--- Page 1 --- --- Page 2 --- --- Page 3 ---
M
a
s
A
P P E L
Interjetté par l'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE de la partie
Françoife de Saint-Domingue,
AI PASSEMBLE ÉE NATIONAL E,
MIEUX INSTRUITE,
Tant du Rapport > à elle fait par fon COMITÉ des
COLONIES, les II & I2 Odabre dernier, que
du DÉCRET furpris fur ce Rapport, 6 de tout ce qui
s'en effruivi, ou pourroit s'enfuivre.
Lxs Repréfentans d'un Peuple libre, les régénérateurs
d'une grande Nation, ne fe croiront pas fans doute outragés par un Appel que n'ofa éluder autrefois un, defpote
aveuglé par la double ivreffe du pouvoir arbitraire, & du
vin. Philippe de Macedoine avoit dans cet état rendu une
fentence injufte > fans vouloir écouter le plaideur qu'il
condamnoit; celui - ci s'écria qu'il en appelloit à Philippe.
à jeun. Revenu àl lui-même par l'excès de fa
furprife, le Mortarque fe. contint > il écoura, il comprit:
il réforma fa fenténce.:
A --- Page 4 ---
Légiflateurs d'une Nation dont nous nous honorerons
toujours de faire partie, vous étiez de fang-froid, quand
vous avez porté le Décret fur lequel il eft tems enfin d'6clairer votre droiture, de forcer votre repentir, de provotre rétractation : mais vous étiez abulés. Vous
voquer
d'un autre
cherchiez la vérité; nous vous l'apportions
hémifphere : nous avions franchi dix-huit cens lieues pour
qu'elle vous parvint direétcment dans toute fa pureté.
Des hommcs quiavojent votre confiance cxclufive, fc font
en votre nom de vous la dérober, de Pétouffer :
permis réfulte
vous avez prononcé fur un Roman, &c
il en
que
auffi mal-adroite
fur un Roman tiffu avec une impofture
criminelle : cetre décifion a compromis les intérêts
que
de cet empire : clle a violé lcs droits les
les plus précieux
plus facrés du Peuple : elle a flétri, autant qu'une injullice
flétrir, les plus innocens des hommes; elle a encoupcur récompenfé, couronné les plus coupables.
ragé,
réparation écoutez-nous enfin. Aprenez
Pour premiere vous a cachés: admettez des éclairdes faits réels qu'on
ciffemens dont un expofé infidelc vous a privés, préla franchife fans art qui convient à des
fentés avec
hommes libres.
fommesD'abord, nous ofons le demander: pourquoi
nous ici? Pourquoi nous y rerient-on, non-feulement fans
mais en affeétant de paroitre nous oublier ? Si
nous juger, innocens, notre féjour forcé eft une iniquité,
nous fommes
uneviolation ouverte des droits de Phomme. Si nous fommes
coupables, notre impunité n'eft pas moins répréhenfible.
Nous y avons été portés volontairement par un patriorifime auffiardent, auffi fincere, qu'aveugle peut-être 5
accueil y avons-nous reçu? Arrivés avec la qualité
quel
paroitre nous oublier ? Si
nous juger, innocens, notre féjour forcé eft une iniquité,
nous fommes
uneviolation ouverte des droits de Phomme. Si nous fommes
coupables, notre impunité n'eft pas moins répréhenfible.
Nous y avons été portés volontairement par un patriorifime auffiardent, auffi fincere, qu'aveugle peut-être 5
accueil y avons-nous reçu? Arrivés avec la qualité
quel --- Page 5 ---
d'aceufiteurs, &c le droit , lIcs titrcs qui la juftifioient;
métamorphofés fubitement, fans examen, fur les allégations les plus faufles, non-feulement en accufis, mais en
coupables ; déja jugés 9 condamnés dans nos actes , &
deftiruds dans nos perfonnes, fur un rapport où il eft die
formellement qu'on n'entend apprécier quc nos actes, de
qu'on laife à l'écart nos perfonnes , parce qu'elies pourroient nEtre pas criminelles 3 nous n'cn fommes pas
moins dapuis cinq mois cfeétivement prifonniers fans
rien comprendre à cettc rigueur, ni à cette indulgence.
Un Décret du 20 Septembre dernier nous a mis à Za
firite de PAffemblée Nationale; le principal grief que nous
a fait l'étrange rapport des I I 8c 12 Oétobre, fuite de ce
Décret , porte fur le fens que nous avons attaché à 1iL
mot ; notre grand crime aux yeux du Comité, eft d'avoir
cru lc 28 Mai dernier, à dix-huit cens lieues d'ici, que
le terme d'ACCEPTATION n'avoit pas perdu indifinétemen:
à Paris la vieille acception qu'il y avoit encore peu de
mois auparavant ; de n'avoir pas deviné que la révolution avoit pà s'étendre jufqu'au langage. Si nous nous
fommes fi mal trouvés d'une méprife fur un mot ancien,
l'erreur feroit bien autrement dangereufe fur un nouveau;
ne nous expliquera-t-on donc jamais ce que fignifie dans
l'idiôme de la révolurion, & de PAffembiée Nationale,
être mis A SA SUITE?
On ne nous l'a encore interprété que par des adtes.
Captifs dans lenceinte de cette Capitale, dénoncés àlopinion publique comme des rebelles conjurés contre la
France &cfa Confhatution,accablés de dégouts, expofésaplus
d'une cfpèce de perfécutions, & de périls, marqués en quelquc forte d'un fceau Aétriffant parle Décret du 1zo8obre
A 2
N :- w
mis A SA SUITE?
On ne nous l'a encore interprété que par des adtes.
Captifs dans lenceinte de cette Capitale, dénoncés àlopinion publique comme des rebelles conjurés contre la
France &cfa Confhatution,accablés de dégouts, expofésaplus
d'une cfpèce de perfécutions, & de périls, marqués en quelquc forte d'un fceau Aétriffant parle Décret du 1zo8obre
A 2
N :- w --- Page 6 ---
dernier , n'obtiendrons - nous donc jamais un cxamen &c
un jugement ? Ef-il de la dignité de P'Affemblée Nationale,
ou de fon équité, d'avoir à fafuite des hommes qu'elle
exclud de fon Tribunal ? Par être d la frite, faut-il entendre une efpèce d'excommunication politique 7 particulière, une nullité civile, dont il ne feroit permis ni de
demander, ni d'efpérer les motifs ?
Nous ne ferons pas à l'Affemblée Nationale Poutrage
de penfer 2 de craindre que CC foit là fa Jurifprudencc,
Les motifs de fa rigueur anticipée exiftent fans doute
cans le prétendu rapport concerté pour lui faire illufion.
Eh bien, c'eft ce même rapport fur le dévelopement duquel nous fondons notre juftification. Reprenant d'après
cette piccc même lc fcul rôle qui nous convienne 9 celui
d'accufateurs, nous allons en peu de mots démafquer, confondre, nos calomniateurs d'Amérique & d'Europe : nous
allons donner une idée abrégée des prévarications fans nombre, des manceuvres par lefquelles on s'eft propofé d'étouffer la liberté dans notre hémifphère, & qui ne font
pas affurément fans danger pour ellc dans celui-ci.
Nous nous conformeronsàl la divifion que lc rapport même
des II &c 12 oétobre nous à tracée. Il a féparé nos acles
de nos intentions ; nous allons prouver que nos actes
étoient réguliers, &c nos intentions pures ; que pour faire
paroitre ceux-là repréhenfibles le Comité, dans le compte
qu'il a feint d'en rendre, les a dénaturés; quc ce n'eft que
pour fe ménager le moyen de ne pas rendre juftice à
celles-la , qu'il a feint d'en différer le jugement : &E après
avoir prouvé qu'on a'a pas DU nous deftituer, nous établirons qu'on ne l'a pas PU.
étoient réguliers, &c nos intentions pures ; que pour faire
paroitre ceux-là repréhenfibles le Comité, dans le compte
qu'il a feint d'en rendre, les a dénaturés; quc ce n'eft que
pour fe ménager le moyen de ne pas rendre juftice à
celles-la , qu'il a feint d'en différer le jugement : &E après
avoir prouvé qu'on a'a pas DU nous deftituer, nous établirons qu'on ne l'a pas PU. --- Page 7 ---
S I.
D E NOS ACTES
Comment le Rapporteur , &c le Comité dont il s'elt
rendu l'organe, auroient-ils pu lcs apprécier ? Les prcmicres lignes du tableau fidele 3 fuivant eux ; de cette pièce
qui n'auroit dû êtrc que l'expreflion dcla douleur, quand
nous aurions cté coupables; qui n'auroit dû rappeller que
des idées de pacification, ou du moins de jultice, font une
déclaration de guerre contre nous. Elles préfentent Pavcu
fans détour de la plus odicufe partialité, Le Rapporteur
énonce netrement qu'il exiftoit Long-tems avant notre ar ivée,
dans le Comité, une confpiration pour nous difoudre pour.
annéantir nos actes, pour cnvoyer d'ici des fatellites armés,
deflinés à feconder ceux qui avoient déja la miffion de
nous égorger fur nos foyers : &c tout ce qui accompagne
V
cet aveu eft remarquable.
(C A peine, dit le Rapporteur, cûmes nous reçu l'envoi
> officiel de quelques Décrets de PAflemblée Générale 2
> qu'une lettre de lAffembléc Provinciale du Nord nous
> fupplia de fulpendre d'en délibérerjufqu'àla prochaine rC-
> ception d'une adreffe dont clle nous annonçoir l'envoi(1).
() Une des mancuvres 2 oul , f l'on veut, une des méprifes du Rapport 1 c'eft l'affedation a préfenter toujours l'Afemblée Provinciale du
Nord * comme l'émule legitime de PAfemblée Générale, comme fon ègale en
droit > S: enautorité. Cependant elle ne prétend elle-même repréfenter qu'un
canton, , cnviron les # dela Colonie 5 dans le fait, d'après les Procis-Verbaux,
clle n'ef avouée que par un tres-petit nombre des Paroiffes de ce conton
SEPTfur VINGT-SIx ;1 tandis que 'Affemblée Générale repréfente la Colonie
entiere; elle aété reconnuer par l'Affemblée Provinciale du Nord. 9 qui lui a obéi,
jufqu'au moment où des motifs cachés, des intérêts perfonnels qui ne tarderont pas à être dévoilés, ont produit fa révolte.
<m : >
le n'ef avouée que par un tres-petit nombre des Paroiffes de ce conton
SEPTfur VINGT-SIx ;1 tandis que 'Affemblée Générale repréfente la Colonie
entiere; elle aété reconnuer par l'Affemblée Provinciale du Nord. 9 qui lui a obéi,
jufqu'au moment où des motifs cachés, des intérêts perfonnels qui ne tarderont pas à être dévoilés, ont produit fa révolte.
<m : > --- Page 8 ---
>> Cotte adrefTe ell arrivée en efet, a étélue & renvoyée
>> au Comité des Colonics, > le : .du mois de feptembrc.
>> Prefque au même inflant nous avons appris que PAL
> femblée Générale étoit parvenue àfe faire confirmer par
> unefoible majorité: (1) dès-lors leisdienstuffarpy.
>> fes, & chaque jour nous en a annoncé de nouveaux.
> ENFIN, la conduite de PACemblée Générale nous
> avoit paru telle, après fi confirmation, que nous érions
> détcrminés à vous propofer de la difoudre, de caffer f2s
>> arrêtés, d'envoyer des forces dans la Colonie, & nous
> rédigions les mosifs de ceite réfolution iorfque P'arrivée
>) du Léopard a préfencé une nouvelle firuation des
> chofes (2) >).
A ces mots d'événemens pregts, de nouveautés journalieres, à cette exprellion ENFIN, qui femble fuppofer une
elpecc de laffitude, de'fatiété de nouvelles, & de preuves de notre mauvaife conduite s qui ne croiroit qu'entre
le moment où le Comité a pu être informé de cette confirmation qu'il affedte de préfenter comme douteufe, & l'arrivée du Léopard, il s'eft écoulé un long intervalle de rems;
qu'après avoir reçu, 8 lu, l'Adreffe de PAffembléc Provinciale du Nord, ces Rapporreurs fcrupuleux ont mûrement pefé les'faits; qu'ils ont long-tems héfité fur une multitude dc dénonciations ; qu'ils ont profondément réfléchi
fur une foule d'aétes criminels fuccefivement parvenus
(I) Voyez fur cette majorité la page 59 ci-après.
(2) Voyez lc RAPPORT fur les affaires de Saint-Doming:s 1 feir 2
PAfemblée Nationale au nom du Comité des Colonies, lesII & 12 Odobre
179> 9 par M. Barnave , imprimé per ordre de l'Affemblée Nationale, 3
page 2.
'ils ont profondément réfléchi
fur une foule d'aétes criminels fuccefivement parvenus
(I) Voyez fur cette majorité la page 59 ci-après.
(2) Voyez lc RAPPORT fur les affaires de Saint-Doming:s 1 feir 2
PAfemblée Nationale au nom du Comité des Colonies, lesII & 12 Odobre
179> 9 par M. Barnave , imprimé per ordre de l'Affemblée Nationale, 3
page 2. --- Page 9 ---
à leur connoiflance, avant de prendre leur dérermination
diffolvante , caffante & meurtriere 2 Avec quelle furprife
n'apprendra-r-on pas qu'il n'y a point eu d'intervalle, qu'il
n'a pas pu y en avoir.
Le Rapporteur en indiquant la réception delAdreffel hoftile fi bien accueillic au Comité, de cette premiere révolte
d'une Affemblée partielle, fubordonnée, contre les Repréfenrans dela Colonie entiere , a eu la précaution de laiffer
en blanc la date du jour; mais il lui eft échappé d'indiquer
celle du mois : c'étoit relativement à celui où il parloit
le mois dernier, &c il parloit en Oftobre. Cette réception eft
donc de Septembre. La nouvelle de notre confirmation,
forte ou foible , eft poftérieure, puifqu'clle n'eft parvenue
que prefqu'au méme inflant 2 &c le Léopard qui nous portoir
nous-m@mes, eft arrivé le 14 de ce même mois.
Quand la date laiffée en blanc feroit du premier; quand
lepre/qu'aumône inflant dela confirmation ne déligneroit que
duxjours,ilu'y en auroit donc cu que dix de diftance entre
la nouvelle quc nous avions été avoués pour la feconde fois
à Saini-Domingue par la Colonie, &c celle de notre débarquement à Brefl; or,quelqu'adroir que foit le Rapporteur,
qucique preffe que fût le Comité, on fe perfuadera difficilement que, dans ce nombre défini de jours, il leur foit
parvenu une infinité de dépêches 5 qu'on leur ait dénoncé
une infinité d'incidens capables de motiver leur rigueur.
On fera peut-être tenté de croire qu'il n'y a eu méprife
que dans la ranicre de préfenter les faits; que c'eft fur
le théàtre même des événémens qu'il y a eu prefe; &c que
la foule des nouvelles a pu arriver en lialje tout-à-la-fois,
comme des gazettes, par un feul courier , ou par un feul
vaifleau; mais le Comité n'a pas cette excufe.
'incidens capables de motiver leur rigueur.
On fera peut-être tenté de croire qu'il n'y a eu méprife
que dans la ranicre de préfenter les faits; que c'eft fur
le théàtre même des événémens qu'il y a eu prefe; &c que
la foule des nouvelles a pu arriver en lialje tout-à-la-fois,
comme des gazettes, par un feul courier , ou par un feul
vaifleau; mais le Comité n'a pas cette excufe. --- Page 10 ---
Notre conârmation a eu lieu en Juillet; elle a éré proclaméele 23 dc ce moispar le Gomemeurmeme, qui a rcconnu
la majorité forte ou foible, & s'y eft foumis. Or, ce même
Gouverneurnous a déclaré la guerre en formele 291 fuivant;
&c le 8 Août, nous avons quittéla Colonic. La partie de notre conduite poftérieure à la confirmation, celle qui a paru
aul Comité 6 dangereufe, fi coupable, eft néceffairement
poftérieure auffi àla proclamarion du Gouverneur: car fans
doute celui-ci ne fe feroit pas empreflé de rendre hommage
à notre qualité de Reprefentans du Peuple, confirmée par le
Peuple, fi nos aétes jufques-là lui avoient paru criminels.
Tous nos délits feroient donc renfermés dans ce court
efpacc dejours écoulés durg au 29 Juiller;8 & quand chacun
de ces jours, comme dit le Comité, auroit amené à SaintDomingue une fcene nouvelle, comment en auroit-il pu êtrc
inflruit? Comment auroit-il pu l'être d'une maniere affez
ftre, aflez authentique pour fe croire en droit de porter à
Paris, en Scptembre, un jugement dé cafition, de deftitution ?
Il eft fort douteux que dans cet intervalle il cûc pu
reccvoir des éclaireillemens, même du Gouverneur, aflez
occupé de fes intrigues, de fes préparatifs pour lei meurtre,
de fes efforts pour féduirc les bons Citoyens, > pour armer
les mauvais; de ia iugte, il faut le dire. 2 avec nous, quien
eler oppofions à fa furcur, à la rage de tous fes entours,
la fermeté, Pénergie que de vrais Repréfentans du Peuple
devoient à leur honorable, à leur périlleufe miflion.
Mais à feppofer que ce Chef de meurtriers eût pu tracer
avec fon poignard toujours levé fur nous, quelques mots
d'inftruction pour le Comité, ce Comité devoit du moins
attendre les nôtres pour fe déterminer à propofèr dc nous
difoudre.
ions à fa furcur, à la rage de tous fes entours,
la fermeté, Pénergie que de vrais Repréfentans du Peuple
devoient à leur honorable, à leur périlleufe miflion.
Mais à feppofer que ce Chef de meurtriers eût pu tracer
avec fon poignard toujours levé fur nous, quelques mots
d'inftruction pour le Comité, ce Comité devoit du moins
attendre les nôtres pour fe déterminer à propofèr dc nous
difoudre. --- Page 11 ---
difoudre. Or, Ics nôtres c'eft nous mêmes qui,les avons
apportés le quatorze Seprembre ; & le Rapporteur nc les
a pas reçus : il n'a pas voulu les recevoir, parce que fa désermination étoit prife ; & elle Pétoit fi bien que dès le
Ier, Oétobre, pour toute réponic à nos inftances pour
être entendus, il avoit eu l'inconcevable franchife de nous
notifier que cette détermination feroit celle de PAlemblée
Nationale; ; que nos actes feroient déclarés criminels, & annullés; que nos perfonnes feroient deftituécs ; que le vou
colonial, qui nous avoit appellé à nos fonétions, feroit
anéanti;il nous avoit détailléle. Décret fatal du I 2 Oétobre
avec la méme précilion, la même affurance qu'il a montrée
depuis, quand il l'a préfenté à l'acceptation de Paffemblée
nationale. Vrai diétateur 2 defpote impéricux dans la Tribune confacrée à la défenfe de la liberté, ce n'eft pas un
projet qu'il a foumis à T'examen des Légiflateurs Suprêmes;
c'eft un arrêt fans appel rendu depuis un mois, qu'il a bien
voulu faire munir cC jour-là de leur cachet.
Cette anticipation injuricufe pour l'Affemblée Nationale 5 cette précipitation inique. 3 inexcufable envers nous;
cette opiniatreté à repouffer toute efpècc de lumières
offertes de notre part; cettc audace à porter une fentence
de mort contre notre honneur 1 contre des adtes utiles à
la Colonie, avoués par la Colonie ,* contre des pouvoirs
émands de la Colonic, &c renouvellés folcmnellement par
la Colonie 5 par un fecond choix que Ics moteurs de ce
Comité même avoient provoqué, dans lefpérance d'un
autre fuccès, ne font-ce pas là des preuves décifives de fa
partialité ? Quelle exadtirude pouvoit - on attendre d'un
Rapporteur, d'un Comité s capables de fc livrer à une
parcille prévention, & affcz mal-adroits, ou aflez pafB
, &c renouvellés folcmnellement par
la Colonie 5 par un fecond choix que Ics moteurs de ce
Comité même avoient provoqué, dans lefpérance d'un
autre fuccès, ne font-ce pas là des preuves décifives de fa
partialité ? Quelle exadtirude pouvoit - on attendre d'un
Rapporteur, d'un Comité s capables de fc livrer à une
parcille prévention, & affcz mal-adroits, ou aflez pafB --- Page 12 ---
Yo
flonnés ; pour ne pas prendre même la peine de déguifer
leur acharnement ? Auffi la totalité du rapport n'eft-elle
quc trop digne de ce début.
