint de plus la permiffion de tranfporter ailleurs la mailon qui avait
été conftruite pour le gardien de la promenade près du chemin 3 & de planter
en petit mil, en herbe de guinée &z autres herbages, l'efpace qui eft entre le
cours 8c le chemin, de faire des hangards &z autres bâtimens pour fes matériaux
& fes chantiers.
Tome I.
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562 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Les obligations de M. Artau, propofées par lui-même, font de laiffer fur ce
terrain, à l'expiration des vingt ans de fa jouiffance, ceux des bâtimens qui
feront utiles au fervice public, moyennant le prix que des arbitres convenus y
mettront; d'entretenir à fes frais le logement du gardien, les arbres de toute la
promenade > de tenir le cours enclos & à l'abri du dégat des animaux, de ne
pas ôter le coup-d'aeil de la promenade, de donner un chemin pour aller à la
boucherie par le cours, & un autre dans PER vers la rivière pour y conduire
les animaux.
M. Artau a en effer difpofé les chofes pour fon utilité, On voit donc des deux
côtés de l'avenue de la promenade, d'abord de beaux potagers & de grandes
portions chargées de petit mil & d'herbe de guinée, dont il faut avouer que la
verdure ajoute à l'agrément de ce local. Le logement du gardien du cours eft
devenu en même-tems celui du jardinier de M. Artau, qui a trouvé les deux
places très-compatibles. La culture de ce lieu eft d'autant plus profitable pour
lui, que Je fol qui a écé celui d'eaux pourriflantes & le féjour des amas d'une
voirie, eft extrêmement produétif par fa nature, & que cette fécondité eft
entretenue par un arrolement facile, puifqu'une partie de l'eau de la Foffette
qui ne fert pas à la fontaine de la Place Royale, fe rend fur ce terrein par le
premier des trois radiers du grand chemin auxquels correfpondent trois ponts
dans l'avenue.
Au-deffous du cours, M. Artau a conftruit de vaftes appentis pour fes matériaux & pour le logement de fes centaines d'ouvriers nègres. Il a étendu, à
cet effet, les remblais de cette partie & affaini d'autant ce canton. tl eft feulement fâcheux que ces conftruétions empêchent que de la promenade l'on ne
découvre la rivière & ce qui fe trouve fur fa rive droite. Dans le bout Sud-Eft
de ce termain & de la rue du Pont, font auffi plulieurs maifons, & la rue
d'Anjou fe trouve même avoir déjà un prolongement au Sud de la rue du
Pont. Le bord de la rivière eft toujours refté pour être le carenage des pêcheurs,
jufqu'à la rencontre de la première ravine fur laguelle eft le premier radier du
chemin.
Vers ce point eft un parc de moutons &x de cochons, que la police a récemment expulfé de la ville comme nuifible à fa falubrité, & que les Adminiftrateurs du Cap ont permis de placer dans cet endroit fans pouvoir y élever
aucun bâtiment, Il faut rendre ici cet hommage, que le juge du Cap avait
eft toujours refté pour être le carenage des pêcheurs,
jufqu'à la rencontre de la première ravine fur laguelle eft le premier radier du
chemin.
Vers ce point eft un parc de moutons &x de cochons, que la police a récemment expulfé de la ville comme nuifible à fa falubrité, & que les Adminiftrateurs du Cap ont permis de placer dans cet endroit fans pouvoir y élever
aucun bâtiment, Il faut rendre ici cet hommage, que le juge du Cap avait --- Page 589 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 563
défendu d'avoir des animaux dans la ville, &c fpécialement le 2 Avril 1740s
Mais depuis la haute police avait permis aux bouchers de moutons, cochons &
chevres, d'avoir ces animaux vivans dans des cours au fein de la ville, à la
charge, difaient les ordonnances qui les y autorifaient & notamment une des
Adminiftrateurs du 28 Juillet 1766, d'enclorre ces cours, de les nettoyer chaque
jour & d'èn faire enlever le fumier, comme fi ces précautions avaient été fuffifantes & affurées. Ce parc aétuel a encore procuré un remblai,
D C à
De la Boucberie.
ENFIN c'eft fur le bord de la rivière, à 140 toifes du côté Sud de ia rue du
Pont, qu'eft placée la Boucherie tranfportée dans ce point en 1778, parce que
fa fituation , rue de Rohan, était peu convenable relativement aux troupes
logées à l'extrémité de la rue Dauphine cu du Bac. Cette Boucherie qui appartient à PErat, eft un bâtiment de bois de 15O pieds de long, fur 30 de large,
conftruit pour cette deftination, qui a encore éloigné de la ville des caufes de
putridité & procuré l'ufage de l'eau fi néceffaire à une tuerie, furtout dans un
climat chaud; on va à cette boucherie par le bord de la rivière, par la rue
d'Anjou, d'après une ordonnance des chefs du 9 Juin 1787, &'encore par
un chemin qu'a fait M, Artau, &; qui prénd dans l'avenue à environ 20 toifes
dans le Nord du fecond pont,
Après la Boucherie, allant au Sud, le fol eft marécageux, parce qu'il n'eft
pas affez élevé pour empêcher que les marées ne s'y fafent fentir. J'ai déjà dit
que cette raifon avait fait arrêter l'avenue à la troifième ravine où eft le troifième
radier du chemin & le troifième pont de l'avenue. De ce dernier pont il y a une
petite chauffée qui va joindre le grand chemin en faifant avec lui un angle de
45 degrés. Depuis le point de leur rencontre & le long du chemin à l'Oueft,
font plufieurs jolies maifons récemment bâties, & dont la première fe trouve à
environ 250 toifes de la rue Efpagnole. A IOO toiles plus loin, mais à T'EC
du chemin, eft un petit enfoncement qui autrefois étaie un bourbier à la moindre pluie. Il a été concédé à la Société des Sciences & des Arts, qui en a laine
lajouiflànce à lun de ces membres, à condition d'y faire des conftruétions &
de deffécher le terrain. On y voit une maifon entourée de jardins.
environ 250 toifes de la rue Efpagnole. A IOO toiles plus loin, mais à T'EC
du chemin, eft un petit enfoncement qui autrefois étaie un bourbier à la moindre pluie. Il a été concédé à la Société des Sciences & des Arts, qui en a laine
lajouiflànce à lun de ces membres, à condition d'y faire des conftruétions &
de deffécher le terrain. On y voit une maifon entourée de jardins. --- Page 590 ---
564 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Ces changemens tous effeétués dans moins de neuf ans, ont converti un vafte
champ d'infection dont l'afpeét affligeait les habitans du Cap, en un fite agréable & riant; de petits jardins ont remplacé des lagons > les plantes utiles, les
légumes fucculens ont pris la place des mangliers. Tout citoyen paye avec
joie un tribut de reconnaifance aux chefs dont la bienfaifance a produit d'auffi
heureux effets; à ceux qui ont eu le bonheur de réalifer plufieurs chofes avantageufes conçues avant eux, & qui ont préféré cette exécution à la baffe envie
qui s'ennorgueillit de ne pas adopter ce qu'un autre a imaginé. Dès le 4 Juillet
1764, les Adminiftrateurs avaient créé une loterie foumife à l'infpection des
officiers de la Sénéchaufe, &c fur le produit de laquelle on devait prélever
15 pour cent deftinés à embellir le Cap; mais il était réfervé à MM. de Reynaud
& Le Braffeur d'accomplir ce qui avait été vainement défiré depuis fi long-tems.
C'eft au bout de la conceffion de la Société des Sciences & des Arts, que le
chemin dirigé vers le petit morne de PHôpital, qu'il femble qu'on va être
contraint de gravir &c fur lequel eft une batterie, qu'on tourne brufquement à
PEA pour fuivre la forme même du morne, puis on prend au Sud. La gauche
de ce chemin fe trouve là, comme je l'ai déjà obfervé, très peu diftant du
bord de la rivière. L'intervalle eft noyé, mais il faut efpérer que les immondices de la ville, qu'on fait toujours conduire par les tombereaux au Sud du
Cours & de la promenade, finiront par exhauffer affez le terrain pour contenir
l'eau de la rivière dans fon lit.
Prefque auflitôt après avoir dépaffé ce petit morne & fur le bord du chemin
à gauche, eft une chauffée qui forme l'embarcadère de l'Hôpital, à qui
la riviére fert pour tous fes tranfports. Cetre chauffée annonce elle - même
que le terrain qui l'avoifine eft marécageux. De là le chemin côtoye, un inftant,
des parties élevées & incultes, puis on arrive au point fur la droite duquel eft
P'Hopital, qui exige, fous plufieurs rapports, un examen détaillé.
De PHipital des Religieux de la Cbarité.
CE ne fut que près de foixante-dix ans, après qu'on eût vu les premiers
Français difputer le territoire aux Efpagnols, qu'ily eut des hôpitaux. Rien
ne détermina plus puiffamment à en former, que les effets défaftreux de la
on arrive au point fur la droite duquel eft
P'Hopital, qui exige, fous plufieurs rapports, un examen détaillé.
De PHipital des Religieux de la Cbarité.
CE ne fut que près de foixante-dix ans, après qu'on eût vu les premiers
Français difputer le territoire aux Efpagnols, qu'ily eut des hôpitaux. Rien
ne détermina plus puiffamment à en former, que les effets défaftreux de la --- Page 591 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-D O MIN GUE. 565
maladie de Siam. On en avait cependant le deffein auparavant, car le Miniftre
engageait M. Ducaffe, le 27 Août 1692, à en établir un pour fecourir les
pauvres, les bleffés & les orphelins. On lui permit même alors, d'y employer
jufqu'à 6,000 livres, fur le produit des prifes du vaiffeau l'Emporté, & ce qui
reftait des biens confifqués des religionnaires, auxquels il aurait encore été plus
jufte de les reftituer, > & de guérir une des playes les plus profondes
la
France ait jamais eues.
que
En 1694, on accorda encore 3,240 livres aux Religieux de la Charité qui
devaient paffer dans l'Ile pour l'établiffement d'un hôpital, & on les prit fur
une partie de l'économie du traitement alloué pour deux curés de la Tortué, où
il n'en avait pas exifté de 1687 à 1692. Le provincial des frères de la Charité
s'était excufé fur la guerre pour l'envoi des fujets, mais au mois de Décembré
1697, le Miniftre 5 en lui obfervant que cet obftacle n'exiftait plus, lui
d'en choifir quatre pour former deux hôpitaux au Cap & à Léogane. Il marqua écrivit
en même tems à M. Ducaffe de preffer cet établiffement,
que rendaitencore plus
néceffaire l'envoi de foldats pour completter les
compagnies 3. il lui recommanda
d'engager les habitans à l'aider par quelques-uns de leurs nègres, & à convertir *
au profit de l'hôpital, en peines pécuniaires contre les habitans, les châtimens
qu'ils pourraient mériter. Il fe promettait lui-méme d'exciter ceux qui devaient
fournir aux flibuftiers des nègres pour le produit de leur part dans la prife de
Carthagène, à donner quelques nègres par aumône à ces hôpitaux, qui deyaient
jouir de la folde & de la ration du foldat malade.
En 1698, partirent le vaiffeau le Faucon 8c la flûte la Gloutonne,
des religieux de la Charité, au fupérieur defquels le roi avait accordé > emportant liv.
de gratification pour aider leur entreprife, & en outre des inftrumens de 8,000 chirurgie,
des tuiles, des briques & des planches pour les deux hôpitaux du Cap & de
Léogane. Ils arrivérent au Cap le 18 Avril & M. Vimont de
mandant la Gloutonne,
Saint-Aubin, comy débarqua tout ce qui était deftiné pour P'hôpital de ce
lieu.
On inftalla provifoirement cet hôpital dans le magalin du roi, qui était fur la
place-d'armes, & où Pon plaça quarante lits. Il fut ouvert le jer, Août 1698. M.
Ducaffe écrivit au Miniftre qu'il fallait doubler le nombre des lits , puifqu'outre
qu'on avait va' 'deux malades dans un, ily en avait encore fur le carreau; mais
le Miniftre oubliant qu'il avait deftiné Phôpital aux
pauvres & aux nouveaux'
ôpital dans le magalin du roi, qui était fur la
place-d'armes, & où Pon plaça quarante lits. Il fut ouvert le jer, Août 1698. M.
Ducaffe écrivit au Miniftre qu'il fallait doubler le nombre des lits , puifqu'outre
qu'on avait va' 'deux malades dans un, ily en avait encore fur le carreau; mais
le Miniftre oubliant qu'il avait deftiné Phôpital aux
pauvres & aux nouveaux' --- Page 592 ---
566 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
venus > comme aux foldats & aux matelots, fe récria fur la dépenfe. M. Ducaffe
infifta & ce fut alors que le Miniftre écrivit le 8 Avril 1699, qu'il fallait que les
nouveaux- venus travaillaffent après leur guérifon au bénéfice de l'hôpital > pour
le dédommager de leur.t traitement; que fi cette reffource, réunie au payement
pour les foldats & matelots & quelques rétributions qu'il tâcherait de faire faire à
l'hôpital, ne pouvaient pas le foutenir, il n'y avait qu'à renvoyer les pères de la
Charité & renoncer à Thôpital. Cette étrange décifion n'eut pas d'effet, & l'on
chercha tous les moyens de confolider un aufli utile établiffement.
Dès 1698, M. Ducaffe acheta en conféquence l'habitation où eft cet hôpital,
fept nègres, huit engagés & quatre-vingt bêtes à cornes, & l'hôpital y fut tranfféré en 1699. Il lui fit tous les dons dont fa place lui permit de difpoier; il détermina les juges à lui appliquer des amendes, en un mot ce chef ne négligea rien
pour favorifer ce qu'il avait réellement fondé par fon zèle. Le roi accorda peu
après 3,040 livres par an à cet hôpital, & 2,000 liv. par forme de fupplément >
payé en France aux religieux de la Charité, fur des états vifés de l'intendant: de
l'intendant qui, depuis M. Deflandes, le premier qu'on vit chargé de ces fonctions à Saint - Domingue, quoiqu'avec le fimple titre d'ordonnateur, a toujours
çul'adminiftration générale des hôpitaux.
L'hôpital mis fur le terrain qui m'occupe en ce moment, n'était compofé, ainfi
que le logement des frères, que d'efpèce de cafes à nègres, & l'on n'y comptait
que dix-huit lits entretenus, au mois de Décembre 1706. Cependant l'hôpital
avait eu affez d'économie pour acheter la moitié de la fucrerie qui lui appartient
encore aujourd'hui, dans la paroiffe de la Petite-Anfe, &x fur laquelle il y avait
environ foixante nègres. Cette moitié était affermée, en 1706, à l'aflocié des
pères, 7,000 livres par an. Il eft vrai qu'il reftait dû environ 10,000 livres, fur
cette acquilition. Iy avait de plus quinze nègres attachés à l'hôpital même, où
à fes dépendances, & dans le nombre de ces dernières, on comptait un jardin
dont Pupilité était déjà fentie,
En 1709, on s'occupa de conftruétions &x le roi accorda même 1,000 livres,
fur les effets laiffés par la miflion des Capucins, pour aider ce projet. L'hôpiral
commença donc a avoir un afpeét analogue à fa deftination; mais on commença
auffi à reprocher, avec raifon, aux religieux de n'en pas laiffer l'accès toujours
çuvert aux pauvres, dont l'admiflion eft une condition aufli ancienne que le projet
de l'hôpital. Ce fut même cette circonftance qui ayait déterminé le père Boutin,
,
fur les effets laiffés par la miflion des Capucins, pour aider ce projet. L'hôpiral
commença donc a avoir un afpeét analogue à fa deftination; mais on commença
auffi à reprocher, avec raifon, aux religieux de n'en pas laiffer l'accès toujours
çuvert aux pauvres, dont l'admiflion eft une condition aufli ancienne que le projet
de l'hôpital. Ce fut même cette circonftance qui ayait déterminé le père Boutin, --- Page 593 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 567
curé du Cap, à rétablir, comme je l'ai rapporté, un ancien hôpital des pauvres >
qui fut critiqué & fupprimé par les Adminiftrateurs, le 13 Août 1717. Ceux-ci
mirent fin aufi, au mois de Septembre fuivant, à un grand abus , celui de
ne pas procurer de fecours fpirittels aux matelots malades en rade, & de les
garder à bord; ils ordonnèrent de les faire tranfporter à Thôpital, lorfqu'un
bâtiment aurait plus de trois malades.
En 1739, > on comptait trente-cinq lits dans l'hôpital du Cap & le frère
Martial Dougnon qui en était alors le fupérieur, voulant lui procurer de nouvelles
reffources , demanda au Confeil du Cap & en obtint le 6 Février 1719, la
permifion d'avoir un tronc dans les églifes du diftriét & de quêter à leurs portes,
à la charge de recevoir les pauvres, comme l'avait dit le père Boutin, dont le
Confeil avait pris l'avis. En conféquence, il fut décidé auffi par cette Cour que
la moitié des dons & des legs qui feraient faits aux pauvres appartiendrait à
l'hôpital.
Ce fut au mois de Mars de la même année 1719, que furent accordées les
lettres-patentes de l'établiffement des Religieux de la Charité aux deux hôpitaux
du Cap & de Léogane à perpétuité 5 pour y exercer l'hofpitalité envers les pauvres
malades &c bleffés du fexe mafculin , les traiter, 3 panfer &z médicamenter, & leur
faire toutes les opérations de chirurgie néceffaires pour leur entière &t parfaite
guérifon, leur adminiftrer les facremens 3 faire le fervice divin, enterrer les
morts par prétres féculiers ou réguliers foit de leur ordre ou autres à leur choix,
y faire leurs autres fonétions fous l'autorité & obéiffance du provincial &x vicairegénéral de leur ordre en France, fuivant leur inftitut, bulles, règles, conftitutions, réglemens & privilèges 5 ainfi qu'ils font dans les autres maifons,
couvents & hôpitaux de cet ordre dans l'étendue du royaume. En conféquence le
roi leur fait don des églifes, couvens & hôpitaux du Cap & de Léogane 3 bâtitimens, terrains > habitations 3 manufaétures > nègres, 3 meubles, uftenfiles &
généralement de tous les biens de ees hôpitaux, &c les maintient dans leur propriété & jouifance.
Le provincial a, par ces lettres-patentes, le droit de changer les fupérieurs à fon
gré & le roi prend ces hôpitaux & tout ce qui en dépend fous fa fauve-garde
fpéciale 3 ce qui a donné lieu à l'infcription : A la fauve-garde du roi, mife audeffus de leur principale entrée & à laquelle ces religieux ont quelquefois attaché
une telle force d'expreffion, qu'ils ont prétendu qu'un débiteur ne pouvait pas
Le provincial a, par ces lettres-patentes, le droit de changer les fupérieurs à fon
gré & le roi prend ces hôpitaux & tout ce qui en dépend fous fa fauve-garde
fpéciale 3 ce qui a donné lieu à l'infcription : A la fauve-garde du roi, mife audeffus de leur principale entrée & à laquelle ces religieux ont quelquefois attaché
une telle force d'expreffion, qu'ils ont prétendu qu'un débiteur ne pouvait pas --- Page 594 ---
563 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
être faiti dans leur enceinte & que tout être quelconque y jouiffait d'un droit
d'afile inviolable. Il eft permis à ces deux hôpitaux de faire boucherie pour leur
feule confommation, de pofer les armes de France fur leurs portes & autres lieux
d'acquérir des meubles & immeubles, de recevoir les donations & les
apparens,
legs, en prenant pour l'avenir des lettres d'amortifiement. Il leur eft encore permis de quêter dans toutes les églifes, d'y avoir des troncs > &c les lettres-patentes
leur accordent l'exemption, tant pour eux que pour leurs domeftiques blancs &
noirs attachés à ces hôpitaux, du fervice de gardes corvées, capitation & de
plus l'exemption de capitation pour cinquante domeftiques attachés à la culture
de leurs habitations 3 avec faculté de faire venir de France, exempts de droits de
fortie du royaume & d'entrée dans l'ile, les comeftibles, médicamens, toiles,
étoffes, meubles, uftenfiles & marchandifes néceffaires pour eux > leurs malades
&c ferviteurs. Le paffage des religieux leur eft accordé gratuitement.
On trouve encore dans les lettres : patentes que le fupérieur eft obligé de
repréfenter le compte annuel de la recette &c de la dépenfe à l'intendant toutes
les fois que celui-ci l'exige, & que celui-çi rendra compte tous les ans au
miniftère de l'état de ces hôpitaux, de leur adminiftration, ainfi que de l'état &c
du produit des habitations.
Le père Martial, enhardi par tant de fuccès, défirant peut-être auflfi montrer
au père Boutin qu'il fe rappelait l'obfervation de 1719, demanda encore au
Confeil du Cap que les biens deftinés, par ce jéfuite 3 à l'établifiement des Religieufes fuffent adjugés àl l'hôpital , parce que ces biens appartenaient aux pauvres
mais cette demande fut rejeté par arrêt du 22 Septembre 1721.
En 1732, de nouvelles lettres - patentes confirmèrent l'établiffement des
de
hopitaux coloniaux & ceux de Saint-Domingue acquéraient chaque jour
l'augmentation.
Ce fut cependant cette année que, par une ordonnance dug Août, M. Duclos,
intendant, frappé de l'inconvénient de tranfporter les foldats malades des garnifons aux deux feuls hôpitaux du Cap & de Léogane, tranfport qui était caufe de
la mort de la plupart de ces malades, enjoignit de former un hôpital particulier
au Petit-Goave & à Saint-Louis dans les
au Fort-Dauphin, au Port-de-Paix,
cazernes de ces divers lieux & à Saint-Marc où il n'y avait point de cazernes >
dans une chambre qu'on louerait. Ces hôpitaux furent confiés aux foins des
midecins du roi pour les endroits où il y en avait & à ceux des chirurgiens-majors
Ce
dans les autres.
de ces malades, enjoignit de former un hôpital particulier
au Petit-Goave & à Saint-Louis dans les
au Fort-Dauphin, au Port-de-Paix,
cazernes de ces divers lieux & à Saint-Marc où il n'y avait point de cazernes >
dans une chambre qu'on louerait. Ces hôpitaux furent confiés aux foins des
midecins du roi pour les endroits où il y en avait & à ceux des chirurgiens-majors
Ce
dans les autres. --- Page 595 ---
FRANÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
56g
Ce que je ne puis concevoir, c'eft ce que dit Poupée Defportes, dans
cette année 1732 il n'y avait que vingt lits à l'hôpital du Cap, nombre que qui fut
porté peu-à-prés à cent, d'oà l'on a inféré que ce médecin avait produit cette
rapide augmentation. Je foutiens que dès 1719i1 y avait vingt-cinq lits ,i
s'occupait alors de doubler ; & quand on fait quelle eft aux Colonies, & fur-tout qu'on
quelle était à cette époque l'influence d'un médecin du roi fur
des dépenfes d'un hôpital, on eft convaincu que le zèle du médecin l'augmentation
n'a pas eu tous les fuccès qu'on lui attribue. La vérité eft
Defportes
très-fecondé
&
que ce zêle fut
par Larnage Maillart; ; que les religieux de la Charité avaient
fait achever en 1737 une nouvelle falle de maçonnerie de 200 pieds de
& que pour la prolonger encore de IOO pieds, ces deux Adminiftrateurs long,
firent avancer , par le tréfor, 20,000 liv. le 22 Janvier 1738; ; que le Ier, Août leur
1739 ces deux Adminiftrateurs prouvèrent que leurs vues bienhilintesy@tendient
fur tout , en ordonnant de traiter les officiers, les foldats, les matelots, même
ceux des navires marchands dans les hôpitaux du Cap & de
&
établiffant dans chacun d'eux quatre
Léogane > en
garçons chirurgiens, nourris par les
Le médecin du roi à
eft
religieux.
Léogane tenu, > par la même ordonnance de
de faire. la viflite chaque jour 2 8c celui du Cap quatre fois feulement 1739,
( attendu
que l'hôpital eft loin de la ville ), depuis le ISr, Juin jufqu'au Ier,
faifon des maladies contagieufes, & deux ou frois fois le refte de Oétobre,
rendant compte > l'un aux deux chefs principaux & l'année, en
) l'autre à leurs
repréfentans au Cap, de la quantité de malades & de la natufe des maladies.
Un officier de chacune des deux garnifons eft tenu de faire la vilite
de l'hôpital, & le major ou l'aide-major de la place, 3 deux fois par femaine &
d'en inftruire le commandant. Enfin, pour encourager encore plus les
garçons-chirurgiens, l'ordonnance allouait 500 liv. à chacun d'eux, fur quatre les
amendes, jufqu'à ce qu'ils fuffent placés dans l'ile par les médecins du roi. .
Certes les auteurs de tant de difpolitions utiles peuvent bien mériter le
fur Poupée Defportes, qui, dans fcs vifites confultatives, ne pouvait
pas
d'une manière plus fûre ce que les chefs trouvaient
que diriger
avantageux, eux à qui il
n'échappa point alors de repréfenter au miniftre qu'il était jufte que le médecia
du roi eût un traitement, qui lui fut alloué en 1740 & fixé à 2,400 liv.,
où eft refté celui de fes fucceffeurs, malgré l'énorme différence de la
taux
valeur de
cette fomme aux deux époques,
Tome I,
Çccc
ce que les chefs trouvaient
que diriger
avantageux, eux à qui il
n'échappa point alors de repréfenter au miniftre qu'il était jufte que le médecia
du roi eût un traitement, qui lui fut alloué en 1740 & fixé à 2,400 liv.,
où eft refté celui de fes fucceffeurs, malgré l'énorme différence de la
taux
valeur de
cette fomme aux deux époques,
Tome I,
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570 DESCRIFTIO N
E LA PARTIE
En 1754.0n voulut augmenter d'ane Halle Thôpital du Cap, mais on la
commença feulement &c on ne s'occupa de la terminer qu'en 1756.
Par l'ordonnance du roi du 24 Mars 1763, il fut déclaré que I'hôpital de
Cap ferait pour les foldats, les efficiers & pour la marine, & qu'il y ferait
attaché un médecin & un chirurgien du roi. Cette ordonnance affiujettit de plus
les hôpinaux militaires de la Colonie aux réglemens faits pour ceux des troupes
en. France, & à Pinfpection du médecin du roi & du chirurgien-major.
Dès l'arrrivée des troupes venues de France avec M. de Belzunce, on fit
des marchés particuliers avec les religieux de la Charité, qui formèrent des
hôpitaux au Fort-Dauphin & au Trou. Les pertes que ces troupes éprouvèrent
firent créer à Verfailies, le Ier, Janvier 1763 3 un infpecteur & dire@teur-général
de la médecine, de la pharmacie & de la botanique des Colonies, avec
3,000
liv. d'appointemens ; -Ce fut M. Poifennier, confeiller d'Etat, médecin de la
faculté de Paris, confultant auprès de la. perfonne du roi, nommé le même
jour infpe@teur-général des hôpitanx de la marine en France; & comme les
maladies & les mortalité; avaient été en augmentant à
-
Saint-Domingue, on
renouvella, le 12 Novembre 1763, le brevet de M. Poiffonnier; on le chargea de choifir & d'examiner"les médecins du roi pour les Colonies; on lui
recommanda de redoubler fes foins & fes recherches pour arrêter les maux qui
exiftaient. à deux mille &c même à cinq mille lieues de lui, & l'on porta fon
traitement. à 6,000 livres, traitement qui eft Punique effet qu'aitjamais produit fon
brevet, quoique l'ordonmance.du 24 Mars 1763, ait affujetti les médecins & les
chirurgiens du roi à lui rendre compte de la nature & de la conduite des
maladies.
Par un marché entre l'intendant & le fupéricur de lhopital du Cap,en date
du 20 Oétobre 1763, conclu pour deux ans, à compter du 15 Novembre, &
qui renfermait les hopitaux du Fort-Dauphin & du Trou, la journée du malade
fut fixée à 36 fous ven y comprenant la retenue, & chaque journée d'officier
à TO liv. Ce fut alors qu'onmit de contrôleurs dans ces hôpitaux.
Le 2 Juillet 1764, MM. d'Efaing & Magon firent une ordonnance pour
police des hôpitanx sconfiés aux religieux de la Charité. Is preferivirent
aux médecins & saux chirurgiens du roi quatre vilites par femaine à l'hôpital
du Cap, 8x aux religieux ide deur procurer une voiture pour ces vifites; de
plus 5 le médecin infpeéteur, car il y en avait un-alors, devait vifiter lesthôpitaux
1764, MM. d'Efaing & Magon firent une ordonnance pour
police des hôpitanx sconfiés aux religieux de la Charité. Is preferivirent
aux médecins & saux chirurgiens du roi quatre vilites par femaine à l'hôpital
du Cap, 8x aux religieux ide deur procurer une voiture pour ces vifites; de
plus 5 le médecin infpeéteur, car il y en avait un-alors, devait vifiter lesthôpitaux --- Page 597 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 571
des religieux deux fois par mois & en rendre compte au gouverneur-général.
Ils déclarèrent que la. police intérieure de Phôpital appartenait au fupérieur, > &c.
que le fergent de garde devait recevoir fes ordres à cet égard. On augmenta
l'hôpital du Cap, en 1764, d'un pavillon pour les officiers.
Les changerens produits dans l'adminiftration des hôpitaux > depuis 1762,
ne convinrent point aux religieux, qui fe plaignirent des infpeéteurs, des médecins:, des chirurgiens, desi commiffaires des guerres, : des commiffaires de la
marine, des contrôleurs & généralement de tous les employés. Aufli dans le marché paffé à Fontainebleau, le 31 Octobre 1765, pour trois ans, les débaraffa.
t-on de tant de furveillans importuns. Lajournée du malade y fut mife à 40 fous.
Je dois dire qu'une ordonnnace du roi du 30 Avril 1764, fur la chirurgie aux
Colonies., exigea que les chirurgiens euffent fervi un an dans les
militaires:
hôpitaux
de ces Colonies. 2 avant de pouvoir exercer leur profeffion, & que
chacun de ces hôpitaux entretînt toujours quatre fujets, mais cette difpofition fi
fage, & qui eft évidemment la fuite de celle adoptée par Larnage & Maillart en
1739, eft tombée en défuétude & n'exifte plus que dans les recueils.
En 1767 I'hôpital du Cap coûta 3 frais d'entretien &c tout compris, 184595
livres. ILy mourut 339 foldats, 2 ouvriers & 8 marins.
On fit à Verfailles un nouveau marchéle 17 Décembre 1768, pourneuf ans,
La dépenfe de 1771, pour l'hôpital du Cap, en journées de malades, fut de
120,062 livres , IO fous. Il mourut 157 foldats & 7 matelots.
Le marché de 1768, étant expiré en 1778,ily, en eut un: nouveau, feulement
au mois d'Août 1779, mais provifoirement fait par MM. d'Argout & de
Vaivre, d'après une autorifation du miniftre du 15 Novembre 1778. Il y en eut
un définitif conclu. à Paris le 13 Décembre 1780, pour 5 ans > à compter du IeF,
Janvier 1781
La guerre rendit l'hôpital très-infufifant, & j'ai eu. occafion de dire déja
qu'il y en avait eu plufieurs de formés dans la ville même du Cap, & quelles
précautions on avait cru devoir préparer dans le local de la Foffette. Une
idée très-heureufe des: Adminiftrateurs, ce. fut d'établir, à la fin de 1782, des
falles de convalefcens dans les différens quartiers des troupes, & de leur accorder
-wne diftribution réglée de vin.
Enfin le dernier marché fait avec les religieux de la Charité, pour T'hôpital du
Gap,eft du. 1e, Septembre 1787, Le Miniftre ayant fenti qu'il était plus conve
Cccc2
de la Foffette. Une
idée très-heureufe des: Adminiftrateurs, ce. fut d'établir, à la fin de 1782, des
falles de convalefcens dans les différens quartiers des troupes, & de leur accorder
-wne diftribution réglée de vin.
Enfin le dernier marché fait avec les religieux de la Charité, pour T'hôpital du
Gap,eft du. 1e, Septembre 1787, Le Miniftre ayant fenti qu'il était plus conve
Cccc2 --- Page 598 ---
572 DESCRIPTIO N DI E LA PARTIE
nable qu'il fut difcuté & réglé dans la Colonie, autorifa M. de Marbois à en
faire un, par fa lettre du 15 Juin, & celui-ci le fit ftipuler par l'ordonnateur du
Cap, avec le père Seraphin Merdier, fupérieur de l'hôpital. Je crois devoir en
faire connaître fommairement les conditions.
1°. On recevra autant de foldats, de matelots & autres perfonnes à la folde
du roi qu'il fera poffible, fans empêcher les habitans & les matelots marchands
d'y trouver place. On pourra mettre des. malades dans le pavillon des officiers,
en y laiffant trois chambres vides. Les pauvres doivent toujours être mis féparement en tems de paix, & lorfqu'il fera poffible en tems de guerre. On exprime la
néceffité abfolue d'avoir une falle particulière des vénériens 8c des galeux.
2°. L'état des bâtimens de l'hôpital a été conftaté le 24 Septembre 1787,par
l'ordonnateur, l'ingénieur en chef, le commiffaire de la marine chargé du détail
des hôpitaux & l'officier d'adminiftration chargé du contrôle, & l'entretien de
ces bâtimens eft à la charge des religieux, moyennant 12,000 livres par an.
3°. Les privilèges des lettres-patentes de 1719 font confervés; ; & on donne
10,000 livres par an aux religicux, attendu la néceffité où ils font de payer la
boucherie, comme tout le monde, par la fuppreffion de la ferme.
4°. Nulinfpeéteur fubalterne. Le fupérieur de la maifon rend compte de tout
ce qui concerne le fervice des troupes, > au gouverneur-général & à l'intendant,
à leurs repréfentans 8c aux autres officiers de l'état-major ou de l'adminiftration,
à qui les deux chefs donnent commiffion de furveiller ce fervice. Le commiffaire
de la marine, chargé du détail des hôpitaux, doit vifiter & infpeéter l'hôpital
deux fois la femaine > même plus fouvent s'il l'eftime néceffaire, & après avoir
provifoirement averti le fupérieur oû le grand infirmier en particulier, il peut
remé dier aux négligences ou aux omiflions. Les officiers de fervice ont
auffi la monition fecrete auprès du fupérienr, & s'il n'y défère pas, la voye
d'en rendre compte aux Adminiftrateurs ou à leurs repréfentans quiy remédieronr,
après examen préalable > comme dans le cas d'avertiffement de la part du commiffaire.
5°. Les religieux traitent & panfent eux-mêmes les malades, & font les
opérations chirurgicales. Ils peuvent être aidés par des nègres > mais ceux - ci ne
peuvent ni faigner ni faire aucun panfement. Le choix & le renvoi des médecins
appartient au fupérieur ; il doit toujours y en avoir un par quarante malades,
indépendamment des quatre éleves-chirurgiens prefcrit par l'ordonnance du 30
de la part du commiffaire.
5°. Les religieux traitent & panfent eux-mêmes les malades, & font les
opérations chirurgicales. Ils peuvent être aidés par des nègres > mais ceux - ci ne
peuvent ni faigner ni faire aucun panfement. Le choix & le renvoi des médecins
appartient au fupérieur ; il doit toujours y en avoir un par quarante malades,
indépendamment des quatre éleves-chirurgiens prefcrit par l'ordonnance du 30 --- Page 599 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DO MIN G UI E. 573
Avril 1764. Ces élèves n'ont droit à desappointemens, qu'autant que le nombre
des malades rend leur fervice aétif, c'eft-à-dire qu'il doit fe trouver au moins 160
malades pour les quatre. Comme ces chirurgiens font deftinés à a'pirer à la
maîtrife dans la Colonie , ils doivent, pour être admis à l'hôpital , exhiber au fupérieur leurs lettres d'apprentiflage ou certificats de fervice 3 vifés du médecin & du
chirurgien du roi, & ils ne peuvent être congédiés qu'après un rapport fait au
commiffaire de la marine, 3 ayant le détail des hôpitaux.
6°. Le médecin &c le chirurgien du roi font tenus d'aller une fois par.jour à
l'hôpital & même deux lorfqu'ils en font requis par les Adminiftrateurs ; ils fe
concertent avec les religieux pour les traitemens dont il doivent tenir un
exaft, ainfi que de leurs obfervations > afin de concourir avec les chefs compte à la
meilleure adminiftration ; les chirurgiens des corps & des vaiffeaux peuvent venir
à P'hôpital, quand bon leur femble, mais ils ne peuvent rien prefcrire & doivent
fe borner à des obfervations fur ce qu'ils croient utile & néceffaire. Les
frais de voiture pour les vifites du médecin & du chirurgien du roi, font faits
par l'État.
7°. Lhôpital doit avoir deux aumôniers qui ont 1,250 livres d'appointemens
fixes des fonds de la Colonie. Les aumôniers que les religieux feront venir de
France ne peuvent être employés ni 'par le préfet apoftolique ni par d'autres,
qu'avec le confentemement par écrit du fupérieur.
8°. Tout ce que l'hôpital fait venir de France, yeft exempt de droits, quels
qu'ils foient. Les religieux ont leur paffage gratuit en allant & en revénant,
ainfi que les aumôniers &c autres employés de Phôpital.
9°. Les religieux peuvent faire boucherie, mais fans en vendre au public.
Il continue d'y avoir un fous-officier à la pefée de la viande & au fervice de la
cuifine, , lequel rend compte au commiffaire. Il afife auffi à la diftribution &ily
at un cadenat & une fentinelle à la chaudière.
1O°, Les religieux-chirargiens font tenus de dreffer chaque mois P'état des
malades, de défigner la nature des maladies dominantes & des moyens curatifs
employés. Le médecin & le chirurgien du roi doivent le figner j on le préfente
aux Adminiftrateurs par la voye de leurs rep:éfentans, & il eft envoyé au
miniftre.
II°. Suivant l'ordonnance du Ier, Janvier 1786, le commis qui fait les états
d'hôpitaux > donne des reçus des facs des matelots de la marine de l'État; les
chefs de divifion & les commandans les vifitent,
. Le médecin & le chirurgien du roi doivent le figner j on le préfente
aux Adminiftrateurs par la voye de leurs rep:éfentans, & il eft envoyé au
miniftre.
II°. Suivant l'ordonnance du Ier, Janvier 1786, le commis qui fait les états
d'hôpitaux > donne des reçus des facs des matelots de la marine de l'État; les
chefs de divifion & les commandans les vifitent, --- Page 600 ---
$74 DESCRIPTIO N DE L A PAR TIE
Y2°. En tems de paix , la journée du. foldat, du matelot & autre entretenu.
fans diftinétion de malailie, eft de, 3 liv. rO fous8 de 5 liv. en tems de guerre.
Celle de l'officier IO liv. & 16. liv. IO fous. en tems de guerre. Les bas-officiers
des régimens & des vaiffeaux doivent être placés dans les parties les plus çommodes des falles.
13°. L'hôpital peut prendre aux magalins du roi les. chofes qui lui font
néceffaires, fur le pied auquel elles reviennent d'après l'état airêté par l'adminifration.
14°. Lhôpital fupporte les quatre deniers pour livres. de tout ce que l'État
lui paye.
15°. On compte les journées. de malade. 3: du jour de l'entrée inclufivement à
celui de fortie exclulivement; 6 livres par enterrement. Le commiffaire de la
marine retire les armes 8les hardes des foldats 8c matelots, en donne reçu 5 l'hôpital les tient en dépôt jufqu'à cette remife.
16°. Les religieux font obligés d'avoir & d'entretenir des fournitures pour les
800 malades que leur hôpital peut contenir.
17°, Les pertes caufées par accidens -imprévus 3 tels que le feu du Ciel, les
tremblemens de' terre, ouragans, inondations, invafions par l'ennemi, donnent
lieu: à une indemnité par l'État en les faifant conftater par procès-verbal du principal officier d'adminiftration ou par fes ordres 3 &c approuver par les Adminiftrateurs.
18°. L'adminiftration des hôpitaux de France ne voulant pas garantir celle de
Ja Colonic, pour affurer l'envoi de ce que la première fait paffer à l'autre, on lui
compte 2 chaque année, 40,000 livres de France fur la quittance du procureurfyndic de la Charité. Cette fomme eft retenue par douzième fur les états de
chaque mois dans la Colonie, & le tréforier de celle-ci en fait raifon au tréforiergénéral des Colonies en France.
19°. Le marché eft fait pour jufqu'au dernier Septembre 1792, & fi le roi
mettait en régie, ou chargeait des entrepreneurs du foin des malades, les régiffeurs Oul entrepreneurs feraient tenus de prendre les effets 3 les drogues, les
uftenfiles & les marchandifes deftinées à Phôpital d'après une eftimation d'experts
& en payerait la moitié comptant, moitié fix mois après.
20°, Et comme il ferait prefque impoffible de féparer alors les bâtimens du
roi d'avec ceux des religieux, parmi lefquels ils font enclavés., &c que les cuifines,
les régiffeurs Oul entrepreneurs feraient tenus de prendre les effets 3 les drogues, les
uftenfiles & les marchandifes deftinées à Phôpital d'après une eftimation d'experts
& en payerait la moitié comptant, moitié fix mois après.
20°, Et comme il ferait prefque impoffible de féparer alors les bâtimens du
roi d'avec ceux des religieux, parmi lefquels ils font enclavés., &c que les cuifines, --- Page 601 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D 0 NNI N G'UE.
magafins*& autres dépendances appartenant: aux religieux: ne pourraient être communes à des entrepreneurs 3 l'État retiendrait pour foa fervice ce quele procèsverbal du 24 Septembre 1:78/y conftate être à lui, ainfi-que ceux devenus inutiles
aUx religieux 7 & les indemnifecair du terrain & des bâtimens qui font. à eux, *
leur donnerait le tems d'en conftnuire d'autres ou ferait faire cette conftruétion.
21°, Obligation de fuivre des troupes fi elles entraient en campagne, 8c qu'il
n'y eût plus de fervice à faire à Phôpital.
229. Les religieux ne font pas tenus derecevoir des officiers dans.leur maifon
principale , fi le pavillon qui leur elt deftiné n'eft pas rempli, & ils choifiront
ceux qu'ils voudront mettre dans:la première.
Voiamainesnantie fervice 8c la police intérieure. :
A chaque officier malade 2 par jour, une livre. & demie de viande de-boucherie,
une bonne volaille de deux en deux jours, grillée ou rôtie, une côrelette de
mouton & un plat-de légumes ou de poiffon avec des confitures du pays, fuivant
les failons. Les officiers ne peuvent manger plufieurs emfemble à la table des
religieux 3 à moins que le fupérieur ne lesi invite. Les.lits d'officiers ont un matelas, une paillaffe de feuilles de mais > une couverture de laine ou de coton, un
traverfin & un oreiller de plumes d'oyes, 8 des draps de toile blanche
, qu'on
change tous'les huitj jours &c même plus fouvent fi la maladie l'exige des ferviettes tous les deux.jours, une chandelle des fix à la.livre par) jour 3 & des lampes de
nuit au befoin. On peut mettre plufieurs officiers dans le même appartement.
Ils font tenus de fe fournir de linge de corps. Il ont un domeftique blanc
quatre , ou un noir par trois, fauf à. augmenter en. cas.de nécelité, Ilya d'ailleurs par
des tables, des chatfes, 8cc. Si Pofficier prend un. domeflique-à lui, ce. domeftique
elt à fes frais.
A chaque foldat, matelot ou autre entretenu, par jour, 26
de viande
de boucherie 3 de la meilleure qualité; 20 vonces de pain blane, onces bien cuit, frais
& de la meilleure qualité, & ume-chopine, mefure de Paris, de vin de Bordeaux. Pour varier, on met une forte volaille pour quatse rations & demie
de viande, & du vin blanc au lieu de rouge., quand lles aeligieux, le médecin
8 le chirurgien du roi n'y trouvant pas d'inconvénient. Tous les
jours on
porte dans'les-iufirmeries, à nfeptheures du-matin,n bouillon aaigre.aux:
herbes, 3
fait au beurre ou àla mantègue; à dix heures on diftribue le bouillon
la viande & le vin, & le foir de même. A quatre heures les malades taillent gras,
eux-mêmes leur foupe dans les écuelles qu'on leur donne. D'autres ont des
8 le chirurgien du roi n'y trouvant pas d'inconvénient. Tous les
jours on
porte dans'les-iufirmeries, à nfeptheures du-matin,n bouillon aaigre.aux:
herbes, 3
fait au beurre ou àla mantègue; à dix heures on diftribue le bouillon
la viande & le vin, & le foir de même. A quatre heures les malades taillent gras,
eux-mêmes leur foupe dans les écuelles qu'on leur donne. D'autres ont des --- Page 602 ---
576 DESCRIPTIO N.DE LA PARTIE
ceufs, des bananes, du riz, des pruneaux, des confitures du pays & autres
chofes réglées par le médecin &c le chirurgien du roi. Il eft défendu de rien
réferver pour le lendemain, >* foit houillon foit viande quelconque. On peut
fubftituer le bouillon maigre au gras fi les officiers de fanté le jugent convenable,
en y. joignant les purées, les légumes, les panades, le riz, le gruau, le lait,
les ceufs, les confitures , &c l'on diminue d'autant la viande.
Chaque malade eft couché feul. Il a fur une couchette, un matelas de crin
ou de laine, une paillaffe 3 un traverfin de paille de mil, mais ou bananier,
une couverture de laine ou de coton. Il eft permis d'employer des hamacs &
des plians. 11 doit y avoir trois paires de draps, fix chemifes & fix bonnets de
toile pour chaque lit. La vaiffelle eft de fer blanc; il y a des chaifes percées &
autres uftenfiles à l'ufage des malades.
L'hépital doit être deffervi par un religieux infirmicr-général, très-expert,
trois religieux-chirurgiens & un apothicaire. Ils ont fous eux des aides, de
manière qu'il y ait un religieux-chirurgien ou un aide-chirurgien pour quarante
malades, & un par I5 bleffés : un domeftique blanc pour 12 malades ou un
noir par IO. Il y a un infirmier blanc de ronde pendant la nuit, & un nègre
qui veille pour 25 malades. Si le nombre des nègres devenait infuffifant, les
adminiftrateurs fourniraient des blancs qui auraient deux rations de malades &
des gages que ces adminiftrateurs fixeraient &c que les religieux payeraient >
mais on ne peut pas les forcer à faire venir pour l'hôpital des nègres de leur
habitation
La vifite des malades fe fait de très-grand matin. Si le médecin ne peut y
aller, elle eft faite par le chirurgien-major. Les religieux les avertiffent lun &c
l'autre des opérations chirurgicales graves pour qu'ils y afliftent ou en confèrent.
On panfe les bleffés deux fois par jour.
Il y a une garde avec un officier qu'on n'eft pas tenu de nourrir. Les portes
de l'hôpital font fermées à la nuit & ne peuvent être ouvertes avant le matin
fans l'ordre des chefs.
L'État fait imprimer les billets d'entrée & de fortie, les états, les extraits
mortuaires; le commis figne les états. Le régiftre mortuaire doit être tenu avec
foin, 8c tous les fix mois on en donne une copie certifiée, vifée du commiffaire
(*) Qui produit annuellement depuis 150 jufqu'à 200 milliers de fucre blanc.
d
fermées à la nuit & ne peuvent être ouvertes avant le matin
fans l'ordre des chefs.
L'État fait imprimer les billets d'entrée & de fortie, les états, les extraits
mortuaires; le commis figne les états. Le régiftre mortuaire doit être tenu avec
foin, 8c tous les fix mois on en donne une copie certifiée, vifée du commiffaire
(*) Qui produit annuellement depuis 150 jufqu'à 200 milliers de fucre blanc.
d --- Page 603 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
de la marine ; elle eft remife au contrôleur de la marine, qui l'envoie au miniftre
pour le dépôt de Verfailles ; le regiftre d'entrée eft paraphé par le commiffaire
de la marine, & les états font vérifés & arrêtés par ce commiffaire
mois, & ordonnancés par l'intendant ou l'ordonnateur.
chaque
Ce traité a été imprimé aux frais de P'État 8c envoyé aux religieux, au médecin & au chirurgien du roi, aux chefs des corps & commandans, aux commiffaires chargés des hôpitaux & des claffes, au contrôleur de la Colonie & à
fon repréfentant au Cap. Il a été approuvé par l'intendant le 5 du même mois
de Septembre 1787, &c par le miniftre le 17 Février 1788.
Je n'ai pu réfifter au défir de rapporter tant de particularités fur l'établifement
de l'hôpital, parce que ce qui touche P'homme & furtout l'homme en proie
aux douleurs, intéreffe toujours l'être fenfible, a &c que j'aime à croire mon
Leéteur rangé dans cette claffe. Je viens à la partie defcriptive de l'hôpital.
On l'apperçoit du chemin, parce que le terrain va en amphithéâtre
chemin jufqu'au point où le morne du Cap vient fe terminer de depuis ce
collines fucceffives. La principale entréé , qui eft fituée à 650 toifes par du tourni- petites
quet qu'a le Cours Villeverd fur la rue du Pont, eft placée au milieu d'une
claire-voye de bois peinte en rouge, & que porte un petit mur & des pilaftres
de maçonnerie. Là commence une belle avenue de quatre rangs de chênes qui
conduit à la maifon où font logés les religieux. Cette avenue dont la maîtreffe
allée a 132 pieds de large & celles des côtés 45 pieds, & qui n'exiftait
1742, fait un angle un peu obtus du côté du Nord avec le chemin, pas en
celui-ci va du Nord-Eft au Sud-Oueft, tandis que l'avenue eft dirigée parce de PEft- que
Sud-Eft à T'Ouef-Nord-OueRt.
La maifon eft à 255 toifes du chemin, l'on y arrive par une terraffe de
pieds de large, où l'on mente par trois efcaliers de
pierres 3 l'un au milieu &
en face de l'entrée de la maifon 3 les deux autres fur les côtés du premier 8c
obliquement placés.
Cette maifon de maçonnerie confifte en un
arrière-corps, > qu'une aile pofée
de chaque côté dépaffe de fix pieds. L'arrière-corps a 66 pieds de long fur
de large, & les ailes 45 pieds de long fur 33 de large, ce qui fait que le bâti- 33
ment, pris en total, a 132 pieds de façade ; il fe montre tout entier dans
l'avenue qui a la même dimenfion. Ce n'eft que depuis 1783 qu'on a fait un
étage à cette maifon, couverte d'ardoifes, ce qui lui donne encore plus de
Tome I.
D ddd
L'arrière-corps a 66 pieds de long fur
de large, & les ailes 45 pieds de long fur 33 de large, ce qui fait que le bâti- 33
ment, pris en total, a 132 pieds de façade ; il fe montre tout entier dans
l'avenue qui a la même dimenfion. Ce n'eft que depuis 1783 qu'on a fait un
étage à cette maifon, couverte d'ardoifes, ce qui lui donne encore plus de
Tome I.
D ddd --- Page 604 ---
578 DESCRIPTIO N
E L A PARTIE
grace &c de commodités. On entre d'abord par la terraffe dans une belle galerie
qui communique à un grand falon fervant de falle à manger & qui eft au centre
de la maifon, ila33 pieds en carré.
Il eft peu de fituation à Saint-Domingue plus agréable que celle de l'hôpital
du Cap qui, par l'élévation de fon fol, domine une vafte étendue de plaine
qu'on apperçoit à lEft & au Sud. Ce local, rafraîchi par les deux brifes, offre
auffi la vue de la rivière du Haut du Cap qui ferpente &c dont le grand chemin
fe rapproche & s'éloigne fuccefivement ; du côté du morne un jardin charmant
dont je parlerai bientôt, ajoute encore à tant de jouiffances. Il eft dommage
que le petit morne de l'hôpital qui eft dans le chemin, dérobe la rade du Cap
qui ajouterait & de la variéré & du mouvement au tableau charmant dont on
jouit de la terraffe de l'hôpital, & où l'on n'eft troublé que par le fpectacle des
marais de la Petite Anfe, à travers lefquels l'oeil faift un inftant le voyzgeur
quife rend au Cap par le chemin de cet embarcadère,
Au Sud de la maifon principale & fur la déclivité d'une colline font les
cuilines, les boulangeries, la buanderie, les magalins, la pharmacie, les écuries,
les remifes.
Au-deffous de ces conftruations & après un petit intervalle, eft une enceinte
qui s'étend du Levant au Couchant, & qui a la forme d'un carré long : eile
renferme plufieurs corps de bâtimens. Le principal, conftruit en maçonnerie,
eft le premier bâtiment de ce genre qu'on ait fait pour les malades; il a, du
Nord au Sud, 50 toifes de long fur 29 pieds de large. A fon extrémité Septentrionale eft la chapelle qui ett comprife dans fa longueur & qu'on fait fervir auffi
de lingerie; elle eft fous l'invocation de St.-Jean-de-Dicu, fondateur de l'ordre*
des religieux de la Charité. Un petit clocher en flêche qui excède le' toit, fert
à l'indiquer.
C'eft dans cette chapelle à laquelle M. Barreau, dont j'ai précédemment
énuméré les legs pieux, a laiffé, en 1758, 2,000 livres pour acheter une lampe
& un calice d'argent, que M. l'abbé de Pradines prononça, le 7 Juin 1777,
l'oraifon funébre de M. d'Ennery, mort gouverneur-général. Les gens de coUleur libres & efclaves & quelques blancs du Cap, viennent auffi y faire une
ftation l'après-midi du Vendredi-Saint & entendre prêcher la paflion. On y a
été frappé plufieurs fois du talent du P. Roubion, chanoine de la Trinité, mort
depuis quelques annécs facriftain de la paroiffe du Cap. D'ailleurs il femble que dans
de M. d'Ennery, mort gouverneur-général. Les gens de coUleur libres & efclaves & quelques blancs du Cap, viennent auffi y faire une
ftation l'après-midi du Vendredi-Saint & entendre prêcher la paflion. On y a
été frappé plufieurs fois du talent du P. Roubion, chanoine de la Trinité, mort
depuis quelques annécs facriftain de la paroiffe du Cap. D'ailleurs il femble que dans --- Page 605 ---
FRANÇAISE D E SAIN T-D O MINGUE.
un hôpital les cérémonies religieufes prennent un caraStère encore plus augufte,
parce qu'elles font accompagnées du fpeétacle de l'homme dans l'état où il a le
plus befoin de la Divinité confolatrice qu'il implore.
Ce bâtiment élevé en 1737 &c en 1738, eft appellé auffi la falle St.-Jean-deDieu. A chacune de fes extrémités & en retour d'équerre, allant de l'Oueft à
PER, il y a deux autres falles aufli de maçonnerie qui lui font contigues. Celle
du côté du Nord qui tient à la chapelle, eft la falle St-Honoré, c'eft la dernière
bâtie, elle n'a même pas été auffi étendue qu'on le projetait; elle n'a que 18
toifes de long, fa largeur eft de 31 pieds. Celle du côté Sud, qui eft parallèle à
celle St-Honoré, eft la falle de la Vierge, terminée en 1756, d'après un ordre
de M. Lambert, ordonnateur au Cap, choqué de ce que M. Perrier avait été
forcé de mettre les malades de fon efcadre dans la ville. Elle a 33 toifes de longueur fur 27 pieds de large. On s'appercevrait, à ces différences dans les dimenfions des trois falles, qu'elles n'ont été ni projetées, ni exécutées en même
tems. Elles ont cependant toutes la même élévation qui eft de 14 pieds jufqu'à
la naiffance du toit, & elles font couvertes de tuiles.
Jufqu'en 1777, il n'y avait point d'autres bâtimens dans PEf de ceux dont
je viens de parler, mais l'augmentation de troupes que la crainte de la guerre fit
envoyer, & par conféquent le plus grand nombre de malades a forcé de former,
dans cette partie Septentrionale, trois nouveaux bâtimens. Le plus Occidental
aligné à fa face Oueft fur le bout Eft de la falle de la Vierge, a I18 pieds du
Nord au Sud, &c 30 de large; c'eft la falle St-Louis. Celui qui fuit dans
PEt, a 150 pieds de long qui viennent s'aligner fur la face Méridionale de la
falle St-Honoré, & 36 pieds de large, c'eft la falle St-Raphaël; le troiième,
en tout femblable au fecond, eft la falle St-Auguftin. Ces trois bâtimens, conftruits en bois, couverts d'effentes & parallèles entr'eux, n'ont que dix pieds
d'élévation jufqu'à la naiffance du toit, & feulement environ 40 pieds d'intervalle de l'un à l'autre. La clôture de cette enceinte eft formée par un mur de 7
ou 8 pieds de haut.
La difpofition de la falle Saint-Jean-de-Dieu, dont les deux extrémités
fervent elles-mêmes d'enceinte, forme deux cours, dont l'une eft au Couchant,
& l'autre au Levant de cette falle. Parcourons-les en décrivant les détails & les
inconvéniens de l'hôpital.
La cour Occidentale quieftirrégulière dans fon côté Sud, contient deux rangs
Dddd2
mur de 7
ou 8 pieds de haut.
La difpofition de la falle Saint-Jean-de-Dieu, dont les deux extrémités
fervent elles-mêmes d'enceinte, forme deux cours, dont l'une eft au Couchant,
& l'autre au Levant de cette falle. Parcourons-les en décrivant les détails & les
inconvéniens de l'hôpital.
La cour Occidentale quieftirrégulière dans fon côté Sud, contient deux rangs
Dddd2 --- Page 606 ---
580 DESCRIPTIO N D E L A PAR T I E
d'arbres fervant de promenade. Prefqu'au milieu de fon côté Oueft eft un pavillon
à étage, de maçonnerie > où fe trouvent le logement des chirurgiens 2 une falle de
bain & une chambre de difcipline. Ces deux dernières font humides & mal-faines
à caufe de l'élévation du petit côteau qui portela maifon des religieux & fes appartenances, & auquel ce bâtiment fe trouve prefque adoffé. Trois baignoires font
infuffiifantes pour. les malades, & la néceffité de faire fervir la même à un vénérien,
à un galeux, à un fébricitant, choque les premières notions de l'art de guérir,
ainfi que celle de tranfporter des malades à travers une cour, pour aller prendre un
bain. Il faudrait des bains pour chaque falle, & qu'on eût foin de les piacer dans un
lieu où l'on conduirait l'eauà volonté; c'eft un devoir qu'on doit fe hâter de
remplir.
En bâtiffant la falle Saint-Jean-de-Dieu, on avait mis les latrines à 50 pieds
de cette falle & à l'angle Sud-Oueft de la cour, Il n'y a que fort peu de tems
que, fur les reprélentations de M. Arthaud, médecin du roi, le fupérieur de
l'hôpitàl en a fait conftruire de nouvelles. Sur le côté Oueft de la
chapelle, une
galerie en appenti, fert à abriter les malades qui pafent par une Porte donnant
dans la falle Saint-Jean-de-Dieu, & qui font ainfi garantis d'une courfe en
air, & quelquefois fur un fol humide > qu'ils étaient obligés de faire autrefois. plein
Ces latrines anciennes & nouvelles font nettoyées chaque matin par l'eau d'un
baffin de plufieurs muids, qu'on lâche & qui doit conduire les immondices
dans une ravine qui paffe au bout Sud de la falle Saint-, Jean - de - Dieu. On
affure que l'on n'a pas donné affez de rapidité à ce courant, d'ailleurs infuffifant,
& qu'il n'empêche pas des exhalaifons infeétes qui, dans la falle Saint-Jean-deDieu, iacommodent les malades furtout lorfque les vents d'Oueft &c du Sud-Oueft
foufflent. Il femble qu'on remédierait à ce mal, fi les latrines étaient au bout SudEft de la falle Saint-Jean-de.Dieu, &c fi une eau plus abondante,
acquérant
encore de la viteffe par fa compreffion, balayait un canal couvert.
Cette cour a auffi des baffins qu'on devrait tenir couverts & fermés
cadenats > lorfqu'ils ne fervent pas, & il faudrait dans le cas contraire avec des des
fonnes capables d'en interdire l'accès à des malades ou à des convalefcens, perviennent y laver ou s'y baigner, & chercher ainfi de nouvelles caufes qui de
maladies.
C'eft au Nord de cette cour qu'eft la porte d'entrée qui conduit dans Phopital, A fa droite, & à l'angle Nord-Oueft de la cour, eftle bureau de l'écrivain
> lorfqu'ils ne fervent pas, & il faudrait dans le cas contraire avec des des
fonnes capables d'en interdire l'accès à des malades ou à des convalefcens, perviennent y laver ou s'y baigner, & chercher ainfi de nouvelles caufes qui de
maladies.
C'eft au Nord de cette cour qu'eft la porte d'entrée qui conduit dans Phopital, A fa droite, & à l'angle Nord-Oueft de la cour, eftle bureau de l'écrivain --- Page 607 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
& du garde-meuble pour les effets des malades. Une barrière qui fermerait
porte, & dont le cadenat ferait la nuit entre les mains du faétionnaire,
cette
rait des courfes noéturnes & même des défertions. Un grand inconvénient empêchede
cette cour, c'eft que fe trouvant plus élevée que le pavé de la falle Saint-Jean-deDieu, & ayant une pente de l'Oueft à PEf, elle y conduit de l'eau dans les
grandes pluies.
Je paffe à la feconde cour , celle du Levant.
Les bleffés & les vénériens font dans la falle de la Vierge. Il eft vraiment
table, que pour avoir un magafin au bout Sud de la falle
regreton
ait fermé toute communication entre ces deux
Saint-Jean-de-Dieu,
falles, > qui ouvraient l'une dans
l'autre, & que celle de la Vierge ait fon entrée fur le côté Nord dans la feconde
cour. Le froid & l'humidité font deux grands ennemis des maladies
& furtout des bleffures, trop fouvent fuivies du fpafme dans les (yphillitiques,
toujours très-difficiles à
pays chauds, &c
guérir, comme on peut en juger par le feul fait des bleffés
des vaiffeaux de l'armée de M. de Graffe vinrent
qui
au Cap, après le combat
naval du 12 Avril1782, puifque de 180 bleffés, mis dans un hôpital, deux feuls
y furent guéris. Cette confidération exige le rétabliffement des' chofes dans leur
premier état, faufà placer une porte grillée entre les deux falles, pour éviter les
abus. Les latrines de la falle de la Vierge, qui font en dehors, au Sud & vers
fon centre, ont auffi trop peu d'eau pour leur nettoyement, &x elles exigeraient
également un égout couvertjufqu'à la ravine.
L'entrée de la falle Saint-Honoré eft à fa face Sud, dans la feconde cour. C'eft
encore une fource de défordre, parce que les matelots marchands & les
qui y font placés, communiquent librement avec les foldats & les matelots pauvres de
l'État, & que jouiffant de cette porte , où il n'y a point de factionnaires, ils fortent
eux-mêmes quand ils veulent. On corrigerait ces abus en faifant ouvrir cette falle
dans la chapelle. La falle Saint-Honoré a fes latrines comme
y
celle de la Vierge, 3
à fon centre 3 au Sud, dans cette feconde cour. On n'y met que de fimples pots
fous des lunettes, & l'on va les vider aux latrines de la falle SaintJean-de-Dieu,
qu'on traverfe en infeétant les malades. Il faudrait encore faire un égoutà travers
la cour &c y conduire de l'eau pour nettoyer de vraies latrines.
On peut reprocher aux trois falles de maçonnerie d'avoir des ouvertures qui,
quoique affez nombreufes, font percées trop bas dans leur
qui nuit à la circulation de l'air. Au bout Sud de celle partie fupérieure, > ce
Ssint-Jean-de-Dicu, eft
SaintJean-de-Dieu,
qu'on traverfe en infeétant les malades. Il faudrait encore faire un égoutà travers
la cour &c y conduire de l'eau pour nettoyer de vraies latrines.
On peut reprocher aux trois falles de maçonnerie d'avoir des ouvertures qui,
quoique affez nombreufes, font percées trop bas dans leur
qui nuit à la circulation de l'air. Au bout Sud de celle partie fupérieure, > ce
Ssint-Jean-de-Dicu, eft --- Page 608 ---
582 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
une porte &z deux fenêtres, qu'une bonne police voudrait qu'on grillàr, pour
empêcher la fortie des malades, tandis que le befoin d'air exigerait, peut - être,
que l'extrémité dela chapelle au Nord, eût quelque ouverture qui le renouvellerait
dans la falle Saint-Jean-de-Dicu. La conftruétion des trois falles de bois a diminué la feconde cour, qui formait une utile promenade avec quatre rangs d'arbres,
dont on pouvait fe difpenfer de prendre une partie, puifque le terrain ne manquait pas.
Les trois falles de bois font trop rapprochées l'une de l'autre; l'air y eft trop
refferré, les exhalailons fe communiquent del l'une à l'autre 3 & les latrines poftiches
de leur bout Sud ont les mêmes vices que celles de la falle Saint-Honoré.
C'eft au-deffus de cette falle en venant dans l'Oueft, & en dehors du mur de
clôture au Nord, qu'eft le corps - de - garde de Phôpital. Comme il arrivait fréquemment que les malades franchiflaient cC mur, dans le côté Et de l'enceinte
on a mis une fentinelle en dedans dans l'angle Nord-Eft de cette clôture; mais
elle n'y eft pas la nuit, &z le mal n'eft qu'à demi réparé.
Je paffe au côté Nord de l'avenue. On y trouve cinq corps de bâtimens parallélement dirigés du Nord au Sud. Le plus Oriental 8c le plus long (ila 15O pieds ),
eftà à-peu-près aligné fur la falle Saint-Louis 3 tous les cinq ont leur bout Sud
proche du fecond rang d'arbres de la contre-allée du Nord. Le dernier à l'Oueft &
celui qui le précède, ont été conftruits pendant la guerre de 1778 ; ils font de bois
& couverts d'effentes. Le troifième eft de maçonneric, divifé en plufieurs chambres
de malades, ouvertes feulement à T'Et fur une galerie fort baffe. Le quatrième eft
de bois & la plupart de fes chambres font des fervitudes. Ces trois bâtimens ont
égallement IIO pieds de long. J'ai Vu pofer celui que j'ai défigné comme le
quatrième, au mois de Mai 1777. Je rencontrai en allant à l'hôpital à la pointe du
jour, le nombreux atelier de M. Artau, qui en tranfportait la charpente
environnante toute affemblée, & revenant après le coucher du foleil, il y avait
une maifon de IIO pieds de long, palifadée, couverte & fermée, dans un efpace
qui était vide le matin. Je cite ce trait , parce qu'il donne une idée des moyens
de cet entrepreneur, & d'une célérité d'exécution que lui feul a fait voirà SaintDomingue,
Le dernier bâtiment, le plus Occidenral, & qui répond à l'entrée de la première cour > de l'autré côté de l'avenue, eft un pavillon â étage - de 130 pieds
de long appelé le pavillon des officiers, à caufe de fa deftination. Il a quatorze
qui était vide le matin. Je cite ce trait , parce qu'il donne une idée des moyens
de cet entrepreneur, & d'une célérité d'exécution que lui feul a fait voirà SaintDomingue,
Le dernier bâtiment, le plus Occidenral, & qui répond à l'entrée de la première cour > de l'autré côté de l'avenue, eft un pavillon â étage - de 130 pieds
de long appelé le pavillon des officiers, à caufe de fa deftination. Il a quatorze --- Page 609 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
chambres de 15 pieds en carré, Au rez de chauffée eft une cuifine 8c une falle
de bains où l'on eft faché de ne trouver que trois baignoires. La face Eftaune
galerie en haut & en bas de huit pieds & demi de large. Il en aurait falu une
reille à lOueft pour qu'on pûr, felon la direétion du foleil & des brifes, tenir pa- les
chambres ouvertes & les garantir de la chaleur qu'on y éprouve. Une ravine
qui eft derrière ce pavillon, paffe à fon extrémité Nord. Devenue
dans les grandes pluies, elle fait refouler l'eau
un torrent
jufques dans les chambres du rez
de chauffée; : il faudrait la détourner. Ce pavillon a encore un inconvenient, c'eft
celui de recevoir, dans la faifon dés Nords, les exhalaifons des parcs à cochons &c
des vidanges des cafes des nègres de T'hôpital, qu'on a mifes au Nord de la
fur le penchant d'un côteau & fur la ligne des cinq bâtimens dont je fuis ravine,
occupé
en ce moment.
Le danger d'entaffer beaucoup de malades > eft encore plus grand dans les
chauds. Il ne faudrait jamais plus de deux rangs de lits dans les falles des pays
des Antilles, & les circonftances feules de la
hôpitaux
guerre peuvent contraindre à en
mettre davantage. On en avait formé quatre dans la falle Saint-Jean-de-Dieu
pendant l'automne de 1787 ; mais l'on s'apperçut que les ulcères prenaient
caraétère gangréneux. On ouvrit une autre falle & les accidens cefsèrent. C'eft un
une leçon qui ne doit pas s'effacer du fouvenir de ceux
qui foignent cet
vu
oùl'on a pendant la guerre de 1778, jufqu'à
malades
hôpital
non
officiers.
compris 4S
On y envifage auffi la gale'comme une maladie trop
&
légére > l'on ne veut
pas s'appercevoir qu'elle eft quelquefois produite par la mal - propreté du linge &
des draps.
Un grand inconvénient des hôpitaux coloniaux, c'eft la néceffité d'y
des nègres dont l'indolente indifférence & la dangereufe
employer
malades fans foins, & leur procurent des alimens & des complaifance boiffons laiffent les
état. Le marché exige un négre dix
funeftes à leur
par malades, mais ils feraient heureux fi fa
violation leur en laiflait un pour foixante., Auffi des malades ayant le
fortent-ils, d'autres tombent de leurs lits & un grand nombre font tranfport des
fecours dont ils ont le plus preflànt befoin. Sans prétendre faire privés
amère des principes des religieux, il eft évident leur nombre une cenfure
furveiller
que
eft infuffifant
pour
tous les détails d'un pareil hôpital ; & cela s'applique auffi
petit nombre des chirurgiens & des infirmiers blancs, qu'on fe contenterait de au
-ils, d'autres tombent de leurs lits & un grand nombre font tranfport des
fecours dont ils ont le plus preflànt befoin. Sans prétendre faire privés
amère des principes des religieux, il eft évident leur nombre une cenfure
furveiller
que
eft infuffifant
pour
tous les détails d'un pareil hôpital ; & cela s'applique auffi
petit nombre des chirurgiens & des infirmiers blancs, qu'on fe contenterait de au --- Page 610 ---
584 DESCRIPTION DELAPARTIE
rencontrer par paire ou même feuls dans chaque falle, quoique le marché en
veuille un par douze malades. Il faudrait les attacher à d'auffi pénibles, mais auffi
utiles fonétions 2 par un traitement proportionné à leur zele.
Une chofe dont les amis de l'humanité ne pouront jamais affez s'étonner,
c'eft que dans des marchés qui (1 puifqu'on veut des marchés
) ne devraient
marquer le prix des foins 3 des alimens & des remèdes qu'on
que
ait imaginé de fubvertir l'ordre naturel des chofes
peut tarifer, on
3 fans vouloir çonfidérer qu'un
hôpital eft effentiellement deftiné à la confervation des hommes des claffes les
plus précieufes. Comment veut-on que des religieux, qu'ilefti
de
impoffible ne
pas envifager comme des entrepreneurs, deviennent tout à la fois les fourniffeurs
& ceux qui examinent ou prefcrivent les fournitures. Je fais bien que le marché
exige les foins du médecin du roi, mais celui-ci doit
fe
auffi, fuivant ce marché 3
concerter ayec les religieux 5 or 3 quel concert veut-on établir entre un médecin
qsine peut & ne doit fe déterminer que d'après fes connaiffances & à qui fa
probité commande d'exiger en fayeur du malade tout ce quilui eft néceffaire, &
des religieux entrepreneurs ? Si le médecin eft inébranlable
3 il fera bientôt
appelé tracaflier, & je garantis que le père Jupérieur trouvera. des échos. Si le
médecin cède > je vois tous les abus fe multiplier, & un hôpital, le lieu le
facré par fa deftination, transformé en une
où tout
plus
boutique 3
fe calcule,
la durée de la vie des hommes.
excepté
C'eft alors qu'on confie la diftribution des remèdes à des nègres ignorans &
dont les erreurs font mortelles. C'eft alors que l'heure de toutes les diftributions
eft incertaine 3 que des malades privés de force, périffent
le marché a dit qu'ils devaient tailler leur
d'inanition > parce que
voir
foupe eux-mêmes, & n'a pas fu préqu'ils feraient hors d'état de prendre ce foin, & qu'il arrive très-fouvent
qu'un malade enlève, de force, la portion d'un autre malade plus faible lui,
C'eft alors que les infirmiers blancs font occupés à jouer avec des
que
au lieu de remplir leurs devoirs dont chaque
convalefcens 3
négligence peut être un meurtre
c'eft alors enfin qu'un hôpital n'eft plus qu'un cimetière où les
cadavres ont
encore un refte de mouvement. -
Adminiftrateurs qui ftipulez froidement les conditions d'un pareil marché,
qui croyez qu'il faut plaire aux religieux de la Charité, comme fi leur plaire était
le but qu'on doit fe propofer 3 allez dans ces hôpitaux & écoutez les imprécations
de çeux pour qui vous penfez avoir tout fait, en difant qu'ils auraient ce que vous
jugez
n'eft plus qu'un cimetière où les
cadavres ont
encore un refte de mouvement. -
Adminiftrateurs qui ftipulez froidement les conditions d'un pareil marché,
qui croyez qu'il faut plaire aux religieux de la Charité, comme fi leur plaire était
le but qu'on doit fe propofer 3 allez dans ces hôpitaux & écoutez les imprécations
de çeux pour qui vous penfez avoir tout fait, en difant qu'ils auraient ce que vous
jugez --- Page 611 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 585
jugez leur être néceffaire, , quand vous avez pris des mefures telles qu'on pût les
leur refufer impunément. Je fais qu'on criera : Mais la délicatefe des entrepremeurs'! La crainte de la mort d'un feul homme qu'on doit fauver, > voilà tout ce
que j'apperçois, &je frémis quand je remarque 3 quand je fais que ma crainte
n'eft pas commune à tous ceux qui l'environnent.
Pour ajouter au ridicule mêlé de cruauté de ce fyftème > on veut auffi que les
religieux faffent avec le mélecin, le tableau des maladies & de leur traitement.
Comme G les religieux étaient deftinés à autre chofe qu'à exécuter, avec fidélité,
ce que le médecin a prefcrit. D'ailleurs ces états envoyés aux Adminiftrateurs 8c
fuppoles parvenus jufqu'au miniftre, ont-ilsjamais produit une ligne de l'infpecteur-général de la médecine coloniale ? Ce dernier a-t-il mêmejamais eu l'idée
heureufe, mais tardive des Adminiftrateurs qui demandaient au miniftre, par
une lettre du 16 Juin 1789, que le journal des hôpitaux, rédigé par M. de
Horne, fut envoyé aux médecins, aux chirurgiens & aux apothicaires du roi
dans la Colonie 2 Comment répète-t-on des conventions par pure forme & fans
être frappé de leur inutilité? Comment fi on les croit néceffaires, ne prend-on
des mefures plus sûres pour leur accompliffement ?
pas
Une autre circonftance me frappe & m'aflige encore , c'eft l'impomibilité
qu'un médecin qui vient une feule fois parjour & qui ne voit qu'un feul moment
un malade, foit véritablement utile. L'inftant de fa vifite peut être calme &c
fuivi d'une crife mortelle; dans un climat auffi aétif, la maladie change de caractère d'une minute à l'autre, &c le malheureux eft condamné à attendre vingt-quatre
heures un avis falutaire. On dira bien qu'un religieux-chirurgien ou autre fupplée
le médecin dans l'intervallel > mais fi l'accident eft du reffort de la médecine, fi
le chirurgien n'eft pas très-infruit, , s'il ne rend pes à la vifite du Jendemain un
compte exact de ce quis s'eft pafle, de ce qu'ila fait, que deviendra le moribond :
Non jamais je ne ferai tranquille fur le fort de l'hôpital du Cap tant que le
médecin n'y féjournera pas & ne pourra pas y faire des cours utiles à lui-même
& à des élèves ; tant qu'il n'y aura pas un logement féparé & une manière
d'être indépendante des religieux, dont il ne doit pas même faire foupçonner
F'influence. Mais qu'au moins il foit tenu d'y. faire une vifite matin & foir, &c
qu'on ne foumette pas à un vil calcul les frais de fon tranfport, pour. lequel
Larnage & Maillart demandèrent vainement au miniftre, en 1739, une fomme
de 1,200 liv. Un feul recrue coûte plus àlEtat que ces viftrs, &c n'y.a-t-il
Toma I,
Eeee
foupçonner
F'influence. Mais qu'au moins il foit tenu d'y. faire une vifite matin & foir, &c
qu'on ne foumette pas à un vil calcul les frais de fon tranfport, pour. lequel
Larnage & Maillart demandèrent vainement au miniftre, en 1739, une fomme
de 1,200 liv. Un feul recrue coûte plus àlEtat que ces viftrs, &c n'y.a-t-il
Toma I,
Eeee --- Page 612 ---
586 DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
que ces bénéfices à peier! On a vu, à la grande indignation de ceux qui n'ont
pas étouffé toute fenfibilité, les vifites du médecin & du chirurgien du roi,
interrompues parce que les religieux refufaient de fournir une voiture & que
l'adminiftration n'en donnait pas. Eft-ce là auffi une économie!
Payez tous les travaux utiles, payez les chirurgiens de l'hôpital fans vous
contenter de cette générofité parcimonieufe qui a décidé l'adminiftration à
accorder, le Ier, Janvier 1787 > 66 liv. par quartier à ceiui des garçonschirurgiens qui s'acquitte le mieux de fes devoirs. Sachez que lorfque ces chirurgiens font à la folde des entrepreneurs, ils font & moins nombreux & trop
dévoués ; réglez qu'au lieu d'une année 3 tous ceux qui fe deftinent à la
chirurgie pafferont deux ans dans un hôpital de la Colonie avant d'y exercer
leur profeffion, fans vou.oir en excepter tous les ignorans à parchemin qui y
arrivent. Ceux qui feront vraiment inftruits ne feront que plus précieux après
cette école locale que rien ne remplace. Les autres auront le tems d'oublier le
rafoir que leur main eft accoutumée à manier & de la familiarifer avec les inftrumens qu'ils doivent employer pour guérir & non pour moiffonner les habitans
-
du Nouveau-Monde; qu'enfin les uns 8c les autres foient examinés avant d'être
admis à T'hôpital & à l'époque où ils doivent en fortir.
-
Je me fuis peut-êrre un peu écarté de mon objet aétuel en me livrant aux
a
fentimens que l'adminiftrarion de l'hôpital a excités en moi. Mais quand je
contemple cet amas de bâtimens encore trop peu étendus dans ces tems où
l'homme détruit l'homme; quand je réfléchis que le vainqueur y pouffe quelquefuis des cris aigus fur un lit de fouffrance où la nature lui faic payer cher
les facrifices qu'il fait à la gloire, je ne puis m'empêcher de demander que ces
afiles foient protégés par un amour pur & éclairé de l'humanité.
Encore un abus. Le cimetière de l'hôpital du Cap eft au Midi de tous
les bâtimens qui le compofent & de la ravine ; il eft à 35 toifes du bout Sud
de la falle Ssint-Jecan-de-Dieu, point où l'on traverfe la ravine fur un pont pour
y arriver. Ce cimetière qui a environ 180 pieds de l'Et à l'Oueft, fur environ
IIO du Nord au Sud, eft évidemment trop petit & trop voifin de l'hôpital,
fur lequel la brife du foir ramène fes exhalaifons. Je rends avec une fatisfaction
réelle, ce témoignage aux religieux, que depuis long-tems, & notamment en
1782, ils n'ont pas ceffé de demander que ce cimetière fut changé & transféré à
environ 600 toifes des falles, derrière un petit monticule qui garantirait de fes
environ
IIO du Nord au Sud, eft évidemment trop petit & trop voifin de l'hôpital,
fur lequel la brife du foir ramène fes exhalaifons. Je rends avec une fatisfaction
réelle, ce témoignage aux religieux, que depuis long-tems, & notamment en
1782, ils n'ont pas ceffé de demander que ce cimetière fut changé & transféré à
environ 600 toifes des falles, derrière un petit monticule qui garantirait de fes --- Page 613 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 587
émanations & qui en ôterait la vue à des malades, parmi lefquels il eft
poffible que quelques-uns en foient douloureufement affectés. Mais en attendant
ce changement néceffaire, qu'on veille aux inhumations ; elles font fi incomplettes quelquefois 3 qu'une odeur cadavereufe infeéte la falle Saint-Jean-de-Dieu
& qu'il eft arrivé aux nègres de laiffer un corps fans fépulture dans ce cimetière.
Veillez donc pour eux > Religieux confacrés à P'humanité fouffrante, ne tolérez
point, par exemple > que le vifage de celui qui a expiré, frappe, > dans fon lit,
l'être qui eft près dele fuivre, & que ce tableau déchirant n'ajoute pas à ce que les
approches de la mort ont quelquefois de hideux 1
Un grand malheur pour l'hôpital du Cap, c'eft la nature du terrain qui
le borne à PEt; CC font les émanations dangereufes des marais immenfes fur
lefquels paffe la brife du large avant de lui arriver, La main feule du tems peut
remédier à un parcil Aéau, & jufqu'à cette époque heureufe, ces marais, dont
on ne peut s'empêcher d'être frappés, font un avertiffement de plus pour que
des foins continuels & une police févère > empêchent tout ce qui pourrait feconder les influences d'une atmofphère qui eft loin de P'état de pureté défirable
pour un hôpital.
Cet hofpice eft plus heureux quant à l'eau. Elle lui eft fournie en grande
maffe par pluficurs fources qui font au pied du morne, à peu de diftance &
dans lOueft de la maifon des religieux. Il eft feulement fâcheux que ces fources
naiffent dans un terrain argileux au lieu d'être fabloneux. Leur eau eft claire &
limpide, elles blanchiflent parfaitement le linge & cuifent de même les légumes.
Dans l'analyfe qu'en ont fait MM. Arthaud, médecin, Roulin, chirurgien-major
& Ducatel, maître en pharmacie > le 4 Mai 1788, & que l'on trouve imprimé
dans le premier volume des Mémoires de la Société des Sciences & Arts du
Cap, il réfulte que la pefanteur de ces eaux eft de onze degrés à l'aréomètre
pour les efprits, & d'après l'examen, par les réactifs & par l'évaporation, que
chaque livre d'eau contient fept foixante-cinquièmes de grain de fel marin à bafe
terreufe calcaire, ou muriate calcaire 5 un quart de grain de terre calcaire &
trois quarts de grain de félénite ou fulfate calcaire, ce qui prouve qu'elle n'eft
aucunement nuifible, quoiqu'elle ne jouiffe pas d'une pureté parfaite.
Il exifte, depuis plus de foixante ans. 3 une difficulté entre le fupérieur de
Phôpital & le préfet de la miffion, relativement à l'aumônerie de cet hôpital que
les religieux regardent comme un titre qui confère tous les pouvoirs néceffaires
Ecee 2
de félénite ou fulfate calcaire, ce qui prouve qu'elle n'eft
aucunement nuifible, quoiqu'elle ne jouiffe pas d'une pureté parfaite.
Il exifte, depuis plus de foixante ans. 3 une difficulté entre le fupérieur de
Phôpital & le préfet de la miffion, relativement à l'aumônerie de cet hôpital que
les religieux regardent comme un titre qui confère tous les pouvoirs néceffaires
Ecee 2 --- Page 614 ---
588 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
pour l'exercice des fonétions paftorales & curiales, foit quant aux malades, fois
quant aux individus quelconques attachés au fervice de l'hôpital. C'était même
fur cette confidération que le fupérieur de la Charité fe fondait, dès le mois de
Mars 1727 3 pour être difpenfé de payer des droits curiaux à la paroiffe du
Depuis les religieux ont obtenu &c invoqué un brevet de Benoît XIV, Cap. du
Oétobre 1745 > qui confirme tous les privilèges concélés à leur ordre, & qui 5
accorde pour toujours aux prêtres employés au fervice des hôpitaux des iles de
l'Amérique, le pouvoir de baptifer, confeffer & marier, d'adminiftrer tous les
facremens &c de faire dans leurs églifes toutes les fonétions curiales. Ce bref,
aeu pour caufe une difcuffion entre les mifionnaires des Ifles dont il vile qui
requête, fous la date du 3 Janvier 1744, & les réponfes du pricur-général une
des pères de la Charité, ,8 qui coniequemment juge un procès très-contradi@toirement inftruit >. veut que les aumôniers des hépitaux coloniaux confeffent
non-feulement les malades & toutes les perfonnes qui-les fervent, à quelque titre
que ce foit, maisleur donnent l'Eucharifie & l'Estréme-Onction. ; illes autorife
à baptifer, à marier les efclaves attachés à ces hôpitaux & à faire toutes les
fonctions paroifiales, à officier folemnellement les fêtes & les dimanches,
I
publier les. vigiles-jeûnes, fêtes & autres chofes
à
-
fur cela
femblables, 8 le pape impofe
aux mifionnaires un filence perpétuel.
Comme les brefs ne peuvent recevoir aucune exécution dans les Colonies fans
des lettres d'attache du roi, le provincial des religieux de la Charité à Paris en
demanda 5 le miniftre lui répondit, le 12 Mai 1751, quele roi ne jugeait point
à propos de permettre l'enregiftrement du brefde 1745, mais qu'il allait faire un
réglement fur la difficulté qui était entre les miflionnaires & les hôpitaux. Ce
réglement eft encore à naitre, & les aumôniers des hôpitaux fe maintiennent
dans leur ancienne poffeffion, en dépit des miflionnaires &c des préfets.
Il femble qu'il n'y a nul inconvénient dans le bref, pourvu que les
aumôniers exécutent ce que des loix coloniales leur prefcrivent fur les
des
regiftres
hôpitaux. On trouve ceux de l'hôpital du Cap, depuis fon établiffement,
au mois d'Août 1698 jufqu'au 14 Janvier 1759, dépofés au greffe de la Sénéchauffée de la ville. J'ignore ce qu'on a fatt de ceux poftérieurs. L'édit du mois
de Juin 1776 veut que ces hopitaux aient trois regiftres des inhumations ; un
pour y demeurer, l'autre pour le greffe de lajuridiétion du lieu & le troifième
pour le dépôt de Verfailles où l'on trouve p en effet, quelques regiftres des
1698 jufqu'au 14 Janvier 1759, dépofés au greffe de la Sénéchauffée de la ville. J'ignore ce qu'on a fatt de ceux poftérieurs. L'édit du mois
de Juin 1776 veut que ces hopitaux aient trois regiftres des inhumations ; un
pour y demeurer, l'autre pour le greffe de lajuridiétion du lieu & le troifième
pour le dépôt de Verfailles où l'on trouve p en effet, quelques regiftres des --- Page 615 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
hôpitaux coloniaux. N'eft-il pas vraiment érrange que, dans le marché de
l'intendant ait cru pouvoir fubftituer à ce troifième regiftre une copie certifiée 1787, &
s'arroger ainfi dans un aéte obfcur une autorité fupérieure à celle d'un édit enregiftré dans les cours de la Métropole.
Une chofe des religieux de l'hôpital de la Charité qui eft très-louée, c'eft leur
bonne chère dont je rapporterai cette preuve fingulière. Autrefois les officiers
malades mangeaient à leur table dès qu'ils pouvaient s'y
&c
leur paraiffait fi bon, furtout lorfque pendant la
ils rendre, ce régime
des
guerre, ne trouvaient au
que penfions fort mauvaifes &x fort chères, 8x aux époques où nulle
Cap
nulle entreprife ne réveillait leur défir de combattre pour la patrie, campagne,
qu'on prenait,
par partie de plaifir, un billet d'hôpital. Cette méthode devenue abufive
dépenfe des frais d'hôpitaux, frappa auffi fur les religieux. Les officiers pour la
recevaient la vifite de leurs camarades &c les vilitans
malades
convives. C'eft pour remédier à ces manières augmentaient le nombre des
qui convertiffaient Phôpital en
auberge , qu'une lettre du miniltre du, 31 Juillet 1785, a
porté aux deux
au lieu de la moitié 3 la retenue qui a lieu fr les
tiers,
malades, & que le marché de 1787 veut
appointemens des officiers
que chaque officier
dans fa
chambre feul.
mange
Je viens au jardin de l'hôpital du Cap: Il eft à l'Oueft de la maifon &
mence au bout d'une terraffe qui fuit la galerie placée au-devant de
comUne jolie pièce d'eau avec un jet répond à la porte intérieure du falon cette façade.
le milieu d'un beau potager. Supéricurement, le terrain qui eft la defcente & forme
colline, , eft divifé en terraffes fucceffives. De petits canaux de
d'une
baflins de bains > des réfervoirs couverts de
tout
briques, des
bofquets, 3
rend ce local
des plantes alimenteufes ou médicamenteufes lui fervent
riant;
des arbriffeaux &x des plantes curieufes & étrangères. L'air d'ornement, ainfi que
y eft doux, le
mure de l'eau parle à l'ame & la difpofe au calme & au
inurde recherches l'art embelli
repos; en un mot, fans
trop
>
a
la nature. On ne' fe laffe pas de
bonheur précieux que la jouiflance des fources qui arrofent le fol de fonger au
procure. On penfe à l'influence qu'elles ont furla falubriré d'un lieu Thôpital > lui
tant de malades dans un climat chaud, & l'on fait des voeux qui renferme
travaux hydrauliques
pour que des
plus intelligens 3 augmente la maffe de ces eaux & en
accroiffe l'utilité.
Sur la droite du jardin, qui a 55 toifts de long à compter de la naiflance
du
arrofent le fol de fonger au
procure. On penfe à l'influence qu'elles ont furla falubriré d'un lieu Thôpital > lui
tant de malades dans un climat chaud, & l'on fait des voeux qui renferme
travaux hydrauliques
pour que des
plus intelligens 3 augmente la maffe de ces eaux & en
accroiffe l'utilité.
Sur la droite du jardin, qui a 55 toifts de long à compter de la naiflance
du --- Page 616 ---
5go D E S CRIPTIO N D 2 E LA PARTIE
parterre, & 160 pieds de large, eft un bafin affez long, fitué près de la haie au
Nord, où l'on voit une multitude de poiffons dorés de la Chine, connus à SaintDomingue, fous le nom de Poiffons rouges. Les premiers furent introduits dans
la Colonie par M. Mercier de la Rivière, commiffaire de la marine qui, vers
1777, en acheta quatre d'un jeune officier d'un navire venant de PInde, , & mouillé
dans la rade du Caps il les paya vingt piaftres gourdes pièce. M. de Trémondrie,
habitant au Petit Saint-Louis, au retour d'un voyage de France vers la même
époque, en a;porta aufli plufieurs. Ils fe font prodigieulement multipliés, furtout
à T'hôpital.
C'eft un fpeétacle très-amufant de voir ces jolis animaux promenant leurs couJeurs éclatantes à travers un liquide où la lumière va les embellir & les nuancer.
e
On admire la pourpre > l'or & l'argent qui enrichit leurs écailles. Il en eft qui ont
près de dix pouces de long. Ils n'acquièrent leur couleur rouge que par une tranfition fucceflive, & leur nuance noirâtre, qui eft la primitive, n'eft même pat
toujours relative à leur longueur; ; on en voit en effet qui font encore tout noir >
tandis que de plus petits font déjà devenus rouges 2 c'eft vers la queue que le
I
changement commence. Ce baffin procure beaucoup de ces poiffons à la ville du
-
Cap, où on les trouve dans des falons qu'ils femblent égayer & où à travers de
a
fuperbes bocaux de criftal, on fuit tous leurs mouvemens en admirant leur fexibilité & toutes les nuances de leur robe. Mais ils deviennent très-délicats lorfqu'ils
font ainfi contenus dans un efpace borné; j'en ai vu périr plufieurs en quelques
inftans, feulement parce qu'il était tombé un peu de mie de pain dans leur bocal.
Il faut être exact à les changer d'eau, éviter de les toucher, même de les tranfvafer
avec violence; carils font auffi délicats que jolis.
Au-deffus de ce baflin, & fous un petit toit ouvert qu'on y a pratiqué, font
plufieurs ruches où des abeilles dépofent leurs dons utiles & bienfaifans. Jerépete
que ce laborieux infeéte, très-commun dans la Partie Elpagnole, s'eft fingulièrement multiplié dans la Colonie Françaife, depuis 1777 qu'on en a apporté de la
Martinique & qu'on en a fait venir de la Partie Eipagnole. Ces abeilles effaiment
plus qu'en France & donnent en plus grande abondance un miel légèrement firupeux, mais quimérite toujours, dans la Colonie, la préférence fur le miel d'Europe,
guiy arrive un peu fermenté. Le fupérieur de Phôpital (Séraphin Merdier) 3 s'occupe beaucoup de ces abeilles 2 dont le travail procure une véritable reffogrce pour
les maiades. Ces hoipitalières, car elles méritent ce nom, font douces 3 la durée
ent
plus qu'en France & donnent en plus grande abondance un miel légèrement firupeux, mais quimérite toujours, dans la Colonie, la préférence fur le miel d'Europe,
guiy arrive un peu fermenté. Le fupérieur de Phôpital (Séraphin Merdier) 3 s'occupe beaucoup de ces abeilles 2 dont le travail procure une véritable reffogrce pour
les maiades. Ces hoipitalières, car elles méritent ce nom, font douces 3 la durée --- Page 617 ---
FRAN ÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
59x
de leur exiftence eft moins longue qu'en France, mais pouvant travailler
l'année elles s'épuifent plutôt, &x leur propre utilité accélère leur deftruétion. toute
C'eft encore dans vejardin qu'on voit fe naturalifer plufieurs plantes des Indes
Orientales ou d'autres lieux > dont le fuccès ferait un vrai tréfor pour Saint - Domingue. On y diftingue, entr'autres, le précicux arbre à pain, le palmier. du
de Bonne-E/pérance, le datier du Sénégal, le manguier & encore le mûrier. Cap
papier de la Chine 3 apporté dans la Colonie par M. François de Neufchâteau, à
le tenait de M. de Buffon & quil la confié aux foins du père
qui
Séraphin, dont on
ne) peut trop louer le zèle botanique. Puiffent tous ces dons des autres lieux de la
terre être fécondés par le fol de Saint-Domingue, &x donner à fes laborieux habitans & des fubfiftances & des jouiffances nouvelles !
Je veux dire un mot de l'idée qu'a eu le père Séraphin de faire faire en
nerie, 3 dans de grands magafins, trois foudres à vin cimentés avec du maçonbiton, &c
contenant chacun vingt-cinq mille pintes. Onya laiffé la première fois le vin
pendant un an, &ils'y eft amélioré; on en a verfé de nouveau fur la lie, &c
après plufieurs mois, lorfque je le gôutai en 1788,i1 était excellent. Ileft
que cette tentative amène d'heureufes imitations, même
poffible
avec des dimenfions
infiniment plus petites.
La proximité où le terrain de l'hôpital fe trouve de la
tations des nègres, qui venaient
du
ville,l'expofait aux dévafy couper bois; ce défordre,, auquel une
ordonnance de M. de Chaftenoye voulait remédier dès le 4 Février 1726, fe renouvelle encore quelquefois, malgré l'amende de 50 livres qu'il fait encourirà à leurs
maîtres.
Du Canton appelé le Haut du Cap.
EN fortant de l'avenue de lhôpital du Cap, & fuivant le chemin à
la ville, on fe dirige vers. le Sud-Oueft, & l'on s'écarte de la rivière l'oppofite de
point où l'on trouve l'extrémité de Pun des prolongemens du
jufqu'à un
qui oblige le chemin à reprendre une direétion
gros morne du Cap,
plus rapprochée du Sud, On
apperçoit dans cet intervalle., & fur la droite, une pyramide carrée fur
on lic: Limites de la Garnifon du Cap, & des deux côtés du chemin laquelle
fentiers quiconduifent aux, petites habitations qui le bordent,
font des
Déjà l'oeil .com-
l'on trouve l'extrémité de Pun des prolongemens du
jufqu'à un
qui oblige le chemin à reprendre une direétion
gros morne du Cap,
plus rapprochée du Sud, On
apperçoit dans cet intervalle., & fur la droite, une pyramide carrée fur
on lic: Limites de la Garnifon du Cap, & des deux côtés du chemin laquelle
fentiers quiconduifent aux, petites habitations qui le bordent,
font des
Déjà l'oeil .com- --- Page 618 ---
592 DESCRIPTIO: N D E LA PAK TIE
mence à faifir vers la gauche un grand efpace & à fe promener fur des parties de
la paroiffe du Quartier-Morin, & de celle de la Petite-Anfe. A la droite 3 il
contemple plufieurs petits lieux de plaifance ou habitations à vivres dont la culture
interrompt de tems en tems le ton agrefte de la haute montagne du Cap, & fur
lefquelles on recueille tout ce qui peut ferviraux befoins de la ville, en légumes,
en-racines & en fruits.
Le chemin ie rapproche encore bientôt d'une autre petite cuiffe de montagne > qui court de P'Et à lOueit &c fur l'extrémité de laquelle le chemin eft
tracé. Là on eft arrivé à l'habitation Charrier, dont le fite eft d'autant plus gai,
qu'unjoli pavillon placé fur une éminence, le décore. C'eft dans ce logement,
qu'un poffeffeur du même nom avait deftiré aux délaffemens du prince de Rohan,
que Don Bernard de Galvez a fait fa réfidence durant fon féjour au Cap. M.
Charrier, poffeffeur aétuel, lui en fit l'offre généreufe, 8c c'eft dans ce lieu 3 que
ce géréral chéri des França's, a vu naitre un fils. J'ai annoncé qu'on avait fait
auparavant de ce féjour, celui des religieufes du Cap, lorfqu'on fit une cazerne
de leur couvent.
Le pavillon, fans être très-vafte, eft fort commode; une galerie ombrage
fes deux façades à PEt S à lOueft; des meubles élégans fans fomptuofité;
des peintures fraiches fans recherche ; une eau vive qu'on promène à fon gré;
un immenfe falon placé à angle droit 8c dans l'Oueft du pavillon une grande
terraffe ornée de treillages & de figures, & à laquelle on arrive par un fuperbe
efcalier; tout promet, dans cet afile, le frais & le repos > & l'on peut y
trouver les douceurs de la folitude champêtre qu'augmente encore la facilité de
leur fubftituer en un inftant les plaifirs bruyans de la ville.
La fituation de Thabitation Charrier eft d'autant plus riante, qu'à fa lifière
font plufieurs petites maifons qui bordent la route; qu'on apperçoit de là la première partie de la pourgade du Haut du Cap, & dans le lointain la chaîne de
montagne qui, depuis Sainte-Suzanne, fe dirige vers PAcul. De l'habitation
Charrier le chemin qui a un peu monté pour paffer la petite patte de la montagne, redefcend en faifant de petits détours, & conduit au Haut du Cap.
Ce point eft intéreffant pour lhiftoire, puifqu'il a été celui de la première
paroiffe que les Français ayent fondée dans la plaine du Cap. On ne doit pas
avoir oublié que les premiers d'entr'eux qui vinrent de la Tortue pour s'y
écablir, n'étaient qu'au nombre de douze, & ce fut là que fe fit le raffemblement
petite patte de la montagne, redefcend en faifant de petits détours, & conduit au Haut du Cap.
Ce point eft intéreffant pour lhiftoire, puifqu'il a été celui de la première
paroiffe que les Français ayent fondée dans la plaine du Cap. On ne doit pas
avoir oublié que les premiers d'entr'eux qui vinrent de la Tortue pour s'y
écablir, n'étaient qu'au nombre de douze, & ce fut là que fe fit le raffemblement --- Page 619 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
blement de leurs forces & de leurs moyens. La paroiffe fut mife fous l'invocation du prince des Apôtres., patron de Pierre
celui d'entre
Lelong,
ces
douze nouveaux Apôtres de la grande ile., qui avait la conduite & la confiance
des autres. J'ai vu un afte de baptême en tête duquel on lifait : cc Extrait des
3> regiftres baptiftaires de l'églife Saint-Pierre du Haut du Cap Saint-Domin-
>> gue ". Il relatait un baptême du 24 Février 1680, fait
par Bournon, curé,
Le Bas du Cap, la ville: aétuelle, ne tarda
à avoir auffi
guère
une
puifque le Confeil des milices y prononça un jugement le 26 Août paroiffe,
la préfidence de M. Bégon, intendant de toutes les
1684, fous
Ifles., venu alors de la Martinique à Saint-Domingue; mais le Haut du Cap était le lieu
principal relativement à l'autre où lon ne trouvait que des
&
pêcheurs, ceux que le commerce
avec la rade attirait dans fon voifinage.
a
à avoir auffi
guère
une
puifque le Confeil des milices y prononça un jugement le 26 Août paroiffe,
la préfidence de M. Bégon, intendant de toutes les
1684, fous
Ifles., venu alors de la Martinique à Saint-Domingue; mais le Haut du Cap était le lieu
principal relativement à l'autre où lon ne trouvait que des
&
pêcheurs, ceux que le commerce
avec la rade attirait dans fon voifinage. Il ne faut cependant pas imaginer que cette efpèce de fupériorité eût des
traits bien remarquables, & pour qu'on en juge d'une manière non équivoque,
je tranfcris. ici un procès-verbal de vifite de l'églife du Haut du
Cap, que: j'ai
en original, comme celui du Bas du Cap que le Leéteur a déjà vu. c6 L'an 1688, 3 le troifième jour du mois de Mai, fur les ordres de M. de
>> le roi, de Pile de la Tortue & côte Saint
Cuffy, gouverneur s pour
Domingue, s nous François Camufet ,
du Roi au
25 fiège royal du Cap > en conféquence dudit ordre nous nous fommes procureur
3, Haut du Cap où eft fituée l'Eglife Saint-Pierre, oà étant
tranfportés au quartier du
nous aurions vu S
ladite
églife tant en dedans que dehors, laquelle s'eft trouvé découverte & fans
examiné
3) de cimetière; en laquelle manque une groffe cloche, attendu
paliffade 3 porte ni enclos
que c'ef une grande
tableau
33 de Saint-Pierre s une croix de bois de deux pieds de haut pour Pautel
paroife; un
> fix chandeliers, un miffel romain, un rituel
une lampe un bénitier 3
romain , un antiphonaire, un calice, , un
>9 ciboire, un cuftode, deux burettes, une chafuble avec fon voile; couflin & devant foleil, un
33 chafuble noire avec fon voile, couffin & devant d'autel ; deux aubes &
d'autel , une
amicts 3 &
39 pour faire des corporaux & nappes d'autel ; un fer d'hoftie, une clochette quelques toiles
93 encenfoir & la nayette ; defquelles chofes ci-deffus, ladice
pour P'élévation , un
dont
Eglife Saint- Pierre eft
35 néceflité
les habitants & paroiffiens d'icelle font dans
dégarnie & en
>, nous aurions fait la vifite de la maifon presbytérale, P'impofibilité d'y fatisfaire ; en outre
laquelle eft tout-à fait abattue
>3 voir faire aucunes réparations que celle de la rétablir de tout
de fans y pounous avons fait & rédigé le préfent procès-verbal
généralement tout ce que deffus
pour préfenter à Sa Majefté, afin
>) bonté ordinaire il lui plaife donner fecours.
>, nous aurions fait la vifite de la maifon presbytérale, P'impofibilité d'y fatisfaire ; en outre
laquelle eft tout-à fait abattue
>3 voir faire aucunes réparations que celle de la rétablir de tout
de fans y pounous avons fait & rédigé le préfent procès-verbal
généralement tout ce que deffus
pour préfenter à Sa Majefté, afin
>) bonté ordinaire il lui plaife donner fecours. Fait & arrêté ledit &
que par fa
23 des fouflignés. Signé, F. Michel de Calais, prêtre,
jour an que deffits, préfence
du
capucin indigne, deffervant ladite
s) en l'abfence Père qui la deffervait; Delaborde : Daclos; Camufet,
du
églife
a. guillier de ladite églife; & Lefore.grefisr",
procureur Roi & marTome I. Ffff --- Page 620 ---
394 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
On ne peut affez s'étonner de l'état miférable peint par ce procès-verbal,
lorfqu'il y avait près de foixante ans que les Français luttaient contre tous les
obftacles d'un nouvel établiffement, & au moment où la Colonie venait d'être
trouvée affez importante pour avoir un tribunal fouverain & quatre Sénéchauffées. L'une de ces dernières était même établie au Haut du Cap, dont l'églife
avait le. procureur du Roi de cette Sénéchauffée pour marguillier.
Le Haut du Cap était auffi le chef-lieu de ralliement de la milice des deux
paroifes, & la compagnie qu'elle formait portait même le nom du Haut du
Cap. Elle marcha, en 1690, au fiège de Saint-Yague, fous les ordres de
M. Fromageau, capitaine, qu'elle y perdit & elle-même fut taillée en pièces.
a
La paroiffe fut brûlée, pillée & détruite par les Efpagnols au mois de Janvier
1691, époque où elle avait 150 hommes portant armes. Ceux des Colons qui
avaient pu fuir, commencèrent cependant de nouveaux établiffemens, & au
mois d'Oétobre 1692, la feule paroiffe du Haut du Cap contenait en blancs
I2I hommes, 43 femmes & 95 enfans, & avait pour capitaine M. Guerit.
I
Les Efpagnols réunis aux Anglois, vinrent ravager la dépendance du Cap,
& le bourg dont je parle en ce moment, difparut encore en 1695.
Malgré tant de malheurs, un nouveau bourg reparut ainfi qu'une églife qui
peignait bien la misère; mais les pertes éprouvées avaient tant diminué les
:
habitans, que l'on conçut l'idée de fupprimer la paroifle du Haut du Cap,
d'autant que plufieurs perfonnes avaient été augmenter celle du Bas du Cap ou
de la Baffe-Terre. J'ai même la preuve qu'au mois de Juin 1698 > la paroiffe du
Haut du Cap n'avait point de pafteur qui lui fot propre, mais feulement les
foins que le pafteur de celle du Bas du Caplui donnait en la confidérant déjà
comme n'étant plus qu'une annexe. M. de Galiffet, gouverneur-général par
interim, confomma cette fuppreflion à la fin de l'année 1699, en partageant
les paroiffiens entre la paroiffe du Cap & celle Saint - Pierre du Haut - Mouftique, & en rapprochant Péglife de cette dernière comme je) le dirai plus loin.
Ainfi a difparu la première paroiffe du quartier du Cap.
