--- Page 1 --- --- Page 2 --- --- Page 3 ---
AD RESSE
DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DE LA PARTIE FRANÇOISE
DE SAINT-DOMINGUE
A PAssemblée Nationale.
Mzssrxuns,
Vous avez décrété, le3odumois dernier,
que le rapport de notre affaire auroit lieu
aujourd'hui, et qu'elle seroit aussi jugée
aujourd'hui, ou, ce qui revient au même,
vous décideriez si la conduite de M. de
que
Peynier et de ses agents étoit digne d'approbation ou de blâme.
De deux choses l'une, Messieurs:
Ou vous nous regardez comme les vrais
représentants de la colonie de Saint-DoA --- Page 4 ---
RPJCB
(2 )
mingue, ou vous ne croyez pas que nous le
soyons.
Si vous ne croyez pas que nous soyons
les vrais représentants de Saint-Domingue,
dans ce cas il est important pour nous 2 il
estimportant pour la plus considérable des
colonies françoises, il est important pour la
France mêmeque vous commenciez par examiner nos titres ct vous assurer de notre
qualité.
Nous vous affirmons 9 Messieurs, que
nous formons réellement l'assemblée générale de la partie françoise de Saint-Domingue. Nous avons apporté avec nous toutes
les pieces qui doivent vous en convaincre.
Il dépend de vous de les voir, et il estindispensable que vous les connoissiez avant
tout. A
Si nous sommes les vrais réprésentants
de Saint-Domingue, comme cela sera prouvé sans répliques dans ce cas, Messieurs,
nous avons à vous témoigner notre douleur,
1c. Du décret qui nous mande à votre
suite. Ce décret a pour base, pour unique
base, l'insurrection vraie ou prétendue de --- Page 5 ---
(3)
Brest. Quelles sont les preuves que nous
ayions eu partà cette insurrection? Ilr n'y en
a ancune, absolument aucune; il ne peuty
en avoir. Quelques soupçons se sont clevés
contre nous: mais d'oit partent ces soupçons
injurieux?. -
Nous nous flattons, messieurs, nous sommes sûrs que la municipalité de Brest nous
lavera de ces soupçons. Nous en sommes
sûrs, parceque notre conscience nous le dit
et que cette voix ne trompe jamais.
Pouvoit-on penser que, sur de simples
soupçons, et des soupçons, élevés par des
hommes intéressés à nous rendre défavorables, les représentants d'une colonie telle
que Saint-Domingue seroient mandés comme coupables dans un moment sur-tout où
une démarche magnanime de leur part,
celle d'être venus d'eux-mémes au sein de
la nation, répondoit de la pureté de leurs
sentiments ? Oui, messieurs, 2 c'est de nousmêmes que nous sommes venus; et si vous
en doutiez, c'est encore un fait dont il faudroit commencer par vous assurer.
2°, Nous avons à vous exprimer notre
peine, messieurs, de ce que, malgré la re.
A: 2
dans un moment sur-tout où
une démarche magnanime de leur part,
celle d'être venus d'eux-mémes au sein de
la nation, répondoit de la pureté de leurs
sentiments ? Oui, messieurs, 2 c'est de nousmêmes que nous sommes venus; et si vous
en doutiez, c'est encore un fait dont il faudroit commencer par vous assurer.
2°, Nous avons à vous exprimer notre
peine, messieurs, de ce que, malgré la re.
A: 2 --- Page 6 ---
(4)
nous avions eu lhonneur
présentation que
devions être tous
de vous faire, que nous ne
été
réunis que le 5 de ce mois 2 nous ayons
obligés de comparoitre hier.
Tous ceux que vous avez qualifiés prémamembres de l'assemturément de ci-devant
de Saintblée générale de la partie françoise
tous ont été mandés. Il falloit
Domingue,
tous enmêdonc qu'ils pussent conparoitre
et tous
car ils sont indivisibles,
me temps;
innocents.
sont coupables ou tous sont
tous que
Orils ne pouvoient comparoitre
notre réunion g6le 5 de ce mois, parceque
et
nérale n'a été fixée qu'à cette époque,
décret n'a été notifié à aucun denous.
votre
messieurs,
3°. Nous gardons le silence,
l'accueil que vous nous avez fait hier.
sur
ont reçu
Les apologistes de nos oppresseurs
des faveurs qui ne nous ont pas été accorla consolation de cette
dées. Nous puisons
distinction humiliante dans l'espoir queleur
et
vous ne tartriomphe se bornera là,
que
derez pas à nous donner l'attitude, qui cond'une belle portion
vient aux représentants
de l'empire.
messieurs, toutela dignité,
Nous sentons,
Ila été
toute T'élévation de notre caractere. --- Page 7 ---
(5)
eompromis jusqu'à présent d'une maniere
marquée. Nous serions coupables envers la
colonie, si nous lelaissions plus long-temps
avilir.
Cen'est pas tout, messieurs.
Un autre préliminaire indispensable consiste à savoir si vous agréerez ou non notre
décret du 28 mai dernier.
