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ner das AS M 11 aRZhonns D avion fils , ANCIEN DIRECTEUR DU LYCÉE NATIONAL DU PORTAU-PRINCE, &c. TOME TROISIEME. mr RE) AS tte » Natianale.. Indépendanee
| Progrès. AU PORT-AU-PRINOE.
IMPRIMERIE DE Ju. GOURTOIS 1848,
© 1408, Sommaire. Conduite de l'amiral Latouche Tréville au Mole St-Nicolas. —Félich tauons adressées à l’armée de St. Domingue par Bonaparte —Réorganisation dé
l'armée de St. Domingue—Le général Quentin enlève les forts de la Martel.
lièreret de Jacquezy-—Expédition dirigée par. Rochambeau contre les indépendans de la Fortue.— Geffrard pénètre de nouveau dans le Sud.—Il prend Aquin
sur les français —[l se réunit à Férou [Les indépendans du Sud reconnaissent
lautorité de Dissalines — Gerard attaque les Cayes, et est repoussé.—Mort de
Kerpoisson — Expédition du général Kerverseau au Maniel.—Le général Sarrasin se end de iburon aux Cayes, après plusieurs combats. — Rochambeau
transporte son qauartier-général au Port-Républicain.— Bal emblématique.— La:
inarre chasse les français du Petit Goñve.— Cangé dirige une attaque contre
Léogane-—la garde d'honneur de Rochambeau débarque au Petit:Goûve.—Elle
est battue" par Lamarre.—Mort de Néterwood.—"Foussaint Brave attaque le Fort< mbiberté {ti est repoussé par Île général Quentin —E£e général Brunet part pour le“Sud avec 2,000 hommes-—Marche générale des troupes françaises du Sud
contre Geflrard —Les français sont battus à Bérette par Gérin ; au Plymouth
par Moreau et Fhomas Durocher , à Garata par Férou — Les mdigènes prennent le
Corail sur Darbois.—Sarrasin est enveloppé dans la plame des Cayes par Geffrard. Combet du Pont de Truche —Sarrasin est dégagé par Brunet Les indigènes prennent. l'Anse-à- Veau. — Départ le Laplume et de Nérette pour France.— Les anglais
vendent des armes et des munitions aux indépendans.— Etat de la plaine du CuléSac.Mission du général Pierre Boyer, en F'rance.— Renforts venus de Frangé.—Promotions dans l’armée française.—Capoix prend le Portde-Paix; ensuite
la Tortue. —Ordonnance du 18 avril 1803.— Expédition de Viet aux etxrands-Bois
. l'Anse-à- Veau. — Départ le Laplume et de Nérette pour France.— Les anglais
vendent des armes et des munitions aux indépendans.— Etat de la plaine du CuléSac.Mission du général Pierre Boyer, en F'rance.— Renforts venus de Frangé.—Promotions dans l’armée française.—Capoix prend le Portde-Paix; ensuite
la Tortue. —Ordonnance du 18 avril 1803.— Expédition de Viet aux etxrands-Bois ATEN _ HISTOIRE D’HAJTI.— (1803) =—-Blockaus établis à Drouillard et à Santo.— Les français attaquent l’Areahaie,
et sont repoussés par le général Pétion —"Toussaint Rraye @j. Romain s'emparent
de lAcul;.ils en sont chassés par Clausel.— Réunion des chefs indigènes du
Petit: Goâve let de Léogane à l'Arcahaie.— ut de cette réunion.—Mort héroïque
de Laporte. Cangé envahit la plaiae du Cul-de-$Sac —Combat de Borgella et
de : Jutnécourt.— Mort de Mimi Bode— Dessalines part de l’Artibonite pour le -
Cul-de-Sae.—Tl prend Le Mirebalais—11 envahit la plaine da Cul-de-Sac.— Il se
réunit à Cangé au Camp Frère.—Prennère entrevue de Dessalines avec Lamour
Dérance.—Les Cultivateurs du Cul-deSac se soulèvent pour Dessalines contre
les français. — Dessalines fait incendier la plaine du Cul-de Sac.— Seconde entrevue
de Dessalines avec Lamour Dérance.—f'ropagande contre Lamour Dérance dans
la plaine de Léogane.— Arrestation et exécution de Pierre Louis — Dessalines
dégrade le colonel Montauban.—Gabart est battu à la savane Oblonde T'oute
la plaine du Culde-Sac est soulevée contre les ffançais qui n’occupent que le
bourg de la Croix-de -Bouquets et quelques blockaus. -
ier la plaine du Cul-de Sac.— Seconde entrevue
de Dessalines avec Lamour Dérance.—f'ropagande contre Lamour Dérance dans
la plaine de Léogane.— Arrestation et exécution de Pierre Louis — Dessalines
dégrade le colonel Montauban.—Gabart est battu à la savane Oblonde T'oute
la plaine du Culde-Sac est soulevée contre les ffançais qui n’occupent que le
bourg de la Croix-de -Bouquets et quelques blockaus. - Pendant que l'insurrection s’organisait de toutes parts, et se concentrait sous une seule autorité, la domination francaise s’anéantissait rapidement. Les maladies avaient considérablement affaibli les
équipages des bâtimens de guerre; le moral des matelots était abattus
et les marins qu’animaieut des sentiments d'honneur étaient iadignés
d'être devenus geoliers, et d'être sans. cesse 1émoins de seënes de
carnage. L'annral Latouche Tréville, homine mou et efféminé dans
nos chimats, commandait les forces navales de St Domingue. Se livrant
à toutes sortes de voluptés au Môle St. Nicolas, il ne pouvait même
pas se résoudre à donner la chasse aux pirogues indigènes qui, sortant
des anses de la côte, atiaquaient hardimnent les navires. marchands
et les capturaient. Cependant il demandait sans cesse des grades
pour les enseignes de vaisseaux et: une foule d'autres officiers qui
ne se livraient qu'à l'assassinat et à l'orgie. Le vaisseau amiral était
encombré de captifs condamnés à être noyés. La plupart des officiers
de marine spéculaient sur la position de ces infortunés auxquels ils
prétendaient porter toutes sortes de sollicitudes, Ils invitatent leurs
parens à leur envoyer, à bord, de l'argent, pour leur nourriture et
leur habillement. Souvent en quelques jours , ils recevaient des
sommes considérables dont ils s'appropriuient; car ceux auxquels cet
argent était envoyé, avalent éié noyés, le plus souvent, dès le jour
de leur arrivée sur l'escadre. Dans sa correspondance avec le ministre
de la marine, Décrès, Latouche Tréville disait que la flotte rivalisait *
de zèle et de dévouement avec l’armée de terre. Cependant ül
terminait toujours ses lettres en demandant du repos au gouvernement. Décrès lut répôndait que le Premier Consul, prenant en considération les services qu’il avait rendus, pensait qu'il serait injuste
de le remplacer pendant que: Si Domingn était encore en insurrection. Ces réponses quoique flatteuses nue contentaient pas Latouche
Tréville qui, devenu riche, craignait' qu'un plus long séjour à St.-
Pomingue ne comproimit sa foriune. Lu IUISTOIRE D’HAITI,.— (1803) 5 Rochambeau, de son côté, s'eflorçait de relever le courage des
troupes de terre” Il publia que le Premier Consul avait envoyé des
féliemations au général Clausel pour la reprise da Fort Liberté, au
général Brunet pour sa conduite au Môle contre les brigands, et au
boliirel Néraud pour l'énergie do il avait déployée dans 1e plaine du
Cul-de Sac. Néraud, devenu adjudant- commandant , fut attaché à
l'état-major du canitaine général.
'eflorçait de relever le courage des
troupes de terre” Il publia que le Premier Consul avait envoyé des
féliemations au général Clausel pour la reprise da Fort Liberté, au
général Brunet pour sa conduite au Môle contre les brigands, et au
boliirel Néraud pour l'énergie do il avait déployée dans 1e plaine du
Cul-de Sac. Néraud, devenu adjudant- commandant , fut attaché à
l'état-major du canitaine général. Les 41e et & 5e demi-brigades d'infanterie légère , les 7e, 81e et
86e d'infanterie de bataille furent réduites à deux bataillons chacuñe. Rochambeau avait reçu un Arrêté des Consuls de la République, en date du 27 Frimaire an 141, (18 Décembre 1802), par
lequel la formation d'un troisième bataillon de éhacun de ces spi
avait été ordonnée en France. Les troupes européennes avaient été tellement moïissonnées par le
feret la peste que Rochasmbeau se vit contraint de réunir plusienrs
demi-brigades en une seule. Sept bataillons ne ‘purent fournir qu'une
force effeciive de mille hommes. Les débris des 44e, 19e, 15e,
3e, 7e, sl 906, Tie, Te, 83e, 69e, 20e, 23e, 90e, Tle,
19e , 68e, 2e, furent incorporés dans neuf a , les 5e,
Aie, 7e, 3e, 85e, 1106, la légion de S t.-Domingue, eï-devant
expéditionnaire, a légion du Cap ci-devant légion de la Loire, et la
Aie. Les drapeaux ” des corps dont les numéros n'existaient plus
furent expédiés au chef de l'état-major général qui les envoya en
France au ministre de la guerre. Les neuf demi brigades qui formaient à présent l’armée française
étaient dispersées sur différents points de lile. La 5e légère était
cantonnée au Port- Républicain et à la Croix-des- rep Le colonel
Pesquidou commandait à St Marc la légion expéditionnaire ; la 86e
commandée par Laeroix et ta ares brigade polonaise étaient cdot
dans le département du Sud; la le lécère, sous les ordres de Dubreton fé 1e. et le de ligne, sous les ordres du colonel Anhouil formaient la garnison du Cap dont l’arrondissement était commandé | par le général Clausel; la 3le était cantonnée au Môle, et la légion
du Cap fut envoyée à Sto Domingo sous les ordres du général Kerverseau. A mesure qu'un-bataillon arrivait de France, H était incorporé dans
la demi-brigade la plus faible. Le bataillon helvétique avait été in- * corporé dans la 5e légère. La 8e. et la 4e. légion de gendarmerie étaient entrées dans la garde d'honneër du capitaine. général. | Comme les campagnes étaient 4-xepe bé de toutes parts en insurrection, les français ne recevaient plus, pour ainsi dire, aucun produit
de Wintérieur; le commerce était presque nul; les habitans des villes
ne faisaient plus d’éc hanges de denrées avec la mé tropole; ils payaient
‘en argent les objets qu'apportaient les navires français et élraugers ,
= consommaient leurs épargnes, et se ruinaient; la famine se faisait 16 | HISTOIRE D'HAITI.—(1803)
bé de toutes parts en insurrection, les français ne recevaient plus, pour ainsi dire, aucun produit
de Wintérieur; le commerce était presque nul; les habitans des villes
ne faisaient plus d’éc hanges de denrées avec la mé tropole; ils payaient
‘en argent les objets qu'apportaient les navires français et élraugers ,
= consommaient leurs épargnes, et se ruinaient; la famine se faisait 16 | HISTOIRE D'HAITI.—(1803) dei Érucllément sentir dans les villes. Toutes les dépenses faites pour
l'entretien de Marmée et de l'administration étaient soldées par le
gouvernement de la métropole pour lequel St. -Domingue était une
lourde charge. Quand les communications entre la France et Ja colonie deviendront plus dif&ciles, Rochambeau aura recours aux con
tributions forcées, et sévira rigoureusement contre les négocians
blancs qu'il traitera, alors d’ anglo. man. Le capitaine général faisait publier comme de grandes victoires de
faibles avantages qu'obtenaient les français dans le Nord, Le général "Quentin qui commandait la division gauche du.Nord
sortit du Fort Liberté, en mars, à la tête de deux bataillons européens, et alla attaquer le fort de la Matelliére et le bourg'de Jacquezy
qu'occupaient les indigènes, sous les ordres de Toussaint Brave. Le
fort de la Martellière fut enlevé d'assaut, et soixante hommes qui y
étaient enfermés furent passés au fil de l'épée. En même temps,
Lecourte, adjudant attaché à la place du Fort-Liberté, trouvait une
vive résistance à Jacquezy. Après deux heures de combat les andigènes lui cédèrent le terrain, et se retirèrent à Caracolle, abandonnaat
une pièce de 8 au pouvoir: des français, Depuis la descente de Jacques Louis à la Tortue, les indigènes de
cette île entretenaient de continuelles relations avec €apoix. Ils recevaient des munitions par des embarcations qu'ils cachaïent dans les bois
du littoral pour les dérober à la vigilance des chaloupes canonnières qui
visitatent fréquemment les anses de la’petite ile. Dans les premiers
jours de mars, 1ls se soulevèrent de nouveau, égorgérent les malades
des hôpitaux, et refoulôrent les français dans les forts du rivage. Ils
livrèrent aux flammes la plupart des habitations. Dès que Rochambeau reçut la nouvelle de cette révolte, il envoya à la Tortue, sur
une frégate, le chef d'escadron Lallemand, à la tête de 200 chasseurs de la 11e légère. L'expédition débarqua à la Basse Terre.
Lallemand divisa sa troupe en deux colonnes ; 11 en confia une au
capitaine Baury qni marcha contre le Coquillages Jui même, à la
tête de l'autre, pénétra dans le centre de l'ile. I tua aux indigénes, en deux rencontres, cinquante hommes , leur enleva vingtcinq fusils et deux tambours. * De son côté ‘ le capilaine Baury les
chassa du Coquillage, el livra aux flammes leurs barges qui étaient
Terre.
Lallemand divisa sa troupe en deux colonnes ; 11 en confia une au
capitaine Baury qni marcha contre le Coquillages Jui même, à la
tête de l'autre, pénétra dans le centre de l'ile. I tua aux indigénes, en deux rencontres, cinquante hommes , leur enleva vingtcinq fusils et deux tambours. * De son côté ‘ le capilaine Baury les
chassa du Coquillage, el livra aux flammes leurs barges qui étaient cachées dans les bois. La tranquillité fut rétablie, et les français
conservèrent encore le seul asile qui restât à leurs malades. Pendant cet intervalle, Cangé apprit que Geflrard , retiré dans
les moutagnes du Petit. Goûve , depuis la défaite quil ‘avait essuyée -
à l'Anse-à-Veau , était dans un état extrème de détresse, sans munilions , abandonné d’un grand nombre de ses gens, et dans l'impuissance de reprendre l'offensive, s'il ne recevait pas des renforts. IL
vola à son secours avec un escadron et un bataillon. Aussitôt après
l'arrivée de ces Ménaonus Gefirard pénétra de nouveau dans le Sud, après ss
ûve , depuis la défaite quil ‘avait essuyée -
à l'Anse-à-Veau , était dans un état extrème de détresse, sans munilions , abandonné d’un grand nombre de ses gens, et dans l'impuissance de reprendre l'offensive, s'il ne recevait pas des renforts. IL
vola à son secours avec un escadron et un bataillon. Aussitôt après
l'arrivée de ces Ménaonus Gefirard pénétra de nouveau dans le Sud, après ss L HISTOIRE D'HAITI.—(1803) 7 avoir forcée cordon de Miragoâne que commandait le colonel Hurto, et
marcha sur Aquin. Presque toutes les troupes françaises étaient concentrées aux Cayes et à Jérémie. Quand il parvint près d'Aquin,
il divisa son armée en trois colonnes. A midi, pendant que les
français se divraient au repos, Jean Louis François, à la tête de la
premiére colonne, attaqua un poste avancé qui couvrait la ville, et
l'enléva. L'ennemi sortit d'Aquin, et marcha à à rencontre des indigènes. Assaillis avec vigueur, les français furent rompus el poursuivis jusqu'à l'entrée de la place. ÆEn même temps le colonel Nérette
qui sortait des Cayes entrait en ville. El fil une vigoureuse sortie
contre des dragons indigènes, et les repoussa après leur avoir enlevé
un drapeau. Mais dès qu'il aperçut Jean Louis François qui s avançait, au pas de charge, à la tête de l'infanterie, 1 abandonna le champ
de bataille, et se retira sur le rivage de la mer où il se retrancha.
Geffrard négligeant d'assaillir sa position qui était formidable se résolut a opérer sa jonction avec Férou. 1lse proposait ensuite d'aller
assiéger Les Cayes dont la chute devait entriiner celle des autres
villes du Sud. 41 se dirigea vers le quartier du Citronnter où 1 y
avait une forte- garnison française. Le terrain lui fut disputé
pied à pied, et il ny arriva qu'après avoir traversé pendant une
journée plusieurs embuscades. Les français éionnés de l'audace de
sa marche abandonnèrent leur position et rentrérent aux Cayes. Geffrard campa au Citronnier, et fil aussitôt annoncer à Férou son ar=
rivée. En moins de quarante huit heures, il vit se présenter devant
lui plusieurs envoyés de Férou et de Vancol, les deux principaux chefs
des indépendans du Sud. [Hs lui annoncèrent qu'ils étaient chargés
de lui offrir de commandement en chef de Pinsurrection. Geffrard
leur répondit: allez dire au commandant Férou que j obéts aux ordres
de Dessalines, el que je déploierai toute mon énergie pour faire respecter son autorité dans ce département. J'accepte son offre, s'il
consent à reconnaître Dessalines général en chef des armées ludigenes.— Votre parti est celui du commandant Férou, répliquérent les
députés; vous avez été, sous le général Rigaud, notre compagnon
d'armes, el nous savons que vous ne pourriez servir une Mauvaise
cause. » Les députés se retirèrent au milieu des applaudissemens
de toute l'armée, et apportèrent à Férou des dépèches par lesquelles
Getfrafd lengageait à venir se joindre à lui au Quatre-Chemins, à
l'entrée des Cayes. Geffrard continua sa marche, et atteignit l'avantgarde de Férou sur l'habitation Bergeaud près de la rivière de lHet.
Les deux armées indépendantes se confoudirent sur l'habitation Charpentier, en poussant avec ivresse des cris d'enthousiasme. Tous cos
guerriers étaient de vieux compagnons qui avaient combattu ensembie
SOUS Rigaud; ils aveient été dispersés après le triomphe de Toussaint
Louverture ; © était la première fois qu'ils se revoyaient depuis la
» chute de Rigaud. Ils versèrent d'aboudantes larmes, et s'embrassérent
de lHet.
Les deux armées indépendantes se confoudirent sur l'habitation Charpentier, en poussant avec ivresse des cris d'enthousiasme. Tous cos
guerriers étaient de vieux compagnons qui avaient combattu ensembie
SOUS Rigaud; ils aveient été dispersés après le triomphe de Toussaint
Louverture ; © était la première fois qu'ils se revoyaient depuis la
» chute de Rigaud. Ils versèrent d'aboudantes larmes, et s'embrassérent C 2 misToire D’HafTi —(1803) avec effusion. Férou reconnut solennellement l'autorité de Dessalines dont le nom cependant était en exécration dans le Sud. En
celle circonstance, 1l saerilia ses sentimens personnels à la cause de
la liberté ; car en demeurant divisés Îles indigènes n'auraient pu
triompher de l'ennemi commun. Le général Geffrard avait obtenu
le but auquel voulait parvenir Dessalines en lenvoyant dansle Sud.
En représentant le général en chef à ses concitoyens sous des’ couleurs favorables, il calma les grandes animosilés qui existaient contre
lui, fétion, de son côté, se soumettant à la prépondérance de Dessalines, avait dissipé les défiances de la population de l'Ouest. Tant
est puissante sur les masses l'influence des noms, Ainsi les départemens du Sud, de l'Artibonite, du Nord, et une partie de l'Ouest,
étaient soumis à Dessalines; et les plaines du Cul de-Sac et de Léogane , quoique en apparence sous le commandement de Lamour
Dérance, obéissaient à ses ordres. Les mornes de Jacmelet du Pe‘itGoûâve seuls étaient en réalité encore soumis à Lamour Dérance.
Geffrard campa dans la plaine des Cayes, et poussa ses avant-postes
presque jusqu'aux portes de cette ville. La 86e de ligne, de 600
hommes, dans laquelle on avait fait entrer les débris de la 20e, une
compagnie de 120 polonais, les gardes nationales d Aquin, de St Louis,
de Cavaillon, celle de la ville menacée, composaient la garnison des
Cayes. Ces troupes fournissaient une force de 3000 hommes enwiron. l'inquiétude des français était grande. Depuis qué Geffrard
avait pénétré dans le Sud, heaucoup d'indigènes s'étaient enfuis de
la ville. Des murmures même se faisaient entendre contre les autorités. Le général Laplume excité par la municipalité composée de
coions se résolut à chasser les indigènes de la plaine. Le 6 Mars,
dans la matinée, 1l commanda à la compagnie polonaise de faire une
sortie. Les polonais atteiguirent l'enneini à la barrière de Charpentier. Féron qui y commandait fut culbuté. Geffrard qui occupait
Bergeaud lui envoya un renfort de 200 hommes sous les ordres de
Moreau ou Cocoherne, Les européens.assaillis vigoureusement furent
refoulés dans a place, chargés par la cavalerie indigène. Dans cette
action les indépendans perdirent un officier de couleur, Raymend
Benne, qui reçut la mort à la tête de la cavalerie, |
'enneini à la barrière de Charpentier. Féron qui y commandait fut culbuté. Geffrard qui occupait
Bergeaud lui envoya un renfort de 200 hommes sous les ordres de
Moreau ou Cocoherne, Les européens.assaillis vigoureusement furent
refoulés dans a place, chargés par la cavalerie indigène. Dans cette
action les indépendans perdirent un officier de couleur, Raymend
Benne, qui reçut la mort à la tête de la cavalerie, | … Berger avait remarqué que les gardes nationaux indigènes donpaient mollement depuis quelque temps. Il sentit qu'il ne pouvait plus guère compter sur la milice qui n'applaudissait plus aux
rigueurs du gouvernement. Cependant le nom de Dessalines était
en horreur parmi les citoyens, et ils ne faisaient des vœux pour
le triomphe des armes indigènes que parce qu'ils croyaient que
Geffrard était indépendant de son autorité. [ls n'avaient aucun renseignement sur ce qui s'était passé à Charpentier. Ils convinrent
en grand nombre de passer à l'ennemi à la première attaque que
dirigerait le général Gelirard contre la place, at
du gouvernement. Cependant le nom de Dessalines était
en horreur parmi les citoyens, et ils ne faisaient des vœux pour
le triomphe des armes indigènes que parce qu'ils croyaient que
Geffrard était indépendant de son autorité. [ls n'avaient aucun renseignement sur ce qui s'était passé à Charpentier. Ils convinrent
en grand nombre de passer à l'ennemi à la première attaque que
dirigerait le général Gelirard contre la place, at HISTOIRE D'HAITI.—(1803) : 9 Les Muse enhardie par le succès qu'ils avaient obtenu le
, ignorant les dispositions des citoyens en leur faveur, ne compps que sur leur propre valeur, s’approchérent de la ville dans la
nuit du 8 mars, et l'attaquèrent sur tous les points, à cinq heures du matin. Le général Geffrard avait formé quatre colonnes de
son armées, Cangé et Moreau, à la tête de la fre, s’efforçatent Gen.
dever*le portail du grand chemin; Gérin et Jean-Louis François,
à la tète de la deuxième, altaguaient Les fossés du eôté du fort
Pilet 3 Vancol, à la tête de la troisième, tentait de traverser la riMère Renaud; et Férou donnait assaut vers le poste Trousse-Côte.
Berger et Laplume, excitant lardeur de la 86Ge et des polonais,
faisaient de toutes parts face à l'ennemi. Une partie de la garde
nationale demandait, à grands cris, à faire une sortie par lo grand
€hemin de la plaine ; beaucoup de cioyens devaient se rontdre à
l'ennemi: Tout à-coup l'on entendit s'élever des rangs des indigè:
nes les cris” mille fois répétés de vive Dessalines ! Les sympathies
qu'on éprouvait pour les indépendans se changèrent en fureur. On
crut que Dessalines en personne dirigeait l'attaque. En même temps
la colonne que commandaient Cangé et Moreau cuibuata les polonais
qui gardaient le pont, péaétra dans la ville, et se mit aussitôt à
piller la première boutique qu’elle rencontra. Mais assaillie tout-à.
coup, elle ne put résister au choc impétueux de la cavalerie, et
fut rejetée au-delà du pont. Gérin, de son côté , faisait de prodigieux efferts pour franchir les fossés qui couvraient le poste l'ilet;
mais de vives décharges de mousqueterie et d'artillerie le contraignirent à abandonner le terrain. li rallia les indigènes qui revinrent au combat avec tant d'audace que rien ne put arrôter leur
élan; et le chef de bataillon Francisque planta ua drapeau sur les
rem pat ts près dû palais du gouvernement. Mais une batterie de
sixwpièces de canon, tout-à-coup démasquée,. vomit un feu si
meurtrier sur ‘les grenadiers indépeudans ; qu'ils furent obligés
‘d'abandonner le posie dont ils s'étaient empairés. Francisque fut
empomté par ses soldats, atteint d'un coup de mitraïle à la cuisse.
L'on se battait avee acharnement de puis cinq heures du matin; les
indigènes n'avaient pas d'artillerie, et de toutes parts les bo: lets leur
enlevaient des lignes entières. Vancol fut repoussé , après avo:r
tenté, plusieurs fois, de traverser la rivière Renaud, Geffrard voyaut
tomber ses meilleurs soldats commanda ia retraite à 7 heuers di
matin. Il se retira en bon ordre au camp Gérard, et se Gisposa À
“cerner la ville. Férou reçut l'ordre d'aller s'établir a aux Côteaux pour
“intercepter les communicatiens par terre que pourrait entretenir la
garnison des Cayes avec celle de Tiburon.
Comme les munitions de guerre commençaient à manquer aux
Cayes, le colonel Berger en envoya chercher: à Jérémie par une
. goëlelte que montait le commandant Kerpoisson. feu} CI parvenu
érard, et se Gisposa À
“cerner la ville. Férou reçut l'ordre d'aller s'établir a aux Côteaux pour
“intercepter les communicatiens par terre que pourrait entretenir la
garnison des Cayes avec celle de Tiburon.
Comme les munitions de guerre commençaient à manquer aux
Cayes, le colonel Berger en envoya chercher: à Jérémie par une
. goëlelte que montait le commandant Kerpoisson. feu} CI parvenu / 10 | HISTOIRE D'HAITI.—(1803) à Jérémie chargea de poudre le navire et appareïlla pour les €ayes. Après qu'il eut doublé de cap Tiburon, H vit la mer devenir calme
"el da goëlette demeurer immobile. Bégon, homme de couleur, es
Aoua, noir, chefs des barges indigènes du Sud, se tenaient cachés
daus les anses de la baie des Ang! ais. : ès qu'ils aperçurent le
bâtiment français , ils sortirent de la baie, à force de rames , avec
quatre barges montées chacune de trente hommes. Malgré le feu
des canons dé la goëlette , les indigèves l'abordérent à la fustilade.
égon et Aoua, armés chacun d’une hache, s’élancèrent dans ‘le navire suivis de ieurs matelots. L'on se battit corps à corps sur le
pont. Les français furent la’ plupart égorgés, et Kerpoisson fut fait
prisonnier. Bégon l'envoya à Armand Berrault, commandant du
poste établi aux Anglais. En voyant arriver, fortement garrotté, le
blanc le plus cruel de la province, Îles indigènes laissèrent éclater
une vive Joie. Kerpoisson, depuis longtemps, ne se divrait qu’au
pillage et à l'assassinat. A noyait impitoyablement les prisonniers
indigènes qui étaient à bord des bâtimens de guerre en station dans
le Sud, ou les vendait à des espagnols qui les conduisaient comme
cselaves à Cuba, à Porto Rico, ou à la Côte Ferme. Armand Berrault fui di£ qu'il supporterait toutes les tortures qu'il avait fait endurer à ceux des indigènes qui étaient tombés en son pouvoir. Avant
de lui ôter la vie, les indépendans le plongèrent dans la mer, le
fouettèrent, le percérent de coups de baïonneites, et lui “brisèrent
ious les membres à coups de fusil. Ils le transportérent, pendant
qu'il lui restait un souffle d'existence, aux Quatre-Chemmns, à lPentrée des’ Caves, et le pendirent, au milieu de da nuit, avec cet
écriteau sur le dos : « le crime ne reste jamais impuui. » La prise
de sa goëlette procura aux indépendans des munitions en abondance.
ettèrent, le percérent de coups de baïonneites, et lui “brisèrent
ious les membres à coups de fusil. Ils le transportérent, pendant
qu'il lui restait un souffle d'existence, aux Quatre-Chemmns, à lPentrée des’ Caves, et le pendirent, au milieu de da nuit, avec cet
écriteau sur le dos : « le crime ne reste jamais impuui. » La prise
de sa goëlette procura aux indépendans des munitions en abondance. Ce fut à cette époque, que les français pénétrèrent, pour la première
fois, au sommet des hautes montagnes du Mamiel. Le g'néraiKerverseau , commandant de l'ancienne colonie espagnole , apprenant
que des indépendans qui reconnaissaient, assurait on, Pautoritéde
de Lamour Dérance, avaient dans les mornes de Maniel un dépôt
considérable de vivres, résolut de leur enlever ce point important.
Il divisa ses troupes dont le chiffre montait à 2000 hommes en trois
colonnes, Celle du centre fut confiée au chef de bataillon Camberlin, eelle de droite à Mirdonday, et celle de gauche à MWives.
Pour atteindre le sommet de ces mornes presque inaccessibles, al
employa huit jours. Au milieu des plus grandes diflicultés , l'armée
traversa de profundes ravines, gravit des rochers qui pendaient audessus de sombres abymes. Siles français avaient été attaqués dans
leur marche, ils eussent tous péri, écrasés sous d'énormes masses
de pierres. Le 15 Mars, Kerverseau parvint au camp du Maniels ül
y rencontra une belle population cultivant d'immenses champs de :
RS D nn HISTOIRE D’HAITI.— (1802) : A 1 = bananiers, d'ignames et de patates. A la première décharge que
firent des français, les indépendants prirent la fuite et disparus
rent dans les forèts. Kerverseau trouva dans une des cases du plateau 609 livres de poudre , 200 fusils et quelques pistolets. Peu de
Jours après, il descendit de la montagne, après en avoir ravagé
toutes les plantations. Celle course du général Kerverseau demeura infructueuse. Les indépéndans du Maniel avaient des camps en cent
lieux divers. Rochambeau qui avait né les progrès de l'insurrection du Sud,
ce délermima & envoyer des renforts aux Cayes. Il ordonna au général Sarrasin qui venait d'arriver au Cap avec quelques forces , de
partir pour le Sud, à fa tête de la 44e légère. Sarrasin s'embarqua
sur le vaisseau Î'Atalante, et fit voile pour les Cayes. C'était un
use. Les indépéndans du Maniel avaient des camps en cent
lieux divers. Rochambeau qui avait né les progrès de l'insurrection du Sud,
ce délermima & envoyer des renforts aux Cayes. Il ordonna au général Sarrasin qui venait d'arriver au Cap avec quelques forces , de
partir pour le Sud, à fa tête de la 44e légère. Sarrasin s'embarqua
sur le vaisseau Î'Atalante, et fit voile pour les Cayes. C'était un officier général de réputation. Sous le Directoire Exécutif, il avait eu le commandement d’une division de 6090 hommes de l'armée expéditionnaire d'Irlande. Le 9 mars, il se trouva en vue de Tiburon.
Quoiqu'il eût reçu ordre, pour épargner aux troupes de rudes fatigues, d'atteindre les Cayes, directement, par mer, il entra dans le
port de Tiburon et se résolut à se rendre à sa destination, par terre.
Les officiers indigènes encore fidèles aux français lui Grent en vain
observer que les chemins élaient presque impraticubles à cause des
pluies et du débordement des rivières. Plein de confiance en la
valeur de ses troupes, il ferma l'oreille à tous des sages avis qu'on
lui donna, et se détermina à traverser un espace de 24 lieues, couvert d'embuscades ; de Tiburon aux Caÿes. Après avoir écrit au
général Laplûme de s'avancer à Sa rencontre avec une partie de la
garmison des Cayes, il confia le commandement de son avant garde
au chef de bataillon Lespos, celui de son arrière-garde au capitaine Merime, et sortit de Tiburon, précédé de guides indigènes.
10 Mars. La 44e suivit la route qui longe le rivage de la. mer.
Quand elle arriva à la Cohanne, elle rencontra un poste indigène
qu'occupaient quelques troupes sous les ordres de Férou. Le combat s'engage : il fui opiniâtre et meurtrier. Le ehef de bataillon
Lespos enieva Ja position à la baïionneite. Les indigènes, s'éche.
lonnant en tiraitleurs des deux côtés du chemin, commencéreut
sur les français une fusillade qui peu Soutenue n'arrêta pas leur
marche. Néanmoins la colonne européenne fut obligée d'abandonner ses blessés qui- furent égorgés. Le 41 Mars, Sarrasin aperçut Île
village des Anglais, situé. à cinq hieues de Tiburon. Il avait déjà perdu 59 hômmes. Il y avait au pied d'un morne que traverse
lemgrand chemin trois mille cultivateurs armés la plupart de bätons
et"de pierres. Il n'y avait pas cent fusillers parmi eux. As étaient retranchés derrière de grands arbres renversés ; 1ls n'avaient pas une
seule pièce de canon. Le général Sarrasin, en les découvrant, se
le
village des Anglais, situé. à cinq hieues de Tiburon. Il avait déjà perdu 59 hômmes. Il y avait au pied d'un morne que traverse
lemgrand chemin trois mille cultivateurs armés la plupart de bätons
et"de pierres. Il n'y avait pas cent fusillers parmi eux. As étaient retranchés derrière de grands arbres renversés ; 1ls n'avaient pas une
seule pièce de canon. Le général Sarrasin, en les découvrant, se _ fourna vers ses grenadiers el leur dit: « Ces brigauds pourraient- / 12 | HISTOIRE D'ATT I (1808) ils vous arrêter? En avant! » La charge se fit entendre, et la
A6 S'AvanÇa au: etre contre le retranchement love
feux de pelotons. Les indigènes flrent pleuvoir une grèle de pierres sur les blancs qui les abordèrent à la baïonnette. Le capitaine Monvoisin, à la têto des grenadiers, s’empara des retranchemens. Les indigènes prirent la fuite, et allérent attendre l’ennemi un peu plus loin. À sept heures du matin, Sarrasin était maitre des Anglais. Il s’y reposa le reste de la journée. Ses troupes.
étaient harassces de fatigues; elles avaient traversé plusieurs torreps, marchant tantôt dans des: chemins boueux, tantôt dans des
senticrs rocailleux, la nuit la pluie sur le dos , et daus la journée
brûlés par les ardeurs du soleil. Elles reprirent leur marche dans
la nuit du 42. Avant le lever du soleil , elles tombèrent dans une
embuscade qu'elles levèrent après avoir perdu une vingtaine d' hommes. Pendant cet intervalle, le général Laplume sortait des Cayes,
et marchait à la rencontre de Sarrasin avec 800 hommes: de trou:
pes et deux pièces de ne Pac I arriva à Welche Taverny , et
y altendit inutilement pendant 24 heures le général Sarrasin. Cratgnant d'être enveloppé par les insurgés, il rentra aux Cayes.
Avant le lever du soleil , elles tombèrent dans une
embuscade qu'elles levèrent après avoir perdu une vingtaine d' hommes. Pendant cet intervalle, le général Laplume sortait des Cayes,
et marchait à la rencontre de Sarrasin avec 800 hommes: de trou:
pes et deux pièces de ne Pac I arriva à Welche Taverny , et
y altendit inutilement pendant 24 heures le général Sarrasin. Cratgnant d'être enveloppé par les insurgés, il rentra aux Cayes. Le 43 Mars, le général Sarrasin atteignit la Grande-Crète du PortSalut dont le sommet était occupé par un millier d'indépendans sous
les ordres de Bazile. Les indigènes étaient dans une position formi'dable. Le général Sarrasin, voulant traverser ce morne avantda
nuit les atlaqua avec visueur: Le combat dura trois heures. Les
français aprés une perte de 209 hommes s’emparèrent de la position.
Sarrasin s'était baltu comme le plus intrépide de ses grenadier s. I
était parti de Tiburon à la tête de 1200 hommes, et la. 44e était réduite à 900 hommes. Il ne donna cependant pas à ses troupes le
temps de reprenilre haleine. Le mème jour, 1l continua sa marche
s'ouvrant pass 18e à la baïonnelta au travers des embuscades qu'il
rencontrait de distance en he Il arriva à . Welche Faverny,
non loin de Torbeck. I vit les troupes indigènes encore rangées
en bataille devant lui. Il leur envoya un parlementaire qui leur
demanda à s'entretenir avec leur chef. Bazile se présenta avec Jean
_Jacques Sully, son secrétaire. Celui-ci avait abandonné la cause
française après les combats du Morne. Fendu et de Maraudhuc. Le
parlementaire, s'adressant à Jean Jacques Sully, proposa aux indigènes
une trève de quatre heures pendant laquelle on donnetait des soins
aux biessés de part et d'autre. Bazile l’accepta. Sarrasin réunit ies
cabrouets de l'habitation Welche-Taverny, auxquels il attela des chevaux, y plaça ses blessés, et laissa ses troupes se reposer. Après
leur repas les français reprirent leurs armes, et se mirent en bataille. Leur général fit annoncer à Bazile qu'il eut à se préparer
à recevoir son feu. Les indigènes se saisirent de leurs armes, et
les français s’éhranlèrent. La 44° fut harcelée avec acharnement
ets de l'habitation Welche-Taverny, auxquels il attela des chevaux, y plaça ses blessés, et laissa ses troupes se reposer. Après
leur repas les français reprirent leurs armes, et se mirent en bataille. Leur général fit annoncer à Bazile qu'il eut à se préparer
à recevoir son feu. Les indigènes se saisirent de leurs armes, et
les français s’éhranlèrent. La 44° fut harcelée avec acharnement HISTOIRE D’HAITI 1803) 13 jusqu'à Houe, où le combat fut des plus sanglans. Sarrasin se présentla à son arrière-garde, et fit signe aux indigènes de suspendre
le feu.»-Bazile fit cesser à mousqueterie, et s’avança jusqu'à lui,
Le général français lui demanda, avec instances, de prendre soin de ses
blessés sil était battu, et lui promit de son côté de donner toutes
sortes de secours aux indigènes, s'il était vainqueur. Bazile lui
accorda sa demande , et le combat recommença. Les ‘indépendans
talennèrent les français jusqu'a Torbeck. Pendant cet intervalle: le
général Geffrard avait appris, par un envoyé de Férou , la marche
de Sarrasin. Il était sorti du camp Gérard avec son armée se dirigeant sur Torbeck où ïjl devait attendre l'ennemi. Il s'établit au
carrefour de Terbeck et. dans les environs. A la pointe du jour,
Sarrasin voyant de fortes eolonnss se déployer pour l'envelopper
pénéira aussitôt dans l'église du bourg et s’y barricada. Si Gefirard,
cherchant l'ennemi, avait passé par l'habitation Bagatelle, il eùt
joint, les français avant leur arrivée à Torbeek et les eut exterminés. Sarrasin manquant de munitions envoya, au rivage de la mer,
la nuit qui suivit, cent chasseurs qui réunirent des bois secs, firent
irois énormes bûchers auxquels ils mirent le feu successivement.
Deux frégates qui étaient mouillées dans la rade des Cayes aperçurent
ces feux. Laplume et Berger pensant qu'ils ne pouvaient être qu'un
signe de la détresse de Sarrasin, envoyèrent aussitôt, le long des
rivages de Torbeck, plusieurs chaloupes chargées d'armes et de inumitions. Les matelots débarquèrent les munitions qui furent distribuées à la 44°. Dans la même nuit le général Laplume envoya des
Cayes à la rencontre de Sarrasin une division de 700 hommes et 2
pièces de campagne. Aù jour les troupes de Geflrard commencèrent
à échanger des coups de fusils avec les français qui occupaient l'église
de Torbeck. En-.mêime temps les troupes des Cayes parvenaient sur
Phabitation Dérodière que traverse ‘la rivière de Terbeck. Eîles y
rençontrérent un rempart daus le grand ehemin qu'occupaient les
indépendants. Ceux-ci craignant dêtre placés eutre deux feux,
l'abandonnèrent après avoir essuyé deux coups de canon. La co:
lonne sortie des Cayes continua sa marche. Elle rencontra le géné.
ral Sarrasin qui avait abandonné l'église du bourg, et tournait le
carrefour de Torbeck. Elle ouvrit ses rangs, laissa passer la 44°,
qui prit la! droite. Elle même forma Farrière garde. Jusqu'aux
Quatre-Chemins, à l'entrée des Cayes, les français ne firent qu'échanger des coups de fusils avec les indéjeudans. Sarrasin entra
aux Cayes avec#700 hommes de la 44 sans avoir perdu un seul
drapeau. Les troupes françaises s'étaient batlues avec un rare couräge. Doit-on s étonner des prodiges qu'elles on faits en. Europe,
| courant de victoire en victoire, chantant des hymnes de liberté, quand
. on les à yues, combattant pour l'esclavage, au-delà de l'Atlantique,
déployer tant d'intrépidité ? gloire ec honneur à nos pères qui par
avec#700 hommes de la 44 sans avoir perdu un seul
drapeau. Les troupes françaises s'étaient batlues avec un rare couräge. Doit-on s étonner des prodiges qu'elles on faits en. Europe,
| courant de victoire en victoire, chantant des hymnes de liberté, quand
. on les à yues, combattant pour l'esclavage, au-delà de l'Atlantique,
déployer tant d'intrépidité ? gloire ec honneur à nos pères qui par 1{ HISTOIRE D’HHAITI.— (1803) leur courage, leur héroïque persévérance ont chassé du’ sol d'Haïti
ces intrépides guerriers qui avaient déjà dompté une partié
de l'Europe. Geflrard fit recueillir, sur le champ de bataille, (ous
les blessés français ; ils furent transportés à une ambulance où des
femmes sure leur prodiguërent toutes sortes de soins. Le lieutenant-colonel de lx 44e légére, demeuré grièvement blessé à Welche Taverny, fut ému des attentions qu'on lui portait. Il s’écria:
Je ne vois autour dé moi que des âmes compalissantes! Où sont
ces cannibales que nous devions rencontrer én cette île? Combien
n'avons nous pas élé trompés par les colons ? — Après l'entrée dé
Sarrasin aux Cayes, le général Cangé partit pour la plaine’de Léogane , résolu à enlever cette ville. Sarrasin admirant le courage
des indépendans el la loyauté avec laquelle ils avaient tenu à leurs
engagemens à l'égard des blessés français, défendit de les appeler
brigands. Le capitaine général Rochambeau qui, dès le mois’ de février, avait!
annoncé son départ pour le ie de l'Ouest, s'embarqua au
milieu de mars pour le Port Républicain. IFétait plein de fureur
contre les hommes de couleur qu'il accusait d'être les auteurs de la
révolte du département du Sud. Le 19 Mars, dans! la soirée’, il se
trouva en vue du Port Républicain. Les principaux fonctionnaires
qui l'accompagnaient étaient à bord des vaisseaux le Duquéne et le
Duguay Trouin. Il débarqua en ville le lendemain, au lever du soleil.
'Ouest, s'embarqua au
milieu de mars pour le Port Républicain. IFétait plein de fureur
contre les hommes de couleur qu'il accusait d'être les auteurs de la
révolte du département du Sud. Le 19 Mars, dans! la soirée’, il se
trouva en vue du Port Républicain. Les principaux fonctionnaires
qui l'accompagnaient étaient à bord des vaisseaux le Duquéne et le
Duguay Trouin. Il débarqua en ville le lendemain, au lever du soleil. Son arrivée répandit une profonde terreur dans la population notre
et de couleur. Mais, dans la soirée, la joie des colons se manifesta
par des illuminations et de maguifiques fêtes. Peu de jours’ après
lé capitaine: général donna, au palais national, un magnifique bal auquel
furent invitées la plupart des dames noires et de couleur. Les salles!
étaient splendidement décorées ; la musique de la! garde d'honneur
était harmonteuse, et la soirée très-animée. Rochambeau se montrait
d'une politesse exquise. A minuit , 1l pria les dames! noires et, de’
couleur de traverser dans une des salles où elles devaient trouver
d'autres plaisirs. Elles furent tout-à- coup saisies à effror et d'horreur,
en entrant dans un appartement téndu de’ noir, éelairée de la lueur
sombre d’une lampe, et dont les angles étaient occupés par de longs
cercueils couverts de têtes de morts. La'terreur de ces infortunées
redoubla quand subitement le chant des morts sortit de cés cercueils®
Beaucoup s'évanouirent. Rochambeau dit à celles! qui prenaient lat
fuile: « Vous avez assisté aux funérailles de vos" époux et de” vos
frères. » Le lendemain commencèrent de nombretSes exéeutions!
d'hommes noirs et de couleur. Rochambeau ordonnat aux officiers:
de la police du Port Républicain | parmi lesquels lon rermarquaït:
quelques indigènes noirs et de couleur très acharnés! contre leurs?
frères, de faire dévorer par des dogues dans là cour de la prison,
tous les captifs indépendans. Mais on neput parvenir à lancer ess HISTOIRE D’HAÎTI —{1803) 15 animaux sur ces infortunés. Les officiers de police allaient de nuit
frapper à la porte des indigènes dont ils suspectaient le dévouement
à la France, les arrachaient de leurs demeures, les conduisaient
dans la rade où ils étaient noyés. Roehambeau était sous l'influence
du délire de la cruauté. IL n'a pas existé un barbare qui l'ait surpassé, en férocité Aucune époque de l'histoire ne fournit un tel
monstre. Ses crimes ont été plus horribles que eeux de Bladus Dracula, prince chrétien , Hespodar de Valachie et de Moldavie que
. Mahomet EE vainquit en 4462 : Dracula avait fait empaler, dans la
plaine de Praylab , vingt mille personnes , des enfans à la mamelle ;
des femmes, des vieillards, des jeunessgens.
existé un barbare qui l'ait surpassé, en férocité Aucune époque de l'histoire ne fournit un tel
monstre. Ses crimes ont été plus horribles que eeux de Bladus Dracula, prince chrétien , Hespodar de Valachie et de Moldavie que
. Mahomet EE vainquit en 4462 : Dracula avait fait empaler, dans la
plaine de Praylab , vingt mille personnes , des enfans à la mamelle ;
des femmes, des vieillards, des jeunessgens. A cette époque les insurgés des mornes du Petit Goâve, sous leg
ordres de Giles Bambara, faisaient peu de progrès. Ils étaient poursuivis
avec acharnement par les voiontaires nationaux noirs et jaunes de cette
ville ; ayant à leur tête , le capitaine Lamarre , jeune ofticier de eouleur
du plus grand courage. Mais les cruautés que commandair Rochkambeau ébranlèrent la fidélité de cette jeunesse jusqu'alors:si dévouée
à la France. Une potence avait été dressée sur la place d'armes près
de l'arbre de là Liberté. Un noir nommé Brital Cavanach que
Delpêche, commandant de la place, soupçonnait d'être en relations
avec les insurgés, fut condamné à être pendu. Quand il arriva au
lieu du supplice:, il prit la fuite, et atteignit la campagne au milieu
d'une grèle de balles, favorisé par la foule qui, loin de l'arrêter , lui
donna: passage. Le lendemain , à la tête d’une bande de cultivateurs, 1l s'approcha de la ville, et incenilia quelques cases du voisinage. Hb alla ensuite camper au Fond Arraby. Les français avaient
formé au Petit-Goâve quatre compagnies de troupes coloniales composées des indigènes les plus dévoués à leur cause Le plus intrépide des officiers de ces troupes était Lamarre. Pendant cet intervalle, un bateau sortant de Jerémie entra dans le port du. Petit Goâve,et annonça la pendaisou d'un jeune indigène, aide. de-camp du
général Darbois. Cet officier était l'ami intime de Lamarre. Celui ci
se rendit sur la place d'armes, et déversa , au milieu de la foute,
des plaintes amères contre le gouvernement qui ne récompensait ses
serviteurs que par l'assassinat. Pourquoi celte potence s écria-t-1?
ne devrait elle pas être abattue? Le maire de la ville , entendant
ces paroles, s'approctia de lui, couvert de ses décorations tricolores,
et s'efforça en vain de le calmer, La foule s'écoula en murmurant,.
Delpèche n'osa faire arrêter Lamarre qui exerçait sur la jeunesse une
uienante influence.
récompensait ses
serviteurs que par l'assassinat. Pourquoi celte potence s écria-t-1?
ne devrait elle pas être abattue? Le maire de la ville , entendant
ces paroles, s'approctia de lui, couvert de ses décorations tricolores,
et s'efforça en vain de le calmer, La foule s'écoula en murmurant,.
Delpèche n'osa faire arrêter Lamarre qui exerçait sur la jeunesse une
uienante influence. La nuit qui suivit, la potence fut abattue et jetée à la mer. Cette
circonstance avait lieu quelques jours après la défaite de Ge ffrard! à
l'Anse-à Veau, lors de sa première entrée dans le Sud. Le général » Darboïs qui se trouvait alors à Miragoâne, en avait été aussitôt avisé.
Ibétaut venu au Petit-Goäve, à la tète de 800: hommes. Mais le len16 HISTOIRE p'itairr.( 1505 Y
demain de son arrivée, il avait appris l'insurrection de Férou, éomrmié
nous l'avons vu, s'était hâté de retourner à Jérémie, et avait laissé
Delnèche livré à ses propres rescourres. Les volontaires nationaux
passèrent ensuite près de denx mois dans les plus vives inquiétudes.
Lamarre était devenu odieux aux français qui le faisaient surveiller
activement, Certain d’être tôt ou lard arrêté et exécuté, il résolut
de se soulever. fl réunit chez lui au milieu d'une nuit ses principaux
amis, entre autres les Eveillard, les Romain, les Brouard., les Frémont. I leur dit qu'ils n'avaient de salut que dans la révolte; que
Jes français les égorgeraient indubitablement à la première occasion
favorable. Us firent le serment de tout oser peur chasserles blancs
de leur ville, Si les frangais, continua Lamarre, cavoient des forces
au Petit Goûve, nous serons arrêtés; s'ils n'en envoient pas, c'est le
moment de nous soulever. Il expédia un émissaire, Jouari, homme
de couleur, auprès de Cangé, dans la plaine de Léogane, pour bi
faire part de son projet, et l'exhorter à s'approcher del ville où
il pénétrerait dès que la conspiration éclaterait. Une femme noire,
, Si les frangais, continua Lamarre, cavoient des forces
au Petit Goûve, nous serons arrêtés; s'ils n'en envoient pas, c'est le
moment de nous soulever. Il expédia un émissaire, Jouari, homme
de couleur, auprès de Cangé, dans la plaine de Léogane, pour bi
faire part de son projet, et l'exhorter à s'approcher del ville où
il pénétrerait dès que la conspiration éclaterait. Une femme noire, nomriée Joute César, qui Aaposrtenait à une famille libre de nombreuses années avant la révolution , avait entendu le serment des
cosjurés. Elle les dénonça le lendemain au commandant Delpêche. Cétait vers le milieu de mars. Delpêche ordonna aux volontaires
nationaux de se réunir au fort du rivage, poste qu'ils occupaient
Habiprelémens. Le lendemain, dans la matinée, il annonça qu'une
grande revue serait passée sur la place d'armes. Lamarre apprit que
_les troupes européennes devaient eerner les volontaires nationaux ,
et s'efforcer de les passer au fil de l'épée. IH se résolut à se soulever
avant l'arrivée de Cangé À trois heures de l'après midi, les troupes
blanches, au nombre detrois-cenis hommes , étaient rangées, sur la
place d'armes que dominait le fort armé de plusieurs pièces de canon.
Delpêche envoya l'ordre aux volontaires nationaux de venir prendre
leur ligne de bataille. Alors Lamarre dit 4 ses compagnons: * Nègres-et
Mulâtres, que préférez vous? mourir en hommes libres, ou redevenir
esclaves des français ! Vive la liberté! s’éerièrent les indigènes. Lamwarre
ordonna aussitôt de eommencer le feu. La mitraille du fortrépandit la
mort dans les rangs des français qui gignénani le rivage avec le comman-
- dunt Delpèche. Le An Jurien qui était en station dans la rade
sur la frégate la Franchise, mit aussitôt ses ehaloupes à la mer et.
recueillit les fuyards à son bord, Au coucher du soleil il tira sur.
le fort plusieurs coups de canon. Lamarre fil pointer contre la
frégate une pièce de 24 dont le feu incommoda tellement, les fran-.
çais qu'ils furent obligés de prendre le. large. Lamarre demeura
maitre de fa place. 11 tomba en son pouvoir sept milliers de poudre en cartouches et en gargousses, une pièce de 4, un obusier en”
bronze, et diverses pièces de8 , de 48 et de 24. Dans la nuit qui suivié
celte journée, les insurgés de la montagne, ailirés par le sen du. |
24 dont le feu incommoda tellement, les fran-.
çais qu'ils furent obligés de prendre le. large. Lamarre demeura
maitre de fa place. 11 tomba en son pouvoir sept milliers de poudre en cartouches et en gargousses, une pièce de 4, un obusier en”
bronze, et diverses pièces de8 , de 48 et de 24. Dans la nuit qui suivié
celte journée, les insurgés de la montagne, ailirés par le sen du. | HISTOIRE D'HAITI.— (1808) 17
cation , bénétrérent en ville, sous les ordres de Giles Bambara ; et
le lendemain le général Cangé yarriva. Celui-ci confia à Lamarre
le comwiandement du quartier du Petit Goûve, et lui ordonna de
faire transporter au fort Liberté, position sur une éminence hors de
la ville, toutes les munitions de guerre. Il était certain que les
français tenteraient de reprendre le Petit Goâve dont la superbe baie
offrait aux bâtiments de guerre un mouillage sûr. En cas de guerre
avec l'Angleterre c'était le seul point qui pût donner un asÿle prompt
et facile aux bâtimens marchands, dans la baie de la Gonave. Cangé
retourna à Narbonne , résolu à s'emparer de Léogane. IL assaillit la
place , refoula les français dans l'arsenal, et s’empara du fort Ça Ira
sur le rivage. Mais deux jours après, 27 Mars , la frégate la PourSuivante commandée par Willtumez, venant du Port Républicain,
débarqua sur le rivage, à onze heures du matin , trois cenis hommes
de troupes européennes et 660 gardes nationaux noirs et Jaunes. Le
chef de bataillon Lacombe pénétra dans la grande route malgré le
feu des indigènes, et marcha sur une pièce de 4 que Cängé à vait
dressée près du portail de la ville. Un jeune officier, nommé Drous
ville, suivi de quelques grenadiers, s élança sur le canon, et s'en
empara. Pendant que les français ; entrant dans. la place , dégageatent le commandant Laucoste , les marins de la Poursuivante en:
levaient le fort Ça fra.
be pénétra dans la grande route malgré le
feu des indigènes, et marcha sur une pièce de 4 que Cängé à vait
dressée près du portail de la ville. Un jeune officier, nommé Drous
ville, suivi de quelques grenadiers, s élança sur le canon, et s'en
empara. Pendant que les français ; entrant dans. la place , dégageatent le commandant Laucoste , les marins de la Poursuivante en:
levaient le fort Ça fra. Le 99: Mars, les indigènes de la Grande-Ravitié vinrent avertir
Lamarre qu'ils ‘avaient aperçu , sur les flots, plusieurs voiles qui se
divigéaient vers l'Ouest, Le jeune capitaine ne douta pas que ce
ne fut une expédition envoyée par Rochambeau contre le Petit
Guâve. Il fit incéndier la ville dont la population se retira dans la
montagne au delà du fort Liberté. Le capitaine général avait vu avec
indignation Jurien et Delpèche débarquer au Port Républicain. Il
leur avait reprocé d'aveir manqué d'énergie. « Les muiâtres et les
nègres du Petit Goivese croient des héros, s'était il écric l je veux
qu'ils fuient à laspect des bonnets des grenadiers de ma garde. »
Le corps presque entier de la garde d'honneur commandé par Le ehef
de brigade Neterwood, ainsi qu'un bataillon de la garde nationale,
avait été enibarqué sur une escailre composée du vaisseau Île DuguayTrou , de la frégate 1 Union, d'un cotter, de deux goëleites, d’un
pilote- boat , et de neuf chaloupes armées. Les blancs fêtérent le
iiomphe prochain de Neéterwood. Qaels brigands, disaient ils avec
orgueil, pourraient résister à l’impétuosité de la garde du eapitainegénéral ? Les troupes françaises débarquèrent, à midi, sans obstacie
au Petit:Goâve : elles étaient au nombre de 800 hommes. La ville
n'était que ruines fumantes. C'était le 30 Mars. De hauts bonnets
à poils, surmontés d'aigrettes rouges, chargeaient la 1iète de ces
beaux grenadiers aux longues moustaches et aux armes éclatantes.
Ais étaient accompagnés de 50 dogues à la voracité desquels les pri
ral ? Les troupes françaises débarquèrent, à midi, sans obstacie
au Petit:Goâve : elles étaient au nombre de 800 hommes. La ville
n'était que ruines fumantes. C'était le 30 Mars. De hauts bonnets
à poils, surmontés d'aigrettes rouges, chargeaient la 1iète de ces
beaux grenadiers aux longues moustaches et aux armes éclatantes.
Ais étaient accompagnés de 50 dogues à la voracité desquels les pri 18 HISTOIRE D’HAITI.—(1803) sonniers devaient être livrés. Neterwood ne trouvant aucun abri contre
les ardeurs du soleil résolut d'atteindre aussitôt’ l'ennemi. Ayant
plusieurs fois vaineu les indépendans du Nord de File, plus disciplinés, et mieux armés que ceux de l'Ouest, 1l se croyait sûr de
la victoire. Il forma deux colonnes de son armée. L'une qu'il commandait en personne suivit la route qui conduit directement au fort
Liberté ; l’autre, guidée par un indigène nommé Sanon-Loup, passant près de Chabanne, pénétra dans le chemin de la Roche à-Zombr.
Giles Bambara qui était dans le fort, eflrayé de l'audace des français, conseilla à Lamarre d'abandonner la position, et de se rétirer
dans la montagne. Lamarre luirépondit avec fureur : si vous craignez la mort , relirez-vous; c'est ici qu'il faut vaincre ou mourir.
Giles Bambara prit la fuite avee sa bande; il ne resta dans le fort:
qu’une eentaine de jeunes gens noirs et jaunes du Petit-Goâve , et un
vieillard sexagénaire nommé Brouard. La colonne française que commandait Neterwood attaqua le fort avec impétuosité. La garde d'honneur fut plusieurs fois repoussée sans être rompue." Des lignes entières
tombaient sous le plomb des indigènes adroits tireurs. Brouard, Romain, Eveillard déployaient uve rare intrépidité. Lamarre , commandant des indépeudans, bravait la mort, debout sur les remparts.
Les français malgré leur position désavantageuse revenaient sans cesse
à la charge; Neterwood, au premier rang, soutenait leur courage. Il
était sur le point de pénétrer dans le fort quand il fut atteint d’uue
balle à la tête. Le découragement se répandit Gans les rangs européens, et le capitaine Clermont, sortant du fort, les assaillit vigoureusement et les mit en pleine déroute. La colonne, qui avait passé
par la Roche-à Zombi, se présenta à son tour; elle fut presque anéantie. Les chiens que les français avaient lancés sur les indigènes,
accueillis par la fusillade, se retournèrent furieux contre leurs mai.
tres. Les blancs, poursuivis à outrance, furent égorgés la plupart.
Ceux qui s'égarèrent dans les bois fureut arrêtés par des femmes , et
conduits, garrottés, à Lamarre qui les fit fusiller. Neterwood qui avait
été placé presque sans vie sur un cheval parvint au mvage, et fut
embarqué dans une chaloupe qui atteignit la frégate ! Union au milieu
d'une grèle de balles. La flottille après avoir canouné la illeet avoir
brûlé les barges des indigènes, demeura encore une semaine dans le
port, et appareilla ensuite pour le Port Républicain. Rochambheau
apprit avec douleur la défaite de sa garde d'honneur. : Craignant
d'abattre le moral de ses soldats, il fii débarquer les blessés pendant
la nuit. Neterwood mourut des suites de sa blessure. Il devait, à
son retour du Peuii Goûve, épouser une jeune et belle créole blanche
qui avait été promise à sa valeur.
des indigènes, demeura encore une semaine dans le
port, et appareilla ensuite pour le Port Républicain. Rochambheau
apprit avec douleur la défaite de sa garde d'honneur. : Craignant
d'abattre le moral de ses soldats, il fii débarquer les blessés pendant
la nuit. Neterwood mourut des suites de sa blessure. Il devait, à
son retour du Peuii Goûve, épouser une jeune et belle créole blanche
qui avait été promise à sa valeur. La consternation des colons fut profonde. Le capitaine général in=
digné de la satisfaction qui se mauifestait sur les traits des noirset
des hommes de couleur, voulait faire rentrer au Port-Républiçain, HisTorre D’HAlTI. —(1803) 19 pour les exterminer, la 5e légère cantonnée à la Croix-des- Bouquets.
Mais le commandant de la garde nationale, Lespinasse, citoyen blane,
calma sa fureur en lui exposant énergiquement que la garnison française pourrait elle même être anéantie. Ceux des indigènes de la famille de Lamarre qui se trouvaient au Port Républicain auraient été
sacrifiés, s'ils n'avaient été protégés par un vieillard blanc nommé
None | qui habitait la rue des Fronts Forts. Ce vieillard fournit
même des secours de tous genres aux parents de Lamarre. La garde
d'honneur fut réorganisée, et l’adjudant-général Néraud en prit le
commandement.
française pourrait elle même être anéantie. Ceux des indigènes de la famille de Lamarre qui se trouvaient au Port Républicain auraient été
sacrifiés, s'ils n'avaient été protégés par un vieillard blanc nommé
None | qui habitait la rue des Fronts Forts. Ce vieillard fournit
même des secours de tous genres aux parents de Lamarre. La garde
d'honneur fut réorganisée, et l’adjudant-général Néraud en prit le
commandement. Lamour Dérance apprenant par une lettre de Lamarre le suceës qui
avait été oblenu au Petit-Goâve, y vint avec plusieurs de ses lieutenans.
Il portait une ceinture d'osseleis qui, eroyait-il, le garantissait des
balles. 11 nomma Lamarre colonel de la milice du Petit-Goàve. Il
retourna devant Jaemel qui était cerné par Magloire Ambroise,
Lacroix et Macaque. Pendant cet intervalle, Toussaint Brave, dans la Nord, eernait étroi<
tement le Fort-Liberté. Il entretenail des intelligences avee les indtgènes qui composaient, sous les ordres des français, la milice de cette
ville. La plupart dés noirs et des hommes de couleur de la place formérent une conspiration ea faveur des indépendans qui durent assaillir
les français le jour qu'eile éclaterait. Le 2 Avril 4803 les indigènes :
dela ville se précipitèérent à limproviste sur tous les postes qu’occupait la 410e demi-brigade de ligne. Le général Quentin, par son
énergie, déjoua tous les projets des -conspirateurs. Mais en même
temps, Toussaint Brave, à la tête de 1400 indéperdans, attaquait
vigoureusement la place et y pénétrait. ise retraneha dans les
rues qui furent barricadées. Les bourgeois blancsgsaisis de terreur,
se retirèrent vers le rivage et s embarquérent su corvette la Sa
gesse. La 110e de ligne se réfugia dans le fort. La moitié de l’équipage de cette corvette commandée par Île lieutenant de vaisseau Bar.
hesche: vint au secours de la garnison. Le genéral Quenun fit contre
les indépendans -une vigoureuse sortie ; 11 fut refoulé dans le fort.
L'adjudänt général Dumont fit une nouvelle sortie et livra bataille,
au centre de la ville, à Toussaint Brave. On se batut avec acharnément, de part et d'autre. Un chef de bataillon d'artillerie, Orange,
détérmina la victoire en faveur des français, en faisant dresser contre les indigènes une batierie de trois piéces de canon. Toussaint
abandoana le ehamp de bataille, et sortit de la ville avec la plupart
des familles indigènes qui l'habitaient. Quentin fit noyer teus ses prisonmiers. Le Fort-Liberté demeura bioqué parles isdépendans.
de part et d'autre. Un chef de bataillon d'artillerie, Orange,
détérmina la victoire en faveur des français, en faisant dresser contre les indigènes une batierie de trois piéces de canon. Toussaint
abandoana le ehamp de bataille, et sortit de la ville avec la plupart
des familles indigènes qui l'habitaient. Quentin fit noyer teus ses prisonmiers. Le Fort-Liberté demeura bioqué parles isdépendans. Le 8 Avril, Toussaint Brave ussaillit de nouveau la place, à 5 heures du
matin; mais il ne put en escalader les remparts. Le général Quentin qui,
depuis l'affaire du 2, s'attendati chaque jour x une nouvelle attaque, l'aëçueillit par un feu des plus meurtriers. L'adjudant général Dursoni le 920, HISTOIRE D'HAIRI.— (1803) poursuivit jusqu’à une demi-lieue de la place. Les troupes européennes
étaient si faibles qu’elles ne pouvaient que se tenir sur la défensive.
Le capitaine général Rochambeau ayant appris les pertes considérables que le général Sarrasin avait éprouvées dans sa marche de
de Tiburon aux Cayes, fut contraint d'embarquer pour le Sud 2000
‘hommes de troupes fraîches, polonaises et françaises, qui venaient d’arriver de France au Port Républicain sur une escadre commandée par
l'amiral Bedout. Ces troupes qui furent confiées au général Brunet
parlirent pour leur destination le 16 Germinal an 11 (6 Avril 4803)
et arrivèrent à Jérémie le 20 Germinal (10 Avril). Elles devaient
exécuter les opérations dont avait été chargé le général Sarrasin,
Darbois reçut l'ordre de pénétrer dans la plame des Cayes ; et en
même temps les troupes de cette ville et celles de l'Anse à-Veau
devaient sortir de leurs cantonnemens -pour assaillir le général Geffrard. L'armée indépendante occupait toute l’étendue qui s'étend entre
St. Louis et le Port Salut. Chaque nuit des jeunes gens des Cayes
venaient grossir le parti des indépendans. Tous les postes que
les français avaient établis autour des Cayes étaient tombés au pouvoir du général Geffrard qui avait des intelligences dans la
place. La plupart des cultivairices, qui entraient dans la ville, char.
gées de vivres, en sortaient avec de la poudre sous leurs robes.
Comme la famine commençait à se faire sentir, le colonel Berger
était contraint d'ouvrir les portes des Cayes à ceux des laboureurs
qui apportaient des vivres, des fruits, des légumes. Beaucoup de
soldats indépendans déguisés en paysans pénétraient ainsi dans la
place, y achetaient clandestinement des munitions qu ils apportaient
au camp Gérard, quartier-général de Geffrard. Ce fut à cette époque
que Boisrond Tapnère, homme de couleur instruit, qui devint plus
tard un des seéfétaires particuliers de Dessalines , sortit des Cayes ,,
à la faveur d'un déguisement ,-et se rendit auprès de Gefirard qui
l'accueiilit avec distinction et lattacha à sa personne. * Boisrond Tonnêre était créole d Aquin, et sa famille habitait alors le bourg de
St Louis du Sud. Si les indépendans avaient eu de l'artillerie ils eussent
réduit en peu de jours la ville des Cayes. Le général Geffrard ne
voulant pas perdre un temps précieux , en de vains efforts , devant eette
place garnie de eanons , résolut d'aller attaquer l'Anse à Veau , à ia
tête d’une des divisions de son armée.. Mais il apprit que les français s'avançaient sur plusieurs colonnes pour l'envelopper de toutes
parts. Au lieu d'attendre l'ennemi, il marcha à sa rencontre, après
avoir divisé ses troupes en plusieurs corps. x
Le général Darbois, parti de Jérémie, était arrivé aux Baradaires «
avec 1000 hommes de troupes d'élite dont 200 cavaliers. Il sache: «
mina sur la plaine des Cayes. Quand il atteignit les hauteurs de «
Cavaillon, il rencentra le colonel Gérin à la tête de 900 hommes (qui
fermérent plus tard la 16°), que Geffrard avait délachés du gros de
| 4 1 : ve 4
|
général Darbois, parti de Jérémie, était arrivé aux Baradaires «
avec 1000 hommes de troupes d'élite dont 200 cavaliers. Il sache: «
mina sur la plaine des Cayes. Quand il atteignit les hauteurs de «
Cavaillon, il rencentra le colonel Gérin à la tête de 900 hommes (qui
fermérent plus tard la 16°), que Geffrard avait délachés du gros de
| 4 1 : ve 4
| L LA + 3 HISTOIRE D’'HAITI.—(1808) 21 l'armée. Les indépendans l'attaquérent sur l'habitation Bérette ; mais
ils furent repoussés. Dans la même journée, deux bataillons sortis
de la plaine du Fond vinrent les renforcer. Dans la nuit qui suivit, Gérin enleva un convoi de poudre qu'un détachement européen,
sorti des Baradaires , conduisait à Darbois. Ce général n'était demeuré immobile à Bérette que parce qu'il attendait ces munitions.
A la pointe du jour, le colonel Gérin distribua des cartouches à
ses soldats qui en étaient dépourvus la plupart, et assaillit Darbois
qui fut battu et poursuivi jusque sur lhebilation Lacombe près
du bourg Corail, où il se - retrancha. Gérin demeura maître
des montagnes de Cavaillon, et couvrit, de ce côté, la plaine deg
Cayes où Geffrard avait son quartier-général. En même temps une autre colonne française, sortie de Jérémie,
sous les ordres du commandant Mafrant , avait traversé les mon:
tagnes de Plimouth, pour pénétrer dans la plaine des Cayes. Geffrard lança contre elle la 13e., commandée par Moreau ou. Coco
Herne, et Thomas Durocher, guérillas intrépide , qui étant à la
tête d'un millier. de cultivateurs velontaires. Les français battus
à Thomas Quinis furent poursuivis par Thomas Durocher Jusque sur
Phabitation Lacombe , où ils se rallièrent au général Darboiïis. Mo-.
reau et Durocher couvrirent la plaine des Cayes du côté de Plymouth.
ffrard lança contre elle la 13e., commandée par Moreau ou. Coco
Herne, et Thomas Durocher, guérillas intrépide , qui étant à la
tête d'un millier. de cultivateurs velontaires. Les français battus
à Thomas Quinis furent poursuivis par Thomas Durocher Jusque sur
Phabitation Lacombe , où ils se rallièrent au général Darboiïis. Mo-.
reau et Durocher couvrirent la plaine des Cayes du côté de Plymouth. Geffrard apprit qu'une nouvelle division française, sous les ordres
du général Brunet venait de débarquer à Tiburon. Il envoya au devant
delle le colonel Férou. Celui ci alla se retrancher à Garata, forte
position natarelle, dans un chemin roeailleux le long du rivage,
entre les Cayes et Tiburon. Férou avait sous ses ordres Bazile, Jean
Louis François, et les troupes qui formérent depuis les 15e et 18e. Le général Brunet confia le commandement de la division débarquée à Tiburon à un général polonais avec ordre de suivre la route
des (Côteaux et de pénétrer dans la plaine des Cayes, pendant que
le commandant Mafrant, dont il ignorait la défaite, y arriverait en
passant par les mornes de Plymouth. Il partit lui même pour les
Cayes sur un vaisseau. Dès qu'il y arriva, il apprit la mort du
général polonais. Il envoya aussitôt à Tiburon l’adjudant général Cercley, pour le remplacer. Les officiers indigènes qui servaient encore
dans les rangs français conseillèrent au général Cercléy de ne pas entreprendre la marche, et de se rendre aux Cayes par mer, sur
Mavis d'un conseil de guerre. Le ehef d'escadron Borgella lui fit
observer que toute la campagne était en insurrection, qu'il pourrait
sSuceomber au milieu des embuscades qui devaient être dressées le
long du chemin. Cerceley lui répondit que rien ne l'arrêterait puisque le général Sarrasin avait pu atteindre les Cayes. Il partit de
Tiburon, à la tête de 1500 hommes, traversa les Anglais et arriva
à Garata où il rencontra l'ennemi. Férou qui occupait cette position
était retranché derrière des remparts de pierre recouverts do terre
en insurrection, qu'il pourrait
sSuceomber au milieu des embuscades qui devaient être dressées le
long du chemin. Cerceley lui répondit que rien ne l'arrêterait puisque le général Sarrasin avait pu atteindre les Cayes. Il partit de
Tiburon, à la tête de 1500 hommes, traversa les Anglais et arriva
à Garata où il rencontra l'ennemi. Férou qui occupait cette position
était retranché derrière des remparts de pierre recouverts do terre 22: | IISTOIRE D'IAITI.—— (1805) . Le chef d’escadron Borgella qui commandait l'avant-garde de la division française reconnui que Îles indépendans pourraient être avantageusernent attaqués en flanc. Il conseilla à Gercley de faire occuper
par un bataillon une ravine qui s’ouvrait derrière les retranchemens, que le colonel Férou n'avait pas fait garder. Cercley, offieier plein de fougue, Aui demanda s’il avait peur. Borgella, indigné,
ordonna aussiiôt aux grenadiers de l'avant-garde de commencer Île
feu. Les français attaquêrent les retranchemens à [a baïonnette ;
mais ils rencontrèrent une résistance si opiniâtre qu ils furent contraints de batire en retraite, laissant le champ de bataille couvert
dé leurs morts. Férou se tenait debout sur les remparts, soutenant
le courage de ses soldats. Les français revinrent à la charge avec
fureur ; mais leur rage excita celle des indépendans ; après une demiheure de combat, ils furent de nouveau repoussés avec perte. Le
général Cercley se souvint alors de l'avis qe lui avait donné Borgella
avant l'action. Il ordonna à l'adjudant général Bernard d’aller occuper
Ja ravine qui longeait les retranchemens. Mais on [ui annonça que
les indépendans venaient de s’y établir. Attaquez néanmoins, dit‘il
à Bernard. Celui ci pénétra daus le ravin, et en même temps
Gercley assaillait le retranchement. Bernard fut accuëilli par le feu le
plus vif. Les polonais qui étaient sous ses ordres, accablés par
le soleil des tropiques, jetèrent leurs armes et prirent la fuite. Cercley, de son côté, fit en vain des prodiges de valeur. La déroute
devint complète. L'adjudant-général Bernard avait été renversé dans ja ravine , at-°
teint d'une balle. ies français ne s'arrêtèrent qu aux Côteaux où
ils s'embarquèrent pour les Cayes. Gerck:y mourut de maladie peu
es jours après sa défaite. La victoire de Garata eut de grands réltais : elle fil tomber Tiburon au pouvoir des indépendans, et
sauva le département du Sud. Si Cereley avait atteint les Cayes
avec sa division, la garnison de cette ville renforcée de 1500 home.
mes eût fait contre Geffrard une vigoureuse sorlie dans la plaine,
et eût peut-être complèlement dispersé l'armée indigène. |
Gerck:y mourut de maladie peu
es jours après sa défaite. La victoire de Garata eut de grands réltais : elle fil tomber Tiburon au pouvoir des indépendans, et
sauva le département du Sud. Si Cereley avait atteint les Cayes
avec sa division, la garnison de cette ville renforcée de 1500 home.
mes eût fait contre Geffrard une vigoureuse sorlie dans la plaine,
et eût peut-être complèlement dispersé l'armée indigène. | Le général Geffrard, apprenant que lé bourg de Corail était.
toujours oceupé par Darbois, partit du camp Gérard et marcha con-.
tre l'ennemi. Dès que Darbois sut qu'il s approchait avec des forces supérieures , il abandonna ses troupes au milieu de la nuit, et
se rendit à Jérémie duns un canot de pêcheur. Les français cernés É
de toutes parts mirent bas les armes. Pendant cet intervalle les
troupes sous les ordres de Férou s efforçaient de cerner | habitation”
Weiche grande place qu'eccupait avec 600 hommes le général Sarrasin. Celui-ci était sorti des Cayes pour aller au devant dela colonne
de Cercley dont nous avons rapporté la défaite. Le général Brunet
commandant du département du Sud fit une sortieet dégagea les
troupes françaises, Geffrard , revenu du Corail ; s'établit au pont: HISTOIRE D'HAITI.— (1803) | 23 Dutruche. Le général Brunet voulant le chasser de sa position confia
une division au général Sarrasin , et lui ordonna de faire contre lui
une sortie. Les français atteignirent les indépendans et leur livrèrent une bataille rangée. Férou commandait l'aile droite des indigènes, Gérin l'aile gauche,
et Geffrard le centre. Après deux heures d’un combat opiniâtre les
français abandonnèrent en bon ordre le champ de bataille. Ils
ne purent néanmoins se maintenir dans la plaine. Ils ren.
trérent aux €ayes. Ce fut leur dernier effort. Les indépendans demeurérent finalement paisibles possesseurs de la magnifique
plaine de Jacob de 20 lieues carrées. Loin de l’incendier Geffrard
ordonna à une partie de ses soldats de se livrer aux travaux agricoles.
Gérin partit avec 1009 hommes pour aller faire le siège de l’Anseà Veau. Il traversa Aquin, d'où il se rendit au Petit Trou que les
français avaient abandonné. I marcha sur l'Anse À Veau qu'oceupait
un bataillon européen. Le général Sarrasin était venu par mer au
secours de cette place. Il était parti des Cayes aussitôt après la
bataillé: de Dutruche. Après avoir supporté un siège de ‘moins de
quinze jours, il fit une honorable capitulation et transporta à Jérémie toute la garnison blanche. Gérin prit possession de la place;
il Y trouva des munitions de tous genres. Les français. ne possédatent plus dans le Sud que les Cayes, Jérémie et Pestel. Le général Geffrard déployait une prodigieuse intrépidité et de rares
talens miitaires. Le plan de campagne du général Brunet avait été
combiné de manière à écraser l'insurrection d’un seul coup. Les
indigènes devaient être enveloppés de toutes parts par quatre colonnes. Geffrard au lieu d'attendre l'ennemi dans la plaine des
Cayes où les français l'eussent anéanti par leurs forces réunies, lança au devant de leurs corps d'arméee qui s'avançaient par des routes différentes, les Gérin , les Moreau, les Férou, les Jean-Louis
François, les Bazile, et les batiit successivement. Par ses manœuvres habiles , H sauva la eause indépendante dans le département
du Sud.
par quatre colonnes. Geffrard au lieu d'attendre l'ennemi dans la plaine des
Cayes où les français l'eussent anéanti par leurs forces réunies, lança au devant de leurs corps d'arméee qui s'avançaient par des routes différentes, les Gérin , les Moreau, les Férou, les Jean-Louis
François, les Bazile, et les batiit successivement. Par ses manœuvres habiles , H sauva la eause indépendante dans le département
du Sud. Ces échecs qu'essuyaient les français rendirent le général Rochambeau plus sombre, plus soupconneux. Sa défiance se porta sur
les officiers noirs et de couleur qui jusqu'à présent donnaient les
plus grandes preuves de dévouement à la métropole. Il envoya l'ordre au général Brunet d'embarquer pour France Laplume, tout en
Pentourant de considération. Depuis quelque temps Laplume no
gnait le désir d'aller en France pensant que sa présence était devenue inutile dans la colonie. « La couleur de Laplume, comme
«nègre, dit Laujon, jetait la plus grande timidité sur toutes ses
« actions et faisait céder l'autorité dont il était revètu aux égards
« quil avait pour les officiers de notre armée , quoique placés sous
_« son Commandement. Cette pernmicieuse considération nous fit per24 : rs HISTOIRE D’HAITI (1803) « dre les avantages inappréciables que procurent souvent les me:
« sures les plus sévères dans le moment où elles doivent lêtre.»s
Le 17 Floréal (7 Mai) Laplume s’embarqua pour le Port-Républieain où
il arriva le 14 du même mois, H partit pour France à bord d'un
des vaisseaux de l’escadre de l'amiral Bedout. Il fut débarqué à
Cadix où il mourut d'une maladie de langueur, plongé dans la
misère la plus hideuse. Le gouvernement français accorda cependant quelques secours à sa famille. Le colonel Néretle était aussi
parti pour France, à la même époque. Il se rendit à Bordeaux où
il ne voulut pas même visiter un grand nombre de ses compatrio+
tes, que Leclere avait fait déporter. I se rendit à Paris pour saluer Bonaparte; mais celui-ci ne daigna pas lui accorder une audience. Darbois fut appelé provisoirement ‘au commandement de l’arrondissement des Cayes; il fut remplacé, à la Grand Anse, par Monfalcon.
EeEger reçut l’ordre d’aller prendre provisoirement le commandement
de la place de Jérémie, Quoique la guerre ne fût pas encore déclarée entre la France et
l'Angleterre , les bâtimens de S. M. B. fréquentaient les ports qu'occupaient les indépendans et leur donnaient, pour du café, des armes el des munitions. Un aide de camp de Rochambeau , le colonel Rosse, qui avait été envoyé en mission à la Côte Ferme sur un
navire américain, rencontra à la hauteur de Tiburon, en Avril, ia corvette anglaise la Surinam qui pénétra dans le port de celte ville,
L'amiral Latouche Tréville qui se livrait aux plaisirs, au Môle St,
Nicolas, ne faisait aucun effort pour contrarier les communications
qui s'élablissaient entre les anglais et les indépendans.
. Un aide de camp de Rochambeau , le colonel Rosse, qui avait été envoyé en mission à la Côte Ferme sur un
navire américain, rencontra à la hauteur de Tiburon, en Avril, ia corvette anglaise la Surinam qui pénétra dans le port de celte ville,
L'amiral Latouche Tréville qui se livrait aux plaisirs, au Môle St,
Nicolas, ne faisait aucun effort pour contrarier les communications
qui s'élablissaient entre les anglais et les indépendans. Jusqu alors, comme nous l'avons vu, les indépendans des environs
du Port Républicain, ne possédaient, ‘dans la plaine du Cul.de-Sac,
que le camp Frère. Les cultivateurs de cette plaine faisaient avec
le Port- Républicain un commerce assez important de vivres, de volailles, de fruits, de légumes. Chaque dimanche, il y avait à la
Croix-des Bouquets, ainsi qu'au Port Républicain, un marché où se
réunissaient plus de quatre mille cultivateurs et cultivatrices, avec
la permission des gérans ou propriétaires. Les vivres, les légumes
et les fruits que cultivaient es laboureurs dans leurs momens de:
loisir, car ils étaient maintenus en servitude, élaient payés par
les blancs bien au dessous de leur valeur. Cependant le commerce
de détail se soutenait un peu, par les acquisitions que. les gens.
de la campagne faisaient en ville avec l'argent qu'ils retiraient ‘de
la vente de leurs vivres, de leurs légumes et de ‘leurs volailles,
des gérans ou propriétaires. Les vivres, les légumes
et les fruits que cultivaient es laboureurs dans leurs momens de:
loisir, car ils étaient maintenus en servitude, élaient payés par
les blancs bien au dessous de leur valeur. Cependant le commerce
de détail se soutenait un peu, par les acquisitions que. les gens.
de la campagne faisaient en ville avec l'argent qu'ils retiraient ‘de
la vente de leurs vivres, de leurs légumes et de ‘leurs volailles, Ceux des français qui abhorraient le système colonial attribuaient
avec raison tous les désastres de St-Domingue au eapitaine- général,
dent les cruautés avaient exeité la population du Sud contre la
métropole. Le Premier Consul avait reçu de St. Domingue des mémoires contre l'administration de Roehambeau dont le remplacement HISTOIRE D'HAITI.— (1805 25 étmt demandé avec instances. Mais Bonaparte considérait ces
mémoires. comme enfantés par les rêves de ceux qu'il appelait
utopistes ou républicains, car il était satisfait de Rochambeau qui
exécutait sévèrement les instructions qu'il lui envoyait à l'égard
des noirs et des hommes de couleur. Cependant les calamités qui
_frappaient les français étaient si grandes que Rochambeau se
détermina à envoyer en France un des officiers de son état major
chargé de faire au [ Consul un tableau exact de la colonie dépourvue
entièrement de ressources. Il jeta les yeux sur le général de brigade Pierre Bover chef de l'état major! général de l'armée. Boyer,
_ comme nous l'avons vu, s'était identifié à gon système d'extermination. Cétait peut être le seul officier qui pût représenter au Gonsul, sous un aspect favorable, le gouvernement de Rochambeau.
Le” 10 Avril, il fut ordonné au préfet colonial, au commissaire
ordonnateur en chef, au payeur-général, aux commandans du génie
et de l'artillerie, d'adresser au général Boyer toutes les demandes
u'ils auraient à faire au gouveroement de la métropole. Le but
ni cette mission était de faire connaître au Consul que l'insurrection était devenue générale , qu'elle avait été suscitée par les mulâtres,
ue l'armée désirant ardemment conserver à la France la plus belle
e ses colonies , demandait de nouveaux renforts. Le général Boyer
partit pour France accompagné du commissaire ordonnateur Dintrans
et de plusieurs officiers supérieurs d'artillerie , - du génie et de marine.. M fut remplacé par le général Thouvenot dans les fonctions
de chef d'état major. La guerre qui ne larda pas à éclater entre
la France et l'Angleterre, ne permit pas à Bonaparte d'envoyer à
St. Domingue autant de troupes qu'il l'eût voulu, et celte mission
ne produisit aucun résultat avantageux à la colonie. Rochaïbeau
en profita seul, car Bonaparte demeura convaincu qu'il était le seul
officier général capable de sauver St. Domingue qu'il perdait cependant. La France eut-elle envoyé, à cette époque, une nouvelle ar.
mée de 40,000 ‘hommes , à St. Domingue, qu'elle n'en eut pas
fait la conquête. Cette armée eût été tôt ou tard écrasée sous le
poids des masses en insurrection: Le gouvernement eûtil alors
proclamé l'oubli du passé, la liberté de tous, qu'il n eût pas réussi.
Les” indigènes déjà n'ajoutaient plus. foi aux paroles des français,
et leur défiance était devenue invincible. Les français n'auraient
pu redevenir les paisibles possesseurs de Saint Domingue, dès Avril
1803, que par l’exterminaiion des noirs et des jaunes ; mais alors
…l'insurruetion devenue générale avait: obtenu ‘tant de succés, que
probablement une nouvelle armée française eût été dévorée plus vite
ue” la première Après son avénement au commandement en chef
e la colonie, Rochambeau avait demandé au Premier Consul une
armée de 25,000 hommes. Bonaparte avait annoncé à la France les
malheurs de St. Domingue, tout en représentantsous de sombres
exterminaiion des noirs et des jaunes ; mais alors
…l'insurruetion devenue générale avait: obtenu ‘tant de succés, que
probablement une nouvelle armée française eût été dévorée plus vite
ue” la première Après son avénement au commandement en chef
e la colonie, Rochambeau avait demandé au Premier Consul une
armée de 25,000 hommes. Bonaparte avait annoncé à la France les
malheurs de St. Domingue, tout en représentantsous de sombres 26 HISTOIRE D’HAITI.—(1803)
couleurs les excès des insurgés, et avait fait un appel à l'énergie
du grand peuple. 60,000 vétérans s'étaient volontairement présentés
pour aller à St. Domingue. Bonaparte avait choisi 45,000 de ces
braves qui avaient été acheminés sur Brest et Rochefort. Cet élan
national avait été annoncé au peuple français le 414 Février 1803,
Depuis le mois de Janvier ces troupes arrivaient successivement dans
Ja colonie. Dans le courant d'Avril, la corvette la Flûte mouilla dans
la rade du Cap chargée d’un régiment de Centenaires, ainsi que la
flûte Ja Nécessité chargée de 409 conserits. Ces derniers furent
incorporés dans la légion du Cap en garnison à Jacmek A la fin
du même mois un autre corps de Centenaires arriva au Port Répubhcain sur la corvelte la AMalicieuse. Ces nouvelles troupes furent
incorporées dans la légion de St. Domingue et envoyées à St. Marc,
sous les ordres du général d'Hénin. A ceile époque, Îa fièvre avait entiérement cessé ses ravages, el ces nouvelles troupes n’en étaient. nullement atteintes. | Les finances continuaient à être dans un tel état de dsibrentene
que Île gouvernement ne bal à ses dépenses que par desemprunis. Ce ne fut qu'en Avril 1803 que le préfet colonial ordonnateur en chef put payer à Farmée la solde arriérée de" Fan 40 et
d'une partie de l'an 11 jusqu'au 4% Germinal (22 Mars. } Presque tous les officiers généraux avaient leur fortune faite, el comme les ressources des indigènes qui étaient encore dans les villes
étaient épuisées, ils dépouillaient les négocians blancs. (Ceux-ci
étaient souvent contraints de supporter les vexations les plus’ graves
dans la crainte d'être déportés ou fusillés. Ceux des. français que
distinguait un noble earacière s’efforçaient d'abandonner la colonie,
Ce fut alors que le citoyen Monbreton Norvins, secrétaire-général de la préfecture, quitta St. Domingue ; il fut remplacé par le citoyen Jean Baptiste Merceron. Alix, directenr d’un arsenal, venait d'être déporté
à cause de son humanité : ‘il avait refusé de livrer dix mille boulets
destinés à être attachés aux pieds des infortunés qu'on noyait le
long du Hitoral; 11 fut remplacé par le chef de bataillon Chapelle.
Le commandement du génie fut confié au colonel Huzy, et celui
de Fartillerie au colonel Borthou. N
par le citoyen Jean Baptiste Merceron. Alix, directenr d’un arsenal, venait d'être déporté
à cause de son humanité : ‘il avait refusé de livrer dix mille boulets
destinés à être attachés aux pieds des infortunés qu'on noyait le
long du Hitoral; 11 fut remplacé par le chef de bataillon Chapelle.
Le commandement du génie fut confié au colonel Huzy, et celui
de Fartillerie au colonel Borthou. N Pendant cet intervalle, le général Capoix enlevait sur les français
le Port de-Paix auquel Rochambeau attachait une haute importance,
à cause de la possession de l'île de la Tortue située à Popposite, où
_il avait un immense hôpital et &es magasins de poudre. Les indigènes
maîtres du Port-de-Paix devaient infailliblement s'emparer de ce dépôt
considérable de munitions. Les bâtimens de guerre français qui
étaient venus successivement canonner-le quartier-général de Laveauxs
Lapointe, n'avaient jamais pu chasser le général Capoix de sa position.
Celui ei avait fait réunir dans son camp tous les projectiles que les
bâtimens avaient lancés sur le rivage, cet s'était déterminé à assiéger
maîtres du Port-de-Paix devaient infailliblement s'emparer de ce dépôt
considérable de munitions. Les bâtimens de guerre français qui
étaient venus successivement canonner-le quartier-général de Laveauxs
Lapointe, n'avaient jamais pu chasser le général Capoix de sa position.
Celui ei avait fait réunir dans son camp tous les projectiles que les
bâtimens avaient lancés sur le rivage, cet s'était déterminé à assiéger RÉ Se D te D HISTOIRE D'HAITI.—(1802) "ww le Port-de Paix. D'une petite taille, il avait des veux vifs et perçants;
d'une audace prodigieuse, il ne reculait jamais devant le danger. Il
faisait mourir impitoyablement ceux de ses soldats qui commeitaient
quelque lâcheté. Il était cependant aimé de ses troupes qui se
croyaient invincibles quand il marchait à leur tête. I portait habitueliement un chapeau à cornes galonné qui avait appartenu au général Moyse. Il avait trouvé ce chapeau dans le petit fort du Portde Paix, quand il avait pris posession de cette ville, én 4802, après
l'évacuation du général Brunei. 11 envoya toutes les femmes de la
commune du Port de-Paix, accompagnées de 109 grenadiers, jusqu'à
la baie des Moustiques où il y avait deux pièces de 8 braquées sur
le rivage. Ces femmes qui partageaient les dangers de leurs frères,
trainèrent ces deux pièces, à force de bras, jusqu'aux environs du
Portide Paix. Elles avaient parcouru un espace de 8 lieues. Capoix
qui était parti de Laveaux — Lapointe, à la tête de son armée, s'était
arrêté à un demi mille des portes de la place. Pour que l'ennemi
ne découvrit pas ses canons, il les plaça derrière une ligne de branches d'arbres, sur une éminence qui dominait la ville, vis-à-vis d’un
font appelé le Blockaus que les français avaient élevé hors de la place.
Dans une nuit, les indigènes établirent, pour se protéger contre le
feu de l'ennemi, des gabions qui occupèrent une étendue d'un mille,
Le capitaine Placide Louis se plaça en embuscade près du blockaus
derrière une rangée d'arbres longue et épaisse. Le 12 avril, à 5
heures de l'après midi, le colonel Vincent Louis démasqua la batterie
qui Ura vigoureusement sur le blockaus ; les français répondirent au
feu des indigènes. Mais à six heures une violente détonation sortit
du blockaus qui fut aussitôt enveloppé d’une épaisse fumée ; des pierres et des lambeaux de chair humaine tombèrent dans les rangs
des indigènes: la poudrière de celte fortulfication venait de sauter.
Les français coururent tumuliueusement vers le fort Pageot. Mais
Placide Louis les accueillit par un feu vif, les poursuivit, et entra
ävec eux dans le fort Pageot. Là s'engagea un combat dans lequel
suecomba la garnison française. Le drapeau indigène flotta sur cette
fortification. Il ne resta aux français que l'enceinte de la place où
le désordre était à son comble. Ce ne fut qu'en déployant la pius
grande énergie que les adjudans-commandans Boseus et Rippert paivinrent à maintenir les troupes des les autres forts et sur la place
d'armes. Toutes les familles blanëhes s'embarquèrent dans les cha”
loupes de la rade et se rendirent soit à la Tortue, soit au Cap. Au
milieu de la nuit, le colonel Vincent fit tirer du fort Pageot sur le
où
le désordre était à son comble. Ce ne fut qu'en déployant la pius
grande énergie que les adjudans-commandans Boseus et Rippert paivinrent à maintenir les troupes des les autres forts et sur la place
d'armes. Toutes les familles blanëhes s'embarquèrent dans les cha”
loupes de la rade et se rendirent soit à la Tortue, soit au Cap. Au
milieu de la nuit, le colonel Vincent fit tirer du fort Pageot sur le and fort. Les boulets qui sans cessgtraversaient la ville ÿ répandaient
a terreur de toutes parts. A une heure du matin, le général Capoix, atteignit, au milieu d'une grêle de balles, le grand fort contre
lequel il appliqua trois échelles. Il monta à l'assaut suivi de ses
soldats et parvint le premier sur les remparts où il planta le drapeau ë 28 | “ HISTOIRE D'HAITI.—(1803) indigène. En même temps le colonel Vincent pénétrait au centre
de la ville, et refoulait les français dans le fort Laveaux et le -petitfort, A la pointe du jour le général Capoix les canonna sans relàche. A dix heures, les adjudans=commandans Rippert et Boscus furent
contraints de se diriger vers la plage pour s'embarquer, protégés
par le feu de la corvette stationnaire. Le colonel Vincent leur livra
combat sur le rivage , et les jeta dans la mer. (Ce ne fut pas
sans peine que Boseus et Rippert atteignirent la corvette. Trois cents
prisonniers demeurérent au pouvoir des indigènes. Le général Capoix à l'intrépidité duquel était due cette éclatante
victoire ne laissa pas se reposer ses soldats. Il voulut profiter de
Ja terreur que la prise du Port de Paix devait avoir répandue parmi
les blancs de la Tortue. Le même jour 143 avril, dans l'après midi,
le colonel Vincent et le commandant Bauvoir s’embarquèrent avec
le 3e bataillon de la 9e sur deux radeaux que remorquèérent plusieurs
chaloupes. Les indigènes de la Tortue favorisèrent leur débarque:
ment. Les soldats de la 9e parcoururent l'île dans toutes les directions, chessèrent les français de tous les points. qu'ils occupaient et
les contraignirent à évacuer la Tortue. Toutes les propriétés furent
livrées au pillage, ensuite aux flammes. Les indigènes revinrent au
Port de-Paix, chargés de dépouilles. La ruine de l'hôpital de la Tortue enleva aux français le seul lieu qui leur restait pour envoyer
leurs fiévreux, et leur fit perdre d'immenses magasins de munitions.
Désormais leurs malades seront entassés au Fert-Liberté, au Cap et
au Môle dans des étsblissemens étroits; respirant un air infect, privés
d'une neurriture saine, ils succomberont la plupart. Rochambeau
ve fit plus aucune tentative pour reconquérir la Tortue et le Portde Paix. Le canal qui s'étend entre ceite Île et la grande terre, fut
couvert de barges indigènes, et il devint impossible aux français de
caboter entre le Môle et le Cap.
és au Fert-Liberté, au Cap et
au Môle dans des étsblissemens étroits; respirant un air infect, privés
d'une neurriture saine, ils succomberont la plupart. Rochambeau
ve fit plus aucune tentative pour reconquérir la Tortue et le Portde Paix. Le canal qui s'étend entre ceite Île et la grande terre, fut
couvert de barges indigènes, et il devint impossible aux français de
caboter entre le Môle et le Cap. Rochambeau avait appris avec une profonde douleur la chute du
Port-de-Paix et de la Tortue. Il fit néanmoins publier plusieurs promotions faites dans l’armée, par les consuls de la République.
C'était ure consolation pour les infortunés soldats qui, la plupart,
voyaient avec horreur, comme nous l'avons déjà fait observer, les
crimes qui se commettaient au nom de Ja France. Le capitaine
de frégate Jurien fut nommé caplgine de vaisseau, pour lénergie
qu'il péeit déployée dans diverses attaques contre Léogane. Le citoyen Bauduy , capitaine des dragons du Cap, reçut un sabre d honneur en récompense de sa valeur dans l'affaire du 23 Vendémiaire,
au haut du Cap; et l'adjudant-commandant Claparède fut fait général de brigade en remplacement du général Desplanques, mort dans
la colonie. Le général Rochambeau apprit, à cette époque, que,
des bâtimens de guerre anglais s'étaient montrés dans les eaux de!
St-Domingue pour vendre aux indépendans des armes et dela HISTOIRE D'HAITI.—(1803) 29
C4 poudre. Tant pour mettre obstacle à ce trafic que pour faciliter
les noyades, il fit publier, le 18 Avril, une ordonnance par laquelle 1! fut défendu à tout bâtiment dont le patron serait nègre
ou imulâtre de caboter ou de naviguer en pleine mer. La même
ordonnance portait qu'un bâtiment eaboteur ne pourrait être commandé que par un blanc; que les nègres ou mulâtres ne orrmeraient que la moitié de l'équipage du navire, que toute goëlette
qui serait rencontrée en mer , en contravention à ces dispositions,
serait réputée bonne prise.
onnance par laquelle 1! fut défendu à tout bâtiment dont le patron serait nègre
ou imulâtre de caboter ou de naviguer en pleine mer. La même
ordonnance portait qu'un bâtiment eaboteur ne pourrait être commandé que par un blanc; que les nègres ou mulâtres ne orrmeraient que la moitié de l'équipage du navire, que toute goëlette
qui serait rencontrée en mer , en contravention à ces dispositions,
serait réputée bonne prise. En même temps, le général Rochambeau faisait de toutes parts
alimenter le Port. Républicain dont la garnison avait considérable
ment augmenté depuis qu'il y avait transporté son quartier général.
IL ordonna au colonel Lux, commandant de la Croix des- Bouquets,
de faire une excursion dans le quartier du Pays Pourri, à cinq
lieues du bourg , couvert de paturages où paissaient de nombreux
troupeaux: Lux confia cette expédition au ehef de bataillon Viet,
qui sortit de la Croix-des Bouquets, le 26, Avril, à la tête d'une
colonne de troupes. Viet, créole des Grands Bois, connaissait tous
les chemins et les sentiers de ce quartier. Il enleva sur les gens
de Lamour Dérance les postes de RAF et de Bauge, et rava_gea les plantations des indigènes. Ses soidats rentrèrent au bourg,
chargés de vivres, et conduisant devant eux 24 bœufs qu'ils avaient
pris. Viet avait déployé lant d'activité dans cette expédition, que
dans là même journée il était rentré \ à la Croix-des-Bouquets.
Dans la nuit du 26 au 27, Lux avisa Rochambeau du succès de
l'entreprise. Celui ei cr raignant que le convoi ne ft enlevé par une
centaine de gens de Lamour Dérance qui avaient eu l'audace de
se montrer dans les environs de Flhabitation Drouillard, expédia
pour la Croix-des-Bouquets une colonne chargée d'accompagner les
bestiaux jusqu'au Port Républicain. Laralette sortit de cette ville
le 27 Avril, à 4 heures du matin, à la tête de deux bataillons,
l'un de troupes de ligne, sous les ordres du commandant Bertet,
l'autre de la garde nationale, et avec 40 dragons. A cinq heures,
il découvrit les gens de Lamour Dérance, près de Drouillard. Il
_dispersa les indépendans, après leur avoir tué trente hommes,
a avança jusqu’à la Croix des- Bouquets, et rentra au Port Républi=
cain, dans l'après midi, avec un convoi considérable de vivres et de
bestiaux. Ce fut alors que Rochambeau fit élever des blockaus sur
les habitations Drouillard et Santo pour protéger les convois français
qui fréquentaient le chemin de la Groix des-Bouquets.
Dérance, près de Drouillard. Il
_dispersa les indépendans, après leur avoir tué trente hommes,
a avança jusqu’à la Croix des- Bouquets, et rentra au Port Républi=
cain, dans l'après midi, avec un convoi considérable de vivres et de
bestiaux. Ce fut alors que Rochambeau fit élever des blockaus sur
les habitations Drouillard et Santo pour protéger les convois français
qui fréquentaient le chemin de la Groix des-Bouquets. Les campagnes de la paroisse de l'Arcahaie étaient admirablement
cultivées. L’Arcahaie est situé à douze lieués du Port Républicain
par Lerre , et à quatre lieues par mer. Le général Fressinet, qui
commandait en chef la division de l'Ouest, conseilla à Rochambeau d'y envoyer une expédition par mer; il lui persuada que le # 39 HISTOIRE D’HAITI.—(1808) débarquement en serait facile. Par cette conqnêle, les français
devaient se procurer un riche butin. Dès le mois de Février 1ls
avaient déjà inutilement tenté de s'emparer de l'Arcahaie. Ils avaient
été repoussés par Île général Pétion qui y avait son quartier-général. Des troupes furent embarquées sur le vaisseau le Duguay Troin,
la corvette la Malicieuse, et sur les goëlettes le Département du Nord
et le Courrier. Le cemmandement de l'escadre fut confié au capitaine Lhermite., . Le 98 Avril les français pénétrèrent dans la rade
de lArcahaie. Mais loin de surprendre les indépendans, ils Îles
trouvèrent prêts à combattre. Le général Pétion qui n’ignorait
pas que Îles français étaient capables des coups de main les plus
hardis, n'avait jamais négligé de fortifier la position qu'il occupait.
Les batteries.du rivage comtueneèrent aussitôt un feu vif et soutenu
sur l’escadre. Pétion poinltait lui-même les pièces d'artillerie.
ne put cependant cinpècher les chaloupes françaises d'atteindre Île
rivage. Il lança contre les troupes européennes la 3e. demi brigade iidigène. Les indépendans de l'Arcahaie, qui, les premiers , avalent commencé la guerre nationale, assalilirent les blanes avec
une telle fureur qu ils les culbutérent dans la mer. Les chaloupes
françaises recueillirent, sous la fusillade, ceux des soldats qui purent les atteindre à la nage. ess n'appareilla pas cependant
pour le Port Républicain; elle canonna encore pendant trois jours
consécutifs Îles retranchemens de indigènes.
l'Arcahaie, qui, les premiers , avalent commencé la guerre nationale, assalilirent les blanes avec
une telle fureur qu ils les culbutérent dans la mer. Les chaloupes
françaises recueillirent, sous la fusillade, ceux des soldats qui purent les atteindre à la nage. ess n'appareilla pas cependant
pour le Port Républicain; elle canonna encore pendant trois jours
consécutifs Îles retranchemens de indigènes. En même temps, le chef d'escadron Répussard était sorti, de
St-Mare, à la tète d'un détachement de la garde nationale de cette
ville, et avait enlevé aux indépendans plusieurs dépôts’ de vivres. Pendant que Rochambeau se livrait, dans l'Ouest, à toutes sortes d'horreurs, le geuéral Clausel, dans le Nord, protégeait les
environs du Cap conire les agressions des inde ‘pendans, avec une rare
intrépidiiée. Les français n occupant plus aucune position dansl'intérieur
de là province, avaient fait cultiver, à l'Acul, village situé à 5 lieues ouest
du Cap, sur le rivage, d'immenses champs de banamiérs et de maïs qui alimentaient la capitale de la colonie. Le général Daut Brave partit de l'ha:
bitation Sicard, après avoir laissé les environs de la ville du Fort-Biber.
té qu'assiégeail le général Charles, et réunit, au Limbé, ses forces
à celles de Romain, pour ravager les étabiissemens des français à
l'Acul., Les indigènes vinrent camper sur l'habitation Jacquinville ,
au nombre de 3,000 hommes. Is brülérent et saccagèrent tout Le
quartier. Clausel qui eommandail au Cap apprit aussitôt cet événement. Le 2 Mai il entra en campagne, à la tête d'une forte
division, Avant qu'il eut atteint le village de l'Aeul qu'oecupait déjà
Toussaint Brave, 1} rencontra le général Romain barricadé au milieu
du grand chemin, et l'altaqua. Eu même temps une autre division
française sortie du Cap, débarqua à PAcul et en chassa Toussaint
Brave qui se replia sur le général Romain. Mais les deux colonnes
apprit aussitôt cet événement. Le 2 Mai il entra en campagne, à la tête d'une forte
division, Avant qu'il eut atteint le village de l'Aeul qu'oecupait déjà
Toussaint Brave, 1} rencontra le général Romain barricadé au milieu
du grand chemin, et l'altaqua. Eu même temps une autre division
française sortie du Cap, débarqua à PAcul et en chassa Toussaint
Brave qui se replia sur le général Romain. Mais les deux colonnes |
|
|
| HISTOIRE D’HAÏTI.—(1808) | 31 françaises s'étant réunies, assaillirent les indigènes, dans le grand
chemin, avec fureur et les mirent en pleine “déroute. Romain et
Toussaint Brave ne s'arrètèrent qu'au Limbé. Clausel entra au Cap,
après avoir laissé une garnison à l'Acul. Le Cap eût déjà succombé
sous les attaques wultipliées des indépendans, si Îa milice de cette
ville, composée en grande partie de noirs et d'hommes de couleur
n'avait déployé jusqu'alors une prodigieuse intrépidité, Cette fidélité au gouvernement français était entretenue par les généraux Clausel et
Cläparède, qui pour la bienveillance qu'ilstémoignaientaux indigènes, s'étaient aturé la haine de Rochambeau. Gelui-ci épiait depuis long gtemps
l’occasion de les envoyer en France, occasion qui ne tardera pas à se
présenter. On entendit plusieurs fois le général Claparède dire à de jeunes
indigènes qui venaient lui porter des plaintes contre de jeunes blancs,
favoris de Rochambeau. En quoi, ces blancs vous sont-ils supérieurs? terminez vos différends avec eux par le duel. Nous sommes
tous français, libres, égaux. » Claparède exprimait ses nobles senlimens ; mais quand ses conscils étaient suivis, Rochambeau faisait
_ pendre ou noyer les indigènes qui répondaient aux insultes des
blancs.
Pendant cet intervalle, les émissaires de Pétion traversaient au
sein de la nuit le golfe de la Gonave, et se rendaient aux environs de
Léogane, et au Petit Goâve, auprès de Cangé et de Lamarre qu'ils
étaient parvenus à détacher de l'autorité de Lamour Dérance, et à
gagner à celle de Dessalines. II fut convenu qu'une réunion solennelle des chefs indépendans de Léogane et du Pelit'Goûve, aurait lieu
à l’Arcahaie. Cangé, Mimi Bode, Marion, 8 nt , Latnarre, Cadet
Baude, Isidore et plusicurs autres, s'embarquè ent pour FArcahaie
vers le milieu de Mai. La flotüille sur laquelle ts étaient montés était
commandée par Derenoncourt. Elle était-de douze barges, marchant Y
voiles et à rames, PARA chacune une pièce de 8 et 50 hommes. Elle
Jormait deux divisions ; la première étali commandée par Derenoncourt en personne qui montait la barge le Saint George, la seconde
par Masson, Les chefs indigènes de l'Ouest rencontrèrent Dessalines
à l'Areahaie. Ils reconnurent son autorité , et lui promirent de
seconder ses projets contre Lamour Dérance auquel cependant ls
feindraient de se soumettre jusqu'à ce qu'il fut abattu. Hi fut convenu qne la plaine du CGul-de Sac serait envahie par les troupes
de Léogane et du Petit Goâve, pendant que Dessalines en personne l’envahireit, de son côté, en passant par le Mirebalais. Le lendemain de la conférence, Cangé, Lamarre et'leurs compagnons s'embarquérent pôur retourner. dans la ja de Léogane. La croisière franGaise donna la chasse à la flottille. Une barge demeurée en arrière des
autres allait être capturée. Laporte, homme de couleur, qui là commanudait ,prend,dans ce moment suprême, une héroïque résolution. IlexhorLo ses cCompaguons à mourir plutôt que de tomber au pouvoir des français;
de la conférence, Cangé, Lamarre et'leurs compagnons s'embarquérent pôur retourner. dans la ja de Léogane. La croisière franGaise donna la chasse à la flottille. Une barge demeurée en arrière des
autres allait être capturée. Laporte, homme de couleur, qui là commanudait ,prend,dans ce moment suprême, une héroïque résolution. IlexhorLo ses cCompaguons à mourir plutôt que de tomber au pouvoir des français; # ( e” ;
k À ; « \
+ 22 HISTOIRE D'HAÎTi.—( 1608 ) on défonce la barge: Laporte se brûle la cervelle, et ses matelots
AE sous les flots aux cris de Vive la Liberté! Vive l'Indépendance ! Cangé, ainsi que sesghéroïques compagnons, débarqua près de
Léogane. Il partit qrelques jours après pour la plaine du Culde Sac avec les tronpes du ue Goûve commandées par Lamarre, et
celles de Léogane sous les ordres de Marion, de Sanglaou et de
Mimi Bode. E suivit le grand chemin du Port- Républicain jusqu’ au
Morne à Bateau. De là , pénétra dans les montagnes er” atteignit
la id Il descendit ensuite au camp Frére, dans Ja plaine du
Cul de-Sac, dont les habitations les plus importantes étaient occupées par des détachemens de troupes. ‘Les ateliers maintenus dans
le devoir, étaient forcés au travail. Les propriétaires avaient obtenu de Rochambeau la faculté d'entretenir des soldats à leurs frais, sur leurs terres, afin qu'elles fussent mises à Fabri des incursions des
indépendans ‘du camp Frère. Beaucoup de jeunes gens noirs et de
couleur du Port Républicain et de la Croix des- Bouquets, désoccupés
et malheureux, s'étaient aussi engagés, moyennant un salaire que leur
payaient les proprictaires, à tenir garnison sur ces habitations. Le
général Cangé cuvoya des émissaires sur chaque propriété pour exciter
les ateliers à la révolte; mais ils furent La plupart découverts et pendus.
Le colonel Lux, comme nous l'avons va, avait remplacé l'adjudantgénéral Néraud au commandement de la Croix-des-Bouquets. . La
Be légère, composée de soldats braves et intrépides, tenait garnison
en ce bourg; elle avait relevé un bataillon de la 86e qui était'rentré au Port-Républieain. Cangé crut pouvoir enlever la Croix des-Bouquets par un COUP de main. Il avait l'espoir qu'après cêtte conquête .
_Jes ateliers se souléveraient en masse, ‘H partit du camp Frère, marchant ds deux colonnes. Ilen commandait uné en personne; l'autre était confiée à Mimi Bode. Ses troupes atteignirent les habitations Borgella et Jumécourt. La colonne de Cangé fut arrêtée à sorgella par un bataillon de la 5e légere. L'infanterie indigène fut culbutée
par les français en moins d'un quart d'heure et mise en ‘déroute.
La colonne de Mimi Bode attaquée en mème temips par un autre
bataillon de la 5e. légère lit bonne contenance et repoussa les fran:
eais. Mimi Bode avait été mortellement blessé dans laction." "Ses
troupes se railiérent à celles de Cangé, l'emportant sur “des brancards. Il rendit le dernier soupir au camp Frère. On Vlenterra
au morne Cadet qui domine l'habitatiou Frère. La 5e. légère rentra à la Croix-des Bouquets, et les indigènes donnèrent des Jar:
5e. légère lit bonne contenance et repoussa les fran:
eais. Mimi Bode avait été mortellement blessé dans laction." "Ses
troupes se railiérent à celles de Cangé, l'emportant sur “des brancards. Il rendit le dernier soupir au camp Frère. On Vlenterra
au morne Cadet qui domine l'habitatiou Frère. La 5e. légère rentra à la Croix-des Bouquets, et les indigènes donnèrent des Jar: mes à Mimi Bode en lequel ils perdirent un oflicier du plus grand
courage: Cangé demeura campé à Frère, y ailendant Dessalines.
Ea puissance française s'écroulait de toutes parts ; la faction de Lamour Dérance, minée par le général Pétion, s'affaiblissait cha que jour , et l'autorité de PDossalines envahissait rapidement le- dé HISTOIRE D'HAITI.—(1803) 33 parterent de l'Ouest. Le général en chef n'ayant plus rien à redouter de Petit Noël Prière, dont Île parti avait été écrasé, réunit
l'armée del’Artibonite à la Petite. Rivière, et lui annoncea la détérmi:
nation quil avait prise d'envahir la plaine de Cul-de Sac. Cette
armée était forte de 40,000 hommes. EL partit de l'Artibonite,
sous les ordres du général Gabart , et atteignit le Mirebalais qu’oce
cupaient toujours l'adjudant général Luthier et David Troy. Dessalines
cerna étroitement le bourg, et repoussa les français toutes les fois
qu'ils firent des sorties. Après huit jours de siège, il apprit que
le général Kerverseau s'était avancé jusqu'au Sarrasin pour secourir
“la place, Il lança contre lui le général Gabart avec la Te. Les
français furent battus et repoussés jusqu'au-delà de Lescahobes. Les
indigènes devenus plus audacieux par cette victoire donnèrent.plusieurs
assauts au Mirebalais. Les français, se voyant sur le point de suecomber , évacuèrent le bonrg pendant une nuit obscure. Hs passèrent par
le quartier des Grands Bois qu'occupait le commandant Viet et se
relirèrent à Croix-des Bouquets. Les indigènes après avoir pris pos:
session du Mirebalais continuérent leur-marche. Quand ils atteignirent le sommet des mornes qui ferment le bassin du Cul-de Sac, ils
virent sélendre sous leurs yeux la vaste plaine du Port Républicain
couverte d'habitations. Dessalines dit à ses soldats que toutes les
villes qu'occupalent encore les français tomberatent en son pouvoir,
dès qu'il s'emparerait du Port Républicain. Il leur annonça qu'iis
y trouveraient des munitions de toutes espèces, de l'argent et des vêtemens. L'armée indigène descendit de la montagne, pleine d’enthousias-
virent sélendre sous leurs yeux la vaste plaine du Port Républicain
couverte d'habitations. Dessalines dit à ses soldats que toutes les
villes qu'occupalent encore les français tomberatent en son pouvoir,
dès qu'il s'emparerait du Port Républicain. Il leur annonça qu'iis
y trouveraient des munitions de toutes espèces, de l'argent et des vêtemens. L'armée indigène descendit de la montagne, pleine d’enthousias- . C'était en Mai. Elle arriva sur lha bitation Lasserre où Dessalines
dpi que Lamour Dérance était au Grand Fond: Voulant éviter une
guerre Civile en présence des français, il envoÿa au chef africain des
députés qui reconnurent son autorité. La soumission de Dessalines ‘
n'était que simulée ; et il ne rêvait qu'aux moyens de: se défaire de
Lamour Dérance. Celuici plongé dans de grossières erreurs ,
ajoutait for aux sortilôges, aux prophéties des papas ou prêtres du
fétichisme africain qui composaient son conseil. Son système était
celur dé la barbarie; ses gens divisés par tribus n’élaieut pas organisés en troupes régulières. -Quand 11 marcbait au combat, il était
précédé de bandes de Congos, d'Aradas, d'Ibos, de Nabos, de
Mandingues, de Haoussas, qui se précipitaient contre les bataillons
français avec une prodigieuse intrépidité, en criant que les boulets
métaient que poussière. Mais ce courage qu'exaltaient les superstilions veñair se briser contre les remparts de fer et de feu des carrés
européens. Lainonr Dérance ne combattait pas pour fonder un état
Indépendant ; il voulait continuer cette existence nomade qu’il menait
depuis le commencement de la révolution. Pour que le triomphe
des armes indigënes ne fut pas plus longtemps. retardé , it fallait
que ses bandes entrassent durs l'insurrection organisée, Eiles ne se 84 HISTOIRE D’HAITI 1803) rallieront aux troupes indépendantes qu'après l'arrestation de leur chef
qui sera tué à coups de baïonneite. Ainsi succombent finalement
quelle que soit leur force numérique ceux qui luttent contre un
système plus civilisateur quele leur. Ainsi était tombé Sans-Souci
dans le Nord. * Il y avait eur l'habitation Lassère un blockaus français. Péssalines
J'attaqua, s'en empara, et en passa au fif de l'épée toute la garnisom,
Il ordonna à ses soldats de faire aux blancs une guerre d'extermina.
tion; mais il leur recommanda de ne jamais sacrifier les indigènes
fidèles aux français, qui seraient faits prisonniers. Ce sont nos frères,
disait-il, on les a égarés; tôt ou tard, 1ls réconnaîtront leur erreur.
Le jour suivant il enleva un autre poste établi sur l'habitation Borgella. I! se rendit ensuite au camp Frère, où il rencontra le général
Cangé qui y était demeuré depuis sa défaite à Borgella. Pendant cet intervalle, Lamour Dérance se tenait à Guibert, au
Grand-Fond. Dessalines l'invita à venir passer une revue solennelle
de toute l'armée qui, lui écrivitl, l’attendaït avec impatience pour
le saluer. Lamour Dérance descendit dans la plaine. Ses gardes
couverts de haïllons, montés sur des chevaux à poil, armés de piques, le précédaient. Il était ui même monté sur un beau cheval richement :
, Lamour Dérance se tenait à Guibert, au
Grand-Fond. Dessalines l'invita à venir passer une revue solennelle
de toute l'armée qui, lui écrivitl, l’attendaït avec impatience pour
le saluer. Lamour Dérance descendit dans la plaine. Ses gardes
couverts de haïllons, montés sur des chevaux à poil, armés de piques, le précédaient. Il était ui même monté sur un beau cheval richement : caparaçonné ; 1} portait un chapeau galonné, des habits couverts d’or,
et deux larges épauleites. D'un esprit borné il croyait à la sincérité
de la soumission de l'armée de l'Artibonite. Quand il se présenta
devant Dessalines il prit une atlitude pleine d'arrogance, et lui demanda
pourquoi il avait pénétré dans la pl une.du Cu! de Sac sans ses ordres? ,
Songe bien, lui ditil, qu'il ne l'est pas permis d'entreprendre désormais aucune expédition sans mon autorisation. Dessalines reçut
les paroles les plus insuliantes, lécoutant avec une apparence de
calme, et refoulant dans son cœur son indignation et sa fureur. I
ne se sentait pas encore la puissance de commander son arrestation.
Hlepria, après qu'il eut fini de parler, de passer les troupes en revue.
L'armée prit les armes, et pendant que Lamour Dérance en parcourail les rangs, les soldats , d'après les ordres qu'ils avaient reçus,
firent entendre le cri de vive le général en chef! Lamour Dérance
satisfait de l'accueil qu'il avait reçu partit pour le Grand-Fond, aus:
sitôt après la revue. \ Beaucoup d'ateliers jusqu'alors fidèles aux français , voyant tant
de forces réunies au camp Frère, vinrent se joindre aux indépendans.
Dessalines connaissant l'amour dés laboureurs pour la danse, fit faire
un grand nombre de tambours de bamboulas,. et les installa dans
trois camps quil avait établis à Frère. Ses soldats protégés par des
posies avancés dansèrent, nuit et jour , avec leS cultivatrices. Par ce
moyen il vit se réunir autour de lui la plupart des ateliers. Son
armée se grossit, en quelques jours, de plusieurs milliers de cul:
tivateurs. L'on entendait au milieu des cris d’'allègresse lés noms -
fit faire
un grand nombre de tambours de bamboulas,. et les installa dans
trois camps quil avait établis à Frère. Ses soldats protégés par des
posies avancés dansèrent, nuit et jour , avec leS cultivatrices. Par ce
moyen il vit se réunir autour de lui la plupart des ateliers. Son
armée se grossit, en quelques jours, de plusieurs milliers de cul:
tivateurs. L'on entendait au milieu des cris d’'allègresse lés noms - Rs LL été HisTÔFRE p'uairi. (1803) 35 de Dessalines et de Pétion. Lamour Dérance, ainsi que sôn groles_que état-major, devint l'objet du mépris de la-population de toute
las plaine. Beaucoup de jeunes gens du Port-Républicain qui avaient
_ pleine confiance en l'humanité du générat Pétion, s'enfuirent de
. cette ville, et allèrent sæjeter dans le parti de l'indépendance.
Après avoir organisé les cultivateurs qui s'étaient ralliés à ses troupes, Dessalines se résolut à livrer aux flammes toutes les habitations de la plaine. Par cette terrible mesure, il devait terrifier les
français, ne leur laisser aucun abri contre les ardeurs d’un soleil
meurtrier, ct jeter le désespoir dans l'âme des planteurs. I divisa
son armée en deux colonnes qu'il appela infernales, L'une dite du
Nord fut confiée à Gabart, l'autre dite de l'Ouest à Cangé. Il
ordonna à ces deux généraux de parcourir la plaine dans toutes les
directious, de livrer aux flammes les plantations, les cases, les
sucreries > les moulins , les maisons de plaisance, de ne laisser
derrière eux que l'image de la pius affreuse dévastation. Mais il leur
recommanda , comme 1} avail peu de poudre,, de ne pas attaquer les
blockaus ennemis. Il était certain que les français abandonperaient
les postes épars qu'ils occupaient, dès qu'ils ne verraient autour d’eux
que ruines fumantes. Les deux colonnes sortirent du camp Frère. Elles
alleïgnirent l'habitation O'Gorman dont la sucrerie était oceupée par
quarante soldats européens. Les français firent plusieurs décharges
de mousqueterie sur les indigènes. Giles Drouet, colonel de la 3e.
jndépendante , voulait donner assaut au blockaus; maisle général Gabart
Jur défendit de répondre au feu de lennemi. Les indigènes , après
avoir pitlé et brülé l'habitation, continuèrent leur promenade militaire: L'armée était innombrable. Les troupes régulières, suivies
de presque tous les ateliers de la plaine, s'arrétèrent à Décloche.
La Croix des Bouquets élait toujours oecupée par la 5e. demibrigade légère. Le colonel Lux apprenant qu'il régaait un grand
désordre dans les rangs des imdigènes, sortit du bourg à la tête d'un
bataillon, pour les attaquer à Fimproviste. Mais le général Gabart
apprit par ses éclaireurs quil s'approchait audacieusement. Les
français assaillis par la 4e. se défendirent avee vaillanee ; maïs enveJoppés"de toutes parts, par les judigènes dont les rangs se resserraient sans cesse malgré le feu le plus vif, ts furent rompüs et mis
ennpleine déroute. La cavalerie iudigène les poursuivit jusqu'au
pied du mornet de Juméeourt. Le colonel Lux rentra à Ha Croix
des Bouquets, après avoir perdu un tiers de ses soldats. Les indé-
- pendants poursuivant leur marche, traversèérent armés de torches les
habitations Pera, Pierroux et Cotard. Hs arrivèrent aux portes de
laCroix des Bouquets où ils réncontrèrent un blockaus qu'occupaient trente soldats europtens. Les français tirèrert sur eux avec
acharnement ; ie général, Cangé qui eut son chapeau percé d’une
- balle voulut donner assaut au blockaus; mais Gabart lui rappela
. Les indé-
- pendants poursuivant leur marche, traversèérent armés de torches les
habitations Pera, Pierroux et Cotard. Hs arrivèrent aux portes de
laCroix des Bouquets où ils réncontrèrent un blockaus qu'occupaient trente soldats europtens. Les français tirèrert sur eux avec
acharnement ; ie général, Cangé qui eut son chapeau percé d’une
- balle voulut donner assaut au blockaus; mais Gabart lui rappela 36 HISTOIRE D’HArTI.— (1803) qu'ils avaient reçu l'ordre de ne pas attaquer. Les indigènes incendicrent les environs “du bourg. Gabart et Cangé firent expirersous
là verge et le bâton, en face du blockaus français, tous les: blanes
leurs prisonniers. L'armée traversa ensuite la Grande Rivière du
Cul de Sac; elle incendia les habitations Tabac, Château- Blond , et
s'arrêta à Moquet. Dessalines transporta son quartier général sur
cette dernière propriété. De ce point, 1 pouvait prolonger ses avantpostes jusque dans le grand chemin du Port-Républicain ,; et intercepter les communications qui existaient entre cette ville et la Croix
des Bouquets. La plaine du Cul de Sac qui avait été préservée de
la dévastation depuis 4790 fut alors entièrement ruinée. Lamour
Dérance qui n'avait pas ordonné à Dessalines de la faire incendier,
vint à Moquet et se montra étonné de ce qu'on eut agi sans ses
iustructions. Dessalines l’accueillit parfaitement, lui fit comprendre les motifs qui l'avaient déterminé à prendre cette terrible mesure. Lamour Dérance s'apercevant que l'influence du général
des troupes de l'Artibonite était devenue plus puissante que ta
sienne , fui donna plein pouvoir d'aller combattre l'ennemi commun, au loin, hors de la plaine. Il nourrissait l'espoir de ressaisir son influence, en l'absence de Dessalines. Il retourna au
Grand Fond, emportant le mépris de toute la plaine. Pendant cet
intervalle, lesgens de Léogane étaient gagnés contre lui par les émissaires du général Cangé. Le chef d escadron Pierre Louis parcourait Îles campagnes de Léogane , et disait aux cultivateurs qu'il était temps de se défaire des chefs africains incapables
de commander, et de reconnaître l'autorité de Dessalines, créole de la
section de Cormier, dans la paroisse de la Grande Rivière du Nord. Lamour Dérance appr. nant par Mathieux Fourmi, un de ses lieutenans, qu'une propagande active se faisait contre lui, vint à Darbonne , fit
arrêter Pierre Louis par un détachement commandé par le colonel
Quique, et le fit- fusiiler à Sarbousse avec plusieurs autres officiers
ire des chefs africains incapables
de commander, et de reconnaître l'autorité de Dessalines, créole de la
section de Cormier, dans la paroisse de la Grande Rivière du Nord. Lamour Dérance appr. nant par Mathieux Fourmi, un de ses lieutenans, qu'une propagande active se faisait contre lui, vint à Darbonne , fit
arrêter Pierre Louis par un détachement commandé par le colonel
Quique, et le fit- fusiiler à Sarbousse avec plusieurs autres officiers partisans de Dessalines. Il retablit pour un moment son autorité dans la plaine de Léogane et sen retourna au Grand Fond. = En même temps, Dessalines, maitre du chemin de la Croix desBouquets , ordonna à Moulauban, colonel de la 7e indépendante
de l'AruBonite, d'aller attendre, pour s’en emparer, un convoi con:
sidérable qui devait partir du bourg pour se rendre au Port:
Républicain, If lui donna pour gui le le_ colonel Germain, créole
de Fhabitation Frère , à qui il avait confié la police de ce
camp. Quoique Montauban eût hâté sa marche, quand il arriva
à Sarthe, 1 apprit que le convoi avait déjà traversé cette habitas
tion. I} refusa cependant, malgré les instances de Germain Frère,
d'attaquer quelques soldats français qui passaient dans la grande
route, conduisant des animaux de charge. Comme il pensait que
des convois plus imporians pourraient se présenter, il dit à Gé: s HISTOIRE D’HAITI.—(1802) 37 main nquils étrograderaient dés qu'ils entendraient la fusillade ;
pour quelques chevaux et quelques vivres qu'on enlèverait , qu’on
pérdrait peut être un riche butin. Après avoir vainement attendu pendant plusieurs heures qu'un autre convoi vint à passer, Montauban retourna à Moquet, sans butin. Germain laccusa auprès . de Dessalines de n'avoir pas attaqué le convoi par lâcheté. On a vu qu'à son arrivée à Sarthe, le convoi avait déjà traversé l'habitation et était entré au Port-Républicain. Dessalines nourrissail une
profonde animosité contre Montauban qui, au romwencement de
lissurreetion, s'était maintes fois plaint des faveurs quil accordait
à Gabart. Al réunit aussiiôt ses troupes et leur déelara que Montauban état un lâche indigne de porter lépaulette. Celui ei fut
dégradé, sans avoir été entendu, en présence de toute l'armée. Le
général, en chef nomma colonel le chef de bataillon Guerrier, lui
confia Le commandement de la Te, ei plaçga Montauban comme
simple. grenadier dans une demi-brigade. Celte circonstance
constate la toute puissance que PDessalines exerçait sur Îles masses.
L'armée entière était convaincue de la perfidie de Germain Frère
et de la bravoure de Montauban ; cependant pas une voix ne se
Hit. entendre en faveur de ce derrier. L’on se soumit, sans murmurer, à la volonté du dictateur qu'on s'était donué.
de la Te, ei plaçga Montauban comme
simple. grenadier dans une demi-brigade. Celte circonstance
constate la toute puissance que PDessalines exerçait sur Îles masses.
L'armée entière était convaincue de la perfidie de Germain Frère
et de la bravoure de Montauban ; cependant pas une voix ne se
Hit. entendre en faveur de ce derrier. L’on se soumit, sans murmurer, à la volonté du dictateur qu'on s'était donué. Dessalines se résolut à s'emparer de la Croix des Bouquets. ‘H
ordonna aux généraux Gabart et Cangé de marcher contre ce bourg,
et demeura au quartier général de Moquet avec le gros de l'armée.
Avant d'attaquer la Croix des Bouquets , Gabart abandonna la grande route , et pénétra dans des chemins de traverse , à la recherche d'un convoi considérable de vivres dont le départ pour le FortRépublicain lui avait été annoncé par ses émissaires. 1 le rencontra dans a savane Obiond ; il cuibuta une compagnie d européens
qui l'accompagnail et s'en empara. Au lieu de continuer aussitôt
sa marche contre le bourg, il perdil un temps précieux, laissant
ses soldats se livrer au pillage. Le colonel Lux, commandant de la . 5e. demi-brigade légère , avait entendu la fusillade. *H sortit de la
Croix des Bouquets, et vint protéger a retraite du, déiachement
françois. A la tête de deux cents hommes de la 5e. , de 60. dragons.
et de deux compagnies d'artillerie légère, 1 désiraitavecardeur venger
la défaite quil avait essuyée à Bécloche. Les grenadiers français.
magnifiquement équipés, portant des chapeaux à cornes surmontes
d'aigvettes, s’avançaient au pas de charge; leurs armes brillaient “d'un mf éclat aux rayons du soleil. Lux éiablit ses pièces de campagné à La barrière de l'habitation, et rangea ses troupes en bataille. La savane Oblond était alors entièrement découverte; il n°
exiStail pas un arbre. Les indigènes atiaquérent les français avec
vigueur en poussant des hurleimens affreux. Mais ces cris ne
déconcertérent pas les artilieurs européens qui les repoussèrent. 39 | HISTOIRE D'HAITI. (1803)
iablit ses pièces de campagné à La barrière de l'habitation, et rangea ses troupes en bataille. La savane Oblond était alors entièrement découverte; il n°
exiStail pas un arbre. Les indigènes atiaquérent les français avec
vigueur en poussant des hurleimens affreux. Mais ces cris ne
déconcertérent pas les artilieurs européens qui les repoussèrent. 39 | HISTOIRE D'HAITI. (1803) /
# Le zénéral Gabart ouvrit les rangs de la 4°, et laissa s’écouler la
foz'e des fuyards. Il s’élança à la tête de cette demi-brigade contre les canons , et s’en empara après avoir égorgé la plupart des artilleurs, Maître de la barrière, il voulut tourner les pièces contre l'ennemi; mais la 5e. exécuta aussitôt des feux de pelotons si
meurtriers que les indigènes tombaient de toutes parts ;-Gabart grièvement blessé ne put maintenir ses soklats sur le champ de bataille.
Les français reprirent lÎeurs canons, et poursuivirent les indépendans jusqu'à Moquet. Par cette victoire , le colonel Lux rétablit
ses Communications avee le Port-Républicain , et prolongea ses avants
postes jusqu à Château-Biond habitation contigué à celle de Moquet.
Dessalines transporta son quartier général au camp Frère. Le PortRépublicain commençait à être cerné. Plusieurs chefs de bandes en occupaient les environs. Jean Rouge était établi dans le
chemin de la Coupe; Adam Duchemin, à Turgeot; Toby , au-dessus
de Piémont; Bossou Langlande, au Canapé Vert, dans la ravine ce
la Coupe; Condé, à ls ravine Décayetié, au morne de Bizoton ;
Patience et Lubin Hudicourt, à Bizoton ; Chavanne, à la Rivière-Frotde;
Métellus, à Tratier; Lamérique, au Morne-à-Bateau. La plaine du Cul-de-Sac était en entier en insurrection, et les
français n'y occupaient que la Croix-des Bouquets , et quelques blockaus isolés. Dessalines réorganisa les 11e. et 12e. demi-brigades avec
les cultivatears de cette plaine, C’est à cette époque qu'il commença
à abandonner dans ses actes la dénomination d'armée des Incas , pour
cclle d'armée indigène que les noirs et les jaunes luttant contre les
français avaient prise dès Flarrivée de l'expédition de Leclerc en
occupaient que la Croix-des Bouquets , et quelques blockaus isolés. Dessalines réorganisa les 11e. et 12e. demi-brigades avec
les cultivatears de cette plaine, C’est à cette époque qu'il commença
à abandonner dans ses actes la dénomination d'armée des Incas , pour
cclle d'armée indigène que les noirs et les jaunes luttant contre les
français avaient prise dès Flarrivée de l'expédition de Leclerc en CR à ICE Sommaire. Le port des Caves est ouvert au commerce étranger.—Les lois dæ
code civil parvenues officiellement à St-Domingue y sont publiées. — Dépôt général des archives au Port-Républicain —Rochambeau transporte son quartier.
général du Poit-Républicain au Cap.—Le général Fressinet va prendre le commandement de Jérémie.—Sarrasin reçoit l’ordre de se rendre de Jérémie au PortRépublicain.—Berger enlève sur les indigènes le poste [vonet—Une croisière
anglaise se présente devant le Cap.—Rochambeau déclare St.-Domingue en état
de siège. —Les comestibles sont affranchis dé tous droits.—-Rochambeau annonce,
par une proclamation, l'existence de la guerre entre la France et l'Angleterre.
— Cette guérre accroît l'audace des indépendans —Moyens qu'emploie Rochambeau, pour subvecir aux besoins de l’armée.— Lettres de change en cireuiation,
— Traité, pour un marché de vivres ,entre les congos et les français. —Le général Clausel bat le général Romain.— Arrivée au Cap du préfet colonial Ma.
gaytot.— Dessalines se rend dans le Sud —Son langage aux gens du Sud, an camp.
Gxérard.—Il organise Les troupes de ce département—Il attache Boisrond Tonnère à sa personne —[l quitte le Sud.—Pendait son absence de l'Ouest, La
mour Hérance est arrêté —- Il fait arrêter Mathieu Fourmi, partisan de Lamour
Dérance,—Les français évacuent Léogane.—Dessalines s'abouche avec les anglais dans la baie du Port-Républicain.—Il organise les troupes de Léogane , des
mornes de Jacmel et de la ville du Petit-Goûves—Gefrard ouvre, pendant quinze
jours, un marché aux français , aux portes des Cayes— Impôt établi par Bru:
net sur les habitants des Cayes—Férou marche sur Jérémie—Bazile bat les
français au camp Bourdon.—I[l leur enlève le poste Mafranc.—Thomas Duroæher fait 60 prisonniers sur lhabitation Durant.— Bagile réunit les cultivateurg ‘40 HISTOIRE D'HAITI— (1808) de la’ Grande-Rivière de Jérémie — Le général F'ressinet évacue Jérémie —Ceffrard y vient —Honnet arrive à Jérémie sortant de l'ile de Cube. envoie à Dessalines, dans l'Ouest. —Celuiei nomme Bonnet- adjndant- général. —
Romain est battu par Clausel.=—Mort de Padjndant général Maillard.—Règlemens
pour le marché de la Petite Anse— Départ de Latonche-Tréville pour France—
Ïl est remplacé par le capitaine de vaisseau Barré —Le genéral français Dumont
émie —Ceffrard y vient —Honnet arrive à Jérémie sortant de l'ile de Cube. envoie à Dessalines, dans l'Ouest. —Celuiei nomme Bonnet- adjndant- général. —
Romain est battu par Clausel.=—Mort de Padjndant général Maillard.—Règlemens
pour le marché de la Petite Anse— Départ de Latonche-Tréville pour France—
Ïl est remplacé par le capitaine de vaisseau Barré —Le genéral français Dumont est arrêté par les indigènes qui assiègent le fort Liberté. —fohn Bligh, commandant des navires anglais le T'héseus, “THéretle et le Cumbherland, canonne Île
Fort-Liberté. —Les français évaeuent le fort Liberté —John Bligh obtierit des indigènes la mise en liberté de Dumont.—[Le préfat colonial Magnytot, Clausel
et ‘Thouvenot conspirent contre Rochambeau pour le déporter.—La conspiration
est découverte —Clausel et Thouvenot sont embarqués sur le Dermide—Onigine de la mésintelli, gence qui a existé entre Dessalines et Geffrard. — Lettre de : Dessalines à Gérin. Les maladies et les combats avaient tellement affaibli les troupes : françaises que les’ succès qu'elles obtenaient, par intervalles, loin
d améliorer leur malheureuse posititon l aggravaient davantage. Chaque
bataille leur enlevait de braves soldats qui, depuis peu, n ‘étaient plus
remplacés. L'armée indépendante se grossissail au contraire, dej jour
en jour, d'un grand nombre de citoyens des villes qui fuyaient
la tyrannie de Rochambeau. L'on verra bientôt lAngleterredéclarer la guerre à la France. La position des français sera alors
désespérée. Cependant Rochambeau faisait les eflorts les plus héroïques pour se maintenir au Cap. Il conservait l'espoir de reconquérir l'île entière, à la tête d’une nouvelle armée quil attendait
de la métropole. Désormais les français se tiendront sur la défensive dans les places qu'ils occupaient encore; ils ne prendront parfois l'offensive que lorsque la famine les contraindra à sortir de leurs
positions pour enlever aux indigènes des vivres et des bestiaux.…
Les nouvelles qui arrivaient de la métropole annonçaient une prochaine rupture au la France et 1 Angleterre; le commerce expédiait peu de navires pour la colonie; le général Rochambeau fat
contraint d'ouvrir le port des Cayes au commerce étranger. 21 mai
1803. Le 28 du même mois, il publia, dans la colonie, les lois
du code civil qui, à cette date, y étaient parvenues officiellement. Dès 1790, une grande perturbation avait eommencé à s'introduire dans la législation coloniale, Au milieu des luttes des
partis, les lois n'étaient mises en pratique que selen les piévéts
de ces partis. Au commencement de la révolution quand, des po pons blancs où royalistes ARE dans un quartier , ils foulaiett | aux pieds les lois promulguées par la Constituante et la Législative
et invoquaient les ordonnances royales de l'ancien régime: Quand
les petits blancs ou républicains dominaient, ils mettaient :en vi:
gueur les lois de la révolution, tout en en rejetant les dispositions
favorables aux hommes de couleur et aux noirs. Lorsque les noirs et les hommes de couleur J'emportaient sur le parti colenjél side .
ARE dans un quartier , ils foulaiett | aux pieds les lois promulguées par la Constituante et la Législative
et invoquaient les ordonnances royales de l'ancien régime: Quand
les petits blancs ou républicains dominaient, ils mettaient :en vi:
gueur les lois de la révolution, tout en en rejetant les dispositions
favorables aux hommes de couleur et aux noirs. Lorsque les noirs et les hommes de couleur J'emportaient sur le parti colenjél side . Es È state me at 5 és en di de . HISTOIRE D'HAITI.—(1803) 41 petits blancs, äls rétablissaient les lois révolutionnaires. Plus tard,
sous la Convention, les commissaires civils Polvérel et Sonthonax
gouvernèrent la colonie par des arrêtés que les circonstances com:
mandaient. Rigaud dans le Sud, Toussaint dans le Nord et lArtibonite gouvernèrent ensuite d'après des ordonnances que tictaient
des intérêts de castes. Ce ne fut qu'après la chute de Rigaud, et
après la soumission de la partie de l'Est, que l'assembée centrale, convoquée par Toussaint, dota la colonie d'un’ code uniforme. Après
la chute de Toussaint, Leclerc maintint en vigueur loutes celles des
lois de l'ex gouverneur qui n'étaient "pas contraires aux ordonnances
provenant des circonstances nouvelles. Les lois du code civil que
Rochambeau faisait actuellement publier abrogeaient toutes celles de
même nature qui existaient antérieurement. Le capitaine général prévoyant que la guerre ne tarderait pas à
éclater entre la France et l'Angleterre, et que les communications
avec la métropole seraient bientôt interceptées, ordouna le 8 Juin, de
former au Port-Républicain un dépôt général des titres et doeumens
relatifs à St. Domingne, qui devaient être envoyés en France, à la
première demande du gouvernement consulaire. Le grand juge nomwa le citoyen Bascher archivisie du dépôt, avee un traitement anpuel de 8,000 franes. On devait réunir dans l'établissement les titres
relatifs aux immeubles situés dans l'ile, les actes de concessions
faites aux particuliers par le gouvernement, les plans, les cartes du
pays et des fortifications, les comptes de recettes et de d@épenses ; Les anciennes ordonnances, les arrêtés et règlemens sur
la police, les finances, le commerce, la culture, et ladministration
civile, Judiciaire et militaire; les. lois envoyées de France, les règle-
ir dans l'établissement les titres
relatifs aux immeubles situés dans l'ile, les actes de concessions
faites aux particuliers par le gouvernement, les plans, les cartes du
pays et des fortifications, les comptes de recettes et de d@épenses ; Les anciennes ordonnances, les arrêtés et règlemens sur
la police, les finances, le commerce, la culture, et ladministration
civile, Judiciaire et militaire; les. lois envoyées de France, les règle- . mens publiés à St. Domingue, les documiens sur l’histoire, les sciences-et les arts. Ces archives seront expédiées pour France avant
l'évacuation de File par Rochambeau. Suruces entrefaites la frégate lInfatigable sortant de Brest vint
mouilier au Port Républicain. Elle avait fait une traversée de 31 jours.
Elle apporta à Rochambeau l’ordre du Premier Consul de :transporter immédiatement le quartier-général au Cap. Cette nouvelle plongea dans la consternation les colons du Port-Républicain. Ils découvrirent clairement que le gouvernement français, reconnaissant fa
difficulté qu'on éprouverait désormais à communiquer avec St. Dominue," à) cause de la guerre qui, était inévitable avec l'Angleterre, vouaitnque le quartier général fut établi dans une ville de l'ile plus à
proximité des points d'attérissage que le Port-Républicain. D'ua autre
cotée départ du capitaine général devait affaiblir les troupes de
POuest de plus de moité, dans un moment où ce département était
menacé de la plupart des forces des indépendans de l’Artibonite et
de l'Arcahaie. Rochambeau s’embarqua pour le Cap vers la fin de
dun, après avoir envoyé l’ordre au général Sarrasin de venir 42. HISTOIRE D'HAITI.—(1803) prendre le commandement du Port-Républicain, et après avoir
expédié le général Fressinet pour Jérémie. En attendant l’arrivée de
Sarrasin, Lavalette commanda larrondissement, et Panis, adjudantgénéral, la place du Port Républicain. Les indigènes des mornes de Jérémie combattatent les français avec
le plus grand acharnement. Ils attaquèrent avec impétuosité le camp
lvonet qu'occupaient des troupes européennes, et sen rendirent mai
tres. Le colonel Berger qui commandait la place de Jérémie sortit contre eux, le 23 Juin, à la tête 600 hommes. I se précipita sur l'ennemi
à limprovisie, et pénétra dans le camp retranché. Il y eut un grand
carnage. Berger fut renversé d'un coup de sabre à la tête. Cependant Îes indigènes suecombèrent, et furent passés en grand nombre
au fil de l'épée. Ge succès ne fut avantageux aux français que parce qu'il retarda la chute de Jérémie. I n'ébranla pas la RL: ab des’ insurgés de la” Grand Anse. Peu de jours après l'arrivée de Rochambeau au Cap. une croisière
anglaise de quatre vaisseaux et de plusieurs frégatés, vint, le 4 juillet,
s'établir devant cetie ville. En même temps, les anglais bloquatent
le Port Républicain et les Cayes. Rochambeau ne douta plus de
l'existence de la guerre entre la France et l'Angleterre, car la croisière de S. M. B. exerçait des hostilités sur le littoral. Il déclara
aussitôt St.-Domingue en état de siège, et le lendemain, 5 Juillet,
il arrêta que la farine, les biscuits, le riz et les salaisons quelconques
seraient admis à l'importation lrancs de tous droits, et que cette
franchise existerait pendant toute la durée de la guerre. Il annonça
entre la France et l'Angleterre, car la croisière de S. M. B. exerçait des hostilités sur le littoral. Il déclara
aussitôt St.-Domingue en état de siège, et le lendemain, 5 Juillet,
il arrêta que la farine, les biscuits, le riz et les salaisons quelconques
seraient admis à l'importation lrancs de tous droits, et que cette
franchise existerait pendant toute la durée de la guerre. Il annonça par la proclamation suivante, la guerre entre la France et l'Angleterre , qui avail commencé dès le mois de Mai 4803. -
Au quartier général du Cap, 20 Messidor an onze, (9 Juillet 1803). L'existence de la guerre entre la France et l'Angleterre ne peut
plus être douteuse; da marine anglaise à commis et commet journellement des hostilités sur nos côtes; elle a attaqué et combattu les
vaisseaux de la République, et ses escadres bloquent nos ports. Cette
circonstance dont le résultat sera sans doute glorieux pour la France semble jeter St.-Domingue dans un état de erise; mais l’armée dont le courage et la résignation ont su résister à tant d'épreuves ne s'étonnera pas de ce nouvel obstacle; il ne sera pour elle qu'un moyen
de plus d ajouter à sa gloire, et dut-elle succomber tout entière dans
la double lutte qui s'ouvre à ses efforts, elle saura s'il est nécessaire, simmoler aux grands intérêts de la mère patrie Le gouvernement nous promet des secours de {ous genres, et quand son intention
nous est connue, quelque grandes que soient les difficultés, ne doutons pas de ses ellets. Le général en chef a déjà pris les mesures
nécessaires pour là défense extérieure du pays, et pour. assurer les La
nn Ra. HISTOIRE D'#HAITI.— (1C05) 43 subsistances de-l'armée et des habiians. Pour procurer l'unité d'action indispensable dans les momens difficiles, la colonie a été déclaréeren état de siège. Des instructions conformes aux circonstances ont été adressées à lous les généraux divisionnaires, L'importation des comestibles a été affranchie de tous droits, et tous les ports
dela colonie ont été ouverts au commerce étranger. Des ordres
ont été donnés pour la plantation des vivres du pays dans tous Îes
terrains occupés par nos troupes- Une nouvelle organisation s'opère ; da simplicité de sa composition et le choix des sujets garanlissent sa droilure, son activité, sa prévoyance, et sa sollicitude pour
larmée. Le général en chef sait apprécier les privations déjà essuçées
par ses compagnons d'armes; elles peuvent s'aceroitre encore; mais
il ne compte pas moins sur leur constance et sur leur inébranlable
plantation des vivres du pays dans tous Îes
terrains occupés par nos troupes- Une nouvelle organisation s'opère ; da simplicité de sa composition et le choix des sujets garanlissent sa droilure, son activité, sa prévoyance, et sa sollicitude pour
larmée. Le général en chef sait apprécier les privations déjà essuçées
par ses compagnons d'armes; elles peuvent s'aceroitre encore; mais
il ne compte pas moins sur leur constance et sur leur inébranlable fermeté au poste qui nous est assigné par le prémier consul. Ise. repose également sur la fidélité et le dévouement. des halitans, et il
attend, d'un intime concert, tout ce qui pourra contribuer à la conservation du territoire et à l'éclat du nom français. Signé : D." ROCHAMPBEAU. : La guerre entre la France et l'Angleterre produisit une grande joie
parmiles troupes indigènes, et accrut leur audace. Dessalines fut dès
lors certain du succès de l'insurrection, et il redoubla d'activité pour
précipiter l'évacuation des troupes françaises. Beaucoup de ciloyens
noirs el jaunes, qui, jusqu'alors avaient été fidèles aux blancs, parce
qu'ils n'avaient pas foi dans le triomphe des armes indigènes, à cause
de la puissance de la France, vinrent grossir l'armée indépendante.
En eflet, les vaisseaux de S. M. B. étant les maitres de la mer, de
nouvelles troupes ne pouvaient venir renforcer l'armée. de St. Domingue. Celle-ci placée entre les anglais et les indépendans devait avant
peu capituler.. I ne faut pas croire cependant que les anglais aient
été dans cette guerre véritablement les’ auxiliaires des indigènes. Hs
vendalent à ceux-ci des munilicas au poids de l'or; jamais un $cui
de leurs officiers ne s'est trouvé dans nos rangs, dirigeant nos opérations. Dessalines n’eût jamais reçu d'eux -des secours en hommes.
Se défiant de tous les européens , il disait sans cesse que tous Îles
blanes se ressemblaient. (Ceite guerre maritime, sans laquelle les
indigènes eussent néanmoins triomphé, fut pour nous une heureuse
circonstance qui hâta l'évacuation des troupes européennes. Des hau
teurs du Cap, les français découvraient sur la mer, les barges indigènes abordant les frégates anglaises, et leur vendant, pour de la
poudre et du plomb, des ananas, des oranges, des légumes, de ia
volaille, du coton et du café. Rochambeau délivra des lettres de marque à de nombreux corsaires
qui étaient dans l'obligation de conduire dans les ports de la colonie
“es prises qu'ils feraient, et d’accourir au secours du gouvernement : 4 4 | HISTOIRE D’HAITI.—(1803) * contre les ennemis de l'Etat en cas de besoin, Quoique les français n'eussent plus en leur pouvoir des habitations eu valeur; le capitaine.scénéral publia un arrêté du conseil d'Etat de la métropole
établissant à St Domingue quatre chambres d'agriculture: au PertRépublicain, au Can, aux Caves, et à Sto. Domingo. Cet arrêté qui
ne fut jamais exécuté exeilait le rire des indigènes qui voyaient
Rochambeau parler en souverain dans un pays où 4l n'avait plus ,
pour ainsi dire, que quelques camps.
des habitations eu valeur; le capitaine.scénéral publia un arrêté du conseil d'Etat de la métropole
établissant à St Domingue quatre chambres d'agriculture: au PertRépublicain, au Can, aux Caves, et à Sto. Domingo. Cet arrêté qui
ne fut jamais exécuté exeilait le rire des indigènes qui voyaient
Rochambeau parler en souverain dans un pays où 4l n'avait plus ,
pour ainsi dire, que quelques camps. On éprouvait, dans les villes, de plus en plus, les, horreurs de
‘Ja disette. Le capitaine général s'efforçait d'assurer à l'armée des
subsistances , par de prompies mesures. Le citoyen Merceron, le
général Thouvenot , Richelle, inspecteur général de la trésorerie
nationale, l'ordonnateur en chef Perroud , Voisin , inspecteur-général de la colonie, Lanchamp, receveur général, et Bizouard, payeurgénéral, réunis dans la salle principale de la Trésorerie-Générale,
s occupèrent des subsistances de, l'armée. Rochambeau leur soumit
un Arrêté des Consuis de s République, dont le premier article
était ainsi conçu: « À dater du premier Germinal prochain if sera
» affeclé chaque mois, à la colonie de St-Bomingue, une somme
» de deux millions. Sur cette somme un million sera envoyé dans
» la colonie en piastres; sur l’autre million il sera ouvert un cré-
» dit au capitaine général, au préfet colonial, et au payeur.» H
leur donna aussi en communication une lettre du Ministre de la
marine et des colonies, adressée au préfet colonial. Un des pas:
sages de la leitre s'exprimait ainsi: « Le bâtiment porteur de cette
» dépêche est chargé d'un million qui doit être mis à votre dispo-
» silion ; Car cet envoi se renouvellera tous des mois, ainsi quil
» a déjà eu lieu pour le mois de Germinal. Vous êtes autorisé,
» par le même Arrêté, à tirer des traites pour la somme dun
» million , chaque mois; elles seront exactement payées à l'échéan-
» ce,etc.» Comme la guerre existait entre la France et l'Angleterre,
il était probable que le million en numéraire ne pourrait arriver, chaque mois, àSt-Domingue. ,Ces messieurs arrêtèrent en conséquence que
le capitaine général, le préfet colonial et le payeur:général, mettraient en circulation des letires'de change , en remplacement du million en. numéraire, pour la même valeur, pour les dépenses de l'armée de St. Domingue, outre Îles traites pour la somme d'un million que le
préfet colonial était autorisé à tirer chaque mois. Cette décision
reçut l'approbation du capitaine général qui le 20 Juillet la fit enregistrer à l'inspection générale de la colonie. Les obligations par lesquelles des particuliers s'étaient engagés à fournir de la farine au
gouvernement pour le service des hôpitaux furent annulées par.
l'état de siège. : Rochambeau pourvut à ce service par l'établissement :
d'une régie. 11 nomma le citoyen Dat régisseur général du services ”
des M milles. ‘Tous les magasins, fours, éjablissemens
20 Juillet la fit enregistrer à l'inspection générale de la colonie. Les obligations par lesquelles des particuliers s'étaient engagés à fournir de la farine au
gouvernement pour le service des hôpitaux furent annulées par.
l'état de siège. : Rochambeau pourvut à ce service par l'établissement :
d'une régie. 11 nomma le citoyen Dat régisseur général du services ”
des M milles. ‘Tous les magasins, fours, éjablissemens \ . HISTOIRE D’HAITI.— (1803) | 45 et usines du gouvernement furent mis à la disposition du régisseur
général, "excepté le grand magasin de la marine du Cap, et celui
du Port Républicain. La régie n'aceeptait le baril de farine qu'au
poids: décent quatre-vingts livres ; a barrique de vin, de 240 putes.
Les distributions se faisaient à la pré ésentation des bons qui étaient en
cireulation. Les frais de manutention, de fabrication, étaient à fa
charge du régisseur général qui recevait 20 centimes par ration
complètes Rochambeau réorganisa ensuite l'administration générale. Il déclara le Cap Français résidence du qnarticr-général Idlinger qui, plus tard, fera dans sa patrie, un tableau fidél
de cet affreux gouvernement, fut nommé commissaire général de a
marine, premier chef des bureaux de la préfecture. Le général Thouvenot, chef de l'état-major, pour favoriser Fentrée
dé la viande de boucherie dans les villes occupées par l'armée, fit
publier le 22 Juillet, la cessation des privilèges sur les boucheries,
el la feulié accordée à chaque citoyen de vendre où de tuer Îes
animaux, en se conformant äux règles de la police des villes. © I
publia aussi que les soldats re recevraient désormais de rations de
Vin que tous les quatre jours, attendu que les magasins militaires se
trouvaient peu approvisionnés. Celic dernière mesure que comman:
dait la nécessité excita dans l'armée un violent mécontentement. «La
France, dirent hautement les soldats, nous avait elle envoyés à St.-
Domingue pour y rétablir l'esclavage? Sommes-nous les soldats du
parti colonial? N'avons-nous pas co mba tu, en Europe, pour la Hberté
de tous les hommes ? Pourquoi rémet-on en servitude fes noirs et
lesgens de couleur ? Ne sont-ils pas français comme nous? N'ont ils
pas eux aussi combattu pour la gloire de la patrie? Nous ne scrions
pas livrés aux horreurs de {a famine, si le premier consul n'avait
pas rétabli Pancien régime ; nous aurions avce nous contre les anglais
les populations des campagnes. Bonaparte nous a envoyés ici à Lextérmination ; il redoultait le patriotisme des soldats du Rhin. Si nous
avions à notre tête Moreau et Bernadotte, notre drapeau serait encore
certainement celui de la tiberté, » Le soldat jetait ses armes, menacdit les favoris de Rochambeau. Si les indigènes n'avaient pas pro-
. clame qu'ils combattaient pour leur indépeu: nee, les troupes curopéennes leur eussent peut être ouvert les portes du Cap. Ces paroles
faisaient honneur au soldat français. Le général Clausel fut le seul
‘officier qui püt rétablir l'ordre dans les casernes. Il exerçait une
grande influence sur l'armée. Cette circonstance raviva la Jalousie
que Rochambeau depuis longtemps nourrissait contre lui.
pas pro-
. clame qu'ils combattaient pour leur indépeu: nee, les troupes curopéennes leur eussent peut être ouvert les portes du Cap. Ces paroles
faisaient honneur au soldat français. Le général Clausel fut le seul
‘officier qui püt rétablir l'ordre dans les casernes. Il exerçait une
grande influence sur l'armée. Cette circonstance raviva la Jalousie
que Rochambeau depuis longtemps nourrissait contre lui. Œn même temps, il se passait à la Petite Anse, près du Cap, des
évènemens de la plus haute importance: des négociations s’établissaiént entre plusieurs chefs africains el les français. Comme nous
l'avons Vu, le parti de, Petit Noël avait été presque antauti. Les congos
étaient sans cesse poursuivis par Christophe et Clervaux qui les ‘at46 HISTOIRE D’irAtT1.— (1603) teignaient au sommet des plus hautes montagnes. Un de leurs chefs,
Cagnel que les français avaient gagné depuis longtemps proposa à
Petit Noël Pierre de pactiser avec les blancs. Celui-ci quoiqueennemi, implacable de : Dessalines refusa de combattre contre les noirs
indépendans. H abandonna Cagnet el se retira presque seul au
fond des bois. Mais Caonct parvint à séduire Jacques Tellier” Ce
dernicr déêlara à ses bandes qu'il était de Pintérêt des africains
de se soumettre plutôt aux français qu'à Dessalines qui avait juré
leur exterinination. Les congos accueillirent sa proposition | el envoyérent au Cap des.députés qui furent amenés devant Rochambeau.” Le capitaine général après avoir ÉAPRR Fobiet de leur mission,
les flatia beaucoup, leur donna des sabres, des fusils magnifiques,
et les renvoya en leur disant d'annoncer à leur chef que la Répupublique le reconnaissait colonel dans ses armées , et se portait garante
de la liberté de tous Îles guerriers sous ses ordres. Peu de jours
après Jacques Tellier &Ll proposer à Rochambeau d'ouvrir à la Petite
Anse un marché où les congos viendraient vendre leurs vivres et leurs
légumes. Les français accucillirent cette proposition avec empressement. Le drapeau tricolore flotta de nouveau dans les quartiers où
dofninatent Îles congos. Si Rochambeau avait eu Sur les ‘autres
RE de la colonie assez de lroupes pour tenir les indigènes en échec, cet évènement qui prolongeait de nouveau au [om dans
l'intés, ieur Îles avant postes français eût un peu retardé le triomphe
de l'indépendance. Car Dessalines suivi de l’armée de l'Ouest et de
PArtibonite n'eut pu comme un torrent se précipiter dans le Nord;
et Romain et Toussaint Brave eussent été chassés de cette province. Les français auraient établi un cordon de St Raphaël aux. Gonaives. Rochambeau avait conçu ce plan aussitôt après la soumission des Coungos à son autorité. ‘Fels sont les résultats désastreux
des divisions intcstincs en présence des forces étrangères \Beparti
vaiacu n'attendant des vain ŒueUursS AUCUNE conmisération aime mieux
souvent trahir Ja patrie, que de se soumettre à la diserélion d'un
ennemi linplacable. Quand le salut de la palrie est menacé, toutes
lés querelles intestines doivent cesser, et la minorité vaineuet doit
se fondre dans le gros de Ja pation , €t subir l'autorité de celui
à qui la masse à confié le souverain pouvoir pour la sauver. Les
“partis ne doivent vider leurs querelles qu'après la disparition des
baionnettes étrangères du sol de la patrie.
tre à la diserélion d'un
ennemi linplacable. Quand le salut de la palrie est menacé, toutes
lés querelles intestines doivent cesser, et la minorité vaineuet doit
se fondre dans le gros de Ja pation , €t subir l'autorité de celui
à qui la masse à confié le souverain pouvoir pour la sauver. Les
“partis ne doivent vider leurs querelles qu'après la disparition des
baionnettes étrangères du sol de la patrie. Rochambeau résolut d'attaquer le général Romain qui
établi sur les mornes Pelé et Lecurieux
dirons du Cap , quoiquil fût sans cesse inquiété parles
Congos. Le général Clausel fit ses dispositions pour le chasserrde
Sa position. Le 24 Juillet, à-la ponte du jour, le général
Noailles se mit en campagne, à la tête de sa brigade, en suivant la
route de la Petite-Anse; le général Claparède passa par les hauteurs rh
, ravageait les ‘en- - as, D, nn. nr. D HISTOIRE D'HAÎTI—{1803) 47 “du Cap. Le : a Clausel lai même sortit du Cap avec la colonne de réserve: D'après ses ordres Cagnet et Jacques Tellier s'étaient
emparés dela Tannerie pour couper la retraite à l'ennemi. Les trois
colonnes françaises attaquèrent les indigènes simullanément. Après!
un-Combat sanglant les généraux Claparède et Noatlles enlevérent les
retranchemens établis sur les mornes Pelé et Lecurieux. Romain
se {rouva cerné de toutes parts; il avail à sa droite Noailles, à sa
gauche Claparède, en queue les Congos, et en tte le général Clau.
sel qui le foudroyait avec une forte artillerte. Hsoutint | impétuosité
des français pendant deux heures sans être ébranié. Mais écrasés sous
la mitraille, les indigènes ne purent lulter plus longtemps contre des
forces trois fois supérieures aux leurs. Hs battirent en retraite. Romain enleva les embuscades que les Congos avaient établies à la Tannmetle, et se retira dans l'intérieur. Il avait laissé sept cents hommes sur le champ de bataille. Peu de prisonniers demeurérent au
pouvoir des français. L'indigène, quand il éprouvait un échee, trou
vall presque loujours, pour son nue ct la connaissance qu il avait
des localités, le moyen d'échapper à la cavalerie; et quand là fuite
Jui devenait impossible, il aimait mieux se donner la mort que de
serendre à un ennemi implacable. Le lendemain de la bataille, 25
Juillet, Clausel balaya toute la plaine du Nord ‘et le carrefour du
Morne-Rouge. Il rentra au Cap avec un grand nombre de blessés.
Cette bataïlle eut pour résultat d'éloigner les indigènes, pou quelques jours, des environs du Cap.
d'échapper à la cavalerie; et quand là fuite
Jui devenait impossible, il aimait mieux se donner la mort que de
serendre à un ennemi implacable. Le lendemain de la bataille, 25
Juillet, Clausel balaya toute la plaine du Nord ‘et le carrefour du
Morne-Rouge. Il rentra au Cap avec un grand nombre de blessés.
