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Hebu Cartrr Brolun
Library
Airon Inibersity
KNOWLTON $863
--- Page 3 --- --- Page 4 ---
M
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A
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E
S
S
E
DE
LA - SOCIETÉ
DES AMIS DES NOIRS,
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
A toutes les Villes de Commerce, à toutes les Mamufactures, aux Colonies, à toutes les Sociétés des Amis
de la Constitution ;
ADRESSE dans laquelle on approfondit les Relations politiques
commerciales entre la
et les
BEc.
N
et
Métropole
Colonies,
RÉDIGÉE PAR E. CLAVIERE, Membre de cette Socicté.
( Les liens dc la violence et de la force re sont pas des liens durables ; les
jougs politiques finissent toujours par étre ples fanestcs à ceux qui les imposent
qu'à ceux qui les portent 5 car la nature donnc lc droit de résister à T'oppression :
mais elle imposc lc devoir de la reconnoissance pour les bienfaits >. Les Colonies
Françoises, aux Sociétés d'Agriculture , aux Manufactures Ct dlix Fabriques de
France; par M. DE PONS, habitant de Suint-Domingue.
A
P A R I S,
DE L'IMPRIMERIE DU PATRIOTE FRANÇOIS,
Place du Théàtre Italien, No, 2.
M ARS
I 7 9 I.
10 8
a I MIT Mnnen - --- Page 6 ---
--- Page 7 ---
2 LE 1
AYERTISSEM, E N T.
Paris,4 avil 1791:
député de la MartiM. MOREAU DE SAINT-MÉRY, nouvelle diatribe de soixantenique, fait répandre une la société des Amis des Noirs.
in-8, contre
la disdu PREMIER MARS (1), quoique
est
FAREe
hier et on annonce perfiRcee
tribution n'en ait été faite que
;
de PImprimerie
sort des presses
dement encore 2 qu'elle
Nationale, Cet insidieux écrit a pour titre : Considérations, présentées
vrais amis DU REPOS ET DU BONHEUR DE LA FRANCE,
aux
mouvemens de quelgues soi-disant
à Poccasion de nouveaux
ami des noirs.
à le dénoncer, comme un nouveau
Nous n'hésitons pas
blasphême contre les principes
scandale; comme un nouveau un libelle tissu par une perde notre constitution ; comme
plus accompagnée
fidie d'autant ordinaires plus dangeeucoqueleen des colons, et qu 'elle se pare dune
des fureurs
làche et fausse modération. élevés dans les colonies; c'étoit un
Des troubles se sont révolution; la commotion devoit se.
résultat forcé de notre les
de l'empire. Eh bien,
faire sentir dans toutes
parties
Le rapport du comité colonial est
(1), Cette date est remarquable. et Si les projets de décrets quil proposera
sans doute prochain;
d'écrire dans les colopassoient sans discussion, on ne tellement manqueroit instruit pas depuis long-temp S les
nies, que M. Moreau avoit étoit devenue peu nécessaire. Peut-e être
esprits 2 que la discussion
pour fermer la discussion à T'assemaussi se sérvira-t-on de çette date,
blée même.
cette brochure sort de TImprimerie NatioOn annonce encore que faire croire aux colonies et aux ignorans,
nale, pour insinuer ou
sous le sceau de 8
ce tissu d'absurdités et de mensonges paroit
semblée elle-même,
a
a
nies, que M. Moreau avoit étoit devenue peu nécessaire. Peut-e être
esprits 2 que la discussion
pour fermer la discussion à T'assemaussi se sérvira-t-on de çette date,
blée même.
cette brochure sort de TImprimerie NatioOn annonce encore que faire croire aux colonies et aux ignorans,
nale, pour insinuer ou
sous le sceau de 8
ce tissu d'absurdités et de mensonges paroit
semblée elle-même,
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a --- Page 8 ---
MMUIT
UNE
-
L
<
(ii)
M. Moreau accuse la société d'avoir fait naitre ces troubles !
Mais à qui persuadera-t-il que la nouvelie de la révolution
subite, qui promettoit aux François le régime honorable de
la liberté, n'ait pas dû, indépendamment des
de
notre société, mettre les esprits en fermentation opinions dans les
colonies P Que cette nouvelle, si
attendue, n'ait
dû faire luire un rayon d'espérance dans peu le coeur de tant pas de
malheureux, qui sentent tout le poids,les uns de leur humiliation, les autres de leurs chaines?
Qui pourra croire que les colons blancs, recourant au
même instant à leur atroce et habituelle
faire
succéder la. terreur aux innocentes dilatations politique, du plus pour
espoir, n'ont pas dû causer de l'inquiétude, de
juste
et par conséquent du mouvement. parmi les
T'irritation, mulàtres, et queiques nègres gémissant sous des François maitres barbares ?
Et si ces événemens étoient inévitablement attachés
circonstances, où se trouvoit la
et au caractère aux
des colons blancs; de quelle
métropole,
vrir le calomniateur assez ignominie ne doit-on pas coule cri de sa
atroce pour les attribuer 2 contre
d'hommes conscience, contre le cri des faits, à une société
aussi paisibles dans leurs travaux que dans leurs
dont principes les colons ; pour rejetter sur elle les crimes et les excès,
ses
blancs, qui ont l'impudence de se porter
accusateurs, sont convaincus d'être eux-mêmes les coupables auteurs!
Tel est le but criminel de M. Moreau. Eh !
n'a-t-il pas aussi accusé les Amis des Noirs de comment tous les
mécontentemens; 2. de toutes les révoltes qui ont troublé
colonies, avant l'existence même de la
les
l'esclave y a souvent tenté de secouer société; ses fers; car enfin,
les a teints du sang de ses
souvent il
n'existoit pas de Société des Amis bourreaux,. et cependant il
M.
des NoirsP. . :
Moreau ne voit-il pas que le commaadement de Pinsurrection est gravé sur les fers mêmes des esclaves? Que les
emens; 2. de toutes les révoltes qui ont troublé
colonies, avant l'existence même de la
les
l'esclave y a souvent tenté de secouer société; ses fers; car enfin,
les a teints du sang de ses
souvent il
n'existoit pas de Société des Amis bourreaux,. et cependant il
M.
des NoirsP. . :
Moreau ne voit-il pas que le commaadement de Pinsurrection est gravé sur les fers mêmes des esclaves? Que les --- Page 9 ---
- awr
(iii)
cruautés des tyrans, et les angoisses du martire, prêchent la
liberté bien plus éloquemment que tous les livres? Eh! que
doit-ce être de l'ardeur de l'insurrection, quand le fracas
des Bastilles quitombent sous ses coups, retentit aux oreilies
seuls s'accuser
des esclaves :
e Ouilles tyrans doivent
des révoltes; elles ne cesseront qu'avec la tytannie.
Iimanque, aulibellede M.Moreau,d d'être écrit avecle sang
des citoyens de couleur et des malheureux esclaves. Cette
nouvelle figure de rhétorique, étoit digne de l'émule de ces
soi-disant députés du nord et de l'ouest de Saint-Domingue,
dont la lettre circulaire est exactement le sommaire de l'infernal écrit de M. Moreau. Il a cherché. en suivant leur
marche et en adoptant toutes leurs atrocités et toutes leurs
réveries, à leur donner quelqu'ombre de vraissemblance.
L'Adresse qu'on va lire répond déjà à M. Moreau; elle
pulvérise - et ses accusations, et ses mensonges. 2 et ses
calomnies, et ses absurdes prédictions.
Mais cette réponse ne suffit point. Dans une cause de
cette- importance, 2 plus n0S accusateurs redoubleront de
perfidie et de scélératesse, et plus ils nous animeront à les
poursuivre. Nous dévoilerons complettement ce colon, dont les traits
du visage et la couleur de la peau font soupçonner une
double trahison; celle des droits de l'homme, et de ses,
frères proprement dits (i), Nous montrerons sa condamna-
(1), Si'le sang africain ne coule pas dans les veines de M. Moreau 2
ce qui est problématique, il ne faut que le supposer débarqué dans
les colonies, au milieu du préjugé qu'il veut défendre, etn'étant connu
de personne, pourjuger dui rang oi on le forceroit de descendre; car,
par quels signes extérieurs prouveroit-il une autre origine, que celle
commune à tous les mulâtres? Commealors.imamdirok lesloisquilui
paroissent maintenant si justes! Comme ils lui paroitroient respectables et nécessaires, ces philosophes dont Lappanage est plutôt de disirer
la perfection que de calculer. les bornes de la perfiecnitilist! Bornes, que
sans donte LUI, M. Moreau, est en état de poser; car ilveut que les
Africains soient éternellement esclaves.
a
, que celle
commune à tous les mulâtres? Commealors.imamdirok lesloisquilui
paroissent maintenant si justes! Comme ils lui paroitroient respectables et nécessaires, ces philosophes dont Lappanage est plutôt de disirer
la perfection que de calculer. les bornes de la perfiecnitilist! Bornes, que
sans donte LUI, M. Moreau, est en état de poser; car ilveut que les
Africains soient éternellement esclaves.
a --- Page 10 ---
IM MMAL
ANU LO
(iv)
tion, et l'horreur qu'il inspire, écrites dans chacune des
de son odieux libelle.
PRE Moreau auroit-il espéré de dévouer la Société des
Amis des Noirs aux assassinats qui, dans les colonies,
earactérisent ce
appelle la justice P Pense-t-il nous
joindre à tant .tiende victimes de l'insatiable cupidité
et de l'insolente vanité des colons blancs ? Qu'il essaye;
les tribunaux lui sont ouverts. On n'y voit pas, àla vérité,
siéger ces hommes de sang,, dont l'affreuse jurisprudence
punit Ies crimes, les insurrections qu'ils font naître. - et les
vengeances dont ils allument tous les feux. Mais qu'a besoin,
M. Moreau, de ces juges atroces, 2 si les victimes que sa
fausse sensibilité déplore, sont frappées de la main des Amis
des Noirs, si le malheureux Ogé n'est que leur instrument,
s'ils ont désobéi aux décrets de l'assemblée nationale
TABLE --- Page 11 ---
C NCHT
(v)
T A B L E
MATIERES
DES PRINCIPALES
CONTENUES DANS CETTE ADRESSE.
IxrRODUCTIOx
Pourquoi, et par qui, la société des amis des noirs est calomniée. But commun
de
Demandes inconstitutionnelics des soi-disant
aux assemblées Saint-Domingue.
de leurs
de leurs
députés du nord ct de l'ouest. Division de l'examen
demandes,
titres et de leurs menaces. I 9.
P REMI E R E PARTIE.
S. PREMIER, Examen de la demande des colons blancs, envisagée ert
elle-méme et dans ses conséquences.
Différence entre lcs colonies modernes et les anciennes. En abandonnant leur
législation, la métropole sacrifieroit une nombreuse classe de colons 2 les esclives, et les créanciers des colons. - Fausse opinion des colons sur cc qu'exige
enchaîneroit le
la localité. - - L'initiative , quel les colons demandent,
pouvoir législatif de la métropole. 1 Ils s'apuyent à cet égard sur une fausse interprétation dcs
décrets. 9 1 14.
$. IL Examen des titres des colons blancs, de leur conduite elc.
Ils sont sans titres formels. : Discussion sur les conyenances. Preuves de leurs
dispositions à l'injustice 3 dans leur conduite à l'égard de la société des amis des
-
noirs. - Leurs contradictions sur l'état des personnes. - Lcur csprit tyrannique.
Il est faux que l'instruction du 28 mars exclue du droit de citoyen actif les
hommes de couleur. - Causes dc l'encreprise de M. Oge, 2 faussement attribuée à
la société des amis des noirs. Opinions perverses des colons blancs sur les ciroyens
de couleur , qu'ils appellent leurs affranchis. - Scandales résultant de cettc dénominadémontrés dans un ouvrage de M. Raition , ct des arrangemensquils proposent,
mond. Il n'est pas vrai qu'en égalant les citoyens de couleur aux blancs, on favorise
b
de couleur. - Causes dc l'encreprise de M. Oge, 2 faussement attribuée à
la société des amis des noirs. Opinions perverses des colons blancs sur les ciroyens
de couleur , qu'ils appellent leurs affranchis. - Scandales résultant de cettc dénominadémontrés dans un ouvrage de M. Raition , ct des arrangemensquils proposent,
mond. Il n'est pas vrai qu'en égalant les citoyens de couleur aux blancs, on favorise
b --- Page 12 ---
(vj)
les révoltes des esclaves. = Les menaces des colons blancs, sur la possession et la pai
dcs Antiiles, ne sont point à redouter. 14- 31.
S. IIL Comrent la métropole doit considérer les hommes de couleur.
Ils ont plus de droit à la législation des colonies que lcs blancs. Examen de
tous les rapports qui le prouvent. Les colons biancs sont loin de mériter la même
confiance. 31--36.
S. IV. Du cas qu'on doit faire des opinions des Colons blancs SIlr le cominerce entre les colonies ct la métropols, et de lezers menaces à cet égard, si
leurs demand:s sont rejeties.
Les colons blancs ont espéré dc tromper les esprits dans la métropole. Ils ne
donnen: aucuncs preuves de leurs assertions. La sureté des colonics dépend de Tétar
de force.oi cst la métropole. Leurs menacesd'aumer) les esclaves contre lcs citoyens
de couleur, sont folles. - - La con:ommarion des marchanlises de la méropole
ne dépendpas uniquement d'eux. - Celle des ci:oyens de couleur cSt plus importante. L'Etat de Saint - Domugue ne pese pas résister aux lois de la métropolc. - En tou: état de causele mécontentement dcs ciroyens de couleur seroir
plas facheux quc celui des blancs. La liberté de la métrpole ne peut porter les
colons à SC séparer d'clle. Preuves de la déliance que doiveut inspirer les colons
blancs. Perversité de leurs menaccs. Exagérations absurdes , SUI les rapports
commerciaux en:re la métropole et les colonics, et: sur les cffet, dc l'exportation des
denrées coloniales. - L'opinion de Raynal, sur la législation des colonies ne
favorise point ceile dc M. Barnave.-36- 70.
Résumé dc la première partie del l'Adtesse. - Nouvellcs observations sur l'état légal
des citoyens de couleur. -70-75.
SECONDE PARTIE,
Opinions générales de la Société des Amis des Noirs.
S. PREMIER sur l'esclavage.
Ils n'ont jamais demandé Faffranchissement subit des esclaves. Il exige dcs ménagemens. -II est nécessaire de les preparer, Portrait d'un homme environné d'esclaves.- L'assembléc nationale nc peut plus regarder les csclaves, que comme dos
orphelins qu'elle doit proréger. 75 - 78..
S. II suur" les François muldtres.
Nécessité de leur accorder les droits de citoyen actif, et de leur intervention
pour préparcr la destruction de l'esclayage, 78 - 79.
subit des esclaves. Il exige dcs ménagemens. -II est nécessaire de les preparer, Portrait d'un homme environné d'esclaves.- L'assembléc nationale nc peut plus regarder les csclaves, que comme dos
orphelins qu'elle doit proréger. 75 - 78..
S. II suur" les François muldtres.
Nécessité de leur accorder les droits de citoyen actif, et de leur intervention
pour préparcr la destruction de l'esclayage, 78 - 79. --- Page 13 ---
Cr
(vij)
S- IIL SIr la traite.
Ne
étre justifiée. Elle cSt proscrite par la révolution, sous tous les
peut pas Il CSE absurde d'accuser les Anglois dc suggestion faites envers la société,
rapports.
de vouloir abolir la traite pour s'cn emparcr. Ce ne sera pas une perte pour lal France,
- Les Anglois commercent déjà avec l'Afrique , sans y acheter des esclaves.
790-87.
SIV SIT le commerce de la métropole avec les colonies
Principcs, généraux. La France a tout CC qui donne l'avantage dans les marchés. 1 On n'a plus besoin des crreurs de l'ancien régime. Raison d'établir la Jiberté du conmerce dans lcs colonies comme cllc I'est dans la métrapole. Les
colonies n'offrent pas l'aspect de la prospérité. Il n'intéresse pas lcs colons blancs.
embellir leur
1 Le libre comnerce et
- Les citoyens de couleur n'osent pas
séjour.
de bonnes lois attireront une grande population dans les colonics, ct les mettront cn
état de résister à tous projets d'invasion. Invitation aux commerçans d'examiner avec
la quegion du libre commerce. - Les colonies tendront toujours à l'afimpartialité
Autres considérations qui sollicitent l'adoption des
franchissement de toute gêne.
principes de liberté dans les colonies. 87 - 105.
Courte réfutation d'un écrit de M. Mosneron, en fayeur de la nécessicé d'un acte
de navigation. 100 102, à In nole..
important. Le comité colonial veut bien accorder aux François de
couleur Post-scriptum les droits de citoyen actif, mais il ne veut pas qu'ils soient éligibles.
Réfuration de cctte distinction. On en démontre les inconvéniens, Elle perpétueroit
les haines, les divisions, les guerres , 108-110.
PIÈCES JUSTIFICATIYES
No, I. Copie de la lettre écrite à toutes les chambres de commerce, villes maritimes et de manufactures > pages III-114.
No, 2, Copie de"la lettre de MM. les colons réunis à Thôtel de Massiac, aux dépu
tés extraordinaires du commerce, 115-118.
No, 3- Copic de la réponsc des députés extraordinaires du commerce, à MM. les
colons réunis à T'hôtel de Massiac, 118.
No.4. Lettre de la société dcs Amis de la constitution de Riom 5 département du
Puy-de-Dôme, sur les gens de couleur, I19-120.
No. 5- La société des Amis de la constitution d'Angers , à leurs frèrcs de toutes
las sociétés patriotiques du royaame 3 120-123.
D0.
mnt
Copic de la réponsc des députés extraordinaires du commerce, à MM. les
colons réunis à T'hôtel de Massiac, 118.
No.4. Lettre de la société dcs Amis de la constitution de Riom 5 département du
Puy-de-Dôme, sur les gens de couleur, I19-120.
No. 5- La société des Amis de la constitution d'Angers , à leurs frèrcs de toutes
las sociétés patriotiques du royaame 3 120-123.
D0.
mnt --- Page 14 ---
vii )
No, 6. Lettre sur l'injustice des blancs envers les citoyens de couleur, tirée du
Patriotc françois, 124-125.
No.7. Lettre de la société des Amis de la constitution s séante à Verneuil, à
l'assembléc nationalc, 125-126.
Fautes essentielles à corriger.
Page 9. Nous verrons enfin , supprinez enfin :
Ajoutez à la fin du S.
Enfin nous donnerons, dans une seconde partie, la profession de foi de la société
sur Taffranchissement des esclaves, sur les droits des François mulâtres, sur la traite
des noirs, ct sur le commerce entre les colonies et la métropole.
P R E M I E R E P A R T I E.
Page 20, s à la note, , ligne pénultième 2 quinge cents, lisez quinge mille.
ADRESSE --- Page 15 ---
- aV
A D R E S S E
DE LA SOCIÉTÉ
DES AMIS DES NOIRS,
A L'ASSEMBLÉE NA TIONALE,
A toutes les Villes de Commerce, d toutes les Manufactures,
aux Colonies, d toutes les Sociétés des Amis de la
Constituzion.
Dr soi-disant députés des parties du nord et de l'ouest de
Saint-Domingue, ont répandu dans tout le Royaume une Lettre
circulaire (t) pour engager les chambres de commerce, les villes
maritimes et les manufactures, à soutenir la demande qu'ils se
proposent de faire incessamment à l'assemblée nationale.
Cette demande est de la plus grande importance pour la chose
publique; elle tend à soumettre les rapports entre la colonie et
la métropole à un voeu que les colons blancs auroient seuls le
droit d'exprimer; elle mettroit dans leurs mains l'état civil et
politique des personnes qui cultivent, commercent et habitent
dans les colonies ; ces colons seroient seuls Ies arbitresdu sort des
cisoyens de couleur et des nègres; ils exerceroient une aristocratie concentrée 2 dont l'assemblée nationale seroit toujours
entrainée à sanctionner les décrets.
Les auteurs de cette Lettre ont pensé, et avec raison 2 que la
(1) En date du 14 fivrier,
A a
a
TE
it dans leurs mains l'état civil et
politique des personnes qui cultivent, commercent et habitent
dans les colonies ; ces colons seroient seuls Ies arbitresdu sort des
cisoyens de couleur et des nègres; ils exerceroient une aristocratie concentrée 2 dont l'assemblée nationale seroit toujours
entrainée à sanctionner les décrets.
Les auteurs de cette Lettre ont pensé, et avec raison 2 que la
(1) En date du 14 fivrier,
A a
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UIM2
-
-
AN KC
(4)
Société des Amis des Noirs ne garderoit pas le silence; et pour
prévenir les esprits contre ses opinions, pour ôter à ses représentations le poids qu'elles méritent, ils répandent contre elle
les calomnies les plus atroces.
Leur lettre est tout-à-la-fois un libelle contre la Société, et
un manifeste, oùt les soi-disant députés d'une population importante, semblent prendrela défense de la nation et de ses colonies,
contre quelqueshiommes, qui se parant d'une philantropie apparente, auroient formé le parricide complot de faire perdre à
f'Empire sa prospéritd,aux François leur fortune, et aux colonies, leur existence.
On a toujours allumé la colère des despotes en voulant leur
ravir des victimes; et ceux-là sont les moins capables d'entendre
la voix de la raison, qui trafiquent des hommes comme d'animaux domestiques, et les forcent au travail par des procédés
inhumains.
On ne peut rien dire de raisonnable en faveurd'un commerce
oùt tous les crimes sont des instrumens nécessaires; on ne peut
pasmieux justifier cette soifde l'or, qui porte à employer l'effroi
des supplices pour excéder de travail des créatures lumaines,
pour mesurer ce que lon peut en exiger, non sur leurs forces
naturellcs, mais sur les efforts qu'arrache aux malheureux la
erainte de la douleur.
Ainsi, la Société des Amis des. Noirs, attaquant ces deux horribles fléaux du genre humain, a dà s'attendre aux injures
grossières, et aux menaces coupables des marchands d'esclaves et des
maitres qui les achétent; et par cela méme, elle doit peu s'en
inquietter. Mais SOIN indifférence doit cesser, ,lorsqu'elie enhardit
la calomnie, ct quede plus grands intérêts se lient à cette cause
parl'étendue que les soi disant députés donnent à leurs fausses
imputations.
Dans Tétat de fermentation où sont les esprits; au milieu des
grossières, et aux menaces coupables des marchands d'esclaves et des
maitres qui les achétent; et par cela méme, elle doit peu s'en
inquietter. Mais SOIN indifférence doit cesser, ,lorsqu'elie enhardit
la calomnie, ct quede plus grands intérêts se lient à cette cause
parl'étendue que les soi disant députés donnent à leurs fausses
imputations.
Dans Tétat de fermentation où sont les esprits; au milieu des --- Page 17 ---
E - AAvir
-
(5)
incertitudes que favorise le peu de lumières répandues en France,
sur les vrais intéréts de son commerce et de ses manufactures,
de tous les préjugés et des habitudes qu'a
encore imprégnés
nourris la longue administration d'un despotisme ignorant et
les intérêts particuliers se montrent avec audace, et ne
pervers; négligent ni la corruption 2 ni les menaces, ni l'intrigue, pour
se maintenir dans de coupables usurpations, ou pour en faire
de nouvelles.
C'est pour s'opposer à des vues inspirées par les devoirs de
Thomme envers ses semblables; c'est pour mettre obstacle aux
progrès des lumières, qui toujours amènent ceux de la raison et
de la bienfaisance réciproque, que les colons blancs prétendent
à s'emparer de la législation des colonies, et ne veulent y voir
régner que leurs intéréts. Heureux encore les noirs,sileurs maitres étoient disposés à traiter de ces intérêts avec Thumanité,
avec les droits de Vhomie. Mais leur conduite envers nous,! les
mensonges dont ils se servent pour séduire tous les citoyens François, n'annoncent que le funeste dessein de persévérerdans leur
système d'oppression et de tyrannie. C'est, en un mot, pour
n'avoir pas à changer d'habitudes 7 que les colons blancs, non
contens du droit de disposer des noirs comme d'instrumens insensibles, veulent encore disposer des citoyens de couleur,
gouverner les rapports commerciaux des colonies, et peut être
secouer le joug de leurs créanciers.
Encore trop foibles pour se passer de protection, ils n'ont ni
desiré, ni recherché une domination étrangère. Cette tentative les
perdroit. Mais ils ont espéré d'en mposer assez à la métropole,
en allarmant ses commergans ; ses manulacturiers et ses marins,
pour faire la loi à l'assemblée nationale, et en obtenir, pour les
colonies des prérogatives constittionnelles, quilui tiendroient
lieu d'une indépendance absolue, en attendant des évènemens
plus propres à les dégager de tout lien.
T un
TNTTA
une domination étrangère. Cette tentative les
perdroit. Mais ils ont espéré d'en mposer assez à la métropole,
en allarmant ses commergans ; ses manulacturiers et ses marins,
pour faire la loi à l'assemblée nationale, et en obtenir, pour les
colonies des prérogatives constittionnelles, quilui tiendroient
lieu d'une indépendance absolue, en attendant des évènemens
plus propres à les dégager de tout lien.
T un
TNTTA --- Page 18 ---
ITOUS MMATW CAOME TC
(6)
Les diverses assenllées de
Saint-Domingue ont toutes mauifesté,le même but ; mals elles y tendoient par des chemins
différens.
Celle de Saint-Marc se conduisant d'après la fausse opinion
qu'entretenoient les
des
députés
colonies, 9 admis dans les premiers momens de troubles parmi ceux de la nation, n'a longtemps regardé la révolution 2 que comme une fermentation
passagère 7 dont le despotisme triompheroit. Mais elle trouvoit la circonstance favorable
pour transporter, dans la colo:
nie même, 2 le gonvernement ministériel, qui la ramenoit sans
cesse aux intérêts, bien ou mal entendus, du commerce de la
métropole. Cette assemblée pensoit qu'en ne reconnoissant
le roi, comme partie du pouvoir législatif qu'elle
que
la colonie conserveroit
s'arrogeoit(1),
par ce lien, la protection dont elle ne
pouvoit se passer, tout en acquérant plus de prépondérance
dans le confiit des intérêts personnels, entre les colons et les commerçans de la métropole.
L'assemblée du nord a mis plus d'astuce dans sa marche.
Moins confiante que celle de Saint-Marc, dans le
reprendroit le
elle
pouvoir que
despotisme 2
a espéré d'obtenir de l'assemblée nationale le droit dinitiative sur tout ce qui
cerneroit le régime intérieur de la colonie droit
conroient exclusivement les colons
;
qu'exerceblancs, et qui laisseroit à l'as-
(:) Voyez les articles I ct Il des bases constirutionneiles arrêtées
Saint-Marc.
par l'assemblée de
Article Ier, Le pouvoir législatif, en ce qui concerne le régime intérieur de Saint-.
Domingue, réside dans l'assembléc de ses représcntans, constitués
générale de la partic Françoise de Saint-Domingue,
en assemblée
Articie II. Aucun acte du corps législatif, ce qni concerne le
intérieur
ne pourra étre considéré comme loi définitive, s'il n'est fair les régime
la partic Françoise de
par représentans de
Saint-Domingue 2 Jibrement et légalement
s'il
sanctionné par le roi.
élus , ct n'est
Un autre article déclare que les décrets de l'assemblée
force de loi que du consentement de l'assemblée
nationale 3 ne pourrout avoir
générale.
un acte du corps législatif, ce qni concerne le
intérieur
ne pourra étre considéré comme loi définitive, s'il n'est fair les régime
la partic Françoise de
par représentans de
Saint-Domingue 2 Jibrement et légalement
s'il
sanctionné par le roi.
élus , ct n'est
Un autre article déclare que les décrets de l'assemblée
force de loi que du consentement de l'assemblée
nationale 3 ne pourrout avoir
générale. --- Page 19 ---
Sa BU aA
/
(7)
semblée nationale de Francelhomenrde n'étreque LA CHANCELLERIE DE SAIXT-Dowisout.
C'est nonobstant cette conduite, bien connue du comité colonial , que le rapporteur de ce comité a fait louer parlassemblce
nationale, la fidélité des parties du nord et del'ouest de St-Dominenvers la mère patrie (1); c'est pour en recueillir les frnits,
gue, forts de la justice éclatante ( ce sont leurs expressions )
que >
à la conduite énergique de
rendue par le décret du 12 octobre,
leurs constituans 2 et au zèle avec lequel ils ont rempli tous les
devoirs attachés au titre de François 7 les soi-disant députés
l'assemblée nationale de remplirlengagenene
viennent sommer
dans SOn décret du 12 octobre ; c'est avec ce préqu'elle a pris
les mannfactutendu titre, qu'ils demandent que le commerce,
les villes maritimes 7 se joighent à eux pour exiger , >qu'en
res,
l'assemblée nationale en sa qualité de corps
> conséquence,
article de la charte constitutive,
> constituant, comme premier
manière indisdoit unir les colonics à la France d'une
> qui
c'est à elles seules eeclu-
> soluble, statue définitivemnent que
de
sivement
et qu'il appartiendra toujours,
>
qu'il appartient des esclaves et l'état civil des gens
s proposer sur" le régime
couleur, les loix ou les règlemens que ces objets impor-
> de
c'est à elles seules 7 et à elles
> Lans pourront exiger ; que
linitiative
le
toujours
pour
D essclusivement, qu'appartiendra
est la
intérieur , dont l'état des personnes
pre-
>> régime
et qui sera limité
> mière et la plus importante partie 2
la Lettre de J. P. Brissot, membre de la Société des Amis des Noirs, à
(r) Voyez
Ces louanges ont servi à consacrer deux partis à
M. Barneve, , page 8 et suivantes.
sC
;lun , (ce sont les bossus) fort des éloges de M. Barnave a regarde
Saint-Domingue;
l'assemblée de Saint-Marc a éié condamnée
comme le vainqueur des crochus, puisque
division
les deux
même sans être enteadue. Quel sera l'avantage de cette
> dès quc
et veulent rendre les colonies indépendantes des intérêts de la métropcle, et
partis
de Thomme? A-t-on voulu les subjuguer l'un par
abjurer ses principes sur les droits
etles
de la révolution 3
Vautre : Mais cette conduite est -elle dans le caractère
principes
LL
TETTLA
le vainqueur des crochus, puisque
division
les deux
même sans être enteadue. Quel sera l'avantage de cette
> dès quc
et veulent rendre les colonies indépendantes des intérêts de la métropcle, et
partis
de Thomme? A-t-on voulu les subjuguer l'un par
abjurer ses principes sur les droits
etles
de la révolution 3
Vautre : Mais cette conduite est -elle dans le caractère
principes
LL
TETTLA --- Page 20 ---
HCGNMANRE
AO
(8)
> dans de justes bornes par l'assemblée nationale éclairée le
> commerce CC.
par
A la lecture de cette injonction impérieuse, on se demande :
à quiappartiennent maintcnant les colonies?Sagit-il d'une nation
étrangère qui, libre de se donner des maitres, s'offre à la France.
sous certaines conditions?
Le premier article de la Charte constitutive qui doit unir les
colonies c la France! Elles ne lui seroient donc pas unies! Elles
ne feroient donc pas encore partie de l'Empire François ! Et si
la Nation, la Loi ct le Rioi, commandent aujourd'hui à SaintDomingue, si le pavillon national annonce dans ses ports la
dominaticn Françoise, c'est sans doute par un acte de tolérance
des fideles colons, dont MM. Auvrai, Tremondrie et autres, se
prétendent les interprétes !
En effet 2 pourquoi n'imposeroient-ils pas la loi à la mère patrie ? Si elle avoit le malheur de rejeter Ces modestes demandes,
la France ne seroit plus, à les entendre, qu'un vaste cimetière;
les colonies seroient ruinées 1 et leur ruine anéantiroit le commerce, les manufacuures, la force politique du Royaume, les
sources les plus abondantes de sa richesse, SOrZ sol, son numdraire, et la possibilité par conséquent d'éviter une banqueroute.
Des menaces aussi sérieuses 2 des prétentions aussi exorbitantes 7 méritent la peine d'être discutées; et pour mettre quelqu'ordre dans nos observations, nous allons examincr:
10. La demande des colons blancs envisagée en elle-méme et
dans ses conséquences.
2°, Quels sont leurs titres pour obtenir une initiativeqni mettroit dans leurs mains le sort des colonies et de leurs habitans.
Cette partie del la discussion comprendra l'examen de la conduite
des colons blancs, et des calomnies répandues contre la Société,
parceque la lumière qu'elles réfléchissent sur le caractère des
colons, donne la mesure de leur justice et de leurs talens.
30,
demande des colons blancs envisagée en elle-méme et
dans ses conséquences.
2°, Quels sont leurs titres pour obtenir une initiativeqni mettroit dans leurs mains le sort des colonies et de leurs habitans.
Cette partie del la discussion comprendra l'examen de la conduite
des colons blancs, et des calomnies répandues contre la Société,
parceque la lumière qu'elles réfléchissent sur le caractère des
colons, donne la mesure de leur justice et de leurs talens.
30, --- Page 21 ---
Ne wa 1
(9)
50, Comment] la métropoledoit.conidérer les hommes de couleur.
4°. Nous verrons enfin quel cas on doit faire des opinions
que les colons blancs, , ou leurs amis, avancent si souvent sur le
commerce entre la métropole et les colonies, et des menaces
qu'ils ne cessent de fulininer contre la France, si l'assembléa
nationale rejette le traité qu'ils osent lui offrir.
S P R E M I E R.
Examen de la demande des Colons blancs, envisagée en elleméme et dans ses conséquences.
Elle. est sans doute importante la question du pouvoir qui doit
régir des colonies éloignécs de l'Etat qui leur a donné naissance.
Mais cette question n'est pas douteuse dans les circonstances
actuelles.
Les colonies. 9 au lieu d'être, 2 comme autrefois, des établissemens indépendans, formés par les citoyens d'un Etat, auquel
l'excès de sa population les force de renoncer, ne sont, pour les
Européens 7 que des extensions du domaine nationale, où leur avidité va chercher fortune, dans le but de l'apporter dans leurpays
natal ; but qui, par conséquent, prive des avantages de cette
fortune, le sol qui l'a produite, et tend à détériorer une partie
du domnaine aux dépens de l'autre.
Or, comme par une suite des moyens employés pour satisfaire leur avidité, les spéculateurs ont transporté, et transportent dans ces colonies, des hommes qn'ils forcent à y vivre et
mourir dans Tesclavage ; comme de la cohabitation entre les
blancs et leurs esclaves, il est né une population indigène, et
intércssée par conséquent à la conservation du sol, que les Européens épuisent plus qu'ils ne cultivent; comme les négocians et
les capitalistes de la métropole, ont contracté avcc les colons
blancs ( car les hommes de couleur en font peu) des dettes
considérables, dont les intéréts sont difficilement payés par
la culture coloniale; et que, sous ce point de vue,1 la conservation
B
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UETTA
claves, il est né une population indigène, et
intércssée par conséquent à la conservation du sol, que les Européens épuisent plus qu'ils ne cultivent; comme les négocians et
les capitalistes de la métropole, ont contracté avcc les colons
blancs ( car les hommes de couleur en font peu) des dettes
considérables, dont les intéréts sont difficilement payés par
la culture coloniale; et que, sous ce point de vue,1 la conservation
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LIK MIM N R
AN7 (
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I 1e 10)
du sol est aussi précieuse à ces négocians et capitalistes, qu'aux
coloaisigenvemmailipla, grande partie de ceux-ci,étrangers
par-tout ailleurs, ne peuvent ue perdre à se transplanter; comme enfn toutes ces choses se sont établies et organisées sous
l'empire des loix, et sous la protection de la métropole; est-il
concevable qu'elle puisse. en abandonner le régime à une classe
de colons ou de propriétaires planteurs, qui, jusqu'à présent,
n'ont pu étre envisagés que comme des avanturiers ? Ne livreroit-elle pas à la plus détestable administration, les citoyens de
couleur, les noirs et le domaine? Peut-on les sacrifier aux préjugés absurdes et cruels que les blancs s'obstinent, malgré la
révelution., à vouloir défendre? Les créanciers des colonies y
trouveroient-ils leur sureté ? La conscience nationale rempliroit-elle ses devoirs?Telles sontles 4- estions que les législateurs
de notre régénération, sont appelés à résoudre.
Et sous quel prétexte voudroit-on que lassemblée nationale
se déponillât de la plénitude du pouvoir législatif sur les colonies;
qu'elle renonçàt sur-tout, à statuer de sa pleine science et autorité
sur l'état des person a:es? Sous le prétexte de la localité... Certes,.
voilà une merveilleusen raison! Les localités serviront à mesurer le.
degré de liberié pour certaines classes d'hommes!
On a dit que, sous certains climats, l'homme devenoit. plus
facilement esclave que sous d'autres; et on l'a dit sur-tout, de
ces climats bràlans, oû.le peu de besoins favorise T'indolence,et
celle-ci, la stupidité nécessaire aux esclaves..
Mais on ne
transporte pas les esclaves, africains à Saint-Domingue, pour les
y laisser viyre dans une indolence conforme au climat.. Mais:
les citoyens de couleur ne sont pas des êtres stupides. . . e Mais
la nature n'a marqué nulle part des hommes nés pour l servitude, et d'autres pour les commander.
Elle est donc absurde, elle est barbare, cette raison tirée des
localités, c'est un criminel subterfuge de l'intérêt particulier:
Les localités peuvent exiger quelque latitude dans le pauvoir
claves, africains à Saint-Domingue, pour les
y laisser viyre dans une indolence conforme au climat.. Mais:
les citoyens de couleur ne sont pas des êtres stupides. . . e Mais
la nature n'a marqué nulle part des hommes nés pour l servitude, et d'autres pour les commander.
Elle est donc absurde, elle est barbare, cette raison tirée des
localités, c'est un criminel subterfuge de l'intérêt particulier:
Les localités peuvent exiger quelque latitude dans le pauvoir --- Page 23 ---
- otar asur
U 9
(11)
exécutif, lorsque le corps législatif est éloigné ; mais les cas
auxquels cette extension s'applique, étant rares et faciles
à prévoir 2 on ne sacrifie pas ce que les hommes ont de
leur état civil.et politique, à d'aussi vaines
plus précieux,
considérations.
D'ailleurs, en songeant à leur fortune, les colons blancs permettent sans doute au commerçans françois de songer à la leur.
Or, d'après la manière dont la métropole a,jusquici,e envisagé le
régime nécessaire à ses intéréts, les localités sont une raison
de plus pour que sa puissance législative reste parfaitement
indépendante des colons blancs ; car que résulte-t-il de la position des colonies, si ce n'est qu'elle favorise singulièrement
l'intention d'éluder le commerce exclusif que la métropole a
voulu,jusqu'à présent, se réserver à leur égard?
Mais, dit-on, les soi-disant députés ne demandent qu'une
initiative? Oui; mais ils la demandent exclusive, absolue ;
telle, que le pouvoir législatif seroit enchainé à leur volonté;
telle 3 que les dépositaires d'une pareille initiative, soumettroient l'assemblée nationale à la nécessité de violer à leur
gré, les loix de T'humanité, les droits de T'homme, et les prérogatives du citoyen; telle enfin que les justes bornes, dans
lesquelles les soi-disant députés supposent que l'assemblée nationale renfermeroit les demandes des colons, seroient complettement illusoires.
Eh ! peut-on en douter, après les sollicitudes du comité colonial sur les discussions qui auroient pu s'ouvrir dans l'assemblée ? Que craint-il, si ce n'est le triomphe de la justice, de
la raison et de la saine politique?
Voyez comment les soi-disant députés préparent un nouveau
continuer à éluder les discussions qu'ils redoumnoyen, pour
de
tent ! Ils réclament aujourd'hui 2 comme un engagement
l'assemblée nationale 2 les droits qu'il seroit insensé de leur
accorder!
B 2
- au
a
TUEA
uroient pu s'ouvrir dans l'assemblée ? Que craint-il, si ce n'est le triomphe de la justice, de
la raison et de la saine politique?
Voyez comment les soi-disant députés préparent un nouveau
continuer à éluder les discussions qu'ils redoumnoyen, pour
de
tent ! Ils réclament aujourd'hui 2 comme un engagement
l'assemblée nationale 2 les droits qu'il seroit insensé de leur
accorder!
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TUEA --- Page 24 ---
-
a
a
(12)
Examinons cet engagement.
Le décret du 12 octobre suppose, il est vrai, la ferme volonté d'établir, comme article coustitutionnel dans l'organisation des colonies, qu'ancunes loix sur l'état des personnes
ne seront décrétées par elles, que sur la demande formelle et
précise de leurs assemblées coloniales.
Mais, sans nous arrêter sur les fatalités, les erreurs, et les
imprévoyances, qui ont si malheureusement précipité les décrets sur les colonies 2 cette ferme volonté peut-elle avoir eu
pour but de les rendre indépendantes P Le même décret
le contraire. Il déclare qu'il est préssant D'ASSURER à St. prouve Domingue, Texécution des décrets des 8 et 28 mars.
Et que déclare à cet égard celui du 8 mars?
Que, considérant les colonies comme une partie de l'empire
françois, et DESIRANT DE LES FAIRE JOUIR DES FRUITS DE L'HEUREUSE RÉGÉNÉRATION QUI s'Y EST OPÉRÉE, elle n'a jamais entendu les assujettir à des loic qui pourroient être incompatibles
avec leurs convenances locales et particulières.
Cette déclaration renferme-t-elle la promesse d'un décret
exclusif d'initiative P Suppose-t-elle que les colons blancs sont
les seuls juges de leurs convenances locales et
Non. L'assemblée nationale n'est point sortie des particulières? limites de
son pouvoir. Elle ne peut aliéner, ni en tout, ni en partie',
aucune portion de l'empire françois; et le décret dont on veut
corrompre le sens 2 se borne simplement à autoriser chaque
colonie ce faire connoitre SonZ voeu sur la constitution,la
législation, Tadministration qui conviennent à la prospérité et ail
bonkeur de ses habitans > A LA CIIARGE DE SE CONFORMER AUX
PRINCIPES GÉNÉRAUX, QUI LIENT LES COLONIES A LA MÉTROVOLE,
QUI ASSURENT LA CONSERYATION DE LEURS INTÉRÉTS RESPECTIFS.
L'Etat des personnes pourroit-il être étranger à cCS principes?
Est-il indifférent à la métropole qu'une partie de I'Empire
soit sous le joug de l'aristocratie la
odieuse, tandis
l'autre seroit
plus
que
sous le régime de la liberté ?
PRINCIPES GÉNÉRAUX, QUI LIENT LES COLONIES A LA MÉTROVOLE,
QUI ASSURENT LA CONSERYATION DE LEURS INTÉRÉTS RESPECTIFS.
L'Etat des personnes pourroit-il être étranger à cCS principes?
