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4sab
Wabn Carter romn
Ethrary
Bimn, liitrersthy --- Page 3 --- --- Page 4 ---
R7
entiers à dormir dans un hôpital, où iis sont renfermés,
plutôt que de partager avec leurs camarades la tâche
du travail? Et comment en venir à l'arrestation des
délinquans? Par d'autres délinquans qui, à coup sûr d 2
n'emplojeront leurs forces qu'a protéger et assurer
P'impunité des fautes qu'ils sont bien déterminés à
commettre ?
être sérieuseQuant à la déportation, ce ne peut
mcnt que l'on propose ce moyen, qu:, indépendamment
de ce que le nombre des coupables n'en permettroit
pas P'exécution 2 les exposeroit à être sagayés
leurs
on
ramenoit dans leur
ou
tr
chefs si
les
pays,
péric
de faim ct de misère, 2 si on avoit la barbarie de les
abandonner sur une plage déserte.
décorées du
L'insufisance de ces fausses mesures 3
nom pompeux de lois organiques,. ne manifeste que
l'embarras de ceux qu'un zèle indiscret a engagés
trop à s'interposer entre le Corps législatif et nous 7 en
substituant leurs vues au mode d'exécution annoncé
par la Convention 2, et qui seul fait le complément
de la loi. La sagesse de nos législateurs et leur silence
sur cette matière délicate, tout nous assure qu'ils n'attcndent de nous que des actes préparatoires. 9 qui sont
l'ouvrage de la vraie philanthropie ct du temps ; mais
qu'ils réprouvent d'avance toute exéculion prématurée,
s'effectuer
des déchiremens.
qui ne pourroit
devant qu'avec de
décrets
Si nous avons été au
plusieurs
salutaires en les prévenant par nos arrêtés, osons ende la République,, pressentir ct
core. 2 pour T'avantage
lui conserver
deviner ses intentions paternelles - osons
déclarant
cette importante clef des mers de PInde 2 en
qu'aujourd'hui le décret du 16 pluviose de l'an 2 est
inadmissible.
A PARIS, DE LIMPRIMBRIE NATIONALE.
Thermidor 2 all V. --- Page 5 ---
no,
DERNIER VOU
D I L A
JUSTICE, DE LHUMANITE,
E T
DE LA SAINE P OLITIQ UE;
En faveur des Colons de
et
Saint-Doningue, sur la
nécessité et les moyens de rendre d cette
Colonie sa
prospérité.
Par C. LEGAL, Négociant au Port - au -
et actucllement à Paris.
Prince 2
PREMIÈRE PARTIE
Lecteurs, qui que vous soyez, n'attribuez cet écrità
passion. Il est provoqué parla persévérance du aucune
exécutif dans une opinion,
Directoire
mesures qui rendroient
impraticable le
AREE
rétablissement de nos Colonies, ct,
par ses derniers niessages au conseil des
sur-tout,
matière.
Cing-cens sur cette
A PA RIS,
Clez DESENNE, libraire, au
Palais-Lgalité, No, 1 et2,
Floréal , an V.
z, n'attribuez cet écrità
passion. Il est provoqué parla persévérance du aucune
exécutif dans une opinion,
Directoire
mesures qui rendroient
impraticable le
AREE
rétablissement de nos Colonies, ct,
par ses derniers niessages au conseil des
sur-tout,
matière.
Cing-cens sur cette
A PA RIS,
Clez DESENNE, libraire, au
Palais-Lgalité, No, 1 et2,
Floréal , an V. --- Page 6 ---
K
--- Page 7 ---
INTRODUCTION,
Da le 14 thermidor an 30.Je m'adressai
au représentant du peuple Boissy-d'Anglas
pour lui recommander la eause-des malheureux colons de St-Domingue et celle de cette
infortunée colonic; et en attendant qu'il accédat au desir que je lui manifestois de le voir
s'en occuperd'une manière utile,j je rédigcai icet
écrit,auquelje en'ai faitdepuis nul changement,
du moins quant à la partie historique. J'ai
eu long-temsla douleur de voir le public égaré
par dcs rapports bien différens desmiens; c'est
que long-tems les esprits ont été tour-à-tour
exaltés par l'éxagération des principes, irrités
par lcs oppositions respectives 2 ou abattus
par le spectacle des maux; ou encorc, que
des gens qui n'ont pas vu les événemens,
ou qui n'en ont vu qu'une partie, se sont
avisés d'en rendre un compte général sur des
rapports mensongers.
Après avoir présenté le mal tel que je l'ai
vu, j'osois en indiquer les remédes. Peutêtre seroit-il à désirer que dès-lors on les --- Page 8 ---
iv
cût employés. On y reviendra tôt ou tard;
leur efficacité finira par frapper tous les yeux.
Je crois avoir observé avec calme. Jc crois
n'avoir écouté que les leçons de l'expérience,
gne lcs conseils de ma raison. Mon opinion,
formée ainsi dans le silence des passions,
alabridesinfluences de la crainte, de l'intérêt,
de l'esprit de parti, mon opinion doit prévaloir, et déjà je vois s'y ranger bien des
gens qui d'abord en avoient adopté ane autre.
Puisse le gouvernement à son tour, plus
éclairé sur ce point, renoncer enfn à celle
qu'il manifeste encore.
Jc reçus du cit. Boissy, Ic 19 thermidor,
unc réponse favorable ct dans laquelle il approuvoit quelques réflexions particulières que
je lui avois préalablement communiquées sur
la prise de possession de la partie Espagnole
de l'isle. Je me felicitois d'être parvenu à
intéresser un député aussi cstimable, à une
cause aussi importante. J'allois lui envoyer
mon travail, et je me proposois dc suivre
mon plan de défense des colons, des colonies et du commerce national, jusqu'à ce
c 19 thermidor,
unc réponse favorable ct dans laquelle il approuvoit quelques réflexions particulières que
je lui avois préalablement communiquées sur
la prise de possession de la partie Espagnole
de l'isle. Je me felicitois d'être parvenu à
intéresser un député aussi cstimable, à une
cause aussi importante. J'allois lui envoyer
mon travail, et je me proposois dc suivre
mon plan de défense des colons, des colonies et du commerce national, jusqu'à ce --- Page 9 ---
V
qu'on eut rendu à chacun ce qu'il a droit
d'attendre, lorsque j'appris que dès le 17
thermidor, c'est-à-dire trois jours après la
datte de malettre et denxjours savant que d'y répondre, Boissy-d'Anglas avoit fait son rapport
général sur les colonies. Dès-lors je me sentis
découragé; je renonçai au projet d'écrire;
à cclui même de faire asage de ce quej'avois
écrit. Mais une nouvelle crise s'approche; le
gouvernement que Ses bonnes intentions ne
mettent pas à l'abri des conseils de la perfidie
ou de ceux de l'ignorance, semble vouloir
persister dans l'adoption des mesures qui
doivent achever de perdre les colonics; mon
courage se ranime, et je vais essayer de remplir ma tâche de citoyen.
D'ailleurs, le moment est arrivé où il s'agit
de prendre un parti définitifsur ces précieuses
possessions, et chacun de ceux qui se croyent
capables de donner des avis utilcs, doivent
se hâter de le faire, pour éviter au gouvernement le regret de commettre de nouvelles
crreurs, d'autant plus préjudiciables qu'elles
ne pourroient plus êtrc redressées sans une --- Page 10 ---
vi
révolution nouvelle. Lc concours des luinières, la multiplicité des réclamations, réussiront peut-être à ramener à des idées plus
saines des hommes trop évidemment prévenus sur les hommes et sur les choses. Les
colons blancs, 1 divisés par des motifs qui
leur méritent à jamais la protection, Vintérêt
et Pattachement signalés de la France, irrités
les uns contre les autres se sont respectivement accusés de trahison envers elle. La
passion seule a dicté leurs récits; des ennemis
les ont empoisonnés; il n'est point étonnant
que le gonvernement se soit égaré. Je lui présente aujourd'hui l'exposé fidele des principaux faits et dc leurs causes. Peut-être sera-t-il
frappé de leur évidence, peut-être éclairé par
ce trait de lumière, rendra-t-il enfin justice à
des hommes qui, au lieu des persécutions
qu'on veut encore leus susciter, méritent
toute l'étendue de sa protection. Peut-être,
enfin, goutera-t-il les moyens que j'indique,
pour réparcr les maux, ct se décidera-t-il à en
faire usagc.
J'ai aussi pour but de fixer l'opinion des
-être sera-t-il
frappé de leur évidence, peut-être éclairé par
ce trait de lumière, rendra-t-il enfin justice à
des hommes qui, au lieu des persécutions
qu'on veut encore leus susciter, méritent
toute l'étendue de sa protection. Peut-être,
enfin, goutera-t-il les moyens que j'indique,
pour réparcr les maux, ct se décidera-t-il à en
faire usagc.
