--- Page 1 --- --- Page 2 ---
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D
A N S E. --- Page 10 ---
--- Page 11 ---
D
A N S
E.
ARTICLE
EXTRAIT D'UN OUVRAGE'
Dr M. L. E. MOREAU DE ST-MERY.
Ayant pour titre: Répertoire des Notions
Coloniales.
Par ordre Alphabétique.
A PHILADELPHIE,
Imprimé par PAUTEUR, ImprimeurLibraire, au coin de Front & de Wainut
ftrects, No 84.
D81 a
1796. --- Page 12 ---
0e --- Page 13 ---
D E D I E
AUX CREOLES.
Par leur Admirateur
MOREAUDE SAINT-MERY, --- Page 14 ---
A 1 A (
28. aodD XUA
5018.3904 --- Page 15 ---
AFERTISSENENE
CE morceau ayant. été l6 dans
quelques Sociétés littéraires. de
Paris, il en a paru des traits fi
incorreêts &c fi défigurés
s que
l'Auteur a cru devoir le publier
en entier & tel qu'il l'a compofé
em 1789.
C'eft un des nombreux articles
d'une efpèce d'Encyclopidie Coloniale , entreprife dans le deffein de
familiarifer l'Europe avec toutes
les-idées des Colonies, en les lui
préfentant dans un ordre qui devait
aider &c fimplifier les recherches, --- Page 16 ---
E ME N T
AVERTISS)
& qui ramenait fouvent la comparaifon des diverfes Colonies entre
elles.
L'adoption du titre de Répertoire
notions coloniales était né de la
de
feul homme ne
perfuafion qu'un
ofer promettre un ouvrage
peut
& du défir qu'avait
encyclopédique
PAuteur d'exciter des' plumes plus
favantes à perfeaionner & même
ferait forti de la
à reétifier ce qui
Genne.
Des obftacles de plus d'un genre
enchaînent encore le zèle qui avait
infpiré çe plan,
'adoption du titre de Répertoire
notions coloniales était né de la
de
feul homme ne
perfuafion qu'un
ofer promettre un ouvrage
peut
& du défir qu'avait
encyclopédique
PAuteur d'exciter des' plumes plus
favantes à perfeaionner & même
ferait forti de la
à reétifier ce qui
Genne.
Des obftacles de plus d'un genre
enchaînent encore le zèle qui avait
infpiré çe plan, --- Page 17 ---
a
a
)
A
N S E.
ARTICLE
Extrait du Répertoire de Notions
Coloniales > par ordre Aipbebétique ( * ).
Iia ferait extrémement ridicule de chercher quelle a pu être l'origine de la danfe,
puifque ce ferait lui en fuppofer une autre
que celle de tous les grands mouvemens
Cet article a été rédigé au commencement de
l'année 1789.
A --- Page 18 ---
D A N S E.
- aux paffions.
de l'ame qui appartiennentEn effet, celui qui épronve un tranfport
Pexprime par des mouvemens
d'allégrelle, tout à ceux de la danfe ;
femblables en
eft commune-à plufieurs
& f cette joie
s'uniffant
individus, il eft naturel que
involontairement s par! les mains',
prefque
d'une manière qui les enchaîne
parles bras, forte les uns aux autres , leurs
en quelque
mêlent & fe confondent.
inouvemens fe
intervalle
Sans doute il y a un immenfe
de la joie de Phomme
entre cette expreflion
de la
fimple & les graces voluptueufes mais il eft
civilifés ;
panfe des peuples cela, comme en une
facile de voir qu'en
fait
d'autres chofes s l'art n'a
qu'emfoule
bellir la nature.
que
le tumulte & la confufion
Malgré --- Page 19 ---
A N S E.
produifent les élans de la joie dans des
individus réunis en certain nombre, dès
que ces élans prennent le caraétère de la
danfe, même la plus grofière, il s'établit
une forte d'enfemble & de fimultanéité,
qui finitpar les diriger. On en a la preuve
dans la danfe ronde qui eft évidemment
la danfe primitive, puifqu'elle eft réellement la danfe
champêtre > & qu'elle
redevient le partage des pcuples ramenés
du plus haut degré de civilifation à l'état
d'affervifement, comme on peutlobferver
chez les Grecs modernes. Dans la danfe
ronde, chaque perfonne eft liée au cercle,
chaque perfonne voit toutes les
la chaine
autres, &
que forment tous les bras
devient le régulateur des
D
danfeurs.
mouvemens des
A 2,
la danfe
champêtre > & qu'elle
redevient le partage des pcuples ramenés
du plus haut degré de civilifation à l'état
d'affervifement, comme on peutlobferver
chez les Grecs modernes. Dans la danfe
ronde, chaque perfonne eft liée au cercle,
chaque perfonne voit toutes les
la chaine
autres, &
que forment tous les bras
devient le régulateur des
D
danfeurs.
mouvemens des
A 2, --- Page 20 ---
D A N S E.
comment, lorfquelenombre
On conçoit
lorfque la
de ceux-ci a été trop grand, fatisfalion
danfe n'a pas été l'effet d'une fouvenir gai,
d'un
fubite; mais T'exprefion
de trouver le délaffement
ou un moyen
fubfitué aux cris
dans le plaifir , ou aura
en
& bizarres d'une foule prefque
diffonans
voix. On
délire, les accens de quelques chanteur
enfuite qu'un feul
aura renarqué d'enfemble à la danfe & la
donnait plus
aura eu les premiera
voix la plus bruyante
le goût qui,
ce que
honneurs, 9 jufqu'à
arrive toujours
cuoique tarlifquelquefis. 3 nouvelles, ait
poir infpirer des graces
flexibles aux
à préfércr des fons
appris
éclats d'un gofier ruffique.
aura
précepteur,
-L'Amour s ce grand mélodieufe d'une
dit à fon tour que la voix --- Page 21 ---
DA N S E..
bergère ajoutait encore quelque chofe au
plaifir. Enfn la découverte des inftrumens
de mufique fera venue préter à la danfe des
charmés inconnus jufqu'àlors, enla rendant
plus animée, en Ia prolongeant d'avantage;
& Syrinx plaintive fous les lèvres brûlantes du dieu Pan, aura porté dans l'ame
des fenfations nouvelles, & de nouvelles
femences de volupté.
Ce tableau raccourci quioffre cependant
une longue fuite de fiècles 9 nous mène à
preffentir tous les progrès de la danfe.
Nous conçevons comment fe prétant aux
caractères des divers peuples & même aux
idées des différentes - claffes du même
peuple, elle a pû recevoir toutes les modificâtions ; & ne pouvons nous pas voir
dans le même jour, lajoie pure des habitans
A 3. --- Page 22 ---
-
D A N S E.
mufette ou un violon
des champs, qu'une
difcors fait fauter en rond avec des moula légéreté ne conduit pas,
vemens que
enchantereffe des Guimard;
& la magie
Saunier, des Miller, des d'Auberval >
des
des Théodore 3
des Veftris, des Gardel,
des Laborie, dont les graces 3
des Nivelon, 9
& la volupté > dirigent chaque pas.
anciens avaient des danfes folennelles
Les
caraétère analogue aux
qui prenaient un
qu'on célébrait, à Pévénement
perfonnages
tantôt
rappellait. Tentôt graves s
qu'on
préfidées par la pudeur
vives s quelquefois
capables de
la plus auftère, d'autrefois
ou le
V'alarmer, elles peignaient toujours
génie d'un peuple ou fes opinions.
à
la danfe était deftinée
Quelquefois
oreptaaaaere
elles
Les
caraétère analogue aux
qui prenaient un
qu'on célébrait, à Pévénement
perfonnages
tantôt
rappellait. Tentôt graves s
qu'on
préfidées par la pudeur
vives s quelquefois
capables de
la plus auftère, d'autrefois
ou le
V'alarmer, elles peignaient toujours
génie d'un peuple ou fes opinions.
à
la danfe était deftinée
Quelquefois
oreptaaaaere --- Page 23 ---
D A NrS E.
dans fcs plaifirs, le guerrier
fon ame des fentimens
pût nourrir
à la
qui le faifaient voler
gloire ; & le fouris d'ane
jeune beauté
annonçait au Spartiate qu'elle
an retour de la
l'attendait
était
conquête. Un fait gloricux
reproduit, de la même manière, fous
lesy yeux d'un peuple tout entier, &
de la
l'amour
patrie, > réveillé dans les cceurs
tout le preftige des fens,
avec
le ferment de vivre
y faifait éclater
& de mourir pour elle.