Est-il indifférent à la métropole qu'une partie de I'Empire
soit sous le joug de l'aristocratie la
odieuse, tandis
l'autre seroit
plus
que
sous le régime de la liberté ? --- Page 25 ---
AERV
(15)
Que deviendroit, avec le droit exclusif qu'auroient les blancs
de proposer les loix relatives à leur régime intérieur, l'intention de l'assemblée, de faire jouir les personnes DES FRUITS
DE L'HEUREUSE RÉGENÉNATION QUI s'EST OPÉRÉE DANS L'EMPIRE
FRANCOIS? Cetteintention seroit sans pouvoir; ce droit empécheroit l'assemblée de juger des loix conformes aux principes dela
constitution, et néanmoins compatibles avcc les convenanceslocales et particulières des colonies ; il dispenseroit les colons de
l'obligation que T'assemblée leur impose de se conformer amc
principes généraus qui lient les colonies ct la métropole, qui
assurent la conservation de leurs intérêts respectifs.
D'ailleurs est-ce à des hommes expérimentés et réfléchis qu'on
prétend persuader que le pouvoir de régir la chose intérieure
peut être séparé de celui de régirl la chose extérieure? Qui saura
placer la ligne ds séparation entre CES deux pouvoirs? Qu'est-ce
que la chose extérieure pour les colonics, si ce n'est ses rapports
avec la métropole ? Et comment la métropole garantira-t-elle la
conservation de ces rapports 2 si le régime intérieur est surbordonné à la volonté des colons ? Les colons oublient-ils qu'ils
sont une partie intégrante de l'Empire françois, et non un Etat
confédéré? Qu'ils ne traitent pas de peuple à peuple?
Suivant l'article 17 des instructions du 28 mars , les assemblées coloniales reconnoitront que les loix destinées à régir
les colonies, méditées 'et préparées dans leur sein, ne peuvent
avoir une existence entière et définitive 7 avant d'avoir été
décrétéés par l'assemblée nationale et sanctionées par le Roi.
Que signifieroit ce droit de les décréter 2 si les colonies
avoient la prérogative exclusive de proposer les loix qui doivent les régir?
Rappellons ici une circonstance de la séance du 28 mars.
M. Regnaud prétendit que cette instruction > étoit inutile pour
St. Domingue, qni étoit constitué, ou croyoit pouvoir se constif
tuer seul ; M. Cocherel dit que c'étoit le systéme général. Ils
furent aussi-tôt rappelés à l'ordre.
TET
-
UEEA
2 si les colonies
avoient la prérogative exclusive de proposer les loix qui doivent les régir?
Rappellons ici une circonstance de la séance du 28 mars.
M. Regnaud prétendit que cette instruction > étoit inutile pour
St. Domingue, qni étoit constitué, ou croyoit pouvoir se constif
tuer seul ; M. Cocherel dit que c'étoit le systéme général. Ils
furent aussi-tôt rappelés à l'ordre.
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(14)
Pourquoi les soi-disant dépu tes ne soutiennent-ils pas aussi
le même engagement se retrouve dans le décret dn 29
que
novembre ?
C'est que ce décret est tout entier fondé sur la nécessité de se
rendre à T'expérience, 2 de reconnoitre enfin que les colonies sont
hors d'état de s'accorder sur un plan d'organisation ; que Lout
annonce qu'elles n'ont pas assez de lumières, et qu'il faut les
conduire, sans néanmoins leur retirer le bienfait de pouvoir
librement ce qu'elles croiront propre à leur prospérité.
exposer
La demande des colons blancs n'est donc recevable sous allcun rapport ; et les soi-disant députés en imposent à toute la
France, lorsqu' l'ils s'appuient sur un engagement de l'assemblée
nationale.
S II.
Quels sont les titres des Colons blancs pour obtenir un droit
exclusif d'initiative - , gui mettroit en leurs mains le sort des
Colonies et de leurs habitans? Examen de leur conduite,ctc.
Il ne peut être question ici d'aucun- titre formel. Il s'agit
des convenances; et pour en juger, il faut examiner ce qu'on
eoit attendre des talens, de T'humanité et du patriotisme de ces
législateurs.
Ils nous ont fait connoitre leur esprit de justice 2 leur profonde sagesse 1 leurs connoissances commerciales, et surtout
la bonne foi qui deviendroit à jamais, le gage de la prospérité
des colonies, et du bonheur du plus grand nombre de leurs
habitans.
Voyons d'abord, ce que promettroit à la métropole, la bonne
foi, ou si l'on veut les lumières des colons blancs.
Les colonies sont perdues, s'écrient les soi-disant députés, si
toutes les villes,les manufactures et tous ceuc qui ont intérét
noissances commerciales, et surtout
la bonne foi qui deviendroit à jamais, le gage de la prospérité
des colonies, et du bonheur du plus grand nombre de leurs
habitans.
Voyons d'abord, ce que promettroit à la métropole, la bonne
foi, ou si l'on veut les lumières des colons blancs.
Les colonies sont perdues, s'écrient les soi-disant députés, si
toutes les villes,les manufactures et tous ceuc qui ont intérét --- Page 27 ---
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(15)
à leur conservation, ne montrent, dans cette circonstance, toule
l'énergie qui peut déconcerter les ennemis de l'état.
Et qui sont ces ennemis? La secte des amis des noirs.. La
secte ! Plus les sectes comme la nôtre seront nombreuses,
et moins il y aura de brigands.
Les commerçans, les manufacturiers, les colons résida 12
en France. , tous ceux qui veulent l'eristence et la prospérité du
royaume 1 se sont réunis pour arrêter nos barbares ennemis,
et le décret du 8 mars les a condamnés au silence.
Quand il seroit vrai que les négocians intéressés au commerce des colonies, et trompés par les mensonges répandus contre la société des noirs, auroient pu d'abord s'e élever contre elle,
combien de temps a duré leur erreur ?
Il falloit, pour en prolonger la durée, 2 prouver que la société
avoit cherché à soulever les esclaves 1 et il est prouvé au contraire, que si les noirs esclaves savent qu'en France, il existe
une société qui voudroit adoucir leur sort, c'est les. colons euxmémes 2 qui ont pris soin de les en informer par leurs folles déclamations.
A l'instant où la liberté se déclara dans la capitale 2 les COlons qui l'habitent , profit.rent du premier t:ouble pour violer
le lieu où la société s'assembloit. Ils en enfoncèrent les portes :
tout fut livré à leur discrétion; ils ont fouillé dans les régistres et
les correspondances. Qu'ont-ils trouvé? Pourquoi n'a-t-il résulté,
de cette criminelle recherche, que la honte de ceux qui ont eu
l'audace de l tenter?
Accusée d'avoir envoyé des émissaires et des armes pour soulever les esclaves, , qu'ont produit les perquisitions faites partout, pour découvrir les preuves de cet attentat ? La confusion
des calomniateurs 7 êt' là certitude que les colons. blancs sont
bien plus alarmés du caractère d'une révolution qui condamne
leur exécrable système, qué de la marche lente et. mesurée de
la société des amis des noirs?
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enter?
Accusée d'avoir envoyé des émissaires et des armes pour soulever les esclaves, , qu'ont produit les perquisitions faites partout, pour découvrir les preuves de cet attentat ? La confusion
des calomniateurs 7 êt' là certitude que les colons. blancs sont
bien plus alarmés du caractère d'une révolution qui condamne
leur exécrable système, qué de la marche lente et. mesurée de
la société des amis des noirs?
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-
-
ACN
(16)
Ne sachant comment écarter des colonies, 2 l'influence de la liberté sur les colons qu'ils tyrannisent, ils ont pensé qu'en nous
supposant des crimes, qu'en bouleversant toutes les
agilant toutes
idées,qu'en
les tétes, avant qu'elles pussent s'éclairer, ils
obtiendroient des décrets qui renfermeroient, dans la France conltinentale, les bienfaits de la régénération.
Leurs lettres incendiaires; leurs perfides manceuvres
contre nous 2 et seulement depuis la révolution ; leurs bassesses dirigées
auprès des négocians, 2 contre lesquels ils avoient,
ju qe'à ce
moment, montré une haine implacable;le; meurtre de M. Ferrand
de Baudière, sénéchal du petit Goave 3 assassiné par les
ne
blancs,
parce que
pouyant méconnoltre les droits de citoyen actif
qu'avoient les françois de couleur propriétaires, il avoit
leur adresse pour voter dans les assemblées
rédigé
primaires; ; l'assasinat prémédité de M. Labadie, citoyen de couleur
pectable qu'aucun des blancs; tout prouve de la plus reslégislateurs de
partde ces
cannibales, non leurs inquiétudes sur la Sociéré
des Amis des Noirs 2 puisque rien, absolument
manifestoit de sa part dans les colonies; mais leur rien, ne se
tre les principes
haine cond'égalité, 2 contre lesprit de justice, qui
valoient dans la métropole, et qui désormais alloient
préagir
efficacement, 2 en faveur des
tous les
plus
sociétés
malheureux,que:
travaux des
philantropiques.
Ils nous appellent leurs barbares ennemis! Est-ce
leur avons conseillé de déclamer
nous qui
contre T'enthousiasme de la
liberté, contre la morale de l'assemblée nationale ; de désobéir
à ses décrets > et de se déclarer ainsi les ennemis de leur
patrie ? Leur avons-nous conseillé de se montrer
leurs propres enfans ; de les mépriser; de leur injustes envers
crimes et de les irriter ainsi contr'eux? Est-ce à supposer des
qu'ils doivent de s'être rendus
nos conseils
contradictions?
méprisables par les plus viles
Ils
de la
liberté, contre la morale de l'assemblée nationale ; de désobéir
à ses décrets > et de se déclarer ainsi les ennemis de leur
patrie ? Leur avons-nous conseillé de se montrer
leurs propres enfans ; de les mépriser; de leur injustes envers
crimes et de les irriter ainsi contr'eux? Est-ce à supposer des
qu'ils doivent de s'être rendus
nos conseils
contradictions?
méprisables par les plus viles
Ils --- Page 29 ---
(
R MEBV
(17)
Ils étoient, le31 Août1788, aux pieds de M. de laLuzerne( (1),
ils invoquoient avcc confiance ses lumières comme celles d'un
ministre équitable. Mais bientôt, son équité choquant leurs
passions, leurs préjugés etl leur infernale politique, ils multiplient
contre lui les accusations ; et celles dont nous pouvons juger,
sont calomnieuses!
Il n'y a point de tiers-état, ont-ils dit (2) eux-mèmes, en
parlant de la convocation des assemblées coloniales 5 et
puisqu'il n'y a point de peuple libre, LES ESCLAVES REMPLAÇANT
CETTE CLASSE LABORIEUSE, ilnya QU'UN SEUL ORDRE de citoyens,
celui des PROPRIETAIRES PLANTEURS 1 qui, 7 sous ce rapport,
SONT ÉGAUX 7 tous soldats 7 tous officiers, et tous appelés, par
conséquent,djouir-desprividéges delanoblessc.. - Et ils assassinent
les mulâtres propriétaires 1 parce que ceux-ci reclament cette
égalité de rapport! Et ils mettent à mort un magistrat, parce
qu'il se déclare pour les droits des citoyens de couleurs!
Ils veulent qu'on procède dans une forme régulière, à la
convocation d'une assemblée 9 de laquelle puisse émaner le
véritable vceu de la colonie ; et ils poursuivent comme des
brigands, une classe de citoyens qui, par leur indigénat, leurs
propriétés 2 leur couleur même, qui les attache naturellement
sur le sol où ils sont nombreux, sont nécessairement de tous
les colons les plus surs, et les plus précieux, tant pour les colonies, que pour la métropole!
(r) Voyez la Lettre écrite le 13 août 1788, par les commissaires de la colonie de
Saint-Domingue, à M. de la Luzerne, ministre dc la marine. Premier recucil de pièces
intéressantes , remises par les commissaires de lz colonie de Saint-Domingue aux notables
lc 6 novembre 1788.
(2) Plan d'une convocation consticutionnelle dcs propriétaires planteurs de la colonie
de Saint-Domingue, , pour procéder à l'élection de lcurs députés aux érats-généraux du
royaumc,
C
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ie de
Saint-Domingue, à M. de la Luzerne, ministre dc la marine. Premier recucil de pièces
intéressantes , remises par les commissaires de lz colonie de Saint-Domingue aux notables
lc 6 novembre 1788.
(2) Plan d'une convocation consticutionnelle dcs propriétaires planteurs de la colonie
de Saint-Domingue, , pour procéder à l'élection de lcurs députés aux érats-généraux du
royaumc,
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(C
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(18)
Nous sommes les barbares ennemis des colons blancs! Ceux
quis'expriment ainsi peuvent-ils sen avoirde plus barbaresqu'euxmémes ? Que leur demandons-nous ? D'être lumains et
de ne pas souiller la plus utile des
justes >
révolutions, en y cherchant
le moyen de pouvoir être des tyrans impunis.
Le décret du8 mars nous a condamnés au silence. Citoyens,
vous les entendez ! Les colons voudroient investir lTassemblée
nationale d'un despotisme semblable au leur ; ils voudroient,
pour devenir de tranquilles oppresseurs,
voix
s'élever
qu'aucune
ne put
contre eux : et voilà les législatcurs que la nation
donneroit à SCS colonies !
Pourquoi nous seroit-il défendu d'opposer, à leur sanguinaire
politique 2 celle dont l'homme et le citoyen attendent la paisible
jouissance de leurs droits ? La respectable société de Londres,
est aussi l'objet des calomnies des marchands de chair humaine
et des bourreaux d'esclaves ; mais ils n'ont jamais poussé le
délire jusqu'à vouloir qu'on lui imposit silence. Le parlement
d'Angleterre a eu la sagesse d'admettre la société à plaider
contradictoirement pour l'abolition de la traite.
Et si cette nation , sur les intentions de 1 quelle les colcns
et leurs adhérens, ont répandu des fables si absurdes, des raisonnemens si insensés, est encore indécise sur l'abolition de
la traite, a-t-elle fait interdire à la Société des Amis des
Noirs, qui chaque jour devient plus nombreuse, ses laborieux
travaux pour prouver, de plus en plus 2 que cette abolition est
aussi politique que juste et humaine? Elle s'en occupe depuis
1769, et Ja Jamaique est pleine de ses écrits: ont-ils révolté les
nègres? Quand nous défierons-nous de cet esprit
de ces conceptions
soupçonneux, 2
outrageantes et absurdes 3 ouvrage du despotisme si souvent intéressé à pervertir ou à tromper ?
Forcés de renvoyer c la prenierelégilaturelégislatureleurprojse
d'af
est
aussi politique que juste et humaine? Elle s'en occupe depuis
1769, et Ja Jamaique est pleine de ses écrits: ont-ils révolté les
nègres? Quand nous défierons-nous de cet esprit
de ces conceptions
soupçonneux, 2
outrageantes et absurdes 3 ouvrage du despotisme si souvent intéressé à pervertir ou à tromper ?
Forcés de renvoyer c la prenierelégilaturelégislatureleurprojse
d'af --- Page 31 ---
(F ABV
(19) a
franchissement de nos esclaves, (1) le génie fertile de la societé
a imaginé d'autres moyens pour nous perdre.
On ne sait ce que les soi-disant députés entendent par cC
projsutofranchionent Ilest tel projetqui,1 livrant tout-à-coup
les esclaves à eux-mèmes 2 scroit tout-à-la-fois extravagant et
barbare, et nous n'en fumes jamais coupables. Les colons
le savent; ils savent que jamais nous n'avous regardé les droits
de Thomme comme contraires à la conservation momentanée
de l'esclavage 7 tant qu'el'e a pour motif l'intérêt des opprimés.
Mais il est criminel d'acheter des hommes pour les condamner
Awnedemllenfance; ; mais ce régime de fer, contraireàla prospérité des colonies , la conservation des vertus sociales, la
politique de la liberté, et l'intérét de T'humanité, demandent
qu'on en prépare avec sagesse l'entière abolition.
Mais quelsmoyens la sociétéa-t-elledoncimaginés) pour perdre
les colons blancs ?
Les soi-disant députés nous accusent de Tinsurrection des
de couleur. ils prétendent que nous avons envoyé un chef
gens de bande à Saint-Domingne 2 que nous lui avons donné pour
d'un article des instructions
banière une interprétation perfide
les muldtres se sont armés contre les
du 28 mars ; qu'aussitôt
blancs dans toute l'étendue de S. Domingue, et ils ajoutent
étincelles n'ont
incendié la colonie 2
que si ces premières
pas
la
et le
quil'ont sauvée ne
enlembrasant; 2 wigilance
courage,
peuvent dissiper leurs justes alarmes suur" P'avenir.
Quels hommes 2 quels législateurs que ceux qui calomnient
avec cette impudence! Oû sont, nous ne disons pas les preuves, 5
mais les vraisemblances qui nous accusent ?
le 14 janvier 1790 les dépurés de Saint-Domin-
(1) Nous sommes certains > écrivoient
nous
gue à leurs compatriotes, qu'ils n'y a rien à craindre sur Tafianchissement ;
avons tout aussi peu d'inquiénde sur la suppression de lz traite. Voye leur correspondance secrète.)
C2
EE Hune
-
WTN
avec cette impudence! Oû sont, nous ne disons pas les preuves, 5
mais les vraisemblances qui nous accusent ?
le 14 janvier 1790 les dépurés de Saint-Domin-
(1) Nous sommes certains > écrivoient
nous
gue à leurs compatriotes, qu'ils n'y a rien à craindre sur Tafianchissement ;
avons tout aussi peu d'inquiénde sur la suppression de lz traite. Voye leur correspondance secrète.)
C2
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-
WTN --- Page 32 ---
LMZ W MM A. (2
(20)
Nous prions nOS lecteurs de redoubler icileur attention. Cetle
perfide calomnie est détruite, et par la nature du décret du
huit mars, et par les faits dont les députés de Saint-Domingue
sont eux-mémes coupables.
Linstruction du 28mars n'a besoin de commentaire qu'autant
qu'on se propose de la violer contre les citoyens de couleur.
Quelles sont, en effet, les conditions auxquelles cette instruction attache le droit de citoyen actif? Majorité dige,propridus
immobilère, oi, à défaut de telles propriétés > domicile de
deux ans, et paiement d'une contribution. Si aucun mulâtre
ne peut se présenter sous l'une de ces conditions. 2 il n'est
pas citoyen actif; mais s'l est dans le cas contraire , on
ne peut lui refuser cet honneur 2 que par une criminelle
désobéissance aux décrets de l'assemblée nationale. Elle-méme
ne pourroit pas len dépouiller.
L'instruction ne parle pas de la couleur de la peau; et c'est une
omission 2 dont ne se justifiera jamais le député que les colons
blancs ont choisi pour leur protecteur dans l'assemblée nationale.'
Non qu'il fallut en parler pour rendre la loi plus intelligible;
car en ne prononçant pas l'exclusion des françois de couleur,
ils sont par cela même compris dans ceux qui peuvent remplir
les conditions prescrites (1).
Maisla mauvaise intention des colons blancs étoit sou pçonnée,
et cela seul rendoit nécessaire une explication qui, dans le
des loix, 2 étoit inutile.
style
Enfin 2 il yeut contestation à ce sujet dans l'assemblée méme.
M. l'abbé Grégoire, cet homme à jamais respectable et dont
(1) Toutes les personnes de vingt-cing ans accomplis, dit l'instructicn. Les mulâtres
ne scroient-ils pas des personnes ? Enfin 2 le sens de la loi est si
dans la manière de T'exécuter, le comité calculant le nombre de peu doutcux, que, 3
colonic, suppose les assemblées primuires de
dépurés pour chaque
Saint-Domingue composées de douze à
quinze. - cents citoyens actifs, Or, en se renfermant dans la classe des blancs, ce
nombre s'élevèroit à peine à six mille.
Les mulâtres
ne scroient-ils pas des personnes ? Enfin 2 le sens de la loi est si
dans la manière de T'exécuter, le comité calculant le nombre de peu doutcux, que, 3
colonic, suppose les assemblées primuires de
dépurés pour chaque
Saint-Domingue composées de douze à
quinze. - cents citoyens actifs, Or, en se renfermant dans la classe des blancs, ce
nombre s'élevèroit à peine à six mille. --- Page 33 ---
(€
FixAtBr
2 a
(01 )
les opinions, fondées sur les vrais principes sociaux, ne se sont
démenties en aucune occasion, M. Tabbé Grégoire demanda que
les frinçois de conleurfussent denomnda-denalanicie, etretira sa
demande sur Tasmmce.quchidomnerentds.dipetés planteurs,
que les mulâtres y étoient compris. M. Cocherel ft la motion
de les exchure, et cette motion fut rejetée par la question
préalable.
Après un tel décret , après des circonstances aussi évidentes
en faveur des citoyens de couleur, la Société avoit-elle besoin
de donner aux mulâtres l'explication d'une loi qui leur assuro
ces droits? Avoient-ils besoin d'envoyerun chefde bande à SaintDomingue 2 pour y susciter une insurrection?
Cestlamanvaise foi des colons blancs, déterminés à nier l'évidence, et à se prévaloir d'un silence dont l'événement prouve
la perfidie, qui a fait aux françois mulitres une nécessité de la
révolte.
L'insurrection contre leurs droits étoit résolue; elle s'étoit
annoncée par des assasinats 2 dèsle moment où il falluts'occuper
des assemblées coloniales. Les députés de Saint-Domingue, qui
s'étoient créés à Paris 7 avoient prouvé, parleur correspondance
dévailée, leurs mauvaisesintentions contreles hommes de couleur;
ils les manifestoient avec plus de hardiesse, à mesure que par
réussisoient à écarter de l'assemblée nationale,
leurs intrigues. 9 ils
les députés de ces citoyens mulâtres, quoique dans les premiers
momens, ceux de Saint-Domingue. eussent exhorté leurs compatriotes à se les attacher, en reconnoissant leurs droits.
Ainsi , accusant les Amis des Noirs de leurs propres forfaits,
les soi-disant députés qualifient de chef de bande, le malheureux
Ogé, parce qu'il a franchi les obstacles qu'on lui opposoit 2
parce qu'il a invoqué, avec la contenance d'un homme libre
et averti de mauvais desseins, l'exécution des décrets rendus
ULU TAU
X
UTV
ent exhorté leurs compatriotes à se les attacher, en reconnoissant leurs droits.
Ainsi , accusant les Amis des Noirs de leurs propres forfaits,
les soi-disant députés qualifient de chef de bande, le malheureux
Ogé, parce qu'il a franchi les obstacles qu'on lui opposoit 2
parce qu'il a invoqué, avec la contenance d'un homme libre
et averti de mauvais desseins, l'exécution des décrets rendus
ULU TAU
X
UTV --- Page 34 ---
M
AU (
(20
sous ses yeux; parce qu'il a embrassé avec courage la défense
d'une loiqui fait le salut deses frères, d'uneloi dont il voyoit la
violation assurée, s'il ne les réunissoit pas tous, pour la protéger.
Armés de cette loi que la conscience publique ordonnoit d'étendre sur eux ; forts du droit qu'ont tous les
l'assemblée
hommes, 2 et que
nationale. a reconnu, de résister aloppression; ils se
rassemblent contre des ennemis déclarés...
Quel sera leur sort? Quel sera celui du généreux Ogé, qui
n'a laissé ignorer ni ses sentimens, ni ses desseins, au comité,
et notamment à M. Barnave, et qui, depuis plus d'un an, étoit
désigné par les députés dici, comme un jeune homme plein de
courage, dont il falloit s'emparer dès qu'il arriveroit à SaintDomingue (1)?
Si ces infortunés périssent par des formes qui n'auront de
légal que l'apparence 3 si leur sang répandu crie
vengeance 7
sera-ce les amis des noirs qu'il faudra en accuser ? Ils conseilloient , ils sollicitoient la discussion ; elle eût tout sauvé, et
sans doute, on n'est pas à se repentir d'avoir méprisé leurs avis.
Tel est le décret, tels sont les faits. Qu'on juge maintenant
si ce ne sont pas des hommes atroces > ceux qui imputent à la
société des amis des noirs 7 les troubles des colonies qu'ils ont
eux-mémess allumés.
On nous menace 2 disent les soi-disant députés, de faire prononcer 2 par Lassemblée nationale. 1 que nos affranchis et leurs
descendans seront citoyens actifs sans distinction. Pourquoi
(1) Pourquoi lcs dépurés de Saint-Domingue n'ont-ils pas fait arrêter M. Ogé
CA France ? Pourquoi ne l'ont-ils pas accusé auprès de l'assemblée nationale ?
Pourquoi, usant du despotismc, tant reproché aux ministres, lui ont - ils ôré, par
dobscuredémarchcs, les moyens de s'cmbarquer directement pour sa Patrie ? C'est que
l'éclat les dénonçoi: jc'est qu'alors ils ne pouvoient plus livrer M. Ogé aux violateurs
de la loi et de la justice.
arrêter M. Ogé
CA France ? Pourquoi ne l'ont-ils pas accusé auprès de l'assemblée nationale ?
Pourquoi, usant du despotismc, tant reproché aux ministres, lui ont - ils ôré, par
dobscuredémarchcs, les moyens de s'cmbarquer directement pour sa Patrie ? C'est que
l'éclat les dénonçoi: jc'est qu'alors ils ne pouvoient plus livrer M. Ogé aux violateurs
de la loi et de la justice. --- Page 35 ---
(e - CANAMU
(a3)
sans distinction P La loi du 28 mars en prononce 7 et les
citoyens de couleur ne demandent que la loi.
Dites donc que vous voulez les exclure sans distinction 7
c'est-à-dire TOUS, des droits de citoyens actifs ; et que, pour
donner quelque couleur à cette injustice 2 vous les désignez sous
le titre méprisant de vos affranchis : comme si les affranchis
n'étoient
des hommes déclarés libres 7 comme si l'homme
pas
un citoyen ; comme si la qualité dafJibre ne pouvoit pas,étre
franchi pouvoit se perpétuer!
Pos affranchis ! Appellera t-on de ce nom la classe entière
des citoyens de couleur (1), dans laquelle, 2 lors même qu'on
voudroit distinguer I11L affranchi d'un home libre, on ne trouveroit
500 individus affranchis par acte formel, tel qu'il
pas
veut rendre à la liberté un serviteur
est nécessaire, lorsqu'on
esclave? Lesenfans des françois peuvent-ils être des affranchi's?
Et ne faudroit-il pas déchirer avec indignation l'acte criminel
qui supposeroit qu'ils ont été esclaves!
PoselfrvanchistIs sontvos enfans !Ilssontles enfans d'hommes
libres (a)11 De tels hommes peuvent-ils proc réer une espèce inférieure à la leur ? Les colons veulent donc que 2 dédaignant
sentimens
le
méprise son enfant !
tous les
paternels 2 père
Ils veulent que Ie plus doux pencl:ant de la nature conduise
ce père à un crime, à procréer un être dégradé à ses propres
(r) Les hommes de cculeur libres, quc les colons appellen: des affanchis,:ont
plus nombreux que les blancs. Les bisarreries du teint les cenfon.lent evecceux-ci.
Tel qui déclame contre les citoyers de couleur avec le plus de furcur ou de folie,
n'est qo'un mulàtre déguisé.
(2) Lc blanc vivant cn concubinage avec son esclave, élève ses enfans comme ses
enfans légitimes 3 il ne leur donne pas une patente de liberté 1 mais il les empâche de
devenir esclaves; il leur en donne même pour Ic servir. Telle est la premire origine
des hommes de couleur. Les femmcs mulâtres ont ensuite épousé des blancs; les
mulâtres des femmes blanches et les gens de couleur se sont mariés entr'eux;en
sorte qu'suj. uri'uui, sur mille enfans,à peinc un seul nait-il d'une mère esclave; et
comment esclave : Par le droit de la rapine ct de la violence!Les colons blancs
entachent la mère ct prétendent qu'elle eSt entachée!
- LEU
- A
VELLA
des hommes de couleur. Les femmcs mulâtres ont ensuite épousé des blancs; les
mulâtres des femmes blanches et les gens de couleur se sont mariés entr'eux;en
sorte qu'suj. uri'uui, sur mille enfans,à peinc un seul nait-il d'une mère esclave; et
comment esclave : Par le droit de la rapine ct de la violence!Les colons blancs
entachent la mère ct prétendent qu'elle eSt entachée!
- LEU
- A
VELLA --- Page 36 ---
ACN (
I
(24)
yeux, à l'instant où il voit le jour! Que le blanc,
de sa compagne, encore marquée des influences , s'approchant
lant, sache
d'un soleil bràqu'il va donner la vie à un individa privé de toute
existence politique, de tout espoir de parvenir
rables fonctions du
à
jamais aux honocitoyen ; un honmequi ne
sa raison se
pourra sentir
développer, sans € nvisager son père avechorreur!
Législateurs cruels ou insensés ! défendez donc, dans'le code
injurieux, que votre insensibilité prépare, défendez
qui ne pourra plus être qu'un
une union
des
crime!Opposez au plus impérieux
besoirs, un supplice nouveau, capable d'arréter des
ches qui seront maudites par le fruit qui en naitra... La approsance d'un esclave n'est-elle pas le deuil de la nature ? Voulez- naisvous encore l'outrager aupoint de suggérer à VOs cupides
Thorrible spéculation de procréer eux-mêmes les
colons,
dont ils abrègent les jours sous les fouets de
malheureux
l'esclavage ()!
Mais non. Inquiets de T'absurdité de leurs
colons blancs cherchent à Ia couvrir
des prétentions , les
blent invoquer d'autres
par
palliatifs ; ils semdistinctions que celles du décret du
mars. Ils voudroient quel leurs enfans, ouileurs
pour acquérir les droits de citoyens actifs,
enfans, eussent,
mélange de
blanc,
, un certain degré de
sang
gri puisse les confondre avec les blancs
par la couleur de Lépiderme.
Cette adroite manceuvre présente une
qui pourroit séduire des hommes
instruits. apparence d'équité 7
faire sentir l'illusion.
peu
Ilimporte d'en
Les ennemis des citoyens de couleur reprochent sans
cesse
(:) Les députés de Saint-Domingue, s après avoir qualifié les
de bâtards et d'afanchis,
citoyens de couleur,
ct les usages des colonies, prétendent les
qu'ils sont infiniment mieux traités par la loi,
Laloi, il la violent que simples bitards ne le sont gincralement dans niotre Europe.
succession de
; ct quant aux usages; si en France, un bârard est
dc
son
exclus la
père, > l'est-il des fonctions de citoyen ?
aux
députés de Saint-Domingue, s après avoir qualifié les
de bâtards et d'afanchis,
citoyens de couleur,
ct les usages des colonies, prétendent les
qu'ils sont infiniment mieux traités par la loi,
Laloi, il la violent que simples bitards ne le sont gincralement dans niotre Europe.
succession de
; ct quant aux usages; si en France, un bârard est
dc
son
exclus la
père, > l'est-il des fonctions de citoyen ?
aux --- Page 37 ---
(
2 a
(25)
de n'avoir pas VLL eux-mèmes les hommes, 9
aux amis des noirs ,
dont ils s'occupent 5 et c'étoit sans
les choses et les rapports
de s'éclairer, qu'une sentence
doute pour les mettre à portée
contre tout ami des
de mort étoit prononcée à Saint-Domingue,
débarqueroit dans les colonies.
noirs qui
publié par M. Raymond(1),
Qu'ils consultent donc l'ouvrage
néd'un père françois,
citoyen de couleur de Saint-Domingue (2),
blancs seroit
selon les
d'un mariage légitime, et qui cependant,
actif.
lisent
del la qualité de citoyen
Qu'ils
déchu par sa naissance,
a
sur les diverses
l'écrit que ce colon instruit et studieux, publié
les colonies.
générations d'hommes qui peuplent nombre, qui rendent imIls y verront les contradictions sans
de ceux
refuge de la vanité présomptueuse,
possible ce dernier
des
y verront
qui veulent être les juges de T'état personnes.-llay les hommes
la nature se joue des loix par lesquelles
nombre,
que
l'enchainer ; que, par des accidens sans
prétendent
celui-là même que le but de leur
elle créeroit citoyen actif,
de cet honneur; - que
voudroit priver
ridicule conception 2
la jalousie, la haine, le trouble
de tels arrangemens porteroient le sceau de la loi à un préjugé
dans les familles;- - que, mettant
consacreroit 5 eml'avilissement que ce préjugé
extravagant 1
une femme de couleur 7
péchieroit ces mariages légitimes, 2 oùi
monde
des
mettre au
que
unie à un blanc 7 ne pourroit plus la licence seroient le produit
que le concubinage et
citoyens ;
des femmes de couleur: 2 seroit
de la loi ; - que la prostitution
n'auroient
une vertu en faveur de leur progintureipeiaqedlies
du
des blarcs contre les hommes de
(1) Observations sur. l'origine et les progrès la nécessité, préjugé la facilité de le détruire. Cet
couleur ; sur les inconvéniens de le perpétuer 2 chez Belin 3 Desennes , Bailly, Liouvrage, publié le 26 janvier 1791,se trouve
braires, et au bureau du, Patriote François.
le nommé Raymond. Cest ainsi
(2) Les députés de Saint-Domingue T'appeloient: O honte du despotisme , et plus encore
que le qualifioit le, ministre la Luzernc.. M. Raymond est un homme riche!
dc ceux qui T'endurenat!Faut-il leuridire que
D
perpétuer 2 chez Belin 3 Desennes , Bailly, Liouvrage, publié le 26 janvier 1791,se trouve
braires, et au bureau du, Patriote François.
le nommé Raymond. Cest ainsi
(2) Les députés de Saint-Domingue T'appeloient: O honte du despotisme , et plus encore
que le qualifioit le, ministre la Luzernc.. M. Raymond est un homme riche!
dc ceux qui T'endurenat!Faut-il leuridire que
D --- Page 38 ---
-l I C
E
(26 )
méme que ce moyen d'échapper à Tavilissement, et qu'elles
chercheroient envain entre lesblancs, un
dans
époux légitime; ; - que,
beaucoup d'habitations 7 des esclaves auroient la couleur
légale pour reclamer le droit de citoyen ; qu'ainsi cette qualité
seroit dévolue à un esclave, et refusée à des propriétaires. - Ils
verront enfin, dans cet ouvrage, , qu'un citoyen actif seroit conduit à refuser sa fortune, son bonheur, celui de l'épouse qu'une
tendresse réciproque lui destineroit; parcequ'en s'unissant, ils
dégraderoient le fruit de leur amour.
L'Esprit et le coeur se révoltent, en passanten; revue les désordres
résultaus de ce méprisable expédient; et l'on a plutôt fait de
demander à ces Solons de nos colonies,
de couleur, libre,
pourquoi un homme
propriétaire, en état.de contribuer aux avances sociales , ne peut pas devenir un citoyen actif.
Nous leur demandons avec M.I Raymond, dont le comité coloniala méprisé leslumières, quoiqu'il en eût le plus grand besoin;
si l'assemblée nationale peut décréter, comme article constitutionnel, que de tels citoyens de l'empire françois doivent
non seulement à des loix qu'ils n'ont
obéir,
pas consenties, mais encore
qui seroient fnites par leurs ennemis déclarés.
Nous leur demandons, si l'assemblée nationale
conférer
une initiative
peut
habitans
équivalente au pouvoir législatif, à une partie des
d'tne contrée 7 pour en user contre l'autre, sans s'assujettir aux mémes loix.
Nous leur demandons, si l'assemblée nationale a le droit
mettre une différence
dè
politique, entre des françois tous propriétaires, tous contribuables, parceque les uns sont plus blancs
les autres;e et si elle peut tracer, aux uns > une ligne de démarca- que
tion qu'ils ne pourroient jamais franchir, et au dedans de
ils seroient privés des avantages de la société.
laquelle
Nous leur demandons, si l'assemblée nationale
des hommes, , ainsi dégradés, à des loix quiles forceroient peut exposer à la
résidence, ou à vendre leurs biens pour s'expatrier.
Si l'assemblée nationale peut faire des loix marquées
Dieu
par
aa
si elle peut tracer, aux uns > une ligne de démarca- que
tion qu'ils ne pourroient jamais franchir, et au dedans de
ils seroient privés des avantages de la société.
laquelle
Nous leur demandons, si l'assemblée nationale
des hommes, , ainsi dégradés, à des loix quiles forceroient peut exposer à la
résidence, ou à vendre leurs biens pour s'expatrier.
Si l'assemblée nationale peut faire des loix marquées
Dieu
par
aa --- Page 39 ---
isa BU
(07)
même du sceau de la réprobation : car où est l'impie qui os:roit
dire
noir, un bazané , ou un blanc ne sont pas égaux
qu'un
à
les mêmes organes, et
devant lui, puisqu'il leur a donné, tous,
quidédépendans des circonstances
les a tous rendus 9 également
veloppent Tintelligence' ?
de couleur, bien connu du
Voilà les questions qu'un citoyen
adresse au nom de
comité colonial, , bien connu de M. Barnave,
lui,
frères bazanés, à ses frères, souvent aussi bazanés que
ses
mais qui s'appellent blancs. des amis des noirs se fait un honneur
Voilà ce que la société
lui. Si T'assemblée nade répéter après lui. Elle demande avec
si, sous le ritionale peut renverserl les fondemens de l'équité ;
les
dicule prétexte d'une origine moins distinguée que les autres, desd'un peuple libre, seront moins justos que le
représentans
le fouloit à ses pieds. Car Louis XIV
pote hautain qui naguères
dits, ceux qui, nés dans
ordonna que les affranclis proprement les mêmes droits, dont
l'esclavage, étoient rendus libres 2 auroient
forte rai
jouissent dans les colonies. A plus
les autres François
ceux-ci sont
son leurs descendans doivent ils en jouir, puisque
nés hors de l'esclavage.
qu'on ait voulul'exposer
Ah! l'assemblée nationale s'indignera continuons l'examen de la
à d'aussi déplorables erreurs. Mais
leurs barbares
capacité de ces hommes qui osent nous appeler du plus révolennemis, et provoquer contre nous les procédés
tant despotisme.
Les colons blancs disent encore. : 3) Sivous accordez aux homlibres
et en état de contribuer,
mes de couleur,
, propriétaires esclaves n'auront plus pour nous
les mémes droits qu'à nous 2 les'
révoltes seront
ni le méme respect , ni la méme soumission;leurs de la couleur
fréquentes : c'est l'opinion seule de la supériorité
blanche sur le teint noir ou rembruni, quil les contient<.
Heureuse découverte ! Les esclaves noirs sont donc sensibles
ils réfléchissent, ils sont des homà l'opinion ! Ils comparent,
enfn !
D2
mes ! Les colons blancs en conviennent
les mémes droits qu'à nous 2 les'
révoltes seront
ni le méme respect , ni la méme soumission;leurs de la couleur
fréquentes : c'est l'opinion seule de la supériorité
blanche sur le teint noir ou rembruni, quil les contient<.
Heureuse découverte ! Les esclaves noirs sont donc sensibles
ils réfléchissent, ils sont des homà l'opinion ! Ils comparent,
enfn !
D2
mes ! Les colons blancs en conviennent --- Page 40 ---
- -
-l I C2
I
(28)
Mais, si l'opinion les conduit, il faut se garder de leur en
donner de fausses : toute opinion fausse est condamnée à périr, et le législateur est d'autant
plus sage 2 qu'il n'expose pas
la société aux dangers des opinions fragiles. Ge langage seroit-il
étranger aux colons blancs ? Rapprochons - les donc de leur
sureté personnelle 2 et montrons - leur qu'elle repousse ce SOphisme de leur vanité.
Les citoyens de couleur, qu'il faut avilir pour la sûreté des
blancs, ne sont pas une classe d'esclaves, ce sont des propriétaires; ils ont aussi besoin d'esclaves,ils possèdent le tiers de
cette maiheureuse population. S'il faut que 2 pour respecter les
blancs,les esclaves méprisent les hommes de couleur, de quelle
sureté coux-cijouiront-ils dans leurs habitations ?Ets'ils ne sont
pas en sureté au milieu de leurs esclaves, parce qu'ils en seront
méprisés,la sureté des blancs eux-mêmes ne sera-t-elle pas compromise ? Faudra-t-il que ces Rois de la peau humaine, viennent interposer leur autorité dans les habitations même des
françois mulâtres ? Certes ! on ne seroit pas étonné que ce fut
là le but de quelques colons. L'un d'eux, plus franc que les atttres, a trouvé plus simple de couper le noeud. Chasser les hommes de couleur et S emparer de leurs habitations , tel étoit son
code ; et s'il est digne d'un, fibustier, il faut au-moins lui savoir
gréde montrer plus d'esprit et de franchise que ses canfrères.(1)
Quant à nous > il nous semble, qu'il est excessivement imprudent d'exposer, au mépris deleurs esclaves, quelque classede maitres que ce soit. A plus forte raison , si elle possède le tiers de
tous les esclaves du pays. S'il faut en. imposer à ceux-ci, iln'est
pas de moyen plus sèr, pour y réussir, que de mettre tous les
maitres sur la méme ligne, quelle que soit la dose de sang euro-.
(r) Fayer les RéAcxions de M. de Banvois, censeiller au Cap.
-
a
ivement imprudent d'exposer, au mépris deleurs esclaves, quelque classede maitres que ce soit. A plus forte raison , si elle possède le tiers de
tous les esclaves du pays. S'il faut en. imposer à ceux-ci, iln'est
pas de moyen plus sèr, pour y réussir, que de mettre tous les
maitres sur la méme ligne, quelle que soit la dose de sang euro-.
(r) Fayer les RéAcxions de M. de Banvois, censeiller au Cap.
-
a --- Page 41 ---
C
-NU
(99) veines. Alors l'intérêt de tous, les
péen qui circule dans leurs
les
de couleur ne
réunira contre le danger commun ; citoyens leurs bras à leurs
seront pas arrêtés par la répugnance de préter diviseront point ; une
enuemis ; les forces réprimantes ne se
elle fera
salutaire regnera entre tous les planteurs;
harmonie
aussi révoltantes pour la saine politique,
place à des inimitiés
sureté des colonies, des colons,
qu'olles sont dangereuses pourla
et de ceux qui trafiquent avec eux. contenir les esclaves dans
Nul doute que s'il est possible de
de la liberté, ce ne peut étre qu'en partageant
le régime
distinctes ; en
la population en deux portions parfaitement esclavage de
la pure Jiberté d'un côté, et le pur
mettant
Car; , en constituant une
Tautre, sans nul intermédiaire.
ni esclaves ;
dhommes
ne seroient ni citoyens 7
classe
qui
source intarissable de
ni libres , ni enchainés 7 on ouvre une
de murmures et de complots.
jalousies 7
désirant Tadoucissement
Si la société des amis des noirs,en
de T'humanité;
avoit d'autres sentimens que ceux
de T'esclavage,
de Tignorance, comme le moyen
elle appuieroit ces méprises
fatale aux colons blancs.
le plus sûr de précipiter une révolution
soi-disant députés, le droit exclusif de
Nous Bter, disent les
mener les colonies ce leur
statuer sur les gens de couleur 2 c'est
les connoissent;
effraye ceux qui
ruine avec une rapidité qui
d'individus dont les Antilles
c'est dévouer à la mort Unl million
sont peuplées.
dans la dernière partie de nos
Nous examinerons en détail,
de la ruine des colonies
observations, ce que peuvent penser demanderons ici, pourquoi elles
ceux qui les connoissent. Nous
Louis XIV
furent
ruinées et livrées au carnage,lorsque
ne
pas
tous les droits de citoyens, lorsqu'il voulut
donna auxaffranchis
naitre un esclave, ou un
d'un homme libre, il ne pàt pas
que,
individu dégradé.
a
.
dans la dernière partie de nos
Nous examinerons en détail,
de la ruine des colonies
observations, ce que peuvent penser demanderons ici, pourquoi elles
ceux qui les connoissent. Nous
Louis XIV
furent
ruinées et livrées au carnage,lorsque
ne
pas
tous les droits de citoyens, lorsqu'il voulut
donna auxaffranchis
naitre un esclave, ou un
d'un homme libre, il ne pàt pas
que,
individu dégradé.
a --- Page 42 ---
-
(50)
La terreur que les soi-disant députés veulent
répandre 2 ne
peut en imposer qu'à des ignorans. Il suffit de comparer la
lation et le courage des blancs et des mulâtres ; il suffit de popu- faire
attention aux événemens récens, pour se convaincre que tous
les colons, 2 sans exception, se soumettront aux décrets de l'assemblée nationale, 2 dès qu'elle manifestera clairement l'intention de faire jouir les colonies comme PARTIES DE L'EMPIRE
FRANÇOIS, des Fruits de I'leureuse régénération qui s'y est
opérée. Et quand MM. Auvray, Trémondie, et autres, publient
que les blancs se résoudront à périr, plutôt que de voir ceux qu'ils
appellent leurs affranchis, réintégrés dans les droits de l'homme
et du citoyen, on ne voit, dans ce ridicule défi, qu'une nouvelle
preuve de leur démence.