J'ai aussi pour but de fixer l'opinion des --- Page 11 ---
vij
négocians français sur l'esprit et les dispositions qui ont causé lc bouleversement des
colonies, ct sur le véritable esprit de la
population qui y reste. Sans des notions
positives sur cct objet, ces négocians courroient le risque de s'égarer dans leurs futures
spéculations. Jc suis plus ou moins connu de
tous ceux dont les relations à St.-Domingue
étoient un pcu fréquentes; j'ose croire qu'ils
s'en rapporteront à moi.
Ce sujct, il est vrai, a déjà été tant de fois
traité par des hommes d'un talent distingué,
que je dois m'attendre à trouver bien pcu
de lecteurs, sur-tout ne pouyant les dédommager par les charmes du style qui souvent,
quoique dépourvus de faits réels, produisent
bien plus d'effet que la vérité nue. Mais il
est des choses qu'il suffit de présenter naivement ; et l'homme qui desire rectifier ses
idées sur les troubles de nos colonies et sur
les moyens de régénérer ces contrées, n'aura
peut-être pas à regretter de m'avoir sacrifié
quelques instants.
Je l'invite au reste, à ne pas perdre de --- Page 12 ---
viij
vue que ma relation et mes avis ne comprendront que l'ensemble des hommcs, des
choses et des événemens. Loin de moi l'idée
de présenter des personnalités et dcs dénonciations. Il n'y aura que la force de la vérité,
que l'ascendant de la conviction qui me feront
donner à mes relations la forme dcs accusations les plus graves. L'animosité n egarera
point ma plume; mais l'intérêt qu'inspire
linnocence ne me permettra pas d'indulgence pour le crime qui s'obstine à la persécutcr. Ma narration finie, je conserverai
le calme ct l'esprit de concorde qui convicnnent à un homme de bien, l'oubli de
toutcs les fautcs et de tous les excès, et je
proposerai CC principe comme lc premier de
tous les moyens proprcs à rendre à SaintDomingue sa prospérité. :
* Voulant rendre ma rclation aussi abrégée qu'il
soit possible,j'en ai détaché tons les détails; mais jen
ai inséré les plas cssenticls dans des notes quisont à la
suite de la relation prineipale, et qui T'appnient. Sices
notes sont inutiles à certains leeteurs, elles pourront
étre intéressantes pour d'autres.
proposerai CC principe comme lc premier de
tous les moyens proprcs à rendre à SaintDomingue sa prospérité. :
* Voulant rendre ma rclation aussi abrégée qu'il
soit possible,j'en ai détaché tons les détails; mais jen
ai inséré les plas cssenticls dans des notes quisont à la
suite de la relation prineipale, et qui T'appnient. Sices
notes sont inutiles à certains leeteurs, elles pourront
étre intéressantes pour d'autres. --- Page 13 ---
DERN IER VU
DE L A
JUSTICE, DE L'HUMANITÉ,
E T
DE LA SAINE POLITIQUE;
En faveur des Colons de Saint-Doningue, et sur la
nécessité et les moyens de rendre à cette Colonie
sa prospérité.
Précis de ce qu'étoit la Colonie de St.- Domingue.
azyle de la plus douce
S.isr-Dowtsect
tranquillité 1 couvert de plantations florissantes, répandoit l'aisance sur la mére patrie.
Des revenus immenses venoient se disséminer
dansles familles des marins, dans celles des ouvriers de tous métiers. L'accroissement de nos
villes, denos manufactures; celui du nombre de
nos navires, de notre marine, de notre population elle-même, résultoient, en partie 0
du produit de ces possessions précieuses. Il
n'y avoit pas un Français qui ne prit plus ou
moins directement sa partde cesalutaire tribut.
La paix, le calme et le bonhcur universel,
*
enses venoient se disséminer
dansles familles des marins, dans celles des ouvriers de tous métiers. L'accroissement de nos
villes, denos manufactures; celui du nombre de
nos navires, de notre marine, de notre population elle-même, résultoient, en partie 0
du produit de ces possessions précieuses. Il
n'y avoit pas un Français qui ne prit plus ou
moins directement sa partde cesalutaire tribut.
La paix, le calme et le bonhcur universel,
* --- Page 14 ---
(10) 1
présidoient. (A) Si un climat trop brûlant, 9
rendoit aux Européens qui débarquoient sur
Ses bords, son séjour d'abord incommode,
ct quelquefois périllenx. , quelques précautions
faciles à prendre, une conduite régléc suffisoient pour le mettre à l'abri de ces dangers ;
una accueil sans exemple, une perspective riante,
l'en dédompagoient. Levoyageur pouvoit, d'un
front sercin, y parcourir nuit ctjour les licux
les plus habités, comme les déserts les plus
lointains, les montagnes etles forêts les plus
sombres. La défiance en étoit bannie. Le propriétaire entouré d'hommcs quilui étoient subordonnés, pouvoit, ainsi que ces hommes eux
mêines, SC livrer avec une sécurité complette ct
sanslinquiétudeaccablante desmoyensdesubsistancepourlelendemain,aux douceursdusommcil, qui in'étoit interrompu que par les jouissances' d'un sentinent plus vif sous cette zone
brûlante, qu'en aucun autre endroit du monde.
Ihommen'y connutjamais la nécessité. L'hos-
(4) L'espèrienee a démontré que tons les hommes
ne peuvent attéindre au même degre de bonheur on au
moins d'aisance; mais aux yeux dun Nomme de bonne
foi, il n'est point de pays oi l'aisance et le bonheur
fussent plus généralement répandus sur toutes les
elasses que dans Ies Colonies.
--- Page 15 ---
(1 11 )
pitalité la plus universellc, la plus loyale, la
plus désintéresséc,y formoitla principale base
de la société. Tout homme, fàt-il entièrement
dépourvu de moyens pécuniaires, pouvoit
également parcourirle territoire d'une manière
agréable, et régler d'avance les licux de ses séjours,de ses repas et de ses délassemens journaliers; l'azile et le diner de famille lui étoient
offerts avec aménité. O E douceur d'une telle
existence, qui seule pouvoit balancer l'attrait
du pays natal, celui des arts, des plaisirs qui,
pour des Français, ne se trouvent que dans
leur patrie ! Hospitalité ! tu méritas toujours
ke premier rang parmi les vertus. (B)
Telle étoit la situation, telles étoient les
principes de l'immense majorité des habitans
d'un pays calomnié par des hommes jaloux
de son bonheur, ct intéressés à sa perte, sans
doute, puisqu'en effet, ils l'ont opérée an
grand détriment de la métropolc, Mais, dans
cC séjour heureux à tantd'égards, les hommes
payérent, comme ailleurs, leur tribut de foi-
(B) Vous tous, Colons, de toutes les classes et de
toutes les couleurs ! Reconnoissez-vous là votre ancien
séjour ? Qui dc vous, à CC tableau fidèle, pourra se
défendre de verser des larmes d'amertume et de
regrets ?
'en effet, ils l'ont opérée an
grand détriment de la métropolc, Mais, dans
cC séjour heureux à tantd'égards, les hommes
payérent, comme ailleurs, leur tribut de foi-
(B) Vous tous, Colons, de toutes les classes et de
toutes les couleurs ! Reconnoissez-vous là votre ancien
séjour ? Qui dc vous, à CC tableau fidèle, pourra se
défendre de verser des larmes d'amertume et de
regrets ? --- Page 16 ---
( 1 12 1
blesse à l'humanité; comme ailleurs, les abus
s'y introduisirent: le gouvernement et Ics citoyens eurent des torts, et le climat ajouta à
la violence des passions.
Trois sortes d'hommes habitoient ces contrees.
Des hommes blancs, on des Européens 9 nos
compatriotes, 9 nos vrais frères, nos amis, nos
parens , nés parmi nous 9 ayant nos moeurs et
nos habitudes, se livrant, par l'attrait de
T'exemple, à cctte ambition souvent féconde
en excès, mais source constante de l'activité
qui opère le bonhcur commun lorsqu'elle
n'est pas accompagnée de l'avaricc. Ces blancs
tant calomniés étoient, sans comparaison, les
hommes les plus actifs 7 ct quoiqu'on en ait
dit, les plus généreux.
Des hommes noirs sortant d'Afrique, 1 d'un
caractère généralement bon, amis des blancs,
mais essenticllement paresseux 1 facilcs à diriger en tous sens, ct sur-tout, vers le mal.