Quel moyen plus puiffant pour enflâmer
hommes qu'un grand
ces
quefois tes
courage rend quelbienfaiteurs de leur pays, lorf.
qu'ils font affez vertueux
cux-mêmes d'en
pour redouter
devenir le Aéau,
danfes oà le
que Ces
triomphateur s'enivrait
en contemplant la
encore
peinture de fes belles
adions, d'on l'on avait fait
difparaitre --- Page 24 ---
DiA N S' 'E.
Paffreux afpeêt du carnage, pour ne donher
à la viétoire que des charmes fédugteurs!
religions qui
S1 Il n'y a pas eu jufqu'aux
à les
adopté des danfes propres
n'ayent à les propager ou à conferver
mainténir s
lefouvenir
Fidée de leurs bafes primitives ;
danfes célèbres confacrées à Bacchus
des
arrivé
nous. Le ( tems n'eft pas
eft
jufqu'à
les Chrétiens
où parmi
encore très-éloigné
: & dans des
mêmes, à certaines époques
les prêtres & les fidelles
jours remarquables, danfaient en, rond dans
fc tenant parla main,
en admettant à cette expreffion
les églifes,
tinides dont
d'une joie fainte ; les vierges
humble & lescharmes innocens,
le regard
de la nature.
montraient le plus bel ouvrage
civilifés ett
La danfe chez les peuples'
toutes les autres
affujettie > comme prefque --- Page 25 ---
D A N S E.
parties de leurs moeurs
la mode,
s aux caprices de
tandis que les peuples
ou
fimples
fauvages, s pour me, fervir de
thète que l'orgueil
l'épiemploye à lear égard,
confervent une danfe s en quelque forte
invariable. Une plus grande fomme d'idées
offrant plus de combinaifons : 5 la variété
en tout genre ne peut guère étre l'attribut
que d'un peuple plus
& peut-être la danfe
perfedtionné: : ;
des divers
-
pourrait elle
peuples
fervirg comme d'échelle
graduelle; pour connaître léur degré de
civilifation. On fent, par exemple,
vie uniforme, des jours confacrés qu'une
tout entiers à fe
prefque
Procurer les premiers
befoins de la vie, font
peu favorables aux
progrès de la danfe. 1
Cependant cette règle ne faurait être
d'un peuple plus
& peut-être la danfe
perfedtionné: : ;
des divers
-
pourrait elle
peuples
fervirg comme d'échelle
graduelle; pour connaître léur degré de
civilifation. On fent, par exemple,
vie uniforme, des jours confacrés qu'une
tout entiers à fe
prefque
Procurer les premiers
befoins de la vie, font
peu favorables aux
progrès de la danfe. 1
Cependant cette règle ne faurait être --- Page 26 ---
A N S E.
IO
comme abfolue, parce qu'elle cft
regardée
& du climat & du genre
encore dépendante
de nourriture de chaque peuple.
à
les Zônes que la nature a livrées
Dans
elle n'a créé que des êtres
un froid exceffif, contiuuel ement contre
capables de lutter
de braver toutes fes rigueurs:
elle, &
ainfi dire,
Obligés de s'enterrer, pour forcés par
unlong efpace de tems ;
pendant
: & par toutes les
des vents impétatux,"
del'atmofphère, à vivre, prefque
agitations
lcsuns avec les' autres,
fans communication chofe de la férocité
ils prennent quelque
ils ont arraché
des bêtes fauves auxquelles Phomme-de ces
leurs vêtemens. En un mot,
climats n'a que la force en partage;
affreux
la rudeffe des moeurs,
mais la force produit
elle
la fenfibilité,
& fi elle n'éteint pas --- Page 27 ---
D A N S E.
II
émouffe du moins ces fenfations délicates
qui appartiennent à la yolupté. Comment
la danfe > cette fille du plaifir, oferait-elle
fe montrer au milieu de glaces & de
neiges
prefque éternelles! !
Dans les climats
tempérés au contraire,
la renaiffànce des beaux jours excite dans
tous les êtres un mouvement fecretedont
le charme irréfiftible femble
exiftence, nonvelle.
procurer une
L'horizon s'éclaircit,
l'azur des Cieux reparaît, la terre
fav verdure, les prés commencent à reprend
s'émailler , l'air eft
b
devenu un baume
par-tout la nature eft douce & fuave réparateur ;
3 & les
feux de l'aftre qui la féconde
s embelliffent
encore fes brillantes draperies : tout femble
avoir une ame & l'entrouvrir au
C'eft alors que la jeuneffe, heurenfe, plaifir.
même --- Page 28 ---
A N S E.
I2
3 vient folâtrer
de fon inexpérience
&2
milieu des danfes champêtres,
au
X, qui ne peut
goûter un charmeidélicieux
fenti que par des cosurs
être vraiment innocens.
les
Il eft cépendant des peuples pour
eft én
quels ce réveil de tout cequi refpire
forte perdu ; ce font ceux qui, Fe
quelque de la chaffe ou de la peché font
vivant que
fisa une
obligés de compter le repos pour
&
ne connaiffent &
jouiflànce réelle ,
qui
n'aiment que de pénibles & utiles exercices.
où Phomme eft pafteur ou
Mais par-tout
nourri par les bienfaits de l'agriculture cl : 2 t
fon ame" plus douce , fe préte mieux aux
du plaifr ; & quelle que foit fa
impreffions
la
le trouve enclin
danfer
fimplicité > on
& défirant le printems' * çomme Pépoque
où
jouiflànce réelle ,
qui
n'aiment que de pénibles & utiles exercices.
où Phomme eft pafteur ou
Mais par-tout
nourri par les bienfaits de l'agriculture cl : 2 t
fon ame" plus douce , fe préte mieux aux
du plaifr ; & quelle que foit fa
impreffions
la
le trouve enclin
danfer
fimplicité > on
& défirant le printems' * çomme Pépoque
où --- Page 29 ---
- A N S E.
où elle femble lui être infpirée
tableau riant qui le frappe de
par le
Ce n'eft que dans les villes où toute les part.
plaifirs
cux-mêmes ont un air
choifi
apprété, qu'on a
pour la danfe la faifon des frimas.
Les goûts y font affez dépravés
celui des jouiffances
pour que
fimples faiffequelquefois
place aux folies du luxe 3 qui préfide feul
à des bals que fuit la
gaité s pour aller
briller dans ceux où elie eft fire d'être la
compagne du plaifir. On femble cependant
regretter alors que la nature foit revêtuc
de deuil pour un long intervalle
croirait à la peine qu'on
; on
le fouvenir de
prend pour retracer
ce qu'elle a de féduifant s
pour fe ranimer dans cette elpèce d'abandon,qu'on épie le retour du
mais non, c'eft pour les feules printemps;
campagnes
B --- Page 30 ---
D A N S E.
qu'il eft un bonheur ; & les beautés de
nos cités, toujours trop fréles ou trop
méthodiques pour aimer le plaifir qui
n'a pas une époque convenue , croiraient
fe rapprocher du villageois ,. fi elles
prenzient la même faifon que lui, pour des
le plus fouvent
fêtes qu'on pourrait appeler
une lutte d'amour-propre.
Mais c'eft pour les climats que le foleil
femble embrafer, que la danfe parait avoir
été créée. Par-tout c'eft un plaiir ; là c'eft
Le fang allumé par une chaleur
une pafion.
contient le germe de
prefque continuelle,
les
& dans leur rapide
toutes
voluptés,
exiftence, les peuples du Midi veulent
compter tous leurs momens par des jouif
ceux d'entre
fances. Ce font principalement
voit
enx qui font agriculteurs 2 qu'on --- Page 31 ---
A N $ E.
aimer la danfe avec tranfport. Le p'aifr
eit un aliment gu'ils favourent avec délice.
La nature, toujoursanimée
fes fcènes
pcur eux, varie
, fans jamais quitter fa pompe;
hâtive, riche 5 prodigue, elle les accable
de fes faveurs; &comme elle leur accorde,
pourêtre jufte, moins dejours qu'âl'homme
des climats glacés; on croirait qu'ils redoutent d'en perdre'un feul inflant.
