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COURTE RÉPONSE
1 tous les Écrits qui ont paru depiis quelques
années fur la queftion qui eft aujourd'hui f
indiferétement agitée en France fur les Colonies, --- Page 4 ---
L
C
- e
a --- Page 5 ---
COURTE RÉPONSE
A tous les Écrits gui ont paru depuis
quelgues années fur la queftion qui ef
aujourdkui f indifcrétement agitée en
France fur les Colonies $
PAR M. le marquis D'AUSSIGNÉ, de la Société
royale des Sciences & Arts du Cap-François,
Membre du Comité provincial, & Député
à l'Affemblée provinciale du Nord de Sains
Domingue.
I 0 7 8 9 --- Page 6 ---
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I --- Page 7 ---
AVERTISSEMENT.
-
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N s'appercevra que dans cette Réponfe
à tous les Ecrits gul ont paru jufqu'a préJenefier la queftionfameufe élevée aujourd'hui
en France, ons'ef interdit Lefprit de difcuffion, & quon n'a voulu répondre a aucuns
faits généraux ou. particuliers.
La Réponfe femble devoir fe renfermer
dans Putilité dont les Colonies font ou ne
fone pas à la Métropole.
On s'eft attaché à prouyer cette utilité
Jur des rapports certains, connus, 6 de la
plus extrême importance à la fortune de la
France,6 auxque's tient fa repréfentazion &
fa dignité en Europe,
Les intérêts particuliers des Colons ne doivent fe montrer qu'après ceux-la.
Nous defirons que cet examen,fait à la
hate,fatisfalfe les cfprits 12012 prévenus ; que
fans être obligés de nous livrer à des détails,
d'écrire des volumes, qui neferoient pas lus
& qui n'ajoueroient rien à la folidité des
A iij --- Page 8 ---
(6 )
grandes bafes que nouspofons, les perfonnes
infruites & bien intentionnées trouvent ici
matière à de grandes réfescions.
Nous avons le delfein d'éclairer la Nation
Fier des intérêts majeurs pour elle, fur lefquelles elles femble palfer légérement à la
lueur du flambeau philofophique
Pégare.
Nous nous trouverons trop
fi nous
RELte
parvenons à luiprouverqu'elle efe au moment
finefe de defcendre pourjamais du rangfiprême oit fes intérêts bien enzendus doivent la
maintenir, a Pempècher de s'écrafer dans
ceite chute humiliante fans aucun fuccès fiur
ce qu'elle fep propofe, & d'arriverpar lapente
d'une fauffe vertu à recevoir la marque indé
lébile d'un mépris durable & univerfel.
nous
RELte
parvenons à luiprouverqu'elle efe au moment
finefe de defcendre pourjamais du rangfiprême oit fes intérêts bien enzendus doivent la
maintenir, a Pempècher de s'écrafer dans
ceite chute humiliante fans aucun fuccès fiur
ce qu'elle fep propofe, & d'arriverpar lapente
d'une fauffe vertu à recevoir la marque indé
lébile d'un mépris durable & univerfel. --- Page 9 ---
&
-
JTHUTIUUUTTNUR-S
COURTE RÉPONSE
A zous les Ecrits qui ont paru depuis quelques
années fur la queftion qui eft aujourd'hui
f indiferêtement agitée en France fir les
Colonies.
ATANT écrit il y a quelques années fir
l'Adminiftration des Colonics, & les chofes
que j'ai à dire aujourd'hui étant aufli vraies
qu'elles l'étoient alors, je ne craindrai pas de
me répéter.
Je le craindrai d'autant moins, qu'il paroît
que la France eft abfolument aveugle fur fes
intérêts, & qu'à l'inftant d'une régénération
qui doit faire la bafe de fa félicité, elle veut
s'appuyer d'une fauffe philofophic, fouvent &
toujours incompatible avec les vues
EE grande & fage politique, 2 8c elle fe prépare dans T'avenglement d'un faux zèle, des
regrets amers & éternels.
La profpérité de la France eft tellement liéc
à fes Colonies, que fans elles, elle perd fans
retour fon importance dans le fyftème politiques
A iv, --- Page 10 ---
(8)
&
réduite au rôle d'une puiffance du fct
SeArtA ordre, il faut qu'elle renonce à la place
importante qu'elle occupe far le globe, &
qu'elle foit cffacée de la lifte des Etats qui
maintiennent l'équilibre pour la durée de tous
les autres.