Des hommcs, enfin, sortant de ces deux
premières classes, et connus sous lc nom
d'hommes de couleur. Memc avant nOS troubles,
je les regardois comme bicn plus disposés
aux vices qu'aux vertus, ct comme capables
seuls, d'cinpoisonner la population coloniale, --- Page 17 ---
(13 )
Je les plaignois d'avoir hérité des défauts et
presque d'aucune des qualités morales de
leurs ascendans. La se bornoit lc jugement
quej'en avois portc. Persuadé que, comme
les autres hommes, ils avoient reçu de la
nature des traits indélébiles, je gémissois de
les voir si maltraités par elle, et je ne me
sentois pas le courage de les hair. Une trop
cruelle expérience m'a appris depuis, à ne plus
voir en eux que des êtres pervers, contenus
par la digue des lois, mais qui, livrés à euxmêmes et au torrent des viccs encore cachés
dans leur sein, sembloientnés pour le meurtre
etles dévastations, et pour être entre les mains
des différentes factions qui s'en sont servies,
les instrumens exécrables
par lesquels s'est
couverte de forfaits la malheurcuse terre qui
leur a donné le jour. Puisse l'effet des maux
dont ils ont accablé les antres, et ceux qu'à
leur tour ils éprouvent, les ramener dans le
sentier de la vertu et de l'humanité, Puissent
nos cpouvantables calamnités nous faire senlir à tous la nécessité d'un rapprochement
sincère et durable.
sont servies,
les instrumens exécrables
par lesquels s'est
couverte de forfaits la malheurcuse terre qui
leur a donné le jour. Puisse l'effet des maux
dont ils ont accablé les antres, et ceux qu'à
leur tour ils éprouvent, les ramener dans le
sentier de la vertu et de l'humanité, Puissent
nos cpouvantables calamnités nous faire senlir à tous la nécessité d'un rapprochement
sincère et durable. --- Page 18 --- --- Page 19 ---
(15-)
CE QU'EST DEVENU SAINT-DONINGUE.
Précis de la révolution de cetle malheureuse Colonie. Moyens de juger chacune des classes de ses
habitans et Vatrocité des perséculions dirigées
contre les Colons Européens.
Personne plus que moi, peut-être, n'étoit
à même de présenter une histoire exacte de
la révolution de St. - Domingue, au moins
depuis 1788, qu'elle sembla s'annoncer,
jusqu'en 1792 que je quittai CC séjour déjà
dévasté pour passer en France. Les correspondans respectables que j'avois comme
négociant, ne m'ayant rien laissé à desirer
sur les détails et la vérité des événemens qui
survenoient dans les quartiers quejen'habitois
pas, il ne me restoit qu'à prendre une note
exacte de ccux qui se passoient sous mes
yeux,etje m'en étois occupé. Mais la prudence
m'a forcé à me dépouiller de ces matériaux
qui pouvoient, dans des tems d'agitations
et d'injustices, compromeutre mes amis, ct
il ne m'est resté que les traits principaux
de CC tableau gravé dans ma mémoire, mais
suffisants toutes fois pour me faire éprouver --- Page 20 ---
16)
souvent des frémissemens involontaires d'horreur et d'indignation.
Au reste, quclque intéressante que puisse
être l'histoire détaillée de la révolution de ce
malheureux pays, quelque digne qu'clle soit
d'exercer la plume éloquente de nos meilleurs écrivains, elle n'est pas essentielle au
but que je me propose. Elle se réduit après
tout, à une suite d'événemens plus ou moins
horribles, provoqués tour-à-tour par les factions en apparence les plus opposées, 1 mais qui
semblent avoir été constamment dirigées par
une intention uniforme de dévastation, sans
qu'a travers la complication de tant de faits,
on puisse distinguer de quelle source a découlé
la plus fortc partic de ce déluge de forfaits
et demaux.
Telle est l'idée générale que peut se former
de tous ces événemens, un esprit droit et
intègre, qui a été à portéc de juger par
lui-même, qui avoit de la colonic une connoissance approffondic sous touslesrapports,
qui n'a pas à sa charge u seul trait qui
mérite la désapprobation d'aucun dcs partis
revenus de leurs errcurs, ct qui cnfin, osa
blânicr hautement ct dans tous les tems
tous les excès, quelque fussent Ics partis
ou
de tous ces événemens, un esprit droit et
intègre, qui a été à portéc de juger par
lui-même, qui avoit de la colonic une connoissance approffondic sous touslesrapports,
qui n'a pas à sa charge u seul trait qui
mérite la désapprobation d'aucun dcs partis
revenus de leurs errcurs, ct qui cnfin, osa
blânicr hautement ct dans tous les tems
tous les excès, quelque fussent Ics partis
ou --- Page 21 ---
(17 )
ou lcs individus qui SC les sont permis. C'est
d'aprés cette profession de foi que je vais
tracer le tableau gradué de nos malheurs.
Avant notre révolution, CC que l'on appelloit le despotisme du gouvernement s'étoit
fait sentir à St. -Domingue plus qu'ailleurs,
ct les habitans n'eurent pas la sagesse de
conçevoir que leur tranquillité etlcurs fortuncs
en dépendoient.
L'intendant Barbé-Marbois, très excellent
administrateur, le dernier et le meilleur sans
doute que jamais St.-Domingue ait eu,poussa
néanmoins la séverité et même quelques fois
l'arbitraire à un tel point, qu'il irrita le germe
du mécontentement général ( 1 ) et contribua
peut être beaucoup et contre son voeu, à
déterminer la précipitation de cette députation de St.-Domingue aux états-généraux,
qui fut presque aussi illégale que l'est à mes
yeux, celle qui siege actuellement, et contre
tous lcs principes, dans le corps législatif.
Dès cette époque les amis des
noirs, 1 ou
soi-disaut tels, curent des agens secrets à
St.-Domingue; plusieurs d'entre eux débarqués dans la"colonie et feignant de ne
vouloir s'y employer qu'à l'agriculture, s'y
placérent sur des habitations dont ils préB --- Page 22 ---
(1S) )
paroient la ruine. L'orcille des négres leur
étoit ouverte , ils ysemérent les germes de la
sédition la plus dévastatrice. (2)
Tout prouve e1 même tems quc T'Angleterre cherchant dès-lors à profiter dcs mouvemens qui s'opéroient en France, ct non
seulement à y créer des divisions, mais aussi
a SC faire des creatures dans 'les parties des
possessions frauçaises susceptibles de tomber
le plus facilement en son pouvoir ou d'ètre
le plus facilement détruites, trouva dans
quelques individus de St.-1 Domingue - une
partie des traîtres qu'elle cherchoit, (3) ct
ses agens dans lisle comme ceux qu'elle avoit
en France, contribuérent à faire pleuvoir
dans la colonic une nuéc dc creatures qui
devoient conuibucr à y porter le désordre.
S'il cst permis de juger sur des probabilités
appuyées des appaiences les plus fiappantes,
il n'cst pas douteux que tous les principaux
corps Ct personnages maltraités en France par
la révolution, convaincus que la perte des COlonies devoit opérer celle du commerce, des
mannlactures ct dc la narine ; que le désceuvrement des ouvriers, la misère etle mecontentement géneral qui s'ensuivroient, produiroicnt nécessairement un soulévement,
is de juger sur des probabilités
appuyées des appaiences les plus fiappantes,
il n'cst pas douteux que tous les principaux
corps Ct personnages maltraités en France par
la révolution, convaincus que la perte des COlonies devoit opérer celle du commerce, des
mannlactures ct dc la narine ; que le désceuvrement des ouvriers, la misère etle mecontentement géneral qui s'ensuivroient, produiroicnt nécessairement un soulévement, --- Page 23 ---
1 19) )
des divisions et une guerre civile , crurent
cc moyen infaillible pour amencr une contrerévolution, ou tout au moins pour faciliter
l'entrée du territoire français à des armées
étrangères. (4)
Ainsi, les vévolutionnaires el les contre-révolutionnaires de lout genre travaillérent comme de
concert à résolutionner St.-Domingue.
Rien n'étoit plus aisé que de bouleverser
la colonie en réussissant dans un seul point:
celui de diviser les blancs entr'eux;
; mais
cc point éfoit indispensable, les blancs
n'ayant rien à craindre des autres couleurs,
si ils fussent demeurés unis, et se trouvant
en général plus ou moins intéressés
au bon
ordre, auroient suffi seuls pour le maintenir.
(5) Aussi, à l'aide de quelques différences
d'opinion qui s'élevérent parmi eux, les
moyens lcs plus adroits furent employés
pour.
romprc tout-à- fait leur bonnc intelligence.
D'un vocu à peu près unanime, ct à
près parlcs mêmes moyens
peu
empioyés en France
pourlinstallation des
nouvellesautorités, sauf
gealgsesin@gulansisrsnes assemblécolonizle
fut formée à St.-Marc, des
municipalités lc
furent dans toutes les paroisses,
(A) et il
(A) Commencenient dc P'année 1790.
