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CHAMBRE DES PAIRS.
IMPRESSIONS
N*8g.
1826.
Séance du 25 avrili826.
DEVELOPPEMENTS
D'un amendement proposé par M. le comte deSAINT-PRIEST,
à larticle 9 du projet deloi relatif à la répartition de l'indemnité stipulée en faveur des colons de Saint-Domingue.
a
MESSIEURS,
Je n'abuserai pas des moments de la Chambre. Parvenue au terme d'une discussion intéressante, mais
longue et pénible, elle ne pourroit qu'être fatiguée
d'entendre reproduire des arguments en sens divers,
présents à tous les esprits. Je me bornerai à motiver
en peu de mots lamendement quej j'ai Thonneurde
lui soumettre, et qui in'est que le résultat du besoin
quej'éprouve pour moi-méme et que, je crois partagé
parla majeure partie d'entre nous, de concilier, d'une
part, les principes sévères et irréfragables d'une justice générale; et de l'autre, les sentiments d'équité
que nous trouvons dans notre coeur pour un cas d'exception aussi malheureux qu'unique.
Deux vérités également incontestables, bien qu'opposées, 2 me paroissent ressortir des différents discours
que vous avez entendus. L'une, que les droits des
créanciers, de quelque nature qu'ils soient, sont im- --- Page 4 ---
RPJCB
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prescriptibles, puisqu'ils ont même résisté jusqu'ici
à tous les empiétements de l'arbitraire et de la violence pendant la longue suite de nos bouleversements
politiques; l'autre, que, jamais circonstance plus dure,
une
plus pressante 2 n'exigea plus impérieusement
exception en faveur de ses victimes.
La force et la chaleur avec laquelle lamendement
de la commission a étéattaqué et défendu, prouvent
combien mes nobles collègues se sont trouvés froissés
entre ces deux principes.
Cetamendement me paroissoit, jelavoue, troparbitraire contre les droits des créanciers; la loi proposée,
en revanche, me paroit trop rigoureuse envers les
colons qu'elle se propose de soulager, et le mode de
distribution de son bienfait en rend l'avantage à-peuprès illusoire.
Mais commentsortir de ce Jabyrinthe inextricable?
Commento concilier ce qui paroit ne pouvoir jamais se
rapprocher? J'ose soumettre, à la Chambre ce que je
considère comme le seul moyen d'atteindre ce.but tidésirable. Cest de rendre facultatif ce quel'amehdement
de la commission avoit de tropimpératif envers les
créanciers des colons, et, en même temps, d'useride
tout le pouvoir que la mesure bienfaisante du Gauvernement, , envers ces derniers, met entre ses
mains, pour que ce bienfait devienne pour eux une
réalité.
1017 atorr 91
Ona eu raison deledireàcette tribune,Tindemmite
des colons n'est autre chose qu'un débris sauvé d'un
immenser naufrage. Le gatenemsueoinailpss
voir et les moyens de recréer une partie de ce quon
s'étoithabituéa regarder rommrcanteniabatjamis
aisante du Gauvernement, , envers ces derniers, met entre ses
mains, pour que ce bienfait devienne pour eux une
réalité.
1017 atorr 91
Ona eu raison deledireàcette tribune,Tindemmite
des colons n'est autre chose qu'un débris sauvé d'un
immenser naufrage. Le gatenemsueoinailpss
voir et les moyens de recréer une partie de ce quon
s'étoithabituéa regarder rommrcanteniabatjamis --- Page 5 ---
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Le Roi a acquis une classe de ses sujets aussi intéressante qu'infortunée, ce dédommagement inespéré;
mais il Ta acquis au prix de son droit de souveraineté,
qui, bien que sans exereice, n'en restoit pas moins un
droit réel, tant qu'iljugeoit à-propos de le maintenir.