La paix de T'Europe, ou peut-étre fon afferviffement, dépend de ce que les Colonies Françoiles ne paffent pas fous une autre domination. Le maintien du fyftème politique actuel
de l'Europe & de fa liberté doit en affirer la
propriété à la France, & il n'eft perfonne un
pcu verfé dans la connoillànce des intérêts des
hations, qui ne fache qu'il n'eft qu'une feule
puillance capable de difputer cette belle propriété, &
elle, elle acquéreroit une
FESLEATA ERRE pour la rendre la maîtreffe
du monde,
L'éloignement ou nous fommes du Sénat
augufte anquel il faut faire entendre ces profondes vérités, lc temps qu'il faut pour qu'elles
lui parviennent, ne nous permettent pas de
nous appefantir fur des détails qui pourront être
facilement dévelopnés en France par tant de
fonnes à qui ils font familiers, fur-tout par
Pia
Chambres de Commerce.
Il ne faut donc aétucllement que jetter rapidement fur le papier, un apperçu des valeurs
font une des principales caufes de la richeffe
: l'Empire françois, & dont les Colonies font
lc principe.
Lcs Colonies françoifes fourniffent à une. cXportation du poids de cent vingt-quatre millions
dc fucrç brur, de quatre-vingt-trcire millions de
de
fonnes à qui ils font familiers, fur-tout par
Pia
Chambres de Commerce.
Il ne faut donc aétucllement que jetter rapidement fur le papier, un apperçu des valeurs
font une des principales caufes de la richeffe
: l'Empire françois, & dont les Colonies font
lc principe.
Lcs Colonies françoifes fourniffent à une. cXportation du poids de cent vingt-quatre millions
dc fucrç brur, de quatre-vingt-trcire millions de --- Page 11 ---
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fucre terré, d'un million cing cents milliers d'inde quatre-vingt-onte millions de café, de
NSEA millions de coton, d'unc quantité énorme
de firop, tafia, cacao, cuirs, dont on
les valeurs à deux cent foixante-trois
Culane
cette immenfe exportation fe fait par plus de
huit cents navires des ports de France (1).
La vente des marchandifes exportées de
France, confommées dans lcs Colonics, s'élève
a cent cinquante millions, & ily a fouvent beaucoup plus de quarante pour cent de bénéfice en
faveur de la Métropole, fur la fimplc imporration (2).
Si on ajoute à ce calcul cC
reçoivent les
artiftcs, les manufa@uriers, lcs ncreROuN & tous
les bras employés pour les Colonies, on fe fera
une idée jufte & grande dc ce qu'elles valent
à la France, & on ne s'éloignera pas de la vérité, en difant quc ce mouvement du commerce
eft au moins de douze cents millions.
De cC prodigieux mouvcient de commercc,
nait cclui des manufactures & même cclui de la
culture dcs. terres du Continent; les Colonics
confomment un fuperfu
la France porteroit inutilement ailleurs. Serr farines, fes huiles,
fes vins, fes favons, fes toiles, fes foieries, fes
(1) La Colonie de Saint-Domingue entre pour les deux
tiers dans ces calculs, auxquels nous n'avons pas ajouté
nos poffeffions dans l'Inde, fur lefquelles nousn'avons que
des apperçus infuffifants.
(2) En reprenant ce bénéfice aux premières mains, &
fucceffivement jufqu'aux Colonies, il iroi: à plus de IOG
pour 100,
es favons, fes toiles, fes foieries, fes
(1) La Colonie de Saint-Domingue entre pour les deux
tiers dans ces calculs, auxquels nous n'avons pas ajouté
nos poffeffions dans l'Inde, fur lefquelles nousn'avons que
des apperçus infuffifants.