B 2 --- Page 24 ---
aa
(20) )
s'y glissa par la cabale et l'intrigue non-seulementquelques têtes exhaltées, mais quelques
hommes perfides yendus à des partis et qui
cédèrent à leur propre ambition, ou à T'influence de leurs intérêts particuliers quels
qu'ils fussent. Les moeurs de ces hommes
étoient connucs de ceux des habitans de l'isle
qui par leur situation, leur expérience et
leurs relations, étoient le plus à même de
les juger, et la detiance entra dans lc coeur
de cette portion considérable de colons qui
avoient plus à perdre que d'autres ct tout
à craindre de CCS esprits turbulens. A celle
défiance succéda la désapprobation et la rèvolte
formelle, lorsqu'on vit les hommes les plus
soupçonnés, posséder la plus grande prépondérance €t amcner à des délibérations et d des
actes qui parurent tendre à la trahison ou d
lindéperdance. (6)
En improuvant l'assemblée coloniale et en
se réunissant pour la dissondre, il falloit,
pour éviter unc subversion totale, reconnoitre
cependant quelque autorité. Cette partie des
citoyens, sans contredit la plus éclairée, la
plus sage et la plus attachée à la France par
ses intérêts, crut prudent ct bicn plus convenable dc laisser provisoirement l'exécution
actes qui parurent tendre à la trahison ou d
lindéperdance. (6)
En improuvant l'assemblée coloniale et en
se réunissant pour la dissondre, il falloit,
pour éviter unc subversion totale, reconnoitre
cependant quelque autorité. Cette partie des
citoyens, sans contredit la plus éclairée, la
plus sage et la plus attachée à la France par
ses intérêts, crut prudent ct bicn plus convenable dc laisser provisoirement l'exécution --- Page 25 ---
(21 -
de l'administration coloniale aux anciens
chefs ct employés du gouvernement. Ceuxci saisirent avec avidité cet incident, encouragérent cette confance par une conduite
qui peut-etre ne fût patriotique qu'en apparence, firent corps avec cette partie des
colons et surent se l'attacher pour en profiter
au besoin.
Mais d'un autre côté, une foule de blancs
qui comme les autres avoient donné leur
voeu pour la formation de l'assemblée coloniale, sans être pour la plupart aussi capables
d'apprécier quelques hommes, et leur conduite, et de pénétrer leurs intentions, ne
voulut connoitre que l'exécntion dc ce vocu.
Les nouvelles de France manifestoient la
puissance et la confiance dont jouissoit l'assemblée nationale, les perfidies prétendues
ou réelles des chefs du gouvernement d'alors,
le renversement mérité ou non des autorités
anciennes; (7) ils durent être induits à comparerlassemblée coloniale à Vassemblée nalionale,
les hommes du goxvernement d St.-Domingue
aux hommes du gouvernement en France: ils
tinrent pour Passemblée.
Voila donc deux partis bien fortement prononcés et irrités Cun contre l'auire et seulement
B 3 --- Page 26 ---
(22)
parce qu'ils-avoient pour bat anique el mutucl
de conserver la colonie d la France
Voila des Français qui courent td leur perte, qui
sacrifient leur tranquillité, leurs liaisous d'amitié
ct de. famille, leur bonheur, leur. existence, au
sculintérêl d'une patrie adorable pour eux!(A
el-ce sont Ces hommes que Pomasaccusé el que
Pon s'obstine d présenter en masse. comme des
I
perfides, et sur lesquels les assemblées nationales
successives que Pon est parvenu d égarer nont
pas cncore jetté 207L regard d'intérêt et de
justice... - Et c'ést contr'eux que lc Directoire
cxécutif toujours égaré lui-même par la
perfidie et la passion de quelques hommes,
sollicite la loi la plus terrible, pire à mes
yeux que la peine de mort, et la fait exécuter provisoirement et arbitrairement par
SCS délégués à St.-Domingue!.
ct ces
délégués sont les mêmes hompacs, qui
forcèrent ces malheurcux Français à fair en
masse leur domicile pour SC soustraire à la
mort qu'ils leur préparoient! ! (8
C'cst alors quc les chefs du gouvernement
d'une part, lcs membres prépondérants de
Tassemblée d'une autre, lcs faux philantropes
(4) Calomniatens! attenuez CCs faits s'il vols
est possible :
omingue!.
ct ces
délégués sont les mêmes hompacs, qui
forcèrent ces malheurcux Français à fair en
masse leur domicile pour SC soustraire à la
mort qu'ils leur préparoient! ! (8
C'cst alors quc les chefs du gouvernement
d'une part, lcs membres prépondérants de
Tassemblée d'une autre, lcs faux philantropes
(4) Calomniatens! attenuez CCs faits s'il vols
est possible : --- Page 27 ---
(23)
et toutcs les factions destructives, zélécs protectrices de cette rivale éternclle de la France,
crurcnt que c'étoit le moment de mettre les
blancs aux prisés entr'cux mêmes. Hélaslilsy
Parvinrent. Lar nuit du 29 au3o juilleti7go, (9)
cut licu, le sang cimenta la discorde, rendit
les haincs implacables, et cette colcnic fut
perdue! Elle, qui ne pouvoit conserver sa
tranquillité ct sa splendeur, que par la bonne
intelligence des Européens, opposéc à l'inclination des autres castes pour le désordre...
De-là CCS dénominations injuricuses de parti d
parti, d'individu d individu; ces accusations réciproques; de-là l'altération ou l'exagération de
tous les faits dans les différents rapports volontaires ou officiels, et l'impénétrabitité des
machinations les plus abominables qui aient
existé.
Dès ce tems, la France négligea SaintDomingue 1 abandonna les paruis à cuxmêmcs, maintint leurs prctentions respectives
par des décrets successifs et toujours contradictoires, (10) ne les appuya jamais de forces
protectices, ou n'y cnvoya quelques foibles
détachemens que pour concourir à sa ruine,
au moyen des hommes fourbes ou qui les
dirigcoient, ou quiles debauchoient, Ct qui,
B 4 --- Page 28 ---
(24)
d'avance, avoient combiné la perte et des
soldats, et dcs Colons, ct des Cclonics. Ils
ont en effet perdu les uns et les autres.
Au moins 2 jusqu'ici, des hommes seuls
s'entrechoquent; loin d'eux l'affreuse idée de
porter leur ressentiment sur des propriétés innocentes.) Maisbientôtundangerplusimmninent
vintfrappertousles esprits. Les deux partis sirrités semblèrent un instant vouloir se réunir
pour la défense dc l'intérêt commun. Vains
cforts ! La hainc, sentiment horrible ct d'autant plus violent, qu'ils le connurent pour la
première fois, venoit d'élever entr'enx ane
barrière insurmontable. Les hommes de couleur, que le gouvernement ancien avoit su se
ménager, déjà méchans par caractère, et stimulés par des lettres attribuées à Brissot et à
Gregoire, jouant cn mêmc-tems tous les partis et se servant à leur tour dc toutcs lcs intrigues, profitérent de cetinstantde division,
ct conséquemment de foiblesse des blancs,
pour SC rassembler secrettement Ct cn armes
dans des quartiers cloignés, ct paroitre ensuite
la torche d'unc main ct Ic poignard dc l'autre,
avec des réclamations bicn plus ctenducs quc
cclles qu'ils présentoient à l'assemblée nationale. La majeurc partic des blancs y resista.
partis et se servant à leur tour dc toutcs lcs intrigues, profitérent de cetinstantde division,
ct conséquemment de foiblesse des blancs,
pour SC rassembler secrettement Ct cn armes
dans des quartiers cloignés, ct paroitre ensuite
la torche d'unc main ct Ic poignard dc l'autre,
avec des réclamations bicn plus ctenducs quc
cclles qu'ils présentoient à l'assemblée nationale. La majeurc partic des blancs y resista. --- Page 29 ---
(65)
La nécessité, pour ne pas tomber dans la plus
crucllea anarchie, de maintenirleslois existantes
jasqu'à CC quc l'assemblée nationale leur en
donnât cufin de fixes et de positives ; la
crainte d'une subversion totale dont l'exemple
de cette insurrection faisoit d'autant plus pressentir le danger, que déjà les mulatres entraînoient dans leur soulevement beaucoup
de noirs attachés aux habitations: ; (11) l'espoir même de voir rapporter des lois, qu'ils
regardoient comme surprises au senat de
France, et incompatibles avec la prospérité
des Colonies; toutdéfendoit aux Colons Europécns d'en recevoir une qui étoit dictéc par le
:caprice d'unepoignée d'incendiaires,agens trésactifs de la ruine de la France, ouvertement
protégés, et protecteurs alors des chefs et
des employés de l'ancien gouvernement.
En effet, ils portèrent avec une attention
bien marquée leurs premiers massacres sur
ceux qui s'étoient le plus manifestement prononcés pour la révolution française. La classe
dcs ouvricrs 1 des petits habitans ou petits
blancs, ainsiqu'ils les appcloient, fut entièrement détruite dans les quartiers qui tombérent
en leur pouvoir. Non - sculement ils épargnérent d'abord les personnes attachécs par --- Page 30 ---
E
(26)
état à l'ancicn ordre de choses ; mais dans
certaincs parties ils Gn avoient à leur tétc. (4)
Ccttc politiqueleur étoitnécessaire pour'mainteuir la division parmi les blancs, qui n'auroient pas manqué de se réunir enfin, s'ils se
fussent crus tous également menacés. Dans
la suite, et lorsque lcs blancs furent assez
afloiblis, 7 lcs hommcs de couleur ne firent
plus de choix, ct portèrent indistinctement
par-tout le ravage et la mort.