Cette bataïlle eut pour résultat d'éloigner les indigènes, pou quelques jours, des environs du Cap. Le 25 Juillet, dans l'après midi, un grand nombre d ofBblécs français se promenant sur la plage du Cap ete une frégate anglaise
rallier , au navire que montait le commodore, un brick qu'ils prirent
d'abord pour un américain, Une heure environ après, le brick se
détacha du vaisseau amiral , arbora le pavillon français, passa devant
lemfori Picolet qu'il salua et entra dans le port. Les français eurent
un moment de vrai bonheur; ils crureat 1e la paix avait été faite
entre la France et l'Angleterre. Is voyaient déjà les communications
ouvertes avec la métropole et la colonie sauvée. Mais leur illusion
fut de courte durée: le brick apportait le préfet colonial de Tabago qui
avait capitulé avec les angliis, et qui, d'après les termes de cette
capitulation avait obtenu la faculté de se rendre an Cap. M fut acencilh avec disunction par le capitaine général qui lui remit les rênes de la
préfecture de la colonie. Hl se mit aussitôt à travailler à l'émission
de nouvelles lettres de change que le commerce le avec assez de
confiance malgré les calamiiés qui frappatent chaque is les européens. Pendant cet intervalle Dessalines consolidait sa puissance dans l Ouest Dès qu'il fut certain du retour de Rochambeau au Gap, il se ré
solut à faire un voyage dans le Sud. La présence, au Port Republicain,
du capitaine- général dont il *redoutait l'audace, l'avait jusqu'alors re Tv 43 STORE D'Hairi 1803)
tenu dans la plaine du Cul-de Sac. Il ordonna à Pétion de s’efforcer d'arrêicr Lamour Dérance, pendant son absence, [aïssa les troupes de l'Artibonite et de l'Are haie ampées à Roche- Blanche dans la plaine du Cul de-Sae, et partit pour le camp Gérard avec son étatmajor seulement. Il se rendit à la Coupe d'où il pénétra dans le
département du Sud'en passant par les montagnes.” Hrarriva,
vors la fin de Juin, au camp Gérard , dans la plaine des Gayes,
où Geffrürd avait son quartier général. L'ärmée du Sud laccueillit avec respect. Elle étañ forte de 40,000 hommes , infanterie
ct cavalerie. H la trouva parfaitement disciplinée. Il s'aperçut cependent que les préventions des citoyens de ce département contre lui ne’
s'étaient pas entièrement dissipées , et que Geffrard était dans l'armée
10bjet de la plus profonde vénération. H pensa que ses intérêts, ainsi
Geffrürd avait son quartier général. L'ärmée du Sud laccueillit avec respect. Elle étañ forte de 40,000 hommes , infanterie
ct cavalerie. H la trouva parfaitement disciplinée. Il s'aperçut cependent que les préventions des citoyens de ce département contre lui ne’
s'étaient pas entièrement dissipées , et que Geffrard était dans l'armée
10bjet de la plus profonde vénération. H pensa que ses intérêts, ainsi que ceux de la patrie, ui commandaicnt de se justifier des accusations: dont il étail l'objet. Le lendemain il réunit toutes les troupes,
se plaça eu milien & ciles, et leur dit en eréole les paroles suivantes
qui sont demeurées gravées dans Flesprit des témoins de cette! scène
solennelle: Mes frères, aprés la prise de la Petite Rivière de PArtrBonite, sur Îles français, 1 fus proclamé général en chef de l'armée” indépendante par les s populations de lArtibontie. Les généraux du
Nord et de FOuest, mûs par l'amour de a liberté, à les haines politiques qui és animaient les uns contre les autres, vinrent
suecessiveivell reconnaitre mon autorilé. En acceptant Lo commandement en chef de mes frères, j'en at senti l'importance eb la haute
responsab il. _. suis soldat; ] ‘ai LOWIeUrs combattu pour la liberté;
etsi Jai été pendant la guerre civile aveugiément dévoué à Toussaint . Louverture, it que j'ai cru que sa cause était celle de la liberté. Cependant après la chute du général Rigawd , n'ai-je pas/maïntes fois”
usé de mon Hu pour sauver une foule de braves que le sort des
arnics avait trahis et qui eux aussi avaient vailiamment combattu pour las
hberté, lorsque tous nos efforts tendaient À écraser le parti coloniaf: Beaucoup de ceux qui m écoutent me doivent la vié; je n'abstiens
de les nommer. Mes frères, oublions le passé”, oublions ces temps”
affreux, alors qu'égarés par les blancs, nous étions arméSlesruns”
contre les autres Aujourd'hui nous combattons pour lludéprn.
dance de no&e pays, et notre drapeau rouge et bleu est le symbole
de l'union du noir et du jaune. * Dessalines fut interrompu par tou
te l'armée qui s'écria: guerre à mort aux blänes.' Hmeontinua”: Ics factions qui pouvaient compromettre la cause de la liberté sont” presque étcintes +: Lamour Dérance , abandonné des siens, doit so arrèté à présent ; Petit Noël Prière dans les hauteurs du Dondon ne!
commande plus qu'à quelques bandits. Je vais retourner dans ces'quarLiers, et je ferai rendre le’ dernier ‘soupir à la faction expirante des”
congos. Vive la liberté! L'armée répondit par des acclamations
unierselles. Dessalines reçut de tous lès ofliciers supérieurs lacco®
presque étcintes +: Lamour Dérance , abandonné des siens, doit so arrèté à présent ; Petit Noël Prière dans les hauteurs du Dondon ne!
commande plus qu'à quelques bandits. Je vais retourner dans ces'quarLiers, et je ferai rendre le’ dernier ‘soupir à la faction expirante des”
congos. Vive la liberté! L'armée répondit par des acclamations
unierselles. Dessalines reçut de tous lès ofliciers supérieurs lacco® - ne. ct 2 és HSITOIRE D'HAITI —(1808) 49
lade patriotique. Il fit brûler les brevets que Lamour Dérance avait
envoyés à quelques officiers du Sud, et les remplaça par de nouveaux qu'il délivra lui-même. I nomma Geffrard , général de division,
_ commandant en chef du département ; Gérin , général de brigade,
commandant de l'arrondissement de l'Anse-à Veau; Jean Louis François , général de brigade, commandant de l'arrondissement d'Aquin;
Moreau Cocoherne , général de brigade, commandant de celui des
Cayes; Férou, général de brigade, commandant de celui de Jérémie.
Moreau Cocoherne et Férou avaient à conquérir les Cayes et Jérémie
les chefs lieux des arrondissemens qu'on leur avait confiés. Dessalines
forma ensuite, de toute l'armée du Sud, six demi brigades d'infanterie et une légion de cavalerie. L'ancienne 13e. fut réorganisée.
Comme il existait déjà aux Gonaiïves une 14e. demi brigade, Dessalines donna aux cinq autres corps du Sud, qu'il venait de former,
les numéros, 415e., 16e., 17e., 18e. et 19e. La 13e. fut confiée
au colonel Bourdet, homme de couleur ; la 15e. au colonel Francisque, homme de couleur; la 46e. au colonel Leblanc, homme de
couleur ; la 17e. au colonel Vancol, homms de eouleur ; la 18e, au
colonel Bazile, noir; la 49e. au colonel Giles Benech, neir. La
légion de cavalerie fut eonfiée au colonel Guillaume Lafleur, noir. Geffrard présenta à Dessalines Boisrond Tonnère, son secrétaire,
le lui recommanda comme un homme instruit , du patriotisme,
le plus ardent. L'attitude et le langage de Boisrond Tonnère séduisirent Dessalines qui l'attacha à sa personne. Le général en chef partit
pour l'Ouest, accompagné de son nouveau secrétaire, après avoir
adressé au curé des Cayes une lettre par laquelle il le chargeait
d'annoncer aux citoyens de cette ville que, si la garnison française
n évacuait pas sur le champ, les indigènes , en y pénétrant, détruiraient la place de fond en comble. Le général Brunet eût déjà évacué, s'il n'avait eu la certitude de l'existence de la guerre entre la
France et | Angleterre. Le brick de S. M. B le Pélican, qui creiSuit devant le port des Cayes, eapturait tous les navires marchands
qui en sortaient. Brunet prit la détermination qu'il ne réalisera pas
de s'ensevelir sous les ruines de la place. Il nomma Lethon, adMinistrateur des douanes, capitaine-général de la garde nationale.
déjà évacué, s'il n'avait eu la certitude de l'existence de la guerre entre la
France et | Angleterre. Le brick de S. M. B le Pélican, qui creiSuit devant le port des Cayes, eapturait tous les navires marchands
qui en sortaient. Brunet prit la détermination qu'il ne réalisera pas
de s'ensevelir sous les ruines de la place. Il nomma Lethon, adMinistrateur des douanes, capitaine-général de la garde nationale. Pendant que Dessalines était au camp Gérard, dans le Sud,
Larmeur Dérance était descendu du Grand-Fond, dans la plaine du
Cul de Sac, pour gagner à son parti les troupes que le général en
chef y avait laissées. Il se transporta sur l'habitation Rocheblanche
oùuelles avaient leur quartier-générel. Guerrier, celonel de la 7e demibrigade, ainsi que Destrade , chef de bataillon dans la 3e, avait reçu
l'ordre de l'arrêter. Guerrier feignant, de reconnattre en lui le général
en chef de l’armée indigène, lui offrit aussitôt de passer les troupes
en revue. Lamour Dérance, en parcourant les rangs, flatta beau
coup les soldats qui observaient le plus grand calme. Quand il ar56 HISTOIRE D HAITI —(1803) o riva au centre de la 3e. demi-brigade, ïl fut arrêté par le ca pitaine Coquia qui le ‘fit aussitôt garroiter. Son état major, sans
avoir fait aucun effort pour le dégager, prit la fuite et se dispersa
dans les bois. Il fut conduit à Marchand, dans la plaine de l'Arti.
bonite, et y fut jeté au Ur Peu de temps après, il succomba
de chagrin et de privations. Son arrestation éteignit, dans l'Ouest,
une faction dangereuse. On dut ce succès, qui n'exigea aucun sacrifice de sang, à la modération que Dessalines déploya, lorsqu'il
envahit la plaine du Cul-de-Sae, en se soumeltant aux sages avis
du général Pétion. La prudence de celui-ci, jointe à l'audace de
Dessalines, a beaucoup contribué au triomphe de la guerre de l'indépendance. La 3e. demi-brigade se porta de Rocheblanche devant Léogane
et renforça les troupes qui cernaient celte ville. Le général Cangé
résolut de l'enlever par n'importe quel sacrifice. Les français, sans
cesse assaillis , reconnurent l'impossibilité de se maintenir plus longtemps dans la place. Le commandant Laucoste avait succombé dans
l'une des attaques que les indigènes avaient précédemment dirigées
contre la ville. Le chef de bataillon Dolosié qui l'avait remplacé
forma de toute la garnison un bataillon çarré au centre duquel :àl
placa les bagages , les femmes et les enfans. I! sortit de Léogane
avec quatre pièces de campagne. Le général Cangé l'attaqua” vigoureusement; mais il ne put le rompre. Les français atteignirent
le rivage en bon ordre, s embarquèrent sur la frégate la Poursuisuivante. Les indigènes prifent possession de Léogane dont les
français ne tentèrent plus de s'emparer.
çarré au centre duquel :àl
placa les bagages , les femmes et les enfans. I! sortit de Léogane
avec quatre pièces de campagne. Le général Cangé l'attaqua” vigoureusement; mais il ne put le rompre. Les français atteignirent
le rivage en bon ordre, s embarquèrent sur la frégate la Poursuisuivante. Les indigènes prifent possession de Léogane dont les
français ne tentèrent plus de s'emparer. Peu de jours après, Dessalines, sortant du Sud, arriva à Léogane. Il dirigea aussitôt des poursuites contre ceux des habitans de
ce quarlier qui avaient élé dévoués à Lamour Déranee. Il fit arréter Mathieu Fourmi, partisan chaleureux du chef africain , et le fit
acheminer sur Marchand. De toutes parts, les indigènes ne reconnaissaient qu'une seule
autorité, cellé de Dessalines. Le général en chef se mit en rapport avec les bâtimens de guerre de S. M. B. qui louvoyaient devant le Port au Prince. Il envoya
à bord du commodore, chef de l’escadre, un homme de couleur
de Léogane, nommé Gourjon, qui partait un peu l'anglais. Celuici acheta du commodore des armes et des munitions; les anglais
furent payés en or et en denrées. Il revint à Léogane sous le feu
de plusieurs chaloupes canonnières françaises. Dessalines lui effrit
le grade d’adjudant général qu’il refusa, aimant mieux servir son
pays confondu dans la foule des citoyens. Ce fut alors que le Capilaine du vaisseau anglais, le Thésée, fit connaitre officiellement à
Dessalines l'existence de la guerre entro la France et l'An ARR Le général en chef forma des gens de Léogane une demi-brigade Len HISTOTRE D’HAITI. — (1808) 51 d'infanterie , de 4900 hommes , auquel il donna le numéro 21e. Il
venait d'envoyer l’ordre d'organiser à l’Artibonite une 20e. demi-brigade,
Il se transporta ensuite avec Cangé , devant Jacmel qu’assiégait Magloire Ambroise. Il forma deux régimens des gens de ce quartier,
les 22e. et 23e. el confia à Cangé la direction du siège de la place.
Il se rendit ensuite au Petit Goûve, en forma un arrondissement
dont il confia le commandement à Giles Bambara. I confirma Lamarre dans le grade de colonel que lui avait donné Lamour Dérance
et le maintint à la tête des gens du Petit Goâve dont il forma la 24e.
demi-brigade. a 0 En même temps, sur la demande du général Brunet, Geffrard
consentait à ouvrir un marché aux portes des Cayes, au carrefour
Drouet et au Pont-Gelée. Il y eut une trève de quinze jours pendant laquelle les français apportèrent à ce marché une grande quantilé d'objets qu'ils échangèrent contre des vivres et de la viande.
Comme les droits d'importation et d'exportation étaient devenus nuls
par le fait de la guerre que supportaient les français et contre les
anglais et contre les indigènes , le général Brunet ne pouvait payer
les troupes de la garnison des Cayes. Celles ci murmuraient, ét
commençalent à se livrer à des actes d'une sérieuse indiscipline.
Pour subvenir aux pressans besoins de la garnison, Brunet emprunla au commeree une somme de 200,000 francs que vingl quatre.
négocians blancs furent obligés de fournir. Il établit ensuite une
contribution de vingt cinq mille piastres ou 131,250 francs sur tous
les marchands et propriétaires de la ville au prorata de leurs moyens.
elles ci murmuraient, ét
commençalent à se livrer à des actes d'une sérieuse indiscipline.
Pour subvenir aux pressans besoins de la garnison, Brunet emprunla au commeree une somme de 200,000 francs que vingl quatre.
négocians blancs furent obligés de fournir. Il établit ensuite une
contribution de vingt cinq mille piastres ou 131,250 francs sur tous
les marchands et propriétaires de la ville au prorata de leurs moyens. Après l'expiration de la trève , les hostilités recommencérent
entre Geffrard et Îles français. ù
_ Le général Geffrard, aussitôt après l’ouveriure du marché dont
"nous venons de parler, avait ordonné au général Férou d'aller
semparer de Jérémie, à° la tête de sa division Les troupes sous
les ordres de Férou étaient sorties du camp Gérard daus les premiers jours de Juillet. Elles traversèrent rapidement le Figuter de
la colonie, les Côieaux , et firent halte à Tibuion. Le jour qui suivit
clles s'arrêtérent aux rois sur l'habitation Gauthier, 5 Juillet. Le
coïonel Bazile de la division Férou qui avait suivi une autre route
-déboucha à l’Anse d'Hainault. Le géneral Ferou vint Py joindre.
Les troupes de Bazile formant l'avant garde marcherent sur le camp
“Bourdon qu'occupaient trois cents français. Bazile , à la tête
de mille huit-cents hommes, les assaillil au moment qu'ils évacuaient le camp. HI les dispersa et en tua un grand nombre.
cerna ensuite un déiachement qui ocenpait lhabiation Bavard: Les blancs mirent bas les armes, et furent jassés au
fil de l'épée. 149 Juillet. Le colonel Bazile, continuant rapidement
sa marche pendant la auit du 19 au 20 Juliet, alieignit is poste Ma5? HISTOIRE D'HAITI.— (1803)
ents hommes, les assaillil au moment qu'ils évacuaient le camp. HI les dispersa et en tua un grand nombre.
cerna ensuite un déiachement qui ocenpait lhabiation Bavard: Les blancs mirent bas les armes, et furent jassés au
fil de l'épée. 149 Juillet. Le colonel Bazile, continuant rapidement
sa marche pendant la auit du 19 au 20 Juliet, alieignit is poste Ma5? HISTOIRE D'HAITI.— (1803) franc , armé d'une pièce de 4, qu occupaient 500 français. Dés que
les indigènes entrèrent dans la rivière qui coulait nor loin du fort,
‘ils reçurent un coup de canon à mitraille. Ils la traversérent sous
le feu de l'ennemi, et gagnèrent la rive opposée. Les français évacuant la position furent vigoureusement allaqués. Ils se défendirent
avec un rare courage jusqu'au lever du soleil. Alors ils abandon:
nèrent la pièce de 4, se dispersèrent par pelits pelotons , el allèrent se réunir sur l'hebitation Gérin d'où ils prirent la route de
Jérémie sans être inquiétés. 20 Juillet. En même temps, Voltaire
et Thomas Durocher faisaient prisonniers 60 blancs de Jérémie,
commandés par un nommé Ferrare, qu'ils avaient cernés sur l'habitation Durand, au Fond Bleu, dans les hauteurs du Corail. Les
blancs furent sacrifiés jusqu’ au dernie r, malgré les efforts que fit Thomas
Durocher pour les sauver. Bazile réunit Lous les cultivateurs du
quartier de la Grande-Rivière, dont le chiffre s'élevait à trois mille
hommes. 11 s'approcha de Jérémie où commandait Fressinet. Celui ci
lui demanda, par une lettre, une suspension d'armes de dix jours , lui
promettant qu'après l'expiration de la trève, il évacuerait la place.
Bazile envoya sa lettre au général Férou qui avait son quartier:
général à quelques lieues de Jérémie. Férou eonsentit à la trève,
et ordonna à Bazile de se tenir à Fouache pendant les dix Jours
qu'elle durerait. Comme les français n'avaient pas encore évacué, à
la date du 4" Août, Férou envoya l’ordre à Bazile d'assiéger la
ville. Le lendemain ÿ vint à l'armée pour diriger les opérations du
siège. Les français; qui attendaient un brick du Port Républicain
obtinrent que la trève fût prolongée jusqu'au 4. Dans la matinée
du 4, Fressinet ne voyant pas de navire arriver du Port au-Prince,
embarqua la garnison blanche sur les bâtimens qui étaient en rade,
et appareilla, laissant la ville garnie de son materiel de guerre. Dans
après-midi, le général Férou entra à Jérémie. Le même jour, le
général Geffrard y arriva par le Ra Ne du Bac. Il avait laissé au
général Gérin le commandement des troupes qui cernaient les Cayes.
Il se conduisit à Jérémie avec la plus grande modération, et approuva Férou d'avoir consenti à la capitulation des troupes françaises.
Le général Fressinet fut capiuré par les bâtimens de guerre anglais,
et conduit prisonnier à la Jamaïque. Geffrard envoya le commandant
Lafrédinière prendre possession de Pestel que Léveillé, chef des
volontaires de la montagne du Petit Trou, voulait saccager de fond
en comble. Quelques semaines après, le chef d’escadron Bonnet
arriva de l’île de Cube à Jérémie. Geffrard l'accueillt avec distinetion et l'envoya dans l'Ouest auprès de Dessalines. Celui-ci le
nomma adjudant-général dans son état major. Bonnet, aprés la chute
inière prendre possession de Pestel que Léveillé, chef des
volontaires de la montagne du Petit Trou, voulait saccager de fond
en comble. Quelques semaines après, le chef d’escadron Bonnet
arriva de l’île de Cube à Jérémie. Geffrard l'accueillt avec distinetion et l'envoya dans l'Ouest auprès de Dessalines. Celui-ci le
nomma adjudant-général dans son état major. Bonnet, aprés la chute de Rigaud, s'était refugié à St. Yague de Cube. A l'arrivée de l'ex- * édition de Leclerc, 11 était revenu dans la colonie, comme nous
l'avons vu, avec une foule d'autres officiers du Sud. Après, CS 0. HISTOIRE D’HAITI.—(1803) 53 lembarquemert “de Toussaint en 1802, lorsque les persécutions
commencèrent contre les noirs et les hommes de couleur, Bonnet vécut
au Gap dans l'obseurité pour ne pas être arrêté et noyé. Il était en
cette ville quand 1l apprit que fes troupes sous les ordres de Pétion - se disposaient à se soulever contre les français. Ne pouvant se réunir à elles, et recherché par la police française, il trouva Île
moyen de saboucher avec un capitaine américain qui le reçut à
son bord et le conduisit à St-Yague de Cube. Pendant que les indigènes entraient à Jérémie, le général Romäin envahissait le quartier de l'Acul qu'il brülait et saccageait. Il
enleva tous les postes français et s'avança vers le Cap. H avait
beaucoup de munitions que lui avait envoyées le général Capoix. Le
5 Août, le général Clausel sortit du Cap et marcha contre les indigènes. Il les rencontra à huit heures du matin. On se battit toute
la journée, et au coucher du soleil, les deux armées demeurèrent surle-champ de bataille. Pendant toute la nuit qui suivit, les indigènes
dansèrent dans leur camq. Les français qui les découvraient distinctement à la clarté de leurs feux, entendirent les cris de vivent les anglais !
guerre à mort aux frauçais ! His comprirent que les anglais avaient vendu.de la poudre aux indigènes qui, contre leur ordinaire, en avaient usé
considérablement pendant le combat. Clausel avait remarqué que
son artillerie n'était pas assez forte pour écraser l'ennemi. Dans la
même nuit , il avait envoyé chercher au Cap plusieurs autres pièces.
… Le lendemain, 6 Août, à cinq heures du matin , le général
Romain déploya son armée, et attaqua vigoureusement les français.
La wictoire demeura iudécise jusqu'à midi. Mais alors un renfort
de troupes européennes, précédé de quatre pièces de campagne, se
présenta sur le champ de bataille. Les français chargèrent les indigènes avec une nouvelle fureur, etles mirent en fuite. Romain,
monté sur un cheval fougueux qu'il appelait Galbaud , était poursuivi
par ladjudant commandant Maillard. Il allait être pris, quand il se
retourna et déchargea son espingole dans lestomae de Maillard.
Pendant que les cavaliers français s'arrêtaient autour du cadavre de
leur chef, Romain franchit une baie et disparut à travers les bois.
Les indigènes perdirent dans cette sanglante affaire une pièce en
brenze, 150 fusils, 4 tambours, deux drapeaux, et 600 hommes.
Galbaud , était poursuivi
par ladjudant commandant Maillard. Il allait être pris, quand il se
retourna et déchargea son espingole dans lestomae de Maillard.
Pendant que les cavaliers français s'arrêtaient autour du cadavre de
leur chef, Romain franchit une baie et disparut à travers les bois.
Les indigènes perdirent dans cette sanglante affaire une pièce en
brenze, 150 fusils, 4 tambours, deux drapeaux, et 600 hommes. Pendant le combat, le commandant de la division navale du Gap
avait opéré une descente sur le rivage de l’Anse de PAcul. IH avait
incendié une goëlette que les indigènes avaient échouée à son approche. Eloigner les indigènes des ‘environs du Cap fut le seul avanage que retirèrent les français de ce succès. Comme de nouvelles troupes narrivaient pas d'Europe, ces victoires les ruinaient prodigieusement. G | Rochambeau , maître des environs du Cap, put s'occuper sérieu- ” sement du marché qu'il avait établi à la Petite Anse , d'après l'ar= _. 54 HISTOIRE D'HAITI.— (1803) rangement qu'il avait conelu avec les Congos', dans le mois
de Juillet. Après avoir supprimé tous les marchés qui existaient
au haut du Cap, il en ouvrit un unique et général , le 13 Août,
au bourg de la Petite Anse, à une lieue de la ville. Des hangars
et des échoppes, dressés par le gouvernement, furent leués aux
citoyens par des bæux de trois mois. Le marché était ouvert le
lundi et le samedi de chaque semaine. Pour sy rendre, 11 fallait
être muni d'un permis du Conseil des Notables qui le délivrait
moyennant un gourdin. Les vivres, les légumes et autres provisions ‘de bouche, apportés par les Congos, étaient achetés et payés
en numéraire, ou en marchandises sèches , telles que toile, draps,
etc. Le café, le coton et les autres denrées coloniales ne trouvant
que peu d’acquéreurs, parce qu'ils ne pouvaient être exportés à
cause du blocus de l'île par les Anglais, étaient devenus presque
de nulle valeur. Ceux qui ies achetaient les payaient à vil prix,
Après avoir été pesées à la balance du marché, ces denrées étaient
déposées dans un entrepôt appartenant à Etat. Rochambeau faisait délivrer aux déposants des récépissés par un préposé. A la fin
de la guerre avec l'Angleterre, ces denrées devaient être livrées à
qui de droit, sur lexhibition de récépissés. Les cultivateurs qui fréquentaient le marché n'y étaient admis que munis de permis délivrés par Jacques Tellieret par Cagnet. Le gouvernement finit par acheter seul le sucre, le café, le coton et l'indigo. Les habitans du Cap
ne pouvaient apporter au marché que des toiles, des chapeaux,
des casaques, des houes, des haches, des objets de menue quinæaillerie , des harengs, des maquereaux, du saumon, etc. Le préfet colonial était chargé de la haute inspection de ce marché; le
eltoyen P. Chauveau , négociant au Cap, en était le commissaire
général , et la gendarmerie maritime en faisait la police. Il était
Les habitans du Cap
ne pouvaient apporter au marché que des toiles, des chapeaux,
des casaques, des houes, des haches, des objets de menue quinæaillerie , des harengs, des maquereaux, du saumon, etc. Le préfet colonial était chargé de la haute inspection de ce marché; le
eltoyen P. Chauveau , négociant au Cap, en était le commissaire
général , et la gendarmerie maritime en faisait la police. Il était expressément défendu aux soldats d'y apporter des marchandises ; ils n'achetaient que des vivres qu'ils payaient en numéraire. Lés
congos trouvant de grands profits dans la fréquentation de ce marché
y affluaient. Le magasin général de la Petite Anse reçut du 2 au
22 Fructidor ( du 20 Août au 9 Septembre ) 340,971 livres du café
venant de la Grande Rivière, de la montagne noire, de Sie. Suzanne,
de Vallière, du Bois de Lance, du Grand Boucar , du Boïs Blanc,
de la Grande Rivière des Cotelettes, du Fond Bleu, et de la Petite
Anse. Les eultivateurs de ces quartiers avaient la plupart déposéles
armes pour reprendre la houe ; et*si Lamour Dérance n'avait pas été
pris dans le piège que lui avait tendu Dessalines, la guerre civile eut
éclaté dans l'Ouest, et les français eussent probablement reconquis
les Gonaïves. Cependant les succès de Capaix, l'audace de Romain,
nos conquêtes dans l'Ouest et dans le Sud avaient jeté le plus profond découragement dans les rangs des européens et parmi ceux M
des indigènes qui servaient encore le parti de la métropole. Beaurabat ie û HISTOIRE D'HAITI.—(1805) 53 coup de colons , saisis de terreur , demandaient des passe-ports
pour” l'étranger , ou partaient clandestinement sur des navires
américains. L'amiral Eatouche-Tréville qui, depuis long-temps,
sollicitait en vain de son gouvernement l'autorisation de retourner
en France, demanda sans succès au commandant des forces navales de S. M. B. de lui livrer passage pour qu'il pût se retirer aux
Etats Unis: Devenu riche, et dégouté de la guerre, 11 vint du Môle
St.-Nicolas au Cap dans une chaloupe canonnière. Il déclara à
Rochambeau qu'atteint d'une maladie de langueur, 1l périrait indubitablement sil demeurait plus longtemps dans la colonie. Le capiiaine- général lui permit de s’embarquer pour France , et le chargea
d'exhorter le Premier Consul à lui envoyer au plus tôt de nombreux
renforts. Latouche Trévile arriva en France où il mourut en 1804
des suites de sa maladie. Le capitaine de vaisseau Barré le remplaça
dans le commandement des forces navales de St-Domingue. Le généôral Rochambeau fut indigné du départ furtif d'un grand nombre
de citoyens blancs. Les rangs de la garde nationale s'étaient considérablement éclaireis, et cependant plus que jamais on avait besoin
de soldats. Le général de brigade Gilbert Néraud , commandant de
la place du Cap, annonça aux habitans, par une publication,
que leurs biens seraient confisqués s'ils quittaient la colonie
sans passe-ports, Le même officier, quatre Jours avant cette publication , en passant en revue la garde nationale avait déclaré aux
poltrons qu'ils pouvaient se retirer où ils voudraient ; et Rochambeau, de son côté, avait annoncé aux braves qu'il tiendrait dans la
colonie plus longtemps qu'il ne l'avait fait à la Martinique.
la place du Cap, annonça aux habitans, par une publication,
que leurs biens seraient confisqués s'ils quittaient la colonie
sans passe-ports, Le même officier, quatre Jours avant cette publication , en passant en revue la garde nationale avait déclaré aux
poltrons qu'ils pouvaient se retirer où ils voudraient ; et Rochambeau, de son côté, avait annoncé aux braves qu'il tiendrait dans la
colonie plus longtemps qu'il ne l'avait fait à la Martinique. Comme le vin et la farine devenaient de jour en jour plus rares
dans la wille, il contraignit avec une sévérité intléxible toutes les
bouches inutiles à s'embarquer pour la Nouvelle Angleterre. Il fortifia davantage les blockaus établis le long du grand chemin du haut
du Cap. - Les principaux retranchemens étaient construits sur les habitations Champin, Vertières et Bréda , comme nous l'avons déjà vu.
Lesdépenses qu avaient nécessitées la construction et l'armement de ces
blockaus excédèrent les fonds provenant des impositions de lan
44. Le conseil des notables émit des bons de caisse jusqu'à
la concurrence de 1x somme de 120,000 francs, montant du. débet
arriéré de l'an 11. Ces bons de caisse devaient être remboursés en
espèces métalliques par la caisse communalele 4% Avril de l'an 12,
Mais alors les français auront disparu du sol d'Haïti. Pendanht cet intervalle la ville du Fort Liberté était étroitement
bloquée et par les anglais et par les indigènes. La garnison française
soufirait de la plus affreuse famine. Le général Dumont qui com:
mandait la place proposa au général indigène une entrevue sur
l'habitation Sicard qui futfacceptée. Le général français se transporta
au lieu de l’entrevue , y rencontra le chef des indépendans et lui 06 HISTOIRE D'HAITI.=— (1803)
Pendanht cet intervalle la ville du Fort Liberté était étroitement
bloquée et par les anglais et par les indigènes. La garnison française
soufirait de la plus affreuse famine. Le général Dumont qui com:
mandait la place proposa au général indigène une entrevue sur
l'habitation Sicard qui futfacceptée. Le général français se transporta
au lieu de l’entrevue , y rencontra le chef des indépendans et lui 06 HISTOIRE D'HAITI.=— (1803) proposa d'ouvrir un marché aux portes de la ville aux mêmes con:
ditions que celui de la Petite-Anse. Les indigènes, au lieuide lui
répondre, l’arrêtérent, le garrottèrent et le conduisirent dans l’intérieur, sur l'habitation Blancourt, dans le quartier de Trou. Le général
. * , Q . . LE
indigène s'approcha ensuite des remparts, et dit aux français quil leur renverrait leur chef, s'ils évacuaient la place. La garnison était
si faible qu'elle n’eût pu soutenir un assaut. Gependant les
français répondirent qu'ils n’accepteraient cette proposition qu'après
le retour de Dumont. En même temps le commandant de la croisière anglaise , John Bligh, se déterminait à capturer la frégate française la Sagesse commandée par le lieutenant Baruetche, mouillée
dans le port du Fort-Liberté. .Il avait sous ses ordres troisbâtimens,
le Thésèus, l'Hercule et le Cumberland. Il avait remarqué qu'il était
presque impossible d'empêcher les petits bâtimens de se rendre du
Fort-Liberté au Cap avec des provisions, à cause des nombreuses anses
qui bordent la côte Nord de l'ile. Il sentit la nécessité de contraindre les français à évacuer cette place. C'était le 8 Septembre. Comme la brise ne permeltait pas, ce jour, aux bâtimens français de
lever l'ancre , John Bligh ordonna à l'Hercule et au Cumberland de
garder leur position, et pénétra lui même, sur le Théséus, dans la
baie de Mancenille, 1! s’aperçut que la mer était assez profonde pour
qu'il pût se placer à portée de fusil du fort Labouque, élevé à
l'entrée du port. Il commença son feu , et en moins d'une demi-heure
de canonnade le fort amena son pavillon. John Bligh porta ensuite
son altention sur l'autre fort qui protégeait le port, et sur la frégate qui yétait mouillée. Le Théséus remorqué par des chaloupes
entra dans la rade. Il lança sa bordée sur la frégate la Sagesse qui
amena aussitôt son pavillon. La frégate était de 35 canons , et avait
65 hommes d'équipage. Les français qui redoutaient les vengeances des
Judigènes , demandèrent à John Bligh sa protection contre des ennemis
implacables et se mirent à la discrétion des anglais. John Blhigh
fit enclouer les canons et détruire les munitions de la place. La
garnison et les habitans furent embarqués sur l’escadre deS. M. B.
L'officier anglais eut la générosité de conduire au Cap tous ses prisonniers et de les remetire à Rochambeau. Il avait appris par les
officiers français la captivité du général Dumont, et il léur avait
promis de s’efforcer d'obtenir sa mise en liberté du général indigène
qui commandait l'armée du Fort Liberté: Les indépendans avaient
pris possession de cette ville aussitôt après le départ des anglais. Le
Jendemain , 9 Septembre, John Bligh était de retour au Fort Liberté. Il envoya auprès du général indigène un oflicier chargé de
demander la relaxation du général Dumont. L’humanité l'avait
‘1h faire cette démarche, car il était conÿâincu que Dumont
finirait par être sacrifié par les indigènes. Daut Brave reçut avec
distinction l'officier anglais, et exhorta ses compagnons à «ne pas
après le départ des anglais. Le
Jendemain , 9 Septembre, John Bligh était de retour au Fort Liberté. Il envoya auprès du général indigène un oflicier chargé de
demander la relaxation du général Dumont. L’humanité l'avait
‘1h faire cette démarche, car il était conÿâincu que Dumont
finirait par être sacrifié par les indigènes. Daut Brave reçut avec
distinction l'officier anglais, et exhorta ses compagnons à «ne pas HISTOIRE D'HATE.=— (1503). d7
L ;
livrer le général français au dernière supplice ; leur rappola qu'ils
avaient promis de le renvoyer sain ct sauf si la place ne résistail
pas plus longtemps. Il fut applaudi par la plupart fdes indigènes,
et le chef de bataillon Charles Pierre entra dans une chaloupe, et
conduisit #le général Dumont à bord du Théséus, Cclai er fut envoyé
à la Jamaïque comme prisonnier de guerre. Ge trait est d'autant plus
remarquable que Îes indigènes , à cette époque, immolaient presque
tous ceux des français qui tombaient en leur pouvoir. Dumont ne dut la
vie qu'à l'influence qu'exerçait sut les siens le général Daut Brave, qui
eut le bonheur de traverser celle cruelle époque sans s'être souiilé
“d'un seul crime. Rochambeau déclara que l'arrondissement de
Monte-Christ, dans l'ancienne partie espagnole, à je dépendait de Parronidissement du Fort Liberté , relèverait de cclui de St. Yague.
Les habitans du Cap voyaient ee jour s'accroitre la fureur de
Rochambeau. Æl était devenu plus sombre, plus soupçonneux. Les
anglais venaient d'enlever une somme imp ortante qu'il avait expédiée
pour Porto Rico. Il contraignit les négocians à payer un emprunt
considérable qu'il avait fait. Tant de tyrannie exaspéra une foule
de citoyens blancs; et il se forma contre lui, au Cap, un parti considérable, à la tête duquel se mit le préfet colonial Magaytot, Celui-ci confia
son projet de le déporter aux généraux Clausel et Thouvenot,
Le commissaire ordonnateur Colbert, alors dans l'ouest, chargé de dé.
truire les abus qui existaient dans F administration, fut aussi gagné contre
le capitamne-général. Plusieurs riches négoctans Brassier, Hardivilliers,
Allard et Wantron étaient entrés dans le complot. Magnytot
déclara publiquement qu'il voulait qu'il y eut une barrière d'airain
entre son administration et celle de son prédécesseur. Celui ci s'était
toujours montré dévoué au système de Rochambeau. Les négocians
eubardis par l'appui des premières autorités suscitèrent toutes sortes
d'entraves au capitaine général qui était devenu un objet d'horreur
pour chacun d'eux. Pour accroître la famine et exciter les troupes
contre ui, ïls retirèrent du marché la farine et d’autres co
mestibles, avec l'intention-de les remettre en vente après sa déportation. Les pärtisans de Rochambeau ont accusé le négociant Fédon
d'avoir tenu celte conduite. Cependant rien ne prouve ce fait; au
contraire Fédon avait offert 200 barils de farine pour les besoins
_ des troupes. Clausel et Thouvenot avaient l'espoir, après s être emparés de l'autorité, de ramener les indépendans sous les bannières
de la métropole. Rochambeau ne tarda pas à découvrir les trames
quon ourdissait contre lui. Il dénonça ses ennemis à l’armée,
les lui représenta comme des ‘anglo-man qui l'affamaient pour la
réduire à évacuer la place. La garnison, incitée surtout contre
le commerce , demanda, à grands cris, la mort des traîtres. Le
. capilaine. général reprit , dans ‘cette circonstance , son Influence sur
les troupes. Le préfet colonial, effrayé de la fureur des soldats ,
les trames
quon ourdissait contre lui. Il dénonça ses ennemis à l’armée,
les lui représenta comme des ‘anglo-man qui l'affamaient pour la
réduire à évacuer la place. La garnison, incitée surtout contre
le commerce , demanda, à grands cris, la mort des traîtres. Le
. capilaine. général reprit , dans ‘cette circonstance , son Influence sur
les troupes. Le préfet colonial, effrayé de la fureur des soldats , . | È LA 53 HISTOIRE D'HAITI.—(1803) n'osa agir contre Rochambeau. Clausel victime du manque d’énergie de Magnytot, fut embarqué sur le Dermide, ainsi que le
ie général Thouvenot. Ce dernier se montra faible et s'efforça de calmer Pindignation de Rochambeau. De la rade du Cap, il écrivit
à Magnytot qu'il avait déclaré au capitaine général la vérité de leur
entretien ; et il fil publier dans la gazetie officielle « que si sur-
« le-champ il n'avait pas fait connaître au général en chef les pro-
« positions qui lui avaient été faites de coopérer à sa déportation,
« cest quil avait pensé que l'intérêt de la colonie exigeant alors
« une parfaite union entre les premières autorités, il devait garder
«a le silence et ne le rompre que dans le cas seulement où on
« persisterait à mettre ce projet à exécution. » Le 16 septembre,
le Dermide appareilla pour France, Rochambeau usa de quetque
ménagement envers le préfet colonial, la première autorité aivile
de St-Domingue. Si Magnytot n'avait pas fléchi, la veille du Jour
fixé pour l'arrestation de Rochambeau, Clausel et Thouvenot eussent
indubitablement déporté le capitaine-général. Mais celuiei, averti
du complot, terrifin le préfet colonial par ses baïonnettes, et
déjoua toute la trame. Après le départ des généraux Clausel et Thouvenot, la division
du Nord fut confiée au général de division Lapoype qui était provisoirement au Môle; et le général Noailles alla reprendre le commandement de cette dernière ville. Les choses demeurérent dans
le même élat qu'auparavant, et Clausel eut-il déporté Rochambeau
qu'il n'eut pas trouvé les indigènes plus disposés à traiter: La cause
française était déjà perdue. Ge fut à cette époque que le jeune JeanPierre Boyer, homme de couleur, qui avait été arrêté au Port-Répus
blicain, et qui était prisonnier à bord du vaisseau ls Duguay Trouin,
au Cap , put se sauver et atteindre Monte ( hrist, favorisé dans sa
fuite par le colonel Moulut, sous chef du génie de l'armée française.
C'est ce mème Boyer qui gouverna la République d'Haïti de 1818
à 1845.
était déjà perdue. Ge fut à cette époque que le jeune JeanPierre Boyer, homme de couleur, qui avait été arrêté au Port-Répus
blicain, et qui était prisonnier à bord du vaisseau ls Duguay Trouin,
au Cap , put se sauver et atteindre Monte ( hrist, favorisé dans sa
fuite par le colonel Moulut, sous chef du génie de l'armée française.
C'est ce mème Boyer qui gouverna la République d'Haïti de 1818
à 1845. Pendant cet intervalle, Dessalincs apprenait que le général Geffrard
avait, pendant quinze jours, ouvert aux français un marché aux portes
des Cayes, qu'il avait ensuite accordé au général Eressinet un délai
de dix jours pour évacuer Jérémie, et qu'il avait permis à la garnison de
cette dernière ville de se retirer avec les honneurs de ia guerre. Cette
modération lui déplut considérablement. Du reste l'influence qu’exerçait Geffrard dans le Sud l'offusquait. Boisrond Tonnère , son
secrétaire, qu'il avait nommé adjudant général, flattait ses passions,
et l'incitait déjà contre Geflrard. C’est cependant celui ci qui avait
exhorté Dessalines à le prendre auprès de lui. Le général en
chef conçut l’idée de miner l'influence de Geffrard, en lui opposant
‘Gérin qu'il se proposait de faire grandir. Geffrard, en partant pour
Jérémie, avait confié, à Gérin, le commandement de l’armée qu tnt ne file 207 Di sé HISTOIRE D'Ha1TI.— (1803) 59 assiégeait les Cayes. .Gérin avait constamment refusé Ge (raiter avee
les français l'évacuation de cette ville qu'il voulait prendre d'assaut.
Dessalines lu: adressa la lettre suivante rédigée par Boisrond Tonnère: Quartier Général, à Viet, le 24 Thermidor an XI (11 Septembre 1803.)
LE GÉNÉRAL EN CHEF , Au général de brigade GériN, commandant, pro tempore, la
division du Sud. J'ai reçu, mon cher général, votre lettre du 12 avec d'autant plus
de satisfaction qu'elle entre parfaitement dans tous les détails que je
pouvais désirer. Ci joint un paquet pour le général Geffrard dont les
dernières mesures m'ont singulièrement étonné, puisqu elles contrarent les instruetions que je lui ai laissées à mon départ; vous
voudrez bien les lui faire parvenir à Jérémie après en avoir pris
lecture. Lisez mes dernières instructions, et que la sûreté de votre
: division repose sur elles. Eh quoi! général, nous n’aurions combattu; nous ne serions vainqueurs que pour denner tête baissée dans
le piège qui nous est tendu par Brunet? Quoi! A la veille de faire
disparaître nos bourreaux de notre malheureux pays, nous nous
estumerjons heureux de prendre des arrangemens, et de laisser à
nos ennemis leurs armes? Quelle honte! Non! général, aucune des
| armées que je commande ne se déshonorera par une telle lâcheté.
Nous fütes, général, la victime dévouée à tous les poignards; vous
fûtes le premier qui me fit sentir la nécessité de porter dans votre
département le fer et la liberté. Et je me réjouis de ce que la prudence du général Geffrard vous ait confié sa division. Vous saurez
préserver votre armée du piège qui lui est tendu, et vous n’entendrez
à aucune proposition qu'au préalable on n'ait mis bas les armes. Je
vous souhaite des succès, de la fermeté, et la haine éternelle pour
les français *
Je vous salue cordialement,
la nécessité de porter dans votre
département le fer et la liberté. Et je me réjouis de ce que la prudence du général Geffrard vous ait confié sa division. Vous saurez
préserver votre armée du piège qui lui est tendu, et vous n’entendrez
à aucune proposition qu'au préalable on n'ait mis bas les armes. Je
vous souhaite des succès, de la fermeté, et la haine éternelle pour
les français *
Je vous salue cordialement, Signé: DESSALINES. * Dessalines et Boisrond Tonnère cherchaient dé à à enlever à Geffrard
toute sa gloire. C’est Geffrard qui conseilla à Dessaliies de porter la
guerre. dans le Sud, en l'y envoyant avec la 13e., comme nous l'avons
vu dans le deuxième volume. Dessalines lui-même n’a-t-il pas plus tard
permis aux français d'évacuer le Port-Républicain et le Cap avec les honneurs de la guerre ? + SPATIN | hé. LIVRE TRENTE-SIXIEME. | Snmmaire. Dessalfnes se rend de la plaine du Cul-de-Sac à la Petite-Rivière de l'Artibonite.—Il nomme Gabart général de division, et le coionel Jean-Philippe
Daut général de brigade —Il se trausporte au Port-de-Paix —Il s'abouche avec
le commodore Loring à l’anse du Port Margot.—Il revient à la Petite Hivière
de l’Artibouite —Mésintelligence, au Port-Républicain, entre Sarrasin d'une part,
Lavaleite et Panis d'autre ‘part —Sarrasin veut évacuer la place —Lavalette s'y
oppose.— L'épart clandestin de Sarrasin —Fuite de l’ordonnateur Colbert. —Famine
au Port-Républicain .— Comment Pétion parvient à faire sortir de la ville son
neveu Meyrountt — Lavalette veut désarmer la garde nationale du Port-Républicain ; mais il n'ose exécuter son projet — Cangé communique aux Anses-àPitre avec la corvette anglaise la Surinam—Il force le général Pageot à évaeuer Jacmel.—La guinison française de Jacmel se retire à Sto-Domingo. —Les
indépendans cernent St-Marc —Le général Dhénin capitule avec les anglais, il
évacue la place— Gabart entre à St.-Marc, et livre cette ville au pillage—
Dessalines vient à St-Marc; il en part pour la plaine du Cul-deSac.—[l reçoit une adresse de beaucoup de citoyens du Port Républicain qui Pexhortent à ven les délivrer du joug des français — Pétion enlève le blockaus de Drouillard.— La 5e légère , sortant de la Croix des Bouquets, rencontre l’armée indépendante à Sarthe.— Combat de Sarthe.— La 5e lésère française est mise en désordre. —
EHe traverse Blanchard, et remonte à Drouillard ; elle est rompue par la. valerie indépendante. —Pétion la repousse de la butte de Chancerelle.—Elle entre
dans le plus grand désordre au Port-Républicam.—Les blockaus de Damie
aus de Drouillard.— La 5e légère , sortant de la Croix des Bouquets, rencontre l’armée indépendante à Sarthe.— Combat de Sarthe.— La 5e lésère française est mise en désordre. —
EHe traverse Blanchard, et remonte à Drouillard ; elle est rompue par la. valerie indépendante. —Pétion la repousse de la butte de Chancerelle.—Elle entre
dans le plus grand désordre au Port-Républicam.—Les blockaus de Damie de Santo se soumettent — Dessalines fait occuper la Croix-des-Bouquets.—Arriv de la division Cangé à Lacoupe.— Dessalines bloque le Port-Républicain.—Pétion. HISTOIRE D’HAITI.-— (1308) 61 canonne cette ville — Les français évacuent le fort Biziton.—Lavalette demande
à Dessalines” une suspension d'armes pour évacuer.— essalines envois Bonnet
au Port-Républicain pour traiter les conditions de la capitulation — [Le colonel
français, Lux, visite Dessalines à Turgeot Les troupes françaises évacuent le
Port Républicain —Le préfit apostolique Eecun exhorte les blancs à avoir confiance en Dessalinrs qu'il appelle Jeau-Jucques le Bon.—Entrée de Dessalincs
au Port-Républicain--Le colonel ‘Fhomas-Murie Jeanne teste de piller la ville;
il est arrêté et emprisonné.— &rande revue sur la place d'armes; les hommes
de couleur et les noirs de la ville sont enrôlés: les blanes sont désarmés et
renvoyés en leurs demeures.—Fin du rénéral Lavaletie e général-Brunet évacue les Cayes.—-Gcffrard, à la tête de l'armée indépendante du Sud, en prend
possession. Il restait encore dans l'Ouest, au pouvoir des français, St. Marc,
Jacmel, la Croix-des-Bouquets et le Port-Républicain. Dessalines
résolut de se rendre à la Patite-Rivière de l'Artibonite, d'y laisser
Ses troupes se reposer quelques jours, et d'aller en personne avec
son état major, ranimer l'audace des indépendans du Nord, uu peu
abattue depuis la défection des congos. Il se proposait d'enlever
ensuile St. Marc dont l'artillerie devait servir à bombarder le
Port Républicain. Il partit de la plaine du Cul de S2e, et atteignit
la Petite Rivière de l'Artibonite. 1! nomma, en ce bourg, le jour
quil y arriva Gabart, général de division, el Jean-Philippe Daut,
général de brigade. Il partit aussitôt après pour les Gonuaïves d'où
1 pénétra dans le Nord. Il renforça le cordon qui s’étendait de fa
Marmelade au Dondon, et que commandaient Christophe et Clervaux.
Ce cordon avait été établi pour contenir les cougos qui récemment
s'étaient ralliés aux français, comme nous l'avons vu. Il se trausporta
au Port de Paix, et fut enthousiasmé des: succès qu'avait obtenus
le général Capoix. De là il atteignit lanse du Port Margot pour
s aboucher avec le chef des forces navales de S. M. B. le commodore
Loring. Il envova à son bord l’adjudant général Pazelais qui acheta
des anglais quelques munitions de guerre. Il retourna à fa PeliteRivière del Artibonite, et prit aussitôt d'énergiques mesures pour assaillir St. Marc. En moins de cinq jours il avait traversé le quartier de
VArtibonite, une partie du Nord, elétait revenu à La Petite Rivière.
s aboucher avec le chef des forces navales de S. M. B. le commodore
Loring. Il envova à son bord l’adjudant général Pazelais qui acheta
des anglais quelques munitions de guerre. Il retourna à fa PeliteRivière del Artibonite, et prit aussitôt d'énergiques mesures pour assaillir St. Marc. En moins de cinq jours il avait traversé le quartier de
VArtibonite, une partie du Nord, elétait revenu à La Petite Rivière. Depuis le départ de Rochambeau du Port-Républicain pour ie Cap,
le général Sarrasin était venu , de Jérémie, prendre le commandement du département de l'Ouest. Le général Lavalette et Panis
“cowmmandaient toujours l'un larrondissement, l'autre la place du
Port Républicain. La famine continuait à régner en cette ville.
Sarrasin vivait presque en hostilité avec Lavalette et Panis. Désespérant de pouvoir se maintenir dans la place, il leur proposait,
chäque jour, mais sans succès, de l’évacuer. Il se résolus à sem
barquer seul. Mais il voulut emporter avec lui quelques ressourcés.
“1 réunit le commerce et lui proposa de subvenir aux besoins de 62 HISTOIRE D’ilAITI.—(1803) la garnison. Les négocians lui déclarèrent qu'il n'y avait pas de
comestibles dans Îles magusins. Mais Sarrasin apprit qu'ils avaient
chex eux, la plupart, beaucoup de farine que consommaient leurs
familles. Il fit faire des visites domiciliaires, réunit cent vingt barils
de farine dont il s'empara. Il les vendit pour son compte particuIicr, quoiqu On éprouv: it généralement des privalions de tous genres. Pea de jours sprès ,1l s'embarqua clandestinement pour l'île
de Cuba, abandonnaut son commandement. Il emporta les malédictions des lroupes et des habitans. Quelques années après, il fut
envoyé aux Pons pour avoir commis le crime de bigamie. Lavalette et Panis, tout dévoués à: Rochambeau, dirigèrent des
persécutions contre ceux des blancs qui ne craignaient pas de dire
ouvertement que la colonie ne devait ses calamités qu’à l’administration du capitaine-général. Ts tentèreut d'arrêter le commissaire
ordonnateur Colbert qui s'était hautement prononcé contre le système
du gouvernement. Colbert se sauva en laissant un écrit qui renferait le portrait fidèle de Rochambeau. La famine sévissait de plus en plus. Un pain d'une livre se ven:
dait trois piastres, et un sac de patates douze piastres. Les vivres
et les légumes devenus très rares étaient cultivés dans l'enceinte de
la ville, au quartier du Morne à-Tuf. Les indigènes, maïtres des
environs, avaient détourné les eaux. de Türgeot qui alimentent les
fontaines. On buvait l'eau de puits.
èle de Rochambeau. La famine sévissait de plus en plus. Un pain d'une livre se ven:
dait trois piastres, et un sac de patates douze piastres. Les vivres
et les légumes devenus très rares étaient cultivés dans l'enceinte de
la ville, au quartier du Morne à-Tuf. Les indigènes, maïtres des
environs, avaient détourné les eaux. de Türgeot qui alimentent les
fontaines. On buvait l'eau de puits. Pendant que Dessalines se transportait de la Petite Rivière de
l’Artibonite, dans le Nord , comme nous venons de le voir, Lavalette
faisait proposer à Pétion d'ouvrir aux français un marché aux portes de
la ville, à l'instar de celui de la Petite Anse, près du Cap. Pétion lui offrit une entrevue qui fut acceptée. On convint que la
conférence aurait lieu à Turgeot. Les indigènes conçurent aussitôt
l'idée d'arrêter le général français. Pétion ordonna au colonel Giles
Diouëêt , de se tenir en embuseade dans les chemins du Bois-Chéne qui ‘conduisent à Ti rgeot, avec deux bataillons de la 3e indigène. Lavaleite craignant un ‘piège ne se rendit pas à l'entrevue.
Il y envoya le citoyen St-James, commandant de la cavalerie de
la garde nationale. Pélion annonça à celui-ci quil exigeail, avant
toute négociation, que son neveu Meyronnet fàl envoyé à lArcahaie. Meyronnet , qui éiait en ville, souhaitait depuis plusieurs
mais , d'aller joindre les indépendans. Lavalette accéda à la volonté du général indigène. Le lendemain, un officier , homme de
couleur , Caneaux, vint au Port Républicain , en parlementaire. Hl
fut introduit auprés de Lavaletie auquel il exposa Hobjet de sa
mission. Au sortir du bureau de l'arrondissement , 1} fut conduit
au rivage de la mer où il rencontra Meyronnet qui s'embarqua avec
ldi dans une chaloupe. Il fit voile pour l'Arcahaie. Pétion remit la
conférence au jour suivant, Mais il se retira au Boucassin-avec la n HISTOIRE D'HAÏTI.— (1605) 63
3e indépendante. Il y trouva son neveu, et il ne fut plus question. demarché: En cette circonstance, Pélion manqua à sa parole” “Les français avaient tellement trompé les indigènes que ceux ei
ne croyaient pas qu ils fussent liés envers eux, lors même qu'ils avaient
engagé leur parole d'honneur. Néanmoins Fhistoire doit condamner ces actes de déloyauié qui, à des époques plus ou moins rapprochées, ne produisent que de déplorables résultats. |
u, et il ne fut plus question. demarché: En cette circonstance, Pélion manqua à sa parole” “Les français avaient tellement trompé les indigènes que ceux ei
ne croyaient pas qu ils fussent liés envers eux, lors même qu'ils avaient
engagé leur parole d'honneur. Néanmoins Fhistoire doit condamner ces actes de déloyauié qui, à des époques plus ou moins rapprochées, ne produisent que de déplorables résultats. | Lavaleite et Panis prirent la résolution, qu'ils ne soutinrent pas,
de: défendre la place jusqu à. la dernière extrémité. Se défiant de
la plus grande partie des indigènes, ils voulurent désarmer la gar.
de nationale, presque enentier composée de noirs et d'hommes
de” couleur... Hs mandërent au Port-Répubiicain un des bataillons
de là 5e légère, cantonnée à la Croix des-Bouquets. Ce bataillon
entra en. ville pendant la nuit, dans le plus grand silence, pour
ne pas éveiller l'attention des citoyens. Il y eut le lendemain,
sur la place du gouvernement, une revue de tous les hommes en
état de porter les armes. Lavaletie fur tellement frappé de Patti.
tude menaçante des indigènes, qu'ii n'osa commander de les désarmer : 4 eût fallu livrer un sanglant combat dont le résultat
pouvait lui être contraire. C'était la seconde fois que les françai
reculaient devant celte mesure, Dès lors les citoyens noirs et de
couleur refusèrent de faire le service des postes conjointement avec
les blancs , et songèrent sérieusement à ouvrir les portes de la place
aux iüdépendaus. Le bataillon de la 5e retourna à la Croix-des-
“Bouquets. Dessalines avait imprimé une telle impulsion aux opérations miitaires, dans l'Ouest, que les français, chassés des campagnes,
_awalent élé réduits à s'eufermer dans le bourg de la Croix-des-Bouquets
etdans quelquesblockaus de la plaine du Cul-de Sac. La fortune s'était
enfin prononcée en faveur de nos armes, et tout annonçait, l’évacuaWon prochaine des troupes européennes. Le long des côtes, les
indigènes communiquaient avec les anglais. La corvelte de S. M.
Bla Surinam, commandée par le capitaine Tucker, vint mouiller
entre Jacmel et les Anses à Pitres. Le général Cangé, eommandant
de l'armée indépendante qui assiégeait Jacmel, envoya, pendant unevnuit, à bord de la Surinam, plusieurs oflicicrs chargés de
_ trailer avec les anglais l’achat de quelques munitions de guerre. Les
indigènes échangèrent du café contre plusieurs milliers de poudre,
| … Le général Cangé, vigoureusement secondé par le commandoni
| Magloire Ambroise, poussa avec activité le siège de Jacmel. Le grand
: Sortdominait la rade où se tenail en station la corvette la Vigilante.
Cangé résolut de s'emparer de cette position d'où il pouvait facileMmentincendier la ville, contraindre par ses boulets la corvette à
appareiller et réduire la garnison à mettre bas les armes. Muis il
_Était de la plus haute difficulté de se rendre maître de cette position.
commandoni
| Magloire Ambroise, poussa avec activité le siège de Jacmel. Le grand
: Sortdominait la rade où se tenail en station la corvette la Vigilante.
Cangé résolut de s'emparer de cette position d'où il pouvait facileMmentincendier la ville, contraindre par ses boulets la corvette à
appareiller et réduire la garnison à mettre bas les armes. Muis il
_Était de la plus haute difficulté de se rendre maître de cette position. GI HISTOIRE D'itaiti.—( 1603) : ÿ |
Le grand fort bien armé renfermait une bonne garnison, et était en
ouire protégé par plüusieurs batteries. Cangé usa d'un stratagème
qui lui réussit parfaitement. FH envoya en parlementaire auprès du
général Pagcot qui commandait Parrondissement un ofticier de l'armée
indisène, Jean Louis Lafontant, chargé de proposer un armisti.
ce. Le parlementaire avait auirefois servi avec distinction, sous
les ordres de Pageot, dans l'armée française. Introduit au bureau
de l'arrondissement, Lofontant dit au général français que les indigènes avaient appris l'existence de la guerre entre la France etl'Angleterre; et qu'à cette nouvelle, ils avaient senti se réveiller en eux
tout four ancien amour pour la mère patrie; qu'ils n'avaient pris les
armes que pour revendiquer les droits-politiques que le gouverneient
du prénier consul leur avait enlevés, qu'ils défendraient toujours la
métropole contre Les anglais; qu'ils voudraient les empêcher de pénétrer dans le port de Jacmel. Il ajouta que le général .Cangé demandait qu'on lui livrât le grand fort afin qu'il pût protéger la ville |
contre un bombardement. Il proposa aux français d'ouvrir aux
portes de Jaemel, un marché où scraient réunies toutes sortes de
provisions. La famine régnait dans la place. Pagcot accueillitavec
empressement les propositions de Cangé, ne se doutant pas du piège
qui fui était tendu, Ignorant ce qui se passait dans Fintémieur, la
déterminalion des indigènes de vivre désormais indépendans
de la métropole, il Lui avait paru naturel que des hommes , qui
avaient combattu les anglais avec acharnement sous Beauraiset Rigaud,
se montrassent hostiles au gouvernement britannique. Lafontant
retourna parmi les siens après avoir accompli sa mission.
Cangé, ne se doutant pas du piège
qui fui était tendu, Ignorant ce qui se passait dans Fintémieur, la
déterminalion des indigènes de vivre désormais indépendans
de la métropole, il Lui avait paru naturel que des hommes , qui
avaient combattu les anglais avec acharnement sous Beauraiset Rigaud,
se montrassent hostiles au gouvernement britannique. Lafontant
retourna parmi les siens après avoir accompli sa mission. Dans la soirée du même jour, les troupes européennes évacuêrent
le grand fort. Les indisènes y pénétrèrent aussitôt. Le lendemain,
au lever du soleil, ils avaient déjà établi des gabions en faec de la rade,
En moins de trente-six heures, toutes les pièces de la fonufication
avaient élé tournées contre la ville. Alors les cultivateurs quisétaient
présentés aux portes de Jacmel, avee des vivres, prirent la fuite
en menaçant {es blanes d’une prochaine extermination. Pagcot fut
au désespoir d’avoir été trompé par Cangé qu'il traite de misérable
petit mulâtre. Magloire Ambroise fit trainer, au moyen. de fomes
lances, une pièce de 42, de Marigot au Grand-Fort, l'espacede neuf
lieues. Les batteries de la viile ne purent contraindre les indépen:
dans à abandonner cette position. La corveite la Vigilante fut canonjée sans discontinuation. Pour faire cesser le feu des indigènes,
les matclots expostrent , sur le pont, aux boulets du 6Grand”Fort,
rente noirs et hommes de couleur qui étaient retenus prisopnicrsà
bord. Mais Cangé n’en ordonna pas moins de nourrir activement
le feu. Le capitaine de la Vigilante fit savoir au général Pageotiqu'if
se disposait à prendre le large afin que son navive ne fùt pascoulé
à fond. Comme il n'y avait dans la rade que cette corretieet deux Cr HISTOIRE D’H 03) 6 goëlelles, lé général Pageot pour ne pas demeurer à la discrétionde
l'ennemi résôlut sur-le-champ d’évacuer. Il envoya demander à Cangé
une suspension d'armes, par-un prisonnier indigène Louis Geôrges,
homme de couleur. Cangé lui fit répondre qu'il lui enverrait le chef
de bataillon Gabriel Raymond, homme de couleur, pour traiter de la
capitulation, s'il consentait, de son côté, à lui remettre en otage, le
commandait .de la place, le colonel By. Pageot aecepta cette proposition. Gabriel Raymond entra à Jacmel, et le colonel By vint au
camp indigène. Il fut convenu qhe les français abandonneraient
l'arsenal garni d'armes et de munitions, le magasin de l'Etat rempli
d'habillemens, et que les indigènes respecteraient les propriétés des
blancs qui ne pourraient s’embarquer avec la garnison. Dans l’aprèsmidi du 47 Septembre 1803, le colonel By était rentré à Jacmel,
et la légion du Cap, qui en formait la garnison, était à bord de
la Wigiiante. Cette corvette fit voile pour Sto-Domingo.
garni d'armes et de munitions, le magasin de l'Etat rempli
d'habillemens, et que les indigènes respecteraient les propriétés des
blancs qui ne pourraient s’embarquer avec la garnison. Dans l’aprèsmidi du 47 Septembre 1803, le colonel By était rentré à Jacmel,
et la légion du Cap, qui en formait la garnison, était à bord de
la Wigiiante. Cette corvette fit voile pour Sto-Domingo. À dix heures du soir de la même journée, Cangé et Magloire
Ambroise, à la tête de leur armée forte de 6,000 hommes, entrèérent à Jacmel. Ces bandes presque nues, depuis si longtemps
livrées à toutes sortes de privations , respectèrent les propriétés et
observèrent la plus sévère discipline. Mais, au milieu de la nuit,
des cris de fureur éclatérent contre les français, et peu s’en fallut
que tous les blancs ne fussent égorgés: un officier européen, nommé Mansui , en abandonnant le blockaus, avait répandu une grande quantité de poudre sous les lits de camp. Geux des indigènes qui
étaient entrés dans .le blockaus pendant la nuit, se mirent à fumer
en se couchant. Un moment après, la foruification sauta par une
explosion qui ébranla la ville. La plupart de ceux qui sy trou:
vaient furent victimes de la méchanceté cruclle de l'officier français. Pendant que Jacmel était assiégé par Cangé, les français évacuaient
là ville de Saint Marc. Cette fplace était confiée au général
d'Hénin , et la légion expéditionnaire en formait la garnison
sous les ordres d’un colonel intrépide. La garde nationale, commandée par le chef de bataillon Faustin Répussard, homme de
couleur, était tout-à-fait dévoute à la France. Elle était la terreur
des indépendans de l'Artibonite ; et toutes les fois qu'elle faisait
des sorties, elle eulbutait les troupes indigènes et les poursuivait
auloin. Les femmes et même les enfans qui laccompagnaient,
dans ces sorties, rentraient dans la. place, chargés de vivres. Dessalines, avant sa tournée dans le Nord , avait annoncé, par
des dépèches, au capitaine James Walker, commandant de la frégate auglaise le Vanguard, en croisière à la vue du Môle St Nicolas,
Sonintention d'assiéger St-Marc. Le capitaine anglais l'avait prié de
ne pas en égorger la garnison Si elle se soumettait , et de la laisser
se rendre au Môle St-Nicolas. Le capitaine Walker vint croiser de-
“ant SiMarc. Dès qu'il apparut, Le général d Hénin qui était réduit
, par
des dépèches, au capitaine James Walker, commandant de la frégate auglaise le Vanguard, en croisière à la vue du Môle St Nicolas,
Sonintention d'assiéger St-Marc. Le capitaine anglais l'avait prié de
ne pas en égorger la garnison Si elle se soumettait , et de la laisser
se rendre au Môle St-Nicolas. Le capitaine Walker vint croiser de-
“ant SiMarc. Dès qu'il apparut, Le général d Hénin qui était réduit a | 66 HISTOIRE D HAITI. —(1803) à la dernière extrémité, et dont les troupes se nourrissaient depuis
plusieurs jours de viande de cheval, lui envoya un parlementaire
pour lui proposer de traiter des conditions de la capitulation. L'officier anglais, de son côté, envoya en ville le sieur Catheart pour
lui annoncer que sa proposition était accueillie. D'Henin vint ensuite luimême à bord du Vanguard et signa le 4 septembre le traité de capitulation.* D'une autre part, Dessalines, lorsqu'il se disposaïtrà se rendre dans le Nord, avait ordonné au général Gabart d'aller camper
aux portes de St-Mare, se proposant lui même de venir, à son
retour, assaillir cette place. Gabart s'était établi devant cette ville à
la tête de deux bataillons, dont lun de la 4° commandé par
Pierre Toussaint, homme de couleur, et l’autre de la 7° sous les
ordres du chef de bataillon Pierrot, noir: ° Il avait sommé en vain
le général d’Henin d’évacuer la place. Il avait tenu les français en
échec et avait protége le passage de l'artillerie indigène , sortie de la
Petite-Riviére, que Dessalines avait ordonné de traîner vers le
Port Républicain pour en faire Île siège. Dans la ouit du 4 au 5 Septembre, d'Hénin, et la garnison
dont le chiffre s'élevait à 850 hommes, s’embarquèrent à bord des
bâtimens de la rade, avec presque toute la garde nationale qui
nourrissait contre les indépendans une haine implacable. Il abandonna
la place garuie de sa grosse artillerie. Les anglais le conduisirent
au Môle, qu'occupaient encore les français. Le lendemain, à la pointe du
jour, Gabart pénétra à St Marc qu'il livra au plus affreux pillage. Les
femmes furent entièrement dépouillées ; on ne leur laissa pas même des
chemises pour couvrir leur nudité. Les soldats de la 4° et de la 7°, en se
livrant à ces excès sur ces malheureuses, prétendaient venger le massacre que les français avaient fait de la 12° demi-brigade en 1802, Ces
cruelles vengeances répandront la terreur au Port Républicain , et
beaucoup d'indigènes de celte ville fuiront avec les français la
terre de St.-Domingue, redoutant le sort des habitans de StMarc. Le pillage dura plusieurs jours. L'ordre ne fut rétabli
qu'à l'arrivée de Dessalines , et du général Vernet. Alors,
toutes les femmes furent amenées sur la place publique; elles
étaient nues la plupart ; elles furent passées en revue par Île
général en chef; après les avoir livrées en spectacle à ses soldats, Dessalines les renvoya ignominieüsement en leurs demeures.
Le général Bazelais, son chef d'état-major, avait découvert sa
mère dans la foule; il l'avait arrachée à cette scène humiliante.
ée de Dessalines , et du général Vernet. Alors,
toutes les femmes furent amenées sur la place publique; elles
étaient nues la plupart ; elles furent passées en revue par Île
général en chef; après les avoir livrées en spectacle à ses soldats, Dessalines les renvoya ignominieüsement en leurs demeures.
Le général Bazelais, son chef d'état-major, avait découvert sa
mère dans la foule; il l'avait arrachée à cette scène humiliante. Pendant que les indépendans prenaient possession de SL. Marc,
les émissaires que le général Pétion entretenait au Port-Républicain,
conseiliérent aux plus audacieux des citoyens de cette ville,
d'envoyer à, Dessalines une adresse par laquelle celui ci serait sup- *Rapport du capitaine James Walker du 9 thregc0r, à l'amiral Duckworth, HISTOTRE D’HAITI. —(1808) 67 plié de venir les délivrer du joug des français. La conduite généreuse qu'avait tenue le général Geffrard à Jérémie, avait déter+.
miné beaucoup de citoyens à demander à Dessalines sa protection
contre la férocité de Panis. Le général en chef était déjà en route pour la plaine du Cul-de-Sac quand il reçut ceite adresse. Il
était parti de St-Marc dans la soirée du 146 Septembre. Il était à
la tête des 4e, 20e, 8e et 3e demi-brigades, qui fournissaient une
force effective de 6.000 hommes.’ Le célèbre Larose, de l’Ar-
-cahaie, commandait la 8e. au grade de. colonel. Il avait fait sa
soumission à Dessalines après l'arrestation de Lamour Dérance,
dont il avait été un zélé partisan. Dessalines, qui aimait son courage, avail, avec sincérité, oublié le passé à son égard. Le général fen chef attendit à l'Arcahaie l'artillerie de Si-Marc, qu'il
avait aussi ordonné de trainer dans la plaine du Gul-de Sac où les
français occupaient toujours la Croix des Bouquets, et des blockaus
sur les habitations Brouillard , Damiens , Santo et Grande Rivière.
Le 30 Fructidor, (17 Septembre), aprés avoir distribué des gabions aux 4e, 20e, 8e et 3e demi-brigades, Dessalines et Pétion
partirent de l’Arcahaie, à la pointe du jour ; et à dix heures du
soir, ils avaient déjà interceplé toutes les communications qui existaient entre lemPort Républicain et les points de la plaine du Cul:
de Sac au pouv@in des français. L'armée indigène était rangée dans
la grande route entre Sarthe et Drouillard. Les Ale et 12e demi-brigades
qui vinrent la grossir en portèrent le chiffre à 10,000 hommes. Le blockaus de Drouillard était occupé par quatre-vingts soldats
européens. Dans la même nuit, le général Pétion établit sur un
mornet à droite de la route, qui domine l'habitation , trois pièces,
dont deux de quatre, el une de six. Dès l’aurore du premier jour
complémentaire , {18 Septembre) il attaqua le blockaüus. Au sixième coup de canon, les français amonèrent leur pavillon et se
rendirent à discrétion. (is s'étaient trouvés enveloppés par 10,000
homines , sans “nul espoir d’être secourus. Ils n'avaient pu se replier sur le Port-Républicain , car les manœuvres de Dessalines,
pendant là nuit, avalent échappé à leur vigilance.
jour
complémentaire , {18 Septembre) il attaqua le blockaüus. Au sixième coup de canon, les français amonèrent leur pavillon et se
rendirent à discrétion. (is s'étaient trouvés enveloppés par 10,000
homines , sans “nul espoir d’être secourus. Ils n'avaient pu se replier sur le Port-Républicain , car les manœuvres de Dessalines,
pendant là nuit, avalent échappé à leur vigilance. Presque aussitôt après la souinission du blockaus de Drouillard,
Dessalines apprit que le colonel français Lux, sorti de la Croix-desBouquets, à la tête de sept cents hommes «de la 5e légère, de cinquante
cavaliers noirs et jaunes, se rendait aa Port Républicain, escortant
un couvei de vivres, el marchant avec deux pièces de 4 et deux
caissons. Il ordonna sur le champ à sa cavalerie d'aller s'établir près
du blockaus de Damiens pour tenir en échec les français qui occu-:
paient celte position. Certain que l'ennemi abandonnerait la grande
route et pénétrerait dans les chemins de traverse, 11 plaça en embus-
. cade dans le sentier qui s'étend entre Sarthe et Drouillard la 11°
demi-brigade et deux bataillons de la 8e, commandés par le eolonel 68 HISTOIRE D'HAITI.— (1803) Larose. Il ordonna au général Pétion d'aller occuper avec la 8ela ‘butte de Chancerelle pour couper la retraite à l'ennemi. Le centre de la colonne française devait être attaqué par la 20e et la queue par le
2e bataillon de la 4e. Quand Lux parvint sur l'habitation Damiens
il apprit que dix-mille hommes de troupes indigènes occupaient les
chemins qui conduisaient au Port Républicain. Ilarrêta sa marche ;
il était onze heures du matin. Le soleil inondait }'azur du ciel de
elle pour couper la retraite à l'ennemi. Le centre de la colonne française devait être attaqué par la 20e et la queue par le
2e bataillon de la 4e. Quand Lux parvint sur l'habitation Damiens
il apprit que dix-mille hommes de troupes indigènes occupaient les
chemins qui conduisaient au Port Républicain. Ilarrêta sa marche ;
il était onze heures du matin. Le soleil inondait }'azur du ciel de ses rayons brulans. Les officiers de son corps, réunis en conseil de guerre, désespérant de pouvoir passer au travers de ces masses de troupes ennemies, Jui conseillèrent de retourner à la Croix-desBouquets d'où :l pourrait se jeter dans la partie espagnole. Lux,
vieillard septuagénaire , indigné de ces conseils , se tourna vers $es
soldats, et leur dit: Braves de la 5e! Des masses de brigands n'ont
pu résister à une poignée de vos frères d'armes, à la savane Oblond.
Quels prodiges ne ferez-vous pas, aujourd'hui que vous êtes tous
séunis? À votre aspect, cette multitude sans tactique prendra la
fuite. En avant! Les français, au pas de charge, pénétrèrent dans
le sentier qui conduit de Damiens à Sarthe. Ils étaient pleins d’ardeur. Ils levèrent à coups de canon toutes les embuscades qu'ils
rencontrérent. Sur l'habitation Sarthe, ils furent vigoureusement atuaqués par la 8e; mais leur artillerie bien servie, N:: feux de pelotons, réguliers et meurtriers, abattirent un grand n'ôMibre d indigènes.
Ceux-ci armés de fusils, mais sans munitions , la plupart, se précipitaient néanmoins sur la 5e en poussant des hurlemens affreux.
Lux, à cheval, au milieu d'un”bataillon carré, demeurait inébranfable dans les jardins de Sarthe. Les 4e et 20e indigènes n'ayant pas de
cartouches étaient témoins du combat, immobiles sur le champ de ba.
taille. Dessalines voyant fléchir les soldats de la 8e, se précipita au milieu
d'eux, et releva leur courage. Au même instant les deux pièces de
4 lancèrent la mitraille la plus meurtrière. Les indigènes ébranlés de nouveau perdirent du terrain. En avant ! En avant! s'écria
Dessalines , bravant la mort au premier rang. Les soldats réponaient à sa voix : général, nous n'avons pas de poudre.—Dessalines,
bouillant de colère: prenez-les avec vos ongles et vos dents! Alors
le colonel Larose mit le feu aux cannes dont les français étaient entourés. Les cris des indigènes et les tourbillons de fumée déconcertérent les soldats européens qui, les yeux pleins de fureur , ressemblaient à des lions enveloppés de feu. Larose s’élança surles canons:
il allait en massacrer les artilleurs, quand ceux-ci enclouërent leurs
pièces et se firent sauter en mettant le feu aux caissons. Dévouement héroïque par lequel ils sauvèrent leurs compagnons en privant
TJennemi de munitions. Abandonnant l'habitation! Sarthe, avec un
peu de précipitation, là 5e légère s’ouvrit passage, à la baïonnette,
dans des chemins de traverse où la cavalerie indigène ne pouvait
ait en massacrer les artilleurs, quand ceux-ci enclouërent leurs
pièces et se firent sauter en mettant le feu aux caissons. Dévouement héroïque par lequel ils sauvèrent leurs compagnons en privant
TJennemi de munitions. Abandonnant l'habitation! Sarthe, avec un
peu de précipitation, là 5e légère s’ouvrit passage, à la baïonnette,
dans des chemins de traverse où la cavalerie indigène ne pouvait latteindre, Elle parvint à Blanchard où elle put un peu serefañet S Le Rd à HISTOIRE D’HAITI.—(1803) | | 63 De là Lux sc dirigea sur l'habitatfon Drouillard , croyant qu’elle était
encoré.au pouvoir des français, à travers les rangs des 4e., 8e.,
Me. 6t20e. Dessalines, admirant lé colonel français dont le pana-.
che dominait les baïonnettes sanglantes de la Be, s'écria: Ce vieux
Lux. est un démen, qu'il est brave! Ne serait-il pas honteux, si
nous n'arrétions pas sa marche ? I lança contre lui le 8e bataillon de
la 4e qui se rangea en bataille au pied du blockaus de Drouillard.
Dès que Lux déboucha dans la savane de Drouillard , il se précipita, à
la baionneite, sur la 4e qui, saisie tout-à coup d'une terreur panique, prit la fuite dans le plus grand désordre. essalines commanda
à lascavalerie de charger. La 5e réduite à 500'hommes ne put résister à Î'impétuosité de 600 dragons commandés par Charlotin Marcadieux.… Eile fut rompue et culbutée. Elle ne se rallia que dans
les bosquets d'acacias de l'habitation Drouillard. Elle traversa les
senuers del'habitation Chancerelle, et vint déboucher dans la grande
route du Port-Républicain | vis à-vis du mornet qu'occupait le divisionnaire Pétion. Elle attaqua la 3e s'efforçant de s'emparer de
celte position, pour éviter la cavalerie, et y attendre des secours
dela ville, On se baitit corps à corps sur fa bulie. Pétion la rejeta dans la grande route où elle fut chargée par nos dragons. Elle
gagna les bois. de Chancerelle et de Robert et vint déboucher à la
*Sahine, Lux parvint au Portail St. Joseph à la tête 200 hommes, sans
avoir perdu@un seul drapeau. Il était trois heures del'après-midi.
Les français noireis par la poudre et couverts de poussière, entrèrentdans la ville la baïonnette en avant, les yeux hagards, étourdis,
prêts à se précipiter sur les figures noires et jaunes qu'ils rencontraient. On était obligé de redresser-leurs baïonnettes, de les rappeler à
eux mêmes et de leur dire avec force: 5e légère vous êtes avec vos amis.
ls furent portés en triomphe par leurs compagnons d'armes qui
avaient perdu L'espoir de les revoir. La 5e. compta 500. hommes
tués ou, blessés, et Dessalines près de 400. Nous avons vu que
Parmée indigène était forte de 40,000 hommes. Mais dans toute
cette mulutude il n'y avait pas 6009 cartouches. Dessalines les avait
distribuées à ses meilleurs tireurs en leur disant : « Nous n'en
avons pas d'autres; que chaque coup porte: » Les français, au
nombre de 700, ont dû avoir tiré plus de 14,000: coups de fusilet
au moins. 0 coups de canon. Il n'est pas extraordinaire qu'ils aient
forcé le passage. Beaucoup de français ont succombé dans les jardins de Blanchard, étranglés par des indigèns qui s'étaient précipités sur leurs baïonneites. Une colonne que Lavalette avait rangée
‘en-bataille hors de la ville aussitôt après qu'il eut entendu les premiers coups de canon de l'affaire de Sarthe, parcourut les bois de
Chancerelle et de Robert. et recueillit beaucoup de soldats blessés
el harassés de fatigue qui furent conduits en ville.
EL était resté à la Croix des Bouquets trois-cents hommes, ma:
, étranglés par des indigèns qui s'étaient précipités sur leurs baïonneites. Une colonne que Lavalette avait rangée
‘en-bataille hors de la ville aussitôt après qu'il eut entendu les premiers coups de canon de l'affaire de Sarthe, parcourut les bois de
Chancerelle et de Robert. et recueillit beaucoup de soldats blessés
el harassés de fatigue qui furent conduits en ville.
EL était resté à la Croix des Bouquets trois-cents hommes, ma: *“ . a: #0 gisrorne p’HarTi.—(1808) lades et convalescens de la 5e léfère. Ils firent avertir les garnisons de Damiens et de Santo de se réunir à eu pendant la auit.
N'ayant pas l'espoir de pouvoir se maintenir dans le bourg, -ils
“avaient pris la résolution de traverser aussi l'armée indigène pour
atteindre le Port-Républicain. Dessalines devinant leurs projets, se
détermina , à 5 heures du soir, de la même journée, à faire attaquer les blockaus de Damiens et de Santo. I envoya sur.le champ
à Damiens un de ces aïdes-de camp qui somima le commandant du
blockaus de se rendre, en lui promettant que son existence ainsi
que celle de ses soldats, serait respectée, : Comme Pofficier français
refusait d'obéir à la sommation, Dessalines approcha du blockaus
deux pièces de canon soutenues par trois bataillons. Les cent gre:
nadiers qui en formaient la garnison se rendirent à discrétion.
Vers dix heures du soir, le général en chef apprit que les français, demeurés au bourg de la Croix-des-Bouquets, après le départ du colonel Lux, s'étaient mis en route pour la partie de
l'Est, aussitôt après la reddition du blockaus de Damiens. IF lança
à leur poursuite des cavaliers qui ne purent les attendre. Suivi
de son état major, il pénétra à la Croix-des Bouquets à 11 heures du soir, Il y trouva un dépôt considérable de munitions. A miaull, l'adjudant général Bazelais prit possession du blockaus de Santo; quatre-vingts soldats français qui en composaignt la garaison
furent faits prisonniers. re Ajnsi la journée du premier jour eomplémentaire, 18 Septembre
4803, avait suffi. à Dessalines pour chasser entièrement les français
de la plaine du Cul de Sac. Il avait en son pouvoir trois-cents prisonniers européens. Le 19 Septembre, kprès leur avoir promis
Ja vie sur sa parole d'honneur, il leur annonça qu'ils allaient être conduits à l'Arcahaie où ils trouveraient d'abondantes nourritures. Quaud ïls furent partis, il dit à l'officier chargé de les aecompagner : Vous les ferez mourir en chemin. — Qusi! s'écria l'adjudant général Bonnet qui était à ses côtés; vous oubliez donc,
général en chef, votre parole d'honneur ?— Taisez-vous , Bonnet, répondit Dessalines ; ne savez vous pas que depuis la révolution il
être conduits à l'Arcahaie où ils trouveraient d'abondantes nourritures. Quaud ïls furent partis, il dit à l'officier chargé de les aecompagner : Vous les ferez mourir en chemin. — Qusi! s'écria l'adjudant général Bonnet qui était à ses côtés; vous oubliez donc,
général en chef, votre parole d'honneur ?— Taisez-vous , Bonnet, répondit Dessalines ; ne savez vous pas que depuis la révolution il n'y a plus de parole d'honneur. Les trois cents malheureux français furent sacrifiés dans la plaine de lArcahate, Dessalines laissa ses troupes se reposer les 2e , 8e et 4e jours
complémentaires , (19, 20, 21 Septembre.) Dès le 19, il avait
appris l'entrée des indigènes à Jacmel. Le 5e jour complémentaire (22 Septembre) l'adjudant général Marion de la division de Léogane et de Jacmel, vint au bourg de la
Croix des-Bouquets. Il annonça au général en chef que Cangé était
campé à la Coupe avec 5,000 hommes d'infanterie, 50 artilieurs
@t 200 eavaliers. Dessalines voulant assaillir le Port-Républieain,
- #nvoya l'ordre à Cangé d'aller tenir en échec le fort Bizolon. Cangé
embre) l'adjudant général Marion de la division de Léogane et de Jacmel, vint au bourg de la
Croix des-Bouquets. Il annonça au général en chef que Cangé était
campé à la Coupe avec 5,000 hommes d'infanterie, 50 artilieurs
@t 200 eavaliers. Dessalines voulant assaillir le Port-Républieain,
- #nvoya l'ordre à Cangé d'aller tenir en échec le fort Bizolon. Cangé 3 HISTOIRE D'HAITI 1603) ‘1
partit de la Coupe et s'établit sur un morne qui domine la fortification, et le grand chemin de Léogane. Il intercepta Les commumications entre le Port-Républicain et Bizoton. Dessalines, de son côté, fit occuper tous les blockaus de la plaine,
Le Ge. jour complémentaire (23 Septembre) ses troupes s’ébranlèrent. Renforcées de la dinision Caugé, elles montaient à 15,000 hommes. Le Port-Républicait fut régulièrement cerné. La division de PArtibonite commandée par Gabart, était établie contre le Portail S° Joseph et
le fort National. Celle de l'arrondissement du Port-Républicain occcupait
l'espace qui s'étend entre le fort National et le morue de 1 Hôpital; et
celle du général Cangé était établie entre la Porte de Léogane et
le fort Bizoton. Dessalines choisit pour son quartier-général la source
Turgeot à une demi-lieue de la place. Le 1* Vendémiaire (24 7.bre)
le général Pétion dressa sur un mornet de l'habitation Philippeaax, au
sud-est de la ville, à 206 toises de la poudrière , une batterie de deux
pièces l’une de 4 et l’autre de 8, et d’un obusier de 6 pouces qu'il
avait fait venir du Petit Goâve. Il lança sur le poste de la poudrière plusieurs bombes qui contraignirent les français à l’évacuer. -Les indigènes,
sous le feu de 17 pièces de canon qui répandaient la mort dans leurs
rangs resserralent néanmoins sans cesse le blocus de la ville. La Aie
demi-brigade commandée par Frontiche s’approcha jusqu’à une portée
de fusil, des retranchemens qui fermaient l'enceinte de la place. Quoique toutes les pièces des fortifications fussent dirigées contre elle, elle
parvint à dresser une batterie dont le feu incommoda considérablement
les français. Le général Lavalette faisait tous ses efforts pour exciter
la garde nationale, composée presque en entier d'indigènes , à
seconder la garnison européenne. Mais il ne rencontrait que découragement ou trahison. Un citoyen, Balthazar Enginac, en lequel il avait
‘quelque confiance, faisait néanmoins une propagande sourde et active
- en faveur de Dessalines. Il réunissait chez lui, pendant la nuit,
des jeunes gens pleins d’audace et de résolution, et s'entretenait
avec eux sur les moyens de livrer la place aux indigènes, si Îles
français ne se hâtaient pas de l'évacuer. Les troupes françaises,
réduites à 4,409 hommes , étaient harassées de fatigue. Elles n'avaient aucun repos ni jour ni nuit; elles faisaient le. service de
tous les postes, n'osant plus en confier un seul à. la garde nationale.
,
des jeunes gens pleins d’audace et de résolution, et s'entretenait
avec eux sur les moyens de livrer la place aux indigènes, si Îles
français ne se hâtaient pas de l'évacuer. Les troupes françaises,
réduites à 4,409 hommes , étaient harassées de fatigue. Elles n'avaient aucun repos ni jour ni nuit; elles faisaient le. service de
tous les postes, n'osant plus en confier un seul à. la garde nationale. Le fort Bizoten était toujours occupé par les français; mais ils.
me pouvaient communiquer por terre avec la ville. Le 8 Vendémiaire 4” Octobre deux acons chargés de munitions * de bouche:
furent remorqués à travers la grande rade par deux gros navires.
qui, pendant cinq heures, Uurèrent sur les retranchemens du génémal Gangé. Trois fois les français tentèrent de débarquer , trois fois
ils furent repoussés. Ils rentrèrent dans le petit port sans avoir
Le fort Bizoten était toujours occupé par les français; mais ils.
me pouvaient communiquer por terre avec la ville. Le 8 Vendémiaire 4” Octobre deux acons chargés de munitions * de bouche:
furent remorqués à travers la grande rade par deux gros navires.
qui, pendant cinq heures, Uurèrent sur les retranchemens du génémal Gangé. Trois fois les français tentèrent de débarquer , trois fois
ils furent repoussés. Ils rentrèrent dans le petit port sans avoir * Deux navires américains venaient d'arriver avec. ces provisions. 92 IISTOIRE D’HAITI.— (1803) . pu communiquer avec la garnison de Bizoton. Il yavait sur lhabitation Dessource qui domine Bizoton un blockaus que |les français
y'avaient élevé. Ils l'abandonnèrent après en avoir fait sauter la
poudrière, (2 Octobre). Le même jour, ils sortirent du forten
bon ordre repoussérent les indépendans qui les attaquèrent, et s’acheminèrent vers le rivage. Ils s’embarquèrent sur le cotter l'Amitié,
La faim les avait contraints à évacuer. Arès avoir arboré le drapeau indigène sur les remparts de Bizoton, Cangé établit sur un
des mornets de Piémont, dominant la rue du Magasin de l'Etat, une batterie de quatre pièces dont deux de 24 et deux de 48. Ses boulets parcoururent la ville dans toute sa longueur et répandirent l’effroi dans
toutes les familles. Alors la crainte des vengeances des indépendans
donna quelque énergie à ceux des bourgeois noirs et de couleur qui
jusqu'à présent avaient servi la cause française, (Comme ils voyaient
que la garnison européenne ne pouvait plus se maintenir dans la
place, ils parlaient hautement d'aller se joindre à l’armée assiégeante.
Beaucoup d’entre eux songeaient déjà à entourer Dessalines de flatteries et de séductions pour conserver leurs positions et même pour
obtenir des faveurs. Les plus jeunes, pendant la nuit, se rendaient
au quartier général de Pétion, vantaient leur patriotisme. A Îles
entendre le isuccès de la guerre de l'indépendance appartenait à
leurs efforts. | | |
La ville ne pouvait pas opposer une plus longue résistance; quinze
mille hommes la bloquaient; les eaux de_ Turgeot et de Bizoton,
déiournées de leurs cours, n'y parvenaient plus depuis quelque temps;
la viande de bœuf ne se vendait plus au marché.” La chair de plusieurs chameanx que le général Boudet avait fait débarquer à Farrivée
de l'expédition française fut distribuée aux troupes. La garnison était
sur le point, chaque jour , d'en venir aux mains avec la garde nationale qui voulait se rendre.
Cependant le général Lavalette qui avait juré de s'ensevelir sous
les ruines de la place, veulut encore tenter le désarmement des
citoyens noirs et de couleur. Il réunit la garde nationale sur la
place du gouvernement. Il s'aperçut qu'elle était résolue à se dé.
fendre vaillamment. Tous les bourgeois blancs, désapprouvant cette
mesure, étaient dans les plus vives inquiétudes. Lavalette à cheval, dressé sur ses étriers, était plein de fureur. L'attitude des
noirs et des hommes de couleur le eontraignit à renoncer à son
projet. Il parcourut néanmoins les rangs de la garde nationale et
dit aux citoyens : « Hommes de couleur et noirs, vous croyez sans
» doute que St. Domingue vous restera, vous vous trompez; si la
» force des circonstances nous obligeait à évacuer, nous reviendrions
» avant six mois. La France est puissante; la guerre maritime
» ne durera pas. toujours. Elle n’abandonnera jamais sa colonie.»
Les troupes retournèrent dans leurs casernes, et les indigènes se
garde nationale et
dit aux citoyens : « Hommes de couleur et noirs, vous croyez sans
» doute que St. Domingue vous restera, vous vous trompez; si la
» force des circonstances nous obligeait à évacuer, nous reviendrions
» avant six mois. La France est puissante; la guerre maritime
» ne durera pas. toujours. Elle n’abandonnera jamais sa colonie.»
Les troupes retournèrent dans leurs casernes, et les indigènes se L HISTOIRE D’HAITI— (1803) *8 dispersèrent dans la-ville, surveillant les mouvemens des blancs. te lendemain, le général Pétion canonna et bombarda activement
l'hôpital, par un feu plongeant. Les malades saisis de terreur se répandirent dans les rues, en jetant de hauts cris. La frayeur s’empara de toutes les femmes. Lavalette craignant que la ville ne fut
livrée au plus affreux pillage, si elle était prise d'assaut, songea à
capituler. Il appela au gouvernement ceux des indigènes et des
bancs qui avaient sa confiance. Il leur annonça qu'il était résolu
à demander à Dessalines une suspension d'armes de cinq jours,
pour qu'il pût faire ses préparatifs d'évacuation. Un officier supémeur français, précédé d’un trompette, se rendit au quartier général de
Turgeot: I fut présenté au général en chef qui, après lavoir entendu,
lui dit quil le chargéait d'annoncer au. G'*" Lavalette qu'il n'écouterait
ses propositions que lorsqu'il les lui enverrait par écrit. Dessalines réumit les officiers. généraux de son armée et les consulta sur Île traitement qu'il aurait à faire subir à la ville du Port-Républicain, Ils furent
d'avis la plupart, qu'elle fut livrée au pillage comme Saint Marc,
parce qu'elle s'était montrée trop longtemps dévoaée aux français.
Mais Padjudant-général Bonnet et le général Pétuon furent d’une
Opinion contraire. Bonnet fit observer que le pillage entraînerait un
désordre général, que l'Etat serait privé d'immenses ressources qui
deviendraient nulles en tombant en des milliers de mains ; que beaucoup d'indigènes très-dévoués à la cause indépendante , mais que différentes circonstances avaient contraints à demeurer en ville , seraient
sacrifiés; que ce dur traitement appliqué aux citoyens du Port-Républicain , porterait les habitants des Cayes et du Cap à soutenir les
{français jusqu'à la derniére extrémité; que le pillage de St. Marc
avait déjà beaucoup nui à la cause indépendante; qu'il conviendrait
mieux d'établir des contributions sur la ville. Le général Pétion,
de son côté, demandait avec instances, qu'on épargnât une telle
calamité à sa ville natale. Dessalines, vaincu et par les argumens de
Punret par les prières de l’autre, déclara que la ville ne serait pas
pillée. A1 fit rédiger une adresse aux habitants par laquelle il leur
promit que leurs propriétés seraient respectées quand 1lentrerait en
ville. F1 la remit à l'officier français qu'on avait tenu à l'écart pendant la délibération Beaucoup d'officiers indigènes étaient mécontens de cette décision. Ils osaient dire qu'elle ne serait pas exécutée
à l'égard de tous Mc les blancs seraient massacrés et que leurs
biens seraient pillés. Le parlementaire rentra en ville, rendit compte
au général français de sa mission. Beaucoup de blancs accoururent
au gouvernement, avides de nouvelles et pleins d’anxiété. L'officier
qui revenait de Turgeot, leur annonça que le général en ehef lui
avait dit que leurs biens seraient respectés. [ls furent un peu rassurés
sur leur avenir. Quant à la population noire et jaune, elle était libre
d'inquiétude ; elle atiendait les indépendans comme des libérateurs.
, rendit compte
au général français de sa mission. Beaucoup de blancs accoururent
au gouvernement, avides de nouvelles et pleins d’anxiété. L'officier
qui revenait de Turgeot, leur annonça que le général en ehef lui
avait dit que leurs biens seraient respectés. [ls furent un peu rassurés
sur leur avenir. Quant à la population noire et jaune, elle était libre
d'inquiétude ; elle atiendait les indépendans comme des libérateurs. T4 HISTOIRE D'HAITI = (1803) Le 12 vendémiaire (5 octobre) un autre officier français, porteur d’une
lettre pour Dessalines, arriva à Turgeot. Lavalette s'engageait envers
le général en chef à évacuer la ville, s'il lui accordait quelques } jours
pour approvisionner les bâtimens de guerre. LU lui disait qu'il voulait éviter l'effusion du sang. Dessalines lui répondit que s'il lui
envoyait en otage un officier supérieur dont la personne serait garantie par un officier supérieur de même grade de l'armée indigène
qu'il énverrait au Port Républieain , il Lui accorderait cinq jours
pour faire ses préparatifs d'évacuation. Lavalette accepta ces conditions. Il envoya en otage à Turgeot, un officier supérieur Andrieux.
Aussitôt aprés, l'adjudant général Bonnet se rendit au Port Républicain
chargé en même temps de traiter les conditions de la (Pt
11 était accompagné de Diaquoi aiïde-de-camp de Dessalines, et de
plusieurs autres officiers. Pendant cet intervalle, ke général Cangé
qui ignorait les négociations, continuait à tirer sur la ville. Dessalines ne lavait pas averti de la suspension d'armes. Le général
Lavalette fut contraint de se plaindre de cette infraction de la convention. Alors Dessalines envoya l’ordre à Cangé de cesser le feu des
troupes de sa division. Celui ci plein de fougue et d'emportement
refusa d’obéir. Dessalines par un second ordre lui fit savoir que
s'il entendait encore un seul coup de canon, il le ferait fusiller.
sur le champ. Comme le général en chef ne menaçait pas en vain
la batterie du morne de Piémont se tut aussitôt. Le colonel Lux,
commandant de la 5e. légère était curieux de voir Dessalines avant
de s'embarquer. L'intrépidité et le génie militaire du général indigène l'avaient vivement frappé. Il sortit de la ville, s’achemina sur
Turgeot. Dès qu'il apparut au quartier général , Dessalines le découvrant, demanda à ses officiers quel était ce vieillard? C’est le
colonel Eux, lui répondit-on. Approchez, lui eria t:l; voüs vous
êtes battu comme un lion ,à Sarthe; j'avais ordonné à tous mes
fusiliers de Urer.sur vous; que je désirais alors vous abattre ! Vous
n'avez pas élé aiteint d'une seule balle; on serait tenté de croire
que des sortilèges vous garantissaient de nos coups. Le colonel français lui exprima combien il était flatté de l'accueil qu'il lui faisait,
et lui dit quil eut été fâché de retourner en France sans l'avoir
vu. Aprés avoir causé un moment avec Dessalines sur lart de la
guerre, il se retira. Pendant qu'il s'éloignait le général en chefdit,
en le montrant du doigt :s'il n'était pas blanciäije le nommerais mon
lieutenant au commandement des armées indigènes. Le préfet apostolique, le père Lecun , vint aussi rendre ses hommages à Dessalines.
Celui ci lui fit un accueil flatieur, et le renvoya satisfait.
oir
vu. Aprés avoir causé un moment avec Dessalines sur lart de la
guerre, il se retira. Pendant qu'il s'éloignait le général en chefdit,
en le montrant du doigt :s'il n'était pas blanciäije le nommerais mon
lieutenant au commandement des armées indigènes. Le préfet apostolique, le père Lecun , vint aussi rendre ses hommages à Dessalines.
Celui ci lui fit un accueil flatieur, et le renvoya satisfait. L'adjudant général Bonnet iraita des conditions de la reddition de
Ja place avec talens et dignité. 11 obtint de Lavalette que les arsenaux et les magasins du gouvernement demeurassent garnis d'armes,
de munitions et d'habillemens. Déjà les français avaient commencé HISTOIRE D’HAITI.-— (1803) 15 à jeter dans la mer plusieurs milliers de poudre et’ quelques canons. Il fat décidé que ceux des noirs et des mulâtres anciens esclaves qui ne
voudraignt pas suivre leurs maîtres pourraient demeurer avec les indé. _ pendans. Bonnet et Diaquoi persuadèrent à un grand nombre de ces malheureux de ne pas s'embarquer. On en vit cependant qui,
abrutis par la servitude, ne voulurent pas se séparer de leurs maitres. Bonnet parcourut la ville, inspira de la confiance aux familles ui éprouvaient des inquiétudes, et s'efforça de concilier tous les intérêts. Pour sa conduite, Dessalines fui adressa des félicitations
remarquables. Le général Lavalette réunit les habitans em assemblée paroissiale,
leur donna lecture des conditions de la capitulation et de la pièce . par laquelle Dessalines leur promettait protection et sécurité. Les … habitans satisfaits envoyèrent à Dessalines, pour le remercier de sa générosité, deux hommes de couleur , Balthazar Inginacet Lafontant.
Inginac par ses paroles insinuantes, par le patriotisme qu'il démontra
en son langage, séduisit Dessalines. Lavalette fit ensuite abandônner tous les forts par les troupes eurcpéennes. Elles s'embarquèrent
sous les yeux de Bonnet, avec armes et bagages. L'adjudant-général
Bonnet et Diaquoi parcoururent ensuite la rade, et se convainquirent,
en visitant chaque bâtiment, que les blancs n'avaient, de vive force,
embarqué ni un noir ni un homme de couleur. | Le 45 Vendémiaire (8 Octobre) le général Lavalette annonça à
Dessalines que les troupes françaises dont on n'avait pas besoin pour
le” service des postes, étaient à bord des navires de la rade. Le 16 Veudémiaire (9 Octobre) jour de l'expiration du délai accordé, pour l'évacuation, les bâtiments de commerce chargés de
troupes et de familles allérent mouiller dans la grande rade. La
garde nationale fit la police de la ville, en attendant l'entrée de
l'armée indigène. L'ordre fut partout mainteou. Beaucoup de blancs
ne se fiant pas à la générosité de Dessalines s'étaient embarqués. Le
pêre Lecun qui vantait la grandeur d'âme du général en ehef depuis
quil l'avait visité à Turgeot, condamna ce manque de confiance. Il
dit en chaire que le général en chef avait promis d'oublier le passé, et
police de la ville, en attendant l'entrée de
l'armée indigène. L'ordre fut partout mainteou. Beaucoup de blancs
ne se fiant pas à la générosité de Dessalines s'étaient embarqués. Le
pêre Lecun qui vantait la grandeur d'âme du général en ehef depuis
quil l'avait visité à Turgeot, condamna ce manque de confiance. Il
dit en chaire que le général en chef avait promis d'oublier le passé, et se montrait disposé à acenrder toutes sortes de faveurs aux eolons qui demeureraient dans le pays, Désormais il ne s'appellera plus Dessalines, dit-il; ce nom sous lequel il a été sévère et iutolérant ne s’harmonie pas avec ses nouvelles dispositions. Ise nommera Jean Jacques
le Bon. La plupart des blancs qui s'étaient déjà embarqués , apprenant
de nouveau ces dispositions généreuses du général en chef, descendirent à terre et rentrérent sous leurs toits. La plupart des chefs de l'armée indigène ne désiratent au contraire, avec ardeur, que l'extermination des blancs; Dessalines lui même ne faisait aux colons que des
promesses trompeuses. Comme les Cayes, le Cap et le Môle étaient encore au pouvoir des français la politique lui commandait d'user de . 36 HISTOIRE D'HAÎTI 1805) modération pour aè il n'exaspér rât pas contre lui les habitans Be
villes. Quant au père Lecun, disposé à tout sacrifier, même ses sembiables, pour conserver, sous ce nouvel ordre de choses, Mne dignité qui lui rapportait honneur et richesses, il enleva aux blancs
une heureuse occasion d'échapper à la mort , en les exhortant à
ne pas s’'embarquer avec les troupes, et en proclamant , lui, européen et ecelésiastique, que Dessalines élait devenu Jean-Jacques le bon. | | ) | rl Dans la soirée du 9 Octobre, les navires français, réunis en
convoi, apparelllèrent, après que Lavalette eut livré la place à l'adjudant-général Bonnet. Il venait d'embarquer les derniers détachemens de troupes européennes qui gardaient encore quelques | pos-.
tes importans, Le lendemain, (17 Vendémiaire), 40 Octobre , à sept heures du
matin , l’armée indépendante, marchant sur trois colonnes, fit son
entrée triomphale au FPort-au Prince, * par le portail St-Joseph,
les portes de Léogane et de Montalet. Dessalines , portant un habit rouge couvert d'or, et un pantalon dé même couleur, s'avançait par la porte Montalet, ayant Pétion à sa droite et Gabart à
sa gauche. Il était suivi de toute son artillerie de campagne. Le
général Pétion simplement vêtu portait à son chapeau un plumet
noir. L'armée indigène composée de soldats presque nus, contrastait dans l'esprit des habitans avec la garnison européenne qui,
J'avant-veille, s'était embarquée magnifiquement équipée. Dessalines
se rendit au palais du gouvernement au milieu des cris de joie de
toute la. population indigène. 11 fut ordonné aux troupes de respecter les propriétés , et d'observer la° plus sévère discipline. Cependant, vers le milieu de la journée, le colonel Bédouet, komme de couleur, qui avait été nommé commandant de da place,
avertit le général Pétion, commandant de la 2.° division de | Ouest, que
le colonel de [a 42°, Thomas Marie-Jeanne, à la tête d'un grarid nombre
de soldats, surtout de la 4e., avait pénétré, de vive force, dans les
boutiques de la rue des Fronts Forts, et se livrait au pillage.
ant, vers le milieu de la journée, le colonel Bédouet, komme de couleur, qui avait été nommé commandant de da place,
avertit le général Pétion, commandant de la 2.° division de | Ouest, que
le colonel de [a 42°, Thomas Marie-Jeanne, à la tête d'un grarid nombre
de soldats, surtout de la 4e., avait pénétré, de vive force, dans les
boutiques de la rue des Fronts Forts, et se livrait au pillage. Pétion se rendit aussitôt au gouver nement d’où il se transporta
avec Dessalines au lieu du désordre. Dès que les pillards les aperçurent, ils se dispersèrent. Thomas Marie Jeanne fut arrêté et emprisonné , et les 4e el 8e reçurent l’ordre d'aller camper hors de la ville.
Dans la soirée les rues furent illuminées, et les habitans fêtérent
les états majors des corps de larmée. Le lendemain , (11 Octobre), Dessalines après avoir reçu les félicitations de toutes les classes de citoyens , réunit sur la pics du : 10 * Dès cette époque le Port Républicain reprit son ancien nom de Portau-Prince. frs VOUS HISTOIRE D'HAITI.— (1808) 41 gouvernement * la population des trois couleurs en état de porter
Jes "armes , et la passa en revue, après avoir ordonné aux blancs
de”sortir des rangs. Il fit enrôler tous les jeunes gens neirs et
de couleur qui faisaient partie de la garde nationale. Il grossit son
armée, qui allait bientôt marcher sur le Cap, de plus de 1,600
hommes déjà aguerris et disciplinés. Ji fit entrer dans le 3e. bataillon”de la 4e. plus de 400 de ces jeunes gens. Il s’approcha
ensuite "des blancs qui se tenaient à l'écart , à l'une des extrémités de la place, les obligea à rendre leurs armes, leur dit
qu'ils pouvaient se retirer chez eux et que les charges de l'état
ne péseralent jamais sur eux. C'était leur déclarer qu’ils ne seraient pas citoyens sous le nouvel ordre de choses. Dans’ la même
journée on les traita en vaincus en établissantésur eux une forte
contribution, au prorata de leurs revenus. Les paroles de Dessahnes sur la place d'armes et cette contribution plongèrent dans la
consternation les familles européennes auxquelles, en mème temps, il fut défendu de sembarquer. On entendit ceux des français que: l'intérêt avait retenus en ville, au moment de l’évacuation des troupes, se dire entre eux: « Nous leur donnerons notre argent, et ils
he nous lueront pas moins. » | Les bâtimens chargés des troupes, des bourgeois et des femmes qui
avaient évacué le Port au Prince formaient un convoi assez considésidérable. Ils rencontrèrent les anglais vers la Gonave. Comme les
les navires n'avaient pas sufli pour contenir toutes les familles, beaucoup de canots et de chaloupes remplis de gens de toutes conditions
suivaient le convoi. Les anglais les attaquèrent el les capturèrent en
grand nombre. Après avoir dépouillé leurs prisonniers, ils leur permirent d'atteindre l'ile de Cuba. L’Aimable de Bordeaux qui portait
Port au Prince formaient un convoi assez considésidérable. Ils rencontrèrent les anglais vers la Gonave. Comme les
les navires n'avaient pas sufli pour contenir toutes les familles, beaucoup de canots et de chaloupes remplis de gens de toutes conditions
suivaient le convoi. Les anglais les attaquèrent el les capturèrent en
grand nombre. Après avoir dépouillé leurs prisonniers, ils leur permirent d'atteindre l'ile de Cuba. L’Aimable de Bordeaux qui portait …legénéral Lavalette, les débris de la 5° légère et presque tous les officiers de la garnison échappa aux croiseurs par la rapidité de sa
marche, et parvint à St. Yaguë de Cuba.**
Pendant que Dessalines prenait possession du Port-au-Prince, le
général Brunet, réduit aux Cayes aux derniéres extrémités, aimait
mieux traiter avec les anglais qu'avec le général Geffrard. Il ne pouvait agir autrement. S'il avait traité avec les indigènes les anglais ,
maîtres de la mer, l’auraient attaqué à sa sortie du port. I envoya
le colonel Lefèvre en parlementaire à bord du Pélican, capitaine
Whitby, pour lui proposer une cepitulation qui fut acceptée. Il * Aujourd'hui place Pétion. #% En 1804, le congul français de St-Yagoue ordonna au général Lavaletté de partir avec les débris de l’ancienne garnison du Port au-Prince
pour Sto.-Domingo où flottait eucore le pavillon français. Lavalette s’em.
barqua pour aller renforcer le général! Ferrand qui commandait dans la
Partie de l'Est. Mais il fut englonti dans les flots par la tempête en vue de
la pointe Maysi, Le naviie que montait Panuis put atteindre Sto.-Domingo, tn « | HISTOIRE D’HAITI.—(1803) . - - Jivra au commodore Cumberland toute l'artillerie de la place, les
fusils et les poudres , et embarqua ensuite’ sur quatre navires mar.
chands qui étaient en rade la garnison , les employés de l'administration, ainsi que les familles qui voulurent le suivre. Beaucoup
de blancs, pleins de ronfiance en la loyauté de Geffrard, n'abandonnèrent pas la ville. Brunet accueilli avee distinction à bord dela
frégate anglaise fut conduit à la Jamaïqué avec ses soldats. D'après
les termes de la capitulation, les malades et Les blessés français furent transportés au Môle St. Nicolas où commandait encore le général
Noailles ; et ceux des blancs colons qui voulurent se rendre à Cuba
y furent eonduiis. |
.__ Le 17 -Octobre, l'armée indigène du Sud entra aux Cayes. Les
personnes et les pwopriétés furent religieusement respectées. Le
général Geffrard reçut des anglais les canons de la place que Brunet leur avait livrés. Peu de jours après le général en ehef appris
la prise des Cayes. El se disposa aussitôt à marcher sur le Cap.
des blancs colons qui voulurent se rendre à Cuba
y furent eonduiis. |
.__ Le 17 -Octobre, l'armée indigène du Sud entra aux Cayes. Les
personnes et les pwopriétés furent religieusement respectées. Le
général Geffrard reçut des anglais les canons de la place que Brunet leur avait livrés. Peu de jours après le général en ehef appris
la prise des Cayes. El se disposa aussitôt à marcher sur le Cap. L LIVRE TRENTE-SEPTIÈME. »“
Sommaire. Disette au Cap—Chiffre des approvisionnemens au milieu d'Octobre
1803 —On apprend au Cap :a nouvelle de l’évacuation du Port au-Prince.—On
conseille à Rochambeau d’évacuer sur Santo-Domingo.—1I! repousse ces conseils
comme enfantés par la peur.—1[l fait contraindre les bâtimens américains à entrer au Môle.—Ermprunt forcé de 800,000 francs.— Exécution de Fédon.—Fortifications du Cap —Confiance aveugle de Rochambeau—Dessalines part de la
plaine du Cul-de-Sac pour le Cap —Il passe ses troupes en revue aux Gonaives,
—Le général Geffrard éteint une révolte dans les mornes de Jacmel.—Dessalines arrive au Carrefour du Limbé.—L'armée indépendante qui doit assiéger le Cap
sy réunit—Corps qui la composent. —Ftat de l’armée-Œlie arrive au Haut
du Cap.—Christophe s'empare de la Vigie.—Clervaux attaque de rt Bréda,
— Japoix tente d'enlever le fogt Vertières.—Il fait des prodiges de valeur. —Rochambeau admirant son court lui envois des complimens.— Dessalines fait oceuper la butte Charrier qui domine Vertières —Mort de Paul Prompt.—Mort de
Dominique.—Trait de courage de Jesn Philippe Daut à Charrier,.—Les français
remontent la rivière du Haut du Cap dansun bac, et canonnent les indigènés ; 1ls sont obligés de se retirer sous la fusillade. — Rochambeau tente de s’em.
parer de Charrier ; il tombe dans une embuscade et est repoussé par la 3e indépendante. —Une pluie abondante fait cesser le feu. —La garnison de Bréda fait
une sortie; elle est repoussée — Dessalines gagne la bataille.—Rochambeau demande à Dessalines un armistice.— Dessalines lui répond de fui envoyer un
officier muni de ses pouvoirs —I| traite avec Dessalines.—"Traité de la capitulation du Cap—Adresse de Dessalines aux habitans du Cap, par laquelle il
leur promet protection et sécurité —Rochambeau ne peut”sentendre avec les
cesser le feu. —La garnison de Bréda fait
une sortie; elle est repoussée — Dessalines gagne la bataille.—Rochambeau demande à Dessalines un armistice.— Dessalines lui répond de fui envoyer un
officier muni de ses pouvoirs —I| traite avec Dessalines.—"Traité de la capitulation du Cap—Adresse de Dessalines aux habitans du Cap, par laquelle il
leur promet protection et sécurité —Rochambeau ne peut”sentendre avec les 80 HISTOIRE D’HAÏiri.—( 1803) Anglais.—Doessalines demande si la partie de l'Est ne sera pas aussi évacuée
par les français.—ltéponse que lui fait faire Rochambeau — Conduite généreuse
de. Dessalines envers la garnison de Bréda.—Don de Rochambeau à Capoix, —
Noble réponse de Dessalines au commodore Lorinr qui demande des pilotes
pour pénétrer dans la rade du Cap.—Les français évacuent le Cap.—Hls traitent
avec les Anglais — Dessalimes prend possession du Cap.—Fêètes — Le général
Christophe nommé commandant de larrondissement du Cap— Rochambeau est
fait prisonnier par les Anglais— Exécution des français malades laissés dans
les hôpitaux du Cap.— Le colonel Pourcely assiège le Môle St-Nicolas. — Le
général Noailles évacue cette ville—Fin de la guerre de l'indépendance —Les
indigènes prennent la dénomination d’Haïtiens. — On reproche à Rochambeau
d'avoir évacué le Cap avant d’avoir supporté trois assauts. —Le général Ferrand
évacue Monte.Christ sur Sto-Domingo.— Le département de Cibao se soumet à
Dessalines. — Etat des forces envoyées de France à St-Domingue en 1802 et
en 1803.— Des généraux français qui ont fait partie de l'expédition française,
— Pertes éprouvées sous le général Leclerc, en lespace de neuf mois. Dans le Nord, le général Romain avait déployé tant d'énergie
qu'il était parvenu à détruire le marché que les congos avaient ouvert aux français à la Petite-Anse. Les habitans du Cap ne recevant plus les vivres qui, chaque semaine, affluaient à ce marché,
ressentaient déjà une forte disetie. Au milieu d Octobre , la population de cette ville de 30,000 âmes , et les troupes de la garnison voyaient avec désespoir les magasins dégaruis de farine, de biscuits
et de salaisons. Quant à la viande fraîche, on n'en mangeait qu’à
la table de l'état-major et chez une douzaine de négocians qui
payaient au poids de l'or à quelques congos audacieux un veau, un mouton ou un cabri. Le commissaire Hubert, chargé du service des approvisionnemens, annonça au général Rochambeau qu'il n'y avait dans
les magasins de l'Etat que 299 barils de farine pesant 53,871 livres; 9,082 livres de légumes secs; 24,676 livres de beurre, mantègue ou sain-doux; 32,043 pintes de vin; 107,845 pintes de vinaigre. Ce fut alors qu'on apprit au Cap l'évacuation du Port-au Prince.
Aussitôt beaucoup de citoyens et de militaires proposérent au capitaine-général Rochambeau d’évacuer sur Sto Domingo, avant Flarrivée de Dessalines. Mais une armée de cinq mille hommes de
troupes de ligne et de mille gardes tu , eût-clle pu , suivie
de nombreux ‘malades, traverser pluS®de cent lieues de plaines
107,845 pintes de vinaigre. Ce fut alors qu'on apprit au Cap l'évacuation du Port-au Prince.
Aussitôt beaucoup de citoyens et de militaires proposérent au capitaine-général Rochambeau d’évacuer sur Sto Domingo, avant Flarrivée de Dessalines. Mais une armée de cinq mille hommes de
troupes de ligne et de mille gardes tu , eût-clle pu , suivie
de nombreux ‘malades, traverser pluS®de cent lieues de plaines et de montagnes, sans cesse harcelée par 12,000 hommes aguerris et disciplinés. L'armée française retardée dans sa marche par une
foule éperdue de femmes, ri instant dans des embuscades, n'eut’ pas atteint St.Yague. Elle eut
été exterminée par les généraux Romain , Capoix, Clervaux et
Christophe. Rochambeau qui ne perdit jamais l'espoir de conserver le Cap à la France, et dont l'intrépidité grandissait, dans. le danger repoussa ces conseils d'évacuation sur Sto.Dominga
comme enfantés par l'égarement de la peur, ; SA de vieillards et d'enfans, tombant à . Le ) HISTOIRE D’HAITI.—(1808) 81 Aussi se détermina-t-il à approvisionner la ville par tous les
moyens possibles. Les navires américains, au lieu d’entrer au
Cäp ou au Môle , allaient trafiquer avec les indigènes aux Gonai: . Ves!, à St Marc, à l'Arcahaie, à Jérémie. Les américains étaient satisfaits des malheurs des français à St. Domingue; ear depuis l'arrivée de l'expédition sous les ordres de Leclere, ïls avaient perdu
tous les” avantages commerciaux dont ils jouissaient sous Toussaint
Louverture. Le général Noailles, croisant à la pointe du Môte St.
Nicoläs, contraignait , d'après les instructions qu'il avait reçues
de Rochambeau , Ha plupart des navires américains qui pénétraient
dans la baie de la Gonmave, d'entrer dans le port du Môle. Il envoyaii au Cap, par le cabotage , les comestibles dont ces bâtimens se
trouvaient chargés. Au 23 octobre , il avait fait parvenir au Cap 544
barits de farine, pesant 61,920 livres, et 59,255 livres de ne
cuit. Mais comment payer ces marchandises ? les caisses de l'Etat étaient
vides ; Rochambeau et ses agens les avaient pillées. Ces dilapidations avaient éteint le patriotisme des riches citoyens qui nese pres-.
saient pas d'accourir au secours du gonvernement. Rochambeaurfit
publier un emprunt forcé de 800, 000 franes sur la ville du Cap.
Huit négocians blancs, millionnaires d’ après la voix publique furent
taxés, chacun à 33,000 francs, par le capitaine général lui-même qui
leur promit des récépissés négociables sur le trésor de la métropole.
Le conseil des notables taxa les autres citoyens proportionnément à leurs fortunes. Les huit négoctans étaient dans l'obligation
de verser au trésor public, sous péine de mort, chacun 33,000 frs.
Cinq refusèrent de payer, les citoyens Allard, Hardivilliers, Brassier, "Wantron et Fédon. [ls furent emprisonnés. Rochambeau,
ayant appris que Wantrou possédait une fortune bien au-dessous de.
celle quon lui attribuait , réduisit sa contribution et le fit metire en
hberté. Allard, Brassier et Hardis illiers, effrayés de la mort qui les
public, sous péine de mort, chacun 33,000 frs.
Cinq refusèrent de payer, les citoyens Allard, Hardivilliers, Brassier, "Wantron et Fédon. [ls furent emprisonnés. Rochambeau,
ayant appris que Wantrou possédait une fortune bien au-dessous de.
celle quon lui attribuait , réduisit sa contribution et le fit metire en
hberté. Allard, Brassier et Hardis illiers, effrayés de la mort qui les Minenaçait, se hatérent de payer. Quant à Fédon, ïl refusa obstinément de se soumeitre à l'arrêté du capitaine général. L'adjudantgénéral. Néraud, alors commandant de la place, commanda aussitôt, par
les ordres de Roc hambeau , de le faire fusiiler. L'ordonnateur Perraud
“apprit que cet infortuné n'avait pas en caisse la somme de 33,000
Mfrancs. Il se rendit auprès de Rochambeau et lui annonça que les
citoyens Renouard ei Stransant, membres du conseil des notables,
s'étaient entendus pour réunir la somme que devait Fédon. ‘Alors
ladjudant-général Néraud donna un second ordre ainsi conçu : « Sr,
< dans une heure, les six mille gourdes ne sont pas versées au trésor ,
« le Rem Fédon sera fusillé, conformément aux ordres du général en
« chef. » | |
Pendant cet intervalle, Rochambeau , indigné qu'on eût osé résister à ses volontés, où voulant, par la mort de Fédon , terrifier ceux
82 HISTOIRE D'HAITI 1803) qu’il appelait des angloman, ordonna de hâter l'exécution. Fédon
s'était toujours énergiquement prononcé contre le système du capitaine-général. Rochambeau le soupçonnait , sans raison, d’avoir incité, en Novembre dernier, Clausel, Thouvenot et Magnytot à conspirer contre lui. Le chef d'escadron Colbert, commandant de la
gendarmerie du Cap, lentraîna à deux portées de fusil du palais
national , et le malheureux reçut la mort le 3 Brumaire an XIT, à
neuf heures du matin , (26 Octobre 1803.) Quand les citoyens Renourd et Stransant se présentérent au bureau de la place, avec les
6000 gourdes, l’adjudant-général Néraud leur apprit la mort de Fédon. Cette exécution plongea la ville du Cap dans une profonde
consternation. Fédon, homme de probilé, était généralement estimé.
Cependant l’armée demeura convaincue qu'il avait été un conspira:
teur. Tels sont les crimes qui naissent du régime de l'arbitraire.
Rochambeau oubliant que la force sans le droit est finalement ims
puissante, se livrait à toutes sortes de violences, en excitant les
soldats qu'il avait égarés contre les honnêtes citoyens.
ville du Cap dans une profonde
consternation. Fédon, homme de probilé, était généralement estimé.
Cependant l’armée demeura convaincue qu'il avait été un conspira:
teur. Tels sont les crimes qui naissent du régime de l'arbitraire.
Rochambeau oubliant que la force sans le droit est finalement ims
puissante, se livrait à toutes sortes de violences, en excitant les
soldats qu'il avait égarés contre les honnêtes citoyens. Le drapeau français flottait encore au Cap et au Môle St. Nicolas.
Tous les autres points de l’ancienne partie française étaient au pouvoir
des indépendans. Le Cap renfermait dans son sein 5,000 vétérans,
les débris de l’armée expéditionnaire. Rochambeau avait l'espoir de
conserver à la France cette position importante ; 11 attendait de nouvelles forces pour reconquérir les villes qu'il avait été contraint d’abandonner à la liberté. Un grand nombre de jeunes ofliciers qui
admiraient son courage, attendaient avec impatience l'occasion de se
couvrir de gloire. Hérissé de forteresses, le Cap présentait un front
si formidable que Rochambeau, plein de sécurité, ne croyait pas
que les indigènes pussent oser venir encore l'y attaquer. Il ne redoutait que la famine: le port était toujours bloqué par le commos
dore Loring, et presque tous les bâtimens qui tentaient de forcer la
ligne anglaise étaient capturés. Plusieurs forts s'élevaient sur le plateau du haut du Cap, et me- : naçaient d'anéantir l'ennemi qui tenterait de s'approcher de la ville.
Le fort Bréda, armé de huit pièces de canon, se dressait, à une
lieue de la place, sur une éminence qui dominait le chemin du Portau Prince. Il renfermait 600 grenadiers sous les ordres du chef de
bataillon Péjot. A un mille plus loin, vers la ville, s'élevait sur un.
mornet le fort Vertières, baïigné, dans la saison des pluies , par les eaux
de la ravine Charrier. Douze pièces faisaient le tour de ses remparts. La
Ale légère en formait la garnison. La ville était en outre protégée par
les forts Champin, Pierre Michel, de l'Hôpital et de Bélair. De toutes
parts. l'on découvrait, au milieu de vastes champs que la guerre avait
ravagés ,des murs noircis par les flammes, quelques touffes de campêches, et de nombreux ossemens demeurés sans sépulture. Entre
Breda et Vertières s'étendait une grande allée de chènes et de palÈ HISTOTRE D’HAITI. —(1803) | 83 miers. C'était là que les français se livraient aux exercices de la
course et aux évolulions militaires. Rochambeau, dans son brillant palais, entouré de baïonnettes et
de canons, se croyait dans une position inexpugnable. A le voir se
livrer aux plus douces jouissances, énivré dans Îles bras de voluptucuses créoles, on eût été tenté de croire qu'il oubliait que sa couche
était sur le cratère d’un volcan qui devait bientôt engloutir tout ce
qui portait le nom français
course et aux évolulions militaires. Rochambeau, dans son brillant palais, entouré de baïonnettes et
de canons, se croyait dans une position inexpugnable. A le voir se
livrer aux plus douces jouissances, énivré dans Îles bras de voluptucuses créoles, on eût été tenté de croire qu'il oubliait que sa couche
était sur le cratère d’un volcan qui devait bientôt engloutir tout ce
qui portait le nom français Pendant cet intervalle, Dessalines ne laissait pas se ralentir l'ardeur
de ses troupes. Après “eur avoir accordé onze jours de repos au
Port au-Prince, il leur annonça son projet d'aller attaquer le Cap.
Il partit de la plaine du Cul-de Sac le 28 Vendémiaire, an XII (21
Octobre 1803), après avoir confié au général Pétion le commandes
ment de la seconde division de l'Ouest. Le 8 Brumaire (31 Octobre),
la 3e demi brigade, la 4e, la Afe et la 20e partirent de la PetiteRivière de l'Artibonite, et atteignirent les Gonaïves au milieu de la
nuit. Le lendemain, Dessalines les passa en revue. Le même jour
elles partirent pour le carrefour du Limbé, où devaient se réunir
toutes les troupes d'élite du Sud, de l'Ouest, de l’Artibonite et du
Nord. Mais la division du Sud, sous les ordres du général Geffrard,
n'atteignit pas même le Port au-Prince. Dés qu'elle arriva au GrandGoûve, on apprit qu'une révolte venait d'éclater dans les mornes de
Jaemel, contre l'autorité de Dessalines. Le g'néral Pétion ‘en avisa
le général en chef qui ordonna à Geffrard d'aller lPétouffer, et d’occuper ensuite les campagnes de Jacmel jusqu'à la fin de la campagne
- entreprise contre le Cap. Geffrard pénétra dans les mornes de Jacmel, dispersa les révoltés peu nombreux, et arrèta leurs principaux
chefs qui étaient d'anciens partisans de Lamour Dérance. L'ordre
fut rétabli de toutes parts. “Le 14 Brumaire (6 Novembre } Dessalines, aeconipagné de trois escadrons, arriva au carrefour du Limbé. Le temps était affreux ;
. depuis plusieurs semaines, les pluies n'avaient cessé de tomber avec
abondance. L'armée fut contraiute de s'arrêter, ‘Le 23 Brumaire,
(15 Novembre) elle reprit sa marche, et atteignit le Morne-Rouge.
Dessalines établit son quartier général sur Flhabitation Lenormand.
Là se réunit toute l'armée qui devait assiéger le Cap. Elle était forte
“de, quinze demi-brigades d infanterie, et de trois escadrons fournissant
27,000 hommes. Gabart était à la tête de la 3e, de la 41e, de la
206 et de deux bataillons de la 4e. Le général Jean Philippe Daut
commandait la 40e, et le 3e bataillon de la 4e composé de l'élite de
la jeunesse du Port-au Prince. Clervaux, le plus ancien des généraux
dé l'armée, était à la tête de la 6e. Christophe, ayant sous ses
ordres Le général Romain ; commandait a 1ère et la 12e,
Capoix la mort était à la tête de deux bataillons de la 9e du Portde-Paix; et les troupes de Léogane, de Jacmel, @t au Petit Goàve,
de la 4e composé de l'élite de
la jeunesse du Port-au Prince. Clervaux, le plus ancien des généraux
dé l'armée, était à la tête de la 6e. Christophe, ayant sous ses
ordres Le général Romain ; commandait a 1ère et la 12e,
Capoix la mort était à la tête de deux bataillons de la 9e du Portde-Paix; et les troupes de Léogane, de Jacmel, @t au Petit Goàve, «st 81 | HISTOIRE D’HarTi.—(1803) composant les 21e, 22e, 93e, et 24e, étaient sous les ordres de
Cangé. Les 14e et 7e élaient commandées par Vernet. F Autour de Dessalines étaient rangés les dragons de la plaine de . PArtibonite, armés de longs sabres, et la tête chargée de vieux casques ombragés de panaches verts. Le colonel Charlotin Marcadieux et les chefs d'escadron Paul Prompi et Bastien les commandaient. Nos soldats de pied bien armés avaient, depuis la prise du Portau Prince, des munitions en abondance. Mais ils étaient presque nus:
Ils portaient des havresacs de peau de chèvre, des besaces pour gibernes, et des chapeaux de paille. La plupart des sous-ofliciers sans
habits ni chemises, avaient à la tête les: marques de leurs grades.
La 9e. du Port-de-Paix était le seul corps qui fût convenablement
habillé. Elle avait trouvé à la Tortue un dépôt considérable de vètemens de troupes. Quant aux généraux, 1ls étaient tous couverts
d’or. Nos soldats amaigris par des marches foreces, aguerris par
mille combats, les lèvres chargées d'épaisses moustaches noires ,
offraient un aspect terrible; el si la discipline qui régnait souveraine
dans l'armée n'avait établi un ordre parfait dans les rangs, on eût
pu les prendre pour des hordes de brigands. Ils étaient loin deposséder cette tactique curopéenne qui lérrasse souvent le courage
le plus brillant ; mais l'amour de la liberté et de l'indépendance,
la haine profonde qu'ils avaient vouée à leurs oppresseurs, les conduisaient joyeux au combat et les rendaient invincibles. Ils allaient
porter le dernier coup à la puissance coloniale ; la prise da Capde:
vait les affranchir à tout jamais de la métropole, et ils avaient juré
de vaincre ou de mourir. L'enthousiasme éclatait sur leurs wvisages, et les chants de liberté retentissaient dans les campagnes: Dessalines, éntouré des braves qui composaient son état-major, «était
joyeux de là gaieté de l'armée. 11 lui montrait le Cap comme le
terme de ses fatigues, et le dernier refuge des monstres qui s'étaient
baignés dans le sang indigène. Un roulement général “de tambours remplit le camp d'un bruit
prolongé; un profond silence s'établit; il parcourut les rahgs, et
les troupes, partant du Morne Rouge, défilèrent sous ses yeux.
Dessalines apprit que Rochambeau ne se doutait nullement de ses
projets audacieux. Il résolut, avani d'attaquer les forts Bréda et
Vertières , élevés le long de la grande route, d'envoyer les généraux
Christophe et Romain s'emparer de la Vigie qui domine le Cap, du :
côté opposé. Cette manœuvre hardie avait pour but d'empêcher Ro=«
ehambeau menacé du côté de la Vigie , d'envoyer des troupes au
secours de Bréda et de Vertières.
lement de ses
projets audacieux. Il résolut, avani d'attaquer les forts Bréda et
Vertières , élevés le long de la grande route, d'envoyer les généraux
Christophe et Romain s'emparer de la Vigie qui domine le Cap, du :
côté opposé. Cette manœuvre hardie avait pour but d'empêcher Ro=«
ehambeau menacé du côté de la Vigie , d'envoyer des troupes au
secours de Bréda et de Vertières. Christophe, à la tête des 1re et 2e, après avoir enlevé plusieurs postes
ennemis, annonça, le 47 Novembre, à Dessalines, qu il-attendait , pour
s’efforcer d'atteindre le sommet de la Vigie qu’ on commençât l'atta- | - que de Brèda. Il était midi. Dessalines mouté sur un cheval plein” HISTOIRE D'HAITI.— (1802) 85 de feu, accompagné d'un inpéRIeU, s’approcha du fort Bréda, et
Losihaini avec la-plus scrupuleuse attention : un fcs5é l'entourait et
entre ce fossé et les remparts s'élevait une haie impénétrable d’aloës
etd'autres plantes épineuses entrelacées de fortes lianes. Les français” qui Pavaient laissé s'approcher sans obstacle, lui lancèrent, pendant qu'il se retirait, une grèle de balles, sans l'atteindre. Dans là nuit du 25 au 26 Brumaire (17 au 18 Novembre }, il confia le commandement de l'avant garde à Capoix, le plus intrépide
de nos génér aux, avec ordre, dès que l’action commencerait, d'aller en
avant et de ne s'arrêter qu'à là barrière Bouteiile, * dût il périr avec toute la De. deum brigade, sous les feux des forts qui dominaient le chemin. Cette manœuvre qui sera en partie exéculée par Capoix améënera
la capitulation du Cap. Le général Clervaux fit dresser, à 200 toises
de Bréda, une bätterie:d’un ob: ister de 6 pouces, d' une p'èce de 4
ét d'une pièce de 8, dont le commandement fut confié à deux artlleurs
Zénonet Lavelanet. Dans la même nuit, Dessalines fit dresser des
retranchemens autour de Vaudreuil, non loin de Vertières. I forma _ le corps de réserve destiné à demeurer auprès de lui, ces deux
premiers bataillons de la 4e, de la 8e, et de la 20e. Le 26 Brumaire
(18 Novembre 1803), à la pointe du jour, le général Clervaux or_ donna” de commencer l'attaque. Les français battaient la diane dans
le fort. Un boulet afla se fixer dans les remparts de Bréda. Aussitôt les forts répandirent la mort de toutes parts dans les rangs in-
demeurer auprès de lui, ces deux
premiers bataillons de la 4e, de la 8e, et de la 20e. Le 26 Brumaire
(18 Novembre 1803), à la pointe du jour, le général Clervaux or_ donna” de commencer l'attaque. Les français battaient la diane dans
le fort. Un boulet afla se fixer dans les remparts de Bréda. Aussitôt les forts répandirent la mort de toutes parts dans les rangs in- -dhigènes. Déjà une foule de nos arulleurs êètaient abattus, et.
potre batterie fut démontée. Aussitôt le général Rochambeau sortit
“du Cap, à la tête de sa garde d'honneur, et vint s'établir près du
blockaus de Vertières. En mème temps les généraux Christonhe et
mers descendant de la Vigie, s'emparaient au pas de charge de position de Destaing € refoulaient les français dans la place.
rois saperçul que les divisions Gabart, Vernet et Cangé, l'arme
aux bras dans le grand chemin, se trouva ient exposées au feu le plus
meurtrier de Pierre Michel qui dominait toutes les autres fortifications. Il se détermina à tourner Bréda, à l'attaquer bar derrière,
et à assatilir en mème temps toules les positions qu'oceupait l'ennemi. Par cette manœuvre 1l devait affaiblir le feu des français et
empêcher de se diriger sur un seul point. Il envoya aussitôt l'ordre
au général Capoix qui suivait audacieusement la grande route du
Cap, de changer de direction, et d'aller s'emparer dela butte de
l'habitation Charrier qui dominait Vertières. Ilexistait au centre du
plateau un ravin que traversait en face du fort Vertières un petit pont
à-moilié brisé. Entre ce pont et le fort s’élevaient des barricades
au dessus desquelles étaient braquées contre l’armée indigène quatre
pièces de canon. Pour atteindre Charrier, Capoix devait en lon:
audacieusement la grande route du
Cap, de changer de direction, et d'aller s'emparer dela butte de
l'habitation Charrier qui dominait Vertières. Ilexistait au centre du
plateau un ravin que traversait en face du fort Vertières un petit pont
à-moilié brisé. Entre ce pont et le fort s’élevaient des barricades
au dessus desquelles étaient braquées contre l’armée indigène quatre
pièces de canon. Pour atteindre Charrier, Capoix devait en lon: m* Entrée du Cap. HISTOIRE D'HAITI, =— (1803) geant le ravin passer sous le feu de cette batterie. Quand il arriva
vis à-vis du pont, il fut accueilli par un feu si vif que les soldats
des 9e, 7e, et 44e, qui formaient l'avant garde chancélérent. Capoix
qui n'avait jamais fui devant les français, releva par+son audace le
courage de ses grenadicrs, et leur fit entendre sa voix terrible :
« Hl faut, mes braves, vous rendre maîtres de cette butte; le salut
« de l'armée en dépend; en avant! » Les grenadiers de la 96s’éJancèrent avec rage au devant de la mort. Mais l’artillerie française,
bien servie, les culbuta par de vives déeharges. La 9e jetaun peu
de désordre dans les rangs de la 7e, et de la 14e qui se replièrent
sur le quartier général. Dessalines lança contre Vertières les 3e, 11e
20e demi brigades qui furent à leur tour horriblement maltraitées.
Capoix bouillant de rage ramena ses soldats au éombat; bravant la
mort au premier rang, il arrêta l'élan des français qui déjà avaient
franchi le ravin poursuivant les indigènes la baïonnette aux reins.
Le combat se rélablit; mais la mitraille faisait de grands ravages dans
nos rangs, et les soldats les plus intrépides de la 9e étaient renversés.
Capoix fit un dernier effort. Monté sur un cheval richement eaparaçonné, il s'élança de nouveau plein d'ardeur contre le fort.* Ses
soldats le suivent; ils sont repoussés; il s'indigne; il les exhorte à
le suivre encore; il jure d'enlever la batterie; ses grenadiers atteignent les barricades; mais ils tombent sous la mitraille et la fusillade. Un boulet renverse son cheval; l'intrépide général tombe ;
mais il se relève aussitôt, marche, et s’écrie : en avant! en avant 4
La foudre éclate, son chapeau garni de plumes est enlevé; nos rangs
s'éclaircissent , et la 9e. est arrêtée au bord du ravin. D: grandes
acciamalions retentissent du eêté de l'habitation Vertières; L'on distingue les cris de bravof bravo! sortant des rangs de la garde
d'honneur de Rochambeau spectatrice du combat, Un roulement se
fait entendre ; le feu des français cesse, et un cavalier se présen-
{ant devant le pont dit aux indigènes : « Le capitaine gé-
« néral Rochambeau envoie son admiration à lPofficier général qui
« vient de se couvrir de tant de gloire. » Le hussard français se
retira et le combat recommença avec une nouvelle fureur. Les détonnations mullipliées du canon se prolongeatent au fond des bois.
ur de Rochambeau spectatrice du combat, Un roulement se
fait entendre ; le feu des français cesse, et un cavalier se présen-
{ant devant le pont dit aux indigènes : « Le capitaine gé-
« néral Rochambeau envoie son admiration à lPofficier général qui
« vient de se couvrir de tant de gloire. » Le hussard français se
retira et le combat recommença avec une nouvelle fureur. Les détonnations mullipliées du canon se prolongeatent au fond des bois. Dessalines s'aperçut que s'il ne s’emparait pas de la butte Charrier
le succès de la journée lui échapperait. En se rendant maître de cette
position, il*avait l'espoir de débusquer Rochambean de la buttede
l'habitation Vertières, et d'ouvrir à Capoix le chemin dela barrière
Bouteille. Capoix , depuis le commencement de la journée , contenait l'ardeur
des français au pont du fort Vertières. S'il avait fléchi un moment
l'armée indigène eut été chassée du plateau du hout du Cap. Dessalines
demanda à Gabart si, en s'emparant de Charrier , il ne serait pas
certain de la victoire. Gabart lui fit observer que les troupes en HISTOIRE D'HAITI.—(1603) 87 passant sous le feu croisé des forts Bréda , Vertières, et Pierre Michel, -
s'exposeraient à être anéanties. Je veux, s'écria Dessalines, que le
drapeau indigène flotte avant une demi-heure sur le sommet de
Charrier , dussé-je voir disparaître numéro par numéro tous les
corps de l'armée ; je veux que vous passiez l'arme aux bras sous
la mitraille des forts. Qui eût pu arrêter l'élan de ces nombreuses
colonnes de troupes exaltées par celte énergique détermination de
Dessalines. Les français avaient, depuis plusieurs mois, désarmé la
butte Charrier. Ils étaient loin de se douter que les indigènes pussent concevoir le bardi projet de se rendre maîtres de cette position
protégée par Vertières. Le soleil était déjà brûlant ; et les baïonnettes «le a garde de Rochambeau étincelaient au delà du ravin. Hi
y aval trois heures que l'on se battait avec acharnement sur tous
les points.
nergique détermination de
Dessalines. Les français avaient, depuis plusieurs mois, désarmé la
butte Charrier. Ils étaient loin de se douter que les indigènes pussent concevoir le bardi projet de se rendre maîtres de cette position
protégée par Vertières. Le soleil était déjà brûlant ; et les baïonnettes «le a garde de Rochambeau étincelaient au delà du ravin. Hi
y aval trois heures que l'on se battait avec acharnement sur tous
les points. Pendant que Capoix faisait des prediges de valeur au pied du fort
Mertières entouré de cadavres, le général Gabart armé d’un fusil,
et le général Jean Philippe Daut, suivis tous les deux d'un bataillon
de la 10e. et des jeunes soidats du Port-au-Prince qui formaient le 3e.
bataillon de la 4e, s'élancérent dans la magnifique allée qui s'étendait
le long du ravin de Vertières. Les français voulant anéantir la colonne, dirigèrent contre elle tous leurs coups. Des lignes entières
sont enlevées ; mais elle avance au pas de charge , sans être ébranlée, fière, au milieu de la mitraille, des boulets et des balles. Le
vide qui se fait dans les rangs est aussitôt rempli par des soldats
qui démontrent le plus grand mépris de la mort. Ce feu ne put arrè:
ter les deux bataillons qui marechaient au travers de grands arbres
renversés et de cadavres indigènes. Eufin nos baïonnettes brillèrent
avec éclat au sommet de Charrier, et .nos soldats répondirent
aussitôt au fort Vertières. Mais notre fusillade se tut bientôt sous
le feu nourri des français. A était onze heures. Christophe qui
avait établi une batterie au sommet de la Vigie eanonnait le Capavec
une prodigieuse activité. On entendait sans interruption les détonnations de l'artillerie et les décharges de la mousqueterie.-L'atmosphère était chargée d’une épaisse fumée sans cesse déchirée par les
obus et les bombes qui éclataient dans Fair et venaient répandre
la mort à Charrier et au quartier-général. Dessalines assis. sur une
large pierre, donnait ses ordres, el semblait jouir de ce magnifique spectacle. Il s'aperçut que Rochambeau, à la tête des grenadiers
de sa garde, changeait de position. Craignant qu'il n'allät débusquer Gabart et Jean Philippe Daut de la butte Charrier , il ordonna
à Clervaux d'aller les renforcer , à la tête dela Ge. Cette demi brigade
halteignit Charrier qu'après avoir éprouvé des perles considérables.
Rochambeau, voyant Capoix sur le point de forcer le passage que » défendait le fort Vertières , ne crut pas devoir donner assaut à la
butte Charrier : Capoix aurait pu , en s'élançant dans la savane 35 - HISTOIRE D’HAiTI.= (1808) Champin, l’attaquer en queue et lui couper toute retraite sur Île
Cap. Il fit établir au milieu de la savane une pièce de 46 qui
joua activement contre Charrier. Malgré le feu soutenu des forts,
Dessalines fi aussitôt transporter par des canonniers une pièce de
4 au sommet de Charrier. Elle ne tarda pas à démonter: la pièce
de 16 que venaient d'établir les français. La cavalerie de la garde
d'honneur de Rochambeau forte de 209 hommes se tenait immobile
non loin du grand chemin, entre Vertières et Champin, spectatrice de la bataille.
de 46 qui
joua activement contre Charrier. Malgré le feu soutenu des forts,
Dessalines fi aussitôt transporter par des canonniers une pièce de
4 au sommet de Charrier. Elle ne tarda pas à démonter: la pièce
de 16 que venaient d'établir les français. La cavalerie de la garde
d'honneur de Rochambeau forte de 209 hommes se tenait immobile
non loin du grand chemin, entre Vertières et Champin, spectatrice de la bataille. Sur le sommet étroit du tertre de Charrier étaient réunies les 4e.,
Ge. et 10e. demi brigades. Quatre généraux soutenaient -le courage
des soldats.que foudroyaient sans cesse les canons de Vertières. Un
space de 200 pas s’étendait entre ees deux positions. La fusillade:
des indigènes recommença , et la pièce établie sur la butte Charrier
joua vigoureusement. Le général Clervaux, armé d'un fusil, sortait
souvent des rangs, malgré les instances des soldats, pour euvoyer
la mort aux français. L’adjudant-général Gérard, de son état-mayor,
lorsqu'il allait demander des ordres à Dessalines, au quartier général, passait avec la plus grande gaité sous le feu de Vertières. Gabart
et Jean Philippe Daut excitaient l'admiration des soldats par leur
sang-freid. Les boulets et des bombes tounant avec un horrible
fragas avaient éerasé la maison de Charrier. Il ny eut plus aucun
abri contre les projectiles. Clervaux ordonna aux soldats de faire
des élévations de terre contre la mitraille. Le général Jean Philippe
Daut, dont le costume brillant attirait les coups de l'ennemi, sortit aussiÔt des rangs , et traça avec la pointe d’une baïonnette la ligne des
retranchemens, sous des milliers de balles qui pleuvaient autour de
lui. Toutes les troupes se mirent à l'ouvrage et malgré la mitraille
des français les travaux furent achevés en moins d'une heure. Auraient-ils pu ne pas vaincre, ces braves, quand de tels généraux les
guidaient au combat. Un caisson sauta dans l'enceinte de Vertières. L'expiosion fut si
forte que les français furent contraints de sortir du fort rempli de
fumée, avec deux pièces de canon. Aussitôt Jean Philippe Daut
descendit pour les combattre. Il rencontra un bataillon inébranlable
contre lequel il fitde vains efforts ; il fut repoussé. Pendant que le
désordre régnait dans Vertières par l'explosion du caisson, Dessalines
pensa quil pourrait par une brillante charge de cavalerie s'ouvrir un passage vers la barrière Bouteille. Il fit appeler Paul
Prompt , un des cavaliers les plus intrépides de l'Artibonite.
Celui-ci, la tête chargée d’un casque brillant, se présenta devant
le général en chef, et le salua en inclinant la pointe de son sabre.
« Paul Prompt, lui dit Dessalines, il faut que dans quelques minutes,
il n y ait pas un seul blanc hors du fort, ou que j apprenne ta mort.»
Un escadron sortit du quartier-général, au son des fanfares, et fondit
appeler Paul
Prompt , un des cavaliers les plus intrépides de l'Artibonite.
Celui-ci, la tête chargée d’un casque brillant, se présenta devant
le général en chef, et le salua en inclinant la pointe de son sabre.
« Paul Prompt, lui dit Dessalines, il faut que dans quelques minutes,
il n y ait pas un seul blanc hors du fort, ou que j apprenne ta mort.»
Un escadron sortit du quartier-général, au son des fanfares, et fondit [en] _— HISTOIRE D’HAITI 1603) 89 PaulPrompt au premier rang , sur le carré que formaient les français.
- Chaque capitaine, à la tête de sa compagnie , attaqua séparément.
Les français furent assaillis de toutes parts; mais ils demeut raient
inébranlables. Leur première ligne, genou en terre, -présentait la
baïonnette , pendant que les deux autres faisaient un feu des plus
meurtriers. Nos dragons venaient expirer contre ce rempart de fer
et de feu. Par intervalles les rongs ennemis s'onvraient et la mitraille
les repoussait au loin. De nombreux chevaux remplissaient le ravin
du côté du pont brisé près de la barrière de Vertières. Paul
Prompt rallla ses cavaliers ; et malgré les obstacles que des chariots renversés présentaient dans le. chemin, il se préeipita de nouveau contre le carré avec une si vive HnpétuOsité que les français furent
ébranlés. Alors Dessalines, voyant à ses côtés le commandant Domi.
nique , lui dit : « Dominique, je L'ai Ôté ton bataillon à cause de ta
faiblesse dans diverses actions ; eh bien ! voici l'occasion de t'illustrer
et de regagner mon estime; charge avec vaillance, je te rendrai ton
bataillon.» Dominique se précipite sur les français, pousse son cheval
jusque sur les baïonnettes, et reçoit la mort dans les rangs ennemis.
Les dragons animés par l'exemple de Paul Prompt attaquent le carré
avec une espèce de rage. Des chevaux se cabrant sur les baïonnettes
de la première ligne ouvrent un pâssage, et les français mis en désordre et sabrés rentrent dans le fort rempli de fumée. Paul Prompt
emporté par son bouillant courage pénètre dans les fossés où il reçoit
la-mort. Alors la cavalerie, vivement mitraillée par les canons du
fort, est eulbutée; elle se replie sur la 9e dont elle traverseles rangs,
et rentre au quartier général avec le corps de son chef. Dessalines
se montra affligé de la mort de Paul Prompt,. La Te rangés en bataille à 100 pas du fort Vertières, et ayant à sa: tête Guerrier, son
colonel, supportait héroïquement le feu des français, depuis le commencement de l'action. Après l'explosion du caisson elle s’élait encore approchée du blockaus. Quand le feu se ralentissait de part et d'autre, les soldats français -
emvoyaient des injures aux indigènes qu'ils appelaient brigands. Le
commandant de Vertières se promenait autour des remparts, et animalt ses grenadiers en agitant son sabre. Il adressait la parole à
Clervaux quand celui ci eut une épaulette emportée par un coup de
mitraille. Vers les quatre heures de l'après-midi lasfumée de la poudre
devint si épaisse que les combattans cessérent presque de se voir.
Le général Vernet, se tenant à la tête desa division, au milieu du
grand chemin, eut un cheval tué sous lui; et le colonel de la 7e
Guerrier * eut un bras fracassé par une balle. Eu même temps
les soldats de la Ge s’aperçurent que des boulets qui semblaient ne
pas sortir de Vertières exerçaient des ravages dans leurs Ris De
fumée de la poudre
devint si épaisse que les combattans cessérent presque de se voir.
Le général Vernet, se tenant à la tête desa division, au milieu du
grand chemin, eut un cheval tué sous lui; et le colonel de la 7e
Guerrier * eut un bras fracassé par une balle. Eu même temps
les soldats de la Ge s’aperçurent que des boulets qui semblaient ne
pas sortir de Vertières exerçaient des ravages dans leurs Ris De LL * Celui qui ,en 1844, fut data Président d'Haïti. 90 HISTOIRE D'HAITI.-— (1803) éclaireurs découvrirent bientôt un bac armé d’une pièce de canon
sur la rivière du hant du Cap. Ils dirigérent sur ce bac une vive
fusillade et les français se retirèrent. Roechambeau voyait la fortune
se prononcer contre lui. L’opiniâtreté des indigènes que le feu meurtrier des batteries n'ébranlait pas, le déconcertait. Il résolut de
chasser nos soldats du tertre de Charrier. Il exhorta ses troupes à
faire un dernier. effort. Sa brillante garde d'honneur s'ébranla. Mais
des chasseurs indigènes avertirent Clervaux de l'approche de l'ennemi.
Plusieurs compagnies de la 3e demi-brigade -furent placées en embuscade dans un bois que devaient traverser les français. Quand
ces derniers pénétrèrent dans la forêt, ils reçurent en flanc plusieurs
vives décharges de mousqueterie qui les contraignirent à rétrograder.
1} était déjà cinq heures de Paprès midi que lacharnement des combattans ne se ralentissait pas. Tout à coup des nuages s'amoncelérent; des éclairs sillonnérent l'espace; le tonnerre gronda. Le feu
continuait toujours. Mais l'atmosphère se chargea d’épaisses vapeurs
ct la pluie tomba avec violence. Le plateau fut inondé des eaux
qui descendaient des mornes ; et le feu ne cessa qu'en dépit des
combattans dont les fusils ne pouvaient plus lancer la mort. La
pluie ne "s'affaiblit qu'au commencement de la nuit. Alors Dessalines,
accompagné du chef de son étal major, l'adjudant-général Bazelais,
et du général Daut Brave, vint à Charrier.. Il était six heures du
soir. Aussitôt les acclamations les plus vives témoignérent lamour
des soldats qui l’entourèrent. L'ivresse de la victoire brillait sur
son front. Il dit au général Clervaux dont une des épaulettes avait
été enlevée, et qui ressemblait à un chef de bataillon: « Glervaux,
« vous êtes aujourd'hui Île commandant de mes généraux. » Les
soldats -indigènes firent éclater des transports de joie quand ils l’entendirent s'informer des blessés. Ces infortunés entassés au milieu
des débris de la maison de Charrier, privés de toutes sortes de
soins, n'avaient cessé, pendant la bataille, de faire entendre des gémissements. Dessalines ordonna de les transporter au quartier général de Vaudreuil.
« Glervaux,
« vous êtes aujourd'hui Île commandant de mes généraux. » Les
soldats -indigènes firent éclater des transports de joie quand ils l’entendirent s'informer des blessés. Ces infortunés entassés au milieu
des débris de la maison de Charrier, privés de toutes sortes de
soins, n'avaient cessé, pendant la bataille, de faire entendre des gémissements. Dessalines ordonna de les transporter au quartier général de Vaudreuil. Les indigènes se montraient gais, quoiqu'ils fussent pressés par la
faim et assaillis par toutes sortes de privations. Les vivres arrivaient
difficilement de l'intérieur; car Jacques Tellier et Cagnet, chefs des
Congos, occupanteles environs du Cap, assassinaient la plupart
des cultivateurs qui se dirigeaient vers le camp indigène: Pour des
grades et un peu d’or que leur avait donnés Rochambeau, ils avaient,
comme on l'a déjà vu, trahi la cause de la liberté: ils combattaient
encore pour un gouvernenrent qui, à la Guadeloupe, à la:Martinique,
avait replongé dans la servitude, de nombreux infortunés qu'un décret éphémère de la Convention avaient émancipés en 1794. Le
général Ya ayou qui leur avait été opposé, dans la montagne, déploya
une aclivité si grande , qu'il arrêta l'élan qu'ils voulaient prendre * HISTOIRE D'HAITI.— (1803) 91 vers le Cap, pendant la bataille. Ils ne tarderont pas à tomber sous
les coups de la vengeance nationale. Dessalines, en se retirant au quartier-général de Vaudreuil, ordonna
à Clervaux d'attaquer de nouveau l'ennemi, le lendemain, au point
du jour. Il se croyait tellement assuré da succès, qu'il ordonna
en outre quon employât toute la nuit à faire des gabions. Il disait
aux officiers qui l'entouraient qu’il pourrait dans la journée du lendemain approcher ses canons de la place. Le commandant de Vertières, ayant perdu ses plus braves soldats, pensa qu'il ne pourrait soutenir, de nouveau ; les formidables assauts de Capoix. Il sortit
du fort qu'il livra aux flammes. La 7e. en prit aussitôt possession.
Pendant qu elle combattait l'incendie, les indigènes des autres
corps 8 écriérent : les blancs prennent Ia fuite; en avant! IR courent après les français; ceux-ci font volte face, s'arrêtent, pointent
leurs pièces et leur demandent avec audace ce qu'ils veulent. Il ne
fut pas tiré un seul coup, de fusil.
ix. Il sortit
du fort qu'il livra aux flammes. La 7e. en prit aussitôt possession.
Pendant qu elle combattait l'incendie, les indigènes des autres
corps 8 écriérent : les blancs prennent Ia fuite; en avant! IR courent après les français; ceux-ci font volte face, s'arrêtent, pointent
leurs pièces et leur demandent avec audace ce qu'ils veulent. Il ne
fut pas tiré un seul coup, de fusil. Les soldats demeurêrent un moment en présence, paraissant se
redouter de part et d'autre. Enfin les français continuèrent leur
marche sans être inquiétés. Dessalines avait envoyé l'ordre de les
laisser- entrer en ville ; car c'eùl été livrer un combat inutile.
grande route du Cap se trouva ouverte ; les indigènes se répandirent
dans la savane CGhampin ; et d'intrépides chasseurs de la 9e. allérent
donner l'alarme jusqu'à la barrière Bouteille , laissant derrière eux le
fort Champin occupé par les français. La je. et la 10e. établirent
sur Le champ des gabions vis-à vis de ce fort. Les soldats de ces
corps apporlèrent d'énormes fagots de bois desséchés auxquels ils
mirent le feu, et les lancèrent contre Champin. Dessalines se proposait de donner assaut à la fortification , à la pointe du jour, s'il
ne réussissait pas à l'incendier. Les troupes qui occupaient Pierre
Michel , profitant de l’obseurité de la nuit, rentrérent au Cap. En
même tonps la garnison de Bréda fil une sortie : mais assatllie par
lès indigènes, elle fut contrainte de rentrer dans la fortification.
Dessalines avait gagné la bataille. Dans cette mémorable journée
les 3e., 4e., Ge., 7e., 9e., 10e. et 14e. demi brigades s'étaient
couvertes de gloire : les autres corps n'avaient donné que faiblement.
Les indigènes comptèrent plus de douze cents hommes tués et deuxmille blessés. Cette victoire qui fut st chèrement achetée produira
un grand résuliat : les français refoulés de toutes parts dans la place,
seront contraints ou de capituler, ou de périr jusqu'au dernier en la
défendant. Rochambeau voyant que les indigènes avaient vaincu tous
les obstacles. qui eussent pu les empêcher d'atteindre les portes de la ville, craignit que le Cap, succombant le lendemain , ne fàt Hvré au
Ç carnage le plus horrible. La garde nalionale, jusqu à présent, se
montrait dévouée à la France; il n'y avait dans la place aucune
conspiration en faveur des indépendans, Rochambeau depuis long62 HISTOIRE D'HAÎTI.— (4809 temps avait éclairei les rangs des citoyens en faisant disparaitre
ceux des noirs et des jaunes qu'animaient d'éncrgiques sentimens.
ant le lendemain , ne fàt Hvré au
Ç carnage le plus horrible. La garde nalionale, jusqu à présent, se
montrait dévouée à la France; il n'y avait dans la place aucune
conspiration en faveur des indépendans, Rochambeau depuis long62 HISTOIRE D'HAÎTI.— (4809 temps avait éclairei les rangs des citoyens en faisant disparaitre
ceux des noirs et des jaunes qu'animaient d'éncrgiques sentimens. A minuit, un officier français se présenta aux avant-postes de l'armée
indigène, et fut conduit auprès de Dessalines auquel il annonça
qu'il était venu demander un armistice de la part de Rochambeau.
Dessalines fui répondit que si un officier , muni des pouvoirs de Rochambeau, relatifs seulement à la capitulation du Cap, était envoyé auprès de iui, il consentirait alors à suspendre les hostilités:
Rochambeau , dès qu'il reçut cette réponse, se détermina à traiter
préalablement avec les anglais qui bloquaient le port ; car les forces
navales françaises étaient si faibles qu'il eût été impossible de songer
à forcer la ligne anglaise. Ces: forces étaient sous les ordres du capitaine de vaisseau Harris officier obseur, qui avait remplacé l'amiral
Latouche Tréville, comme nous l'avons vn. Quant aux amuraux Villaret Joyeuse, Delmothe, Ganthaume, Linois, Magon, le gouvernement
français les avait rappelés depuis longtemps. Le 27 brumaire (19 novembre) à 2 heures après minuit, Rochambeau écrivit au commodore Loring
que, désirant prévenir l effusion-du sang et sauver les débris de l'armée
de St.Domingue, il envoyait auprès de lui te général Boyé et le capitaine de vaisseau Barré, chargés de traiter avec les Anglais Au
point du jour, le général Boyé écrivit à Dessalines que le capitaineé-général Rochambheau le priait de suspendre les hostilités jusqu'à la conclusion définitive: d'un traité qui devait être conclu avec
fes Anglais. Dessalines, qui ne voulait pas perdre les fruits de sa vicioire, craignit que cette démarche de Rochambeau ne fût qu'un piège : les Français qui voulaient embarquer les munitions de. la
place ne cherchatent qu'à gagner du temps. Il répondit à l'officier: Aliez dire au général Rochambheau que ses négociations avec les .
Anglais ne me regardent pas, que ceux c1 font la guerre pour leur comple, el les in digènes pour le leur. Néanmoins je ui accorde une
suspension d'armes ‘Roue la journée ; mais si ce délai expiré ,’rienn est
jé | ARMÉE pe &r-DOMINGUE.
Au quartier-général du Cap, le 27 Brumaire an 12 ‘de la Répub'i ique
française (19 Novembre 1803. ) Le général en chef, à Monsieur le commodsre Loring , Commandant
les forces navales de Sa Majesté Britunnique devant le Cap.
Monsieur, ARE y Pour prévenir l'effusion an sang , et sauver les débris de l'armée de St: Dômingue , j'ai l'honneur de vous envoyer deux oflieiers chargés demes iustructions, à l’effot dus er en accommodement avec vous. Le général de brigade Boyé, chef de l'état-major général, et le capitaine de vaissean
Le général en chef, à Monsieur le commodsre Loring , Commandant
les forces navales de Sa Majesté Britunnique devant le Cap.
Monsieur, ARE y Pour prévenir l'effusion an sang , et sauver les débris de l'armée de St: Dômingue , j'ai l'honneur de vous envoyer deux oflieiers chargés demes iustructions, à l’effot dus er en accommodement avec vous. Le général de brigade Boyé, chef de l'état-major général, et le capitaine de vaissean Barré sont chargés dé vous remettre ma lettre. Je les at choisis pour'avair avantage de traiter avec vous. + J'ai l'honneur d’être aveg da plus haute considération , Monsieur, D. ROCHAMBEAU, ere SR nd nt + D * |
HISTOIRE D'HAITI.— (1808) 98 arrèté entre lui et moi, je reprendrai mes opérations avec la plus
grande vigueur. Dessalines avait transporté son quartier-général au village du Haut
du Cap. À cinq heures de l'après-midi (19 Novembre}, il vitarriver au camp l'adjudant général Duveyrier, chargé des pouvoirs de
Rochambeau pour traiter de fa redditon de la place. Us dressérent :
et signèrent l'acte qui suit: Aujourd'hui 27 Brumaire (49 Novembre 1803 }, l'adjudant-commandant Duveyrier, chargé des pouvoirs du général en chef Rochambeau , commandant l'armée française, pour traiter de la reddition de
la ville du Cap, et moi Jean-Jacques Dessalines, sommes convenus
des articles suivans : Art. 4% La ville d#Cap et les forts qui en dépendent seront remis,
dans dix jours, à dater du 28 présent , au général en chef Dessalines. Art. 2. Les munitions de guerre qui seront dans les arsenaux,
les armes et l'arullerie seront. laissées dans l'état où elles sont présentement. |
- Art: 3. Tous les vaisseaux de guerre et autres qui seront jugés
nécessaires, par le général Rochambeau tant pour le transport des
troupes et des habitans que pour l'évacuation, seront libres de
sorlir au Jour nommé. PRET Art. 4. Les officiers militaires et civils, les troupes compasant la
garnison du Cap, sortiront avec les honneurs de la guerre, emportänt leurs armes ct les effets appartenant à leurs demi-brigades. Art. 5. Les malades et blessés hors d état d'être transportés seront
traités dans les hôpitaux jusqu'à leur guérison. Lis sont spécialement
recommandés à l'humanité du général Dessalines. Art. 6. Le général Dessalines en donnant l'assurance de sa protecbon aux habitans qui resteront dans la place, réclame de la justice
du général Rochambeau la mise en liberté des hommes du pays quelle
que soit leur couleur , lesquels ne pourront sous quelque prétexte que
ce soit être contraints à s embarquer avec l'armée française. Art. 7.\ Les troupes des deux armées resteront dans leurs positions respectives jusqu’au dixième jour fixé pour l'évacuation du Cap.
“Art. 8. Le général Rochambeaü enverra pour süreté des présentes conventions, l’adjudant-commandant Urbain Deveau en échange
duquel le général Dessalines remettra un officier de mème grade. Fait double et de bonne foi, au quartier-général du haut du Cap,
lesdits jour, mois et an précités. à Signé DESSALINES , DuvEYRIER.
resteront dans leurs positions respectives jusqu’au dixième jour fixé pour l'évacuation du Cap.
“Art. 8. Le général Rochambeaü enverra pour süreté des présentes conventions, l’adjudant-commandant Urbain Deveau en échange
duquel le général Dessalines remettra un officier de mème grade. Fait double et de bonne foi, au quartier-général du haut du Cap,
lesdits jour, mois et an précités. à Signé DESSALINES , DuvEYRIER. L'adjudant:général Duveyrier en montant à cheval pour s'enre- +
94 HISTOIRE D'HAITI.— (1803) tourner auprès de Rochambeau, s’aperçut que ses pistolets avaient
été enlevés de ses fontes. Il s’en plaignit à Dessalines qui envoya
l'ordre à tous les chefs de corps de les faire chercher. Le voleur fut découvert et aussitôt fusillé. Duveyrier rentra au Cap avec ses pistolets
qui lui avaient été remis. Dans la nuit qui suivit, Rochambeau ratifia le traité. Dessalines n'en ordonna pas moins au général Clervaux de continuer, sans relâehe, Îles travaux commencés contre Île
fort Champin. «Prenons, disait il, toutes nos précautions contre les
blanes; ils nous ont trop souvent trompés.» Les français qui oceupaient le fort murmurant contre cette infraction du traité, envoyèrent à ce sujet des plaintes à Dessalines. Celuiei leur fit répondre qu'il était naturel qu'on se mit en état de défense. Le 28 Brumaire (20 Novembre }),au point du jour, ladjudant
commandant Deveau vint en otage au quartiér-général du Haut du
Caps Il remit à Dessalines la ratification du traité par Rochambeau.
