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DE LINTÉRET DE LA FRANCE
:
L'ÉGARD
- 155
DE LATRAITE DES NÉGRES,
PAR J. C. L. SIMONDE DE SISMONDI.
A GENÉ V E,
CHEZ J. J. PASCHOUD, Imprimeur-Labraire.
ET A P. A R I S,
méme maison de commerce, rue Mazarine N.22:
1814. --- Page 4 ---
Tu
his loyak fohno
fla. Dud yf flauciti
mpary tha aufior --- Page 5 ---
DE L'INTÉRET DE LA FRANCE
A L'ÉGARD
DE LA TRAITE DES NÈGRES,
C N pourroit s'étonner de ce que les grands
intérêts Européens qui vont être débattus
au Congrès de Vienne, ont jusqu'ici occupé
si peu l'attention des ecrivains politiques.
Les circonstances dans lesquelles ce Congrès
va régler le sort de l'Univers, sont si nouvelles et si imprévues, 3 qu'on peut supposer
à peine, danslesplus habiles entre les hommes
d'Etat, une connoissance approfondie des
intérêts de chaque gouvernement. Plus ils
ont etudie leur situation, et plus ils doivent
souhaiter de recueillir encore de nouvelles
lumières; plus ils doivent désirer aussi d'eclairer les peuples sur leurs vrais intérêts 9
pour leur faire approuver les changemens --- Page 6 ---
(4)
qu'ils préparent. Jamais en effet les Comices
de l'Europe ne furent appelés à traiter des
questions plus iniportantes ; ils vont décider
de l'organisation interne des nations, et de
leurs rapports politiques au dehors; ils vont
règler tout ce qui détermine l'opulence ou
la misère des hommes, leurs jouissances ou
leurs douleurs, les progrès de leur esprit ou
leur abrutissement, leur moralité ou leurs
vices.
Entre tant de sujets importans 9 qui se
lient à tous les intérêts personnels, comme
à toutes les spéculations philosophiques, il
en est un, qui quoique éloigné de nous, me
semble fait pour exciter une grande curiosité
et de profondes émotions ; c'estla traite des
Nègres. La France a demandé avec persévérance, que l'odieux commerce dont ils
sont l'objet fut renouvelé pour cinq ans.
L'Angleterre qui après de longs débats, se
l'est interdit en 1807, a manifesté avec une
glorieuse unanimité, sa douleur de ce que le
traité de Paris ne P'avoit pas aboli; elle a
enjoint à son Ministère d'offrir le sacrifice de
ses propres intérêts pour racheter cette
clause cruelle, et elle se déclare prête à
renoncer aux avantages qui ne sont quc pour
ont l'objet fut renouvelé pour cinq ans.
L'Angleterre qui après de longs débats, se
l'est interdit en 1807, a manifesté avec une
glorieuse unanimité, sa douleur de ce que le
traité de Paris ne P'avoit pas aboli; elle a
enjoint à son Ministère d'offrir le sacrifice de
ses propres intérêts pour racheter cette
clause cruelle, et elle se déclare prête à
renoncer aux avantages qui ne sont quc pour --- Page 7 ---
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elle, si à ceprix ellc peut obtenirl l'avantage de
P'humanité. De nouvelles conferences devront
s'ouvrir à Vienne sur cette proposition genéreuse; et le héros de l'Europe, celui qui
sait que les plus nobles victoires sont perdues, si elles ne se rattachent aux progrès
des lumières, à celui de la morale et des
douces vertus, Alexandre a déjà hautement
aunoncé qu'il soutiendroit de tout son credit
la cause de lAfricain. Avant que le débat
commence, avant qu'un faux point d'honneur s'attache à la défense d'un droit cruel,
il peut être utile de traiter la question du
renouvellement de la traite sous le rapport
du seul intérêt de la France; de rappeler
aux Français ce que c'est qu'ils demandent; de calculer, avec ccux qui ne veulent suivre d'autre règle que le calcul; de
montrer P'avenir à ceux.cqui se perdent dans.
la considération du passé ; de convaincre
entin la nation, que si. elle a mis quelque.
orgueil à ne pas se laisser imposer par les
étrangers les lois de la justice et de la religion, le moment est venu de les suivre aujourd'hui de son propre accord, comme lois.
de l'intérêt et de la prudence, autant que
comme. lois de l'honneur, --- Page 8 ---
(6)
de traite ou de commerce
Le nom vague
immédiatement
des nègres, ne frappe point
par le tableau de tout ce qu'il
Fimagination,
rétablir. L'article du
désigne et qu'on veut
être distraité de Paris qui va de nouveau
le
d'acuté, réserve aux Français
privilège
cheter pendant cinq ans encore, 9 surl les côtes
soit des captifs enlevés dans des
du Sénégal,
le seul but de vendre
guerres excitées pour
ensuite les prisonniers, soit de prétendus
condamnés par des Juges iniques,
coupables,
soit
des crimes légers ou imaginaires,
pour
leurs pères ou leurs meres
des enfans que
dans le délire
vendent pour de Peau-de-vie,
veulent prolonger, soit
d'une ivresse qu'ils
des hommes libres, volés sur les grands chemins par des brigands, soit enfin quelques
esclaves, déjà façonnés à la servitude, mais
qui, dans le désert, étoient les compagnons
les instrumens de leur maître 9
plustôt que
n'aet qui, même dans leur triste condition,
l'idée des travaux forces
voient point conçu
P'Afrique ne connoit pas. Cet effroyable
que
de crimes, qui multiplioit les
assemblage
esclaves sur la côte du. Sénégal et de Guinée,
sept ans, par l'aboa été suspendu pendant
lition de la traite en Angleterre ; et déjà
ert, étoient les compagnons
les instrumens de leur maître 9
plustôt que
n'aet qui, même dans leur triste condition,
l'idée des travaux forces
voient point conçu
P'Afrique ne connoit pas. Cet effroyable
que
de crimes, qui multiplioit les
assemblage
esclaves sur la côte du. Sénégal et de Guinée,
sept ans, par l'aboa été suspendu pendant
lition de la traite en Angleterre ; et déjà --- Page 9 ---
(7)
Pimpossibilité oû les Français et
auparavant,
de continuer ce
les Hollandais se trouvoient
l'avoit considérablement dimicommerce,
des
les preuves
nué. Les rapports
voyageurs,
d'Angleterre 9 metfournies au Parlement
tent hors de doute que le vaste continent
les tropiques a été rendu à la
situe entre
paix et à un état de prospérité comparative,
la cessation de la traite; que les petits
par
sans cesse en guerre 2 ont
Rois 9 auparavant
est deposé les armes ; que le brigandage
fort
que la culture s'est considévenu
rare;
rablement augmentée, et que la civilisation
à faire de rapides progrès. Le
commence
droit que les Français réclament aujourd'hui
donc celui de corrompre de nouveau les
est
de combattre de tout
moeurs des nègres,
bienfaisante des soleur. pouvoir Vinfluence destinées à les civiciétés philantropiques,
lois, celles du
liser,. de violerleurs propres
christianisme, celles de la nature 9 en traidos hommes leurs senblables et leurs
tant
de
Irères, comme Dieu n'a point permis
traiter même les animaux, de donner enfin
garantie à cette horrible tyrannie, des
pour
supplices si effroyables que notre imagination
n'en peut supporter le tableau. --- Page 10 ---
(8)
Le premier établissement de cet odieux
commerce au quinzième siècle, et son renouvellement aujourd'hui , ne sont point des
actions de même nature ; l'horreur de la
première avoit éte couverte aux yeux de ses
promoteurs, par un voile religieux, la seconde n'a d'autre motif que la cupidité. La
traite des nègres n'avoit pu être inventée que
dans l'égarement d'un zèle persécuteur.Pour
dissimuler son atrocité, il avoit fallu que des
prêtres dissent aux Portugais que l'esclavage
et les supplices des nègres éloient des moyens
rigoureux mais utiles de gagner quelques
ames à Dieu; ce futle motif avoué de loutes
leurs expéditions sur la côte d'Afrique pendant plus d'un siècle Ils y voyoient le
double resultat d'acquérir des esclaves et
des chrétiens, et ils se préparoient pieusement, comme à une croisade, aux expéditions feraces qui les enrichissoient. Aujourd'hui encore, des moines missionnaires de
P'Amérique méridionale font des incursions
nocturnes dans les pays occupés par des
tribus paisibles d'Indiens sauvages, (Indios
(*) Asia Portuguesa de Joao de Barros, Deca 1e
Lib. I. et II.
resultat d'acquérir des esclaves et
des chrétiens, et ils se préparoient pieusement, comme à une croisade, aux expéditions feraces qui les enrichissoient. Aujourd'hui encore, des moines missionnaires de
P'Amérique méridionale font des incursions
nocturnes dans les pays occupés par des
tribus paisibles d'Indiens sauvages, (Indios
(*) Asia Portuguesa de Joao de Barros, Deca 1e
Lib. I. et II. --- Page 11 ---
(9)
bravos) et ils enlèvent les enfans pour les
réduire en esclavage. Le même brigandage
animé par le même fanatisme, se renouvelle
aussi tous les jours dans les provinces in-.