Ainsi, Crégoire, Brissot et quelques autres,
d'une part; (12) de: Fauire, tous ceux qui
ctoient en relations avec l'ancien
gouvernenement, et qui vouloient le proteger; les
Anglais et toutes les factions qui secondoient
leurs vucs, ont égalenent contribué au même
résultat : à accabler notre Colonie de ce torrent de crimes et d'horreurs, qui doitajamais
distinguer Ies hommes de couleur de St.-Domingue,(13)de tous] lcs dévastateurs quijamais
Se sont signalés dans toutes les révolutions du
monde; à ruiner la France dans SCS Colonics,
dans son commerce, dans SCS manufactures,
dans toutes lcs sources dc Sa prospérisé; à donner essenticllementà. cette fièrc Albion la pré-
(A) Les Kernscoff cl autres.
Colonie de ce torrent de crimes et d'horreurs, qui doitajamais
distinguer Ies hommes de couleur de St.-Domingue,(13)de tous] lcs dévastateurs quijamais
Se sont signalés dans toutes les révolutions du
monde; à ruiner la France dans SCS Colonics,
dans son commerce, dans SCS manufactures,
dans toutes lcs sources dc Sa prospérisé; à donner essenticllementà. cette fièrc Albion la pré-
(A) Les Kernscoff cl autres. --- Page 31 ---
(27) )
pondérance sur les mers et la faculté de nous
interdire jusqu'a la sortie de nos ports. (14)
Ccs hommes de couleur aussi lâches qu'atroccs osérent-ils jamais se mesurer avec les
colons curopéens suivant lcs lois ordinaires
de la guerre? L'approche d'une armée de
blancs même inférieure à leurs forces, fut
toujours le signal de lcur fuite ; un incendie
universel la proclamoit à tous les yeux : car
ils ne manquoient jainais de ravager les lieux
qu'ils étoient forcés de quitter ; et si les
oreilles,etle coeur dcs colons n'étoient pas au
même instant frappés des cris lamentables
des victimes que les mulatres assassinoient de
toutes parts,c'estquils avoientsoin d'observer
toujours une distance qui servoit à protéger
lenr crimes!. Attaquoient-ils ? ils jettoient
en avant de leurs rangs des milliers de malheureux noirs la plupart sans armes, comme
pour leur servir de remparts, et restoient
les paisibles spectateurs du combat et de SCS
résultats affreux. (15) Sc répandant ensuite
parbandes dans les campagnes, ils immoloient
sans danger dans leur lâche férocité, les
malheureux blancs épars sur les habitations,
ct occupés paisiblement à leurs. travaux. Leur --- Page 32 ---
(a8)
seule étude étoit d'inventer chaque jour
quelques tortures nouvelles : (16) tantôt,
pour varier leurs récréations sanguinaires,
ils épuisoient les cruautés sur de jeunes
femmes quelquefois cnceintes,les éventroient,
jettoient aux pourceaux les fruits de leurs
çhastes amours, (17) ct couronnoient leur
ceuvre infernale par l'assassinat des malheureux époux, s'ils étoient en leur pouvoir;
tantôt,négligeant d'égorger de suite les blancs
qa'ils trouvoient épars, ils les entassoient
dans les prisons ou ailleurs et les fusilloient
en masse. (18)
Les blancs ne suffisoient pas pour assouvir
ces tigres. Ils se précipitoient sur les attelliers
tranquilles des noirs, les forçoient à les
suivre et à les imiter; et les têtes de ceux qui
résistoient ou qui hésitoient tomboient sous
leurs glaives criminels; aussi il est avére que
la révolte des noirs et leurs excès, n'ont pas
moins été le fruit de la crainte que celui de
la séduction.
C'est ainsi et par ces seuls moyens qu'ils
ont dépeuplé la colonie. Que dis-je?Tour-itour agens de tous lcs partis, de toutes les
fureurs, de l'anglomanie, de la superstition
de ceux qui
résistoient ou qui hésitoient tomboient sous
leurs glaives criminels; aussi il est avére que
la révolte des noirs et leurs excès, n'ont pas
moins été le fruit de la crainte que celui de
la séduction.
C'est ainsi et par ces seuls moyens qu'ils
ont dépeuplé la colonie. Que dis-je?Tour-itour agens de tous lcs partis, de toutes les
fureurs, de l'anglomanie, de la superstition --- Page 33 ---
(s s9)
même; (19) toujours couverts du masque
de la fourberic ils ont fini par se trahir (20)
ct Sc détruire les uns les autres.
Il ne manquoit pour combler ia mesure
des maux dc notre malheureuse Isle et de nos
infortunés compatriotes 9 que d'y envoyer
les commissaires nationaux Polverel et Sonthonax. Ces deux délégués, revêtus contre
tous les principes moraux et politiques, de.
pouvoirs illimités pour un pays sur lequel ils
n'avoient nulle connoissance, beaucoup de
préventions ct des vues particulières; dans lequel ils ont été eux mêmes des agens de
fourberie, de terreur et de cruauté et dont
on ne sauroit douter qu'ils n'eussent conjuré
la perte; pour un pays situé au-delà des mers,
à 1,500 lieues des autorités répressives du
crime; dans un tems dailleurs, où ces autorités
elles-mêmes étoient courbées sonslejougd'ane
faction criminelle : ces délégués, dis-je, placèrent la plus grande masse des pouvoirs dans
les mains des Cannibales que,je viens de dépeindre, réveillèrentla discorde quifatiguée de
ravages sembloits'être appaiséc, ranimérentla
guerre civile, pillérent et incendièrent les licux
qui, tels que la ville du Cap, (21) riches et
intacts encore, pouvoient faire refleurir la --- Page 34 ---
P 30)
colonie; emprisonnérent ou déportèrent euxmêmes l'immense majorité des blancs dont ils
proscrivirent en quelque sorte la couleur,
et forcérent, par tous les genres d'exaction,les
plus courageux ct les plus constants des européens à renonçer au dernier rayon d'espoir, ct
àabandonner leurs foyers dévastés transformés
en repaires de brigands. .
Legislateurs ! CC sont CCS êtres en faveur
de qui toute la nature s'interesse ct réclame,
ees restes éplorés et dispersés de familles
autrefois réunies et puissamment utiles à ia
France par leur étonnante activité et leur
industrie, Ce sontces Français proscrits sans
distinction de seXC ni d'ige, errants de toutes
parts , traînant aprés eux leur misère, condamnés à des geinissemens éternels, poursuivis
jusqu'au-deia des bornes connues du malheur;
ce sont cux, à qui des hommes, iplacables
ennemis de la France et de sa prospérité, prétendent faire un crime, d'avoir, cn échappant
à la mort comme par miracle ct cn SC réfugiant
sur une terre amie et hospitalière, cédé à
ce sentimentimpérieux de la nature : au soin
de leur conservation!
Barbarcs! falloitil donc encorc tendre la gorge à n1OS bourrcaux ?
au-deia des bornes connues du malheur;
ce sont cux, à qui des hommes, iplacables
ennemis de la France et de sa prospérité, prétendent faire un crime, d'avoir, cn échappant
à la mort comme par miracle ct cn SC réfugiant
sur une terre amie et hospitalière, cédé à
ce sentimentimpérieux de la nature : au soin
de leur conservation!
Barbarcs! falloitil donc encorc tendre la gorge à n1OS bourrcaux ? --- Page 35 ---
(31)
Le Directoire lui - même constamment et
indignement trompè,semble annoncer que le
fisc avide convoite encore lcsol nud et ravagé
queje viens d'exposer aux regards du lecteur.
En voulant assimiler aux émigrés les colons
blancs réfugiés en Amérique :, il semble envier
aux malheureux dontje défends Jajuste cause,
jusqu'à la consolation dc déplorer leurs maux
Sur la tombe dc leurs amis, de leurs pères,
de Jeurs epouses, de leurs enfans chéris !.
Mais non : l'intrigue aura vainement soutenu cctte longue et cruelle lutte contre la
vérité et la justice. Le gouvernement reconnoitrales erreursonlont entraîné des hommes
perfides. Plus sage, plus éclairé sur un pays
que son éloiguement rend si difficile à connoitre et à juger, il SC convaicra que de
vrais Français sculs, attachés à la mère patrie
par toutes sortes de liens, pourront conserver à la France ses colonics, et féconder
encore une fois CCS contrees jadis si florissantes. (22) Les colons curopéens trouveront
enfinàla suite d'une proscription sans exemple,
une protection moins utile pour cux-mêmcs
que pour les habitations qu'ils réclament ;
et sous les auspices d'un gouvernement pacificateur T'humanité sera vengce sans réactions --- Page 36 ---
(32)
sanglantes ; et par la seule force des lois la
perversité scra désarmée, l'intrigue enchainée
et la prospérité rendue à la plus briilante
colonic du nouveau monde.