Après avoir annoncé un tableau fidèle des faits,tracé fur
les pièces qui font dans fes mains s le Rapporteur rend
compte des évènemens horribles de la nuit du vingt-neuf
au trente Juillet. C'eft-là qu'il a trouvé le principal fondcment aux actions de grace s aux louanges qu'il a furprifes
à PAffemblée Nationale, en faveur de la manceuvre infernale qui a fait couler le fang des meilleurs de nos Citoyens:
fon récit eft contourné teut entier à la gloire de la fagefle,
de la modération, de la valeur du fieur Mauduit, fon héros,
& cn efet celui de cette exécrable nuit.
Il le louc d'avoir amené des canons qui n'étoient pas
chargés, ou du moins qui certainement, ajoure-t-il, n'ont
atteint perfonne (1). Il affirme que ce Colonel n'a pas tiré
le premier ; qu'il n'a marché que pour diffiper un attroupement illégal , pour fe procurer des otages capables de
raffurer contre les fuites d'une rebellion (2).
C A la vérité > dit t-il négligemment > on a cherché à
> répandre que M. Mauduit a fait fcu ke premier ; qu'il a
> donnéla mort à plus de trente perfonnes ; mats ces bruits
> répandus > continue-t-il, n'ont été affirmés dans aucun
> adle QUI NOUS SOIF PARVENU, 9 tandis que M. Mauduit
> a fait imprimer & publier fa relation s 8c que M. de
>> Peinier a confirmé les mémes fairs dans une proclama-
>) tion afichée,le 6 Août, au Port-au-Prince, où CCS évé-
> ncmens s'étoient paifis, & où il étoit impoffible quc les
(1) Yoyez lc Rapport, pag. 60.
(2) Ibid.
> adle QUI NOUS SOIF PARVENU, 9 tandis que M. Mauduit
> a fait imprimer & publier fa relation s 8c que M. de
>> Peinier a confirmé les mémes fairs dans une proclama-
>) tion afichée,le 6 Août, au Port-au-Prince, où CCS évé-
> ncmens s'étoient paifis, & où il étoit impoffible quc les
(1) Yoyez lc Rapport, pag. 60.
(2) Ibid. --- Page 13 ---
YI
>> circonfances & le nombre dcs morts ne fuffent pas
>) connus >.
Et comment les aétes où étoient affirmés les bruits répandus, vous feroient-ils parvenus P Quand on vous les a
offerts, vous avez repouffé avec dédain la main qui vous lcs
préfentoit. En vain nous vous avons rappelléà des procèsverbaux du lendemain de Padion, fignés par des hommes
connus, par des Officiersen titrc, imprimés depuis, colonne
par'colonne , pour démentir la relation menfongère publiée
par les fieurs Mauduit &c de Peinier fix jours après. En
vain nous vous avons fupplic de prendre connoiflance de
nos Archives qui exiftent entre nos mains, des Regiftres du
Comitédu Port-au-Prince, quidoivent être dans celles de nos
ennemis s pour voûs convaincre quc lc prétendu attroupement diffous par l'expédition nocturne du fieur Mauduit,
éroit unfervice militaire régulier 3 fait par la Garde Nationale de cette Ville ; que c'étoit fon Corps-de-garde que le
fieur Mauduit avoit forcé; que c'étoicnt des fentineiles en
faction, une garde enl regle, dans fon pafie , qu'jl avoit
affaffinéc. Envain nous vous avons déclaré que nous avions
Poriginal d'une Lettre d'un de fes compliccs 2 d'un des
affiftans à cette invafion, où il en fait le récit au moment
même, &c marque fon regret de ce que malheurculemene
les canons ne pouvoient étrep pointés afeg haut pour les joindre,
8c fa joie de CC qu'heurcufement la noufgueterie l'a prt. En
vain nous avons mis fous vOS yeux dcs exemplaires imprimés, & de Ces proecs-verbaux, & de cette lettre. (r)
Tous les témoignages propres à démontrer jufqu'a Pévi-
(I)Elle elt du Sieur de Couroyer, Lieatmant-Co'onel, qui commandoit
cette expddition", fous le Sieur Nanduir; 11 l'écrivoit au Commandan: du
déuachementdesaine-Rfare, où cifoit-il,it allcis ca faire cusnt.
B 2
ous vOS yeux dcs exemplaires imprimés, & de Ces proecs-verbaux, & de cette lettre. (r)
Tous les témoignages propres à démontrer jufqu'a Pévi-
(I)Elle elt du Sieur de Couroyer, Lieatmant-Co'onel, qui commandoit
cette expddition", fous le Sieur Nanduir; 11 l'écrivoit au Commandan: du
déuachementdesaine-Rfare, où cifoit-il,it allcis ca faire cusnt.
B 2 --- Page 14 ---
I2
dence, que l'affaut donné par le fieur Mauduit à ce Corpsde-garde, a été un acte de brigandage effroyable, une infraction. de la difcipline militaire (r), comme du droit
des gens; que c'eft lui qui a tiré le premier, aprèsavoiry provoquépar une aftuce digne de lui, le premier feu parlequel
il efpéroit excufer fon atraque (2); toutes ces preuves
exiftent ; nous. les avons. recueillies ;. nous vous les avons.
offertes, &c vous les avez inflexiblement rejettées; & vous
n'en avez pas moins perfifté à donner comme des preuves
irréfiftibles, les feuls récits d vous connus ceux du fieur
Mauduit, & les proclamations du fieur Peinier affichées,
dites-vous , fur les lieux.
Et qu'importe cette publicité? Quelle confiftance donnet-elle à ces. prétendus aétes, publiés dans une Ville oùr régnoit par la terreur le Defpotifme qu'ils tendoient à juftifier; oû le fang des Citoyens venoit de couler; où le fieur
Mauduit triomphant préparoit des confeils de guerre pour
égorger par Pentremife de fa juftice militaire, 2 les braves
Citoyens échappés à fes. canons pointés trop bas > à fa.
moufqueterie plus fûre de fes coups? ? Qui auroit ofé protef
ter contre fcs affiches 1 dans une pareille circonftance ?
Croira-t-on que ces hommes de fang fe foient fait fcrupule
d'alérerla vérité, de fe fabriqu er des titres dans un lieu oùzr
ils étoient bien sûirs de n'être pas contredits, quand on voit
un Membrc du Comité National, Dépofitaire de la confiance de PAflembléc Nationale, dénaturer hardiment dans.
(1) Cette garde prenoit Tordre recevoit le mot * comme la troupe réglée. :
elle l'avoit pris, & reçu, du Major. MILITAIRE delaplace,del M. d'Hudicourt,
le jour même..
(2) En arrivant en face du Corps-de-Garde il avoit fait briler troiss
amorces, dans l'efpérance que la Garde, à cecte lueur imprévue, ferois:
un: feu réel..
, dénaturer hardiment dans.
(1) Cette garde prenoit Tordre recevoit le mot * comme la troupe réglée. :
elle l'avoit pris, & reçu, du Major. MILITAIRE delaplace,del M. d'Hudicourt,
le jour même..
(2) En arrivant en face du Corps-de-Garde il avoit fait briler troiss
amorces, dans l'efpérance que la Garde, à cecte lueur imprévue, ferois:
un: feu réel.. --- Page 15 ---
fon fein, la vérité qu'il n'a tenu qu'à lui de connoître, &c
préfenter comme irréfragables ces mémes titres que la réclamation des témoins préfens devoit au moins lui rendre fufpeêts 5 fur la légitimité defquels elle devoit au moins lui
infpirer quelques doutcs?
Certes, c'cft une délicateffe bicn étrange que cellc d'un
Rapporteur, d'unJuge , qui écarte des pièces décifives, des
pièces auxquelles il préfume bien qu'il feroit impoffible de
ie refufer , afin de pouvoir dire cn fûreté de confcicnce
qu'il neles a pas vues; qu'elles ne luifont pas parvenues : mais
lc Comité ne s'eft pas toujours piqué dc ce ferupule, oudc
cette prudencc. Soit excès d'acharnement contre nous s foit
envie d'eflayer jufqu'ou pouvoit aller fon empire fur PAL
femblée Nationale, & fi la confiance en CC qu'il diroit, l'emportcroir fur le réfultat des actes produits par lui-mémc, le
Rapporteur n'a pas héfité tout-à-la-fois à articuler contre
nous une inculpation de la dernière violence, & à citer lai
pièce quinous en abfoud formellement.
A la page 40 de ce tableau fidele, il eft queftion d'un de
nos aétcs du vingt juillet. Ce Jour-là, dit lc Rapporteur, D
( PAffemblée Générale rend fon Décrct far Pouverture des
>> ports aux étrangers >), Suit le texte de ce Décret qu'il a lu,
ou du moins imprimé; & notre juge reprend, ( trois chofes
>> font à remarquer dans ce Décret ; I°, Pouverture de TOUS
> les ports rend par clle-même inutiles, &c illufoires, toutes
>> les précautions contre la fraude 9 G afure une INTRO-
> DUCTION ILLIMITÉE DE marchandifes de TOUTE6 e/pece.
Cctte aflcrtion eft répétée à la page 84, où on lie
qu'en fuppofant une diferte qui n'exifloit pas > PAffemblée
Générale a ouvcrt aux Etrangers TOUS les Ports de le
Colonie, & anéanti TOUTESIeS Loix du Commerce. Rien de
plus précis.
les précautions contre la fraude 9 G afure une INTRO-
> DUCTION ILLIMITÉE DE marchandifes de TOUTE6 e/pece.
Cctte aflcrtion eft répétée à la page 84, où on lie
qu'en fuppofant une diferte qui n'exifloit pas > PAffemblée
Générale a ouvcrt aux Etrangers TOUS les Ports de le
Colonie, & anéanti TOUTESIeS Loix du Commerce. Rien de
plus précis. --- Page 16 ---
Er l'article premier de ce Décret porte: ( tout bâtiment
>) ctranger admis dans les Ports du Cap, du Port-au Prince
> & des Cayes en vertu de PArrêt du Confeil d'Etat du
3) Roi, du 30 Aoitt 1784, & des Ordonnances fubféquentes
> des Général & Intendant, notanment de celles des 26
> Déoembre 821 Ayril derniers, fera ÉGALEMENT admis
> dans tous les Ports de la partie Françaife de. St-Domingue,
> où il y aura une MUNICIPALITÉ établie, Be NE POURRA Y
> INTRODUIRE quc lcs objers PERMIS PAR LESDITS ARRÉTS
> ET ORDONNANCES. >
Le refte du Décret, confiftant en dix-huir articles, cft
tout ensier employé à affurer cette premicre difpofition, à
empécher qu'on puiffe introduire d'autres objets que ceux
permis par lesdits Arrêts & Ordonnances.
Ainfi, c'eft notre Décret à la main que le Rapportcur
nous accufe d'avoir afluré une introduction illimitée de
Marchandifcs de TOUTE e/pece ; &c le Décrct porte une
reftriction formelle à cette introdudtion;
C'cft notre Décret à la main qu'il nous déclare coupables
d'avoir anéanti TOUTES les Loix du Commer ce établics dans
la Colonie ; & CC Décret tout entier exige l'obfervation
la plus rigourcufe de ces Loix;
C'eft notre Décret à la main que le Rapporteur nous
dénonce comme auteurs d'une nouveauté ruineufe pourla
France, comme ayant voulu intreduire une concurrence
univerfelle, favorable aux étrangers s,-jufques-là proferite,
infpirée par nos prétendusprojets d'indépendance ; & norre
Décrct n'eft que P'extenfion jufte 2 néceffaire, un certain
nombre des Ports de la Colonic, a ceux feulement ou il y
a des Municipalités établies 2 d'un Privilége abufif, accordé jufqucs-là dtrois vilies feules, qui aul licu d'en profiter
pour êtrc Ics nourrices du refte de cette Colonie, ilf s'en
pirée par nos prétendusprojets d'indépendance ; & norre
Décrct n'eft que P'extenfion jufte 2 néceffaire, un certain
nombre des Ports de la Colonic, a ceux feulement ou il y
a des Municipalités établies 2 d'un Privilége abufif, accordé jufqucs-là dtrois vilies feules, qui aul licu d'en profiter
pour êtrc Ics nourrices du refte de cette Colonie, ilf s'en --- Page 17 ---
prévaloient que pour s'approprier le bénéfice des foulagemens apportés à la difette , trop fouvent produite par leur
nésligence , ou lcurs manceuvres.
Enin,il nous impute un menfonge odieux, unc impofsure pleine de lâcheté; nous avons fuivant luifappofe , pour
rendre CC Décret d'ouverture, une difeuce QUI N'EXISTOIT
PAS ;il eft forcé cependant d'avouer que la réalité de cctte
difettc eft établie par une lettre du Sicur Peinier, datée de
Juin, dont il n'ofc révoquer la réalité en dourc ; lettrerrop
jullifice par les réclamations réitérées des Paroifles aflamécs , dont nous l'avions d'abord inftruit; ce Gouverneur T
rcconnoît que la difette cft réclle: ilavoue fon oapuillance,
fon incapaciré pour y fubvenir; mais le Rappurtcur qui fc
pique d'une confiance fi aveugle aux déclarations du Gouverneur quand elles motivent fes affaffinats, n'attache aucunc importance à celles quij jufifient nos foins bienfaifans:
il préfére les Gaettes d'après lefquelles, fuivant lui, le prix
des fubliftances avoit confidérablement diminué, à l'eépoque
de notre Décret.
Ilne fait pas que CCS gazettes, compofées, imprimées dans
deux des villesjufqueslà maitreflesexclufives du débit de CCS
denrées, (1) & peuplées d'hommes plus ou moins intéreffés
au bénéfice du monopolc, fruit de cette exclufion, méritent
en général peu de confiance fur cet article. Il ne fait pas que
cette énonciation du prix vrai, ou fappofé, de la denrée dans
l'entrepôt mêmc, n'influe en rien fur la valcur dans les habitations, dans les campagnes cloignées,denuces, où la néceffité
ne permet ni der marclandoraidacendre deséclaircilfemens.
Il ne fait pas que ces fixations apparentes, roujours
données par les Chambres de Commerce, > & par conféquent par les intércffés, ont fouvent pour objet d'em-
(1) Le Cap, &: le Port-ax-Princs,
rée dans
l'entrepôt mêmc, n'influe en rien fur la valcur dans les habitations, dans les campagnes cloignées,denuces, où la néceffité
ne permet ni der marclandoraidacendre deséclaircilfemens.
Il ne fait pas que ces fixations apparentes, roujours
données par les Chambres de Commerce, > & par conféquent par les intércffés, ont fouvent pour objet d'em-
(1) Le Cap, &: le Port-ax-Princs, --- Page 18 ---
t6
pécher Farrivée des fecours, de fournir un prétexte a
la rigueur avec laquelle les agens du defpotifme, foudoyés par les accapareurs qui dévorent les Colons fous
prétexte de les alimenter, repouffoienr de leurs rivages tout
ce qui auroir pû contribuer à alléger pour eux Pexcès de
cette tyrannie. Il ne fait pas que loin d'avoir innové en
étendant à tous les Ports cette faculté avec les réferves prefcrites par les Loix, nous n'avions fait qu'ufer d'un pouvoir
accordé, même fous P'ancien régime, aux Gouverneur &c Intendant ; que le Gouverneur ayant avoué par écrit &c la
réalité du befoin, & fon impuiflance; les Parciffes fetrouvant déja frappées de la terreur qui précede la famine >
&c en produit les effets, &c continuant de reclamer des fccours, il falloit bien fe hâter de fubvenir à ce befoin le plus
preffant de tous 5 que le moindre délai, malgré Paffertion
dcs gazertes, compromertoit Pexiftence dela Colonie ; que
s'ily a eu dans notre courte Régie un acte louable, un acte
digne deremerciemens,uin: aéte vraiment civique,c'eft celui-là
Et c'cft celui que le Rapporteur calomnie > dénature avec
l'audace, avec Pinconféquence que l'on vient de voir ! C'eft
vers les meurtriers du peuple qu'il dirige la gratitude des
Repréfentans du peuple : Ce font fes nourriciers, (es bienfaiteurs qu'il dévoue à l'opprobre 3 farla tête de quifa bouche
appcile la malédiction nationale! & cegte interverfion inconcevable des faits, il fe la permet en produifant le titre
même qui devoit la prévenir; il cite pour preuve de ses allégations. le texte qui leur donne le démenti le plus formel !
De quel effirayant pronoftic n'eft pas cette audace , ou
cette ineptie, qu'on nous pardonne de P'obferver 2 pour
toutes les délibérations prifes fur des rapports émanés d'une
parcillefgurce 3 Combien PAflembléeNationalécNationale ne doit elle
pas
la permet en produifant le titre
même qui devoit la prévenir; il cite pour preuve de ses allégations. le texte qui leur donne le démenti le plus formel !
De quel effirayant pronoftic n'eft pas cette audace , ou
cette ineptie, qu'on nous pardonne de P'obferver 2 pour
toutes les délibérations prifes fur des rapports émanés d'une
parcillefgurce 3 Combien PAflembléeNationalécNationale ne doit elle
pas --- Page 19 ---
pas fe reprocher, fc repentir, d'avoir interdie toute diftuffion
fur un rapport qu'on pourroit foupçonner, d'après cC fait
feul, le Rapporteur lui-même de n'avoir lu que le jeur,
qu'au moment où il en a fait ufage!
Sans-doute s'il avoit été permis de difeurer ) quelques
Membres dc PAflemblée auroient été frappés de cette incroyable contradiction ; le feul raprochement des tCXtCs
auroit appris à mieux apprécier le notre,à fedéficr de celui
durapport;lesempled'uneinadvertance auffinconcevable,
ou d'une impofture auffi audacieufe, auroit mis FAffemblée
en garde contre les menfonges mieux déguifés, ou contreles
incpties moins palpatles.
Onnous auroit appellés: on auroit vu, à la lueur de notre
franchife, s'évanouir le preftige de ce rapport qu'on croiroit l'oeuvre d'un des plus audacieux > ou dcs plus imbécilles fatellites de l'ancien régime, s'il ne portoir le nom
d'un mcmbre de l'Affemblée Nationale, diftingué par une
répuration de lumièrcs & de talens. L'Affemblée n'auroit
pas la douleur d'avoir appofé un fceau facré à la plus
odieufe injuftice, d'avoir méconnu des vertus 3 caffé dcs
actes dignes de toute fon eftime, & de toute fon approbation, pour careffer dcs attentats monftrucux, pour COLronner une fuite de fcélératelles, & de crimes digncs de
toutc fa rigueur.
On ne trouve pas toujours dans ce malheureux rapport
des preuvcs auffi fcandalcufes, ou d'indifiérence fur ce
que contiennenr des actes qu'on y défére comme coupables, ou d'audace à faire marcher enfemble & la calomnie, &c la pièce qui la détruit ; mais chaque page cn préfente d'auffi cflrayantes de mauvaife foi, d'infidélini;d'une
réfolution prifc, non pas de juger, mais de condamner; de
C
dans ce malheureux rapport
des preuvcs auffi fcandalcufes, ou d'indifiérence fur ce
que contiennenr des actes qu'on y défére comme coupables, ou d'audace à faire marcher enfemble & la calomnie, &c la pièce qui la détruit ; mais chaque page cn préfente d'auffi cflrayantes de mauvaife foi, d'infidélini;d'une
réfolution prifc, non pas de juger, mais de condamner; de
C --- Page 20 ---
ne pas reculer fur un parti injufte arrété dans le fecret du
Comité, & de forcer PAffemblée nationale à s'en rendre
publiquement la caution, & linfrument. Le grand art de
ce rapport , ce font les réticences. Quand il ne nous
eharge pas par des impoflures , il nous fait paroitre coupables par la fuppreffion de ce qui nous juftifie.