ternes du Mexique Mais les marchands
négriers qui s'armeront à St. Malo, ne seront pas des missionnaires ; et aucun motif
religieux ne pourra les aveugler sur limmoralité de leur conduite. Ils n'auront point
l'excuse
leurs prédénon plus
qu'avoient
cesseurs avant la révolution ; ils n'auront
point pour cux l'autorité d'une coutume
déjà ancienne; ils ne pourront point se dire
ce qu'ils ne feroient pas 9 d'autres le
que
feroient à leur place ; ils ne trouveront point
des marchands d'esclaves tout
en Afrique
établis, qui leur offriront des captifs, sans
leur rendre compte des crimes par lesquels
ils se les seront procurés. Aujourd'hui que
tout est détruit, et qu'il faut tout créer de
nouveau, qu'il faut enscigner aux tyrans
Africains à punir des crimes imaginaires S
multiplier le nombre des condamnés à
pour
Alex. de Humboldt, essai politique sur le
royaume de la nouyelle Espagne, Liv. II. ch. VII,
T. 21. p. 41. 42. --- Page 12 ---
(10)
la servitude, ou à déclarer sans provocation
la guerre à leurs voisins, pour se ravir mutuellement lenrs sujets s aux pères et aux
mères à vendre leurs enfans pour de l'eaude-vie, aux voleurs de grand chemin à surprendre le voyageur au détour d'un bois ou
d'un sentier écarté, non pour le dépouiller,
mais pour s'emparer de sa personne ; aujourd'hui qu'il faut précher de nouveau le
crime à PAfrique, j'ose m'en flatter, on ne
trouvera pas des Français pour une mission
semblable; on n'en trouvera pas non plus
qui s'avilissent jusqu'à être les geoliers et les
bourreaux des esclaves dans les vaisseaux
négriers; ; qui les entassent entre les ponts
sous P'ardeur des tropiques, enchaînés 9
ct
couchés les uns à côte des autres, n'ayant
chacun, sur la planche où ils doivent passer
au. moins quarante jours 9 qu'un espace de
quatorze pouces de large, et pas assez de hauteur pour se relever Lorsqu'un négre
(*) Voyez le plan et la coupe du vaisseau négrier
the Brook, publié par le Rev. Mr Clarkson en 11789,
et de nouveau en 1814 chez Richard et Artus Taylor
à Londres. L'inspection de cet elfroyable magasin
d'hommes, couchés et enchainés entre les ponts, Fait
un, sur la planche où ils doivent passer
au. moins quarante jours 9 qu'un espace de
quatorze pouces de large, et pas assez de hauteur pour se relever Lorsqu'un négre
(*) Voyez le plan et la coupe du vaisseau négrier
the Brook, publié par le Rev. Mr Clarkson en 11789,
et de nouveau en 1814 chez Richard et Artus Taylor
à Londres. L'inspection de cet elfroyable magasin
d'hommes, couchés et enchainés entre les ponts, Fait --- Page 13 ---
(11)
aura mérité Pestime d'un Français par Pacte
de courage qui honore le plus P'espèce humaine, lorsqu'il aura dévoué sa vie au plus
noble des buts, celui de récouvrer sa liberté
et celle de ses semblables, j'ose m'en flatter
encore, un français ne permettra pas qu'on'
lui inflige le supplice réservé dans les iles àla
rebellion; qu'on le suspende à un croc, qui
lui entre dans les chairs, sous les aisselles - 2
et qu'on le laisse exposé au milieu des airs,
au soleil et aux mouches, sans nourriture et
sans boisson, jusqu'à ce qu'il termine, après
huit ou dix jours d'effroyables douleurs, sa
misérable existence L'habitude on le
fanatisme ne réconcilient que trop facilement
les peuples à la férocité, mais ces habitudes
sont rompues, et ce fanatisme n'existe plus;
la différence de langage, de couleur ou de
croyance ne suffit plus pour persuader au'
une impression plus profonde que tous les discours
des amis des noirs. Les Français ne sachant point
conduire la traite avec la même activité que les Anglais, laissent leurs nègres sept ou huit mois dans
ces cachots ambulans, avant que leur chargement
soit accompli. Malouet, Essaisur St.Domingue. T.II.
Ch. I. Mémoires sur les colonies, T. IV. p. 148.
(") Dumont et Bentham. Théorie des peines. Liv.II
Chap. XIII. p. 231. --- Page 14 ---
(12) )
Français qu'un homme a cesse d'être son
frère. Les échafauds de la révolution, les
hôpitaux, les combats, ont souvent, il est
vrai, ramene sous nos yeux le spectacle de
la mort, mais rien ne nous a présenté celui
des tortures. Le noir ou le blanc, l'ami ou
l'ennemi, qui dans les angoisses de la douleur, invoqueroit un soldat français, seroit
sûr d'en obtenir toujours 3 au moins cette
dernière marque de pitié, la mort prompte
qu'on refuse au négre.
Ces horreurs ne sont sans doute pas présentes à la mémoire des négociateurs qui
ont demande le rétablissement de la traite;
ils n'ont considéré, disent-ils eux-mémes,
que l'avantage pécuniaire de la France; ils
ont voulu lai rendre tout le commerce
tous les établissemens qu'elle avoit, avant la
révolution. Descendons sur leur terrain >
voyons ce qu'ils peuvent faire de ces établissemens, où ils peuvent chercher cet avantage pécuniaire. Dans les Antilles, la Martinique et la Guadeloupe sont rendues à la
France, et on lui laisse la liberte de reconquérir St. Domingue. Les deux premières
colonies se sont conservées riches et florissantes souS le régime anglois; elles sont sou-
rendre tout le commerce
tous les établissemens qu'elle avoit, avant la
révolution. Descendons sur leur terrain >
voyons ce qu'ils peuvent faire de ces établissemens, où ils peuvent chercher cet avantage pécuniaire. Dans les Antilles, la Martinique et la Guadeloupe sont rendues à la
France, et on lui laisse la liberte de reconquérir St. Domingue. Les deux premières
colonies se sont conservées riches et florissantes souS le régime anglois; elles sont sou- --- Page 15 ---
(15)
mises depuis 1807 2 comme les colonies de
cette nation, aux effets du bill quia supprimé la traite ; aucune guerre acharnée, aucune longue révolte n'y a détruit la population négre; elles n'ont point de grandes
pertes à réparer, et le nombre des naissances
parmi les noirs, commence aujourd'hui à s'y
accroitre, depuis que Phumanité est devenue
pour les planteurs un bon calcnl. L'expérience a confirmé dans toutes les iles administrées par les Anglois, ce que les amis de
l'abolition avoient annoncé, que la reproduction des négres s'accroitroit naturellement, dès que les maîtres auroient intérêt
à la favoriser, et que si, dans l'ancien calcul
des planteurs, un négre ne devoit durer que
dix ans, et mourir ensuite à la peine, il dureroit autant qu'un Européen, et il se reproduiroit comme lui, dès que son maître sauroit qu'il ne pourroit plus le remplacer par
un nouveau captif.
Cc sont des pertes bien différentes que la
Martinique et la Guadeloupe ont éprouvé
dans les dernières années; ; leurs planteurs
ont souffert de l'engorgement des magasins
de denrées coloniales, de la rivalité dea
établissemens nouveaux, du bas prix du sucre --- Page 16 ---
(14)
et du café. Pendant la guerre ils
beaucoup plus de ces marchandises produisoient
consommateurs n'en vouloient
que les
ils ressentoient avec toute
acheter, et
discrédit de leurs
PAngleterre, ce
denrées, sur lequel Buonaparte avoit fondé ses espérances. Lors
que leurs négres auroient
même
bre, ils ont eu plus d'une fois diminué en nomlieu de
qu'ils en conservoient plus
penser
leur auroit convenu d'en encore qu'il ne
qu'ils ne trouvoient
entretenir, 3 puispoint à faire de
avec les fruits de leur travail.
l'argent
La traite, on en
convient, est inutile à la
Martinique et à la
Domingue
Guadeloupe; ; mais c'est St.
qu'on voudroit planter et
de nouveau, St. Domingue
enrichir
qu'il faut conquérirauparavant sur lesnégres
C'est en répétant l'expérience indépendans.
Le Clerc,
désastreuse de
qu'on veut commencer, à
ce projet d'économie
exécuter
et de richesses. On
peut se flatter qu'en promettant aux
de St. Domingue, s'ils se
négres
l'ordre, la sûreté, dont ils soumettent, la paix, 9
sont prives depuis
long-temps; qu'en les
temps de toute la
menaçant en même
vengeance de la France,
s'ilspersistent dansla rebellion, on pourra les
amener à se reconnoître
à changer même
pour,sujets du roi,
leur Propricté incertaine
et de richesses. On
peut se flatter qu'en promettant aux
de St. Domingue, s'ils se
négres
l'ordre, la sûreté, dont ils soumettent, la paix, 9
sont prives depuis
long-temps; qu'en les
temps de toute la
menaçant en même
vengeance de la France,
s'ilspersistent dansla rebellion, on pourra les
amener à se reconnoître
à changer même
pour,sujets du roi,
leur Propricté incertaine --- Page 17 ---
(25 )
sur les plantations, contre la condition
de
métayers, 2 ou celle de vassaux de leurs
ciens maîtres ; on pourra leur faire
anplus d'avantages à
trouver
devant
partager avec les cipropriétaires des fonds, les récoltes
gu'ils auiont fait naître
par leurs
gu'à - les conserver
sueurs, 9
avoir de
toutes entières, 3 sans
cilité
garantie pour en jouir, ou de fapour les vendre. Mais à qui
dera-t-on qu'ils rentreront
persuaclavage d'autrefois;
jamais dans l'esliberté
qu'après vingt ans de
7 lorsqu'une nouvelle
d'hommes fiers
génération
etindépendans, accoutumés
au
la commandement, aux armes, souvent à
cruauté, a pris la place des anciens
claves, on pourra les engagerà
esles cases de ceux
rentrer dans
qui avoient si cruellement
maltraité leurs pères, à travailler
dès l'aube jusqu'à la
pour eux
nuit, sous le fouet d'un
commandeur
toute
impitoyable 2 à renoncer à
part aux produits du travail de leurs
mains, à se soumettre à plusieurs centaines
de coups d'étrivières
à leur bouche la
lorsqu'ils auront porté
canne à sucre qu'ils cultivent seuls 2 ou gouté la mélasse
tirent; à se contenter du
qu'ils en
plus misérable
de manioc
repas
pour nourriture, 3 d'un pagne --- Page 18 ---
(16)
habit, d'eau pour boisson s
grossier pour
inclémences de l'air
d'une case ouverte aux
pour habitation; à renoncer
et aux reptiles
de la vie qu'ils possédent,
aux jouissances enfin d'autre salaire que
et à ne réclamer
les coups d'étrivières et les tourmens.
On tromperoit les négres par mille faux
les amener à se soumettre de
sermens pour
on leur feroit ennouveau aux planteurs,
sensuelles sans metrevoir des jouissances
les séduire, que l'illusion ne
sure, pour
moment oàjls recondureroit que jusqu'au
La rebelnoitroient les chaines et le fouet.
nécessaire de la
lion seroit la conséquence
tromperie, et St. Domingue ne manqueroit
d'un nouveau Toussaint POuverture.
pas
les hommes sur la desOn pent-étourdir
truction de leur liberté politique, parce
douleur physique, aucune privaqu'aucune
immédiatement sa
tion personnelle ne suit
la
mais on ne sauroit les tromper sur
perte;
de leur liberté domestique 3
destruction
aucun homme n'a pu renoncer vojamais
lontairement à sa propriété, à sa personne,
et donner la préférence aux
à sa famille;
ou les
coups d'étrivière sur son revenu,
fruits de son travail.