Dessalines, de son côté , envoya aux français pour sürelé de l'exécution du traité l’adjudant-général Bazelais. | Le général Rochambeau reçut, par le général Bazelais, une adresse
de Dessalines, aux habitans du Cap. N'ayant pas confiance en Îa
loyauté de Dessalines, il ne la fit publier qu'après beaucoup d'hé:
sitations ; mais il était contraint de se soumettre aux rigueurs de
la circonstance. Eile était ainsi conçue: | Quartier général du Haut du Cap, le 27 Brumaire (19 Novembre 1803). Le général en chef de l'armée indigène aux citoyens habitant la ville du Cap.
Citoyens, Etant entré aujourd'hui en négociation avee le commandant en
chef Rochambeau, relativement à l'évacuation du Cap par ses troupes,
celte circonstance me porte, citoyens habitans, à calmer les inquiétudes qui jusqu'à ce jour ont existé parmi vous, car la gucrre qui
se fait n’est pas dirigée contre les habitans de ce pays. J'ai, sans
distinction , donné ma protection, et accordé sécurité aux habitants
de toutes condilions; et en celte occasion, vous me verrez suivre la
même ligne de conduite. La manière avec laquelle les habitans de
chaque quartier, de Jérémie, des Cayes, du Port-au-Prince ont été
accueillis et traités, est pour vous un garant de ma bonne foi et de
mon honneur. Qu'ils restent, citoyens, ceux qui éprouvent de la
répugnance à abandonner le pays; ils trouveront sous mon gouvernement! protection et sécurité; d’une autre part, ceux qui veulent
suivre l'armée française sont libres de le faire,
même ligne de conduite. La manière avec laquelle les habitans de
chaque quartier, de Jérémie, des Cayes, du Port-au-Prince ont été
accueillis et traités, est pour vous un garant de ma bonne foi et de
mon honneur. Qu'ils restent, citoyens, ceux qui éprouvent de la
répugnance à abandonner le pays; ils trouveront sous mon gouvernement! protection et sécurité; d’une autre part, ceux qui veulent
suivre l'armée française sont libres de le faire, - HISTOIRE D’IAITI.—(1808) | 95
J'ai l'honneur d'être, etc. DESSALINES.
j
Le président du conseil , BoisrOND. Pendant cet intervalle, le capitaine Moss, commandant du vaisseau
anglais le Desiré, descendu au Cap, accompagné du général Boyé
et du capitaine Barré, remeltait au général Rochambeau les propositions du commodore Loring et la réponse de celui ci au capitainegénéral. Voici quelles étaient ces propositions que n'avaient pas acceptées
Boyé et Barré': 1.2 Le général Rochambéau et sa garde d'honneur de 4 à 500
hommes évacueront le Cap et seront conduits en France sans ètre
considérés comme prisonniers de guerre; — 2.° La Surverillante et le
Cerf pourront transporter en France le général Rochambeau avec
son état-major et les gens de sa maison. La lettre était ainsi conçue : Bellérophon, Cap français, 19 Novembre 1803.
Monsieur , Je vous informe, d'après la communication qui m'a été faite
par le général Boyé et le capitaine Barré, de votre désir de livrer
le Cap français à S. M. B., que je vous envoie, à cct effet et pour
connaître votre dernière résolution, le capitaine Moss, commandant
du vaisseau de S. M. le Desiré, ee ordre de s FARMER avec vous,
comme 1l convient à la dignité de S. M. B. en cette circonstance.
Je vous fais aussi savorr que mes instructions me commandent d’en- .
voyer les soldats et les officiers français à la Jamaïque, et les ma
lades en France ou en Amérique. Les frais de leur transport seront
d'abord évalués, et garantie en sera donnée par la République française. Les habitans blancs du Cap ne pourront aller à la Jamaïque.
Moïà ce que mes instructions me permettent de conclure relativement à la reddition du Cap. J. Lorinc. “ Rochambeau entra dans une violente fureur après avoir lu eette
lettre. I écrivit au _commodora Anglais la réponse suivante : 96 HISTOIRE D'HAÏTI.—( 1803 ) Au quartier général du Cap, le 28 Brumaire an 12 (20 Novembre
1803.) Le général, en chef de l’armée de St. Domingue, capitaine général de
ladite colonie, commandant les îles françaises sous le vent, A Monsieur le commodore Loring , commandant les forces navales de
S. M. B. devant le Cap. Monsieur, Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de:
m écrire. ns vos propositions sont inadmissibles, je vous
prie de considérer ma lettre précédente comme non avenue. J'ai l'honncur d'être, Monsieur, avec beaucoup de considération , J D. ROCHAMBEAU. Le capitaine-général déclara à ses soldats qu'il aimait mieux périr dans la mer que de se soumettre à l'orgueil anglais.
in même temps, le général Christophe poussail avec vigueur ses
avant-posles dans la gorge de la Providence.
l'honneur de:
m écrire. ns vos propositions sont inadmissibles, je vous
prie de considérer ma lettre précédente comme non avenue. J'ai l'honncur d'être, Monsieur, avec beaucoup de considération , J D. ROCHAMBEAU. Le capitaine-général déclara à ses soldats qu'il aimait mieux périr dans la mer que de se soumettre à l'orgueil anglais.
in même temps, le général Christophe poussail avec vigueur ses
avant-posles dans la gorge de la Providence. Le général Boyé instruisit Dessalines de cette infraction au traité
déjà signé. Ce ne fut pas sans peine que Île général en chef parvint
à arrêter la marche de Christaghe. 11 fut forcé de lui dépêcher coup
sur coup deux officiers porteurs d'ordres très sévères. Enfin les positions que devaient occuper les deux armées jusquau jour de
l'embarquement des français, furent désignées. | L'aljudant-général Bazolais, d'après les instructions qu'il avait
reçues, demanda à tochambeau si, en vertu du traité qui venait
d'être conclu, les français ne seraient pas tenus d'évacuer la ville
de Sto: Domingo. Rochambeau ordonna à Boyé-de'répondre àce
sujet au géuéral Dessalines. Le général Boyé dans une lettre en
date du 28 Brumaire s'exprima sur fa partie espagnole , ainsi qu'il
suit: «Ce territoire ne peut être considéré comme espagnol , puisqu'il a
été cédé à la France par le traité de Bâle, et qu'aucun autre traité posté
rieur n’a abrogé cetie concession faite par le roi Espagne. D'après
ce principe qui ne saurait être contesté, les français qui occupent.
celle partie ue peuvent être considérés ni comme espagnols, ni comme auxillaires d'une puissance étrangère, puisque là tout est français,
territoire, troupes et habitans. » Les troupes tenant directement à l’armée française qui se trouvent dans Ja partie ci devant” espagnole , ne peuvent pas ètre comprises dans la eapitulation signée hier puisqu'elle n ‘a absolument re
port qu'à l'évacuation du Cap. » : _ HISTOIRE D'HAITI.— (1803) 9 Cette réponse basée sur la raison ne fut point repoussée par Dessalines qui en 1805 pénétrera dans la partie espagnole. Mais l’opiniâtreté avec laquelle les troupes françaises et espagnoles défendront
la ville de S°. Domingo, sous les ordres du brave général Ferrand,
fera échouer cette entreprise. On à vu que dans Île traité il n'avait
pas été question de la garnison de Bréda: Rochambeau avait cru
qu'elle avait été passée au fi de l'épée. Elle était à la discrétion
de Dessalines, Mais celui-ci qui admira toujours le courage ne
voulut pas agir envers elle en vaiaqueur impitoyable. Il envoya
dans le fort un parlementaire qui annonça au commandant Pejot
qu'un traité avait été signé la veille entre les français et les indigènes. Pejot répondit à Dessalines qu'il était prêt à se soumettre aux
conditions qu'on voudrait lui imposer; mais il demanda qu'on permit
aux officiers de la garnison de sortir du fort avec leurs armes. Il
termina ainsi sa lettre : Ç | |
oulut pas agir envers elle en vaiaqueur impitoyable. Il envoya
dans le fort un parlementaire qui annonça au commandant Pejot
qu'un traité avait été signé la veille entre les français et les indigènes. Pejot répondit à Dessalines qu'il était prêt à se soumettre aux
conditions qu'on voudrait lui imposer; mais il demanda qu'on permit
aux officiers de la garnison de sortir du fort avec leurs armes. Il
termina ainsi sa lettre : Ç | | « Vous ne devez pas oublier que nous sommes les soldats de la
« République, que nous n'avons pris Îles armes que contre‘les
« tyrans de l'Europe ; et que nous nous sommes levés pour la cause
« Sacrée de la liberté, de la justice et de l'humanité. » Mais Bonaparte qui, déjà ,à un si haut degré, avait excité l'admiration des
français, avait rétabli l'esclavage. Dessalines lui accorda cependant ce qu'il avait demandé. La 11°
légère sortit du fort, drapeau déployé. Elle fut aussitôt cernée de
toutes parts , et mit bas les armes. Dessalines se présenta devant
Pejot et lui remit son épée en lui disant: Vous êtes un brave, je
ne puis vous enlever celte arme dont vous vous êtes si glorieusement Servi. Il permit aux officiers de rentrer au Cap avec leurs
sabres, et aux soldats avec leurs havresacs. Craignant quits ne
fussent attaqués ou insultés en chemin par des soldats indigènes,
il ordonna à une compagoie de la 4e., sous les ordres du capilaine Beuze , de les accompagner jusqu'à la barrière Bouteille. [Ils
rentrèrent au Cap sains el sauts. : Le 50 Brumaire (22 Novembre 1805 } dans l’aprés-midi, pendant
que les indigènes nageaient dans l'ivresse des fêtes de la victoire,
“on. Mit arriver au quartier-général, trois belles cavales richement
caparaçonnées , eonduites en laisse par des écuyers français. Le général Rochambeau qui avait fait demander à Dessäalines le nom du
commandant de l'avant-garde de l’armée indigène, en ervoyait une
à Capoix ; le chef de bataillon Péjot en envoyait une au capitaine
Beure, la troisième était pour Dessalines qui lui mème avait fait
savoir au général Rochambeau qu'il eût à lui donner le plus beau
de ses coursiers. Peu de jours après le commodere Loring envoya, au milieu de la
nuit, des dépêches à Dessalines. Celui.ci, n'ayant pas un seul officier qui
sut l'anglais dans son état-major, se trouva fort embarrassé pour pren98 HISTOIRE D’HAITI.— (1805) dre connaissance des lettres qu'il avait reçues. H apprit peu d’instans
après qu'un soldat de la 4e nommé Dupuy, jeune homme de couleur,
recruté au Port au Prince, parlait et écrivait cette langue. I le fit
aussitôt appeler. Le jeune homme fut au désespoir; il crut quele
général en chef voulait le faire fusiller. H fit ses adieux à ses camarades en leur disant qu'il avait été toujours été bon soldat et qu'il
ne concevait pas quel pouvait être son crime. Dessalines lui présenta
Juirmême les lettres de Loring. Dupuy les traduisit. Le commodore
anglais priait le général en chef des indigènes de lui envoyer des
pilotes pour qu'il pût entrer dans Ja rade du Cap, capturer les vais:
sceaux français et les amariner.
chef voulait le faire fusiller. H fit ses adieux à ses camarades en leur disant qu'il avait été toujours été bon soldat et qu'il
ne concevait pas quel pouvait être son crime. Dessalines lui présenta
Juirmême les lettres de Loring. Dupuy les traduisit. Le commodore
anglais priait le général en chef des indigènes de lui envoyer des
pilotes pour qu'il pût entrer dans Ja rade du Cap, capturer les vais:
sceaux français et les amariner. Dessalines, qui ne voulait pas qu'on pût croire qu'il avait joint
ses forces à celles des Anglais pour chasser les Français, ne répondit pas sur le champ à à Loring. Les Indigènes en effet avaient
toujours combattu leurs ennemis sans le secours d'aucune puissance
étrangère ; et ils ne devaient les grands succès qu'ils avaient obtenus
qu’à leur héroïsme. Le commodore écrivit de nouveu ; alors Dessalines lui répondit : Liberté ou la Mort. Au quartier-général, le 6 Frimaire an 42 (28 Novembre 1803.)
Le général en chef de l'armée Indigène à M. Loring, commandant les
forces navales de S. M. B. devant le Cap. | Monsieur , Je vous accuse réceplion de la lettre que j'ai eu lhonneur de
recevoir; vous pouvez vous convaincre que mes dispositions pour
vous et contre le général Rochambeau sont gnvariables. J'entrerai
dans la ville du Cap demain à la tête de mon armée. Je ne puis,
is quoiqu à regret, vous envoyer les pilotes que vous me deman:-
dez. Je présume que vous n ‘en aurez pas besoin , car je forcerailes
bâtimens français à sortir de la rade , et vous en agirez avec eux |
comme vous le jugerez convenable. J'ai l'honneur dêtre, etc. Signé, DESSALINES. Le commodore n'insisia pas davantage. Le jeune soldat se saisit
de son fusil, et salua Dessalines en lui présentant les armes. Ilallait se
retirer quand le général en chef lui dit : laisse [à ton fusil, tu deviens
un de mes secrétaires et en outre officier attaché à mon état-major.
il parviendra au grade de général dans les armées indigènes, et la connais”
sance de la langue anglaise fera sa fortune sous roile Christophe, HISTOTRR D’HAITI. (1803) 99 Les Français s'embarquèrent le lendemain ; et l'adjudant général
d'Henin livra à Bazelais la place et les forts. En vertu de l'article
5 dutraité, Rochambeau avait laissé dans les hôpitaux les blessés et
les fiévreux européens, n'ayant pas assez de-bâtimens pour les transporter à l'étranger. Dessalines avait promis au général Lapoype,
commandant de la division du Nord, de leur donner toutes sortes
de soins jusqu'à ce qu'il püt les envoyer en France sur des bâu- | mens neutres. 4 Les indigènes prirent possession du Cap le 7 Frimaire an 12
(29 Novembre 1S03). Dans la Journée 1! y eut de grandes fêtes
et il y régna un ordre parfait. Les soldats, les femmes, Îles l enfans parcouraient les rues en chantant des hymnes de liberté. Des publications promirent de nouveau aide et protection aux blancs …_planteurs, négocians, ouvriers qui n'avaient pas suivi l'armée française. Ils vinrent se prosterner aux picds du général en chef qu'ils
7 Frimaire an 12
(29 Novembre 1S03). Dans la Journée 1! y eut de grandes fêtes
et il y régna un ordre parfait. Les soldats, les femmes, Îles l enfans parcouraient les rues en chantant des hymnes de liberté. Des publications promirent de nouveau aide et protection aux blancs …_planteurs, négocians, ouvriers qui n'avaient pas suivi l'armée française. Ils vinrent se prosterner aux picds du général en chef qu'ils “iraitaient de brigand la veille, et firent des vœux ardens pour ie bonheur de ses jours. Is l’appelaient Jean-Jacques le Bon. Dessalines les accueillait en effet comme un père de famiile ; mais dès
qu ils se reliraient, son front prenait une expression menaçante. CeEDéndant les membres du conseil des notables , l'ordonnateur Perroud —ctplusieurs familles blanches s’embarquèrent n'ajoutant pas foi à
Sespromesses. Le général Christophe fut aussitôt nommé commandant de l'arrondissement du Cap. I apprit que les Français avaient % embarqué les archives du grefle ; ; il en avisa aussitôt Dessalines qui 5 écrivit à Rochambeau qu'il eût à les débarquer attendu qu'elles appakr * tenaient à la ville du Cap. Ce qui fut exécuté sur le champ. * + PINS FE LL 7 ut he Er Aa LA 2 TEA suivante que nous rencontrons dans la plupart des
écrivains étrangers qui ont parlé d'Haïti est apocryphe. Elle est datée
du 29 Novembre 1803 du Fort-Daunhin;: ce jour, Dessalines était au
Cas. Nons ne l'avons rencontrée nulle part, dans le pays, ni manuscrite, ni mnprimée : & Au nom des noirs et des hommes de eouleur. # indépendance de Saint-Domingue est proclamée. Rendus à notre
première dignité, nous avons recouvré nos droits, et nous Jurons de ne
jamais” nous les laisser ravir par aucune puissance de la terre. Le voile …afireux du préjugé est maintenaut déchiré ! Malheur à ceux qui oseraient
réunir ses lambeaux sangians. "Propriétaires de St Domingue, qui errez dans des contrées étrangères, enuproclainant notre iudépendance, nous ne vous défendons pas "de
Wendañs vos biens ; loin de nous, ceite pensée injuste. Nous savons
St parmi vous des hommes qui ont abjuré leurs anciennes erreurs,
amleurs foiles prétentions, et reconnu la justice de la cause pour
vérsons notre sang depuis douze années. Nous traiterons en
ux qui nous aiment : ils peuvent compter sur notre estime et
16, et revenir habiter parmi nous, Le Dieu qui nous protège,
notre iudépendance, nous ne vous défendons pas "de
Wendañs vos biens ; loin de nous, ceite pensée injuste. Nous savons
St parmi vous des hommes qui ont abjuré leurs anciennes erreurs,
amleurs foiles prétentions, et reconnu la justice de la cause pour
vérsons notre sang depuis douze années. Nous traiterons en
ux qui nous aiment : ils peuvent compter sur notre estime et
16, et revenir habiter parmi nous, Le Dieu qui nous protège, 100 HISTOIRE D'HaTI.—(1803) Dans l'après midi du même jour, les Français n'avaient pas encore
appareillé. Christophe i intima à Rochambeau l'ordre de lever l'ancre,
sous peine d’être canonné à boulets rouges. Les batteries du fort
Picolet furent aussitôt pointées contre l’escadre. Rochambeau!: était
sur la frégate la Surveillante. 11 fit écrire à Christophe, quil était
certain que le général Dessalines , franc et loyal, respecterail l’'armistice jusqu’au coucher du soleil. Dessalines qui eût pu en effet
écraser les bâtimens sous le feu du dort Picolet , envoya l'ordre de
ne pas les inquiéter. Rochambeau n'avait tardé à appareiller que
parce qu'il avait entamé des négociations avec le LÉMCUEE Loring
pour sa sortie du port. Néanmoins il avait l'intention de s’efforcer
d'éviter l'escadre anglaise et d'atteindre Sto. Domingo. A la pointe du jour du 30 Novembre, le traité suivant fut conclu entre lui et'les Anglais. le Dieu des hommes, nous ordonne de leur tendre nos bras victorieux, Mais pour ceux qui, enivrés d’un fol orgueil, esclaves intéressés . d’une prétention criminelle , sont assez aveugles pour se croire des êtres privilégiés, et pour dire que le ciel les a destinés à être nos maîtres et nos tyrans, qu'ils n’approchent jamais du rivage de Saint Domingue: 1ls n’y trouveraient que des chaînes ou la déportation. Qu'ils demeurent où 1ls sont; qu'ils souffrent les maux qu'ils ont si bien mérités ; que les gens.
de bien, de la crédulité desquels ils ont trop longtemps abusé, les accablent du poids de leur indignation. Nous avon: juré de punir quiconque oserait nous parler d'esclavage. Nous serons inexorables, peut-être méme
cruels, envers tous les militaires qui viendraient nous. apporter la mort et
la servitude. Rien ne coûte et tout est permis à des” hommes à qui l’on
veut ravir le premier de tous les biens. Qu'ils fassent couler des flots
de sang ; qu'ils incendient , pour défendre leur liberté, les sept-huitièmes
du globe , ils sont innocens devant Dieu, qui n’a pas créé les hommes
pour les voir gémir sous un joug honteux.
cruels, envers tous les militaires qui viendraient nous. apporter la mort et
la servitude. Rien ne coûte et tout est permis à des” hommes à qui l’on
veut ravir le premier de tous les biens. Qu'ils fassent couler des flots
de sang ; qu'ils incendient , pour défendre leur liberté, les sept-huitièmes
du globe , ils sont innocens devant Dieu, qui n’a pas créé les hommes
pour les voir gémir sous un joug honteux. “ Si, dans les divers soulèvemens qui ont eu lieu, des blancs, dont
nous #’avions pas à nous plaindre, ont péri, victimes de la cruauté de.
quelques soldats ou cultivatenrs, trop avenglés par le souvenir de leurs
maux passés pour distinguer les propriétaires humains de ceux qui ne l’étalent pas , nous déplorons sincèrement leur malheureux sort, et déclarons
à la face de l’univers, que ces meurtres ont été commis malgré nous. Il
était impossible, dans une crise semblable à celle où se trouvait alors la
colonie , de prévenir ou d’arrêter ces,désordres. Ceux qui ent la moindre
connaissance de l’histoire , savent qu'un peuple, fûüt-il le plus policé de Ja
terre, se porte à tous les excès, lorsqu'il est agité par les discordes civi=M
les , ‘et que les chefs, n'étant pas puissamment” secondés, ne peuvent punir tous les coupables, sans rencontrer sans cesse de nouveaux obstacles.
Mais, aujourdhui que l'aurore de la paix nous présage un temps” 3
orageux , et que le calme de la victoire a succédé aux ‘désordi (
guerre affreuse , Saint-Domingue doit prendre un nouvel aspect, €
vernement doit être désormais celui de la justice. br. “ Donné au quartiergénéral du Fort-Dauphin, le 29 Nove “ Signé, DEssaLines, CuRISTOPRE, CL Y Fr" HISTOIRE D’HAITI.—(1803) | 101 CAPITULATION Pour l'évacuation du Cap entre John Bligh , capitaine du vaisseau de
S. M. le Théseus, investi des pouvoirs de John Loring écuyer,
capitaine du vaisseau de $S. M le Bellérophon , et le plus ancien
offieier de l'escadre croisant devant le Cap, d'une part ; et Jacques
Boyé, général de brigade , chef de l'état-major de l'armée française,
et Henri Barré, capitaine de vaisseau, commandant les forces
navales de St Domingue, autorisés l’un et l'autre par le général en
chef Rochambeau, capitaine général de la colome, d'autre part. Art. fer. Les navires français de guerre et marchands qui sont
maintenant à l'ancre dans ce port seront livrés aux Anglais. Réponse : Accepté. Art. 2. La garnison du Cap-Français embarquée à bord des bàtimens , et les équipages, seront prisonniers de guerre, et seront envoyés en Europe, à condition de ne pas servir, à
moins qu'ils ne soient échangés, et cela aussitôt que possible , afin
que l'échange puisse avoir lieu sans délai.
fer. Les navires français de guerre et marchands qui sont
maintenant à l'ancre dans ce port seront livrés aux Anglais. Réponse : Accepté. Art. 2. La garnison du Cap-Français embarquée à bord des bàtimens , et les équipages, seront prisonniers de guerre, et seront envoyés en Europe, à condition de ne pas servir, à
moins qu'ils ne soient échangés, et cela aussitôt que possible , afin
que l'échange puisse avoir lieu sans délai. Réponse : Accepté. Art. 3. Tous les généraux et autres officiers sont compris dans
Particle précédent, ct retiendront leurs armes. Réponse : Aceepté. Art. 4. Les malades qui sont embarqués à bord de la Nouvelle
Soplue et de la Julienne, seront envoyés direetement en France, et
les Anglais s'engagent à leur donner toutes sortes d'assistances pour
eet eflet, et à leur ‘fournir des provisions et des médicamens. Les
équipages de la Nouvelle Sophie et de la Julienne ne suffisant pas
pour conduire ces bâtimens en France, le nombre nécessaire pour
cet eflet sera complété par des marins des autres navires; et les
provisions et médicamens qui peuvent être fournis, sans inconvénient, seront fournis par les vaisseaux de S. M. B: Réponse : Accepté. Art. 5. Les propriétés individuelles seront rigoureusement respectées. Les archives appartenant à l'armée seront livrées au chef de
Fétat major général. à Réponse : Accepté. Art. 6. Les Américains, les Espagnols et les Suédois, à bord
desquels sont embarqués des habitans de St. Domingue disposés à
suivre l’armée, auront la liberté de se rendre à leurs destinations
sans ètre inquiétés, pourvu quon puisse prouver que ces bâtimens
appartiennent à ces. nations ; et pour ceteflet une enquête sera faite. Réponse : Accepté. Art. 7, La frégate prendra la mer sous les couleurs françaises, et
elle déchargera ses canons avant de mettre à la voile. Reponse: Accepté. 102 HISTOIRE D’satrr.— (1503) Art. 8. Les domestiques des officiers seront considérés comme
appartenant. à l’armée, et les individus quise sont volontairement
embarqués pour suivre l'armée française seront mis à terre sur le
territoire de Sto. Domingo. Réponse : sQ NE Agréé et signé à bord de la Surveillante , au Cap Français, le 30
Novembre 1803. ‘ Signé: J. BLicn, capitaine du vaisseau le Theseus de S. M. H. B:rRÉ, capitaine de vaisseau.
J. Bové, général de brigade, et chef de l'état-major. Aussitôt aprés Ja oo du traité, les Français appareiïllèrent. .
Dès qu'ils sortirent de la rade , ils déchargèrent leurs canons, et
furent pris par les Anglais, après avoir vainement tenté de les éviter. Ils furent conduits à fa Jamaique. Rochambeau fut envoyé
en Angleterre où 11 demeura jusqu'en 18114. Alors Napoléon l'échangea contre des prisonniers anglais. 11 périt à la bataille de Leipsick
pis Shi |
oo du traité, les Français appareiïllèrent. .
Dès qu'ils sortirent de la rade , ils déchargèrent leurs canons, et
furent pris par les Anglais, après avoir vainement tenté de les éviter. Ils furent conduits à fa Jamaique. Rochambeau fut envoyé
en Angleterre où 11 demeura jusqu'en 18114. Alors Napoléon l'échangea contre des prisonniers anglais. 11 périt à la bataille de Leipsick
pis Shi | essalines , par la prise du Cap, se couronna d’une grande gloire.
née indigènes , exaltés ‘par l'ivresse du triomphe, Île plaçalent au dessus des plus grands capitaines. Il avait trouvé dans la bouche mèéme de Rochambeau la slorification de sa bravoure audacieuse. Dans
‘cette gra a bätaille , il avait déployé du génie et une audace prodigieuse ; après Ja victoire , il se conduisit avec dignit é dans ses reIstions avec le commodore Loring. Mais la gloire qu'il s'était acquise
dans ces mémorables journées eût éié pure, s’il ne l'avait pas ternie, en méprisant les promesses solennelles qu'il avait faites au géné. |
ral Lapoype de donner Loutes ou de soins aux malades. Trois jours ne s'étaient pas écoulés depuis l'évacuation, qu 31 prétendit que les Français, laissés dans les hôpitaux, étaient à charge
à VEtat. On leur annonça leur départ pour France. Des soldats les conduisirent sur le rivage de la mer; le ciel
était étincelant d'étoiles ; le Cap était plongé dans le: sommeil. Is
furent embarqués dans dé grandes chaloupes qui nes arrêtèrent «
que dans le canal de fa Tortue: Ils furent tués à coups de"baïon-«
nettes, et leurs cadavres disparurent sous des flots. Ils étaientenviron au nombre de 800. Les passions politiques qui animaient M
alors les indigènes étaient telles, que ce grand crime n'excita pas
une vive indignalion. Les colons , les capitaines- généraux Leclerc
et “Rochambeau avaient exercé tant de cruautés sur les indigènes ,
que ceux-ci se faisaient, pour ainsi dite, une vertu-de rendre aux
français crime pour crime. Ils étaient devenus aussi féroces que
leurs persécuteurs, Peut-on s'étonner des vengeances, exercées par.
celui que l'esclavage a rendu cruel ? Mais quant au général Rochambeau , il appartenait à un peuple vieilli dans la civilisation. HISTOIRE D’HAITI. (1803) 103 I n'a pas existé un barbare qui l'ail. surpassé en férocité ; aucun
n'inventa de plus affreux supplices. Mr. Bignon, dans sou histoire de France, page 444, dit: « Cependant lhistoire doit son
« tribut à la sévérité de la justice: elle nommera done comme
« coupables des plus odieuses exécutions, parmi les blancs, et par
« suite des préjugés des blancs, Rochambeau, etc.» Pendant cet intervalle, le colonel Pourcely, à la tête d'un bataillon
de la 9e et de nombreuses bandes de cultivateurs de Jean Rabael et
de Bombarde, cernait étroitement a ville du Môle Si Nicolas occupée par le général Noailles. Le commodore Loring qui était venu
bloquer le port de cette ville, apprit aux français l'évacuation du
Cp. Par une lettre en date du 10 Frimaire an 12, (2 Décem-.
bre 4803), il leur proposa de capituler. Le général Noailles lui
répondit : | |
bataillon
de la 9e et de nombreuses bandes de cultivateurs de Jean Rabael et
de Bombarde, cernait étroitement a ville du Môle Si Nicolas occupée par le général Noailles. Le commodore Loring qui était venu
bloquer le port de cette ville, apprit aux français l'évacuation du
Cp. Par une lettre en date du 10 Frimaire an 12, (2 Décem-.
bre 4803), il leur proposa de capituler. Le général Noailles lui
répondit : | | ARMÉE DE ST-DOMINGUE.— DIVISION DE DROITE DU Norp. Au quartier-général du Môle, le 40 Frimmire an 12 de la République Française, (2 Décembre 41803). Eouis NOAÏLLES, Général de brigade, au Commodore Lorinc. . Monsieur,
J'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré. sous la date du 10
- Frimaire. Je désire connaître les termes auxquels vous m'offrez de
lrailer avec vous.
J ai l'honneur d’être avec la plus haute considération, Monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur,
as | NOAILLES. Le général français reçut par une dépêche les propositions du commodore qu'ii refusa d'accepter. Il résolut de tenter la fortune en perçant,
de nuit, la ligne anglaise. Il monta unei frégate et chargea deux corvettes de toutes les familles blanches. Dans la nuit du 3 au 4 Décembre
4803 il appareïlla et gagna la haute mer. Les deux corvettes furent
caplurées. A la pointe du jour Noailles découvrit , non loin des
côtes de Cuba, un vaisseau Anglais dont il sempara après un com
bat acharné. , IL gâgna la Havane où il mourut des suites d’une blessure quil avait reçue pendant l'action. Le 4 Décembre 1803, Pourcely prit possession du Môle qu'il trouva garni d’un matériel de
guerre considérable. Ainsi se termina à-a gloire des indigènes cette guerre sanglante contre
les Français, quieñ 22 mois dévora près de 55,000 hommes de trou-.
pes européennes. La France perdit sa prépondérance en Amérique. Un
immense débouché fut enlevé à son commerce dont Les exportations 104 HISTOIRE D'HAITI 1803) s'élevaient au-delà de cent millions de francs. SL. Domingue seul
réunissait tous les élémens de prospérité du commerce maritime de la
France. La navigation de cette colonie employait 20,000 marins et
plus de seize cents navires marchands. Tous les points de l’ancienne partie française avaient été. abandonnés des troupes européennes ; lindépendance du pays était eniérement conquise. On songea tout de suite à donner un nouveau
nom à celte terre qui formait un nouvel Etat. Le nom d'Haïti
rappelant les aborigènes de File qui s'étaient fait exterminer en défendant leur liberté, sortit de toutes les bouches. Il fut accueilli avec
enthousiasme, et les indigènes s'appelèrent Haïtiens.
’ancienne partie française avaient été. abandonnés des troupes européennes ; lindépendance du pays était eniérement conquise. On songea tout de suite à donner un nouveau
nom à celte terre qui formait un nouvel Etat. Le nom d'Haïti
rappelant les aborigènes de File qui s'étaient fait exterminer en défendant leur liberté, sortit de toutes les bouches. Il fut accueilli avec
enthousiasme, et les indigènes s'appelèrent Haïtiens. En 1804 et en 1805, on a beaucoup ‘reproché, en Europe, au général
Rochambeau, de n'avoir pas évacué le Cap sur Slo. Domingo , avant
l'arrivée de Dessalines. C'était chose impossible. Les cinq mille hommes de troupes qu'il avait encore sous ses ordres, suivis de nom-.
breux malades, des familles blanches, de Partillerie de campagne,
des archives des grefles et des administrations militaires auraient
péri sous les coups des indigènes. Le gouvernement Français le
blâma d'avoir traité avec Bessalines. Il n’était pas permis à Rochambeau
d'agir autrement. Il n'avait de provisions que peur viogt-huit jours;
il lui était impossible de forcer la ligne Anglaise pour atteindre l'île
de Cuba; car l’escadre de S. M. B. était forte de onze vaisseaux,
et lui n’en avait que quatre. Il aima mieux livrer la place à Dessalines qu'aux Anglais, craignant que ceux ci ne voulussent pas Îa
remeltre aux indigènes après en. avoir pris possession. Il sentait
que les Anglais, moîtres de cette position, nuiraient considérablement au commerce français ; et il croyait qu'il serait toujours facile,
à l'avenir, de la reprendre sur les indépendans. On le bläma aussi de n'avoir pas supporté trois assauts. Rochambeau qui avait comparé, après la première Journée, la faiblesse de
ses moyens de résistance à la puissance de Dessalines, craignait
avec ralson que la ville, au second assaut , ne fut enlevée et saccagée.
En capiulant ïl sauva les débris de l’armée Française, et une foule
de familles blanches qui n'auraient pas été sacrifiées plus tard si elles
avaient voulu abandonner leurs propriétés pour le suivre. Les Français avaient encore trois mille hommes dispersés dans.
l'ancienne partie espagnole. Dès que le général de brigade Ferrand
qui commandait à Monte Christ apprit la chute du Æap, il trahit
la confiance des habitans du département de Cibao, en abandonnant
celte vaste province, el en se retirant à Sto. Domingo, après avoir détruit toutes! les munitions qu’il ne pouvait pas emporter. Ne se sentant pas capable de résister, à St. Yague , à l'armée” indigène
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és dans.
l'ancienne partie espagnole. Dès que le général de brigade Ferrand
qui commandait à Monte Christ apprit la chute du Æap, il trahit
la confiance des habitans du département de Cibao, en abandonnant
celte vaste province, el en se retirant à Sto. Domingo, après avoir détruit toutes! les munitions qu’il ne pouvait pas emporter. Ne se sentant pas capable de résister, à St. Yague , à l'armée” indigène
| Î ) 5 qui pouvait venir My attaquer, il avait cherché un refuge dans les murs de Sto. Domingo où commandait le général Kerverseau. Les”
Espagnols du Cibao redoutant les vengeances des indigènes , envoyèrent DT EE ss 2% \ HISTOIRE D'HAITI.—(1803) 105 auprès de Dessalines une députation composée du père Jean Richardo,
des capitaines don Domingo Perez Guerra et José Compas Tabarrés, Les députés offrirent au général en chef de se soumettre à
son autorité. Dessalines les reçut favorablement, leur promit que
leur province ne serait pas ravagée. Mais 1l élablil sur eux unecontribution de 500,009 livres tournois qu'ils furent contraints de
payer. Ainsi tout le département de Cibao, quoique Dessalines
n'y eut pas envoyé un seul soldat, fit partie du nouvel état. Le
commandement en fat confié à José Compas Tabarrès, indigène
espagnol, un’ des membres de la députation. Mais le général Ferrand Sortant de Sto. Domingo ne tardera pas à revenir prendre possession de cette province où flottera de nouveau le-drapeau français.
—0—
ETAT des forces envoyées à Saint-Domingue par la France en 1802
| el en 1803. Première expédition, à partir de Février 1802, sous LECLERC. 5e., Ale , 3e. demi-brigades légères; 22e., 31e, 79e demi-brigades de ligne; 19e. chasseurs à cheval, un détachement d'artilicrie, fournissant 6,600 hommes, venus sur l’escadre de Brest, composée de 18 VAISSEAUX, 9 frégates ou corvettes, 3 bâtimens légers ou de transport, sous les ordres de l'amiral Villaret Joyeuse, ci 6,600
74e. demi-brigade de 900 hommes, venue sur lescadre de Lorient , composée d'un vaisseau de ligne, d'une frégate, de deux corveittes,, ci 900
15e, 56e, 68e .et 90e de ligne, la légion de la Loire, 19e de dragons, un détachement d'artillerie, -venus sur lescadre de Rochefort, sôus les ordres du contre-amiral Latouche Tréville, fournissant 4000 h. ci 4,000
28e, ie, et un corps d'artillerie , fournissant 4,200 hommes, arrivés sur une frégate, quatre vaisseaux, une corvelle et une flûte formant l'escadre de Toulon, sous les ordres de l'amiral Gautheaume, ei 4,200
19e de ligne, un bataillon allemand, 10e de dra- | gons, fonrnissant 2,400 hommes, sur l'escadre de Cadix composée de trois vaisseaux de ligne et de trois frégates , sous les ordres de l'amiral Linois ci. 2,400
98e de ligne de 1,400 hommes sur l'escadre du
Hâvre de quatre frégates Marie 4,400
re de Toulon, sous les ordres de l'amiral Gautheaume, ei 4,200
19e de ligne, un bataillon allemand, 10e de dra- | gons, fonrnissant 2,400 hommes, sur l'escadre de Cadix composée de trois vaisseaux de ligne et de trois frégates , sous les ordres de l'amiral Linois ci. 2,400
98e de ligne de 1,400 hommes sur l'escadre du
Hâvre de quatre frégates Marie 4,400 Te de ligne et une compagnie d'artillerie, fournissant 1,500 hommes sur l’escadre hollandaise , sous les
ordres du contre amiral Hartzinch, ei, - 4,500 21,000 106 HISTOIRE D’HAITI.—— (1803) * Deuxième expèdition à partir de Juin 1802, sous Leclerc.
De l'autre part, Sur le vaisseau le Pélagir, la 77e, légion.expéditionnaire de 1,600 hommes, en Prairial an 40,(Juin 4802) c1. Sur le Formidable et l'Annibal, commandés par le contre-amiral Dumanoir , la Te légère et des détachements
particuliers, en tout ae hommes, le 13 Thermidor
an 410. (ter Août 1802) c Sur trois bâtimens de ae escortés par un Jougre de guerre, venant de Toulon, 4000 hommes, le 19
Thermider an 10 (7 Août 1802 ) débarqués au Cap ci. Sur l'Intrépide ;:la 83e. de ligne de 1400 hommes, le
24 Thermidor an 10 (12 Août 1802) ci.
.{ Sur le convoi le lougre le Vautour, 700 hommes de la
3e. de ligne, le24 Thermidor an x (12 Août 1802) ci.
Sur le convoi le brick le Lodi, la première légion polonaise de 2000 hommes, le 94 Fructidor® an 40 (11. Septembre 1802) ct. Sur le transport l'Egyptienne , quatre bataillons gardescôtes , 2570 hommes, le premier Jour complémentaire
( 148 Septembre 1802) ei. Sur le Prudent, un bataillon étranger de 542 hommes ,
le 3e. jour complémentaire , (20 Septembre 1803) ci. Sur le Jeune Edouard et sur l'Aristide, 227 hommes
de la 3e. de ligue, le 20 Vendémiaire an 11. (21 Ociobre 1802.) ci. | | Division de 6000 hommes, sous les ordres du général
Sarrasin , dont faisait partie la 14e légère, (d.ers Jours
de Février 1803.) c Division de 6,000 hommes, arrivée sur l'escadre de
l'amiral Bedout , et d’autres navires fin de Mars 14803 ci Division de 4000 hommes , arrivée sur plusieurs corvettes, dont l'une la Flûte chargée d'un régiment de centenaires, fin d'Avril 1803 ei. Q Division de 1500 hommes, ‘sur plusieurs navires dont
l'un la flûte la Nécessité chargée de 400 conserits ei. Division de 1500 hommes sur plusieurs bâtimens dont
l'un la corveite la Malicieuse, (fin d'Avril 4803) ci. Division de 4000 hommes , sur la frégate l'Infatigable ,
(fin de Juin FRE cl Total. 21,000
1,600
Î
1,600 4,000 1,400 35,609
Troisième expédition à partir de février 1803, sous Rochambeau. 6,000
6,000 4,000
1,500 |
de 1500 hommes sur plusieurs bâtimens dont
l'un la corveite la Malicieuse, (fin d'Avril 4803) ci. Division de 4000 hommes , sur la frégate l'Infatigable ,
(fin de Juin FRE cl Total. 21,000
1,600
Î
1,600 4,000 1,400 35,609
Troisième expédition à partir de février 1803, sous Rochambeau. 6,000
6,000 4,000
1,500 | 1,500
1,000 55,609 HISTOIRE: D'HAITI.-— (1803) 10? Il ne faut pas comprendre dans ce chiffre, comme nous l'avons déjà
dit, les équipages des bâtimens de guerre qui gardaient souvent le
littoral et combattaient avec autant d' intrépidité que les troupes de
terre. à Les Français ont eu en outre pour auxiliaires presque jusqu'au dernier moment une dixaine de mille hommes de milices noires et jaunes,
eten 1802 une plus grande quantité de ces mêmes troupes sous Leclerc. Nous avons vu que Rochambeau , en prenant les rènes de la colonie, avait demandé à Bonaparte une nouvelle armée de 25,000 hommes. Nous devons nous rappeler que le Premier Consul avait fait
un appel à l'énergie du Grand Peuple, et que 60,000 vétérans
s'étaient volontairement présentés pour aller à St-Domingue. Cet élan
nalional avait été connu de toute la France le 14 Février 1803.
Les 20,000 hommes de troupes de cette troisième expédition étaient,
la plupart , de ces vétérans qui avaient répondu à l'appel du gouvernement. Le général Pamphile de Lacroix qui faisait partie de l'expédition
porte à 55,132 hommes les forces envoyées à St. Domingue en
1802 et en 1803; 35,132, sous Leclerc et 20,000 sous Rochambeau.
Il ne rentra pas en France 1,200 hommes de toutes ces troupes.
Elies périrent en grande partie dans le pays par le climat et
par le fer’; et celles qui s'embarquèrent, lors de l'évacuation, succombèrent la plapart dans les pontons Anglais. Parmi les généraux qui vinrent à St. Domingne, beaucoup y pé-.
rirent. Les généraux Leclerc* Larochcblin, Clément , Ledoyen,
Pambour, Desplanques, Spital , Dampierre, Duga, Hardy, Watrin,
Sablonaski, Darbois, Vonderweid, Mayer, l'adjudant général Cer.
cley, furent enlevés par la peste; les#adjudants-généraux Bernard,
Maillard, qui trouvèrent la mort dans les combats, ne revirent plus leur
patrie. Noaïlles mourut à da Havanne des suites d’une blessure
qu'il avait reçue, en combattant les Anglais, après l’évacuation du
Môle. Parmi ceux qui retournèrent en France soit directeñfent , soit après
avoir été faits prisonniers par les Anglais, on compte , Brunet,
Salme, Lapoype, Boudet, Desfournaux, Quentin, Clausel, Boyer,
Pageot, Fressinet, Boyé, Kerverseau, Pierre Devaux , Lalane, Poinsot , Morgan, Desbureaux , Pamphile de Lacroix ., Thouvenot,
Claparède, Sarrasin, Humbert, Dutrin, d'Hénin, les adjudansgénéraux, Gilbert Néraud, Ripert, Ramel, Dumont. Rochambeau,
pris par les Anglais à sa sortie du Cap, demeura leur prisonnier
jusquen 1811. En 1813, il prit du service ; dans l'armée d'Allemagne , et fut tué à Leipsick.
, Morgan, Desbureaux , Pamphile de Lacroix ., Thouvenot,
Claparède, Sarrasin, Humbert, Dutrin, d'Hénin, les adjudansgénéraux, Gilbert Néraud, Ripert, Ramel, Dumont. Rochambeau,
pris par les Anglais à sa sortie du Cap, demeura leur prisonnier
jusquen 1811. En 1813, il prit du service ; dans l'armée d'Allemagne , et fut tué à Leipsick. Après l'évacuation du Cap les généraux Ferrand, Dubarquier ,
Urbin-Devaut et l’adjudant général Luthier se renfermérent dans
Sto-Domingo, où vint les joindre plus tard l’adjudant général Panis. 108 HISTOIRE D'HAÏTI 1803) Pertes faites à St. Domingue , sous le général Leclere, dans l’espace de neuf mois, d'après Île général Pamphile de Lacroix et d’autres officiers de Farritée française, en habitans, troupes de terre, marins, et troupes coloniales.
Habitans (blancs) de tout sexe égorgés par les ordres L de Toussaint Louverture , ci. 3,000Officiers généraux d'état-major, des corps ou isolés, morts dans les combats ou de maladie. 4,500
Officiers de santé morts de maladie. 21750
Soldats tués au combat. * 5,000
Soldats morts de maladie. 20,651
Marins morts dans les combats ou de maladie. 8,000 : Marins du commerce morts dans les combats ou de maladie. 3,000
Employés rire et civils morts dans les combats où de maladie. 2,000
Hommes isolés accourus dans la colonie pour y faire fortune. 3,000
Habitans morts dans les combats. 800
Habitans morts de maladie ou de fatigues dans le service militae. 4,800
Noirs et hommes de Slave tués par la guerre. 7,000
Noirs et hommes de couleur morts de maladie ou de fatigue. 2,000
Noirs et hommes de couleur noyés ou tués dans des assassinats Juridiques par les blancs. 4,000
Total des hommes perdus, par mort violente, sous Leclerc, en l'espace de neuf mois. \ 62,501 Les pertes sous Rochambeau ont été presque aussi considérabies. Avant
en avaient déjà perdu une plus * Pius de 5,000 soldats européens périrent dans les combats:
Ja chute de Toussrint, les Français
grande quantité” :
COPIE NON NT 4 1803. ; : Sommaire. Commencement du règne de Dessalines — Opinion des haïtiens de
1804 sur les blancs demeurés dans le pays.—On no demande pas encore le massacre général des blancs.—On parle de les déporter.—Après la prise du Cap,
Dessalines renvoie les troupes dans leurs cantonnemens respectifs. — Enthousiasme dela nation —Cris de fureur contre les blancs—En décembre 1003, les
généraux de l’armée d'Haïti se réunissent aux Gonaïves pour proclamer l'indépendance d'Haïti —Paroles sanglantes de Bosrond Tonnère —Boisrond Tonnère rédige l'acte de l'Indépendance et la proclamation de Dessalines au peuple—Cérémonie de la proclamation de l'indépendance d'Haïti (ler Janvier 1804).
Acte par lequel Dessalines est nommé Ctouverneur Général. Pourquoi pritil
le titre de Gouverneur-Général ?—Il est question dans l'assemblée des généraux
du sort des blancs es uns demandent qu’ils soient massecrés, Pautres qu'ils
soiont déportés.—La plupart des actes faits sous la domination française sont
peuple—Cérémonie de la proclamation de l'indépendance d'Haïti (ler Janvier 1804).
Acte par lequel Dessalines est nommé Ctouverneur Général. Pourquoi pritil
le titre de Gouverneur-Général ?—Il est question dans l'assemblée des généraux
du sort des blancs es uns demandent qu’ils soient massecrés, Pautres qu'ils
soiont déportés.—La plupart des actes faits sous la domination française sont déclarés nuls—L[Les généraux retournent dans leurs commandements. — Système
purement militaire.— Dessalines exhorte les noirs et les hommes de couleur
d'Haïti réfugiés dans les autres pays à revenir dans leur patrie. — Son projet de transplanter des africains en Haïti. —[Les haïtiens forment deux classes: laboureurs et soldats.— Division du pays sous le rapport militaire. — Armée d'Haïti—$Sa force eflective.— Balthazar [nginac directeur des domaines du département de l’Ouest.— Dessalines établit sa capitale à Marchand.— Varchand est appuis Dessalinesville— Amour des gens de lArtibonite pour Dessalines. — Dessainés jusqu'alors est l’objet de l'affection générale. —Affaire de Perkins à Jérémie,
—Férou fait fusiller un officier français devenu haïtien qui s'était évadé.— Dessalines vient au Portau-Prince.—Fêtes,—Fuite du préfet apostolique Lecun, — « 1J0 | HISTOIRE D'IHAITI.—(1803) Dessalines se rend aux Cayes— Massacre des blancs ne: le Sud.— Beaux traits
de Geffrard , de Jean-!ouis François, de Bazile, de Férou, de Thomas Durocher , de Giraud — [ls sauvent un grand nombre de blancs, — Les polonais
sont épargnés et deviennent citoyens haïtiens, — Massacre générai des blancs dans
POuest. rap de Dessalines concernant les français qui reviennent en Haïti munis de lettres de naturalisation des puissances neutres Massacre des blancs dans
le Nord — Massacre des femmes blanches sur tous Îles points de l'ile Réflexions
sur le massacre’ des français. Proclamation de’ Dessalines qui annonce à la nation que les blancs ont cexsé d'exister en Haïti — Des secrétaires de Désalines:
— Dessalines travaille à l'union étroite da noir avec le jaune.— Le blanc est à tout
jamais exclu du droit da propriété. —Ordonnance de -Dessalines concernant le
guart de subvention, les biens des émigrés, etles produits des biens de ceux qui
sont demeurés avec les français pendant l'an 11, et concernant.les fortifications
à élever dans les montagnes de l'intérieur _— Christophe fait travailler à la construction de la Ferrière—Forteresses élevées dans l’intérieur. —Dessalines conçoit
l'idée de transporter les villes dans lintéricur.—Prix du café — Dispositions de
Christophe, de Pétion et de Geffrard à l'égard de Dessalines.
migrés, etles produits des biens de ceux qui
sont demeurés avec les français pendant l'an 11, et concernant.les fortifications
à élever dans les montagnes de l'intérieur _— Christophe fait travailler à la construction de la Ferrière—Forteresses élevées dans l’intérieur. —Dessalines conçoit
l'idée de transporter les villes dans lintéricur.—Prix du café — Dispositions de
Christophe, de Pétion et de Geffrard à l'égard de Dessalines. Le règne de Dessalines commence : Cpoque des grandes mesures
qui ont consolidé l'indépendance d'Haïti. Ces mesures , si elles
avalent été moins violentes, eussent produit les mêmes résultats et
nous eussent permis de nous reporter avec moias de frémissement au
berceau de noire indépendance. Cependant cette indépendance si
chèrement conquise, qui fut ensanglantée, après la victoire, par la
réaction que nous avons exercée sur les restes de nos oppresseurs,
fait aujourd hui notre bonheur politique. Nous nous prosterrons
au pied de sa statue toujours menaçante, et en nous recuelllant,
nous éprouvons que le bien qu'elle nous a fait l'emporte sur les
excès auxquels elle s'est livrée en dépassant le-but qu'elle s'était
proposé d'atteindre pour accomplir l'œuvre de ‘notre régénération. La nation secondera puissamment Dessalines tant qu'elle le verra
employer sa touje puissance à la Ur té de la patrie. Mais après …
avoir établi les fondemens d'un nouvel Etat, Île général en chef se
constituera le maître absolu des hommes et dés choses. Alors ceux
des généraux de Empire d Haïti qui n'ävaient pris les armes. contre les Français que pour jouir, après le triomphe de la cause sainte
de la Libéfté, des droits politiquesles plus larges, ourdiront sa per- |
te, inciteront à l'insurrection les masses devenues mécontentes , «
et les dirigeront contre le fondateur de l'Indépendance devenu tyran: Dès celte époque l'histoire d'Haïti ne présente qu'une lutte contnuelle entre la liberté et le despotisme, soit sur les champs de”
bataille, soit dans les assemblées parle: mentaires: M0 £ Beaucoup de blancs, planteurs, négociants, marchands, ouvriers,
étaient demeurés dans le pays sous la foi des la promesse que leur :
avait faite Dessalines ,. que leurs personnes et leurs propriétés seraient respectées. C'étaient des hommes, la plupart, qui ne s'étaient.
pas montrés acharnés contre les indigènes : les grands coupables HISTOIRE D’HAITI.—(1803) 1ti avaient abandonné St Domingue , avant l'évacuation , ou avaient suivi l'armée française. Nianmoins is nourrissaient l'espoir de devenir citoyens de ce nouvel état en l'avenir duquel ils n'avaient aucuné confiance : tous pensaient que Saint-Domingue redeviendrait
colonie française dès que les flottes de l’ancienne métropole pourraieut librement traverser l'Atlantique. Les haïtiens n'ignoraient
pas leurs opinions; et Dessalines , sous l'influence de la perfidie
que Leclerc et'Rochambeau avaient exercée à l'égard des hommes
de couleur et des noirs, éprouvait qu ‘en les faisant respecter sur
leurs terres c'était maintenir au sein d'Haï! i de dangereux ennemis,
colonie française dès que les flottes de l’ancienne métropole pourraieut librement traverser l'Atlantique. Les haïtiens n'ignoraient
pas leurs opinions; et Dessalines , sous l'influence de la perfidie
que Leclerc et'Rochambeau avaient exercée à l'égard des hommes
de couleur et des noirs, éprouvait qu ‘en les faisant respecter sur
leurs terres c'était maintenir au sein d'Haï! i de dangereux ennemis, des agens secreis de l’ancienne métropole. Et. quelle récompense
accorder à ceux qui, par leur héroïsme, avaient rétabli l'empire de
la Liberté, disait-on alors, si les anciens oppresseurs maîtres de
toutes les grandes et riches propriétés continuaient à en jouir paisiblement? On se demandait en outre à qui du reste appartenaient
ces terres ? N était-ce pas à ceux qui pendant deux siècles les avaient
cultivées, qui n'en avient jamais joui et qui n'avaient subi que
les traitemens les plus barbares pour prix de leur sueur ? Les easullans devinrent-iis les légitimes possesseurs des terres d'Haïli pour: … sen être emparés par l'extermination dela race Aborigène? Les Afrieains que Las Casas, par ses conseils, fit transporter dans le
Nouveau Monde, avaient ils été créés les esclaves des blanes qui, par
la ruse, la perfidie, la violence, les avaient arrachés à leur terre natale? De quel droit les avaient-ils courbés sous le poids de la servitude ? N’étaitce pas par le droit de la force que Christophe
Colomb s'était rendu maître d'Haïti? Plus tard les Espagnols perdirent la partie Occidentale de l'ile; etles Frañçais qui les en avaientchassés, ne les indemnisèrent jamais. Etait-il injuste, par les précédens, que les Africains et leurs descendans, après avoir vaincu
les troupes françaises, se rendissent maîtres à leur tour, par le droit
de la force, des terres qu'ils avaient exploitées pendant deux siècles
au profit des européens ? Dessalines continuait, par des publications, à à promettre aux blancs,
protection et sécurité ; en les retenant dans le pays, il voulait qu ils
fussent tous engloutis dans la catastrophe qu'il préparait. Il eût versé
le sang de tous les Français, qu'il ne se fût pas cru encore assez
Nengé. Le peuple était indigné contre le nom Français ; de temps en
teuips des blancs étaient maltraités, des vengeances particulières m s'exerçaient sur eux ; quelques uns même étaient ASSASSINÉS ; CCpEndant l'on ne parlait pas encore dans les masses d’un massacre géné-
“ral; il était seulement question de déporter les blancs avec leurs
femmes et leurs enfans. Mais les officiers de létat-mayr de Dessalines, animés de toute la fureur du général en chef contre Îles
Français, disaient hautement qu'ils méritaient d'être égorgés. Quant
à Dessalines, il ne cessat de répéter qu'il ne préndrait jamais les
même étaient ASSASSINÉS ; CCpEndant l'on ne parlait pas encore dans les masses d’un massacre géné-
“ral; il était seulement question de déporter les blancs avec leurs
femmes et leurs enfans. Mais les officiers de létat-mayr de Dessalines, animés de toute la fureur du général en chef contre Îles
Français, disaient hautement qu'ils méritaient d'être égorgés. Quant
à Dessalines, il ne cessat de répéter qu'il ne préndrait jamais les 112 HISTOIRE D’uaAÏti.—( 1808 ) blancs. .en pitié tant qu'il lui resterait sur le corps quelques traces
des affreux traitemens de l’ancien esclavage. On propageait, de toutes
parts, avec activité, l'idée d'une extermination complète qui, seule,
assurait-On, pourrait consolider l'indépendance, et on incitait les passions du peuple jusqu'au plus haut degré de fureur. Beaucoup d'indigènes, notamment les femmes qui se montrérent
toujours si compatüissantes au sort des malheureux, exhortérent les
blancs à s'efforcer de gagner l'étranger. Mais le colon du Cap ne
put se résoudre à abandonner ses propriétés. Trompé par les promesses «de Dessalines qu'il appelait Jean Jacques le Bon, il croyait
à l'établissement d’un gouvernement tel que celur de Toussaint
Louverture, alors qu'il était comblé de faveurs et entouré de considérations. Mais sous ce gouvernement, que dirigeait le parti colonial sous les formes de la liberté, l'homme de couieur en général
était horriblement persécuté, et le souvenir des massacres de 1800
et de 4801 excités par les colons ,.n'était, pas ee qui animait le moins
en son cœur la soif de la vengeance. D'une autre part, le noir avait
sans cesse sous les yeux ces lambeaux de chair humaine que des
chiens dévoraient dans les eirques, sous Rochambeau. Ea nourrissant l'espoir de voir Dessalines devenir un Toussaint Louverture,
les colons oubliaient sa conduite pendant la guerre eivile : 11 s était
toujours montré, même sous Toussaint, favorable aux hommes de
couleur, et hostile aux blancs. Quant: d on apprit l'évacuation du Cap, dans les villes et les campagnes d'Haiti, la joie fut universelle, et l'enthousiasme à son eomble. L'Haitien se crut invincible sur son territoire , et le peuple, de
toutes paris, Jura par acelamations de vivre libre et indépendant.
Il voua à ses anciens lyrans une haine éternelle. Alors il ne
croyait devoir trouver des iyrans que dans les blancs, et il ne soupconnait pas que des homimes, sortis de son sein , pourraient un jour
le courber , abstraction faite de l'esclavage matériel, sous un despo-
- tisme tantôt sanglant, tantôt abrutissant , en fluitant , pour Fendormir sur ses vrais intérêts, sa haine contre le”blanc , haine
qui alors était la plus forte passion dont il füt animé. Pendant
longtemps il se crut libre parce que la main qui le despouisait au lieu
d'être blanche, était noire ou jaune. Les hommes , le plus souvent,
croyant servir leurs intérêts, ne travaillent que pour un seul. Gependant les lumières pénètreront rapidement en Haïti, et le peuple, à travers le sang et de grands obstacles, créés par un despotisme souvent
peu intelligent, marchera de progrès en progrès.
était la plus forte passion dont il füt animé. Pendant
longtemps il se crut libre parce que la main qui le despouisait au lieu
d'être blanche, était noire ou jaune. Les hommes , le plus souvent,
croyant servir leurs intérêts, ne travaillent que pour un seul. Gependant les lumières pénètreront rapidement en Haïti, et le peuple, à travers le sang et de grands obstacles, créés par un despotisme souvent
peu intelligent, marchera de progrès en progrès. Dessalines fit transporter au Palais du gouvernement du Cap le
trésor natignal qui s'élevait à une somme de plus de deux-cents"
cinquante mille piastres. Il y fit venir chacune des demi-brigades
qui avaient combattu au Haut du Cap, et donna à chaque soldat huit piastres. Märenvoya ensuite tous les corps dans leurs canton“ ” HISTOIRE D'HAIFI,—(1803) 115 nemens respectifs. : Les troupes en traversant les villes furent fétées
aveemagnilicence. La foule les suivait avec acclamations à travers
les campagnes. Les femmes, les jeunes filles embrassaient avec
transpart leurs époux et leurs frères. Ces grandes joies nationales
se Lémoignaient par des ehants et des pleurs. Chaque bouche maudissaits la France. Jamais, Fécriait-on avec orgueil, le français ne
touchera de ses pieds nos rivages; jamais son pavillon ne flottera
dans nos ports; les produits mêmes de sa patrie ne seront jamais
importés dans nos villes; quant à ses baïonneties, si elles étuincolaient à nôs yeux, nos villes disparaitraient el la nation serait
debout. Si les héros de l'époque sortaient de leurs tombeaux, avec quelle -indignation napprendraient-ils pas, en voyant le drapeau français
flotter au sein de nos villes, que nous avons consenti, oubliant
qu'ils avaient acquis fa terre d'Haïti par leur courage, à indem.
miser d'une somme au dessus de pos ressources, les descendants
de ceux qui les avaient toriturés, mutilés. Cependant aujourd hui qué les haines politiq ques sont éleintes, que
les plaies de 1802 et de 1803 sont fermées, l'haïtien doit vivre en
“bonne amitié avec la France dont le contact ne peut que développer les germes de civilisation quelle a déposés chez nous. Il doit
s'efforcer de saequitter de ses obligations envers la France, parce
qu'il les a rendues nationales volontairement et librement, sans mèêmeavoir Lenté la lutte. C'est un devoir que l'honneur lui commonde aujourd hui. Mais en 1825, il eût dû exiger que sa révolution fût sanctionnée par l’ancienne métropole, telle qu'elle s'était
développée et ous , Sinon accepler la guerre. La dette d'Haïtivenvers les colons est aussi 1Hégitime que le milliard qui fut imposé à la France en faveur des émigrés, à la chute de Bonaparte Les blancs furent saisis de terreur en entendant contre le nom
français les rugissemens des ‘troupes qui revenaient du Cap. Que
“Sicniliaient donc les promesses que leur aväit- faites Dessalincs? Is “se demandaient si les paroles du général en chef n'étaient pas en
harmonie avec les dispositions de la masse, Dessalines fixa au premier Janvier 4804 [a déclaration solennelle
deMirdépendance d'Haïti qu'il avait déjà proclamée , ainsi que
Pétion, dès sa prise d'armes contre les Français, en Octobre 4802,
revenaient du Cap. Que
“Sicniliaient donc les promesses que leur aväit- faites Dessalincs? Is “se demandaient si les paroles du général en chef n'étaient pas en
harmonie avec les dispositions de la masse, Dessalines fixa au premier Janvier 4804 [a déclaration solennelle
deMirdépendance d'Haïti qu'il avait déjà proclamée , ainsi que
Pétion, dès sa prise d'armes contre les Français, en Octobre 4802, tps la fin de Décembre 1893 les généraux du Sud, de l'Ouest,
de l'Artibonite et du Nord se réunirent aux Gonaïves, lieu choisi
pour la célébration de cette solennté. Clareron et les autres se-
“Crétaires de Dessatines furent chargés de rédiger l'acte de lIndépendance qui dût être eourt , murement reflécht, atisi que
la proclamation par laquelle on dût annoneer à a Nation ce
grand événement. Chareron et les autres secrétaires , aprés
plusieurs jours de travail, n'avaient pas encore achevé l'acte de Ha 114 HISTOIRE D'HAITI.— (1804) déclaration de lindépendance : cependant on était au 31 Décembre.
Cette pièce, précédée d'un long exposé de motifs, sans chaleur,
mais profondément médilée et calquée sur l'acte de l'indépendance
américaine, déplut à Dessalines par les nombreuses expressions de droit, de principes, de justice qu'elle renfermait. C'était néanmoins: un bon travail. Le général en chef n y rencontrait pas la fureur
qui embrasait son àme centre le blanc. Il eût voulu qu'on eutsimplement formulé un acte d'extermination en termes foudroyants.
Boisrond Tonnère, saisissant sa pensée, sécria: « tout ce qui à
été fait n’est pas en harmonie avec nos dispesitions actuelles; pour
dresser l’aete de l'indépendance, ïl nous faut la peau d’un blanc
pour parchemin, son crâne pour écriloire, son sang pour encre,
et une baïonnette pour plume! » Paroles sanglantes qui, à l’époque,
excitèrent une admiration presque générale. Dessalines s'écria, de son
côté: c'est justement ce que j éprouve moi même ; Boisrond, je vous
charge d'exprimer au peuple mes sentimens à l'égard des blancs. Boisrond Tonnère passa toute la nuit du 31 Décembre au 1° Janvier
1804, à travailler à l’acte de l'indépendance et à la proclamation qui
devait être adressée à la nation, renfermé seul dans une chambre,
assis eontré une table. Aux premières clartés de l'aurore , la générale se fit entendre dans
_ les rucs des Gonaïves. C'était le premier Jauvier 4804. Les instrumens guerriers relentissaient de toutes parts; le peuple et les soldats se confondaient avec enthousiasme en s'embrassant. Pendant que
Je soleil inondait la ville de ses rayons étincelans, les gens de la
campagne y pénétraient de tous côtés. La foule se pressa sur la
place d'armes autour de l'arbre consacré à la Liberté dont le feuillage ombrageait l'autel de la patrie maguifiquement décoré: Les femmes, les jeunes filles, richement vêtues, étaient confondues parmi les
guerriers quelles exaltaient par des chants patriotiques. Le ciel était
rempli du nom d'Haïti que les indigènes avaient donné à leur nouvelle patrie. Ce nom primitif de la contrée leur rappelait un peuple :
a sur la
place d'armes autour de l'arbre consacré à la Liberté dont le feuillage ombrageait l'autel de la patrie maguifiquement décoré: Les femmes, les jeunes filles, richement vêtues, étaient confondues parmi les
guerriers quelles exaltaient par des chants patriotiques. Le ciel était
rempli du nom d'Haïti que les indigènes avaient donné à leur nouvelle patrie. Ce nom primitif de la contrée leur rappelait un peuple : qui avait préféré l’extermination à la servitude. Il était déjà plus de sept heures du matin, et cependant l'on ne
voyait pas Boisrond Tonnère sans lequel la cérémonie ne pouvait
avoir lieu. Tout était prêt et l’on n’attendait que lui. On lechercha
de toutes parts d'abord sans succès; enfin en regardant à travers
la serrure de la chambre dans laquelle ïl s'était renfermé on le découvrit profondément endormi. Une lumière bràlait encore sur sa
table.. On défonça la porte et on le réveilla. Ilse baigna à la hâte,
reprit ses sens et se rendit au palais du gouvernement. | Quelques instans après, des cris de liberté et d'indépendance annoncèrent l’arrivée, sur la place d'armes, dü cortège des généraux
qui représentaient la nation. Au milieu d'eux , le général en chef
Dessalines brillait de tout l'éclat de sa gloire immortelle. On re= sé im, MS ne ne le | HISTOTRE D’HAITI.—(1804) 115 marquait autour de lui une foule de héros dont le courage, les
talens Pavaient puissamment secondé pendant la guerre nationale:
les Pétion, les Christophe, les Geffrard, les Capoix, les Clervaux,
les” Vernet, les Daut Brave, les Romain, les Gabart, les Gérin,
les Férou, les Cangé, les Bazelais , les Jean Louis François. Dessalines , couvert d'habits derés, tenant entre ses doigts enrichis de
pierrertes Pacte de l'Indépendance que venaient de signer au
palais du gouvernement nos plus illustres guerriers, monta sur
Vautel de la patrie, au milieu des acclamations joyeuses du peuple
et de l’armée. Après avoir fait, en langage créole, l'historique des cruautés
que les Français avaient exercées sur les indigènes , il s’écria : « Jurons de combattre jusqu'au dernier soupir pour l'Indépendance
‘de notre'pays. » La foule, les troupes et les généraux répétérent ce serment avec
le délire de l'enthousiasme. Alors Boisrond Tonnère lut , par les ordres du géneral en chef,
la proclamation adressée à la Nation: LE GÉNÉRAL EN CHEF, Au Peuple d'Hayti.
Citoyens , Ce n'est pas assez d'avoir expulsé de votre pays les barbares qui
Pont ensanglanté depuis deux siècles; ce n'est pas assez d'avoir mis
un frein aux factions toujours renaissantes qui se jouaient tour à tour - du fantôme de liberté que la france exposait à vos yeux; il faut,
par un ‘dernier acte d'autorité nationale , assurer à jamais l'empire
de la liberté dans le pays qui nous à vu naître; il faut ravir au
gouvernement inhumain qui tient depuis longtemps nos esprits dans
la torpeur la plus humiliante, tout espoir de nous réasservir , il faut
enfin vivre indépendants ou mourir.
naissantes qui se jouaient tour à tour - du fantôme de liberté que la france exposait à vos yeux; il faut,
par un ‘dernier acte d'autorité nationale , assurer à jamais l'empire
de la liberté dans le pays qui nous à vu naître; il faut ravir au
gouvernement inhumain qui tient depuis longtemps nos esprits dans
la torpeur la plus humiliante, tout espoir de nous réasservir , il faut
enfin vivre indépendants ou mourir. Indépendance, ou la mort... que ces mots sacrés nous rallient,
et quils soient le signal des combats et de notre réunion. Citoyens , mes compatriotes, j'ai rassemblé dans ee jour solennel
ces militaires courageux, qui, à la veille de recueillir les derniers soupirs
de là hberté , ont prodigué leur sang pour la sauver ; ces généraux qui
ont guidé vos efforts contre la tyrannie n’ont point encore assez fait
pour votre bonheur... le nom français lugubre encore nos contrées. Tout y retrace le souvenir des cruauiés de ce peuple barbare; nos .
lois , nos mœurs, nos villes, tout encore porte l'empreinte française;
que dis je ? il existe des Français dans notre île, et vous vous croyez
libres’ et indépendans de cette République, qui a combattu toutes
les nations, il est vrai, mais qui n'a jamais vaincu celles qui ont
voulu être libres, | 116 __ HAYSTOIRE D'HAITI 1804) Eh quoi! victimes pendant quatorze ans de notre crédulité et de
notre indulgcnee ; vaincus non par des armées françaises, mais par
Ja pipeuse éloquence des proclam ations de leurs agens; quand nous
Jesserons nous de respirer le mème air qu'eux? Qu avons nous de commun avec ce peuple bourreau ? Sa cruauté comparée à notre patiente
modération ; sa couleur à la nôtre, Fétendue des mers qui nous
Sépareut, notre climat vengeur, nous disent assez qu'ils ne sont pas
nos frères , qu'ils ne le deviendront jamais, el que s'ils trouvent un
asile parmi nous, ils seront encore les machinateurs de nos troubles et de nos divisions. ‘Citoyens indigènes , hommes, femmes , filles et enfans , portez vos
regards sur toutes les parties de celte ile : cherchez-y, vous, vos
épouses; vous , vos maris; vous, vos frères ; vous , VOS sœurs ; que
dis-je? Cherchez-y vos eufans , vos enfans à la mamelle ; que sont-ils
devenus je frémis de le dire... la proie de ces vautours. Au lieu de ces victimes intéressantes, votre œil econsterné n'aperçoit que leurs assassins ; que les tigres dégoûtant encore de leur
sang, et dont l'affreuse présence vous reproche votre insensibilité
et votre coupable lenteur à les venger. Qu'attendez-vous pour apaiser
leurs mânes? songez que vous avez voulu que vos restes reposassent
auprès de ceux de vos péres, quand vous avez chassé la tyrannie;
descendrez vous dans leur tombes sans les avoir vengés ? non! leurs
ossements repousseratent. les vôtres.
que les tigres dégoûtant encore de leur
sang, et dont l'affreuse présence vous reproche votre insensibilité
et votre coupable lenteur à les venger. Qu'attendez-vous pour apaiser
leurs mânes? songez que vous avez voulu que vos restes reposassent
auprès de ceux de vos péres, quand vous avez chassé la tyrannie;
descendrez vous dans leur tombes sans les avoir vengés ? non! leurs
ossements repousseratent. les vôtres. Et vous, hommes précieux , généraux intrépides, qui, insensi:
bles à vos propres malheurs , avez ressuscité la liberté, en lui prodiguant tout votre sang; sachez que vous n'avez rien fait , si vous
ne donnez aux nations un exemple terrible ; mais Juste, de la venmue doit exercer un peuple fier d'avoir recouvré sa liberté
et jaloux de la maintenir; effrayons tous ceux qui oseralent tenter
de nous la ravir encore; commençons par les Français. .. Qu'ils
frémissent en abordant nos côtes, sinon par le souvenir des cruautés qu'ils y ont exercées, au moins par la résolution terrible que
nous allons prendre de dévouer à la mort quiconque né français
souillerait de son pied sacrilège le territoire de la liberté. Nous avons osé être libres, osons l'être par nous-mêmes et pour nousmêmes; imilons l'enfant qui grandit : son propre poids brise la lisière
qui lui devient inutile et l entrave dans sa marche. Quel peuple à eombattu pour nous? quel peuple voudrait recueillir les fruits de nos travaux ? Et quelle déshonorante absurdité que de vaincre peur être“
esclaves.” Esclaves laissons aux Français cette épithète qualilieadive; ils ont vaincu pour cesser d'être hbres. | Marchons sur d’autres traces ; imitons ces peuples qui, portant"
leurs sollicitudes jusques sur lavenir, et appréhendant de laisser à la”
postérité l'exemple de la lâcheté, ont préféré être exterminés que
rayés du nombre des peuples libres, : HISTOIRE D'HAITI— (1504) : 117 Gardons-nous, cependant, que l'esprit de prosélytisme ne détrui- |
ses notre ouvrage ; laissons en paix respirer nos voisins ; qu'ils vivent paisiblement sous l'égide-des iois qu'ils se sont faites, . et n’allons pas boute-feu révolutionnaires, nous érigeant en législateurs des
Antilles , faire consister notre gloire à troubler le repos des îles qui
nous avoisinent; eiles n’ont point, comme celle que nous habitons,
été arrosées du sang innocent de leurs habitans; elles n’ont point
de vengeance à exercer contre l'autorité qui les protège. Heureuses de n'avoir jamais connu les fléaux qui nous ont détruits,”
“elles ne peuvent que faire des vœux pour notre prospérité. - Paix à nos voisins; mais anathème.au nom français, haine éternelle
à la France :… voilà notre eri. * Indigènes d'Haïti! mon heureuse destinée me réservait à être un
jour la sentinelle qui dût veiller à la garde de Pidole à laquelle
Nous sacmfiez; jai veillé, combattu quelquefois seul , el st J'ai été
assez heureux que de remettre en: vos mains ke: dépôt sacré que
Nous ni avez confié, songez que c'est à vous maintenant à le eonserver, “En-combattant pour votre liberté, Jai travaillé à mon propre
bonheur: Avant de la consolider par des lois qui assurent votre
hbreindividualhité ,::vos chefs, que j'assemble ici, et moi même,
nouswous devonsela dernière preuve de notre dévouement.
fois seul , el st J'ai été
assez heureux que de remettre en: vos mains ke: dépôt sacré que
Nous ni avez confié, songez que c'est à vous maintenant à le eonserver, “En-combattant pour votre liberté, Jai travaillé à mon propre
bonheur: Avant de la consolider par des lois qui assurent votre
hbreindividualhité ,::vos chefs, que j'assemble ici, et moi même,
nouswous devonsela dernière preuve de notre dévouement. Généraux , et. vous chefs, réunis ici près de moi pour le bonheur
de notre pays, le jour est arrivé, ee jour qui doit -éterniser notre
gloire, potre indépendance. S'ilupousait exister parmi nous un cœur tiède, qu'il s'éloigne ct
tremble, de prononcer le serment qui doit nous uuir. Jurons à
Punivers entier ; à la postérité, à nous mêmes , de renoncer à jamais
à Ja France et de mourir plutôt que de vivre sous sa dominations de combattre jusqu’au dernier soupir pour l'Indépendance
de notre pays. | Etmoi, peuple trop longtemps infortuné , témoin du serment que
nous prononçons, souviens Loi que c'est sur La constance el lon courage que jai compté, quandje me suis lancé dans la earrière de la
Hberté pour y combattre le despotisme et la tyrannie contre lesquels
tu luttais depuis 44 ans ; rappelle-toi que J'ai tout sacrifié pour voMer à ta défense, pareus, enfans, fortune , et que maintenant je
ne suis riche que de ta liberté; que mon nom est devenu en horreur à tous les peuples qui veulent l'esclavage , et que les despotes
“ébles tÿrans ne le prononcent qu'en maudissant le jour qui ma vu
naître; et si jamais tu refusais ou recevais. en murmurant les lois *"Oette disposition, par laquelle. on s'engageait tacitément à ne
faire aucun eflort pour tirer de l'avilissement nos frères des autres Coloties , concernait les Anglus auxquels Dessalines avait promis de ne jaiais tenter de soulever les esclaves de S. M. 8. C'était une garantie donnée à la Grande-Bretagne. #” 115 HISTOIRE D'HAITI.— (1604) que le génie qui veille à tes destins me dietera pour ton bonheur,
iu mériterais le sort des peuples ingrats, Mais loin de moi cette
affreuse. idée; tu seras le soutien de la liberté que tu chéris et
l'appui du chef qui te commande. Prête donc entre mes mains le
serment de vivre libre et indépendant , et de préférer: la mort à
tout ce qui tendrait à Le remettre sous le joug. Jure enfin de poursuivre à jamais les traîtres et les ennemis de ton indépendance.
a pour ton bonheur,
iu mériterais le sort des peuples ingrats, Mais loin de moi cette
affreuse. idée; tu seras le soutien de la liberté que tu chéris et
l'appui du chef qui te commande. Prête donc entre mes mains le
serment de vivre libre et indépendant , et de préférer: la mort à
tout ce qui tendrait à Le remettre sous le joug. Jure enfin de poursuivre à jamais les traîtres et les ennemis de ton indépendance. Fait au quartier général des Gonaïves, le premier Janvier mil-huitgent quatre, l'an 4er de l'indépendance. (Signé) : J. J. DESSALINES.
Boisrond Tonnère lut ensuite l'acte de l'Indépendance, ARMÉE INDIGÈNE. Aujourd'hui, 1% Janvier 4804, le Général en Chef de l'armée indigène, accompagné des généraux de l'armée, convoqués à l'effet de
prendre les mesures qui doivent tendre au bonheur du pays;
_ Après avoir fait connaître aux généraux assemblés ses véritables
intérêts, d'assurer à jamais aux indigènes d'Hayti, un gouvernement stable, objet de sa plus vive sollicitude; ce qu'il a fait par
un diseours qui tend à faire connaître aux puissances étrangères,
la résolution de rendre le pays indépendant, et de jouir d’une liberté consacrée par le sang du peuple de cette île; el après avoir
recueilli les avis, à demandé que chacun des généraux assemblés
prononçât le serment de renoncer à jamais à la France, de mourir plutôt que vivre sous sa domination, et de combattre jusqu'au
dernier soupir pour f'Indépendance. ah Les généraux, pénétrés de ces principes sacrés, après avoir donné d'une voix unanime leur adhésion au projet bien manifesté d'Indépendance, ont tous juré à la postérité, à l'Univers, de renoncer à jamais à la France, et de mourir plutôt que de vivre sous sa «
domination. | | Fait aux Gonaïves, ce 1° Janvier 4804 et le 1° de l'Indépendance
d'Hayti, | | Signé : ° Dessalines, général en chef; Christophe, Pétion,
Clervaux, Geffrard, Vernet, Gabart, généraux de division; P:
Romain, E. Gérin, F. Capoix, Daut, J. L. François, Férou,
Cangé, L. Bazelais, Magloire, Ambroise, J, J. Herne , Tous:
saint Brave, Yayou, généraux de brigade; Bonnet, F. Papalier,
Morrelly , Chevalier, Marion, adjudans-généraux ; Magny , Roux,
chefs de brigade ; Chareron, B. Loret, Quene, Makajoux, PDupui, Carbonne, Diaquoi aîné, Raphaël, Malet, Derenoncourt;
officiers de l'armée ; et Boisrond Tonnère, secrétaire. 3
, J, J. Herne , Tous:
saint Brave, Yayou, généraux de brigade; Bonnet, F. Papalier,
Morrelly , Chevalier, Marion, adjudans-généraux ; Magny , Roux,
chefs de brigade ; Chareron, B. Loret, Quene, Makajoux, PDupui, Carbonne, Diaquoi aîné, Raphaël, Malet, Derenoncourt;
officiers de l'armée ; et Boisrond Tonnère, secrétaire. 3 LA HISTOIRE D'IHAITI—(1604) 118 Dessalines. cria vive l'Indépendance; et aussitôt des salves d’artil.
lemie, des élancemens d'enthousiasme remplirent la ville. Dessalines,
entouré des généraux de F État d'Haïti, fut proclamé le premier citoyen
dun peuple libre. Toute la population l'accompagna au palais national. Là, les généraux lui conférèrent le titre de Gouverneur Général,
supérieur , en leur esprit, à celui de Général en Chef, parce que
Toussaint l'avait pris, après avoir publié sa constitution coloniale.
Chacun parut alors avoir oublié que ce titre ne convenait pas au
chef d'un peupie indépendant, car l'idée d'un gouverneur est assoelée
à celle d'une autorité plus relevée, ou d’une métropole. Pensa-ton que cette autorité supérieure était la nation que Dessalines était
chargé de gouverner ? Les généraux dressérent et signèrent l'acte suivant : ù s C3 AU NOM DU PEUPLE D HAYTÉ. Nous généraux et chefs des armées de l'ile d'Hayti, pénétrés de
reconnaissance des bienfaits que nous avons éprouvés du général en
chef Jean Jacques Dessalines, le protecteur de-la liberté dont jouit
le peuple ; au nom de la liberté, au nom de indépendance, au
nom du peuple quil a rendu heureux , nous le proclamons gouverneur-général à vie delîle d'Hayti; nous jurons d'obéir aveuglement
aux lois émanées de son autorité, la seule que nous reconnaitrons ;
nous lui donnons le droit de faire la paix, la guerre, de nommer
son successeur. Fait au quartier-général des Gonaïves le 1° Janvier 4084, 1° jour
de l'Indépendance. Signé : Gabart, P. Romain, J. J. Herne, Capoix, Christophe,
Geffrard, E. Gérin, Vernet, Pétion, Clervaux, J. EL, François,
Cangé, Férou, Yayou, Toussaint Brave, Magloira Ambroise,
L. Bazelais. Le reste de la journée s’écoula en réjouissances, et les détonnations
de l'artillerie éclatérent de minute en minute. L'Haïtien semblait
croire que les échos de ses. joies .patriotiques traversaient l’Atlantique et se répétaient dans l’ancien monde. Dessalines fit publier dans tout l'Etat d'Haïti Pacte de l'Indépen:
dance, sa proclamation au peuple qu'avait rédigée Boisrond Tonnère, et sa nomination à la dignité de Gouverneur Général. De
tôutes parts, il y eut des fêtes magnifiques. Dans la soirée du premier Janvier 1804, il fut question parmi
les, généfaux réunis au palais du gouvernement , du massacre général
des blancs que commähdait pour ainsi dire la proclamation lue sur
dans tout l'Etat d'Haïti Pacte de l'Indépen:
dance, sa proclamation au peuple qu'avait rédigée Boisrond Tonnère, et sa nomination à la dignité de Gouverneur Général. De
tôutes parts, il y eut des fêtes magnifiques. Dans la soirée du premier Janvier 1804, il fut question parmi
les, généfaux réunis au palais du gouvernement , du massacre général
des blancs que commähdait pour ainsi dire la proclamation lue sur 2 *. 74 120 isToiRs D’HarTi.—(1804) l'autel de la patrie. Les officiers supérieurs. les plus ardents proposalent à leurs collègues d'exterminer les Français dans leurs arrondissemens respectifs, à leur retour. Il y eut de chaleureuses diseussions; on ne put s'entendre quant aux moyens de faire disparaître
les Français: les uns voulaient qu'ils fussent égorgés, d'autres qu'ils
fussent déportés. Parmi ces derniers l'on remarquait les généraux Jn-Ls
François, Férou, Geffrard et l'adjudant général Bonuet: Mais pendant qu'on se séparait, les Boisrond Tonnéère, les Chareron,; les
Diaquoi, les Bazelais et Îles autres officiers de Pétat major de Des
salines, déclarèrent que le gouverneur-général saurait une seconde
fois sauver le peuple dont l'existence nationalé était encore menacée,
et qu'il les trouverait, eux ses dévoués, toujours fidèles à leurser- :
nent, Pendant la discussion Christophe et Péuon, se tenant à -
l'écart, n'avaient pas émis leurs opinions. |
L'acte par lequel Dessalines fut nommé gouverneur-général fut le
premier pacte conclu entre la nation et son chef. On lui donna le
droit de faire la paix, la guerre |, de nommer son successeur, et
on lui confia la toute-puissance. Les généraux le récompensèrent
des immenses services qu'il avait rendus à la patrie. Hs lui sacrifièrent toutes les libertés pour lesquelles. la nation avait combattu.
ls ne furent pas cependant égarés par la terreur ni par une aveugle admiration, En nous reportant aux mœurs de cette époque,
nous découvrons qu'une dictature était le premier besoin des populations haïtiennes, car les masses depuis deux ans entièrement livrées à
Ja vie des camps avaient perdu l'habitude des travaux agricoles. Il fallait ©
-qu'une main de fer rétablit, dans les campagnes, l'ordre sans lequel
s éteint la liberté. D'une sautre part, comme la France menaçait
“toujours son ancienne colonie, une organisation militaire avait été
reconnue essentielle au salut public. Haïti devint done un état gouverné par un dictateur à vie ayant droit de nommer son successeur!
Le jour qui suivit la proclamation de l'indépendance (2 Janvier)
le gouverneur général, par un arrêté, détermina le costume des
officiers supérieurs qui dut être des plus riches. Ee même jour il
déclara anéantis les baux à ferme faits sous la domination française.
Ayant conquis la terre d'Haïti sur les Français, il voulut en disposer selon son gré en faveur des indigènes qui avaient combattu
pour la liberté.et Pindépendance.+ Il ne tardera pas à confisquer les
biens des blancs.
Les généraux retournèrent dans les arrondissemens qui leur avaient
élé confiés , disposés les uns à inciter les populations à l'égorgement des blancs, les autres à n'agir contre ceux-ci que d’après des
ordres précis. Christophe se rendit au Cap; Clervaux, à la Marmelade ; Gabart , à St-Marc ; Pétion, au Port au Prince ; Geffrard
aux Cayes ; Vernet demeura aux Gonaïves. Comme il n'existait pas
de tribunaux , ces généraux divisionnaires féndaient la justice mi-
confiés , disposés les uns à inciter les populations à l'égorgement des blancs, les autres à n'agir contre ceux-ci que d’après des
ordres précis. Christophe se rendit au Cap; Clervaux, à la Marmelade ; Gabart , à St-Marc ; Pétion, au Port au Prince ; Geffrard
aux Cayes ; Vernet demeura aux Gonaïves. Comme il n'existait pas
de tribunaux , ces généraux divisionnaires féndaient la justice mi- “ US 4 " te HISTOIRE D'HAITI.—(1604) 121 litairement, ainsi que les commandans d’arrondissemeus, de places
etde communes. La discipline fut sévèrement maintenue dans l'ar_mée qu on caserna comme sous Toussaint Louverture. Un soldat obéissaitänun caporal avec la plus parfaite soumission, dans certains quartiers. "L'organisation du nouvel Etat fat tout-à-fait militaire. Un chef plus # éclairé que Dessatines n'eût pu, ilest vrai, lancer tout à coup les haïtiens
dans la voie des grandes inslitutions démocratiques ; car il eût rencontré "une, puissante résistance dans les masses auxquelles Îles
français, pendant quatorze ans , avaient inspiré la passion des plumets, des épaulettes et des tar nbours : mais il cût pu dès 10FS com -
mencer. la propagation des fumières. atté jusqu'aujourd but gémit
sous son systènre militôire, il est vrai considérablement modifié relativement aux époques que nous racontons. Un peuple.tei qu'un
homme conserve, pendant de longues années, les premières impressions qu'il a reçues.
Légouverneur publia un acte par lequel 1 exhorta les noirs et
bites découléur d'Haïti, réfugiés aux Etats-Unis d'Amérique,
a reventr dans leur nouvelle patrie, pour y jouir des avantages poltiques qu'ils ne trouvaient: pas ailleurs. Il promil aux capitaines américains qui fréquenñtaient nos ports, quarante piastres pour le passage de chaque noir où homme de couleur qu'ils lui ramèneraienL.*
Il conçut l'idée d'augmenter la population haïtienne, en faisant trans:
planter chez nous 500,000 Africains qui y eussent trouvé bonheur
ethiberté : Maïs les faibles ressources du nouvel Etat ne lui permirent pas d'exécuter ce gigantesque projet. besvcitoÿens furent partagés en deux classes : kiboureurs et soldats. Les premiers, qui avaient donné le signal do la guerre de
l'indépendance , furent réunis sur les grandes habitations ; 118 conservèrent leurs armes et furent organisés militairement. [ls étaient
toujours prêts à obéir au premier appel du gouvernement. ‘Lés
derniers ; recrutés tant dans les campagnes que dans les villes, fai. saient un service des plus aclifs. . Les employés civils, tels que les aers d'administration et de: douane faisaient partie de la seconde * Liberté Ou la Mort:
Gouvernement d'Haïti.— Quartier-général, le 14 Janvier 150%, à | première année de l'indépendance d'Haïti. “Le gouverneur-général, considérant qu'un grand nombre de noirs et
n°: de couleur supportent , aux Etats-Unis , toutes sortes de privations. parce qu'ils n’ont pas les moyens de retourner en Haïti, décrète qu'il
sera compté aux capitaines de navires américains là somme de quarante
la Mort:
Gouvernement d'Haïti.— Quartier-général, le 14 Janvier 150%, à | première année de l'indépendance d'Haïti. “Le gouverneur-général, considérant qu'un grand nombre de noirs et
n°: de couleur supportent , aux Etats-Unis , toutes sortes de privations. parce qu'ils n’ont pas les moyens de retourner en Haïti, décrète qu'il
sera compté aux capitaines de navires américains là somme de quarante piastres pour chaque individu qu'ils pourront ramener duns le ‘pays. Ce décret sera imprimé, publié , “aussitôt expédié, et une copie en sera immédiatement envoyée au Congrès des Etas-Unis. Le Gouverneur Général,
DESS ALINES. LL 122 HISTOIRE D'HAITI.—(18C4) classe ils étaient attachés à des corps de l’armée auxuels ils devaient
se rallier dès que la patrie serait en davsger. Le gouvernement afferma aussitôt Îles grandes propriétés rurales
aux militaires d’un grade supérieur qui avaient déployé le plus de
courage dans Îles combats. Les plus belles maisons des villes leur
furent aussi louées à vil prix: Le pays fut partagé en quatre divisions. Le Nord en forma une,
l'Ouest deux, 1ère. division de l'Ouest ou lPancienne province de
lArtibonite, ct seconde division de l'Ouest dont le chef lieu était le
Port au- Prince, et le Sud une. Christonhe et Clervaux commandaient
dans le Nord où étaient cantonnées dix demi brigades: re, 2e., 5e., 6e,
9e. , 25e., 26e. , 27e. ,:28e., et 29e. Ils avarent-sous leurs ordres
les généraux Capoix, Romain, Daut Brave, Jeannot, et Charles
Laiondrie , commandant du Dondon. Aussitôt après l'entrée des in+
digènes au Cap, Dessalines avait ordonné la formation des 25e.,
26e., 27e., 28e. et 29e. demi-brigades. La province de lArtibopite,ou la première division de l'Ouest, était commandée par Gabart
qui avait sous ses ordres les 4{e., Te., 8e., 10e., 14e. et 20e.
Sous lui commandaient le général Jcan-Bhitilief Daut et les adjudans
généraux Yayou et Magny. La seconde division de l'Ouest était conliée à Pétion; les 3e., 11e. , 12e.,21e, 22°, 98e,%et 24e. yhétaient
cantonnées, sous les ordres des généraux Magloire Ambroise et Cangé.
Geffrard avait le commandement du Sud où étaient cantonnées les
43e. , 15e., 16e., 17e., 18e. et 19e. Il avait sous ses ordres les
généraux de brigade Gérin , Férou, Jean-Louis François, J. J. Herne.
Il y eut dans chacune des provinces du Nord, de l'Ouest et du Sud,
un corps d'artillerie, et un corps de cavalerie. IL n'existait d'un
régiment du génie que létat major. Les vingl-neuf demi-brigades d'infanterie fournissaient une force
effective de 43,500 hommes. Chaque demi.brigade de trois bataillons
avait été réduite à 4,500 hommes depuis l'évacuation des troupes
françaises. Les six corps d'élite, artillerie et cavalerie, donnaïent une
force de 6,099 hommes, et là marine composée de trois divisions
dé barges armées occupait trois mille hommes. Les forces ihaïtiens
nes de: terre et de mer s'élevaient à 52,500 hommes, sur une
population alors de 825,000 âmes seulement.
rigade de trois bataillons
avait été réduite à 4,500 hommes depuis l'évacuation des troupes
françaises. Les six corps d'élite, artillerie et cavalerie, donnaïent une
force de 6,099 hommes, et là marine composée de trois divisions
dé barges armées occupait trois mille hommes. Les forces ihaïtiens
nes de: terre et de mer s'élevaient à 52,500 hommes, sur une
population alors de 825,000 âmes seulement. Les troupes bien armées n'avaient pas encore été habillées ; elles
étaient presque nues. Tous ces travaux tendant à organiser le nou:
vel état étaient faits par Boisrond Tonnère, Bazelais, Diaquoi, Car=«
bonne. Dans ladministration , les finances, les domaines, Dessalines
était secondé par le vieux général Vernet, déjà nommé ministre des
finances, et par le citoyen Balihazar Inginac qu'il avait nommé direc-«
teur des domaines du département de l'Ouest, après son entrée au
Port-au-Prince. Inginac, homme d’une rare intelligence , d’un tra=
vail assidu, consacraitaux soins que nécessitait sa charge la piuparts
Car=«
bonne. Dans ladministration , les finances, les domaines, Dessalines
était secondé par le vieux général Vernet, déjà nommé ministre des
finances, et par le citoyen Balihazar Inginac qu'il avait nommé direc-«
teur des domaines du département de l'Ouest, après son entrée au
Port-au-Prince. Inginac, homme d’une rare intelligence , d’un tra=
vail assidu, consacraitaux soins que nécessitait sa charge la piuparts HISTOIRE D’HAITI.-— (1804) 123 de ses nuits. Il vérifiait alors tous les titres concernant les propriétés du département de l'Ouest, renvoyait en possession de leurs
biens ceux dont les droits étaient incontestables et réunissait aux
domaines publics les propriétés qui ne pouvaient être légalement réclamées. Il commença à établir un cadastre, et à régulariser le
service difficile des domaines. Il fit parvenir dans les magasins de
PEtat de grandes quantités de café, qui avaient été réunies sur Îles
habitations, ne trouvant pas de débouchés pendant la guerre nationale.
Dessalines déclara que le camp de Laville situé dans le quartier
de L'Artibonite, deviendrait la capitale de l'Etat d'Haïti. H partit
des Gonaïves, et s’y transporta avec sa famille, suivi de son étatmajor et de la 4e. demi-brigade, son corps favori, dont il avaitété
le” colonel. De grandes fêtes lui furent données. Mais il ne tarda
pas à trouver que ce lieu ne lui convenait pas. I choisit pour son
séjour l'habitation Marchand, située aussi dans la plaine de l'Artibopite, au pied de la grande chaine des mornes des Cahos. Cette
posilion pour une capilale avait été mal choisie. Dessalines reliré
au fond des bois, loin des grandes vilies où s’agitent les passions
ru ne pouvait surveiller les grandes administrations étalies dans les villes maritimes fréquentécs par les Anglais ct les Américains , n! leur donner une direction d'accord avec les intérêts
de la masse et les siens. Les plaintes des habitans des viiles que
es lieutenans persécuteront un jour, en se servant souvent de son nom,
à son insu, ne pouvaient parvenir que difficilement à ses oreilles.
Iui aurait été difficile de déjouer les conspiralions qui pouvaient
se former contre son gouvernement, soit aux Cayes, soitau Portau-Prince, soit au Gap. Mais il aimait le quartier de l'Artibonite
*où il avait vaincu les Espagnols, les Anglais, les Français. Il était
chéri des habitans de ce quartier auxquels il avait commandé sous
Leclerc. Il les connaissait la plupart par leurs noms. Ils lappelaient Papa Jacques, et quand il sortait de son palais, 11 recevait
les bénédietions de toutes les familles du voisinage. Les soldats de
Ja 4e. quand il passait au milieu d'eux lui disaient avec familiarité :
salut Duclos. C'était le surnom qu'ils lui avaient donné. * Il leur
répondait, par quelques juronsg tout en leur jetant de l'argent. Les
mœurs de l'époque ne s’offensaient pas de ces sortes de scènes.
Dessalines , lorsqu'il n'était pas excité au mal par de mauvais cou-
|seillers, démontrait un bon cœur, car Jlavait dé bons instincts. I ne
fat invariablement cruel qu'envers ics blancs; pour eux il n'eut ja.
'était le surnom qu'ils lui avaient donné. * Il leur
répondait, par quelques juronsg tout en leur jetant de l'argent. Les
mœurs de l'époque ne s’offensaient pas de ces sortes de scènes.
Dessalines , lorsqu'il n'était pas excité au mal par de mauvais cou-
|seillers, démontrait un bon cœur, car Jlavait dé bons instincts. I ne
fat invariablement cruel qu'envers ics blancs; pour eux il n'eut ja. * Dessalines, dans son jeune âge, s'appelait Duclos. Quand il fut vendu par son premier maître qui était un blanc, à un propriétaire noir nommé Dessalines , 1l prit le nom de celui-ci. Mais beaucoup d'ofliciers de
Ja 4e qui avaient été les compagnons de son jeune âge continuèrent à
Vappeier Duclos, | 124 | HISTOIRE D'HAÎTI 1804) mais d'entrailles. El exerçait de toutes parts de graudes libéralités.
S'il n'avait pas été mal dirigé par son entourage composé en grande partie d'hommes profondément corrompus , il ‘eût pas commis
les fautes qui ont soulevé contre son autorité les masses du Sud.
Les habitudes qu’il avait contractées dans la plaine de l'Artibonite,
théâtre de ses premières gloires, le portèrent à la ehoisir pour som
séjour , en ne se soumellant pas à ce que lui prescerivait la raisom
d'Etat. Il transforma en peu de semaines l'habitation Marchand en
une jolie petite ville qu'il appela Dessalines. : De belles rues furent
tracées ; les populations des quartiers voisins travaillèrent avec ardeur à fa construction tes maisons, et les fortifications qui y avaient |
été commencées pendant la guerre de lincdépendance, furentalors
AE Age achevées. Il y existe jusqu aujourd hui les forts Innocent,
_Gulbutez, Doco, Fin: du Monde, qui couronnentles mornes boisés
au pied desquels est bâti le bourg de Marchand. à l'entrée des gor: M
ges de Îa chaîne des Cahos. On rencontre le fort. Lasouree dans M
la plaine à l'une des extrémité du bourg , s'élevant au milieu d'un
marécage. Un ingénieur nommé Zinon , ‘et un officier d'artillerie, :
Las elanet avaient dirigé, d'aprés les plans de Dessalines ahpaes
le travail matériel des fortifirations. “4
Aucun système politique contraire à celni du gouvernement ne se
dessinait encore parmi les citoyens. L’haïlien approuvait la plupart:
des actes de Dessalines , et en secondait lexécution. Ces: actes”
avaient pour but de faire disparaitre les derniers vestiges des franGAS. |
Le gouverneur général était alors aimé des citoyens. tant des vil.
les que de *s campagnes. On jouissait en ce moment d'une liberté
sans bornes comparativement à l'époque, nous ne dirons pas de las
domination française qui était la serviiude, mais de Toussaint Lou
verture. Chacun état plein d'espoir ; l'ordre était partout maintes
nu, et quoique l'autorité füt exercée avec sévérité, des: EsisenA étaient
vides. 41
On avait de toutes parts nommé de NOUVEAUX fonctionnaires: mais
il n'existait pas encore de réglements administratifs, ou les quelques.
arrêtés qui avaient été rendus étaient remplis. d'ambiguité. Les administrateurs se montraient très embarrassés dans l'exercice de leurs:
fonctions sous le nouvel ordre de choses; ils étaient obligés chaques
jour de demander des renseignemens aux commandants de dépans
tement qui di Mie directement avec le gouverneur général.
La lettre suivante de l'administrateur du. département du Nord
NOUVEAUX fonctionnaires: mais
il n'existait pas encore de réglements administratifs, ou les quelques.
arrêtés qui avaient été rendus étaient remplis. d'ambiguité. Les administrateurs se montraient très embarrassés dans l'exercice de leurs:
fonctions sous le nouvel ordre de choses; ils étaient obligés chaques
jour de demander des renseignemens aux commandants de dépans
tement qui di Mie directement avec le gouverneur général.
La lettre suivante de l'administrateur du. département du Nord consiaie ce que Rous avançons. 4
Liberté, | ou la Mort. Au Cap, le 4 Janvier 1804, an 1er de l'Indépendance
Fiiix FERRIER, Administrateur en chef du département du Nord, a
Général de division H. Chris tophe , commandant la division du Ne or'û
Q+t HISTOIRE D’HAITI.-— (1804) 1: LéteuteMon Général, Une foule de demandes me sont sde pour l'affermage des maisons et’ re Po il est essentiel aux intérêts du gouvernement
de répondre à lempressement que manifestent un grand nombre
de citoyens pour se rendre adjudicataires des biens séquestrés. En
conséquence, je vous prie d'avoir la bonté de me faire connaître
vos intentions sur les questions suivantes : 4° Les personnes présentes qui ont obtenu du gouvernement
français des reconstructions de maisons de la ville du Cap, doivent
elles jouir du bénéfice de l'arrêté qui leur en accorde la permission ? -2% Les individus qui ont obtenu des reconstructions avant et
puis l'arrivée des Français, et qui, par les circonstances, ont
été obligés d'abandonner leur asyle, doivent-ils rentrer dans la
jouissance de leurs reconstructions ? Si à leur départ la reconstruction n'était point achevée, et qu'elle ait été accordée à une autre
personne, auront ils la préférence sur ce dernier? Dans ce cas seront ils olligés de tenir compte des ouvrages achevés ? 32 Les fermiers qui ont obtenu des fermes de maisons en cette
ville; places à vivres el jardins qui lavoisinent et au haut du Cap,
depuis et avant l'arrivée des Françäis, doivent ils continuer à jouir
du bénéfice des baux qui leur ont été passés ? | 4 Les fondés de procuration doivent ils continuer à administrer
les biens de leurs commettans ? Comme dans ce moment les loyers n'ont point de valeur, voici le
mode d’affermage qu’il conviendrait d'adopter Les baux à ferme seront, pour un an, payables de trois mois
en trois mois, d'avance, en espèces sonnantes et non autrement, Au moment de la prise de possession 11 sera {ait un état de situation, dans lequel se trouve le bien; tes réparations jugées, nécesSaires et indispensables seront inscrites et désignées dans le procès:
verbal” qui sera dressé par le bureau des domaines; les fermiers
les feront faire, après en avoir obtenu l'autorisation de Padministration: ces dépenses seront prises en compensation sur le dernier
terme du prix de la ferme, après que lesdiles réparations auront
été examinées el reconnues bonnes par l'ingénieur en chef, Conformément à l'erdre que vous venez de me donner, je viens
d'écrire aux préposés d'administration du département, d'avoir à
| faire verser dans leurs magasins tous les cafés qui se trouvent sur
es habitations de leurs arrondissemens, appartenant lant au gouvernement qu ‘aux propriétaires présens, absens et fermiers. J'ai l'honneur de vous saluer respectucusement. F. FERRIER. « D'après la réponse de Christophe, l'administrateur en chef con.
ément à l'erdre que vous venez de me donner, je viens
d'écrire aux préposés d'administration du département, d'avoir à
| faire verser dans leurs magasins tous les cafés qui se trouvent sur
es habitations de leurs arrondissemens, appartenant lant au gouvernement qu ‘aux propriétaires présens, absens et fermiers. J'ai l'honneur de vous saluer respectucusement. F. FERRIER. « D'après la réponse de Christophe, l'administrateur en chef con. 126 HISTOIRE D’HAITI.— (16504) sidéra comme totalement nul tout ce qui avait été conclu sous les
Français, et mit en pratique le mode d'affermage qu'il ui avait
proposé. | sl Pendant un mement on paraissait avoir oublié les blancs qui existaient encore en Haïtr. Des paroles indiscrètes de quelques colons qui entretenaient l'espoir
de ressaisir un Jour la domination par les armées de la France,
rapportées aux autoriiés; des Lentatives d'évasion , réveillèrent fa
fareur du peuple. Chacun prétendit que la patrie était encore en
danger. On demanda que la race des anciens oppresseurs fut à jamais
proscrite d'Haïti. On murmurait déjà contre le gouverneur général; on
l'accusait de modérantisme. C'était encore en Janvier. Pourquot ;
se demandait-on, ce discours de la fête de l'Indépandance ? Pour.
quoi menacer en vain? Ces paroles retentissalent presque sur tous
les points de l'Etat d'Haïti. Beaucoup de blanes tentèrent de nouveau de s'enfuir. Mais les navires de l'Etat commandés par les
Boisbianc, les Bégon, les Aoua, les Derenoncourt , les Masson, les
arrêlèrent la plupart. Aux Cayes, au Port-au Prince, à St. Mare,
au Cap, des blanes plaçant leur confiance en des hommes pervers
qui leur avaient promis de les sauver, leur livrèrent ce qu'ils possédaient en or et en argent pour être embarqué, et les suivirent, pendant la nuit, jusqu'au rivage de la mer, pour ensuite atteindre les embarcations. Parvenus sur la plage, ils furent dépouillés et massacrés. On vit des Haitiens, francs inaçons, sauver des Français de la “
même congrégallon qu'eux. D'autres hommes également francs-ma=
çons profitérent de la confiance que leurs frères devaient naturel- «
lement avoir en eux, pour mieux les trahir. Il faut dire, à la
gloire de linstitation toute philantropique de la Franc-Maçonnerie,
que ces cas d'infâme trahison ont été rares, et ont excité alors une
horreur générale.
On vit des Haitiens, francs inaçons, sauver des Français de la “
même congrégallon qu'eux. D'autres hommes également francs-ma=
çons profitérent de la confiance que leurs frères devaient naturel- «
lement avoir en eux, pour mieux les trahir. Il faut dire, à la
gloire de linstitation toute philantropique de la Franc-Maçonnerie,
que ces cas d'infâme trahison ont été rares, et ont excité alors une
horreur générale. À Jérémie, le général Férou apprit que trois bourgeois blancs et
un officier Français qui était devenu Haïtien en prenant duservice dass
les armées indigènes , s'étaient sauvés de la ville, et s'étaient réfugiés
à bord la corvette anglaise la Tartare, mouillée dans la rade, com:
mandée par le capitaine Perkins. L'officier Français qui était em"
ployé au bureau de la place, après s'être entendu avec Perkins avait.
usé de son autorité pour se procurer des moyens faciles d'évasion
Il avait choisi, pour effectuer sa fuite, une soirée pendant laquelle
on donnait une représentation de théâtre. Verséles huit heures
comme il n'y avait pas de garde au théâtre pour y faire la policez
il y avait envoyé celle de la douane et avait dégarni en entier le poste du
rivage. Ilavait pu donc:s ‘embarquer librement avec trois de ses com=
patriotes. Férou somma , sans suceès, le capilaine Perkins de lui
livrer l'offieier qui s'était retiré à son bord. Perkins voulant par
tir pour la Jamaïque, envoya sa chaloupe aux Abricots pour y fai + HISTOIRE D'HAITI.—{1804) 127 de l'eau. I n’osait communiquer avec Îa res depuis qu'il avait
reçu la sommation de Férou. Mais comme 1l n'était pas permis aux
blancs de n° importe quelle nation, d'aborder sé mouillagyes non ouvertsfau commerce étranger , la chaloupe dela Tartare et les matelots
Anglais qui la montaient furent arrêtés, conduits à Jérémie et Li
vrés au général Férou. Cette démarche de Perkins fut aussitôt traduite en tentative de soulever les campagnes. Quoique Férou fut
convaincu de labsurdité de ces bruits, il fut obligé, pour mettre
sa responsabilité à couvert de réclamer, de nouveau, l'officier F Français qui s'était évadé. Comme Perkins n 'obiempérait pas à celte nouvelle sommation , 11 lui annonça qu'il ferait fusiiler les matelois Anglais qui
étaient en son pouvoir , s'il ne débarquail pas dans vingt-quatre heures
Pofficier Français. Perkins placé dans l'alternative de laisser périr :
une dixaine d’Anglais ou de sauver un Français, livra ce dernier
aux Haïtiens. Férou le fit aussitôt fusiller, ét mit en liberté les
malelots Anglais. Perkins craignant pour les Jours de ses matelots
avait voulu aussi livrer les trois bourgeois blancs. Férou lui avait
répoudu qu'il ne réclamait l'officier que parce qu'il était volontairement devenu militaire Haïtien, et quil avait trahi fa confiance du
gouvernement. | |
d’Anglais ou de sauver un Français, livra ce dernier
aux Haïtiens. Férou le fit aussitôt fusiller, ét mit en liberté les
malelots Anglais. Perkins craignant pour les Jours de ses matelots
avait voulu aussi livrer les trois bourgeois blancs. Férou lui avait
répoudu qu'il ne réclamait l'officier que parce qu'il était volontairement devenu militaire Haïtien, et quil avait trahi fa confiance du
gouvernement. | | La nouvelle de ce- qui s'était passé à Jérémie, parvenue à l'Artibonite, exaspéra le peuple auquel on fit accroire que c'était une
conspiration. Les blancs alors impuissans, cffrayés des vociférations
qui les menaçaient ne cherchaient qu'à fuir la mort. Dessalines satisfait du peuple qui avait élevé sa fureur jusqu'à
lahauteur de la sienne, partit de Marchand et vint an Port-auPrince avec son état major et un escadron des dragons de FArtibomite. C'était à la fin de Janviér. Dans la soirée toute la vilie fut
iluminée; il y eut bal au palais du gouvernement ; les dames et
les jeunes filles étaient couvertes de soieries et de pierrertes , les saltes
étaient splendidement ornées. I y avait une grande confusion. La foule entrait;dans les appartemens et en sortait librement. Dessalines ordonnait de laisser le peuple prendre part à ses plaisirs. Il anima la
soirée par sa gaieté. Souvent 1! sortait de cs magnifiques sailes,
Joyeuses et pétillantes, parcourait le péristyle du palais, disait à un faclionnaire: aisse-là ton fusil, et va danser. Le grenadier s'élançait
aussitôt dans les appartemens , au milieu de la foule des officiers-
‘généraux , avec sos épaulettes de laine, son briquet et sa giberne.
Le lendemain, beaucoup de ciloyens demaudèrent qu'on pabliàt
les noms de tous ceux qui, sous le gouvernement de Rochambeau,
avaient signé une adresse par laquelle le rétablissement officiel de
l'esclavage avait été sollicité. Bessalines céda au vœu populaire, et cette
adresse fut publiée au Port-au Prince au son des tambours et de la : . musique. Plusieurs blancs , d'anciens colons qui l'avaient signée, se trouvaient en Llaiti. Plusieurs indigènes, de faux frères qui
Li — * 128 IISTOIRE D'HAÏTI.—( 1804)
l'avaient aussi signée se cachèrent. Le gouverneur général eût pu
Jes découvrir et les faire arrêter; mais il avait jeté le voile de l'oubli sur le passé quant à ce qui concernait ceux des indigènes qui!
avaient été coupables envers in liberté. Le préfet, apostolique Lecun
craignit d'être immolé. Il vint se jeter aux pieds de Dessalines qui
ne daigna pas le relever. Il se-retira humilié et. plein. de terreur.
Les femmes blanches , Cffrayées de Îa mort prochaine de leurs époux,
étaient tombées dans le désespoir ; leur existence-à elles n'était pas
encore menacée ; le peuple et l'armée ne demandaient pas l'extermi:
nation des innocens. |
, apostolique Lecun
craignit d'être immolé. Il vint se jeter aux pieds de Dessalines qui
ne daigna pas le relever. Il se-retira humilié et. plein. de terreur.
Les femmes blanches , Cffrayées de Îa mort prochaine de leurs époux,
étaient tombées dans le désespoir ; leur existence-à elles n'était pas
encore menacée ; le peuple et l'armée ne demandaient pas l'extermi:
nation des innocens. | Du Port-au-Prince, le gouverneur général se rendit à Léogane.
le général Cansé qui y commandait lui fil un aceueil magnifique.
Les habitans de ce quartier se plaïgnirent de lui ; 1ls prétendaient en
avoir reçu toutes sorles de mauvais traitemens. Cangé, emporté,
violent, n'était pas cependant unÿ méchant homme. Dessalines leur
répondit qu'il le MIRE mais «qu ‘il ne, les écouterait plus sils se plaignaient de ceclui qu'il leur donnerait. Il se résolut à
te à l'Arübonite , et à le remplacer par le général Yayou qui
commandait à la Grande Rivière du Nord, et dont se plaignait
beaucoup le général Christonhe. Après avoir traversé le Fond Melon, M
1} atteignit le ‘Cap Rouge où vint au-devant de lui le général Magloire |
Anhrdiseé canal de l'arrondissement de Jacmel. Il se transporla ensuite ‘à Jaemel d'où il alla à Baynet, en longeant la: routes
des Côtes-de-Fer. De là il parvint aux Cayes, chef lieu du département du Sud. Ce fut en cette ville qu ‘il mit à exécution la
résolution terrible, sanglante, quil avait prise d'exterminer des!
Français. Cependant le massacre général des blancs des Cayes n’euf
pas lieu sous ses yeux. Pendant qu'il v était on ne tua que quelques?
bianes isclément. Geffrard -ebligea, par son énergie el sa grande”
influence les officiers de l'état major ‘du gouverneur à respecter, chezl
Jui, un Français qui enscignail la musique aux jeunes personnes
de sa famille. En partant des Cayes pour Jérémie, Bessalines laissas
Fordre à Geffrard de faire égorger tous les blancs indistinctement:
et déclara que leurs biens seraient confisqués au profit de PEtat.
C'était en Février. Geffrard ne voulant pas être témoin de ce mas
sacre, en chargea le g'néral Moreau Coco Herne, et alla faire une |
tournée dns l'étendue de.son commandement. Le long de sa route,
il en saura plusieurs, et quand il rentra aux Cayes, le sacrifice
élait consommé. ? 7 À Aquiu ,le général Jean Louis François en prit beaucoup sous san
protection, et leur procura des moyens d'évasion. Il avait lui-même.
‘allrêté une goëiette, et Favait mise à la disposition de douze blanes.
‘les plus distingués de la ville. Ces malheureux :s’étaient aan ts :
ouvertement, et Ja garde du port, qui eût pu ‘les arrêler, les avait.
‘Juissé passer, d’après les ordres que lui avait donnés®J Fe Lo ° HISTOIRE D'HAITI. —(180) | 128
san
protection, et leur procura des moyens d'évasion. Il avait lui-même.
‘allrêté une goëiette, et Favait mise à la disposition de douze blanes.
‘les plus distingués de la ville. Ces malheureux :s’étaient aan ts :
ouvertement, et Ja garde du port, qui eût pu ‘les arrêler, les avait.
‘Juissé passer, d’après les ordres que lui avait donnés®J Fe Lo ° HISTOIRE D'HAITI. —(180) | 128 » François. Parmi eux l’on distinguait les nommés Gourde et Solace,
C'est avec bonheur qu' on rencontre à ces époques sanglantes, alors
que la miséricorde élait bannie de presque tous les cœurs , quelques hommes généreux arranchant à la mort des infortunés qu'on
immolait de toutes parts. Dessalines arriva à Jérémie avec tout son état-ma ajor. Il ordonna de ne pas faire mourir les Polonais qui avaient servi
dans les rangs Français. Il voulut même qu'ils devinssent citoyens
Haïtiens. Boisrond Tonnère lui disait que c'étaient de braves gens
que le despotisme avait armés contre laliberté; que dans leur pays
ils. avaient toujours combattu la tyrennie. Le gouverneur-général réunit , au palais du g oUNerEnRt Férou ,
Bazile, Thomas Durocher , les autres aulorités de la Grand’ Anse,
et leur annonça que, dans la soirée, les Français seraient sacriliés,
Il les trouva froids et même consternés : ; cependant ils lui répondirent
qu ils exécutéraient rigoureusement ses "ordres. Dés que. la nouvelle
qu'on dut massacrer les blancs transpira en ville, Giraud, directeur
de la douane en recueillit chez lui dix et les cacha. Bazile,
Thomas Durocher et Férou, de leur côté, s’entendirent pour en
sauver un grand nembre. Ils en cachèrent une trentaine dans difHérentes maisons qu'occupaient des citoyens sur la fidélité desquels
ils pouvaieut compter. Les Frauçais, même ceux qui avaient pris
. la nouvelle
qu'on dut massacrer les blancs transpira en ville, Giraud, directeur
de la douane en recueillit chez lui dix et les cacha. Bazile,
Thomas Durocher et Férou, de leur côté, s’entendirent pour en
sauver un grand nembre. Ils en cachèrent une trentaine dans difHérentes maisons qu'occupaient des citoyens sur la fidélité desquels
ils pouvaieut compter. Les Frauçais, même ceux qui avaient pris u service dans les troupes indigènes, furent conduits hors de la
ville, à l'hôpital. Ils avaient presque tous des armes cachées sous
leurs habits et se montraient disposés à vendre chérement leur vie.
Dans la soirée, le général Bazelais se rendit à Phôpital avec un bataillon de troupes, les fit tous baionnelter, après avoir lutté contre
eux, à l'arme blanche, pendant plusieurs heures, .Dans les salles
-de l'hôpital on marchait dans le sang jusqu à la cheville du pied.
En même temps des patrouilles parcouraient les rues et massacraient
les Français qu eiles rencontraient, Le lendemain le carnage continua. Des enfans mâles à Ja mamelle arrachés des bras de leurs
mêres furent Lués impiloyablement. Les environs de la ville furent
couveris de cadavres. Pendant ces massacres, on dansait au palais du
gouvernement. Des femmes indigènes qui étaient établies avec des
blancs étaient contraintes d'assister à ces bals et d y paraître gaies.
Le général Férou , d'après les ordres qu if avait reGus avait établi un
cordon de troupes autour de la ville, afin que les Français des autres communes , ignorant ce qui ce passait à Jérémie , ne songeassent pas à se cacher. | 3
Les blancs Allemands , Anglais et Américains furent respectés ;
néanmoins Dessalines ne leur accorda pas comme aux Polonais Îles
droits civils et politiques. Dessalines partit après s être assuré que
4 carnage avait été complet. I! s'arrêta au Corail où i 02 réunit
& blancs de Pestel et de quelques autres endroits. Il les fit égor- #. 4 e 130 HISTOIRE D’HAITI.— (1804) ger sous ses yeux. Continuant sa ma arche , il fitimmoler les FranÇais au Petit Trou, à l'Anse-à Veau, au Petit Goâve, au GrandGoûve et à Léogane. Le général Gérin avait sauvé ; dans le Sud , plusieurs de ces infortunés. Quelques jours après le départ du gouverneur général de Jérémie,
Férou, Bazile, Thor mas Durocher, embarquérent pour lilede Cube,
sur deux felouques , l’Argonaute et la Férailleuse, eeux des blancs
qu'ils avaient pu arracher à la mort en les cachant. Giraud, Île
directeur de la douane de Jérémie, embarqua de son eûté sur un
navire Anglais, les dix auxquels il avait donné asyle.
és. Quelques jours après le départ du gouverneur général de Jérémie,
Férou, Bazile, Thor mas Durocher, embarquérent pour lilede Cube,
sur deux felouques , l’Argonaute et la Férailleuse, eeux des blancs
qu'ils avaient pu arracher à la mort en les cachant. Giraud, Île
directeur de la douane de Jérémie, embarqua de son eûté sur un
navire Anglais, les dix auxquels il avait donné asyle. Dessalines revint au Port au Prince le 46 Mars laissant derrière
lui une longue 1rainée de sang. On avait pris tant de précautions
pour que le massacre qui avait lieu dans une ville ne fût pas connu des habilans des autres endroits les plus proches, qu on Ignorait au Port au Prince ce qui se passait à Léogane lorsqu'on y égorgeail. L'ordre pendant ees jours de carnage régnait de tous côtés ;
on procédait à ces immolations avec calme, méthode et discipline.
On n'entendait ni le son du canon, Bi le bruit de la mousqueterie;
il était défendu de tirer ; on sac rifiait ceux sur lesquels on avait jeté
Pnalhäre à coups de haele , de poignard, de sabre et de baiennelte. La fureur des haïtiens était presque générale. La soif
de la vengeance était vivement éprouvée par la plupart d’entre eux.
On sentait qu'il n’v avait pas de contact possible avec les restes dess
oppresseurs. Ce mal sur lequel nous gémissons aujourd'hui était
à cette époque” presque inévitable. On comprénd que les Haitiens
de 1804 n'aient pu vivre à côté dela population française qui, en
général , avait applaudi aux cris déchirans de leurs frères , alers que
ceux ci nus et fortement liés servaient de pâture à des chiens dévorateurs. | Dessalines sortit du palais, et traversa la foule réunie sur la
place du gouvernement. Elle l'accueillit par de grandes acclamations. Il alla parcourir la ville. Les citoyens se rendirent chez eux
s’attendant à un grand évènement, mais incertains encore si le mas-«
sacre serait général. Quant aux Élene ils étaient résignés au sort «
affreux qui les menaçait. Dans la soirée la ville fut illuminée de
toutes parts; les rues étaient pleines de promeneurs, de soldats ,
d'officiers supérieurs. Le colonel Lamarre qui était venu du PetitGoâve au Port-au-Prince, était trés-animé; il s'arrètait de temps.
temps dans les familles haïliennes, et disaient aux femmes qui paraissaient très-inquiètes, de ne pas s'alarmer et de se tenir renfer…
mées chez elles lorsqu' elles entendraient des cris. A dix heures
du soir du 16 Mars l’égorgement commença sur plusieurs points de
la ville à la fois. Des pelotons de soldats guidés par des hommes
armés de poignards , appartenant à Îa marine, au commerce, à.
l'adwinistration , pénétrèrent dans les maisons des blancs et les égor
disaient aux femmes qui paraissaient très-inquiètes, de ne pas s'alarmer et de se tenir renfer…
mées chez elles lorsqu' elles entendraient des cris. A dix heures
du soir du 16 Mars l’égorgement commença sur plusieurs points de
la ville à la fois. Des pelotons de soldats guidés par des hommes
armés de poignards , appartenant à Îa marine, au commerce, à.
l'adwinistration , pénétrèrent dans les maisons des blancs et les égor HISTOTRE D'HArTI. —( 1804) 131 gèrent, Des hurlemens affreux remplirent la ville ; un vieillard nommé None habitant de la rue des Fronts Forts fut immolé un des
premiers. Le massacre continua jusqu'à la pointe du jour. Ailors
les tueurs se reposèrent un peu. ! Vers les huit heures ils recommencérent le carnage. Les blanes qui n'avaient pas succombé dans
la nuit furent arrêtés, conduits he:s de la ville et sacrifiés à la Croix
des Martyrs. En même temps le directeur des domaines Balihazar
Inginac apposait les scellés sur leurs demeures , afin qu'elles
ne fussent point pillées. D'après les ordres de Dessalines, leurs
“biens mobiliers devaient être transportés dans les magasins de l'Etat.
Des officiers voulurent plusieurs feis forcer les sccllés; comme Inginac
sy opposait, il fut entrainé en prison; mais dès que Dessalines
apprit son incarcéralion , 1} le fit mettre en Lberté, en disant qu'il
avait fait son devoir: Plusieurs employés, Sabourin, Toutmé, pour
‘se soustraire à la fureur du gouverneur qui suspectait leur dévouement
à la eause de l'indépendance, furent obligés de déclarer qu'ils avaient
tué beaucoup de blancs quand ils n'en avaient pas sacrifié un seul.
Quoique l'acharnement contre les Français fût grand au Port-auPrince, ils y rencontrèrent cependant autant de compassion que dans
les”autres endroits. Des patrouilles parcouraient la ville par pelo-
{ons , et baïonnettaient ceux qu'elles rencontraient. Beaucoup retranchés chez eux se défendirent jusqu à la dernière extrémité; ils oppo:
sèrent souvent des résistances de plusieurs heures, çar il était dés
fendu de les tuer à coups de fusil. Bobœuf, demeurant sur la
place du Poste Marchand , avait résisté loute la nuit précédente ;
Saladin |; pharmacien , avait été défendu avec le dernier acharnement
par son fils , jeune homme de couleur, soldat dans la 4e. indigène;
il s'était empoisonné au moment quon allait forcé la porte de la
chambre où il s'était renfermé. Des enfans armés de sabres assas,
Sinaient céux des blancs qu'ils rencontraient dans les rues. Ces
malheureux déjà terrifiés se laissaient tuer sans opposer aucune réSistance. Sur la place .de l'Intendance, près des bureaux du direeteur des domaines , furent sacrifiés les nommés Libertat, Didier , Fou
ché; au sein de la ville parmi les vietimes on comptait Garnier,
_ riche négociant.
Dans la soirée ,il y eut un grand bal au palais du gouvernement;
“eénmêème temps on chantait et dansait de toutes parts dans la ville.
MBes“liomimes couverts de sang, el ayant les poches pleines de
doublons pris dans les maisons de ceux qu'ils avaient assas-
“sinés, se présentaient chez les femmes indigènes , souvent ieurs
parentes, qui avaient des maris bDianes, et les contraignalent à se
rendre-au bal avec eux. L'une d'elles les pria de prendre en pitié
sa douleur ; ils lui répondirent: si lu ue viens pas, nous assassinerons ton blanc, nous savons où tu las caché.
“Le lendemain, le gouverneur Dessalines parcourut la ville-, dont les
maisons de ceux qu'ils avaient assas-
“sinés, se présentaient chez les femmes indigènes , souvent ieurs
parentes, qui avaient des maris bDianes, et les contraignalent à se
rendre-au bal avec eux. L'une d'elles les pria de prendre en pitié
sa douleur ; ils lui répondirent: si lu ue viens pas, nous assassinerons ton blanc, nous savons où tu las caché.
“Le lendemain, le gouverneur Dessalines parcourut la ville-, dont les = s— 13% # HISTOIRE D’HAITI.— (1804) galeries et les places étaient teintes de sang. Quand il arriva dans
la rue Bonne-Foi vis-à vis de la maison Boisblanc, quelques Haïtiens
lui présntèrent un horloger Français dont ils demandèrent la grâce.
Jean Jacques Dessalines se saisit de sa montre, la brisa contre les
pavés du ruisseau, en s’écriant, levant les yeux vers le ciel : qu'avonsnous besoin de son industrie? Quand le soleil sera directement au
dessus de notre tèle, nous saurons qu'il est midi. » Le blanc fut
sabré sous ses veux. Le gouverneur continua sa tournée à travers law
ville. Quand il parvint vis-à-vis de la maison Dalton, rue Américaine,
qu'occupait le général Pétion, on lui dit que celui ci avait caché
beaucoup de blancs. (Comme il respeetait profondément le caractère de Pétion , ïl ne porta pas attention à ce propos. À quel.
ques pas plus loin quand il passa devant la maison de ladjudant-général Bonnet, qui avait douné asyle à plusieurs Français , 11 s'écria:
il faut que Bonnet me rende ce qui m'appartient. En relournant au
gouvernement, il passa près de la prison et vit plusieurs blancs
qu'on conduisait à la mort. L'un d'eux sortit des rangs, et s’élança
vers lui, en s’écriant : « Gouverneur, cest votre boitier qu'on
va tuer, sauvez-moi. » Dessalines s’arrêla et dit à ses officiers M
quel blanc audacieux... il lui donna la vie. Ce Français l'avait
réellement chaussé à son entrée au Port au-Prince.
Il apprit que des indigènes avaient refusé de verser de leurs pro
. pres mains le sang Français. Il leur ordonna de lui apporter des
tètes de blancs; ce qui fut exécuté. « Ce que nous faisons , disait
il, est bien eruel ; il le faut cependant pour l’affermissement de notre
indépendance ; je veux que le crime soit national, que chacun tremp@
sa main dans le sang; que les faibles et les modérés que nous ren*
dons heureux malgré eux ne puissent pas dire un jour: nous
n'avons pas pris part à ces scélératesses ; c'est Dessalines, Jean Jac=
ques le brigand. Que m'importe le jugement de la pestérité sur
cette mesure que commande la politique, pourvu que je sauve mon
pays. » |
Quand il apprit que le jeune Saladin avait défendu son pére, ile
fit appeler, lui confia un peloton et lui dit d'alier faire égerge
des blancs. | |
Quoiqu’on eût ordonné d’épargner les prêtres , Juste Chanlatte
voulut profiter de cette horrible circonstance pour se venger d
abbé Lecun, préfet apostolique, qui, sous les français, avait” sé
duit sa femme. Il communiqua son projet à plusieurs officiers qu
s'entendirent avec lui pour attirer Lecun dans un piège. Le préfe
apostolique régut une invitation du colonel Germain Frère à
festin. Mais 1! apprit qu'on se disposait à l’assassiner pendant"
repas... Au lieu de se rendre à l'invitation, il se déguisa en fem
me , et sembarqua pendant la nuit sur un bâtiment américain.
favorisé dans sa fuite par plusieurs dévotes. Le jour qui suivit son
a son projet à plusieurs officiers qu
s'entendirent avec lui pour attirer Lecun dans un piège. Le préfe
apostolique régut une invitation du colonel Germain Frère à
festin. Mais 1! apprit qu'on se disposait à l’assassiner pendant"
repas... Au lieu de se rendre à l'invitation, il se déguisa en fem
me , et sembarqua pendant la nuit sur un bâtiment américain.
favorisé dans sa fuite par plusieurs dévotes. Le jour qui suivit son H:STOIRE D’Harti.—(1804) 133 départ, en trouva au presbytère un sopha à ressort qui à volonté
se déployait en forme de lit. Le prêtre exerçait sur ce sopha toutes
ses-séductions. Le dimanche, il prêchait la morale la plus sévère
aux fidèles réunis. Le gén éral Pétion fit briser ce sopha dans la
grande salle du gouvernement où 1! avait été transporté. ‘Un pré.
tre français, Dufour, vieillard assermenté , remplaça , quoique blanc,
le père Lecun. Mais pour officier en beaucoup d'endroits , Dessa -
lines, n'ayant pu trouver des ecclésiasti tiques, se déelara chef de
Eglise et créa des prêtres. C'est ainsi qu'il nomma l'indigène Félix
curé de Si-Marc: c'était un aneien tambour major de la légion
Dessources du temps des Anglais.
I y avait au Port-au Prince un mulâtre nommé Jean Zombi d' une
“figure ignoble , ayant des cheveux rouges, des yeux hagards, qui s’était maintes fois fait remarquer par sa cruauté. Il s'entendit traiter
de modéré parce que, pendant ces jours de massacre, il ne s'était
pas montré. Il sort de chez lui, plein de fureur, arrête un blane,
le dépouille et le met nu. Il le conduit ensuite sur le perron du
palais du gouvernement et lui plonge un poignard dans le sein. Ce
trait fit horreur à tous les spectateurs ainsi qu'à Dessalines. Jean
Zomb1 sortit du palais la tête haute, et rentra chez lui fier de ce
quil venait de faire. Parmi les autres hommes obscurs et ardents au
massacre se faisait remarquer Jean Zépingle. Cependant le gouverneur général accorda la vie à plusieurs blancs, médecins, chicurgiens , pharmaciens et ehapeliers dont on pouvait avoir besoin. Le
chirurgien Mirambeau avait été arrêté el conduit au lieu du sup-
“lice: Au moment qu'on allait lui donner ia mort, un soldat de l’Arübonite auquel il avait prodigué des soins, sous Toussaint Louverture, à Phôpital militaire du Port au Prince, le reconnul et s’écria:
cest un médecin, ne le tuez pass il m'a traité pendant là guerre
civile. Le général qui était chargé de l'exécution le fit conduire au
“gouvernement. Le général Bazelais le reçut. sur le perron du
palais et le présenta à Dessalines. Mirambeau tremblait de frayeur.
“Dessalines lui dit: blanc! pourquoi as tu peur ? nestu pas médecin. Mirambeau lui répondit: gouverneur, la médecine ne fournit
pas de remède centre la peur. Dessalines lui accorda la vie, le Plaça
à Phôpital, en qualité de premier chirurgien, et lui annonça qu il serait
“considéré comme Haïtien. Il devint plus tard chirurgien. en chef
des armées d Haïti. Un autre blanc, nommé Baillergeau, fut aussi-sauvé.
“Il lut-plus tard nommé pharmacien en chef de l'état d'Haïti. Dès lecommencement du massacre dans le Sud, Dessalines avait ordonné.
“épargner les médecins, les pharmaciens et les prêtres.
"Le même jour un Français nommé Monnier qui, fayant les:persécutions de Rochambeau , s'était retiré. dans la partie del’Est , arriva au:
Port-au-Prince, sortant du Mirebalais. Le général Pélion qui connaissait ses bons sentimens. lui avait écrit, aussitôt après l'évacuation de
Haïti. Dès lecommencement du massacre dans le Sud, Dessalines avait ordonné.
“épargner les médecins, les pharmaciens et les prêtres.
"Le même jour un Français nommé Monnier qui, fayant les:persécutions de Rochambeau , s'était retiré. dans la partie del’Est , arriva au:
Port-au-Prince, sortant du Mirebalais. Le général Pélion qui connaissait ses bons sentimens. lui avait écrit, aussitôt après l'évacuation de LE 184 HISTOIRE D'HAITI,—(1804) Rochambeau , de venir au Portau Prince, lui promettant sa proteclion. Pétion avait prié, d'un autre côté, le général Jean Philippe
Daut, commandant du Mirebalais, de l'accueillir favorablement et de
le lui envoyer. Il le présenta à Dessalines qui le sauva etlenemma
notaire, : Charles Stiguy, négociant Français fut aussi sauvé par
Pétion, Beaucoup de laboureurs de la plaine du Cul-de-Sac, beaucoup de femmes noires et de couleur du Port au Prince , sauvèrent
un grand nombre de blancs. Plusieurs cultivateurs de l'habitation
Pera abandonnèrent le pays, après le massacre , et allèrent joindre
leurancten maître, à l'étranger. | k Sur le moindre soupçon on faisait des visites domieiliaires. Comme la demeure du général Pétion était respectés , des blancs s y réfugiaient pendant la nuit, sous des déguisemens, et trouvait ie moyen
d'atteindre ensuite les navires de’ la rade. On égorgeait de toutes
paris ; el de tous côtés de nombreux Haïtiens noirs et jaunes sauvalent des blancs, en exposant leur existence. Le général Bonnet
était parvenu à faire passer. chez Pétion, pendant la nuit, les blancs
auxquels 11 avait donné asyle. Le massacre avait duré au Port-auPrince du 46 au 25 Mars. ; Le gouverneur général partit du Port au-Prince, en laissant le commandement de l'arrondissement au colonel Germain Frère. Il traversa
PArcahaie, St. Marc, et s'arrêta à Marchand. Bans tous ces lieux
les. Français furent exterminés. Hréunit à Marchand la plupart des
Polonais qui étaient demeurés dans le pays, en forma un bataillon
qui fut chargé de la garde de la prison. H apprit presque en même
me temps que des Français, après avoir oblenu des lettres de naturalisation de suédois ou de danois, venaient traliquer en Haïti. Pour
les empêcher de se représenter dans le pays, sous n'importe queile
cocarde, il fit sortir l'arrêté suivant : | Liberté, | | Ou la Mort.
ARRÊTÉ DU GOUVERNEUR-GÉNÉRAL. Au Quartier de Marchand le 1° Avril 1804 an 1" de l'Indépendance. Le gouverneur général considérant que les français proscrits et”
bannis de cette île, sellicitent dans les pays neutres des lettres
de naturalisation , à la faveur desquelles ils voudraient s'introduire
dans le pays, pour y ramener la discorde, | ARRÊTE : | Art. 1.7 Tout français qui aura obtenu des lettres de naturalisation d'une puissance étrangère, sera tenu de sortir du pays. | Art. 2. Les généraux commandant les départemens et quartiers
dans lesquels résideront des français qui auront obtenu des lets LS HISTOIRE D'HAITI.—(1 804) 135 tres de naturalisation des puissances étrangères, devront faire parvenir au gouverneur-général les lettres desdits naturalisés avant d’être
autorisés à leur accorder un passe-port.
des lettres de naturalisation d'une puissance étrangère, sera tenu de sortir du pays. | Art. 2. Les généraux commandant les départemens et quartiers
dans lesquels résideront des français qui auront obtenu des lets LS HISTOIRE D'HAITI.—(1 804) 135 tres de naturalisation des puissances étrangères, devront faire parvenir au gouverneur-général les lettres desdits naturalisés avant d’être
autorisés à leur accorder un passe-port. Le Gouverneur-Général, (Signé) DESSALINES. On devait, si ces lettres de naturalisation n'avaient pas été régulièrement délivrées | arrêter ces français, les considérer comme
ennemis et les exécuter. | Dessalines se rendit ax Gonaïves où Îles blancs furent sacrifiés.
De là 1l partit pour le Cap, accompagné de six compagnies d'élite,
trois. de la 4e. , une de la 14e. , et deux de la 8e. Il y avait
encore en celte ville une grande quantité de français entre autres
Hardivilhers, ce riche négociant qui avait failli d'être fasillé, sous
Roechambeau, dans l'affaire de Fédon. Hardivilliers n'avait pas
suivi les débris de l’armée française, parce-qu'il avait cru que le
blanc eût joui, sous Dessalines, des mêmes faveurs que sous Touss
saint Louverture. En traversant les mornes du Dondon, Dassalines reçut la soumission de Peut Noël Prière, de l'Africain, anciens chefs de Congos, de ces traîtres qui la plupart avaient paclisé avec les Français pendant les derniers momens de la guerre. de l'Indépendance.
JL nomma Petit Noël Prière général de brigade, dissimulant son
ndignation contre lui, et le combla de faveurs en attendant l'occasion de le faire sacrifier. Après l'entrée de Dessalines au Cap,
dans la journée du 21 Avril, on commença le massacre des blancs.
lis furent égorgés les uns dans les rues, d’autres sous leurs propres tons. Leurs demeures furent pillées. Petit Noël Prière et ses.
angiens lieutenans , pour prouver à Dessalines leur dévouement à la
cause de l'indépendance , #e firent remarquer par leur acharnement
à poursuivre ces infortunés. Ils s'enrichirent de dépouilles, et se
crurent à l'abri des vengeances de Dessalines, parce qu'ils s'étaient
baignés dans le sang des blancs. Le géuéral Christophe donna asyle chez lui à une vingtaine de Français. Mais il ne put les sauver de la fureur du peuple qui découvrit leur retraite. Craïgnant
.d'exciter le mécontentement de Bessaïines , 11 les. livra à des soldats
qui les immolèrent. : Le gouverneur fit appeler au: palais du gouxernement le vieux Télémaque, cet ancien maire du Cap, sous Toussaint, qui s'était toujours montré très dévoué aux Français. Il lui
dit: Tei qui ne voulais pas de l'incendie du Cap à l’arrivée de Le--
clerc, pourquoi n’astu pas suivi les Français ? Tu as donc reconnu
qu'ils sont des monsires ! Tu veux jouir de la liberté que nous.
avons procurée au pays! — Télémaque, tremblant, ne répondit pas.
Dessalines fit-venir un blanc et ordonna à Télémaque de le pen-
“dre, pour lui donner un témoignage de son dévouement à la cau.
qui ne voulais pas de l'incendie du Cap à l’arrivée de Le--
clerc, pourquoi n’astu pas suivi les Français ? Tu as donc reconnu
qu'ils sont des monsires ! Tu veux jouir de la liberté que nous.
avons procurée au pays! — Télémaque, tremblant, ne répondit pas.
Dessalines fit-venir un blanc et ordonna à Télémaque de le pen-
“dre, pour lui donner un témoignage de son dévouement à la cau. 136 HISTOIRE D'HAITI 1804) se de l'indépendance. Télémaque , après avoir passé la corde au
cou du Français, se sentit faillir ou moment de l'exécution. II
déclara presque évanoui qu’il aimerait mieux périr que de commettre un crime. Dessalines, peraissant le prendre, en pitié, Île
chassa de sa présence tout en ordonnant de ne lui faire aucun
mal. El livra le blanc à des soldats de la 4e. qui le sabrèrent.
1} fit ensuite venir devant lui un vieillard, noir, rommé DessaliLes, qui, dans. l'ancien régime, avait été son second maître,’ et
dont- il avait pris le nom. H lui annonça quil le créait son
grand maitre d'hôtel. k : Au Port de Paix, le général Capoix , d’après les ordres qu'il avait
reçus, fit arrêter les Frahçais de sa ville. H n'y en avait qu'une
quinzaine; il en sauva cinq qui étaient de bons artisans et fit .
massaerer le reste. ‘Au Fort-Liberté, au Méle St, Nicolas, Sur
tous {es autres points du Nord, l'égorgement fut général, En fa le grand sacrifice était consommé ; les Français avaient disparu du sol d'Haïti, | Les massacres avaient duré des premiers jours de Février
au 22 Avril. Dessalines disait : Si je meurs actuellement,
je descendrai heureux dans la tombe ; nous avons vengé nos frères,
ei toutes les popui ations éteintes dans la servitude; Haïti est devenue un point'rouge sur la te du globe, que Le Français n'a.
bordera jarmais. Les femmes Blanches respiraient encore, êtres innocents, inoffensifs, dont fa mort n'avait été demandée par personne, même pendant
qu'en massacralt leurs époux avec le plus de fureur. Mais le sang
attire le sang. Des infâmes; des hommes ‘auxquels 4 ne restait «
NE aucun sentiment de pitié, excités par des passions brutales, rmibitieux de s'enrichir encore par l'assassinat, s’approckérent de
Dessalines, qui ne songeait pas immoler ces infortunées. C'était
ie lendemain du massacre des blancs. Ils lui dirent que les blanches étaient des brigandes qui maudissatent les victoires des Häïtiens;
qu'elles regreitaient le’règne de leurs époux ; qu'on ne pouvait les
laisser dans le pays; quelles auraient des fils avec les Häïtiens;
que ceux-ci auraient la douleur de voir graudir leurs enfans dans es idées françaises, et qu'en moins de vingt ans, ils auraient une
Boite génération de traîtres à exterminer, Ce conseil fit d'abord horreur à Dessalines; il répihbttt à ceux
qui le lui donnaient qu'il vaudrait mieux que les blanches fussent
conservées; qu'elles s'établiraient avec Îles noirs et hotsmes de cou-«
leur, qu ‘elles en auraient des sang-mêlés, des Haïtiens enfin. Mais
il fut tellement excité à ce grand crime qu'il y consentit tout en
déclarant que cette fois il n'en sentait pas la nécessité. /
conseil fit d'abord horreur à Dessalines; il répihbttt à ceux
qui le lui donnaient qu'il vaudrait mieux que les blanches fussent
conservées; qu'elles s'établiraient avec Îles noirs et hotsmes de cou-«
leur, qu ‘elles en auraient des sang-mêlés, des Haïtiens enfin. Mais
il fut tellement excité à ce grand crime qu'il y consentit tout en
déclarant que cette fois il n'en sentait pas la nécessité. / Au Cap, béaucoup de ces malheureusés furent entrainées hors de
la ville, Des scélerats promirent la vie à loutes celles qui voudraient |
J
HISTOIRE D’HAITI.— (1804) ; | 137 se livrer à eux. Plusieurs, pour sauver leurs jours, firent le sacrifice de leur honneur. Elles n’en fanrent pas moins poignardées
par ceux qui avaient assouvi sur elles leurs infâmes passions. Enfin
Christophe les fit réunir toutes en un grand convoi, et ordonna de
es conduire à la Fossette où elles devaient être exécutées. On
les placa entre deux haies de soldats de la 4e. La musique mi- :
litaire, exécutant les airs patriotiques de la France , la Marseillaise,
le Chant du Pépart, ouvrait cette lugubre marche. Les soldats avaient
la tète baissée; leur physionomie exprimait la honte et le douleur;
ces cris de joie qui retentissaient partout, pendant qu'on égorgeait
les blancs, ne se faisaient pas entendre, Quand Îe convoi atteignit
là rue Espagnole, une femme blanche qu'on n'avait pas arrêtée à
cause de son grand ‘âge et qui se tenait renfermée depuis plusieurs
années , denranda Ce qu'annonçait cette. musique. Ou lur répondit qu'on allait égorger les blanches. Elle se’ leva ,#se saigit de sa
béquille et vint se mêler à la foule en disant : puisqu'on égorge les
femmes, je veux mourir moi aussi. Elle marcha à la mort avec une
assurance surnaturelle. Quand on arriva au lieu de l'exécution, il régna un morne silence
jusqu à ce quon eut ordonné de con imencer le massacre. Au dire
des vieillards qui ont assisté à cette herrible scène, elles étaient
“belles la plupart, quoique plongées dans le désespoir. Elles se prosternèrent aux pieds des soldats, embrassérent leurs genoux, et
leur présentèrent leurs petites filles à la mamelle. Elles étaient tout
en pleurs. Nos grenadiers reculèrent. Grâce! grâce! fat le seul
cri qui sortit de leurs rangs._ Les officiers, émus “jusqu'aux larmes,
commandaient faiblement l’éxécution. Le soldat s’apprechait ; mais
il reculait encore, ne se sentant pas la force de plonger sa baïonnette
dans le sein de ces infortunées. * Le pt Clervaux entendant
ces cris de grâce, “ah tout-à coup à cheval, au milieu des rangs.
«Quoi, dit il aux soldats ! vous reculez devant ce dernier sacrifice !
Elles portent dans leurs seins d'autres Français qui respirent encore
au milieu de nous. » Aussitôt il arrache , des.bras d'une femme,
une enfant à la mamelie et lui brise le crâne contre un las de grosses pierres Les soldats furent contraints d'acliever le plus affreux
carnage qu'il avait commencé, foulant aux pieds de son cheval et
sabrant des créatures dignes d'un sert moins horrible.
il aux soldats ! vous reculez devant ce dernier sacrifice !
Elles portent dans leurs seins d'autres Français qui respirent encore
au milieu de nous. » Aussitôt il arrache , des.bras d'une femme,
une enfant à la mamelie et lui brise le crâne contre un las de grosses pierres Les soldats furent contraints d'acliever le plus affreux
carnage qu'il avait commencé, foulant aux pieds de son cheval et
sabrant des créatures dignes d'un sert moins horrible. Clervaux si brave dans les combats, comment put-il ternir sa gloire
"par tant de barbarie? Le fanatisme de la liberté pourrait-il lexcuser? Non! Le massacre des femmes fut un crime inutile, auquel * Cette-scène s’est passée telle que je. la raconte. Les soldats attendris
la plupat , disaient à leurs officiers qu'ils ne se sentaient pas la force de porteri la main sur ces malheureuses ; puisqu'il ny avait plus moyen de les sauver, qu'ils aimeraiçnt mieux se placer à une grande distance et tirer Sur
“elles, | 138 HISTOIRE D’HAITI.-— (1804) poussérent les hommes les plus féroces de l'époque. Avant cette
circonstance, le général Clervaux ne s'était jamais fait remarquer
par des actes de eruauté. Au côntraire on citait de lui beaucoup
d'actes d'humanité exercés envers des noirs, des hommes de couleur et des blancs. Il était en 4804 exaspéré contre les Français
qui, sous Leclerc, avaient fait périr presque tous ses parens, entre autres Jacques Clervaux , son frère. Nous avons ‘également flétri les
hommes qui ont ensanglanté la domination française, en égorgeant
des enfans noirs el jaunes, des innocents. Plus un homme occupart une position sociale est éelairé, plus il doit surveiller ses démarches dans les effervescences révolutionnaires , et savoir se conteuir après la victoire, quand il n'y a plus autour de lui que des ennemis vaincus et désarmés, surtout des temmes et des enfans..
L'ordre fut envoyé de Loutes parts d'exécuter les blanches.
L'humanité@les citoyens du Port de-Paix éclata énergiquement en
cette cireonstance. Ils sauvèrent beaucoup de femmés et d'enfans en bravant la fureur de quelques hommes cruels. Le capitaine Alin de la 9e. eut le courage d'en embarquer publiquement une vingtaine sur
des navires américains qui partaient pour le continent. Au Port-au-Prince, le colonel Germain Frère les poursuivit avee
le dernier acharnement. Elles se réfugièrent la plupart dans les ap.
partemens de la maison Dalton, sous la protection du général Pétion.
Mais celui ci re put résister à -l'opiniätreté de Germain Frère qui,
pour prendre leurs têtes, mettait sans eesse en avant le nom de
Dessalines. Il en sauva néanmoins quelques unes entre autres Madame Campan, créole d'une rare beauté, qu'il éloigna aussitôt de sa
demeure pour que la ealomnie ne l'accusât pas d’avoir mis un prix
à celte action. Elles furent jetées dans Ge grandes chaleupes, et
noyées à la pointe du Lamentin, à une lieue de la ville. Des femmes noires et de couleur avaient arraché à Germain Frère plusieurs
petites blanches, les unes à la mamelle, d'autres de quatre ou cinq
entre autres Madame Campan, créole d'une rare beauté, qu'il éloigna aussitôt de sa
demeure pour que la ealomnie ne l'accusât pas d’avoir mis un prix
à celte action. Elles furent jetées dans Ge grandes chaleupes, et
noyées à la pointe du Lamentin, à une lieue de la ville. Des femmes noires et de couleur avaient arraché à Germain Frère plusieurs
petites blanches, les unes à la mamelle, d'autres de quatre ou cinq ans, en eéertiliant, par serment, au péril de leurs jours, que ces. innocentes étaient des sang-mêlées. Si un faux témoignage peut être
pardonné, c’est dans une telle circonstance.
On publia aux Cayes que les. femmes blanches sengient embarquées, pour être ensuite déportées. Elles se transportérent en:
grand nombre , avec ce qu'elles avaient de plus précieux, chez. Monsieur Carter, négociant américain, heureuses de fuir une
terre qui avait dévoré leurs époux. Dans la soirée elles furent
conduites à berd d'un brick américain mouillé dans la rade. Vers
le milieu de la nuit, on les fit passer dans de grandes chaloupes
et on les amena au Chateaudain, mouillage peu éloigné de l'embouchure de la rivière Renaud. Des matelots, sous les ordres de Bégon,
de Aoua et du capitaine Tartre, les lièrent dos à dos, leur attachérent aux pieds de grosses pierres et les plongèrent au fond de ‘ HISTOIRE D’HAITI.— (1804) 139
la mer. Pendant les jours qui suivirent cette exécution on fit des
-visites domiciliaires dans de nombreuses maisons pour arrêter celles
qui s'étaient cachées. Le chef d’escadron Voltaire, É” Hhire
du général Geffrard , arracha à la mort madame Renaud, femme
remarquable sous tous Îles rapports; plusieurs autres citoyens et
madame Laurence Macintosh en sauvèrent quelques unes. Au Fort Liberté, aux Gonaives, à Si-Marc, au Mirebalais, à Jacmel,
aux Cayes, à Jérémie, partout enfin, des rivages à la cime des plus
hautes montagnes, elles furent immolées. Quand le général Férou
avait reçu, à Jérémie, l’ordre dé les faire exécuter, 11 était tombé
dans une profonde consternation. Il garda l’ordre sur lui pendant
deux jours, sans en donner connaissance à aucune des autorités. Enfin il le communiqua à Théodat Trichet, à Bergerac Trichet et à
Thomas Durocher ses conseillers intimes. (Ces quatre hommes réufondirent en larmes. Mais il fallait ou exécuter l’ordre, ou se
mettre en état de révolte contre le gouverneur-général, Tout en prenant
la résolution de l'exécuter, ils se déterminèrent à sauver la plus grande
. parue de ces malheureuses. Férou appela Gaspard, le commandant du
port, et l exhorta à embarquer , pendant la nuit qui devait suivre, autant de femmes blanches que ses deux goëletles pourraient en recevoir. Gaspard exécuta ces instructions, et le lendemain le massacre commença. Thomas Durocher, de son côté, en cacha beagcoup. Gaspard
appareilla peur l'ile de Cube, où, à son arrivée, ïl les débarqua
saines et sauves. Il revint à Jérémie , reçut encore à son bord
celles-qui avaient été cachées, fit un autre voyage à Cube et les
y déposa le.-long de la côte.
les pourraient en recevoir. Gaspard exécuta ces instructions, et le lendemain le massacre commença. Thomas Durocher, de son côté, en cacha beagcoup. Gaspard
appareilla peur l'ile de Cube, où, à son arrivée, ïl les débarqua
saines et sauves. Il revint à Jérémie , reçut encore à son bord
celles-qui avaient été cachées, fit un autre voyage à Cube et les
y déposa le.-long de la côte. Aussilôt après le massacre des blanches du Cap, Dessalines avait
fait arrêter Petit Noël Prière et les autres anciens chefs de congos
qui lui avaient fait leur soumission, comme nous l'avons vu. Il
leur fit enlever tout ce qu'ils avaient pris sur les blancs pendant
le massacre , et les fit conduire à Marchand où ils furent exécutés
quelque temps après. L'exécution des femmes blanches répandit tant dans nos villes
que dans nos campagnes une sombre douleur. Les haïtiens gémirent la plupart sur ce sacrifice inutile. Ils en jetèrent tout l’odieux
sur Dessalines qui cependant en était moins ceupable que son entourage , car il avait dit maintes fois qu'il n’en sentait pas la nécessité. Comme chef d Etat, il eût dû sy opposer ; mais il y fut
entrainé par des hommes en lesquels il mettait sa confiance, qui
lui persuadèrent que la nation demandait avec opiniâtreté ce dernier
sacrifice; on, le détermina surtout à y consentir parce qu'on Île con-
“ainquit que ce massacre consoliderait à tout jamais l'indépendance
du pays, en mettant un océan de sang entre Haïti et la France,
el, ferait perdre à laneienne métropole tout espoir de traiter avec
.nous. Et pour consolider l'indépendance d'Haïti, Dessalines n'eût 140 HISTOIRE D'HAÎTI.—{1804) + reculé devant aucun des moyens que lui suggéraient ses convictions.
Les hom de l'époque qui l'ont poussé au massacre des femmes
n'éprouvélént de difficultés que pour le convaincre; ïls sont les
premiers coupables, Dessalines avait quelques bons instincts; Si
on les et dirigés avéc sollicitude, il eut commis moins de fautes. Les
conseils lui étaient surtout nécessaires depuis l’évaeuation des Français, car il n'était qu'homme de guerre. Quand il :se trouvait
à Jérémie, il avait été enchanté de deux actrices blanches qui au
théâtre l'avaient beaucoup fait rire. Il était parti de cette ville,
animé de bonnes dispositions envers les blanches. Si l'idée d’exterminer ces malheureuses ne lui avait pas été suggérée plus tard,
pourquoi eùût-il laissé un intervalle entre leur égorgement el celui
des blancs. Néanmeins comme il n'a pas opposé une résistance invincible à ces atroces suggestions, l'histoire ne peut le justifier.
avait été enchanté de deux actrices blanches qui au
théâtre l'avaient beaucoup fait rire. Il était parti de cette ville,
animé de bonnes dispositions envers les blanches. Si l'idée d’exterminer ces malheureuses ne lui avait pas été suggérée plus tard,
pourquoi eùût-il laissé un intervalle entre leur égorgement el celui
des blancs. Néanmeins comme il n'a pas opposé une résistance invincible à ces atroces suggestions, l'histoire ne peut le justifier. Le massacre général des Français après l'évacuation de Rochs
beau est un acle qu'on a presque partout condamné. Ces nie
mosures font horreur à l'humanité. Comimne la violence de nos passions politiques ne permettait plus aux blancs de demeurer parmi
nous, on eût dû les déporter; car si, en grand nombre, ils n'ont
pas suivi les débris de Farmée française, cest que nous leur,
avions promis, par des actes officiels, sécurité et protection. Mais ce
n’est pas une raison pour que l’on jette sans cesse malédiction sur
nous. Tous les peuples dans les cffervescences révolutionnaires ent
eu ces affreux momens d'égarement sur lesquels l'on gémit , et que
l'on s'efforce de ne pas rêénouveler. La Sicile a eu ses vêpres siciliénnes , l'Espagne ses auto-da-fé, l'Angleterre, ainsi que l'Allemagne,
ses guerres de religion, la France ses massacres de K& St: Barthélemy , ses journées de Septembre. Les crimes commis sur nos
pères par les colons, plus tard par Leclerc et Rochambeau , sont.
bien supérieurs en raffinement de cruauté à tout ce qui a été fait
chez nous en 1894. La France doit elle être à cause de ces crimes
un objet éternel d'horreur? Du reste l'homme civilisé, se vantant
d'être à la tête des progrès de l'esprit humain, asservissant son
semblable, mû par una sordide intérêt , n'est-il pas plus coupable
que l'homme aux qualités natives qu'un esclavage abrutissant a rendu
cruel ? Les Haïitiens, portant encore les marques des tortures que les
blancs leur avaient fait souffrir, ne purent, sous l'influence de
quelques incitations, contenir leur fureur. Les uns demandaient
aux blanes un fils, une sœur, d’autres une mère, un père , de
nombreux amis. [I fallait que la nation füt dévorée d'une soif
bien ardente de vengeance, pour que tout un peuple doux, humain, hospitalier, se résolüt à cette cruelle. mesure, Si Contraire
à ses instincts. Quant à la politique, on pensait alors qu'elle commandait impérieusement ce sanglant sacrifice. La France était toute. - HISTOIRE D’HAITI.— (1604) 141 puissante; elle menaçait Haïti d’une nouvelle expédition. On craigrrait en déportant les blancs qu'ils ne revinssent dans le pays, les
armes à la main, guidant les armées de l’ancienne métropole. Si
des historiens Français sévèrement attachés à la nationalité de leur
patrie, aujourd hui jouant un rôle honorable dans leur pays, ont pu
considérer les massacres de Septembre, qui font frémir l'humanité,
comme nécessaires au salut public, ne doit-on pas, à plus forte raison, jeter le voile de l’oubli sur les massacres de 1894, commis
par un peuple alors presque barbare, qui avait été maintenu , pendant près de trois siècles, en une servitude, non seulement physique
mais encore morale et intellectuelle.
à la nationalité de leur
patrie, aujourd hui jouant un rôle honorable dans leur pays, ont pu
considérer les massacres de Septembre, qui font frémir l'humanité,
comme nécessaires au salut public, ne doit-on pas, à plus forte raison, jeter le voile de l’oubli sur les massacres de 1894, commis
par un peuple alors presque barbare, qui avait été maintenu , pendant près de trois siècles, en une servitude, non seulement physique
mais encore morale et intellectuelle. On a vu les Haïtiens des deux couleurs, noïrs et jaunes, demander
en grand nombre, l'extermination des blancs , et se livrer à de vives
joies pendant qu'on les massacrait. Mais ceux que les passions politiques négaraient pas, virent avec inquiétude le peuple lancé dans
les voies du sang; ils craignirent que le gouvernement ne pût arrèter cet élan. D'une autre part ce projet du gouverneur général, de
faire abandennner les villes du littoral, paraissait à beaucoup de généraux éelairés , à Christoghe, Pétion, Geftrard, conträire aux progrès d’un jeune” peuple. Dès lors deux partis commencèrent à se
dessiner : les ultra- révolutionnaires ‘et les modérés. Ces derniers,
ayant vu sévanouir les dangers de la patrie, désiraitent ün gouvernement doux, intelligent et même constitutionnel, de fréquentes relations avec les étrangers , Anglais, Allemands, Danois, Suédois,
‘Américains ; les premiers , zélès partisans du système de Dessalines,
désiraient au contraire, que Îa population vécut au sein des montagnes, afin, disaient-ils, que la corruption européenne ne püi l'atteindre. Cependant la proclamation qui annonça à la nation lextermination générale des Français que presque chaque bras avait
exécutée, fut accueillie avec enthousiasme par les Haïtiens, modérés
et ultra-révolutionnaires. , * Le nombre des victimes . hommes,
femmes et enfans s'élevait à trois mille envirou. Liberté, | | -ou la Mort.
J. DESSALINES, Gouverneur. Général. AUX HABITANS D HAÏTI. Des forfaits jusqu’alers inouïs faisaient frémir la nature; la mesure était à son comble. e : Cette proclamation fut publiée au Cap, pendant qu’on achevait dans
le Sud le massucre des femmes blanches vers les extrémités de ce département, 142 . HISTOIRE D’HAITI.—(1804) Enfin l'heure de la vengeance a sonné, et les implacables ennemis des droits de l'homme ont subi le châtiment dû à leurs crimes. J'ai levé mon bras trop longtemps retenu sur leurs têtes coupables. À ce signal qu'un dieu juste a provoqué, vos mains saintement armées ont porté la hache sur l'arbre antique de l'esclavage et
des préjugés. En vain le temps et surtout la politique infernale
des Européens, l'avaient environné d'un triple airain; vous avez
dépouillé son armure, vous l'avez placée sur votre cœur pour, ‘etevenir comme vos ennemis naturels, eruels, impitoyables. Tel qu'un
torrent débordé qui gronde, arrache, entraine, votre fougue: vengeresse a tout emporté dans son cours impélueux. Ainsi périsse tout
tyran de l'innocence, tout oppresseur du genre humain.
nale
des Européens, l'avaient environné d'un triple airain; vous avez
dépouillé son armure, vous l'avez placée sur votre cœur pour, ‘etevenir comme vos ennemis naturels, eruels, impitoyables. Tel qu'un
torrent débordé qui gronde, arrache, entraine, votre fougue: vengeresse a tout emporté dans son cours impélueux. Ainsi périsse tout
tyran de l'innocence, tout oppresseur du genre humain. Quoi donc! courké; depuis deux siècles sous un joug de fer,
jouet des passions des hommes, de leurs injustices et des caprices du sort; victimes mutilés de la cupidité des blancs français,
après avoir engraissé de nos sueurs ces sangsues insatiables , avec
une patience et une résignation sans exemple, nous aurions encore
vu cette horde sacrilège attenter à notre destruction, sans distinc:
tion de sexe ni d'âge; et nous hommes sans énergie , sans vertu,
sans délieatesse , nous n'aurions pas plongé dans leur sein nos bras:
désespérés ? Quel est ce vil Haïtien, si peu digne de sa régénération, qui ne croit point avoir aecompli les décrets éternels en exterminant ces tigres altérés de sang? S'il en est un qu'il s'éloigne, la nature indignée le repousse de notre sein. Quil aille cacher sa honte loin de ces lieux: l'ur qu'on y respire n'est pas
fait pour ses organes grossiers: c'est l'air pur de la liberté auguste
et triomphaute. | Oui, nous avons rendu à ces vrais cannibales, guerre pour guerre, crimes pour crines, outrages pour outrages. Oui, j'ai sauv
mon pays, Jal vengé l'Amérique. Mon orgueil et ma gloire sont
dans l’avéu que j'en fais à La face des “mortels et des dieux.
Qu'importe le Jugement que prononceront sur moi les, races contemporaines et futures? J'ai fait mon devoir; ma propre estime
me reste; 11 me suffit. Mais que dis-je? La conservation de mes melheureux frères, le témoignage de ma conscience, ne sont pas: ina seuie récompense; jai vu deux classes d'hommes nés pours’aimer, sentre-aider, se secourir, mêlées enfin et confondues ensemble, courir à la vengeance, se disputer l'honneur des premiers
eoUps. te et jaunes, que Ja duplicité raffinée des européens a
cherché st longtemps à diviser, vous qui ue faites aujourd’hui
qu un ul tout, qu'une seule famille ; nen doutez pas, votre pars
faile réconciliation avait besoin d’ ètre scellée du sang de nos bourreaux.
Mêmes calamités ont pesé sur vos tètes proscrites , même ardeur à
frapper vos ennemis vous à signalés, même sort vous est réservé,
mêmes intérêts doivent donc vous rendre à jamais, unis, indivisie
raffinée des européens a
cherché st longtemps à diviser, vous qui ue faites aujourd’hui
qu un ul tout, qu'une seule famille ; nen doutez pas, votre pars
faile réconciliation avait besoin d’ ètre scellée du sang de nos bourreaux.