Ainfi il nous accufe (page 68 ) d'avoir le 3 Aoûtrendu
un Décret qui auorife les muldtres s é gens de couleur
G negres libres, de la paroife des Verettes, à marcher fous
le drapeau de la Patrie, e il ajoute, ilfaut connoitre toute la
force de certaines opinions à Saint-Domingue pour apprécier
ce Décret. Cette réflexion tend à fixer les idées, , les elprits
fur notre démarche, à la faire confidérer comme un attentat volontaire & réfléchi, comme une manceuvre profonde
deftinée à nous atracher des fatellites, à nous ménager
des appuis criminels.
Il ne dit pas que quatre jours auparavant, le 30 Juillet,
cette Affemblée Provinciale du Nord, qu'il donne comme
un modele de circon/pection, de foumiflion envers la mercpatrie, , avoit pris la même précaution, & d'une maniere
bien plus odieufe, bienplus fufpeéte. Nos gens de couleur
nous avoient offert leurs fervices dans la crife horrible où
fe trouvoir la Colonie, fur la nouvelle du maffacre de la
nuit du 29 Juillet: : il y auroit eu plus de danger peut-être
à répouffer leurs offres qu'à lcs accepter. Nous ne les acceptions que pournous défendre,pour repouffer des affaffins,
&c nous les avions formellement affujettis à ne marcher que
fous le commandement d'un blanc. Ainfi, nous n'avions pas
pour eux la condefcendance dont le rapporteur préfente malignement l'idée.
L-AffrmblécProvinciale dul Nord, au contraire, les avoit
illet: : il y auroit eu plus de danger peut-être
à répouffer leurs offres qu'à lcs accepter. Nous ne les acceptions que pournous défendre,pour repouffer des affaffins,
&c nous les avions formellement affujettis à ne marcher que
fous le commandement d'un blanc. Ainfi, nous n'avions pas
pour eux la condefcendance dont le rapporteur préfente malignement l'idée.
L-AffrmblécProvinciale dul Nord, au contraire, les avoit --- Page 21 ---
déjà réunis en corps : elle en avoit formé des bataillons. Lc
Rapporteur n'a pas, à la vérité, fouftrait l'arrêté où clle
nomme des Commandans pour les baraillons de muldtres,
pour CCUX de negres, comme pour les troupes réglées. Cct
arrêté fe trouve dans le rapport imprimé ( page71). Peutêtre ne l'a-t-il pas lu à l'Affemblée Nationale 5 peut-être
ne l'a-t-il pas lu lui-même 5 mais quand il l'auroit lu activement ou paffivement, on fent bien la différence de
l'impreffion que peuvent produire > le débit rapide d'une
piece longue 5 confondue dans une multitude de rapfodics
faftidieufes, 3 & une réflexion tranchante, lancée avcc éner.
gie, fur un fait détaché, préfentéde manicre à forcer tous
lcs yeux de le fixer. Auffi perfonne n'a remarqué que nos
ennemis avoient réellementle; 30Juiller, difpofédes corps de
gens de couleur &c de Negres armés pour nous affaffiner
indifinétement; & tout le monde a été frappé de l'idée que
nousles avionsappellésà notre fecours parun décret formel.
Le Rapporteur parle à fa maniere du ferment civique
exigé des troupes de la Colonic, de l'addition que nous
avions cru devoir y faire, &c par laquelle il nous accufe
de l'avoir altéré. Cette addition étoit la promeffe d'être
fidèle à la partie Françoife de Saint-Domingue ; mais elle
ne venoit qu'après l'engagement de Pêtre auffidla Nation,
à la Loi, al Roi. En clle même cllc n'avoit, elle nc pouvoir avoir aucun danger : la date feule du jour où devoit
fe préter CC ferment, prouvoit affez qu'il répondoit à la
formule confacrée cn France par! PAfemblée Nationale :
c'étoit le 14 Juillet 5 le choix même de cet anniverfaire
excluoit toute cipèce de foupçon &c d'appréhention.
Mais par une circonflance particulicre &c locale > l'addition dont il s'agit, l'engagement envers la Colonie, en
C 2
du jour où devoit
fe préter CC ferment, prouvoit affez qu'il répondoit à la
formule confacrée cn France par! PAfemblée Nationale :
c'étoit le 14 Juillet 5 le choix même de cet anniverfaire
excluoit toute cipèce de foupçon &c d'appréhention.
Mais par une circonflance particulicre &c locale > l'addition dont il s'agit, l'engagement envers la Colonie, en
C 2 --- Page 22 ---
devenoit une partie effentielle 5 ces troupes étoient à la
folde.de la Colonie 2 elles y ont toujours été : c'eft ce
que le Rapporteur s'eft bien gardé d'énoncer. Les Régimens du Cap, & du Port-au-Prince, ne fontpoint partie des
Troupcs de Ligne: ils ne font point portés fur l'Etat militaire de France : c'étoit une troupe purement Coloniale.
Leur demander une mention particuliere de la Colonie
qui les payoit, Jc jour ou cette même Colonie fe lioit par
la plus augufte des cérémonies à la métropole, n'étoit affurément pas un crime : cC n'étoit pas même unc indifcrétion ; c'étoit une précaurion fage, néceffaire &c indifpenfable.Ellerappcloit à nos défenfeursundouble devoir. Ellene
pouvoir être fufpeste qu'àdeshommes occupésd'un projer finiftreque cette: fidélitépromife pouvoit déconcerter, &cqu'elle
déconcertoit eneffet, en France, comme à Siain-Domingue.
On peut en juger par les dépéches du Miniftre à CC
Comte de Peinier , objet éternel de l'admiration, &c des
cloges du Comité. Le ficur la Lugerne en lui parlant de la
fête augufle du 14 Juillet, lui difoit 3 on préparc ici, (à
Paris), une ESPECE DE FETEcivique ; ces mots fe trouvent
dans une lettre, qui affurément n'a pas pu être ignorée du
Rapporteur.
On fent ce que fignifioit dans P'argot miniftériel cette
expreffion dérifoire : nous laiffons à nos Leéteurs à juger
quels étoient les mauvais citoyens, les François dégénérés,
les vrais altérateurs de ce ferment > de ceux qui le fortifioientparune: addition converableauseirconftanceslocales,
ou ceux qui dans leurs Relations confidenticlles le caractérifoient par une dénomination auffi injuricufe.
Un autre ferment vraiment fufpcct, vraiment criminel,
c'eft celui que le fieur Mauduit voulut exiger des mêmes
ifoire : nous laiffons à nos Leéteurs à juger
quels étoient les mauvais citoyens, les François dégénérés,
les vrais altérateurs de ce ferment > de ceux qui le fortifioientparune: addition converableauseirconftanceslocales,
ou ceux qui dans leurs Relations confidenticlles le caractérifoient par une dénomination auffi injuricufe.
Un autre ferment vraiment fufpcct, vraiment criminel,
c'eft celui que le fieur Mauduit voulut exiger des mêmes --- Page 23 ---
foldats, & dont lc Rapporteur s'eft bien gardé d'énonccr
la formule : il n'en a parlé que comme d'une chofe indiffé- .
rente, > de la même nature que ces bruits répandus & indignes de croyance, fur les détails de l'exécution nocturne
du 29 Juillet. Cependant par ce ferment les foldats devoient jurer de ne jamais reconnoître les
Municipalités 9
ni PAlemblée générale, à peine d'être jugés par un confeit
de guerre, PENDUS.
Voilà ce qu'un colonel propofoir à des militaires de
jurer. Voyant leur délicatefle répugner à cette formule
henteufe , il effaya de l'adoucir à leurs yeux par un relachement entier de la difcipline ; il autorifa les orgias
les plus crapuleufes ; il en donna l'excmple & les moyens.
Le vaiffeau de ligne le Léopard fut mis à l'épreuve de
cet appas aviliffant ; il eut la nobleffe de le dédaigner;
&c ce vaiffeau eft devenu comme nous l'objet des calomnies du Rapporteur, qui n'a rien dit des manceuvres ignominieufes, & de la deshonorante jurerie du corrupteur.
En préfentant notre ferment dans la perfpective choifie pour
le faire paroitre criminel, il a eu la précaution d'en écarter
tous les acceiloires qui l'auroient juftifié.
Dansle Rapport, ce même vaifleau le Léopard eft accufé
d'avoir mis fes officiers à terre : il eft préfenté dans un étar
d'infurredtion due à nos manceuvres, 2 à nos efforts pour nous
affurer des forces de terre Gde mer, Le Rapporteur n'a pas
dit que les Officiers avoient quitté le vaifleau volontairement, > & enfuite qu'ils avoient refufé d'y retourner. Il n'a
pas dir que le Capitaine, M. de la Galiffonniere, avoit exprimé
fon refus d'une maniere digne d'être connue. C Ayant perdu
> la confiance de l'équipage, écrivit-il, je ne puis plus
> prétendre à le commander.Jene retournerai point à bord,
> quoique Péquipage paroiffe le défirern.
quitté le vaifleau volontairement, > & enfuite qu'ils avoient refufé d'y retourner. Il n'a
pas dir que le Capitaine, M. de la Galiffonniere, avoit exprimé
fon refus d'une maniere digne d'être connue. C Ayant perdu
> la confiance de l'équipage, écrivit-il, je ne puis plus
> prétendre à le commander.Jene retournerai point à bord,
> quoique Péquipage paroiffe le défirern. --- Page 24 ---
Il1 n'a pas dit queles Officiers fous lui furent rappellés de
même par l'équipage, & s'y refuferent de même : iln'a pas
dit que l'un d'eux avoit reçu du chef l'ordre de remenerle
vaiffeau, en France, ordre dont l'exécution fut déférée à M.
deSanto Domingo parce qu'il étoit fupéricur en grade, &c que
cette miffion a expofé à être dévoué de même par le
Comité aux rigueurs de PAfemblée Nationale. Il n'a pas
ditque la difcipline n'y a pas été un moment violée, ni même
fufpendue ; que léquipage en montrant un patriorifme héroique, y a joint des fentimens & des lumières 9 un langage
qui ne peuvent dans cette claffe d'hommes, éclorre qu'à la
faveur des rayons de la liberté 2 &c les rendent bien dignes
d'en jouir.
Il n'a pas dit que ces braves marins, menacés de fe voir
incendier, dans un vaifleau de la Nation, par des boulets
rouges que lc fieur Mauduit fefoit difpofer contr'eux, follicités cn même-tems de mettre à la voile pour la France,
fans s'intéreffer au fort de PAffemblée Générale, ni de-la
Colonie, répondirent : > Nous devons refter pour conferver
> la Colonie à la France, fi P'Aflemblée Générale veut fc
> rendre indépendante s ou pour protéger PAffemblée
>> Générale, fi elle eft calomniée >. Paroles dignes d'être
confacrées dans PHiftoire, &c comparables aux traits les
plus célebres, de la concifion, de la dignité Lacédémoniennes.
Voilà ce quel le Rapporteur n'a pas dit; &c'eften cachantle
flambcau avec lequel lill lui étoit fi facile d'éclairer P Affemblée
Nationale, qu'il P'a induite à la douloureufe méprife que le
comitévouloir voirconfacrer. C'eft par cette manceuvre qu'il
a également compromis, & PEquipage edu Léopard, & M, de
Santo-Domingo, & nous. Sur fa parole, d'après la dénonçiation du Comité, ces hommes précieux, les vrais fauveurs
cachantle
flambcau avec lequel lill lui étoit fi facile d'éclairer P Affemblée
Nationale, qu'il P'a induite à la douloureufe méprife que le
comitévouloir voirconfacrer. C'eft par cette manceuvre qu'il
a également compromis, & PEquipage edu Léopard, & M, de
Santo-Domingo, & nous. Sur fa parole, d'après la dénonçiation du Comité, ces hommes précieux, les vrais fauveurs --- Page 25 ---
de la Colonic, ces citoyens généreux que l'infurrection n'a
pu écarter un moment de leurs devoirs; ces parriores incorruptibles que la féduction des orgies offertes par le ficur
Mauduit, n'a pu tenter; qui ont repouffé avec unc horreur
qu'on ne pourra jamais affez louer , ailez récompenicr,
la coupe perfide dc cette Circé du defpotifme, calomniés
comme nous, outragés comme nous, appellés comme nous
à la firite de PAffemblée Nationale, & cependant relégués
à cent lieues d'clle , gémiffent comme nous dans l'exil,
éloignés comme nous de leurs familles, de leurs travaux,
fans pouvoir plus que nous obtenir unjugement, fans pouvoir plus que nous cipérer rni condamnation, ni abfolution.
Ceterrible Comité,auffi puiffant quele Jupiter d'Homere 9
femble vouloir fufpendre Paétivité de la naturc entiere,
ou n'en laiffer qu'à ce qui confacre les attentats de fes
protégés.
Et qu'on ne dife pasqu'ila été trompd lui-méme; que fon
rapport eft le fruit de Perreur, & non pas du plan médité,
réfléchi, d'abufer dela confiance del'Affemblée Nationale.
D'abord, cette excufe ne l'excuferoit pas, puifqu'il eft
démontré qu'il a repouffé la lumiere quand nous la lui
avons préfentée; puifqu'il eft notoire qu'ilavoit prévenu tous
les éclairciflemens par fa détermination; puifqu'il a eu l'imprudence d'avouer que la rédaction du Décret de caffation
de nos actes, & l'arrêt de notre ancantiffement, avoicnt
précédé la connoiffance de ces actes; puifque dès le commencement deSeptembre nousn'exiltionsplusdanslesvolontés du Comité, quoiqu'il n'ait pu favoir qu'à la fin du
mois, comment nous ufions de notre exiftence. Cclui qui
refufe ainfi de s'éclairer, eft coupable de fon erreur, &c
répond de toutes les fuites.
caffation
de nos actes, & l'arrêt de notre ancantiffement, avoicnt
précédé la connoiffance de ces actes; puifque dès le commencement deSeptembre nousn'exiltionsplusdanslesvolontés du Comité, quoiqu'il n'ait pu favoir qu'à la fin du
mois, comment nous ufions de notre exiftence. Cclui qui
refufe ainfi de s'éclairer, eft coupable de fon erreur, &c
répond de toutes les fuites. --- Page 26 ---
Mais nous n'avons pas befoin ici de rappeller CC principe:
le Comité n'a pas été trompé; il n'a pas pu Fêtre. Par ce
peu d'exemples pris au hafard dans le réfultat de fon prétendu travail, il eft évident qu'il ne nous a diffous que
parce que nous l'importunions. Nos crimes à fcs yeux
n'étoient pas nos actes, mais fes intérêts, ou fi Pon préfere
un terme plus doux, fes préjugés. Quelques méprifes dans
un long rapport peuvent être attribuées à une erreur ; mais
un rapport fabriqué tout entier, pour obfcurcir la vérité 3
pour affurer le triomphe de limpoflure, , eft une prévarication.
Cc n'cft pas encore ici le moment de lever le voile fur la
trame miniftériclle & mercantile, qui, après avoir effayé
de nous faire égorger, & avec nous, la liberté naiffante
cn Amérigue, a réuffi, pour un moment du moins,à nous
exterminer civilement en Europe. Cette difcuflion fera développée devant nos juges, quand ils voudront prononcer fur notre accufation. C'elt alors que nous citerons, que nous démafquerons nos délareurs, nos affaffins;
les Mauduit, les Peinier, &c leurs proteéteurs.
Ici nous ne voulons que démontrer à LAlemblée Nationale qu'on lui en a impofé fur les faits. Nous ne voulons que
la convaincre de la néceffité oû elle eft de revenir fur fes
pas quant au paffé; de regarder comme non avenu fon'
Décret du I2 Oétobre, furpris fur un faux expofé, fur
un rapport dont l'infidélité eft prouvée autant par ce qui ne
s'y trouve pas, que par ce qu'il conticnt.
de
ons que démontrer à LAlemblée Nationale qu'on lui en a impofé fur les faits. Nous ne voulons que
la convaincre de la néceffité oû elle eft de revenir fur fes
pas quant au paffé; de regarder comme non avenu fon'
Décret du I2 Oétobre, furpris fur un faux expofé, fur
un rapport dont l'infidélité eft prouvée autant par ce qui ne
s'y trouve pas, que par ce qu'il conticnt.
de --- Page 27 ---
S II
DE NOS IN T ENTIO N S.
Après avoir éclairé PAffemblée Nationale fur nos
actes nous devons la tranquillifer fur nos intentions. La
grande reffource de nos calomniateurs pour armer contrc
nous Popinion publique s a été dc nous préfenter comme
une troupc de conjurés, déterminés à opérer un fchifme
politique entre la France &c la Colonie. Parce que nousavons
cru, en qualité de François 2 être en droit de partager la
liberté Françoif, on nous a déférés à-la Nation comme
décidés à nous rendre indépendans de la France; & cette
imputation eft celle qui a le mieux fervi les projets dc nos
ennemis.
Le Comité toujours inconféquent, ou plutôt toujours
conféquent, a fcint de ne pas l'adopter; mais le rapport
tout entier eft dirigé de maniere à l'accréditer. Tous Ics
reproches qu'on nous y fait tendent à donner de l'importance à cclui-là; c'eft pour perfuader que nous afpirons à
Pindépendance qu'on nous a fait un crime d'avoir décoré
nos réfolutions du titre dc Décrets, & de lcs avoir envoyés
à Pacceptation dc PAfTemblée Nationale > cC qui étoir, at-on dit, ufurper dans les mots fa prérogative, 8c la
méconnoître dansics faits.
C'eft par le mêmc cfprir qu'on s'eft étendu avec tant
de complaifance fur le licenciement des troupes décrété par
nous, fur la cafition d'un corps de volontaires du Pori-auPrince, d'une Affemblée provinciale vraiment rébelle à la
Notion, à la Loi, au Roi; mais délignée dans le rapport
comme unc affucia.ioa de héros patriotes, aufi integres
D
la
méconnoître dansics faits.
C'eft par le mêmc cfprir qu'on s'eft étendu avec tant
de complaifance fur le licenciement des troupes décrété par
nous, fur la cafition d'un corps de volontaires du Pori-auPrince, d'une Affemblée provinciale vraiment rébelle à la
Notion, à la Loi, au Roi; mais délignée dans le rapport
comme unc affucia.ioa de héros patriotes, aufi integres
D --- Page 28 ---
que courageux, fur notre hardiefle à nous paffer dc la
fandlion du Gourerneur, &c !
Il faur bien dire un mot de ces gricfs, &c de leurs.
acceffoires; moins pour nous juftifier, car nous n'en avons
past befoin, que pour faire voir combien on s'eft peu attaché
même à la vraifemblance dans lc choix des prétextes cmployés pour nous compromettre,
Nous voulions NOUS RENDRE INDÉPENDANS ! &c. -de qui?
De la France, de la Nation Françoife ! Mais depuis Pinf
tant dc notre formation en Affemblée il n'y a pas un de
nos Déerets, de nos Arrétés fi l'on veut 3 qui ne portc
une reconnoiffance folemnelle dc notre dépendance, de
notre attachement à la France. Celui du 28 Mai mêmc,
cette bafe des prétenducs accufations, > ce délit originaire
auquel la calomnie attachc tant d'importance, ce plan de
conflitution que nous avons été conflitutionnelenent auto--
rifés à rédiger, , à dreffer, ce voeu conftitutionnel émis en
vertu du décret delA.Nar. du 8Mars, eft conçu cn.dix articles, dontlero*porte en termcs formels : C que les articles.
> ci-deffus 2 comme faifant partie dc la Conflitution Fran-
> çoife de St. Domingue 9 feront inccllamment envoyés
> cn France 7 pour etre préfèntés d lacceptation de PAF
>. femblée Nationale & du Roi >).