-étourdir
truction de leur liberté politique, parce
douleur physique, aucune privaqu'aucune
immédiatement sa
tion personnelle ne suit
la
mais on ne sauroit les tromper sur
perte;
de leur liberté domestique 3
destruction
aucun homme n'a pu renoncer vojamais
lontairement à sa propriété, à sa personne,
et donner la préférence aux
à sa famille;
ou les
coups d'étrivière sur son revenu,
fruits de son travail. --- Page 19 ---
(17)
Soit qu'on veuille agir de bonne foi avec
lcs négres de St. Domingue 2 on qu'on
veuille les tromper; soit qu'on les endorme
par des promesses qu'on aura dessein de
violer, ou qu'on les soumette parles armes;
il estévidentque tantqu'on les conservera en
vie,. la traite redoublera les dangersdesblancs
qui vivront au milieu d'eux. Si en vertu
d'une pacification 2 la grande masse du travail doit être faite par des mains libres, des
esclaves ne sont plus nécessaires à St. Domingue; cependant lintroduction dans l'ile,
des captifs apportés d'Afrique, excitera une
défiance universelle parmi les négres libres 5
elle leur apprendra quelle est la secrète
pensée des Européens, et le point de souffrance et d'humiliation auquel on voudroit
les réduire; elle ajoutera tous les jours de
nouveaux alimens à la haine entre la race
blanche et la race noire, haine qu'il seroit
si important de détruire 5 et au moment
d'une révolte, les négres qu'aura apporté la
traite seront des auxiliaires que les colons
auront élé chercher eux-mémes, pour les
donner à leurs ennemis. La seule présence
de quelques centaines de négres marrons
dans une colonie, suffisoit pour jeter le
--- Page 20 ---
(18)
trouble parmi tous les négres esclaves, et
pour exposer les planteurs à tous les dangers
des revoltes et des conspirations. Comment
supposer que quelques centaines, quelques
milliers de négres esclaves pourroient être
maintenus dans la servitude au milieu de
quatre cent mille négres libres, qui se
plairont à conter comment ils ont brisé
eux-mémes lcurs chaînes, et puni les crines
de leurs oppresseurs. Non, l'on ne peut le
méconnoitre, si l'on a dessein de rétablir
la traite pour St. Domingue, ce ne peut
être qu'après qu'une guerre d'extermination
aura détruit jusqu'au dernier les habitans de
ce vaste pays.
On demande que je ne mette point en
opposition les principes avec l'intérêt, ces
principes dont le nom seul paroît revolutionnaire ; et je ne m'arréterai point sur
l'atrocité de ce projet d'extermination, ni
sur la perfidie à laquelle il sera nécessaire
d'avoir recours pour le faire réussir. II est
entendu que la probité, que T'honnenr,
que Phumanité, ne font rien à la chose;.
il ne s'agit que d'argent à gagner. Eh bien,
voyons enfin ce que les seuls motifs pécuniaires doivent conseiller à la France.
dont le nom seul paroît revolutionnaire ; et je ne m'arréterai point sur
l'atrocité de ce projet d'extermination, ni
sur la perfidie à laquelle il sera nécessaire
d'avoir recours pour le faire réussir. II est
entendu que la probité, que T'honnenr,
que Phumanité, ne font rien à la chose;.
il ne s'agit que d'argent à gagner. Eh bien,
voyons enfin ce que les seuls motifs pécuniaires doivent conseiller à la France. --- Page 21 ---
(19)
Dans aucun temps la France n'a eu des
capitaux proportionnés à ses vastes besoins.
La révolution, et les brusques et fréquens
changemens de ses systèmes économiques,
ont détruit à plusieurs reprises les fonds
qu'elle avoit lentement accumulés. Jamais
elle n'aeu plus de raison qu'aujourd'hui de
s'occuper à conserver toutes ses richesses, 9
pour soutenir, pour ranimer son commerce
intérieur et son industrie; et c'est dans ce
moment qu'on parle de lui faire entreprendre une gucrre de commerce 9 une
guerre longue et dispendieuse à porter
entre les tropiques; c'est dans ce moment
qu'on veut lui faire fonder une colonie
nouvelle dans le pays que cette guerre
doit conquérir. On veut pour cela, lui en
faire importer d'Afrique toute la popuJation, après l'avoir achetée homme après
homme. C'est à ce prix qu'on veut lui faire
élever à trois mille lieues des frontières
françaises, un grand atelier pour produire
du sucre et du café ; on veut encourager
cette production nouvelle en lui assurant
le monopole du marché de la France; on
veut soumettre ainst tons les cousommateurs
français à un impôt considérable, non point
en faveur du trésor public, qui est cepen- --- Page 22 ---
(20)
dant obéré, mais en faveur de ceux qui
consentiront à souiller leur honneur et le
nom français par l'infàme commerce des
esclaves; on engagera enfin par des profits
superieurs tous les capitalistes de France à
retirer leurs fonds du commerce, de l'agriculture, des manufactures qu'ils animent,
pour braver la concurrence des Anglais
qui produisent les mêmes denrées à meilleur
marché qu'eux; 5 pour braver aussi la concurrence plus redoutable encore des marchands des Indes, d'Arabie, du Brésil, du
Mexique, de tous les pays situes entre les
tropiques 2 dont le commerce commence
seulement aujourd'hui à être ouvert à P'Europe 2 et ira chaque année en croissant.
Sans songerà cette rivalité,'on va se donner
à grands frais une branche d'industrie qui
doit nécessairement être renversée un jour 2
par le progrès seul du commerce. Quelle
manière d'enrichir une nation !
La France, avons nous dit, n'a eu dans
aucun temps des capitaux proportionnés à
ses besoins; ct s'il est un principe démontré
aujourd'hui en économie politique, c'est
que les capitaux nationaux sont la seule
mesure de l'industrie nationale. On peut
rivalité,'on va se donner
à grands frais une branche d'industrie qui
doit nécessairement être renversée un jour 2
par le progrès seul du commerce. Quelle
manière d'enrichir une nation !
La France, avons nous dit, n'a eu dans
aucun temps des capitaux proportionnés à
ses besoins; ct s'il est un principe démontré
aujourd'hui en économie politique, c'est
que les capitaux nationaux sont la seule
mesure de l'industrie nationale. On peut --- Page 23 ---
(21 )
avec la mêmc somme faire une espèce
d'ouvrage plutôt qu'une autre; on peut
encore faire moitié delun, moitié de l'autre;
mais on n'a point à choisir entre n'en faire
qu'un et les faire tous deux. Mille francs
peuvent payer mille journées d'ouvriers en
coton ou d'ouvriers en laine, au choix du
Gouvernement; mais avec mille francs on
ne donnera pas en même temps vingt sous
tête à mille ouvriers en coton 2 et à
par
mille ouvriers en laine. Le manque de capitaux est donc le grand et primitif obstacle aux progrès du commerce et des manufactures. Le taux de l'intérêt étoit proportionnellement plus élevé en France que
il lP'étoit
dans les autres pays commerçans;
plus encore pour les capitaux employds.
dans les manufactures que pour ceux employés dans le commerce. L'argent prété à
un manufacturier n'étoit pas plus exposé que
Targent prété à un commerçant 2 mais on
savoit qu'il seroit rendu beaucoup moins
régulièrement, parce que le manufacturier
avoit sans cesse besoin de plus de fondsi
qu'ils n'en pouvoit atteindre ; il étoit tours
jours aux expédiens pour faire de Pargent,
Cl sans faire perdre les intérêts du dépôt --- Page 24 ---
( 22) )
prété,il en retardoit le payement. Cel besoin
d'argent se faisoit sentir dans toutes les négociations ; comme acheteurs de matieres
premières, les fabricans demandoient les
plus longs crédits qu'on put leur accorder;
comme vendeurs, ils ne pouvoient jamais
consentir à d'assez longs termes; ; et c'étoit
là leur plus grand désavantage, quand ils
entroient en concurrence avec les marchands Anglois. II n'y avoit pas une seule
des spéculations des fabricans Français, de
laquelle on ne put inférer, que s'ils avoient
eu plus d'argent, ils auroient etendu davantage Jeurs affaires. Aussi létablissement
force de chaque nouvelle
manufacture, en
détournant les capitaux qui devoient alimenter les anciennes, faisoit-il perdre à
celles-ci, tout au moins, tout ce que les
autres gagnoient. Le capital national étant
la limite nécessaire de P'industrie
nationale,
lorsqu'on propose aujourd'hui aux Français
le rétablissement de St. Domingue c'est
comme si on leur demandoit
>
le" mienx de
lequel vaut
conserver leurs fabriques de
drips, et d'acheter leurs sucres de l'étranger
au meilleur prix possible, ou de fermer leurs
fabriques et de faire naître pour leur compte,
, tout au moins, tout ce que les
autres gagnoient. Le capital national étant
la limite nécessaire de P'industrie
nationale,
lorsqu'on propose aujourd'hui aux Français
le rétablissement de St. Domingue c'est
comme si on leur demandoit
>
le" mienx de
lequel vaut
conserver leurs fabriques de
drips, et d'acheter leurs sucres de l'étranger
au meilleur prix possible, ou de fermer leurs
fabriques et de faire naître pour leur compte, --- Page 25 ---
(25) )
mais plus chèrement,le: sucre à St. Domingue;
ou plus briévement encore, lequel vaut le
mieux de gagner surles draps, ou de perdre
sur les sucres; de faire les meilleurs draps
de PEurope, 2 meilleur marché que toute
PEurope, en payant le sucre vingt sous au
Anglois, ou de payer lesucre quarante sous
aux colons de la France, et d'acheter cherement ses draps de l'étranger. Le dilemme
est si bisarre 2 il met tellement tous les
avantages d'un côté, tous les inconvéniens
de l'autre, que quand on voit hésiter sur le
choix, on se figure toujours qu'on a mal
entendu, ou que les termes sont mal placés.
La France il est vrai a élé une fois assez
riche pour que ses colonies aient pu prospérer, dans le temps même où ses manufactures florissoient. Mais la France a perdu
d'abord le capital même de ces colonies
qu'il s'agit de fonder de nouveau; $ ensuite
les trois quarts des autres capitaux qui donnoient le monvement à son agriculture, à
ses manufactures et à son commerce. Se
figure-t-on que vingt ans de guerre soutenue conire presque toute l'Europe, n'aient
pas épuisé toutes les ressources ; et que
tant de milliards dépensés par les armées --- Page 26 ---
(24)
soient toujours disponibles? Les assignats et
les confiscations donnèrent à la République
la disposition de presque tout le capital
eirculant de la nation ; en: effetles milliards
d'assignats que l'on créoit, n'étoient
pour le Comite de salut
pas 9
public, une valeur
fictive;ils représentoient 5E lesarmes,les habits,
les munitions, les vivres que le Gouvernement achetoit pour les dissiper ensuite.