Quoi ! la nation fléchiroit devant quelques planteurs
insultant aux principes de notre constitution,
qui,
veulent se former
en noblesse privilégiée ! En une noblesse
non
d'avoir des esclaves, voudroit
7 qui
contente
des intermédiaires
encore placer, entre elle et eux 7
qu'elle pàt maitriser !
Mais est-il bien sûr que ce ne soit là qu'un délire de la vanité?
Que la métropole n'ait pas à se tenir en garde contre des intentions plus perfides ? Examinons.
Cette classeintermédiairo, privée des droits politiques, n'auroit
aucune des propriétés de ces corps 1 prétendus médiateurs
ceux qui commandent et ceux
entre
doivent leur
qui obéissent; et qui au fond, ne
existence qu'à une ruse de Taristocratie, pour éviter
l'influence du
peuple 2 et la nécessité de l'éclairer.
La noblesse coloniale ne pense pas non plus à faire, des hommes
de couleur , les bourreaux destinés à tourmenter et à châtier
esclaves ? Il est difficile de croire
les
ses
que
François de couleur
1 prétendus médiateurs
ceux qui commandent et ceux
entre
doivent leur
qui obéissent; et qui au fond, ne
existence qu'à une ruse de Taristocratie, pour éviter
l'influence du
peuple 2 et la nécessité de l'éclairer.
La noblesse coloniale ne pense pas non plus à faire, des hommes
de couleur , les bourreaux destinés à tourmenter et à châtier
esclaves ? Il est difficile de croire
les
ses
que
François de couleur --- Page 43 ---
C ET
(51) )
à des fonctions pour lesquelles on n'a eu,
voulussent se préter
jusqu'ici, nul besoin d'eux (1)-
cherchent donc les colons blancs dans cette classe interQue Ou ils montrent que la vanité tourmente l'esprit
médiaire
del faire , eux-mémes, en faveur
sans T'éclairer ; ou ils se proposent s'obstinent à leur refuser audes françois de couleur , ce qu'ils
séparer
Tourd'hui. Et quand? Lorsqu'il ne resteroit plus 1 pour
colonies dela métropole, qu'à faire, de ces françois
totalementles
de l'état politique qu'il
basanés 2 un penple qui, en échange
des
conféreroit lui méme aux blancs, prérogatives
acquerroit,
légales.
sans doute, sur Ie succès de
Les colons blancs se trompent,
profonde,
leurs vues;mais,soit vanité pure, , soit politique plus
toute
il est évident que leurs prétentions actuelles alarmer repoussent la nation sur sa
confiance. Elles ne sont propres qu'à
etla politique humaine des vrais patriotes, surl'égalité
propriété,
de droits 1 qui sert de base à la constitution.
S IIL
doit-elle considérer les hommes de
Comment la Métropole
couleur ?
On vient de voir que rien, jusqu'à présent, ne justifie les prédes soi-disant députés ; que leurs motifs
tentions extravagantes
insensés. Mais cette vérité
et leurs expédiens sont également
examine la populase manifeste plus fortement 7 lorsqu'on
François de
la force et l'industrie deces
tion , le caractère 7
(1) On lit cependant, dans la lettre des députés de St-Domingue à leurs complices dur de et
colonie écrite le 5 décembre 1789, >> que le service des gens de couleur,
la
>
certain
qu'il n'y a même qu'eux qui
>> ruineux pour eux, est nécessaire à bandits point; ef
>>, A quel degré d'éléva-
> soient propres aux chasses de nègres ,
malfaiteurs lcs colonies ?
tion lcs bandits européens parviennent-ils donc dans
1) On lit cependant, dans la lettre des députés de St-Domingue à leurs complices dur de et
colonie écrite le 5 décembre 1789, >> que le service des gens de couleur,
la
>
certain
qu'il n'y a même qu'eux qui
>> ruineux pour eux, est nécessaire à bandits point; ef
>>, A quel degré d'éléva-
> soient propres aux chasses de nègres ,
malfaiteurs lcs colonies ?
tion lcs bandits européens parviennent-ils donc dans L
AU
ONTIE - U --- Page 44 ---
T a
I
(52) )
de la loi, souleurs frères blancs veulent, au nom
eouleur, 1 que
mettre à leurs caprices.
de ces deux clasLe résultat que donne la comparaison à l'une d'entr'elles la
ses 2 est tel que, s'il falloit abandonner
il faudroit,
des colonies, ou le droit d'initiative,
faire
législation dans les mains des citoyens de couleur, ou
Ol la déposer
droit convient moins à des françois,
Tabsurde déclaration que ce
sol
doit les nourrir, eux
nécessairement affectionnés au
qui
qui la
qu'à une espèce d'avanturiers pour
et leur postérité, ,
été jusqu'ici qu'une spéculation pasculture du même sol, n'a
abattu
fois que cette
arbre qu'ils ont
chaque
ramésagère, qu'un cueillir le fruit, favorisoit les projets quiles
manière d'en
nent dans la métropole..
mieux d'étre les
mulâtres méritcroient
Oui, les citoyens
les colons qui réclament
législateurs de leur terre natale 2 que
et nous le
fonction. Ce n'est point un paradoxe,
cette anguste
prouvons.
appartient-elle dans
A qui lal législation d'un pays le quelconque est la patrie ; à ceux qui
le droit naturel? A ceux dont pays de leur
à ceux
comme le sol nourricier
postérité; des
la regardent
de la lenteur
qni lui *font des avances, sans s'impatienter dans le même pays qui les
produits ; à ceux qui les consomment àwoir leurs enfans commencer,
enrichit; à ceux quise plaisent de cultivateur ; à ceux enfin, qui
sous leurs yeux, leur carrière
que des sacrifices
envisager dans leur expatriation
ne peuvent des liens douloureux à déchirer.
à faire,
là vos titres ? Non. Il en est du moins
Colons blancs, sont-ce
les montrer. Direz-vous que
très-peu d'entre yous qui pussent celles de la métropole ? Ce seroit
ces convenances ne sont pas
beaucoup plus précieuses
Les colonies sont
une absurditédeplus. les mains des cultivateurs indigènes, et
pour la France, entre
vôtres. Nous ne nous arréterons
affectionnés au sol, qu'entreles
été traitée par un membre
point à le prouver; cette matière a
de
Colons blancs, sont-ce
les montrer. Direz-vous que
très-peu d'entre yous qui pussent celles de la métropole ? Ce seroit
ces convenances ne sont pas
beaucoup plus précieuses
Les colonies sont
une absurditédeplus. les mains des cultivateurs indigènes, et
pour la France, entre
vôtres. Nous ne nous arréterons
affectionnés au sol, qu'entreles
été traitée par un membre
point à le prouver; cette matière a
de --- Page 45 ---
(33)
de notre société > dans une lettre adressée à M. Barnave (1);
et qu'onn'a pas encore essayé de refuter.
C La France 2 porte cette lettre, monument du patriotisme
le plus pur, CC la France, ce corps politique qui doit mesurer
CC les siècles, peut-elle, méme sérieusement, comparer les mil-
(C lions de revenus que l'industrie constante, , progressive et écoCC nomique des mulâtres, peut lui apporter chaque année. : et à
CC toujours. 2 à ces produits arrachés par une exploitation dévoCC rante.
produits que les colons viennent dissiper à Paris,
CC dans rous les rafinemens de Ja débauche?Qnelle comparaison
( d'une circulation aussi immorale, aussi stérile, avec la granCC de circulation résultante d'une culture qui nourrit la terre
< au lieu de l'épuiser ?
Les raisons de préférer des législateurs mulâtres, à des ordonnateurs blancs, seroient plus fortes encore , si,de la comparaison des intérêts relatifs àla propriété, on passoitacelles des moeurs.
M. Hiliard d'Auberteuil n'est pas suspect dans le témoignage
qu'il rend anx hommes de couleur. Ii écrivoit. 2 il y a douze ans 2
sur la colonie de St. Domingue. Le préjugé contre eux étoit dans
toute sa force ; ille partageoit méme ; et cependant, il convient
que ceite classe de colons est fidelle, charitable, hospitalière,
religieuse ; pénétrée de respect pour les vieillards, portant l'amour filial au plus haut degré, soigneuse à conserver les propriétés; en uin mot : singulièrement utile à la colonie : ii ajoute
que, depuis son origine, on ne compte pas quatre hommes de
couleur flétris par. les loix pour cause de crimes, et: il en attesteles
régistres publics. L'abbéRaynal a recneililesmnimestémnoignages.
Il ne compte, pour la prospérité des colonies, que sur les natifs.
Les blancs peuvent-ils, à tous ces égards, se mettre sur la
(1) Lettre de J.P. Brissot , à M. Barnare,pulliée le 20 novembre 1792, F age 47 ct
suivantes.
TC
<
tris par. les loix pour cause de crimes, et: il en attesteles
régistres publics. L'abbéRaynal a recneililesmnimestémnoignages.
Il ne compte, pour la prospérité des colonies, que sur les natifs.
Les blancs peuvent-ils, à tous ces égards, se mettre sur la
(1) Lettre de J.P. Brissot , à M. Barnare,pulliée le 20 novembre 1792, F age 47 ct
suivantes.
TC
< --- Page 46 ---
1/
MIIN
(34)
même ligne, eux qui n'ont pas cessé dêtre ennemis des hommes
de couleur; eux qui égorgent leurs défenseurs; eux à qui la justice et l'humanité outragées ont peut-étre à demander, dans ce
moment, le sang du malheureux Ogé et d'un grand nombre de
ses compagnons; eux qui ne sollicitent, de la nation > que des
sacrifices tandis
les
de couleur lui ont fait offrir
que
citoyens
un don patriotique de six millions, qu'ils sont près deréaliser!
Considérez-les encore dans leur conduite, au milieu de ces
agitations qui, comme un feu souterrain, se sont propagées dans
toutes les parties de T'Empire. Les françois de couleur ont attendu avec soumission les décrets de l'assemblée nationale 2
tandis que les blancs cherchoient à se rendre indépendans de
toute autorité.
On semble l'avoir oubliée, cette lettre du 12 août 1789 quia
mis le feu dans les colonies; cette Iettre où les députés de St.
Domingue,tronblés; parla revolution, effrayés surleurs esclaves,
sembloientvouloir, tout-à-la fois,s'attacherles françoisde couleur
et les tenir dans T'abaissement; oùt ils accusoient la nation d'être
ivre de liberté ; où ils annoncoient la révolution comme une crise
qui ne dureroit pas ; où un colon plus S: ge, inquiet de ces inconséquences, ajouta à cette lettre un supplément pour en prévenirlemauvais effet, pour avertir ses cmmpiteney@peknider
moyen d'assurer dans tous les temps le repos et l'existence de
la colonie, étoit d'affectionner à la cause des blancs, la classe
des gens de couleur. Nous regardons, ajoutoitil, cette espèce
(cette espece ! Des françois !) comme le vrai boulevard de la
sureté de la colonie.
Les citoyens de couleur ont-ils ainsitralila causedela liberté?
Ne se dévouoient-ils pas pour la conservation des colonies. 1 pendant que les colons blancs, ne cessant de menacer la France
de la perte de ses iles, ont tenté tout ce qui pouvoit provoquer
cette séparation?
classe
des gens de couleur. Nous regardons, ajoutoitil, cette espèce
(cette espece ! Des françois !) comme le vrai boulevard de la
sureté de la colonie.
Les citoyens de couleur ont-ils ainsitralila causedela liberté?
Ne se dévouoient-ils pas pour la conservation des colonies. 1 pendant que les colons blancs, ne cessant de menacer la France
de la perte de ses iles, ont tenté tout ce qui pouvoit provoquer
cette séparation? --- Page 47 ---
*
(35)
Mais, si Ia patrie est sur-tout à ceux qui savent la défendre,
les blancs refuseroient-ils aux françois de couleur, le
de Tavoirdéfendue dans toutes les occasions
témoignage
périlleuses, avec zèle
et courage? Leur bravoure est célèbre; les gouverneurs des colonies et les comnandans militaires, en ont toujours fait le plus
grand éloge.
Ainsi les françois mulâtres, considérés dans les
rapports politiques et moraux qui constituent le citoyen, qui l'éclairent sur
le régime le plus convenable à la patrie 2 sont supérieurs aux
blancs ; ils auroient par conséguent plus de droit qu'eux à demander la législation des colonies.
C'est d'eux que nous devons attendre le plus de lumières; ; et
cependant on conspire, jusque dans l'assemblée nationale,
leur ravir les droits de citoyens actifs!
pour
Sans morale 2 comme sans principes, les soi-disant députés
osent publier cette odieuse prétention, en méme-temps qu'ils
prononcent leur condamnation ; car ils avouent que les
chis (c'estainsique leur perfide politique les désigne)sont affran- le rempartle plus puissant que la population des colonies mette entre
les esclaves et les citoyens. Et, pour se lesattacher, les blancs les
ont poursuivis et massacrés comme des bétes fauves. Et les mulatres, qu'on nous peint comme des esclaves révoltés, ont tout
souffert, jusqu'à ce que les décrets leur aient été connus ;
jusqu'à ce qu'ils aient été convaincus, et de la mauvaise volonté
du comité colonial, et de la conjuration faite contre leur honneur et leur vie, jusqu'à ce qu'il ne pussent plus douter
vouloit leur arracher des droits, que l'assemblée nationale qu'on avoit
respectés.
Encore une fois, sila législation des colonies doit étre confiée
au patriotisme, en qui les vrais défenseurs des principes de la
constitution auront-ils le plus de confance? Sera-ce dans les
citoyens de couleur toujours fidèles, ou dans ceux qui comme
les soi-disant députés ne révent qu'àl Tindépendance?
E 2
jusqu'à ce qu'il ne pussent plus douter
vouloit leur arracher des droits, que l'assemblée nationale qu'on avoit
respectés.
Encore une fois, sila législation des colonies doit étre confiée
au patriotisme, en qui les vrais défenseurs des principes de la
constitution auront-ils le plus de confance? Sera-ce dans les
citoyens de couleur toujours fidèles, ou dans ceux qui comme
les soi-disant députés ne révent qu'àl Tindépendance?
E 2 - --- Page 48 ---
(36)
Mais qu'importe à ceux-ci les principes de la constitution?
S'ils n'avoient pas résolu de Jeur fermer tout accès dans les
colonies tenteroient-ils d' alarmerla fFrance entière ,pourobtenir
d'une fausse terreur, ce qu'ils ne peuvent espérer du sang froid
de la raison?
Voyons donc sileurs menaces méritent plus de confiance que
tous les autres moyens dont nous venons de montrer le crime on
l'extravagance.
S. IV.
Quel cas doit-on faire des opinions que les colons blancs Ou
leurs amis avancent si souvent 2 sur le commerce entre la
métropole et les colonies 2 et des menaces qu'ils ne cessent
de faire contre la France 2 si P assemblée rejette les traités
gu'ils proposent.
Cette partie de la politique des colons blancs est la plus perfide.
En la soumettant à une exacte analyse 7 on verra qu'elle ne
mérite que le plus profond mépris.
Les ageus de Taristocratie coloniale 1 paroissent avoir compté
sur les ressources qu'offrent le défaut de lumières du grand
nombre, la superstition ou la timidité des intérêts particuliers, 2
Linhabitude de ces généralisations et de cescalculs, qu'unenation,
juge de ses intérêts sociaux, doit faire, lorsqu'elle est appelée
à considérer son industrie 1 son commerce, les objets qui Talimentent et les forces qui la protégent. Rejetant toute morale
en politique, estimant peu la liberté générale, pourvu qu'ils se
fassent une enceinte dans laguelle eux seuls soient libres, les
aristocrates planteurs veulent régir lindustrie et les S ources de
la prospérité, par les principes ct les règles de l'ancien régime;
ils veulent maintenir dans les colonies ce cahos ténébreux, ces
préjugés avilissans, CCs travers de l'ignorance 1 fruits honteux
de la corruption oit le gouvernement étoit tombé.
vu qu'ils se
fassent une enceinte dans laguelle eux seuls soient libres, les
aristocrates planteurs veulent régir lindustrie et les S ources de
la prospérité, par les principes ct les règles de l'ancien régime;
ils veulent maintenir dans les colonies ce cahos ténébreux, ces
préjugés avilissans, CCs travers de l'ignorance 1 fruits honteux
de la corruption oit le gouvernement étoit tombé. --- Page 49 ---
< VET
(37)
Ils ne se doutent 2 ni des richesses de la liberté, ni des avantages de la justice , ni des jouissances de T'homme sage, lorsqu'il contemple tous ses frères dans le chemin du bonheur et
de la prospérité.
On leur demande envain, , où est la population dont la liberté
ait détruit le commerce 2 borné l'industrie, affoibli la puissance. On les somme inutilement d'indiquer 3 entre les pertes
publiques dont la sagesse hunaine peut se garantir 1 celles
dont on ne puisse pas attribuer la cause à des fautes contre
la liberté; de montrer un monopole absolu ou mitigé, quel
qu'en soit Tobjet 2 qui n'ait pas créé la volonté de lui échapper, et, qui par cela même ne soit pas une cause très-active de
désordre. Ces expériences detous les jours sont inutiles pour eux.
Il suffit déja, pour mettre en garde contre leurs incnaces 2
d'observer qu'elles ont, toujours été la ressource de l'intérêt particulier. Chaque'mdividu, adonné à une certaine profession 7 vous
crie que la société entiérc scra bouleversée si vous dérangez
ses habitudes , c'est-à-dire, si vous examinez en hommes d'état,
enlégislateurs, lesi fondemens deronindaatriectdescse espérances.
C'est la noble fonction des philosophes ; ils cherchent sans
cesse à accorder l'intérêt particulieravec l'intérét général. Voilà
pourquoi ils sont persécutés ; voilà pourquoiils semblent être en
guerre avecle genre humain, qui, cependant, ne peutércheureux
quej par les triomphes de l'intérêt général sur l'intérét particulier 5
voilà pourquoil'on voit des intérêts particuliers, ncharnésàx'entredétruire, suspendre lenrs haines, et se réunir pour combattre
l'esprit public qui voudroit ennoblir leurs mouvemens, et les confédérer en faveur de la prospérité publique.
Quels cris les commerçans n'élevérent-ils pas en 1784, lorsque
le gouvernement permit aux navires étrangers d'exporter, dans
quelques ports des colonics 2 des provisions absclument néces-
-
RAL -
-
TL
iers, ncharnésàx'entredétruire, suspendre lenrs haines, et se réunir pour combattre
l'esprit public qui voudroit ennoblir leurs mouvemens, et les confédérer en faveur de la prospérité publique.
Quels cris les commerçans n'élevérent-ils pas en 1784, lorsque
le gouvernement permit aux navires étrangers d'exporter, dans
quelques ports des colonics 2 des provisions absclument néces-
-
RAL -
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TL --- Page 50 ---
-1
VV
(38)
saires à la conservation des colons et de leurs esclaves, à la
force productive des colonies ; provisions dont la fourniture
exclusive , n'a pu étre laissée à la métropole, qu'en sacrifiant
et les devoirs de Thumanité, et les principes d'une véritable
prospérité les ? chambres de commerce unies à quelques manufacToutes
l'observe
entendre des cris
tures (c'est un colon qui
(1))firent
temetabianguivatlion être leprésage d'une chueégalement
infaillible et prochaine de la France.
Cependant, loin que les événemens aient réalisé ces prédictions , cet acte de justice, 2 qui devoit entrainer les plus grandes
calamités, a beaucoup accru les productions des colonies.
Cet exemple 7 qui n'a rendu plus circonspects dans leurs menaces et dans leurs prédictions ni les colons, ni les commerimpose aux législateurs de Tempirela nécessité du plus séçans,
rieux examen.
La Société des Amis des Noirs est loin de vouloir atténuer le
la inétropole doit mettre à ses colonies. Mais si la vérité
prix que
est la base indestructible de
est nécessaire partout , puisqu'elle
tout bien 7 elle est sur-tout nécessaire 2 lorsqu'on s'occupe
de rapports commerciaux. Car tandis que, sur ces rapports 7
les erreurs enrichissent un petit nombre d'individus, elles appauvrissent toute une n.tion, ou la privent d'une prospérité plus
générale 3 et par conséquent plus grande.
L'union entrelamétropole et les colonies, peut avoir maintenant
des garans si sûrs dans les rapports naturels 7 qu'il seroit absurde et funeste de la fonder sur des transactions uniquement
à entretenir la jalousie, et à fomenter des mécontentepropres
mens dangereux.
Ces mêmes blancs 7 qui ont su réclamer les droits de l'huma-
(1) M. Pons, habitant de Saint-Domingue, dans une adresse des Colonies françoises
aux sociétés d'agriculture, aux manufactures et aux fabriques de France.
des garans si sûrs dans les rapports naturels 7 qu'il seroit absurde et funeste de la fonder sur des transactions uniquement
à entretenir la jalousie, et à fomenter des mécontentepropres
mens dangereux.
Ces mêmes blancs 7 qui ont su réclamer les droits de l'huma-
(1) M. Pons, habitant de Saint-Domingue, dans une adresse des Colonies françoises
aux sociétés d'agriculture, aux manufactures et aux fabriques de France. --- Page 51 ---
( (39) )
nité, relativement aux subsistances ; qui ont su braver les cris
et les exagérations des commerçans de la métropole 2 prononcent
la perte des colonies , si les citoyens de couleur jouissent des
mêmes droits que les blancs ! Il suffiroit, s'il faut les en croire,
l'assemblée nationale paràt un instant, préter l'oreille à la
que justice en faveur des mulâtres 2 pour abimer , et les colonies 7
et le trésor public, et la nation elle-méme, dans des flots de sang.
Pour qui les auteurs de ces menaces prennent-ils donc nos
législateurs, s'ils pensent les effrayer avec de pareils fantômes?
Comment les colonies pourroient-elles être perdues pour la
nation ? Seroit-ce par la conquéte, ou par une séparation absolue de la métropole prononcée par les colons blancs ?Mais
oublie-t-on la puissance nationale ? Oublie-t on qu'un empire,
tel que la France 2 fondé sur une population de 25 millions
d'hommes libres, ne peut être long-temps insulté ou dépouillé,
sans en tirer vengeance? La possession des colonies dépend
de la vigueur et de la force de la métropole. Ainsi ce n'étoit
pas d'une menace aussi folle ,en A tant que fondée sur le seul
mécontentement des aristocrates planteurs 2 qu'il falloit s'occuper; mais des inconcevables négligences qui, jusqu'ici, 2 ont
laissé aux ennemis de la révolution 7 l'espoir d'en anéantir les
bienfaits. C'est à ces négligences qu'il falloit donner de l'importance 3 et non à des craintes puériles. - que l'usage loyal et
ferme de la raison eût bientôt calmées.
On ne sauroit trop le répéter à ces hommes qui transigent si
facilement avec les principes. La cause qui peut faire perdre la
propriété des colonies , n'est point dans les agitations locales
qu'elles peuvent éprouver 3 elle est dans les événemens qui
énerveroient la métropole, au point de ne pouvoir résister à
ses plus foibles ennemis.
Mais 2 réplique-t-on, les colonies peuvent se dégrader par des
troubles ; leur culture peut en souffrir, et les conséquences re-
it trop le répéter à ces hommes qui transigent si
facilement avec les principes. La cause qui peut faire perdre la
propriété des colonies , n'est point dans les agitations locales
qu'elles peuvent éprouver 3 elle est dans les événemens qui
énerveroient la métropole, au point de ne pouvoir résister à
ses plus foibles ennemis.
Mais 2 réplique-t-on, les colonies peuvent se dégrader par des
troubles ; leur culture peut en souffrir, et les conséquences re- -
TA --- Page 52 ---
-
C 40 )
jaillir sur notre commerce. Sans doute, mais sera-ce les citoyens
mulâtres quitroubleront ces colonies, , dès que, plus justes envers
eux, on les aura, plus que jamais , intéressés à la tranquillité publique ? Et quant aux blancs 1 sur qui sappuyeroient-ils pour
résister aux loix de la métropole ?
Ils armeront nous dit-on 2 leurs esclaves; ; et, soutenus par eux,
ils égorgeront les gens de couleur.. Ils armeront leurs esclaves ,
et ils ont tremblé que ceux-ci entendissent le mot de liberté (1)!
Ils armeront leurs esclaves, et ils ne craignent rien tant que de
voirles citoyens de couleur cesserde les protéger contre les esclaves!.. Et comment les désarmerontils? Sera-ce avec les forces
de la métropole ? Mais apparemment que si elle peut leur servir
à désarmer leurs esclaves, elle
à
forte
peut, plus
raison, 3 les
empécher de les armer, et de les lancer comme des bétes féroces
sur les citoyens de couleur.
Vit-on jamais des esprits plus délirans ! Faut-il irriter les ci
toyens contre les amnis des noirs? Ils accusent ceux-ci d'être stipendiés par les ennemis de l'état, pour armer les esclaves et
les soulever contre leurs maitres.
Faut-il que T'assemblée nationale leur sacrifie les principes de
la constitution?Ils la menacent, si elle se refuse à cette trahison,
de susciter eux-mèmes cet atroce soulèvement contreles citoyens
de couleur!
Oubliera-ton, avec les colons blancs, qu'ils ne sont pasles seuls
qui fournissent des matières aux échanges commerçiaux entre
la métropole et ses colonies ?
Plusils les vantent, ces échanges, et plusils nous rappellent que
les hommes de couleur ont une très-grande part à cet utile mouvement ; que, si huit millions de François sont nourris (2) dans
(1) Qu'on saississe les écrits oi le mot mème de LIBERTE est prononcé, écrivoient,
le 12 août 1789, les députés de Saint-Domingue à leurs constituans au Cap.
(2) Nous examinerons biemôt Cc qu'il Saur penscr de ces ridicules éxagérations:
la
ces échanges, et plusils nous rappellent que
les hommes de couleur ont une très-grande part à cet utile mouvement ; que, si huit millions de François sont nourris (2) dans
(1) Qu'on saississe les écrits oi le mot mème de LIBERTE est prononcé, écrivoient,
le 12 août 1789, les députés de Saint-Domingue à leurs constituans au Cap.
(2) Nous examinerons biemôt Cc qu'il Saur penscr de ces ridicules éxagérations:
la --- Page 53 ---
R
(41)
la mère patrie avec le produit des colonies 2 les citoyens de couleur payent à nos manufactures un tribut bien plus considérable
que les blancs 2 parceque la consommation des premiers sera
toujours chez eux, sur leur terre natale, en raison de leur prospérité. L'expérience (1) l'a prouvé. Elle a prouvé, en méme
temps, que les aristocrates planteurs 2 toujours occupés de leur
retour dans la métropole, et du faste avec lequel ils espèrent
d'éblouir leurs anciens camarades, ne seront jamais, sur le sol
colonial, que les plus chétifs des consommateurs, à moins
la révolution ne change totalement leur esprit, leurs moeurs que et
leurs habitudes.
Mais alors, regarderont-ils les françois mulâtres avec dédain?
Parleront-ils d'armer contre eux les esclaves, pour ôter à la métropole le gagele plus certain et le. plus durable, de la prospérité
de son commerce avec les colonies ?
Nous ne saurions trop arrêter l'attention des lecteurs sur cette
politique menaçante. Elle est, ou une preuve d'insanité, et
qu'attendre alors des colons blancs? Ou l'indice frappant d'une
trahison qui se prépare ; et faut-il alors. > mettre à leur discrétion
des intérêts qu'ils détestent ?
On a vu qu'ils veulent faire craindre qu'en confondantles) blancs
avec les hommes de couleur, - il en résulte, chez les
un desir plus vif de rompre leurs chaines.
esclaves,
Cette appréhension dont nous avons montré la
encore combattue
chimère, est
par T'expérience. (2) Mais supposons-la
(1) Voyez l'article Mulâtres dans TEncyclopédie,
(2) Si les colons blancs avoient raison dans leurs
pas affranchir un seul
craintes, il ne faudroit donc
noir; car ici Ia parfaite ressemblance doit bien
réveiller, chez les esclaves,le désir de la liberté. Dans les possessions plutôt
gens de couleur sont confondus avec les blancs, ct les moyens de liberté espagnoles, les
ciclaves, sont nombreux; ct cependant les esclaves ne se révoltenr
donnés aux
point, Au Brésil
F
X
-
raison dans leurs
pas affranchir un seul
craintes, il ne faudroit donc
noir; car ici Ia parfaite ressemblance doit bien
réveiller, chez les esclaves,le désir de la liberté. Dans les possessions plutôt
gens de couleur sont confondus avec les blancs, ct les moyens de liberté espagnoles, les
ciclaves, sont nombreux; ct cependant les esclaves ne se révoltenr
donnés aux
point, Au Brésil
F
X
- --- Page 54 ---
(42) -
l'effet de ce desir , seroit d'autant plus lent, que tous
fondée ;
distinction de couleur, auroient le moyen
les colons réunis,sans
à leur civilisation.
d'assujettir les esclaves à des mesures propres
donc envisager, sans nulle inquiétude,
Les planteurs peuvent
les esclaves à la Jiberté.
le premier pas qui mèneroit
les noirs contre les
Auroient-ils la même sécurité en armant
doute, leurs
citoyens de couleur ? Ceux-ci armeroient 7 sans dans cette
esclaves contre les blancs: et que deviendroient, ? Et les esclaves
la culture et le commerce
affreuse guerre,
devenus par cela même les compaarmés 2 aguerris 1 exercés,
désir de la liauroient-ils un moindre
guons des vainqueurs, T'obtenir des blancs, s'ils étoient victoberté? Auroient ils pour
la seule popalation
rieux, plus d'obstacles à vaincre 1 lorsque
capable de les contenir,seroit anéantie?
objections 7 on croit voir ces enfans
En entendant de pareilles
leurs foibles
tentent d'effrayer
gités,volontaires et mnutins, qui
si l'on résiste à leurs cade s'ôter la vie,
parens, en menaçant
bien. Il en sera de même
prices. Se tuent-ils? Ils s'en gardent
les
de la courcnne au même rang; les
un édit, donné en 1757, met tous si sujets. leur père est mort esclave : c'est un déenfans d'un esclave sont rendus libres,
et les idées de liberié que cct état
dommagement cffert par la ioi à ces malheureux; les esclaves à la chercher dans laréde choses cntretient sans cesse, ne portent voisines point dc la Guyannc, ne sont distantes que
volte. Les habitations hollandoises, 3
mélées avec les nègres fugitifs. Ces
de quelques lieues des, peuplades indigènes, ou à égal, avec lcs Hollandois. Cette
pewplades viennent traiter tous les jours, d'égal esclaves , T'idée de supériotité
circonstance, bien propre à détruire, chez les n'occasionne, nègres chez les noirs ni révolte,
des blancs, que ceux-ci croient si nécessaire, colonies C'est sans douce ce qu'ignoni de plus grandes désertions que dans nos
contre la philosophie.
clabaudent toujours, erà tout propos,
rent ceux qui
foible et timide; ct les aristocrates, qui savent
L'homme dénué est, en général,
consiste à le tenir dans la pauvre:é,
si bien que le secret de dompter le peupie
craindre. Enfin, les blancs
bien les révoltes d'esclaves abrutis sont peu à
libre,
savent que
dans le
les mouvemens de T'homme
cux-mêmes craignent si peu,
negreesclave,
l'arment contre les negres fugitifs, bandits ou malfaiteurs.
qu'ils
ocrates, qui savent
L'homme dénué est, en général,
consiste à le tenir dans la pauvre:é,
si bien que le secret de dompter le peupie
craindre. Enfin, les blancs
bien les révoltes d'esclaves abrutis sont peu à
libre,
savent que
dans le
les mouvemens de T'homme
cux-mêmes craignent si peu,
negreesclave,
l'arment contre les negres fugitifs, bandits ou malfaiteurs.
qu'ils --- Page 55 ---
43 )
si la métropole n'oublie pas qu'en effet,ce
des colons blancs,
autant besoin que leurs e claves;
sont des enfans, et qu'ils ont
d'une bonne éducation.
dans les colonies, que deux
Nous avons déjà dit qu'il: ne falloit,
des esclaves. Nous
classes d'habitans : des hommes libres et
parti
ajoutons ici,sur les citoyens de couleur, quilwyaqu'un des blancs,
Oui il fautqu'ils soient les égaux
à prendre àleurégard.
T'assemblée leur assure la liberté
ou il faut qu'un décrét de
d'emmener leurs nègres:
d'émigret, d'emporter leur fortune ct
méme sonti impossibles ou ruineux. Ne pouvant
les tempéramens
le sentiment pénible et toujours
arracher. 2 du coeur des mulâtres,
forcé
l'end'uneinjuste dégradation, cet état
exigeroit
présent ;
faudroit augmenter à mesure que la
tretien d'une puissance qu'il
accroissement rapide;
population des mulâtres s'accroitroit ;
tandis que
puisqu'il résulte de trois sources différentes (1),
leur
encore
la population des blancs n'en a qu'une, qu'affoiblit
constante disposition à rentrer dans la métropole.
donc une
La nécessité de cette puissance protectrice,seroit
très-mauvaise spéculation.
Enfn
est donc cette force des aristocrates' planteurs,
> quelle
de
dans les colonies,
qui empécheroit la métropole dompter,
chez elle
DE QUATRE JOURS, tandis qu'elle dompte
UN PRÉJUGE
?
des préjugés que les siècles avoient enracinés
Prenons St. Domingue pour exemple
cinq à six cent mille esclaves , quarante à qitaOn y compte
mulâtres, et trente mille blancs (2), dont
rante cing mille françois
(1) Voyez la note suivante.
les récensemens 1
(2) Cette population est plus considérable que nc la représentent les déclarations d'oh
faits par ordre du gouvernement , même les plus nouveaux. de couleur, Mais' ni les pères blancs :
ils sont tirés, ne sont jamais exactes. Ni les hommes de leur éviter le service de la 2
d'enfans de couleur > ne déclarent tous leurs enfans,afin
sont
milice qui, de l'avis des blancs, est dur el ruineux. Les recensemens également
F 2
TIS TUL 1 NEA
Cette population est plus considérable que nc la représentent les déclarations d'oh
faits par ordre du gouvernement , même les plus nouveaux. de couleur, Mais' ni les pères blancs :
ils sont tirés, ne sont jamais exactes. Ni les hommes de leur éviter le service de la 2
d'enfans de couleur > ne déclarent tous leurs enfans,afin
sont
milice qui, de l'avis des blancs, est dur el ruineux. Les recensemens également
F 2
TIS TUL 1 NEA --- Page 56 ---
(44 )
un grand nombre sont attachésaux mulâtres propriétaires,
qu'ils espérent plus d'eux que des colons blancs. Et c'est parce
avec
ces proportions si défavorables aux aristocrates planteurs, et
plus foibles encore dans les autres colonies,qu'on ose nous faire
redouter le mépris qu'auroit l'assemblée nationale pour la vanité
des colons blancs ! C'est sous ces rapports, où la foiblesse des
blancs est extréme, qu'on ne craint pas de menacer la nation
de voir sa puissance échouer devant les colonies
(1), et qu'on
cherche à intimider T'assemblée, au point de lui faire craindre
toute discussion relative à cette partie de l'empire : comme si
sa timidité en faisoit la sureté!
A quel point le règne du despotisme auroit-il donc faussé les
défectueux sur la proportion relative entre les blancs et les hommes de couleur; parce
quebeaucoup de ccux-ci taisent leur couleur, dans les déclarations de leurs biens au
gouveinement, 7 et sont enrégistrés comme blancs dans le cadastre général, lequel n'est
composé que des déclarations de tous les habitans.
Non-seulement il est généralement reconnu , à St. Domingue, les hommes
de couleur sont p'us nombreux que les blancs 5 mais cela doit étre, si l'on que réféchit aux
sources de la population des mulâtres.
Tandis que les blancs n'ont qu'une origine, les hommes de couleur
nent, IO du blanc et de la négresse, 20 du blanc avec tous les degrés de couleur, provien3°deshommes de couleur entre eux, 4° des hommes de couleur d'un degré
ché des blancs,vec les négresses.
rappro-
(1) Les menacesgu'on vous a faites , a dit M. Lavie à l'assembleé nationale. , dans
la séance du 5 mars 2 ne peuvent efrayer que les gens qui n'ont rien lu. .Il n'y a
de pays plus foible que St. Domingue etc.
pas
M. Barnave a répondu que la sécurité de l'assemblée ne devoit pas
sur la
foitlesse de la colonie, mais sur les bonnes
sur la
et porter
décret du
dispositions >
fidélité sur P'effet du
12 octub:e.. Certes ces garans sont peu satisfaisans, siles bonnes
consistent à rayer les hommes de couleur de la classe des hommes , à en dispositions faire une
espèce.. sila fidélité n'est que la violation des décrets, esil'effat de celui du 12 octobre a conduic les blancs à perséverer dans l'intention d'étre les législateurs des
colonies. M. Barnave a-t-il donc résolu defaire triompher dans les colonies > tout ce
qui ruineroit en France la cause dc la liberté?
ces garans sont peu satisfaisans, siles bonnes
consistent à rayer les hommes de couleur de la classe des hommes , à en dispositions faire une
espèce.. sila fidélité n'est que la violation des décrets, esil'effat de celui du 12 octobre a conduic les blancs à perséverer dans l'intention d'étre les législateurs des
colonies. M. Barnave a-t-il donc résolu defaire triompher dans les colonies > tout ce
qui ruineroit en France la cause dc la liberté? --- Page 57 ---
(CPL
(45 )
la pensée 2 disposé aux terreurs les plus abe
esprits 3 engourdi
surdes (1)?
L'explosion terrible, 7 dont les soi-disant députés menacent 2
faite. Nous l'avons dit 2 la lettre du 12 août
est actuellement
1789, écrite au Cap par les députés de Saint-Domingue, a mis
le trouble dans toutes les colonies 2 et la fermentation n'a pas
certain qu'iln'y avoit rien à craindre
cessédepuis, quoiqu'onyfat
sur taffranchisement des esclaves , pas même sur la supression
de la traite (2).
Elle durera, cette fermentation 7 jusqu'à ce que le sort des
honimes de couleur soit décidé ; et nous avons vu que nul
danger n'oblige à leur ravir le rang de citoyen.
Siles colons blancs craignent le retour que les esclaves feront
en se comparant aux hommes de couleur, 2 à
sur-eux-mémes >
plus forte raison doivent-ils craindrel le mécontentemente qu'éprouveroient ces enfans des colonies en se voyant dépouillés ; en
comparant leur état à celui de leurs pères et de leurs frères, en
voyent lesblancs jouir ezclusivement. 9 et dans une patrie quin'est
station
2 des fruits de l'heureuse répour eux qu'une
momentanée
génération qui s'est opérée dans l'empire, françois. Ce mécontenque l'inquiétude des
tement, sans comparaison plus dangereux
esclaves ; ce volcan teujours prèt à incendier les colonies 7 est-il
bien rassurant pour les relations commerciales de la métropole?
Que demandent son commerce et la culture des colonies 2 si ce
n'est la paix et la sureté ? Les trouvera-t-on dans les suites né-
(1) Eh c'est bien ce qui enhardit toutes ces criminelles intrigues chez les princes
voisins de la France, pour la reconquérir au despotisme , ct y faire périr la liberté,
dans le sang de ses défenseurs. Quelles armées suffiroient à cettc criminelle entreprise D
si l'on ne comptoit pas sur des terreurs paniques, 2 sur les contes qu'elle enfante, et sur
les mauvais raisonnemens qu'elle suggère!
(2) Voyez la correspondance secrette des députés de St. Dominguc, ayec les comités de cctte ile. Lettre VIII, à limprimerie du Pariote Frangois.
T
potisme , ct y faire périr la liberté,
dans le sang de ses défenseurs. Quelles armées suffiroient à cettc criminelle entreprise D
si l'on ne comptoit pas sur des terreurs paniques, 2 sur les contes qu'elle enfante, et sur
les mauvais raisonnemens qu'elle suggère!
(2) Voyez la correspondance secrette des députés de St. Dominguc, ayec les comités de cctte ile. Lettre VIII, à limprimerie du Pariote Frangois.
T --- Page 58 ---
a
<
I
recevroient les François
cessaires de Tinsupportable affront que
de couleur?
supposons que le commerce des
Mais supposons l'impossible ;
la dépense du joug odieux,
colonies pàt supporter constamment
de la concontiendroit les homies de couleur rapprochés
qui
pense-t-il à tous les accidens
dition des esclaves ; le commerce
des oljets mala consommation
qui pourroient en résulter pour Nous avons déjà observé que
nufacturés dans la métropole ? de couleur par leur avilisseT'industrie, éteinte dans les hommes
Mais, ily a plus. Les
ment, les rendroit moins consomunateuts.
leur laisseblancs intéressés à les contenir dans leur infériorité, ils leur
roient-ils le libre usage de leurs richesses 2 si toutefois
des
d'en acquérir ? N'a-t-on pas déjà vu la tyrannie
permettent
soumettre les hommes de couleur à des
aristocrates planteurs 1
la manière des
leur défendre de se vêtir à
loix somptuaires ; de la soie., des dorures 7 des voitures roublancs, de faire usage
il fallut révoquer
etc. ?-Le commerce se plaignit 7
lantes, 2 etc.
mais si elles sont de nouveau portées 7
ces, loix insultantes :
le
des planteurs aristocomme on doit sy attendre sous règne
régner de loi
seront-elles révoquées lorsqu'il ne pourra
crates,
celles qu'ils proposeront? ?
dans les colonies 2 que
l'intention de secouer le
Si les colons blancs n'avoient pas
en même tems,
joug des intérêts de la métropole et de. rejeter,
les loix
les bienfaits de la régénération., 2 qui, plus que toutes
assureront ces intérêts ; on n'auroit remarqué en
prohilbitives 2
semblables à celles de toutes les parties
eux que des prétentions d'être écoutés dans tout ce que peut exiger
del'empire. Certains
auroient-ils imaginé
la justice et l'éloignement des colonies', ? Où est leur titre? Et
qu'ils devoient traiter de peuple à peuple
les projets
affranchit Topprimé , si elle légitime
si T'oppression
en
la. nation, qui se réveille pour rappeler
d'indépendance , quoi
Thumanité, les droits de T'homdans sa constitution, lau justice.,
écoutés dans tout ce que peut exiger
del'empire. Certains
auroient-ils imaginé
la justice et l'éloignement des colonies', ? Où est leur titre? Et
qu'ils devoient traiter de peuple à peuple
les projets
affranchit Topprimé , si elle légitime
si T'oppression
en
la. nation, qui se réveille pour rappeler
d'indépendance , quoi
Thumanité, les droits de T'homdans sa constitution, lau justice., --- Page 59 ---
me, les a-telle tyrannisés ? Ils ne pensent donc pas qu'un peuple qui veut être libre 2 resserre ses liens avec tous les individus
à qui la liberté convient. , au lieu de les rompre !