Ce que je viens de dire du rapport qui
exifte entre la danfe & le climat, les
mceurs & les habitudes d'un peaple, eft
facile à vérifier parl'obiervation, & comme
PAmérique eft l'objet principal de mes
recherches, ) il m'et aifé d'y trouver des
prenves de ce que 2 j'avance.
Ce ferait en vain qu'on chercherait la
danfe & fes vives agitations chez les
B 2.
feul inflant.
Ce que je viens de dire du rapport qui
exifte entre la danfe & le climat, les
mceurs & les habitudes d'un peaple, eft
facile à vérifier parl'obiervation, & comme
PAmérique eft l'objet principal de mes
recherches, ) il m'et aifé d'y trouver des
prenves de ce que 2 j'avance.
Ce ferait en vain qu'on chercherait la
danfe & fes vives agitations chez les
B 2. --- Page 32 ---
D A N S E.
habitans des parties les plus Septentrionales
del'Amérique. L'Efquimau, glacé malgré
fans ceffe
la fourrure qui le couvre 3 fonge
à affurer fa fubfiftance pour la faifon
qui n'a que des tempêtes. Les peuples
qui avoifinent plus le Nord, font encore
PEfquimau à trouver le
moins aptes que
l'aftre du
plaifir dans la danfe s eux que
jour réchauffe à peine, eux qu'il femble
fuir pendant de fi longs intervalles. Ce fort
eft commun à prefque tous les habitans des
& jamais le Lapon nc
mêmes parallèles,
fera cité comme un amant de la danfe.
comprisentre
Mais en parcourantl'efpace
dégré de latitude & la
le cinquantième
ligne du tropique 3 on trouve les peuples
ou moins livrés à la danfe, fuivant
plus
leurs moeurs &.. la
leur climat particulier, --- Page 33 ---
D A N S E.
nature de leurs alimens. Je ne parle pas
feulement des Européens qui ont tranfporté
leurs goûts dans le Nouveau-Monde, mais
des Indigènes. En effet les fauvages du
Canada, , du Mififipi, & de tout ce vafte
Continent, fe livrent quelquefois à des
danfes, > cû l'on difingue le caraétère du
farouche Algonquin, celui du fer Natchez,
& jufqu'à la fureur de quelques hordes
qui, femblables al'ancien Virginien, font
éclater leur joie cruelle à la vue de facrifices humains. Ainfi l'ame de chaque peuple
fe peint dans fa danfe, & rien ne prouve
mieux que cette diverfité même , qu'elle
al'origineque jeluiaiattribuée. Maistandis
que la férocité des uns eft l'unique caufe
dela démonftration d'une joie fanguinaire,
les autres plus doux, parce qu'ils trouvent
B 3. --- Page 34 ---
D A N S E.
dans les travaux de la culture une partie
de leur nourriture, fe livrent à des plaifirs
tranquilles. La danfe eft pour eux un
délaffement , & fans la guerre quiles rend
toujours atroces pour leurs prifonniers S,
ils n'exprimeraient) pu,delaminemasire
fatisfadlion barbare qu'ils trouvènt à
& la
les immoler, & le plaifr pur qui les anime
quelquefois.
Une obfervation générale nous apprend
la danfe de tous les peuples fauvages,
que
& le
compris entre le vingt-cinquième
cinquantième dégré , eft toujours trifte &
monotone. Unt tambour fur lequel on frappe,
chanfons qui imitent affez la
& quelques
font les excitateurs de moupfalmodie, où la force & le ridicule ont
vemens
feuls quelque part. C'eft fur-toutdepuis que
ifr pur qui les anime
quelquefois.
Une obfervation générale nous apprend
la danfe de tous les peuples fauvages,
que
& le
compris entre le vingt-cinquième
cinquantième dégré , eft toujours trifte &
monotone. Unt tambour fur lequel on frappe,
chanfons qui imitent affez la
& quelques
font les excitateurs de moupfalmodie, où la force & le ridicule ont
vemens
feuls quelque part. C'eft fur-toutdepuis que --- Page 35 ---
D A N S E,
Ig
l'infatiable cupidité des
Européens a douné
le goût immodéré des liqueurs fortes à ces
hommes dont il fallait plutôt adoucir
riter les
qu'ir.
pafions 3 que leurs danfes font
devenues encore plus sI lugubres, & qu'elles
ont été la caufe de divifions, de
& de combats.
querelles
Maintenant fi nous confidérons les habitans qui font entre les
les
tropiques, 3 nous
trouverons charmés de la danfe, & s'y
livrant avec plus ou moins de
car
il eft encore vrai
volmpté;
par rapport à eux
que la température locale, & leur
de vie influe fur ce
genre
plaifir comme fur tous
les traits de leur caraôtère. La
fafit feule pour faire cette
Guyane
les Indiens
preuve, s puifque
chaffeurs y font peu difpofés
à la danfe qui ferait
prefque une fatigue --- Page 36 ---
A N S E.
nouvelle pour eux, tandis que les Indiens
cultivateurs la chériffent & la comptent au
nombre de leurs plaifirs les plus doux.
Tout confirme donc ce fait, quela danfe
eft une forte de frénéfie, pour les êtres
foumis à l'adion plus direête & plus conftante de l'aftre du jour : ils s'y livrent
fans réferve, & lorfqu'elle amène la fatile défir qui fubfile cncore n'attend que
gue,
reproduire les
de nouvelles forces pour
mêmes jouiffances.
Onat esmepmasdrmies
du climat dans les Colonies de l'Amérique,
les danfes de leurs habitans
en comparant
avec celles de leurs différentes métropoles
européennes.
La mode y montre > à cet égard, autant
d'empire que dans ces métropoles mêmes; --- Page 37 ---
D A N S E.
c'eft-à-dire, que dans les Colonies françaifes,
par exemple, le menuet a eu fon règne 3
puis la contredanfe à rigaudon, ou à pas
d'allemande.." -Tantôt c'eft l'anglaife qui
ravit les fuffrages ; tantôt il faut favoir
valfer & faire des jetis-batus, ou renonçer
à figurer parmi les danfeurs à réputation.
Mais ce qui appartient au climat, c'eft la
vivacité, c'eftla durée dela pafion pour la
danfe, c'eft l'ardeur avec laquelle on
cherche à la fatisfaire, & la crainte qu'on
a d'en perdre une feule occafion.
Ces créoles à maintien langoureux, 3 dont
l'indolence fembie être le goût dominant,
prennent un nouvel étre-au bal. Dans tous
leurs mouvemens elt une grace naive &
touchante ; leurs regards font animés,
on y voit naitre & briller la volupté;
prefant encore de leurs pas légers une
pour la
danfe, c'eft l'ardeur avec laquelle on
cherche à la fatisfaire, & la crainte qu'on
a d'en perdre une feule occafion.
Ces créoles à maintien langoureux, 3 dont
l'indolence fembie être le goût dominant,
prennent un nouvel étre-au bal. Dans tous
leurs mouvemens elt une grace naive &
touchante ; leurs regards font animés,
on y voit naitre & briller la volupté;
prefant encore de leurs pas légers une --- Page 38 ---
7 A N S E.
mefure que les Européennes auraient peine
à fuivre, on croirait qu'elles redoutent de
atteindre le pleifir qui les entraine
ne pas
que la
vers lui. Et qu'on ne croye pas
chaleur foit un obftacle à une aufli vive
jouiffance, les feux du climat deviennent
ceux du défir. On murmure quelquefois
courte durée des nuité paffces
contre'la.trop
bal & contre le retour du foleil qui
au
faut enfn gcôtér le repos.
avertit qu'il
Dans Pintervalle d'un bal à un autre
d'une longue
on fe plaint fréquemment
ferait infupportable fans les
attente gui
dans
le
de briller.
foins que procure projet
nouvel
Un goût exquis
un
ajuftément.
veille à fon accompliflement, 9 & tout ce
des vêtemens légers peuvent encore
que
à l'élégance des femmes des pays
ajouter
chauds eft mis en ufage. Ah ! puifque, --- Page 39 ---
J A N S E.
plaire eft poar ce fexe charmant le bonheur
fuprême > fachons lui gré de tant de
recherches pour arriver à ce bonheur,
qui affure le nôtre!