(2) En reprenant ce bénéfice aux premières mains, &
fucceffivement jufqu'aux Colonies, il iroi: à plus de IOG
pour 100, --- Page 12 ---
( IO )
bijouteries, & autrcs objets de befoin ou ac
luxc, trouvent un débouché afuré dans les
Colonies, ou ils font convertis en denrées plus
précieufcs encore. Cette doubie action eft teliement unie à la fortune publique du Royaume, s
que fans elle fa culture diminueroit & fes mamufacturcs tombéroient de tout ce que la proportion des befoins de fon produit intérieur appelle à létranger, &z elle feroit obligé de payer
cn folde d'échange, une fomme confidérable
qui eft maintenant en fa faveur pour plus de
foixante millions.
Par cette inertic générale de la France dans
fon commercc, fes manufactures & fa culture,
des millions d'hommes fcroient réduits à la plus
déplorable indigence. Que deviendroient lcs
produits de la culture actuelle des chanvres,
des lins, de la vigne, des oliviers ? Quelques
perfonnes en croyent la vente invariablement
affuréc par la qualité fupéricure; elles s'appercevroient bientôt de leur erreur, parce qu'on
ne crée pas des acheteurs à volonté, & que
Fexcédent des befoins tombe toujours en
perte pour CCUX à qui il refte encore à Borc
nir, & que ce font précifément les Colonies
qui fe chargent de ce refte.
Mais nous n'avons pas encore parlé de nos
atteliers maritimes & de conftruction, de notre
commerce dans le nord pour les mâtures, les
brais & goudrons qui occupent une quantité
de navires & de matelots, de linutilité dont
feroit Texploitation des mines, dcs forges, des
cordcrics, &c. &c. Cc déficit dans l'emploi des
hommes ett fi confidérable, que nous ne crai:
ies
qui fe chargent de ce refte.
Mais nous n'avons pas encore parlé de nos
atteliers maritimes & de conftruction, de notre
commerce dans le nord pour les mâtures, les
brais & goudrons qui occupent une quantité
de navires & de matelots, de linutilité dont
feroit Texploitation des mines, dcs forges, des
cordcrics, &c. &c. Cc déficit dans l'emploi des
hommes ett fi confidérable, que nous ne crai: --- Page 13 ---
(II) )
gnons pas de dire que le contre- coup s'en feroit
reilentir fur la moitié de la population de la
France, étant impoflible de pourvoir fur le
champ à la fublifiance dc ccttc oilive & imauroient
menfe population, 3 les émigrations qui
lieu de toutes parts ne fe fcroient, lans doute,
qu'aprés une fecoulle épouvantable qui
inroit à la France un coup dont la force
ERian
calculable.
Les navires fuiroient avec leurs conduéteurs
dans les lieux où ils trouveroient une utile OCcupation; les fabriquants qui Ics chargent de
leur induftric; les capitalites qui tracent leurs
routes & les font agir, fuivroient en larmes
& fe détacheroicnt d'unc terre çri les reponf
feroit de fon fein. Cctte révolution fcroit fi
horrible & fi fanefte, qu'il ne peut
avoir
% faire
que des Citoyens pervers qui puilent
fubun mérite & une gloirc de préparer une
verfion de cctte nature 3 au préjudice de la
France, au préjudice de tous les Habitants des
Colonies dont ils deviendroient les affaffins,
fans pouvoir parvenir aul but auquel ils tendent,
au nom de Thumanité qu'ils outragent.
Lcs propriétés du commerce maritime paffécs à l'étranger avec les matelots, dépcupleroicnt lcs villes qu'il alimente & enrichit, tclles
le Havre, la Rochelle,
que Bordcaux, 5 Nantes,
du
Dunkerque & autres. La navigationinecrisure,
Royaume en fcroit fenfiblement diminuée, les
ports de la Marine royale feroient néceffairement
abandonnés parceux qui n'y font fixés que par les
occupations exclufives dcs travaux qu'ils y trouyent 3 Çar il n'y a plus de Marine militaire ou a
upleroicnt lcs villes qu'il alimente & enrichit, tclles
le Havre, la Rochelle,
que Bordcaux, 5 Nantes,
du
Dunkerque & autres. La navigationinecrisure,
Royaume en fcroit fenfiblement diminuée, les
ports de la Marine royale feroient néceffairement
abandonnés parceux qui n'y font fixés que par les
occupations exclufives dcs travaux qu'ils y trouyent 3 Çar il n'y a plus de Marine militaire ou a --- Page 14 ---
(12)
plus de Marine marchande. Cellc-ci forme
fournit les matclots, donne le mouvement
à
toutes les matières premières
entrent dans
la compofition des armécs à 1: mer, &
ceffant d'être unies à un intérêt général, El
roient d'être néceffaires, & cette néceffité tient
aux Colonics, qui difpenfent à elles feules tous
Ics principes de fortune & de puifance dont
quelques ignorants voudroient perfuader que la
France peut fe paffer.