Oui, aujourd'hui, loin de chérir ces intérêts pour Jesquels ils
montrent une si fausse sollicitude ils n'ont senti que l'impatience de s'en séparer. En voulez-vous la preuve ?
L'assemblée coloniale se crut à peine le pouvoir de faire des
lois pour les colonies 9 qu'elle ouvrit ses ports aux étrangers. Ainsi,
sans aucun préliminaire, sans laisser aux commerçans de la
le
d'écouler des marchandises importées sur
métropole 2 temps
la foi de l'ancien régime 7 et d'en retirer le prix, ceux qui se
trouvèrent dans la colonie à cette époque, furent contraints, par
la concurrence des étrangers, de vendre à bas prix leurs marchandises et d'acheter fort cher les denrées coloniales dont ils
avoient besoin pour faire leurs retours !
Ce n'est pas tout. Afin que la métropole ne pàt pas douter du
mépris des colons blancs pour lintérêt des commerçans de la
tableau
dans l'intérieur de leur
métropole, un
allégorique, placé
le
2 non de la révolution
salle d'assemblée 2 représentoit symbole
mais de celle
croyoient faite pour les
arrivée en France 2
qu'ils
colonies. La liberté du commerce étolt figurée par l'affluence
tandis
forteresse, dont le canon
des pavillons étrangers 7
qu'une
menaçoit un navire françois servoit d'emblème au décret de
T'indépendance.
On croyoit alors pouvoir insulter la métropole; aujourd'hui il
faut la séduire par de trompeuses alarmes.
Comment les commerçans françois auroient-ils si peu de mémoire ? Comment des terreurs imaginaires ctoufferoient-elles
chez eux le souvenirdelesprit des colons blancs, et arréteroientelles l'usage de leur raison pour apprécier leurs menaces-? Oublierons-nous qu'au milieu des alarmes, que les' colons blancs
manifestoient contre les prétendus projets de soulevemens dont
ils accusoient la société des noirs ; leur plus grende appréhension
-l
A
les commerçans françois auroient-ils si peu de mémoire ? Comment des terreurs imaginaires ctoufferoient-elles
chez eux le souvenirdelesprit des colons blancs, et arréteroientelles l'usage de leur raison pour apprécier leurs menaces-? Oublierons-nous qu'au milieu des alarmes, que les' colons blancs
manifestoient contre les prétendus projets de soulevemens dont
ils accusoient la société des noirs ; leur plus grende appréhension
-l
A --- Page 60 ---
-
(48)
eut pour objet les envois de troupes que le gouvernement
roit ordonner (1)? Pourquoi ont-ils craint ces
pourprécautions rassurantes, si ce n'est parce qu'ils vouloient résister aux décrets
de l'assemblée , et que de nouvelles troupes eussent été difficiles
à séduire contre le sens de ces décrets ?
Si les troupes restoient sous l'obéissance de leurs chefs, nous
avons craint 7 écrivoit la députation de Saint-Domingue à ses
commettans 7 qu'on ne les dirigedt plutôt contre les colons que
contre les esclaves... A-t-on de pareilles craintes
lorsqu'on ne
songe qu'à rester fidelle à la nation ?
Passonsmaintenant. des intentions manifestées dans les colonies
et dans les demandes des colons blancs, à leurs ruses
rendre maitres de l'opinion publique dans la
pour se
métropole.
Les aristocrates planteurs se sont servi heureusement, disentils, de l'influence des conmerçans députés i l'assemblée nationale, quoiqu'ils les désignent comme leurs adversaires constans;
ils ontrecherché les députés prépondérans, et dans les Unreau,
(1) Le 18 janvier 1790, les députés ont écrit au ministre, pour le dissuader
d'envoyer des troupes à St. Domingue ; et à la colonie, pour qu'on
descente de tout navire porteur de troupes. Lc ministrea répondu, le 22, qu'on syo opposôtala n'enverroit
des recrues;et, le 4 févricr, les dépurés ont demandé que ces recrues ne partissent que
Nous vousprévenons, écrivoient-ils le 6 février à leurs
M. dela point.
malgré notre réclamation,fairy partir 280 recrues qu'on dit commettans, fort mal que à Lugerne,
viser au partiqui vous paroitra le plus convenable.
choisies; d'est vous d'a-
>> Délibéré sur cet objet qu'il en sera incessamment renda compte à la
afin qu'il fût pris des mesures pour s'assurer de ces gens-li, à leur
colonic;
roissant plus sûr que de chercher à empécher leur
arrivee; cela pails pourront se diviser et passer par différens
embarquement, parce qu'alors,
ports, peut-étre sous des noms
posés, ou en qualité dc marelots ; qu'au surplus, il y sera plus
délibéré supau premier avis qu'on sc sera procuré sur cet objct important amplement 6.
secrète des députés de Saint-Domingue avec les comités de cette ile. Si ce Correspondance
projets de révolte contre la
ne sont pas là des
nous n'accusons
métropole, quel nom faut-il leur donner? Au reste
point, nous montrons quels sont les hommes qui nous calomnicnt.
et
oms
posés, ou en qualité dc marelots ; qu'au surplus, il y sera plus
délibéré supau premier avis qu'on sc sera procuré sur cet objct important amplement 6.
secrète des députés de Saint-Domingue avec les comités de cette ile. Si ce Correspondance
projets de révolte contre la
ne sont pas là des
nous n'accusons
métropole, quel nom faut-il leur donner? Au reste
point, nous montrons quels sont les hommes qui nous calomnicnt.
et --- Page 61 ---
4 * E
dans les comités, et dans les sociétés
particulières, et dans
l'assemblée même, et en ont ramené ZLn grand nombre
Ces succès ont enhardi les soi-disant députés;
(1).
et, pour enchérir
sur ceux de Snint-Domingue, ils demandent auxprétendus philantropes (c'est leur expression) comment, après avoir sacrifié c
leur chimérique projet de perfection d'organisation sociale
les intérits des colons, CEUX DU COMMI ERCE ET CEUX DES MA- 2
NUFACTURES, ils remplaceront les colonies pour huit millions
d'individus qui existent par elles 3 et qui demandent, avec
DES CRIS MENAÇANS, leur subsistance.
Quels autres, que des hommes dépravés par l'affreux régime
de l'esclavage, montreroient autant de perversité?
Nous leur demandons à notre tour: Oùt sont donc les huit millions d'hommes qui réclament, avec des cris
leur
subsistance P
menaçans 9
Les trouve-t-on dans les campagnes où le laboureur bénit à
chaque instant la révolution, parles ayantages sensibles et journaliers qu'il en retire ?
Sont-ils dans les ateliers des fabriques et des manufactures,
où des demandes multipliées ont rétabli l'activité, depuis
l'assemblée nationale alimente la circulation
que
(2)?
Penseroient-ils donc , ces colons qui ne craignent pas de se
montrer si peu instruits , que dans un empire de trente mille
lieues carrées 2 habité par vingt-cinq millions d'hommes, la fertilité du sol, la seule nécessité de nourrir, vétir et
loger une
(1) Lettre de la députation de Saint-Domingue, du II mars 1790.
(2) La fabrique de Rouen est dans la plus grande activité au moment oti lcs soidisant dépurés répandent leurs fausses alarmes. Les marchandises manufacturées
France ont, par-tout augmenté de prix, à cause des demandes; ct tous ceux vendent en
aux consommateurs dela
qui
campagre,'appetgaivcur chaque jour des progrès de l'aisance,
fruit de la Constitution, en faveur de çette classc dc citoyens si long-temps opprimés,
TL
(2) La fabrique de Rouen est dans la plus grande activité au moment oti lcs soidisant dépurés répandent leurs fausses alarmes. Les marchandises manufacturées
France ont, par-tout augmenté de prix, à cause des demandes; ct tous ceux vendent en
aux consommateurs dela
qui
campagre,'appetgaivcur chaque jour des progrès de l'aisance,
fruit de la Constitution, en faveur de çette classc dc citoyens si long-temps opprimés,
TL --- Page 62 ---
imnense population, ne lui donnent rien à faire ? Croyent - ils
eue le mouvement, quel qu'il soit, résultant de leurs denréès
coloniales, puisse entrer en comparaison avec
entre les seuls frangais, l'échange de leurs travaux celuiqu'entretient,
lers méme qu'il se renfermeroit dans le cercle étroit réciproques, de leurs
besoins?
On comprend comment les satellites. du despotisme, lorsqu'ils
nous forçoient à la pauvreté par leurs exactions, lui vantoient
des objets où ses regards ne pouvoient atteindre
les tristes lambeaux étendus
7 pour cacher
près de lui...
Mais anjourdhuiqueles)
sontlibres
hasyeboypropriasiedoillarinbatis
Cohsatearteminiamaneasraut
déprédatrice des courtisans, est-il bescin qu'on nous
des fables al surdes ?
égare par
Nous avons vu les colons blancs chercher à soulever
nous Thabitant de Paris: qu'ils nous montrent donc leurs contre
bienfaits
grands
evenhcspiod-istiaguer plutôtils nous montrent comment les habitans des colonies dédaigneront les marchandises de
la métropole, maintenant qu'affranchis des charges du pouvoir
arbitraire et de la fiscalité, tous les avantages naturels influeront
en liberté surnos travaux, et notre industrie! Enfin,
dent à l'examen que nous allons faire de leurs calculs qu'ilsrépon- !
Huit mill.ons d'hommes en France, s'il faut en croire les soidisant députés du nord et de l'ouest
seulement à la solde des colonies, maisils deSaiut-Domingue, sont nonen dépendent tellement,
que ces hommes qui en reçoivent la wie et le
l'instant de la destruction des colonies, mouvement, seront ct
et CULOC Junestes tentations de la
condamnés au horreurs
habitans
misère, et que le reste des
de la France sera livré au désespoir de ces huit millions
d'lommes.
Aidonsàl T'ineptie que les soi-disant députés ne craignent pas de
mettreau jour; supposonslétat de choses le plus favorable à l'importance romanesque qu'ils voudroient donner aux colonies ;
stant de la destruction des colonies, mouvement, seront ct
et CULOC Junestes tentations de la
condamnés au horreurs
habitans
misère, et que le reste des
de la France sera livré au désespoir de ces huit millions
d'lommes.
Aidonsàl T'ineptie que les soi-disant députés ne craignent pas de
mettreau jour; supposonslétat de choses le plus favorable à l'importance romanesque qu'ils voudroient donner aux colonies ; --- Page 63 ---
a EU
5I
supposons que les exportations de la métropole sont un
pur de son sol et du travail des citoyens.
produit
Dès-lors, la valeur de ces exportations, les frais qu'elles
occasionnent, et les bénéfices qu'elles
doivent
produisent par les retours, 2
représenter toute la dépense que peuvent faire huit
millions d'hommes, pour leur entretien.
Ces exportations , suivant les états dressés dans le bureau de
la balance du commerce, 2 où présidoit M. Dupont,
Nemours
député de
, qu'on ne peut pas soupçonner de vouloir affoiblirles
avantages de sa patrie (1), montent en objets d'origine
à environ 50 millions. Savoir, 16 en comestibles, 3 nationale,
matériaux à bâtir, et autres
en métaux,
51 millions
pour Téquipement des navires 3 et
d'objets manufacturés ou produits d'industrie
compris pour un demi million de
7 y
drogueries et d'épiceries.
On y ajoute, 10 millions et demi
d'exportations sur la côte
d'Afrique, dont les deux tiers sont en objets d'origine
un
et tiers d'origine étrangère, mais
nationale,
nationaux.
payés avec des produits
Plus 20 millions pour lcs frais de transport,
navires françois (2).
que gagnent 5go
Plus 6 millions et demi pour les frais du
des
chandises en
transport
marAfrique, et des nègres qu'elles servent à acheter.
(:) Nous savons tout ce qu'on peut alléguer contre f'exactitude de CCS
Mais les personnes cxercées aux grandes affaires, vcrront bientôt
états
tiquer nos calculs, qu'en rendant les
des
qu'on ne peut criabsurdes.
exagérations colons blancs encore plus
: (2) Ces frais portent sur 266 millions de marchandises
sont par conséquent prodigieux. Mais la
exportées et importées. Ils
k plus chère de toutes, par la raison navigation les
françoise est, sans comparsison, a
choient les citoyens d'honorer
que préjugés, s maintenant détruits, empétout ce qui tenoit au commerce. La chute du
rendra les services de la marine marchande aussi bon marché
préjugé
nations. Pourquoi désormais seroient-ils
que ceux des autros
plus coûtcux?
G 2
- -
T
prodigieux. Mais la
exportées et importées. Ils
k plus chère de toutes, par la raison navigation les
françoise est, sans comparsison, a
choient les citoyens d'honorer
que préjugés, s maintenant détruits, empétout ce qui tenoit au commerce. La chute du
rendra les services de la marine marchande aussi bon marché
préjugé
nations. Pourquoi désormais seroient-ils
que ceux des autros
plus coûtcux?
G 2
- -
T --- Page 64 ---
(52)
d'une manière ou de l'autre, seroient,
Voila 86 millions qui,
distribués aux huit mildans le système des soi-disant députés, colonies. C'est leur avance.
à la solde des
lions d'individus
françois fait passer aux colonies
Allons plus loin. Le commerce fournies par des étrangers 2
millions de marchandises
pour 27
Ces
ramènent
auxquels il faut les payer en argent.
exportations de denrées coloniales
sur les mêmes vaisseaux 2 pour 1g4millions
la métropole à
dont la somme se réduit par conséquent pour
107millions (1)-
Texportation, de S1
C'est-à-dire que Timportation surpasse
millions.
favoriser T'opinion de tous ces haC'est ici sur-tout, que pour
Timpossible, c'est-à-dire
biles calculateurs 7 nous supposons
doit
aux
dont une partie
appartenir
que ces 81 millions 2
d'anciennes dettes ou des intérêts 2
colons, et servir à payer
acquis, et sans qu'il faille
sont néanmoins un profit annuellement
vivant, dans la mérien distraire, aux huit millions de François
en
leur donnent les colonies ; qu'ainsi ils ont
tropole, du pain que
millions.
entr'eux, chaque année, 167
à partager
donne-t-elle à dépenser par jour à
Combien cette somme
Tun
l'autre?
chacun de ces huit millions de François , portant l'autre.
ce que I'un a de plus est pris sur
TREIZE DENIERS;.
le fruit de leurs travaux ; voilà ce que retirent cette
Voilà
de commerdes mamgicision,tantiuene
foule dagriculteurs,
arracher de lassemblée
irrite contre nous 2 pour
livrent les
çans qu'on des décrets qui violent ses principes, qui
nationale ennemis de la régénération !
colonies aux
les évaluations ont été faites; mais nous laissons
(1) Nous ignorons sur quel pied
et nous sommes bien loin d'attéconsidérable pour lcs erreurs en plus ,
unc marge
des colonies, comme servant à faire vivre en France,
nuer le résultat du commetce
M. Mosneron lainé, le.quart de.sa population.
huit millions d'hommes, ou suivant millions d'hommes de plus ou de moins, ne sont:
Car entre ces Messieurs, , quelques
miraculense des pains n'est rien en
pas unc affaire. Six, 8, 10, etc., la multiplication
comp araison des miracles que font les solonics,
considérable pour lcs erreurs en plus ,
unc marge
des colonies, comme servant à faire vivre en France,
nuer le résultat du commetce
M. Mosneron lainé, le.quart de.sa population.
huit millions d'hommes, ou suivant millions d'hommes de plus ou de moins, ne sont:
Car entre ces Messieurs, , quelques
miraculense des pains n'est rien en
pas unc affaire. Six, 8, 10, etc., la multiplication
comp araison des miracles que font les solonics, --- Page 65 ---
(55)
Mais, en analysant le tableau que présentent les colons blancs,
résulteroit-il du commerce des colonies avec la métropole?
que
Que si 167 millions devoient être partagés entre un certain nombre d'individus privés de toute autre ressource,' ce nombre seroit,
tout au plus, de quatre cent mille, au lieu de huit millions.
Mais comme, dans la vérité, cette dépendance absolue des
colonies ne regarde qu'in très-petit nombre d'individus, il faut
conclure de cette controverse.
1°, Que plus on supposera d'hommes intéressés , directement
ou indirectement, au commerce des colonies 1 et moins le sort
de chacun d'eux en dépendra ;
2°. Que plus les colons blancs 2 ou leurs défenseurs , amplifient le nombre de ces intéressés , et moins leurs menaces sont
effrayantes ; car chacun de ceux-ci perdra mcins, 2 si les colonies
nous échappent, que s'ils étoient peu nombreux ; ensorte qu'il
seroit désirable que les produits attribués aux colonies 2 se
partageassent entre huit millions d'hommes, et plus si l'on veut ;
parce qu'alors rien n'est moins inquiétant pour la nation ; et
qu'il sera d'autant plus absurde de vouloir qu'elle renonce aux
principes de la constitution 2 dans une partie de T'empire, pour
des intérêts aussi prodigieusement divisés.
C'est ainsi que se méprennent les hommes qui ne peuvent
donner pour base à leurs déclamations 9 que leur passion 2 leur
ignorance, ou leur mauvaise foi.
Nous dira-t-on que nous n'envisageons pas le commerce des
colonies sous. son vrai point de vue ; qu'il faut considérer
Y'argent que les denrées coloniales font rentrer annuellement
en France 2 comme étant la cause de ce que la balance du commerce est en sa faveur, et calculer non-seulement les hommes
employés par les manufactures qu'alimentent les objets exportés
aux colonies 2 mais encore ceux-auoccapentles objets importés
des colonies ; lesquels hommes, suivant M. Mosneron l'ainé 9
DÉPUTÉ DU COMMERCE DE NANTES, forment le quart de la popuM -
érer
Y'argent que les denrées coloniales font rentrer annuellement
en France 2 comme étant la cause de ce que la balance du commerce est en sa faveur, et calculer non-seulement les hommes
employés par les manufactures qu'alimentent les objets exportés
aux colonies 2 mais encore ceux-auoccapentles objets importés
des colonies ; lesquels hommes, suivant M. Mosneron l'ainé 9
DÉPUTÉ DU COMMERCE DE NANTES, forment le quart de la popuM - --- Page 66 ---
'( 54)
tion de France ; lequel quart seroit perdu > si l'on perdoit les
colonies; ce qui obligeroit le reste de la popilation françoise
i se soumettre à des lois somptuaires très-austères
elle deviendroit en
de
; sansquoi,
peu temps aussi pauere et aussi misérable
que le peuple de la Pologne?
Mais ce point de vue conduit au même résultat. Aucun de
ces hommes employés dans les travaux que les colonies entre-.
tiennent ne mange I'or. Ce métal n'est qu'agent dans les travaux;
il faut toujours pour juger de leur importance, en évaluer la
somme, 2 comme représentant ce que chacun des individus retire,
sous une forme ou sous une autre, de la part qu'il prend à ces
travaux. Ainsi, suivant M. Mosneron l'ainé, les 167 millions (1),
somme totale du produit des travaux et des bénéfices
, se
partngeroient entre six à sept millions d'hommes, au lieu de
huit.
Si notre analyse donne un résultat différent de ce que
M. Mosneron sur le sort de ces six ou sept millions d'hommes pense
qu'il fait dépendre des colonies, nous l'invitons à développer J l'incompréhensible mystère que renfermeroient alors ses assertions.
Ou ilne les conçoit pas lui-méme, ou il est en état de montrer,
par des faits et des chiffres , des résultats coloniauz qui donnent
réellement au quart de notre
sa
population 2
principale SUBSISTANCE.
tr) Répétons ici le comptc.
Exportations > fruit des travaux dans la métropole, . :
86 millions.
Exportation, fruit de travaux étrangers payés en argent ou
denrées coloniales,
Total de T'exportation > :
113 millions.
Importation 194 millions, dont déduit T'avance, reste en bénéfice, 81 millions.
Monsint de l'avance, fruit des travaux de la nation , .
Total à parrager entre les travailleurs de la métropo'c. -
167 millions.
SUBSISTANCE.
tr) Répétons ici le comptc.
Exportations > fruit des travaux dans la métropole, . :
86 millions.
Exportation, fruit de travaux étrangers payés en argent ou
denrées coloniales,
Total de T'exportation > :
113 millions.
Importation 194 millions, dont déduit T'avance, reste en bénéfice, 81 millions.
Monsint de l'avance, fruit des travaux de la nation , .
Total à parrager entre les travailleurs de la métropo'c. -
167 millions. --- Page 67 ---
(
* EE
(55)
En attendant 2 nous observerons que ces pompeuses assertions
dénuées des détails propres à les faire comprendre,n'apprennent
rien aux hommes d'éiat; qu'elles ne servent qu'aux discours des
charlaians; et que desl législateurs doivent avoir surla chose publique des idées plus nettes et plus précises.
Quand on parle d'unel balance commerciale apportant chaque
année 70 millions de numéraire en France 7 on s'exprime sans
doute d'une manière figurée; carle numéraire du monde entier,
et la France elle-méme, nesupporteroient pas une pareille exportation et importation métallique. La présence du numéraire ne
prouve rien en faveur de cette balance; il peut aussi bien étre
le résultat d'une detie contractée chez les étrangers, 2 que d'une
balance qu'ils paieroient accidentellement de cette manière. Ainsi
les soi-disant députés et leurs amis 1 sont trés-réprchensibles,
lorsque 7 abusant de ce qu'ils n'entendent pas, ils répandent,
pour animer la multitude contre la Société des Amis des Noirs,
qu'elle veut tarir en France Ia source du numéraire.
Si la France reçoit plus qu'elle ne donne 7 (et cela doit étre
parla nature des choses, même sans colonies, si le gouvernement
ne la contrarie pas)il est indifférent qu'elle reçoive l'excédent
en commodités, en matériaux propres à l'industrie, ou en métaux.
Quand à la somme de lexcédent, loin de pouvoir l'articuler,
on ne peut pas même la présumer. Cette connoissance ne peut
résulter que d'une entière liberté de commerce) , et d'enregistremens difficiles à concilier avec cette méme liberté. Or, comme
elle est à peine établie en France 2 siles enregistremens instructifs
sont possibles à l'avenir 7 on n'a pas encore pu les faire assez
exacts pour mériter quelqu'attention.
La même obscurité enveloppe le rapport de l'exportation des
denrées coloniales avec la balance du commerce en faveur de la
France. Ceux qui croient que cette balance est de 70 millions,
-
TL
) , et d'enregistremens difficiles à concilier avec cette méme liberté. Or, comme
elle est à peine établie en France 2 siles enregistremens instructifs
sont possibles à l'avenir 7 on n'a pas encore pu les faire assez
exacts pour mériter quelqu'attention.
La même obscurité enveloppe le rapport de l'exportation des
denrées coloniales avec la balance du commerce en faveur de la
France. Ceux qui croient que cette balance est de 70 millions,
-
TL --- Page 68 ---
(56)
et que Texportation des denrées eoloniales s'éléve de 70 à
75 > adoptent des assertions entièrement dépourvues de
ves. Elles ont été mises en crédit, par un ouvrage dont preu- nous
ne contestons pas le mérite, mais qui, sur les affaires de
commerce, ne contient que des erreurs de bureaux ministériels,
de ces bureaux inventés, non pour acquérir des lumières, mais
pour créer des places.
D'ailleurs M. Necker, en évaluant l'exportation des denrées
coloniales à l'étranger de 70 à 75 millions 2 convient lui-méme
que le puissant appas de la fraude fait déclarer pour l'étranger,
des expéditions qui restent ou rentrent dans le royaume par les
mancouvres de la contrebande. Comment a-t-il donc pu s'instruire
du montant des exportations françoises dans l'étranger ? Est-ce
dans un ordre de choses quis'oppose à tout calcul, qu'on doit
s'exposer à donner des notions fausses, comme des réalités
incontestables?
Mais, admettant que T'exportation des denrées colonialess'6lève à la somme annuelle de 70 à millions
2 seroit-ce la
preuve d'un état de choses si
prospére 7 qu'il faille tout lui
sacrifer. P Et peut-on dire qu'il ne puisse pas devenir meilleur,
en faisant régner dans les colonies, comme en France, la liberté,
la justice 7 et par conséquent T'humanité?
Encore une fois, nous sommes loin de vouloir déprimer le
commerce des colonies; ; mais nous croyons qu'il peut gagner
infiniment,si l'assemblée nationale veut 1 comme ellele doit, ne
point séparer les colonies de la France ; et, comme un
également paternel pour tous ses enfans, ne s'attacher dans pere les
biens qu'elle leur prépare, qu'à l'intérét de la famille.
Qu'on nous permette donc de rappeler les vrais principes, en
montrant sur les denrées des colonies 2 que Jleur exportation si
vantée, ne décèle pas encore une grande prospérité nationale.
Qu'est-ce que le sucre? Un beaume salutaire et nourissant,
Quiconque
point séparer les colonies de la France ; et, comme un
également paternel pour tous ses enfans, ne s'attacher dans pere les
biens qu'elle leur prépare, qu'à l'intérét de la famille.
Qu'on nous permette donc de rappeler les vrais principes, en
montrant sur les denrées des colonies 2 que Jleur exportation si
vantée, ne décèle pas encore une grande prospérité nationale.
Qu'est-ce que le sucre? Un beaume salutaire et nourissant,
Quiconque --- Page 69 ---
4 EaV
(57)
Quiconque peut en user, 'a incontestablement un bien de plus
en sa possession.
Il en est de même du café. Il réveille les esprits, sans user le
corps. Au-lieu d'étre, comme les liqueurs fermentées, ennemi
des facultés intellectuelles, la vraie richesse des états, il en est
l'ami.
Eh bien , les' françois usent fort peu de ces bienfaits de la
nature dont ils connoissent tout le prix ; ils ne sont pas encore
assez riches. Si leur aisance étoit plus grande , le sucreimporté
en France suffiroit à peine à ses habitans ; il n'y en auroit
pas 40 livres par an 1 pour chaque chef de famille. Les Anglois
en consomment beaucoup plus. Suivant les tables de Sheffield, ils
en recoivent, à peu de chose près, autant que la France, et
n'en exportent pas.
. La quantité de café importé en Françe par les colonies ,
vaut à environ quinze livres par chef de famille; il s'en faut équiprodigieusement qu'il ne les consomme.
Les autres objets importans, fournis par les colonies 1 consistent en coton et en indigo. Ce sont des matériaux précieux
pour l'industrie casanière. Il en arrive, dans'les ports de France,
pour une quarantaine de millions ; et une nation de vingt cinq
millions d'ames 2 posée sur le premier sol de l'univers, ne peut
pas encore les employer!.. Est-elle stupide? Au contraire,elle est
pleine d'esprit et d'imagination. Est-elle paresseuse par tempérament - Tant s'en faut 5 son activité mise en liberté, surpasse
celle de tous lespeuples, Mais,le despotisme a tout
tout
découragé;
engourdi chez elle; la pauvreté; qui suitle défaut d'industrie,
et qui force à toutes les privations,. y est générale. Et lon
nous vante cet.état, qui force à lexportation de denrées qu'un
peu d'aisance porte. à consommer/L'on peut vanter, comme le
signe d'un commerce, opnlent,Texporation de nos. denrées coloniales!, - Que prouvent ces erreurs71.habitude de
de T'irréflexion, et le danger de s'abandonner à des l'ignorance; calculateurs
qui comptent si mal, à des conmerçans qui ignorent encore les
H
lon
nous vante cet.état, qui force à lexportation de denrées qu'un
peu d'aisance porte. à consommer/L'on peut vanter, comme le
signe d'un commerce, opnlent,Texporation de nos. denrées coloniales!, - Que prouvent ces erreurs71.habitude de
de T'irréflexion, et le danger de s'abandonner à des l'ignorance; calculateurs
qui comptent si mal, à des conmerçans qui ignorent encore les
H --- Page 70 ---
(
( - 58 )
vrais succès du commerce 2 et les vraies bases de la prospérité
des empires?
Le plus riche , le plus avantageux de tous les commerces, c'est
celui qué les enfans de la patrie font entre eux. Le plus
table des commerçans,e'est celui
respecqui, pendant queles uns s'évertuent à multiplier les productions du sol, encourage les autres à
s'adonner aux manulactutes > pour T'usage de ses compatriotes;
et va chercher au loin,d'autres productions 2 propres à augmenter leurs jouissances, ou alimenter le genre de travanx dont les
fréquens échanges, entreles citoyens du méme empire, sont le
principal bet. En un mot Je commerce avec les étrangers le
llatte peu, tant que les objcts qu'il leur envoye sont des privations pour ses frères, au lieu de n'être que des superflus.
Mais qué faut-il; pour que cet esprit commercial, vraiment
patriotique, anime énfin tous les commerçans., et change leurs
habitnde?.. Le regne franc et loyal de la liberté , de la justice, êt des opinions raisonnables 7 dont l'esprit d'égalité est
T'unique source.
François, nous vous le demandons, un homme juste, humain,
généreux , ami de Tordre, de la paix et des prineipes constitutionnels, peut-il commercer dans vOS colonies ?
Laissons à l'écart, le hideux spectacle de l'esclavage.
Interrogez vOS négocians expérimentés. Combien vous diront
qu'ils ne redoutent rien autant, que le crédit qu'il faut faire aux
colons blancs, pour commercer avec les colonies ! Ils vous diront
que la démarche la plus dangereuse, cu'on puisse y tenter,c'est
d'y demander justice 5 qn'on n'y voit regner que les allures, les
caprices 2 l'ignorance, et l'anarchie du despotisme.
Cet état de choses favorise-t-il une plus grande consommation des denrées coloniales, dans la métropole ? Non. Dans le
le régime des colons blancs, régime constamment ennemi de la
liberté, et des bonnes moeurs, ces denrées seront toujours plus
plus dangereuse, cu'on puisse y tenter,c'est
d'y demander justice 5 qn'on n'y voit regner que les allures, les
caprices 2 l'ignorance, et l'anarchie du despotisme.
Cet état de choses favorise-t-il une plus grande consommation des denrées coloniales, dans la métropole ? Non. Dans le
le régime des colons blancs, régime constamment ennemi de la
liberté, et des bonnes moeurs, ces denrées seront toujours plus --- Page 71 ---
R. -
/
(59) )
coûteuses; et tandis qu'il faudroit les mettre à portée des facul
tés du plus grand nombre des François, elles auront besoin,
tant que ce régine durera, de riches consommateurs > c'est-àdire que leur consommation, dans la partrie, sera limitée.
Et c'est pour maintenir ce régime , pauvre à l'égard de la nacherche à
tion, et riche pour quelques individus, 7 qu'on
égarer
votre imagination par de fausses notions, surla nature des rapcommerciaux entre les colonies et la métropole !
ports
Pnagoib.emeninesey respectant des mensonges 1 à rendre ainsi,les.colons blancs,arbitres de votre prospérité?1 Enchainerez-vous votre puissance législative à la plus corrompue dcs
administrations: P Attacherez-vous à votre corps, destiné à devenir sain et vigoureux, une ulcère qui continue à l'infecter de
sespoisons? ?
Commergans, daignez nous écouter! Ces vérités, ce seroit à
Ce seroit à vous à vous défier de ces opivous à nouslesapprendre.
nions précipitées,qui ne servent qu'à l'erreur. Pensez, que c'est
principalement au commerce quele genre humain doit sa liberté;
que c'est à la lutte continuelle de vos intérêts particuliers, contie
les
les
, les surprises fiscales; 3 que c'est à l'indigénes 2 priviléges
gnation que vous causent les injustices et les partialitésdes; gouverVOS spéculations,
nemens iynanniqucslongrdles compromettent
nous sommes redevables de ces méditations bienfuisantes,qui
que
répandu une vivel lumièresur les droits de l'homme. (1
ont enfin
(1). Il ne restoit plus aux exagérateurs qu'à, représenter, le commerçe des colonies
comme l'étincelle électrique développant une activité dc proche en proche uniquement
productive, qui , n'ayant pas'le commerce pour objet, ne laisse pas de l'avoir
créd., Admettons encore cette fable : qu'en, résuliera-t-il? Que nous pouvons rendic
aux colonies bienfaits pour bienfaits 5 et que ' les faisant jouir des inestimables
avantages. de la liberté, ct, prorégeant. dans leur, sein les droirs, des hommes,et, du
nous leur rendrons au centuple tous les germes de, prospétité qu'elles
citoyen >
peurent nous avoir prétés.
H 2
NI
oe
'avoir
créd., Admettons encore cette fable : qu'en, résuliera-t-il? Que nous pouvons rendic
aux colonies bienfaits pour bienfaits 5 et que ' les faisant jouir des inestimables
avantages. de la liberté, ct, prorégeant. dans leur, sein les droirs, des hommes,et, du
nous leur rendrons au centuple tous les germes de, prospétité qu'elles
citoyen >
peurent nous avoir prétés.
H 2
NI
oe --- Page 72 ---
a
( 6o)
Pourquoi donc , esclaves à votre tour des colons blancs
battriez vous aujourdhui des
3 comopinions qui ont ennobli le commerce? Voudriez vous le voir retomber dans le mépris?
Mais, poursuivons les objections de nos adversaires.
Quant aucc manufactures alimentées par les objets
aux colonies 2 nous osons dire
exportés
seule
qu'il n'y a pas en France une
manufacture importante 2 qui doive son existence aux
colonies. Les grands ateliers n'en dépendent
convaincre
point ; et, pour s'en
2 il ne faut que jeter les yeux sur le tableau des
exportations directes de la métropole pour les colonies.
Les objets manufacturés 2 d'origine nationale savoir les toileries 2 draperies 7 rubaneries 7 bonneteries et autres
évalués à 20 millions et
2 y sont
demi; et ceux d'origine
de nations
étrangère 2 mais
payées par nos produits 2 à cinq millions. D'autres
articles, désignés comme objets particuliers
évalués à un peu plus de dix millions. C'est d'industrie, 2 sont
millions...
en tout trente-six
Mais tous ceux auxquels on donne une origine
l'ont-ils ? Les colons eux-même le nient. Dans les nationale,
oùt perdant de vue les noirs et les hommes de momens 2
ne songent qu'au privilège des
couleur 2 ils
ils se plaignent hautement commerçans de la métropole (1),
que ceux-ci leur vendent,
nufacturées dans la métropole, des
pour maEt pourquoi cela ne sero i-il pas? marchandises Le
étrangéres..
été favorable aux manufactures ?
régime françois a-t-il
nellement favorisé la
N'a-t-il pas au contraire étercontreliande? N'a-t-il pas créé en France
(1) Les députés de Saint-Domingue a réféchissant que l'autorité seroit
des colons , proposoient, comme une mesure
dans la main
demandes gui les divisoient avec le
politique, d'abanzonner celles de leurs
TÉRESSANT pour nous de. faire cause commerce;" avec lequcl, ajourent-ils, II ESTS SI INjanvier 1790.
commune sur les objets majeurs, - Lettre du II
contreliande? N'a-t-il pas créé en France
(1) Les députés de Saint-Domingue a réféchissant que l'autorité seroit
des colons , proposoient, comme une mesure
dans la main
demandes gui les divisoient avec le
politique, d'abanzonner celles de leurs
TÉRESSANT pour nous de. faire cause commerce;" avec lequcl, ajourent-ils, II ESTS SI INjanvier 1790.
commune sur les objets majeurs, - Lettre du II --- Page 73 ---
/
(
ED au
(61 )
nation de contrebandiers ?Iln'y a pas jusqu'aux malheureux
une
fournis le commerce étranger. Les Annègres, qui ne soient
par nombre à nos colonies , quoi.
glois en fournissent le plus grand
les
achetés
prime ne les encourage; et nègres
par
qu'aucune
payés avec du numé:
les François , sont presquentierement
raire et des marchandises étrangères (1).
diront-ils, que la France sera bien malLes soi-disant députés
dans les colonies des. farines,
heureuse, lors qu'au lieu d'envoyer beurre des
ces
des viandes salées, du poisson 2 du
, légumes,
seront consommées dans la métropole ?
provisions
de leurs moyens. Et, en effet 2 ils
Cette perfidie seroit digne
leur lettre,
les colonies
bien
de publier dans
que
se sont
gardés
de
et de bonne administraréclament, comme un objet justice
de
la liberté de recevoir dans leurs ports 2 les comestibles,
tion, 2
quoique ces comestibles aient forquelque part qu'ils viennent;
de la
la
des cargaisons
métropole,à
mé Ie plus souvent 2 partie
le
de prix.
laquelle les spéculateurs attachoient plus
Nous avons vu des colons, reprocher aux commerçans toutes
toutes les alarmes que ceux-ci répandoient pour se
les plaintes 2
d'affamer les colonies. Ils leur ont
maintenir dans le privéilge l'abandon de ce funeste monopole
donné le défi de prouver que
pàt faireaucun tort à la mère-patrie.
que ces
Ces pla ntes seroient bien plus fondées, aujourd'hui
et
nécessaires à la métropole
tristes exportations ne sont plus
tableaux nous avons sous les yeux, portent à 17 millions, l'exporta-
(1) Les
que
savoir, 6,780,000 livres en boissons > comestion de France sur les côtes d'Afrique;s autres articles d'origine nationale ou soitibles, draperics, toileries, vetroteries, et étrangères, qu'on suppose payées avcc
disant telle; 3.747,000 livres de marchandises livres de marchandises érrangères, qu'on
des productions françoises , et 6,473,000 affirmer ces relevés sont fort au-dessus de
suppose payées en argent. On peut
que
toute chétive qu'elle
la vérités et que la métropole est loin de cette' exportation,
seroit.
(L
-
A
aperics, toileries, vetroteries, et étrangères, qu'on suppose payées avcc
disant telle; 3.747,000 livres de marchandises livres de marchandises érrangères, qu'on
des productions françoises , et 6,473,000 affirmer ces relevés sont fort au-dessus de
suppose payées en argent. On peut
que
toute chétive qu'elle
la vérités et que la métropole est loin de cette' exportation,
seroit.
(L
-
A --- Page 74 ---
-
( 6a)
sur
il est
de s'arrêter. En le disc'est un point
lequel
important
cutant, on verra que 7 guidés par un seul principe inyariable,
universelle, nous n'envisageons qu'elle dans les disparlajustice
cussions entre les commerçans frarçois et les colons , et que
nous ne sacrifions point les derniers à la préventicn qu'on pourroit nous supposer pour la métropole.
Nous n'hésitons pas de dire que nous sommes arrivés à T'époi
heureuse oula métropole.ne doit plus envier, ni se conserque le
exclusif d'envoyerdes comestibles aux colonies:
ver, privilége
cet état de choses pouvoit être commandé parla voracité du des.
Combien d'hommes en France cultivoient alors le fropotisme.
s'en nourrir ? Combien de citoyens épuisés
ment sans pouvoir
le travail, et nourrissant des bestiaux, ne pouvoient se respar taurer avec le suc de quelque chétifamorceau de viande? C'étoit
le besoin de s'en priver pour payerdes impôts désastreux, et non
la.surabondance, qui portoit ces denrées dans les colonies. Ces
impôts, instrumens de misère maintenant détruits, nousn'avons
plus à les payer par des privations ; nos grains 7 nos viandes 2
notre marée, serviront désormais à nous mieux substanter, tandis
les colons eux-mémes seront plus abondamment pourvus 2
que eux et leurs esclaves. en ouvrant leurs ports aux comestibles
de tous les pays, où le sol , aussi fertile que le nôtre, a infiniment moins d'habitans à nourrir.
Quel François oseroit désavouer ce langage de T'humanité, de
la raison 5 de la saine politique ? Aucun. Nous ne voyons donc
où sont les grands désastres qui tomberoient sur nos fapoint
briques et sur notre agriculture.
Frapperoient-ils sur les cultivateurs et les propriétaires des
vignes ? Mais rien n'annonce parmi eux,' la crainte que leurs
vins soient sans consommation. Ne croyant pas à la dépopulation des colonies 2 ils se confient, et avec raison, dans la convenance générale de leurs vins.
L
, de
la raison 5 de la saine politique ? Aucun. Nous ne voyons donc
où sont les grands désastres qui tomberoient sur nos fapoint
briques et sur notre agriculture.
Frapperoient-ils sur les cultivateurs et les propriétaires des
vignes ? Mais rien n'annonce parmi eux,' la crainte que leurs
vins soient sans consommation. Ne croyant pas à la dépopulation des colonies 2 ils se confient, et avec raison, dans la convenance générale de leurs vins.
L --- Page 75 ---
(
(63)
Quant aux hommes employés pour les objets importés des COlonies , nous avons déjà observé que les productions destinées
aux manufactures , sont encore loin de pouvoir étre acquises
entier
des manufactures) nationales (1);
en
parles entrepreneurs
ainsi ces hommes sont peu nombreux.
Entend-on parler du mouvement de transport que la totalité
des productions coloniales entretient sur terre et sur mer ?
Sur terre, celui qui a lieu ne peut pas se perdre, parce qu'on
prend toujours le plus court chemin, pour les objets dont le
transport est coûteux.
Sur mer 2 le mépris que les françois ont fait jusqu'à présent
de la navigation à fret, appelée cabotage 2 a jusqu'ici presqu'entièrement dévolu ce profit aux étrangers..
Quoiqu'il en soit, pense - t-on, lorsqu'on donne une aussi
grande importance à ce mouvement, le comparer à celui qui
résulte du transport des seules productions du continent françois, abstraction faite de tout ce qui peut appartenir, directement ou indirectement 2 au commerce des colonies ?
Enfn ne diroit-on pas: , à enteudre M. Mosneron. > que tous les
états prospèrcs ont des colonies ; et que ceux qui en sont privés 2 sont sans commerce sans industrie, sans numéraire ;
qu'une affreuse misère les enveloppe?
Le Brabant a-t-il des colonies ? La Suisse a-t-elle des colonies ? L'Allemagne a-t-elle des colonies ? Sont-ce des pays
barbares ? S'ils le sont, si le peuple y est pauvre, faute de
colonies
M. Mosneron va-t-il chercher l'exemple
2 pourquoi
ridicule de la Pologne pour effrayer les François, dans le cas
(1) Les cotons de nos colonies alimentent ces manufactures angloises, si perfectionnécs, , que nous ne tarderons pas à imiter, puisque nous avons maintenant tout CC
qui leur a donné naissance. Les cotons des colonies angloises sont loin de suffire
a ces manufactures.
U
TE
U
'ils le sont, si le peuple y est pauvre, faute de
colonies
M. Mosneron va-t-il chercher l'exemple
2 pourquoi
ridicule de la Pologne pour effrayer les François, dans le cas
(1) Les cotons de nos colonies alimentent ces manufactures angloises, si perfectionnécs, , que nous ne tarderons pas à imiter, puisque nous avons maintenant tout CC
qui leur a donné naissance. Les cotons des colonies angloises sont loin de suffire
a ces manufactures.