Mais qui pourrait décrire tous les mouvemens qui fe fuccèdent & fe confondent
dans le coeur de cette jeune Créole, à laquelle la nature fembie avoir tout prodigué
pour feduire, lorfqu'en arrivant au bal,
tous les regards fe tournent vers elle !
Un art enchanteur a préfidé à fa toilette;
& il l'a d'autant mieux fervie, qu'il a fr
fe cacher dans fon propre triomphe. Il n'eft
pas une fleur, pas un naud, qui ne doive
fa place à une étudeheureufe, &l'on croirait
que le hazard a tout difpofé. Elle infpire
la volupté, & fes yeax qui la peignent
font encore embellis par le charme que la --- Page 40 ---
L A N S E.
décence fait y mêler. Son miroir Wui avait
point elle était touchante ;
dit jufqu'à quel
P'environnent font un
mais les éloges qui
hommage mille fois plus doux.
redoublent à Pinftant où le
Ces éloges
fait éclore de nouvelles
fon des inftruments
féductions. Un pas léger, un bras Aexible,
taille fvelte, des mouvemens faciles
une
la rendent encore plus dange-
& gracieux s
fes
reufe. Peu-à-peu fon teint fe colore s
décèlent P'émotion de fon ame, > elle
yeux
bientôt plus de fa précicufe
ne garde
ce qu'il en faut pour qu'elle
timidité s que
paraiffe encore plus belle.
charme puiffant le plaifir a mis
Quel
dans la danfe ! Ces mains qui fe touchent,
s'entrelacent, font autant de
ces bras qui
conduéteurs éleftriques à l'aide defquels
il
u-à-peu fon teint fe colore s
décèlent P'émotion de fon ame, > elle
yeux
bientôt plus de fa précicufe
ne garde
ce qu'il en faut pour qu'elle
timidité s que
paraiffe encore plus belle.
charme puiffant le plaifir a mis
Quel
dans la danfe ! Ces mains qui fe touchent,
s'entrelacent, font autant de
ces bras qui
conduéteurs éleftriques à l'aide defquels
il --- Page 41 ---
D. A N S E.
il produit un effet auffi prompt que fir.
Et comment l'ame échapperait-elle à d'auff
délicieufes
fnfitions, que tout favorife a
Penvi 1 Déja Pun . des fens eft vivement
ému par le bruit des inftrumens ; la vue
eft flattée de tout ce que la mode a fait
inventer pour elle, de tout ce qu'un bal
réunit d'attraits dans les beautés
qu'il
raffemble ; l'odorat eft charmé par lcs
parfums que la toilette emploie ; &
quand toutes ces caufes font aidées
par la fenfation de la danfe même
leur puiffance eft prefque irréfiftible.
s
Que
l'amour la connaît bien cette
puiffance, s
que fon empire eft grand dans un bal,
& qu'il l'y exerce aveç de nombreux
faccès!
Et comment en ferait - il autrement ?
C --- Page 42 ---
U A N S E.
beauté à qui une mère prudente
Cettejeune
répète fans ceffe , que
& même févère,
de fon fexe, à
la timidité eft l'apanage
une
eft toujours prêt à reprocher
quilon
que l'on
légèreté , une inconféquence,
de
environne de foins pour la garantir
fatteurs, cft cependant conmille propos
y faire une
duite dans un bal comme pour
danfer
contraire. Le maitre à
expétience devait fixer d'un air aimable
lui a dit qu'on
danfe ; il lui a
celui avec lequel on
attitudes
toutes les graces de ces
enfeigné l'imagination 5 fa main qu'elle
qui égarent homme ne doit pas toucher,
fait bien qu'un
même
au
touchéc &
preffée
eft cependant heureufe main ; dans les courts
bal par une contredanfe, elle ne peut pas
repos d'une
danfeur ne la trouve
empêcher que fon --- Page 43 ---
A N S E.
charmante, ne le lai dife, & ne le lui
répète. Je fais bien que l'efprit fedéfend
& échappe à tant de périls ; mais fi le
coear trouble & égare l'efprit ?
2 Ah! ilfuiraitn'aroir jamais danfé avec
l'objet qu'on aime, pour ignorer la force
de ce magnétifme trop réel. Qui n'a pas
dû un faccès queiconque à cc plaifir oû
l'ame eft conduite à une forte de délire!
En vain les mères attentives & les époux
jaloux redoubleront de furveiilance ; qu'ils
fachent bien que s'il exifte des bals, les
objets qui leur font chers y infpireront
des fentimens tendres, & qu'on n'eft pas
toujours infenfible aux maux- qu'on a
caufés.
L'infuence de la danfe eft généralement
cennue dans les Colonies, fur-tout dans
C 2
forte de délire!
En vain les mères attentives & les époux
jaloux redoubleront de furveiilance ; qu'ils
fachent bien que s'il exifte des bals, les
objets qui leur font chers y infpireront
des fentimens tendres, & qu'on n'eft pas
toujours infenfible aux maux- qu'on a
caufés.
L'infuence de la danfe eft généralement
cennue dans les Colonies, fur-tout dans
C 2 --- Page 44 ---
A N S E.
Pufage de choifir
celles où lon a adopté
bals. On
le carnaval pour le tems des
cette époque approche, 8
y dit, lorfque
avance ; car l'on
que le tems des mariages
vérifié que c'eft au bal que commence
a
nombre d'unions :
le projet d'un grand
d'attribuer
même ferait-il jufte
peut-être
motif quelque chofe de l'emprefiement
à ce
la danfe.
qu'on montre alors pour
Ce ferait ici le moment de citer un ufage
obfervé dans quelques Colonies 9
que j'ai
& notamment à
sanDosmiagamicacols
de fe livrer dans le carnaval à une dépenfe
qui contrafte quelquefois avec
d'ajuftemens
qui en font
la fortune des jeunes perfonnes les rendre
l'objet. On veut, je le fais,
attrayantes, & leur préparer
encore plus
mari; mais j'oferai dire
la conquête d'un --- Page 45 ---
J A N S E.
que ce fyftéme en a peut-être éloigné plus
d'an; & l'homme raifonnable qui remarque
un goût de luxe & de dépenfe qu'il craint
de ne pouvoir pas fatisfaire, 9 réfifte à fa
propreinclination.
Jugez donc de ce qu'il doit penfer dans
les lieux où l'on a vu des femmes affez
orgucilleufes, ou aliez ridicules, pour
affeéter de changerjufqu'à cinq fois d'habillemens dans le même bal, & croire qu'eiles
auraient à rougir f Phabillement qu'elles
avaient montré dans un bal, avait jamais
reparu dans un autre. Ce n'eft pourtant
pas à de jeunes Créoles que leur amour
propre abufe trop facilement, que j'adreffe
ce reproche s mais à des parens qui
devraient penfer que celle qui eft deftinée
à devenir mère de famille, infpirc peu
C 3 --- Page 46 ---
D A N S E.
30,
elle
le défir de l'adopter à ce titre, quand
montre des goûts & futiles & difpendieux,"
le plaifir de la danfe était
Autrefois
une autre efpèce d'amour propre
affaibli par
pour
avait fait inventer un cérémonial
qui
1l fallait une
tous les bals particuliers.
recherches
méthode & même des
grande
qui le bal devait être
pour arrêter par
invité
& dans quel ordre chaque
ouvert,
menuet. Il y
devait danfer fon premier
maitre des cérémonies, quelqueavait un
dont les fonétions
fois même plufieurs,
défagréables
étaient tout à la fois pénibles,
pénibles, parcequ'il
& même dangéreufes:
la lifte fut
fallait veiller fans ceffe à ce que
parce qu'il était
fuivie : défagréables >
douairière
prefque impollible que quelque
qu'on la faifait danferhors
ne prétendit pas
devait danfer fon premier
maitre des cérémonies, quelqueavait un
dont les fonétions
fois même plufieurs,
défagréables
étaient tout à la fois pénibles,
pénibles, parcequ'il
& même dangéreufes:
la lifte fut
fallait veiller fans ceffe à ce que
parce qu'il était
fuivie : défagréables >
douairière
prefque impollible que quelque
qu'on la faifait danferhors
ne prétendit pas --- Page 47 ---
A N S E.
de fon rang, & après une femme dont
elle faifait alors la
généalogie avec des
notes d'autant plus
critiques s que la
préférée étoit plus jolie : dangéreufes,
parce que tous les mécontentemens rejailliffaient fur le maitre des cérémonies, qu'on
chargeait quelquefois de défendre l'entrée
du bal ou à des perfonnes non invitées,
ou aux mafques, 3 & que dans des lieux oû
Pon a Ia pafion de la danfe, & où l'on
n'eft pas exempt de fufceptibilité, on
endure difficilement un pareil refus. Auffi
tel maître de cérémonies était-il
obligé
d'aller compromettre fa vie pour foutenir
la dignité de fa place.