Mêmes calamités ont pesé sur vos tètes proscrites , même ardeur à
frapper vos ennemis vous à signalés, même sort vous est réservé,
mêmes intérêts doivent donc vous rendre à jamais, unis, indivisie ét. dite à | HISTOIRE D'HAITI.—(1804) 113
ne] bles et inséparables. Maintenez votre précieuse concorde, cetteheureuse harmonie parmi vous; c'est Le gage de votre bonheur, de votre
saiut, de vos succès : c’est le secret d’être invincibles. Faut-il, pour resserrer ces nœuds vous retracer le cours des atrocités commises éontre notre espèce : le massacre de a population en:
tière de celte île, médiié dans le silence et le sang-froid du
cabinet ; l'exécution de cet affreux projet, à moi proposé, sans pudeur, et déjà entamé par les Français avec ce front calme et serein,
accoutumé à de pareils forfaits ; la Guadeloupe saecagée et détruite;
ses ruines encore fumantes du sang des enfans, des femmes et des
vieillards passés au fil de l'épée ; Pélage lui-même, victime de leur
astuce après avoir lâchement trahi son pays et ses frères ; le brave
et immortel Delgresse emporté dans les airs avec les débris de son
fort, plutôt que d'accepter des fers. Guerrier magnanine ! ton noble
trépas , loin d’étonner notre courage ,n'a fait qu'irriter en nous la
soif de te venger. ou de te suivre. Rappelierai-je encore iei à votre
souvenir les trames tout récemment ourdies à Jérémie; l'explosion
terrible qui devait en résulter malgré le pardon généreux accordé
à ces tres incorrigibles , à l'expulsion de l’armée française ; leurs
_ émissaires leur ont répondu à propos dans toutes les villes pour susciter une nouvelle guerre intestine; Île sort déplorable de nos frères
déportés en Europe, enfin le despotisme effroyable, précurseur de la
mert, exercé à la Martinique. Iufortunés Martiniquais ! que ne puisje voler à votre secours et briser vos fers? Hélas! un obstacle in-
“incible nous sépare. Mais peut-être une étincelie du feu
qui nous embrase jaiilira dans voire âme; peut-être, au bruit de
celte commoiion , réveillés en sursaut de voire léihargie, revendiquerez vous, les armes à la main , vos droits sacrés ei imprescrihtibies !
ert, exercé à la Martinique. Iufortunés Martiniquais ! que ne puisje voler à votre secours et briser vos fers? Hélas! un obstacle in-
“incible nous sépare. Mais peut-être une étincelie du feu
qui nous embrase jaiilira dans voire âme; peut-être, au bruit de
celte commoiion , réveillés en sursaut de voire léihargie, revendiquerez vous, les armes à la main , vos droits sacrés ei imprescrihtibies ! Après l'exemple terrible que je viens de donner, que tôt ou tard fa
justice divine déchaine sur la térre de ces âmes fortes, au dessus des
faiblesses du vulgaire, pour la perte et l'effroi des méchans ; tremblez tyrans, usurpateurs, fléaux du Nouveau Monde! Nos poignards
sont aiguisés, vos supplices sont prêts! soixante mille hommes équipés , aguerris , dociles à mes ordres, brülent d'offrir un nouvel ho:
locauste aux mânes de leurs frères égorgés ! qu’elle vienne celte puissance assez folle pour oser m'atiaquer ? Déjà à son approche, Île
génie ivrité d Haïti, sortant du sein des mers, apparaîl; son front menaçant soulève les flots, excite les tempêtes ; sa main puissante brise
ou disperse les vaisseaux ; à sa voix redoutable , les lois de fa Nature obéissent ; es maladies, la peste, la faim dévorante, l'incendie, le poison volent à sa suite... . Mais pourquoi compiler sur
le secours da climat et des élémens ? Ai-je donc oublié que je commande à des âmes peu cemmunes, nourries dans ladversité, dont
l'audace s'irrite des obstacles, s'accroît dans les dangers ? Quelles LA 144 HISTOIRE D’HAÏTI 1804) . viennent done ces cohortes khomicides; je les attends d’un œil fixe,
je leur abandonne sans peine le rivage et la place où les villes ont
existé; mais malheur à célui qui s’approchera trop près des montagnes. Il vaudrait mieux pour lui que la mer l’eut englouti dans
ses profonds abimes que .d'être dévoré par la eolère des ‘enfans
d'Haïti. Guerre à mort aux tyrans! voilà ma devise. Liberté, Iadépendance, voilà notre eri de ralliement. Généraux, officiers, soldats, peu semblable N celui qui m'a précédé, à l'ex-gouverneur Toussaint, j'ai été fidèle à la promesse que
Je vous ai faite en prenant les armes contre la tyrannie, et tant
qu'un souffle m'animera je tiendrai à ce serment. « Jamais aucun coleñ ni européen ne metira le pied sur ce ter-
« riloire à titre de maître ou de propriétaire; cette résolution sera
« désormais la base fondamentale de notre CURE » Que d’autres chefs après moi creusent leur tombeau et celui de leurs semblables, en tenant une conduite diamétralement opposée à la mienne,
vous n'en accuserez que la loi inévitable du destin.qui m'aura enlevé
au bonheur ou au salut de mes concitoyens. Mais puissent mes
successeurs suivre La marche que je leur ai tracée, C'est le système le plus propre à consolider leur puissanee; cest le plus digne
hommoge qu'ils pourront reridre à ma mémoiré. |
ent leur tombeau et celui de leurs semblables, en tenant une conduite diamétralement opposée à la mienne,
vous n'en accuserez que la loi inévitable du destin.qui m'aura enlevé
au bonheur ou au salut de mes concitoyens. Mais puissent mes
successeurs suivre La marche que je leur ai tracée, C'est le système le plus propre à consolider leur puissanee; cest le plus digne
hommoge qu'ils pourront reridre à ma mémoiré. | Comme il répugne à mon caractère ei à ma dignité de punir
quelques innocens des faits de leurs semblables, une poignée de blanes
recommandabies par la religion quils ont toujours professée, qui
d'ailleurs ont prêté le serment de vivre ‘avec rrous dans les bois,
a éprouvé ma clémence. J'ordonne que Île glaive les respecte, et
qu'on ne porte aucune atteinte à leur travaux ni à leur conserva-.
Lion. à | Je recommande de nouveau, et jordonne à tous les généraux de *
département, commandans d'arrondissement et de place, d'accorder secours, encouragement el protection aux nations neutres ef
amies qui viendront établir avec cette ile des relations commerciales. Au quartier général du Cap, 28 Avril 1804, l'an 1° de l'indépendance. Le Gouverneur-Général , DESSALINES.
Pour copie conforme: Le Secrétaire Général,
Juste CHANLATTE, Juste Chanlatte, le Secrétaire Général, qui avait rédigé cette pro
clamation, était un citoyen instruit. Nous \axouns déja vu. figurer # HIgTOIRE D'HA1T1.— (18041) . 145 au commencement de la révolution. D'un tempérament froid,
ll mnayait animé celte proclamation de ce feu patriotique que
parce qu'il s'était profondément pénétré des sentimens miimes de
Dessalines. Celui ci l'avait exalté par son énergie révolutionnaire. Indigène d'Haïti, un des anciens révolutionnaires de notre
pays, 1l avait toujours été -cruellement persécuté par Îles blancs qui
le détestaient surtout parce qu'il surpasait en taiens leurs meilleurs écrivains de la colonie. C'était un homme impitoyable,
fort dangereux auprès de Dessalines , qu'il ne pouvait qu’'exCiter au mal. Mais alors il luttail avec Boisrond Tonnère de patriotisme et de talens. Ce dernier, moins instruit, l'emportait sur fui
en imagination. Ils éclipsaient l’un et l’autre les autres secrétaires
de Dessalines, Diaquoi, Dupuy, Carbonne, Chareron. Le chef de
l'état-major de l'armée, le général Bazelais, audacieux et brave, mais
d'une humeur cruelle, sous des formes douces , avait des conuaissances assez étendues.
Mais alors il luttail avec Boisrond Tonnère de patriotisme et de talens. Ce dernier, moins instruit, l'emportait sur fui
en imagination. Ils éclipsaient l’un et l’autre les autres secrétaires
de Dessalines, Diaquoi, Dupuy, Carbonne, Chareron. Le chef de
l'état-major de l'armée, le général Bazelais, audacieux et brave, mais
d'une humeur cruelle, sous des formes douces , avait des conuaissances assez étendues. Dessalines, appelé au commandement des Indigènes, dés le commencement de la guerre nationale, avait profondément senti cowbien
était importante union des Indigènes noirs et jaunes sortis des
mêmes entrailles, et également persécutés dans les deux Amériques.
Le triomphe de l'Indépendance avait été la couséquence de leur accord.
La proclamation du 18 Avril 4804 que «ous venons de rapporter consacre cet accord comme essentiel au maintien de l'Indépendance d'Haïti.
La nation :se montra heureuse de cette disposition. « Jamais aucun
« colon ni européen ne mettra le pied sur ce territoire à titre de
« maître ou de propriétaire. » En déclarant au peuple qu'il avait
pris en horreur le système gouvernemental de Toussaiat sous lequel
les blancs étaient fuvorisés, au détriment des Indigènes, Dessalines
avait produit un enthousiasme général. Son image tracée dans le’
Gels étendait sur toute Haiti, et les Haïtiens fui envoyaient de toutes
parts l’encens de leurs hommages. Les impressions douloureuses s’etfacent vite chez l'homme, et ceux qui condamnaient les actes du gouverneur-général, pendant le massacre, proclamaient , aprés le sacrifice
consommé, qu'il avait bien agi, qu'il avait une seconde fois sauvé
la pairie. Dessalines disait: si la France nous envahit et que Îa
fortune soit contraire à nos armes, sur les champs de bataille , la.
terre d'Haïti deviendra un, embrasement général qui ne laissera aux
vainqueurs que cendres et décombres. Sous les gouvernemens qui ont succédé à celui de Dessalines,
sous Pétion, sous Christophe, sous Doyér , loutes les fois qu'on a
voulu ranimer l'énergie de la nation, et même l'enthousiasuer, on
lui à rappelé les proclamations du 4* Janvier et du 28 Avril 1804.
Jusqu'après 4818 ces actes ont été publiés dans nos almanachs. Le 9 Avril, avant le massacre des blancs du département du Nord,
Dessalines avait fait publier l'ordonnanee suivante : 146 HISTOIRE D'HAITI.—(1804) « Tousles propriétaires qui ont des produits à vendre paieront préalablement à l'Etat un quart de leur denrées à titre d'impôt terrilorral.*
La faculté de vendre les produits de l'an XI ** appartiendra seulement à ceux des propriétaires qui, pendant cette année, faisaient partie de l’armée indigène. Les personnes qui, en l’an XI, étaient avec les Français, ne jouiront pas de leurs produits, et leurs biens *** seront
confisqués pour subvenir aux besoins de l’armée indigène. Les mulets,
les chevaux, les autres animaux appartenant aux habitations séquestirées seront livrés à l'administration des domaines qui en fournira
de vendre les produits de l'an XI ** appartiendra seulement à ceux des propriétaires qui, pendant cette année, faisaient partie de l’armée indigène. Les personnes qui, en l’an XI, étaient avec les Français, ne jouiront pas de leurs produits, et leurs biens *** seront
confisqués pour subvenir aux besoins de l’armée indigène. Les mulets,
les chevaux, les autres animaux appartenant aux habitations séquestirées seront livrés à l'administration des domaines qui en fournira un compte exact aux généraux commandant les départements.
Ceux ei les placeront sur les biens séquestrés afin qu'ils soient employés à la culture. | « 11 est expressément défendu aux officiers de s'associer avec les
cultivateurs des habilations. « Tous les sucres manufacturés qui ont été livrés aux ehefs de corps
seront remis à l’adminstration des domaines. « Les propriétaires qui résidaient avec les Français, au moment que
les armées indigènes prenaient possession d'une place , auront tous
lèurs produits de l'an XI confisqués. « Les généraux divisionnaires commandant les départemens ordonneront aux généraux de brigade d'élever des fortifications au some met des plus hautes montagries de l'intérieur, et les généraux de
brigade feront, . de temps en temps, des rapports sur les progrès
de leurs travaux. | -
« Les ventes ou donatiens tant de meubles qu immeubles faites par
les émigrés en faveur de personnes résidentes dans l'ile sont annulées, mais bien entendu qu'autant qu'elles aient été faites après
Ja prise d'armes des armées indigènes pour chasser les Français
d'Haïti. « Signé DESSALINES. » Dès Février 1804, le gouverneur général avait déjà déelaré nuls les ventes et les testamens faits par les biancs,, Ceux des indigènes qui étaient propriétaires avant lan XI, à l'époque de la prise d’armes de Pétion et de Dessalines contre les Français, lors même qu'ils esssent acquis leurs biens de blancs propriétaires, ne furent pas
dépossédés; eeux qui étaient demeurés avec les Français pendant l'an
XI ne purent pas, quoique Haïtiens, jouir des produits qu'avaient
fournis leurs Lerres pendant celte année. Ceux qui pendant la pé- * Cette disposition, concernant le quart de ‘subvention, s'appliquait aussi
à CeUX qui avaient reçu, depuis l'indépendance, des propriétés de PEtat, à
titre de ferme. | ** De Septembre 1892 à Septembre 1803. Dessalines & Pétion avaient
pris les armes contre les Krançuis en Octobre 1802, “*#Par leurs biens on doit entendre leurs produits dans cette circonstance, à mn ls > Dés nf es HISTOTRE D’AAITI.—(1804) 147 riode de Septembre 1802 à Septembre 1803, avaient acheté des
propriétés d'indigènes demeurés dans le pays et non de blanes, vi.
rent respecter leurs droits. Les directeurs des domaines de chaque
département étaient chargés de la vérification des titres. Quant aux biens des blancs, ils furent 1ous confisqués après le
massacre au profit de l'Etat. Get arrêté rencontrera , dans son exécution à l'égard des Haïtiens,
des obstacles qui deviendront insurmontables dans le Sud.
Ce sera une des causes d&la révolte de‘la population de ce département eonitre Dessalines.
, vi.
rent respecter leurs droits. Les directeurs des domaines de chaque
département étaient chargés de la vérification des titres. Quant aux biens des blancs, ils furent 1ous confisqués après le
massacre au profit de l'Etat. Get arrêté rencontrera , dans son exécution à l'égard des Haïtiens,
des obstacles qui deviendront insurmontables dans le Sud.
Ce sera une des causes d&la révolte de‘la population de ce département eonitre Dessalines. _ Les généraux divisionnaires Christophe, Clevaux , Gabart, Pétion,
Geffrard , se mirent avec zèle à élever des fortifications dans leurs
départemens, au sommet des mornes de l'intérieur les plus inace
cessibles. Ces fortifications devaient être des asyles, des retranchemens, au Gas dune nouvelle invasion étrangère. Le général Capoix
acheva le fort des Trois Pavillons dans les mornes du Port de Paix.
Christophe fit continuer les travaux de la Ferrière auxquels il ne
mit la dernière main qu'après la mort de Dessalines. * Cette citadelle située à cinq lieues du Cap , se dresse avec majesté
sur le sommet d'un morne de 2,500 pieds de hauteur, nommé lieBonnet à l'Éxèque. Christophe employait au travail de cette construction formidable, sous la verge et le bâton, toutes les populalions soumises à son commandement. Déjà plusieurs centaines d'hommes avaient péri dans le transport des matériaux et de la
grosse artillerie, au travers d'un sentier jusqu alors impraticable. On
ne pouvait pénétrer au lieu de la construction que par ce chemin
taillé dans le roc. Les murailles que Christophe rendait très
épaisses furent plus lard, sous son règne, garnies de 360 pièces
de canon. Des casernes, et d'immenses jardins s’étendirent dans
Pintérieur. Hs purent centenir ct alimenter 10,000 hommes. Christophe laissa découvrir dès lors son génie créateur. Les mauvais
traïtemens que les hommes et les femmes de toutes conditions essuyaient en travaillant aux fortifications de la Ferrière excitaient des
murmures. Les jeunes cultivatrices, même les plus délicates, étaient
contraintes de porter sur la tête des pierres et des boulets, et des
soldats grossiers les contraignaient au travail à eeups de verges et de
liane. On se demandait: pourquoi ce travail forcé ? Ne pourraitoù pas employer des moyens plus doux ? Avons nous refusé, disaient
les femmes , en leur langage créole, de porter des munitions sous le
feu de l’eunemi, lorsque nos frères et nos époux combattaient les
Français. Sila patrie, en danger, eemmandait l'emploi de ces eruels * Dès le mois de Janvier 1804, Christophe avait fair commencer la
construction de la Ferrière, sous la direction d’un officier du génie Henxi
Barré, homme de couleur, | 148 HISTOIRE D’HAITI 16804) moyens nous nous y livrerions avec ardeur ; mais nos oppresseurs
ont été chassés à tout jamais; le temps de la légalité est arrivé.
Ces plaintes étaient justes; le général Christophe eut obtenu le même
résultat en employant moins de rigueurs.
Janvier 1804, Christophe avait fair commencer la
construction de la Ferrière, sous la direction d’un officier du génie Henxi
Barré, homme de couleur, | 148 HISTOIRE D’HAITI 16804) moyens nous nous y livrerions avec ardeur ; mais nos oppresseurs
ont été chassés à tout jamais; le temps de la légalité est arrivé.
Ces plaintes étaient justes; le général Christophe eut obtenu le même
résultat en employant moins de rigueurs. De son côté, le général Pétion fit élever une forteresse dans
une des plus belles positions de la seconde division de l'Ouest,
à quatre lieues du Port-au-Prince, sur le sommet d'un des mornes
du quartier du Grand Fond. On donna à la fortification le nom
de Jean Jacques en l'honneur du gouverneur-général. Pétion, d'après
les instructions de’ Bessalines, avait réuni la population du quartier, qui, après s'être pourvue elle même de provisions , travaillasans
cesse à la construction jusqu'à ce qu'elle fat achevée. Les sections
rurales s étaient rendues à fa corvée, allernativement, par semaine,
sous la direction de Pélisaire Bonheur, un de nos premiers révolutionnaires. Aujourd'hui celui qui se tiest sur les murs du fort
Jacques est étonné.de la vigueur des hommes de l'épeque. A force de bras ils traînérent le long des flancs d'un morne à pie, des masses de pierres et des pièces de gros calibre, non pas au moyen
de cordages , mais avec de fortes lianes qui, se rompant quelquefois, roulaient jusqu'au pied de la montagne et écrasaieut les manœuvres des deux sexes. Une autre forteresse qui reçut le nom
d'Alexandre, en l'honneur du général Pétion, fut ensuite élevée sur
un morne voisin qui domine le fort Jacques. Dans les mernes de
Léogane, le général Cangé commença le fort Campan quacheva
ensuite le général Yayou. Dans le quartier de Jaemel, Magloire Am:
broise fi construire un fortau Cap-Rouge. Dans le Sud, le général
Gefirard fit élever le fort Platon dans l'arrondissement des Cayes,
ayant des casernes souterraines à l'abri de la bombe}; et Férou, le fort Mafrane dans le quartier de la basse grande rivière de Jérémie. Dans l'arrondissement d'Aquin, le général Jean Louis François fit
commencer la construction d'un fort quine fut jamais achevé, sur
le sommet d’un morne nommé le Bonnet Carré. De cette position l'on
plonge ses regards sur toutes les campagnes de l'arrondissement. Partout dans l’intérieur, dans chaque arrondissement, l’on voyait se dresser | des forteresses qui furent la plupart achevées sous le souverneur général. Dessalines établit près de Marchand, à Baurin, habitation arrosée par ” |
| la rivière de la Coupe Haleine, une manufacture de poudre. Il “ne
voulait pas , en cas de blocus, se trouver privé de munitions de guerre. Dessalines avait conçu le projet, destructeur de la civilisation , de
réunir toute la populatioù haïtienne au centre de File dans les
gorges des plus hautes montagnes. Trop aveuglé par la haine implacable quil portait aux blancs, ïil voulait, autant que possible,
que les Ilaitiens n'eussent aueun contact avec les étrangers.
11 se proposait, en conséquence , d'établir sur le rivage de la
mer des comptoirs que des indigènes incorruptibles , choisis par
, destructeur de la civilisation , de
réunir toute la populatioù haïtienne au centre de File dans les
gorges des plus hautes montagnes. Trop aveuglé par la haine implacable quil portait aux blancs, ïil voulait, autant que possible,
que les Ilaitiens n'eussent aueun contact avec les étrangers.
11 se proposait, en conséquence , d'établir sur le rivage de la
mer des comptoirs que des indigènes incorruptibles , choisis par 1" * a)
* HISTOIRE D’HAITI.—(1804) . 149
lui-même, eussent occupés pour trafiquer avec les blanes. Les marchandises importées auraient été transportées dans les villes intérieures, dans des chariots, à travers de belles routes qu’il faisait déjà percer dans toutes les directions. H ne vécut pas assez longtemps
pour réaliser ce projet qui fut une des causes de sa chute. II faiSalt abattre, dans lee villes, des maisons publiques dont les matériaux
étaient transportés à Marehand. Des soldats travaillaient à la démolition ; et‘ il défendait de les payer, car dans ce cas, ils- faisaient,
d SON avis, une œuvre patriotique. Le Port au Prinee devait être
transporté à huit lieues dans l'intérieur sur l'habitation Dérance,
au centre des montagnes. Déjà on avail dressé le plan de cette
nouvelle ville. Les denrées qui avaient été réduites à nulle valeur, sous le gouvernement de Rochambeau, à cause de la guerre entre la France
et l'Angleterre, étaient vendues aux Anglais dont les navires remplisSaient nos ports. [ls apportaient aux Haïtiens de belles toiles, des
draps (ins, de magniliques dentelles, des sabres d’une trempe supé- : reure, et de véritables madras dônt nos femmes se coiffarent avec une
grace ravissante. Les Anglais payaient le café en ce moment 20 sous la livre; et comme la gourde espagnole valait alors 8 livres 5 sous ou 165
sous , le café revenait'à 42 piastres le cent. Par leurs remises en
Europe, ils faisaient d'énormes bénéfiees , et les ricles cargaisons
qu 1iS envoyaient en Haïli, remplissatent d’or, par les droits d'imporlation, les caisses du gouvernement. Comme sous Toussaint LouverLure, le cultivateur, attaché aux grandes habitations, recevait le quart.
des produits, Île gouvernement un quart, et le propriétaire ouferimier gardait la moitié. Le cultivateur était seul injustement contraint de
vendre son café à raison de 20- sous la livre. Le preprietaire avait la facullé de s en dessaisir au prix qui lui convenait , quand 1! traïtait avec le commerce. H nest pas extraordinaire qu'en payant le café 20 sous la liVne, les Anglais aient fait d'énormes bénélices, En 4804, la guerre était
générale en Europe ;, le café pénétrait difficilement en France , en Hollande, en Allemagne, en Russie, en Espagne ; 1l était en outre rare;
car alors. l'Inde , le Brésil, en produisaient fort peu, Les antilles
anglaises et françaises en fournissaient pour ainsi dire seules. Quant
H nest pas extraordinaire qu'en payant le café 20 sous la liVne, les Anglais aient fait d'énormes bénélices, En 4804, la guerre était
générale en Europe ;, le café pénétrait difficilement en France , en Hollande, en Allemagne, en Russie, en Espagne ; 1l était en outre rare;
car alors. l'Inde , le Brésil, en produisaient fort peu, Les antilles
anglaises et françaises en fournissaient pour ainsi dire seules. Quant “aux colonies espagnoles -Porté Rico et Guba elles n'avatent pas encore
donné un grand développement à la culture de cette fève. Les Anplais seuls maîtres de la mer monopolisaient les denrées coloniales,
et les vendaient au prix qu'ils jugealent le plus convenable à leurs - Intérêts. | Jusqu'alors le gouverneur-général accordait toute sa confiance au
général Christophe qui, par une administration sévère et Intellig:nte,
augmrentait chaque jour les ressources de l'Etat, dans le département du Nord. Le 18 Mai 1804, Christophe publia au Cap untarif
qui détermina la perception du droit de péage relatif au bac établi. L 7 150 HISTOIRE D’#HAITi.— (1804) sur la rivière du haut du Cap; régularisa un système admirable
de fermage, et contraria tellement la contrebande par les moyens
les plus violents qu'il la rendit impossible. | Dessalines affectionnait particulièrement Gabart, Bazelais et Char-:
lotin. Bazelais seul jouissait de la faveur de monter en voiture avec
lui. Jl admirait et estimait le général Pétion qu'il appelait avec
sincérité l'homme au bon cœur. Il aimait l’intrépidité de Gérin dont
la tenacité était telle dans les combats qu'il l'avait surnommé _côtede-fer. Il lui avait donné la vie sous Toussaint , irrésisliblement entrainé à cette belle aëetion par l'héroïsme de Gérin. Il
respectait le noble caractère de Jean-Louis François. Il avait peu
d'estime pour Moreau ou Coco Herne dont il avait fait l'instrument
de ses passions. Il l'avait chargé de surveiller les démarches de Geffrard aux Cayes. Les généraux Geffrard et Capoix lui portaient ombrage. Ges deux
hommes qui s'étaient couverts de gleire pendant la guerre nationale,
loin de ses -yeux, étaient chéris des troupes et des populations,
sous leurs ordes. Ils refusaient d'employer pour lui plaire ces basses adulations dont il était déjà entouré. Christophe, de son côté, était envieux de la brillante renommée
de Capoix qui, seul dans le Nord, pouvait lui disputer l'autorité ,.
si la mert venait à surprendre Dessalines. Il incitait celui ci contre
Ja population du Port de Paix toute dévouée à Capoix. Au Port-au Prince, le général Pétion occupait, comme nous l'avons
vu, dans la rue Américaine, la maison Dalton, bâtie sur le rivage
de la mer. Le commandant de l’arrondissement Germain frère n était pas aimé
des citoyens qu'il commençait à maltraiter. Gependant il avait encore
avec Pétion des liaisons en apparence fort étroites. Pétion savait que
Dessalines lui avait confié le soin d'épier toutes ses démarches. ,
-au Prince, le général Pétion occupait, comme nous l'avons
vu, dans la rue Américaine, la maison Dalton, bâtie sur le rivage
de la mer. Le commandant de l’arrondissement Germain frère n était pas aimé
des citoyens qu'il commençait à maltraiter. Gependant il avait encore
avec Pétion des liaisons en apparence fort étroites. Pétion savait que
Dessalines lui avait confié le soin d'épier toutes ses démarches. , Jusqu alors aucune plainte ne se faisait entenäre contre Dessalines. Les généraux Îles plus intelligents tels que Christophe , Pétion,
Geffrard, observaient sa conduite, et attendaient qu'il dessinât un
système intérieur d'administration , pour, soit le seconder énergiques
ment, soit miner son autorité. Ces trois hommes songeaient à lancer le peuple dans les grandes voies de la civilisation, le premier
par des moyens prompts et violents, et les deux autres par des institutions démocratiques. ; Quant au général Clervaux, épuisé par la maladie, et aveuglement
devoué à Dessalines comme il l'avait été à Toussaint, il ne songeait
qu'à rétablir sa santé qui avait été fortement ébranlée en Févriér. * * ARMÉE DE L'ILE D'HAITI-niviston CLERVAUX: Au quartier-général du Dondon, le 11 Février 1804, l'an premier de
l'indépendance. IISTOIRE D'HAITI.—(1804) 151 _ Le général Gérin qui commandait l'arrondissement de Nippes, aimé de Dessalines, vivait en mésintelligence avec Jean-Louis François.
Celui ci , commandant l'arrondissement d'Aquin, empiétait souvent
sur son autorité et lui reprochait de favoriser les hommes de couleur au détriment des noirs. Gérin repoussail ces reproches avec
iüdignation, lui disait qu'il ne connaissait que le mérite, et qu'il
ne Sélait jamais laissé influencer par la nuance des individus. Cæarces LALONDRIE, généra! de brigade, Aù général de division Christophe , conseiller d'Etat et commandant en | chef du département du Nord.
Mon cher général . J'ai l’honnenr de vous écrire pour vous donner connaissance que le général de division Clervaux est parti pour changer d'air, pour la Marmelade, depuis quinze jours, ayant des fièvres continuelles. Je viens d’être
informé à l'instant, par une lettre de son secrétaire, de la triste position
où il est depuis sept jonrs alité sans pouvoir prendre aucun aliment ; tout
fait craindre pour ses jours. Je vous prie, à cet effet, mon cher général,
de faire monter un bon médecin, avec les médicamens nécessaires afin de
lui porter les plus prompts secours. Je pense qu'il serait à propos de lui
poser des vésicatoires. Veuillez ordonner au médecin que vous désignerez
de n@e point mettre de retard. Ci-Joint la note des drogues que l’on m'a
fait psser.
est depuis sept jonrs alité sans pouvoir prendre aucun aliment ; tout
fait craindre pour ses jours. Je vous prie, à cet effet, mon cher général,
de faire monter un bon médecin, avec les médicamens nécessaires afin de
lui porter les plus prompts secours. Je pense qu'il serait à propos de lui
poser des vésicatoires. Veuillez ordonner au médecin que vous désignerez
de n@e point mettre de retard. Ci-Joint la note des drogues que l’on m'a
fait psser. Je vous désire une bonné santé. Je vous salue respectueusement, Ch, LALONDRIE. i PY - LIVRE TRENTE-NEUVIÈME. i8té Sommaire. Négociations infructueuses entre le gouverneur de la Jamaïque et Dessalines, pour parvenir à un traité tel que celui qui avait été conclu sous Toussaint Louverture.—Noble conduite de Deéssalines à l’égard'de 169 Polonais -—
Le générel Ferrand s'empare de l'autorité à Sto. Domingo sur le général Kerversau et l’embarque pour F'rance.— Ferrand établit un cordon de Hinche à l’étang
Henriquille et fuit éiever, entre Azua et St. Jean, la fortification dite Tombeua des
Fndigènes.—T'abarrès commande à St. Yague pour Dessalines.—Il est chassé de
cette ville par l’adjudantcommandant Deveau sorti de Sto-Domingo.—"Toussaut
Brave reprend St-Yague, eh l’abindonne ensuite.—F'errand nomime Sérapio commandant du département de Cibao.—Proclamat:on de Dessalines" adressée aux habitans de la partie de l'Est. —Dessalines se propose d'entreprendre la conquête de
la partie de PEst. — Administration générale —Vernet.—Vastey.—Administrateurs
principaux. —Système de fermage.—Droits d’exporta ion.—Systême de consignation —fastructions da ministre des finances aux administrateurs des finances relativement aux désordres administratifs— Le gouvernement fuit de grandes acquisitions de munitions—Lettre du général Geffrard à Dessalines.—Ecrit de Chan:
latte fils relativement à l’époque 4e la domination française. Résolution de proclamer Dessalines Empereur—Programme de la cérémonie du couronnement. —
Dessalines est proclamé Empereur à Marchand.—Acte de sa nomination à la dignité d'Empereur. — Proclamation adressée au peuple à cette occasion. —
Haiti devient une monarchie élective. — Formation d’un conseil d'Etat,
— Dessahines refuse de créer une noblesse, — Correspondance de Dessalines avec l'amiral {uckworth relativement aux corsaires haïtiens. — 8 Sd
tobre 1804, cérémonie du couronnement de l'Empereur dans tout l'Etat d'Haï: ti. Décret de l'Empereur concernant le commerce de détail frauduleux que font
les capitaines de navires étrangers.—Prix des denrées.— Décret concernant |
— Formation d’un conseil d'Etat,
— Dessahines refuse de créer une noblesse, — Correspondance de Dessalines avec l'amiral {uckworth relativement aux corsaires haïtiens. — 8 Sd
tobre 1804, cérémonie du couronnement de l'Empereur dans tout l'Etat d'Haï: ti. Décret de l'Empereur concernant le commerce de détail frauduleux que font
les capitaines de navires étrangers.—Prix des denrées.— Décret concernant | HISTOIRE D’HAITI.—(1804) ® 153 capitaines étrangers qui recoivent à leur bord des haïsiens pour ls conduire à
étranger —Arrèté concernant les vagabonds.— Gazette du Cap.—{Corruption dans
les mœurs —Assassinat de Brochard et de Darassan.— Exécution de Ducoudray,
espion français.—Ordonnance concernant les cartes de sûreté — L'ordre est envOyé aux généraux ct aux hauts fonctionnaires civils de se renûüre à Marchand
pour assister au deuxième anniversaire de l'Indépendance —Aspcet de Marchand,
—Fête de l'Indépendaneë.— Dessalines est provoqué à l'expédiion de l'Est par
un. arrêté infâme de Ferrand, Tournée de Dessalines dans l'Ouest — Retour da
David-Troy, de Mentor, de Dartiguenave 8n Haiti — Dessalines ôte à David Troy
son grade et le fait Soldat —Tl confie au général Vayou le commandement de
Varrondissement de Léogane—LDssalines entre en campagne contre Îa paitie
de PEst—La division de PArtibonite part de la Pette-Rivière--Elle est: jointe
au Märebalais par la division de l'Ouest, sous Îles ordres de Pétion — Le bourg de Lamatte fait sa soumission —L/armée haïtienne traverse St-Jean, et àärrive au fort dit Tombeau des indigènes ——-Ce fortest enlevé, et le lieutenant-colonel Vict
qui y commande est pris et horriblement exécuté —T/nrmée traverse Azua , et
5 6 ", e ; . Le é me É arrive à Gaillard, à une lieue de $io-Domimgo —Description des. fortifications
de Stoomingo—Le général Christophe part du Nord, à la tête de sa divi-
+ - « . CS *1! = ”
sion , et arrive devant St-Yague, il enlève cette ville après. un combat acharné
—]l est joint par le général Clervaux.—Il traverse la Véza, Cotuy, et arrive « j ? devant Sto-Domingo —Garnison de cette ville —f/armée haitienne cerne SantoDomingo.—Dessalines parcout ses lignes. — L'adjudant général Damestois reçoit
la mort à ses côtés —[Les français fant une sortie contre la position qu'occupe le
général Magny et sont ramenés — Ferrand fait une nouvelle sortie pour déloger
Magny de St-Carle; il est encore refoulé dans la place —Arrivée de la division du Sad sous les ordres de Geffrard ; elle porte l’armée haïtienne à 29,500
hommes — Origine de la danse le carabinier.—Sto. Domingo est réduit à la deynière extrémité. — Dessalines reçoit des dénêches par lesquelles il apprend qne
les Anglais ont aperçu une escadre française faisant voile vers les Antilles —
Le général Dubarquier fait une sortis pour faire du bois, et cst refoulé dans
la place par le général Cxeffrard.— Dessaiines se prépare à donner un assaut général
à la place; mais l’escadre du contre-amiral Missiessy se présente devant, Sto- Do-
duit à la deynière extrémité. — Dessalines reçoit des dénêches par lesquelles il apprend qne
les Anglais ont aperçu une escadre française faisant voile vers les Antilles —
Le général Dubarquier fait une sortis pour faire du bois, et cst refoulé dans
la place par le général Cxeffrard.— Dessaiines se prépare à donner un assaut général
à la place; mais l’escadre du contre-amiral Missiessy se présente devant, Sto- Do- -mingo; le général Lagrange débarque dans la place un batnilon de 599 hommes ,, de l’argent, des munitions de guerre et de bouche — Dessalines ‘croyant
que les autres points de l’ile sont menacés d’un débarquement de troupes françaises , lève Le siège de Sto Pominco, et retourne dans l'ancienne partie française.—Les Flaitiens , en se retirant, livrent tout à feu et à sang sur leur passage.—Dessalines fait connaîtte, à la nation , par une proclamation, les opéra- - tions de la campagne de l'Est Don Augustin Franco Médina vicut réoccuper StYague, et reprend les limites de l’ancienne partie espagnole. — Ferfand le nomme commandant du département de Cibao. EN Janvier 1804, aussitôt après la proclamation de l'indépendance, le gouverneur de la Jamaïque, M. Nugent, avait envoyé en Haïti,
auprès de Dessalines, M. Edouard Corbet, écuyer, chargé de renouveler le traité de commerce qui avait élé conclu entre le gouverneur
Toussaint Louverture et S. M. B. Pour faciliter les ouvertures qu'il
avait à faire, il avait envoyé à Dessalines trente quatre prisonniers
noirs et de couleur, indigènes d'Haïti, qui avaient été pris avant la
proclamation de l'indépendance, alors que le pays était encore fran- “ais. Les dispositions de ce traité étaient entièrement à l'avantage de l’Angleterre, car à l’époque où il fut fait, Toussaint Louverture, 154 sd HISTOIRE D'SRRRE RENE)
voulant se détacher de la France, avait besoin de la protection et
mème des armes de la Grande Bretagne. * Mais Dessalines, chef d'un
peuple déj\ indépendant, y apporta des modifications en harmonie
avec la dignité et les nouveaux besoins de la nation, et le retourna, par Mr. Corbet lui-même, au gouverneur de la Jamaïque pour
qu'il le ratifiàt. Corbet revint en Haïti, porteur de dépêches à Fadresse de Dessalines. Nugent avait répondu , à la date du 31 Janvier,
qu'il n'acceptait pas à regret les modificalions apportées au traité.
Il priait Dessalines de lui renvoyer à la Jamaïque, sans délai, Mr.
Edouard Corbet, attendu que sa présence en Haïti devenait inutile.
lllut annonça en même temps que l'amiral Duckworth lui expliqueait comment seraient traités les bâtimens haïliens qui seraient
rencontrés hors de leurs eaux. M. Corbet partit pour la Jamaïque,
et l'amiral Duckworth, croisant le long des côtes d'Haïti, fit savoir
à Dessalines que Îles ‘bâtimens indigènes même légalement. expédiés
qui seraient trouvés hors de leurs eaux se dirigeant vers les possessions anglaises seraient exposés à être capturés ; que ceux quine
seraient pas légalement expédiés seraient trailés comme pirates. Les
anglais qui possédaient des esclaves redoutaient le contact des haïliens avec les noirs et les hommes de couleur de leurs colonies. Ils
côtes d'Haïti, fit savoir
à Dessalines que Îles ‘bâtimens indigènes même légalement. expédiés
qui seraient trouvés hors de leurs eaux se dirigeant vers les possessions anglaises seraient exposés à être capturés ; que ceux quine
seraient pas légalement expédiés seraient trailés comme pirates. Les
anglais qui possédaient des esclaves redoutaient le contact des haïliens avec les noirs et les hommes de couleur de leurs colonies. Ils * Voici la réponse de Dessalines à la première lettre du général Nugent. On voit qu'il ne parle point du traité de Toussaint, qui ne pouvait lui convenir ,et qu'il n’agit que sous l'influence des devoirs que lui prescrivait le nouvel ordre de choses établi en Haïti
Port-au-Prinre le 19 Janvier 1864 , l’an ler, de l'Indépendance. Jai reçu, par la, frégate de $S. M. PB, le Tartare, les trente-quatre prisontuiers que votrè Excellence n'a envoyés. Cette marque de bienveillance
m'a flatté bien agréablement, et ce serait mettre le comble à votre générosité que de me faire parvenir le reste des malheureux eue vous m'avez
promis. Je prie votre Excellence de permettre que des bâtimens soient affrétés
pour les transporter ici aux frais de ce gouvernement qui n'apportera aucur ‘ retard: à remplir un engagement sacré. Le capitaine Perkins s’est chargé avec ste du soin de rappeler cette promesse à votre souvenir. Mr. Corbet a recu de moi lPaccueil distingué et favorable auquel il devait nécessairement s'attendre; quoique je le crusse muni de pouvoirs assez amp'es pour conclure définitivement avec moi un traité réciproquement avantageux, il a pensé devoir, l’apporter à la sanction de votre Excellence. $ L'amitié d'un gouvernement aussi puissant que le vôtre m'est trop précieuse pour que je ne saisisse pas toutes les occasions de la cimenter. Sensible aux désirs du Roi votre maître, de répondre à mes attentions par
des considérations particulières, il ne dépendra pas de moi que notre amitié et notre bonne intelligence ne soient Jamais interrompües. Ayant oui
dire que le gouvernemeut espagnol est en guerre avec le vôtre, J'ai lhonneur de prévenir votre Excellence que j'ai armé plusieurs corsaires contre
les corsaires espagnols , notamment ceux de St. Yago de Cuba. À. + sci LL ! HISTOIRE D'HAITI 1S04) 155 avaient été satisfaits de voir la France perdre la plus riche de ses colonies; mas ils voulaient mettre leurs possessions” à l'abri de ces
secousses révolutionnaires dans lesquelles s'était engloutie la société
coloniale de St.-Domingue. Hs avaient même proposé à Dessalines
de ne pas armer de corsaires, s’offrant à veiller eux-mêmes: à la
garde des côtes d'Haïti ct à en éloigner toujours les bâtiniens de
guerre français. Gette proposition , qui n'avait pas été accueillie,
colonies; mas ils voulaient mettre leurs possessions” à l'abri de ces
secousses révolutionnaires dans lesquelles s'était engloutie la société
coloniale de St.-Domingue. Hs avaient même proposé à Dessalines
de ne pas armer de corsaires, s’offrant à veiller eux-mêmes: à la
garde des côtes d'Haïti ct à en éloigner toujours les bâtiniens de
guerre français. Gette proposition , qui n'avait pas été accueillie, était un acheminement à un protectorat. Le 31 Mar, Dessalines écrivit, du Cap, au gouverneur Mident
queles bonnes relations qui avaient existé jusqu’à présent entre Haïti
et la Grande Rretagne ne pourraient pas être interrompues parce
qu'on ne Sétait pas entendu relativement au traité; que ce traité,
qui était en harmonie avec les interêts d'une colonie, ne pouvait
convenir à un peuple libre et indépendant. Il ui fit savoie qu'il
se tieudeait toujours en garde contre le gouvernement Français et
ses alliés, et qu'il n'agirait jamais hestilement' contre Îles ennemis de
cè gouvernement perfide , régicide et tyran. Nous avons vu que Dessalines avait épargné tous Îles Polonais lors du massacre général des
Français. Cent soixante d'entre eux lui avait manifesté le désir de
quitter le pays. Dessaliines accéda sans difficulié à lsur demande,
Lél'oblint du capitaine Perkins, commandant de la frégate le Turare qu'il les transportät à la ‘Jamaïque. Le gouverneur Nugent,
moins généreux que Dessalines, en cette circonstance , ne consentit
à les recevoir qu autant. qu ‘ils voulussent prendre du servæe dans
les troupes anglaises. Les Polonais refusèrent formellement de servir sous le drapeau briiannique. Le gouverneur Anglaisies renvoya
en Hxili en exhortant Dessalines à les chasser du pays. Mais Dessalines lui répondit que ces Polonais étaient devenus Haïtiens, qu'il
étais le chef d'un peuple libre, et qu'il ne pouvait, par conséquent,
contraindre ses nationaux à quitter la terre de la pairie. Nous devons nous rappeler qu'après l'évacuation du Cap, le général Ferrand qui commandait à Monte-Christ, en était parti, et avait
“traversé St. Yague qu'il avaii abandonné à ses propres ressources ;
que les habitans du département de Gibao avaient reconnu l'autorité
de Dessaliues pour se mettre à l'abri des excursions des indigènes.
Ferrand avait alteint Sto. Domingo presque seul, laissant derrière
lui trois-cents hommes qu'il avait levés, sur son passage et qui le joi-
“pnireut ensuile. Aussitôt après son entrécen celte ville où commandoit” le général Kerverseau , il avait déclaré que Rochambeau lui
“avait confié le commandement en chef de la partie de l'Est, peu
de jours avant l'évacuation du Cap. Kerverseau, de son côté , lui
Vaväit annoncé qu'il ne lui remeltrait l'autorité que s'il en recevait
Vordre du 4° Consul. Ferrand audacieux et adroit, et ayant l’avantage, aux yeux des soldats, d ètre plus ancien général que Kerverseau,
‘se fit, en peu RE de nombreux partisans, pénétra dans les casernes,
ait confié le commandement en chef de la partie de l'Est, peu
de jours avant l'évacuation du Cap. Kerverseau, de son côté , lui
Vaväit annoncé qu'il ne lui remeltrait l'autorité que s'il en recevait
Vordre du 4° Consul. Ferrand audacieux et adroit, et ayant l’avantage, aux yeux des soldats, d ètre plus ancien général que Kerverseau,
‘se fit, en peu RE de nombreux partisans, pénétra dans les casernes, 156 HISTOIRE DHAÏTi.— (1804) ;
et gagna les troupes à son parti. Kervérscau se présenta. aux soldats
et les baranguas maîs ils lui répondirent par les cris de vive le
général Ferrand. Cependant quelques troupes lui étaient demeurées
filôles. Mais voulant éviter l'effusion du sang, il s'embarqua pour.
l'Europe , abandonnant Fautorité à son æival. . Quelque temps aprés,
il apprit que Rochambeau , loin d'avoir Hivré Ie commandement en
chef à Ferrand, l'avait placé sous ses ordres. Le général ai pour arrêter les excursions des Haïtens sur
le territoire espagnol du département du Sud-Est ou de FOzama,
établit aussitôt un cordon qui s'étendit de. Hiache à l'étang Henriquille ou salé, passant par Lescahobas. Il fil armer une position
forte par son site, non loin de la rivière du Petit Yaque,, entre
Azua et St. Juan. Il en confia le commandement au lieutenant colonel Viet, quiavait évacué la Croix-des-Bouquets sur la partie espagnole en Septembre 1803, après la défaite de la 5e. légère à Sarthe. Viet annonça avec orgueil que si Dessalines osait marcher sur
Sio. Domingo, la fortification qui venait dètre établie deviendrait
le tombeau des indigènes.
son site, non loin de la rivière du Petit Yaque,, entre
Azua et St. Juan. Il en confia le commandement au lieutenant colonel Viet, quiavait évacué la Croix-des-Bouquets sur la partie espagnole en Septembre 1803, après la défaite de la 5e. légère à Sarthe. Viet annonça avec orgueil que si Dessalines osait marcher sur
Sio. Domingo, la fortification qui venait dètre établie deviendrait
le tombeau des indigènes. Il porta ensuite san attention sur le département de Ci bao_ où flot.
tait le drapeau Haïtien. Comme on l'a vu, Tabarrès, homme. de
couleur espagnol, natif d'Haïti, commandait ce dk épartement , AU nom
de Dessalines, ayant son q: vartier général à SL. Yague. N'avant pas
sous ses ordres, un seul des régimens Haïtiens, il avait formé un
bataillon” de noirs et de mulâtres espagnols anciens esclaves , recrutés
sur les habitations du voisinage de à ville. Fort peu desanciens
libres avaient voulu s'armer en notre faveur. La terreur de Dessa- «
lines seule maintenait les indigènes-espaguols sous l'autorité haïtienne; ils n'attendatent que l'apparition d'une force française quelconque pour secouer un joug qu'ils trouvaient fort pesant. Le géné:
ral Ferrand qui n'isnorait pas leur antipathie pour les Haitiens,
après s'être bien assuré de son autorlié à Sto. Domingo, confia à
l'adjudant commandant Deveau un cent de grenadiers européens,
lui ordonna de faire des levées de miliciens espagnols et. d'aller
prendre jpossession du département de (Cibao. Deveau partit
de Sto. Domingo, et avant quil eut atteint St. Yague, il avait
réuni un millier de volontaires espagnols, ll surprit Tabarrès. qui
ne s'altendait pas à cette agression, pénétra audagieusement à St.
Yague, rencontra sur la place de la paroisse le petit bataillon qui
en formait fla garnison, l'attaqua résolument et le mit en pleinedé=
route. Il se rendit maître de la ville après avoir perdu quelques
soldats (14 Mai 4804.) A la nouvelle de cette action le gépért
Toussaint Brave partit du i‘ort Liberté, et marcha sur St. Yague*
Dès que l’adjudant commandant Deveau apprit son approche, ne
donna sa conquête avec tant de précipitation, se jetant dans la grande
route de Sto. Domingo, que les habitans , partisans la plupart «de
ument et le mit en pleinedé=
route. Il se rendit maître de la ville après avoir perdu quelques
soldats (14 Mai 4804.) A la nouvelle de cette action le gépért
Toussaint Brave partit du i‘ort Liberté, et marcha sur St. Yague*
Dès que l’adjudant commandant Deveau apprit son approche, ne
donna sa conquête avec tant de précipitation, se jetant dans la grande
route de Sto. Domingo, que les habitans , partisans la plupart «de HISTOIRE D'ITAITI.— (1804) : OT, Français, n'eurent pas le temps de réunir des chevaux pour s'enfuir.
Les meilleures familles suivirent à pied les troupes françaises ; et
celles qui ne purent atteimdre Sto. Domingo s'arrêlérent à Cotuy.
Le 26 Mai Toussaint Brave arriva à St. Yague. N'y ayant pas roncontré l'ennemi, 1l retourna dans Ia partie francaise. Deveau, après avoir réuni une forte troupe d'Espagnols, revint à
St Yague qui était entièrement abandonné des Haïtieus, et y établit son quartier général. N'ayant pas l'espoir de conserver ce quartier, il ne songen pas à en ménager les habitans. Il fit faire des
patrouilles sur toutes les habitations du voisinge ; ses soldats en
enlevèrent les objets les plus précieux et Les transportèrent à SL.
Yague. Quoiquon lui réclamât chaque jour ces objets, 1l contmua,
pendant plusieurs semaines, à dépouiller les plus riches propriétaires. Ceux-ci cessèrent de se plaindre; mais ils gagnèrent Îles trou:
pes espagnoles qui formaient la plus grande partie de la division
française et assaillirent, pendant une nuit, le général Deveau. Les
soldüts européens enveloppés de toutes parts furent obligés de se . rendre à discrétion. Deveau fait prisonnier , fut acheminé, sous escorie, sur Sto. Domingo. Les habitans de St. Yague n'abandonnèrent pas la eause française , parce qu'iis avaient secoué le joug de » Padjudant commandant Deveau. Aussi le général Ferrand , ne voulant pas les exaspérer, approuva-L'il leur conduite. H leur envoya
ordre de reconnaître pour eommandant général du département
de Cibao, Serapio Reynoso, noir, eréole de la Véga d'Haïti. Serapio,
après avoir été installé dans son commandement, jura sur le Saint
Sacrement, en présence du peuple et de la garnison de rospecier
religieusement les personnes el les propriétés.
. Aussi le général Ferrand , ne voulant pas les exaspérer, approuva-L'il leur conduite. H leur envoya
ordre de reconnaître pour eommandant général du département
de Cibao, Serapio Reynoso, noir, eréole de la Véga d'Haïti. Serapio,
après avoir été installé dans son commandement, jura sur le Saint
Sacrement, en présence du peuple et de la garnison de rospecier
religieusement les personnes el les propriétés. Le département de Cibao qui s'était soumis à l'autorité de Dessalines, après l'évacuation du Cap par Rochambeau, redevint fran.
çais: Ouanaminthe seul était au pouvoir des Ilaïtiens. Le général
Ferrand entretenait des garuisons à Montéchrist, à Puerto Plata, à
St Yague, à St-Jean, à Azua et à Sio Domingo. La-vaste étendue
de tevre de la partie espagnole, d'une grande fertilité, occupe
presque les trois quarts de Pile d'Haïti. Les Français, dès le mois
de Juillet 1802, y avaient rétabli l'esclavage, mais un esclavage
doux tel que celui qui y existait sous le gouvernement de Madri!;
et Sur une population de 425,090 âmos, 1 n'y en avait pas 20,000
“dans la servitude. Les hommes dont l'esprit et le cœur n'ont point
ic cultivés, lorsqu'ils ne souffrent pas matériellement, ne songent
“point à sortir de leur état de dégradation.
Dessalines , aussitôt aprés son entrée au Cap, avait formé le projet de s'emparer de Sto-Domingo. Il eût dû se précipiter comme un
torrent dans la partie de l'Est, etrien, alors, n’eût pu résister à
son impéluosité. Mais son élan vers Sto-Bomingo avait élé arrêté
pu là soumission du département de Cibao, Il s'attendait à voir #. . 158 | HISTOIRE D’'arTi.—(1804) les habitans du département de lOzama arborer aussi le drapeau
Haïtien. Mais ce qui venait de se passer à à St- -Yague, avait détruit
ses espérances. Il comprenail combien 41 était important que Îles
Français fussent chassés de tous les points d'Haïti; car le général
Verrand pouvait tenir sans cesse les indigènes en échec , en attendant le débarquement à Samana d’une nouvelle expédition française. Ferrand, accompagné du prélat de Sto.-Domingo , parcourait
tous les quartiers de la partæ de l'Est, et incitait les hispano-indigônes contre les Haïñiens en les leur représentant comme des cannibales, des hérétiques. Il faisait circuler des écrits dans lesquels 1l
iraçait un horrible portrait de Bessalines. H parvint à rendre les
Espagnols sensibles aux malheurs des Français. Dès le mois d'Avril
4884, la popu lation de l'Est, égarée par ses prêtres, était devenue
très hostile à Ia nationalité haïtienne , et refusa de jouir du nouvel
ordre de choses qu'avait établi notre révolution.
ales, des hérétiques. Il faisait circuler des écrits dans lesquels 1l
iraçait un horrible portrait de Bessalines. H parvint à rendre les
Espagnols sensibles aux malheurs des Français. Dès le mois d'Avril
4884, la popu lation de l'Est, égarée par ses prêtres, était devenue
très hostile à Ia nationalité haïtienne , et refusa de jouir du nouvel
ordre de choses qu'avait établi notre révolution. Dessalines, apprenant les dispositions hostiles des Espagnols, leur
adressa en Mai 1804 la proclamation suivante rédigée par Chanlatte. « À peine larmée française a-t elle été expuülsée que vous vous êtes
empressés de reconnaître mon autorité. Par un mouvement libre
et spontané de voire cœur, vous vous êtes rangés sous mon 6béissance. “Plus porté à la prospérité qu'à, la ruine de la partie que
vous habitez, j'ai accueilli favorablement cet hommge. Dès ce mos=
ment je vous ai considérés comme mes enfans , et ma loyauté envers
vous ne s'est pas démentie, Pour plus grande preuve de ma sollicitudé paternelle, dans les endroits soumis à mon pouvoir, je ‘n'ai
préposé pour chefs que des hommes purs et choisis dans votresein.
Jaloux de vous compier au rang de mes amis, pour vous donner tout
le temps de vous reconnaitre, et pour mieux m'assurer de votre
fidélité, J'ai jusqu'ici retenu Flardeur bouillante de mes soldats.
Déjà je m'applaudissais du succès de mes soins quine tendaient
qu'à prévenir leffusion du sang. Mais un prêtre fanatique n'avait
pas encore soufflé dans votre àäme la rage qui le domine; mais”
l'insensé Ferrand n'avait pas encore distillé parmi vous les poisons
du mensonge et de la calomnie. Des écrits enfantés par le déses=«
poir et la faiblesse ont circulé ; aussitôt plusieurs d'entre vous, sé:
duits par des insinuations perf: les, briguent la protection des français ; 1Îs osent outrager mes bontés, se “coaliser avec mes plus cruels
ennemis. Espagnols, réfléchissez sur le bord du précipice creusé
sous vos pas! Vous sauvera-til, ce miuistre énergumène , lorsque
le fer et la flamme à la tuin, je VOUS PDOursuIvral jusques dans
vos derniers retranchemens? Ah! sans doute, ses prières, ses gris
maces, ses reliques ne pourront mr’arrèter dans ma course; VOL |
préservera Lil de ma juste colère, cet oflicier aussi vain qu impuis
sant, quand je l'aurai enseveli,. lui et ce ramas de brigands qu |
|
n
;
L . »: HISTOIRE D'HAITI.— (1804) 159 commande, sous les décombres de votre capitale? Tous deux ils se rappellent que c'est devant mes phalanges intrépides que toutes les ressources de l'art des Européens ont échoué; que c'est dans mes mains victorieuses que le: destin de Rochambeau a été remis. Pour entraîner les Espagnels dans leur parti, ‘is répandent le bruit
que des bâtimens chargés de troupes viennent d'arriver à Sto Do: mingo. Que nest-ce la vérité ? Ils ne se doutent pas qu'inditférent jusqu ici d'aller les attaquer mon principal but était de laisser
augmenter la masse de nos ressourees et le nombre de nes victimes. Pour jeter la méfiance et la ‘te
sort que les Français viennent rreur, is ne cessent de retracer le
de subir. Mais ai-je eu raison de les traiter ainsi? Les torts des Français appartiennent ils aux Espognols ? Et dois je poursuivre , sur ces derniers, les crimes que
é ? Ils ne se doutent pas qu'inditférent jusqu ici d'aller les attaquer mon principal but était de laisser
augmenter la masse de nos ressourees et le nombre de nes victimes. Pour jeter la méfiance et la ‘te
sort que les Français viennent rreur, is ne cessent de retracer le
de subir. Mais ai-je eu raison de les traiter ainsi? Les torts des Français appartiennent ils aux Espognols ? Et dois je poursuivre , sur ces derniers, les crimes que effrontément que réduit à aller
j'ai été cacher ma défaite dans . les premiers ont conçus et exécutés sur notre espôce. [ls assurent chercher mon salut dans la fuite,
la partie sud de cette île. Eh bien! qu'ils apprenent donc que je suis prêt! que la foudre va tomber sur leurs têtes! qu'ils sachent que mes soldats impatiens n'attendent qu'un signal pour aller conquérir les limites que la nature
elles élémens nous ont assignées ! Encore quelques instans, ct
Jécrase les débris des Français sous le poids de ma puissance. «Espagnols, vous à quije nr
drais vous sauver, vous qui, adresse uniquement, parceque je voupour avoir .lergiversé, n'exislerez bientôt quautant que ma clémence daignera vous épargner , il en est Lemps encore ; abjurez une
tout pacle avec mon ennemi, erreur qui vous est funeste; rompez
si vous voulez que \olre sang ne soit pas eenfondu avec Île sien. Nommez moi bien vite la pariie de
votre terrlloire où mes premiers coups doivent être porlés , Ou insiruisez moi si Je dois frapper indistinctement Sur tous Îles points. Je vous donne quinze jours à dater de la notification de la présente
proclamation pour me faire parvenir vos deraières instructions et
vous raller sous mes étendards. Vous n'ignorcz pas que tous les Chemins qui conduisent à Sto.-D omingo nous sent familiers ; * que plus d'une fois uous avons vu fuir devant nous vos bandes dispersées,
Æn un mot, vous savez ce que je puis, ce que jose; songez à
Nolre salut. Recevez ici la promesse sacrée que je fais de ne rien
entreprendre contre votre sûreté persounelle ni contre vos intéràts,
SOUS saisissez célle occasion de vous montrer dignes d’être admis au nombre des enfans d'Huiu. « Signé: DÉSSALINES. » Les hispano-indigènes des vastes plaines de la partie de l'Est Dessalines faisait allusion à la
saut Louverture, prise de possession de l'Est par Tous160 HISTOIRE D'HAÎTI. 46 1804) : égarés par Ferrand demeurèrent sourds aux paroles de Disiolncoë
Celui cise détermina à entreprendre la conquête de l'Est. Mais avant
de «e meltre en campagne, il voulut donner éncore quelques soins
à lPadministration intérieure de l'ancienne partie française.
partie de l'Est Dessalines faisait allusion à la
saut Louverture, prise de possession de l'Est par Tous160 HISTOIRE D'HAÎTI. 46 1804) : égarés par Ferrand demeurèrent sourds aux paroles de Disiolncoë
Celui cise détermina à entreprendre la conquête de l'Est. Mais avant
de «e meltre en campagne, il voulut donner éncore quelques soins
à lPadministration intérieure de l'ancienne partie française. HN divisa le pays en-trois arrondissements sous le rapport admi-.
mistratif: le Nord, l'Ouest et le Sad. L'administration générale du
département de FOuest se ceniralisait au Port-au Prince, quoique
ce.département, sous le rapport militaire , formât deux divisions disüinctes, 4ère et 2e. division de l'Ouest. Ainsi St. Marc et les Gonaïves relévaient du Port-au-Prince. Vérnet ministre des finances se
fenait aux Gonaïves. * L'administration générale de L'Etat d'Haïti
était centralisée dans ses bureaux. C'était un vicillard plein de zèle
mais d'une profonde ignorance. H était natif de la Marmelade. Il nesavait ni lire ni éerires il ne signait que son nom. Vastey, le chef
de ses bureaux, homme: de talens , mais profondément corrompu et méchant, avait loute sa confiance, et faisait tout le travail de
son département. Il profitait le plus souvent de l'ignorance du ministre des finances pour lui faire signer des actes contraires aux intérêts
du fisc, mais avantageux à ceux qui traitelent avec P'Etat. Il en retirait d'énormes bénéfices par les nombreuses gratifications qu'il recevait. Les admi A eu principaux des départeinens de lOuest, du
Nord et du Sud, doseph-Alexandre Ogé, frère de l'immortel Ogé,
crécle du Donilon, au Port-au Prince; Félix Ferrier, au Gap
ladjudant-gérméral Papailier, aux (Cayes,, étarent des hommes de
quelque entr Chareron , ancien SC de Dessalines , était :
devenu adninistrateur particulier , à St.Mare, sous iles ordres d' Ogé. l
Viilet, aux Goriives, el Bijeon au Mirecbalais, ét: Fi aussi administratours. Villel était un blanc français que Dessalines avait sauvé du mas.
sucre, parce qu'autrefois il ne l'avait connu que sous dé bons rap
ports. C. A. D. Sabourin, contrôleur de la marine du départe«
ment de l'Ouest, homme d'éducation et d'instruction, vavait “eu
d'abord sous ses ordres Île citoyen Ambert, chef du bureau! du cons
(rôle. Celui-ci, dès le 4.7 Mai 14804, ciait devenu secrétaire €
chef des Bureaux de Fadiinistrateur principal du département de.
Ouest. Le garde magasin des approvisionnemens et habillemens du.
département de l'Ouest , tait le citoyen Nau. Balthazar Inginae
était parvenu à détacher Les domaines de l'administration générales
il avait sous ses ordres , dans chaque cominunè, un garde-magasia
des denrées, chargé de recevoir le montant des fermages, le quart
de subveation | (qui fut quelques années après remplacé par lim |
ateur principal du département de.
Ouest. Le garde magasin des approvisionnemens et habillemens du.
département de l'Ouest , tait le citoyen Nau. Balthazar Inginae
était parvenu à détacher Les domaines de l'administration générales
il avait sous ses ordres , dans chaque cominunè, un garde-magasia
des denrées, chargé de recevoir le montant des fermages, le quart
de subveation | (qui fut quelques années après remplacé par lim | * Braucoup de personnes ont cri qu'il n'avait été nommé ‘ministre desu
finances quaprès la publication de la constiution impériale en 1805. Nous
avons cu sons les yeux de nombreuses lettres d: service délivrées par Ve Li
net, rluistre des finances dès Janvier 1504, HISTOIRE D'HAITT, —(1804) | 161 F pot. territorial), le quart revenant aux cullivateurs dans les produits,
quand le fermier vendait ce quart à l'Etat. Chaque garde magasin
expédiait au directeur des domaines, aux frais de l'Etat, aux chefslieux des départemens administratifs, les denrées qu'il avait reçues.
ous les biens qui avaient appar ténu aux colons étaient devenus do-
. maines nationaux. L'Elat ne les vendait pas ; l'administration les affermai au plus offrant et dernier enchérisseur. Cependant le gouverneur-
…scéncral en donnait quelquefois verbalement la jouissance à ses favoris.
Nous avons vu que Dessalines avait rétabli le système de culture de Toussaint; el quoiqu il y eût un dixième de la population sous les armes, la
prospérité renaissait dans les campagnes. Le Samediet le Dimanche de
chaque semaine, les marchés des villes étaient encombrés de vivres apportés de l intérieur. Un régime de bananes se vendait six sous, et un
pain de seize onces, douze-sous. Les culivateurs réunis sur les
prandes habitations étaient contraints à la culture du café, du coton
| ‘et de la canne ; cependant jusqu alors les inspecteurs. de culture faim_saient rarement passer aux verges ou au bâton le lboureur paresnn seux ou insubordonné que one les gérans ou les chéfs de
section. Le cultivateur recevait le quart net des produits; lesinstrumens aratoires, les frais de toutes espèces de charroï, de pilage
étaient à la charge des fermiers. Ceux:ci étatent contraints de vendre,
‘pour les culiivateurs, le quart revenant à ces derniers, et de regler
| aveg eux comme nous l'avons vu, à raison de 20 sous la livre. de
…iraitaient de ce quart soit avec FElat, soit avec le commerce. Quand
| c'était avec l'Etat, ils faisatent à leurs frais transporter les denrées,
“sucre, Sirop, café, -coton, dans les magasins nationaux. Le quart
1e aulPEtat y élait aussi transporié à leurs fase Le garde
magasin des denrées, du Port au Prince, PE , secondait adnrira-
: “blement B. Iuginac. Presque toutes les grandes habitaitons étaient
os affermées aux généraux, aux coloneis, aux hauts RE toan ures civils.
… Le-prix des férmages était versé dans les caisses du directeur des cons
* nes de chaque département. Les habitañs des villes qui presque seul
avaient quelque instruciion occupaient Lotes les charges Gus, ct
pions, sous aucun gouvernement, ils n'ont RUE de plus de faveurs
que sous Dessalines, surtout en 4804 et en 1805. Ils étaient heu.
TEux, la plupart, et le grand vide qu'avait laissé le massacre des
nn. meltait à leur disposition de magnifiques at rTLe et de
Pr fandes fortunes.
M Quant au commerce, il était des plus florissants dans les grandes villes.
— Les ponts étaient peuplés de navires anglais, américains, danois, suédois, allemands. Les droits d'importation étaient peu élesés. On
É payait, comme sous Toussaint Louverture, dix pour cent. pour lexportation du sucre, café, du coton et du cacao Par un décret du 2 Septembre 1806, Dessalines maintiendra ces mêmes droits. Le nombre des
Roue était ges lorg fixé dans chacun des ports ouverts au
villes.
— Les ponts étaient peuplés de navires anglais, américains, danois, suédois, allemands. Les droits d'importation étaient peu élesés. On
É payait, comme sous Toussaint Louverture, dix pour cent. pour lexportation du sucre, café, du coton et du cacao Par un décret du 2 Septembre 1806, Dessalines maintiendra ces mêmes droits. Le nombre des
Roue était ges lorg fixé dans chacun des ports ouverts au | ÿ TS à» PSEUDO di) + # D LE. Ml 182 RIsTOIRE ET commerce étranger. Le gouverneur-général délivrait des numéros
à chaque consignataire. Le premier navire qui se présentait dans
un port était consigné au magasin du négociant porteur du n° 1er ;
le deuxième qui se présentait était consigné au porteur du n° 2.
On procédail ainsi jusqu'à ce que la quahtité de numéros délivrés
füt épuisée. Alors on recom mençail par le n.° 4er. Le capitaine
d'un navire expédié pour Hifi, ignorait, avant son arrivée dans.
nos ports, quel serait son consignalaire. Si la moralité du consignataire que le hasard [ui donnait ne lui inspirait pas de confiance,
il n'en était pas moins contraint de lui livrer ses marchandises.
Souvent les commissions prélevées sur le produit de la vente de quatre cargaisons procuraient au négeclant une certaine aisance. Dessalines ne délivrait ces. numéros, le plus souvent, qu'à ses favoris ;
tantôt c'était à un militaire, tantôt À un officier d'administration,
quelquefois à un simple citeyen. Souvent deux navires apparaissaient
en même temps à lhorison : une goëlette américaine et un trois
mâts anglais. Le négociant qui devait avoir à sa consignalion sle
premier navire attendu dans le port, allait trouver l'autorité supéprieure de la place et lui promettait de lui donner la moitié ou
le quart de sa commission s'il pouvait lui faire obtenir le plus 1mportant des deux bâtimens. L'autorité appelait le pilote et lui ordonnait de faire entrer en rade le trois mâts anglais chargé, d'une
riche cargaison , avant la goëlette américaine chargée de comestibles.
Quelquefois le navire américain avait laissé loin derrière lui le trois
Mmâts; néanmoins le pilete le négligeait, abordait langlais et le
conduisait dans le port. Il y avali dès celte époque de très riches
négocians tant haïtiens qu'étrangers. (Ces derniers étaient anglais
la plupart. Cependant quelques français, que BDessalines avait sauvés, se fivraient à des spéculations étendues , entre autres un nommé Chéry Brochard établi à Si. Mare. Ua capitaine américain Jacob"
Lewis, faisait aussi d’énormes gains, en fournissant à l'Etat des
armes et dela peudre. Le mode de consignation qui existait alors
ne fat sanciionné que le 6 Septembre 1805 en vertu d'un décret.
de Dessalines.
ant quelques français, que BDessalines avait sauvés, se fivraient à des spéculations étendues , entre autres un nommé Chéry Brochard établi à Si. Mare. Ua capitaine américain Jacob"
Lewis, faisait aussi d’énormes gains, en fournissant à l'Etat des
armes et dela peudre. Le mode de consignation qui existait alors
ne fat sanciionné que le 6 Septembre 1805 en vertu d'un décret.
de Dessalines. Mais, dans les administrations en général, on meltait sans pudeur
en pratique, le pillage, le vol, la fourberie et la contrebande. Cha=M
cun s’efforçait de faire fortune, par n'importe quel moyen. Les
dilapidations avaient produit un tel scandale que Vernet, ministre
des finances, fit publier les instructions suivantes adressées aux
administrateurs principaux des départemerts : l « Le ministre des finances, considérant qu'il est urgent de faire
connaître aux administrateurs principaux et à tous les employés char:
gés du service de l'administration, le mode de comptabilité provi=s
soire qui doit fixer à chacun les devoirs que leurs places leur imposent; considérant en outre qu'il est de toute nécessité de prendre * HISTOTRE D’HAITI.— (1804) | _ 168 les moyens les plus efficaces pour arrêter le commerce illicite et
frauduleux des cafés que font les propriétaires avides de gain; d'après
Papprobation du gouverneur général de l'ile d'Haïti, annexée à la présente, arrête ce qui suil : Art. 4er. Les administrateurs se conformeront strictement à mes
instructions préliminaires du 42 Avril et à celles du gouverneur général du 7 Février 1804; ils me feront parvenir tous les mois
régulièrement un élat général de leurs opérations. Ces situations
donnéront les résultats de chaque branche du service d’administration, d'après le mode de comptabilité ci-après : Recettes. Dépenses.
Importation. Âpprovisionnement.
Exportation. 7 Habillement |, équipement,
Quart de subvention. Travaux , fortifieations.
Domaines et biens régis. _ Marine. Confiscation et ventes des biens Selde de troupes. des proserits.
Divers fermages ou loyers de maisons. Traitemens d'employés. Aït. 2. Les administrateurs prineipaux donneront aux directeurs
des domaines et des douanes, aux lrésoriers, aux gardes-magasins,
dés instructions’ détaillées sur la tenue de leurs livres et sur toutes “les branches de leurs services respectifs en se rapprochant toujours le plus quil sera possible du présent mode de comptabilité générale. Art. 3. Les directeurs des domaines se feront rendre compte,
tous les mois, par Îles préposés sous leurs ordres, de la situation
des biens régis et de ce qu'aura produit le quart de subvention;
ils donneront, à cet effet, aux préposés, des instructions dans lesquelles se trouvera consigné le mode de comptabilité qui leur est rOpre. Ces situations me seront transmises tous es mois par
es directeurs des domaines. La plupart des administrateurs ne donnant leurs soins qu’à la parlie du service qui se trouve sous leurs yeux, n'étendent pas leur
surveillance et leur sollicitude sur les opérations des préposés éloignés, dont beaucoup tiennent une comptabilité mal établie, tant
par le défaut de lumières que d'instructions, elc., etc., etc. Au quartier général du Cap, le 4 Mai 1804, an 4er de l’indépendance. |
Le général de division conseiller d'Etat ,
La plupart des administrateurs ne donnant leurs soins qu’à la parlie du service qui se trouve sous leurs yeux, n'étendent pas leur
surveillance et leur sollicitude sur les opérations des préposés éloignés, dont beaucoup tiennent une comptabilité mal établie, tant
par le défaut de lumières que d'instructions, elc., etc., etc. Au quartier général du Cap, le 4 Mai 1804, an 4er de l’indépendance. |
Le général de division conseiller d'Etat , VERNET. | » Jordonne que le présent mode d'organisation soit exécuté provi- - + 164 À æmistomme p WAITI.— (1804) , soirement jusqu'à l’époque où j'aurai statué en dernier ressort sur
les diverses branches de l'administration. Le gouverneur général, se DESSALINES.
Pour copie conforme, Le secrétaire du ministre des finances , Vasrey seîné. * s % Le _ mois précédent, Gérin, commandant -de l’arrondissement de Nip-,
pes, s'était plaiut à Dessalines du défaut d’uniformité qui régnait. dans
ad rnirfrR on Petit-Troun, le 13 Avril 1804, an ler. de l'indéendans e d'Hayti. |
Etienne-Elie GE ÉRIN . générul de bed commandant l'arrondissement de Nippes, au Gouverneur C'énéral. Je ve sais à quoi attribur le désagrément que je viens d’éprouver, et
que je soumets à votre jJugemrnt., bien persuadé, Gouverneur, qe vous |
ferez droit à une réclamation fondée sur des princip s de raison et de Justes Il y a environ trois semaines que J'ai Charge à bord de ma goëlette la |
quautté de quatorze-mille-cent-qnara te li res de café, provenant des achats
faits dars ce bourg par ma sœur, de diva propiétaires , en échange de
marchand ses on argent Ce changement ainsi fait, le capi'aine Louis “Monnereau a étés expédier À
à l’Anse à-Veau pour le Poitau- Prince, et, ainsi qu'il à été Statué, à payé
la denrée à raison de vingt-cinq sous a livre, srcondement, sur li imposi-#
tion prise sur cett: estima ion à quinze sous pour cent, ce qui fait une
somme de deux-mille-six-c nt-cinquante-une livres cinq sous ; ainsi comptée
au trésorier sur ce chargement. Mais par une circo: stance . qu? Je ne pouvais pas prévoir et qui peut.
être très-léfayorable et très-onérense à mes intéréts, le citoyen Booth nécociant américain auquel javais adressé ce chargement , mwa écrit que lei
remboursement des droits an Port au Prince ne pourait se percevoir qu'a
ra son de dix pour cent et que je devais m'adresser à Padministrateur par
ticulier d: l’Anse-à-Veau en réclamation de Ia somme de huit cent. quatievingt-trois livres quatorze sous faisant la différence sur les droits à percevoir et ceux qni avalent été perçus. Dans cette difficulté inintelligible entre la perception et le robots
des droits sur l'exportation des denrées, je me suis adressé an ctoyen
Papalier , administrateur en chef du département du Sud, par une lettre
en date ai sept courant; mais trouvant une occasion fatO able de pois
voir vous exnoser une contradiction qui serait nuisible aux opérations du
cabotage, Je le fais avec assurance et confiance, rersuadé, Goivetiolilé
que vous ne perméttrez pas que J'éprouve une perte aussi considérable dans
mes faibles intérêts.
'exportation des denrées, je me suis adressé an ctoyen
Papalier , administrateur en chef du département du Sud, par une lettre
en date ai sept courant; mais trouvant une occasion fatO able de pois
voir vous exnoser une contradiction qui serait nuisible aux opérations du
cabotage, Je le fais avec assurance et confiance, rersuadé, Goivetiolilé
que vous ne perméttrez pas que J'éprouve une perte aussi considérable dans
mes faibles intérêts. Quel est le motif, Gouverneur, de cette différence dans la perception … DTA 1. 2 s.
DRE YA
.. 2 Re ("2
FRE À
0 RP PE HISTOIRE DHAITI — (1804) 165
_Dessalines » Prévoyant tomjours une nouvelle expédition française,
se préparait activement à la guerre. D'après ses ordres, le ministre des finances, Vernet, fit écrire, en Juin 4804, à l'administrateur principal du département de l'Ouest, Ogé, qu’il eût à entrer
en marché avec Jacob Lewis, négociant américain, au sujet de provisions de guerre et d'hobillements. Le général Pétion, agissant
pour le gouvernement, signa avec l'américain plusieurs contrats très
lnportans. Le 27 Août suivant, Jacob Lewis livra à l'Etat 2382
—bariis de poudre. Le commandant d'artillerie Canneaux lui en
“onna reçu par les ordres du général Pétion. Le gouvernement s’o-
— Dligea à le payer en café. Le général Gérin, de son côté, avait
acheté à Aquin, pour le gouvernement, d'un capitaine américain,
3) 115 livres de poudre à raison de 3 gources 3j4 la livre, 8336.
“hires de plomb en ronieaux, 69 briquets et 12 paires de pistolets.
D'après les ordres du gouverneur général, les généraux qui commMarluient les départemens, activaient partout l'achèvement des forHilivations de l'intérieur, et lui faisaient des rapports sur leurs tournées. Ces pièces font connaître quel était l'état de quelques locaDies. à la naissance de netie société. Fr. _ de. droits dans un port et le remboursement dans un autre ? Je l'ignore ?
Et 1e CONÇOIS encore moins, ce qui ma été dit et affirmé, qu'on expédie de la sUayemitte et de Pestel , purement et simplement sous acquit
caution HU Ce défaut d'ensemble et d'ubiforraité est dés gréable et préjudiciable à
“notie situation locale parce qu'A éloiwne de nos petits ports les spécula-
» teurs qui Seraient disposés à nous porter qi nelques soulagemens devenant
tous les jours lnpérieux, car maloré lous mes soins, tous mes efforts, je
vois avec peine, avec le plus grand regret, le manqt ue de torite espèce d'ap-
“provisionnemeiis, situation d'autant plus fc neuse. pour moi, à qui vous avez
COnfié cet arrondissement, et déplorable pour les braves gens qui composent
…lasforce publique , qu'avec de très grands moyens en richesses territoriales,
4 Re he peux procurer aucun soulagement à leurs besoins matériels jot ‘rnaliers
— Vons concevrez plus facilement , mon cher Gouverheur, notre détresse,
plus grand regret, le manqt ue de torite espèce d'ap-
“provisionnemeiis, situation d'autant plus fc neuse. pour moi, à qui vous avez
COnfié cet arrondissement, et déplorable pour les braves gens qui composent
…lasforce publique , qu'avec de très grands moyens en richesses territoriales,
4 Re he peux procurer aucun soulagement à leurs besoins matériels jot ‘rnaliers
— Vons concevrez plus facilement , mon cher Gouverheur, notre détresse, en vous rappelant le tableau de ÉNES HO TossOlireés depuis le 38- Mars. ”
Ne recevant point de bâtimens étrangers dans ce port, j'ai été obligé
d'implorer l'assistance de l'administration. de Jérémie, ce qui s’est réduit
aux objets ei-après: cinqcents livres de Morue, douze barils de Harengs,
six barriques de Pork, et quatre barriques de Farine. ___Avee un. nombre considérable de malades à l'hôpital, nous nous trou_ yons dans ce moment sans farine; par des contrariétés ‘de saiso ns, toutes
les espèces de vivres sont rares. Cependant tous ces contre temps n 'affai_ “blissent pas mon zèle pour le bien et le bonheur public; mais ie soldat,
por de tous ses besoins, se décourage; et le manque d’approvisionne-
-mens est pour lui un prétexte spécieux ‘de déserter, daus. le moment où xous mordonnez de faire des recrues. 1 Salut & respect,
62 ; E, GÉRIN. Le “ » 166: HISTOIRE D'HAITI.—(1804) En Août 1804, le général Geffrard, en tournée dans le département du Sud, éerivait la lettre suivante à Dessalines. Liberté, ou la Mort. A Jérémie, le 5 Août 1804, an 1er. de l'Indépendance d Haïti.
Nicozas GEFFRARD ,
Général de division ‘commandant le département du Sud, au
Gouverneur, Général.
Citoyen Gouverneur, Par ma précédente, je vous mandai que j'allais partir pour visiter les fortifications de cet arrondissement. Me voilà de retour, Je
m'empresse de vous faire mon récit. Les forts que le général
Férou fait élever dans ee moment-ci sont à quatre lieues de la ville;
l'endroit, quoiqu'il puisse être dominé par les gros calibres, est
très-bien situé, et avec peu de forces on peut empêcher lennemi de venir établir ses batteries; j'ai donc jugé à propes de laisser achever cette forteresse, et j'ai fait construire d'autres réserves
dans les mornets. R En sortant de là j'ai parcouru les habitations, et je les ai trouvées abandonnées; tous les cafés sont absolument sous les lianes.
Celui-de l’année passée qui se trouve en magasin est disposé par
tout un chacun. L'insubordination. est à son comble, mon cher
gouverneur ; les mesures de rigueur sont celles qui conviennent
dans ce moment-ci; tous les chefs militaires négligent leurs corps,
laissent les soldats libres de leurs volontés , pour se livrer entière-
là j'ai parcouru les habitations, et je les ai trouvées abandonnées; tous les cafés sont absolument sous les lianes.
Celui-de l’année passée qui se trouve en magasin est disposé par
tout un chacun. L'insubordination. est à son comble, mon cher
gouverneur ; les mesures de rigueur sont celles qui conviennent
dans ce moment-ci; tous les chefs militaires négligent leurs corps,
laissent les soldats libres de leurs volontés , pour se livrer entière- . 1 LA 0] LA
ment au commerce. Tout cela produit le plus mauvais eflei; 1. est temps d'y remédier. Je vais faire en sorte d’être aux Cayes le plus tôt que je pourrai pour préparer velre arrivée, et avoir l'honneur d'aller au-devant de vous. :
En attendant ce plaisir, je vous désire la santé la plus parfaite.
J'ai l'honneur de vous saluer avec respect.
(Signé) -N. GEFFRARD, Il se publiait peu d’écrits à cette époque. Les actes du gouxernement étaient imprimés soit au Cap, soit au Port-au-Prince.
Quand quelques citoyens écrivalent c'était pour faire le tableau des
horreurs que les blancs avaient exercées sur les indigènes. Dessalines avait demandé ‘à chaque commandant d'arrondissement una
rapport sur Îles indigènes qui avaient été sacrifiés par les français.
Ces rapports étaient imprimés. Le chef de brigade. Guillaume Lafleur venait de livrer à la publicité une adresse à ses concitoyens, «
dans laquelle il relatait les excès auxquels s'étaient livrés le général Laplume et le colonel Nérette, sur les indigènes leurs frères, à l'inse « HISTOIRE D'HAITI.— (1304) 16% tigation des français.* Le citoyen Chanlatte fils publia, ‘à cette époque, un éerit sur les causes qui avaisnt amené l'indépendance d'Haïti.
Il expesa qua l'excès des douteurs indigènes avait produit l'émancipation nationale. Cet écrit était l'expression des sentiments nationaux.
Après avoir rappelé les circonstances les plus horribles de l'occupation française de 1802 et de pd ie il s'écria :
, «Eh! quel ast donc notre crime ? qu'avons nous done fait qui puisse
atiirer sur nous une proscription aussi générale ? quoi ! ce nom d’africain, d'issu de sang afrieain | sera pour nous un opprobre éternel?
La couleur de nos fronts sera toujours le sceau de notre réprobation.
Cette teinte noire ou jaune nuit elle cependant en nous, aux, pro
grès” des arls, des vertus, aux efforts du courage ? Nous a Lelle empèchés surtout dabaisser ees hommes qui se croyaient supérieurs
à nous, Love eela seul qu'ils étaient blancs? Non, non, ne souf- * Voici une lettre de Gérin à Dessaliues relative à ces sortes de rapports.
Liberté, ou la Mort.
: ARMÉE INDIGEN®
| A. Laval, le 16 Juin 1804, an Ler. de Pindépendance d'Haïti.
J Ftienne- Elie GÉRINY, général de brigade, commandant Parroudissement
4 de Nippes . au G'ouverneur- G'énéral. | à étines Gouverneur | Jai l'honneur de vous remettre cy-joint, l’état des victimes qui ont été
…. sacrifiés sous le régime atroce. des Franc als, dans les communes de PAnÀ se-à Veau.et du Petit-Trou. L'absence de commandant Mce. de celle de
- St-Michel ayant été Île motif du retard porté à lPenvoy de cette pièce, est
cause que je ne.puis y joindre celui de cette commune ; mais je lui en
voie ce paquet sous cachet volant pour qu'il sy joigne et qu'il vous l’ex-
—_ pédie sans délai.
ont été
…. sacrifiés sous le régime atroce. des Franc als, dans les communes de PAnÀ se-à Veau.et du Petit-Trou. L'absence de commandant Mce. de celle de
- St-Michel ayant été Île motif du retard porté à lPenvoy de cette pièce, est
cause que je ne.puis y joindre celui de cette commune ; mais je lui en
voie ce paquet sous cachet volant pour qu'il sy joigne et qu'il vous l’ex-
—_ pédie sans délai. À Croyez, je vous prie, citoyen gouverneur, quil n'y a point eu de né-
…slivence dans cette opération. Trop jaloux de rempli avec zèle tout ce
quil vous plaira de m'ordonner, j'ai mis tout en œuvre pour me procurer les renseisnemens que Je vous envoy, et je prends le parti d'ordonner
au commandant de St-Michel de joindre: à son état celuici, craigriant
qu'un plus long délai ne contrarie vos projets. J'ai déjà en l'avantage de vous prévenir que votre lettre relative à cet
office ne mest parvenue que le 11 du cou ant après un mois d'attente,
et qu'il a fallu quelque. peine pour découvrir exactement Îles noms etle
nombre de nos malheureux frères sacrifiés par les perfides Français. Si jeusse eu plus, de temps, peut être auraisJe pu en découvrir quelques
autres, et faire des rechen hes plus étendues ; inals Je pense que c'est
exact à un ptit nombre près. ( Je vous expédie cette pièce an moment où je pars pour les Cayes, pour
comimande-r le département du Sud en labsence di général Gefirard. Je __
ferai mes efforts pour mériter vos suârages dans cet employ, pour justifier
le choix qu'il a fait de, moi pour le remplacer. Je serai attentif à vous.
rendre compte de mes opérations. c Veuillez, je vous prie, être persuadé de mon attachement. J'ai l'Hébne dede vous saluer avec respect, Et. GÉRIN.
ie cette pièce an moment où je pars pour les Cayes, pour
comimande-r le département du Sud en labsence di général Gefirard. Je __
ferai mes efforts pour mériter vos suârages dans cet employ, pour justifier
le choix qu'il a fait de, moi pour le remplacer. Je serai attentif à vous.
rendre compte de mes opérations. c Veuillez, je vous prie, être persuadé de mon attachement. J'ai l'Hébne dede vous saluer avec respect, Et. GÉRIN. _ à 5
- we,
, #. + « 168 HISTOIRE p'uatti.—(1804) frons plus cet iidigne privilège. Quand l'Éternel à répandu les diverses
races sur la terre, 1l n'a point prétendu qu’une espèce particulière
en détruisit une autre. Les français pensent nous insulter, se croient
tout permis en nous traitant de nègres. Hé bien! faisons en vanité,
montrons-leur que ceux qu'il méprisent les surpassent en courage,
en grandeur d'âme, et surtout en loyauté; que. leur patrie, esclave
aujourd hui sous un maître injuste et : imbitieux ; apprenne d'un peu
ple sauvage le secret d'être libre. Les français nous considérent
comme indignes d'être leurs égaux; hé bien! que ce préjugé re:
tombe sur. leurs tètés criminelles ; proscrivons à notre tour cetennemi perfide ; frappons le d'auathème: les français ne nous croient
propres , tout au plus qu à vivre dans Îes bois : hé bien! fils du désert,
enfans du malheur, que tardons-nous? Allons, en effet, habiter roS
retralies inaccessibles ; c'est Îà que nous serons invincibles ; © estlà que
depuis longtemps, ke génie tutélaire d Haïti appelle ses chers nourrissons. A cette résclultion courageuse, les ossemens de nos frères,
ces martyrs de la liberté, tressailleront d'allégresse. Nos arsenaux,
nos armes , nos munitions, nos ressources et nos familles y seront
sous la protection de la nature et des Dieux. Que si pour quelques
relations commerciales, nos villes offrent encore des asyles passagers,
qu’elles deviennent la preie de la flamme à l'appreche de l'ennemi
commun: le drapeau que nous avons consacré, le seul que dès
longtemps nous eussions d& arborer, sera désormais la chatne
étroite, indestructible autour de laquelle un peuple de frères sera
toujours prêt à se rallier. Dans cette attitude commantée par la
nécessité, la plus imprérieuse des lois, malheur à l'insensé qui
tenterait de troubler l'ensemble et l'harmonie qui doivent régner
parmi nous! qu'au moment même il soit extirpé de la société,
comme on déracine avee la serpe une plante parasite et vénéneuse.
Loin de ces lieux cet esprit de discorde et de division qui prépare
sourdement et opère enfin la chute des Etats les mieux consolidés.»
commantée par la
nécessité, la plus imprérieuse des lois, malheur à l'insensé qui
tenterait de troubler l'ensemble et l'harmonie qui doivent régner
parmi nous! qu'au moment même il soit extirpé de la société,
comme on déracine avee la serpe une plante parasite et vénéneuse.
Loin de ces lieux cet esprit de discorde et de division qui prépare
sourdement et opère enfin la chute des Etats les mieux consolidés.» Aussitôt après le massacre des français, Boisrend Tonnère, Chanlatte et les autres officiers qui formaient l'entourage de Déssalines
ne cessaient de répéler, avec raison, que le titre de gouverneurgénéral, qu'on lui avait donné, sans réflexion, par imitatien de ce
qui s'étail fait, sous Toussaint Louverture, ne convenait pas au chef
d'un état indépendant. Ce titre s'associait à l'idée d'une autorité
supérieure, d'une métropole. Plusieurs des signataires dé l'acte de
J'Indépendance étaient bien d'opinion qu’on le changeät; mais ils
voulaient qu'on adoptât celui de président et qu'on fit une Cons.
titution démocratique: telle était l'opinion de Pétion, de Geffrard,
de Férou, de Jean-Louis François, et généralement celle des hommes qui ‘appartenaient à l'ancien parti de Rigaud. Comme ils entendaient parler de monarchie, ils eraignaient qu'on ne légalisät le .despotisme, et qu'on ne fit passer le pouvoir, par droit d’hérédité, HISTOIRE D'HAITI.—(1804) 169 dans a famille de Dessalines. D’autres pensaient qu'on pût avoir
une monarchie élective, et qu'il importait peu que le chef de l’état
s'appelât roi, empereur ou prési Le Sur ces entrefaites, en Août, le gouverneur général apprit que
Bonaparte, qui en 1802, avait . nommé consul à vie par le sénat,
s'était fait proclamer empereur, à St. Cloud, par les sénateurs s ayant
à leurtète Cambacérès, le 28 floréal, (18 Mai 48 04) et qu'il ne devait
pas tarder à se. faire sacrer par le pape Pie VII. À la nouvelle de cet événement, Boisrend Tonnère et Chanlatte
le détermmérent à prendre aussi le titre d Empereur. Le gouverneur général sé hâta d'annoncer ce fait important à ses
principaux généraux, sans cependant leur dire qu'il se proposait d’en
faire naître un semblable en Haïti. I leur exposa conrbien était
immense la puissance de Bonaparte puisqu'il avait pu se foire proclamier empereur, sans opposition, et leur recommanda de se tenir
plus que jamais en garde contre ses projets. Il adressa, à cette occasion, la lettre suivante au général Pétion : Liberté, ou la Mort. Au quartier général de Laville (ou Marchand) le 8 Août 1894, an 4er .de l'Indépendance.
| Le gouverneur général au général Pétion.
Citoyen général, D'après différentes gazettes que je viens de recevoir, que je vais
livrer à l'impression, pour que tout le monde en ait entière connais®
sance, j'apprends que Bonaparte s'est fait nommer empereur des
français. Comme il est plus que probable, qu'en cette qualité, ïl
provoque la réunion des autres puissances contre ce pays, il convient
4er .de l'Indépendance.
| Le gouverneur général au général Pétion.
Citoyen général, D'après différentes gazettes que je viens de recevoir, que je vais
livrer à l'impression, pour que tout le monde en ait entière connais®
sance, j'apprends que Bonaparte s'est fait nommer empereur des
français. Comme il est plus que probable, qu'en cette qualité, ïl
provoque la réunion des autres puissances contre ce pays, il convient d'activer de plus fort les travaux des fortifications, afin de bien recexoir nos ennemis, el pour parvenir à ce but on relèvera les tra.
vailleurs le samedi afin que l'ouvrage se fasse le dimanche, à l'instar
des autres.jours. Je vous prie de faire accélérer la confeetion des affuts de canon
quisont destinés au camp de Marchand, et si j'éprouve du retard
à les recevoir et qu'il arrive quelque fâcheux incident, c'est à vous
seul que je m'en prendrai. Je vous salue avec amitié,
_ DESSALINES. Boisrond Tonnère, Chanlatte et les principaux officiers de l'étatmajor de Dessalines, s’occupérent immédiatement du mode de procéder à sa nomination au litre d'empereur. Ils conçurent l'idée de
faire une pétition par laquelle le peuple et l’armée demanderaient
que la forme du gouvernement fût changée, et que le titre d'empereur fut donné au geuverneur-général, Getle pétition fui rédigée 170 MISTOIRE D’HAITI. _(1804) à Marchand, et Dessalines l'expédia au général Pétion pour qu'il la
fait signer par les autorités de l'Ouest ‘et par celles du Sud, avec
recommandation de lui en faire le retour sous dix jours. Il procéda
de la même manière à l'égard du Nord et de l'Artibonite. Il écrivit au général Pétion à la date du 44 Août 1804, de Laville, la lettre suivante qui accompagnait la pétition. Le gouverneur général au général Pétion. J'expédie près de vous, mon cher général, un de mes aides-ülecamp, porteur d'une pièce qui demande votre signature, si vous le
jugez à propos,* vous la ferez signer par les généraux et chefs des
corps de votre division. Cela fait, mon aide de camp restera près de veus au Port-au Prince; vous enverrez un des vôtres au Se Jn.Louis François qui, après avoir signé et fait signer les officiers supérieurs de sa garnison, enverra ce paquet au général G: Hrard, par un de ses aides decamp, Île vôtre restera à Aquin à at tendre son retour. $
Vous écrirez au srl Magloire de se rendre à Léogane pour qu’au
retour de votre aide de-camp, 11 puisse signer la dite pièce. .
de veus au Port-au Prince; vous enverrez un des vôtres au Se Jn.Louis François qui, après avoir signé et fait signer les officiers supérieurs de sa garnison, enverra ce paquet au général G: Hrard, par un de ses aides decamp, Île vôtre restera à Aquin à at tendre son retour. $
Vous écrirez au srl Magloire de se rendre à Léogane pour qu’au
retour de votre aide de-camp, 11 puisse signer la dite pièce. . Je ne fais pas réunir les officiers généraux , dans ce moment,
‘parce que leur présence est trop utile dans leurs commandements
pour activer les travaux des fortifieations. Vous ordonnerez à tous les .commanians des lieux où passera votre
-aide-de-camp de lui fournir autant de montures qu'il en aura besoin,
Mn raison de s& mission. Il faut que dans dix jours je reçoive le paquel-1cI. J'ai l'honneur de vous saluer, DESSALINES. La pétition revint à Marchand à la fin du mois d'Août, revêtue
de signatures. Les secrétaires de Dessalines travaillèrent immédie;
tement à l'acte de sa nomination à Îa dignité d'empereur , par les
généraux , et à sa proclamation à la nation. Ils antidatérent l'acte
de sa nomination au titre d’Empereur et sa proclamation au peuple; l'un porta la date du 25 Janvier, l'autre celle du 45 février
4804. En faisant remonter ces actes aux semaines qui avaient suivi
le fer. Janvier 1804, ils voulurent consacrer que ce m'était pas à
limitation de Bonaparte que Dessalines avait pris le titre d'empereur,
Que devenaient done les arrêtés, les ordonnances , les proclamations
qu'il avait rendus, seus le titre de gouverneur général, toute sa
cor responilance jusqu’au fer. Seplembre 1804. Mais la haine contre
la France étail.telle qu'on ne voulait pas qu'il fàt dit qu'on eùt
reçu d'elle même une idée. I! fut résolu que la cérémonie du couronnement aurait lies le & * Dessalines n’ignorait pas les sentimens ‘démocratiques dePétion, À | HISTOIRE D'HAITI.— (16804) | 171 Octobre, à Marchand, st que le même jour l'institution de l'Empire
serait eélébrée dans toutes les autres villes importantes d'Haïti “Dessalines , altendant avec impatience le 8 Octobre, continua à
porter le titre de gouverneur général. Le 31 Août 1804, il écrivit
à Pétion, sous ce titre, concernant les srrangemens que celui ci
avait pris avec le capitaine Joshua Nash, pour fournitures de munions, d'armes et d'une goëlette. Le fer Septembre 1804, il écrivit à Pétion sous le titre de gouverneur général. Le 2 Septembre 1804, il annonça aux offieiers de son état-major
qu'il n'attendrait pas la ‘cérémonie du 8 Octobre et se ferait acclamer par la 4e. demi-brigade cantornée à Marchand. Il sortit de
de son palais, se montra aux troupes, et aussitôt son état-major
cria vive l'Empereur ! Les soldats répétèrent ee cri avec enthousiasme.
Il rentra au palais, et les officiers supérieurs de son état major signérent l'acte de sa nomination et y portèrent les noms des généraux qui nétaient pas présents la plupart. Ce ne fat que plus
tard que ces derniers y apposèrent leurs signatures; et quoique l imprimé
porte les noms de tous indistinetement, plusieurs d’entre eux n’en ont
jamais signé l'original. Cet acte fut aussitôt publié à Marchand.
avec enthousiasme.
Il rentra au palais, et les officiers supérieurs de son état major signérent l'acte de sa nomination et y portèrent les noms des généraux qui nétaient pas présents la plupart. Ce ne fat que plus
tard que ces derniers y apposèrent leurs signatures; et quoique l imprimé
porte les noms de tous indistinetement, plusieurs d’entre eux n’en ont
jamais signé l'original. Cet acte fut aussitôt publié à Marchand. Nomination de l'Empereur d'Haïti, Jean Jacques Dessalines. » « Nous généraux de l’armée d'Haïti, désirant consacrer, par un
acte solennel, Île vœu de notre cœur, et répondre à Îa volonté
fortement prononcés du peuple d'Haïti, persuadés que l'autorité
suprême ne veut point de partage, et que l'intérêt du pays exige
que les rênes de l'administration soient remises entre les mains de celui
qui réunit la confiance, l'affection et l'amour de ses concitoyens. « Bien convaincus , par une nouvelle expérience et par l'histoire
des nations, qu'un peuple ne peut être convenablement gouverné que
par un seul, et que celui là mérite la préférence, qui, par ses
services , son influence et ses talens , a su élever l'édi lice denotre
indépendance et de notre liberté. « Considérant qu’ après une longue série de malheurset de vieissitudes, 1l convient d'assurer la garantie et la suüreté des citoyens
“d'une manière immuable et irrévocable, et que le plus sûr moyen
d'atteindre ce but est de décerner au seul chef capable de représenter et de gouverner dignement la ration, un titre auguste et sacré
qui coneentre en lui les forces de l'Etat, qui en impose audehors
et qui est au dedans le gage de la tranquillité. « Considérant que Îs titre de Gouverneur Général dédens au
citoyen J. J. Dessalines ne remplit pas d’une manière satisfaisante
le: vœu général, puisqu'il suppese un pouvoir secondaire, dépen- # Arcaives du ministère de l'intérieur [ Haiti], 172 HISTOIRE NES RON : * | dant d'éne autorité étrangère dont nous avons à jamais secoué le :
joug: « Sans avoir plus longtemps égard aux refus constants et obstinés
du citoyen Jean Jacques Dessalines d'accepter une puissance. que
le peuple et l'armée lui avaient déléguée dès l'époque où notre indépendance a.été proclamée, puisque ce refus contrarie les intérêts,
la volonté et le bonheur de ce pays, déférons audit citoyen JeanJacques Dessalines le titre d'Empereur d'Haïti et le droit de choisie
et de nommer son successeur. | «Désirons que cette expression libre de nos cœurs et déjà provoquée
par le peuple, soit offerte à sa sanction sous le plus bref délai et
reçoive sa promple et entière exécution par un décret du peuple qui
sera- extraordinairement convoqué à cet eflet. « Port:au Prince, 25 Janvier 1804. $ |
« Singé: Vernet, Clervaux , Christophe, Pétion, Gabart, Geffiard, Jean-Louis François, Férou, Gerin, Magoy Raphaël , Lalondrie, Paul Romain, Capoix, Cangé, Jean-Phulippe Daut , Toussaint Brave, Moreau, Yayou, Mas gloire Ambroise, Rizelais, général de brigade, chef de l'état major général de Earmée. »
eflet. « Port:au Prince, 25 Janvier 1804. $ |
« Singé: Vernet, Clervaux , Christophe, Pétion, Gabart, Geffiard, Jean-Louis François, Férou, Gerin, Magoy Raphaël , Lalondrie, Paul Romain, Capoix, Cangé, Jean-Phulippe Daut , Toussaint Brave, Moreau, Yayou, Mas gloire Ambroise, Rizelais, général de brigade, chef de l'état major général de Earmée. » Cette pièce datée du 25 Janvier 4804, Port-au-Prince, ne fut
faite qu'à la fiu d'Aoùût à ne fat publiée que le 2 Septembre. Au
25 Janvier 1804, Dessalines, se rendant dans le Sud, était bien au
Port-au Prince ; als il n'y avait pas été question d'empereur dans
le publie, el il n'y avait pas eu d'assemblée de généraux. À un repas
où il avait assisté, un des convives voulant sairen ses hauies faveurs, avait porté un toast à l'empereur. Mais le gouverneur général avait repoussé ce titre sur le ton de la plaisanterie. On poblia ensuite dans la petite ville de Marchand, le même jour.
2 Septembre, la proclamation de Dessalines adressée à la nation. A Dessalines, le 45 Février 1804, an Aer de l'indépendance.
Le Gouvernenr Général d'Haïti, aux Généraux de l'armée et aux autorités civiles et militaires, organes du peuple.
Citoyens , Si quelques considérations justifient à mes yeux le titre atiguste .
que votre confiance me décerne, c'est mon zèle, sans douteà veiller
au salut de l'empire, c'est ma volonté à consolider notre ‘entrepri-
-se, entreprise qui donnera de nous, aux nations les moins amies de
da liberté non l'opinion d'un amas d'esclaves, mais celle d'hommes
qui-prédilectent Icur indépendance au préjudice de cette conisidération que les puissances n'accordent jamais aux peuples qui, comme
‘VOUS, sont Partans de leur propre liberté, qui n'ont pas eu besoin
de mendier des secours étrangers pour briser l'idole à laquelle nous
sacrifiions. Cette idole, comme Saturne, dévorait ses enfans, et nous
l'avons foulée aux pieds. Mais n'effaçons pas ces souvenirs récents ali 4 WA = PU QME ce x Che - be
de . P . :
+ .
,
; EN HISTOIRS D'HAITI.— (1804). 178 de nos infortunes imprimés dans nos âmes, ils seront des préservais puissans contre les entreprises de nos ennemis, et nous préMumiront contre toute idée d'indulgence à leur égard. Si les passions sobres font les hommes communs, les semi-mesures arrêtent
la marche rapide des révolutions. Puisque vous avez jugé qu'il était de l'intérêt de l'Etat que j'ae:
ceplasse le rang auquel vous m'élevez ; en m'imposant ce neuveau
fardeau je ne contracte aucune nouvelle obligation envers mon pays;
dès longtemps je lui ai fait tous les sacrifices. Maïs je sens qu'un
devoir plus grand, plus saint me lie; jé sens, dis-je, que je deis
_ conduire rapidement notre entreprise à son but, par des lois sages,
… indulgentes pour nes mœurs, fatre que chaque citoyen marche dans
ja liberié sans nuire aux droils des autres, sans blesser l'autorité
. qui veïlle au bonheur de tous.
ne contracte aucune nouvelle obligation envers mon pays;
dès longtemps je lui ai fait tous les sacrifices. Maïs je sens qu'un
devoir plus grand, plus saint me lie; jé sens, dis-je, que je deis
_ conduire rapidement notre entreprise à son but, par des lois sages,
… indulgentes pour nes mœurs, fatre que chaque citoyen marche dans
ja liberié sans nuire aux droils des autres, sans blesser l'autorité
. qui veïlle au bonheur de tous. En acceptant enfin ce fardeau aussi onéreux qu'hanorable, c'est
me charger de la somme du bien ou du mal qui résulicra de mon
adoniwistration. Mais n'oubliez pas que c'est dans les temps les plus
orageux que vons me eonliez le gouvernement du vaisseau de FEtat.
Je suis soldat ; la guerre fut toujours mon partage, et tant que l'acharnement, la barbarie et l’avarice de nos ennemis les - porteront
sur nos rivages, je justifierai votre choix; et combattant à votre lête,
je prouverai que le titre de votre général sera toujours honorable pour
moi. Le rang auquel vous m élevez m'apprend que je suis devenu
le père de mes concitoyens dort j'étais le défenseur. Mais que le
père ‘dune -famiile de guerriers ne laisse jamais reposer l'empire,
sil veut transmettre sa bienveillance à ses descendants, el les fa
miliariser avec Îles combats. | #4 Cest à vous généraux et militaires qui monterez aprés moi au rang
suprème que je m'adresse; heureux de pouvoir transmettre mon autorité à ceux qui ont versé leur & sang pour la patrie, je renonce, oui Je
renonce à l'usage injuste de faire passer ma puissance à ma famille. Je n'aurai jamais égard à l'ancienneté, quand les qualités requises pour bien gouverner ne <e trouveront pas réunies dans le su-°
jet; souvent la tête qui recèle le feu bouillant de fa jeunesse conà tribue plus efficacement au bonheur de son pays que la tête froide:
met expérimentée du vicillard qui temporise dans Îles moments où
la témérité seule convient. C'est à ces conditions que je suis votre
Supérieur , et .malheur à celui qui portera sur les degrés du trône,
élevé par la reconnaissance de son peuple, d'autres sentimens que
ceux d'un père de famille. ;
Do | DESSALINES.
Par le gouverneur général,
| L'adjudant général, Boisrono ToNNÈRE. RE - 0
\ PORTER ON NE PT PT OS +. % = ae =” +
+ +
‘ » r LR
” DE 2 »,
PRE à Les st Cette proclamation .datée du 45 Février 4804 n'a été reproduite 174 HISTOIRE D'HarTi.—(1804) dans a gazette du Cap que le 22 Novembre, même année. Elle fut
faite comme la préeédente fin d'Août. Dessalines est censé l'avoir
prononcée à Marchand, cependant au 45 Février 4804, il parcourait
le département du Sud. Néanmeins ces deux actes furent à l’époque revêtus du caractère officiel et publiés dans la gazetie du gouvernement.
reproduite 174 HISTOIRE D'HarTi.—(1804) dans a gazette du Cap que le 22 Novembre, même année. Elle fut
faite comme la préeédente fin d'Août. Dessalines est censé l'avoir
prononcée à Marchand, cependant au 45 Février 4804, il parcourait
le département du Sud. Néanmeins ces deux actes furent à l’époque revêtus du caractère officiel et publiés dans la gazetie du gouvernement. La dernière disposition de la preclamation concernant la jeunesse
provenait de l'admiration qu’avaient excitée en Dessalines. de nombreux jeunes gens noirs et jaunes, par leur brillante valeur, et quelques uns par leurs lalens. Il aimait surtout les jeunes gens de famille. Il
les avait placés, les uns dans l'administration, d'autres dans l'armée, et les comblait de ses faveurs. Il avait le don d'inspirer leur
amour, il savait enflammer leur courage, et en faisait au feu d'intrépides soldats. Comme ils lisaient et écrivaient la plupart, dès
qu'ils étaient enrôlés ils devenaient fourriers ou sergents, et ne
tardaient pas à atteindre le grade d’efficier. Des ordres furent aussitôt expédiés de toutes parts pour que la
nomination de Dessalines à la dignité d'Empereur, qui avait eu lieu,
par acclamations, le 2 Septembre, fut célébrée avec la plus grande por:
pe le 8 Octobre. L'acte de sa nomination à eelle dignité, ainsi
que sa prolcamation, fut envoyé, sous couvert, à tous les comman…
dans d'arrondissement. Au bas de l'adresse était écrit: ce paquet
ne sera ouvert que le 8 Octobre. Dessalines annonça. à son état niajor qu'il se trouverait au Cap le
8 Octobre pour assister à la solennité qui devait y être célébrée.
Ses secrétaires firent aussitôt le programme de cette fôte qui fut
envoyé à Chris Lophe. Il y était déterminé que le cortége de l'Empereur serait com pesé des corporations de tous les arts et métiers, de
culüvateurs représentant l'agriculture, du commerce national et élranger, de la justice, du corps ait (qui ne pouvait être composé que
des généraux conseillers d'Etat), des officiers dès santé et des offers
de l’armée; que du Champ de Mars le corlége se transporterait sur l'autel de la patrie surmonté d’un are portant ces mots: Jean Jacques Dessalines, 1” Empereur d Haïli; que les forts de la raile et les troupes exécu
ieraient une salve d'artillerie et de mousqueterte; que Dessalines,
montant sur un trône serait couronné au milices dun cercle composé des officiers généraux de l'empire, qu'une triple salve de mousqueterie el et de canon lerminerait la cérémonie ; que l’empereur
se rendrait ensuite à l'église pour y entendre un Te Deum pendant que l'artillerie exécuterait un triple salut ; que de l’église, le cortége” relournerail au palais du gouvergement , et que la ville serait illuminée
dans la soirée. Le 4 Septembre Dessalines était aux Gonaives ; il s’y était’ trans
porté pour s'aboucher avec un envoyé des Etats-Unis, arrivé sur
la frégate le Connénicut, expressément chargé d'établir avec luivles 2àé ‘ HISTOIRE D'HAITI —(1804) 175
erait un triple salut ; que de l’église, le cortége” relournerail au palais du gouvergement , et que la ville serait illuminée
dans la soirée. Le 4 Septembre Dessalines était aux Gonaives ; il s’y était’ trans
porté pour s'aboucher avec un envoyé des Etats-Unis, arrivé sur
la frégate le Connénicut, expressément chargé d'établir avec luivles 2àé ‘ HISTOIRE D'HAITI —(1804) 175 liaisons commerciales les plus étroites, et de fournir à l'Etat tout
ce dont 1 pourrait avoir besoin en poudre, armes, drap, toiles,
habillemens de troupes. Après avoir écouté les offres de l’envoyé
américain, il retourna à Marchand. Le 4 Septembre , des Gonaives,
il avait écrit à Pétion sous le titre d'empereur d'Haïti, pour lui annoncer l'objet de la venue de la frégate américaine. * Haiti devint , sous la dénomination d'empire, une monarchie élec.
üive , dont le chef pouvait néanmoins choisir son successeur. Dessalines avait déclaré, dans son adresse au peuple , qu'il respectait trop
les services rendus par ses lieutenants pour choisir son suecesseur
dans sa famille. .1l avait déjà un ministre des finances ; il songea à
nommer un ministre de la guerre; il avait déjà formé un Conseil
d'Etat composé de tous les généraux. | . On ne doit pas êlre surpris que les généraux aient consenti à
signer un aele qui consacrait qu'un peuple peut n'être convenablement gouverné que par un seul. Les masses n'avaient alors aucune
idée d'institutions démocratiques ; elles étaient, depuis plusieurs
années, habituées à n'obéir qu "à un seul; formant pour ainsi dire
un régiment dont l'Empereur était Île colonel , elles subissaient l'influence de l'obéissance passive, s'y soumeltant comme à un devoir,
et se trouvant heureuses. Elles l'étaient en effet comparativement aux époques précédentes, quoiqu'elles fussent déjà un peu maltraitées par les lieutenants de Dessalines. Elles se gloriliaient d'être
indépendantes de la France, et étaient éblouies de la grande gloire
de leur empereur. à
Les courtisans de Dessalincs qui l'ont plus tard égaré par de perfiles conseils exposaient, sous ses yeux, tout ce qu'ils croyaient qui
püt Matter ses passions. Ils l'exhortèrent à créer une noblesse, à.
donner aux principaux officiers de l'emyire les titres de baron, de
comte, de duc. Il repoussa ces conseils, en disant: « Moi seul
je suis noble. » Depuis, ilne fit jamais d'autre réponse à ceux qui
lui parlèrent de créer une aristocratie. Il ne voulut pas former
une garde impériale, aucun corps privilégié. La 4e demi brigade
faisäit à Marchand le service de son palais, el les compagnies d’ élite
des corps en garnison dans les villes qu'il sisitait lui servaient de garde,
Des hommes qui n'avaient prissles armes contre le parti colonial
t plus tard eontre la Franee que parce qu'ils avalent été victimes
de l'inégalité des conditions, songeaient déjà à se placer au dessus
de leurs anciens frères d'armes el d'iufortune par des titres qui,
dans les anciens états, constituent l'aristocratie de naissance. Le
cœur humein se développe partout de la même manière. Pendant
que l'entourage de Dessalines tentait, sans succès, de faire créer une
noblesse, les vieux révolutionnaires de la République Française ,
que parce qu'ils avalent été victimes
de l'inégalité des conditions, songeaient déjà à se placer au dessus
de leurs anciens frères d'armes el d'iufortune par des titres qui,
dans les anciens états, constituent l'aristocratie de naissance. Le
cœur humein se développe partout de la même manière. Pendant
que l'entourage de Dessalines tentait, sans succès, de faire créer une
noblesse, les vieux révolutionnaires de la République Française , # Archives du ministère de l'intérieur [ Haïti ]. LEE . HISTOIRE D'HAÏTI.— (1804) d'anciens jacohins , se servaient des moyens les plus vils pour ob:
tenir du premier Consul, devenu Empereur , un rang dans la nouvelle noblesse qu'il avait. créée. |
Aueun des hommes qui entouraient Dessalines ne songeait à des
institutions seges et libérales; ils ne voulaient pas mettre un frein
à leurs passions, et si l'empereur avait sur eux droit de vie et
de mort, eux mêmes exerçalent sur leurs inférieurs une espèce de
souveraineté. Personne non plus ne songeait à donner à Dessalines le consril d'établir des institutions d'iustrnction publique , afin
que le peuple, en s'éclairant, -hût cencevoir en quoi consiste véritablement a dignité de l'homme. Au eontraire.la plupart de ceux
qui avaient acquis quelques connaissances redoutaient la propagation
des lumières dans les rangs de la masse. Déjà ils frémissaient à
l'idée d'en voir sortir des hommes éclairés se saisissant de lautorité du pays et se passant de leur concours; l'avenir de la nation
était sacrifié à des intérêts privés. Certainement ils eussent rencon-
‘tré de grands obstacles en Dessalines dont l'esprit n'avait pas été
cullivé et qui ne voulait commander qu’à un peuple de soldats ; mais
en faisant des efforts pour ke mettre dans la voie des améliorations morales et intellectuelles ils eussent rempli un devoir saint envers la patrie, et se fussent montrés à la postérité irréprochables. Sous les gouvernemens qui ont suivi, sous Pétion, sous Christophe, sous Boyer
on a donné des soins à l'isstruction publique, mais sur une base
qui n'était pas assez large. On a va chez nous se développer, depuis l'ndépendance , une génération partagée en deux classes appelées
également au pouvoir, marchant côte à côte, sous l'influence d idées
opposées ,«et n'ayant de commun que l'amour de. l'indépendance
nationale. L'une, habitant les villes, et composée de noirs et
d'homines de couleur, a reçu des connaissances qui lui ont don:
né les premiers instincts de la civilisation européenne; lavtre
composée, presque en entier, de laboureurs noirs, à grandi sous Pim:
pression des mœurs africaines pratiquées pendant longlempset même
de nos jours dans nos campagnes. Les jeunes gens de ces deux
classes parvenant au pouvoir n'ont pas dû s'entendre parce que
leur éducation était contraire; ils n'ont pu se faire des conces-
.Sions ni d'nne part ni de l'autre? : ils ont'dù en venir aux mains,
et les licns de la patrie ont été déchirés. Ce malbeur que le lemps
seul réparera par la propagation des lumières eût té évité, si, dès
4804, on avait établi en Haïti uu système unique et général d'instraction publique , donnant aux jeunes gens de toutes les conditioñs
destinés à exercer l'autorité avec les mêmes droits, les mêmes inpressions et une mème direelion d'idées et de mœurs. I n existait
seus Dessalines, quelques écoles que dans les villes; encore ny
enseignail-on qu'à lire, écrire et calculer. Cependant , il y avait
au Cap, un pensionnat tenu par un nommé Laborie, où les jeunes
uu système unique et général d'instraction publique , donnant aux jeunes gens de toutes les conditioñs
destinés à exercer l'autorité avec les mêmes droits, les mêmes inpressions et une mème direelion d'idées et de mœurs. I n existait
seus Dessalines, quelques écoles que dans les villes; encore ny
enseignail-on qu'à lire, écrire et calculer. Cependant , il y avait
au Cap, un pensionnat tenu par un nommé Laborie, où les jeunes ». à
> e HISTOIRE D'HAITI.—(1804) + 177 gens recevaient des connaissances au-dessus des premières notiens
de la langue et du calcul. À celte époque, des corsaires haïtiens, auxquels Dessalines avait
délivré des lettres de marque pour donner la chasse aux navires français
et espagnols, inquiétaicut même quelquefois les bâtimens marchands
anglais. Ce que les anglais avaient prévu se réalisait; et c'était
pour éviter d'en venir à capturer nos navires qu'ils nous avaient demandé , au commencement de l’année, l'autorisation de protéger euxmêmes notre littoral , et nous avaient exhortés à ne pas armer de
corsaires. Mais Dessalines qui voulait que son pavillon eut, sur
les mers, les privilèges dont jouissent les états indépendans , avait
constamment refusé de signer avec eux aucune conveniion à cet égard. L'amiral Duckworth lui adressa la lettre suivante, à l'occasion de
la conduite de nos corsaires. A bord du vaisseau de S. M. le Shark, Port-Royal ee 2 Septembre 1804. L'Amiral Duckworth, à son Excellence le Capitaine Général Dessalines. _ Monsieur , « J'ai eu avec votre excellence plusieurs communications dans
lesquelles nous étions comme convenus que vous n'auriez pas besoin
de bâtimens armés pour croiser autour de l'ile, et je vous promettais , comme un devoir, de donner mes ordres aux bâtimens sous
mon commandement de protéger votre commerce. « Je suis fâché de vous dire qu'au moment où les Haine sous
mes ordres croisent avec ordre de protéger votre commerce contre Îles
déprédations des corsaires français, ces mêmes bâtimens ont rencontré
dans leurs croisières plusieurs bâtimens armés sous votre pavillon
“qui ont montré des dispositions hostiles. Considérant que votre. excellence ne peut approuver une pareille conduite, je saisis cette
première occasion pour en faire mes représentations, eten mème
temps vous prier d'arrêter ces mesures contraires à vos promesses,
car elles peuvent troubler l'harmonie qui a existé entre nous, et
cela amenerait à des inconvéniens. « Cette lelire- vous sera remise par le capitaine Perkins, commandant la frégate la Tartare, qui a l'honneur de vous connaître. « Jai l'honneur d être etc.
«a DUCKWORTH. » Le capitaine Perkins, porteur de cette dépêche , vint mouilleraux
Gonaives , le 48 Septembre au soir. Il y apprit que Dessalines venait de se faire proclamer empereur, et se trouvait à Marchand. IL
remit le paquet au ministre des finances avec la lettre suivante :
sera remise par le capitaine Perkins, commandant la frégate la Tartare, qui a l'honneur de vous connaître. « Jai l'honneur d être etc.
«a DUCKWORTH. » Le capitaine Perkins, porteur de cette dépêche , vint mouilleraux
Gonaives , le 48 Septembre au soir. Il y apprit que Dessalines venait de se faire proclamer empereur, et se trouvait à Marchand. IL
remit le paquet au ministre des finances avec la lettre suivante : 176 Ÿ HISTOIRE D’HAITI.—(1804) Le Capitaine Perkins ,: commandant læ frégate la Türtare , à
l'Empereur Dessalines. | Gonaives 19 Septembre 1884.
« Sire, « Je prends Ja liberté de vous informer que Je suis arrivé iei hier
au soir, avec des dépèches du commandant en chef de Pescadre en
station à la Jamaique. | « Je devais les délivrer à vous- même ; maïs apprenant que vous
êtes assez loin des Gonaïves, je prends donc la Hberté de les confier
au général Vernet qui m'a promis de vous Îles faire parvenir tout
de suite. Je suis fàâché de n'avoir pas le plaisir de vous voir en
personne, ayant bien des choses à vous cotrmuniquer. Je vous prie
de répondre à la lettre que je vous envoie; Je vais me mettre dans
quatre jours dehors en croisière, et J'aticuds par la première occasion une réponse. » Dessalines entra dans une violente fureur en entendant la lecture de
la lettre de l'amiral Buckworth. H dit que si les anglais contivuaient
à l'importuner, il romprait toute relation avec eux, leur fermerait
ses ports, et leur prouverait, une seconde fois, .qu’on peut vaincre,
.sur le sol d'Haïti, ji armées dela Grande Bretagne comme on avait
vaincu celles de la France. 11 avait été vivement piqué du titre de capiiaine général que lui donnait l'amiral Dackworih. I se demandait
si les anglais le prenait pour Île génural Loclere ou le général Rochambeau. El répondit sèchement au capitaine Perkins par la lettre suivante: A Capne. Perkins, commandant la fréçate la TFartare, en
rade aux Gonaives. Marchand ce 20 Septembre 4804. f STE fe. ait « Je reçois à l'instant avec votre lettre du 19 courant, celle de
son excellence l'amiral Duckworth à laquelle je viens de répondre;
ci-joint ma letire. « Je suis fâché de ne pouvoir me déranger de mes grandes occu-
-pations pour aller apprendre de vous ce que vous avez à me communiquer. Je suis très occupé. DESSALINES. A son excellence l'Amiral Duckworth, commandant en chef lascaure: en
station devant la Jamaïque. |
« Monsieur, « J'ai reçu la lettre que votre excellence _m’a ce sous la date HISTOTRE D’HAITI 804) 179 du 2 courant, par laquelle votre excellence me donne avis que des
corsaires armés pour la défense des côtes de l’île se sont montrés
hostiles aux bâtimens de S. M. B. Je me fais l'honneur de dire à
votre excellence que les corsaires que J'ai fait armer pour protéger
les côtes de l'ile ,ont recu ordre de traiter les bâtimens de sa majesté
britannique en amis, mais d'agir contre tous les bâtimens ennemis
qui chercheraient à interrompre latranquillité de l'île. Plusieurs rapports m ont élé faits des rencontres que mes corsaires ont faites avec
les bâtimens anglais, et 1ls se sont traités comme amis.
votre excellence que les corsaires que J'ai fait armer pour protéger
les côtes de l'ile ,ont recu ordre de traiter les bâtimens de sa majesté
britannique en amis, mais d'agir contre tous les bâtimens ennemis
qui chercheraient à interrompre latranquillité de l'île. Plusieurs rapports m ont élé faits des rencontres que mes corsaires ont faites avec
les bâtimens anglais, et 1ls se sont traités comme amis. « Ju ne me rappelle pas être jamais convenu avec votre excellence
de me point ariner de corsaires. Bien m'en a valu, ear les croiseurs
français , il nya pas bien longtemps, se sont montrés dans le fond
du canal. | | J'ai l'honneur d'être etc, DESSALINES. Dès cette époque les anglais cessérent de faire des communications
de ce! genré à Dessalines. is ne voulurent pas entrer ‘en hostilités
avec un voisin qui pouvait nuire considérablement à leur marine
marchande, et qui comptait pour rien la ruine d’une ville imncendié
par le bombardement d'une escadre. | L'empereur vint de Marchand aux Gonaïves ; il y répéta les paroles
qu'il avait dites contre les anglais, et recommanda aux autorités de
se tenir ea garde contre les biancs de n'importe quelle nation. Il se transporta ensuite au Cap avec tout son état major. Le 8
Octobre jour fixé pour ‘la cérémonie de son avènement à l'Empire,
le père Corneille Brelle, curé du Cap, célébra l'office divin avec
avec la plus grande magnificence. Le général Christophe donna à
la solennité l'éclat de son imagination, el les fêtes célébrées au
Cap furent les plus brillantes de l'empire. César Télémaque, Fancien maire de cette ville, qui s'était montré jusqu'au dernier moment trés dévoué aux français, et qui avait failli d'être vicüme de
son amour pour l'ancienne métropole, chanta et présenta à Dessalines , au palais impérial, uue pièce de vers, alors considérablement
applaudie.* Au Port au-Prince et dans les autres villes la même cérémonie eut lieu avec ordre et enthousiasme; les cris de vive Empereur se firent partout entendre , et le peuple, réuni dans chaque
chef lieu d'arrondissement, sancuonna par ses acelamations et par des
adresses à Dessalines, l'acte par lequel le titre d'Empereur lui avait
été déféré.
au palais impérial, uue pièce de vers, alors considérablement
applaudie.* Au Port au-Prince et dans les autres villes la même cérémonie eut lieu avec ordre et enthousiasme; les cris de vive Empereur se firent partout entendre , et le peuple, réuni dans chaque
chef lieu d'arrondissement, sancuonna par ses acelamations et par des
adresses à Dessalines, l'acte par lequel le titre d'Empereur lui avait
été déféré. * P: Roux, imprimeur de l’empereur, inséra dans la gazette du Cap les
vers de Télémaque. Couples chantés et présentés à Sa Majesié TICQUES ler. Empereur. d'Hatli,
; Par ©. Césor Téléuque, Controleur du département du Nord. 180 HISTOIRE R'HAITI.— (1804) Déjà Dessalines avait réuni à Marehand des sommes importantes
provenant tant des contributions qu'il avait établies sur les blancs
avant leur massacre et des droits de douane , que du prodnit du quart
de subvention à titre d'impôt terr#orial. Il y avait formé un dépôt
d'armes et de munitions. L'arsenal était garni de 50,000 fusils,
50,000 briquets, 5,080. sabres de cavalerie, de nombreuses pièces
de remparts et de campagne et d’un million de poudre. La manufacture de poudre qu'il avait établie sur l'habitation Boutin près de Marchand lui fournissait déjà d’abondantes munitious. Plusieurs officiers
polonais, instruits, dirigeaient avec quelque succès cette manufacture. Hl'avait fait écrire aux Etats-Unis pour qu'on lui eñvoyât plusieurs bons ouvriers. La poudre qu'en faisait à Boutin était un
peu grossière et donnait une fumée très noire. Il projetait d'étabii
plusieurs fonderies sur différens points de l'Empire. Tout tendait vers une véritable prospérité matérielle. Le commerce
était florissant; nos grands ports étaient peuplés de navires anglais, damois, américains. Les capitaines étrangers, contrairement aux lois du
pays, vendaient clandestinement la plus grande partie de leurs cargaisons
en gros et en détail aux petits marchands, et exporlaient du pays
le numéraire en circulation. Ces fraudes furent signalées à l'empereur qui, pour les arrêter, décréta, pendant qu'il était au Cap, le
15 Octobre 1804, « Qu'il était défendu à tous capitaines de bâti-
« mens étrangers qui arriveraient dans les ports de l'empire de vendre leurs cargaisons en détail aux marchands ou particuliers ; que
les négocians établis en vertu des lettres patentes de l'empereur
auraient seuls le droit de trailer par un -ou plusieurs, les cargaisons, | | « Que les négocians étrangers ou indigènes qui récevraient direcA 8 Æ A Air: Du vaudeville du Devin de village.
Chantons , célébrons notre gloire,
Amis de l'ile d'Haïti :
Marchons, seutenons IR victoire,
Le bonheur de notre pays.
Chérissons sans cesse,
Avec allésresse, -
Celui qui fait notre bonheur ;
Vive l'Empereur. [Bis.] Son nom,sa valeur, son courage,
Font trembler tous les intrigans;
Ennemi du vil esclavage, : Il voit en nous que ses enfans,
Chérissons sans cesse, Avee allégresse, Celui qui fait netre bonheur, Vive l'Empereur. [Bis] C'est lui qui punit l’arrogance Reçois de moi les doux hommages, Bes français, nos vrais ennnemis ;
Et qui, par sa douce clémence,
Fait de ses sujets des amis !
Chérissons sans cesse, Avec allégresse, Celui qui fait notre bonheur ;
Vive l'Empereur, [Bis]
ses enfans,
Chérissons sans cesse, Avee allégresse, Celui qui fait netre bonheur, Vive l'Empereur. [Bis] C'est lui qui punit l’arrogance Reçois de moi les doux hommages, Bes français, nos vrais ennnemis ;
Et qui, par sa douce clémence,
Fait de ses sujets des amis !
Chérissons sans cesse, Avec allégresse, Celui qui fait notre bonheur ;
Vive l'Empereur, [Bis] Mon respectable souverain ; Que Dieu tinspire des lois sages,
Et te protèce de sa main.
Je chéris sans cesse, Avec aglléresse, Celui qui fait notre bonheur Vive l'Empereur, [Bis.} ‘LS PR CS H STOIRE D’HAITI.—(1804) 18 « tement des bâtimens à leur consignation pourraient vendre les mar-
« chandises en détail. « Que lesdits négocians ne pourraient néanmoins traiter avec les
« bâtimens étrangers pour leurs eargaisons qu'après que l’adminis-
«rtration aurait fait choix des articles nécessaires au besoin de
« l'armée. « Que les contrevenans à l'ordonnanee seraient condamnés à ure
« amende de trois-cents gourdes, pour la première fois, et de cinq
cents gourdes en cas de récidive. » Il fut ordonné au ministre des finances, aux généraux de division
et de brigade, aux administrateurs principaux et particuliers de faire
exécuter l8& décret chacun en ce qui le concernait. Sous Toussaint Louverture, les caisses de l'Etat étaient celles du
gouverneur; sous Dessalines, elles étaient devenues celles de l’em-
.pereur. Tant est funeste le mauvais exemple donné par un prédécesseur! L'homme a une tendance à "imiter tout ce qui flatte ses
mauvaises passions, et pour qu'il leur résiste, il faut qu’il treuve
un frein soit dans une haute vertu, soit dans des institutions fortement soutenues par des populations morales et éclairées. Toussaint
s'était réservé le droit, à lui seul, de dilapider; Dessalines, moins
égoïste, disait aux administrateurs: « plumez la poule; mais preneë
parde quelle ne crie. » Ce qui signifiait ;: faites votre fortune au
détriment de FEtat; mais tremblez, st la voix publique vous accuse.
On n'est point surpris de ce langage, quand on se reporte aux mœurs
coloniales dont l'influence s’exerçait alors puissamment. Dans l’ancien
régime, s'esclave le plus dévoué ne se faisait pas serupule de voler
un objet quelconque à son maître auquel il donnait gratuitement ses
sueurs. Tant est affreux le système corrupteur de la servitude qui
engendre toûs les vices. Dessalines dont l'éducation n'avait pas été
cultivée n'avait pas le sentiment de la dignité de sa nouvelle position.
C'était ce que Christoplie lui reprochait avec le plus de violence
dans le cercle de ses intimes.
ime, s'esclave le plus dévoué ne se faisait pas serupule de voler
un objet quelconque à son maître auquel il donnait gratuitement ses
sueurs. Tant est affreux le système corrupteur de la servitude qui
engendre toûs les vices. Dessalines dont l'éducation n'avait pas été
cultivée n'avait pas le sentiment de la dignité de sa nouvelle position.
C'était ce que Christoplie lui reprochait avec le plus de violence
dans le cercle de ses intimes. Il n'existait pas de municipalités; le système cémmunal n'était
demandé par aucan citoyen; les plus zélés partisans de la liberté
ny songeaiént même pas; le système des baïonnettes régnait souverainement de toutes parts. Les chefs militaires des arrondissemens
avaient en réalité droit de vie et de mort sur leurs administrés; et
les commandans de places exerçaient les fonctions de juges-de paix.
Les adminisitraieurs des finanées n'osaient rien leur refuser; ils retiraïent, la plupart, du trésor publie, des sommes assez importantes
sans même en donner reçu; ils toléraient les contrebandes quand ils
en retiraient un bénéfice personnel; malgré l'arrêté de Dessalines du
9 Avril, les chevaux, les mulets appartenant à l'Etat servaient à
leurs besoins journaliers. Dans beaucoup de communes ils disposaient du quart de subvention déposé dans les magasins de l'Etat. 182 HISTOIRE D'HAITI.—(1804) En faisant des gratifications à Vastey, chef des bureaux du ministre
des finances, aux principaux officiers de l'état-major de Dessalines,
leur conduite demeurait impunie. Le prix du café avait augmenté.
Au lieu de 20 sous la livre, ‘1 se vendait de 25 à 26 sous. Le cacao
se vendait 45 à 16 sous la livre; le sucre 7 à 8 gourdes le cent; le
bois de campêehe 13 à 14 gourdes le millier ; le coton 17 à 18
gourdes le cent ; mais le fermier réglait avec le cultivateur, pour ce
qui avait trait au café, toujours à raison de 20 sous la livre. Pendant que les hauts fonctionnaires civils el militaires se procuraient ainsi, d’une manière rapide, une amélioration à leur position,
le peuple, surtout celui des campagnes, était tenu sous un régime
de fer. Le travail forcé était en pleine vigueur, et le vol le plus
léger était le plus souvent puni de mort, selon le caprice des chefs
militaires. Le condamné était quelquefois exterminé sous la verge
et le bâton par des soldats pris indistinctement dans les corps; il
n'y avait pas de bourreau, et le soldat par accident en faisait l'office, comme s'il eut rempli un service militaire. A celte époque 30,
870,114 livres de café avaient été exportés du pays, non compris
une- quantité presque égale sortie par la contrebande. Quoiqu'il y
eut un seizièmo de la popalation sous les armes, et qüe de nombreux cultivateurs fussent toujours employés à l'achèvement des forülications intérieures, la culture prospérait. La plaine de l'Artibonite se couvrait de cotonneries , el les sucreries qui avaient été Encendiées, pendant la guerre, se relevaient partout. ARTE à
és du pays, non compris
une- quantité presque égale sortie par la contrebande. Quoiqu'il y
eut un seizièmo de la popalation sous les armes, et qüe de nombreux cultivateurs fussent toujours employés à l'achèvement des forülications intérieures, la culture prospérait. La plaine de l'Artibonite se couvrait de cotonneries , el les sucreries qui avaient été Encendiées, pendant la guerre, se relevaient partout. ARTE à Il était défendu, sous peine de mort, à un indigène de sortir de
l'empire. Haïti, menacée d'une invasion étrangère, avait besoin de
tous ses enfans pour la défendre. L'empereur déclara que les ma:
rins haïtiens qui aimeraient mieux se rendre à l'ennemi que de £e
faire sauter, seraient décapilés quand ils rentreraient un jour dans
leur patrie. Pendant qu'il était encore au Cap, en Oetobre, il apprit
que des indigènes étaient partis pour l'étranger. H décréta le 22 da
même mois « Que tout bâtiment étranger armé ou non à bord duquel
a il se trouverait une ou plusieurs personnes qui seraient enlevées
d'Haïti pour être conduites à l'étranger, le capitaine serait arrêté,
mis en prison pour dix mois, el serait ensuite renvoyé dans son
pays avec ordre de ne plus reparaïître en Haïï; le bâtiment et
la cargaison seraient confisqués au profit de l'Etat; que toutindividu pris à bord des dits bâtimens serait fusillé en place pu-.
blique. » 4 *
Le 25 Octobre, il ordonna d'arrêter les vagabonds et de les contraindre à travailler sur les habitations de l'Etat. Par la mêmeordonnance, des commissaires d'îlets, * espèces de commissaires de pa- >» RAR R À? & AR 2» * Ilet, réunion de maisons, dans une ville, eur un espace de cent pas
carréa environ. Ou choisit ordinairement , en Haïti, pour commissaire d'ilet HISTOIRE D'HAITI:—(1604) 183 ‘ lice, furent institués dans toutes les villes. Ils étaient spécialement
chargés de faire le recensement de la population qui s'élevait alors,
commenous Pavons déjà vu, à 825,000 âmes. Ce fut à cette époque
qu'on songea à continuer la publication de la gazette du Cap, qui
avait cessé de paraître depuis l'évacuation des français. Le! numéro
de cette feuiile fut livré au publie la 15 Novembre 1804, sous le
Lire” de gazette politique et commerciale d'Haïti. Les arrêtés et
les ordonnances de l'Empereur y étaient publiés. Dessalines qui domptait les passions du peuple, ne pouvait con:
tenir les siennes ni ceiles de là plupart de ses principaux favoris.
Les, administrations étaient déjà livrées à d'horribles dilapidations.
lLen donnait lui-même l'exemple. Il cntretenait. dans chaque ville
des maitresses auxquelles 1! fournissait des sommes considérables. Il
employait toutes sortes de séductions, honneurs, richesses, pour
vaincre la vertu des. femmes qu'entourait une gertaine respeciabilité.
Pl m'avait pas besoin d'employer la violence, car la corruption était
telle dans les mœurs que beaucoup de jeunes et belles femmes prévenaient ses désirs. Le mariage, loin d'être honoré, était presque un
objet demépris. Beaucoup de grands dignitaires de l'empire
étaient, comme nous disons chez nous, placés, ou vivaient en concubinages : Plusieurs d'entre eux pratiquaient la polygamie. Sous
Christophe, dans le Nord, ces désordres qui anéantissatent la famille,
seront. réprunés après la chute de Dessalines.
mœurs que beaucoup de jeunes et belles femmes prévenaient ses désirs. Le mariage, loin d'être honoré, était presque un
objet demépris. Beaucoup de grands dignitaires de l'empire
étaient, comme nous disons chez nous, placés, ou vivaient en concubinages : Plusieurs d'entre eux pratiquaient la polygamie. Sous
Christophe, dans le Nord, ces désordres qui anéantissatent la famille,
seront. réprunés après la chute de Dessalines. Les quelques blancs français qui avaient été conservés ne jouissaient, d'aucune garantie ; ils n'étaient que Llolérés; pour conserver
leur existence ils étaient obligés de s'atiirer la bienveillance générale,
à fonce de concessions faites à ceux avee lesquels ils étatent habituellement en relations. Quand ils étaient maltraités ls n’oblenatent
aucune justice; quand ils étaient sacrifiés, leurs assassins n'étaient
pas poursuivis. Il faut reconnaitre que Dessalines faisait respecter
ceux qui Se lrouvaient SOUS Ses yeux. li y avait à St. Marc un riche négociant français, nommé Brochard,
hômme de bien que Dessalines avait sauvé , et un médecin français,
Däransan , généralement estimé. La fortune de Brochard excitait depuis quelque temps la capidité de plusieurs hommes cruels. Pendant que Dessalines était au Cap, un officier de la 4e. visita Brochard ét Daransan et leur dit que l'empereur avait résolu leur perte,
et que ,s'ilsne se hâtaient pas de se sauver, ils seraient infailliblement sacrifiés. Ce rapport entièrement faux n'avait été fait par
Poflicier que parce qu'il cherchait à dégouiller les deux blancs. Ils
lour inspira d'abord une vive inquiétude, puis une terreur profonde.
Ils se décidèrent à s’embarquer ; et lrompés par les démonstrations le citoyen le plus notable de let ; il exerce gratuitement ses fonctioss,
et sa surveillance ne s'étend pas au-delà de son ilet. 184 HISTOIRE D’Ha1Ti.—(1604) d'amitié de l'officier, ils le chargèrent de leur procurer des moyens
d'évasion. Ils lui livrèrent tout ee qu'ils possédaient en numéraire,
bijoux et argenterie, et le virent, dans la journée , embarquer ces
objets sur un navire qui devait se rendre au Continent. Quand la
nuit fut venue, Brochard accompagné de sa femme, Jeune personne de couleur et d'un fils en bas âge, déguisé en matelot, se rendit sur le rivage de la mer, avec Daransan. Mais au lieu derencontrer la chaloupe du commandant du port qui devait les recevoir ,1ls
trouvèrent des matelots qui les massacrèrent. Madame Brochard
et son fils furent épargnés parce qu'ils étaient sang-mêlés. L’officier de la 4e fit descendre à terre l'argent de ces deux infortunés,
qu'il avait embarqué lui: même, et s’en appropria après en avoir donné une large part aux matelots. À cetle époque arriva aux Gonaïves un nommé Ducoudray , homme de couleur, créole des îles du vent. 11 fut dénoncé à l'autorité
comme espion du gouvernement français. On l'arrèla et-on le conduisitàa Marchañd'où il fut emprisonné. Ses papiers qui furent saisis constatèrent qu'il était chargé d'explorer le pays. Il fut exéeuté trois Jours
après son arrestation. El n'avait. cessé] de répéter, pendant qu'on
l'interrogeait , que Jamais la France ne renoncerait à St. Domingue.
11 fut dénoncé à l'autorité
comme espion du gouvernement français. On l'arrèla et-on le conduisitàa Marchañd'où il fut emprisonné. Ses papiers qui furent saisis constatèrent qu'il était chargé d'explorer le pays. Il fut exéeuté trois Jours
après son arrestation. El n'avait. cessé] de répéter, pendant qu'on
l'interrogeait , que Jamais la France ne renoncerait à St. Domingue. Le 7 Décembre 1804 Dessalines fit publièr une ordonnance par
laquelle les généraux commandans de départemens furent autorisés
à faire imprimer des cartes de sûreté, pour quelles fussent délivrées
par les commandans d'arrondissement et de place aux personnes des
deux sexes habitant les villes et bourgs de l'empire. L'autorité fit
payer ces cartes un gourdin par les personnes aisées, et un escalin
par les indigens. Le produit de cette espèce d impôt devait être verséentre les mains des généraux de division, pour subvenir aux besoins des soldats invalides. Les personnes arrêtées sans être munies
de leur carte de sûreté devaient être employées aux travaux pubhes. Sur ces entrefaites arriva dans toutes les villes de FEtat d Haïti
l'ordre à tous les hauts fonctionnaires civils et militaires de se transporter à Marchand pour assister au deuxième anniversaire de l'Indépendance ([* Janvier 4805.) Le ministre des finances manda en même
temps tous les adminisirateurs et directeurs des domaines aux
Gonaives, pour les derniers jours de Décembre, afin qu'ils pussent
rendre compte de leurs opérations de l’année 1804 avant la fête du 1er.
Janvier. Dans touie Haïti, il y eut un grand mouvement; tous les
fonctionnaires étaient rencontrés sur les grandes routes, cheminant
vers Marchand; et dans ch#ue ville l'on faisait des préparatifs de
fêtes. Les administrateurs principaux et les directeurs des domaines,
réunis aux Gonaives à la fin de Décembre, furent parfaitement accueillis
par Vernet; les habitans de cette ville leur offrirent une franche
hospitalité. A cette époque, il n’y avait que fort peu de maisons
aux Gonaives; on n'en construisait pas parce qu'on s'attendait, chaque HISTOIRE D'HAITI.-— (1804) 183 jour, à une nouvelle invasion française ; la population logeait soit
dans deseases, couvertes en paille, clissées et maçonnées, soit dans
des ajoupas. Les festins qui y étaient fréquents se donnaient sous
des tentes qu'on dressait exprès. Quand il y avait dans une maison
un grand lit, une bergère, une armoire d'acajou, c'était un luxe.*
En général on trouvait, dans les cases et les ajoupas, des lits de campague supportés par des pieux ; mais les habitans avaient de bons
inatelas, du beau linge de lit, de table et de corps. Ils plagaient
leurs vètemens dans des malles qu'on pouvait facilement transporter
dans l'intérieur. Du reste l'aspect des Gonaïves était celui de toutes
les wilies-du Nord et de lArtibonite qu'on avait incendiées en 1802,
lors de l'arrivée des français. Dans la seconde division de l'Ouest
et dans lé Sud on trouvait encore le même ameublement que dans
Pancien régime , parce que les villes de ces quartiers n'avaient pas
été livrées aux flammes. Le 29 Décembre 1804, les autorités civiles
et militaires de tous les points de l'empire ‘étaient réunis à Mar.
chand. Cette ville avait en ce moment la physionomie d'un vaste
camp. D'une étendue de vingt carreaux de terre ** environ, elle était
parfaitement entretenue. On y voyait, à de légères distances, de
dans
Pancien régime , parce que les villes de ces quartiers n'avaient pas
été livrées aux flammes. Le 29 Décembre 1804, les autorités civiles
et militaires de tous les points de l'empire ‘étaient réunis à Mar.
chand. Cette ville avait en ce moment la physionomie d'un vaste
camp. D'une étendue de vingt carreaux de terre ** environ, elle était
parfaitement entretenue. On y voyait, à de légères distances, de * On wétait que campé sur le littoral. Les femmes des plus grends diguitares de PEimpire trouvaient à peine des couturières, des lingères, des
b'anclisseuses, Vers cette époque, madame Christophe écrivait la lettre suivante à son mari. Gonaïves, le 11 Novembre 1804.
Lernme Henri CHRISTOPHE , à son cher Epour. Je profite avec un vrai plaisir, mon bon ‘ami, de cette’ occasion favorable pour vous apprendre que nous Jouissons tous d’une PR santé, À
l’exception cependant de Victor qui est un peu in:ommodé'; je pense que
c'est pour ses dents ; j'aime à croire que cela ne sera rien. Voila quelques
jours que Je suis privée de vos chères nouvelles; si vous saviez la satisfaction
que je ressens quand j'en reçois, vous m'en donueriez tous les Jours. Je vous
prie de faire presser la blanchisseuse pour mon linge, car moi et mes enfans sommes à la veille d'en manquer, et vous savez que Pon se fait blanchir jet difficilement. Lorsqu'il sera prêt, obligez moi de donner vos ordres
pour me le faire apporter tout de suite. Le sucre que vous m'avez annoncé
n'est pas encore arrivé, ce retard nous fait beaucoup de peine, car nous
Pattendons avec impatience , et particulièrement madame Dessalines qui espère ses glaces par le bâtiment sur lequel vous avez chargé le sucre. Elle
et ses demoiselles me chargent de vous faire bien des complimens. Nos enfans se joignent à moi pour vous désirer une bonne santé et vous
embrasser du profond de notre âine, Votre aflectionnée épouse,
| Fe. Carisrorne. Madumne Christophe était une demoiselle Coidavid. Ele se nomtmait Marie Louise, Sa famille était libre de nombreuses années avant la révolution. #* Cent pas carrés, le pas de trois pieds et demi. "166 | ISTOIRE 'ararre.—(1808) grands arbres séculaires que la révolution avait respectés, une vingtoie | ne de belles maisons nouvellement bâties, couvertes la plupart en
tuiles; beaucoup d’autres s'élevaient rapidement. On avait dressé
autour de la ville plus de trois mille ajenpas pour recevoir tous ceux
qui étaient venus assister au deuxième anniversaire de l Indépendan c e,
Marchand qui n'était qu’une ville de 1200-ûmes avait, réunies dans
son sein, plus de 20,000 personnes. La garnison. composée de la 4e
et de quelques autres troupes occupait une partie de ces ajoupas, ainsi que de nombreux ouvriers de tous les métiers qui, depuis le commencement de 1804, travaillaient aux nouvelles constructions.
Il y avait dans chaque rue de vastes tonnelles ornées de larges feuilles, préparées pour les danses et les festins. Dès la pointe du jour du 31 Décembre on vit arriver à Marchand de nombreux et beaux chevaux qui devaicnt, sous les yeux del empereur, fournir plusieurs courses. Dessalincs aimait avec passion ces
sortes de Jeux. Les courses commencées à neuf heures du matin,
ne cessérent qu à deux heures de l'après midi, Elles avaient eu lieu
avec lant de: confusion, qu'il avait été presque impossible de constater quels avaient été les meilleurs coursiers. Comme chacun pré
ès la pointe du jour du 31 Décembre on vit arriver à Marchand de nombreux et beaux chevaux qui devaicnt, sous les yeux del empereur, fournir plusieurs courses. Dessalincs aimait avec passion ces
sortes de Jeux. Les courses commencées à neuf heures du matin,
ne cessérent qu à deux heures de l'après midi, Elles avaient eu lieu
avec lant de: confusion, qu'il avait été presque impossible de constater quels avaient été les meilleurs coursiers. Comme chacun pré tendait que c'était le sien, Dessalines , plein de galété, ne Du aucun prix. À quatre heures, 490 tambours et autant de fifres firent entendre l'assemblée générale : c'était un bruit étourdissant. La 4e,
demi brigade, qui seule alors avait un corps de musique , éXécutait,
au palais impérial, des airs patrio! tiques. En même Leuips Dessalines parcourait la ville, entrait dans les ajoupas, plaisantait avec
tout le monde , et incitait aux plaisirs de tous genres. A cinq heures el demie deux- cents Pièces de gros calibre , , dressées tant dans
les forts que.dans la ville, commencèrent, en même temps, à uirer,
pour annoncer le deuxième anniversaire de l'Indépendance. Cette
canonnade dura une demi heure. Aussitôt aprés qu'on‘ eut battu la retraite, des danses africaines
de toutes espèces, commencèrent à s’exécuter tant sous les tentes
qu'en plein champ; la danse du vaudoux seule était proscrite. Toute
la nuit se passa en fêtes et banquets; le bruit des tambours ne
cessa de se fatre entendre que vers le jour. A sept heures du matin du !* Janvier 1805, cinq mille hommes,
cavalerie, infanterie et artillerie, étaient rangés sur une vaste place
préparée pour la cérémonie. Les soldats et les officiers subalternes
étaient diversement habillés. Les uns étaient fort bien vêtus, d’autresirès mal et presque nus; les uns étaient chaussés , bottés, d’autres nu-pieds; les uns collés d'autres nu-lêtes. Mais l'éclat des
armes élait admirable, et e plus profond sitence régnait de tous
côtés. Au centre de la A s élevait l'autel de la pairie surmonté
du trône de S. M. l'Empereur. A huit heures Dessalines sortit de son palais entouré des ofliciers ” HISTOIRE D’HAITI.— (1605) A8T de son'état major, de tous les généraux de l'empire, parmi lesquels
lon distinguait, Capoix, Toussaint Brave, Vernet, Clervaux, Gabart,
. Pétion, Geffrard, Férou, Jean-Louis François. Il portait un habit
rouge brodé d'or, des épaulettes couvertes de sept étoiles de diamant,
un chapeau bordé d'or surmonté d’aigrettes rouges et bleues ; il avait
à ses côtés un Cimeterre, et à la main une canne à pomme d'or.
Le général Henry ‘Christophe se tenait à sa droite, et le général
Bazelais à sa gauche. Venait ensuite, à une légère distance, l'Impératrice, pleine de majesté, d'une taille élevée, dont la physionomie
exprimail toute la bonté de son cœur.* Elle portait une robe de
satin bleu de ciel, bordée d'or et d'argent, parsemée d'abeïlles ;
elle était accompagnée de deuze dames d'honneur et de quatre aidesde-camp de FEmpereur.
tenait à sa droite, et le général
Bazelais à sa gauche. Venait ensuite, à une légère distance, l'Impératrice, pleine de majesté, d'une taille élevée, dont la physionomie
exprimail toute la bonté de son cœur.* Elle portait une robe de
satin bleu de ciel, bordée d'or et d'argent, parsemée d'abeïlles ;
elle était accompagnée de deuze dames d'honneur et de quatre aidesde-camp de FEmpereur. Quand Dessalines parvint près de l'autel de Ia.patrie, le général
Christophe se détacha de ses côtés, et se transporta au centre de
la place pour faire rendre les: honneurs à S. M. Il commanaa :
Présentez les armes , genou terre ; et aussitôt les troupes présentérent
les armes, et s’agenouillèrent; la foule quoique étonnée de ce dernier
mouvement se prosterna aussi. Alors les canons, les tainbours, les
Hifres, les trompettes, la musique de la 4e retentirent de tous côtés;
et pendant une heure la nouvelle capitale fut remplie du bruit de
200 pièces de canon. La fumée était si épaisse qu’on ne se distinguait plus. Quand le canon cessa de tonner, la foule toujoursagenouillée entendit un discours prononcé avee véhémence par Boisrond
Ponnère, monté seul sur l'autel de la patrie avec Pessalines. Pendant que Boisrond rappelait Îcs cruautés des français et les hauts
faits des armées indigènes, Dessalines était animé d’une ardeur difficile à peindre; ses yeux brillaient et ses gestes étaient vifs. Dès
que Boisrond eut fini de parler, l'Empereur lui même prononça,
d'une voix forte, le serment de vivre libre, indépendant ou mourir.
Lmpératrice et ses dames d'honneur s'agenouiilérent au prononcé
du serment. Le général Christophe, à cheval au centre de la place, fit défiler
- les troupes sous fes yeux de l'empereur. Jl était midi quand Dessalines rentra dans son palais. On y avait
préparé un somplueux repas auquel assistèrent les officiers de la garnison et tous les employés eivils et militaires. A deux heures de l'après-midi, le peuple, ainsi que les soldats,
se divisant en des milliers de groupes, se mit à danser à travers la
mille au son du tambour; dans chaque cercle, on répétait en chan-
-tant le serment de vivre liÿre, indépendant où mourir. A six heures * Dessalines l’avait épousée, sous Toussaint Louverture, à Léogare,
après la guerre civile. Elle se nomimait Marie-Claire Heureuse, avaut son
pin ;
mariage. Elle existe encore et habite St.-Maric. 153 HISTOIRE D’HAITI.—{1805) du soir, le bal fut ouvert au palais impérial, par un rond formé
de l'Empereur, de Christophe, de Vernet, de Bazelais, et de l'Impératrice, de la fille sinée de Dessalines, ‘des dames Vernet et Daut.
La nuit s'écoula en danses à travers les rues, et le ® Janvier 1805,
dès huit heures du matin, chacun était à 80h travail, comme s1 la
veille, il n’y avait pas eu ‘de réjouissances.* "
ouvert au palais impérial, par un rond formé
de l'Empereur, de Christophe, de Vernet, de Bazelais, et de l'Impératrice, de la fille sinée de Dessalines, ‘des dames Vernet et Daut.
La nuit s'écoula en danses à travers les rues, et le ® Janvier 1805,
dès huit heures du matin, chacun était à 80h travail, comme s1 la
veille, il n’y avait pas eu ‘de réjouissances.* " Pendant les fêtes de la veille, Dessalines avait prouvé Étébien était magique la puissance qu'il exerçait sur la nation. Il ny avait pas
eu le plus léger désordre, quoique chacun fût armé. L'empereur, suivi de tous les officiers généraux et de tous les employés civils, visita Îles travaux qui s'exécutaient pour l'édification
d’un immense palais à Marchand ; il inspecta Îles corps d'ouvriers et
parcourut ensuite an terrain contigu à la capitale, où il se proposait d'établir une sucrerie sur une grande échelle. Il annonça à
ceux qui l'accompagnaient qu'en moins de dix-huit mois, la nouvelle
nanufacture pourrait foncuonner, en roulaison, raffinerie et distillerie.
Les uns, dit-il , abattront Îles arbres pour faire les champs de cannes: d’autres, en même temps, nelloieront le terrain, élèveront les
clôtures , planteront les cannes, ouvriront les canaux d'arrosage,
prépareroni les bois de moulin, "de sucrerie, de guildiverie. Les
conducteurs des travaux seront choisis parmi mes meilleurs officiers
subalternes ; ils activeront les opérations avec zèle; d'ailleurs je serai là, je surveillerai tout moi même, et ce sera un grand malheur
pour ceux qui ne rempliront pas leurs devoirs. » Get établissement
fut en eflet achevé en moins d'une année. Dessalines fit ensuite visiter, par ses généraux, les forts qu'il avait
élevés à Marchand. Il y en avait sept dressés sur le versant méridionai de la montagne qui domine la ville, au Nord: les forts la
Source, Débuté, Culbuté, Décidé, Innocent, Ecrasé et la Fin du monde.
Dessalines rentra dans son palais et donna congé à tous les fonetionnaires qui éiatent venus assister à la solennité Les généraux retournèrent duus leurs départemens el arrondissemens respectifs. La
cérémonie du Aer Janvier 1805 avait eu lieu, en même temps, sur
tous les points de RUE Christophe, de retour au Cap, la fit de
nouveau célébrer le G Janvier avec la plus grande solennité. Une dixaine de jours aprés le départ des généraux, Dessalines
reçut, à Marchand, un acte infime du général Ferrand, daté de Sio- * Les détaile de cette fête sont tirés de notes qu a laissées le général B. In.
ginac concernnnt les principuiles circonstanres de sa vie, ls n'ont été
fournis par sa fille , la dume Zélimire Inginee , épouse du Dr: William
George Smith. B. Inginac directeur des domaines en 1805 ee trouvait à
Marchand le ler. Janvier de cette année. Ces détails sont en harmonie
avec ceux que J'ai obtenus dun grand nombre de vieillards qui ont assité
à cette cérémonie nationale. La version du général Inginac est d'acGard avec tous leurs rapports. /
circonstanres de sa vie, ls n'ont été
fournis par sa fille , la dume Zélimire Inginee , épouse du Dr: William
George Smith. B. Inginac directeur des domaines en 1805 ee trouvait à
Marchand le ler. Janvier de cette année. Ces détails sont en harmonie
avec ceux que J'ai obtenus dun grand nombre de vieillards qui ont assité
à cette cérémonie nationale. La version du général Inginac est d'acGard avec tous leurs rapports. / HISTOIRE D'HAITI.-— (1808) | 189 Domingo, (6 Janvier 1805.) Cette pièee le détermina à entreprendre,
sans plus tarder, la conquête de l’ancienne partie espagnole. Nous
devons nous rappeler que déjà il avait annoncé cette campagne. Le
général français qui prenait le titre de capitaine-général , par intérim , avait déclaré par son acte « que les habitants des HUE
« des départemens de l'Ozama et de Cibao étaient autorisés, ainsi
que les troupes employées au cordon, à se répandre sur le (ri
toire occupé par les révoltés, à leur courir sus, et à faire prisonniers tous ceux des deux sexes qui ne passeraient pas l’âge de
14 ans; que les prisonniers provenant de ces expéditions seraient
la propriété des capteurs; que les ‘enfants mâles capturés ayant
moins de dix ans, et les négresses, mulâtresses au dessous de
douze, devraient expressément rester dans la colonie, et n’en pourralent être exportés sous aucun prétexte; que les capteurs pour.
raient à leur gré ou les attacher à leurs plantations, ou Îes vendre à des habitans résidans dans les départemens de l'Ozama ct
de Cibao ;
« Que les noirs et gens de couleur qui ne devraient pas être
exportés ne seraient considérés comme propriété des capleurs
et ne pourraient être vendus par eux, qu'autant que lesdits capteurs se seraient munis, pour chaque individu, dans le département de l'Ozama, d’un certifient des notables d'Azua, visé par
le commandant Ruiz , et dans le département de Cibao , d'un pareil certificat du conseil de St. Yago , visé par le commandant
Sérapio , qui coustaterait que ces nairs el gens de couleur auraient été effectivement pris sur le territoire occupé par les révoités ;
« Que les enfans mâles âgés de dix à quatorze ans, et les négresses et les mulätresses de douze à quatorze ans, seraient ex Press
« ment vendus pour être exportés ; « Que ceux désignés pour l'exportation ne pourraient être embar-
« qués dans aueun autre port que celui de Sto. Domingo , où il serait payé pour droit, en faveur du gouvernement, cinq pour cent
à d'expor tation sur la vente; « Qu'à l'instant où les révoltés: reconnaissant leur erreur, au-
« raient fait aete de leur soumission à l'Empereur des français en-
« tre les mains du général Ferrand, et qu'il y aurait certitude &e
« leur bonne foi, toutes espèces d'hostilités cesseraient. » Dessalines ft aussitôt écrire à tous les généraux de son empire de
se tenir prêts à entrer en campagne au milieu de Février , à la tête
de leurs divisions. B'après ses ordres les troupes furent parfaitement habillées pour la première fois depuis l'Indépendance. L'infanterie avait pour uniforme, habit bleu, collet rouge, revers blancs,
shako en cuir avec cordonneis et aigrettes , pantalon bianc. Les
grenadiers portaient des épaulettes rouges, et les chasseurs des épaulettes vertes. Le costume était enfin presque tel que eelui des solA SAR, 2,8, M5 À 2
B'après ses ordres les troupes furent parfaitement habillées pour la première fois depuis l'Indépendance. L'infanterie avait pour uniforme, habit bleu, collet rouge, revers blancs,
shako en cuir avec cordonneis et aigrettes , pantalon bianc. Les
grenadiers portaient des épaulettes rouges, et les chasseurs des épaulettes vertes. Le costume était enfin presque tel que eelui des solA SAR, 2,8, M5 À 2 AR A8 8 2 R 2» - 190 À HISTOIRE D'HAITI.—(1805) dats de la République fraçaise moins les revers blancs de l'estomac.