Nous avons fait jufqu'ici abftraction des intérêts particuliers des Colons, dans l'expofe
rapide que nous venons de tracer de ceux qui
lienr la France à fes Colonics; ; mais puifqu'enin
ils doivent être comptés pour quelque chofe, &
quils ne font pas d'une affez petite confidération pour être paifés fous filence, nous allons
demander :
S'il faut premicrement, pour afurer à une
rrés-petite portion d'un peuple qui nous eft
étranger, une liberté
n'eft dans fes moeurs
ni dans fon caraétère Ta conferver; nous allons
demander, dis-je, s'il faut commencer ce bienfait impoffible, par enfoncer le poignard dans
le fein de deux cents mille individus, & en réduire quatre à cing cents mille à l'indigence, J
lorfque lcur fortune a pour bafe des contrats
pallés fous la fauve-garde de la foi publique
& de la fanétion de la Loi, & s'il faut que
le trône de la liberté repofe fur des monceaux
d'os & de cendres.
Nous allons demander fi c'eft aut moment
que la Nation prend fous fa fauve-garde tous
les François & leurs proprictés, & s'occupe de
à cing cents mille à l'indigence, J
lorfque lcur fortune a pour bafe des contrats
pallés fous la fauve-garde de la foi publique
& de la fanétion de la Loi, & s'il faut que
le trône de la liberté repofe fur des monceaux
d'os & de cendres.
Nous allons demander fi c'eft aut moment
que la Nation prend fous fa fauve-garde tous
les François & leurs proprictés, & s'occupe de --- Page 15 ---
(1)
Faire des Lois qui les garantiffent; fi cette gan
rantic aura lieu ieulement pour les François da
continent; fi ceux d'outre-mer font des monftres à étouffer & indignes de la protechion des
Lois de l'Empirc françois ?
Nous allons demander s'il faut que le fignal
de tant d'atrocité fe fale avec rétendart de
l'humanité, & s'il faut que cettchumanité fainte,
dont on fouille aujourdhui ile nom fans remord,
tombe fous le glaive de fes faux Apôtres, ou fi
ce ne font pas plutôt CCS faux Apôtres
méritent de tomber fous lc fcr de ceux
perfécutent?
Nous allons dcmander fi la Nation pourroit,
fans honte, contrarier àl la faffe dc PUnivers les
principes d'équité & de juftice dont elle fe propofe en ce moment de donner le grand exemple,
& G ces principes déjà pofés & publiés par cilc,
n'alurent pas à chaque individu François lc Caraétére dc toute Propriété facrée & inviolablc?
Nation généreufe, jufte & fage, nous vous
demandons la mêmc inviolabilité: nos propriétés
mobilières & immobilicres montent à la fomme
effrayante de cing milliards trois cent trente-trois
millions ; pouvez-vous nous lcs payer? . e Répondez : pouvez-vous nous garantir CC capital &c
Ics intérêts à des époques fixes & certaincs
Répondez.
Mais Gi notre Mérc patric devient injufte; fi
elle ne nous regarde plus commc des enfants
atilcs & précicux 5 fi eilc nous délaiffe; fi cilc
sous repoufle de fon fein.
nos coeurs fe foulèvent à cctte idée, nos larmes --- Page 16 ---
(14)
toulent : nous qui fommes François, qui nous
glorifions de l'être & qui chériflons la puiffance
de l'Empire auquel nous nous faifons gloire
d'obéir 3 mais f nous fommes feuls à perfifter
dans Ics fentiments du plus pur patriotifmne; fi la
France malgré nous, malgré nos pleurs, veut
nous immoler à un zèle aveugle.
e Il nous eft impoflible d'achever.
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a
C
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I
le
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E739
western
A932c
Hemnispheu
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