Enfin l'on a fenti qu'un divertifement
n'était pas un cours d'étiquettes, & depuis
long-tems, après que les grands parens ont --- Page 48 ---
A N S E.
feint de commencer un menuet & fe fone
embraflés, des contredanfes fe forment
fans choix. C'eft au maitre & à la maitreffe
de la maifon à veiller à ce que tout le
monde fe livre à l'amufement. Si quelque
danfeufe eft délaifée, un jeune parent 3
complaifant fe dévoue & promène s
anami
le
du moins, celle qui ne fait pas que
défaut de charmes ou de, graces eft irrémiffible au bal.
Pardeur des danfeurs ne
Craint-on que
les trompe, ou fupprime par. intervalles,
des contredanfes ; on fait
quelqecs-unes
danfer des menuets ou par des perfonnes
ainfi part à la
d'unige mûr, qui, prenant
Pexcitent encore, s ou par
joye commune, dont les talens font capables
des danfeurs
maigré la
d'obtenir des applandifkrmens, --- Page 49 ---
A N S E.
févérité avec laquelle on s'eft accoutumé
à juger le menuet depuis quelques années.
Lorfque l'on voit que les danfeurs n'ont
plus que du courage, lorfque des danfeufes
parlent de retraite > ce qui eft une efpèce
de fignal pour toutes les autresy les Allemandes, P'Anglaife ou le menuet Congo,
viennent encore employer quelques heures
qui ne font ni les moins gaies ni les moins
rapidement employées.
Le bal ceffe enfin s. & telle danfeufe
a pris une place pour le
qui
ne la quitte
commencer D
que parce qu'il a fini. Les
embraffemens des jeunes perfonnes font
accompagnés de promeffes de fc trouver
au premier bal projetté, & chacune d'elles
va repofer des attraits que la fatigue rend
encore plus touchans, & auxqucls le plaifir
ennent encore employer quelques heures
qui ne font ni les moins gaies ni les moins
rapidement employées.
Le bal ceffe enfin s. & telle danfeufe
a pris une place pour le
qui
ne la quitte
commencer D
que parce qu'il a fini. Les
embraffemens des jeunes perfonnes font
accompagnés de promeffes de fc trouver
au premier bal projetté, & chacune d'elles
va repofer des attraits que la fatigue rend
encore plus touchans, & auxqucls le plaifir --- Page 50 ---
D A N S E.
an caractère encore plus féducteur.
a donné
ramène celle qu'il
Heureux l'amant qui
la danfe elt
aime, & qui a éprouvé que
à
des inventions les plus propices
uae
! Plus heureux encore celui qui
Vamour
dans ce trouble des fens,
trouve la volupté
& qui fait tout ce qu'un bal peut ajouter
godter avec une
au bonheur qu'on.peut
dr -
jolie Créole.
de ia danfe eft quelComme la paffion
nuifible à la. fanté dans un climat
quefois
Sc
était
Qà les veilles font pénibles s
qu'il
difficile de faire goûter, fur ce point, les
les plus évidens, on a imaginé
préceptes
depuis l'année 1780,
à Saint-Domingue,
de nuit,
de fubftituer aux bals publics
Redoutes , qui ont lieu
des bals appellés
ae durent
deux fois par femainc, &c qui --- Page 51 ---
DA N S E.
que depuis cinq heures du foir jufqu'à
neuf. L'amufement eft moins
long s' mais
plus fréquent, & les mères n'ont plas
le prétexte de la fatigue des nuits
ne pas aller au bal. J'ai vu de ces redoutes pour
au Cap-Français, oi, parmi quatre-vingt
femmes, il en était un grand nombre
auraient rendu un choix très
qui
difficile.,
même pour le: Sultan le mieux inftruit
des perfedtions qu'il croit que Mahomet
lui réferve dans les céleftes Houris.
Autrefois le plaifir de la danfe était
plus fréquent, - parce que la réunion limple
& fans apprêt de quelques jeunes
& de quelques inftruments
perfonnes
formait un
bal. Mais à mefure que le luxe a étendu
fon empire ou plutôt fes
ravages, on a
vu difparaître ces aimables amufemens
; --- Page 52 ---
D'A'N's E.
Pon n'a plus danfé que dans'des fêtes
ow-dans'des bals publics 5;
Comprucufes,
ot
oà l'efprit des fociétés patticulieres
Cotéries; fe reproduit, ,entretient & nourrit
des rivalités, &c offre un grand raffemJ
blement, où chaque fociété particulière
s'ifole des autres. L'affabilité fociale s
la politeffe même, y ont encore perdu
chofe', & l'on en ala preuvé dans
quelque
communes des derniers
les fcènés trop
oà les bals de nuit
jours du carnaval,
quiont) lieu alors, offrent -
un grand concours
dont
tout le rôle
de mafques s
prefque
confifte à reprocher aux différens petits
fe font formés dans les bals
cercles qui
précédens : s & quelquefois avcc amertume,
les torts dont on croit avoir réciproquement
a fe plaindre.
Sans
ala preuvé dans
quelque
communes des derniers
les fcènés trop
oà les bals de nuit
jours du carnaval,
quiont) lieu alors, offrent -
un grand concours
dont
tout le rôle
de mafques s
prefque
confifte à reprocher aux différens petits
fe font formés dans les bals
cercles qui
précédens : s & quelquefois avcc amertume,
les torts dont on croit avoir réciproquement
a fe plaindre.
Sans --- Page 53 ---
D A N S E.
"Sans l'afcendant des perfonnes raifonnables la danfe ne fe rallentirait pas s
même dans la faifon la plus chaude, &
l'on peut s'en convaincre par la conduite
des affranchis & des efclaves qui ne
connaiffent pas cette falutaire modération.
On doit la confidérer comme une vertu
réelle dans les colons blancs, qui donnent
lieuà une double obfervation; la première,
qu'on peut retrouver chez eux des nuances
du caraétère national , en ce que le colon
Anglais danfe moins que lecolon Français,
l'Efpagnol , plus que l'Anglais ; &c la
feconde, que les Créols fe livrent tonjours
avec plus d'ardeur à cet exercicc, , que
les Européens de la méme nation.
Les affranchis & leur delcendance aiment
auffi la danfe ayec traniport. Ils fuivent
D --- Page 54 ---
A N S E.
exaêtement les blancs dans le choix de
leur danfe, & la mode leur eft commune
fur ce point. La danfe a cependant eu
jufqu'ici un charme de plus pour eux,
c'eft qu'elleneleur reft pas toujourspermife;
et la difficulté eft un grand affaifonnement pour le plaifir!
Dans certaines Colonies, les affranchies
négrefles ne danfent jamais qu'entre elles,
parce que les autres ne les admettent point
à leurs divertiffemens. Il n'eft pas étonnant
que dans des lieux où tous les avantages
appartiennent à une feule nuance, les autres
individus tirent vanité de s'en rapprocher,
& par conféquent que le mélange avec
le fang bianc leur infpire quelque idée de
fupériorité.
-Il eit un autre orgueil qui a aufli fa --- Page 55 ---
DA N S E.
bizarrerie, c'eft que foit dans les lieux
eù les affranchies de toutes les
mélent
naances fe
entr'elles, foit dans les Colonies où
des nuances affaiblies forment des claffes, il
y a des bals oà les femmes affranchies
ne
danfent qu'avec des blancs, fans qu'elles
veuillent y recevoir les hommes de la
même teinte qu'eiles.