Nous nous juftifierons tout-à-l'heure fur l'emploi du
mot acceptation 5 mais quelles que foient les inductions
que Pon ait cru pouvoir en tirer en le voyant ainfi ifolé,
elles auroient dû être prévenues 2 ou au moins détruites,.
par le commentaire quc nous en avons fait dans l'envoi du
même décret, à toutes les paroiffes dc la Colonic. Onnous
ayoit déja calomniés auprès de ces paroiffes à ce fujct,.
comme on nous a calomniés depuis auprès de PAffemblée
quelles que foient les inductions
que Pon ait cru pouvoir en tirer en le voyant ainfi ifolé,
elles auroient dû être prévenues 2 ou au moins détruites,.
par le commentaire quc nous en avons fait dans l'envoi du
même décret, à toutes les paroiffes dc la Colonic. Onnous
ayoit déja calomniés auprès de ces paroiffes à ce fujct,.
comme on nous a calomniés depuis auprès de PAffemblée --- Page 29 ---
Nationale; on avoit déja tâché dc les empoifonner par les
mêmcs infamies dont le Rapporteur du Comité a fcrupuleufcment compolé fon rapport à P'Aflembléc Nationale.
Nous leur difions,. en répondant à cette imputation :
CC quel eft celui d'cntre nous qui ne foit attaché à la France
3> par des liens de fentiment & d'intérêt ? Quel eft celui
>> d'entre nous qui ne foit fier de tenir à une nation dont
> P'énergic fait ladmiration de PUnivers ? Quel eft celui
> d'entre nous qui nc foit pénétré d'amour, & de vé-
>) nération, pour un Roi reftaurateur de la liberté Fran-
> çoife? Qucl cft celui d'entre nous enfin'qui, s'il avoit le
> choix d'un gouvernement , ne préférât, fans balancer s
>> celui de la France, commc le plus conforme aux loix
> de l'équité naturelle, & de la faine raifon.
>> Jugez donc, chers concitoyens, fi jamais cet odieux
> & chimerique projet a pu nous occuper un feul inf-
>> tant (r)!
Enfin, en envoyant ce même décret officiellement à PAC
femblée Nationale pour être accepté par elle s nous y avions
joint unc lettre datée du 7 Juin, où nous difions:
< L'Aflemblée, dans le décret du 8 Mars, a vu l'ap-
> probarion de fes bafes conftitutionnelles 2 à quelqucs dif-
> férences près, queles localités exigent, qui n'ont pu être
>) jugées par nos freres d'Europe placés à deux mille licucs
>> de nous, mais qui font frappantes, &c palpables, pour
(I) Cette lettre a été imprimée fur le champ à Saint-Domingue : il en a
été fait depuis plufieurs éditions : elle a été dans le tems envoyée en France:
nous en avons offert des copies au Rapporteur, qui n'y a pas fait plus d'atpenzion qu'au refte.
D2
queles localités exigent, qui n'ont pu être
>) jugées par nos freres d'Europe placés à deux mille licucs
>> de nous, mais qui font frappantes, &c palpables, pour
(I) Cette lettre a été imprimée fur le champ à Saint-Domingue : il en a
été fait depuis plufieurs éditions : elle a été dans le tems envoyée en France:
nous en avons offert des copies au Rapporteur, qui n'y a pas fait plus d'atpenzion qu'au refte.
D2 --- Page 30 ---
ceux qui arrofent de leurs fueurs cette terre brûlante
> qui ne devient fertile que par des moyens abfolument
>> étrangers à la France..
> ACCEPTEZ, Meffieurs, & DÉCRÉTEZ; préfentezà Pac-
> ceptation & àla fandion du Roi,les bafes conflitution-
> nelles que nous avons Phonneur de vous adrefferspar-
>> là vous portercz la paix au milieu de nous ; vous rc-
>> pouffercz ces fyftêmes deftruéteurs qui, fous le voile
> d'une chimérique perfection 3 troublent toutes les pro-
> prictés, & finiront par tarir les fources de la profpérité
> publique. Nous bornons là nos demandes aétuelles, &c
> nous le faifons avec d'autant plus de confiance, que
> c'eft dans Pintérét commun que la partie Françoife dc
5> St. Domingue a pris les bafes qu'elle vous PROPOSE pour
>) feconder le bien & amener la profpérité, de laquells
> dépend.ceite grande prépondérance que l'empire François a
>> acquife dans la balance politique de PEurope. L'Aflemblée
> généralc efpère que vous voudrez bien lui faire parve-
> nir lc journal dc VOS précieux travaux > dans lefquels
> elle puilera les matériaux qui fcront propres à complet-
> rer fa conftitution.
>) ATTACHEMENT INVIOLABLE A LA NATION, foumif-
>) fion refpeclueufe aux loix, amour pour le Roi des Fran-
> çois > tels font les fentimens que la partic Françoife de
> St. Dominguc dépofc dans le fein de la Nation en-
> tière >.
Notre délatcur a-t-il rendu comptc à l'Affemblée de
cette lertrc duyJuin? A-t-il fait obferver CC mot décifif,
les bafcs QU'ELLE VOUS PROPOSE, mot quifeul foffit pour
jultiier celui d'ucerpintion, puifqu'il en fixc lc fens; puif
qu'il prouve que nous n'entendions préfenter qu'uen pianz:
dépofc dans le fein de la Nation en-
> tière >.
Notre délatcur a-t-il rendu comptc à l'Affemblée de
cette lertrc duyJuin? A-t-il fait obferver CC mot décifif,
les bafcs QU'ELLE VOUS PROPOSE, mot quifeul foffit pour
jultiier celui d'ucerpintion, puifqu'il en fixc lc fens; puif
qu'il prouve que nous n'entendions préfenter qu'uen pianz: --- Page 31 ---
A-t-il parlé de cctte profeflion dc foi civique, telle que
le plus pur patriotc, lc plus ardent conflinutionnaire de
Pallemblée,n'en pourroir imaginer une plus précifc, ni plus
formelle 2 &c c'cft cn cachant de parcilles preuvcs de fidélité qu'il a ofénous déférer commc foupçonnés, nous juger
commc convaincus de robellion.
Nous voulions être indépendans ! & immédiatement
après ce premier acte fuppofé de fchifinc, après lc décrct
du 28 Mai, nous rccevons ceux de PAIfemblée Nationale
des 8 &c 28 Mars précédent, avec les initruétions qui y
étoient jointes; ; le fecond, rendu avant que l'on pûr être
inftruit en France dela formation des Affemblées coloniales,
preferivoir des règles pour y procéder, s'il n'en cxiftoit pas
encore, ou pour donner une exiftence legale, confitutionnelle, à celles qui fe trouveroient inftallécs > & en fonctions à cette époque.
Sans doute, fi nous avions eu CCS grands projets de féparation dont 011 nous accufe fi fauffement, fi méchamment, l'autorité dont nous nous trouvions faifis, dont
nous avions commencé à ufer , nous auroit été chère, &
l'aflociation déja formce entre nous précieufe ; liés par une
complicité communc, nous aurions craint que de nouveaux
choix ne nous ôtaffent des collégues déja pervertis, ou ne
nous en donnaflent d'incorruptibles. Armés d'un droit que
perfonne ne nous conteftoit, nous nous ferions perpétués,
fans remettre au hafard des fcrutins le fort d'une entreprifc qui ne pouv oit être juftificée que par lc fuccès.
Et cependant le premier pas de ces Confpirareurs, c'eft
de fe démettre de leur puiffance ; c'eft dc dépofer leur
titre , par relpect, par obéiffance pour la loi qu'on n'auroit
pu les empécher d'éluder : on nous accufoit déja de pen:
nous ferions perpétués,
fans remettre au hafard des fcrutins le fort d'une entreprifc qui ne pouv oit être juftificée que par lc fuccès.
Et cependant le premier pas de ces Confpirareurs, c'eft
de fe démettre de leur puiffance ; c'eft dc dépofer leur
titre , par relpect, par obéiffance pour la loi qu'on n'auroit
pu les empécher d'éluder : on nous accufoit déja de pen: --- Page 32 ---
fer au fchifime, puifque nous avions cru devoir nous en
difculper aux yeux dc nos commettans : mais notre promptitude à leur rendre leurs pouvoirs, par déférence pour le
voeu dela Métropolc, ne prouve-t-elle pas à qucl excès, en
quelque forte, nous pouflions l'attachement, la foumiffion
envers elle?
Nous voulions êtrei indépendans de la France! 8c c'eft au
milieu de la France quc nous venons chercher, non pas un
azylc,nous n'en avions pas befoin, nous étions les plus forts.:
mais la juflice qui n'eft due qu'à l'innocence. C'eft fur un
vaiffeau François que nous nous embarquons ! C'eft au milieu des forces navales de la France que nous venons débarquer. Ce vaiffcau qu'on nous accufe d'avoir feduit
nous affurer l'Empire des forces de mer comme de
pour zerre, &c qui en effct, fi nous avions eùl de femblables
vues. 5 fuffifoit pour foudroyer, pour anéantir nos ennemis, nous n'en employons lcs fervices que pour venir ici
chercher des Juges, plaider la caufe de la Colonie, multiplier lcs actes de dépendance &c de foumiffion!
Nous voulions être indépendans mais fans doute nous
avons cherché des fecours, préparé des alliances. La population blanche dc St. Domingue n'eft que d'environ quarante mille ames. Nous n'avons pas un vaiffeau à nous: il
avoit dans le fein de la Colonie des ennemis armés.
y Si nous avons voulu nous arracher à la mere patric, fans
doute nous avons cherché des appuis. Où font nos tentatives ? Qu'on nous produife donc dcs gricfs fur cet article des accufations, des indices. Nous atteftons ici à la
face , de PEurope la loyauté de toutes les Nations étrangeres, de ccllesverslefquelles le voifinage, des rapports habituels des habitudes journalieres 2 nous auroient fans
doute d'abord s
pouffés, &c dont la politique auroir pu nous
à la mere patric, fans
doute nous avons cherché des appuis. Où font nos tentatives ? Qu'on nous produife donc dcs gricfs fur cet article des accufations, des indices. Nous atteftons ici à la
face , de PEurope la loyauté de toutes les Nations étrangeres, de ccllesverslefquelles le voifinage, des rapports habituels des habitudes journalieres 2 nous auroient fans
doute d'abord s
pouffés, &c dont la politique auroir pu nous --- Page 33 ---
faire cfpérer la proteétion. Qu'elles parlent ; qu'elles nous
dénoncent; ; quc l'on mcttc , à nos'dépens, - un prix, & le
plus énorme, , à la découverte dc quelque propofition de
notre part. Eh s'il y en avoit le moindre indicc, auroitil échappé a nos ennemis 9 maitres abfolus depuis cinq
mois de toutcs nos correlpondances , &c trop familiers
avcc les moyens de corruption > pour n'en pas bientôt
pénétrer une criminclle dont ils ne feroient pas les
Auteurs !
Nous voulions êtrc indépendans de Ia France ! Mais
quel auroit été notre but ? Quelles auroicnt cté nos efperances"? Quoi,nous foupçonnera-t-on d'avoir voulu au defpotifme des agens de Verfailles fubftituer une ariftocratie
Vénitienne, ou Bernoife; réunir fur nos têzes exclufivement
toutes les autorités, concentrer dans nos familles toutes
les diftinéhions?Nous avions commencé par fixer une durée
à nos pouvoirs 5 nous avions décrété, qu'on nous paffe ici
P'ufage de ce mot ; nous avions décrété que chaque légiflature coloniale ne feroit que de deux ans 2 &c qu'aucun
des mernbres de la précédente ne pourroit étre compris dans
la nouvelle.
Et en effer, quel objet d'ambition auroit pu nous tenter?
Dans notre plan les Municipalités étoient faifies de Padminiftration locale : les Affemblées adminiftratives devoient
furveiller chacune leur Département. Le Gouverneur confervé confervoit toujours lc pouvoir exécutif dans fa partie:
nous ne nous étions réfervés la collation d'aucune place,
d'aucune cfpece d'emploi. Nous avions fait ferment de n'enaccepter ancun, de n'acepter aucune grace du gouvernement, ni du miniftere, pendant dix ans.
Si nous avions appellé devant nous les comprables, Ics
régifleurs des bureaux, c'étoit pour introduire une fois la
chacune leur Département. Le Gouverneur confervé confervoit toujours lc pouvoir exécutif dans fa partie:
nous ne nous étions réfervés la collation d'aucune place,
d'aucune cfpece d'emploi. Nous avions fait ferment de n'enaccepter ancun, de n'acepter aucune grace du gouvernement, ni du miniftere, pendant dix ans.
Si nous avions appellé devant nous les comprables, Ics
régifleurs des bureaux, c'étoit pour introduire une fois la --- Page 34 ---
lumiere dans ces labyrinthcs, dont la tyrannie & la baffeffe
avoient jufques-là fcules connu les détours; c'étoit pour
leur arrachcr un fecret dont la révélation importoit à la
France autant qu'à nous. Cet cxamen, cctte furveillance
momentanéc ne nous préparoit qu'un accroiflement de
travail. Chacun des objeis que nous nous étions ainfiengagés
à infpcéter, étoit un facrifice de plus fait, non pas à notre
ambition, mais au bien public, au vrai patriotifine. Notre
affiflance de deux ans à PAfTemblée en (toit un dc toute
cette duréc. Nous fommes rous des proprictaires fonciers,
rous obligés à réfidence pour cntretenir l'ordre dans nos
habitations, pour qui les moindres abfences font des pertes;
comment nous a-t-on pu foupçonner de nous en être impofés
une auffi longue pour coopérer à un fchifme, dont le pre.
mier effet auroit été de troubler le repos de nos paifibles
domiciles, &c de compromettre la fource de nos fortunes?
Onnc commct pas un grand crimc fans de grands intérêts;
& cn avicns-nous 2 Pcut-être cn aurions-nous aujourd'hui,
fi nos coours pouvoient s'ouvrir au defir de la vengeance;
fi dc plus grands intérêts ne nou: faifoient une loi de
facrifier un rellentiment trop jufte au bien public, au repos
général, à la prolpérité de l'empire, auquel notrc fort eft
lié;fi nous pouvions rendre la nation refponfable dcs errcurs
d'un Comité auffi coupable envers elle qu'envers nous; ;
mais alors aucune de ces raifons n'exiftoit pour nous.
Pleins de confiance aux promeffes réitérées de PAffembléc Nationale, S nous nous étions égarés c'étoit par
Pexcès de Partachement, de la vénération., du fanatifme
pour cile, & cet cxcès alors étoit juflifé.
Son Préfident, qui à la vérité n'étoit pas du Comité,
/
pous avoit ccrit Ci nous cnyoyant le décret da 8 Mars.
LEmpire
ons n'exiftoit pour nous.
Pleins de confiance aux promeffes réitérées de PAffembléc Nationale, S nous nous étions égarés c'étoit par
Pexcès de Partachement, de la vénération., du fanatifme
pour cile, & cet cxcès alors étoit juflifé.
Son Préfident, qui à la vérité n'étoit pas du Comité,
/
pous avoit ccrit Ci nous cnyoyant le décret da 8 Mars.
LEmpire --- Page 35 ---
$ L'Empire François a befoin de toutcs fes reffources;
>> mais il veut qu'elles foient fondées fur la juflice : c'eft
> cllc qui doit déterminer tous nos rapports ; c'eft elle
> qui vous cloignera fans doute d'une liberté contraire
> aux intérêts de votre patrie 7 commc clle repouffera
> CCS idées oppreflives , qui étouflant Pinduftric, vou-
>> droient chercher dans lc malheur des peuples la prof-
>> périté publique toujours inféparable de leur bonheur.
>) Demandez 3 Mefficurs 3 avec confiance tout ce que
> vous croirez utile à votre Colonie ; le Roi & PAlCh-
> blée vous y invitent ; vous êtes trop bons François
> pour ne pas chercher VOS intérêts particulicrs dans l'in-
>) térêt commun >.
Les inftructions du 28 fuivant, quoique rédigées par le
Comité, tenoient lc méme langage: nous y étions de mêmc
autorifésà toutdemander : ony contractoit Pengagement de
tout nous accorder. Avcc cette certitude fir laquelle nous
devions compter, comment des idées dc féparation auroientclles pu nous féduire, & mêmc fe préfenter ? II auroit
fallu être plus coupables > plus pervers que nos calomniateurs, pour foupçonner que CES démonftrations de bonne
foi puffent cacher un picge. C'eft en fefant cet outrage
à la loyauté françoife, que nous ferions vraiment devenus
criminels.
Nous voulions être indépendans fans doute, mais c'efl
de l'ancien defpotifine que nous voulions l'être 5 c'étoit à
l'ombre, fous les ailes, d'après l'exemple de la mère patric
que nous afpirions à la liberté : c'étoit pour fon avanrage
autant que pour le notre, que nous nous croyons obligés
de travailler à l'afranchir en Amérique, comme elle s'6toit affranchic cn Europc. Pour nous conferver à cllc, il
E
'efl
de l'ancien defpotifine que nous voulions l'être 5 c'étoit à
l'ombre, fous les ailes, d'après l'exemple de la mère patric
que nous afpirions à la liberté : c'étoit pour fon avanrage
autant que pour le notre, que nous nous croyons obligés
de travailler à l'afranchir en Amérique, comme elle s'6toit affranchic cn Europc. Pour nous conferver à cllc, il
E --- Page 36 ---
falloit commencer par nous arracher à la tyrannie qui
nous écrafoit encore plus qu'elle, & qui regardoit > qui
regarde encore, la prolongation de notre affujetiffement,
f le Comité réuffit dans fes plans, comme une rcffource
affurée contre elle.
Ce Comité prélente la multitude, la rapidité de nos adles
commc unc prcuve de la perverfité de nos intentions >
comme le réfultat & lc moyen de nos prétendus projers de
féparation. Ce n'cn eft qu'une de la varicté affreufe, de la
multiplicité innombrable des différcns defpotifmes fous lefquels gémiffoir cctte Colonic inconnue même à ceux
qu'elle enrichit & qui la dévaftent, fiinfortunée jufqu'ici,
&c fi digne d'être heureufe.
Elle avoit à cfluyer le defpotifme de l'adminiftration
féante fur les lieux, c'eft-à-dirc du Gouverneur général &
de fes fatellitcs dc tous les grades; ; de l'Intendant & de fcs
prépofés de tous les coftumes; le defpotifme de Verfailles,
c'eft-à-dire dcs miniftres, des fous-miniftres, des commis,
fous-commis > de toute cctte interminable échelle de fubalternes 5 le dcfpotifme dcs commerçans établis fur fes
propres côtes, intermédiaires forcés dcs rapports entre-elle
& les villes maritimes dc France ; le defpotifme de ces
mêmes villes maritimes qui, fous prétexte d'affirer la profpérité de la France, des manufaétures dc France, rançonnoient également, & ces manufaéturcs, & lcs colons éloignés; enfin Ic defpotifme dc la nature 3 s'il eft permis de
parler ainfi, exercé par des tempêrcs fubites & terribles,
par des tremblemens de terrc, , par des ouragans auffi deftruéteurs qu'imprévus 2 par des féchercflcs defolantes, par
des famines meurtrières dues cn partie à ces calamités,
mais plus fouvent cncorc à une légiflation vexatoire, qui
à
cs colons éloignés; enfin Ic defpotifme dc la nature 3 s'il eft permis de
parler ainfi, exercé par des tempêrcs fubites & terribles,
par des tremblemens de terrc, , par des ouragans auffi deftruéteurs qu'imprévus 2 par des féchercflcs defolantes, par
des famines meurtrières dues cn partie à ces calamités,
mais plus fouvent cncorc à une légiflation vexatoire, qui
à --- Page 37 ---
écartoit les approvifionnemens, lors même qu'elle"n'avoit
pas à fe reprocher d'avoir produit Ics difettes.
Tels étoient les Aleaux qui compenfoicnt lesdélices de ce
beau climat, de cette terrc d'ailleurs fi fortunée ; c'eft au
milicu de Ces oppreflions, 3 de ces dangers, que la Colonie
de Saint-Domingue étoit devenue pour la France un objet
dc plus de 200 millions annuels quant à la circulation 5 unc
fource de fubliftance pour 6 millions au moins d'hommes
laborieux dans fon fcin , un débouché afluré pour plus
de 150 millions des productions de fon territoire, & de
fon induftrie 5 & quant à fa marine, une occafion d'emploi pour IOOO vaifleaux fans ceffe en aétivité, ainfi qu'une
pepinière inépuifable de matelots, dc navigateurs excrcés.