Depuis ce tems le Bourg qu'on n'avait pas anéanti, a toujours été le point
de réunion de plufieurs maifons, & il s'eft toujours nommé le Bourg du
Haut du Cap. Il eft compofé de deux parties vraiment féparées ; celle qu'on
trouve la première & que précède une tuilerie établie en 1769, a 24 maifons
où habitent cinq ou fix ouvriers blancs, 50 ou 60 affranchis & environ 75
.
Depuis ce tems le Bourg qu'on n'avait pas anéanti, a toujours été le point
de réunion de plufieurs maifons, & il s'eft toujours nommé le Bourg du
Haut du Cap. Il eft compofé de deux parties vraiment féparées ; celle qu'on
trouve la première & que précède une tuilerie établie en 1769, a 24 maifons
où habitent cinq ou fix ouvriers blancs, 50 ou 60 affranchis & environ 75 --- Page 621 ---
FRANÇAISE
BESAINT-DONINOU E.
efclaves. C'eft après cette première portion & à main
où le chemin va traverfer la rivière du Haut du gauche 3 qu'eft le point par
qui font à PEC de cette rivière. Ce
Cap, & gagner les paroiffes
chemin était bien plus fréquenté
était le feul qui fit communiquer tout PET du Cap avec cette ville, Jorfqu'il
avant
l'établiffement du Bac & du, chemin qui y conduit de l'embarcadère c'eft-à-dire,
Petite-Anfe.
de la
C'eft à ce point où la rivièré était guéable, excepté dans les
au
moyen de la paffe qui y avait été formée avec de
débordemens s
conftruit cette année un
groffes pierres, qu'on a
pont avec des piles de maçonnerie & des travées
en bois. Il a 14 pieds de large ; une feule arche de 46 pieds d'ouverture
au paffage de l'eau, & la dépenfe a monté à 125,000 livres. On
fert
le plan primitif de M. Rallier, qui y ajoutait deux arches latérales de regrette que
de large chacune, n'ait pas été fuivi, parce
le
23 pieds
voûte unique fait craindre
que peu d'exhauffement de la
qu'elle ne foit furmontée. La rivière du Haut du
Cap ne croît d'ordinaire que d'environ quatre ou cinq pieds lorfqu'elle eft débordée; cependant en 1784 elle a monté à la paffe de huit pieds &c demi au-deffus
de fon niveau ordinaire.
Elle a toujours été l'embarcadère des habitans de cette partie, & autrefois
y faifait beaucoup de tranfports du Cap par canots. On voit même une ordon- on
nance, du IO Août 1739: , qui défigne cet embarcadère comme un de ceux
a befoin de réparations, & dont l'incommodité contraint les matelots de qui
fe
mettre à l'eau. C'était auffi à caufe de cette communication la
qu'une autre ordonnance, du 31 Août de la même année, ordonnait par rivière, >
gains de cette rivière de la nettoyer, en coupant les bois qui la bordent. aux rivemarée fe fait'fentir jufques vers le pont dont je viens de parler. Il
La
deux
y a près du
pont
magafins qui fervent d'entrepôt aux objets tranfportés la ravine
& près de Ces magafins deux guildiveries.
par
La rivière du Haut du Cap doit avoir été, fi non plus profonde, du moins
plus étendue autrefois s à l'époque où elle nourriffait des
fait appeler Savane à Cayman un endroit de Phabitation caymans, 3 qui avaient
Choifeul, de la PetiteAnfe, encore connu fous ce nom en 1710.
Après la première partie du bourg, on trouve deux habitations. Celle de la
droite eft la fucrerie Breda, la feule de la paroiffe, dont le foal eft
comme celui de
tout l'efpace qui eft depuis Phopital entre la rivière & le
norne,-maigre &c
Ffffa
ane à Cayman un endroit de Phabitation caymans, 3 qui avaient
Choifeul, de la PetiteAnfe, encore connu fous ce nom en 1710.
Après la première partie du bourg, on trouve deux habitations. Celle de la
droite eft la fucrerie Breda, la feule de la paroiffe, dont le foal eft
comme celui de
tout l'efpace qui eft depuis Phopital entre la rivière & le
norne,-maigre &c
Ffffa --- Page 622 ---
595 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
chargé des débris graveleux de ce morne. A gauche eft une manufaéture de
tuiles, de briques, de pots & formes pour la fabrication du fucre, connue auffi
fous le nom de poterie a Breda, la plus eftimée de toutes, parce qu'elle eft d'une
argile non poreufe très-pure > qui, loin d'agir par fes principes far le fucre,
favorife les foins du rafineur & femble embellir fon travail.
Ce point où le chemin s'élargit, a été témoin du maffacre d'un nègre
exécuteur des hautes-ceuvres, que la haine affez inexplicable des autres nègres
y fit périr fous les pierres &c le bâton, feulement à. caufe de fes fonétions. Cet
événement renouvellé une autre fois à la Foffette fur la provocation auffi infenfée
de quelques enfans, eft la caufe de la réfidence habituelle du bourreau dans la
geole,, depuis plus de 201 ans, & il n'en fort que pour aller faire des éxécutions.
Après un intervalle d'environ 60 toifes, depuis l'extrémité de la première
I
partie du bourg, on trouve la naiflance de la feconde partic, qui renferme onze
maifons 8c. une guildiverie. Une trentaine d'ouvriers. blancs des deux fexes & 30
ou 40 efclaves en forment la population, Au total les maifons de ce
font
-
bourg
confidérables, couvertes d'effentes & une grande partie eft de maçonnerie. Le
voyageur en trouve en tout feize à fa droite & dix-neufà fa gauche. C'eft dans la
partie la plus Nord du bourg qu'était la boucherie lorfque le Haut du Cap était une
paroiffe ; elle. fournifait le Bas du Cap, où la viande était tranfportée en canot.
La tuerie a même exifté encore au Haut du Cap après que les autres établiffemens eurent pale dans la ville aétuelle, & les canots continuaient les tranfports. L'églife était au contraire dans la partie Méridionale.
Ily a queiques années qu'on a fait une tannerie au bourg du Haut du Cap
fur la rivière qui procure l'eau, > tandis que les mangliers de fes bords peuvent
donner du tan.
On avait établi un hôpital ambulant pour les foldats & les matelots français
& efpagnols, au Haut du Cap en 1782, & l'ony a; vujufqu'à 400 malades.
Après être abfolument forti du bourg, le chemin fait environ 500 toifes en
tirant encore plus vers le Sud, & fe dirigeant vers une petite chaîne ou embranGhement de la montagne qui fe prolonge un peu vers le Morne-Rouge ; mais
arrivé à cette diftance, on laiffe cette direétion pour aller à l'Oueft. C'eft là
que finit la paroiffe de la vilie du Cap, qui a pour limite, au Sud, une ligne qui,
cenfée partie de la rive gauche de la rivière, joindrait ce.e partie du chemin
500 toifes en
tirant encore plus vers le Sud, & fe dirigeant vers une petite chaîne ou embranGhement de la montagne qui fe prolonge un peu vers le Morne-Rouge ; mais
arrivé à cette diftance, on laiffe cette direétion pour aller à l'Oueft. C'eft là
que finit la paroiffe de la vilie du Cap, qui a pour limite, au Sud, une ligne qui,
cenfée partie de la rive gauche de la rivière, joindrait ce.e partie du chemin --- Page 623 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUT E.
qui va de l'Eft à l'Oueft jufqu'au morne, de manière que cette
guères plus de 1,000 toifes dans fon côté Méridional
mefuré paroiffe n'a
valle
plane,
de l'interquileft là entre la rivière & le morne: Du pied de ce. dernier: une ligne
qui prenant le fommet d'un embranchement du
arrive, &
morne, vers lequel le chemin
qui traverfânt le maffif du morne du. Cap, va fe. rendre au PetitPort-Français, fait la. borne de cette paroiffe à P'Oueft. Je n'ai donc à
décrire dans la paroiffe du Cap, que fa partie montueufe,
plus
Du Morne du Cap.
CETTE partie forme la plus confidérable portion du Morne du Cap, de
maffe qui, commençant à PE de la baie de l'Acul, vient
cette
occupe ainfi une longueun dienviron
jufqu'à Picolet &c
PEt
8,000 toifes, mefurée en ligne droite de
â l'Oueft, fur une profondeur Nord & Sud, qui varie depuis
jufqu'à près de 5,000 toifes. Cette maffe a fon fommet
1,000
arrête, celle qui détermine la châte des
principal, la. véritable
eaux vers le Nord ou vers le Sud.,
plus éloignée de la mer qui la termine au. Septentrion
du
qui la borde au Midi, Ce fommet forme
3. que terrain plane
une courbure dont la: convexité
le Sud., & qui eft telle-,, qu'à l'extrémité Occidentale du
regarde
trouve,
morne:,. ce fommet fe
dirigé vers le Nord-Oueft, tandis qu'à l'extrémité Orientale il court
au Nord-Eft, Ce fommer forme l'arc dont la longueur de 8,00 toifes. ferait la
corde, & n'a guères lui-même plus d'environ 9,000 toifes. C'eft au milieu de
l'efpace qu'il parcourt, & où font les établiffemens de l'habitation
que fe trouve la plus. haute élévation de tout ce maffif monftrueux, & Loumeau,
1783 pieds perpendiculaires au-deffus du niveau de la
qui eft de
par le fommet,
mer. Enfin l'arc décrit
appartiendrait à un cercle de 1,000 toifes. de diamètre, & dont
le fegment fphérique aurait été enlevé. de manière que fon milieu fe trouverait
dirigé du Sud-Sud-Eft au. Nord Nord-Oueft.
De la, grande arrête part une multitude d'embranchemens
dont la direétion principale eft fur le côté de la mer, du Midi ou contreforts,
& en fens contraire fur le côté oppofé; mais
au Septentrion 3
ces embranchemens fe fubdivifent
eux-mêmes en branches, en pattes & en ramifications. du fecond, du troifième
& du quatrième ordre,, de forte que ce groupe montueux a un enfemble
ud-Eft au. Nord Nord-Oueft.
De la, grande arrête part une multitude d'embranchemens
dont la direétion principale eft fur le côté de la mer, du Midi ou contreforts,
& en fens contraire fur le côté oppofé; mais
au Septentrion 3
ces embranchemens fe fubdivifent
eux-mêmes en branches, en pattes & en ramifications. du fecond, du troifième
& du quatrième ordre,, de forte que ce groupe montueux a un enfemble --- Page 624 ---
598 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
tumultairement difpolé, & que fon afpect varie prefque à chaque pas à caufe
des éminences & des plateaux, des collines, des ravines, des falaifes & de
tous les autres accidens qui appartiennent à fa forme ou à fa compofition intérieure.
Le Morne du Cap eft abfolument détaché de toutes les autres chaînes de
montagnes, mais il en eft trop peu éloigné pour que tous les monticules qui
font entr'elles & lui ne doivent pas être confidérés comme des communications
réelles, comme des points d'union qui lient toute la carcaffe offeufe de l'ile; 5
& en confidérant le morne aux Anglais, près PAcul, & les élévations qui le
fuivent jufqu'à la grande chaîne de l'Acul, qui elle-même eft un embranchement de la cinquième de Cibao, on ne peut méconnaitre cette dépendance
réciproque.
C'eft auffi vers le milieu de la longueur de l'arrête, qu'on a fait paffer la
ligne qui fépare la paroiffe du Cap d'avec celle de la Plaine du Nord, dont la
première eft bornée au Nord & au Sud; mais cette délimitation a laiffé bien
plus du morne dans la dépendance du Cap, ce qui réfulte de ce que fa plus
grande profondeur ou largeur eft dans cette partie.
Le morne du Cap ferait un tréfor pour un naturalifte, parce qu'it contient des
fubftances très-variécs & dont l'étude intérefferait principalement le minéralogifte,
Ony trouve des parties ferrugineufes, de cuivreufes, de l'argile, mais furtout
des matières calcaires, foit en maffe de rechers, foit en morceaux détachés 5
des bancs de fable, d'autres de poudings, d'autres de coquilles marines. Ces
bancs font communément dirigés de PEA à l'Oueft en s'inclinant vers le Sud 3
On ; rencontre du fpath, du granit imparfait, puis une efpèce de marbre jafpé
cu de jalpe. Tout y annonce un grand mouvement de la nature, dans la confufion
& le mélange des fubftances, 3 dans l'inclinaifon des couches > dans les finuofités
des fillons montagneux, tandis que les coquilles & des fragmens de madrépores
atteftent le féjour des eaux au-deffus de la maffe totale.
Quant à la couche végétale du morne du Cap, elle eft tres-fuperficielle &,
chaque jour, elle eft entraînée par les pluies dont fa pente favorife la rapidité ;
de manière que ce fol découvertd'arbres, ou n'en ayant plus que de rabougris,
n'eft qu'une terre maigre mélée de fable & de gravois & où l'argile fe découvre
fréquemment. C'eft cependant un femblable terrain qui fournit à la ville du Cap,
des légumes, 2 des fruits, du laitage, du bois à brôler, & du charbon, ce quj
ft entraînée par les pluies dont fa pente favorife la rapidité ;
de manière que ce fol découvertd'arbres, ou n'en ayant plus que de rabougris,
n'eft qu'une terre maigre mélée de fable & de gravois & où l'argile fe découvre
fréquemment. C'eft cependant un femblable terrain qui fournit à la ville du Cap,
des légumes, 2 des fruits, du laitage, du bois à brôler, & du charbon, ce quj --- Page 625 ---
FRANÇAISE D. E SAINT-DONINGUE
annonce affez que l'induftrie y eft très-aétive. Elle a moins à faire
curer les roches à ravets ou les granitoides
pour luiprode
qu'on employe dans les confruétions
maçonnerie.
L'alpect du morne n'eft point par-tout le même , & là, comme dans
refte de la Colonie 3 on peut obferver que les faces de
tout le
la mer font plus défféchées & plus arides
les montagnes qui regardent
Picolet jufqu'à la Foffette
que autres. C'eft furtout depuis
que cette aridité eft frappante. Elle femble même
s'augmenter dans les points qui environnent la ville. Ony voit de
déchirures, > ouvrages des eaux 3 & un fol pierreux annonce la plus hideufe longues
Cependant un peu plus haut, l'oeil diftingue de petites maifons de
ftérilité.
l'une porte encore le nom de M. le comte d'Eftaing qui l'avait plaifance, dont
en fociété avec M. Magon,
achetée, en 1764,
intendant, pour y aller quelquefois
un
pur & frais. On remarque aufli des jardins où la bêche &c furtout refpirer air
de l'eau dont le morne du Cap eft un immenfe
l'arrofoir rempli
réfervoir, créent des
pour ainfi dire 5 miraculeux. La température varie dans
effetsy
tion & la fituation relativemement
ce morne avec l'éléva.
aux brifes, mais en général les jours y font
chauds, excepté durant les Nords.
C'eft à un point de l'extrémité Orientale du
d'oùr
Et &c Oueft, irait
fommet,
une ligne dirigée
paffer entre le fort Saint-Jofeph & celui de Picolet,
placée la vigie, De ce point, l'obfervateur découvre APER & à l'Oueft qu'eft
une iminenfe étendue. Deux bâtons de
du Cap
Pavillon fervent à y faire les
convenus. Le bâton le plus Oueft fignale les mouvemens des bâtimens de fignaux
partic, ou répète ceux qui lui font fuccellivement tranfmis
cette
l'autre annonce tout
depuis le Môle, &c
ce qu'on diftingue jufqu'à la Grange. La vigie eft
de la plus grande partie de la ville, où l'on eft
perceptible
informé, s à l'inftant, de tous
événemens maritimes que la vigie découvre. En tems de
les
d'ordonnance, à cheval, va' au foleil levant
guerre, un milicien
&x au foleil couchant, chercher les
détails que l'obfervateur n'aurait pas pû exprimer par des
même ce voyage eft encore renouvellé pendant la
pavillons ; quelquefois
journée. Cette vigie eft trèsancienne : M. Ducaffe avait impolé fur les habitans du
la dépenfe y un droit qui fut fupprimé en
Cap, pour en payer
1702.
C'eft dans le morne du Cap, au Nord du Champ de Mars,
la
habitation des religieufes que cet établiffement doit aux aumônes qu'eft &
petite
père Boutin. C'eft fur cette habitation & non loin de la
au zèle du
maifon, > que fe trouvent
journée. Cette vigie eft trèsancienne : M. Ducaffe avait impolé fur les habitans du
la dépenfe y un droit qui fut fupprimé en
Cap, pour en payer
1702.
C'eft dans le morne du Cap, au Nord du Champ de Mars,
la
habitation des religieufes que cet établiffement doit aux aumônes qu'eft &
petite
père Boutin. C'eft fur cette habitation & non loin de la
au zèle du
maifon, > que fe trouvent --- Page 626 ---
600 DESCRIPTIO N DE LA IPARTIE
-plufieurs fources qui ont procuré àla ville fa première fontaine & dont l'eau >
comme toutes celles du Cap, forment aifément des incruftations. Ce lieu fert à
cultiver quelques vivres, à élever des volailles 3 à donner du laitage 2 des ceufs, 3
& du fruit au penfionnat des religieufes; elles en font même revendre quelquefois, & les oranges de chez elles furtout, ont, au Cap, une. réputation méritée par leur énorme groffeur &c leur faveur extrêmement fucrée.
Il part quelquefois du morne du Cap des rochers qui roulent fur: fa pente
& qui caufent de vives: allarmes.. Dans la nuit du.9 ou: IQ Février 1764, il s'en
détacha un du fommet, derrière les cazernes. Il avait 32 pieds de long, 28 de
large & I5 d'épaiffeur. Cette maffe énorme., après avoir roulé avec grand fracas
jufqu'au bas du morne , y trouva, très-heureufement, une marre & des terres
fraichement remuées, de manière qu'une de fes. pointes s'enfonça fort avant dans
le fol. Il était tems qu'elle s'arrêta. ; encore une révolution & elle aurait écrafé
ane maifon à deux pieds de laquelle elle refta. Depuis on en a vu une autre 3
beaucoup moins groffe 9 à la vérité, qui était parvenue jufqu'au. bord du morne >
vers la rue Sainte-Avoye & celle Saint-Jofeph. Elle fe trouvait placée & difpofée
intéricurement, de manière qu'une vieille négreffe y avait établi fa réfidence &z
tout le Cap:a vu la négreffe de la Grofle-Roche, Mais la crainte qu'un jour ce
rocher ne continuât fon voyage vers la ville > a porté à le faire dépécer; Ja pioche
& la mine Pont affez amoindri, pour qu'il ceffe de donner des craintes.
De la Foffette vers le Sud 1 le morne du Cap eft moins aride 8z furtout moins
décharné. On. y voit bien des parties incultes & prefqu'inacceflibles, mais le refte
eft boifé & les petites habitations y font plus multipliées & plus: produétives, dans
la partie inférieure ; les eaux. y font plus vives, plus légères , plus abondantes.
L'on a vu que depuis l'extrémité du faubourg du Petit-Caremage,jufu'an
fort Picolet, le morne était en quelque forte bordé par le rivage, puifqu'il
exiftait à peine un petit efpace fur lequel eft le chemin qui conduit de lun
à l'autre, Arrivé à Picolet, il faut traverfer cette fortification
pour pouvoir
aller plus à l'Oueft, & le chemin ou plutôt le fentier qu'on trouve alors, eft
d'une deftination & d'une utilité purement militaire,
De
mité du faubourg du Petit-Caremage,jufu'an
fort Picolet, le morne était en quelque forte bordé par le rivage, puifqu'il
exiftait à peine un petit efpace fur lequel eft le chemin qui conduit de lun
à l'autre, Arrivé à Picolet, il faut traverfer cette fortification
pour pouvoir
aller plus à l'Oueft, & le chemin ou plutôt le fentier qu'on trouve alors, eft
d'une deftination & d'une utilité purement militaire,
De --- Page 627 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 60x
93 - a O@e S
@ a -0000
De la Bande du Nord, du Grand 8 du Petit Port-Frangais.
DE Picolet l'on commence la face Septentrionale du morne du Cap. Cette
face, qui porte le nom de Bande du Nord, depuis Picolet jufqu'à la pointe à
Honorat, eft beaucoup moins habitée que l'autre, & eft même inhabitable en
grande partie > dans près des trois quarts de fa longueur en partant de l'Oueft,
par fon afpérité, par la nature ingrate de fon fol, & par l'impofibilité d'y
pratiquer des chemins durables & propres aux voyages & aux tranfports. On n'y
trouve que dans de petites anfes des établiffemens qui annoncent la préfence
de l'homme.
Après Picolet, & à IIO toifes à l'Oueft, eft la roche du même nom, qui eft
un morceau de rocher détaché, placé à environ 15 toifes de terre. Plus loin, & à
440 toifes, eft l'anfe aux Palmiftes, & à une pareille diftancé encore l'anfe a
Laviviaud où font deux batteries; ; la plus Et eft appelée batterie à Herfan &
l'autre le fort Bourgeois, noms de deux habitans qui poffédaient deux petites
habitations fituées fur cette anfe. L'on appele auffi la feconde batterie, batterie
de la Bande du Nord. On arrive à l'une par le fentier aboutiffànt à Picolet,
& par un embranchement du chemin dont je vais parler, mais le fort Bourgeois n'a de communication terreftre, avec le Cap, que ce chemin.
Arrivé à la Providence des hommes, on fe dirige vers la gorge du NordOueft, dontj'ai fait mention plufieurs fois, & l'on va jufqu,a l'extrémité de la
ville ,en fuivant cette gorge, 3 ayant à fa droite la ravine du Cap ou de la Belle
Hôteffe, où les blanchifeufes viennent chercher le filet d'eau qui y coule à peine
dans les tems ordinaires, C'eft là que leurs langues fe donnent un libre effort
les difcours & les chanfons ; c'eft là que la médifance, la calomnie
par
3 car il n'eft
Point de claffe ni de couleur qui n'en connaiffe l'ulages ont un champ libre S
auffi les. jaloufies, les querelles > les voyes de fait même, y font-elles fréquentes.
Toutes les paffions y trouvent à fe fatisfaire, &c les blanchifleufes, dont tous les
feux ne s'éteignent pas dans le fluide où elles fe tienneht, ont aux Colonies une
réputation érotique qu'elles favent foutenir.
Il y a auffi des lavoirs dans quelques petits jardins de la gauche du chemin.
Ils y ont été établis par des particuliers dans leurs propres terrains où fe trouvaient
des fources. On paye à ces lavoirs 15 fous par blanchifeufe pour la journée,
Tome I,
Gggg
blanchifleufes, dont tous les
feux ne s'éteignent pas dans le fluide où elles fe tienneht, ont aux Colonies une
réputation érotique qu'elles favent foutenir.
Il y a auffi des lavoirs dans quelques petits jardins de la gauche du chemin.
Ils y ont été établis par des particuliers dans leurs propres terrains où fe trouvaient
des fources. On paye à ces lavoirs 15 fous par blanchifeufe pour la journée,
Tome I,
Gggg --- Page 628 ---
602 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Parvenu au point où éraicle cimetière de la Providence, le chemin monte rapidement dans un fol calcaire & crayeux, côtoyant toujours la ravine qui en reçoit
plufieurs autres, toutes peu confidérables. Enfin l'on atteint le fo mmet de la gorge
oû fe trouve un petit repos. Li,le chemin fe fépare en deux. Celui de la droite
conduit, en fe divifant, aux différentes anfes de la Bande du Nord, & celui de la
gauche au grand & au petit Port-Français. A la droite du chemin le plus Oriental,
eft un petit corps-de-garde appelé Corps de-garde de la Bande du Nord,qui
domine les deux chemins, & qui fert dans cette partie de limites à la garnifon.
Il a été conftruit : en 1758, en maçonnerie. Ilfait face à l'Oueft & a 60 pieds de
long 3 en comptant une galerie formée par des pilaftres ceintrés qui le couvrent
à l'Oueft & au Sud.
Du corps-de-garde on apperçoit la mer; la configuration de cette partic, qui
eft oppofée à celle par où l'on eft venu du Cap, lui eft abfolument femblable.
I
C'eft à l'Oueft le prolongement du morne auquel la ville eft adoffée 3 à P'Ef le
prolongement de la partie de ce morne qui va vers Picolet & que l'obfervateur
voit fort au-deffus de fa tête, parce que le haut de la gorge n'eft pas à beaucoup
près le fommet de la montagne, La pente des deux côtés de celle-ci, d'abord
très-roide, à partir de fa crête, plus adoucie vers fon milieu, forme enfuite une
efpèce de gorge ou de gaine rétrécie vers le corps-de-garde, nais dont les côtés,
qui ont une très-grande inclinaifon, vont, en s'écartant l'un de l'autre, vers la
mer, former d'un côté la Bande du Nord, & de l'autre le Port-Français, entre
lefquels eft une cuiffe de la montagne.
Pour gagner l'anle Laviviaud on fuit l'enfoncement de la gorge. Le chemin eft
roide & pierreux 5 on paffe plufieurs fois une ravine & enfin on arrive à la plage
dont l'étendue forme une petite habitation joliment fituée, & qui était enjolivée
autrefois. Au bord de la mer eft la batterie Bourgeois, que M. de Larnage fit
établiren 1749, avec un corps-de-gade où la milice du Cap tient un pofte durant
la guerre.
Si l'on veut aller à la batterie d'Herfan, on prend dès le haut du chemin
de la Bande du Nord, une branche qui y conduit fur la droite. Cette batterie a
été établie à la fin de 1741, par M. de Coudreau, ingénicur, d'après les ordres
de M. de Larnage.
A un quart de lieue du fort Bourgeois, eft l'anfe à Peck; puis à un autre tiers
de lieue l'anfe à Touloufe. On fe rend à l'une & à l'autre par deux: autres branches
fan, on prend dès le haut du chemin
de la Bande du Nord, une branche qui y conduit fur la droite. Cette batterie a
été établie à la fin de 1741, par M. de Coudreau, ingénicur, d'après les ordres
de M. de Larnage.
A un quart de lieue du fort Bourgeois, eft l'anfe à Peck; puis à un autre tiers
de lieue l'anfe à Touloufe. On fe rend à l'une & à l'autre par deux: autres branches --- Page 629 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
de chemin qui viennent fe réunir en haut à celui de l'anfe Laviviaud, &
fuivent de petits enfoncemens ou efpèces de ravinages.
qui
Après l'anfe à Touloufe, & à 700 toifes, on trouve la
du morne
pointe
au
Diable qui eft à 400 toifes dans P'E(t de la pointe a Honorat; ; cette dernière eft à
une lieue trois quarts du Fort Picolet, & forme l'extrémité Et de
appele le Grand-Port-Frangais, fitué à deux lieues & demie du
ce qu'on
Cap, dont l'autre
pointe Oueft eft la petite pointe du Port-Français ou la pointe à Barrau, du
d'un habitant.
nom
Le Port-Français ou Grand-Port-Français a environ 550 toifes d'ouverture
fur 426 toifes d'enfoncement. On y entre avec la plus grande facilité &c l'on
peut mouiller par 8 & IO braffes, fond de fable vafeux excellent 8c à
y
blure de terre. La mer ye eft
une encatoujours belle, 3 8c l'on s'y trouve à l'abri des vents
du Nord, de PEft & du Sud. C'eft donc un refuge précieux
& même pour une
tourmentée
pour un bâtiment
frégate
par un Nord ou pourfuivie par l'ennemi.
La pointe à Honorat forme, avec la pointe du petit morne au Diable ou pointe
Lélot, dont elle eft à 466 toifes de diftance, une petite baie dirigée de l'Oueft
à PE(, en-dedans même du Grand-Port-Françsis. Cette petite baie à
d'ouverture fur environ 200 de profondeur. On y mouille
400 toifes
également
braffes, fans aucun mouvement de la mer, & fi près de terre
par fept
établir un excellent carenage & y abattre ayant la mâture des s qu'on peut y
vaiffeaux
ment à terre. La pointe à Honorat forme une efpèce d'avancée qui à préciféla petite baie dontje viens de parler, & de l'autre côté l'anfe a, I'Oueft,
du
qui eft entre la
pointe morne au Diable & la pointe Honorat. Cette avancée & le terrain
jufqu'au pied du morne, forment un efpace plane & affez
étendu, pour ce
gerait une relâche & un carenage, d'autant que la petite anfe de PER qu'exiinabordable à caufe des reffifs à fleur-d'eau qui la bordent &c
eft
large dans le Nord. Dans le fond du
qui s'étendent au
tion
fe
Grand-Port-Francais, y où eft l'habitaBelly, trouve un grand ruifleau ou une très-petite rivière dont l'eau eft
fort bonne.
Le Port-Français a eu Phonneur d'être vifité par l'Amiral des premiers vaiffeaux de la' marine françaife qui ayent été envoyés aux Antilles. Ces
armés au Havre-de-Grace, fous les ordres de M. de Cahuzac vaiffeaux,
France le 5. Juin 1629. Ils étaient au nombre de dix,
> partirent de
flite
y compris une barque en
Qu galiote. Après avoir détruit tout ce qu'il y avait de forces maritimes
GEEE 2
a eu Phonneur d'être vifité par l'Amiral des premiers vaiffeaux de la' marine françaife qui ayent été envoyés aux Antilles. Ces
armés au Havre-de-Grace, fous les ordres de M. de Cahuzac vaiffeaux,
France le 5. Juin 1629. Ils étaient au nombre de dix,
> partirent de
flite
y compris une barque en
Qu galiote. Après avoir détruit tout ce qu'il y avait de forces maritimes
GEEE 2 --- Page 630 ---
604 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
anglaifes à Saint-Chriftophe 3 ils allèrent croifer dans le golfe du Mexique en fe
donnant rendez-vous à Tiburon &x au Port-Français. M. de Cahuzac montant
le vaiffeau les Trois-Rois, entra au Port-Français le 29 Oétobre 1629 & y. fit
de l'eau. Les gens de fon équipage y eurent même des vomiffemens à cau'e
des prunes de monbin qu'ils y mangèrent en abondance.
Cet ufage de faire aiguade au Port-Français a duré long-tems. L'efcadre de
M. de Forant y prit fon eau au mois de Mars 1678. J'ai la certitude que la Alûte
le Large y fit la fienne au mois de Juin 1690. Pendant très-long-tems les moindres corfaires anglais y ont mouillé à leur gré & ils s'y procuraient commodément de l'eau & du bois. Trois vaiffeaux efpagnols y- palsèrent plufieurs jours
en 1691.
C'eft auffi le Port-Français qui a procuré un mât de deux pièces au vaiffeau
le Rubis en 1731.
Le Port-Français où les Anglais firent leur débarquement en 1695, &c d'oà
ils allèrent au Cap, eft depuis long-tems défendu dans l'Oueft; & la milice'de
cette villeyfournit un pofte durant la guerre. Sa fituation eft vraiment
pittorefque 2
& la gorge qui le fait communiquer avec le Cap ne pouvant être apperçue parce
qu'elle eft obliquement placée, il femble qu'on n'ait pu y parvenir que par
la mer ou qu'on foit forcé de franchir le fommet du morne du Cap pour en
fortir. Sur le côté Eft du Port-Français & fur une partie de fon fond au Sud,
font plufieurs chaufourneries qui ajoutent à la fingularicé de ce fite, dent l'afpeét eft aride & fauvage. Il n'y a qu'une lieue & demie du Cap au Port-Français
par le chemin.
Tout près de la pointe à Honorat, un peu au Sud, eft un petit mornet détaché où il y a eu un colombier. Ce mornet portait autrefois une:batterie de
cinq pièces de canon. Dans la guerre de 1756 on en avait confié la garde à
un nommé la Baftide, pêcheur de profeffion, dont la maifon était tout auprès.
Deux corfaires vinrent s'embulquer dans l'anfe que j'ai défignée comme propre
à un carenage, pour tâcher de furprendre quelques caboteurs; mais la Baftide,
aidé de fes deux feuls compagnons, > fe battit fi bien contr'eux pendant trois
heures, qu'il les contraignit de regagner le large après les avoir très-maltraités,
Le brave la Baftide eft mort en 1772.
On compte environ 1,200 toifes depuis la pointe du grand Port-Français ou, à
Barrau, jufqu'à la pointe Oueft du petit Port-Frangais, La profondeur de ce
âcher de furprendre quelques caboteurs; mais la Baftide,
aidé de fes deux feuls compagnons, > fe battit fi bien contr'eux pendant trois
heures, qu'il les contraignit de regagner le large après les avoir très-maltraités,
Le brave la Baftide eft mort en 1772.
On compte environ 1,200 toifes depuis la pointe du grand Port-Français ou, à
Barrau, jufqu'à la pointe Oueft du petit Port-Frangais, La profondeur de ce --- Page 631 ---
FR A NÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE, 605
petit port eft d'environ 830 toifes. Là eft la limite Nord-Oueft de la paroiffe du
Cap. On fe rappelle qué j'ai dit qu'au-devant du corps-de-garde du haut de la
gorge en venant du Cap, la branche gauche du chemin allait au grand PortFrançais. Ce chemin qui va de l'Oueft à l'Et, a une direction affez droite dans
fa totalité, & n'a guères que 2,600 toifes depuis le corps-de-garde d'en haut
jufqu'à celui du Port-Français, mais ce chemin eft fatigant & difficile. Il eft fur
le côté de la grande pente du morne du Cap, & il rencontre les deux embranchemens du grand & du petit morne au Diable allant à la mer. Il eft encore plus
difficile d'aller du grand Port-Français au petit, à caufe des roches à ravets
qui garniffent cet intervalle.
En allant du haut de la gorge du Cap au grand Port-1 Français, on trouve
plufieurs maifons de plaifance, & même de jolis jardins dont les productions 3
qui font dues à des eaux recueillies, contraftent avec l'aridité des parties qui
les avoilinent. C'eft là qu'on trouve ce qu'un goût affez bifarre s'efforce >
depuis quelque tems, > de réunir en France pour former des jardins anglais. D'un
côté font des points gais, peignés &c enjolivés; de l'autre des acacias a des
goyaviers, des campêches 3 ici des tonnelles, des biffins ; là des lianes, des
ronces & des parties de rochers.
Lorfqu'on retourne de la Bande du Nord ôui du Port-Français au Cap; &c
que parvenu au petit corps-de-garde on commence à defcendre pour venir
chercher la ville; on apperçoit, dans le lointain, des points de la paroiffe du
Quartier Morin. La peripedtive s'étend à mefure qu'on avance ; l'ceil découvre
fuccelfivement un plan plus grand; il mêle bientôt la maifon du Sud de la ville
à l'afpeet de Ia campagne > & enfin le voyageur arrive à l'efpèce de petit faubourg formé au-deffus de la Providence, & il regagne ainfi le Cap.
Cette ville eft diftante':
De celle de Santo-Domingo :
Par la route de Saint-Raphaël, de.
89 lisues,
Par celle de Dahabon, de. e
De la ville du Port-au-Prince, d'envifon
De celle des Cayes 3 d'environ -
Après avoir décrit & la ville & la paroiffe du Cap, je dois- naturellement
dire quelque chofe des reffources de cette ville pour fes confommations, ce qui
comprend fes communications & fes rapports avec les autres points de la
eft diftante':
De celle de Santo-Domingo :
Par la route de Saint-Raphaël, de.
89 lisues,
Par celle de Dahabon, de. e
De la ville du Port-au-Prince, d'envifon
De celle des Cayes 3 d'environ -
Après avoir décrit & la ville & la paroiffe du Cap, je dois- naturellement
dire quelque chofe des reffources de cette ville pour fes confommations, ce qui
comprend fes communications & fes rapports avec les autres points de la --- Page 632 ---
606 DESCRIP TIO N J d E LA PARTIE
Colonie &c même avec la Métropole. Centre du commerce d'une portion trèsfertile de la Colonie, féjour d'une garnifon & d'un grand nombre de confommateurs, le Cap tire fes fubfiftances locales d'abord de fon voifinage, enfuite
des diverlfes paroiffes de la plaine de fon nom, dont prefque tous les comeftibles
viennent au marché de cette ville, & eacore des points de la côte depuis le
Fort-Dauphin jufqu'au Port-de-Paix, au moyen des bareaux paffagers qui
tranfportent & des denrées & des vivres. Quant aux fubfiftances qu'elle attend
du dehors comme toute la Colonie, elles lui font procurées par les navires des
divers ports du royaume. 3 &c elle fert même d'entreper à toute la partie du
Nord. Les bâtimens de l'Amérique Septentrionale apportent auffi des beftiaux
viyans, des volailles, des falaifons, de la bierre, du riz, de Phudle à brôler,
du mais, des fèves, indépendamment des planches & da bois à bâtir qu'ils
fourniffent en majeure partie.
DE LA DÉFENSE DE LA PARTIE DU NoRB.
IL ne me refte plus qu'un unique objet relatif au Cap & qui veut qu'on
confidère ce lieu, non feulement comme une paroiffe de la Colonie, mais
comme le chef-lieu de la Partie du Nord; c'eft fa défenfe militaire,
Je ne me livrerai pas à la queftion fi fouvent agitée, de favoir fi les Colonies
ne doivent être défendues que par des forces navales, ou fi elles peuvent avoir
une défenfe terreftre utile, Rien ne me femble plus oifeux que l'examen de cette
queftion, > fi l'on prétend établir que l'un des deux moyens peut être fuffifant
& indépendant de l'autre, Je crois avoir déjà dit, que tous les moyens doivent
être combinés de manière qu'ils aient ce triple objet, empêcher l'attaque,
prolonger la défenfe fi l'attaque s'effcétue 3 & enfin préparer le fuccès des
fecours que la durée de cette défenfe ameneraient de la Métropole. Or ce
plan exige les moyens des deux genres. La défenfe d'une Colonie, &
conféquent celle d'une partie de cette Colonie, doit donc elle-méme fe divifer par
en maritime & en terreftre; c'eft fous ce double rapport que je vais parler
de celle du Cap.
Par la défenfe maritime d'une Colonie, je n'entends pas feulement l'emploi
d'une force nayale 3 capable d'empêcher les entreprifes de l'ennemi, mais je
ient de la Métropole. Or ce
plan exige les moyens des deux genres. La défenfe d'une Colonie, &
conféquent celle d'une partie de cette Colonie, doit donc elle-méme fe divifer par
en maritime & en terreftre; c'eft fous ce double rapport que je vais parler
de celle du Cap.
Par la défenfe maritime d'une Colonie, je n'entends pas feulement l'emploi
d'une force nayale 3 capable d'empêcher les entreprifes de l'ennemi, mais je --- Page 633 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUE 607
comprends, fous cette dénomination, les obftacles de toutes les efpèces
la nature ou l'art oppofent aux entreprifes d'un ennemi, que tranfportent que des
bâtimens flottans, qui font eux - mêmes tout à la fois, & des moyens de
force & des moyens de diriger facilement vers divers points, des hommes 8c
des inftrumens de guerre.
Qu'on n'imagine cependant pas que je veuille m'érigeant en homme du
métier & en juge, établir un fiftème de défenfe du Cap; je n'ai l'intention
que d'offrir quelques idées générales, qui me fourniront des occafions de multiplier les détails defcriptifs.
Jufqu'en 1691, la partie dépendante du Cap, qui ne s'étendait que de
PAcul à Limonade, paraiffait d'une fi faible importance, en comparaifon du
Port-de-Paix & de la Partie de l'Oueft de la Colonie,
n'y exiftait
qu'il
aucun
veftige de fortifications, & ce qui fe pafla en 1691, à la prife de toute cette
dépendance, en a été une affez forte preuve.
M. Ducaffe, fircceffeur de M. de Cuffy,fut le premier
qui penfa, au commencement de 1692, à la défenfe de cette partie. Il propofa la conftruétion d'un
fort au Cap, c'eft-à-dire, ce qu'on appelait alors un fort & dont on peut
une ideé, par de miférables redoutes qu'on a décorées de ce nom, même prendre
cette époque. Le Miniftre l'autorifa > le 27 Août, à conftruire cette fortereffe, depuis
dont la dépenfe était évaluée à 60,000 livres. Telle fut l'origine du premier fort,
qui avait un revêtement de maçonnerie. On ne voyait en outre en
des retranchemens. de terre. que M. de Graffe, commandant au Cap, fit 1694, faire. que
Ilyen avait aufli un fur le foffé de Limonade, un fur la Grande rivière
au Quartier-Morin,un fur la rivière Anyàla Petite-Anfe &t le quatrième au
fur la rive gauche de la rivière. On en avait placé de femblables le Haut-du-Cap, long du
au
du
rivage
bourg Bas-du-Cap, &. ces moyens n'empêchèrent pas la dévaftation &c
l'incendie de toute la dépendance du Cap, par les Efpagnols réunis aux
en 1695. Ce ne fut auffi qu'en 1694, qu'on crât utile d'avoir un Anglais,
attaché au fervice particulier de Saint-Domingue.
ingénicur
En 1700, M. de la Boulaye > infpecteur - général de la marine, chargé
le roi d'examiner l'état des Colonies 3 donna > fur la défenfe de
par
quelques idées qui fe bornaient à celle de la rade du Cap. M. Saint-Domingue Renaud fit
>
alors,
pour fortifier Picolet, un projet qui a été le premier germe des fortifications
du port, Au furplus on peut juger de ce que l'on pouvait tenter, puifque le
ur
En 1700, M. de la Boulaye > infpecteur - général de la marine, chargé
le roi d'examiner l'état des Colonies 3 donna > fur la défenfe de
par
quelques idées qui fe bornaient à celle de la rade du Cap. M. Saint-Domingue Renaud fit
>
alors,
pour fortifier Picolet, un projet qui a été le premier germe des fortifications
du port, Au furplus on peut juger de ce que l'on pouvait tenter, puifque le --- Page 634 ---
608 DESCRIPTION DE L A TARTIE
fond annuel, pour les fortifications ordinaires de ia Colonie > écait de 6,000
livres; à la vérité, les travaux fe faifaient alors par les nègres des habitans, qu'on
employait fréquemment aux travaux de tous les genres.
Ce fut au mois de Juillet 1702, que M. de Galiffet s'occupa de faire placer
une batterie à Picolet , d'après un plan beaucoup plus reftraint que celui de M.
Renaud, que la nature du terrain fit trouver d'une trop pénible éxécution. Il
y fit préparer un petit plateau pour recevoir fix canons. La tentative des ennemis
fur Léogane avait fait adopter cette idée, Le commandeur d'Ailly & le comte
de Rouffy devaient y tranfporter les canons, mais ils n'en eurent pas le tems.
Plufieurs autres vaiffeaux fe refusèrent même à ce tranfport difficile, parce
quela mer y eft toujours groffe & bâten côte. M. Galiffet fit faire une efpèce
d'avancée de pierres, par les nègres de corvée > pour faciliter le débarquement des
canons ; il envoya des fcieurs de long à la Tortue, afin d'avoir des madriers
d'acajou pour les plate-formes ; enfin au mois de Juin 1702, on y débarqua lx
canons de 24. M. de Galiffet conduifit lui-même le radeau à chaque voyage 2
ayec beaucoup de peine & même de péril, puifque le radeau & tout le monde
penfà périr à la fixième pièce. Qa les fic monter enfuite fur la plate-forme, qui
était à 45 pieds au-deffus de la mer.
Dans la mêr mne année, M, de Galiffet fit faire 640 toifes de retranchemens
en terre deyant le bourg du Cap, & commencer deux batteries, La première
de fix pièces à l'extrémité de la ville dans le Nord de la ravine furle rivage 3
dans l'emplacement du fort de 1692, ce qui le fit appeler le Vieux Fort,
& l'autre de onze pièces auffi le long de la mer 7 à l'extrémité Sud de la
ville,u bord Septentrional du marais, qui venait alors jufqu'à la rue Chaftenoye, & qu'on nomma la hatterie des Dames. Quelques retranchemens 2
auffi en terre, placés dans différens embarcadères, formaient, avec les fortifi,
cations dont je viens de parler, toute la défenfe de la partie du Cap, lorfqu'en
1710, M. Çauvet fit un mémoire fur cette défenfe.
Confidérant le morne du Cap comme une prefque-ile formée par la mer,
la rivière du Haut-du-Cap & la rivière Salée du camp de Louife, il penfait
que toute la défenfe de la partie du Cap, devait être renfermée dans cette
Étendue La batterie de Picolet & une batterie fur le petit Mouton, un
retranchement de maçonnerie devant le bourg & des retranchemens de dif
tance en diftance, depuis le bourg jufqu'à un retranchement qui règnerait de
la
que-ile formée par la mer,
la rivière du Haut-du-Cap & la rivière Salée du camp de Louife, il penfait
que toute la défenfe de la partie du Cap, devait être renfermée dans cette
Étendue La batterie de Picolet & une batterie fur le petit Mouton, un
retranchement de maçonnerie devant le bourg & des retranchemens de dif
tance en diftance, depuis le bourg jufqu'à un retranchement qui règnerait de
la --- Page 635 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 609
Ia rivière Saleé au camp de Louife 3 & dont le Cap ferait la retraite,
compolaient tout le fyftème de M. Cauvet, qu'une ordonnance des Adminiftrateurs du 12 Mars 1710, borna encore au projet de Picolet, du petit Mouton &
de la muraille du Bourg.
Cependant en 1712, les chofes étaient comme en 1702. Il y avait un pofte de
milices à Picolet & un dans la ville. Un homme en: vigie fur le morne dans
POueft du Cap, fonnait d'un cor un nombre de fois égal à celui des vaiffeaux qu'il
appercevait dans l'Eft. Une feconde vigie fur P'habitation de M. de la
Thuyllerie à la Bande du Nord, faifait le même fignal pour les bâtimens venant
de l'Oueft, car on n'avait pas encore imaginé de choifir, comme à préfent, un
point d'où l'on découvrit les deux côtés : fi le nombre des voiles inquiétait, on
tirait l'alarme générale par deux coups de canons, à la diftance d'une minute
que l'on répétait un quart d'heure après, & alors tous les habitans fe réunif.
faient à la favane de l'habitation. Breda au Haut-du-Cap.
Le 29 Mars 1713, le Miniftre écrivit aux Adminiftrateurs, en envoyant un
plan de fortifications pour le port du Cap, & en leur prefcrivant de délibérer
fur fon exécution. Le confeil de guerre, 3 tenu à Léogane le 13 Juillet, formé
par MM. de Charrite & de Paty gouverneurs, de M. Mithon ordonnateur,
Cauvet & le Merle ingénieurs > trouva d'abord le plan fautif & inexact, & l'on
décida qu'au lieu de fortifier le grand Mouton, c'était le petit qu'il fallait rendre
refpeétable, après toutefois que M. le Merle l'aurait examiné. Celui-ci fit cette
vilite le-20 Février 1714, accompagné de M. d'Arquian, gouverneur du Cap,
de M. de Charitte (qui venait d'être nommé gouverneur de la
de
Martinique) 3
M. de Vilaire, lieutenant de galiote, de M. Duleny capitaine de milices & de
MM. Duhamel & Rehautté, capitaines de deux navires mouillés. dans la rade,
& des pilotes du port, & il rejetta l'idée de fortifier foit le grand foit le petic
Mouton, foutenant qu'il fallait leur préférer le Bélier qui, étant fitué à l'entrée du
canal du carenage & pouvant avoir un feu croifé avec le Cap, leur était fupérieur. Le réfultat de tant de foins fut que 1718 reffemblait à 1702, excepté
que la batterie du vieux fort était fans affuts, & que celle des Dames ne pouvait
plus fervir que pour les faluts.
M. Frezier, arrivant au Cap en 1719, fut choqué de ne trouver dans la partie
du Cap, que les trois batteries déjà nommées, en mauvais état & fans parapet.
H propola , au mois d'Avril 1720, de mettre Picolet fur un pied de défenfe utile.
Tome I.
H h h h
ffemblait à 1702, excepté
que la batterie du vieux fort était fans affuts, & que celle des Dames ne pouvait
plus fervir que pour les faluts.
M. Frezier, arrivant au Cap en 1719, fut choqué de ne trouver dans la partie
du Cap, que les trois batteries déjà nommées, en mauvais état & fans parapet.
H propola , au mois d'Avril 1720, de mettre Picolet fur un pied de défenfe utile.
Tome I.
H h h h --- Page 636 ---
6IO DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Il voulait que le vieux fort, détruit par les ennemis en 1695, fût rétabli.
Quant à la batterie des Dames, où l'on comptait 15 canons , parce qu'elle avait
été allongée dans le Nord de la batterie Sainte-Barbe, qui venait jufqu'au point
où eft la calle du roi, deux flancs de IO toifes de long pour la couvrir au Nord &
au Sud, lui paraiffaient fuffire.
M. Frezier confidérait tout plan relatifà la fortification des reffifs de la paffe ou
dela rade, comme extrèmement coûteux , & preiqu'impoflible dans l'exécution,
mais il préférait, comme on l'avait propofé depuis 1718, d'avoir un ouvrage
à la pointe du Mapou, vers l'embarcadère de la Petite-Anfe,qui aurait 20 pièces
de gros canons pour battre le mouillage, cet embarcadère & le carenage. M.
Frezier propofait en outre de faire un retranchement au Sud de la ville & du
marais, appuyé depuis le morne, au bout de la rue Efpagnole, jufqu'à la rivière,
& en retour le long de la mer 3 pour défendre l'embouchure de cette rivière.
Dix-neuf ans s'écoulèrent avant qu'il y eût rien de ftatué fur le travail de M.
Frezier. On avait été depuis long-tems totalement occupé du Fort-Dauphin.
Cependant en 1732, M. de Fayet était d'avis qu'on fongeât à fortifier le petit
Mouton de la paffe du Cap. Mais en 1739,M. de Larnage fit exécuter ce qui
concernait Picolet, qui fut mis à deux étages, & qui regut 34 pièces de canon.
Au moyen de fon enceinte cette batterie devint un véritable fort de 25 toifes de
long fur 7 toifes de hauteur, que M. de Coudreau, ingénieur, termina à la
fin de 1741, en y faifant conftruire le magalin à poudre avec fon mur d'ens
veloppe, la citerne 8c le corps-de-garde. Ce fut à la même époque qu'on
fit la porte de ce fort, qui eft formée de deux pilaftres Ioniques de pierres
de taille &c à qui le piédeftal fert de focle. Une corniche de 8 pouces porte
pn fronton triangulaire, dans le tympan duquel font fculptées les armes de France
avec des attributs guerriers. Entre la porte & l'entablement eft une pierre portant
cette infcription.
LUDOVICO XV REGNANTE.
AUSPICE
D. D. COMITE DE MAUREPAS,
REGIO
NAVALIS REI ET COLONIARUM
PREFECTO.
STETIT HOC: STETQUE DIU
CONTRA GALLICI NOMINIS HOSTES
PROTUGNACULUN.
ANNO Doxi, MDCCXLI
quel font fculptées les armes de France
avec des attributs guerriers. Entre la porte & l'entablement eft une pierre portant
cette infcription.
LUDOVICO XV REGNANTE.
AUSPICE
D. D. COMITE DE MAUREPAS,
REGIO
NAVALIS REI ET COLONIARUM
PREFECTO.
STETIT HOC: STETQUE DIU
CONTRA GALLICI NOMINIS HOSTES
PROTUGNACULUN.
ANNO Doxi, MDCCXLI --- Page 637 ---
FRANÇAIS SE DE SAINT-DONINGUE 611
Au devant du fort eft un foffé taillé dans le roc & fur
eft
levis.
lequel un pontDès 1735, la batterie du vieux fort avait été détruite & celle des Dames eut
peu après le même fort. En 1741, M. de Larnage confidérant
le fort
Picolet ne fuffifait pas pour protéger la rade du Cap, fit
à la que
batterie de 12 pièces de 18, en terre & en fafcines, fur le quai faire, où eft hâte 3 une
la batterie royale. Mais il demanda au miniftre de la faire
aujourd'hui
batterie de maçonnerie qui devait difpenfer de fortifier les remplacer par Une
parce
n'avait
reffifs de la rade s
qu'on
eu, 3 felon lui, cette idée qu'à caufe de
placer une batterie au-devant du Cap, par le défaut de quai. Il l'impoffibilité fit auffi
de
picux tout le bord de la mer, devant la ville.
garnir de
Au commencent de 1743, d'après une autorifation du
à la poudrière aétuelle & qui confiftait
miniftre, > on travailla
jufqu'alors dans une fimple cafe
avant de cette dernière, & que l'on pouvait canonner de la rade. C'était placée en
une des propofitions de M. Frezier réveillée par M. de Larnage. La encore
eft à l'épreuve de la bombe & conferve bien la poudre. Elle eft divifée poudrière
Un des côtés fert aux poudres de P'État, l'autre à celle des
en deux.
vaiffeaux marchands,
particuliers & des
On reçut auffi des ordres pour la batterie circulaire mais dont l'exécution
cependant foumife à celle des remblais de la Compagnie Béhotte. M. de était
preffe par la crainte de la guerre > fit placer, en attendant, au-devant de Larnage l'arfenal
actuel, une fecondebatterieen terre & en fafcines, avec 12 pieces de 24 la
P'Éléphant venait d'apporter. Les habitans du Cap. fournirent leurs que flûte
environ 150 toifes de remblai qui était à la charge du roi & qui uniffaient nègres qui firent
prife Béhotte 8c l'entreprife Coudreau, Ils les donnèrent
l'entreput accélérer les travaux de la batterie dontje viens de ençore pour tout ce qui
parler, comme
tranfports, &c, & lorfqu'au mois de Février 1744, l'on
la remblais,
circulaire, ils montrèrent le même zèle.
commença batterie
1 En 1744, M. de Vaudreuil vint dans la Partie du Nord. Il fit faire des
de-garde à tous les poftes de Limonade, du Quartier-Morin, de la
corpsde la Plaine du Nord, de PAcul, du Limbé & du
Petite-Anfe,
Caracol étant le feul qui en eût un. Au mois de
Port-Margot 3 celui de
Septembre de la même
fit mettre, d'après le confeil de M. de
année, il
lINle-Adam, , capitaine des
le long du rivage du Cap, & de demi-pied en demi-pied, des troupes tour
pieux de 12 pieds
H Thhh 2
de la
corpsde la Plaine du Nord, de PAcul, du Limbé & du
Petite-Anfe,
Caracol étant le feul qui en eût un. Au mois de
Port-Margot 3 celui de
Septembre de la même
fit mettre, d'après le confeil de M. de
année, il
lINle-Adam, , capitaine des
le long du rivage du Cap, & de demi-pied en demi-pied, des troupes tour
pieux de 12 pieds
H Thhh 2 --- Page 638 ---
612 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
delong fur fix pouces de diametre, enfoncés de fix pieds & dont la tête était à
fleur-d'eau, afin d'empécher la defcente des chaloupes > fil'ennemi pénétrait dans
la rade. On onda, à cetre occafion 3 tout le bord de la mer qui fe trouva d'un
fond argileux &c par conféquent d'une bonne tenue pour les pieux, qu'un acon
ponté enfonçait au mouton. Mais les vers détruifirent très-vite cet obftacle.
Ce fut alors que M. de Vaudreuil propoia l'établiffement du fort Saint-Jofeph,
fur la pointe nommée Pointe à Foëlon, du nom du propriétaire de l'habitation dont elle cépendait. Il le jugeait indifpenfable pour feconder le fort Picolet,
pour battre la paffe & le mouillage, en croifant fes feux avec les batteries
du quai, autres cependant que la circulaire, que la guerre força de difcontinuer.
L'année 1745, fut l'époque de plufieurs difpofitions militaires au Cap. La
batterie faite de terre, où éftia batterie royale, ayant été prelqu'auffitôt détruite
qu'achevée, par fon peu de folidité, M. de Larnage ordonna dela conftruire
en maçonnerie > & cette batterie fut achevée avec l'année; c'eft la batterie
royale elle-même. On fit un retranchement en terre qui défendait toute la
longueur du petit carenage jufqu'à la ravine," l'on rafa alors les réftes du vieux
& Pon appela fort des Dames, la redoute qu'on mit à l'extrémité Septentrionale
de ce retranchement & d'oà la rue du Fort aux Dames a pris fon nom. On fit
une. batterie à l'embouchure de la rivière du Haut du Cap fur la rive gauche pour
défendre cette embouchure. M. de Larnage fit rafer les merlons de la première
batterie de Picolet, & ouvrir, par les nègres de corvée, le chemin que nous voyons
&. qui mêne de la ville à Picolet.
On projeta aufli dès lors de couvrir la ville du Cap au Sud par un front de
fortifications ; on le commença au mois de Février 1746, &z il fut terniiné au
mois d'Août fuivant. C'était un retranchement en terre gafonnée > qui, prenant
dans le pied Sud du morne qui borde la Foffette au Nord, venait fermer la ville
par une courtine & deux demi-baftions 5 la courtine régnait depuis la rue
Efpagnole jufqu'à celle d'Anjou, & allait enfuite jufqu'à l'embouchure de la
rivière. Il y avait un glacis en avant de ce retranchement & l'on avait même fait
un chemin couvert depuis Pentrée laiffée à ce retranchement pour aller à la ville
& qui était en face de la rue royale jufqu'à un petit retour qui ouvrait dans la
favane de la Foffette. Sur le morne dominant celle-ci, le retranchement avait
une batterie de trcis canons. M. de Vaudreuil voulait qu'on faisit cette occafion
pour redreffer le chemin qui menait de la rue Efpagnole au Haut du Cap, mais
retranchement & l'on avait même fait
un chemin couvert depuis Pentrée laiffée à ce retranchement pour aller à la ville
& qui était en face de la rue royale jufqu'à un petit retour qui ouvrait dans la
favane de la Foffette. Sur le morne dominant celle-ci, le retranchement avait
une batterie de trcis canons. M. de Vaudreuil voulait qu'on faisit cette occafion
pour redreffer le chemin qui menait de la rue Efpagnole au Haut du Cap, mais --- Page 639 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE 613
M. de Chaftenoye ne trouva' pas ce travail néceffaire &c c'eft cette oppofition qui
en a laife le mérite à MM. de Reynaud & Le Braffeur.
Durant la même année 1746, on fit un retranchement depuis le Sud de la
batterie royale jufqu'au point du quai qui correfpond à la rue Chaftenoye; un
autre qui allait du Nord de la rue des Religieufes au Sud de celle Saint-Jofeph;
un autre où eft la place le Braffeur & enfin on en ajouta un à l'angle Sud-Eft de la
batterie qui venait d'être placée au bac. C'eft dans cette année qu'on fit aufli
beaucoup de remblais &c de coaftructions dans l'étendue de ce qui s'appelait
auparavant le marécage & qui, à caufe d'un haut-fond formé par un banc de
fable charrié par la rivière , n'était pas auffi acceffible aux chaloupes quelerefte.
L'année 1747 fut remarquable > quant aux fortifications du Cap, par la
conftruction du fort Saint-Jofeph placé à 20 toifes dans l'Et du chemin qui
mène à Picolet & à 400 toifes de ce dernier fort. Ce nom lui fut donné à caufe
du patron de M. de Vaudreuil qui l'avait propofé au miniftre > ainfi que je l'ai
obfervé. Ce fort fut achevé en 1748.
Ce fut pareillement en 1748, qu'on s'occupa de l'exécution définitive de la
batterie circulaire, mais en abandonnant fon plan primitif. Selon celui-ci qui
était immenfe 7 il devait y avoir une batterie circulaire de 1S canons > tangente à
la ligne de la ravine au Nord ; & une feconde batterie circulaire abfolument
femblable, tangente au côté Nord de la rue Chaftenoye au Sud, puisl'intervalle
entre ces batteries devait être rempli par une batterie droite de 18 canons oûl'on
aurait ménagé trois calles corre/pondantes à la rue du Confeil, à celle SaintJean & à celle de la Fontaine. Au lieu de cela on avait fait, en 1745, la batterie royale qu'on voit au Sud de la calle du roi & l'on fit à fa droite la batterie
circulaire que le plan que j'ai fait graver repréfente. On ne conftruifit, en 1748,
que ce qui eft depuis la calle jufqu'à 12 toiles au Nord de la ravine 3 c'eft-à-dire,
70 toifes en y comprenant l'oreillon qui, dans le bout Sud, va de l'ER à POueft.
Cette conftruétion & les murs faits fur la ravine pour en contenir les
bords 3
montèrent à 2475000 liv. Ony-travailla avec une telle activité que les canons &c
trois mortiers Pouvaientyjouer le r'et, Mai1748, ainfi qu'au fort Saint-Jofeph. On
mit un revêtement en merlon à la batterie royale qui était à barbette ; on fit une
eftacade de pieux tout le long du marécage ; tous les flancs des retranchemens,
des quais reçurent des canons 3 on en mit fix aux flancs du front de la Foffette 3
on prolongea le retranchement du petit carenage jufqu'à la rencontre de la ravine 5
yjouer le r'et, Mai1748, ainfi qu'au fort Saint-Jofeph. On
mit un revêtement en merlon à la batterie royale qui était à barbette ; on fit une
eftacade de pieux tout le long du marécage ; tous les flancs des retranchemens,
des quais reçurent des canons 3 on en mit fix aux flancs du front de la Foffette 3
on prolongea le retranchement du petit carenage jufqu'à la rencontre de la ravine 5 --- Page 640 ---
614 DESCRIPTIO N DE LA PAR T I E
enfin l'on s'occupa d'affurerla confervation du Cappour lequel la prife de SaintLouis augmentait les alarmes, La paix arriva & avec elle l'efpèce de repos
négligent qu'elle amène à fa fuite.
Cependant le miniftère montra de la prévoyance, & fentant toute l'impro:
tance que. Saint-Domingue devait acquérir &x qui elle-même pourrait compromettre fa fureté, il crut devoir profiter de la paix pour multiplier les moyens
de le protéger. Ce fut dans cette intention que fut dreffé le mémoire du roi,
du 25 Oétobre 1750, qui demandait à la Colonie de Saint-Domingue un
oétroi extraordinaire pour les fortifications. La Colonie l'accorda, en Mars
1751, pour cinq ans. Un fecond mémoire, du 7 Novembre 1754, prolongea
l'impôt pour cinq autres années, de 1755 à 1760; la Colonie obéit encore,
mais les deux Confeils fupérieurs qui étaient alors dans l'ufage de fe raffembler
pour la repréfenter & qui avaient vôté en fon nom, en 1751, dreffèrent des
remontrances en 1755, où ils établirent que depuis 1720 il avait été fait pour
vingt millions de dépenfes en fortifications dans la Colonie, ce qui aurait dû
fuffire fi le favoir & l'économie avaient préfidé à leur emploi. Ces repréfentations ne furent
-
pas heureufes, puifque l'impôt fut encore prolongé pour cinq
ans,jufqu'en 1765.
En 1755 M. de Vaudreuil propofa de fortifier le Grand-Mouton, & en
1757 M. Bart demanda que la poinge à Bertrand > qui eft à 200 toifes
dans le Sud du fort Saint-Jofeph, deyint une nouvelle proteétion pour le port,
& en effet on y voit maintenant une batterie de mortiers que l'on appele, je
ne fais pourquoi, le fort aux Dames. En 1758 on acheva la batterie circulaire
dans la partie du Nord de la ravine, & ce fut la mêrne année qu'on établit la
barterie de mortiers du Gris-Gris, lieu qui s'appelait, vers 1736, la Pointe des
Nègres. La guerre de 1756 ne ceffa pas de donner des craintes à Saint-Domingue > & ces craintes, en lui procurant M. de Belzunce, officier de terre fur le
talent militaire & la réputation duquel on avait fait un grand fond, furent
l'occafion d'un changement notable dans le fyftème de défenfe de cette Colonie.
Convaincu par la douloureufe expérience qu'on venait de faire à la Martinique, où les fecours étaient trop tardivement arrivés, qu'une place intérieure
qui prolongerait la défenfe pourrait fauver une Colonie, il eut cette combinaifon
pour idée principale, & j'ai dit comment Sainte-Rofe & le Dondon lui avaient
paru les points propres a le réalifer. M, de Belzunce manifefta encore par fes
notable dans le fyftème de défenfe de cette Colonie.
Convaincu par la douloureufe expérience qu'on venait de faire à la Martinique, où les fecours étaient trop tardivement arrivés, qu'une place intérieure
qui prolongerait la défenfe pourrait fauver une Colonie, il eut cette combinaifon
pour idée principale, & j'ai dit comment Sainte-Rofe & le Dondon lui avaient
paru les points propres a le réalifer. M, de Belzunce manifefta encore par fes --- Page 641 ---
FRANÇAISE DE S AIN T-D O MINGUE
61;
difpofitions cette. penféc, 3 que la Partie du Nord de la Colonie de Saint-Domingue eft la plus importante à défendre, celle dont la deftinée doit avoir la plus
grande influence politique fur celle de la Colonie entière.
M. d'Eftaing, fuccefleur de M. de Belzunce, auquel il attribuait un
favoir militaire, fut frappé de fon fyftème en
grand
arrivant, au mois d'Avril
des Ifles du Vent, où il avait eu la miflion particulière d'examiner le 1764,
meilleur
plan de fortifier ces iles & de délibérer avec leurs chefs fur l'exécution de ce
plan. Il lui parut que M. de Belzunce avait faifi, en homme de
qu'on doit fe promettre en défendant une Colonie. C'eft guerre, > l'objet
d'après ces deux
hommes; à qui Pon ne peut refufer cet hommage 5 qu'ils ont parié de ce qu'ils
favaient bien, que je hafarde une opinion, ou pour être plus vrai, c'eft la
leur que je vais expofer, après avoir ajouté qu'elle a encore été commune à
M. Duportal, direéteur des fortifications, & dont M. d'Efaing fe vantait
d'avoir reçu des leçons.
Une vérité première à faifir, c'eft qu'it ya entre une Colonie & la marine
uné union &c une correlation tellement intime s qu'on ne peut fe difimuler
que la fupériorité maritime doit difpofer des propriétés coloniales. Une colonie
comme celle de Saint-Domingue, qui verfe annuellement dans la Métropole
pour cent cinquante millions tournois de denrées, qui par conféquent imprime
un mouvement prodigieux à fon commerce, ne doit pas être expolée à devenir
la proie d'un ennemi puiffant, qui pourrait, même s'élevant au-deffus de la
honte d'une violation ouverte des traités, la croire juftifiée par un fuccès
n'aurait pas. fongé à; rendre difficile. Mais comme l'entretien du fecours qu'on d'une
marine permanente ferait ruineufe par fa dépenfe & par fa confommation en
hommes, il eft indifpenfable de trouver des reffources intérieures.
Or celles-ci ne peuvent être autre chofe qu'une fortification, combinée de
manière cependant qu'en donnant l'efpoir d'une défenfe
foit pas elle-même inexpugnable fi elle. devenait
prolongée y elle ne
enfin le partage du
qui aurait la fupériorité fur mer. Il faut qu'entre l'ennemi & cette vainqueur
route: difficile, femée d'obftacles,
place une
puiffe à chaque inftant lui rendre fon
propre nombre embaraffant & l'expofe à voir acquérir
une
d'hommes acclimatés & embufqués, l'avantage fur de 3 par
poignée
faut
nombreux bataillons. Il
que tous les tranfports lui foient pénibles, que toutes fes communications
avec fes vaiffeaux foient lentes &
fatigantes 5 qu'en un mot les hafards de la
guerre & les maux du climat lui faffent tout redouter,
ftant lui rendre fon
propre nombre embaraffant & l'expofe à voir acquérir
une
d'hommes acclimatés & embufqués, l'avantage fur de 3 par
poignée
faut
nombreux bataillons. Il
que tous les tranfports lui foient pénibles, que toutes fes communications
avec fes vaiffeaux foient lentes &
fatigantes 5 qu'en un mot les hafards de la
guerre & les maux du climat lui faffent tout redouter, --- Page 642 ---
616 DESCRIPTION DE LA PAR TIE
Mais ce fyftème veut des préparatifs. Il veut ceux du choix du lieu dont la
falubrité doit être une des conditions infpenfables. Il veut des approvifionnemens
furtout en objets fufceptibles de confervation pendant un long-tems 3 & en outre
des beftiaux, des fourrages, & une difpofition faite à l'avance, de manière qu'au
moment de l'attaque chacun fache quel point, quelle fonétion, quelle utilité il
doit avoir dans cette efpèce de réduit général. Il faudrait que le génie du chef
fut rendre ce réduit tel, qu'il faudrait pour le forcer, une attaque régulière &
propre à faire perdre beaucoup de tems à l'affiégeant.
Mais avec la vafte étendue de la Colonie françaife de Saint-Domingue, divifée
prefque naturellement en trois partics diftinétes, peut-être eft-il impoflible de
fepafler d'avoir un point central dans chacun d'eux, On ne doit pas oublier qu'il
s'agit furtout de rendre fruétueux l'envoi d'un fecours de France, & par conféquent de favorifer la réunion de la force qui combat encore dans l'intérieur
avec celle deftinée à la faire triompher par l'expulfion de l'ennemi, Il eft fans
doute difficile d'empêcher qu'une efcadre françaife ne débarque un fecours fur
une circonférence auffi étendue, mais il ne faut pas que les troupes qu'elle
apporterait ait de grands efpaces à franchir, de grandes fatigues à effuyer avant
la réunion défirée, puifque ces troupes auraient a redouter, commes celles de
hommes non-acclimatés.
l'ennemi 3 les maux qui frappent des
L'utilité du pofte intérieur fentie, celle des autres moyens intérieurs l'eft
bientôt. Ils ne peuvent être que de deux efpèces, confidérés dans leurs rapports
avec le fyftème de défenfe générale, c'eft-à-dire, qu'ils confiftent dans les obftacles à oppofer au débarquement & dans ceux qui doivent arrêter les progrès de
l'ennemi fi ce débarquement n'a pû été empêché 3 & en s'occupant des premiers
il ne faut pas manquer de calculer le befoin d'empêcher l'infulte paffagère ou grave
qu'on pourrait tenter de faire à un point de la côte, foit pour le piller foit pour y
venir enlever le bâtiment qui cherche un refuge contre l'ennemi fupérieur qui le
pourfuit 3 car c'eft une partie intégrante de la défenfe relative aux débarquemens,
que celle qui éclaire les côtes & qui ne permet pas à l'ennemi de choilir les
points qu'il croit les plus acceffibles ou de multiplier de fauffes attaques pour
en rendre une efficace.
Une des plus grandes difficultés de la défenfe des Colonies, c'eft de déterminer s'il eft avantageux ou non de s'oppofer au débarquement, parce qu'il eft
prefque impofible de décider la queftion en thèle générale, Elle doit dépendre
des
celle qui éclaire les côtes & qui ne permet pas à l'ennemi de choilir les
points qu'il croit les plus acceffibles ou de multiplier de fauffes attaques pour
en rendre une efficace.
Une des plus grandes difficultés de la défenfe des Colonies, c'eft de déterminer s'il eft avantageux ou non de s'oppofer au débarquement, parce qu'il eft
prefque impofible de décider la queftion en thèle générale, Elle doit dépendre
des --- Page 643 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 617
des forces de l'ennemi, de celles qu'on a à lui oppofer, & beaucoup encore du
point où le débarquement eft tenté. Mais en général tout dit que le moment oû"
l'ennemi a mis fur la plage environ le tiers de ce qu'on lui foppofe d'hommes
de débarquement, eft le plus favorable pour l'attaquer ; parce qu'alors il ne peut
plus être protégé par le feu des vaiffeaux, &c que dans le défordre inféparable
d'un débarquement qui n'eft encore effeétué qu'en partie, les probabilités font
toutes en faveur de celui qui le trouble & qui a dû fe ménager une retraite
affurée , tandis que l'ennemi n'a que celle de fes chaloupes, qui eft lente &c
fujette aux événemens de la mer. Il faudrait être bien fûr de l'avantage d'une
pofition prife à terre & voifine du point de débarquement pour préférer d'y
attendre l'ennemi, toujours plus à craindre lorfqu'il marche formé qu'à l'inflant
où chaque homme fort preiqu'ifolément d'une chaloupe 3 embarraffé de fes
armes, craignant de les mouiller, troublé par la vue d'un élement qui n'eft
pas celui du foldat, &c ignorant l'état au vrai du point ou il arrive.
Comme tout débarquement fait par une armée a pour but néceffaire l'envahiffement du territoire 3 & que pour y parvenir l'ennemi doit chercherà s'emparer
des points les plus importans, foit comme établiffemens militaires
> foit comme
dépôts de commerce; i une des premières notions de la défenfe doit être de
préferver ces mêmes points & leur voifinage, de toute defcente. Cette vue eft
encore plus importante dans une ile qu'ailleurs, parce que les attaques ne
pouvant être effeétuées que par les moyens maritimes & toutes les reffources
devant être tirées des vaiffeaux, c'eft faire beaucoup que de mettre une grande
diftance entre le point de débarquement & celui dont l'ennemi a le projet de
s'affurer ; entre l'armée qui attaque & l'efcadre ou la flotte qui la nourrit, qui
reçoit fes malades & fes bleffés, &c d'où elle doit tirer fon artillerie.
Si cependant l'ennemi a débarqué, s'il marche pour conquérir, c'eft alors
que les reffources intérieures doivent être employées pour arrêter, pour rallentir
fes progrès. Il faut que chaque pas lui offre la néceffité d'un nouveau combat,
un nouvel obftacle à franchir, la crainte d'un nouveau danger. Il faut furtout
s'être bien convaincu que chaque retard eft une viétoire remportée fur lui,
parce que le climat peut en triompher d'un inftant à l'autre. Comme il doit
naturellement préférer la faifon tempérée pour fes entreprifes, dans la crainte
que. les chaleurs exceflives ne l'accablent des maux qu'elles enfantent, ils'expofe alors à la chance des pluiçs qui peuvent, à chaque inftant, lui commander
Tome I.
Iiii
'être bien convaincu que chaque retard eft une viétoire remportée fur lui,
parce que le climat peut en triompher d'un inftant à l'autre. Comme il doit
naturellement préférer la faifon tempérée pour fes entreprifes, dans la crainte
que. les chaleurs exceflives ne l'accablent des maux qu'elles enfantent, ils'expofe alors à la chance des pluiçs qui peuvent, à chaque inftant, lui commander
Tome I.
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618 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
des halres & rendre impraticable un chemin où fon artillerie aurait pu pafftr
quelques heures auparavant.
Dans Un pays oû la nature a multiplié partout des pofitions que "l'art tenterait
rainement d'imiter, il y 2 mille probabilités en faveur de celui qui les connaît,
qui les a étudiées & qui lait par où il fuiraf une force fupérieure lui rend la
fuite néceffiire. On fent qu'il eft bien difficile de fe promettre de grands fuccès
dans les plaines, par l'impofibilité d'oppoler alors une milice, quoique trèss
courageufe, à des troupes familiarifées avec les évolutions militaires; mais
dans des fortifications bien entendues, dans des gorges, dans des ravines, dans
d'étroits défilés, le courage du Colon déconcertera le foldat accoutum.é à des
mouvemens réglés & d'enfemble. Sans doute il eft poffible que l'attaquant, défefpéré de Pinutilité de fa tentative, ou croyant même que le fpeétacle de leurs
propriétés livrées aux fammes ar.étera le zèle des habitans, offre partout fur fon
paffage le tableau du ravage & de l'incendie; mais cette manière de guerroyer,
digne des flibuftiers, ne fera pas un moyen de conquête pourlui, fi le chef de
la Colonie a fu leur infpirer l'efpoir d'y échapper, &c s'il fait mettre à profit
l'amour des Colons pour le nom Français. C'eft donc à la guerre de campagne
qu'il faut tout rapporter, après avoir mis les points principaux qui, dans les
Colonies, font prefque toujours les villes, à l'abri d'une invalion foudaine &
facile, & les côtes à l'abri d'un coup de main.
Ces idées générales rapportées à la dépendance du Cap, donnèrent à M.
d'Eftaing l'occafion de propofer d'améliorer la défenfe de Picolet,. . & de mettre
à la roche du même nom une batterie de canons & de mortiers qui, placée au
point fur lequel les vaifieaux gouvernent long-tems avant de donner dans la paffe,
empêcherait par fes feux que l'on n'en approchât. Il adoptait le projet de fortifier'le petit Mouton, en regrettant que la nature du fond du grand Mouton, &
des raifons d'économie lui enlevaffent la préférence. Il attachait aufli un grand
prixau fecours de deux prames, qui avaient même été conftruites dans les ports de
France en 1765, & que l'on deftinait à être entraveriées dans les paffes du Cap,
&c il croyait qu'on devait être toujours prêt à fermer cette paffe par des
eftacades. Quant à la partie terreftre de la ville, M. d'Efaing voulait dans les
gorges 3 depuis le Cap jufqu'à T'hôpital, des redans, des retranchemens, pour
défendre la communication de la ville avec la plaine, & que le morne Lory fot
le point principal de cette parcic de la défenfe. J'ai parlé ailleurs de fes vues
,
&c il croyait qu'on devait être toujours prêt à fermer cette paffe par des
eftacades. Quant à la partie terreftre de la ville, M. d'Efaing voulait dans les
gorges 3 depuis le Cap jufqu'à T'hôpital, des redans, des retranchemens, pour
défendre la communication de la ville avec la plaine, & que le morne Lory fot
le point principal de cette parcic de la défenfe. J'ai parlé ailleurs de fes vues --- Page 645 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUS
6tg
pour avoir des magafins de marine & une fortification propre à les défendre & à
protéger la ville en même tems, 3 en les plaçant fur l'extrémité de la langue de
terre qui mène de la Petite-Anfe au bac.
Suivant une lettre du Miniftre aux Adminiftrateurs, datée du 22 Janvier
1768, il était queftion de fortifier le petit Mouton, mais tout refta dans la
même fituation excepté qu'en 1773, d'après un plan de M. de Boisforeft de
1772, on fit le premier bafion. qui eft au Sud de la batterie
&c
mené fur le point du quai
à la
royale qui a été
correfpondant rue Saint-Laurent, jufqu'à celui où
aboutit la rue de la Fontaine. A l'arrivée de M.
d'Ennery au Cap,au mois d'Août
1775, ce gouverneur-général fit rétablir le front de fortifications de la ville
Sud, tel qu'il avait été fait en 1746, & il fit voûter les batteries de Picolet & du au
fort
Saint-Jofeph, 3 pour les garantir du feu des hunes des vaiffeaux.
On doit regarder l'année 1777 comme une de celles qui ont eu l'influence la
plus heureufe fur les befoins de la défenfe de Saint-Domingue,
parce qu'elle a été
Pépoque de l'arrivée de cinq compagnies du régiment de Metz du
CorpsRoyal-d'Artillerie, 3 & de trente ouvriers, le tout fous les ordres d'un chefde
brigade & d'un licutenant-colonel. Les chefs eurent plufieurs occalions d'exercer
leurs talens; c'eftà eux qu'on doit des magafins d'artillerie, le
affuts marins par des affits de côte, bien précieux dans un remplacement où
des
en hommes doit être la première, & l'émulation qui s'eft établie pays l'économie
les officiers du génie & ceux de l'artillerie.
depuis lors entre
La guerre arriva en 1778, & elle réveilla encore l'attention fur CC qui intéreffait la défenfe. La nouvelle de la prife de Sainte-Lucie & les vives inftances de
M. de Reynaud auprès de M. d'Argout, alors
gouvereur-général, firent fortifier, au mois de Mars 1779, les mornes de lhôpital, par des batteries & des
redans, dont quelques-uns furent même concertés avec M.
d'Aod:
d'Efaing, au mois
1779, lorfque venant de la conquête de la Grenade, il faifait des
préparatifs pour aller attaquer Savannah. M. de Reynaud aurait voulu que le
morne Lory devint un point refpectable > que des prames défendifent les
paffes, & que les magafms & les parcs d'artillerie fuffent mis dans la
de-Thabitation de la Foffette que M. de Reynaud trouvait encore économique gorge
d'acheter. M. d'Argout fit ôter les voûtes des batteries de Picolet & du fort
Saint-Jofeph &c leur fit donnér des affûts de côte.
Enfin pour avoir fur les fortifications de la Colonie un avis motivé, 8z un
Iiii 2
ames défendifent les
paffes, & que les magafms & les parcs d'artillerie fuffent mis dans la
de-Thabitation de la Foffette que M. de Reynaud trouvait encore économique gorge
d'acheter. M. d'Argout fit ôter les voûtes des batteries de Picolet & du fort
Saint-Jofeph &c leur fit donnér des affûts de côte.
Enfin pour avoir fur les fortifications de la Colonie un avis motivé, 8z un
Iiii 2 --- Page 646 ---
6:0 DESCRIPTIO N DELAPAK TIE
plan qui pût être à l'avenir une règle > dont les gouverneurs ne pourraient
s'écarter qu'avec une autorifation expreffe, le Miniftre écrivit à M. d'Argout
le 22 Août-1779, de faifir l'inftant où plufieurs officiers fupérieurs s'y trouvaient;& commeles circonftances del la guerre ne permettaient pasles déplacemens,
de fe borner, quant alors > à la Partie du Nord & au Môle, faufà embraffer par
la fuite les deux autres parties de la Colonie. Il était ordonné de former un
*confeil de guerre, auquel ferait foumis les plans & les mémoires de MM:
d'Efaing, Duportal, de Vallière, de Moulceau & de Nolivos 2 ainfi que la
corre/pondance des Adminiftrateurs & des miniftres fur cette matière, & les
plans qu'on croirait néceffaire de faire lever, fauf à celui des membres qui
n'adopterait pas l'opinion de la majorité à motiver la fienne. Le réfultat de la
délibération devait fervir à faire diftinguer les ouvrages les plus preffés, & on
devait l'accompagner de plans &x de devis.
Le confeil de guerre, préfidé par M. de Reynaud, lieutenant au gouvernement général & commandant général de la Colonie par interim > tint fa première
féance au Cap le 2 Mai 1780, & était compofe de M. de Vincent, commandant en fecond de la Partie de lOueft; de M. de Lilancour, commandant en
fecond de la Partie du Nord; de M. de Moulceau, Direéteur général des fortifications, tous les trois brigadiers d'infanterie; de M. de Gimel, lieutenantcolonel du Corps d'Artillerie au régiment de Metz, & de M. d'Anéteville,
ingénieur du roi, M. de Vaivre, intendant, y affita auffi d'après la lettre du.
miniftre. M. d'Anéteville fut choifi pour rapporteur. Le Confeil de guerre,
dans fes fix féances terminées le 3 Juin, a propofé fes vues fur la Partie du
Nord & fur Je Méle. Je crois pouvoir ajouter feulement qu'il a cru que la
défenfe intérieure & celle que j'ai appellée maritime devaient s'entr'aider.
C'eft d'après le réfultat de ce Confeil de guerre que M. de Reynaud a fait
détruire le retranchement que M. d'Ennery avait fait rétablir au Sud de la
ville. Ce travail qui avait coûté plus de 200,000 livres & dont l'entretien
était fort cher, s'éboulait à la moindre pluie à caufe de fa nature fabloneufe 3
il était dominé de partout, & comme on l'avait rendu tel qu'on pouvaity monter à cheval par la néceffité d'un talus capable de retenir les terres 3 il ne pouvait
pas défendre la ville à laquelle il interceptait l'air. On ena feulement confervé
ce qui eft à l'Oueft de la rue Eipagnole > comme on le voit fur mon plan &c
dont le bout appuyé au morne de la Foffette, montre encore ce qu'on appellait
le polygone.
out, & comme on l'avait rendu tel qu'on pouvaity monter à cheval par la néceffité d'un talus capable de retenir les terres 3 il ne pouvait
pas défendre la ville à laquelle il interceptait l'air. On ena feulement confervé
ce qui eft à l'Oueft de la rue Eipagnole > comme on le voit fur mon plan &c
dont le bout appuyé au morne de la Foffette, montre encore ce qu'on appellait
le polygone. --- Page 647 ---
2 FRANÇAIS E DE SAINT -DOMINGUE 62r
C'eft en arrière de cette portion de retranchement & dans le Nord-Oueft du
eimétière qu'eft l'école d'artille.ie pour le canon 8z. la bombe, à qui l'autre
face; de la Foffette donne la facilité de s'exercer fans danger pour perfonne. On
va à cette école par les deux côtés dui cimetière. Entr'eux deux & au-deffus du
cimetière, l'on paffe fur un petit pont de bois couvrant un
aller foit à cette. école, foit à la batterie de mortiers. placée au-deffous ravinage du > pour
morne
Lory, vers-la moitié de la longueur d'un plateau étroit formant le fommet. de
l'embranchement du morne du Cap qui va vers le cimetière, & qui s'étendait autrefois. jufqu'auprès de l'embouchure de la rivière.
Quand on eft fur la plate-forme de cette batterie de mortiers, la ville préfente un coup-d'oeil agréable 86- inattendu. Ses rues tirées au cordeau, la facilité
de plonger dans chaque cour,. offrent un tableau auffi mobile que varié, &
l'alpect de la rade forme l'arrière plan. le plus intérefant que puiffe avoir une
vue à vol d'oifeau,
Depuis 1780, il n'aété rien entrepris en fortifications au Cap, quoique le
miniftre eût approuvé le 22 Février 1781, le plan d'avoir un carenage pour
tenir toujours une frégate mouillée en dehors de la paffe du Cap, afin de protéger l'entrée & la fortie des bâsimens du commerce.-
a
4 On peut dire avec affurance que quelle que foitl'attaque de l'ennemi dans la
Partie: du Nord, le Cap en fera- toujours-l'objet, à. caufe de fon port, de fes
établiffemens & de fes richeffes ; c'eft donc le Cap qu'il faut avoir continuellement en vue lorfqu'on s'occupe de la- défenfe de la Partie du Nord.
Pour affurer celle de toute la Colonie d'une manière qui ferait ceffer toute
inquiétude, 32 il faudrait aw moins dix mille hommes de troupes d'Europe. Mais
combien de circonftances peuvent s'oppofer à ce raffemblement de forces! Il
faut donc empécher que cette brillante colonie ne puiffe deyenir,.en une feule
campagne > la conquête de l'ennemi, &, à cet égard, il eft encore naturel de
croire que les efforts feront toujours dirigés vers la Partie du Nord, ce- qui
me ramène à l'importance du Cap. L'ennemi n'oferait y rien entreprendre s'il
avait une garnifon de trois mille hommes 8c fi une armée au moins auffi forte en:
gardait la plaine ; mais encore un coup cet état heureux ne peut être certain.
Nous avons vu que lé: point le plus Oriental, où l'ennemi pourrait cfayer de
débarquer; ferait la baie de Mancenille d'où les chaloupes arriveraient à l'embouchure du Maflacre, mais quelle tentative que celle qui ferait faite à Saine.
ait y rien entreprendre s'il
avait une garnifon de trois mille hommes 8c fi une armée au moins auffi forte en:
gardait la plaine ; mais encore un coup cet état heureux ne peut être certain.
Nous avons vu que lé: point le plus Oriental, où l'ennemi pourrait cfayer de
débarquer; ferait la baie de Mancenille d'où les chaloupes arriveraient à l'embouchure du Maflacre, mais quelle tentative que celle qui ferait faite à Saine. --- Page 648 ---
622 DESCRIPTIO N D d E LA PARTIE
Domingue 3 à feize lieues du point qu'on voudrait envahir & dans un lieu où
l'on ne pénécrerait qu'en furmontant de grandes difficulés. Cependant deux
batteries fur la rive gauche de cette rivière fuffiraient pour diffiper toutes les
appréhenfions. La chaîne de reffifs & de haut-fonds qui borde la côte depuis le
Maffacre jufqu'au Fort-Dauphin, ne permet aucun accès qu'à des chaloupes à
travers des paffes étroites ; mais de fimples batteries mifes à ces points d'embarcadères qu'on pourrait même combier en cas d'attaque prévue > remédient à
cet inconvénient.
Quant au Fort-Dauphin lui-même, il eft d'une défenfe fuffifante avec l'eftacade de chaînes, de cables & de mâtures qui rendrait fon entréee impénétrable.
Du Fort-Dauphin à Limonade, des reffifs qui s'érendent au large jufqu'à la
grande portée du canon, ne permettent pas à l'ennemi de protéger de fon
feu une defcente que tout dit qu'il ne hafardera pas de faire fous voile avec
l'incertitude de reprendre fes troupes fi elles étaient repouffées.
Iya bien trois paffes, mais celle des Fonds-Blancs propre aux chaloupes
feulement, a de quoi les foudroyer. La feconde, commune aux embarcadères de
Earacol &c de Jacquezy, > eft acceffible à des bâtimens d'une certaine force, mais
ils ne peuvent s'approcher affez pour protéger une defcente qui ne peut être faite
qu'aux deux embarcadères cités & où des batteries fuffifantes ne la fouffriraient
pas. La paffe de Limonade donne plus de craintes, mais elle a 1,500 toifes de
long, elle eft finueufe 3 elle exige des pratiques & un bâtiment bon maneuvaier; & fi l'on ne comptait pas affez fur les batteries qui la défendent, une
prame deviendrait un obftacle infurmontable.
De Limonade à l'embarcadère de la Petite-Anfe, les difficultés furpaffent les
efforts que l'audace pourrait confeiller & que le manque d'eau du chenal
condamne d'avance. D'ailleurs les reffifs éloignent encore là le feu proteéteur des
vaiffeaux.
A l'Oueft du Cap la Bande du Nord & le Port-Français offrent bien deux
points de débarquement, mais toutes les anfes qui font depuis l'entrée dui Cap
jufqu'à celle de la Bande du Nord proprement dite, ne font abordables
des canots, encore dans des tems calmes. H faut même que la mer y foit que un pour
peu
tranquille, ce qui n'arrive que rarement le matin &c jamais l'après-midi, &
des batteries y font placées pour rendre cet abord beaucoap plus dangereux:
Le Port-Français offre, il eft vrai, des facilités plus grandes, parce qu'il eft le
'entrée dui Cap
jufqu'à celle de la Bande du Nord proprement dite, ne font abordables
des canots, encore dans des tems calmes. H faut même que la mer y foit que un pour
peu
tranquille, ce qui n'arrive que rarement le matin &c jamais l'après-midi, &
des batteries y font placées pour rendre cet abord beaucoap plus dangereux:
Le Port-Français offre, il eft vrai, des facilités plus grandes, parce qu'il eft le --- Page 649 ---
:: 5
FRANÇAIS E DE SAIN T-DOMINGU E. 623
le débarquement le plus commode de la partie de côte que le morne du
termine ) & que l'on fait que les Anglais y effectuérent leur defcente
Cap
mais les mortiers quiy font placés doivent intimider les vaiffeaux. Sil'on en 1695s
une
feconde batterie dans l'Oueft elle
y failait
donnerait- le tems
multiplierait les dangers pour eux, > &c
d'y accourir en force du Cap, d'autant que la vigie
les mouvemens de l'ennemi. Mais fi, contre toute probalité, la defcente fignalerait
faite, quels obftacles que des fentiers très-étroits, très-roides
y étair
âpreté
à
à monter & d'une
inexprimable travers lefquels il faudrait tenter d'arriver au haut de la
gorge à laquelle la ville eft adoffée, à travers des lits de roches à
fois: fupérieurs aux chevaux de frife & aux
ravets 3 mille
chauffe-trapes inventées par l'art,
qu'au tranchant du razoir fe trouve réuni un bruit auffi fort que celui de bouteilles puif
caflées & que la dureté & l'irrégularité de ces pierres peuvent offrir une barrière
que l'adreffe ne pourfait vaincre qu'avec une perte de tems qui ferait elle-même
un. grand moyen de fuccès contre cette entreprife. Le plus léger travail rendrait
bientôt ces fentiers impraticables & 500 hommes qui y feraient rouler les pierres
qu'ils trouveraient à leurs pieds, en extermineraient
Jamais
10,000 qui ne peuvent
compter y mener du canon. On a d'ailleurs la reffource de rendre inacceflibles, s en les comblant 3 les paffes de ces embarcadères cu anfes, & l'on a à
pied-d'ceuvre teut ce. qu'il faut.
Depuis le Port-Français jufqu'à PAcul, la côte ne fouffrirait que des canots
en tems calme, c'eft-à-dire, dans un tems qui n'y règne prefque jamais, & le
morne préfenterait enfuite fon'impenétrabilité aux débarqués,
Serait-on inquiet d'une tentative par la baie de PAcul? Mais elle eft femée
d'écueils > elle n'offre qu'un unique mouillage pour de gros vaiffeaux & fi un
deux vaifleaux peuventy entrer avec le fecours d'un excellent
ou
précautions incroyables & un ventfait; qu'elle
pratique des
elcadre nombreufe fuivie de
comparaifon quand il s'agitd'une
tranfports & de l'attirail qu'exigerait l'attaque du
Cap? Les anciens marins regardent la chofe comme impoffible furtout
furvenait un calme, 3 parce que. ne pouvant mouiller fur des roches >
s'il
s'élever & que, porté par les courans fur des
> on ne peut
démantelé pari la violence de la brile, Il faut reflifs, un vaiffeau y ferait bientôt
cependant s'y garantir d'une defcente
partielle propre à faire diverfion & c'eft ce que les batteries de canons & de
mortiers qu'on-y a faites font très-fufceptibles d'exécuter.
Au-dela de l'Acul, iln'y a plus d'abri pour les bâtimens, Les points cloignes
, porté par les courans fur des
> on ne peut
démantelé pari la violence de la brile, Il faut reflifs, un vaiffeau y ferait bientôt
cependant s'y garantir d'une defcente
partielle propre à faire diverfion & c'eft ce que les batteries de canons & de
mortiers qu'on-y a faites font très-fufceptibles d'exécuter.
Au-dela de l'Acul, iln'y a plus d'abri pour les bâtimens, Les points cloignes --- Page 650 ---
624 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
du Cap dontils font féparés par des rivières, des montagaes &c des défilés faciles
a défendre ne peuvent donner aucune crainte.
C'eit donc par le Cap même qu'il fauttenter de s'en emparer, & c'eft la aufi
qu'il faut réunir les inoyens défenfifs maritimes. Il eft de la plus haute nécefité
d'y établir la batterie de mortiers & de canons que tous les hommes de guerre qui
ont. vu le local, ont propofé de mettre en dehors &c au Nord de Picolet, près la
roche du même nom. On fait combien la bombe eft faite pour intimider le chef
le plus hardi d'un vaiffeau, furtout lorfqu'il eft à la portée de reffifs qui le menacent de naufrage 1 fi fa témérité ne parvient pas à tout franchir. Picolet foutenu
de ce feu 8z ayant 3 comme la batterie. 2 des grils pour chauffer les bombes &c
les boulets, deviendrait redoutable. Tout vaiffeau qui veut entrer dans la rade
du Cap eft obligé de paffer devant Picolet entre deux points qui n'en font éloignés
que depuis IOO jufqu'à 300 toifes. Arrivés par fon travers', ils ne peuvent plus
s'en retourner fans courir le rifque inévitable de fe perdre à la côte. Un vaiffeau
ne
s'emboffer moins loin de IOO toifes de Picolet, à caufe du tems qu'il
faut peut pour porter des ancres & fut-il même à 250 toiles, fourche des deux paffes,
s'ily refte long-tems, il aura la groffe mer qui annullera la plupart de fes coups.
tandis que Picolet & la batterie qui le fuit en porteront de sûrs, &c s'il eft
défemparé il faudra qu'il entre à tous rifques 5 il faut donc gêner
lap paffe.
La meilleure manière ferait de faire une batterie en fer a cheval fur le petit
Mouton & d'y placer des canons 3 des mortiers & des obufiers > & d'y avoir aufli
des grils. Si l'on redonte quelque chofe de la paffe des Normands 3 une carcaffe
qu'on y coulerait peut tranquillifer. Enfin deux prames trés-fortes avec une eftacade en avant faite avec des chaînes, des cables, des mâtures & des corps-morts
difpofés pour cette deftination 2 rendraient les paffes inacceffibles. Tant de
moyens fecondés par le fort Saint-Jofeph > le fort des Dames & la batterie du
Gris-Gris, vomiffant auffi des bombes & des boulets rougis 3 doivent garantir
le fuccès.
Mais comme il faut fappofer le cas où la paffe ferait forcée; on doit confidérer
combien il devient effentiel alors que Picolet &c le fort Saint-Jofeph ne tombent
point par ce fait même. Il faut donc rendre l'un & l'autre fufceptibles de tenir fix
femaines encore après & efpérer, par eux, de contraindre l'ennemi à abandonner
ja rade i ce qui, ou l'empécherait d'y faire un dévarquement, ou priverait les
troupes
fappofer le cas où la paffe ferait forcée; on doit confidérer
combien il devient effentiel alors que Picolet &c le fort Saint-Jofeph ne tombent
point par ce fait même. Il faut donc rendre l'un & l'autre fufceptibles de tenir fix
femaines encore après & efpérer, par eux, de contraindre l'ennemi à abandonner
ja rade i ce qui, ou l'empécherait d'y faire un dévarquement, ou priverait les
troupes --- Page 651 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 625
troupes débarquées de toutes les reffources ; par l'éloignement des vaiffeaux. Il
ne s'agit pas de parler de la dépenfe que ce moyen coûterait 3 on ne doit la
connaître qu'après l'avoir effectuée. La batterie de l'oreillon cu circulaire. , la
batterie royale & la batterie à mortiers placée au-deffous du morne Lory, concoureraient aufli au même but.
Quant au morne Lory lui-même qui part du grcs morne auquelil n'eft point
égal en hauteur, & dont il eft féparé par une coupure qui n'étant pas profonde,
ne forme pas une véritable gorge > on a long-tems parlé d'y élever une citadelle
mais commandé par d'autres hauteurs, il ne peut être appellé à une auffi haute
deftinée. L'exécution en ferait fingulièrement coûteufe & fes
inconvéniens ne
difparaîtraient pas tous.
Une redoute mife fur la rive droite & à l'embouchure de la rivière du Haut du
Cap aurait plus d'utilité pour protéger le fond de la rade > empêcher de remonter
la rivière &c défendre la langue de terre de fa rive gauche. Ses feux croiferaient
avec ceux des batteries du quai & avec ceux de la première des neuf batteries
qu'on voit fur le morne de l'hôpital, depuis fon extrémité au bord du chemin,
jufqu'à environ 500 toifes dans l'Oueft: Celles-ci battent l'embouchure de la
rivière, le front de la ville au Sud & les gorges du morne de T'hôpital, foit du
côté de la ville, foit du côté de l'hôpital.
Et fi tant de reffources étaient infuffifantes, Gi l'ennemi s'emparait du mouillage
il ferait effentiel d'avoir) pris des mefures pour en effeétuer une qu'un utile défefpoir
confeillerait alors, ce ferait de mettre le feu â un brûlot, qu'on aurait tenu
mouillé le plus au Nord poffible > &c dont les flammes embraferaient bientôt les
vaiffeaux ennemis fur lefquels le vent du large les porterait, confondant ainfi le
vainqueur & la proie dont il fe ferait, mal à propos, déjà cru maître.
Il faut cependant examiner l'hypothèfe où la plus belle, la plus riche ville
des Colonies françaifes ferait tombée au pouvoir de l'ennemi, & où il faudrait
agir pour qu'il ne pût pas la conferver &c s'y croire poffeffeur de la Partie du
Nord. Je le répète, quelque part que la defcente foit tentée, il faut s'y oppofer
& défendre le terrain pied-à-pied, avoir un ou plufieurs bataillons de chaffeurs
decouleurqui, faifant la guerre en Tyroliens, diminueraient, fans perte pour eux, le
nombre des affaillans 5 épier les mouvemens de l'ennemi, le harceler, furtout
des inquiétations durant la nuit, afin d'accélérer les. effets f redoutables des par
chauds; couper fi l'on peut fes communications & enlever fes vivres, & pays s'il
Tome I.
Kkkk
ufieurs bataillons de chaffeurs
decouleurqui, faifant la guerre en Tyroliens, diminueraient, fans perte pour eux, le
nombre des affaillans 5 épier les mouvemens de l'ennemi, le harceler, furtout
des inquiétations durant la nuit, afin d'accélérer les. effets f redoutables des par
chauds; couper fi l'on peut fes communications & enlever fes vivres, & pays s'il
Tome I.
Kkkk --- Page 652 ---
626 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
eft dans le Cap , l'y refferrer le plus qu'il fera poflible & lui difputer enfuite
la plaine ; en un mct, faire tout ce qu'une petite armée peut tenter contre une
autre qu'on ne peut fuppofer moins de quatre fois plus forte qu'elle. Ce moyen
unique, laiffera au climat le tems de déployer fa vigueur contre l'ennemi, qui
conféquemment, réfittera d'autant moins aux efforts combinés de ceux qui le
combattent au- dedans & de ceux qui feront venus d'Europe pour les fecourir.
On confidère avec raifon les gorges les plus voifines du Cap, telles que
Sainte-Rofe, le Dondon, la Marmelade comme des aliles impénétrables & des
derrières fûrs. La circulation montueufe que des fentiers difficiles affurent entre
les premières coupes des divers aculs, tels que CEUx des Pins, de Samedi, à
Conit & du Trou, avec le Fond-Chevalier, Sainte-Rofe, le Dondon, la Marmelade, le Limbé, eft une reffource que l'ennemi pourrait d'autant moins
couper que d'autres fentiers, encore plus impraticables, vont déboucher de
ceux là dans la Partie Eipagnole, & former autant de points de retraite, & des
têtes d'attaque. L'a:t, la fcience, les plus grandes forces ne fauraient interdive
cette reffource.
La gorge de Sainte-Rofe eft la pofition Ja plus centrale de la Plaine du Cap,
avec laquelle elle a une multitude de communications par des débouchés de
montagne. Les troupes qui feraient dans la plaine auront donc toujours un accès
vers cette gorge, à PEt par la ravine à Mulâtres, P'Acul de Samedi, les
Écreviffes, le Moka, les Côtelettes, Sainte-Suzanne & le Bois-Blanc ; à
l'Oueft par le Dondon, le Bonnet à l'Évêque,le Grand-Boucan, les Mornets
& les Périgourdins. Le pofte de la Tannerie doit devenir inexpugnable entre
les mains d'un chef habile. Des retranchemens répétés, appuyés à des redoutes
&c des batteries battant la gorge du Grand-Gilles & la communication allant
vers l'églile Sainte-Rofe, font des moyens dont la puiffance eft incalculable. Si
ke camp de Sainte-Rofe était forcé, celui du Dondon ferait fa retraite. Le
Dondon a des communications avec les deux autres parties de la Colonie
françaife & avec la Colonie efpagnole.
Si après tant de foins & d'opiniâtreté la Métropole ne faifait rien pour'les
couronner, , elle aurait renoncé à fa plus belle Colonie, & ce ferait aux circonftances à confeiller ce qu'il ferait plus utile ou moins honteux de faire.
Mais ce qu'il eft effentiel qu'on fe perfuade à Saint-Domingue, c'eft qu'il ne
fust pas de faire & de propofer de grandes dépenfes de fortifications ; Tabandon
efpagnole.
Si après tant de foins & d'opiniâtreté la Métropole ne faifait rien pour'les
couronner, , elle aurait renoncé à fa plus belle Colonie, & ce ferait aux circonftances à confeiller ce qu'il ferait plus utile ou moins honteux de faire.
Mais ce qu'il eft effentiel qu'on fe perfuade à Saint-Domingue, c'eft qu'il ne
fust pas de faire & de propofer de grandes dépenfes de fortifications ; Tabandon --- Page 653 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE. 627
auquel on a l'habitude de les livrer, furtout en tems de paix, entraîne des
réparations ruineufes lorfque la guerre reparaît, & elles font la preuve d'un
grand défordre. Il y a depuis plufieurs années 200,000 livres tournois affeétées
annuellement à l'entretien & à l'augmentation des fortifications, & l'emploi en
eft fait d'une manière qui n'annonce ni zèle ni prévoyance. Il faut auffi que dès
les premières nouvelles d'une rupture les spprovifionnemens en vivres, en
munitions & en objets de tous les genres néceffaires aux camps de Sainte-Rofe
&x du Dondon occupent la penfée.
Mais ce qui eft auffi indifpenfable que tout cela, ce qu'il faut placer en
tête de tous les moyens préfervateurs de cette précieufe Colonie, c'eft le choix
d'un chef qui mette fa gloire à la conferver à la France, qui ait affez de talens
pour ne rien laiffer d'intenté, affez de réputation pour que l'ennemi fache que
fes efforts pourraient être vains, & aflez d'énergie pour perfuader les Colons,
par fon exemple, qu'il eft beau d'être français, & qu'en portant ce titre on a
contraété le devoir facré de verfer fon fang pour ne le pas perdre. Un tel
homme eft plus de la moitié du fuccès. Si l'on a calculé de plus que cet homme
pouvant périr viftime du climat ou tomber fous le fer ennemi, il doit être
remplacé à l'inftant même, on aura épuifé toutes les combinaifons qui promettent moralement un fuccès tellement important, que rien ne doit paraicre
trop coûteux pour l'obtenir.
XIIL
PAROISSE DE LA PLAINE DU NoRD.
IL faudra fouvent répéter la cenfure contre les dénominations coloniales,
parce qu'il femblerait encore, d'après celle-ci, que la Plainé du Nord ou la
Plaine du Cap eft renfermée dans une feule paroiffe. On dirait qu'il eft de la
deftinée de la paroiffe que je vais décrire de changer fouvent de nom 3 puifqu'elle
a déjà eu ceux de paroiffe de Mouftique & de paroiffe du Morne-Rouge.
La paroiffe de la Plaine du Nord eft bornée au Septentrion par la mer, au
Midi par une partie de la paroiffe du Dondon, au Levant par la paroiffe de
la Petite-Anfe & par celle du Cap, & au Couchant par la paroiffe de l'Acul,
K k k k 2
ftinée de la paroiffe que je vais décrire de changer fouvent de nom 3 puifqu'elle
a déjà eu ceux de paroiffe de Mouftique & de paroiffe du Morne-Rouge.
La paroiffe de la Plaine du Nord eft bornée au Septentrion par la mer, au
Midi par une partie de la paroiffe du Dondon, au Levant par la paroiffe de
la Petite-Anfe & par celle du Cap, & au Couchant par la paroiffe de l'Acul,
K k k k 2 --- Page 654 ---
828 DESCRIPTIO N DE LA d PARTIE
La paroiffe de la Plaine du Nord qui eft peu étendue, a une forme trèsbifarre à caufe des finuofités des rivières qui lui fervent de limites à PEf & à
l'Oueft, &z elle a cette particularité, que fes deux extrémités Nord & Sud font
montagneufes.
Cette excrémité Nord eft la partie Occidentale du morne du Cap dont j'ai
fait connaicre la forme & la nature.