Pour que les bals des femmes de couleur
puffent offrir un coup-d'ail
-
il faudrait
agréable >
qu'elles ceffaffent de croire
qu'elles doivent faire. inditindementufige
des ajuftemens employés par les blanches.
Comment ne pas voir lorfque la. méme
fleur n'embellit pas également, & la blonde
langourcufe, 9 & la brune piquante,
de plus grands contraftes veulent
que
de plus. grands ménagemens.?
encore
et pourquoi
D 2
puffent offrir un coup-d'ail
-
il faudrait
agréable >
qu'elles ceffaffent de croire
qu'elles doivent faire. inditindementufige
des ajuftemens employés par les blanches.
Comment ne pas voir lorfque la. méme
fleur n'embellit pas également, & la blonde
langourcufe, 9 & la brune piquante,
de plus grands contraftes veulent
que
de plus. grands ménagemens.?
encore
et pourquoi
D 2 --- Page 56 ---
D A N S E.
avoir fa
à foi ? Il faudrait
ne pas
coquetterie
encore qu'elles fuffent perfuadées que
l'analogie des mouvemens n'eft pas une
véritable imitation, & qu'on a befoin d'étudier ces balancemens, ces Petiti-Pas't ces
tableaux que les graces ont inventés, &
que les graces feules peuvent reproduire.
Au furplus, elles danfent pour elles,
elles font ravies de danfer, & telle eft leur
naturelie, telle eft la jufteffe de
aptitude
leur oreille, que le moindre foin d'un
maître en ferait des écolières que beaucoup
d'Européennes n'égaleraient peut - être
Elles commencent à le favoir, & l'on
pas.
connait déjà les répétitions où l'on va
chercher des leçons, pour tâcher de réunir
du bal, celles de l'amour
aux jouiffances
de
humaine,
propre, ce patrimoine l'efpèce --- Page 57 ---
J A N S E.
fans diftinétion de nuance. N'eft-ce pas
P'amour-propre, par exemple, qai leur inf
pire Pidée d'arréter que dans un de leurs
bals on n'entrera qu'habillé en tafetas,
dans un autre, qu'avec de la mouffeline ,
& dansun autre encore 3 qu'avec du linon!
Parmi les efclaves il en cft, qui, comme
les domefiques des villes, fans ceffe rapprochés des blancs, témoins de tous leurs
amufemens, S traités d'ane manière
privilégiée, à caufe de mille circonfances
que la domefticité même fait naitre, fc
confidèrent comme une claffe intermédiaire
entre les efclaves & les affranchis, &
quiadoptent dans beaucoup de chofes les
mceurs de ces derniers. Leur danfe eft donc
la même que celle des blancs, avec les
diférences piquantes que la nature même
D 3 --- Page 58 ---
A N S E.
y introduit, Sc on leur
des perfonnages
entr'eux. Il faudrait
permet de fe réunir
avoir vu ces bals pour en concevoir toute
la fingularité, & Calot ou Teniers aurajent
leurs
s'ils avaient pu
bien égayé
pinceaux,
avoir ces fcènes grotefques à reproduirc.
s'eft préfervé de la
Le nègre, lorfqu'il
folle manie de finger, a uncdanfe quiluief
& - qui, apportée originairement
propre,
charme pour les
d'Afrique, a un grand
homimes nés dans cette partie du monde.
Les nègres créoles la chériffent aufi, parce
c'eft celle qu'ils ont connue depuis
que
la plus tendre enfance.
Les peuples Africains me fervent encore
ici de preuves de la pafion qu'ont pour la
danfeles habitans placés entreles tropiques,
font tous fenfbles à ce plaifir
puifqu'ils
& - qui, apportée originairement
propre,
charme pour les
d'Afrique, a un grand
homimes nés dans cette partie du monde.
Les nègres créoles la chériffent aufi, parce
c'eft celle qu'ils ont connue depuis
que
la plus tendre enfance.
Les peuples Africains me fervent encore
ici de preuves de la pafion qu'ont pour la
danfeles habitans placés entreles tropiques,
font tous fenfbles à ce plaifir
puifqu'ils --- Page 59 ---
- A N S E.
avec les proportions que j'ai annoncécs
comme dépendantes du genre de vie & de
la nourriture. Les nègres de la Côte-d'Or,
belliqueux, > fanguinaires, accoutumés aux
facrifices humains, ne connaiffent que des
danfes féroces comme eux ; tandis que le
Congo, le Sénégalois Sc d'autres Africains
pâtres ou cultivateurs, aiment la danfe
comme un délaffement, ccmme une fource
de voluptés. Amenés de toutes les parties
d'Afrique dans nos Colonies, dont le
climat eft analogue au leur, les nègres
y apportent & y confervent leur penchant
pour la danfe, penchant fi puiffant, que
le nègre le plus fatigué par le travail,
trouve toujoars des forces pour danfer Sc
même pouraller à pluficurs licues fatisfaire
ce défir. --- Page 60 ---
A N S E.
vealent danfer, is
Quand les nègres
deux tambours > c'eft-à-dire ,
prennent
d'inégales londeux cfpèces de tonneaux
dont Pun des bouts refte ouvert,
gueurs >
une peau de
tandis que Fautre reçoit
bien tendue. Ces tambours
mouton
Bamboula,
€ dont le plus court fe nomme
qu'il eff fait quelquefois d'un trèsparce
raifonnent
bambou qu'on a creufé),
gros
de
& le mouvement
jous Ies coups poignet fe tient à calides doigts du nègre qui
fourchon fur chaque tambour. On frappe
lentement fur le plus gros, & avec beaude vélocité fur Pautre. Ce for mocoup
&
eft accompagné parle
notone
grave,
bruit d'une cértaine quantité de petites
callebaffes oùr l'on a mis des cailloux &c
font percées dans leur longueur par un
qui --- Page 61 ---
D A?N S E.
long manche qui fert à les agiter. Des
Banzas , efpèces de guitarres groffières à
quatre cordes, fe mélent au concert dont
les mouvemens font réglés par le battement de mains des négrefles qui forment
un grand cercle. Elles compofent toutes
une forte de choeur qui répond à une
ou deux chanteufes principales S. dont la
voix éclatante répète ou improvife une
chanfon.
Un danfeur &c une danfeufe, ou des
danfeurs pris en nombre égal dans
chaque fexe 1 s'élancent au milieu de
l'efpacc & fe mettent à danfer, en figurant
toujours deux à deux. Cette danie pea
variée. , confifte dans un pas fort fimple où
l'on tend fuccelivement chaque pied & oà
on le retire en frappant plufieurs fois pré.
la
voix éclatante répète ou improvife une
chanfon.
Un danfeur &c une danfeufe, ou des
danfeurs pris en nombre égal dans
chaque fexe 1 s'élancent au milieu de
l'efpacc & fe mettent à danfer, en figurant
toujours deux à deux. Cette danie pea
variée. , confifte dans un pas fort fimple où
l'on tend fuccelivement chaque pied & oà
on le retire en frappant plufieurs fois pré. --- Page 62 ---
D A N S E.
cipitamment de la pointe & du talon fur
la terre, comme dans l'anglaife. Des évolutions faites for foi-même cu antour de la
danfeufe qui tourne auffi & change de
place avec le danfeur; voilà tout ce qu'on
apperçoit, fi ce n'eft encore le mouvement
des bras que le danfeur abaife & relève en
ayant les coudes affez près du corps & la
main prefque fermée; la femme tient les
deux bouts d'un mouchoir qu'elle balance:
On croirait diffcilement, quand on n'a pas
vu cette danfe, combien elle eft vive,
animée, & combien la rigueur avec laquelle la mefure y eft fuivie, lui donne de
Les danfeurs & les danfeufes. fe
grace.
remplacent fans ceffe , & les nègres fi
enivrent d'un tel plaifir, qu'il faut toujours
les contraindreà finir cette efpèce de bals --- Page 63 ---
D A N S E.
nommés Kalendas qui ont leu en
plein champ & dans un terrain uni, afin
que le mouvement des pieds ne puiffe y
rencontrer aucun obftacle.
Il ferait difficile de méconnaître à ces
traits une danfe fimple s primitive, s & appartenant à des peuples chez lefquels la
civilifation a encore prefque tout à faire.