Voilà la poffeflion précieufe quc nous devions lui conferver, & pour y réuffir il falloit avant tout la rendre à la
liberté;il falloit lui donner une confticution faite pour clle,
convenable à fon climât, convenable à fes moeurs, convenable à la forte d'induftric qui la fertilife, convenable aux
établiffemens qui en forment l'exiftence.
Elle avoit padansles jours d'une fervitude générale, continuer à faire partie d'un Empire efclave comme elle : mais
à l'apparition des premiers rayons de la liberré , il falloit
bien brifer fes fers. Les Colons n'ont pas cru, n'ont pas du
croire que les François n'euffent conquis cette liberté précieufe que pour leurs frères d'Europe. François & libre,
étant devenus des mots fynonimes, travailler à devenir libres, c'étoit prouver le prix que l'on attachoit à être François. C'ell ainfi du moins que nous avons raifonné à SaintDomingue : de ce peu dc mots dérivoient tous les devoirs
que nous nous fommes crus appellés à remplir dans notre
E: 2
, n'ont pas du
croire que les François n'euffent conquis cette liberté précieufe que pour leurs frères d'Europe. François & libre,
étant devenus des mots fynonimes, travailler à devenir libres, c'étoit prouver le prix que l'on attachoit à être François. C'ell ainfi du moins que nous avons raifonné à SaintDomingue : de ce peu dc mots dérivoient tous les devoirs
que nous nous fommes crus appellés à remplir dans notre
E: 2 --- Page 38 ---
Colonie, & les intentions que nous avons manifeftées par
nos actes.
Nous avons donné à ceux-ci un titre repréhenfible, &c
fulpeét : nous les avons intitulés Décrets! mais il falloit
bien un mot, un terme pour indiquer nos réfolutions. Si
nous n'avions pas adopté celui-là, lequel auroit-on voulu
que nous préferaffions 2 Arrêté nc feroit-il pas devenu le
prétexte d'une autre inculpation? N'étoit-ce pas une formule
Parlementaire 2 Un mot abfolument nouveau ne nous auroit pas mis davantage à Pabri des reproches. On prétend
que nous aurions dû nous abftenir de cclui de Décret, parce
qu'il a acquis unc fignification trop brillante.Sinous: avions
été plus modeftes , on nous auroit accufés de vouloir en
illuftrer un obfcur.
Mais nous avons dérogé doublement aux Droits de
l'AfTemblée Nationale 7 en nous appropriant fon idiôme;
décréter comme clle cft une ufurpation, & envoyer comme
clie des Décrets à Lacceptation, un attentat : autrefois ce
dernier mot excluoit l'idée de la contrainte : aujourd'hui il
deligne dans un feul cas un confentement forcé, & ce cas
cft précifement cclui auquel nous l'avons adapté, &cc.
Mais d'abord oùt eft la fixation legale, conflitutionnelle,
& exclufive de ce mot ? Où eft le décret qui nous oblige
à avoir en Amérique lcs nouveaux vocabulaires d'Europe,
&cà nous y conformer fure-le-champ,môme dans le ftyle? Et
après tour, qu'ya-t-il dans notre Décret, dans notre Arrêté,
dans notre réfolution du 28 Mai,qui inc fût fufcepcible d'être
préfenté à P'acceptation dans fon fens moderne ? Les neuf
premiers articles ne font-ils pas autant de vérités géométriques pourainfi-dire ? Neforment-ils; pas unc fuite d'axiomes
incontelables qui juflifent le dernier,oit fe trouve le mot
f malfonnant dans nos bouches fuivant nos ennemis?
, dans notre Arrêté,
dans notre réfolution du 28 Mai,qui inc fût fufcepcible d'être
préfenté à P'acceptation dans fon fens moderne ? Les neuf
premiers articles ne font-ils pas autant de vérités géométriques pourainfi-dire ? Neforment-ils; pas unc fuite d'axiomes
incontelables qui juflifent le dernier,oit fe trouve le mot
f malfonnant dans nos bouches fuivant nos ennemis? --- Page 39 ---
Au fond, la Colonie tenoit-elle plus à la France, que
la France elle-même au régime qu'clle venoit dc renverfer?
N'étoit-cc pas ce régime odieux qui conflituoit tous nos
rapports antérieurs ? Au moment oùt il venoit de céder à
Pinfurreétion d'Europe, pouvoir-il nous lier encore ? Nc
falloit-il pas un nouveau contrat pour confacrer nos
relations à venir ? Et ce contrat > n'avions nous pas le
droit d'en préfenter les claufes, de déclarcr celles dont
nous fefions le prix de notre attachement futur?
C'étoit bien-là inconteflablement le vaeu de la Colonie
cntiere. L'Affembléc Provinciale du Nord, louée, carefléc, couronnée par l'affemblée nationalc, ou plutôt par
le Comité, n'a-t-elle pas dit les mêmcs chofcs que nous,
&c bien plus formellement encore ? N'a-t-clle pas notifié
en termes précis > que fi on n'accordoit pas à la Colonie
ce qu'elle demandoit, (&c c'étoit en d'autres termes les
mêmes chofes qui forment notre Décret du 28 Mai) ) le
paite dtoit rompu? Notre crime feroit - il d'avoir mis plus
de décence dans nos expreflions; d'avoir cmployé en parlant à PAffemblée Naticnale un mot qu'elle n'avoit pas cru
elle-même injurieux > puifqu'elle l'avoit fpécialement adapté à fes relations avec l'homme qu'elle venoit de déclarcr
lc chef de PEmpire?
L'inconcevable légéretéavec laquelle toute notre affaire
a été rangée en une minute, n'a pas permis une minute d'y
réfléchir. Le Comité, Ou aveuglé, ou féduit par le vicil cfprit
des bureaux, &c des placcs de commerce 2 nous a regardés
à-peu-près comme des enfans mutinés, dont un coup-d'ail
févere, &c quelques coups de fouct diftribués au hazard,
déconcerteroicnt les prétentions coinme les idées : on auroit
dû penfer peut-étrc que nous ctions des hommes auffi, &
minute d'y
réfléchir. Le Comité, Ou aveuglé, ou féduit par le vicil cfprit
des bureaux, &c des placcs de commerce 2 nous a regardés
à-peu-près comme des enfans mutinés, dont un coup-d'ail
févere, &c quelques coups de fouct diftribués au hazard,
déconcerteroicnt les prétentions coinme les idées : on auroit
dû penfer peut-étrc que nous ctions des hommes auffi, & --- Page 40 ---
que la liberté en muriffànt nos idées nous en avoit donné
dc juftes s non pas fur nos prétentions 2 mais fur nos
droits.
Tous ces vains étalages dc P'érudition des Publiciftcs font
déformais fuperflus, & fans valeur, dans les éclairciflemens
de Peuple à Peuple & des différentes parties même d'un
Peuple avec les autres : elles ne peuvent former une union
intérêt commun, & des loix
ftablc, folide > qu'aurant qu'un
combinées à l'avantage mutuel des contraétans en font la
bafe. A quel titre reclameroit-on fur nous un autre genre
dc dépendance? Oà eft le ferment qui nous a jamais 2 avant
le 14 Juillet 1790, liés à la Nation Françoife? Enavionsnous fait même au Roi dc France? Concitoyens d'un autre
hémifphere, ce Roi régnoit fur nous comme fur vous, par
le droit de l'épée ; ce droit vous l'avez brifé ; mais n'efl-il
anéanti que pour vous ? Vous croyez-vous héritiers à la
charge de VOS Colonics de ce defpotifme que vous avez
fi heureufement éteint chez vous ?
Le Trône d'aujourd'hui n'eft plus celui des tems antérieurs à 1789. Vous y avez fait affeoir un Roi nouvellement élu. Vous lui avez donné dans le ferment qui lui
aflure la couronne, deux collégues, deux antécédens bicn
diftérens dcs anciens, la Nation , la Loi; voilà les vrais
Souverains de la France déformais. Loin que notre Décret
du 28 Mai fût un attentat contre la Nation, c'eft au contraire un titre formel, facré, legal en fa faveur.
En quoi donc feroit-clle lézée, fi la Colonie de SaintDomingue, fi toutcs fes Colonies ne prétendoient déformais lui être foumifes que par la déférence portée à CC
Décret du 28 Mai, en lui donnant même l'extenfion dont
Ic mot acceptation fcroit fufceptibie : Peut-elle en avoir,
du 28 Mai fût un attentat contre la Nation, c'eft au contraire un titre formel, facré, legal en fa faveur.
En quoi donc feroit-clle lézée, fi la Colonie de SaintDomingue, fi toutcs fes Colonies ne prétendoient déformais lui être foumifes que par la déférence portée à CC
Décret du 28 Mai, en lui donnant même l'extenfion dont
Ic mot acceptation fcroit fufceptibie : Peut-elle en avoir, --- Page 41 ---
peut-clle en revendiquer une autre 2 Lc premier droit de la
France fur nous c'cft la dilpofition de nos cours à lui
relter unis ; lc fecond c'cft notre inrérét. Si ces dcux liens
manquoient , comment pourroir - elle fc fiatter de nous
conferver 2
Elle enverroit des forces comme nous l'a dit patriotiquement, benignement le Rapporteur; c'cft-à-dire que l'on nous
affaflineroit pour nous régir! ch qu'auroit donc répondu
le plus intrépide, lc plus vil fatcllite de l'ancicn régime !
Des forces! L'efficacité en feroit doutéufe, & l'aliénation
des cfprits certaine. Mais comment concilier cctte menace
du Rapporteur avec CCS mots confignés dans les inftructions du 28 Mars? < PAtlemblée Nationale ignore, mé-
> prife fur-tour les moyens de captiver Ics Peuples, autre-
> ment que par la juflice. Attachement réciproque 5 avan-
> tages communs, inaltérable fidélité, voila, 3 Peuple des
>> Colonies, ce qu'elle vous promet > &c ce qu'clle vous
> demande >),
Voilà ce que dit la Nation > à quoi elle s'engage
envers les Colonies; & un Rapporteur vient les menacer
qu'il les fubjuguera par la force ; & ce Rapporteur furprend dcs décrets qui cafent fans formalité PAflemblée
Coloniale la plus légitime; il en emprifonne les membres;
il rejettc même leurs offres de fc lier à la France par
la répétition du célebre ferment du 14 Juiller, préré fur
l'autel de la liberté, dans fon templc > c'cft-à-dire au
milicu de PAfemblée nationale j cnfin il fe permet CC quc
le defpotifme le plus invétéré, dans le tems de fon afcendant le plus irréfiftible, de fes caprices les plus furicux,
n'auroit ofé même imaginer !
Le principe que ladhéfion future dcs Colons à la France
pétition du célebre ferment du 14 Juiller, préré fur
l'autel de la liberté, dans fon templc > c'cft-à-dire au
milicu de PAfemblée nationale j cnfin il fe permet CC quc
le defpotifme le plus invétéré, dans le tems de fon afcendant le plus irréfiftible, de fes caprices les plus furicux,
n'auroit ofé même imaginer !
Le principe que ladhéfion future dcs Colons à la France --- Page 42 ---
dépend de leur volonté, d'un nouveau contrat fpontané,
clt fi vrai, que dans les inftruétions du 28 Mars il eft
formellement configné. Lc tiers de CCS inftructions eft confacréà prouver aux Colonies qu'elles ne peuvent mieux faire
que de refter autachées 7 incorporées à la France. On leur
donne des motifs: on pofe en principe qu'il faut qu'clles
s'unifent, s'identifient ayec une grande puiffance dans la difpofition des forces de laquelle'elles trouvent, non pas la mort,
non pas l'efclavage, comme le veut lc rapporteur, mais
la garantie des biens qui leur feront acquis par une bonne
conftitution 2 par de bonnes loix intérieures. Il faut que cette
puifarce intéreffte à leur confervation par les avantages qu'elle
recueillera de SES TRANSACTIONS avec elles, (obfervez ce
mot, leéteurs, T RANSACTIONS)//58 UZ devoir envers elles
de la plus conftante équité; enfin on avouc qu'elles n'ont
pas jufqu'a ce jour recueilli dans toute leur étendue les fruits
que ces diverfès confidérations devoientleur faire atteindre $
mais oi ctoit la caufe de cette férilité, s'écrient les inftructeurs, finon dans les abus que NOUS AVONS DÉTRUITS.
Voilà, fages légiflarcurs, ce que vous nous écriviez
confanuionndliement, avec/ l'acceptation , &cl lafandlion du Roi
le 28 Mars 1790. Et le I2 Oftobre fuivant vous avez
non - feulement relevé, mais confacré pour les Colons
tous Ces abus; vous avez confacré les aflaflinats des bons
ciroyens qui avoient pris vos principes pour bafe ; vous
avez prononcé la deflitution des Repréfentans d'un peuple
à qui vous avicz folemnellement promis de n'exercer far
lui d'autre infuence quc celle des liens établis, & cimentés
par l'intérét commun, j à qui vous aviez folemnellemenr,
conjliqutionnellenent déclaré que vous n'étiez point jaloux
d'établir 3 ou de conferver des moyens d'opprefion;avee
qui
es pour bafe ; vous
avez prononcé la deflitution des Repréfentans d'un peuple
à qui vous avicz folemnellement promis de n'exercer far
lui d'autre infuence quc celle des liens établis, & cimentés
par l'intérét commun, j à qui vous aviez folemnellemenr,
conjliqutionnellenent déclaré que vous n'étiez point jaloux
d'établir 3 ou de conferver des moyens d'opprefion;avee
qui --- Page 43 ---
qui vous ne vouliez d'autres rapports que ceux qui réfultcroicnt d'unc TRANSACTION fondée fur la plus conflante
équité! Quel eft le trompeur, du Décrct du 28 Mars qui
contient fi netrement ces confolantes affurances, ou de
celui du I2 Oétobre, qui les dément diune manicre fi
funefte?
Nous nous fommes arrogétousles pouvoirs : nous avons
agi comme une puiflance; nous avons licencié des Troupes, armé des Soldats; nous avons profcrit un Gouverneur, &c. Cet enchaînement d'ufurpations ne décele-t-il
pas des vues profondes, &c un plan fuivi de révolte?
D'abord nous n'avons pas étécn fonctions affez longtems pour que la fuite de nos actes ait pu nous juftifier
fur cette prétendue réunion dcs pouvoirs; le premier moment de calmc auroit à cet égard complerté notre apologie, mais la circonflance ne juftifie-t-clle pas affez notre
conduite ? N'y avoit-il pas une Révolution à Saint-Domingue comme ici; & eft-ce dans un parcil moment qu'il eft
poflible d'être fi réfervé > de graducr fi Icrupulcufement
toutes les démarches 2
Peut-il en adminiftration y avoir, doit-ilyavoir un intervalle, entre une deftruétion fubite, &c une réédification quclconque 2 La France même à l'inftant dc la grande cxplofion ne s'cft-clle pas formée par-tout en Comités provifoires? N'ont-ils pas opéré fous les yeux de PAllemilée
Nationale? Leurs opérations n'ont-elles pas été regardécs
commc valides ?
Le Repréfentant du Roi à Saint-Domingue étoit-il plus
facré que fes Repréfentans à Paris ? Ne les avoit - on
pas dépouillés du pouvoir ufurpé dont ils jouiffoient ?
N'avoit-on pas réduit ceux du Trône même à lcur julle
F
ifoires? N'ont-ils pas opéré fous les yeux de PAllemilée
Nationale? Leurs opérations n'ont-elles pas été regardécs
commc valides ?
Le Repréfentant du Roi à Saint-Domingue étoit-il plus
facré que fes Repréfentans à Paris ? Ne les avoit - on
pas dépouillés du pouvoir ufurpé dont ils jouiffoient ?
N'avoit-on pas réduit ceux du Trône même à lcur julle
F --- Page 44 ---
mefure, & cette réduétion auroit-elle pu avoir lieu fi elle
n'avoit été précédée par une fpoliation : Si Pon n'avoit pas
en France défarmé les Tyrans par un effort fubit, ne fe
feroient-ils pas perpétués dans lcur ufurpation ? Falloit-il
à 1800 lieucs qu'on nous envoyât d'Europe une patente
pour mettre les nôtres hors d'état de nous nuire? En France
en avoit-on eu befoin? Le premier qui a tiré fur la Baftille
a-t-il été autorifé par un Décret? Quiauroit jamais pu s'attendre qu'on nous feroit un jour un crime à PAffemblée
Nationale, d'avoir imité la conduite de PAlfemblée Nationale? Notre imitation étoit encore plus légalc que l'exemple,
par cela mêmc qu'elle étoit unc imitation, & le fruit d'une
néccffité encore plus impérieule. Si avcc des intentions auffi
pures que lcs nôtres nous pouvions mériter un reproche 3
ce ne feroit pas certes d'avoir été trop entreprenans.
Tous les pouvoirs dont nous avons cru devoir > 8c dà,
provifoirement nous attribuer l'exercice, ils réfidoient dans
la main du Gouverneur: fa miffion précife étoit d'en ufer fans
exception pour perpétuer notre fervitude. M. Duchilleau,
cet homme vertucux, puni pour n'avoir pasvoulu contribuer
à CC complor miniftéricl, avoit reçu une injonétion expreffe
de s'oppofer chez nous à toute elpece d'Aflcmblée
Son fucceffeur étourdi d'abord par la Révolution même,
voulanr fe ménager lc tems de connoitre le terrein, d'étudier les efprits, d'apprécier les volontés, avoit commencé
par feindre du parriotifine : mais lc baut d'oreille du Courtifan, du complice des déprédations, de P'cfclave intéreffé
des Bureaux dc Verfailles, perçoit dans toutes fes démarchcs.
Lc 22 Avril 1790, ( que nos Lcéteurs obfervent cette
date)le 22 Avril 1790, lc Repréfentant du Roiavoit ofé
les efprits, d'apprécier les volontés, avoit commencé
par feindre du parriotifine : mais lc baut d'oreille du Courtifan, du complice des déprédations, de P'cfclave intéreffé
des Bureaux dc Verfailles, perçoit dans toutes fes démarchcs.
Lc 22 Avril 1790, ( que nos Lcéteurs obfervent cette
date)le 22 Avril 1790, lc Repréfentant du Roiavoit ofé --- Page 45 ---
nous écrire que le Roi de France étoit le SEUL Repréfentant
de la Nation; que lcs fujets ASSEMBLÉS OU NON, étoient
toujours fijets; il s'étoit permis d'interpreter les Décrets de
l'Aflemblée Nationale, & le commentaire, en termes diférens de la lettre du 22, alloit au même but; il réduifoit à
Suune-Domingue lc Peuple à rien, & attribuoit au Gouverneur la prérogative d'être tout. Devions-nous, pouvionsnous le foufirir ?
P
Quand cet homme foible, fans caradterc,-fans capaciré,
auroit été abandonné à lui-méme, il auroit encorc fallu
fixer des limites à l'autorité qu'on lui auroit laiffée; il auroit fallu retrancher une portion confidérable de cet excès
de puiffance à lui conférée par l'ancien régime, & devenu
incompatible même avec les préliminaires du nouveau.
Mais combien cctte reftriétion devint plus urgente quand
on le vit livré au confeil, & forcé de fuivre toutcs lcsimpulfions d'un de CCS hommcs dangercux > dont le trouble
cil l'élément, le défordre la feule reffource 9 l'aflaffinat
fervile & foldé Ic feul métier ; d'un ficur Mauduit, transfuge del la Révolution , qui n'ayant pu, dans les premiers
momnens de Finfurreétion, s'empécher d'exhaler fa furcur
contre la libertéfrangaife, n'ayant dérobé que par une fuite
précipitéc fa tête aux châtimens que méritoit ce crime,
avoit été à Tarin reeevoir des remercimens. s &c donner des
leçons de rage contre la Patric. C'étoit-là lhomme que le
Miniflere de France, non moins crimincl, non moins ennemi
de la Révolution,s'6roit empreffé de renvoyer à la tête des
forccs armécs de Saine-Domingue : c'étoit-là le Citoyen dépéché pour être lc confeil fecret, le guide public de notre
Gouverneur.