Sa limite Et eft dans fa partie fupérieure : la ravine des Matteux qui fe jette
dans ia rivière du Haut du Cap, a environ 3,000 toifes en ligne droite du bourg
du même nom 5 puis la rivière du Haut du Capjuiqu'à environ 500 toiles avant
d'arriver à ce bourg. De là la limite va gagner un coude du grand chemin du
Cap à PAcul, dont elle fuit la direétion pour aller chercher le point de la crête
du morne du Cap oû eft fituée l'habitation Loumeau, & defcendre la face Nord
de ce morne vers la mer, dans le petit Port-Français,
A l'Oueft, la limite eft le bord Oriental de la baie de TAcul, jufqu'à
l'embouchure de la rivière Salée, puis cette rivière & enfuite la ravine de Vite-
-
à-la-Voile, qu'une exprefion obicène décorait autrefois; de-là elle gagne une
autre ravine à environ 2,000 toifes plus haut, & va avec elle chercher la ravine
du Haut du Cap, qu'elle abandonne dès qu'elle y a trouvé l'embouchure de la
la ravine à Trompette, pour fuivre jufques dans la montagne.
La paroiffc de la Plaine du Nord doit être confidérée comme la feconde qui a
été formée dans la Plaine du Cap. Son églife primitive, > qui exiftait avant 168I,
était placée dans un endroit peu éloigné du bourg du Haut du Cap. Cette églife
de la paroiffe de Mouftique était fous l'invocation de Saint-Jacques, & fon premier curé était le père Hyacinthe, dominicain. Elle fut brôlée en 1691 ; celle
qui la remplaça eut le même fort en 1695, & en 1698 on n'y voyait pour tempie
qu'une barraque couverte de pailles, mais alors c'était l'églife du Morne Rouge,
&elle était au point qu'on appele maintenant le carrefour ou le cabaret & qui
eft à environ 2,000 toifes, mefurées du bourg du Haut du Cap. Le regiftre paroifial le plus ancien remonte jufqu'à l'époque de la dévaflation de 1695- Enfn
au mois de Janvier 1720, l'églife a été transférée au lieu où on la voit en ce
moment. Elle eft de maçonnerie, ifolée & placée à 1,800 toifes du carrefour
ou cabaret, &x prefque fur le bord du chemin qui va du Capau Grand. Eoucan
& aux Périgourdins. Saint-Jacques en eft encore le patron.
La première eulture de cette paroiffe a été celle de l'indigo; on y a tenté
5- Enfn
au mois de Janvier 1720, l'églife a été transférée au lieu où on la voit en ce
moment. Elle eft de maçonnerie, ifolée & placée à 1,800 toifes du carrefour
ou cabaret, &x prefque fur le bord du chemin qui va du Capau Grand. Eoucan
& aux Périgourdins. Saint-Jacques en eft encore le patron.
La première eulture de cette paroiffe a été celle de l'indigo; on y a tenté --- Page 655 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 629
celle du cacao, & le nom de Bras-Coco, que porte encore une petite dérivation.
de la rivière du Haut du Cap, dans le bas de cette paroiffe, n'eft venue que de cC
que ce point était planté de cacaoyers qu'on y voyait encore en 1700. Enfuite
on a adopté celles de la canne à fucre & du cafier. Ony y compte actuellement
fucreries, donnant environ quatre millions de fucre;3
indigoteries;23 cafeteries;
30 places à vivres; 2 fours à chaux; 2 guildiveries; une hatte & un
pour les denrées.
entrepôs
Le fol de la paroiffe de la Plaine du Nord ne jouit pas d'une haute
Les parties où ill pourrait être d'une nature fertile font G noyées,
la réputation.
arrive point à une maturité parfaite. Iy a cependant des
que çanne n'y
de lhabitation Breda, dont la
terrains, ,. comme celui
qualité eft très - recommandable; mais d'autres
parties, furtout celles du canton du
font
Morne-Rouge, s"
féches 5 les cannes y font
belles.,. mais fans jus. L'habitation le Normand de Mezy 3 y fait néanmoins
çens. milliers de fucre, mais avec un, mobilier confidérable, & l'habication quatre
Gruel, avec 256 nègres, n'en donne que 180 milliers.
Le canton du Grand Boucan, qui eft dans la partie fupérieure de la
eft terminé par le revers Occidental du morne du Bonnet à l'Évêque. Son paroife,
à quelque chofe d'effrayant: ce n'eft qu'un amas énorme de rochers afpect
entre les interflices defquels s'élèvent des arbres fuperbes & d'une calcaires:
femble indiquer ce fol agrefte, fi propre à élaborer la nourriture dureté que
feuilles &. des troncs pourris leur
que des:
pofent à
procurent,. 8c que des pluies fréquentes dif
remplir cette deftination.
Ce morne n'eft qu'excavations, précipices & cavernes S dans ces
d'immenfes ftalaétites annoncent un long & continuel
dernières,
Vers le milieu de l'élévation du
ouvrage de la nature.
morne eft un baffin Ou réfervoir
cent cinquante pieds. de longs fur cinquante pieds de
d'environ
& pure nourrit d'énormes écreviffes
large. Son eau limpide
> dess crabes & de magnifiques
mais la température en eft G froide qu'on a vainement tenté
anguilles,
accoutumer des poiffons de differens
plufieurs fois d'y
le lendemain.
genres ;: on les a toujours trouvés morts
Ce baflin- eft d'une immenfe profondeur dans les
laiffent des roches amoncelées les unes fur les autres. 8c
l'oeil intervalles qu'yr
guer, quoiqu'elles foient elles-mêmes
que
peut y diftintrès-éloignées de la furface.
Le nom de Grand-Boucan a été donné à ce lieu
7 trouvaient une chale abondante de
par les boucanniers, qui
gibiers &. de cochons marons,
baflin- eft d'une immenfe profondeur dans les
laiffent des roches amoncelées les unes fur les autres. 8c
l'oeil intervalles qu'yr
guer, quoiqu'elles foient elles-mêmes
que
peut y diftintrès-éloignées de la furface.
Le nom de Grand-Boucan a été donné à ce lieu
7 trouvaient une chale abondante de
par les boucanniers, qui
gibiers &. de cochons marons, --- Page 656 ---
630 DESCRIPTION DE LA PARTIE
La gorge du Grand-Boucan eft une des communications de la Plaine du
Cap avec le Dondon.
La paroiffe de la Plaine du Nord eft coupée dans plufieurs fens, par différens chemins, 3 qui conduifent à la montagne, à l'Acul, au Cap & au Quartier
Morin.
C'eft dans un point où ce dernier chemin coupe la rivière du Haut du Cap,
qu'était le pont à Pafquier ainfi appelé du nom du propriétaire de l'habitation, placée là fur la rive gauche de cette rivière. Jufqu'en 1742, qu'il n'y avait point
de chemin de l'embarcadère de la Petite Anfe au Cap, plufieurs habitans faifaient
tranfporter leurs denrées à l'embarcadère du Haut du Cap, d'où les canots les
conduifaient dans la ville ou dans la rade ; pour cela on venait traverfer la
rivière du Haut du Cap au pont à Pafquier, fi toutefois le nom de pont
convenait à un gué revêtu d'une chauffée de pierres. J'ai plufieurs ordonnances
notamment de l'année 1739, qui preferivent de réparer ce pont qui, quoique
plus utile alors, n'était pas moins négligé qu'aujourd'hui.
I
La rivière du Haut du Cap ou rivière à Galiffet, caufe quelquefois des
dommages par fes débordemens. Elle eft auffi, comme prefque toutes celles
-
de la Colonie, un fujet de querelles & de conteftations entre fes riverains 3
foit pour des prifes d'eau foit à caufe des levées deftinées à garantir de fes
:
irruptions.
Toute la partie Septentrionale de la paroiffe de la Plaine du Nord peut
être regardée, comme connue du Lecteur, d'après ce que j'ai dit du maflif
du morne du Cap, dont cette partie eft un prolongement.
Quant à la côte dont elle eft bordée, on y trouve le petit Port-Français,
qui eft à une grande demi-lieue du grand Port-Français. Son enfoncement
qui eft Nord-Oueft & Sud-Eft & d'environ 1,800 toifes plus Sud que le
fort Picolet, a 830 toifes de profondeur. Il ya un quart de lieue de la pointe
Occidentale du petit Port-Français jufqu'à la pointe à Picard, & 1,200 toifes
de celle-ci à la pointe des Trois - Maries où font trois groffes roches qui
portent le même nom i c'eft la pointe Orientale de l'entrée de la baie de
lAcul &z l'extrémité Nord-Ouelt de la paroiffe de la Plaine du Nord.
Le débarquement eft prefque impraticable fur toute cette partie de côte 2
dont des canots peuvent à peine approcher dans des tems calmes; & d'ailleurs
les mornes qui la forment, font, à bien dire, impénétrables.
ies où font trois groffes roches qui
portent le même nom i c'eft la pointe Orientale de l'entrée de la baie de
lAcul &z l'extrémité Nord-Ouelt de la paroiffe de la Plaine du Nord.
Le débarquement eft prefque impraticable fur toute cette partie de côte 2
dont des canots peuvent à peine approcher dans des tems calmes; & d'ailleurs
les mornes qui la forment, font, à bien dire, impénétrables. --- Page 657 ---
FRA NÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 631
Dans le bord Eft de la baie de PAcul, qui eft la limite Oueft de la
roiffe que je décris, on trouve, à environ 600 toifes de la pointe des Trois- paMaries, la batterie Graville, au point où aboutit une efpèce de grande
une
puis , à pareille diftance de la batterie, un gros monticule qui faille gorge; vers
la baie de l'Acul, & qui eft appelé le morne. Rouge. Il paraic avoir donné
autrefois fon nom à toute la paroiffe, & le canton le plus voilin de ce monticulel le porte encore. Après ce morne Rouge, & dans le Sud, eft un enfoncement
nommé la baie à Allain &c que fuit, à 200 toifes, la batterie Allain, mife
fur un épatement de montagne, puis vient l'embarcadère & la batterie du Mahot,
Cet embarcadère très-ancien > contient plufieurs magafins.
En gagnant encore plus au Sud, on commence à trouver le terrain marécageux que forment les eaux de la ravine de Vie-à--la-Voile, dans toute la
portion où le mouvement des marées lui a fait prendre le nom de Rivièse
Salée.
Cette rivière Salée eft traverfée par le grand chemin de la Partie du
vers celle de l'Oueft, &c. quoiqu'elle n'ait à baffe marée
Nord,,
elle fe gonde dans les hautes marées. Ses.
que pouces d'eau,
Pélèvent
débordemens, rares il eft vrai,
d'environ fept pieds, & on l'a vu aller à dix pieds trois pouces en
1785. Cette contrariété, grande pour les voyageurs, pour les voitures de charge,
&c plus encore pour lés nègres s' avait déterminé MM. de Reynaud & Le
Brafeuràyp projetter en 1780, un pont de pierres & de
la paroiffe de PAcul donnait
briques 3 pour lequel
1O,000 livres, celle du Limbé 6,000 &. celle de
Plaifance 4,000 livres. En 1788, les Adminiftrateurs y ont fait
Ies plans de M. de Rallier, dans un
faire, 5 d'après
point un peu inférieur à T'ancienne
paffe, un pont qui a coûté r25,000 livres, payées par la caiffe municipale. II
eft en piles de maçonnerie avec des travées de bois & ila 1+ pieds de large. II
eft regrettable que M. Renaud, Fun des
ait mis
aétivité à
entrepreneurs, y
une
laquelle on attribue fa mort.
En fortant du pont & rentrant dans la Plaine du Nord, on trouve la
d'un des mamelons qui courent encore du bord Eft de la baie de l'Acul pente dans
le Sud. Celui-ci porte le nom de morne aux Anglais, parce qu'ils s'y arrêtèrent.
en 1695, en allant au Port-de-Paix. Le chemin le franchit dans un
qui était extrêmement roide il y a dix ans. De là la vue s'étendjufqu'aux point hauteurs de Sainte-Suzanne,
pont & rentrant dans la Plaine du Nord, on trouve la
d'un des mamelons qui courent encore du bord Eft de la baie de l'Acul pente dans
le Sud. Celui-ci porte le nom de morne aux Anglais, parce qu'ils s'y arrêtèrent.
en 1695, en allant au Port-de-Paix. Le chemin le franchit dans un
qui était extrêmement roide il y a dix ans. De là la vue s'étendjufqu'aux point hauteurs de Sainte-Suzanne, --- Page 658 ---
632 DESCRIPTION DELA PARTIE
La portion de la paroiffe de la Plaine du Nord qui fe rapproche du Cap
a des places à vivres, des cultures & des logemens, qui annoncent qu'on eft
dans l'étendue qu'une grande ville femble s'approprier pour fes befoins & fon
luxe.
La population de la paroiffe de la Plaine du Nord était confidérable en blancs
dès qu'on commença à l'établir; malgré les pertes qu'on y avait éprouvées
en 1691 3 on y comptait encore cent hommes portant armes. Elle n'en avait
guères plus en 1723, & l'on n'y comptait à cette feconde époque que 900
efclaves; maintenant elle renferme 92 blancs dont 15 s'occupent de la pêche,
28 affranchis & environ 41500 efclaves.
Sa milice offre 70 individus.
La Plaine du Nord eft du Quartier, du commandement & de la Sénéchauffée du Cap.
On trouye fur fon territoire une habitation qui a appartenue à Pierre Lelong,
que j'ai dejà eu plufieurs occafions de citer, L'une de fes defcendantes l'a fait
paffer à M. Faubeau de Mallet par fon mariage.
I
C'eft fur l'habitation de M. Le Normand de Mezy ( dont j'ai auffi placé
d'éloge ailleurs), qu'ont été naturalifés les premiers campêches venus à SaintDomingue. Le plant, qui en avait été pris à la baie de Campêche même, fut
apporté au Cap vers 1730, & donné à M. Le Normand qui en introduifit
l'ufage fur fa fucrerie du Morne Rouge où les citronniers réuffiffaient difficilement,
Le nouveau-venu n'a pas ceflé depuis de prendre, dans les divers lieux de
la Colonie, la place de celui qu'il fupplée à merveille comme moyen de
défenfe, mais il n'en.apas le doux parfum.
On croit que cette paroiffe contient des mines, & on regarde comme certain que le canton du Morne Rouge en recèle de cuivre,
On compte de l'églife de la Plaine du Nord:
A celle du Cap
4 lieues
A celle de la Petite-Anfe
A celle de l'Acul
I 1/2
XI V.
dans les divers lieux de
la Colonie, la place de celui qu'il fupplée à merveille comme moyen de
défenfe, mais il n'en.apas le doux parfum.
On croit que cette paroiffe contient des mines, & on regarde comme certain que le canton du Morne Rouge en recèle de cuivre,
On compte de l'églife de la Plaine du Nord:
A celle du Cap
4 lieues
A celle de la Petite-Anfe
A celle de l'Acul
I 1/2
XI V. --- Page 659 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 633
XIV.
PAROISSE DE L'AcUL.
IL faut, au rifque de paraître faftidieux, fe plaindre encore de ce qu'une
paroiffe a pris un nom qui exprime à Saint-Domingue un enfoncement quele
conque. Celle-ci en avait cependant un autre que Charlevoix attribue à une
prononciation vicieufe de Acon de Luyfa 3 dénomination efpagnole qui fignifiait le havre, le port où réfide une dame Louife, &c auquel des Français
ont fuppofé une dégoûtante origine. Quoiqu'il en foit, Can de Louife était
devenu Camp de Louijfe, & jufqu'en 1720, on fc fervait rarement d'une autre
expreffion pour parler de la paroiffe aétuelle, & la baie qu'elle contient s'appelait alors Port du Camp de Louife.
Le Camp de Louife faifait partie de la paroiffe du Morne-Rouge 7 la plus
avancée à l'Oueft, dans la plaine du Cap en 1699, époque ou M. de Galiffet
l'en fépara &x en forma la paroiffe du Camp de Louife. Poury attirer les habitans
ou plutôt pour y retenir ceux qui s'y occupaient déjà d'élever des pourceaux $
il y fit prendre une conceffion à fon neveu & une autre aux religieux de la
Charité. Avec ces exemples il fallut moins de huit jours pour que le terrain
entier de la paroiffe eût des conceflionnaires. Un carme qui venait de la Guadeloupe 3 avec une nomination de MM. de Blénac &c de Bégon, Adminiftrateursgénéraux des Ifles françaifes 3 pour être le pafteur des paroiffes de Nippes &t
du Rochelois, confentit à en être le premier curé.
M. de Charrite parvint peu après à fe rendre maître, conceflionnaire, ou
propriétaire de toute cette paroiffe, dont il revendit une grande partie en
1716. Je ne fais pourquoi vingt ans après, cet établiffement a pris abfolument
le nom de PAcul.
La paroiffe de l'Acul à pour limites : au Nord, la mer 3 à T'Ef, la paroiffe de la Plaine du Nord ; au Sud, des chaînes de montagnes qui lui font
communes avec le Dondon &c la Marmelade 3 & à l'Oueft, la paroiffe du Limbé.
Cette limite Occidentale, fixée par une ordonnance des Adminiftrateurs du
IO Oétobre 1776, commence au Nord par la crête de la montagne où font
les deux coupes du Limbé & Va, de la plus grande élévation de la grande
Tome I.
L111
'Ef, la paroiffe de la Plaine du Nord ; au Sud, des chaînes de montagnes qui lui font
communes avec le Dondon &c la Marmelade 3 & à l'Oueft, la paroiffe du Limbé.
Cette limite Occidentale, fixée par une ordonnance des Adminiftrateurs du
IO Oétobre 1776, commence au Nord par la crête de la montagne où font
les deux coupes du Limbé & Va, de la plus grande élévation de la grande
Tome I.
L111 --- Page 660 ---
634 DESCRIPTIO N DE-LA PARTIE
coupe, parcourir le fommet des plus hautes montagnes, , jufgu'à la coupe à
David, pour de là gagner la rivière de la Soufrière du Limbé, puis fon bras
dro.c au point où elle en a deux,jufqu'à la limire Nord de la Marmelade.
Cette paroife a, dans fa plus grande largeur, environ 4 lieues, &c le double
dans fa plus grande profondeur. Son territoire plane eft peu confidérable &e
le fol y eft très-varié. Comme toutes les autrés elle eft fubdivifée en cantons. Ceux de la plaine font l'embarcadère, PAcul proprement dit, les Manquets,
les Mornets & les Périgourdins. Ceux de la montagne font, la Grande Ravine,
la Rivière Do:ée > les Fond-Bleux, la coupe à Mongatt, la ravine à
la Soufrière & la coupe à David.
George, a
Ens'occupant de la partie plane 3 la chofe qui s'offre la première pour être
décrite, comme la plus intéreffante & la plus frappante, eft la baic.
La baie de PAcul qui femble être préparée par le gifement des terres dont la
direétion eftà-peu-près vers le Sud-Oueft, depuis Ia pointe à Honorat
Trois Maries, & vers le Nord-Eft, depuis l'ilet du Limbé jufqu'à jufqu'aux la
pointe
d'Icaque , commence réellement à cette dernière pointe & à celle des Trois
Maries, diftantes l'une de l'autre de 945 toifes. Elle a une profondeur d'environ.
3:500 toifes.
On y arrive par trois paffes : l'une entre la côte & Piletà Sable ; elle ne peut
fervir qu'aux feuls bateaux 5 la feconde entre l'ilet à Sable & l'ilet à Rats qui eft
pleine de reffifs & d'écueils pour de gros vaiffeaux; & la troifième entre lilet à
Rats &la côte qui court de la pointe d'Icaque à l'embarcadère du Limbé. Cette
troifième paffe 3 indépendamment de la grande caye à Philipot qui s'étend à plus
de 2,500 toifes vers l'Oueft, eft parfemée de tant d'autres cayes détachées les unes
des autres, qu'il faut une grande connaiffance du local & des précautions continuelles pour arriver à l'ouverture de la baie. A fon tour 1 celle-ci, foit par fon
haut-fond connu qui a 1,600 toifes de long fur une largeur moyenne de 200 toifes;
foit par d'autres haut-fonds qui en font détachés, foit par fon peu d'eau, dès
qu'on approche à une certaine diftance de terre, offre de nouvelles difficultés
venir mouiller même au Nord du Morne-Ronge, devant Phabitation Graville pour
point qui peut recevoir de gros bâtimens.
>
Le 17 Septembre 1712, des Anglais firent une defcente dans la baie
enlevèrent 46 nègres à M. de Charrite &c 26àMt, Huchet. En
toute &y la
défenle de cette baie ne confiftait qu'en deux corps-de-garde dont 1713 l'un était au
terre, offre de nouvelles difficultés
venir mouiller même au Nord du Morne-Ronge, devant Phabitation Graville pour
point qui peut recevoir de gros bâtimens.
>
Le 17 Septembre 1712, des Anglais firent une defcente dans la baie
enlevèrent 46 nègres à M. de Charrite &c 26àMt, Huchet. En
toute &y la
défenle de cette baie ne confiftait qu'en deux corps-de-garde dont 1713 l'un était au --- Page 661 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUE
point duj
&
C Morne-Rouge l'autre àl'Acul vers l'enfoncement de la baie. Un
de canon tiré de chez le commandantavernifhir, tout fon
coup
mis deux pièces de canons au corps-de-garde de l'Acul contour.. Dépuis on avait
tives des frégates
pour empêcher les tentalégères 3 les feules auxquelles on croyait que la
donner accès.
paffe pût
On était même G plein de cette confiance, qu'iln'exiftait plus de
baie, lorfque le 17 Avril 1748, trois corfaires
canons fur Ia
fuivis par deux bâtimens de
français fortant du Cap 8 pourfe
guerre anglais, l'un de 26 & l'autre de
réfugièrent dans la baie de l'Acul, bien perfuadés la
56 canons,
feule tenter d'y entrer, & étant préparés à l'aborder. que Mais petite frégate pouvait
vint le premier la fonde à la main, & fuivi de la
il le vaiffeau de 56 y
Allain.
frégate, mouilla à la baie à
Les corfaires s'échouèrent à terre fur un fond de vafe, l'allarme fut
M. de Vaudreuil, bientôt informé au Cap de ce qui fe paffait,
tirée &
Fontenelle &
envoya M. de
quatre canonniers; on prit les plus gros canons
les
avaient déjà débarqués, on en fit une batterie fur Phabitation que corfaires
état de ripofter au premier
tirèrent
Pillat & elle fut en
coup que
les vaiffeaux après avoir mouillé,
On fit partir du Cap 6 pièces de canon de fix fur des charrettes &
firent un épaulement au Morne-Rouge pour couvrir la bâtterie oùr 150 nègres
mettre ces pièces. Les vaifftaux, qui avaient tiré
de
l'on devais
envoyèrent un parlementaire
déclarer
plus 200 coups de canons >
pour
que fi l'on élevait une batterie au
Morne-Rouge 3 ils feraient à la terre tout le mal qu'ils
Vaudreuil qui-avait été à l'Acul avec la
pourraient. M. de
compaghie des
vint au Morne-Rouge répondre à cette fanfaronade dragons-milices du Cap,
heures les canons feraient montés. Les bâtimens en déclarant que fous trois
attendre, ils mirent à la voile & fortirent à la ne jugeant pas prudent de les
hommes, Les canons qui, à caufe des mauvais
nuit, après avoir perdu fept
chemins, étaient arrivés
fervirent à former la batterie du Morne-Rouge. M. de Vaudrevil trop tard,
-
mê.ne temps un retranchement à l'embarcadère à
commanda en
l'embarcadère de i'Acul,
Mahot, &z une batterie à
Nous ne perdimes perfonne dans cette affaire. Le capitaine le Blanc
ancien des trois capitaines corfaires, fit des
, le plus
dont tous les nègres avaient été
prodiges avec fa batterie, & M. Pillat,
employés à la défenfe, eut fa favane
les boulets &c quelques conftructions endommagées,
labourée par
Lllls
anchement à l'embarcadère à
commanda en
l'embarcadère de i'Acul,
Mahot, &z une batterie à
Nous ne perdimes perfonne dans cette affaire. Le capitaine le Blanc
ancien des trois capitaines corfaires, fit des
, le plus
dont tous les nègres avaient été
prodiges avec fa batterie, & M. Pillat,
employés à la défenfe, eut fa favane
les boulets &c quelques conftructions endommagées,
labourée par
Lllls --- Page 662 ---
636 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
Maintenant la baie de l'Acul eft dans un état refpeétable ; 8 batteries de canons
& de mortiers établies dans fon contour 3 la précaution de réduire la paffe du
Morne-Rouge > la feule propre aux vaiffeaux, à 13 pieds de profondeur, &
des corps-de-garde pour veiller aux moindres entreprifes', ne doivent laiffer
aucune inquiétude fur cette baie, quoique fon enfoncement qui n'eft que vafes
& que mangles, & oùrles canots ne peuvent aborder qu'aux embarcadères, ne foit
réellement qu'à environ 7,000 toifes du Cap. D'ailleurs, il eft impoffible s
commeje l'ai dit précédemment, qu'une efcadre veuille s'y hafarder.
M.de Puyfégur, qui a levé un plan de la baie del'Acul qu'on trouve dans fon
Pilote de Saint-Domingue 2 a marqué la Jatitude de Pilet à Rat à 19 degrés 48
minutes, 53 fecondes, & fa longitude à 74 degrès, 48 minutes, 35 fecondes.
Le 14 Avril 177351: bateau le Dromadaire, monté par fon propriétaire M.
Turon, aricien pratique, fortait de cette baie avec un léger vent de terre 3 pour
aller au Cap. Il avait pris, comme plufieurs autres fois, la paffe entre la pointe
à Picard & lilet à Sable, mais fe trouvant en calme par le travers des Trois
Maries > & ne pouvant mouiller fur les roches, Jes courans le portèrent fur un
seffif où en peu de tems, il fut démantelé.
La baie de PAcul a eu l'honneur infigne de recevoir Chriftophe Colomb qui lui
avait donné le nom de Port St-Thomas, parce qu'il y était entré le 21 Décembre
1492,jour de la fête de ce Saint.
C'eft au fond de cette baie, qu'eft l'embarcadère de P'Acul fitué au moins
3,000 toiles plus méridional que l'extrémité Sud de la ville du Cap. Il eft peu
confidérable quoique compofé de trois établiffemens. Celui qui appartient à M.
Chanche & qui eft le principal, a de plus une guildiverie. Quelques magafins
pour entrepofer les denrées &c les marchandifes en retour & quelques baraques
occupées par des pêcheurs, donnent un air de peuplade à ce point que la privation
d'eau potable empéchera toujours de devenir important. Lorfque la mer eft libre 2
c'eft-à-dire, pendant la paix, il part chaque matin de cet embarcadère pour le Cap,
où ils fe rendent dans la journée, quatre pafagers qui font des goclettes de 25à
30 tonneaux dont un blanc & quatre ou cinq nègres forment léquipage. #
Cetembarcadère tres-ancienétsitaf.rméauprofrdu fifc desizpg&letmn@pontde
labarrique defucrcétairalors d'une gourde. En 1752, le fermierdonnait 75ol.paran.
La rivière Salée qui eft la limite Nord-Eft de la paroiffe, fervait auffi autrefois
d'embarcadère, & des acons venaient y prendre des denrées qu'ils portaient
dans la baie, De légères obltruétions dans le cours de cette rivière, & la négli-
auprofrdu fifc desizpg&letmn@pontde
labarrique defucrcétairalors d'une gourde. En 1752, le fermierdonnait 75ol.paran.
La rivière Salée qui eft la limite Nord-Eft de la paroiffe, fervait auffi autrefois
d'embarcadère, & des acons venaient y prendre des denrées qu'ils portaient
dans la baie, De légères obltruétions dans le cours de cette rivière, & la négli- --- Page 663 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 637
gence trop générale dans la Colonie s ont fait perdre cette utile reffburce.
Depuis, on a parlé d'en nettoyer & d'en redrefer le lit, & l'on a même été
jufqu'à propofer de faire communiquer la rivière Salée avec la rivière du Haut
du Cap., afin qu'en tems de guerre, du moins , on pût faire parvenir, fans
danger, dans la ville du Cap, les denrées des paroiffes de la Plaine du Nord &c
de PAcul & même du Limbé & du
Port-Margot, 3 au moyen de petits bateaux
qui n'étant plus obligés de s'écarter de la côte , comme les paflagers 5 ne courraient plus le rifque de tomber au pouvoir de l'ennemi. M. Bonami avait fait, en
1778, un plan de cette opération en avouant que l'invention en appartenait à MCauvet 3 ingénieur, , &c MM. de Reynaud & Le Braffeur s'occupaient des moyens
de le réalifer, lorfque leur intérim a ceffé,
Dès qu'en quittant la rivière Salée on entre dans la paroiffe de l'Acul, on
fe trouve devant deux ou trois maifons, dont l'une eft une petite auberge ou
cabaret, &-l'on eft dans dans le canton de l'Acul, proprement dit. De ce
point partent plufieurs chemins. L'un va aux mornets. 3 l'autre vers l'églife & un
troifième, 3 qui eft celui de communication entre le Cap & le Port-au-Prince
va de PER à l'Oueft en fe dirigeant fur une chaîne de montagnes. En fuivant ce ,
dernier, l'on traverfe d'abord la raque à Maurepas, du nom d'un ancien propriétaire de ce fol, qui eft fi compaéte & fi boueux dans les tems de pluies,
qu'il n'eft pas de patience dont la durée puiffe égaler celle du tems qu'on met
alors à parcourir cette raque.
Dans cette longueur, on voit fur la gauche la fucrerie Sacquenville, dont
dépend un petit tertre que l'on affure avoir été l'habitation d'anciens naturels de
l'ile, & oû l'on prétend que des calculs lucratifs ont fait détruire des tombeaux.
On y. trouve encore des fétiches & des coquilles. En
avançant encore, on
apperçoit quelques autres fucreries dont l'afpect contrafte agréablement avec
celui des mornes dont on s'eft rapproché.
Parvenu à environ 1,500 toifes du pont de la rivière Salée, le chemin royal
eft coupé par un autre chemin qui conduit depuis le haut de la paroiffe jufqu'a
l'embarcadère du fond de la baie. La rencontre des deux chemins fe trouve à
500 toifes dans le Sud de cet embarcadère > &c à 650 toifes dans le Nord de
l'églife confacrée à la Nativité de la Vierge. Cette églife eft ifolée. I y a
ans qu'on l'a rétablie à neuf & que la piété des habitans en a fait un temple digne cinq
de fon objet. Ses regiftres remontent jufqu'en 1720 feulement. Elle eft prefque
ère du fond de la baie. La rencontre des deux chemins fe trouve à
500 toifes dans le Sud de cet embarcadère > &c à 650 toifes dans le Nord de
l'églife confacrée à la Nativité de la Vierge. Cette églife eft ifolée. I y a
ans qu'on l'a rétablie à neuf & que la piété des habitans en a fait un temple digne cinq
de fon objet. Ses regiftres remontent jufqu'en 1720 feulement. Elle eft prefque --- Page 664 ---
638 DESCRIPTIO N DE LAPARTIE
fur la même ligne Eft & Oueft que l'églife de la Plaine du Nord, &c un chemin
afez droit fait parcourir les 3,000 toifes qui font entr'elles deux.
On compte de l'églife de l'Acul
A P'églife du Limbé,
21. 1/2. 1 A l'églife de la Marmelade, i
71,
Dondon
du Cap,
De l'efpèce de carrefour dont j'ai parlé, le chemin prend la direétion du
Nord-Nerd-Oueft entre la baie, & une chaîne de montagnes. Après qu'on y a
fait environ 1,500 toifes, on trouve une ravine de la Belle-Hôteffe, & 150
toifes plus loin le chemin de la grande coupe du Limbé, qui par des contours
aloucis mêne dans les parties fupérieures de la plaine du Limbé & à l'églife de
cette paroiffe. C'eft celle que fuit le courrier du Cap au Port-au-Prince.
A partir du point où le chemin eft coupé par celui de la grande coupe > l'on
entre dans le canton du Camp de Louife, où eft la route du Bas Limbé, du
Port-Margot, du Port-de-Paix & du Môle. Ce canton n'eft dans fa partie
plane , qu'une bande qui a la baie dans PE( &. une chaîne de montagnes dans
l'Oueft. Cette bande a une habitation de chaque côté du chemin qui le coupe
en deux parties affez égales, Quand on eft parvenu dans le Nord au point qui
correfpond à-peu-près à la pointe d'Icaque, l'une de celles de l'entrée de la
baie, le chemin contourne un épatement de mornes, & en allant un peu à
l'Oueft l'on ne tarde pas à trouver la petite coupe du Limbé.
C'eft le nom du fecond point par lequel on franchit la chaîne de montagnes
qui eft à l'Oueft de l'Acul & qui va par des embranchemens fucceffifs fe
réunir à la première chaîne du Cibao. Il faut monter affez long-tems dans une
efpèce de gorge étroite où l'on trouve des efpaces cultivés & furtôut dans le
point le plus élevé, où une bananerie çonfidérable. couvre les deux croupes de
la montagne, dort l'écartement laiffe un paffage au chemin.
C'eft en gagnant le haut du canton de l'Acul vers le Sud, qu'on trouve encore
dans la plaine celui des Manquets, qui n'appartient à préfent qu'à la fucrerie
de Noé, parce que celle d'Héricourt lui eft réunie > puis le canton des Mornets >
dont la dénomination indique affez la nature, Ce dernier fe termine par une
gorge de fon nom, qui commence au-deffus de l'habitation Guillemenfon & qui
mène au Dondon. Plus à l'Oueft eft le canton des Périgourdins, dont la gorge
mène à la Marmelade par la coupe. à Mongaut.
L'on apperçoit dans un point de la plaine de l'Acul, & à environ une lieue
ourt lui eft réunie > puis le canton des Mornets >
dont la dénomination indique affez la nature, Ce dernier fe termine par une
gorge de fon nom, qui commence au-deffus de l'habitation Guillemenfon & qui
mène au Dondon. Plus à l'Oueft eft le canton des Périgourdins, dont la gorge
mène à la Marmelade par la coupe. à Mongaut.
L'on apperçoit dans un point de la plaine de l'Acul, & à environ une lieue --- Page 665 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGE UE.
au-deffus de l'églife, > fur l'habitation Flaville 8c Nogerée, un mculin à vent
frappe d'autant plus l'oeil du voyageur, qu'il eft le feul de toute la plaine du > qui
Le territoire plane de la paroiffe de PAcul contient, dans fa
Cap.
ries' & deux qu'on établit. On peut en évaluer le
totalité, 17 fucredemie de fucre blanc, mais de la
produit à trois millions &
pas
première qualité. Il y en avait
autrefois ; des pertes & des produits infuffifans en ont fait
d'avantage
dans le voifinage de la rivière Salée. La
difparaître plufieurs
plaine a. de plus 7 guildiveries, une
tuilerie-briqueterie & 2 entrepôts l'un au pied des Mornets & l'autre:
des Périgourdins. pour recevoir les denrées des mornes &c les
au pied
tirent du Cap.
provifions qu'ils
Les cantons montagneux renferment environ IOO cafeteries & autant de
places-à-vivres. Ils n'ont pas tous un fol égal. Plufieurs font
à la culture du cafier, &c confidérés même
très-propres
le haut des Mornets,"la.rivière
comme très-fertiles : tels font
Dorée, les Fond-Bleux .&c la
à
Ceux des Périgourdins 7 de la Grande ravine, de la ravine à coupe David.
Soufrière ne conviennent point à cet arbufte, &
Georges &c de la
une coûteufe expérience. Mais les vivres du,
plufieurs habitans en ont fait
feraient encore plus fructueufement
pays y réuffifent bien. Ces cantons
viennent
employés en. pacage pour les animaux
y
tous avec fuccès.
qui
Au, Sud de la paroiffe & prefque au haut de la montagne la
le Dondon, 3 fe trouve une fource très-abondante
qui fepare d'avec
en rochers; plufieurs ruiffeaux fe
dont l'eau tombe de rochers
réuniffent à fon cours dans la
mornets, & arrivée dans la plaine c'eft la rivière du Haut du
gorge des
fon embouchure eft au Cap; ou la rivière à Galifet,
Cap, parce que
trois fucreries de ce nom. Ses eaux
parce qu'elle traverfe les
qu'à la moitié de leur
> que les plus grandes féchereffes ne réduifent
font de la
volume, font mouvoir fept moulins à fucre dont deux
paroiffe de P'Acul,
Peut-être un travail hydraulique far cette
des ruiffeaux, lui procureroit-il des
paroiffe 3 'très-coupé par des ravines
celui de rendre les
avantages dont elle a befoin, &c par exemple
partics noyées du bord de la baie
à la
canne à fucre.
propres culture de la
La paroiffe de PAcul ay comparativement à fa furface,
à entretenir, On en compte 32,465 toifes, foit
beaucoup de chemins
En 1688, la milice y était de
royaux > foit de communication.
eft de 120,
51 hommes, en 1723 de 99, & à prélent elle
ui de rendre les
avantages dont elle a befoin, &c par exemple
partics noyées du bord de la baie
à la
canne à fucre.
propres culture de la
La paroiffe de PAcul ay comparativement à fa furface,
à entretenir, On en compte 32,465 toifes, foit
beaucoup de chemins
En 1688, la milice y était de
royaux > foit de communication.
eft de 120,
51 hommes, en 1723 de 99, & à prélent elle --- Page 666 ---
N DE LA PARTIE
640 DESCRIPTIO
La population totale de la paroiffe ( où Pon ne comptait que 950 nègres en
), eft dans la plaine de 130 blancs &c 3-500 efclaves, & dans les mornes
de 1723 blancs, 200 affranchis & 1,500 efclaves. Total, 6,425 individus.
Le 95 Camp de Louife devenu PAcul, eft le lieu où l'on prétend que la lèpre
ou l'éléphantiafis s'eft montré pour la première fois dans la Colonie françaife.
Cette affreufe maladie y parut en 1709, &c d'après une vifite ordonnée par deux
arrêts du Confeil du Cap, le 5 Mai 17I0 & le 3 Mars 17II, & faite par un
médecin & deux chirurgiens, on trouva qu'elle était l'affligeant partage de 28
familles; & elle s'était propagée à Bayaha & au Trou. Était-elle venue 3 'comme
quelques-uns le difaient, de l'ile Saint-Chriftophe ? Était-elle un des effets de
la nourriture principale des habitans de. l'Acul, qui élevaient beaucoup de
cochons ? Était-elle enfin un argument pour ceux qui rejettant l'étymalogie
de Charlevoix quant au nom du lieu, en adoptaient une qu'ils attribuaient
à la plus honteufe débauche, & qu'autorifaient les noms dégoûtans que
encore quelques ravines, Le tems n'a rien refpecté de ce qui pourrait
portent
trouve doux d'avoir à dire
de
donner des lumières fur ce point; 1 mais je
que
charmantes Créoles de cette paroifle prouvent > par leurs attraits comme par
leurs vertus; 3 que le féjour qu'elles habitent ne doit plus nourrir aucune prévention défavorable.
d'avoir
On eft redevable à un habitant de PAcul, nommé Michel Périgord,
de ce fiècle, de faire ufage de l'efpèce d'indigo appelé
effayé, au commencement
quoique moins ettimé à pluficurs égards que
batard, maron oufauvage, qui > les reffources de la Colonie. Mais depuis
l'indigo framc, multiplie cependant
maladie
l'anéantit
1776 cette utile plante a prefque difparu par l'effet d'une
qui
& dont je parlerai à la defcription des paroiffes où fa deftruétion s'eft manifeftée d'abord.
&
Les cacaoyers ont été long-tems une culture très-lucrative à T'Acul,
un mémoire de Le Pers, qu'en 1714 un feul
Charlevoix rapporte > d'après
habitant appelé Chambillac en poffédait vingt mille.
L'épizootie a caufé de grands ravages dans la paroifle de. PAcul. Elle y paffa
de lhabitation Carré, du Quartier-Morin, fur celle Du Paty, qui, dirigées par
le même Adminiftrateur, avaient entr'elles des communications fréquentes. En
trois mois la fucrerie Du Paty perdit, en 1772, 80 mulets, fans compter les
chevaux & les boeufs. Les fucreries la Plaigne, Sacanville & Macurty eurent
L'Acul
aulli de grandes pertes d'animaux,
Elle y paffa
de lhabitation Carré, du Quartier-Morin, fur celle Du Paty, qui, dirigées par
le même Adminiftrateur, avaient entr'elles des communications fréquentes. En
trois mois la fucrerie Du Paty perdit, en 1772, 80 mulets, fans compter les
chevaux & les boeufs. Les fucreries la Plaigne, Sacanville & Macurty eurent
L'Acul
aulli de grandes pertes d'animaux, --- Page 667 ---
FRANÇAISE DESAINT T-DOMINGUE, 641
L'Acul a vu naître M. Mercier DuPaty 3 mort tréforier de France & membre
de l'Académie de la Rochelle. Dans les mémoires plubliés par cette compagnie
favante en 1752, on en trouve un de M. Du Paty > lu le 5 Mai 1750, fur les
bouchots à moules, pour fervir à l'hiftoire naturelle du pays d'Aunis, où il
parle des vers qui piquent les vaiffeaux. M. Mercier Du Paty était père de M.
le préfident Du Paty dont la perte récente (en 1788) afflige encore tous ceux qui
défirent, au nom de l'humanité, une réforme dans nos loix criminelles.
QUARTIER DU LIM B É.
X V.
PAROISSE DU LIMBÉ.
LE Limbé a la mer au Nord; au Sud une chaîne des montagnes dépendantes
de la première chaîne qui va du Cibao vers le Port-de-Paix, & qui féparent
le Limbé d'avec la Marmelade &c Plailance ; à l'Eft une chaîne de montagnes
fecondaires' qui vont de le mer jufqu'à la rencontre de la première chaîne du
Cibao, dans la, direétion du Nord au Sud, en féparant le Limbé de l'Acul, &c
à lOueft encore une chaîne fecondaire femblable, qui eft la limite entre le
Limbé &c le Port-Margot.
: Ce n'eft que vers 1712 qu'on a fongé à s'établir au Limbé, &c encore en
1715,les perfonnes quil'habitaient dép pendaient-elles de la paroife de P'Acul.Cette
dernière paroiffe avait alors le P.Le Pers pour curé, qui exerçant fon goût pour la
formation de nouvelles paroiffes, acheta un terrain, au Limbé moyennant 115 1.,
pour y faire conftruire une chapelle. Ce local fe trouva dépendre de la conceffion
d'un M. Le Tellier, mais M. Barrère > lieutenant de roi du Cap, y fuppléa par
la conceffion d'un autre terrain. Le 2 Septembre 1715, on confacra la chapelle
fous l'invocation de Saint-Pierre, dans l'endroit même où eft le bourg actucl.
La paroiffe a des aftes qui remontent jufqu'à cette époque de 1715, mais ils:
ont été tenus avec beaucoup d'irregularité, & il eft pluficurs longues lacunes
pendant lefquelles les regiftres n'ont, par exemple > rien de relatif aux baptemes, aux mariages & aux inhumations des efclaves.
Pour accélérer le défrichemeng du Limbé, tous les terrains en furent réunis
Tome I.
M m m m
cl.
La paroiffe a des aftes qui remontent jufqu'à cette époque de 1715, mais ils:
ont été tenus avec beaucoup d'irregularité, & il eft pluficurs longues lacunes
pendant lefquelles les regiftres n'ont, par exemple > rien de relatif aux baptemes, aux mariages & aux inhumations des efclaves.
Pour accélérer le défrichemeng du Limbé, tous les terrains en furent réunis
Tome I.
M m m m --- Page 668 ---
642 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
le 3 Décembre 1715; mais par un abus beaucoup trop commun alors, la majeure partie de la plaine du Limbé fut concédée à un feul individu, &c cette
individu était M. de Brach, lieutenant de roi à Léogane. Il n'yavait donc que
des commencemens de hattes en 1716, & le 14 Septembre 1717,les Adminiftrateurs furent encore obligés de réunir tout ce qui était refté fans nul établiffement.
Le Limbé eft maintenant une paroiffe confidérable, compofée d'une partie
plane & d'une partie montagneufe. La plaine qui a environ une lieue de large
de PEC à l'Oueft, fur trois lieues & demie de profondeur Nord & Sud, eft
arrofée par une grande rivière formée par les eaux de plufieurs ravines fortant
de diverfes gorges de montagnes, & dont la principale prend, comme je
l'ai dit, fa fource dans la paroiffe de la Marmelade & parcourt environ quinze
lieues avant d'arriver à la mer. On la nomme rivière Rouge > mais plus communément rivière du Limbé, Ses débordemens font tres-fréquens depuis le mois
de Novembre jufqu'au mois de Mars, & l'on cite particulièrement celui du
mois d'Oétobre 1722. Ils font occafionnés par la réunion des pluies d'orage &c
de celles qu'amènent les Nords. Alors la rivière, comme on la encore vu en
1783, furmonte fes écores & va ravager les cultures que l'on n'a pas pris foin
de protéger par des digues & des levées. Elle ne taritjamais & nourrit des carpes:
fort célicates.
En obfervant qu'on trouve dans toute cette plaine des portions d'arbres &
des feuilles à 12, 15 & même 18 Pieds de profondeur, il eft impoffible de ne
pas croire que la plaine du Limbé a été originairement couverte par la mer &s
qu'on doit à la rivière le remblai qui forme le beau terrain qu'on y voit. Et
en confidérant combien ces. parties végétales enfouies font encore confervées,
on doit penfer que ce travail cics eaux n'eft pas très-ancien.
Les points affez élevés pour que la rivière n'ait pas pu les atteindre dans fes
débordemens, font d'une mauvaife qualité &c d'une nature argileufe.
D'un autre côré, l'éloignement plus ou moins grand des. montagnes qui terminent cette plaine au Sud, infue auffi fur la bonté du fol.. On. peut même
regarder comme un moyen sur pour apprécier cette. bonté, l'ordre dans lequel
les torrens forment fucceflivement leurs dépôts. Les galets ou graviers les plus
gros font dépofés par eux près de leurs fources, 3 comme plus pefans, puis
viennent les fables & enfuite les parties terreufes qui pouvant fe foutenir mélées
. montagnes qui terminent cette plaine au Sud, infue auffi fur la bonté du fol.. On. peut même
regarder comme un moyen sur pour apprécier cette. bonté, l'ordre dans lequel
les torrens forment fucceflivement leurs dépôts. Les galets ou graviers les plus
gros font dépofés par eux près de leurs fources, 3 comme plus pefans, puis
viennent les fables & enfuite les parties terreufes qui pouvant fe foutenir mélées --- Page 669 ---
FRANÇAISE DE S AIN T-D OMIN G U E.
aux eaux s ne font dépofées que dans les endroits où ces mêmes eaux nappent,
en quelque forte, en perdant leur viteffe - c'eft-à-dire, près de la mer.
Mais fi dans ce fyftême les terrains voifins des grandes montagnes font les
moins favorifées par le fol, ce défavantage eft cependant balancé par les pluies
d'orage qui y tombent plus fréquemment & avec plus d'abondance.
L'on divife la plaine du Limbé en deux parties ; favoir: le Haut Limbé,
qui eft la plus proche des montagnes au Sud; elle contient 16 fucreries ; & le Bas
Limbé qui eft vers la mer, &c où font fix fucreries. Ces deux parties font
féparées par la rivière qui, à environ une lieue de la mer, coupe en quelque
forte la plaine en allant du pied des montagnes de l'ECt chercher le pied de celles
de l'Oueft.
En général les terres de la plaine du Limbé font d'une excellente qualité &
fufceptibles de toutes les cultures, Ony'avait autrefois beaucoup d'indigo qui
y devenait très-beau, mais les infeétes qui détruifent cette plante, ont déterminé tous les habitans, qui en avaient le moyen, à lui préférer la canne à
fucre. De manière que prefque toute la plaine du Limbé eft occupée par des
fucreries. Les 22 qu'elle contient & dont 13 ont des moulins à eau, donnent
annuellement environ quatre millions cinq cens milliers de fucre blanc, dont la
moitié eft produite par les 16 fucreries du Haut Limbé, & l'autre moitié par
les fix fucreries du Bas Limbé. Avec plus de cultivateurs la plaine verrait encore
fon produit s'augmenter.
Lorfqu'on vient du Cap, on arrive, comme le ditla Defcription de l'Acul,
par deux gorges ou coupes. A environ une lieue de la cime de la chaîne que
franchit la grande coupe qui va au Haut Limbé, eft le bourg où eft l'églife qui
a été conftruite plufieurs fois en bois qui pourrifent très-vite à caufe de Phumidité. On en projète une de maçonnerie 3 mais aétuellement une grande cafe,
partagée en deux, fert à la fois 8de temple du Seigneur & de logement à fon
miniftre. Une vingtaine de mauvaifes cafes couvertes de pailles ou d'effentes,
forment là une efpèce de' bourg où. réfident des ouvriers, des marchands & des
cabaretiers > & où un aubergifte nommé Roflignol, loue des chaifes attelées
pour aller au Cap, à 66 liv. par jour ; & des chevaux fellés pour la moitié
de ce prix. Près du bourg, le grand chemin qui va du Cap au Port-au-Prince,
traverfe la rivière qui, plus d'une fois, a mis le courrier en grand péril, & qui,
chaque année, coûte la vie à quelque imprudent. Elle emporta le bourg prefque
en totalité en 1744.
M m m m 2
oflignol, loue des chaifes attelées
pour aller au Cap, à 66 liv. par jour ; & des chevaux fellés pour la moitié
de ce prix. Près du bourg, le grand chemin qui va du Cap au Port-au-Prince,
traverfe la rivière qui, plus d'une fois, a mis le courrier en grand péril, & qui,
chaque année, coûte la vie à quelque imprudent. Elle emporta le bourg prefque
en totalité en 1744.
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644 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
Sil'on arrive par la petite coupe, on paffe le chemin qui conduit au Port-dePaix; dès qu'on eft au fommet de la chaîne, limite de l'Acul & du Limbé,
il s'offre un nouveau fpeétacle dans la plaine fertile du Bas Limbé, dont le
lointain qui femble artiftement ménagé par la nature, forme un effet pittorefque. Le voyageur en ferait enchanté s'il ne remarquait pas qu'il n'a pour y
defcendre qu'un chemin hériffé de pierres mobiles ou encore incruftées dans
lc fol qui forcent les vcitures à aller par faults 8c par bonds jufqu'au pied de lar
montagne. En vain chercherait-on à rendre la voie plus facile. Si l'on déplace
les pierres, les pluies en enlevant la terre qui en couvre d'autres les laiffent
bientôt à découvert, & cette montagne inépuifables en pierres calcaires, promet de lafer la patience des hommes encore quelques fiècles. Il ferait donc
plus fage de chercher un autre chemin, & peut-être eft-ce le long du rivage
qu'il faut le choifir, parce que de groffes pierres qui s'y trouvent permettraient
de former une levée de la plus grande folidité.
Ily a aufli un grand chemin de voiture qui fait communiquer entr'eux le
Haut & le Bas Limbé.
Après le bourg &c la paffe de la rivière, le chemin du Port-au-Prince fuie
la plaine qui fe rétrécit en fe dirigeant vers le Sud-Oueft, &c il va ainfi
chercher la gorge de la Grande: ravine où coule réellement une grande ravine
qui a auffi des carpes & qu'il faut paffer trois fois. On rencontre, dans cet
intervalle, des fucreries, dont celle Chabaud eft la dernière. On a de chaque
côté quelques indigoteries, ou bien des cafeteries dont les établifiemens font
fur la portion plane & les cafiers dans des enfoncemens que laiffent l'extrémité
des épatemens de montagnes ou furles pentes plus ou moins adoucies de ces dernières. Dans quelques points font aufii des entrepôts pour recevoir les denrées
dés manufaétures des montagnes, ou les objets utiles qu'elles attendent du
Cap. Le taux aétuel des charrois de cet entrepôt peut être connu en fachant
qu'on paye quatre piaftres-gourdes celui d'un millier de café de ces entrepôts
a lembarcadère du Limbé. Enfin l'on arrive au pied de la coupe de Plaifance
qu'il fallait gravir à cheval & avec effort, avant qu'on n'eût fait une route
praticable aux voitures qui conduifent à Plaifance, & là finit la plaine du
Limbé.
Les cantons de Ia partie montueule de Ia paroiffe du Limbé font, en allant de
TEt dans POueft, PAcul à Jean-Raux, la Ravine des Roches, la Soufrière
a lembarcadère du Limbé. Enfin l'on arrive au pied de la coupe de Plaifance
qu'il fallait gravir à cheval & avec effort, avant qu'on n'eût fait une route
praticable aux voitures qui conduifent à Plaifance, & là finit la plaine du
Limbé.
Les cantons de Ia partie montueule de Ia paroiffe du Limbé font, en allant de
TEt dans POueft, PAcul à Jean-Raux, la Ravine des Roches, la Soufrière --- Page 671 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 645
du Limbé, partie de la Grande ravine , le Boucan à Guimby, > l'Ilet-à-Corne,
le Morne à Deux-Têtes, la rivière Rouge & partie de la Coupe-à-Noé. Le
cafier &c les vivres du pays y réuflifent parfaitement.
On compte dans ces montagnes ou dans les gorges qu'elles forment, 124
cafeteries, s 13 indigoteries 8c 79 places à vivres. Ily a auffi dans la paroiffe trois,
manufactures qui font des pots, des briques & des tuiles, & la paroiffe à 4
guildiveries.
La coupe de Plaifance eft longue parce que le chemin a été pratiqué dans
la croupe même de la montagne, > & qu'il n'a pas été poffible de lui donner une
pente extrémement adoucie. Mais ceux qui ont paffe dans celle où l'on n'allait
qu'à cheval & qui eft fur la gauche de la nouvelle qu'on vient de terminér,
trouvent celle-ci bien douce. Ce chemin dans fes direétions differentes & quelquefois oppofées, montre des établiffemens qu'on atteint fucceffivement &c
au-deffus defquels on eft preique furpris de fe trouver, lorfqu'après avoir
monté plus de 5,000 toifes, on a pu parvenir au fommet de Ja crête qui eft
le point le plus élevé de cette coupe & celui qui fert de limite aux deux
paroiffes du Limbé & de Plaifance. Arrivé là, l'aeil contemple avec étonnement
la maffe énorme de montagnes qui s'offrent de toute part, &c dont plufieure
ont des afpedts volcanifés; qui femblent amoncelées les unes fur les autres, &
. qui, dans leurs pentes plus ou moins rapides, dans les intervalles étroits qu'elles
Jaiffent entr'elles, & qu'on pourrait prendre pour des précipices, offrent la
preuve de l'induftrie de l'homme. Le pittorefque de cette fituation s'accrcit
par la vue de la Grande ravine du Limbé, du bord de laquelle on a commencé
à gravir la coupe &c que l'on apperçoir alors dans les différentes gorges, paffant
dans le canton de lINet-à-Corne & donnant dans le lointain la mefure de la
hauteur à laquelle on eft parvenu. Lorfqu'on eft fur la cime on éprouve une
fenfation qu'on ferait tenté d'appeler froide.
De toutes les paroiffes de la Partie du Nord de la Colonie, celle du Limbé
eft la plus favorifée par les pluies. Au mois d'Avril 1766, elles y causèrent
de grands. dégats. Le 25 elles furent accompagnées de coups de tonnerre
affreux, le même jour, le courrier allant du Cap au Môle, perdit fes.
paquets dans la rivière ; & le 26 à neuf heures quelques minutes du foir la
terre trembla. On a calculé que du 1er, Avril 1783 au dernier Mars 1784,ily.
était tombé 17 pieds,7 pouces, 8 lignes d'eau, Si ces pluics font nuifibles.
de grands. dégats. Le 25 elles furent accompagnées de coups de tonnerre
affreux, le même jour, le courrier allant du Cap au Môle, perdit fes.
paquets dans la rivière ; & le 26 à neuf heures quelques minutes du foir la
terre trembla. On a calculé que du 1er, Avril 1783 au dernier Mars 1784,ily.
était tombé 17 pieds,7 pouces, 8 lignes d'eau, Si ces pluics font nuifibles. --- Page 672 ---
646 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
quelquefois par. leur trop grande abondance 3 les habitans font dédommagés
de cet inconvénient, parce qu'ils n'éprouvent point les féchereffes qui défolent
fi fréquemment les autres lieux par les difettes de vivres, toujours fi défaftreufes. Cependant la féchereffe de 1786 y a été douloureufement fentie.
La fituation de la Plaine du Limbé, entourée de montagnes & traverfée
par une grande rivière, y rend l'air froid 8c humide. Le thermomètre de
Réaumur y eft prefque toujours deux degrés plus bas qu'au Cap. Cependant le féjour en eft fain pour les blancs, mais les nègres y font fujets à
d:s maladies de poitrine 2 dont des tranfpirations fupprimées font la plus
fréquente caufe.
Les montagnes qui bordent le Limbé font encore affez garnies de bois,
Les parties les plus voifines de la mer en ont d'excellens, appelés bois incorruptibles. Celles qui font au contraire à une lieue & plus de la mer >
ne portent que des bois mous, dont quelques-uns peuvent néanmoins fervir
à des charpentes couvertes ou être employés en merrain.
a
Les deux chaînes de montagnes de P'Ef & de l'Oueft de la paroiffe, n'ont
que des pierres calcaires calcinables, depuis le rivage jufqu'à environ une
lieue en gagnant dans le Sud. A partir de là jufqu'à la grande chaîne, il n'y
a plus de pierres calcaires,
Le Limbé recèle probablement des mines de divers genres. Vers 1763,
un habitant, en faifant creufer pour conftruire une éclufe fur la rivière du
Limbé, découvrit une mine de lapis lazuli. Il en envoya à Paris plufieurs
morceaux qui furent reconnus pour être de Ia même nature que la pierre
d'azur Orientale avec laquelle on prépare le beau bleu appelé Outremer.
On trouve de l'ocre dans les hauteurs de la Grande ravine, près l'Ilet-àCorne.
Sur la rive droite de la Grande ravine & vis-à-vis l'habitation Glier, eft
une groffe pierre qui parait être une ophite ou ferpentin, fur laquelle font
plufieurs figures humaines groffièrement faites, mais profondement gravées
dans la pierre même. On attribue' ce travail aux anciens naturels 8c, pour cettc.
raifon, cette pierre porte le nom de Rocbe à PInde.
Non loin de la,& fur l'habitation Chabaud, eft un efpace qui paraît avoir
été applani de main d'homme. On y remarque les reftes d'une terraffe & l'on
trouve dans les environs une grande quantité de fétiches indiens.
aines groffièrement faites, mais profondement gravées
dans la pierre même. On attribue' ce travail aux anciens naturels 8c, pour cettc.
raifon, cette pierre porte le nom de Rocbe à PInde.
Non loin de la,& fur l'habitation Chabaud, eft un efpace qui paraît avoir
été applani de main d'homme. On y remarque les reftes d'une terraffe & l'on
trouve dans les environs une grande quantité de fétiches indiens. --- Page 673 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 647
Il eft tems de parler de la côte de cette paroiffe. A partir de la peinte
d'Icaque 3 qui forme l'entrée Nord-Oueft de la baie de l'Acul,jufqu'a celle
du Limbé, il y a beaucoup de haut-fonds & de refifs. C'efta1,360 toifes
de la pointe d'Icaque , que commence la limite du Limbé, dont l'embarcadère eft à deux lieues encore plus à l'Oueft,
Cet embarcadère, adopté depuis long-tems par les habitans, n'a reçu qu'en
1748, par les ordres de M. de Vaudreuil, aprèsl'entrée des deux
dans la baie de P'Acul, la batterie projetée par. M. de
bâtimens
On avait cependant déjà fait du paffage quiy était établi, l'objet Larnage d'une en 1742;
ferme,
queje trouve adjugée, le 3 Mai 1743, par l'ordonnateur du Cap, à M.
avec celle des paffages de P'Acul & du Fort-Dauphin. Le tarif de ce Burgaut,
était alors de 2 livres 5 fous par libre, de moitié pour un efclave,d'une paflage
par barrique de fucre, &c. La ferme fut de 3,000 liv. en 1752. Autorifés gourde
les Adminiftrateurs du Cap,le 4Mars 1751, les habitans firent à cet embarcadère par
une chauffée qu'ils cédèrent à M. Delfaut, d'aprèsune autorifation des Adminiftrateurs-généraux, 3 du 27 Avril 1762, & qui eft poffédée en ce moment par M.
de Pont.
L'embarcadère du Limbé a aétuellement 33 maiions. Il en a malheureufement
quelques-unes couvertes de paille, ce qui les menace toutes d'incendie. Audevant de l'embarcadère, M. de Pont; pour faciliter les chargemens & les
déchargemens & être indépendant de l'époque de la haute mer qui, lorfqu'elle
arrivait la nuit, donnait aux nègres la fatigue des veilles, a fait combler en
roches 180 pieds, & a mis au bout de ce remblai une jettée ou calle de bois
de 86 pieds > à l'extrémité de laquelle eft une grue qui facilite encore les
opérations.
A 160 toifes dans PEt de T'embarcadère , eft lilet du Limbé qui a 170 toifes
de long du Nord au Sud fur 140 toifes de large. Comme il eft de nature calcaire,
M. Blay & M. de Pont ont obtenu, le premier fous M. de Belzunce, le fecond
en 1783, la permifion d'y établir un four à chaux. Celui de ce dernier, le feul
qui foit en aétivité donne jufqu'à 5,000 barils de chaux par fournée. Entre l'ilet
du Limbé & la pointe Et du morne à Marigot, font deux autres petits ilets dont
le plus grand qui eft dans PEt &c, que les groffes mers furmontent, eft nommée la Roche-Pauvre, On ne trouve qu'une pafe pour des canots entre ces
derniers ilets.
tablir un four à chaux. Celui de ce dernier, le feul
qui foit en aétivité donne jufqu'à 5,000 barils de chaux par fournée. Entre l'ilet
du Limbé & la pointe Et du morne à Marigot, font deux autres petits ilets dont
le plus grand qui eft dans PEt &c, que les groffes mers furmontent, eft nommée la Roche-Pauvre, On ne trouve qu'une pafe pour des canots entre ces
derniers ilets. --- Page 674 ---
648 DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
L'embarcadère du Limbé a le défavantage d'être fous le vent du Cap. Les
bateaux-piflagers qui portent les denrées, ont donc prefque toujours le vent
contraire pour fe rendre dans cette ville, ce qui les oblige a courir une première
bordée fort au large, afin de s'élever au vent, & de tâcher d'entrer au Cap à la
feconde, 3 & dans l'intervalle d'une demi-journée. Mais en tems de guerre ils
fort forcés d'aller de terre à terre 8c fouvent encore ils relâchent au Port-Français.
L'embarcadère du Limbé eft d'un grand fecours aux caboteurs quiy ont bonne
tenue. L'ilet du Limbé le défend au Nord, le morne du Marigot au Nord-Oueft
&x les reffifs à PEft. Si un corfaire ennemi tentait d'y entrer avec la brife favorable
du vent du large, malgré la batterie de 6 pièces de canons à laquelle il faut
préfenter le devant en donnant dans la paffe, il ne pourrait plus en fortir que la
nuit parce qu'il faudraity attendre la brile de terre ; & dans l'intervalle, les forces
armées de la paroie qui fe réuniraient, ne lui permettraient plus d'effectuer cette
réfolution.
Les vigies pofées pendant la guerre fur deux petites montagnes, au pied
defquelles eft l'embarcadère du Limbé, avertiffent les caboteurs de la préfence
de l'ennemi & ils prennent alors les mouillagesqui fontle plus à leur portée. C'eft
à ces vigies qu'on doit attribuer de n'avoir perdu aucun des quatre paffagers du
Limbé'qui font des bateaux de 70à 80 tonneaux, dont deux font à M. Ejay &c
deux à M. de Pont. Ces propriétaires ont des magafins où l'on entrepole les
denrées du Limbé & mêmes celles de Plaifance. Un blanc paffager y paye une
gourde 5 un nègre, un quart de gourde ou gourdin; une barrique de fucre,
3 gourdes; une de vin, 9 livres ; un baril de farine > 3 livres; un fac de café,
trente fous ; le refte à proportion.
On pourrait donner aifément à l'embarcadère du Limbé, un filet d'eau pris
dans le carral de l'habitation Lavaud. Cette eau fervirait auffi aux caboteurs que
ce mouillage reçoit & qui la paient aux nègres à raifon d'un efcalin par fceau.
On trouve 210 toifes de l'embarcadère du Limbé jufqu'à la pointe Eft du morne
à Marigot & 350 jufqu'à la pointe Oueft du même morne. Toute cette partie
de côte eft bordée d'un reflif à fleur d'eau, qui la rend d'un accès très-difficile.
Le morne à Marigot forme la pointe Et de l'anfe du même nom, qui a
1,810 toiies jufqu'au morne à Manioc qui la termine à lOueft. La fèche de
l'anfe eft d'environ 8so toifes & l'embouchure de ia rivière du Limbé s'y trouve
à 810 toifes du morne à Marigot. Il y a au milieu de cette anfe un haut-fond
confidérable
qui la rend d'un accès très-difficile.
Le morne à Marigot forme la pointe Et de l'anfe du même nom, qui a
1,810 toiies jufqu'au morne à Manioc qui la termine à lOueft. La fèche de
l'anfe eft d'environ 8so toifes & l'embouchure de ia rivière du Limbé s'y trouve
à 810 toifes du morne à Marigot. Il y a au milieu de cette anfe un haut-fond
confidérable --- Page 675 ---
FRANÇAISE DI E SAINT-DOMINGUE 649
confidérable des deux côtés duquel on paffe, mais le meilleur eft celui de TE.
Le mouillage y eft. trés-expofé au Nord.
Du morne à Manioc jufqu'à la pointe Eft de l'anfe du Port-Margot où finit la
paroiffe du Limbé, il y a 240 toifes 3 mais toutes de côtes de fer.
La population totale de la paroiffe du Limbé eft de 300 blancs, 200 affranchis
& environ 5,000 nègres.
La milice y compte 250 hommes portant armes.
Quoique l'églife du Limbé ne foit qu'à 4 lieues & demie de celle du Cap, en
ligne droite, ily a réellement par le chemin :
De cette églife au Cap 3
61 lieues. De cette églife à celle du Port-Margot,3 lieues.
à celle de l'Acul, 9 e 3
-de Plaifance, : 7
Le Limbé donne fon nom à un Quartier dont dépendent les paroiffes du Limbé,
de Plaifance du Port-Margot & du Borgne.
Il eft du commandement & de la Sénéchauffée du Cap.
Il n'eft aucune paroiffe de la Colonie qui ait à fe glorifier autant que celle du
Limbé, de l'influence de l'un de fes habitans fur la profpérité de Saint-Domingue
français. En difant ces paroles tous les hommes juftes, l'envie elle-même
nomment à la fois M. Belin de Villeneuve.
M. (Paul) Belin de Villeneuve eft le premier, pour ne pas dire le feul, qui fe
foit occupé, avec fuccès, de perfectionner l'art du fucre. Il eft réfulté de fes
recherches, une théorie sûre.
Le canton du Bas Limbé était décrié 3 autant par fon peu de
la mauvaife qualité de fes produétions. M. Belin
produit 3 que par
yachète > en fociéte avec M.
Raby, une habitation; ; il prouve que les connaiffances feules manquaient les
eaux qui nuifaient font contenues & évacuées & un lieu cité comme incapable
de nourrir des cannes > devient le fite d'une immenfe fucrerie. On l'imite 3 même
en le cenfurant, &le Limbé a changé de face.
La fupériorité de la manufaéture de M. Belin lui attire bientôt des perfonnes
qui viennent y chercher l'inftruction. Elles y font accueillis avec empreffement
& fi toutes n'emportent pas des connailfances théoriques parfaites, elles
vont
montrer que leur pratique les met au-deffus des autres fabricateurs, & on dit,.
pour louer un rafineur: : C'ef 1n élève de Belin. Cette pratique. ill'a même fi bien
éclairée > que des nègres ont pu,avec elle feule, obtenir des réfultats heureux,
Avant les procédés de M. Belin, les formes de fucre fabriquées à SaintTome I.
N n nn
ent pas des connailfances théoriques parfaites, elles
vont
montrer que leur pratique les met au-deffus des autres fabricateurs, & on dit,.
pour louer un rafineur: : C'ef 1n élève de Belin. Cette pratique. ill'a même fi bien
éclairée > que des nègres ont pu,avec elle feule, obtenir des réfultats heureux,
Avant les procédés de M. Belin, les formes de fucre fabriquées à SaintTome I.
N n nn --- Page 676 ---
650 DESCRIPTIO N DE L'A PARTIE
Domingue ne pefaient que 28 liv. D'après fes procédés, elles vont à 40liv.
& même plus; ; le fucre eft plus beau, on tire partie de toutés les matières qui
étaient perdues auparavant, 3 les firops amers donnent de meilleur elprit ardent,
parce que le principe fucré n'eft pas détruit par les erreurs de la fabrique. Qu'on
calcule combien il fe fait de formes de fucre à Saint-Domingue 3 qu'on remarque
qu'il en eft un quart qu'on doit aux Jumières de M. Belin, & l'on pourra
apprécier alors de combien la Colonie & l'État lui-même font redevables à ce
colon depuis trente ans.
Ce n'eft pas tout. En 1769, M. Belin au lieu de trois cylindres égaux
qu'avaient les moulins à fucre, a donné un tiers de plus a diamètre des cylindres latéraux, & celui du centre a communiqué la même fomme de mouvement
avec un tiers de moins dans la force motrice, avantage énorme quand celle-ci
eft produite par des animaux.
Il a reétifié les fourneaux des chaudières, qu'on ne pouvait débarraffer de
leurs cendres fans arrêter le feu, ce qui diminuait l'aétion de cet agent, Il a
imaginé depuis encore un nouvel équipage qui hâte confidérablement la fabri:
cation d'une quantitée donnée de fucre, &c on fait chez lui 172 formes par
24 heures. Ila perfeétionné les coffres à étuve (*) & amélioré la diftribution
des bâtimens qu'on employe dans une maaufacture à fucre, de manière à fimplifier la main-d'ceuvre; on lui doit un moulin à préparer la terre pour le
terrage du fucre, & la démonftration qu'il eft infenfé de faire venir, de France
une terre argileufe blanche pour cet ufage. Enfin dans la culture, dans l'adminiftration & la conduite d'un immenfe atelier, M. Belin s'eft montré comme
dans l'art du fucre, & le perfeétionnement des machines, d'autant plus dignes
d'éloges 3 que ce qu'il fait il l'a appris lui-même, & que toute fa renommée eft
à lui comme fes talens.
Le gouvernement lui a accordé, au mois de Juillet 1777, des lettres de
(*) C'eft ici le cas de dire qu'on n'avait pu obtenir jufqu'en 1786 que de mauvaispivots, mais
MM. Dacofta , de Nantes , en ont fiit exécuter d'excellens pour M. Belin & pour M. Verret.
Ils ont auffi des tambours qui ont le fini des pièces d'orfèvrie & qui font fupéricurs à ceux
d'Angleterre, qu'on ne polit qu'extérieurement tandis que l'intérieur eft plein de défauts & d'inégalités. Ces tambours font d'excellente matière, ainfi que les chaudières à fucre de la méme manufaéture.
MM. Dacofta procurent, en outre, 3 fur un modèle de M. Belin, fes nouveaux coff:es à étuye.
i des tambours qui ont le fini des pièces d'orfèvrie & qui font fupéricurs à ceux
d'Angleterre, qu'on ne polit qu'extérieurement tandis que l'intérieur eft plein de défauts & d'inégalités. Ces tambours font d'excellente matière, ainfi que les chaudières à fucre de la méme manufaéture.
MM. Dacofta procurent, en outre, 3 fur un modèle de M. Belin, fes nouveaux coff:es à étuye. --- Page 677 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 651
nobleffe, que fans doute un jour les defcendans de quelque dévaftateur d'une
contrée, qui en a obtenu aufli, fe croira en droit de dédaigner ; mais fi lutilité
eft le caraétère de la vraie gloire, celle de M. Belin nous femble bien faite
pour fervir de bafe à l'orgueil, puifqu'on veut qu'il entre dans tout.
Je dois au caractère obligeant de M. Belin, à fon amitié pour moi &z plus
encore à fon penchant pour les vues qui m'animent, des principes, des règles
&c des obfervations fur toutes les parties qui conftituent le cultivateur colonial.
Je les ai recueillis dans de longs &c nombreux entretiens, dans des féjours
renouvellés fur l'habitation même, où la démonftration fuivait la théorie, Il a
revu ma rédaction. Unjour viendra fans doute où je les offrirai au Public, pour
qui je les ai recherchés, & ce fera un nouyeau bienfait de Phomme que la
médiocrité a attaqué de cent manières, &c toujours fans confidérer qu'il aurait
fallu frapper trop haut pour qu'elle put l'atteindre. Qu'elle fache que tant qu'elle
n'aura pas à citer un exemple qui l'emporte fur celui de M. Belin, faifant au
Bas Limbé, avec 165 carreaux de cannes, 650 milliers de fucre,. d'une qualité
que nulle autre fucrerie du même lieu n'égale, fes clapeurs ne feront qu'infenfées. J'en appele à la multitude de perfonnes qui ont été voir, fur l'habitation
de M. Belin, ce que c'eft qu'une fucrerie où de grands talens mettent leur
empreinte fur tout
Qu'il eft pénible, après avoir cité un être dont toute la vie eft une férie
d'aétes recommandables, d'être obligé d'en ncmmer un dont l'atroce exiftence a
été un fléau pour l'humanité.
C'eft de l'habitation de M. le Normand de Mézy,, au Limbé, que dépendait
le nègre Macandal, né en Afrique. Sa main ayant été prife au moulin, il avaic
fallu la lui couper, & on le fit gardien d'animaux. Il devint fugitif.
(*) On lit fur le manteau de la cheminée de la fucrerie de M. Belin,es quatre vers qu'elle a
infpiré à M. de la Borde, enfeigne de vaiffeau, qui a péri dans le voyage de M..de la Péroufe
autour du Monde.
L'homme atif a les biens, 3 Phomme oiif a les matx,.
Tout travail a fa récompenfe,
Et la plus donce ici compenfe
L'amertume de nos travaux.
N a a n 2
On lit fur le manteau de la cheminée de la fucrerie de M. Belin,es quatre vers qu'elle a
infpiré à M. de la Borde, enfeigne de vaiffeau, qui a péri dans le voyage de M..de la Péroufe
autour du Monde.
L'homme atif a les biens, 3 Phomme oiif a les matx,.
Tout travail a fa récompenfe,
Et la plus donce ici compenfe
L'amertume de nos travaux.
N a a n 2 --- Page 678 ---
652 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Pendant fa défertion il fe rendit célèbre par des empoifonnemens qui répandirent la terreur parmi les nègres, & qui les lui foumit tous. Il tenait école
ouverte de cet art exécrable, il avait des agens dans tous les points de la
Colonie > & la mort volait au mnoindre fignal qu'il faifait. Enfin dans fon vafte
plan, il avait conçu l'infernal projet de faire difparaître de la furface de SaintDomingue tous' les hommes qui ne (eraient pas noirs, & fes fuccès qui allaient
toujours croiffans avaient propagé un effroi qui les affuraient encore. La vigilance
des magittrats, celle du gouvernement > rien n'avait pu conduire jufqu'aux
moyens de s'emparer de ce fcélérat, & des tentatives punies d'une mort prefque foudaine, n'avait fervi qu'à terrifier encore plus.
Unjour les nègres de l'habitation Dufrefne, du Limbé, y avaient formé un
calenda nombreux. Macandal qui était accoutumé à une longue impunité, vint
fe mêler à la danfe.
Un jeune nègre, peut-être par l'impreffion que la préfence de ce monftre
avait produire fur lui, vint en avertir M. Dupleffis, arpenteur, & M. Trévan
qui fe trouvaient fur cette habitation, & qui firent répandre le tafia avec tant
de profufion, que les nègres s'enivrèrent tous, & que Macandal, malgré fa
prudence, fe trouva privé de fa raifon.
d
On alla l'arrêter dans une cale à nègre, d'oà on le conduifit dans une chambre
a
de lun des bouts de la maifon principale. On lui lia les mains derrière le dos,
& faute de fer on lui mit des enverges de chevaux. Les deux blancs écrivirent
au Cap pour prévenir de cette capture. & avec deux nègres domeftiques ils
gardèrent Macandal, ayant des piftolets chargés fur la table où était une
lumière.
Les gardiens s'endormirent. Macandal, peut-être aidé par les deux nègres,
délia fes mains, éteignit la chandelle, ouvrit une fenêtre au pignon de la maifon, fe jetta dans ia favanc &x gagna des cafiers en fautant comme une pie.
La brife de terre qui augmenta, fit battre le crochet de la fenêtre, ce bruit
réveilla; grande rumeur > on cherche Macandal que les chiens éventèrent bientôt 8c qu'on reprit.
Macandal qui, s'il avait fait ulage des deux piftolets au lieu de fuir, était sûr
d'échapper , fut condamné à être brôlé vif par un.arrêt du Confeil du Cap du
20 Janvier 1758. Comme il s'était vanté plufieurs fois que fi les blancs le prenait il leur échapperait fous différentes formes, il déclara qu'il prendrait celle
d'une mouche pour échapper aux flammes,
èrent bientôt 8c qu'on reprit.
Macandal qui, s'il avait fait ulage des deux piftolets au lieu de fuir, était sûr
d'échapper , fut condamné à être brôlé vif par un.arrêt du Confeil du Cap du
20 Janvier 1758. Comme il s'était vanté plufieurs fois que fi les blancs le prenait il leur échapperait fous différentes formes, il déclara qu'il prendrait celle
d'une mouche pour échapper aux flammes, --- Page 679 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Le hafard ayant voulu que le poteau où l'on avait mis la chaîne qui le faiGfait fut pourri, les efforts violens que lui faifaient faire les tourmens du feu
arrachèrent le piton & il culbuta par-deffius le bucher. Les
>
nègres crièrent :
Macandalfaurvé 5 la terreur fut extrême 5 toutes les portes furent fermées. Le
détachement de Suiffes qui gardait la place de l'exécution la fit évacuer
; le
geolier Maffé voulait le tuer d'un coup d'épée, lorfque d'après l'ordre du Procureur-général 3 il fut lié fur une planche & lancé dans le feu. Quoique le
de Macandal ait été incinéré, bien des nègres croyent, même à préfent, corps
n'a pas péri dans le fupplice.
qu'il
Le fouvenir de cet être pour lequel les épithètes manquent, réveillent encore
des idées tellement finiftres, que les nègres appellent les poifons & les empoifonneurs des Macandals, & que ce nom eft devenu l'une des plus cruelles injures
qu'ils puiffent s'adreffer entr'eux.
Un peintre de Paris nommé Dupont, fit en prifon le portrait de Macandal
& de trois de fes principaux complices, & les apporta en France. Sa veuve
les failant vendre fur le quai du Louvre 2 M. Courrejolles les acheta & les
donna à M. Mazères, à la mort duquel ils ont encore été vendus. J'ai acheté
celui de Macandal à Verfailles, d'un étaleur au coin de la grande écurie dans
l'avenue de Paris, Ce portrait eft à Phuile & très-bien fait.
On ferait un ouvrage volumineux de tout ce que l'on rapporte fur Macandal;
mais il était réfervé à un anonyme de le préfentér dans le Mercure de France
du 15 Septembre 1787, comme le héros d'un conte intitulé Hiftoire véritable où
l'amour & la jaloufic agiffent comme deux grands refforts.
L'épizootie s'eft montrée fur l'habitation Belin, mais en faifant tuer les
mulets chez lefquels la morve était bien caraétérifée & en ifolant ceux qui
n'en offraient que des atteintes, il eft parvenu à en arrêter les ravages.
On voit fur l'habitation Belin un Rima ou Arbre à pain, placé le 7 Août 1788
dans une terre de rapport, excellente & très-fraîche. Il avait le 28 Décembre
un tronc d'un pied, d'où partait un jet de 14 pouces & demi, de 7 lignes de
diamètre, ayant des feuilles de 17 pouces de long. Tout promet que cet arbre fi
précieux aura le fuccès le plus complet, & les foins de M. Belin y concoureront parce qu'ils font continuels, &t que vouloir être utile à la Colonie eft
lui une douce habitude,
pour
très-fraîche. Il avait le 28 Décembre
un tronc d'un pied, d'où partait un jet de 14 pouces & demi, de 7 lignes de
diamètre, ayant des feuilles de 17 pouces de long. Tout promet que cet arbre fi
précieux aura le fuccès le plus complet, & les foins de M. Belin y concoureront parce qu'ils font continuels, &t que vouloir être utile à la Colonie eft
lui une douce habitude,
pour --- Page 680 ---
654 DESCRIPTIO N DE LA P AK TIE
000 - @ D X S a D 693
X V I.
PAR 0 I S S E D E PL AIS A N C E.
Nous voilà parvenus à l'une des paroifits les plus importantes de la Partie
Françaife, parce qu'elle eft fituée daris un poirt deftiné 3 par fa nature, à fervir
de moyen de communication entre la Partie du, Nord, la Partie de l'Oueft &x
le refte de la Colonie, & même à affurer à divers points de la Partie du
Nord, une communication entr'eux.
Un lieu éloigné de douze lieues dans le Sud-Oueft du Cap, où l'on ne pouvait arriver que par des fentiers que les chaffeurs eux-mêmes ne reconnoiflaient
Pas toujours, ne pouvait être très-fréquenté, malgré le nom que lui avait fait
donner la fituation de l'efpèce de ballin qu'on y trouve: > & qui devait paraître
réellement agréable à celui qui avait vaincu la difficulté d'y pénétrer. En un
mot, ce ne fut qu'en 1726 qu'on fit de Plaifance une paroiffe, quoique
I
depuis cinq ou fix ans on eût commencé à y reconnaitre & à y féparer les conceffions. D'épaiffes forêts, des pluies abondantes, les obftacles de l'entrée &
de la fortie, tout confpirait contre ce féjour & en écartait les Colons les plus
hardis,
Plaifance comptait, en 1728, 53 habitations toutes dans la partie baffe. M.
de Lafond en commandait alors les milices.
Je ne fais quel motif a donné l'Archange Saint-Michel pour patron à cette
paroiffe; mais le premier temple qu'on lui confacra n'eut pas une longue durée,
puifqu'en 1746, M. Cabrol de Nègrefeuille, l'un des paroiffiens, donna neuf
carreaux de terre pour fervir à y conftruire une églife &c un presbytère. Bientôt
après la paroifie fut fans pafteur, & en 1751, M. de la Touraudais; marguillier, le fuppléait à plufieurs égards & notamment en délivrant des extraits des
regiftres tenus fort mal en ordre. L'églife s'étant anéantie une feconde fois, la
majefté divine était rentermée dans une portion d'une mauvaife cafe depuis
treize ans, lorfqu'on a conftruit l'églife aétuelle en 1784. Elle eft fur le même
emplacement que la précédente, ayant 72 pieds de long fur 30 de large &
faite de maçonnerie. Elle a coûté cinquante & quelques mille livres.
La paroiffe de Plaifance qui n'a été démembrée d'aucune autre, a pour
ie une feconde fois, la
majefté divine était rentermée dans une portion d'une mauvaife cafe depuis
treize ans, lorfqu'on a conftruit l'églife aétuelle en 1784. Elle eft fur le même
emplacement que la précédente, ayant 72 pieds de long fur 30 de large &
faite de maçonnerie. Elle a coûté cinquante & quelques mille livres.
La paroiffe de Plaifance qui n'a été démembrée d'aucune autre, a pour --- Page 681 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 655
limites: au Nori, les paroiffes du Borgne, du Port-Margot & du Limbé ; à
PER, le Limbé & la Marmelade; au Sud, la Marmelade & les Gonaïves; & à
l'Oueft, les Gonaïves & le Gros-Morne. Partout des chaînes de montagnes la
'bordent, fa plus grande longueur qui va du Sud-Eft au Nord-Ouef, eft d'environ huit lieues; fa largeur varie depuis trois lieues jufqu'à environ une lieue
& demie. Ce dernier point eft celui où le Margot qui appartient à la paroiffe du
Port-Margot, fait une rentrée dans Plaifance.
On diftingue cette paroiffe en deux parties principales, qui font Plaifance ou
le Haut Plailance, & Pilate ou le Bas Plaifance. La première, qui comprend
la partie Orientale jufqu'au morne à Miel, a pour fubdivifion Plaifance
prement dit, la Trouble, la Grande-Rivière, le Mapou, le Bceuf-Blanc, pro- la
Provence & la ravine Champagne. La feconde eft une gorge très-ouverte formée dans la partie Occidentale de la paroiffe, d'un côté par la chaîne qui fépare
celle-ci dé la paroiffe des Gonaïves, & de l'autre côté par les montagnes qui
féparent la paroiffe de Plaifance de celles du Borgne & du Port-Margot. Elle fe
partage en Pilate proprement dit, en Ravine à Baudin, > en Piment & en
rivière La Porte.
La culture des premiers Colons français de Plaifance, a été l'indigo, indépendamment de ce que cette denrée jouifait alors d'une forte de faveur, elle
était plus analogue qu'aucune autre à la pofition du lieu, par la facilité de la
tranfporter au Cap où elle devait être vendue. Comme tout était encore agrefte
â Plaifance, on n'y cultivait même que l'indigo fauvage ou bâtard, &: ces
Colons fimples & heureux, trouvant dans la chaffe &c la pêche des reffources
journalières, voyaient croître la planté qu'ils ignoraient alors que les infeétes:
attaqueraient un jour comme l'indigo franc.
Plaifance avait une exiftence qui n'annonçaient rien de brillant, quoiqu'on
y vit quelques Colons riches, lorfqu'en 1770 plufieurs nouveaux
rurent & y firent des défrichemens confidérables. La culture des habitansy deux piindigos
s'y multiplia, 3 mais bientôt celle du cafier la remplaça dans plufieurs points,
& des fôrets entières furent abattues, pour céler leur place à l'arbufte qui
femble s'étre.approprié toutes les montagnes de la Colonie. Examinons Plaifance
dans fes différens cantons,. tels qu'ils font à préfent.
: Celui appelé Plaifance, d'une manière plus particulière, va depuis le point*oû
eft le baflin de la Trouble jufqu'au morne à Miel oû le Pilate commence.
ça dans plufieurs points,
& des fôrets entières furent abattues, pour céler leur place à l'arbufte qui
femble s'étre.approprié toutes les montagnes de la Colonie. Examinons Plaifance
dans fes différens cantons,. tels qu'ils font à préfent.
: Celui appelé Plaifance, d'une manière plus particulière, va depuis le point*oû
eft le baflin de la Trouble jufqu'au morne à Miel oû le Pilate commence. --- Page 682 ---
656 DESCRIPTION J B LA PARTIE
C'eft dans un de ces points qu'etléglie 3 8c dans un autre, plus à TEt d'environ 3,000 toifes, fe trouve ce qu'on appele le bourg de Plaifance, c'eft-à-dire,
de maifons, d'auberges ou de cabarets &c le logement de la
une douzaine
maréchauffce. La terre de ce canton eft répitée d'autant meilleure, qu'elie
s'éloigne davantage de la coupe qui conduit au Limbé & qu'elle gagne la partic
baffe du baflin. C'eft un mélange d'argile, de fable & de limon.
Li Troub.e, qui eft le cantonle plus Sud-Eft de la parciffe, a pour bornes,
une partie de la Marmelade, lInet-à-Corac, qui dépend du Limbé; le canton
de Plaifance & celui de la Grande - Rivière, L'argile domine dans la partic
inférieure. Les eaux y ftagnent & la terre y eft gercée durant les fécherefles 2
tandis que dans les hauteurs qui le bordent, eaux, fol, température, tout eft
propice aux légumes & aux cafiers ; mais en général ce canton , par des alternatives de féchereffe 8c d'humidité, éprouve la fanté de fes habitans &c les
africains s'y acclimatent avec difficulté.
La Grande-Rivière eft bornée vers le Sud, par la rivière connue fous la
nom de Grande-Rivière des Gonaives ; à PEt, par la Marmelade; au Nord,
par le canton de la Trouble, & a lOueft, par celui du Mapou. Il eft fort avantageufement établi,
Le Mapou > dont on n'a connu la valeur que depuis environ vingt-cinq âns 2
donne maintenant une immenfe quantité de café & il mérite fa réputation.
Le Beuf-Blane fuit le Mapou dans PEft,
La Provence eft dans le Nord, oppofée au Mapou &c touchant au Limbé.
La ravine 2 Cbampagne, qui fuit la Provence dans l'Oueft & qui touche
au Limbé & au Port-Margot, a un fol très-varié, &c où s'offre le contrafte
d'un terrain fécond avec un champ argileux. M. Stollenverk a imaginé d'y
employer les patates comme un engrais, & de fuperbes cafiers font l'éloge
de cette idée.
Dans la feconde partie de la paroiffe de Plaifance, le Pilate, proprement
dit, offre un beau ballin que l'indigo a un peu épuifé. Les collines nourriffent
de beaux cafiers.
Le Piment, l'un des cantons qu'on ait le plus établi à Plaifance > n'a pu obtenir
cette préfèrence que du voifinage de l'embarcadère, du Port-Margot, , puifque les
vicifitudes des faifons s'y font fentir d'une manière défavorable. Elles font
même regretter le (éjour d'un lieu où des eaux limpides & falubres, des bois
propres
é. Les collines nourriffent
de beaux cafiers.
Le Piment, l'un des cantons qu'on ait le plus établi à Plaifance > n'a pu obtenir
cette préfèrence que du voifinage de l'embarcadère, du Port-Margot, , puifque les
vicifitudes des faifons s'y font fentir d'une manière défavorable. Elles font
même regretter le (éjour d'un lieu où des eaux limpides & falubres, des bois
propres --- Page 683 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DO MINGUE.
propres à la bâtif& des pierres calcaires, offrent de grands
On
avantages. ne
conçoit pas comment ce canton eft de la paroiffe de Plaifance, avec
il n'a &c ne faurait avoir aucun rapport, & point de celle du
lequel
dont fa feule pofition dit qu'il doit faire partic.
Poit-Margot,
La rivière la Porte, Ce canton n'a guères été formé
1750, comme celui du Piment. Il eft très-arofé. Ses que poftérieurement à
Gros-Morne font calcaires, le bois eft
parties élevées vers le
près, le cafier
y cummun &, à quelques exceptions
s'y plaît. La température en eft très-fraîche.
Enfin on peut comparer plufieurs parties élevées du canton de la ravine a
Baudin, à celles du Mapou,
La paroiffe de Plaifance compte 32 indigoteries, toutes dans' la
& dont le produit peut être évalué à 35 ou 40 milliers
partie Ce plane
était prefque double lorfqu'on cultivait
d'indigo. revenu
donnent
l'indigo bâtard. Les 180 cafeteries
environ trois millions de café. Avec des bras, cette
être augmentée d'un tiers. Toute la paroiffe n'eft
quantité pourrait
propre à infpirer cette confiance. Par exemple, cependant la
pas également
Plaifance de la Marmelade & des Gonaïves & qui forme montagne qui fépare
a, dans fa face Orientale, un fol qui la commande
une pente douce;
dans une longueur d'environ fix lieues,
prelque. La terre y eft,
alternativement noire &
> aflez
forte, mais mêlée de pierres calcaires ou roches à ravets
rouge,
dégradations des pluies & confervent
qui empéchent les
une fraîcheur propice. Le refte de la
montagne, malgré la fécondité qu'elle promet d'abord, a des
fiables & quelquefois du tuf. On jouit fur cette chaîne d'une pierres vitriqui femble appartenir à un printems perpétuel, & à cette fenfation température
fe mêle un plaifir bien vif, lorfqu'on y trouve, comme dans le délicieufe haut
l'habitation de M, le chevalier Puilboreau, qui eft
de
de la Marmelade, des fruits & des fleurs
cependant de la paroiffe
la montagne
confine
qui rappelént la France. Mais dans
qui
au Limbé, une terre rouge & forte 8c le
de pierres calcaires, défendent de la
manque
Jong-tems les fuccès du cafier,
compter comme propre à prolonger
Les produétions de Plaifance font dues à une population d'environ 600
230 affranchis & 6,600 efclaves.
blancs,
L'humidité du lieu, qui ferait contraire au cotonnier, &
tage pour le cafier & l'indigo, favorife auffi les vivres
quieft un avanTome I,
du pays. Toutes les.
O0o0
, défendent de la
manque
Jong-tems les fuccès du cafier,
compter comme propre à prolonger
Les produétions de Plaifance font dues à une population d'environ 600
230 affranchis & 6,600 efclaves.
blancs,
L'humidité du lieu, qui ferait contraire au cotonnier, &
tage pour le cafier & l'indigo, favorife auffi les vivres
quieft un avanTome I,
du pays. Toutes les.
O0o0 --- Page 684 ---
658 DESCRIPTIO N D. E L A PARTIE
elpèces y réuffiffent : bananiers, tayos ou malangas > manioc , ignames > patates,
mais, riz, pois, 8c. ; & dans les années de féchereffes les paroifies des Gonaives
& du Gros-Morne, reçoivent de celle de Plaifance d'abondans fecours, &:
dans tous les cas l'excédent de Plaifance eft utile à la confommation du Cap.
Les graines de jardinage l'artichaut, y ont un fol propice ; le pommier de
France y égaye la vue fans être propre à flatter le goût, &c la vigne embellit aufli quelquefois une tonnelle, quoique fon fruit foit âpre.
Les cannes à fucre s que MM. Chailleau ont plantées fur leurs habitations $
prouvent que le baflin de Plaifance pourrait permettre un établiffement de
fucrerie.
On trouve encore du bois à Plaifance, malgré tout celui que les cafeteries lui
font facrifier chaque jour. Le courbaril, improprement appelé par quelques-uns,
bois palmifte, le cèdre ou acajou franc , le bois major 3 le brefillet, l'amandier à perites feuilles, le bois favane 3 l'acoma jaune, forment, avec plufieurs
autres, la claffe des bois qu'on appele incorruptibles. Celle des bois excellens
à employer à couvert, eft encore plus nombreufe. L'acajou bâtard ou meuble,
y eft loin d'égaler en beauté celui des Gonaîves.
La fimple obfervation iuffit pour prouver que la partie minéralogique de
Plaifance eft très - curieufe. Plufieurs ruifeaux y roulent des paillettes d'or ;
l'on attribue à une mine de ce métal, le nom de ravine de la Mine 3 que
porte un courant d'cau dans la montagne adoffée au Limbé. On affure auffi
qu'on en a vu de cuivre &c il n'y a aucun doute fur l'exiftence de celles
de fer. Plaifance offre partout des granits ; le jafpe &c le porphire de toutes
les nuances & de la beauté la plus vantée, même chez les anciens, , font
dans fes montagnes, furtout vers la rivière la Porte. Les ophitesy font communes aufli, & elles expliquent comment lon trouve dans plufieurs. points
des pierres ou haches indiennes, que les naturels devaient à cette fubftance
pierreufe. On rencontre auffi de leurs vafes de terre cuite & de leurs uftenfiles. M. I.ouet, en failant fouiller fur fon terrain, y trouva en 1727 un
vafe d'argile cuite en forme d'urne avec fon couvercle. Ce fut avec une
extrême furprife qu'en le découvrant, on trouva une tête d'homme coupée
au raz des épaules. Sa forme & la nature des cheveux, dont elle était encore couverte, ne permettaient pas de douter que ce ne fut celle d'un
malheureux Indien,
terre cuite & de leurs uftenfiles. M. I.ouet, en failant fouiller fur fon terrain, y trouva en 1727 un
vafe d'argile cuite en forme d'urne avec fon couvercle. Ce fut avec une
extrême furprife qu'en le découvrant, on trouva une tête d'homme coupée
au raz des épaules. Sa forme & la nature des cheveux, dont elle était encore couverte, ne permettaient pas de douter que ce ne fut celle d'un
malheureux Indien, --- Page 685 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
On trouve auffi dans les montagnes des coquillages marins.
Plaifance eft principalement arrofé par trois grandes ravines ou
vières. Elles ont leurs fources, vers le Sud-Eft, dans la
petites ri.
cette paroiffe de celle de la Marmelade. La
montagne qui fépare
Trouble,
plus Septentrionale s'appele la
comme le canton qu'elle traverfe. La plus Occidentale donne
nom au canton de la Grande-Rivière; la rivière la Graix eft entr'elles fon
Elles fe réuniffent à environ une lieue & demie du pied de la
deux.
baflin de la Trouble, & deviennent les
montagne au
Trois - Rivières: dénomination
confervent leurs eaux mêlées., en traverfant le refte du canton de
que
& le Gros-Morne jufqu'au Port-de-Paix où eft leur
Plaifance
après avoir parcouru environ
embouchure à la mer, 3
les finuofités.
trente-cinq lieues depuis Plaifance, en comptant
La rivière des Trois-Rivières, qui charrie partout les
fon lit, reçoit toutes les eaux de la
pierres calcaires de
paroiffe de Plaifance avant d'arriver au
morne la Porte, où elle entre dans celle du Gros-Morne, le
Richard. Les principales ravines
par canton du boucan
qui s'y jettent font, vers le Sud, celles du
Mapou, 3 du Bceuf-Blanc & à Baudin; vers le Nord, celles du boucan
du Margot & du Piment; vers l'Oueft , eft la rivière la Porte, Champagne,
ainfi appelée
parce qu'un peu au-deffous de fon confluent avec. les
ci, refferrée entre deux gros rochers, paffe dans l'intervalle Trois-Rivières, celleentr'eux, & qu'on a nommée Porte. Les
que ceux-ci laiffent
210 pieds de hauteur
culaire de ces roçhers i le bruit des eaux roulant
perpendien cafcades; $ le baflin
qu'elies forment au-deffous & le fentiment de froid
profond
leur grande agitation, qui en réduit une portion en état de qu'elles produifent par
paffage un fite qui porte un caraétère
la
vapeurs, tout faitde ce
que nature feule fait
&
qui infpire une forte d'horreur. On eft même affez déterminé donner,
à fuppofer que ce paffage a été produit
par fon afpeét
par quelque fecouffe violente.
Les rivières de Plaifance n'afféchent
jamais; ; les pluies y font trop abondantes pour qu'on puiffe y éprouver cet inconvénient. On évalue à 80
d'eau le terme moyen de celles-ci annuellement; mais, même à pouces
la quantité de pluie va en décroifànt.
Plaifance,
C'eft, d'une part, à -ces pluies & au volume d'eau qu'elles
de l'autre part, à la conformation de la partie plane de Plaifance, produifent, &
attribuer un phénomène de cette partic,
qu'il faut
O0002
ondantes pour qu'on puiffe y éprouver cet inconvénient. On évalue à 80
d'eau le terme moyen de celles-ci annuellement; mais, même à pouces
la quantité de pluie va en décroifànt.
Plaifance,
C'eft, d'une part, à -ces pluies & au volume d'eau qu'elles
de l'autre part, à la conformation de la partie plane de Plaifance, produifent, &
attribuer un phénomène de cette partic,
qu'il faut
O0002 --- Page 686 ---
660 DI ES C R - IP TIO N' DE LA PARTIE
Prefque chaque jour un brouillard plus ou moins épais 3 plus ou moins humide,
plus ou moins élevé, couvre cette furface. Quelquefois il eft formé avant l'aurores
d'autrefois il ne devient fenfible qu'avec elle & même qu'après ; tantôt l'obfervateur, qui eft fur un point des chaînes qui dominent, l'apperçoit comme unc
mer d'où s'élèvent çà & là des monticules qu'on pourrait confidérer comme
autant de petites iles 3 tantôt il n'eft compofé que de pelotons féparés, ou de
longs fillons qui occupent des hauteurs différentes, ou de filons qui indiquent
la direétion &z les dimenfions de chaque gorge. Il eft des jours où fa blancheur eft celle de la neige 5 d'autres jours il a une nuance terne 5 une fois
il dérobe la vue des objets les plus voifins, une autre fois il ne cache que
ceux qui font à une certaine diftance. Sa bafe eft le plus fouvent à terre
même, mais par fois auffi il laiffe entr'elle & lui, un intervalle marqué.
C'eft d'ordinaire dans la direétion de P'EA à l'Oueft qu'il s'étend, mais
il en prend aufli qui diffèrent de celle-là.
Les Colons trouvent dans ce phénomène météorologique,un baromètre qu'ils
croyent fûr. Si le brouillard fe diflipe infenfblement, il promet une belle
foirée; s'il s'élève, la pluie eft prochaine.
Dans la faifon plavieufe le brouillard fe montre peu dans le fond, &c il
les défrichés fe font multis'empare des hauteurs; & même 2 depuis que
pliés dans celles-ci, il femble aller chercher plus haut les forêts qui lui offrent
leur paifible afile: enfin entre huit & neuf heures du matin, ce voile aérien
difparait tout-à-fait.
Le fite de Plaifance eft montagneux dans fa plus grande partie & d'autant
plus frais, que même fa portion plane eft fort au-deffus du niveau de la mer.
Le thermomècre de Réaumur a 25 degrés 4 pour maximum dans ce fond,
& à la cime des monts il ne va qu'à 22. En général la température eft plus
chaude dans les points qui avoifinent cette paroiffe, même de 3 ou 4 degrés.
Cette différence pourrait être prife pour l'yne des caufes de la condenfation
des vapeurs, fur un point très-arrofé, d'autant qu'il n'y a point de brouillard
lorfque le vent règne pendant la nuit.
Il n'eft pas extrèmement rare de voir le thermomètre defcendre en peu
d'heures, même de 7 ou 8 degrés, dans les points les plus élevés des chaînes
qui bordent Plaifance. On y éprouve alors ce que le contrafte veut qu'on
appele un grand froid, quoique le thermomètre marque encore 14 ou I5 degrés"
-arrofé, d'autant qu'il n'y a point de brouillard
lorfque le vent règne pendant la nuit.
Il n'eft pas extrèmement rare de voir le thermomètre defcendre en peu
d'heures, même de 7 ou 8 degrés, dans les points les plus élevés des chaînes
qui bordent Plaifance. On y éprouve alors ce que le contrafte veut qu'on
appele un grand froid, quoique le thermomètre marque encore 14 ou I5 degrés" --- Page 687 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMIN G UE. 661
Lés ophtalmies font affez communes à Plaifance, quand il y a régné des
vents de Sud - Oueft , qui ont traverfé la paroiffe féche des, Gonaïves. Les
cantons argileux font un domaine pour les fièvres quand les années font
pluvieufes.
Dans les deux mois de Novembre & de Décembre 1786, on a reffentià
Plaifance quatre fecouffes de tremblement de terre venant du Nord-Oueft.
Il eft tems que j'envifage Plaifance dans le rapport que j'ai exprimé en
commençant fa defcription & qui le rend fi intéreffànt.
Lorfqu'on commença à y former des établiffemens, ils ne fe trouvèrent
pas, comme dans les autres paroiffes qui font plus à PEt dans la plaine du
Cap, l'effet d'une extention de culture gagnant de proche en proche, mais
abfolument féparés de tout le refte 3 cette partie n'avait donc aucun chemin. J'ai dit que les feuls fentiers où paffaient des chaffeurs en tinrent d'abord
lieu, mais ce n'était encore que pour aller vers le Port-Margot, point d'où
étaient venus les premiers habitans de Plaifance. On ne pouvait pas, de toutes
les fituations, trouver ce point de fortie également commode, & pendant
la guerre le befoin d'aller au Cap en. fit défirer un. autre,
On prit encore les chaffeurs pour guides & l'on arriva avec des fatigues
cruelles jufqu'à la Grande ravine du Limbé. Plaifance n'ayant cette iffue que
pour fa propré commodité, il était réduit à la rendre praticable avec fes feules
forces &x cela n'amenait que des efforts peu fruétueux.
Cependant les habitans trouvant tous plus d'avantages à aller au Cap qu'au
Port-de-Paix, une déclaration du roi du 16 Juin 1740, prefcrivit la diftraction de la paroiffe de Plaifance & du Pilate de la Sénéchauffée du Port-dePaix, dont elle avait dépendu depuis fa formation pour la donner à la Sénéchauffée du Cap. Plaifance refta cependant encore du commandement militaire
du Port-de-Paix, mais un ordre udu roi du 26 Oéobré 1746, l'a réuni encore
au. Cap fous ce rapport. Ce fut, pour ainfi dire, àcette dernière époque,
que M. de Vaudreuil, gouverneur de la Partie du. Nord., conçut l'idée de
faire communiquer cette partie & celle de l'Oueft par Plaifance, &z au mois
de Septembre 1750, fans même attendre les ordres des Adminiftrateurs - généraux, il fit travailler les nègres des diverfes paroiffes environnantes au chemin
depuis le bas de la coupe de Plaifance dans le Limbé, jufqu'au bas de
celle des Gonaives dans cette dernière. paroiffe même, Ce travail fut conduit
ie du. Nord., conçut l'idée de
faire communiquer cette partie & celle de l'Oueft par Plaifance, &z au mois
de Septembre 1750, fans même attendre les ordres des Adminiftrateurs - généraux, il fit travailler les nègres des diverfes paroiffes environnantes au chemin
depuis le bas de la coupe de Plaifance dans le Limbé, jufqu'au bas de
celle des Gonaives dans cette dernière. paroiffe même, Ce travail fut conduit --- Page 688 ---
662 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
avec tant d'adtivité, qu'au mois de
Septembre 1751 2 M. de Vaudreuil alla
par ce chemin, du Cap aux Gonaives, & dès lors les Françaisn'eurent
befoin, pour aller du Cap au Port-au-Prince,
plus
territoire
d'emprunter un paffage fur le
efpagnol. Par une conféquence de cette entreprife, Plaifance,
eette route faifait traverfer continuellement, vit accroitre fes établiffemens. que
M. de Belzunce, tout occupé de camps, de communications & de défenfe
intérieure, ne trouvant pas ce chemin propre à fes vues, en chercha un
&c fitun tracé auquel on ne penfa plus à caufe de la paix de
autre
la mort de ce général.
1763, &. de
En 1773, les clameurs fe faifant entendre de toute part, contre le
vais état du chemin de la coupe de Plaifance,devenu
mauen quelque forte
M. de Vallière ordonna qu'on prit des mefures efficaces
impraticable,
On y trayailla &c les habitans de
pour en faire un folide.