Nola. Présumant que la cause particulière des Colons
accusés, et les moyens de réparer lcs maux de St.-
Domingue seront deux objets traités séparément par
le Corps législatif,j'en ai également formé deux parties. Le lecteur vient de voir le mal dans la première,
il trouvera le remède dans la scconde qui paroitra
incessainment.
armée, l'intrigue enchainée
et la prospérité rendue à la plus briilante
colonic du nouveau monde.
Nola. Présumant que la cause particulière des Colons
accusés, et les moyens de réparer lcs maux de St.-
Domingue seront deux objets traités séparément par
le Corps législatif,j'en ai également formé deux parties. Le lecteur vient de voir le mal dans la première,
il trouvera le remède dans la scconde qui paroitra
incessainment. --- Page 37 ---
(33 )
N O T E S.
DjIrsatm bien que j'aye ici l'intention de jetter
ul vernis défavorable sur le citoyen Marbois que je
respecte comme uul homme de probité et de mérite.
L'excès du zèle conduit quelquefois à dcs erreurs, et
je suis bien convaincu que celles en petit nombre, qui
peuvent lui être imputécs n'ont pas eu d'autres causes.
Jc voudrois voir lc département de la marine et des
Colonics dans SCS mains ctj'en espérerois le plus grand
succès. Mais je ne puis m'empécher de le blâmer,
lorsque, phus capable que personne de dcilendre l'intérêt de nos Colonies et du commerce national contre
les fautes dans lesquelles on ne cesse de faire tomber
le gouvernement, il garde un silence que j'oserois
presque appeler coupable.
[2]1y a des hommes qui sont convenus avec moi
que CC motifles avoit conduits à SL.-Domingue, et qui
trahissoient ainsi les Colons dont ils avoient recherché
la confiance.
[3] Eh ! quel fut le pays asscz heureux 2 pour ne
renfermer que des hommes droits. Lcs Français des
Colonies soil-ils plus coupables parce que leur maux
out été portés à leur comble ct qu'en outre de quelques
agitateurs qu'ils avoieut parmi eux 2 la métropole a
pris soin de leur CIl vomir un grand nombre d'autres!
[4] On sait que toutcs les premières insurrections
des nègres, à SL.-Domingue, out-eu pour enscigue
le drapeau blanc; et pour devise : Pive le Roi,
C
hommes droits. Lcs Français des
Colonies soil-ils plus coupables parce que leur maux
out été portés à leur comble ct qu'en outre de quelques
agitateurs qu'ils avoieut parmi eux 2 la métropole a
pris soin de leur CIl vomir un grand nombre d'autres!
[4] On sait que toutcs les premières insurrections
des nègres, à SL.-Domingue, out-eu pour enscigue
le drapeau blanc; et pour devise : Pive le Roi,
C --- Page 38 ---
(04)
[5] Jéremie a ete la scule paroisse oit les blancs 11c
sC soient pas divisés. En vain les hommes de couleur
sC sont-ils, à plusieurs reprises, rassemblés en masse
et ont-ils marché contre elle; ils ont été constamment défaits, et cclte paroisse a conservé ses citoyens
clacsproprictés.que le fer'ctla flammé enssent bientôt
détriits, si Sonthonax n'eût échoué dans ses tenlatives.
Jc nc prétendrai pas juger la condnite des Français qui habiteul à St.-Domingne, dans les lieux
qu'oceupent les Anglais, et qui, si Pon veut, leur ont
ete livrés. J'observe seulement qnc ces Français, cnt
genéral, n'ont rien dc commun avec ceux en petit
nombre qui ont été faire ce ridicule traité avec le
gouvernement Britannique > pour la reddition de lisle
onL de certaines places'; mais j'aflirmerai que celte
iumense et innocente majorité des habitans de ces
quartiers ne pouroit opter qu'entre les ravages cl la
conduite qeis ont éte foreés de tenir. On concevra
facilement quc si les Hienx qui 1Pont fait presque allcune résistance cohtre les incendiaires ont ete presquc éntièrement détruits, les lieris el Jes habitans
qui avoicul excité leur rage par une résislance opiniâtre de plusients amées, 2 menabk cnfin de succomber,ne pouvoient espérer auciu ménagement: et SItT
cette assertion ; je laisse à Phonrmel jaste ct impartial
à prononcer. -
Mais,si les malleneux Colons blanes ont éle dans
qnelques endroits rédeits à cette affreuse nécessité
d'opter entre denx entemis cruels - pom'celni qui le
te leur parat moins; les hommes de conleur el les
noirs eilomctprntigis dela F'rance, avoient-il
de succomber,ne pouvoient espérer auciu ménagement: et SItT
cette assertion ; je laisse à Phonrmel jaste ct impartial
à prononcer. -
Mais,si les malleneux Colons blanes ont éle dans
qnelques endroits rédeits à cette affreuse nécessité
d'opter entre denx entemis cruels - pom'celni qui le
te leur parat moins; les hommes de conleur el les
noirs eilomctprntigis dela F'rance, avoient-il --- Page 39 ---
( 35 )
de môme, du momns ceux contre qui celte accrisation est applicable, le plus léger motif. poarétre tonrà-tour dévoués aux Espagnols ct ans.Anginis.et pour
leur livrer les quartiers les plus intacts ? Cetle couduite ne prouve-t-elle pas que- l'instabilité dc leur
caractère, leur indifférenee pour la I'raucc, ol 11ll
pen d'or, mettroient à la discrétion de la première
puissance maritime, 2 la possession ct le sort dc nos
Colonics si la garde leur cn éloit coufiéc ?
Au reste, peut-être est-til permis de dire que ceux
là qui n'ont reçu les Anglais momentanément, qne
dans la seule vite de conserver à la France des propriétés d'an rapport considérable, qui,dans tout autre
cas auroient eté détruites sans rémission, onl plutot mérité sa louange que sa réprobation.
[6] Tout prouve que cctle seule crainte de la
part de CC parti des blancs produisit le soulèvement
contre Passemblée coloniale séante à St.-Marc, opinion qui fut vigourensement soutenue par toutes les
villes maritimes de France.
[7] Si quelquefois je me sers d'expressions qui
marquent le doute sur les choses dont mon jugement
n'a jamais pu mejfournir la certitude 2 on peut d'autant plus croire ax faits str lesquels mcs expressions sont formellos.
[8J IL est bicn reconm que Phomme criminel Cllvers Pimocence', ne pardoana jamais à sa vicline
les cruautés qu'il cxerga sur elle. Plus il Cl a comlanis, plus sa haine cl sa persécution deviement inplacables; il n'est done point élonnant que les enuemis des Colons je soieni de plus cl plus. Mais Collçoit-on que Ic gouvernemeni, dont les intqutions sont
C2
lesquels mcs expressions sont formellos.
[8J IL est bicn reconm que Phomme criminel Cllvers Pimocence', ne pardoana jamais à sa vicline
les cruautés qu'il cxerga sur elle. Plus il Cl a comlanis, plus sa haine cl sa persécution deviement inplacables; il n'est done point élonnant que les enuemis des Colons je soieni de plus cl plus. Mais Collçoit-on que Ic gouvernemeni, dont les intqutions sont
C2 --- Page 40 ---
36 )
pures, et que l'expérience a di instruire 2 puisse encore chercher à faire considérer la fuite des Colons
comme une déscrtion coupable ? - Ils devroient,
dit-on, être à défendre les Colonies contre les ememis
qui s'en emparent.
Fort bien : mais il eût fallu
que ces malhenreux blancs n'eussent pas en connoissancc du projet bien formé d'extirper leur race dans
les Colonics ; il eût fallu que l'expérience ne leur CIl
produisit pas la preuve physique et journalière. A-t-on
jamais appris un scul événement de St.-Domingne
depuis les premiers jusques à cenx qui viemnent encore de frapper nIOS oreilles 7 dont le résultat n'ait
été l'assassinat des blancs ?
La hache criminelle,
constamment aiguisée 2 1C menace-t-clle pas tonjours
la tête des Européens ?