Les cavaliurs habiilés en bleu, avaient des casques surmontés de
panaches verts; il n'y avait que des corps de grosse cavalerie. IH
existait pas d'artillerie légère, et les canonniers étaient vêtus comme les fantassins. | Dessalines partit de Marchand le treize Janvier ,.et arriva au Portau Prince le 45 du même meis. Les troupes qu'il passa en revue
s'agenouillérent devant lui. Dès lors ce fut un usage suivi dans tout
l'empire. On conçoit qu’à la fête de l'indépendance’, alors qu'on
s était réuni pour prononcer le serment de vivre libre, indépendant
eu mourir, on ail fait le mouvement de génuflexion : on se prosternait devant le Dieu de la patrie. En France, sous la: République, fa foule RATS aux fêtes patriotiques, au dernier cou: : plet de fa Marsctilaise ; elle poussa le délire révolutionnaire jusqu'à
se prosierner devant la déesse de la Raison ; c'était encore se courber devant la représentation d’un principe sacré. Mais on ne put voir
sans douleur un peuple qui avait vaincu ses oppresseurs, courant à
la victoire en chantant des hymnes de liberté, se prosterner
dans ja poussière devant un guerrier comme devant le Tout-Puissant:
Dessalines était devenu non seulement Empereur , mais un Dieu
éblouissant sur lequel le soldat r'osait plus lever les yeux.
sierner devant la déesse de la Raison ; c'était encore se courber devant la représentation d’un principe sacré. Mais on ne put voir
sans douleur un peuple qui avait vaincu ses oppresseurs, courant à
la victoire en chantant des hymnes de liberté, se prosterner
dans ja poussière devant un guerrier comme devant le Tout-Puissant:
Dessalines était devenu non seulement Empereur , mais un Dieu
éblouissant sur lequel le soldat r'osait plus lever les yeux. En arrivañt au Port-au-Prince, il y avait. rencontré David Troy, ancien chef d'escadron, sons les français, oflicier noir : qui avait suivi Lavalette lors de l'évacuation, et qui venait de
retourner en Haïti, ne pouvant plus vivre à l'étranger. Comme nous le savons, David Troy avait commandé au Mirebalais pour | les français en 1802 et en 4803. Presque toutes les familles indigènes de ce quartier avaient à Îui reprocher l'arrestation ou la mort
de queiques parens ; les cordes qui avaient servi à pendre ces malheureux étaient encore suspendues aux arbres des bois du Mirc
balais. Où l’accusait d'avoir été l’auteur de la pendaison d'Henriette
Si.-Marc, au Port-au-Prince, David Troy était uñ de ces brillants
officiers indigènes qui avaient soutenu la eause française avec! le
plus d'éclat. Dessalines le manda au palais, pour lui annoncer. le
sort quil fui préparait. Dès que David Troy aperçut Fempereur ;
il se précipita à ses pieds et embrassa ses genoux. Dessalines le
repoussa en fui disant : «Je ne suis pas le bon Dieu pour qu'on
baise mes pieds. » Il ordonna de le faire mourir. Mais le général Pétion , témoin de cette scène , obtint sa grâce , à force d'instances. : Dessalines, voulant néanmoins le punir, lui ôta son grade
de chef d'escadron, et le fit entrer comme simple soldat dans la
4e. demi-brigade. A la même époque étaient revenus dans le pays
Mentor et Diyliguenave. Le premier était parii de Su Domingue en
4797 avec Sonthonax, lorsque Toussaint avait indirectement contraint
le commissaire civil à s'embarquer. Le dernier ; ancien lieuler | HISTOIRE D'naAITI.— (1805) | | 19inantode, Rigaud , ‘avait abandonné Île pays, après la chute de celui-ci, Dessalines maintint Mentor dans son grade d'adjudant général et Dartiguenave dans son grade de FR
L'empereur à ait amené avec lui au Port-au Prince le général Yayou, it homme de vingt six ans, qui commandait à la GrandeRivière du Nord. Il lui avait confié le commandement de l'arrondissement de Léogane en remplacement de Cangé qui déjà avait été
envoyé à PArtibonite. Yayou était mécontent de cette mutation;
“mlreut mieux aimé demeurer à la Grande Rivière, son pays. Mais
Déssalines avait cédé aux instances de Christophe, ennemi personnel
de Yayou. Ce dernier, ancien licutenant de Sans-Souci, et de Petit
Noël Prigre, partageait contre Christophe toute la haine des monta-
. gnards de’ la Grande-Rivié re. Après l'assassinat*de Sans-Souci, Christophe avait employé toutes sortes de moyens pour que Dessalines ne
confirmât pas Yayou dans son grade de général de brigade,
la Grande Rivière, son pays. Mais
Déssalines avait cédé aux instances de Christophe, ennemi personnel
de Yayou. Ce dernier, ancien licutenant de Sans-Souci, et de Petit
Noël Prigre, partageait contre Christophe toute la haine des monta-
. gnards de’ la Grande-Rivié re. Après l'assassinat*de Sans-Souci, Christophe avait employé toutes sortes de moyens pour que Dessalines ne
confirmât pas Yayou dans son grade de général de brigade, L'empereur , accompagné du général Pétion, se rendit à LéogaBe où 1nstalla le général Yayou éans son nouveau commaudementsbDe à, en passant par le Peut Goûve, il se transporta à Baynet, où 11 y avait quelques agilations. Il y fil plusieurs arrestations,
“Il revint au Port-au-Prince d'où il parut pour FArtbonite, satisfait
de ar des domaines, car il avail trouvé dans les magasins de LEtab, au Port au Prince, un million de café et plus de
trois eeut. mille livres de coton, entrés en moins d'un mois. Aussitôt après sôn retour à Marchand, il se dispose à marcher
sur Sto Domingo, n'ayant fait aucun préparatif d'approvisionnemens,
certain que ses troupes peurraient vivre sur les lieux. Il ordonna
aux, généraux commandans de département, de laisser dans chacune
des” villes où il y avait garnison le 8e. bataillon de chaque demibrigade, pour que le territoire pût être défendu, si pendant son
absence il:y avait une agression étrangére. Les deux premiers bataillons de chaque demi-brigade d'infanterie, les corps de cavalerie
et des compagnies d'artillerie durent entrer en campagne. Les artilieurs marchèrent sans leurs pièces. Dessalines avait l'espoir d'en
conquérir avant d'atteindre Sto Domingo, à Si Jean, à Azua. L'ar
mée hailienne fut divisée en deux corps: celui du Nord, sous les
ordres de Christophe, dut passer par St-Yague, el celut dit du
Sud composé des divisions de l'Artibonite, de l'Ouest et du Sud ;
sous les ordres de Dessalines en personne, dut passer par Si Jean
et Azua. Le général Capoix reçut l'ordre de demeurer dans le Nord,
pendant la campagne, le colonel Germain Frère, au Port-au Prince,
et Jean-Louis François, dans le Sid. |
- Le 16 Février 4805, l’empereur passa en revue, à la Petite-Riière de l'Artibonite, la division Gabart forte de 5,400 hommes et
composée des deux premiers bataïilons des 4e., 8e., 14e., du deuxième bataillon de la 7e., de la 20e, en entier, de deux compagnies du - 192 HISTOIRE D'HAÏTI.—( 1805 ) premier régiment d'artillerie, et d’un escadron du der. régiment
de cavalerie. Gabart avait sous ses ordres les généraux de brigade
Magny et Cangé. Cette division s’ébranla dans la même journée,
traversa, avec beaucoup de difficulté , l'Artibonite dont les eaux
étaient en débordement, et s'arrêta sur Fhabitation Maugé. Quant
à Dessalines, il partit de la Petite Rivière le 47, et atteignit le môme_Jjour le Mirebalais, à 5 heures de l'après- midi. Le jour suivant,
le général Gabart entra Dis ce bourg, à la tête de sa division.
L'empe: eur y passa en revue la 10e demi brigade el deux bataillons
de La 3e.
onite dont les eaux
étaient en débordement, et s'arrêta sur Fhabitation Maugé. Quant
à Dessalines, il partit de la Petite Rivière le 47, et atteignit le môme_Jjour le Mirebalais, à 5 heures de l'après- midi. Le jour suivant,
le général Gabart entra Dis ce bourg, à la tête de sa division.
L'empe: eur y passa en revue la 10e demi brigade el deux bataillons
de La 3e. Pétion, qui était parti du Port au-Prince, avec sa division s’élevant à 7800 hommes ; arriva su Mirebalais le 24 Février. Cette
division était composée des 41e, 12e, 21e, 22e, 93e, et 24e d'infanterie, de deux compagnies du 4er régiment d'arüllerie, et de
deux escadrons du 4er régiment. Pétion avait sous ses ordres le
général de brigade Magloire Ambroise. Dés le 19, les communes
de Hinche, de Lamatte et de Neybe, terriliées , s'étaient
empressées de se soumeltre à Dessalines. Les habitans de ces
quartiers lui fournirent des vivres en abondance ct une multitude
de chevaux et de mulets. Le 20, la 3e demi brigade et la cavalerie
pénétrèrent dans le canton des Sarrasins, et bivouaquèrent sur l'habitation Desvarieux. Quand Dessalines y parvint avec les divisions
Gabart et Pétion, il les passa en revue, et dit aux soldats en créole: mes braves, que le courage et la persévérahce ne vous abandonnent pas dans celte grande entreprise ; elle est toute nationale ;
nous allons réunir à l'empire plus des deux tiers de son Lerriloire ;
nous allons à Sio.-Domingo où respirent les restes de nos anciens
oppresseurs, où commande l'infâme Ferrand qui a juré notre exlerminatton et la servitude de nos enfans. Les soldats lui répondirent
par de grandes acclamations, et prirent gaiement la route de Lescahobes. Les troupes haïtiennes, pour atteindre Sto Domingo, avaient à
traverser de grands espaces : de Jérémie à S° Domirgo 4193 lieues, du
Cap 90 lieues, du Port au- Prince 135, au travers de hauts mernes, de
fleuves larges et profonds, et de vastes plaines couvertes d herbes et
d’arbrisseaux épineux, et sans abri contre les ardeurs du soleil. Le 25 dans la matinée une dépulation des habitans de Lamatte
vint au devant de l'Empereur qui, à midi, pénétra dans ce bourg.
Après y avoir pris un peu de repos, les troupes continuérent leur
marche dans la nuit du 24 au 95. Elles traversérent , à la lueur
des étoiles, une partie de eette longue et superbe vallée de San
Thomé, arrosée par les rivières Rouan Débert et Matayaye et qui
comprend entre Lescahobes et St. Juan un espace de trente lieues.
A la pointe du jour l’armée vit se dérouler devant elle d’immen*
ses savanes coupées par une lafinité de petites rivières et de ruisseaux ; et à unc heure de l'après-midi, l'empereur découvrit St. Juan
, une partie de eette longue et superbe vallée de San
Thomé, arrosée par les rivières Rouan Débert et Matayaye et qui
comprend entre Lescahobes et St. Juan un espace de trente lieues.
A la pointe du jour l’armée vit se dérouler devant elle d’immen*
ses savanes coupées par une lafinité de petites rivières et de ruisseaux ; et à unc heure de l'après-midi, l'empereur découvrit St. Juan ‘x à. LE SU EN ES PR DEEE OL OR PES - di HISTOIRE D’HAITI.—(1805) 195 après avoir traversé la belle rivière qui porte le nom de ce bourg.
11 crut d'abord qu'il y rencontrerait une forte résistance ; mais son:
avmée y entra sans obstaclè, à trois heures de l'après-midi. La
garnison el toule la population l'avaient évacué et s'étaient retirées vers
la source de la rivière Yaque, presque au centre de l'île. Après avoir
confié le commandement de ce bourg au chef d'escadron Isaac Borel,
un deses aides de.camp, et. y avoir laissé une garnison de troiss
cents hommes, Dessalines se mit en marche pour Azua le 27 à
six heures du matin, par la vallée de St. Juan , arrosée par la rivière
de Diae qui roule ses eaux du Nord au Sud. Les troupes s'arrôlérent à un gué de celte rivière, y passèrent la nuit et reprirent
leur marche, le 28 à 5 heures du matin. A peine eurent-elles parcouru Fespace de trois lieues que le chef d'escadron Barthélemy
Mivault, qui était à la tête de lavänt garde, conduisit-à Sa Majesté
ivois espegnols qu'il venait de faire prisonniers. Ceux-ci déclarérent
que l'ennemi n'était campé qu'à trois lieues , sous les ordres du commandant Viet, et qu'on les avait envoyés en éclaireurs. A neufheures,
Barthélemy déconvrit plusieurs sentinelles placées derrière un rempart de pierres élevé sur un mornel ; il en avisa l'empereur qui lui
ordonna d'aller reconnaître l'ennemi. Barthélemy suivi de l’étatmajor de Dessalines et de quelques dragons se précipita sur les védettes françaises qui prirent la fuite; elles furent poursuivies à outrance,
et en moins dune heure elles étaient rentrées dans le camp principal
où commandait Viet en personne, C'était une fortification élevée
dans le grand chemin sur une éminence que dominaient deux mornes des deux côtés. Les français et les espagnols l’appelaient le
Tombeau des Indigénes, parce qu'ils disaient hardiment que les Haïtiens
y seraient détruiis et ensevelis. L'empereur s'approcha lui-même
de la position jusqu à cent pas pour l'examiner : elle était bordée de
canons, ceinte d'un fossé, et flanquée de cardasses, d’aloës et d’autres
arbres épinéux qui paraissaient devoir la rendre inabordable; Le plus
profond silence y régnait.
’appelaient le
Tombeau des Indigénes, parce qu'ils disaient hardiment que les Haïtiens
y seraient détruiis et ensevelis. L'empereur s'approcha lui-même
de la position jusqu à cent pas pour l'examiner : elle était bordée de
canons, ceinte d'un fossé, et flanquée de cardasses, d’aloës et d’autres
arbres épinéux qui paraissaient devoir la rendre inabordable; Le plus
profond silence y régnait. Quoique la cavalerie et le gros de l'armée ne fussent pas encore
arrivés, Dessalines conçut son plan d'attaque et l’exécuta aussitôt.
L'avant garde de l'armée s’embusqua-à la gauche du fort, la 4e demibrigade le tourna, et les généraux Daut et Gabart, à la tête de l’étatMajor, attaquérent de front. Le commandant Viet monta sur les
remparts, et les canons vomirent aussitôt boulets et mitraille dans
nos rangs. En même temps la 4e donnait l'assaut au pas de charge,
se précipitant au milieu des cardasses et des aloës, au grand éton-
“nement des français qui croyaient eetle épaisse haie d’arbrisseaux
épineux imfranchissable. En avant ! s’écriait Dessalines. — Tu ces
maître du fort, lui répondit Gabart * qui s’élançait contre les retran- * Gabart qui avait été soldat avec Dessalines, dans même le corps, le
futoyait, 194 HISTOIRE D'HAITI.—(1805) chemens et y pénétrait, pendant que l'avant-varde, embusquée s sur
le flanc gauche, faisait sur les français le feu le plus meurtrier. Les
troupes françaises ct espagnoles , au nômbre de 800 hommes, résistèrent d’abord avec opiniâtreté. Mais l'état-major de Dessalines ,
inonté sur de bons chevaux, et l'infanterie haïtienne que les diffieultés du sol n’arrêtaient jamais, pénétrérent dans Île fort. Les français et les espagnols abandonnèrent la position et prirent la fuite.
Les haïtiens les poursuivirent à outrance, les sabrèrent et les firent
prisonniers en grand nombre. Viet fut priss il n'avait reçu aucune
blessure: c'était un ancien colon des Grands. Bois, conhu des indigènes par sa cruauté et sa bravoure. Il avait servi avec distinction sous
les ordres de Dessalines, du temps de Toussaint, et plus tard sous
Leclere. L'empereur lui dit en le voyant arriver devant lui : « comment
as-tu pu croire que mes lroupes eussent été arrêtées par ces épines
et quelques canons, 101, colon, qui aurais dûù connaitre l'agilité
des indigènes dans les lieux où le blanc n'oserait pénétrer? —J'avais «juré au ‘capitaine général Ferrand, répondit Viet, que ce fort serait devenu fe Tombeau des Indigènes. » En présence des généraux
Daut, Magloire, Bazelais, Gabart, de l’adjudant général Mentor , de
Pétion , du capitaine Boyer, alors secrétaire de ce dernier, Dessalines
le fit fouetter avec des branches d’acacia jusqu'à ce qu ‘il rendit le
dernier soupir. Un sapeur lui ouvrit l'estomac d'un coup de hache,
général Ferrand, répondit Viet, que ce fort serait devenu fe Tombeau des Indigènes. » En présence des généraux
Daut, Magloire, Bazelais, Gabart, de l’adjudant général Mentor , de
Pétion , du capitaine Boyer, alors secrétaire de ce dernier, Dessalines
le fit fouetter avec des branches d’acacia jusqu'à ce qu ‘il rendit le
dernier soupir. Un sapeur lui ouvrit l'estomac d'un coup de hache, “et mangea son cœur; ses entrarlles furent dispersés dans les savanes. Ce s sapeur avait appartenu, avant sa transplantation en Haïti,
à une de ces tribus afrieaines qui se nourrissent de chair humaine.
De semblables scènes d'horreur avaieut eu lieu en 1792 sur les places
publiques de Paris, pendant les massacres de Septembre: cependant
il n'y-avait pas en France de tribus sauvages de cannibales. Des
monstruosités ont été coinmises chez tous les peuples qui néanmoins
ont tous fourni des hommes vertueux. Les indépendans anglais, au
{Te siècle, ne faisaient aucun quartier aux Irlandais ; ils les fusillaient
par centaines, ou les précipitaient dans la mer liés dos à dos. Les.
annales de la Russie nous présentent des scènes horribles, à toutes
es époques, et particulièrement sous Iwan IV. Les haitiens , à l'attaque du camp Viet, qui fut démantelé, avaient.
éprouvé peu de pertes. Le capitaine Jérôme de la cavalerie fut tué“
d'un coup de pistolet; le colonel de la 4e., Guillaume, eut le bras
gauche fracassé, et Pierre Louis, aide-de camp du général Daut,
fut blessé au ventre. Un aneien aide de-camp de Dessalines, sous Leclerc, nommé Daut,
à présent au service des français, évaeua un poste qu'il commandait
entre Neybe et Azua, et se replia sur cette dernière ville que la
population abandonna aussi après {rois coups de canon qui donnérent
le signal de la retraite aux espagnols des campagnes.
e., Guillaume, eut le bras
gauche fracassé, et Pierre Louis, aide-de camp du général Daut,
fut blessé au ventre. Un aneien aide de-camp de Dessalines, sous Leclerc, nommé Daut,
à présent au service des français, évaeua un poste qu'il commandait
entre Neybe et Azua, et se replia sur cette dernière ville que la
population abandonna aussi après {rois coups de canon qui donnérent
le signal de la retraite aux espagnols des campagnes. L'empereur entra à Azua le 4er, Mars dans la matinée, et confia HiSTOrRE D’aarTr.—(1805) 195 le commandement de cette place à un officier espagnol Juan Ximenés
Qui s'était reodu aux haïtiens. Le lendemain, à 5 heures du matin,
Parmée rèprit sa marche, et fit halte à la Le d'Ocoa. Lesespagnols gagnés au parti français fuyaient de toutes parts à l'approche! des'troupes haitiennes. L'empereur vit clairement qu'ils étaient
irrévocablement attachés au gouvernement français, et que les ménagemens dont 1} sait envers eux, loin de Îles rallier à son armée,
* grossissaient les “Dhggs de Ferrand. Il ordonna: à ses soldats dé les
traiter èn ennemis, et de brûler leurs A TER
Le 4.Mars , à je heures de FI Ute midi, il entra à Bany qu il
troura abandonné. L'armée, pénétra dans une plaine de sable, longea les rivages de la mer, et Apt erçut, à la pointe dü jour du cinq,
mon: loin des côtes, deux vaisseaux anglais qui ne tardérent pas à
À Giaraiur dans les nuages dé l'horizon. Dessalines, après s'être
atrèté à Bias de Eouna, reprit sa marfchele 6, à la pointé du jour ;
Let. à midi 1 avait atteint L'habitation Gaillard , distante d’une lieue
de Sto. Domingo. Il y établit son quartier- général, réunit autour
de lui les compagnies de grenadiers de tous les corps de l’armée
ét en forma sa garde. [E fil aussitôt sommer le général Ferrand
de lui ouvrir les portes de Sto. Domingo. Pour loute réponse l’en-
, hemi DEF le faubourg St. Carles. Le lendemain, 7, au point du
"jour, les généraux Gabart et Pétion s: àpprochèrent de la place, et en
RES les fortifications. Les troupes haïtiennes s’établirent
non loin des remparts. | i FE ET ARE
£a ville de Sto. Domingo, bâlie sur la rive droite de l'Ozama qui
coule du Nord au Sud et se jette dans la mer des Antilles ou dés
Caraibes , est forte par son site et ses ouvrages. Elle à la forme d’un
trapèze de 2660 toises environ de toar. Le côté de son plan qui
longe la mer est de 500 toises. Elle est entourée d’épaisses murailes, garnies, à de pelites distances, de bastions et de forts armés de
pièces de gros calibre. Une chaine de hauteurs s'étendant de l’Ozama à St. Carles, faubourg au Nord Ouest; la dominé au Nord. Les
…lLançais n'avaient .pas eu le temps ni de fortilier ni de garder ces mornets. On pénètre dans fa place par trois grandes pertes, dont deux
mal Est, vis à-vis de l'Ozama, cellés de l'Atarazane et dé St. Diègue,
“ét une à l'Ouest, le portail de Comte qui donne sur le chemin
conduisant à St. Jérôme. Entre l'Atarazane ét St. Diègue se trou-
“vent les débris du palais de Christophe Colomb.
En longeant le côté Nord de la place qui oblique vers le Sud-
“Ouest, on rencontre, en partant de | Ozama, les bastions et les forts
dt Angle, de Sie. Barbe, de San Antonio, de St. Franeisque, de
“St Lazarre et de la Conception. Cette der nière fortification qui est
x. à l'extrémité de la ligne bat tant au Nord qu’à l'Ouest. En partant de la
Conception, on rencontre , sur la ligne Ouest, le fort du portail de Com:
1e et eclui appelé à présent Palohincado , le bastion de l'Escarapan et le
en partant de | Ozama, les bastions et les forts
dt Angle, de Sie. Barbe, de San Antonio, de St. Franeisque, de
“St Lazarre et de la Conception. Cette der nière fortification qui est
x. à l'extrémité de la ligne bat tant au Nord qu’à l'Ouest. En partant de la
Conception, on rencontre , sur la ligne Ouest, le fort du portail de Com:
1e et eclui appelé à présent Palohincado , le bastion de l'Escarapan et le 196 HISTOIRE D'HAITI.— (1805) fort de St. Giles battant tant à l'Ouest qu’au Sud. Sur la ligré
Sud, en laissant St, Giles, on trouve la batterie basse de Saint
Carle , les bastions de San José, de St. Fernandez et de Sainte
Catherine, la redoute Ste. Claire, et la batterie’ de l'Arsenal dont
les pièces sont braquées tant sur la mer que sur l'embouchure
de l'Ozama. Sur la ligne Est, le long de-l'Ozama , on trouve la
prison que baïgne le fleuve, et au dessus de la prison la batterie de
la Piote-Forme surmontée de la Tour et la batterie dé l'Amiral entre St. Diôgue et l’Atarazane. Le blocus de Sto. Domingo est des
plas difficiles à cause des ouragans qui éclatent dans ses parages,
et des rochers à pic ou côtes de fer qui en bordent les rivages.
Pendant que Dessalines arrivait devant Sto. Domingo, le général
Christophe était parti du département du Nord, à “a'tète de sa division. 11 avait ordonné aux deux premiers bataillons de chacune . des demi-brigades cantonnées dans l'étendue de son Ra tNPAA PIN CURE de se mettre en marche pour Sto. Domingo. ÿ
Le 18 Février, à dix heures du soir, les AERE 2e, 27e, 28e, et 29e
et deux escadrons de dragons étaient sortis du Cap, par un violent orage, et avaient atteint la Grande Rivière à une heure du maun.. La division, ne pouvant traverser le torrent qui était en débordement,
fut ob ligée de passer la journée et a nuit qui suivit sur les propriétés.
voisines. Le lendemain 19, Christophe, suivi de ses troupes, longea
la rive gauche du Beuve, parvint à son embouchure sur l'habitation
Chatenoy, pénétra dans l'eau jusquà la ceinture et atteiguit la rive
opposée. Les troupes, après s être reposécs quelques heures à l'ancien bourg de Limonade, pénétrèrent dans la grande route du Fort
Liberté qui élaii couverte d’une eau boueuse: depuis plusieurs jours.
il pleuvait sans discontinuer. La division traversa les habitations Caracolle , id ée, et entra au Fort-Liberté le 20, à six heures du” matin, Elle fut grossic le même jour de la Se du Port-de-Paix qui
était en retard. Le général Capoix avait fait tous ses efforts pour
que ce corps, qui lui était très- dévoué, n'entreprit pas la campagne;
li craignait que Christophe, son ennemi personnel, ne trouvät loc
sion de jeter la 9e de à l'extermination pour lui enlever son appui
‘le plus puissant. Ce fut au Fort Eiberié que Îles troupes du Nord furent habillées.
Le général Clervaux retardé par le débordement des rivières ne les
avait pas encore jointes. Le 21 elles prirent la route de Laxavon,
la 9e à l'arrière-garde.
pas la campagne;
li craignait que Christophe, son ennemi personnel, ne trouvät loc
sion de jeter la 9e de à l'extermination pour lui enlever son appui
‘le plus puissant. Ce fut au Fort Eiberié que Îles troupes du Nord furent habillées.
Le général Clervaux retardé par le débordement des rivières ne les
avait pas encore jointes. Le 21 elles prirent la route de Laxavon,
la 9e à l'arrière-garde. Le 22, elles traversèrent la savanc de Tête, celle de’Hargue, et arrivèrent au milieu de la nuit dans celle de Guayabine. Le 93, à
neuf heures du matin, la division traversa, non passans peine, Ian
rivière de Guayabine. Après avoir suivi la route, non loin du cours
du fleuve Grand-Yaque, dont les eaux vont s’engloutir dans la baie du Montéchrist, lestroupes arrivèrent au bourg de l'Hôpital, situé Lai BB RTS nr. : H:STOIRE D’HAITI.— (1805) 197 magnifique vallée de St Yague, et y passèrent la nuit sur les hattes
Hilaire Gaston et Pichasse. Le lendemain, à midi, elles entrèrent
au bourg d'Amina. Elles marchaient à une distance de quatre lieues
du cours du fleuve, dont elles s’approchèrent pour le traverser; et
le 25, à quatre heures du ma Min, elles s arrêtèrent sur la rive g: auche.
Elles aperçurent sur les bords opposés les troupes hispano-françaises
rangées en bataille au nombre de 4,500 hommes environ, sous les
ordr es de Sérapio, commandant en chef du département de Cibao.
L'ennemi occupait un bastingage de 300 picds de longueur, armé
de deux pièces de campagne, ainsi qu'un fort défendu par une pièce
de 12 et élevé sur un mornet. Quoique la division Clervaux ne fût
pas arrivée, les trounes haïtiennes s’éleveient à 9,000 hommes. Les
2e cet 27e demi brigades s établirent en face des reiranchemens ennemis sur une éminence de la rive gauche; les 28e et 29e prirent
position derrière elles, ei les 4re., Jo le Dal) an de St-Yägue, *
. les compagnies d'artillerie Se tinrent au milicu du grand chemin,
prêts à forcer le passage,
ne fût
pas arrivée, les trounes haïtiennes s’éleveient à 9,000 hommes. Les
2e cet 27e demi brigades s établirent en face des reiranchemens ennemis sur une éminence de la rive gauche; les 28e et 29e prirent
position derrière elles, ei les 4re., Jo le Dal) an de St-Yägue, *
. les compagnies d'artillerie Se tinrent au milicu du grand chemin,
prêts à forcer le passage, Pendant que Christophe faisail ses Fri d'attaque, le plus.
grand ordre existait dans les rangs ennemis. Il envoya sur la rive
opposée un officier, du bataillon de St-Yague, Don Pedre, chargéde
_ sommer Sérapio de livrer le bastiugage et le fort, et de Lui dire qu'il
ne Venait pas avec des intentions hostiles aux espagnols, et qu'il ne
faisait la guerre qu'aux français. L’ennemi répondit qu'il était disposé à mourir plutôt que de se rendre. Christophe fit aussitôt battre
la charge , et le. chef de bataillon Jason, suivi de la ZLère demibrigade, du bataillon de St Yagueet de la 9e, S'élança dans Île fleuve,
Les soldats haitiens, pénétrant dans de leau jusqu à la ceinture, ne
résistèrent à la rapidité du courant qu'en sé serrant fortement les
uns contre les autres. Nos troupes soutenues par le feu des 2e et
27e établies sur la: rive gauche, atteignirent la rive drotte où s'en
gagea un combat sanglant. Malgré les prodiges de valeur de Sérapio,
Officier noir, les hispano-français commencèrent à flechir. Dès que
Christophe s'en aperçut, il ordonna au colonel Etienne Albert de
traverser le fleuve avec la cavalerie et de charger. Les dragons haïtiens ,ayant atteint la rive opposée, rompirent les rangs de l'ennemi
que la Je eulbutait déjà, à la baïonnette. La déroute dévint complète, et les fuyards HRETS pir la 9.e et sabrés par les dragons
du 2.0 régiment, rentrèrent à St-Yague. Le général Brave pénétra MO doit se rappeler que ce Bataillon dit de St-Fagnc avait été formé
éhceme ville, par les ordres de Dessalines, aussitôt après la soumission du
département de Cibao en décembre T803. TT avait 616 obligé de se teplier
avec Dabarrès, sur le territoire hritien, après la: féoccupation. du Cibao par
ladjudmt-général Devaut en 1804, Ii était composé de nous et d'homimes.
“de couleur espagnols.
doit se rappeler que ce Bataillon dit de St-Fagnc avait été formé
éhceme ville, par les ordres de Dessalines, aussitôt après la soumission du
département de Cibao en décembre T803. TT avait 616 obligé de se teplier
avec Dabarrès, sur le territoire hritien, après la: féoccupation. du Cibao par
ladjudmt-général Devaut en 1804, Ii était composé de nous et d'homimes.
“de couleur espagnols. 198 HISTOIRE D'HAYTI.— (1506) \
au centre de la ville, chassant devant lui les femmes et les enfans
qui, fuyant la cavalerie, s'efforçaient de gagner les bois. Les soldats
ennemis furent la plupart massacrés ; Sérapio et le colonel Polanque
avaient péri dans la bataille. Les munitions de gucrre et los bagages de l'ennemi tombèrent en
notre pouvoir. Nous avions perdu plus de 300 hommes tués où
emportés par les eaux du grand Yaque lors du,passage. Nous avions
60 blessés parmi lesquels l’on comptait le général Brave, Pourcely,
“colonel de la Qe, Jacques Louis, chef de bataillon au mêmé corps,
et le chef d’escadron Pierre Poux. Ce fut la 9e qui, par limpétuosité de son attaque, décida la victoire en faveur des haïtiens. Ea
plupart des mofis et des blessés étaient des soldats de ce corps que
Christophe, disait-on alors dans l’armée, prodiguait au feu, à dessein,
pour les détruire. On prétendait que l'influence du général Capoix,
ennemi personnel de Christophe, s'affaiblissait en proportion des
pertes de la 9e. ‘
oux. Ce fut la 9e qui, par limpétuosité de son attaque, décida la victoire en faveur des haïtiens. Ea
plupart des mofis et des blessés étaient des soldats de ce corps que
Christophe, disait-on alors dans l’armée, prodiguait au feu, à dessein,
pour les détruire. On prétendait que l'influence du général Capoix,
ennemi personnel de Christophe, s'affaiblissait en proportion des
pertes de la 9e. ‘ _ Christophe entra à St-Yague à neuf heures du matin du 25 Février. Il confia le commandement du département au colonel Tabarrès, et celui de la place au capitaine Joubert. Le lendemain le
général Clervaux arriva à St- voue à la tête de sa division qui forma
l'arrière garde de l’armée du Nord. Christophe fit exécuter tous les
blessés espagnols et français qu'il trouva dans les rues de St-Y ague.
H fit pendre sous la galerie du tribunal un grand nombre de Ée
sonnes qui s'étaient réfugiées dans Vléglise et qui en ava rent été ars
rachées, les nommés don Francisco Remoudo, Compa, don Fsancisco
Escoto, don José de Roxas, don José de Nunez, don Vin Curel,
don Jean Nunez, del Monté, Noberto Alvarès, Antonio Rodriguez
et Blas de Almonté, les citoyens les plus recommandables de la ville:
JF jeta en prison beaucoup d'auires parmi lesquels était Pabbé Paz
bio Alvarès. En partant de Si Yague, ii laissa l’ordre au commandant Tabarrès de poursuivre, à toute PAU pendant son absence,
les familles qui s'étaient cachées dans les bois.”
__ Les troupes haïtiennes, sorties de St-Yague, s'arrêtèrent le 27, à
huit heures du soir, sur les bords de la rivière Pugnalé. Le 28,
elles suivirent la Outer de fa Véga où elles aryivérent à huit heures
du matin. Elles furent saisies d'admiration à l'aspect d'une petite
ville fraiche, bien bâtie, et remplie de jolies constructions. Elles
n'y trouvérent pas une âme; toute là population, en apprenant les
résultats de la bataille de St Yague, s'était cachée dans ies bois et.
les gorges des montagnes. L'armée continua sa marche ; à sept heures
du soir de là même journée, elle s'arrêta à Gua, et le Aer. Mars
elle bivaqua sur les bords de la Youna. Le 2, le curé du bourg
de Cotuy vint au-devant de Christophe et lui fit sa soumission. Christophe, après lui avoir donné l’assurance que ses paroissiens seraient
respectés, entra à Cotuy. Il y donna du repos à ses coupes ot ré Es HISTOIRE D’HAITI.—(1605) 199 punit sévérement ceux de ses soldats qui s'étaient livrés à der excès.
Le 4 Mars, 11 reprit sa marche, et traversa la rivière de Narano,
da savane de Patience, les monts Pugnale, Padaves, les rivières de
Bermégo, les plaines de Si Pedro, de la Guia. Le 7 à midi, l’armée
s'arrêta à quatre lieues de Sto Domingo, et à deux heures de l'après-midi, Christophe se trouvait en présence des divisions Pétion et Gabart.
taient livrés à der excès.
Le 4 Mars, 11 reprit sa marche, et traversa la rivière de Narano,
da savane de Patience, les monts Pugnale, Padaves, les rivières de
Bermégo, les plaines de Si Pedro, de la Guia. Le 7 à midi, l’armée
s'arrêta à quatre lieues de Sto Domingo, et à deux heures de l'après-midi, Christophe se trouvait en présence des divisions Pétion et Gabart. Dessalines lui ordonna aussitôt d'aller s'établir sur_la rive gauche
de l'Ozama. L'armée du Nord remonta le long du fleuve, trouva
un gué à Hellanos et le traversa sans obstacle. Clervaux et Christophe
placèrent leurs gabions en face de la ville, et n’en furent séparés que par
l'Ozama. Ces travaux furent terminés sous le feu des français. Des
gabions furent également établis, du côté de la rive droite, par la
division Gabart, sur les élévations de terre qui dominent la ligue
Nord de la place. L'armée assiégeante, quoique la division du Sud,
sous les ordres de Geflrard ne fût pas encore arrivée, était forte de
24,000 mille hommes environ. La garnison de Sio.-Domingo montait à 3,590 hommes de troupes
européennes , et la populaiion de 12,000 âmes fournissait 1,300
gardes nationaux, à la tête desquels se trouvaient des officiers indigènes d'un rare courage, de l’ancienne partie française, particu-.
lhérement de St-Marc, les Faustin Répussard, les Savari. Le général
Ferrand, capitaine général par intérim de la partie de PEst, avait
donc sous ses ordres 4,800 hommes. Mais la ville était dégarnie
d'approvisionnements ; 1! n’y avait pas assez de farine pour soutenir
un siège d'un mois. Ferrand prit la résolution de faire sortir de
Sto-Domingo toutes les bouches inutiles. 11 enjoignit aux femmes de se tenir prêtes à s embarquer à la première occasion favorable. Gette déterminalion jela une profonde consternation dans la population;
mais Ferrand se montra inflexible. Il déclära aux troupes que si les indigènes pénétraient dans la
place, il la ferait sauter. Les soldats français accueillirent avec enthousiasme cette énergique détermination, et jurérent de vaincre ou de mourir. Les deux divisions de l'Ouest de l'armée assiégeante occupaient
un vaste espace. La division Gabart, sous les ordres du général
Daut , établie au nord de la place, s'étendait de l'Ozama au mont
St-Carle, vers le Sud Ouest. : Là, le général Cangé était à la tête d'une
colonne dite du Centre, et le général Magny qui commandait l'aile
droite de cette division avait étendu ses lignes de l’église de Si Garie
à la grande route de St Yague quil coupait. La division Pétion s'étendait, le long de la ligne Ouest, de la grande route de StYague au rivage de la mer; elle devait'être renforcée de la division .
Geffrard.
-Carle, vers le Sud Ouest. : Là, le général Cangé était à la tête d'une
colonne dite du Centre, et le général Magny qui commandait l'aile
droite de cette division avait étendu ses lignes de l’église de Si Garie
à la grande route de St Yague quil coupait. La division Pétion s'étendait, le long de la ligne Ouest, de la grande route de StYague au rivage de la mer; elle devait'être renforcée de la division .
Geffrard. Les généraux Christophe et .Clervaux établis sur la rive gauche,
empêcaaient déjà les embarcations de remonter ou de descendre le “fleuve. Dune autre part, les anglais, lauvoyant à l'entrée du port, 200 | HISTOIRE D’I#AiTI.—(1806) capturaient tous Îles navires qui tentaient de percer leur ligne. Dans
l'après- midi du 7 Mars, la ville était déjà étroitement bloquée. Le lendemain 8, l’empereur, au miireu de la mitraille que YOmIs- Ju
saient les canons des remparts, parcourut toutes les positions qu'occupait son armée, Quand il arriva vis-à vis du bastion de la Conception,
élevé à l'angle nord-ouest des remparts, 1l s'arrêta pour l'examiner.
Le général Ferrand était debout sur le bastion, au milieu de son
état major. Il ordonna au capitaine d'artillerie Basquet de pointer
une couleuvrine de 6 sur le groupe d'oflicicrs indigènes où se trouvait Dessalines, La pièce partit, et l'adjudant général Dames! 618, Ut
de nos braves militaires, fut renversé par le boulet, à côté de l’empereur. .Dessalines continua à visiter ses lignes et rentra dans son
quartier gévéral. | Dans la Journée, deux navires franvais, chargés de femmes, sortirent de la rade; niais les vaisseaux anglais leur donnant la chasse,
les forcèrent à y rentrer. Dans la nuit qui suivit les mèmes navires purent traverser fa x & anglaise, el gagner la haute mer. Mais au jour ils’ furent décou +PÉE, DOUTENIVIS €! AiP1ten
Comine 1 ny avai plus de fours ze dans la place, le général Fer-
-rand en fit sortir un g'and notre dé ehotat* qui furént'pris par
les soldats de la 90e dermi briguit
Le 9, dans la matinée. les francais canom ë ‘ent et mitraillérent
sans rélâche toutes nos ligues. Le nuitens , sans artillerie, ne répondaient à leur feu que par la fustihade. Jusqu'à iujourd'hui l'on voit
sur les murs du fort St-Gik es, au Sud Guest de Rwille, Pempreinte de nos balles. Tout:à-coup le canon de la place cessa do se faire”entendre;*etle
général Ferrand, à Îa tête d’une colonne de 4000 hommes, fil une
sortie, et se porta résolument sur la position qu'eccupait le général
Magny dans le chemin de St-Yague. Les hüitiens acéueillirentl'ennemi par une vive fusillade, et deme: rérent inebranlables dans leurs
retranchemens. Magny, après avoir épuisé l'ardeur des français ,
s'élança sur eux suivi de ses grenadiers, les culbuta et les refoula
dans la place. Les haïîtiens firent peu de pertes. Le chef de bataillon Lerebours avait été atteint d'un coup de mitraille. Le général
Ferrand avait été ramené si rapidement qu'il avait abandonné ses
blessés sur le champ de bataille. Dans la mème journée un parlementaire anglais envoyé par le commandant de l’escadre de S: M:
B. descendit en ville, et proposa au général Ferrand une capitulation
que celui ci repoussa avec indignation.
la
dans la place. Les haïîtiens firent peu de pertes. Le chef de bataillon Lerebours avait été atteint d'un coup de mitraille. Le général
Ferrand avait été ramené si rapidement qu'il avait abandonné ses
blessés sur le champ de bataille. Dans la mème journée un parlementaire anglais envoyé par le commandant de l’escadre de S: M:
B. descendit en ville, et proposa au général Ferrand une capitulation
que celui ci repoussa avec indignation. Cependant tout semblait annoncer la chute prochaine de la place
que les haïtiens serraient de très-près. Les malades dont l'hôpital
était rempli périssaient, chaque jour, en grand nombre, privés d'alimens; on manquait même de bois à brûler. Ferrand ayänt fait.
démolir les eases qui longeaient les remparts, fournit momentanéLA
HISTOIRE D'HAITI.—(1805) 201 ment aux besoins de la population. Il se montrait résolu à s’ensevelir sous les murs de [a place. L’échec qu'il avait essuyé dans la
… journée du 9 ne l'avait pas découragé, et il se détermina à déloger le
général Magny de la position de St.-Carle. Le 11, à huit heures
du matin, la garnison sortit de la place, marchant sur trois colonnes:
la première s’éleva contre la division Gabart au Nord; elle rencontra
. des retranchémens si formidables qu'elle fut obligée de se replier sur
la deuxième qui attaquait résolument St. Carle. En même temps la
troisième colonne s'efforçait de tourner cette position. Deux cents
tiraillieurs de la 5e légère se jetèrent dans l’église de St.-Carle, et
firent pleuvoir une gréle de balles à travers les ouvertures du bâtiment, Sur da 44e haïtienne, pendant que la 3e colonne des français
tournait ce corps. Le colonel de la 44e., Guillaume, s'apercevant de la
manœuvre de la 3e colonne envemie, sortit de ses retranchements,
suivi de sa demi-brigade et de la 20e, s'élançca sur les tiraïileurse
français et les délogea de St Carle. En même temps le général Pétion,
s'apercevant que Magny s'était trop engagé, lança’ pour le soutenir,
contre la 8e colonne française, le général Magloire Ambroise de sa
division, à la tête des 22e. et 24e demi-brigades. La 3e. colonne
française fut culbutée sur la première en avant de St Carle. Magny.
secondé de ce renfort de la division Pétion aborda résoiument, à la
baïonnette, les français déjà ébranlés, rompit leurs rangs et les pour
suivit jusqu'aux portes de la ville, Magny vint réoccuper St.-Carie -
sous le feu des remparts. Le général Ferrand avait abandonné le
champ de bataille couvert de morts et de blessés. Les haïtiens eurent à régrétter le brave colonel Julien atteint d'une balle à la tête,
et le capitaine Roulau. Les français tirérent, sans cesse, le reste
de la journée sur l'armée assiégeante. Si les haïtiens avaient eu de
Vartillerie, la ville eût déjà succombé, car, après avoir fait une
brèche, Dessalines eût ordonné à son armée de pénétrer dans
la place, lors même qu’elle eût dû perdre la moitié de son
monde: Dans la soirée du 41 , le général Pétion s'apercevant que l'ennemi attachait une baute importance à la po-
»silion de St-Carle, et qu'il pouvait, à chaque instant, s’efforcer d'en
“déloger Magny, renforça généreusement celui-ci de la 21e, quoique —
ce corps n'appartint pas à la division Gabart.* Magny, comme nous
la place, lors même qu’elle eût dû perdre la moitié de son
monde: Dans la soirée du 41 , le général Pétion s'apercevant que l'ennemi attachait une baute importance à la po-
»silion de St-Carle, et qu'il pouvait, à chaque instant, s’efforcer d'en
“déloger Magny, renforça généreusement celui-ci de la 21e, quoique —
ce corps n'appartint pas à la division Gabart.* Magny, comme nous # Devant Sto-Domingo, le 12 Mars 1805. Le général Pétion à l'Empereur.
Sire , La position qu'occupe le général Magny paraissant être celle à Inquelle
lennemi porte le plus particulièrement son attention, j'ai pensé qu'il convenait de Vassister promptement, afin que ses retranchemens à lPégiise passent
être au plus tôt terminés, En conséquence, étant le plus à sa poriée, j'ai
fait hier soir passer à ce général la 2].me demi-brigade avec une partie 202 HISTOIRE D'HAÏTI.— (1805) l'avons vu, formait l'aile droite de la division Gabart, et la 21e faisait
partie de la division Pétion. La division du Sud, commandée par
Geffrard, qui était partie des Cayes pour Sto-Domingo, arriva au Portau Prince dans les derniers jours de Février. Le colonel Germain
Frère qui partageail Fanimosité secrète de Dessalines contre Geffrard
n'envoya pas une garde à là maison qu OCCUpAit ce général. Geffrard
# en fit demander une; il lui répondit qu'il n'y avait pas un seul fficier en ville. Cafletd: lui commanda en termes durs ét menacans
F venir monter la garde lui-même. Germain Frère se hâta de trouver un officier qu'il envoya à la tête d’une compagnie chez le général
Geffrard pour lui rendre les honneurs militaires. Celuicr, dans
son indignation, voulait que Germain Frère fût de service devant sa
porte. Gelfrard était, dans le Sud , presque aussi puissant que
Ï Empereur. + La division du Sud partit du Port-au-Prince , parvint le 12
Mars devant Stilo. Domingo et renforça l'armée assiégeante de 6000
hommes. Elle était composée des 18.°, 15°, 16.°, 17.°, 48.°, et
49.°, et deux escadrons du 3.° régiment de cavalerie. Le général
Pétion se replia sur les lignes du général Gabart, et livra à Geffrard Île terrein qu'il venait d'abandonner. Cette nouvelle division
porta le chiffre de armée à 30,000 hommes environ. Les bâtimens qui étaient mouillés dans lè fieuve furent tellement
incommodés par la fusillade des troupes qui occupaient la rive gauche,
sous-les ordres des généraux Christophe et Clervaux, qu'ils furent
obligés de lever l'ancre , et de gagner l'embouchure de lOzama. Les français bombardèrent, sans relâche, nos lignes, pêéndant
les journées des 13, 14 et 45. Nous n'avions à leur opposer qu'une
pièce de 8, que Christophe avait trouvée sur la five gauche del Ozama, et quil avait fait dresser sur une éminence.
ive gauche,
sous-les ordres des généraux Christophe et Clervaux, qu'ils furent
obligés de lever l'ancre , et de gagner l'embouchure de lOzama. Les français bombardèrent, sans relâche, nos lignes, pêéndant
les journées des 13, 14 et 45. Nous n'avions à leur opposer qu'une
pièce de 8, que Christophe avait trouvée sur la five gauche del Ozama, et quil avait fait dresser sur une éminence. Les soldats haïtiens bravaient gaiement la mort; et ceux quigar-.
datent le quartier général, dansaient sous les yeux de l'empereur
qui lui-mênie se livrait avee ardeur à toutes sortes de plaisirs. Ce
fut au quartier. gén iéral de Gaillard que le Carabinier pritorigine: danse
nationale que les dames haïtiennes ont rendue si gracieuse, et que nos
officiers exécutaient alors la carabine sur le dos. M" Euphémie Daguilh,
une des maîtresses de l'empereur, était venue joindre l'armée avecla”
division Geffrard. Jeune, belle, pleine de grâces, elle donnait l'élan
à Lous ces plaisirs, et composait les airs que jouaient les musiciens. Soude mes gabious ét tous les outils que j'avais. Je prie, avec respect, votre
Majesté, de me faite savoir si, comme 1! parait nécessaire, je duis lysser ce
corps à demeure dans ce poste pour renforcer les troupes déjà afluiblies qui
le défendent, :
Du reste il ne s’es: ici rien passé de nouveau.
J'ai l'honneur d'être avec respect, {Signé) PÉTION, LL;
HISTOIRE D'HALTI,— (1805) 205 ventles généraux divisionnaires se réunissaient auprès de Dessalines,
à Gaillard. Pétion et Christophe vivaient dans une parfaite intimité ;
ils étatent toujours ensemble, et paraissaient se faire des confidences mutuelles; presque tous les hommes de l’époque assurent que
dès lors 1ls censuraient les actes de Dessalines. Quand ils sortaient
de Gaillard pour retourner à la tête de leurs troupes respectives, ils
marchgient bras dessus bras dessous, et les soldats admiraient en eux
les deux. plus beaux militaires de l’armée. | + Boisrond Tonnère , Chanlatte, Mentor, Diaquoi et les autres officiers de létat-major ‘général parlaient de présenter une constituhon à Vermpereur , le jour de son entrée à Santo: Domingo ,
car toute l'armée croyait inévitable la chute de la place. Mais dans
la journée du 16 Mars » S.M. E reçut, à Gaillard, des dépêches par
lesquelles elle apprit qu une flotte frauçaise faisant voile pour les anulles
avait été aperçue des anglais. Ces dépèches étaient arrivées en Hi ILE
par un bâtiment américain ; c'est sur cé même navire que revint
dans le pays le générai Martial Besse que Leclerc avait déporté en
4802.
royait inévitable la chute de la place. Mais dans
la journée du 16 Mars » S.M. E reçut, à Gaillard, des dépêches par
lesquelles elle apprit qu une flotte frauçaise faisant voile pour les anulles
avait été aperçue des anglais. Ces dépèches étaient arrivées en Hi ILE
par un bâtiment américain ; c'est sur cé même navire que revint
dans le pays le générai Martial Besse que Leclerc avait déporté en
4802. Dessalines qui craignait qu'il n'arrivât das renforts et des muñilions
de bouelie à la garnison de So. Domingo, ordonna de pousser le
siège avec fa plus grande vigueur. Le 23 Mrs les divisions de la rive droite s'étaient approchies des
bastions nord de fa place à une portée de pistolet. Les gabions
établis vis à vis de la bastion Sie. Barbe y touchaient presque. Pour
chasser nos troupes de la ligne nord le général F Érdel fit dresser
contre elles deux pièces de 16 sur chacun des dômes des églises de
Ja Merced et de San Francisco ; et pour Îles MAUTSIER sur la rive
gauche , il établit une batterie au Sommet de l'église des Jésuites.
Quoique le feu de 6es trois nouvelles pièces füt des plus plongeants,
il n'ébranla pas nos troupes. Les souffrances des habitans leur arrachaient des plaintes qui parvenaient aux oreilles de Ferrand. Ils disaient que les français les
avaient trompés en leur promettant lextermination des brigands. Le
bois à bràler qu'avaient fourni les vieilles baraques avait été consumé. Férrand voulant faire du bois commanda une sortie. Le mèême jour, le général Dubarquier après avoir longé les murailles de
la ville se rangea en bataille sur le rivage de Ja mer. Il commanda
à une partie de ses soldats de couper des manglers sous la protec:
tion de l'autre partie demeurée sous les armes. Dès que le génépal Geffrard s’aperçut de ce mouvement, il lança la 17° contre lenhemn. Juste Vancol , à la tête de ce corps, fondit sur les français avec
une rare intrépidité, les culbuta, et les refoula dans la place. Les
mangliers qui déjà avaient étè coupés et mis en fagots furent
abandonnés sur le champ de bataille. Le jour qui suivit cette affaire,
» le général de brigade Gérin arriva au quartier-général de Gaillard,
rard s’aperçut de ce mouvement, il lança la 17° contre lenhemn. Juste Vancol , à la tête de ce corps, fondit sur les français avec
une rare intrépidité, les culbuta, et les refoula dans la place. Les
mangliers qui déjà avaient étè coupés et mis en fagots furent
abandonnés sur le champ de bataille. Le jour qui suivit cette affaire,
» le général de brigade Gérin arriva au quartier-général de Gaillard, e 204 HISTOIRE D'HAÎTI, —( 180 5) accompagné seulement de quelques compagnies d'infanterie. Le lendemain l'empereur passa en revue les compagnies d'artillerie (qui
n'avaient point de canons) et les mineurs, commandés par les chefs
de bataillon Lys, Moublanc et Barré. Le même jour il envoya aux
commandans des bourgs et villes qu’il avait conquis, l'ordre de réunir les habitans, hommes s, femmes et enfans des communes espagnoles, et de les acheminer sur l'ancienne partie française. On réunit aussi la plupart des animaux, et on les envoya dans l'Ouest
et le Nord. L'empereur manda auprès de lui à Gaillard tous les.
SÉDÉrAUX- conscillers d'Etat, et tint un conseil de guerre dans lequel
ii fut décidé qu'un assaut général serait donné à la place avant l'arrive des renforts qui y Étarent alteudus. C'était le 26 Mars. Dans.
la journée , tout fut préparé pour l'assaut du lendemain. Les deux
bâtimens anglais qui bloquaient le port avaient disparu ; sans doute
ils avaient appris la prochaine arrivée d'une force fr: ançaise , supérieure
à la leur. Dans l'après- midi du 26 Mars, les troupes de la division
Geffcard virent à l'embouchure de l'Ozama un, brick de guerre et
et une felouque qui louvoÿaient et faisaient des signaux. Ces deux
pavires annoncèrent à Ferrand Fapproche d'une escadre française.
Les assiégeans s'aperçurent aussitôt que quelques bonnes nouvelles étaient parvenues aux assiégés , pa l'attitude et les chants de ces
derniers. Le lendemain au point du jour, Geffrard et Pétion firent
savoir à Dessalines que trois frégates, deux bricks et d'autres bâtimens de force venaient d'arriver. Le 27, jour où Dessalines devait
donner” Fassaut, le général Ferrand, enhardi par les renforts qui lui
arrivaient, résolut de faire une sorlie, et de nous chasser des positions que nous occupions. Il canouna nos retranchemens pendant
plusieurs heures, et à quatre heures de l'après midi, toute la garnison sortit de la place, attaquant avec résolution les lignes qu'occupalent , Geffrard, Pétion et Magny. Les haïtiens fléchirents trois.
fois sous cette vigoureuse 1impétuosité. Mais Pétion, Magny et Gel:
frard , s'exposant comme les derniers des soldats, les maintenaïent
sur le chams de bataille, pendant que notre eavalerie, par plusieurs
charges : heureuses , ronipail les français. En vain Île général Dubarquier essaya L-1l de rallier les Fu ya rds ; il fut renversé d'une balle
non mortelle, et emporté par quelques uns de ses soldats. La ville
eut infailli iblement, succombé si l'escadre française, qui s'était montrée
le mème jour (27), avait continué sa route, au lieu de s'approcher
de l'embouchure de l'Ozama. Le hazard avait amené ce secours au
général Ferrand. Le contre amiral Missiessy , parti de France, pour
1l de rallier les Fu ya rds ; il fut renversé d'une balle
non mortelle, et emporté par quelques uns de ses soldats. La ville
eut infailli iblement, succombé si l'escadre française, qui s'était montrée
le mème jour (27), avait continué sa route, au lieu de s'approcher
de l'embouchure de l'Ozama. Le hazard avait amené ce secours au
général Ferrand. Le contre amiral Missiessy , parti de France, pour les petites antilles , par les ordres de Napoléon, avait atteint Pile de Newis. Après yavoir levé une contribution de 4000 livres ster.. lings, il en avait désarmé les fortifications, et y avait détruit cinq . navires marchands et tout ce qu'il avait rencontré. Il visita ensuile
l'ile de Montserrat qu'il traila de la mème manière. Quelques j jours. d NX
Las) ww + HISTOIRE D'HAITI.— (1805) après , il alla mouiller au Port- Royal de Ja Martinique , ACCOMpPAgNÉ du général Lagrange. Il y trouva le brick le Palinure, nouvellement arrivé de France, porteur de dépèches par lesquelles on lui
faisait connaître le retour de Villeneuve à Toulon. Le ministre de
Ja marine lui enjoignail de retourner en Europe le plus tôt possible.
_ Missiessy débarqua à la Martinique presque toutes les troupes qu'il
. avait à bord de l’escadre, et fit voile pour France, en passant par
les eaux des grandes antilles. Ayant envoyé reconnaître l'état de
Sio. Domingo, par ses avisos , il apprit que cette ville était réduite à
la dernière extrémité, assiégée par une armée haïtienne. Le 28 Mars, à la pointe du jour, il s'approcha de l'embouchure de lOzama : et
le général Lagrange débarqua dans la place, le seul bataillon qui lui
restât, fort de 500 hommes, beaucoup d'argent et de provisions de
bouche. Les baitiens crurent qu'en avait débarqué 4000 enviren, parce qu'à dessein, le général Lagrange avait employé toutes Îles chaloupes de l'escadre pour opérer le débarquement de ces 500 hommes:
ces cha’oupes, ne portant chacune que 4 où 5 hommes, n'avaient
cessé de se rendre , pendant plus de trois heures, de lescadre au
rivage, et du rivage à lescadre. La défaite de la veille avait tellement abattu le courage des assiégés qu'ils nr osérent tenter uné nouvelle sortie, quoique Îles troupes
fraîches demandassent à grands cris à marcher contre l'ennemi. La
place fut garnie de biscuit ,de farine et de salaison pour plus d’une année Le contre amiral Missiessy continua sa route ; et quoiqu'il fût poursuivi par plusieurs escadres anglaises, commandées par des officiers entreprenans , il put aborder à l'île d'Aix dans a Méditerranée,
le 20 Juin 1805 et y jeter l'ancre. *
é nouvelle sortie, quoique Îles troupes
fraîches demandassent à grands cris à marcher contre l'ennemi. La
place fut garnie de biscuit ,de farine et de salaison pour plus d’une année Le contre amiral Missiessy continua sa route ; et quoiqu'il fût poursuivi par plusieurs escadres anglaises, commandées par des officiers entreprenans , il put aborder à l'île d'Aix dans a Méditerranée,
le 20 Juin 1805 et y jeter l'ancre. * Voyant l'escadre française faire voile vers l'Oucst, Dessalines crut
que des troupes allaient être débarquées sur d'autres points de son
empire ; il y crut d'autant plus que de faux avis lui avaient annoncé
qu une expédition telle que celle de Leclerc avait abordé aux riva- * Beaucoup de nos anciens officiers qui ont habité Sto-Domingo, pendant
de nombreuses années, prétendent que cette escadre de Missiessy fut détruite
par les anglais en vue de cette ville, en avril 1805, quelques jours après la
lèvée du siège par Dessalines. Ils se:trompeut de date, et confondent cette
esvadre avec celle du contre-umiral Lessèones qui, en 1805, quelque temps
aptès la bataille de "Trafalgaur, fut détruite par les anglais, en vue des côtes
de Sto. Domingo. Lessègnes perdit cinq vaisseaux de ligne ; trois furent
capturés, et deux, pour échapper aux anglais, se brisèrent contre les côtes
defer du Nisao. L'aimiral Lessègnes, échappé au naufrage, demeura quelque temps à Sto-Dorningo, et heaucoup de belles pièces de bronze retirées
des deux vaisseaux échoués garuiseent encore plusieurs batteries de la ville,
Mussiessy aborda à Sto.-Do: mingo à la fin de Mars 1805, et l'escadre de
Lessègnes fut détruite apiès la bataille de Trafalger qui eut lieu le 21
Octobre 1505, | 206 : _ tgToimE D’HAuTI.—(1805) ges d'Haïti. Al sentit que sa présence dans l'ancienne partie française était ‘devenue indispensable. . Toute lile excepté! l'encointe de
la ville de Sto. Domingo, était en son pouvoirs L'empereur se résolut à lever le siège. Il ordonna aux chefs des
différentes ss le de son armée d’évacuer leurs positions: dans la
nuit qui devait suivre. Le 28 Mars à 2 heures de l'après midi, la cavalerie haïlienne se répandit dans les environs de Sto. Domingo, réunit, èn bandes,
tous ceux des indigènes espagnols qu'elle put atteindre, fleur fit
prendre la route de l'antéte nne parlie française , les chassant comme des
troupeaux, hommes, femmes et emfans. Dessalines partiè de Gaillard au coucher du soleil, et traversa la plage de Bany, pendant Ja nuit. À onze heures de la nuit du 28, l'infanterie évacua ses positions avec tant d'ordre et de silence que le général Ferrand ne s'en aperqut que le lendemain au point du jour; mais nos troupes étaient déjà
loin. Les haïtiens livraient tout à feu et à sang sur leur passage.
Les éhevaux, les mulels et les autres animaux “le charge qui, exténués de fatigue, ne pouvaient plus suivre Parmée, étaient mutiiés.
Dessalines voulait priver son ennemi de lout ce quil ne pouvait pas
emmener avec fui, Les homuies et les femmes espagnols qui ne
pouvaient pas suivre la retraite rapide de nos soldats étaient égalemeut mutilés. C'était déchirant de voir des femmes portant sur leurs:
sur leur passage.
Les éhevaux, les mulels et les autres animaux “le charge qui, exténués de fatigue, ne pouvaient plus suivre Parmée, étaient mutiiés.
Dessalines voulait priver son ennemi de lout ce quil ne pouvait pas
emmener avec fui, Les homuies et les femmes espagnols qui ne
pouvaient pas suivre la retraite rapide de nos soldats étaient égalemeut mutilés. C'était déchirant de voir des femmes portant sur leurs: seins épuisés des enfans à la mamelle, des filles jeunes et belles,
livrées à a fureur d’une soidatesque cffrénée. Les généraux Geffrard,
Pétion, Mu: gloire Ambroise usnient de toute leur influence pour pur”
mer la rage des trofpes; et dans leurs divisions la plupart des pris
suntuers furent épargnés. Quand les haïtiens pénétrèrent dans la vallée de Bany, longeant une. plage rocailleuse et entièrement découverte, 1ls furent accueillis par le feu le plus vif d'un brick français qui s'était embossé non:
loin du rivage. Gabart, Pétion ,; Geffrard, Gérin, évitérent ce few
meurtrier cn abañdonnant la pla e et en pénétrant dans ies-gorges des
UE urs «le la rivière d'Ocou. Ils n'avaient pas voulu perdre inutilement
même quelques hommes. L'empereur acèélérait sa marche, voulant *
ee Marchand, sa capitale, avant l'arrivée des troupes françaises
qui, croyaitil, devaient débarquer en Haïti. En quatre jours de
marche 1! arriva de Sto.-Domingo à Marchand. Il y apprit avec
fureur qu'il avait inutilement levé le siège, car aueun danger ne
menaçait la patrie. IL avait parcouru plus de cent lieues en l'espace de quaire jours au travers d’affreux chemins. Il avait craint
d ètre surpris dans l'Est, par l’arrivée d'une armée française, comme
l'avait été Toussaint Louverture en 1802. La division Geffrard gagna
le département du Sud celle de Pétion, la seconde division de POuestÿ
qu'il avait inutilement levé le siège, car aueun danger ne
menaçait la patrie. IL avait parcouru plus de cent lieues en l'espace de quaire jours au travers d’affreux chemins. Il avait craint
d ètre surpris dans l'Est, par l’arrivée d'une armée française, comme
l'avait été Toussaint Louverture en 1802. La division Geffrard gagna
le département du Sud celle de Pétion, la seconde division de POuestÿ : de HISTOIRE D'IHAITI.— (1805) 207 celle de Gabart, la première division de l'Ouest ou l’Artibonite.
De leur côté, * Christophe et Clervaux avaient abandonné les position qu'ils oceupaient sur la rive gauche de l'Ozama 16 28 à sept
heurés du soir. La division Clervaux formait l'arrière.garde. La
cavalerie livra aux flammes, dans la même nuit, loutes les sucreries
de la plaine de Sto- Domingo. Les colonnes haïtiennes de la division
“du Nord, armées de torches , répandaïent la terreur de tous côtés ;
elles ne faisaient presqu ‘aucun quartier aux espagnols armés qu'elles
rencontraient sur leurs passages. Elles incendiérent Monte Plata, SanPedro, Cotuy, Macoris, la Véga. Ceux des habitans de ces canious
qui n'avaient pas eu. le temps de s'éloigner de la route que suivaicut
Christophe et Clervaux furent soit tués soit faits prisonniers. Neuf
cents personnes de. la Véga furent conduites à St Yague par le chef
de balaillon Col Antoine. Le colonel de la 29e demibrigrde, Jean
Jucques Bazile, incendia les hattes don Miguel, Pedro Rivière , SL,
Aussaire, Aussé Cévailles, Mantiègue, Loharmance, Hoïtéare, Grepe
Garcia. Il fit égorger un grand nombre des laboureurs de Sr
tiers, livra aux flammes le bourg de Moca, et se rendit à St-Yagi
où Il joignit Christophe. Etienne Albert, colonel de la cavalerie,
et Raymond, colonel de la 27e, franchirent, à la tte de leurs corps,
la rivière Yaque, et se rendirent à Banica et à Bernabel Blanque
qu'ils livrérent aux flammes. Les habitans de ces cantons, faits prisonniers en grand notibre, furent acheminés sur le Cap, escortés par
des troupes haïtiennes. La ville de Puerto-Plata, port de mer, fut
livréé au pillage, et ensuite incendiée par le colonel de la 2e, Cempos
Tavrabès et le chef d'escadron Pierre Poux. La place de Monte-
“Christ fut rasée par le capitaine Habiihonime , et celle d'Isabeila par
le chef de bataillon Roisy. Quatre cents hommes conduits par le
commandant Brossard, parcoururent tout le pays qui s'étend entre
la Méga et Savana la mar, incendièrent Macoris, et emméenèrent
en caplivité à St. Yague, une foule d'indigènes espagnols. Le 6:
Awriltouteda division du Nord se trouva réunie à St. Y: ague. Christophe
mit le feu de sa propre main, aux édifices de cette jolie ville. En
quelques heures les construciions à la romaine, la cathédrale, bâtie
dans le style gothique au 46e siècle par les castillans , et quatre aures temples devinrent la proie des flammes. La plapart des prison
niers furent massacrés. Une vingtaine de prêtres étaient cernés dans
le cimetière. Quand l'ordre fut donné de les exécuter, l'un d'eux,
Nabbé Basquez, les voyaut chanceler , leur dit: « ne craignez rien;
recevez la mort avec bonheur ; en vérité, je vous le dis, nous at -
-rons aujourd'hui des couronnes de laurier dans le paradis.» [ls s'agenouillérent, levèrent les bras vers ciel, et fureut immolés, dans
celte attitude , jusqu'au dernier. Le général Christoplie conduisit
dans le Nord 849 hommes, 430 enfans mâles, de l’âge le plus ten-
“dre à 15 ans, et 318 iilles également de l'âge le plus tendre à 15.
vérité, je vous le dis, nous at -
-rons aujourd'hui des couronnes de laurier dans le paradis.» [ls s'agenouillérent, levèrent les bras vers ciel, et fureut immolés, dans
celte attitude , jusqu'au dernier. Le général Christoplie conduisit
dans le Nord 849 hommes, 430 enfans mâles, de l’âge le plus ten-
“dre à 15 ans, et 318 iilles également de l'âge le plus tendre à 15. 208 | HISTOIRE D'HAÏTI.—( 1805 ) ans. Aprés avoir incendié Amira, il rentra au Cap le 9 Avril
1805. Dans celle campagne, nous avons détruit he viles les plus anciennes
du Nouveau Monde, pleines de jolies monumens gothiques. Nous nous
sommes montrés cruels, en décimant cette population des campagnes”
composée de noirs et d'hommes de couleur. Indignés d'avoir rencontré
une vigoureuse résisiance devant So. Domingo, nous avons affaibli par
ces excès, la grande gloire quenous avions acquise devant la plus
ancienne place du Nouveau monde. Cependant on peut comprendre nos
fureurs en se rappelant linfâme arrêi (é de Ferrand du G Janvier 1895,
el la conduite des hispano indigènes qui s'étaient ralliés aux affreux
principes de la servitude, et s'éiaient armés en faveur des français. Le trait suivant, qui fut alors considéré comme: chose de nulle
impertance , donne une idée de la moralité du temps. PDessalines en.
arrivant à St. Jean, avait confié à un colonel, homme de mœurs
douces, quatre espagnols qui devaient être exéculés à Marchand. Les
quatre condamués, profitant de la négligence de leurs gardiens,
sévadèrent. Le colonel, qui redoutail Ta colère de Dessalines, n’osa £e résoudre à se présenter devant ui, pour lui déclarer #
la fuite de ecs trois hommes. Il péaé Wa, suivi de ses grenadiers , dans un ajoupa rempli d'espagnols, ‘en arrêta quatre au.
hazard, continua sa marche avec eùüx, et arriva à Marchand. . Dès
que Dessalines apprit que c2s espagnols élaient emprisonnés, il les
jit exécuter. Ce colonel était ua des hommes vertueux de l'époque;
et l'empereur crut qu'il avait fait périr les quatre vrais coupables. Le siège de Sio. Domingo avait duré vingt Jours: les hostilités
comméncées le 8 Mars, avaient cessé le 28. Mais l'empereur - était
demcuré en campagne six semaines , du 46 Février au 4. Avril. Dans
le court espace de vingt jours, Dessalines serra la ville de plus près
ct la réduisit à une plus grande extrémité que ne purent Île faire
en deux ans , (1808 et 1809) les indigènes espagnols soulevés contre
les français. Eucore ceux-ci accablés par des privations de tous
genres, ne lévacuèrentils que par l'intervention d’une division de
troupes anglaises, débarquée pour prendre parlaux travaux du siège."
. Dans
le court espace de vingt jours, Dessalines serra la ville de plus près
ct la réduisit à une plus grande extrémité que ne purent Île faire
en deux ans , (1808 et 1809) les indigènes espagnols soulevés contre
les français. Eucore ceux-ci accablés par des privations de tous
genres, ne lévacuèrentils que par l'intervention d’une division de
troupes anglaises, débarquée pour prendre parlaux travaux du siège." Le lendemain de son retour -à Marchand (2 Avril) l'empereur
adressa aux habitans d'Haïti la proclamation suivante : | « Un souverain dont là propre gloire réside dans celle de son.
Pa)s ; qui n'a incessaniment pour objet que les intérêts et la prospé-"
rité de ceux dont il tient sa puissance et qu'il a rendus à l'existence
civile et politique , éprouve un sentiment bien doux lorsqu'il entretient.
son peuple du motif, du but et du résuliat de ses opérations. C'est
pour satisfaire à ce besoin pressant de mon cœur, que ma voix:
se fait entendre, au retour d'une campagne entreprise pour l'honneur et le bien être de cet empire. Décidé à ne reconnaître pour limites
que celles iracées par la nature et les mers, persuadé que fa |
|
.
:
EL + HISTOIRE D’HAITI.—(1805) 209 qu'un seul'ennémi respirerait encore sur ce territoire, il me reste:
rait toujours quelque chose à faire pour remplir dignement la place
Où vous m'avez élevé; provoqué par un décret lancé par Ferrand,
en date du 43 Nivôse an 13, dont j'ai ordonné que la teneur vous fût
communiquée par la voie de l'impression, je résolus d'aller me
réssaisir de la portion intégrante de mes états, et d'y effacer jusqu'aux
derniers wostiges de l'idole européenne. En conséquence ene force
armée fut déployée contre la partie ci devant espagnole. Notre marche fubrrapide et nos pas fürent signalés par autant dé suecès. IL
était naturel de présumer qué les indigènes-espagnols, ces descendans des malheureux indiens immolés à la cupidité et à l'avarice des
premiers usurpateurs de cette île, saisiraient avec avidité la présieuse
occasion de saérifier leurs tyrans aux mânes de leurs ancêtres ;
mais celte espèce d'hommes avilie et dégradée, préférant aux douceurs d'une vie libre et indépendante, des maîtres qui la tyrañinisent,-
fit” cause commune avec les français. (était partager les crimes de
. ces derniers que de s'associer à leurs travaux fiberticides; tout espagnol pris les armes à la main vit donc couler son sang daus celui
de ces étrangers perfides. 7 Maîtres absolus de la campagne ,; nous n’eûmes rieu de plus pressé
que de tracer nos lignes autour de la ville de Sto. Domingo, et d'y former un rempart isexpugnable. Telle fut fa nobie émulation dont
l'armée entière se trouva saisie, qu'en moins de cinq jours , toute commMmunication avec le dehors lui fut interceptée, et qu'elle fut circonvenue d'une triple haie de gabions placés à une portée de pistolet
de ses murs. Les assiégés, manquant dé bois à brûler. et d’antres
pressé
que de tracer nos lignes autour de la ville de Sto. Domingo, et d'y former un rempart isexpugnable. Telle fut fa nobie émulation dont
l'armée entière se trouva saisie, qu'en moins de cinq jours , toute commMmunication avec le dehors lui fut interceptée, et qu'elle fut circonvenue d'une triple haie de gabions placés à une portée de pistolet
de ses murs. Les assiégés, manquant dé bois à brûler. et d’antres … objets nécessaires à la vie, n'ayant de ressource que dans leur désespoir , tentérent plusieurs sorties dont tout le fruit fut d'être taillés en pièces, et rejetés, la baïonnette aux reins, dans leurs mu:
railles. Fort de ma position avantageuse, de l’heureux état de mes
troupes et de la situation critique de la place, déjà Je là considérais
comme devant tomber , sous très peu jours, en mon pouvoir, lorsque
le vingt sept Février, contre toute probabilité, une divisiour française
composée de cinq vaisseaux , de trois frégates, trois bricks ete. , vint
la renforcer et la ravitailler ; 4060 hommes furent débarqués.
L'empereur, après avoir raconté la cause de la levée du siège,
“que nous âvons rapportée, annonça aux haïtiens qu'une armée françäise devait bientôt aborder nos rivages, qu'ils allatent cueillir de
nouveaux lauriers et qu'il fallait que les foruficatidns de l'intérieur
fussent totalement achevées. " Les espagnols-indigènes qui avaient été traînés dans l’ancienne
partie française furent les uns jetés dans les cachots, d'autres contraints de se livrer aux travaux des fortifications. Beaucoup furent
incorporés dans nos troupes. Ils menèrent la plupart une existeuce 210 HISTOIRE D’HAITI.—(1805) misérable, loin de leur pays, au milieu d’une population qu'ils
considéraient comme hostile. | Au milieu de Mai 4805, pendant que l'amiral Missiessy se dirigeait
vers l’île d'Aix, dans l'Océan, * don Augustin Franco Médira , ancien
président du conseil des Notables de St. Yague, qui s'était retiré
à Sto. Domingo, après le combat livré à Sérapio par Christophe sûr
les bords du Yaque, revint dans le département de Cibao, avec
une troupe d'Indigènes espagnols qu'il avait réunis. Quoiqu'il eût
fait plusieurs reneontres avec des patrouilles haïtiennes, dans lesquelles ils éprouva des pertes, il parvint à établir un fort au quartier des Milices, et poussa ses avant-postes jusqu'à villa Hobos et
même à Las Matas. Il confia le commandement de villa Hohos à
don Francisco Estèves, et celui de Las Matas au capitaine Roxa.
Ajrès d'héroïques efforts 11 parvint à refouler les postes haïtiens
dans les limites de l'ancienne partie française. |
rouilles haïtiennes, dans lesquelles ils éprouva des pertes, il parvint à établir un fort au quartier des Milices, et poussa ses avant-postes jusqu'à villa Hobos et
même à Las Matas. Il confia le commandement de villa Hohos à
don Francisco Estèves, et celui de Las Matas au capitaine Roxa.
Ajrès d'héroïques efforts 11 parvint à refouler les postes haïtiens
dans les limites de l'ancienne partie française. | Franco Médina fut maintenu par le général Ferrand dans le com-
. mandement du département de Gibau. Par ses excursions sur le
territoire haïtien , il délivra beaucoup de prisonniers espagnols. La
tranquillité se rétablit un peu; beaucoup de familles qui s'étaient
réfugiées dans les beis lors de l'expédition haïtienne, revinrent sur
leurs propriétés, el commencèrent à les relever. * C’est par inadvertance qu’à la page 205 il est dit l’île d'Aix dans la
Méditerranée. L'ile d'Aix, dans l'O éan, est située 4 7 kil. de l’embouchure de la Charente, (Charente inférieure), taudis que la ville d'Aix est dans
le département des Bouches-du-Rhône, sur la rivière d’Are, à quelques lieues
de la mer. L’Are se jette dans l'étang de Berre, lagane de la Méditerranée.
L'ANTE de Berre forme plusieurs baies, eutre autres celle de la Charenie,
à l'Ouest, LIVRE QUARANTIUME. Ca
= w, Sommaire. Les généraux divisionnaites font travailler à l'achèvement des fortiff- .
cations —Caractère de Mentor.— I! parvient à séduire Drssalines:; son ambition,
—Ühristophe se montre le protecteur des hommes en disgrâce.—Jalousie que
nourrit Christophe contre Capoix.—On excite en vain Dessalines à créer une
noblesse. — Retour en Elaiti du colonel Faubert.—Boisrond ‘Fonnère et Chanlatte
fout une Constitution impériale — Avant de la faire -publier , Dessalines l'envoie
aux généraux, dans leurs arrondissements respectifs , jour qu'ils la signent. —
Lois de Dessalines —Code pénal militaire.— Lots sur les enfins nés hors mariage,"
sur l’organisation des conseils spéciaux, sur le divorce, sur la manière de constater l’état civil des citoyens, sur larbitrage. — Publication de la Constitution
et du code pénal militaire. — Discours de PEmpereur. — Résumé du discours du général Bazelais.—Repas —Toasts — Principales dispositions de la Constitution.— Vernet est maintenu dans sa charge de ministre des finances.— Gérin
est nommé ministre de la guerre et de la marine.—Juste Chanlatte , seerétairegénéral , remplit provisoirement les fonctions de secrétaire d'Etat, —Mode de fermage.
—Prix des denrées en Mai 1805.—Mutations dans l’administration.— Etat et plaintes des troupes — Letre de Geffrard à Jean-Louis François. —Premières trames
contre Dessalines—Bruno Blanchet est l’agent de Christophe auprès de Geffrard.— Christophe installe les tribunaux du Cap.—$Son diseours.—Anniversarre
de la fête du général Christophe—Roumage jeune lui adresse un discours.—
Rouanez jeune rédacteur de la gazette du Cap —Arrivée de Dessalines au Cap.
—I1 reçoit les autorités —Mort de Clervaux —Circulaire du ministre des finan-
#ces.— Décret qui fixe les émolumens des officiers supérieurs et des hauts fonctionnaires civils —Fête de l'Empereur.— Discours que lui adresse le général
Cap.—$Son diseours.—Anniversarre
de la fête du général Christophe—Roumage jeune lui adresse un discours.—
Rouanez jeune rédacteur de la gazette du Cap —Arrivée de Dessalines au Cap.
—I1 reçoit les autorités —Mort de Clervaux —Circulaire du ministre des finan-
#ces.— Décret qui fixe les émolumens des officiers supérieurs et des hauts fonctionnaires civils —Fête de l'Empereur.— Discours que lui adresse le général æ 212 HISTOIRE D'HAITI 1605) Christophe.—Réponse de l'Empereur —Festin.—T'oasts.—Bal.— Propositions con:
cernant Christophe faites par Dessalines à Capoix, ainsi qu'au médecin Justamoht—Banquet donné aux Etats Unis en l'honneur d'Haïti, —Conduite pérfide de
Mentor —Deux partis existent dans l’empire—Dessalines devient défiant. —Im#-
moralité dans Ja société —Les troupes sont en guenille et presque nues —Mécontentement de la société. —Subdivision des divisions militaires. —_Christophe nom.
mé général en chef de l’armée d'Haïti. — Décret concernant le départ furtif de la
Louisiana.— Décrets concernant le tarif des frais d'inpression et les droits curiaux.
— Décret qui détermine que :chaque consignataire sera saisi, à tour de rôle, et
suivant l’ordre du numéro de sa patente, de la vente et responsabilité des bâtimens
étrangers.—Comment Dessalines faisait ces lois.—Dessalines se rend du Cap à
Marchand.— Lettre de Capoix à Christophe. — Uessalines vient au Port auPrince. — Il offre sa fille en mariage à FPétion — . Dessalines exprime
son indignation contre les dilapidateurs et ceux qui se font mettre en possession des biens de colons, appartenant à l'Etat —Dessalines se rend dans le
Sud.—Mort de Gabart.— Mort de la mère de l'Impératrice.Relauons d'amour
du capitaine Chancy avec la princesse Célimène.—Mort de Chaney.— Dessalines
ne conçut jamais le projet de massacrer les hommes de couleur—Lettre du co:
lonel Bazile à Dessalines.—Mission du directeur des domaines de Ouest à Jacmel.— DMésordre commercial.—Opinion de Dessalines à l’égard de l'éducation du
peuple.—Dessalines fait fermer les loges de francs-macons. Les généraux qui commandaient les arrondissemens ne laissaient
pas se ralentir le travail des fortifications. Celles de Marehand furent
achevées sous les veux de Dessalires. Christophe seul n'avait pas
encore mis le dernière main au fort de la Ferrière qui avail été commencé sur un plan gigantesque, sous la direction de Henri Barré,
capitaine du génie. Quand Dessalines traversait les campagnes du département du Nord, il voyait avec admiration celte grande et formi- “dable construction , élevée pour être le boulevard de l'indépendance; «
se ralentir le travail des fortifications. Celles de Marehand furent
achevées sous les veux de Dessalires. Christophe seul n'avait pas
encore mis le dernière main au fort de la Ferrière qui avail été commencé sur un plan gigantesque, sous la direction de Henri Barré,
capitaine du génie. Quand Dessalines traversait les campagnes du département du Nord, il voyait avec admiration celte grande et formi- “dable construction , élevée pour être le boulevard de l'indépendance; « mais elle deviendra le tomkeau de nombreux infortunés, victimes de
la cruauté de Christophe. Ses murailles ont été cimentées du ‘sang
des populations qui y ont travaillé et les pyramides d'Egypte ne
témoignent pas davantäge la vanité et la puissance de l'homme. Nous avons déjà vu que Mertor était revenu dans le pays
avant le siège de Sto. Domingo. Il avait été, en France, membre
du Conseil des Cinq Cents, comme député de St. Domingue; et le
18 Brumaire, ïl avait été exclu de la Représentation Nationale.
Mentor , né à la Martinique, était un noir d'une belle éducation. Hl
avait une élocution facile, * une humeur en apparence douce et
bienveillante, des formes séduisantes, de l’audace.et un grand courage. Il avait cru qu'Haïti était devenue presque barbare depuis
l'évacuation des français , que les hommés les plus instruits ny avaient que des connaissances élémentaires , et qu'il y” * Les haïtiens de l’époque disent que lorsqu'il parlait on croyait entendre,
un biang européen de Bonne éducation, dd tn: fs de HISTOIRE D’'HAITI 1805 218
eût été facilement accueilli comme un prodige de Jumières.
H avait donc conçu de grands projets d'ambition , ot H àväit pensé qu il eût pu les réaliser. Mais sa d'ception avait été
grande lorsqu'il s'était vu au milieu d'un certain nombre d'hommes
vraiment éclairés, des Chanlatte, des Boisrond Tonnère, des Chareron,
des Disquoi, des Bonnet, des Bazelais, et d'habiles guerriers, des
Gerard, des Capoix, des Pétion, des Férou, des Christophe ,,des
Gabort | des Clervaux, des Romain, des Daut Brave. Plusieurs de
ces hommes avaient eomme lui parcouru Îles contrées où brille la
civilisation. Dès lors, il n'avait plus songé, pour atteindre à une
bauie position, qu'à capter la bienveillance et à s’attirer la confunce de l'empereur, en flattant ses passions. Dessalines admirait
le dingage brillant de Mentor, et celui-ci découvrit l'impression favorable qu'il'avait produite. Il s'efforça de la fortifier en parlant avec
chaleur de fa férogtté des français, de la haine qu'il leur avait vouée
et de leur Impuissance contre Haïti. H dit dans un cercle d’offi:
cises quil avait élé chassé du Conseil des Cinq Cents, à cause de
la confunce de l'empereur, en flattant ses passions. Dessalines admirait
le dingage brillant de Mentor, et celui-ci découvrit l'impression favorable qu'il'avait produite. Il s'efforça de la fortifier en parlant avec
chaleur de fa férogtté des français, de la haine qu'il leur avait vouée
et de leur Impuissance contre Haïti. H dit dans un cercle d’offi:
cises quil avait élé chassé du Conseil des Cinq Cents, à cause de «1 couleur noire. Dessalines, transporté , le serra contre son cœur.* li flatta tellement les passions de l’empereur qu'il fut comblé de ses.
fiveurs et admis dans son état-major. Son ambition se développa
rnpiiement, et jupe Dessalines ircapable de gouverner Haïti, au sein
de la paix, il réva à l'empiwre.** Mais pour y parvenir , 1l fallait que nos
guerr iers lus plus influens cessassent d'exister, ou tombassent dans une
pooloude disgrâce. H ne craignit pas de s’efforcer d'inciter Dessalines coatre Christophe, Geffrard, Pétion. Christophe ne tarda pas
à découvrir quil ne convoitait pas moins que lui la première dignité de “Etat” ll songea à miner Pautorité de Dessalines qui était déjà
entré suus l'influence des adroites séductions de Mentor. Il avait
conan ce dites au Cap, sous Toussaint Louverture , lors de la
seconde mission de Sonihonax, et il le savait capable des projets les.
plusaudacieux. Il se montra bienveillant envers ceux que repoussuit empereur, se fit secrètement le pretecteur des hommes en . F, , \e . .
disgrâce | se créa des amis , continua ses relations avec Îles
généraux Pétion, Gelfrard, et leur représenta. Mentor comme un agent * Soixante- et nn notée fürent exclus, de la représentation nationale
de France , le 19 brumaire an vis, pour les excès auxquels ils s'étaient
Cobstanment portés", dit le décret du Conseit des Cinq-cents: Mentor fut
compris dans le nombre des soixante et un, non pas à cause de sa. couleur, mais pour ses opinions, Il était marié à une femme blanche qui lui
étant très dévouée et qui Pavait suivi en Haïti. Il en, eut une fille, de
couleur, qui devint remarquable par sa beauté, “Ki Presque tous les hommes de l’époque assurent. que son ambition. était
parvenue à ce dégré-de développement. 214 PE HISTOIRE D'HAITI— (1805) : du’ parti colonial, Il n'en garda pas moins, à l'égard de lempereur,
l'attitude du sujet le plus dévoué. I ambitionnait ja dignité de génératissime des armées de l'empire, quoique Clervaux fût je pius
ancien des généraux, celui auquel celte dignité dut appartenir. (Ge
libéralisme , qu'affectait Christophe qui passait pour un homme de
214 PE HISTOIRE D'HAITI— (1805) : du’ parti colonial, Il n'en garda pas moins, à l'égard de lempereur,
l'attitude du sujet le plus dévoué. I ambitionnait ja dignité de génératissime des armées de l'empire, quoique Clervaux fût je pius
ancien des généraux, celui auquel celte dignité dut appartenir. (Ge
libéralisme , qu'affectait Christophe qui passait pour un homme de sang, depuis la guerre civile de 1799 et de 1800, ne trompäit Pl Pétion ni Geffrard. Quant à Capoix, tout en paraissant indifiérent
à ce qui se passail autour de lui, il surveillait la conduite du génèral Christophe, son ennemi personnel, dont les paroles ne tenuaient
qu'à le perdre dans l'esprit de lemwpereur, Paree qu'il blämait Le
gouvernement dont les caisses étaient pleines, de ne pas solüer les
troupes, il ne conspirait pas cependant. Les maitresses et les YO
ris de Dessalines étaient comblés de ses largesses, et les vieux S0idats de la guerre de l'indépendance étaient sans paie et presque nus.
Ils avaient été habillés lors de la campagne de l'Est; mais depuis
leur retour, ils étaient déguenillés. . Christophe se faisait rendre
compte des démarches et des paroles de Capoix par l'administrateur du Port-de Paix. La conduite de celui-ci souleva contre
lui l’animadversion publique. | A Quant à Dessalines, il était encore aimé des populations; dans les
villes, on recherchait avec empressement ses faveurs, et comme on
avait l'espoir qu'il institucrait une noblesse, on s'efforçait de lui plaire
pour obtenir un titre de distinction; cependant il repoussait toujours
l'idée de créer des ordres dans l'Etat. Les généraux Pétion, Gelirard,
Férou, Jean-Louis François résistaient à l'élan qu'on prenait de tous
côtés, vers use monarchie héréditaire; ils ne déguisaient pas leur
républicanisme, et déploraient l'ambition de ceux qui voulaient devenir nebles, Je - | Ce fut à cette époque, que revint en Haïti le colonel Faubert,
un des anciens lieutenans du général Rigaud. 1 s'était réfugié à
l'étranger après le iriomphe de Toussaint Louverture. 1l se transporta à Marchand pour rendre ses hommages à l'empereur. : Dessalines l’accueillit avec beaucoup de distinction. Il se montra frappé de« la petitesse de taille de Faubert qu'il voyait pour la premiére fois,
et dont il avait éprouvé l'intrépidité en 1799 et en 1808 , au Grand
Goûve, à Thausin, et au Petit Goûve, pendant la guerre civile. HI
lui dit, en lui montrant du doigt une des portes les plus élevées de
son palais: par la renommée de votre valeur, je vous croyais de
cette hauteur. |
On se rappelle qu'au quartier-général de Gaillard, les secrétaires
de Dessalines avaient fait, à la bâte, une Constitution qui devait
lui être présentée aussitôt après son entrée à Sto. Domingo. Après
la campagne, Boisrond Tonnère et Chanlatte en rédigèrent une nouvelle sur- l'invitation de Dessalines. Le 20 Mai 1805, l'empereur
l'approuva, et la confix à un officier supérieur , chargé de la faire signer,
elle qu'au quartier-général de Gaillard, les secrétaires
de Dessalines avaient fait, à la bâte, une Constitution qui devait
lui être présentée aussitôt après son entrée à Sto. Domingo. Après
la campagne, Boisrond Tonnère et Chanlatte en rédigèrent une nouvelle sur- l'invitation de Dessalines. Le 20 Mai 1805, l'empereur
l'approuva, et la confix à un officier supérieur , chargé de la faire signer, me 7 dus mille IISTOIRE D'HAITI 1505) 215 dans chaque quartier, par les généraux de division et de brigade de
Lempire, membres du conseil d'Etat. En attendant qu’elle fut rapportée à Marchand, sanctionnée par tous les généraux, Dessalines
rendit, plusieurs lois, et le principe qui domina dans chacune d'elles
fat expression de sa volonté absolue. Son conseil privé, sous sa
+ présidence, fit, le 26 Mai 1805, le code pénal militaire pour toutesles
troupes de Fempire. Les peines établies par ce code , rigoureusement
appliquées, devaient maintenir dans l'armée une discipline de fer.
La désertion à l'ennemi était punie de mort ; et le militaire en faction où en védette, qui abandonnait son poste, sans avoir rempli
sa Consigne, était aussi puni de mort. La désertion à l'intérieur
était punie d'un an de prison, et de deux ans, si le soldat désertait
avec armes et bagages. Le ciloyen qui ne rejoignait par son corps,
après en avoir reçu l'ordre , était considéré comme déserteur, était
-passé aux verges ct puni de six meis de prison. Les embaucheurs,
les espions de l'ennemi, les étrangers surpris à lever des plans de
nos camps, quarticrs, fortifications, étaient condamnés à la peine
Capitale. Tout militaire convaineu de pillage, d'incendie, de meurtre
exercé sur un citoyen non armé élait fusillé Le viol comis par un, militaire ou tout autre individu attaché à l'armée, était
puur de dix ans de fer, si le viol avait été commis sur une fille
âgée de moins de quatorze ans; et de cinq ans, sil avait été cemmis sur une personne plus âgée. Si la fille eu la femme violée était
morte des excès commis sur sa personne, le coupable était eondamné
endie, de meurtre
exercé sur un citoyen non armé élait fusillé Le viol comis par un, militaire ou tout autre individu attaché à l'armée, était
puur de dix ans de fer, si le viol avait été commis sur une fille
âgée de moins de quatorze ans; et de cinq ans, sil avait été cemmis sur une personne plus âgée. Si la fille eu la femme violée était
morte des excès commis sur sa personne, le coupable était eondamné - à la peine capitale. Le vol.et l'infidélité dans la gestion et manutention
étaient punis de là dégradation et de l'emprisonnement. Ee militaire qui
ne se rendait pas à son poste, lorsque la générale était baltue,, était
puni d'un mois de prison pour la premiére fois, de trois mois , pour
la seconde, et pour [la troisième fois était passé aux verges; presque
tous les autres cas d'insubordination. emportaient la peine capitale,
Lout militaire qui était convaineu-d'avoir frappé du bâton son subordonné était puni de deux ans de prison, à moins que ce ne fut pour
maïutenir dans les rangs. ceux qui cherchaient à fuir. devant l'ennemi.
L'exécution des jugemens à mort avait lieu, en. place publique, par
quatre sergeus, quatre caporaux et quatre fusiliers. Le 28 Mai,
l'Empereur rendit une loi sur les. entans nés hors mariage.
D'après celte loi la recherche de la paternité non avouée fut défendue;
… l'enfant reconnu par sa mère avait la faculté de prouver contre elle
sa filiation; les enfans nés hors mariage étaient légitimés par le mariage subséquent de leur père et de leur mère, et un père engagé
mêmé dans les liens du m:riage pouvait reconnaitre un enfant naturel né pendant le cours dudit mariage; les droits de suecessibilité
_ des enfans naturels reconnus étaient les mêmes. que ceux des enfans
légitimes ; l'époux avait le droit de désavouer l'enfant adultérin qui,
dans ce cas, n'héritait que de sa mère, Celte ‘loi du 28 Mai 1805sut < 216 tusroine p’aartr.—(1805) les eufans nés hors mariage était en harmonie avec les mœurs des
haïtiens qui presque tous étaient enfans naturels. Dans l'ancien
régime le blanc ne favorisait pas, le mariage des hommes de couleur
et des noirs. libres ; ils ne permettaient que rarement. à leurs esclaves de s'unir par les liens légitimes. Dessulines disait qu'il serait
injuste d'établir des droits inégaux , dans les successions, entre des
hommes qui sor aient lous de la servitude ou dela dégradation ;
que pulle disposition de loine pouvait empêcher un haïtien d'hériter
de celui qui lui avait douné le jour quand celui. ei l'avait reconeu ;
que les indigènes avaient tous été , pour ainsi dire, légitimés par
la révolution. Le 30 Mai, l'empereur rendit ute loi sur l'organisation des conseils spéciaux militaires; le 1er. Juin sur le divorce;
le 3 Juin, sur le mode de constater ‘l'état civil des citoyens ; le 7
Juin , sur l'arbitrage, les justiees de paix, les tribunaux civils , les
juges d'appel , le ministère publie, les grefliers, le tribunal suprême,
es juges en malière de ecommerce. |
la révolution. Le 30 Mai, l'empereur rendit ute loi sur l'organisation des conseils spéciaux militaires; le 1er. Juin sur le divorce;
le 3 Juin, sur le mode de constater ‘l'état civil des citoyens ; le 7
Juin , sur l'arbitrage, les justiees de paix, les tribunaux civils , les
juges d'appel , le ministère publie, les grefliers, le tribunal suprême,
es juges en malière de ecommerce. | La promulgation de ces lois était faite en ces termes : «Jacques, empereur À d’ Haïti et chef cnpcème de l’armée par la grâce de Dieu et
la loi constitutionnelle de l'Etat, ordonne ce qui suit: Elles.
étatent le plus souvent contresignées de Chanlatte , secrétaire général: M
Presque loutes portent l'empreinte du despotisme, caractère de l'époque. Sur ces entrefaites, l'aic de de camp de l'Empereur, qui! avait été chargé |
de faire circuler la Constitution dans tout l Empire, la rapporta à
Marchand, revêtue de la signature des généraux "de brigaderet
de division. Ceux ci la donnaient à la nation comme mandataires et
organes du peuple d'Haïti, ‘L'Empereur y apposa sa signature en
lui conservant la date du 29 Mai: Vu la présente Constitution, Nous,
Jacques Dessalines, empereur d Haïti et chef suprême de l'armée/par
Re grâce de Dieu, et la loi consütutionnelle de PEtab, l’'accepions
dans out son contenu et la sanctionnons pour recevoir sous le plus
bref délai, sa pleine et entière exécution, dans toute l'étendue de”
noire Empire, et jurons de la maintenir et de la faire observer ere.
son intégrité Jusqu'au dernier soupir de notre vie. G Pete al # Au palais impérial de Dessalines, le 20 Mai 1805, an 2ème de
l'indépendance d'Haïti, et de notre règne le premier. ( Signé) Dessarines,
Par l'Empereur, ;
Le secrélaire-général , Juste CHANLATTE. | 6 . LC . IISTOIRE D'HAITI.— (1605) 217 ü
Le A6"Juim, dès la pointe du jour, les tronpes de la garnison de
lancapitale; le bataillon polonais, ainsi que le bataillon allemand ,*
étaient rangés sur la place d'armes, autour de l'autel de la patrie
sunmonté du trône, [1 y avait grande joie dans la population. A 8
heures, Pempereur, suivi de son cortège, sortit du palais, et s'avança
sur la place d'armes. Les trouges présentérent les armes ct S'agenouillèrent. M monta sur l'autel de la patrice et s'assil sur son trône,
entouré de ses principaux secrétaires et des généraux de l'Empire
quiNSe trouvaient à Marchand. Le secrétaire-général Juste Chanlatte
donnamecture del: Constitution au peuple et à l'armée. Le chef
descuiron Diiquoi fut ensuite, d'une voix forte, le code pénal militaire. MAprèés une salive de tous les forts de Marchand, S. M. par
Porgane de Boisrond Tonnère, pronouça le discours suivant. L
Peuple d'Haïti,
Les orages politiques qui ont grondé sur cette terre semblaient en
aWoir Qté pour jamais le règne des lois et icur douce ‘influence. Aux
tempêtes politiques un instant de calme à suivi, el vous avez voulu
ensuite, d'une voix forte, le code pénal militaire. MAprèés une salive de tous les forts de Marchand, S. M. par
Porgane de Boisrond Tonnère, pronouça le discours suivant. L
Peuple d'Haïti,
Les orages politiques qui ont grondé sur cette terre semblaient en
aWoir Qté pour jamais le règne des lois et icur douce ‘influence. Aux
tempêtes politiques un instant de calme à suivi, el vous avez voulu quelle repos: des guerriers fut honoré ‘des veilles du législateur. En
mème temps que vos bras victorieux fertilisaient ce sol imbibé d'une rosée salutaire et expiaioire, vos regards se sont tournés vers une
ConStitutION qui assied vos droits sur des bases invariables, et vous
fai prendre/ace au rang des nations civilisées.
Sulrétait réservé aux généraux aui ont guidé vos efforts contre la
tyrannie détre appelés un jour à l'houneur insigne de consacrer voire
existence civile, morale et politique, par une constitution appropriée
AMNOS MŒUrS, Vos usages et voire caractère, le ciel destinait votre
ancien ami, votre pére, votre libérateur, votre empereur enfin, au
bonheur rufini de présider à la proclamation d'un pacte aussi saint.
Qunl est beau ce jour où je vois triompher les lois, la liberté, et l'indépendance , en ces lieux où nagnères, étendu sur un lit de douleur, "ma voix mourante ralliait encore vos bandes dispersées contre
les entreprises des tyrans, en ces lieux où l'aspect d’une montagne jadis aride et stérile a fait place comme par enchaulement aux merveriles’ de Part et aux productions de la nature, en ces Heux qu'un
génie protecteur a créé le palladium de cette même consütution, le boulevard de vos droits, l'écueil et le tombeau de vos ennemis. Honneur aux généraux dont la plûme n'a pas dédaigné de stipuler les intérêts du peuple, après les avoir conquis à la pointe de l'épée. è
i Gloïre au peuple qui à senti que tout privilège injuste, Loute prérogative injurieuse , toute prééminence fondée sur des préjugés hu- * Ces deux bataillons étaient composés de soldats blancs allemands et polonais qui avaient été sauvés, lors du massacre gé.éral des frauçais, en 1894, ra 218 HISTOIRE te mains disparaissent au moment où se croisent les baïonnettes, et qui, après avoir fait la noble épreuve de cette vérité, se soumet lui.
mème au frein des lois et de la discipline. Je jure de respecter ‘ei de faire respecter la constitution dans toute
Son Intégrilé; je jure de soutenir la liberté et l'indépendance, et de
foreer nos ennemis à les reconnaitre ou de m'ensevelir sous les décombres de mes forteresses, dont les saluts répétés viennent de confirmer mon serment; alt ‘le premier que ma bouche ait prononcé, que mon cœur ait volontairement consenti , depuis que je
parcours le cercle des vicissitudes dans lequel af ont lancé les mouvemcss réyolu ionnaires ; ce serment est mon arrêt. Ce serment est
la mort pour TA oserait frapper d’une main sacrilège lédifée du bonheur public. ,
ensevelir sous les décombres de mes forteresses, dont les saluts répétés viennent de confirmer mon serment; alt ‘le premier que ma bouche ait prononcé, que mon cœur ait volontairement consenti , depuis que je
parcours le cercle des vicissitudes dans lequel af ont lancé les mouvemcss réyolu ionnaires ; ce serment est mon arrêt. Ce serment est
la mort pour TA oserait frapper d’une main sacrilège lédifée du bonheur public. , Vive la Constitution ! vive la liberté ! vive l'Indépendance! .Le général Bazelais , chef de l’état major général, prononça ensuite un discours dans lequel, « après avoir rappelé au peuple les
» circonstances qui avaient précédé el suivi l'indépendance du pays, » 11 l'exhoria à apprécier Île er de voir un, gouvernement ré- » gulier succéder à Fincertitude de sa position politique, surtout » avant que ses ennemis aicnt pu faire eucore de nouvelles tenta »tves pour ensevelir la Hiberié. Il exhorta le peuple à se soumet.
» tre aux lois et à se consacrer au maintien de la Consütution,
.» et il termina en Jjurart une haine éternelle aux Français qui
> aspireront encore à gouverner Haïti. I s'éeria : haine à l'esciavage !
» haine à mort aux perturbateurs du repos. publie, aux ennemis cle
» F'union ct de Ja fraternité M Haine et extermianlion à quiconque:
» méconnaîtrail l'autorité sacrée de notre Jean-Jacques Aer. , Empereur | Obcissance , soumission et fidélité à l'inimortel Dessalines ! Respect et vénération 4 son auguste épouse l'Impératrice L» Aprés fn cérémonie, S. M. 1. fut accompagnée au palais par les autorités civiles et. militaires. ü y eut ua splendide repas où furent portés les Loasts suivans : par l'Empereur : « A la Constitution, à la liberté, à l'isdépendance d Haiti!» Par. le” général
_Gabart: «A FEwpereur! » Par le général Cangé: « À son augus:
te épouse BAR CAPES » Par le général Bazelais : « A la famille
‘impériale! » Par l'adjudant-général Boisrond Tonnère: « A l'union,
à la fraternité , à l'unique dénomination sous laquelle’ seront désor="
mais connus les haïtiens, celle de noirs! » Par le chef d'escadron Diaquoi: « Aux généreux qui ont eu lhonneur de consacrer les” droits et les devoirs du citoyen ! » Par le secrétaire-général Chanlatte: « Aux Etais-Unis d'Amérique et aux nations néuipe qui entretiennent avec celle île des relations commerciales ! » Par tous
les convives : « A la Constitution, à la liberté, à re
aux succès des armes d'ilaïti , aux autorilés constituées ! » Enfin HISTOIRE D'HAITIe—— (1805) 19 tés) par l'Empereur : « Au armées d'Haïti, depuis le simple soldat jusqu'au premier chef. ” Le reste de la Er et la nuit qui suivit, il y eut de gra ndcs
_réjouissances. La Consutution fat publiée dans toutes Îles autres villes de l'Empire avecsia plus .gronde solgnnité ; et le 27 Juin 1805, elle fui
insérée au journal officiel. Elle commençait par la déclaration suivante des généraux :
és) par l'Empereur : « Au armées d'Haïti, depuis le simple soldat jusqu'au premier chef. ” Le reste de la Er et la nuit qui suivit, il y eut de gra ndcs
_réjouissances. La Consutution fat publiée dans toutes Îles autres villes de l'Empire avecsia plus .gronde solgnnité ; et le 27 Juin 1805, elle fui
insérée au journal officiel. Elle commençait par la déclaration suivante des généraux : « Nous, H. Christophe, Clervaux, Vernet, Gabart, Pétion, Geffrard, Toussaint Brave, Raphaël, Lalondrie, Romain, Capoix, Magnya, Cangé, Daut, Magloire Ambroise, Yayou, Jean-Louis François,
Gérin , Morcau, Kérou, Bazelsis, Martial Besse, __« Tant en noire nom particulier quen celui du peup plie d'Hli,
qui rous à légalement constitués les organes fidèles ei les 1à Lerprétes de ‘sa volonté, en présence de PEtre Suprème devent qui 5
moricis sont égaux, Ci qui n'a re épandu tant d'esnèces de creature
différentes sur la surface du globe qu'aux fins de manifoster sa “ed
re el sa puissance par Îa diversité de scs œuvres, ” En face de la nature entière dont nous avons été si Injustesr et depuis si longtemps réprou ivéS, | « Déclarens que la leneur de fa présente Constitution est lex. pression libre , spontanée et invariable de nos cœurs, et de a voHE. Jonté. générale de nos constituants. | « La sofhelLons à la sanction de S. M. l'Empereur, Jacques
Dessalines’, notre fibérateur, pour recevoir sa prompite et Au
exécution. » Ses principales dispositions étaient "les suivantes : Le peuple haïtien se forme en Etat libre, souverain et indépendant sous le nom d'Empire d'Haïti. L'esclavage eat à jamais aboh.
Les citoyens d Huiti étant frères, légalité aux yeux de la loi est
établie. — La loi est unc pour tous, soit qu'elle punisse soit qu'elle
protège. —La loi.n'a point d'effet rétroaet if. — La pr oprièté est sacrée
et inviolable. —Nul n'est digne d'être haïtien s'il n'est bon pére ,
bon fils, bon époux et surtout bon soldat. — Les pères et mères
n'ont point la faculté de déshériter leurs enfans. Tout citoyen doit
posséder un art mécanique. Aueun blanc, quelle que soit sa nalion , ne pourra mettre le pied sur le territoire d'Haïti à.titre de
maître ou de propriétaire. (Art. 42). -e L'article précédent ne pourra produire aucun effet, tant à l'égard
des femmes blanches qui sont naturalisées haïtiennes par le gouvernement, qu'à l'égardedes enfans nés et à naître d’elles;** sont aussi * Guzette du Cap. (1805). ** Ces femmes blanches sont celles qui avaient été mirac üleusement sa uvées du massacre, Quand , quelques mois après les journées d’Avril 1804 , elles se sont montrées ; dns Lo ordonna cle les respecter et de
L'article précédent ne pourra produire aucun effet, tant à l'égard
des femmes blanches qui sont naturalisées haïtiennes par le gouvernement, qu'à l'égardedes enfans nés et à naître d’elles;** sont aussi * Guzette du Cap. (1805). ** Ces femmes blanches sont celles qui avaient été mirac üleusement sa uvées du massacre, Quand , quelques mois après les journées d’Avril 1804 , elles se sont montrées ; dns Lo ordonna cle les respecter et de e 290 ù IISTOIRE D’HtAÏTI.—(1605) compris dans les dispositions du présent article, les allemands et
polonais naturalisés par le gouvernement. (Art. 43). Les Haïliens
n ‘importe leur couleur ne seront connus que sous la dénomination
générique de noirs. L'Empire d'Haïti un et indivisible est partagé en
six divisions militaires ; chaque division militaire est commandée par
un générol de division. Ces généraux de division sont indépendans
les uns des autres et correspondent directement avec l'empereur ou
avec le général en chef qui sera nommé par S: M. T L'empire
comprend toute lie d'Haïti. Le gouvernement est confié à un pre.
micr magistrat qui prend le titre d'Empereur, et de chef suprême de larmée.— Le peuple reconnait pour empereur et chef suprême
de l'armée Jacques Dessalines, le vengeur et !e libérateur’ de ses concioyens.— On le qualifie de Majesté, ainsi que son auguste épouses limpératrice. La personne de Leurs Majestés est sacrée et inviolable. L'Etat accordera un traitement lixe à S M. il Impératrice, dont
elle SGUUE après le décès de l'Empereur à titre de princesse douairière. La couronne est élective et non héréditaire. L'empereur désigne ton successeur. Dans aucun cas il ne pourra former des corps particuliers et privilégiés. Tout successeur de Ï Empereur qui sé cartcra des prin icipes consacrés par la Constitution sera en état de
gucrre contre la société. En conséquence les conseillers d'état s as
sembleront à Pefflei de prononcer sa destitution et de pourvoir à son
remplacement par celui d'entre eux qui en aura été le plus digne ;
ct, s'il arrivait que ledit successeur voulüt s'opposer à l'exécution.
de cette mesure autorisce do: Ja loi, les généraux conseiliers d'Etat
feront un appel au peuple et à larmée qui tout de suite leur prèleront main. Lie et assistance Dé maintenir la liberté. L'empereur fait sceller et promulguer les lois, nomme et révoque, à sa vôlônté, lous les fonctionnaires eivils et militaires. L'empereur dirige les recettes et dépenses de l'Etat, surveille la fabrication des
monnaies ; ui seul en ordonne l'émission, en fixe le poids et le type.
A lui seul est réservé le pouvoir de faire la paix où la guerre, d’entretenir des relations politiques et de contracter au dehers. S. M: seule a le droit d'absoudre un coupable ou de commuer sa peine” L'empereur ne fera jamais aucune entreprise dans la vue de faire des” conquêtes, ni de troubler la paix et le régime intérieur des colonies étrangères. Tout acte PPS sera fait en ces termes : « L'Empereur
1 d'Haïti el chef suprême de l’armée, par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelile de l'Etat. »
Les généraux de division et de br igade sont membres nés du conseil d'état et le composent. Il y aura daus l'empire deux DAS
jamais aucune entreprise dans la vue de faire des” conquêtes, ni de troubler la paix et le régime intérieur des colonies étrangères. Tout acte PPS sera fait en ces termes : « L'Empereur
1 d'Haïti el chef suprême de l’armée, par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelile de l'Etat. »
Les généraux de division et de br igade sont membres nés du conseil d'état et le composent. Il y aura daus l'empire deux DAS les considérer comme haitiennes, Qriant aux Polonais el aux Aanats nous avons vu qu ils avaient été épargnés, quoi qu ls eussent servi dans les rangs français contre les armées indigènes, :
dt. ne. > me ct 2 de HISTOIRE D'HAITI.—(1S05) 22! le. ministre des finances et de l'intérieur, le ministre de la guerre
el un secrétaire d'état. Les articles 40, 41, 49, 43 concernaient
les attributions des ministres. Le secrétaire-d’état est chargé de
… l'impression, de l'enregistrement et de l’envoi.des lois, arrôtés, proclamations et instructions de Flempereur. El travaille directement
» avec: lempereur pour les relations étrangères, correspond habituellement avec les ministres, reçoit de ceux ei les requêtes, pétitions
et autres demandes-qu'il soumet à lEmpéreur, de mème que les
questions qui lui sont proposées par les tribunaux.
_ Il envoie aux ministres les jugements et les pièces sur lesquels
l'empereur a statué. mn
. Nul ne peut porter aticinte au droit qu'a chaque individu de <e
faire juger à l'amiable par des arbitres à son choix. Il y aura un
juge de paix dans chaque commune, et six tribunaux dans l'Empire
d'Haiu, à StMarc, au Cap, au Port de Paix, aux Cayes, à l’Anseà-Veau et au Port-au-Prince. L'empereur détermine leur organisation, leur nombre, leur compétence et le secrétaire formant le res:
sont de chacun. La loi n'admet point de religion dominante: La
liberté des cuites est tolérée. LE Etat ne pourvoit à l'entretien d'au.
eun culte, ni d'aucun ministre. Dans chaque division militaire, il y
“aura une administration principale sous la surveillanee du ministre
des finances. A l'empereur et à l’impératrice appartiennent le choix,
le. iraitement « l'entretien des personnes qu! composent leur cour.
Les crinres (de haute trahison, les délits commis par les ministres et
les généraux seront jugés par un conseil spécial nommé et présidé
par l'empereur. Nul ne pourra être jugé sans avoir été légalement
entendu. La maison de fout citoyen est un asyle inviolable. Toute
propriété qui aura ci devant appartenu à un blanc français est incontestablement et de droit confisquée au profit de l'Etat. Dans
chaque division militaire une école publique sera établie pour l'instruction de la jeunesse. Les couleursmalionales seront noire ct rouge.— Dans chaque division
militaire ‘un tribunal de commerce sera formé dont les membres seront
“choisis par l'Empereur et tirés de la classe des citoyens.—Le gouvernement assure sûrelé et protection aux nations neutres el ailes
“qui viendront entretenir avec cette île des rapports commerclux,
Va charge par elles de se conformer aux règlemens et coutumes de
“Ce pays. Il y aura des fêtes nationales pour célébrer l'indépendance, la fête de l'Empereur et de son auguste épouse, celle de FAgriculture et de la Constiution. Au premier coup de canon d'alar-”
me, les villes disparaissent et la nation est debout.
sûrelé et protection aux nations neutres el ailes
“qui viendront entretenir avec cette île des rapports commerclux,
Va charge par elles de se conformer aux règlemens et coutumes de
“Ce pays. Il y aura des fêtes nationales pour célébrer l'indépendance, la fête de l'Empereur et de son auguste épouse, celle de FAgriculture et de la Constiution. Au premier coup de canon d'alar-”
me, les villes disparaissent et la nation est debout. Les généraux « mettaient sous la sauvegarde des magistrats, des » pères et mères de famiile, des eitoyens et de l'armée le pacte ex-
…» plicite et solennel des. droits sacrés de l’homme et des devoirs
-» du citoyen; le recommandaient à leurs neveux, et en faisaient
to +? mistoins D’#aiTi.—(1605) , /
» hommage aux amis de la liberté, aux pHrant Ont de tous Îles:
» Days, comme un gage signalé -de la bonté divine, qui, par sui-
» te de ses décrets immortels, leur avait procuré l'occasion de bri- » ser leurs fers et de se constituer en peuple libre, civilisé et in- » dépendant. » LR Vernet, qui était déjà ministre des Finances, fut maintenu dans
sa charge; Gtrin fat nommé ministre de la guerre, et Juste Chaufatie, secrétaire général, fut chargé provisoirement des fonctions de
secrétaire d Etat. , à lépoque, dans la gazette du Cap, à l’occasion de la
Biication de la Constitution: «Rien ne peut exprimer les divers senimeus de je , d'attendrissement, d'admiration et de reconnaissance
» qu'ont eprouvés les haïtiens; il faut l'avoir connu ce plaisir doux et
» rVISS: spt dun peup! le jaloux de sa liberté et de son indépendance,
» lorsqu'il possède enfin les moyens de conserver l'objet dont :ül
» est AAefit nent épris, pour se faire une idée juste des délicieu-
.» ses émotions qui enivrérent , en ce moment, tous Îles cœurs. » La Const tutiba limitait considérablement les libertés publiques. NAT
Fih fli Déaur es, maître des hommes el dés choses, la considérait comme
une ordonnance impériale qu'il pouvait révoquer selon son gré. Elle
consscrsit le pouvoir absolu : Îe successeur de Dessalines, et non pas D rssalines lui.même, devait être considéré en guerre ouverte
contre la or ièté, s'il la violait. Le conseil d Etat ne pouvait juger
que le successeur de l'Empereur; celui ci dirigeait seul les dépenses ei les recettes de l'Etat; 11 formait et présidait les conseils spéGlaux qui Jugenient Îles crimes de haute trahison. Quoique la Cons.
itution ne reéconnût } pas de troupes privilégiées, la 4e. demi-brigade,
de l'Artbonite, était ‘devenue la garde de l'Empereur ; beaugoup de
Si} oldais de ce cor ps portaient des passans d'or. Œuvre de”
BGisron 'Tonnère et de Chanlatte, elle était en harmonie avec les
Met de des potisme de Dessalines. Les chefs militaires méprisrient les droits des citoyens, él aucun bourgeois n'eût osé , à celte
époque, demander raison d’une injure à un officier supérieur. Mal
gré la publication de la Constfution et du code pénal militaire,
beaucoup de commandans de place continuaient à faire rouer de
coups les citoyens et les soldats. Les populations du Sud, ardentes
el patriotkques , faisaient déjà entendre des murmures qui parvénäient aux orcilles de l'Empereur. Celui-ei qui n'aimait que Ra.
ens, él aucun bourgeois n'eût osé , à celte
époque, demander raison d’une injure à un officier supérieur. Mal
gré la publication de la Constfution et du code pénal militaire,
beaucoup de commandans de place continuaient à faire rouer de
coups les citoyens et les soldats. Les populations du Sud, ardentes
el patriotkques , faisaient déjà entendre des murmures qui parvénäient aux orcilles de l'Empereur. Celui-ei qui n'aimait que Ra. güerre faisait des vœux pour quelles se soulevassent.
L'Empereur néanmoins portait une. vive sollicitude à étuis tion des domaines, quoiqu'il ordonnât souvent d'affermer les pro- : priètés de l'Etat à ses favoris. Assailii, de toutes parts, de lettres . par lesquelles on lui demandait la jouissance, à titre de fermier, de nombreux biens de l'Etat, il enjoignit aux directeurs des do:
maines de se conformer strictement au mode de fermage déterminé
quelles se soulevassent.
L'Empereur néanmoins portait une. vive sollicitude à étuis tion des domaines, quoiqu'il ordonnât souvent d'affermer les pro- : priètés de l'Etat à ses favoris. Assailii, de toutes parts, de lettres . par lesquelles on lui demandait la jouissance, à titre de fermier, de nombreux biens de l'Etat, il enjoignit aux directeurs des do:
maines de se conformer strictement au mode de fermage déterminé n |
d
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| VIF rer.
Fe
a :
misToiRe p’natTI.— (1805) “223
par l'arrèté du ministre des finances, dé Décembre 1894.— I se montrait convaincu que pour faire prospérer l'Agriculture dans ses
Etats, il fallait affermer les biens domantaux. D après l'arrêté de
Décembre 1804, les habitations étaient adjuoées, à l'extinction dan
feu, au plus offrant et dernier enchérisseur; la eriée se faiszit pur
le directeur des domaines en présence. de l'administrateur principal,
assisté du contrôleur, comme représentant des intérêts du gouvernement. Les baux à ferme étaient pour cinq ans; le prix de la
ferme de chaque habitation était versé en nature, café beaa ei marchand, aux frais des fermiers, dans Îles magasins des préposés
d'administration des paroisses, qui leur en délivraient bonne et vas
-lable quittance. Les fermiers ne pouvaient disposer de leurs denrées qu'après avoir justifié du paiement de la ferme ; les préposts
étaient personnellement responsables envers L'Etat des permis qu'ils
délivraient. Le preneur, qui, à la fin de l’année, ne psyait pas
ses cultivateurs et le prix de sa ferme, avait son bail annulé de
plein droit ; il était lui-même incarcéré pendant six mois, el ses
propriétés ou celles de sa caution étaient confisquées pour payer
ce quil devait à l'Etat. H était généralement dans l'obligation de
fournir au gouvernement, chaque année, autant de fois 250 liv. de café
ou de coton qu'il y avait de cultivateurs valides sur la propriété qu'il
occupait ; (et on entendait par cutivateurs valides, les individus de
45 à 70 ans} Lorsque les preneurs avaient payé le prix de leur
ferme, ils étaient assujettis à livrer à l'Etat le quart de subvention,
qui consistait en 250 livres de café, etc, environ, par individu vahide. On exigeait donc de chaque cultivateur mille fivres par an.
Les fermiers n'étaient Lenus qu'à faire les réparations locatives, et à
“construire les bâtimens indispensables à la fabrication de la denrée
mquils cultivaient ; 1ls ne pouvaient prétendre, à l'expiration du bail,
| à aucune espèce d'indemnité. . Etant Eh dérés comme pères de
Meurs cultivaieurs, ils les faisaient soigner et médicamenter, en cas
he maladie, et remettaient le bien au moins, dans l'état où ils l'a-
| vaient pris.
Pour mettre aux enchères les biens à affermer on annonçait que
le bureau du directeur des domaines serait ouvert, à cet effet, de 8
heures à midi. Quand les enchérisseurs étaient réunis , on allumait
une bougie d'un pouce de longueur et de quatre lignes de diamètre,
Le le directeur des domaines énonçait la mise à prix. A l'extinction
de la bougie on adjugeait au plus offrant. Quelquefois plusieurs in
'a-
| vaient pris.
Pour mettre aux enchères les biens à affermer on annonçait que
le bureau du directeur des domaines serait ouvert, à cet effet, de 8
heures à midi. Quand les enchérisseurs étaient réunis , on allumait
une bougie d'un pouce de longueur et de quatre lignes de diamètre,
Le le directeur des domaines énonçait la mise à prix. A l'extinction
de la bougie on adjugeait au plus offrant. Quelquefois plusieurs in multe dans la réuvien; le directeur des domaines, pour l'apaiser
était obligé de transiger avec les autres enchérisseurs en leur adjugeant successivement d’autres propriétés à leur choix. Du reste, ces
#pérations avaient lieu au milieu du plus grand désordre : on 5€ RS monEcE
dividus avaient enchéri sur un favori de l'empereur ; néanmoins la.
propriété élail adjugée à ce favori. . Alors il s'élevait un violent tu224 HISTOIRE D’HAÏTI.—( 1805) D ‘7 battait à coups de ‘poing et à coups de sabre. Surles plaintes des
des directeurs des domaines, Fempereur fut plusieurs fois obligé de
punir des officiers supérieurs qui s’étaient livrés à ces exéès. C'est
pour ce motif qu'il mit aux arrêts, pendant trois mois, le colonel
Macaque, commandant du 22e régiment de Jacmel. Ces biens étaient
loués ou affermés à vil prix. Quelquefois pour 50 gourdés far an
on obtenait une habitation rapportant cinquante milliers de café.
Sous le président Pétion, quand on mettra Îles biens lomaniaux en
vente, la plupart des fermiers achèteront los propriétés qu'ils oceupaient déjà, pour une année du prix de leurs fermages. Les propriétés des plaines et des mornes étaient florissantes; le
sucre était fabriqué avec abondance; le sucre terré se vendait en
Mai 4805, dix-huit gourdes le cent; lé sucre brut, sept gourdes le
cent; le sirop ou mélusse, trois gourdins la velte, (six pintes }; le
tafia, cinquante à cinquante cinq gourdes la barrique ; le café, vingtsept à vingt huit sous la livre (au commerce); le coton quatorze gours M
des, le ceut; l'indigo, une gourde la livre; le cacao, quinze à seizen
sous la livre: cuirs de bœuf en poils, une gourde le quart; cuirs
de mouton et cabrit, trois gourdins; cuirs tannés, deux gourdes le
côté; bois de campèche, huit gourdes le: nullier; bots d'acajon de"
-4 pouces, une gourde le pied courant; en planche, d'un pouce, trois |
gourdes le pied eurré; gomme de gaïac, trois gourdins la livre; 6-4
cailles , quatre gourdesla livre; huile de palma-christi, une gourdeu
et demie le gallon; casse médicinale , dix sous la livre ; confituresigèéches et liquides, deux gourdins la Hivre.* © 4
; bots d'acajon de"
-4 pouces, une gourde le pied courant; en planche, d'un pouce, trois |
gourdes le pied eurré; gomme de gaïac, trois gourdins la livre; 6-4
cailles , quatre gourdesla livre; huile de palma-christi, une gourdeu
et demie le gallon; casse médicinale , dix sous la livre ; confituresigèéches et liquides, deux gourdins la Hivre.* © 4 Dessalines tenait presque en disgrâce tous ceux des fonctionnaires
qui ne s'eflorçaient pas de relever quelques habitations, en plaçant leurs:
fonds dans des exploitations agrieoles. Il leur disait qu'aulien d'entployer dans le pays l'argent qu'ils réunissaient, par lés bénéfices dem
leurs charges, ils se proposaient de l'envoyer à l'étranger, pour S'y
rendre ensuite. Ilse montrait de plus en plus satisfait d'Inginac ets
de Lhérisson, directeurs des domaines de l'Ouest et du Sud, qui
remplissaieut sévérement les devoirs de leurs charges, et donnaient
des soins réels aux propriétés qu'ils avaient affermées: Il chargea
Inginac de vérifier les comptes des administrateurs de la 2e division,
de l'Ouest, et Lhérisson, ceux des administrateurs de la province _ du Sud. Ces deux hommes se créèrent beaucoup d'ennemis en s ac=
quittant trop rigoureusement de leurs nouveaux devoirs. Plusieurs.
fonctionnaires civils et militaires ne tardèrent pas à être destitués”
Les uns perdirent simplement leurs emplois; d’autres reçurent l'or:
dre d'abandonner leurs foyers, et d'aller résider soit aux Gonaïves,
soit à Marchand. Jean-Baptiste Bayard remplaça l'administrateur par:
ticulier de Jacmel, dont il était le chef de bureau 1 adjudant-géné | ve u MT de # Gazette du Cap | | ETS | SIN 2 - w HISTOIRE D’HAITI.— (1805) . 826 Blanchet jeune se trouvait déjà aux Gonaïves enfqualité de chef des
bureaux de Vernet; Bruno Blanches ; son frère aîné, homme instruit,
administrateur des finances , à Jérémie, fut remplacé par le chef de
bataillon Bergerac Trichet qui lui-même ne tarda pas être remplacé
par le citoyen Pierre Louis Gas. L'adjudant général Papalier , adMinistrateur des finances des Cayes, fut adjoint au général Moreau ,
commandant de l'arrondissement de cette ville, et remplacé par Cha
viré fils. Les troupes continuaient à n'être ni payées, ni habillées; la ration
qu'elles recevaient en salaison êtaii même très- irrégulidggment distribuée. Dans Île département du Sud, elles murmuraient ,* désertaient,
excitées par leurs officiers" qui n’év: ient pas mieux rétriblés par Etat. - Cependant les magasins du gouvernement étaient bondés d’habillequ'ilavait présentée. A l'égard des vivres pour la Atntte des troupes, vous
P ions ; mais la caisse publique , au furet à mesure qu'elle se rem
plissait, était vidée par les dilapidations. * Ou répandait, dans
l'armée, que l'empereur employait ces fonds à satisfaire les folles
passions de ses maîtresses. Dessalines depuis peu cédait à tous les
désirs de ses courtisanes noires et jaunes, toutes généralement d'une
rare beauté. En vain les officiers supérieurs des corps pétitionnaient
auprès des généraux pour que leurs soldats fussent régulièrement
plissait, était vidée par les dilapidations. * Ou répandait, dans
l'armée, que l'empereur employait ces fonds à satisfaire les folles
passions de ses maîtresses. Dessalines depuis peu cédait à tous les
désirs de ses courtisanes noires et jaunes, toutes généralement d'une
rare beauté. En vain les officiers supérieurs des corps pétitionnaient
auprès des généraux pour que leurs soldats fussent régulièrement "*) Voici une lettre de Geffrard à Jean Louis François relativement aux dé gertions des pr j Empire D'Hairts.
—:00:— Aux Cayes, le 27 Avril 1805.
: | Micozas, GEFFRARD, Général de division, commandant le département du Sud,
| Au général Jan Louis Françots.
Mon cher général, Vos deux lettres des 25 & 26 courant viennent de m'être remises à l'instant,
C'estravee une surprise que je ne puis m'exprimer que j'ai vu la conduite abosninable-qu'antenne La 15e. dei-brignde , je veux dire les officiers de ce corps.
Aü reçu de la présente vous voudrez bien faire arrêter et m'envoyer tous les of- $ ficiers qui ont quitté la garnison de votre arrondissement sans un-permis dé vous
—Ou-du comimansant militaire d'Aquin; et veus ordonnerez au colonel Francisque quilufaut, au 2 du mois prochain, que sa demi-brigade se trouve à Aquin, dans
son complet, pour être passée en revue, etsi, vous apprenez la moindre lenteur …de-sa part, vous l’enverrez par devant moi. Soyez persuadé, général, que cette
P: 2: D 1 1 désertion a: été suscitée par le chef de bataillon Vaval, d'après la pétition êtes autorisé à en faire prendre sur les habitations aflermées , en fouruissant un
bon’ Shil:y avait de l'argent en caisse, je vous, en aurais envoyé pour acheter
des vivres; mais malheureuse ment la plus grande pénurie règne en ce moment, Je vous salue” d'amitié, » :
» N, GEFFRARD 226 HISTOIRE D'HAITI.—(1805) ralionnés; la plupart'des gardes-magasins , qui prévariquaient, faisaient naître toutes sortes d’entraves , et ajournaient la délivrance des rations.
Le soldat, en garnison dans les villes, se nourrissait de maïs le plus
souvent , comme lorsqu'il était dans les bois, pendant la guerre.
Les dilapidations qui avaient lieu dans le Sud et l'Ouest, existaient aussi dans le Nord. Dessalines s'en mentrait outré, parce qu'elles dépassaient toutes les bornes. H se plaignait dé Christophe
variquaient, faisaient naître toutes sortes d’entraves , et ajournaient la délivrance des rations.
Le soldat, en garnison dans les villes, se nourrissait de maïs le plus
souvent , comme lorsqu'il était dans les bois, pendant la guerre.
Les dilapidations qui avaient lieu dans le Sud et l'Ouest, existaient aussi dans le Nord. Dessalines s'en mentrait outré, parce qu'elles dépassaient toutes les bornes. H se plaignait dé Christophe - et des autres généraux qui les toléraient dans l'étendue de leur
commandement. Dès cette époque, Christophe était en relations
avec Bruno pe que l'Empereur avait destilué , pour avoir été
accusé d'inlfigues contre l'autorité, de sa charge de trésorier à
Jérémie. Depuis peu, Bruno Blanchet, devenu l'agent secret de
Christophe, communiquait avec Geffrard et KFérou qui voulaient
életer le général du Nord sur les ruines de Dessalines, mais avec
le projet de l’abattre ensuite, et de livrer l'autorité du pays aux
masses représentées par une assemblée nationale. Il vint au Portau-Prince, fit des ouvertures au général Pétion, en présence de
l'adjudant général Bonnet. Pétion }accueillit froidement, el tout en
lui faisant la promesse de ne pas le trahir, iui déclara quil se
défait du cœur de Christophe. Blanchet se rendit dans le Sud,
eut une entrevue avec Geffrard sur l'habitation Balance, dans Îles
hauteurs du Corail, et s'entendit avec lui, au nom de Christophe,
relativement au renversement de l'empire. * Pendant cet intervalle, le général Christophe reçut une lettre de
l'Empereur par laquelle celui ci Pinvitail à installer les corps judiciaires du Cap, en vertu de l'article 47 de la Constitution. Christophe fit, à cette occasion, une magnifique cérémonie. C'était le
45 Juillet. Les membres du corps judiciaire prêtérent , en ses mains, le serment de fidélité à l'Empereur et à la Constitution. IH leur adressa ensuite ce discours :
« Messieurs , » Sa Majesté, fortement pénétrée que la discipline militaire et
l'exécution des lois sont la garantie des Etats, el qu'une société politique ne peut exister sans ces deux liens de tout bon gouvernement, après avoir établi l’ordre dans- ses armées par la promulgation d'un code pénal, source de la subordination et des vertus
militaires , vient d'étendre sa sollicitude paternelle par l'établissement des tribunaux que les vœux des citoyens appelatent depuis
longtemps; ces vœux sont exaucés, l'équité et la justice vent désormais recevoir la protection qu elles attendent du gouvernement. « Magistrats, désignés pour être les organes de Ja loi, et les appuis du trône, vous ailez entrer dans lexercice de vos fonctions judiciaires. Que la justice et l'équité soient toujours la règle de votre € Traditions du département du Sud, « PORT 0 HISTOTRE D'HAITI 805) 927 conduite, que l'impartialité préside à vos jugemens ! Pénétrez vous
bien de l'importance de vos devoirs. 8. M..8e flatte que vous justifierez sa eonfiance, dans le poste où elle vous à placés ‘et que
vous contribuerez par votre sagesse, à la gloire de son règne et à la
prospérité de son empire. |
de votre € Traditions du département du Sud, « PORT 0 HISTOTRE D'HAITI 805) 927 conduite, que l'impartialité préside à vos jugemens ! Pénétrez vous
bien de l'importance de vos devoirs. 8. M..8e flatte que vous justifierez sa eonfiance, dans le poste où elle vous à placés ‘et que
vous contribuerez par votre sagesse, à la gloire de son règne et à la
prospérité de son empire. | & Il m'est bien doux et bien glorieux, en ma qualité de militaire,
d'être chargé, par sa majesté, de F installation des tribunaux du ressort
de la divisien que j ai l'honneur de commander, et de présenter à
mes concitoyens des magistrats dignes par leur patriotisme , leurs
mœurs et leurs talens, ab (erminer leurs différends et leurs contes:
tations. Tant de bienfuiis doivent imprimer dans vos âmes les sentimens de la plus vive reconnaissance pour Île kéros auguste qui
nous gouverne, et qui mérite si bien notre amour, et l'admiration
de la postérité. *: ke : « Au nom du peuple, je prononce l'engagement ‘de porter aux
tribunaux et à leurs jugemens, le respect et l'obéissance que tout
citoyen doit à la loi et à ses organes, » | Dés tribunaux civils furent également installés dans les autres villes
de l'Empire désignées par la Constitution. Le inême jour , (15 juillet}, fut célébrée avec la plus grande pompe
par la ville du Cap la. fête de Christophe. Les autorités civiles et
militaires sé rendirent à son hôte}, et lui présentèrent leurs hommages. Mr. Rowfmage jeune, administrateur principal de la division,
lui adressa le discours suivant : « Général ? | | «a Les membres, composant l'administration de cette division dont
j'ai l'honneur d étre l'organe en cette occasion, manquent d'expressions assez fortes pour vous témoiguer les sentimens d'intérêt, de
respect et d'attachement qu'ils portent tous au fond de teur cœur … pour vous. Les vertus et les qualités éminentes qui vous distinguent msi justement leur out inspñré pour votre honorable personne lat_ tachement et Île dévouement le plus sincère. Oui, général , nous sentons à chaque instant le bienfait inexprimable dont nous jouissons en vous possedant ; aussi nous apprécions bien le grand avantage
qui résulte de l'harmonie et du bonheur que vous procurez à vos
concitoyens qui trouvent en vous un père, un chef vertueux, éclairé
Ve impartial, le consolateur des malheureux et leur soutien, et un
magistrat dont l'humanité dirige toutes les actions. « Nous ne pouvons done saisir une meilleure circonstance que celle
qui se présente aujourd'hui qui est l'anniversaire de votre auguste
fête, pour vous renouveler l'assurance sincère des sentimens tes plus
vifs que nous vous avons voués, et adresser à l'Etre Suprême les
Nœux que nous faisons, afin qu'il vous accorde sa divine protection,
et quil répande sur vous, votre respectable cpouse et vos enfans, 298 HISTOIRE D’HAITI.— (1805) ses plus ineffables faveurs, qu’il vous fasse jouir de la plus parfaite
satisfaction et d’une entière prospérité, qu'il préserve vos jours précieux de tout danger , et qu'il les conserve pour notre bonheur et pour
seconder et porter à leurs fins les travaux paternels et bienfaisans que
notre auguste Empereur ne cesse d'entreprendre pour la félicité et
Ja conservation de son fidèle peuple. » |
298 HISTOIRE D’HAITI.— (1805) ses plus ineffables faveurs, qu’il vous fasse jouir de la plus parfaite
satisfaction et d’une entière prospérité, qu'il préserve vos jours précieux de tout danger , et qu'il les conserve pour notre bonheur et pour
seconder et porter à leurs fins les travaux paternels et bienfaisans que
notre auguste Empereur ne cesse d'entreprendre pour la félicité et
Ja conservation de son fidèle peuple. » | Christophe fut sensible à ce discours et démontra dans sa
réponse la dignité d'un monarque. Le rédacteur de la gazette du
Cap, Rouanez jeune, homme instruit, dressait les programmes de
ces solennités, et composait, le plus souvent, les discours que prononçait Christophe, d’après les notes que lui fournissait ce dernier.
Les citoyens de la ville du Cap étaient, en général, beaucoup plus
dévoués à Christophe qu’à l'empereur. Pendant que le général Christophe recevait ainsi les hommages qu’on n’adressait qu'au chef de | Etat,
dans la plupart des autres villes de l'empire, Dessalines entra au
Cap dans la soirée de la même journée. (15 fuillet). . Aussitôt après
son arrivée, toutes les autorités se transportèrent au palais, et lui exprimérent en termes chaleureux l'expression de leur dévouement
simulé. | | «È Dessalines était parvenu à découvrir la vaste conspiration qui se
formait déjà contre lui; il avait appris que le Nord correspondait
avec le Sud;* le peuple, par des chants symboliques, prédisait sa
chute prochaine. La conspiration éiait conduite avec tant d'habileté
que l'empereur ne put en saisir les fils; ses instincts lui désignaient«
Chistophe et Geffrard qu'il n'osait cependant ouvertement frapper.
Les généraux divisionnaires étaient presque aussi puissans que em
pereur dans les quartiers où ils avdient fait la guerre contreles français ; les troupes, sous leurs ordres, leur étaient généralement atta«
chées, et Dessalines, contre son gré, usait souvent de ménagemens
envers eux. ; Pendant cet intervalle, le général Clervaux était gravement malade
à la Marmelade. Christophe lui avait envoyé pour lui «œonner des soins, Justamont, son médecin ; Clervaux était le plus ancien"
des généraux de l'empire; la dignité de généralissime qu'ambitionnait Christophe devait lui revenir. Il fallait qu'il succombât pour
que ce dernier y parvint, On ne tarda pas à apprendre sa mort.
Dessalines qui ne doutait pas de sa fidélité, se montra profondément«
affligé. Clervaux, natif de la Marmelade, avait été un des premiers
compagnons d'armes de Dessalines ; ils avaient été promus au grade
de chefs de bataillon le même jour, par le gouverneur Layeaux, sur
la demande de Toussaint Louverture. Le bruit cireula aussitôt que:
Christophe l'avait fait empoisonner par Justamont. On n’a cependant
alines qui ne doutait pas de sa fidélité, se montra profondément«
affligé. Clervaux, natif de la Marmelade, avait été un des premiers
compagnons d'armes de Dessalines ; ils avaient été promus au grade
de chefs de bataillon le même jour, par le gouverneur Layeaux, sur
la demande de Toussaint Louverture. Le bruit cireula aussitôt que:
Christophe l'avait fait empoisonner par Justamont. On n’a cependant 5 C'est un fait que constatent toutes Les traditions du pays,
. HISTOIRE D’HAITI.—(1805) 225 aucune preuve matérielle de.ce crime. Les dernières paroles de Jus+
tamont, rendant la vie, en 1810, sous les coups de bâton que Christophe lui fit donner, en sa présence, dans un accès de fureur,
pourraient seules fournir du erédit aux traditions de la province du
Nord. Justamont, vaincu par la douleur, demanda qu’on lui tranchât
la tête, et sécria: « Clervaux est bien vengé! » La mort de Clervaux donna une libre carrière, à l'ambition: de Christophe qui n'eut .
plus de concurrents .parmi les généraux ; Capoix seul, dont le carac:
tère était indomptable lui inspirait des inquiétudes ; il continua à
surveiller sa conduite avec une nouvelle assiduité, et instruisait Dessalines de ses moindres paroles qu'il dénaturait pour le perdre. Pour
-cely, colonel de la 9e, et Jacques Louis rendaient compte à ChrisMophe de toutes les démarches de Capoix. Celui ci plus intrépide
que Ghristophe, mais d’un esprit moins perspicace, moins étendu,
donnait prise à son ennemi en ne contenant pas l'essor de son caractère violent. Il fit passer aux verges une femme qui n'avait pas
salué son épouse au fort des Trois Pavillons. Entendant les soldats
de la 9e, ses vieux compagnons d'armes, se plaindre de être pas
payés, il les fit solder sans les ordres de l'empereur. Cette dernière
circonstance parvenue à Dessalines exaspéra ce dernier au poli qu'il
voulut faire arrêter et exécuter le général Capoix qui lui avait été
représenté comme voulant vivre dans une sorte d'indépendance de
son autorité® Hi fut détourné de son projet par de sages conseils.
… Depuis la proclamation de l'indépendance, beaucoup de citoyens s'é-,
aient fait mettre en possession de nombreuses propriétés qui avaient appartenu aux blancs jusqu au dernier moment de l'occupation française,
et auxquelles ils n'avaient droit qu'en vertu de ventes simulées que
leur avaient passées ces mêmes blancs, soit au moment de lévacuation , soit lors du massacre général. Ces niises en possession cons
traires à l'arrêté de Dessalines quiannulait ces sortes de ventes , privaient l'Etat de beaucoup de propriétés qui réellement Iur appartenaient. Dessalines voulant faire rentrer ces biens dans les domaines,
ordonna au ministre des finances et de l'intérieur de vérifier les
titres de tous les propriétaires, et d’anéantir ceux qui ne seraient
pas reconnus en due forme. En conséquence le ministre des finances prit la mesure suivante: Le” Le ministre des finances et de l’intérieur, « Voulant mettre ordre aux abus qui ont eu lieu dans toutes les
parties de l'empire, en prenant des mesures pour assurer aux véritables propriétaires la paisible jouissance de leurs biens, et réprimer
les mises en possession illégales qui ont eu lieu ;
» Considérant qu'il est urgent de réunir tous Iles moyens de
l'Etat, pars, et d'en former une masse de revenus suffisans pour
prit la mesure suivante: Le” Le ministre des finances et de l’intérieur, « Voulant mettre ordre aux abus qui ont eu lieu dans toutes les
parties de l'empire, en prenant des mesures pour assurer aux véritables propriétaires la paisible jouissance de leurs biens, et réprimer
les mises en possession illégales qui ont eu lieu ;
» Considérant qu'il est urgent de réunir tous Iles moyens de
l'Etat, pars, et d'en former une masse de revenus suffisans pour 230 Hiarvorne p'Haîgi,—"1805) subvenir aux dépenses publiques et alimenter une armée considérable que notre état de guerre nécessite ; vu l'article 4er. du utre
IT de la loi du 28 Mai qui erdonne que les enfans nés hors mariage , reconnus antérieurement à Îa présente loi, qui auront élé
mis en possession des biens de leurs père et mère , en tout où en
parlie, n'importe par quelle autorité légalement constituée, sent
‘tenus de justifier de nouveau, et ce pardevant le ministre des Finances, des titres en veriu desquels ils ont été 1mis en possession ; -
» Vu les dispositions de la susdite loi, arrête ce qui suit : u Apt MET A Jatér du Aer. d'Août prochain, tous les propriés
taires, indistinctement , sont tenus de se présenter au secrétariat.
des finances et de l'intérieur, nantis de leurs titres de propriété ou
mises en possession , n'importe par quelle autorité, pour être vé- «
rifiés , visés et enregistrés pour recours au besoin, et leur être délivré de nouvelles mises en possession ; Ils se pré ésenteront aussitôt aprés pardevant l'administrateur de leur division , pour faire
FRERE leurs susdites mises en possession. Les propriétaires sont tenus d'anuexer à leurs titres de proae eur pétilion où sera mentionné le nombre des piéces qu'ils,
auront produites et la nature de leurs affaires ; ladite pétition res
tera déposée aux archives des finances pour recours. « 3.° Tout individu qui sera convaineu d’avoir cherché à surpren-"
âre ma religion, soit en introduisant des actes contrefaits, ou par
des «létours mensongers, seront RoursuEnS suivant la rigueur "des lois. « 4. Les administrateurs des divisions militaires, sont tenus de
former Îe cadastre général des propriétaires de leurs divisions, d’après
les nouvelles mises en possession qui leur seront délivrées en vertu
de l'article 1er dudit arrêté. Nul ne pourra disposer de ses denrées.
qu'au préalabie il ne se soit conformé à la présente disposition, 5° En exécution de l'article sept du mode d'affermage, les direcz
teurs des domaines des six divisions militaires feront Le cadastre gé-.
néral des habitalious aflermées où sera relaté le nom du fernuer,”
celui de l'habitation , le genre de produit, celui de la ferme ete
nombre des cultivateurs , 11 sera rédigé de même le cadastre géné
ral des propriétaires reconnus, lesquels € cadustres servent à former
les tableaux de population, et donnent un aperçu des revenus de l’empire. Les directeurs des domaines sont responsables de l'exécution
du présent article, sous le plus bref délai, sous peine de destitu=
tion. Il seront également tenus de me présenter, avec ledit cadastre,
le tableau et le produit des fermes des maisons, bacs, .salines,
boucheries, et les moyens de l'Etat en mulets, chevaux - bœufs
etc. etc.
à former
les tableaux de population, et donnent un aperçu des revenus de l’empire. Les directeurs des domaines sont responsables de l'exécution
du présent article, sous le plus bref délai, sous peine de destitu=
tion. Il seront également tenus de me présenter, avec ledit cadastre,
le tableau et le produit des fermes des maisons, bacs, .salines,
boucheries, et les moyens de l'Etat en mulets, chevaux - bœufs
etc. etc. Le présent sera soumis à la sanetion de sa majesté, pour e
-ordonuer ce qu'elle jugera à propos. . | ï
TS, OUT JE HISTOIRE D’HAITI 1805) | «281 Approuvé comme ci dessus, au palais impérial du Cep, le 24 Juillet 1805, l'an 2e. de l'indépendance d'Haïti. Signé, DESSALINES.
Le ministre des finances et de l'intérieur,
Signé, VERNET. Pour eopie conforme, le secrétaire du ministre des finances et de
l'intérieur , |
Signé, VASTEY. Aussitôt après la publication de cet arrêté, tant au Cap que dans
ls autres villes de l'empire, les propriétaires et les fermiers se
hâtèrent de S'y soumettre, en envoyant leurs titres ou en les apportant eux-mêmes au visa du ministre des finances et de l'intérieur. Ce fut une oecasion d'énormes bénéfices pour les employés
de ce ministère ; il se firent donner plusieurs piastres pour chaque
signature apposée au bas des pièces; plusieurs d’entre eux firent
même viser en transigeant avec leurs devoirs, des titres qui n'étaient
pas en régle” Nous avons déjà dit que Vernet ne savait ni lire ni
écrire, et qu'il ne signait que son nom. Plus tard ces mêmes titres
portant le visa du miuistre seront anéantis par les directeurs des
domaines, qui seront spécialement ehargés d'une nouvelle vérification, car ils recennaitront facilement la fraude. Néanmoins, plusieurs
des agens de l'empereur, mûs par la cupidité, sortiront des bornes
de l'arrêté que nous venons de rapporter , déposséderent de véritables propriétaires pour se rendre fermiers de leurs biens, et exeiteront une indgnation générale. Ce sera une des causes principales de la chute de l'empereur. | Le même jour (24 Juillet) Dessalines fixa par un décret , les émolumens des officiers tant civils que militaires. Ces émolumens furent déterminés. ainsi qu'il suit: Le général en chef (qui n'avait pas encore: été nommé.) 36,135 livres.
Général de division: 24,090
Général de brigade 15,064
Adjudant général, et chef de brigade 42,055.
Chef de bataillon et chef d’escadron 9,033
Administrateur de division | 44,220
Directeur des domaines 8,052
Contrôleur. 8,052.
Trésorier 3,300
émolumens furent déterminés. ainsi qu'il suit: Le général en chef (qui n'avait pas encore: été nommé.) 36,135 livres.
Général de division: 24,090
Général de brigade 15,064
Adjudant général, et chef de brigade 42,055.
Chef de bataillon et chef d’escadron 9,033
Administrateur de division | 44,220
Directeur des domaines 8,052
Contrôleur. 8,052.
Trésorier 3,300 Directeur de douane | 6,600. 232 HISTOIRE D’HAITI.—(1805) Dans l'après-midi du même jour , les forts de la ville du Cap
annoncèrent, chaeun par une salve, la fête de l’empereur qui devait être célébrée le FURRaUE Les barges armées répétèrent ce
salut. Le 25 Juillet, jour de la saint Jacques, les autorités civiles
et militaires se réunirent à l'hôtel du’général Christophe , pour se
rendre au palais impérial, Elles devaient former le cortège de S,
M. qui avait annoncé , la veille, qu'elie assisterait à l'office divin.
Mais Dessalines, qui, depuis son entrée au Cip, exprimait à ses.
favoris intimes , combien il était mécontent du faste que déployait
Christophe, prétexta une indisposition pour ne pas se rendre à l’église.
Il craigaait que pendant la cérémonie, Christophe ne fût, ps en Sa
présence, l'obiet de l'attention publique Le géuéral Christophe se rendit
à l'église, accompagné des autorités de la ville, et se tint à côté du
trône de l’empereur qui tait dressé près du grand. autel. Après
la cérémonie, le cortège se rendit au palais impérial. Dessalines
accueillit tous les fonetionnaires avec une noble politesse, et «
écouta avec le plus grand calme le discours suivant que lui adressa «
le général Christophe : « Sire, « La fète de votre majesté revient sous les plus beureux auspiees.
Ce jour si cher voit, dans toute l'étendue de l'empire, tous les
cœurs haïtiens "portés vers leur vengeur et leur lhbérateur , lui payer
ce tribut d'éloges, de respect, d'amour et de reconnaissance qui
est dû à la véritable vertu, au cœur paternel de votre majesté qui
donne, tous les jours, à son peuple, des marques de sa sollicitude,
et qui consacre, pour son bonheur et sa félicité, les travaux, les”
veilles , les fatigues, et tous les immenses devoirs qu’entraîne l’art
de gouverner. Aussi, au-dedans de vos états, les fruits de la plus
touchante eoncorde , de l’aimable fraternité, de la douce égalité qui :
règne, forment le gage précieux de Ja prospérité et de la durée ,de
votre empire, « Grâces immortelles vous soient rendues, Jacques le bien-aimé,
père du peuple. La postérité vous confirmera ces titres chers et sacrés, que vos contemporains se plaisent à vous donner! que le Dieu
iout puissant, protceteur de notre cause sacrée, daigne répandre sur
vos jours ses saintes bénédictions, ainsi que sur ceux de sa majesté
l'impératrice et de toute votre auguste famille, et qu'il vous conserve
longtemps à la tendresse de votre armée et du peuple , votre seconde
famille.
bien-aimé,
père du peuple. La postérité vous confirmera ces titres chers et sacrés, que vos contemporains se plaisent à vous donner! que le Dieu
iout puissant, protceteur de notre cause sacrée, daigne répandre sur
vos jours ses saintes bénédictions, ainsi que sur ceux de sa majesté
l'impératrice et de toute votre auguste famille, et qu'il vous conserve
longtemps à la tendresse de votre armée et du peuple , votre seconde
famille. « Je me félicite d'être auprès de votre, majesté l'écho dela voi
publique, et je profite de la solennité de ce jour pour renouveler à:
votre majesté impériale les assurances du plus profond respect, du
plus sincère attachement et de la parfaite soumission dont je suis
pénétré. » HISTOIRE D’HAITI.— (1605) 233 S. M. répondit à son excellence le général Christophe : « Que Île
vœu de son cœur avait toujours été la prospérité de son tres et que, son bonheur serait la plus douce récompense deses veilles
etequil ny avait que le mérite et les services rendus à la eause
publique par son excilenee le général Christophe qui pussent égaler l'estime et l'amitié de S. M. et la confiance entière qu'elle
mettait en fui.* » R À À À A À L'administrateur principal de la division du Nord , Roumage jeune, *
prononça ensuite le discours suivant, au nom du corps administratif : « Sire, a Nos cœurs éprouvent une bien douce satisfaction, en ce Jour
qui est l'anniversaire de votre auguste fête, en vous témoignant le
bonheur que nous éprouvons de vous posséder au milieu de nous. -Grâces soient rendues à la Divinité de nous avoir conservé un héros dont les jours nous sont si précieux! Vous êtes le vrai fondateur ét le sauveur de notre liberté et de notre linmortelle indépendance; VOUS qui avez lout sacrifié pour notre patrie, afin de la soustraire à la tyrannie sous laquelle on voulait la replonger. Après nousavoir donné dégpadance, vous ne cessez de travailler à la défense de - notre liberté, et de consaerer entièrement votre temps à la prospérité et à la gloire de votre empire. « Déjà nous voyons, pour chacun de rous, l'aurore du bonheur;
permeitez donc, en reconnaissance des bienfaits dont vous nous avez
comblés et des services que vous avez rendus à notre chère patrie,
de présenter à votre majesté nos hommages respectueux ;.permettez
nous de vous prier d agréer, en ce jour mémorable, l'assurance sincère de notre gratitude et des sentimens d’attachement, de fidélité et
de dévouement que nos cœurs renferment pour vous. Puisse le ciel
couronner d un succès complet toutes vas entreprises , protéger voire
personne sacrée, ainsi que celle de notre digne impératrice, qui
rest notre idole, et assurer la prospérité de Votre augusle famille ;
qu'il conduise à leur fin les travaux que vous ne cessez d’entrepren- “dre pour la félicité publique qui fait votre sollicitude continuelle. Lels sont les vœux que nous ne cessons d’adresser pour votre gloire,
| et dont l'accomplissement peut seul assurer notre bonheur. » S. M. en répondant à l'administrateur exprima aux officiers civils
“combien était grande la bienveillance qu'il: leur portait.
S: M. salua les fonctionnaires qui étaient réunis autour de lui,
et se retira dans ses appartements -HepiGnliars , au milieu des cris
de vive l'Empereur ! |
licitude continuelle. Lels sont les vœux que nous ne cessons d’adresser pour votre gloire,
| et dont l'accomplissement peut seul assurer notre bonheur. » S. M. en répondant à l'administrateur exprima aux officiers civils
“combien était grande la bienveillance qu'il: leur portait.
S: M. salua les fonctionnaires qui étaient réunis autour de lui,
et se retira dans ses appartements -HepiGnliars , au milieu des cris
de vive l'Empereur ! | * Gazette du Cap. | 284 HISTOIRE D'HAITI.—(1805) En même temps on achevait de servir une table dans une vaste pic
richement décorée, L'empereur se représenta dans la salle de réception,
et invita tous les fonctionnaires à le suivre. Il les conduisit dans
la pièce du festin et s’assit à l'extrémité nord de la table, aÿant à
ses côtés leurs excellences, les généraux Christophe, Bazelais, chef
de l'état:major de S. M., Romain, Martial Besse, Capoix et Yayou.
Capoix s'était rendu du Port de-Paix au Cap, dès qu'il avait appris
œaue l'empereur y était arrivé. Yayou était parti de Marchand où il
avait été mandé, et accompagnait l'empereur dans sa tournée. Les
officiers de fa cour, ceux de l’état major de la division du Nord,
les employés d'administration, les négocians étrangers assistaient au
banquet. Au dessert les toasts suivants furent portés : Par l'empereur:
à la Liberté et à l'Indépendance d'Haïti! Par le général Christo-
‘phe: à l'Empereur, et à notre auguste Impératrice! Par le général
Bazelais: au général Christophe et à tous les généraux de l'armée
Par ladjudant-général Mentor: aux Etats Unis el aux négocians américains, amis de notre indépendance! Par une députation spéciale
du commerce américain: aux Peuvles libres de l'univers, et à la
conservation du Gouvernement et de l'Indépendance d'Haïti. Le
festin se Lermina par plusieurs couplets en harmonie avec la circonstance que chanta Chanlatte, le secrétaire général. Le repas s était
prolongé jusqu'au commencement de la nuit. Le palais fut magnifiquement illuminé de feux aux couleurs diverses. De nombreuses
dames y arrivèrent, accompagnées des officiers de l'état-major de l'ems
pereur et de celui du général Christophe. Un orchestre composé de nombreux jeunes gens du Cap que Christophe enthousiasmait par Péclat de
son imagination fit retentir les appartemens d'une musique harmonieuse
et brillante, et S. M. l'empereur ouvrit le bal par ua rond de ca=w
rabinier. Nos jeunes filles exciièrent là plus vive admiration des
étrangers par leur beauté, leurs grâces el leur mise élégante. L'em- |
pereur qui aimait la danse avec passion, s'y livrail avec: une sorte“
de délire; il tenait la main gauehe dans son gilet et sautait sur un
pied. Le général Christophe, qui ne prenait point part aux plaisirs
de la danse, se tenait isolé, grave, portant un habit bleu de ciel garne,
d'or, et ayant une attitude belle et fière. Pas un des généraux n'était aussi brillent que. lui. Il promenait sur toute la société bondissante des regards sévères. Tout-à coup l'empereur fit un saut, et
s'étendit ensuite presque par terre, aux genoux de sa danseuse. La
musique répétait le refrein : L'empereur vint voir Couloute danser. *
Dessalines , dont les yeux étincelaient , était ivre de plaisir. Christo--
phe dit assez haut pour être entendu d un général qui se tenait près de
lui: Voyez Sa Majesté! N’est-il pas honteux que nous ayons à notre
ères. Tout-à coup l'empereur fit un saut, et
s'étendit ensuite presque par terre, aux genoux de sa danseuse. La
musique répétait le refrein : L'empereur vint voir Couloute danser. *
Dessalines , dont les yeux étincelaient , était ivre de plaisir. Christo--
phe dit assez haut pour être entendu d un général qui se tenait près de
lui: Voyez Sa Majesté! N’est-il pas honteux que nous ayons à notre * Couloute était une des maîtresses de l'Empereur, jeune femme de Jérémie, sur.
hi le peuple avait composé un carabinier, HISTOIRE nt) 285 tète un tel sauteur ? Ces paroles qui furent entendues de quelques
favoris de l'empereur lui furent rapportées après le bal. Déjà, à la
fête de l'Indépendance du 1.° Janvier 4805, à Marchand, Christophe
avait dit à Pétion, Îles mêmes paroles, sur Dessalines. Celui ci -contenant sa fureur s'écria: Je n'ignore pas les propos de M. Christophe,
il croit sans doute que sa Ferrière peut le meitre à labri de
mes coups! Eh bien! je le couvrirai d'honneurs, je le laisserai grandir! qu'il se soulève ! mon bras sera assez long pour latteindre
partout. Dessalines témoigna à Capoix toutes sortes de ne et
parut avoir oublié les rappyrts qui lui avaient été fas contre fui.
41 Pexhorta à abattre Christophe en lui tendant un piège. Capoix,
quoique ennemi personnel de Christophe se refusa à commetire un
crime. Dès lors l'empereur résolut sa perte, et le livra à la haine
implacable de Christophe contre laquelle il lavait un peu prolégé
jusqu'alors. Quelques hommes scélérats conseillèrent à Dessalines,
mais säns succès, de faire empoisonner Christophe par le médecin
Justamont, français qui avait été sauvé du massacre , en 1804, *
. Capoix,
quoique ennemi personnel de Christophe se refusa à commetire un
crime. Dès lors l'empereur résolut sa perte, et le livra à la haine
implacable de Christophe contre laquelle il lavait un peu prolégé
jusqu'alors. Quelques hommes scélérats conseillèrent à Dessalines,
mais säns succès, de faire empoisonner Christophe par le médecin
Justamont, français qui avait été sauvé du massacre , en 1804, * Les étrangers qui se trouvaient au Cap avaient été flatiés de l’accueil qu'ils avaient reçu au palais impérial; d'après les ordres de
Dessalines , ils avaient été entourés de toutes sortes de considérations. Du.reste les anglais n'applaudissaient pas seuls à notre 1ndépendance ; les américains qui avaient des relations avec notre île
la fétaient aussi, même dans leur pays. Ecoutons la gazette d'Haïti
de celle époque: «. Parmi les hommes qu'attirent sur nos rivages
les précieuses denrées de notre fertile territoire, il en est que lintérèt seul ne gouverne pas entièrement, et qui ne sont pas étrangers
au cri de la nature et à celui du droit des gens, en même temps
qu ils cherchent à obtenir un gain licite que tout honnête négociant
a droit d'espérer d'un commerce équitable. NAN Jacob Lewis,
Samuel J. Ogden et Washington Morton, écuyers, principalement
intéressés dans l'armement da cot vol RUE se du Port-auPrince, el arrivé à New:York le 18 Mai dernier, ont donné à bord
du navire l'Indostan, à l'occasion de l’heureuse arrivée de ve COBYOÏ,
un diner de plus de cent personnes parmi lesquelles se trouva ent
l'honorable Rufus King, le juge Livingsiton, le général Sievans, le
général Morton, Mr. Woodworth, procureur général de l'Etat, Mr.
Riken, procureur du district, et plusieurs des magistrats de la ville.
Plusieurs oasis portés pendant le repas, au bruit du canon, font
Noi”” que la cause de la liberté de tous les hommes et particulière
ment celle de l'indépendance de notre pays, trouve encore des partisans dans la classe des hommes vraiment éclairés, et qu'un esprit
de vertige et d'anciens préjugés n’ont pas entièrement aveuglés sur
le sort de leurs semblables. On ne sera peut être pas fâché de trouver ici les vœux de cette compagnie respectable pour notre gouver236 4 HISTOIRE D’HAÏTI.—(1805)
, font
Noi”” que la cause de la liberté de tous les hommes et particulière
ment celle de l'indépendance de notre pays, trouve encore des partisans dans la classe des hommes vraiment éclairés, et qu'un esprit
de vertige et d'anciens préjugés n’ont pas entièrement aveuglés sur
le sort de leurs semblables. On ne sera peut être pas fâché de trouver ici les vœux de cette compagnie respectable pour notre gouver236 4 HISTOIRE D’HAÏTI.—(1805) nement. Voici les toasts, ainsi que la gazeite de New-York Îles a
rapportés : À la Liberté, ce beau présent du Ciel aux hommes! dans
quelques lieux qu'il se trouve des hommes , puissent-ils jouir de
sa douce présence! ; « Au gouvernement d'Haïti fondé sur les seules bases légitimes de
toute autorité, le choix du peuple! Puisse-t:1l être aussi durable que
ses intentions sont pures. » On ne devrait pas s étonner , qu’à cette époque, les américains fissent des vœux pour la prospérité agricole & Haïti, et parussent admirer nos institutions. Depuis l'évacuation des troupes françaises, ils
faisaient, conjointement avec les anglais, presque tout le eommerce
d'Haïti. Sous les capitaines généraux Leclere et Rochambeau, ils avaient
été privés des avantages dont ils jouissaient sous Toussaint Louvertu:
re; et de 1802 à décembre 1803, ils avaient toujours souhaité la
chute de la domination française. Depüis la proclamation de lindépendance d'Haïti ils avaient été replacés chez nous dans leurs anciennes prérogatives. Ce nétait pas véritablement la philantropie qui
les portait à cette bienveillance, à notre égard, en 1805; cétail
l'intérêt, car ils maintenaient alors, comme aujourdhui, dans la
servitude ou la dégradation, les noirs et les hommes de couleur de
l'Union. | Jacoh Lewis et la plupart des autres convives avaient des relations
commerciales avee nous et avaient obtenu toutes nos cerñmandes de
munitions ; par des démonstrations d'admiration , ils voulaient conünuer à se faire bien venir de Dessalines. qui faisait leur fortune. - Dans leur pays ils étaient sans entrailles pour les noirs et les
hommes de couleur , et en réclamant sous le président Boyer,
le sole d'un compte que devait à Jacob Lewis le gouvernement
de 1804, ils trattérent de monstre et de barbare, Dessalines dont le
système éfait pour eux en 4805, un modèle d'administration. Néanmoins
quels qu'aient été les motifs des américains pour nous donner des
Jouanges en 18505 ,. nous devons nous féliciter des égards qu'ils nous témoignaient alors, sans être tenus de les approfondir. Mais aujour- « d'hui que nous sommes plus avancés en civilisation, que notre organisaiion est meilleure, ils ne font entendfe leur voix que pour nous
condamner, quoiqu ils entretiennent toujours avec nous des relations commerciales assez aetives. L’humanité gémit en voyant la mar-.
che ascendante des préjugés américains à l'égard de notre race, pré" jugés barbares, maintenant’ en 1848, au’sein d’une république qui
pratique la démocratie la plus large , un système d’esclavage beaucoup
plus dur que celui de l'antiquité et uniquement basé sur lPépiderme.
voix que pour nous
condamner, quoiqu ils entretiennent toujours avec nous des relations commerciales assez aetives. L’humanité gémit en voyant la mar-.
che ascendante des préjugés américains à l'égard de notre race, pré" jugés barbares, maintenant’ en 1848, au’sein d’une république qui
pratique la démocratie la plus large , un système d’esclavage beaucoup
plus dur que celui de l'antiquité et uniquement basé sur lPépiderme. « Dans les temples protestans d'Amérique , dit M. Roger de Beau-«
voir, vous verrez encore les noirs, à l'heure quil est, parqués« dans un endroit à part.» |
Cependant nous ne devons pas oublier les nobles efforts que font SL, ne > << 0 on "À. à « = HISTOIRE D’HAITI.— (1805) 257 les quakers américains pour parvenir à. l'abolition de la servitude
dans les états méridionaux de l’Union, efforts encouragés et soutenus de quelques hommes d'élite qui ‘siègent au congrès.
Dessalines reconnaissant combien était puissante l'influence dont
jouissait au Cap le général Christophe se résolut à flatter son aïnbition et à l'intéresser à son gouvernement en le comblant de
ses plus hautes faveurs. Christophe les acceptera pour travailler avee plus de sécurité à la ruine de lempereur. Dessalines qui
avait le génie de la guerre, n'avait nulle idée d'administration, et
depuis la paix, au lieu de s’entourer d'hommes de moralité et d’expérience, 11 se laissait gouverner par ses passions qu ’incitaient encore quelques hommes immoraux. Il était devenu, depuis qu'il ne
doutait plus de l'existence d'une conspiration , d'un caractère totalement absolu, et la moindre contrariété lirritait jusqu’à
la fureur. L’adjudant général Mentor qui s’étudiait toujours à se
tenir à ses côlés, s'eflorçait d'atteindre à une haute position. Il ne
cessait néanmoins de répéter que toute son ambition ne consistait
qu'à demeurer auprès de la personne de S. M. Les hommes de l'époque ont cru, pendant longtemps, qu'il avait élé un agent secret du gouvernement français, travaillant à susciter la guerre civile dans empire.