Plaifance, particulièrement, prouvèrent
leur zèle, qu'ils en fentaient la néceffité.
par
Vingt-cing ans plutôt on ne concevait même pas l'efpérance de
dans un pareil maffif de montagnes, une route durable &
pratiquer
commode, & dès
qu'on eut celle-ci, le défir de paffer du Nord à l'Oueft, en voiture,
Il fallait pour cela trouver fartout une iffue de Plaifance
s'éveilla,
&
vers les
ce fut vers CC but que les obfervations fe dirigèrent.
Gonaives;
M. de Reynaud pendant le court interim qu'il remplit, à la mort de
de Vallière en 1775, fit faire des recherçhes, mais on n'eut des idées M,
La guerre de 1778 créant des befoins, on reprit l'idée que de la
vagues;
par Plaifance, & l'année fuivante > M. Louis Dumefhil, habitant communication &
cette paroiffe > fit lever le plan d'un chemin qui, prenant dans la arpenteur de
plaine de Plaifance, gagnait les Gonaives par la ravine Sèche. M. du Moufceau en fit même
une vérification que fuivit une opinion favorable 3 le 23 Novembre
La mort de M. d'Argout ayantdonné 2 au mois d'Avril 1779.
interim à M. Reynaud qui était devenu lieutenant
1780, un nouvel
au
il
M. de
goivernement-ginénal,
chargea
Manfuy, ingénieur & aide-maréchal - général - des - logis, de
s'occuper effentiellement d'effeétuer un chemin de voiture entre les deux Parties
du Nord & du Sud. M. de Manfuy > lun des ing@nicun-géographes
dlans la Colonie, en 1764, pour en faire le plan topographique
envoyés
encore aidé
(*) Ce plan n'a jamais été achevé, à caufe de la mort de plufieurs ingénicurs,
al,
chargea
Manfuy, ingénieur & aide-maréchal - général - des - logis, de
s'occuper effentiellement d'effeétuer un chemin de voiture entre les deux Parties
du Nord & du Sud. M. de Manfuy > lun des ing@nicun-géographes
dlans la Colonie, en 1764, pour en faire le plan topographique
envoyés
encore aidé
(*) Ce plan n'a jamais été achevé, à caufe de la mort de plufieurs ingénicurs, --- Page 689 ---
F R A NÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE 663
des connaiffances locales de plufieurs habitans &c notamment de celles de M.
Ballon, capitaine des milices à Plailance i après avoir jugé que le chemin
propofé par M. Dumefnil, ne pouvait pas en être un de voiture, traça, avantle
mois d'Août 1780, une nouvelle route connue fous le nom de communication
de la Brande.
: A la même époque, M. Marfan, voyer de Plaifance, propofà à M. de
Reynaud un chemin qu'il difait préférable & qui paffait dans la partie la plus baffe
de la chaîne de montagnes qui fépare Plaifance d'avec le Limbé, le Port-Margot
& le Borgne 3 & qui eft la première chaîne du Cibao. De cette coupe jufqu'au
morne la Porte, M. Marfan comptait deux lieues; de là à la coupe à Jofeph on
paffe le chemin de voiture du Cap au Port-Margot, une lieue un quart, & de ce
dernier terme au bourg du Limbé environ une lieue, ce qui ne faifait que quatre
lieues de la limite du Gros-Morne au Limbé.
De fon côté, M. Dumefnil réclamait en faveur de fon projet de la ravine
Sèche, M: de Manfuy reçut donc de M. de Reynaud, , l'ordre de faire une vifite
exacte de ce dernier & d'en marquer les inconvéniens. Il en dreffa un procèsverbal le IO Septembre 1780 > fans néanmoins manquer de dire qu'il fallait
entretenir le chemin tel qu'il exiftait déjà, ainfi que celui des orangers,
que des circonftances particulières pouvaient rendre utiles ces diverfes iffues. parce
MM. de Reynaud & Le Braffeur preferivirent l'ouverture du chemin de la
Brande & on y mit les ouvriers le 2 Janvier 1781. C'étaient 75 foldats du
ment
régidu Port-au-Prince & 60 du régiment du Cap, cent nègres de l'atelier du
roi, cent de la paroiffe de Plaifance & cent de celle des Gonaïves ; la paroiffe du
Gros-Morne devant travailler au chemin fur fon territoire. Le 14 Avril fuivant
M. de Reynaud parcourut à cheval toute la route accompagné de trente-deux 3
perfonnes que cet événement avaient attirées.
MM. de Reynaud & Le Braffeur avaient rendu
au
compte miniftre, 2 le Ier,
Décembre 1780, de ce qu'ils avaient ordonné, & le miniftre dont tous les alentours
n'étaient pas favorables, furtout au premier de ces deux Adminiftrateurs
répondit, le 17 Février 178r > que Pon s'était trop preffé &c que les corvées
étaient bien onéreufes aux habitans. Des lettres particulières
ayant publié cette
efpèce de défapprobation, on crut le moment propice pour reparler des projets
autres que celui de la Brande qu'on regardait comme proferit.
M. de Reynaud enjoignit alors à M, d'Anteville 3 capitaine au corps royal du
de ces deux Adminiftrateurs
répondit, le 17 Février 178r > que Pon s'était trop preffé &c que les corvées
étaient bien onéreufes aux habitans. Des lettres particulières
ayant publié cette
efpèce de défapprobation, on crut le moment propice pour reparler des projets
autres que celui de la Brande qu'on regardait comme proferit.
M. de Reynaud enjoignit alors à M, d'Anteville 3 capitaine au corps royal du --- Page 690 ---
664 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
génie, d'aller vifiter toutes les communications pofibles du Nord à l'Oueft,
& d'en rendre un compte par écrit. Ce compte détaillé &: daté du 27 Mai 1731,
était favorable au chemin par la Brande ; mais l'interim de M. de Reynaul ayant
fini à fon départ pour France, à la fin du mois de Juillet 1781, tout ce qu'il
avait voulu, fut facrifé à des reffentimens perfonnels, & un chemin de voiture
dont on était au moment de jouir, fut abandonné comme une entreprife au
moins inutile. On y gagna cependant ce que cet infatigable Adminiftrateur avait
fait faire pour adoucir le chemin de la coupe de Piaifance &z les foins qu'il avait
fait donner fous la direétion de M. de Grandmont, commandant de la paroife
des Gonaives, à celuj de la coupe des Gonaives ou des Orangers, pour lç
rendre moins mauvais.
Six nouvelles années s'étaient écoulées depuis, lorfqu'une circonftance difficile
à prévoir, eft venu produire ce que 40 ans de recherches 3 de projets, de plans
& d'effais n'avaient pu procurer à la Colonie. Je veux parler de la réunion des
deux Confeils du Cap & du Port-an-Prince qui, en obligeant les habitans de
la riche Partie du Nord à franchir les monts qui femblaient les féparer de
celle de TOueft, pour aller folliciter la juftice dans cette dernière ville 2 a
voulu impéricufement qu'on fit une route de voiture, dont le préambule de
l'édit de réunion fuppofe même l'exiftence. MM. de la Luzerne & de Marbois
y ont fait travailler, d'après leur ordonnance du 13 Novembre 1787; &c on
l'achève en ce moment 3 de manière qu'on peut déformais aller en voiture
de la Partie du Nord dans celle de l'Oueft, MM. du Chillau & de Marbois
viennnent même 2 par une ordonnance du 28 Mai 1789, d'autorifer un établiffement de carioles > réuni à la ferme de la pofte aux lettres, pour tranfporter
les voyageurs du Cap au Port-au-Prince & réciproquement, en payant 396
livres par perfonne 3 & même jufqu'à Léogane.
Jettons maintenant un coup-d'ceil fur tous les moyens de communication
de la paroiffe de Plaifance.
La Partie du Nord & celle de l'Oueft ont pour féparation naturelle la première chaîne du Cibao, qui court en fe prolongeant vers le Môle Saint-Nicolas,
& depuis 1750, que M. de Vaudreuil a voulu qu'une communication entre ces
deux parties fut entièrement fur le territoire français, c'eft toujours Plaifance qu'on
a conftamment reconnu pour le point où cette chaîne devait être franchie.
En effet la feule chaîne qui fépare Plaifance des Gonaives offre une polition
centrale,
ft ont pour féparation naturelle la première chaîne du Cibao, qui court en fe prolongeant vers le Môle Saint-Nicolas,
& depuis 1750, que M. de Vaudreuil a voulu qu'une communication entre ces
deux parties fut entièrement fur le territoire français, c'eft toujours Plaifance qu'on
a conftamment reconnu pour le point où cette chaîne devait être franchie.
En effet la feule chaîne qui fépare Plaifance des Gonaives offre une polition
centrale, --- Page 691 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
centrale, d'où les fecours peuvent être également portés dans tous les
de la Partie du Nord, depuis Ja baje de Mançenille jufqu'à
points
dans tous ceux de la Partie de l'Oueft, depuis les Gonaïves Jean-Rabel, &c
Goave & à Jacme), & de celle-ci dans la totalité de la Partie jufqu'au du Grandchaîne eft, par une conféquence néceflire de fa
Sud. Cette
définitif, pourrait être celui de la retraite de
fituation, un centre qui, en
forcés, & un
tous les points que l'ennemi aurait
rempart contre les tentatives qu'il voudrait faire contre
l'autre des deux Parties du Nord ou de l'Oueft, fi l'une
l'une ou
envahie, A un pareil éloignement de fes
des deux était déjà
marche auffi longue & femée d'autant
vaiffeaux, avec la néceffité d'une
d'obftacles, il eft plus que
l'attaquant harcelé par des troupes légères & ayant à combattre le probable que
ferait que d'impuiffàns effarts.
climat, ne
Avec cette vue défenfive, il faut une route propre aux
de
genres, aux gros bagages, & c'eft ce qui rend fi
tranfports tous les
affuré aux voitures de trait & de charoi. Elle importante celle que l'on a
d'affurer le tranfport des denrées des
a, en outre, l'objet important
Gonaives, & même d'une
de
plaine de l'Artibonite, d'oà l'on eft obligé de les
partie la
guerre, & de tirer de cette ville les provifions envoyer au Cap pendant la
à l'exploitation.
d'Europe & les objets néceffàires
J'ai parlé, dans la Defcription du Limbé, de cette route
elle parvient à la cime de la coupe de Plaifance,
jufqu'au point où
Limbé. De ce
elle
depuis la Grande ravine du
point va trouver, 3 à environ 3,000 toifes, ce
le bourg de Plaifance, où eft la rencontre du chemin
qu'on nomme
De ce bourg, connu auffi fous le nom de carrefour de qui Va au Gros-Morne.
toifes pour traverfer les Trois-Rivières. De
Plaifance, elle fait 700
C2 point des
où elle trouve la ravine des Orangers, elle fait
Trois-Rivières à celui
intervalle qu'eft l'embranchement du
2,200 toifes, & c'eft dans cet
chemin de cheval,
le
de la Trouble, à la Marmelade & au Dondon. Les qui va, par canton
de faire mention, parcourues dans la
2,900 toifes dont je viens
partie plane de Plaifance, font
à l'ancienne route de Vaydreuil, mais avec une largeur & une folidité communes
.n'avait pas auparavant. De la ravine des Orangers, la route fait
qu'elle
pour aller, avec une pente d'environ 4 pouces par. toife, chercher 4555 fur la toifes
mière chaîne la crête à Puilboreau, 3 point qui eft dans cette partie la limite prePlaifance avec les Gonaives, celle de la Sénéchauffée du
& de
de
Tome I.
Cap
celle de
Pppp
largeur & une folidité communes
.n'avait pas auparavant. De la ravine des Orangers, la route fait
qu'elle
pour aller, avec une pente d'environ 4 pouces par. toife, chercher 4555 fur la toifes
mière chaîne la crête à Puilboreau, 3 point qui eft dans cette partie la limite prePlaifance avec les Gonaives, celle de la Sénéchauffée du
& de
de
Tome I.
Cap
celle de
Pppp --- Page 692 ---
666 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
Saint-Marc 3 &c autrefois du Confeil fupérieur du Cap & de celui du Port-auPrince , point dont on peut évaluer la hauteur à environ 400 toifes au-deffus da
niveau de la mer.
C'eft de cette mêne chaîne - 8c aux confins de Plaifance, de la Marmelade
& des Gonaives, que l'oeil peut fe promener fur la plus riche portion de la
Plaine du Cap, & aller faifir la Grange, dans la direétion de lEG-Nord-Ef,
à environ vingt-fix lieues de diftance. Il peut parcourir encore les montagnes
cultivées qui bordent cette plaine, & comparer cet afpest gai 8c varié à celui
des portions prefque défertes des poffefions efpagnoles qu'il découvre au SudEt, &c avec lefquelles Plaifance lui offre, dans le Nord, un contrafte de plus.
Je reviendrai au chemin de voiture dont on doit la direétion &c l'achèvement
au zèle &c aux talens de M. de Vincent, ingénieur, en décrivant la paroiffe
des Gonaives, aux confins de laquelle je le laiffe. J'ajouterai feulement qu'ila
été fait par entreprife, &z que les divers habitans qui en ont fait exécuter des
portions, ainfi que les foldats des régimens du Cap & du Port-au-Prince qu'on
y a employés, , ont été payés par la caiffe publique.
La route par la ravine Séche, & qui eft celle dont M. Dumefnil voulait qu'on
fit le chemin de voiture, vient auffi du, carrefour de Plaifance mais vers
l'extrémité de la plaine elle coupe plus à T'Eft que le chemin des Orangers pour
aller atteindre un point de la coupe des Gonaives, far l'habitation Saint-Amand,
après avoir fait 5,855 toifes depuis le carrefour. Il a l'inconvénient de parcourir
des contreforts très-multipliés de la grande chaîne, de fuivre pendant S ou 900
toifes une ravine remplie de pierres, de galets &z de gravois, auxquels une
argile blanche a formé un glutin durci, & d'avoir, quoique féche dans les
tems ordinaires comme le dit fon nom, beaucoup d'eau dans les orages. Ce
dernier effet provient de ce qu'elle eft formée par une patte d'oie de ravines
qui aboutiffent toutes à fa tête & qui defcendent de mornes efcarpés par cafcades
D'ailleurs cette route exigeant un long travail, des mines, ces obftacles ont
femblé plus faits pour arrêter que les 2 lieues + qu'a de plus la route qui a été
ouverte aux voitures, tandis que l'autre eft reftée praticable aux chevaux &
pour l'utilité des habitans de fon voifinage 3 foit de la Grande-Rivière, des
Gonaives, foit des gorges de la Motte 3 du Dos-d'Ane, &c.
Le troilème chemin eft celui des Orangers, ainfi appelé parce qu'il fuit
long-tems une ravine de ce nom. C'eft celui qu'on doit à M. de Vaudreuil,
la route qui a été
ouverte aux voitures, tandis que l'autre eft reftée praticable aux chevaux &
pour l'utilité des habitans de fon voifinage 3 foit de la Grande-Rivière, des
Gonaives, foit des gorges de la Motte 3 du Dos-d'Ane, &c.
Le troilème chemin eft celui des Orangers, ainfi appelé parce qu'il fuit
long-tems une ravine de ce nom. C'eft celui qu'on doit à M. de Vaudreuil, --- Page 693 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 667
& conféquemment le plus ancien de tous, , puifqu'avant lui Plaifance ne communiquait point avec les Gonaives. Il eft plus à l'Oueft que celui de la ravine Séche.
Ila; en commun avec la grande route royale de chaifes, 2,900 toifes, comme jel'si
déà dit, puis il fait 1,975 toifes pour aller du paffage de la ravine des Orangers
gagner la coupe des Gonaives fur l'habitation Bernard, portion dans laquelle il
n'eft plus qu'un chemin de cheval, avec une pente de 4 pouces par toife. Prefque
au fommet de cette coupe > limite des deux paroiffes mais du côté de Plaifance, 3
on trouve une efpèce de réfervoir: naturel, fans iffue. Il a environ 60 pieds en
carré &c 15 de profondeur. Les pluies ou les féchereffes n'ont aucune influence
fenfible fur le volume de fes' eaux.
Un quatriè ne chemin eft celui de la Brande, qui eft refté aufli une fimple
route pour le cheval. Il part également du carrefour de Plailance, à 800 toifes
duquelil commence à côtoyer la rive droite des Trois-Rivières, & va vers l'églife
puis il parvient au penchant du morne à Miel, qui fépare Plaifance du Pilate, 8c
ayant parcouru 4-700 toifes depuis le carrefour.
A 750 toifes du morne à Miel, le chemin traverfe à la paffe la Boulayes,
&c cette feule fois,les Trois-Rivières, dont il prend alors la rive gauche jufqu'au morne la Porte , n'ayant guères que deux ou trois pouces de pente par
toife depuis le carrefour ; il franchit le morne la Porte à 4 pouces par toife &c
parvient à la limite du Pilate avec le boucan Richard, dépendant de la paroiffe
du Gros-Morne 3 après avoir fait 4300 toifes depuis le morne à Miel.
Di point commun au boucan Richard & au Pilate, il fait 2,600 toifes pour
gagner la crête qui fert de limite entre le canton du Boucan Richard 3 du
Gros-Morne & le canton de la- Brande aux Gonaives, pour de la aller, en
fuivant la ravine de la Brande, joindre dans les Gonaïves le poteau où aboutiffent les trois autres communications dontj'ai rendu compte. 9 en faifant encore
10,500 toifes, ce qui completé 22;100 toifes depuis le carrefour de Plaifance.
On a reproché a cette commynication la difficulté de l'entretien 3 s'il était rendu
propre aux voitures, & d'être trop rapproché des paroiffes qui en avaient
déjà une.
Du Pilate on peut aller-au Port-de-Paix & au Port-au-Prince par le GrosMorne:, & gagner le Cap par le Port-Margot, le Limbé, &c.
Le canton de la ravine à Champagne a, en outre , une fortie vers le Limbé
diredtement, & une troilième vers le Margot y mais il n'y a qu'un befoin
abfolu qui puiffe déterminer à en faire ufage.
P plpp2 2
à
paroiffes qui en avaient
déjà une.
Du Pilate on peut aller-au Port-de-Paix & au Port-au-Prince par le GrosMorne:, & gagner le Cap par le Port-Margot, le Limbé, &c.
Le canton de la ravine à Champagne a, en outre , une fortie vers le Limbé
diredtement, & une troilième vers le Margot y mais il n'y a qu'un befoin
abfolu qui puiffe déterminer à en faire ufage.
P plpp2 2
à --- Page 694 ---
668 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
La paroife de Plailance eft du Quartier du Limbé,de la Sénéchaufée & du
commandement du Cap. Elle a pour ta police a fon commandant de milices, un
fubftitut du procureur du roi du Cap, & depuis une ordonnance du
tembre 1775, une maréchauffée compofée à préfent d'un exempt, d'un 13 Sepdier & de quatre archers. Sa milice peut donner I5O individus, dont un brigaplus de moitié font blancs.
peu
Le Courrier du Cap au Port-au-Prince laiffe & prend deux fois par femaiae
des lettres au bureau de Plaifance , qui eft l'une des mailons du carrefour.
On compte de l'églife de Plaifance:
A celle du Borgne,
9 lieues. A celle de la Marmelade,
8 tieges:
Port-Margot,
des Gonajves D
Limbé >
du Gros-Morne,
T
XVIL
PAROISSE DU POxT-MangoT.
Nus lieu de Saint-Domingue ne peut le diputer en ancienneté au PortMarget, comme érabliffement français, f ce n'eft l'ile de la Tortue. Çette
dernière devenu le féjour des Aventuriers depuis 1630, avait en eux une
lation mélangée d'indivus de divers lieux d'Europe, augmentée, dans la popu- mê me
année, de français expulfés de Saint-Chriltophe par les epagno's, & fi les
Boucaniers paffaient quelquefois de là dans l'iie Saint-Domingue meme, ils
n'y avaient que des huttes momentanées qui portaient le nom de Boucans.
Quoique les Efpagnols euffent exterminé prefque tous les habitans de la
Tortue en 1638, il refta cependant une quarantaine de français dilper.és fur la
côte de Saint- Domingue, 3 qui voyant que cette petite ile était abandonnéc
retournèrent en 1619, y vivant fans chef & fans que perfonne les y troublât. 3 y
Mais Willis, capitaine anglais 2 ayant enlevé, fans aucune autorifation, de lile
de Nièves environ trois cens de fes compatriotes, il les conduifit à la Tortue.
Les français accueillirent ces nouveaux compagnons & ne ceffaient même 3 depuis
quatre mois, de les aider de toutes leurs reffources, lorfque l'ingrat Wiliis les
fit défarmer, en fit maffacrer une partic de fang-froid & enyoya le refte dans
l'ile Saint-Domingue,
capitaine anglais 2 ayant enlevé, fans aucune autorifation, de lile
de Nièves environ trois cens de fes compatriotes, il les conduifit à la Tortue.
Les français accueillirent ces nouveaux compagnons & ne ceffaient même 3 depuis
quatre mois, de les aider de toutes leurs reffources, lorfque l'ingrat Wiliis les
fit défarmer, en fit maffacrer une partic de fang-froid & enyoya le refte dans
l'ile Saint-Domingue, --- Page 695 ---
PRANÇAISE DESAINT-BOMINGUE
Quelques-uns de ceux échappfs à tant d'infortunes, allèrent en faire le
au Commandeur de Poincy, gouverneur-général pour le roi, des iles de l'Amé- récit
rique, 9 dont Saint- Chriftophe était alors le chef-lieu. M. de
projet de faire fervir cette circonftance à l'exéeution d'un Poincy conçut le
preferit par les Seigneurs de la Compagnie des Illes de parti qui lui était déjà
l'Amérique, formée &c
protégée par le Cardinal de Richelieu, alors Grand-Maître, Chef & Surintendant-général de la Navigation &c Commerce de France.
Un officier de marine, 3 compagnon de d'Enambuc, premier fondateur
Antilles françaifes, à qui fes talens 8c fon courage avaient fait donner le des
mandement d'une compagnie à
commandeur de
Saint-Chriftophe, 3 y jouiffait auprès du comPoincy d'une confiance méritée. Mais il était
ceux de fa croyance dans l'ile, & ce fut aflez
le huguenot, chéri de
tion. Poincy réfiftait
pour dévouer à la perfécudepuis quelque tems, parce que le Vaffeur & fes
lui étaient néceflaires. Enfin il erut le moment favorable, & il ordonna adhérens
Vaffeur d'aller croifer dans le golfe du Mexique, & lui remit des
à le
relatives à Saint-Domingue pour le cas où f croifière ne ferait fruétueufe. inftruétions
Le Vaffeur fe mit avec. ceux que leurs opinions religieufes rendaient pas
comme lui, dans une barque que M. de Poincy avait fait acheter, &c ils fufpedta
rent pour aller fervir une patric qui les rejettait de fon fein. D'après le parti.
M. de Poincy, ils vinrent aborder dans l'ilet du
plan de
ce nom dont l'origine m'eft inconnue.
Port-Margot, qui portait déjà
Ainfi ce petit point reçut le premier chef revêtu d'un pouvoir vraimént
& émané méliatement du Monarque. Les français qui les
légal
trouva fur la câte, furent réellement dès-lors des êtres fuivaient, ceux qu'il
l'autorité qui régifait Ja nation entière dont ils faifaient avoués & dirigés par
partic,
De cetilet, le Vaffeur allait vifiter Villis qui lui rendait la pareille. Les
vivaient, avec les nouveaux français de leur
dans
anglais
monie, & même les deux chefs étaient voifinage >
une parfaite har.
habitans de la Tortue,
convenys que des français mélés aux
feraient, comme ils le défiraient eux-m@nes, affimilés
aux anglais, mais cet accord ne fut pas de longue durée. Willis qui avait
population plus grande dans fon fle, y défarma quelques perfonnes
une
lilet, il fe jous des plaintes de le Vaffeur * qui, lage de tant d'infulte, venues de
qua avec quarante-neuf hommes feulement à la Tortue, le 31 Aoit débarft Willis prifonnier, s'empara de ceite petite ile gui, abandlonnée les 1649. #
par anglais
eux-m@nes, affimilés
aux anglais, mais cet accord ne fut pas de longue durée. Willis qui avait
population plus grande dans fon fle, y défarma quelques perfonnes
une
lilet, il fe jous des plaintes de le Vaffeur * qui, lage de tant d'infulte, venues de
qua avec quarante-neuf hommes feulement à la Tortue, le 31 Aoit débarft Willis prifonnier, s'empara de ceite petite ile gui, abandlonnée les 1649. #
par anglais --- Page 696 ---
670 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
partis pour l'ile Sainte-Catherine, devint, à cet époque, la première capitale
de la Colonie Françaife de Saint-Domingue.
La proximité de la Tortue fournit l'occafion d'un établiffement, & dans l'ilet
& dans Pile Saint-Domingue au point qui correlpondait à cet ilet; & lorfque
d'Ogeron y forma, en 1665, une habitation où il introduifit la culture du
cacaoyer en 1666, On comptait une centaine de français dans ce lieu & environ
foixante fur l'ilet, Mais la préférence qu'acquit bientôt après le Port-de-Paix,
ne laiffa plus que des Boucaniers au Port-Margor, 8 les rayages des ennemis
en 1695 lui furent très-funeftes.
On y bâtit cependant une églife alors, mais elle ne tarda pas à s'anéantir, &
lorfque les nouveaux efforts tentés au commencement du fiècle aétuel, foit
dans PEf du Port-de-Paix, foit dans l'Oueft du Cap, conduifirent quelques
Colons julqu'au Port-Margot, ils dépendirent de la paroiffe de l'Acul, puis
ils eurent une chapelle fuccurfale où l'on célébra la meffe pour la première fois
le 21 Juillet 17II. Elle était au bord de la rivière dans un endroit qu'on nommoit auparavant Boucan au Figuier au père l'Amande 2 parce qu'un Boucanier
de ce nom y avait eu fon boucan autrefois, &yavait planté quelques figuiersbananes qu'on y voyait encore. Cette fuccurfale était elle-même à 7 ou 800 pas
plus bas que l'églife de 1695. Le temple de 1711 fut confacré, par un voeu
unanime, à Sainte-Marguerite.
Les débordemens de la rivière du Port-Margot expofant la maifon du Seigueur, les habitans s'affemblèrent, le 6 Avril 1712, à la plaine du Nord fur
l'habitation de M. de Barrère, lieutenant de roi du Cap, & y arrêtèrent que
cette chapelle ferait mife fur la pointe du morne du Corail. Les Adminiftrateurs confacrèrent ce voeu & autorisérent à ne rien payer à l'églife de l'Acul,
mais à préparer, par une taxe, le moyen d'en faire conftruire une convenable
chez eux-mêmes,
On comptait alors au Port-Margot 80 hommes portant armes, tous indigotiers ou chaffeurs, &x qui paffaient pour très-courageux.
La paroiffe faifait peu de progrès quoiqu'elle eût des conceflionnaires, parce
que les concefions étaient immenfes, & M. de Charitte vendit à lui feul, en
1716, du terrain pour quatre grandes habitations au moins. Le 14 Septembre
1717, les Adminiftrateurs réunirent tout ce qui n'était pas défriché.
Aujourd'hui la paroiffe du Port - Margor a 8 fucreries, dont 4 avec de
affaient pour très-courageux.
La paroiffe faifait peu de progrès quoiqu'elle eût des conceflionnaires, parce
que les concefions étaient immenfes, & M. de Charitte vendit à lui feul, en
1716, du terrain pour quatre grandes habitations au moins. Le 14 Septembre
1717, les Adminiftrateurs réunirent tout ce qui n'était pas défriché.
Aujourd'hui la paroiffe du Port - Margor a 8 fucreries, dont 4 avec de --- Page 697 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 671
moulins à eau, 15 indigoteries , I19 cafeteries, I cacaoyère, 13 places-àvivres, 38 habitations incultes faute de bras, 3 guildiveries, 3 entrepôts
& I briqueterie.
Sa population eft de 366 blancs, 184 affranchis & 5,500 efclaves.
La mer borde la paroiffe du Port-Margot au Nord; le Limbé à TEf ;
Plaifance au Sud & le Borgne à l'Oueft. On lui donne environ 9 lieues de
longueur du Nord au Sud, & environ 3 lieues de l'Eft à lOueft.
La paroiffe du Port-Margot a d'abord pour divifion principale, le PortMargot &c le Margot. Le Port-Margot eft une efpèce de vallée environnée
à PEt, au Sud & àlOueft par des chaînes de montagnes. Le Margot, qui
eft placé au-deffus du Port- Margot, > n'a guères de plane que le point où
coule la rivière. Les montagnes y font fort élevées & ont une pente affez
rapide.
Enfuite le Port - Margot & le Margot fe fubdivifent en huit cantons que
je vais parcourir 3 & dont les fept derniers ne font que des. penchans de
montagnes ou des montagnes mêmes.
Le Bas Quartier, 3 comme l'indique le mot même, eft la partie qui touche
à la mer. Il gagne vers le Sud-Ett, en rétréciffant jufqu'au bourg appelé
Grand bourg, & il eft plane. On fubdivife auffi ce canton en deux parties
qui font, l'Embarcadère & la Boularde.
Le Grand Bourg 3 placé à environ une lieue & demie dans le Sud de
l'Embarcadère, a 42 maifons toutes numérotées ; c'eft là qu'eft l'églife aétuelle.
Le Bas Quartier a fix fucreries qui donnent onze cens milliers de fucre
blanc. On pourrait en placer quatre de plus qui pourraient en produire huit cens
milliers. On n'y compte plus que fx indigoteries, parce que l'indigo y périt,
& trois places-à-vivres. Ce canton a : des nègres de la paroiffe &c * de fa
furface. Il eft le plus expofé aux débordemens des rivières de la paroiffe &
fes habitans ont , dans leur lot de répartition, ,1 l'entretien de la
à Noé
où paffe, dans la chaîne-qui fépare le Port - Margot du Limbé, coupe le. grand 3
chemin du Cap au Port-de-Paix.
Le Petit Borgne eft placé au deffus du Bas Quartier >' fans s'étendre comme
lui jufqu'à PEt de la paroiffe. Il n'a qu'une fucrerie en brut, qui. pourraic
faire trois cens milliers de fucre blanc 3 2 indigoteries, 15 cafeteries & 2 placesà-vivres, + de la furface de la paroiffe & : de fes efclaves.
coupe le. grand 3
chemin du Cap au Port-de-Paix.
Le Petit Borgne eft placé au deffus du Bas Quartier >' fans s'étendre comme
lui jufqu'à PEt de la paroiffe. Il n'a qu'une fucrerie en brut, qui. pourraic
faire trois cens milliers de fucre blanc 3 2 indigoteries, 15 cafeteries & 2 placesà-vivres, + de la furface de la paroiffe & : de fes efclaves. --- Page 698 ---
6y2 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Le canton du Corail eft féparé de celui du Petit
Borgne 3 qu'il furmonte ,
par. une pstite chaîne de montagnes. Il renferme 5 indigoteries > 24 cafeteries,
I cacaotière,3 places - à - vivres, + de la furface & un peu plus du * des
nègres de la paroiffe.
La Grande Plaine ou Plaine a PAnneau, eft l'efpace qui eft au Sud du bourg
& qui va jufqu'au fommet de la montagne qui fépare ce canton de celui du
Margot. Il a I fucrerie, I indigoterie , 16 cafeteriesy 3 places-à-vivres, I
briqueterie, I guildiverie, 3 entrepôts, * de la furface & 4 des nègres. C'eft
dans fon étendue qu'eft une réunion de quelques maifons formée par l'acquifition de divers petits, terrains démembrés d'une habitation, &c à laquelle on a
donné affez improprement le nom de petit Bourg. Il eft à environ une lieue
&c demie dans I'Oueft-Sud-Ouet du grand Bourg.
Le canton du Bras Droit, tire vers l'Oueft. Il a 8 cafeteries, * de la
furface & tr des nègres.
Le Bras Gaucbe, contigu au précédent, a15 cafeteries & 2 places-à-vivres,
Il occuppe ts de la furface de la paroiffe & environ T'r de fes nègres.
Le Margot, qui eft dans le Sud-Oueft, & comme enclavé dans la paroiffe
de Plaifance, compte I indigoterie & 31 cafeteries, 4 de la furface & Pa
des nègres.
Enfin le boucan Micbel, dont la majeure partie dépend du Borgne, qui gagne
vers le Nord-Oueft, n'a que 1O cafeteries > Te environ de la furface & T's
des négres.
Le fol de la paroiffe du Port-Margot eft en général léger & pierreux. Il
ne donnait autrefois que de l'indigo; à préfent il n'en fait guères que 20 milliers,
& le produit des cafeteries peut-étre évalué à environ un million & demi de
livres. Les vivres y font bons & la confommation du Cap donne une utilité
réelle à leur culture.
La partie plane eft arrofée par deux rivières & par une fource i cette dernière
eft appelée le trou Pétra, Celle appelée du Port-Margot, qui parcourt la paroiffe
dans le fens de fa longueur, a, quoiqu'elle tariffe dans plufieurs points durant les
grandes féchereffes, des débordemens dont les ravages s'exercent dans la partie
plane, mais furtout dans le bas vers la mer. Dans cette plaine, qui paraît
être le produit de fon limon, tout parle de fes effets & de fes irruptions.
Elle a paffé autrefois par le trou Pétra & elle menace encore d'y retourner
&
, qui parcourt la paroiffe
dans le fens de fa longueur, a, quoiqu'elle tariffe dans plufieurs points durant les
grandes féchereffes, des débordemens dont les ravages s'exercent dans la partie
plane, mais furtout dans le bas vers la mer. Dans cette plaine, qui paraît
être le produit de fon limon, tout parle de fes effets & de fes irruptions.
Elle a paffé autrefois par le trou Pétra & elle menace encore d'y retourner
& --- Page 699 ---
FIRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE, 673
& de partager le grand Bourg. Sa. rapidité, qu'augmente celle des torrens dont:
elle eft groflie, la rend très-dangereufe ; &x en 1722, elle caufa une grande
inondation.
Le 9 Février 1764, la pluie fut fi confidérable qu'en moins de fix heures
coutes les habitations furent inondées.
: Dans le coup de vent de la nuit précédente, la goelette la Sainte-Barbe
-
du
venant du Môle chercher de la chaux
Cap,
au-Borgne périt fur les reffifs vers la
: Orientale du Port-Margot. Ce malheur fut commun- à une goëlette efpagnole partie
allant du Capà Cube , à une pirogue & au paffager du Port-Margot.
D'après les obfervations faites par M. Le Gras fur l'habitation de Mde, fon
époufe i il y a eu. au Port-Margot :
En 1781, un coup de vent le 5 Septembre, un tremblement de terre le
6. OEtobre & 93 jours pluvicux.
En 1782, 112 jours pluvieux.
En 1783, 146 jours de pluie donnant 158 pouces IO lignes d'eau. Les rivières
furent débordées depuis le I", jufqu'au 21 Novembre & elles firent d'incroyables
ravages. La plus grande crue d'eau fut le 6,il avait fait la veille une averfe pendant
13 heures fans la moindre difcontinuation. Il y eut un tremblement de terre, le
30 Août.
En 1784, 160 jours pluvieux donnant 123 pouces d'eau. Le mois de Mars
qui, d'ordinaire, n'eft pas pluvieux, donna, à lui feul, 20 pouces 6 lignes en
15jours.
Il faut ajouter à ces réfultats trouvés far une habitation au centre de la plaine,
que dans les points qui confinent à la mer, la quantité de pluie eft à peu
moindre de + mais que dans le voifinage des montagnes, ilyat de plus. près
En général, les mois les plus abondans en pluie font ceux depuis celui d'Août
jufqu'à celui de Janvier inclufivement. Ily a dans cet intervalle de très-violens
orages.
Cependant le Port-Margot n'eft pas toujours préfervé des féchereffes; : il en
fouffrit aux mois de Mars &x de Mai 1781, mais il en fut défolé au mois de
Mars 1786.
Malgré des pluies auffi confidérables, on ne trouve point de marais dans la
plaine du Port-Margot & Fon n'y voit que rarement des brouillards. On y
Tome I.
Q999
dans cet intervalle de très-violens
orages.
Cependant le Port-Margot n'eft pas toujours préfervé des féchereffes; : il en
fouffrit aux mois de Mars &x de Mai 1781, mais il en fut défolé au mois de
Mars 1786.
Malgré des pluies auffi confidérables, on ne trouve point de marais dans la
plaine du Port-Margot & Fon n'y voit que rarement des brouillards. On y
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Q999 --- Page 700 ---
67+ DESCRIPTION DELAPARTIE
voit même un nombre remarquable de vieillards. Ily a environ 15 ou 16 ans >
qu'ony. a vu mourir Me, Texier, igée de 130 ans.
Mais avec une femblable quantité d'eau, les chemins du Port-Margot font
prefque toujours mauvais. Ceux de la plaine femblent fe détériorer tous les.jours.
Celui qui paffe par la coupe à Jofeph fituée à environ 700 toifes dans PEf du
petit bourg & qui eft le chemin du Cap pour les trois quarts des habitans de la
paroiffe, & même pour plufieurs habitans de divers cantons de Plaifance > tel que
le Pilate > la rivière la Porte & le Piment, & pour des habitans du Gros-Morne
&x du Haut du Borgne, eft dans un état qui le rend dangereux.
En 1772, on imagina de faire,au Port-Margot, un chemin neuf qui a coûté
15,000 journées de nègres & qui n'a point fervi. Il ferait à défirer qu'on les eôt
employées à baiffer cette coupe de 20 pieds & à y élargir la route. La coupe à
Ncé par laquelle le grand chemin de voiture venant du Cap, entre dans cette
paroiffe en quittant celle du Limbé, aurait aufli befoin qu'on l'adoucit de 5 ou 6
pieds perpendiculaires & qu'on l'élargit dans plufieurs endroits.
Le Port-Margot n'a pas encore un véritable embarcadère quoiqu'il y ait un lieu
de ce nom depuis le commencement du fiècle, c'eft ce qu'on jugera mieux par
les détails queje vais donner fur la côte de cette paroiffe.
Elle commence à la pointe Eft de l'anfe du Port-Margot, A 160 toifes dans
le Nord-Nord-Oueft de cette pointe eft l'ilet du Port-Margot, auquel le
Va@eurdonna, par reconnaiffance, le nom de Refuge & qu'on appele auffi à préfentllla-à-Cabr. Ila 540 toifes de long fur 400 de large & les hommes à qui
il rappele l'époque oûilétait l'abri de quelques proteftans perfécutés, au courage
defquels on doitla Colonie Françaife de Saint-Domingue, ne le contemplent pas
fans un mouvement d'admiration.
A environ 80 toifes dans le Nord-Nord-Oueft de l'ilet du Port-Margot, eft la
Prifon-d'Ogeron. C'eft un rocher, élevé d'environ 15 à 20 pieds, ayant a peu
près trente toifes dans fa plus grande longueur qui eft de PEA à lOueft. Il eft
coupéà pic 8z la mer y brife avec violence. Sa furface inégale eft chargée d'afpérités > le tems l'a filloné & il eft entiérement ftérile. C'eft là, fuivant la tradition,
que d'Ogeron envoyait les malfaiteurs de l'ile de la Tortue. Ileft probable qu'on
les y laiffait avec des fers ou des liens, puifque fans celails auraient pu nager & fe
fauver à terre, Ils yattendaient, dit-on, une mort dont l'afpeét était bien propre
furface inégale eft chargée d'afpérités > le tems l'a filloné & il eft entiérement ftérile. C'eft là, fuivant la tradition,
que d'Ogeron envoyait les malfaiteurs de l'ile de la Tortue. Ileft probable qu'on
les y laiffait avec des fers ou des liens, puifque fans celails auraient pu nager & fe
fauver à terre, Ils yattendaient, dit-on, une mort dont l'afpeét était bien propre --- Page 701 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 675
à exciter le défefpoir. Ils me femble qu'ils devaient regarder comme un bonheur
de pouvoir s'élancer dans l'eau pour y trouver une fin moins hideufe.
- Si ces rapports font vrais, il n'eft pas aifé de trouver une excufe à un fopplice
auffi atroce > à moins que l'imagination des Flibuftiers ne leût conçu elle-mêmecomme feule capable- d'imprimer la crainte à des hommes de leur trempe.
Par-tout le coeur de l'homme fenfible eft brifé par la vue ou par l'idée de quelques-uns de fes femblables conjurés contre la tranquillité des autres.
De la pointe Eft de l'anfe du Port-Margotjufqua fa pointe Oueft, nommée le
morne des Dames, il y a trois-quarts de lieue. L'enfoncement de cette anfe eit
de 330 toifes.
Auffitôt qu'on a tourné la pointe Orientale de l'anfe, &x en fe dirigeant au
Sud-Sud-Oneft, on trouve un efter qui mène à l'embarcadère du Port-Margot,
odily a 14 maifons ou magafins numérotés d'après l'ordonnance du 20 Oétobre
1780. En 1742,i1 n'y avait encore, le long de la mer 3 qu'un feul habitant
poffeffeur d'une immenfe étendue & fes voifins étaient à une lieue dans les terres.
Une vigie fur la pointe Et, avertiffait l'embarcadère de ce
fur
qui paraiffait la .
côte. M. de Vaudreuil fit faire, en 1748, à cet embarcadère une batterie, &c 6
pièces de canon le protègent encore efficacement en ce moment,
Cet embarcadère devenant de plus en plus précaire par les fables de P'efter, les
habitans qui follicitaient depuis 25 ans une utile réparation, obtinrent de M.
d'Ennery la permiflion d'y travailler. On affure qu'on eut le crédit de lui faire
adopter un mauvais projet en le parant du nom de M. Duportal, &. 14,000 journées de nègres >. & 18,000 livres d'argent, n'ont produit qu'un plus mauvais
embarcadère.
Des perfonnes qu'on regàrde comme inftruites, affurent qu'il faudrait faire, un
peu au-deffous du canal qui fournit l'eau au moulin de Phabitation
pilotis de pieux de bois incorruptibles frappés à refus de mouton Bayeux, de
un
à faire entrer 3. à volonté, toute l'eau de la rivière dans ce canal., à la 5 tête manière
duquel
on mettrait une éclufe de la plus grande folidité,afin que dans les débordemens,
la totalité de l'eau reflât dans la rivière. Dans les tems ordinaires. elle irait du
canal dans l'efter où fon volume entraînerait les' fables que le vent de Nord-Oueft
charrie à l'embouchure. Ces précautions & celle de couler un vieux navire dans
le Nord-Oueft 3 acheveraient de rendre l'embarcadère sûr. D'ailleurs Ma. de
Bayeux gagnant dans ce projet un meilleur moulin & un moyen d'embarquement
Q99 9 2
l'eau reflât dans la rivière. Dans les tems ordinaires. elle irait du
canal dans l'efter où fon volume entraînerait les' fables que le vent de Nord-Oueft
charrie à l'embouchure. Ces précautions & celle de couler un vieux navire dans
le Nord-Oueft 3 acheveraient de rendre l'embarcadère sûr. D'ailleurs Ma. de
Bayeux gagnant dans ce projet un meilleur moulin & un moyen d'embarquement
Q99 9 2 --- Page 702 ---
676: DESCRIPTION DE LA- PARTIE
de fes fucres chez eile-même , fon habitation pourrait être chârgée de l'entretien
du canal julqu'à l'embarcadère.
Le Port-Margot: a deux paffagers qui font les tranlports au Cap. Ce palfage
donnait au' ffc 2,850 liv. par an, en 1752.
Dans Panfe du Port-Margot & à 440 toifes de fa pointe Orientale, eft une autre
petite pointe qui partage cette anfe en deux autres, & à ISO toifes après cette
petite pointe, eftl'embouchure aétuelle de la rivière du Port-Margot qui porte
auffi le nom de rivière du Limon.
In'y a point de mouillage paffable dans toute l'anfe du Port-Margot, qu'en
dedans de l'ilet du Refuge, parce qu'on y eft à l'abri des Nords. Les groifes
lames, les ras de marée battent cette côte.
Le morne des Dames ou à Madame, qui fépare l'anfe du Port-Margot de l'anfe :
à Chouchou, eft formé par une demi-circonference d'environ 650 toifes de" côtes
de fer trés-élevées. Depuis la pointe Oueft de ce morne jufqu'à celle Et de l'anfe :
à Chouchou, on trouve 940 toifes fur environ 750 toifes d'enfoncement. Cetté
anfe eft encore. plus expofée à la force des vents de Nord que la précédente. IEI
n'y a guères que des barques ou chaloupes qui fréquentent cette partié dela côte:
avec beaucoup de foins pour veiller le tems. On y a cepèndant deux canons en
battérie.
Le morne qui fépare l'anfe à Chouchou de la baie de la rivière Salée , préfente
un front de côtes de fer de 335 toifes dirigé Et & Oueft, ayant fes deux côtes
Nord &Sud de chacune 700 toifes de côtes de fer auffi & égalerent très-élevées
au-defus de la mer. L'ouverture de cette baie jufqu'à la pointe du Baril-deBoeuf,eft de 438 toifes fur 1,000 de profondeur.
Au fond de cette baie ett l'embouchure de la rivière Salée; qui eft a ce
point la limité de la paroiffe du Port-Margot & de celle du Borgne 5 & Fendroit
où le chemin du Cap au Port-de-Paix ceffe d'être praticable aux voitures.
L'embouchure de la rivière Salée forme un lagon ou efter pacieux, de 9 à IO
pieds de profondeur. Le mouillage qui eft devant cette embouchuré fe trouve
abrité dui Nord.
On trouvé dans le pilote de M. de Puyfégur le plan de l'Anfe à Chouchou 3
& de:la baie de la rivière Salée. Il donne pour latitude à la pointe Eft de
cette prémière, 19 degrés 50 minutes 40 fecondes, & pour longitude 74 degrés
56 minutes 35 fecondes,
, de 9 à IO
pieds de profondeur. Le mouillage qui eft devant cette embouchuré fe trouve
abrité dui Nord.
On trouvé dans le pilote de M. de Puyfégur le plan de l'Anfe à Chouchou 3
& de:la baie de la rivière Salée. Il donne pour latitude à la pointe Eft de
cette prémière, 19 degrés 50 minutes 40 fecondes, & pour longitude 74 degrés
56 minutes 35 fecondes, --- Page 703 ---
FRANÇAIS E D E SAINTDOMINGUE 677
La côte de la paroiffe du Port-Margot court du Sud-Elt-qur-d'ER dans le
Ned-Ouct-qumn.-dOarih, &c les'terres vués de la' mer ont moins d'élévation que
dans la partie qui les précède depuis la baie de Mancenille.
La paroiffe du Port-Margot eft du quartier du Limbé, du commandement
& de la Sénéchauffee du' Cap. Cette dernière y'a un fubftitut du
du roi.
procureur
La milice du Port-Margot eft d'environ 120 individus, dont plus des deux
tiers font blancs. En 1688 elle' avait la moitié de ce nombre.
On ne peut s'empécher > en décrivant le Port-Margot, de marquer de
l'étonnement de ce que le canton du Piment, qu'on a donné a la partie de
Plaifance, n'appartienné pas à la première. Trois des côtés de ce canton font
du Port-Margot ; il 'n'à point de chemin pour alier à Plaifance ; il eft deux'
fois plus loin de l'églife de Plaifance que de celle du Port-Margot 3 il n'a
d'autre débouché que l'embarcadère du Port-Margot, qu'il n'atteint cependane
que par de mauvais fentiers jufqu'à ce qu'il foit parvenu dans cette dernière
paroifie, dont tous les rapports religieux & civils prefcrivent de le faire dépendre,
On compte de l'églife du Port-Margot à celle du Limbé,
3 lieues,
-de Plailance,
-du Borgne >
La paroiffe du Port-Margot a vu mourir, le 2 Novembre 1758, fur Thabitation de Mae. fon époufe, devenue fa demeure depuis plufieurs années, M.
François Le Gras, né à Orléans en 1719. Il avait fuivi fon père qui était venu
habiter Nantes, où M. Le Gras fut élevé chez les Oratoriens. Privé de
fon père, il entra dans la compaghie des cadets de Rochefort, qu'il quitta
pour fuivre, à l'âge de feize ans, fa mère dans la Colonie, où elle était appelée
par les intérêts d'une foeur. Devenu procureur de P'habitation Saint-Michel, du -
Quartier-Morin, il y établit une : adminiftration fage , & la' preuve qu'il fentait
l'importance de la conduite d'un grand atelier, e'eftqu'il conçut dès lors lidée
de traiter un jour cette queftion qu'il avàit polée lui-même. < Quelle ferait la :
>> meilleure édocation, tant au phyfique qu'au moral, à donner aux enfans
>> efclaves pour les rendre plus propres aux fervices que dans l'âge viril les
>> maitres ont droit d'exiger d'eux, & les mèttre dans le cas, en rendant ces
>> fervices, de jouir de toute la fomme de bonheur que leur étit
33 peut comporter ? >> -
d'elclavage
cette queftion qu'il avàit polée lui-même. < Quelle ferait la :
>> meilleure édocation, tant au phyfique qu'au moral, à donner aux enfans
>> efclaves pour les rendre plus propres aux fervices que dans l'âge viril les
>> maitres ont droit d'exiger d'eux, & les mèttre dans le cas, en rendant ces
>> fervices, de jouir de toute la fomme de bonheur que leur étit
33 peut comporter ? >> -
d'elclavage --- Page 704 ---
678 DESCRIPTIO N DE.LA PARTIE
D'agriculteur M. Le Gras devint afeffeur du Confeil du Cap en 1746,
titulaire en 1752, & procureur-général en 1767.
L'eftime publique fut le partage de M. Le Gras dans ces diverfes partics de
la magiftrature coloniale. Juge intègre & éclairé, organe de la loi qu'il voulait
qu'on refpestit parce qu'il était ami de l'ordre, M. Le Grax avait une philofophie douce qui le rendit conciliateur dans des circonftances difficiles.
Ayant obgenu des lettres de nobleffe en 1773 & un brevet de confeiller honoraire
des deux Confeils de la Colonie en 1774, M. Le Gras redevint agriculteur > mais
goûter les douceurs de la vie champêtre, qui étaient fi analogues à fes
pour penchans ; & partageant fes loifirs entre les foins de fa propre fucrerie &c celle
de Mde. Le Gras, il paffait des jours doux & tranquilles. En 1784, un phénomène
nouveau pour Saint-Domingue > celui de la naiffance de la Société des Sciences
&x Arts du Cap, lui offrit une jouiffance de plus. Capable d'en appercevoir
l'utilité préfente & future, il lui donna 1,600 liv. pour un prix dont il lui
laiffa le choix, & reçut avec fatisfaétion le titre de membre honoraire de cette
compagnie. I s'occupait d'obfervations qu'il comptait lui offrir, lorfqu'il a vu
finir une vie dont la vertu a marqué toutes les époques. Son éloge a été prononcé
le Ier. Mai 1786, dans une féance publique de la Société par M. Baudry Deflzières, & applaudi comme un jufte hommage. Une partie de la bibliothèque
de M. Le Gras, par la deftination que M. fon fils lui a donné, enrichit celle
de cette Société,
XVIIL
PAROISSE DU BORGNE,
EN 1728,le local qui forme actuellement la paroiffe du Borgne & qu'on
appelait le grand & le petit Borgne, avait 19 habitations & 125 nègres travaillans.
La plupart de ces érabliffemens étaient des corails, & la côte était l'afile où des
pécheurs de tortue & de çarret fe retiraient. Comme le lieu était fort pluvieux
on faifait vers la mer un peu d'indigo, mais plus intérieurement la plante pouffait
rapidement & décroûffait de mêne fans donner de fécule,
Encore en 1743, le Borgne était tellement une dépendance de la paroiffe du
Petit-Saint-Louis, que les habitans n'obtinrent qu'alors une chapelle fuccurfale,
'afile où des
pécheurs de tortue & de çarret fe retiraient. Comme le lieu était fort pluvieux
on faifait vers la mer un peu d'indigo, mais plus intérieurement la plante pouffait
rapidement & décroûffait de mêne fans donner de fécule,
Encore en 1743, le Borgne était tellement une dépendance de la paroiffe du
Petit-Saint-Louis, que les habitans n'obtinrent qu'alors une chapelle fuccurfale, --- Page 705 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE. 679
où le père Levantier , fupérieur de la miffion des jéfuites, célébra la première
meffe, le Ier, Septembre 1743.
On fit un curé du Borgne du père Frontgous, cordelier, le 29 Avril 1753 >
mais ce lieune fut réellement une paroiffe que le 13 Août 1754, époque où
la dédicace de fon églife fut faite à Saint-Charles-Borromée, par le père Cabady,
jéfuite, en préfence du curé que je viens de nommer.
Les limites de la paroiffe du Borgne font maintenant, d'après une ordonnance
des Adminiftrateurs du 30 Août 1786, au Nord, la mér, depuis l'embouchure
de la rivière Salée jufqu'à la pointe d'Icaque ; à T'Ef, la paroiffe du PortMargot par la chaine du boucan Michel & du boucan Tâche, jufqu'à la
fource de la rivière Salée; au Sud, la paroiffe de Plaifance 3 au moyen du canton
la rivière la Porte, & celle du Gros-Morne, par le canton de la rivière Mancel,
& à l'Oueft, la paroiffe du Petit-Saint-Louis, en venant du point Sud-Oueft de
la limite avec le Gros-Morne > gagner le piton du Genipayer 3 puis les deux
Fourchons & de là, fuivre la crête qui fe termine à la pointe d'Icaque, & qui
fépare les cantons du Sergent 8c du Précipice, du bas de Sainte-Anne. Le
Borgne a donc environ 6 lieues du Nord au Sud, fur environ 5 lieues de PEt
à l'Oueft.
Cette paroiffe eft généralement en montagnes, dont la plus haute, appelée le
piton du Grand-Pierrot, fitué à fa limite Sud-Oueft, eft élevée de 620 toifes
au-deffus du niveau de la mer. De fon fommet l'on découvre la Grange, la
Tortue , la Gonave &, par une gorge, la mer au port à l'Écu, Iy a néanmoins
quelques petites portions planes le long de la rivière du Borgne, , mais la. plus
confidérable n'a guères que 400 toifes en carré.
Ses cantons font, à partir de la limite Nord-Eft, pour aller chercher celle
Nord-Oueft, en contournant la paroiffe 5 le Margot, le boucan Michel & le
boucan Tâche, nommé d'après un ancien boucanier; ces trois cantons touchent
à la paroiffe du Port-Margot. Enfuite vient le Trou d'Enfer, que fa fituation
peut avoir fait appeler ainfi 8x dont la rivière tombe entre deux énormes rochers;
il touche au Piment & à la rivière la Porte, 3 cantons de la paroiffe de Plaifance,
& à celui de la rivière Mancel, du Gros-Morhe. Dans un des points communs à
te dernier canton, eft une montagne à deux fommets, qu'on connatc fous le
nom de Bonnet à PÉvêque, & qui fait découvrir le Borgne, Plaifance, le
Gros-Morne & les Gonaives,
la rivière tombe entre deux énormes rochers;
il touche au Piment & à la rivière la Porte, 3 cantons de la paroiffe de Plaifance,
& à celui de la rivière Mancel, du Gros-Morhe. Dans un des points communs à
te dernier canton, eft une montagne à deux fommets, qu'on connatc fous le
nom de Bonnet à PÉvêque, & qui fait découvrir le Borgne, Plaifance, le
Gros-Morne & les Gonaives, --- Page 706 ---
680 DE-S C - RIPTIO N DE LA PARTIE
Après vient la Petite rivière qui répond dal'Acul du Gros-Morne, comme
le boucan Champagne répond au Pendu de la même paroiffe; i enfin la Vallée
de. -Jofaphat, parce que çe, poinr était autrefois comme un bout du monde i
le boucan Mola;. le Sergent, qui répondait à la paroiffe du Petit-Saint-Louis,
comme le Précipice,. auquel fon nom doit être venu de ce que fa rivière tombe
de rochers en rochers. Le canton du grand Boucan eft dans le voifinage &
dans le Sud-Sud-Queft du nouyeau bourg,
La principale rivière qui arrofe le Borgne en porte le nom, Elle eft formée
par la rivière du Margot 3 par celle du Précipice, celle du Sergent, celle
appelée Petite rivière, celle du Bras Droit, celle du boucan Tâche, celle
du Saut-d'eau & celle du boucan Michel. Le Borgne a, en outre, la rivière
de Barre qui, après un cours d'environ une lieue & demie dans le Borgne,
va dans la paroiffe du Petit-Saint-Louis où eft fon embouchure.
Le genre de culture qui convient le mieux à cette paroiffe, eft celle du
cafier. On recueille, année commune, environ trois millions & demi pefant
de café, Il eft généralement reconnu que le café du Borgne eft fupérieur à
celuj de tout le refte de la Partie du Nord, & il eft payé un ou deux fous
-
plus cher par livre, Les vivres de tous les genres viennent très-bien, ainfi
que les légumes & les plantes potagères originaires y d'Europe.
En
a
1741, le Borgne ne comptait que 763 individus, & à préfent il a 412
blancs, 282 affranchis, 5,742 efclaves, 2 indigoterics 117.cafeteries,32 placesà-vivres, 2 hattes.& I chaufournerie.
L'indigo a été l'objet des foins des premiers cultivateurs, mais des pluies
trop fréquentes font renoncer à cette plante 3 d'ailleurs fujette à beaucoup d'inconvéniens.
Au nombre de fes établiffemens 2 le Borgne compte auffi deux bourgs. L'un
qui eft appelé l'Embarcadère, parce que c'eft vraiment fa deftination, eft à
très-peu de diftance de la rive droite de la rivière, & s'étend des deux côtés
d'un efter nommé la Savatte. On l'a crée le 8 Septembre 1754, & l'on y
voit aujourd'hui une quarantaine de maifons, Il eft fur le terrain acheté des
deniers paroiffiaux, le 23 Avril 1753 , de Philippe Porquin, mulâtre libre,
pour y conftruire l'églife, le prefbytère & ce bourg,
Mais en 1774, les marguilliers ont été autorifés à folliciter des Adminiftrateurs le tranfport & la reconftruction de l'églife, fur un terrain donné à la
paroiffe
4, & l'on y
voit aujourd'hui une quarantaine de maifons, Il eft fur le terrain acheté des
deniers paroiffiaux, le 23 Avril 1753 , de Philippe Porquin, mulâtre libre,
pour y conftruire l'églife, le prefbytère & ce bourg,
Mais en 1774, les marguilliers ont été autorifés à folliciter des Adminiftrateurs le tranfport & la reconftruction de l'églife, fur un terrain donné à la
paroiffe --- Page 707 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 68r
paroiffe, avec cette deftination, par M. Belet, le 23 Décembre 1742.
Cette églife qui eft celle aétuelle a été bénie, le 20 Avril 1777 3 pa. 'le père
Colomban, préfet apoftolique de la Partie du Nord, M. l'abbé de la Porte
étant curé. Elle eft fur la rive gauche de la rivière, ainfi que le bourg auquel elle a donné lieu & qui a été autorifé, le 24 Septembre 1780, après de
Jongs débats avec les propriétaires des maifons de l'ancien. Ce bourg réunic 40
blancs, autant d'affranchis &c environ 80 efclaves.
Le Borgne, malgré fon éreétion en paroiffe, dépendait pour tous les autres
rapports du Port-de-Paix. L'ordonnance des milices, du Ier, Avril 1768,le
plaça néanmoins dans le Quartier du Limbé; & une déclaration du roi du
21 Juin 1774, l'a diftrait de la Sénéchauffée du Port-de-Paix, pour le donner
à celle du Cap.
On trouve au Borgne plufieurs communications. La principale eft celle du
Cap au Port-de-Paix, qui va y chercher le chemin prefqu'abandonné des Côtes
de fer qui fuit la direétion du rivage 3 ou la gorge étroite & tortueufe du
Bas de Sainte-Anne qui paffe dans le Sud des montagnes des Côtes de fer.
Ilyaaufli un chemin pour venir des hauteurs gagner l'églife & aller à l'embarcadère dont fe fervent aufli des habitans de la rivière la Porte & du Piment,
quoique renfermés dans les limites de la paroifle de Plaifance.
C'eft fur la gauche, & à toucher le chemin en allant de l'églife aétuelle à
l'embarcadère & à environ cinq quarts de lieue de la mer, qu'eft, fur un lieu
nommé la Grande Colline 3 fur lhabitaticn Gazin, au flanc des Côtes de fer,
une caverne découverte en efcarpant ce chemin dans le roc.
Cette caverne eft divifée en fept voûtes ou grottes qui varient dans leurs
dimenfions. La première, quoique la moins confidérable, pourrait contenir au
moins cent perfonnes. On y trouve des offemens humains, des fétiches, des
priapes de grandeur naturelle, & des fragmens de la vaiffelle des naturels
avec des moulures (1).
(1) M. Arthaud, s Medecin du Roi au Cap, de quij je tiens une partie de ces détails
& qui'les a fait imprimer en 1788 dans le premier volume des Mémoires de la Société depuis.1783 des
Sciences & Arts du Cap; a donné à M. Grandclas, Médecin à Paris, une taffe de Royale terre noire
ornée de moulures , qu'il avait prife dans cette caverne en 1777, époque où pour la. première fois
elle fut vifitée dans fon entier par lui & par quelques autres curieux, au nombre defquels
M. l'Abbé de la Porte,
était
Tome I.
Rrrr
8 dans le premier volume des Mémoires de la Société depuis.1783 des
Sciences & Arts du Cap; a donné à M. Grandclas, Médecin à Paris, une taffe de Royale terre noire
ornée de moulures , qu'il avait prife dans cette caverne en 1777, époque où pour la. première fois
elle fut vifitée dans fon entier par lui & par quelques autres curieux, au nombre defquels
M. l'Abbé de la Porte,
était
Tome I.
Rrrr --- Page 708 ---
682 DESCE RIPTIO N DE LA PARTIE
Au fond de la première voûte eft une ouverture de trois pieds de haut fur autant de large, d'oà l'on fent qu'il vient un vent aflez fort, & d'où l'on apperçoit une efpèce de gouffre ; mais en fe traînant on trouve fur la droite de cette
ouverture un piffage qui mène à une grotte immenfe percée à fa voûte,
ayant des niches dans le roc, &c fuivie de cinq autres. Dans la dernière font des
rochers entaffés 8c entrainés, au moyen de quelques trous du haut répondant au
revers de la montagne > par le torrent qui, vraif@mblablement, parcourt toute la
caverne & aboutit au gouffre voifin de la première grotte. Des colonnes, des
pyramides renverfées, des chapiteaux, des entonnoirs, des ftalaétites de toutes
les dimenfions & de toutes les formes, garniflent cet immenfe intérieur qui a
quelque chofe de fombre &c de fait pour attrifter. Cet effet femble augmenter
encore par la lueur incertaine des flambeaux fans lefquels on ne pourrait pas s'y
diriger, & qu'éteignent quelquefois des légions de chauve-fouris. A cette fenfation fe mêle un mouvement produit par un enfemble auquel on trouve quelque
chofe de majeftueux, & enfin l'ame eft oppreffée lorfqu'on fonge que ce vafte
fouterrain a peut-être été le dernier refuge d'un grand nombre de ces Indiens
dévoués à la mort par la cupidité elpagnole.
On remarque aufli au Borgne un étang falé qui fe trouve fur l'habitation Thibaud, à mi-côte au moins de la rivière Salée, & à ênviron I20 pieds au-deffus
du niveau de la mer. On affure qu'on y a pris du poiffon de mer, notamment
eles mulets, des brochets & des fardes.
Examinons la limite Septentrionale de cette paroiffe.
En parlant de l'embouchure de la rivière Salée dans la Defcription de la paroiffe du Port-Margot, j'ai dit qu'elle était lagoneufe. Le grand chemin du
Cap au Port-de-Paix paffe à cette embouchure. On était obligé de faire un
long circuit dans la mer fur un banc de fable écroit, & prefque tous les ans il
s'y noyait quelques perfonnes dans les hautes marées. M. Savy, habitant du
voifinage, autorifé par les Adminiftrateurs le IO Décembre 1774, y a établi
un bac qui eft foumis au même tarif que celui du Cap, & qui eft auffi d'une
grande utilité; on y projette un pont.
Après l'embouchure de la rivière Salée, vient, comme je l'ai déjà dit ailleurs, la pointe du Baril-de-Beeuf, à laquelle correfpond, dans T'EA, un ilet
que fa forme. a fait nommer le Baril-de-Bceuf. De celle-ci à la baie d'Argent,
en avant de laquelle eft auffi un rocher, on, trouve 400 toifes de côtes de fer.
ft auffi d'une
grande utilité; on y projette un pont.
Après l'embouchure de la rivière Salée, vient, comme je l'ai déjà dit ailleurs, la pointe du Baril-de-Beeuf, à laquelle correfpond, dans T'EA, un ilet
que fa forme. a fait nommer le Baril-de-Bceuf. De celle-ci à la baie d'Argent,
en avant de laquelle eft auffi un rocher, on, trouve 400 toifes de côtes de fer. --- Page 709 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 683
Cette baie n'a que 145 toifes de largeur fur 70 toifes de profondeur ; de là l'on
compte 540 toifes de côtes de fer julqu'à la poiate de Jean Aubé, qui eft la
pointe Orientale de l'anfe la Grange, de 455 toifes fur environ 290 toifes de
profondeur. Cette baie eft bonne, mê ne pour un vaiffeau, au befoin.
Il règne 350 toifes de côtes de fer entre l'anfe la Grange & celle du
,
dont l'ouverture eft de 715 toifes fur 180 toifes d'enfoncement. Cette Borgne anfe du
Borgne ne peut recevoir que des canots ou de petites barques, c'eft au fond
qu'eft placé l'embarcadère que protége. une batterie mife dans un point choifi
par M. de Gimel, commandant d'artillerie en 178r.
On peut dire que toute la côte, depuis le Port-Margot jufqu'à cet embarcadère, eft peu abordable, & que fon intérieur, compofé de montagnes trèshautes & de rocs, n'eft guères propre a infpirer à l'ennemi l'efpoir d'y
pénétrer, d'autant que durant la guerre il y a, à l'embarcadère, un
fourni par la milice de la paroiffe formée de la même manière & du même pofle
nombre d'individus que celui du Port-Margot.
C'eft à deux de ces montagnes qui s'avancent de chaque côté de l'embouchure de la rivière & qui, vues de la mer, 3 ne préfentent qu'une entrée à
peine
apperçue, > qu'on attribue le nom de la paroiffe. J'avoue que fans une petite
barque qui m'en marquait l'ouverture, je ne l'aurais pas difcernée,
n'en fuffe qu'à une petite demi-lieue Nord & Sud (le3. Juin
quoique je
Il y a près d'une demi-lieue depuis la pointe Oueft de l'anfe 1787). du
qu'à l'anfe à Lavaud, qui n'a que 180 toifes de large fur toifes Borgne jufment. C'eft là qu'eft l'embouchure de la rivière des Bananiers. 90 En d'enfonce1,320 toifes après l'anfe à Lavaud, on trouve l'embouchure de la rivièré parcourant d'Enfer
qui eft près de la pointe du Pécheur,. & 715 toifes jufqu'à l'embouchure de la
rivière de Preflieu; toute la côte de cet intervalle, de 2,035 toifes
160 toifes en deça de l'embouchure de la rivière de Preflieu, eft de fer, jufqu'a
dable & fort élevée au-deffus de l'eau, excepté dans le fond de l'anfe inaborLavaud.
à
De l'embouchure de la rivière de Preflieu à la pointe Orientale de l'anfe du
Bas de Sainte-Anne, 3 il y a 127 toifes & environ 1,800 toifes de cette
jufqu'à la pointe d'Icaque, ce qui fait l'ouverture de l'anfe du Bas
pointe
qui a 640 toifes de profondeur.
deSainte-Anne,
Rrrr 2
-deffus de l'eau, excepté dans le fond de l'anfe inaborLavaud.
à
De l'embouchure de la rivière de Preflieu à la pointe Orientale de l'anfe du
Bas de Sainte-Anne, 3 il y a 127 toifes & environ 1,800 toifes de cette
jufqu'à la pointe d'Icaque, ce qui fait l'ouverture de l'anfe du Bas
pointe
qui a 640 toifes de profondeur.
deSainte-Anne,
Rrrr 2 --- Page 710 ---
684 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
M. de Puyfégur marque la latitude de la pointe d'Icaque à 19 degrés 54
minutes 28 fecondes, & la longitude à 75 degrés 3 minutes 13 fecondes.
De la rivière de Preflieu un reffif à fleur-d'eau s'étend au Nord-Oueft, & un
autre de la pointe d'Icaque dans T'Eft-Nord-Eft, l'un & l'autre avec une largeur moyenne d'environ 120 toifes. Entr'eux eft une pafle de 260 toifes pour
gagner l'anfe.
D'après des obfervations faites au canton de la Vallée de Jofaphat ou à Jofeph,
dans le Sud-Oueft, par M. Odelucq fur fon habitation 3 la plus grande chaleur de 1785 a été de 22 degrés & la moindre de 12 degrés. 146 jours de pluie
ont donné 340 pouces 3 I ligne d'eau. Mars, Avril, Mai & Août ont été les
mois des plus forte pluies, & Février, Juillet, Septembre & Décembre ceux
des moindres.
Suivant d'autres obfervations faites au nouveau bourg, par le père Balthazar,
curé, pendant les fix premiers mois de 1788, la plus grande élévation du thermomètre de Réaumur, au mercure, a été de 22 degrés à midi, & la moindre
élévation de 15 degrés à fix heures du matin. Ily a eu 71 pouces, I ligne &
demie d'eau.
Le 14 Août 1787, on a inhumé, dans le cimetière du Borgne, Louis
Bourcé, quarteron libre, né dans la paroiffe de la Plaine du Nord, âgé de
IOI ans. La maladie de quatre jours dont il mourut, était la feule qu'il eût
éprouvée, &c fix mois auparavant il avait été à une chaffe de négres marons..
On compte de l'églife du Borgne :
A celle du Port-Margot. :
7 lieues
de Plaifance : .
du Gros-Morne.
I2
du Petit-Saint-Louis, .
, Louis
Bourcé, quarteron libre, né dans la paroiffe de la Plaine du Nord, âgé de
IOI ans. La maladie de quatre jours dont il mourut, était la feule qu'il eût
éprouvée, &c fix mois auparavant il avait été à une chaffe de négres marons..
On compte de l'églife du Borgne :
A celle du Port-Margot. :
7 lieues
de Plaifance : .
du Gros-Morne.
I2
du Petit-Saint-Louis, . 44 to
4 4
a --- Page 711 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 685
QUARTIER DU PORT-DE-PAIX,
XIX.
P AI ROIS S E D U GROS- M o R N E.
CETTE paroiffe qui eft à environ dix-huit lieues dans le Ouef-Nord-Oueft du
Cap, a, au Nord, les montagnes du boucan Champagne qui la féparent du
Borgne, & enfuite les hauteurs de la rivière de Barre. qui la féparent du PetitSaint - Louis; ; à lEf, le Morne la Porte qui eft entre elle & la paroiffe de
Plaifance; au Sud, les limites des Gonaîves connues fous le nom de Crête
Elpagnole 3 au Sud-Oueft, la montagne de Terre-Neuve qui la frpare de la
paroiffe du Port-à-Piment; à lOueft, les montagnes du Haut Mouftique de
la paroiffe du Port-de-Paix; & au Nord-Oueft la Falaife où eft la borne qui,
dans ce point, lui eft commune avec le Port-de-Paix.
La paroiffe du Gros-Morne a, du Nord au Sud, environ 7 lieues, & de
PEC à l'Oueft environ 8 lieues. Cette furface fe divife en différens cantons
favoir : le boucan Richard; ; la rivière Mancel; lAcul; le Moulin
qui en 1716
appartenait tout entier à M. de Brach; le Pendu;la rivière
le
la ravine aux
Blanche; Précipice 5
Chiques, & la ravine des Halliers, Tous ces cantons font montueux & très-hachés.
Ilya cependant une portion de la paroiffe que l'on confidère comme
c'eft celle le long de laquelle coule les Trois-Rivières
plane, >
qui traverfent le GrosMorne & que Fon a vu qui fe dirige de Plaifance au Port-de-Paix. On évalue
à 22 lieues fon cours depuis le point oû elle arrive fur le territoire du GrosMorne jufqu'à fon embouchure. Le grand chemin la côtoye & elle fait tant
de finuofités, que dans l'intervalle de dix lieues qui eft entre le bourg du
Gros-Morne jufqu'au Port-de-Paix, ce chemin la paffe quinze fois, Le volume
de fes eaux eft fort augmenté dans la paroiffe du Gros-Morne
la rivière
Mancel, les rivières TAcul, du Moulin >. du Pendu. Elle ne manque par jamais
d'eau, parce que fa fource eft dans un lieu oà les pluics de Nord font abondantes
& on en a la preuve dans les crues confidérables qu'elle éprouve à l'époque de
ces pluies.
au Port-de-Paix, ce chemin la paffe quinze fois, Le volume
de fes eaux eft fort augmenté dans la paroiffe du Gros-Morne
la rivière
Mancel, les rivières TAcul, du Moulin >. du Pendu. Elle ne manque par jamais
d'eau, parce que fa fource eft dans un lieu oà les pluics de Nord font abondantes
& on en a la preuve dans les crues confidérables qu'elle éprouve à l'époque de
ces pluies. --- Page 712 ---
536 DESCRIPTION DE LA PAK TIE
Le fol du Gros-Morne eft prefque entièrement confacré à l'indigo, & les
parties inférieures lui font très-propres, parce que les dégradations des mornes
les enrichilent. Il y a même beaucoup de portions qui pourraient employer
l'arrolement avec fuccès, & fans les difficultés du débouché, la culture de
la canne pourrait être lucrative dans quelques endroits. Il y a même une
ucrerie attenante au bourg, dans l'Oueft, qu'a établie, depuis 1786, M.
d'Auffigné, , avec un moulin mû par l'eau des Trois - rivières; on a planté des
cannes fur celle Imbault, dans fon Sud-Oueft, & au bas du Pendu, â un
point nommé la plaine la Croix. M. David eft occupé d'une manufacture
du même-genre.
On peut compter environ 90 indigoteries au Gros-Morne, que l'on doit
divifer en 4 claffes. La première en contient IO qui, dans les années favorables, donnent de 3 à 4 milliers d'indigo; la feconde, - 8 qui donnent de
12 à 1,500 livres ; la troifième eft formée de 35 indigoteries qui produifent
de 4 à 500 livres & la quatrième de 40 qui ne vont que de 2 à 300 liv.;
de forte que dans les bonnes années le Gros-Morne peut donner de 70 à
-
80 milliers d'indigos. On y compte en outre 3 une trentaine de cafeteries peu
-
confidérables. Les autres habitans font de la graine d'indigo ou cultivent des
vivres du pays.
Les parties les plus élevées de la paroiffe & furtout fes collines à pente
douce conviennent au cafier, même la montagne qui lui donne fon nom &
qui eft d'une grande hauteur. Elle eft à environ deux lieues dans le SudEft du bourg 3 fa face Méridionale eft aride tandis que celles du Levant &
du Couchant font chargées de bois, que la hache abat chaque jour, pour
faire fervir un fol fertile & frais au cafier. Le fommet de ce Gros-Morne eft
plat & arrofé de plufieurs fources; fa bafe a des terrains très-fertiles.
L'air du Gros Morne eft très-fain; on n'y a pas vu régné de maladie contagieufes. Des brifes d'Eft & d'Ef-Nord-d'Ef très-réglées, ont, fans doute 3
une grande influence fur cette falubrité. Cependant la température y eft fort
féche & quelquefois fx mois entiers s'écoulent fans pluie, d'oû il réfulte de
grandes pertes en plantations, , en vivres & en animaux.
Cet inconvénient & celui d'être obligé de tranfporter des denrées, foit aux
Gonaives, à fept lieues; foit au Port-de-Paix, à dix lieues; foit au Port-àPiment > à douze, femblent condamner le Gros-Morne à la médiocrité.
féche & quelquefois fx mois entiers s'écoulent fans pluie, d'oû il réfulte de
grandes pertes en plantations, , en vivres & en animaux.
Cet inconvénient & celui d'être obligé de tranfporter des denrées, foit aux
Gonaives, à fept lieues; foit au Port-de-Paix, à dix lieues; foit au Port-àPiment > à douze, femblent condamner le Gros-Morne à la médiocrité. --- Page 713 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE,
En4728, il n'avait que 43 habitations, dont les propriétaires étaient tous
mécontens, & l'on n'y comptait que 482 nègres travaillans.
Cette paroiffe a un bourg affez central, compofé d'une quarantaine de maifons"
Deux cens individus de toutes les nuances en forment la
pofée de marchans, d'aubergiftes & de teneurs de billards. population I
3 comy a dans une
mailon attenante au bourg > un exempt, un brigadier 8 quatre cavaliers de
maréchaufféc.
L'églife, qui y a été conftruite en 1785, a 70 pieds de long fur 40 de
large ; elle eftjolie furtoutà caufe de fa charpente faite toute
Elle
placé celle que le coup de vent du mois de Septembre d'acajou, avait
a remelle eft auffi fous l'invocation de la Purification Notre 1772
renverfée,&
- Dame ; elle eft
du bourg par le grand chemin. On a fait rebâtir récemment auffi le féparéc
La population totale de la paroiffe du Gros-Morne eft d'environ prefbytère.
280 affranchis & 4.ooonègres. La milice a IOO blancs & affranchis, 450 blancs,
On peut aller en voiture du Gros-Morne aux Gonaïves & par conféquent
au Port-au-Prince, & du Gros-Morne au Port-de-Paix & au Môle. Cette
paroiffe a auffi, avec Plaifance > une communication qui paffe du boucan Richard
au Pilate, & dont une branche fe fépare dans ce dernier canton
aller
au Port-Margot, & de là au Cap. Ces deux derniers chemins pour
ticables
cheval,
ne font praqu'à
jufqu'à ce que s dans chacune des deux paroiffes de
Plaifance & du Port-Margot, ils joignert les points où les routes font faites
pour la voiture.
Il y a de l'églife du Gros-Morne :
A celle du Borgne .
A celle du
12 lieues.
Port-Margot .
Au mois de Mai 1765, une négreffe nommée
M. Galot, accoucha au Gros-Morne de trois enfans Véronique, appartenant *
garçon. Au moyen de
nègres, dont un était
chèvres, qu'on avait dreffé à cet effet, ces énfans
furent allaités par leur mère que durant la nuit, & l'on
ne
ne pouvait
qu'avec un tendre intérêt, l'efpèce
voir,
femt blaient lui difputer les nourriffons. d'empreffement avec lequel les chèvres
Le Gros-Morne eft de la Sénéchauffée & du commandement du
de-Paix,
Port-
nègres, dont un était
chèvres, qu'on avait dreffé à cet effet, ces énfans
furent allaités par leur mère que durant la nuit, & l'on
ne
ne pouvait
qu'avec un tendre intérêt, l'efpèce
voir,
femt blaient lui difputer les nourriffons. d'empreffement avec lequel les chèvres
Le Gros-Morne eft de la Sénéchauffée & du commandement du
de-Paix,
Port- --- Page 714 ---
688 DESCRIPTIO N
E L A- P AR TIE
XX.
PAROISSE DU PETIT-SAINT-LOUIS, OU SAINT-Lovis
DU NORD.
CETTE paroiffe eft l'une des plus petites de la Colonie. Elle a, au Nord,
la mer; ; à l'Et, le Borgne ; au Sud, d'abord le Borgne encore > par une partie
du canton de celui-ci, nommé le boucan Champagne, &c enfuite une partie
du Gros-Morne, dont elle eft féparée par une chaîne de très-hautes montagnes. a
& à l'Oueft la rivière de la Caye, qui la fépare de la paroiffe du Port-de-Paix.
Dans fa figure irrégulière, elle peut avoir environ quatre lieues, de l'Ett à
l'Oueft, & trois lieues &c demie du Nord au Sud.
Cette paroiffe doit fon établiffement à l'abandon de la Tortue 3 dont plufieurs
habitans vinrent habiter ce local, qu'ils appelèrent Pointe-Palmifte. Les Efpagnols
& les Anglais en ruinèrent l'églife en 1695, & emmenèrent prifonnier le capucin
-qui en était curé. Deux jacobins y vinrent, fucceffivement après, faire les
fonétions curiales, mais fans s'y arrêter, parce que les paroiffiens n'étaient pas
ren. état de les entretenir. Enfin au mois de Décembre 1696, ils bâtirent une
mauvaife églife, à laquelle M. Ducaffe, gouverneur de la Colonie 2 donna le
patron du roi, un prêtre féculier pour curé, des vafes facrés &c quélques
ornemens.
Les jéfuites prefqu'au moment où ils. devinrent miflionnaires de la Partie
fdu Nord en 1704, achetèrent de la fucceffion de M. Jergat une habitation
fituée au Petit-Saint-Louis, qu'ils augmentèrent encore par une conceflion que
MM. de Choifeul & Mithon leur accordèrent le 18 Oétobre 1709. L'habitation Jergat était près du bourg, dont les habitans doivent le terrain, ainfi
que celui del'églife,àla générofité de M. le Jeune.
Ce bourg eft entre la mer & l'habitation des jéfuites, qui a été vendue à
M, de Rouvray, ainfi que leur fucrerie du Terrier-Rouge. par les fyndics
de leurs créanciers. Il contient environ cinquante maifons de bois ou de maçonnerie.
On
1709. L'habitation Jergat était près du bourg, dont les habitans doivent le terrain, ainfi
que celui del'églife,àla générofité de M. le Jeune.
Ce bourg eft entre la mer & l'habitation des jéfuites, qui a été vendue à
M, de Rouvray, ainfi que leur fucrerie du Terrier-Rouge. par les fyndics
de leurs créanciers. Il contient environ cinquante maifons de bois ou de maçonnerie.
On --- Page 715 ---
FRANÇAIS E D E SAINT-DOMINGUE, 689
On avait fait fur une petite éminence à l'Oueft du bourg, une églife de
maçonnerie qui fut renverfée par le coup de vent du mois de Septembre 1772.
On en a bâti une de bois incorruptible en 1780, au centre de ce bourg,
& elle eft dédiée,.commel la première, 9 au Saint dont la paroiffe porte le nom.
La fituation du Petit-Saint-Louis forme une efpèce d'amphithéâtre, depuis
le rivage jufqu'au pied des montagnes. Il y a quelques portions planes, mais
les plus étendues n'excèdent pas 200 carreaux & encore ces petites étendues
fe trouvent-elles divifées entré plufieurs habitations.
Les collines ou monticules qui féparent ces efpaces & qui font de l'enfemble
un pays irrégulier, font arides 2 & il en eft beaucoup d'abandonnées. Le fol y eft
maigre prefque partout ; leurs parties inférieures, , qué l'indigo occupe depuis
long-tems 5 font tellement appauvries, qu'il faut les fumer, leur accorder un
repos 3 que l'intérêt même du cultivateur réclame, ou les deftiner à d'autres productions. Ce ne ferait cependant pas à la canne à fucre qu'il faudrait fonger, car
il y a trente ans que l'on a été obligé d'en abandonner une dont on avait
fait l'effai.
Les montagnes, 3 & principalement celles du canton de la rivière de Barre,
font généralement bonnes. Le fol y eft argileux, mais couvert de pierres
calcairés. Les cafeteries qu'ony a formées ne préfentent pas encore de vaftes
manufacures, mais des eipaces boifés attendent que des bras puiffent feconder
une plus grande induftrie. La plus haute montagné de la paroiffe a une hauteur
évalu ée à 650 toifes au-deffus du niveau de la mer.
Un particulier a pofledé long-terns feul un immenfe domaine, 3 dans le canton
de la rivière de Barre, que fon abandon femblait fairé adopter par les nègres
fugitifs 5 mais il vient récemment de le livrer à l'agriculture, en en vendant
plufieurs portions.
Les rivieres de cette paroiffe ne font que de fortes ravines qui fe précipitént
du haut des montagnes vers la mer, &i dont le cours fe trouve un peu
rallenti dans. Pefpace où elles ne trouvent plus qu'un plan incliné:
Les plus confidérables de ces rivières font, celles du bas de Sainte-Anne &c
de Barre: La premiere 5 qui eft la moindre des deux, eft formée d'une infinité
de ravines quidefcendent des hauteursjufqu'au fond du bas de Sainte-Anne, &c
qui fe réuniffent dans un lit commun qui les porte toutes à la mer. La feconde
vient du Borgne &c traverfe la paroiffe du Petit-Saine-Louis, où elle eft confidéTomne I.
Ssss
de ces rivières font, celles du bas de Sainte-Anne &c
de Barre: La premiere 5 qui eft la moindre des deux, eft formée d'une infinité
de ravines quidefcendent des hauteursjufqu'au fond du bas de Sainte-Anne, &c
qui fe réuniffent dans un lit commun qui les porte toutes à la mer. La feconde
vient du Borgne &c traverfe la paroiffe du Petit-Saine-Louis, où elle eft confidéTomne I.
Ssss --- Page 716 ---
690 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
rable & va à la mer. Elle eft très-profonde en certains endroits & elle fait
courir des dangers aux hommes & aux animaux. Comme ces deux rivières
ont une pente qu'on peut évaluer à trois ou quatre pouces par toifes, elles
n'ont jamais de longs débordemens, mais ils font fréquens.
Les rivières du Petit-Saint-Louis font poiffonneufes vers leur embouchure,
& l'on recherche les mulets & les carpes de la rivière de Barre. Depuis le
mois d'Août julqu'à celui de Novembre, on voit à cet embouchure une inconcevable quantité de petits poifions de 12 ou I5 lignes de long, qui noirciffent
Peau qu'ils couvrent ; c'eft vrailemblablement l'époque ou le frai du poiffon
eft éclos. Les nègres font une pêche extrèmement abondante de ce. Tri-Tri
ou Pifquet & ils en font même fécher pourles conferver.
Les rivières de Saint - Louis, des Nègres & de la Caye à Vinaigre, font
plus petites que les deux que je viens de citer.
La paroiffea, comme toutes les autres, fa divifion par cantons, dont les
principaux font: la rivière des Nègres, Saint-Louis, la Plaine Elpagnole *
la rivière & la montagne de Barre, la pointe d'Icaque & le Bas de SainteAnne.
Les trois premiers forment ane plaine d'environ trois lieues Eft & Oueft,
fur environ une demi-lieue du Nord au Sud. Le terrain y eft affez. bon en quelques endroits; c'eft une terre argileufe, ameublie par un gravier fin, produis
par les dégradations des montagnes 5 des pluies abondantes fertiliient ce vallon,
où il y a beaucoup d'indigoteries. On n'y plantait autrefois que de l'indigo
bâtard, mais en 1780, au moment de fa maturité, cette plante a péri en
peu dej jours. Le même accident, éprouvé auffi au Borgne & au Port-Margot 3
s'étant renouvellé en 1781, on a recouru à l'indigo franc, qui réuffit à merveille.
Toute la partie plane, depuis la rivière de la Caye jufqu'au Bas de SainteAnne, eft confacrée à cette culture 5 l'indigo y eft en général bleu cuivré. On
pourrait mettre des fucreries dans ce vailon; il y en a eu autrefois que l'embarras
de l'exportation a fait abandonner.
La paroiffe n'a plus de bois que dans fes montagnes, où l'on trouve l'amandier,
le tavernon, le cèdre blanc, le bois rouge 2 le bois marie, l'acoma, le bois.
rofe, &c.
Les pierres qui couvrent prefque toute la terre de ces montagnes font
eft en général bleu cuivré. On
pourrait mettre des fucreries dans ce vailon; il y en a eu autrefois que l'embarras
de l'exportation a fait abandonner.
La paroiffe n'a plus de bois que dans fes montagnes, où l'on trouve l'amandier,
le tavernon, le cèdre blanc, le bois rouge 2 le bois marie, l'acoma, le bois.
rofe, &c.
Les pierres qui couvrent prefque toute la terre de ces montagnes font --- Page 717 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
calcaires. Les blocs ou moëlons charriés par la petite rivière de la Caye,
ont une criftallifation affez régulière en parallelipipèdes, & font propresàla
bâtiffe & même pour la taille. Ceux de la rivière des Nègres font trèsgros, plus blancs & prefque tous roulés. Ilya a des points des montagnes où
l'on trouve des. lits de craie de plus de cent
de
A
pieds profondeur; il y en a
de fable, de tuf & quelques uns de grès. Les fpaths calcaires y font communs & l'on rencontre quelques carrières d'albâtre.
: Les chemins du Petit-Saint-Louis fant dans un état qui n'en fait
H femble qu'on n'y fache pas que l'agriculture &c le
pas l'éloge.
commerce veulent des
routes faciles & fûres, quoiqu'en tems de guerre, fortout, la longue fuite
des précipices du chemin des Côtes de fer, arrache quelquefois d'inutiles
regrets.
En 1780, un citoyen zélé, M. Dupont Fortabas, a contourné cette montagne, & par la gorge du bas de Sainte-Anne, il a pénétré dans l'intérieur du
Borgne; de là, tournant toujours la montagne, 3 il a gagné l'embarcadère.
M. de Reynaud, alors gouverneur-général par interim, a adopté & encouragé fon plan 5 en 1781 on y a travaillé ; P'ouverture eft faite, mais ce travail
fi important, puifqu'il ferait communiquer en voiture avec le Cap, le Môle
& le Port-au-Prince, eft laiffé aux efforts impuiffans des deux paroiffes du
Borgne & du Petit-Saint-Louis 3 c'eft-à-dire, qu'il ne peut être ni perfectionné
ni entretenu, car les dommages d'un feul hiver pluvieux font plus grands
que leurs moyens réunis, même fans caleuler ce que ceux-ci doivent perdre
à caufe de Pinexpérience qui les dirige & de la lenteur qui en
accompagne
l'emploi.
La paroiffe du Petit-Saint-Louis avait, en 1728, 6 fucreries, 30 indigoteries,
&c II places-à-vivres. Le canton de la rivière de Barre avait 13 de ces 47
établiffemens, qui réuniffaient en tout 632 nègres travaillans. Aujourd'hui cette
paroife a 25 indigoteries qui produifent année commune, s 80 milliers d'indigo;
elle a 60 cafeteries, dont 15 appartiennent à des gens de couleur; ; elles donnent
énviron 1,500 milliers de café. Elle a auffi des places-à-vivres dont le fuccès
eft fort utile à la ville du Cap.
- La population blanche eft de 350 individus; celle des: affranchis de
a
eélle des efelaves de 4,200.
330i
L'air de Saint-Louis du Nord.eft généralement fain, quoique la température
Ssss 2
cafeteries, dont 15 appartiennent à des gens de couleur; ; elles donnent
énviron 1,500 milliers de café. Elle a auffi des places-à-vivres dont le fuccès
eft fort utile à la ville du Cap.
- La population blanche eft de 350 individus; celle des: affranchis de
a
eélle des efelaves de 4,200.
330i
L'air de Saint-Louis du Nord.eft généralement fain, quoique la température
Ssss 2 --- Page 718 ---
692 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
y foit affez pluvieufe, pour qu'on y regarde comme une féchereffe un mois
écoulé fans pluie. Le thermometre & le baromètre y font comme dans les points
correfpondans de la paroiffe du Port-de-Paix.
Le tonnerre ayant tombé fur un moulin à café de l'habitation de M. Dubuiffon,
ancien moufquetaire > y caufa des défordres dans la charp pente. M. David,
autre moufquetaire , étant alié voir fon camarade le lendemain, M. Dubuiffon
voulut démontrer l'effet du tonnerre; mais en touchant une des pièces de
bois, il fut frappé d'une violente commotion > le bras lui enfia & il en fut
malade. Ce moulin fit alors , fur M. Dubuiffon, l'effet de la bouteille de Leyde.
La côte qui termine au Nord la paroiffe du Petit-Saint-Louis & qui court
encore du Sud Ef-quart-d'Ef, vers le Nord-Oucf-quart-d'Ouet, commence t
la pointe d'Icaque, d'après l'ordonnance du 30 Août 1786. A environ 900 toifes
plus loin eit l'embouchure de la rivière du bas de Sainte-Anne, que fuit
l'embouchure d'un efter à 130 toifes de diftance. Entre ces deux embouchures
eft un ilet de I20 toifs de longueur Et & Oueft, fur 20 toifes de large
& féparé de la terre par un petit canal d'environ 15 toifes.
A environ 180 toifes au Nord de l'embouchure de la rivière du bas de
Sainte-Anne, eft un banc de fable de 230. toifes de largeur moyenne, qui
va joindre le reffif de la pointe d'Icaque.
De la pointe d'Icaque venant vers l'embouchure de la rivière du bas de
Sainte-Anne, il y a 260 toifes de côtes de fer8c365 toifes de pareilles côtes
de cette embouchure à celle de Vaudroc. Ces trois points déterminent l'anfe
à Vaudroc, qui a environ 160 toifes d'enfoncement. Ilya enfuite 290 toifes
de là àl la pointe Eft de l'anfe à Vivanaux, puis 530 toifesjufqu'au Cap-Rouges
qui détermine à l'Oueft l'an'e à Vivanaux; en comptant enfuite 470 toifes, 3
on eft à la pointe Et de l'anfe du Cap-Rouge, où finit un reffif qui longe
Ja côte depuis l'embouchure de la rivière à Vaudroc, fur environ 1OO toifes
de largeur moyenne. Il ne peut. entrer dans les anfes à Vaudroc, à Vivanaux
& du Cap-Rouge, que des barques ou des chaloupes qui font très-expofées
aux vents de Nord. La rivière du Cap-Rouge a fon. embouchure au milieu
de l'anfe du même nom.
De l'anfe du Cap-Rouge à la pointe Eft de celle du Grand-Marigot 400
toifes;355 toifes de cette pointe à celle Oueft de la même anfe, qui forme
la pointe Orientale de l'anfe du Petit-Marigot. L'embouchure de la rivière
& du Cap-Rouge, que des barques ou des chaloupes qui font très-expofées
aux vents de Nord. La rivière du Cap-Rouge a fon. embouchure au milieu
de l'anfe du même nom.
De l'anfe du Cap-Rouge à la pointe Eft de celle du Grand-Marigot 400
toifes;355 toifes de cette pointe à celle Oueft de la même anfe, qui forme
la pointe Orientale de l'anfe du Petit-Marigot. L'embouchure de la rivière --- Page 719 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-DO MINGU E. 693
de la Cacaoyère eft à l'entrée de la première anfe & celle du
au milieu
Petit-Marigot,
de l'anfe du mêne nom, 3 & enfin près de la pointe Occidentale
de l'anfe du Petit-Marigot, eft l'embouchure de la rivière de Barre. Les
du Grand & du Petit-Marigot font auffi
furs
mouillage S
peu
que les précédens.
On compte un bon quart de lieue de la rivière de Barre à la Petite rivière,
& enfuite 660 toifes de celle-ciàl la batterie du bourg.
La fituation de ce bourg, dans une petite plaine au bord de la mer, eft
commode &c faine, mais fon port n'eft qu'un petit baffin formé des
expofé à tous les vents & où il ne peut entrer de
par reffifs,
que petits bâtimens. Ce
bourg prend chaque jour de l'accroiflement; ; mais la dificulté d'y
&
fa pofition éloignée pour plufieurs points de la paroitfe ne lui charger
mais d'arriver à une grande extenfion. Il contient en tout 80 individus permettront & jadeux
paffagers qui font les tranfports au Cap.
Du bourg de Saint - Louis à la rivière de fon nom on trouve 360 toifes.
Neuf cent quarante-cinq toifes plus loin, eft l'embouchure d'une
qui eft à fec dans les tems ordinaires ;
autre rivière
puis en faifant encore 360
trouve l'embouchure de la rivière des
toifes,on
&
Nègres, guéable dans les tems fecs,
dangereufe par fes débordemens fubits, dûs au giffement des mornes &
des falaifes qui y jettent leurs eaux. La rivière des Nègres qui précède la
pointe à Coroffe, eft fuivie, IIO toifes, de l'embouchure de Ia rivière de la
Caye, limite Nord-Oue(t du Petit-Saint-Louis avec le Port-de-Paix.
L'Ine la Tortue couvre abfolument la côte de la paroiffe du Petit- SaintLouis, qui commence, > pour ainfi dire, au point qui correfpond à l'extrémité
Orientale de cette petite Ile. Dans le canal d'environ fix mille toifes
de large qui eft entr'eux, la mer eft communément belle &
groffe à terre, ce qui permet aux caboteurs, furtout
prefque jamais
fe réfugier dans les anfes de la
en tems de guerre, de
paroiffe, dont la meilleure eft celle de
la pointe d'Icaque. Elle a été pour eux un refuge très - précieux durant la
guerre de 1778., &c ils venaient,d'un côté, s'y informer file canal de la Tortue,
&, de l'autre * fi la côte vers le Cap, étaient fans Nbâtimens ennemis.
vu jufqu'à 40 fous la proteétion de la batterie & du
On en a
corps-de-garde
y a placé. Cependant On doit dire qu'en genéralla côte du Petit-Saint-Louis qu'on
2l le double inconvénient des reffifs & de manquer tout à
de
qu'on eft affalé fous la terre,
coup vent, lorf-
file canal de la Tortue,
&, de l'autre * fi la côte vers le Cap, étaient fans Nbâtimens ennemis.
vu jufqu'à 40 fous la proteétion de la batterie & du
On en a
corps-de-garde
y a placé. Cependant On doit dire qu'en genéralla côte du Petit-Saint-Louis qu'on
2l le double inconvénient des reffifs & de manquer tout à
de
qu'on eft affalé fous la terre,
coup vent, lorf- --- Page 720 ---
694 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
Le Petit-Saint-Louis, que Charlevoix dit s'être appelé le Malacre originairement, eft du Quartier, du commandement & de la Sénéchauffée du Portde-Paix. Sa milice, en 1688, lorfque c'était la Pointe Palmifte, avait 82
hommes. Aujourd'hui elle compte 160 individus, > dont 50 font affranchis.
Ily a de fon églife,
A celle du Cap
8 lieues.
du Gros-Morne
IO
du Port-de- Paix
3 4
Padrejan, > nègre efpagnol, après avoir tué fon maitre, fe réfugia àl la Tortue,
d'où il alla enfuite établir un terrain au Petit - Saint - Louis. Vers 1679, il
débaucha quelques nègres avec lefquels il projetta d'égorger tous les blancs.
Ayant réuni vingt-cinq efclaves, il courut 2 â leur téte,jufqu'au Port-Margot,
pillant &z maffacrant tout ce qu'il rencontrait, Ilfe retira enfuite avec eux dans
la haute montagne de Tarare, , vers les confins aétuels de la paroiffe du Borgne.
De là il faifait des invalions qui groffiffaient fa troupe & coûtaient toujours
la vie à quelques blancs.
Il était diffcile d'aller attaquer Padrejan, mais vingt boucaniers en prirent
la réfolution & l'exécuterent. Padrejan fut tué avec fix autres nègres,
> a
XX I,
PAROISSE DU PORT-DE-PAIX.
CHRISTOPHE COLOMB fortant du Port-à-TÉcu, au mois de Décembre 1492,
pour fe diriger vers l'Ef, apperçut un port où il entra, &c la beauté du lieu,
où réfidait un Cacique dépendant de celui du royaume de Marien, fut caufe
qu'il le nomma Valparayfo, Vallée de Délices: c'eft ce que les Français ont
toujours appelé Port-de-Paix. L'hiftoire ne nous a rien tranfmis qui puiffe faire
croire que Valparay/o aitj jamais été choifi par les Efpagnols pour y former un
établiffement de quelque importance. Car c'eft à tort que quelques perfonnes
ont cru que le nom de l'Afiente, fous lequel on connait encore l'habitation
Souverbie qui touche à la ville aétuelle du Port-de-Paix, annonce une poffeflion
efpagnole. Cette habitation avait été achetée par la Compagnie de l'Affiente,
rien tranfmis qui puiffe faire
croire que Valparay/o aitj jamais été choifi par les Efpagnols pour y former un
établiffement de quelque importance. Car c'eft à tort que quelques perfonnes
ont cru que le nom de l'Afiente, fous lequel on connait encore l'habitation
Souverbie qui touche à la ville aétuelle du Port-de-Paix, annonce une poffeflion
efpagnole. Cette habitation avait été achetée par la Compagnie de l'Affiente, --- Page 721 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 695
ainfi appelée d'après un traité fait à Madrid le 27 Août 1701, par M. Ducaffe, 2
en vertu de la procuration de la Compagnie de Guinée avec le roi d'Epagne,
pour fe charger de VAliente ou tranfport des nègres dats les Indes Occidentales
efpagnoles.
La defcrip:ion de la paroiffe du Port-Margot nous a montré comment l'ile
la Tortue était devenue la première capitale françaife de Saint-Domingue, Le
Vaffeur ébloui par fon fuccès, méconnut affez ouvertement, , dès 1742, l'autorité
du commandeur de Poincy & celle de la Compagnie des Ifles, mais il ne fe
cacha plus, lorfque vigoureufement attaqué par les Efpagnols à la Tortue en
1643,i1 les eût repouffes avec une grande perte pour eux.
La Compagnie ayant donné l'ordre au commandeur de Poincy, le 2 Mars
1644, de s'emparer de la Tortue , il crut qu'il fuffirait d'y enyoyér le chevalier
Longvilliers de Poincy fon neveu, pour tâcher de déterminer le Vaffeur à venir
à Saint-Chriftophe. mais celui-cis'y refula. Les démélés du commandeur de
Poincy avec M. Patrocles de Thoily , que le roi avait nommé licutenant-général
des iies & auquel il ne voulait pas cé.ler la place, mirent le commandeur dams
l'impuiffance de rien entreprendre, avant 1652, fur la Tortue, où le Vaffeur
regnait en delpote. Mais à cette dernière époque le chevalier de
chevalier de Malthe de réputation, fit à Saintfon Fontenay, s
Chriftophe, par
ordre, un
armement avec lequel cet officier feignit de croifer, puis il vint au Port-àPÉcu, rendez-vous convenu, où M. de Trivial, neveu du commandeur, le
joignit avec de nouvelles forces. Ils apprirent en arrivant au Port-à-lEcu,
deux miniftres des volontés arbitraires de le Vaffeur venaient de l'affifiner. que
Alors le chevalier de Fontenay fit reconnaître fon autorité, & il eft le premier
qui prit le titre de Gouverneur pour le roi de la Tortue & côte Saint-Domingue, Tous les catholiques chaffés par le Vaffeur, revinrent dans cette petite
ile durant le nouveau gouvernement.
Les Efpagnols harcelés par les Flibuftiers dont la Tortue fourmillait, vinrent
l'attaquer de nouveau au mois de Janvier 1654 & la prirent. Le chevalier de
Fontenay forcé d'en fortir, y revint du Port-Margot, mais les
furent infuffifans pour en effeétuer la conquête. Le peu de français qui reftaient moyens
encore avec lui allerent fe mêler aux Fibuftiers & aux Boucaniers qui fréquentaient le Port-Margot, & qui, privés de chefs parce que le chevalier de
Fontenay repaffa en France, perdirent toute idée de reprendre la Tortue.
prirent. Le chevalier de
Fontenay forcé d'en fortir, y revint du Port-Margot, mais les
furent infuffifans pour en effeétuer la conquête. Le peu de français qui reftaient moyens
encore avec lui allerent fe mêler aux Fibuftiers & aux Boucaniers qui fréquentaient le Port-Margot, & qui, privés de chefs parce que le chevalier de
Fontenay repaffa en France, perdirent toute idée de reprendre la Tortue. --- Page 722 ---
696 DESCRIPTIO N DE LA PAR TIE
Un gentilhomme du Périgord, nommé Jérémie Defchamps > chevalier
feigneur Du Rauffet, qui avait aidé le Vafeur dans la conquête de la Tortue
en 1640, étant allé en France après l'expulfion du chevalier de Fontenay >
propola à la Compagnie des Ifles de s'en emparer. En conféquence il reçut du
roi, le 28 Novembre 1656, la commiflion de commandant de la Tortue, fous
l'autorité royale &c celle des goaverncurs-lisutenans généraux des iles de l'Amérique.
Du Rauffet trouva le moyen de paffer au Port-Margo:, d'y réunir 4 ou 500
Flibuftiers ou Boucaniers, avec lefquels il alla au Port-de-Paix & de là à la
Tortue, qu'il reprit. Il s'intitula gouverneur-licutenant-général pour le roi des
iles dela Tortue, Rotan & autres adjacentes ( iles de la baie de Honduras ).
Malgré ce titre, Du Rauffet prétendait être le propriétaire de la Tortue, &
il méconnaiffait mêie la Compagnie des Illes lorfqu'il paffi en France en 1663
pour y régler fes droits, laiffant le commandement de cette île à Defchamps
de la Place, fon neveu,
Tandis que Du Rauffet arrivé en France demandait au roi qu'il fit défendre,
fous peine de la vie, de s'établir le long de la côte de Saint-Domingue, fon
neveu y pofait les fondemens du Port-de-Paix, Du Rauffet élevant trop haut fes
demandcs, la Compagnie obtint qu'il fût mis à la Baftille, d'où il ne fortit que
le 15 Novembre 1664 pour figner l'aéte de vente de tous fes droits fur la
Tortue à la Compagnie des Indes Occidentales, fubftituée par un édit du mois
de Mai précédent à la Compagnie des Ifles de l'Amérique.
A peu près au même inftant où Du Rauffet partait de France pour aller
reprendre la Tortue, en vertu de fa commifion de 1656, d'Ogeron, membre
d'une compagnie de la France Méridionale qui devait former des établiffemens
dans la Terre-Ferme, partait auffi pour aller diriger les entreprifes de cette
Compagnie. Convaincu, dès la Martinique où il s'arrêta, que les obftacles
furpaffaient fes moyens, > il alla à Saint-Domingue en 1659, repafla en France,
revint à Saint-Domingue , alla à la Jamaique, retourna dans fa patrie & fe
trouvait à Saint-Domingue pour la troifiène fois, lorfqu'ayant vifité les Lucayes
& les Caiques, ilen demanda & en obtint la conceffion , à perpétuite, en 1662.
Mais perfuadé que ce projet ne valait pas mieux que celui de la France Méridionale, il était venu établir une habitation au Port-Margot, avec les débris
échappés à fes maiheureufes ensreprifes.
D'Ogeron
dans fa patrie & fe
trouvait à Saint-Domingue pour la troifiène fois, lorfqu'ayant vifité les Lucayes
& les Caiques, ilen demanda & en obtint la conceffion , à perpétuite, en 1662.
Mais perfuadé que ce projet ne valait pas mieux que celui de la France Méridionale, il était venu établir une habitation au Port-Margot, avec les débris
échappés à fes maiheureufes ensreprifes.