Les biens confisqués sur les émigrés ou le
clerge,n'étoient pas non plus pour le Gouvernement un capital purement territorial;
ces biens n'étoient dépensés qu'après avoir
eté vendus, c'est-à-dire échangés contre lo
capital circulant. Le Gouvernement saisissoit les immeubles, mais c'étoient les meubles dont il se trouvoit ainsi avoir la disposition. A peine cependant la France
avoit-elle fini de perdre son
deux
sang par ces
larges blessures, lorsque le système
des prohibitions lui en infligca une troisième,
I
Il fallut renoncer à tout le commerce maritime ; tous les vaisseaux qui remplissoient
les ports de la France devinrent inutiles;
on les a vu pourrir, dix ans, vingt ans
dans lcs chantiers ; et lon a éte reduit à 9
vendre comme vieux bois, commne vieux
ine cependant la France
avoit-elle fini de perdre son
deux
sang par ces
larges blessures, lorsque le système
des prohibitions lui en infligca une troisième,
I
Il fallut renoncer à tout le commerce maritime ; tous les vaisseaux qui remplissoient
les ports de la France devinrent inutiles;
on les a vu pourrir, dix ans, vingt ans
dans lcs chantiers ; et lon a éte reduit à 9
vendre comme vieux bois, commne vieux --- Page 27 ---
(25)
fer, ces maisons ambulantes qui avoient étd
élevées avec tant d'art et de dépense,et qui
ne pouvoient plus sortir du port. Les magasins construits à si grands frais dans toutes
les villes maritimes 7 sont devenus inutiles
et ont ruiné leurs propriétaires ; Phabilcté
acquise par les matelots, par les artisans
des manufactures tombées, a été également
perdue ; toutes les fabriques destinées au
commerce d'exportation ont été fermées ;
des confiscations 2 des brûlemens de marchandises, des vexations de tout genre ont
ruine le commerce 9 des faillites répétées
coup sur coup ont annoncé des pertes; en
même temps tout le reste des capitaux disponibles de la nation, étoit attiré, par tous
les privilèges du monopole, vers les manufactures nouvelles que le Gouvernement
favorisoit.
Ce même système continental, également
funeste aux Français, dans son élévation et
dans sa châte, leur cause aujourd'hui une
seconde perte toute semblable. Le Gouvernement en forçant les Français à se suffire
à eux-mêmes, les avoit contraints à créer un
grand nombre de manufactures 9 pour
suppléer à ce mefarageraoppentaplas --- Page 28 ---
(26)
Ainsi les fers français remplaçoient chérement les fers de Suède, au grand
de
dommage
l'agriculture et des manufactures
qu'ilfalloit
six
9 puispayer
sous la livre à Carcassone, un fer qu'on auroit paye trois sous à
l'etranger; ainsi les cotonnades de France,
remplaçoient celles de l'Angleterre et des
Indes 3 au grand dommage des mères de
familles, puisqu'il falloitpayer quarante francs
un habit qu'on auroit eu pour vingt francs
à l'euranger; ainsi enfin les sucres de raisin
ou de betteraves
remplaçoient ceux des colonies, au grand dommage des consommateurs, puisqu'ils payoient cinq francs la livre
un sucre qu'ils auroient pu avoir au dehors
pour cinquante centimes.
la foi du
Cependant, sous
Gouvernement, des établissemens
dispendieux, des minés 5 des forges 2 des
usines, des ateliers de filatures, de tisus,
d'indiennerie, des manufactures de sucre et
des indigoteries, avec mille autres manufactures nouvelles, 9 s'étoient élevées dans
toutes les parties de la France, pour subvenir aux besoins artificiels qu'on avoit
donnés à la nation. Un capital considérable
avoit élé enfoui dans les frais de
premier
établissement, et ce capital est perdu; les
minés 5 des forges 2 des
usines, des ateliers de filatures, de tisus,
d'indiennerie, des manufactures de sucre et
des indigoteries, avec mille autres manufactures nouvelles, 9 s'étoient élevées dans
toutes les parties de la France, pour subvenir aux besoins artificiels qu'on avoit
donnés à la nation. Un capital considérable
avoit élé enfoui dans les frais de
premier
établissement, et ce capital est perdu; les --- Page 29 ---
(27)
efforts qu'on fera pour. sauver ces travaux si
mullewswmanotoatrpinrsi pourront qu'agraverle mal en le dissimulant. Les belles
usines et les forges de Carcassonne n'ont
pas aujourd'hui une valeur plus réelle, que
les vaisseaux que depuis vingt ans on démolit dans le port de Marseille.
Pour achever la ruine de la nation, il ne
manque plus que de la forcer à dépenser le
reste de ses fonds à Pétablissement de COlonies, qui ne pourront pas soutenir cnsuite
la concurrence étrangère, et qu'on sera
forcé d'abandonner.
Le capital entier de la nation s'enfouiroit
peut-être dans lexpédition de St. Domingue,
sans suffire à rendre à cette colonie son ancienne splendeur. L'on sait ce qu'a coûté à
la France l'expédition du général le Clerc ;
l'on sait que toute la perlidie avec laquelle
on chercha à tromper Toussaint l'Ouverture,
que toute la férocité qu'on mit à chasser
les négres aux chiens courants, ou à massaorer tous les captifs, ne suffirent point pour
triompher de cette ile puissante : l'on sait
qu'une magnifique arméc y fut consumée, et
qu'il faudroit des efforts trois ou quatre fois
plus considérables que ceux qu'on fit alors 2 --- Page 30 ---
(28)
pour reconquérir St. Dominguc. En effet
tous les genres d'obstacle rendent plus meurtrière et plus dispendieuse Ja guerre qu'on
veut porter dans cette ile ; la population
nègre de St. Domingue, quis'élevoit en 1788
à 450,000 ames, fut réduite en 1805,
les massacres et les guerres civiles de la par revolution, à 575,000 ames 5 mais depuis cette
époqueelle paroit s'être constamment accrue;
clle s'est renouvelée par une nombreuse jeunesse, née pendant vingt années de liberté,
et accoutuniée aux armes, au combat, au
développement de toute son habileté. On
doit compter raujourd'hui dans la colonie, cent
mille hommes qui porteroient le mousquet. 2
et qui, s'ils sont inférieurs aux troupes Européennes pour combattre en ligne, sont
bien supérieures pour la guerre de poste,
sur des montagnes bralantes, oùt la cavalerie
est arrêtée dans tous ses mouvemens par le
manque de fourrage et Ia sécheresse, oi
l'infanterie, lorsqu'elle a fait trente lieues
en cinq jours, laisse la moitié de ses hommes
à Phôpital, où aucun soldat ne peut en aueune saison, coucher au bivouac, où les
vivres d'Europe sont attaqués par les thermites, tandis que les montagnes recèlent
sur des montagnes bralantes, oùt la cavalerie
est arrêtée dans tous ses mouvemens par le
manque de fourrage et Ia sécheresse, oi
l'infanterie, lorsqu'elle a fait trente lieues
en cinq jours, laisse la moitié de ses hommes
à Phôpital, où aucun soldat ne peut en aueune saison, coucher au bivouac, où les
vivres d'Europe sont attaqués par les thermites, tandis que les montagnes recèlent --- Page 31 ---
(29)
pour les négres des provisions de manioc,
oû dix soldats acclimatés font plus de service
trente-six Européens ; car de ceux-ci
que
Ia maladie du
les deux cinquièmes éprouvent
dans la quinzaine qui suit leur débarpays
à Phoquement, et deux sur sept périssent
pital, s'ils sont ménagés, trois s'ils fatiguent,
et sont mal nourris Plus on considère
les changemens survenus dans la colonie, et
des diffiplus sa conquite paroit présenter
cultés insurmontables. C'est dans le pays
même où l'on a prétendu que le travail étoit
impossible aux Européens, qu'on veut faire
la guerre au pcuple qu'on a déclare être seul
propre à supporter les ardeurs du Tropique;
c'est avec des troupes afloiblies par le mal
de' mer et la mauvaise 'nourriture 2 qu'on
veut attaquer dans un pays devenu le leur,
des hommes qui joignent les armes et la discipline Européenne, à la force de corps et
à la sobriété des Africains, à la fureur et à
P'obstination des esclaves révoltés. Lorsqu'il
s'agissoit autrefois de défendre St. Domingue
contre les Anglois, on savoit bien qu'en se
(") Malouet, Mémoires sur les colonies. Essai sur
St. Domingue, Part. II. Chap: V. Tome IV. p.228. --- Page 32 ---
( 50) )
retirant dans les montagnes on ne pourroit
y être poursmivi; mais on savoit aussi qu'on
y manqueroit bientôt de vivres, et qu'en
perdant les côtes on perdroit toute la richesse de la colonie. Aujourd'hui au contraire ces côtes ne sont presque point estimées par les négres, tandis que les montagnes recelent d'abondantes provisions. La
colonie, si jamais elle est réduite, 9 aura
coûté auparavant cinquante mille hommes
et trois cent millions à la France. Avec tant
d'argent et de sang il seroit plus facile peutêtre de fonder un Empire nouveau dans la
Guiane, ou de civiliserle Sénégal lui-même,
au lieu de le replonger dans la barbarie.
Mais je veux que cette expédition réussisse, je veux qu'on trouve cinquante mille
Français, qui consentent à partir avec la
mission d'exterminer une nation entière; je
veux que leurs ofliciers, si souvent distingués par la loyauté et le courage, ne répugnent point à unir la férocité à la tromperie,
pour endormir les négres par des traités
simulés, avant de les faire périr. Que St.
Domingue enfin soit soumis > que tout ce
qui ne sera pas massacré on noyé dans la
mer, soit forcé d'abandonner cctte nouvelle
qui consentent à partir avec la
mission d'exterminer une nation entière; je
veux que leurs ofliciers, si souvent distingués par la loyauté et le courage, ne répugnent point à unir la férocité à la tromperie,
pour endormir les négres par des traités
simulés, avant de les faire périr. Que St.