Mais; dit-on encorc : ils devoient passer en France,
lcs moyens leur en étoient offerts et Quoi! Lorsque
tous les Colons qui sont en France gémissent dans la
plus pitoyable misére! Lorsque des mères vieillies
dans l'aisance sc voient forcées de vivre des sccours
d'autrui, si toutes fois elles cn obliennent! Lorsque
des jeunes filles destinées à uue education brillante
ct honnête, à me fortune du premier ordre, sont,
les unes absentes de leurs parens on devennes touta-fait orphelines, livrées à toutes les rigueurs et à
tous les inconvéniens de la panvrété et de l'abandon
à soi-meme dans uu ige tendre et foible, d'autres
obligées de subir ce sort aflreux SOIIS les yeux de
parens aussi maiheureux qu'elles ! 1/orsqu'enfio dans
cet état déplorable, il suflit encore d'etre Colon Européen pour voir Je gouvernement déployer perpétnellement conire soi toules les mesures et les accusations
ueurs et à
tous les inconvéniens de la panvrété et de l'abandon
à soi-meme dans uu ige tendre et foible, d'autres
obligées de subir ce sort aflreux SOIIS les yeux de
parens aussi maiheureux qu'elles ! 1/orsqu'enfio dans
cet état déplorable, il suflit encore d'etre Colon Européen pour voir Je gouvernement déployer perpétnellement conire soi toules les mesures et les accusations --- Page 41 ---
( 31 )
qni penvent porter le désespoir au comble! Lorsqu'audémarche en faveur de ces Colons n'a encore été
eune
écoutée, même du Corps législatif! Vous vonlez que
des pères de familles qu'aucune loi formelle ne rappelle rigonreusement en France, qui, pour la plàêtre d'aucune utilité à la patrie, à
part ne pourroient
qui des sccours hounètes sont offerts en Amérique
le tems de leur exil, exposent les objets de
pour
leur dernière consolation et s'exposent eux-mèmes,
à toute l'insalubrité, la malpropreté, Jes incommodités ct souvent les indécences communes dans les
parlementaires, oi la plipart du tems les individus
sont entassés les us sur les autres et mal nourris;
venir cn France trainer la vie que je viens de
pour
leurs
tracer, ct si la mort les y moissonne, exposer
enfans a la misère et à la prostitution?..
Affaire du comité du Port-au-Prince dont le
[9]
succès tourna contre les partisans de l'assemblée de
St.-Marc. Elle donna lien en partie ensuite à l'embarquement des 85 membres de cette assemblée, dont
les adieux immodérés qu'ils publièrent, provoquèrent
la vengeance de leur parti contre le parti adverse,
et le soulèvement et la marche générale et forcée
de tons les blancs de la province du sud contre le
Port-au-Prince qu'ils considéroient comme assujetti
sous lancien despotisme. En même tems que presque
tous les blancs de la province du nord et une partie
de cenx de la provinee de l'ouest auroient volontiers
marché cn sens inverse.
Cette méme affaire du 29 aul 30 juillet valut au
colonel Manduit Passassinal commis sur sa personne
lors de P'arrivée de la stalion du 3 mars 1791 , qui
la province du sud contre le
Port-au-Prince qu'ils considéroient comme assujetti
sous lancien despotisme. En même tems que presque
tous les blancs de la province du nord et une partie
de cenx de la provinee de l'ouest auroient volontiers
marché cn sens inverse.
Cette méme affaire du 29 aul 30 juillet valut au
colonel Manduit Passassinal commis sur sa personne
lors de P'arrivée de la stalion du 3 mars 1791 , qui --- Page 42 ---
( 38 )
ne: parnt quc porr désobéir aux décrcts nationaux ct
pour nous, porter le comble de la désorganisation.
[10]-Les principanx chocs ct Ja plupart des évi
nemens qni ont fait de SL-Domingne Rn vaste pays
çouvert de sang, de cendres et de ruines, doivent leur
naissance non-senlement anx perfides de tous les genres
qui s'insinnerent dans Ja foule; mais prineipalement
encore à la contradiction manifcste des décrcts des
assemblées nationales successives, des 8 mars, 12
oclobre, 15 mnai,'24 septembre ctc. qui, en irritant
successivement lcs partis, les entretinrent toujours
chacun dans Jeurs prétentions respectives; car ii faut
observer que lorsqu'un décret contradicloire à U1l precédent arrivoit à St.-Domingue, une foule de leltres
annonçoient qu'il avoit été surpris à Passemblée dans
ul moment oh elle étoit pen nombrense, monent
duquel les partisans de telle ou telle autre opinion
aroientadroitenient profitéymaisquelerapport decette
loi étoit immanquable ct prochain. Wors,Tespèee de
résistance que faisoit provisoirement le parti oflensé
avoit une sorte d'excuse dans cCs avis et dans Pexpèrienec du passé ) et sC trouvoit tout-à-fait justiliée
lorsque, peude semaines après, udécret contradieloire
an dernier arrivoit et confirmoit les avis recits. 'Telle
est la marche qui a été constamment suivie. Lesdéerels
sur-tont qui contrarioient Fordre etPintérêt colonial,
et dout on ponvoit espérer que Pintérel national el
celui des commergans de la métropole sollieiteroient
et obtiendroient lerapport:ces déerets.disje.devoient
rencontreret onl trouvé el cllet plus d'oppositionpe
les antres.
C'est ainsi que par la suite lcs massacres; les in-
its. 'Telle
est la marche qui a été constamment suivie. Lesdéerels
sur-tont qui contrarioient Fordre etPintérêt colonial,
et dout on ponvoit espérer que Pintérel national el
celui des commergans de la métropole sollieiteroient
et obtiendroient lerapport:ces déerets.disje.devoient
rencontreret onl trouvé el cllet plus d'oppositionpe
les antres.
C'est ainsi que par la suite lcs massacres; les in- --- Page 43 ---
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cendies ct le pillage denos viliesles plus considérables,
s'ils fureat exécntés par les honnnes de conleur, trott-.
vèrent du moins leurs prétextes on leurs provocations
ou approbations positivesdans la conduite de quelques
persomages envoyés de France,et dans les mésintelligenees aceidentelles ou1 combinées qui s'élevèrent
entre les agens nationanx de tous genres ct de tous
grades; cl Pon s'étoune, ct Fon feint de s'indigner
contre les Colons blancs, de ce qu'ils ont donté que
ces vaciilations et ces excès fusscnt Pexpression de
Ja volonté nationale !.
(1)1,evénement n'a que trop justifié les apprébensions des blanes. Si ceux-ci résistèrent aux hommes de
couleur, 2 fait sur lequel 011 s'appésantit, et que Pon
prodnit contre eux en lisolant des circonstances qui
Pexpiiquent, j'ci doune les motifs plausibles; el,
d'aillenrs, gu'opposèrent-ils donc aux assassinis autre
chose qu'une marche brave 'ct loyate, que ces mnoyens
de défense légitimes par lesgicls on s'expose anx
chances dun combat? Ont-ils allumé qucique pari la
torche, cette arme familière de leurs atroccs enemis? La querelle des Colons devoii-cile entrainerla
perte des Colonics 2 qui > poar, tant de raisons, appartenoicut plus à la métropolequ'anx Colonsenx-memes?
Quel molif dicta donc mes ardentes réclamations ct
celles de piusicurs de mes coneitoyens atl Port-anPrince , pom la confection du concordat hoaleasy pour.
les Européens passé à la Crois-ie-Dorpiets, cl dont
je fus Pun des signataires? Est-ce ja crainle que nous
inspiroient les hommes de contenr, ou celle da poignard sous lequel ils lenoient les habitans épars des
campagnes; cl celle de cCs torches si fatalcs pour la
emes?
Quel molif dicta donc mes ardentes réclamations ct
celles de piusicurs de mes coneitoyens atl Port-anPrince , pom la confection du concordat hoaleasy pour.
les Européens passé à la Crois-ie-Dorpiets, cl dont
je fus Pun des signataires? Est-ce ja crainle que nous
inspiroient les hommes de contenr, ou celle da poignard sous lequel ils lenoient les habitans épars des
campagnes; cl celle de cCs torches si fatalcs pour la --- Page 44 ---
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France 1 à laquelle nons voulions conserver du moins
queiques débris aux dépens mème de notre honneur !
Et c'cst cetle patricàqui nousavons lout sacrifié, qui
nous tienl dans Eun élat de proscription continelle?.
et qui reçoit en même-temps an sein de son sénat
suprême les députés des incendiaires destruetenrs de
Ses richesses el de ses ressources!.
ct ces députés
oscnt encore solliciter de la mere injuste et cruelle
qn'ils tralissent, des lois horribles contre ses enfans
les pius fideles!.
[2] Jc dis, Grégoire, Brissot ct quelques autres :
car, cn supposant mème que les lettres qui leur ont
été attribuées ne soicnt -
pas leur onvrage 2 il n'en est
pas moins certain qu'iis ont contribué pour beaucoup
à la perte des Colonies.