D'Ogeron --- Page 723 ---
FRAI N ÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
D'Ogeron qui avait vu Du Rauffetàla Tortue & qui rendait jaftice à fa valeur,
à laquelle on devait cette ile , écrivit à la Compagnie des Illes de l'en
mais. de fe faire céder les droits de Du Rauffet. Avant même de les récompenfer
un acte public, la Compagnie choifit d'Ogeron
acquérir par
pour prendre poffeflion de la
Tortue en fon nom, & fur fa préfentation > le roi l'en fit gouverneur, le
Oétobre 166427
Quoique d'Ogeron, mis en poffeflion de la Tortue
dant dès-lors le plan d'étendre les
3 y réfidât, il eut cepenétabliffemens de lile même de
en
Saint-Domingue
&; outre , celui d'en expulfer, un jour, les Efpagnols, de inanière
ile fût, dans fa totalité, une poffeflion françaife.
que cette
: Ce fut fous cei gouverneur que le Port-de-Paix commença à donner des
efpérances, parce que les Efpagnols qui faifaient une guerre cruelle aux
finirent par: détruire eux-mêmes > à l'aide de chiens le
boucaniers,
nourriffaient & vendaient
3 bétail dont ceux-ci fe
les cuirs ; ces boucaniers étaient donc réduits à
néceffité de chercher d'autres reffources &
la
culture.
s d'Ogeron leur vanta celle de la
que plufieurs Aibuftiers adoptèrent auffi en revenant d'expéditions mal
heureufes,
D'Ogeron montra aux Elpagnols, en faifant attaquer &c rançonner
en 1667, que les Français n'étaient pas toujours fur la défenfive, & Saint-Yague la Tortue &
la côte Saint-Domingue s'enrichirent de ces. dépouilles.
D'un autre côté, des Angevins venaient, en foule, goûter les douceurs de
l'adminiftration de leur compatriote d'Ogeron; Il avait. obtenu
lui
de France: des époufes pour fes Colons encore un
qu'on envoyât
peu farouches, & comme le
Port-Margot & le Port-de-Paix étaient les deux points les plus voifins de la
Tortue, Ce furent ceux qui fe reffentirent le plus des:
favait faire naître. En 1668 le Port-de-Paix était
avantages que ce chef
déjà auffi confidérable
cette époque voifine de fa fondation & les vexations. des
que
de l'efpérer,
Efpagnols permettaient
A la fin de la même année 1668.,
d'Ogeron paffa en France 3 laiffant le
gouvernement de la Tortue & de la côte de Saint-Domingue à M, de
fon neyeu, nommé par interim depuis le 30 Décembre 1667. Il revint Pouançay
mois de Juin 1669, amenant plufieurs centaines
vers le
réfider à Ja Tortue.
d'engagés, & il continua à
Le projet de la fupprefion de la Compagnie des Indes Occidentales,
Tome I.
effecTttt
en France 3 laiffant le
gouvernement de la Tortue & de la côte de Saint-Domingue à M, de
fon neyeu, nommé par interim depuis le 30 Décembre 1667. Il revint Pouançay
mois de Juin 1669, amenant plufieurs centaines
vers le
réfider à Ja Tortue.
d'engagés, & il continua à
Le projet de la fupprefion de la Compagnie des Indes Occidentales,
Tome I.
effecTttt --- Page 724 ---
698 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
tué par un édit du mois de Décembre 1674,.é:ant connu de d'Ogeron , it
avait demancé la permifion de paffer en France, qui lui fut envoyée au mois
de Janvier 1675- M. de Cuffy, auquel il donna fon interim, réfida à la Tortue.
M. de Pouançay, nommé par le roi en 1676 à la place de fon oncle mort à
Paris au mois de Mai 1676, eut la même réfidence-jufqu'à fa mort arrivée
en 1683- M. de Franquefnay l'adopta auffi pendant l'interim que fit ceffer M.
de Cufly qui vint de France prendre poffeffion de la place de gouverneur au
mois d'Avril 1684.
Mais même fous le gouvernement de d'Ogeron, la Tortue avait commencé
à éprouver de la diminution dans fa population. La colonie qui en était fortie
pour aller s'établir dans la piaine du Cap, celle envoyée en renfort à Samana :
l'expédition de Porto-Rico & celle de St-Yague > en avaient été les caufes principales. Sous M. de Pouançay deux expéditions contre Cube, la fureur: de la
courfe & l'accroiffement même des établiffemens faits dans l'ile Saint-Domingue, dépeuplèrent encore tellement la Tortue, que M. de Cufly défefpérant de
la ramener à fon premier degré de fplendeur, réfolut de transférer ailleurs le fiége
du gouvernement.
Le Port-de-Paix lui parut mériter cet honneur > & au mois de Mars 1685,
M. de Cufly y fit commencer une maifon pour lui; une batterie de 20 canons &c
une tranchée au bord de la mer pour mettre ce lieu hors d'infulte; ce qui n'empêcha pas. toutefois que les Efpagnols ne vinffent, le 6 Mai fuivant, détruire
vers Jean-Rabel un corail oû il y avait plus de 800 pourceaux & enlever
des nègres du corail des Vates apparrenant au fieur Galichon , héritier de
M. de Pouançay. Ony fit aufli une prifon & un corps-de-garde.
Ainfi le Port-de-Paix eft dans la réalité, la première capitale françaife qu'aic
eu l'ile Saint Domingue même, parce que ce fut le lieu que vint habiter M.
de Cully. Dans la même année 1685, le Port-de-Paix, qu'on appelait auffi
quelquefois les Trois-Rivières, eut une Sénéchaufice dont la Tortue ne fus
plus qu'une dépendance. Bientôt après M. le Clerc de la Boulaye y devint
major pour le roi, & le Port-de-Paix réunit alors tout ce qui défignait un
point capital de la Colonie.
Cependant ces fuccès n'étaient eux-mêmes que relatifs à ceux de la Colonie
pris en maffe, & fans doute ils étaient bien foibles fi on les compare à ce qu'eft
celle-ci en ce moment. J'en ai une preuve particulière dans le procès-verbal
ne fus
plus qu'une dépendance. Bientôt après M. le Clerc de la Boulaye y devint
major pour le roi, & le Port-de-Paix réunit alors tout ce qui défignait un
point capital de la Colonie.
Cependant ces fuccès n'étaient eux-mêmes que relatifs à ceux de la Colonie
pris en maffe, & fans doute ils étaient bien foibles fi on les compare à ce qu'eft
celle-ci en ce moment. J'en ai une preuve particulière dans le procès-verbal --- Page 725 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 699
fait le 12 Avril 1688, par Gabriel Bobin, procureur du roi du Fort-de-Paix,
de l'état de l'églife dont le père Viétor capucin, était alors curé. La vifite
qu'il en fait, en préfence de M. Louis Remouffin, capitaine d'une compagnie de
Cavalerie-milices; de Philippe de Bocq, marchand, marguillier; de Thomas le
Clerc, écuyer fieur de la Boulaye, major pour le roi; d'Antoine Queret,
écuyer fieur de la Richardière, confeiller du Confeil fouverain de la Colonie,
premier capitaine de la compagnie de Milices; de Vincent
Merrey 3 aufli confeiller; de Pierre Pelvéy s fénéchal du Port-de-Paix & de plufieurs autres
prouve que cet églife était de bois, couverte d'effentes, 8 manquant de plu- >
fieurs chofes. Mais on y trouve aufli que malgré qu'elle ait 60 pieds de long &
20 de large, elle eft infuffifante pour contenir les fidelles qui s'y raffemblent;
que fi les trois cloches ne peuvent fonner en branle, le clocher a trente pieds
de haut. Quant au presbytère bâti aux dépens du curé, fur un terrain concédé
aux capucins, chargés de la miffion de la Partie du Nord, dont le chef-lieu
fe trouvait alors au Port-de-Paix, il eft affez fpacieux pour loger trois ou quatre
religieux; mais le cimetière eft fans clôture, &c les habitans font exhortés,
le procureur du roi, à marquer, à cet égard , leur refpeét pour ce lieu Jaint. pa,
Ces particularités me donnent lieu d'obferver que le Port-de-Paix était alors
dans une fituation plus floriffànte que la plaine du Cap, ou. l'on était
a
obligé
d'invoquer la charité royale pour les mêmes objets.
Ce fut encore en 1688 qu'on vit arriver à Saint-Domingue, les
quaranteneufpremiers foldats qui y ayent été envoyés pour y demeurer, & ce fut au
Port-de-Paix qu'on les plaça comme pour formér la garde de M. de Cuffy &
relever la dignité de l'emploi du gouverneur, , qui au commencement de 1689
datait fes lettres au miniftre, du Fort du Port-de-Paix.
M. de Cuffy était revenu au Port-de-Paix le 20- Juillet 1690, de l'expédition de la ville de Saint-Yague, dans la Partie Efpagnole de lile prife & brûlée
le 5 du même mois > & il projettait d'autres entreprifes contre les Efpagnols,
lorfque le II Août un bâtiment entra au Port-de-Paix où il conduifait 82 foldats de la garnifon de l'ile Saint-Chriftophe, que les Anglais venaient de faire
capituler, & 140 habitans expuifés par eux de cette colonie ; 128 autres
arrivèrent deux jours après. Le 20, plus de 200 entrèrent au. Cap, parce
leur bâtiment qui coulait bas d'eau & qui s'échoua à l'entrée de cette ville, que
ne put pas gagner le Port-de-Paix, où il s'en préfenta encore 250 le 28, dont
Tttt.2
ile Saint-Chriftophe, que les Anglais venaient de faire
capituler, & 140 habitans expuifés par eux de cette colonie ; 128 autres
arrivèrent deux jours après. Le 20, plus de 200 entrèrent au. Cap, parce
leur bâtiment qui coulait bas d'eau & qui s'échoua à l'entrée de cette ville, que
ne put pas gagner le Port-de-Paix, où il s'en préfenta encore 250 le 28, dont
Tttt.2 --- Page 726 ---
2700 DESCRIPTIO N DELA PARTIE
il fallut envoyer la majeure partie à Léogane, Au mois d'Oétobre il en vint
encore mille dans la Colonie, dont, pour fa part, le Port-de-Paix eut 400.
Par-tout ces infortunés furent reçus comme des frères; par-tout le même accueil, la même générofité fe montrèrent à leur débarquement, foit à SaintDomingue, foit à la Martinique, oùr le refte de cette Colonie fuc tranfporté
-& où l'on tranfporta ) par ordre du roi , tous çeux qui voulurenty aller de SaintDomingue le 20 Oétobre 1692.
Ce malheur augmenta la population de Saint-Domingue & furtout celle du
Port-de-Paix; mais auffi comme l'arrivée de ces colons fuivait une féchereffe
de fix mois, éprouvée par la Partie du Nord, on en enterrait jufqu'à 12 ou
I5 par jour au Port-de-Paix, où la plupart était enlevés dès le fecond ou le
troifième jour de la maladie, & quelquefois fubitement. Il fallut même faire
de la Tortue un lieu de convalefcence oû M. de Cuffy les envoyait par centaines.
En 1691, les Efpagnols détruifirent le Cap, &x des habitans du Port-de-Paix
qui avaient marché avec M. de Cuffy au fecours de ce lieu, trouvèrent ia
mort comme lui à la bataille de Limonade, notamment M. Remouffin. Mais
fa même année devait lui faire éprouver une calamité nouyelle.
Au mois de Mars 1685, Louis XIV avait envoyé le chevalier de Chaumont
en Ambaffade au roi de Siam, en le chargeant de ramener deux Mandarins
Siamois arrivés en France à la fin de 1682, En retour les vaifeaux reçurent
deux Ambaffadeurs Siamois qui arrivérent à Breft le 18 Juin I 686.
Ces Ambafladeurs repartirent du même port le 1ef, Mars 1687, avec une
efcadre compofée de deux vaiffeaux, trois Alûtes & une frégate, fur laquelle
étaient en outre plufieurs miflionnaires &x environ 4 ou 500 hommes de troupes
envoyés au roi de Siam & commandés en chef par M, Desfarges, ayant fous
fes ordres M. du Bruan. M. Desfarges déclaré général Siamois, prit garnifon
à Bancock au mois d'Oétobre fuivant.
Le miniftre Conftance, fi célèbre dans les annales Siamoifes, ayant formé,
pour mettre fur le trône le gendre du roi, une confpiration qui lui fit perdre
la tête au mois de Mai 1689, M. Desfarges & les troupes françaifes que ce
miniftre avait employées, furent obligées de quitter le royaume de Siam après
y avoir couru de grands dangers & y avoir réfifté à force ouverte. Enfin ils
s'embarquèrent emmenant aufi les français de l'écablifiement que la Compagnie
des Indes ayait à Merguy, dans un autre point du royaume de Siam, mais en
faifant route pour France, ils fe virent forcés de gagner la Martinique.
les troupes françaifes que ce
miniftre avait employées, furent obligées de quitter le royaume de Siam après
y avoir couru de grands dangers & y avoir réfifté à force ouverte. Enfin ils
s'embarquèrent emmenant aufi les français de l'écablifiement que la Compagnie
des Indes ayait à Merguy, dans un autre point du royaume de Siam, mais en
faifant route pour France, ils fe virent forcés de gagner la Martinique. --- Page 727 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DONINGUE
On vit donc arriver au Fort - Royal de cette ile, au mois de Décembre
1690, le vaiffeau l'Oriflamme, commandé par M. de Leftrille, qui
deux navires de la Compagnie des Indes , appellés le Louré & le Saint-Nicolas, convoyait
apportant avec cux le pourpre & une fièvre peftilenticlle dont les ravages étaient
fi cruels, que dès le 3 Janvier 1691, M. de l'Eftrille, MM. de Croifet, du
Halgouer, , de Seintre & plus de cent perfonnes, foit de ces bâtimens, foit de
l'ile, étaient déjà au nombre de fes viétimes, Les habitans du Fort-Royal s'enfuirent effrayés de cette rapide deftruétion
qu'augmenta encore l'infeétion de
25 barils de viande qu'on jetta à la mer, de ces vaiffeaux dans le
Il fallut faire camper dans un lieu écarté le peu de foldats venus de carénage.
reftaient encore,
Siam, qui
Malheureufement M. Duquefne-Guiton, commandant deux vaiffeaux &
qui revenait de Pondichéry > fe trouva en même-tems au Fort-Royal, ainfi
que le vaiffeau le Mignon. La contagion s'y répandit &
feaux firent
quand ces trois vaifroute pour France 3 au mois de Juin 1671, ils avaient
au moins la moitié de leurs équipages.
perdu
M. Duçaffe, arrivé d'Europe au Fort-Royal le 8 Mai de la même année,
vit bientôt les fiens en proie à cette maladie cruelle. Elle défolait la
entière, lorfque M. Ducaffe en partit le 27 Juillet, commandant Martinique le Solide
le Cheval - Marin, & PÉmérillon qui avait été atteint le premier de 2
contagion. Cette efcadre mouillée à lfle Sainte-Croix, où elle avait ordre cette
prendre des vivres pour les habitans de Saint-Chriftophe étaient
de
qui
à SaintDomingue 3 y perdit, du 2 au 7 Août, 40 hommes & y laiffa le
la maladie. Elle vint enfuite au Port-de-Paix le 12, où les habitans germe de de
Chriftophe reçurent d'elle des vivres, mais en mêne-tems le
Saintpréfent dans cette maladie qui mit, pour eux,le comble
plus affreux
faifaient déjà fouffrir la
aux maux que leur
guerre, l'expulfion hors de leur pays, la
les rigueurs du climat oà ils étaient tranfportés ; tous ces fléaux réunis mifere,
moiffonnèrent plus de la maitié.
en
Le Port-de-Paix a été ainfi le premier lieu de
manifeftée la maladie
Saint-Domingue où s'eft
qui porte encore le nom de Maladie de Siam, Mal
de Siam ou Matelote, quis pendant plus de foixante ans, a immolé
chaque année des milliers d'individus dans les Antilles; dont l'effroi prefque
était
que dès Ie 27 Aoit 1692, une ordonnance prefcrivit la
tel,
quarantaine à tous
Le Port-de-Paix a été ainfi le premier lieu de
manifeftée la maladie
Saint-Domingue où s'eft
qui porte encore le nom de Maladie de Siam, Mal
de Siam ou Matelote, quis pendant plus de foixante ans, a immolé
chaque année des milliers d'individus dans les Antilles; dont l'effroi prefque
était
que dès Ie 27 Aoit 1692, une ordonnance prefcrivit la
tel,
quarantaine à tous --- Page 728 ---
702 DESCRIPTIO N D E LA PARTIE
bâtimens venans de la Martinique à l'Ile d'Aix ; qu'en 1694, l'amirauté de
Nantes défendit aux équipages &c aux perfonnes venant des Illes, d'entrer dans
ce port, avant une vifite, à peine de la vie; ; & qu'en 1708, nul bâtiment
venant de çes Iles n'était admis dans les ports de France, qu'après une
vifite.
Cette maladie s'offre encore quelquefois dans des êtres nouvellement arrivés
d'Europe, comme pour empêcher qu'on ne perde le fouvénir d'une maladie
dont le hideux tableau eft bien propre à infpirer la terreur. En effet, ceux
qu'elle attaque rendent un fang corrompu par tous les conduits & prefque
par tous les pores de leur peau, chargée de grandes tâches noires, caraétère
d'une putréfaction qui menace tous ceux qui les environnent.
M. Ducaffe, qui reçut à Léogane la nouvelle de fa nomination par le roi au
gouvernement de Saint-Domingue > à la place de M. de Cufy, , fe rendit au
Port - de - Paix au mois d'Oétobre, comme le féjour deftiné au chef de la
Colonie $ il s'occupa-dès lors d'y faire élever ce qu'il appelait le château.
Les habitans fournirent un nègre de corvée fur dix, ce qui en procura quarante &
on en loua trente aux frais du roi. Ces foixante-dix travailleurs avaient rendu
ce château capable d'avoir en 1694, 32 canons & une, paliffade. Ces préparatifs étaient une fuite de ce que depuis 1692, M. Ducaffe ne ceffait de
recevoir de toute part des preuves que les Efpagnols & les Anglais méditaient
li ruine de Saint-Demingue, &c il alla cependant en 1694 faire une incurfion
à la Jamaique > qui ne fervit, fans doute > qu'à irriter davantage les ennemis.
Les Efpagnols & les Anglais réunis vinrent mouiller dans la baie de Mancenille
le15 Mai 1695- Comme le Cap paraiflait le point le plus menacé, M. Bernanos,
major pour le roi du Port-de-Paix, en partit, avec un grand nombre d'habitans, le 18, & arriva au Cap le 21. Les troupes débarquées 3 augmentées
de celles venues de la Partie Efpagnole par terre, arrivèrent le 27 à la favane
de Limonade, où M. de Cuffy avait péri, & le 28 au Quartier-Morin, dirigées
vers le Haut du Cap, dont elles approchèrent jufques fur la paroiffe de la PetiteAnfe. Le 29 les ennemis débarquèrent à la Bande du Nord 3 de là ils prirent à
revers le bourg du Bas du Cap, où M. du Lyon fit fauter la poudrière, encloua
le canon & mit le feu aux maifons. Les Anglais entrèrent le 30, au matin,
dans la rade du Cap, mirent à terre un corps qui marchait en même tems
que les Efpagnols venus par Mancenille, pour mettre M. de Graffe, qui
. Le 29 les ennemis débarquèrent à la Bande du Nord 3 de là ils prirent à
revers le bourg du Bas du Cap, où M. du Lyon fit fauter la poudrière, encloua
le canon & mit le feu aux maifons. Les Anglais entrèrent le 30, au matin,
dans la rade du Cap, mirent à terre un corps qui marchait en même tems
que les Efpagnols venus par Mancenille, pour mettre M. de Graffe, qui --- Page 729 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
commandait au Haut du Cap & fes neuf cens hommes, entre deux feux,
Alors M. de Graffe fit replier fur la paroiffe du Morne-Rouge, d'où il fe
replia encore à la rivière Salée de PAcul.
Les ennemis., maîtres du Cap en quatre jours & prefque fans coup férir,
fe dirigèrent vers le Port-de-Paix par terre : les Anglais fuivant l'Acul, le
Limbé, &c. & les Efpagnols par Plaifance, & le Gros Morne, tandis
la flotte s'y rendait par mer. Le 15 Juin, cette dernière
du que
de Saint-Louis, où elle mouilla dans un point où nul vaiffeau s'empara bourg
ni avant, > ni depuis & elle débarqua
ne s'eft hafardé,
500 hommes qui forcèrent M. Bernanos, 2
revenu du Cap, à fortir de ce bourg & à aller camper à la rivière des
où il fut attaqué le 17 fans fuccès. Le 18 cinq vaiffeaux voulurent faire Nègres
defcente pour couper la retraite à M. Bernanos, mais M. de
une
jufqu'au 20, que ces vaiffeaux retournèrent à Saint-Louis. Patys'y oppofa
Le même jour on annonça les Elpagnols qui venaient terre, &
lefquels M. Danzé alla à René-de-Bas protéger la
par
contre
Le 23 & le 24 ,M. de la Boulaye, licutenant-de-roi paffe des Trois-Rivières.
du Port-de-Paix,
v commandait parce que M. Ducaffe était en voyage à Léogane, fit retirer qui
tous les poftes & fe contenta d'envoyer M. Danzé au retranchement des Pères
avec 10O hommes, dont la plupart s'en allèrent le 25, ce
évace
cuer retranchement. Le même
qui força à
jour M. de la Boulaye fit mettre le feu
au bourg du Port-de-Paix.
Le 30 la flote ennemie vint mouiller à la rivière Salée du Port-de-Paix.
Le Ier, Juillet, au matin, une batterie Anglaife de la pointe des Pères
mença à battre le fort. Le 2, une feconde batterie
comAnglaife tira du morne
Saint-Ouen ou morne du petit Port-de-Paix, & une troifième du mêne
morne. Le 3 ,les Elpagnols mirent leur pavillon fur la batterie de la
des Pères & le 7 les ennemis firent jouer deux
pointe
Le
morciers à bombes,
13. Juillet, ce. qui reftait au fort des 180 blancs, des IOO nègres armés &
2 compagnies des troupes détachées de la marine formant
des
étaient
>
90 hommes qui
renfermés 2 parlèrent de l'évacuer. On fortit à neuf heures da
s'y
àvoir encloué les canons, mouillé les poudres, détruit les
foir, après
déferteur ayant prévenu les ennemis du projet de l'évacuation provifions. Un foldat
; ils
plufieurs embufcades où les Frangais auraient tous péri, fi à
placèrent
un paffage des
ant
des
étaient
>
90 hommes qui
renfermés 2 parlèrent de l'évacuer. On fortit à neuf heures da
s'y
àvoir encloué les canons, mouillé les poudres, détruit les
foir, après
déferteur ayant prévenu les ennemis du projet de l'évacuation provifions. Un foldat
; ils
plufieurs embufcades où les Frangais auraient tous péri, fi à
placèrent
un paffage des --- Page 730 ---
704 DESCRIPTION DE LA PARTIE
Trois-Rivières, M. Archambaud, Colon, ne les eût dirigés vers un gué qui
porte encore fon nom, par reconnaiffànce, &c d'où l'on gagna la crête des
Ramiers, rendez-vous convenu & fitué à 5 lieues du fort,
Pendant que les Epagnols pourfuivaient les Français fortis du château, les.
Anglais vinrent en prendre poffeffion & en refusèrent l'entrée aux Efpagnols.
Ceux-ci ravagèrent tout ce qu'ils purent, ce qu'imitérent les Anglais qui,
fuivant toujours le chemin du rivage depuis le Cap, avaient pillé le PortMargot. Les Anglais avaient 900 hommes de troupes groffis de 600 matelots
tirés des vaiffeaux, & les E.fpagnols 1,900 hommes. Nous perdimes au Port-dePaix 55 hommes tués > 32 pris ; outre 32 femmes, 70 enfans & 543 nègres
les Efpagnols amenérent en trophée à Santo-Domingo. Le Port-de-Paix refta que
avec 261 hommes > 84 femmes 2 181 enfans & 670 nègres,
Les ennemis, après avoir perdu un nombre affez confidérable d'hommes &
furtout d'Anglais, que le climat traita cruellement ou qui fe noyèrent dans le
nombreux paffages des rivières, vivant déjà entr'eux dans une forte de méfintelligence que fortifiait celle des deux chefs de terre & de mer anglais, fe
décidèrent à fe rembarquer, le 27Juillet.
L'événement de la prife du Port-de-Paix & de fa deftruétion ainfi que celle
de tout fon voifinage, qu'on dût imputer à un officier à qui l'hiftoire fait des reproches de plus d'un genre, 2 porta un coup d'autant plus funefte à ce lieu, que M.
Ducaffe propofa au miniftre, dès le 30 Août 1695, de transférer ailleurs le fiège
du gouvernement > parce qu'il n'était pas là dans le point le plus convenable par
rapport à la totalité de la Colonie & à des vues d'établifement & de défenfe,
Cependant on envoya dans cette partie quelques-uns des habitans de la Colonie
de Sainte-Croix que le roi fit conduire de cette île au Cap où ils arrivèrent le 2
Février 1696. Dès le 25 Décembre de la même année > M. Ducaffe
fit retourner ces habitans dans la dépendance du Cap , où M, le comte
de Boiffyraimé > gouverneur de Sainte Croix 3 nommé commandant de
la Partie du Nord de la Colonie Françaife de Saint -
Domingue 2 entra
en fonétions le IO Mai 1697.
Mais prefque tous les habitans du Port-de-Paix même,
auxquels on voulait
donner la même deftination, s'obftinèrent à ne le pas quitter. En 1697 la
plopart marchèrent à l'expédition de Carthagène, & ils trouvèrent prefque à
leur
neur de Sainte Croix 3 nommé commandant de
la Partie du Nord de la Colonie Françaife de Saint -
Domingue 2 entra
en fonétions le IO Mai 1697.
Mais prefque tous les habitans du Port-de-Paix même,
auxquels on voulait
donner la même deftination, s'obftinèrent à ne le pas quitter. En 1697 la
plopart marchèrent à l'expédition de Carthagène, & ils trouvèrent prefque à
leur --- Page 731 ---
FRANÇAISE DESAINT-DOMINGUE 705
leur retour 3 une défenfe du roi de laiffer rétablir leur Quartier, qui déformais
dépendait du Cap.
C'en était fait du Port-de-Paix &c fes habitans auraient été forcés d'opter
entre le Cap & Léogane 2 comme on le leur preferivait, fi M. Danzé, major du
Port-de-Paix n'eût concouru à faire changer cette détermination. Au lieu de
s'oppoler à leurs efforts pour rétablir leurs biens, il lesy excita, 8c dans l'année
1699, ils fe livrèrent à la culture du tabac, de l'indigo & du coton ; l'on compcait même alors dix ou douze fucreries qu'on commençait à établir. Les
repréfentations de M. Danzé & l'effet de la paix de Rifwick fauvèrent enfin le
Port-de-Paix de la fatale fuppreflion que les inftructions du roi à M. de la
Boulaye, infpeckeur-général de la Marine , allant vifiter les Antilles, voulaient
encore qu'on poufsit au point qu'il n'y reftât qu'une compagnie &c un officiermajor pour en interdire l'accès aux forbans. Qu'elle châte pour une capitale !
titre dont le Port-de-Paix fut dépouillé en faveur de Léogane, qu'on lui préféra
dès 1695.
M. Ducaffe qui paffa au Port-de-Paix au mois de Décembre 1699, y donna
des éloges au zèle & aux travaux des colons qui avaient, en quelque forte,
recréé cet établiffement que je vais préfenter dans fon état aétuel.
La paroiffe du Port-de-Paix a pour limites, au Nord, la mer; 5 à T'Et, la
paroiffe du Petit-Saint-Louis ; au Sud, celle du Gros-Morne ; au Sud-Ouieft,
celle du Port à Piment, & à l'Oueft, celle de Jean-Rabel.
La ville du Port-de-Paix qui, fuivant les obfervations de MM. de Verdun,
Borda & Pingré, eft à 19 degrés 54 minutes 30 fecondes de latitude & à 75
degrés 14 minutes de longitude, & qui eft bâtie dans un petit efpace plane &
même bas, a la mer au Septentrion la rivière du Port-de-Paix à TEC, des
mornes qui la commandent au Sud & un lagon à l'Oueft. Elle eft au fond d'une
anfe dont le bout Oriental eft plus avancé dans le Nord que celui Occidental &
comme la ville fuit la courbe en forme de croiffànt que décrit le rivage 3 fes
rues ont des directions qui femblent la divifer en deux portions. La plus Eft qui
contient huit flets commence à la rivière du Port-de-Paix & finit à la rue de
l'Eglife; 3 fes rues partant de la mer 9 vont du Nord-Eft au Sud-Oueft & font
coupées par d'autres, à angles droits. La feconde, plus étendue , & qui contient
25 ilets, la plupart inégaux, a fes rues dans.le fens du Nord-Eft-quart de Nord au
Sud-Ouei-quart-Sad. D'autres rues les coupent 3 celles-ci ont pour direétion la
Tome I,
V V V V
rue de
l'Eglife; 3 fes rues partant de la mer 9 vont du Nord-Eft au Sud-Oueft & font
coupées par d'autres, à angles droits. La feconde, plus étendue , & qui contient
25 ilets, la plupart inégaux, a fes rues dans.le fens du Nord-Eft-quart de Nord au
Sud-Ouei-quart-Sad. D'autres rues les coupent 3 celles-ci ont pour direétion la
Tome I,
V V V V --- Page 732 ---
705 DESCRIP TIO N DE LA PARTIE
plus commune, celle de TERAlOuef. Cette portion de la ville va de la rue
de PEglie a la rue de Vallière ; fa partie fupéricure s'appele la petite
Guinée, parce qu'elle eft plus ordinairement le féjourdes gens de couleur; la rue
de lap petite Guinée n'eft même devenue que récemment la rue Royale.
La ville où l'on comptait 52 maifons en 1728 ; 80 en 1751, évaluées 59,000
livres de loyers; 106 en 1755, évaluées 92,000 5 II5 en 1764, évaluées 103,000
& 140 en 1771, comptées pour 13,200 liv., en contient maintenant 220 qui
ne peuyent être eftimées à moins de 250,000 liv. de loyer. Ces maifons font en
majeure partie de maçonnerie entre poteaux 3 à fimple rez de chauffée & prefque
toutes couvertes d'effentes. Cependant depuis environ quinze ans on y a fait des
maifons à un étage, & l'on peut en compter à-peu-près vingt de ce genre.
En vertu d'une ordonnance des Adminiftrateurs du 14 Juillet 1773, la ville
a été pavée & fes rues ont ceffé d'être des cloaques dans les tems pluvieux.
Mais de cet avantage même eft réfulté un grand inconvénient, c'eft d'avoir,
par lexhauffement des rues,fait ftagner les eaux pluviales dans les cours, où
eiles croupifient & font une cau. e de dangers pcur la fanté.
L'églife eft à l'extrémité fupéricure &c fur le côté gauche de la rue de fon
nom, & elle termine la ville dans ce point. Eile eft comme le presbytère qui
l'avoifine par derrière, folidement bâtie de maçonnerie, mais fans voûte ni
lambris. Son portail Sc toure la façade avaient été renverfés par le tremblement
de terre du 3 Juin 1770,mais on l'a réparée. Elle eft dédiée, ainfi que celles
qui l'ont précédée, à la Conception de la Vierge, en fouvenir de ce que Colomb
avait donné le nom de Conception au Port-à-l'Ecu, qui a dépendu du Portde-Paix. II y 2 un ciocher auffi de maçonnerie.
Au devant de l'églile & dans I'Oueft, eft un grand efpace de forme irrégulière & portant depuis plus de cinquante ans le nom de place-d'armes. Le
cimetière était autrefois autour de l'églife, mais il a été mis hors de
la ville & au Sud du point où le nouveau chemin de la montagne vient joindre
à l'Oueft la rue du Morne.
Dans la même rue de l'Églife S à environ 40 toifes du rivage, eft l place
Louis XVI, faite récemment ; elle a vingt tcifes en carré, y compris
les rues qui la bordent. Elle eft fituéc de manière que fes quatre angles correfpondent aux quatre points cardinaux.
Au milieu de cette place eft la fontaine pour laquelie elle a été faite, & que
du point où le nouveau chemin de la montagne vient joindre
à l'Oueft la rue du Morne.
Dans la même rue de l'Églife S à environ 40 toifes du rivage, eft l place
Louis XVI, faite récemment ; elle a vingt tcifes en carré, y compris
les rues qui la bordent. Elle eft fituéc de manière que fes quatre angles correfpondent aux quatre points cardinaux.
Au milieu de cette place eft la fontaine pour laquelie elle a été faite, & que --- Page 733 ---
FRANCAISEDE SAIXT-DOMINGUE
l'on reproche à M. Desforges, ingénieur, d'avoir fait exécuter d'une manière
contraire aux voeux des citadins. M. de Bellecombe avait dans une affemblée
de la paroiff: en 1783, agréé Pidée d'une fontaine, parce qu'il était trop codteux d'envoyer chercher aux Trois-Rivières de l'eau, foit pour les habitans, foit
pour la garnifon, & il promettait que le roi payerait la moitié de la dépenfe.
Comme elle n'a pas répondu à l'attente des habitans, le roi a payé feul cette
dépenfe de 120,000 livres.
Indépendamment du reproche du mauvais choix de la place, de fa forme &c
du coup-d'ceil gauche de la fontaine qui eft un piédeftal quadrangulaire où l'on
a le projet de placer la ftatue pédeftre de Louis XVI, de marbre blanc
; on
a foutenu que l'eau fournie par la réunion de trois fources à environ 250 toifes
au Sud de la ville fur le terrain de la fucrerie Aubert, avait des qualités malfaifantes, & l'on a continué à faire ufage de celle des puits pratiqués dans
prefque toutes les maifons, ou à envoyer chercher celle des Trois-Rivières,
où un nègre en remplit de petits barils dont il charge un âne, ce qui multiplie
affez ces animaux dans la ville. M. Gauché a vainement fait deux analyfes de
cette eau, dont il réfulre qu'elle n'a qu'un peu de félénite & qu'elle fe purifiera de plus en plus à l'avenir, parce qu'elle ne ftagne plus fur un fol argileux; ; le préjugé l'emporte, fon coup-d'ceil louche en dégoûte & on s'obftine
à lui attribuer des coliques d'eftomac ; le bienfait de la fontaine eft donc nul.
Son eau qui a coulé pour la première fois le 2 Février 1785, va enfuite vers
une calle au bas de la rue de T'Eglife pour remplir des lavoirs qui ont une
véritable utilité & fervir aufli à l'aiguade des bâtimens. Cette fontaine a tari
dans de grandes féchereffes.
On prétend que l'eau des Trois-Rivières employée à faire tourner le moulin
de la fucrerie des héritiers Souverbie & Gilbert, proche de la
ville 3 vers le
Sud-Oueft & qu'on aurait pu conduire dans celle-ci, eft préférable à tous
égards,
Le long de la ville > fur la plage, eft un rang d'arbres. Chaque propriétaire
ehoilit ceux qu'il croit les plus propres à y répandre une ombre propice. Les
maifons qui bordent ce quai n'ont pas des direétions bien exactes, mais elles
doivent en fuivre une marquée fur le plan-directeur, lorfque des reconftruétions
fn procureront la facilité.
La ville du Port-de-Paix eft affez fujette à des maladies annuelles, qu'on ne
Vyyv2
eft un rang d'arbres. Chaque propriétaire
ehoilit ceux qu'il croit les plus propres à y répandre une ombre propice. Les
maifons qui bordent ce quai n'ont pas des direétions bien exactes, mais elles
doivent en fuivre une marquée fur le plan-directeur, lorfque des reconftruétions
fn procureront la facilité.
La ville du Port-de-Paix eft affez fujette à des maladies annuelles, qu'on ne
Vyyv2 --- Page 734 ---
708 DESCRIPTION DE LA P A R T IE
peuts'empécher d'attribuer aux marais ou lagons quil'environnent. Le premier de
ceux de la partie Orientale &z le plus voilin de la ville, fe nomme l'étang du
Coq. II a, à-peu-près, cent toifes de diamètre, & fa figure eft prefque ronde,
Situé dans un efpèce de cul-de-lampe, il eft l'égoût des montagnes voifines
& peut-être reçoit-il les infiltrations de la mer > dont il n'eft éloigné que
d'environ 20 toifes. Quelquefois il a fept pieds d'eau à fon milieu, mais d'ordinaire trois ou quatre pieds. Il eft bien rare qu'il foit à fee; & fa pofition
femble rendre difficile de le deffécher. L'on a propcfé d'yjetter la ravine appelée
la rivière du Port-de-Paix, qui forme aufi un marais à l'entrée Et de la
ville, &c furlequel on a conftruit, à grands frais > un petit pont qui eft cependant hors de la direétion du chemin. Cette ravine ainfi conduite, > cefferait ellemême de nuire, & fes eaux donneraient du mouvement à celles de l'étang du
Coq qui corrompent l'air en croupiffant, & dont les émanations font portécs:
fur la ville par le vent prefqu'habituel d'Eft.
Ily a un autre lagon, dépendant de l'habitacion Du Roulin, à environ 250 toiles
dans le Nord-Eft de l'étang du Coq. Il eft formé par des infiltracions de
l'étang dont je vais parler & de la mer, &x par l'égout des eaux pluviales.
Dans fa forme très irrégulière, il peut avoir 40 toiies fur 30. Des mangliers
l'environnent, &c quand il eft fans eau, CC qui arrive très-fouvent, l'odeur qu'il
répand eft porté far la ville, dont il n'eft qu'à un petit quart de licue. Lorf
qu'il commence à fécher 8z que l'air eft tranquille, fa furface eft couverte
d'un nuage grisâtre, dont l'infeétion avertit de ne pas approcher. On devrait
du moins couper ces arbres qui gênent la circulation del l'air.
Le troifième marais, dépendant des habitations Du'Roulin &c Lavaud, appelé
le Grand étang, a julqu'à cinq pieds d'eau dans les tems pluvieux. Il forme
une efpèce de carré long de 300 toifes fur 180. On pourrait facilement, aves
une éclufe à bafcule, en dégorger l'eau dans la mer > dont il n'eft pas éloigné,
& les travaux de l'un des propriétaires d'une partie de cet étang, a prouvé
l'efficacité du moyen.
Enfin dans l'Oueft eft un marais formé par la mer, s qui s'introduit durant
les grandes marées dans ce terrain alors plus bas qu'elle. Il faudrait pour éviter
cet inconvénient au lieu de l'éclufe fimple, placée entre le grand fort & la
ville, qui demeure toujours ouverte pour égouter l'eau de la mer & celle
de la vide du moulin Souverbie qu'on jette dans ce marais, en mettre une
prouvé
l'efficacité du moyen.
Enfin dans l'Oueft eft un marais formé par la mer, s qui s'introduit durant
les grandes marées dans ce terrain alors plus bas qu'elle. Il faudrait pour éviter
cet inconvénient au lieu de l'éclufe fimple, placée entre le grand fort & la
ville, qui demeure toujours ouverte pour égouter l'eau de la mer & celle
de la vide du moulin Souverbie qu'on jette dans ce marais, en mettre une --- Page 735 ---
FRANÇAISE DE SAIN T-D OMINGUE
à bafcule qui fe fermerait à marée montante. Ce moyen, fecondé
ques foffés de retenue, difpofés avec art, exhauff-rait
à
par quelpeu peu le fond du
marais, , qui fe trouverait enfin préfervé de l'inondation.
Il ferait tems qu'enfin l'on fongeàt à des travaux qui rendraient faine une
ville où l'on tient des troupes en tems de guerre & où le gouvernement devrait
penfer qu'il y a toujours des Colons; c'eft-à-dire, des hommes précieux. Il
pourrait auffi réalifer un projet heureufement conçu par des hommes éclairés,
en faifant fervir l'eau de la ravine ou ruiffeau du
Port-de-Paix à en arrofer
les rues, ce qui ferait peu difpendieux, puifqu'à environ 250 toiles au-deffus
de l'églife, ce ruiffeau eft plus élevé que la ville.
Le marché des légumes herbages, grains, &c., qui était
bord
originairement
au
de la mer, fe tenait, depuis quelques années, fur la place-d'armes devant
l'églife, lorfque P'intérêt de quelques particuliers a fu obtenir des Adminiftrateurs
le 16 Juin 1772, une ordonnance qui l'a fait tranfporter de nouveau au bord
de la Ier. Cette pofition a l'inconvénient d'être expofée à un vent confidérable qui chatrie beaucoup de fable fin imprégné de fel marin, , qui defsèche
& faiit les légumes. D'ailleurs des caboteurs forains qui arrivent la veille
foir, peuvent trop facilement accaparer dès le point dujour ce qu'on
au
pour vendre & priver la ville d'une reffource d'autant
apporte
plus précieufe 3 que
ce marché n'a lieu que le dimanche, &c que dans les tems pluvieux on
à l'époque de la récolte du café les nègres ne s'y rendent point. On voir
dans le cours de la femaine quelques nègres offrant de petits fupplémens de
provifions, mais toujours infuffifans.
La confommation journalière de la ville du Port-de-Paix peut être eftimée
à environ 300 livres de boeuf frais, un mouton ou un
800 livres de
cochon, 3 & à peu près
pain; une partie de ce dernier article eft prife par les habitans
voifins de la ville,qui ont leur viande au moyen de boucheries maronnes
où l'on débite deux ou trois jeunes boeufs par femaine.
>
La ville s'offrira encore pour d'autres détails, mais qui intéreffent auffi la
paroiffe entière.
Celle-ci a plufieurs cantons dont les principaux font : la Plaine du Portde-Paix, la Montagne, Réné-de-Bas, la Plate, le
Fond-Ramier > le Hauc
& le Bas Mouftique.
Dans le premicr de ces cantons paffe la rivière dite les Trois-Rivières,
où l'on débite deux ou trois jeunes boeufs par femaine.
>
La ville s'offrira encore pour d'autres détails, mais qui intéreffent auffi la
paroiffe entière.
Celle-ci a plufieurs cantons dont les principaux font : la Plaine du Portde-Paix, la Montagne, Réné-de-Bas, la Plate, le
Fond-Ramier > le Hauc
& le Bas Mouftique.
Dans le premicr de ces cantons paffe la rivière dite les Trois-Rivières, --- Page 736 ---
DESCRIP TIO N DE. LA PAR TIE'
dont j'ai parlé à l'article de Plaifance & à celui du Gros-Morne. Sa largeur
moyenne eft d'environ trente toifes, fa moitdre hauteur de dix-huit pouces >
quelquefcis elle a IO ou 12 pieds d'eau &c fes débordemens font fréquens
& furicux à caufe de fa chôte confidérable. Le 2 Septembre 1772, cette
rivière entraina des bâtimens entiers de plufieurs indigoteries, des hommes,
des animaux, 8zc. Son embouchure à la mer eft à une demi-lieue au Couchant
de la ville, entre la fucrerie Souverbie & celle Brun Larcherie. Ces deux
fucreries &c celle de Mde, Auber font les feules que faffe mouvoir l'eau des
Trois-Rivières, qui y fert auffi pour arrofer. Plufieurs ordonnances de police
ont défendu d'y jetter les vides des indigoteries, parce qu'elles en altèrent
l'eau & lui donnent des qualités tiès-nuifibles.
Le canal de Thabitation Souverbie, qui portait autrefois le nom de l'Afiente 2
eft étonnant par fa longueur, & remarquable par les travaux qu'il a exigé,
quoiqu'il ne foit pas digne du tableau qu'en a fait Raynal La prife d'eau
eft, peut-être, la plus folide qu'on puiffe trouver dans la Colonie. La direction de cette entreprife eft un monument du talent de M. Potier, devenu
depuis arpenteur aux Cayes, & un fujet de regretter qu'on ne l'ait pas employé
plus fouvent.
Quoique le canton de la plaine contienne beaucoup d'habitations propres a
la culture de la canne à fucre, il n'a cependant que fix fucreries, toutes avec
des moulins à eau. J'ai dit que trois employent celle des Trois - Rivières ;
deux autres prennent celle de la rivière de la Caye-l-Vinaigre : ce font les deux
fucreries Lavaud, appelées la Caye & la Pointe-i-Palmifte 5 & la dernière: a
celle Du Roulin, l'eau du ruiffeau du Port-de-Paix, qui trompe fouvent l'efpoir
du cultivateur. Ces fix fucreries donnent deux millions de fucre blanc. Les
cannes qui avoifinent la mer font fouvent attaquées par des infectes &c la
tendance de leur vefou à paffer à la fermentation acide, exige des talens réels
dans les rafineurs.
Ce canton avait autrefois un plus grand nombre de fucreries, mais les difficultés
de l'exportation pendant la guerre en ont fait remettre plufieurs en indigoteries.
Sans cet inconvénient majeur, les bords des Trois-Rivières pourraient avoir
une vingtaine de fucreries, que leurs eaux féconderaient & dont elles feraient
(*) Tor. 6, page 239, édition in-8°, en IQ volumes Neufchatel > 1773.
rafineurs.
Ce canton avait autrefois un plus grand nombre de fucreries, mais les difficultés
de l'exportation pendant la guerre en ont fait remettre plufieurs en indigoteries.
Sans cet inconvénient majeur, les bords des Trois-Rivières pourraient avoir
une vingtaine de fucreries, que leurs eaux féconderaient & dont elles feraient
(*) Tor. 6, page 239, édition in-8°, en IQ volumes Neufchatel > 1773. --- Page 737 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
mouvoir les machines dans l'étendue que cette rivière parcourt, depuis le
Gros-Morne jufqu'au Port-de-Paix.
A une lieue à l'Orient du Port-de-Paix, le ruifeau appelé la rivière de
l'Orterie, dépofe, fur les corps de fon lit, une terre calcaire qui forme des
incruftations très-curieufes. En dix-huit mois ou deux ans des quartiers de
pierre s'y réuniffent en une feule pièce & les corps femblents'y être pétrifiés.
Le canton de la Montagne eft un de ceux de laPartie du Nord le mieux
établi en cafeteries. Son penchant Nord offre un riant & riche afpect, & les
trente cafeteries de ce canton donnent au moins deux millions de café
an. Son argile ocracée, prefque toujours couverte de roches à ravets, par
compofe un fol que des pluies fréquentes rendent propre au cafier. Dans plufieurs
points & même à la furface 3 on trouve des mines de fer d'efpèces différentes,
des pyrites cuivreufes & arfenicales, dans des couches d'une argile grisâtre.
Différentes grottes montrent dans les rochers des ftalaétites &c des flalagmites
mamelonnées. Les fpaths calcaires font entre des bancs de rocs & communs.
Des albâtres ftriés & peu durs, mais d'une éclagante blancheur, frappent auffi
l'obfervateur. Une craie , qui vraifemblablement a fubi l'action du feu& qui
délayée dans l'eau prend la confiftance & prefque la dureté du plâtre,
un ciment, affez impénétrable à l'eau, pour fourair des glacis à café fans addition procure
de fable.
Le Canton de la Plate, compofé de mornes hachés par des ravines profondes,
eft le revers Sud des montagnes du Port-de-Paix & Sud-Oueft de celles du
Petit- Saint-Louis. L'indigo y a remplacé, vers 1777, le cafier qui y avait
parfaitement réuffi depuis 1770, mais dont le prix vénal ne dédommageair
le cultivateur. Les produétions y font femblables à celles du canton de la plus
tagne 5 fon fol eft cependant meilleur, mais les pluies y font moindres mon- & la
chaleur y eft plus forte. Toutes les eaux de ce canton viennent former la rivière
qui porte fon nom & décèle une origine cfpagnole & des mines d'argent,
nioa fortifiée par des échantilions quele père Plumierdit yavoir trouvé
opiCette rivière qui va fe jetter dans les Trois-Rivières, devient
en 1690.
un torrent d'autant plus dangereux pendant les Nords & les orages, > que fon lit eft l'unique
fentier par lequel les habitans vont gagner le grand chemin
mène
de-Paix.
qui
au PortOny trouve les mêmes bois qu'au Haut Mouftique.
René-de-Bas eft compofé d'une portion planc chargée de monticules &
coupée
dit yavoir trouvé
opiCette rivière qui va fe jetter dans les Trois-Rivières, devient
en 1690.
un torrent d'autant plus dangereux pendant les Nords & les orages, > que fon lit eft l'unique
fentier par lequel les habitans vont gagner le grand chemin
mène
de-Paix.
qui
au PortOny trouve les mêmes bois qu'au Haut Mouftique.
René-de-Bas eft compofé d'une portion planc chargée de monticules &
coupée --- Page 738 ---
712 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
par un grand nombre de ravines qui, prefque toujours à fec, font terribles dans
les grands orages. Son fol marneux, profond & très-fertile, produit, malgré
les ravages des féchereffes ( d'autant plus fréquentes que les pluies du Nord
ne gagnent pas ce point), 2 beaucoup d'indigo d'une belle qualité & auquel plufieurs habitans doivent de grands fuccès. Ce canton avair de très-beau bois que
les abattis ont fait réduire en cendres. On regrette que pluficurs terrains épuifés
par l'indigo foient laifiés en friche., tandis que le cotonnier y réuffirait à merveille. Les Trois-Rivières, en traverfant ce canton, feraient fufceptible de donner
des moulins à eau aux fucreries qu'on y formerait. Le grand chemin du GrosMorne au Port-de-Paix y offre auffi un précieux avantage. René-de-Bas Burnit
des bois femblables à ceux du Haut Mouftique.
Le Fond-Ramier, le plus petit canton de cette paroiffe eft entre le canton
du Port-de-Paix & celui du Bas Mouflique. L'indigo qu'il produit abondamment, eft, quoique d'une bonne qualité, le plus pefant du Port-de-Paix, ce
qu'il faut attribuer aux eaux faumâtres où l'on fait macérer la plante. Pour les
befoins de la vie & les ufages domeftiques, les habitans de ce lieu font obligés
d'envoyer chercher l'eau aux Trois-Rivières. Le foly eft compolé d'une couche
profonde de terre marneufe. Ce canton avait autrefois, vers la mer, une grande
baie que les alluvions ont comblée. Plus récemment encore on y voyait une
faline tellement abondante, que M. Durecourt 3 major du Port-de Paix, écrivait en 1728 au miniftre, qu'elle pouvait fournir annuellement quatre mille
barils de fel d'un gros grain &c très-blanc. On l'a laiffée s'anéantir faute d'entretien, tandis que fon produit, réuni à celui des falines de la baie de Mouftique
& du Port-à-lEcu, dont les travaux prefque nuls en ce moment pouvaient
être augmentés, aurait furpaffé les befoins de la Partie du Nord,
Le Bas Mouftique, quoique terminé au Nord par la mer, en eft cependant
féparé par une chaîne de montagnes affez hautes &c qui femble avoir été un
ancien reflif giffant comme la côte aétuelle. C'eft dans cette chaîne que la rivière
de Mouftique a fait une coupure. La plaine qui eft entre la faline du FondRamier & de la rivière du Mouftique, eft mamelonnée par une infinité de
monticules, qui dans leurs pierres,roulées ou galets, montrent bien leur origine toute marine. La rivière de Mouftique qui ne tarit que dans les grandes
féchereffes des mois de Mars & Avril, à des débordemens courts mais fréquens,
Elle en a eu un terrible en 1772; elle s'éleva dans le Haut Mouftique à 30
pieds
entre la faline du FondRamier & de la rivière du Mouftique, eft mamelonnée par une infinité de
monticules, qui dans leurs pierres,roulées ou galets, montrent bien leur origine toute marine. La rivière de Mouftique qui ne tarit que dans les grandes
féchereffes des mois de Mars & Avril, à des débordemens courts mais fréquens,
Elle en a eu un terrible en 1772; elle s'éleva dans le Haut Mouftique à 30
pieds --- Page 739 ---
F RAI NÇAIS E DE SAINT-DOMINGUE
pieds for une largeur moyenne d'au moins 150 pieds; ;. elle creufa beaucoup fon
lit dans les points où elle était refferrée entre des rochers, & dans la plaine elle
inonda plus d'une demi-lieue de terrain avec une hauteur depuis 9 jufqu'à
pieds. Et cependant cet immenfe volume d'eau que les cataractes versè- I5
rent fur la Colonie alors 3 n'eft pas à comparer aux pluies qui contraignaient,
ilya4o ans, à abandonner la culture de l'indigo dans ce canton, & à celles
qui ont dà produire les ravines qui y font voir le roc vif à d'immenfes
fondeurs.
proTous le Bas Mouftique eft un ancien baffin de la mer que des alluvions ont
comblé. Des fouilles de 60 pieds faites en 1776, ont toujours montré la même
terre. La qualité en eft marneufe, & avec des pluies fufifantes elle
le
difputer, de fertilité, à toutes celles de la Colonie; ; c'eft une de celles peut
produit le meilleur indigo. Sa nature extrémement ameublie 8c donnant qui
à des courans fouterrains, y rend les fources fort rares. Il en réfulte paffage
les plantes pivotantes y réuffiffent bien; tandis que celles à racines horifontalee que toutes
y périffent pendant les féchereffes qui défolent fouvent ce canton. Le Bas Mouf
tique n'a que des arbres rabougris 3 cependant fes gorges ont de beaux bois à
veines & à nuances magnifiques & produifent des gayacs de la plus grande
beauté; toutes les efpèces d'Opuntia ou Nopal y croiffent fpontanément. Celui
appellé patte de tortue & un cardaffe, y acquiérent les dimenfions des arbres.
Le canton du Bas Mouftique eft traverfé de l'Ef à l'Oueft par le chemin
du Port-de-Paix au Môle.
royal
Enfin le canton du Haut Mouftique eft féparé de celui du Bas Mouftique
par une chaîne de montagnes d'une hauteur médiocre, & qui peut-être bordaient la côte autrefois. De là le terrain va en amphithéâtre
jufqu'aux montagnes qui féparent CC canton de la paroiffe du Port-à-Piment. J'ai déjà dit
çombien il offrait, dans fes ravines, de preuves du mouvement des eaux les
rochers y font calcaires. Lc fol qui eft excellent en beaucoup d'endroits, ;
que aride dans d'autres, eft formé d'une terre végétale noire
quoicouche
de
portée par une
profonde marne, où les proportions de l'argile & de la terre calcaire
varient & où les féchereffes ne font pas deftruétives. Ily a auffi des points où le
fond eft du grès verdâtre parfemé de pyrites ferrugineufes. L'indigo réuffit dans
ce canton, il eft bleu flottant, mais il rend peu & les pluies de Nord qui le
font périr excitent à lui préférer le cafier qu'on y avait mis par pure curiofité il
Tome I.
X) XXX
la terre calcaire
varient & où les féchereffes ne font pas deftruétives. Ily a auffi des points où le
fond eft du grès verdâtre parfemé de pyrites ferrugineufes. L'indigo réuffit dans
ce canton, il eft bleu flottant, mais il rend peu & les pluies de Nord qui le
font périr excitent à lui préférer le cafier qu'on y avait mis par pure curiofité il
Tome I.
X) XXX --- Page 740 ---
714 DESCRIPTION DE LA PARTIE
y a environ 45 ans. On y compte déjà plus de 30 cafeteries qui donnent un
grain qu'on regarde comme fupérieur à celui de toutes les Antilles, & qui
femble être un rival de celui de Moka, En 1784, M. Bonfeigneur, habitant des
h auteurs de ce canton > a récolté 90 milliers de ce café avec 25 nègres feulement. Il femble que le ciel ait voulu; 3 par cette abondance, encourager le père
de feize enfans vivans.
Le canton vient auffi d'acquérir un grand avantage par le beau chemin de
voiture que fes habitans ont fait ily a cinq ans 3 pour gagner l'embarcadère du
Port-de-Paix ou celui de la baie de Mouftique. On peut dans certains points.
cultiver utilement le cotonnier, &c de belles cannes à fucre difent qu'il en
eft d'autres où linduftrie pourrait former des fucreries. Tout promet que ce
canton > naguères très-ignoré, offrira de riches produétions au commerce.
Le haut Mouftique eft encore tout couvert de bois, & prefque toutes les
efpèces que lile produit s'y trouvent, furtout ceux appelés incorruptibles, tels
gue les trois efpèces de bois chandelle, où l'on peut trouver les propriétés du
fantal, le brefillet, le bois-marbré, le gratte-galle, le bois à petites feuilles,
le bois de favane franc, le bois de rofe, le bois canelle, le gri-gri de montagne, le railinier & le fapotillier des mornes,le bois de fer, le tendre-àcailloux, le cypre, qui eft le cèdre des Bermudes, comme le ditait le père
Plumier dès 1690; des pins propres à la mâture, furtout dans la chaiue qui eft
commune au Port-à-Piment, où le père Plumier en vit de 80 pieds de baut
& de plus de deux pieds de diamètre, & recueillit une demi-livre de réfine
claire comme de la thérébenthine une demi-heure après avoir entaillé deux ou
trois de ces pins à coups de hache. Il ajoutait même qu'on s'en fervait à la.
paroiffe du Port-de-Paix en guife d'encens. Les acajous mouchetés &c ondés, le
morus tinéloria, fi recherché à caufe de fa belle teinture jaune, s'y rencontrent
prefque par-tout 3 on y voit le bois pelé ou tavernon,. le bois marie, l'ébène 3
le palmifte franc, à vin & à chapelets, plufieurs fortes de Jataniers, dont un
très-grand paffe pour être le talipot des Indes Orientales., & a. des feuilles dont:
on couvre les maifons du Haut Mouftique..
Là font auffi des pierres calcaires de toute efpèce,. des fpaths calcaires, &c
même celui appelé Crifal d'Ifande: Il y a des mines de fer noirâtre attirables à
l'aiman, & d'autres; des mines. de cuivre, du zinc,. des bancs de pyrites.
martiales 8z cuivreuies, de grands blocs de filex dans des Jits de marne,. des
. des feuilles dont:
on couvre les maifons du Haut Mouftique..
Là font auffi des pierres calcaires de toute efpèce,. des fpaths calcaires, &c
même celui appelé Crifal d'Ifande: Il y a des mines de fer noirâtre attirables à
l'aiman, & d'autres; des mines. de cuivre, du zinc,. des bancs de pyrites.
martiales 8z cuivreuies, de grands blocs de filex dans des Jits de marne,. des --- Page 741 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
géodes tapiffées intérieurement de criflaux, de quartz ou de criftal de roche,
blancs, noirs, rougrâtres. Dans d'autres points, font des blocs de grès parfemés
de marcaflfites.
Au pied des montagnes qui féparent le Haut & le Bas Mouftique, eft
l'endroit que les premiers habitans ont nommé la Cuivrière, à caufe d'une fource,
trés-fétide à la furface de laquelle eft une crême gorge-de-pigeon. M. Gauché
prenant l'ancien chemin du Haut Mouftique au Fond-Ramier, s'y eft rendu le
24 Juillet 1785. La fource fort d'un rocher calcaire par une fente, auprès
d'une ravine très-creufe, > qui là a creufé dans le roc un baffin de dix pieds de
profondeur & de diamètre, d'où elle tombe dans les tems pluvieux d'environ
20 pieds de hauteur.
L'eau de la fource, froide, limpide & fans couleur au fortir du rocher,
répand dans l'atmofphère voifine une forte odeur de foie de foufre
&x des exhalaifons fuffocantes à l'approche des
décompofé,
pluies ou des orages. Arrivée au
baflfin de la ravine, 9 l'eau paraît blanche, bleuâtre & même favoneufe.
M. Gauché pente que la qualité fulfureufe de cette eau minérale eft due à
une mine de charbon de terre où cette eau paffe; elle fert à manufafturer
de l'habitation Tardif, fur lequel elle ne paraît point agir, quoiqu'elle l'indigo femble
rendre très-variable la durée de la macération de l'anil. Les nègres de lhabitation
ne boivent que de cette eau > qui perd toute fon odeur en s'éloignant de la fource.
Ils y font exempts de maladies cutanées, & l'on y trouve des vieillards qui
femblent faire l'éloge de fon ufage.
M. Gauché a découvert, dans le même mois de Juillet 1785, une mine de
cuivre à l'entrée du canton du Haut Mouftique, au Nord-Oueft des
qui font confidérées comme ayant fait la côte autrefois. Ce naturalifte montagnes
qu'elle était de la nature de celles qui donnent de à livres
a jugé
de mine.
70 72
par quintal
Suivant des obfervations métérologiques faites fur l'habitation Souverbie
touche la ville du Port-de-Paix, depuis 1775 jufqu'en 1785, le thermomètre qui
de Réaumur n'eft monté que deux fois à 28 degrés (le 15, Juin 1775 &c le
Octobre 1776), &c n'a pas defcendu au-deffous de 14 degrés au-deffus de 25
Celles faites fur l'habitation de M. Gauché, à l'entrée inférieure du glace.
Haut Mouftique > donnent pour température
canton du
heures du
moyenne entre 15 &c 20 degrés à 6.
matin, entre 22 & 26 à midi (il n'a monté que trois fois à 26 4),
Xxxx2
Octobre 1776), &c n'a pas defcendu au-deffous de 14 degrés au-deffus de 25
Celles faites fur l'habitation de M. Gauché, à l'entrée inférieure du glace.
Haut Mouftique > donnent pour température
canton du
heures du
moyenne entre 15 &c 20 degrés à 6.
matin, entre 22 & 26 à midi (il n'a monté que trois fois à 26 4),
Xxxx2 --- Page 742 ---
716 DESCRIPTION DE LA P AR T I E
excepté en Mars & Avril, que le thermorètre marque quelquefois 13 degiés
le matin &c 19A midi.
Les pluies d'orage tombe nt ordinal.e ement eutre midi &c deux heures. Il en
vient autant de lOueft que de PE, mais peu du Su., Les p'uies furent
exceffives au mois de Mai & de Juin 1689.
La pofition du Haut Mouflique entre la mer qui borde la côte de la Partie
du Nord de la Colonie & celle qui termine la Partie de l'Oueft, &c à une
diftance à-peu-près égale de chacune qu'on peur évaluer à fx lieues, eft raufe
qu'on y éprouvét te.-fréquemment des tourbiilons de vent. La brife du large
qui vient de PER & qui fe fait fentir tous les matins vers onze heures ou
midi, finiffant par être dominée par la brile d'Oueft à-peu-près la moitié des
jours de l'année, au moment où leur aétion devient a-peu-près égale, les
corps
légers qu'ils agitent pirouettent.
La paroiffe fouffrit, le 15 Août 1784,un petir coup de vent qui renverfa
prefque tous les bananiers.
Outre le tremblement de terre du 3 Juin 1770, dont j'ai parlé à l'arcicle
de l'églife, on en reffentit une fecouffe très-fenfible le 31 Janvier 1784 à midi
40 minutes ; elle a duré deux fecondes & était dans la direétion de lOueft à
P'EA. On a éprouvé un autre tremblement de terre aflez violent le 2 Décembre
1787 à 7 heures 28 minutes du foir. Le 5 Janvier 1788 à midi & un quart,
il en fit une fecouffe affez violente pour caffrd: la vaiffelle.
La température de la paroiffe eft très-propre aux vivres & aux fruits du pays,
qui réufffent furtout dans les terrains marneux. Les légumes y font beaux,
& tout le monde connait les énormes & excellens artichaux du Port-de-Paix,
dont trois ne font payés que dix fous de France. Le mufcat y a auffi une
grande renommée, & l'on regretre que les guépes en foient auffi friandes. Il
a bien long-tems que le raifin & le mufcat ont été heureufement naturalifés y
au Port-de-Paix, puique M. Ducaffe vantait, dans une lettre du 4 Avril
1694, celui dont il faifait trois récoltes en treize mois dans Jon beau jardir. Il
avait récolé aufli au mois de Févrierdu froment que M. Boyer lui avait apporté
de la Partie Eipagnole, & qu'il avait femé au mois d'Oétobre précédent. Il
ne pouvait tarir fur l'éloge des pois veits, des excellents melons & des
Le père Plumier dit aufi avoir vu en 16g0 au Port-de-Paix, dans alperges. le
des Capucins, de beaux nûriers dont ii a même mangé du fruit,
jardin
avait récolé aufli au mois de Févrierdu froment que M. Boyer lui avait apporté
de la Partie Eipagnole, & qu'il avait femé au mois d'Oétobre précédent. Il
ne pouvait tarir fur l'éloge des pois veits, des excellents melons & des
Le père Plumier dit aufi avoir vu en 16g0 au Port-de-Paix, dans alperges. le
des Capucins, de beaux nûriers dont ii a même mangé du fruit,
jardin --- Page 743 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 717
Le climat y eft très-favorable à la fanté (la ville exceptée), & dans les
parties élevées on refpire un air fain qui eft cependant humide dans le canton
de la Montagne, &c tuujours fec & vifa au Mouftique. Les femmes y font extrêmement fécondes, & l'on y voit des familles de 1O, I2 &c 15 enfans, ce qui
ferait un phénomène dans d'autres lieux de la Colonie. Des centenaires de toutes
les couleurs parlent aufli en faveur de cette paroiffe.
Les animaux domeftiques font nombreux. Les forêts ont des cochons
& la pintade, le ramier, les tourterelies, le gibier aquatique les crabiers marons, D
les frégates, les paille-en-cu, les perroquets, les merles, les bouts-de-tabac, >
les charpentiers, des oifeaux de proie, des roffignols, des colibris > des bouvreuils , des oifcaux-mouches > des évèques, des pivoinets > &c. &c., peuplent
ces forêts & y vivent dans l'union ou dans l'état de guerre, felon linftinét qu'ils
ont reçu de la nature pour remplir une deftination qui échappe à notre faible
intelligence.
A cette incomplette nomenclature du règne animal, on peut ajouter des
couleuvres & des lézards de plufieurs efpèces, & les infeétes venimeux
que
j'ai nommés à l'article du Dondon.
Les Trois Rivières ont aufli en abondance les poiffons que j'ai cités au
même endroit. Mais c'eit la côte de cette paroiffe qui en procure beaucoup.
Cette côte commence à la rivièrede la Caye, où finitla côté de la paroiffe du
Petit-Saint-Louis. A un quart de lieue de l'embouchure de cette rivière eft la
ravine Séche, où eft la fucrerie Lavaux, & à 675 toifes plus loin la pointe à
Palmifte, dont la feconde fucrerie Lavaud porte le nom.
Iy a1,780 toifes de la pointe à Palmifte à la Grande-Pointe, où eft un
efter. Entr'elles deux eft la pointe des Martiniquais, le trou Carangue, l'anfe
à Bodin & la pointe de la Table. Après avoir doublé cette dernière & à
environ 700 toifes avant d'arriver à la Grande-Pointe 3 eit un étang qui fe
comble, &x l'anfe qui fe trouve entre lui & la Grande-Pointe eft propre à un
carénage & en a même le nom. Une batterie le protégerait en croifant fes
feux avec ccux du fort de la pointe des Pères capucins, qui n'eft qu'à 510 toifes.
Ce fortin ou plutôt la batterie qui porté ce nom, que la pointe a ellemême, parce qu'elle faifait partie du terrain originairement concédé à la miffion
des capucins, ayant alors fon principal établiffement au Port-de-Paix, a été
commencé en 1756; par les ordres de M. de Vaudreuil, fur les plans &
L
croifant fes
feux avec ccux du fort de la pointe des Pères capucins, qui n'eft qu'à 510 toifes.
Ce fortin ou plutôt la batterie qui porté ce nom, que la pointe a ellemême, parce qu'elle faifait partie du terrain originairement concédé à la miffion
des capucins, ayant alors fon principal établiffement au Port-de-Paix, a été
commencé en 1756; par les ordres de M. de Vaudreuil, fur les plans &
L --- Page 744 ---
713 DESCRIPTION DE LA PARTIE
la direétion de M. de Villers, ingénieur. Elle avait été projettée par M. de
Larnage en 1742, ainfi que tous les changemens 8 les embelliffemens qu'on
a faits depuis cette époque jufqu'à préfent dans la ville du Port-de-Paix. Ce
fortin qui eft au point oû l'on avait mis en 1747 la batterie de la Marine
dont je parle un peu plus loin, eft à la chûte d'un mornet, & les hommes
du métier affurent que ce n'eft pas un chef-d'ceuvre de l'art. Ses 22 pièces
de canon protègent la rade du Port-de-Paix; il a environ 24 pieds d'élévation.
Du fort de la pointe des Pères, appelé aufi le Petit-Fort, jufqu'à la
pointe du Grand-Fort, il y a 530 toifes. C'eft la mefure de l'ouverture de
la baie du Port-de-Paix qui a 250 toifes d'enfoncement, & à laquelle cette
faible dimenfion ne permet guères de donner le nom de port. Ce mouillage
eft battu en plein par les vents de Nord, contre lefquels on ne peut tenir
durant environ fix mois de l'année. Il l'eft auffi des vents d'Oueft & de
Nord-Queft qui y excitent des raz de marée & affez fouvent, pour que les
bâtimens chaffent fur leurs ancres. D'ailleurs on peut y entrer la nuit; mais
anfli ces inconvéniens empéchentquilne puiffe fervir de point d'appui à l'ennemi.
Le Grand-Fort ruiné en 1695 par les ennemis, qui n'y avaient laiffé que
la batterie baile du Nord-Eft, refta avec cette feule batterie (où l'on avait
9 pièces de canon en 1727) jufqu'en 1757. A cette dernière époque le fort
a été réparé mais dans des dimenfions plus petites. Son tracé originaire, fait
fous M. de Cully 3 était une fortification à la romaine , à laquelle trois petites tours
donnaient un alpect antique. La vieille enceinte a été coupée en deux par
la nouvelle. Ce fort eft fur un plateau de 120 toifes de large Sud-Eft & NordOueft, de 160 toifes de long Eft & Oueft, & de 45 pieds au - deffus du
niveau de la mer. Le fommet du plateau forme une efpèce de cavalier. Ce
trapézoide, 3 dans l'etendue duqueliln'y a point d'eau, a, dans fa partie Orientale
donnant fur le mouillage, 32 pièces de canon. Les reffifs le défendent aui
Nord du côté de la mer, & la lame bat fur fon efcarpement, qui eft plus
à pic vers la terre.
Le Grand & le Petit fort, dont les feux fe croifent, &c qui ont été réparés en 1771, à caufe des dégradations que le tremblement de terre de l'année
précédenteya avait caufées, dominent les extrémités de la ville. Leur communication avec elle eft affurée par des ponts établis depuis 1757 auffi, pour
aui
Nord du côté de la mer, & la lame bat fur fon efcarpement, qui eft plus
à pic vers la terre.
Le Grand & le Petit fort, dont les feux fe croifent, &c qui ont été réparés en 1771, à caufe des dégradations que le tremblement de terre de l'année
précédenteya avait caufées, dominent les extrémités de la ville. Leur communication avec elle eft affurée par des ponts établis depuis 1757 auffi, pour --- Page 745 ---
FRANÇAISE D E SAIN T-DO MINGUE. 719
n'avoir pas à redouter les inondations de la rivière du Port-de-Paix & du
lagon de l'Oueft.
Le Grand fort eft dominé par le morne des Pères, qu'il a à TEt, par celui
des Anglais quieft vers le Sud & par le morne Saint-Ouen qui eft dans
FOueft. L'attaque de 1695 en a donné des preuves fans réplique, & l'on
voit encore dans fa muraille des boulets à 18 pouces de profondeur, qui
Phonorent;, pour me fervir de l'expreflion d'un ancien gouverneur - général.
Cependant les côtes oppofées aux mornes des Anglais & Saint- Ouen font plus
élevés que ceux de P'Eft & du Nord, & il eft même à remarquer que les
boulets venus de la batterie du morne Saint-Ouen, ont une direétion prefque
horifontale.
L'obfervation de l'incruftation des boulets donne l'occafion de dire que Ia roche
de mer de tous ces parages eft propre à la maçonnerie.
C'eft vers l'angle Sud-Oueft du Grand fort & dans. le voifinage du point oir
étaient les bâtimens de la Compagnie de l'Affienre, qu'on a transféré le cimetière
des nègres, qui était autrefois al'extrémité Nord-Eft de la ville.
A 160 toifes de la pointe du Grand fort, eft la pointe Et du petit Port-dePaix, qui, avec celle qui elt à IIO toifes dans l'Oueft, forme la petite anfe du
même nom, de 80 toifes de profondeur; les bateaux peuvent y mouiller &c
les canons du fort défendent ce point. C'eft dans la partie Occidentale de cette
anfe qu'e(t le morne Saint-Ouen, le long duquel règne un fond de roches 8e
qui eft à 300 toifes de la petite embouchure de la rivière des Trois-1 Rivières, car
fon embouchure principale eft à 160 toifes plus loin, ce qui fait environ 1,200
toifes à partir de la calle qui eft fur le quai de la ville.
A un bon quart de lieue de l'embouchure des Trois-Rivières, eft la pointe
de la Baleine, 3 qui elle-même eft à 835 toifes de la rivière Salée, dénomination
que nous retrouverons encore plus d'une fois. Cette dernière diftance forme l'anfe
de la rivière Salée où les boucaniers & les flibultiers venaient prendre du fel, à
la faline que. j'ai citée, lorfque la. Colonie était à la Tortue 5 elle a 330 toHes de:
profondeur & les huîtres de mangles y font en abondance.
La pointe de la Vigie eft 230. toifes plus loin 5 après vient la pointe du Fourneau, puis celle. de la baie de Mouftique à une lieue de la précédenté, avecune:
côte de fer.
La baie de Mouftique a 455 toifes d'ouverture furautant de profondeur. Toute:
citée, lorfque la. Colonie était à la Tortue 5 elle a 330 toHes de:
profondeur & les huîtres de mangles y font en abondance.
La pointe de la Vigie eft 230. toifes plus loin 5 après vient la pointe du Fourneau, puis celle. de la baie de Mouftique à une lieue de la précédenté, avecune:
côte de fer.
La baie de Mouftique a 455 toifes d'ouverture furautant de profondeur. Toute: --- Page 746 ---
720 DESCRIPTIO N DJ E LA PARTIE
fa côte eft affez abordable & la tenue eft bonne; mais une groffe mer y tourmente
beaucoup & l'on y eft fort expofé dans les Nords. Cette baie par fa fituation
entre le Môle Saint-Nicolas &le Cap, fert fouvent de refuge aux caboteurs durant
la guerre > & quoique petite elle pourrait au befoin donner afile à un vaiffeau. Ce
point, qu'une batterie protège, ferait un embarcadère commode pour les cantons
du haut & du bas Mouftique, & l'inconvénient de voir la rivière qui s'y jette
tarir prefque tous les ans aux mois de Mars 8c d'Avril, n'eft peut-être pas fans
remède, par rapport à l'eau qui ferait néceffaire à la petite bourgade qui s'y
formerait. On y trouve beaucoup de tortues.
C'eft à la rivière de Mouftique, qui tombe dans cette baie, que fe termine la
côte de la paroiffe du Port-de-Paix & que commence celle de la parciffe de
Jean-Rabel. Depuis l'embouchure de la rivière de la Caye, jufqu'a la ville du
Port-de-Paix, les montagnes s'éloignent de la côte & laiffent une portion intermédiaire affez praticable, Depuis le Port-de-Paix, jufqu'à l'extrémité Ouett de
la paroiffe, toute la côte eft prefque de fer & abfolument inabordable, excepté
dans les points que: j'ai indiqués.
Toute cette côte eft poiffonneufe. Le canal que forme avec elle lIlle la Fortue
procure une multitude d'efpèces de poiffons, & le marché du Port-de-Paix offre
continuellement le tafard, le brochet, la carangue, le vivanneau, la bécune,
le rouget, le coffre, le perroquet, la lune > le haut-dos,. le chirurgien;
fois des thons & des bonites.
quelqueDes habitations qui voyentle canal de la Tortue , on a quelquefois le fpeétacle
du combat de l'efpadon & du foufleur que l'on prétend annoncer quelque tempête. On y a péché des lamantins pefant plus d'un millier &en 1774, près de
l'embouchure des Trois-Rivières, un pantoufier ou marteau qui pefait plus de
1,500 livres s'échoua lui-mème, en s'élançant fur les nègres pêcheurs. Le
ou
pifquet
tri-tris dontj'ai déjà parlé à l'article du Petit-Saint-Louis, s'offre auffi dans
les Trois-Rivières, durant le dernier quartier de la lune, depuis le mois d'Août
jufqu'à celui de Novembre. Il remonte rapidement cette rivière jufqu'au GrosMorne, où il arrive ayant déjà triplé en groffeur. La matière vifqueule dont il
eft couvert, le fait adhérer aux corps qu'il rencontre,. &il eft englouti par milliers
dans un feul repas > parce qu'il forme un mets très - délicat, quoiqu'un peu
indigefte.
La conchyliologie trouve auffi des richeffes fur cette côte, Des nautilles papiracées
de Novembre. Il remonte rapidement cette rivière jufqu'au GrosMorne, où il arrive ayant déjà triplé en groffeur. La matière vifqueule dont il
eft couvert, le fait adhérer aux corps qu'il rencontre,. &il eft englouti par milliers
dans un feul repas > parce qu'il forme un mets très - délicat, quoiqu'un peu
indigefte.
La conchyliologie trouve auffi des richeffes fur cette côte, Des nautilles papiracées --- Page 747 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
racées d'une grandeur étonnante, de nombreux
72t
ques, les fabots, les burgos, les
limaçons, les lambis, les cafla mufique, le
palourdes, les ourfins, les murex, les
ducal, &cc. 8cc. 3 peuvent y offrir des reffources aux
vis,
cette claffe de beautés naturelles.
curieux de
De la pointe de la Caye 3 Ia côte s'élève dans le Nord jufqu'à la Grande
& même la pointe de la Table, plus communément
pointe $
nage, eft le point le plus Nord de la côte de la Partie appellée la pointe du CareDomingue. Sa latitude obfervée par M. de
Françaife de Pile Saint1784, eft de 19 degrés, 56 minutes, & fa longitude Chafenet-Puyfegur, de
le 7 Juillet
15 fecondes, ce qui place ce lieu à
75 degrés, 12 minutes. 3
33 minutes, > 5o fecondes ou environ
à l'Oueft du Cap.
15 lieues
De la Grande pointe la côte va vers le Sud-Oueftjufqu'a la ville du
Paix, d'où elle prend le Nord-Eft jufqu'à la pointe de la Baleine, Port-deregagne le Sud - Oueft aflez
où elle
Mouftique foit de trois minutes rapidement, 3 pour que la pointe Et de la baie de
au moins plusMéridionale que celle du
La vue des terres de la paroiffe a un afpeét affez marquant, & Carenage.
de P'Et avec l'intention d'entrer dans le Port-de-Paix, l'anfe lorfqu'on vient
développant fucceffivement, le fite des
où il fe trouve fe
& les arbres du
font
montagnes quile dominent, les deux forts
quai ne pas privés d'effet.
La vue perfpeétive & le plan géométrique de Ja ville du
l'Atlas ) fuffifent pour faire prendre une idée exaéte de cette Port-de-Paix (Voyez
ancienne
qui ne peut plus être comparée à plufieurs autres établiffemens
capitale
de la
Déformais ce n'eft plus qu'un afile pour des bâtimens
Colonie,
qui viennent s'y charger. On y dépofe les objets
pourfuivis ou pour ceux
dont ce lieu eft l'entrepôt.
d'importation ou d'exportation
Le Port-de-Paix était autrefois le chef-lieu de Pun des deux
compofaient alors à eux feuls toute la Partie du Nord de la Quartiers qui
comme on la vu, ce quartier
Colonie, &
s'étendait, en 1685, depuis le Môle
Port-Français, c'eft-à-dire y jufqu'aux portes du Cap. Il avait même jufqu'au
encore plus loin dans P'Oueft par le fait, & jufqu'à y fàire
été porté
mais on le dépouilla fucceffivement des
entrer les Gonaives 5
Cap. jufqu'au Port-Margot, &z
paroiffes qu'on créa au Couchant du
qu'on: crut fi naturel de regarder comme
dépendances' du Cap, qu'on ne fe rappella même
le
des
quelque droit. Une ordonnance des..
pas que Port-de-Paix y avait
Adminifratcurs, du 20
Tom. I.
Juillet 1718, retira
Yyyy
is on le dépouilla fucceffivement des
entrer les Gonaives 5
Cap. jufqu'au Port-Margot, &z
paroiffes qu'on créa au Couchant du
qu'on: crut fi naturel de regarder comme
dépendances' du Cap, qu'on ne fe rappella même
le
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quelque droit. Une ordonnance des..
pas que Port-de-Paix y avait
Adminifratcurs, du 20
Tom. I.
Juillet 1718, retira
Yyyy --- Page 748 ---
722 DESCRIPTIO N DE L A PARTIE
les Gonaives du commandement, de la Sénéchauffée & de la paroife du Port-dePaix. Le 16 Juin & le 26 Oétobre 1746, la même chofe eut lieu par rapport à
la paroiffe de Plaifance, & enfin le 21 Juin 1774, le. Borgne en a encore été
déraché. Le QJirrier du Port-de-Paix fe trouve réellement réduit, en ce moment aux trois paroiffes du Gros-Morne, du Petit-Saint-Louis & du Port-dePaix.
Cependant la Sénéchauffée a un territoire plus érendu, puifqu'elle comprend
en cutre les quatre paroiffes de Jean-Rabel, du Môle, de Bombarde & du
Port à Piment, de manière qu'elle s'étend en même-tems fur des points de la
Partie du Nord & de la Partie de POuett. Elle eft compolée comme celle du
Cap & a la même compérence qu'elle. Chaque paroiffe a un fubftitut de fon
procureur du roi chargé de la police. Elle compte huit procureurs & autant
de notaires. L'Amirauté, compofée auffi comme celle du Cap, a pour officiers
ceux de la Sénéchauffee. Les pièces de cette dernière ont été abfolument détruites en 1695La ville du Port-de-Paix, après avoir eu le gouverneur de la Colonie pour
chef, & en même-tems un lieutenant de roi & un major, n'a plus eu que
ces deux derniers depuis 1695 jufque vers 1727 qu'on y ajouta un aide-major.
En 1735 on ceffà d'y avoir un lieutenant de roi, puis en 1740 on rétablit le
lieutenant de roi & l'on retira le marjor que l'ordonnance du roi du 23 Juillet
1759 fupprima réellement. Puis l'ordonnance de 1763 révoqua les Etats-majors,
& celle du 15 Mars 1769, rendit un major au Port-de-Paix qui eut de plus 3
un raoment, un aide-major en 1770. Mais enfin depuis 1771 que cet aide-major
eft devenu major, le Port-de-Paix n'a eu qu'un officier de ce grade, & c'eft
ce que lui alloue encore l'ordonnance du roi du 20 Décembre 1783. Ce major
(qui loge dansune maifon particulière ), rend compte au commandant particulier
du Cap.
Il y auffi toujours dans cette ville un officier d'adminiftration chargé des différens détails du port, des magafins, des troupes, &c. ; car le Port-de-Paix a
une garnifon durant la guerre & un dérachement d'artillerie pour la garde des
forts. On y a un capitaine de port. Jufqu'en 1732 on envoyait les foldats malades à Thôpital du Caps on les met à préfent dans un logement qu'oa choifit à
cet effet, & c'eft un femblable choix qui procure des cazernes à la garnifon.
La maréchaufTée établie au Port-de-Paix, le IO Mai 1770, eft actuellement
on durant la guerre & un dérachement d'artillerie pour la garde des
forts. On y a un capitaine de port. Jufqu'en 1732 on envoyait les foldats malades à Thôpital du Caps on les met à préfent dans un logement qu'oa choifit à
cet effet, & c'eft un femblable choix qui procure des cazernes à la garnifon.
La maréchaufTée établie au Port-de-Paix, le IO Mai 1770, eft actuellement --- Page 749 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 723
compofé: d'un prévôt, d'un exempt, d'un brigadier & de fept archers. Celle
du Gros-Morne obéit à ce prévôt. On a trouvé cette ville fufceptible d'avoir
une troupe de police créée par l'ordonnance du 17 Juin 1788, 8c formée d'un.
exempt, un brigadier & trois archers-fergens. 3 elle fait le fervice auprés de
la Sénéchauffé comme celle du Cap.
En 1681, la dépendance du Port-de-Paix avait 440 blancs, dont 200 portant armes, II mulâtres ou indiens, &c 357 nègres. En 1688, Oil y comptait
82 hommes de milices. En 1692 elle pouvait armer 230 hommes ; en 1697 on
n'y comptait que 361 nègres. En 1705 elle eut un régiment de milices de fon
nom. En 1714 fes nègres taxables étaient au nombre de 695, & en 1723, elle
en avait 1800 de tout âge & de tout fexe, & fa milice était réduite à 130
hommes.
A préfent la feule paroiffe du Port-de-Paix a 450 blancs, 130 affranchis &
8,972 efclaves. Dans ce total la ville eft pour 336 blancs, 70 affranchis & 527
efclaves.
Sa milice eft de 195 blancs & de 130 affranchis. Au fiège du fort du Portde-Paix, en 1695 7 les nègres qui y étaient renfermés étaient commandés par
Pun deux appellé Scipion.
Outre les fx fucreries dont j'ai parlé, cette. paroiffe a 82 cafeteries qui donnent
pour taux annuel moyen, 3 trois millions fix cens milliers d'un café très-efimé;
71 indigoteries ; quelques points plantés de cotonniers ; quelques ha:tes ; des
places à vivres ou à graine d'indigo. En 1728 la paroiffe n'avait que 61 manufaétures, dont 4 en fucreries.
D'Ogeron y avait fait planter des cacaoyers en 1666; mais il ne paraît pas
qu'ilsy ayent profpéré.
Encore en 1703 >. il n'y avait point de chemin du Port-de-Paix au Cap; ni
vers Léogane. Le 30 Juillet 1709, une ordonnance des Adminiftrateurs établit
un poftillon qui portait les lettres de ce quartier à l'Arribonite 8z y. reprenait
celles qu'y laiffait le courier établi entre le Cap & Léogane. En 1727 ils avaient
ordonné qu'un courrier irait du Cap au Port-de-Paix & que les lettres de ce.
dernier lieu feraient prifes au premier pour Léogane 3 mais les négocians
demandèrent qu'on préférât, comme en 1709, le courrier particulier allant à
l'Artibonite. Encore en 1735, les barques fervaient autant que les courriers à la
communication épiftolaire entre le Cap & le Port-au-Prince puifqu'une ordonYyyy2
avaient
ordonné qu'un courrier irait du Cap au Port-de-Paix & que les lettres de ce.
dernier lieu feraient prifes au premier pour Léogane 3 mais les négocians
demandèrent qu'on préférât, comme en 1709, le courrier particulier allant à
l'Artibonite. Encore en 1735, les barques fervaient autant que les courriers à la
communication épiftolaire entre le Cap & le Port-au-Prince puifqu'une ordonYyyy2 --- Page 750 ---
724 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
nance du mois d'Oétobre affujettic les maitres de ces barques à remettre les lectres
aux bureaux des poftes des deux villes, afin que leur taxe aide à
le
courrier.
payer
Maintenant le Port-de-Paix a trois chemins de voitures. L'un qui conduic
jufqu'au point oà le chemin du Môle trouve le commencement de la prefqu'ile.
Unqui vajufqu'à la limite Orientale du Petit-Saint-Louis 8c un troifième qui va
aux Gonaives & par conféquent au Cap & au Port-au-Prince, en paflant par le
Gros-Morne. Ces chemins viennent aboutir fur la place Louis XVI.
Le débouché des denrées du Port-de- Paix &, par conféquent, fon lieu
d'approvifionement, eft le Caps car fon port ne reçoit d'ordinaire que trois
bâtimens de Bordeaux & du Havre par an; un ou deux autres viennent
y
apporterfou y prendre du fret. Les tran/ports font faits par des barques paffagères
à bord defquelles on peut faire charger par des acons. Il y a fix paffagers à la ville
du Port-de-Paix.
Depuis le 28 Janvier 1777: > les patrons de ces paffagers font affujettis à
juftifier, par des certificats des receveurs de l'oétroi, de la quantité de denrées
qu'ils ont chargées & du déchargement qu'ils en font au Cap.
Le zèle & le courage qu'ont toujours montré les habitans de la dépendance du
Port-de-Paix à fe défendre contre les ennemis, 2 exige que j'en rappele ici une
preuve.
Les deux frégates l'Atalante& la Syrène, commandées par MM. Duchaffault
& de Guichen, étant forties du Caple 14 Juin 1747, pour aller au Petit-Goave,
elles furent chafféss &c forcées d'entrer au Port-de-Paix le I5. Le 16 au matin
l'on vit parairre quatre vaiffeaux de guerre anglais dont un de 80 canons, & deux
frégates. Les deux frégates françaifes s'emboférent tout à terre, & M. Durecourt lieutenant de roi au Port-de-Paix, fit à la pointe des Peres une batterie de
fix canons de 12 que lui donna M. Duchaffault & qui fut en état de tirer à
heures de l'ap:ès-midi, fur les trois premiers vaiffeaux. M. le Roy, enfeigne de 4
vaiftau, commandait cette batterie qui a porté dix ans le nom de batterie de
la Marine.
Le 17 au matin tous les vaiffeaux anglais vinrent canonner & la batterie & les
frégates qui leur ripoftèrent, ainfi que lunique batterie qui exiftât alors au Grand
fort & le foir du même jour ils difparurent.
Pendant ces 43 heures, la compagnic des dragons-milices du Petit-Saint-
les trois premiers vaiffeaux. M. le Roy, enfeigne de 4
vaiftau, commandait cette batterie qui a porté dix ans le nom de batterie de
la Marine.
Le 17 au matin tous les vaiffeaux anglais vinrent canonner & la batterie & les
frégates qui leur ripoftèrent, ainfi que lunique batterie qui exiftât alors au Grand
fort & le foir du même jour ils difparurent.
Pendant ces 43 heures, la compagnic des dragons-milices du Petit-Saint- --- Page 751 ---
FRANÇAISE D E SAINT-DOMINGUE
Louis fut conftamment fous les armes au revers Et de la pointe des Peres; cellé
des dragons du Port-de-Paix far le quai,-au bout Oriental de la ville, 3 ayant à fa
gauche, 3 la milice à pied du Port-de-Paix & foixante nègres efclaves
dreffés & formés en compagnie par M. Durecourt, depuis la
lanciers Il avait a
guerre. y
dans le Grand fort, 80 blancs ou affranchis qui fervaient le canon S & M. de
Bombelles, aide-major de la place, : qui était en convalefcence au Gros-Morne
en vint en toute hâte > avec IOO hommes de ce dernier lieu ou des hauteurs du >
Port-de-Paix. On fe difputa de zèle & de bonne volonté & les officiers de la
Sénéchauffée fe tinrent près de M. Durecourt dont ils faifaient exécuter les
ordres. Toutes les milices commandées par MM. Bonnault, Ballant & Graffet
commandans des paroiffes de Saint-Louis, du Gros-Morne & du Port-de-Paix,
effuyèrent > avec un grand fang-froid, le feu des vaiffe-aux qui était dirigé telle- 2
ment haut qu'il n'y eut que quelques maifons du Port-de-Paix endo mma
& qu'on ne perdit que quelques hommes, mort des fuites d'une imprudence qui Es
fit brûler quelques cartouches au fort. Les milices reftèrent affemblées jufqu'au
21, que M. Durecourt les renvoya, en les comblant d'éloges. Les frégates
l'Atalante & la Syrène fortirent du Port-de-Paix le i", Juillet.
Je terminerai l'article du Port-de- Paix, en regrettant que la deftination faite
par M. Jacques Verjus, 3 Créol & habitant de cette paroiffe, le 27 Août
1739,
ne fe foit pas encore réalifée. Il a confacré fa fucceffion àl l'établiffement d'un hôpital
pour les pauvres de la paroiffe & 50 ans après, cC n'eft encore qu'un projet. Les
adminiftrateurs des Providences du Cap avaient demandé ces fonds, à la charge
de recevoir les pauvres du Port-de-Paix. On a plaidé &c un arrêt du Confeil du
Cap du 3 Décembre 1781, a renvoyé à folliciter du roi des lettres-patentes
autorifer cet établiffement. On eft tenté de croire que quelqu'un eft coupable pour de
négligence relativement à cet objet qui intéreffe Phumanité,
Ily a de l'églife du Port-de-Paix:
A celle du Petit Saint-Louis.
Gros-Morne
liewes,
IO
de Jean-Rabel
Quoique je nomme ailleurs M. Gauché qui a habité loeg tems la piroiffe da
Port-de-Paix, je crois devoir dire ici que c'eft à fon zèle pour tout ce qui eft
A
é de croire que quelqu'un eft coupable pour de
négligence relativement à cet objet qui intéreffe Phumanité,
Ily a de l'églife du Port-de-Paix:
A celle du Petit Saint-Louis.
Gros-Morne
liewes,
IO
de Jean-Rabel
Quoique je nomme ailleurs M. Gauché qui a habité loeg tems la piroiffe da
Port-de-Paix, je crois devoir dire ici que c'eft à fon zèle pour tout ce qui eft
A --- Page 752 ---
726 DESCRIPTIO N DE L. A P AR TIE
utile 2 qu:je dois une partie des détails defcriptifs du Port-de-Puix qu'il m'avait
fournis d'après une copie manufcrite de ma Defcription de Linonade que je lui
avais envoyée comme une efpèce d'indication de mon plan. M. Gauché a depnis
enrichi le premier volume desMémoires de la Société des Sciences & Arts du
Cap Français, dont il eft un des membres diftirgués, des délails qu'il m'avait
fournis.
ApRÈS avoir décrit les vingt & une paroiffes dont fe trouve aétuellement compofée la Partie du Nord de Saint-Domingue, il eft naturel & n.ême indifpenfable
de parler de PIne la Tortue qui appartient à cette Partie de la Colonie, par fa
fituation & par tous fes rapports.
- à a
I
ISLE L A T - ORTU: E.
-
Jz TE SALUE, Berceau de la plus brillante Colonie que pofsède la France
dans le Nouveau-Monde ! Afile de ces hommes qui, après avoir étonné PUnivers par leur audace, confacrèrent à l'agriculture des bras fi long-tems employés
par la viétoire! Lieu où a été préparél'un des plus grands fuccès obtenus par les
puiffances curopéennes; > au-delà des mers ! Jete falue > Rocher où les deftinéss
de Saint- Domingue ont été fi long-tems agitées; &c. encore dans l'état auquel t'a
ré luit ta propre utilité, je vénère en toi la caufe de tous les miracles que
l'induftrie a créés dans une vafte Colonie. Plus la gloire de celle - ci a été
rapidement acquife &c plus elle me rappele que tu en pofas les premiers
fondeme ns.
Qu'on me pardonne cet élan, il exprime ce que j'ai fenti, lorfquej'ai mis Ie
pied fur le foi de lie la Tortue.
SITUÉE dans le Nord de l'ile Saint-Domingue dont elle n'eft féparée que
par un canal d'eiv ron fix mille toiles de largeur moyenne, lilela Tortue s'étend,
fuivant les cbervatio.s de M. de Puylégur, depuis 75 degrés 2 minutes 35
les premiers
fondeme ns.
Qu'on me pardonne cet élan, il exprime ce que j'ai fenti, lorfquej'ai mis Ie
pied fur le foi de lie la Tortue.
SITUÉE dans le Nord de l'ile Saint-Domingue dont elle n'eft féparée que
par un canal d'eiv ron fix mille toiles de largeur moyenne, lilela Tortue s'étend,
fuivant les cbervatio.s de M. de Puylégur, depuis 75 degrés 2 minutes 35 --- Page 753 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE, 727
fecondes jufqu'à 21 minutes 35 fecondes du même degré de Longitude Occidentale du méridien de Paris > ce qui lui donne environ heuf lieues de long fur une
largeur moyenne qu'on peut évaluer à 3,000 toifes. La Latitude de fon milieu
peut être comptée à 20 degrés 4 minutes. Sa direétion 'eft de lEi-quart-Sod-Et
à l'Oucft-quart-Nord-Oueft, de manièré que la ligne de ce dernier rumb de vent
prolongée, irait rencontrer la pointe de Maizy de lile de Cube dont le bout
Occidental de la Tortue eft à environ 37 lieues, tandis que fon bout Oriental
eft à environ 14 lieues du Cap Français.
Le nom de Tortue a été donr € à cette Ile s parce que vue de la mer , dans
le fens de l'un de fis côtés, elle préfente une forme qui eft à peu près celle d'une
tortue fort étendue, au moyen de ce que fes deux extrémités, n'étant pas furmontées de la plate-forme qui compofe la plus grande élévation de PIle,
l'extrémité de l'Oueft reffemble affe Z à la tête d'une tortue de terre fortie de
fon écale, tandis que le bout Oriental montre l'extrémité poftérieure du même
animal, Les deux pointes vont même tellement en s'aminciffant, que le front de
celle de PEt n'a que 250 toifes & celle de l'Oueft que 3ootoifes.
Cette Ile a environ 41,000 toifes de tour, dont 21,000 forment la portion
qui, à partir du point le plus Oueftjufqu'au plus Et, pafle par le côté Nord, 8c
20,000 toifes la portion OF] poffe du Sud.
La côte Méridionale court dans une direétion beaucoup plus rapprochée de la
ligne droite que la Septentrionale > qui va toujours vers le Nord-Eft dans une
longueur d'environ 6,000 toifes, depuis la pointe Oueft, tandis qu'à partir de la
pointe Ef elle tire vers le Nord-Oueft pendant environ 4,000 toifes. Dans l'intervalle de I1,100 toiles qui refte la côte eft affez droite.
Toute la côte du Nord eft de fer & inacceffible, fi ce n'eft dans deux points
dont je parlerai.
La partie du Sud eft remplie de petits mouillages plus ou moins fûrs, dont le
principal eft celui quéje vais commencer à décrire, après avoir jetté un coupd'ceil rapide fur les différens états où la Tortue s'eft trouvée, depuis que les
Avanturiers s'y font établis,jufqu'à préfent.
On a vu par la Defcription des paroiffes du Port-Margot & du Port-de-Paix,
la férie des principaux événemens qui avaient fait de laTortue la première poffeffion françaife de Saint-Domingue, & de ceux qui l'avaient réduite enfuite à n'être
plus, > dès 1685, qu'un point fecondaire,
-
différens états où la Tortue s'eft trouvée, depuis que les
Avanturiers s'y font établis,jufqu'à préfent.
On a vu par la Defcription des paroiffes du Port-Margot & du Port-de-Paix,
la férie des principaux événemens qui avaient fait de laTortue la première poffeffion françaife de Saint-Domingue, & de ceux qui l'avaient réduite enfuite à n'être
plus, > dès 1685, qu'un point fecondaire,
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728 DESCRIPTIO N DE LA PAK TIE
Lorfque d'Ogeron fut mis en poffefion de la Tortue , le 6 Juin 1665, cette
Ifle avait 400 hommes portant armes. Ce fut en 1666 qu'il forma le projet de la
fortification eppclée la Teur, que M. Elondel, ingénieur envoyé par le roi, vint
faire commencer au mois d'Avril 1667. La Tortue était confidérable lorfque les
habitans de toute la Colonie de Saint-Domingue fe révoltèrent en 1670, contre
l'autorité de d'Ogeron, qui voulaitles empêcher de commercer avec des Fleffinguois & même le prêtre Lamarre, curé de la Tortue & Morel, Jyudic de fes
hibitans, > furent envoyés en France par d'Ogeron & gardés au château de Nantes
jufqu'au mois de Mars 1672, qu'un ordre du roi les en fit fortir.
Après que d'Ogeron 1 fur les ordres de M. de Baas, gouverneur - général des
Iles, eut envoyé de Saint - Domingue àl la Martinique cent flibuftiers pour attaquer Curaçao, il partit lui - même avec d'autres habitans pour aller fe joindre à
cette expédlition, mais il fit naufrage à Porto-Rico &c M. de Baas, qui n'avait pas
réufi, vint favoir des nouvelles de d'Ogeron à la Tortue même. Il y mouilla le
15 Avril 1673 ;iltrouva cette fle très-appauvrie par fes pertes en hommes, &c ceux
qui y étaient encore fort dégoûtés. Il eut même beaucoup de peine à déterminer
M, de la Perière, officier venu de la Martinique avec lui, à prendre le commandement de la Tortue dans l'abfence de d'Ogeron qu'on croyait mort & qui
revint prefque auffitôt.
D'Ogeron voulant aller retirer de leur fituation les malheureux Français qu'il
avait laiffés à Porto-Rico, fit une nouvelle expédition avec 500 hommes, qui fut
encore moins heureufe, & la Tortue fe trouva prefque dépeuplée.
Elle n'avait pas ceffé de décroître, comme je l'ai dit ailléurs, lorfque M. de
Cuffy alla s'établir au Port-de-Paix. Elle avait cependant des habitans & ils confervaient encore un curé en 1689. On ne comptait plus que 70 hommes portant
armes en 1692; ce nombre diminua de moitié l'année fuivante, d'autant que M,
Ducaffe les excitait à paffer au Port-de-Paix, & en 1694,la Tortue fut totalement
abandonnée, comme déformais fans utilité, elle qui avait réuni foixante-cinq ans
auparavant tous. ceux qui ne voulaient pas que les Efpagnols pofiedaffent fuls la
grande Ifle.
On ne fe rappela l'exiftence de la Tortue que 18 ans après, lorfque voulant
ifoler dans la Partie du Nord, les perfonnes attaquées de la lèpre, on la choifit
pour étreleur afile. Le miniftre blâma, le 29 Mars 1713, ce parti adopté par
un arrêtdu Confeildu Cap odu 25 Avril 1712;1 parce que, felon lui, il fallait réferver
la
affent fuls la
grande Ifle.
On ne fe rappela l'exiftence de la Tortue que 18 ans après, lorfque voulant
ifoler dans la Partie du Nord, les perfonnes attaquées de la lèpre, on la choifit
pour étreleur afile. Le miniftre blâma, le 29 Mars 1713, ce parti adopté par
un arrêtdu Confeildu Cap odu 25 Avril 1712;1 parce que, felon lui, il fallait réferver
la --- Page 755 ---
FRANÇAISE DE SAINT T-D O MIN GUE.
la Tortue pour fervir de refuge, 3 foit contre quelque
contagion, 3 foit contre les
attaques des ennemis.
La Tortue fut donc encore une fois fans habitans & cet état d'abandon avait
tant fait multiplier les pourceaux, > dont la propagation y a toujours été
y
comme le prouve- même la dénomination
prodigieufe,
dife-aux-Pourceaux, fous laquelle les
Hollandais la diftiuguaient, que les chefs furent obligés d'y faire faire une chaffe
qui en détruifit des milliers.
Il n'en fallut pas dayantage pour infpirer à tous les habitans de la Partie du
Nord, l'idée d'alleràla chaffe à la Tertue : cn chaffant on vit de fuperbes bois
la guerre leur fut auffitôrjurée. On défendit la chaffe & la
des
&
renouvella encore le 23 Oétobre
coupe bois, ce qu'on
1731, en difant que cette Ifle était deftinée
fournir les bois néceffaires aux objets publics.
à
Comme Plle fut laiffée dans un état plus tranquille, il lui vint des habitans
d'une autre efpèce : des nègres marons 3 & une ordonnance des Adminiftrateurs
du 14Juin 1741,accorda IOO livres par chacun de ceux qu'on y capturerait. Leur
pourfuite étant un prétexte plaufible, on recommença à couper les bois & à
chaffer, de manière que le 21 Février 1750, on établit un M. Tourni
garder lIlle & on lui donna même la moitié des amendes
ponr
prononcées contre les
délinquans, l'autre moitié était appliquée aux Providences du
Cette
fure fut encore inefficace, puifque dès le 30 Avril fuivant il fallut Cap.
meordonner des
vilites dans lIlle par la maréchauffee.
Alors on feignit de prendre des permiffions particulières pour la chaffe du
cochon maron 3 mais comme l'une de ces permifions avait produit un
ment de bois, une nouvelle ordonnance du 27 Mai 1766 les
charge-
& interdit abfolument l'accès de la Tortue
fupprima toutes,
3 dont on rendit M: Collineau
gardien.
Tel était l'état des chofes lerfque l'on jetta 3 quoique de fort loin, des
de convoitife fur la Tortue. M. le duc de Choifeul & M. le duc de
yeux
Praflin,réuniffant àeux deux les parties les plus importantes de l'adminiftration du
B leur immenfe crédit les autorifant à difpoler de tout à leur gré Jes royaume >
fles qui bordent les trois parties de la Colonie françaife leur 3 trois petites
leur proteétion, & la Tortue fut la
parurent dignes de
première qui en reçut la preuve.
Le 26 Avril 1767 , le roi accorda à Ehabrih-Caede-Acdhadr de
femme du comte de Montrevel, colonel du régiment de
Choifeul,
Berry, & fille de
Tome 1,
Zzzz
à difpoler de tout à leur gré Jes royaume >
fles qui bordent les trois parties de la Colonie françaife leur 3 trois petites
leur proteétion, & la Tortue fut la
parurent dignes de
première qui en reçut la preuve.
Le 26 Avril 1767 , le roi accorda à Ehabrih-Caede-Acdhadr de
femme du comte de Montrevel, colonel du régiment de
Choifeul,
Berry, & fille de
Tome 1,
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730 DESCRIP T.IO N DELA PARTIE
Cézar-Gabriel de Choifeul,-duc de Prallin, alors minifre de la marine, le brevet
de conceffion de l'ile de la Tortue. Les motifs confignés dans ce brevet (*)
font que la Tortue renferme des bois précieux, qu'il eft prefque impoffible
d'en tirer, faute de chemins & d'embarcadères, obftacle qu'un conceflionnaire
aurait intérêt à lever, d'où réfulterait un avantage notable pour la Colonie 3
qui commence à manquer de bois. Par ces motifs & autres confidérations particulières, Mme, de Montrevel en obtint le don en toute propriété, pour être
régie par' elle fans que ni fon mari ni les héritiers de fon mari puiffent jamais
yavoir ni adminiftration ni droit quelconque. Sa Majefté fe réferve cependant
les droits de fouveraineté & de juftice , & tous les bois de gayac comme
réceffaires au fervice de la marine. Elle défend de plus : 1°.d'y avoir ni bourg
ni hameau, faufà y avoir une églife paroifliale ou fuccurfale; 20, d'y fouffrir
aucun marchand ; 3°. d'y cultiver des cannes à fucre & d'y avoir plus de
fubfiftances que celles néceffaires à la confommation de ceux qui y feront
entretenus; 4°. d'y former aucun embarcadère fans la permiflion expreffe des
Adminiftrateurs. Avec ces prohibitions qui paraifient toutes relatives àla proteétion
de la Colonie contre les ennemis qu'on craint d'attirer à la Tortue ; le brevet de
don permet tous les autres ufages qu'on voudra faire de l'ile , même de la
vcndre en tout ou en partie pourvu qu'elle foit établie, fans cependant que la
loi générale qui prononce la réunion au domine de tout ce qui n'eft pas défriché,
puiffe s'appliquer à la Tortue.