Il était parvenu à inspirer à Dessalines des inquiétudes relativement
à la fidélité des hommes de couleur. Il lui disait toutes les fois
qu'il en trouvait l’occasion, que ces derniers ne rêvalent qu'aux
moyens de détruire l'indépendance d'Haïti pour hvrer le pays aux
blancs leurs pères. D'une autre part, 1! exprimaità quelques hemmes de couleur que Dessalines étail un ignorant , un affreux tyran ,
ne cherchant que l’occasion de dévorer ceux qui lai étaient supérieurs
en connaissances. Comme il savait que David Troy ne pouvait qu'être
très-hostile à l’empereur , 11 {ui dit un jour, en le rencontrant dans
une rue: « est-ce qu un ignorant tel que Dessalines est fait pour nous
commander; des hommes tels que nous devraient ètre à la tête du gouvernement; j'organise un parti contre l’empereur ; sois des nôtres,
iu acquerras une haule position quand J'aurai réussi; je veux que
Dessalines commette tant d'injustices que le peuple soi obligé de
se soulever contre fui.» David Troy qui connaissait sa perfidie Es:
qui, de son côté, travaillait les esprits eontre Dessalines, en faveur
de Gelfrard tout en mettant en avant le nom de Christophe , lui répondit: « Si vous avez une liste des personnes entrées dans
votre conspiration , n'y porlez pas mon nom; Je suis convaincu
que vous ne réussirez, pas. Degla manière que se conduit Dessalines, sous l'influence de vos conseils, vous parviendrez à le faire suCcomber : mais sa chute entraînera votre mort; vous n'êtes qu'un
Martiniquais n'ayant pas même fait la révolution dans ce pays ; vous
n'y avez pas de racines ; vous n'êtes point connu des troupes et des
montagnards, vous n'exercez sur cux aucune Influence, » David Troy
porlez pas mon nom; Je suis convaincu
que vous ne réussirez, pas. Degla manière que se conduit Dessalines, sous l'influence de vos conseils, vous parviendrez à le faire suCcomber : mais sa chute entraînera votre mort; vous n'êtes qu'un
Martiniquais n'ayant pas même fait la révolution dans ce pays ; vous
n'y avez pas de racines ; vous n'êtes point connu des troupes et des
montagnards, vous n'exercez sur cux aucune Influence, » David Troy * 238 HISTOIRE D'IAITI.—(1805)
é LL se sépara de lui, en lui disant qu'il n'était point hostile àT'empereur. Juste Chanlatte et Boisrond Tonnèére g'etforcatéitt de hebtialtéet
l'influence qu’acquérait à la cour l’adjudant-général Mentor; mais
ils étaient, eux aussi, animés de mauvaises passions; ils étaient peu
propres à faire entrer Dessalines dans la voie de la légalité. Le chef
de l’état major général, Bazelais, accablé sous le poids des fatigues
qu'il avait supportées pendant la guerre civile et celle de l'indépendance,
se montrait dégoûté de la vie, et ne s'occupait que de ses devoirs
militaires. Il existait alors dans l'empire deux partis qui agissaient sourdement et aclivement., Celui de Christophe auquel se ralliaient dans
le Sud, en se servant de son nom, pour réussir, mais avec l’arrière
pensée de le combaitre, les Gelfrard, les Férou , les Wagnac et la
piupart des officiers sous leurs ordres : et celui de l'empereur dont
les officiers les plus dévoués étaient les Gabart', les PBazelais, les Charlotin, les Boisrond Tonnère, les ‘Chanlatte, les Diaquor, les Vernet, dans l'Artibenile; dans: le Sud , les Bazile, les Mo:
reau ou Coeoherne; Îles Guiilaume Lafleur , et les Lhérisson',
directeur des domaines, et dans l'Ouest, Lamarre, colonel de la
24e. du Petit-Goûve, Germain frére, commandant de l'arrondissement du Port-au-Prince, et Inginac, directeur des domaines. Dans le département du Nord les frèrs Roumage, Rouanez jeune,
et les autres principaux citoyens du Cap étaient dévoués à Christophe. Capoix, au Port-de-Paix , se tenait isolé, en garde et contre l'empereur el contre Christophe; au Port-au Prince, le général Pétion,
él attaché à Dessalines, mais n'ayant nulle confiance en Christophe, ne voulait pas se prononcer; du reste il ne s'était pas encore
abouché avec Geffrard ; et ignorait les véritables dispositions de celuici à l'égard de Christophe. Boisrond Tonnère et Chanlatte dont
l'existence était liée pour ainsi dire à celle de Pempereur , et qui
étaient disposés à sacrifier leurs jours pour sa conservation , surtout
Boisrond , étaient si corrompus qu'ils travaillaient à la perte de S.
M., en voulant la servir, par les violentes mesures qu'ils lui faisarent
prendre. Moreau avait exaspéré Geffrärd par lopiniâtreté de ses
dénonciations, qui étaient favorablement accueillies. El Paccusait
Chanlatte dont
l'existence était liée pour ainsi dire à celle de Pempereur , et qui
étaient disposés à sacrifier leurs jours pour sa conservation , surtout
Boisrond , étaient si corrompus qu'ils travaillaient à la perte de S.
M., en voulant la servir, par les violentes mesures qu'ils lui faisarent
prendre. Moreau avait exaspéré Geffrärd par lopiniâtreté de ses
dénonciations, qui étaient favorablement accueillies. El Paccusait auprès de Dessalines d'être un ami des blancs , d'en avoir beaucoup! sauvé, de négliger son devoir, de laisser décroître les produits en
négligeant Fa “euliure , de tolérer la licence dans les "troupes. Geffrard , au contraire, était un officier de la plus grande sévérité ; il s'ef
forçait de réprimer let abus; ilest wtai que lors du massacre de blanches, 11°en avait sauvé beaucoup : ; il se justifiait en disant qu'il avait
piis les armes contre les soldats de la France, mais non contre
des femmes et des enfans. Une sédition vénait d’éclater parmi les troupes do la garnison des Cayes; 1l l'avait énergiquement épris à HISTOIRE D'HAITI.— (1805) ‘4 239 quoiqu'il ne fût pas partisan du système par lequel on passait aux
verges le soldat. Un grenadier de la 13e. demi-brigade des Cayes
avait élé condamné à recevoir une centaine de coups de verges; les com- …paguies d'élite de la 17e, autre corps de la garnison, s’ameutérent, et voulureut s opposer à l'exécution. Elles Méconnurent, etmême menacèrent leurs officiers. Geffrard , apprenant qu'il y avait sédition
dans les troupes, se présenta sur la place d'armes, imposa aux soldats par son attitude et son langage énergique, fit passer aux verges
le militaire coupable, sous ses yeux, fit incarcérer les principaux … agitateurs, et rétablit le prestige de la discipline. Dessalines ; jusqu'aù milieu de 1805 avait été juste et équil able anvers ses leutenans ; il avait fait de vrais efforts pour éteindre toute
espèce de préjugés de easles, pour établir une parfaite union entre
Phomme de couleur et le noir. Il avait même fait fusiller plusieurs
individus qui avaient cherché à exciter le noir contre l'homme de
couleur. Mais depuis qu'il avait appris qu'on tramait contre son
autorité, 1 avait totalement changé de conduite, et la malveillance
trouvait accès auprés de sa personne. Ne mettant plus aucun frein
à ses passions, il voyageait suivi d'histrions, de danseurs", de musiciens et mème de courtisanes. Danseur infatigable, dès qu'il arri-
“aiten. un endroit il donnait un bal. Sous Toussaint Louverture, pour plaire au gouverneur-général, chacun s ap} >prochaït de la saintetable; sous Dessalines on se AU une gloire de bien danser, L'em- | pereur ‘se livrant à des plaisirs : scandaleux oublia qu'il était le chef de Etat: La plus grande immoralité régnait autour de lui. D'une gaîté
par fois grotesque , il disait aux dames qui fréquentaiént la cour,
combien il admirait soit leur beauté, soit leur latdeur. A son exemple les officiers de son état major entretenaient des coneubines dans
chacune des villes de l'empire, et le général Geffrard qui condampait Sa ‘conduite, se livrait aussi, aux Cayes, à ce déréglement de
mœurs. Comme les enfants naturels jouissaient des mêmes droits
civils que les enfans légitimes, les citoyens ne se mariaient pas la
ént la cour,
combien il admirait soit leur beauté, soit leur latdeur. A son exemple les officiers de son état major entretenaient des coneubines dans
chacune des villes de l'empire, et le général Geffrard qui condampait Sa ‘conduite, se livrait aussi, aux Cayes, à ce déréglement de
mœurs. Comme les enfants naturels jouissaient des mêmes droits
civils que les enfans légitimes, les citoyens ne se mariaient pas la plupart. En ne prenant pas en considération lesprit de la lofqui doit toujours être interprété en faveur de ia morale, l'enfant adultérin même pouvait être reconnu par l’auteur de ses jours. Cepen- - dant sans Île mariage il ny a pas de famille, et sans famille pas de
sociélé. Le général Christophe qui, lorsqu il devint roi, proscrivit
le concubinage , condamnait dés lors ce déréglement de mœurs _ Quand l'empereur entrait dans une ville, les femmes honnêtes étaient
dans de graves inquiétudes, car leur vertu était menacée non-seulement par lui, mais encore par les officiers de son état major. Beauhe
jours. Cepen- - dant sans Île mariage il ny a pas de famille, et sans famille pas de
sociélé. Le général Christophe qui, lorsqu il devint roi, proscrivit
le concubinage , condamnait dés lors ce déréglement de mœurs _ Quand l'empereur entrait dans une ville, les femmes honnêtes étaient
dans de graves inquiétudes, car leur vertu était menacée non-seulement par lui, mais encore par les officiers de son état major. Beauhe “coup de mères de famille tenaient leurs filles renfermées pour les soustraire aux regards de ceux qui élaient assez puissants pour les
posséder , impunément , par la violence.
Les EDS quant à lhabii smcnt, étaient dans un état pitoyable; 210 HISTOIRE D'HAÏTI 1505 ) elles avaient été vêtues avant l'expédition de l'Est, comme nous l’avons déjà dit; mais, à présent, elles étaient presque nues. L'empereur ne donnait quelque soin qu'à la 4e demi-brigade qui avait
son cantonnement à Marchand. Cependant le ministre des finances
avait employé des sommes considérables à des acquisitions de drap
et de toile pour l'habillement de l’armée. Mais les administrations étalent
livrées à une sorte de pillage, et l'empereur, plongé dans les plaisirs,
négligeait de réprimer efficacement ces désordres qui se commettaient
d'une manière scandaleuse. I eût fallu, peur les faire cesser, qu'il n’eût
pris aucune part aux dilapidations. Quand il passait les troupes en
revue, il leur disait: « Vous rivalisez de nudité avec les bouteilles.»
Le soldat humilié de ces affronts dévorait son indignation. Quand
on se rappelle que Dessalines avait été simple grenadier, qu'il avait
véeu de Vexistence du soidat, qu'il était parvenu à sa haute dignité,
en passant por tous les grades, on est vivement surpris du peu de
sollicitude qu'il portait à l'armée. Essentiellement homme de guerre, il avait toujours eu des entrailles pour le soldat; il savait que
les troupes sont humiliées d’être négligées, qu'elles ont droit de se
plaindre quand elles ne sont ni vètues, ni payées, parce qu'elles
versent leur sang pour la pairie, et que la gloire qu'elles acquiérent
rejaillit en entier sur leur chef; il savait que lorsqu'elles souffrent,
elles deviennent accessibles aux suggestions des agitateurs de tous
genres; cependant en 1805, il fermait l'oreille aux plaintes de larmée, et la narguait même de sa nudité. Geux des hommes de l'époque qui existent encore, et qui lui ont été dévoués Jusqu'au dernier moment, assurent que ses favoris , voulant£ le
perdre , le poussaient à dessein dans une fausse voie , et le portaient à ne pas habiller les troupes afin qu’elles se soulevassent. Mais
la nation, en général, jugeait, à celté époque, quil était ébloui par
la toute puissance, et qu'il était séduit, par Îles douceurs de la paix
auxquelles il se livrait sans aucune préoccupation des intérêts généraux, Comme il se passionnait pour toutes les choses qu'il aimait,
il méttait aux plaisirs la même ardeur qu'il avait déployée pendant
la guerre. Heureusement pour la génération qui vécut sous son
gouvernement, il était sobre, car s'il s'était livré aux liqueurs fortes,
ses violents instincts l'eussent porté à des excès abominables; la passion qui le dominait était celle des femmes; accessible à la générosité, il pardonvait facilement, et- ceux qui avaient été l’objet” de sa
clémence n'avaient plus à redouter d’être de nouveau poursuivis
Dans son essai sur les causes de la révolution et des guerres civiles”
d'Haïti, publié à Sans Souci en 1819, sous les yeux de Christophe,
devenu roi, Vastey s'exprime ainsi qu'il suit relativement -à l'époque
de Dessalines : * «Un désordre général eut lieu dans l'empiro; les fi
* Nous savons que Vastey était le chef des bureaux de Vernet ministre des fs
pances, en 1804, 1805 et 1806 , sous Dessalines, "#0 4
des guerres civiles”
d'Haïti, publié à Sans Souci en 1819, sous les yeux de Christophe,
devenu roi, Vastey s'exprime ainsi qu'il suit relativement -à l'époque
de Dessalines : * «Un désordre général eut lieu dans l'empiro; les fi
* Nous savons que Vastey était le chef des bureaux de Vernet ministre des fs
pances, en 1804, 1805 et 1806 , sous Dessalines, "#0 4 - LES CE HisToiRe D'HAITI. (1805) RAI ñances désorganisées, les troupes sans paye et sans habillemens,
la vérification des titres de propriété poussée à l'extrême, sans un
juste examen; la corruption des gens qui occupaient les fonctions
les plus éminentes, un mécontentement général qui se manifestait
sourdement dans le peuple et les troupes menaçaient l'Etat d’une
Subversion prochaine. Ur « Toutes ces calamités étaient encore envenimées el aggravécs par
les complices de Pétion, les partisans des français qui arrivaient
de tous côtés, el se rendaient dans l'Ouest et le Sud pour préluder au grand drame qui devait avoir lieu.* Dans ce débordement
de mœurs corrompues, le général en chef Christophe cherchait, en
vain , à y opposer une digue; il avait maintenu, autant qu'il était
en son pouvoir, plus d'ordre et de régulardé dans Fadministra.
tion, et la discipline parmi les troupes. Sa conduite privée, ses
mœurs régulières avaient fait tourner tous les regards vers ln; il
était l'espoir des gens de bien et des pères de famille. L’Empereur napportait aucun remède à ces maux; il les ignorait complètement, 1l était aveuglé par sa prospérité et par les flatteurs,
ses alentours , qui lui cachaient les gémissemens du peuple; cés vils
flatteurs, ces hommes corrompus ét méchans ne s'occupaient que
de futihité , de danses, de bagatelles, d'intrigues de femmes;
ils étaient bien éloignés de vouloir lui donner des conseils salutaires qui pouvaient lui faire ouvrir les yeux sur sa situation , et le
sauver du péril qui le menaçait, et consolider son gouvernement;
l'empereur se jetait lui-même dans le piège que lui tendaient ses
ennemis, qui l'entrainaient à négliger ses devoirs et à commettre
des actions indignes de lui, pour lui faire perdré l'amour ét la
Yénération du peuple, et être immolé ensuite avec plus de facilité. »
…. Les lieutenans de l'empereur, par les violences auxquelles ils se Îi-
—…vraient, faisaient naître dans le peuple un véritable mécontentement. :
Ainsi que sous Toussaint Louverture, le laboureur était maintenu au
travail sous la verge et le bâton, et le citoyen qui ne le dénonçait
pas à l'autorité, lorsqu'il était parvenu à sa connsissance qu'il s’était réfugié en ville, était condamné à douze gourdes d'amende. Le
“commandant de la place du Port au-Prince, le colonel Bedouet, ne
le cédait pas , en sévérité ,à Germain-Frère. Mademoiselle Miss,
d'une famille respectable, fut accusée d’avoir donné asile à une
cultivatrice. Elle fut mandée au bureau de la place, condamnée
à l'autorité, lorsqu'il était parvenu à sa connsissance qu'il s’était réfugié en ville, était condamné à douze gourdes d'amende. Le
“commandant de la place du Port au-Prince, le colonel Bedouet, ne
le cédait pas , en sévérité ,à Germain-Frère. Mademoiselle Miss,
d'une famille respectable, fut accusée d’avoir donné asile à une
cultivatrice. Elle fut mandée au bureau de la place, condamnée R A A À A # A RAR RAA RAR RAA À À À À À A À À à …* Vastey écrivait sous l'influence de Christophe qui, en 1807, après avoir
échoué devant le Portau-Prince , sauvé par les généraux Yayou et Pétion , se prolama le vengeur de Dessalines. Cependant il avait sanetionné, en 1806, eamme général
en chef, tous les actes qui avaient été publiés au Port-au-Prince, contre ,Dessalines ; mais alors il n'était pas encore en lutte avec Pétion, qu'il représenta , dès “que commença la guerre civile, aux populations du Nord et de PArtibonite ;
comme ua ambitieux, un traitre, 242 - HISTOIRE D'HAITI.—(1805) et passée aux verges , parce qu'elle ne put pas, tout de suite, compter
douze gourdes d'amende. Get acte de rigueur fit éclater la plus violente indignation. Quand le peuple rugira contre Dessalines, Bédouet
n’échappera à la mort qu'en se cachant.
“que commença la guerre civile, aux populations du Nord et de PArtibonite ;
comme ua ambitieux, un traitre, 242 - HISTOIRE D'HAITI.—(1805) et passée aux verges , parce qu'elle ne put pas, tout de suite, compter
douze gourdes d'amende. Get acte de rigueur fit éclater la plus violente indignation. Quand le peuple rugira contre Dessalines, Bédouet
n’échappera à la mort qu'en se cachant. S. M. l’empereur était toujours au Cap. Les autorités de celle ville
J'y retenaient en lui donnant chaque jour de nouvelles fêtes. Par
une ordonnance du 26 Juillet, Dessalines nomma Christophe , général en chef de l’armée d'Haïti, dignité que celui-ci ambiuonnait depuis longtemps, André Vernet, ministre des finances et de l'inté.
rieur , et Etienne Elie Gérin, ministre de la guerre et de la marine.
Vernet et Gérin avaient déjà été nommés ministres, le premier depuis
4804, et le second, aussitôt après la publication de la constitution.
Par une ordonnance du 28 Juillet, les départements du Nord, de
l'Ouest, et du Sud, furent partagés chacun en deux divisions. La
première division du Nord fut confiée au général Paul Romain , devenu divisionnaire; elle renfermait les arrondissemens du Port-de-Paix
et de la Marmelade; la seconde division comprenait les arrondissemens du Cap et de Ouanaminthe ; elle fut confiée au général François Capoix. L'empereur voulait détruire la grande influerce que
ses lieutenans exerçaient dans tout l'empire. Il affaiblissait leur.
puissance en subdivisant les provinces qui leur étaient confiées et
en leur opposant des officiers sur la fidélité desquels il croyait
pouvoir compter. Actuellement l'autorité de Christophe , devenu généralissime des armées d'Haïti, répandue sur tous les généraux de
l'empire, s’affaiblissait d'autant plus qu'elle s'étendait et agissait moins directement sur un quartier. (Capoix enlevé aux habitans
du Port-de Paix sur lesquels il avait une puissante influence, fut
obligé de se tenir au chef lieu de la seeonde division du Nord, sous les
yeux de Christophe. La 1" division de l'Ouest, confiée au général
- Louis Gabart , qui possédait toute la confiance de l’empereur, comprit:
les arrondissemens des Gonaïves et de Dessalines, capitale de l’empire. * Le général Pétion conserva le commandement de la seconde
division de l'Ouest, comprenant les errondissemens du Port-auPrince et de Jacmel. L'autorité du général Gefirard fut restreinte
au commandement en chef de la première division du Sud com-«
prenant les arrondissemens d'Aquin et des Cayes. La seconde division du Sud comprenant les arrondissemens de l’Anse à-Veau et de
Jérémie, fut confiée au général Jean Louis François, assez dévoué à
l'empereur, quoique celui ci se fût efforcé, mais sans succès , de ré«
pandre le trouble dans sa famille. | | ,
ité du général Gefirard fut restreinte
au commandement en chef de la première division du Sud com-«
prenant les arrondissemens d'Aquin et des Cayes. La seconde division du Sud comprenant les arrondissemens de l’Anse à-Veau et de
Jérémie, fut confiée au général Jean Louis François, assez dévoué à
l'empereur, quoique celui ci se fût efforcé, mais sans succès , de ré«
pandre le trouble dans sa famille. | | , On apprit au Cap qu'un navire américain la Louisiana avaitappareillé,
sortant d'un de nos ports, sans avoir payé les droits d’exportation.« * Nous avons déjà vu que arhends, JpufS par l'Empereur, avait reçu le
#fom de Dessalines ct était devenu la capitale d'Haiu, | |
HISTOTRE D'HAITI.—(1805) 248 Dessalines, à celte occasion, décréta , le Aer. Août 1805, « vu le.
e départ furtif de la Louistana, que tout capitaine étranger , à son
arrivée dans un des ports de l'ile, serait tenu de faire cautionner son
bâtiment par une maison de commerce haïtienne où américaine,
éxpressément commissionnée ad-hoc , à laquelle il confierait le dépôt
de la vente des marchandises par lui importées ; sinon le bâtiment
et les marchandises éeraient coufisqués. » Le 30 Acût, l'empereur rendit un décret déterminant le tarif des frais de justice, les
taxes des nolaires el officiers de l’état civil; le tarif des droits
curiaux , le tarif des frais d'impression, le prix des écoles et pensions
«particulières. Chaque enfant externe qui apprenait seulement à lire
et à écrire payait 4 liv. 25. 6 à. par mois; celui qui apprenait à lire,
écrire etc. par mois, 8 Liv. 55. 0 d ; chaque enfant pensionnaire, logé,
“nourri, apprenant àlireet à écrire-, par an, 825 livres. Les instituteurs de l'Etat n'étaient point compris dans ce règlement.
Il apprit que des négocians , intéressant à Jeurs spéculations des
commandans mililaires, recevaient toujours à leur consigaation les
navires les plus importans par leur chargement, au détriment de leurs
—collégues et au mépris des arrêtés du ministre des finances. Pour
“mettre fin à ces abus scandaleux , il déeréta, le six Septembre, que
chaque consignataire serait saisi à tour de rôle, et suivant l’ordre
du numéro, de sa patente, de la vente et de la responsabilité des
Warchandises des bâtimens étrangers. Nul négociant, de quelque
nature que fût sa réclamation, ne pouvait prétendre à une quantité
de navires excédant le nombre de ceux reçus par les autres consi-
“onataires. Avant 1 publication de ce décret, d’après les ordres de
Pempereur aux administrateurs, ce système de consignalion existait
Comme nous l'avons vu. Presque-tous les actes de cette époque.ne
faisaient que sanctionner ce qui était déjà mis en pratique , d'après
les instructions, souvent verbales , de l'empereur.
Les lois et les décrets rendus par Dessalines étaient habituellement
discutés par son conseil privé, composé de Juste Chanlaite, secrétaire général, tenant presque toujours la plume, de Mentor, de
Boisrond Tonnère, de Diaquoi, d'Alexis Dupuy. Quand Dessalines se trouvait à Marchand, le conseil se composait, outre ses
secrétaires, de Jean Jacques Chareron, administrateur à St. Marc, homme de probité et de capaciié, de Louis Auguste Daumec, procumneur général impérial, de Jean-Baptiste, juge et chef de la justice
é de Juste Chanlaite, secrétaire général, tenant presque toujours la plume, de Mentor, de
Boisrond Tonnère, de Diaquoi, d'Alexis Dupuy. Quand Dessalines se trouvait à Marchand, le conseil se composait, outre ses
secrétaires, de Jean Jacques Chareron, administrateur à St. Marc, homme de probité et de capaciié, de Louis Auguste Daumec, procumneur général impérial, de Jean-Baptiste, juge et chef de la justice dS1. Marc, homme vertueux, mais sans énergie. Quand il était au Cap, il adjoignait au conseil, toujours composé de ses secrétaires, le
général Christophe , le citoyen Charrier, les frères Roumage,
mCésar Thélémaque et Beaubert. Dessalines, qui présidait toujours
“ie conseil, se faisait lire les anciens réglemgns concernant la doi qu'il
Mxoulait rendre ; quand il désirait apporter un changement aux anmpiennes dispositions, il exposait son opinion et disait: « Ce serait A RAR AR « 244 HISTOIRE D’HAITI.—(1805) mieux ainsi, qu'en pensez-vous, messieurs? » On était presque tot
jours de son opinion. Cependant sa manière de voir était quelquefois combattue. Alors il se montrait mécontent, et disait: j'entends
qu’ilen soit comme je veux; écrivez , monsieur le secrétaire-général.
Juste Chanlatte s’empressait de rendre sa pensée et de lui en donner
lecture. Quand la loi quil voulait décréter n'avait aucun rapport
avec celles qui avaient existé, il exposait clairement sa pensée, en
langage créole, et demandait aux membres du conseil leurs opinions.
Ils ui répondaient : très bien! très bien! et la loi était votée. Les
séances du conseil duraient une heure, une heure et demie, (rue
quelois deux heures. Dessalines partit du Cap, et retourna à l'Artibonite, laissant Christophe et Capoix dans une complète mésintelligence, l’un surveilant l'autre. Capoix alors à Laxavon, commandant la seconde division du Nord, entretenait des agens dans la partie espagnole et s’efforçait d'y susciter des révolles en faveur d'Haïti. Mais les popuJations hispano-indigènes demeuraient fi:lèles aux français. La lettre
suivante de Capoix, adressée à Christophe, nous fait connaître quels
étaient les renseignemens qu'on avait alors, dans l’ancienne parte
française, sur la province de St. Yague.
, commandant la seconde division du Nord, entretenait des agens dans la partie espagnole et s’efforçait d'y susciter des révolles en faveur d'Haïti. Mais les popuJations hispano-indigènes demeuraient fi:lèles aux français. La lettre
suivante de Capoix, adressée à Christophe, nous fait connaître quels
étaient les renseignemens qu'on avait alors, dans l’ancienne parte
française, sur la province de St. Yague. François GAPOIX, Général de division, commandant la deuxième division du Nord,
A Son Excellence le général en chef de l'armée d'Haïti. Monseigneur, |
D'après les rapports du général Brave, j'ai l'honneur de vous annoncer qu'il y à ici un espagnol, sortant de Mock, qui déjà était avec
nous. Il a déclaré qu'il s'était sauvé d'ici en allant à la maraude ;
et comme il ne fut pas bien traité dans la partie de St. Yague, il
est revenu se rendre à nous, et a déclaré que les noirs n'y ont pas.
beau jeu, tant esclaves que libres et qu'on les prend toujours pour
les envoyer à Sto. Domingo. Le général Brave lui a fait des questions sur les français; il a répondu qu'il n'y en a pas du tout à St.
Yague, et que les espagnols seuls habitent cet endroit. Il a déclaré
aussi que tous les espagnols des hattes sont à se réunir pour former
une cavalerie, dans le but de venir prendre leurs camarades qui sont
ici, à Laxavon avec nous, et qu'ils sont à achever un fort à St. Ya=
gue même où il y a déjà six pièces de canon en'fer. Cet espagnol
se nomme Juste Capéyant ; on le retient en prison en attendant
de nouveaux ordres de vous.
Mon général, rien de ge qui soit digne de votre attention.
J'ai l'honneur d’être avec respect.
di F. CAPOIX, De | HISTOIRE :D'HAITI.— (1805) 245 L'empereur partit de Marchand et vint au Port-au-Prince avc son
état-major, accompagné de Vernet, ministre des finances. Le plus
grand désordre régnait toujours dans Fadministration. Dessalines, ne
sachant pas lire, s’en rapportait au ministre des finances qui lui-même
était gouverné par Vastey , le chef deses bureaux. Le ministre des
finances et de l'intérieur était dans l'obligation de parcourir, chaque
année, les principaux quartiers de l'empire, pour vérifier les comptes
des administrateurs. Du Port au Prince il se rendit à Léogane. Vastey trouva .très-irrégulièrement tenus les comptes de l’administrateur de cette ville. Il était descendu chez celui ci qui l'avait accueillivavec distinction. Au sortir d'un bain qui lui avait été préparé,
il trouva sur sa table un rouleau de doublons. Il fit au ministre
“des finances tun rapport favoreble à l'administrateur. Vernet continua sa tournée. Des employés dont Îles comptes étaient parfaitement en règle, mais qui avaient négligé de faire à Vastey quelques
gralifications furent destitués peu de temps après. La plupart des
agens de Dessalines, ne cherchant qu'à satisfaire leurs intérêts, lui
créaient , de tous côtés, de nombreux ennemis. Mais si un souverain
recueille toute la gloire qu'acquiérent ses sujets , ‘il est, d'une autre
- part, responsable des maux qu'ils endurent. Dessalines disait de
Mernet : « mon pauvre compère ne s'occupe qu'à faire de bons déjeuners et sa partie- de bête; il s'en rapporte à Vastey dont la bourse se
remplit chaque jour.» Et il ne prenait néanmoins à l'égard de Vastey qu'il aimait aucune mesure de rigueur.
ain
recueille toute la gloire qu'acquiérent ses sujets , ‘il est, d'une autre
- part, responsable des maux qu'ils endurent. Dessalines disait de
Mernet : « mon pauvre compère ne s'occupe qu'à faire de bons déjeuners et sa partie- de bête; il s'en rapporte à Vastey dont la bourse se
remplit chaque jour.» Et il ne prenait néanmoins à l'égard de Vastey qu'il aimait aucune mesure de rigueur. Pendant son dernier séjour dans le Nord, il avait acquis la con:
Viclion que son ennemi le plus redoutable était Christophe que
Néanmoins il ménageait, ne pouvant l’abattre sans en venir à uno
lutte, car la garnison et les citoyens du Cap eussent soutenu celui ci
dans sa résistance... D'une autre part, 1l ne doutait pas que Geffrard
ne. prit les armes dans le Sud, si Christophe se soulevait dans le
Nord. Avant d'agir contre ces deux généraux auxquels cependant il
ne refusait pas ses faveurs, il songea à s'assurer de la fidélité du
général Pétion dont l'influence était immense sur les populations de
POuest tant des villes que des campagnes, et dont la loyauté géhéralement connue lui inspirait quelque confiance. En s’attachant
Pétion , il se rendait maître de l'opinion de l'Ouest, et pouvait
contenir le Sud. Ce résultat obtenu, il lui devenait facile, soutenu
du peuple et des troupes de l'Artibonite, d’assaillir Christophe et de
le terrasser. Il résolut d'attacher Pétion à sa destinée par les liens
“du sang. 11 témoigna de la froideur à Mentor qui Fobsédait de perMides conseils, et parla, de nouveau, de l'union étroite qui dû£
exister entre le noir et le jaune. Il avait une demoiselle, la princesse Célimène, jeune et gracieuse, dont l'éducation avait été soignée
depuis sous le gouvernement de Toussaint Louverture. C'était une
des personnes les plus accomplies de l’époque. 11 se résolut à-la » 846 HISTOIRE D'HAITI. (1808) marier au général sPétion, et en fit part à l’impératrice qui en éprouva une vive satisfaction. Il partit de Marchand plein de cette idée
qui lui souriait; le long de la route il fut gai, bienveïllant; jamais
son entourage ne l'avait vu sous de plus agréables influences. Quand
il parvint au Portau Prince, il fit au général Pétion qui s'était {ransporté au devant de lui, au portail St-Joseph, un accueil plein d’af.
fabilité. Dans la soirée qui suivit son arrivée ; il donna un grand
bal, et fit illuminer toute la ville. Le lendemain, les autorités eiviles et militaires, selon l'usage, se réunirent pour le saluer, dans
la grande salle de réception.
ne l'avait vu sous de plus agréables influences. Quand
il parvint au Portau Prince, il fit au général Pétion qui s'était {ransporté au devant de lui, au portail St-Joseph, un accueil plein d’af.
fabilité. Dans la soirée qui suivit son arrivée ; il donna un grand
bal, et fit illuminer toute la ville. Le lendemain, les autorités eiviles et militaires, selon l'usage, se réunirent pour le saluer, dans
la grande salle de réception. L'empereur fit entrer dans ses appartemens particuliers le général
Pétion et plusieurs de ses favoris les plus intimes, après les avoir
accueillis avec une noble politesse. 11 leur. parla de Funion étroite
du noir et du jaune, comme chose essentielle au bonheur de l'empire; il ajouta qu'il souhaitait que le peuple haïtien devint bronzé
par la fusion des deux races noire et jaune. Il annonça qu'il favoriserait cette fusion par des alliances dans sa propre famille, et,
qu'il aurait l'intention de donner au général Pétion la main de la!
princesse Célimène, sa fille. Tous les regards se portèrent sur Pétion que ces paroles avaient profondément déconcerté. Il demeura
consterné. Tout dans son attitude annonçait qu'il n'accueillait pas
le projet de S. M. Il répondit qu'il n'aimait pas le meriage. Dessalines l’exhorta à réfléchir sur ce qu’il venait d'entendre, et lui dit
que le bonheur du pays en dépendait. Il sortit de la salle, la physionomie sombre, croyant avoir deviné que Pétion ne voulait pas
entrer dans sa famille. Son projet était patriotique et en harmonie
avec sa conduite passée. Pétion fit cette réponse à l’empereur, dut-il encourir toute sa
disgrâce,. parce que l'un + ses aides-de:camp, le capitaine Chancy, |
lui avait déjà avoué que la princesse Célimène, éperdument éprise«
de lui, s'était laissée succomber à sés séductions. 4 Pétion retourna à son hôtel, accompagné des ofliciers de son étatmajor. Il paraissait plein de préoccupation. Ceux de ses amis auxquels il confia ce qui venait de se passer dans les appartemens de
l'empereur, blâmèrent la réponse qu'il avait faite. Il leurdit qu'il
avait bien saisi la pensée de Dessalines qui eut voulu, par cette
union, symboliser l'alliance étroite du noir et du jaune, mais quil
n'aimait pas le mariage. Il trompait ses amis, de même qu'il avait pré
senté à l’empereur un faux prétexte; il ne voulait pas divulguer lex
secret que lui avait confié Chancy, secret dont nous verrons bien1ôt le triste éclat. * à Du reste cette proposition de mariage demeura alors inconnue à" * Quelques-uns de nos vieillards assurent que Pétion s’apercevant que Desealià
nes se perdait, n3 voulut pas lier sa destinée à la sicane, «2 \ HISTOIRE D’HAITI.—- (1805) 247 la généralité des citoyens; elle ne. sortit pas du cercle des intimes
du général Pétion ; et l'empereur , de son côté, n'en parla jamais publiquement. Pétion en déclarant à Dessalines qu’il n’aimait pas Île mariage lui
avait cependant exprimé un sentiment qu'il éprouvait profondément.
Malgré les instances de ses meilleurs amis, il ne voulut jamais s'unir
à une femme par les liens légitimes. Il mourut sans même avoir reconnu une enfant eonçue sous son toit avant ses derniers momens.
La belle figure de eette jeune personne qui a grandi sous les yeux
de la population contemporaine de Pétion, reproduisait tous les traits
de ce général. |
ines qu’il n’aimait pas Île mariage lui
avait cependant exprimé un sentiment qu'il éprouvait profondément.
Malgré les instances de ses meilleurs amis, il ne voulut jamais s'unir
à une femme par les liens légitimes. Il mourut sans même avoir reconnu une enfant eonçue sous son toit avant ses derniers momens.
La belle figure de eette jeune personne qui a grandi sous les yeux
de la population contemporaine de Pétion, reproduisait tous les traits
de ce général. | Dessalines qui était entré au Port-au Prince, sous de si bonnes
influences , était redevenu sombre et agité; il se montrait très préoccupé de la correspondance qui existait entre Christophe et Geffrard. IL disait qu'on travaillait, de toutes parts , à sa ruine, qu'on
ne le secondait pas, que chacun s’efforçait d'obtenir des richesses,
par n'importe quel moyen, que l'empire ressemblait à une ville
prise d'assaut et livrée au pillage ; que ceux qui auraient dû le soutenir , le trahissaient et le rendaient odieux aux populations; mais
qu'heureusement pour Haïti et pour lui, Dieu l'avait doué de courage et lui avait donné des baïonnettes. Il se plaignait de ce que
les biens qui avaient appartenu aux blancs et quiauraient dû entrer
dans les domaines , devinssent la propriété de nombreux particuliers
qui, dès avant la révolution , avaient un bien-être. «On trouve,
disait-il, des protecteurs, des complaisans, pour se faire mettre en - possession de ces biens! n'est ce pas voler impunément? Eh bien! de même que je fais fusiller eeux qui volent des poules, des denrées et des bestiaux, je ferai mourir ceux qui permettent, par complaisance, qu'on se melle en possession des biens de l'État. Qu'on
ne pense pas que Je lienne un vain langage, car sur ma foi de - Jean-Jacques, c'est ce que je ferai.» La veille de son départ pour Marchand :l s’exprima énergiquement en présence des généraux
Bazelais, Martial Besse , Mentor, du. commandant de l'arrondissement Germain frère, du commandant de la place Bédouet, de l'administrateur Ogé et du directeur des domaines Inginac, réunis au
palais , contre ceux des habitans des villes qui mettaient tout en
œuvre pour s'emparer des biens des colons sacriliés.en 1804, «Nôus.
avons fait la guerre pour les autres, ditil; avant notre prise d’armes contre Leclerc, les hommes de couleur, fils de blanes:, ne recueillaient point les successions de leurs pères ; comment se fait-il,
depuis que nous avons chassé les colons , que leurs enfans.
réclament leurs biens ; Îles noirs, dont les pères sont en
Afrique , n'auront donc rien; Jai su qu'il nya pas dans tout le
Sud cent habitations ou maisons séquestrées , et cependant jen ai
fait disparaître toutes les familles de colons. Ah! messieurs , si cela À
# LL d 215 HISTOIRE D’HAITI (1806) | doit continuer ainsi, les affaires iront fort mal. On nese contente pas de dilapider l'Etat, on conspire , on veut se soulever contre moi; CL] s- e é L 2#
mais qu'on prenne les armes et on le paiera cher; est-ce qu’'ôn
aurait déjà oublié la guerre civile sous Toussaint et Rigaud ? J'ai, dans chaque localité, des gens sur lesquels je puis compter ; tant pis
ISTOIRE D’HAITI (1806) | doit continuer ainsi, les affaires iront fort mal. On nese contente pas de dilapider l'Etat, on conspire , on veut se soulever contre moi; CL] s- e é L 2#
mais qu'on prenne les armes et on le paiera cher; est-ce qu’'ôn
aurait déjà oublié la guerre civile sous Toussaint et Rigaud ? J'ai, dans chaque localité, des gens sur lesquels je puis compter ; tant pis pour les insensés qui s’agiteront. » 11 était plein de colère. Il dit
au directeur des domaines : « Sans doute il n'y a plus de biens domaniaux dans la 2e. division militaire de l'Ouest ; d'après vos rapports de complaisance, les Vastey, les Blanchet auront mis en possession des biens de l'Etat les fils des colons au préjudice de mes
pauvres noirs. Prenez “garde à vous! nègres et mulâtres ,
nous Avons {ous combatiü contre les: blancs ; les biens que
nous avons conquis en versant notre sang, appartiennent à nous
tous; jeutends qu'ils soient partagés avec équité, » Inginac voulut
répondre; mais Dessalines lui imposa silence. L'empereur toujours
agité annonça qu'il ne tarderait pas à s'occuper d’une rÉVISION gé
nérale de toutes les mises en possession qui avaient élé délivrées.
Il annonça à Inginac qu'il l'enverrait à Jacmel avec mandat de vérifier les titres de propriété, et de punir les contrebandiers et les prévaricateurs. Il lui remit plusieurs lettres dans lesquelles on aecusait l'administrateur, le directeur de la douane, le trésorier de
Jacmel d'avoir transigé avee leur devoir , et beaucoup de citoyens
d'avoir obtenu, par la complaisance des autorités, des mises en
possession. [i confia à Inginac wne lettre à l'adresse de Magloire
Ambroise, commandant de l'arrondissement de Jacmel, et lui ordonna
de partir. | Le lendemain l'empereur prit la route de la province du Sud,:disant hautement qu'il ne tarderait pas à sévir contre les agitateurs. Ce fut à cette époque que le général Gabart mourut à St. Marc, le
30 Octobre 1805. L'empereur fut profondément affligé de cette perte,
Gabart et Clervaux , tous les deux hommes de couleur , Avaientélé ses
premiers compagnons d'armes. D'après le dire de nos vieillards,
Gabart était brave comme jamais homme ne le fut. Par sa mort
Dessalines perdit un de ses bras; Gabart s'était identifié à ses mœurs,
à son caractère, à son systéme; son existence était un reflet de
celle de l'empereur; c'était, pour ainsi dire , la nème âme animant
deux corps. Ses restes furent déposés dans l'église de St. Mare, et son cœur transporté à Marchand, fut enterré au fort Cutbutez. Dessalines fit graver sur sa tombe l'inscription suivante : «Ci-git Louis Gabart, géné- « ral de division, conseiller d’état, commandant en chef la 4" division
de l'Ouest, chef lieu de l'empire d'Haïti, né le 28 Octobre 1776, dans la paroisse de Si.-Martin du Dondon, département du Nord,
décédé à St. Marc, département de l'Ouest, le 30 Octobre 1805,
enterré au fort Cutbutez. Dessalines fit graver sur sa tombe l'inscription suivante : «Ci-git Louis Gabart, géné- « ral de division, conseiller d’état, commandant en chef la 4" division
de l'Ouest, chef lieu de l'empire d'Haïti, né le 28 Octobre 1776, dans la paroisse de Si.-Martin du Dondon, département du Nord,
décédé à St. Marc, département de l'Ouest, le 30 Octobre 1805, 58 A -A AA rieux de Jacques 1.‘ 2e année de l'Indépendance d'Haïti, et la première du règne gloni stress * Ale. ms em nn ben = à as
L2 Fe HISTOIRE D'HAITI.—(1805) 249 « Tant qu'il vécut il consacra ses momons à la liberté de son pays,
et mérita le titre d'ami de son souverain. » | | « Soldat, situ aimes la gloire, repose un instant tes regards
« Sur sa tombe, et plains celui qui fut un héros avant d’avoir aiteint
« l'âge où les grands hommes se font même deviner. » Gabart
était âgé de vingt neuf ans.
2 Fe HISTOIRE D'HAITI.—(1805) 249 « Tant qu'il vécut il consacra ses momons à la liberté de son pays,
et mérita le titre d'ami de son souverain. » | | « Soldat, situ aimes la gloire, repose un instant tes regards
« Sur sa tombe, et plains celui qui fut un héros avant d’avoir aiteint
« l'âge où les grands hommes se font même deviner. » Gabart
était âgé de vingt neuf ans. Madame Marie Elisabeth, mère de S. M. l’impératriwe, mourut à
VArtibonite, à l'âge de 56 ans, le 2 Novembre 4805. Ses funérailles cu.
- rent lieu à Dessalinesville , le lendemain, avec la plus grande solennité. - de: Le général de division Pétion avait, dans son état major , un jeune
officier instruit, d’une haute taille, bien fait, élégant; ayant une noble
figure , qu'il affectionnait beaucoup. C'était le capitaine Chancy, âgé de
23 ans, dont nous venons de parler, neveu de Toussaint Louverture,
celui que nous avons vu figurer dans les rangs subalternes, à l'arrivée de
» l'armée française. Dés 4802 , la princesse Célimène aimait avec
passion le capitaine Chancy. Celui-ci, qui répondait à son amour,
lPappelait sa fiancée à la cour de Toussaint Louveriure, et disait
souvent à Dessalines qu'il deviendrait un jour son gendre. Dessalines
était alors trés flatté des attentions que portait à sa fille le neveu du
gouverneur. Mais depuis qu'il était devenu empereur, il s'était prononcé contre ce mariage, en déclarant que son sang ne se mêlerait
jamais avec celui de Toussaint Louverture. Chancy avait l’habitude de
“se rendre à Marchand toutes les fois que le général Pétion y expédiait
des dépêches. Ses voyages, du Portau-Prince à la capitale, devinrent plus fréquents ; il’ renoua clandestinement ses liaisons avec la
fille” de l'empereur et les rendit si étroites que le bruit circula que
la princesse était devenue enceinte. Ce bruit pareourut la province
de l’Artibonite, et parvint aux orcilles de Dessalines qui, après avoir
traversé l'Ouest et le Sud, était revenu à Marchand. Il se sentit outragé; il n'eut jamais pensé qu’un de ses sujeis eut "méprisé la mort
au point de porter le déshonneur dans sa famille. Il se renferma dans
son palais , tellement exaspéré que la plupart de ses amis les plus intimes nosèrent l’approcher. Il formait mille projets de vengeance;
tantôt il voulait faire périr sa fille, tantôt il voulait mander à Marchand le capitaine Chancy, et le livrer, sous ses yeux, au dernier
supplice. Pendant qu'il était en proie à ces cruclles et doulotireuses
pensées, Mentor auquel n’échappa jamais l’occasion de le porter au
mal, pour le perdre, s’approcha de lui et lui dit : «Sire, je ressens
toute votre douleur! Cet affront ne peut être lavé que dans le sang;
un mulâtre seul pouvait concevoir l’affreuse idée de jeter le déshonneur dans la famille de Votre Majesté. Jamais un de vos sujets noir
n eût coïnmis un tel crime !» Dessalines fit entendre un profond soupir; le mot de mulâtre sortit de sa bouche, avec aigreur, pour la
première fois, depuis la proclamation de l'indépendance. Sagest ,
toute votre douleur! Cet affront ne peut être lavé que dans le sang;
un mulâtre seul pouvait concevoir l’affreuse idée de jeter le déshonneur dans la famille de Votre Majesté. Jamais un de vos sujets noir
n eût coïnmis un tel crime !» Dessalines fit entendre un profond soupir; le mot de mulâtre sortit de sa bouche, avec aigreur, pour la
première fois, depuis la proclamation de l'indépendance. Sagest , 259 MISTOIRE D’IHAITI em (1S05) citoyen vénéré dans le quartier de l’Artibonite, qui lui avait sauvé
la vie , à l'époque des français, se rendit au palais, et s’efforça de le
calmer: Sire, nous partageons tous vos douleurs; mais l'offense que
Votre Majesté a reçue n’est pas irréparable. Dessalines se leva et
vouiul le chasser de sa présence. Pardon, sire, continua Sagest,
on elle n’est pas irréparable ! La souveraineté que vous exercez vous
permet ce que ne pourraient faire la plupart des pères de famiile
dans une pareille circonstance: donnez la main de la princesse au
capitaine Chancy.— Il ne l’épousera pas, s’écria Dessalines plein de
fureur. Peu de jours après, il envoya en mission, au Port-au-Prince, le colonel Daran, de son état-major, avec une compagnie de
dragons, commandée par Prophète. | Daran et Prophète laissèrent les dragons à la Source-Matelas, distante de sept lieues du Port au-Prince et entrèrent seuls en cette
ville: Germain Frère manda aussitôt le capitaine Chancy au bureau
de l'arrondissement. Il annonça au jeune officier qu'il serait envoyé
à Marchand auprès de S. M.; mais qu’en attendant son départ, ül
serait emprisonné. Darar et Prophète le conduisirent à la geoleet
le firent mettre au cachot. Dès que le général Pétion apprit quil
avail été incarcéré, il fui envoya ses propres pistolets de poche
dans une boîte à manger, et lui fit dire que , l'empereur persistant
à ne pas lui accorder la main de sa fille, il ne lui restait plus
qu'à se donner la mort. Dans la nuit qui suivit, des dragons
qui étaient de sérvice à la geole, accoururent au cachot du prisonnier, au bruit d’une détonnaition. Chancy s'était ôté la vie d'un
coup de pistolet. Pétion, après en avoir averti Germain Frère, fit
transporter le cadavre près de sa demeure, dans une maison rue
américaine, pour lui rendre les honneurs funèbres. Le corps demeura exposé , pendant toute Ja nuit. Des dames et beaucoup de jeunes filles firent des prières et chautèrént des cantiques
jusqu’au jour. <Des malintentionnés firent circuler le bruit qu'on vou=
lait imassacrer les hommes de couleur. De jeunes militaires qui aimaient Pétion, en grand nombre, noirs et jaunes, qui savaient que
les jours de ce général, seuls, pouvaient être exposés, se réunirent chez
lui, et y demeurèrent jusqu'à ce qu'on eût donné la sépulture à
Chancy. En séduisant la fille de l'empereur, cet infortuné jeune
homme s'était précipité, de son propre mouvement, au-devant de la
mort. Dès lors Dessalines commença à se montrer sourdement hostile à Pétion, quoiqu'il eût enfin compris le refus qu'avait fait ce général de la main de sa fille; d'une autre part, 1l s'établit entre lui
et Mentor une si grande intimité que celui-ci partagea son lit.
la sépulture à
Chancy. En séduisant la fille de l'empereur, cet infortuné jeune
homme s'était précipité, de son propre mouvement, au-devant de la
mort. Dès lors Dessalines commença à se montrer sourdement hostile à Pétion, quoiqu'il eût enfin compris le refus qu'avait fait ce général de la main de sa fille; d'une autre part, 1l s'établit entre lui
et Mentor une si grande intimité que celui-ci partagea son lit. On a beaucoup accusé Dessalines d’avoir conçu le projet d’égor-
$er la population de couleur. Cette accusation n'est fondée sur
aucun fait ; elle est en outre vietorieusement combaltue, par. 2 À «
tous les actes de sa vie. Dessalines, en 1805 et en 1806, LE HISTOIRE D’HAITI.— (1805) “25 . devait être convaincu de l'impossibilité de la réalisation d’un tel projet. Les hommes de couleur qui commandaient des arrondissemens, des divisions militaires , et de nombreux régimens , exerçaient
sur les troupes et les cultivateurs, une influence incontestable qu'ils
s'étaient acquise pendant . la gusfre contre les français ; 1l8 étaient
assez puissans pour contrarier tout ce qui pouvait être tenté contre
eux. Dessalines n'eût pu réussir à accomplir leur destruction , s'ilen
avait conçu l'idée. Dans le Sud et dans l'Ouest, Geffrard, Férou,
Gérin et Pétion étaient aimés el respactés du peuple; presquetoutes
les administrations étaient dirigées par des hommes de couleur ;
Vernet était aux finances et à Fintérieur, Gérin à la guerre et à da marine ; Baisrond Tonnère, Chanlatie, Chareron , Bazelais, Dupuy, Charlotin , les prineipaux officiers de son état: major , étaient
hommes de couleur, et un septiéme de la plupart des corps était
composé de mulâtres qui vivaient fraternellement avec les noirs à
côté desquels ils n'avaient cessé de combattre les blancs. Bessalines
savait que les hommes de eouleur du Sud, soutenus des masses
noires de ce département, en 1799 et 1809 , eussent vaincu Toussaint, sis avaient eus à leur tête un cheï plus habile que le général Rigaud. Ce. qui surtout ne pouvait permettre de rèver à ces
lmuwolations infructueuses , c'était la crainte alors grave d'une nouvelle invasion française. -Dessalines sentait profondément que la
patrie avait besoin des bras de tous sesenfans. D'une autre part,
le général Ferrand aWait poussé ses avant-postes presque jusqu'au
Mirebalais, vers-le Sud , et jusqu'aux environs de Ouanaminthe, dans
le Nord, et faisait fréquemment des excursions sur les terres de
Pempire. Il n'attendait que de nouvelles forces pour entreprendre
la conquête de l’ancienne partie française, et si la guerre civile
avait éclaté parmi les haïtiens, il les eût attaqués résolument et eût
obtenu des succès. * Dessalines se défiant d'un grand nombre d'ofdiciers, noirs et couleur, qui contrariaient, de tout leur pouvoir, le système alors établi par.lequel il n’y avait qu'un chef absolu et
des troupeaux de sujets embrigadés et aveuglement obéissans, s’eflorçait de se défaire d'eux, sans cependant songer à entreprendre l'extermination de toute une caste. Les généraux qui, de leur côté,
toavaillaient à la ruine de l’empereur, pour rallier, à leur parti, les
hommes éclairés et humains noirs et jaunes, faisaient propager que
système alors établi par.lequel il n’y avait qu'un chef absolu et
des troupeaux de sujets embrigadés et aveuglement obéissans, s’eflorçait de se défaire d'eux, sans cependant songer à entreprendre l'extermination de toute une caste. Les généraux qui, de leur côté,
toavaillaient à la ruine de l’empereur, pour rallier, à leur parti, les
hommes éclairés et humains noirs et jaunes, faisaient propager que Dessalines voulaient massacrer les mulätres. Celui-ci ne comprenant pas qu'à toutes les paroles qui sortent de la bouche d'un Chef
d'Etat, le vulgaire attache une haute importance, semblait confirmer ce quise disait par des propos contre tel ou tel mulâtre. Dessalines avait, au contraire, loujours exercé de l'humanité à l'égard de * Ferrand se disposait à nous attaquer en 1808, prndant la gucrre civile entre
Christophe et Pétion , quand Les indigènces-espagnols se soulevèrent contre lu France. 252 HISTOIRE D’HAÎTI.—{1805)
l'homme jaune; sous Toussaint il le favorisa autant qu'il fut en son
pouvoir. Les désordres affreux et insupportables introduits dans
l'administration générale, par son peu de capacité comme Chef
d'Etat, la cupidité insatiable de ses agens, et non la crainte du
massacre des hommes de couleur, ont fait naître l'insurrection qui
l'a abattu. Dans différents quartiers de l’île, particulièrement dans le Sud,
ceux qui voulaient hâter la chute de l'empereur inquiétarent les populations par toutes sortes d'alarmes. Les autorités du Sud, qui, en
général, élatent hostiles à Dessalines, les entretenaient en leur donnant, à dessein , trop d'importance. Geffrard, Férou, et la plupart des
autres anciens lieutenans de Rigaud, nourrissaient contre Dessalines
une animosité implacable qui datait dé la guerre civile. Tantôt des
femmes prétendaient avoir entendu de gens, qu'elles ne connais: «
saient Jamais, que les noirs dussent massacrer les jaunes; tantôt des
étrangers même qui avaient intérêt au bouleversement du pays
répanduient ces bruits. Le. colonel de la 18e. demi-brigade de Jé:
rémice, Bazile Duktroite, qui avait la réputation, dans la Grand’Anse,
d'être. tout dévoué à Dessalines : était l'objet ‘de la haine, de la «
inalvetilance et des persécutions de ceux qui mettaient tout en œuvre.
pour culbuter Flempereur. La lettre suivante fait connaître les
moyens que, dès le mois de Juin 14805, on employait pour agiter
le pays. |
de la 18e. demi-brigade de Jé:
rémice, Bazile Duktroite, qui avait la réputation, dans la Grand’Anse,
d'être. tout dévoué à Dessalines : était l'objet ‘de la haine, de la «
inalvetilance et des persécutions de ceux qui mettaient tout en œuvre.
pour culbuter Flempereur. La lettre suivante fait connaître les
moyens que, dès le mois de Juin 14805, on employait pour agiter
le pays. | Jérémie 22 Juin 1805. Le chef de brigade Bazile, commandant la 18° à S. Æ.
J. JACQUES 1.° sk « Je ne puis taire plus longtemps à votre majesté les propos destructeurs qu'on se plait à répandre pour ternir mon honneur et me
perdre, surtout, depuis monretour du Nord. «a Legénéral Férou, étant malade et voulant aller prendre les eaux,
me confia le commandement de l'arrondissement de la Grand'Anse, |
en son absence; et j'ai mis le plus grand soin à maintenir l'ordrè à
et la tranquillité publique. Dernièrement, à l’arrivée du général
Geffrard, mon 4er bataillon reçut l'ordre, de même que moi, d'aller:
prendre garnison à Tiburon. J'avais déjà donné connaissance au général
Férou que, me trouvant malade, j ‘étais dans la nécessité d'aller chan-«
ger d'air à la campagne, .ce qu'il avait approuvé. Quelques jours
après le départ du général Geffrard, étant sur mon habitation pour
changer d'air, de faux bruits coururent dans la ville que je devais.
y entrer pendant la nuit, à la tête de trois colonnes, pour _égorger
tous les hommes de couleur. Le bruit courait qu ils avaient été
égorgés dans le Nord, et que j'avais mission de porter le même coup.
ei, Le citoyen Croquignole qui répandait ce bruit, répondit à la.
approuvé. Quelques jours
après le départ du général Geffrard, étant sur mon habitation pour
changer d'air, de faux bruits coururent dans la ville que je devais.
y entrer pendant la nuit, à la tête de trois colonnes, pour _égorger
tous les hommes de couleur. Le bruit courait qu ils avaient été
égorgés dans le Nord, et que j'avais mission de porter le même coup.
ei, Le citoyen Croquignole qui répandait ce bruit, répondit à la. HISTOIRE D'HAITI.—(1805) : 253 sœur de l'administrateur Gas qui le sollicitait d'en parler à son frère,
qu'il ne pouvait l'en prévenir parce qu’il serait mal vu de sa couleur.
J'ai été prévenu de ce que je viens de vous dire par un officier de
couleur de ma demi- brigade, lequel apercevant ce mouvement, se rendit,
pendant la nuit, auprès de moi, pour me prévenir que Îles hommes de
couleur en ville , étant très- inquiets, s'étaient réunis armés dans une
maison. Le lendemain je me rendis en ville auprès du commandant
de la place, lui demandai des nouvelles; il me répondit qu'il n'y
avait rien d’extraordinaire. Je lui ai demandé alors quel sujet avait
porté les hommes de couleur à se réunir et à passer la nuit en armes. Il me répondit qu’il ne savait rien de tout cela. Alors je me
rendis chez l'administrateur Gas où je trouvai le commandant Thomas
Durocher qui me demanda ce que je faisais sur ma ferme. Je lui
répondis : vous ne devez pas ignorer que c’est pour cause de maladie. «Eh bien! me répondit-il, je vous engage à rentrer en ville, car
de mauvais bruits se répandent sur votre comple.» Je me suis empressé d'en avertir le général Férou qui était en tournée afin qu'il
revint en ville pour rétablir la tranquillité. Le lendemain le citoyen
Laforest, nouvellement arrivé d'Europe, est venu m’avouer que, depuis
trois jours , les hommes de couleur avaient été dans les plus vives
alarmes, à cause de ce que lon m'avait attribué, et dont on voyait
alors le contraire. "Vous verrez que ces bruits, dont quelques négociants, les employés d'administration et le chef de bataillon Nicolas
Régmer avaient connaissance, taudis que les autres chefs de bataillon
et officiers du corps n'en savaient rien, n'étaient que des calomnics
contre moi pour me perdre dans votre esprit et dans celui des autres
chefs. Aussi je demande à Votre Majesté la grâce de me retirer du
Sud où je serai victime et de m'appeler dans le Nord. Je ne puis pas
non plus vous taire que le citoyen Bergerac Trichet, ci-devant administrateur principal de cette commune, venant des Cayes, a rapporté au général Férou que le général Magloire et l'administrateur
de Jacmel ne pouvant rendre leurs comptes, ont mis le feu à l'ad’
ministration , et que ladjudant général Papailier lui avait dit que, s'il
lui fallait rendre ses comptes, 1l en ferait de même aux Cayes, et
qu'al se réfugierait à Jérémie pour faire résistance, et qu'il avait demandé à lui Bergerac quel était l'homme qui pourrait le plus lui uuire dans ses projels à Jérémie, et qu'il lui avait répondu que c'était
- Je colonel Bazile, et que tout de suite l'adjudant-général Papallier
“avait dit qu'il serait facile de s'en défaire en lui faisant sauter la
tête. Le général Férou a répondu qu'il saurait empêcher les intri-
- gans d'entrer dans son arrondissement pour troubler l'ordre, et en
rendrait compte à son supérieur. Il m'a tout de suite fait appeler pour me raconter tout cela, en me disant que si on lui demande
de ses officiers supérieurs aux Cayes, : il ne les enverra point, et vous
era connaître son motif,
qu'il serait facile de s'en défaire en lui faisant sauter la
tête. Le général Férou a répondu qu'il saurait empêcher les intri-
- gans d'entrer dans son arrondissement pour troubler l'ordre, et en
rendrait compte à son supérieur. Il m'a tout de suite fait appeler pour me raconter tout cela, en me disant que si on lui demande
de ses officiers supérieurs aux Cayes, : il ne les enverra point, et vous
era connaître son motif, A! 254 HISTOIRE D’ua1Tt.—(1505) « Je serai toujours avec fidétité et le plus profond respect , jusqu'à la mort.» On voit par cette lettre alors toute confidentielle combien Dessa=
liues songeait peu à un massacre d'hommes de couleur; car ce qui tourmente le plus Bozile faussement accusé de vouloir commettre ce
crime, c'est la crainte d’être- perdu dans l'esprit de l’empereur et
des gens de bien. Le directeur des domaines de l'Ouest, B. Inginac était arrivé à Jacmel, accompagné de deux de ses employés Flon et Toulmé. Il: avait pour instructions de vérifier les eomptes de l'administration
et les mises en possession des biens qui avaient appartenu aux colons
sacrifiés ou proscrits. Après un examen sévère, il trouva les deux
tiers des mises en possession tout à fait irréguliers ; il en fit aussitôt son rapport à Dessalines. I! s'adjoignit une commission de vérification qu'il composa du général Magloire Ambroise, de l'adjudant
général Lacroix, du chef de bataillon Gabriel Raimond. Il vérifia
Ja caisse du citoyen Fabre, trésorier partieulier , vieillard généralement “ane à Jacmel. Fabre avait prêté l'argent de la caisse publique à plusieurs ei Rs qui trafiquaient avec St. Thomas. Inginac,
voulant le tirer du plus grand embarras, prolongea, à dessein,
. Sen opération, pendant plusieurs jours, afin de lui procurer le temps
de réunir assez de fonds pour combler le déficit. Il vérifia ensuite
les comptes de ioutes les administrations. Les autorités de Jacmel
dénoncèrent à Dessalines, qu’au lieu de sévir contre les dilapidateurs,
le directeur des domaines les ‘favorisait. L'empereur croyant Inginac
incopable de trahir son devoir n'ajoula pas foi à ee rapport,
Apprenant que plusieurs maisons de commerce frustrait à l'Etat
la plupart de ses droits d'importation et d'exportation, Inginac se transporta à Ja douane, plaça des garnisaires à bord des” navires « déjà chargés et se fit remettre un état fidèle des denrées qui avaient
été embarquées. Sur sa demande , on lui confia les livres de la douane et particulièrement ceux de pesage. Le chiffre des preduits em-. barqués fut trouvé beaucoup plus élevé que celui porté sur les registres de la douane. Inginac fit confisquer au profit de l'Etat la“ différence qui existait entre les deux chiffres. 1! y avait en rade,
garnisaires à bord des” navires « déjà chargés et se fit remettre un état fidèle des denrées qui avaient
été embarquées. Sur sa demande , on lui confia les livres de la douane et particulièrement ceux de pesage. Le chiffre des preduits em-. barqués fut trouvé beaucoup plus élevé que celui porté sur les registres de la douane. Inginac fit confisquer au profit de l'Etat la“ différence qui existait entre les deux chiffres. 1! y avait en rade, entre autres navires, untrois mâts le Chesapeck, et deux bricks l Orion,
et le Décatur , à la consiguation d'un négociant, Thomas Thuat , anglais.
européen, établi à larhe depuis trente ans, homme obseur, devenu
riche par la contrebande depuis 4804, et considéré comme haïtien. En chargeant ces trois bâtimens, Thomas Thuat avait enlevé à l'Etat une
somue de 24,000 piastres. Inginac établit saisie sur les nav,
res et ne les laissa appareiller qu'après que Thomas Thuat eut payé
les 24,000 de droit qu'il avait frustrées, et-une somme pareille à titre
d'amende, Thuat versa au trésor public 48,090 piastres. En mème DÉS ane Éd |
| | :
HISTOIRE D’'HAITI.— (1805) 255 “temps le feu pritau magasin de l'Etat et le consuma. Il fut dit, à
l'époque, que les administrateurs avaient porté sur leurs livres , comme existant en magasin , des denrées dont 1ls avaient disposé, et
qu'ils avaient eux-mêmes incendié le magasin de l'Etat pour ne pas
rendre leurs comptes. Dans la plupart des ports ouverts au grand commerce, les négocians
étrangers, en corrompant les agens de douane, faisaient débarquer, par
contrebande, la plus grande partie des marchandises qu'ils importaient.
Ils exportaient les denrées par le même moyen. Ils faisaient de rapides
fortunes, et suscitaient toutes sortes d’embarras à ceux des agens du
gouvernement qui refusaient de transiger avee eux. Ces derniers
étaient sans cesse en lutte avec la corruption que les étrangers répandaient de toutes parts, et succombaient quelquefois sous leurs
attaques réitérées par de fausses dénonciations. Le système par lequel les navires, qui arrivaient dans nos ports,
élaient consignés par ordre de numéros, produisait dans le com
-merce le plus violent mécontentement. Les négocians que C2 sÿstème contrariait s’en plaignaient améremelft et communiquaient au
peuple leurs dispositions hostiles. L'obligation de charger les navires
en trois espèces de denrées, café, sucre et coton, nuisait aussi “aux opérations commerciales. Pour l'expédition des navires qui ne
pouvaient appareiller que chargés de ces trois espèces de denréos, l'adninistration éprouvait les plus grandes difficuliés. Au Port-au-Prince,
ladministrateur principal Ogé était assailli de réclamations auxquel.
les 1l n’osait faire droit quoiqu'elles fussent souvent fondées; il en
perdait la raison ; il craignait Dessalines, disait-il, comme le tonuerre,
Le général Pétion se pronongaii hautement contre ces sortes de mesures qui ne pouvaient que ruiner ls commerce. Le navire le TurnDoule, capitaine Webster, occasionna un grand scandale avant de
quitter le port. N'ayant besoin que d'un chargement de café, et
contraint d embarquer du suere et du coton, il vendit sur le warf,
à raison de deux gourdes, le sucre qu'il avait acheté quatre gourdes, et se défit de la plus grande partie de son coton en le jetant
à la mer.
aii hautement contre ces sortes de mesures qui ne pouvaient que ruiner ls commerce. Le navire le TurnDoule, capitaine Webster, occasionna un grand scandale avant de
quitter le port. N'ayant besoin que d'un chargement de café, et
contraint d embarquer du suere et du coton, il vendit sur le warf,
à raison de deux gourdes, le sucre qu'il avait acheté quatre gourdes, et se défit de la plus grande partie de son coton en le jetant
à la mer. Du Port-au-Prince on adressait des pétitions à l’empereur et on
lui demandait avec instances l'abrogation des décrets qui régissaient
le commerse. En les recevant Dessalines entrait en fureur et disait qu'il lancerait ses grenadiers sur ceux qui ne s’y soumettraient pas.
Pazelais et Charkbolin lui exposaient en vain qu’il etait injuste de contraindre le commerce à acheter ce dont il n'avait pas besoin. Au À gui avai des baionnettes et qu'il saurait faire exécuter ses arrêtés,
À Mmilieu de ses plaintes et ses emportemens il disait que la corruption alleignait même la classe des laboureurs. Alors quelques employés
Qui n'appartenaient ‘pas à son entourage l'exhortèrent à donner des
soins à l'éducation morale et religieuse du peuple, afin qu'il ne pûs 259 HISTOIRE D’HAÎTI.—( 1805 ) être séduit par le langage des mauvais citoyens. 1l leur répondit
qu’ils étaient dans l'erreur ; que les indigènes ne pouvaient être bien
Girigés que par la crainte des châtimens, et de la mort surtoutÿ
qu'il ne les conduirait que par ces moyens, el que sa morale était
la baïonnetle. Juste Chanlatte, Boisrond Tonnère et Cangé applaudirent à son langage. £ dt | Le cœur et l'esprit des masses n'étaient pas cultivés; on n'em-"
ployait à leur égard que la force; au lieu d'administrer, au lieu
de porter le peuple au travail par léducation religieuse qui lui fait
comprendre ses devoirs, on meltait en pratique la contrainte, «
Presque tous les généraux, dans leurs lettres à l’empereur, lui demandaient l'emploi des moyens les plus rigoureux. G'élait un reste
du système de la servitude , alers que le blanc confondat
lesclave avec le bétail. Christophe et Pétion découvraient ce qu'il
y avait de vieieux dans cet ordre de choses; plus tard le premier, «
tout en contraignant violemment , il est vrai, le peuple au travail, M
instituera des académies: le second, moreellera les terres de l'Etat ,
couquises sur les coldhs, les concédera au peuple, fondera un
lyeée et de nombreuses écoles nationales. 4h Kentor qui avait fini par éprouver ce qu’il y avait de chimérique dans
ses projets ambitieux, s'était railié au parti du général Christophe |
en lequel il reconnaissait un grand avenir. Quand il entendait Des-"
salines se prononcer contre l'éducation du peuple, il disait à l'écartm
à ceux qui parlaient d'améliorations morales et intellectuelles : ne.
voyez vous pas que Dessalines est un barbére, un tyran abominable 2
H est loin de penser comme le général Ghristophe qui, à sa place, «
eùt apprécié vos observations et vous en aurait su gré. 4
ophe |
en lequel il reconnaissait un grand avenir. Quand il entendait Des-"
salines se prononcer contre l'éducation du peuple, il disait à l'écartm
à ceux qui parlaient d'améliorations morales et intellectuelles : ne.
voyez vous pas que Dessalines est un barbére, un tyran abominable 2
H est loin de penser comme le général Ghristophe qui, à sa place, «
eùt apprécié vos observations et vous en aurait su gré. 4 En ordonnant de fermer, dans l'empire, les loges de francs-ma
cons, Dessalines souleva contre lui l’indignation d’un grand nombres
d'hommes de quelque instruction. Cependant les maçons se réuniss
saient secrètement et se livraiant à leurs travaux. Parmi ceux dus
Port au Prince ,. on distinguait des hommes qui presque tous ont
joué plus tard, en Haïti, des rôles supérieurs : les ciloyens Auguste
Nau, B. Inginac, Sabourin, Noël Piron, Dieudonné, Almanzor ,
Antoine Gérin, Monnier, Perdriel, Fresnel, Jean Pierre Boyer, Jean
Thézan, J." F.° Lespinasse. Ils se réunissaient habituellement, en
passant par des portes dérobées, dans une maison en face du Ré:
servoir, près de la Terrasse. Pour n’ètre pas dénoncés à Dessalines
ils avaient soin d'inviter à leurs banquets quelques profanes influens,
le colonel Germain Frère, commandant de l'arrondissement , le chef
. de bataillon Bédouet, commandant de la place, un aide-de-camp de
Pétion, nommé Dormans, le colonel Destrade, le lieutenant-colone
Apollon, Moreau négociant. Quant au général Pétion qui ne voul
jamais se faire initier au secret des signes maçonniques, purement
conventionnels, il n'ignorait pas leurs réunions et les tolérait cons nn. PEN CT dt HISTOIRE D'HAITI.— (1808) 857 trairement aux. instructions qu'il avait reçues. Dessalines avait en
horreur la franc-maçonnerie ; il ne voulait pas comprendre ee qu'il y
a de sublime dans cette institution dont le but est de rendre les hom=
mes meilleurs en établissant parmi eux la plus étroite fraternité. I! confondait les maçons avec les vaudomft, (ou sorciers de nos campagnes) “qu'il faisait fusiller quand on les arrétait. © Après son entrée au a re — A. + CN
! Port-au-Prince, en 1803, à la tête de l’armée indigène, ayant appris
qu'il y avait une loge où se réunissaient des francs-maçons, il avait
aussitôt ordonné au chef de bataillon Bédouet d'aller briser leur temple, à la tête d'une compagnie de grenadiers. (Ce qui avait élé s6vérement exécuté. Il s'imaginait que les francs maçons ne se réunissaient que pour conspirer contre lui. Leur société , parce qu'elle
était mystérieuse, lui inspirait toutes sortes de défiances,
ayant appris
qu'il y avait une loge où se réunissaient des francs-maçons, il avait
aussitôt ordonné au chef de bataillon Bédouet d'aller briser leur temple, à la tête d'une compagnie de grenadiers. (Ce qui avait élé s6vérement exécuté. Il s'imaginait que les francs maçons ne se réunissaient que pour conspirer contre lui. Leur société , parce qu'elle
était mystérieuse, lui inspirait toutes sortes de défiances, Er LIVRE QUABANTE-UNIÈME. TT CSS | CROSS CE TRS AT OE Sommaire. FPétion tomve dans une disgrâce secrète, — Amusemens au Port. au
Prince—Barbacos.— Pétion insulté par Germain Kière —Pétion eroit son exis*
tence menacée. Mort de ‘Thomas Marie Jeanne—V'ête de l'indépendance du ler
Janvier 1806.— Causes de la chuta de Dessalines — Dessalines au Cap.— Réception.
qu'il fait à l'école Laborie. Mots de Christophe à cette oceasion.=—Lettre de Pétion à
Jacob Lewis.—Affiire de Bédouet et de Michel Tendant.—Peutu et Laurore Gabart
Vaval nommé général de brigade et commandant de Nippes.—Miort de Jean
Louis François.—Le général Geffrard commande [cs troupes à ses funérailles:
Révolte de Germain Pico.— Décret de l'empereur sur la navigation.—Le célèbre
Miranda aborde à Jaemel.— Dessalines lui fournit des armes et des munitions
Däcret concernant les guildives =Mort de Noblet.—La révolte contre Dessali
est sur ls point d’éclater quand la mort surorend Grffrard.—Biographie “de
Greflrard.— Dessalines apprend au Port-au-Prince la mort de Geffrard.—]l fai
célébrer un service funèbre. — Il se rend à Jacmel; assassinat de Tho
mas T'huat—Il se rend dans le Sudet fait brûler les bois de campêche sui
son passage. — Il arrive à Jérémie; disgrâce de Férou.—Il se rend aux Cayes
en passant par Tiburon.—Désordre ‘dans l'administration —Les papiers partieu
liers de Gefrard sont saisis. — Dupuy est chargé de leur examen. — Dessalin: _ humilie ceux qui ont été atiachés à Geflrard.—Il mande aux Layes Inginac
le charge de vérifier les eomptes de l'administration et lés titres de propriété:
Ses lettres à Inginae —Il fait détruire les guildives.—Inginac euvre son bur 6
de vérificatien —HBisgräce de Boisrond Canal.— Opinion de Mentor sur la dist
bution des terres.—Conversation de Destn'ines avec plusieurs de ses: générau:
-— Décret conesrnant les teitamens.—Morcau nommé commandant de la Ire« ns 2 » RIGTOrRM B'HAITI.— (1808) | 859 % “vision militaire du Sud.—La vérificatien des titres de propriétés continue. — Dépenses de Melle. E. Deguille.—}Leires de Dessalines à Inginac — Inginac défruit la eorrespondance de Geffrard avee Christophe. — Dessalnes part ds Cayes,
arrive au Portan Prince. — Affaire de Lys.—Tous Îcs jeunes gens du PoituuPrince sont enrdlés dans la 12e.
OrRM B'HAITI.— (1808) | 859 % “vision militaire du Sud.—La vérificatien des titres de propriétés continue. — Dépenses de Melle. E. Deguille.—}Leires de Dessalines à Inginac — Inginac défruit la eorrespondance de Geffrard avee Christophe. — Dessalnes part ds Cayes,
arrive au Portan Prince. — Affaire de Lys.—Tous Îcs jeunes gens du PoituuPrince sont enrdlés dans la 12e. - Le général Pétion était tombé dans une disgrâce réelle, quoique
non avouée de l'Empereur, depuis les déploräbles circonstances qui » avaient amené la mort du capitaine Ghaney. Cenendant Desealities avait une si grande confiance en sa loyauté qu'il le jugeait incapa- … ble d'entrer dans une conspiration contre ui. La vie pleine de simplicité que menait Pétion, son horreur du faste et des pompes cérémonieuses, avälent fait naître cette confiance en Degsalines, qui
Noyait ses autres généraux démontrer la plus grande ostentation. Le
général Capoix, au lieu de douze guides que lur accordaient les or--
donnances , en avail un escadron brillamment vêtu. Le colonel Germain Frère, faisant ce qu'il croyait qui pût flat- - ter les passions bonnes ou mauvaises de l'Empereur, mettait tout en œuvre pour contrarier le général, Pétion, Iui susciter des embarras et même Île comprometire. Néanmoins la ville du Port-au-
“Prince était toujours trés-animée ; ses habitans s'adonnsient aux
plaisirs de tous genres; comme on s'attemdait, à chaque instant,
à l’arrivée d’une nouvelle expédition françaisæ, et que l'on était dé-
“icrminé à faire le sacrifice de ee qua l'on possédait sur Île littoral, “pour se réfugier dans les montagnes, on dissipait en folles dépen- “ses ce que lon gagaait. 1] y aveit presque chaque soir des con-
“certs et des représentations (héâtrales. On jouait des mélodrames
que composalent de jeunes haïtiens, sur les principaux épisodes de motre guerre nationale. De nombreuses salves d'appiaudissemens re- “tentissaient dans la salle quand les acteurs disaient Îles triomphes
des armes. indigènes. Le colonel Germain Frère assistait le plus souvent à ces représentalions , la tète chargée d'un bonnet à poil eur
Jequel 11 était écrit en lettres rouges: lait, tombeau des Français.
“Les barbacos ou parties de plaieir à la campagne, avsient lieu frémquemment dans les environs du Port au Prince. Les diflérens cercies
\4 ui formaient la société de cette ville, 8 y rendaient en cavalcades ou
en voitures. Les dames coiffees de véritables madras de Î Inde, re-
“êlues de robes de soie, de picrreries et de riches colliers, se monHraient infatigables à la danse. L'or et l'argent étaient apports avec abondance sur des tables dressées dans de belles allées
e Manguiers, et les officiers supérieurs jouaient des sommes eonsidérsbles. Les jeunes gens de l'époque portaient de larges habits,
des pantalons de nankin très-amples , de longs jabots , et des chapeaux à larges bords. lls avaicnt des bottes à la hussarde garnies de
LL
liers, se monHraient infatigables à la danse. L'or et l'argent étaient apports avec abondance sur des tables dressées dans de belles allées
e Manguiers, et les officiers supérieurs jouaient des sommes eonsidérsbles. Les jeunes gens de l'époque portaient de larges habits,
des pantalons de nankin très-amples , de longs jabots , et des chapeaux à larges bords. lls avaicnt des bottes à la hussarde garnies de
LL CR © + 860 HISTOIRE B'HAITI.— (16508) petits poignards , et de nombreuses breloques à leurs chaînes de
montre. A .un barbaco donné sur les bords de la Grande-Rivière du Culde-Sac, par le colonel Germain Frère, les dames et les cavaliers se
livrèrent aux plaisirs les plus licencieux. * Le général Pétion
qui v avait été invité, se tenait isolé de la foule, assis sous un arbre,
auprès de sa compagne, Mademoisoile Joute Lachenais.—Quoi, s'écria Germain Frère , armé d'une bouteille de vin rouge ; d'où vient
que le général Pétion refuse de prendre part à nos plaisirs? et,
sans respect pour le divisionnaire, son supérieur , 1l s'approcha de
sa compagne, .et répandit sur sa robe la liqueur que contenait la”
bouteille. Pétion pâlit d’indignation , contint sa fureur , monta aussiiôt en voiture el rentra. au Port au Prince. De ce moment
il rompit ses relations avec Germain Frère, et ne communiqua avec
.Jui que pour le service public. H fut contraint néanmoins de dévorer cet affront, car Germain, quoique sous ses ordres, était plus!
puissant que lui auprès de l'Empereur. Mais quand les troupes ”
prendront les armes contre Dessalines, Pétion, dominant le mou-"
vement insurrectionnel par l’ascendant de s°s talens et de son courage, se trouvera sans influence pour sauver Germain Frère. : M
| 1 avait pour médecin un blanc françars, nommé Pujol, qu'ila
avaitsauvé du massacre, en 1804. Le bruit se répandit que ce médecin
avait reçu l'ordre de l'empoïsonner,, Pétion lexhorta à fuir le pays,m
en lui disant qu'on le rendrait responsable de ce bruit, et l'en pu-«
nirait en le faisant périr 1ôt ou tard. Pujol qui l'aimait ne voulut
passe séparer de lui, et refusa de s'embarquer. Mais’ il fut ensuite
mandé à Marchand et contraint de s'y établir. Pétion s'aperçut qüe ses moindres démarches étaient surveilléesm
par les agens secreis de Germain Frère : il paraissait redouter d être
victime d’un guet-à-pens. Germain Frère n'envoyait, peur monter Ia
garde au bureau de la division militaire, que des soldats disposés àm
exécuter tous les ordres qu'il eût pu leur donner. Négligeant en-«
tièrement les affaires publiques, sous l'influence d’un profond dégoût,
ne faisant aucun effort pour neutraliser les excès auxquels se livrait
Germain , Pétion, qui aimait la marine, passait ses journées à faire
conglruire , Sous ses jt , une ‘belle goëleitte qu'il appela plus tard
V'Indien, Souvent il allait passer la nuit à berd d'un petit bâtiments
qui était toujours mouillé en face de sa maison bâtie sur le rivage
de la mer. Setenant sans cesse sur ses gardes , et ne pouvant con:
tenir l'élan que Germain Frère donnait à ses passions, il voyai
s'amonceler sur la tête de ce dernier les orages qui devaient”
foudroyer. |
ire , Sous ses jt , une ‘belle goëleitte qu'il appela plus tard
V'Indien, Souvent il allait passer la nuit à berd d'un petit bâtiments
qui était toujours mouillé en face de sa maison bâtie sur le rivage
de la mer. Setenant sans cesse sur ses gardes , et ne pouvant con:
tenir l'élan que Germain Frère donnait à ses passions, il voyai
s'amonceler sur la tête de ce dernier les orages qui devaient”
foudroyer. | Ce fut vers cette époque que Thomos Marie-Jeanne, cet ancien
solonel de la 12.° demi-brigade, qui avait été emprisonné en 1803,
pour avoir pillé quelques maisons de la rue des Fronts-Forts, lort e + HISTOIRE D'HAITI.— (1608) 261 de l'éntrée de l’armée indigène au Port-au-Prince, tenta inutilement
de s'évader. Germain Frère le fit conduire vers l'habitation Jonc ,
dans la plaine du Cul-de Sac, où il fut exécuté. On annonça à Dessa:
lines que Thomas Marie-Jeanne avait formé le projet de soulever les
culuivateurs de la montagne du Grand-Fond. Peu de jours après , deux indigènes espagnols , devenus soldats.
de la 12e. demi- -brigade , qui étalent sortis du Port-au-Prince, pour
aller travailler à la campagne, furent fusillés. Les troupes avaient
en vain fait entendge le ori de grâce. Ces espagnols étaient d'anciens
prisonniers, conduils par nos soldats, en 1805 , de la partie de
V'Est, dans l’ancienne partie française. On les avait accusés d'avoir
cherché à gagner Santo Domingo. | Dans les derniers jours de Décembre 1805 , la plupart des généraux de l'empire et de nombreux colonels et chefs de bataillon
s'étaient réunis à Marchand pour assister à la fête de l'Indépendance
du 1% Janvier 1806. Le soleil du premier Janvier brilla de tout
sou éclat. Le troisième anniversaire de l'Indépendance fut célébré
avec pompe. Le peuple et l’armée jurérent avec enthousiasme et
el orgueil de vivre libres et indépendans. Les haines politiques qui
divisaient les citoyens furent un moment oubliées en présence de ce
serment solennel, car il formulait l'horreur de toute domination
étrangère dont étaient animés tous les cœurs. Les généraux partirent de Marchand ëèt se rendirent dans leurs
commandemens respectifs, révant la plupart aux moyens d'abatire Dessaines. Le mécontentement était devenu tel qu'une révolte sur un point
quelconque Ge empire devait produire un embrasement général. Ce
inécontentement provenait non pas de l'établissement de l'empire,
“mais de la violation des droits des citoyens, droits consacrés dans Îa
constitution, du mépris de leur vie et de leurs propriétés dont on
disposait arbitrairement , des actes de brutalité auxquels se livraient
impunément un god nombre des lieutenants de l'empereur, des violences exercées sur des femmes respectables, de la conviction fortement éprouvée qu'on était livré totalement à la discrétion du chef
“du gouvernement et de son entourage. Voilà ce qui poussait à la
“révolte les hommes de lumières ayant le sentiment de la métaphy-
“sique de la: liberié.. Le peuple des villes et des campagnes, les
actes de brutalité auxquels se livraient
impunément un god nombre des lieutenants de l'empereur, des violences exercées sur des femmes respectables, de la conviction fortement éprouvée qu'on était livré totalement à la discrétion du chef
“du gouvernement et de son entourage. Voilà ce qui poussait à la
“révolte les hommes de lumières ayant le sentiment de la métaphy-
“sique de la: liberié.. Le peuple des villes et des campagnes, les Mroupes eussent peut étre soutenu Dessalines dont la grande gloire
militaire les avait enthousiasmés, s'il n'y avait pas eu une désorga-
“nisation générale dans l'administration. Les cultivateurs subissaient
“le travail forcé, et il arrivait quelquefois que le quart leur revenant
- dans les produits ne leur était pas distribué. Les officiers supérièurs
influents empêchaient leurs plaintes de parvenir à l'empereur. Le
“soldat, de son côté, n'était ni payé, ni habillé, et très irrégulière-
. ment ralionné; cependant il était caserné, soumis sévèrement au code
« pénal militaire , eLn'ayant guère la faculté de se livrer à unc industrie
il arrivait quelquefois que le quart leur revenant
- dans les produits ne leur était pas distribué. Les officiers supérièurs
influents empêchaient leurs plaintes de parvenir à l'empereur. Le
“soldat, de son côté, n'était ni payé, ni habillé, et très irrégulière-
. ment ralionné; cependant il était caserné, soumis sévèrement au code
« pénal militaire , eLn'ayant guère la faculté de se livrer à unc industrie L LE misroing pari. (1808) pour subvenir à son entretien. Le péuple, quand il n'est pas lourmenté par ces persécutions qui l'alieignent même dans sa vie privée,
et qu'il est l'objet de Îa sollicitude d'un gouvernement prévoyant
sans cesse ses premiers besoins, accepte souvent le despotisme.
Mais le joug qu'il pertait déjà avec impatience, sous Dessalines, n était poiut allègé par une administration intelligente et paternelle.
Deasalines, bon capitaine, pendant la guerre, éblouissant les populations par ses vicioires, n'avait pas, au sein de la paix, assez de capaeités admiaistratives pour les contenter tout en legdespotisant. D'une
auire part,les officiers de l'armée du Sud, qui avaient lutté contre
lui sous Rigaud, et qui ne s'étaient soumis à son autorité, pendant:
là guerre nationale, qua pour sauver Îa cause de la liberté, proliinient de toutes ses fautes pour aigrir contre fui les populations: Les
insüncts invincibles d'absolutisme de Dessalines, ses folles dépenses
qui ne fui psrmeltaient pas de sévir efficacement contre les prévaricateurs el les conirebandiers , la corruption profonde de beaucoup
de ses agens lant civils que militaires, le désordre introduit, à dessein, à force de séductions, dans l'administration, par les négocians
étrangers courant après de rapides fortunes, l'ambition de plusieurs M
de ses fieutenans qui exploitaient contre lui tous ses écarts, avaient #
amené cet état de choses déplorable qui, en s écroulant, divisa le pays
en deux parts et fit naître une guerre Iintestine longue et cruelle.
L'instruction publique eontinuait à être nègligée. A un,des voyages de Dessalines au Cap, les autorités civiles et militaires s'étaient
transportées au palais et lui avaient rendu leurs hommages. Pendant
qu il était à table, ayant debout derrière luiet le servant, son ancien
maitre, le vieux Dessalines, devenu son échanson, on lui annonça la vite de l'école Laborie. Il se leva et se rendit seul dans la cour du palais eu
étaient rangés les élèves, refusa d'entendre le discours du directeur, et le
cougédia, sans politessse, en lui disant qu'en 1807, il formérait des w
jeunes gens de sen établissement un régiment d élite qu'il confierait
au jeune prince lünocent, son fils. M' Luborie alla ensuite saluer
avec ses élèves le généralissime des armées d Haïti. Christophe lui fit
‘un bel accueil, introduisit dans sa salle tous les élèves, les couvrit"
dé caresses, écoula avec satisfaction iplusieurs petits discours quils
lui ‘adressèrent, et les exhoria à travailier avec ardeur pour devenir
un Jour d'utiles citoyens. M' Laborie, ému de cette réception,
lui exprima combien il avait été peu satisfait de l'aceueil qui.
ui avait été fait par l'empereur. Christophe lui répondit que Dessalines était un barbare n'ayant nulle idée de civilisation et incapa=.
ble de régénerer une nation, qu'il n’était qu'un soldat brutal, ne
trouvant de bonheur qu'au milieu des baïonnettes, plus propre à
étouffer les lumières qu'à les propager. Le général Christophe alla ;
dans l'après-midi, au palais impérial. Il y eut une grande agitation:
un aide.de-camp de l'empereur avait osé dire au généralissime , que
était un barbare n'ayant nulle idée de civilisation et incapa=.
ble de régénerer une nation, qu'il n’était qu'un soldat brutal, ne
trouvant de bonheur qu'au milieu des baïonnettes, plus propre à
étouffer les lumières qu'à les propager. Le général Christophe alla ;
dans l'après-midi, au palais impérial. Il y eut une grande agitation:
un aide.de-camp de l'empereur avait osé dire au généralissime , que LE HISTOIRE B'HAITI.æ—(1806) 165 s'il donnait tant de soins à l'édification de la Ferrière, c'était pour
en faire un rempart contre l’autoriié de S. M. Christophe le frappe
au milieu du palais. Dessalines intervint, voulut, à son tour , battre
le général Christophe de son jonc. Ses officiers qui l'entourèrent
calmérent sa fureur. L'Empereur, vers la fin de Janvier, envoya le ministre des finances et
de l'intérieur, en tournée dans l'Ouest. Jacob Lewis, négociant américain, qui faisait des fournitures à l'Etat, éprouvait alors de grandes difficultés à l'occasion du paiement des munitions qu'il avait livrées. Le mimistre des finances lui objectait que les calés emmagasinés étaient destinés à soider des marchandises qu'avait apportées, pour le compte du
gouvernement, un navire américain mouillé dans le port de St. Marc.
Lewis répliquait qu'il avait conclu son marché avec le général PéMuon agissant pour le gouvernement, longtemps avant l'arrivée du navire et quon lui devait la’ préférence du remboursement. Vernet
qui avait reçu l'ordre de Dessalines dene payer aucun compte avant, » celui du bâtiment américain, persista dans son refus. Lewis fut obligé d'attendre; mais il fit des reproches à Pétion, parut vouloir le rendre responsable d'uu retard auquel cependant ce général était entiérementi étranger. - Pétion fui cles la lettre suivante, pleine de noblesse. … « Port-au-Prince , le 20 Janvier 41806. « Le général PETION à Jacob Lewis, négociant amérieain.
« Je suis on ne peut plus peiné, Monsieur , des entraves que
vous éprouvez pour obtenir le paiement de ce qui vous est dû ici par PEtat. Si j'avais moi même les moyens de payer cette dette, j'aurais eu, je vous Île jure , la plus grande satisfaction à le faire { et _ si jJ éprouve un regret, dans cetle circonstance, c'est de n'avoir pas été mis à même par la fortune, d'effectuer , en mon particulier, la
liquidation de la somme qui vous est due. Néanmoins, je vous offre, Monsieur, ce quil est en mon pouvoir de faire, pour vous dédommager un peu, et je vous prie instamment de ne pas refuser :
c'est d'accepter la récolte de café qui me revient d'une habitation que
j'ai dans l'arrondissement de jacmel. Vous pourrez doc envoyer
un bâtiment en cet endroit pour recevoir cette denrée que j'ai déjà
ordonné de tenir à votre disposition.
, la
liquidation de la somme qui vous est due. Néanmoins, je vous offre, Monsieur, ce quil est en mon pouvoir de faire, pour vous dédommager un peu, et je vous prie instamment de ne pas refuser :
c'est d'accepter la récolte de café qui me revient d'une habitation que
j'ai dans l'arrondissement de jacmel. Vous pourrez doc envoyer
un bâtiment en cet endroit pour recevoir cette denrée que j'ai déjà
ordonné de tenir à votre disposition. + L'attachêment que je porte à mon pays est le motif qui me
détermine à vous faire cette offre, et la haute estime que j'ai pour
vous, monsieur, y a beaucoup contribué. « J'ai l'honneur de vous saluer,
2 « PÉTION. » 864 * HISTOIRE p'HAITI 1806) 4
Cette lettre fait honneur au général Pétion, surioutà une époque
de grande eorruption, L’antiquité ne nous offre pas de plus beaux
exemples de désintéressement patriotique. Avant le retour de Vernet à
l'Artibonite le colonel Germain Frère l'invita à passer une journée sur
l'habitation Sanio, sucrerie de la plaine du Cul-de-Sac. Il Jui fit serie,
avec le café, un sucre qui avait eu Le temps d'être fabriqué, d'une heure
après minuit à six heures du matia. Les cannes qui l'avaient fourni
n'avaient été coupées qu'à uneheure du matin. Tant étaient prodigieux
les résultats du travau forcé auquel étaient assujettis les culiivateurs.
Le mécontentement de la nation allait croissant par Îa désorganisalion qui pénétrait de plus en plus dans les administrations. D'une
autre part, la plupart des grands de l'empire, qui avaient en vain
sollicité des titres de distinction et des cordons, abandonnaient S.M.
qui se privali d'un fort appui en ne voulant pas créer une aristocratie. Il n'existait entre le peuple et l'empereur aucune elasse
intermédiaire. Mecutor lui disait souvent qu'il était tel que Pharamond,
le premier de tous les guerriers, l'élu d’un peuple d'hommes hbres,
La gloire de Dessalines, que les feux de la guerre pouvaient relever.
en la surdorant, se ternissait au sein de la paix. Boisrond Tonnére
l'excitait sans cesse contre ses principaux lieutenans. Il n'aimait ni
Christophe, ni Geffrard, ni Pétion, et il répétait souvent que ce
dernier jouait le rôle de Sixte Quint. ‘ A cette époque , Péflon, souffrant de douleurs rhumatismales , se montrait ratment en publie.
Boisrond Tonnère n hésitait pas à perdre, dans l'esprit de l'empereur, n'importe quel ciloyen qu'il soupçonnait de conspirer: Si les.
talens pouvaient absoudre de l'immoralité, il mériterait d'immortelleslit
eouronnes : IL a puissamment contribué à notre glorieuse émancipation par ses écrits élincelants d'énergie révolutionnaire. |
La rivalité qui existait entre les deux castes noire et jaune formant
Ja nation haïtienne, se témoignait par une foule de petits faite,
malgré les efforts qu'avait déployés Dessalines pour l'anéantir : l'en
pereur avait parfaitement compris qu'en entretenant les .animosités…
de castes, il ruinerait la nationalité haïtienne. Il venait de faire em
prisonner le colonel Giles Bambara qui avait tenu des propos dem
castes, dans les mornes du Petit-Goûve. Giles mourut dans les cachoisM
Une discussion avait eu lieu, au Port au Prince, dans les galeries
de l'Eglise, entre deux officiers noirs, Michel Tendant et Bastien
Chervain , homme de couleur , ainsi que Bédouet, hemme de cou:
leur , avait été «présent à la scène. On prétendit qu'il eût dit à Bé=
douet: allons nous en; cela ne nous regarde pas; ne fetlons pas le
doigt entre l'arbre et l'écorce, Michel rendant denonça Bédouets…
commandant de fa place, d’avoir entendu ce propos et de n'avoir
pas fait punir Chervain, Dessalines manda, à Marchand, Bédouet et
Michel Tendant. Dès que ce dernier se présenta devant l’empereur,
1 se jeta à ses pieds lui demandant justice, les larmes aux yeux,
: allons nous en; cela ne nous regarde pas; ne fetlons pas le
doigt entre l'arbre et l'écorce, Michel rendant denonça Bédouets…
commandant de fa place, d’avoir entendu ce propos et de n'avoir
pas fait punir Chervain, Dessalines manda, à Marchand, Bédouet et
Michel Tendant. Dès que ce dernier se présenta devant l’empereur,
1 se jeta à ses pieds lui demandant justice, les larmes aux yeux, L RTS, 2 . HISTOIRE D'MAITI (1806) 835 . Dessslinestle relcva et ordonna de conduire Bédouet au cachot, au
fort de La Fin du Monde. Bédouet qui n'avait point été entendu
… éclata énergiquement contre l’ordre de l'empereur. Il déclara que
Chervain n'avait rien dit, en sa présence , et que S. M. devrait assez
connaître ses senlimens pour ne pas le condamner sans l'avoir écouté,
que depuis quelque temps elle éloignait d'elle ses vieux compagnons
… d'armes, ceux qui avaient été à ses côtés, dans les bois , dans les montagnes,, pendant les dangers de la guerre de l'indépendance, pourse
placer. sous l'influence de vils flatteurs qu'on ne voyait sur la scène
"que depuis l'expulsion des français. Montrant du doigt les hommes
qui étaient auprès de Dessalines, il dit : de tous ceux qui vous entourent, Je nai vu avec vous, pendant la guerre, que les Bazelais, les Roux, les Diaquoi, les Charlotin; que les français viennent encore nous altaquer , ou que le peuple se soulève, vous nous
trouverez toujours à vos côtés, tandis que vos flatteurs vous akandonneront.—Dessalines que ces paroles avaient irrilé davantage le fit
traîner au cachot. L'impératrice àävait été témoin de cette scène,
Pendant un mois que Bédouet demeura en prison, elle lui envoya
chaque joùr une abondante et délicate nourriture. Elle finit par
obtenir sa grâce en disant à S. M. que les paroles qu'elle avait entendues étaicnt des vérités dont elle dût profiter. Bédouet fut renvoyé au commandement de la place du Port-au-Prince, et Michel
Pendant, de lieutenant , fut fait chef de bataillon dans la 42e demibrigade. Quoique Dessalines inspirât une grande terreur, ses vieux
compagnons d'armes lui parlaient avec audace et contenalent souvent
ses fureurs par la fierté de leur attitude. Lubhin Hudicourt, par son énerge; avait été réintégré dans son grade d’officier supérieur. A cetle époque, Inginac, directeur des domaines de l'Ouest, contre lequel une femme porta des plaintes, faillit tomber en disgrâce. li avait refusé de Ja metire en possession d’un bien qu'elle réclamail sans ètre munie -d'aucun tre: Elle avait invectivé contre lui, et il l'avait chasste de sa
présence jen la traitant de Messaline. Elle s'était rendue à Marchand,
et sélait plainte à l'empereur d’avoir été appelée une Dessalines. Le
directeur des domaines, mandéà Marchand, fut contraint d'abandonner ses bureaux, et de s’y transporter en hâte. S'il ne fut
pas plongé dans les cachots, c’est que le général Bazelais parvint à faire
comprendre à Dessalines ce que l'on entendait par une Messaline. En
même temps, un administrateur, accusé de prévarications, avait
"été appelé à la capitale pour rendre ses eomptes. Dessalines lui ordonna ,en présence de son état-major , de calculer, sous ses yeux,
à haute etintelligible voix. L'administrateur obtint, à la fin de plu:
sieurs colonnes successives ,.des zéros et retint des unités. Dessalines, l'interrompant, s'écria : je ne m'étonne pas que vous ayez
été dénoncé, puisqu'en ma présence vous osez tout retenir, et ne
laisser à l'Etat que des zéros.— L'administrateur retourna dans ses
L
-major , de calculer, sous ses yeux,
à haute etintelligible voix. L'administrateur obtint, à la fin de plu:
sieurs colonnes successives ,.des zéros et retint des unités. Dessalines, l'interrompant, s'écria : je ne m'étonne pas que vous ayez
été dénoncé, puisqu'en ma présence vous osez tout retenir, et ne
laisser à l'Etat que des zéros.— L'administrateur retourna dans ses
L 266 HISTOIRE D'HAITI (186) É
foyers sain et sauf; mais il fut destitué peu de temps aprés.
L'empéreur sortit de la salle où il se trouvait, attiré dans la cour du
palais, par les menaces que se faisaient deux officiers qui se querellaient,
Poutu , ancien officier de Rigaud , et Laurore Gabart , capitaine dans
la 4.° demi brigade. Il leur commanda de se battre sous ses yeux,
lis se placérént à vingt cinq pes l’un de l’autre, et vidèrent leur dif:
férend au pistolet; ils usèrent une douzaine de cartouches chacun,
et le combat eontinua jusqu'à ce que l’un des deux succombât:
Quand Poutu reçut le eoup mortel, tourna sur lui-même et tomba,
Dessalines , jouissant de ce barbare spectacle, s’écria : quelle belle
pirouetle! — Bisot, ancien officier du Sud, nouvellement revenu
dans le pays, eut le courage de dire, en présence de Dessalines qui
était très hostile à Rigaud, « que c'était ainsi que mourait un rigaudin. » |
Dessalines nomma général de brigade le chef de bataillon Varal,
de la 45e. d'Aquin, et lui confin le commandement de Nippes ,
sous les ordres de Jean Louis François. Fancisque qui était depuis
long-temps ‘colonel de la 15e, vit Vaval, son chef de bataillon , de‘
venir $Gn supérieur en grade. Il se plaignit amérement de ce passe- .
droit, et toute la 45e. partagea son mécontentement. A l'époque
où prétendit que cette injustice avait été exercée envers Francisque
parce qu'il étail homme de couleur, Le général Guillaume Lafleun,
commandant de l'arrendissement d’ Aquin , quoique dévoué à Dessalines, juges sa conduite, en cette circonstance, très impolitique. L'emnie n'avait fall ce pusse-droit à Francisque que parce quil n'avait
nulle confiance en sa fidélité.
Il ne tarda pas à spprendro la mort du général de division Jean
Louis François, commandant de la per division du Sud: JeanLs. François fut regretts de tous les citoyens de sa province.
C'était un homme du plus noble caractère; quand la mort le surprit,"
il n'avait démontré aucune disposition hostile à légardde Dessalines,”
qu'il n'estimait pas. Cependant il ne conspira jamais cont l’'empe=
reur qui lui Lémoignait toutes sortes de confiance. Ancien officier de“
Rigaud, il avait combattu, sous ce général, le parti coloniab, les an"
glais et Toussaint Louverture. Il +e souleva , au haut du Cap
contre les français, en 4802, quand le général Pétion déploya le
drapeau de l'indépendanec ; il était alors officier supérieur dans la,
18e. demi-brigade coloniale. Il devi nt colonel quais le général.
Geffrard pénétra dans le dépertement du Sud, à la tête de ce corpsim
et en 1803, au camp Gérard, pendant la guerre de l'indépendance , Dessalines le nomma général de brigade , le mème jour qu'il
donna ce grade à Gérin, à Moreau ou Cocoherne, à Férou: "Nous
avons vu qu'il devint divisionnaire sous l'empire. Le général Gef=
frard, apprenant sa mort, se transporta à l'Anse à-Veau, etcommanda”
leg troupes qui lui rendirent les honneurs funèbres. Son corps fut
1803, au camp Gérard, pendant la guerre de l'indépendance , Dessalines le nomma général de brigade , le mème jour qu'il
donna ce grade à Gérin, à Moreau ou Cocoherne, à Férou: "Nous
avons vu qu'il devint divisionnaire sous l'empire. Le général Gef=
frard, apprenant sa mort, se transporta à l'Anse à-Veau, etcommanda”
leg troupes qui lui rendirent les honneurs funèbres. Son corps fut ss | | ;
0 À à L
? MiSToine p’HAïTI.—(1806) | . 1807 enterré au pied de l'arbre de la liberté de 'Anse à Veau. Les agi
tateurs répandirent que Dessalines l'avait fait cmnoisonner : il était
mort des suites de nombreuses blessures qu'il avait reçues’; presque
dans chaque combat, il avait été atteint de la balle. Presque aussitôt après la mort de J.".L.° François, le général Geffrard
élouffaune révolte avec une grande énergie. Le mécontentement qui
“régnait dans les montagnes, s'était témoigné par une prise d'armes. Un
laboureur, Germain Pico, occupait ure petite propriété dans le voi
cmnoisonner : il était
mort des suites de nombreuses blessures qu'il avait reçues’; presque
dans chaque combat, il avait été atteint de la balle. Presque aussitôt après la mort de J.".L.° François, le général Geffrard
élouffaune révolte avec une grande énergie. Le mécontentement qui
“régnait dans les montagnes, s'était témoigné par une prise d'armes. Un
laboureur, Germain Pico, occupait ure petite propriété dans le voi sinage du fort des Pliatons ; il se résolut à #e soulever centre Des:
sulines quoiqu il fût entièrement étranger au mouvement insurrechionnel que préparait le général Geffrard. H se fit plusieurs centuines de parusans , et attendit, pour s'emparer du fort des Platons,
qu'une occasion favorable se présentàt. Peu de semaines après, il
y eut une fêtesur une des habitations du voisinage. Le fort était
occupé per une compagnie de la 17e demi brigade. La plupart des sol-
-dats l'abandonnérent et allèrent à lafète. Pendant qu'ils dansatent et
chantaient avec les cultivatrices, Germain Pico, à la tête d'une bande
de paysans, se précipita dans le fort, et s’en rendit maître. Il
contraignit à la fuite ceux des soldats qui se présentèrent pour reprendre [a position: Dès que cctie nouvelle parvint aux Cayes,
“le. général) Moreau écrivit au général Geffrard qui était encore
à | Anse-à.Veau, pour la lui annoncer, et s'achemina sur les Platons, à fa tête des 13e et 47e demi-brigades. Il parvint au pied
du, morne sur l'habitation Leprêtre , le lendemain au coucher du.
soleil. Il fit faire halte à la brigade pour y paser la nuit, et remit
Pattaque au lendemain matin. Pendant que les soldats mettaient
leurs armes en faisceaux, le général Geffrard , sortant de l'Anse-àVeau, apparut avec son état majer sur l'habitetion. HN blâma sévèrement le général Moreau d'avoir compromis le succès de l'expédition
en suspendant sa marche , et fui fit observer que, pendant la nuit,
… Germain-Pico: pourrait 2bandonner le fort, apres ‘en avoir enleve
toutes lesumuuitions. Il fit remettre les troupes en bataille et les divisa
en trois colonnes. Le colonel Bourdet reçut l'ordre de tourner le fort,
men passant par l'habitation ‘Fiton, à la têie de la 43e, le colonel
VMancol de l’assaillir du eôté opposé, à la tête de la 17e. Le génécal, Geflrard |, en personne, s'avança, à la têle de la cava-
| Jerie par la grande route. Quand ïl parvint près du fort,
fut accueilli par un coup de canon à mitraille. Pico,
le voyant néanmoins s'avancer audacieusement , abandonna les remparts
avec tous les siens et gagna les bois. Les soldats des 18e et 17e, en
pénétrant dans le fort, trouvèrent, hors des magasins et disposées
peurrêtre enlevées, plas de-cent caisses de poudre. Plusieurs colonnes de troupes furent lancées à la poursuite de Germain Pico.
… Quelques jours après, ileut la tête trancliée par un montagnard,
nommé Blaise, vieil officier africain, |
abandonna les remparts
avec tous les siens et gagna les bois. Les soldats des 18e et 17e, en
pénétrant dans le fort, trouvèrent, hors des magasins et disposées
peurrêtre enlevées, plas de-cent caisses de poudre. Plusieurs colonnes de troupes furent lancées à la poursuite de Germain Pico.
… Quelques jours après, ileut la tête trancliée par un montagnard,
nommé Blaise, vieil officier africain, | 268 . WisToirE D’HalTi.— (1806) Geffrard s'était hâté d’étouffer cette révolte parce qu'elle avait éclaté
en dehors de son influence, et que l'homme qui.en avait été le
chef , s’il avait réussi, eût méconnu son autorité aussi bien que celle
de l'empereur. Après cet événement l'influence de Geffrard prit une plus forte
consistance. Il se prépara à prendre les armes contre Dessalines.
La: plupart des autorités des Cayes lui étaient aveuglement dévouées
et on se proposait d'arrêter l'empereur à sa première tournée dans
le Sud. : Si Dessalines n'y venait t pas, Geffrard devait, en preriant les armes,
donner aux autres points de l'empire le signal de l'insurrection. Vénéré M
des troupes et du peuple da Sud, il se faisait rendre aux Cayes les
honneurs qui n'étaient dus qu'au chef de l'Etat. Christophe agissait M
de même, au Cap, comme nous l'avons vu. Gelfrard en visitant
le fort des Platons qu'il avait fait construire, disait quelquefois aux
soldats : bientôt nous verrons si l'empereur sait encore faire la guerre, M
Le dérèglement quiexistait alors dans les mœurs, l'avait aussi atteint.
Quoique marié, il entretenait plusieurs maîtresses, qui rivalisaient
de faste avec celles de Dessalines. Les habitans. des Cayes donnaient
aus concerts et des bals presque chaque soir ,set y déployaient le
plus grand luxe. Les concubines de l'empereur, ainsi que celles de
Gellrard, n'aïilatent en proménade qu'en cavalcades où en voitures,
escorlées d'elliciers de lous grades. Mademoiscile Enphéèmie Daguille
portait ses dépenses que le trésorier des Cayes était obligé de soider .
à des chiffres très élevés, Elle se faisait appeler l'Amie de l'empe-"
reur ; ses lôies de lelires, imprimées aux frais de l'Etat, por
laient : ï a) Liberté, . ou la Mort. |
Empire d'ilayti. POP PTE IE SRE PUNUNE SE C Aux. Cayessleg. tt. vie Euphèmie DAGUILLE , Amie de Sa Majesté JACQUES, Enpereur 68
d'Hayt. -* On appelait aussi les amies du général Geffrard, les concubines
de ‘ce dernier. Sur le rapport du ministre de la gucrre et de la marine, lems
pereur avait rendu un décret sur la navigation, le 4er Février 4806
Gérin, qui l'avait fait, et dont les connaissances maritimes étaient
aussi bornées que la petite baie qui s'étend entre Pestel et le
Caymites, n'y avail guère stipulé que. des dispositions concernant
les pêcheurs, leurs filets, les caboteurs, formulant en articles
qui se passait chaque jour sous ses yeux; le long du rivage. Ge
peudant il avait étendu ses vues sur quelques dispositions vraiment 1
, le 4er Février 4806
Gérin, qui l'avait fait, et dont les connaissances maritimes étaient
aussi bornées que la petite baie qui s'étend entre Pestel et le
Caymites, n'y avail guère stipulé que. des dispositions concernant
les pêcheurs, leurs filets, les caboteurs, formulant en articles
qui se passait chaque jour sous ses yeux; le long du rivage. Ge
peudant il avait étendu ses vues sur quelques dispositions vraiment 1 di: HISTOIRE D'HAITI 1806) 269 les. L'article 6 portait : « Tous capitaines et officiers qui seront
par nous brévetés à l'avenir , seront astreints à subir un examen
préalable et admis à prouver qu'ils ont servi en qualité d’officier
marinier sur les bâtimens de l'Etat pendant six mois au moins, ou
sur un autre bâtiment de quinze hommes d'équipage au moins,
et cela pendant six mois dans chaque grade, en tout dix-huit mois
de service, comme officier marinier, sous lieutenant et lieutenant,
» avant que d'être reçus capitaines, » L'article 7 était ainsiconçu : « Les examens et réceptions seront
faite par un comité de marine, qui sera tenu en présence du com-
» missaire des guerres et de la marine, composé des deux plus anciens capitaines de la marine militaire, d’un capitaine d'artillerie,
d un chef de mouvement des ports, d'un maître de mathématiques
ou d'hydrographie et qui poseront des questions de théorie et de
pratique, sur la manœuvre , au candidat, sur le meuillage , l'ap:
« pareillage, le canonnage et quelques notions sur le pilotage et la
variation de la boussole. Si les examinateurs ne trouvent pas le
candidat suffisamment instruit , ils le renverront à un autre jour
avec des instructions par écrit; dans le cas que les réponses fussent satisfaisantes aux questions, elles seront envoyées au ministre
de la marine qui soliicitera le brevet de moi; ilen sera à peu près
de même pour les capitaines de cabotage. Les articles 20, 21-et 22 étaient conçus ainsi qu'il suit:
«Art. 20. Les enrôlemens pour l’armée navale se feront par lapresse, et le temps du service des marins ne se sera point limité. Art. 21. La manœuvre des bâtimens exigeant une ponctuelle obéissance et toule la eélérité dans les mouvemens , le commandant ne
souffrira point de réplique ; tout subordonné qui aura hésité d’obéir,
et par le défaut d'exécution aura compromis la sûreté des bâtimens
ou des personnes sera puni d'un châtiment exemplaire, (passé à la
bouline) et jugé d'après le code, sile délit l'exige. Art. 22. Tout article du code pénal militaire est applicable aux
marins comme aux troupes de terre. Pendant que l'Empereur , froissant beaucoup d'intérêts , se
Jivrait à ses moindres caprices, il apprit l'arrivée à Jacmel du
célèbre Miranda , qui se dirigeait vers la Côte-Ferme Nr la soue
lever contre l'Espagne. _ Il envoya l'ordre au général Magloire Ambroise de lui faire l'accueil le plus distingué, de lui fournir des armes
et des munitions , et de lui permettre de recruter de jeunes haïtiens. Il
l'Empereur , froissant beaucoup d'intérêts , se
Jivrait à ses moindres caprices, il apprit l'arrivée à Jacmel du
célèbre Miranda , qui se dirigeait vers la Côte-Ferme Nr la soue
lever contre l'Espagne. _ Il envoya l'ordre au général Magloire Ambroise de lui faire l'accueil le plus distingué, de lui fournir des armes
et des munitions , et de lui permettre de recruter de jeunes haïtiens. Il _ luifitparvenir le conseil, s'il voulait réussir, de mettre en pratique, dans
la province de Venezuela, les moyens violents qui avaient amené le
triomphe des armes indigènes , moyens terribles et efficaces qu'on
ne voit employer, dans l'histoire, que lorsque l'aristocratie, résistant avec opiniâtreté aux plus justes réclamations, porte Les peu- “ e. “zaine de ces Polonais qui avalent été épargnés et te élaiepl eme.
ï 870 : RiISBOIRE D’waiti.— (1506) ples au désespoir. * Les indépendans de la Nouvelle Grenade n'avaient pas assez souffert pour sentir le besoin d’une révolution ra-.
dicale. Aprés Îa trahison de Dumouriez, Miranda, un de ses.
lieutenants les plus distingués, avait été arrêté , jugé et 21600 F'
Plus tard il fut réintégré en’prison, et à la fin de 4797 il fut mis.
en liberté ; mais il reçut l'ordre de quitter le territoire français. Il passa en Angleterre où il prépara son expédition contre Îles colonies .
espagnoles. Il se rendit ensuite aux Etats-Unis où il se procura”
trois navires armés, entre autres une corveite de 30 canons. IL
était venu à Jacmel pour organiser ses équipages, accompagné de.
200 jeunes américains. M partit d'Haïti dons Îles premiers Jours de
Mars, et se rendit à la Côte Ferme. Da nombreux haïtiens , qui
avaient acceplé les périls de cette expédition lointaine, s'y disiinguérent fa plupart. -1 Dessalines recevait à Marchand des dénonciations, de tous côtés, principalement contre les officiers du département du Sud. Le chef
d'eseadron Borgelia, eommandant de la plice d'Aquin, avait été dé-«
noncé par Boisrond Tonnère d’avoir favorisé la faite de plusieurs «
blancs pendant le massacre de 4804. Borgella avait hautement ap
plaudi à la conduite du général Jean Lonis François qui avait arras.
ché à la mort presque tous eeux de l'arrondissoment d'Aquin. Dans
le même quartier, le citoyen Frémont, administrateur, s était aussim
distingué, en celte circonstance, par une ‘belle ac ion. Voyant.
des soldats conduire à la mort un petit blanc de dix ans, il l'avait
retiré de leurs mains en leur donnant vingt gourdes ; et l'avait en
suite clandestinement embarqué. Borgella se rendit à Marchand,
qui avait arras.
ché à la mort presque tous eeux de l'arrondissoment d'Aquin. Dans
le même quartier, le citoyen Frémont, administrateur, s était aussim
distingué, en celte circonstance, par une ‘belle ac ion. Voyant.
des soldats conduire à la mort un petit blanc de dix ans, il l'avait
retiré de leurs mains en leur donnant vingt gourdes ; et l'avait en
suite clandestinement embarqué. Borgella se rendit à Marchand, dans le courant d'Avril. Geffrard, son ami, lui avait recommandé |
de tout nier avec audace devant l'empereur. Depuis quelque temps,.
Dessalines se laissait dominer par toute la violence de son caractére. Il n'y avait plus dans l'empire l'ombre d’une administrations
lon voyait de toutes parts des prévaricateurs qui, sans ‘honte ;: le"
vaient la tête, et, à certains intervalles, des exécutions. Une dou ployés à l’arsenal de Marchand, craigrant d'être saerifiés tôt ou tard“
s'évadcrént pour atteindre la partie de l'Est. Ils furent arrètés et"
Dessalines les fit périr tant par le fouet que par le sabre. Leur
exécution émut la plupart des habitans de Harchand. pape
leur avait fait appliquer , avec son infléxibilité ordinaire, les peines
établies par les lois qui régissaient l'empire, car s'ils avaient atteint
la partie espagnole, ils eussent grossi le nombre des ennemis de
la patrie, L'empereur, très agité, se promenait dans ses galeries: Daxid-Troy, qui de chef de bataillon avait -été fait soldat dans 1 * Dessalines lui avait fait dire : © Loulé cails, coupé têtes. M tom o
et coupez les têtes.) | D à j EL] . . D NISTOIRE D'HAITI.…… (1866) si demi brigade, était de faction à une des portes du palais. Bessalines appela Borgella, et Boisrond Tonnère s’avança au-devant de cë
dernier et lui tendit la main; Borgella lui refusa la sienne avec indignation. David-Troy, en présence de Dessalines, applaudit au mouvement de Borgella. —Est il vrai, commandant, que vous ayez sauvé des blancs ?— Non, sire. — Cependant d’après les rapports que j'ai reçus... — Non, sire.—On t’a faussement accusé, car si tu en avais sauvé, Lu n'aurais pas refusé [à main à Boisrond Tonnère; tu n'ignores pas que c'est lui qui t'a dénoncé ; relire toi, et sois bon citoyen. — - Boisrond Tonnère demeura humilié. Le secrétaire du général Pétion , Boyer, élait en ce moment à Marchand: I! y était venu pour assisier aux noces de son frère,
…le citoyen Souverain. Il était descendu chez Pujol, l'ancien mé. decis de Pétion. Au milieu d'une belle nuit, couché dans le méme lit que Pujol, il entendit frapper à {a porte de. la chambre qu'il
occupait: on appelait le médecin pour donner des soins à un
malade. Pujol se leva et alla ouvrir la porte. Dès qu'il se présenta - dans la rue, il fut assailli par plusieurs hommes et lué à coups d'énn
…le citoyen Souverain. Il était descendu chez Pujol, l'ancien mé. decis de Pétion. Au milieu d'une belle nuit, couché dans le méme lit que Pujol, il entendit frapper à {a porte de. la chambre qu'il
occupait: on appelait le médecin pour donner des soins à un
malade. Pujol se leva et alla ouvrir la porte. Dès qu'il se présenta - dans la rue, il fut assailli par plusieurs hommes et lué à coups d'énn pée. « Un des assassins dit, en se retirant : « tu ne medemanderas
plus lé doublon que je te devais. » Le cadavre fut trouvé, le lendemain, étendu contre la porte. * On ne connut jamais les coupables. à R |
Dessalines et son entourage dont la conduite était 81 scandeleuse,
sefforçaient cependant de meltre un frein aux passions du peuple.
Pour l'empêcher de se livrer aux excès des liqueurs fortes,
PEmpereur, se résolut à faire démolir a plupart des guildives ,; du moins celles qui n'appartengient pas à. l'Est. Dans le Sud, ‘particuliérement, on consommait immodérément ie tafia dont la propriété est d'énerver l’homme et de l'abrutir. Lemreur rendit le décret suivant : Liberté, Ou la Mort.
DÉCRET IMPÉRIAL. — Q — JAGQUES, Empereur premier d'Haïti et Chef Suprême de l'ermée , par la grâee de Dieu et Ia loi constitutionnelle de l'Etat,
Voulant remédier aux dommages que divers spéculateurs non autorisés apportent à l’exploitation des guildiveries de l'Etat, La * Le secrétaire de Pétion qui a plusieurs fois raconté e# trait devant mon père,
a dit qu'il avait recennu les assassins. Maisil ne voulut jamais l:s nommer. Sans
doute il craignait de flétrir certaines familles (dont la plupart des membres
étaient étrangers à co crime ,) auxquelles appartenaient les assassins, : . - 4
+ ’ é .
7 L à « (4
È #72. | misTeinm D'HAÏTI.—( 1806 ) Décrète ce qui suit : Art. der. Toute guildive appartenant ou à l'Etat ou aux partieuliers , qui aura été relevée ou établie antérieurement à l'arrêté
de son Excellence le Ministre des Finances relatif à l'affermage des
guildiveries, sera conservée et continuera de fabriquer. Art. 2. Toutes celles qui auront été réparées ou entreprises par
des particuliers, postérieurement à l'arrêté précité, sans une permission expresse signée de ma propre main ou de celle de Son
Excellence le Ministre des Finances , seront considérées comme illicites et par conséquent démolies. Art. 3. Dans un mois, à compter du jour de la publication du
présent décret, tous les entrepreneurs particuliers qui n'auront pas
satisfait au désir de l'article 2, seront poursuivis extraordinairement et auront leurs manufactures confisquées au profit de l'Etat. Art. 4. Le présent sera lu, publié et affiché partout où besoin
sera, à la diligence des administrateurs. | Ordre aux généraux commandans de division et d'arrondissement,
de prêler main forte à l'exécution du présent déeret.
jour de la publication du
présent décret, tous les entrepreneurs particuliers qui n'auront pas
satisfait au désir de l'article 2, seront poursuivis extraordinairement et auront leurs manufactures confisquées au profit de l'Etat. Art. 4. Le présent sera lu, publié et affiché partout où besoin
sera, à la diligence des administrateurs. | Ordre aux généraux commandans de division et d'arrondissement,
de prêler main forte à l'exécution du présent déeret. Au palais impérial de Dessalines, le 2:Mai 4806, an 3e. de
l'indépendance, etc. | |
|
| DESSALINES. Par l'Empereur :
Le Secrétaire Général ,
Juste CHANLATTE. AV Bans le département du Sud , les autorités civiles et militaires qui
étaient, la plupart, hostiles à Dessalines, ne s’efflorcérent pas
de faire exécuter ce décret; les guildives continuèrent à fonction
ner , et Dessalines quand ïl se rendra dans le Sud , en Août, sera
obligé lui même de les faire démolir par les officiers de son état-«
major ; le bois de campèche, qu'il avait aussi défendu d'abattre, con-«
tinuait à être exploité, sans aucune opposition de la part des aute=
rités. Le peuple commençait à témoigner hautement son mécontens
tement; les fememes que l'on employait dans les travaux publies
chantaient un carabinier dont le refrain était : « l’Empéreur ménagé
mdmans pitites (Empereur ménagez les mères de famille ). Le mé*
contentement général loin de calmer Dossalines, l'irritait davantage. Un blanc français nommé Noblet, ancien trésorier à Mira
goâne , sous Rigaud, était revenu dans le pays, après les massaer
de 1804. Comme il s'était montré partisan de la liberié générales
Dessalines lui avait accordé la vie. Mais vers cette époque, it fuk
mandé à Marchand, et il fut baiïonnetté pour avoir osé rentrer e
à Haiti, après la publication qui anathématisait les français. HYSTOIRE D’HAITI.—(1606) TRS 273 La eonspiration qu'avait ourdie le général Geffrard , conjointement
avec Christophe, devait ne pas tarder à éclater. Nous avons déjà vu
que le général Christophe avait fait proposer à Geffrard, par Bruno Blanchet, de renverser Dessalines. Geffrard, de plus en plus mécontent de
l'empereur qu’'excitait contre lui Boisrond Tonnère , Sétait résolu
à se soulever sans plus tarder. Aussitôt après le retour en Haïti des colonels Bigot et Dartiguenave, anciens officiers de l’armée du Sud, Boisrond Tonnère avait suggéré à Dessalines la pensée que Geffrard
voulait favoriser la rentrée de Rigaud dans le pays. Dès cette époque l'empereur était devenu encore beaueoup plus hostile à Geffrard.
ait contre lui Boisrond Tonnère , Sétait résolu
à se soulever sans plus tarder. Aussitôt après le retour en Haïti des colonels Bigot et Dartiguenave, anciens officiers de l’armée du Sud, Boisrond Tonnère avait suggéré à Dessalines la pensée que Geffrard
voulait favoriser la rentrée de Rigaud dans le pays. Dès cette époque l'empereur était devenu encore beaueoup plus hostile à Geffrard. À Ja fin de Décembre 41805, Gcffrard s'était concerté avec Pétion sur les moyens d'abattre Dessalines. Ausssitôt aprés la prise
d'armes du Sud, l'Ouest devait se prononcer aussi bien que le Nord. L'empereur , qui, per instinct , découvrait la conjuration , avait voulu
faire arrêter Geffrard , en le mandant à Marchand ; mais il en avait
été dissuadé par plusieurs des. ofliciers qui formaient son entourage.
En retournant aux Cayes, en Avril 1806, Borgella s'était arrêté au
Port au Prince et avail été chargé par Pélion de transmettre, verbalement, à Geffrard, ses dernières disposilions toutes favorables à à line
Surrection. Pétion venait aussi de s'aboucher, à St-Marc, par l'intermédiaire de Boyer, son seerélaire, avec Blanchet, T'agent de
Christophe. Les choses étaient dans cat état à la fin de Mai 1806. Presque
tous les officiers subalternes et supérieurs, noirs et jaunes, de la
province du Sud, avaient été gagnés contre Dessalines. Le général
Geffrard, tout en se livrant aux plaisirs, méditait profondément
Jes moÿens d'exéeuter son projet. Mais il fut atteint d'un violent
vomissement , et, le 31 Mai, rendit la vie dans le_sein de sa
famille. Aussitôt on répandit qu ‘Il avait été empoisonné par les ordres de l'empereur : cependant aueune circonstance ne donnait quelque
fondement à ce bruit, Beaucoup de personnes des Cayes ont assuré qu'il mourut d’un 2beës à l’estomae, formé par suite d’une
chute de cheval survenue aux Piatons pendant une partie de chasse.
La garnison et presque tous les habitans des Cayes assistèrent à ses funérailles qui furent célébrées avec la plus grande pompe. Sa mort nn
, répandit le deuil , de tous côtés, dans la provinee du Sud. Son eorps
fut transporté dans la forteresse des Plaitons et y fut enterré; ses entrailles furent déposées au centre de la place d'armes des Cayes à une légère distance, à l'Est, de l'arbre de Liberté. I avait 45 ans. Né en 1761 sur l'habitation Périgny, quartier de la plaine à Pitre, hauteurs du camp Perrin , commune des Cayes, il avait
pour pèré un homme de couleur, Nicolas Geffrard, et pour mère,
une africaine sénégalaise, nonfmée Julie Coudro. fl grandit sur
Phabitation de son père, se livrant aux exereiees de la chasse j jusqu'au
moment qu'éclata la révolution. Par les soins de sa famille, il ap274 MISTOIRE D'HAITI—(1806) : -
quartier de la plaine à Pitre, hauteurs du camp Perrin , commune des Cayes, il avait
pour pèré un homme de couleur, Nicolas Geffrard, et pour mère,
une africaine sénégalaise, nonfmée Julie Coudro. fl grandit sur
Phabitation de son père, se livrant aux exereiees de la chasse j jusqu'au
moment qu'éclata la révolution. Par les soins de sa famille, il ap274 MISTOIRE D'HAITI—(1806) : - prit à lire et à éerire; il s’exprimait avec facilité, et quoique d'une humeur fougueuse , il était généralement doux et aimable dans ses relations. Sergent dans la compagnie Massé dès l'aurore de la révolution (1790), il devint lieutenant en 1793, fit la campagne du camp Dérivaux dans les rangs républicains, sous les or- M
dres du général Rigaud, entra dans la légion de l'Egalité, au grade M
de capitaine de chasseurs, prit part à plusieurs actions glorieuses ,
contre les royalistes de la Grand’Anse et fut nommé, en l'an 4, par le
général français Desfourneaux , chef de bataillon et eommandant du M
camp Périn. Il marcha en l'an 5 contre Jérémie, en passant par les
mornes de Plymouth. Il fut élevé au grade de colonel, par le général
Rigaud , pendant la guerre civile de #799 et prit le commandement
du 4e. régiment du Sud. Il se fit toujours remarquer à la tête
des troupes par un coup d'œil sûr, un grand courage, et une sévérité, à l'endroit de la discipline, poussée jusqu’à la dureté. Au
moment dela chute de Rigaud , 11 8 échappa, par un trait d'audace,
des mains de Dessalines, partit de Cavaillon, traversa les mornes de
Plymouth, atteignit le Corail, puis Jérémie, et se rendit à Cuba,
fuyant la proscription. Il demeura en cette île, à Si Yague, jusqu à
l'arrivée à St.-Domingue de l'expédition française de 1802. I! revint
däns le pays avec les autres réfugiés rigaudins, mouilla au Port-auPrince, se rendit ensuite à St-Marc, s'enrôla simple soldat dans les
troupes françaises, et combaltit Toussaint Louverture, pendant toute
la guerre de trois mois. Après la soumission de Toussaint Leuverture, il s'achemina vers le Sud pour embrasser ses parents qu'il
n'avait pas vus depuis la chute de Rigaud. Mais aussitôt après son
arrivée à l’Anse à Veau, il apprit que les colons, qui se redressaient,
par le triomphe des armes françaises, projetaient de l'arrêter ; il se
transporta au Cap où, par ce qui se passa sous ses yeux, il dé
couvrit Île projet du gouvernement de rétablir l'esclavage. TM
se rallia à Pétion dés que celui-ci prit les armes contre les fran
çais, au haut du Cap. Dessalines, proclamé général en chef par
les insurgés, le rétablit dans son grade de colonel et l'envoya porter
la guerre dans le Sud contre les français. Après la prise de l'An$e=
à-Veau, en Janvier 1803, 1l fut promu au grade de général de’ brin
gade. Il parvint à faire accepter l'autorité de Dessalines par les in=
dépendans du Sud qui avaient en horreur le général en chef depuis.
la guerre civile entre Toussaint et Rigaud. Il conduisit la guerre
qu'il fit aux français avec une rare habileté , loin des regards
de Dessalines, livré à ses propres ressources: il fut le héros de Ha
guerre de l'Indépendance dans le département du Sud. Quand là
Mort le surprit, il se disposait, comme nous l'avons vu, à prendre
les armes contre l’empereur dont le système gouvernemental était
contraire à ses principes. On a dit, sans raison, qu’il avait été
empoisonné par les ordres de Dessalines. L'espèce humaine semble
rare habileté , loin des regards
de Dessalines, livré à ses propres ressources: il fut le héros de Ha
guerre de l'Indépendance dans le département du Sud. Quand là
Mort le surprit, il se disposait, comme nous l'avons vu, à prendre
les armes contre l’empereur dont le système gouvernemental était
contraire à ses principes. On a dit, sans raison, qu’il avait été
empoisonné par les ordres de Dessalines. L'espèce humaine semble OT PT CT PEER TP " tro A IRESAT RU UE ETS SEE HISTOTRE D’HAITI.—( 1806) _ 275 toujours croiré, en effet, qu’un être extraordinaire ne puisse mous
rir naturellement, par un simple accident de santé. L
Après la mort de Geffrard, la conspiration dont il était l'âme dans
le Sud, et qui devait éclater aux Cayes, à la première arrivée dé
l'empereur en cette ville, n'eut plus aucune suite. Les conjurés tremblant pour leurs têtes cessèrent de se réunir; l'indiscrétion d’un seul
pouvait les perdre tous. Aucun d'eux ne se montra assez faible pour
dévoiler à l'autorité les secrets de la trâmes Cependant le général
Moreau acquit la certitude, par ses espions, qu'il ÿ avait eu un
projet d'insurrection. AURN TIT EURE
L'empereur n ignorant pas que son aulorité fut ébranlée dans le Sud,
résolut de s y transporter pour déjouer ses ennemis et les frapper au
’un seul
pouvait les perdre tous. Aucun d'eux ne se montra assez faible pour
dévoiler à l'autorité les secrets de la trâmes Cependant le général
Moreau acquit la certitude, par ses espions, qu'il ÿ avait eu un
projet d'insurrection. AURN TIT EURE
L'empereur n ignorant pas que son aulorité fut ébranlée dans le Sud,
résolut de s y transporter pour déjouer ses ennemis et les frapper au … cœur. Il partit de Marchand et parvint au Portau-Prinee, plein oo ES de fureur, paraissant ne voir autour de lui que des conspirateurs,
et parlant de foudroyer ceux qui résisteraient à ses volontés. Peu de
jours après son arrivée , il reçut la nouvelle de la mort du général
Geffrard ; 1l parut en être affligé, et le lendemain il fit chanter un
service funèbre en la mémoire de ce général. Cependant dans la soirée
qui suivit 11 donna un bal, prétextant qu'il avait besoin de quelques distractions pour chasser les ehagrins dont il était assailli. HI
dit à ses favoris que Dieu, en enlevant Geffrard, avait été plus
pressé que lui. Du Port au Prince,’ il s’achemina sur Jacmel, traversa le morne Campan, et s'arrêta sur le morne de Ha Crète àPiton pour visiter les fortifications quil y avait fait élever. Delà
il atteignit Jacmal où il fut magnifiquement accueilli. Dans la semaine
qui suivit le jour de son entrée en cette ville on fui dénonça Thomas Thuat, qu'on accusait toujours de se livrer à la contrebande:
Après avoir fait faire une. visite domiciliaire en sa demeure par des
agens de police, Dessalines se convainquit de la véractié des rapports
qui lui avaient été adressés. El fit assassiner Thomas Thuat, pendant
une nuit, par des officiers de son état major et par des dragons de
PArtibonite qui l’escortaient. Les magasins de Thomas ‘Fhuat furent
séquestrés au profit de | État ; sa caisse pleine d'or et d'argent fut
livrée à Desssalines ; lessommes que celui-ci en retira furent employées
à créer une maison de commerce éphémère sous la raison sociale
Innocent et C°. * Un citoyen de Jacmel fut chargé par l'Empereur de
gérer cëtte nouvelle maison. L'Empereur fit encore vérifier tous les titres
de propriété même ceux des citoyens qui avaient déjà été régulièrement mis À Ne de leurs biens. I quitta Jacmel après avoir
excité beaucoup de mécontentement, traversa le Grand Goâve et le
Petit Goûve sans s’arrèler. 1 ne demeura quelques jours dans chacun
des quartiers de Miragone, de l'Anse-à-Veau, du Petit-Trou, des
Baradères et du Corail que pour visiter les fortifications de l'intérieur:
encore vérifier tous les titres
de propriété même ceux des citoyens qui avaient déjà été régulièrement mis À Ne de leurs biens. I quitta Jacmel après avoir
excité beaucoup de mécontentement, traversa le Grand Goâve et le
Petit Goûve sans s’arrèler. 1 ne demeura quelques jours dans chacun
des quartiers de Miragone, de l'Anse-à-Veau, du Petit-Trou, des
Baradères et du Corail que pour visiter les fortifications de l'intérieur: * Note fournie par Mr. {nginac, Le prince Innocent était un fils de PEmperer, 276 HISTOIRE D'HAITI.— (1806) A l’Anse-à-Veau, il avait ordonné de transporter au fort Desbois les
restes de Jean-Louis François déposés au’ pied de l'arbre de ia Liberté
qui s'élevait sur la place d'armes. De Jacmel au Corail, il avait
fait brûler plus de deux millions de bois de campêche , coupés, et
misen {as pour être exportés, contrairement à ses arrêtés. Yayou
et Lamarre avaient eux-mêmes fait brûler les bois coupés dans les
quartiers de Léogane; mais partout ailleurs, l'Empereur, trouvant
dans les populations ‘une forte résistance à l'exécution de ses ordres
ét une mauvaise volonté bien marquée de la part des autorités loca- M
les , avait été obligé de les faire brâler par les officiers de
son état-major. Il avait pris celte mesure parce que dans là piupart de ces quartiers, on abandonnait les cultures principales celles
du cacao et du café pour se livrer à la coupe des bois. Hi disait
dans son indignälion: « Je sais bien que les gens du bas de la Cou Ÿ A
(du département du Sud) veulent se soulever contre moi ; eh bien ! M
je leur pousse l'épée aux reins pour les porter à prendre les armes; M JR. Ch À ne tb, je ne les redoute pas; j'attends qu'ils campent pour que jé les cul
bute; ce sont de mauvais indigènes; ils sacrifient tout à leurs intérèts M
particuliers; ils veulent tout pour eux et rien pour les autres. Mais
je les attends de pied ferme; je ferai rentrer dans les domaines beau-w
coup de propriétés dont on s'est rendu maître par des enquêtes M
que la-mauvaise foi ou la ‘complaisance a formulées; je vois qu'ils
sont courroucés; que m'importe ! » Il entra à Jérémie sous linflu: W
ence de ces fâcheuses dispositions. Il y apprit que le général Fé
rou, qui avait été l’ami et l’admirateur de Geffrard, avait trempé
dans la conspiration que ce dernier avait organisée. Férou comman- «
dait l'arrondissement de la Grand’Anse, dont Jérémie est le chef lieu:
Comme 1l était alors malade, Dessalines en profita pour lui annoncer M
; que m'importe ! » Il entra à Jérémie sous linflu: W
ence de ces fâcheuses dispositions. Il y apprit que le général Fé
rou, qui avait été l’ami et l’admirateur de Geffrard, avait trempé
dans la conspiration que ce dernier avait organisée. Férou comman- «
dait l'arrondissement de la Grand’Anse, dont Jérémie est le chef lieu:
Comme 1l était alors malade, Dessalines en profita pour lui annoncer M qu'il avait besoin de quelque repos après les importans services qu'il
avait rendus à'la patrie. Ii confia le commandement provisoire
de l'arrondissement à Bazile, colonel de la 48e., et celui de la jfla= ce à Réné, les seuls officiers sur le dévoüment desquels 11 pût comp:
ter. Il était toujours sous l'influence d'une grande agüation d'es=
prit. Ii s'écria, en traversant la place d'armes, à la vue de plusieurs
groupes d'hommes de couleur et de noirs: quand donc ces conspirateurs se soulèveront ils? Exclamation qui peint bien l'impatience
de son humeur, son peu d'aptitude au gouvernement el ses endan®
ces à trancher toutes les difficultés par le sabre, était las des
ménagemens qu’il était contraint d'observer, quoiqu'il fût certain de
l'existence d’une conspiration ; il eût préféré à ces sourdes menées
une révolte qui lui eut fourni, à ce qu'il pensait, l'occasion de sé
défaire de ceux qui lui portaient ombrage. Il CREER * Nous appelons vulgairement en Haiti le département du Sud, {e Bas de la
cêle, parce que c’est la partie inférieure de l’ancienne partis française de notre île. +
D — : HISTOIRE D’HAITI.— (1806) 274 officier d'administration, homme de couleur, qui réunissait toute
sa confiance, de la vérification des titres de propriété et des mises
em possession dans l'arrondissement de la Grand’Anse, et partit de
Jérémie, après y être demeuré huit jours. Il prit la roate des Cayes,
traversa les rois, les Anglais, la Chardonnière, le Port-à Piment,
les Coteaux, et le Port Salut. Dans tous ces lieux il fit brûler
tous les bois de campèche que les habitans avaient coupés pour
Pexportation. Il entra aux Cayes le 1er. Août, ayant laissé derrière
lui des populations irritées contre son autorité. Le peuple de cette ville l'accueillit sans enthousiasme. Le désordre y était à son comble, ainsi que dans les campagnes environnantes; la policene se faisait plus, Île travail des champs était négligé; la discipline se relächait dans les rangs des troupes de la garnison ; la comptabilité
des administrations irrégulièrement tenue était dans la plus grande
confusion. Le général Moreau Coco-Ilerne commandait provisoirement Îa division depuis la mort dei Geffrard ; l'adjudant-général Pspallier, retiré de l'administration des finances , était adjoint à l'arrondissement ; l’adjudant-général Bauregard commandait . la place, le chef de bataillon Louis Buisquenez était administrateur des fitances; Boisrond Canal, frère de Boïsrond Tonnère, était directeur de Ja douane , Eugène Hais, contrôleur, Labbé, gardemagasin , Constant, trésorier , Chalviré, président du tribunal de
premiére insiañce.* Les magasins de l'Etat étaient vides de denrées,
les caisses du trésor épuisées, et la plupart des domaines nationaux
enlevés à | Etat par des mises en possession irrégulières.
ances; Boisrond Canal, frère de Boïsrond Tonnère, était directeur de Ja douane , Eugène Hais, contrôleur, Labbé, gardemagasin , Constant, trésorier , Chalviré, président du tribunal de
premiére insiañce.* Les magasins de l'Etat étaient vides de denrées,
les caisses du trésor épuisées, et la plupart des domaines nationaux
enlevés à | Etat par des mises en possession irrégulières. . Aussitôt après l'arrivée de Dessalines, le général Mereau, qui
ambitionnait le commandement de la première division du Sud,
Jui déclara quil avait la certitude que Christophe avait été en
Correspondance avec Geffrard pour renverser le gouvernement.
Lempereur , pour s'en assurer, orGônna à Dupuy, un de ses
secrétaires , de faire l'inventaire des papiers du général Geffrard
qui avaient éié saisis. Dupuy trouva beaucoup de pièces pouvant
compromeltre de nombreuses familles, plusieurs lettres de Christophe. Il dit cependant à Dessalines que la correspondance de Gefirard était toute d'amitié, et sauva ainsi un grand nombre d'individus de tous grades et de toutes conditions. Les papiers furent disposés
enliasses et déposés dans le cabinet particulier de l'Empereur. Ceux
de ses secrétaires que Christophe avait gagnés porlérent toute son
atlention sur le général Rigaud et lui persuadèrent que Geffrard
avait formé le projet de le rappeler dans le Sud. Soupçonnant
les principaux habitants des Cayes d'avoir été instruits de tout
ce qui s'était tramé contre lui, 1l leur fit éprouver toutes sortes ‘de véxations. Il chassa des régimens la plupart des officiers et * Vers le milieu de 1805, nous avons vu que Dessalines avait institué des tribunaux, 278 HISTOIRE D’HAiTI.—(1606) sous-officiers que le général Moreau lui désigna comme ayant
été dévoués à Geffrad, et fit passer d'un corps à un autre une
foule de militaires. Il ne craignil pas d'humilier publiquement tous
ceux qui avaient été attachés à la personne de Geffrard; 11 fit sol:
dats les anciens secrétaires de ce général, qui, d'après “es régle.
mens impériaux, avaient rang d'officiers dans l’armée, par assimilation. Cette conduite excita d'autant plus lindignation des citoyens,
qu'il avait donné des grades d'officier à tous ceux qui avaient été
attachés au général Jean-Louis François, mème à ses serviteurs. Dessalines voulant vérifier sévèrement les comptes de l'adminis.
tration, ainsi que les titres de propriété, envoya chercher Jaginac
qui était au Port au Prince , par une lettre en date du 15 Août,
pour lui eonfier cette tâche difficile. Comme il avait besoin d’un
citoyen habile et dévoué, il ne pouvait mieux s'adresser qu'à Mr.
Inginac. Celui-ci avait déjà séquestré , au Port-au-Prince, 562 propriélés. Le 21 Août, Inginac reçut la lettre de l'Empereur. Le
23 du même mois, il alla saluer le général Pétion, commandant
de la division militaire, lui annouça son départ pour les Cayes,
lui recommanda sa famille et prit la route du Sud, sous l'influence de tristes pressentimens. Chemin faisant , il reçat une sutre
lettre de Dessalines ainsi conçue :
ui-ci avait déjà séquestré , au Port-au-Prince, 562 propriélés. Le 21 Août, Inginac reçut la lettre de l'Empereur. Le
23 du même mois, il alla saluer le général Pétion, commandant
de la division militaire, lui annouça son départ pour les Cayes,
lui recommanda sa famille et prit la route du Sud, sous l'influence de tristes pressentimens. Chemin faisant , il reçat une sutre
lettre de Dessalines ainsi conçue : Au palais des Cayes, le 18 Août 1866, an 3e de l'indépendance. JACQUES , Empereur 1er. d'Hxäti, au Directeur des domaines Inginai FRèe; de la 2e. division de l'Ouest. « Si vous n'avez pas reçu ma lettre du 45 courant , laquelle vous
enjoignait de vous rendre ici immédiatement , vous voudrez bien
ne pas perdre de temps à vous y rendre, attendu que j'ai un pres:
sant besoin de vous. » - Inginac accéléra sa marche, et parvint aux Cayes le 26 Août dans
l'aprés-midi. Après être descendu chez le chef d’escadron Voltairem
son ami, il alla rendre ses hommages à l'Empereur qui se mon- .
trait impatient de le voir. CGeluici dès qu'il l'aperçut , s’approcha
de lui et lui dit: « Je vous ai fait venir ici pour que vous metliez.
un ordre parfait daus l’administration des finances et celle des do:
maines; si vous trahissez ma confiance , votre tête tombera comme
celle d'un canard ; ainsi prenez garde à vous; vous êtes ici dans le
pays des traîtres , des flatteurs, des séducteurs 4 je veux faire maison nelle dans toutes les administrations ; on vole , on pille l'Etat;
on couspire même contre moi; tant pis pour ceux qui se mettront
en évidence. » Comme il se proposait de sévir contre le chel
d'escadron Voltaire, il ordonna à Inginac d'abandonner sa maiso
gt d'aller prendre logement chez l'adjudant-général Papalier. Celui1 HISTOIRE D’HAITI.— (16806) 279 ci vivait en mésintelligence avec Inginac; Dessalines Îles rapatria.
Inginac se retira chez Papalier, et y établitses bureaux après avoir
pris lecture de la lettre suivante que lui avait adressée l'Empereur : « Monsieur le Directeur , « La confiance que j'ai en vous m'a fait vous appeler ici pour
que vous fassiez rendre compte par l'administrateur Quenez de
son administration, depuis l'époque qu'il en a pris les rênes. En
conséquence vous vous ferez présenter tous les livres, pièces, etc.
concernant cette affaire, afin de travailler à leur dépouillement, et
de me dresser un compte qui doit me mettre sous les yeux l'état
des différentes branches de ce service, avec les observations qüe
vous croirez* propres , en vous conformant aux lois et aux ordres
quil vous produira: Vous vous conformerez aussi à ma lettre du
45 courant. Rappelez vous que jespère que ma confiance dans
celte occurrence ne sera point trompée.
vous ferez présenter tous les livres, pièces, etc.
concernant cette affaire, afin de travailler à leur dépouillement, et
de me dresser un compte qui doit me mettre sous les yeux l'état
des différentes branches de ce service, avec les observations qüe
vous croirez* propres , en vous conformant aux lois et aux ordres
quil vous produira: Vous vous conformerez aussi à ma lettre du
45 courant. Rappelez vous que jespère que ma confiance dans
celte occurrence ne sera point trompée. | « Signé, DESSALINES. » L'arrêté de l'Empereur concernant les guildives en date du 2 Mai
4806 qui n'avait jamais été mis en vigueur dans le Sud par le
- mauvais vouloir des autorités et par les résistances des populations
y fut alors rigoureusement exécuté. L'arrèté portait, comme nous
Pavons vu, que les guildives appartenant à l'Etat ou aux particuliers
qui auralent élé relevées ou établies antérieurement à l'arrêté du ”
ministre des finances relatif à l'affermage des guildives, seraient conservées et continueralent à fonctionner; que celles qui auraient été
réparées ou entreprises par des particuliers postérieurement à l'argêté précité, sans une permission signée de la propre main de l’Empereur ou-du ministre des finances, seraient considérées comme illicites
“et par conséquent démolies. Cet arrêté avait pour but de contraindre
les populations du Sud à abandonner la culture de la canne pour celle
du café. Les produits de la canne, tels que le sirop, Île tafia et un
peu de sucre, se consommaient dans le pays et ne fournissaient rien
à la caisse publique par l'exportation: L'Empereur, mal eonseillé,
donna un effet rétroactif au décret, et fit détruire toutes les guildives, même celles qui existaient depuis plus de dix ans avant l’arrêté du ministre des finances et qui appartenaient à des officiers suPérieurs influens. Il souleva de toutes parts le plus grand mécontentement. En cette circonstance il n'eut aucune considération pour
personne. Cédant d'abord aux instances de mademoiselle Euphémie,
sa maîtresse, il lui avait fait la promesse de respecter une guildive
qu'elle possédait non loin de la ville; mais pendant un bal qu'elle
lui donna, alors qu'il dansait avec elle, ses soldats, .par ses ordres,
allèrent démolir l'établissement. En se séparant d'elle, après la fête,
le plus grand mécontentement. En cette circonstance il n'eut aucune considération pour
personne. Cédant d'abord aux instances de mademoiselle Euphémie,
sa maîtresse, il lui avait fait la promesse de respecter une guildive
qu'elle possédait non loin de la ville; mais pendant un bal qu'elle
lui donna, alors qu'il dansait avec elle, ses soldats, .par ses ordres,
allèrent démolir l'établissement. En se séparant d'elle, après la fête, LA 280 HISTOIRE D'HAITI.—(1806) il lui annonça que sa guildive avait été détruite, Plusieurs hommes
ardents s'étaient présentés dans le bal pour l'assassiner. Soit qu'ils
fussent déconcertés à l'aspect du fondateur de l'Indépendance, soit
qu'ils ne trouvassent pas une occasion favorable, ils ne tentèrent
même pas l'exécution de leur projet. Depuis l'arrivée de l'Empereur aux Cayes, des fêtes étaient célébrées chaque jour, par les autorités; les officiers supérieurs des quartiers environnants afflualent
en ville, accompagnés de leurs maîtresses où amies* et en grand
cortège. Dessalines se promenant, une après-midi, sur le balcon du
palais des. Cayes, porta ses regards vers les Quatre Chemins, ct découvrit un nuage de poussière qui roulait avec rapidité vers la ville. M
Peu à peu le nuage se dissipa, et 1l aperçut une dame richement
psrée, en voiture, accompagnée de vingt cavaliers tous officiers soit
supérieurs soit subalternes. Ils’'informa avec étonnemËnñt de ce que
pouvait être cette dame qui faisait cet étalage de toilette et d'éequi-m
page. On lui dit que c'était lamie du général Guillaume Lafleurw
commandant de l'arrondissement d'Aquin, qui arrivait aux Cayes
pour assister à une fête. Il fut très mécontent de ce quem
des officiers de l'empire accompagnassent les maîtresses de £es gé-"
néraux ; il dit que c'était avilir l’épaulette. I dépécha aussitôt au
devant de la cavalcade un officier avee ordre de la disperser. L'of-m
ficier partit et atteignit le cortège ; aussilôt ceux qui le tr
maäilent tournèrent bride vers Aquin, et l'amie du général Lafleur
entra seule en ville. Dessalines, quoiqu'il donnât l'exemple de ces
scènes scandaleuses, les condamnait quand ses généraux l'en ren:
daient témoin. k 3
Inginac avait ouvert son bureau de vérification en la demeure dem
l'adjudant-général Papalier. Les livres des administrations de la 4ère
division du Sud étaient dans le plus affreux désordre; des bâtiments
étrangers avalent appareillé du port des Cayes, chargés de nos den
rées, sans avoir payé aucun droit à l'Etat, et cependant ce fait n’a
vait pas été dénoncé à Dessalines par les autorités; le droit sur le“
cabotage ne figurait nulle part; les magasins de denrées et d'appro
visionnemens étaient entièrement dégarnis ; il n'y avait pas de nu
méraire au trésor; On ny trouvait que des bons souscrits, par.
divers, en faveur de l'Etat; il n'existait pas de registres de douane,
et il n'y avait pas de cadastre pour les domaines; la confusion ré=
gnait de toutes parts, et cependant les employés étaient nombreux.
dans chaque administration ; des magasins ‘de denrées avaient été
vidés par la fraude, et les employés disaient que le café avait été
enlevé par la crue des eaux. Le bureau de vérification était com
posé des citoyens Frémont, administrateur d'Aquin, Avignon, garde:
; il n'existait pas de registres de douane,
et il n'y avait pas de cadastre pour les domaines; la confusion ré=
gnait de toutes parts, et cependant les employés étaient nombreux.
dans chaque administration ; des magasins ‘de denrées avaient été
vidés par la fraude, et les employés disaient que le café avait été
enlevé par la crue des eaux. Le bureau de vérification était com
posé des citoyens Frémont, administrateur d'Aquin, Avignon, garde: * Nous avons vu qu'à cette époque on disait Mlle, *** l'amic de tel général,
_pour désigner la maîtresse de ce général, JE CHAR
& "h
HISTOIRE D’'HAITI.—(1806) 28} magasin des domaines des Cayés,' Malval aîné, chof de bureau de “l'administration des Cayes, Bruno Pic de Père, chef des bureaux du contrôle, Massieu, préposé de l'administration des Côteaux, Jacques
Flon, employé des bureaux d'Inginac. Il fonctionnait de huit heures du
Matin à midi, et d'une heure de relevée à six heures du soir. Botsrond
Canal, directeur de douane, frére de Boisrond Tonnère, fut accusé d'a- ….voir été l'auteur de la plupart de ces prévarications par sa profonde corruption; il fut consigné chez lui; les scellés furent apposés sur ses
papiers et son mobilier, et il fut remplacé par le citoyen. Sully.
Boisrond Canal ne trouvait pas de commisération Gevant l'Empereur,
parce que Boisrond Tonnère l'avait aceusé d'avoir trempé dans Îa
conjuration de Geffrard. Ce dernier avait tenu, à son égard, cette -infâme conduite, parce que Canal avait refusé de faire honneur à plusieurs de°ses mandats. Inginac était aussi chargé d’anéantir les donations , testamens,
ventes, faits par les blancs en faveur des indigènes. - Dessalines, agissant sous l'influence de son entourage, attirait sur
sa tête la foudre qui devait l'écraser. La plupart des officiers de
son état major avaient l'espoir de jouir des propriétés qu Inginac ferait
rentrer dans les domaines. Mentor était bien d'opinion qu'on an-,
nulät Îles contrats passés par les blancs en faveur des tadigènes,
mais il avait conseillé à Dessalines de partager les biens domaniaux entre les soldats et les laboureurs, au lieu de les livrer en
jouissance aux principaux officiers, ses favoris. Lorsqu'un peuple
art des officiers de
son état major avaient l'espoir de jouir des propriétés qu Inginac ferait
rentrer dans les domaines. Mentor était bien d'opinion qu'on an-,
nulät Îles contrats passés par les blancs en faveur des tadigènes,
mais il avait conseillé à Dessalines de partager les biens domaniaux entre les soldats et les laboureurs, au lieu de les livrer en
jouissance aux principaux officiers, ses favoris. Lorsqu'un peuple “a conquis par les armes , sur ses oppresseurs, sa liberlé et son mr indépendance, les propriétés des anciens dominateurs doivent être parta:
gées entre tous les guerriers au lieu d'appartenir exclusivement au gouvernement fondé par le nouvel ordre de choses: tel était le raisonnement
de Mentor. Les opinions de Mentor sur la propriété que Dessalines
n'accuillait pas étaient justes et raisonnables : la masse de la nation
eùtdü, dès lors, être propriétaire, comme elle le devint en 1811
sous Je Président Pélion , car il y avait en a possession
de l'Etat assez de lerres pour satisfaire chaque guerrier, sans fouler
aux pieds les droits des anciens propriétaires noirs et jaunes.
Pour exécuter les ordonnances de l'Empereur il fallait léser fes
intérêts de presque tous les citoyens propriétaires. Tout annonçait
que cette vérification ferait naître un soulèvement. Dessalines qui
me craignait pas de le provoquer, en éprouvait cependant de vagues
inquiétudes. Se promenant, un soir, vers la fin d'Août, sur la
place d'armes des Cayes, accompagné des généraux Martial Besse,
Bazelais, Guillaume Lafleur et d'Inginae, directeur des domaines
de l'Ouest , il demanda à ce dernier ce qu'il avait remarqué de sailJant depuis qu'il avait commencé ses opérations de vérification
Fnginac lui dit que les prévaricateurs n'avaient nul amour de l'indépendance, qu'ils ne songeaient pas à transmettre une patrie à
:
fin d'Août, sur la
place d'armes des Cayes, accompagné des généraux Martial Besse,
Bazelais, Guillaume Lafleur et d'Inginae, directeur des domaines
de l'Ouest , il demanda à ce dernier ce qu'il avait remarqué de sailJant depuis qu'il avait commencé ses opérations de vérification
Fnginac lui dit que les prévaricateurs n'avaient nul amour de l'indépendance, qu'ils ne songeaient pas à transmettre une patrie à
: 282 | misrome D'HAITI.—(18C6) leurs descendans; qu'ils ne rèvaient qu'aux moyens de s'enrichir
pour se retirer ensuite à l'étranger. Dessalines répondit : quel re-.
méêde à tout ce mal? J écraserai les os à tous ces gens là, c'est ce que
je suis décidé à faire qu'en pensez vous, Messieurs? N'est-ce | |
pas la terreur seule qui les contiendra ? Martial Besse et Bazelais lui |
dirent, qu'au lieu de mettre toujours en pratique la terreur, il vaudrait mieux moraliser le peuple, l'instruire, le porter à un travaile
régulier; qu'il vaudrait mieux ne plus enfôler indistinctement tous les
jeuves gens qui souvent , dans les casernes, se corrompent par le jeu et
les liqueurs fortes. Dessalines soutint que les indigènes ne compren- »
dratent rien à toutes ces choses. Alors ceux qui l'aecompagnaient fur
dirent : puisque vous avez formé des soldats qui ont vaincu les héros
des Pyramides et de Marengo, pourquoi ñe formeriez-vous pas des citoyens insiruiis et de morailé. Dessalines, flatté d'entendre vanter
se3 talents militaires, promit de réfléchir à ces conseils. Il demanda
au général Guillaume Lafleur son opinion. Celui-ci lui dit: « Je ne «
contrarieral pas voire manière de voir ; mais vos comméres, vos amies,
vos laquais s’engraissent, tandis que vos pauvres soldats ont le ventre
plat et sont tout nus. » Dessalines demeura fortement frappé de ces
dernières réflexions ; il déclara qu’au premier Janvier 1807 les abus
de tous genres cesseralent; que les fonds publics ne seratent plus follement donnés aux courtisanes, qu'alors il habillerait l'armée, la
paierait régulièrement et suivrait un tout autre système; il leur laissa « |
entendre qu'il avait besoin, avant cette époque, de se défaire de
quelques hommes qui conspiraient ét le gênaient. Mais le Destin
avait fixé le terme de sa carrière au 17 Octobre 1806. Il rentraaum
palais satisfait de sa promenade. ;
Néanmoins, persistant dans son système de vérification des titres |
de propriété , il rendit, quelques jours après, un décret relatif aux«
testamens et aux autres actes portant donation de biens fonds. ) JACQUES 4%, Empereur d'Haïti, et chef suprême ‘de l’armée,
par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État; % 10 Considérant que les tribunaux ont jusqu'à ce jour homologué in
distinetement tous les testamens qui leur ont été présentés ; Considérant qu’au mépris de l'ordonnance du sept Février 1804
qui fixe l'époque qui annulle les ventes , testamens et donations faites
par les blancs, ces tribunaux n'ont cessé depuis leur installation
d'homologuer et insinuer de tels actes,
u et la loi constitutionnelle de l'État; % 10 Considérant que les tribunaux ont jusqu'à ce jour homologué in
distinetement tous les testamens qui leur ont été présentés ; Considérant qu’au mépris de l'ordonnance du sept Février 1804
qui fixe l'époque qui annulle les ventes , testamens et donations faites
par les blancs, ces tribunaux n'ont cessé depuis leur installation
d'homologuer et insinuer de tels actes, Décrète : Art. Aer. A l'avenir lorsqu'un testament ou tout autre acte portant donation aura été présenté soit à l'homologation, soit à Pin
sinualion , le tribunal civil, avant de faire droit, donnera connaissance à l'administrateur principal de la division , de la demandeen HISTOIRE D’HA1TI.—— (1806) _v 008 homologation dudit testament, à l'effet de s'assurer si l’état n’est
“pas fondé à réclamer contre ladite demande. Art. 2e. A favenir, aucun notaire ne pourra passer des actes
portant vente ou donation, qu'au préalable ls vendeur ou le donateur
Dait produit outre ses titres de propriété, un certificat de l'administrateur principal de la division qui atteste que ledit donateur ou
vendeur est le légitime propriétaire, et que le bien qu'il veut vendre
ou donner n'appartient ni en tout ou en partie aux domaines de
l'Etat. | Art. 3e. Dans aucun cas le tribunal ne pourra homologuer ou
insinuer aueun acte portant donation que le requérant en justice “nuit produit le certificat mentionné en l’article précédent. Art. 4e. Les dispositions du présent décret-s’étendent sur les actes même passés entre Haïtiens. etc., etc., etc. Donné aux Caves le 4er Septembre 1806, an 8e de l'Indépendance et de notre règne le second. ; Signé: DESSALINES..
Par l’Empereur : |
Pour le secrétaire général absent,
Signé: Boisroxn TONNÈRE. Le lendemain (2 septembre), l'Empereur fit publier un décret re
Jatif aux droits d'importation et d'exportation et aux rétributions
accordées aux directeurs de douane, capitaines de port, commissaires de marine, trésoriers et interprêtes. Le même jour fut publié
le tarif des prix annuels et moyens des marchandises importées dans
l'empire d'Haïti, et des productions territoriales exportées des ports
dudit empire. Ces décrets furent les derniers de l'Empereur. - Dessalines destitua ensuite plusieurs bons fonctionnaires. Il confia
provisoirement, au général Moreau, le commandement de la première division du Sud; à l’adjudant-général Papalier, le commandement |ide l'arrondissement des Cayes, et maintint le colonel Bauregard au “commandement de la place. - Ces ofliciers reçurent pour instructions
“de visiter ou de faire visiter scrupuleusement tous les navires qui mentreraient dans un des ports de la première division du Sud, et de trancher la tête au général Rigaud sur le pont du navire qui
le ramènerait. Il craignait qu'il ne fut délivré par le peuple ou
les troupes si on lui donnait le temps de débarquer.
l'arrondissement des Cayes, et maintint le colonel Bauregard au “commandement de la place. - Ces ofliciers reçurent pour instructions
“de visiter ou de faire visiter scrupuleusement tous les navires qui mentreraient dans un des ports de la première division du Sud, et de trancher la tête au général Rigaud sur le pont du navire qui
le ramènerait. Il craignait qu'il ne fut délivré par le peuple ou
les troupes si on lui donnait le temps de débarquer. Pendant cet intervalle, les opérations de la vérification des comptes administratifs et des titres de propriété continuajent activement. 284 nou _ HISTOIRE D’HaÎTI.— (1806) ! Inginac suivait les instructions de l'Empereur avec la plus sévère |
exactitude. Beaucoup de titres qu'il trouvait. irréguliers étaient à néantis. Le mécontentement était général, mais 1l se témoigne.
sourdement, Néanmoirs sa demeure étail sans (cessé remplie de.
flatteurs et de dénonciateurs; 1l était accablé de prévenances et de
cadeaux de tous genres; chacun sefforçuit de le gagner pour sauver
sa propriété. Des hommes liés d'une Yisille amitié se dénonçaient
_ mutuellement pour se faire bien venir. Pour mieux procéder à à ses .
opérations , il fit dresser un cadasire général des propriétés urbaiss
nes et rurales. Il $e procurait des renseignemens de tous côtés.
Bégon, chef de division de la marine, commandant du port, lu
remit une note exacte: des bâtimens qui étaient eñtrés dans la rade
des Cayes et qui en “étaient sortis. Dessalines signala à Iaginäc la
maison indigène Barreau, et la maison étrangère Makintosh, comme.
ayant fait de fortes contrebandes et lui enjoignit de s occuper par M
ticulièrement de celle de Mr. Moakintosh. Il lui écrivit à cet effet |
les lettres suivantes : Au palais impérial des Cayes, le 6 septembre 1806.
JACQUES I, Empereur d'Haïti, au Directeur des Domaines Inginae,
chargé de la vérificalion de la comptabilité de la ière division du Sud, « Je reçois à l'instant, monsieur, ie compte De droits dus pars
monsieur Borrçau, négociant en celte ville, s’élevant à 3,940 gour
des. J'en fais mon 'afiaire et le garde pour en ordonner le recou
vrement. 4 na > LAS chti pute pu «a Signé: DESSALINES. »
Au palais impérial des Cayes, le 8 Septembre 4806. JACQUES ET, Empereur d'Haïti, à M'. Inginac, vérificateur des comps
tes de l'administration de la fère division du Sud. | « J'ai de grands renseignemens, citoyen vérificateur, sur les livre:
et comptes de [a maison Mackintoch, américaine; ainsi ne lui donnez
pas de quartier, et mettez toute votre application à cette vérification
Je veux avoir à me réjouir en apprenant par vous la somme “me
portante qu'il aura à restituer à FEtat. |
_ « Signé, DESSALINES.
ginac, vérificateur des comps
tes de l'administration de la fère division du Sud. | « J'ai de grands renseignemens, citoyen vérificateur, sur les livre:
et comptes de [a maison Mackintoch, américaine; ainsi ne lui donnez
pas de quartier, et mettez toute votre application à cette vérification
Je veux avoir à me réjouir en apprenant par vous la somme “me
portante qu'il aura à restituer à FEtat. |
_ « Signé, DESSALINES. Inginac s'occupa aussitôt de la maison Mackintoch qui restitua”
l'Etat plus de cent-vingt mille gourdes. La maison Hopsengarine
fut contrainte de restituer plus de 60,000 gourdes de droit dent (
et de sortie, Néanmoins cette sévérité exercée envers Mackintoc 4 LL: | HISTOIRE D'HAITI 18C6) 5 RSS “irritas la population. “Mackintoch était estimé aux Cayes , tant
“des Haitiens "que des étrangers. * On dJ'admirait d'avoir sauvé
. beaucoup de blancs, lors du massacre de 4804. Il avait reçu de ces
_ proscrits, échappés à {a fort, et réfugiés «dans les îles voisines une
“médaille d'or, en reconnaissance de sa belle conduite. Cette médaille
“doit se trouver dans sa famille. —… Les contrebandes et les dilapidations n'étaient poussées à ce degré
_de scandale que parce aue l'Empereur en donnait l'exemple. Les
“dépenses de Mlle. Euphémie Daguille que le trésor publie avait sol.