Cette difpolition circulaire, 3 ces battemens
de mains > ce chant à refrain, ces inftrumens bruyans, tout dépofe en faveur de
l'ancienneté de cette danfe qui, comme je
l'ai dit, appartient à Pafrique, où fes
caraétères exiftent prefque par-tout, même
chez les Hottentots.
A Saint-Domingae, & particulièrement
(*) En Celte GAL-VEN-DA; ce qui figninie
Appele donc: fans doute à caufc du bruit du tambour. --- Page 64 ---
D A N S E.
dans la partie Occidentale françaife, il y
un genre de danfe
a depuis long-tems
appellé Vaudoux, qui exige deux ou quatre perfonnes, &c qui eft caradtérifé par
des mouvemens oà il femble que le haut
du corps, les épaules & la tête fe meavent
refforts. Cette danfe a aufli lieu avec
par
les battemens de main & le
le tambour,
chant à choeur. J'ignore d'oà ellea pris
mais for effet eft tel fur les
fon nom,
nègres, qu'ils danfent quelquefois jufqu'à
tomber en défaillance.
Ce n'eft rien encore que le Vaudoux, fi
le
à Dot Pedre ou Danfe à
on comparc
Don Pedre, autre danfe nègre, conuue
auffi dans la partie del'Oueft de Saint-Dodepuis 1768. Don Pèdre eft le
mingue,
du
du
nom que portait un nègre
quartier
Petit-
effet eft tel fur les
fon nom,
nègres, qu'ils danfent quelquefois jufqu'à
tomber en défaillance.
Ce n'eft rien encore que le Vaudoux, fi
le
à Dot Pedre ou Danfe à
on comparc
Don Pedre, autre danfe nègre, conuue
auffi dans la partie del'Oueft de Saint-Dodepuis 1768. Don Pèdre eft le
mingue,
du
du
nom que portait un nègre
quartier
Petit- --- Page 65 ---
D. A N S E.
Petit-Goave, d'origine cfpagnole, & qui,
par un caraétère hardi & certaines pratiques faperititieufes, avait acquis, parmi
les nègres 3 un crédit affez grand pour être
dénoncé à la juftice comme un chef de
projets alarmans.
La danfe qui porte fon nom, confifte,
comme le Vaudoux, dans l'agitation des
épaules & de la tête; mais cette agitation
eft extrêmement violente, & pour l'accroitre encore, les nègres boivent en s'y
livrant, de l'eau-de vie où ils imaginent
de mettre de la poudre à canon qu'on a
bien broyée. L'effet de cette boiffon, hâté
& augmenté par leurs mouvemens 3 a une
f grande influence fur tout leur étre
s
qu'ils entrent dans une véritable fureur,
dans des convulfions
réclles; ; ils danfent
E --- Page 66 ---
D A N S E.
d'horribles contorfions > jufqu'à
en faifant
dans une forte d'épice qu'enfin tombant
ils font dans un
lepfe qui les renverfe,
femble les menacer de la mort.
état qui
févèrement Don
: Il a fallu interdire
déqu'il caufait de grands
Pèdre, parce réveillait des idées confordres & qu'il
traires à la paix publique. Soit prévention,
foit effet éleétrique 2 2 les fpeétateurs euxcette ivreffe, & au lieu
mêmes partageaient
naître la
de ceffer leurs chants en voyant
de
les éclats
frénéfie, ils redoublaient
la mefure , &
leurs voix, précipitaient
accéléraient la crife en la partageant juf
certain degré. Quel être bifarre
qu'à un
excès il cherche
Thomme ! dans quels
que
le plaifir !
une autre
Nos mceurs créoles ont adopté --- Page 67 ---
DA N S E.
produétion exotique qui, venue également
de
PAfrique , a eu une influence plus
étendue que toutes les danfes nègres dont
j'ai parlé. C'eft une danfe connue,
> prefque
généralement dans les colonies de l'Amérique, fous le nom de Chica, qu'elle
aux Iles-du-Vent & à
porte
Saint-Domingue.
C Lorfqu'on veut danfer le Chica, des
inftrumens quelconques
jouent un air,
abfolument confacré à cette efpèce de
danfe, & dans lequel la mefure eft extrêthement marquée. L'art pour la danfeufe,
qui tient les extrémités d'un mouchoir
les deux côtés de fon
où
jupon > confifte
principalement à agiter la partie inférieure des reins, en maintenant
refte du corps dans
tout le
une forte d'immobilité.
Veut-on animer le Chica, un danfeur
s'apE 2
ument confacré à cette efpèce de
danfe, & dans lequel la mefure eft extrêthement marquée. L'art pour la danfeufe,
qui tient les extrémités d'un mouchoir
les deux côtés de fon
où
jupon > confifte
principalement à agiter la partie inférieure des reins, en maintenant
refte du corps dans
tout le
une forte d'immobilité.
Veut-on animer le Chica, un danfeur
s'apE 2 --- Page 68 ---
D A N S E.
qu'elle
de la danfeufe, > pendant
proche
d'ane manière prés'exerce, & s'élançant
à là
il tombe en mefure prefque
cipitée,
s'élance de nouveau, 86
toucher 2 recule,
de céder avec lai aut
femble la conjurer
Enfin, lorfque le
charme qui les maitrife.
le plus
Chica parait avec fon caraétère
il y a dans les geftes & dans.les
exprefif,
deux danfeurs', un accord
mouvemens des
décrire.
plus facile à concevoir qu'à
tableat
pareil
Il n'eft rien delafcifqw'un
qu'il ne
offrir, rien de volupteux
ne puiffe
de lutte où toutes
peigne. C'eft une efpèce
de
rufes de lamour, Sc tous fes moyens
jes
font mis en aftion : crainte ,
triompher
tendreffe, caprice 1 plaifir,
efpoir, dédain,
ivreffe, anéantiffe.
refus, délire, fuite,
& les habiment, tout y a un langage, --- Page 69 ---
D A N S E.
tans de Paphos auraient divinifé l'inventeur de cette danfe.
Je ne: tenterai pas d'exprimer quelle
peut étre Pimprefion produite par la vue
d'un. Chica danfé avec toute la précifion
dont il eft fufeeptible. Il n'eft point de
regards qu'il n'anime, point de fenfibilité
qu'il n'emeuve, point d'imagination qu'il
n'allume; ; il donnerait du fentiment à la
caducité. Mais je foutiens que cette idée,
en quelque forte magique, n'a pu naitre
que dans un climat doux &
propice au
plaifir, & qu'eile eft un monument qui
dépofe de l'influence que la danfe
acquérir.
peut
Ce Chica était danfe, il n'y a pas longtems encore, > par de jeunes beautés dont
les graces naives l'embelliffaient & le renE 3 --- Page 70 ---
L A N S E.
féduifant. Elles le
daient peut-ére plus
avec une
feules, il eft vrai, ou
danfaient
qui prenait le rôle du
deleurs compagnes > toutefois en imiter ia
danfeur, fans ofer
font
Mais nos fnoeurs he
pas
vivacité.
qu'une pareille
reflées affez pures pour le Chica n'eft
puiffe être tentée;
épreuve dans les bals des femmes blanplus admis
réunions
ches, fi ce n'eft lors de quelques
&
fortuites, où le petit nombre
prefque
raffurent la danle choix des fpeétateurs
feufe.
de Pile Hollandaife
C'eft aux négreffes accorder la palme
de Curaçao, qu'il faut
il eft
de danfer le Chica;
pour la manière
jufqu'à quel
même difficile de concevoir,
elles ont fu pouffer lart qu'on y
degré
bufte femble
cherche; il va f loin, queleur
ches, fi ce n'eft lors de quelques
&
fortuites, où le petit nombre
prefque
raffurent la danle choix des fpeétateurs
feufe.
de Pile Hollandaife
C'eft aux négreffes accorder la palme
de Curaçao, qu'il faut
il eft
de danfer le Chica;
pour la manière
jufqu'à quel
même difficile de concevoir,
elles ont fu pouffer lart qu'on y
degré
bufte femble
cherche; il va f loin, queleur --- Page 71 ---
DA N S E.
indépendant de fa bafe, qu'elles agitent
avec une mobilité qui laffe même Ia vue.