Domingue enfin soit soumis > que tout ce
qui ne sera pas massacré on noyé dans la
mer, soit forcé d'abandonner cctte nouvelle --- Page 33 ---
(51)
patrie, et de s'enfuir chez les Caraîbes
faudra donc refonder
; il
une seconde fois cette
colonie, dans l'attente de la voir
jour à la même richesse
parvenir un
avoit
que plus d'un siècle
accumulée; il faudra lui accorder tous
les priviléges dont elle jouissoit
alors; ; et
parce que sous le règne de Louis XVI elle
fournissoit avec surabondance à
consommation de la France
toute la
en denrées Coloniales, et à celle des contrées situées derrière la France, il faudra, comme
riser le
alors, favocommerce des colonies
aux dépens de tout celui des
françaises
faudra continuer à
étrangers. Il
priver la France.de toute
communication avec les colonies
tandis que, si l'on
angloises 5
apportoit à ces
tions des sentimens
négocialibéraux, ce seroit pour
l'Europe, et non pour elle-inême
gleterre auroit
que l'Anconquis les Indes, dont elle
Jaisse le commerce ouvert à toutes les
tions. Il faudra interdire à la
naFrance de
négocier avec l'Amérique Espagnole; tandis
que Faffranchissement de ces anciennes
lonies, est l'événement le
COplus favorable au
commerce dont l'histoire nous conserve le
souvenir. Jamais
pays qui eut plus besoin de
TEurope, et qui produisit plus pour l'Eu- --- Page 34 ---
(5s) )
rope, qui eut plus de richesses, et Ic gout
de plus de jouissances, n'avoit élé admis
tout en une fois à la communication du
monde commerçant. Il faudra renoncer encore à tout le riche commerce d'entrepôt
que la Martinique, la, Guadeloupe, et Pile
Bourbon pourroient faire, si au lieu de leur
assurer le marché exclusif de la France,
on laissoit ouverts à toutes les nations,les
poris des deux premières sur la route du
Mexique, et le marché de la troisième sur
Ja route des Grandes Indcs. Il faudra renoncer enfin à tout le commerce de commission que la France pourroit faire entre
l'Allemagne ct P'Italie, d'une part, les COlonies Anglaises, 2 Espagnoles et l'Indostan
de l'autre. C'est à ce prix, c'est par tous ces
monopoles qu'on encouragera les planteurs
à se rendre de. nouveau à St. Domingue,
à rassembler les restes de leurs richesses, à
profiter de tout le crédit qu'ils pourront
fonder sur de vagues esperances, et le souvenir d'une ancienne prospérité 2 pour arracher aux manufactures, à l'agriculture,
au commerce intérieur, à la construction
des vaisseaux. , tous les capitaux qui leur
sont aujourd'hui si nécessaires. Et comme le
ce prix, c'est par tous ces
monopoles qu'on encouragera les planteurs
à se rendre de. nouveau à St. Domingue,
à rassembler les restes de leurs richesses, à
profiter de tout le crédit qu'ils pourront
fonder sur de vagues esperances, et le souvenir d'une ancienne prospérité 2 pour arracher aux manufactures, à l'agriculture,
au commerce intérieur, à la construction
des vaisseaux. , tous les capitaux qui leur
sont aujourd'hui si nécessaires. Et comme le --- Page 35 ---
(55 )
nombre des matelots de Ia France et
des vaisseaux qu'elle peut construire est
également limité, il faudra renoncer aux
pécheries, au cabotage, à la navigation la
plus essentielle au commerce, à celle qu'on
doit regarder comme la vraie école de la
marine, pour cette traite des négres, dès
Jong-temps sigualde comme exposant les
matelots à des contagions funestes, et comme
coûtant plus d'hommes en une année à la
marine angloise, que tous les autres commerces ne lui en coûtent en deux ans.
La population de St. Domingue,au temps
de sa prospérité, étoit estiméc à quarante
mille blancs et 450,000 négres. Pour racheter ces 450,000 esclaves, au prix courant
du commerce, et sans tenir compte du renchérissement qu'une demande aussi exhorbitante ne manqueroit pas de produire, il
faudroit, à cent louis par négre, 45 millions
de louis, un milliard, quatre vingt millions
de francs ; c'est peut-être toute la richesse
disponible de la France ; et puisque la traite
n'est accordée par les traites que pour cinq
ans, il faudroit dans ce court espace de
temps, acheter en Afrique des nations entières, et les venir jeter sur les côtes de
--- Page 36 ---
(54)
St. Domingue, Un pareil projet est aussi
absurde qu'il est effroyable. En accordant
deux ans à la conquête del'ile, il en restera
trois pour la traite, et chaque année on ne
transportera pas plus de quinze mille négres.
Dans les meilleures années on en vendoit
avant 1789 jusqu'à 18000 à St. Domingue;
mais alors ce commerce étoit en train, et les
marchés du Sénégal étoient garnis d'esclaves.
Ils'ogit donc de transporter en tout quarante
cinq mille esclaves à St. Domingue, et d'y
fonder ainsi une colonie qui aura précisément le dixième de la valeur de ce qu'avoit
l'ancienne. L'achat des esclaves coûtera à la
France 4,500,000 louis ; mais d'après les
calculs de tous les planteurs, l'achat des
esclaves ne fait que les trois huitièmes de
T'établissement; il en faut trois autres pour
le défrichement de la terre, et deux pour les
bâtimens, les manufactures et le bétail
() M. Malouet nous fait connoître les frais d'établissement d'une plantation de sucre à St. Domingue
en 1776, et M. d'Humboldt ceux d'une plantation
semblable à Cuba en 1802.
d'après les
calculs de tous les planteurs, l'achat des
esclaves ne fait que les trois huitièmes de
T'établissement; il en faut trois autres pour
le défrichement de la terre, et deux pour les
bâtimens, les manufactures et le bétail
() M. Malouet nous fait connoître les frais d'établissement d'une plantation de sucre à St. Domingue
en 1776, et M. d'Humboldt ceux d'une plantation
semblable à Cuba en 1802. --- Page 37 ---
55)
L'établissement marchand de cette petite
colonie, indépendamment des frais du Gouvernement et des dépenses de la guerre, coàteroit donc douze millions sterling, 288 millions de francs. De plus il faut deux ans
avant de retirer aucun bénefice de ces avances; et au bout de ce terme, si la colonie
prospère, si les profits des planteurs sont
égaux à ce qu'ils étoient dans la plus grande
splendeur de St. Domingue, les plantations
D'aprèsl sle premier, 200 négres coûtoient
alors à 1500 fr.
300,000 frs
Les avances de défrichement pendant
deux ans, de 1200 pas carrés de bonne
terre, plantée en cannes à sucre 9
300,000
Les bâtimens de maitres, de manufacture, et de négres, le bétail, 120
mulets, et 40 boeufs,
200,000
Prix total d'une plantation à sucre rendant au bout de 2 ans, de 7 à 8 P. 8
800,000 fr.
D'après M.d'Humboldt, une grande sucrerie à Cuba,
exploilée par trois cents négres, demande une avance
de deux millions tournois, ensorte que45,000 négres
exigeroient une avance de 300 millions. Malouet,
Essaisur St. Domingue 2 P. I. Ch. VII. T.IV. p.118.
-Humboldt, Essai politique surl la nouvelle Espague,
Liv. IV. Ch. X. T. IU. P. 178. --- Page 38 ---
(56)
rendront à peu près huit pour cent, 9 ou
guère plus de la moitié de ce que les mêmes
fonds rendroient dans le commerce intérieur.
Certes un pareil résultat ne mérite pas de
si grands sacrifices. Après cette tentative
malheureuse, la raison et le calcul se feront
enfin entendre, et l'on sera force de tout
abandonner.
J'ai promis de ne point parler de principes;je sais que l'immoralité de l'action ne
doit point entrer en ligne de compte; mais
sans donner à cette considération aucun
poids comme politique, il peut être curieux
de se former quelque idée de ce que ce
petit établissement coûtera à la France de
sang et de crimes, aussi bien que d'argent.
Estimons à 400 mille individus la population
nègre de St. Domingue qu'il faudra détruire,
à 50,000 le nombre de soldats que la France
perdra dans cette boucherie, par leffet du
climat, plus encore que des armes, (etl'exemple du général Le Clerc, nous apprend que
ce calcul n'est pas exagéré.) Pour établir
45,000 négres à St. Domingue, il faut en
avoir embarqué 60 mille an Sénégal ; les
maladies de la traversée, le chagrin et les
suicides en emportent toujours un quart.
udra détruire,
à 50,000 le nombre de soldats que la France
perdra dans cette boucherie, par leffet du
climat, plus encore que des armes, (etl'exemple du général Le Clerc, nous apprend que
ce calcul n'est pas exagéré.) Pour établir
45,000 négres à St. Domingue, il faut en
avoir embarqué 60 mille an Sénégal ; les
maladies de la traversée, le chagrin et les
suicides en emportent toujours un quart. --- Page 39 ---
(57 )
Deux hommes qu'on embarque à la' côte,
en cottent au moins trois à P'Afrique. Le
rapt d'un homme libre, l'offense la plus
odieuse de toutes, ne se commet pas gratuitement; le père qui n'a pas réussi à défendre
ses enfans avant qu'on les lui ravisse, ne perd
pas silôt l'espérance de les venger, et le vol
d'un homme est un fortfait qui peut faire
verser du sang pendant plusieurs générations; ainsi, aux soixante mille négresvendus,
il en faut joindre trente mille tues à leur
occasion. En tout ce seront 540,000 meurtres, 540,000 forfaits, par lesquels on réussira à donneràs St.Domingue 45,000 esclaves,
au lieu de 450,000 qu'on en comptoit il y
a vingt ans.
Mais enfin, par tant d'efforts, par tant de
sacrifices, par lant de crimes, la colonie
sera rétablie; quelques plantations prospéreront avant le terme des cinq ans, d'autres
donneront de grandes espérances ; ce sera
le moment où les planteurs solliciteront la
continuation de la traite, pour mettre à profit
les avances faites précédemment, et commencer à jouir après avoir tant dissipé; peutêtre les Ministres trompés eux-mémes sur
l'avantage de la France, troubleront-ils à --- Page 40 ---
(58) )
cette époque l'équilibre de toute l'Europe,
de tout P'Univers 3 pour se dispenser de
l'exécution du traité de Paris, et protéger
celonteux commerce; peut être aussi serontils déjà éclaires par P'expérience, et reconnoitront-ils alors, que fonder une nouvelle
colonie, dans l'état où se trouve aujourd'hui
Je commerce des Tropiques, c'est une speculation inprudente 2 improfitable pour la
nation pendant sa durée, et qui causera necessairement, par sa chûte, une perteimmense
de capitaux français.