Enfin pour faire mieux connaître ce que les Adminiftrateurs peuvent avoir
à permettre ou à empêcher, le brevet difait que deux ingénieurs-gcographes
arpenteraient & leveraient la carte topographique de la Tortue.
En vertu de ce brevet enregiftré au Confeil du Cap, l'intendant fit, avec
MM. Roger & de Calogne 3 arpenteurs, le 25 Janvier 1768, un marché par
lequel ces derniers s'obligeaient à faire cet arpentage & ce plan topographique,
qui, commencés le 15 Mars de la même année &c achevés le 3 Décembre
fuivant, ont coûté plus de 60,000 liv. au roi. Je tire de ces opérations plufieurs
des détails que je rapporte. J'y trouve, par exemple, que la fuperficie de la
Tortue, > eft de 44365 arpens 43 de Paris, ou 11,734 carreaux Wr de SaintDomingue.
(*) V.Loix & Conftitutions de Saint-l Domingue, tom. 5 page 1OO,
15 Mars de la même année &c achevés le 3 Décembre
fuivant, ont coûté plus de 60,000 liv. au roi. Je tire de ces opérations plufieurs
des détails que je rapporte. J'y trouve, par exemple, que la fuperficie de la
Tortue, > eft de 44365 arpens 43 de Paris, ou 11,734 carreaux Wr de SaintDomingue.
(*) V.Loix & Conftitutions de Saint-l Domingue, tom. 5 page 1OO, --- Page 757 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Voila comme la Tortue, autrefois l'orgueil du nom ftançais dans les
eft devenue la propriété d'une feule
bien
Antilles,
perlonne 3
étrangère fans doute à tout
ce que cette petite île a de renom & pouvait encore avoir d'utilité
la
Colonie.
pour
Mde, de Montrevel étant morte, 3 peu-après, le don a pafé au vicomte
Choifeul Praflin, depuis duc de Praflin, fon frère & fon
de
qui l'afferma à M. Labattut, négociant du
à
légataire univerfel,
Cap, raifon de 13,000 liv.
par an, fous la condition que la guerre fufpendrait les
Labattut qui avait tiré d'immenfes avantages de la fourniture fermages; mais M.
durant la
de
des bois à PÉtat
guerre 1778, n'a pas voulu profiter de cette claufe, Enfin le
Mars 1785, M. de Praflin ayant obtenu du roi la permiffion de
Tortue telle qu'elle était, mais à condition
vendre la
que l'acquéreur ferait ftrictement
ténu à exécuter les claufes de la conceflion de 1767, M. Labattut
par contrat devant M. Truchat, notaire à Paris, le
a acheté
la Tortue, dont il eft le
20 Avril : 17855 l'ile
poffeffeur aétuel.
Le lieu principal de la Tortue a toujours été invariablement celui
encore le nom de Baffe-terre, que les Efpagnols appelaient
qui porte
du-Roi, & qui eft fituée dans fa partie Méridionale. Il Porto-Rei ou Portmouillage, qui eft le plus fur, & à la facilité
doit cet avantage à fon
muniquer de la à
qu'a ce point de pouvoir comprefque tout le refte de l'ile. C'eft à la Baffe-Terre
vaiffeau la Notre Dame, monté par M. de la Petitière & faifant que le
l'efcadre de M. de Cahuzac, la première
la
partie de
alla, le Juin
que France ait envoyée aux Ines,
1629, pour réparer une voie d'eau. Ce
les obfervations de M. de
mouillage eft, d'après
Puyfégur 3 par 20 degrés 3 I minute 40
latitude Nord., & par 75 degrés, 7 minutes, , 30 fecondes de fecondes de
Méridien de Paris. Le fond de ce mouillage eft.d'un beau
longitude du
Il a 350 toifes de profondeur depuis fon entrée &
fable fin & blanc.
&x peut recevoir des bâtimens tirant de
environ la moitié en largeur,
14à 16 pieds d'eau. La direétion
l'entrée eft du Sud-Eft au Nord-Oueft, avec 22 pieds d'eau à la
& de
profondeur qui arrive à 7 braffes en gagnant vers la terre.
palle une
Ce port eft formé par deux bancs ou haut-fonds, dont le plus
part de l'entrée & fe dirige vers la pointe à Maffon,.dans PEf. confidérable
bords de ce banc font prefque
Comme les
verticaux, on peut le ranger à une
de fuGl depuis cette pointe jufqu'au port. L'autre banc de l'Oueft petite portée
de l'entrée
Z Z 2z 2
7 braffes en gagnant vers la terre.
palle une
Ce port eft formé par deux bancs ou haut-fonds, dont le plus
part de l'entrée & fe dirige vers la pointe à Maffon,.dans PEf. confidérable
bords de ce banc font prefque
Comme les
verticaux, on peut le ranger à une
de fuGl depuis cette pointe jufqu'au port. L'autre banc de l'Oueft petite portée
de l'entrée
Z Z 2z 2 --- Page 758 ---
732 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
laiffe entre lui & la terre une feconde paffe appellée Petite paffe, parce que
n'ayant que 12 pieds d'eau à baffe mer, elle n'admet que de petits bâtimens.
Je fuis forti par cette dernière fur la goélette la Minerve, de So tonneaux,
appartenant à M. Labattut, le 6 Juin 1787, pour aller de la Tortue au
Môle.
Les bancs n'ont que très-peu d'eau, & même ils découvrent vers l'entrée a
baffe mer. C'eft ce qui les rend plus propres à arrêter & à brifer les vagues,
la mer étant ordinairement affez groffe dans le canal. Le port de la Bafle-Terre
eft abrité fi ce n'eft du vent de Sud, qui fouffe rarement fur cette côte.
A 20 toiles dans le Couchant de l'embarcadère de la Baffe-Terre qui eft au
fond du port, on trouve fir le bord de la mer un vieux pignon de maçonnerie bâti à chaux &c à fable, qui paraît être les reftes d'un ancien corps-de-garde
ou maifon-forte, conftruite du tems des Flibuftiers. Le bas était percé de
meurtrières, & au-deffus était un plancher d'où l'on faifait jouer l'artillerie fur
le port par une embrafure qu'on voit encore dans ce pignon, à huit pieds
de haut.
M. Labateut a fait, à fes frais, au bord de la mer, > dans la guerre de 1778; S
une batterie de II pièces de 12.
Il a trouvé 17 pièces de canon au bord de la mer dans le mouillage de
la Baffe-Terre; il y en avait du calibre de 18. Quelques-unes ont été
montées fur la batterie d'en haut, qui défend auffi ce point avec neuf pièces de
18 & de 24, afin d'empêcher que les ennemis n'en faffent en tems de guerre
un lieu de relâche & de repos , d'autant plus propre à cette fin qu'une eau
pure & qu'une chaffe abondante y affureraient des reffources, & que de là cn
pourrait courir fur les bâtimens & s'emparer furtout des paffagers qui fe
préfenteraient dans le canal.
Cette batterie d'en haut , placée à 120 toiles de la mer &z à environ 80 pieds
au-deffus de fon niveau, aux dépens de M. Labattut auquel P'État n'a fourni que
les canons > eft précifément au point où était ce quon appellait la Tour. Ona vu
que celle-ci avait été conftruite en 1667 > fous d'Ogeron. Les murs de cette
Tour dont le diamètre intérieur avait 36 pieds, 3 étaient faits de pierres liées
par une efpèce de tuf argileux confiftant, & avaient eux-mêmes dix pieds
d'épaiffeur. Tout autour régnait extéricurement un parapet de deux pieds.
L'entrée faifait face au Nord & était recouverte par une avancée de pierres auffi.
que celle-ci avait été conftruite en 1667 > fous d'Ogeron. Les murs de cette
Tour dont le diamètre intérieur avait 36 pieds, 3 étaient faits de pierres liées
par une efpèce de tuf argileux confiftant, & avaient eux-mêmes dix pieds
d'épaiffeur. Tout autour régnait extéricurement un parapet de deux pieds.
L'entrée faifait face au Nord & était recouverte par une avancée de pierres auffi. --- Page 759 ---
FRANÇAISE DE SAINT-D OMINGUE.
A gauche en entrant, était un efcalier de pierre en forme de limaçon,
contre le mur intérieur & conduifant au haut de la Tour qui avait appuyé
d'élévation. Cette tour ronde était à trois batteries, l'une fur
24 pieds
embrafures
l'autre, dont les
ne fe trouvaient point fur la même ligne de haut en bas. Elle donnait
J'allarme, dans toute l'ile, par trois coups de canon. De chaque côté de la
Touryily y avait des plate-formes ou batteries à barbette qui tiraient fur le
Cette Tour qui tombait en ruine, a été démolie par M.
port.
A 380 toifes du rivage fur une plate-forme
Labattut, en 1776.
domine le
naturelle, à mi-côte du morne qui
mouillage & fes alentours, parce qu'il eft à 200 pieds au-deffus
niveau de la mer, font les ruines d'une efpèce de
du
fort le Vafleur, ainfi nommé
pentagone irrégulier; c'eft le
parce que cet officier l'avait fait conftruire.
murs d'enceinte font de pierres féches, excepté dans la
Les
iner où il
avoir été
partie qui fait face à la
parait
maçonné ou plutôt lié par une efpèce de terre
détrempée. Au centre de cette enceinte eft un rocher de 20 à 25 pieds de glaife haut
fur environ 36
de
pieds diamètre 3 dont des portions font foutenues ou appuyées
par des nurs de la nature de ceux de l'enceinte. L'intervalle
le rocher eft de 35 pieds. L'hiftoire
entre la muraille &
nous dit que le gouverneur réfidait au haut
ce rocher où il tenait les munitions, &c la garnifon au pied dans des
de
y étaient adoffés, & qu'on ne
appentis qui
fer & mobile.
communiquait au rocher que par une échelle de
Cette enceinte où l'on ne pouvait guères mettre plus de 200 hommes & de
pièces de canons, a fon entrée de 6 pieds de large vers le Sud-Ef. Venant I2
d'abord du Sud, le chemin fait le Sud-Eft pendant
l'enceinte un peu obliquement. Il paraît l'un
25 pieds & gagne enfuite
que des objets principaux de ce
après celui de défendre le mouillage, était de conferver un ruiffeau
fort,
eft
dont la fource
qui très-abondante, 3 fournit de l'eau à la
fermée dans le fort même
Baffe-Terre 3 car cette fource ren-
, coule par an ravin qu'enfilait le feu de l'une des faces
& d'un rédent.
A 1,200 toifes dans l'Eft du monillage de Ia Baffe-Terre, eft la
Maffon > nom de l'un des fix anciens établiffemens de la
pointe à
Tortue. Près de la
Baffe-Terre, on trouve la fource des Pareffeux , ainfi nommée
couverte par la haute mer, on aimait mieux attendre qu'elie
parce qu'étant
ehercher de l'eau au fort le Vaffeur. La petite bande de terrain découvrit, que d'aller
deux
plat qui eft entre ces
points 2 le long de, la mer 2 eft un peu fabloneux; mais arrivé al la
pointe
emens de la
pointe à
Tortue. Près de la
Baffe-Terre, on trouve la fource des Pareffeux , ainfi nommée
couverte par la haute mer, on aimait mieux attendre qu'elie
parce qu'étant
ehercher de l'eau au fort le Vaffeur. La petite bande de terrain découvrit, que d'aller
deux
plat qui eft entre ces
points 2 le long de, la mer 2 eft un peu fabloneux; mais arrivé al la
pointe --- Page 760 ---
734 DESCRIPTIO 1 N DE LA PARTIE
à Maffon > ce n'eft plus qu'un lieu bas & à fleur-d'eau, couvert de roches mobiles & bordé d'un roc vif, le long de la mer, jufqu'à un lagon qui en occupe une
grande partie. Les montagnes dont le lagon baigne le pied, ne font que des
rochers nûs & efcarpés. On pourrait leulement efpérer 3 de cet efpace,
queiques bois & de la chaux , mais où prendre l'eau. douce pour éteindre cette
dernière P
Cinq cens toifes après la pointe à Maffon & allant toujours à PEt, eft le
Carenage, dénomination dont il n'eft pas aifé de foupçonner l'origine , quand on
voit les reffifs & les haut-fonds qui bordent la côte.
Les Plaines font 1,200 toiles plus à l'Orient. Ce point où l'on a vu quelquefois des baraques de pécheurs, doit aufli ce nom à quelque circonftance que fon
afpeét ne fait pas foupçonner. C'eft à environ 1,000 toifes des Plaines, qu'eft la
pointe aux Coquillages, que plufieurs cartes appelent auffi pointe de Portugal 2 &
qui eft formée de rochers qui vont vers l'intérieur en s'élevant. Je ne puis attribuer ce nom de pointe de Portugal, qu'à la circonftance qui faifait que plufieurs
flibuftiers de la Tortue prenaient des commiflions de guerre du roi de Portugal,
pour courrir fur les E/pagnols. Tel était un capitaine Champagne qui était avec
fon bâtiment à la Tortue à la fin de 1666.
Depuis le lagon 3 qui eft dans l'Et de la pointe à Maffon jufqu'à la pointe aux
Coquillages, il règne une plate-bande qui varie dans fa largeur inégale, depuis
1oojufqu'à 200 toifes, & encore ce fol, compofé de limon mêlé de fable, eft-il
marécageux dans plufieurs points. Des ouvriers du roi y avaient cependant des
vivres de terre en 1768 & furtout des patates exquifes; mais après les avoir mangées,
il faut boire l'eau bourbeufe & faumâtre d'une marre, la feule qu'offre tout cc
canton.
Les hauteurs par lefquelles cette étendue eft dominée, font de grands rochers
caverneux, dont la hauteur & la pente font effrayantes. On trouve dans le Nord
de la pointe aux Coquillages, une Caverne d'environ 18 pieds de haut fur autant
de profondeur, remplie d'offemens humains.
A 350 toifes plis loin que la pointe des Coquillages, on voit encore, dans une
anfe de terrain fabloneux de 350 toiles de long fur 80 de large & terminée par des
rochers bordés de précipices 3 les ruines d'un ancien corps-de-garde ou maifon
forte. Il n'en refte plus que les murs dont la maçonnerie eft excellente ; une embrafure pratiquée dans le pignon & tournée vers la mer, annonce qu'on y.avait
ains.
A 350 toifes plis loin que la pointe des Coquillages, on voit encore, dans une
anfe de terrain fabloneux de 350 toiles de long fur 80 de large & terminée par des
rochers bordés de précipices 3 les ruines d'un ancien corps-de-garde ou maifon
forte. Il n'en refte plus que les murs dont la maçonnerie eft excellente ; une embrafure pratiquée dans le pignon & tournée vers la mer, annonce qu'on y.avait --- Page 761 ---
FRANÇAIS E DESAINT-DOMINGUE 735
placé de l'artillerie fur un plancher dont on trouve des reftes, &x le rez de
chauffée eft crénelé à hauteur d'appui. Iln'y a cependant là de paflage que pour
des chaloupes. On n'a dans cet afile que de déteftable eau de marre.
Du corps-de-garde jufqu'à la pointe Eft de la Tortue 3 quieft de38 fecondes
plus Oueft que la pointe d'Icaque,& qui fepare le Borgne du Petit-Saint-Louis, il
y a environ 1,000 toifes. Une ligne de toute la largeur de l'Ile tirée Nord & Sud
à 700 toifes de cette pointe, laifferait dans PEf toute la portion qui ne forme
qu'un feul rocher, dont on peut évaluer la hauteur à 40 pieds au-deffus du niveau
de la mer. La furface fupérieure de cet immenfe roc, quoiqu'elle foit en quelque
forte horifontale, eft cependant crevaffée & garnie d'afpérités tranchantes comme
des razoirs ; de manière qu'on ne peut y marcher qu'avec danger. Les bords de
ce mafifénorme font excavés à leur bafe jufqu'à 5 où 6 pieds de profondeur, par
les:flots qui viennent s'y brifer fans relâche 8c lors mêne que l'état de l'atmofphère
femblerait devoir appaifer leur furie. Dans les tempêtes 'ils 'élèvent jufques fur le
haut du maflif même & avec un mugifement épouvantable. Leur rage eft fi forte
alors, qu'une profondeur de 200 pieds d'eau ne, garantit pas les coquillages, d'autres corps foumarins > du fable, des plantes & d'énormes morceaux de pierres 3
d'être tirés du fond de l'abyme & lancés à plus de I5O toifes fur le maffif.
En allant de la Baffe-Terre dans l'Oueft, on trouve,à environ I,000 toifes,
Cayonne l'un des points les plus célèbres de la Tortue 3 parçe que le chevalier de
Fontenay y fit fa defcente en 1652; après la mort de le Vaffeur > que ce fut
encore par la que les Efpagnols, qui attaquèrent ce chevalier en 1654, débarquèrent & que lui-même rentra peu après à la Tortue, pour effayer, mais en vain,
de la ravir à fes vainqueurs. Cayonne eft d'ailleurs , dans fa petite étendue, Pun
des meilleurs terrains de la Tortue, avantage que rend encore plus précieux la
rivière de fon nom qui y coule & dont l'eau eft auffi bonne que celle de la BaffeTerre. On y voit encore des veftiges d'indigoteries qui prouvent que cette plante
y a été cultivée: Cayonne 3 dont la petite plaine a été en 1654 le théâtre du combat le plus opiniâtre & le plus meurtrier de ceux donnés à la Tortue entre les
Français & les Efpagnols était un des fix établifiemens que comptait la Tortue à
l'époque de fa fplendeur & dans les commencemens on y a cultivédu tabac. Jen ne
fais pourquoi ce nom Indien eft prononcé Cayorne depuis quelque tems.
A 400 toifes du mouillage de Cayonne eft la pointe de fon nom > & à environ
1,000 de celle-cila pointe aux Oifeaux, dontdes cartes inexaétes indiquentle nom
à la Tortue entre les
Français & les Efpagnols était un des fix établifiemens que comptait la Tortue à
l'époque de fa fplendeur & dans les commencemens on y a cultivédu tabac. Jen ne
fais pourquoi ce nom Indien eft prononcé Cayorne depuis quelque tems.
A 400 toifes du mouillage de Cayonne eft la pointe de fon nom > & à environ
1,000 de celle-cila pointe aux Oifeaux, dontdes cartes inexaétes indiquentle nom --- Page 762 ---
736 DESCRIPTION DE LA PARTIE
au : morne de l'Oueft de la Biffe-Terre. Tout près de cette pointe, mais dans
lEf,eft l'anfe du Cabaret, dontil eft aifé de concevoir que le nom vient d'un
cabaret qu'aura eu cette petite anfe, unique point praticable, & encore pour
des chaloupes, qui foit dans l'intervalle de la pointe de Cayonne à celle des Difeaux,
tout garni d'affreux rochers entaffés les uns furles autres. On trouve cependant
là les veftiges d'une indigoterie & d'une marre ou puits. A environ IOO toifes
dans lEf de l'anfe du Cabaret eft une caverne de 7 ou 8 pieds d'élévation &
d'environ IO pieds d'enfoncement, où l'on trouve beaucoupd'ofiemens humains.
La pointe des Oifeaux, élevée feulement au-deffus de la mer de 5o ou 60
pieds > a un fommet plat, avec un peu de terre mêlée de pierres. A la toucher
dans PEt, font plufieurs rochers détachés de terre d'environ 30 toifes & dont
l'alpeét eft curieux. Comme ils ont été rongés par la mer dans le bas &c. que leur
furface, formée elle-même d'une pierre durcie, eft couverte d'arbuftes, ils reffemblent affez à des pots de feurs. Ces bois, & les rochers mêmes, font l'afile
d'innombrables oifeaux > parmi lefquels dominent les merles, dont on démèle de
très-loin l'importune loquacité. C'eft de cette circonftance que la pointe tire fon
nom.
Dans l'Oueft de la pointe aux Oifeaux il y a un mouillage de 6 à 8 pieds de
profondeur, au fond duquel coule une rivière, ou pour parlerp plus vrai un ruiffeau,
dont l'eau eft réputée la meilleure. de l'Ille 8x qu'on voit avec regret fe perdre dans
un lieu, où nulle culture ne peut être tentée. Depuis cette rivière jufqu'au PetitMahé, 3 qui eft à 1,600 toifes de la pointe aux Oifeaux 3 toute la bande versla côre
eft étroite & d'un roc qu'on ne pourrait que convertir en chaux. Le Petit-Mahé
lui-même eft formé d'un ruban qui borde quelques éminences fufceptibles d'être
cultivées quoiques roides. Un refte d'indigoterie proche de la mer annonce qu'on
a tenté celle de cette plante, favorifé par une fource ou pleurcufe qui vient des
hauteurs.
En faifant encore 650 toifes, on eft au Grand-Mahé, dont on ne peut rien
citer. Milplantage qui le fuit à 750 toifes, a été l'un des établiffemens de la
Tortue primitive & conquérante. Il a une portion plane & fes hauteurs font
fertiles. Les fources de ces dernières font cependant trés-faibles & femblentne fe
réunir dans un ravin que pour s'y épuifer. Le tabac a pu feul être le partage de
cet endroit ou plutôt le mil ou mais comme femble l'indiquer fon nom luimêne,
On
iter. Milplantage qui le fuit à 750 toifes, a été l'un des établiffemens de la
Tortue primitive & conquérante. Il a une portion plane & fes hauteurs font
fertiles. Les fources de ces dernières font cependant trés-faibles & femblentne fe
réunir dans un ravin que pour s'y épuifer. Le tabac a pu feul être le partage de
cet endroit ou plutôt le mil ou mais comme femble l'indiquer fon nom luimêne,
On --- Page 763 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE,
On compte 700 toifes du Milplantage au Ringot, dont on a modernement fait
le Gringot, petit intervalle plane où un ruiffeau donne conftamment une eau criftaline &c purc. Des rochers aigus & prelque perpendiculairesle termine. On y voit
une indigoterie ruinée.
Entre le Ringot & la Rofelière, qui le fuit à 900 toifes, mais plus près du
premier, eft le Terrier-Rouge, au-deffus duquel font quelques plateaux. Une
fource vient des hauteurs & fe confume en route. La Rofelière eft ainfi nommée
à caufe de quelques rofeaux qui bordent la rive &x qui doivent, fans doute, la vié
à la rivière abondante du nomn du lieu, dont les eaux, > perdues en apparence dans
les' crevaffes des rochers, s'enfiltrent furement à travers le fol. La Rofelière eft
Nord &c Sud avec le Grand ou Vieux fort de la ville du Port-de- Paix.
L'intervalle eft d'environ 1,600 toifes entre la Rofelière & le bord Eft de
la Saline 2 avant lequel eft la Vallée. La Saline elle-même en
&
à 600 toiles de là eft le milieu du Trou Vafeux, qui n'eft qu'un parcourt 750 >
lagon peu étendu
au devant duquel eft cependant un mouillage plus abrité & plus grand
celui de la Baffe-Terre, mais dont la paffe n'a que 12 pieds d'eau. Après que le
Trou Vafeux, & à 800 toifes , eft le Carenage Anglais, où de petits bâtimens
peuvent aller fe virerjufqu'à terre ; puis I'Hôpital à 1,900 toifes encore plus à
FOueft ; &z enfin il ya 1,700 toifes de I'Hôpital à la pointe Occidentale de PIle.
Depuis l'entrée de la gorge appelée la Vallée jufqu'au Trou Vafeux, le terrain
eft plat & l'on pourrait même y aller en voiture. Mais cette étendue n'eft guères
propre à la culture &c l'eauy: manque, fi ce n'eft à la Vallée même.
Cette dernière a environ 200 toifes d'ouverture & 500 toifes de profondeur
depuis le rivage jufqu'à un point où elle fe bifurque en deux vallons; celui de 3
PEf s'appele la Petite Vallée, celui de l'Oueft la Grande Vallse. Une fource
coule entre les deux, mais dans les tems de féchereffe elle tarit dans fon lit fabloneux 5 à environ 600 toifes de la bifurcation, tout le terrain
lieue depuis la mer, eft propre à la culture, &z deux anciennes 2 pendant un quart de
indigoterical'attef.
teraient au befoin. Plus haut le fol eft aride &i pierreux.
Quant à la Saline, dont on diftingue les deux portions en grande & petite Saline,
elles font maintenant fans utilité, &c CC fort eft commun à une autre faline qui eft
près de l'hôpital & qui fait même appeler Pointe de la Saline > la pointe la plus
Sud-Oueft de la Tortue. Il eft encore remarquable que cette dernière faline correlponde à-peu-près à celle de la rivière Salée du Port-de-Paix.
Tome I.
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&i pierreux.
Quant à la Saline, dont on diftingue les deux portions en grande & petite Saline,
elles font maintenant fans utilité, &c CC fort eft commun à une autre faline qui eft
près de l'hôpital & qui fait même appeler Pointe de la Saline > la pointe la plus
Sud-Oueft de la Tortue. Il eft encore remarquable que cette dernière faline correlponde à-peu-près à celle de la rivière Salée du Port-de-Paix.
Tome I.
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738 DESCRIPTIO N DE L A PAR TIE
Du Trou Vakuxjuqu'à la moitié de la diftance entre T'hôpital & la pointe de
I'Oueit, la côce eft elcarpée &x fon fommet eft couronné de chaines qui s'étendent elles-mênes jufqu'à cette pointe. Dans quelques points ily a de grandes
laifes de fable. Cetie portion de côte a plufieurs bons mouillages même pour les
/vaiffeaux du premier rang > mais pas une aiguade. Les noms de Carenage & d'Hopital font affez anciens pour que je a'en puife pas trouverl'origine. Près de
T'Hopital fe trouvent des ruines d'indigoteries qui offrent une difficulté encore
plus difficile à réfoudre,paifqu'ileftimpofible de concevoir comment on fuppléait
l'eau qu'exige cette manufaéture & qui n'exifte pas dans toute cette étendue.
La pointe Occidentale de la Tortue, qui eft, felon M. de Puyfégur, de cinq
minates plus Orientale que la baie de Moufique , n'a qu'environ 12 pieds d'élé,
vation au-deffus de la mer. Comme celle Orientale elle eft formée d'un maffif de
roches tranchantes, terminé par une côte de fer.
D'une ligne tirée Nord & Sud à environ 900 toifes dans TEt de cette
pointe T
commencent des rochers qui vont vers P'EA. Entr'eux & la pointe & à partir de
celle-ci, eft d'abord un monticule pierreux dont la furfaçe eft couverte de pierres
marines 3 calcaires &z mobiles. Après eft une vafte plaine de fable qui traverfe
toute la largeur de PIle dans ce point, &x va fe terminer dans P'Eft au pied d'une
falaife prefque verticale & à des côtes de fer au Nord &c au Sud. Cette falaife
arrondie en croupe & dont la fommité eft fenfiblement convexe ,s'élève graduellement 8c même par deux zônes affez marquées, jufqu'à ce qu'elle foit parvenue
au point qui correfpond dans le Nord aux hauteurs de la gorge de la Vallée. C'eft
furement Par cette configuration que l'idée d'une Tortue fera venue à Colomb. La
plaine fabloneufe eft aride & n'a que quelques petits arbres, qui n'excèdent pas
20 pieds d'élévation. Sur la croupe au contraire, on. en trouve de furprenans pac
leurs dimenfions, 8c les efpèces en font très-variées. On ne fait pas comment une
efpéce de roc, à peine recouvert d'un pouce de terre, peut leur procurer unc
nourriture fuffifante.
Dans toute la côte de la partie Nord , qui n'eft qu'un rocher continu dont les
bords font à pic & que j'ai déjà défignée comme inacceffible > il y a, à environ
900 toifes de la pointe de I'Oueft, un enfoncementqu'on a nommé Port-des-Fous,
& cela même di: afiez quel degré de confiance il doit infpirer. A-peu-près al'oppofite du carenage Anglais, mais auffi au Nord, eft la pointe à Soufleur.
Versle milieu de cette côte Seprentrionale,mais cependant un peu plus à FOueft,
que j'ai déjà défignée comme inacceffible > il y a, à environ
900 toifes de la pointe de I'Oueft, un enfoncementqu'on a nommé Port-des-Fous,
& cela même di: afiez quel degré de confiance il doit infpirer. A-peu-près al'oppofite du carenage Anglais, mais auffi au Nord, eft la pointe à Soufleur.
Versle milieu de cette côte Seprentrionale,mais cependant un peu plus à FOueft, --- Page 765 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE 739
elt l'anfe à Tréfor, où fe jette une petite ravine du même nom & où de petits
canots peuvent s'approcher aflez près pour qu'on faute à terre 3 mais dans un tems
extrèmement calme,: ce qui eft prefque un phénomène fur cette côte, où le
moindre vent rend la mer furieufe. On dit que ce nom d'anfe à Tréfor vient de
la perte d'un gallion chargé d'or & d'argent. Mais ce qu'on a peine à croire. lorfqu'on a VUI ce lieu, c'eft ce qu'en dit la tradition : que ce fut par là que du Rauffet
fentra dans la Tortue , où il furprit &c défit les Efpagnols vers 1657. La feule vue
de ce point fufitpour qu'on juge du caraétère des Avanturiers. Et de quoi n'étaient
pas capables les hommes affez téméraires pour côtoyer & aborder d'affreux rochers
& tenter une expédition, où la rencontre de l'ennemi était la chofe la moins redoutable! Quel tems il aura fallu pour débarquer 4 ou 500 hommes à travers des
vagues qui, dans leur impulfion, comme dans leur retour après qu'elles fe font
brifées contre le roc, ouvrent des gouffres dévorans!
Mais ce débarquement enfin effeétué, quel courage il fallait encore pour parvenir au but ! Le maffif fur lequel ils mirent pied à terre eft, comme je l'ai dit
en parlant de la pointe de PEtt, hériffé de pointes de rochers, où chaque pas fait
courir le rifque de la vie. Ce maflifn'eft traverfé que pour aller trouver plufieurs
chaînes de rochers d'une hauteur & d'une roideur affreufes, s'élevant par gradins les
uns au-deffus des autres, qui ont prefque toute- la longueur de FIlle & où il n'y a
d'intervalle que ceux de quelques crevaffes ou précipices. Enfin tous ces obftacles vaincus, il leur aura fallu traverfer encore l'efpace qui eft depuis le haut de
rIle, en face de l'anfe à Tréfor, jufqu'au fort le Vaffeur, où ils s'emparèrent du corps-de-garde elpagnol, d'autant moins défendu dans fes derrières,
gu'il eût femblé extravagant de les croire expolés.
Au point qui correfpond à Cayonne, fur la côte Nord,eft la Rouflière, rivière
qui coulé dans un lit profond bordé de précipices où elle fe perd avant d'arriver à
la mer. A la Baffe-Terre correfpond la rivière à Robin, qui cft du même genre,
Entre les deux eft la pointe appelée Téte-de-Chien,
Le Leéteur doit voir par les détails où je fuis entré, qu'il me refte une portion
de PIle à lui faire connaître.
Cette portion eft une véritable plate-forme d'environ 400 pieds de hauteur audeffus du niveau de la mer > pofée fur le maflif que j'ai décrit comme borné par la
mer 8c terminé par des rochers 3 quifont à leur tour les b ords de la plate-forme ou
du maffif fupérieur. Ces bords font dans PEf, le Nord & l'Oueft, déchirés &
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me refte une portion
de PIle à lui faire connaître.
Cette portion eft une véritable plate-forme d'environ 400 pieds de hauteur audeffus du niveau de la mer > pofée fur le maflif que j'ai décrit comme borné par la
mer 8c terminé par des rochers 3 quifont à leur tour les b ords de la plate-forme ou
du maffif fupérieur. Ces bords font dans PEf, le Nord & l'Oueft, déchirés &
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740 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
prefque verticaux , excepté vers le Nord-Eft oûleur pied eft cxcavé & caverneux
dans une longueur de plus te 7,000 toifes. Dans cet efcarpement & toujours
dansle Nori-El, fontencore des traces.de dépôts de fable , des mangliers & des
raifiniers dubord de la mer, qui, dans leurs formes chétives, femblent attefter
cependant, qu'autrefois les vagues ont battu cette feconde plate-forme, aujourd'hui intérieure de près d'une demi-lieue.
Le maffif fupérieur part, comme on l'a vu, d'un point qui eft à 700 toifes dans
FOueft de la pointe de PEf de l'Ile, &z fc termine à la falaife fituée par le travers
de la gorge de la Vallée, c'eft-à-dire , qu'il parcourt environ 15,000 toifes dans
la direétion de PIle même, avec une largeur moyenne Nord & Sud d'environ
1,000 toifes.
Cette feconde plate-forme eft, comme celle qui lui fert de bafe, d'un roc vif.
Sa furface fupérieure forme une longue plaine doucement inclinée vers le Nord,
jufqu'au point où l'on arrive à fon efcarpe.
Cette conformation de FINle la Tortue eft d'autant plus faite pour frapper
le Phyficien, que PIle Saint - Domingue, dans fes parties correipondantes à
celles de la Tortue, furtout dans le Sud-Oueft de la pointe Occidentale de celleei & jufqu'à la Plate-f forme du Môle > a une côte divifée par couches ou plateformes placées les unes fur les autres & de manière que celles inférieures forment
toujours un entablement par rapport aux autres ou un plan incliné. S'il porte fes
regards jufques fur PINe de Cube, il y retrouve encore cette analogie 3 & tirant
une ligne de TER-Sud-Et au Oucfh-Nord-Ousft, du Cap à Foux du Môle au
point de l'Ifle de Cube qu'elle atteint & qui eft par 78 degrés 7 minutes de Longitude, il y rencontre le lieu auquel on a donné le nom des Autels, parce qu'il
eft compofé de plate-formes ou maflifs pofés les uns fur les autres.
La furface de la plus haute plate-forme de la Tortue, eft en général calcaire,
comme prefque celle de toute PIe. On 7 voit çà & là de grandes maffes de
rochers également calcaires 3 & le plus fouvent de la nature des roches à ravets.
On y trouve cependant auffi du granit & des pierres quartzeufes; mais il n'y a pas
fur cette haute furface une feule goute d'eau courante. 3 on y rencontre feulement
des marres en grand nombre. Le père Plumier écrivait le 8 Oftobre 1690, qu'il
avait vu du marbre bleu-verdoyant, en defcendant de l'habitation de M. la Franchife, à Milplantage par la Vallée. Il dit auffi, que chez M. la Franchife on avait
touvé une matière minérale > qui > fondue 2 avait donné de tres-bon argent.
une feule goute d'eau courante. 3 on y rencontre feulement
des marres en grand nombre. Le père Plumier écrivait le 8 Oftobre 1690, qu'il
avait vu du marbre bleu-verdoyant, en defcendant de l'habitation de M. la Franchife, à Milplantage par la Vallée. Il dit auffi, que chez M. la Franchife on avait
touvé une matière minérale > qui > fondue 2 avait donné de tres-bon argent. --- Page 767 ---
FRANÇAISE DE SAINT-DOMINGUE
Le fol de la Tortue eft encore digne de la réputation dont Charlevoix dit
qu'iljouiffait. On ne peut fe refufer à partager cette opinion 3 lorfqu'on voit
que tout y croît prefque fpontanément & que toutes les productions de la nature
y ont un caraétère qui annonce la fertilité. Ses inépuifables forêts fourniflent
toujours abondamment le bois d'acajou que le luxe de la mode fait tant
rechercher à caufe du luftre dont la nature l'a embelli, & le gayac, fi
propre
aux poulies pour le gréement des vaiffeaux. Prefque tous les autres beaux bois
de la grande île s'y trouvent auffi, & particulièrement le bois-marie ou damemarie > mais nulle part les elpèces ne font auffi belles. La Tortue a donné
au vaiffeau l'Annibal, de 74 canons, une grande vergue de 64 pieds; & en
1779 au Robufte 3 aufli de 74 canons, une pièce de 38 pieds de long fur 19
pouces d'équariffage en tout fens pour fon gouvernail,
L'affreux mancenillier naît à la Tortue, mais il devient la proie des flammes
dès qu'il eft apperçu, afin que les crabes ne puiffent pas manger fon fruit &
empoifonner les nègres, pour lefquels ceux-ci font un mets recherché.
Ces forêts, où il exifte peut-être des arbres auffi anciens que l'ile même, font
peuplés de ramiers dont le goût délicat flatte agréablement le palais, &
leur étonnante multiplication offre toujours par milliers.
que
A cette reffource fe réunit celle des cochons marons que, malgré la
continuelle qu'on leur fait, l'on trouve à chaque pas, 9 & dans une telle guerre
tion
propor-
* que quelques années de repos pour eux exigeraient furement qu'on
renouvellât la précaution d'en faire faire une chaffe générale, parce que l'ile
ne pourrait plus les nourrir. La chair en eft excellente.
Le canal de la Tortue a auffi, comme je l'ai annoncé à l'article du Port-dePaix, de grandes reffources en spprovifionnemens. On s'étonne affez de
qu'il n'y a point d'huîtres à la Tortue, ce qu'il faut attribuer à ce
les ce
mangliers ne font que dans des points où la côte eft fabloneufe.
que
En lifant le proces-verbal de remife de la Tortue à
à
Defchamps de la Place, neveu de Du Rauffet, le Juin d'Ogeron par M.
1665 n voit
que dès lors elle avait diminué en importance 5 le fort le Vaffeur,
la Rocbe, avait feul des canons montés, & ces canons n'étaient appelé
nombre de quatre. Mais la Tortue avait, à cette époque,
habitans qu'au
féden-
(*) V. Loix & Conftitutions de Saint-Domingue, tom. ier. pag. 146,
A
à
Defchamps de la Place, neveu de Du Rauffet, le Juin d'Ogeron par M.
1665 n voit
que dès lors elle avait diminué en importance 5 le fort le Vaffeur,
la Rocbe, avait feul des canons montés, & ces canons n'étaient appelé
nombre de quatre. Mais la Tortue avait, à cette époque,
habitans qu'au
féden-
(*) V. Loix & Conftitutions de Saint-Domingue, tom. ier. pag. 146,
A --- Page 768 ---
742 DESCRIPTIO N DE LA PARTIE
taires qui cultivaient du tabac, & M.,de la Place avait des cannes plantées au
canton de la Montagne, l'un des fix établiflemens de l'ile, & fitué fur la
grande piate-forme, au-delà de la Bafle-Terre. En 1669 d'Ogeron y comptait
1,500 individus, tous blancs; en 1670 on y fit vingt-quatre mille rolles ou
andouilles de tabac; mais dans le recenfement de 1681 je ne trouve plus dans
toute li Tortue que 168 blancs, 89 nègres & 17 mu'âtres ou Indiens. En
1688 le canton de Cayonne avait 54 hommes portant armes, & celui de la
Vallée 70. Rien ne m'apprend quelle quantité d'indigo on a jamais retiré de
cette petite ile.
Tout ce que je rapporte de la Tortue doit convainere que la Baffe-Terre
en a toujours été l'efpèce de capitale. C'eft de là que la communication eft la
plus facile avec tout le refte de l'ile. On en part à cheval, foit pour aller vers
Cayonne ou vers la pointe à Maffon, foit pour aller gagner la plate-forme
fupérieure, où eft un chemin praticable à cheval aufli, 8c par lequel on va
depuis la Vallée jufqu'à l'extrémité Orientale du haut maffif, tandis qu'un
autre mène du Grand & du Petit Mahé à la partie Nord. Ces chemins qui
font l'ouvrage foit des anciens habitans dont les fix établiffemens communiquaient entr'eux, foit des gardiens ou ouvriers que le roi y a mis, fervent à
l'extraétion des beaux bois fi utiles à la Partie du Nord de Saint-Domingue,
furtout pour les ouvrages de fortifications, & pour lefquels PÉtat a payé des
fommes très-conficérables durant la guerre de 1778. Le roi y achetait également du bois à brûler à raifon de 15 liv. la corde; en l'envoyant chercher,
ce qui l'élevait à 36 liv., & l'on en confommait trois mille cordes par an au
Cap.
Depuis 1785 que M. Labattut a acheté la Tortue, c'eft encore la BaffeTerre qui eft le chef-lieu de tout le mouvement qu'il s'efforce d'imprimer à
#ile entière. Là une maifon vafte & commode, à laquelle conduit une belle
allée de palmiers, femble dire à quiconque y eft attiré par la curiofité, par
un air pur & falubre ou par l'amitié, qu'il y fera reçu avec cetté aménité
franche qui eft le caractère du maître, De cet afile, l'ocil étonné parcourt dans
la grande île une étendue de côtes que des manufactures de tous les genres
égayent, & que des fites plus ou moins variés rendent encore plus piquante,
Au bas de ce rideau richement décoré & dans un point qui forme perfpeétive
pour la Bafle-Terre, eft le bourg du Petit-Saint-Louis. Le canal qui
'il y fera reçu avec cetté aménité
franche qui eft le caractère du maître, De cet afile, l'ocil étonné parcourt dans
la grande île une étendue de côtes que des manufactures de tous les genres
égayent, & que des fites plus ou moins variés rendent encore plus piquante,
Au bas de ce rideau richement décoré & dans un point qui forme perfpeétive
pour la Bafle-Terre, eft le bourg du Petit-Saint-Louis. Le canal qui --- Page 769 ---
FRANÇAISE DE SAIN r-DO MIN G U E. 743
eft entre la Tortue &c Saint-Domingue mêle une forte de fraicheur à ce tableau,
que la.vue de canots, de perits bâtimens & de barques paflagères animent encore.
Si l'on cherche la promenade, la vue des batteries dont on eft proche
éveille des idées de proteétion. Va-t-on vers le fort le Vaffeur, on croit lire
on commente l'hiftoire des Aventuriers. Si l'on gagne Cayonne, , au charme
qu'y fait trouver un immenfe bananerie où une ombre douce invite au calme
& au repos,. fe mêle le fouvenir des efforts qui ont procuré à la France.la
plus floriffante Colonie, & rendu le nom des Flibuftiers redoutable. En chafiant,
on croit fuivre la trace des premiers habitans, qui maniaient continuellement
le fulil pour défendre leur exiftence > pour chercher leur fubfiftance, &, prefque
malgré foi, l'on fe trouve affocié aux Boucaniers, Si Pon contemple les rocs
par lefquels on eft fréquemment arrêté; fi l'ceil mefure des hauteurs efcarpées
ou des defcentes qui font autant d'abymes, on fent un mouvement qui tient
prefque à l'audace 8c que femble infpirer le féjour des" premiers Français
environnés de troubles, & n'attendant rien que de leur perfévérance. Enfin,
foit qu'on adinire ces arbres dont la cime altière femble auffi avoir fon orgueil,
foit qu'entré dans une caverne on fe fente attendri en fongeant aux malheureux
Indiens qui paraiffent y avoir cherché du moins une mort paifible, par tout à
la Tortue l'ame & la penfée font occupées. Ah! Je ne tenterai pas de faire
partager toutes les fentations que j'y ai éprouvées. Peut-être même faut-il avoir
entrepris de décrire Saint-Domingue &c d'en publier l'hiftoire pour gouter, en
vilitant cette petite ile à jamais mémorable, toutes les jouiffances qu'elle m'a
procurées.
M. Labattut qui s'occupe d'y faire réuffir la culture du cafier dont il a déjà
formé une immenfe plantation fur la plate-forme au-deffus de la Baffe-terre, s'eft
aufli déterminé à faire partager à des hommes induftrieux les
promet le fol de la Tortue > & il en compre déjà 25 auxquels il en avantages a veadu que une
grande partie dans l'Oueft.
Ainfi la Tortue reprendra, fans doute, fes droits àl'utilité générale & déjà fe
tait le cri qui s'était élevé contre un abus de la faveur. Si l'on n'en voit plus fortir
comme autrefois, de farouches conquérans, elle fera encore recommandable par les
biens dontelle peut enrichir fes nouveaux maîtres, & puifque le fort femble l'avoir
deftinée à étonner > qu'elle exerce de nouveau cette belle prérogative
en produifant des richeffes dont la maffe comparée à fa petitefie 3 rappelle que
fa fécondité a été long-tems vantée.!
contre un abus de la faveur. Si l'on n'en voit plus fortir
comme autrefois, de farouches conquérans, elle fera encore recommandable par les
biens dontelle peut enrichir fes nouveaux maîtres, & puifque le fort femble l'avoir
deftinée à étonner > qu'elle exerce de nouveau cette belle prérogative
en produifant des richeffes dont la maffe comparée à fa petitefie 3 rappelle que
fa fécondité a été long-tems vantée.! --- Page 770 ---
744 DESCRIPTION DE LA PAR TIE
Que le propriétaire de cette terre fortunée qui a fu fignaler fon patriotifme par
deux prêts de 830,000 livres 3 généreufement faits 3 en 1783, à Don Bernard
de Galvez pour les troupes efpagnoles & au roi pour l'efcadre de M. de Vaudreuil , jouille bientôt de la fatisfaétion de contempler tout ce qu'aura créé fon
utile exemple ! Unj jour, peut-être, la reconnaiffance appliquera fon nom à l'une des
parties de cette île glorieufe & j'aime à penfer que ma faible plume en le répétant
plufieurs fois, ne méritera pas le reproche d'avoir été dirigée par une trop
complaifante amitié.
La Tortue dépend de la Sénéchauflée & du commandement du Port-de-Paix.
Mais la paroiffe du Petit-Saint-Louis & du Port-de-Paix fe difputent l'honneur
de l'avoir dans fes limites, elle qui les a immédiatement créées l'une & l'autre.
En quittant cette petite île pour retourner dans la grande, il eft naturel de
dire que les vents les plus ordinaires du canal qui les fépare & qu'on nomme
Canal de la Tortue, font ceux de PEft & que la mer y eft quelquefois houleufe
& fatigante. Il eft donc difficile. 3 en général, de remonter ce canal, mais après
de fortes brifes de Nord-Eft, les courans portent à PEt avec affez de force pour
gagner au vent en peu de tems.
Le vaiffeau du roi le Solide a péri fur la Tortue , en 1691.
La pofition de la Tortue rend encore plus défavantageufe celle du Port-de-Paix
que le canal permet de bloquer ou au fortir duquel on peut trouver des forces
fupérieures. Ce devrait être une raifon pour mettre fur la Tortue une vigie qui
inftruiraitl la grande terre de ce qui fe paffe au Nord de cette ile.
SRIRXET
JE termine ici la Defcription de la Partie du Nord dontje trouverai à parler
encore dans des comparaifons que m'offrira la Defcription des deux autres Parties:
elles qui fans être en tout auffi importantes que la première, ont auffi de grands
droits à la curiofité & à l'intérêt du Leéteur.
Fin du Premier Volume.
une raifon pour mettre fur la Tortue une vigie qui
inftruiraitl la grande terre de ce qui fe paffe au Nord de cette ile.
SRIRXET
JE termine ici la Defcription de la Partie du Nord dontje trouverai à parler
encore dans des comparaifons que m'offrira la Defcription des deux autres Parties:
elles qui fans être en tout auffi importantes que la première, ont auffi de grands
droits à la curiofité & à l'intérêt du Leéteur.
Fin du Premier Volume. --- Page 771 ---
TABLE DES M ATIERES
Contenues dans ce Premier Volume. Le ehiffre déligne la page. - >
Combinaifons du Marabou,
Discouxs PRELININAIRE,
iij
des Sauvages & Caraibes de PAmé- 74
Avertiffement,
xv rique ou Indiens Occiientaux,
Explication de plufieurs expreflions employées à
-Indiens Orientaux,
Saint-Domingue & dans ce volume 9 xvij Sacatra,
8z
Griffe s
- @
Marabou, D
83 83
Defeription topographique & politique de la Quarteron, Mulâtre, a
Partie Françaile de PIe Saint Domingue, Métif,
page, I Mamelouc, 3
ftendue de la Partic Françaife,
3 Quarteronné, ,
Des montagnes & des plaines
3 Sang-mélé,
85 86
Royaumes dont dépendait fous les Caciques, ce
qui forme la Partie Françaife 9
5 NOMBRE ET NATU RE"des établiffemens
Fopulation de la Partie Françaifede Saint-I -Domin- delap Partie Françaife de Saint-Domingue, IOO
gue,
Divifion de la Colonie Françaife én trois
Des Blancs,
& ties,
parDes Européens qui habitent Saint - DominIOO
Des gue Créols 3 blancs,
PARTIE DU NORD. IOI
Des Créoles' blanches, 3
Quartier da Fort-Dauphin,
Des Efclaves,
23 I. Paroife du' Fort-Dauphin,
Des Efclaves venus d'Afrique,
24 II. d'Ouanaminthe ,
Des Efclaves Créols 3
39 II. de Vallière,
Des Affranchis,
68 IV. du Terrier-Rouge, 3
Combinaifons du Blanc,
71 V. duTrou :
155 165
Nègre, 3
Quartier de Limonade s
Mulâtre, >
71 VI. Paroiffe de Limonade,
Quarteron, x
72 VII. Sainte-Rofe 9 improprement
-Metif,
pelée paroiffe de la Grande Rivière, ap- 22a
Mamelouc,
72 VIII. Saint- Louis du Morin, du QuarQuarteronné,
73 tier Morin, ou du Trou de Charies Morin, 230
Sang-melé,
73 IX. Paroiffe du Dondon,
Sacatra,
73 X, a
de la Marmelzde 2
26g 247
Griffe,
Quartier du Cap:
Tome I,
Bbbbb
--- Page 772 ---
T A B L E
XI. Paroiffe de la Petite-Anfe,
275 XXI, Paroiffe du Port-de-Paix,
XII. du Cap Français 3
293 Iile la Tortue ,
Ville du
296 Abeilles. Les premières de la Partie du Nord
Première Stie, 3
302 paraiffent à Sainte-Rofe; d'oà elles vénaient
Dauxième,
321 229.-On en a au Doadon 263- - C-lles
T-oifième,
345 da PHO;ital au Cap 590. Quatrièm:,
373 Abus.
-Anfe,
275 XXI, Paroiffe du Port-de-Paix,
XII. du Cap Français 3
293 Iile la Tortue ,
Ville du
296 Abeilles. Les premières de la Partie du Nord
Première Stie, 3
302 paraiffent à Sainte-Rofe; d'oà elles vénaient
Dauxième,
321 229.-On en a au Doadon 263- - C-lles
T-oifième,
345 da PHO;ital au Cap 590. Quatrièm:,
373 Abus. 309, 323, 355. - Monfrueux relatifà
Cinquilme,
433 la chaine pablique, 397, 398,399. Del'enSixième,
439 trée des Admiitrate-rs & d: Procureur-GéSeptième 3
443 néral dans le couvent des Re. Sieules du Cap,
Haitième,
464 avec une grande fuite, 432. - Qu'en premier
Da Port du Cap,
471 commis de Verfailles fai: Ju créditdele place,
Des Incendizs,
483 453 E Frivantes. - Sur les Cuncelions, 642,
Dela Police,
485 729. V. Faveur. Muricba fee. Nombre des maifons & population du Cap, 490
d'autorité, 368, 395, :25
Da Cap confidéré comme capitale,
493 Acadiens. Piacés à Saiate-Rofe puis envoyés au
État major & officiers d'Adminitration du Mole 227. Placés au Dondon puis envoyés
Cap,
494 au Môle 265. Partie militaire. Garnifon du Cap,
496 Acclimater. (Néceffité de s?) 528,
Des Milices du Cap,
497 Accsucheur, V.Midecin - Accoucheur. SageDes Médecins, Chirurgiens & Apothicaires > 5oI Femme. De la Chambre d'Agriculture,
503 Acon. Vont du Cap à Caracol, à Jacquezy, 163. de Commerce,
505 -àl l'embarcadére dela Petite -Anfe 241. -
Dela Gazette,
506 On enaau Port-de-Paix 724. De l'Almanach & de quelques Ouvrages impri- Adeir. V. Spedtacle. més à Saint-Domingue, 3
509 Acul. Appelé Port-Ssint-Thomas les Efpa:
Du Clinat & de la Température du Cap, 51I
207. Pentqu'en_y
457. Des Maladies ,
527 S baie, 623,631, 634- Sa
militaire,
TILESE
Etrangers & autres perfonnes remarquables, ve- 631, 634, 635, 636.- Noms primitifs de
nuesau Cap,
538 ce lieu, 633- A dépendu de la paroiffe du
De lÉducation,
545 Morne Rouge, 633. - Devenu
du
Des environs du Cap,
547 Camp de Louife en 1699, 633- - rSTe y éleDe la Ravine au Cap,
547 vait beaucoup de
633- - Son
Chemin du Fort Picolet, 9
554 miercuré, 633- wa de Charrite en FRST
La Foffette,
556 une grande partie., 633. - Ses
633. Cours Villeverd, ,
560 1 Sa partie plane, 634,639.- Igra Son 634,
Dela Boucherie
563 639. Ses cantons 7 634, Sa
monDei PHopital des Religieux dela Charité, 564 tagneufe, 634, 639. Combat EIa fa baie
Du canton
lel Haut du Cap,
591 634-M. de Puytegur a fait un plan de fa
Du Morne frer Cap,
597 baie, 636. - Latitude & Longitude d'an point
De la Bande du Nord, du Grand & du Petit à Pentrée de fa baie 3 636. - Bateau
Port-Français,
601 dans fa baie, 636.
monDei PHopital des Religieux dela Charité, 564 tagneufe, 634, 639. Combat EIa fa baie
Du canton
lel Haut du Cap,
591 634-M. de Puytegur a fait un plan de fa
Du Morne frer Cap,
597 baie, 636. - Latitude & Longitude d'an point
De la Bande du Nord, du Grand & du Petit à Pentrée de fa baie 3 636. - Bateau
Port-Français,
601 dans fa baie, 636. - Chriftophe rerra eft
Dela défenfe dela Partie du Nord,
606 venu àl PAcul, 636. - Son embarcadère, 636. XIII. Paroiffe de la Plaine du Nord, 627 - Ses paffagers, 636.- Sa rivière falée, 636. XIV.. PAcul,
633 - Ses chemins, 637, 639. Son
Quartier du Limbé, a
641 637. - Ses regiftres paroilfiaux, 637- ErEE Sa
XV. Paroiffe du Limbé,
641 diitance à d'autres lieux, 638, - Ses cantons,
XVI. de Plaifance,
654 638, 639. Ses
638. - -A le feul
XVII. du Port-Margot,
668 moulin vent de ATERE du Nord, 639. -
XVIII. du Borgne,
678 Ses fucreries, 639. i1 Ses autres manufactures,
Quartier du Port-de-Paix,
685 639. Ses cafeteries, 639. Servirait dans
XVIX. Paroiffe du Gros-Morne,
68; queiques point.al'éducation, des animaux, 639. XX. du Petit Saint-Louis ou Saint-
- Ala fourcede la rivière du Haut-du- Cap
Louis du Nord,
688 ou de Galiffet fur fon territoire > 639- Sea --- Page 773 ---
D E S M A T I E R E S. eaux, tioa 639. Sa milice, 639. Sa popula- plus nombreux, 9o. - Leur
, 640. On prétend que c'eft le premier les efclaves ,
d'un familiarité avec
endroit où la lèpre a paru à Saint-I Domingue, 63
96.Vertu affranchi, s 416
640. - Opinions fer cette lèpre,
-Ceft la fuivantes. maréchauffée, Compofent - prefque de toujours
àPAcul qu'a commencé la culture C42 Pindigo faifance envers 449. Marque bienbâtard, , 640. 1 On y a cultivé beaucoup de femmes affranchies, eux, 467. 460. Oà font Caraétère les des
cacaoyers, 640. - Kavages de P'épizootie, de leur état,
v. preuves
640. - Perfonne recounmandable à laquelle leaux, Vincent. 496. Auba, Louis Defeuila donné naiffance, 640. Le Port-Margot
en a dépendu, 670. Afranchifemest, d'.franchifement 68, 69, 70, 90. Efpèce
sAcul à Conit.Sa poition militaire, 626. -.Tron, Africains. L'infouciance tacite, 99. Aculde Samedi, 131. - On y avait projetté 25 - Caufes & de eft leur caradtériftique, ,
une paroilfe, > 152 , 153-- Sa pofition miliSans éducation, effets 25. leur Leur infouciance, 25. taire, 626. Leurs qualités
des Pins. 132, Ses établiffemens,
oû ils corporelles varient felon
ASAPeE
132. Produit un LT recherché, 132. nourriture, point
ont le jour, 26. Leur
Peut offrir une utile communication 3
27. de pédéraftes,
ut
Adde (M.). Éloge d'une belle preuve de 153. recon- en 34. eft - Leurs religions, 28, 32,33, 38.
, 626. Leurs qualités
des Pins. 132, Ses établiffemens,
oû ils corporelles varient felon
ASAPeE
132. Produit un LT recherché, 132. nourriture, point
ont le jour, 26. Leur
Peut offrir une utile communication 3
27. de pédéraftes,
ut
Adde (M.). Éloge d'une belle preuve de 153. recon- en 34. eft - Leurs religions, 28, 32,33, 38. - 2
naiffance que donne cet artifte, 408, 412. la Côte d'anthropophages d'Or & de la Côte 3 28, 33.- des Ceux de
Adninipratears enl chef de la Colenie. Sont trop fanguinaires, 29. Efclaves font
pretlés de juger la Colonie avant de la con- peau, 27,28, 29. Marques qu'ils ont fur la
naitre, 128. Reproche pour n'avoir pas mis 35. - Reproches leur Menés fait aux Colonies,
les greffes du Cap dans la maifon du gouver- caufe du baptême, que
le nègre créol a
nement, 2 382. Sont- quelquefois jaloux, jaloux,
35. Sont polygames Sc
393,. 461. Éloge de leur zèle pour les créols, 38. 37,
Aiment a palier pour
maifons de
qu'ils
BEas
Providence du Cap, 403,404,
appelent Bâtimens ,
407. - Leurs fecrétaires avaient une rétribu- 38.-Imprefion montre, du vin, que leur fait une glace une
tion fur les prifons, 407. Entrent dans le leur langue, 62. 39. - S'étouffent en avalant
couvent des religieufes du Cap, 432.-Oi ils V. Préjugé contre eux, 81.. -
ont réfidé, 493. La Chambre d'AgriculCouleur, Parties Eflaves,. qui fourniffent Nigre. ture doit rendre compte de leur adminiftration, Afrigue. Antilles; Macurs & Caraétères des de Efclaves fes habi- aux. hopitaux, 504-Reproche fur les marchés pour les tans, 28. V. Eplerver, Nègre. AiminBrateirs., 584. V. Providence. Agouas. 29. Adminjbration du Fort-Dauphin s 133--Éloge Aide-majer. des 115, 133: 495,722. de celle d'une habitation 3 i74Aiman. Aiguadé vaiffeaux. V.Fontains. - de Saint-Domingue. Preuve de fa verfa- Air. V. V. Timpérature. Mine. tilité, 328. Albinos. d'une
Aerofat. 32 Montgalfere. Détails Defcription fur des
Albinos, 56. Afalages du Dondon, 258.. Leur explication, Ailemands. Placés Albinos à , 87: 58. 258. Môle,
Sainte-Rofe puis envoyés au
Afrancbis. 67, 99. Sont communément ap- au Môle, 227. Placés au Dondon & envoyés
pelés Gens de couleur ou Sang-Mélés, 68. Almanacb de 265. Comment cette claffe a été produite, 68. Amat. Sicilien Saint-Domingue, habitant & * 509. Leur progreflion fuccellive, 69.- Leur nomarchiteéte à Limonade,
bre actuel & caufes qui Pont produit, 69, 70. Amiral 184, 185, de France.
Sont communément ap- au Môle, 227. Placés au Dondon & envoyés
pelés Gens de couleur ou Sang-Mélés, 68. Almanacb de 265. Comment cette claffe a été produite, 68. Amat. Sicilien Saint-Domingue, habitant & * 509. Leur progreflion fuccellive, 69.- Leur nomarchiteéte à Limonade,
bre actuel & caufes qui Pont produit, 69, 70. Amiral 184, 185, de France. 3 199 , Son 453. --Doivent leur exitence aux Colons, , 70. rautés,
receveur dans les AmiSont compofés d'individus de pluficurs nuan- Amirawtédu 385. Cap, 103: Son lieu
ces, 70. -Compofés de deux-fixièmes de 376,377.- Sa
d'affemblée,
nègres, de trois-fixièmes de mulâtres & des tion,
création, 384. Sa compofinuances au-deffous s & d'un-fixième des
384, du 38g. nuances au-deffus du mulâtre, 90 -Ceux qui
du Fort-Dauphin, I03, 134. ne font nègres fe croyent fupérieurs à Ancre. Qu'on Port-de-Paix, croit étre 103, 722. çeux qui P font, 90.-Les mulâtres font les
Colomb celle de la caravelle de
Chriftophe
. 189. --- Page 774 ---
T A B L E
Anes. A cuciemployés: sau Port-de-Paix, 707. Arfenal de Marine. (Projetd'un), 241, 243,
Angleis. Fregate anglaife qui échoue à Caracol, Ariau, Eatrepreneur du roi , a la conceiion du
102.-- Onicers anglais prifonniers au Trou, cours Villeverd, 561.- Éioge deiacelérité
176. - - Unisaux Elpagnols dévaftent la Partic defon exécution,
da Nord en 1695, 183. - Allant à la Havane Artibouite. Procure E chevaux, 425. 1 Pent
en 1762, 215. Morne de leur nom, 631. projetté, 458. - Ses debouchés en tems de
1 Cequ'lilst tentent dans la baie de PAcul,634 guerre, 665. Chaffés del la Tortue, 669.- RavagentlePort- Articbaux. 224, 658,716. Margot en 1695, 670. - Détruilens le bourg Artilierie. Son parc,303. Ancienne école
du Petit-Saint-Louis. 5 688,
Prennent du canon, 422. Les Bombardiers 2 467,
le Cap,702. Prennent Thmdtit: 497. - Ses Oavriers,457, 497. Son com703- V.La Tertue. Willis. mandant réfide au Cap, 496. - Ie CorpsArimauxeo a Colonie, IOU. - - De la Partie du Royal, 497. - Influence heureufe de celle du
Nord, 3CO - Domestiques d'Europe réufif- Corps-Royal arrivéeen 1777, 619. V. Catfent bienau Dondon, 202. Ceux qui ne Frangais. réuliffent pes 21 D.adon, 262. - Qyi ne Artijge vétérinaire, 502. V. Égizcotie. reusilient pas 20 i Marmelade, 272. - Qu'ua Afejeurs de la Sénéchauffée du Cap, 383. vead au marche Clugay, 442. du Confeil du Cap, 386. Aatérap-piager, 25, 33.
fent bienau Dondon, 202. Ceux qui ne Frangais. réuliffent pes 21 D.adon, 262. - Qyi ne Artijge vétérinaire, 502. V. Égizcotie. reusilient pas 20 i Marmelade, 272. - Qu'ua Afejeurs de la Sénéchauffée du Cap, 383. vead au marche Clugay, 442. du Confeil du Cap, 386. Aatérap-piager, 25, 33. Afienie. Habitation quia eu ce nom au Port deAoujas, 29. Paix, 694, 710. - Cette habitation a un beau
Apaobiceire de P'Amireuté, 385. canal pour fa facrerie,710. V. Compagniz ds
dur roi,5o2. PAfiente. du Cap, 50z. Auba. Éloge de ce nègre libre 179. Appsinemeus des Conieniers du Confeil Supé- dudiencier de la Sénéchaufiée da Cap, 383rieurdu Cap, 395.-V. Marichunfte; Podu Confeil du Cap, 387. lice. Auger (M.). Gouverneur de la Colonie, fon
Arabes. V. Maures. eioge, 371. Aradlas, 29, 30. - Particularités relatives Auteur. Ses motifs pour publiar la Defeription
aux négrefles Aradas, 31. - V. Danfe. de la totalité de Pile Saint Domingue, 2, -
Arbres. Preaves de Pancienneté d'un arbre, 181. Son opinion far la caufe de l'odeur qu'exhaient
- Appeié Bois de lance, 182.- Ceux utiles les negres,54 - L'ordre adepte
aux levées, ceuxquileurn nuifent, 191, 192, cette Defcription, I0O. EN Ouvrage POES
- Oranger, citronnier, bois de campéche, Loix & Conftitutions, &c., 378. 1 Sa nomina216. - Allée dec chénes, 327. Penchent à tion de Confeillerau Confeil Supérieur du Cap,
POueft & pourqeoi,237.- Ceux plantés au 383. - S'honore d'avoir été Avocat au Confeil
Cap,311, 327,391,444 - Effet du prin- du Cap, 388. - Sa réception de Confeiller,
tems iur eux, 520. - Datier, 553- - Du 388. - A remporté le prix pour l'éloge de
qual du Port-de-Paix, 707: V. Bois, Plantes. Caftelveyre & de Dolioules, fondateurs des
à pain, au Limbé, 653deux maifons de Providence du Cap, 408. fruitiers, 145, 159, 216. - A été Secretaire-adjoint de la Chambre
de France 155,178,657,6;8. d'Agriculture du Cap, 504, Chofes intérefsircbange (Fère). Curé de Limonade, 218. fantes
à publier fur la culture coloniale,
Argoat (M. d?) Gouverneur - général. Regardé 631. 97 Le Difeoxrs Préliminaire. comme celui qui a fournilidee de la fontaine Aworay (M.). Son éloge, 164- - Comment il
du Fort-Dauphin, 121, 122 Enterrésuca- gagne une maiadie charbonneufe, 165. veau dePeglile du Cap, 343. Rue de fon Avalanches. V. Afaloges. nom. au Cap, 469. Avuenturiers. 5, 608, 739Armsiriet. Ceiles de la villed de Porto-Real, 164- Avocais du Confeil Superieur du Cap, 388. Celles du Cap, 330,447.
164- - Comment il
du Fort-Dauphin, 121, 122 Enterrésuca- gagne une maiadie charbonneufe, 165. veau dePeglile du Cap, 343. Rue de fon Avalanches. V. Afaloges. nom. au Cap, 469. Avuenturiers. 5, 608, 739Armsiriet. Ceiles de la villed de Porto-Real, 164- Avocais du Confeil Superieur du Cap, 388. Celles du Cap, 330,447. V. Caracol. - A quiils donnaient placedans leurbanc,388! Arpenteur. 134, 496,
- avaient pour chef leur Doyen fous le nom
Principal, 134. de Batonnier, 388. - L'anteur l'a été, 388. Srrejament. 128. Premier cxemple dans la Bzedesck. V. Lilan
Tartie du Nord, 29a. B --- Page 775 ---
D E S M A T I E R E S. B. 561. Qmi & rues du Cap qui lui doivent
leur nom , 470. Son iniluence far la cenfure
Baa: (M. de). Gourergeur-gininldes Iflesvient de la gazette, 5o8. à la Tortue &yl laiffe un gouverneur, 728. Belzance (. M. le Vicomte de ). Commandant
Bac. Sur la Grande-Rivière, 215général des troupes & milices. Établit un
+ Sur la rivière du Haut du Cap, 452. camp au Trou, 17Z. - Quand il devient gouQyand il eft établi, 452. - Et l'objet vernsur-général, 172. Sa réputation milid'ane ferme, 85 Jaivantes,
Son taire, 172, 614. - Son arrivée avec des
péage,453. - 49 police, 455. Ha privi- troupes, 209 Fait mettre un bac fur la
exclufif, 455. - Faits quil lui font rela- Grande rivière, 215. Met des
a
-
camps
i 456 Inconvéniens de fa polition, 457. Sainte-Rofe & au Dondon, z26. - Avait fait
- Sur la rivière Salée du Borgne,63z. commencer un pont aa Dondon , 256. - Ses
Baie. de PAcul. V. Acul. vues furle Dondon oà il fait mettre des
-
de Mancenille, 293,621, 702, 703264, 263. Il fait ouvrir un chemin camps, du
- de Mouftique. Ses falines,712. - Sa nature, Dondon au Cap & un du Dondon à Saint719 - - Ses tortues, 720. Raphaël, 264, 265. Un du Cap au PortBains pablics du Cap, 312, 434 468. au-Prince, 265, 273, 662. - Son épitaphe
Bal. V. Danfe. dans léglife du Cap, 338. Rend là mar
Balanqué (M.). Son éloge, 484. chauffée toute militaire, 450,
Baleine, 213. Benin, 28,31. Ballon. V. Montgolfire. Bejtiaux. V.. Animaux. Bambaras, 27. Bieyfajfance, 460.- V. Cefelugre, Dolicules,
Bambon, 219. Jafmnin. Bamboula. Eipèce de tambour au fon daquel les Dipaget, 28. Ont des boucliers de peaw
nègres danient,
d'cléphant, 28. Bancs bonorifiques. # Honneurs. Blancs. Qui habitent la Partie Françaife, 6. 1
Bande du Nord, 601, 602, 3 622, 702,
Il n'y en a qu'un quart de Créols, 9.
olicules,
Bambon, 219. Jafmnin. Bamboula. Eipèce de tambour au fon daquel les Dipaget, 28. Ont des boucliers de peaw
nègres danient,
d'cléphant, 28. Bancs bonorifiques. # Honneurs. Blancs. Qui habitent la Partie Françaife, 6. 1
Bande du Nord, 601, 602, 3 622, 702,
Il n'y en a qu'un quart de Créols, 9. Baza. Inftrument de mefique des nègres, 44, Réfultat de leurs combinaifons avecle nègre &c
52. les mélanges fucceffifs qui en provienment, 71. Baptôme. Idée dcs nègres à cet égard, 35. - Dans la Partie du Nord p.us des deux tiers
Baromètre. Sa marcheà Saint Domingue, 287. font du fexe mafculia, 106. V.Criol, Créols
- Opinion de P'Auteur fur le Barometre, 288. Population. V. Tempirature. Blancbes. V. Blancs. Barau (M.). Bienfaiteur de P'églife du Cap, Blé, 716. 341. Des Religieufes du Cap,432. De Blefes. Extrâmement difficiles à guérir aux
PHôpital du
Colonies, 581. Barre Eludrique. EVTER Eleavicité. Bois. Efet del leur deftruéion 4- - d'0.anaBarri de Saint-Venant (M.). Son éloge, 234, minthe, 145.- - Du Dondon, 25z. Delz
237, 458. Plaine du Nord, 629.- - De Plilànce,658. Bele- Terre. L'un des premiers noms du Cap. - Du Port-de-Paix, 713; 714- De la
V. Cap - Frangais,
Tortue, 741, 742. r. Arbres, Plantes. -
Chef-licudela"T Tortue. V. laTortue. Bois de Laace. Canton de la paroiffe de LimoBâtimens. Ce que les nègres entondent par ce nade. Son étabiflfement, 182. D'oà lui
mot, 38. vient ce nom, 182 --Son premier habitant, 182a
Bayiba. Jrigine de ce nom 3 III. - Quand Dépendit de la paroiffe du Quartier-Morin,
on a ceffé de l'employer, 116. 1 V. Fort- 18z Ses habitans prefque tous détruits à la
Darpbin. bataille de Limonade, 183: - Devient de la
(M.). Intendant-général des Ifles de paroiffe de Limonade, 184, 185. Veut
R Vient à Saint-Domingue, 380. une chapelle, 184- - Sa première fucrerie,
Bibotte (M.). A la tête d'une compagnie de 184- Veut devenir paroiffe 7 184 Son
fon nom, fait d'utiles travaux au Cap,06. églife, 184, 200. Ses petits cantons 3 200. Belin de Villeneurve (M.). Son influence fur la P. Arbres. profpérité de Stint-Domingue s 649. - Con- Boifmorant ( M. de ). Détails fur ce commiffaire
naiff.nces dont ila enrichi PAuteor, 651, ordonnateur du Cap;
Belleet(M de). Goaverneur-général, 369, Boifirainé ( M. de ). t gouverneur de lilo
Tomn. Z,
Cccce --- Page 776 ---
T A B L E
Sinte-Croix,le devientde la Partie du Nord Bourreau mafacri,575, 596. de Saint-Domingue, 704. Bourfe. V.
de ). Détails fur ce commiffaire
naiff.nces dont ila enrichi PAuteor, 651, ordonnateur du Cap;
Belleet(M de). Goaverneur-général, 369, Boifirainé ( M. de ). t gouverneur de lilo
Tomn. Z,
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Sinte-Croix,le devientde la Partie du Nord Bourreau mafacri,575, 596. de Saint-Domingue, 704. Bourfe. V. Chambre de Commerce da Cap. Benani( M. ). Propole de réunir la rivière
-commune. V. Huiffers
Salée del'Aculala rivière du Haut du Cap, Bcufole. Effet attribué à une mine fur la637. 205. Bongars (M. de ). Rues qui lui doivent leur Boutin (Père). Jéfuite. Son éloge, 335, 567
nom, 470. - Son caraétère facile, 508. Fait un hôpital, 372. - Forme une maifon
Bonnet arbvique. Montagne "SP ce nom, & d'Orphelines, 372. Eft le fondateur du
pourquoi, 233, 629. - Autre montagne du couvent des Religieufes du Cap l'éducamême nom, 679. tion des filles,
426. eNtat far lui,
Bergee(le).Son, étaten 1728 & en 1743, 678. 640.- On lui 3.lie les cabrouets 3 553. Dépendait da Pecis-Saint-Lotis, 6,8. Brach (M. de). Avait à lui ful la majeure
Qaandon en a fait une paroiffe , 6,9-Son partie de ia plaine du Limbé 642. églife, 679,680. Ses limites, 679. Brazcas ( Mde. la Ducheffe de ). Se fait fairele
Ses cantons, 579. Et tout montagneux, den du péage du bac du Cap, 212, 454,
679 -Sa plus haute montagne, 679.- Ses 455 457:
rivières, 680. Sa culture, 680. Son Breda (M.de). Major du Cap. Oû il défrait
café payé plus cher, 630.- Sa population, 2 qu'on mit cette ville, 299. 6So. - Ses manufagures, 680.-Ses bourgs, Brifs du Pape. Comment exécutés aux Colonies,
6S0, 631. Son embarcadère 3 680. - A 588. dépendu du Port de-Paix, 681. 1 Sa dépen- Briquetoritn. Dela Colonie, 100.-De la Partie
dance civile & militaire, 631. - Ses chemins, du Nord, 106. - De la paroiffe du Fort681. - Caverne qu'on trouve > 681.- Dauphin , 129. D' 'Ouanaminthe 145Preuve de Phabitation a2 anciens Naturels, Du Trou, 175.- - De Limonade, 195. - Du
681.- Situation d'un étang falé, 682.-Ses Quartier Morin, 239. - La première de la
côtes, : 68z. Son bac, 682. - Sa défenfe Coronie françaife, 246. -Dela Petite-Anfe,
militaire, 683. D'oû lui vient fon nom, 276. DelAcul,639 - Du Limbé, 645. 683.- Obfervations fur fa pointe d'leaque, Da Port-Margot, 071, 6;2. 683. -Sa température, 684. - Centenaire Brije. V. Vent. qui y meurt, 684- Diftance entre lui & Brilé (M.).
bac, 682. - Sa défenfe Coronie françaife, 246. -Dela Petite-Anfe,
militaire, 683. D'oû lui vient fon nom, 276. DelAcul,639 - Du Limbé, 645. 683.- Obfervations fur fa pointe d'leaque, Da Port-Margot, 071, 6;2. 683. -Sa température, 684. - Centenaire Brije. V. Vent. qui y meurt, 684- Diftance entre lui & Brilé (M.). Habitant de Sainte-Rofe, élève les
pluficurs autres lieux, 684. premières Abeilles de la Partie du Nord, 229. Betanique. Riche au Dondon, 262-V.Arbrei, Bratenest. Son effet fur lefol, 204. Biis, Piantes. Brulley (M.). Il tente Pédacation de la cocheBoucaniers. 6. nille à la Marmelade, 274. -Le gouverreBoucherie. AA qu'elle produit & fon influence ment l'encourage, 274. épizootigue, 291. Bureaux. V. Haifiers. Proriderce. du Cap 452, 493, 563. De Police Muricigale. Les Adminif
Baurg.De Bayaha, 114, 131.- D'Ounnaminthe, trateurs de la Colonie en étaient membres,
123,139, 140, 144- -du Terrier-Rouge, 158 307. - Ses opérations furle quaidu Cap,307. Du Troa , 168-Del la Tannerie, 180-Un
Ses opérations fur la Piace - d'armes du
projetté àléglile deLimonade, 199- -Del'em- Cap, 327. barcadère de Limonade, 200. -De Sainte- Buttet (M.). Licutenant-de-roi duFort-Dauphin,
Rofe, 3 221.-De FEmbarcadère de la Petite- 116. Anfe, 238. Du Dondon, 251. duHaut- Byron (Le Commodore). EA venu au Cap,539. du. Cap, 594 85 fuisvantes. Du Limbé. 643- De Piaifance, 6s6. - Grand & Petit
C. bourg du Port-Margot, 671, 672. Du
Borgne, 680,, 681. - Du Gros-Morne, Cabinet Littéraire. Par qui le premier cft établi
687. - Du Petit-Saint-Louis, 2 688. au Cap, 323. Bourgeoit (M.).Secrétaire de la Chambre d'Agri- Cabreuers. Efpèce de charrette coloniale 7 553 -
culture & de Commerce, puis dela Chambre A qui on les doit, 553d'Agriculture & de la Chambre de Commerce, Cecas,629. - Cultivé autrefois à PAcul, 640. 318,541. V. Cacaeyères. Baursgai, 28,
Cacastiires.- V. Cacacyères. --- Page 777 ---
D E S M A T I E R E S. Cacaryer. D'Ogeron en introduit la culture au Canne à fiucre. Sa culture exige des individus
Port-Margot & au Port-de-Paix, 670,723. accoutumés à un foleil ardent, 24. Le feu
Cacavyires. De la Partie Françaije, I0O. De y prend fpontanément , 164 - Oà l'on dit
la Partie du Nord, 106. - De Sainte-Rofe, qu'ont été plantées les premières cannes à fucre
223.- Du Port-Margot, 671,672. dans la Plaine du 236.- 1 Eft
d'un
Cachalot. - V. Baleine. troc, 444, - Les Cap, Créols l'aiment l'objet beaucoup, 3
Cacique,S, 694- -V. Guacanaric.
fpontanément , 164 - Oà l'on dit
la Partie du Nord, 106. - De Sainte-Rofe, qu'ont été plantées les premières cannes à fucre
223.- Du Port-Margot, 671,672. dans la Plaine du 236.- 1 Eft
d'un
Cachalot. - V. Baleine. troc, 444, - Les Cap, Créols l'aiment l'objet beaucoup, 3
Cacique,S, 694- -V. Guacanaric. 444. -V. Sucre, Sucrerie. SrOLILE Cafi. PAcul. des Pins très-recherché & Car.Cap-FrangatnA 102. -Aun Commandant un Commandant en fecond,
pourquoi, 132. Celui du Borgne eft
494--Aun Ordonnateur dela particulier, Marine, IO2 3
plus cher * 680. - Celui du canton du ERAE 494.- A un Confeil Supérieur de fon nom 102, 2
Mouftique du Port-de-Paix eft eftimé, 714: 103,316, 321,323, 376 6 Juivantes. -
Récolte étonnante de cafs,714- Cultivé A une Sénéchauffée, 316, 324,
àl la Tortue, s 742. V. Cafsterie, Cafer. 380,381, 382, 594. A une Amiranté, 376, 377,
Cafteries. De la Partie Françaife, IOO. -Dela 103,376, 377, 384. Son Morne,
Partie du Nord, 3 106. Du Fort-Dauphin, 597, 9 jufqu'a 605. Ses
104,
131,132. D'Ouanaminthe: 145-- - Du'Trou,
Reçoit les denrées du avantages, Io5. 175,1 196.- - De Limonade, 203,204. - - De Quartier de fon nom , Dondon, 266. Sainte-Kole,223. - Du Dondon, 201 - De fedu n'elt,pour ainfi 607- -La paroif. la Petite-Anfe, -
compolée
PACET
288. De la Plaine du Nord, de la CAL du même nom , 293. Arrivés que au
629.- DePPAcul, 639. - Du Limbé, 645. Cap par mer,293 85 fivantes. --Fort Picolet,
1 De Plaifance, 657. Du Port-Margot, 295. - Son Port, 295, 471 65
671', 672, 680. - Du Gros-Morne, 686. A
en
fuirantes. -
- Du Petit. - Saint. - Louis, 689,691. - Du Serait peine une
venant par mer * 296.. Cr ville partout 3 296. - Sa LaPort-de-Paix,
714, 723. De la titude > fa Longitude 3 296. Sa fituation
Tortue, 743. Te Cafe, Cafer. 296, SII. - Ses noms,
-
Caftère - V. Cefuterie. Eut Gobin, calvinifte, 296, 297 5. 298. Cafer. Les premiers cafiers de Saint-Domingue 297; 324. Avait deux 7 pour établiflemens, premierhabitant, l'un
venaient de la Martinique 7 164, 261. A sppelé Hant-de-Cop, l'autre Bas-du-Cop, 298. gui l'on en eft redevable, 164- Oà on les Le Cap actuel s'eft appelé la, Baffe-Terre,
naturalifa, 154: - Premier lieu où Pon en cul- 298. - Reçoit la petite colonie de Samana,
tiva dans la Partie Frangcife, 164, 261. - Eft détruit les
- Pourquoi il ne réufit pas dans certains lieux, 24 1695, 298, 702.
-de-Cop, l'autre Bas-du-Cop, 298. gui l'on en eft redevable, 164- Oà on les Le Cap actuel s'eft appelé la, Baffe-Terre,
naturalifa, 154: - Premier lieu où Pon en cul- 298. - Reçoit la petite colonie de Samana,
tiva dans la Partie Frangcife, 164, 261. - Eft détruit les
- Pourquoi il ne réufit pas dans certains lieux, 24 1695, 298, 702. par 1 Pourquoi Efpagnols la en ville 1691 eft
203. Les faces des montagnes vers la mer ne au point ou onla voit,
lui conviennent point, 204. Vient plus vite dimenfions, 9 299. Ses 298. rues Sa figure, fes
& dure moins à Limonade qu'à la Marmelade 315,320, 321, 342, 343, 344, 299 3 340, 314, 315,
& au Dondon, 3 204. Détruit Pherbe à 358, 39+, 433, 434, 435 439,
Panache, , 204. V. Cafeterie, EBA
451, 465, 457: 468 469, 470, 446, 448,
Cabuzac (M. de). Amiral des premiers vaif- 490 > 550. Divifion de' fes rues en ilets 485. Ou
feaux français envoyés aux Antilles 603, 731. carrés & en emplacemens , 299. Ses maifons
Calatrava. Réception dans d'an Chevalier du de cetordre 299 3 300 1 301 , 312 , 321, 326, 447,
d'Eipagne
P'églife Cap, 342. 483, 490, 3 522. Son
Son
Calinda. - V. Danfe. climat & fa température, pavé, 300. E5
Calvaires. - -V. Cap Vert, 27. svantes. On ya le goût oiféaux, 5II FiiDe Louife. 2'ae
Camp. V.Acul. Ses limites 301,, 433, 435, 595, 597, 3or,
de Sainte-Rofe. V. Sainte-Rof. - Sa defeription divilee en 8 Sections, 598. -du Trou > E72 85 Juinantes. Dimenfions de fa première Sedtion, 302. Campicbe. Oà on l'a naturalifé d'abord à SaintSon quai, 302,
5oz. Domingue, 632. - A remplacé le Citronnier 314, 316, 463, 304, 466, 305, 467, 307,jmpn'e 469, 470,
pourles hayes, 632. 481. Ses calles, 302, 304,306. Ses
Canal. Projeté entre la baie du Fort-Dauphin & fontaines, 302, 311, 329, 345, 399, 424,
celle de Jacquezy & de Caracol, 136, 160, 444, 447, 468, 512 frivanter, 557
212. 600. Ses moyens de défenfe, 303, 304,
Gangas, 28. 306, 325, 601, 607, 608. - Son parc --- Page 778 ---
T A B L E
d'artillerie, 303. à Ses places publiques, 345- Raifon de fun de fes accroifemens,
304,311,3 313-326,330, 331,357 , 353, 346. - Son fpeétacle, 346, 359.- Efpèce de
359, 422, 441, 4452. 404, 468. Une Clab agréable qu'on y etablit, 347- Sa
Compagnie Binotte y fait d'utiles travaux, Société Royale des Sciences & Arts, 347.
303. à Ses places publiques, 345- Raifon de fun de fes accroifemens,
304,311,3 313-326,330, 331,357 , 353, 346. - Son fpeétacle, 346, 359.- Efpèce de
359, 422, 441, 4452. 404, 468. Une Clab agréable qu'on y etablit, 347- Sa
Compagnie Binotte y fait d'utiles travaux, Société Royale des Sciences & Arts, 347. 306. Commental cfubregmndien 1740, Sa defeription Médico - Topographique, par
305. - Son morne des Capucins, 306, 325. M.Arthzad, 347.- Chef-lien d'une mi@ion,
Ses marchés, 305, 317,326, 440,468, 352. Son Imprimerie, 353,
DéSon marché aux Bianes 300, 317. tat.fu.Tétatancimdef.Partic Rtlitin vers'
Grues farfon qaai, 307, 308. Concef- la maifon aélueile du Gouvernement, 357, 358. fions fr fon quai, 307, 3e8,309, 310Étrangers & 2utres perfonnes remarquables
Son Capitaine de 309, 474: Origine qu'ony avues. : quiy ont féjourné, qui y font
des deux maifons Etar qui iont fur fon quai, nées ou mortes, 356, 538, fuidantet. 310.- Ses eaux, 310,319,458, 512. 526, Le fpedtacle y elt néceffaire, 371. Ses ho552, 599. - Anayfe de fos fources, 310, pitaux, 334, 371, 372 9 395, 415. 43+,
319. Allée d'arbres, 311, 327, 328, 452, 557, 596. Broge de la conduite de
444. Son cours Le Braffeur, 311. Sa fes habitans envers ceux de Saint-Chrifophe,
Méridienne, 3I1.--Ses bais publics, 312, 371, 433-Sa quatrième Sedtion * 373: Sa
434, 468. - Ses corps-de- garde, 313, maifon appelée le Gowvernement, , 374 6 fiui315, 324,328,331. - Ses
quais 2 cantes, 3906 Feinantes. - Ses promenades,
313, 314 Preuves de fon EREL com- 291, Ses deux maifons de Providence,
merciale,314, 321, 483 Magafin de 394 UA ftivantes , 399 8 fivantes. Sa
l2 Marine, 314, 315. - - Ses prifons, 315, ch.ine publique 3 393. Sa Providence
321, 396, 467. Ses incendies, 315, des gens de couleur 3 4168 frivantes. Son
319.341.431-489 - SaRavine 316,413, Champ de Mars, ancienne école du canon *
547, 549, 550, 551, CoI. Ses ponts, 422. - Ses cazernes, 422, 425, 465 3
316, 321, 452, 4573 453, 460, 552, faivantes.. - Ses lavoirs., 425, 515,601.-
595-- SaChambre de Commerce &al Boarfe, Ses moyens d'éducation,431 433, 545.-
318, 505. Ses magafins publics, 320,333, Sa cinquième fedion, 433. État de cette
Son accroiiement depuis 1734, 320.- fection autrefois, 433- Son entrée vers la
Érenlue de la feeonde Section, 320. Ses plaine au commencement du fècle, 433. Troupes 3 321. - Ses rues commerçantes, Cequ'enyappele petite Guinée, 433- Son
321: 322, 323, 324.- Reçoit des habitans pavé, 424.
320,333, Sa cinquième fedion, 433. État de cette
Son accroiiement depuis 1734, 320.- fection autrefois, 433- Son entrée vers la
Érenlue de la feeonde Section, 320. Ses plaine au commencement du fècle, 433. Troupes 3 321. - Ses rues commerçantes, Cequ'enyappele petite Guinée, 433- Son
321: 322, 323, 324.- Reçoit des habitans pavé, 424. Son plan-directeur, 434. aePile Sainte-Croix, 321. Son bureau Ses loges de franc-maçons 434, 554- Sa
desventes maritimes, 322. Point devue fixième feétion, 439. - Ses marais,
agréable, 322.-- Ses Cabinets littérmires,fes 440, 448, 514 3 558,
560. 4R2:
Libraires, 323.- Son Églife, 324, 326, flexions jurles noms de 1R41 de fes rues,
327, 329, 334, jelpaa 344,
Son 440. Projet de kai donner des
triomLi, 324, 511. Ce que coûte une phales, 446. - Sa feptième AARRE 448. -
pirtie de fon étendue, 325. 346. Ré- Sa maréchauifée, 448.-Scs boucheries , 452,
fidence de plufieurs Généraux & Intendans, 503,564-Son bac, 452.-Ses chemins, 452,
326, 334 SaPolice, 327,.328, 485, 8 453.x554, 553, 591, 600, 601, 603- Sa
fivantes, 562. Ses armoiries & leur ori- huitième faction, 454. Son arfenal, 454,
330, 347. - Ses Miices, 332, 497: 465. Son faubourg, 464, 472. Sa
ET Jaivantes , 59+: É. enemens relatifs à nifon, 464, 491,495, 591. Son Sulite
deax ex-cutions : 332. Les Religieux de la ou waux-hall, 466. Sa boulangerie, 467,
Cuarité y out d'aburd Itenu leur hopital, 354- 458. . - Son hangard à la mâture, 469. - -Ses Religieules 336, 428. il Epitaphe , Bailin auquel on travaille 469 - Son ancien
338.- - -Pertoanes remarquasles entérrees dans carenage, 477. Eft un port d'entrepôt,
foneglife, 339-. 340. - La dévorion de fes 450. Nombre moyen des bâtimens qu'on
habit-ns un peu tiede, 340. Ses cloches, trouve dans fon port, 482. Ses pompes,
542. Ses cimetieres, 342, 343, 358, 485.- Ses cabarets, 486. - Si popalation
414, 435: Prefbicère cu'un y conitruit, 491, 594- Ses coniommations, 493-
$+3. O.ig'ne du liv.il de pluieurs de jes Conidere comme capitale, 65 Juswastes. Juts, 341 543, 540. - Sa troiieme Section, - A été la fixième capitale 22.5 Partie FranSailee --- Page 779 ---
D E S M A T I E R E S. çaife, 493. Son état-major & fes officiers Capitaine de Port 133,309, 474.722. d'adminifration, 494 E5 faivuantes. - Éten- Copitale. La Tortue eft'la première Capitale de
due qu'avait autrefois le quartier de fon nom, ia Partie Françaife de Saint-Domingue,
Confidéré comme une fubdélégation 670, 695. -Lel Port-de-Paix eft Ia
42ha Pintendance , -
la
-
Ticade
495.
-major & fes officiers Capitaine de Port 133,309, 474.722. d'adminifration, 494 E5 faivuantes. - Éten- Copitale. La Tortue eft'la première Capitale de
due qu'avait autrefois le quartier de fon nom, ia Partie Françaife de Saint-Domingue,
Confidéré comme une fubdélégation 670, 695. -Lel Port-de-Paix eft Ia
42ha Pintendance , -
la
-
Ticade
495. Son greffe de fub- 493, 698. eft la troifième 3 >
délégation , 495. - Sa partie militaire, 496. Petit rde eft la quatrième, 493
Et la réfidence de Pingénieur de la Partie Eine Port-au-Prince la. -
du Nord, 496. Eft la réfidence du comla fixième, cinquième, 493--Le 493- Port-aumandant de Fartillerie, 496. Ses gardes PEaT Prince actuelle, 493. magafins, 496. Régiment de fon nom 3 Caplaous ,
496. Ses médecins fes chirurgiens & fes Capucint. 02 eu les premiers la miffion de Is
apothicaires, 5OI. Ses accoucheurs , fes Partie du Nord, 181,
$
fages-femmes fes dentiftes, fes vétérinaires, chargés à préfent 21 la miffion ar3t Sont du
Sa Chambre
,
Ihane
là
d'Agricalture, 503. Nord, 197. - On leur fait don d'un morneau
Sa C'eft là que la gazette a commencé, 506
Cap, qui prend leur nom , 325. - Leur
qu'on a fait le premier almanach de ment au Cap, 325, 374-- Avaient un logeSaint-Domingue 7 509. - Oavrages qu'on y temporel, 325, Railons dà faire fyndic
a imprimés, 3 sio. Son inclinaifon, férer les
de quia
pré5II. - Ony FRal l'eau des
517:
chef-lieu Capucins de leur mifion Normandie a été au 452. Port-de- -Le
Projet pour y mener Peau de ROMa Grande rivië- Paix, 717. Morne & fort de leur nom
re de Limonade , 517.-On. n'y a point de Caracol. Projet de canal entre la baie du Fort- 717caves, -N'elt 519-Ses maladies, 527 65 Jnivanter. Dauphin & la fienne, 135. - Ses embarcavoit pas de exempt d'épidémies s 535- On daires, 136, 160, 161, 178.- - Canton de
y peu
agées 3
Ses Caracol, 159.- Son fol, 159, 171.-Sa
environs, 547 Op fuivantes. eA jardins, baie, 161, 162.- - Sa rivière 160, 161. 553. - Son ancienne guinguette,
Ses Ses efters, 161. - Sa paffe, 178, 622.- -
cabrouets, 553.- Lieu ou ont été Pam des Une frégate
16z. - - Ses
obfervations altronomiques, 554: - Sa guin- bateaux paflagers, anglaife 16z. y échoue, - Ce que fignifie ce
guette aétuelle 7 554- Ses fortifications, nom ,
le fite de la ville de
-
555. Santé de fes habitans > 555. -La Réal, 163.-Etsitl Son était PertoFolfette, 556. - Cours Villeverd, 560.-
Nativité, 163,207.- 163, 207.
altronomiques, 554: - Sa guin- bateaux paflagers, anglaife 16z. y échoue, - Ce que fignifie ce
guette aétuelle 7 554- Ses fortifications, nom ,
le fite de la ville de
-
555. Santé de fes habitans > 555. -La Réal, 163.-Etsitl Son était PertoFolfette, 556. - Cours Villeverd, 560.-
Nativité, 163,207.- 163, 207. Conceffions port celui de la
Chemin de "Hopital, 563,564- Le Haut a faites a 171. Portion
qu'on de
du
Ses
dépend 2
Habitation Cap, 591.- Charrier places-à-vivres, 592. - paroiffe du Trou, 2 171. d.er eft entrainé
Bas du Cap, 593- - 3 122 confeil S'appelait des Milices le de là vers Limonade, 207. Voy. Difenfe milir
affemblait
Ses
taire. Défenfe de la Partie du Nerd."
s'y
593entrepôts > fes Caragère. "On oublie vite à
guildiveries, 595. Son unique fucrerie 3 121. Difficultés
Saint-Domingue,
595. - Ses poteries, 596. - Sa minéralogie, 136. Opinion égoifte, qu'on y mûriffe un plan,
598.. Sa vigie 3
609. Ses côtes, foins
153- Point de
DOI 8 fuivantes. 598 diftance de plufieurs ont befoin confervateurs, d'être contraints 173 3 192. à - Les Colons
autres lieux, 605, 9 727. Ses communica- eft utile, 193.- Celui du Colon faire cc eft qui leur
tions 3 fes moyens dupprovifienmenens, 60s, ciant, 194, 216,
infour
606. - Son importance comme chef-lieu de Difficile de faire le 456, bien 1 458, 510. -
la Partie du Nord; 606. Reçoit les denrées 203. Point de foins des chofes Saint-Domingue, 3
fabriquées depuis le Fort-Dauphin jufqu'au 216. Des Officiers de Milices &
Port-de-Paix, 606. Éloge de fes habitans
fimples
2TN
611. - Chofes annoncent fon
miliciens, 500. - Les duels font fréquens,
qui
voifinage, > 568.. - Des Blanchiffeufes, 601. -
632. V. Bande du Nord $ Difenfe de la Agrancbiss Blanes Colons : Créol; Voyea Créole. Partie du Nerd; Grandtan-Frenget. ; Petit De Clieux : Efclaves $ Nigres. Pert-Frangais. Caraibes. On en a amenéà
Cap la Grange. - Voy. la Grange. - Réfultat de leurs combiatifonsaveclel Sain-Domingue, Blane, 67. Vart,27. Samand, 293. le Negre & les nuances intermédiaires, 3 74- -
Capitaine de navire arrivant au Cap 3 483. Sont tiques, affimilés 81. aux Biancs pour les droits polig
Tom. I. Ddddd
A --- Page 780 ---
T A B L E
Carenage da Syarticr Moria. Etait l'ancien Ca- 434 Son origine, 503- - Sa confitutien
renige du Cap, 238, 242. - Voy. Cap. 603.-- Sa compétence, 503:-
Cersbegène. Des Colons de Saint- Domingue Betst donner unMéincire motivé furladminif
marchent à la prile de cette ville, 218, 248, tration de chaque Adminifirateur, 504- Ses
704.
T A B L E
Carenage da Syarticr Moria. Etait l'ancien Ca- 434 Son origine, 503- - Sa confitutien
renige du Cap, 238, 242. - Voy. Cap. 603.-- Sa compétence, 503:-
Cersbegène. Des Colons de Saint- Domingue Betst donner unMéincire motivé furladminif
marchent à la prile de cette ville, 218, 248, tration de chaque Adminifirateur, 504- Ses
704. travaux, 504.- Troubles qu'elle a éprouvés;
Cafelveyre. Fondateur de la Providence des 504.- Ouelles'illemble, 504hommes au Cap. Son éloge, 399 5 Juir. & Chambre dAgricalture 6 de Commerce- Voyez
414 - Avait commencé un hoipice charita- Chambre d'dgriculture. bie à Léogune, 400. - Sa mort, 404de Commerce du Cap, 318. Origine,
Pafle à tortpourle fondateur des deux Pro- 31865 fuir. Son fecrétaire, 318. Son
vidences du' Cap, 405. - On ne trouve fon cacnet, 319- Son état aétuel, 503, 505. non nulle part àla Providence, 408. - Voy. Sa compolition, 505: - Reproche qu'on
Providence. lui fait, gos. - Scn éloge,
Projet
Catex (M.). Soninfsence fur Pétablifementde utile qu'elle avait & comment fam eit traverié,
Vallière, doat il a été le premier Comman- 505. dant., 143. Clameaux, , J45. Cefillor. Eloge une poudre dece nom, 530. Champde Mars, 42z. Cawcet (AL.). Son Mémoire fur la défente du Chanjom. Voy. Langage. Cap, 608. 1 V.Defeule ds ia Partie duNord. Chailevois (lePère), Jéfuite, 118. - Public
Caverne. Da Borgno, 681. De la Tortue, iHiftoire de Saint-Domingue, 218 3 268. 7347 736. Vient au Cap, 538. Cajes (Ville des ).Sa difance du Cap,603. Cbarrite (M.de). Gouverneur du Cap. BienCayman, 595. faiteur de Péglife du Quartier Morin, ohil a
Caxernesdela Maréchaufte. -V. Marécbanfre. une chapelle, 235-- On dit les premières
des Chalfears volontaires, 447cannes à fucre de la plaine 1 Cap ont été
des Chnfleurs royaux de couieur, 452. plantées fur fon habitation, 236 1 Détails
du Cap, 423, 6 Ju.-Faites fur les fur lui, fes qualités, fon carsctère; obligade M. Rabié, 424: Ameliorées par tion que la Colonie luia, - Ef le preTEHA Hefle,474 Ce' qu'elles peuvent loger mier qui terre du fucre dans # Colonie, 246. de troupes, 424 Leur chapelle 424. Etablit une poterie, one tuilerie, une
Leur foataine, 424. Anciennes cazernes de- briqueterie, 246. - Avait effayé d'avoirane
venues PArienal 465. manufacture de tabac en poudre, 246. - -Oà
da Manège au Cap, 425. il défrait que fut la ville du Cap, 298. -
faites dans l'encios des Religieufes 429. Devient propriétaire d'une partie du Cap,
Centenaire, 179, 204.- Nombreux à Sainte- 325 3 423. - Pour combien fà veuve vend
Rofe, 224, 225, 226.
ait effayé d'avoirane
venues PArienal 465. manufacture de tabac en poudre, 246. - -Oà
da Manège au Cap, 425. il défrait que fut la ville du Cap, 298. -
faites dans l'encios des Religieufes 429. Devient propriétaire d'une partie du Cap,
Centenaire, 179, 204.- Nombreux à Sainte- 325 3 423. - Pour combien fà veuve vend
Rofe, 224, 225, 226. du Port- -Margot, une partie du terrain du Cap, 325.- Im674-- Du Borgre, 584. DaPort-de-Paix, menie jardin qu'il avait au Cap même,
717, Voy. Température. Lieutenant au Couvememeni-généal lff de
Cerciedes Philadelpies. - V. Scciété des Sciences Colonie, 49+, - Poffédait une
partie
8 Arts du Cop. de la paroille dePAcul, 633. Rmi une
Chabaren (M.) del'Académie Françaife, Créol grande partie du Port-Margot, 670. da Limouade, 198, 217. Cbeffeurs reyaux. Troupe formé d'hommes de
de Maugris (M,) Créol de Limonade, couleur, 70. 193, 217. Volontaires de couleur, 447. Cbunspubiigee. Son origine, 397. Son but, Chefenge (M. de ), Gouverneur de la Partie du
398.- - Chaagement gu'éprouve malheureufe- Nord, 115 , 149. On lui doit les premières
ment fapolice, 398-Abus monttrueux qu'elie levées de Limonade, 191. - - Comment il
montre, 393. donne an nom à une rue du Cap, 322.- DeChaleur du Soleil, 198. -Voy. Mitéorologie, veru Lieutenant au Gourernentirginéinl,
Tompérature. 494. Cianbre a'Agricultare. Celle du Cap, 191.-
fils, (M. de) Gouverneur du Cap &
Qsind projettée, 292. Son fecretaire, 318, Lieutenant au Gouvernement général, 494. 54 Demande une Imprimerie, 354- Châtean de Colemb, 207--V. Fort la Nativité. Reclame contre un don fzit à M. Laporte, Chugjhararin-V.Fira-das --- Page 781 ---
D E S M A T I E R E S
Chemins. Entre la Partie du Nord & celle de De la.) Foffette , 435. Refus des Jéfuites
POueft, 104, 229, 265, 273. - Ridicule d'aller au cimetière de la Foffette, 435. -
de l'ordonnance de 1781 à l'egard de ceux Infuffifance du cinetière de la Foffette ,
des mornes, 151. - On pourrait en faire un 85 fuivantes. - Danger de les remuer avant 435
entre Ouanaminthe & le Trou par les hauteurs, un certain terme > 436. - Celui de la Foffette
153- - Du Bois de Lance au Quartier-Morin, a un chapelain , 437. Effet attribué au
200. Du au Fort-Dauphin, 213 > 214. petit-mil planté dans le cimetière de la Fof-
- bTHACE: au Cap, 214-De la paroille iette , 437. Réflexions furPufage des cimeSainte Rofe, 224, 228,229.- - du Quartier- tières., 438. Obfervations fur la fituation &
Morin s 236.-Entre le'Cap & Pembarcadère lextérieur du cimetière de la Foffette , 438 ,
de la Petite-Anfe, 242,314, 452, 453439. Du Dondon au Cap, à Saint-Kaphael, au Cinguante Pas du Roim-243.- Ce que c'eft,
Port-an-Prince, 265, 266, 267.
des cimeSainte Rofe, 224, 228,229.- - du Quartier- tières., 438. Obfervations fur la fituation &
Morin s 236.-Entre le'Cap & Pembarcadère lextérieur du cimetière de la Foffette , 438 ,
de la Petite-Anfe, 242,314, 452, 453439. Du Dondon au Cap, à Saint-Kaphael, au Cinguante Pas du Roim-243.- Ce que c'eft,
Port-an-Prince, 265, 266, 267. - De la 569. Marmelade au Cap, 273- - Del la Marmelade Clemeat (M. ). Aéteur du Cap. Son éloge 3
aux Gonaives, 273: - De la Petite-Anfe, 3 366, 357. 365,
283, 284-Du Capa Picoict,554 faivantes. Climat.-v. Température. -Du CapaPHopital, 563,
Du Haut Cingry ( M. de ). Intendant. - Son
>
:
du Cap, 591 595. -Da doti àla bande du 292, 316. éloge
Nord & au Grand &au Pett-Por-Erangais, , Cocbenille. Sa culture entreprife à la Marmelade,
602, 603, 604, 60s. 1 De la Plaine du 274. Nord, 630.-De PAcul, 637, 638, 639.- Cochon. V. Pourceaux. Du Cap au Port t-au-Prince , 638, 644, 645. -Maron. V. Pourceaux. -Du Cap au Môle, 638, 691, 724.- Du Code Noir. 68. Limbé, 644- .-Da Cap au Port-au-Prince, Colomb ( Chriftophe ). 163, 164. 1 Ancre
661 fivantes, 691, 724. - De Plaifance qu'on croit celle de fa caravelle , 189.- - Oà
au Gros-Morne & au Port-de-Paix, 667. & quand il a bâti le fort la Nativité, 206. -Du Cap au Port-de-Paix, 671, 690,724. -Mouille à Caracol, 207. Fait
à
De la Coupe à Noé, 674- - Du Borgae, Limonade 207. Entre dans la nanfrage baie de
681.- Du Gros-Morne, 687. - Du Petit- PAcul, 636. Vaau Port-de-Paix, 694. -
Saint-Louis , 671.-Du Port-de-Paix, 712, Vaau Port-à-Écu, 706. 713, 714, 723, 724. De la Tortue, Colons. Ceux Européens de la Partie Frangaife,
6. - Premières mccurs des Colons, 7. -
cltie 17. V. Animaix. D'oà vient leur infouciance pour leur
Chica. V. Danfe. 8.- Leur luxe, 8.- Mceurs de leur fecond pays,
Chien. Maladie gangréneufe qui en fait périr âge, 8. Leurs mceurs aétuelles, 9. beaucoup s 535Environnés d'efclaves & de domeftiques, IICbirurgien. coloniale à laquelle 134, SPiaa faut 571. fourettre Epreuve les chi- Ne fe donnent point de jouiffances, II. rurgiens,
Voyagent avec rapidité, 17. - Cultivaient
-du M V. eux-mémes au commencement, 24. - Ont
-du Roi 2 llipital. crééla claffe des affranchis, 70. Ceux qui
-Major S au Cap, 50I. défrichent n'ont aucune jouifance réelle qu'à
la cinquième génération 3 128. Leur
del'Amirauté des
, 385, 5ot.
ent point de jouiffances, II. rurgiens,
Voyagent avec rapidité, 17. - Cultivaient
-du M V. eux-mémes au commencement, 24. - Ont
-du Roi 2 llipital. crééla claffe des affranchis, 70. Ceux qui
-Major S au Cap, 50I. défrichent n'ont aucune jouifance réelle qu'à
la cinquième génération 3 128. Leur
del'Amirauté des
, 385, 5ot. conr-ge, 251. Ceux tués à la bataille de
Milices,
Limonade, 183. Marque de bienveillance
du régiment 3e Cap. qu'ils donnent,
Teinte de leur peau, >
Cboifeul(M. le Vicomte de). Influe fur la formaRevenant 1W France ont encore
tion du bourg d'Ouanaminthe, 144- --Empé- 1: s'acclimater, 528. V. Blanc. Créol. Créole. befoin
che qu'on abandonne le territoire de Vallière. Colonies. Nature de la population d'une Cclonie,
148. 6. V. de la Partie du
-
Cibao. 3-- V. Montngnes. Colonies de Défonfe Lmirique Septentrionale. Nord. Ont donné
Cimetières. Du Cap, 342, 343, 358. Le les première.l'esemple d'avoir des
caveau derrière Péglife a des parties de corps - Comsfitles-V. Marcbé. engages,24. defféchées & entières, 343. Celui de la Commandant du Cap. Avait féance au Confeil
Providence , 414,415. - Son origine, 414- frpérieur de cette. ville 5 385; --- Page 782 ---
T A B L E
Conmandant en fxcond. Il enatrois, 100, Confeil Supérieur du Cap. Sa création, 103;
102. - Celui du Cap 13 féance au Confeil 395.Sa fapprefion,'103. Lieu oà ils'eft
de cette viile, 386. Maifon où plufieurs de afemblé, 316,351,323, 324, 376,377,
ceux du Capont réfidé, 394 - Quand créés, 335.- Rue de fon nom, 321, 324- Ma495. - V. Gouverneur de Sainte- -Crotx. réchauffée qui formaic fa garde, 377. -Sa
particulier. Unan Cap, 102.- chapelle, 378.-Sa bibliothèque 378. Oiil loge, 376. Sa falle d'audience, 378. - Sa falle de déliCommerce. Détails furcelui du Cap, 322, 482. bération, 379: - Sa compofition, 385, 386. Corsmiffaire de la Marine , 495; Admis au 1 Son territoire,
Son inftallation e
Conieil Supérieur,
- N'y était plus 385.- - Epoque de P affemblées > 383, - Par
almis, 385. Le # ancien feal yavait qui préfidé, 386, Changemens qu'il éprouféance, 386. ve, 1 Les commifiaires & les contrôleurs
général de la marine. Avait féance de Pi Marine y avaient entrée, 386. - Ses
au Confeil Supérieur du Cap 333.-Préfidait afeTaurs, 386. - Rang de fes membres en. le Confeil, privatement au confeiller-prefident, tr'eux, 386. Ses Confeillers honoraires
386. - M. Caignet , commumatre-general. 387. - Son audiencier, 387.