U
TE
U --- Page 76 ---
-
(64)
oit, comme leurs voisins 3 ils seroient obligés de faire venir leur
sucre et leur café de T'étranger ?
On ne prouve rien quand on veut trop prouver ; et
nous avons vu la France ne pas succomber
le puisque
lorsque trésor
public retenoit tant de capitaux nécessaires à la circulation,
capitaux équivalens à cing ou six années du produit des
colonies 2 nous pouvons croire que le sort de l'empire n'est
pas tellement attaché aux exportations et aux
importations COloniales, que ses législateurs ne puissent oser courir le trés-petit
risque de mettre à la raison une poignée de séditienx
nous ne cesserons delerépéter, haissent la libetté, veulent 1 qui 2
la loi à la métropole (), la contraindre à favoriser leurs donner
par les plus odieuses exceptions.
passions,
Qu'ils cessent donc de chercher à soulever nos manufactures.
Elles n'existeroient plus depuis long-temps, ,si les travaux qui les
soutiennent, dépendoient des colonies. Les intéréts
on les fait parler, sans les consulter , leur sont étrangers. pourlesquels Des
colons, que la chaleur du climat dispense de ces besoins fréquens qui animent les grands ateliers d'une nation
n'ont été jamais, d'une grande ressource
puissante,
avons déjà observé
pour elles , et nous
qu'en tenant les citoyens de couleur dans
l'avilissement, 2 les intérêts de la métropole seroient
dans ses plus fidèles citoyens, et dans ses consommateurs attaqués les
précieux.
plus
Il en est donc de l'opinion que les colons blancs cherchent
à donner, de limportance des rapports commerciaux entre la
(*) Jugez-en par le fragment suivant, de la lettre des députés de Saint.
du II janvier 1790. Ils écrivoient que la circonspection que leur
Domingue,
choses nouvellement établi par l'assemblée nationalc, étoit
inspiroit l'ordre de
espèce de terreur, lorsqu'ils ont vu la diclaration des droits de devenue, l'homme pour cux, base 3 une
constitution, l'égalité absolue, l'identité des droits, ez la liberté de tous les pour individus. de la
nnétropole
des députés de Saint.
du II janvier 1790. Ils écrivoient que la circonspection que leur
Domingue,
choses nouvellement établi par l'assemblée nationalc, étoit
inspiroit l'ordre de
espèce de terreur, lorsqu'ils ont vu la diclaration des droits de devenue, l'homme pour cux, base 3 une
constitution, l'égalité absolue, l'identité des droits, ez la liberté de tous les pour individus. de la
nnétropole --- Page 77 ---
1 -E
(65)
métropole et les colonies 7 comme de leurs menaces.
ration insensée 7 le
la
L'exagémensonge 2 calomnie ont dicté tous leurs
écrits 2 en méme temps que Ia ruse et la perfidie conduisoient
leurs démarcles (2).
Leurs amis, ou ceux qu'ils ont su effrayer ou séduire, répandent, que c'est un parti pris, que les blancs ne veulent de
paix avec les hommes de couleur, quiau prix d'une soumission
qui assure leur respect à la couleur blanche ; qu'ils periront
plutôt que de céder.. Méprisable forfanterie. Ils oublient
l'on peut craindre la fermeté et le désespoir du
que si
des droits avoués par la nature, celui
citoyen quidéfend
des opinions dont il connoit
qui veut combattre pour
lui-méme la perversité et l'extravagance, est bientôt vaincu par sa conscience et sa lâcheté,
Et à qui pensent-ils que cette menace en imposeroit? A
nation, 9 qui, ne craignant aucune puissance seroit
une
intimidée par quelques colons insensés
cependant
adonnés à un odieux
7 quelques armateurs
d'une
commerce 2 et quelques créanciers saisis
crainte aveugle sur leurs propres intéréts ! Certes
établir un aussi étrange contraste, il faut frapper les 2 pour
les erreurs les plus inconcevables.
esprits par
Youlez-wous, , nous dit-on, que les colonies se déclarent indé.
pendantes P On a vu des colonies forcées à se séparer de la mé.
tropole 7 par le besoin de la liberté; on n'en verra jamais céder
à la même impulsion par le besoin de la tyrannie!
Oui, le besoin de la tyrannie ! Toutes les craintes des colons
blancs 1 sont de voir avancer le règne de la liberté; tous leurs
voeux sont de renforcer les liens de l'esclavage.
(:) Témoin les mesures prises pour empêcher les citoyens de couleur sc
voient en France de retourner aux iles; les sollicitations
qui troupour gagner cctte classe par des promesses 5 les alarmes répandues envoyées aux colonies,
de prétenducs révoltes de noirs, , et une
constante
en France, sur
ces alarmcs faisoient résoudre.
opposition
aux mesures auxquelles
I
voeux sont de renforcer les liens de l'esclavage.
(:) Témoin les mesures prises pour empêcher les citoyens de couleur sc
voient en France de retourner aux iles; les sollicitations
qui troupour gagner cctte classe par des promesses 5 les alarmes répandues envoyées aux colonies,
de prétenducs révoltes de noirs, , et une
constante
en France, sur
ces alarmcs faisoient résoudre.
opposition
aux mesures auxquelles
I --- Page 78 ---
(66)
Craignes, nous dit-on, de porter la guerre dans un pays oib
de montrer des armes à des esclaves ; comme
il est si dangereux
des blancs,
s'ils n'en avoient jamais vu 7 comme si le libertinage
leur luxe, leurs besoins même, multipliant chaque jourl les causes
inyitent à la liberté (1), ne les forçoient pas à montrer des
qui
armes aux esclaves !
Laissez aux colons lesoin d'étrejustes etlumains, LORSQU'ILS
PAS
A LA PROSPÉRITÉ DE LEUR PAYS.
NE LE CROIRONT
NUISLELE
Cest-à-dire, laissez aux colons le soin d'être INJUSTES ET INIIUlorsqu 'ils le croiront NÉCESSAIRE à la prospérité de leur
MAINS,
pays !
dans
toute la question se résout,
Et ces mots 7
lesquels
n'ont
saisi d'effroi l'ame de celui qui les profère ! Et ceux
pas
avec cette froide cruauté 7 avec ce langage
qui s'expriment
QUE LEUR
des plus exécrabies tyrans, vondroient nous persuader
PROSCRIVENT TOUTE ESPECE
cceUR RÉPUGNE A L'ESCLAYAGE, Qu'ILS
leur inconceD'ARISTOCRETIE ! Ah! qu'ils nous persuadent plutôt
sice funeste prévable légéreté, , qu'ils nous laissent penser, que
sent d'un gouvernement sans règles, ni principes 2 n'est pas
détruit chez
les méditations de la liberté 7 il
encore
eux, par
décideront
cessera d'influer sur les résolutions législatives, qui
du sort des citoyens de couleur.
devoit
citent l'abbé
comme si son autorité
Ils nous
Raynal,
II suffit des soins que les colons emploient pour lc service intéricur de leurs
maisons, (r)
semer dans les noirs attachés à la culture, des germes de liberté. Ceux-ci
semblent pour condamnés à la stupidité, mais les autres développent bientôt leurs faculés
intellectuelles, en servant les blancs, en entendant leurs discours, en jugeant leurs
eufn la différence n'est que dans la couleur de la
petites pa:sions, en voyant
que veulent
de la liherté dans les colonies,
peau. 11 faudra donc > si les blancs
jouir
difficile à
maintenir l'esclavage, un régime difficile à conscrver, et bien plus
cty exécuter Mais encore une fois, ils ne desirent pas la liberté; ils n'ont besoin
entr'eux que d'être indépendans de toute loi.
L
ant leurs
eufn la différence n'est que dans la couleur de la
petites pa:sions, en voyant
que veulent
de la liherté dans les colonies,
peau. 11 faudra donc > si les blancs
jouir
difficile à
maintenir l'esclavage, un régime difficile à conscrver, et bien plus
cty exécuter Mais encore une fois, ils ne desirent pas la liberté; ils n'ont besoin
entr'eux que d'être indépendans de toute loi.
L --- Page 79 ---
(6 Gy)
horrible politique ! Veulent-ils donc aussi trasanctionner cette
et faire servir à
vestir les opinions de ce philantrope éclairé,
leurs
la vénération qu'on lui porte à si juste titre ?
vues,
Raynal est un des sages
Ils nc pensent donc pas quel'intrépide
malheureux noirs,
quiontleplus contribué à donnerdes amis aux
les sentimens d'humanité, de
quil rendit dans ses compatriotes,
liberté
; qu'il a porté à l'esclavage
justice et de
plus énergiques;
et à l'infâme traite 9 les coups les plus assurés?
luiEh bien ! nous allons invoquer son autorité, et le vengerl
même de T'opprobrequ'on voudroit répandre sur ses opinions.
On nous cite l'abbé Raynal , à l'appni des principes manifestés
M. Barnave, qui, dit-on, les a puisés lui-méme dans les
par
écrits de ce philosophe..
déMais le savant (4) armateur 2 qui suppose à ce jeune
des recherches dont nous sommes en droit de douter, ne
puté,
les colons à
veut qu'on
nous dit pas - quels sont
quil'abbéRaynal besoins des colonies.
laisse le soin d'éclairerla métropole sur les
ce sont les créoles; et que Raynal comIl ne nous dit pas que
individus sans disprend, sous cette dénomination, tous les
>
tinction de couleur, nés auc fles. Il n'a jamais pensé 7 comme
formant la ci-devant assemblée de Saint-Marc (1),
les planteurs
les
de couleur et les blancs une ligne
qu'il existât entre citoyens
la
de séparation. tracée par la nature méme 2 sacrée pour poliêtre menacée par les ennemis > nontique, et qui ne peut
que
seulement des colonies, 1 mais de l'Europe elle-méme.
méconnoitre ainsi le langage de la
Raynal 2 trop éclairé pour
les deux lettres de M. lc Picquier du Havre, adressées à J. P. Brissot,
(:) Voyez
et insérées dans les affiches du Havre.
diroit Raynal s'il savoit
(2) Appel de Passemblée de Saint-Marc, page 44. Quc
créolcs 5
qu'entre ces fameux quatrevingecing, à peine y compte-t-on quatre ou cinq Euroceux-ci sont les ennemis de lcurs frères, > et que les autres sont de ces
que
qui les colonics sont unc terre livrée à leur pillage?
péens, pour
I 2
,
(:) Voyez
et insérées dans les affiches du Havre.
diroit Raynal s'il savoit
(2) Appel de Passemblée de Saint-Marc, page 44. Quc
créolcs 5
qu'entre ces fameux quatrevingecing, à peine y compte-t-on quatre ou cinq Euroceux-ci sont les ennemis de lcurs frères, > et que les autres sont de ces
que
qui les colonics sont unc terre livrée à leur pillage?
péens, pour
I 2 au1 --- Page 80 ---
(68)
nature 2 a protesté au contraire contre ces tergiversations de
l'intérét personnel, dans toutes les pages qu'il a écrites sur les
colonies ; et en effet, l'écrivain qui tonnoit contre la criminelle
audace de réduiredes hommes à
penser à ces scandaleuses
l'esclavage, ne pouvoit pas même
modifications.
Cest donc à ces insulaires 2 à ces créoles
trir la plus grande
2 dont on veut flépartie, à cause de leur couleur,
veut qu'on accorde le droit
que Raynal
d'une manière
de se gouverner enz-mémes 2 mais
subordonnée à l'impulsion de la métropole, iepeu-près comme une chaloupe obéit à toutes les directions du
waisseau qui la remorque.
Parlant de Tadministration coloniale, il veut qu'elle soit laissée
aux propriétaires NÉS la PLUPART dans les colonies ; tandis
ceux dont M. Barnave a si imprudemment servi les
que
lent la donner à des
vues 7 veuplanteurs 2 IA PLUPART nés HORS des colonies, à ceux-là même à qui l'abbé Raynal interdit toute
dans T'administration coloniale ; à ces
influence
Amérique par leurs besoins
européens 2 poussés en
Ou par leurs vices, devenus par ces
transplantations, wolontaires Oll forcées : étrangers par tout,
ordinairement corrompus par le défaut de loi, que
mal une police arbitraire
remplace
tion
, par ce goit dépravé de dominaquirésulte de l'abus de
fortune
Lesclavage, par l'éclat d'une grande
qui leur fait oublier leur première obscurité.
Telle est l'opinion de Raynal. Il veut que les colonies soient la
chaloupe obéissant au vaisseau de la métropole, tandis
les
députés de Saint-Domingue accordent à peine à la que
les fonctions de la chaloupe dont les colonies seroient métropole le vaisseau.
En chargeant les créoles, continue Raynal, du soin de
l'intérieur de leur patrie, 3 touchiés des marques d'estime régler et de
confianee que leur donneroit la métropole, ils s'attacheroiente
zn sol fertile, se feroient une gloire, un bonheur de Pembellir, et d'y créer toutes les douceurs d'une société civilisée.
Se fat-t-il exprimé ainsi en parlant de ces planteurs étrangers
war
colonies seroient métropole le vaisseau.
En chargeant les créoles, continue Raynal, du soin de
l'intérieur de leur patrie, 3 touchiés des marques d'estime régler et de
confianee que leur donneroit la métropole, ils s'attacheroiente
zn sol fertile, se feroient une gloire, un bonheur de Pembellir, et d'y créer toutes les douceurs d'une société civilisée.
Se fat-t-il exprimé ainsi en parlant de ces planteurs étrangers
war --- Page 81 ---
(69)
de projets d'indépendance en
au sol 7 occupés aujourd'hui
à rendre la loi complice
haine de la liberté, et cherchant humilier les citoyens de
du mépris sous lequel ils veulent
couleur?
les colons , et nous venons de voir ce qu'il
Raynal veut que
euz-mêmes le code qu'ils penseentendoit par colons,. forment
les jeunes
convenir ie leur situation.. Mais quand? Lorsque
ront
leurs negres,fuyant une éducation
créoles, laissant en Amérique
leur donne Vhabitude
detyrannie, de mollesse et de vice , que
des esclaves 2 ils se seront exercés. en Europe,
de wivre avec
lorsqu'ils y auront recueillil les
à pratiquer ce qu'on y enseigne :
nous
de nos antiques meeurs, cette vigueur que
restes précieur
auront étudië notre foiblesse, et puisé
avons perdue; ; lorsqu'ils
éclore
mémes, ces leçons de sagesse, quifont
dans nos folies
les grands événemens.
chez eux des JEAN JACQUES.
Il leur conseille d'appeler
avec la maturité conveLorsque leur travail aura été exécuté
livré aUc discussions les plus pronable, il sera, ajoute-til,
du
ne
fondes et les plus sévères ; et la sanction gouvernement doule
accordée
lorsqu'on n'aura pas le moindre
lui sera
que
sur sont utilité, sur sa perfection.
Raynal, au temps oi le despotisme étoit encore
Ainsi parloit
qu'une
de chute. Quel seroit son langage, aujourd'hui
loin sa
les principes qui,seuls,
assemblée nationale a mis en pratique
conduire à une bonne législation ?
peuvent
de la nation d'accorder aux
Conseilleroit-il aux représentans
touteloi dont
colons cettel mad-oTeand Conseilleroitil
ni les anteurs,nil les approbateurs?
ils ne seroient
de T'administration;
de la confier à ceux-là même qu'il repousse d'invincibles obs-
-à ceux qui nel la demandent que pour mettre
les colonies
tacles à ces mêmes préliminaires 2 sans lesquels
ni stabilité, ni prospérité, ni gloire ; - à
ne peuvent acquérir de voir dans la liberté un lien éternel et
ceux qui, au lieu
TL
LW
A
-
L RE
ni les anteurs,nil les approbateurs?
ils ne seroient
de T'administration;
de la confier à ceux-là même qu'il repousse d'invincibles obs-
-à ceux qui nel la demandent que pour mettre
les colonies
tacles à ces mêmes préliminaires 2 sans lesquels
ni stabilité, ni prospérité, ni gloire ; - à
ne peuvent acquérir de voir dans la liberté un lien éternel et
ceux qui, au lieu
TL
LW
A
-
L RE --- Page 82 ---
-
(70)
réciproquement salutaire, entre les colonies et la métropole,
actuelle O1 descission prochaine?
ne parlent que d'indépendance
Il a prédit que la liberté naitroit dans les colonies... Elle nait
en France et ce seroit une raison pour que les colonies s'en séparassent ! Ah ! sans doute, il n'appréhenderoit pas ce bisarre
événement ; il s'étonneroit, et qu'on osât en menacer une
et
cette nation put s'en alarmer , et
hation puissante, que de
menaces fussent soute -
qu'elle pût craindre que
pareilles
dans uncile, oùt tant de citoyens opprimés par uni injuste
nues
soupirent après les loix d'une sage liberté!
préjugé,
Résumé de la première Partie de PAdresse.
les
d'une classe d'individus
Nous avons démasqué
prétentions
la
des colonies.
qui, sans aucun titre, usurpent réprésentation
la
On le voit maintenant, la métropole n'est rien pour eux;
liberté les afflige; ils veulent l'éviter comme on évite les tyrans.
Il est prouvé que la plupart des planteurs, admis au nombre
des députés de la nation, n'y siégent que pour l'égarer, que pour
et susciter dans les colonies des obstacles
y exercer lespionage, ,
à la régénération ; - que 2 profanant le caractère de législateur,
d'odieux libelles contre la Société
ils ont eux-mémes fabriqué
des Amis des Noirs (a); - qu'ils ont empéché les premières
eussent
les colonies des excès dont les
mesures qui
garanti
(1) ( Nous avons répandu avec profusion, disent les députés de Saint-Domingue à l'assemblée nationale, quelques écrits propres à rectifier les idées.
L'excellent écrit de M. de Rouvrai a porté dans l'opinion publique lc coup le plus
violent à cette société elle a été mêmc abandonnée par plusieurs de ses membres, quand ils SC sont vus dénoncés à l'exécration.. .. On peut juger combien à
doivent être excellens des écrits de M. de Rouvray planteur européen, dénonçant
lexécration la société des amis des noirs
E
l'assemblée nationale, quelques écrits propres à rectifier les idées.
L'excellent écrit de M. de Rouvrai a porté dans l'opinion publique lc coup le plus
violent à cette société elle a été mêmc abandonnée par plusieurs de ses membres, quand ils SC sont vus dénoncés à l'exécration.. .. On peut juger combien à
doivent être excellens des écrits de M. de Rouvray planteur européen, dénonçant
lexécration la société des amis des noirs
E --- Page 83 ---
-
* -
(71).
François blancs se sont rendus coupables envers les François
de couleur.
Il est prouvé qu'ils ont jusqu'ici, privé par des mensonges,
les députés de ces citoyens qu'ils prétendent placés au-dessous
d'eux par la nature(i), , d'une représentation à laquelle ils avoient
le même droit que les citoyens blancs. Il est prouvé qu'ils se
sont sur-tout enhardis, 2 lorsqu'ils ont pu croire qu'ils maitriseroient les opinions d'un protecteur accrédité et sans expérience,
d'un protecteur qui, pour éviter le soulèvement des consciences
dans l'assemblée nationale, y eut assez d'ascendant, pour faire
rejetter toute discussion (2).
Nous avons montré qu'en accordant aux colons blancs, linitiative qu'ils demandent, sur l'état des personnes, et sur le régime intérieur des colonies 2 on livroit à des préjugés insensés
ou barbares 2 et à une avidité ruineuse, non seulement le sort
des esclaves, et celui de la portion la plus précieuse des colons,
mais encore le sol des colonies; que la saine politique et l'humanité, réclamoient avec une égale force, contre la concession
de ce droit; que les colons blancs ne réunissoient,ni les lumières, nil'esprit public, niles moeurs nécessaires, pour mériter
aucune confance sur les matières de législation coloniale; que
les expédiens qu'ils proposent, prouvent également, et leur impéritie, et le mépris qu'ils font des bonnes mceurs ; que les
(r)ellyat un moment, disoient les dépu:és de Saint-Domingue lorsqu'ils vouloient
gagner les citoyens basanés, ob la nature fait grace aux gens de couleur, du signe
vi.ible de leur origin: ! Nous pensons S disent-ils ailleurs, qu'il vaudroit mieux
qu'ils tinssent de voure justice et bienvciliance (des, colons blancs ), ce. que yous
croirez. pouvoir leur accorder > sans nuire au respect dii à la couleur blanche 32,
Lc respect dû à la couleur blanche de MM. Moreau de Ssint-Merry! Cocherel!
Boursel!
(2) Comme s'il pouvoit exister un plus important objet de discussion pour la
régénération d'un empire, que P'état, persognel de ceux 9u le. composent! co: nme
si le plus funesre exemple qu'on plis denner dans unc assemblée, n'éroit pas celui
d'une cabale assez forte pour faire passer des décrets sans discussion!
IL
blanche 32,
Lc respect dû à la couleur blanche de MM. Moreau de Ssint-Merry! Cocherel!
Boursel!
(2) Comme s'il pouvoit exister un plus important objet de discussion pour la
régénération d'un empire, que P'état, persognel de ceux 9u le. composent! co: nme
si le plus funesre exemple qu'on plis denner dans unc assemblée, n'éroit pas celui
d'une cabale assez forte pour faire passer des décrets sans discussion!
IL --- Page 84 ---
V (72)
dangers auxquels les colonies ont été exposées 2 sont l'ouvrage de la passion et des projets d'indépendance de plusieurs d'entre eux;(1)- que sans leurs complots contre les citoyens decouleur, et contre les décrets des 8et 28 mars , aucune fermentation
n'eut pris un facheux caractère; que les sentimens d'humanité
et de justice, ont moins d'empire sur les colons, qu'une irrascibilité sanguinaire, fruit de leur vanité; - quele point de vue sous
lequel ils veulent faire envisager les françois de couleur, est un
outrage à la nature et aux droits des hommes, une preuve de la dépravation du caractèredes blancs; - que les citoyens de couleur,
envisagés sous le rapport des conditions qui rendent propres aux
fonctions législatrices auroient plus de droit à ces fonctions que
ceux des colons blancs qui, jusqu'ici, se sont fait connoitre
par lenr conduite et leurs principes; que les François mulatres se sont toujours bien comportés, et présentent, par leur
civisme et leur courage 2 beaucoup plus de cautions pour la
sureté des colonies , qu'on ne peut en attendre des colons
blancs; ; que les soi-disant députés, aussi peu instruits des
matières de commerce 2 que du droit public et de la politique
des états libres , ne connoissent pas les objets dont ils parlent. 2
lorsqu'ils prétendent alarmer les François 7 sur le sort de leur
commerce, de leurs manufactures 2 de leur numéraire, de leurs
subsistances 1 de la dette publique, de la constitution même
dans le cas où T'assemblée nationale, rejetteroit les loix
impérieuses qu'ils prétendent lui dicter ; - qu'ils supposent méchamment, dans les travaux actuels de la métropole, une calamité qui
(1)c1 Les nouvelles de la révolution de la Martinique, et les insurrections des nègres
(supposées), ensuite la révolution du Cap, sont venues nous aider, et nous
vous annoncer une position plns heureuse 32.
pouvons
<Nous pensons que l'assemblée coloniale, ou les assemblées provinciales peuvent
hardiment appeler les Américains à leurs secours dans tous lcs ports de l'amirauté,
s'il y a licux. Lettre des députis de Saint-Domingue, écrite le 11 janvier 1790, à leurs
compatrioies,
n'existe
urrections des nègres
(supposées), ensuite la révolution du Cap, sont venues nous aider, et nous
vous annoncer une position plns heureuse 32.
pouvons
<Nous pensons que l'assemblée coloniale, ou les assemblées provinciales peuvent
hardiment appeler les Américains à leurs secours dans tous lcs ports de l'amirauté,
s'il y a licux. Lettre des députis de Saint-Domingue, écrite le 11 janvier 1790, à leurs
compatrioies,
n'existe --- Page 85 ---
(73 )
n'existe point; - a que si d'injustes planteurs, insensibles à la
liberté de leurs frères, et sans force 1 peuvent causer quolqu'inquiétude; on doità plus forte raison, craindre pour la paix,
lorsqu'on outrage une population plus nombreuse ; et qu'on
prend pour la dépouiller, lépoque d'une révolution qui restitue
à Thomne social tous ses droits.
Tels sont enfin, le caractèrede fausscté, l'atrocité et la trahisoI1 envers la métropole
9 répandus dans toute la lettre des
soi-disant députés , que si ceux qui l'ont signée ne sont
en démence, ils ne peuvent échapper à l'indignation publique, pas
jusqu'à ce que, de retour chez eux, on leur demande compte
d'une conduite aussi contraire aux intéréts des colonies, dont
ils osent se prétendre les défenseurs.
Et ces députés
planteurs qui siègent comme législatenrs de
l'empire dans l'assemblée nationale, et veulent cependant que les
possessions qu'il représentent, 2 soit une partie hétérogène indépendante de cei même empire;quel compte rendront-ils des efforts
qu'ils renouvellent au moment où nous écrivons ces lignes
pour ravir aux députés des citoyens de couleur, leur droit d'être 2
entendus dans l'assemblée nationale?
Renvoyés au comité colonial, l'un de ces députés à osé leur soutenir 7 que Fassemblée
s'étoit engagée à ne rien changer à l'état des personnes dans les
colonies?.. Soit. Accordons cette fausse assertion.
Mais, quel est donc l'état des citoyens de couleur? Qui faut-il
consulter pour le connoitre? Sera-ce la loi qui l'a fixé, avant
que les colons blancs osassent avoir une volonté ; ou ceux
qui prétendent mettre à la place de la loi, le ridicule préjugé d'une prééminence sociale 2 fondée sur la couleur de
l'épiderme ? Soit encore... Perdons un moment de vue Tédit
de 1685, qui a donné au affranchis libres,
et par conséquent à leurs descendans les proprement dits,
tous les François il
mémes droits qu'à
; faudroit encore "consulter les
et voir comment, Çn quclles occasions, le
fait usages
préjugé a
taire
K
-
loi, le ridicule préjugé d'une prééminence sociale 2 fondée sur la couleur de
l'épiderme ? Soit encore... Perdons un moment de vue Tédit
de 1685, qui a donné au affranchis libres,
et par conséquent à leurs descendans les proprement dits,
tous les François il
mémes droits qu'à
; faudroit encore "consulter les
et voir comment, Çn quclles occasions, le
fait usages
préjugé a
taire
K
- --- Page 86 ---
(74)
la loi. Or, q.apprendicion.nous ? Les mémoires des députés
de Saint-Domingue, devenus si difficiles aujourd'hui sur les
nuances du teint, nous disent qu'il n'ya a dahs les colonies que
des hommes libres o1 des esclaves ; ainsi tous ceux qui ne sont
point esclaves, sont par conséquent des citoyens.
Onn'apas wules François muldtres arriver auc places du gouvernement. Mais en étoient-ils rejetés? Leur a-t-on opposé une
pahsondiandighilid78em Dès-lors, que prouve léloignement où
les hemmesde couleuront ététenus de ces places, sous un régime
oi l'intrigue et la favenr disposoient de tout? Rien, si ce n'est
que les planteurs européens étoient plus habiles et plus puissans
à la cour que les enfans des colonies .Ce désordre 1 cessant pour
tous les françois, donne t-il le droit de le perpétuer, contre les
François mulatres ?
Les colons blancs ont obtenu, par leur crédit et leurs intrigues,
des
priviléges exclusifs.
. Quoi! parce qu'ils pilloient les
citoyens de couleur à l'aide de ces insultans priviléges, ils pourroient encore les piller!.. Mais en quoi donc consiste la régénération de l'empire françois ?
Certes, il est difficile de croire queceux qui osent opposer aux
citoyens de couleur de semblables prescriptions contre l'édit de
1685, ne soient pas les plus > dangereux ennemis de la constitution.
N'ajoutent-ils pas 7 ces profonds publicistes, que les citoyens
de couleur sont des ignorans; qu'ils ne savent ni lire, ni écrire?
Mais à qui faut-il s'en prendre? Mais l'usage de la liberté portant
rapidementles hommes vers Tinstruction, les colons blancs veulent ils donc, en dégradant les hommes de couleur, les enchainer
par lignorance? D'ailleurs les blancs sont-ils si savans? Etoientce les lettrés de l'Europe qui passoient aux colonies ? S'il falloit
ne reconnoitre pour citoyens que ceux qui savent lire et écrire,
n'y auroit-il point de blancs à placer dans cette classe intermédiaire, où l'on ne seroit ni libre, niesclave? Enfin ne trouveroit-on
point, dans ces hommes d'élite, dont l'assemblée de Saint-Marc
couleur, les enchainer
par lignorance? D'ailleurs les blancs sont-ils si savans? Etoientce les lettrés de l'Europe qui passoient aux colonies ? S'il falloit
ne reconnoitre pour citoyens que ceux qui savent lire et écrire,
n'y auroit-il point de blancs à placer dans cette classe intermédiaire, où l'on ne seroit ni libre, niesclave? Enfin ne trouveroit-on
point, dans ces hommes d'élite, dont l'assemblée de Saint-Marc --- Page 87 ---
C
(75)
étoit composée, quelque planteur sachant à peine signer son nom?
Mais l'assemblée nationale a cependont woulu dire quelque
chose, lorsqu'elle a prononeé par son décretdu 8 mars, qu'elle
neprétendoit rien innoverdans Pautdaipernoused-Sansdoute
Mais outre qu'elle n'a rien discuté, outre que M. Barnave, rédacteur du décret 3 a formellement déclaré à M. l'évéque Grégoire,
qu'il regardoit l'article 4 de l'instruction du 28 mars, comme
d'une manière irrefragable les droits des sangs
prononçant
mélés, comme leur assurant la plénitude des avantages des
citoyens (1),i1 suffit de se rappeler les alarmes répandues au
mois de mars 1 contre les projets d'abolir subitement la traite et
l'esclavage, pour comprendre que cette réserve étoit uniqu ement
relative à un état de personnes existant légalement, et non au
maintien des réves vaniteux des colons blancs.
S E C ON D E P A R T I E.
Opinions générales de la Société des Amis des Noirs.
Nous devons maintenant rendre compte de nos opinions. On
n'a pas cessé, on ne cesse pas de les calomnier. Lelecteur va les
juger comme il vient de juger de notre conduite, dans tout ce
qui concerne les colonies. Nous allons faire notre profession de
foi, sur l'esclavage, sur les François mulâtres 1 sur la traite, et
sur les différens rapports de la métropole avec les colonies.
S I.
Sur P'Esclavage.
Dans tous les pamphlets, dans tous les libelles qui ont été
publiés contre nous 2 on nous a 2 sans preuve et malgré nos
(:) Voyez la lettre aux philantropes 2 >> sur les malheurs, les droits et les réclamations des gens de couleur de Saint-Domingue, > et des autres iles françoises de
lAmérique, par M. Grégoire alors curé d'Ambermenil, élu depuis évêque dc Blois,
impriméc et pabliée en octobre 1790.
K 2
, dans tous les libelles qui ont été
publiés contre nous 2 on nous a 2 sans preuve et malgré nos
(:) Voyez la lettre aux philantropes 2 >> sur les malheurs, les droits et les réclamations des gens de couleur de Saint-Domingue, > et des autres iles françoises de
lAmérique, par M. Grégoire alors curé d'Ambermenil, élu depuis évêque dc Blois,
impriméc et pabliée en octobre 1790.
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(76)
démentis perpétuels 2 accusés de demander l'affranchissement
subit de tous les esclaves. Nous le répétons, c'est un odieux
mensonge.
Nous croyons bien que tous les hommes naissent libres et
égaux en droits, quelle que soit la couleurdeleur peau 2 quel que
soit le pays où le sort les fasse naitre.
Nous croyons bien que nul homme né peut aliéner sa liberté,
que nul homme ne peut, sous quelque prétexte que ce soit,
ravir la liberté de son semblable, que nulle société ne peut consacrer ou légitimer un pareil brigandage.
Nous croyons bien 2 que malgré les loix, les habitudes, , les
usages contraires, l'esclave restel libre, 3 parce qu'on ne peut prescrire contre la nature ; qu'en conséquence. , la restitution de la
liberté n'est pas unbienfait, unefaveur; mais un devoir rigoureux,
mais une acte de la justice, qui déclare ce qui est 7 plutôt qu'il
ne décrète ce qui doit être.
A
Mais nous croyons aussique cet acte de justice, exige de grands
ménagemens. Nous croyons qu'affranchir subitement les esclaves noirs, seroit une opération 2 non-seulement fatale pour. les
colonies 2 mais que 2 dans Tétat d'abjection et de nullité où la
cupidité a réduit les noirs 7 ce setoit leur faire un présent
funeste(1); ce seroit abandonner à eux-mémes, et sans secours 2
des enfans au berceau 2 ou des êtres mutilés et impuissans.
Nous croyons que dans l'impossibilité absolue oû est une nation
libre, de concilierTesclavage avec la liberté et de conserverl'ancien régime des colonies 2 l'assemblée nationale doit s'occuper
des moyens de le changer, en conciliant les intérêts de l'humanité avec les intérêts des propriétaires.
Il
être convaincu de la nécessité d'abolir l'ancien
S suffit, pour
de l'homme envirégime, de réfléchir au caractère et aux moeurs
(1)Nous I'ayons dit ainsi dans l'Adresse alAssembléc nationale 2 de février 1790.
-
ime des colonies 2 l'assemblée nationale doit s'occuper
des moyens de le changer, en conciliant les intérêts de l'humanité avec les intérêts des propriétaires.
Il
être convaincu de la nécessité d'abolir l'ancien
S suffit, pour
de l'homme envirégime, de réfléchir au caractère et aux moeurs
(1)Nous I'ayons dit ainsi dans l'Adresse alAssembléc nationale 2 de février 1790.
- --- Page 89 ---
(77)
ronné d'esclaves. L'abbé Raynal nous en a fait un tableau $
tracé des mains de la vérité.
> Cestdelesclavage des nègres, que les créoles (1) tirent peutêtre en partie, un certain caractère 2 quiles faitparoitre bizarres,
fantasques 1 et d'une sociétépeu goûtée en Europe. A peine epeudes homvent-ils marcher dnuhentiuongribovdiemtaliemtameirfex
mes grands et robustes, destinés à déviner , dprévenir leur volonté.
Ce premier coup d'oeil doit leur donner d'eux-mémes 7 l'opinion
la pius extravagante. Rarement exposés à trouver de la résistance
dans leurs fantaisies, même injustes 2 ils prennent un esprit de
présomption 2 de tyrannie ct de mépris, pour une grande partie
du
humain. Rien n'est plus insolent que l'homme qui vit
genre
ceux-ci sontdes
presque toujours avec ses inférieurs;mais quand
esclavesaccoutumés à servirdes enfans, à craindrejusqu'ades cris
qui doivent leur attirer des châtimens 2 que peuvent devenir des
maitres qui n'ont jamais obéi, des méchans qui n'ont jamais été
punis, des fous qui mettent des hommes à la chaine >?
> Elevés sans connoltrel la peine, ni le travail, ils ne savent, ni
contradiction. La nature
surmonter un obstacle, nisupporterune
leura tout donné, et la fortune ne leur a rien refusé. Semblables
à la plupart des rois 2 ce sont des étres malheureux de n'avoir
jamais éprouvé l'adyersité. Sans le climat qui les porte violemment à l'amour, ils ne goûteroient aucun vrai plais.r de l'ame :
encore,n'ont-ils guéreslel bonheur de concevoir de cespassionsqui,
traversées les obstacles etles refus, se nourrissent de larmes,
par
et vivent de vertus. Sans les lois de l'Europe, quiles gouvernent
leurs besoins 7 et répriment ou génent leur excessive indépar
ils tomberoient dans une mollesse qui les rendroit tôtpendance 1
(1) Rappelons encorc ici, quc l'abbé Raynal entend par créoles 2 les natifs des
iles, quelle que soit la couleur de leur peau. 2 et le sang curopéen pur, ou méqui circule dans leurs veines. :
Si le service des csclaves n'a pas le
langé, même effet sur les curopéens statiohnaires aux iles, ils n'adoucit ni leur caractère,i
Thumeur impérieuse que T'homme contracte si facilement.
-
- A
1
(1) Rappelons encorc ici, quc l'abbé Raynal entend par créoles 2 les natifs des
iles, quelle que soit la couleur de leur peau. 2 et le sang curopéen pur, ou méqui circule dans leurs veines. :
Si le service des csclaves n'a pas le
langé, même effet sur les curopéens statiohnaires aux iles, ils n'adoucit ni leur caractère,i
Thumeur impérieuse que T'homme contracte si facilement.
-
- A --- Page 90 ---
(78) )
de leur propre tyrannie, ou dans une anarou-tard les victimes
de leur société >.
bouleverseroit tous les fondemens
chie qui
avecl l'abbé Raynal, que
Pénétrés de ces vérités 2 nous croyons,
dans l'empire de la
et choquante contradiction
cette dangereuse
siles colons cessoient d'avoir des esclaves;
liberté, disparoltroit
comme tels, dès que de sages
qu'ils cesseront de les envisager les maitres, à voir dans leurs
lois et d'utilesr règlemens, , obligeront devenir libres et propriétaiesclaves, ou des hoinmes qui peuvent
des citoyens. (1).
engendrer que
res, ou des pères quine peuvent
l'assemblée nationale doit
Nous croyons par conséquent, 7 que
comme des
dès-à- présent les esclaves des colonies 7
de
regarder
son devoir l'oblige à protéger
orphelins abandonnés, , que
les doit conduire insensitoutes les forces nationales ; qu'elle éducation leur donne
blement au régime de la liberté, par une
attacheau qui sol sur
et des règles qui par l'intérêt, les
une patrie, affreuse des spéculations les a jetés malgré eux.
lequell la plus
S II
Sur les François mulâtres. (2)
considérations rendent les
Nous pensons que ces puissantes
pourl les colonies. Dès
citoyens de couleur encore plus précieux et leur berceau, et
qu'ils en sont les enfans, dès qu'elles sont, leurmontre la moitié
leur tombe; dès que la nuance deleur peau 2
n'y a-t-il
dans la classe souffrante; quel avantage
de leur origine
tous les sentimens généreux dont la
pas à développer chez eux
régime excite davantage
pitié estle plus puissant mobile ? Etquel de la liberté ? Quine voit, sous
ces sentimens 7 si ce n'est celui
de couleur adoucissant
cet heureux état de choses 1 le citoyen
observe que ScS cffets salutaires ont été rapides.
(r)C'estlal loi du Brésil, et Raynal distinctions de griff, métis, quarteron , etc. etc.,
(2) II seratems que toutes ccs
les hommcs apparsient à ceux qui veulent
soient abolies. Cette manière dc classer
les confondre avec le bétail.
it, sous
ces sentimens 7 si ce n'est celui
de couleur adoucissant
cet heureux état de choses 1 le citoyen
observe que ScS cffets salutaires ont été rapides.
(r)C'estlal loi du Brésil, et Raynal distinctions de griff, métis, quarteron , etc. etc.,
(2) II seratems que toutes ccs
les hommcs apparsient à ceux qui veulent
soient abolies. Cette manière dc classer
les confondre avec le bétail. --- Page 91 ---
AX -
(79)
le sort des esclaves, leur montrant souvent que la liberté sans
propriété, ne garantit pas de la misère ; et que le travail d'ou
étant la plus noble des occunaitra une indépendance utile,
pations, , est déja un sorte daffranchissement?
Ainsi , les citoyens de couleur , ces créoles françois > à qui
l'histoire ne reproche ni lâchetés, ni trahisons, ni bassesse; naturellement bienfaisans 7 faciles en affaires, glorieux de leur
franchise, exempts des vices qui éteignent l'esprit social, pénéla force de combiner au talent d'observer, (1)
trans, joignant
offrir
élevés au rang de citoyens d'un état libre, nous paroissent
françois, tout ce quils peuvent desirer relatiaux législateurs
durable des colonies,à leur
vement aux esclaves 2 àla prospérité
sureté, et au maintien d'une police intérieure 3 qui attacheauséjour des colonies 2, tous les avantages de la civilisation. Ce bien
si désirable pour la métropole. 2 nous croyons qu'on ne peut l'atteindre, qu'en suivant l'opinion manifestée par un planteur (2)
dans l'assemblée nationale ; savoir, que la constitution de la
France 7 doit être appliquée EN TOUT auc colonies 7 COMME
PROVINCES DU ROYAUME.
( IIL
Sur la Traite.
Quant au commerce des esclaves 7 nous ne pouvons pas
ici le
de l'intérét, qu'il soit utile
croire, et nous parlons
langage
de les mettre au régime des chevaux de poste. Si quelques ÇOs'enrichissent
par le plus horrible des callons
promptement
(1) C'est le témoignage que. leur rend l'abbé Raynal > d'après de fidèles mémoires.
(2) M. Gérard, lorsqu'il s'opposa à la formation du comité colonial, et demanda les loix constitutionnelles ct tous les décrets de l'assemblée, fussent enque
voyés incessamment aux colonies.
parlons
langage
de les mettre au régime des chevaux de poste. Si quelques ÇOs'enrichissent
par le plus horrible des callons
promptement
(1) C'est le témoignage que. leur rend l'abbé Raynal > d'après de fidèles mémoires.
(2) M. Gérard, lorsqu'il s'opposa à la formation du comité colonial, et demanda les loix constitutionnelles ct tous les décrets de l'assemblée, fussent enque
voyés incessamment aux colonies. TLL --- Page 92 ---
VIM
(80)
culs,(1) les chances désastreuses se multiplient contre cette
Donrbarespéculation. Elle ne convient,a.aucun égard, au domaine
national; elle convient moins encore aux citoyens del I'Empire,
en ce qu'elle menace d'un renchérissement continuel, des productions dont le bas prix leur seroit avantageux. Enfin, elle est
condamnée par les colons sages, qu'elle ne séduit point, , et qui
ont trouvé, dans les ressources de la douceur et des bons traitemens, le moyen d'augmenter le nombre de leurs esclaves, sans
Jamais en acheter.
Ces considérations proscrivent la traite 2 déjà proscrite
la conquête de laliberté, pari l'exclusion
par
les
qu'elle prononce contre
commerçans d'esclaves 2 qui prétendroient remplir dans un
état libre, les nobles fonctions de citoyen. Car le plus coupable
des hommes, est celui qui en réduit d'autres à l'esclavage.
Nous ne cesserons donc de précher contrelabolition del la traite.
Ricn ne la justifie. En la conservant, on entreprendroit envain
la réforme si nécessaire danslec code de l'esclavage. C'est la traite
qui permet au colon avare et inhumain,de calculer de sang-froid,
combien lui vaudra chaque goutte de sang, dont un esclave arroa
sera son habitation, de discuter si la négresse donnera
moins à la terre, par les travaux de ses foibles mains plus ou
dangers de l'enfantement.
, que parles
<c S'il existoit, dit l'abbé Raynal, dont nous venons
les expressions 2 une religion qui autorisât, ne fàt-ce d'emprunter
silence, de pareilles horreurs ; si,, occupée de
que par son
questions oiseuses
ou séditieuses, elle ne tonnoit pas sans cesse 2 contre les auteurs
ou les instrumens de cette tyrannie ; si elle faisoit un crime à
l'esclave de briser ses fers; si elle souffroit dans son sein le
inique quicondamne le fugitifà la mort; si cette religion juge
n'en faudroit-il pas etouffer les
existoit,
ministres, sous les débris des
autels cc?