Le Gonvernement qui veut faire cherement lui-mème, ce qu'il peut acheter hon
marcherlesautres, est toujours trompé par un
faux calcul. Si le Gouvernement de Suedeinterdisoit tous les vins de France, et pour
les remplacer, faisoit cultiver en Dalécarlie
les vignes dans des serres, il feroit à peu
près ce qu'a fait la France aveo son système
prohibitif. Nous lui dirions qu'il perd sur
les jouissances des Suédois, auxquels il feroit boire de mauvais vin, au lieu de bon;
qu'il perdsur leurs revenus, en les obligeant
à acheter chérement ce qu'ils peuvent avoir
bon marché; qu'il perd sur les capitaux,
qu'il détourne de ses mines.de fer pour
isoit cultiver en Dalécarlie
les vignes dans des serres, il feroit à peu
près ce qu'a fait la France aveo son système
prohibitif. Nous lui dirions qu'il perd sur
les jouissances des Suédois, auxquels il feroit boire de mauvais vin, au lieu de bon;
qu'il perdsur leurs revenus, en les obligeant
à acheter chérement ce qu'ils peuvent avoir
bon marché; qu'il perd sur les capitaux,
qu'il détourne de ses mines.de fer pour --- Page 41 ---
( 5g )
les employer à une entreprise ridicule; qu'il
perd enfin sur les serres qu'il fait bâtir', 2
parce que le moment viendra oût l'on se
lassera de tant de violence, où l'on ouvrira
les ports de Suede aux vins étrangers, et
où tout l'argent consacré aux serres sera
perdu. C'étoit là Phistoire du Gouvernement
français lorsqu'il vouloit faire recueillir du
sucre en France,. plutôt que de le cultiver
entre lcs tropiques; ce sera encore là son
histoire, s'il fonde chérementla colonie de
St. Domingne, pour produire à grands Mxais
du sucre qu'il peut acheter bon marché. Il
aura même de plus le désavantage d'avoir
placé cette manufacture de sucre hors de
l'enceinte de PÉtat, en sorte qu'il perdra
pendant la guerre jusqu'aux avances qu'il
aura faites. Les colonies dispendieuses sont
regarddes par quelques politiques comme un
moyen utile de nuire à ses rivaux en temps
de paix ; plus souvent encore elles livrent
le pays à leur discrétion en tenips de
guerre.
A la première fondation de St. Domingue,
il n'y avoit pas de raison pour que cette COlanie ne produisit pas à aussi bon compte.
que toute autre, tout ce qu'on peut tirer --- Page 42 ---
40 ).
des Antilles. Mais les relations de PEurope
avec les trois autres parties du monde
ont
éprouvé, dès cette époque, les plus prodigieux changemens. Le commerce
soit autrefois
qui se faipar un petit nombre de vaisseaux, en occupe plusieurs milliers; celui
qui étoit sans cesse entravé par les chartes
des compagnies est devenu libre; les Americains fournissent l'Europe de ce quiabonde
dans les trois autres parties du
monde, et le
moment approche où les Indiens sujets de
la Grande Bretagne, arriveront à leur tour
avec leurs vaisseaux dans nos mers
nous porter leurs marchandises.
2 pour
Les Grandes Indes feront bientôt
Antilles une concurrence
aux
que celles-ci ne
sont point en etat de supporter, Les deux
produits principaux des colonies, le cafe et
le sucre, n'appartiennent point exclusivement au golfe du Mexique. Le cafe d'Arabie
ou du Levant, est fort supérieur à tout
celui qu'on pourra récolter Jamais dans les
meilleures colonies françaises. Il est renchéri pour nous par les frais de
et plus encore par ceux de
transport,
monopole, non
par ceux de culture Des mains libres le
(*) Le monopole de la Compagnie des Indles
etat de supporter, Les deux
produits principaux des colonies, le cafe et
le sucre, n'appartiennent point exclusivement au golfe du Mexique. Le cafe d'Arabie
ou du Levant, est fort supérieur à tout
celui qu'on pourra récolter Jamais dans les
meilleures colonies françaises. Il est renchéri pour nous par les frais de
et plus encore par ceux de
transport,
monopole, non
par ceux de culture Des mains libres le
(*) Le monopole de la Compagnie des Indles --- Page 43 ---
(41)
recucilleront toujours à meilleur marché
dans le Yémen, que des esclaves
à la
étrangers,
Martinique ou à St. Domingue. L'arbuste y demandemoinsder travaux, le terrain
moins de
préparation, et le soleil fait la
moitié de
Pouvrage, pour une plante
naire de P'Arabie heureuse. La
origiArabes tient
jalousie des
encore presque tous leurs ports
fermés pour les Européens, mais la crainte
d'offenser la compagnie des Indes angloises,
commence à les faire dévier de leurs
ciens usages. A mesure
anque l'influence des
Anglois s'étendra sur les golfes
Persique et
Arabique, et que leur navigation indienne
sera plus animée, la demande des cafés
fera augmenter leur culture. On
voir que la communication
peut préentre lInde et
P'Angleterre doublera tout au moins tous
les dix ans; ainsi des quantités
toujours plus
renchérissoit tellement le port de ses
qu'il faisoit perdre toul le bénélice de maréhandises, la
de la route par le Cap de
découverte
d'Arabie de la Compagnie Bonne-Espérance. Le café
celui qui avoit fait
revenoit aussi cher que
Depuis
par lerre la traversée de
que le commerce de FInde a été FEgyple.
tous les Anglais, lej prix du frêt a
ouvert à
gera davantage encore.
changé,et il chan- --- Page 44 ---
(42) )
grandes de cafe du Levant, seront
tées en Europe, et lemoment viendra imporêtre où son abondance fera abandonner peut- absolument la culture de cet arbuste dans tous
les pays où le travail est fait
des
claves
par
esQuant à la culture de la canne à
sucre,
on ne. peut plus esperer non plus qu'elle
accorde désormais les profits de monopole
gu'elle offroit autrefois. On sait que les vaisseaux de la Compagnie Anglaise des Indes
avoient commencé il y a plus de quinze ans
à compléter leur chargement avec du sucre.
On cultive la canne à sucre avec avantage,
(")SL.Domingue produisoit en 1788,762,865quint.
de café, tandis qu'on n'exportoit guères que 130,000
à 150,000 quintaux de café du Yémen; mais il faut
bien peu de place pour produire tout le café que l'on
consume dans toute PEurope. Mr. d'Humboldt l'évalue à 53,000,000 de kilogrammes; et comme un
cafier donne en bonne terre un kilogramme de
eafé,et que l'on en plante 96o pieds sur un hectare
de terrain; il ne faut que 55,0do hectares de terre.
pour produire cette récolte. De même il ne faudroit
qu'environ sept lieues oarrées de terrains fertiles
entre les tropiques, pour produire tout le sucre que
consomme I'Europe. Humboldt, liv. IV, chap. X,
pag. 193.
,000 de kilogrammes; et comme un
cafier donne en bonne terre un kilogramme de
eafé,et que l'on en plante 96o pieds sur un hectare
de terrain; il ne faut que 55,0do hectares de terre.
pour produire cette récolte. De même il ne faudroit
qu'environ sept lieues oarrées de terrains fertiles
entre les tropiques, pour produire tout le sucre que
consomme I'Europe. Humboldt, liv. IV, chap. X,
pag. 193. --- Page 45 ---
(45)
dans plusieurs districts du Bengale, comme
aussi dans l'Empire des Birmans, et dans
les provinces méridionales de la Chine. Le
produit en sucre dans les districts de Peddapore, de Zemindar, dans le Delta de Godavery, et sur les rives du fleuve Elyseram,
est de 4650 Kilogrammes par hectare 3 ce
qui est plus du double du produit des Antilles; tandis que le prix de laj journée de
lIndien libre est presque cinq fois moindre
quele prix del la journée du nègre esclave. (*)
Il résulte de cette double différence que
le cultivateur aux grandes Indes vend son
sucre à quatres roupies et $ le quintal, ou
26 centimes le kilogramme; ; ce qui est à
peu près le tiers de la valeur de cette denrée
(")Le salaire du manouvrier ne passe pas six sous'
par jour au Bengale. L'entretien des négres coûte
aujourd'hui plus de vingt francs par mois dans l'ile
de Cuba; ( Humboldt, Essai politique, liv. IV.ch.X.
tom. IIL, P. 185) et il faut ajouter à celte somme
l'intérêt du prix d'achat, à 5 paur cent 9 et une compensation pour le dépérissement de l'esclave, à 10
pour cent, sur 2400. f. ou 36c fr. paran, cequi fait revenir le gage annuel de l'esclave à 600 fr. ou plus
de 40 sous par jour 2 les dimanches déduits.
(Malouet, Rapports sur la Guiane, tom.I.p-79). --- Page 46 ---
(44)
au marché de la Havane. Les Anglais craignant que le bas prix de cette production
ne ruinât leurs cultivateurs des
Antilles,
ont chargé le sucre des Indes Orientales de
gros droits d'entrée; mais ils ne peuvent
point empécher les Américains d'en importer des quantités considérables et toujours
croissantes, qui du marché de New-Yorck
se répandront dans toute l'Europe.
Dans le voisinage même de St. Domingue,
une autre concurrence non moins redou-.
zable doit arrêter les progrès de cette
colonie. Tous les établissemens qui l'entourent ont pris un accroissement
tiond à ses
ils
propor-.
désastres;
ont pleinemen
remplacé dans le commerce du monde le
vuide qu'avoit laisse cet immense atelier.
L'introduction de la canneàs sucre d'Otahiti,
quisur la même étendue de terrain, donne
un tiers de Fezou de plus que la canne
commune, a encore augmenté la masse
des sucres. La Jamaique en
produit autant que la Martinique unie à la Guadeloupe ; Cuba, plus que ne faisoit St.
Domingue; et la Guiane Hollandoise depasse seule toutes les autres colonies ; la
rivalité de ses basses terres menace les
it laisse cet immense atelier.
L'introduction de la canneàs sucre d'Otahiti,
quisur la même étendue de terrain, donne
un tiers de Fezou de plus que la canne
commune, a encore augmenté la masse
des sucres. La Jamaique en
produit autant que la Martinique unie à la Guadeloupe ; Cuba, plus que ne faisoit St.
Domingue; et la Guiane Hollandoise depasse seule toutes les autres colonies ; la
rivalité de ses basses terres menace les --- Page 47 ---
(45)
iles Angloises elles mêmes d'une prochaine
ruine. (*) Mais tandis que ces diverses
colonies sont cultivées par des esclaves, la
culture de la canne à sucre s'est aussi introduité dans le Mexique, où elle est abandonnée aux Indiens et aux paysans libres.
Elles y a reçu, dans les terras calientes, le
de
plusgrand dnoloneamuafoyausien)
sucre Mexicain augmente chaque année.