, 1 Les commifiaires & les contrôleurs
général de la marine. Avait féance de Pi Marine y avaient entrée, 386. - Ses
au Confeil Supérieur du Cap 333.-Préfidait afeTaurs, 386. - Rang de fes membres en. le Confeil, privatement au confeiller-prefident, tr'eux, 386. Ses Confeillers honoraires
386. - M. Caignet , commumatre-general. 387. - Son audiencier, 387. - Séances hopréfidait le Conieil du Cap, en habit noir, norifiques qu'il accordait, 387-Ses.Alvocats,
389. 388. - Sa compétence, 3 388. Son coftume,
Cormmifion.Due aux divers agens qu'on employe 388. Plufieurs de fes membres étaient
à Saint-Domingue,
oficiers de Milices dans l'origine, 389.-
Compaga nie de Pdjente. c'était, 694. Des magiftrats des Cours fouveraines deFrandes Indes. La
fe foulève con- cey fègenten épée, 389- - Quand fes memReest
tr'elle, 244. - Obtient le privilége exclufif bres adoptent Phabit noir, 389 M. d'EC
dela côte de Guinée & achète la Fofette, taing y fiégeoit en habit noir, 389. - M. 556.- Y.Fefette. Caignet, Ordonnateur, le préfidait en habit
Occidestaler. Succède à la noir, 389.- - Eft bienfaiteur de la Providence
compagnie des Inles de P'Amérique, 696.. : des hommes s 401. - Réclame contre des
Supprimée en 1674, 697. dons abufifs, 453, 454. - Son droit de pafdes IRles de Pamiriques 7, 669. - fage au bac, 455. V. Cempagnie des Indes Occidentales. du Port-au-Prince s 103. -
Cumptables, 13+. Réclame contre le don du bac du Cap.455. Concefions. - V. Abus $ Caps Caracol : Jas- Confeils Supérieurs de Saint-Domingue repreienquezy. taient autrefois la Colonie, 614. Confrérie de la Mifiricorde. 1 V. Hipital,
Confeiller. Dans l'origine le Confeil du Cap en
Congar, 32. avait fept, 385. - Le Doyen des confeillers
Conjailde la Guadeloupe, 380. avait la préfidence au Confeil, 385.- Sont
dela Martinique, , 380. à 12 au Confeil du Cap en 1763, 386. de Léogane, 380. Ea2a des appointemens, 386. - Etaient encore
de Nippes, 380. 12 au Conieil du Cap,y compris le Préfident,
de Saint-Chrifophe, 380. 386. - Le Préfident était choifi parmi eux,
des Milices, 380. - Sa compofition 2 386. - Leur coftume 7 388 - Voy. Premier380, 388. - Sa nature, 388.- Le Comman- Confeiller, Secind- Confeiller. dant des Milices le préfidait, 388. Le
les Confeillers des Cours fupérieures
Major des Milices y était procureer-genéral, ont une féance honorifique dans celies de
388. Saint-Domingue,
du Petit- Goave, 380. Capitaine 323a Milices, tué à Limonade,
Souverain de Saint-Domingue. - Voy. 183Confil des Milices. de Sénéchauffee, 134. du Petit-Goave. Sa création,
honoraires des Confeils fupérieurs
380.- - On en retranche du territoire pour le 387.
ours fupérieures
Major des Milices y était procureer-genéral, ont une féance honorifique dans celies de
388. Saint-Domingue,
du Petit- Goave, 380. Capitaine 323a Milices, tué à Limonade,
Souverain de Saint-Domingue. - Voy. 183Confil des Milices. de Sénéchauffee, 134. du Petit-Goave. Sa création,
honoraires des Confeils fupérieurs
380.- - On en retranche du territoire pour le 387. - Ne peut jamais préfider, 3 387. Confeil du Cap, 385. - Prefque tous fes Coutroleur de la Marine. Admis au Confeil fupémembres oficiers de Milices à fa création, périeur, 386. - Plus admis, 386. 388. Csgaillager. Ceux qu'on expofe en vente, 442. Supérieur de Saint-Domingue. Quand & Coquilles,720:
Corail
çomment il acté formé, 103. --- Page 783 ---
D E S M A T I E R E S. Corail. Lieu où l'on élève des cochons. Voy. 8z Ce que dit le préjugé colonial à cet
Pourceaux. égard, 86. S'affoiblit dans le qui haCofume. La Magiftrature coloniale porte l'épée bite les pays froids , 87 Bafe 2E laquelle
& pourquoi, , 388 &5 fuiwantes. Quand le PAuteur a établi fes raifonnemens quant aux
Conleil du Cap a adopté Phabit noir , 389. nuances des individus de Saint-Domingue, 67,
Côte d'Afrique. 1 Voy. Afrigue. 88, 89 - Se renforce dans les enfans provenus
d'Angole, 32, 34de deux individus de même nuance , 89 -
de Congo, 32. Altérations de celle de la peau des mulâtres 3
de la Partie du Nord, 104. Du Fort- 91 - Idée qu'elle infpire aux de couleur
Dauphin, III, II3. -Da Terrier Rouge, 160. efclaves, 98 Teinte de ERTA des Colons
De Limonzde, 206.-Du Quartier Morin,237. blancs, si2-v. Albinos, Ejlaves, Nigres. -Depuis l'embouchure de la Grande-Rivière Conp-de-vent, 106 De
de Limonade jufqu'à celle de la rivière du 261, 526, 673 - V. Température 1772, 155; s Vent. 213,
Haut du Cap, 246. Du Fort-Dauphin au Coupe. V. Chemin. CaP:791.05-De Cap à la baie del'Acul, Courrejolles (M.). Détails relatifs à une conceflion
Go1/asvanie, 622, 623. - A POueft de qu'on lui avait accordée fur lc du Cap,
PAcul, 623.-- De la Plaine du Nord, 630. 307 E5 Juivantes Et caufe Rte grande
Du Limbé, 647. Du Borgne, 68z. Du extenfion acquife par le faubourg du
-
Petit-Saint-Louis, 693 du Port-de-Paix, 469. Cap,
717 De PIe la Tortue,727. Criol. Il n'y en a qu'an quart parmi les Blancs
des. Efclaves. 3 28, 29. 9- Mceurs des Créols blancs, 12 Ses
des Graines ou de Malaguette ou du Poi- avantages phyfiques &c moraux & comment il
vre, 28. perd ces derniers 12, 14- - Le Créol enfant
divoire ou des Dents, 28,29. eft très-gâté, 12 - Eft un objet d'idolâtrie
d'Or, 28, 29, 32.
Blancs
des. Efclaves. 3 28, 29. 9- Mceurs des Créols blancs, 12 Ses
des Graines ou de Malaguette ou du Poi- avantages phyfiques &c moraux & comment il
vre, 28. perd ces derniers 12, 14- - Le Créol enfant
divoire ou des Dents, 28,29. eft très-gâté, 12 - Eft un objet d'idolâtrie
d'Or, 28, 29, 32. pour fes parens, 12 - N'a qu'une éducation
Cotocolis, Cotonneries. 29. De la Partie
imparfaite 7 14, 545, 85 fuivantes InjufteFrançaife, 1OO- Dela ment accufé par M. de Paw 15 Son
Partie du Nord, 106 - De Sainte-Rofe, 223. pour le plaifir, 15 Peu
au goût
Cotonnier. Sa. culture eflayée fans fuccès au Trou, 16 - Et jaloux & aine
16 mariage, Ses
- On Pa cultivé à
1 Il
EE
Limonade, 181
beiles qualités, 16 Méprife la mort, 17
yen a au Port-de-Paix, 723- V. Cotonrerie,
Langage créol, 64 Chanfon créole, 65. Cottin (Veuve ). Son éloge, 394Aime beaucoup! la repréfentation des
Couleur. 26, 27, 31,32 - Effet de celle diés, 363 - Sa.patlion la danfe, 371 tragé. -
des nègres fur 2E Européens, ,
Celle Aime à fucer des cannes T facre,
- Vedes negres ne s'oppofe pas 2 l'expreflion nant de France a encore befoin de s'acclimater, 144. des paflions far leur figure, , 56 - Celle des 528 - Utilité de le faire élever en
enfans nègres 2 56 - Altérations de celle de 546 - V. Blanc Colons, Criole. Francey
la peau des negres, 56, 58 Les nègres Créole. Caraétère & Moeursdes Créoles Blanches,
tirent vanité d'une couleur poire foncée 58. 173 Eft jolie,
Aime fes enfans avec
Opinions des nègres fur la leur, 63
excès, 18. Himad a fur clle un grand
Dénominations données aux nuances réful- empire, 19 Elle fe remarie
tantes du mélange du Blanc & du Noir, 71 à
ER jaloufe, 19 Aime la danfe, facilement, lechant, 19
g8-- Elle forme treize nuances difinétes à la folitude, 19, 20
des
-
Régime
-
Saint
Créoles,
fur la couleur, Domingue, 75 Celle du Préjugé Mulâtre, colonial 20 - Caufes qui détruifent fes charmes de
76 bonne heure , 20 Les Créoles font mariées
Celle du Quarteron, s , 80-- Celle tiop jeunes, 21 Sont fccondes, 21
du Métif, 77 Celle 2 Mamelouc, 78 Ne peuyent le plus, fouvent allaiter leurs enCelle du Quarteronné 7 - - Celle du Sang- fans , 21- Ne reçoit point d'éducation dans
mélé, 79 Celle du Srarpie 79 Celle la Colonie, 21, 531
de fon
du Griffe, 80 Celle du Marabou, 80.
, s , 80-- Celle tiop jeunes, 21 Sont fccondes, 21
du Métif, 77 Celle 2 Mamelouc, 78 Ne peuyent le plus, fouvent allaiter leurs enCelle du Quarteronné 7 - - Celle du Sang- fans , 21- Ne reçoit point d'éducation dans
mélé, 79 Celle du Srarpie 79 Celle la Colonie, 21, 531
de fon
du Griffe, 80 Celle du Marabou, 80. - caraâtère s 2I - A une noble Avantage fierté, 21
Celle des Caraibes 3 Sauvages ou Indiens, 80, Ses belles.& fes mauvaifes
i1
81 - Cellc des nègres a différentes teintes , Son éloge comme danfeufe qualités, , 22,531
8z - Parties noires ou blanches des différen- éducation, , 426 Motif pour 371, faire élever Son
tes nuances des habitans de Saint : Domingue, les Créoles en France, 431, 546-- Leus
Tome I. Eecee --- Page 784 ---
T A B L E
genre de vie au Cap 3 552 1 V. Blane ,
Les Providences & les Hopitaux doivent
Cricl. y envoyer des regiftres, 588. Croifuil (M. de)., 139. Dijuté. De la Colonie, 292-Le Confeil dela
Cube (Iile de). M.de Pouançay fait tenter deux Martinique avait demandé dès 1739,des
expéditions contre elle, 698. Sa diftance députés des Colonies , 503-,
de" la Tertue, 727 Son analogie avec la Dejeripion. Ordre adopté parPAuteur, IOO
Tortue, 740. Médico- -topographique du CapparM.A Arthaud,
Cultivateur. Et toujours un citoyen , 153
349-V. Coaque Pareifi à fon mot. Raifons pourles multiplier dansles montagnes, Desforger (M.) Ingénieur. Fait an plan de
153. redrefement de la Grande rivière
- - -
de-LimoCuliare. V. Chague marufallure Coloniale à nade, 193-Ce qu'il propolait pour la ravine
Jon mot - V. Belin de Villeneuve. du Cap, 549. Cari. Faits relatif à un curé de Sainte- Rofe, Dspaigme (M.). Son éloge, 553:
222. D:ipafer (M.).Generob. Son éloge 323. (M. de)Gogvesmegr. Prend & brale Saint- Difiance. Ceile du Fort-Dauphin à
cye 18:-Son avis & fa mortàla bataille points, 138 1 Cclle du
divers à
deLimonade, 132 - Enterré à Limonade, divers points, 165-DuTrou Terrier-Rocge à divers
183 Réfde à la Tortue, 698 Tranf- 179 De Limonade à divers roints,
le fiège du gouvernement au Port-de- 221 - De Sainte-Rofe à divers points
FADS 698. 229-Entre le Quartier-Morin &
D
FaP:
lieux,267 De la Marmelade à d'autres
lieux, 274--Entre la Petite-Anfe & d'autres
Darola (MM.) de Nantes. Éloge de leur manu- lieux, 28,- - Celle du Cap à d'autres lieux,
facture, 650. 605, 727 Celle de la Plaine du
à
Danfe, 370 - Du Calinda, 44 - Da Chica, d'autres lieux, 632 1 Du Limbé à Nord d'autres
45 Du Vaudoux,45 A Don Pèdre, 51 lieux, 649- De Piaifance à d'autres lieux
Pafion des Créols pour la danfe, 371.
. Éloge de leur manu- lieux, 28,- - Celle du Cap à d'autres lieux,
facture, 650. 605, 727 Celle de la Plaine du
à
Danfe, 370 - Du Calinda, 44 - Da Chica, d'autres lieux, 632 1 Du Limbé à Nord d'autres
45 Du Vaudoux,45 A Don Pèdre, 51 lieux, 649- De Piaifance à d'autres lieux
Pafion des Créols pour la danfe, 371. 658 Du Port-Margot à d'autres lieux 3
Daxaben. Boarg de ia Partie Efpagnole, 108 6,2-Du Borgne à d'autres lieux, 684Sa fituation , 143- Ony expédie les lettres Du Gros-Morne à d'autres lieux,
pour la Partie Efpagnole, 3 PEipagne, Sc., 687-Du Port-de-Paix à d'autres 685,686,
Dazille 145:
de
De la Tortue à plufieurs lieux > LNE 727. (M.). Éloge ce mélecin-chirurgien, Chemis. 246. Difillerie - V. Guildirverit. De Clieux (M.) On propofe de lui ériger une Diuifon. Celle de la Partie Françaife, 100. flatue, parce qu'ila procuré le cafier aux An- Dolicules (M.). Fondateur de la Providence des
tilles 169 - Sa mort, 170. femmes au Cap. Son éloge , 6
Diberdemens. - V. Iaondations. - Injufice dont on eft coupable 394 envers Jaivantes. lui,
Difonfe de la Partiz all Nerd, 606à 627. 396-Et prefque oublié
des Colonies - - V. Difnfe dela Par- fe trouve point à la Providence 405-Son , nomre -V. tie du Nord. Providence. Militaire, 160, 161, 162,209, 212, Dor. - V. Abus $ Brancass Noailles : Laporte. 226, 238, 303, 304, 305, 399,325,44 Dondon (ie),, 4. C'ett là qu'a
la
555,601, 602, b31, 634, 635, 047,048, culture du cafier à
commencé
654, 683,693,7 717, 718, 720,724, 732, 261 - M. le maréchal Saint-Domingue, de Noailles était 164.,
734,741, -V. Cie, Défenfe de la Partie qu'un y ft une place forte, 226 - M. d'avis de
lices. du Nord, Embarcadire, Forrifcations , Mi- Belzunce établit des camps , 226, 264Difrickement. N'eft complet qu'à la cinquième Origine de les & fon établifement, 247 - Lenteur
génération , 128. églife, commencemens, 251, 256 Son , 249 à 251 Son
Deat , 502. 267 - Ses limites, 251, bourg, 255 - 231, Ses monta- 256,
Dentife, Dépst des Cbartres 502. des Colonies à V'er/ailles. Son gnes avec la 3 252, Partie 253. 294 - Ses communications
utilité, 382-Reproche fur la négligence de de fon fol & erreur Eipagnole, redtifie 252 Élévation à
ceux qui devraient y envoyer des pièces 2 383 fujet, 252 Son que fic, 252- Nature PAuteur defon ce
bourg, 255 - 231, Ses monta- 256,
Dentife, Dépst des Cbartres 502. des Colonies à V'er/ailles. Son gnes avec la 3 252, Partie 253. 294 - Ses communications
utilité, 382-Reproche fur la négligence de de fon fol & erreur Eipagnole, redtifie 252 Élévation à
ceux qui devraient y envoyer des pièces 2 383 fujet, 252 Son que fic, 252- Nature PAuteur defon ce --- Page 785 ---
D E S M A T
R E S. fol; 252, 253, 254, 255, 258 Son éten- premiers Adminiftrazeurs de la Providence des
due, 252 Ses cantons , 253 fivantes. hommes 402, 403. Ses établilemens, & fes manufactures ,
M. Defmné ). Éloge de ce Magifrat
- Ses rivières, 255, 256 - Son canton 178, 292. PA premier établi, 255 Ses premiers habiM.). Auteur d'une pièce de théâtre &
tans, 255,256 Pont qu'on y avait com- d'un ouvrage en réponfe à M. Hilliard d'Aumencé, 256 Sa maréchauffée , 256-Noms berteuil * 368, 542. de fa rivière depu's fa fource, 257 Rivière Ducafe (M.). Gouverneur de
-
& geuffre des Vafeux, 257, - Ses eaux miné- Oû il défirait que fut le St-Domingue. le
ralcs, 258 - Sa minéralogie s 258 - Ses premier qui penfe à la défenfe Cap, de 299 la partie Eft du
affalages ou avalanches, 253 Sa tempéra- Cap, 607 Signe un traité dePAfiente avec
ture, 260 Ses coups de vent , 261 - Sa PEfpagne,
Apprend, à
première culture a été lindigo, 261 Le qu'il elt nommé 695 Gouverneur de la Léogane,
cotonnier n'y réuflit pas, 251 A une indi- 702 Fait une incurfion à la
Colonie,
261 Ses places-à-vivres, 3 261 Ducatel (M.). Premier habitant Jamaique, du Bois 702. de
ERt cafeteries S leur produit, 261 Raifons Lance, 182. pour que ce liea décroiffe, 252 Son fol Du Chilleau (M. ). Gouverneur-général. Trait. produétif en légumes, , en racines en fruits, qui fait fon éloge, 461. en fleurs, 262 - Ses richeffes botaniques, Duclor ( M.). Intendant, L15. 262-Ses bois, 26z Ses plantes aromati- Dunefril (M. Louis). Arpenteur & habitant
ques, 262 - - A du cochon maron, 262 - Plaifance, propofe un chemin. pour faire com- de
Onyt trouve le pilori, 262 Animaux do- muniquer la Partie du Nord avec celle du Sud,
meftiques quiy y. réufifent, 262 Animaux 662. domeliques qui n'y réuffiffent point, 262. Du Moulceau. Direasur-général des
Ses oifeaux, 262 - Ses infeêtes, fes reptiles, 210, 662 - V.
du cochon maron, 262 - Plaifance, propofe un chemin. pour faire com- de
Onyt trouve le pilori, 262 Animaux do- muniquer la Partie du Nord avec celle du Sud,
meftiques quiy y. réufifent, 262 Animaux 662. domeliques qui n'y réuffiffent point, 262. Du Moulceau. Direasur-général des
Ses oifeaux, 262 - Ses infeêtes, fes reptiles, 210, 662 - V. Difoefe de la Partie fortifications, du Nord. 263, - On y a des abeilles 253. - Parait Du Paty (M.Mercier), né à l'Acul. Son
avoir été fort
les Indiens quiyont 641 - Etait père de M. le. Préfident du éloge
rendu- une voûte Et , 263 La voûte à 641. Paty,. Minguet, 263 - Sa population 204 Ses Duplaa (M.le Préfident ). Son habitation
1, Milices, 264 Son importance militaire, quable à caufe d'une levéc,
- remar264, 614, 626 - Ses chemins 264, 265, d'une avenue de chênes, 237 234 A caufe
266, 267 - Reçoit des Acadiens & des Al- Phôpital de cette habitation, - Beauté Ses lifiè- de
lemands, 365 Envoye fes denrées au Cap res,237 Cettel habitat. 237
266 - Projet d'un chemin de voiture
ges des anciens Naturels on de ef'remplie PIfle s de veflialler au Cap, 267 Diflance entre AT & Dipont Fortabas ( M.). A fait faire 240. un utile
divers lieux,
A un bureau- de poite, 3 chemin, 691.. 267 1 A offert : exemple de fuperfétation , Duportal ( M.). Direéteur- général dès
267 Perfonnes qui F'ont habité & qui méri- tions, 192 Son élege,
fortificatent d'ètre citées, 268. A eu le père Le Son opinion fur la defenfe dela 192, 241,, 675 -
Pers pour curé, 268 A pour curé actuel. Voyez. Difenfe de la Partie duNord. Colonie, 615. M. labbé de la Haye, 268 ( V.ce nom ). Darand (M,). Eloge de
On effaye d'y naturalifer des plantes de PInde: ce.chirurgien pour le traitement P'établiffement des fiic par
chez M. Pabbé de la Haye, & chez M. Prieur,. malades, 415. AfricainsDon 269. Pedre. V. Danfe. Dul Raulfet. Fait la conquête de la Tortue, 695,
Dragons de Condé 85 de Belzunce. Leur logement à 739 la Baftille S'en croit & vend propriétaire fes. droits $ à 696 la - El misau Cap, 447. des Indes Occidentales
Compagnie
-
Deyen Voyez Confeiller. Dureau (M.) ). Etablic ia 696. première
Droguijfe- - Voyez Apotbicaire. Limonade, 184fucrerie à:
Dubourg (M. ): Éloge de ce comédien, 364- Dareau de la Malle (M,), 218. Notice fur lui, 543. Duvernet (M.). Introduit, avec M. Fournicr:
Dubuilon (M.). Éloge de l'adminiftration de fa de Varenne, le bambou à
fucrerie, 61, 174-- Bienfaiteur de la Provi- 219.
fe- - Voyez Apotbicaire. Limonade, 184fucrerie à:
Dubourg (M. ): Éloge de ce comédien, 364- Dareau de la Malle (M,), 218. Notice fur lui, 543. Duvernet (M.). Introduit, avec M. Fournicr:
Dubuilon (M.). Éloge de l'adminiftration de fa de Varenne, le bambou à
fucrerie, 61, 174-- Bienfaiteur de la Provi- 219. Saint-Domingue,
dence des hommes, 400- L'un des deux --- Page 786 ---
A B L E
E. 339, - Perfonnes remarquables qu'on y a euterrées, 339, 340 Ses céremonies, 340
Eaux. Qgand on commence à en faire un utile Ses revens, 340-A des dons, 341 -
ufas PourAgriculture 8, 292 - Ulage de Ses Adminiftrateurs & "2 Marguilliers, 34*
celis da Fort-Dauphin, 132 - Celles dOuaCe qu'ellea coûté, 341 - On y reçoit un
raminthe, 142 "Celles du Terrier-Rouge, chevalier de Calatrava, 342 Ses cloches, ,
159- Ceiles du Trou, 175 -Leur niveau, 342-Son caveau & inhumations qu'ony fait,
193- Le befoin de lcs égoiter, Igo- Celles 342, 343de Limonade, 187, 193, 201 - Idées de Elearicité, 522 85 faiwanter.-V. Timpérature,
M. Verret fur celles quion pourrait doaner à Tonnerre. Limomde, au Qaartier-Morin & à la Petitemédicale 3 553 N'a pas réufi i la
Anfe, zoz 1 Principes fur l'emploi de celle Maitinique, 523. des
Efaivantes - "Celles d'une Éloge. V.Perfornes recommandables. fource PETL du Cap vend,310, 468 - Celles Embarcadere. De la Crochue, fa fituation, 112du'Cap &c Jeur analyle, 310, 319, 516, Parqui établi, I12 De Jacquezy, 161,
552, 558 - Travaux utiles pour augmenter 163,163, 209 De Caracol, 161, 162,
celles du Cap,513 8 frivautés - Celles des 163, 209 De Limonade, 209 6 fuiwantes. puits du Cap, 517 8 furvantes Balfin au
Utilité de celui de Limonade 212-On
Grand-Boucan, 629 De PAcul,
yva, du Cap , en dedans des reffifs, 222Réfervoir de la coupe des Gonaives, R Population & ancienneté de celui de Limonade,
Du Port-de-Paix, 707- De la Tortue, 733, 212 - De la Plaine du Nord, 631-De
734,735,736, 737, 740 - Voyez Moulin PAcul, 636 - Du Limbé, 647, 648-On
à eau, Rivière, Tempirature. devrait procurer de l'eau à Pembarcadère: du
Eaux minérales. De Ste-Rofe, 229-Du Dondon Limbé, 648 Du Port Margot, 671, 675
258. -Du Port-de-Paix, 720 - V. Difinfe miliEcole 1 Voyez Education. taire ,> Défenfe de la Partic du Nord. Ecrevifes ( Canton des), de la paroiffe du Trou
de la Petite-Anfe. C'eft vers ce point
VoyezTrou. que réfidait le Cacique Guacanaric, roi de
Education.
minérales. De Ste-Rofe, 229-Du Dondon Limbé, 648 Du Port Margot, 671, 675
258. -Du Port-de-Paix, 720 - V. Difinfe miliEcole 1 Voyez Education. taire ,> Défenfe de la Partic du Nord. Ecrevifes ( Canton des), de la paroiffe du Trou
de la Petite-Anfe. C'eft vers ce point
VoyezTrou. que réfidait le Cacique Guacanaric, roi de
Education. Celle des Créols négligée, > 14, 545-, Marien, 163, 240, 297 Dépend da
Maifon d'éducation propofée au bourg du Quartier-Morin, 238. - Pourquoi on Fappelle
Trou, 169 - Celle des perfonnes du fexe chez ainfi, 239-Sa fituation, 9 - Sa deflination,
les Religieufes du
432 - Manque 239, 241 Ses maifons 227 fes manufadtures,
à Saint-Domingue, TE de PAuteur à cet 239 Ses moyens de défenfe, 239 - Les
égard, 545 - Cherté de celle de la Colonie 3 nègres y affuent les fêtes & les dimanches,
544, 545. 239-Nel pas fain & pourquoi, 240-Son
Eglife. Celle du Fort-Dauphin, 120, 131
eau, 240 La légion d'Ellaing y a été
d'Ouanaminthe, 139, 14-D-Valere.)9 logée, 241 - On y a mis des hôpitaux
- Du Terrier-Rouge, 158 - Du Trou, 167, d'Africains, 241-Avait un bateau
168, 169, 178 De Limonade 181,183, 241 - Comment on communique de ERLE
184, 185, 186,199-Du Bois de Lance, 184, Anfe avec le Cap par mer, 241-Chemin delà
185 -De Ste-Suzanne, 202 De Ste-Rofe, au Cap, 242, 244-Sol entre Jai & la rivière
221, 229- Du Quartier-Morin, 234, 235 du Haut du Cap, 245-On voulait y mettre
Du Dondon, 251 De la Marmalade, 272 le Cap, 298. de la Petite-Anfe,
282, 283 1 Du Enambuc (M. D). Premier fondateur des Antilles
Haut du Cap, 593 - Bi la Plaine du Nord, françaifes, 669. 628 - De PAcui, 637 - Du Limbé, 641, Enfans s 42,. 96. - - Ceux de couleur réufiffent
643 -De Plaifance , 654, 656 Du Port- d'autant moins qu'ils s'approchent plus du
Margot, 670, 671 - Du Borgne, 679: - blanc, 95- R;res à Saint-Domingue, 533Du Gros-Morne, 687 Du Petit-St-Louis, Difficulté de les élever à Saint-Domingue, a
688, 689 - Du Port-de-Paix, 706. 533 1 Abus de charger des enfans de garder
du Cap, 324, 326,327 Bancs hono- d'autres enfans 533-Ceux du Petit-Carerifiques qu'ony piace, 235, 340 1 Première nage du Cap obitrués, 536- Nombreuxau
cérémonie faite dans celle actu.lle, 336- Port-de-Paix, 714 - V. Criol, Créole a
Tableaux gu'en y voit, 338-A des orgues, Maladies. Engagés,
Abus de charger des enfans de garder
du Cap, 324, 326,327 Bancs hono- d'autres enfans 533-Ceux du Petit-Carerifiques qu'ony piace, 235, 340 1 Première nage du Cap obitrués, 536- Nombreuxau
cérémonie faite dans celle actu.lle, 336- Port-de-Paix, 714 - V. Criol, Créole a
Tableaux gu'en y voit, 338-A des orgues, Maladies. Engagés, --- Page 787 ---
E S M A T I E R E Sz
Engagés. Cultivaient la Terreà Saint-Domingue, s à déclarer leur
382-Arrivant
34, 181. Comment ils étaient procurés s que & malades fuite, , 415 -
d'Afri,
24, 181 Leur ufage s'eft perdu, 25, 181 foulagement de ceuxa carrivés Éabliffement malades pour le
Leur nom eft devenu une injure , 25
reçus dans la maréchauffée, d'Afrique,
D'Ogeron en amène de France, 697. 415--Aiidés Ne péuvent quitter Phabitation de 449
Ennery (M. d' ) Gouvemeur-général Détermine maître fans fa
leur
à faire une fontaine au Fort-Dauphin s I2I > Bienfaifance dont permiflion ils étaient par écrit, 451
134-Canton de fon nom, 271- -Ses entrailles Leurs maladies
Maladies l'objet, de 460 =
mifes dans le caveau de l'églife
343 villes,
534 dont ils
ceux des
Ce qu'il fait pour les Providences eCT.e Cap, 677 -
Population. étaient Pobjet,
orailon funèbre, 578-Ses idées
VaEEN
fra défenle du Cap, 619. Epognels. Quartier Leurs du réclamations par rapport au
Entrepôts S- V. Port dEstropit. mations Fort-Dauphin,
récla
de Sainte-Rofe, 223. - Du Cap, Dévaftent fur Vallière, 3 248 fuivantes. -
Uren
- De la Plaine du Nord, 629- De
la - Partic du Nord en 169t & 1695 2
BT, 639- Du Limbé, 644 - Du Port- Sont 167 s battus 702 à Manient bien la lance, 182Margot, 672. irruption dans la Saint-Yagne Partie 9 18z-Font une
Epitapbe. DeM. de Belzunce, 338. 18z,
Françaife cn 1691,
Epizaotié 139-Recherches publiées à ce fujet, la Partie 183-Unis du aux Anglais, ils dévaltent
165 2 291 - Commence au Quartier-Morin en vient une armée Nord au en 1695, 211-- 183-II en
1772, 236-A la Petite-Anfe, 290-Remèdes communication avec Cap, la
-Ouvrent une
employés contre elle s 2g0 - Ses ravages à Saint-Raphaël, 264-Ils Partie ferment Françaife çette par
PAcul, 640-Au Limbé, 653 V. Worlock, munication,
comEflavage. Sur fa conciabilité avec le bonheur, 433-Troupes 204-Rue Efpagnoles Efpagnole au Cap.,
174211, 366,
venues au Cap,
Efelaves. Sont prefque tous nègres, 23- autrefois 451, les 493,. 595 - Venaient
Les deux tiers fon: venus d'Afrique, 24- du Cap, attaquer bâtimens dans le port
Caraétère propre de ceux venus, d'Afrique, 24.
unication,
comEflavage. Sur fa conciabilité avec le bonheur, 433-Troupes 204-Rue Efpagnoles Efpagnole au Cap.,
174211, 366,
venues au Cap,
Efelaves. Sont prefque tous nègres, 23- autrefois 451, les 493,. 595 - Venaient
Les deux tiers fon: venus d'Afrique, 24- du Cap, attaquer bâtimens dans le port
Caraétère propre de ceux venus, d'Afrique, 24. 538, 539. 474-Remarguables Détruifent le venus au Cap,
-Qui a fuggéré l'idée d'en avoir à Saint-Do- Saint-Louis, 688,
Çe bourg du Petitmingue, 24-Toutes les Antilles françaifes en Port-de-Paix en 703
qu'ils font au
ont eu dès leur origine > 24- Depuis quand Port-de-Paix, 1685, 698 Prennent le
Saint-Domingue en a, 24 Nombre attuel ERaing (M. D"). 793de ceux de la Colonic, 25-Ceux de Saint- Son opinion fur Gouverneur-général M. de Belzunce , 173
Domingue forment au moins les trois-cin- lever le du
: 173-Fait
quièmes de ceux des Antilles, 25 - Quelle France un camp Trou, 173 - Renvoye en
partic de P'Afrique donna les premiers à une
procureur- général, 178 Crée
PAmérique, 26-Ceux venus de différentes
légion 2 241-Fontaine de fon nom au
de l'Afrique, 26 E5 fuivanter-Ceux Cap, 393 - Crée un bureau de police muniEie la côte de Malaguette prompts à la révoite, cipale, quai du 307-Ce Cap, qu'il fait relativement au
28-Ceux de la côte d'Or aufl, 29 - Ceux
des 308-Demande à Saint-Dominde la côte d'Or eftimés pour la culture, 30- gue Chanfon troupes faite pour attaquer Savannah 2 321
Prévention contre les Ibos, 31- On ne fait fpedtacle, pour lui au Cap & chantée au
pas de cas de ceux du Benin, 32-Ceux du en habit noir, 366-Siegeoit au Confeil du Cap
Congo & de la côte d'Angole font les plus la maréchauffce, 389-Comment il de remplace
communs à Saint-Domingue & y font eftimés, dans le morne du 450-Habitation fon nom
32-Créols 9 39-Nature de la crainte des la défenfe
Cap, 599-Son opinion fur
femmes efclaves qui fervent des femmes de ERer. Ce de c'eft, la Colonie 160, 3 615 618. couieur 2 96--Les gens de couleur efclaves ne
de
161. font
dhncat
couleur guères fe que domeltiques > 98 - Ceux de
des Fonds-Blancs, 160, 161. croyent fapérieurs aux nègres libres, Etablifemens. Nombre
98 - Avantages qu'ils trouvent dans le
& nature de ceux de la
voifinage d'un marché, s 153 Empire que Partie Nord, 106 Françaife, - Des Colonies IOO - - De la Partie du
quelques-uns d'eux cherchent à établir par jours dans le voifinage de commencent touja fuperftition : 275 - Quand on commence Éiage, 5.
, 160, 161. croyent fapérieurs aux nègres libres, Etablifemens. Nombre
98 - Avantages qu'ils trouvent dans le
& nature de ceux de la
voifinage d'un marché, s 153 Empire que Partie Nord, 106 Françaife, - Des Colonies IOO - - De la Partie du
quelques-uns d'eux cherchent à établir par jours dans le voifinage de commencent touja fuperftition : 275 - Quand on commence Éiage, 5. la mer,181. Tem. I. F ffff --- Page 788 ---
T A B L E
Brabaeer-Tengrar. 489 V.Pelice. Fleurs. La Violette, 178 - ASainte-Rofe, 224. Etampe mile fur la poitrine des nègres, 67. - Au Dondon > 252 A la Marmelade,
Eang falé du Borgne, 682 - V. Borgne. 272 - Au marché Clugny, 444 - Au Cap
Erat-Majer. Celnidu Fort-Dauphin, 133 -Du 553 - V. Plantes. Cap, +9+ Da Port-de-Paix, 722. Fleary (M.). Éloge de ce Concierge infpedteur
Erati-mafert. Navaient plus de féance dans les des prifons du Cap, 397. Confelis fapérieurs en 1763 386. Flibufiers 3 56, 675. Etats-Uais ddnérigec On dit que l'épizootie Foèdas > 29. farl le. chevaux en eft venue à Saint-Domingue, Fonds, 29. - Nombre moyen de leurs bâtimens dans Fonds- Blancs, 130, 160, 622. 1200 du Cap,432- Objets qu'ils procu- Fontaine du Cap. Celle
rent fT Saint-Domingue, 605. 515. Celle du quai, d'Ettaing, 311, 515 312, -De 514, la
Eunugue, 34:
place d'armes, 329,514 De la rue du
Eurepioas. Leur amour pour les richeffes les Confeil, 345,
de la
conduit aux
S14.Sis-Celle
Colcnies , 8 Caradère & Montarcher, 359,514,515 - Du coin place de
moeurs de ceux qui habitent Saint-Domingue, la prifon, 399, 514, 515 - Celle des ça9-Pius fujets aux maladies du climat que les zernes, 424,514, 515 De la CluCréols, 17 - Impreffions qu'ils éprouvent gny, 444, 445,
515 De place la
au moment d'arriver, 296. royale, 447, 515 514, Une
à la place
Exécutions. Oà eiles fe font au Cap, 332. laLuzerne, 468- Da gouvernement projettée place
515 Nouveaux travaux faits
39-,
F
pour lesaugmenter, 514, 515 - - Des Religieufes, 515,
Fantins,
600 Ony en compte neuf, 515 - Projet
Faveur. Exemples 29. d'abus de la faveur,
qui en aurait à la donné trois de plus , 515- Une
309, projettée Foffette, 557. Femmes. 355, 454, Leur) heureufe 729. influence à Saint- Domindu du Fort-Dauphin, Port-de- -Paix, 120, 121, 122, 124gue,, 7 Leur influence jur les mccurs, 8 Fontenay (ie chev. de). 707. ôter la
-- Jaloufes de leurs fervantes
poar
Es
& veulent les Tortue à le Vaffeur,
à la
,
Commande
-
avoirjolies, 1I Conformation des femines Tortue à la mort de le 695 Vaileur, -
Aradas, 31 - - Les Africaines trouvent la poly- par les Elpagnols, 695.
121, 122, 124gue,, 7 Leur influence jur les mccurs, 8 Fontenay (ie chev. de). 707. ôter la
-- Jaloufes de leurs fervantes
poar
Es
& veulent les Tortue à le Vaffeur,
à la
,
Commande
-
avoirjolies, 1I Conformation des femines Tortue à la mort de le 695 Vaileur, -
Aradas, 31 - - Les Africaines trouvent la poly- par les Elpagnols, 695. 695 Chaffé
gamie naturelle & font très - officieufes en Fert-Daspbin.A un major, IO2 A une Sénéamour les unes pour les autres. 37 Les chauffee, I03, 115 133 - A une amirauté,
Africaines préférent les négres, 38 Leur I03, 134-Parvile de ce nom s - -
amitis, 63 - Des Sauvages S des Indiens tion dela paroiffe 107; 125 107 Ses limites, Situaaimées des Blancs, - Celles de couleur 107, 125 Ses moulins à eau, 109, IIO,
gâtent aufi leurs e , 95 Fidélité & 127, 128, 132 Ses manufaétures, IIO,
fecret des domeftiques de celles de couleur 3 129,130. Ses
II1,113- Ses for-
- Celies de couleur ne peuvent avoir que tifications, III, côtes, II2, 116, 116,118 Sa
8 négreffes
fervantes , 95 - Celles magnifique baie, III, II2, 113- Ses emde couleur EI rendre infidelles les maris barcadères, 9 II1, I12, I13- Illets de fa
des blanches, 96 - Leur fureur pour voir les baie, I13 La ville, 113
de
la
-
exécutions 333 En très-grand nombre au ville, 113 - M. de Galiffet eft le Origine
ipeétacle du Cap, 353. Diinguées en deux vante fon importance, 114 Ses premier qui
feules claffes à Saint-Domingue, lesj jolies &e habitans français dans le fiècle aStuel, premiers -
celles qui ne le font pas , 365 - Sédentaires Premier
forme,
au Cap, 471 - Ceiles da Petit-Carenageau Son premier bourg curé, gu'on-y 114 Ses établiffemens, 114, 131
Cap,471 Caraétère de celles du Cap,531 en 1714, 114- Produifait
d'indiCelles envoyées de France, 697 Très114 Nom de fon premier beaucoup
fécondes au Port-de-Paix, 717 V. Blan- Faint de M. de la Rochalar fur bourg, fon exiften- 114
ches, Caradère, Crèole, , Maurs. ce aétuelle, , 114 Oay transfère la SénéFerme. V. Bac, Papagers. ehauffée du
,
Fidas. - V. Fcédas. Trou 115 Son premier étitFilles Sainte-Marie. V. major, 115-Ses premiers moyens de défenfe,
Religieufat. 115 - Infcriptions pour le Fort, 115 - D'oà --- Page 789 ---
D E S M A T I E R E S. eft venu ce. nom , 116 Pierre de taille 117 Regardé comme inutile,
-
employée au fort, I17 - Premier bâtiment de placé où il y avait un fort eipagnol, 117 Eft
PEtat qui entre dans fa baie, 117 Sa ville - Pièces trouvées en fouillant fes 117, 118
eft la feconde de la Partie du Nord pour lim- 117 V. Fort-Daupbin,
fondemens,
portance, 118 Étendue de la ville, fes Fort la Nativité.
, 116 Pierre de taille 117 Regardé comme inutile,
-
employée au fort, I17 - Premier bâtiment de placé où il y avait un fort eipagnol, 117 Eft
PEtat qui entre dans fa baie, 117 Sa ville - Pièces trouvées en fouillant fes 117, 118
eft la feconde de la Partie du Nord pour lim- 117 V. Fort-Daupbin,
fondemens,
portance, 118 Étendue de la ville, fes Fort la Nativité. Où il fut mis
rues, s fes maifons, 118, I19: 123. - Sa 164,205 - Ses ruines
encore par Colomb, Château
place publique , 120 Son églife eft une des de Colomb, 207. appelées
plus belies de Saint-Domingue, , 120 Sa Fort Picolet. V. Picolet. fontaine 3 120, 121, 122, 124-- Ses éta- Fortifcations. Leur
-
bliffemens publics 3 122 - Ouanaminthe lui a Défenje militaire, dépenfe, de la 614, 627, du V. nui, 123 --Séjour mal-fain & pourquoi, 123. Folé dé Limonade Défenje Partie Nord,
124 - Rivière qui touche la ville, 123
185 - Sa fituation (Rivière , du). Avait un pent,
Sa garnifon, 123, 124 2 125, 134 Pertes
Ses débordemens, 137 Sa fource, 188
qu'y font les troupes, 124 Son hôpital, Exauffement de fon 188, 192, 193
124 - Bout de la ville vers Maribarou, ,
fon
lit, 188 - Longucur dc
- Savanes entre le canton Dauphin & celui 124 Jufqu'oà cours elle 3 183 était Son embouchure, 188 -
de Maribarou , 125 - Traces volcaniques 3 Ses.
134 Pertes
Ses débordemens, 137 Sa fource, 188
qu'y font les troupes, 124 Son hôpital, Exauffement de fon 188, 192, 193
124 - Bout de la ville vers Maribarou, ,
fon
lit, 188 - Longucur dc
- Savanes entre le canton Dauphin & celui 124 Jufqu'oà cours elle 3 183 était Son embouchure, 188 -
de Maribarou , 125 - Traces volcaniques 3 Ses. levées, - navigable autrefois, 189 -
125 - Ses vigies 126 - Ses rivières, 126, 193- Sonfond 190 s'eft Opération exaucé & de M. Verret,
129, 131 Le bas Maribarou dépend de - Sa
> 214. pourquoi , 195
cette paroiffe & quatre habitations du haut Folette (La). largeur Lieu
Maribarou. , 126, 127 Débordemens de fes
D'oà lui vient qui ce touche la ville du Cap
rivières, 127 Sujet aux fécherefles, 127, partenue à la
nom > 556 - Aap130 - Ses levées , 127 Nombre de fes S'eft
Compagnie des Indes, 556fucreries & leur produit 127, 130 - Sa plofieurs appelée fois, P'Afrique, 556 - , 805 - Eft vendue
population, 128, 129, 130, 132, 134- Achetée le roi,
utilité, 557
Son canton des Fredoches, 128 - Décroiffe- -Ony avait par
557, un Sa culture, 557
ment dans le nombre de fes fucreries 3 129-
- projetté hôpital, une fontaine,
Ses montagnes, > 129, 131 Son canton des E vente Indiquée des nègres par amenés l'Auteur comme propre &
Fonds-Blancs, Son climat 130 Ses cafeteries , 131- tatives à ce fujet,
d'Afrique -
ten-
, 132 - Traitement def fes nègres,
558 Eau qu'elle
132 - Queftion fur Pufage de fes eaux, 132 procure, Lieu danfe Sfia finiftre les réputation, 558
pour
i'a
Vues générales fur cette paroiffe, 133 -Chef Ancien état d'une
nègres, 558
lieu d'un quartier, 3 133, - Son état-major ac- On voulait y mettre partie les de celieu, 558 -
tuel, 133 Son adminiftration 2 133 Son 560 Onya maffacré un Providences, 559,
premier capitaine de port, 133 Sa police,
- L'école d'Artillerie nègre bourreau,
133 - Sa maréchauffée, 134 Son bureau nage, 596 621 V. eft de dans la fon voifide pole, 134 Nature des habitans de la Nord. Diperfe
Partie de
ville, 134- Ses pafiagers, 135 Son com- Foudre: 2 win, 591. merce, baie & celle 135, de 136- Caracol, Projet 136 d'uncanalentrefa Fonles ou Poules ou Povlerds, 27. Nepeutétre Fournier
un point de débarquement
(M.), 189, 212. Son étonnante
Sa
Pennemi, fortune 3 218.
134 Nature des habitans de la Nord. Diperfe
Partie de
ville, 134- Ses pafiagers, 135 Son com- Foudre: 2 win, 591. merce, baie & celle 135, de 136- Caracol, Projet 136 d'uncanalentrefa Fonles ou Poules ou Povlerds, 27. Nepeutétre Fournier
un point de débarquement
(M.), 189, 212. Son étonnante
Sa
Pennemi, fortune 3 218. 136 milice, 137, - Sa Eredes 137de Bellevue
Sa longitude, 137 - Diftance de la ville à fon habitation, , 189 (M.). Ancre trouvée fur
plufeurs lieux de la Colonie & à des points de rivière
Redreffe la Grande
la paroiffe, 137 - Ses chemins , 137 Aeu
(Mde.). devant Donatrice fon terrain, de : 194. des bacs, 138- A eu une diligence, 138
nade, 186. l'églife de LimoSes mines , 138 Quantité de pluie qui
de la Chapelie
tombe annuellement, 138 Tremblemens de Son
(M.), 18r, 194
terre, , 139 Refent Pépizootie, 139 A
éloge, de Varennes 218, 202, 363. donné le jour à un auteur 139- Jufqu'on il 292. (M.). Son Éloge, 219 s
va chercher des vivres, 223. Son alpedt, Peurrage. - V. 294 - Ponts projettés, 457 -V. Maribarou. Fours à Cbaux. De Plantss. la
Fori la Bougue, III, 294 Accident gei y Partie du
Colonie, IOO De la
arrive & belleconduite de pluficurs perfonnes, Fort Nord, I06 - De la paroiffe du
Dauphin , 129 - Du Cap, 555 - De --- Page 790 ---
T A B L E
la Plaine du Nord, 629- Da Limbé, 647 Gardiex des échafas 55 fontaines , 134 2 282;
- Du Port-Margot, 6o0. 519,
France. Spu. counmerc; avec Saint-Domingue, Garnier (M.). Son éloge 3 172, 216, 218. 482. Gurnifor. - V. Troupes. Franc-Magons. Leurs Loges au Cap, 434: $54- Gatier (M.). Ek le premier qui établit des
Frangois Capitaine). Tué à la bataille de bains publics au Cap-Français, 468. PRCLIE 198- Ravine de fon nom, 198. Gaurhi (M.). Ses atiles obfervations : 707 2
Frangois de Naf-Cod:oo(M). Faic les fonds 715, 710, 725:
d'un prix pour avoir un
prefervé des Gazette. de Médecine & d'Hyppiatrique, S10. infectes, 349 - ESIE une feconde imde Saint-Domingue. Son origine,
primerie pour le Cap,
Ses Rédacteurs 506, 507, Sa EELES
Frangusftay de). Xialit première hatte 506, 508 - Son uttité, 506,
- Ses
dans la Pe0 du Nord, 160 Son avis & titres, 506, 507 - Frayeur doae caufe
fa mort à la bataille de Limonade, 182
dans les bureaux de la Marine, 9 507 - On
Enterré à Limonade, 183 T Propriétaire de Pimprime au Port-au-Prince , 507 Ce que
la favane de Limonade, 195 - Réfide à la coûte fen abonnement, 507 - Son produit
Tortue pendant un interim de gouverneur, 698.
Nord, 160 Son avis & titres, 506, 507 - Frayeur doae caufe
fa mort à la bataille de Limonade, 182
dans les bureaux de la Marine, 9 507 - On
Enterré à Limonade, 183 T Propriétaire de Pimprime au Port-au-Prince , 507 Ce que
la favane de Limonade, 195 - Réfide à la coûte fen abonnement, 507 - Son produit
Tortue pendant un interim de gouverneur, 698. fes dépenfes, 508 Il eft prefque impof
Fredaches. Ce c'eft, 128. fible d'en trouver une colleétion complette,
Fyaits, 178 P ETis pour les améliorer 218
Du Dondon, 262 - De la Marmelade, GrSo7 de la Bartinais (M. le), 217,
272, 657 - Au marché Clugny 443, 441, Gens de Couleur, 68 - Leurs belles qualités,
- Du Cap, 553 - Du Port-de-Paix, 716 98 Leurs defauts, 93 On en forme
- V. Arbres fruitiers, Arbres fruitiers de un corps de chaffeurs, 172 Leur mortalité
France. comparée à celle des troupes européennes,
173, - Leur paffion pour les chevaux,451
Utilitéd dont ils peuvent être pour la défenfe
de la Colonie, 625 1 V.Afrancbis, CbafGabriac (M. de Saint-Paulet de). Son éloge 3 furs-reyaux, Chefiur-seianteire, Couleur ,
E5 Juiwantes Et le premier qui em- Providence des Gens de couleur. Fnc Parrofement dans la culture de la Partie Geoler. V. Fleury , Prifons. du Nord, 293. Gobin Calvinifte. Poflédait tout le terrain où
Gaillardet (M.). Son influence fur l'établiffe- eft maintenant la yille du Cap, 297, 324,
ment de Vallière > 148. 423. Galbar, 31. Gonaives (les), - Envoyent leurs denrées
Galériens. V. Cbaine publigue. au Cap durant, 1 guerre 665 - Ont dépendu
Galifet (M. de). ER le premier qui vante Pim- du Port-de-Paix, 721. portance du Fort-Dauphin. 3 114, II5- Sa Goufreaela rivière des Vajeux, V. Dondon. familleatrois fucreriesa la Petire-Anfe, 277 Goxverngment, Reproches fur fon indifférence,
Expreflions proverbiales fe rapportent à ce 194- Trait de faibleffe qu'il donne, 557nom >
Éloge de famille, 277 - Voyez Admirifrateart. Adminipration. Éloge dA de de Galiffet, , 291 - Ses travaux
Maifon qui porte ce nom au Cap,374
au Cap , 304 Tenait queiquefois P'audience
Sa defeription, 374 ts fuirvantes 1 Goude la Sénéchauffée du Cap, 381 Fait faire verneurs qui y logent, 375; 376- Achetée,
la batterie de Picolet, 608 1 Il forme la par le Roi, des fyndics des créanciers des
paroiffe du Camp de Louife, 633Jéfuires, 1 Deftination primitive le
Galvez (Don Bernard de). Vient au Cap avec Miniftre 273 donna 375 Le EEAT du
une armée efpagnole, 211, 366, 539
Cap sy affemblait, 376 La Sénéchauffée &
Une rue du Cap porte fon nom, 470
TAmirauté y fiègent, 376 - L'Ordonnateur y
Son éloge, fa mort, 539 - Lieu ou il ré- a loge, 376- Le Commandant particulier du
fidait au Cap & oà ilaeu un fils, 592.
ient au Cap avec Miniftre 273 donna 375 Le EEAT du
une armée efpagnole, 211, 366, 539
Cap sy affemblait, 376 La Sénéchauffée &
Une rue du Cap porte fon nom, 470
TAmirauté y fiègent, 376 - L'Ordonnateur y
Son éloge, fa mort, 539 - Lieu ou il ré- a loge, 376- Le Commandant particulier du
fidait au Cap & oà ilaeu un fils, 592. Capyl loge, 376. Sa fituation très-agréable
Garde magafin dArtillerie, 496. 390 On y joujt d'une belle vue, 390dela Marine 496. Son verger, 390 - Ses eaux, 390 - Ses
Gardeur de Tilly (M. le). Prend une frégate incenveniens, 390 - Embellifiemens faits
angiauc, 170. MM. de Reynaud & Le Braffeur, 391- Fes
promenade, --- Page 791 ---
D E S M A T I E R E S. promenade, 392 - A des barres éleftriques, , nom , 686 Sa température 686 - Défavance qu'y produit le tonnerre, 393 - Concier- tage de fa polition, 686 - Son état en 1728,
ge, Horloger, 7 373:
687 - Son bourg, 687 - Sa maréchauifce,
Gouverneur. De la Partie du Nord. - Voy. Gou- 687 Son églile, 687 - Sa population,
wveraeurdu Cop. 687 - Sa milice, 687 - -Ses chemins, 687 -
du Cap. Sa féance au Confeil fupérieur Une négreffe y, fait trois énfans, 687 - Sa
de cette ville, 385- Le premier 494. dépendance civile & militaire 3 687. de Ste-Croix. Titredu Gouverneurda Guacazaric ( Cacique). Oà était le chef-lieu de
Cap jufqu'en 1763, 102, 494 Voyez fon royaume, 163, 189, 207 , 246. Boifiraimé. Guaraouai - Voyez Grande Rivière. Gouverneur général de la Colame, 1OO- - Oà Guildiveries. Dela Partie Françaife, 10O-De
plufieurs ont réfidé au
375,376, la Prtie du Nord, 105-Du Trou, 175.--
A une loge au PREDL du Cap.301 D: Limonide, 196, 212 Du QuartierPhand au Confeil fopérieur, 385, 386- Moria, 239- De la Petit-Anfe, 276- Da
A la préféance au Confeil fupérieur 3 335 - - Cap, De la Piaine du Nord,629Siége au Confeil dans un fauteuil, 387. SRA2 636 Du Limbé, 645 Du
Grains Voyez Plantes. Port-Margot, 671, 672. Gramont ( M.). Carenige qu'il a établi au Cap, Guillaadeu (M.). Son habitation a une colonne
477: - Vaiffeau qu'ony a carené, 478- - Eco- avec une barre électrique s 235. nomies qu'il procure, , 478-1 Reproche qu'on Grillame Henri dAngleierre (le2rince ). Vient
fait à ce Carenage, 479au Cap, 366, 539. Grand Boncan - Voyez Plaine du Nord. Grande- Rivière Voyez Rivière. H. Voyez Ste-Refe. Grefe, 381 1 382, 495,
Habithns. Cenx de la plaine du Cap reçoivent &
Grefier. De PAmirautéda Cap, ,384. logeat des troupes, 3 426 - Voy. Celons. de la Sénéchiuffee du Cap, tué à Li- Haie. Celies de citronniers ont fait place à celles
monade, 183- Sas fonctions, 383.
Nord. Grande- Rivière Voyez Rivière. H. Voyez Ste-Refe. Grefe, 381 1 382, 495,
Habithns. Cenx de la plaine du Cap reçoivent &
Grefier. De PAmirautéda Cap, ,384. logeat des troupes, 3 426 - Voy. Celons. de la Sénéchiuffee du Cap, tué à Li- Haie. Celies de citronniers ont fait place à celles
monade, 183- Sas fonctions, 383. de Campèche 216
du Confeil du Cap, 385, 386,387. Hattes, 159 - La première de la Partie du
Commis, 383,387. Nord, 160 - De Ste Rofe, 223 - De la
Grèle - Voyez Température. Perite-Aufe, 284 - De la Piaine du
Groanditrs-Vdlosiairén blanes: Leurs cazernes au 629 --Du Borgne, , 680 - Du Port-de-Paix, Nord,
Cap 321. 723. Grift. Refultat de fes combinaifons avec le Blane Haut du Cap (le). A eu la première paroiffe de
& les autres nuances produites par des mélan- la plain: du Cap, 592 - Et.t ne fen e) life
ges fucceflifs, 83- Et la dixième nuan- en 1583, 593 Lioénéchau@ee du
ce Coloniale, 8 Ses avantages, 80 - Son: fut établie , 594 - Sa Mi ice, 59+ - Sa Capy
penchant amoureux, 80- Beffe l'odorat, 80 pulation,
Sa parn.f: diviee entre
1 des
59+ EAet maladies vénériennes, 80 Eft Cap & celle duHaat ado-hique, 594 - Forde cing manières, 80, 8z - Parties me un bonrg 594- Sa popuiatiun actnele,
ou noires que comporte fa nuance,
-
Eea
594, 595- Son pont, Ses
-
82, 8g. Voy. Grifomne.
mens à une poterie tres 595- renommée, établiteGrifonre Réfultat de fes combinaifons avec le On a miiere uu nègre bourreau, 595- 595- -
Blanc & les autres nuances produites par des Oi Zait fon églife, 593- A cae tannerie
mélang es fucellif,74, 83- Voy. Grift.
A un hôpital ambuiant, 595- - Son embar- 595
Gros-Morne (ie.). Ses limites, 685 Ditlance cadère, 636- - Voy. Cap.
entre lui & d'autres lieux 1 685, 686,687- Haut Moupique Voy. Plaire du Nord
Son étendue, 685- Ses Cantons, 685- A une Herbe à pamacbe. Envahit ie cafier, 204 - Sert
petite portion plane; 68s-Traverfé par la riviè- à couvrir des cafes, 204- - Les beitizax en
re des Trois-Rivières, 685--Ses rivières, 685 broutent les jeunes pouffes, 204-V.Plamer.
Son fol, 686- Caltivé en indigo, 686- - Herrera. Cité 189, 206, 207.
Ony établic des fucreries, 686 - Ses indigo- Hilliard aaiberieal(M.). Ses ouvrages, ,
teries, 686-Ses cafeteries 3 686- Sa graine Hivernage 213.
542.
d'indigo, 686-Morne qui lui deanc fon Horfewr.Ancedute far un bâtiment de
Tome 1.
G
ecePort474
EBEg
I
Caltivé en indigo, 686- - Herrera. Cité 189, 206, 207.
Ony établic des fucreries, 686 - Ses indigo- Hilliard aaiberieal(M.). Ses ouvrages, ,
teries, 686-Ses cafeteries 3 686- Sa graine Hivernage 213.
542.
d'indigo, 686-Morne qui lui deanc fon Horfewr.Ancedute far un bâtiment de
Tome 1.
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T A B L E
Honnears. Bancs honnorifiques dans les églifes, accorde , 355-Soumife à IIntendant, 353--
335, 340 Caux rendus au Confeil du Cap Quand la Colonie en a eu deux,355 - Le
parinMarcchautte, 377. tremblement de terre de
détruit celle
Hipial. Da Fort-Dauphin 3 124,568, 570 - du Port-au-Prince, 355 - MAeses mife fur
d'Ousnam.nthe, 144-De l'embarcadere de celle du Cap, 355-Ua en demande deux
laPetite-Anfe, 3 241 Des religieux de la pour ie Cap, 355 - Plainte de ce qu'elles
Chariré du Cip, V.cem- De la Miféri- n'étaient point Laxées, 356 - On les taxe,
corde, fon crigine, 371-Ce qu'il devient , 356-Troteme imprim.rie dans la Colonie s
372-Boutin. 372--Darandoul Maifonde fanté, 356-Manuere de c3 rendre plus utiles, 356
415, 558 - Bouvier, 43+, 437 Près dn Plus chères qu'en France, 506. bac, 452-Projette à la Foi2ute,557 -Du Incendie. Au Cep, 315,,319Port-de-Paix, 568, 724- Da Petit-Goave, tondeniianten
568-De Saint-Louis, 568-Da Trou, 570 leaten. Oa ena amene de la Guyane à SaintDu Hiut du Cap,595-V. Providence. Do.niugue, 67-Rejultat de leurscombinaifons
-des Religierx dela Cbarité. Da Cap, 243 avecle blanc , le nègre &c les nuances inter334, 564jufpa 591 1-Quand établi, 564, 56s medisires,74:75- Onen ditngue de deux
--Sa deftination, 565-Spécialement foumisa fortes, 81- Sont aflimiles aux D.ancs quant
Pintendant 565-Obtient des lettres-patentes aux aroits po.itiques, 81. 1 V. Naturels,
en1719& en1723, 567, 368-Sap police,567 G Pepolation, Saucager Zingres. Aicantes. Vouiait avoir les biens deftines aux Inaige. Sa cuiture veut des houmes accoutumés
religicufes du Cap, 568-Conditions du der- au soleii, 24--Le Quartier Daaphin a été
nier marché fait poer cet hôpital, 571 85 celur qui ea prodaiiat le pius, 114-Prefuivantes.
en1719& en1723, 567, 368-Sap police,567 G Pepolation, Saucager Zingres. Aicantes. Vouiait avoir les biens deftines aux Inaige. Sa cuiture veut des houmes accoutumés
religicufes du Cap, 568-Conditions du der- au soleii, 24--Le Quartier Daaphin a été
nier marché fait poer cet hôpital, 571 85 celur qui ea prodaiiat le pius, 114-Prefuivantes. - Maifon des Religieux, 573
mière Cuiture de la paroife da Trou, 175-
"Avantages & inconvéniens de fa potition 3 On le cultive à Limonade, 181-Daviage
587 - Ses bâtimens', 578 E5 juivantes. furi'indigo, 218 - De S.inte-Rof:, 221--
ST3r chapelle
- Vices de fon adminif ftaitculuvean Quartier-llorin, 236--Premietration, 579 Viaie - Nombre des re Culture du Dondon, 261-Ne réusiit point
malades qu'onyavas, 583-Son cimetière 3 à la Marmelade 271 I-Ui Pon a commencé
586-Ses eaux, 587, 589-Difficultés rela- la culture de l'indigo bâtard dans la Colonie,
tives fon aumônerie 3 587-Ses regitres, 640 Bâtard détruit par une maladie, 640,
abus 1 cet égard, 588, 58g--Son jardin, 690-On l'a abandonné au Limbé, 643-On
589-Son vivier,590-Ses abeilles, 590 - en cultive la graine au Gros-Morne, 686Ses plantes étrangères, 591 Ses foudres à V. Indigoterie
vin, 591 1-Ses bois, 591. Indigoteries. De la Partie Françaife, IOO De
Saint- Joieph, 395:
la Partie du Nord, I06 - Du Fort-Dauphin,
Horloge. De la paroide du Cap, 342 - De la 129,. 130 - Du Terrier Rouge, 156, -
maifon du Gouvernement au Cap,376. De Limonade, 196- De Sainte-Rofe, 223
Hejpitalsté. Noblement exercée ast-Domingue,
Du Dondon, 261 De la Petite-Anfe 3
16. 282 Da Limbé, 645 - De Piaifance ,
Hufiers, 382 3 383,384, 388-Sont en bourfe 657 Du Port-Margot, 671, 672, 680
commune au Cap, 384,385. - Du Gros-Morne, 685, 686. - Du PetitHuitres, 442,741. Saint-Louis, 691 Les eaux de leurs vides
dangereules, 710 1 Du Port-de-Paix, 710
I. 711, 712, 713, 723 De la Tortue >
736, 737, 738 -V. Indigo. Ilos, 29, 30-Effet de leur croyance quant à Inginieur. La Colonie a eu le premier en 1694. la métempfycofe, 30. 607. Impofitions. Pour les fortifications , 614. Géograpbes. Chargés de faire le plan
Imprimerie. Détails hiftoriques fur celles de Saint- de Saint-Domingue 210, 662. Domingue, 2 353 - Premières pièces impri- Inbumation. V. Cimetière. mées à Saint-Domingue & leur titre, 353, Inoculation, 218, 219, 536-V. Worlock. 354-Larnage & Maillart en demandent une, Inondation, 186, 187,190,213, 221, 222,
354.- La Chambre d'Agriculture du Cap, 223, 525, 712 - Voy. Eaux s Rivières,
en demande une, 354-Quand le Cap ena Zempérature.
pièces impri- Inbumation. V. Cimetière. mées à Saint-Domingue & leur titre, 353, Inoculation, 218, 219, 536-V. Worlock. 354-Larnage & Maillart en demandent une, Inondation, 186, 187,190,213, 221, 222,
354.- La Chambre d'Agriculture du Cap, 223, 525, 712 - Voy. Eaux s Rivières,
en demande une, 354-Quand le Cap ena Zempérature. cu une, 355 1 Privilege excluff qu'on lear --- Page 793 ---
D E S M A T I E R E S. Inferiptions. Pour le fort du Fort-Dauphin , 115, Sciences & Arts du Cap veut lui donner une
116 Pour la fontaine du Fort - Dauphin. 5 médaille ; comment fon intention eit arrêtée,
121, 122 - Pour 1 'églife du Trou , 168
419- Ses vertus s fes difpofitions, fa bienfaiDela fontaine & de la méridienne du quai du iance, 416, 420 - Voux qu'il infpire,
Cap,312 Del la fontaine de la place-d'ar- 421 - Sa demcure 433. mes du Cap, 330 De la fontaine de la Taugeur de PAmirauté, 485. place Montarcher, ,359 - - De la maifon de
de la Sénécbaugis - V. Étalonneur. Providence des hoinmes & celle que l'Auteur Taugeur,
propofe, , 408 Du cimetière de la Foffette, Tian-jacguns Rouftau (Mot de) Sur ce qu'on
438 De la fontaine dela place Clagny, ajoué fon Devin du Village au Cap,
445 Du pont du Cap, 460- Du fort Yean-Rabel. Ce qu'y fontl les Eipagnols en 347. Picolct, 610. 698. 1685,
Infeaes, 262, 382, 717. Tifaites. Remplacent les Capucins dans la ParInfpeseur €5 Diredteur-giniral. dela Médecine, tie du Nord,107. 353, 374 Avaient une
de la Pbarmacie 6 de la Botanique des Co- fucrerie au Terrier-Rouge & fingularité de ce
Intendant lonies, 570, 585. choix, 157 , 688 Ce font eux qui na-
, I0O, 195 Où plufieurs ont réfidé turalifent les premiers cafiers à Saint-Domingue,
auCap, 326, 334 A une loge au fpeétacle 164 - Preuves de leur orgueil, 335- Ceux
au Cap, 361 Ef Préfident du Confeil morts tranfportés de leur maifon au caveau
Supérieur, 385: 386 Depuis quand & à du Cap, 343- Ce qu'ils font relativement
quelle occalion il eft 'devenu intendant de Ma- à plufieurs conceilions, 357 Leur demeure
rine, 479 - Était feul chargé de la cenfure au Cap, 374. 8 fuivanies- Loués, 400
de la Gazette s 506, 508 - Ala furveil- Difficultés qu'ils font fur le cimetière de la
lance générale des hôpitaux, 566 - V. Hon- Foffette, 435. neurs. Jeu. Fureur pour le jeu, IO, 16, 187. Intérefés au canal de la Petite-Anfe Voy. Journal de Saint-Demingus. Détails fur cet ouPetite-Anfe. vrage & fon éloge, 509 - Son Rédadteur,
Interprète de PAmircuté, 385.
- Ala furveil- Difficultés qu'ils font fur le cimetière de la
lance générale des hôpitaux, 566 - V. Hon- Foffette, 435. neurs. Jeu. Fureur pour le jeu, IO, 16, 187. Intérefés au canal de la Petite-Anfe Voy. Journal de Saint-Demingus. Détails fur cet ouPetite-Anfe. vrage & fon éloge, 509 - Son Rédadteur,
Interprète de PAmircuté, 385. 509. Iris amiricainé. Ce' que c'était, 510. Tucbereau de Saint-Denis (M.). Bienfaiteur
Hhet de Limonade. - Voy. Limonade. de la Providence des hommes, 401. du Malfacre s 108 i III, 144. des Boucanniers ou 2 Boyau. D'ouluivient
L
ce premier nom , 113, 114. Lia Bafide. Trait de valeur de ce pécheur 3
J
604Labaitut (M.) D'abord fermier
Tacquesy. Canton de la paroiffe du Terrier- taire de la Tortue, ,
- puis Ce proprié- fait
Rouge & de celle du Trou, 158, 172-Ce pour la défenfe de la
qu?il - Son
mot eft Indien, 158
Mfine
Ses fucreries
Tres-fertile, 159 éloge, 742, 744 - A commencé la culmeilleures Caimites, 159, --Son 172 Produit les ture du cafer à la Torue,743 - A vendu
160- Sa baie, 160, 159- 622 embarcadère, On voulait La plufieurs Boulaye terrains (M. de à ). la Tortue, 743. le faire communiquer avec la baie du Fort- Colonies. Envoyé pour In/pedeur-genéral faire le
de des la
Dauphin par un canal, 160 Ses paflagers, défenfe des Antilles, 607 , 705 - plan Ce
162, Conceffions qu'on y a faites, 171. fait au Cap, 607. qu'il
V. Rivière de Yacquezy. La Cbagelle ( M. de). Intendant. Tamaique. M. Ducafe y fait une incurfion 3 qu'il faifair par rapport aux troupes Propofition 3 123. Hafmin. 702. Nègre libre. Son éloge comme fonda- Lagon La aux Baufs 119, 133teur de la Providence des Gens de couleur au tance Grange du Cap, (Cap), 390 136, - 293, 294 - où Sa dif le
Cap, 416 Sa femme, 417 Marques voit, 390, 660,679. Eloignement on
d'eitime qu'ila recueillies, 417: 418, 419- La Haye (M. labbé de ). Curé du Dondon 9
La Société d'Agriculture de Paris lui. accorde 258 L'auteur lui doit beaucoup de détails
une médaille d'or, 419 il La Société des fur le Dondon , 259 Explication qu'il --- Page 794 ---
T A B L E
donne des affalages Oa avalanches , 259 - Ses mes, 401, 402-Voy. Campeche, Macandal. travaux botaniques, 269. Liogane. Caflelvey:e y, avait fondé un hofpice
La Lance ( M. de), ingénieur , dirige les tra- charitable 3 400 - Troifième capitale de la
vaux du Fort-Dauphin, II5
Partie Françaife, 493 - Attaqué en 1702 9
Laugage Criol, 64 - Chanfon créole, 65.
259 - Ses mes, 401, 402-Voy. Campeche, Macandal. travaux botaniques, 269. Liogane. Caflelvey:e y, avait fondé un hofpice
La Lance ( M. de), ingénieur , dirige les tra- charitable 3 400 - Troifième capitale de la
vaux du Fort-Dauphin, II5
Partie Françaife, 493 - Attaqué en 1702 9
Laugage Criol, 64 - Chanfon créole, 65. 5oo - On y envoye des habitans de SaintLapole M.).Éloge de ce vétérinaire. Chriftophe, 700 - Devient la Capitale de la
( M.de ). Dons que ce premier- commis Colcnie, 705 - - Voy. Hipital des Religieux
ESHE bureaux de Verfailles fe fait fiire, 212, dela Ciariti. 5 fuivantes. - Fait fon frère eintendsat Le Pers (lePere) Jéfuite, curé du Trou, 158. 1 Saint-Domingus, 453 - - Proitquiretue
Legilfe du Trou ef dédiée à fon
du bac du Cap, 454: 4571E7- Curé de Limonade, 185 1 A XtSE
Lalanne intendant 3 453. à Charlevoix des Mémoires pour PHiftoire de
(Morne 1 V. Piaifence. St.-Domingae, 218, 268, Notice furlui,
Laraage ( M.leMarquis de ). Son éloge, 8, 268 - Succetivement cure 2 Limonade & du
242, 277, 305, 354, 401 7 402 3 440; Trou, 268- Meurt curé du Dondon 268 -
452, 453, 457, 495, 569, 718 Son Scs manufcrits botaniques paffent au Médecin
cloge eit
dans uneféance publique Poupee Deiportes, 268 - Curé de PAcul,
de la salrens des Sciences & Arts du Cap, 641 - Formela paroifie du Limbé, 641. - V. Difinfe delaPartis duNerd. Le Vageur. Quel il était, 669. - Perfecuté à
La R.Tih M. de ). Govemearneur-géns cauie de fa religion,
Vues du Comral, Son influence fur les établiffemens du mandeur de Poincy fur sctar 669- Part de
Fors-Diuphin, I14, 115,115- - Idée Sn- Ssint-Chrilopheavie les autres religiennaires,
gulière delui, 498. 669 Ahorde dans P.flet du Port-Margot,
Las Gofes. A feggéré Pidée d'avoir des cfclaves 669- Viite Willis à la Tortue, 669-Prend
Africain: à Suint-Domingus, 24. la Tortue, 669 Méconnait toute autorité
Laugier fils ( M. ). Son éloge, 484:
fupérieure, 695 - Repoufie les E.pagnols de
Lanal (le P.) jefuite, carédafrou, y avait la" Tortue, 6y5 Aflafliné à la Tortue, 695
fit bâtir un hôpital, 168 1 Enterré dans
Fort de fon nom 3 733 > 741.
Suint-Domingus, 24. la Tortue, 669 Méconnait toute autorité
Laugier fils ( M. ). Son éloge, 484:
fupérieure, 695 - Repoufie les E.pagnols de
Lanal (le P.) jefuite, carédafrou, y avait la" Tortue, 6y5 Aflafliné à la Tortue, 695
fit bâtir un hôpital, 168 1 Enterré dans
Fort de fon nom 3 733 > 741. Pigife du Cap, 342. Lipre, 640,728. Lavairs. Pablies, 425, 515,707
Libraires au Cop,323. Particuliers, 601. Lieutenant. Au Gouvernement-, général de la
LB Brefar(M. ). Intendant par interim. Eloge Colone, 494:
deion adminifration, 211, 215,303, 304,
de PAmirauté, 384. 313,315, 343, 391, 441, 446,458, 467,
de Roi, 115, 133 Originairement
502, 517, 500, 564, 631, 637 - Piace &c ilen entrait deux au Coneil du Cap, 385cours defon nom au Cap, 311, 313. Voyez Honneurs. Lefebure (M.). A établi la première fucrerie du
de Roi du Cap,494. Bois de Lance, 184. Particulier de la Senechauffée du Caps
L: Febure Depbayes (M.). Son éloge, 157- 380,383. Ses obfervations furle baromatre,288. Lilanecur M.). Commandant en fecond de la
Ligion d'EAaing 241. Partie du Nord. Deternine à ciéer la paroife
de Saint-Domingue, 456. de Valiiere, 150 - Fête que lui donne la
Le Gras (M.). Eloge de ce Magiftrat mort au compagnie des Volontaires - mitices du Cap
qu'il commandait, 467. Ligumes. ee 254-Aul Dondon, Lilas ou Azedecch, 218. 262-A la Marmalgde, 272 Expofesau Limbi. Pont projetté, 457 - Ses communicamarché Clugny 3 441, 442 - Réufffent au tiors, 626-Sts deux coupes, 638, 643Eorgne, 680 Au Port-de-Paix, 716. Ses limites, 641 - Quand on a commence fon
Le Leng (M.). Chefdes Français qui vinrent de établiniement, 641. - Dépendoit de la paroiffe
Ja Tortue s'établir dans la pline du Cap, deAcul, 641 Son egile-- 641, 643183, 244, 207,593 Son éloge, 183 - Ses regiftres paroiffiaux, 641 Sa partie
Saackendene: accuelle, 244, 632. plane, 642, 643, 644-51 rivière & fes
Le Nermand de Misy (M.). Ordonnateur du débordemens, 643,645, 648- ComCap, bienfuiteur de ja Providence des hom- ment fa plaine a formée, 642 - Son fol,
642. --- Page 795 ---
D E S M A T I E R E S. 64:, 643- Ses cantons, 643, 644- Ses
S'auginente vers la mer , 189
fucreries, 643 - On y a cultivé Pindigo 3 trouve une ancre qu'on croit étre celle Ony
643- Ses moulins à eau, 643- Son pro- caravelle de Chrifophe Colomb , 189- dela Ses
duit fufceptible d'augmentation 3 643 Son levées, 190 Opérations fur fes levées &
bourg, 643- On y trouve des' chaifes & fon redreffement de la Grande rivière, 63
des chevaux à louer, 643 - Ses chemins, Juivames.
On y a cultivé Pindigo 3 trouve une ancre qu'on croit étre celle Ony
643- Ses moulins à eau, 643- Son pro- caravelle de Chrifophe Colomb , 189- dela Ses
duit fufceptible d'augmentation 3 643 Son levées, 190 Opérations fur fes levées &
bourg, 643- On y trouve des' chaifes & fon redreffement de la Grande rivière, 63
des chevaux à louer, 643 - Ses chemins, Juivames. Réunit toutes les
Igo
644,645 - Ses entrepôts, 644 Sa partie
Ses fucreries, 195, 197 cultures, Ses manufac- 195
montueui, 644 - Ses cafeteries 644 Ses tures, 195, 196- Son
indigoteries, 644 - Ses places-à-vivres
204, 209 Sa favane fol,196, & molières 193 203,
Ses Eriqueteriertuilerier) poteries, 644 EStm trouve, 196 - Sa favane
qu'ony
Guildiveries, ,
Sa
appartenait à M. Quantité de 644 annuelle, températare 645- Ses 645 mala- Franquefnay , 196 - Sa favane forme une
dies, 646- dn minéralogie, 646- -Sa côte, commune, 196 Sa Sa raque, 196- - Sa plaine
647 - Son embarcadère 647, , 648 Sa vafeufe, 199 Le 197 morne à
minéralogique, 1
defenfe, 647, 648 - Ses fours à chaux,
de
200 Iffet
lted
Ses vigies, - Ses paffagers, 648- 647 Ses Sa fon fuccurfale nom s 200--Ses à Sainte-Suzanne moulins à eau, 201eaux, 648 f
649 - Sa Mi- qu'on devrait faire du canton des , 202 Ce
lice, 649 Sa Set de plutieurs autres 203- Un centenaire, 204 Culture Côtelettes, du
lieux, 649 Donne fon nom à un quartier, cafer, 203, 204- Ses cafeteries 3 -
- Sa dépendance civile & militaire, 649 Ses mines , 204 Preuves de la réfidence 204
précieux qui l'habite -Macan- des anciens
réfidait,
Naturels, 206 - Sa côte 206daly
651- L'épizootie y a fait des A, dans fon territoire, le fort la Nativité,
ravages, 653 On y trouve l'arbre à pain, bâti par Colomb, > 206, 207 s 208 - Colomb
Linites.
Sa dépendance civile & militaire, 649 Ses mines , 204 Preuves de la réfidence 204
précieux qui l'habite -Macan- des anciens
réfidait,
Naturels, 206 - Sa côte 206daly
651- L'épizootie y a fait des A, dans fon territoire, le fort la Nativité,
ravages, 653 On y trouve l'arbre à pain, bâti par Colomb, > 206, 207 s 208 - Colomb
Linites. 653- Entre la Partie Françaife & la Partie Lum fait lelieu naufrage, 207; château 297 de Pièces trouvées
Efpagnole, 108, 109, IIO, III, 114, 148 Sa tourbe falineufe, appele 209 - Colomb, Sa défenfe, 208- 210
icante, 220, 251,
2II - Opinion far fes
Limonade. La paroiffe la plus Orientale en 1705, Troupes efpagnoles qu'on palles,10, y canto.ne, 622- 211167--Donne fon nom à un quartier, 180, 217-- Ses piffagers, 211 Canots
vont
Sa fituation, 180 Sa réputation, 180 - Ses Cap, 211 Utilité de fes quiy du
limites, 180 - Ses rivieres, fes favines", Habitans de fon embarcadère paflagers, 212 212- Ses
180, 185, 186,187, 188, 189, 190 , 198 9 pécheurs, '212 Sa défenfe
203, 204, 212, 213 - Et une paroiffe de - Sa température, 213 - Ses primitive, , 212
plaine, 180 Son étendue, 180 Ses canSujette aux fécherelles, 213 chemins - - Sur l'ori- 213
tons, 181,
204 L'un des premiers gine de fon nom, 216 - - Ses hommes
établiffemens i de Plaine du Cap, 181 -A 216,217- Sa diflance vers d'autres utiles,
dépendu du Quartier-Morin, 181 - Preuve 217 V.Bois de Lance 3 de lieux, 3
quie fon terrain était vierge, 181 - Son em- Roucou s Sainte-Suzgane. Feféa Limonade :
barcadère, 181, 181 200, 210, 211 Son Louis Des Roxleaux. Éloge des "vertus de ce
églife
183, 184, 185 3 186 Ses nègre, 544. 181 - le La culturey commence par Louis xi. Son fervice eft la première cérémonie
FC puis coton 3 puis Pindigo, 181 faite dans l'églife aétuelle du
Sa population, 181, 182, 196, 3 216 - Luzerne. Elle réufit à
Cap, 336. N'avait point encore de nègres en 1685, 182
( M. dela). S.int-Domingue, 164. Canton du Bois de Lance 3 182, 184
miniftre la Mariner Gouverneur-genéral Favorife
devenit
Ses malhèurs , 182, 183- - Sa milice, 182, la Société des Sciences & Arts l'établiffement de
183, 216 - Bataille de fon nom 3 182 - --Ses bonnes difpofitions la du Cap, 360:
MM. de Cuffy & de Franquefmay y font enter- des gens de couleur du Cap, pour Providence
rés, 183 Sa première fucrerie 3 184- fon nom au
464, 468, 419-Place de
Première fucrerie du Bois de Lance 184
Cap,
- Ses ponts ' 185- A le père Le Pers poar
M
curé, 185 - Un Préfident de. la Partie Efpagnole yvient un jour de la fête de la patrone,
185-Nature d'une portion de fa plaine, , 188 Macandal.
- des gens de couleur du Cap, pour Providence
rés, 183 Sa première fucrerie 3 184- fon nom au
464, 468, 419-Place de
Première fucrerie du Bois de Lance 184
Cap,
- Ses ponts ' 185- A le père Le Pers poar
M
curé, 185 - Un Préfident de. la Partie Efpagnole yvient un jour de la fête de la patrone,
185-Nature d'une portion de fa plaine, , 188 Macandal. Notice far ce monire , 6;1. Tome I,
Hhhhh --- Page 796 ---
T A B L E
Magafn. De la marine, 314-Magafin public au blanc & les autres nuances des mélanges
Cap, 320 333fuccellifs, 72-Eft la fixième nuance, 78
Magiprature Colanie. Pourquoi elle porte Pépée, 3 --Très-rare, 78- Ses défavantages, 78 -
3880 fuiwantes. Ef produit de cinq manières 2 78, 85-Parties
Magnotifne. Genre de magnétifme effayé à la bl.nches & noires de fa nuance, 84 - V. Marmelade, 274. Mamelouque. -animal. Et la caufe occafionnelle de Mameloque. V. Mamelouc. l'établiffement de la Société des Sciences & Mancexille. Sa baie 2 136
Arts du Cap, 347. Mandingues. 27. Maillart (M). Intendant. Son éloge, 8, 242, Manglier. V. Bois. 272, 306,
401, 402, 452, 453 Maxtègue ( Morae à ). De la paroiffe de Limo569 - *K: de fon nom, 282 Son nade, 200 A fervi d'afile aux nègres
E: prononcé dans une féance publique de marons 3 200-D'on lui vient ce nom , 200,
la Societe des Sciences & Arts du Cap, 349-- Manufadures. De la Partie Françaife, 10G. Rue du Cap qui a rapport à lui, 440-V. -De la Partie du Nord, 106
Larnage. De PAcul , 639. Mais ( Nègres ).29. De la Marmelade, 271. Maifon defentiv. Hipital. De la Petite Anfe, 276, 277, 285:
Maifn des Orpbelines, 372 -V. Boutin. De la Plaine du Nord, 629. Maitre. Uu cruel affàffiné, 170. De la Tortue, 736, 737, 738. Major. Un au Fort-Dauphin, 102, 115,133- 741, 742,743Unau Port-de-Paix, 102, 722-Au Cap,
De Limonade, 184, 195,195,201,
495204-
-pour le roi. Originairement il en entrait
De Plaifance, 655, 657, 658. deux au Confeil fuperieur du Cap, 383-V. 659. Honneurs. -De Ste-Rofe, 222, 223, 224. général de la Colonie s 495. De Vallière, , 15I. -des troupes & milices 3 495. D'Ouanaminthe > 140, 141, 142i
Mal de Siam-V. Maladie de Siam. Du Borgne , 680. Maladies s 224 241, 288 3 512, 527 Plus
Du Cap, 555 3 592,5 595,5 595. violentes à St-Domingue qu'en Fran re, 529Du Dondon 253, 261. Leur caractère au Cap, is fuivantesDu Fort-Dauphin, 10O , IIO, 126
Celles des enfans, R7 efclaves 534- 127 3 118, 120, 130, 131, 132, 140,
Ont perdu de leur intenfité à St-Domingue,
-Du Gros-Morne 3 686.
, 555 3 592,5 595,5 595. violentes à St-Domingue qu'en Fran re, 529Du Dondon 253, 261. Leur caractère au Cap, is fuivantesDu Fort-Dauphin, 10O , IIO, 126
Celles des enfans, R7 efclaves 534- 127 3 118, 120, 130, 131, 132, 140,
Ont perdu de leur intenfité à St-Domingue,
-Du Gros-Morne 3 686. 534--La petite-vérole 535-La rougeole,
Du Limbé 643, 644, 647536- L'cléphanthiafis ou mal-rouge, 527-
-Du Petit-Saint-Louis 7 689, 6g0;
La gravelle, la
l'apoplexie 537-Du 691. Petit-Carénage MTE Cap, 555 Leipafme,
-Du Port-de-Paix, 710, 711,712,
581-Uleères gangréneux, 583-La gale, 583 713, 719, 723Leur rapidité aux Colonies, 585 Du
Du Port-Margot, 670, 671, 672. Limbé, 645-Ophtalmics, 661-D:Phifance,
Du Quartier - Morin > 231, 232,
661 - Du Pori-de-Paix, 700, 707 La 239, 246. lèpre ,728. Du Terrier-Rouge, 156, 157, 159. de Siam 7 534, Comment & par qui
-Du Trou, 172, 174,375, 178. elle eft apportée à la Martinique. s 701 1-Ses Marabou. Réfultat de fes combinaifons avec le
ravages à la Martinique 3 701 - Comment Blanc & les autres nuances 3 produites par des
elle eft apportée à Ste Croix 3 701- -Comment mélanges fuccellifs, 74. - Eft la onzième
elle paffe à Saint-Domingue, 701-Durée de nuance, 80 Et produite de cinq manières,
fes ravages, 701-Terreur qu'elie répand en 80, 83 Parties blanches ou noires dont
France, , 702- -Extrémement rare à préfent > fa nuance peut-être compofée, 83:
702 Son caraétère 702-V. Siam. Marbais. (M. de), Intendant. Trait qui. fait
des Volailies, 262. fon éloge 461 - Rue de fon nam au Cap,
Vénériennes , 80. 465, 467 Sa vigilance pour les recenMamelouc. Réfultat de fes combinaifons avec le femens, 491. --- Page 797 ---
D E S M A T I E R E S. Marché. Leur utilité, 153 4 Un projeté àlé- 269- Quand formée en
glife de Limonade,
paroiffe, 270-mSes
du Cap. Marché 199. des Blancs,
limites 3 270- Son fol,270, 271 Sa tem-
- De la Place-d'armes, 326 E5 Juirantes 306, , 317 pérature, 270, 271- A un canton d'Emaery,
Dans la rue
271 Ony cultive le cafier 3 271- Pas
marché était Efpagnole dans la , 326 Le premier pre à Pindigo, 271 On devrait effayer
rue
s
-
LE
Marché
Efpagnole, 433
çotonnier dans quelques parties,
Clugny * 440 E5 fnivantet - Quan- mes, fes fruits, fes
272-Seslegutité de nègres qui viennent au marché Clu- chaffe ni de pèche, 272 fleurs, Les 272- Point & de
, 441 - Diftribution du marché Clugny volailles n'y réufliffent point, moutons 272 - Ses ri- les
Fl objets qu'on y expofe, 441 E5 luiwantes
viéres, ravines &c.
dans quelques parties,
Clugny * 440 E5 fnivantet - Quan- mes, fes fruits, fes
272-Seslegutité de nègres qui viennent au marché Clu- chaffe ni de pèche, 272 fleurs, Les 272- Point & de
, 441 - Diftribution du marché Clugny volailles n'y réufliffent point, moutons 272 - Ses ri- les
Fl objets qu'on y expofe, 441 E5 luiwantes
viéres, ravines &c. - Sa
Les nègres y troquent, 444 La Luzerne, 272 - Sa population 272 272. - - Sa minéralogie, milice, 272
468, Du Port-de-Paix,
Son églife , 272-Sa police, 273- A un bureau
Voy. Hipital. 709, 739
de polte, 273-- Sa maréchauffée 273-8 -Ses cheMarichaulie. Du Fort-Dauphin
mins, 273-Diftance entr'elle & plufieurs lieux,
123, 134
274-M. Brulley y.t tente la culture de la cocheD'Ouanaminthe, Du
145 Du Trou, 171 - nille, 274 - Efpèce de
Dondon, 256 De la Marmelade , 273 exercé, 274 - Ses magnétifme qu'on y a
- Du Cap , donnait une garde au Confeil Maronage des
communications, commence 626. du Cap :377 Origine de celle dela Colonie, d'en faire une Efelaves. déclaration, Quand , 382 - Commuta- l'ufge
448 --Prelque toujours compofée d'affranchis tion de fa peine,
même d'efclaves, 449 1 Sa compofition, 449 Martinique (Ife la). les
-
fes
y
habitans
PEn
Rang de officiers s 449, 450- Récep- de
700 - envoye
tion, > 450- - Appointemens, 450- Sesrevues, la maladic St-Chrillophe, de Siam 701. Ravages qu'y caufe
450. Débats qu'elle occafionne entre les offi- Matelot. Ce que le P. Boutin fait
ciers de juftice & les offiçiers militaires , 450 553- Voy. Hégital. pour eux, , 540,
Ses devoirs 3 450 Son habillement, Mateloté. Ulage de ce mot parmi les
fon équipement , 451 Ses défordres 3 451 37. négrefes,
De Plaifance, 656, 668 Du GrosVoy. Maladie de Siam. Morne, 687 , 723 - Du Port-de-Paix, 722. Maure. On en traniporte
aux ColoMarée. Sa plus grande élévation, 213 Époque nies, 26. quelquefois
de fa plus grande elevation, 213;
Meyombés, 32. Margat ouvrages, (Père) , Jeluite, curé du Cap. Ses Midecin, 134, SoI 1 Voy. In/peleur 85 DirecMargaillier. Eia indécent admis au Cap fur teur-général 8 de la Botanique de la Médecine, des
dc la Pbarmacis
la place de Marguilier, 341. Médecin Accoucheur, s 502, Coloniex. Maribarou Mariages (feconds), (Canton de). 431- Son afpedt, 126
du du Cap, , 5OI. Plaine de. ce nom 126 Difingué en haut
Roi, s 134- Devrait réfider à 1'ho-
& bas, 126 - Population de la portion qui de pital, la Cbarité. 584, 585 - Voy. Hopital des Religieue
eft dans la paroife du Fort-Dauphin 128 Méfalliés. Blancs dont les
ne
Son fol excellent 128- Se rellent de Pépi- blanches, , 99 Oir le femmes les font pas des
zootie, , o Ce nom eft Indien 3 140 Mifurades.
, s 134- Devrait réfider à 1'ho-
& bas, 126 - Population de la portion qui de pital, la Cbarité. 584, 585 - Voy. Hopital des Religieue
eft dans la paroife du Fort-Dauphin 128 Méfalliés. Blancs dont les
ne
Son fol excellent 128- Se rellent de Pépi- blanches, , 99 Oir le femmes les font pas des
zootie, , o Ce nom eft Indien 3 140 Mifurades. Voy. préjugé place,99. Nature da fol, 141- Son vin de cannes Metcarelogie. Voy. Caxgas. fupérieur aux autres, 141. Mitif. Refultat de fes combinaifons Timpérature. Marine. Premier bâtiment de la Marine- royale & les autres nuances provenues avec de le Blanc
qui entre dans la baie da Fort-Dauphin, 117 fucceffifs, 72. - Eft la
mélanges
1 Projet d'un arfenal de marine au Cap,
Et produite de fix cinquiëme manières, s buance,77
241, 242, , 304 Magafin de la marine
Ses avantages fes
77, 85au Cap, 314 Hangard de la mâture au
Parties blanches & noires defavantages de ia , 77, 78
Cap,469 - Ballip auquel on travaille au Cap, 89. nuançe, > 85s
469. Métive Voy. Mitif
Marmelade (la), 47 Sa température, 178. - Miel. Voy. Abeilles. La fource de la rivière du Dondon eft dans Milices. Eloge de celle da
fes montagnes 2 257 Origine de fon nom, D'Ouanzminthe, 145 - Fort-Dauphin, Fatigue qué caufe 137- la --- Page 798 ---
T A B L E
guerre à celle de Vailière, 154-Da TerrierCelles des Africains, 25 B faiventerRouge, 165- Du Trou, 178- De Limo- Deréglement des moeurs Coloniales, 92 85
n.d:, 182- - Celle de Limonade, de Ste-Rofe fuicantes - Caufes du relachement de celles
& diDondon
en tems de guerre, de St-Domingue, 95 - - Celles de Ste-Rofe,
l'embarcadére RNEDATA Limonade, 211- 222, 226-Du Cap, 312, 317, 364,365,
R1L Limonade, 216 - De Ste-Rofe, 221- -
357, 369,456, 531 Des habitans du petic
Dela Marmelade, 272-De la Petite-Anfe, Carenage au Cap, 471 On vend publique289 - Fête donnée par une compagnie de ment au Cap des livres & des eftampes cbfeèMilice du Cap, 466 - Aufi ancienne la nes, 490 Voy. Africain, Celens, Criol,
Colonie, , Les premiers Juges la Cricle, Eurepicns, Mulatreges. Colonie en faenet partie, 497 Du Cap, Meles,32. 6 Fir. - Ses ollisiers devoués aux chefs Mole Si-Nicolas. Reçoit des Acadiens &c des
42. Colonie, 500- - Leur rétabliffement en Allemands, 227, 255. 1768, 500- Celle du Hiut du Cap,594- Mondonguer, 32- Sont anthropophages, 33 -
Eile marche au fiége de St-Yague 59+- Leur Sont pédéraites 2
cmploi en cas d'attaque, 618 - - Dela Plaine Montegnes.
devoués aux chefs Mole Si-Nicolas. Reçoit des Acadiens &c des
42. Colonie, 500- - Leur rétabliffement en Allemands, 227, 255. 1768, 500- Celle du Hiut du Cap,594- Mondonguer, 32- Sont anthropophages, 33 -
Eile marche au fiége de St-Yague 59+- Leur Sont pédéraites 2
cmploi en cas d'attaque, 618 - - Dela Plaine Montegnes. Celles de 2fa Partie Françaife, 4daNord 632- Dc" PAcul, 659 - Da Lim- Celies de la plaine du Cap, 104, 204-Sepabé, 649 - De Piaifance, 663 - Du Port- rent la Partié du Nord de celle del'Ouef, 104
Margot, 670, 627- Du Gros-Morne, 687 Da Fort Dauphin,
131 - DOuanaDa Port.-de-Paix,733 - Eloge decelle du minthe, 145- Utilité 12id peupler, 15#-
Port de-Paix,724- oy. Confil des Milices. Servant d'ahile zux nègres fugitifs, 154, 175Honneurs. Celies duTrou 175-Chaine du Cibao, 221,64!. Miniralgie. Du Terrier-Rouge, 157-De Limo- --Du Don.lon, a 252 De la Petite-Anfe, 283
nade, 199 - DeSte-Rofe, 220 - Du Quar- -Du Limbé, 641-De Plaifance, 657,659, 663,
ter-Morin, 232 Du Dondon, 258 - De 667 1 Du
679- Da Gros Morhe,
la Marmelade 272- Dela Petite-Ante, 283 636,du Petit AreA7 639-Du Port'deDa Cap, 598 - D: la Plaine du Nord, Paix, 711, 712, 713, 720. 639- - Du Limbé, 646 - Du Petit St-Louis, Montarcher (M.de) Intendant. Place & fontaine
6g0- - Du Port-de-Paix, 711, 713, 714- de fon nom, 359:
De la Torte,733,740 Voyez Mines. Monigolfères. Expériences faites avec des MontMines. Celles du Fort-Dauphin, 138- Celles golfières, 288,470. d'Ouanaminthe , 145 - Canton nommé la Morne. - - Voy. Montagnes. Mine & pourquci, 145 -De Caracol, 165 - Morne des Capucins, 3c6- Origine de fon nom,
De Limonade. 204, 205 Efets qu'on at- 324- Ses proprictaires fuccelifs, 325- Et
tribue à une mine de pierre aimantaire, 205 applani,26. V. Minirelogie. du Cap. Sa defeription s 597 E hric. Mixes (Nègres), 29. organifé. D'oû lui vient ce nom, 155. Mingust. On doit à ce Colon l'établiffement du
St-Michel. Sa fituation & fes dimenfions -
Dondon 3 147, 255-Son éloge, 247, 65 fniv. 244, 302. -Si defcendance nele trouve plus au Dondon, Mortalité. Des troupes blanches & de couleus
250- Son nom donné à
plantes, comparée, 173250 La célèbre voûte 2T2 Dondon porte Mofereau (M.). Son ouvrage du Parfait Indiauffi fon nom, 263.
St-Michel. Sa fituation & fes dimenfions -
Dondon 3 147, 255-Son éloge, 247, 65 fniv. 244, 302. -Si defcendance nele trouve plus au Dondon, Mortalité. Des troupes blanches & de couleus
250- Son nom donné à
plantes, comparée, 173250 La célèbre voûte 2T2 Dondon porte Mofereau (M.). Son ouvrage du Parfait Indiauffi fon nom, 263. goteur, 218. Mirebalais i1 Voy. Chemins. Difinfe de la Par- Moulin à eau-I Du Fort-Dauphin, 109,127, 132
: tie du Nord. Ceux d'Ouanaminthe, 142 Du'Trou,
Ifjrables, 28. 174- De Limonade, Z0I - Du Quartierilfiens 107, 357 - - Celle de la Partie du Nord, Morin, 233 - De la Petite-Anfe 277 8
352, 374,717. fuirvantes, 28z De la Plaine du Nord,
Muffonmaires. - Voy. Mifrons. 639- De PAcul, 639 - Da Limbé, 643.-
Mitbon (M.). Intendant- Fait décider que le Du Port-Margot , 670 - Du Port-de Paix,
Cap fera où on le voit, 299. 710,
Maurs. Influence des troupes fur elles, 8 - - Ne
à went. L'unique de la Partie du Nord,
fonc pas févères à Sc Domingue 15, 33, 529 639. - Pieuve gu'eiles ne font pas très-douces, 22
àfucre. - V. Bolin. --- Page 799 ---
D E S M A T I E R E S. Moufombis, 32. Maficien. Oifeau ainfi nommé & pourquoi 3
Mouton. Du Cap de Bonne-E(pérance, tranfpor155. té à Saint- Domingue, 291 - V. Animaux. N
Moxanbiqnet, 34- Il en eft d'eunuques, 34Moxard (M.). Obtient une feconde imprimerie Nagos, 29. au Port-au. Prince 3
Éloge de fon Naturels de Saint-Deningue. Forme de leur
-
téte,
imprimerie, , 356 2 nommé rédaéteur de Iz6, 352, 658 Preuves de leur habitation
Mulatre. la gazette, 507 Son éloge, 507. dans divers points > 152, 206, 240, 284,
Originairement clafle parmi les Indiens 646, 658,
736 Avaient des
& les Sauvages, 68 Était réputé libre à vafes & des 681.734 fétiches de terre
208 -
21 ans, 68 - Réfultat de fes combinaifons
Enterraient les cadavres parallelement cuite, 203,
avec le blanc & les autres nuances provenues
Leurs cérémonies, leurs opinions >
de mélanges fucceffifs s 71 - Ef la troifième V. Caverne, Indien,
Voite 264- 2
nuance, 75 - Il a deux nuances diftinétes, Minguet. Saxvage,
75 - Eft produit de douze manières,75, 83 Nigociant. Abus de ce nom, 505 -V. Chambre
Avantages Se défavantages du mulâtre, fon de Commerce. caraétére, 76, 90--C'eft Pêtre le plus appro- Nigres. Leurs idées par rapport au baptême s
au climat de Saint-Domingue, 76
35 Leur fuperfition, 52 Croyent aux
blanches & noires de fa
-
3 1
Emur
claffe
nuance, 83
forciers 36.