Avec lui étoient débarquécs dans cette malheureufe CoF2
c donner des
leçons de rage contre la Patric. C'étoit-là lhomme que le
Miniflere de France, non moins crimincl, non moins ennemi
de la Révolution,s'6roit empreffé de renvoyer à la tête des
forccs armécs de Saine-Domingue : c'étoit-là le Citoyen dépéché pour être lc confeil fecret, le guide public de notre
Gouverneur.
Avec lui étoient débarquécs dans cette malheureufe CoF2 --- Page 46 ---
lonie > lesintrigues, les menaces, les projets de vengeance.
Tous les moyens de féduire les Soldats il lesavoit pratiqués : tous ceux de les corrompre il les avoit effayés. Il
avoit formé une ligue avec tous les partifans de l'ancien
régime ; avec les Commis des bureaux de lIntendance dcvenus déferts, ou infructueux, depuis que le pillage y étoir
interdit; avec les Suppôts infatiables de Ja chicane, défolés
des réformes que nous opérions, d'après la lettre & l'efprit des Décrets de PAffemblée Nationale; avec les commiflionnaires, ou ipéculateurs, accaparcurs des den:ées les
plus néceflaires; avcc ces vampires de la Colonie cantonnés
à l'ombre du defpotifme dans les trois ports dont nous
les avions débufqués, &c défcfpérés de voir tarir par la
deftruétion de leur cxclufif, la fource du plus honteux,
du plus infâme de tous les monopoles ; avec cette foule de
gens fans avcu, que le defir vague de faire foraune &
l'impuiflance ou le dégoût d'exercer un métier honnête,
conduit trop fouvent vers nos ifles, que l'ancien defpotifme contenoit ou foudoyoir, qui, dans CC moment , en
craignoient bien plus la chûte quc la rigueur, &c fe trouvoient comme leur nouvcau chef réduits à n'efpérer de
falaire que de leurs forfaits, à n'avoir d'autre patrimoine
que lc crime.
Ce digne confident des La Luzerne &c confors, pratiquoit
les gens de couleur pour les armer contre leurs anciens
maîtres 2 contre leurs peres, contre leurs bienfaiteurs 5
il les flattoit d'un accroiflement dans leurs prérogatives,
d'une augmentation dans leurs fortunes, de la deitruction
de cette ligne de féparation tracce par la nature même,
facrée pour la politique, &c qui nc. peut être menacée que
par les ennemis s non-feulement des Colonics, mais de
PEurope elle-mêmc.
c confors, pratiquoit
les gens de couleur pour les armer contre leurs anciens
maîtres 2 contre leurs peres, contre leurs bienfaiteurs 5
il les flattoit d'un accroiflement dans leurs prérogatives,
d'une augmentation dans leurs fortunes, de la deitruction
de cette ligne de féparation tracce par la nature même,
facrée pour la politique, &c qui nc. peut être menacée que
par les ennemis s non-feulement des Colonics, mais de
PEurope elle-mêmc. --- Page 47 ---
C'eft quand nous avions cette coalition OlI perverfe, ou
aveugle à combattre; c'eft quand nous étions menacés par
cette réunion, non pasde tous les pouvoirs,mais de tousles
excès, qu'on nous reproche d'avoir ufé d'une autorité néceffairc, légitime; d'avoir cn licenciant, quant au mor, des
Troupcs foldées par la Colonie, 8cc qu'onalloit armer contre
la Colonic, voulului donner des défenfeurs fidéles;d'avoir
conformément aux Décrets de PAffemblée Nationale,
voulu métamorphofer des farellitcs dangereux en Citoyens
utiles, en Garde Nationale; c'eft quand lcs cnnemis implacables de la Révolution marchoicnr à nous, fes coopérateurs fidcles & incorruptibles, lc fer &c le feu à la main,
qu'on nous fait un crime d'avoir préparé des moyens de
réfiftance, trop furs, fi nous avions voulu cn ufer, fi nous
n'avions, par uin dernier trait dc patriotilmc, quitté une
terrc qu'il falloit baigner de fang pour la fauver.
S'il y a eu dans CCS tems d'anarchie des ufurpations >
des dépravations de pouvoirs vraiment criminclles, ce font
nos ennemis qui s'en font fouillés. En peur-on imaginer
une plus atroce, plus lâche 8c plus dérifoire tout-à-la-fois;
par excmple, quc la procédure d'un prérendu Confeil de
Guerre, entreprife par P'ordre du fieur Mzuduit, &c confommée depuis notre départ, contre un de nous, contre M. dc
Borel, Colon attaché autrefois il cft vrai à la profeffion des
armes, mais retiré depuis long-tems, à qui de fes anciens
grades militaircs il nc reftc que Phonneur d'avoir rendu les
plus importans fervices, & lcs plus mal récompenfés (r).
(r) On fe fouvient de l'anccdote fi intéreffante d'un Officier François, 9
chargé en 1778 des dépèches qu'il s'agiffoir de faire paffer aux Indes Orientales avec la plus grande diligence ; il prit la route d'Egypte; ; ayant voulu
traverfer le défert, il y fut acraqué, volé, affaffiné par des Arabes. Couvers
d'avoir rendu les
plus importans fervices, & lcs plus mal récompenfés (r).
(r) On fe fouvient de l'anccdote fi intéreffante d'un Officier François, 9
chargé en 1778 des dépèches qu'il s'agiffoir de faire paffer aux Indes Orientales avec la plus grande diligence ; il prit la route d'Egypte; ; ayant voulu
traverfer le défert, il y fut acraqué, volé, affaffiné par des Arabes. Couvers --- Page 48 ---
Il a été un de nos Commiffaires dans diflérentes miffions,
où il s'elt conduit de manicre à juftifier égalcment notre
choix, &c celui de la Colonie : il ne peut pas être coupeble que nous ne le foyons tous : il ne peur être jufticiable,
comme Citoyen, quant à fa conduite privée, que des
Tribunaux ordinaires: ; comme Repréfentant du Peuple, &c
pour des faits relatifs à cette repréfentation, il ne Peft
d'aucun : la particularité qu'il étoit du nombre de ceux
qui venoient ici réclarner la Juftice Nationale, devoir le
rendre encore plus facré, à cette Troupc fans droits, fans
titres, fans caraétere d'aucune cfpece; & cependant à l'ordre du fieur Mauduit elle lc cite; elle le juge; elle le
condamne.. à mort.
Et comme fi le nombre des viétimes pouvoit juflifier
cette jurifprudencc, ce même prétendu confeil de guerre a
affocié au Repréfentant du peuple foixante-quinze braves
hommes autrefois ftipendics, mais devenus Gardes nationales, dont tout le crime étoit de n'avoir voulu prendre
de part, ni aux crapules du fieur Mauduit, ni à fcs honteux
juremens: : ils ont été condamnés par le même tribunal que
notre collegue. Il n'y a de diférence que le genre de mort.
Pour avoir répugné à fc fouiller par le ferment ignominieux
dont nous avons parlé, pour s'être refufésà la formule du
fieur Mauduit, & n'avoir pas voulu fe foumettre volonde bleffires, après un long évanouiffement , accueilii & arraché à la mort
par fes meurtriers mêmes, livré enfuite aux Anglois, &: devenu prifonnier de
guerre, cC n'eft qu'après une longuc fuize d'avantures qu'il revit fa patrie :
cer Officier eit M.de Borel, il nel'a revue que pour y trouver un brigandage
bien plus dangereux, bien plus impitoyable que celui des hordes Arabes :
dans le defertles mêmes mains qui avoient voulu Jui Oter la vie, ont expié leur
crime en la lui confervant : & au fein d'une Colonic policée, les meurtriers qui n'ont pu l'égorger avec Pépée,Jui ont autant qu'ils l'ont pu donné
Ja mort par une fentence.
M.de Borel, il nel'a revue que pour y trouver un brigandage
bien plus dangereux, bien plus impitoyable que celui des hordes Arabes :
dans le defertles mêmes mains qui avoient voulu Jui Oter la vie, ont expié leur
crime en la lui confervant : & au fein d'une Colonic policée, les meurtriers qui n'ont pu l'égorger avec Pépée,Jui ont autant qu'ils l'ont pu donné
Ja mort par une fentence. --- Page 49 ---
tairementà être PENDUS, ils ont été voués à la potence par
un jugement dont lesa anteurs iculs ont mérité CC fupplice.
Ces hommes eltimables, arrivés avec nous en France 2
font exilés comme Péquipage du Léopard : ils languifient
cntre l'indigence &c Pinfamic ; le Comité il cft vrain'a pas
encorc parlé de procéder à lcur exécution ; mais on affure
qu'il fe difpofe à les licencier fans indemnités, 3 fans reffources, &c fans abfolution. Cetinfime abus de l'apparence
des formes judiciaires pour perdre ceux que fes canons,
ni fa moufqueterie n'avoient pu atteindre, n'eft-il pas de la
part du ficur Mauduit, & de fon foible fubordonné, du
Gouverneur automate qu'il dirige, lc dernier excès de
l'audacc &c de Pufirpation ?
Nous avons proicrit ce Gouverneur, & le Comité toujours ardent à faifir ce qui peut donner à nos adles une
nuance propre à criminalifer, filon peut hazarder CC mot,
nos intentions 2 n'a pas manqué d'infifter fur ce fait : il s'eft
bien gardé d'obferver que notre prétendue profcription, que
la proclamation de PAffembléc Générale contre CC Gouverneur, n'étoit qu'une réponfe à celle du Gouverneur contre
FAflemblée Générale 5 que la main de cct ennemi public
croit déja fouillée de fang, quand nous avons pris le parti
de menacer fa tête : notre décleration contre lui étoit une
défenfe légitimée par les attentats dont il fc rendoit l'ordonnateur, &c le garant.
Le Rapportcur s'eft bien gardé de fairc obferver combien
la conduite toujours équivoque &c contradiétoire de ce
Gouverneur, étoit mélée de baffeffe &c de cruauté; à quel
point il avoit enfreint toutes les clpèces de loix qui pcuvent
contenir les hommes. Le 13 Juillet , il nous reconnoilfoit
publiquement pour lcs vrais Repréfentans de la Colonie :
nateur, &c le garant.
Le Rapportcur s'eft bien gardé de fairc obferver combien
la conduite toujours équivoque &c contradiétoire de ce
Gouverneur, étoit mélée de baffeffe &c de cruauté; à quel
point il avoit enfreint toutes les clpèces de loix qui pcuvent
contenir les hommes. Le 13 Juillet , il nous reconnoilfoit
publiquement pour lcs vrais Repréfentans de la Colonie : --- Page 50 ---
le 20,lc 22, rien n'avoit encore changé dans fes difpofitions : le 29 il mettoit nos tétes à prix 5 &c le 30 il égorgeoit nos amis, > nos foutiens.
Dans le moment où il dépouilloit toute pudeur, où il
violoit tous les devoirs, où il renverfoir Pordre établi en
vertu des Décrets, où il aflafiinoit une Municipalité, ne
falloit-il pas qu'une puiffance quelconque 3 qu'une force
armée repouffit cet aflalin? Peut-on appeller ufurpation
des pouvoirs la réunion des moyens de défenfe ? N'eft-ce
pas lui qui a tout envahi, comme il avoit tout troublé?
En cC même moment il recevoit des ordres du Roi qui lui
enjoignoicnt de tout pacificr.
Il ne les a reçus, dir-il, que le lendemain : foit , quoiqu'on puiffe affurer qu'ils Jui ont été remis la veille. Mais
enfin le lendemain, il étoit tems encore de fe rapprocher.
Nous avions cnvoyé des Commiflaires; nous avions fait
toutes les avances 5 clles ont été repouffées : les troupes
n'en ont pas moins conrinué de marcher: le fang innocent
n'a ccflé de couler que parce qu'il nous a répugné de
verfcr même lc crimincl. Le Gouverneur n'a plus aflaffiné
que par des Confeils de guerre, que quand nous avons eu
la délicateffe de ne pas vouloir que la bonne caufc courût
rifque d'être juflifiée par des facrifices doulourcux.
C'eft donc lui qui eft le véritable autcur de leffufion du
fang;c'eft lui quieft le véritable ufurpateur, le vrairebelle.
Il l'a été aux Décrets de l'Afemblée Nationale, , qu'il a interprétés quand il ne leur devoit qu'une obéiffance refpectueufc, filencicufe, &c littérale; il Pa été aux ordres du Roi,
quand les ayant dans fa poche il n'en a pas moins continué
dc donner des ordres fanguinaires aux meurtriers qui enflamnoient,
ion du
fang;c'eft lui quieft le véritable ufurpateur, le vrairebelle.
Il l'a été aux Décrets de l'Afemblée Nationale, , qu'il a interprétés quand il ne leur devoit qu'une obéiffance refpectueufc, filencicufe, &c littérale; il Pa été aux ordres du Roi,
quand les ayant dans fa poche il n'en a pas moins continué
dc donner des ordres fanguinaires aux meurtriers qui enflamnoient, --- Page 51 ---
moient, &c fervoient fa vengcance : il l'a étéà la Nation, CA
allaflinant des Citoyens légalement armés, dans le lieu de
leur fervice, & ccux mêmes cntre les mains de qui il avoit
prété lc ferment de ne prendre les armes que pour les défendre. Et voilà Phomme que l'on récompenfe, quel'on couronne ! Et CC font fes viétimes qu'on accufe d'avoir ufurpé
1ous les pouvoirs.
Mais au moins nous ne pouvons nous difculper d'avoir
voulu enlever atl Gouverneur le droit de fanction ; nous
avons rendu & fait exécuter des Décrets > fans les munir
de cette formalité effentielle. On voit même par notre plan
du 28 Mai qu'il n'entroit pas dans nos vues de nous y
affujettir à l'avenir, &cc. Sans doute : rien de plus exact,
&c en même-tems de plus jufte.
Nous étions autorifés à nous paffer de cette fanétion
par les Décrets même dc P'AfTemblée Nationalc. Cclui du
8 Mars 1790, notre oracle & celui de la Nation, puifqu'il eft conflitutionnel, guide déformais irrévocable, arbitre entr'elle & nous 5 ce Décret du 8 Mars n'aftreint aucun des plans, 2 aucun des arrêtés, aucun des aétes de PA
femblée générale à la fanétion du Gouyerneur. On y diflingue
formellement trois degrés, trois claffes dans la hiérarchic
politique quc lAffembléc Nationalc énonce lc defir de voir
établir au fein des Colonics,les Municipalités, les Afemblées adminttratives 7 c'eft-à-dire de Diftrict ou de Departement, & ics ASSEMBLÉES COLONIALES; celles-ci font
autorifées par l'article I, à organifer les dcux premières, d'après les Décrets de PAffemblée Nationale, les
mnettre fier le chan:p ell activité, avcc lcs modifications cxigées par les convenances locales,/auf. la décifion définitive
de Vfemblée Nationale & du Roi, firr ces modifications
G
tratives 7 c'eft-à-dire de Diftrict ou de Departement, & ics ASSEMBLÉES COLONIALES; celles-ci font
autorifées par l'article I, à organifer les dcux premières, d'après les Décrets de PAffemblée Nationale, les
mnettre fier le chan:p ell activité, avcc lcs modifications cxigées par les convenances locales,/auf. la décifion définitive
de Vfemblée Nationale & du Roi, firr ces modifications
G --- Page 52 ---
5o
& la fanstion provifoire du Gourerneur POUR l'EXÉCUTION
DES ARRÉTÉS QUI SERONT PRIS PAR LES ASSEMBLÉES ADMINISTRATIVES.
Ainfi aucune dépendance érablie des Afemblées coloniales
envers les Gouverneurs > même fur cet article de Porganifation des Municipalités 7 8cc. Leur correipondance eft
direéte avec PAfTemblée nationale & le Roi; la franchife
elt encore micux confervée pour-le refte. Par les articles
I, 2,3, 4 8c 6 de CC Décret, qui n'en contient quc 6,
les Aljemblées coloniales font formellement confacrées à la
rédaétion des loix conflitutionnelles qui conviendront aux
Colonies. Leur miflion ef, fuivant Part. premier, , de faure
connoitre le 1'cu colonial fur la conflituton, , la legiflation &
Padminifration qui convienrent à la profpérité commune,
au bonheur des habitans, 8c, fuivant Part. VI, d'énoncer
leur propre vau fr les modificasions quipourroient être apportées au régime prohibizif du commerce entre les Colonies &c la Métre pole.
Dans un décrer, dans une loi confirutionnelle, rous les
mots porrent, tous les termes font facrés. Et il eft dità
cct arricle : les mêmes Alfembices coloniales énonceront leurTou, pour être fur leur péition, > &c après avoir entendu
lcs repréfentations du commerce François, Ratud parlAF
femblée Nationale ainfi qu'il appartienlra. Il n'efl donc la
queflion d'aucun intermédiaire : point d'intervention du
Gouverneur entr'clle &c nous, &c yen a-t-il entr'elle &c
les Départemens d'Europe ? Tous CCS rapports du defpotilme n'ont-ils pas crould avec fa citadelle? N'auroit-il pas
été abfarde de prolonger pour nous un joug devenu bien
plus odieux quand il n'auroit porté que fur nous > bien plus
dangereux quand de toutes les parties delEmpire nos mal-
'aucun intermédiaire : point d'intervention du
Gouverneur entr'clle &c nous, &c yen a-t-il entr'elle &c
les Départemens d'Europe ? Tous CCS rapports du defpotilme n'ont-ils pas crould avec fa citadelle? N'auroit-il pas
été abfarde de prolonger pour nous un joug devenu bien
plus odieux quand il n'auroit porté que fur nous > bien plus
dangereux quand de toutes les parties delEmpire nos mal- --- Page 53 ---
heurcufes contrées f feroient trouvées les fcules fur lelquelles il cal pele?
La fanétion du Gonverneur pourroit-clle êtrc rquife
pour des adtes cunfl.uetionnels ?
L'art. V,ilef vrai, la réferve pour lexécution des Arrêtés qui feront pris parles Afimblées adminiftratives. Cette
réferve cft, ou un refle de l'ancienne habitude de laiffer
intervenir le pouvoir exécutif ou fes agens, pour quelque
chofe dans tout CC qui touche à l'adminifiration, ou une
clpèce de contrepoils préparécontre l'autorité qu'auroient
pis'arroger lcs Allembkesqui, une fois créces, organiftes,
auroicut pa lc croire indépendantes des Alfembites coloniales, comme celles du Cap P'a prouvé par fon déiire &z
fa révolte.
Si nous voulions mêmc nous permettre des remarques
fir la rédaction textuclle de cct article, nous pourrions
obferver que lc mot fansiion , appliqué aux Gouverneurs,
&c lépithète prorifoire adaptécà ccttc fanction,font également inconciliables, inconjtinutionn: ls même, &c bien autrement répréhenfilles quc notre malhcureufe acceptation.
La fanétion cft déformais l'aéte lc plus auguftc, lc plus folemnel qui foit déféré au chef de la Nation : c'eft le complément de la loi qu'clie opère : du moment ou cette émanationde la puiffance royale a cu lea; tout eft confommé.
Son efict cfl prefque compaicble à cette parole célebre
deslivres facrés: le Roi dit,que Lloi foit, Scla loief.
Sila condefcendance cft f rficace, fon refas ne Peft
pas moins, quanta au 1D0 ment préfent, 8cil n'carelpenfable
qu'a lui-mémede Fon Ou de Paurre: il n'apas de comprcà
rendre de fes motif. Cetic grande,ccu augudle prcrogative peur-clle éure conférée à un fubaleerne, corpaable,
G2
és: le Roi dit,que Lloi foit, Scla loief.