(13)Ons'appercoit que je fais peu mention des noirs
csclaves: c'est qu'en ellet, quoiqu'ils composassent daus
la suite le plas grand nombre des insurgés, ils n'étoient, dans les premières années, que les agens des
hommcs de conleur, ct partont stimulés et dirigés par
cux. Si, dans la suile, ils ont à leur tour acquis la
prépondérance ct fait aux hommes de couleur ce que
ceux-ci avoient fait aux blanes, c'est autant par une
suite de CC système destrueteur de toutes les classes;
qu'ont suecessivenient manifestés les agitateurs nationanx 3 que par nne conséquence toute naturelle du
nombre supérieur des noirs, et de lenr inimitic éternelle contre les mulatres, qui devoient S 'attendre à ce
résnitat, et auxquels CCS noirs ne s'étoient joiuts pour
maltraiter les blancs, qu'i force de séductions cl de
contrainte, cl parce que cus-ei,sufguelqmes lègères
de toutes les classes;
qu'ont suecessivenient manifestés les agitateurs nationanx 3 que par nne conséquence toute naturelle du
nombre supérieur des noirs, et de lenr inimitic éternelle contre les mulatres, qui devoient S 'attendre à ce
résnitat, et auxquels CCS noirs ne s'étoient joiuts pour
maltraiter les blancs, qu'i force de séductions cl de
contrainte, cl parce que cus-ei,sufguelqmes lègères --- Page 45 ---
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exceptions 2 répugnoient i SC servir d'eux contre les
Trommes de couleur.
Jc dois sjsuterperp.endant,mBe j'entends parlommes
"de couleur en révolte, mème les noirs libres qui, la
plupart, devant cette liberté à Ja libre volonté et générosité de leurs anciens maitres, à qui, par-dessus ce
sacrifice, , il en avoit coûtté deux on trois mille livrcs
pour faire ratifier cet acte de bienfaisance, n'hésitèreut
cependant pas à coopérer avec tout Facharnement possible à Jenr destruction ct à leur ruine.
Il est fichenx pour mnoi d'être ainsi fercé d'accuser en masse toute une caste. Jc sais one ces genres
d'accusations ne plaisent pas, mais la vérité n'est
qu'une; et mallneureusement, ,si, dans d'autres populations on1 cite les malfaitenrs, ici la population a entièrement coopéré all meurtre > à Pincendic, aul pillage, saufles plus légères exceptions parmi lesquelles
on compte quelques traits de générosité,
(14) En effet, depuis le commencement de la guerre,
nos commerçans ont-ils osé mettre un seul bâtiment
dehors? Tous HOS navires ne pourrissent-ils pas dans
Pinaction ? nOS matclots n'ont-ils pas passé à Pétranger 2 et la splendemr de notre marine ne s'est-elle pas
éclipsée pour long-temps, moins que l'on n'emploie
des uoyens extrnordinaires et extrèmement coûteux
pour la rétablir?
(15)Cefait est incontestablegetje; pense qu'il cst trop
prouvé et trop connu pour qu'il soit besoin de citer
toutes les circonstances où il a en lien, et qui ont été
presqne aussi fréquentes que les combals enx-memes.
(16) Qu'on ne se, figure point que les excès de la
révolution française, soit qu'on veuille parler rdu gcure
emploie
des uoyens extrnordinaires et extrèmement coûteux
pour la rétablir?
(15)Cefait est incontestablegetje; pense qu'il cst trop
prouvé et trop connu pour qu'il soit besoin de citer
toutes les circonstances où il a en lien, et qui ont été
presqne aussi fréquentes que les combals enx-memes.
(16) Qu'on ne se, figure point que les excès de la
révolution française, soit qu'on veuille parler rdu gcure --- Page 46 ---
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el de-la crnanté de la guerre des chonans, soil des
hauts faits des agens de la lerreur,' 'ou des horreurs
conseillées par le fanatisme, soient des inventions
mnodernes de la métropole. Elies sont le fruit du
génic sanguinaire des hommes de couleur à SaintDomingue, oil de cenx qui lcs ont dirigés. Ces hommes
semblent avoir été chargés de faire, dans celle sualheureuse Colonic, lessai de ces moyens avant qu'on
osât ici lcs mettre en pralique. En cilel : les fusillades Cll masse > les égorgemens particls, les incendics et ies dévastations de tons genres > les assassinats
religienx, lcs trahisons : toul ccla, dis-je, s'est opéré
à Saint-Domingue des les années 1791 et 1792, et s'y
est perpétué juisqu'à cC jonr cl noas ar'avons vu ces
atrocités s'introdniré cil France qu'en 1793.
(17) Une cruanté dc cettc nature exercéc stl la
jeune cl intéressante dame Séjournet , à Jérémic,'a
pas peu contribué à échaufler les lètes dcs Jérémiens
contre cos homes exécrables.
(18) On pent eilerenir'autres P'exemple de CCS prisonmiers blanesdupetit Goave, qui, après avoir étédétems
queique lemps furent conduits, enchainés, à unc pctite distance de la ville, cl lous fusiles. Cette paroisse
s'est distinguée par des faits de CC geire : elle lit une
autre espédition, qui.,. dans'un moment oi Tojtl éloit
parfsitement tranpaille, coita la vie à pius de 99
blanes, qu'elle cavoya égorger L111 à unl ail sein de
Jeurs travaux paisibles ct épars;elle ful ensuile imiléo
par presque lons les quartiers.
[9] a Sanscompter Pinfluence qu'avoient ci général
plusicurs religieux suI les actions des insurgés, ceux
ci avoient all Trou- Coily, dans les monlagnes de
dition, qui.,. dans'un moment oi Tojtl éloit
parfsitement tranpaille, coita la vie à pius de 99
blanes, qu'elle cavoya égorger L111 à unl ail sein de
Jeurs travaux paisibles ct épars;elle ful ensuile imiléo
par presque lons les quartiers.
[9] a Sanscompter Pinfluence qu'avoient ci général
plusicurs religieux suI les actions des insurgés, ceux
ci avoient all Trou- Coily, dans les monlagnes de --- Page 47 ---
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Léogane, un centre d'insurrection; présidé et à-peuprès miquement dirigé par 11n homme de coulcur sC
faisant appeller Romsin-le-Prophète. Il prophétisoit
avec beanconp d'appareil ct de cérémonies mistérieuses. Les inspirations qu'il disoit recevoir du cicl
commandoient toujours de nouveaux massacres surles
blancs et étoicnt suivies de l'obéissance la plus cmpressée.
[20]1sontanssi commis plusieurs trahisons envers
les bianes; la plus horrible est celle dont tous lcs
malheureux jomres gens de Flslet périrent victimes
el ili1 seul jour. Ces jcunes gens, confiants dans les
hommes de couleur, la plupart leurs frèrcs ét leurs
parens,et qui, quoiquenés d'unions illégitimes, avoient
plus oul moins considérablement partagé les biens du
pèrc commmn, partent avec cux pour une expédition
dans laquelle ils-devoient courir lcs mêmes dangers
contre tm quartier où Pincendie se manifestoit, et
sont coudnits dans ue embuscade. par ces hones
quil les livrent, tournent leurs armes cont'eux et les
assassinent.
[21]BL Sonthonax exerce de nouvean lc pouvoir Stlprémedans ces malhenvenses contrées!. . ohorreur!
des pays enliers seront détruits par quelques hommes
el ces hommes iriompheront de leurs affreuxsuceès en
présence de leurs victimes ct à la face de Punivers !
Ne pouvoil-on pas du moins faire un choix qui n'eût
pas étéchargédu poids de la prévention elde l'accusalion genérale, et de tous les caractères de Pironie
el de Poffense contre Phomme déjà matheureux et
paisible ? EL le gouvernement vent,dit-il, encourager
Je commerce ! Mais est-il cll France u-seal com- --- Page 48 ---
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merçant intègre ; habile, capable de réactiver l'isdustrie qui ne frémisse à Fidée de s'y livrer sous ue
telle protection?Le silence, trop apathique, il cst vrai,
des négocians qui jadis honoroient CI France celte
profewion,n'expligne quc trop au gouvernement combicn il cst encore éloigné des mesures d'oi pourroit
résulicrla prospérité du comerce. Le premier moyen
de protéger une profession seroit, CC semble, d'écouter
la voix ct de déférer au voen de ceux quil'exercent.
(22) C'est pour le moins une grande inconsequencedo
la pari d'hommes éclairés, ctdonl le devoir est des'occuper non-seulement de la surelé présente, mais aussi
de la surelé à venir, que de croire que des lommes
étrangers au sol, , à Ja population, ct à loutes les
ressemblances physiques et morales d'unc nation qui
les prolège 2 méritent de lui étre incorporés et soient
susceptibles de hti garder fidélité, sur-tout, s'il arrivoit
que dans Ja suite, une autre nalion quelconque leur
offrit des relations d'intérêt et de convenances évidemment plus avantagenses; ce qui nc peut manquer
d'arriver à l'égard de St.-Domingue.
De Timprimerie de Cir. DISBUERE; rue cl place
Saiute-Croix, chaussée d'Antin.
les prolège 2 méritent de lui étre incorporés et soient
susceptibles de hti garder fidélité, sur-tout, s'il arrivoit
que dans Ja suite, une autre nalion quelconque leur
offrit des relations d'intérêt et de convenances évidemment plus avantagenses; ce qui nc peut manquer
d'arriver à l'égard de St.-Domingue.
De Timprimerie de Cir. DISBUERE; rue cl place
Saiute-Croix, chaussée d'Antin. --- Page 49 --- --- Page 50 --- --- Page 51 ---
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