Le Chica nous eft venu des contrées
Africaines oû prefque tous les peuples lc
danfent & principalement les Congos. Les
nègres l'ont tranfporté aux Antilles où if
a été bientôt naturalifé. Dans tout le Continent de l'Amérique efpagnole, le Chica
exerce un empire tellement univerfel, qu'au
commentemeut de ce fiècle on l'y danfait
éncore dans les cérémonies pieufes, dans
les proceffions, 5 & que les éponfes du feigneur fe montraient au peuple à travers
une grille pendant la nuit de Noël, exprii
mant entr'elles par les agitations voluptueufes du Chica, la joie qu'elles reffen.
taient de la naiffance de P'Homme-Dieu
qui
Venait racheter par fa mort, toutes les
illufions du monde. --- Page 72 ---
A N S E.
L'Amérique n'a pas été la feule qui ait
Pinfuence de PAfri-.
reçu, à cet égard,
les Maures ont rendu propre
que 3 puifque
à P"'Efpagne la paffion de la Fandango,
quin'eftautre chofe que le Chica, feulement
moins développé s parce que le
an peu
circonftances lui auront
climat ou d'autres
été moins, propices.
Ce ferait peut-être l'objet d'une recher-
:
affez curieufe que celle du peuple à
che
cette danfe exprefive doit fa première
qui
On l'a bien attribuée aux nègres.
origine.
de la Côte de Guinée, 3 mais un fait puiftoujours à ce qu'on: adopte
fant s'oppofera
c'eft la nudité de ces
cette explication,
la nature
Africains. Et qui ne fait pas que
les hommes fans vêtemens, la
perd, pour
des charmes qu'elle a
plus grande partie --- Page 73 ---
A N S E.
attachés à fes plaifirs Ies plus doux. On
auraient-ils puifés tous ces riens délicieux,
toute cêtté gradation de défirs, fi bien
marquée par'le Chica? Qu'eile comparaifon
pourrzit-on établir, par cxemple, entre
cette danfe & celle des Caraibes nus de
Pile
>
Saint-Vincent, qui fe prennent fous
les bras , deux à deux, &c qui en glouffant
quelques fons monotones & lugubres, fe
plient & fe relèvent alternativement , durant des heures entières, & croyent avoir
danfé. Hy a peut-être de commun entre
les Caraibes & les inventeurs du Chica,
Famour de'la danfe & l'effet du climat';
mais quelle différence de moeurs il faut
néceffairement fappofer !
Cette obfervation me rappele prefque
lavolontirement les malheureux natutels
c qui en glouffant
quelques fons monotones & lugubres, fe
plient & fe relèvent alternativement , durant des heures entières, & croyent avoir
danfé. Hy a peut-être de commun entre
les Caraibes & les inventeurs du Chica,
Famour de'la danfe & l'effet du climat';
mais quelle différence de moeurs il faut
néceffairement fappofer !
Cette obfervation me rappele prefque
lavolontirement les malheureux natutels --- Page 74 ---
A N S E.
g8
quiavaient des danfes
de Saint-Domingue,
une efpèce de pyrrhique. &
hiftoriques 7
le Chica.
des danfes auffi voluptueufes que
Ils étaient nus , je le fais 9 mais Phiftoire
nous a affez révélé de faits pour que nous
devions penfer que les Indiens des quatre
Antilles étaient venus, du Contigrandes Sans doute ils avaient eu une com-.
nent.
avec des peuples
munication quelconque
affez civilifés pour favoir que les char-,
fouftrait à des regards trop
mes qu'on
puiffans.
curieux, fout quelquefois plus.
avait évidemment préfidé à
Cette penfée
des danfes qui leur étaient del'origine
des
& fi le reproche que
venues propres;
hiftoriens ont fait à ces danfes d'être trop
lafcives, était fondé, cet excès, n'en
doutons pas, était, comme ceux du Chica,
- --- Page 75 ---
DA N S E.
l'effet de la nudité qui ne
fentir les
permet plus de
nuances délicates qui féparent la
volupté de Pobfcénité, :
Mais les Caraibes qui étaient eux-mêmes
des émigrans , établis dans les
tilles, n'avaient
petites Anaucune idée de ces danfes
des Indiens, dont ils étaient les
bles ennemis. De
implacafent
quelque point qu'ils fufpartis' pour arriver dans cet
on
Archipel,
n'y connaiffait furement pas de danfes
infpirées par le plaifir : leurs moeurs fanguinaires l'auraient épouvanté.
Et ne faudrait-il pas plutôt demander
compte de cette ingénieufe
découverte, à
cette contrée, que les beaux arts & le
goût le plus pur ont rendue immortelle à
cette contrée où l'on dit
;
que Socrate livré
au plaifir de lIa danfe, montra
jufqu'ou --- Page 76 ---
D A N S E.
d'Afpafie. La
pouvait aller le triomphe
était fous un climat tempéré &i ituéc
Grèce
qui firent
de manière que fes habitans,
éclore tous les germes de volupté, pouleur doftrine
vaient facilement propager
Nous
féduétrice 1 2 & en Afie & en Afrique.
les Perfes placés dans la prefavons que
ont des danfes vives &c amoureufes.
mière ,
où Phimen fait briller
En égypte,auj jour
viennentfon flambeau, des danfeufes ne
offrir à la nouvelle époufc, dans
elles pas
encore voilée des
d'aimabies jeux, l'image
ce Dieu ordonne de célébrer,
myftères que
lui
pas la volupté.à
& n'invitent-elles
? Il me femble que
préparer des couronnes
de toute l'Afe mincure, pour
la paffion
Pamour femblait y avoir
des danfes que
avec le
enftignées, n'eft pas fans analogie
Chica,
à la nouvelle époufc, dans
elles pas
encore voilée des
d'aimabies jeux, l'image
ce Dieu ordonne de célébrer,
myftères que
lui
pas la volupté.à
& n'invitent-elles
? Il me femble que
préparer des couronnes
de toute l'Afe mincure, pour
la paffion
Pamour femblait y avoir
des danfes que
avec le
enftignées, n'eft pas fans analogie
Chica, --- Page 77 ---
D A N
E.
Chica, & fi Horace, le chantre des plaifirs,
a cru" devoir fe montrer févère pour la
danfe Ioniène ; j'ai déji dit qu'cn pourrait
aufi ccnfurer dé la même manière l'efpèce
de frénéfie à laquelle le Chica conduit quel.
quefois.
Je ne puis me défendre du penchant qui
me ramène toujours vers la Grèce, quand
je remarque qu'une danfe qui peignait
principalement a l'hiftoire de Théfée &
d'Ariadne, y portait le nom de Candiote,
& que l'on dit à Suint-Domingue d'un
africain ou nègreicréol, accupé de piaifir,
& chériffant fur-tout la danfe, qu'il eft
Candiot. Eft-ce le hafard quia fait tant de
rapprochement; ; Se Co hafard ef-il donc
fi impéricux qu'il ne foit pas permis d'aller
chercher l'origine du Chica chez un peaple
F --- Page 78 ---
.765
6z
A N S E.
PUnivers entier du bruit de
quia rempli
célébrité dans tous les
fa gloire, de fa
fur-tout de fa délicateffe exquife
genres,
pour tout ce qui refpirait la volupté?
confidère encore une fois la danfe
Qu'on
& l'on
des Caraibes de Saint-Vincent,
fera convaincu que le Chica ne peut avoir
été inventé que par des : hommes dont
brâlante fuppléait ce. que les
Pimagination
yeux ne devaient pas appercevoir.
F I N. --- Page 79 ---
P.2
a
ODE
ALA PHILANTROPIE.
UELLES clameurs 1 quels cris funebres,
Frappent nos esprits consternés !
Quels feux, au milieu des ténebres, 9
S'offrent à nos yeux étonnés :
Le bruit des flammes dévorantes,
Les accens de cent voix mourantes 1
Tout est confondu dans les airs.
Le ciel, à nos voeux inflexible,
A-t-il marqué ce jour terrible
Pour le dernier de I'Univers?
Mais quelle foule de rébelles
Court au carnage avec transport; ;
L'Esclave, dans ses mains cruelles,
Porte l'incendie et la mort.
Arrête, instrument parricide ;
Un bras invisible cet perfide --- Page 80 --- --- Page 81 --- --- Page 82 --- --- Page 83 ---
E79L
M337da --- Page 84 ---