Sila condefcendance cft f rficace, fon refas ne Peft
pas moins, quanta au 1D0 ment préfent, 8cil n'carelpenfable
qu'a lui-mémede Fon Ou de Paurre: il n'apas de comprcà
rendre de fes motif. Cetic grande,ccu augudle prcrogative peur-clle éure conférée à un fubaleerne, corpaable,
G2 --- Page 54 ---
re/ponfable 3 peut-elle Pêtre même provifoirement ? Si faute
dc lumières, ou par prévarication 2 il a repouffé un réglement utile , lui fera-t-on fon procès ? Mais qui le jugera :
&c dans quel genre de délit placera-t-on cette maladreffe fi
c'en eft une 5 ou comment prouver que c'eft une dépravation? Ya-t-il des crimes négatifs ? Ne prétendra-t-il pas que
le mot même de fanclion doit porter avec lui toute fon
indépendance ? &c s'il accorde fon attache à des réglemens
funeftes, l'embarras ne fera-t-il pas encore plus grand 2
ainfi que la contradiction plus fenfible ?
Mais elle n'eft que provifoire : mais le mal fera réel, &c
conftant. Qu'eft. - ce d'ailleurs qu'un provifoire ordonné à
1800 lieues de diflance de l'aurorité à qui appartiendroie le
desnitif? Comment ftarucr provifoirement dans les tems de
guerre, quiexigent des réfolutions fubites, dans les difettes
imprévucs, dans lesfoulevemens, dans une multitude de cas.
impoffibles à prévoir? Dans tous ces cas lafanclion eft définitive fi elle autorife Pexécution, &c elle eft abfurdc fi
ellc ne l'autorife pas. Faudroit-il plus de tems pour faire
fanctionner la fandlion, que pour aller tout d'un coup à la
fource chercher un ordre complet ? Une révocation tardive
réparera-t-eile les maux qu'aura produit le confentement
prématuré 2 Cette conceffion diétée cn. apparence par le
defirde favorifer les Colonies, ne produiroir pour elles que
des infortunes, & pour l'individu invefli d'un droit fi beau
gue des anxiétés. Affurément fi nous avons failli dans l'acception grammaticale que nous avons confervée trop longtems au mot acceptation à 18co lieues d'ici, les rédacteurs
des Décrets nationaux feroient au moins auffi répréhenfibles
d'avoir aufli expédié à 1800 lieues, un Gouverneur, à un
Agent du pouvoir exécutif, une patente conçue en des ter-
'individu invefli d'un droit fi beau
gue des anxiétés. Affurément fi nous avons failli dans l'acception grammaticale que nous avons confervée trop longtems au mot acceptation à 18co lieues d'ici, les rédacteurs
des Décrets nationaux feroient au moins auffi répréhenfibles
d'avoir aufli expédié à 1800 lieues, un Gouverneur, à un
Agent du pouvoir exécutif, une patente conçue en des ter- --- Page 55 ---
mcs qui lui tranfmettent une faculté incomnsunicable, auffi
dangereufe à cxcrcer pour lui, quc faralc à CCLIX contre qui
il prétendroir s'en prévaloir.
Ce qu'il en réfulte, c'cft que dans une révolution il faur
du tems pour rendre lc langage conftiutionnel ainfi que les
pouvoirs, & mêne les idées : c'eit que dans l'intervalle il
ne faut attacher une acception rigourcufe, &c exclufive,
aucun destermes que P'habitude force ou induit à cmployer:
c'eft qu'il eft ridicule en général de faire ull reproche des
méprifes en CC genrc, & qu'il eft atrocc d'cn faire un
erime.
Que refle-t-il maintenant de tout cet échaflaucage CJmitial fur lequel eft fondé tout le rapport des II &c IZ
Oétobre, &c par conféquent lc Décret qui en efl lc réfultat?
Si nos attes ont pu un inftant paroîrre répréhenfibles, c'cfi
parcc quc le Rapporteur les a dénaturés avec réflexion,
parce qu'il les a préfentés dénués de tous les acceiioires qui
lesmotivoient. Sinos intentions ont pu un moment être fuf
peétes, c'eft par une fuite de la mêmc manceuvre; &c qu'on
y prenne garde, dans tout CC qui précede nous n'avons fait
quei répondre à des inculpations: nous n'ayons encore donné
une idée jufle ni de la Colonic, ni de fes malheurs, ni de
la fageffe, . nous ofons le dire, de la modération comme de
la néceffité de nos démarches; nous avons prouvé combien
ccllcs de nos ennemis étoient coupables ; un jour viendra où nous démontrerons combien les nôtres étoicnt
dignes de louanges, de remerciemens 5 mais nous en
avons dit affez pour éclairer PAfiemblée Mationale fur
linjuflice de CC qu'on lui a fait faire, fur la juftice
qu'elle peut, qu'elle doit dès-à-préfent nous rendrc. Ajoutons ici quelques obfervations cffenticlles pour achever de:
ccllcs de nos ennemis étoient coupables ; un jour viendra où nous démontrerons combien les nôtres étoicnt
dignes de louanges, de remerciemens 5 mais nous en
avons dit affez pour éclairer PAfiemblée Mationale fur
linjuflice de CC qu'on lui a fait faire, fur la juftice
qu'elle peut, qu'elle doit dès-à-préfent nous rendrc. Ajoutons ici quelques obfervations cffenticlles pour achever de: --- Page 56 ---
déterminer fon opinion fur le malheureux rapport des If
& 12 OStobre, &la funcfle furprife qui en a did le fruit.
Nous avons été defitués CC jour-l: nous ne devions Pêtre
ni CC jour-là, ni un autre ; mais avons - nous jamais pu
Petre 2 Cerequeflion en clle-mômc, de paries accclioires,
cft digne d'un examcn frieux.
S. IIL
Si nous arons pu être deflitués.
Avant tout qu'on veuille bien fe rappeller lcs morifs de
notre départ, & les circonflances de notre arrivée ici.
Avec la force en main, pouvant, devant peut -être en
ufer pour punir des meurtriers, farellites du defpotifine
vaincu, détruit ici par une infurreétion NATIONALE (1),
nous cédons à la répugnance de fouiller les bales de la liberté du fang même de fes oppreffeurs, parce qu'il falloit
s'expofer à faire couler cclui des citoyens: nous nous arrachons à nos foyers, à nos familles, au voeu d'un peuple
entier armé, réuni pour nous défendre : nous verons ici
fous la foi publique, donnerà la Nation, à l'Alemblée de
fes Repréfentans unc preuve phyfique de la fincérité des
affurances vingr fois confignées dans nos archives del'année
dernicre, & dans routes nos dépèches, de notre foumiflion
àlune, de notre attachement à l'autre, de norreinamuable
réfolurion d'êure, de refter François.
(J) Qu'on n'oublie pas que le ficur Mauduit, Phemme du Comité. celui
à qui le Comizé a déféré unc couronne teinre de notre fing, a été cnvoyé
de Turin à Saint-I Domingue 1 par le fiear la Eugerne; d que c'eft du mOnienc de fon arrivée que le fieur de Peirier jufques-li d'accord avec nous,
s'en cit féparé.
norreinamuable
réfolurion d'êure, de refter François.
(J) Qu'on n'oublie pas que le ficur Mauduit, Phemme du Comité. celui
à qui le Comizé a déféré unc couronne teinre de notre fing, a été cnvoyé
de Turin à Saint-I Domingue 1 par le fiear la Eugerne; d que c'eft du mOnienc de fon arrivée que le fieur de Peirier jufques-li d'accord avec nous,
s'en cit féparé. --- Page 57 ---
A Pinflant de notre arrivée un foulévement caufe par Ics
difpoficions d'un code marin, dont l'expérience nc cardera
pas à faire fentir ou les défauts ou l'utilité, caufe un trouble momentané dans le Porr oùt un accueil fraternel ne
laifloit à nos caurs d'aurre fentiment quc cclui de la joie.
On en conclud, on public que c'cft une révolte duc à
nos fuggeflions; & fiur-le-champ, fans rien vérifier, fans
réfléchir finos forces épuifées par un trajet faiguant,finotrc fituation perfonzelle, après un voyage maritime , propolé, réfolu,cxécuré dans la même minure, nous permes
d'enereprendre fans intervalle une route de terrc, cn un
fens prefque auffi pénible, on nous décochc un ordre de
nous rendre à la fuire de PAfemblée National: (1).
Cette lettre de cachet nationale n'efl pas accompagnéc
même dusformes qui accompagnoicnt les Décrets miniflerids: onnaia notifie à aucun de nous. Soir cmbarras de
revêtir Cet aéte de deiporifme du frcau des Régénérateurs
de la Liberté, foit de la part du Comité defir & efpérance
dc fc ménager un prétexie pourjoindre le reproche de défobéillance au plan déja réiolu de nous accufer du crime
de rébellion ; ioit auffi envie de preffer l'affaire & d'en
emporter la décifion, avant qu'aucun dc nous pûr être en
état de donner des éclaircitiemens qui auroicnt contrarié,
fair échouer Ce plan ; c'eft aux propos publics feuls, c'cft
au bruit vaguc dc la renommée qu'on abandonne le foin
de nous inflruire d'un ordre auffi rigoureux. Cc font-là les
couriers que l'on charge de nous notifier le Décret qui ne
(T) Nous fommes arrivés le 14Sayrembre a Bred, &leaoaeé fulminé a Paris le Décret portant ordre de nous rendre a ic Faitte
icnt contrarié,
fair échouer Ce plan ; c'eft aux propos publics feuls, c'cft
au bruit vaguc dc la renommée qu'on abandonne le foin
de nous inflruire d'un ordre auffi rigoureux. Cc font-là les
couriers que l'on charge de nous notifier le Décret qui ne
(T) Nous fommes arrivés le 14Sayrembre a Bred, &leaoaeé fulminé a Paris le Décret portant ordre de nous rendre a ic Faitte --- Page 58 ---
nous laiffe de liberté que ce qu'il cn falloit pour venir ici
recevoir des chaînes (1).
Il étoit pofible qu'aucun de nous ne s'empreffàt d'y déférer. Ce Décret attraétif ne prefcrivoit aucun terme : il
ne devcnoit obligaroire quc d'après la notification; cette notification ne pouvoit avoir lieu au-plurôt que dans les derniers jours de Septembre. Après l'avoir reçuc, il falloit nous
laiffer l'intervalle néceffaire & phyfique pour obéir. Il y a
160 lieucs entre Breft où l'on paroiffoit nous fuppofer, &c
Paris où l'on fembloit devoir nous attendre; le Décrct du
20 Seprembre n'avoit pas raccourci cette diftance.
Nous faifons un effort pour ia franchir : plufieurs de
nous fe rendent à Paris le premier Oétobre : l'engagement
eft pris par le plus grand nombre de s'y trouver lc cinq.
Nous avons foin d'cn inftruire Ic Comité. Qucl,eft lc fruit
de cet avis? Les plus diligens apprennent que desl le premier
OSobre le rapporr du Comité eft prôt, ainfi que le plan
du Décret contre nous, & ia réfolution de nous deftituer;
que le jour eft indiqué AU QUATRE, pour les remettre fous
lcs yeux de PAffemblée 2 pour procéder à la formalité
de le faire ratifier par elle; &c en effet tout étoit prét: ficette
cérémonie a été différée jufqu'au douze, c'eft par des cir-
(1) Ce Décret a bien été adreffé à la Municipalité de Breft pour nous lc
tranfmertre : mais cet intermédiaire même étoit un obftacle de plus à la
promptirude de la notification. Il étoit plus que probable que la plupart de
nous ne feroient déja plus à Breft. Seroit-ce s'éloigner de la vérité que de
foupçonner que l'envoi du Décret foudroyant à la Municipalité de cette
Ville, avoit le double objet de la refroidir & de nous mortifier? Elle nous
avoit accueilis avec une fenfibilité, une cffufion de joie qui avoit défefpéré
nos ennemis ; il étoit digne d'eux d'employer fon minifterc à nous informer
d'un Déera où nous c:ions déja par anticipation traités en criminels.
conflanccs
é que de
foupçonner que l'envoi du Décret foudroyant à la Municipalité de cette
Ville, avoit le double objet de la refroidir & de nous mortifier? Elle nous
avoit accueilis avec une fenfibilité, une cffufion de joie qui avoit défefpéré
nos ennemis ; il étoit digne d'eux d'employer fon minifterc à nous informer
d'un Déera où nous c:ions déja par anticipation traités en criminels.
conflanccs --- Page 59 ---
conftanccs particulières, abfolument étrangères à nous : &c
nous n'avons rien gagnéà CC délai.
Ainfi le parti étoit pris de rapporter notre affairc
aucun rapport avec nous, 8c, fi on l'avoit
fans
arrivéc, de nous
pu, avant notre
déclarereoupables, de nous condamner, de
nous exécuter, , fans nous avoircommuniqué aucun des griefs
dont nous étions chargés, aucun des crimes dont nous étions
accufés, aucun des attentats dont on étoit décidé à nous
punir ; fans avoir reçu de nous aucune clpèce d'éclairciffemens, aucune forte d'explication, & même en
les preuves qui naiffoient en foulc en notrc fapprimant
feulement de notre
faveur, nondc nos détraétcurs correfpondance, mais même de celle
dépofée au Comité, Nous étions donc des
victimes que l'on étoit déterminé à facrifier, &c non dcs
accufés que l'on eûti intention de JUGER.
pas
Maintenant quels font les hommes qu'un Comité,
fimple bureau, a ofé traiter ainfi au nom, &
qu'un
tion des Reflauratcurs de la liberté
par l'intervenment nous fommes, chacun
frangoife? Individuelleautorifés à réclamer dans prisà part, des citoyens connus,
quelque région du monde
ce fût, les ménagemens affurés par la fociété à
que
n'en eft pas le fardcau. Si nous avions befoin quiconque
notre intégrité 7 pour répondre de nos actions pour garantir
d'une autre caution quc de celle des vertus
publiques,
privées 2 nous pourrions produire celle de perfonnelles,8: nos fortuncs.
Entre les quatre-vingt-cinq membres de notre Affemblée
qui font ici, on trouveroit
foixante-quatre chefs de famille,
peres derzo enfans, gui réuniffent plus de CENT MILLIONS de
propriétés,
Nous fommes loin de nous en
doute nous
énorgueillir : mais fans
avons le droit d'obferver que dans l'ordre
H
celle des vertus
publiques,
privées 2 nous pourrions produire celle de perfonnelles,8: nos fortuncs.
Entre les quatre-vingt-cinq membres de notre Affemblée
qui font ici, on trouveroit
foixante-quatre chefs de famille,
peres derzo enfans, gui réuniffent plus de CENT MILLIONS de
propriétés,
Nous fommes loin de nous en
doute nous
énorgueillir : mais fans
avons le droit d'obferver que dans l'ordre
H --- Page 60 ---
politique, cette exiftence doit avoir fon poids. Cene font
pas dc parcils hommes qu'il eft permis d'accufer légèrement d'avoir voulu compromettre la tranquillité généralc,
&c troubler par des fubverfions criminelles Pordre public
dont lc foin leur étoit confic, auquel ils devoient s'intéreffer à tant dc titres.
Nous étions pour la Nation Françoife, c'eft-à-dire pour
la généralité de nos concitoyens d'Europe comme d'Amerigue, des hommes intéreffans, dignes d'égards, par Pévidence de notre refponfabilité civile; mais pour leurs RePAfemblée Nationale 2 nous étions des
préfentans 2 pour
revêtus comme
hommes facrés, des mandataires publics 1
cux d'un caraétere inviolable, honorés comme cux par le
choix dup peuple d'une efpecc de facerdoce politique s fufceptiblc comme la Hiérarchie religicufe d'une gradation dans
les pouvoirs, &c non pas d'une différence dans fa nature.
Légiflateurs quideveza aujourd'huil ibien vivement regretter
avoir
infltigations de ce Comité
dc nous
méconnus,dfapreslesi
fi digne de votre confiance, daignez y réfléchir : notre
miffion peu eft émance de la même fource que la vôtre, du
Peuple. Colleétivement vous êtes nos fupérieurs 7 parce que
vous repréfentez la France entiere ; nous n'en reprélentons
qu'une portion 5 nous vous devons les hommages 7 la
foumifion que la partic doit au tout : mais cctte dépendance va-t-ellc jufqu'à vous donner le droit d'anéantir arbitrairement en nous les effets du voeu par lequel feul vous
exiftez, ainfi quc nous ?
Envain le Rapporteur comitial, preffentant que cette
objedtionpourroit luiêtre faitc,agliffédès lcs commencemens
comme on l'a vu, un mot qui femble rendre fufpeéte, ou
douteufe, la. légitimité de notre vocation. Ellc n'a été
ctte dépendance va-t-ellc jufqu'à vous donner le droit d'anéantir arbitrairement en nous les effets du voeu par lequel feul vous
exiftez, ainfi quc nous ?
Envain le Rapporteur comitial, preffentant que cette
objedtionpourroit luiêtre faitc,agliffédès lcs commencemens
comme on l'a vu, un mot qui femble rendre fufpeéte, ou
douteufe, la. légitimité de notre vocation. Ellc n'a été --- Page 61 ---
fixée, a-t-il dit dans un endroit, que par une foible majorité, & dans un autre , par une apparente majorité.
Mais cn variant fcs épithetes, il n'a pas fait varier
nos droits : il n'a prouvé que la réalité de fa mauvaife
volonté, ainfi que la foiblefle de fes moyens pour la
fatisfaire.
Toujours malheureux, ou inconféquent dans fes citations, après avoir fait des efforts pour perfuader que nous
Nationale, &c trompé la
en avons impofé à PAffemblée
Colonie 2 dans notre maniere de rendre compte des fuf
frages qui nous ont confirmé au fccond fcrutin, à la feconde
éleétion, ils'appuic fur le calcul du Gouverneur qu'il donne
en détail ; calcul d'après lequel cclui-ci a été forcé, malgré
les oppofitions du fieur Mauduit, de nous reconnoîire,
de proclamer notre confirmation. Et fuivant ce calcul,
configné page 29 du rapport, on trouve fur 162 fiuprages,
nombre auquel fe réduifoientles voix actives de la Colonie,
Pour notre confirmation pure &c fimple. 73
Pour la confirmation, à charge de fe co1l90
former aux décrets de l'Affemblée Nationale,
c'eft-à-dire à une condition déjà remplie. 17
Pour notre diffolution.
Mucts & nuls -
A fon compte même nous aurions donc cu une majorité de 90 contre 48, c'cft-à-dire du DOUELE, & en
retranchant, fi l'on veut 1 les 17 qui ne nous impofoient
que la plus facile des obligations, nous aurions encore eu
de fon aveu LE TIERS des voix de plus. Er voil CC qu'il
appelle une foible, unc apparente majorité!
L'apparence feroit bien autrement impofante > G Pon
H 2
Mucts & nuls -
A fon compte même nous aurions donc cu une majorité de 90 contre 48, c'cft-à-dire du DOUELE, & en
retranchant, fi l'on veut 1 les 17 qui ne nous impofoient
que la plus facile des obligations, nous aurions encore eu
de fon aveu LE TIERS des voix de plus. Er voil CC qu'il
appelle une foible, unc apparente majorité!
L'apparence feroit bien autrement impofante > G Pon
H 2 --- Page 62 ---
comptoit, comme il feroit plus naturel, par paroifes: Il
fe trouveroir que nous en avons eu fur 52, qui compofent
la Colonic, 47 ; qu'ainfi nous fommes avoués par une
majorité de dix contre un; &c cette majorité ne s'eft pas
bornée à nous avouer librement, à nous confirmer pour
la feconde fois fur les lieux. Depuis notre départ même;
dans lc tems même où nous franchillions les mers pour
apporter en Europe la vérité, où notre Rapporteur franchiffoit de fon côté tous les ferupules, &c toutes les loix
pour l'obfcurcir > pour Pétouffer, quaranre-quatre paroiffes
nous réclifoient en quelque forte pour Ja troificme fois :
clles adhéroient à toutcs nos réfolutions ; elles renouvelloient, confirmoient, confacroient irrévocablement leur
choix déja fi folemnel, fi facré.
Après ces éprcuves, après ces témoignages, fans doute
la légitimité de notre éleétion ne paroitra douteufe à perfonne ; elle nous conféroit donc un caractere indépendant
dc toute efpcce d'autorité, autre que celle qui nous en
avoit invefti. Pour nous révoquer, il falloit l'intervention
de nos commettans ; pour nous dégrader, celle d'un tribunal.