Les Colonies Espagnoles ont pour jamais
secoué le joug de leur métropole; si les
deux peuples s'unissent encore sous un
même Gouvernement 2 ce ne pourra être
() L'exportation annuelle des sucres de Cuba est
montée de 1792 à 1803, de quatre cent mille quintaux à un million de quintaux. C'est autant qu'en
produisoit St. Domingue dans sa plus grande prospérité. (Humboldt, liv. II, ch. VIL.T.II, pag.39.)
En 1782 le sucre du Mexique n'étoit pas
connu dans le commerce; en 1802, le seul port de
la Veracruz en exportoit 120,000 quintaux. Les EtatsUnis tirent aussi du sucre de Manille, et l'accroissement de cette production n'est pas moins rapide
aux Philippines qu'en Amérique. Les rapports de
New-Yorck donnent en 1800, 216,452 kilogrammes
de sucre de Manille, en 1801, 403,389; en 1802,
646,461. . Humboldt, liv. IV, ch. X, tom. III, P. 185. --- Page 48 ---
(46)
qu'autant que les Espagnols d'Amérique
recouvreront cette liberté de commerce
dont ils ont éte trop long-temps
La paix devra leur rendre toutle libre privés.
cice de leur industrie,
exeret leur communication avec l'Europe. L'Empire des Portugais au Brésil devra obtenir les mêmes
avantages. Le Bresil, Vénézuela, la nouvelleGrenade,
leMesigue,lePérou,) la Guiane, sont également propres à produire les
denrées dont quelquespetites iles du Golfe du
Mexique avoient long-temps conservéle monopole, La culture commune, celle des Indiens et des paysans libres y 'produit avec
abondance le sucre, Pindigo, la cochenille,
le coton, et y produiroit de même le café
s'il étoit nécessaire. Ces
provinces ne sont
pas plus éloignées de l'Europe que St. Domingue; bientôt, lorsque leur affranchissement sera complet, on leur verra mettre
en mer leurs milliers de
vaisseaux, et apporter elles mêmes leurs productions sur
toutes nos côtes. L'Afrique elle même commence à éprouver à son tour l'influence
d'un systême de commerce et de plantation
plus libéral; les établissemens philantropes de
Gorécct deSierraLéone, verserontleurs
pro-
pas plus éloignées de l'Europe que St. Domingue; bientôt, lorsque leur affranchissement sera complet, on leur verra mettre
en mer leurs milliers de
vaisseaux, et apporter elles mêmes leurs productions sur
toutes nos côtes. L'Afrique elle même commence à éprouver à son tour l'influence
d'un systême de commerce et de plantation
plus libéral; les établissemens philantropes de
Gorécct deSierraLéone, verserontleurs
pro- --- Page 49 ---
(47 7)
duits dans le commerce du monde. Surla Méditerranée, les Barbaresques long-tems privés
par nos guerres des profits de la piraterie,
se sont voués plus qu'autrefois à l'agriculture et au commerce ; ils fréquentent nos
ports sur leurs propres vaisseaux, et il nous
apportent leurs denrées. Tout est donc
changé dans le commerce des Tropiques.
Pendantfenhancedece. commerce,ilapu. être
contenu dans une sorte de monopole, hautement profitable, non point aux nations,
mais aux planteurs et aux commerçans
que les lois favorisoient. Alors toutes les
denrées coloniales devoient être produites
dans un petit nombre d'iles', 2 partagées
entre un nombre moindre encore de puissances jalouses. Il étoit facile d'en arrêter
le commerce 9 de le diriger, de le faire
couler dans le canal étroit qui lui étoit
destiné. Mais aujourd'hui que l'étendue
entière des pays situés entre les tropiques
est également accessible aux nations de
P'Enrope; que les pays producteurs, cent
fois plus vastes et plus riches que les
pays
consommateurs 2 rivalisent à qui vendra
à meilleur marché; il est absurde de croire
que la possession d'une ile, que celle d'une --- Page 50 ---
(48 )
province sous la Zone torride, puisse procurer des trésors à la métropole. La rivalité,
qui est l'âme du commerce et l'effroi des
commerçans, étant une fois introduite, les
profits sans mesure des marchands sont
aussi impossibles que la spoliation des consommateurs. II faut négocier entre les Tropiques, comme on négocie entre les Peuples
d'Europe; il faut que selon l'esprit du
commerce, 2 chacun s'enrichisse par des
échanges qui mettent à sa portée la chose
dont il a besoin; que chaque peuple gagne
également en traitant avec tous les autres,
comme le cordonnier et le tailleur gagnent tous deux 3 en échangeant l'un
avec l'autre le produit de leur industrie,
comme la France gagne avec PAllemagne,
et l'Allemagne avec la France. Cette révolution qui s'opére dans les trois plus grandes
parties de l'Univers, si elle est fatale à quelques marchands, quelques planteurs, qu'on
ne favorisera plus injustement 2 enrichira
cependant le plus grand nombre, puisqu'elle
ouvrira à toute la France, à toute l'Allemagne, à toute PItalie, et aux autres contrées
de T'Europe, la communication long-temps
interdite avec cette Inde fortunée d'oà tant
et l'Allemagne avec la France. Cette révolution qui s'opére dans les trois plus grandes
parties de l'Univers, si elle est fatale à quelques marchands, quelques planteurs, qu'on
ne favorisera plus injustement 2 enrichira
cependant le plus grand nombre, puisqu'elle
ouvrira à toute la France, à toute l'Allemagne, à toute PItalie, et aux autres contrées
de T'Europe, la communication long-temps
interdite avec cette Inde fortunée d'oà tant --- Page 51 ---
(4g) )
de richesses peuvent subvenir à nos besoins,
et avec ces nouveaux Etats de PAmérique,
quir réclament les produits de notre industrie,
et qui peuvent ies'payer si richement.
Celte révolution qui n'est pas encore
terminée, mais qui est inmauquable, n'a
point été prévue, et n'est point aperçue
par les plartenrs qui veulent rétablir St.
Domingue; ils demandent qu'on leur. rende
non leur ile 3 mais l'ancien temps, comme
si lepassé dtoit entre les mains de personne.
Parce que St. Domingue produisoit autrefois
de 80 à 100 millioos. à la France, illeursemble
indubitable que cette ile peut les produire encore ils'lui donnent, et ils"se donnent
(") Selon M. Malouet l'exportation de St. Domingue se composoit en 1774 de
80,600,000 liv. de sucre blanc à 50 fr.
le quintal,
40,300,000
28,800,000 liv. de sucre brut à 27 fr.
7,776,000
1,207,700 liv. indigo à 10 fr.
12,077,000
1,507,000 liv. coton à 11 fr. 50 le 8.
173,305
12,000 cuirs à 6 fr.
72,000
200,000 piastres à 5 fr.
1,000,000
40,000 liv. cacao à 1 fr. 50.
60,000
61,458,305
La colonie ne comptoit guère alors que 300,000
4k --- Page 52 ---
I I 50 )
àeux-mémes une importance
à cette richesse
proportionnée
Tout
qui ne peut plus renaître.
est changé
la révolution
cependant, et nême sans
violente qui a aboli
et fait périr le plus grand nombre l'esclavage
des
tout seroit changé
blancs,
également. La durée du
monopole éloit nécessairement bornée
les progrès de l'industrie
par
les tropiques. Cette
européenne entre
durée approche de son
terme, et desormais le seul moyen de tirer
parti des colonies, c'est de les considerer
comme des ports francs,
placés pourle plus riche
avantageusement
La
commerce extérieur.
Martinique, la
l'ile
bon
Guadeloupe,
Boursuivront, sous les lois
le
des colonies de
Françaises, sort
PAngleterre; ; la concurrence
étrangère diminuera chaque année les
des
profits
planteurs, en augmentant les épargnesdes
consommateurs; jusqu'à ce que
soit réduiteà être dans ces
Fagriculture
dans tous les
iles, ce qu'elle est
autres pays, le plus honorable
mais le moinslucratif des métiers.
raisonnable de
Iln'est pas
charger tous les consomesclaves, elle pourroit donc avec 45,000 esclaves à
importer, produiree environle sixième de ces diverses
ouantités, et à cause du changement des
valeur de quinze à vingt millions.
prix, une
ommateurs; jusqu'à ce que
soit réduiteà être dans ces
Fagriculture
dans tous les
iles, ce qu'elle est
autres pays, le plus honorable
mais le moinslucratif des métiers.
raisonnable de
Iln'est pas
charger tous les consomesclaves, elle pourroit donc avec 45,000 esclaves à
importer, produiree environle sixième de ces diverses
ouantités, et à cause du changement des
valeur de quinze à vingt millions.
prix, une --- Page 53 ---
(51)
mateurs de France d'un
pesant impôt, sur le
sucre etle café qu'ils consomment,
rer aux propriétaires de
pour assuAntilles
plantations dans les
un profit exhorbitant sur le
tal qu'ils emploient.
capiQuant à St. Domingue, il
partià prendre
n'y a d'autre
que de traiter avec les
libres qui en sont
négres
On
aujourd'hui les maitres.
assure que pour retrouver la paix et la
sàreté, pour attirer de nouveau dans leur
ile les capitaux dont ils
commerce dont ils
manquent, et le
ne peuvent guère se
ser, ils sont prêts à partager leurs récoltes pasavec les anciens propriétaires;
qu'on reconnoisse les droits des que pourvu
hommes de
couleur, des affranchis, c'est-à-dire de
la
toute
population, car tous les anciens esclaves
sont affranchis, ils reconnotront de leur
côté la domination de la
rité du roi. Il faut
France, et P'autodonc offrir aux cultivateurs de St. Domingue, à ceux qui n'ont
d'autre proprieté que leur travail, de les
faire travailler à gages comme des ouvriers;
à ceux qui ont conservé la case bâtie
leurs anciens
par
maitres, et quelque reste de
culture coloniale, de les traiter comme
traitons en Europe
nous
nosmétoyers. C'estd'après --- Page 54 ---
( I d 1 52 )
l'expérience det toutl lemidi, le contratque des
serfs de la glèbe sont le plus à portée d'exécuter, au moment de leur allranchissement.