(S)Le compre-de ce que rend le travail forcé d'esclaves qu'on est obligé de
souvent, comparé à la dépense du remplacement, ct à un travail moins" excessif remplacer
wuitarechumanité
et conEh
clave de briser ses fers; si elle souffroit dans son sein le
inique quicondamne le fugitifà la mort; si cette religion juge
n'en faudroit-il pas etouffer les
existoit,
ministres, sous les débris des
autels cc?
(S)Le compre-de ce que rend le travail forcé d'esclaves qu'on est obligé de
souvent, comparé à la dépense du remplacement, ct à un travail moins" excessif remplacer
wuitarechumanité
et conEh --- Page 93 ---
/ N
(8r) )
Eh bien ! cette religion a semblé exister par la corraption de
ses ministres, et les causes de cette corruption, sont maintenant
détruites.
Ainsi nous croyons que désormais, on n'osera Pas s'élever
contre les prétres vertueux et patriotes, qui, voyant dans la traite
des esclaves, un des plus dangereux poisons pour la morale et la
liberté, se réuniront pour flétrir cet odieux trafic dans la chaire
de vérité.
Nous croyons qnel'enfant de la patrie, ne peut plus monter sur
un vaisseau négrier Que la traite a été abolie le jour
dans les fastes de la libérté françoise, parla chute du marqué
quinous avilissoit tous; et que si l'armateur est sincère, despotisme lorsqu'il
contemple avec joye les immenses sacrifices imposés
l'assemblée nationale à tant d'individus, qui
par
comme infiniment moins
pouvoient se regarder
coupables que lui, il n'hésitera
à
sacrifier aussi, une industrie qui, lors même que les loix pas
roient encore le silence, ne peut plus faire
gardequi l'exerceront,
réfléchir, sur ceux
que lhorreur et le mépris.
Nous croyons enfn que les sociétés des amis de la constitution, ne pourront pas garder le silence sur cet abominable trafic.
Par quelle honteuse bisarrerie 7 ces sociétés nées
besoin de se rendre par tout dignes de la liberté 2
d'en' da'
développer les principes et les devoirs ; de connoitre ;
ment ce qui l'affermit, et ce qui
égaleciétés, où la raison
prépare sa ruine ; ces sopublique doit se murir, où là
doit sans cesse trouver des secours et
philantrophie
roient-elles
ranimer ses forces ; pourencore admettre long-temps dans leur sein, ces cemmerçans ennemis de l'espèce humaine, ces spéculatcurs abhorrés
de la nature, qui courbés sur leur bureau, règlent la plume à la
main, le nombre des attentats qu'ils
côtes de
peuvent commettre sur les
TAfrique. i qui examinent à loisir, de quel nombre de
fusils ils auront besoin pour obtenir un négre; de chaines
pourle
L
pourencore admettre long-temps dans leur sein, ces cemmerçans ennemis de l'espèce humaine, ces spéculatcurs abhorrés
de la nature, qui courbés sur leur bureau, règlent la plume à la
main, le nombre des attentats qu'ils
côtes de
peuvent commettre sur les
TAfrique. i qui examinent à loisir, de quel nombre de
fusils ils auront besoin pour obtenir un négre; de chaines
pourle
L --- Page 94 ---
C )
V
(82)
domleur navire; d'instrumens de bourreaux pour
garotter sur
de
homicides 1 pour lui
pter son désespoir 3 de fers ou poisons sont réduits à craindre
donnerla mort,l lorsqueleurs agens féroces,
pour leur propre vie.
Loin
Nous ne sommes pas sur une terre dantropophages. le terme de toutes ces
qu'on nous blâme désormais , de solliciter livrés à la honte et aux
exécrables turpitudes 2 nous serions
cause si respecremords 2 si nous avions la lâcheté de déserterla
table qui nous réunit.
Texemple des autres nations doit-étre indifNous croyons que
leur ont pas demandé conseil pour
férent aux françois. Ils ne
2 qui rende
conquérir la liberté, pour fonder une constitution
à l'homme toute sa dignité.
n'auroit-ilipas la gloire de
Pourquoi lei plus puissant empire
celui de reconnoitre
donner enfinle plus grand des exémples., semblable à celle de
que . lesnations en corps,ont une conscience permis qu'a un
Tindividu ; que le crime ne leur est pas plus
puisse dire de ses avantages?
seul homme , quoiqu'on
dédaignant cette éternelle controverse des'Anglois,
Pourquoi,
à combattre les vils. et odieux calculs d'une
où la raison s'abaisse
pas au delà, et ne
barbare avarice, la France ne s'clanceroit-elle et magnanime,
rendroit-elle pas à Fhumanité, cet hommagé pur immuables de
de juger la question de la traite par les droits principes de T'homme, dans
la justice, et par le respect pour.les
quelque lieu que la nature l'ait placé? 1
lésr recherches , lorsqu'on a sous
Est-il besoin de multiplier que let mal finit toijours par
les yeux: cette vérité éternelles n'est-elle" pas un mal public
tromper ceux quilefont 12 La-traite fécond en calamités et
En connoit-on de plus
et particulier?
.On est" saisi d'horrêur en pensant
en crimes de tout geure
00 TISO
01 1.
T
pour.les
quelque lieu que la nature l'ait placé? 1
lésr recherches , lorsqu'on a sous
Est-il besoin de multiplier que let mal finit toijours par
les yeux: cette vérité éternelles n'est-elle" pas un mal public
tromper ceux quilefont 12 La-traite fécond en calamités et
En connoit-on de plus
et particulier?
.On est" saisi d'horrêur en pensant
en crimes de tout geure
00 TISO
01 1.
T --- Page 95 ---
-
(8 83 )
que, pour la défendre, il faut commencer par insulter la philosophie (1
Les méchans trouvent des ignorans > auxquels ils persuadent
que ce sont les Anglois eux mêmes , qui stipendient notre SOciété,afin qu'elle sollicite l'abolition de la traite !.. Mais, nous
le demandons à ce député, qui n'a pas craint de souiller la
tribune de l'assemblée nationale par des calomnies contre nous,
la traite seroit-elle abolie, si après l'avoir interdite auxFrançois,
il étoit permis à nos colonies d'acheter les esclaves que leur
apporteroient des armateurs étrangers ? N'est-il pas évident
qu'en défendant le commerce des esclaves, la loi poursuivroit
comme un assasin 2 quiconque oseroit en introduire dans nos
iles 2 La peine décernée pour le plus grand des crimes ne seroit pas disproportionnée à son délit ; et dès-lors les 2 Anglois
eux-mémes, perdroient tout espoir de continuer les fournitures
d'esclaves qu'ils nous font'annuellement Nous cesserions d'être
leurs
tributaires 3 et certes ils perdroient une branche de commerce considérable'; puisque de l'aveu méme de nos imbécilles
calomniateurs, les anglois fournissent plus du tiers des. nègres
qui vont périr dans nos colonies 2 sans compter ceux qu'ils traitent, et transportent sous notre pavillon (2).
Ainsi nos calomniateurs supposent quelds Anglois stipendient
en nous. 2 leurs propres ennemis ; qu'ils nous payent
faire abolir, et ces primes dont ils recueillent'la plus 2 pour
grande
(1) Nous ne sommes pas une' assemblée de philisopkes disoit dans la tribune
M. Dillon, , pour empécher l'assemblée nationale d'cntendre les citoyens der couleur;
et à.qui-vadresoit-ils A l'assemblée la plus respecrable sqjui ait encore existé.,
ses principes puisés dans la sainc philosophie,
par
(1) cc Lc commerce est-il aussi scrupuleux ? Des nègres traités par
qu'il importe dans les colonies' , comme s'il les avoittraités lui-même >>. des'Anglois, Observations
sur la situation politique de: Saint-Doningue, par M: de Pons, habitans de cette
article commerce,
iles
L 2
-
T
resoit-ils A l'assemblée la plus respecrable sqjui ait encore existé.,
ses principes puisés dans la sainc philosophie,
par
(1) cc Lc commerce est-il aussi scrupuleux ? Des nègres traités par
qu'il importe dans les colonies' , comme s'il les avoittraités lui-même >>. des'Anglois, Observations
sur la situation politique de: Saint-Doningue, par M: de Pons, habitans de cette
article commerce,
iles
L 2
-
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V
(S4)
tous les profits !
partic, et ce trafic dont ils emportent presque de youloir abolir
lls sapposent que les Anglois font semblant qu'ils trouvent à
chez eux la traite, afin de se priver de l'avantage
des esclaves !.. Et c'est avec ces inepties qu'on
nous vendre le change à l'assemblée nationale et au public!
cherche à donner
fondés à dire,queles négriers anglois
Ne serions-nous pas plus s'élèvent contre nous? Car, encore
corrompent les armateurs qui
le
c'est
le profit des Anglois que gouvernement
une fois,
pour
; ce sont eux qui retirent la plus
françois a donné des primes résultant des nègres qu'ils vengrande partie du produit colonial,
que soit lesuccès
dent; ce sont les Anglois qu'il faut payer, quel ils sont donc
dont ils fournissent les moyens (1);
des entreprises
la traite françoise ne soit pas abolie.
intéressés à ce que
ambitionnent la fourniture
Nous dira-t-on que les Anglois l'avons déja dit, ils ne pourroient
entière des nègres?Mais, nous
et seroient-elles faciles
les fournir qu'en violant les défenses ; 1
d'étoffe;
à violer? On ne cache pas un homme comme une pièce ?Non,
l'instant comme une denrée
on ne, le fait pas disparoitreà
jusquà croire qu'ils braveils ne portent pas leurs spéculations
une loi rigoureuse et sage; ; une loinécessaire
roient impunément
seroient prises, pour) purger insensi;
au succès des mesures qui
de l'esclavage.
blement les colonies des funestes poisons
foiblement envisagé la question, qu'on a préC'est pour avoir
maritimes ne peuvent abolir la traite
tendu que les puissances
Si le vol et T'assassinat
des esclaves que de concert.
faudroit-il le permettre
étoient permis dans T'empire britannique, vrai de dire que T'exemple
dans l'empire françois ?.. Il seroit plus Les nations puissantes ne
de la France entrainera PAngleterre.
de
n'ont gardc de faire ce décompte,
(1) Les défenseurs de la traite ct Tesclavage leurs exagérations , ils prétendent
on d'instruire le public de ce fait, lorsque par entre les colonies ct la métropole.
attacher le sort de l'empire François au commerce
étoient permis dans T'empire britannique, vrai de dire que T'exemple
dans l'empire françois ?.. Il seroit plus Les nations puissantes ne
de la France entrainera PAngleterre.
de
n'ont gardc de faire ce décompte,
(1) Les défenseurs de la traite ct Tesclavage leurs exagérations , ils prétendent
on d'instruire le public de ce fait, lorsque par entre les colonies ct la métropole.
attacher le sort de l'empire François au commerce --- Page 97 ---
CC
(85) )
odieuses les unes que les atres; ; et
veulent pas se rendre plus
débarrassées des frais énormes
d'ailleurs les colonies françoises 2
aussi violent
nécessité de templacer , par un moyen
qu'entrainela les esclaves don ton abrége les jours par une coûteuse
quelatraite,
d'économie rurale qui forceroit
barbarie, adopteroient un genre
bientôt à les imiter. :
de la métropole ne tarderoit pas
Ajoutons que le commerce résultant de l'abolition de la traite,
à remplacerl le mince déficit
si grand bénéfice
il existoit un déficit. Car, quel
si toutefois
de chances
donner à la Nation un commerce surchargé
peut
Les frais de la traite n'ont pas cessé d'augmenter ;
ruineuses?
des
étrangères qui servent à
le prix des esclaves et marchandises bientôt les sentimens que
les payer, 7 s'accroit sans cesse ; et
la justice demande
réveille la liberté, faisant eux-mêmes ce que
des entreà la loi, cet abominable trafic ne trouvera plus que
honte
vendront toujours plus cher aux colons, 2 la
preneurs qui
d'hommes ne pourront plus éviter.
que bientôt les marcliands
des hommes prévoyans, la question se réduit
Ainsi , aux yeux attendre
la traite périsse par son propre
à savoir, s'il faut
que
un décret d'aboavilissement, ou s'il faut précipiter sa fin par
ne faille
Dès-lors la question est jugée: Nul doute qu'il
lition.
dernières infections que la traite répanprévenir au plutôt, les
au tombeau.
droit en s'acheminant
que ce calcul
Mais puisqu'ilf Ifaut calculer avectsvatice.Rrangeis le demandons encore
moins celui de la nation ! Et, nous
soit au
tiennent-ils le compte des pertes
à nos perfides calomniateurs seuls , matelots qJue la traite employe?
que la nation fait par les
mille maux, dont le
Non-seulement ce trafic hâte leur mort par
le
détail seroit. trop long ; mais , nécessairement dépravés de par sang
la nécessité d'envisager
besoin d'être sans pitié 3 par
tantôt le rôle
froid les. scènes les plus horribles ; d'y remplir, du bourreai le plus
impitoyables , tantôt celui
de ravisseurs.
TAV
ots qJue la traite employe?
que la nation fait par les
mille maux, dont le
Non-seulement ce trafic hâte leur mort par
le
détail seroit. trop long ; mais , nécessairement dépravés de par sang
la nécessité d'envisager
besoin d'être sans pitié 3 par
tantôt le rôle
froid les. scènes les plus horribles ; d'y remplir, du bourreai le plus
impitoyables , tantôt celui
de ravisseurs.
TAV --- Page 98 ---
MV
( 86 )
-être les moeurs d'hommes que
inhumain 1 quelles peuventtout entraine dans la dépravation ?
infâme brutalité; ils
ils livrent à une
: Débarqués aux iles > s'y
créatures abandonnées à
dans les esclaves que des:
ne voyent
sur lesquels ils
leur cupidité , et des animaux sans protecteurs,
assouvir leurluxure, irritée parl'abetinence
peuvent impunément
font leur est rendu ; ils le reportent
et le climat. Le mal qu'ils
François ,
mêmes inclinations dans la métropole...
avec les
restons au-dessous de la vérité,
vous frémissez... Cependant nous
qui unit les colonies
cette partie du commerce
en vous peignant
vous-mémes, les avantages etl l'on nous
àl la métropole. Jugez-en,
!.. François, , vos ennemis
dénonce à vous comme vos ennemis' insultent à cette laborieuse
sont ceux qui vous trompent > qui
de la raison ! :
tout, pesant tout au poids
philantropie; 2 analysant
les marchandises
Enfn, les Africains ne consomment-ils chez eux le carnage
les européens alimentent
ayec lesquelles
les paient avec des esclaves ?
et la désolation 7 que parce qu'ils d'user des bagatelles que
Cesseront-ils de s'habiller de toile 2 et
de leurs mains
qu'au lieu de recevoir
nous'leur vendons > parce
victimes de notre féroce avatant d'innocentes
sanglantes,
les riches et nombreuses producrice 7 nous leur demanderons enrichir notre industrie manufactu:
tions dont T'Afrique peut des hommes ; ils sont par consérière? Non les Africains sont
fera naitre leur
des nombreux besoins que
quent susceptibles lieu de la funeste rage que nous soufflons sans
civilisation,si aùl
chez eux que des
ce:s se dans leur ame , nous ne provoquons d'ou ne puisse résulspéculations ou des entreprises pacifiques,
ter que des échanges innocens.
France! Prenez garde qu'en cherchant à vous
- Législateurs de-la
des
à Tégard de la traite,
tromper sur le but des débats
Anglois
la chute ; et
vous cache que leurs commerçans en prévoyent
on
encore vous arracher des primes pour
que tandis qu'on veut
eux que des
ce:s se dans leur ame , nous ne provoquons d'ou ne puisse résulspéculations ou des entreprises pacifiques,
ter que des échanges innocens.
France! Prenez garde qu'en cherchant à vous
- Législateurs de-la
des
à Tégard de la traite,
tromper sur le but des débats
Anglois
la chute ; et
vous cache que leurs commerçans en prévoyent
on
encore vous arracher des primes pour
que tandis qu'on veut --- Page 99 ---
C (67)
encourager les marchands d'hommes 2 les armateurs anglois (1)
n'attendent pas des encouragemens, > pour ouvrir avec l'Afrique
un commerce qui n'insulte point aux droits de T'homme, et dont
les opérations soient moius casuelles.
Outre lcs gommes 2 l'ambre gris 2 le miel , l'ivoire 2 la laine,
les fourrures 2 l'argent, L'OR... outre les bois les
les
plis précieux 2
drogues les plus chères, toutes les sortes de poivre et d'épiceries 2 toutes les richesses des
moluques 3 on y trouve encore
le tabac, le riz, l'indigo 2 le coton en abondance, et à des prix
inférieurs à ceux de tous les marchés connus. On y trouve enfin
la canne à sucre, ce prétexte de tant de crimes auxquels nous
devons la cherté de cette bienfaisante production.
En faut-il davantage pour exciter l'émulation des habitans de
nos ports ? Les Africains préféreroient-ils de nous livrer leurs
frères et leurs enfans 2 plutôt que de nous vendre ces diverses
productions pour en charger nos vaisseaux Que de maux de
tous les genres nous éviterions ! Et combien ce commerce présenteroit moins de
risques 2 exigeroit de moins longues avances,
ouvriroit une carrière plus vaste aux spéculations 2 favoriscroit
davantage l'activité et T'industrie,que le brigandage de la traite !
S IV.
Sur le Commerce de la Métropole avec les Colonies.
Nous croyons qu'il est temps de faire cesser le règne des illusions; que nous avons besoin d'étre éclairés et conduits, par les
(1) Bristol expédie annuellement, pour l'Afrique treize bâtimens qui n'achètent
point d'esclaves, et ne cherchent, que les productions de ce riche et vaste continent. La société a plusieurs fois averti les commerçans françois de l'événement qui
se prépare. Les Ang'ois actifs et entreprenans, auront remplacé en Afrique la part
qu'ils ont au trafic des noirs, , pendant qu'en France on amusele public de la sotte
idéc qu'ils veulent s'emparer de toute la traite.
rique treize bâtimens qui n'achètent
point d'esclaves, et ne cherchent, que les productions de ce riche et vaste continent. La société a plusieurs fois averti les commerçans françois de l'événement qui
se prépare. Les Ang'ois actifs et entreprenans, auront remplacé en Afrique la part
qu'ils ont au trafic des noirs, , pendant qu'en France on amusele public de la sotte
idéc qu'ils veulent s'emparer de toute la traite. --- Page 100 ---
PI
VIM
( d 88 )
de la liberté, relativement à nos rapports commerinfluences
le monde entier offre à une nation popuciaux, à ceux que
leuse comme la nôtre.
extérieur, que
à Tégard de notre commerce
Nous croyons
sont aussi les plus habiles commerles peuples les plus libres ,
leur
leur industrie 7 leur activité,
persévérance
çans ; que dout ils s'honorent, leur ont bientôt suggéré
dans un état
les barrières qu'on veut leur
les moyens de franchir par-tout
toutes les entraves, 9
; qu'ils ne tardent pas à déjouer
opposer
toutes les génes par lesquelles
tous les réglemens prohibitifs 1
de la fiscalité,
accoutumés aux étroites conceptions
les états
des commerces excluprétendent les arrêter, et se conserver
des
exclusives 2 en un mot
priviléges
sifs, des manufactures
de confiscations, de peines
qu'il faut environner de gardes,
de frais. Nous croyons
corporelles ; et par cela même charger
eut été libre , les prohibitions des Anglois 1
que si la France
n'auroit pas eu le mêe
qu'on cite comme un exemple à suivre,
succès.
les
libres, la nature
Nous croyons en général qu'entre peuples
c'est à
de leurs avantages réciproques ; que
scule est T'arbitre
et à les défendre.
elle à distribuer les priviléges exclusifs,
de
et certes on a raison, que la France
On ne cesse répéter, le
fortuné. Mais à quoi sert cette obserest assise sur le sol plus
Sil'on
vation , si elle ne conduit pas à ses justes conséquences?
que la France doit acquérir T'avantage,
veut toujours ignorer
Ies productions brutes ou manudans tous les marchés, pour
des matières
à son sol; et qu'à Tégard
facturées, appartenantes
l'avantage dans
brutes étrangères 1 elle doit encore acquérir
les
elle luttera avec des nations obligées comme elle,
tous cas où
; à moins qu'il n'y ait
à ne les recevoir que par Timportation
ou dans les
différence dans l'éloignement respectif,
une grande
commodités relatives au transport?
Quant
orer
Ies productions brutes ou manudans tous les marchés, pour
des matières
à son sol; et qu'à Tégard
facturées, appartenantes
l'avantage dans
brutes étrangères 1 elle doit encore acquérir
les
elle luttera avec des nations obligées comme elle,
tous cas où
; à moins qu'il n'y ait
à ne les recevoir que par Timportation
ou dans les
différence dans l'éloignement respectif,
une grande
commodités relatives au transport?
Quant --- Page 101 ---
da
(89)
QuantAla consommation des productions étrangéres; à moins
qu'un peuple ne soit réduit à une pauvreté extrême; qu'ilne soit
mal distribué sur son sol ; que ses commanications intérieures
soient, 2 ou impossibles, ou coûteuses; ; il est évident que le peuple
le plus nombreux, sera en méme-temps le plus grand consommateur. Or,à cet égard, quei gouffre de consomimations la France
n'offrira-t-elle pas aux productions étrangères à son sol, mais qui
conviennent cependant à la santé, à l'entretien, aux jouissances
des François !
Ce que nous pensons des avantages de la France, à l'égard de
ses productions et de ses consommations, nous le pensons également de la marine marchande.
On conçoit comment, sous l'ancien régime 7 grevée comme
toutes choses, parl l'avidité et l'impéritie de la fiscalité, rançonnée
dans Tétranger par nos consuls (1), et conduité par des marins
qui méprisoient leur état, ety cherchoient une prompte fortune,
pour s'en retirer promptement; nos transports. maritimes, plus
dispendieux et moins bien conduits que ceux dés nations libres,
augmentoient nos désavantages dans la concurrence 2 et assujettissoient nos commerçans à la nécessité de préférer les embarcations sous pavillon étranger. Mais les causes de ces désavantages
étant détruites, 2 peut-on comprendre commient la navigation fran-
(1)Cn n'a pas encore examiné la tyrannic désastreuse des droits' que payent aux
consuls, les navires français. Les consuls sont établis pour les protéger; mais cette
protection doit-elle êtrc ruincuse? Il en coûte aux vaisseaux françois pour les frais de
consulat, dix à vingt fois plus qu'aux navires des autres nations, tant l'esprit destructeur de la fiscalité avoit étendu ses ravages. Est-il étonnant après cela, sil'on voit
300 vaisseaux. arriver dans un port, , chargés de produictions frangoises, ct
dans
ces 300 vaisscaux, , il y en ait à peine 15 françois : Cependant CC qu'un que, navire
étranger fait, un navire françois pouvoit le faire.
On s'étonne de voir les ports de mer demander des primes, qui ne sont des
secours trompeurs, et ne Pas demander que les commis de la nation ne que
pas ses vaisseaux.
rançonnent
1)
M
LU
W
dans un port, , chargés de produictions frangoises, ct
dans
ces 300 vaisscaux, , il y en ait à peine 15 françois : Cependant CC qu'un que, navire
étranger fait, un navire françois pouvoit le faire.
On s'étonne de voir les ports de mer demander des primes, qui ne sont des
secours trompeurs, et ne Pas demander que les commis de la nation ne que
pas ses vaisseaux.
rançonnent
1)
M
LU
W --- Page 102 ---
VIM (so)
goise sera plus couteuse, moins sûre et moins diligente, que celle
dequelque nationque ce soit; comment nos frais pourronto détruire
ce que nous promettent 1 sous l'influence de la liberté, notre
sol, notre population, notre industrie 1 nOS richesses acquises P
Il faudroit donc que, chez les François 2 les effets fussentopposés
aux causes 2 et que l'es, rit de conduite y fat sans cesse en contradicticn avec le bon sens.
On ne peut plus craindre cette humiliation. Ainsi, fournitures,
consominations, transports 1 la France pourra, sur tout cela ,
tenir le premier rang dans les marchés.
vous qui mettez votre esprit à la torture, pourinventer des
douanes oppressives; ; des déclarations écrites qui, des deux parts,
familiarisent àla fausseté; des actes de: navigation illusoires; des
gardes qui ne gardent rien, et reçoivent salaire des deuxmains; des
confiscations odieuses; en un mot, des volumes de réglemens
les
arrétent l'industrie des hommes simque fripons vantent, qui
pleset religieux, et consternent ceuxquisont) honnêtes et éclairés;
détruisez ce petit nombre de vérités que nous venons d'établir,
ou laissez la France obéir simplement aux indications de la
bienfaisante nature. Vous apprend-elle à enchainer un coursier
vigourenx et plein d'ardeur, afin, de le faire lutter avec plus
d'avantage contre ses foibles rivaux?
Quoi! les Américains libres iront dans nos iles en acheter les
prodluctions!. Mais les leur donnera-t-on pour rien ? Et s'ils
peuvent les payer, pourquoi ne voulez-vous pasq qu'ils les achétent?
Toute marchandise à vendre, appartiendra toujours à celui quila
paiera le mieux ; de même que tout vendeur au plus bas prix, est
sûr de la préférence (4) ; et nous avons, à ces deux égards, des
(1) Tout cède à cette vérité, jusqu'aux haines nationales les plus invétérées. Toutes
les résolutions patriotiques n'y font rien ; on les oublic, tandis qu'on n'oublie jamais
lintention de vendre cher > ct d'acheter bon marché, Les Américains libres détes-
quila
paiera le mieux ; de même que tout vendeur au plus bas prix, est
sûr de la préférence (4) ; et nous avons, à ces deux égards, des
(1) Tout cède à cette vérité, jusqu'aux haines nationales les plus invétérées. Toutes
les résolutions patriotiques n'y font rien ; on les oublic, tandis qu'on n'oublie jamais
lintention de vendre cher > ct d'acheter bon marché, Les Américains libres détes- --- Page 103 ---
d
(91)
perdre que par notre faute; car
avantages que nous ne pouvons libres ne peuvent pas fournir
nous avons ce que les Américains des huiles, une infinie variété de
des vins,
aux colons François:
fabriqués pour lhabillement; tout
toiles, une multitude d'oljets
Ie
faire
T'aisance, le luxe et gout peuveut
ce que la nécessité,
désirer.
voudrions obliger les coloIl nous manque des bois, et nous
Mais si nous pouvions
nies à n'en recevoir que par nos mains !
aurions moins de
les leur fournir au prix des Américains 9 nous
précieuses à vendre. Les riches manufactures,
productions plus
créent dans les forêts. Si laj poles cultures abondantes, ne se
pas
la
l'abondance des bois prouve pauvreté.
pulation fait la richesse,
si notre intervention
Laissons donc fournir des bois à d'autres,
nous
chers ; et cherchons à remplacer ce que
les rend plus
refléchi de l'avidité,
appelons une perte, dans le langage peu
de tous les
dans nos colonies même, des entrepôts
en formant,
vendre aux habitans de toute l'Amériobjets que nous pouvons
nous ; alors tous les
que, avec avantage pour eux et pour la liberté est la plus,
et c'est en celaque
intérêts se concilieront,
grande source de richesses.
subsistances. Le droit
Le même raisonnement s'applique aux
la plus incomexclusifdeles fournir est, de toutes les méprises,
de voir
préhensible. Quel travail, quelle industrie espère-t-on horreurs de la fa-,
où l'on est sans cesse exposé aux
prospérer
vendre et ôter à son débiteur,
mine ! C'est vouloir tout-à-la-fois
de payer ce qu'il achète,
de la manière la plus cruelle,les moyens
Siles AmériLa liberlé n'est pas coupable de ces extravagances. superfus à dispocains libres ont en subsistances de plus grands
tant mieux pour nos colonies; faisons y régner
ser que nous ,
la liberté, et ces secourables
une bonne police, protégeons y
cux de toutes lcs choses oui il trouvent leur
tent les Anglois, et trafiquent avec >
avantage.
M 2
ir tout-à-la-fois
de payer ce qu'il achète,
de la manière la plus cruelle,les moyens
Siles AmériLa liberlé n'est pas coupable de ces extravagances. superfus à dispocains libres ont en subsistances de plus grands
tant mieux pour nos colonies; faisons y régner
ser que nous ,
la liberté, et ces secourables
une bonne police, protégeons y
cux de toutes lcs choses oui il trouvent leur
tent les Anglois, et trafiquent avec >
avantage.
M 2 --- Page 104 ---
à
V LsA MM INEI IENS
(92 )
voisins, favoriseront la population de nos fréres ; les produits
coloniaux augmenteront 2 et encore une fois, nous régnerons
tonjours sur leurs marchés, quoique devenus libres, tant que
nous ne détruirons pas, par de fausses mesures, nos avantages
naturels.
Près de Saint-Domingue, la petite ile, ou plutôt le rocher de
Curaçao, a sans comparaison recueilli plus de richesses qu'ancune denos iles. Pourquoi? Parce que son port est ouvert à tous
les peuples de la terre 3 parce que toutes les sortes échanges
peuyent s'y consommer; parce qu'on y vit, qu'on s'y enrichit
dé la sottise des autres nations. La terre fertile de nos colonies
auiroit-ellé moins d'avantages, si l'on y jouissoit de la méme
liberté ? On a déja vu le commerce de Curaçao s'affoiblir à
l'instant où Saint-Domingue a ouvert quelques-uns de ses ports.
Ecoutez donc ia leçon de T'expérience > commerçans patriotes,
qui, de bonne foi, craignez de perdre la fourniture des colonies.
Ne voyez-vous pas que, sOuIS le régime prohibitif, les consommations plus coûteuses, sont mesquines? Ne voyez-vous pas
que, sous le régime de la liberté , moins chargées de frais et
d'entraves, elles seroient beaucoup plus considérables; qu'appellées à jouer un rôle important sur le théâtre commercial de
nos colonies, comme par-tout, vous verriezleur richesses décupler rapidement, et par cela même vos avantages?
Echo' des colons blancs, vous les vantez ces richesses. Mais
examinez avec nous 2 ce qu'elles sont dans ce moment 2 où le
régime prolibitif pèse sur le commerce 1 en méme-tems que
le régime tyrannique pèse sur les citoyens de couleur.
On exalte la richesse de nos colonies ; et le voyageur étonné
n'y rencontre rien de ce qui, par-tout ailleurs, atteste un peuple riche. Aux sucreries près 3 qu'on est obligé de soigner, tout
y ressemble aux habitations mesquines de peuplades qui s'attendent tous les jours aux saceagemens, aux pillages de l'ennemi.
En effet, quel ennemi plus redoutable que ces cultivateurs-
le régime tyrannique pèse sur les citoyens de couleur.
On exalte la richesse de nos colonies ; et le voyageur étonné
n'y rencontre rien de ce qui, par-tout ailleurs, atteste un peuple riche. Aux sucreries près 3 qu'on est obligé de soigner, tout
y ressemble aux habitations mesquines de peuplades qui s'attendent tous les jours aux saceagemens, aux pillages de l'ennemi.
En effet, quel ennemi plus redoutable que ces cultivateurs- --- Page 105 ---
(
V
(95)
eorsaires qui, ne recueillant que pour emporter, sont par principes ennemis des dépenses locales ? Dès qu'ils ne veulent que
ravir, à quoi leur serviroient des édifices solidement construits
et commodes, des villes et des bourgs dont l'agrément et la
salubrité pussent y fixerles habitans, attirerles étrangers?
leur importent ces embellissemens
Que
qui s'élèvent et se perfectionnent sous les soins du patriotisme ? Ce n'est pas dans les
colonies qu'ils se contemplent eux et leur postérité. Leurs
voeux les portent sans cesse au milieu du tumulte et des
tions européennes 1 et l'opéra de Paris leur est plus précieux, corrupque la moindre trace d'esprit public dans les colonies.
Les ménagemens pour le sol, les soins quiont pour objet de
le régénérer et le rendre agréable, sont pour eux des sujets de
dérision. Un arbre qui n'offre que son ombre, est proscrit ; car,
disent ces Pizarres de la culture : Jamais bois debout na enrichi
son maitre.
A peine accordent-ils dix années au meilleur sol pour s'enrichir. Aussitôt qu'un terrein 2 las de donner sans rien recevoir,
ralentit ses présens, il est abandonné pour de nouveaux défrichemens, et ainsi successivement, > jusqu'à ce que la possesion
entière, trop coûteuse à régénérer, force le propriétaire à l'abandonner.
Quelques riches plaines semblent soignées (1), parce qu'elles
résistent plus long-tems à une culture désastreuse; mais tout ce
qui s'incline vers la mer, et c'est la position de la presque totalité des colonies, ne présente que des terrains bientôt condamnés à l'infertilité, à cause du dépouillement des sels prolifiques
entrainés par les eaux, et qu'on ne remplace jamais.
a
Quelle race d'hommes auroit intérêt à se conduire avec plus
d'affection pourlesol?On: ne sauroit trople répéter, les indigénes,
(1) Telles que celles du Cap, : Pon-dauphin,PAicaye, le Cul-de-sac > Leogane,
les Cayes du fond de Saint-Domingue.
à l'infertilité, à cause du dépouillement des sels prolifiques
entrainés par les eaux, et qu'on ne remplace jamais.
a
Quelle race d'hommes auroit intérêt à se conduire avec plus
d'affection pourlesol?On: ne sauroit trople répéter, les indigénes,
(1) Telles que celles du Cap, : Pon-dauphin,PAicaye, le Cul-de-sac > Leogane,
les Cayes du fond de Saint-Domingue. --- Page 106 ---
VIM
(94)
les citoyens de couleur 7 en un mot, les créoles. Mais aussi ces
précieux habitans, moins avares que les européens 2 ne tarderoient pas à devenir les uniques propriétaires du sol... Et voilà
ce que les européens craignent; ils appréhendent qu'une sage
culture, que l'esprit de l'indigénat, ne leur ravissent ces champs
qui sont pour eux 7 comme sont pour la guépe les prairies
émaillées de fleurs; elle empoisonne en butinant, le calice
la nourrit, et se retire sans s'inquiéter qui en fera naitre qui de
nouvelles.
Delà, l'état de dépression dans lequel les colons
tiennent les citoyens de couleur; delà le préjugé révoltant passagers sous
lequel ils veulent enchainer T'existence et les mouvemens de ces
enfans de nos colonies ; delà l'audace avec laquelle leurs tyrans
veulent nous persuaderque ce préjugé est indestructible,et qu'ils
entraineront les colonies hors de la tutelle de la métropole,plutôt que d'y voir rétablir les droits de l'homme, , le code de T'humanité, et le régime, oùt toutes les propriétés morales et matérielles seront également protégées par la loi, et par des juges
intègres.
Faut-il s'étonner si, dans cet état de choses. 2 le citoyen de couleur > jouissant de quelque fortune, et fixé pour la vie sur son
sol natal, n'a pas osé embellir sa demeure; s'il est sans force,
sans crédit pour obtenir tout ce qui rendroit le séjour des colonies sain, , agréable et sur ? Toujours en butte à la jalousie des
blancs, rourquoi n'auroit-il pas appréhendé de se voir interdire
des logemens commodes, et des habitations où l'agréable se joignit à l'utile ? On leur défendit en 1768 les habillemens riches
et de goût, on pouvoit bien leur défendre des maisons embellies ; on les obligeoit à prendre leurs noms dans l'idiome affricain, on pouvoit bien les forcer à végéter retirés dans des huttes.
Nous dira-t-on que les tremblemens de terre, et les ouragans
qui regnent dans nos, colonies, s'opposent à la construction des
édifices solides, etc. ? Vaine défaite. Le plus terrible des volcans
1768 les habillemens riches
et de goût, on pouvoit bien leur défendre des maisons embellies ; on les obligeoit à prendre leurs noms dans l'idiome affricain, on pouvoit bien les forcer à végéter retirés dans des huttes.
Nous dira-t-on que les tremblemens de terre, et les ouragans
qui regnent dans nos, colonies, s'opposent à la construction des
édifices solides, etc. ? Vaine défaite. Le plus terrible des volcans --- Page 107 ---
(95) )
menace et afflige Naples depuis des siècles, et Naples reste couvert de somptueux édifices, qui succédent les uns aux
comme dans les contrées où la nature ne montre
autres,
que les
ces du repos. Les tremblemens de l'Amérique méridionale, apparensans comparaison moins menaçans, (1) ont-ils empéché de bâtir
avec solidité au Pérou, au Mexique, à St. Domingue, dans l'ile
de Ténériffe, et dans d'autres villes de la domination
espagnole;
(2) quoique ces contrées aient été jusqu'ici,
plus sujettes aux
tremblemens de terre, que les colcnies françoises ?
Quant aux ouragans, loin qu'ils soient une raison de n'élever
que de fragiles bâtimens, il ny a qu'à gagner à leur
des
masses solides, construites et
opposer
placées avec intelligence. (5)
Commerçans et manufacturiers françois, c'està vous sur-tout
que ces réflexions s'adressent. Après vous être rassurés
les absurdes
contre
menaces des soi - disant députés, sachez voir le
piége qu'ils vous tendent; après vous être convaincus
pression sous laquelle les créoles basanés
que l'opdes causes
gémissent, est une
qui arrétent dans nos colonies les effets de la
périté, déclarez-vous enfn en faveur des malheureux prosde couleur, (4) et des esclaves plus malheureux
citoyens
encore.
(1) On n'en compte que deux violens. Celui de la Jamaique > en
fut presq/insensible à Saint-Domingue, et celui de 1770 à Saint-1 Domingue, 1708, qui
qui
effraya plus qu'il ne fit de mal , et qui ne fut presque pas senti à Ia Jamaique,
(2) Voyez l'abbé Raynal 3 sur la somptuosité des villes espagnoles, et lcs charmes
des campagnes voisines.
(3) On connoit la direction des ouragans redourables 5 ainsi l'on garantir les
habitations de leur fureur. L'art a dompté, sur les plages les peut
plus exposées, ces
vagues énormes , qui , poussées de loin par un poids dont la progression effraie
limaginarion, renversent les masses les plus solides 5 lintelligence humaine a trouvé
moyen de rendre leurs efforts presque nuls 3 sur 80 simple rempart de terre.
(4)Nous avons sous les yeux un placard publié le 28 avril 1790, par l'assemblée
générale de Saint-Marc, placard antérieur aux époques où cette assemblée prétend
plus exposées, ces
vagues énormes , qui , poussées de loin par un poids dont la progression effraie
limaginarion, renversent les masses les plus solides 5 lintelligence humaine a trouvé
moyen de rendre leurs efforts presque nuls 3 sur 80 simple rempart de terre.
(4)Nous avons sous les yeux un placard publié le 28 avril 1790, par l'assemblée
générale de Saint-Marc, placard antérieur aux époques où cette assemblée prétend --- Page 108 ---
1 MM DIT IN
-
-
(96)
Après avoir vu nos colonies telles qu'elles sont, voyez-les telles
qu'elles peuvent être 2 affranchies de prohibitions, et délivrées
de vexations; et surtout élevez votre ame aux nobles conceptions de la liberté. Elle n'appauvrit point l'homme laborieux;
travaille à sa fortune, elle éloigne de lui, les
et pendant qu'il
dégoûts, les mépris 7 les humiliations dont le despotisme et
T'aristocratie environnent les citoyens, qui, proportionnant
leurs dépenses à leurs moyens 3 chérissent l'espoir de jouir un
avec honneur et sans remords, du fruit de leurs peines.
jour ,
Méprisez ces systémes démentis par tant de faits, qui soumettent la plus noble partie de T'homme au climat. L'homme
est le même par tout, quand les lois lui conservent ses droits,
quand on prend soin de l'instruire ; et , à cet égard, le monde
commence seulement à se ressentir des heureux effets de l'imprimerie. Portez donc dans les climats chauds, 2 les principes,
les lois, les o,inions et les usages d'unc liberté généreuse ;
elle y enfantera des miracles. Sous ces climats l'homme est
intelligent. Débarrassé des gênes 7 et des
fort, dispos 2 agile,
avoir prouvé son attachement à la métropole. Les citoyens de couleur, inquiets
ct outragés, cherchoienr à se communiquer leurs craintes, et cela seul étoit un
crime. L'assemblée considérant, porteleplacard, que les gens de couleur libres manifestent
des intentions contraires à la tranquillité publique , par des attroupemens réitérés. , décrète provisoirement, qu'ilest fait défense à tous les gens de couleur libres,u dessus de l'âge
de quinze ans > de JAMAIS sortir cn armes, et de JAMAIS s'absenter de leur paroisse, sans
unc permission par écrit, des comités paroissiaux. sous peine d'être déclarés coupables
du crime DE LÈZE NATION.. même peine pour les gens de couleur absens de leur domicile, , s'ils n'y rentrent pas sous huit jours,
Le 30 du même mois, autre piacard oà l'assemblée générale décrète, gute les proetl les
de couleur libres, qui se comporteront bien à l'avenir 2 seront sous la
priétés , personnes
sauvegarde de l'assemblée ginérale de la Nation... Dc quelle Nation : Et oti décrète-on que
les propriétés et les personnes auront besoin d'une sauvegarde, si ce n'est lorsque les
prétendus souverains veulent s'en emparer, comme l'a proposé M. de Bauvois?
Ces actes du despotisme criminel des colons blancs 9 s'exécuroient à St. Domingue, s
gendant qu'ici leurs députés s'opposoient aux envois de troupes!
dépenses
érale de la Nation... Dc quelle Nation : Et oti décrète-on que
les propriétés et les personnes auront besoin d'une sauvegarde, si ce n'est lorsque les
prétendus souverains veulent s'en emparer, comme l'a proposé M. de Bauvois?
Ces actes du despotisme criminel des colons blancs 9 s'exécuroient à St. Domingue, s
gendant qu'ici leurs députés s'opposoient aux envois de troupes!
dépenses --- Page 109 ---
97 )
cause Tintempérie des saisons * il a plus de
dépenses que
temps à donner aux travaux. La terre ne s'enveloppant jamais
de cette écorce dure et rebutante quiréduit, la moitié de l'an:
néc , le cuitivarcur à l'inaction, les colonies deviendroient bientôt le séjour le plus heureux, le plas peuplé et le plus riaut de
l'univers.
d'être
Seroit-ce un malheur pour vos échanges? Risqueroit-il
le rendez-vous, où T'habitant de lEurope, et de la vaste
désert, trouveroient toutes les commodités de la vie, une poAmérique,
les vrais amis de la justice et de Thumanité,
lice organisée par
à
contre leur
et des marchandises de tout genre échanger
ou leurs denrées ? Les habitans du pays le plus favoargent
-ne seroient-ils que de misérables glaneurs,
risé de l'Europe,
de se rencontrer deux
dans ces marchés où ne cesseroient pas
destinés à rester amis, et à multiplier leurs rapports
peuples
la
fait des progrès chez
commerciaux, à mesure que population
de l'état de
l'un, et que, chez l'autre, les manufactures sortent
médiocrité oùt les a tenus l'ancien régime?