Vous pouviez peut-être annuller nos opérations 2 comme
émanécs d'une Afemblée fubordonnée;8c encorealorsmémc,
pardonnez une franchife devenue indifpenfable : fi elle devoit vous indilpoler, que ce foit feulement contre le Comiié quivous a furpris 5 & encore alors méme , en fuppofant que vous n'eufficz pas excèdé les bornes de vOs
pouvoirs, auricz-vous enfreint les règles de la prudence
comme de la juftice, en prononçant fur ces opérations fans
nous entendre, en nous réduifant icià une affiftance phifique
&c muette.
penfable : fi elle devoit vous indilpoler, que ce foit feulement contre le Comiié quivous a furpris 5 & encore alors méme , en fuppofant que vous n'eufficz pas excèdé les bornes de vOs
pouvoirs, auricz-vous enfreint les règles de la prudence
comme de la juftice, en prononçant fur ces opérations fans
nous entendre, en nous réduifant icià une affiftance phifique
&c muette. --- Page 63 ---
6r
Quoi ! le 20 Scptembre vous nous enjoignez de nous
rendre à votre fizite fans délais : le premicr Oétobre nous
y fommes. Le 2 ; vous nous accordez une audicnce d'appareil qui n'eftpas exempte d'amertume, &c d'humiliation
pour nous. Le Rapporteur, que nous n'avions pu approcher Ia veille que pour recevoir dcs infultes, nous avoit
déclaré que nous étions juges ; qu'il ne mançuoit plas
qu'une formc à l'arrêt dont en effet il nous avoir notifié
les difpofitions : & cette forme y eft appolée le 12, d'après fon defpotique, fon calomnieux , fon infidèle expofé,
fans qu'il ait été permis à aucun de nous, &c mêmc àaucun dc vous, s d'effayer de vous inftruire. (r)
S'il avoit fallu, pour recevoir de nous des éclairciffemens > nous envoyer arracherà Saint Domingue 2 attendre
lc retour d'une expédition dirigée au nom dc la liberté,
contre lcs défenfeurs du peuple dans cette ile, & que vous
eufficz cû des raifons impéricufes de ne pas vous préterà
CC délai, la précipitation feroit excufable : mais attirer à
vous dans lc même moment nos perfonnes, & repouffer
nos explications'nous placer fous votre main, à votre. fiite,
& fermer l'oreille à nos raifons ! intcrdire à notre juftification, au développement des motifs de nos procédés >
(I) La parole a été interdite indillinélement. On peut voir dans la lettre
eur Philantropes, avec queile vivacité fe plaint de cetteinterdidion. M.PAbbé
Grégoire, 1 qui ne nous étoit pas favorable. Ce n'eft cependant pas à nos
adverfaires qu'elle a nui. Le prétexte allegué par le Comité pour l'obtenir,
étoir la délicareffe de la matiere 1 & le danger d'entamer une difcuffion
dont on ne pouvoit prévoir l'étendue. Le vrai motif étoit l'envic d'affurer
au Rapportcur du jour la fatisfaction 2 la funefte gloire d'cn dtrc feul
l'oracle,
étoit pas favorable. Ce n'eft cependant pas à nos
adverfaires qu'elle a nui. Le prétexte allegué par le Comité pour l'obtenir,
étoir la délicareffe de la matiere 1 & le danger d'entamer une difcuffion
dont on ne pouvoit prévoir l'étendue. Le vrai motif étoit l'envic d'affurer
au Rapportcur du jour la fatisfaction 2 la funefte gloire d'cn dtrc feul
l'oracle, --- Page 64 ---
l'accès de l'Affemblée oùt l'on alloit apprécier ces procédés,
les condamner, en anéantir l'effet !
Et ce defpotifme comitial inconfidéré, on l'étend jufqu'à
nos perfonnes , en feignanr de lc reftreindre à nos cuvres.
On dit qu'on nc nous juge pas ; & cependant on nous
dégrade, on nous caffe; on déclare nul, on anéantit le
voeu qui nous a conftitués ! Quelle ne doit pas être votre
indignation contre le funcftc Comité qui n'a pas frémi de
propofer ainfi tout-à-la fois aux Repréfentans de la Nation,
d'outrepaffer leurs pouvoirs > & dc violer le premier de
leurs devoirs, de joindre l'excès de l'injuflice à celui de
l'ufurpation.
Le Rapporteur de ce Comité a bien prévu cette objection : ill'a laiffée entrevoir pour réuffir avec plus de fuccès à vous la dérober ; fuivant luila deftitution prononcée
lc 12 Oétobre, n'anéantit pas nos pouvoirs,parce. que nous
n'en avions pas. ( Notre affemblée, a-t-il dit, n'étoit pas
> confututionnelle, parce que la conftitution des Colonies
> n'eft pas faite. Ce n'eft que quand elles auront cct avan-
>> tage, qu'il y exiftcra des Affemblées dont le caraétèrc
> fera immuable, & qu'on ne pourra dépouiller qu'avec des
>> formes; mais cclles qui exiftent aujourd'hui n'étant pas
> dans la conftitution, cet apparcii eft inutile >
quand
on croit devoir s'en débarraffer. (1)
Mais de cct infidieux, &c cffrayant fophifme , il réfulte
d'abord que PAilemblée Nationale ellc - même pourroitêtre caflée de droit, s'il exifloit une force fupéricure defait
(I) Rapport de M. Barnave, du 12 CAcbre1790, pag.
ent aujourd'hui n'étant pas
> dans la conftitution, cet apparcii eft inutile >
quand
on croit devoir s'en débarraffer. (1)
Mais de cct infidieux, &c cffrayant fophifme , il réfulte
d'abord que PAilemblée Nationale ellc - même pourroitêtre caflée de droit, s'il exifloit une force fupéricure defait
(I) Rapport de M. Barnave, du 12 CAcbre1790, pag. --- Page 65 ---
à celle qui la foutient. Elien'efipas dans la confitution, puic
qu'elle travaille à la créer.
2°, Elil bicn vrai qu'il faille l'exiftence d'une confliturion
frite pour rendre légitime lc vou du peuple dont la conflitution clle-méme ne peut 2 ne doit êtrc que l'exprefion? ?
Autant vaudroit dirc que c'cft lc fruit qui donne à l'arbre
de la nourriture &c du foutien. Pour la préparer, pour la
rédiger cette conflitution, il faut bien que lc pcuple nommc
des organes : & fi ceux-ci ne font facrés, inviolables, IMMUABLES , qu'après la fin de P'ouvrage, pour lcs empécher
d'arriver jamais à cettc fin, il fuffiroit donc de Ics changer
à mefure qu'ils en approcheroient. Le Comité a donné la
un étrange fccret pour anéantir fans reffource la repréfentation, lc voeu du peuplc, dans les Colonics, pour cn perpétucr l'efclavage, au nom > par les mains dc la liberté.
Quand la raifon ne décideroit pas qu'une fois nommés,
les
les dépofitaires de la confance du peuple ne
agens 3
peuvent, en quclque circonftance que CC foit, être deflitués
fans unc forfaiture prouvée & jugéc, la politique feroit de
ce principe un axiôme irrévocable, fur-tout quand il s'agit
commc ici, d'un des plus précicux Départemens de cct Empire, fitué à 1800 lieues s dont les moindres variations
compromettre le fort, où la craintc même d'un
peuvent
changement peut en amener d'irréparables.
3°. Mais le Rapporteur fophiftc n'a pas feulement étéindifcret dans ce paflage, il a été encorc plus inconféquent.
Sans doute il ne conteftc pas à P'Affemblée dont il cft
membre, le droit d'établir la confitution ; fans doute il ne
regarde pas comme inconllitutionnels les établiffemens qui
en ont les décrets pour bafes : &c telles font cclles de notre
Affemblée. Des Décrets folemnels faits pour nous > ont
le Rapporteur fophiftc n'a pas feulement étéindifcret dans ce paflage, il a été encorc plus inconféquent.
Sans doute il ne conteftc pas à P'Affemblée dont il cft
membre, le droit d'établir la confitution ; fans doute il ne
regarde pas comme inconllitutionnels les établiffemens qui
en ont les décrets pour bafes : &c telles font cclles de notre
Affemblée. Des Décrets folemnels faits pour nous > ont --- Page 66 ---
ratifié un premicr choix fait de nous par le peuple pour
être fes Repréfentans; & par un égard ferupuleux pour la
lettre de ces Décrets, nous avons reçu une feconde miffion
qui a confirmé nos droits, nos pouvoirs, notre qualité.
Le Décrct du 8 Mars, 9 Article II, porre que, ( Dans
>> les Colonies, où il exifte déja des Affemblées Coloniales
> librement élues & avouées par les Citoyens, elles feront
> admifcs à exprimer le vau de la Colonie ; que dans celles
> où il n'en exifte pas 2 il en fera inccilamment formé>;
&c dans les Inftructions du 28 du même mois 9 également
décrétécs exprès pour nous, c'eftle caraétere facré de Repréfentans du Peuple que l'on imprime aux élus. Ily elt dit en
propres termes:Queces Affemblécs EX ERCENTUN DROIT
> QUI APPARTIENT ESSENTIFLIENT ENT AU PEUPIE,
> cclui depréparer une Conflitution. Or, fans doute, celui qui
exerce légalement une faculté, repréfente celuià quielle appartient, & qui la lui a déléguée; aux termes de cette Loi dc
la raifon confacréc par vous, il ne faut donc pas pour être
invefli de cette repréfentation, 2 être dans la Confitution :
il fuffit d'écreappellé à la préparer.
Enfin, aux termes de ces mêmcs Inflruétions 2 nous ne
fommes pas feulement des délégués du Peuple, 9 nous autres
Colons, nous autres Membres autorifés par lui dpréparer fa
Conftiturion, à exprimer fon rau : nous fommes le Peuple luimême. cTous ccux qui jouiffent du droit de Cité, difent-
> elles, devroient y être appellés (à ces Affemblées Prépa5 ratoires) 5 tous devroient y prendre place, fans Pimpoffi-
> bilité qui réfulte de leur nombre. La nomination des
> Députés alors n'eft autre chofc qu'une rédudion nécefice
3 par les circonflances >), Or, nous fommes CCS Députés
nommés 3
uple luimême. cTous ccux qui jouiffent du droit de Cité, difent-
> elles, devroient y être appellés (à ces Affemblées Prépa5 ratoires) 5 tous devroient y prendre place, fans Pimpoffi-
> bilité qui réfulte de leur nombre. La nomination des
> Députés alors n'eft autre chofc qu'une rédudion nécefice
3 par les circonflances >), Or, nous fommes CCS Députés
nommés 3 --- Page 67 ---
nommés;nous fommes donc phyfiquement, décrétalement,
corftitutioncliement CC Peuple lui-mômc.
Reduit OlI non, c'cft roujours le Peuplc. C'cft donc lui
que votre Comité vous a engagés à deflituer, cafler dans
nos perfonnes. Si vous ne reveniez fur VOs pas. 3 il fe trouveroit donc que vous, fes Reprélentans en France, vous
auriez aut mépris de VOS propres Loix 3 annéanti fa
repréfentation, & fon cxiflence,en. Amérique. Ce que vous
n'auricz pas pu faire 3 même après nous avoir entendus >
convaincus 3 vous l'auriez fait fur des imputations calomnieufes, fans nous convaincre, fans nous entendre.
La raifon fe confond à cette idéc : nous fommcs
ainfi dire embarraffés, accablés, de l'excès de notre pour bon
droit; nous avons prefque des remors de nc lavoir pas
développé plutôt, de n'avoir pas apprécié plutôr le tiffa
d'impoflures, d'inceonféquences, appellé par votre Comité
un rapport , &c cette incompréhenfible décifion, cet acte
intolérable dev violence, de defpotifme inconflinutionnel, auquel il vous a forcés d'appofer le fccau qui confacre VOS
Décrcts.
Nousavions donc, nous avons ENCORE des pouvoirs reels,
des pouvoirs irrévocables par tout autre vau quic par celui
de la partie du peuple qui nous les a confics, ou par toure
autre fentence que cellc d'un tribunal autorifé
d'après une
procédure, un examen, fur des preuves non
à
équivoques,
nous condamner , à nous deftituer. Ces pouvoirs nous
conféroient un caracterc inviolable, &c il a été violé; &c
fir quels prérextes! &c par qui?
Maintenant, Légillatcurs de la Nation, fes bienfaiteurs,
'enncmis par devoir, par goûr, de linjuflice
devez
frémir de cclle' dont on vous a rendus
2 qui
linfrument le I2
Oétobre, fi vous ne yous croyez pas encore aflez inflruirs,
I
. Ces pouvoirs nous
conféroient un caracterc inviolable, &c il a été violé; &c
fir quels prérextes! &c par qui?
Maintenant, Légillatcurs de la Nation, fes bienfaiteurs,
'enncmis par devoir, par goûr, de linjuflice
devez
frémir de cclle' dont on vous a rendus
2 qui
linfrument le I2
Oétobre, fi vous ne yous croyez pas encore aflez inflruirs,
I --- Page 68 ---
admettez nous à une vérification plus détaillée : mais citez
auffinos calomniateurs. Queles affaffins der nos Concitoyens,
& des vôtres; les ennemis de cette révolution qui vous eft
due,dépouillés au moins de la honteufe couronne décernée
par PArrêt du I 2 Octobre, comparoiffentdans! l'attitudequi
leur convient : qu'il foit permis à la vérité, à la juftice,de
prononcer enfin à qui font dus les éloges, les remerciemens,
de ces meurtriers pour qui rien n'a été facré ; qui n'ont
ceflé de répandre du fang que quand un fcrupule dont ils
étoient bien indignes de profiter, 9 nous a indiqué un moyen
d'épargner même le leur ; ou des Citoyens paifibles qui fe
confiant dans votre juftice n'ont pu foutenir l'idée de
voir leurs compatriotes expofés à périr même pour une
bonne caufe, & font venus s fous la foi publique > la plaider devant vous, où ils fe flattoient bien vainement qu'elle
triompheroit fans danger comme fans obftacle.
Si au contraire d'après ces détails, ces éclairciffemens
préliminaires, vous vous croyez déjà en état de prononcer
fur l'étrange provifoire qui vous a été furpris ; fi vous
voyezdéjà clairement que,quant à nos adles 2 vous avezété
indignement abufés ; que relativement à nos perfonnes on
vous a induits à violer non moins indignement le droit commun le droit des gens le plus vulgaire, le droit facré de la
repréfentation ,
du peuple, le droit auquel vous devez votre
fàreté, &c votre prépondérance. > faites dès-à-préfent rentrer dans le néant ce funefle Décret du 12 Oétobre dernier. Pour première réparation à nos conftituans , à la majelté du peuple 7 outragée dans nos perlonnes > fuprimez
entrevous,& nous, , toute efpèce dmncmm6dairejadncticze
nous à cette formalité augufle, qu'il eft inconcevable qu'on
nous ait refufée,à prêter dans le fein de votre aflemblée, fur
l'autel del la liberté,del la conftitution, de la patrie, le ferment
folemnel de ne cefler de les chérir 3 de les défendre;8
7 outragée dans nos perlonnes > fuprimez
entrevous,& nous, , toute efpèce dmncmm6dairejadncticze
nous à cette formalité augufle, qu'il eft inconcevable qu'on
nous ait refufée,à prêter dans le fein de votre aflemblée, fur
l'autel del la liberté,del la conftitution, de la patrie, le ferment
folemnel de ne cefler de les chérir 3 de les défendre;8 --- Page 69 ---
laiffez-nous partir l'olive à la main pour aller rendre lapaix,
la confiance, la fécurité, CCS contrécs trop jultement inquicutes, , qui ne fc croiront affranchies &c fauvécs, qu'à la
nouvelle de Texil de leurs tyrans, à cclle duretour de leurs
libérateurs.
N. B. Dans le courant de ce Memoire nous avons toujours parlé
du Rapport des I1, G 12 Odobre, comme étant Pouvrage du Comité:
nous avons di parler ainfi 3 prifgie dans limprimé qui ef la feule
manie:e dont nous ayons pu le connoitre, il eii intitulé, Kapport tait
à l'Affen:blée Nationale AU NOM du Comité des Colonies; c 24e
ce Comité n'a pas réclamd.
Cependant nous nous croyons obligés de puh'ier que MM. Thouret,
e Chapelier ne peuvent etre compris dans cet énonce. Tiopfuarchargés
d'affaires, abforbes par d'autres Comités, dès avant notre arrivée ils
n'alloient jamais a celui des Colonies. M. Thouret Pa rommément
déclard à nos Commifaires 7 qui, dans les premniers jours d'Odobre
s'étoient retirés vers lui > parce qu'ilen étoit Préfident Tirulaire.
Ce fera aux autres Collegues du Rapporteur a indsquerla partyuits
ont prendre, ou celie qu'ils veulent conferver dans la compofision,
6 "" rédadion du Rapport. Nous ofons ferlement nous fletter que
ceux qui avoueront ce RAPPORT, > s'abfliend ont à P'avenir de fe
porter pour JUGES de nos plaintes, & de tout ce qui nous conce cerne.
La jufice leur en fair un devoir, e la délicatefe une loi.
S I G N * S
E. GUERIN.
POUQUET.
AUBERT.
LA TOURAUDAIS.
PEYCHAUD.
DAUGY.
DE VARSE.
DUVERGER.
LABARTE DE SAINTE-FOY.
DAIHERE.
DESCURE DE LESPARRE.
THOMAS MILLET.
LE GRAND.
DION.
LARTIGAU DU BEDOU.
NECTOUX.
BoUTIN.
POURCIN CABANNES.
MONTNONNIER.
VIGOUREUX.
SAUVAIRE.
LARCHEVESQUE THIBAUD.
TAUSIA BOURNOS.
BACON DE LA CHEVALERIE.
SUIRE.
LAVIE DU RAUSEL.
VENAULT DE CHARMILLY.
BOUCHÉS.
DURAND.
LA ROQUE TURGEAU.
AVALLE.
LESCALLE DE VERONNE,
RATTIER.
BERAULT.
CARRÉ.
GUILHEM.
CHAUNETTE.
DE BORIL.
.
POURCIN CABANNES.
MONTNONNIER.
VIGOUREUX.
SAUVAIRE.
LARCHEVESQUE THIBAUD.
TAUSIA BOURNOS.
BACON DE LA CHEVALERIE.
SUIRE.
LAVIE DU RAUSEL.
VENAULT DE CHARMILLY.
BOUCHÉS.
DURAND.
LA ROQUE TURGEAU.
AVALLE.
LESCALLE DE VERONNE,
RATTIER.
BERAULT.
CARRÉ.
GUILHEM.
CHAUNETTE.
DE BORIL. --- Page 70 ---
EB
SI37 Suite des Signatures.
SEZILLE DE MONTARLAIS.
AMIDIEU DUCLAUX.
DE PONS.
BAUDIN.
QUENET DUHAMEL.
PETIT.
CHEVERNET.
BESNARD.
SAUNOIS.
CHANTEGRIST.
AIMÉ GAUTIER.
PAUL DU VERGER.
LAMBERT.
ICARD BATAGLINI.
ROUSSEAU DE LA GAUTRAIE. LERAY DE LA CLARTAIS.
DAVEZAC DE CASTERA.
LE FORESTIER
MONGIN.
DENIX.
DUTRÉJET.
SENECHAL.
DELMAS, le Jeune.
NOGERÉE.
FREDUREAU DE VILLEDROIT. CASTELPERS.
GRASSET.
MAIGNÉ.
MOTMAIN.
LAFAKGE.
MAGNAN, Fils.
LABORDE.
MONNET.
COTELLE.
LEGOûT.
BLACÉ.
REMOUSSIN.
CADUSH.
MARRAUDdes GROTTES.
DES ROHANDIERKES,
CHARRIER.
CROISIER, Préfident,
du Comité du
% Port-au-Prince,.
IMBERT, Secrétaire, J --- Page 71 --- --- Page 72 ---