Si vous l'agréez, messieurs, alors nous
nous trouvons placés sous un point de vue
qui peut apporter une différence immense
dans la maniere de traiter la grande affaire
qui ests soumise à votre décision.
Il faut donc avant toute ceuvre discuter
ce décret.
M. Barnave a dit à cinq d'entre nous
ce décret étoit un crime,
les
que
que
décrets
subséquents étoient des crimes, que toutes
les opérations de l'assemblée
générale de
Saint-Domingue étoient criminelles. Ce sont
ses propres paroles.
Nous prouverons au contraire et nous dé.
montrerons que ce décret est juste,
est
le seul qui convienne à la
qu'il
colonie, le seul
qui puisse être le lien de sa constitution
la constitution
avec
françoise. Nous le prouverons, nous le
démontrerons, 2 non senlement
subséquents étoient des crimes, que toutes
les opérations de l'assemblée
générale de
Saint-Domingue étoient criminelles. Ce sont
ses propres paroles.
Nous prouverons au contraire et nous dé.
montrerons que ce décret est juste,
est
le seul qui convienne à la
qu'il
colonie, le seul
qui puisse être le lien de sa constitution
la constitution
avec
françoise. Nous le prouverons, nous le
démontrerons, 2 non senlement --- Page 8 ---
(6)
d'après l'esprit de VOS décrets, messieurs,
mais même d'après la lettre de l'instruction
que vous avez décrétée le 28 mars dernier.
Nous le prouverons encore, nous le démontrerons d'après les propres ayeux' de M. de
Peynier lui-même.
Quand notre décret du 28 mai aura été
discuté 1 alors, Messieurs,
2 vous jugerez,
non pas si nos opérations sont criminelles ;
Car il ne. peut pas y avoir de crime où chacun ne dit que son sentiment, n'expose
son
que
opinion, où tous décident d'après leurs
lumieres et leurs consciences, 9 où ils n'ont
fait que consulter VOS décrets, où des représentants n'ont fait que vous manifester un
voeu, et un voeu devenu celui de leurs
constituants... mais vous déciderez zsileurs
opérations sont bonnes ou mauvaises ; et
en cela, Messieurs, vous ne ferez que ré-.
pondre à ce que nous avons entendu nousmêmes lorsque nous avons soumis notre
décret du 28 mai à votre acceptation. Peu
instruits du sens que vous attachiez à cette
expression 2 nous lui avons donné celui
d'une approbation qu'il dépendroit de vous
d'accorder ou de refuser.
Nous vous prions donc instamment 2 --- Page 9 ---
(7)
Messieurs, de suspendre etle rapport denotre affaire et toute décision rélative à cette
même affaire jusqu'à ce qu'elle ait été pleinement instruite mais sur-tout jusqu'à ce
que vous ayez décidé les deux questions
suivantes.
Premierc question. Les membres qni se
présentent comme formant l'assemblée générale de la partie françoise de Saint-Domingue, forment-ils réellement l'assemblée
générale de la partie françoise de SaintDomingue?
Seconde question. Le décret par elle
rendu le 28 mai dernier doit-il être accepté
ou non par l'assemblée nationale?
Il ne s'agit pas ici, Messieurs, de l'intérêt de 85 individus seulement; et certes cet
intérêt est aussi quelque chose; car ces 85 individus sont des François ; ces 85 individus
tiennent à toute la colonie non seulement
par leurs propriétés 2 non seulement par
leurs familles, mais encore par un lien également respectable, la confiance de leurs
compatriotes. Ils s'agit d'une colonie entiere;
et si la colonie de Saint-Domingue n'est
qu'une section de l'empire, c'en est du
moins une section si majeure, si impor-
85 individus seulement; et certes cet
intérêt est aussi quelque chose; car ces 85 individus sont des François ; ces 85 individus
tiennent à toute la colonie non seulement
par leurs propriétés 2 non seulement par
leurs familles, mais encore par un lien également respectable, la confiance de leurs
compatriotes. Ils s'agit d'une colonie entiere;
et si la colonie de Saint-Domingue n'est
qu'une section de l'empire, c'en est du
moins une section si majeure, si impor- --- Page 10 ---
EB
S137
(8)
tante, que le sort de l'empire est véritablement lié au sort de cette colonie.
Daignez, Messieurs 9 au nom de cette
superbe colonie, au nom de tout l'empire
françois, au nom de votre propre gloire, ne
pas négliger les représentations que nous
avons l'honneur de vous faire. Les éloges
qu'on donneroit à M. de Peynier et à ceux
qui ont agi par ses ordres, loin de rétablir
le calme dans la colonie, acheveroient de la
mettreen combustion.
Nous sommes avec respect,
MESSIEURS,
Vos très humbles et très obéissants
serviteurs,
Signés, BÉRAULT, président de l'assemblée
générale de la partie françoise de SaintDomirgue;, a
GAUTIER, vice-président;
DrAURONYEAV, D. ENIX, GAULT,
D'AUGY, secrétaires.
Paris le 4 octobre 1790,
De lImprimerie de DIDOT, fils ainé, rue Pavée. --- Page 11 --- --- Page 12 ---