Ce sacrifice immense, si l'on en considère les conséquences morales et politiques sur lesquelles il seroit
désormais hors de propos de s'étendre, ce sacrifice
donne, à mon sens, au Gouvernement, un droit
plein et entier d'imposer les conditions auxquelles il
voudra distribuer le bienfait dont son abandon fut le
prix,
UD TOIO u a 330
Que ceux des créanciers qui voudront y prendre
part ne puissent le faire qu'au prix de concessions,
qu'au défaut de la loi, un sentiment d'équité, d'humanité, quela force deschoses enfinleur commandent,
eta auxquelles on nous annonce qu'un grand nombre
d'entre eux veulent déja donner T'honorable
de se soumettre, Mais que leur choix soit entièrement exemple
libre, que la loi les y invite, mais ne les y
pas! 1 noili
contraigne
19 Ce projet, qui me paroit accorder les exigences
du droit commun avec les nécessités d'exception
nous occupent, ne peut d'ailleurs être considéré qui
comme une'innovation: Les esprits sont déja familiarisés avec cette' mesure, etlart. 18 de la loi d'indemnité des émigrés en a ouvert les voies. M. le Ministre
des finances lui-méme, dans son discours
établi unetrès juste distinétion entre le mode d'hier, a
pour les eréanciers dés éntigrés et celui qui étoit adopté
posé, dans l'amendement qu'il combattoit. Ilal déclaré prolec premier plus équitable, et j'adopte entièrement
familiarisés avec cette' mesure, etlart. 18 de la loi d'indemnité des émigrés en a ouvert les voies. M. le Ministre
des finances lui-méme, dans son discours
établi unetrès juste distinétion entre le mode d'hier, a
pour les eréanciers dés éntigrés et celui qui étoit adopté
posé, dans l'amendement qu'il combattoit. Ilal déclaré prolec premier plus équitable, et j'adopte entièrement --- Page 6 ---
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son idée. Quelque distinction qu'on veuille établir
entre la révolution française et cellede Saint-Domingue, ces deux révolutions ne diffèrent réellemento que
dans les détails, et des circonstances locales, sur
lesquelles, la diversité du pays, des habitants, des
moeurs et des usages, ont da néccsnirementinftuer,
L'origine de ces deux fatales révolutions est la même;
leurs résultats également désastreux. Et, qu'on ne
nous dise point, comme on Ta déja fait entendre, que
les colons dans le principe n'ont dû leurs maux qu'à
enx-mémes; qu'eux-mémes onta appelé de leurs voeux
insensés cette révolution qui les a entrainés dans
l'abime! Cela peut-étre. Eh! qui a jamais douté de
Tinconséquence des hommes! Mais, en France, nousmêmes, aurions nous tous été à l'abri d'un pareil
reproche? Ne pourroit-on pas aussi nous citer d'imprudentes provocations à notre propre ruine? Eh!
qu'importe, après tout? Les erreurs des hommes sont
passagères comme eux; la main bienfaisante du temps
les enveloppe d'un nuage favorable, etlesabandonne
aux doutes de Thistoire. Mais la législation ne doit
connoitre les erreurs des hommes que pour en
préserver l'avenir. Elle ne récrimine point, elle
répare.
Ainsi, sans vouloir remuer la cendre des malheureux colons qui, s'ils se sont égarés dans leurs voeux,
ne les ont que trop cruellement expiés, avouons que
le décret de l'assemblée constituante du 15 mai 1791,
qui applique si brusquement aux colonies, la déclaration des droits de Thomme proclamée en France,
est là, pour indiquer ladate de leurs malheurs. Il est
frère de-la loi révolutionnaire du 2 septembre 1792,
Ainsi, sans vouloir remuer la cendre des malheureux colons qui, s'ils se sont égarés dans leurs voeux,
ne les ont que trop cruellement expiés, avouons que
le décret de l'assemblée constituante du 15 mai 1791,
qui applique si brusquement aux colonies, la déclaration des droits de Thomme proclamée en France,
est là, pour indiquer ladate de leurs malheurs. Il est
frère de-la loi révolutionnaire du 2 septembre 1792, --- Page 7 ---
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qui sonna le tocsin! pour la spoliation des émigrés. La 4
mère patrie et les colonies étoient soumises aut même
gouvernement. Ses décrets ont eu également force de
loi dans l'une et dans l'autre. Les
conséquences en
ont été les mêmes; la réparation doit être égalc.Après
un long intervalle, d'autres réglements ont consommé, ont même sanctionné Toeuvre que ces décrets
avoient commencée. AI Dieu ne plaise, cependant,
je les place sur la même ligne! Il y a autantde diffé- que
rence dans lesprit et les motifs quiles ont dictés,
dans les époques qui les ont vus naitre. Mais je que ne
saurois méconnoitre, avec un noble duc qui Ta dit
hier à cette tribune (M. le duc de Fitz-James),
jusqu'a Tordonnance du Len avril 1825, les colons que,
avoient le droit de dire, ainsi que les
la promulgation de la Charte: Oui, émigrés,jusmu'a ce champ;
cette
oui,
habitation, sont à moi. Ni les uns, ni les autres
ne le peuvent plus aujourd'hui; que dis-je? il leur est
désormais interdit d'y penser. Je le répéte, la similitude de leur sort exige un traitement uniforme.