Nous croyons que, gouvernées par cette généreuse politique,
colonies seroient bientôt en état de se protéger ellesnos
mémes par leur propre population ; que, dès-lors, 9 constamment
d'invasion, elles ne causeroient plus à la métropole, ni
à l'abri
multitude de citoyens sont une
ces alarmes qui, pour une
de
calamité; ni ces énormes et continuelles dépenses
grande
servent de motif à des prétentions tyranniques,
protection 2 qui
meurtrières, auxquelles on résiste
et amènent enfin ces scissions
inutilement (1).
doute les états unis feroient encore partie de l'empirc britanaique,
(1) Qui
que
offensent les uns s ct rendent les autres
sans ces rapports de protecteur à protégé , qui
la liberté comme le patrifous d'orgueil? Avec dc bonnes loix, > et en regardant
moine de tous les hommes, n'est-il pas possible quc tout motif de scission associations disparoiste :
devant les ayantages de la force et de la sécurité que dorynent lcs grandes
N
TW
oute les états unis feroient encore partie de l'empirc britanaique,
(1) Qui
que
offensent les uns s ct rendent les autres
sans ces rapports de protecteur à protégé , qui
la liberté comme le patrifous d'orgueil? Avec dc bonnes loix, > et en regardant
moine de tous les hommes, n'est-il pas possible quc tout motif de scission associations disparoiste :
devant les ayantages de la force et de la sécurité que dorynent lcs grandes
N
TW --- Page 110 ---
(98 )
Nous croyons que, sous l'utile influence de la commmunauté
des avantages sociaux, ces vastes et fertiles contrées (a)
qu'oubliées du citoyen françois, par une suite des vices du systéme prescolonial, deviendroient bientôt l'objet de son attention ; que le
créole instruit et acclimaté, 7 donneroit la main à son frère d'Europe, pour fonder de nouveaux établissemens, et que la France
peuplée se feroit un grand bien à elle-même, en prenant un grand
intérêt à la France déserte.
Nous ne concevons pas méme comment, en envisageent les
destins des Etats-unis de l'Amérique, le comnerce inmense
qu'ils peuvent lier avec
l'Amérique espagnole 2 et la part que
la liberté, établie dans nos possessions américaines, peut nous
donnér à ce commerce, on écoutera cette jalousie pusillanime,
qui craint de voir un étranger acheter une barrique de sucre
ou de café dans nos colonies. En estil venu moins dans nos
ports, depuis que malgré nous la fraude en enlève davantage; et
tous les reglemens prohib.tifs, empéchent-ils qu'on n'exporte,
une livre de notre sucre ou de notre café, de moins. 1 dans les
Etats-unis ? Le fisc perdroit-il ses droits si cette exportation
n'étoit pas clandestine?
Nous dira-t-on que nous désirons , pour les colonies , une
liberté qui rendroit leur possession indifférente à la métropole?.. Mais une association n'est-elle avantageuse qu'autant
que certaines portions du corps politique sont les tyrans des
autres ? Pourquoi, dans ce cas ; la Corse est- elle aussi libre que
tous les autres départemens? Pourquoi. entre ceux-ci,n'en est-il
aucun dont l'industrie soit restreinte pourlavantage des autres?
Si un grand empire a besoin d'un commerce extérieur pour
tenir son industrie en haleine, lui est-il égal d'établir ce comA-t-on,sil l'on en excepte la conquête, quelque exemple de séparations dans les corps
politiques, qui ne soitle résultat de vexations 3 et de partialités outrageantes ?
(1) La Guyanne.
- elle aussi libre que
tous les autres départemens? Pourquoi. entre ceux-ci,n'en est-il
aucun dont l'industrie soit restreinte pourlavantage des autres?
Si un grand empire a besoin d'un commerce extérieur pour
tenir son industrie en haleine, lui est-il égal d'établir ce comA-t-on,sil l'on en excepte la conquête, quelque exemple de séparations dans les corps
politiques, qui ne soitle résultat de vexations 3 et de partialités outrageantes ?
(1) La Guyanne. --- Page 111 ---
C
(99)
merce avec des étrangers ou des concitoyens 2 Quand tout le
seroit relativement aux objets commerciaux, la conformité du
langage et la soumission aux mémes lois, n'ajoutent-elles rien
à l'intimité , à la sureté et à la confiance réciproques?
Enfin, si l'étendue de ses côtes exige que la France continentale ait une marine 7 est-il indifférent que ces vaisseaux
puissent rencontrer, dans des parages éloignés, des frères ou
des étrangers? Si la question n'est pas douteus. o en faveur de la
fraternité, ne vaudroit-il pas mieux que les habitans des colonies ne fussent pour la métropole que des étrangers, 9 plutôt que
de les autoriser à se regarder comme des enfans disgraciés?
Non, rien de raisonnable aux yeux de la saine politique,
ne peut-être allégué contre la nécessité de rendre le commerce
des colonies aussi libre que celui de la métropole (1)-
Cependant, nous ne nous flattons point d'en convaincre les
commerçans de nos ports. Intimidés par Thabitude, ils continueront à demander des libertés pour eux et, des gênes pour les
autres. Ils n'auront pas le courage d'envisager les étrangers
trafiquer librement dans nos iles. Accoutumés aux jalousies,
à ne marcher qu'à l'aide de secours trompeurs, ils craindront
de perdre les favéurs qui, augmentant la dépense publique,
servent bien plus à soutenir la concurrence des étrangers,
les
qu'à aider à notre
avec qui ces commerçans
partagent,
industrie. Ainsi la prospérité locale des colonies, qui reflueroit
sur la métropole par tant de canaux divers, sera retardée, tandis
qu'elle peut être l'ouvrage d'un monent.
() C'est dire assez. que la liberté du commerce n'étant pas encore établie en
Francc, , jusqu'à l'entière franchise des droits sur les marchandiscs; celui des colonies
scroit mis sur lc même pied, et que les importations ct exportations de Pétranger,
c: à létranger, seroient assujetties à dcs contributions domaniales 2 telles q-'eiles
n'excitassent pas à la fraude. On a senti en: France la nécessité de les assujettir à
cette sage et judicieuse limitation 5 elle est la même pour les colonies.
N 2
en
Francc, , jusqu'à l'entière franchise des droits sur les marchandiscs; celui des colonies
scroit mis sur lc même pied, et que les importations ct exportations de Pétranger,
c: à létranger, seroient assujetties à dcs contributions domaniales 2 telles q-'eiles
n'excitassent pas à la fraude. On a senti en: France la nécessité de les assujettir à
cette sage et judicieuse limitation 5 elle est la même pour les colonies.
N 2 --- Page 112 ---
A
A
(1co)
Faudra-t-il, pour revenir de ces méprises 1 attendre les discussions pénibles et lentes des prochaines législatures ?
Osons proposer aux commerçans un plus court moyen de fixer
l'opinion publique. Que, dans les places maritimes, ils chargent
quelques-uns d'entr'eux de l'utile tâche de rechercher, dans leurs
débats sur la régénération des principes commerciaux, le véritable intérét de la nation , Tétat de choses dont les heureux
effets seront les plus durables, et s'étendront le plus généralement; que, libres de tout intérêt personnel et de tout préjugé
d'habitude, ceux qui seront choisis, se trouvent engagés, par leur
hionncur, à étudier dans touteslenrsconséqsencessratiouencesnationnfe,les
vrais résultats de ces. faveurs, ou de ces priviléges qui dérogent à
la liberté, ct corrompent, par cela même, l'esprit de ceux qui
doivent la défendre. Cette inarche fera succéder la lumière aux
ténébres, des démonstrationsexactesàdes. allégations sans preuve;
elle empéchera les motifs secrets de se revétir du manteau de
l'intérét public.
Pourquoi craindroit-on ces délibérations patriotiques 2 concentrées dans des comités peu nombreux ? Pourquoi le commerce, l'industrie de tout l'empire, n'auroientils pas enfin leurs
procureurs généraux, devant lesquels les demandes de l'intérêt
personnel ne seroient discutées que dans leur rapport avec
lintérét général 1 pour être ensuite mises sous les yeux de l'assemblée générale dans leur vrai point de vue?
La classe la plus nombreuse des commerçans ne peut rien y
perdre; le meilleur systême générallui convient mieux que tout
autre. Ce n'est pas elle qu'enrichissent les spéculations obscures
favorisées par les primes 2 les privilèges, 2 les prohibitions, et
toutes les mesuresqui, dans un état comme la France, prouvens
des vices, et non des obstacles natureis (1).
L'acte de navigation , par exemple, 2 que propose M.Mosneron, fera-t-il que les François navigue:on: à moins de frais : Et oi cn sera l'avantage, lorsqu'on seraforcé dehisser aux navires étrangers 2 le transport de nos denrées colcniales?
ures
favorisées par les primes 2 les privilèges, 2 les prohibitions, et
toutes les mesuresqui, dans un état comme la France, prouvens
des vices, et non des obstacles natureis (1).
L'acte de navigation , par exemple, 2 que propose M.Mosneron, fera-t-il que les François navigue:on: à moins de frais : Et oi cn sera l'avantage, lorsqu'on seraforcé dehisser aux navires étrangers 2 le transport de nos denrées colcniales? --- Page 113 ---
(
I01 )
D'autres considérations non moins puissantes, sollicitentl l'adoplibéraux entre la métropoie les colonies et
tion des principes
les autres nations.
On ne peut pas les empécher de faire échelle dans nos ports; et dès lors, on reste
sans-ccsse exposé à voir enfreindrclacte qui restreindra aux seuls vaisseaux françois le
transport d'un port à l'autre. D'ailleurs , cet acte n'oteroit-il pcint aux caboteurs étrangers, une des ressources 2 au moyen desquciles ils peuvent venir charger nos denrées CCloniales à un fret, auquel, suivant M. Mosneron, nous ne pouvons pas encorc desqu'il convienne a dcs hamcendre : Pourquoi certe impsisance?N'entil pas singulier
de venir en France,
desvins des sucres. 2 des cafés, etc. etc. etc.
bourgeois 2
charger
pour les transporter chez eux, ct qu'il ne poisse pas convenir à des vaisseaux françois,
de porter ces mêmes denrées à Hambourg, ct d'en revenir chargés comme les vaisseaux
hambourgeois 2 N'est-il pas encore plus singulicr que dcs vaisscaux anglois, cthollandois puissent faire ce voiturage, er qu'sl scit impossible aux françois? : M. Moneron
appelle cela de petits profits, dont unenation opslente, ct qui fait de grands binéfices,peut bien
se consoler. Cette opin' un, gui reposc sur une crreur ; car la nation n'est pas opulente, 2
surtout si sa prospéricé dépend de l'exportation de ses denrées coloniales au point où
le supose M. Mosneron; cette opinion , dis-je est fausse; et si elle n'est donnée qu'en
a:tendant que P'intérêt de Pargent cit baissé en France, , et que notre navigation y soit libre des
entraves qui ont arrêté ces dés clopperens, nous dirons à M. Mosneron , que ce n'est pas
ainsi qu'on avance vers la vérité ; il faur plus de franchise.
L'acte de navigation nc peut êtrc qu'une occasion de difficulrés 5 de troubles > de
mécontenteinens et de fraudes. S'il a fait du bien aux Anglais, c'est bien plus à
l'ignorance des autres nations, qu'ils en sont redevables 2 qu'à l'acte lui-même. Si la
France eût eu alors, un csprit mâle et vigoureux comme Cromwel, et une bonne ad-"
ministration l'acte eft été regardé comme impolitique. Iln'ya a aucune comparaison
à faire entre des messageries étrangères, > que l'on appellcroit en france 3 pour y faire
Ic transport des marchandises par terre, et des vaisseaux étrangers voguant d'un port
de France à l'autre ; il eut été plus vrai de dire que 2 de la même manière qu'un
Anglois, ou un Hollandois, trouveroit moinsd'avantage qu'un François pour établirdes
messageries en France, un François a plus d'avantages qu'eux pour caboter d'un port
françois à l'autre. Donnez lui un privilége, et le caboteur fiançois deviendra un
tyran. Il ne falloic pas répandre du mépris sur le cabotage, il ne falloit pas se méprendre sur lécole des marelots. C'est le mouvement , l'activité, le danger qui les
forment 1 et c'est l'effet nécessaire de la navigation côrière.
Tous les caboteurs ; sont hardis, 2 robustes, excellens niarins 3 on n'a pas besoin 2
s
TR
nez lui un privilége, et le caboteur fiançois deviendra un
tyran. Il ne falloic pas répandre du mépris sur le cabotage, il ne falloit pas se méprendre sur lécole des marelots. C'est le mouvement , l'activité, le danger qui les
forment 1 et c'est l'effet nécessaire de la navigation côrière.
Tous les caboteurs ; sont hardis, 2 robustes, excellens niarins 3 on n'a pas besoin 2
s
TR --- Page 114 ---
TA
102) )
Un peuple libre doit être aimé et estimé par-tout. Rien ne le
comme de suivre, dans le sein de la liberté,
rend haissable >
dans les
du nord. La ration
pour les rendre tels 2 de les envoyer
pécheries
payera
les ptimes destinés à les y porter, mais peu seront gagnées par des François. La llàdans les mers
La France n'est ni T'Angleture des choses ne les porte pas
glaciales.
terre, ni la Hollande, relativement à ces mers.
M. Mosneron, dans son écrit sur la nécessité d'établir un acte de navigation en France,
n'a assez oublié les vieilles idées. Oter,enlever, empécher 9 appartiennent à l'anpas dictionnairc. Les Hollandois ne péchent pas un hareng de moins, malgré les
cien
dans les
mais le monde entier consomme davantage
progrès de lAngleterre
pécherics,
institutions
d'harengs ; il en consommers plus encorc, lorsque d'absurdes
n'empècheront pas les François d'être pécheurs, si cela leur convient,
Mosneron
toujours cizer PAngleterre en fait de commerce. Oui,mais
M.
pense gu'il faut
heureuses.
en sens contraire. Les imitations serviles sont rarement
souvent pour agir
de :
Quand le traité de commerce avec PAngleterre sera expiré, le plus sage scrajcat-étte
ne faire aucun rraité.
de tous
M. Mosneron remarque que le marché de nos iles est le plus avantageux
pour
Raison de plus pour rendre le marché de nos iles abondant en
les Etats-Unis.
cela du stimulant le plus sûr pour les François
toutes choses; et de se servir pour
libre,
les livrera à leur propre industric, et qu'alors personne
le commerce
parcequ'il
ne pourra les ég.ler.
seront
Plus elles seront
Plus ces marchés seront abendans, et plus nos iles
puissantes.
dans lcs
moins clles craindront la prédiction de M. Mosneron, qui voit
puissantes, , et
de toutes les colonies occidentales de PEurope,et qu'au moyen de ce grard
Etats-Unis les conquérans
doute
du commerce de la terre,
levier, toute cette partie du nouveau monde > déplacera sans le pivot
n'a
ce n'est l'axe du monde. Par tout oû i'on
Le commerçe de la terre point depivot,si
le commercc; et il est plus ou moins considérable,
trouve des hommes, on y trouve
moins d'érendue. Si M. Mosneron
selon que la civilisation, et la liberté ont plus ou
ot la
rombera très prochainement dans la barbarie, alors l'époque
croit quc I'Europe commerciale aura son sicge dans les Erats-Unis , peut n'êtrepas trèsplus grande activité
la civilisation européenne duéloignée... Mais comme il est beaucoup plus probable que
siècles, il est aussi plus sage à la France, de combiner ses mourera encore quelques
colonics, de maniète
deviennent un lien puissant,
vemens commerciaux avec ses
qu'elles
des liens.
entre elle et le nouveau monde ; et le libre commerce sera le plus puissant
d'observations n'autions-nous pasàfaire sur le décret qui prohibe en France rout
Quc
étrangère ! Combien ce décret est contraire aux progrès de l'innavite de construction
dustrie et de la prospérité du commerce maritimc!
France, de combiner ses mourera encore quelques
colonics, de maniète
deviennent un lien puissant,
vemens commerciaux avec ses
qu'elles
des liens.
entre elle et le nouveau monde ; et le libre commerce sera le plus puissant
d'observations n'autions-nous pasàfaire sur le décret qui prohibe en France rout
Quc
étrangère ! Combien ce décret est contraire aux progrès de l'innavite de construction
dustrie et de la prospérité du commerce maritimc! --- Page 115 ---
-
( 103 )
les maximes des tyrans ; et la haine prépare la ruine (1).
Les colonies désireront toujours T'.franchissement de
gêne. C'est un désirnaturel,
toute
quis'augmentera par des concessions
inévitables, et, pour se convaincre des combats perpétucls
préparent; sila source n'en est pas tarie, il ne faut que lire atten- qui se
tivement la lettre que les colons, réunis à l'hôtel de Massiac
ont écrite aux députés extraordinaires du
(2),
ceux-ci ont envoyée à leurs commettans.
commerce 2 et que
Ilest aisé de se convaincre,par cettelettre,que) les prélentions politiques des colons blancs
n'auront plus d'objet, dès quele commerce sera libre; c'estlà
le but secret de leurs voeux ; qu'ils ne cesseront que d'être
cassiers jusqu'à ce qu'ils l'aient obtenu.
pas
traEnfin, 2 ne songera-t-on point que jusqu'ici les colonies
sur
paru la scène politique, que sous un jour humiliani?Fondées n'ont
par de courageux brigands, envisagées ensuite comme l'égout de
nos villes, on.n'a pas tardé à envier les richesses que des fainéans
ou des libertins y acquerroient avec facilité. La
encore
cupidité, plus
que le besoin, leur a bientôt donné une population
d'origine différente ; mais sans améliorer leur régime.
(1) Lahaine chassera de l'inde les Anglois pendant. que leurs efforts ajoutent,
année, un nouveau poids à leur dette publique 5 et cette catastrophe sera l'effet du chague
tisme tarbare et déprédateur , qu'ils exercen: par-tout oir ils sont les maitres. despo-
(2) Cettelettre erla réponse des députés,sonti imprimées àla suité de cette Adresse. Nous
enautions parlé plus en dérail, si elles nous fussent parvenues plurôt. On voit
quoi,sur les objets commerciaux, les colons restent dans des généralités obscures. y Ils pourtendent tout du soin indefini de laurr régime intérieur, 2 que, disent-ils, l'assemblée nationale atleur déleiguer. C'estde cette manière gu'ils prétendent que la diclaration des droits de doit
restera intacte; et que les colonies n'auront jamais à craindre aucune loi
Thomme leur
administration intériaureou attentatoired leu's propriétés. L'obligation de vendre fineste les pour
coloniaux, exclusivement à la métropole, est unedérogation aux droits
prodbits
mais les colons s'en
delap propriété:
A bon
inquicteroient peu, avec le soin INDÉFINI de leur régime intérieur:
entendeur, salut.
droits de doit
restera intacte; et que les colonies n'auront jamais à craindre aucune loi
Thomme leur
administration intériaureou attentatoired leu's propriétés. L'obligation de vendre fineste les pour
coloniaux, exclusivement à la métropole, est unedérogation aux droits
prodbits
mais les colons s'en
delap propriété:
A bon
inquicteroient peu, avec le soin INDÉFINI de leur régime intérieur:
entendeur, salut. WIW --- Page 116 ---
C
Nous croyens, d'après ces circonstances, queles colonies ont
besoin de
que la métropole 3 et
un plus grand
régénération
rendant justice aux créples natifs,quelle que soit leur couqu'en
leur, la régénération s'opérera. Qu'alors les colonies, régies par
de bonnes loix, offriront un azyle, que ne redouteront plus tant
honnètes, dont les uns souffrent. du trop plein des
de François
de malheurs excusables, on non mérités, et
villes : les autres
quitous gagneroient à setransplanter.
la transportation des hommes vicieux,
Nous croyons qu'alors
aux législateurs humains, sous une forme_qui
se présentera
cessera d'ètre affligeante.
Nous croyonsque loin des objets quirévcillentleurs passions, ou
ne
régénérer de tels
leurs mauvais penchans 2 il manque plus pour
d'offrir à leur travail , une récompense facile, sans
hommes 2 que
colonies l'offriront, tant qu'il y
nuire à leur liberté; et que les
restera des terreins considérables à défricher. :
Mais nous
qu'on ne peut obtenir aucun de ces avantages précieux
croyons des patriotes, niavec le dégoutant spectacle de l'esclaaux yeux
ou
vage, ni sous les classifications outrageantes que proposent,
désirent les colons blancs. :>
que
bonne
ne peut s'établir à côté
Nous croyons qu'aucune
police
des
des filouteries 7 des injustices, et des cruautés qu'on
avanies 2
les esclaves; et
nulle loi, nul juge n' 'auront
se permet envers
que
de les en garantir, si les colons ne sont pas
la force et le pouvoir
seulement l'homme
contraints à respecter dans l'esclave, non
de certaines conditions mises
dont la liberté ne dépend plus que
mais encore le serviteur, 7 qui ne pouvant plus
en son pouvoir,
devient
cela même
à
être remplacé par la traite,
par
précieux
conserver parde sages ménagemens. (1).
(1) Les dépatés de Saint- Dominguc doutent qu'on puisse améliorer les loix protec- Sit
trices des esclaves. Qu'elles deviennent meilleures , s'IL SE PEUT, disent-ils
se
! On n'en peut pas faire de plus mauvaises 2 puisqu'elles sont sans cxécution.
peut
Revenant
,
devient
cela même
à
être remplacé par la traite,
par
précieux
conserver parde sages ménagemens. (1).
(1) Les dépatés de Saint- Dominguc doutent qu'on puisse améliorer les loix protec- Sit
trices des esclaves. Qu'elles deviennent meilleures , s'IL SE PEUT, disent-ils
se
! On n'en peut pas faire de plus mauvaises 2 puisqu'elles sont sans cxécution.
peut
Revenant --- Page 117 ---
C
- -
(105)
Revenant à la question du moment, nous pensons que l'assemblée nationale ne doit pas différer davantage de condamner les
colons blancs; 1 que tout délai, à cet égard, ne peut être que
le résultat d'une politique insidieuse, occupée à tromperlassemblée, dans l'espérance de voir naitre des circonstances favorables à la résurrection des préjugés désastreux, qu'elle a si sagement et si courageusement détruits; - qu'on ne peut 2 sans de
fàcheuses conséquences, laisser plus long-temps les citoyens de
couleur sous le poignard de l'incertitude; - que, dans l'impossibilité de les dépouiller des droits de l'homme et du citoyen,
Tappréhension, où les colons blancs les tiennent, est une injure
à la métropole, une trahison par laquelle ceux-cilui aliènent ses
plus fidèles citoyens.
Nous pensons que, si les décrets du 8 et du 28 mars n'eussent
pas été surpris à l'assemblée, dans une forme qui se prétoit aux
vues des colons blancs 1 on n'auroit pas été dans le cas d'envoyer des forces considérables dans les colonies, et que cette
dépense se prolongera, en prolongeant l'inquiétude des citoyens
de couleurs.
Nous pensons que l'assemblée nationale regarderoit, et avec
raison , comme un acte de démence, la demande que feroit une
portion de l'empire, d'une loi qui dérogeroit à la constitution;
qu'ainsi elle ne se laissera point surprendre par un prétendu
consentement des citoyens de couleur, entrainés à des sacrifices
par l'impatience de leur pénible situation, et les menaces dont
on les environne, de la part delassemblée elle-méme.
Nous pensons qu'un citoyen n'est pas libre de renoncer aux
principes constitutionnels, 7 pour, se convertir volontairement en
un esclave; - que sa personne ne lui appartient qu'autantqu'il
ne la fait pas servir à établir des rapports contraires à la consti-
-
tution; : que le respect pourla couleur blanche,queles colons
O
l'impatience de leur pénible situation, et les menaces dont
on les environne, de la part delassemblée elle-méme.
Nous pensons qu'un citoyen n'est pas libre de renoncer aux
principes constitutionnels, 7 pour, se convertir volontairement en
un esclave; - que sa personne ne lui appartient qu'autantqu'il
ne la fait pas servir à établir des rapports contraires à la consti-
-
tution; : que le respect pourla couleur blanche,queles colons
O TUL --- Page 118 ---
COA
ITAS
-
V
MMII
(106)
de ceux dont le teint est plus foncé, est un crime
biancs exigent
nuille convention ne peut légitimer.
de lese-nation que
l'état de choses que les colons blancs
Enfin nous pensons que
maintenir dans les colonies 2 est sur-tout incompatible
veulent
dont Tétablissement doit completter
avec Féducation nationale, admettre dans les mémes écoles 2
la révolution. Car comment
cette couleur ? Etales blancs, et ceux qui devront respecter blancs seuls 2
deux sortes d'éducation ? ou les
pourblira-t-on
ront-ils être éduqués?
de foi sur les esclaves, sur la traite,
Telle est notre profession
commerciaux
les
de couleur 9 et sur les rapports
sur citoyens des intérêts de la métropole et des colonies
liés à la discussion
répandent contre nous les ennepar les,accusations méme, que
mis de notre société.
pour les esclaAbolition del la traite, liberté sngementpréparée libres
que
de droits entre tous les hommes
2 quelle
yes, égalité
liberté de commerce 7 et confiance entière
soit leur couleur,
les résultats nécessaires de
dans nos avantages naturels, 9 et dans tels sont les points que
la totale destruction de l'ancien régime; les armes de la raison.
nous serons toujours préts à défendre par
les. leçons de T'expérience, à notre paNous ne préchons que
de prospérité et de gloire auquel
trie encore éloignée du degré
sauroient la
ni le desde prétendre, et ou ne
porter,
elle a droit
et de ses maximes. Il ne sait
potisme, > ni aucune de ses opinions
chutes;tindis que,
arriver à de honteuses
organiser que pour
de la liberté ont encore la force de lui
partout, les institutions
humain !
survivre, tant elles sont nécessaires au genre non des enfans
colonies seront véritablement,"
Parla liberté 2 les
vaut mieux encore, des parties
de la mère patrie, mais ce qui
Elles prospéreront avec
du tout qui compose T'empire françois. plus une proie; elles ne
lui, et comme lui ; elles ne seront
chutes;tindis que,
arriver à de honteuses
organiser que pour
de la liberté ont encore la force de lui
partout, les institutions
humain !
survivre, tant elles sont nécessaires au genre non des enfans
colonies seront véritablement,"
Parla liberté 2 les
vaut mieux encore, des parties
de la mère patrie, mais ce qui
Elles prospéreront avec
du tout qui compose T'empire françois. plus une proie; elles ne
lui, et comme lui ; elles ne seront --- Page 119 ---
(107)
s'épuiseront plus sous une dette dont les intérêts excessifs les
tourmeste, ct entretiennent la haine et la défiance entre les
planteurs et les commerçans de la métropole.
Que nos lecteurs nous jugent maintenant, qu'ils
sur la Icttre vraiment insensée, que les soi-disant députés prononcent
fait circuler par tout le royaume, pour nour rendre odieux, ont
et tromper la nauon sur ses vrais intérêts.
Un de loars rivaror dans la querelle élevée entre les colons
bianes de Salatl Ieosingeur ceux qui s'empareroient du
voir legiur.a dRta Sc rvioleuce et la
ne
poudles lians
Dcas
les
force 2
sont pas
que
jougs politiques Anissent toujours
par etre plusfane.tes a ceuc qui les imposent qu'à ce:x qui les
portent; car, ajoute-t-il, la nature donne le droit de résister
à l'oppression ; mais elle impose le devoir de la reconnoissance
pour les bienfaits.
Ces vérités sont de tous les temps 2 de tous les lienx, et
tous les hommes. Que les colons cessent donc de les nécon- pour
noitre envers les citoyens de couleur, et que les uns et les autres
songent au devoir qu'elles leur imposent envers les malheureux
esclaves.
Puisse l'assemblée nationale dédaigner le vain
tantôt insultant à la philosophie, tantôt
parlage , qui
paroissant lui rendre
hommage, foule aux pieds, sous prétexte d'une politique supérieure, la morale, sans laquelle on ne fait que tomber d'erreurs
en erreurs 2 de désordres en désordres. Le bien que l'on différe
ne s'exécute jamais que lorsque les maux sont devenus plus
grands, et souvent irrémédiables.
Délibéré et arrété dans la Société des Amis des Noirs
le 28 Mars 2792, et imprimé par ordre de la Société.
Signé, E. PETION, Président. J. P. BRISSOT, Secrétaire.
O :. 2
on ne fait que tomber d'erreurs
en erreurs 2 de désordres en désordres. Le bien que l'on différe
ne s'exécute jamais que lorsque les maux sont devenus plus
grands, et souvent irrémédiables.
Délibéré et arrété dans la Société des Amis des Noirs
le 28 Mars 2792, et imprimé par ordre de la Société.
Signé, E. PETION, Président. J. P. BRISSOT, Secrétaire.
O :. 2 TlL --- Page 120 ---
V
a
(108)
POST-SCRIPTUM IMPORTANT
L'impression de cette Adresseéto't à peine terminée, lorsque
la Société des Amis des Noirs a appris que le comité colonial
admettoit dans son projet de législation pour les colonies
7 les
François mulâtres aux fonctions de citoyen actif; mais qu'il
leur refusoit la fuculté de pouvoir étre élus Jonctionnaires
publics.
Il est impossible de ne pas reconnoitre, dans cette espèce de
capitulation, , un ménagement impolitique et inconstitutionnel,
pour les prétentions vaniteuses et déraisonnables des colons
blancs.
Si la justice défend impérieusement de refuser aux François
mulâtres, les droits de T'éligibilité, elle ne défend pas moins
de leur refuser ceux de citoyen actif. Les deux
prérogatives sont
inséparables l'une de l'autre, dans lindividu
qui réunit, en sa
personne 2 les conditions attachées par la loi à leur exercice.
La France , dans sa plus grande
partie, 9 n'étoit pas mieux
préparée que les colonies 2 au grand événement, qui restituelau
peuple le droit inaliénable de choisir les exécuteurs deslois. Pourquoi donc cette restitution, seroit-elle limitée dans les colonies?
On en cherche en vain les motifs 9 tous sont frivoles
car, le plus important de tous , c'est le préjugé de la ouinjustes; couleurde
la peau 7 c'est la criminelle et ridicule prétention de vouloir
établir un respect constitutionnel de la part des François bazanés
envers la couleur blanche. Y a-t-il une considération
ou morale qu'un homme de bon sens voulit faire valoir pol.tique
faveur.de ce préjugé ? N'est-il pas de la nature de ccux en
disparoissent, comme une ombre, dès que la raison Tout çui les
fixer ?
Tous les hommes se doivent le respect les uns aux
les vicieux seuls sont
autres 2
méprisables et c'est donner
des
évidemmnent
prérogatiyes au vice, que de constituer un état civil, dans
-t-il une considération
ou morale qu'un homme de bon sens voulit faire valoir pol.tique
faveur.de ce préjugé ? N'est-il pas de la nature de ccux en
disparoissent, comme une ombre, dès que la raison Tout çui les
fixer ?
Tous les hommes se doivent le respect les uns aux
les vicieux seuls sont
autres 2
méprisables et c'est donner
des
évidemmnent
prérogatiyes au vice, que de constituer un état civil, dans --- Page 121 ---
/
109) )
lequel crtainsliommes se trouvent obligésd'en respecterd'autres
et de leur céd:r certaines fouctions publiques , à cause d'un
accident sur la peau, absolument éiranger aux facultés intellectuelles.
Cette bisarre institution seroit trop contraire à tous les principes,, pour n'ètre pas le fondement d'une haine d'autant plus
dangereuse, 2 qu'elle seroit légitime de la part des citoyens de
couleur envers les blancs. Les sophismes ne changent rien à la
vérité; cette haine esti inévitabledans Tétatdechoses
le comité colonial.
a
un
que propose
Iln'y pas hommequine se sente disposé
à détester ceux auxquels on veut le soumettre, sans nulle raison.
Le: lumières ne pourroient pas s'avancer d'un degré dans la
classu dégradée, sans que le sentiment de T'injustice ne devint
plus vif, et, par conséquent, la haine plus forte.
S'il faut choisir entre les mécontentcmens.
2 qui doute qu'on
ne doive sacrifier ceux qui ne sont qu'un écart de
un
oubli de la raison?
l'esprit 2
On nous a souvent dit que les citoyens de couleur, libres
dans leurs choix, les feroient tomber sur les blancs ; tant ils
sont accoutumés à les respecter.. En ce cas : les blancs sont
des insensés 7 s'ils veulent forcer le choix. C'est substituer la
haine à la confiance, c'est vouloir se dispenser de cultiver le
sentiment le plus nécessaire à la paix publique.
Nous- citera-t-on l'exemple de la France, où l'assemblée nationale a distingué des citoyens actifs inéligibles, et des citoyens
passifs, pour nous prouver qu'on peut graduer aussi ces distinctions dans les iles? Mais sansexaminer si cette distinction estjuste
ou injuste, rolitique ou impolitique 2 nous dirons qu'elle n'a
aucune analogie avec le principe de la distinction d'éligibilité,
qu'on veut introduire dans les colonies. En France, Ia faculté
d'élire tient à une inégalité pécuniaire que chacun peut espérer
defranchir.Dans les colonies, 9 cette inégalité, tenant à la couleur
dela peau,seroitinsurmontable, En France, l'inégalité pécuniaire
n'est pas visible, n'est pas marquée sur le front, ne crée point,
TTLE
aucune analogie avec le principe de la distinction d'éligibilité,
qu'on veut introduire dans les colonies. En France, Ia faculté
d'élire tient à une inégalité pécuniaire que chacun peut espérer
defranchir.Dans les colonies, 9 cette inégalité, tenant à la couleur
dela peau,seroitinsurmontable, En France, l'inégalité pécuniaire
n'est pas visible, n'est pas marquée sur le front, ne crée point,
TTLE --- Page 122 ---
C
(IrO)
par conséquent, , insolence d'un coré, mépris et haine l'autre,
Dans les colonies, cette inégalité seroit écrite sur Ia peau 3 il
est impossible à iétrequi la pori 0y d'écliapper à Thumiliation,
et, par conséquent; , de sc reluser it la haine. Qr si I'on veut
ramener la paix dans les iles, doit-onlaisers germe aussi puissant de haines : de divisions, de guerres?
Nous conjurons nos législateurs de se pénétrer de l'importance
del la résolution qu'ils vont prendre. La réputation deTassemblée
en dépend. Sacrifier les principes dans des circonstances,omentanées, peut étre quelquefois la triste condition del'homm social,
jusquà ce que l'ordre soit généralement établi sur la terre ;
mais les sacrifier dans des loix durables, dans des loix qui
donnentl la première impulsion à la chose pnblique, quaidée Pent
des moeurs, et qui influent sur tous les rapports sociaux; c'est
ce que nulle situation ne peut excuser, et c'est surtout ce que
n'admet pas l'état actucl des choses, entre la métropole et les
colonies.
Nous nous flattons d'avoir porté la lumière, et sur les prétentions des colons blancs, et sur les droits des citoyens de couleur,
et sur tout ce qu'il importe de considérer dans cet intéressant
procès entre des frères. Il ne nous reste qu'à désirer que ceux
qui sont appelés à le juger, veuillent bien lire et peser nos
observations. Ceux-là seuls peuvent s'en dispenser, qui sont
affermis dans les principes de la constitution, et dans l'opinion
que rien ne doit les faire fléchir, quand il s'agit de l'état politique et civil des personnes.
PIECES
sur les droits des citoyens de couleur,
et sur tout ce qu'il importe de considérer dans cet intéressant
procès entre des frères. Il ne nous reste qu'à désirer que ceux
qui sont appelés à le juger, veuillent bien lire et peser nos
observations. Ceux-là seuls peuvent s'en dispenser, qui sont
affermis dans les principes de la constitution, et dans l'opinion
que rien ne doit les faire fléchir, quand il s'agit de l'état politique et civil des personnes.
PIECES --- Page 123 ---
(E
a WEI
PIECES JUSTIFICATIVES.
NUMERO PREMIE) R.
Copic de la Lettre écrite à toutes les Chambres de Commerce, Villes maritimes
et de manufactures. (àl la main)
A Paris, , lc 14 Février 1791.
Missizuxs,
Nous avons été députés auprès de l'assembléc nationale et du roi, par les deux
provinces les plus considérables de la cclonie de Saint-Domingue 2 pour justifier les mcsures que leur artachement et leur amour pour la France, les forcèrent d'employer au
mois d'août dernier, pour conserver à l'état la plus importante de ses colonies.
Par son décret du 12 octobre , l'assemblée nationale a rendu une justice éclatante à la conduite énergique de nos constituans. Elle a anéanti Ies actes illégaux et
impolitiques qui avoient excité Icur indignation et leurs efforts 5 et ce décret 3 conntt
dans cc moment à Saint-Demingue , y auroit sans doute rérablil'ordre etl la soumission
due aux loix.
Mais il est d'autres sujets de trouble ct de destruction. Les colonies sont perdues >
si toutes les villes de commerce, lcs manufactures, et tous ceux qui ont intérét à
leur conservation > ne montrent 2 dans cettc circonstance 3 toute l'énergie qui peut
déconcerter les ennemis de l'état.
Vous avez vu , Messieurs > l'instant oi la secte des amis des noirs alloit détruire ct
renverser ajamais ccs belles possessions d'outre-mer. Les commerçans, les manufacturiers > les colons résidans en France rous ceux quiveulent l'existence ct la prospérité
du royaume 2 SC sont réunis pour arrêter nos batbares ennemis, et le décret du 8
mars les a condamnés au silence.
Forcés de renvoyer àla première législature leur projet d'affranchissement dc nos
esclaves, leur génic fertile a imaginé d'autres moyens pour nous perdre.
Un article des instructions décrétées le 28 mars, a servi lcurs coupables projets,
Ce qu'ils avoient désespéré de leur politique cruclle > ils ont essayé de l'opérer par la
force : ct par l'insurrection des gens de coulcur. Ils onr envoyé un chef de bande à
Saint-Domingue ,ct ils lui ont donné, pour bannière 2 une fausse et perideinterprératign de cet article des instructions du 28 mars. Aussitôt les mulâtres se sont armés
E P
des instructions décrétées le 28 mars, a servi lcurs coupables projets,
Ce qu'ils avoient désespéré de leur politique cruclle > ils ont essayé de l'opérer par la
force : ct par l'insurrection des gens de coulcur. Ils onr envoyé un chef de bande à
Saint-Domingue ,ct ils lui ont donné, pour bannière 2 une fausse et perideinterprératign de cet article des instructions du 28 mars. Aussitôt les mulâtres se sont armés
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IV
( 112 )
contre les blancs, dins toutc Tétenluc de l'ile de Saint- Domingue; ; et si ccs
étinceiles n'ont pas incendis la colonie en l'embra cant > la vigilance ctle premières
l'ont sauvée nc peuvent dirsiper nos justes alarmes pourfavenir.
courage qui
A peine échappésh ce danger, 3 on nous menace hautement de faire
T'assemblée nationale, qualeurs affranchis et lears de.cendans
prononcer par
sans distinction ; et comme nos ennemis craignent les
seront citoyens actifs
octobre
conséquences du décret du 12
, qui promet aux colonies que le droit exclusifde Prononcer sur l'état des
sonnesleur sera reconnu , ils 11C négligent rien pour porter àla première législature perlesapôtres les plus ardens dcl leur secte hypocri-c.
Ils savent que la sebordination, qui fait l'essence de notre régime colonial nc
peur exister sars une classe intermédiaire enrre ceile occupée de la culture et s celle
qui doit être appelée à l'administration des affaires publiques. Ils savent , les affranchis, sont la seule digue puissante quela popula:ion des colonies merre entre que les esclaves
e: les citoyens , et pour qae cette diguepuise être opposéc avec succès, ct qu'elle soit
incbranlable. il faut que les lois qui peuvent la concerner, ne puissent érre préparées
gac dans la colonie 5 qu'une profonde connoissance du régime colonial les
jours, : ct que, fairespar rceux à qui les affranchis doivent lu
dirige de touberté, les nouveaux
déjà jouissance la liavantages qu'ils pourront recevoir deviennent de nouveaux
d'union et de reconnoissance. Ils savent que les colons sont tellement convaincus moyens de
certe vérité 3 qu'il n'en est aucun qui ne préférat de périr, à voir établir dans sa
parrie des loix qui assurcroient sa ruine 2 et conduiroient les hommes qui l'habitent à
s'entre-détruire,
Ainsi ils savent quc, nous ôter Te droit exclusif de statuer sur l'état des de
couleur , c'estmencr les colonies à leur ruine avec une
gens
les connoissent
rapidité qui cffraye ceux qui
3 que c'est dévouer à la mort un million d'individus dont les Antilles sont peupiées. Ehlqui sauveroit la France de cette explosion terrible, dont la
commotion se feroit ressencir dans les provinces les plus reculées , ct iroir éveiller sur
leurs intérêts cette foule d'agriculeurs et d'ouvriers des manufactures
solde des colonies? Les prétendus philantropes
françoises à la
peuvent sacrificr, sans doute , à leur
chimérique perfection ec organisation sociale , les intérêts des colons, ceux du commerce Ct ccux des mi unufactures ; mais commeat remplaceront-ils les colonics
8,000,000 d'individus qui existent par clles, ct demanderont
pour
naçansleur subsistance?
qui
avec des cris meComment remplaceront-ils, pour l'état politique du
la marine marchande, qui peut seule soutenir sa marine militaire A royaume,
Comment
remplaceront - ils, pour la France , la perte de la balance annuelle de
lui
70 millions
que. procurent ses colonies, et quiferoit disparoitre deux milliards de numéraire
en IO ans : Comment éviterost-ils la
banqueroute générale 3 les contre-révolutions
ct la guerre civile, suites inévitables de cette affreuse situation ?
Est-ce donc Thumanité qui propose ces lois imprudentes d'affranchissement tet d'égalité dans les colonies 2
royaume,
Comment
remplaceront - ils, pour la France , la perte de la balance annuelle de
lui
70 millions
que. procurent ses colonies, et quiferoit disparoitre deux milliards de numéraire
en IO ans : Comment éviterost-ils la
banqueroute générale 3 les contre-révolutions
ct la guerre civile, suites inévitables de cette affreuse situation ?
Est-ce donc Thumanité qui propose ces lois imprudentes d'affranchissement tet d'égalité dans les colonies 2 --- Page 125 ---
(
RE
(115)
Est-ce l'humanité qui propose des projets, dont lcs résulrats sont d'inonder nos
colonies du sang de ceux qui les habitent. 1 de ruiner de fond en comble les villes mamillions d'hommes dans la
affreuse
ritimes de la France 2 de plonger plusieurs
plus
misère , de détruire sans ietour lc commerce, les manufactures ct le numérairede
la nation ? N'est- ce pas plutôr, n'est-cc pas évidemment l'influence des enremis de la
nation françoise : Peut-on les méconnoitte à cet affreux signalement ? ct 2 sitel est
lc caractère de nos ennemis , si tels sont les maux qu'ils préparent , l'assemblée nationale peur-clle les écouter 2
Déjà elle a eu la sagesse de leur résister ct vous savez avec quelle sévérite elle
étouffa leur voix le 8 mars dernier. Ses décrets ont obtenu la reconnoissance qui leut
étoit due 5 ct si clle se fot expliquée plus clairement sur lcs gens de couleur 3 sil'article IV de ses instructions du 28 mars , cet article qui 2 comme nous l'avons dit 2
a été envoyé à Saint-Dominguc pour être la bannière de l'incurrection, n'elt pas
laissé subsister des craintes , elle auroit assuré notre tranquillicé, elle n'auroit donné
aucun prétexte à la résistence qui a failli perdre la colonie.