Dans ce traité de partage, qui est encore
très-commun en France, et presque universel
en Italie, le maître fournit les terres et les
capitaux fixes; c'est encore lui qui fait Pavance des capitaux circulans, qu'il prélève
ensuite à la récolte; le
métayer ne fournit
que son travail, et il en partage ensuite également les produits avec le proprictaire foncier. C'est à ces conditions
s'est aboli de lui-mème
que l'esclavage
dans tout le midi de
l'Europe. Lorsqu'on a récemment voulu l'abolir aussi dans le nord, en Bohême,
en
Pologne, en Russie et en Danemarc, on a
tenté d'engager les serfs à prendre à ferme
les terres des seigneurs, et l'on a éprouvé
des difficultés infinies. Les serfs n'ont en
genéral, ni capitaux, ni intelligence
une semblable
pour
entreprise; ; et à cet égard
ceux des nations septentrionales étoient
peut-être moins éclairés encore, en sortant
du servage, 2 que ne le sont aujourd'hui les
négres de St. Domingue. fls se sont effrayés
de l'idée de payer pour leur ferme, une rente
toujours égale 3 malgré l'inconstance des
rouvé
des difficultés infinies. Les serfs n'ont en
genéral, ni capitaux, ni intelligence
une semblable
pour
entreprise; ; et à cet égard
ceux des nations septentrionales étoient
peut-être moins éclairés encore, en sortant
du servage, 2 que ne le sont aujourd'hui les
négres de St. Domingue. fls se sont effrayés
de l'idée de payer pour leur ferme, une rente
toujours égale 3 malgré l'inconstance des --- Page 55 ---
(5 55 )
récoltes; et ils ont répondu, ce qu'on leur
a. suggéré, et ce que les partisans de l'esclavage répétent ensuite dans toute l'Europe,
qu'ils aiment mieux encore être serls, assurés
qu'ils sont d'être nourris, soignés, secourus
par leurs maitres, que de prendre sur cux
toute la responsabilité de la saison ct de la
maladie. D'autres seigneurs, en Hongrie et
en Bohême, au lieu de partager la récolte,
ont cru mieux faire de partager la terre et
les journées de travail. Ils ont donné à chaque paysan une portion de champ toute à
lui, et ils lui ont accordé trois jours de la
semaine pour la travailler, réservant les trois
autres jours pour la terre du seigneur. Ce
partage du temps est décidément mauvais;
le métayer travaille sans gaité, sans zèle',
sans intelligence 2 au champ du seigneur
dont il ne recolte poiut les fruits ; l'inspection sur son ouvrage est difficile, elle produit une irritation et des plaintes continuelles
entre le paysan et celui qui dirige ses travaux; il se fait sur le tout beaucoup moins
d'ouvrage, et cet. ouvrage coûte plus cher,
et est accompagné de plus de vexations.
Les philosophes qui se sont occupés de
la.condition des paysans, et des meilleurs --- Page 56 ---
- 54)
marches à faire pour mettre les terres
en
valeur, sont nés en général dans des
fort civilises, où les progrès de
pays
rendoient les baux à ferme de l'agriculture
beaucoup les
plus convenables entre ces contrats de
tage. Ils n'ont pas assez réfléchi surle mode parquis'approprioit le mieux à une civilisation
moins avancée ; et en décriant le contrat
de métayer, ils n'ont pas vu que c'étoit le
seul qui fut propre à elever le serf au
de paysan. Tout
rang
vassal, en effet, tout
tout esclave
serf,
négre est assez avancé pour devenir métayer; son maître lui donne une
maison ou une case, dix ou douze arpens de
terre cultivées et sa nourriture pendant la
première année, nourriture dont il retient la
valeur sur la prochaine récolte. Le
métayer
Eerctraiarinet
toualeprodutojilsoigse également touteslés
parties de sa terre, 9 et profile également de
toutes ses journées, parce qu'il sait que ce
qu'il fait est pour lui; aucun inspecteur,
aucun commandeur de négres n'est nécessaire, parce qu'il est assuré que s'ilse conduit
avec indolence ou mauvaise foi, le maûtre
ou son facteur lui ôteront sa
métairie; et
au moment du partage des recoltes le fac-
Eerctraiarinet
toualeprodutojilsoigse également touteslés
parties de sa terre, 9 et profile également de
toutes ses journées, parce qu'il sait que ce
qu'il fait est pour lui; aucun inspecteur,
aucun commandeur de négres n'est nécessaire, parce qu'il est assuré que s'ilse conduit
avec indolence ou mauvaise foi, le maûtre
ou son facteur lui ôteront sa
métairie; et
au moment du partage des recoltes le fac- --- Page 57 ---
(55)
teur se trouve surl'aire oule blé a été battu,
comme il se trouveroit sur celle où le café
se dépouille. Le cultivateur s'est payé luimême de ses sueurs, il a vécu, il a été heureux ; et le propriétaire a retiré une rente
nette, proportionnée à la fertilité de sa terre,
comme à l'intelligence de son métayer
animée par la liberté.
Ceux qui prétendent que les négres sont
trop indolens pour remplir les conditions
imposees au métayer, oublient le plantage
de chaque esclave, qui est toujours soigné
avec autant d'industrie que de zèle. Ils igno-,
rent que dans ce moment même l'ile de St.
Domingue est cultivée par les négres, non
pas en vue seulement de leur propre subsistance, mais en vue du commeice dont ils
ont senti le besoin. Les négres indépendans
d'Haiti, ont éte obligés de renoncer à la
culture et à la fabrication du sucre, qui demandoit trop de capitaux, et peut-être trop
de connoissances ohimiques ; mais ils ont
soigné les plantations de cafe et de coton,
et cette année même leur île a fourni pour
l'Angleterre le chargement de vingt gros
vaisseaux. Les paysans de PItalie sont peutêtre également indolens, également avides --- Page 58 ---
56 )
de jouissances présentes 9 et de l'enivrement d'un beau climat, également
pauvres
ct ignorans ; mais ils sont attachés à leur
travail dans chaque métoirie, par la double
jouissance de la propriété et de la liberté.
Selon que cette propriété est plus ou moins
garantie, que cette liberté est plus ou moins
entière, on voit le paysan italien, industrieux et actif en Toscane, nonchalant et
découragé en Sicile. Les bonnes lois
augmentent les revenus d'un pays comme les
jouissances de ses habitans ; mais dans le
pays même où elles sont le plus mauvaises,
le paysan d'Agrigente n'a pas besoin du fouet
d'un commandeur, pour faire partagerà son
seigneur les riches fruits d'un beau climat et
d'un sol fertile.
Ainsi dans l'administration des colonies
qui lui sont rendues, l'intérêt de la France,
celui que la prudence seule lui suggére doit
être de ramener les négres indépendans de
St. Domingue à reconnoitre la souveraineté
de la couronne, par une paix honorable,
qui leur conserve les droits de citoyens, et
quirende aux anciens planteurs quelque part
à la propriété. Ces derniers ne peuvent
eux-mèmes former d'autres. prétentions;
d'un sol fertile.
Ainsi dans l'administration des colonies
qui lui sont rendues, l'intérêt de la France,
celui que la prudence seule lui suggére doit
être de ramener les négres indépendans de
St. Domingue à reconnoitre la souveraineté
de la couronne, par une paix honorable,
qui leur conserve les droits de citoyens, et
quirende aux anciens planteurs quelque part
à la propriété. Ces derniers ne peuvent
eux-mèmes former d'autres. prétentions; --- Page 59 ---
(57) )
car il ne dépend d'aucune autorité sur la
terre de leur rendre ce quin'existe plus nulle
part. Ce n'est pas le sol où étoit autrefois
leur habitation, qu'ils redemandent; la plupart des terres de St. Domingue sont encore
vagues 2 et n'appartiennent à personne.
Après quelques années d'une culture épuisante, les planteurs trouvoient eux-mèmes
de l'avantage à entreprendre de nouveaux
défrichemens, et abandonnerles anciens. Ce
ne sont pas les bâtimens, les ateliers, les
plantations, tout le produit du travail qui
donnoit de la valeur à chaque habitation,
qu'ils peuvent retrouver: 5 tout est détruit,
et pour les remettre en jouissance, il faudroit tout recréer à neuf. On ne pent enfia
leur rendre leurs nègres; ce ne sont plus
les mêmes hommes; la vie moyenne de Pesclave n'étoit calculée qu'à dix ans dans les
colonies 3 déjà vingt ans se sont écoulés,
et aucune puissance humaine ne feroit
rentrer sous le joug ceux qui ont remplacé
les premiers cultivateurs. L'ancienne fortune
des colons de St. Domingue n'existe donc
plus nulle part. Leur perte est irrémédiables
car aucun Gouvernement n'a le moyen de
compenser ces grandes calamités quifrappent --- Page 60 ---
/ 58 )
des classes entières. D'autres victimes de la
révolution se soumettent à Jeur sort, et ne
l'ont sans doute pas mieux merité.
L'intérêt dela France lui ordonne encore
d'ouvrir les colonies de la Martinique, de
la Guadeloupe, 2 de l'ile de Bourbon, de l'ondichery, comme des ports francs, au comme
rce de tour PUnivers, et de compenser ainsi
pour la France la perte inévitable gu'éprouveront les
plauteurs, par l'introduction en
Europe des sucres des deux continens; il ordoune enfin d'appeler les Français, non au
commerce odieux des esclaves, qui épuiseroit
leurs capitaux, 2 et doubleroit la mortalité
parmi leurs matelots, mais au grand commerce de PUniveis, à celui de tous les
situés entre les
de
pays
Tropiques,
toutes les
colonies affranchies de P'Espagne et du Portugal, de toutes les Puissances des Indes,
de tous ces riches marchés oùt les produits
de l'iudastrie française seront désirés, et
échangés contre des produits non moins riches, non moins nécessaires à nos besoins.
Ona pu défendre en Espagne ou en Angleterreles système du monopole, puisqu'ils'agissoit pourlEspagne degarder à elleseuletoute
TAmérique, pour l'Angleterre toute Flude;
outes les
colonies affranchies de P'Espagne et du Portugal, de toutes les Puissances des Indes,
de tous ces riches marchés oùt les produits
de l'iudastrie française seront désirés, et
échangés contre des produits non moins riches, non moins nécessaires à nos besoins.
Ona pu défendre en Espagne ou en Angleterreles système du monopole, puisqu'ils'agissoit pourlEspagne degarder à elleseuletoute
TAmérique, pour l'Angleterre toute Flude; --- Page 61 ---
( 5g )
mais la France ne peut fonder ses espérances
que sur le système de la liberté. La possession exclusive de trois ou quatre iles est
un objet minime à côté de la participation
au commerce des deux plus grands continens. Si les autres Puissances luttent pour
exclure les Français de toute PAmérique et
de toute l'Inde, c'est à eux à lutter pour y
entrer. Lorsqu'au contraire ils s'enchainent
au monopole de leurs petites colonies, ils
ressemblent à un prisonnier, qui séparé du
monde entier par les verroux de ses géoliers, s'enferme en dedans à double tour 9
et croit ainsi mettre l'Univers en prison, en
dehors de son donjon.
FIN. --- Page 62 ---
D814
5623d
C --- Page 63 --- --- Page 64 ---