…dées, s'étaient élevées à mille gourdes par jour depuis l’arrivée de
l'Empereur aux Cäyes. Comme Dessalires ne voulait pas ajouter
{ui à la sincérité du chiffre de ce compte, on fui exhiba la note dé-
“aillée de la sortie du trésor de ces différentes sommes, certifiée par
le trésorier. Après l'avoir fait lire par Disquoi, il ordonna de ne
“compter désormais à Mile. Euphémie Daguiile que 800 prasires par
“Mois. Dans chaque grande ville, les maîtresses de l'Empereur coû:
aient presque autant dr HEtRL. | Les opérations de la vérification générale continualent toujours
- avec une rare activité. Dessalines , Satisfait d'Inginac, lui annonea
qui le nommait grand oflicier de son empire et contrôleur géné-
“ral de toutes les opératiens administre tüives. Il lui recommanda d
gi sans crainte , et lui, promit”de le soutenir par ses baïonnett
el ses bouches # feu. I lui dit de se consoler d'être haï et esécr
“cor lui , Empereur, il l'était aussi; de n'avoir aucune inqu iiéfude,
‘qu ‘il avait donné l'érdre à ‘Wagnac, lorsqu'il aurait terminé secs
| Opérations de vérification, de l'accompagner avec un escadron,
4 au pont de Miragoâne, afin qu'il püt sortir, sans dañger, du
enir par ses baïonnett
el ses bouches # feu. I lui dit de se consoler d'être haï et esécr
“cor lui , Empereur, il l'était aussi; de n'avoir aucune inqu iiéfude,
‘qu ‘il avait donné l'érdre à ‘Wagnac, lorsqu'il aurait terminé secs
| Opérations de vérification, de l'accompagner avec un escadron,
4 au pont de Miragoâne, afin qu'il püt sortir, sans dañger, du * … me
Lu
ES es Mdépartement du Sud ; et qu'à son arrivée dans l'Ouest, le ginéiii
Yayou enterralt , de Léogane , au devant de lui, un escadrou sous
“ls ordres du chef d'escadron Baude.
h Ayant reconnu que le chargement forcé des bâtinietlst en (rois
mespèces de denrées, sucre, café et côlon, coutrartait le comn: erce
L el nuisait, par conséquent , aux intérêts du fise, il ordonna à Ia-
| ginac de permotire aux navires d'embarquer ceux des produits qui
urraïent leur convenir. Il dit que c'était Christophe qui ” avait
onseilié de prendre la mesure concernant le chargement des baätins en trois espèces de denrées, mais qu'il voyait à présent que
ait pour décréditer son gouvern ment. Boisrond Tounère qui
GuLAIt, Ss'éeria : « Sans doute! ear en Lie de eonspiration,
ous les moyens sont bons. » (
4h fit aussitôt vendre au commerce, pour le Bouverrenent’:
000 livres de café qu'il avait réunies au magasin de l'Etat.
ssalines exigea qu'il lui comptât mille doublons sur le produit
la vente, et se résolul à quitter les Cayes: 1j !G1 envoya le
demain la lettre suivante : 256 te, HISTOIRE D’HAITI.—(16C6) : R L
Liberté, à : Qu la Mort. : al Le 8 Septembre 1806. ; | 4 JACQUES 1.", FRE d'Haïti, au Directeur des Domaines Inginac. « Vous vous rendrez à mon bureau aussitôt mon départ, à l'effet
d'empaqueter tous les papiers de correspondance, livres appartenant
au général Gelfrard, et vous me les ferez parvenir à Dessalines *
par une occasion sûre. |
« Signé, DESSALINES. » ‘1 Le même jour 1l lui adressa la leltre suivante : À Aussitôt que vous aurez fini de compulser les eomples de l'ad:
ministralion de cette division, vous vous ferez fournir par ladminis…
traiteur Quenez un élat gén iral des maisons appartenant à l'État }
lesquelles seront de nouveau, en voue présence, criées et aller
mées; vous demanderez l'exhibition de tous les titres de propriété,
relatifs aux maisons qui onlété déjà remises pendant mon séjour en
cetie ville pour confirmer leurs propriétaires en possession d icellesy
et ceux qui ne l'ont pas été encore doivent être asireints à votre
examen, afin de vous assurer des véritables propriétaires qui seront
par vous renvoyés également en jouissance de leurs biens, et vous
ordonnerez de réunir aux domaines de l'État des propriétés dont les
Uires des réclamans vous paraîtront illégaux , et ensuite vous m'en
aviserez. È
pendant mon séjour en
cetie ville pour confirmer leurs propriétaires en possession d icellesy
et ceux qui ne l'ont pas été encore doivent être asireints à votre
examen, afin de vous assurer des véritables propriétaires qui seront
par vous renvoyés également en jouissance de leurs biens, et vous
ordonnerez de réunir aux domaines de l'État des propriétés dont les
Uires des réclamans vous paraîtront illégaux , et ensuite vous m'en
aviserez. È J'ai ordonné à l'adjudant général Papalier de vous fournir tous
es moyens nécessaires dans vos opérations, tant en baïonnettes
qu'en bouches à feu, si le cas le requiert. Je me plais à croire, Monsieur, que vous mettrez' toute l'exacti:
tude que je vous connais dans l'exéeution du présent ordre. LE Re NSP PR PP PT OT A $
#4. Sigué, DESSALINES. Inginac exécutera ces deux ordres avec tant de vigueur qu’il sou
lévera contre lui l'animadversion de toute la population des Cayes
Ce furent Îles dernières instructions qu'il reçut de S: M: | L'Empereur devant partir le lendemain pour le Pont au- Prince
invita à diner, au palais, le général Moreau, Päpalier,, Bauregar
Bourdet, colonel de la 13e. , et Inginac. Papalier avait été touch
des témoignages de confiance que lui avait donnés l'Empereur , d
puis son séjour aux Caycs et s'était entièrement éloigné de et * On doit se rappéler que Le bourg do Marchand avait pris le 1 de pie nes. “as Z
N
18 L “ j' HISTOIRE D’HAITI.— (1806) . 287 “qui poussaient à sa chute. Pendant le repas Inginac obtint de Des-
“salines la grâce de Boisrond Canal qui devait être envoyé à Mar-
“chand pour y être jeté dans les fers, et celle d’un nommé Daniel
Thomas, créole des îles du vent qui était emprisonné depuis vingt jours, pour avoir introduit dans le pays deux gazettes renfermant des articles contre l'Empereur. Celui ci dit au sujet de Daniel Thomas: je le croyais déjà exécuté; puisqu'il ne l'a pas été, je le gracie; mais il quittera l'empire sur le champ; et s’il y revient , il
sera pendu aux vergues du bâtiment qui l'y raménera. » Comme il
ny avait pas de navire en partance, Daniel demeura aux Cayes,
[ut surpris par la révolution qui y éclata contre Dessalines et de-
“vint plus tard en Haïti fonctionnaire public. Après le repas Alexis Dupuy, un des secrétaires de l'Empereur,
Qui avait déjà parcouru les papiers de Geffrard, prit à l'écart Inginac
et lui dit: mon cher ami, il y a dans ce cabinet des pièces que
veus êtes chargé d'envoyer à Marchand ; vous y trouverez des lettres
“qui peuvent compromettre beaucoup de gens; Diaquoi et moi, nous
& avons déjà soustrait plusieurs , et il nous à été impossible de
laire davantage, mais j'ai l'éspoir que vous ferez le reste ; faites-
“moi la promesse de ne pas oublier ce que je vous dis; vous sauverez
«la vie à beaucoup de ciloyens; Inginac lui donna sa parole qu'il
“acheveraît la belle œuvre qui avait été commencée. Il détruisit en
_ eflet tous ces papiers.
qui peuvent compromettre beaucoup de gens; Diaquoi et moi, nous
& avons déjà soustrait plusieurs , et il nous à été impossible de
laire davantage, mais j'ai l'éspoir que vous ferez le reste ; faites-
“moi la promesse de ne pas oublier ce que je vous dis; vous sauverez
«la vie à beaucoup de ciloyens; Inginac lui donna sa parole qu'il
“acheveraît la belle œuvre qui avait été commencée. Il détruisit en
_ eflet tous ces papiers. . Le 9 septembre, Dessalines partit des Cayes, emportant les-ma-
“lédictions secrètes de-presque toute la population, dont il avait froissé
Mes. intérêts les plus chers. £epuis la mort de Gellrard la con3pi-
“ration n'avait plu®de chef dans le Sud; mais elle existait loujours
dans tous les esprits; on se comprenait par le regard, par le geste ;
dix hommes réunis et se déclarant en révolte sur un point quel.
“conque de la campagne pouvaient rallier successivement Lis plus oros
“bataillons qui eussent é1é envoyés contre eux. li ne fallait que dé-
“ployer un drapeau pour faire courir aux armes les Huïitens noirs
et jaunes, de toutes les conditions, car l'animosité était égale dans ‘
“les deux nuances qui forment notre population. : Les hommes qui, en
“1806 étaient déjà en position, aflirment tous que Christonhe et
Geflrard ont été les premiers machinateurs de la chute de Des=
Msalines et que Pétion qui n'ignorait pas leur conjuralion , et avait
Nmême communiqué avec eux verbalement par l'intermédiaire d'agenis
secrets, avail'été longtemps irrésolu et ne s'était prononcé qu'après
prise d'armes du Sud. Bien des années aprés les évènemens:d Oetobre 1806, il fui dit que ce furent Geffrard et Pétion qui avaient organisé la conspiration du Sud, et parce qu'il n'existait aucune pièce
“constatant que Christophe y eut pris part, que celui ci y était demeuré étranger. Il n'existe aujourd'hui aucune pièce authentique ,
pas même une lettre, pouvant servir de pièce à charge contre |
| —1 et ; 288 Hisroire D'Haïiri.—( 1806 )
qui que ce soit, * d’une date antérieure à la prise d'armes, (8 Oe:
tobre 4806); et parce que peu de personnes, à l'époque, aient voulu se |
compromeltre, en exposant par lettres , leurs projets contre Dessalines;
est-ce un motif pour qu'il n’y ait pas eu de conspiration.—Cependant.
quand le mouvement insurrectionnel éclata il avait été préparé de longue
moin. Mais par qui? Par Christophe et Geffrard que nous indiguent nos traditions invariables à ce sujet, dans le Sud, l'Ouest, l'Ar=
tibonite et le Nord, traditions qui ne datent que de 42 ans. Et après la
nort de Dessalines que voyons: nous? Tous les points de l'Empire d'Haïtis
adhérent à la révolution; et ces adhésions qui ne sont que des ex=
posés de griefs contre Dessalines sont réunies en une brochure in»
. Mais par qui? Par Christophe et Geffrard que nous indiguent nos traditions invariables à ce sujet, dans le Sud, l'Ouest, l'Ar=
tibonite et le Nord, traditions qui ne datent que de 42 ans. Et après la
nort de Dessalines que voyons: nous? Tous les points de l'Empire d'Haïtis
adhérent à la révolution; et ces adhésions qui ne sont que des ex=
posés de griefs contre Dessalines sont réunies en une brochure in» Hitulée Résistance à l'Oppression ; et Christophe qui, après la batailles
du der Janvier 4807, se déclare le vengeur de l'Empereur, traite
celui ci en Octobre 1806, dans son adresse à ses frères du Sud ct de
l'Ouest, d'hydre dévorant; et cependant il savait , dés la révolte"
du Pori-Salut, avant la mort de l'Empereur, qu'il avaitété proclamé
par les insurgés chef suprême de Etat. Si l'histoire exposant fis
délement les faits, ne planait pas, dans sa sévérité, au dessus “des
passions des partis qui s’accusent mutuellement selon leurs intérêts, LS <a à t du moment, de la chute violente de l'immortel tondateur d'Haïti
il demeurerait done que cet événement fut un effet sans cause. "Cam
à défaut de pièces authentiques constatant la partieipation" à la éonjuration, dès 4805, des Haïtiens tant noirs que Jaunes, pourquoi.
admettraiton celles des versions qui sont contraires aux tra
ditions de l'immense majorité de la population contemporaine de.
Dessalines, et qui.ne sont basées sur aucune pièce officielle anté-
‘rieure à la prise d'armes. A l’occasion de laconspiration qui
précédé là chute de Dessalines dont Geflrard et Christophe étaient"
les chefs, nous dirons qu'il y a des vérilés que personne ne conteste |
guoiqu'on n’en puisse fournir des preuves immédiates, et quel est imposs
sible de eroire qu'un mensonge absurde devienne une tradition _univer= |
| selle.
Quand l'Empereur arriva au Pelit-Goûâve ; dans la province de:
l'Ouest, il dit à Lamarre colonel de la 24e demi-brigade: « Lamarreÿ
mon fils, tiens toi prêt à descendre dans le Sud, à la. tête de ton.
corps, car si les citoyens de ceite prevince ne se soulèvent pas”
d'après ce que je leur ai fait, ils ne sont pas hommes. » Il attei
gnit le Portau Prince, où quelques jours après il reçut une letin
de sa principale maîtresse des Cayes. Quoique cette lettre n'appars,
tieune pas à l'histoire, nous la transcrivons parce que tout ce qui
concerne Dessalines ne peut que nous intéresser et jeter quelqt
jour sur son époque. La tète de lettre est imprimée. 4 * Jngince a détruit ayx Cayes en Septembre 1806, la correspondance de
Geffrard avec Christophe. | D 4 D : HISTOIRE D'HAITI.— (1806) 289
» Ÿ Evrntme DAGUILLE, “A S. M. JACQUES, Empereur premier d'Haïti et chef suprême de l’ar-
| ée, par la grâce de Dieu & la loi constitutionnelle de l'Etat. Monsieur Inginac étant venu me prévenir qu'il envoyait auprès
“de vous un exprès, je mempresse d'en profiter pour m'informer
“de l'état de votre santé. Si les vœux que je ne cesse d’adresser au
«Trés-[laut , depuis votre départ, sont exaucés, vous devez en jouir
_ d'une bonne.
d'Haïti et chef suprême de l’ar-
| ée, par la grâce de Dieu & la loi constitutionnelle de l'Etat. Monsieur Inginac étant venu me prévenir qu'il envoyait auprès
“de vous un exprès, je mempresse d'en profiter pour m'informer
“de l'état de votre santé. Si les vœux que je ne cesse d’adresser au
«Trés-[laut , depuis votre départ, sont exaucés, vous devez en jouir
_ d'une bonne. un Je m'attendais à recevoir de vos nouvelles lors de votre départ
Wd'Aquin comme vous avez loujours fait; mais j'ai été trompée dans
MINOR attente; 11 parait, par la compagnie que vous avez eue, que
vous m oubliez. Quant à moi, je ne pourrai jamais oublier mon
_ cher Empereur; je suis malade depuis votre départ et m'ennuye
_ beaucoup. LS Adieu mon cher et bien-saimé Empereur ; j'ose espérer que ] aurai
_ Ja douce satisfaction de recevoir sous peu de vos chères nouvelles ;
en. attendant recevez mon embrassement. Votre Ro Étiumble. très affectionnée cet très soumise amie.
(P. BI. d'emprunt.) Eurueure DAGUILLE. P. S. Mes enfants ont beaucoup de regret de votre départ; ils
Yous assurent de leur respect. L'Empereur, qui, au lieu de s'occuper des grands intérêts du
“pays, ne songeait qu'à se livrer aux plaisirs , manda au palais le
chef de bataillon Lys, un des beaux et braves officiers de notre
Larmée. A avait l'intention de le punir d'avoir fréquenté la maison
d'une de Ses maîtresses du Port au Prince. Les amis de Eys le
Mconsidéraient comme perdu et l'exhoriaient à ne pas aller au gouvernement. Lys s'y rendit résolument, portant sur lui deux pistolets
de poche, et bien déterminé à donner la mort à Dessalines s'il le-
(fait là main sur lui. Dès qu'il se présenta dans la grande salle du
palais devant l'Empereur, celui ei lui dit: « Vous voici, monsieur
Eys, j'avais besoin de vous voir; » en même temps 11 se promenait
à travers la salle, dans une forte agitation. H retourna vers son
trône, sc saisit de sa cravache. Aussitôt Lys porta la main sous
son habit , prit une attitude noble et fière et regarda l'Empereur
avec des yeux de feu. Dessalines posa la cravache sur use table ,
Jui tourna le dos et se mit à marcher. — Vous n'avez rien à me
“dire, Sire ? — L'Empereur lui répondit sans le regarder : Vous pou: 230 HISTOIRE D'HAITI.—(1866) , vez VOUS retirer.—Lys se rendit chez ses amis qui ne s'atfendaient |
plus à le revoir. * “@ Dessalines qui suspectait la fidélité des jeunes gens du Port-au-.
Prince, les fit presque tous enrôler dans la 12e. demi-brigade. *#*
Pétion voyait avec satisfaction les jeunes gens ‘des villes devenir.
soldats ; il désirait même les voir en grand nombre se faire labou_reurs au lieu de chercher à avoir des places dans les maisons de“
commerce. En eflet ceux qui portent les armes et cuhivent les«
terres sont les maîtres d'un pays. 4
“@ Dessalines qui suspectait la fidélité des jeunes gens du Port-au-.
Prince, les fit presque tous enrôler dans la 12e. demi-brigade. *#*
Pétion voyait avec satisfaction les jeunes gens ‘des villes devenir.
soldats ; il désirait même les voir en grand nombre se faire labou_reurs au lieu de chercher à avoir des places dans les maisons de“
commerce. En eflet ceux qui portent les armes et cuhivent les«
terres sont les maîtres d'un pays. 4 | 14
* Le lecteur a dû remarquer que je n'ai cité, des maîtresses de Dessalines , que
. ‘mademoiselle Euphémie Daguille. En nommant es autres, j'eusse donné des
noms ne représentant rien, Mademoiselle Daguille fut non seulement Ia maîtresse M
de l'Empereur, mais un personnage vraiment historique, un cœur généreux, on
peut dire presque une héroine. Elle fit la eampagne de l'Est en 1805 Souvent
elle a bravé Îles balles et maintes fois ses mains délicates ont prodigué des soins’
aux blessés. Elle a joué un rôle honorable aux Caves, penda: it les jours quis |
ont précédé la révolte contre Dessalines. ** Port-au-Prince, le 26 Septembre 1806, an 8e . .
D. B. Enginac, directeur des domaines dela, 2e Uiuiioile l'Ouest , et présent.
aux Cayes. |
J'ai reçu ; mon cher monsieur Inginac, la vôtre du 16 du courant par laqueiles
vous m'accusez réception de celle que je vous ai écrite Je vous donnerai pour
nouvelle que nous avons tous été mis dans la 12e. 1/2 brigade, au passage de
Sa Majesté ici; mais nous avons jusqu’à ce jour la faculté de travailler dans ee.
bureaux et nous, ne faisons pas encore de service. Vous saurez aussi, par la pré
sente, que S. M. a donné l’ordre à Mr Ogé de réunir le magasin des denrées s
au magasin général Mais je pense qu il attendra votre retour avant de rien dé:
ranger, car il n’a rien changé jusqu'à ce jour. Les flatteurs et les médisans
sont, mon cher Mr. Inginae, toujours jaloux du bien des autres. \ 1
Pai reçu l’ordre aujourd’ hui, de Padministrateur Ogé, de faire apporter au bu- À
reau ,partous les propriétaires, leurs titres de propriétés, pour la nouvelle révision
qui doit se faire par Sa Majesté l'Empereur,
Je n'ai rien de nouveau à vous apprendre pour le moment que notre cadre est
vuide, Je vous désire une parfaite santé ‘T'oute votre famiile jouit din: born
santé et vous assure de ses amitiés, ainsi que ces messieurs. Je vous prie de me croire votre dévoué. PE
G. ROUX. +0 1806. = e- “Sommaire. — Dessalines s'efforce d’exciter le peuple de l'Ouest contre les ci {
A " ra EL. 2 Pi toyens du Sud.—Il nomme Germain Frère général de brigade —Exécution de
Dalégrand—Beau trait de Charlotin Marcadieux.—Les français prennent Oua- …naminthe — Capoix reprend ce bourg sur eux.— Fermentation dans le Sud.— B. Inginac détruit la correspondance de Gefrard avee Christophe —II continue
les opérations de la vérification des titres de propriété — Une nouvelle eonspiration s'organise tant aux Cayes qu'au Port-Salut— Melle Euphémie Daguille
en avertit, Inginac— Le général Moreau part des Cayes pour le Port Salut,
avec la résolution de déjouer les agitateurs. Il est arrêté à Garata par Mécerow
qui prend les armes contre Dessalines. La nouvelle de son arrestation parvient
Gefrard avee Christophe —II continue
les opérations de la vérification des titres de propriété — Une nouvelle eonspiration s'organise tant aux Cayes qu'au Port-Salut— Melle Euphémie Daguille
en avertit, Inginac— Le général Moreau part des Cayes pour le Port Salut,
avec la résolution de déjouer les agitateurs. Il est arrêté à Garata par Mécerow
qui prend les armes contre Dessalines. La nouvelle de son arrestation parvient Vaux Cayes—Papalier s’eflorce de ranimer les esprits en faveur de Dessalines. —Les conjurés des Caves se' forment en conseil, et neutralisent $es efforts. —
Le colonel Wagnae, envoyé contre les insurgés, est gagné à leur parti.— La
nouglle en parvient aux Cayes — Les eonjurés des Cayes gagnent le”eolonel … Francisque au parti de l'insurrection —Papalier est aussi gagué.— Assassinat du D « : ; | , ENTRE
m jeune Henri.— Les insurgés de la eampagne et ceux de la ville se réunissent “aux Quatre Chemins et frateinisent .— Entrée des insurgés du Port Salut aux Cayes.—La ville des Cayes en entier se soulève contre Dessalines —T'entatives
d'assassinat dirigées evntie Inginac.—Paroles de Wagnac aux soldats de la garnison des Caycs—Arrestation du général Guillaume jLafleur à Cavailion.— I!
est eonduit aux Cayes — Le colonel Franeisque soulève lAnse-à-Veau contre
Dessalines —Gérin se met à la tête de l’insurrection.—Lettre de Gérin à Chris- … tophe.— Lettre des insurgés des Cayes à Ghristophe.— Les troupes partent des
* Cayes pour le pont de Miragoâne.— Gérin s'établit au pont de Miragoëne.— 292 HISTOIRE D'HAITI.— (1806) ee. Lamarre se rallie à l'insurrection —Pétion et Yayou se rallient à l'insurrection
au Petit-Goâve.—Arrestation de Gerraain Frère. [armée insürrectionnelle prend
possession du Port-au-Prince. Attitude de tChristophe dans le Nord —Assassi nat de Capoix—Leitre de Christophe à Dessalines.— Assassinat de Guillaume
Lafleur , de Moreau , de Aoua.—Férou se soulève à Jérémie, contre. DessalinesM
—Assassinat de Bazil le, de Réné, de Figare.— Evasion de Lhérisson — Dessalines part de Marchand pour le Port au- Prince. Il traverse St-Marc.— Mort de 3
Delpèche.— Bessalines expédie, de l’Arcahaie, au Portau-Prince, Thomas et
Gédéon —Gédéon se rallie à l'insurrection. Assassinat politique de Dessalines
au Pont Rouge, près du Portau-Prince— Christophe proclamé Chef provisoirem
de l'Etat d'Haïti.— Portrait de Dessalines —Jugement porté sur lui. R
ines part de Marchand pour le Port au- Prince. Il traverse St-Marc.— Mort de 3
Delpèche.— Bessalines expédie, de l’Arcahaie, au Portau-Prince, Thomas et
Gédéon —Gédéon se rallie à l'insurrection. Assassinat politique de Dessalines
au Pont Rouge, près du Portau-Prince— Christophe proclamé Chef provisoirem
de l'Etat d'Haïti.— Portrait de Dessalines —Jugement porté sur lui. R Pendant son dernier séjour dans le Sud, au milieu des enquêtes
qu'il avait fait faire pour découvrir tous les fils de la trâme qui ex1s
tait contre lui, Dessalines n'avait pas entendu citer le nom de Pé”
tion. La confiance qu'il avait en ce général s’en était aecrue. Com“
me ‘il ne doutait pas qu'il n’eût bientôt besoin de son courage, a1RSi
que de son influence sur les troupes et le peuple , ïl le” comblal
plus que jamais de ses attentions , et se plut à l'appeler
en public le Papa au bon cœur. Ii s’efforca d’enflammer contre les“
eitoyens du Sud la fureur du peuple et des soldats , en déclarant hau«
tement qu'ils voulaient se détacher de l’unité haitienne pour mettre
à leur tête le général Rigaud qu'ils attendaient, Mais comme ilexis”
tait dans l'Ouest beaucoup de sympathie en faveur des gens du.
Sud, ses paroles ne produisirent aucune impr ession sur le peuple.
Pour témoigner ses bonnes intentions, 1l éleva à une importante
dignité un citoyen vertueux, Ignace Fresnel , _en lui eonfiant læ
charge de commissaire impérial. Déjà le citoyen Moreau avait élé
névriné Président du tribunal civil. * 1 nomma le eolonel Germain
Frère général de brigade, et le récompensa d’avoir servi toutes ses
passions. Les culiivateurs du Cal de- Sac qui élaient soumis au tra
vail le plus rude , ne souhaitaient que sa chute. Il partit du Port:
au-Prinee et parvint à Marchand. Les mots de sang el de massacre sortaient souvent de sa bouche; il paraissait se défier d'un grand
nombre de ses anciens amis ; Mentor presque seul possédait toujour
toute sa confiance. 4 Il y avait dans les cachots de Marchand un haïtien nommé Dalé:
grand. Il se treuvait sous le coup d'un décret de 1804 pétant
que tout indigène qui reviendrait en Haïti, après avoir été pris pat
un bâtiment étranger serait fusillé en place publique. Paégas _* Au Portau-Prnce, Dessalines avait nommé les citoyens Perdriel , Jeanton
Linard, Médor, Séac J'anton aîné, juges : au Cap, le citoyen Fleury, p és
dent du tribunal civil, Beaubert, Petit, Almanzor père , juges; Bonniot, prés
dent du tribunal de co: nmerce , Jean Isaac , juge- de-paix, et Delou, qe L
Le 1e août 1805 , le général Pétion avait installé , au Port-au LFEPA lo, t tribut
civi -
ens Perdriel , Jeanton
Linard, Médor, Séac J'anton aîné, juges : au Cap, le citoyen Fleury, p és
dent du tribunal civil, Beaubert, Petit, Almanzor père , juges; Bonniot, prés
dent du tribunal de co: nmerce , Jean Isaac , juge- de-paix, et Delou, qe L
Le 1e août 1805 , le général Pétion avait installé , au Port-au LFEPA lo, t tribut
civi - ) HISTOIRE D’'HAITI.—(1806) 293 “capitaine d'un de nos corsaires, avait été capturé par un brick de
“guerre français. Ayant trouvé le moyen de s'évader, il était rentré
“en Haïti. Bessalines le fit fusiller, parce qu'il n'avait pas fait sau-
“ter son bâtiment. Ces rigueurs faisaient gémir le peuple qui lais-
“sait entendre des murmures menaçants. La résistance que Dessalines rencontrail de tous côtés l'irritait de plus en plus. Une femme
“sélait présentée au palais, portant des plaintes contre un offieier.
général. Dessalines, pour toute réponse, ordonna de la passer aux
verges. Le capitaine, qui était de service au palais, fut au désespoir d'être contraint d'exterminer sa mère. Cependant l'infortunée
métait déjà placée entre deux haies de soldats armés de verges Les
officiers de l'état major général, quoique habitués à d’horribles scènes,
étaient. consternés de ce qui allait se passér : le fils exterminer la
“mére! Charlotin Marcadieux, qui seul osait prononcer des paroles de vérité devant Dessalines, se précipita dans la cour du palais et l’entendit
disant aux soldats avec fureur : Exterminez la !— Arrête, monstre, lui
cria Cherlotin! Serais tu capable de commander la mort d’une fem-
“me innocente? Tu as mis les choses dans un tel état que bientôt
je serai contraint de me faire immoler pour toi.* Dessalines rentra
“dans ses appartemens sans répondre. Charlotin renveya la malheureuse saine et sauve. Alors une nouvelle, qui parvint à Marchand, remplit Dessalines
“d'une fureur difficile à peindre: les hispano-français venaient de
“s'emparer de Ouanaminthe. Depuis le mois d'Août 4805, ils s'étaient
Dréparés à cetté agreesion. Quand ils avaient assailli ce bourg,
“Capuix, quoique la seconde division du Nord lui fût confiée, était abent du chéflieu de son commandement. Que fesait done C Capoix,
“sCcria À Empereur? Cette circonstance exploitée par les ennemis de
Ce général lui nuisit considérablement. Christophe en profita pour
“porter le dernier coup à son rival. Il fit parvenir à Dessalines que
-Capoix au lieu de donner des soins au service publie se livrait à line
trigue, s'absentait fréquemment du Fort-Liberté et se transportait
à la Grande- Rivière pour y organiser une insurrection contre le gouvernement.
ait done C Capoix,
“sCcria À Empereur? Cette circonstance exploitée par les ennemis de
Ce général lui nuisit considérablement. Christophe en profita pour
“porter le dernier coup à son rival. Il fit parvenir à Dessalines que
-Capoix au lieu de donner des soins au service publie se livrait à line
trigue, s'absentait fréquemment du Fort-Liberté et se transportait
à la Grande- Rivière pour y organiser une insurrection contre le gouvernement. Le général Christophe partit du Cap et s’achemina contre le bourg
de Ouanaminthe pour le reprendre sur les français. Mais avant qu il
i A fat arrivé, Capoix qui avait eu le temps de retourner à son poste,
s'en était emparé par une attaque prompte et résolue. Quand il y
vint, il trouva Capoix nageant dans l'ivresse d'une victoire. Celu]-
le reçul assis et le chapeau sur la tête; cependant Christophe
était son supérieur, en qualité de généralissime des armées d'Haïti.
“Christophe s'en plaignit amérement à Dessalines. L'empereur lui
“ænvoya l'ordre de surveiller activement les moindres démarches de
par une attaque prompte et résolue. Quand il y
vint, il trouva Capoix nageant dans l'ivresse d'une victoire. Celu]-
le reçul assis et le chapeau sur la tête; cependant Christophe
était son supérieur, en qualité de généralissime des armées d'Haïti.
“Christophe s'en plaignit amérement à Dessalines. L'empereur lui
“ænvoya l'ordre de surveiller activement les moindres démarches de “* C'est ce mème Charlotin Marcadieux qui, le 17 octobre 1806, se fit sacrir, au Pont-Rouge, sur le cadavre de Dessalines, 294 HISTOIRE D’HAITI 1806) Capoix. A la même époque plusieurs embarcations haïtiennes avaient |
été capturées par des corsaires français dans les parages des Gonaives.
Pendant cet intervalle, la plus grande fermentation existait aux
Cayes et dans les campagnes environnantes. Inginac continuait ses.
opérations de vérification avec activité. Jeune, “beau, d'une haute
taille, d'une intelligence rare, il avait dans son altitude toute la fierté.
que donnent souvent les faveurs du souverain. Il parcourut les papiers
dont lui avait parlé A. Dapuy. Il trouva beaucoup de lettres de Christophe à Geffrard, par lesquelles le premier censurait amèrement Île
gouvernement de Dessalines; des lettres de Férou, de Bergerac Trichet, de Vancol adressées à Geffrard, dans le même esprit que celles
de Christophe ; des letires de Geffrard à Christophe ei à Bruno Blanchet , qui ne laissaient pas douter de l'existence d'une conspiration
contre l'Empereur, dès 4805. Après avoir communiqué toutes ces
pièces à l'adjudant général Papalier et au citoyen Daublas, dE
les fit brûler. Obligé de sévir contre les coatrebandiers, les dilapi
dateurs, et se montrant beaucoup trop sévère dans l'examen des
titres de propriété, il avait soulevé contre lui une animadversion
générale. On lui adressait des lettres anonymes pleines de menaces,
et les quelques hommes, qui lui portaient un peu d'intérèt, ui
disaient de prendre garde aux assassins. Néanmoins il procédait
toujours sans crainte à Îa révision des titres de propriété, ratifiaitn
ceux qui élaient en due forme, et anéantissait eeux qu il trouvait"
irréguliers quoiqu ‘ils eussent été, ‘la plupart, déjà sanctionnés par l Em
pereur. L'irrilation allait croissante. Beaucoup d'officiers jouissaients
chacun de plusieurs propriétés de l'Etat, sous prétexte que le-gou
vernement leur devait des logemens; ïl loua ces biens et ne laissa
à chacun d'eux qu'une maison; ce qui accrut encore la masse des
mécontents. Pour ce qui concernait les propriétés rurales, 11 les«
affermait en ne laissant qu'une seule à chaque officier supérieur
Quandion demandait l'emvoi en possession d'un bien, poursassue
rer des droits du réclamant, il consultait les citoyens, les auton
tés, et même des culiivateurs lorsque c'était une propriété rurale
Ce qu'il y avait de pénible dans sa tâche, c'était de vérifier lesti
tres que 1 Empereur avait déjà ralifiés, mais souvent sans un mûtl
examen. Tous ceux qui étaient dépossédés se répandaient en1invec
tives contre lui, se plaignaient de ce qu'il fàt seul juge dans uni
affaire de cette importance, et travaillaient activement à la ruin
d'un gouvernement qui les dépouillait ainsi. Sur ces entrefaites
vers la fin de Septembre, Dessalines envoya aux Cayes, Louis Al
_manzor pour aider Inginac dans ses travaux et pour en même temp
remplacer l'administrateur des finances Louis Boisquenez. Ingina
eut aussi à réprimer des abus qui existaient à l'hôpital militaire
situation de l'établissement présentait 320 malades pour lesquels
fournissait chaque jour les fonds nécessaires. cepres quand il
d'un gouvernement qui les dépouillait ainsi. Sur ces entrefaites
vers la fin de Septembre, Dessalines envoya aux Cayes, Louis Al
_manzor pour aider Inginac dans ses travaux et pour en même temp
remplacer l'administrateur des finances Louis Boisquenez. Ingina
eut aussi à réprimer des abus qui existaient à l'hôpital militaire
situation de l'établissement présentait 320 malades pour lesquels
fournissait chaque jour les fonds nécessaires. cepres quand il , HISTOIRE D'HAITI.— (1806) 295 uvisita on ne put lui montrer dans les dortoirs que soixante soldats.
— Beaucoup de campagnards propriétaires avaient été dépessédés ;
ceux qui ne l’étaient pas s’'attendaient à l'être. Il yavait d’une part
désespoir , de l'autre inquiétude. Aux Cayes presque Lous les officiers
noirs et de couleur conspirèrent ; ils s’abouchérent avec plusieurs ha-
… Ditans du quartier du Port Salut, et il fut convenu que ceux-ci donnemraient Île signal de la révelte dans les premiers jours d'Octobre et que
les troupes qui seraient envoyées contre eux se rallieraient au mou-
—_vement, au lieu de le combattre. On,expédia par mer des émisaires dans le Nord, chargés de conférer avec Christophe. Celui-ci
dès qu'il reçut les premiers avis du projet d’'insurrection songea
sérieusement à se défaire de Capoix son rival le plus dangereux.
Les hommes les plus animés contre Dessalines aux Cayes étaient,
Wagvac, Voltaire, Bauregard, Racolier, Lafrédinière, Verretet Tapiau.
Bafrédinière était un blanc qui était devenu haïtien pour avoir pris
les armes avec les mdigénes contre les français , ses compatriotes, et
dont nous avons déjà parlé en racontant la guerre de l'indépendance.
Verrel était aussi un français qui avait servi dans l'ancienne 13e.
coioniale , et qui s'était rallié aux indigènes, lors de la prise d'armes de
Péliou contre Leclerc. en 4802. Il entra plus tard dans l'état-major de
Géffrard , au grade de colonel. A la mort de celui-ci, Dessalines le plaça
auprès de Gérin à l’Anse à- Veau. Iiétait à présent aux Cayes. Les
… portisans-de l'Empereur étaiént peu nombreux en celte ville , ella masse
de la population inquiète des menaces que lui avait faites S, M.
“se croyait compromise et ne pensait devoir trouver son salut que
dans la révelié. Le général Moreau qui avait remplacé Geffrard:
“élait rés dévoué aû gouvernement; mais Il était ha, et sans capa-
“Cités; il n'était que brave. Devenu petit-maître depuis l'expulsion.
des français, il ne s'occupait que de sa toilette et de ses plaisirs.
—_Papalier n'était pas personnellement hostile à Dessalines, mais il le
—_jugeait capable de faire exierminer les innocens comme les coupa-
… bles: Beaucoup de, nos anciens. pensent que si lon avait été con:
vaincu, aux Cayes, que Dessalines se fût borné à punir les aujeurs
de la révolte qui va bientôt éclater, elle eût été étouffée. .
11 y avait en ville des réunions, chaque nuit, dans de nombreuses 1naisons ; on travaillait l'esprit des troupes dont la fidélilé était
“déjà ébranliée, on envoyail des émissaires dans les campagnes ;
mon; correspondait avec le Nord et l'Ouest ; on préparait enfin
… l'insurrection. Mademoiselle Euphémie Daguille, l'amie de l'Em-
+ pereur, invitait Inginac à passer ses soirées chez elie; celui ci s'y
rendait régulièrement; elle lui disait qu'il existait une conspiration;
que de tous côtés, on parlait de la chute prochaine de l'Empereur;
elle Vexhortait à donner aux autorités peu zélées, une direction
contre le mouvement qui s’organisait en lui répétant sans cesse
“que Dessalines avait placé en lui touie sa confiance et que toui.
ie de l'Em-
+ pereur, invitait Inginac à passer ses soirées chez elie; celui ci s'y
rendait régulièrement; elle lui disait qu'il existait une conspiration;
que de tous côtés, on parlait de la chute prochaine de l'Empereur;
elle Vexhortait à donner aux autorités peu zélées, une direction
contre le mouvement qui s’organisait en lui répétant sans cesse
“que Dessalines avait placé en lui touie sa confiance et que toui. { 296 _misToinEe p’uarri.—(1806) ce qu'il ferait serait approuvé. Inginac lui ‘répondait qu'il:
ne pouvait pas sortir du cercle de ses attributions en sévissant contre les agitateurs, qu'il y avait des autorités militaires chargées de
la haute surveillance, Elle lui répliquait que l'Empereur , en partant, lui avait confié qu'il. était son représentant. Mademoiselle Eu
phémie Daguille qui entretenait des espions était parfaitèment avisée
de ce qui se passait, Lant en ville qu'à la campagne. Elle annonça |
à Inginac que le foyer de la conspiration était au Port-Salut, que |
le principal chef des conjurés de cet endroit. était Mécerou,
babitant propriétaire. Elle lui fit connaître que Racolier s'agilail . j
besucoup en ville, parce qu'il était mécontent que Dessalines eût
nommé Wagnac colonel du régiment des dragons quand. L en élait .
le chef d' escadron le plus ancien. Quelques jours avant [a prise d'armes, elle fit OU Inginac à |
dix heures du soir. Celui ci se rendit aussitôt chez elle, et la trous
va assise tout en pleurs, sur un canapé. * Ellele conjura de pren
dre l'autorité supérieure pour déjouer la conspiration qui allait écla=«
ter sous peu de jours au Port Salut, d'aprés les derniers renseigne
mens quelle avait obtenus. Inginac fui répéta quil ne pourrait
assumer sur lui cette responsabilité, mais qu'il réunirait chez elle»
les premières autorités, Moreau, Papalier, Etienne Mentor , Bourdel«
Wagnac, l'administrateur Almauzor pour les aviser de ce qui se passait et Fa déterminer à prendre des mesures énergiques contre les
factieux. Eile ne voulut pas consentir à cette réunion, en disant
que ces hommes étaient des pusillanimes pour ne pas dire autre chose.“
Sur Jes instances d Inginac elle se décida à recevoir Aimanzors“
qui consulté fut d'avis qu'on s’'embarquât sur une félouque de l Etat, à
commandée par Aouà et quon ahandonuât les Cayes. Il dit qu 1
prévoyait, d'après tout ce qui lui parvenait, quil pourrait être sam
crifié aiisi qu'inginac Ge dernier lui déclara qu ‘il n'abandonnerait
jamais son poste. On se sépara sans avoir pu s'entendre. Au grand
étonnement d'Inginac , il apprit dans la journée qui suivit
qu'Almanzor était un cousin du général Christophe dont le
nom était mis en avant par les conjurés. Dès lors 1l ne commu
piqua plus avec lui et le fuit même. Il apprit à Papalier ce quil
avait su de M.elle Euphémie, et ordonna à Aoua de cotoyer sur
sa felouque le bas de la côte jusqu'à Jérémie, de s'assurer de Létat
des esprits dans chaque localité et ‘de lui faire un rapport. Il se
rendit ensuile avec Papalier chez le général Moreau, et-lui fit con
les conjurés. Dès lors 1l ne commu
piqua plus avec lui et le fuit même. Il apprit à Papalier ce quil
avait su de M.elle Euphémie, et ordonna à Aoua de cotoyer sur
sa felouque le bas de la côte jusqu'à Jérémie, de s'assurer de Létat
des esprits dans chaque localité et ‘de lui faire un rapport. Il se
rendit ensuile avec Papalier chez le général Moreau, et-lui fit con naître tout ce qui lui était parvenu. Moreau lui dit que tous ce
rapports étaient mensongers. IL ajouta: je suis certain quil Ya * Note de Mr. Inginae sur cette circonstance , que m'ont communiquée Mr. Smit
st sa dame, née Inginac , pendant que le 3e. volume était sous presse. Il est
regretter que la plupart des notes de Mr. Inginac aient été détruites lors
l'entrée de l'armée populaire au Portau-Prince en 1843, +: 0
u. Moreau lui dit que tous ce
rapports étaient mensongers. IL ajouta: je suis certain quil Ya * Note de Mr. Inginae sur cette circonstance , que m'ont communiquée Mr. Smit
st sa dame, née Inginac , pendant que le 3e. volume était sous presse. Il est
regretter que la plupart des notes de Mr. Inginac aient été détruites lors
l'entrée de l'armée populaire au Portau-Prince en 1843, +: 0 n] ai À | HISTOIRE D'HAITI.— (1806) | nn : rien; je tiens en mes mains tous les gens du Port-Salut; j'exerce
sur eux beaucoup d'influence; ils m'eussent averti s’il y avait de
extraordinaire. Il leur annonça néanmoins qu'il irait faire une
miournée dans le quartier du Port-Salut pour s'assurer par lui-même
de la disposition des esprits, et qu'avant de partir il donnerait une
“iète. La masse du peuple détestait tellement le général Moreau
que celui ci n'avait rien appris jusqu'alors, même des agens secrets
quil.soldait. Le 2 Octobre, il donna un repas somptueux où l’on
… porta avec de grandes démonstrations de dévouement plusieurs toasts
à la gloire de l'Empereur. Le lendemain, il sortit des Cayes pour enmtreprendre sa tournée. IL était accompagné de ses aides de camp, de
son secrétaire et de trente cavaliers. Il parvint au Port-Salut le mè-
… me: jour. Le 5,-il réunit les habitans du quartier, et les exhorta à
demeurer toujours fidèles à l'Empereur, et le 6, il leur donna un
…_crand festin. Le jour qui suivit il se prépara à continuer sa promenade.
Pendant ce Lemps ceux des habitans propriétaires qui avaient été
…dépossédés se déterminaient enfin à prendre les armes contre le
“gouvernement. Sur l'invitation de Mécereu , ils se réunirent sur
son habitation située dans les hauteurs du Port Salut pendant la nuit
‘du, 6 au 7 Octobre. Les plus audacieux ,d'entre eux exposèrent avec
Méhémence qu'il était devenu impossible de supporter plus longtemps
le joug de Dessalines, qué son pouvoir était sans limites et s’appe-
“santissait cruellement sur Loutes les têtes; qu'il avait soif du sang
des citvyens du Sud, quil s'était déjà énivré de ce sang pendant et
aprés la guerre civile.* [ls ajoutèrent que des terres qu'ils avaient
achetées depuis l'ancien régime, dont ils avaient joui même sous les
“français, on les leur enlevait; qu'ils avaient éhassé les blancs, leurs
…_oppresseurs, après des luttes longues et sanglaites, et que pour récompense de leurs travaux et de leurs exploits 1ls avaient un gouvernement qui leur rappelait celui de Rochambeau; ** qu'ils avaient pris
les armes au noi de la Libertés et que cependant ils voyaient les cullivateurs traités presque comme dans l'ancien régime. Ils s'écrièrent:puisquil faut mourir, que ce ne soit pasde la mort deslâc'es! Jurons tous
“guerre à mort à Dessalines.» Les conjurés se levèrent et en firent le
…serment par acclamations. lis se dispersèrent: avant la fin de la nuit
metallérent répandre les mêmes paroles sur toutes les habitations voi-
| sines. Dans la journée du 7, ils apprirent que Moreau devait se
rendre aux Coteaux. Une centaine des plus résolus, armés de fusils
met de bâtons, ayant à leur tète Mécerou, allèrent l’attendre au passage appelé le Garata, lieu célèbre par une victoire que le général
Dr. Nous avons déjà raconté que Dessalines n'avait fait qu'exécuter les ordres de
Toussaint; que néanmoins il avait sauvé un nombre considérable de malheureux
proscrits, ne redoutant pas d’exciter contre lui les fareurs de son chef.
** Exagération dont on ne se rend_compte que dans une telle eirconstance , alorsqu'on veut pousser le peuple à la révolte,
é le Garata, lieu célèbre par une victoire que le général
Dr. Nous avons déjà raconté que Dessalines n'avait fait qu'exécuter les ordres de
Toussaint; que néanmoins il avait sauvé un nombre considérable de malheureux
proscrits, ne redoutant pas d’exciter contre lui les fareurs de son chef.
** Exagération dont on ne se rend_compte que dans une telle eirconstance , alorsqu'on veut pousser le peuple à la révolte, EVE ag
* FES CR ban ti Eu =
= 298 HISTOIRE D'HAITI == (1806) 2 À Férou avait remportée sur les français en 1803. Le 8 au lever du
soleil, le général Moreau partit du Port Salut. Mecerou s'était embusqué avec les siens derrière de grosses pierres qui bordaient le
chemin. Quand Moreau parvint à Garata, un. jeane trompetle. qui
précédait son escorte découvrit plusieurs têtes apparaissant de derriére les rochers ‘et disparaissant aussitôt. Il cria à lembuscade PE
L'officier qui était à la tête des cavaliers commanda résolument au
tFompelie de sonner la charge, et à ses dragons, sabre au poing.
Ii fut aussitôt souteau par les aides-de-camp de Moreau. Celui-ci, |
au dieu d'approuver sa résolution , ordonna de faire halte.” Il pou-«
vail, par une charge vigoureuse , disperser le rassemblement ; mais. 3
à avait l'espoir , en parlant aux insuigés, de leur imposer. Ce fut
en vain que les cavaliers qui étaient à ses côtés, l'exhortèrent à"
forcer le passage. Il invita les conjurés à s'approcher pour ur parler ; ils sortirent de lembuscade et l’entonrèrent. leur demanda
ce qu'ils voulaient ; ils lui répondirent: Nous réclamens nos dronsi
S apercevant qu'il avait une attitude ümide, ils s’approchérent de
lui davantage, enveloppérent son escorte, lui déclarérent qu'il étais
prisonnier et lui demandérent ses armes. An grand étonnement de.
ses officiers, Moreau s’écria : «Ah! vous m'arrêtez! Que désirez vous?2«
Est.ce ‘mon sabre, parce qu'il est beau? eh bien ! le voici.» {Il en
remit à Mecerou. « Ce sont, sans doute, ces petits faquins des Cayess
« qui ne veulent pas être soda als, que j'ai fait enrôler, qui conspi=m
« rent contre moi. » Mecerou lui ôta son chapeau galonné, le rems…
plaça par une coiffure de paille, et fui arracha_ ses épaulcttes. Moreau_ descendit de cheval, dta son habit et le foula à ses pieds avec
indigoauon. Il voulut alors se défendre; mais il était trop tard: less
cavaliers de son escorte avaient pris la fuite, la plupart, vers 105
Cayes, dès qu'il avait remis son épée. Il fut aussitôt conduit, pris
sonnier, sur Flhabitalion-Taverny où camnérent les insurgés: Les
échos de la montagne répétérent le #on lugubre du Lambi, signal
de l'insurreclion générale; et la troupe campée à Taverny se grossit.
considérablement par le bruit du succès qu'elle avait obtenu.
À trois heures de l'après midi du 8 Octobre, la nouvelle de ce
qui venait de se passer parvint aux Cayes ; Papalier en fut consterné. Néanmoins, sans trop y ajouter foi, il réunit un com
seil de guerre où il fut décidé que Wagnac serait envoyé"à
Gärata, avec un escadron, pour s'assurer du fait , et, s'il éta
vrai , délivrer le général Moreau et ramener les insurgés par la pe
suasion. Bourdet, colonel de la 43.°, fit battre la générale, san!
les ordres de Bauregard, commandant de la place. À cinq x €
de l'après-midi, les régiments d'infanterie, d'artillerie et unesca
dron de dragons étaient réunis sur la place d'armes. Papalier sh
rendit avec Inginac et dit aux soldats : « Mes camarades, le généra
Moreau qui vous a toujours honorablement commandés ; a été à
N
-
Bourdet, colonel de la 43.°, fit battre la générale, san!
les ordres de Bauregard, commandant de la place. À cinq x €
de l'après-midi, les régiments d'infanterie, d'artillerie et unesca
dron de dragons étaient réunis sur la place d'armes. Papalier sh
rendit avec Inginac et dit aux soldats : « Mes camarades, le généra
Moreau qui vous a toujours honorablement commandés ; a été à
N
- HISTOIRE p'#arri.— (1806) 299 “té, diton, ce matin, dans la commune du Port-Salut, par des gens
“ennemis de l’ordre public. Cette nouvelle est vague; ilne faut pas
“croire que les coupables puissent obtenir un véritable succès. Pour
délivrer le général Moreau, s'il à été vraiment arrêlé, nous ne reculerons devant aucun danger , el je ne cesseral pas un inetant
d'être à votre.tête. Le colonel Wagnac a déjà été chargé .dalier
découvrir, avec un escadron , le lieu qui peut lui sertir de prison.
En attendant son retour, demeurez fidèles à l'Empereur ; restez en
bataille sur cétte place, ‘et repoussez vigoureusement Îles ‘séductions - des factieux. Ayez l'œil sur vos che fs ils vous conduiront dans
les voies de l'honneur. Vive la liberté! vive l'Empereur! » …_ Après cette allocution, il alla visiter l'arsenal et les forts de Ja
ville: Aussitôt après son départ, beaucoup d'officiers murmurérent
contre Jui ; d'autres, au contraire, se monirérent inquiets du sort
de Moreau. Wagnac était déjà sorti de la ville, allant à la recherche de ce général. Les hommes qui avaient été signalés à | Empereur el quise sentalènt compromis, s'étaient réunis “dès qu'ils avaient … appris la nouvelle de [a révolte. IL déeidèrent qu'ils s efforceraient
» de gagner, sans perdre un instant, les officiers les plus influens
de la province du Sud , se constituérent en conseil des coujurés
pour donner une direction aux mouvemens insurrectionnels. Le
colonel Francisque, en garnison à l'Anse-à-Veau, se trouvait alors
aux Cayes pour des affaires d'intérêt. Le conseil des conjurés dépêeha
auprès de lui un de ses membres , Glaisil chargé de le gagner conire
Dessalines. L'envoyé le: trouva dans des dispositions tout à fait hostiles à l'insurrection; 11 déclara même qu'il etait prêt à la combattre avec le dernier acharnement. Glaisil retourna auprès des
conjurés et leur rendit comple de sa démarche infructueuse; ils en
furent un -peu consternés. À sept heures du soir le colonel Bourdet, à la tête de 50 officiers - dela 43e. demi brigade vint chez Inginac, et l'exhorta à prendre l'autorilé supérieure, à payer et habiller les troupes avant de les faire
sortir contre les insurgés. Inginac lui répondit avec douleur que
"ses attributions ne lui permettaient pas de préndre de telles mesures.
Bourdet sen montra mécontent et déclara que ce serait le seul moyen
d'empêcher la révolte de se propager.
colonel Bourdet, à la tête de 50 officiers - dela 43e. demi brigade vint chez Inginac, et l'exhorta à prendre l'autorilé supérieure, à payer et habiller les troupes avant de les faire
sortir contre les insurgés. Inginac lui répondit avec douleur que
"ses attributions ne lui permettaient pas de préndre de telles mesures.
Bourdet sen montra mécontent et déclara que ce serait le seul moyen
d'empêcher la révolte de se propager. | A dix heures du soir , presque toutes les troupes de la garnison
avaient été gagnées, arlillerie, cavalerie, infanterie. €n demandait la
tête d'Inginac, et on faisait courir le bruit absurde qu'un bâtiment était
arrivé chargé de ehaînes destinées aux noirs qui devaient être déportés. Le peuple, qui, dans les effervescences , suit, le plus souvent,
tous les mouvemens, excepté ceux de la raison, aceueillait ce bruit
favorablement. Le reste de la nuit s’écoula dans une grande agitation, Le lendemain, 9 Octebre, à la pointe du jour, le colonel Wagnac n était point encore rentré aux Caÿes; on n'avait pas même reçu
arrivé chargé de ehaînes destinées aux noirs qui devaient être déportés. Le peuple, qui, dans les effervescences , suit, le plus souvent,
tous les mouvemens, excepté ceux de la raison, aceueillait ce bruit
favorablement. Le reste de la nuit s’écoula dans une grande agitation, Le lendemain, 9 Octebre, à la pointe du jour, le colonel Wagnac n était point encore rentré aux Caÿes; on n'avait pas même reçu 4, = 309 HISTOIRE D'HAÏTI— (1806) {
; La PORN NE TR SU SFR de ses nouvelles. Papalier envoya auprès de lui le citoyen Brunet
et manda en même temps cet évènement, par lettre, au général
Guillaume Lafleur qui commandait à Aquin, et à Gérin, ministre
de la guerre qui se tenait sur sa terre de Laval, près de l'Anse-àVeau. Quelques heures après le départ de Brunet, Bauregard, com- :
mandant de la place des Cayes, apprit avec certitude, par un blanc,
secrétaire d'Etienne Mentor Esmangard, colonel irspecteur de eul: «
ture , que celui-ci avait élé sabré , à huit heures du matin,
par les dragons de Wagnac , que ces dragons ainsi que leur
chef, électrisés par les paroles de Mécerou , avaient fraternisé
avec les révoltés, que Îles quartiers de Labacou, de Roche.à Bateau,
les plaines de Torbeck et des Cayes étaient soulevés, que les insur.
gés étaient eampés au Carrefour Govia el au Camp Gérard, que Mos
reau était réellement prisonnier, qu'on se disposait à assaiilir les
Cayes, que Wagnac avait accepté des révoltés le titre de” général”
de brigade, et Racolier celui de eolonel des dragons. Etienne Mentor respirait encore ; il avait reçu plus de trente coups de sabre, et
on l'avait laissé pour mort. D'une autre part, Aoua, sortant de Jérémie, sur la felouque de l'Etat, entra dans le port des Cayes. IIM
vit la révolte peinte sur tous les visages. Il exprima combien il re
greltait d'être revenu aux Cayes et de ne s'être pas rendu aux Go
suives d'où ileut pu- joindre l'Empereur. IL annonça que, le long M
de la eôle, de Jérémie aux Cayes,’ tout était tranquille. Comme son |
rapport pouvait contrarier les projets des conjurés de la villes sa
perte fur aussitôt résolue. M.elle Euphémie Daguille dépêcha un
courrier à Dessaines pour lui faire connaître 1e véritable caractère”
de la révolte. Mais lexprès fut arrêté dans le voisinage des Cayes,"
par des Cavaliers que Île conseil des conjurés lança à sa pour
suite. F ,
Bergerac Trichet quise trouvait aux environs du Port-Salut, ap=
-prenant la révolte de Mécerou, se transporta aussitôt ‘à Anse
d'Ilainaut , gagna contre Dessalines Nicolas Régnier, commandant
de la 196. demi brigade, se rendit ensuite à da Source-Chaude,
dans les hauteurs de la Grande Rivière de Jérémie, où se trouvait
le général Férou , et l'entraina dans le mouvement. Férou sexisposaw
à rentrer à Jérémie que jusqu'alors Bazile, colonel de la 18e. tirés
attaché à Dessalines, maintenait dans le devoir. !
Le courrier que Papalier avait envoyé auprès de Wagnac rentra
aux Caÿes. Wagnae qui, comme nous l'avons dil, avait fraternisé
avec les révoltés faisait connaître verbalement à Papalier qu'il éprous
vait dés difficultés à contenir les insurgés qui voulaient se livren
au pillage; quil n'avait pu obtenir la mise en liberté de Moreau,
mais que les officiers de son escorte avaient été élargis. a.
A cette nouvelle Papalier acquit la conviction que Wagnac &
gté gagné. IL s'élança sur son cheval, et parcourut tous les por
comme nous l'avons dil, avait fraternisé
avec les révoltés faisait connaître verbalement à Papalier qu'il éprous
vait dés difficultés à contenir les insurgés qui voulaient se livren
au pillage; quil n'avait pu obtenir la mise en liberté de Moreau,
mais que les officiers de son escorte avaient été élargis. a.
A cette nouvelle Papalier acquit la conviction que Wagnac &
gté gagné. IL s'élança sur son cheval, et parcourut tous les por re A Pr. LA
dti ET Tes Let AE eù HISTOIRE D’HAITI.— (1806) | 301 dela ville, en s’efforçant d’exciter les esprits en faveur de Dessalines.
Mais les troupes et les citoyens, en apprenant la défection de Wagnae,
. s'étaient hautement prononcés contre l'Empereur. Papalier ne rencontra que des indifférents ou des hommes qui criaient à bas Dessalines! Le conseil des conjurés de la ville, que ce succès avait ranimé,
“expédia, de nouveau, un de ses membres, le citoyen Glaisil, auprès de
Francisque. Celui ci écoutait l'envoyé lorsqu'un vieillard nommé
Mathieux Périgny qui demeurait tout près de lui pénétra dans sa
chambre et lui souhaita le bonjour, l'expression de la bonhomie
peinte sur Ja figure. Eh bien! voisin, lui dit Francisque; que m apprendrez vous de nouveau ? Mathieux lui répondit: ce que lon fait
en ce moment, est, ce me semble, une forte imprudence; mais
puisque cest commencé, si vous autres chefs, vous ne vous hâtez
….pas de vous méltre à la tête des insurgés , avant peu de Jours, je
vous Vétrai tous garrotlés et conduits à la mort avec bien plus d’aÀ trocités que sous Toussaint Louveriure. » Ces paroles transportent
… Francisque ; il se rend avec Glaisil chez Bourdet, colonel de la 13e.
Ce corps était le seul qui nese fût pas encore hautement prononcé
contre Dessalines. Il dit à Bourdet que quelques paroles qu'il ve.
nait d'entendre d'un vieux camarade l'avaient vivement touché; qu'il
bn) avait plus à hésiter; qu'il se rendait à l'Anse-à Veau pour se
—_ mettre à lastète de son régiment, quil était disposé à combattre
L M calines. S'adressant toujours à Bourdet : quant à toi, tu as,
| sous Les ordres , 900 baïonnettes , prends lun ou l'autre parti. Bourmdet l'invita à se rendre chez Papalier. Ils se dirigérent vers la
L * demeure de celui ei qui s'épuisait toujours à travers la ville en de
…vains efforts en faveur de Dessalines. ‘Ils ne le rencontrérent pas.
“ Francisque entra chez Mr. Mackintosh, négociant étranger , y fit ses
préparatifs. de départ, et lui empr unla asset d'argent ts payer
les cultivateurs de l'habitation Leplicher qu'il oceupait à titre de
fermier. Un instant aprés il aperçut Papalier ét lui cria: « mon ami,
6 est fait de Dessalines; je tire mon épée contre lui ; Bourdet s'est
AUSSI prononcé pour l'insurrection ; ainsi donc tu as à choisir entre
l'Empereur ét Les compagnons d'armes. » Ces paroles ébranlèrent Pa-
“palier qui n'avait remarqué même dans les rangs de la 13e que
des dispositions hostiles. 11 s’approcha de Francisque et lui annonça
| que son parti était le sien; il lui dit qu'il ne fallait pas perdre
a instant , qu'ils connaissaient l'un et l’autre l’étonnante activité de
AUSSI prononcé pour l'insurrection ; ainsi donc tu as à choisir entre
l'Empereur ét Les compagnons d'armes. » Ces paroles ébranlèrent Pa-
“palier qui n'avait remarqué même dans les rangs de la 13e que
des dispositions hostiles. 11 s’approcha de Francisque et lui annonça
| que son parti était le sien; il lui dit qu'il ne fallait pas perdre
a instant , qu'ils connaissaient l'un et l’autre l’étonnante activité de J'Empereur , et il se sépara de lui. Francisque parut pour l'Anse-
| “à-Veau. Papalier descendit de cheval, entra dans une des maisons SOS PET EE EE Le » la rue, écrivit au général Férou, à Jérémie, au colonel Vancol,
Aquin, "et à beaucoup d'autres officiers de la province du Sud,
les exhiortant à s'armer aussitôt contre le gouvernement. il
ac pour. lui annoncer qu'il venait de se
rallier au ra ü de L insurrection. Dès lors la révolte fut générale dans
Anse-
| “à-Veau. Papalier descendit de cheval, entra dans une des maisons SOS PET EE EE Le » la rue, écrivit au général Férou, à Jérémie, au colonel Vancol,
Aquin, "et à beaucoup d'autres officiers de la province du Sud,
les exhiortant à s'armer aussitôt contre le gouvernement. il
ac pour. lui annoncer qu'il venait de se
rallier au ra ü de L insurrection. Dès lors la révolte fut générale dans * #.. (FS 302 TS HISTOIRE D’HAITI.—(1806) la ville où le désordre était à son comble, et les autorités procla:
mérent lissurrection. On n’entendait queles cris d’A bas Dessalines;
on démandait toujours la tête d'Inginac avec fureur. Celui ci craignant
pour ses jours se tenait renfermé chez Papalier , dont la demeure avait
été jusqu'alors respectée à cause de l'estime générale dont il jouissait. | | |
Pendant que les autorités dirigreaient l'insurrection avec une activité prodigieuse, un piquet de dragons expédié par Wagnac arriva *
aux Quatre-Chemins, faubourg des Cayes vers la plaine, avec mission
de faire connaître à Papalier, que, pour éviter les plus grânds malheurs à, la ville, on lui proposait une entrevue, ainsi qu'aux principaux citoyens. Il était quatre heures de l'après-midi. Ce piquet
fit rencontre avec un jeune homme de couleur, nommé Henri, secrétaire de Yayou , qui arrivait de Léogane, couvert de poussière, et
à bride abatiue. Les dragons des Cayes larrêtèrent et lui demandérent ce qu'il y avait de nouveau dans l'Ouest. Il répondit qu'il
venail annoncer à Papalier, de la part du général Yayou, que les“
troupes de l'Ouest allaient marcher contre le Sud. Aussitôt”
on le traina violemment chez Papalier. Comme celui ci n’était pas
en sa demeure, on coupa la tête au jeune Henri et on la porta à.
la pointe d'un sabre à travers la rue. Les assassins découvrant Ingiuac sur la galerie haute de la maison, lui montrèrent la tête dem
envoyé de Yayou, et lui dirent: Ton totir viendra bientôt. Papalier M
rentra chez lui un instant après, eut horreur de la scène sanglante
qui venait de se passer, et renvoya le piquet de dragons en faisant
dire à Wagnac qu'il acceptait l'entrevue peur de lendemain, aux
Quatre Chemins. Comme Wagnac avait fait savoir qu'il désirait, avant
d'entrer en négociations, s'entretenir avec le colonel Bourdet, celui"
ci se-rendit auprès de lui accompagné de la’plupart des ofliciers de
la garnison des Cayes, et lui annonça, lui même, qu'il avait accepté
l'insurrection ; c'était ce que désirait entendre Wagnac, car ilsa=
vail que Bourdel exerçail une puissante influence sur la 13e. #
Le lendemain, 40 Octobre, Wagnac et les insurgés du Port-Sa=
lut , d'une part , Papalier , Bourdet et les principaux habitans des
Cayes, d'autre part, se réunirent aux Quatre-Chemins, et fraterni=«
sèrent. Bourdet proposa à l'assemblée de se transporter en villes
sur le champ. Mais les principaux insurgés de la campagne, crais
gbant un piège de Papalier, dont ils n'étaient pas sûrs, ne vou
Jurent pas y consentir. Bourdet leur offrit de demeurer en otage,
aux Quatre Chemins, sous la garde de leurs bandes armées. La
franchise qui brillait sur son front dissipa toutes les défiances, et"
Wagnäc accuelllil la proposition d'eñtrer en ville, en disant qu'om
n'avait pas besoin d'otage; que pendant quatorze ans on avait faits
la guerre pour la liberté, et que c'était encore pour elle qu’on venait,
de s'armer, L'assemblée décida que Wagnac prendrait le commans
urer en otage,
aux Quatre Chemins, sous la garde de leurs bandes armées. La
franchise qui brillait sur son front dissipa toutes les défiances, et"
Wagnäc accuelllil la proposition d'eñtrer en ville, en disant qu'om
n'avait pas besoin d'otage; que pendant quatorze ans on avait faits
la guerre pour la liberté, et que c'était encore pour elle qu’on venait,
de s'armer, L'assemblée décida que Wagnac prendrait le commans HISTOIRE D'HAITI.— (1806) 303 : …dement de la première division du Sud, et que Papalier conserverait celui de l'arrondissement. Papalier annonça qu'il accueillait toutes
_ les mesures qui pourraient faire le bonheur du pays. Enirons
“aux Cayes, s'écria Wagnac!—Eh quoi! dit le chef d'escadron Race lier ! nous oublions Inginac et Almanzor, ces deux sicaires de De:
“salines. Papalier fit observer qu'on ne devrait pas songer à verser ie sang de qui que ce soit; qu'on avait besoin-de rallier les hommes de ous les partis, et que le plus sûr moyen de nuire à la réussiie de l'insurrection, serait d'exercer des réactions. Ii fut_äpplaudi par
… l'assemblée, et les gens du Port Salut et de la plaine des Cayes
“ayant à leur tête Wagnac et Racolier, entrèrent en ville, à deux
- heures de l’après- midi. Pendant l'entrevue des Quatre-Chemins, un des chefs de bataillon
de la 13e, Perou, vint chez Inginac, et lui ordonna de le suivre pour
- qu'il le mit en lieu de sûreté. Inginac redoutant un assassinat se « refusa à lui obéir, malgré plusieurs soinmations, lui reprochant é # | |
_ nergiquement de s'être chargé d’une mission criminelle. Perou lui
déclara qu'il n'était pas venu , de son propre mouvement, et lui
mexhiba l'ordre qui suit, qu'on “Jui avait remis au bureau de la place: « Ordre au chef de bataillon Perou de se rendre au logement du
« nommé Inginac, à la tête d'un détachement de grenadiers , de le
— prendre, de le conduire vers la Tourterelle, et de le baïotinetter. » Inginac demeura consterné; Perou, attendri, versa des larmes et
Jui donna l'assurance qu'il ne serait pas son assassin. 1 lui laissa
pour le garder cinq grenadiers sur lesquels il comptait, et se retira.
- Vingt minutes aprés, rente soldats, conduits par le citoyen Chinon, envahirent la maison.’ Malgré les efforts des cinq grenadiers qui
étaient demeurés autour d'Inginac, il allait être saisi et baïonneite;
il se disposait à s'ôter la vie d'un coup de pistolet, lorsque Papalier, qui avait appris les dangers qu'il courait, parvint dans l'appartement, écarta les soldats, et déclara qu'il faudrait, pour qu'on
fit mourir Inginac, qu'on le sacrifiât d'abord. Les soldats se retirérent. Papalier se rendit dans le sein du conseil des insurgés et
obunt quon ne fit aueune tentative pour arracher la vie à Euginac.
“Cependant celui ci qui avait perdu lespoir d'être épargné, se füt
donné la mort si l'administrateur Frémont, son ami, n’était venu le
rassurer contre tout nouveau péril.
'il faudrait, pour qu'on
fit mourir Inginac, qu'on le sacrifiât d'abord. Les soldats se retirérent. Papalier se rendit dans le sein du conseil des insurgés et
obunt quon ne fit aueune tentative pour arracher la vie à Euginac.
“Cependant celui ci qui avait perdu lespoir d'être épargné, se füt
donné la mort si l'administrateur Frémont, son ami, n’était venu le
rassurer contre tout nouveau péril. En mème temps la maison de Mile Euphémie Daguille était envahie par une foule de forcenés qui voulaient la maliraiter et la livrer
m_àtoutes sortes de hbrutalités. En femme d'esprit elle sut se soustraire à leurs fureurs en leur servant un magnifique dessert, et en
les égayant. par ses chants. k Wagnac chargea le capitaine Rousseau de la 17e et le citoyen Glaisil de se rendre à Aquin auprès du colonel Vancol pour hâter son
Dion à là révolution, Vancol était parti d'Aquin avec l'ordre du E L 804 . HISTOIRE D'HAÏÎTI.— ( 1806) | ne général Lafleur de combattre les insurgés. En arrivant à St-Louis, M
‘il avait confié les troupes qu’il commandait au chef de bataillon Fos- "
sé, et avait accéléré sa marche sur les Cayes. Rousseau et Glaisil
le rencontrèrent sur lhabitation Bergeaud, et retournèérent avec lut
auprés de Wagnac. Vancol, un des officiers les plus influens du Sud,
avait déjà gagné les troupes d'Aquin qui le suivaient de prés. . Wagnac réunit sur la place d'armes la garnison des Cayes, et"
dit aux soldats que cette insurreetion ne provenait pas de l'ambition;
que la tyrannie seule de Dessalines l’avait fait naître. Après leur
avoir exposé qu'ils n'avaient jamais été payés, depuis la nomina-«
tion de Dessalines à la dignité d'Empereur, il ajouta que celui-ci.
couvrait d'or et de pierreries de nombreuses maîtresses, dans cha
eune des villes du pays. Eh bien ! désormais vous serez payés,
s'écria-t-il; demain vous recevrez lout ce qui vous est dû. C’estu
le général Christophe qui est aujourd'hui à fa tête du gouvernemontim
il ne dissipera pas l'argent qui vous appartient en Île prodiguant à
ses femmes et à ses favoris. Vive le sucre Christophe! Les trou-"
pes répélérent ce eri, et ajoutérent : vive. Wagnac ! vive Papa=«
lier! Wagnac mettait en avant le nom de Christophe , parce quil
avait été initié , dès 1805, à la conspiration de Geffrard, Le même jour, 40 Octobre, la 17e., en marche d'Aquin sur les
Cayes, se prononçait pour le mouvement. Lorsque le général
Guillaume Lafleur, commandant de l'arrondissement d'Aquin, avait
appris l'insurrection, le 9 Oetobre, par la lettre que lui avait adres- $
sée Papalier, 1} avait mis toutes les troupes sous les armes et avait
écrit à Dessalines, tout en fui envoyant la lettre de Papalier, qu 5
allait marcher contre les insurgés. Nous venons de voir qu'il avait ex=
pédié le colonel Vancol et le chef de bataillon Fossé contre les in
surgés avec les compagnies d'élite de la 17e., et que Vancol était“
déjà entré aux Czyes pour se rallier à Wagnac. |
1} avait mis toutes les troupes sous les armes et avait
écrit à Dessalines, tout en fui envoyant la lettre de Papalier, qu 5
allait marcher contre les insurgés. Nous venons de voir qu'il avait ex=
pédié le colonel Vancol et le chef de bataillon Fossé contre les in
surgés avec les compagnies d'élite de la 17e., et que Vancol était“
déjà entré aux Czyes pour se rallier à Wagnac. | Le 10, dans la matinée, Lafleur atteignit la 17e qui déjà était.
gagnée contre l'Empereur. 11 blâma sévèrement le chef de bataillon
Fossé de n'avoir pas plus accéléré sa marche dans une circonstanee
si grave. Fossé lui répondit avec humeur qu'il n'avait pu se hâter
davantege. Une vive aliercation s'établit entre le général et le com*
mandant. Lafleur, indigné, dit aux officiers : « 1lparaît que vous
êtes aussi des conspirateurs ; c'est sans doute pour cela que vou
ne m'avez pas rendu les honneurs militaires quand je suis arrivé.
Puisqu'il en est ainsi je vais joindre Dessalines. » Alors un ancien
“Officier de cavalerie nommé Joute Bardet lui dit: Ah! ton Dessalines; 1! doit avoir la tèie coupée en ce moment ; quant à toi, tt
es notre prisonnier. — Vous aussi, s’écria Lafleur ! qu on me donné
mon cheval! on s'opposa à ce qu’il s'en retournât. Il s'élança sui
sa monture avec fureur et traversa la rivière , prenant le chemin 2.58
Cayes. Les jeunes gens de Cavaillon, craingaut qu'il ne se rend WSTOIRE D’HAITI.—(1506) ñ 205 à Aquin, par des chemins de traverse, s’ élancérent à sa poursuite,
yant à leur tête un nommé Guerrier Haya , le joignirent et le con=
araignirent à cheminer avec eux. Îl arriva aux Cayes avec la {7e.,
2sconté par celte jeunesse. Il descendit chez Quenez qui occupait
june des maisons bâties sur le rivage de la mer. ‘Fous les chefs de
l'insurrection s'y trouvaient réunis. Ils Faccueillirent avec distinction et lui proposèrent aussitôt de se ranger du parti de la révolte. Il
leur répondit avec colère: pourquoi a ton commencé par méconnaître l'autorité des chefs. Je veux, avaat de prendre une déter-
“mination, me baitre avec le chef de bataillon Fossé qui m'a insulté. —Puis s'adressant à Wagnac: je désire, colonel, avoir une entrevue avec vous ; venez me voir ce soir. Le général Lafleur , n'ayant
pu vaincre sa colère, fit naitre des soupçons sur ses intentionsultérieures: les insurgés pensérent qu'il voulait ramener Wagnac à la
“cause de Dessalines. J1 sortit de la miason de Quenez , et aila
ibrement se choisir une demeure. Il demanda, de ou veau à s'en
retenir avec Wagnac; celui ci refusa de le voir. Dans la journée,
une compagnie de’ grenadiers fut envoyée sous sa galerie, à poste
…lixe. Ilerut que ces soldats étaient venus monter la garde pour Jui
“rendre les honneurs dûs à son grade; mais officier qui commäan-
“dait le détachement avait reçu l'ordre de le retenir prisonnier.
ila
ibrement se choisir une demeure. Il demanda, de ou veau à s'en
retenir avec Wagnac; celui ci refusa de le voir. Dans la journée,
une compagnie de’ grenadiers fut envoyée sous sa galerie, à poste
…lixe. Ilerut que ces soldats étaient venus monter la garde pour Jui
“rendre les honneurs dûs à son grade; mais officier qui commäan-
“dait le détachement avait reçu l'ordre de le retenir prisonnier. Comme Lafleur était un officier très estimé aux Cayes et qu'il avait
de l'influence sur les troupes , les conjurés , ignorant ses intentions, ml l'empêcher de communiquer avec les citoyens. Ses aideslé-camp et ses guides furent arrêtés et envoyés au camp Gérard où
“avait été conduit le général Moreau. Lafleur demanda encore, mais
en vain, à s'entretenir avec Wagnac. —. Le 10 Octobre, on savait à l’Anse à Veau toutes les eirconstances
“de l'insurrection des Cayes. Le général Gérin, ministre de la guerre,
retiré sur l'habitation Laval, en convalescence, avait ordonné au gé-
“néral Vaval, commandant de l'arrondissement, de marcher contre
les insurgés avec une forte division, 11 avait en même temps écrit à
A'Empereur qu'une révolle de quelques petits propriétaires venait d'é-
“clater dans la plaine et les mornes des Cayes, que le général Moreau, se rendant à Fiburon, avait été arrêté, et qu'il allait personnelleD: combattre le mouvement, à la tête des grenadiers et des chaseurs de la 15e. et de la 16e. ; 4 Le même jour, à une heure de relevée, le colonel Francisque,
sortant des Cayes, entra à l'Anse à Veau. IT donna aussitôt une di-
? stion contraire à tous les esprits. Il réunit chez lui les sous-offiCiers de la 45e qu'il commandait. Il leur dépeignit, avec chaleur,
eur misérable condition, leurs privations, leur éloignement de leurs
“loyers; * il leur représenta qu'ils ne recevaient ni solde, ni rations ;
4 Le même jour, à une heure de relevée, le colonel Francisque,
sortant des Cayes, entra à l'Anse à Veau. IT donna aussitôt une di-
? stion contraire à tous les esprits. Il réunit chez lui les sous-offiCiers de la 45e qu'il commandait. Il leur dépeignit, avec chaleur,
eur misérable condition, leurs privations, leur éloignement de leurs
“loyers; * il leur représenta qu'ils ne recevaient ni solde, ni rations ; h È La 15e, était une demi-brigade d'Aquin alors en garnison à l'Anse-à-Veau, dd v2 D. rit | 368 HISTOIRE D’HA1TI.—(1806)
ni habillemens, et qu'ils étaient obligés de vivre de rapines, comme.
s'ils fussent en pays ennemi. Ne seriez-vous pas satisfaits de re”
tourner dans vos familles? Ne voudriez-vous pas être au terme de
vos privalions ? S'apercevant que ses paroles produisaient sur me.
une impression favorable, 1l continua : le général Christophe à levé
au Cap l’éteudard de la ‘révolte ; jAquin, Cavaillon, les Csyes, Tiburon, Jérémie sont en pleine aurrec One L'Anse- à-Veau est la
seule ville qui soit en retard. Hâtons nous d'imiter nos frères M
Bientôt Dessalines sera euseveli dans la plaine de l'Artibonite.» Ces
mots électrisérent les soldats; ils jurèrent tous de mourir pour la.
liberté. Le colonel réunit ensuite fes ofliciers, et son langage pros"
duisit sur eux le même effet. IT se présenta ensuite au front de fa 15%
qui avail pris les armes, et le corps en entier cria: mortau tyran I
La 16.6, suivant l'impulsion donnée par la 15.e, jeta le même eri..l
Aussilôt après ce succès, Francisque partit, accompagné de auetqu
officiers , pour lhabitation Laval, située à une lieue de la ville. HN y.
parvint à trois heures de l'après midi. Il y trouva Île ministre de
la guerre et de la marine, à table, au milieu de sa famille. Géné="
ral, lui dit-il, vous savez que la ville des Cayes est en insurrectionth
La 15.e et la 16. viennent de jurer guerre à mort à Dessalines LM
Partons, et venez vous mettre à leur tête » Gérin lui répondit a veCh
calme: Vraiment, colonel, je ne conçois pas votre imprudence 1
vous ne Calculez donc pas les suites de cette entreprise
avez vous oublié les malheurs de la guerre civile sous Rigaud el
Toussaint? » Madame Abelle, sœur de Geflrard, el compagne de“
Gérin, l’écoutait avec des yeux de feu. Depuis la mort de son frère, n
qu'elle croyait, sans raison, avoir été empoisonné, elle nourrissait
contre Dessalines une haine implacable. Iudignée de la réponse de
Gérin , .elle se leva de table, et lui dit avec énergie : « Général, sh
vous ne vous sentez pas le courage de prendre les armes contre le
tyran, donnez moi votre habit, vos épauleites et votre épée, je me
mellrai à: 1a se de vos troupes.» Gérin ébranlé par ces paroles,
s’écria: Eh bien! je verrai si l'on saura mourir avec moi dans la
terrible résolution que nous prenons ‘aujourd'hui, Il sortit de dé
salle, monta à cheval, se rendit en ville, passa les troupes en revue
et leur ordonna de se tenir prêtes à marcher sur le Port au Prince
Wagnac, sentant que son nom n'était pas assez influent pour qui
püt se déclarer le chef de l'armée, songea à mettre à la tête d
l'insurrection un général capable d'inspirer de la confiance au peu
pleet aux troupes. IF porta les yeux sur Gérin, ancien divisionnaire
ministre de la guerre et de la marine. 11 députa auprès de lui le cito
yen Castaing. Celui-ci, en arrivant à l’Anse à Veau, annonça à Gé
rin qu'il avait été proclamé chef de l'armée insurrectionnelle du Sue
l'armée, songea à mettre à la tête d
l'insurrection un général capable d'inspirer de la confiance au peu
pleet aux troupes. IF porta les yeux sur Gérin, ancien divisionnaire
ministre de la guerre et de la marine. 11 députa auprès de lui le cito
yen Castaing. Celui-ci, en arrivant à l’Anse à Veau, annonça à Gé
rin qu'il avait été proclamé chef de l'armée insurrectionnelle du Sue ® Le Cap ne s'était pas soulevé. Jérémie était encore dans le devoir, HISTOTRE D'irarti.— (1806) 887 Gérin accepta cette haute et périlleuse position et expédia aux
Cayes, le 12 , dans la matinée , Faubert et David Troy avec
mission de faire juger les généraux Moreau et Lafleur, et d’acheminer toutes les troupes sur le Pont de Miragoâne. Le général Vaval,
met Bruni Leblanc, . colonel de la ie acceptèrent l’insurrection avec
ardeur. _ Gérin adressa la lettre suivante au général Christophe. A l’Anse-à-Veau, Île 12 Octobre 1896.
» général de division, ministre de la guerre et de la marine, au gé-
, néral en chef de l’armée d'Haïti. Mon ‘cher général, —…. Tous les militaires et le peuple vous regardent depuis longtemps
comme le successeur au gouvernement d'Haïti. La lyrannie qu'exce sur l'armée et le peuple d Haïti le génie destructeur de lEmPereur actuel a fait rompre le frein au peuple de la partie des Cayes.
Le 10, dans la plaine, l'inspecteur, le colonel Etienne Mentor, y
“a eu. la tête tranchée,* pour avoir voulu exécuter les ordres qu'il avait
“de tuer tous les Dore vieux libres , surlout de couleur. Ce Ordre donné
par l'Empereur, & abord au général Moreau et à cet inspecteur, ainsi
qu'à d'autres, a été déjoué par le colonel de la cavalerie. Wayne,
un des bons et braves frères de tout le département. Le général
“Moreau a été arrêté par le peuple, et les troupes ont démandé leur
Paie. Je crois que je serai obligé d'en faire de même ici pour éÉAiler la défection des troupes , et les habiller; leur état fait pitié;
| ï vous ai vu gémir sur leur sort.
Comme ministre de la guerre, par la Constitution, je dois faire
payer les troupes; mais Sa Majesté ne m'a jamais témoigné le moind lre désir de les + A solder. Alors, honorable général , ne Serait-
. point de votre dignité de prendre ‘à cœur la cause des troupes
« du peuple, et me donner vos ordres; car si les chefs ne monrent pas de l'énergie, le pays sera bouleversé de fond en comble,
ar ‘8 suiles des démarches inconsidérées du chef du pouver ne=
: le renversement de la culiure, la destruction du ecommerce
Ru les familles dépouillées de leurs propriélés, jetées dans Îles rues.
Les grands chemins; d’autres ruinées par des amendes, des conscations les plus absurdes; vingt mille gourdes par an ne sulffiL ent, à peine, pour ‘entretenir Chacune de ses concubines dont on
À omple au#moins une vinglaine; les munitions de guerre e prodiguées
érées du chef du pouver ne=
: le renversement de la culiure, la destruction du ecommerce
Ru les familles dépouillées de leurs propriélés, jetées dans Îles rues.
Les grands chemins; d’autres ruinées par des amendes, des conscations les plus absurdes; vingt mille gourdes par an ne sulffiL ent, à peine, pour ‘entretenir Chacune de ses concubines dont on
À omple au#moins une vinglaine; les munitions de guerre e prodiguées (b H l |
É
|
|
F * Nous avons déjà dit qu \Etichn Meñtor , ayant reçu plus de trente eoups de
Sabre, avait été laissé pour mort, Il vécut biin des ANTIEES après, LA : _ 308 HISTOIRE D'HAITI.=— (1606) dans des saluts insignifans, dans un pays où l’on doit s'attendre à
se voir envahir par l'ennemi étranger; des fortifications sans un ba:
ril de mais, quiest une production qu'on peut se procurer sans |
moindre dépense, et cela, par une défiance mal placée et hors d œuvre, dans un temps où tout le monde n'avait Wautre but que des
s'ensevelir sous les ruines de son pays ou de le defendre en home:
me libre. Mais la liberté, grand Dieu! est un vain nom dans cel
pays, qu ‘on nose plus prononcer ouvertement, quoiqu'il soit placé:
à la tête des actes; mais elle n'existe que là. On a üsurpé les vœuæh
# généraux pour une Constitution dont ls ignoratent le premier mot
et qui ne leur a élë connue que, lorsqu'elle fut publiée, quand on l'a reçues
et qu'il foule aux pieds chique jour. Si le despote de Constanti
nople l'eut faite, elle n'aurait pas été plus cruelle; 1l existe des lois,
et l'on fusille, baïonnette des hommes, de nuit, sans jugement.
Enfin, s1 l'on voulait analyser les maux dont le peuple est opprin
mé, les bourreaux de France même en rougiraient; le peuple est
Isssé, et nul honime de sentiment ne peut plus exister sous ua
pareil gouvernement, On ne meurt qu'une fois, et quiconque se
laisse avilir est digne de l'être; je n'y ai jamais consenti, mais biens
de vous reconnaître pour le premier chef de cet empire, jusqu'à
ce que le moment heureux de vous le prouver, de vive voix, sol it
arrivé. | | | *
Jai l'honneur d'être, de V. Exc., le très hunible servitear et ami
é, et nul honime de sentiment ne peut plus exister sous ua
pareil gouvernement, On ne meurt qu'une fois, et quiconque se
laisse avilir est digne de l'être; je n'y ai jamais consenti, mais biens
de vous reconnaître pour le premier chef de cet empire, jusqu'à
ce que le moment heureux de vous le prouver, de vive voix, sol it
arrivé. | | | *
Jai l'honneur d'être, de V. Exc., le très hunible servitear et ami CARE Signé, Et. GÉRIN. Gérin confia eette lettre à un capitaine de barge, qui apparei a
- de l’Anse-à Veau. > | Pendant cet intervalle les. troupes de la garnison des Cayes s
montralent lmpatientes d'être payées. Les feuilles, de sülde n'étaient
pas encore faites. Mais le dimanche 12, les quartiers maîtres. le
présentèrent;s comme elles n'avaient point été dressées d'après le
instructio#s qui avaient été données, on décida qu'elles seraier
refaites et que la gartison serait payée le lendemain. Le mêm
jour, 42, les chefs des insurgés se réunirent chez Papalier pou
s'entendre sur les dernières mesures à prendre. L'anarchie était
son comble ; Papalier ne commandait l'arrondissement que de nom, dl
. chefs des premiers insurgés exerçaient toute l'autorité. Hy avait à |
réunion Bauregard, Vancol, Boisquenez, Racolier, Wagnac, M
taire, Sully, et beaucoup ‘A'autres Le chef d'éstadron Racoh
fit observer qu'on ne devrait prendre aucune décision, sans ay
entendu Mécerou qui avait donné le signal de la révolte. On lé
voya chercher, et il arriva aux Cayes, le même jour, dans l'apr
midi. Il entra presque ivre dans la salle, du conseil. Il voul
faire une distribution de toutes les fonctions ; il parla dt nomme, HISTOIRE D’HAITI.—— (1806) | B 809 dinistre sites finances, son cousin Sully que Dessalines avait appelé
Ja charge de directeur de douane. On lui proposa le grade de
48 qu'il refusa; il sortit de l’assemblée disant qu'il voulait être
général de division, et annonçant qu'il se rendrait en plaine, cet
Miendrait saccager la ville, à la tête des cultivateurs. Il se livra à
tant d'extravagances dans les rues, que les conjurés décidèrent qu'il
jerail arrêté. Par ses cris, il avait déjà donné l'alarme dans toute
ï ville. Ladjadant de pl ice Lacoule le chercha d’ abord vainement;
enfin on le trouva renfermé dans une grande malle ‘chez son cousin Sully où il s'était réfugié à l'approche de la garde. Les soldats
pitlérent la maison de Sully, et Mécerou fut conduit en prison.
Aussi disparut de la. scène le he dela révolte dû Port-Salut.
ail arrêté. Par ses cris, il avait déjà donné l'alarme dans toute
ï ville. Ladjadant de pl ice Lacoule le chercha d’ abord vainement;
enfin on le trouva renfermé dans une grande malle ‘chez son cousin Sully où il s'était réfugié à l'approche de la garde. Les soldats
pitlérent la maison de Sully, et Mécerou fut conduit en prison.
Aussi disparut de la. scène le he dela révolte dû Port-Salut. La pluie, tombant avec abondance, avait transformé les rues en
Morrents. La ville était devenue presque impratcable, et le 43 dans
13 matinée, David Troy et Faubert, sortant de l'Anse à Veau, arrivèrent aux Cayes, porteurs des ordres de Gérin. Comme Inginac
à vait fait verser au trésor beaucoup d'argent, on put employer la
Journée à payer toutes les troupes. Le lendemain , le colonel Bourdei reçut l'ordre de Wagnac de partir pour le Pont # Mirogoâne, la
clef du département du Sud, et le colonel Vancol, pour Jérémie. Yrpro devait combattre ” Bazile , colonel de la 48e. s'il reAusall de déelarer contre Dessalines. Le . colonel Bourdet
fi RTE à Wagnac, mais sans succès, que si Bazile résislait,
jun seuh régiment ne pourrait le vaincre, qu'il serait plus prudent
de l'envoyer avec Vanéol." D'après les conseils de David Troy et de
bee les autorilés ads ressèrent au général Christophe la pièce sui-
“ane : |
"set Aux Cayes, le 13 Octobre 1806. Les Chefs de l'armée du Sud au Général en Chef. … Is sont done connus, ces secreis pleins d'horreurs. . Le général de brigade Moreau et ses adhérans, dignes satellites du
tyran, étaient les porteurs de ces or dres écrits pour exiermiiner la mal.
heureuse classe des anciens libres de toutes couleurs. Dessalines, qui
ù r deit beaucoup, veut maintenant briser l'instrument dont il s’est
partie servi pour parvenir au faite de sa grandeur; ïl a réuni
i x domaines les propriétés les plus authentiques ; ïl a fait des leliées. de troupes : 1! fait faire des levées d'argent. Tous les cœurs
dient ulcérés, lindignetion était à son comble. Le peuplé en
masse s'est levé : nous avons tiré l'épée, et nous ne la remeitrons
ans le fourreau que lorsque vous nous l'ordonnerez.
pour parvenir au faite de sa grandeur; ïl a réuni
i x domaines les propriétés les plus authentiques ; ïl a fait des leliées. de troupes : 1! fait faire des levées d'argent. Tous les cœurs
dient ulcérés, lindignetion était à son comble. Le peuplé en
masse s'est levé : nous avons tiré l'épée, et nous ne la remeitrons
ans le fourreau que lorsque vous nous l'ordonnerez. # » Nous ne vous cachons pas, digne général en chef, que nous croyons
votre indignalion au moins égale à la nôtre; et nous vous procla.
Mons avec joie et à l'unanimité, le Chef suprème de cette ile, sous Le ET” cie noie jé
CAR PTE Que 810 PAS HISTOIRE D'HarTt.—(1806) + |
quelque dénominaiion qu'il vous plaise de choisir; tous Îles cœurs
sont à Vous; nous jurons devant Dieu, de vous être toujours fidèles, de mourir pourla liberté et pour vous.
Nous ignorons quel est votre sort et votre posilion; mais nous |
espérons que vous combattez en ce moment Dessalines. Nous avons
appris indirectement que vous vous étiez emparé du trésor du Cap
el que vous aviez payé vos troupes; nous venons d'en faire autant;
notre trésor des Cayes s’est trouvé grossi par les exactions et les
confiscations ordonnées. |
Nous ferons marcher demain des troupes pour le Pont de Miragoâne en allendant que nous soyons sûrs des intentions du colonel
Lamarre, à qui nous avons écrit au Petii-Goûâve, el qui certaine
ment ne se fera pas prier pour parlager noire Indignation.
Nous avons aussi écrit au général de division Gérin, en ce mo-«
ment au Petit Trou’, pour lui offrir provisoirement les &eux divisions
du Sud, Er
Aquin, lAnse à Veau et Jacmel sont pour nous et pour vous ; nous ne
sommes pas encoresûrs de Jérémie, parcequ'il y a là deux partisans du
iyran qui ont du pourvoir et qui pourraient en abuser; cependant
nous devons espérer le contraire. Au reste le colonel Vancol mar
chera demain pour le soumettre, ou le persuader au besoin.
Le général de brigade Moreau, marchant vers le cap Tiburon,
pour exéculer une noutelle Si. Barthélemy a été arrêté dans Ia
plaine par notre parti. Le général Guillaume Lafleur a été auss
arrêté en ville. TER ,
Nous attendons, général en chef, vos ordres pour l’ensemble de
nos ‘opérations; Soyez noire protecteur et celni d'Haïü; nous espérons que Dieu bénira la bonne cause. S
Nous vous prions, brave général , de ne point mettre du retard
dans votre réponse, et d'avoir avec nous une correspondance trèsaclive, soit par mer, soit par terre, sil est possible. RÉ, Nous avons l'honneur d'être avec un profond respect, général,
vos très humbles et très obéissans subordonnés. i: "
Pour le colonel Wacnac, commandant l'armée de la première di
vision du Sud, VoLraiRE ; BEAUREGARD, PAPALIER , VANCOL , RA
COLIER , L. Bourper, J. RocHer, Lacour. # ? Comme les pluies continuaient à tomber avec abondance , “le
troupes ne purent se mettre en marche que le quinze, la 13e. dem
brigade pour le Pont de Miragoâne , et la 47e. pour Jérémie. M
ginac partit des Cayes avec Papalier. Celui-ci l’avait placé dan
son escorte et le protégeait. Il suivit la route de Miragoûne set
nant toujours à côté de Papalier pour n'être pas assassiné. Quan
Comme les pluies continuaient à tomber avec abondance , “le
troupes ne purent se mettre en marche que le quinze, la 13e. dem
brigade pour le Pont de Miragoâne , et la 47e. pour Jérémie. M
ginac partit des Cayes avec Papalier. Celui-ci l’avait placé dan
son escorte et le protégeait. Il suivit la route de Miragoûne set
nant toujours à côté de Papalier pour n'être pas assassiné. Quan HISTOIRE D'HAITI.—(1606) 81} à Almanzor ; dès les premiers moyens de .la révolte, il s'était em-
—barqué sur un caboteur et s'était rendu aux Gonaives. |
— Pendant cet intervalle, les troupes de Léoganeïet du Port au-Prince,
“qui ne se montraient pas acharnées contre Dessalines, se disposaient,
à se mettre en marche pour le Sud, sous les ordres du général
- Pétion.
Le général Gérin, de son eôté, après avoir expédié, le 43,
le chef d'escadron Borgella commandantde la place d'Aquin, aux
Cayes , avec ordre de hâter le départ des troupes de cette ville , sortit
de | Anse: à- Veau avec les 15e et 16e demi-brigades ainsi qu'un esca-
…dron de dragons commandé par Jean Langevin et parvint au Pont
de Miragoâne, le même jour, marchant contre les troupes de l'Ou-
—est doni les sentimens ne lui étaient par parfaitement connus.
Il s'établit au pont de Miragoâne qui traverse l'étang de ce nom,
lifnite , au Nord de la presqu'ile, des provinces de l'Ouest et du
— Sud." Il: envoya aussitôt au Petit Goâve auprès du colonel Lamarre,
… pour le gagner à l'insurrection, les citoyens Calice Brouard et ,NiColas Brouard. Lamarre , colonel de la 24e. , était à la. tête de 1800.
hommes qui lui obéissaient aveuglement. Quand les deux envoyés
—_parvinrent au Petit Goûve, ils annoncèrent, en public, qu'ils s'étaient
réfugiés auprés de leurs familles pour ne pas prendre part à ce qui
“se passait à | Anse à-Veau. Mais, d’un autre côté, ils obtinrent de
Lamarre un entretien particulier, et lui exposérent le but de leur
arrivée. Lamarre repoussa leur proposition et ordonna qu'on fortie
fiät le pont Chabanne, à l'entrée du Petit Goâve, vers le Pont de
… Miragoäne. Il écrivit au général Yayou, commandant de l'arrondisse-*
ment , qui se lenait à Léogane- que les troupes du Sud voulaient
envahir la province de | Ouest. Yayou fit aussitôt connaître à Pétion,
… commandant de là 2e. division militaire de l'Ouest, ce qu’il venait
“d'apprendre. Dans ces entrefaites , un vieillard nommé Jérôme se
présenta au pont Chabanne et remit à Lamarre une lettre que Borgella ui avait adressée à son départ d'Aquin, pour l'Anse à-Vesu,
lorsqu'il se rendait auprès de Gérin. Les effets.en furent prodigieux. Eile
commençait par ces mots : Aux armes! Aux armes ! cher Lamarre!
“là voix de tes frères l'appelle au secours de la patrie! Lamarre
se montra tout-à coup ébranlé. Cette lettre lui rappelait ses anciens
compagnons. d'armes les plus chers qu'il aflait combattre, ceux aux-
“quels il avait maintefois dif qu'il n'avait qu à se louer de l'Empeeur, mais que sil continuait à se livrer à toutes sortes d'excés,
leur parti serait le sien. IL se résolut à se prononcer pour lirisurrection. La nuit élait trés-avancée ; vers la pointe du jour du 14,
“le général Yayou entra au Petit Goâve à la tête des troupes de Léomçane, el presque en même temps Gérin faisait prisonnier Eveillard,
“officier de la 24e, commandant du poste du pont de Miragoâne, et
“pénétrait au Petit-Goâve, après avoir franchi, au pas de course, un
serait le sien. IL se résolut à se prononcer pour lirisurrection. La nuit élait trés-avancée ; vers la pointe du jour du 14,
“le général Yayou entra au Petit Goâve à la tête des troupes de Léomçane, el presque en même temps Gérin faisait prisonnier Eveillard,
“officier de la 24e, commandant du poste du pont de Miragoâne, et
“pénétrait au Petit-Goâve, après avoir franchi, au pas de course, un ‘fendu cette ville avec vigueur contre les insurgés jusqu'à l’arrivée . che rapide, il prit le devant sur ses troupes, laissa le général Gel -au-devant de lui. Yayou l'aborda et lui raconta Ia conversation 812 AS HISTOIRE pHartr— (1806)
espace de six lieues. Lamarre exhorta Yayou 4 obtenir une en-.
trevue de Gérin, et conseilla à celui-ci de faire occuper | le fort Liberté,
à une petite distance de, la ville, où il n’y avait qu'une faible gar-…
nison., Gérin s'empara aussitôt de cette position, y établit le deux- …
ième bataillon de la 15e, commandé par Léveillé, et accepta de ”
Yayou l'entrevue que celuici lui fit proposer. Bein qu'il exposàatu
avec chaleur à ce général les causes qui l'avaient’ déterminé à pren-.
dre les armes contre Dessalines, il ne put l’entraîner. Yayou lui
répondit: Je serais des vôtres, si dans votre parti, les inférieurs
avalent su respecier les supérieurs. N'a-t-on pas déjà fait mourir
le général Vaval? Gérin ordonna qu'on introduisit Vaval dans a
salle. A la vue de celui-ci, Yayou étonné, se montra irrésolu
Néanmoins il fit encore quelques objections , qui furent combatiues w
avec succès, sur la témérité de l'entreprise. Il abandonna le lieu |
de l’entrevue en déelarant qu'il.ne prendrait une résolution qu'après
avoir entendu le général Pélien. Au même instant'entra au PetitGoûve, un aide-de camp de l'Empereur, e commandant Delpêche.
H était chargé de pénétrer dans Île Sud , de s'assurer de l'importance de la révolte, et d'en faire un rapport à S.M. Comme l'insurrection avait atteint le Petit Goâve, il ne put franchir cette ville pour par
venir au pont de Miragoâne ; il reprit la route de Marchand, en toute hâte"
Pétion était parti du Port-au-Prince aævee les onzième et dou
zième demi brigades, marchant contre le département du Sud”
Germain Frère , emporté par son 7éèle, avait abandonné so
poste de commandant d'arrondissement pour le suivre. En appre…
nant le caractère formidable de la révolte, Pétion avait pris la dé”
termination de se joindre à l’arméé du Sud; il se fut bien gardé
de laisser derrière lui un homme entreprenant tel que Germain
Frère qui se fût opposé à sa rentrée au. Port-au-Prince et eut dé:
ant contre le département du Sud”
Germain Frère , emporté par son 7éèle, avait abandonné so
poste de commandant d'arrondissement pour le suivre. En appre…
nant le caractère formidable de la révolte, Pétion avait pris la dé”
termination de se joindre à l’arméé du Sud; il se fut bien gardé
de laisser derrière lui un homme entreprenant tel que Germain
Frère qui se fût opposé à sa rentrée au. Port-au-Prince et eut dé: de Desbalines. Quand il parvint à Léoganeh il rencontra le général
Magloire e Ambroise qui, quoique malade, s'y était fait transporter pour,
s'aboucher avec lui. Il s'entretint une heure avec ce général, lui confia quil allait se rallier aux insurgés, et lui ordonna de se rendre
à Jacmel pour se prononcer contre Dessalines. Continuant sa mar main Frère au Grand Goâve pour y attendre les 14e et 426, t
versa le Tapion, le 15 Octobre, à dix heures du malin, et fut rect
avec.distinction par le lieutenant Solage qui était à Ja tête de
première compagnie des grenadiers de l'avant-garde de l’armée
surrectionnelle. Il découvrit le général Yayou qui accourait ‘seu
, et lui ordonna de se rendre
à Jacmel pour se prononcer contre Dessalines. Continuant sa mar main Frère au Grand Goâve pour y attendre les 14e et 426, t
versa le Tapion, le 15 Octobre, à dix heures du malin, et fut rect
avec.distinction par le lieutenant Solage qui était à Ja tête de
première compagnie des grenadiers de l'avant-garde de l’armée
surrectionnelle. Il découvrit le général Yayou qui accourait ‘seu quil avait eue la veille avec Gérin. Pétion lui dit: « C'est bi
ne perdons pas Un instant; acceptons l'insurrection , car Da
galines sera sur nous, peut-être demain. » Il entra au Petit G HISTOIRE D’HAITI 1806) 313
vera midi, fraternisa avec les insurgés et eonsentit à larsser le com-
«nandement en chef de l’armée au général Gérin.* Les troupes insurgées défilèrent aussilôf pour le Port-au Prince, au pas de course;
elles avaient encore dix-sept lieues à parcourir. Arrivé au GrandGoûve, Gérin fut frappé de l'attitude froide des deux demi brigades
“del Ouest: Germain Frère, enveloppé par les corps du Sud feignit
d'accepter la révolution : il temporisait pour se prononcer au Port-
“au Prince en faveur de Dessalines. Gérin fit prendre la droite par
les 15e et 16e, plaça au centre les 11e et 12e dont il se défiait,
et la 24e à l'arrière garde. Beaucoup de eitoyens armés, des femmes,
‘des enfans suivaient l'armée en chantant, en créole, à travers les mornes
et la plaine: Le diable a brisé ses chaînes, qu'on prenne Dessalines l'*
Mais partout, sur leur passage , ils respectaient les propriétés. L'insur-
“réciion était toute militaire, et les cullivateurs abandonnaient fort peu
leurs travaux pour courir aux armes. Les insurgés parvenus à Léogane
au coucher du soleil, y passèrent la nuit. Le lendemain, 16, à
là pointe du jour, les 15e, 16e, 41e, 12e, 24e et 24e demi-briga-
“des, et trois escadrons de dragons, dix-mille hommes, s'acheminérent sur le Port au-Prince et y arrivèrent à quatre heures de l'aprèsmidi. Le général Germain Frère qui avait été arrêté en chemin
“fut jeté en prison. Les troupes du Sud traversèrent awssitôt la
“ville et ne s'arrétérept qu'au portail St. Joseph. ‘ÆLe commandement
de l'arrondissement fut confié à un nommé Dieudonné Charlot, aide-
“de-camp de Bétion ; et le commandant de la place, Bédouet sur
“lequel on bxerça uns tentative d'assassinat, s’évada ei se cacha. Gérin
“placa en embuscade au Pont-Rouge les 45e et 46e demi brigades;
il établit au portail St. Joseph'les 21e el 24e, et les Aie et 12e
“demeurèrent au centre de la ville, sous les yeux de Pétion.
, aide-
“de-camp de Bétion ; et le commandant de la place, Bédouet sur
“lequel on bxerça uns tentative d'assassinat, s’évada ei se cacha. Gérin
“placa en embuscade au Pont-Rouge les 45e et 46e demi brigades;
il établit au portail St. Joseph'les 21e el 24e, et les Aie et 12e
“demeurèrent au centre de la ville, sous les yeux de Pétion. Les insurgés ne doutant pas du succès de leur entreprise, el effrayant
par leur audace l'esprit timoré des habitans du Port-au-Prince, récigérent aussitôt la pièce qui suit, intitulée , Résistance à l’Oppression. « Une affreuse tyrannie, exercée depuis trop longtemps sur le peuplé
ët l’armée, vient enfin d'exaspérer tous les esprits et les porter, par ur mouvement, digne du motif qui le fit naître, à se lever en
+ Boisrond Canal et Tapiau étaient arrivés au Petit-Goâve le 15, envoyés par
Je conseil des conjurés des Cayes, pour s'erquérir des nouvelles de l'armée. Gérin
leur rexmit à l'adresse du colonel Faubert la lettre suivante :
Petit Goûve, le 15 Oetobre 1806. -
Mon cher Colonel, é °
Vous saurez qu'après de légères difficultés je suis entré en eette ville sans bxàler une amorce. wi
… J'ai eu le bonheur de joindre le général Pétion, nous nous sommes parfaitement entendus, et nous défilons, sans perdre de temps, pour le Port-au-Prince. Jusqua présent le Souverain-Arbitre a dirigé nos pas, : Je vous engage à vous rendre à l'armée où vos eonseils mé seront utiles. 1 à #* Diable là cassé chaines , quimbé Dessalines, sit
FAT MSA 314 HISTOIRE D’'HAITI 1806) masse pour former une digue puissante contre le torrent dévastateur
qui le menace. « Un complot, ourdi dansle calme et la réflexion, allait bientôt
éclater; les hommes susceptibles de penser, ceux capables enfin.
de faire triompher les sublimes principes de la vraie liberté, dont
ils sont les défenseurs, devaient disparaître pour foujours ; une marche
rapide. vers la subversion totale effrayait déjà même l’homme le plus
indifférent ; tout semblait annoncer que nous touehions au moment
de voir se “renouveler ces scènes d'horreurs et de proscriptions, ces
gachots, ces gibels, ces bûchers, ces noyades, dont nous étions les
tristes el malheureuses victimes sous le gouvernement inique des
iochambesu, des Darbois, des Ferrand,des Bargér, etc, Are
une marche
rapide. vers la subversion totale effrayait déjà même l’homme le plus
indifférent ; tout semblait annoncer que nous touehions au moment
de voir se “renouveler ces scènes d'horreurs et de proscriptions, ces
gachots, ces gibels, ces bûchers, ces noyades, dont nous étions les
tristes el malheureuses victimes sous le gouvernement inique des
iochambesu, des Darbois, des Ferrand,des Bargér, etc, Are « Moins touché du bonheur de ses peuples qu’avide à ramasser, le
chef du gouvernement fit dépouiller injustement de leurs biens, ‘des |
milliers de familles qui sont, en ce moment, réduites à la plus. affreuse misère, sous le prétexte apparent qu'elles ne pouvaient justifier de leurs titres de propriété, mais dans le fait pour augmenter
ses domaines. N’est-il pas constant qu'après avoir joui depuis 40,
20, et 30 ans d'un bien en devait en être supposé Île véritable
propriétaire? Dessalines ne l'ignorait pas; 1l était persuadé même
que ces citoyens avaient perdu leurs titres, dans les derniers évés
negens; il en profita pour. satisfaire sa cupidité. D'autres petits
propriétaires furent arrachès inhumainement de leurs foyers et renvoyés
sur les habitations d'où ils dépendaient, sans avoir égard ni à leur âge
ni à leur sexe. Si des considérations particulières ou d'intérêt géné:
val pouvaient auloriser eelle mesure qui parait avoir été adoptée”
par les gouvernemens précédens, au moins était-il juste d'accorder
une indemaité à ceux sur lesquels on lexerçait. « Le comineree, source de l'abondance et de la prospérité des Etats,
languissait , sous cet homme stupide, dans une apathie, dont les
vexations et les horreurs exercées sur les étrangers, ontété les seu-*
les causes. Des cargaisons enlevées par la violence, des marchés
aussitôt violés que eontractés repoussaient déjà de nos ports tous”
les bâtimens ; l'assassinat de Thomas Thuat , négociant anglais, connu
avantageusement dans le pays par une longue résidence, par une cons
duite irréprochable et par des bienfaits, a exalté l'indignation ; et
pourquoi ce meurtre? Thomas Thuat était riche ; voilà son crime
Les négocians haïtiens ne furent pas mieux traités ; les avantages
même qu'on avait l air de vouloir leur accorder, n'avaient été calculés
que sur le profit qu'on pourrait en tirer : € 'étaient des fermiers que
pressuraient des commis avides. ; « Toujours entraîné vers ce penchant qui le porte au mal, le chef
du gouvernement, dans la dernière tournée qu'il fit, désorgañisa
l'armée; sa cruelle avarice suggéra l’idée de faire passer les militai”
res d’un Re dans un autre, afin de les rapprocher de leur lieu En onlatr:
.
i
|
| | HISTOIRE D’HAITI.— (1806) 215 “natal, pour nepoint s'occuper de leur subsistance, quoiqu'il exigeàt d'eux un service très assidu. Le soldat était privé de sa paie, de
sa subsistance et montrait partout sa nudité, tandis que le trésor
sa cruelle avarice suggéra l’idée de faire passer les militai”
res d’un Re dans un autre, afin de les rapprocher de leur lieu En onlatr:
.
i
|
| | HISTOIRE D’HAITI.— (1806) 215 “natal, pour nepoint s'occuper de leur subsistance, quoiqu'il exigeàt d'eux un service très assidu. Le soldat était privé de sa paie, de
sa subsistance et montrait partout sa nudité, tandis que le trésor public fournissait, avec profusion, des sommes de 20,000 gourdes par an, à chacune de ses concubines , dont on en peui compter au
moins une vingtaine, pour soutenir un’ luxe effréné qui faisait en même temps la honte du gouvernement et insultait à la misére publique. « L'empire des lois ne ful pas non plus respecté; une constitution
faite par ordre de | Empereur, uniquement pour satisfaire à ses vues
dictées par le caprice et l'ignorance , rédigée par ses secrétaires et
publiée au nom des généraux de l'armée qui n'ont, nen seulement, “jamais approuvé ni signé cet acte informe et ridicule, maïs encore
n'en eurent connaissance que lorsqu'elle fut rendue publique et promulguée. * Les lois réglementaires formées sans plan et sans combinaison et toujours pour satisfaire plutôt à une passion que pour
régler les intérêts des ciloyens, furent toujours: violées et foulées aux - pieds par le monarque lui-même ; aucune loi protectrice ne garan<
üssait le peuple contre la barbarie du souverain ; sa volonté suprême entrainait un citoyen au supplice, sans que ses amis el $es
parens n'en pussent connaître les causes. Aucun frein enfin n'arrôtait la férocité deg ce tigre altéré du sang de ses semblables ; aucune représentation ne pouvait rien sur ce cœur barbare, pas
méme les sollicitations de sa vertueuse Epouse, dont nous admirons tous
| les rares qualités. . « Lesminisires dont la constitution (si cet acte peut être qualifié de ce nom } avait déterminé les fonctions, ne purent jamais les exercer
pour le benheur du peuple ; ** leurs plans et leurs représentations
furent toujours ridiculisés et rejetés avec mépris; leur zèle pour le
bien publie en général, et pour celui de l'arméeen particulier, fut,
» par conséquent paralysé.
La culture, cette première branche de la fortune publique et …." [l est vrai que plusieurs généraux n'avaient pas approuvé la Constitution : mais
la plupart y avaient apposé leurs signatures. [nsérée à la gazette offisielle de 1805
À elle porte les noms de tous nos généraux de division et de brigade qui l'ont fait
publier avec solennité dans leurs quartiers respectifs Nous avons rapporté qu’elle.
fa faite d’une manière très-irrégulière. Feu le général Bonnet qui, à cette époque,
était un de nos militaires distingués et l’un des plus instruits, au grade d’adjudant
ñ général , m'a dit que quelques généraux seulement n'avaient pas signé la Constitution.
Cette disposition était en faveur de Gérin, ministre de la guerre etde la ma-
…_rine, à présent chef de de l’armée insarrectionnelle. Cependant le 12 Octobre
* 1806, annonçant à (hristophe sa prise d'armes il lui parle , comme ministre de la
—suerre et de la marine, par la Constitution. Ce même Gérin qui fouraissait des
— plans à Dessalines voulait , en 1808, que St. Domingue, après avoir pris son ancien
nom d'Haïti, fut divisé en quatre Cacicats unis seulement par un lien fédéral, qu'il y
eut à la tête de chacune de ces quatre parties, un cacique jouissant des prérogatives des
ant à (hristophe sa prise d'armes il lui parle , comme ministre de la
—suerre et de la marine, par la Constitution. Ce même Gérin qui fouraissait des
— plans à Dessalines voulait , en 1808, que St. Domingue, après avoir pris son ancien
nom d'Haïti, fut divisé en quatre Cacicats unis seulement par un lien fédéral, qu'il y
eut à la tête de chacune de ces quatre parties, un cacique jouissant des prérogatives des é chefs aborigènes de l’époque de la découverte de l'ile par Christophe Colomb. 816 Le HISTOIRE D'HAÎTI.=— (1806) particulière, n'était point encouragée, et les ordres du chef ne
tendaient qu'à faire mutiler les malheureux cultivateurs. Etait-il À
sage, enfin, d'arracher à cette PRE des bras qui la fruetifiaient
pour grossir, sans besoin, le nombre des troupes qu'on ne voulait niw
payer, ni nourrir, lorsque déjà l'armée était sur un pied respectable. « Tant de crimes, tant de forfaits, tant de véxations ne pouvaient”
rester plus longtemps iMpunis ; le peuple , ainsi que l'armée, lassé |
du joug odieux. qn’on lui imposait, rappelant son courage et son 3
énergie , vient enfin, par un mouvement spontané, de le briser, …
Oui, nous avons rompu nos fers ! Soldats, vous seréz paÿés et
habillés ; cultivateurs, vous serez protégés; proprélaires, vous serez
maintenus dans la possession de vos biens ; une constitution sage va
bientôt fixer les droits et les- devoirs de tous. « En attendant ee moment où il sera possible de l'établir, noug
déclarons que l'union, la fraternité ei la bonne amitié, étant la
base de notre réunion, nous ne déposerons les armes qu'après avoirs
abattu l'arbre de notre servitude et de notre avilissement, et placé «
à la tête du gouvernement un homme dont nous admirons depais
longtemps le courage et les vertus, et qui, comme nous, était l'ob«
jet des humiliations du {yran. Le peuple et l'armée, dent nous.
sommes les organes, proclament le général Henry Christophe, chef.
rovisoire du gouvernement baïlien, en attendant que la constitu«
ion, en Jui conférant PRE ERA ce titre suguste, en ait dési-.
gné Îa qualification: |
ilissement, et placé «
à la tête du gouvernement un homme dont nous admirons depais
longtemps le courage et les vertus, et qui, comme nous, était l'ob«
jet des humiliations du {yran. Le peuple et l'armée, dent nous.
sommes les organes, proclament le général Henry Christophe, chef.
rovisoire du gouvernement baïlien, en attendant que la constitu«
ion, en Jui conférant PRE ERA ce titre suguste, en ait dési-.
gné Îa qualification: | « Donné en conseil, à notre querlier général du Port-au Prince, |
le 16 Octobre 1806, an'3 de l'indé ‘pendance , el Le la vraie liber-®
té le premier. 4 Signé: Le Ministre de la Guerre et de la Marine, Et: Gérin ; le
général commandant Îa 2e. division de l'Ouest, Pétion ; Yayou ,
Vaval, généraux de brigade; l’adjudant général, ‘chef d’état- “Major
Bonnet; Marion, Verret , adjudants- -SéNéraux ; Françisque , Lamarre,
Sanglaou , co! lonels ; Boisblanc , Masson , Derencncourt , chefs de die
visions; * Desmaratte , Hilaire, Maréchal, 3.2: Franc, Clermont, :
Quique, Isidor , Romain, Alexis Lemau, Métellus, Adam, J. Chs
Cadet, Menter , Léveillé, Levêque , Lespérance, chefs de bataillons,
Lys, chef d'artillerie; Dieudonné, commandant provisoire du Port-
‘au-Prince ; Bastien, Baude, Delaunay , Janvier, Chevalier, Jean
Langevin, chefs d'escadron ; Pitre aîné, administrateur; Chervains
commissaire des guerres; Noël , président du tribunal de commerces
Moreau, président du tribunal civil; Fresnel , commissaire du gous
vernement ; Perdriel, Jeanton, Linard, Médor , Séac, Jeanton an
. Juges. | Suivent un grand nombre de signatures. ** |
# Marins intrépides, chefs des divisions de nos bâtimens de guerre. #* La vérité historique me commande de faire connaître qu'on avait porté, âvec
leur consentement , les noms de plusieurs officiers ne sachant pas signer. *} :80T és. cos PEN SPRT . PV pà
è
Ë
€
[A tr HISTOIRE D’HAITI.—— (1806) à. 317 F x —présque tou les signataires de cette pièce qui fut publiée à à l’épopuce, ren proclamant le général Christophe, chef previsoire du gouernement haïtien, avaient déjà l'arrière pensée de l'abattre à la pre- “nière occasion favorable. Hs violentaient leurs sentimens en déclarant solennellement, que depuis longtemps ils admiraient ses vertus ; ils éprouvaient plus d'inquiétude à l’idée de Christophe, chef du « gouvernement, qu'à celle de Dessalines contre lequel îls venaient de Dorcdre les armes. Maïs ils voulaient réduire l'Empereur aux forces .(G | Artibonite seulement, et le faire assaillir, en même temps, d'une . part, par les troupes du Sud et de l'Ouest, et de l'autre, par celles
du Nord.
temps ils admiraient ses vertus ; ils éprouvaient plus d'inquiétude à l’idée de Christophe, chef du « gouvernement, qu'à celle de Dessalines contre lequel îls venaient de Dorcdre les armes. Maïs ils voulaient réduire l'Empereur aux forces .(G | Artibonite seulement, et le faire assaillir, en même temps, d'une . part, par les troupes du Sud et de l'Ouest, et de l'autre, par celles
du Nord. Christophe dès leg/premiers jours d'Octobre avait su qu'une révolte
— dût éclatér contre Dessalines, dans l'arrondissement des Cayes ; il
s'était résolu à faire assassiner , dans le Nord, le seul général qui püt, par son Caractère et son influence, contre-balaneer sa puissance, après la chute de Dessalines, devenue à ses yeux inévitable. Il
| ordouna à Capoix de se transporter du Fort Liberté au Cap. Le
… moment était arrivé pour lui de tout oser pour se défaire de ce général,
met, Deéssalines succombant, faire tourner les événemens à son profit.
NH énvoya le général Romain , l'adjudant-général Gérard et le général
| Dartiguenave s'établir en embuscade , avec un bataillon d'infanterie,
“aux fossés de Limonade. Dès que le général Capoix, sortant du
Fort Liberté, apparut dans le grand chetnin, Romain et Gérard ac1 “coururent au devant lui, et l’invitèrent avec respect ‘et soumission » à s'arrèter pour se rafraîchir. Capoix, sans defiance, descendit “de voiture et tendit la main à Rornain; el au même instant Gérari, aidé de quelques grenadiers qui étaient sortis de l'embuscade, se. saisit de son épée et lui déclara qu'il: était prisonnier. Il ns fit “aucune résistance et dit à Romain: ton mattre Christo ophe est bich heureux de m'avoir pris dans ce piège ;'ear, sous peu, je lui aurais fait sentir la vigueur de mon bras; finissons-en vite. Il se plaça _à cinq pas d'un peloton et reçut la mort, atteint de plusieurs balies. C'é {ait le 8 Octobre, jour de la prise d'armes de Mécerou, à Garala. _Concordance de faits” dévoilant les rapports qui existaient entre
… Christophe et È gens du Sud. Ainsi finit Capoix un des généraux haïtiens Îes plus brillans, ihristophe fit aussitôt répandre au Port de Paix qu'il était tombé sous »s COUPS dé Dessalines. La 9e. demi brigade de cette ville, toute évouée à @apoix, se disposa à prendre” les armes contre l Empereur. Christophe obtint, par ce crime, le double succès de s'être 5 fai d'un rival fameux et d'avoir indigné contre Dessalines la ville qui renfermait les guerriers les plus intrépides du Nord. Cette perfidie qui se dévoilera l'entrainera jusqu'au Dore d'un abime: Neuf jours après, Christophe reçut une lettre de l'Empereur du 15
de cette ville, toute évouée à @apoix, se disposa à prendre” les armes contre l Empereur. Christophe obtint, par ce crime, le double succès de s'être 5 fai d'un rival fameux et d'avoir indigné contre Dessalines la ville qui renfermait les guerriers les plus intrépides du Nord. Cette perfidie qui se dévoilera l'entrainera jusqu'au Dore d'un abime: Neuf jours après, Christophe reçut une lettre de l'Empereur du 15 "1 ue
L vw 318 à , HISTOIRE D’HAITI.— (1806) Octobre par laquelle cglni ci Jui faisait connaître qu’ une Hole venait
d'éclater dans le Sud. Christophe ne voulant pas se prononcer avant
d'avoir obtenu de plus amples renseignemens sur cel événement,
lui répondit : Du 16 Octobre 41806.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, Je viens de recevoir l'honneur de votre lettre du jour d'hier, par.
laquelle vous m'informez de l'insurrection qui vient d’avoir lieu dans
le Sud. J'ai appris cel. événement avec peine, en ce qu'il obligera
votre Majesié à déployer la sévérité de la loi contre les auteurs de
celte eatastrophe, qui ne peuvent être que des ambitieux. Je vous
réponds de la tranquillité dans le Nord ; mon but et mes eflorts ne
tendent qu'à faire jouir mes concitoyens de la paix et de la trän-«
quillité. Vous pouvez vous reposer avec confiance sur moi. Je plains
votre Majesté pour les grandes fatigues qu'elle va éprouver. Ce ne«
peuvent être que des ennemis de la chose qui cherchent le trouble
et la discorde pour vous détourner de vos importantes occupations | |
de faire activer les travaux des fortifications. J'espère que cela n'aura.
pas de suite. “ J'ar l'honneur de vous désirer une parfaite santé, et de veus pris F
Sire, d'agréer l'assurance de mon profond respect. |
Presque tous ceux qni se trouvaient à la tète de l'insurrection
avaient écrit des lettres semblables à Dessalines, à la nouvelle de
la prise d'armes de Garata. Pendant eet intervalle il se commeltait aux Cayes plusieurs assas*
sinals. Les autorités se réunirent le 16 pour délibérer sur le sort
des généraux Moreau et Lafleur retenus prisonniers. Borgella, David
Froy et Faubert furent invités à assister à la délibération. Borgel à
dit qu'il n'était point venu aux Cayes pour prendre part à des ass
sassinals, que Gérin Fy avait envoyé pour conduire les troupes au
Pont de ‘Micagoâne , mais qu'il voyait qu'au lieu de voler au devant
de l'ennemi on se irait à des vengeances particulières. David Troy, de
son côté, s'exprima avec tant de chaleur en faveur de Laflgur, le repré:
sentant comme un verlueux citeyen, quil excita le mécontentement dé
Voltaire et de Racolier. Celui ei officier violent et impitoyable se char:
gera des plus odieuses exécutions. Borgella, David Troy et Fauber
ne pouvant faire dominer la voix de la raison, sertirent de la salle. Le
conseil des conjurés , sans avoir entendu les ‘deux généraux , décida
qu'ils subiraient la peine capitale. Racolier se Lransporta auprès
comme un verlueux citeyen, quil excita le mécontentement dé
Voltaire et de Racolier. Celui ei officier violent et impitoyable se char:
gera des plus odieuses exécutions. Borgella, David Troy et Fauber
ne pouvant faire dominer la voix de la raison, sertirent de la salle. Le
conseil des conjurés , sans avoir entendu les ‘deux généraux , décida
qu'ils subiraient la peine capitale. Racolier se Lransporta auprès HISTOIRE D'HAITI.— (1806) 319
L. Lafleur et lui annonça qu'il allait être conduit au camp Gérard
où se trouvait Moreau. Lafleur, convaincu qu'on allait lui ôter la
“vie, monta à cheval et partit suivi d’une compagnie de dragons.
| Dès quil parvint au carrefour Fonfrède , les dragons lui crièrent :
“halte! général, halie ! Lafleur jen la mort derrière lui, éperonne
son cheval et preud la fuite. Les dragons s'élancent à sa poursuite, Racolier à leur tête, l'atteignent devant l'habitation Labarère,
Je sabrent, le renversent et lui fendent la tête. Ils abandonnent
le cadavre et se dirigent au galop vers le camp Gérard, Un instant
aprés, une femme, accabiée par les ans, à laquelle la douleur avait
donné la force de suivre de près Lafleur , arrive au lieu de l'assassinal, embrasse le cadavre, creuse une fosse de ses mains trem-
…_blantes à l'endroit où était tombé cet infortuné, et lui doane la sé-
» pulture, aidée de quelques âmes charitables de l'habitation. Cette
… vieille femme était la mère du général Guillaume Lafleur.
…—. Racolier était arrivé au camp Gérard avec son escadron. Le gé3 néral Moreau déjeûnait quand il entendit le son de la trompette. Il
ets à ceux qui l'entouraient quel était ce bruit? —Ce sont les
dragons des Cayes, lui répondit-on. Il se leva de table et dit :
Rte amis, c'en est fait. Il prit à la hâte son habit et son chapeau
et attendit le moment fatal avec une profonde résignation. Racolier
“apparut dans la salle, la figure ardente et les yeux pleins de sang.
“II lui dit: général, j'ai reçu l'ordre de vous conduire aux Cayes. —
» Allons , ‘mon camarade, je suis prét. Après celte réponsequi exprime
“que son âme avait déjà abandonné la terre, Moreau moute à cheval.
“Quand 1 arrive au carrefour Touya, à un quart de lieue de Gérard,
mil dit: quoi! ne sommes-nous pas pas bien ici ?— Non, général,
Le peu plus loir, lui répondit-on. Ils parvinrent sur l'habitaït ion
émerlé, et sarrêtèrent en un endroit boisé, sombre et très isalé,
Ommé la Ravine. Moreau descendit de cheval et demanda un. Crayon
qu'on lui donna. I tira de sa poche du papier, écrivit quelques
lignes concernant ses affaires privées ‘et dit au capitaine Moulite
uffet : mon camarade , vous êtes homme d'honneur , remettez ce paier à ma femme. Il s'accusa ensuite d’avoir exécuté trop rigoureuse-
“ment les ordres de Dassalines. Comme les cavaliers se préparaient
| faire feu sur lui, il les pria d'attendre encore. Il eonfia quelques
aroles pour sa femme à ce même eapitaine Tulfet. 11 s’écria ensuite
wec le plus grand sang-froid: mes: amis, tirez maintenant.* Les
officiers de l'escadron, aucun d'eux °n ‘étant attendri, déchargérent
sur lui leurs pistolets presqu'à bout portant. Il reçut la mort avec
out le courage qu'il eût dû montrer à Garata quand le 8 Octobre il
Îut arrêté par la bande de Mécerou. Les cavaliers se relirèrent sans
:
L
“
L.
L
11 s’écria ensuite
wec le plus grand sang-froid: mes: amis, tirez maintenant.* Les
officiers de l'escadron, aucun d'eux °n ‘étant attendri, déchargérent
sur lui leurs pistolets presqu'à bout portant. Il reçut la mort avec
out le courage qu'il eût dû montrer à Garata quand le 8 Octobre il
Îut arrêté par la bande de Mécerou. Les cavaliers se relirèrent sans
:
L
“
L.
L va
+ J'ai eu sous les yeux une note manuscrite de cet asssssinat, par un des memÀ Bros du conseil des egnjurés, Plusieurs vieillards des Cayes m'ont raconté le fait
(F la même mapière. ! _ ! 320 HUSTOIRE p’uaiTi.—( 1806 ) même l'avoir enterré. Madame veuve Geflrard, oubliant les torts:
qu'il avait eus envers son mari, lui fit donner la sépulture. à
Moreau, dès le eommencement de sa carrière militaire, ne s'était
jamais fait aimer de ses compagnons. Après la chute de Rigaud,
sous Toussaint Louverture, quand il devint chef de bataillon, il
prit envers ses frères une altitude qui Îles éloigna de son cercle.
Promu au grade de général, sous Dessalines, son ambition n'eut.
plus de bornes, el pour satisfaire ses passions immodérées d'hon-4
neurs, il se constitua, dans le département du Sud, l'exécuteur des“
ordres secrets dus ouverain. La pepulation des Cayes l'avait pris en hor-"
reur ; et son caraetère, bien plus que son dévouement au chef des
l'État, l’entratna au dernier supplice, car une foule d'officiers loyalement attachés à l'Empereur, furent épargnés lors de la réaction. à
Quant au général Guillaume Lafleur, il avait toujours donnés
des preuves éclatantes de son grand cœur. Sous Toussaint, après
-Jla guerre civile, il rendit aux proserits des services sans nombre.
Il n'aurait pas été sacrifié quoiqu'il se fàl montré résolu à défendre la cause de Dessalines, si les événemens n'avaient pas enchaîne}
sa destinée à celle de Moreau que personne ne voulait sauver. Lorss
qu’on reconnait quon ne peut frapper un eoupable sans immoler
avec lui un innoeent , on absout le coupable pour sauver Finnocents
Dans tous les cas , Moreau n'avait pas un noble cœur, mais 1lme
méritait pas la mort. : | | «1
Combien ne doit-on pas déplorer ces affreuses réaelions qui lais:
sent dans les familles des germes profonds de discorde, et font que
le fils est quelquefois victime, un demi siècle après, des fureurs
‘que le père a déployées. 4; 4
David Troy et la plupart des ofliciers supérieurs des Cayes par
tirent pour le Port au Prince. Dès la veille, [a 15e demi brigad
s'était acheminée sur Miragoâne, et la 17e sur Jérémie. La ml
des Cayes se trouva livrée à l’anarchie. Aoua, ce marin intrépidi
commandant de l'escadre du Sud, qui avait été arrèté dès les pe
miers jours de la révolie, fut arraché de son cachot par ses maté
lots qui le traînèrent, à huit heures du soir, dans les fossés de |
ville et l'égorgérent. | 2: : 4
Pendant que la 47e., sous les ordres du colonel Vancol, s’ach
minait sur Jérémie, la révolutien contre Dessalines s y opérail.
que le général Férou qui prenait les eaux, à la Souree Chaude, da
les hauteurs de la Grande-Rivière , avait appris, par une lettre de
palier, que les autorités des Cayes s'étaient prononcées contre D
salines et que Gérin, à l'Anse à Veau s'était aussi soulevé, il ét
rentré à Jérémie. Il en prit immédiatement le commandements
chargea le chef de bataillon Bergerac Trichet et le capitaine He
de la 48e, quiavaient toute sa confiance, de surveillerdes démarc:
de Bazile, Celui-ci tout dévoué à l'Empereur, exerçait une"gra
ités des Cayes s'étaient prononcées contre D
salines et que Gérin, à l'Anse à Veau s'était aussi soulevé, il ét
rentré à Jérémie. Il en prit immédiatement le commandements
chargea le chef de bataillon Bergerac Trichet et le capitaine He
de la 48e, quiavaient toute sa confiance, de surveillerdes démarc:
de Bazile, Celui-ci tout dévoué à l'Empereur, exerçait une"gra LL d _ | HISTOIRE D’HAITI,—(1806) 821
minfluence sur la 18e et maintenait, depuis plusieurs jours, la ville
Büane. le devoir, la menaçant sans cesse de ses 1,900 baïonnetles:
. Henri tenta plusieurs fois, sans succès, de le gagner au parti des
insurgés. D'après les ordres qu'avait donnés le général Férou, la
_ 18e se rangea en bataille, le lendemain, sur la place d'armes pour
“ recevoir un mois de solde, des chemises et des pantalons. Férou
» n'avait fait distribuer des cartouches qu'à deux compagnies d'élite,
celle du capitaine Déhay et celle du capitaine Piart, sur lesquelles il
“pouvait compter. On commença la distribution des pantalone, des
chemises et de la solde. La plupart des soldats de la 48e refusérent
de recevoir la solde et l'habillement, Les uns jetaient loin d'eux
les chemises et les pantalons, d'autres les faisaient flotter au bout
de leurs baïonnettes en signe de dérision. Le colonel Bazile était
absent pendant ce désordre qui eut pris un caractère des plus graves,
si le capitaine Henri n'était accouru auprés du général Férou et ne
Du eut dit : «Général, tout est perdu, si vous ne vous rendez tout
. de suite sur la place; la 18e refuse de: prendre la solde et l'habilmlement.» Férou, quoique malade, se transporta résolument au champ
“de mars et-monta sur l'autel de la patrie. Ii ne pouvait compter
“que.sur 125 hommes, et 1700 baïonnettes hostiles l’entouraient En
- même temps ceux des officiers qui étaient contre Dessalines, enhar-
“dis par sa présence, administraient aux soldats de grands coups de
» bâton et les contraignaient à reprendre les rangs. Le colonel Bamile arriva sur la place, se mit à la tête de son corps et prit une
- attitude pleine de calme. Férou dit aux troupes et à toute la po-
“pulation réunie: « Sur tous les peints d Haïti, la nation fatiguée de
«la tyrannie de Dessalines s'est soulevée contre ‘lui ; Jérémie seule ne
“s'est pas encore pronoueée contre le barbare; que ceux qui sont
pour Dessalines sortent des rangs et que ceux qui sont contre lui
“restent à leur place. » Le régiment auquel Férou imposait demeura
immobile. Bazile-, son frère Poiguon, lieutenant, et le capitaine
Bonhomme sortirent des rangs. Mais ce dernier revint sur sa dé-
“lermination, et se rent à la tète de sa compagnie, prétextant qu'il
“avait mal compris les paroles du général. Férou ordonna aussitôt
“à la demi-brigade de se rendre à ses quartiers. Elle défila sous ses
Jeux. Les compagnies sur lesquelles il comptait firent le service des
stes conjointement avec les citoyens. Le colonel Bazile, le com
andant de la place, Réné, et le capitaine Figaro, commandant du
ste militaire de l'Anse du Clerc, qui se trouvait à Jérémie, furent
rrètés et relenus prisonniers chez le général Férou. On leur an.
Honça ensuite qu'ils seraient envoyés aux Cayes. Bazile fit venir
“un notaire et lui dicta son testament. El fui acheminé sur Tiburon
avec ses compagnons dinforiune , par la Grande-Rivière. Il fut
ré en route , vers l’Anse-d Hainaut, par des soldats de la 17e
s Cayes. Réné fut tué vers le fort Mafranc, et Figaro, au Cocotier
rrètés et relenus prisonniers chez le général Férou. On leur an.
Honça ensuite qu'ils seraient envoyés aux Cayes. Bazile fit venir
“un notaire et lui dicta son testament. El fui acheminé sur Tiburon
avec ses compagnons dinforiune , par la Grande-Rivière. Il fut
ré en route , vers l’Anse-d Hainaut, par des soldats de la 17e
s Cayes. Réné fut tué vers le fort Mafranc, et Figaro, au Cocotier 322 HISTOIRE D’HaTi—(1806) | 1
du bac de Jérémie. Férou confia à Bergerac Trichet le commandement -
de la 18e et l'insurrection contre Dessalines fut proclamée. Lhérisson |
qui avait été chargé de vérifier les titres de propriété dans la Grande.
Anse, aval soulevé contre lui, à Jérémie, autant de passions qu'Ine
ginac aux Cayes. ‘Thomas Durocher, inspecteur de cuiture, l'arracha
à la mort, lembarqua à Testas, habitation près de la. ville, jet l'en
voya à Pestel dans un canot. Lhérisson traversa les Etroits, petits
isthme près de Pestel, et atteignit le bourg du Petit Trou où il put
se cacher. Ainsi le pays était soulevé de Ti buron au Port-au Prince,
Christophe dans le Nord avait une attitude calme et pleine de ré
serve, et une grande insubordination régnait dans les troupes de
l’Artibonite. Ceux des soldats de la 4e cantonnée à Marchand, qui étatentm
natifs de l’Arcahaie et du Port-au Prince, songeaient déjà à déserter.M
Dessalines élait à Marchand quand il avait appris par les lettres.
de Papalier, de Lafleur, de Gérin, de Lamarre, de Yayou et de.
Pétion , Ja nouvelle de : la révolte de Méeerou, à Garata. Il s'était
écrié: Je veux que mon cheval marche dans le sang jusqu à Lie
buron.* Ignorant que Christophe eut été proclamé le chef de line. ;
surreclion, il lui avait écrit de se tenir prêt à entrer en campagnes
Al avait aussi envoyé l'ordre au général Pétion de marcher contre
les Cayes à la tête des troupes de la seconde division de | Ouest
Pour la première fois un frémissement de grave inquiétude s'était
salsi de son entourage. Chacun avait le pressentiinent quil. était.
parvenu au terme de sa carrière. LH confia le M de
Marchand au ministre des finances, Vérnel, et en parti le 15 Oc«
tobre, avec une faible escorte, après avoir ordonné. aux Aer et 2e
bataillons de la 4e demi brigade de le suivre de près. 11 se rendait
au Port au Prince où 11 devait établir son quartier général, en y
attendant la réunion des troupes de l’Artibonite et. du Nord. Lun
même, quoiqu'il fût dans une violente agitation, paraissait encor
plein de confiance en son étoile. {était accompagné des généraut
Mentor, Bazelais, de Dupuy , de Boisrond Tonneire, des colonel
Roux, Charlotin Marcadieux et de plusieurs autres officiers supé
rieurs. Quand 1l arriva à St. Mare, il. ordonna au 8e bataillon €
la 4e de prendre la route du Port au Prince. Au sortir de SL. Marc
il rencontra au milieu de la route Delpêche, un de ses aides-de
camp, qui élail parti du Petit Goâve, pour venir le rejoindre, fuyan
l'insurrection comme nous l'avons vu, Celui-ci l’exhorta à n'entr&
au Pert au Prince qu'à la tête d’une armée. Sans lui: demande
aucun renseignement sur ce quil avait laissé derrière lai, il lui
avec fureur qu'il était un traître, et lui commanda de sortir de $
présence, lui déclarant qu'il ne voulait plus le voir. Il continu
route, conduit par une inéxorable fatalité. Delpèche, consterné, :
uyan
l'insurrection comme nous l'avons vu, Celui-ci l’exhorta à n'entr&
au Pert au Prince qu'à la tête d’une armée. Sans lui: demande
aucun renseignement sur ce quil avait laissé derrière lai, il lui
avec fureur qu'il était un traître, et lui commanda de sortir de $
présence, lui déclarant qu'il ne voulait plus le voir. Il continu
route, conduit par une inéxorable fatalité. Delpèche, consterné, : Ath? * Le point le plus éloigné du département du Sud. PT HISTOTRE D'HAITI. (1806) 823 Fe sur St. Marc, y ebtra, changoa de monture, et guidé par
une aveugle fidélité, s'élança à la suite de l'Empereur ; mais avant
“qu'il l'eut atteint il fut baïonnetté vers Lanzac, par des soldats de la
4e qui suivaient la grande route, sous les ordres du colonel JeanLouis Longuevalle. En entrant à l’Arcahaie, Dessalines découvrit
“vers le Sud une épaisse fumée. « En ce moment, dit-il, mon compére Pétion donne du feu aux révoltés. » Tant était gra ande sa coniance en ce général qui déjà avait passé aux insurgés. Il ordonna
au colonel Thomas et au chef de bataillon Gédéon “de partir pour
le Port-au-Prince et de l'attendre au Pont-Rouge à un demi mille de
cette viile, avec les six compagnies d'élite de la 3e demi brigade qui
Lenait garnison à l'Areai aie. En expédiänt ces deux officiers, il leur
-denianda, ainsi qu'au capitaine Nazerre, sils se sestaient Île cœur
sde marcher dans le sang jusqu'aux Cayes. Ils lui répondirent qu'ils
s'efforceraient de ne pas faiilir dans ces mares de sang. Il ajouta
que bientôt le département du Sud serait une telle solilude qu'on
ny entendrait même plus le chant du Coq. Thomas et Gédéon prirent la route du Port:au Prince, distant de douze liéues de l’Arcahaie, à trois heures de l'après midi du 46. Vers dix heures du soir,
AiS étaient parveous à un mille du Pont Rouge. Un voyageur, qui
les précédait, entra äu Port au Prince, et annonça qu'un bataillon
de la 3e. demi- -brigade, formant l'avant ga rde de Dessalines, s'avançail pour entrer en ville. Les généraux Gérin, Vaval et Yayou se
transportèrent aussitôt à la rencontre de la 3e qui marchait à la débandade, par petits pelotons, à des distances irrégulières les uns des
“autres. Le soldat de la 8e, dout Pétion était la boussole, causant
Me-long de la route avec les cullivateurs, savait ce qu'ignoraient ses
chefs ; mais 1 hâiait sa marché pour avoir le temps dé se rendre
“aux insurgés avant l'arrivée de RATE Gérin, Yayou et Vaval
firent entrer en ville, successivement, les divers détachemens qui
formaient le bataillon d'élite, au fur et à mesure qu'ils se présenläient au pont. Quand le colonel Thomas et le chef de bataillon
-Gédéon y parvinrent à leur tour, ils furent. faits prisonniers. Ils
déciarérent énergiq uement à Gérin qu'ils ne prendraient une déter-
“Hinalion qu aprés avoir vu le général étion et s'être abouchés avec
lui: Gérin leur dit: «Il n’y a pas à balancer ; choisissez entre la
lort ou votre adhésion à la révolution. » On les conduisit auprès
dé. Pétion, au bureau de la division militaire. Le colonel Thoias
qui montra de l'hésitation à se prononcer eontre Dessalines fut consigné au bureau de la place ; et le chef de bataillon éGédéon qui
accueillit franchement l'insurrection fut aussitôt placé à la tête de la
Be que Pétion avait rangée en bataille sur la place Vailière, lui donHant un témoignage de sa confiance en ne la désarmant pas.
dé. Pétion, au bureau de la division militaire. Le colonel Thoias
qui montra de l'hésitation à se prononcer eontre Dessalines fut consigné au bureau de la place ; et le chef de bataillon éGédéon qui
accueillit franchement l'insurrection fut aussitôt placé à la tête de la
Be que Pétion avait rangée en bataille sur la place Vailière, lui donHant un témoignage de sa confiance en ne la désarmant pas. Gédéon: fit savoir à Gérin que l'Empe reur lui avait ordonné de
Patendre au Pont Rouge; il ajouta qu'il lui avait dit, qu'avant d'en324 HISTOIRE D’'HAITI.— (1806) rer au Port-au-Prince, il voulait le découvrir debout à ce poste.
Sur les instances de Gérin, il se déshabilla et donna son uniforme
à un officier adjudant major de la 21e de Léogane, de la mème corpulence que lui. Pour mieux attirer Dessalines dans le piège, Gérin.
plaça cet officier au Pont Rouge, à la tête d’un bataillon de la 15e.
l'était minuit. | * Au même instant, une députation des cultivateurs de la plaine du
Cul-de-Sac, entra au Port au Prince, et demanda au général Pétion
la mort de Dessalihes et de Germain Frère. Elle annonça que les
cultivateurs surveilleraient la plaine et laisseraient l'Empereur ignorer
totalement les mesures qui avaient été prises contre lui au Port auPrince. Elle se retira comblée de félicitations Les troupes de:
meurèrent échelonnées le long de la grande route, du portail St,
Joseph au Pont. Le 17 Octobre, à cinq heures du matin, l'Empereur partit de
l'Arcahaie avec son étal:major seulement, car la 4e qui eût pu l’accompagner avait reçu l'ordre de rétrograder jusqu'à Montrouis,
pour y être habillée. Il rencontra, dans le grand ehemin, de
nombreux eultivateurs qui sortaient ‘du Port au Prince ; :l leur des
manda ce qu'il y avait de nouveau en cette ville; 1ls lui répondirent
tous qu'il n'y avait rien d'extraordinaire. Il continua à cheminer,
plein de confiance, voyant autour de lui la plaine parfaitement calme ; les arbres qui bordaient la route, les chevaux des laboureurs,
les clocherg des sucreries, lout paraissait attentif. Quand il parviné
à Drouillard, habitation, à une lieue de la ville, où il y avait un
atelier considérable, il n’entendit aucun cris qui annonçàt la révolte:
Bientôt il découvrit le Pont-Rouge. Il était neuf heures du matin
il dit à Boisrond Tonnerre : « Ne vois tu pas Gédéon au milieu du,
« Pont? Combien n'est il pas l'esclave de la discipline? Je le rés
« Compenseral. » : Il était déjà dans l’'embuscade qui se prolongeaits
au delà du pont, longeant le côté droit de la route, à une certes
profondeur dans les bois. Le colonel Léger, de son état:major
oflicier du Sud, lui dit: Mais, sire, je ne crois pas me trompérss
ce sont des troupes du Sud. — Non, répond l'Empereur, que seraient*
elles venues chercher ici! 4 1
discipline? Je le rés
« Compenseral. » : Il était déjà dans l’'embuscade qui se prolongeaits
au delà du pont, longeant le côté droit de la route, à une certes
profondeur dans les bois. Le colonel Léger, de son état:major
oflicier du Sud, lui dit: Mais, sire, je ne crois pas me trompérss
ce sont des troupes du Sud. — Non, répond l'Empereur, que seraient*
elles venues chercher ici! 4 1 Au même instant un roulement général de tambours retentit dans
les bois qui bordaient la grande route. Dessalines ! Dessalines !.ce
cri passe de bouche en bouche avec la rapidité de l'éclair; um
sombre inquiétude se saisit du Port-au Prince ; l’effroi serre la plupar
des cœurs; les généraux Gérin, Yayou et Vaval, l'adjudant-générs
Verret et plusieurs autres ofliciers supérieurs, accourent vers le liet
de l'embuscade, les uns à cheval, d’autres à pied. Un protond
silence s'établit ensuile ; le mouvement de la vie s'était arrêté dans
les artères de la eité. ra
sombre inquiétude se saisit du Port-au Prince ; l’effroi serre la plupar
des cœurs; les généraux Gérin, Yayou et Vaval, l'adjudant-générs
Verret et plusieurs autres ofliciers supérieurs, accourent vers le liet
de l'embuscade, les uns à cheval, d’autres à pied. Un protond
silence s'établit ensuile ; le mouvement de la vie s'était arrêté dans
les artères de la eité. ra Dessalines se voit trahi; il est au milieu des 15e et 16e demi ; | ‘
.
LA HISTOIRE D’HAITI.-— (1806) 825 Héudes du Sud. Il entend le commandement d’apprêter les armes,
et les cris de halte Empereur! halte Empereur ! 11 s’élance, à cheval,
au milieu des baïonnettes avec cetie intrépidité qu'il a montré
dans mille combats. Soldats, s’écrie t-il, ne me reconnaissez-vous
pas? Je suis l'Empereur! Que voulez- vous ? Qu'êtes-vous venus
chercher ici? Il se saisit de sa canne , qui est supendue à ses côtés,
frappe de touies parts, écarte les baïonnettes dirigées contre lui. Il
s'avance toujours à travers les rangs, et les troupes saisies de terreur,
à l'aspect de sa face foudroyante, n'osent tirer sur lui. C'est en
vain que le commandant Antoine Lespérance, chef du premier ba-
…aillon de la 15e, crie feu! feu! Les soldats commencent à se débander. Enfin un sous officier, Duverger, ordonna à un jeune
soldat de la 15e, nommé Garat, de tirer. Celui-ci lâche son coup
“de fusil; l'Empereur, qui n’est pas atteint, continue sa marche avec
ardeur. Au même instant, un autre coup de feu part des rangs de
la 16e. Au bruit de cette dernière détonnalion, les soldats s’arrélent , et Dessalines tombe sous une décharge générale de mousqueteric. Il sécrie: A mon secours, Charlotin! Le colonel Charlotin
Marcadieux se précipite sur lui et le couvre de son corps; maisil
expire, la tête fendue d’un coup de sabre du chef d'escadron DeJaunay , oflicier du Sud. Dévouement sublime que l'histoire, dans
sa justice loujours infaillible, couronnera éternellement. Dessalines
est achexé par trois coups de poignard que lui porte le général
Mayvou; les deux pistolets du général Vaval ratent sur luïs il est dépouillé; on lui coupe les doigts ; on lui enlève les pierreries qui
ornent sa main; on ne lui laisse que son caleçon. Yayou ordonne
à quelques grenadiers d'enlever ‘le cadavre. Les soldats n'obéirent
que contraints par la force de la discipline qui, dans cette affreuse
“circonstance, régnait néanmoins souveraine dans l'armée : ils disetent
que Dessalines avait été un sorcier. Yayou, en le plaçant sur les
fusils disposés en brancard , s’écria: Qui dirait que ce petit miséble. il n'ya qu'un quart d'heure, faisait trembler toute Haïti!
La plupart des officiers de l'état-major de l'Empereur avaient- fui
“lorsqu'il était tombé. Dessalines mort, aucune arme n'avait été dirigée contre eux. Mentor, un de ses favoris s'écria : le tyran est
abattu, vive la Liberté! vive l'Egalité ! On trensporte le corps en
| ville; maintes fois on le laisse tomber, et chaque fois, la foule se
Tuant sur le cadavre, le lâpide et le hache à à coups de sabre ; enfin
\j est jeté au milieu de la place du gouvernement. La figure n'était
lus’ reconnaissable; le crâne était brisé, les pieds, les mains étaient
upés. Des marchands américains, étrangers aux violentes passions
u moment, se hâtèrent d'acheter, au poids de l'or, plusieurs de
3 doigts. Ils attachaient aux reliques du fondateur de notre in-
* dépendance une importance que l'Haïtien ne sentait pas alors, trans-
| porté d'horribles fureurs. Les circonstances de cet événement qui rap=
’ reconnaissable; le crâne était brisé, les pieds, les mains étaient
upés. Des marchands américains, étrangers aux violentes passions
u moment, se hâtèrent d'acheter, au poids de l'or, plusieurs de
3 doigts. Ils attachaient aux reliques du fondateur de notre in-
* dépendance une importance que l'Haïtien ne sentait pas alors, trans-
| porté d'horribles fureurs. Les circonstances de cet événement qui rap= : :| : 326 __: HISTOIRE D’HAITI.—(1806) pellent les Septembrisades de la ville de Paris, les Théroigne de Mé.…
ricourt , ne méritent qu'une profonde réprobation. La chute de Des="
salines était devenue inévitable à cause des excès auxquels ilse livrait,«
à cause de la violation des droits les plus sacrés, et des citoyens,
et des soldats, ses vieux compagnons d'armes, qui F avaient porté au fai-.
te des grandeurs. Mais après l'avoir abattu, tolérer qu'on se livrât sur
son cadavre à de telles horreurs! L'histoire flétrira toujours ces.
scènes infâmes qui ne doivent être souflertes , en aucune circons=
tance. La morale condamne dejà bien assez l'assassinat politique.
exercé sur les êtres même les plus criminels pour qu'on né l'accom=
pagne pas de circonstanees qui font frémir lPhumanité. ! |
_ Pendant que de nombreux enfans, au milieu de grands cris de”
joie, criblaient de eoups de pierre les restes informes de Dessalines,
sur la place du gouvernement, une vieille femme folie, nommée
Délilée, vint à passer. Elle s'approcha de l'attroupement que formaient"
les eufans, êtres innocents qui se livrent au bien comme au mal,
selon l'impulsion qu'on leur donne, et demanda ce que c'était. On
lui dit que cétait Dessalines. Ses yeux égarés devinrent calmes”
tout-à coup ; une lueur de raison brilla sur ses traits; elle alla à la course
chercher un sac, revint sur la place, y mil ces restes ensanglantés et“
les transporta au cimetière intérieur de la ville. Le général Pétion:
y envoya quelques militaires, qui, pour une modique somme, les.
enterrèrent. Piusieurs années après, par les soins pieux de Madame
Inginac, une tombe fut élevée sur la fosse. On lit aujourd hui sur
celte tombe: « Gi-git Dessalines mort à 48 ans. » Pendant bien
des années, à la fête de la Toussaint, une main inconnue allumæ
une bougie au pied de la tombe.
Le général Germain Frère fat horiiblement assassiné dans la prisons
et une pièce intitulée relation de la campagne haïtienne contre la ty=
rannie fut publiée. Elle étuit signée de KE. Gérin, de Pétion, de
Yayou, de Vaval, de Bonnet. 1] y était dit: « il ÿ a eu-de la part
de l'ennemi quelques blessés, et de notre côté un seul homme de tué.
Gérin, malgré la protestation des révolutionnaires contre la Cons
tilution dé 1805 , continuait à porter le titre de ministre de la guerre
et de la marine. C'est à cause de ce titre, qu'après sa prise d'am
mes contre celte Constitution ; il avait pris le ‘commandement en che
de l'armée, à son arrivée au Port au Prince le 16 Octobre.
Le dévouement de Charlot Narealieut tal excité une os
tion générale. Le peuple et l'armée assistèrent à ses funérailles qu
furent magnifiques. Pendant la cérémonie funèbre, le général Pé
tion, jetant un regard courroucé sur Mentor et Boisrond Tonnère
dit que Charlotin avait été le seul des favoris de Desspen
neûti pas cherché à l'égarer. "4
La joie fut presque universelle; les Sbldéte et les citoyens qui ren
plissaient les rues, chantaieni, dansaient, buvaient; on s’y PE L ;
èrent à ses funérailles qu
furent magnifiques. Pendant la cérémonie funèbre, le général Pé
tion, jetant un regard courroucé sur Mentor et Boisrond Tonnère
dit que Charlotin avait été le seul des favoris de Desspen
neûti pas cherché à l'égarer. "4
La joie fut presque universelle; les Sbldéte et les citoyens qui ren
plissaient les rues, chantaieni, dansaient, buvaient; on s’y PE L ; Ne HISTOIRE D’HAITI.— (1806) 307 ‘onse serraitéordialement la main; on s'appelait frères. Cependant quelques hommes, quoique heureux de l'événement qui venait de
s'accomplir, éprouvaient de graves inquiétudes. On avait proclamé
le général Christophe chef du gouvernement, et beaucoup de citoyens craignaient que son système ne fat tout sanglant. L'avenir sombre présageait de longues guerres Inteslines , car
chacun allait donner de l'essor à son ambition. Pétion, quoiqu'il
n'eûl pas pris le commandement de l'armée révolutionnaire , était"
Vebjet de l'attention générale. En parcourant le front de la 12e demi-brigade, il entendit les soldats s'écrier : Vive le général Pétion! Il S'arrêta et dit aux troupes: Ce n’est pas vive le général Pétion
L 8
que vous devez crier, mais bien, vive le général Christophe.
Jean-Jacques Dessalines naquit a Ja Grande Rivière, département du Nord d'Haïti, en 4758. Le système colonial, qu'a détruit notre révolution, si sainte par ses principes, le maintint en servitude jusqu'en 1791. Alors âgé de trente trois ans, il conquit sa liberté, au travers des torrens de sang et di immenses embrasemens, confondu dans les rangs d'une des bandes qui formaient les gros Da.
taillons de Bouckman et de Jeannot. Il servit ensuite, sous les ordres
de Jean François et de Biassou, et combattit les planteurs qui luttè. rent sans succès pendant deux ans, eoentre le torrent des bandes héroïques et dévastatrices de la provinee du Nerd. Il avait connu
Ogé et Chavannes en 1790, il avait été témoin de la formation de - leur attroupement , il les avait entendus proclamer les dreits . de > + Ÿ
L Ll'homme, les avait vus lancer le premier coup au colosse colonial,
et: avait admiré leur généreux dévouement. Il pleura sur leur triste
sort, comme il eut Foceasion de le dire, plusieurs fois, quand ül
devint chef d'Etat; et après leur horrible exécution, il fut maintes
fois l'agent; des contumaces de ce sanglant épisode de notre histoire,
qui, réfugiés dans les bois les plus retirés , communiquaient , par
des émissaires, avec les ateliers qu'ils poussaient à la révolte. Plusieurs d'entreux, retirés au sommet des montagnes, lui dennérent
souvent des instructions, à cette époque.
de le dire, plusieurs fois, quand ül
devint chef d'Etat; et après leur horrible exécution, il fut maintes
fois l'agent; des contumaces de ce sanglant épisode de notre histoire,
qui, réfugiés dans les bois les plus retirés , communiquaient , par
des émissaires, avec les ateliers qu'ils poussaient à la révolte. Plusieurs d'entreux, retirés au sommet des montagnes, lui dennérent
souvent des instructions, à cette époque. Ses instincts te portèrent à abandonner la cause de S. M. Catholique, et à suivre Toussaint Louverture, pour se rallier à la Répubhique française dont les commissaires, avaient proclamé la liberté
générale. Au grade de capitaine, il se fit dés-lors invariablement
remarquer par une haine implacable contre le parti colonial. Quand
les troupes franches, composées de noirs et d'hommes de couleur,
furent organisées, il fut promu au grade de chef de bataillon, en
Octobre 1794, par le gouverseur Laveaux, sur la demande de Tous:
saint Louverture, le même jour que Clerveaux el Maurepas. En
4795 il devint colonel de la 4e coloniale, et en 1797, général de
. brigade. Il combattit les Anglais ‘avec une rare activité, sous les
ordres de Toussaint, et contribua puissamment à leur expulsion de, 7 # 828 HISTOIRE D’HAITI.—(1606) V’Arlibonite, pendant que Villate les contenait dans le Nord, Bruvais
dans l'Ouest, et que Rigaud les chassait du Sud. | Aussitôt après l'évacuation des anglais, il vit avec douleur Tous:
saint Louverture se placer sous l'influence des colons. Aussi, pendant la guerre civile et après la chute de Rigaud, arracha t-il à la mort une foule de braves appartenant au parti qui
avait été terrassé. Le colon, nourrissant l'espoir de réasservir le
noir, l'affaiblissait, en poussant à des immolations d’ hommes de couleur. Les pertes qu'avait éprouvées le pays par la guerre civile, les divisions, les haines qu'elle avait fait naître favorisèrent le ‘triomphe
des armes hiberticides de la métropole. Dessalines recoñanut queles
français n'avaient obtenu leurs succès qu'à la faveur des divisions
qui avalent, pour ainsi dire, séparé, en deux camps, les noirs et
les hommes de couleur. Il conçut la généreuse et salutaire pensée,
après la déportation de Toussaint Louverture, de réunir les deux
castes dont les intérêts étaient les mêmes, et de les opposer, en un
seul corps, à nos oppresseurs; ce fut l'idée fixe et persévérante de
toute sa vie; et de mème que Toussaint, sous l'influence du colon
qui abhorrait le mulâtre, personnifia le principe de la suprématie
noire à St. Domingue, Dessalines personnilia l'alliance du noir avec
le jaune en Haïu. Ecoutons le fondateur de notre Indépendance :
«a Noirs et jaunes que la duplicité raffinée des européens a cherché
« si longtemps à diviser, vous ne faites aujourd hui qu'un seul tout,
qu'une seule famille; n’en doutez pas, votre parfaite récenciliation avalt besoin d'êire scellée du sang de nos bourreaux
Maintenez votre précieuse concorde, cette heureuse harmonie par-«
mi vous; c'est le gage de voire bonheur, de votre salut, de vos
succès: c'est le secret d’être invincibles. » |
Dessalines avait compris mieux que Toussaint celqu'il y a de dé-«
vouement natif de la part de l’homme de couleur envers le noir.
outez pas, votre parfaite récenciliation avalt besoin d'êire scellée du sang de nos bourreaux
Maintenez votre précieuse concorde, cette heureuse harmonie par-«
mi vous; c'est le gage de voire bonheur, de votre salut, de vos
succès: c'est le secret d’être invincibles. » |
Dessalines avait compris mieux que Toussaint celqu'il y a de dé-«
vouement natif de la part de l’homme de couleur envers le noir. Les français voulant rétablir l'esclavage , (en Octobre 1802 }, les
noirs et les hommes de couleur coururent aux armes , et la guerre!
de l'Indépendance éclata, Dessalines apparut alors plus glorieux sur .
le scène, et tout changea de face sans retour. La Providence l'avait
chargé de la mission de fonder Haiti, en réunissant en un seul
faisceau le noir et le jaune. Il arracha du drapéau tricolore la couleur blanche, et en rapprochant le rouge et le bleu, il symbolisa
à nos yeux, ‘l'alliance de l’africain avec ses descendans. À luiseul,
il renférmait dans son cœur l'ambition de l'Indépendance dont était
animée touté Îa nation; son tempérament et son esprit avaients
toute. la vigueur nécessaire à l’opiniâtre poursuite de son vaste projets
d’une taille ordinaire , il était brave, intrépide , infatigable ,-avait de
véritables talens guerriers ; il était en même temps impitoyable Se
généreux.
icain avec ses descendans. À luiseul,
il renférmait dans son cœur l'ambition de l'Indépendance dont était
animée touté Îa nation; son tempérament et son esprit avaients
toute. la vigueur nécessaire à l’opiniâtre poursuite de son vaste projets
d’une taille ordinaire , il était brave, intrépide , infatigable ,-avait de
véritables talens guerriers ; il était en même temps impitoyable Se
généreux. AR À À ©?
hs
‘ HISTOIRE D’HAITI.—(1806) 329
Au-dessus de ses contemporains, il les dépassa et les conduisit
au terme de quatorze années de luttes ; il les y entraina en dépit
de leur hésitation, dans les premiers moments. On est saisi d’un
profond frémissement à la vue de sa foudroyante opiniâtreté, autravers de tant de marches forcées, de tant de sang; ce n’est qu'à
force de sacrifices humains qu'il paraît devoir se: rendre l'Eternel
favorable; par la grandeur du but qu'il veut atteindre la postérité
ne lui pardonnera telle pas les moyens qu'il emploie? Il force ses
soldats à traverser des mornes impraticables, des torrens rapides,
à parcourir les plaines à pas de géant, sans paie, mal nourris ; et
harassés de fatigues, à enlever des villes hérissées de canons fulminants: Il ne craint pas d'assumer sur sa tête la responsabilité
entière de ses mesures. Que m'importe, s’écrie-t-il, l'opinion de la
… postérité, pourvu que je sauve mon pays? Paroles qui divulguent
le prédestiné , entraîné vers un but inévitable. Géant antique,
ne dresse son monument que par des sueurs et ‘du sang. Son
œuvre est l'effet de cette profonde conviction que le peuple haïtien
ne doit être heureux que par l'Indépendance. Il immola tous ceux
de ses frères qui résistérent à son entreprise ou tentèrent de lui
en ravir la gloire. Ainsi il fit périr des centaines de cultivateurs
… fidèles à la France , livra Charles Bélair aux bourreaux, et Lamour
…— Dérance aux douleurs mortelles d'un obseur cachet. Souvent il donna
quelques larmes à ses victimes; mais ange vengeur des races éteintes
dans la servitude, ne reculant devant aucun obstacle, il demeura
infléxible toutes les fois qu'il fallut frapper ; il se glorifia de ces
sacrifices faits au triomphe de son plan. Frémissant d'horreur
et d’admiration, on ne sait si l’on doit le condamner ou l'absoudre; la morale le condamne, mais la raison de salut public ne
Vabsout-elle pas ? Les ennemis de l'Indépendance trouvèrent toujours
en lui un être impitoyable. Mais sans de fortes passions que fait
on de grand? et peut on sous l'influence des passions ne pas dépasser le but et atteindre les extrêmes ? La passion seule engendre les êtes extraordinaires, mais elle les remplit aussi de vices et
de vertus. Pendant qu'il donnait de l'essor à des haines :implacables, il avait des entrailles de frère pour les Polenais qui n'avaient
point partagé les fureurs des colons. Principe incarné de l'Indépendance, i! fut barbare contre la barbarie coloniale.