J'ai donc T'honneur de proposer, à la Chambre,
Tamendement suivant, basé sur les principes de
Tart. 18 de la loi d'indemnité des émigrés. Il
former le second paragraphe de Tart. 9 du
pourra
vous
est soumis.
projet qui
Paragraphe additionnel à larticle 9.
n
wLes créances, dites de Sinchoningie.amerien.
res au ICF janvier 1792, ayant pour cause des
dons, legs, ventes d'habitations, de maisons, de négres, ou des avances faites pour la eulture,.s .seront
Tart. 18 de la loi d'indemnité des émigrés. Il
former le second paragraphe de Tart. 9 du
pourra
vous
est soumis.
projet qui
Paragraphe additionnel à larticle 9.
n
wLes créances, dites de Sinchoningie.amerien.
res au ICF janvier 1792, ayant pour cause des
dons, legs, ventes d'habitations, de maisons, de négres, ou des avances faites pour la eulture,.s .seront --- Page 8 ---
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éteintes tant pour les intérêts que pour le capital, par
l'effetde la saisie-arrêt ci-dessus mentionnée. 2
Le second paragraphe de T'art. 9 du projet de lois
commençant par ces mots: k En cas de concessions
entre plusieurs créanciers, etc., pourroit alors former le dixièmearticle.
S
Par cet amendement, nobles Pairs, si le créancier
ne voit réprouver ni prescrire impérieusement: aucun
de ses droits antéricurs,lec colon débiteur, de son côté,
ne se voit pas ripmirnsementimpoer une loic qui en
le privant de ce; que le bienfait de l'indemnité a de
plus positif et de plusimmédiat, luilaisseroiten outre
tout le fardeau de la situation sous laquelle il gémit
et se débat depuis plus de trente ans. En adoptantle
modedeloption, les principes généraux sont sauvés,
ledroit de la propriété respectés mais T'humanité est
satisfaite,autant queles bornesdu bienfait le compors
tent, etile Gouvernement se sera montré réellement
juste et paternel. Ceux d'entre les créanciers qui
avoient déja annoncé vouloir céder à unegénéreuse
impulsion, pourront trouver dans cet arrangement
un moyen de rendre efficace le noble sacrifice qu'ilsi
s'imposoient d'avance; ceux, au contraire, qui persévéreront à maintenir leurs droits et prétentions dans
toute leur rigueur, continueront, comme parl le passé,
à courirla chance des événements et des hasards; mais
aussi alors, les, débiteurs, qui leur resteront assujétis
pour la totalité de leurs créances, jouiront, du moins,
sans partage du morceau de pain que le Gouvernement leur accorde. Pour moi, j'ai l'intime conviction
que ladoption d'une mesure semblable améneroif
des transactions nombreuses, car il faut Jien se le
leurs droits et prétentions dans
toute leur rigueur, continueront, comme parl le passé,
à courirla chance des événements et des hasards; mais
aussi alors, les, débiteurs, qui leur resteront assujétis
pour la totalité de leurs créances, jouiront, du moins,
sans partage du morceau de pain que le Gouvernement leur accorde. Pour moi, j'ai l'intime conviction
que ladoption d'une mesure semblable améneroif
des transactions nombreuses, car il faut Jien se le --- Page 9 ---
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persuader, ce n'est qu'au moyen de transactions que
peut finir un état de choses onéreux et insupportable
aux deuxparties, etjusqu'ici sans solution raisonnable
pour aucune. Rien de ce qui dépasse de certaines
bornes nel peut avoir d'effet salutaire pour le présent,
ni d'effet durable pour l'avenir. Une mesure qui
auroit dépassé nos pouvoirs, n'auroit pas aneanti en
réalité des droits légitimes quoiqu'esorhitants. L'impossibilité est la seule barrière contre laquelle ils
puissent venir se briser. Je ne doute pas que depuis
1820, terme du dentieraursis.jespea cejour, chacun
des créanciers ne connoisse déja parfaitement les limites de ses prétentions et de ses cspérances ; ils
n'aura pas long-temps à méditer sur loption. Une
fois décidée, fions-nous en au bon sens et aux calculs
des intéressés, et à la force de la nécessité pours'entendre.