L'expérience doit l'avoir éclairée 3 elle veut assurer la pa'x dans les colonies ; elle
n'y réussira qu'en renvoyant à leurs assemblécs la décision de ces questions 5 qu'en
leur reconnoissant exclusivement le droit de proposer tout CC qui y cst relatif. Ce
sera toujours à elle seule 2 sans doute, à lc consacrer 5 mais ce doit êtrc aux colons
seuls aussi , qu'il appartient de décider ce qu'exige d'eux la justice, et même une
scène politique. Ils sauront juger tout ce qu'il est possible d'accorder aux gens de
couleur ; et tout CC que la raison ct l'intérét leur commandent à cet égard, sera
pour eux une loi impéricuse.
En faisant prononcer l'assemblée nattonale sur cette grande cause, nous détruisons
les espérances des ennemis de la France et de la révolution , ct nous ôtons à ceux
de la coloaie tout prétexte d'y fomenter encore des troubles et des désordres.
Il est du devoir s de l'intérêt de tous ceux qui coanoissent ces vérités > de les
mettre sous les yeux dcs représentans de la nation , avec la même énergie qui a
obtenu le décret du 28 mars. Le péril est lc même , les dangers sont plus pressans
encorc; et, comme alors chaque ville de commerce, chaque ville de manuficrures,
chaque département doit nommer des députés extraordinaires qui se réuniront à
nous , pour porter à l'assemblée nationale des adresses qui lui demandentqu'en conséquence de l'engagement qu'elle a pris dans son décret du 12 octobre, elle statue
définitivement. , ( en qualité de corps constituant , comme premier article de la
>> charte constitutive qui doit unir les colonies à la France, d'une manière indisso-
>> luble, que c'est à clles seules 3 que'c'est à clles exclusivement qu'il appartient et qu'il
a> appartiendra toujours de proposer, surle régine des esclaves ct sur l'état civil des
>> gens de couleur, les lois ou réglemens que ces objets importans pourront exiger:
33 que c'est à elles seules, à elles exclusivement qu'appartient et qu'appartiendra toujours
5> l'initiative pour le rigin:e intérieur 2 dont l'état des personnes est la première et la
P 0
Tl
les seules 3 que'c'est à clles exclusivement qu'il appartient et qu'il
a> appartiendra toujours de proposer, surle régine des esclaves ct sur l'état civil des
>> gens de couleur, les lois ou réglemens que ces objets importans pourront exiger:
33 que c'est à elles seules, à elles exclusivement qu'appartient et qu'appartiendra toujours
5> l'initiative pour le rigin:e intérieur 2 dont l'état des personnes est la première et la
P 0
Tl --- Page 126 ---
(114)
a plus importante partie, ct qui sera limité dans de justes bornes par l'assemblée
33 nationale éclairée par le commerce. >>
Telle est > Messieurs > la demande littérale que nous allons faire, et que vous
devez appuyer. Le tems presse, déjà une des colonies de la France est livrée au
plus cruel désordre, les autres approchent de ce moment funeste. Les armemens sont
suspendus ; le commerce est languissant 5 la France entière est menacée , ct la combinaison de nos efforts peut seule la sauver. Songez que lcs déscrdres et les craintes
des colonies les précipitent avec violence vers leur ruine 5 songez quc leur ruine va
ancantir le commerce 2 les manufactures, la force politique du royaume, les sources
les plus abondantes de sa richesse, son numéraire tout entier > et la possibilire d'éviter une banqucroure générale 5 songez que la perte des colonies mnettra le fer et
le feu dans les mains du tiers le plus indigent et le plus laborieux de l'étac ;
ces
songez
que hom nes qui reçoivent la vie et le mouvement du commerce des
colonies, 2
seront, à l'iastant de leur destruction, condamnés aux horreurs et aux funestes tentations de la misère, et que le reste des habirans de la France sera livré au déscspoir
de ces huit millions d'hommes.
Unissons donc nos efforts une seconde fois , et ce nouveau succès anéantira
jusqu'au nom de la secte de nos ennemis. Les colans, pénétrés de reconnoissance
pour
T'appui que votre sort même cxige que vous leur donniez, les colons qui n'ont
d'autre intérêt gne celui du commerce et des manufactures > vous seront encore
unis par sentiment pour assurer la prospérité générale du royaume.
Nous avons l'honneur d'être, avec un respectueux attachement,
MIsSIEORS,
Pos tres-humbles et très-oblissans serviteurs;
les Députés extraordinaires des parties du nord et
de Touest de Saint-Domingue,
Signes, AUVRAY Président, TRÉMONDRIE 3 DESTANDAU, BRARD
s LADEBAT, 2
DE LA RIVIERE, ARNAUD, Député de l'ouesr , Hôtel de Lancastre , ruc dc Richelieu.
P. S. Il nous auroit été agréable, Messicurs, de vous annoncer notre réunion
aux colons de Saint-Domingue qui son: : a Paris, dans une affaire de cetre importance;
mais nous n'avons pas encore de répense à la lettre dont nous vous remcttons cijoint copic.
DESTANDAU, BRARD
s LADEBAT, 2
DE LA RIVIERE, ARNAUD, Député de l'ouesr , Hôtel de Lancastre , ruc dc Richelieu.
P. S. Il nous auroit été agréable, Messicurs, de vous annoncer notre réunion
aux colons de Saint-Domingue qui son: : a Paris, dans une affaire de cetre importance;
mais nous n'avons pas encore de répense à la lettre dont nous vous remcttons cijoint copic. --- Page 127 ---
N
(115)
No, II
Copie de la lettre de M. M. les Colons rèunis à Phouel de Massiac,aux députisextraordinaines du Commerce. (1)
Du 27 fevrier 1792;
l
MrssIrURS:
en
du
nous avions livré à
Lep parti que vous nous proposez remplacement projet que
se réduisant à demander à T'assemblée nationale de consacrer, par un dévotre examen, de cclui du I2 octobre, qui annonce son intention de ne rien statuer
crct 9 le Considérant
des
nous
à la fois insufsur l'état des personnes que sur la demande colonies,
paroit
fisant , et attentatoire aux droits des colonies.
Déjàle décret constitutionnel du 8 mars 1790, donne aux colonies l'initiative sur tout
leur
leur législation et leur administration. ( 2 ) Puisque
ce qui concerne censtitution,
d'une
cette disposition générale et solemnelle ne garantir pas, comme vous en convenez
manière assez certaine. les propriétés des colons, le nouveau décret que vous voulez
insufisant car il
rien à la disposition de l'article
solliciter , seroit encore
>
n'ajouteroit
de
Ier du décret du 8 mars 1790 ;au contraite 3 il présente le grand inconvénient scmbler réduire l'iniriative des colonies aux seules questions relatives à l'état des personnes;
ne
son objet, porteroit donc une atteinte fuCette nouvelle loi 2 qui rempliroit pas
les colonies ontintérêt à conserver. Sous ce point de vue,Messicurs,
neste aux droits gue
notre devoir cst de vous faire connoître tous lcs dangers de votre projet.
En supposant que l'effet de votre demande procurât pour le moment : aux colonies,
elles soupirent, le décret dont il s'agit n'auroit jamais le
la tranquillité après laquelle
caractère de stabilité convenable.
En constitution, Messieurs, , le corps législatif a le pouvoir de réformer tellc ou telle
loi, lorsque lcs circonstances, ou le dévcloppement de nouveaux principes, 2 lui en démontrent la néccssité,
des
La seule organisation des pouvoirs cst immuable(3) ? ct absolumeut indépendante
(:) Cette lettre dévoile les vues d'indépendance des colons.
faculté de faire
(2) Cela est faux. Ce décret accorde simplement aux colonies s la
connoitre leur veeu. Voyez Massiac d'ailleurs n'entendent l'Adresse. rien à la constitution. Les loix naturelles,
(3), Les colons de
les loix constirutionuelles
ou la dél laration des drcits sont seules inmuables, mais
être changées. Seulement le droit et la tranquillité d'un peuple librc, exigent
peuvent
a
N
TL
-
de faire
(2) Cela est faux. Ce décret accorde simplement aux colonies s la
connoitre leur veeu. Voyez Massiac d'ailleurs n'entendent l'Adresse. rien à la constitution. Les loix naturelles,
(3), Les colons de
les loix constirutionuelles
ou la dél laration des drcits sont seules inmuables, mais
être changées. Seulement le droit et la tranquillité d'un peuple librc, exigent
peuvent
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N
TL
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VIM
(116)
temps , des lieux et des circonstances. Le seul moyen de donner aux colonies la constitution gui leur' convient, doit être pris dans la source des pouvoirs oû il faut
pour ellesla portion qui leur est nécessaire pour leurs lois
puiser
La nouvelle Angleterre, est avec: ses étarsparfaitement inrétieures.(1) dans la même
la France à l'égard de ses colonies ; sa déclaration des drcits de l'homme hypothèse que
celle de France que tous les hommesnaisstn: libres ez demcurent égaux en droits, porte, et comme
T'esclavage existe dans presgue ccutes ses parties , comme ii existe dans les cependant colonies
françoises.
Comment le congrès a-t-il pu accorder ce principe général aveç les
ticulières : C'est en laissant à chaque éta: le droit de régir intérieurement, exceptions et de n'as- parsujettir les parties qu'al'intérét général du tout. Au moyen de ce:te organisation politique, ,l'esclavage est roléré dens quelques états proscrir dans d'autres, sans que le
corps législatif central, ait violé le principe universel de la liberté et de T'égalité.(a)
L'asemb'éenationle doit déléguer aux colonies les soin indéfni de leur régime
de cette manière la déclaration des droits de Thomme sera intacte, ec les colonies domestique; n'auéloignées. queces changemens ne soient faits que par ses mandataires ad hoc, ct à des époques
La déclaration des droits esti indépendante des
des lieux et des
mais les lois constituticnnelles en sont dépendantes temps, sous quelques
circonstances,
(1) Cela veut dire en bon françois, qu'il faut laisser aux colonies aspects. le soin
leur constitution. Nous renvoyons, pour ce paradoxe, à I'Adresse qu'on vient de de lire. faire
(:) Cette comparaiscn est absolument fausse. Les treize états unis,sont treize républiques qui, jouissant chacune à leur égard de la plénitude de la
sont réunics pour l'avantage commun , mais en se réunissant ont souveraineré, sc
toure leur indépendance pcur leur gouvernement particulier. stipulé de conserver
ont nommé des députés , pour tracer la dernière constitution, Quand ceux du ces midi treize états
pulé que le congrès ne pourroi: point abolir la traite des esclaves, dans tous ont stiavant vinge ans; cette stipulation a été agrééc par les autres, par des les étars,
particulières.
considérations
Les colonies françoises sont-elles à l'égard de la France dans la
Non. La France n'est poinr une confédération de
même position P
tution > fussent indépendantes. La France cst un républiques.qui, tout dont las auparavan: la consrila masse > et non dans les portions séparées. Les colonies ne sont scuveraineré réside dans
cette masse 3 elles 1e peusent donc traiter de souverain à souverain, que des portions de
se soumettre au vceu deli majorité, Nous devens ajouter
mais elles doivent
faite dans la convention s relativemen: àla traite, elle sera que, malgré la stipulaticn
les 20 ans révolus, parce que les adversaires dela traite probablement abole avant
conditions sripulées par la convention : au
téaniront,sans doure stoutes les
ticle de la nouvelle constiturion.
moyen desquelles on peut réformer un arcolonies Sinous Pouvioas érendre certe note 3 nous ferions voir combien la
françoises aux éta:s unis, cst absurde sous tous les
comparaison des
en avons dit assez pour prouver qu'il n'ya aucure
points de vue. Mzis nous
nos colonies.
analogic entre les Etats-Unis, ec
ulées par la convention : au
téaniront,sans doure stoutes les
ticle de la nouvelle constiturion.
moyen desquelles on peut réformer un arcolonies Sinous Pouvioas érendre certe note 3 nous ferions voir combien la
françoises aux éta:s unis, cst absurde sous tous les
comparaison des
en avons dit assez pour prouver qu'il n'ya aucure
points de vue. Mzis nous
nos colonies.
analogic entre les Etats-Unis, ec --- Page 129 ---
C
( 117 )
ront j imais à craindre aucune loi funcste pour leur administr ation
Ri
tentatoire à leurs propriétés.
intérieure, atCetre vériré avoit déji été reconnue dans notre comité, et les commissaires
vous y avez envoyés , n'en étoient pas disconvenus. II existoit usc scule dificulré, que
c'i:oir pour lever cette difficulté que nous avions cru > et que nous croyons encorc
indispensable de rassemble: tous lesarticles qui doivent constitue er les rapporrsdu cominerce des colonics avec la Francc,afin de vous intéresser à demander avec nous,
les assemblées coloniales, la faculté de faire,
pour
seroit
pour l'intéricur , tout ce qui ne blespas leurs rapports extérieurs. Les colonics ne perdroient pas pour cela
sur
le régime
l'initiative
prohibitif, puisqu'il ne scroit rien statué définitivement à ce sujct,jusqu'après l'émission de leur voeu. Cet aperçu, leur indiqueroit seulement quels sont les
objets qu'elles doltentrespecter, et sur lesquels elles nepeuvent influer que par les ob, servationsqu'elles auront droit de faire àlassemblée
nationale 2 enfin, clles n'en per rdroicnt
pasplus , parcette instruction, leur iniciative, qu'clles ne la perdent par ce'les qu'on cst
sur le point de leur adresser pour leur constitution intérieure.
Mais cette initiative accordécaux colonies, acquerroit-elle, par un nouveau décret,
un caractère plus respectable que celui qu'elle avoit reçu parlarticle premier du décret
du 8 mars 1790 : Ce seroit vraiment s'abuser que de le croire, ct cependant les dispositions de ce dernier déciet, ont été enfreintes le 28 du même mois. D'abord elles n'étoient point comprises dans la constitution décrétée pour lc Royaume 5 etsi, avant
tout, les colonics devoient manifester leurs vux sur la constitution
et leur administration, il ne pouvoit être rien décrété à leur
2 leur légiclation
sujet, que sur leur demandc.
Cependant, le 28 du méme mois, l'assemblec nationale les a assujertis à une multitude
de dispositions tout-à- fait étrangères au décret du 8 mars > dont elles sembloient être
le développement.
Ces institutions étoient donc une loi à laquelle l'assemblée nationale entendoit assujertir les colonics avant dc les avoir entendues , linitiative, consacrée par le décret
du 8 mars 1790, étoit donc absolument anéantie, avant l'expiration du même mois,
Si elles n'étoient point comprises dans la constitution décrétée
le
elles ne pouvoient étre assujertiesàa aucune de ces parties, ct
pour royaume 3
cependant, ,le onze novembre dernier il a été décrété qu'elles seroient soumises au tribunal de cassation ; l'effet
de ce même décret a ensuite cédé à des considérations locales. Cela prouve de plus en
plus,combien la loi est obligée de suivre les variations des circonstances,
Nous persistons donc à croire , Mesieurs, qu'il n'y a que la délégation du pouvoir
aux colonies 3 pour se régir intéricurement, qui puisse écarter d'elles tous les dangers,
ct dissiper toutes leurs craintes,
En proposant dc s'occuper des objets commerciaux, notre intention étoit de rendre
à Tutilité du commerce de Francc, T'hommage que les cclonies lui doivent, Nous desirions que les instructions qui y auroient été relatives, acquissent par le rapprochement
NNL
persistons donc à croire , Mesieurs, qu'il n'y a que la délégation du pouvoir
aux colonies 3 pour se régir intéricurement, qui puisse écarter d'elles tous les dangers,
ct dissiper toutes leurs craintes,
En proposant dc s'occuper des objets commerciaux, notre intention étoit de rendre
à Tutilité du commerce de Francc, T'hommage que les cclonies lui doivent, Nous desirions que les instructions qui y auroient été relatives, acquissent par le rapprochement
NNL --- Page 130 ---
(118 )
ctla discussion des parties intérieures,le degré de bonté qu'clles ae sauroient obtenir
sans unc combinaison sévère des intérêts communs.
Les assemblées coloniales trouvant > dans cet ensemble des cbjets commerciaux, la
limite de leurs pouvoirs, s la colonie n'acroit pu désormais les accuser de lcs avoir outrepassés,et leur vaeu 3 sur les modifications du régime prohibitif, auroit été bien plus
prompt et bien plus facile à manifester,
Si ces nouvelles considérations, que l'amour de l'ordre et le désir de la paix nous
inspirent, pcuvent, changer votre détermination 3 nous verrons 2 Messieurs,avec anejoie
inexprimable, cetteréunion, comme un présage certain de celle qui s'opéreroit dans les
colonies 5 si au cont raire votre résolution est inébranlable 2 nous n' 'aurons qu'd ginir des
malheurs qui se préparent pour nos inforrunés contrées, comme pour le commerce lu.-mème > ct
à faire tous les efforts que notre patriotisme et notre intérêt exigent de nous, pour les
garantir des maux dont l'ignorance des lieux les passions et l'intérêt personnel les
menacent.
Nous avons l'honneur d'être, etc.
Signé. lçs Commissaires des iles françoises, réunis à T'hôtel dc Massiac:
No, III
Copie de la réponse des députés extraordinaires du
à MM, les
commerce 2
colons
réunis à Phôtel de Massiac,
e
MESSIEURS,
Après une lecture réféchie de la lettre que vous nous avez fait lhonneur de nous
écrire le 27 du mois dernier, il nous a semblé indispensable dc nous borner à la
che que nous vous avons ci-devant annoncée 2 et dont les chambres de commerce démar- ont
été informées dans le temps.
.
Quant aux principes politiques que votre lettre contient, nous n'avons pas cru devoir en délibérer, et nous les transmettons à nos commettans.
Nous n'avons fait qu'une observation, et cette observation a été l'étonnement unanime de l'assentiment implicite que vous assurez que nos commissaires onr donné à ces
principes politiques 5 ils n'avoient aucune charge de notre part de les discuter, MM, de
Montmeau ct Rostagny n'ont assisté qu'à une seule de vos séances , et ils nous assurent
qu'ils n'ont rien dit nirien entendu quiaitpu vous faireprendre cette opinioa. M.Abeille,
notre troisième commissaire, est absent.
Nous avons l'honneur d'étre ctc.
Signé les députés cxtraordinaircs du commercc,
Le9 mars 1791.
politiques 5 ils n'avoient aucune charge de notre part de les discuter, MM, de
Montmeau ct Rostagny n'ont assisté qu'à une seule de vos séances , et ils nous assurent
qu'ils n'ont rien dit nirien entendu quiaitpu vous faireprendre cette opinioa. M.Abeille,
notre troisième commissaire, est absent.
Nous avons l'honneur d'étre ctc.
Signé les députés cxtraordinaircs du commercc,
Le9 mars 1791. --- Page 131 ---
KC
A
(121 )
No. I a V.
Riom, département du Puy-de-Dôme ; ce 24 mars 1791!
MESSIEURS;
La société des amis de la constitution de Riom pénétrée de vos principes, et
unic de fraternité avec tous ceux qui l'honorent du titre de citoyens françois >
gémit de voir que des hommes reconnus Jibres sous un roi despote 2 soient reaujourd'hui de la carrière que notre constitution trace au zèle de tous les
poussés
enfans de la patrie.
souveraine à faire
C'est à vous, Messicurs, qui êtes les organes d'une volonté
cesser une injustice > qui, en blessant les droits des hommcs de couleur, insulte à
vos travaux, à notre révolution , à la nation entière.
C'est à vous à extirper tous les germes de la tyrannic 2 d'une inégalité monstreuse. 3
qui pèse sur les hommes de couleur, entrave le commerce 2 et fait la honte de
T'humanité.
lc sanctuaire de la vérité ct de la justice cst ouvert à tout le monde ;
Depuis que
depuis que les lumières de la philosophie > graces à la liberté de la presse, sont aussi
l'air qui vivific tout ce qu'il cmbrasse; il n'est plus d'abus locaux ;
expansives que
d'injustice partielle, de principes isolés, d'opinion solitaire : nous sommes tous atteints du coup qui frappe quelques-uns de nos frères, leurs malheurs sont les nôtres,
et notre force, sont aussi leurs droits et leur force, la loi qui fait
nos droits
aussi notre salut 2 doit aussi assurer le leur.
Les hommes de couleur resteront - ils en arrière dans l'impulsion générale qui
nous porte à une régénération universelle ?
En restant ce qu'ils étoient s libres sous Louis X IV, ils seroat esclaves sous
Louis X VI!
Quel est donc leur crime, 9 pour être punis jusque dans leur postérité 2 à cette
époque glorieuse o la nation françoise ne respire que justice et liberté
Leur reprocheroit-on d'avoir l'ame assez élevée pour réclamer des droits qu'ils on:
comme nous reçus de la nature > d'étre assez fiers pour repousser T'opprobre dans
osent déployer le caractère d'hommes libres 2
lequel on veut les retenir 2 parce qu'ils
demandent que la loi consacre poureux ce que
On sc soulève contre eux, parce qu'ils
vos principes commandent pour tous l'égalité politique.
Par une tyrannie détestable, on veut faire d'eux un degré d'avilissement, , entre ceux
jouissent de toute la liberté politique 9 ct les victimes de la cupidité, qui n'ont
qui
pas mêmc la jouissance dc leur propre corps.
N
TIL
'hommes libres 2
lequel on veut les retenir 2 parce qu'ils
demandent que la loi consacre poureux ce que
On sc soulève contre eux, parce qu'ils
vos principes commandent pour tous l'égalité politique.
Par une tyrannie détestable, on veut faire d'eux un degré d'avilissement, , entre ceux
jouissent de toute la liberté politique 9 ct les victimes de la cupidité, qui n'ont
qui
pas mêmc la jouissance dc leur propre corps.
N
TIL --- Page 132 ---
/1
120 )
Mais, splacés entre CCS extrêmes d'arrogance ct de misère, de tyrannie et
pouvons-nous croire que les hommes de couleur scront toujours assez d'esclavage;
intimidés ou assez avilis par lcs persécutions qu'on leur fait souffrir, inertes, servir assez
pour
tranquillement l'ambition 3 l'orgucil 3 la cupidité dévorante et homicide de leurs oppresseurs.
Messieurs, la sagesse de vos lois a prévenu de grands maux : celui que nous vous
présentons est dig e de notre courage et de Vos lumières les haines et les dissentions règnent entre les sang-mélés ct les blancs; la guerre est prête à s'allumer entre
eux, vous pouvez ramener la paix ct la tranquil llité de nos colonies
loi au niveau de rous les
3 en élèvant par la
Frauçois, ceux qui le sont déjà par la nature, et par leur
dévouement aux intérêts de la France. C'est ce que vous demandent des hommes des
François , des amis d'une cons:itution 3 qui n'a obtenu l'assentiment
parce qu'elle a consacréles droics de tous les hommes, et qu'elle leur général > que
leur égide tutélaire.
appartient comme
J. P. Vrion ex-président , J. B. Taliaut,x-wniuie, Croitierjeune, secrétaire,
No. V.
La Société des Amis de la Constitution d'Angers, à leurs frères de toutes
les Sociétés patriotiques du royaume.
FRERES ET AMIS, La société des amis de la constitution, établie à Angers, croit.
de son devoir de vous représenter
que > depuis long-temps, on cherche à
l'assembléc nationale sur les vrais intérêts de nos colonies, et particulièrement surprendre de SaintDomingue.
Il existc à Saint-Domingue une classe très-nombreuse d'hommes libres, réunit
dans ses mains lc tiers des possessions frangoises,
fait
qui
qu'elle valoir avec des esclaves.
Ces riches propriétaires. par la scule raison qu'ils sont mulâtres, gens de coulcur,
sont traités par les blancs avec Je dernier mépris, au point qu'on leur refusc les droits
de citoyen acrif, et qu'il leur est défendu de prendre aucune part à ladministration.
De toutes parts la voix de l'humanité et de la raison s'est fait entendre,
la cause de ces habitans opprimés. On a réclamé cn leur faveur le
pour plaider
titres, le titre de citoyen ; mais les ennemis de la
premier de tons les
de
justicc, autant que des vrais intérêts
Saint-Domingue, ont affecré dc confondre cette affaire avec la grande question de
T'alfranchissement des noirs. C'est par cette surprisc qu'on cherche à perpétuer une
erreur qui va nécessairement entraîner la ruine totale de la plus superbe de nos colonies, si l'assembléc nationale ne vient au secours des infcrtunés colons dont on lui déguise l'oppression.
Lcs habitans de couleur, libres, contribuent aux corvées, aux impositions, ct à toutes
êts
Saint-Domingue, ont affecré dc confondre cette affaire avec la grande question de
T'alfranchissement des noirs. C'est par cette surprisc qu'on cherche à perpétuer une
erreur qui va nécessairement entraîner la ruine totale de la plus superbe de nos colonies, si l'assembléc nationale ne vient au secours des infcrtunés colons dont on lui déguise l'oppression.
Lcs habitans de couleur, libres, contribuent aux corvées, aux impositions, ct à toutes --- Page 133 ---
(
(125)
de
dc la même manièrc que les blancs. Nonles charges publiques Saint-Domingue,
seulement ils
les impôts établis sur les possessions ; mais ils ont dans tous les
payent
comme les planteurs blancs.
temps supporté les taxes personnelles,
Or, on le demande 2 n'est-il pas de la justice que des domiciliés, de riches proont un intérêt commun à la chose publique. participent aux avantages
priétaires. 3 qui
dans toute l'étendue, lcs charges et les dépendela constitution, lorsqu'ils supportent,
ses de l'état ?
Ceux qui attaquent avec tant d'acharnement les hommes de couleur libres, oserontils contester les services importans et sans nombre que ceux-ci ont rendus, et rendent
à Saint-
? Si la colonie sabsiste, si son commerce enriencore journellement
Domingue
chit la métropole, il est démontré qu'on cn a l'obligation aux François de couleur
libres.
Personne n'ignore les tentatives et lcs efforts que les esclaves noirs mettent en usage,
principalement depuis trente années s pour s'a affranchir du joug de la servitude. Ils
s'échappent des habitations 9 désertent 1 par troupes, , dans les montagnes et dans des
forêts aussi anciennes que le monde; la, ils sont en quelque sorte inaccessibles aux
poursuites de leurs maitres;ils débauchent les nègres des plantations voisines,sarment
de fusils, de munition, etj portent par-toutl'alarme, , le meurtre et le ravage.
Les inquiétudes du gouvernement ont été telles, que plusieuis fois on a appréhendé
gne les esclaves n'excitassent un soulèvement général.
Dans différentes époques on a rédait à mettre à prix la tête des chefs de ces révoltés:
lcs Polidor, les Chocolat, les Noel Barochus, les Canga, les François, et tant d'autres
en sont la preuve.
c'est aux de
Si tout est rentré dans l'ordre, si ces esclaves ont été dissipés,
gens
coulcur libres que la colonie et la France en sont redevables. Eux seuls, à raison d'une
constitution analogue au pays, peuvent 2 jour et nuit, gravir sur des montagnes escarcouvertes de bois impénétrables, et résister ainsi, pendant plusicurs mois, à la
pées,
et aux influences mortelles d'un climat qui semble conspirer
faim', aux fatigues,
contre la vie des Européens.
les
de coulcur
Telles sont cependant les expéditions auxquelles se dévouent gens
ils les
à leurs frais, et sans ancune espèce de
libres; et ces expéditions,
entreprennent
rétribution ni de récompense, si ce n'est le bien commun,
Nos adversaires oseront-ils contester ces faits? ils ne pourroient nommer quelques
après avoir cssayé de marcher à la tête des chasseurs de couleur, , ont été
blancs, qui,
ils
la rigueur. Un seul
forcés d'abandonner un service dont ne pouvoient plus supporter
Ce
défenseur de la colonie a livré le chef des rebelles au
blanc a resisté. généreux
des hommes de couleur, la
gouvernement 5 par-tout où il s'est présenté accompagné
de tant de
victoire l'a suivi; il a rétabli le calme, assuré les propriétés, et, pour prix
Q 2
-
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ancs, qui,
ils
la rigueur. Un seul
forcés d'abandonner un service dont ne pouvoient plus supporter
Ce
défenseur de la colonie a livré le chef des rebelles au
blanc a resisté. généreux
des hommes de couleur, la
gouvernement 5 par-tout où il s'est présenté accompagné
de tant de
victoire l'a suivi; il a rétabli le calme, assuré les propriétés, et, pour prix
Q 2
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TC --- Page 134 ---
o1
MIM un - -
(124)
services, on l'a forcé de quitter sa patrie, d'abandonner ses propriétés; pour avoir eu le
courage de plaider la cause que nous soutenons.
Voilà donc comme on traite les amis de l'humanité ! La révolution se fait à SaintDomingue dans le sens contraire qu'elle s'opère en France; à mesureque nous avangons vers la liberté en Europe, à Saint-Domingue on resserre les chaînes de la
nic, et l'on propage l'esprit de persécution.
tyranApprencz 2 frères et amis , les attentats que les blancs se Permettent contre les
hommes de couleur libres, leurs frères et les nôtres, contre ces respectables cultivateurs, les plus riches propriétaires de Saint-Domingus;
On leur refuse jusqu'au droit d'ester en jugement contre les blancs. Frappés en quelque sorte d'anathéme, ils sont incapables d'être entendus en déposition. Un blanc les
insulte, lcs maltraite : attaqués dans leur honneur, dans leur sureté individuelle, le
blanc aggresseur et coupable poursuit devant le juge les mulâtres,ses victimes; illes
fait plonger dans les cachots, sut la seulc délation, sans laisser à T'objet de ses fureurs
Ia liberté de se plaindre ou de se défendre.
Deux citoyens se rencontrent dans un chemin, sur une place publique; sont-ils
honmes de couleur, c'est un crime à cux de se parler, de se regarder la barbarie
coloniale va jusqu'à interdire à ces infortunés la consolation de s'entretenir de leurs
malhears. Ces faitsseront prouvés par les délibérations des assemblées de Saint-Domingucetlestenignemens les plus authentiques.
Lcs nouvelles publiques de cette ilc attestent qu'en dernier lieu un mulâtre arrivant
de France, a été chargé de fers et mis à la geole, par une délibération de l'assemblée
provinciale du Nord, en date du 13 décembre dernier, p.ar la seule raison qu'il avoit étê
er France pendant la révolution, et que sans doute il apportoit des principes
entre
les citoyens.
d'egalité
De pareilles horreurs ne pourroient se concevoir, si on n'en avoit Ia preuve à la
main ; mais ellcs existent, et on les mettra sous les yeux de l'assemblée.
Qu'on nous permette ici une seule réflexion. Lorsque l'égalité politique a été
solemnellement proclamée entre tousles François ,est. il possible de penser que de riches
propriétaires, , des hommes libres, des hommes qui ont en leur main une foule d'esclaves
à leur disposition, soient assez lâches pour souffrir plus long-temps tant d'opprobre et de
persécutions > de la part des leurs égaux.
Le mulâtre Ogé a sans doute été coupable de prendre les armcs. Ses réclamations
étoient fondées; mais il devoit tout attendre de la justice souveraine des augustes fondateurs de la liberté. On répand aujourd'hui que le calme cst rétabli. Ne vous
trompez pas, frères et amis, le silence paroit régner; mais c'est celui du désespoir, La Y
rage et la vengeance sont dans tous les coeurs. La moindre étincelle va causer un
embrâsement général, siles hommes de couleur restent plus long-remps livrés à la
discrétion des blancs,
L -
mais il devoit tout attendre de la justice souveraine des augustes fondateurs de la liberté. On répand aujourd'hui que le calme cst rétabli. Ne vous
trompez pas, frères et amis, le silence paroit régner; mais c'est celui du désespoir, La Y
rage et la vengeance sont dans tous les coeurs. La moindre étincelle va causer un
embrâsement général, siles hommes de couleur restent plus long-remps livrés à la
discrétion des blancs,
L - --- Page 135 ---
125 5
instans; vous verrez les habitans de couleur préférer d'a 'abandonner
Encore qaelques
le
le plus imprescripsible des droits, la
lcurs propriétés > pour recouvrer premicr,
liberté. Ils affranchiront leurs nègres, se coaliscront avec eux.
La
la plus terrible éclatera de toutcs parts, ct pour prix de tant d'injustices, ,il
guerre blancs
sur le ravage de leurs propricrés 3 la ruine de l'agrine restera aux
qu'à pleurer
la subversion de la colonie. Veut-on au conculture 2 la destruction de leur commerce,
traire rétablir l'ordre et la sureté publique > faitcs que tous les François participent aux
bienfaits de la constitution. Unissez, par légalité des droits, ceux que la nature a
les mêmes intérêts. L'assemblée nationale n'a rien voulu préjuger sur
rapprochés par
dans son intention de nc rien innover à cct égard, quant à
l'esclavage des noirs, il est
lcs
libres de se livrer au désespoir s et
présent; eh bien , qu'on ne force pas sang-mélés
d'un
l'exécution d'un décret qui, en qualité de propriétaires grand
ils maintiendront
aussi essenticllement les blancs.
nombre d'esclaves les concerne
quc
de le dire, le voeu général dcs planteurs blancs, de ceux qui,
Tel est, on ne craint pas
dc cause sur l'état actuel dcs
dégagés de prévention, réféchissent avec connoissance
n'ose élever la
affaires de Saint-Domingue : mais, par une étrange faralité, personne
de se
réciproquement leur façon de penser
voix. Lcs habitans craignent
communiquer
d'un mot, les
aux
tremblent de rencontrer un délateur qui,
exposeroit
sur ce sujet;ils
intrigans qui ont l'adresse de dominer l'opinion publicruclles vengeances de quelques
masquent leur ambition du titre imposant de partiotisme.
que, et qui
l'administration elle-même gémit intéIly a plus, on ne craint pas d'avancer que
d'énerrieurement du despotisne que nous dénonçons ; mais elle garde le silence, faute
gie pour braver les cris des malveillans.
la
la dissimulation prend la place de
Ainsi la cabale fait taire la raison 3 ct par-tout
vérité.
Saint-Domingue.
Voilà cependant la seule origine de tous les troubles qui affigent
c'est entretenir des principes contraires à ccux que
Le vrai moyen de les perpétuer, d'y
T'assemblée nationale a consacrés pour la métropole.
motifs
Encore si les ennemis des hommes de coulenr libres alléguoient quelques
ou
étayer leurs prétentions; mais > après tous les défis
considérations particclières pour
un
Dans
leur a pcrtés jusqu'à présent 9 ils n'ont pu encore indiquer prétexte.
qu'on
l'assembléc nationale est trop juste pour ne pas faire droit sur
de telles circonstances,
sur les raisons de la politique, aurant que sur les
nos réclamations : elles sont fondées
principes de T'éternelle justicc et de Fhumanité,
Nous sommes très-sincèrement,
FRERES ET AMIS,
Vos tres-affectionnés servireurs,
les amis dc la constitution. >
DELAUNAY, président, BENABEN, secrétaire,
A Angers, ce 9 mars 1791, utan 2e. de notre liberté,
Ti
-
ne pas faire droit sur
de telles circonstances,
sur les raisons de la politique, aurant que sur les
nos réclamations : elles sont fondées
principes de T'éternelle justicc et de Fhumanité,
Nous sommes très-sincèrement,
FRERES ET AMIS,
Vos tres-affectionnés servireurs,
les amis dc la constitution. >
DELAUNAY, président, BENABEN, secrétaire,
A Angers, ce 9 mars 1791, utan 2e. de notre liberté,
Ti
- --- Page 136 ---
(126)
No, V I.
Lettre sur Pinjustice des Blancs envers les Citoyens de couleur
>
tirée du Patriote Frangois.
N'avez-vous pas été frappé de retrouver > dans les raisonnemens contre l'égalité des
droits, réclamée par les habitans des colonies dont la peau cst un peu foncée, les mêmes
argumens sur lesquels on se fondoit en Irlande pour perpétuer l'oppression des catholiques? N'y disoit-on pas aussi qu'il falloit sans doute adoucir le sort de cette espèce
d'hommes; mais que tout seroit perdu, si on les traitoit.comme étant tout- -à-fait des
hommes? Comment donc M. Dillon, qui n'a fui sa patrie que par unç généreuse indignarion contre ces lois injustes (car nous ne le soupconnons pas d'avoir qaicté un
presque libre pour venir cn France vivre des abus de l'ancien
pays
desporisme); comment
M. Dillon a-t-il pus'abaisser à répéter ces odieux sophismes employés contre lui-même 3
Avez-vous jamais assisté à un lit de justice? avez- vous vu un chancelier, ou son
suppléant, y demander l'avis dcs opinans, qui n'avoient pas la permission de parler?
L'assemblée nationale, enregistrant sans discussion préalable les édits de son comité
colonial, , ne vous rappelle-t-elle pas l'idée de CC jour dc notre ancienne gloirciet le chancelier des planteurs n'y double-t-il pas assez bien le chancelier de France?
Vous avez courageusement attaqué bien des abus sous l'ancien régime ; l'ancien
ministre n'a-t-il jamais causé amicalement avec vous, sur votre fureur d'écrire? Ne vous
a-t-il pas dit: wNe parlez pas de réformer la jurisprudence criminelle, nous avons besoin
de ménager les parlemens : si vous attaquez la ferme-généralc, lc peuple ne voudra plus
payer les impôts; ilse soulevera, si vous écrivez sur la liberté du commerce des grains.
Ne dices pas que la loterie royale est un jeu de dupes, vous dégoûteriez d'y mettre, > et
elle nous vaur dix millions : ménagez sur-tout les prêtres, ils nous sont nécessaires pour
contenir lc peuple >.
Eh bien! l'on nous dit aujourd'hui : ( Nc parlez pas d'égaler les citoyens de couleur
libres aux ciroyens de race blanche, ou ceux-ci ne voudront plus nous vendre leur
sucre, ni peut-être nous payer ce qu'ils nous doivent. Ne proposez pas d'abolir la traite,
elle sert à encourager la maladresse de nos manufactures, qui fabriquent les mauvaises
denrées avec lesquelles on trompe les Africains>. Les ministres ne parloient-ils
aussi du danger ct du ridicule d'appliquer à la politique les spéculations abstraites pas de
la philosophic ? comment ce langage a-t-il donc passé si vite des bureaux dans les
comités? comment le ton du despotisme et celui de la liberté
sont-ils si
prudente s
rigourcusement l'écho l'un dc l'autrc?
A la séancc du 23 juin, vous avez vu avcc indignation déclarer que le consentement de la noblesse et du clergé scroit nécessaire pour la desttuction des abus, utiles
a
à la politique les spéculations abstraites pas de
la philosophic ? comment ce langage a-t-il donc passé si vite des bureaux dans les
comités? comment le ton du despotisme et celui de la liberté
sont-ils si
prudente s
rigourcusement l'écho l'un dc l'autrc?
A la séancc du 23 juin, vous avez vu avcc indignation déclarer que le consentement de la noblesse et du clergé scroit nécessaire pour la desttuction des abus, utiles
a --- Page 137 ---
- - aN
(125 )
al la richesse ou à la vanité de la noblesse et du clergé: aujourd'hui, les planteurs blancs
demandent qu'on ne puisse mettre, sans leur consentemeut : un terine aux tyrannies
qu'ils exercent. - Cette prérention, non plus absurde, mais plus odieuse, puisqu'il
s'agit d'abus plus crucls, , sera-t-elle donc écoutée de sang-troid? N'est-ce pas ici comdonner à une portion des citoyens un droit négarif, et l'ajouter à
me le 23 juin,
cclui qu'ils partagent avec le reste de la nation ? N'est-ce pas créct une classe privilél'ordre des planteurs P Mais le commerce du vin est-il moins important que celui
giée ,
du sucre? pourquoi ne pas créer aussi un ordre de marchands de vin, etdéclarer queles
lois sur l'état des vignerons seront soumises à leur sanction ?
Généreux représentans du peuple François, si Léopold etFrédécic-Guillaume rassembloient contre nous leurs rroupes innombrables, s'ils disoient : Conservez la féodalité
dans les terres des princes de l'empire; soumettez vos prêtres à ses évéques s ou nous
vous déclarons la guerre. S'ils ajoutoient: Ne délibérez même pas, ne souffrez pas qu'un
seul d'entre vous ose élever la voix, qu'une seule victime des priviléges que nous exigeons ose se plaindre; sinon, à la piemière nouvelle, des flots dc sang vont couler 5
soufiririez-vous cet insolent langage? Ne répondriez-vons pas que vous opposerez un
million d'hommes libres à cing cent mille soldats ? De quoi s'agiroit-il cependant?
D'abus qui n'atteignent les droits del'espèce humaine que dans lcurs derniers ramcaux;
écouteriez la voix de
marchands d'hommes et de sucre, qui vous
ct vous
quelques
proposent de violer les principes les plus sacrés de ces droits, et qui vous menacent
vous
seulement de combattre devant vous une de leurs
dc la guerre 9 si
permettez
atroces prétentions ! La menace d'une invasion ne feroit qu'allumer votre courage 3 ct
celle de perdre un peu d'or vous l'abattroit au point de ne plus vous laisser la force de
juger sile danger est réel Mais non 3 vous entendrez, et l'on vous prouvera 3 que
loin de perdre cet or, , loin dc ruiner VOS colonies, vous les élèverez à un haut degré
de prospérité, en suivant voS ptincipes ctrendant,aux citoyens de couleur > leurs droits.
No. VIL
A Messieurs les Députés de PAssemblée nationale.
Messieurs , on est sûr de vos suffrages > quand on parle des' malheureux, quand
le
du patriotisme. Les droits de l'homme , que vous avez solemnelleon parle langage
ment décrétés, ne doivent et ne peuvent jamais souffrir aucune exception. Vainement
l'avarice et la barbarie cherchent-ils à voiler cette grande vérité, nous
l'orgucil 2
sommes sûàrs que vous la soutiendrez constamment dans toute sa splendeur; vous ne
permettrez pas qu'il sorte des fers du sanctuaire de la liberté. Hàtez-vous donc, messieurs, nous vous en conjurons, de briser les chaîncs de nos frères, les hommes de
couleur des colonies. Nous réunissons dans ce momentnos voeux à ceux de CORS lcs
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GUIITE
chent-ils à voiler cette grande vérité, nous
l'orgucil 2
sommes sûàrs que vous la soutiendrez constamment dans toute sa splendeur; vous ne
permettrez pas qu'il sorte des fers du sanctuaire de la liberté. Hàtez-vous donc, messieurs, nous vous en conjurons, de briser les chaîncs de nos frères, les hommes de
couleur des colonies. Nous réunissons dans ce momentnos voeux à ceux de CORS lcs
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amis de lhumanité, et particulièrement à ceux de la scciété des amis de la constifntion séante à Angers.
Les membres de la société des amis de la constitution séante à Verneuil. Signis;
DARIUS le jeune, président et homme dc loi, AVENEL, du comité de correspondance, L. ROTROU, commissaire du comité de correspondance, TRAMBLAY;
PAIR, du comité dc correspondance > LEBEL, vice-sécrétairc.
N. B. Trois autres sociétés des amis de la constitution ont adhéré à l'adresse
d'Angers; leurs adresses ont été lues à la société des Jacobins dc Paris.
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