, 83 Nigociant. Abus de ce nom, 505 -V. Chambre
Avantages Se défavantages du mulâtre, fon de Commerce. caraétére, 76, 90--C'eft Pêtre le plus appro- Nigres. Leurs idées par rapport au baptême s
au climat de Saint-Domingue, 76
35 Leur fuperfition, 52 Croyent aux
blanches & noires de fa
-
3 1
Emur
claffe
nuance, 83
forciers 36. llen :21
,
Etla la plus nombreufe des Affranchis, Gefticulent beaucoup, 36 d'émpoifonneurs - Aiment les ae
g0, 95 - Ses paffions 3 90 Son amour imitatifs., 37 Sont fententieux,
pour ies chevaux, 91 91 - Propre à être Sont jaloux, 37, 52 Oat fur Biancs
-
12r8L
un excellent foldat,
Pourfuit les nègres unavantage phylique en amour, 38 - Aiment
fugitifs, 91- Son Pie. 91 Aitérations quelquefois le tafia à Pexcès, 39 - Aiment
de fa peau, 91 Et celui qui vit le plus les remèdes > 42 Sont fobres, - 42 Sont
long-tems à Saint-Domingue, 92 Mauvais railleurs , 43 Boivent peu, 43, Sont
mari, 95 Caufes qui s'oppofent à ce que moins ivrognes que certains Blancs, -
cette claffe ne difparaiffe,
Sont propres 43 Aiment le tabac 43 & le
fupérieur aux autres gens , couleur, 98 - jeu, 44 - Chériffent paflionnément la danfe,
V. Couleur; $ Mulatrefe. 44 Leurs inftrumens de mufique 3 44
Mulatrefi. Ses avantages, 92 - Son caraétère,
Pofsèdent le talent
-
92 Livrée à la volupté 3 92-Sa précocité, Ont l'oreille très-jufte, d'improvifer, Comment 44 ils
-
92, - Ses mceurs , 92, 93; 94 Son luxe, apprennent à jouer des 5! inftrumens,
s
92- Très-fobre, 93-Coud fupérieurement, Siflentamerveille, 52 Leur amour 51
94 -Le poifon de Pamour fort adif chezelle, 53 Leurs
Leurs exercices, propre,
94 -Deux fingularités relatives à fa conduite,
Odeur combats,53 qu'ils exhalent,
- Il en eft de très-vertueufes 94-Épou- E leur odeur, 54 - Très-fenfibles 5+, au Opinion
,
froid,
-
2 malheureufe, 95 Redoute la maternité, 55 Paroiffent moins vieux les
-
Semble n'avoir pas autant de foins pour 55 N'ont prefque pas de
Blincs, 56 -
enfans
LATET
que les blanches &c les négreils, RefpeStent la
Aiment à s'6-
-
vieillefe, 56,
95 Eft une maitreffe impérieufe, 96 An- piler,56-Leurs
tipathie entr'elles & les blanches, 96 - Ai- 57, Leur réfignation, TRimenasu-Deniagu leur courage leur
mel la publicité en amour 3 97 Son prétendu mépris.
prefque pas de
Blincs, 56 -
enfans
LATET
que les blanches &c les négreils, RefpeStent la
Aiment à s'6-
-
vieillefe, 56,
95 Eft une maitreffe impérieufe, 96 An- piler,56-Leurs
tipathie entr'elles & les blanches, 96 - Ai- 57, Leur réfignation, TRimenasu-Deniagu leur courage leur
mel la publicité en amour 3 97 Son prétendu mépris. pour la mort, 61 Opinions fur
dédain pour les mulâtres,
leurs qualités morales, 6z Leur
quelquefois P'odorat, 97 - 2 propreté,
fur Jeur couleur, 63 Leurs
opinion
-
AERER
Laina.07 Son godt pour les Reurs, 97
Leur fuccellion 9 64 - Leur funérailles, deuil , 64 63 -
Ne veut fouffrir auprès d'elle au ipec- Méprifés parles Indiennes & les Sauvagefles,
tacle du EEO fa mère négreffe 365
69 - Réfultats des combinaifons du
floge de la bienfaifance de Pune d'elles, 394 avec le blanc & les autres nuances nègre
V. Couleur ; Mulatre. par des mélanges fuccellifs, 71 produites Ceux afMulet. Mule qui produit un muleton, 165,229, franchis regardés comme les derniers des af289. franchis, 90 - Dans la Partie du Nord il
Mirier, 218, 716. ya neuf negres contre fept négreffes 2 106
Mufeat, 716. Leur: nourriture diffère dans les trois Partice
Tom. I. Iiiii --- Page 800 ---
"T A B L F
de la Colonie, 1c6 - Traitement de ceux Nigres. De la Cote des Efclaves, 29. du Fort-Dauphin, 132 - Uuilité dela relides Graines ou de Malagion pour eux, 154 En 1685 il n'y en guette, 28. avait point encoreà Limonade, 182 Ard'Iroire ou des Dents,
rivent à une grande vizilleff:, 225 - On en 28. met de malades à Pembarcadère de ia Petited'0r,28,29, 30,
Arfe, 241 - Décreifent le poiffon, 257.-
de Madagafcar, 3+. Expreflion qui clt relacive à ceux des habitadu Benin 31. tions Galiffet, - Imprefion del leur nomCap Verts 27bre comparé a 2a des Blancs, 296 CriGalbar, 31. minels, où on les erécute au C-p, 332Monomotapa, 34. Ils lapident un bourreau auCap, 333 - Leurs
Fantins, 26. exercices religieux au Cap, 340 Mefle
Fidas --V. Fcidas. de leur nom, 340, Aiment à fonner les
Foëdas, 29. cloches, 342 Nombre de ceux qui viennent
Fonds, 29. au marché Clagny, au Cap, 441 Troquent
Foules, Poules ou Pouiards, , 2,. des fubliftances, 444, Utilité dont ierait
Fugitifs. Se réfugient dans les montapour eux un pont sur la rivière du Cap, 457 gnes, 154 - Maux qu'ils caufent, 154
Leur imprévoyance quant à leurs dents,soz
Polydor un de leurs chefs, 154, 175
Donnent à manger aux malades & croyent
Ont fait donner des noms à plufieurs
aux remèdes des commères, 534, 583
pitons, 154- Canga un de leurs chefs, 176
C: que, le père Boutin fait pour eux, 540
- Colas, Jambes- coupées > un de
à
-
ieurscheb,
Leurs danfes la Foffette,
Leur ca- 200.
ents,soz
Polydor un de leurs chefs, 154, 175
Donnent à manger aux malades & croyent
Ont fait donner des noms à plufieurs
aux remèdes des commères, 534, 583
pitons, 154- Canga un de leurs chefs, 176
C: que, le père Boutin fait pour eux, 540
- Colas, Jambes- coupées > un de
à
-
ieurscheb,
Leurs danfes la Foffette,
Leur ca- 200. V. Macandal. raétère infouciant, 533 - E maffacrentles
Ibos,
30. nègres qui remplillent le métier de bourreau,
Libres. "adt dans l'origine diftin575, 596 V. Africains , Centenaire 3 gués des mulâtres libres, 68 - Donnent
Chaine publigue, Négrefes, Padrejas. à quelques lieux le nom de Petite Guinée >
Africains. Projet pour forcer à les ven- 433 - La compagnie des nègres libres du
dre à terre , 537,358. Voy. Africains. Cap marche au fiege de Carthagène,
Macandal. V. Auba, Jejain, Louis des Reuleaux, 500
Agouas, 29. Vincent Ollivier. Aoufas, 29. Mais, 29. Aradas, 29. Mandingues, 27. Bambaras, 3 27. Mayombés, 3 32. Biffagots , 28. Mefurades. Voyez Ngres CaxBlancs V. Albinos. gas. Bouriquis, 28. Mines, 29. Calbar - V. Nigres du Galbar. Miférables, 28. Calvaires - V. Nigres du CapVert. Mokos, 32. Cangas, 2. 28. Mondongues, 32. Caplaous, 26. Moufombés, 32. Congos, 82. Mozambiques > 34Cotocolis, 29. Nagos, 29. Créols, Supérieurs aux Africains , 29. Ouaires, 31. Il en eft de fupérieurs les uns aux autres,
Popos, 29. 39.. Sont en général mieax traités que les
Poulards - V. Nigres Foules. Africains, , 40 Sont plus hâtifs que les
Poules - V. Fcules. Africains 40 - Idée fingulière qu'ils ont
Quiambas > 27, Nigres
rapport à une certaine abfinence durant P
Senégalais, 26,
femaine fainte, 43 - Tirent vanité de reffemSocos, 28
bler aux Blancs parla forme da nez 3 55-Ne
Yoloffes , 27. font point étampés 67. Nigrefes. Africaines, aiment à être
De la Côte des Dents - V. Nigres Croéles, 38 Créoles
réputées
de la Côte d'Ivoire. lesAfricaines, 40 -Se livrent pletôt à des pubères jouiflances que --- Page 801 ---
D' E S M A T T 4 R E S. a
trop de lear précoctsy 40-Leurs mères trafiquent Ogeron (d"). Agent de la Compagnie dés Ifles
virginité 40-Dépendance où elles de PAmérique puis
de
demeurent par rapport à celui qui leur a fait Domingue.
éoles
réputées
de la Côte d'Ivoire. lesAfricaines, 40 -Se livrent pletôt à des pubères jouiflances que --- Page 801 ---
D' E S M A T T 4 R E S. a
trop de lear précoctsy 40-Leurs mères trafiquent Ogeron (d"). Agent de la Compagnie dés Ifles
virginité 40-Dépendance où elles de PAmérique puis
de
demeurent par rapport à celui qui leur a fait Domingue. Son influence gouverneur fur Saint- Saintperdre leur virginité , 40-Caufes qui ém- 7-Établic une habitation au Port- Domingue,
péchent leur fécondité , 40-Ont un accouche- 670, 695-Introduit la culture du Margot,
ment facile, 41-Ce qu'elles font retarder 670-Prifon de fon nom ,
cacaoyer,
l'accouchement, 41 - Moyen ROCA prend quile ménent en Amérique, 674-Entreprifes Va
pour les faire accoucher, 41-Sont excellentes Martinique, à la Jamaique, fe 696 fait concéder àla
mères, 41-Leur continence pendant qu'elles les Lucayes & les
-
allaitent & préjugé à Éct égard, 41- gouverneur de la Tortue Caiques, 3 696 Nommé à
S'ennorguillifient d'être mères s 41, 42-Leur Tortue, 697-Favorife 697-Réfide la
fein, 41-Leurs avortemens s 42 -Leur peau -Porte les premiers le Port-de-Paix, à la 697
fraiche que celle des blanches 43 - 697-Fait attaquer & rançonner français
culture,
Emtu abftinences périodiques, 43- --Éprouvent 697- -Attire des Angevins fes Saint-Yague 3
des accidens des bains froids, 43 Leur 697- -Fait venir des epoufes de compatriotes,
luxe, 59 Leurs affections , leurs haines Repafie en France en 1668 & France, revient 697
entr'elles 60-Réfultat de leur mélange avec Tortue en 1669; retourne encore en ala
les blancs & les diverfes combinaifons qui où il meurt, 698- Tente deux France
en proviennent fucceflivement, 71 65 fuvantes contre Porto-Rico, 698, 728-Les expédicions
jufgu'a 88-Leurs filles mulâtreffs ne veuient de la Colonie fe révoltent
habitans
les fouffrir auprès d'elles au fpeétacle du Oifeaux. Le muficien , 155, contre 262--La lui, 728. S 365- Une négreffe fait trois enfans; huppée, 202-Ceux du Dondon, 262 caille687- -V. Aradas, Femmes, Nigres. colibri, V'oifeau-mouche, 262 - -Le
Noailles ( Maifon de) Elle obtient la conceflion 263-On a le goût des
De proie 3
de Pilet du Maflacre,
d'ou on les tire, 301- oifeaux au Cap, &
( M. le Maréchal 1o2e ). Était d'avis du Senègal, 301. Singularité de ceux
d'avoir une place forte au Dondon, 226. Ollivier-v. Voncent Ollivier
Nolrvos (M. de ). Gouverncur-général. Va à
-(le Père). Jéluite. Son
Daxabon , 149. Ordemnateur de la Marine, 1O2 cloge s 236. Nomenclature Coloniale. Reproches qu'elle mérite, celuidu Cap, 376,
Oà a logé
220 , 230, 627, 6z8, 633.
d'avoir une place forte au Dondon, 226. Ollivier-v. Voncent Ollivier
Nolrvos (M. de ). Gouverncur-général. Va à
-(le Père). Jéluite. Son
Daxabon , 149. Ordemnateur de la Marine, 1O2 cloge s 236. Nomenclature Coloniale. Reproches qu'elle mérite, celuidu Cap, 376,
Oà a logé
220 , 230, 627, 6z8, 633. des guerres 495. 495. Nopal, Nords 713-V. Cactiers. Orgeville (M. Panier d'). latendant des
(les).712 -V. Température, Vemt. Vent, meurt au Cap, 339. iles du
Normands. Les premiers français des Antilles Orpheline. - V. Boutins
des
étaient prefque tous Normands, 3 332 , 473- Ouaires, 31. Maifin Orpbeliser. Notaires, 384,388, 722. Ouanaminthe. Son bourg nuit au
O
Cen 123, mot 339 elt Devient une paronle, 140
indien, ,
fcubegets
blifiement le plus voin 139 de la Son limite bourg elPétaOtfervations AAronomiquer. Lieu où MM. de & détails fur ce
efpagnole,
Fleurieu, Pingré, Verdun & Borda en ont 143,, 134-A bourg, 139, 140, 142,
fait au Cap,, 554
Dauphin, dépends - Aété de Bayaha edu FortOdeluc (M.) Ses obfervations météorologiques * Ses limites 139 140 - Sa forme, faccurale, 139
285-Son obfervation fur la marche du baro- partie de Maribarou,
140- A une
mètre à Saint-Domingue,
140,141 Ses divers 140- Ses fucreries,
Odeur. Celle des nègres,
des griffes, Ses rivières, ravines, cinton,140,141
86-Celle
pbad
des mulatres s 97. Décroilfement de fes &c., 141, 142
Oficiers d' Adminifration. Du Fort - Dauphin, des lieux les pius arrofés fucreries, dela Colonie 141 - ÉA un
133-Grand inconvénient réfulte de les çaife 142 - Ses moulins à
franavoir chargés de la police la chaîne
éprouvé un incendic
eau, 142 A
blique, 398-Du Cap, 494, 495-Du Soditc a eu au bourg & abus 143 a Hopiul qu'on
de-Paix, 722 V. Adminifration. Ses débouchés
qu'ua en fait, 144 -
militaires. Place honor'f fique où l'on ad- commandant, > 144 Sa Sa police, 144 - Son
mettait ceux du grade de major & au-deffus, - Son burcau 144 de
maréchaufice , 145
au Confeil du Cap, 387. 145 Ses mines pofte, 145-Ses montagnes,
3 145 Ses bois, fes --- Page 802 ---
T A B L E
plantss, 145 Ses manufactures, 145. Sa Cap, I03 Plus de la moitié de fa furface
population , fa milice, 145 - Habitation eft montueufe, 104 - Reffifs qui en bordent
od i'on a commencé ày fairedu fucre terré, la côte, 104- Séparée de la Partie de P'Oueft
145 - Sa température', 146- Ses phéno- par des montagnes, 3 I04 - Ses chemins de
menes météorologiques, 146. - - Ses ramiers 1 communication avec la Partic del'Oueft, 104
145-M.de Paradesy eft enterré, 146.
ft montueufe, 104 - Reffifs qui en bordent
od i'on a commencé ày fairedu fucre terré, la côte, 104- Séparée de la Partie de P'Oueft
145 - Sa température', 146- Ses phéno- par des montagnes, 3 I04 - Ses chemins de
menes météorologiques, 146. - - Ses ramiers 1 communication avec la Partic del'Oueft, 104
145-M.de Paradesy eft enterré, 146. 661 65: fuivattes.- Ses avantages fur celles
de POueft & du Sud 105 - A été
P
la première établis par les Français 106Sa population > 106 - La fociabilité y eft
Padrejan. Nègre, chefd'une révolte au Petit- plus marquée, I06 Dévaftée les Ef
Saint-Louis, 694. pagnols en 1691, 182, RTAEE parles
Palituvier. Bordel la côte,
Eipagnols & les Anglais réunis en 1695, 183
Palmiers ( Magniique allée ) ), 218, 742. Premicr exemple darrofement, 282 A un
Paperel( Mide.) Bienfaitrice & patrone delégli- ingénieur en chef, 496-Son point le plus
iedela Marmelade, 273. Septentrional , 721. Papier. Éttolileit mis par les infeltes,82. Partie da Sud, 1c0.-A un commandant en
Parad?s ( M. de ). Enterré à Ouanaminthe, fecond, IOO. 146. Efpagnole de Saint-Damingat. Sa defcripParatonnerre. - V. Tonrerre. tion a 2-Vue de fa côte Septentrionale, 294
Paroifes. L'Auteur en adopte la divifion dans --Ses communications avecla Partie Françaife,
ceite Deicription, IOO -Ily en a 21 dans 626-Produit du froment, 716. la Partie du Nord, 103-Ilyen: a cing dans -Frangaife de Seint-Demingue. Son imporla Sénéchauffée du Fort-Dauphin, 9 133 - - Ce tance, 1, 2-Motifs qui doivent faire délirer
qu'il faut entendrepar paroiffe de plaine, 140. de la bien connaître, 1, 2-Sa forme s 2, 3
-On en avait prajeté une à PAcul de Sa- Son étendue > 3 - Ses montagnes 7 2: Ses
medi, 152-Hy ena 13qui dépendent de plaines , 3-Plus chaude & plus expofée anx
la Sénéchauffée du Cap, 331. - Voy. Chaque fécherefles la Partie Epagnole, 4Paroilfe afon mot. Caciques atira dépendait fon territoire 3 5
de la Grande-Rivière, - V. Sainte-Refe. Elle éprouve une pénuric de beftiaux 5-Sa
de Mouftique - V. Plaine du Nord. population. 2 5-Contralte de fon alpect avec
du Morne-Rouge V. Plaine du Nord. celui de la Partie Efpagnole 3 294- Son comdu Quartier Morin- V. Quartier-Morin. merce avec la France, 482 - - Ses différentes
du Trou de Charles Morin -V. Quar- capitales, 493 V. Caradère, Couleur,
tier-Morin.
ve une pénuric de beftiaux 5-Sa
de Mouftique - V. Plaine du Nord. population. 2 5-Contralte de fon alpect avec
du Morne-Rouge V. Plaine du Nord. celui de la Partie Efpagnole 3 294- Son comdu Quartier Morin- V. Quartier-Morin. merce avec la France, 482 - - Ses différentes
du Trou de Charles Morin -V. Quar- capitales, 493 V. Caradère, Couleur,
tier-Morin. Difenfe de la Partie du Nord, Elpegmels, Manudu Petit- Saint-Louis ou Saint-Louis du fadures, Maurs, Partie de POup, Partie
Nord - V. Patit-Secint-Lowis. du Nord, Partie du Sud, Populatien. Saint-Louis du Morin - V. Quartier- Pagagers. Barques de ce nom,
du
Morin. Fort-Dauphin, 135, 136,
police,
1 ccmmandant
,
arernd
Partie de POuef, 100 A un
en 135, 162-De Jacquezy 162, 163, 294fecond, 100 - Jugée autrefois impor- De Caracol 163, 163, 294-De Limonadc,
tante que celle du Nord, 607 - E commu- 211-Le fifc s'était emparé de ceux de Limonications avec la Partie du Nord, 661 fui- nade, de Caracol &c de Jacquezy, 211, 212
vantes. -Dc l'embarcadère de la Petite-Anfe, 241Partic du Nord, ICO - A un commandan; en De PAcul , 636-Du Limbé, 648-Du Portfecond, 100, 102-Ses limites , IOI, 102, Margot, 676 - Du Borgne , 673-Du PortI03 -Sa furface, IOI, IO5 Paroi ont de-Paix, 724commencé fes établiffemens, 102 Quand Patate. Douce. Employée avec fuccès comme
elle a eu cinq quartiers, 1O2 - Acinq quar- engrais > 656. tiers, 102 A perdu le quartier di Môle, Pauure - V. Hipital, Providence. IO2 A un commifiune-ardonsteur de la Pazu (M. de),
marine, IO2 - Chefs qui la dirigent 102- Payen. Libraire - Metz, premier imprimeur
Avait un Confeil fupérieur,
Contient envoyé à Saint-Domingue
Vexations
21 paroiffes, dont 17 de plaine :2 4 de monta- que le gouverneur-géneral ithr éprouver,
gnes : 103, 726 - Renferme la Plaine du 253, 254. Peau --- Page 803 ---
D E S M A T I E R E S. Peau-V. Couleur. Cap, 244 Quand établie , 275 DéPécheurs. De Pembarcadère de Limonade s 212. truite par les Efpagnols & les Anglais en1695,
Penfion. Sur une place de Sénéchal, puis fur 275, - Son églile, 275, 282, 283- - Ses
l'imprimerie du Cap, 355. regiltres paroilliaux, 275, Ses limites,275
Pirigoardins ( Gorge des ) 638-V.
Couleur. Cap, 244 Quand établie , 275 DéPécheurs. De Pembarcadère de Limonade s 212. truite par les Efpagnols & les Anglais en1695,
Penfion. Sur une place de Sénéchal, puis fur 275, - Son églile, 275, 282, 283- - Ses
l'imprimerie du Cap, 355. regiltres paroilliaux, 275, Ses limites,275
Pirigoardins ( Gorge des ) 638-V. Défenfe de Son nom ne lui convient plus, 276 Ses
la Partie du Nord. cantons , 276- Ses établiffemens & fes maPerrier (M.). Soa éloge, : 306. nufactures, 276, 277, 285 Son fol, 276,
Perfonnes recommandables par des talens, des 283, - Produit de fes fucreries, 277 Ses
vertus 9 des travaux, des efais, des ations habitans prennent de l'eau dans la Grande ricourageufes, des dons, BoBu8.- - Leur vière, 277 - Sa partie montagneufe, 283
éloge, 117, 134, 139, 145, 148, 149, Ses eaux, 283 284, 285 Ses eaux
160, 165, 169, 173, 174, 178, 179 * duifent des incruftations, 283 - Ses che- pro190, 193, 196, 198, 202, 203, 216, mins, 283,, 284 - Preuves d'habitation par
jufga'a 220; 224, 237, 242, 245, 246, les anciens Naturels, 284 Sa température
247, 263, 268, 269, 274, 277, 285, & fon climat, 285 65 Juivantes On y
291, 297, 306, 307, 323, 339, 348, fait une expérience aérofatique 3 288 Sa
jufu'à 352; 356, 364,
371, 372, population, 289 - Sa milice, 289- Diftance
378, 391,
399 Lnera Juivautes ; 412, entr'elle & d'autres lieux, 289 L'épi415, 416 3i Juirvantes ; 426, 469, 477 , zootie y a fait de grands ravages, 290
484, 500, 515, 539, 540 jufgn'à 545; ; Onya mis des moutons du Cap. de Bonne592, 604, 635, 640, 641, 649, Efpérance , 291 Perfonnes qu'elle offre
&: 6635 666, 673, 678,681, 691 3 à citer 3 20I - Son nom était le nom pri703, 705, 710, 715, 725, 731, 732, mitif du Cap, 297. 743 V. Larnage, Le. Brafeur, Maillart, Petite Guinée. Nom d'une portion du Cap &
Reynaud de Villeverd. origine de cette dénomination, 433 - - Une
Petit Carenage. Nom d'un faubourg du Cap, portion de la ville du Port-de-Paix a le même
464 E5 Jaivartes. nom, 3 706. Petit-Goate. Quatrième capitele de la Partie Petite-Vérole. Ses ravages , 535; - Maux
Françaife : 493 - Ony met un hôpital, 568. caufe en 1772, 535 Prétendu préferva- qu'eile
Petis-Saint-Lowis (le).
- Une
Petit Carenage. Nom d'un faubourg du Cap, portion de la ville du Port-de-Paix a le même
464 E5 Jaivartes. nom, 3 706. Petit-Goate. Quatrième capitele de la Partie Petite-Vérole. Ses ravages , 535; - Maux
Françaife : 493 - Ony met un hôpital, 568. caufe en 1772, 535 Prétendu préferva- qu'eile
Petis-Saint-Lowis (le). Eit Pune des petites tif reconnu fans effet, 536 V. Inoculaparoiflès de la Colonie s 688 L limites, tion. Maladies. 688, 692 - Son étendue, 688 - Doit fon Penplier d'Italie, 219. établiffement àl la Tortue, 688 - Se nommait Pian. Maladie des Volailles, s 262. la pointe Palmifte, 688 Ruiné en 1695, Picolet (Fort).. Fortification du
-
688 - Son églife, 688, 689 - Les Jéfuites Son afpect en venant de la mer, Cap, 295 - Mary avaient une- kabitation, 688 Son Bourg,
l'entrée du port du
295 V. -
Cap, 295. 688, s Sa fituation, 689 Son fol, 689,
de la Partie du
-
bornde
Nord. 690 Ses montagnes, 68g Ses cafeteries, Piices de cuivre. Trouvees enfouies à
689.691 - Ses rivières, 689, 691- Ses can- 208. Limonade,
tons 699 Sa culture, 6g0 - Ses bois, 6g0 Pierre pourrie. V. Rec peurri. Sa minéralogic, 6g0 Ses chemins, 691 Pilori. Quadrupide naturel aux Antilles, 262. Son état en 1728, 691 Ses indigoteries, Piment (I). Canton de Plaifance, -
691 Ses places-à-vivres, 691 Sa po- vrait dépendre du
, 656 De-
-
Port-IMargot
pulation, , 691 Sa température. 691 Piton. Ce ceit,
A quoi 677:
Ses côtes, 692 - Sa défenfe militaire, 693 doivent R épithète, 142 154. plufieurs
Ses côtes couvertes par la Tortue, 693
de Bayaha, 142, 294. Nom que lui attribue Charlevoix, 69+
des Flambeaux , 154; 294
Sa dépendance civile & militaire, 694
des Frégates. D'oàlui vient
- Diftance entre lui à d'autres lieux, 694
Elt le même le
ce de nom, 143
Révoite de nègres qu'y excite Padrejan, 142. que piton Bayaha-,
Petite- 494. dnfe (Parciffe del Ja). Celle du QuartierTenèbres, 154, 294. Moria en dépendait, 230, 244 - C'eft Places- Sarrafin -a-viures. 3 294. Ce que c'eft, 1OO - De'
elle que commence la culture de la Plaine Pas monade, 195 De. Stinte-kofe, Li223'. Kkkkk --- Page 804 ---
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Di Dondon. 261 1 Dela Petite-Anfe, 288. Sa marcchaufee.6,6, 668-Son fol, 656,
Da Cap, 592 - De la Piaine du Nord, 657 - M.
244 - C'eft Places- Sarrafin -a-viures. 3 294. Ce que c'eft, 1OO - De'
elle que commence la culture de la Plaine Pas monade, 195 De. Stinte-kofe, Li223'. Kkkkk --- Page 804 ---
T A B L E
Di Dondon. 261 1 Dela Petite-Anfe, 288. Sa marcchaufee.6,6, 668-Son fol, 656,
Da Cap, 592 - De la Piaine du Nord, 657 - M. Stollenverk y employe la patate
629 - Da Limbé, 645- Du Port-Margot, comme engrais 656 - Ses indigoteries 3 657
670, 672 - Di Borgne, 680 Du Petit- Ses cafeteries, 657 - Ses vivres du pays,
Saint-I Louis, 691 - Du Port-de-Paix 3 723- Ses plantes, 658-Les cannes à fucrey :232
Places publiquerDa Cap. Celle Saint- Louis, fiffent, 658 - Ses bois, 658 1 Sa minéralo304 - Celle Le Brafleur, 311, 313 - Place- gie, 658, 659 - Preuves d'h bitation des
d'armes ou place Notre-Dams, 326 65 Jui- anciens Naturels, 658- Ses mentagnes, 659,
rvantes - Projet fur la place-d'armes du Cap, 666 - Ses rivières, fes ravines, 659- - Lieu
On palfe la revue des Milices appellé la Porte 659- Piuie annuclle, 659 - -
'e CRtTe fur la place- d'armes, 332, La Ses brouillards, 660- Ses maladies, 661 -
place- d'armes elt celle des exécutions des Ses cominunications, 661 à 667 -Diftrait de
criminels blancs s 332
Place Montar- la fénéchauffée du Port de-Paix, 651 1 Eft
cher, 357 358,359 - Projet fur la place une pofition centrale parrapporta.la. Colonie,
Montarcher, 359 - Celle du Champ-de- 664- Ses
civils & militaires, 668
Mars, 422 - Forme & defination qu'avait Sa police, aigenta milice, 668 - - Sa pofte
cette dernière autrefois, 422 Place Clugay, aux. lettres, 668-Sa diitance de plulieurs
441 65 fairvantes Arbres & fontaine de autres lieux, 668. ceite place, 444, 445 --La place Royale, Plan. On avait projetté celui topographique de
475 B fuirvantes Place la Luaerne,40, St-Domingue, 210, 652. 468. Directeur, 434,488, 707. Fort- Dauphin, 120. Plautes. Elpèces dangereuies les befliaux,
Port de-Paix, 706. 291 : Leur influence fur Far, 437 - Effet
Plaine du Cap. Son étendue, 103, 104
attribué à celles d'un, cimetière, 437,438 -
Attire les bâtimens, 1O5 - Ses premiers Expofées au Marché Clugny, 441 442, 443
habitans, 183, 244, 297. Employées comme fourage , 442, 553, 561Plaine du Nord. A été paroiffe de Moulique Grains du marché, 443 - Vivres du pays,
& paroiffe du Morne-Rouge, 627 Sesli- 443 - Voy. Arbres. Cimetières. Ligumes
mites, 627 - 628 - Sa forme 627 -A étéla Plantes de Pluds. On eflaye de les naturalifer
feconde paroifle de la plaine du Cap, 628
à St-Domingue, 269, 591, 633Son églife, 628 - Ses regiftres paroifliaux, Pluie.
lique Grains du marché, 443 - Vivres du pays,
& paroiffe du Morne-Rouge, 627 Sesli- 443 - Voy. Arbres. Cimetières. Ligumes
mites, 627 - 628 - Sa forme 627 -A étéla Plantes de Pluds. On eflaye de les naturalifer
feconde paroifle de la plaine du Cap, 628
à St-Domingue, 269, 591, 633Son églife, 628 - Ses regiftres paroifliaux, Pluie. 138 : Voy. Timpérature. 628 - Sa première culture, 628 - Ony a Plumier (lePère)711, 1714,716.740. tenté la culture du cacao 629- Sa culture Poingy le commandeur de ). Gouverneuraétuelle 629-- Ses manufaétures & autres éta- général des Iles. Envoye le Vaffeur à la
bliffemens , 629 - Son fol, 629-Ses cantons Tortue, 669-Veut retirer le Vaffeur de la
629,630, 631- - - Son canton du Grand-Bou- Tortue, 695-Ses démélés avec un nouveau
can, 629 - Ses eaux, 629- - Ses communi- gouverpeur-genéral nommé
roi, 695. cations 630-Ses chemins, 630- - Ses ponts Pointe d'lcaque. Sa latitude & Erilen longitude, 564,
630 - Ses rivières, 630- Ses côtes, 630, 735-Son utilité , 693631-51 défenfe, 631 - Ses embarcadères, Poiriers. Efpèce de bignones qu'on croyait
631 - Ses rivières., 631, Son morne aux exempts de la piqire des vers, 328. Anglois 631 - Chofes y annoncent le voi- Pcifons. Inaxécution d'une ordonnance à ce
finage da Cap, 632- - 1 population , 632- lujet, 502-Le mancenillier en eft un, 740
Sa milice, 632- - Ses rapports civils & mili- V. Macandal. taires, 632 - Réfidence de la defcendance de Poifons 3 690, 717 .726,741 De rivière >
Pierrele Long 3 632 Le campêche ya été 256, 642-Vendus au marché Clagny, 442naturalifé >: 632-Sa minéralogic, 632- Sa Salés, 443 Quelquefois dangereux, 535difance de plufieurs autres points, 632. Dorés ou poiflons de la Chine 59C- Baflin
Plaifance. Sa coupe, 645 - Son importance, où ils ne peuvent vivre, 629-Appelés tritri,
654,, 661 G/w-sa fituation, 654- Ses 6g0, 720. premiers établifemens, 654 - Son Eglife, Peiffornier (M.) V. Infpeleur 65 direlteur-gint654, 6;6, 667 - Ses regiltres paroiffiaux, ral de la Midecine, de la Pharmacie 6 de la
6348e limites, 655- Scs cantons, 655 Boterigue des Colonies. Scs cultures, 655 659 - Son bourg, 656 Police. Da Fori- Dauphin, 133-dOunmaminuhe, --- Page 805 ---
D E S M A T I E R E S. Trou, 170-De Sainte Rofe, s 230 Morne, 687 - -Du Petit-Saint-Louis 69114 Plaifance , 668 - - Des paroiffes de la Du Port-de-Paix, 714,723-De la Tortue,
Sénéchanffee du Port-de-Paix, 722.
s cultures, 655 659 - Son bourg, 656 Police. Da Fori- Dauphin, 133-dOunmaminuhe, --- Page 805 ---
D E S M A T I E R E S. Trou, 170-De Sainte Rofe, s 230 Morne, 687 - -Du Petit-Saint-Louis 69114 Plaifance , 668 - - Des paroiffes de la Du Port-de-Paix, 714,723-De la Tortue,
Sénéchanffee du Port-de-Paix, 722. 728 , 741, 742. Police. Celle du fpeétacle appartient à l'état- Port, 133 --Police des ports, 481. major, 363. -à PEcu. Nom que Colomb lui donne,766-
-Des ports, 480. Ses falines, 712. -Des quais, 481. Port-au-Prince. Qaand il. a eu une imprimerie,
-Du Cap, 327, 485, 562 Ses divers 355-A une maifon de Providence 3 413
objets, fes vices, 485,489 E5 fivantes - Cinquième capitale de la Partie Françaife,
Vraies caufes de fon imparfedtion, 489. 493-Capitale aétuelle de la Partie Françaife,
-(troupede), 487-Son uniforme, 3 488- 493, 494-Sa diftance du Cap, 605. Son traitement, 488, 723. de France. Nombre moyen des bâtimens
Polidor-V. Nogresfugitifs
deFrance qu'on voit dans la rade du Cap, 482. Pont. Sur le Foflé de Limonade, ,
214, d'entrepôt. Le Cap cft un port d'entrepôt,
457 - Projeté furla Grande rivière "L Limo- 480. nade, 215-Projeté fur la rivière du Dondon, Port-de-Paix. A un major, 102, 698 - - A une
256-Pont Maillart, 285 - - Calomnies fur Sénéchanffée, 103, 698, 722 - A une amicelui de la ravine du Cap, 316-Premier rauté , 103 - A été le chef-lieu de la mifion
fur la ravine du Cap,
465- de la Partie du Nord, 37+- Confidéré comEoRt. adtuels fur la ravine du aEp 321- me capitale, 493, 698- -Ses hopitaux, 568, 3
Projeté à Pembouchurede la rivière du Haut
- Jugé autrefois plus important que le
du Cap, 452,. 457 Sept ponts projetés Eadhe Plaifance ca a dépende, 661,
457--Pont projete fur PArtibonite, 458 724 Le Borgne cn dépendait, 681, 724
Infcriptions pour celui du Cap, 2 460-Fait
Chriftophe Colomb y entre & l'appelle
far la rivière du Haut du Cap, 595, 630 - Vaigarasa, 69+ - - D'oà y vient un nom de
Del la rivière Salée de PAcul, 631. PAiliente, 69+ - Favorifé d'Ogeron,
Popos, 29. 697 - Choili par M.de EURT étre le
Popalation. Celle de la Partie Françaife 9 fiege du gouvernement, 698 -
fon:
Celle de la Partie
les,
E
5Françaife comparée
E.pagmols, en 1685: 698. à
de
S'appelit
celle
la Partie Efpagnole & à quelquefois les Trois-Rivières, 698 - Son
celle de la France, 6-Celle de P'ile entière état, en 1683, 699- Son églife, 699.705
lors de fa découverte , 6- Celle de la Partie
Reçoit les 49 premiers foidats cnvoyés à
Françaife difinguée en trois claffes, 6-Carac- Saint-Domingue, pour y refter, 609 -Ony y
tères.
fpagnole & à quelquefois les Trois-Rivières, 698 - Son
celle de la France, 6-Celle de P'ile entière état, en 1683, 699- Son églife, 699.705
lors de fa découverte , 6- Celle de la Partie
Reçoit les 49 premiers foidats cnvoyés à
Françaife difinguée en trois claffes, 6-Carac- Saint-Domingue, pour y refter, 609 -Ony y
tères. de celle d'ane Colonie à efclaves s 6. - conduit des habitans de
Comment
Saint-Chribophe.6p7
eft compofée la population blanche- - Mortalité
y éprouve, 700 - Pln9-Celle de Saint-Domingue a de la defcen- fieurs de fes Retar tués à In hataille de
dance de Caraibes, d'Indiens &e de Sauvages, Limonade, 700 - C'eft là que la maladie de
67, 68-Les nuances les plus rapprochées du Siam commence à Saint
nègre font les plus communes, 89 I De la M. Ducaffe vienty réfider Domingue, *
Anglais
Partie du Nord'; 106. - Du Fort-Dauphin, & les Efpagnols le prennent 702-Les s en 1795 3
128, 129, 130, 132, 13f.DOmnamatie Sz défenfe militaire, 1 Son état après
Vallière 7
Ap
145-De
152-Udlité de celle des fiége de 1695, 704 Lrilent -
des habitans de
montagnes, 154-Du Terrier-Rouge, 165- Sainte-Croix, 704 Ses habitans marchent
Du Trou. 178- - De Limonade, 212, 216, au fiége de Carthagène, 704 - Mis dans la
217 - De Sainte-Rofe, 226 - Du Quartier- dépendance du Cap,
On veut en
Morin, 245-Da Dondon, 264-De la Mar- chaffer lcs habitans,
culture en
melade,
la
1699. TPL
272--D: Petite-Anie, 289- Da 705 Ceffe d'être la capitale de Saint-DoCap, 490 fuinanter Nature de celle des mingue, 705 - - Ses limites, 705 - Sa vilie,
Colonies, 492--Faible en enfans s 492-Dif 705 Ses rues, 705, 706 Ses maifons,
tinétion à fa:re dans celle de Saint-Domingue, 706- Sa place-d'armes, 706 Sa placc
528-Celle du Haut du
Louis XVI, 705 - Sa fontaine. : 705,
Delà Plaine du Nord, E-S 632
MT Comment on s'y, procure de l'eau pour boire 707 ,
640-Du Limbé, 649 - Du Port-Margot, 707 Son quai, 707 - La ville
aux
670, 671 - Du Borgae, 681 -Da Gros- maladies & caufes qu'oa leur attribue, fiujette 707L --- Page 806 ---
T A B L E
Ses mirais, 708, 799 Son marché, , 709, Port-Frangais ( Grand ) , 601 > 603, 6ot,
720 - - Confommation journalière de la ville 6zz A reçu Pamiral des premiers vaifaux
709: i- Ses cantons, 709 ftivantes.
707 - La ville
aux
670, 671 - Du Borgae, 681 -Da Gros- maladies & caufes qu'oa leur attribue, fiujette 707L --- Page 806 ---
T A B L E
Ses mirais, 708, 799 Son marché, , 709, Port-Frangais ( Grand ) , 601 > 603, 6ot,
720 - - Confommation journalière de la ville 6zz A reçu Pamiral des premiers vaifaux
709: i- Ses cantons, 709 ftivantes. Ses français envoyés aux Antilles, 603- Éloge
rivières, 709, 710,711, 712, 720 - Ses de fon eau, 603, 604 - A procuré un mâtà
fucreries, 710,723 - Ses moulins à eau,710 un vaiffeau, 604 - Les anglaisy font leur déA un beau canal à une fucrerie, 710- Ses barquement en 1695, 404, 623 Trait de
indigoteries, 710.711, 712, 713,723
valeur doat il eft letheatre, 604Ses cafeteries, 711,714 Ses montagnes,
(Petit) , 601, 604,62z, 3 623,
711, 712, 713,720, 723 Sa mincralo- 628. gie,711, 713,714.715 3 719 Sonfol,
de la Nativité. Était à Caracol V. 711, 712,713 Ses chemins, 711,712, Caracol. 713,, 714,723 Ses falines, 712, 719 Port-Margot Établiffement français le
inondation, 712 Ses bois, 713- -Produit ancien après la Tortue, 668 - Le
d'autres
".E
du nopal &
cactiers, 713-Sa popu- aborde dans Pilet du Port-Margot,
lation, 714, 723 Sa température, 715, Ses premiers établiffemens,
716, 717 Ses artichaux, fes fruits fon ya une habitation
ELPURE
678-Sa popelation, 670
mufcat, &c., 716-Onya récolté du fro- 671 Ravagé en 1695 670-Son églife,
ment,716- Oa yaeu des miriers, 716- 671-A dependu del'Acul,
-
a
Fécondité des femmes, 717 Sazo logie, & leurs débordemens , 670,
milice,
- Ses
NE
717,720
côtes, 717 Sa défenfe, 670-M.
ELPURE
678-Sa popelation, 670
mufcat, &c., 716-Onya récolté du fro- 671 Ravagé en 1695 670-Son églife,
ment,716- Oa yaeu des miriers, 716- 671-A dependu del'Acul,
-
a
Fécondité des femmes, 717 Sazo logie, & leurs débordemens , 670,
milice,
- Ses
NE
717,720
côtes, 717 Sa défenfe, 670-M. de Cbarrite en poffédait une grande
militaire,7 717, 718,719,720,
Ale partie, 670-Ses fucreries, 670, 672-Ses
point le plus Septentrional de la
moulins à eau, 67c-Ses indigoteries, 671,
-
dizl
Son aipedt, fon utilité adtuelle > 721
672 Ses cafeteries, 671, 671 - Ses
Autrefois chef-lieu d'un immenfe quartier, cacaoyères, fes places-à-vivres, 671, 672
721- - Les Gonaives en dépendaient, 722-
-A des habitations incultes, 672-Ses guilCe que le quartier de fon nom comprend diveries , 671, 672-Ses briqueteries, 671,
maintenant, 721-Changemens fuccelfifs dans 672-Ses limites,671-Ses cantons, 671- -
fon étt-major, 722 -En quoi il dépend du Ses bourgs, 671, 672-Ses chemins, 671,
Cap,722 A un oilicier d'adaninifratisn, 674-Son embarcadere, 671, 674, 675
722- Sa garnilon , 722 - Sa maréchauflée, Son fol, 672-Sa température 3 673 - Ses
722 - Sa troupe de pulice, 723- Sa milice, centenaires 673-Sa coupe,
côtes,
-
674-Ses
723 Ses cotonniers, 723 Ses hattes, 674-Sa prilon d'Ogeroa, 674- - Sa defenfe
723 - Ses places-a-vivics, 723 Ses ca- militaire, 675-Ses pallagers, 076-Sa rivière
caoyers,723 Ses débouchés, lon commer- Salée 3 676-Obiervations de M de Puylégur
ce, vaifleaux qui y viennent: , 724, Ses fur cette côte , 676-Sa dépendance civile &
paflagers, 724 Combat au Port-de-Paix, militaire, 677-Sa milice, 677-Sa diftance
724 Hopiral projeté pour ies pauvres, 724 de pluficurs autres lieux 677-Eloge de M. Diftance entre lui & d'autres lieux, 725 - le Gras qui Phabitait, 677 Favorifé par
La polition de la Tortue nuit à fa furete,744- d'Ogeron, 697. Pert au Cap. Sa deicription 3 47 juivautes. --koyal Ville de). Où elle était", 164,
-Nauirages qui font arrivés, 472, 473- 207-Ses armoiries, 164-Ses mines, 165. Trait harai de M de Kerfaint, 473-AutreSaint-Thomas, V. Acul,
fois les Elpagnols venaient y attaquer les bâti- Porto-Rico. D'Ogeron tente deux' expéditions 3
mens, 474- Peut contenir un grand nombre 698de bâtimens, 474. Se combie, 475, A Poriugais. Furent les premiers qui introduifirent
des vers, 476 Ses carenages, 477 fi- des negres en Amérique, 26. wantes. - Abus qu'on y fouffre, 479 Et Pefe aNX Lettres, 134, 145, 171, 267,273,
un port de marine, 479 - Ses ouvriers, 479 439, 664, 608,7 723.
ir un grand nombre 698de bâtimens, 474. Se combie, 475, A Poriugais. Furent les premiers qui introduifirent
des vers, 476 Ses carenages, 477 fi- des negres en Amérique, 26. wantes. - Abus qu'on y fouffre, 479 Et Pefe aNX Lettres, 134, 145, 171, 267,273,
un port de marine, 479 - Ses ouvriers, 479 439, 664, 608,7 723. Et un port d'entrepôr, 480 - Ses incendies, Poterie. De ia Colonie, IOO De la Partie du
431, 482 - Ulage relatifaux capitaines de Nord, I06 - Du Fort Dauphin, d'Ouananavires quiy, viennent, 483- Taux moyen minthe, 145.- De Limonate, 196- Du
de la population qu'il preiente,
Ses Quartier-liorin, 239 Première de la Partie
Tremicres fortifications 3 607 R Cap 3 du Nord, 246 Eloge de celle Breda au
wefenge dela Partiedu Nerd. Haut --- Page 807 ---
D E S M A T I E R E S. 78r
Haut du Cap, 596-1 Du Limbé, 645. Voy. du Cap,83,388. Ceux du Port-de-Paix,
Briqueterie, Tuilerie. 722. Potier (M.). Talent qu'il a montré en hydrau- Procureur du Roi. Celui du Cap tué à Limonade,
lique, 710. 183. V. Amirauté. Sinicbaufie. Pouangay (M.de), Gouverneur de St-Dominde l"'Amirauté. V. Amirauté. acheté une partie du terrain où eft Pracureurginiral. Du Çonfeil fupérieur du
EeT ville du Cap, 325 - Réfide à la Tortue, 385, 386, 387, 432. Cap,
697, 698 Fait deux expéditions contre Prenerader publiques. Du Cap, 311,,
Cube', 698. Prof (M.) Eloge de ce négociant du 391, 560. Poupie Depertes (M.) Médecin au Cap, les Ét Pun des deux premiers Adminiftrateurs Cap,400 de
manuferits botaniques du Père Le Pers, 268 la Providence du
-
Ses ouvrages, 269- Médecin du roiau Cap, Providence (Maifons Cap, de). 402,
leurs
-
Eloge
deux
Notice
-
P8L
fur lui, ,
Faits relatifs à fondateurs, 349, 394, 408 Leur admiPhôpital du Cap & quil 1 concernent, 569. niftration eft commune, 395, Ce les
Pourceasx, 159, 26z On en élève beaucoup Adminiftrateurs de la Colonie font en que
àl P'Acul ,
640- Leur étonnante multi-
> 404, 405 Leur
leur
plication Ft à Tortue s 729. faveur,4o3 403 -Leur exiftence légale, chirurgien s
aux ), Voy. La Tertue. Leurs propriétés en
404, - On 405,
Prijugé. cltfa des Colonies place parmi les Afri- qu'elles ont deux fondateurs 1769, 405 -
oublie
cainsquiconque s'allie avec eux,81 1-II prétend tion du bureau qui les adminiftre, 405 Compofique.l les traits africains fe reproduifent après Oà leur bureau s'affemble, , 405, 406
plufieurs nuançes, 86 - Contrel le couvent des Leurs réglemens,
406 405: Doivent 407 enReligieufes du Cap, 431.
ies place parmi les Afri- qu'elles ont deux fondateurs 1769, 405 -
oublie
cainsquiconque s'allie avec eux,81 1-II prétend tion du bureau qui les adminiftre, 405 Compofique.l les traits africains fe reproduifent après Oà leur bureau s'affemble, , 405, 406
plufieurs nuançes, 86 - Contrel le couvent des Leurs réglemens,
406 405: Doivent 407 enReligieufes du Cap, 431. Voy. Couleur. voyer leurs regifres 405, au dépôt de Verfailles,
Méfalliës. Ont le produit d'one
Preinier Commis des Bureaux des Colonies Voy. 1e fpeéacie & anecdote à cet repréfentation
Laporte Lalanne. Abus introduit dans leur égard, 407'-
Premitr-Confeiller: Titre qui donnait la préfi- --Peu d'inftruétion de leur auminitration.doy bureau d'admidence du Confeil fupérieur, 386. niftration fur ce qui les concerne s
Préfident. Celui du Confeil du Cap pris parmi les Sufpenfion des affemblées de leur bureau, 408 3
Confeillers & depuis quand, 386, - Voyez
Leurs revenus, leurs dépenfes,
Confailfapériewr du Cap. Confiller. Intendant. 412, 413 - Moyens de leurattirer 410 de 411, nouPremier-Confeillr. dela Partie Second-Con/ailler. à Limonade
veaux bienfaits, 412 - Bienfaits qu'elles ont
1708, 185, Elpagnole viennent
en reçu, , 412 Ceux qu'on doit mettre au
538- Qui
au Cap, rang de leurs bienfaiteurs, 412
Adtes
Prêtres, 538,539. 107. mortuaires qu'on y dreffe, 3 412 - Ont donPrévôt général. né naiffance à une maifon de Providence au
grand. Port-au- Prince, 413 Ont donné des tervoy. Maricbaufit. rains à baux emphychéotiques,
414Du particulier.)
Lieu oà l'on a eu'Pidée de les 413,
Prifons. Cap, 315: 467 Ce qu'on appelle
Voy. Cafelugre. Dolioules, placer, 559. au Cap vicilles prifons, 321--Prifons aétuelles Hilliard dAaberteuil,
Dubuifoa,
du Cap, s 321, 396-Somme qu'on yapplique,
des Femmes. Son Raynal. 396 Leur deicription 396 - Améliorations fondateur , 394 Elle eft origine, confacrée 39+- a Sainte- - Scn
qu'elles demandent, 396- Eloge d'un con- Élizabeth ,
cierge,. 397 - Défordre qu'on y fouffre , 397 miniftration primitive. 395 Son éloge, Son ad-
- Payaient une rétribution aux fecrétaires des
395, 402
T
Adminiftrateurs de la Colonie, , 407--Payent infortunés qu'eile infpire, 396 , 405 Nombre des
une rétribution aux Providences ,, 407. de y trouve, 396
Oà on
projette mettre 3
Son
T
d'Ogeron, 674:
tration réunie à celle 327, la Providence adminif- des
Privilige exclufif. L'opinion annulle celui de la hommes > 402. V. Dolioules. vente des livres, 323- Des imprimeries 3
des Gens de couleur. Son origine,
Prix. 355. Voy. Cap,
- Celui qui en eft. en quelque forte le fon- 416
Pafagers.
trouve, 396
Oà on
projette mettre 3
Son
T
d'Ogeron, 674:
tration réunie à celle 327, la Providence adminif- des
Privilige exclufif. L'opinion annulle celui de la hommes > 402. V. Dolioules. vente des livres, 323- Des imprimeries 3
des Gens de couleur. Son origine,
Prix. 355. Voy. Cap,
- Celui qui en eft. en quelque forte le fon- 416
Pafagers. dateur, 416 -
Procureurs. Ceux du Fort-Dauphin > 134 - Ceux occafion d'adrefler Reproches à ceux qui qu'elle lui ont donne nui
Tome I. L 1111 --- Page 808 ---
T A B L E
diredement ou indiredement, 417 8 JtiA partir de lui on retrouve le phyfique
vantes Ce que PAuteur a tenté pour eile du Blanc, 98
& détails curieux à ce fujet, 418 65 Juivantes Quarteronnée. - V. Qyarteromné. Projet de lettres-patentes pour elle, 419 Quartiers. On a toujours divifé la Colonie par
Bienveillance dn Miniftre pour elle, 419
Quartiers IO2. Comment fes fuccès font empéchés, 419
de Limonade, 180, 217. Veux qu'elle infpire, 420, 421 1 V.Jajmin. du Cap. Le fecond de la Partie du Nord,
Providence des bommes. Son fondateur, 399 -
IO2 ,
Son origine,399 Ses bienfaiteurs s
du AEeperin 102, 1O7, 133. 401 - Son in.titution & fon but, 401 g
du Limbé, 641. faivantes - Ufage abuff que le Miniftre
du Môle. Oté ala Partie du Nord, 103. veut en faire, 402 Son.sdminitration réunie Qyartier-Morin ( le). Limonade en dépendait,
à celle de la Providence des femmes, 402
181-Le Bois de Lance en dépendait, 182
Son éloge par Larnage, 403 Quand oa
Sa milice, 183, 245 Ste-Rofe en dépena entrepris de la rebatir, 407 Ses dimen- dait, 184 Sa dénomination eft bifarre,
fions projettées, 408 - État actuel de fes 230 Dépendait de la paroiffe de la Petiteconitruétions , 408 3 - Sa chapelle, 408 Anfe, 230 - Son étendue, 230,231. - OriOn n'y trouve point dilenont de Caltelveyre,
de lon nom, 230, 231 - Eft une paroiffe
408 - Son infcription actuelle & celle que SE plaine, 231. -Ses limites 231, - Soa
P'Auteur propofe, 403 - A fervi d'hôpital, fol excellent, 231, 232 - - Produit de quel. 409 Reynal mai informé à fon
ques-unes de fes fucreries 231, 232- -N'a
409 Opinion de M. Hilliard 1R
d'autre manufaêture des
&
fucreries,aga
teuil de M. Dubuiffon fon critique 3 409 E fucre réputé le plus TESE 232- - Morne
Reproches à faire au fite de cet établiffement, Pelé qu'on y trouve avec une mine de
:
409 Nombre de perfonnes qu'elle reçoit Sa plaine dâe à la Grande-Rivière, fer,232
-
a préfent, 410 Nécellitéd'y faire des chan- Ravage caufe la Grande-Riviare, 233
gemens, 410 V.
,aga
teuil de M. Dubuiffon fon critique 3 409 E fucre réputé le plus TESE 232- - Morne
Reproches à faire au fite de cet établiffement, Pelé qu'on y trouve avec une mine de
:
409 Nombre de perfonnes qu'elle reçoit Sa plaine dâe à la Grande-Rivière, fer,232
-
a préfent, 410 Nécellitéd'y faire des chan- Ravage caufe la Grande-Riviare, 233
gemens, 410 V. Cotelusyre. Toutes E habitations riveraines de la Granau Pert-au-Prinse, 413de-Rivière pourraient avoir des moulins à eau,
Pugfigar (M. de Chaienay). Ses obfervations 233.- -A quatre moulins à cau, 233 Ses
à Saint-Domingue, 295, 636, 676, 684, levées fur la Grande Rivière, 234 Son
721, 726. églife, 234 - Epoque où remonte fes regiftres paroilfiaux, 235 Barre éleétrique fur
Q
Phabitation Guillaudeu, 235 L'épizootie
ya commencé en 1772, 230 - - On dit
Quadrupides naturels aux Antilles, 262. premières cannes à fucre de la plaine
Quai. V. Cap-Frangais. y. ont été plantées, 236- On : cultivait
V. Pert-de-Paix. a
digo, 230-Son peu d'importence autrefois,
Quarteron. Réfultat de fes combinaifons avec le 236- Aeu le P. Olivier pour curé, 236Blanc & les autres nuances provenues de mé- Ses chemins, 236- - Nature de fes maifons
langes fucceillfs,72 - Eftla quatrième nuance dîhabitation, 237 - Ses côtes, 237- Ses
coloniale, 76 - Ses avantages, fes défa- moyens de défenfe, 238. - Ses rivières, fes
vantages, 76, 77, 95 - Eft produit de ravines, 238 L'embarcadère de la Petitevingt manières, 84 Celui qui provient Anfe en dépend, 238 - Le Cacique Guacad'an Bianc & d'une Griffonne eft extrême- naric habitait fon territoire, 240- Plein de
ment blanc, 80 - Parties blanches & noires preuves du féjour des Indiens, 240- L'ande fa nuance, 84. 88, 89
cien carenage du Cap en dépendait, 242
Quarteromne. II en eft d'aufli bianches que des Sa température, 245- Sa population, 245blanches mêmes,
2uarteron.. Diftance entre lui & d'autres lieux, 245
Quarteronné. Réfultat 473 fes combinaifons avec C'eft là qu'on commence à terrerle fucre dans
le blanc & les autrès nuances provenues de la Colonie, 246 - A eu la première briquetemélanges fuccefifs , 73 - Ef ia feptième ric, la première tuilerie, la première poterie
nuance ccloniale, 78 - Elt produit de quatre de la Partie du Nord, 246 - Hommes utiles
manicres, 78, 8; Ses avantages, s 78- qu'il donne eccafion de nommer, 246- Ses
Parties blanches & noires de fa nuance, 85 habitans revendiquent l'eau de la Grande-Ri- --- Page 809 ---
D E S M A T I E R E S. viète, 280. - V. Duplaa. Embarcadère de la Les Adminifrateurs & le Frocureurgénénly
Pstite-dafe. entrent, , 432 Sont appellfes aufi. Filles SteQuiambas, 27. Marie , 432 Leur Direéteur, 432 Leur
R. habitation, 599. Religieux, 107, 181-V. Capucins. FTéfites. Rabit ( M.).
809 ---
D E S M A T I E R E S. viète, 280. - V. Duplaa. Embarcadère de la Les Adminifrateurs & le Frocureurgénénly
Pstite-dafe. entrent, , 432 Sont appellfes aufi. Filles SteQuiambas, 27. Marie , 432 Leur Direéteur, 432 Leur
R. habitation, 599. Religieux, 107, 181-V. Capucins. FTéfites. Rabit ( M.). Donne les plans & les deffins de Miffens. plufieurs établiffémens. publics à Saint-Dominde la Charité. Leur hôpital. V. Hd330, 337 424. pital. Produit de leur fucrerie de la PetitealE (M.de), ligénieur en chef de la Partie Anfe, 576 Bonne chère que font ceux du
du Nord. Ses foins pour augmenter l'eau au Cap & anecdote à ce fujet, 589. Cap, 515 8s
Fait le plan du pont Religion, 154 - V. Eglife. dela rivière at de PAcul, 631. Remoufin (M.). Tué à la bataille Mifions. de Limonade,
Ramiers, 146, 741. 183, 699, 705. Rang. Des membres qui compofent le Confeil du Renaud( (M.), Ingénieur-général de la Marine. Cap,3 386, 387. Envoyé aux Colonies, ce qu'il fait au Cap,
Raque, 159. 607. Rat. Multiplie étonnamment aux Antilles, , 262. Repriles 263 - V. Animaux. Ravine. Du Cap, , 316, 321, 413, 422 3 547 Rifiderce - V. Adminigration. 85 fuiwantes. Refffs - V. Côte. Raynal. Mal informé fur la Providence des hom- Reunion. Des deux Confeils du Cap & du Portmes , 409 Son opinion fur les mala- au-Prince, 103, 664- V. dies 9 537 Cité pour Péloge de Louis Révelte,728. Confil. des Rouleaux, s 544 -A trop loué un canal, Roy (M.) Créol & Procureur-général du Cap. 710. Ses ouvrages, 542. Rebouc (Rivière du ). Elle a été la limite entre Reynaud deVilleverd (M.), > Lieutenant au Goules Français & les Efpagnols , I14, 167. vernement-général &
Receueur-giniral. Des droits de M. l'Amiral par interim. Eloge de fon Gouverneur-général adminiftration, 211,
Redoute. 385. V. Danfe. 215, 203, 304, 315, 343, 370,391, 392, 438,
Rigiment. On envoye des Régimens dans la Co- 664, 441, 446, 691 458, - Son 467, 502, 517, 560, 564, 637,
Ionie en 1762, 8. vailler à un chemin logement, pour faire , 434- communiquer Fait trade Dillon. Pertes qu'il fait, 288. les Parties du Nord & de POueft entr'elles
de Quercy. Fait unes grande perte d'hom- 66z. mes au Fort-Dauphin, 123-Et d'un camp Rivière. Exemples qu'on peut s'en fervir
au Trou, 172, 173remblayer, 189 Ravines ou ruifeaux
du
Son
ECeI
Cap,
uniforme, 496. raux du voilinage de leur embouchure, 190- -
Efpagnol 12 Léon. Pertes d'hommes Le fond de leur lit eft très-élevé, -Leur
qu'il fait au Fort-Danphin 124- Perd beau- niveau, 19o-Avantage de Pélévation 190 de leur
coup de monde à Ouanaminthe, 144.
172, 173remblayer, 189 Ravines ou ruifeaux
du
Son
ECeI
Cap,
uniforme, 496. raux du voilinage de leur embouchure, 190- -
Efpagnol 12 Léon. Pertes d'hommes Le fond de leur lit eft très-élevé, -Leur
qu'il fait au Fort-Danphin 124- Perd beau- niveau, 19o-Avantage de Pélévation 190 de leur
coup de monde à Ouanaminthe, 144. lit, 190- - Celles dont le lit eft bas
Rigne Minéral. - V. Mine, Minéralogice. les terrains voifins ,
defsèchent
Animal. - V. Animaux. entretenir les 190, 191-Manière d'ea
Végétal. - V. Arbres. Bois. Plantes. dreffement eft-il levées fans inconvénient 5 191 3 192 ? 104 Leur --Le reReligieujes du Cap. Leurchapelle fert de paroiffe, fond de leur lit s'élève à
&
430 - Leur établilfement dû au Père pourquoi , 195-Manière Saint-Domingue de les paffer, 215
Lann 373.426, 427,428-1 Leurs fatuts,
Poncs projettés far fept
-
leur adminiftration, 427, 428. Leur nom- V. Cbeque paroife àfin mot. rivières, 457
bre, 428 Leur fyndic, 428 - - Leur local
à Galija - V.Rivitrede Haut du
actuel & changemens qu'il a éprouvés, 429 3
de Caracol, 161 Oà eft fa Cap. -
430- On loge des troupes dans leur cou- 174. fource,
vent,
Perfonnes qu'elles reçoivent,
de
160,
430 - 52 de Peau, 431 Leurs penfionnai- 175 Facqguezy, Projet de la redreffer, 163, 170 168, -Oiet 170,
res, 431 Réfexions. fur cet établiffement G fource 174. confidéré comme maifon d'éducation, > 431
des TroisRivitres >
Bienfaits reçus par cet établiffement, , 432
du Dondon- V. Dandon 685.710. Marmelade. --- Page 810 --- T A B L E
Rivière du Fefe de Limanade-V.F4i de Limo- celle de Limonade, 172, 197 - Sujet aux
nade. féchereffes, 173--Obiervations fur ce nom s
du Haxt du Cap. A un bac, 452
197-Nature de fon fol, 198-Imprelion de
Pont qu'ony projetait, 552 Jaivamter. la chaleur fur ce terrain, , 198. Obfervations fur cette rivière , 461 - A un Roucouyers, V. Roucon. 595, 630 - Aeu des caymaus, 595 Rongeole (la) $36-V. Maladies. ETA débordemens, 630 - Sa fource, 639. Rouleau 3 V. Yean-Tacques Rouleau.
, 452
197-Nature de fon fol, 198-Imprelion de
Pont qu'ony projetait, 552 Jaivamter. la chaleur fur ce terrain, , 198. Obfervations fur cette rivière , 461 - A un Roucouyers, V. Roucon. 595, 630 - Aeu des caymaus, 595 Rongeole (la) $36-V. Maladies. ETA débordemens, 630 - Sa fource, 639. Rouleau 3 V. Yean-Tacques Rouleau. du Mafacre. D'oà lui vient ce nom >
108 - Son embouchure eft fortifiée, III
S
Sa diftance de celle la Matrie, 127. du Tirrier-Renge, 158, 159, 160. Sacatra. Réfultat de fes combinaifons avec le
du Tru- V. Rivière de Jacgueny. blanc & les autres nuances produites par des
(Grande). Ses fources, I5I, 186- mélanges fucceilifs, 73-Forme la cinquième
Volume de fes eaux, , 151, 187, 281 - Lan- nuance, 79 - - Eft produit de trois manières,
gueur de fon cours, 186,192, 231- Ses 79, 82-Eft très-peu commun, 79-Parties
changemens de lit, 186, 188 Ses inonda- noires & blanches dont fa nuance peut être
tions, 186, 187 Paraît avoir formé le fol formée, 82, 89. plane de Linonade & du Quartier-Morin, > Sage-femmes. Abus à reprimer , 41, 42 Du
188,232 -Jufqu'ou elle etait navigable 2u- Cap, 502. trefois, 189 Preuve qu'elle remblaie 3 Saini-Cbripopbe (Ifle ) Partie de fes habitans
189 , 237 Ses infiltrations, 190 Ses expulfes par les Anglais font tranfportés au
déoordemens, 191, 191, 193, 212,213, Cap, au Port-de-Paix, à Léogane & à la
221,222, 232-Plan de redreifement, 192, Martinique; accueil qu'ils y reçoivent, 371
233 - Portion redreflée, 194 - Coûteufe 699 , 700- Ses habitans donnent leur nom à
pour ceux qu'elle défole, 194 - Sa largeur, une partie du Cap, 433 - Mortalité de fes
214-) Pont qu'ony a projetté plefieurs fois, habitans 3 700-Deltruction que fait de fes
215 A eu un bac, 215 - Manière de la habitans la maladie de Siam 3 701. paffer, 215 Abus de cette déromination, Saint-Doningue (lfle ). Surface totale de cette
220 Les naturels l'appelaient Guaraouai, ile, 3-Son hiftoire, 218- Devient chaque
221- Eaux qui s'yj jettent, 222 Ap pref- jour plus fujet aux féchereffes, 224-Comme
que tari en 1786, 234 Ses levées, 23+
on y vite Pidée de ce qui y a exiité,
Moulins à eau qu'eile procure, , 277 Pont 357- E climat, 527 E5 fuivantes 1 Son
projetté fur elle, 457. produit annuel, 615-Ses habitans fe révolla Matrie 3 126, 127-Ce que fignific tent contre dogetoa.7a8-Perts Frangaife
ce mot, 127 - V. Ririèredu Tirrier-Ronge. de Seint-Domingus. Marion, 123, 129, 131. Saint-Laurent (M. le Chev. de ) GouverneurSalée. D'ouvient communément ce nom, général par interim des iles Françaifes de
188. PAmérique. Vient à Saint-Domingue, 380.
ans fe révolla Matrie 3 126, 127-Ce que fignific tent contre dogetoa.7a8-Perts Frangaife
ce mot, 127 - V. Ririèredu Tirrier-Ronge. de Seint-Domingus. Marion, 123, 129, 131. Saint-Laurent (M. le Chev. de ) GouverneurSalée. D'ouvient communément ce nom, général par interim des iles Françaifes de
188. PAmérique. Vient à Saint-Domingue, 380. Salie de PAcul, 631, 636-Sa quantité Saint-Louis. Pris en 1748, 500-Ony met un
d'eau, 631 - Son pont, 631 - Projet de la hôpital, 568. réunir à celle du Haut du Cap, 637. du Nord-V. Petit-Saint-Lewis. Robineau ( M.de ), 145, 160. Sain-Rapbail, Paroiffe de la Partie 'Efpagnole,
de Bougon (M. ) Soin qu'il prend 252-Chemin entre lui & le Dondon, 265
pour multiplier les arbres à fruit, 145Sa diftance du
605. Roc pourri
Saint-Tague. Ville EL de Partie Efpagnole. Prife
Rocbe pourrie 3 Cequec'eft, 205. & brâlée par les Français, 182, 594, 698
Roches à ravets,
Prife & rançonnée par les Français 697Rockalard. - V. DOR Rocbalard. Sainte- Croix M. le Chev. de ). Ancien gouRoubion (Père) Religieux de la Merci. Éloge de verneur de Belle Ifle, meurt au Cap, 339,
fon talent 3
434. Roucou. Les stha en ufaient pour fe peindre,
(Ile) Ses habitans tranfportés à Saint197- Les Efpagnols le cultivaient , 197-Les Domingue s 321 704-Comment elle reçoit
Français n'en font pas de cas 9 197:
la maladie de Siam, 701- Son gouverneur
-Canton divifé entre la paroifeda Trou & devient celui du Nord de Saint-Liomingue,
704. Sainte- --- Page 811 ---
D E S M A T I E R E S. Gainte-Elizabetb. V. Providence desfemnes. Leurs cheveux, 81 Sont affimilés aux Blancs
Sainte-Refe, 151-Dépendait du Quartier-Morin, pour les dreits politiques, 81 - V. Caraibes,
184, 221 1-Son nom mil-à-propos changé, Indiens, Naturels. 220-Sa forme, fes limites, 220, 221 -Son Sécherefe. V. Tempirature. églife, fon bourg 3 221-Ses milices * 221, Stcend-Confeiller. Titre qui donnait la Préfidence
226-Célebre autrefois par fon tabac & fon du Conteil Sapérieur, s
V. Préfident. indigo, 221-Particularités relatives à un de Sinécbal, 134 - Du
170 Celuida
fes
e
curés, 222-Ses manufactures, fes éta- Cap tuéà la bataille de Lamonade,183-D
bliffemens & fes produéions, 222, 223, Cap, 380, 381, 382, 383- V.Sinicbaufie.
226-Célebre autrefois par fon tabac & fon du Conteil Sapérieur, s
V. Préfident. indigo, 221-Particularités relatives à un de Sinécbal, 134 - Du
170 Celuida
fes
e
curés, 222-Ses manufactures, fes éta- Cap tuéà la bataille de Lamonade,183-D
bliffemens & fes produéions, 222, 223, Cap, 380, 381, 382, 383- V.Sinicbaufie. 224-Ses ravines fes rivières, 222-Son fol, Sinichaufée. Membres das Sénéchauflees, oà affis
223.226-Son utilité , 223 - Ses cantons, dans le Confeil Supérieur,
223, Ses chemins 224,.228, 229 - Sa
du Cap, 103 387. Oà elle a tenu fes
température. , 224-Ses vieillards & fes cen- féances, 316, 324, 383 Licu où elle
tenaires, de 224-Sa population 226-Caradére s'aflemble, 376 A un tableau de Louis
fes habitans 226-Sa falubrité , 226
XVI, 377 - Sa création , 380- Sa comSa pofition militaire, 217, 226, 614, 625-M. pofition, 380 Son territoire, 381 - Treize
de Belzuncey établit des camps, 226, 227qui en dépendent, 381 Son inftalSes communicatiens, 227 Cimetière dans
, 38t Ses regiftres,
Incendie
l'un
meact
de fes cantons , 228-A eu des abeilles qu'elle éprouve, - Ses 381 officiers
li prem' ère dans la Partie du Nord, 229- tués à la bataille 2 Limonade premiers en
Diltance entr'elle & d'autres lieux 1 229
Ses commencemens, 381 Son 1691, 381
Dépend du Quartier de Limonade 7 du com- 380, 381, 382), 382, Son Sénéchal,
mandement & de la Sénéchauflée du Cap, ticulier, 380, 383- Ses Affeffeurs Lieutenant-par- ,
229-Ses eaux minérales, 229 Sa police, Son Procureurduroi, 380, 383- Ses 383 Subfti239-Ses montagnes, 294. tuts, 388 Son Grefier, 380,
Ses
Bainte-Sazame. Canton de Limonade. Quand Greffier-commis, 383
383. commence fa calture, 181-Ses productions s - Sa compétence, 383, SonAudiencier, 384 - Ses Huif- 383
202 A une fuccurfale & comment, 202- fiers, 382,383, 384 Ses
On y avait mis des cailles-hupées, 203-Ses
Ses Notaires, a 384 Avait Procoreurs, 383,
,
montagnes 294, 390. la compétence maritime s 384 originairement - Son droit
Salaifoni, 443-V. Etais-Unis, Poiflons. de pallage au Cap, 455 - Et
de la
Saline. Du. Port-de-Paix, 712, 716-Du Port- police 485 E5 Juivantes Rend chargée vingt-mille
à-lEcu 712-De la Tortue 737. jugemens an , 489 - Établie d'abord au
Samana. Avait une petite Colonie Françaife Haut du S 564qui l'abandonne en 1676, 298 3 698.
. Etais-Unis, Poiflons. de pallage au Cap, 455 - Et
de la
Saline. Du. Port-de-Paix, 712, 716-Du Port- police 485 E5 Juivantes Rend chargée vingt-mille
à-lEcu 712-De la Tortue 737. jugemens an , 489 - Établie d'abord au
Samana. Avait une petite Colonie Françaife Haut du S 564qui l'abandonne en 1676, 298 3 698. du Fort-Dauphin
s
Bang-MEle. Réfultat de fes combinaifons avec le
V. Sinichaufie du Trou. 103 133, 134
blanc & les autres nuances provenues de médu Port-de-Paix,
Sa créalanges fucceflifs,
la cinquième nuance tion 9 380 - Son territoire, 103
Coloniale, 76 - hn produit de quatre ma- Borgne en a dépendu J
381 - Le
nières, , 79, 86 - Son rapprochement du en a dépendu, 661 - Quand 381, 681 Plaifance
blanc , 79 - Parties blanches & noires de fa Son étendue & fa compofition créée, 698
nuance, 86. du Trou. Devenee celle Fort-Dau. V. diian
Sang-Melit. Sang-Meli,
phin , 170 Inftailée par qui, 9 170 - Oi
Sang-Mélis. Expretionf afynonyme de gens de cou- fe tenait fes audiences , 170 -Son premier
leur, 99. Sénéchal , 170. Sasto-Domingo. Diftance de cette capitale de la Sinégalais s z6. Partie Eipagnole au Cap, 60s. Sept-Frires (Iflets des) , 136, 293Saule, 3 219. Sipulture. Abus dans la paroifle du
Savannab en Giorgie, aux ftats Unis d'A- 179 V. Cimetière. Trou,
mérique. Expédition contre ce lieu, 216. Serpent V. Vaudoux. Sauvages. On en a amené du Canada & du Mif Siam V. Maladie de Siam. fiflipi à Saint-Domingue, , 67; 80 81
Sociëté des Sciences ES Arts du 3 -
Réfultat de leurs combinaifons avec ie Blanc, Ses Mémoires, fes ouvrages, fes Cap utiles 157 traJeNègre & les muancosintermédiaires 74,81- vaux, 165,. 229, 283, 291, 349, 351,
M mm m m --- Page 812 ---
T A. B L. E
E Aicnnter, 726 Son inflitution 3 Rofe, 322-- Du Quartirm-Morin, 232 -
Rt componticn, 347, 348, 351 - Les Ad- De la Petite-Anfe, 276,. 575 Du
miniftrateurs l'encouragent, 350, 563- Ob- Cap, 595 De la Plaine A Nord, 620
tient des lettres-patentes, 350 Ce que
De PAcul, 639 - Du Limbé , 643
PAcadémie des Sciences fait pour elle, 350
Du Port-Margot, 670.- Da Gros-Morne,
Ses fuccès
des Mufes de Paris, de 686- Du. Port-de-P.ix, 71Ix 723. Burdeaux & PE Touloufe & de la Société d'A- Superfitation 267. griculture de Paris, 351 Nomsde fespre- Syndic. Des Religieufes du Cap, 423, 432. miers fondateurs , 351 Ses bienfaiteurs, Des habitans de la Tortne, 726. 351- Son éloge , 510,511, 546,726. T
Secel, 29. Sel, 198,204 V. Chagae parsige mot.
.ix, 71Ix 723. Burdeaux & PE Touloufe & de la Société d'A- Superfitation 267. griculture de Paris, 351 Nomsde fespre- Syndic. Des Religieufes du Cap, 423, 432. miers fondateurs , 351 Ses bienfaiteurs, Des habitans de la Tortne, 726. 351- Son éloge , 510,511, 546,726. T
Secel, 29. Sel, 198,204 V. Chagae parsige mot. Solano (Don Jofeph). CePrenident ERAH Partie Tabac, 7 Premier objet du commerce colo-:
Efpagnole vient deux fois au Cap, 366, 539. nial, 24- Première culture de Limonade,
Sefei, 28. IS1 De Sainte-Rofe 3 221 Effai d'une
Spafue. - V. Maladies. manufacture de tabac en poudre, 246-De
Speaacle. Da Cap. Son origine, 346- Son lo- la Tortue 3 742. calaftuel, 359 - Sa recette & fa dépenfe, Tannerie (Bourg de la), 180. 360, 362, 370, -
honorinques, 361 Tanneries, 100 Sont toutes dans ia Partie
- Loge appelée du 18eA fon origine, du-Nord, 106 Une au Haut du
353 - Sa police, 352., 363 - Ses acteurs Tompérature. Du Fort-Dauphin, 132. CENEE -
& éloge de plufieurs d'entr'eux., 363.354: naminthe, 146 De Vallière,155 - - Du
355. - Quand les gens de couleur y ont été Terrier-Rouge, 165- Du Trou,175. 178
admis, 365 Anecdotes plaifantes de.ce -De la Marmelade, 178, 270, 271
fpestacie, 365- - Perfonnes remargublesqu'on De Limonade, 213: -De Sainte-Rofe, 224
y.avuer, 366 Efi de pièces, 368 - Il
Du Quartier - Morin ' 245. Du
et deferté pendant cinq mois Sc demi&
Dondon, 261, 262. - De la Petite-Anfe 2
quoi, 368, 359 - Acteurs. des théâtres Eeniz 228, 285.- Du Cap, SIrE faivantes -
France qu'ony a vns,369 Cas où le fpec- Du Limbé, 645 D: Plaifance, 657,
tacle eft gratuit, fermé ou en-relâche, 370659, 650 - Da Port-Margot,
- Du
Défenfes d'engager unadmardtnamncigets- Gros-Morne, > 686- Du Petit elA Louis, *
cle, 370 - Asteurs à quil'on refufela fé- 691 - Du Port-de-Paix, 715., 716. pulture, 370 - Aéteurs ou Actrices.refufes Terage dajucre, 198, 650. pour parrains ou marraines > 370 Ses avan- Tirrier-Renge (le), 155- -Saf forme, 155-4
tages, 371 Doane une repréfentation an- fituation, - fes limites, fon fol,156, 157 -Ses
nuelle au profit des maifons de Providence > manufactures, 156, 157, 159- Sesrivières,
407 - V. Jean Tacgues Roufiau. fesravines, 156, 157; 159- Ses cantons,
Stapleton (M. le chevalier de), 122. 156,157 Sujet aux féchereffes, 156,157,
Subpituts: des Procureurs du roi des Sénéchauf 164- Les Jéluites y avaient une fucrerie,
iées. Veillent à la police légale dans les pa- 157 Origine de ce nom 5 157- Son bourg,
roiffes, 144, 230, 383,, 722.
avines, 156, 157; 159- Ses cantons,
Stapleton (M. le chevalier de), 122. 156,157 Sujet aux féchereffes, 156,157,
Subpituts: des Procureurs du roi des Sénéchauf 164- Les Jéluites y avaient une fucrerie,
iées. Veillent à la police légale dans les pa- 157 Origine de ce nom 5 157- Son bourg,
roiffes, 144, 230, 383,, 722. 158 Quand il eft devenu une.paroife 158,
du Prosereur-genéral du Confeil du Sa côte, 160, 161 - - Ses efters; 16a -Sa
Cip, 386, 387:
défenfe militaire 3 160- Scs cmbarcadèresy
Sucre. Première habitationoà) l'on en fait de terré 161, 162, 163 Ses baies, 161, 162, 163
à Ouanaminthe, 145 Celui de la paroiffe
C'eft dans ceite paroiffe
été naturadu Quartier-Marin réputé le plus beau, 232 ralifés les premiers cafiers tra 164-A
-Le premier qui ait été terré dans la Colonie, de la luzerne., 164- Sa. tampérature, 164
246 - V. Belin de Villeaearve, Sucrerie. --Une mule Y produit, 165- Sapopulation,
Surrerie. De la Partie Françaife, 10O.. De 165 -St milice, 15; Sa diftance de
laPartie da Nord, 106 - Du Fort-Dauphin, plufieurs lieux, 165 V.Caracol. Jacquery. 127,, 132- D:Maribaroux, 140-D'oat Titanes, 42- V. Maladies. naminthe, 140, 141- Du Terrier-Rouge, Toermomètve- Voy. Tompératere. 157,. 159, 172 DuTrou, 172, 174- Thibault Duverney (M.).Trait de fon courage:
D:L Limanide, 184, 195, 197. De Sainte- V.Eertla Beugae. --- Page 813 ---
D E S M. A T I E R E S. Tommerr:, 203, 235-, Cot-Bogasdes.ss, Tremblement de tarre, 106, 139,177,286,
393, 525 Au Cap 524- V. Tonpiratare, 336, 526, 661,716.- Voy. Timpérature. 287,
Tortus (la). Fournit les piemiers cultivateurs de Tiente-hx mois-V. Engegi. la plaine du Cap, 183, 244, 297, 698- Tribunal Terrier, Ig0. Première Capitale & premier érabliffement de Tieis-Rivières. Voy. Rivière des Trois-Rila Partie Françaife s 493, 668, 670, 695, 697, vières.
atare, 336, 526, 661,716.- Voy. Timpérature. 287,
Tortus (la). Fournit les piemiers cultivateurs de Tiente-hx mois-V. Engegi. la plaine du Cap, 183, 244, 297, 698- Tribunal Terrier, Ig0. Première Capitale & premier érabliffement de Tieis-Rivières. Voy. Rivière des Trois-Rila Partie Françaife s 493, 668, 670, 695, 697, vières. 698, 727 - Ses bois, 608, 741, 742- Dé- Trou (le). Sa forme , 169 - Ses limites, 166
tails
668, 669 695 696, 728, Ses noms & fes établiffemens primicifs, 166,
739-A
lica à la formation du Petit-
- un
-
Lrger
Sint-Louis, 688, 693 Caufes de fa dé- 168, 167 170-Maifon Acu hôpital, 168 Son bourg 9
cadence, 698 Dépend du Port-de.Paix dès la fatue de De Clieux, d'éducation 169 - propolée Ses rivières, avec
1685, 698-Devient un lieu de convalefcence, 170,
178 A
700 - Son canal, 720, 741, 743,744170: - - police, fa maréchauffée, euune Sénéchauffce, , fon buÉloge que PAuteur lui adreife, , 726- Sa fi- reau des poîtes, 171 - Ses cantons,
tuation , 726 Sa latitude, fa longitude, 174, 177 - Ses fucreries, 172, 171726, diftance 727 de Son étendue, 727, 730 - Sa Sujet aux féchereffes, 172, 174, 174,175- 175- Son
& fon
plafieurs lieax, 727 Sa forme fol, 172, 175 - Sa poition militaire,
nom, 727,735, 738, 739, 740, 742 626- 1 Ses gorges, 173 Ses manufaétures, 172,
Ses côtes,
731 6 faiv. Sa popu- 175, 178 - S1 température 3 176, 178 -
lation,728- STie défenfe militaire, 728,732, Eilai du cotonnier, - Sa
734, - Ses habitans avaient un fyndic,
Ses milices 3 178 177 - Ses population, débouchés, 178
728 "Ahama des Flibufiers pour attaquer
Perfonnes qu'il a vu naitre, - Sa 178 difCuragao, 723 - M. de Biasy vient &c y tance de pluficurs
178- Perfonnes
nomme un gouverneur, 728- Se dépeuple, agées qui y font mortes, points, 179 179 - Ses montaabandonnée en 169+, 728 On y envoye gnes, > 294 +- Pont projetté
des lépreux,728. - S'appellait Ifle aux Poue- Treupes. Eavoyées en 1762, 8 -
ceaux, 729, 741 - Son état d'abandon
iturmines
qu'en 1768, 729 Concédée par le Roi juf à € Trou, zunce, 209 172, 173 Où elles Venues font la avec parade M. au de BelMad. de Montravel, 729- Son arpentage & 393- Leur logement,
2 Cap,
fon plan topographique, 730 - Afermee & 451 3 464
Premiers 423, 425 foldats 426, 429,
vendue depuis à M.
741 - Son état d'abandon
iturmines
qu'en 1768, 729 Concédée par le Roi juf à € Trou, zunce, 209 172, 173 Où elles Venues font la avec parade M. au de BelMad. de Montravel, 729- Son arpentage & 393- Leur logement,
2 Cap,
fon plan topographique, 730 - Afermee & 451 3 464
Premiers 423, 425 foldats 426, 429,
vendue depuis à M. Labattut, 731- Son à Saint-Domingue, , 699 V. Difenfe envoyés de la
chef-lieu eit la Baffe-Terre, 731 Un des Partie du Nerd;
$
vaiffeaux de M. Cahuzac y mouille, 731- Pert-de-Paix. Fon-Daugbin Hopital
La Tour & le Fort le: Vaffeur ou la Rocbe, Thileries. Du
De
732,741 - Ses caux, 732, 734, 735 Sa nade, 196- Fort-Dauphin, La première 129 de h Partie Limo- du
pointe de Portugal, 734- Ses productions, Nord, 246 - De ia Petite-Anfe, 276- De
734, 735, 736, 742 Ses cavernes, 3 734 PAcul, - Du
V.. 1 Avait autrefois fix établiffemens,
terics. 639
Limbé, 645 BrigueSes indigoteries 736, 737, 738- Ses ilhe
Sa minéralogie, 738, 740- -Son Anfe
U. Tae 739, Analogie entre fa conformation & celle des parties cortefpondantes de la Uurel (M. )-Son éloge 148. grande Hlest-Domingue & dePilc deCube, 740
Son fol, 741 - A beaucoup de ramiers, 741. V.. N'a point d'huitres,
Sa
742 - Ses aiti 742.- FEat de Vaifeaur. Premiers vaiffeaux de Pétat
Iaes propriétaire aétuel, 742 Idées que cette aux Antilles 2 603.! enroyés
ilei Sa infpire, 743-On civile y & cultive militaire le cafier, 743 Faiure ( M. de ). Intendant, 12I Concourt
vaiffeau dépendance a péri fur fes côtes, s Sa 744- Un à l'établiffement de la Sociéte des Sciences &
ell défavantageufe le. 744, pofition Arts du Cap,
Tortue, 144, 720. pour Port-de-Paix 3 744. Vallière, 131 - L3ER montagneux 3 147-Quand :
Tourbe Jalineufe. Le long de la mer, 209 - - Le formé, gouverneur- 147,, -général, 148, 151 - -Ses Porte le nom d'un
fea.y prend fpontanément > 209. 148 - Querelles avec 137- lcs Efpagnois cantons pour 3 1475 fon:
,
Tortue, 144, 720. pour Port-de-Paix 3 744. Vallière, 131 - L3ER montagneux 3 147-Quand :
Tourbe Jalineufe. Le long de la mer, 209 - - Le formé, gouverneur- 147,, -général, 148, 151 - -Ses Porte le nom d'un
fea.y prend fpontanément > 209. 148 - Querelles avec 137- lcs Efpagnois cantons pour 3 1475 fon: --- Page 814 ---
T A B L E
territoire, 148, 149, 15o 1 M.de Choifeul ral. Enterré dans l'églife du Fort-Dauphin, 120iniue fur fa poffeuion, 3 149 - M. de Lilan- Villes. Oilifs qu'eiles recèlent, 153.
cour détermine à en faire une paroiffe, 150
des Colonies conlidérées comme des
- Ses limites, 15O - Ses rivières, 150, I51 p'aees de guerre, 489.
Son fol, 151 - Sa population 152-Son Vin de Palme. Effet qu'on lui attribue, 38.
hiftoire naturelle, 152, 155- Preuves que Vincent Ollivier. E.oge de ce nègre centenaire,
les anciens Naturels Phabitaient, 152 - N'a 224point de marché, 152 Son églife 3 152 Vivres du Pays. V. Places-à-vivren.
Raifons de lui préférer PAcul de Samedi, 153 Voiture Publique, #38, 664.
Sa milice, 154 - Ses débouchés, 154- Volailles 252, 272 442.
Sa température,
Volcan. V. Minér.dogie.
Vallière (M. le Chev. dey" "ureneaegisent Voite à Minguet. Sa defeription, 26j--Idécs
Son nom donné a une paroiffe, 147 - Fait des Indiens tur fon origine 3 264réparer la coupe de Plaifance p 662.
Poyer, 134,, 488.
Vaudoux. V. Danf.
-principal, 134.
Vaudreuil (M. de). On lui doit le premier chemin entre la Partie du Nord & celle de l'Oueft
W
far le territoire français, 104, 661, 664, 666
--Rue & fort de fon nom au Cap, 345, 440, Walfs (M. )- Avait fait venir des chameaux s
612,
Son éloge 3 345, 612 Fait 145.
fortifier AL Port-de-Paix 717 V. Difenfe de Weuves le jeune (M.). Éloge de fon ouvrage
la Partie du Nord $ Embarcadire.
fur les Colonies 3 543:
Vent, 211, 526 - - Effet de celui d'Ef fur les Willis (Anglais), Se rend maître de la Tortue s
arbres , 181 - Elpèce de combat entre celui 668 -1 Sa mauvaife conduite ; eft chaffé de la
de P'Et & de l'Oueft, 716 - V. Timpérature. Tortue , 669.
(M.). Créol da Port-de-Paix. A deftiné Worlock (M.). Ses obfervations météorologiques
PIL fucceflion à un hôpital pour les pauvres, au Trou, 176-Son éloge, fes fuccès dans
724.
linoculation , 247 > 536 - - Son ouvrage fur
Verret (M.) Ingenisur-hydralicien. Ses utiles l'épizootie, 247.
opérations, 128, 193 9 202, 281, 517Vint de la Louifianne s'établir à l'embarcaY
dère de la Petite-Anfe 3 242.
Yoloffes > 27.
Vers. Attaquent les vaifleaux, 476, 612,641.
Vatirinaire. V. Artife vitérinaire.
Z
Vieillards. De Saint-Domingue 537Vienne (M.1 le Marquis de ), Gouverneur-gen6- Zingres. Defcendans d'Indiens, 75, 81.
Fin de la Taile des Matières du Premier Volumg,
s'établir à l'embarcaY
dère de la Petite-Anfe 3 242.
Yoloffes > 27.
Vers. Attaquent les vaifleaux, 476, 612,641.
Vatirinaire. V. Artife vitérinaire.
Z
Vieillards. De Saint-Domingue 537Vienne (M.1 le Marquis de ), Gouverneur-gen6- Zingres. Defcendans d'Indiens, 75, 81.
Fin de la Taile des Matières du Premier Volumg, --- Page 815 --- --- Page 816 ---
-29879mmaype 1946
Namg Hyna --- Page 817 ---
E797
M837d
PJILE
V, --- Page 818 ---
refier, 380,
Ses
Bainte-Sazame. Canton de Limonade. Quand Greffier-commis, 383
383. commence fa calture, 181-Ses productions s - Sa compétence, 383, SonAudiencier, 384 - Ses Huif- 383
202 A une fuccurfale & comment, 202- fiers, 382,383, 384 Ses
On y avait mis des cailles-hupées, 203-Ses
Ses Notaires, a 384 Avait Procoreurs, 383, montagnes 294, 390. la compétence maritime s 384 originairement - Son droit
Salaifoni, 443-V. Etais-Unis, Poiflons. de pallage au Cap, 455 - Et de la
Saline. Du. Port-de-Paix, 712, 716-Du Port- police 485 E5 Juivantes Rend chargée vingt-mille
à-lEcu 712-De la Tortue 737. jugemens an , 489 - Établie d'abord au
Samana. Avait une petite Colonie Françaife Haut du S 564qui l'abandonne en 1676, 298 3 698.
du Fort-Dauphin s
Bang-MEle. Réfultat de fes combinaifons avec le
V. Sinichaufie du Trou. 103 133, 134 blanc & les autres nuances provenues de médu Port-de-Paix,
Sa créalanges fucceflifs, la cinquième nuance tion 9 380 - Son territoire, 103
Coloniale, 76 - hn produit de quatre ma- Borgne en a dépendu J
381 - Le nières, , 79, 86 - Son rapprochement du en a dépendu, 661 - Quand 381, 681 Plaifance
blanc , 79 - Parties blanches & noires de fa Son étendue & fa compofition créée, 698
nuance, 86. du Trou. Devenee celle Fort-Dau.
V. diian
Sang-Melit. Sang-Meli, phin , 170 Inftailée par qui, 9 170 - Oi
Sang-Mélis. Expretionf afynonyme de gens de cou- fe tenait fes audiences , 170 -Son premier
leur, 99.
Sénéchal , 170.
Sasto-Domingo. Diftance de cette capitale de la Sinégalais s z6.
Partie Eipagnole au Cap, 60s.
Sept-Frires (Iflets des) , 136, 293Saule, 3 219.
Sipulture. Abus dans la paroifle du
Savannab en Giorgie, aux ftats Unis d'A- 179 V. Cimetière.
Trou, mérique. Expédition contre ce lieu, 216.
Serpent V. Vaudoux.
Sauvages. On en a amené du Canada & du Mif Siam V. Maladie de Siam.
fiflipi à Saint-Domingue, , 67; 80 81
Sociëté des Sciences ES Arts du 3 -
Réfultat de leurs combinaifons avec ie Blanc, Ses Mémoires, fes ouvrages, fes Cap utiles 157 traJeNègre & les muancosintermédiaires 74,81- vaux, 165,. 229, 283, 291, 349, 351,
M mm m m — Page 812 —
T A. B L. E
E Aicnnter, 726 Son inflitution 3 Rofe, 322— Du Quartirm-Morin, 232 -
Rt componticn, 347, 348, 351 - Les Ad- De la Petite-Anfe, 276,. 575 Du miniftrateurs l'encouragent, 350, 563- Ob- Cap, 595 De la Plaine A Nord, 620
tient des lettres-patentes, 350 Ce que
De PAcul, 639 - Du Limbé , 643
PAcadémie des Sciences fait pour elle, 350
Du Port-Margot, 670.- Da Gros-Morne,
Ses fuccès des Mufes de Paris, de 686- Du.
347, 348, 351 - Les Ad- De la Petite-Anfe, 276,. 575 Du miniftrateurs l'encouragent, 350, 563- Ob- Cap, 595 De la Plaine A Nord, 620
tient des lettres-patentes, 350 Ce que
De PAcul, 639 - Du Limbé , 643
PAcadémie des Sciences fait pour elle, 350
Du Port-Margot, 670.- Da Gros-Morne,
Ses fuccès des Mufes de Paris, de 686- Du. Port-de-P.ix, 71Ix 723. Burdeaux & PE Touloufe & de la Société d'A- Superfitation 267. griculture de Paris, 351 Nomsde fespre- Syndic. Des Religieufes du Cap, 423, 432. miers fondateurs , 351 Ses bienfaiteurs, Des habitans de la Tortne, 726. 351- Son éloge , 510,511, 546,726. T
Secel, 29. Sel, 198,204 V. Chagae parsige mot. Solano (Don Jofeph). CePrenident ERAH Partie Tabac, 7 Premier objet du commerce colo-:
Efpagnole vient deux fois au Cap, 366, 539. nial, 24- Première culture de Limonade,
Sefei, 28. IS1 De Sainte-Rofe 3 221 Effai d'une
Spafue. - V. Maladies. manufacture de tabac en poudre, 246-De
Speaacle. Da Cap. Son origine, 346- Son lo- la Tortue 3 742. calaftuel, 359 - Sa recette & fa dépenfe, Tannerie (Bourg de la), 180. 360, 362, 370, - honorinques, 361 Tanneries, 100 Sont toutes dans ia Partie
- Loge appelée du 18eA fon origine, du-Nord, 106 Une au Haut du
353 - Sa police, 352., 363 - Ses acteurs Tompérature. Du Fort-Dauphin, 132. CENEE -
& éloge de plufieurs d'entr'eux., 363.354: naminthe, 146 De Vallière,155 - - Du
355. - Quand les gens de couleur y ont été Terrier-Rouge, 165- Du Trou,175. 178
admis, 365 Anecdotes plaifantes de.ce -De la Marmelade, 178, 270, 271
fpestacie, 365- - Perfonnes remargublesqu'on De Limonade, 213: -De Sainte-Rofe, 224
y.avuer, 366 Efi de pièces, 368 - Il
Du Quartier - Morin ' 245. Du et deferté pendant cinq mois Sc demi&
Dondon, 261, 262. - De la Petite-Anfe 2 quoi, 368, 359 - Acteurs. des théâtres Eeniz 228, 285.- Du Cap, SIrE faivantes -
France qu'ony a vns,369 Cas où le fpec- Du Limbé, 645 D: Plaifance, 657,
tacle eft gratuit, fermé ou en-relâche, 370659, 650 - Da Port-Margot,
- Du
Défenfes d'engager unadmardtnamncigets- Gros-Morne, > 686- Du Petit elA Louis, *
cle, 370 - Asteurs à quil'on refufela fé- 691 - Du Port-de-Paix, 715., 716. pulture, 370 - Aéteurs ou Actrices.refufes Terage dajucre, 198, 650. pour parrains ou marraines > 370 Ses avan- Tirrier-Renge (le), 155- -Saf forme, 155-4
tages, 371 Doane une repréfentation an- fituation, - fes limites, fon fol,156, 157 -Ses
nuelle au profit des maifons de Providence > manufactures, 156, 157, 159- Sesrivières,
407 - V.
ulture, 370 - Aéteurs ou Actrices.refufes Terage dajucre, 198, 650. pour parrains ou marraines > 370 Ses avan- Tirrier-Renge (le), 155- -Saf forme, 155-4
tages, 371 Doane une repréfentation an- fituation, - fes limites, fon fol,156, 157 -Ses
nuelle au profit des maifons de Providence > manufactures, 156, 157, 159- Sesrivières,
407 - V. Jean Tacgues Roufiau. fesravines, 156, 157; 159- Ses cantons,
Stapleton (M. le chevalier de), 122. 156,157 Sujet aux féchereffes, 156,157,
Subpituts: des Procureurs du roi des Sénéchauf 164- Les Jéluites y avaient une fucrerie,
iées. Veillent à la police légale dans les pa- 157 Origine de ce nom 5 157- Son bourg,
roiffes, 144, 230, 383,, 722. 158 Quand il eft devenu une.paroife 158, du Prosereur-genéral du Confeil du Sa côte, 160, 161 - - Ses efters; 16a -Sa
Cip, 386, 387: défenfe militaire 3 160- Scs cmbarcadèresy
Sucre. Première habitationoà) l'on en fait de terré 161, 162, 163 Ses baies, 161, 162, 163
à Ouanaminthe, 145 Celui de la paroiffe
C'eft dans ceite paroiffe été naturadu Quartier-Marin réputé le plus beau, 232 ralifés les premiers cafiers tra 164-A
-Le premier qui ait été terré dans la Colonie, de la luzerne., 164- Sa. tampérature, 164
246 - V. Belin de Villeaearve, Sucrerie. —Une mule Y produit, 165- Sapopulation,
Surrerie. De la Partie Françaife, 10O.. De 165 -St milice, 15; Sa diftance de
laPartie da Nord, 106 - Du Fort-Dauphin, plufieurs lieux, 165 V.Caracol. Jacquery. 127,, 132- D:Maribaroux, 140-D'oat Titanes, 42- V. Maladies. naminthe, 140, 141- Du Terrier-Rouge, Toermomètve- Voy. Tompératere. 157,. 159, 172 DuTrou, 172, 174- Thibault Duverney (M.).Trait de fon courage:
D:L Limanide, 184, 195, 197. De Sainte- V.Eertla Beugae. — Page 813 —
D E S M. A T I E R E S.
Tommerr:, 203, 235-, Cot-Bogasdes.ss, Tremblement de tarre, 106, 139,177,286,
393, 525 Au Cap 524- V. Tonpiratare, 336, 526, 661,716.- Voy. Timpérature. 287,
Tortus (la). Fournit les piemiers cultivateurs de Tiente-hx mois-V. Engegi.
la plaine du Cap, 183, 244, 297, 698- Tribunal Terrier, Ig0.
Première Capitale & premier érabliffement de Tieis-Rivières. Voy. Rivière des Trois-Rila Partie Françaife s 493, 668, 670, 695, 697, vières.
698, 727 - Ses bois, 608, 741, 742- Dé- Trou (le). Sa forme , 169 - Ses limites, 166
tails
668, 669 695 696, 728, Ses noms & fes établiffemens primicifs, 166,
739-A lica à la formation du Petit-
- un
itale & premier érabliffement de Tieis-Rivières. Voy. Rivière des Trois-Rila Partie Françaife s 493, 668, 670, 695, 697, vières.
698, 727 - Ses bois, 608, 741, 742- Dé- Trou (le). Sa forme , 169 - Ses limites, 166
tails
668, 669 695 696, 728, Ses noms & fes établiffemens primicifs, 166,
739-A lica à la formation du Petit-
- un Lrger
Sint-Louis, 688, 693 Caufes de fa dé- 168, 167 170-Maifon Acu hôpital, 168 Son bourg 9
cadence, 698 Dépend du Port-de.Paix dès la fatue de De Clieux, d'éducation 169 - propolée Ses rivières, avec
1685, 698-Devient un lieu de convalefcence, 170,
178 A
700 - Son canal, 720, 741, 743,744170: - - police, fa maréchauffée, euune Sénéchauffce, , fon buÉloge que PAuteur lui adreife, , 726- Sa fi- reau des poîtes, 171 - Ses cantons,
tuation , 726 Sa latitude, fa longitude, 174, 177 - Ses fucreries, 172, 171726, diftance 727 de Son étendue, 727, 730 - Sa Sujet aux féchereffes, 172, 174, 174,175- 175- Son
& fon plafieurs lieax, 727 Sa forme fol, 172, 175 - Sa poition militaire,
nom, 727,735, 738, 739, 740, 742 626- 1 Ses gorges, 173 Ses manufaétures, 172,
Ses côtes,
731 6 faiv. Sa popu- 175, 178 - S1 température 3 176, 178 - lation,728- STie défenfe militaire, 728,732, Eilai du cotonnier, - Sa
734, - Ses habitans avaient un fyndic,
Ses milices 3 178 177 - Ses population, débouchés, 178
728 "Ahama des Flibufiers pour attaquer
Perfonnes qu'il a vu naitre, - Sa 178 difCuragao, 723 - M. de Biasy vient &c y tance de pluficurs
178- Perfonnes nomme un gouverneur, 728- Se dépeuple, agées qui y font mortes, points, 179 179 - Ses montaabandonnée en 169+, 728 On y envoye gnes, > 294 +- Pont projetté
des lépreux,728. - S'appellait Ifle aux Poue- Treupes. Eavoyées en 1762, 8 -
ceaux, 729, 741 - Son état d'abandon iturmines qu'en 1768, 729 Concédée par le Roi juf à € Trou, zunce, 209 172, 173 Où elles Venues font la avec parade M. au de BelMad. de Montravel, 729- Son arpentage & 393- Leur logement,
2 Cap, fon plan topographique, 730 - Afermee & 451 3 464
Premiers 423, 425 foldats 426, 429, vendue depuis à M. Labattut, 731- Son à Saint-Domingue, , 699 V. Difenfe envoyés de la
chef-lieu eit la Baffe-Terre, 731 Un des Partie du Nerd;
ù elles Venues font la avec parade M. au de BelMad. de Montravel, 729- Son arpentage & 393- Leur logement,
2 Cap, fon plan topographique, 730 - Afermee & 451 3 464
Premiers 423, 425 foldats 426, 429, vendue depuis à M. Labattut, 731- Son à Saint-Domingue, , 699 V. Difenfe envoyés de la
chef-lieu eit la Baffe-Terre, 731 Un des Partie du Nerd; vaiffeaux de M. Cahuzac y mouille, 731- Pert-de-Paix. Fon-Daugbin Hopital
La Tour & le Fort le: Vaffeur ou la Rocbe, Thileries. Du
De
732,741 - Ses caux, 732, 734, 735 Sa nade, 196- Fort-Dauphin, La première 129 de h Partie Limo- du
pointe de Portugal, 734- Ses productions, Nord, 246 - De ia Petite-Anfe, 276- De
734, 735, 736, 742 Ses cavernes, 3 734 PAcul, - Du
V..
1 Avait autrefois fix établiffemens, terics. 639
Limbé, 645 BrigueSes indigoteries 736, 737, 738- Ses ilhe
Sa minéralogie, 738, 740- -Son Anfe
U.
Tae 739, Analogie entre fa conformation & celle des parties cortefpondantes de la Uurel (M. )-Son éloge 148.
grande Hlest-Domingue & dePilc deCube, 740
Son fol, 741 - A beaucoup de ramiers, 741.
V..
N'a point d'huitres,
Sa
742 - Ses aiti 742.- FEat de Vaifeaur. Premiers vaiffeaux de Pétat
Iaes propriétaire aétuel, 742 Idées que cette aux Antilles 2 603.!
enroyés ilei Sa infpire, 743-On civile y & cultive militaire le cafier, 743 Faiure ( M. de ). Intendant, 12I Concourt
vaiffeau dépendance a péri fur fes côtes, s Sa 744- Un à l'établiffement de la Sociéte des Sciences &
ell défavantageufe le. 744, pofition Arts du Cap,
Tortue, 144, 720. pour Port-de-Paix 3 744. Vallière, 131 - L3ER montagneux 3 147-Quand :
Tourbe Jalineufe. Le long de la mer, 209 - - Le formé, gouverneur- 147,, -général, 148, 151 - -Ses Porte le nom d'un
fea.y prend fpontanément > 209.
148 - Querelles avec 137- lcs Efpagnois cantons pour 3 1475 fon:
Cap,
Tortue, 144, 720. pour Port-de-Paix 3 744. Vallière, 131 - L3ER montagneux 3 147-Quand :
Tourbe Jalineufe. Le long de la mer, 209 - - Le formé, gouverneur- 147,, -général, 148, 151 - -Ses Porte le nom d'un
fea.y prend fpontanément > 209.
148 - Querelles avec 137- lcs Efpagnois cantons pour 3 1475 fon: — Page 814 — territoire, 148, 149, 15o 1 M.de Choifeul ral. Enterré dans l'églife du Fort-Dauphin, 120iniue fur fa poffeuion, 3 149 - M. de Lilan- Villes. Oilifs qu'eiles recèlent, 153.
cour détermine à en faire une paroiffe, 150 des Colonies conlidérées comme des
- Ses limites, 15O - Ses rivières, 150, I51 p'aees de guerre, 489.
Son fol, 151 - Sa population 152-Son Vin de Palme. Effet qu'on lui attribue, 38.
hiftoire naturelle, 152, 155- Preuves que Vincent Ollivier. E.oge de ce nègre centenaire,
les anciens Naturels Phabitaient, 152 - N'a 224point de marché, 152 Son églife 3 152 Vivres du Pays. V. Places-à-vivren.
Raifons de lui préférer PAcul de Samedi, 153 Voiture Publique, #38, 664.
Sa milice, 154 - Ses débouchés, 154- Volailles 252, 272 442.
Sa température,
Volcan. V. Minér.dogie.
Vallière (M. le Chev. dey" "ureneaegisent Voite à Minguet. Sa defeription, 26j—Idécs
Son nom donné a une paroiffe, 147 - Fait des Indiens tur fon origine 3 264réparer la coupe de Plaifance p 662.
Poyer, 134,, 488.
Vaudoux. V. Danf.
-principal, 134.
Vaudreuil (M. de). On lui doit le premier chemin entre la Partie du Nord & celle de l'Oueft
W far le territoire français, 104, 661, 664, 6
—Rue & fort de fon nom au Cap, 345, 440, Walfs (M. )- Avait fait venir des chameaux s
612,
Son éloge 3 345, 612 Fait 145. fortifier AL Port-de-Paix 717 V. Difenfe de Weuves le jeune (M.). Éloge de fon ouvrage
la Partie du Nord $ Embarcadire. fur les Colonies 3 543:
Vent, 211, 526 - - Effet de celui d'Ef fur les Willis (Anglais), Se rend maître de la Tortue s
arbres , 181 - Elpèce de combat entre celui 668 -1 Sa mauvaife conduite ; eft chaffé de la
de P'Et & de l'Oueft, 716 - V. Timpérature. Tortue , 669.
(M.). Créol da Port-de-Paix. A deftiné Worlock (M.). Ses obfervations météorologiques
PIL fucceflion à un hôpital pour les pauvres, au Trou, 176-Son éloge, fes fuccès dans
724. linoculation , 247 > 536 - - Son ouvrage fur
Verret (M.) Ingenisur-hydralicien. Ses utiles l'épizootie, 247. opérations, 128, 193 9 202, 281, 517Vint de la Louifianne s'établir à l'embarcaY
dère de la Petite-Anfe 3 242.
Yoloffes > 27.
Vers. Attaquent les vaifleaux, 476, 612,641.
Vatirinaire. V. Artife vitérinaire.
Z
Vieillards. De Saint-Domingue 537Vienne (M.1 le Marquis de ), Gouverneur-gen6- Zingres. Defcendans d'Indiens, 75, 81.
Fin de la Taile des Matières du Premier Volumg,
s'établir à l'embarcaY
dère de la Petite-Anfe 3 242.
Yoloffes > 27.
Vers. Attaquent les vaifleaux, 476, 612,641.
Vatirinaire. V. Artife vitérinaire.
Z
Vieillards. De Saint-Domingue 537Vienne (M.1 le Marquis de ), Gouverneur-gen6- Zingres. Defcendans d'Indiens, 75, 81.
Fin de la Taile des Matières du Premier Volumg, — Page 815 — — Page 816 —
-29879mmaype 1946
Namg Hyna — Page 817 —
E797
M837d
PJILE
V, — Page 818 —