3TOD
up
Mais une observation, qui me paroit mériter toute
lattention et la sollicitudede la Chambre, c'est la dif
ferencedepostion des colonsd'anjouraflui,; avec celle
des anciens propriétaires de Saint-1 Domingue. La
mort a faitdisparoitre ceux-ci presqu'en entier; ce ne
sont plus, en grande partie, que leurs héritiers quiles
représentent. A eux appartientaujourdhuile droit de
réclamer l'indemnité. S'ils la réclament comme héritiers purs et simples, ils se rendront, tant pour le
présent que pour l'avenir, responsables de la totalité
des dettes de l'ancien colon; tout ce qu'ils possédent
ou posséderont jamais, devra en répondre. Que recueilleront-ils, au contraire, s'ils ne réclament que
sous bénéfice d'inventaire? Rien, absolument rien.
Car quelle est la fortune coloniale oùt les dettes ne se
'indemnité. S'ils la réclament comme héritiers purs et simples, ils se rendront, tant pour le
présent que pour l'avenir, responsables de la totalité
des dettes de l'ancien colon; tout ce qu'ils possédent
ou posséderont jamais, devra en répondre. Que recueilleront-ils, au contraire, s'ils ne réclament que
sous bénéfice d'inventaire? Rien, absolument rien.
Car quelle est la fortune coloniale oùt les dettes ne se --- Page 10 ---
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trouvent pas excéder le dixièmede la valeur de la
priété? Si du moins la loi déclaroit que la réclamation prod'indemnité, dans ce cas, ne pourroit leur être
sée comme acte d'héritier pur et simple, ils se trouve- opporoient alors au niveau des propriétaires encore existants, quifont valoir leursdroits pour eux-mêmes.
Je terminerai ces observations en soumettant à la
Chambre lei motifqui im'a faitinsister sur le terme
du
Ier janvier 1792. C'est qu'il me paroit la lignede démarcation la plus approximative qu'on puisse établir entre l'ancienne situation fixe et stable de SaintDomingue, et T'espèce d'état transitoire qui a précédé
la perte entière de cette colonie. Ceux qui ont fait des
avances, prêts ou transactions, depuis cette funeste
époque, ont dà néessairementles établir sur d'autres
bases. Ils n'ont pu les faire avec cette plénitude de sécurité et de confiance qui présidoit à celles que la
prospérité de l'ile avoit fait naitre, et qui range les
créanciers de cette époque dans une classe plus
ciale. Jesais qu'une pareille ligne ne peut jamais spé- être
rigoureusement exacte, et que quelques intérêts
ticls peuvent se trouver froissés en-deçà et au-delà. parMais cela devient inévitable en tout état de cause, et
quelque précaution que la loi prenne, elle est. hors
d'état de parerà tous les cas particuliers.
Je m'estimerois trop heureux, Messieurs, que l'amendementquejai Phonneur desoumettre eu ce moment à VOS Scignearies, put satisfaire à toutes les
et
opinions,
nous faire sortir de la pénible anxiété où
nous tient ce combat entre un droit inflexible et la
voix non moins puissante delhumanité etd'uneéquité
conciliatrice. Je conjure la Chambre de vouloir bien --- Page 11 ---
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considérer que la décision qu'elle va prendre va avoir
une influence irrévocable sur le sort des malheureux
colons. Elle va ranimer leur espoir, ou achever de
les accabler. L'article 9, dont nous nous occupons, est
le dernier du projet deloi, de quelque importance,
pour le fond de la question. Tout y est encore renfermé. Le reste est affaire de pure forme: je conclus
en la suppliant de bien se pénétrer de l'idée que mon
amendement diffère entièrement, tant dans son principe que dans ses effets, de celui qu'elle a rejeté hier.
Cette différence est immense. Ily a toute la distance
d'un choix volontaireà une obligation inévitable, du
libre arbitre à la force. --- Page 12 --- --- Page 13 --- --- Page 14 ---
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Esa6
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