Après la guerre, quand il fallut administrer, son étoile palit,
parce que sa mission qui avait été uniquement de combattre,
selon les décrets de la Providence, était accomplie. Les ennemis de la patrie terrassés, il voulut continuer encore à lutter ;
Mais il trouva dans la nation, qu'il avait conduite à la conquête
des droits les plus chers, et qui voulait, après la victoire, se constüituer librement, une résistance invincible. Il entra dans un monde
“qui n'était plus le sien; l’esprit de Dieu, qui l'avait animé, sere830 | HISTOIRE D'HAITI = (1806)
de la Providence, était accomplie. Les ennemis de la patrie terrassés, il voulut continuer encore à lutter ;
Mais il trouva dans la nation, qu'il avait conduite à la conquête
des droits les plus chers, et qui voulait, après la victoire, se constüituer librement, une résistance invincible. Il entra dans un monde
“qui n'était plus le sien; l’esprit de Dieu, qui l'avait animé, sere830 | HISTOIRE D'HAITI = (1806) tira de lui;il ne fat plus l'instrument choisi par le ciel; il ne s'en
approcha pas plus que le reste des humains; n'agissant plus pour
. atteindre un terme providentiel, il devint un être ordinaire ; il n'eut plus rien de grand; il fut dominé par ses passions brutales que son
tempérament de feu faisait naître; l'auréole de gloire qui le ceuronnail, pendant la guerre, s'évanouit, son prestige tomba ; 11 traïta.
le peuple comme une conquête, exigeant de lui un travail forcé
presque aussi rude que celui de l’ancien régime, n'obtenant aucun ; : Vas RT » |
résultat, et jetant a nouvelle société dans des tiratilemens centinuels « par l’absence totale de l'unité administrative. La nation subjuguéen réagit contre lui et Fabattit. Dessalines fut un boulet fancé par la Providence qui ne put s'arrêter qu'en se frappant Contre ur rem= part hérissé de fer. Néanmoins quel qu'ait été son despotisme, après Fexp hton? de
nos oppresseurs, nous devons le lui pardonner, l'honores pro fondés
ment, aimer sa mémoire, mettre à part son existence comme souverain,
‘etne contempler en lui que Île glorieux guerrier et l'immortel fon:
dateur de l'Indépendance d'Haïti. Répétons ce que nousavons déjà dit
à l’occasion de son assassinat politique: les Romains se délirént de
Romulus parce qu il était devenu tyran, mais ils le placèrent aus
ciel parce qu'il avait été le dopage de Rome.
pro fondés
ment, aimer sa mémoire, mettre à part son existence comme souverain,
‘etne contempler en lui que Île glorieux guerrier et l'immortel fon:
dateur de l'Indépendance d'Haïti. Répétons ce que nousavons déjà dit
à l’occasion de son assassinat politique: les Romains se délirént de
Romulus parce qu il était devenu tyran, mais ils le placèrent aus
ciel parce qu'il avait été le dopage de Rome. _AEGG. à … Sommarre. Gérn veut pénitrer dans le Nord à la tête de l’armée insurrectionnelle; Pétion s’y oppose, craignant d'allumer la guerre civile.—Leitres de Pétion
et de Gérin à Christophe —Lettre de Pétion à Mme Dessalines— Les troupes
de l'Ouest et du Sud sont soldées au Port-au-Priace.— Adresse de Parmée d'Haïti
à Christophe —L'adjudant-général Bonnet est envoyé au Cap pour annoncer
à Christophe qu’il a été proclamé chef provisoire d’ilaiti. — Arrestation de Boisrond Tonnère et de Mentor.— Leur assasrinat — Les nouvelles de la chute de
Dessalines parviennent à Christophe.—Il déplore la chute de l'Empereur auprès
des amis de ce dernier, et l’approuve auprès de ses ennemis.— Lettre de Christophe à l'Impératrice— Adhésion de Christophe à la révolution contre Dessalines
par un acte solennel.— Bonnet arrive au Cap —$a première entrevue avec Christophe, à la Ferrière—$Sa conduite honorable au Cap.— Il remplit sa mission.
—ÏIl revient au Port-au-Prince , après avoir eouru de grands dangers.—Influence de Pétion sur ies troupes — Adresse de Christophe au peuple et à l’armée.
—Chnstophe s'efforce de répandre la division parmi les généraux de l'Ouest et
du Sud.—Ses lettres à Yayou—Celni-ci les eommunijue à Pétion —"T'roubles
à Léogane.—Violent emportement de Lamarre contre le général Yayou.ÆArrestation de Lamarre.—1l est condamné ‘à quatre ans de prison et à être dégradé,
—Exécution du chef de bataillon Quique de la 24e—Pétion vient à Léogane,
— Il y rétablit l’ordre —Assassinat du colonel Dieudonné Charlot. — Cireulaire
aux généraux concernant la réunion des assemblées électorales et la convocation
de l'assemblée constituante — La mésintelhgense entre Pétion et Christophe commence.— Be nombreux soldats des troupes de l’Artibonite désertent et se rendent
au Port-au-Prince. — Proclamation de Christophe adressée aux puissances neutres,
— Il envoie le général Dartiguenave dans le Sud, comme son représentant.—
astructions qu’il lui donne.—Pétion. s'oppose à çe que Dartiguenave pénètre dans
union des assemblées électorales et la convocation
de l'assemblée constituante — La mésintelhgense entre Pétion et Christophe commence.— Be nombreux soldats des troupes de l’Artibonite désertent et se rendent
au Port-au-Prince. — Proclamation de Christophe adressée aux puissances neutres,
— Il envoie le général Dartiguenave dans le Sud, comme son représentant.—
astructions qu’il lui donne.—Pétion. s'oppose à çe que Dartiguenave pénètre dans e
332 | HISTOIRE D’HAÎTI.—{1806) le Sud.—Mort du général Férou—Sa biographie.—Rigueurs qu'exree Christophe pour maintenir l'ordre dans l'Artibonite.— Les émissaires de lPOuest et du
Sud cherchent à susciter des révoltes dans le Nord et lArtibonite.—Lettre sévère
de Christophe à Pétion.—Sa proclamation aux troupts.—Réponse sévère de Pétion a constituante se réunit au Port au-Prince —Noms des députés.—La République est proclzmée.— L'assemblée charge une commission de rédiger un projet
de constitution —Elle entend la leeture de ce projet —Principales dispositions de
Ja constitution consacrées en appréhension du despotisme de Christophe — a constitution est votée.— Protestation de la majorité des députés du Nordet de l’Artibonite contre la constitution. —FEa constituante nomme le général Christophe, président d'Aaïti—Elle nimme les sénateurs — Christophe se détermine à marcher
contre le Port-au-Prince.—Il met hors la loi Pétion, Bonnet, Boyer, les deux
frères Blanchet, Daumee, Lys, Caneaux —!1 arrive à St:Mare— Le général
Bazelais part de l’Arcahaie, arrive au Port-au-Prince, et annonce l'approche des
troupes du Nord. — Pé‘ion marche contre Christophe. — Bataille de Sibert,
Pétion est vaincu. —Mort héroïque de Coutilien Coutard.—Belle conduite de Yayou.— Il contient Christophe au p'rd des remparts du Port-au-Prinee— Pétion
rentre en cette ville.—Il y rétabät la confiance — Christophe assiège le PortauPrince.— Gérin-arrive du Sud au seeours de cette ville — Christophe en lève le
siège —Soulèvement des cultivateurs de ‘la Grand Anse suscité par Thomas Durocher et Bergerac Trichet—La ville de Jérémie est attaquée par les révoltés
qui sont repoussés —{[e chef de bataillon Goman de la 19e se met à la tête de
Ja révolte de la Grand’Anse. Pendant que la multitude nageait dans l'ivresse de [a joie, les
généraux se réunissaient au Palais du gouvernement et décidaient qu'il
fallait, pour attacher les révolutionnaires à leur œuvre, faire parmi eux
des promotions. Il fut résolu que le colonel Wagnac serait confirmé dans le grade de général , le chef de bataillon Gédéon dans celui de colonel et. qu'une foule d’autres officiers monteraient en grade. Le fougueux Gerin
qui avaltdirigé le mouvement insurrectionnel proposa au conseil de marcher sur Dessatines-ville, pour en enlever quatorze millions de piastres
que l'Empereur, prétendait on, y avait réunies. Il n'y avait pas trois
millions. Rien du reste n'eut pu résister à limpétuosité des douze
mille hommes de troupes massées au Port:au Priuce, surtout dans
. qu'une foule d’autres officiers monteraient en grade. Le fougueux Gerin
qui avaltdirigé le mouvement insurrectionnel proposa au conseil de marcher sur Dessatines-ville, pour en enlever quatorze millions de piastres
que l'Empereur, prétendait on, y avait réunies. Il n'y avait pas trois
millions. Rien du reste n'eut pu résister à limpétuosité des douze
mille hommes de troupes massées au Port:au Priuce, surtout dans l'état de désorganisation où se treuvait alors l’Artibonite, en fer-, mentalion avant même qu'on y eut appris la mort de Bessalines.
11 faudra toute la cruelle energie de Christophe pour la contenir et
l'isoler de l'esprit révolutionnaire. Mais Pétion, froid, adroit, qui
déjà songeait à se saisir du pouvoir , fut d’un avis contraire, et son
opinion prévalut. C'étaitle plus sûr moyen d'éteindre l'influence de
Gérin qui ne pouvait briller que par des entreprises audacieuses. Il
exposa que la guerre civile éclaterait si les troupes de lArtibonite s'opposaient au déplacement de cette somme, que Christophe, pro“
clamé chef de l'Etat, avait seul le droit de donner les ordres relatifsM aux finances. | Le conseil décida que les généraux Pétien et Gérin , annonceraient;; |
par lettres, au général Christophe, l'événement qui venait de s'ac=" complir. ! - HISTOIRE D’HAITI.—(1806)- Ô 333 "2 Le lendemain le général Pétion adressa la lettre suivante à Christophe. | Au quartier-général du Port au-Prince , le 48 Octobre 1806. Le Général de Division PÉTION, commandant en chef la deuxième
division de l'Ouest, À S. E. le Général en Chef de l'armée d'Haiti , Henry CHRISTOPHE.
Général, | | « Echappés aux coups destructeurs que les agens d'un gouvernement ingrat et barbare frappaient sur les habitans de ce pays, nous
avions cru devoir confier les meyens de notre restauration entre Îles
mains d'un homme qui, par ses dangers personnels et sa propre
expérience, aurait pu avec sagesse, fixer encore le bonheur parmi
nous , lorsqu'abusant de notre patience, il força nos volontés, en
couvrant sa têie de l'éclat du diadême; nous püûmes penser qu'au
faite des grandeurs et de la puissance, il aurait reconnu que son
pouvoir était l'ouvrage de nos mains et le prix de notre courage;
il paraissait même s'en être pénétré, et nous espérions qu'à l'abri
des lois, nous aurions pu jouir , dans un état paisible, de tous les
sacrifices que nous n'avions cessé de faire depuis si longtemps. Quel
en a été le résultat, Général? À peine a Lil senti son autorité affermie qu'il a oublié tous ses devoirs; et qu'au mépris des droits
sacrés d'un peuple libre, il a cru qu'il n’y avait de véritable jouissance que celle exercée dans le pouvoir le plus despotique et la
tyrannie la plus prononcée; nos cœurs ont longlemps gémi, el nous
n'avons employé que la soumission et la docilité pour le ramener,
aux principes de justice et de modération avec lesquels 1! avant promis de nous gouverner. Son dernier voyage dans la partie du Sud
a ue dévoilé.ses projets, même aux yeux des moins clairvoyans,
libre, il a cru qu'il n’y avait de véritable jouissance que celle exercée dans le pouvoir le plus despotique et la
tyrannie la plus prononcée; nos cœurs ont longlemps gémi, el nous
n'avons employé que la soumission et la docilité pour le ramener,
aux principes de justice et de modération avec lesquels 1! avant promis de nous gouverner. Son dernier voyage dans la partie du Sud
a ue dévoilé.ses projets, même aux yeux des moins clairvoyans, - ét nôus à prouvé qu'il ne nous restail d'autres moyens de conserVation pour nous mêmes et pour nous opposer aux atiaques de
lennemi extérieur, que do nous lever en masse, si nous voulions _ éviter une destruction prochaine et résolue. (Ge mouvement spontané, l'élan de nos cœùrs opprimés , a produit un effet aussi prompt
que celui de l'éclair. Dans peu de jours les deux divisions du Sud
ont été debout; rien ne devait arrêter cette irruption puisqu'elle
était un mouvement aussi juste que sacré, celui des droits des citoyens impunément violés. Nous avons joint nos armes à celles de
nos frères du Sud, pénétrés des mèmes sentimens qu'eux, et l'armée s'est portée au Pert au Prince dans l’état le plus admirable et
la plus exacte discipline, en respectant les propriétés, sans que le ; a | 1
334 c + HISTOIRE D'HAITI.—(1606) À lravail de l'agriculture ait été dérangé d’un seul moment, ni que
le sang ait été .versé. k “+
« La Providence, qui est infinie dans ses décrets, s’est plu à
se inanifester dans une aussi juste cause, en conduisant notre oppresseur au sort qui l’attendait, et lui a fait trouver le châtiment
de ses crimes au pied des remparts d’une ville qu'il venait, avee
des forces, pour inonder du sang deses semblables, puisque, pour.
nous servir de ses dernières expressions, il voulait régner dans le
sang. $
« Nous n'aurions pas achevé notre ouvrage, général; si nous
n'avions été pénétrés, qu'il existait un chef fait peur commander.
à l'armée avee toute la latitude du pouvoir dont il n'avait eu jus.”
qu'à ce jour que le nom. C'est au nom de toute cette armée, M
toujours lidèle, obéissante, disciplinée, que nous vous prions, géné:
ral, de prendre les rênes du gouvernement, et de nous faire jouir
de la pléaitude de nos droits, de la liberté, pour laquelle nous
avons si longtemps combattu, et d’être le dépositaire. de nos lois
auxquelles nous jurons d'obéir, puisqu'elles seront justes. & J'ai Yhonneur de vous saluer avec un respeelueux attachement,
« PÉTION. »
Gérin de son côté adressa la leitre suivante à Christpohe : Au Port au Prince. le 18 Getobre 1895, l'an 3 de l'Indépendance.
| 9 ; Le Ministre de la Guerre et de la Marine, * A S. E. le Général en Cluf de l'armée, et Chef Suprême du qouvernement d'Haïl. I « Excellence, « Depuis longtemps nos vœux vous désirent à {a tête de flotre
pays. Une foule d'actes arbitraires, un règne par la terreur, des
“injustices sans nombre el” un gouvernement dout le but était une
destruction et une subversion totale, nécessitaient que vous cussiez
succédé au tyran pour nous faire oublier par voswwvertustet Nos
talens, les exeès de notre Néron. Le malheur du peuple: ayant été"
à son comble, il s’est levé en masse contre celui qui la occasionnés
et préparait par la force, sa chute, quandla Divine Providence dis
arbitraires, un règne par la terreur, des
“injustices sans nombre el” un gouvernement dout le but était une
destruction et une subversion totale, nécessitaient que vous cussiez
succédé au tyran pour nous faire oublier par voswwvertustet Nos
talens, les exeès de notre Néron. Le malheur du peuple: ayant été"
à son comble, il s’est levé en masse contre celui qui la occasionnés
et préparait par la force, sa chute, quandla Divine Providence dis * On est sans cesse étonné de voir Gérin prendre le titre de, Ministre dela Guerre
et de ia Marine, par la Constitution, quand les actes officiels dé là révolutions
dont 1l était le principal chef, avaient détruit cette Constitution. "Flprétendait"qu
ce tire iui donnait une supérivrité marquée sur les autres générauss St Ft + HISTOIRE D’HAITI.— (1806) 835 “rigeant-cel événement , a conduit Dessalins au Pont-Rouge, sur le
“chemin du Cul-de-Sae, près de cette-ville, pour être frapfé à
«mort parle premier coup de fusil qui ait été tiré depuis celte sainte
insurreetion, * - [ «En commandant cette embuscade, j'avais donné les ordres les plug positifs de ne.le point tuer, mais bien de l'arrêter, pour qu'il fût
jugé. Cependant au moment que je eriai halte! ïl se saisit d’un
… de ses pistolets, en lâcha un coup, et fit des mouvemens pour ré-
… irograder et se sauver. Alors partit ce coup de fusil qui l'atteignit,
ensuite une décharge, et la fureur du soldat alla au point de mutiler et d'écharper son corps inanimé. Le colonel Marcadieux périt
aussi en le défendant, et a exrité bien des regrets. La difficulté de con-
“tenir des esprits montés et exaspérés a empêché de, sœuver cet homme esti-
… mable. Le reste de son élat major est en grande partie ter.
« Ainsi le tyran nest plus, et l'allégresse publique applaudit à
… cel événement, comme elle vous nomme pour nous gouverner. Le
— peuple et l'armée ne doutent pas, Excellence, que vous ne vouliez
agréer les fonctions dont ils vous chargent, par une volonté générale
bien prononcée el spontanée. « J'ai l'honneur de veus adresser, sous ce pli, Excellence, une
lettre des chefs de la première division du Sud, une relation de la”
mimarché de l'armée que j'ai commandée, et les heureux resultats qui
en ont été la suite; des exemplaires de l'acte du peuple qui vous
proclame son chef, et le triplicata d'une lettre que je vous écrivis
de lPAnse à: Veau, dont aucunes ne vous sont, je crois, parvenues,
puisque celle que j'ai l'honneur de vous remettre ci jointe, m'a été
rcudue Ici. LL
4 « J'ai l'honneur d'être, avec respect, de Votre Excellence, « Le très humble et très obéissant serviteur,
« Et. GÉRIN. » Il est de notoriété publique que l’ordre ne fut point donné d'ar-
—rêter Dessalines pour le juger. Les chefs révolutionnaires eussent
—_redouié de livrer à un lribunal militaire un homme qui rappelait
des souvenirs nationaux si brillants et à l'aspect duquel les troupes
rémissaient et reculaient quand la colère l'animait, Un jour de
calme, au Port-au Prince, après son arrestation, eût peut-être changé
…le caractère de l'événement. Dessalines, en tombant dans l’embus.
…cade, ne chercha pas non plus à rétrograder ni à se sauver; il s’é-
é de livrer à un lribunal militaire un homme qui rappelait
des souvenirs nationaux si brillants et à l'aspect duquel les troupes
rémissaient et reculaient quand la colère l'animait, Un jour de
calme, au Port-au Prince, après son arrestation, eût peut-être changé
…le caractère de l'événement. Dessalines, en tombant dans l’embus.
…cade, ne chercha pas non plus à rétrograder ni à se sauver; il s’é- + Nous avons déjà dit que le premier coupde fusiltiré n'avait pas atteint Desmcalines. Le général Bonnet me l'a dit plusieurs fois. Le jeane Garat qui letira,
actuellement général, m'a souvent répété qu’il vit Dessalinés tomber sous la décharge
générale, 336 HISTOIRE D’HAÏTI.—{ 1806 ) lança au contraire sur les troupes , et succomba en marchant en
avant audacieusement. Ces deux lettres avaient pour objet de calmer l'humeur défante
de Christophe qui , ayant trempé dans la ‘conspiration , entendait en profiter seul. Les mots de liberté, de souveraineté po.
pulaire, de constitution lui donnaient de graves inquiétudes, car il,
méditait déjà le rétablissement du pouvoir absolu. Les généraux du
Sud et de l'Ouest paraissaient maintenant se soumettre à ses volontés
afin de se proeurer le témps, par une forte organisation, de lui
résister. Pétion s'efforçait de calmer la fougue de Gérin ; 1 mandait, .
par lettres, dans le Nord et l'Artibonite, à toutes les personnes influentes qui jouissaient de l'estime publique, les causes de l’insurreetion contre Dessalines ; if leur exposait que le bonheur dut en
résulter. Il adressa à Madame Veuve Dessalines, la lettre qui suit: « Madame, « Toutes les lois de la nature les plus sacrées, violées par celui qui
porta le nom de votre époux , la destruction générale des véritables
défenseurs de l'Etat, dont l'arrêt était sorti de sa bouche coupable,
l'excès du crime enfin à fait courir aux armes tous les citoyens op=
primés pour se délivrer de la tyrannie la plus insupportable. Le
sacrifice est consommé, et la mémorable journée du 17 avait été
fixée par Îa Providence pour le moment de la vengeance. Voilà, Madame, le tableau raccourci des derniers événemens, et la fin de celui
qui profana le titre qui l'unissait à vous. © ; « Quelle différence de la vertu au crime? Quel constraste! A
peine respirons-nous , après la grandeur de nos dangers, qu'en
élevant nos mains vers | Etre Suprême, votre nom, vos qualités“
inestimables, vos peines, votre patience à les supporter, lout vient
se retracer à nos cœurs, el nous rappeler ce que le devoir, la re
connaissance , l'admiration, nous inspirent pour vous. Consolezvous, Madame, vous ëles au milieu d’un peuple qui consacreraitn
sa vie pour votre bonheur ; oubliez que vous fûtes la femme dé
Dessalines pour devenir l’épouse adoptive de la nation la plus gé%
néreuse, qui ne connut de haiue que contre un seul oppresseur:
Vos biens , vos propriétés, tout ce qui vous appartient ou sur quoÏ
vous avez quelques droits, est un dépôt confié à nos soins pour
vous le transmettre dans toute son intégrité ; ils sont sous la sau-«
vegarde de l'amour de vos concitoyens. C'est au nom de toute l’ar*
mée, dont je me glorifie d'être aujourd'hui l'interprête, que je
vous prie, Madame, d'agréer l'assurance des sentimens qui l'an
ment pour vos vertus et dont les traits gravés dans tous les cœu
ne pourront jamais s'effacer.
, est un dépôt confié à nos soins pour
vous le transmettre dans toute son intégrité ; ils sont sous la sau-«
vegarde de l'amour de vos concitoyens. C'est au nom de toute l’ar*
mée, dont je me glorifie d'être aujourd'hui l'interprête, que je
vous prie, Madame, d'agréer l'assurance des sentimens qui l'an
ment pour vos vertus et dont les traits gravés dans tous les cœu
ne pourront jamais s'effacer. k
z A HISTOIRE D'HAITI, = (1806 ‘687
… « J'ai l'honneur de vous saluer ävéc respect.
« Le général, commandant la seconde division de l'Ouest, | | 1 MPPÉTIONLO
| - « Au quarlier-général. du Port-au-Prince, le 19 Ociobre 4806. 5»
; Le surlendemain, 24, les troupes de l'Ouest et du Sud furent passées en revue et soldées; chaque soldat reçut cinq gourdes. Elles … se montrérent très Joyeuses , car elles n'avaient jamais été payées sous Dessalines, Empereur. | Les principaux officiers de l’armée signèrent la pièce suivante qui, » par sa rédaction peu correcle , ne permet pas de la bien comprenüre
+ en certains passages. et CS ADRESSE DE L'ARMÉE D'HAITI AU GÉNÉRAL EN CHEF H. CEHRISTOPHE. x è è … « La tyrannie est abattue avec la tête du tyran! La liberté renait! Depuis lé 17, nous sommes enfin libres! Exemple frappant - - des révolutions opérées par le machiavélisme, et qui prouve qu'un
* peuple longtemps sous le joug, ayant connu une fois ses forces, a
pu se laisser abuser un temps par ceux qu'il éroyait capables de le fire jouir du prix de ses eflorts, mais quil n’a jamais été possible É “de l aveugler sur ses véritabies intérêts, puisque par des agitations sans
«cesse renaissantes 1! n'avait pas encore atteint le but qu'ils'était proposé, et autterme duquel il serait seulement possible de lui faire fermer le templege la guerre.
muni Ces principes que-vous avez toujours partagés et que vous avez eu le
courage de communiquer aux généraux dans des temps de barbarie où
Je souffle même était inter prêté et pouvait conduire les têtes les plus
“innocentes à l'échataud, ont été le feu élec rique dont la commotion
“vient de se faire ressentir d' une manière aussi forte et qui a tout
“entrainé devant lui, jusqu'au moment où J. J. Dessalines, notre onmmun oppresseur, a cessé d'être. « La vengeance est opérée, et l'armée n'attend plus que votre
présence, pour concourir à la formation du pacte social qui doit
Mous lier, d'une Constitution enfin où chaque citoyen trouve sà gaantie pour sa personne , et le droit sacré des propriétés, émance
sdémla"tvolonté générale, non pas tel que cet acte informe que vous
“venons de fouler aux pieds, fait dans le silence du cabinet, à l'insu
le ceux qui y étaient intéressés, uniquement calculé pour flaiter les
des à d'un seul homme, coniraire par son texte même aux prin=
pes de toute cute. H
È L ] | * 550$ HISTOIRE D’HAITI.—(1806) « Si longtemps abusés, nous avons juré de ne pas nous séparer |
que nous n’ayons vu proclamer le nouvel acte constitutionnel qui
doit nous régir, que nous ne l'ayons approuvé et juré de lobserver;
et que semblable à l'usage des anciens guerriers, nous ne vous
ayons reconnu publiquement pour chef du gouvernement et porté.
sur nos boucliers. | |
È L ] | * 550$ HISTOIRE D’HAITI.—(1806) « Si longtemps abusés, nous avons juré de ne pas nous séparer |
que nous n’ayons vu proclamer le nouvel acte constitutionnel qui
doit nous régir, que nous ne l'ayons approuvé et juré de lobserver;
et que semblable à l'usage des anciens guerriers, nous ne vous
ayons reconnu publiquement pour chef du gouvernement et porté.
sur nos boucliers. | | « Satisfaites à l'impatience de vos braves soldats, général, de tout
un peuple assemblé, admirateur de vos vertus, el auquel seul man- »
que votre présence dans ces momens d'aliégresse, « Au quartier-général du Port-au-Prince, le 21 Octobre 1806. Le ministre de la guerre et de la marine E. Gérin ; le général commandant la 2e division de l'Ouest, Pétien; Yayou, Vaval, généraux de brigade; l'adjudant-général, chef de l'état major, Bonnets
Marion, Verret, Lacroix, E. V. Mentor, adjudans-géneraux ; Francisque, Bauregard, Wagnac, Dieudonné, Lamarre, Sanglaou, 3.
L. Mentor, Bourdet, Terrien, Métellus, Gédéon, colonels ; Adam,
Cadet, Bastien, Baude, Aquerre, Frédéric, Destrade ,8Flambert,
—Caneaux, Boyer,* Lefranc, Lafontant, Borgella, Levêque, Delau="
pay, Gireaud, Clermont, Bordes, chefs de bataillon; Chervain,
commissaire des guerres ; Imbert, Gaille fils, Bigot, Castaing, Lamitié, Gardel, Silvain Legendre, Destouches, Dorman , Sabourin, Viau, Libéral; suivent d'autres noms obscurs. 5:13 100 Le conseil des généraux se réunit, et décida que l'adjudant général Bonnet partirait pour la province du Nord, avec mission d’annoncer officiellement à Clhrisiophe sa nouvelle dignité. Bonnet reçut pour instructions de répandre, partout sur son passage, lant en
allant qu'en revenant , que le peuple voulait avoir yue Constitution,
dans laquelle la Hberté individuelle, linviolabilité de la propriété et
de la représentation nationale fussent consacrées. On ne pouvait mieux
choisir que Bonnet pour remplir cette mission délicate, et même
périlleuse, à cause du peu de sincérité qui existait entre l'Quest et
le Nord. C'était un des officiers supérieurs haïtiens les plus instruis,«
et en outre il possédait à un haut degré le courage civil. I s'em
barqua pour le Nord, accompagné d'une trentaine de jeunes cito=
yens du Port-au-Prince, le 22 Ocicbre, avec des dépèches à Pa
dresse de Christophe. Pétion avait écrit à ce dernier que l'armée
l'avait proclamé général en chef, qu'elle l’attendait dans so
sein, et qu'il lui envoyait son chef d'état-major, l’adjudant généra
Bonnet, pour lui faire un rapport fidèle et circonstancié de la po
silion de l'Ouest, et de tout ce qui s'était passé. |
de jeunes cito=
yens du Port-au-Prince, le 22 Ocicbre, avec des dépèches à Pa
dresse de Christophe. Pétion avait écrit à ce dernier que l'armée
l'avait proclamé général en chef, qu'elle l’attendait dans so
sein, et qu'il lui envoyait son chef d'état-major, l’adjudant généra
Bonnet, pour lui faire un rapport fidèle et circonstancié de la po
silion de l'Ouest, et de tout ce qui s'était passé. | * C'est ce même Boyer qui devint Président d'Haïti en 1818 et commanda
la République d'Haïti Jusqu'en 1843, , HISTOŸÏRE D’HAITI.—(1806) 339 Les Papalier, les David-Troy, les Borgella ét plusieurs autres officiers
—…. supérieurs étaient arrivés des Cayes au Port au-Prince. Dès le 19 Octo-
«bre, Inginac, parvenu à Léogane, sa ville'natale , s’élait séparé de Papalier, s'était retiré à Campan et s'y était caché. Aussitôt après le départ
de Bonnet pour le Nord , David Troy, qui depuis longtemps nourrissait
… contre Mentor une jalousie profonde, se rendit en sa demeure, s’entretint longuement avec lui sur les événemens qui s'étaient accomplis,
et sur ceux qu'on déconvrail dans l'avenir. €n prétendit, à l'époque, quil aurait, dans cet entretien, exposé à David Troy ses
nouveaux projets d'ambition, et que celui ci les aurait rapportés à
ses collègues, les chefs révolutionnaires. Mais les hommes impartiaux
mont affirmé qu'on lui tendit des pièges de tous côtés pour le perdre,
muct quon dénatura ses paroles les plus innocentes. Il y eut, dans la
méme journée, un repas où assisiérent Borgella, David-Troy et
plusieurs autres officiers supérieurs. Il y fut décidé que Mentor et
Boisrond Tonnêre seraient arrêtés comme des hommes dangereux
et capables d'égarer le général en chef Christophe, mais qu’aumcun mal ne leur”serait fait. L'autorité supérieure accueillit
«favorablement cette résolution qui lui fut transmise. Le lendemain Mentor et Boisrond Tonnère, se promenant à travers
la ville et ne soupçonnant pas que leurs tôtes fussent menacées , surtout Mentor qui avait démontré de la joie à la mort de Dessalines,
furent arrêtés et emprisonnés par ceux-là même qui avaient été les
Compagnons de leurs plaisirs et qui leur témoignsient le plus d'afféetion depuis le 47 Octobre. La cause réelle de leur arrestation
était l'envie qu'insbiraient leurs talents à plusieurs hommes influens, mel particulièrement à David-Troy. Ils n’eussent probablement jamais
consenti à devenir les instrumens des passions politiques des chefs
révolutionnaires auxquels ils se jugeaient supérieurs. Pour légitimer
l'arrestation de Mentor on répandit qu'il avoit dit à Madame Veuve
L Germain Frére , dont l'époux avait été sacrifié, comme nous l'avons
Vu, quelle trouverait bientôt en lui un nouveau protecteur. De là
Une Soi disaänf couspiration. Boisrond Tonnère et Mentor avaient
été renfermés dans le même cachot. Le premier rendait les sombres
“idées dont son imagination était chargée en vers mélancoliques qu'il
_fraçait sur la muraille, à l’aide d'un clou:
oit dit à Madame Veuve
L Germain Frére , dont l'époux avait été sacrifié, comme nous l'avons
Vu, quelle trouverait bientôt en lui un nouveau protecteur. De là
Une Soi disaänf couspiration. Boisrond Tonnère et Mentor avaient
été renfermés dans le même cachot. Le premier rendait les sombres
“idées dont son imagination était chargée en vers mélancoliques qu'il
_fraçait sur la muraille, à l’aide d'un clou: Eu 4. À
#, É * ù $ C2 4 « Humide et froid séjour fait par et pour le crime,
LS « Où le crime en riant immole sa victime! 16 « Que peuveut inspirer tes fers et tes barreaux , i « Quand un cœur pur y goûte un innocent repos ? » 2: …. Mentor était sous l'influence d’une profonde résignation. Mais ni
dan ni l'autre ne s’attendaient à être assassinés. Pendant qu'ilsse
livraient à des illusions, leur mort était résolue. Un officier suivi
4 « Humide et froid séjour fait par et pour le crime,
LS « Où le crime en riant immole sa victime! 16 « Que peuveut inspirer tes fers et tes barreaux , i « Quand un cœur pur y goûte un innocent repos ? » 2: …. Mentor était sous l'influence d’une profonde résignation. Mais ni
dan ni l'autre ne s’attendaient à être assassinés. Pendant qu'ilsse
livraient à des illusions, leur mort était résolue. Un officier suivi 5340 HISTOIRE D’HAITI.— (1806) d’une dixaine de soldats, pénétra vers eux, et leur annonça qu'ils
allaient mourir. Mentor se leva, se tourna contre le mur, et attendit le coup fatal. Il tomba baïounetté, sans laisser entendre une plainte.
Boisrond Tonnère, au eontraire, devint furieux; 11 s'éeria: « Quai
je fait pour mériter la mort? Je sers de passeport à Mentor. » * I! se
saisit d’une cruche et de quelques bouteilles et les lança contre les soldats. Mais l’infortuné ne put lutter contre les baïonnettes; il expira percé
de plusieurs coups. La Patrie perdit en ces deux hommes, victimes de la
jalousie la plus odieuse, talent, courage et jeunesse. Qui eüt pu mieux
que Boisrond , tracer en lettres de feu les belles pages «le noire guerre nationale dontil avait été un desacteurs. Ainsi tomberont plus tard
les têtes les plus fiéres et les plus belles d'espérance. La Patrie gémit
encore aujourd'hui sur ces victimes d'une affreuse époque. Qu'ils sont
coupables ceux qui, pour satisfaire leurs propres passions, exciient Île
peuple contre les hommes de lumières le plus souvent les apôtres
de la vérité? Combien Haïti ne maudira t-elle pas un jour leur mémoire |
Ce n’était pas Boisrond Tonnère que les révolutionnaires avaient
voulu faire périr , mais bien Dupuy qui avail aussi accompagné Dessalines dans le Sud, lors du dernier voyage qu'y entreprit celui=
ci. (Cependant nous avons vu quinginac n'avait anéanti la
correspondance de Geffrard que sur les instances de Dupuy qui, moins
dévoué à Dassalines qu'à Christophe , avait voulu faire disparaître
les traces de la conspiration dont ce dernier était le principal auteur.
Dupuy qui avait été, à d'autres époques, le protecteur de mademoiselle Joute Lachenais devenue la compagne du général Pétion,
trouva un asile en la demeure de son ancienne amie. Bonnet intercéda en sa faveur auprès de Pétion dont. l'influence était déjà toutem
puissante. Celui-ci oubliant que Dupuy avait été le protégé de
Dessalines favorisa généreusement son évasion. Dupuy se retira dans
le Nord auprès de Christophe. (Comme la politique infâme et ma=
chiavélique de l'époque commandait que Mentor, noir, ne fàt pas
sacrifié seul, Boisrond Tonnère qui avait été un des intimes de
l'Empereur fut immolé pour prouver aux masses noires que les
préjugés de castes ne dictaient pas les mesures révolutionnaires“
Politique absurde et cruelle qui faussait l'éducation du peuple €
ne pouvait être mise en pratique qu à une époque de profonde igno*
rance et qui sest évanouie à l'éclat des lumières*#comme une van
peur impure aux rayons du soleil. Les eitoyens du Sud ont lou
jours soutenu que Pétien avait été l’auteur de la mort de Bvisrond
Fonnère , et ceux de l'Ouesten ont accusé Gérin. Il nest pas pros
bable que Gérin ait poussé à la mort de Boisrend , car il avait
* r à
. * Il entendait Don ne le saerifiait que parce qu’il était homme de couleur,
les révolutionnaires ne voulant pas sacrifier un noir sans un mulätre,
aux rayons du soleil. Les eitoyens du Sud ont lou
jours soutenu que Pétien avait été l’auteur de la mort de Bvisrond
Fonnère , et ceux de l'Ouesten ont accusé Gérin. Il nest pas pros
bable que Gérin ait poussé à la mort de Boisrend , car il avait
* r à
. * Il entendait Don ne le saerifiait que parce qu’il était homme de couleur,
les révolutionnaires ne voulant pas sacrifier un noir sans un mulätre, POP Lite ER he (T EN eg 2 F:STOIRE D'HAITI.—(1806) 841 toujours été son ami et avait été porté au ministère de la guerre
et de la marine par son influence. Nous n'ignorons pas les inslances de Boïsrond auprès de Dessalines pour affaiblir, dès la guerre de l'indépendance, l'influence de Geffrard et faire grandir celle de
Gérin; d'une autre part nous savons que Pétion avait toujours été
Pobjet des persécutions et des animosités de Boisrond, sous DesSalines. 11 serait plus vraisemblable que Péiion eût opposé moins
de résistance que Gérin à l'imraolation de Boisrond Tonnère, quand de
nombreux officiers supérieurs vinrent la demander. Pendant cet intervalle, Christophe dans le Nord avait été vaguement informé de la mort de Dessalines. Comme il ignorait la con- { duite des chefs de l'insurrection à son égard et qu'isstinctivement leur ambition lui portait ombrage, il n’approuva ni ne condamna Î lPévènement en public; incertain de la position qui lui avait été
faite, il se montra plulôt disposé, dans ses relations intimes, à
déplorer la Chute de Dessalines, survenue sans 8a participation armée.
Le 19 Oslobre, il adressa la circulaire suivante ,en manuscrit , au
général de division Paul Romain, commandant la Are. division du
Nord, au général de division Toussaint Brave, commandant la deuxième division, et au général de brigade Dartiguenave, commandant
arrondissement de la Grance Rivière. » « Cest avec des larmes de sang, général, que je vous apprends que je viens d'être informé par S. Ex. le Ministre des Finances, n
jn Y,
|
… :
n: . ? +
“tenir l’ordre dans cette brigade. Je vous attends.
Le: et par le colonel Pierre Toussaint, commandant la place de Saint
Marc, que S. M. l'Empereur vient d être assassiné ; ila commencé à se
battre depuis l'habitation Sibert * jusqu’au. Port au Prinee, croyant
que les troupes et les habitans de cette ville étaient pour lui ; ily
est arrivé; mais hélas ! il n’y a trouvé que la mort. « En conséquence au reçu de la présente rendez-vous , sans délai, auprès de moi (ou le général Romain) et laissez le commandement au général Guillaume, recommandez "bien à Pourcely de faire main- « Signé, CHRISTOPHE. » 7 % Le même jour il écrivit à Pétion que n'entendant pas parler de
“lui, il était dans les plus graves inquiétudes sur son sort, et qu'il | ätlendait avec impalience des renseignemens sur les circonstances de
1e mort de Dessalines, qu'il lui envoyaitsle capitaine Hyacinthe et
moi (ou le général Romain) et laissez le commandement au général Guillaume, recommandez "bien à Pourcely de faire main- « Signé, CHRISTOPHE. » 7 % Le même jour il écrivit à Pétion que n'entendant pas parler de
“lui, il était dans les plus graves inquiétudes sur son sort, et qu'il | ätlendait avec impalience des renseignemens sur les circonstances de
1e mort de Dessalines, qu'il lui envoyaitsle capitaine Hyacinthe et laide de-camp du général Dartiguenave , chargés d'apprendre de lui “exactement ce qui s'était passé. —Jusqu'alors Christophe n'avait reçu
“ücune des pièces qui lui avaient été adressées. l $ n* Sibert est à quatre lieues du Portau-Prince. Christophe n’était pas eneore bien.
vrmé des circonstances de la mort de Dessalines,
! LP : Es Le. 349 | HISTOIRE D'HAITI 1806) Le 21 Octobre il écrivit à Vernet qu'il appelait son cher cama.
rade, « quil avait reçu les détails qu'il lui avait enveyés sur le
malheureux attentat qui avait été exercé sur la personne de 5. Ml'Empereur et que l'incertitude oùil se trouvait était véritablement
inquiétante. » Christophe ignorait réellement s1 Dessalines avait été
victime , quels étaient les véritables chefs de linsurrection depuis
l'entrée de l'armée du Sud au Port-au Prince, quels étaient leurs
nouveaux plans, leurs projets. Le général Martial Besse qui était
sur l'habitation Labarre, à l'Arcahaie, avec le colonel de la 4e.
Jean Louis Longuevalle, lui avait éerit qu'il avait appris que l'Empereur était relenu au Port au-Prinee, et qu'il devait y demeurer jusqu'à ce qu'il eut souscrit à certaines conditions lesquelles ceux qui lui
avaient appris celte nouvelle iguoratent ou feignaient d'ignorer. En
atiendant que des nouvelles officielles lui parvinssent, Christophe
maintenait ordre dans le Nord, faisait payer et habiller les demi
brigades avant de songer à sortir du Cap. Il f avait au trésor de
. cœite ville assez d'argent pour soller les’ troupes pendant quatre
mois, Îl enjoiguit au général Martial Besse de retouraer à Marchand , d'y maintenir l'ordre, de garder cette ville, de donner tous
ses soins aux munitions, au palais et particulièrement à la famille.
impériale. Il écrivit au Ministre des finances d habiller les troupes
et de les rationner, ? un escalin par jour (douze sous) dès qu'elles
rentreraient à Marchand, de faire respecter les spersonnes et les
propriétés; 11 lui recommanda aussi l'Impératrice et ses enfans. Dans l’Artibonite on tint les troupes sur la défensive, prêtes à rez.
pousser la force par la force, en attendant l'arrivée de Christophe
Celui ci après avoir ealmé les esprits dans le Nord devait sem
rendre à St. Marc pour empêcher l'insurrection de se propager :
de l’atteindre , car il n'avait nulle confiance en la loyauté des chefs
de l'Ousst et du Sud. 5 | Le 21 Octobre, il éerivit la lettre suivante à S. M. l'ImpératriceM
défensive, prêtes à rez.
pousser la force par la force, en attendant l'arrivée de Christophe
Celui ci après avoir ealmé les esprits dans le Nord devait sem
rendre à St. Marc pour empêcher l'insurrection de se propager :
de l’atteindre , car il n'avait nulle confiance en la loyauté des chefs
de l'Ousst et du Sud. 5 | Le 21 Octobre, il éerivit la lettre suivante à S. M. l'ImpératriceM à | « Il serait difficile à mon cœur, ma chère Commére, de vous“
exprimer lassensation que j'ai éprouvée en apprenant : la nou
velle des troubles qui ont eu lieu, et surtout l'attentat inoui Gui
été commis sur la personne de $S. M. l'Empereur, votre époux; mom
inquiétude ést sans égale sur son sort. Je n'ai pusparvenir à avoir
aucun déiaii cerlaia sur ces imalheureusessaffaires ÿMjignore absolu”
ment ies chefs des insurgés, leur plan et leur but; je ne puis encore
peñser quils aient'osé Mhper leurs mains dans son sang. Dé
crainte que l'insurrection ne se propagedans le Nord, j'ai cru prudent
de prendre, avant de me déplacer, des mesures qui tendent au maintien de l’ordre dans les deux divisions J'ai ordonné: l'habille= | ment et la solde des troupes. Du moment'quil me sera permis.
de m'absenter, vous me verrez voler auprès de vous.” Ne vo “ . | ds
+ LA ciel, HISTOIRE D’HAITI 1606) | 843 laissez pas, chère commère, accabler par le chagrin; vous me connaissez , ayez une confiance entière en mot; je ferai tout ce que:
Fhonneur exige de moi pour éviter l’effusion du sang entre nous.
Le grand projet de nos ennemis est donc rempli; ils ont enfin réussi à mettre la division dans l'Empire, et dans quel moment ? à
là veille d'une pacification générale en Europe , où nous ne devrions
songer qu'à finir nos fortitications et attendre l'ennemi. De grands
coupables ont joué un rôle dans cetie affaire. « Je férai tout ce que mon devoir m'ordonnera de fäire ; Je prendrai Dieu à témoin de mes actions. Ayez soin de vos enfans. .
Jar écrit au Ministre des finances , s’il croyait que vous, ainsi que
votre intéressante famille, couriez quelques risques, de me le faire
savoir tout de suite ; je vous enverrais chercher, ainsi que vos enfahs,
pour venir auprès de mon épouse qui est dans les alarmes et qui
gémit comme moi sur ce cruel événement. « Je vous embrasse de tout cœur et avec un'dévouement sans
bornes. » “FAR. LR Deux jours après avoir adressé celte lettre à Madame Dessalines,,
Gbristophe adhérait à la révolution qui s'était opérée , et traitait
» l'Einpereur d'Hydre dévorante. Le colonel Pierre Toussaint, commandant de la place de Six Mare et le général Vernet venaient de lui
faire parvenir less dépêches des généraux Gérin et Pétion. Il éprouva une juie réelle d'avoir été proclamé le chef du gouvernement.
Hoconvoqua aussitôt à Milot les autorités civiles et militaires du Cap
et des environs et leur donna leciure des lettres qu'il avait reçues
t de la piéee intitulée, Résistance à l'Oppression.
— Les autorités du Nord , agissant sous son influence , accueïllirent
favorablement la révolution, rédigèrent et signérent l'acte qui suit:
. Il éprouva une juie réelle d'avoir été proclamé le chef du gouvernement.
Hoconvoqua aussitôt à Milot les autorités civiles et militaires du Cap
et des environs et leur donna leciure des lettres qu'il avait reçues
t de la piéee intitulée, Résistance à l'Oppression.
— Les autorités du Nord , agissant sous son influence , accueïllirent
favorablement la révolution, rédigèrent et signérent l'acte qui suit: | Aujourd'hui 23 Octobre 1806, an 3e de l’Indépendance.*
… Nous soussignés, sur l'invitation à nous faite par son Excellence
le général Christophe,
Nous nous sommes rendus au quartier-général de Milot, à l'effet
“de prendre connaissance des dépêches qui lui ont été adressées par
BL. LE. les généraux commandant les divisions du Sud et la 2.e
de l'Ouest, où étant il nous a été donné,lesture; 4° D'une lettre è »
, F .
0 " $ F Pa # à ; ‘ ! J , A D
* Le lecteur ne doit pas s'étonner que je tfanscrive littéralement. la plupart. L des pièces qui ont trait à la chute de Déssatines. Elles "sont de lawplus haute
“importance dans notre histeire et peu connues de la nouvelle génération Rapportées
ch. entier , elles font parfaitement connaître cet événement qui.a eu les résultats les.
plus déplorables et dont les effets se font sentr jusqu'aujourd'hui Elles surchargent la narration et l’interrompent souvent; mais en les rejetant à la fin de l’ouvra-
“ge, elles ne seraient pas parcourues de beaucoup de lecteurs qui se contentent da.
“lire un livre, sans jeter les yeux sur les pièces justificatives,
À « \ j k + ‘ D . 844 HISTOIRE D'HAITI.—(1806) « écrite à S. Ex. le général en chef, par le général de division Pétion, en date du 17 du courant; 2° D'une lettre du général minisire de la guerre et de la marine, accompagnant Ia relation de la
campagne haïilienne contre la {yrannie, en date du 48 du couränt;
3° Enfin d'une déclaration ayant pour titre : Résistance à l'Oppression. Après avoir mürement réfléchi sur le contenu des lettres et la
déclaration précitée, ainsi que sur les motifs qui ont déterminé l’armée susdite à se réunir contre la tyrannie sous laquelle nous gémissions, nous restons pénétrés de reconnaïssance pour le courage et l'énergie qu'elle a montrés, en écrasant la tête de l'Hydre qui allait nous déVorer; lrompés par les fausses protestations de protéger et d'assurer
notre liberté, de respecter nos droits, à peine avions-nous donné
une adhésion pleine, franche et loyale aux mesures censervatrices
qu'on nous annonçait, que le plus dur despotisme, la tyrannie la
plus ‘révollante ont pesé sur nous. s 24
O joug affreux et désespérant ! Il est enfin brisé !
Les mêmes sentimens qui ont porté nos frères du Sud et de l'Ouest
à cet acle répressif nous animent tous, et comme eux nous avions senti
que nous ne pouvions mieux placer le salut de notre pays qu’en
déférant au général en chef Henri Christophe, les rênes du gouvernement, sous quelque dénomination que ee puisse être.
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plus ‘révollante ont pesé sur nous. s 24
O joug affreux et désespérant ! Il est enfin brisé !
Les mêmes sentimens qui ont porté nos frères du Sud et de l'Ouest
à cet acle répressif nous animent tous, et comme eux nous avions senti
que nous ne pouvions mieux placer le salut de notre pays qu’en
déférant au général en chef Henri Christophe, les rênes du gouvernement, sous quelque dénomination que ee puisse être.
ï PORT Te | PTT Nous nous sommes empressés de lui manifester nos vœux à cet
égard, et, après nos vives sollicitations, il à adhéré; 1} ne nous reste «
maintenant qu'à nous féliciter sur un avenir plus doux; sous la
protection des lois sages qui vont être faites et sous leur entière“
exécution, ce ne sera point un chef que nous aurons, ce sera un
père entouré de ses enfans, qui n'aspirera qu'à leur bonheur et à
leur prospérité, = Fait et clos les jour, mois-et an que dessus. Signé : P. Romain, général de division; Dartiguenave, général de
brigade; Gérard, Campos Thabarrés, adjudans-généraux ; Ch. Thi=«
phaine, chef de bataillon d’ariillerie; H. Barré, chef de bataillon,“
directeur du'génie; Roumage jeune, administrateur; César Thélémaque, contrôleur ; Roumage aîné, directeur des domaines; L. Ra“
phaël, dirécieur de la douane; Léroy, gardé magasin ; Bertrand Les
moine, peseur; Fleury, présideut du tribunal civil ; Beaubert, juges
Bonniot, président du tribunal de commerce; J. B.#Petit, Almanzor
pére, juges; Jean Jsaac, juge-de paix; Delon, assesseur; C. Brelle,
curé; Vilion, J. Feérrier, Juste Hugonin ; Ch. Leconte, négociant. Le général en chef de l'Etat d'Haïti, Signé: Henry Cnrisropne. « Christophe livra à l'impression les dépêches qu'il avait reçues |
ainsi que la Résistance à l'Oppression. Le même jour, 23 Octobre, “
. .
£ Du déni : mi ML, DRE NT TR ae ACT © age Rene * - ’ HISTOIRE D'HAITI. 2e (1806) 848 il écrivit à Gérin que l'événement tragique qu'il lui avait annoncé
et qu'une cruelle nécessité avait amené, l'avait affigé; que jamais l'or:
… gueil et l'ambition ne l'avaient dominé, et que le bonheur de ses
concitoyens avait toujours été son unique désir; qu'il acceptait la
Charge de chef du gouvernement, aussi honorable que péuible et
difficile, qu'il approuvait toutes les mesures qui avaient été prises, el, pour parvenir à: l'établissement d’une constitution régénératrice, qu'il élait nécessaire qu’une assemblée, composée des hommes les
plus notables, les plus éclairés et les plus amis de la chose publique se format pour travailler à ce grand œuvre; qu'il désignerait
le temps, le lieu où cette assemblée devrait se réunir , et la quan-
…_ iité de membres qui devraient la composer. Il écrivit À Pétion qu'il
— approuvait la bonne conduite de ses frères du Sud et de l'Ouest, et
D le Pria de s'entendre avec Gérin pour maintenir le bon ordre jusqu'à ce que les lois fussent définitivement faites.
la chose publique se format pour travailler à ce grand œuvre; qu'il désignerait
le temps, le lieu où cette assemblée devrait se réunir , et la quan-
…_ iité de membres qui devraient la composer. Il écrivit À Pétion qu'il
— approuvait la bonne conduite de ses frères du Sud et de l'Ouest, et
D le Pria de s'entendre avec Gérin pour maintenir le bon ordre jusqu'à ce que les lois fussent définitivement faites. Il adressa à Gérin, de Milot, le 23 Octobre, la EL suivante signée
des autorités du Nord : Au Ministre de la guerre et de la marine, et à tous nos frères des.
armées du Sud et de l'Ouest.
Frères et amis, Nous vous serrons dans nos bras, et nous noué réunissons À vous
de cœur et d'esprit. Comme vous, nous aimons la liberté, et comme vous, nous détestons l'oppression. Le général en chef s'est ren-
- du à nos vœux qui sont conformes aux vôtres; il accepte [a pre-
… mière magistrature de FEtat que vous lui offrez. Christophe expédia, au Port-au Prince, .par son aide de-camp St.
George, et par Monsieur Bertrand Lemoine, sa réponse à Gérin, ainsi
quà Pétion, et l'adhésion des autorités du Nord à la révolution, Trois jours après 26 Octobre, il écrivit à Pétion qu'il attendait
avec impatience l'arrivée de l'adjudant général Bonnet, son chef d’état-major. Voulant voir se disperser les forces réunies au Port auPrince, qui lui inspiraient des inquiétudes, il lui dit qu'il était essenuel, avant de commencer à travailler à l’acte constitutionnel, que
les têtes fussent calmes et que le silence de la méditation laiseAt la
faculté d'assurer le bonheur du peuple d'Haïti, qu'il fallait, en con.
séquence que des troupes reprissent leurs -garnisons respectives ,
que tous lés corps retournassent dans leurs arrondissements tant
pour la sûreté de l'Etat que pour le maintien du bon ordre; qu'aus-
“silÔt que tout serait rentré .dans l'état ordinaire , il inviterait les
citoyens les plus sages, les plus notables, ceux qui possédaient la
confiance du peuple à se réunir dans un lieu qu’il leur désignerait
pour former le pacte qui dût lier et assurer le bonheur des Hasïtiens.
À dar une autre lettre, même date, il exprima à Pétion le désir de ” [
% +
846 : HISTOIRE D’'HAITI 1806), voir se rendre auprès de lui les officiers qui avaient formé l'étatmajor de Dessalines. L'adjudant général Blanchet arriva au Port auPrince, porteur de ces deux lettres. Il ne retourna plus dans le Nord; et
la plupart des officiers de l'état major de Dessalines qui n'étaient
pas naüfs du Nord ou de l’Artibonite, demeurèrent au Port au Prince.
Dans sa lettre Christophe avait manifesté le désir d’avoir aaprès de
lui ladjudant-général Papalier; celui ci partit pour le Cap où il ne
demeurera que quelques jours. | |
judant général Blanchet arriva au Port auPrince, porteur de ces deux lettres. Il ne retourna plus dans le Nord; et
la plupart des officiers de l'état major de Dessalines qui n'étaient
pas naüfs du Nord ou de l’Artibonite, demeurèrent au Port au Prince.
Dans sa lettre Christophe avait manifesté le désir d’avoir aaprès de
lui ladjudant-général Papalier; celui ci partit pour le Cap où il ne
demeurera que quelques jours. | | Pendant cet intervalle, le navire qui portait le général Bonnet ,
envoyé en députation auprés de Christophe, entrait dans la rade du
Cap. A l'apparition du bâtiment un peuple immense accourut
au rivage. Bonnet descendit du navire, traversa la foule et se rendit
au bureau de l'arrondissement, tout en racontant à ceux qui l’entouraient les détails de Finsurrection du Sud et de la chute de
Dessalines. « Nous aurons désormais, leur disait-il, une Constitution dans laquelle les attributions-du chef de | Etat seront si réduites
quil se trouvera dans l'impossibilité de faire le mal. » Des espions
. de Christophe recueillaient toutes ses paroles et se hâtaient de les
rapporter à Fautorité. L'adjudant général Richard , commandant
de la ville du Cap, linvita à se rendre à la Ferrière où se trou- «
valt alors Christophe. Bonnet se procura une monture et s’ache=M
mina vers la citadelle. Quand il atteignit le sommet du morne |
Laferrière | il aperçut Christophe debout près d'une des embrasures du Fort, une longue vue à la main et plongeant ses regarde sur les campagnes environnantes. Il s’approcha de lui, mais
le général en chef feignant de ne pas le voir, ne se détourna pas des
éhjels qui attiraient son attention. Ilne porta sur ln les yeux qu'après qu'il eut entendu sa voix. « Les troupes réunies au Portau Prince , le peuple du Sud et de FOnest m'ant envoyé, général,”
veus annoncer que vous avez élé proclamé chef provisoire de l'Etat
d'Haïti. » Christophe qui avait à ses côtés plusieurs officiers, le”
prit à l'écart et lui demanda aussitôt ce que l'en avait fait de Men
tor. Bonnet lui répondit qu'il Mavait laissé au Port au Prince, ,«
sainet sauf « Je suis fâché, répliqua Christophe, qu'on Fait épargné; on eut dû l’exécuter ou le déporter. Eh bieu! je ne serai
pas du reste plus méchant que vous. » Il engagea Bonnet à retourner au Csp, peur l'y attendre, et lai offrit des chevaux avec cour"
toisie. Bonnet accepta ses politesses et rentra en ville au .commen=
cement de la nuit: Sa demeure se remplit aussitôt de citoyens de
toutes conditions; les uns se félicitaient de la mort de Dessalinessm
les auires, envoyés par le général Richard, pour espionner, se taisaient”
et recueillaient les moindres paroles. La plupart lui dirent, en partieu=«
lier, que le général Christophe promettait un gouvernement beau”
coup plus sanglant que celui de Toussaint Louverture. Le lende“
main, les émissaires que Christophe avait envoyés au Port-au-Prince; "
de citoyens de
toutes conditions; les uns se félicitaient de la mort de Dessalinessm
les auires, envoyés par le général Richard, pour espionner, se taisaient”
et recueillaient les moindres paroles. La plupart lui dirent, en partieu=«
lier, que le général Christophe promettait un gouvernement beau”
coup plus sanglant que celui de Toussaint Louverture. Le lende“
main, les émissaires que Christophe avait envoyés au Port-au-Prince; " Sr HISTOIRE D’HAITI.— (1806) -. 847 aussitôt après la nouvelle de la chute de Dessalines , revinrent dans
le Nord. Ils annoncèrent au général en chef l'assassinat de Mentor et
de Boisrond Tonnère, la nomination par les révolutionnaires du colonel
Wagnac au grade de général, et enfin combien les généraux du Sud
et de l'Ouest étaient peu sincères à son égard. Christophe comprit
que l'on ne s'était servi de son nom que pour donner de la consistance à l'insurrection. Il se défia davantage de Pétion, de Géria
et des autres officiers de l'Ouest et du Sud. Il ne songea plus
qu'à déjouer leur projet. Ii se transporta au Cap, et réunit au
— palais du gouvernement les autorités et les principaux etioyens. Il
S'assit à l'extrémité de la grande salle et prit une atüiude sombre.
Bonnet plein de calme et de dignité se tenait en face de lui à [lextrémité opposée: On éprouvait des inquiétudes pour les jours des
envoyés du Port au-Prince. « L'insurrection du Sud et de | Ouest,
dit Christophe, rempant le silence qui régnait dans l'assemblée,
est le résultat de l'ambition. On en veut aux bommes éclairés,
car on à essassiné Boisrond Fonnère; on en veut aux noirs, Gar on
a assassiné Mentor. Vous ne m aviez pas parlé de ces erimes , général
Bonnet ! | |
Bonnet se leva et répondit d’une voix ferme: Dix sept mille hommes ont abattu Dessalines au Pont-Rouge; si l'ambition les eut antmés , ils se seraient précipités dans le Nord, et rien neût pu Îles
empêcher de pénétrer jusqu’au centre de la ville du Cap. J'ai
été député ici pour vous proclamer chef “provisoire du gouvernement d'Haïti; depuis men arrivée je n'ai reçu aucuve lettre du
Port-au-Prince. Si Mentor et Boisrond Tonnère ont éié exécutés,
c'est qu'ils conspiraient , sans doute , contre la tranquillité publique.
… Mais, général en chef, je suis surpris de l'intérêt que vous parais-
—.sez porter à présent à Meutor, quand le jour de mon arrivée, vous
m'avez dit, à la Ferrière, que les révolutionnaires avaient mal fait
“de ne l'avoir pas étécuté ou déporté. » Cette réponse déconcerta
… Christophe qui ne sy attendait: nullement. Il se leva et se retira
dans un autre appartement. Il dit à plusieurs officiers qui l'avaient
suivi: si l'ambition seulement ne les avait pas poussés à l'insurrec-.
tion , auraient ils cherché à se rendre forts en donnant des grades?
N'ai-je pas seul le droit de faire des promotions , moi qui ai été proclamé le chef du gouvernement? Ne voyez-vous pas qu'ils veulent
se créer des parlisans? Eh bien! je me rendrai fort, moi aussi;
muet je ne me laisserai pas égorger comme Dessalines. » Quoiqu'il
…{üt mécontent de l'attitude prise par les chefs de l'Ouest et du Sud,
il ne voulait pas se prononcer encore contre la révolution; il attendait que la Constitution qui dût être faite, fût publiée; il se proposait de l’accepter si les attributions du chef de l'Etat y étaient lar+
sement consacrées, sinon la rejeter. Déjà il déclarait, à ses ofliLeicrs qu'il avait toujours éié étranger à la conspiration qui avait
. » Quoiqu'il
…{üt mécontent de l'attitude prise par les chefs de l'Ouest et du Sud,
il ne voulait pas se prononcer encore contre la révolution; il attendait que la Constitution qui dût être faite, fût publiée; il se proposait de l’accepter si les attributions du chef de l'Etat y étaient lar+
sement consacrées, sinon la rejeter. Déjà il déclarait, à ses ofliLeicrs qu'il avait toujours éié étranger à la conspiration qui avait * 348 HISTOIRE p’uaiTi.—{1806) existé contre Dessalines. C'était pour s’attscher la plupart des troupes de lArtibonite, dont l'Empereur avait été très-aimé. Le lendemain il apprit que Bonnet, se promenant beaucoup, à travers I
ville, ne parlait, à dessein, que de liberté individuelle et de Constilütion démocratique. Il le manda au palais et lui dit dans un
entretien particulier : « On «a bien fait d’avoir sacrifié Mentor ; c'était
un grand ambitieux; mais je suis forcé de condamner ee fait en
présence ‘de ces brigands St m'enteurents; si, par mes paroles,
je ne les eontenais pas, ils se livreraient à toutes sortes d’excés et
tenteraient de m'assassiner; Mia je n'aientendu blâmer ni vous ni
Pétion. » d Dans les premiers jours de Novembre , Bonnet annonçæ
qu'il allait retourner au Port'au Prince, Quand il prit congé
de Christophe, celui e1,mit à sa disposition des voitures et des che
vaux ; il les refusa avec politesse, Un des frères Roumage
l'avisa que Christophe avait envoyé l'ordre à un nommé Macaya de
- l'assassiner . au Camp-Coq près de Plaisance, quand 1l traverserait
ces lieux. Bonnet partit aussitôt, chemina rapidement et devança
l'embuscade. Mais quand il pari: at prés des Gonaives, il fut arrêté |
par un détachement &e quarante hommes, Comme il était escorté
d’une trentaine de jeunes gens, on n'osa l'attaquer. L officier qui
commandait le détachement lui dit qu'il avait été chargé, par le général
Magny, commondant des Gonaïves, de venir à sa rencontre et de
l'accompagner jusqu'en ville. Qi sand Bonnet entra aux Gonaives, il
se plaiguit qu'un officier subalierne se fût oublié jusqu'à arrêter
un officier général. Magny condamna la conduite de l'officier et le” CA
punit sévérement. En effet, homme plein d'honneur, il n'avait
envoyé le détachement à sa rencontre que pour lui rendre les honnéurs. Bonnet descendit chez Mme. Dessalines qui, d'une bonté”
surnaturelle, l’accueillit très bien. Ts 4 * Pendant cet intervalle, un officier arriva du Cap aux Gonaïves,…
se rendant à Marthand. H avait été chargé par Christophe de conduire un bataillon de la 4e. au pent de FEster et d'y dresser une.
embuscade à Bonnet. Celui-ci était à iable chez madame Déssalines M
quand les jeunes gens du Port-au-Prince qui formaient son escorte’,
apprirent ce nouveau projet de guet-à-pens. H en fut aussitôt avisé”
et monta en volture. Il devança l'embuscade et entra à SaintMarc. Le colonel Pierre Toussaint, cominandant de cette ville,
le reçut avec froideur. Jean Louis Longuevalle, colonel Ge Ia 4e,
vint au bureau de la place et parla d'arrêter les assassins de lEmpe
reur. Il fut question de placer une entbuscade à la Ravine Séche
Bonnet, informé à temps de ce qui allait se faire, partit aussitôt
de St; Marc, et rentra au Rort-au- -Prince , Sain et sauf. Xl ren
. Le colonel Pierre Toussaint, cominandant de cette ville,
le reçut avec froideur. Jean Louis Longuevalle, colonel Ge Ia 4e,
vint au bureau de la place et parla d'arrêter les assassins de lEmpe
reur. Il fut question de placer une entbuscade à la Ravine Séche
Bonnet, informé à temps de ce qui allait se faire, partit aussitôt
de St; Marc, et rentra au Rort-au- -Prince , Sain et sauf. Xl ren { ; à
« compte de sa mission et reçut des félicitations peu communes. *
Quoiqu'il y eût beaucoup de mécontens dans le Nord et FaAr-.
tibonite, les habitans de ces deux provinces demeurèrent prêts à obéir à Christophe; ia seconde division de l'Ouest et le Sud , bien ve Christophe eût été proclamé chef provisoire du gouvernement ; reconnaissalent que l'autorité de Pétion et de Gérin qui sgicsaient sans sincérité à l'égard du généralcn chef dont ils ve: aniares it Phu-
…_ meur deszpotique et cruëélle. Dans cet état de choses, la guerre
« civile devait ne pas tarder à éclater.
…. De tous les géngraux de l'Ouest et du Sud, Pétion È depuis la
* mort de Geflrard, était celui que les troupes et de peuple vénéraient
le plus. Venail en seconde ligne dans l'estime publique, le gé-
… néral Gérin qui'se montrait envieux de’linfluence de Pétion. Déjà
- les citoyens et les troupes parlzient de mettre ce! dernier à leur tête,
si l'on en venait à une rupture avee Christophe, Quand quelques
murmures éclatatent dans les casernes , les soldats n'écoutaient que
sa voix. Les 11e el 12e demi brigades n'ayant reçu que deux gour-
- des et demie au lieu de cinq qui leur avaient été données près la
… mnort de Dessalines rompireut presque les liens de la discipline. Le
— général Yayou se rendit aussitôt aux casernes et leur parla; maisil
fut hué et obligé de se retirer. Dejà on éprouvait en ville de graves DE des. Le général Pétion se transporta aux carsernes €t - fut accueilli par les cris unanimes des soldais de vive le générab Péuon! Il leur dif: mes camarades, si vous n'avez reçu que deux
- gourdes et demie, c'est d’après les ordres du général'en chef Chris-
“iophe auquel veus devez une chéissance absolue ; mais, d'uneauire
part, soyez convaincus que ma voix se fera toujours entendre toutes
“les fois qu'il s agira de défendre vos droits. » Il sortit des casernes,
au milieu des acclamations des trot upes. Les deux demi brigades ,
po fournissaient ensemble une force de 8, 600 hommes, rentrèrent
dans-le devoir. Christophe, en sa qualité de chef provisoire du gouvernement , fit
connaître au peuple et à l'armée d'Haïti, par une adresse du 2 Novembre, rédigée par Rouanez jeune, les devoirs que leur imposait
… le nouvel ordre de choses. | HISTOIRE D'HAITI.=— (1806) 349 « « L'événement qui vient de vous rendre à un sort plus digne de
vos sacrifices el de vos travaux, qui, en détr uisant l'arbitraire dont.
qualité de chef provisoire du gouvernement , fit
connaître au peuple et à l'armée d'Haïti, par une adresse du 2 Novembre, rédigée par Rouanez jeune, les devoirs que leur imposait
… le nouvel ordre de choses. | HISTOIRE D'HAITI.=— (1806) 349 « « L'événement qui vient de vous rendre à un sort plus digne de
vos sacrifices el de vos travaux, qui, en détr uisant l'arbitraire dont. “ous aviez à vous plaindre, vous prépare un avenir heureux, doit
Le Dé le nœud indissoluble de notre union et le rempart de notre fé- - Jicité. C'est n'avoir rien fait que de détruire une mauvaise admi-
}
* Je tiens de feu le général Bonnet lui même une partie des détails que je viens de
rappoïter. En 1841 et 1842, quand il venait de St-Mare , où il commandait, am
» Poit-au-Prince , il me rasontait | avee bonté, quoique je fusse d'une extrème joumeme, les événenens politiques auxquels il avait pris part, È
# u * 350 misroire D'saiTi.—(1806) nistralion sans lui en substituer une meilleure et sans se garder des
désordres &e l'anarchie trop facile à se glisser dans la transition
politique d'un régime à un auire. Souvenez vous que le gouvernement qui va désormais garantir vos droits et assurer le prix de vos
privalions, demande de vous F'obéissance, le maintien exact de l’ordre
et de l'union, le respeet à vos chefs, l'observation de la discipline
militaire et l'exécution des lois: Voilà les conditions sans lesquelles
il lui est impossible de faire un pas dans la nouvelle carrière qui
vient de lui être ouverte. s « Vous militaires de tous grades qui, depuissquatre ans, n'avez M
cessé de soutenir sous des chefs distingués, l'honneur du drapeau.
d'Haïti, voudriez-vous perdre, en un jour, et votre réputation et la
récompense qui vous est destinée? Voudriez vous renverser, sur vos
propres têtes, l'édifice de notre indépendance et de notre hberté,.
et nous exposer, par sa chute, à l'ironie des nations? Avez vous
oublié les préceptes de cette discipline qui a fait distinguer même
par nos ennemis, votre mérite et votre bravoure? Souvenez vous
que le soldat n est pas digne de ce nom lorsqu'il s'écarle du sentier
de ses devoirs? Souvenez «vous que la sûreté de l'Etat, celle de
vos familles, des citoyens et des propriétés, dépendent de votre obéz
issance à vos chefs. Le gouvernement à les yeux ouverts sur VOUS ÿn M
il sait quelles ont été vos privations ; il s'occupe, à chaque instant,
de pourvoir, d'avance, aux moyens d'assurer voire équipément, votre
paye el votre existence. Ne détruisez donc pas les soins qu'il consacre à assurer votre sort. « Vous eultivateurs et habitans, dont les bras laborteux soutien- ‘
nent les bases du gouvernement, votre bonheur est dans vos travaux, «
votre richesse est le produit de votre culture; sans l'ordre le plus l
exaci, sans une tranquillité parfaite, vous perdrez tout le fruit de
vos sueurs ; Votre bonheur et celui de votre famiile occupent le gou- t
vernement; 1l ne cesse de travailler pour vous donner des règlemens dont la sagesse va vous garantir la jouissance du produit de 4
votre travail et assurer l'aisance dans le sein de vos familles. La“
régularité de votre conduite est essentiellement nécessaire pour as=
surer les eflets de la bienfaisante sollicitude du gouvernement à.
votre égard, |
tout le fruit de
vos sueurs ; Votre bonheur et celui de votre famiile occupent le gou- t
vernement; 1l ne cesse de travailler pour vous donner des règlemens dont la sagesse va vous garantir la jouissance du produit de 4
votre travail et assurer l'aisance dans le sein de vos familles. La“
régularité de votre conduite est essentiellement nécessaire pour as=
surer les eflets de la bienfaisante sollicitude du gouvernement à.
votre égard, | « Militaires de toutes armes , habitans de tous états, pénétrez-vous
bien de la nécessité d’une rigoureuse obéissance aux lois ; s'il est au
milieu de vous des agitateurs, des stipendiés de nos ennemis, des traitres
qui chercheraient à détruire vos principes, sachez les connaître; mettez
le gouvernement à mème de détruire les pernicieux effets de leurs per-.
fides insinuatiens ; confiez, sans detours , à vos chefs , avec la francliise”
du vérnable haïtien, leurs suggestions aslucieuses. Gardez, dans vo:
âmes, l'amour de votre patrie, eelui de l'ordre; imprimez yel
caractères ineffaçables, que le gouvernement veut le maintien delà 2?
a HISTOIRE D’'HAITI.— (1806) 851 plus parfaite union, et le sacrifice de toute haine, ambition, de tout
esprit de parti et n'a d'autre but que le salut de l'Etat, » Tout en publiant de telles pièces par lesquelles il préchait la discipline la plus sévère, Christophe s’efforgait de répandre la division
parmi les officiers généraux de l'Ouest et du Sud, pour qu'il püt
les écraser avec plus de facilité. Depuis le 30 Octobre, le général
Yayou , sortant du Port-au-Prinee, élait revenu à Léogane, le chef
lieu deson commandement. Il y avait trouvé le désordre à son comble ,
et lintrigue s'exerçant contre lui activement: quelques hommes
iufluens du quartier voulaient lui enlever son commandement. Il
s'était rendu hostile à beaucoup d’habitans par la violence de son
caractère. L'adjudant général Marion, les colonels Dieudonné Charlot et Lamarre étaient en mésintelligence avec lui: il parut se repentir d'avoir pris les armes contre Dessalines, apuela chez lui
Inginac l'ex directeur des domaines et l’entoura de sa protection.
Nous avons vu quil était créole de la Grande Rivière du Nord. Be
10 Novembre un messager arriva de ce quartier à Léogane, porteur
d'uue lettre de Christophe à son adresse. Ce dernier s’eflorçait de
#ui inspirer des craintes à l'égard des habitants et des soldats de
ésintelligence avec lui: il parut se repentir d'avoir pris les armes contre Dessalines, apuela chez lui
Inginac l'ex directeur des domaines et l’entoura de sa protection.
Nous avons vu quil était créole de la Grande Rivière du Nord. Be
10 Novembre un messager arriva de ce quartier à Léogane, porteur
d'uue lettre de Christophe à son adresse. Ce dernier s’eflorçait de
#ui inspirer des craintes à l'égard des habitants et des soldats de ] Ouest et du Sud qui, lui disait il, détestaient les gens du Nord;
- 11 lui rappelait plusieurs des circonstances de la gucrre civile entre
Toussaint et Rigaud et lexhortait à être sans inquisiude sur le
sort de sa famille qui était à la Grande-Rivière, en lui donuant
l'assurance qu'elle était l'objet de toute sa sollicitude. En terminant
sa lettre, 1lle priait de croire à sen estime et à la confiance que lui
avait inspirée son courage, lui exprima qu'il appréciait les services qu’il
ayait rendus à la patrie et qu’il déplorait que Dessalines l'eût enveyé dans
l'Ouest, en l'obligeant à quitter des lieux que sa valeur avait arrachés
aux français. Yayou n'ignorait pas qu'il n'avait été déplacé de la Grande Rivière par Dessalines qu'à l'instigation de Christophe, son ennemi persounel. Cependant il se montra satisfait qu'il lui rendit justice.
Il communiqua celte lettre à plusieurs citoyens qui avaient sa eonfiance. Hs ui rappelérent que Christophe, dès 1805, avait
entretenu une correspondaice avec Geffrard contre Dessalines, que sa
mauvaise foi était évidente, et qu'il ne voulait faire de lui qu'un
instrument pour bouleverser l'Ouest. Yayou frappé de la justesse
de ces observations, envoya à Pétion, par un capitaine de la 24°
la lettre de Christophe. Il ordonna aussi au messager du Nord de
Sacheminer sur le Port au Prince. [Il parcourut ensuite la plaine
de Léogane et les environs, calmant les esprits qui étaient toujours
agilés ei prêéchant aux cullivateurs la soumission à leurs chefs.
“Ouand il parvint sur l’habitation Faucher qu il exploitait depuis sous
Dessalines il apprit qu'il se faisait contre lui une forte propagande
dans les sections de Têle-à-bœuf du Grand Goûve et de Kourque dy
de
Sacheminer sur le Port au Prince. [Il parcourut ensuite la plaine
de Léogane et les environs, calmant les esprits qui étaient toujours
agilés ei prêéchant aux cullivateurs la soumission à leurs chefs.
“Ouand il parvint sur l’habitation Faucher qu il exploitait depuis sous
Dessalines il apprit qu'il se faisait contre lui une forte propagande
dans les sections de Têle-à-bœuf du Grand Goûve et de Kourque dy 1» +? à 1
85? HISTOIRE D'HAÎTI.—( 1806 )
Petit-Goâve; qua c'étaient Lamerre, eolonel de la 24e, et Quique,
chef du troisième bataillon de ce eorps, qui la dirigeaient. On
lui annonça que Lamarre s'était concerté avec plusieurs habitans
de Léogane pour l'abattre , et que le conimandant Quique,
attendait avec son bataillon , pour le sacrifier , quand ïl se
rendrait sur sa propriété, dans la plaine du Petit:Goûve. Ya:
ÿou, sans approfondir ces rapports qui étaient mensongers, revint
à Léogane, très agité, se répandant en ménaces contre ceux qui,
lui avait-on dit, en voulaient à ses jours. Il manda à Léogane le
colonel Lamarre, ainsi que plusieurs officiers de la 24e. Lamarre#
lui répondit qu’il n'obéirait pas à ses ordres, et qu'il ne se transporterait à Léogane que pour se rendre au Port-au-Prince où l'ap: "
pelaient des affaires privées. Cette réponse exaspéra davantage «
le général Yayou qui invectiva contre Lamarre publiquement. Dés
que celui-ci arriva à Léogane, 1l se transporta en la demeure de
Yayou, et en présence des soldats qui montaient la gsrde ehez 6e
général, il l’injuria avec fureur, et le menaça même de son poignard.*
H partit aussitôt après pour le Port au Prince. Le bruit se répandit
au Petit-Goâve que Lamärre avait élé arrêté à Léogane. Le chef”
de bataillon Quique, sans faireaucun mouvement militaire, parla dé
marcher sur Léogane pour le délivrer. Il ne revint sur sa déter
mination qu'en apprenant que son colonel était parti pour le Port auPrince. Yayou avisa Pétion de la conduite de Lamarre et des psroles
de Quique. Lamarre fut aussitôt arrêté, livré à une cemmission militaire, jugé et condamné à quatre ans de prison et à être dégradé.
Le chef de bataillon Quique, par les ordres de Pétion,, fut arrêté
et conduit au Pori-au Prince, jugé, condamué à la peine capitale,”
pour une prétendue rébellion contre l'autorité, et exécuté en place”
publique. Ces rigueurs irritèrent davantage les habitans de l'arron-"
dissement de Léogane contre Yayou. De son côté, le colonel Dieu="
donné Charlot, parent de Lamarre et ennemi personnel de Yayou,«
suscitail à ce dernier toutes sortes de contrariétés en méconnaissant”
sans cesse son autoriié. : L'adjudant général Marion, avait failli d'en"
venir aux mains avee Yayou. Néanmoins il était parvenu à empé’
cher les soldats de la 21e de se révolter contre ce général et de tirer
sur lui à une revue solennelle. Pour éviter l'effusion du sang qui
était sur le point d’avoir lieu, il fil connaître au général Pétien"
que l'anarchie était à son comble à Léogane, et que ‘sa présence y
était indispensable. Pétion sy rendit, sécompagné de cinquante
dragons, commandés par le capitaine Per et®de cent grenadiers de
la 41e demi brigade, sous les ordres du chef de bataillon Confident
Par sa modération il réconcilia les parties, calma les inquiétudes de
effusion du sang qui
était sur le point d’avoir lieu, il fil connaître au général Pétien"
que l'anarchie était à son comble à Léogane, et que ‘sa présence y
était indispensable. Pétion sy rendit, sécompagné de cinquante
dragons, commandés par le capitaine Per et®de cent grenadiers de
la 41e demi brigade, sous les ordres du chef de bataillon Confident
Par sa modération il réconcilia les parties, calma les inquiétudes de es * À cette époque la plupart des officiers supérieurs portaient des poignards à +
la ceinture et quelquefois collés eontre leurs bottes à lécuyère: AT À HISTOIRE D’HAITI,—(1806) 309 Yayou, eondamna la conduite du colonel Dieudonné Charlot et res
tourna au Port-au Prince, le 43 Novembre, emmenant avee lui l'adjudant-général Marion dont la présence ne peuvait que renouveler
les désordres qui avaient existé à Léogane, car Yayou le considérait,
à tort, comme le principal auteur de tout ce qui s'était passé. Yayou,
créole de la Grande-Rivière du Nord, ayant contre lui l'esprit de
localité, rencontrait fort seu de sympathie dans les populations de
l'Ouest. Les habitans de l'arrondissement de Léogane supportaient
avéc impatience son autorité parce qu'il n'était pas de leur quartier, » at quil était, du reste, très-violent. Aussitôt après le départ de Pétion, Dieudonné , appréhendant une
arrestation s'était caché, et perdant toute la journée du 43 on n'avait
pu découvrir sa retraite. Vers minuit, le général Yayou apprit qu’il
s'était réfugié dans une maison près du cimetière de Léogane, et
qu'il se proposait, à la pointe du jour, d'atteindre les montagnes du Grand-Goûve qui étaient en grande rumeur. Il envoya pour l'arrêter |
| un fort détachement. Dés que Dieudonné Charlot aperçut les soldats il tira sur eux deux coups de pistolet; mais il tomba aussitôt
sous une décharge de mousqueterie. Après cette exécution touf rentra dans l'ordre à Léogane, et Yayou reprit son ancien ascendant.
n Pendant que Pétion rétablissait dans l'arrondissement de Léogane
la tranquillité qui avait été un’ instant troublée, Christophe faisait
les plus grands efferts pour la maintenir dans le Nord et l’Arti-
-bonite. Depuis le séjour de Bonnet au Cap, l'esprit d'insubordination avait pénétré dans les treupes; elles ne parlaient que de
Constitution, des droits de l'homme, de la trop grande sévérité du
Code pénal militaire, d'un gouvernement démocratique et de l'égalité
parfaite qui dût exister entre les citoyens. Christophe était obligé
d'exereer de grandes rigueurs, de eommander des exécutions exem- -plaires en tête de l'armée.* Le 3 Novembre il adressa la cireulaire suivante, aux généraux Pétion, Romain, Brave, Vernet, Gérin et
-Férou, concernant la réunion des asseinblées électorales et la convocation de l'assemblée constituante. « Etant instant de travailler à la formation d’une constitution,
voulant autant qu'il est en mon pouvoir accélérer la conclusion de _ * Le 3 Novembre 1806, il adressäla lettre suivante au général Romain:
“ Je viens, général , de recevoir avec votre letire du premier de ce mois Île
ante, aux généraux Pétion, Romain, Brave, Vernet, Gérin et
-Férou, concernant la réunion des asseinblées électorales et la convocation de l'assemblée constituante. « Etant instant de travailler à la formation d’une constitution,
voulant autant qu'il est en mon pouvoir accélérer la conclusion de _ * Le 3 Novembre 1806, il adressäla lettre suivante au général Romain:
“ Je viens, général , de recevoir avec votre letire du premier de ce mois Île | hp qui a été dressé par le chef du premier bataillon de la 1re demirigade, eontre le grenadier Auguste, convaincu d’avoir tenu des propos tendant
à semer le trouble et la division, et d’avoir assassiné le caporal Guillaume , son
chef Vous ordonnerez de suie la convocation d’un eonseil spéeial militaire pour
juger ce délit, et vous ferez fusiller ce grenadier à la tête du premier bataillon,
“après le jugement qui aura été rendu. ” C'était assez dire aux juges auxquels la lettre fut eommuniquée , qu'il n’y avait
à prononcer que la peine eapitale, B54 HISTOIRE D’HA1TI.—(1806) éette œuvre nécessaire, que le plus sûr moyen d'y parvenir est de
réunir les plus sages de nos contitoyens et les plus éclairés sur
Zeurs droits, pour, d’après les vœux du peuple, convenir d'un
pacte qui élablisse les devoirs de toutes les branches du gouvernement ainsi que les obligations des Haïtiens, je vous invite à donner des ordres dans chaque paroisse de la division que vous come
mandez pour faire assembler, le 20 du présent mois, tous les habitans de chacune de ces paroisses, à l'effet d’élire , dans chaeune, .
un citoyen connu par sa moralité et son amour du bien public
pour la représenter et travailler à notre constitution; ces citoyens
se réunirent le 30 de ce mois dans la ville du Pert au-Prince, pour
faire, d'après les vœux de leurs ecommettans, une constitution; et je
n'ai pas besoin de vous recommander d'aider de vos IJumiéres Île
choix du peuple en lui indiquant au besoin les personnes qui, à
votre connaissance , sont dignes de la confiance publique, et pouvant, par leur discernement concourir à la perfection de cet important onvrage. « Vous voudrez bien leur faire observer que la non-résidence dans
la paroisse n'est pas une qualité exelusive de l'élection, tout eïtoyen d'Haïti à droit à la nomination partout où il sera digne. « Lorsque les divers envoyés des paroisses seront arrivés dans 1e"
lieu qui leur est désigné, ils n'auront pas besoin d'autre lettre de
convocation que les procès verbaux de leurs paroisses respectives
pour procéder, aprés que la légalité en sera reconnue, de suite à
terminer le plus tôt possible leur travail. « Aidez de votre influence et &e vos sages conseils, autant qu'il
sera en votre pouvoir , l'assemblée de nes cencitoyens, afin qu'avec
la nouvelle année nous puissions, s'il est possible, offrir au peu
ple l’étrenne précieuse de la nouvelle eonstitution. » 7 Les généraux qui avaient reçu cette circulaire la firent aussitôt
publier dans toutes les paroisses , et le peuple se réunit dans ehaque quartier pour procéder à lélection des députés. Eneore plongé dans l'ignorance, 1l ne nominera, comme sous Toussaint Lou
verture, que les individus que lui désigneront ses chefs. Le Nerd«
et l'Artibonite ne fourniront à la représentation nationale que des
créatures de Christophe, et l'Ouesg, ei le Sud, que des créatures
de -Pétion et de Gérin. | | | %
et le peuple se réunit dans ehaque quartier pour procéder à lélection des députés. Eneore plongé dans l'ignorance, 1l ne nominera, comme sous Toussaint Lou
verture, que les individus que lui désigneront ses chefs. Le Nerd«
et l'Artibonite ne fourniront à la représentation nationale que des
créatures de Christophe, et l'Ouesg, ei le Sud, que des créatures
de -Pétion et de Gérin. | | | % L'adjudant général Papalier qui avait été mandé au Cap par Chris
tophe revint au Port au Prince peu de jours après la publication dem
la circulaire concernant les assemblées électorales. Christophe avait.
produit sur lui une bonne impression; il exprima qu'il le croyait.
animé des meilleures intentions. Son langage deplut à Gérin ek
Pétion, et lui valut de leur part des reproches qui lui furent adressés
sn particulier. Pélion, surtout, était d’autant plus irrité contre 7 : b Le 4 10 E . ! (4
ÿ
i h * ;
HISTOTRE D’HAITI.=— (1506) 9305 Christophe depuis peu de jours, que celui ci, tout en lui envoyant
des lettres pleines d'amitié et en le traitañt de son cher camarade,
blâmait la plupart des mesures qu'il prenait. Ainsi il avait fait dire
à Pétion, par son aide de-camp Doria qu'il avait expédié auprés
de lui, qu'il avait eu tort de casser plusieurs -officiers supérieurs
dûment brevetés sans les avoir fait juger par un conseil spéeial ; qu'il
aurait dû ramener ces militaires dans les bonnes voies par la douceur afin qu'ils pussent être utiles un jour à leur pays; que la
justice du gouvernement voulait tout oublier pour ne voir dans les
militaires et les ciloyens que les enfants de la même famille. En
effet un brevet d’oflicier délivré par un chef d'Etat à un militaire
devient la propriété de celui-ci , el ne peut lui être enlevé que par
Un jugement portant dégradation.
qu'il
aurait dû ramener ces militaires dans les bonnes voies par la douceur afin qu'ils pussent être utiles un jour à leur pays; que la
justice du gouvernement voulait tout oublier pour ne voir dans les
militaires et les ciloyens que les enfants de la même famille. En
effet un brevet d’oflicier délivré par un chef d'Etat à un militaire
devient la propriété de celui-ci , el ne peut lui être enlevé que par
Un jugement portant dégradation. "£a désertion continuait toujours dans les troupes de l'Artibonite ;
les soldats abandonnaient leurs drapeaux et se rendaient au Porte
au Prince. Les autorités de eette ville qui, par des agens secrets,
seflorçaient de répandre le trouble dans le Nord et l'Artibonite, faNorissient ces désertions. C'était en vain que Christophe, par lettres,
enjoignait à Pétion de eontraindre les déserteurs à se rallier à
leurs corps. Le général Pétion demeurait sourd à ces injonctions
et, paraissait entièrement ignorer ce qui se passait. Beaucoup de
jeunes gens de la cavalerie de l'Ouest, des officiers même, des seldaits de la 4e demi brigade étaient entrés au Port au- Prince avec armes et Dbagsges, malgré toute la surveillance qu'exercaient le colonel
Pierre Toussaint, commandant de la place de St. Mare, et le général
Martial Besse, commandant de Marchand.’ Le mattre de musique
delà 4e, Boucher, avec tous les musiciens de ce corps, plusieurs
ouvriers blancs qui travaillaient à l'arsenal de Marchand étaient aussi
arrivés au Port au-Prince. Du Sud et de l'Ouest il n y avait aucune
désertion dans le Nord et l'Artibonite, parce que la licence que Pétion
et Gérin toïiéraient rendait le peuple et le soldat contents. En
abandonnant le Nord et l'Artibonite on fuyait les rigueurs de Christophe dont le caractère ne souffrait aucune indiscipline. A la Grande
Rivière du Nord, la tranquillité était menacée par d’audacieux agi
tateurs. Le général Dartiguenave qui y commandail recut l'orûre
de Christophe de surveiller activement le fort Rivière, dont les fac.
tieux voulaient s'emparer, et de se Lenir sans cesse sur ses gardes.
Pour faire cesser les désertions, il envoya au Port au Priuce, l'a@-
Jjudant-général Borno Déléard auprés de Pétion pour lui ordonner
de contraindre les militaires de l’Artibonite à rejoindre leurs Corps.
Il adressàa en même temps à Pétion quelques extraits d'un ouvrage
qui avail été publié en Angleterre par Mr. Stevens, avocat au conseil
privé de Sa Majesté Britannique. IL P'eugagea à lire avec ot- “téntion ces extraits où étaient exposés les moyens victorieux qu'avait employés l'auteur, pour piouver la stabilité de la liberté et de l'in358 HISTOIRE D'HAITI.— (1806) dépendance des Haïtiens, et la nécessité d'entrer sans délai en relations commerciales avec notre île. Pétion reçut avec froideur l'envoyé de Christophe et fui dit que les affaires importantes qui se
passaient dans le pays, à l’occasion des élections, ne lui permettaient
pas de porter une sérieuse attention sur quelques déserteurs.
és l'auteur, pour piouver la stabilité de la liberté et de l'in358 HISTOIRE D'HAITI.— (1806) dépendance des Haïtiens, et la nécessité d'entrer sans délai en relations commerciales avec notre île. Pétion reçut avec froideur l'envoyé de Christophe et fui dit que les affaires importantes qui se
passaient dans le pays, à l’occasion des élections, ne lui permettaient
pas de porter une sérieuse attention sur quelques déserteurs. Au milieu de tant de difficultés intérieures, Christophe ne perdait pas
de vue nos relations extérieures. Comme chef provisoire du gouvernement , il adressale 24 Novembre 1806 aux puissances neuires, une
proclamation dont les principales dispositions étaient les suivantes: « Toute notre attention ‘est maintenant tournée vers la eulture
des productions de prix. Notre industrie nous a amplement réeompeñsés de nos travaux; nos magasins remplis de toutes les produetions des Antilles n'attendent que l'arrivée de vos flottes pour échanger les marchandises que vous recherchez contre celles dont nous
avons besoin. Si un système défavorable aux progrès du commerce
l'a jusqu’à ce jour empêché de réussir parmi nous, cette influence désastreuse cessera bientôt. Le gouvernement actuel est si éloigné de vouloir mettre des entraves au eommeree, qu'il vous offre
des avantages qu'aucun autre gouvernement ne saurait aceorder. N'importe sous quel pavillon vous vous montrerez , le gouvernement s'engage à veiller attentivement à votre sûreté personnelle et à vos intérêts. Les taxes seront proportionnées aux difficultés que vous. pourrez éprouver en gagnant nos ports. On expédiera vos bâtimers
avec la plus grande promptitude. Le gouvernement a ordonné déjà
la suppression des consignations exclusives, de la taxe sur le prix
des marchandises , des priviléges accordés pour la vente du café,
et de la defense de prendre des cargaisons de sucre, ete. Chacun
sera libre de vendre et d'acheter aux eonditions qu'il croira les plus
avantageuses. Les anciens règlemens , eufantés par l'ignorance, ne
meltront plus d'obsilacles à vos spéculations; vous ne serez plus
forcés d'accorder votre confiance à des individus qui vous étaient
étrangers, et qui n'entendaient pas même les intérêts de leur pays.
Vos marchandises demeureront entre les mains de vos amis et de
vos facteurs particuliers, et le gouvernement s engage à leur aecorder toute la protection qu'ils pourront désirer. Les horreurs qui
n'ont que trop longtemps signalé le commencement d'un règne tyrannique, ne se renouvelleront plus à l'avenir. Venez avee une entière confiance commercer dans nos ports : venez échanger les fruits de voire” industrie contre nos richesses, et soyez persuadés que vous n'aurez
jamais lieu de vous repentir de vous être fiés à nos promesses. « Mais si le gouvernement fait tous ses eflorts pour vous proeurer
les avantages d'un commerce brillant, il exige de vos agens la même loyauté et la même bonne foi. 1l espère aussi que la conduite in »
"
fâme des pirates de la Louisiane ne trouvera pas d’imilateurs. + en a Pa et pare ne - 18TOIRE D'HAITI.-— (1806) 357
és que vous n'aurez
jamais lieu de vous repentir de vous être fiés à nos promesses. « Mais si le gouvernement fait tous ses eflorts pour vous proeurer
les avantages d'un commerce brillant, il exige de vos agens la même loyauté et la même bonne foi. 1l espère aussi que la conduite in »
"
fâme des pirates de la Louisiane ne trouvera pas d’imilateurs. + en a Pa et pare ne - 18TOIRE D'HAITI.-— (1806) 357 « Nos ports sont: le Gap, Fort Dauphin, Port de.Paix, les Gonaïves,,
Saint Marc, Port au-Prince, les Cayes, Jérémie, et Jacmel. Vous
pouvez y envoyer vos cargaisons. . « L'exactitude avec laquelle le gouvernement d'Haïiti a toujours
rempli ses engagemens, est un gage assuré de l'exécution des traités.
qu'il pourra conclure avec vous. Malgré les maux qui ont précédé
notre indépendance et les guerres désastreuses qu'elle à nécessaire.
ment occasionnées, le gouvernement n'a jamais cessé de pouvoir subvenir à ses besoins. Telle est l'étendue de nos ressources, que les
vices même de l'administration précédente n’ont pas empêché les
liquidations d'avoir lieu. Que sera ce donc lorsqu'une sage économie
succédera à la prodigalité, et qu'une juste répartition des revenus.
déterminera les droits du gouvernement et des particuliers. » | Christophe voulant avoir les rensergnemens les plus exacts sur ce:
qui se passait dans la seconde division de l'Ouest et dans le Sud,
se résolut à y envoyer le général Dartiguenave, ancien officier de
Rigaud, sur la fidélité duquel il comptait, plus propre à cetie mission
que n'importe quel citoyen, parce quil y connaissait les individus et les. localités. 11 lui donna pour instructions, le 80:
Novembre, de visiter les deux divisions du Sud, pour y prècher
Vordre’, la tranquillité, la subordination et lPobéissance au ehef du.
souvernement, de recevoir toutes les plaintes qui pourraient lui être
faites, de prendre à lâche de calmer les esprits et de les disposer
à loubli de toute haine et de toute animosité de parti, de ne travañller qu'à maintenir l'union, là fraternité, la bonne foi qui pouvaient
seules préserver le pays des horreurs de Vl'anorchie et de sa ruine
totale, auprès des géneraux, des chefs de corps, des soldais, des
habitans et des cultivaleurs. Les instructions portaient en outre que
toute ‘foi devrait être ajoutée aux conseils que donnerait le général
Dartiguenave, et aux discours qu'il tienérait sur le césir sincére du
chef du gouvernement de rappeler la paix, la concorde et de contribuer
de toutes ses forces à la prospérité du pays; qu'au cas que le général Férou fût décédé, comme on fassurait dans ke Nord , le général
Dartiguenave, confierait, en vertu des ordres. du chef: du gouvernement, le commandement de Ja seconde division da Sud au général
Vaval, provisoirement, et choisirait l'officier le plus capable de commander provisoirement l'arrondissement de Jérémie sous les ordres
du général Vaval; qu'il choigirait parmi les chefs de corps l'officier
le plus capable de commander les deux arrondissemens de la première division du Sud, et es lui confierait provisorrement; que le
général Dartiguenave , s'entendant parfaitement dans l'art des forutications, visiterait toutes les forteresses, y ferait tous les changemensnécessaires et en rendrait compte au chef du gouvernement; que
le ministre Gérin s'adjoindrait à Dartiguenave dans sa mission et
l'aiderait de ses conseils. a.
de corps l'officier
le plus capable de commander les deux arrondissemens de la première division du Sud, et es lui confierait provisorrement; que le
général Dartiguenave , s'entendant parfaitement dans l'art des forutications, visiterait toutes les forteresses, y ferait tous les changemensnécessaires et en rendrait compte au chef du gouvernement; que
le ministre Gérin s'adjoindrait à Dartiguenave dans sa mission et
l'aiderait de ses conseils. a. 333 HISTOIRE D’HAITI.—(1806) ‘ Quand Dartiguenave arriva au Port-au-Prince porteur de. {elles
instructions , il fut accueilli avec indignalion. Comme représentant
du chef du gouvernement il ne pouvait que contrarier Pétion et
Gérin qui exerçaient vériiablement la souveraineté dans l'Ouest et le
Sud. Pétion s'opposa à ce qu'il pénéträt dans le Sud en lui disant
que les circonstances ne le permettaient pas, qu ily exposerail ses
jours, que tout y étanten agitation par les élections le moment n'était
pas favorable. Il s'était aussi montré offensé d'avoir été inxité à se
transporter au Cap avec Gérin. Christophe leur avait fait savoir, par
letires, qu'il avait à s'entretenir avec eux sur les importantes questions du moment, ne pouvant pas coufier au papier ce quil avait. à leur dire. Pélion pensait qu'il lui tendait un piège. Il répondit à Dartiguenave qui lexhortail, au nom de Christophé ,. à
faire ses efforts, dans l'Assemblée constituante , quand elle s’ouvrirait , pour que les prérogatives du peuvoir exécutif fussent des plus
larges : « s’il se présenie un homme assez audacieux pour aborder
une pareille question, je monterai à la tribune pour le combattre;
le peuple veut la liberté , et je le seconderai de’ tous mes efforts. » * à | Le général Férou venait de mourir. Gérin sans l'autorisation de
Christophe avait souffert qu'il fut remplacé au commandement de la Grand'Anse par le colonel Bergerac. Trichet quiétait à la’ tête de la 18e. demi brigade depuis la mort de Bazile. Les gens du Sud
n'entendaient pas que ce quils avaient fait fût même contrôlé par
Chrisiophe quoique celut-e1 fùt le chef du gouvernement. Tout annonçait donc la guerre civile. Le général Laurent Férou, ler vainqueur de Garata, était né sur l'habitation Pinet, commune des
Cotezxux , département du Sud d'Haïti, de Férou blanc et de Thérèse
noire. C'était un franc mulâtre, Avant la révolution son père lui
donna, sur ceite ‘propriété, l'éducation que recevaient à cette époque
la plupart des hommes de couleur. li devint charpentier, il ne
savait ni lire ni écrire; mais il signait son nom. Dans ses momens
de loisir, avant 1790, il se livrait aux exercices que-prenaient alors
la plupart des gens de couleur : 1l montait à cheval et chassait les
cochons marrons, Intrépide chasseur il portail sur le dos la trace de la défense d’un sanglier qui l'avait terrassé. Il était brave, emporté” et d'une grande sévérité. Il devint militaire en 1798 et entra dans le trosième régiment de la légion de l'Egalité du Sad. Son courage“
le fi parvenir au grade de capitaine Pendant nos guerres contre les
anglais, et au commandement de la commmne des Coteaux. Ana:
ANT de Rigaud , Toussaint Louverture lui dta ce commandements
mais à l'arrivée ‘des français, en 1802, il entra de nouveau au
service, et fut placé à la tête de la même commune. En Février
Il devint militaire en 1798 et entra dans le trosième régiment de la légion de l'Egalité du Sad. Son courage“
le fi parvenir au grade de capitaine Pendant nos guerres contre les
anglais, et au commandement de la commmne des Coteaux. Ana:
ANT de Rigaud , Toussaint Louverture lui dta ce commandements
mais à l'arrivée ‘des français, en 1802, il entra de nouveau au
service, et fut placé à la tête de la même commune. En Février * Extrait de la réponse de Pétion aux calomnies du général Christophe. il & HISTOIRE D’HAITI 1606) 358 | 1803, voyant les français rétablir l'esclavage, il s'arma contre eux et
fut proclamé commandant en chef de l'armée indigène du Sud. À
l'arrivée de Geffrard dans ce département il Se soumit à son autorité.
Au milieu de 41803, il fut nommé général de brigade par Dessalines,
au camp Gérard, dans la plaine des Cayes. A l'évacuation de la Grand’-
Anse par les français, il fut nommé commandant de l'arrondissement de Jérémie et mourut en cette ville.
Pendant que Dartiguenave se trouvait dans l'impossibilité deremplir
l mission que le chef du gouvernement lui avait confiée par l'opposilion qu'il rencontrait en Pétion, les émissaires de 1 Ouest et du
Sud , répandus dans le Nord, y semaient toujours la discorde et
linsuberdination. Le caractère de Christophe s’aigrissait de plus en
plus, sa défiance était au comble, à l'égard des révolutionnaires du
Sud et de l'Ouest. 11 venait d'apprendre que Férou , simple général
. de brigade , avant de meurir, avait nommé Bergerae Trichet adjudant
général. Le Sud était devenu pour lui un chaos dans lequel ses
uiées ne pouvaient plus pénétrer. Cependant il écrivit à Yayou qui
avait répondu à ses dépèches, d'après les conseils de Pétion, de
toujours exécuter et faire exécuter les ordres de ce général qui
l'estimait, le chérissait et le protégerait. Mais les murmures des troupes
réveillaient ses fureurs dès qu'elles commençaient à s'apaiser. Les
4e., Te., 8e. demi-brigades de l’Artibonite avaient refusé la solde
que le général” Martial Besse avait ordonné de leur payer. Le
soldat auquel on avait voulu donner deux gourdins par semaine,
demandait deux gourdes et demie; * il ordonna aux deux premiers
» bataillons de la 4e. de venir prendre garnison à la Ferrière, au
3e. bataillon de: la 20e, d'aller occuper l'Arcahaie ; en même temps
il apprit qu'au Port-de-Paix la Je. demi brigade avait aussi refusé
la solde de deux gourdins; il manda au Cap le général Guillaume
qui s'était montré faible en cette occurrence et l’envoya au eachot
à la Ferrière. A l'Arcahaie, malgré les efiorts du colonel Larose,
pour empêcher les désertions , elles continuaient toujours aetivement.
_ Christophe écrivait à ce colonel de ne pas se décourager , de redoubler
… d'activité, qu'il comparait les. déserteurs aux émigrés qui s'étaient
réfugiés à Cobleniz, en Europe, mais quand il en avait été temps,
l'autorité légitime avait bien su les dissoudre. Sur ees entrefaites, le
colonel Boisneuf, commandant de la 106. du Mirebalais, arriva à Milot,
et annonça à Christophe , d’après les ordres du général Jean Philippe
Daut, que ce corps murmurait et refusait aussi la paie, que Île
3e. bataillon de la 20e. s'était en entier retiré au Port-au Prince
iz, en Europe, mais quand il en avait été temps,
l'autorité légitime avait bien su les dissoudre. Sur ees entrefaites, le
colonel Boisneuf, commandant de la 106. du Mirebalais, arriva à Milot,
et annonça à Christophe , d’après les ordres du général Jean Philippe
Daut, que ce corps murmurait et refusait aussi la paie, que Île
3e. bataillon de la 20e. s'était en entier retiré au Port-au Prince * Christophe avait ordonné au ministre des finances de faire payer les troupes,
chaque dimanche, après la parade, ainsi qu'il suit: les sergents-majors , deux gourdins , deux escalins; les sergents deux gourdins un escalia; les cuporaux, six es-.
calins; les soldats, canonniers et dragons, deux gourdins. Les officiers étaiem,
payés à la fin de chaque mois- LU 869 HISTOIRE D°H arri.— (1806) : FRE % et que les six compagnies d'élite de la 3e. qui étaient dans cette
ville, n'étaient point retournés à leur cantonnement de l'Arcahaie,
quoiqu'il eût ordonné au général Pétian de les y envoyer. Au milieu
de tant de difficultés, de tant de tentatives de révolte ,- Christophe
faisait sentir son autorité, et maintenait à force de rigueurs les populations qui rongeaient leur frein. | : e On était au 16 Décembre et l'Assemblée Gonstituante qui aurait dû
s'ouvrir le 30 Nevembre, n’était pas encore en extier réunie au Portau Prince ; cependant les députés du Nord et de l’Artibonite étaient à
leur poste. Le 18 Décembre Christophe lança une proclamation par
laquelle il exhorta l'assemblée, qu'il croyait déjà réunie, à se prémunir contre les menées sourdes et ténébreuses des ennemis îde
l'ordre et de la tranquillité, qui cherchaïent à semer les brandons de la
discorde , et il adressa aux députés plusieurs exemplaires de cette
proclamation ainsi qu’au géné al Pétion.. I apprit en même temps
que le général Durtiguenave n'avait pu remplir sa mission parce que
Gérin qui prétendait qu'on voulait avilir son autorité s’y était opposé,
à l'instigation de Pétion. Il écrivit à Dartiguenave puisqu'il ne lui était
plus possible de se rendre dans le Sud de retourner dans le Nord.
Mais ne pouvant plus contenir son indignation contre le général
Pétion, il lui adressa Îa lettre suivante, en date du 19 Bécembre
que le général Richard apporta au Port-au Prince. « Je viens, général, de recevoir vos deux lettres des 9 et 10 du
présent mois, celle du 9 sans signature. La première m apprend
es le 3e bataillon de la 10e demi- -brigade en garnison au Mirebalais a quitié sans ordre son poste pour se rendre au Port-au Prince où
vous l'avez fait caserner dans la crañite qu'il ne se fût répandu dans
les bois, si vous l'eussiez renvoyé à son poste. « Il est étonnant, Mr. le général, que connaissant la conséquence
de la démarche de ce bataillon, vous ne lui ayez pas prescrit surs
le-champ de retournér à son poste au risque de le voir se répandre”
dans les bois. Vous n'ignorez pas que l'exemple qu'il vient de donner
ne peut que produire le plus funeste effet, et l’on äurait trouvé bien
promptement les moyens de le faire sortir des bois où il se serait
réfugié; je ne puis done qu'être surpris que ce bataillon soit jusqu'à"
ce moment au Port-au Prince, dans vos casernes. ÿ
, vous ne lui ayez pas prescrit surs
le-champ de retournér à son poste au risque de le voir se répandre”
dans les bois. Vous n'ignorez pas que l'exemple qu'il vient de donner
ne peut que produire le plus funeste effet, et l’on äurait trouvé bien
promptement les moyens de le faire sortir des bois où il se serait
réfugié; je ne puis done qu'être surpris que ce bataillon soit jusqu'à"
ce moment au Port-au Prince, dans vos casernes. ÿ « Votre seconde lettre relativement à la mission du général Dar
tiguenave que J'ai envoyé dans le Sad, m'étonne aussi; je ne pouvais <
m'attendre, Mr le général, qu’un officier envoyé par le gouvernement M
pût éprouver aucune difficulté à remplir la mission qui lui était
confiée, ni faire perdre au gouvernement la contiance du peuple,
faire renaître la défiance, détruire l'harmonie et retarder le bien.
Je désirerais savoir, et c'est ce dont vous ne m'avez pas instruit,
comment la mission du général Dartiguenave peut paraître au général L HISTOIRE D'HA!TI.—(1806) 361 Gérin un dessein formé d’avilir son autorité aux yeux de ces hommes qui se sont volonisirement rangés sous son commandement. « Le général Gérin en se mettant le premier à la tête de conx qui
ont contribué au renversement du gouvernement p: écédent, pouvait
il prétendre à la propriété des divisions du Sud; espérait il que ce
serait là le prix de ses services? D'après ce qu'il m'a éerit, il est
bien loin de penser, comme vous le donnez à entendre; ii se plaint
à moi des intrigues qu'ont employées les factieux pour troubler
l'ordre, des peines qu'il a enes de réprimer ion des plages
et la cupidité dans les deux divisions du Sud. Et plut à Dieu qu'il
puisse y parvenir ; Je désire de tout mon cœur qu 11 déjoue ces gens
à parti, qui poursuivent les grades ei la fortune, et contre lesquels
ce général est obligé d'employer des voies de rigueur pour les réprimer. « Je ne puis point m'empècher de vous avoner que js découvre
de plus en plus le fil de toutes les trames et de toutes les menées
qui ont lieu dans l'Ouest et le Sud. Je n'ai jamais su tergiverser ;
jaime qu'on me parle ouvertement et que l'on s'expli ique . ca! ‘hégoriquement. Si vous n'avez pas toujours réfléchi en m écrivant vos
lettres, je n'ai jamais manqué de le faire en les lisant. « Les esprits sont, ditesvous, tendus vers la Constitution ; : Je l'attends aussi avec la lus iqidé impatience ; J'espère quels ne
Ï sera pas uniquement consacrée à favoriser les inirigants et à leur donner les moyens d'alimenter leurs passions. Le boaheur de nos
concitoyens sera toujours le but de toutes mes mesnras et ma gloire
la plus chère, mais Je ne ferai jamais eonsister cette gloire à favoriser les factieux et à contribuer à leurs desseins. » La proclamation du 48 Décembre 4866 signalait Pétion, sans le
nommer , comme Île miachinateur de toutes les intrigues qui se pratiquaient. H était impossibie que les gens du Port-au-Prince ne
reconnussent pas ce général aux paroles suivantes :
heur de nos
concitoyens sera toujours le but de toutes mes mesnras et ma gloire
la plus chère, mais Je ne ferai jamais eonsister cette gloire à favoriser les factieux et à contribuer à leurs desseins. » La proclamation du 48 Décembre 4866 signalait Pétion, sans le
nommer , comme Île miachinateur de toutes les intrigues qui se pratiquaient. H était impossibie que les gens du Port-au-Prince ne
reconnussent pas ce général aux paroles suivantes : « D'après les agitations qui viennent dese manifester dans lesbrigades
de plusieurs divisions , ilnest plus permis de douter que les agens
secrets de quelques ambitieux n'aient été envoyés pour soulever
les troupes contre l'autorité légitime et les porter à refuser la solde
régulière que j'ai établie d'aprés l'état de nos ressources. Que! moment ont-ils choisi pour l'exécution de leurs indignes projets? celui
où l'Assemblée d'Haïti que j'ai convoquée doit commencer le travail
de la Constitution. Il est aisé de s'apercevoir quel est le bu: de
ces ennemis de notre pays; tandis qu'ils retardent, d'un côte,
l'arrivée des députés du Sud, pour avoir le temps d'intriguer et de
se préparer le terrain, leurs émissaires se répandent parmi Îles
troupes des brigades de la première division de l'Ouest, pourles
engager à la désertion ; c’est ainsi que l’on a persuadé aux musiciens
de la 4e. demi-brigade de quitter leurs drapeaux et qu'on à souffert 86? HISTOIRE D’Hta1T1 1806) que Île 3e. bataillon de la 20e. demi brigade ait abandonné sa
garnison du Mirebalais malgré les ordres formels de ses officiers.
On s'est servi de quelques autres déserteurs, partis précédemment,
qu'on a renvoyés de leurs eorps, pour tâcher de gagner ieurs camarades,
el souffler parmi eux l'insurrection et la révolte. etc. » Pétion répondit à la lettre de Christophe du 19 Décembre, ainsi qu'il *
SU : Port-au-Prince le 24 Décembre 1806. N° 18. Le Général de Division PÉTION , commandant la 2°° division de l'Ouest,
et membre de: l’Assemblée constituante, | Au Général en Chef Henry CHRISTOPHE, Chef provisoire du Gouvernement. « J'ai reçu, Général, votre lettre du 19 du courant à laquelle je
vais répondre : « À l'égard de ce que vous ma dites relativement au 3°%° bataillon
de la 29° demi brigade , J'avais senti aussi toute la conséquence de
sa démarche, mais je n'ai pas pensé que dans la circonstance où
nous sommes la sévérité fût le seul remède auquel il fallut recourir,
et je suis loin de croire qu'elle aurait produit l'effet que vous présumez. Dans le passage d'un gouvernement à un autre, si l'on peut
s’opposer à ce que les lois soient entièrement suspendues , il est
même difficile d'empêcher qu'elles ne perdent une partie de leur
force et de leur énergie.
sa démarche, mais je n'ai pas pensé que dans la circonstance où
nous sommes la sévérité fût le seul remède auquel il fallut recourir,
et je suis loin de croire qu'elle aurait produit l'effet que vous présumez. Dans le passage d'un gouvernement à un autre, si l'on peut
s’opposer à ce que les lois soient entièrement suspendues , il est
même difficile d'empêcher qu'elles ne perdent une partie de leur
force et de leur énergie. Quant à la mission du général Dartiguenave, dans le Sud, je
n'ai fait que me conformer à voire lettre dont il était porteur et
par laquelle vous m'invitiez à l'aider de mes conseils, et si je me
suis permis de vous faire quelques observations, ce nest que parce
que vous m'avez autorisé à cela par plusieurs de vos letires ent au-”
tres celle du 23 Octobre où vous vous expliquez ainsi: « Personne
« Mieux que vous, mon cher camarade, ne connait mes principes et
« mon désintéressement pour toute espèce d'emploi; il a fallu un
« aussi puissant motif pour me délerminer à accepter ce fardeau
« énorme, avec la persuasion que J'ai que vous concourrez en votre»
« particulier à m'aider de vos lumières lorsque le bien public l'exi4 gera. » Connaissant les principes du général Gérin, je suis persuadé, général, qu'il ne regarde pas plus les deux divisions du Sud
comme sa propriété que je ne regarde celle de l'Ouest comme la”
mienne; Je pense même qu'aucun autre fonctionnaire ne peut avoir
une semblable idée. Le prix-des services du général Gérin, comme»
le prix dès miens, est la gloire d'avoir reconquis la liberté de notr
m'aider de vos lumières lorsque le bien public l'exi4 gera. » Connaissant les principes du général Gérin, je suis persuadé, général, qu'il ne regarde pas plus les deux divisions du Sud
comme sa propriété que je ne regarde celle de l'Ouest comme la”
mienne; Je pense même qu'aucun autre fonctionnaire ne peut avoir
une semblable idée. Le prix-des services du général Gérin, comme»
le prix dès miens, est la gloire d'avoir reconquis la liberté de notr À
D
?
k
Pr g HISTOIRE D'HATI 1806) 363 pays. Si nous avions de l’ambition, après la journée du 17 Octobre,
nous éuons Îles maitres d’y donner un libre cours, tandis que notre
démarche, au contraire, à prouvé quel est notre désintéressement.
Le grade de général de division que j'occupe en ce moment suffit à
mon ambition, et, je serai toujours prêt à m'en démettre lorsque le
bien public l'exigera. J'ai prouvé plus d’une fois que je n'ai jamais
connu mi intrigue ni l'ambition: la veix publique ne laisse aucun
doute à cet ‘égard. C'est pourquoi j'eusse désiré que vous
m eussiez fait convaitre quels sont ceux qui tiennent le fil des trames
que vous diles qui Sourdissent dans l'Ouest et dans le Sud; car
jaime aussi que l'on me parle ouvertement et que l'on s'explique
cathègoriquement ; alors je pourrai y répondre.
—. « L'accusalion que vous me faites de ne pas réfléchir sur les lettres
que je vous écris, m'a fait beaucoup réfléchir sur la vôtre et sur
votre dermère proclamation, et j'y ai vu un acte peu propre à ramener les esprits vers un même but. Je crois devoir vous dire que
jai l'habitude aussi de réfléchir sur mes actions, et dans toutes je
prends pour guides l'opinion publique et l'intérêt de mon pays.
« Enfin, citoyen général, la Constitution va paraître, et Je suis
comme vous d'avis qu'elle ne sera ‘point consacrée uniquement à
favoriser les intrigans ni à leur donner les moyens d'alimenter leurs
passions; le peuple en abattant le tyran à la journée à jamais mémorable du 17 Octobre n’a pas fait la guerre pour tuer un homme,
mais bien pour détruire la tyrannie et pour changer la forme d'un
Souvernement qui ne pouvait lui convenir en rien, et établir sa souNeraineté ; c'est au moment que cet acte de sa volonté suprême deNra recevoir son exécut'on qu'on connaîtra les ambitieux et les intrigants; pour moi je suis prêt à déposer à ses pieds les pouvoirs
que je reconnais ne tenir que de lui, et à soumettre ma volonté
particulière à la volonté générale. C'est alors que le peuple distinguera ses Vrais amis d'avec les ambitieux. Matheur à eux ! S'il
Da pas craint d'abattre la tête de Dessalines pourra:t-il trembler
“devant des intrigans et des ambitieux subalternes,
| « J'ai l'honneur de vous saluer très respectueusement, . « PÉTION. »
… Dès avant celte réponse, le 17 Décembre, les députés du dépar-
[tement du Sud étaient arrivés au Port-au-Prince. Ceux du Nord
Letde la, première division de l'Ouest y étaient parvenus depuis
Je 30 Novembre. Les généraux Pétion et Gérin avaient à des-
“sein retardé les élections, parce qu'ils avaient voulu, avant d'y
Maire procéder, s'assurer du nombre des représentans du Nord et
de, l'Artibonite. Comme il y avait beaucoup plus de paroisses dans
mecs deux dernières provinces que dans le Sud et la 2e. division de
Port-au-Prince. Ceux du Nord
Letde la, première division de l'Ouest y étaient parvenus depuis
Je 30 Novembre. Les généraux Pétion et Gérin avaient à des-
“sein retardé les élections, parce qu'ils avaient voulu, avant d'y
Maire procéder, s'assurer du nombre des représentans du Nord et
de, l'Artibonite. Comme il y avait beaucoup plus de paroisses dans
mecs deux dernières provinces que dans le Sud et la 2e. division de } | |
| : LE
Î : | 364 HISTOIRE D’HAÏTI.—(1806) l'Ouest, et que l'on avait nommé un député par paroisse . les pari.
sans de Christophe devaient avoir la majorité dans l'Assemblée. Aussitôt après leur arrivée au Port au Prince, les élections avaient com: mencé dans le Sud; mais les dix huit paroïsses du Sud qui n’auraïént
dû élire chaeune qu'un député en fournirent deux. Ces dix huit députés
irrégulièrement nommés donnèrent aux révolutionnaires une majorité
incoutesiable. Les élections avaient été dirigées dans l’Ouest et le Sud
par Pétion et Gérin, comme Chiistophe les avait dirigées dans le
Nord et l’Artibonite. Le secrétaire de Pétion, le citoyen Boyer, avait été nommé député. Depuis la chute de ‘Dessalines., il était
devenu le principal agent de Pétion , le propagateur de,ses paroles, de ses promesses, le confident de ses combinaisons ; il "expliquait sa
politique avee intelligence et sagacité, lui créait de nouveaux parti
sans ; il s'agitait tellement qu ‘il avait été dénoncé à Christophe comme un citoyen dangereux et un des principaux m#chinateurs des trames
qui se nouaient conire lui. Les agens de Christophe qui se trouvaient au Port-au-Prince lui avaient aussi signalé comme ses ennemis”
les plas acharnés , les deux Blanchet, Caneaux, Lys, Bonnet , BDauméc: L'Assemblée Constituante eut dû s'ouvrir au Cap, résidence du
chef du gouvernement ; inaïs Christophe pour qu'on ne soupçonnât
pas qu'il eut le projet de l’influencer avait fui-même désigné le Port:
au Prince. Il se sentait assez fort pour repousser la Constitutiot
si elle ne se trouvait pas d'accord avec ses vues. Pétion et Gérim,
de leur côté, se proposaient de faire faire une Constitution tellement
démocratique , que Christophe d'une humeur essentiellemnt absolue
dût la rejeter et se mettre fui même hors la loi. Le 18 Décembre les députés se réunirent à l'église paroissiale. On
procéda à la vérification des pouvoirs sous la présidence de César”
Telémaque , doyen d'âge, députe du Cap. On eonstata la nomination
de soixante quatorze députés , au lieu de cinquante six chifire fixé d'après le nombre des paroïsses de l'Etat d'Hayti. Les‘représentans
du Nord et de lArtibonite se réservèrent de protester contre cette“
illégalité. Le bureau avait été dressé à l'extrémité Est de l’église cons
tre la balustrade du graua autel. Îl fut arrêté qu'il n’y aurait pas
de tribune et que chaque député parlerait de sa place.
, au lieu de cinquante six chifire fixé d'après le nombre des paroïsses de l'Etat d'Hayti. Les‘représentans
du Nord et de lArtibonite se réservèrent de protester contre cette“
illégalité. Le bureau avait été dressé à l'extrémité Est de l’église cons
tre la balustrade du graua autel. Îl fut arrêté qu'il n’y aurait pas
de tribune et que chaque député parlerait de sa place. L'Assemblée à l'ouverture de ses travaux mainünt César Télémaque. |
dans la charge de Président. Maïs celui ci se leva et déclara qu'il me
se sentait pas assez de capacités pour la présider encore et qu il avait
été bien assez honoré du témoignage de considération que lai avaïent
déjà donné ses collègues. L'Assemblée, presqu'à l'unanimité, appel
à la présidence l'adjadant général Blanchet jeune qui accepla celte
charge bonorable et promit de s'en rendre digne. Aimanzor fils et
Monbrun furent nommés sec rétairès. Les députés levèrent cette pré
mière séance et se dispersèrent dans la ville, au travers d'une foule”
considérable qui remplissait la place de l'église. Il y avait os À HISTOIRE D’HAITI 1806) | 865 une grande agitation ; on criait déjà dans les rues vive la République!
on ne parlait tant dans le peuple que dans les casernes que d iasillutions démocratiques, de la nécessité de limiter considérablement
les attributions du pouvoir exéculif et de ne confier la souverainelé
“qu'à un Sénat composé des plus illustres citoyens. On n'avait pas
encore ouvert les débats sur la Constitution que déjà on en cennaissait les principales disposifions: pendant les élections les chefs révolutionnaires du Port au Priace l'avaient rédigée; il ne s'agissait que
de la présenter à la sanction de l’Assemblée. Les députés du Nord
et de l’Artibonite se tenaient la plupart isolés de ceux de l'Ouest
et du Sud et ne parlaient que d'une énergique protestation. A la séance d'ouveriure , les députés qui avaient répondu
à l'appel nominal étaient les suivans : P. Bourjoly Modé ,
David Troy, Boyer, Pélage Varin , Plésance, J.R Sudre, D. Rigaud,
B. Tabutaud, Malet aîné, Simon, J. Barlatier, J. Simon, Laviolette, Dégrieu, C. Basquiat , Larose, Hie. Datti, N. Sanget, Linstant Pradine , César Thélémaque, Aubin Orcel, Th. Brière, Delonnaie , CG. Leconte , Rollin , Pinet, Lamolte Aigron , Roumage aîné,
Ant. Mays, Lagroce, L. Dessalines , F. Desormeau , Auguste Dupuy,
Jn. Isaac, J. J. Masse, Boniot, Petigny flis, F. André Rousseau,
Ch Daiguilles , J. Girard, Jh. Neptune, J. B. Masse, J. Ferrier,
J. Lamontagne, Manigat, Pierre Thimethée, Gillé, Merlet aîné,
Moltaire , Faubert , Louis Augusie Daumec , Bertrand Lemoi:
ne, Gallois , J. L. Dépa Médioa , Fresnel', Bno. Blanchet,
3. B. Bayard, Lys, Bonnet, Magloire Ambroise , Pétion, Féquière aîné,
Mhéodat Trichet, L. Leroux, R. Bataille, Juste Ugonin, Dévalon,
Almanzor fils, Montbrun, Blanchet jeune.
Merlet aîné,
Moltaire , Faubert , Louis Augusie Daumec , Bertrand Lemoi:
ne, Gallois , J. L. Dépa Médioa , Fresnel', Bno. Blanchet,
3. B. Bayard, Lys, Bonnet, Magloire Ambroise , Pétion, Féquière aîné,
Mhéodat Trichet, L. Leroux, R. Bataille, Juste Ugonin, Dévalon,
Almanzor fils, Montbrun, Blanchet jeune. Parmi les députés, l'on distinguait Bruno Blanchet, Bonnet, Roumage , A. Dupuy , Théodat Trichet, Almanzor fils,
Daumec, Larose, assez versés dans le droit public. Saget était un
vieillard dont L'esprit s'était développé pendant les troubles de la révolution; Pétion, Faubert, César Télémaque, Thimothée, Voltaire,
Lys, Depa Médina, zélés patriotes, avaient grandi sous le régime
républicain et étaient animés d'idées démocratiques. Juste Ugonin
et Ferrier, du Cap, étaient les agens secrets de Christophe et lui
rendaient comple de teut ce qui se passait au Port-au-Prince. L'Assemblée se réunit le lendemain avec assez de calme; mais
(les séances qui suivirent furent orageuses pendant plusieurs jours.
ja plupart des questions relatives à la Constitution furent discutées confusément et avec chaleur. Blanchet et Bonnet dominaient l'As-
“semblée par l’ascendant de leurs talens; ils firent adopter la plupart
de leurs idées. | | L'Assemblée, après avoir proclamé la république et avoir résolu jue le principe démocratique dominerait dans la Constitution, que
la plupart des attributions du Pouvoir Exécutif seraient confiées à.
orageuses pendant plusieurs jours.
ja plupart des questions relatives à la Constitution furent discutées confusément et avec chaleur. Blanchet et Bonnet dominaient l'As-
“semblée par l’ascendant de leurs talens; ils firent adopter la plupart
de leurs idées. | | L'Assemblée, après avoir proclamé la république et avoir résolu jue le principe démocratique dominerait dans la Constitution, que
la plupart des attributions du Pouvoir Exécutif seraient confiées à. LS - hs 366 HISTOIRE D’HAITI 1806) une seule Assemblée, forma un comité chargé de rédiger le pacte
fondamental et de le présenter à la discussion. Les membres du
comité furent les citoyens RARE César Thélémaque, Théodat Tri
chet, Magloire Ambroise, B. Blanchet, David Troy, Manigat, Bon
net et Lys. Quand il fut one dans le sein du comité qui…
s'était réuni, rue des Miracles, non loin de la mer, de la condi-…
tion des blancs en Haïti, Bonnet demanda que les Français fussent
seuls exclus de la jouissance des droits civils et politiques. Le général Pétion combattit son opinion et soutint que la plupart des
blancs se ressemblaient tant par la peau que par les sentimenss, qu'ils
avaient presque tous des préjugés contre la race africaine, car dans
leurs colonieæ ils avaient des esclaves noirs et mulätres, qu'Haïti
libre ct indépendante menaçait leurs possessions d'Amérique, qu'ils
voyaient avec inquiétude son existence politique, qu'ils travaillaient
à son anéantissement et qu'ils devraient par conséquent être toujours
rejetés de son sein. Le comité accueillit favorablement cette opinion,
du reste l'expression vraie des sentimens des. masses, et décida
que les dispositions relatives aux blanes de la constitution de
1805, seraient maintenues. Bonnet, Blanchet et David Troy firent
adopter leurs vues constitutionnelles par leurs collègues sans éprou=«
ver aucune difficulié. Dauinec les aidait de ses lumières quoiqu'il
ne fût pas membre du comité. Pendant que la constitution se ré
digeait, Juste Ugonin éerivit à Christophe, le 22 Décembre, que
s'il l’acceptait, il n'aurait pas plus de pouvoirs qu'un caporal. |
Enfin l'Assemblée, dans sa séance du 27 Décembre, à 2 heures
de l'après midi, écouta le général Bonne qui donna lecture du rap
port et de l'acte constitutionnel. ‘+
Ce rapport était ainsi conçu : | » _
« Pour rendre une révolution utile, il faut, après s'être fait jus
tice d’un tyran, frapper encore sur la tyrannie et lui ôter tous
moyens de se reproduire, Tel a été le vœu, ainsi que Vebjet "dun
peuple, en vous nommant pour lui donner une Gonstitution. Chars ë
gés par vous, citoyens, de recueillir les principes et les institutions «
jes plus propres à fonder et à assurer la liberté et lé bonheur dem
nos conciloyens, nous venons vous présenter le résultat de notre.
travail. 4) « C'est une vérité incontestable que le meïileur système de gou+
vernement est celui qui, étant le mieux adopté au caractère etaux
mœurs du peuple pour qui il est fait, doit lui procurer la plus
grande somme de bonheur; mais il est également évident et certain
qu'il est des principes communs à toute bonne Constitution; le
plus essentiel de ces principes est la séparation des pouvoir
puisque leur concentration dans les mêmes mains est ce qui con
litue el définit le despotisme, lag
vérité incontestable que le meïileur système de gou+
vernement est celui qui, étant le mieux adopté au caractère etaux
mœurs du peuple pour qui il est fait, doit lui procurer la plus
grande somme de bonheur; mais il est également évident et certain
qu'il est des principes communs à toute bonne Constitution; le
plus essentiel de ces principes est la séparation des pouvoir
puisque leur concentration dans les mêmes mains est ce qui con
litue el définit le despotisme, lag HISTOIRE D'HAITI.— (1806) 367 …_ « Nous vous proposons donc, citoyens, d'établir un Sénat dont
les membres seront élus, pour eette fois, par l'Assemblée Constituante et seront pris, à l’avenir, parmi les fonctionnaires publics que
ke peuple aura désignés; ainsi le Sénat sera composé de militaires
qui se seront signalés par des services rendus à la Patrie, et de citoyens qui, par leurs talens et leurs vertus, auront mérité la confiance publique. « Voyez quels avantages doivent résulter de cette Constitution : nos
lois ne seront plus l’expression du caprice et de Ja volonté d’un
individu toujours porté, par ses passions, à séparer son intérêt particulier de l'intérêt général; elles seront l'ouvrage d'hommes intégres et éclairés, elles seront soumises à un examen sévère et à une
discussion publique. Ceux qui lesauront dictées, comme Sénateurs ;
seront forcés d'y obéir comme citoyens. Le peuple n'aura plus à
craindre que l'impôt pèse sur lui au delà de ce qu'exigent les besoins
de fEtat, parce quil aura, dans ses représentans, des défenseurs
d'autant plus intéressés à le garantir à cet égard, que le poids porterait sur eux et leurs familles. « Gest par la séparation des pouvoirs, citoyens, que les américains sont devenus nombreux et flofissans dans une progression tellement rapide que les annales d'aucun peuple n'effient un pareil
exemple. La séparation des pouvoirs a jeté sur l'Angleterre un éclat
que mont pu lernir les défauts de son gouvernement. « Nous avons cru devoir veus proposer de eomposer le Sénat de
vingt-quatre membres. Ce corps ne doit pas être trop nombreux ;
_ l'expédition des affaires en souffrirait; il doit l'être suffisamment pour que les lois se trouvent eonformes autant que possible au désir et à la volonté du peuple. « La nomination aux emplois et aux fonctions de l'Etat que nous
avons attribuée au Sésal sera toujours un des articles les plus essentiels dans toute Constitution. C'est vouloir pervertir l'esprit public, c'est vouloir préparer l'esclavage de ses concitoyens que de re-
“connaître au pouvoir exéculif cette importante altribution, Les fonctionnaires publics ne doivent point se considérer comme les créatures d'un individu; tout doit, au contraire, leur rappeler sans
cesse qu'ils sont les agens et les délégués du peuple ou de ses représentans. Ainsi donc, en bonne théorie, et dans la pratique de
tout gouvernement bien ordouné, le droit de nommer les fonetjonm…naires publics appartient essentiellement à la puissance législative. « Vous n'avez pas oublié ce que produisit sous Dessalines, cette prérogative de nommer aux places qui fut une de ses usurpations. « L'ambition et la cupidité s’emparèrent de tous les cœurs; des
hommes irréprochsbies, jusqu'alors, consentirent, pour obtenir ou * conserver un emploi, à se faire les suppôts et les agens de la tyran-
"mie; d'autres devinrent, à la volonté du tyran, les insitrumens de
« Vous n'avez pas oublié ce que produisit sous Dessalines, cette prérogative de nommer aux places qui fut une de ses usurpations. « L'ambition et la cupidité s’emparèrent de tous les cœurs; des
hommes irréprochsbies, jusqu'alors, consentirent, pour obtenir ou * conserver un emploi, à se faire les suppôts et les agens de la tyran-
"mie; d'autres devinrent, à la volonté du tyran, les insitrumens de 368 HISTOIRE D'HAÏTI.—( 1806 } sa férocité. Tous les chefs, il est vrai, ne ressemblent point à
Dessalines: nrais en législation on compte ‘sur les principes et jamais.
sur les hommes. « Celui qui est chargé de faire des lois pour son pays écarte de ”
lui toutes passions, ainsi que toutes affections particulières, le saint
amour de la patrie remplit son cœur tout entier ; le moment présent n'esl point tout pour lui; son âme s’élance dans l'avenir, ïül
s'associe aux générauons qui doivent lui succéder , il veut que les
lois politiques et civiles soient en harmonie avec les lois de la Nature
parce quil se regarde comme l'organe , le ministre de cette Providence
Divine qui a créé l'homme pour qu'il fût heureux dans tous les.
temps. ts
« D'ailleurs, citoyens , si nous déléguions au chef du gouvernement une portion seulement du pouvoir législatif, au lieu de travail
ler pour la liberté, nous établirions le despotisma. L'expérience ne
prouve-telle pas que le pouvoir législatif tend sans cesse au reläthement}, tandis que le pouvoir exéculif acquiert sans cesse une plus
grande intensité de force ? « Nous vous proposons, citoyens, qu'aucune somme ne sorte du
trésor publie, sans la signature du secrétaire d'Etat qui, placé auprès
du Sénat, sera toujours prêt à lui rendre compte de ses optrations.
Jl.est juste quele peuple, dont les contributions forment les revenus
de l'Etat, soit instruit de l'emploi qui en a été-fait: s’il en était
autrement, si comme dans les monarchies, le trésor public devenait.
le trésor d'un individu, la corruption s'introduirait jusque dans le
Sénat. Les hommes étant partout les mêmes, ayons la modestie de
croire que nous née #omimes pas moins incorruptibles dans notre ré»
publique qu'ils ne le sont ailleurs. « Dans la situation où nous nous trouvons avec les autres £oU=
vernemens il est important de reconnaitre au Sénat le droit d'entretenir des relations extérieures et de conduire les négociations. Nous
devons .rechercher la bienveillance et cultiver l'amitié de tous les
gouvernemens; en leur payant les égards et le respect qui leur
sont dûs, nous aurons droit d'espérer, de leur pärt, un retour de
procédés nobles et généreux. 4 « En nous occupant du pouvoir exécutif nous avons pensé que
le titre modeste de Président était celui qui convenait le plus aux
premier magistrat de la République, nous vous proposons qu'il soit
élu pour quatre ans et qu'il puisse être indéfiniment réélu ; nous vous
proposons aussi qu'il aii le commandement de l'armée et qu'il nomme les commissaires près les tribunaux. « Ces pouvoirs et ces attributions qui excédent eeux que, possédait le Directoire exéeutif de France rendent extrêmement importante |
la carrière qu'il va parcourir; déjà nous entendons la voix du pe
ple qui lui crie: nos représentans vous ont élu à la première magis="
élu pour quatre ans et qu'il puisse être indéfiniment réélu ; nous vous
proposons aussi qu'il aii le commandement de l'armée et qu'il nomme les commissaires près les tribunaux. « Ces pouvoirs et ces attributions qui excédent eeux que, possédait le Directoire exéeutif de France rendent extrêmement importante |
la carrière qu'il va parcourir; déjà nous entendons la voix du pe
ple qui lui crie: nos représentans vous ont élu à la première magis=" HISTOIRE D'HAITI.—(1806) 309 trature de l'Etat ; ils ont voulu que vous en fussiez le premier citoyen.
… Honneurs, dignités, fortune, ils ont tout accumulé sur votre tête ;
si vous le méritez , vous serez toute votre vie environné de l'éclat
du commandement; mais contribuez à nous rendre heureux ; rap
pelez-vous qu'il vient un moment où toutes les illusions des hommes se dissipent, et que, lorsque vous serez arrivé à ce termeauquel
- la nature vous appelle, comme tout autre, vous ne trouverez alors
de réel et de consolant que le témoignage d’une conscience irréprochable, ainsi que.le souvenir des services rendus à la patrie. « Dans l'article qui traite de la justice civile, vous trouverez des
dispositions qui garantissent vos propriélés, et dans l'article qui
traite de la justice criminelle, vous trouverez des dispositions qui
respirent l'humanité. |
_« En reconnaissant à tout citoyen le droit d’émettre et de publier ses pensées, nous faisons de la liberté de la presse le palladium
de la liberté publique. Gouvernés par de tels principes, obéissant
à une constitution qui sera la boussole qui nous empêchera de
nous égarer dans la route que nous avons à suivre, que nous manquera t'il pour êire heureux? Rien, citoyens, si nous savons user
des bienfaits de cette Providence Divine qui nous a protégés dans
ioutes nos entreprises, et qui, en nous plaçant au centre de cet
archipel , sous un ciel heureux , sur une terre de merveilleuse fertilité, semble nous axoir destinés à être le peuple le plus fortuné de . l'univers. | Signé, Pétion, César Thélémaque, Théedat Trichet, Magloire
Ambroise, Bruno Blanchet, David Troy, Manigat, Bonnet et Lys. » - | … Les plus vives acclamalions accueillirent ce rapport, et l'Assemblée …vota la Constitution, dans la même séance, telle qu'elle avait été
lue. Ses principales dispositions étaient les suivantes : = | « Il ne peut exister d'esclaves sur le territoire de la République;
l'esclavage y est à jamais aboli. « La propriété est inviolable et sacrée ; toute personne, soit par
elle même, soit par ses représentans , a la libre disposition de ce qui
est reconnu lui appartenir. Quiconque porte atteinte à ce droit se | rend criminel-envers la personne troublée dans sa propriété. «La souveraineté réside essentiellement dans Funiversalité des
citoyens; nul citoyen, nulle réunion partielle de citoyens ne peut
“s'attribuer la souveraineté. —… « L'ile d'Haïti, (ci-devant appelée St. Domingue) avec lesiles adque qui en dépendent , forme le territoire de la République _ d'Haïti.
| md * 70 HISTOIRE D’HAITI.— (1806) | 1 « La religion catholique, apostolique et romaine étant celle de tous
des haïtiens, est la religion de l'Etat. « Le Pouvoir Législatif réside dans un Sénat; le Sénat est composé de vingt-quatre membres. 4
« Le Sénat a exclusivement le droit de fixer les dépenses Ne ques , d'établir les contributions publiques ete. etc. etc. de déclarer
| md * 70 HISTOIRE D’HAITI.— (1806) | 1 « La religion catholique, apostolique et romaine étant celle de tous
des haïtiens, est la religion de l'Etat. « Le Pouvoir Législatif réside dans un Sénat; le Sénat est composé de vingt-quatre membres. 4
« Le Sénat a exclusivement le droit de fixer les dépenses Ne ques , d'établir les contributions publiques ete. etc. etc. de déclarer la guerre, de former et d'entretenir l'armée, etc. de faire tout
traité de paix, d'alliance et de commerce , de nommer tous les fonc- :
tionnaires civils et militaires , les commissaires du Pouvoir Exécutif
prés les tribunaux exceptés , de déterminer leurs fonctions et le lieu
de leur résidence. « Le Pouvoir Exécutif est délégué à un magistrat qui prend le titre de Président d Haïu. 1 « Le Président d'Haïti sera nommé : pour celte fois par l'Assema,
blée Constituante ; il sera nommé pour quatre ans. « A l'avenir le Président sera élu par le Sénat à la majorité des
suffrages, et exercera son office durant un terme de quatre années. . « Le Président” pourra être réélu tous les quatre ans en raison de
sa bonne administration. « Pour être Président il faut avoir atteint l’âge de trente cinq.
ans. « Tout autre Président que celui nommé par la présente Assemblée Constituante ne pourra être pris que parmi les eiloyens qui
auront été ou seront membres du Sénat ou secrélaire d Etat. ; « Le Président recevra une indemnité de 24,000 gourdes. » re Aie, —— IT nd Que ONE : Comme les députés du Sud et de la seconde division de l'Ouest
avaient voté la Constitution en apprehension des tendances despoti
ques de Christophe, 11 y avait été stipulé,'arucle 83, que le Sénat auraite
le droit de disposer pour le maintien du respect qui lui était. dû
des forces qui, de son conseniement, seraient) dans le département, & où il tiendrait ses séances, et que le ‘Pouvoir Exéculif, (art. 84)
ne pourrait faire passer où séjourner aucun corps de troupes dans «
le département où le Sénat siégerait, sans une autorisalion €xX=
presse de sa part. n La séance s'était prolongée jusqu’au ecmmencement de la nuit,
et les députés signèrent la Constitution à la lumière. 1 Dans la même soiree, après quon eut levé la séance, il y eut
grande j Joie au Port-au Prince. Pendant que la population se liyrait
à des élans d'enthousiasme, aux eris de vive la Republique a
plupart des députés du Nord et de 1 Artibônite, cousternés , dressaient
clandestinement dans une maison particulière , la protestation sui
arte ils envoyérent à | Christophe ; elle demeura ignorée de l’As:
sembice. %
même soiree, après quon eut levé la séance, il y eut
grande j Joie au Port-au Prince. Pendant que la population se liyrait
à des élans d'enthousiasme, aux eris de vive la Republique a
plupart des députés du Nord et de 1 Artibônite, cousternés , dressaient
clandestinement dans une maison particulière , la protestation sui
arte ils envoyérent à | Christophe ; elle demeura ignorée de l’As:
sembice. % HISTOIRE D’HAITI.— (1806) 371 PROTESTATION - advisite à son Ærcellence le Général en Chef
de l’armée d'Haïti. :
\ D niouré bui vingt sept du mois de Décembre 1806, an 3e de l’ins
À Ride d'Haïti, |
Nous, députés soussignés des deux divisions du Nord et de la
première de l'Ouest à l'assemblée constituante, pour former l'acte
… constitutionnel, nous nous sommes réunis au Portau-Prince leu
_ indiqué pour cette opération. Dés le vingi du mois dernier, nous
- aurions commencé ee travail; le général Pétion, commandant de la
division, nous objecta que les députés du Sud n'étaient pas encore
arrivés , que nous ne pouvions pas faire Îa constitution sans la par=
ticipation de ceux de toutes les parties de l'ile. Pour prouver à nos
| compatriotes le désir que nous avions de tout sacrifier au_bonheur
“de notre pays, nous eûmes la palience d'atiendre jusqu'au dix-huit
… de ce mois, jour qu'on nous prévint de commencer. Ce n’est pas
_ que nous manquassions de témoigner tous les jours notre impatienee
- au général Pélion qui remeitait l'ouverture dé l'assemblée de lundi
en lundi, et refusait même d indiquer le lieu où les séances devaient
Se tenir. Le jour enfin arrivé, quel fut notre étonnement, aprés
la vérification des pouvoirs, de trouver soixante- -qualorze mandataires au lieu de cinquante-six que nous devions être. Dès lors, considérant cette assemblée comme illégale, nous en fimes l’observation quifut rejetée par la majorité absolue qu'eurent les députés des
… divisions du Sud el de la seconde de l’Ouest; nous fûmes convaincus
- qu'il nous serait inutile d'émettre aucun vœu tendant au bien de notre
pays; nous nous réservâmes le droit de protester contre tout ce
… qui se ferait dans l'assemblée ;et de ne faire connaître notre protestation que lorsque* nous ser ions en lieu de sûreté. En conséquence
nous protestons contre notre Signature apposée sur |acte soi disant
Constitutionnel de ce jour , fruit de l'intrigue et de la malveillance
el conire tout ce qui sen suivra jusqu'à la dissolution de l'assemblée, comme étant illégale et contre tout principe de justice et d'équité.
Fait au Palais du Port au- Prince , les jour , mois et an que dessus. : Signe, Dupin, J. Isaac, H. Daity Galbois, E. Depaloir, J.
Simon, Roumage aîné, Baubert, Bonniot, Ch. Leconte, Petigny
ls, Boucanier , Bertrand Lemoine, Almanzor fils , Thimothé Aubert,
Lie général Lamothe , Bataille, F. Férrier, J. E. Degrieux.
et d'équité.
Fait au Palais du Port au- Prince , les jour , mois et an que dessus. : Signe, Dupin, J. Isaac, H. Daity Galbois, E. Depaloir, J.
Simon, Roumage aîné, Baubert, Bonniot, Ch. Leconte, Petigny
ls, Boucanier , Bertrand Lemoine, Almanzor fils , Thimothé Aubert,
Lie général Lamothe , Bataille, F. Férrier, J. E. Degrieux. M'A ENT TE CE Ra avons dit que cette pièce fut faite non pas au palais, mais
dans une maison privée.
Le lendemain 28 Décembre, l’Assemblée se réunit à deux heures
" après-midi, Presque tous ceux des députés du Nord et de l'Arnie qui avaient signé la protéstalion.y étaient aussi préseus. Le
Mi de l’Assemblée Blanchet jeune iuvita ses collègues à procé- - Lez ” « + 372 HISTOIRE D’HAITI.-— (1806) L
Lu der à la nomination du Président d'Haïti. Les scrutins fuposés et ensuite dépouillés: le général Christophe réunit cinquante-trois voix , le général Paul Roumain , quatorze, et le géréral Pétion, une. Le général Henry Christophe fut proclamé Président d'Haïti. Les députés du Sud et de la seconde division de l'Ouest, certains
que Christophe n’eût pas accepté la Constitution telle qu 'elle avait
été faite et eût pris les armes centre elle, s'étaient la plupart entendus pour voteren sa faveur , afin que l’occäsion de le mettre hors la
loi $e .présentât. | Dans la même séance, et en vertu de l'article 44 de la Constitution, l'Assemblée nomma les Sénateurs, un tiers pour trois ans,
un tiers pour six an$, et un liers pour ‘neuf ans. * Ayant terminé ses travaux , elle demeura néanmoins au Port-auPrince y attendant le 1er Janvier, jour fixé pour la publication de
la Constitulion; mais comme Pétion appréhendait un coup d'état de «
la part de Christophe, il avait envoyé dans le Sud Théodat Trichet et
Daumec avec mission d avertir Gérin qu'il eut à se tenir prêt à monter
au Port-au Prince à la tête de ses troupes. Haiti devint une république dont le Président, presque sans prérogatives, n élait que
le mandataire du Sénat qui représentait la nation. Dés le vingt quatre Décembre, Christophe était parfaitement instruit de toutes les dispesitions de la Constitution, quoiqu'à cetie date
elle ne füt pas votée. Il avait été indigné d’ apprendre qu'on ue laissât au
président pas même le droit de nommer aux fonctions tant civiles que m1:
jitaires, qu 1l dût être contraint, s’il était nommé, de se rendre, sans trou-"
pes, au Port-au-Prince où il eût été sacrifié, pensait-il , comme Dessalines. 1 s'était résolu à marcher centre Pétien avant que celui-ci eût mis
Ja dernière main à ce qu'il appelait l'œuvre de ses iñfâmes complois. H
s'était transporté de la Ferrière au Cap le 24 Décembre , et avait
. mis à l'ordre du jour la pièce suivante:
Li
dût être contraint, s’il était nommé, de se rendre, sans trou-"
pes, au Port-au-Prince où il eût été sacrifié, pensait-il , comme Dessalines. 1 s'était résolu à marcher centre Pétien avant que celui-ci eût mis
Ja dernière main à ce qu'il appelait l'œuvre de ses iñfâmes complois. H
s'était transporté de la Ferrière au Cap le 24 Décembre , et avait
. mis à l'ordre du jour la pièce suivante:
Li + L s ;
« Pétion, Bonnet, Boyer, les deux frères Blanchet, Daumec, Lys,
CA el quelques autres de leurs infimes complices , viennent de
lever le masque; ils ont mis au jour leurs projets. Ils sont en pleine”
révolte contre l'autorité; ils veulent établir une Censtitution qui * Les vingt. quatre membres furent : les citoyens Romain , Gérin, Pétion, Tous:
saint Brave, généraux de divisien ; Théiémaque, contrôleur de ia marine au Cap} À
Fresnel , commissaire du pouvoir- exécutif au Port au- -Prince ; Théodat Trichet, Dé.
pa Médina ; Magny, Magloire, Yayou, généraux de brigade ; Blanchet jeune, 2
adjadant-g général : Ly3, colonel; T'hinothé; Charéren, administrateur à St -Marc ; 2
Charles Paguille, commissaire du pouvoir. exécutif à l'Anse à-Veau; David. Re
chef de bataillon; Bonnet, adjudant-général ; Daumec, commissaire du pou
exécutif à St. Marc: Manigat ; juge au Fort- Dauphin ; Simon, trésorier à S
Marc; Lamothe Aigron général de brigade ; Fernier, négociant au Cap; Barleh
quier , juge-de. px au Mirebalais, À
È
;
£ MC) HISTOIRE D'HAITI.— (1806) LE …— mettra le pouvoir entre leurs mains , et livrera les finances et les
…. places à leurs dispositions. Le général! en chef vient de donner l’ordre de la marche pour soutenir vos droits et pour maintenir votre
liberté que l'on veut vous ravir. Ces scélérats ; une fois parvenus
à leurs fins, ne vous laisseront pas seulement la faculté de vous
plaindre. | « Il faut marcher, notre devoir nous oblige de maintenir l’ordre
et l'exécution des lois: Que tous les maux qu’ils ont préparés retombent sur leurs tètes coupables. Votre général ne veut point transiger avec les ennemis de la liberté; il ne veut point tergiverser avec
eux. « Il attend de vous, militaires de tous grades, de remplir votre
devoir comme vous l'avez toujours fait; il coipte sur tous les chefs.
et officiers des corps, et sur leur attention au service. Les factieux ont levé l'étendard de la révolte, il est juste qu'ils payent,
de leur fortune , leurs complots funestes. Le pillage de tous les
heux où les rebelles seront trouvés, vous est abandonné sans res-
.twiction. Marchez, et la vicioire va couronner la justice de notre
£ause. » |
militaires de tous grades, de remplir votre
devoir comme vous l'avez toujours fait; il coipte sur tous les chefs.
et officiers des corps, et sur leur attention au service. Les factieux ont levé l'étendard de la révolte, il est juste qu'ils payent,
de leur fortune , leurs complots funestes. Le pillage de tous les
heux où les rebelles seront trouvés, vous est abandonné sans res-
.twiction. Marchez, et la vicioire va couronner la justice de notre
£ause. » | Christophe partit du Cap et envoya l’ordre à la 4e., qui était
en garnison à la Ferrière, de s’acheminer sur Milot et de l'y attendre. Quand il parvint en ce bourg , il reprocha sévèrement à ce
corps de s'être mis à la tête d'une émeute, à lArtibonite, quand.
il n'aurait dû songer qu'à venger l'Empereur assassiné par les brigands du Port au Prince. Les soldats demandèrent à grauds cris à
marcher contre les citoyens de la seconde division de l'Ouest, et
Jurèrent d'anéantir le Port-au-Prince que , dès lors, Christophe
commença à appelér Port aux crimes. * Le génèral Vernet reçut
Vordre de se porter avec la 14e., des Gonaïves sur St-Marc où
devaient se réunir toutes les troupes de l'expédition. Christophe se rendit à Marchand où il fit arrêter plusieurs officiers
dont il soupçonnait la fidélité, entre autres un aneien aide de-camp
de Dessalines , nommé Manuel. Il fit aussi arrêter les généraux
Dartiguenave et Cangé ; le premier fut conduit à la Erète-Rouge,
dans le Nord, où il fut exécuté; le seeond fut fusillé non loin de
“Marchand. Il entra à St. Marc le 26 Décembre 1806, accompagné
de Vernet. La 7e. demi brigade et les dragons de la plaine de lArtibonite pertirent pour FArcahaie. Il y arriva lui même dans la
nuit du 27 au 928, et fil aussitôt arrêter le chef de bataillon
Flambert, le capitaine du port Jean Toussaint Cortad, et les adju- * En 1793, les affranchis avaient donné le nom de Portaux-Crimes à la ville
du Port-au-Prince . parceque les petits blancs, avec lesquels ils étaient en lutte, y
“ominuient et se livraient sur eux à toutes soites d'excès, æ ‘ev4 HISTOIRE D’HarTi.—(1806) dans de place Bonhomme et Léonore, ainsi qu’une foule d'autres
officiers en lesquels il n’avait nulle confiance. Presque tous Îles généraux qui avaient formé l'état-major de
Dessalines étaient entrés dans celui de Christophe. ‘Le général Ba- |
zelais, ancien chef de l'état major de Flarmée, s'était trouvé à
V’Arcahaie quand Cbristophe était parti de St. Marc pour s'y rendre:
ISTOIRE D’HarTi.—(1806) dans de place Bonhomme et Léonore, ainsi qu’une foule d'autres
officiers en lesquels il n’avait nulle confiance. Presque tous Îles généraux qui avaient formé l'état-major de
Dessalines étaient entrés dans celui de Christophe. ‘Le général Ba- |
zelais, ancien chef de l'état major de Flarmée, s'était trouvé à
V’Arcahaie quand Cbristophe était parti de St. Marc pour s'y rendre: Il s'était lancé sur la route du Port au-Prince en toute hâte, était «
parvenu en cette ville d'un seul trait, et avait annoncé lapproche
des troupes du Nord et de l’Artibonite. Déjà Destradeet plusieurs
autres citoyens de -l'Arcahaie , qui étaient entrés au Port-au-Prince,
avaient annoncé que Christophe arrivait à la tête d'une armée; mais”
on n'avait pas ajouté foi à leur rapport. Les citoyens du Port au Prince furent profondément émus de cette M
nouvelle. Beaucoup de familles effrayées partirent pour le Sud,
soit parterre, soit par mer. Cependant Pétion demeurait dans
linaction,-ne croyant pas que CHHeoye fut si près de la capitale,
Cependant la ville était presque dégarnie de troupes. L'armée
du Sud s'était retirée dans ses cantonnemens comme nous l'avons
vu, et le général Gérin était parti pour lAnse à-Veau, il: y avait
quinze Jours environ. On prétendait que Christophe s’avançait à la!
tête de 18,000 hommes. La résistance paraissait devoir être impossi=m
ble. Enfin l'incrédulité de Pétion fut vaineue par le général Bonnet"
qui s'était longuement entretenu avec Bazelais, ét qui venait d'appren-M
_ dre par un canot, sortant de l'Arcahaie, que Christophe occupait ce”
bourg. Pétion se résolut enfin à marcher à la rencontre de l'enne=«
mi, ne perdant pas l'espoir de vaincre, quoiqu'il neût alors, sous
ses ordres, que trois-mille hommes. 1 lit aussitôt battre la "géné.
rale, releva le courage des citcyens , dépêcha, de Douveau, des cour-.
riers auprès des généraux du Sud, les invitant à atteindre, le plus
tôt possible, le Port-au-Prince, à la tête des troupes sous leurs Ordres. La* garnison du Port-au Prince était composée de six compa=
gnies d'élite de la 8e commandées par le colorel Gédéon; de la 11e,
eolonel Métellus ; de la 12e, sous les ordres de Mentor ; du batailion de.
Ja 20° des Vérettes ; de deux escadrons commandés par ‘Bastien et Bodé. 4
L'arrondissement fut confié provisoirement au général Magloire Am=
broise. Le Sénat, dans ce moment suprême, s'était réuni pour
procéder à son organisation : C. Thélémaque fut proclamé président des
l'assemblée, et on nomma sécrétaires Depa Médina et Daguille. Le pré: sident invita aussitôt les Sénateurs à s'approcher du bureau. Ceuxch
prêtérent le serment d’être fidèles à la République d'Haïti, de mains
tenir et de faire exécuter, de tout leur pouvoir, les lois de la Répu=
blique au péril de leur vie. Sur la motion du général Magloire Ams
broise, le Sénat décréta que toutes les farines qui se trouvaient en
ville seraient achetées pour l’approvisionnement des troupes, quel
circonstances faisaient approcher du Port-au-Prince; il décréta, BL.
ment d’être fidèles à la République d'Haïti, de mains
tenir et de faire exécuter, de tout leur pouvoir, les lois de la Répu=
blique au péril de leur vie. Sur la motion du général Magloire Ams
broise, le Sénat décréta que toutes les farines qui se trouvaient en
ville seraient achetées pour l’approvisionnement des troupes, quel
circonstances faisaient approcher du Port-au-Prince; il décréta, BL. DT HISTOIRE D'HAITI 1807) 875 “outre, qu'il serait écrit au général Yayou de faire avancer près de la capitale les troupes de l'arrondissement de Léogane. Dans la …soirée du 31, Yayou était au Port-au-Prince à la tête de la 21e. Christophe , depuis la veille, était campé au Boucassin, à neuf lieues du Port au Prince. Il avait ordonné à la 4e. et à la Te que:
formaient son avant garde , ainsi qu'au gros de son armée, de pénétrer dans la grande route. Déjà la 7e. avait pris le chemin qui longe le rivage de la mer, et après avoir traversé l'habitation Prinee,
s'était arrêtée, dès le 34, sur l'habitation Laffiteau. Par Îles ordres
du généralissime, Larose, à la tête de la 8e. , dut abandonner la
grande route, suivre le littoral et ne s'arrêter qu'à Sibert. Le général Pétion , voulant surprendre Christophe, - partit pour
l'Arcahaie , le 4er. Janvier 4807 , à deux heures du matin. Il était à la tête des 6 compagnies de fa 8e , des 11e, 21e demi-brigades , d'un “bataillon de la 20e, d'un bataillon de la 24e, de deux escadrons. Cés troupes mal réunies fournissaient un effectif de 3,000 hommes
d'infanterie et de trois cents chevaux. | Pétion pénétra dans le grand chemin de l’Arcahaie , et laissa imprudemment, à sa gauche, le sentier qui longe Île rivage ; car en
poursuivant sa marche, il devait rencontrer le gros de l'armée de
Christophe de 10 080 hommes environ; el en meme temps la 8e. "débouchant du sentier du rivage dans le grand cheman devait lui couper tôute retraite vers le Port au Prince: pris entre deux feux,
il eût étéécrasé. Vers le point du jour, des transfuges de la Te. vinrent
heureusement l'avertir que l'ennemi était près de déboucher dans
la savane de Bouc en Bouc et de couper a route du Portau-. Prince. Il commanda aussitôt de rétrograder ; ses troupes exécutérent ce mouvement avec la plus grande présipiltation et ne & arrèhi A ve » LA - CL - . térent qu'à Sibert, habitation distante de quatre lieues du Port-auPrince. Pétion avait été averti à temps, car, dès qu'il fit jour , le premier
Janvier, Christophe, s’arrétant au pont de la saline de Bouc en
Bouc, découvrait l'habitation Sibert. Un cours d’eau, nommé
Rivière de Sibert ou Batardeau ; traversail eette propriété et
allait se perdre dans la mer. L'armée de la République, après
avoir passé cette rivière, s'était arrêtée sur la rive gauche. Le
cours d'eau de Sibert séparait donc les deux armées. La 11e. demis
brigade avait pris sa ligne de bataille, au milieu du grand chemin ,
le long de Batardeau qu'un pont traversait un peu at dessus de la
grande route, vis-à vis de l'habitation Moléard où Pétion venait d’é-
allait se perdre dans la mer. L'armée de la République, après
avoir passé cette rivière, s'était arrêtée sur la rive gauche. Le
cours d'eau de Sibert séparait donc les deux armées. La 11e. demis
brigade avait pris sa ligne de bataille, au milieu du grand chemin ,
le long de Batardeau qu'un pont traversait un peu at dessus de la
grande route, vis-à vis de l'habitation Moléard où Pétion venait d’é- “hablir son quartier général. Moléard était oceupé par les six companies d'élite de la 3e. sous les ordres du colonel Gédéon. Le temps “était chargé de brouillard , et une pluie fine tombait vers le Portau-Prince, | ; # HISTOIRE D’HAITI.—(1807) La 4e. demi-brigade , le premier corps de l'avant garde de
Christophe , continua sa marche et vint s'arrêter sur la rive droiss
du Batardeau. Jean Louis Longuevalle qui en était le colonel, et M
Guerrier, commandant de la 7e. furent interpellés par Métellus É
leur demanda où ils allaient, Ils lui répondirent .qu ils âvaient l’ordre du chef du gouvernement de ne s'arrêter qu'au Port au-Prince
où plusieurs tratres devaient recevoir le prix de leurs méfaits. Que
peuvent venir chercher au Port-au Prince tant de troupes el en pleine
paix, s’écria le colonel Métellus? La Constitution permet- elle au
Président d Haïti de se transporter avec une armée au lieu où le Sénat
tient ses séances ? Au même instant le général Yayou se présenta au
bord du Batardeau , et commanda en vain à la 4e. de rétrograder. Les
officiers et les grenadiers du 1% bataillon de ce corps s'adressant aux
troupes du Port-au-Prince: « Camarades, fraternisons ; Pétion 4
« un traître; le général Christophe est le chef légiiime de l'Etat!
transporter avec une armée au lieu où le Sénat
tient ses séances ? Au même instant le général Yayou se présenta au
bord du Batardeau , et commanda en vain à la 4e. de rétrograder. Les
officiers et les grenadiers du 1% bataillon de ce corps s'adressant aux
troupes du Port-au-Prince: « Camarades, fraternisons ; Pétion 4
« un traître; le général Christophe est le chef légiiime de l'Etat! « Pourquoi nous entr'égorger pour satisfaire l'ambition d'un cons- « pirateur, ennemi deson pays. » Ces paroles commençaient à ébran-. 1
ler les soldats de la 11e. Pétion comprit que le moment de rompre avec Christophe était arrivé, que la guerre était préférable à une paix
effrayante pendant laquelle ce dernier se rendrait le maître des hom « mes et des choses. Il ordonna de commencer le feu. Mais la 1168
hésitait à tirer ne sachant où était la patrie; cependant subissant
l'ascendant de Métellus, son colonel, ofticier tout dévoué à Pétions
elle fil un feu de régiment. Les soldats de la 4e de l'Artibonite
qui setenaient l'arme aux bras » à l'opposite, furent eulbutés par la
fusillade. Les grenadiers, quoiqu'ils eussent perdu Savary leur capitaine,
revinrent à la charge. Mais ils furent arrêtés par le feu de toute la ligne
républicaine qui s'élendait du grand chemin au pont de Meléard.
Christophe , qui occupait le pont de Bouc en. Bouc, au milieu de
la grande route, lança , pour soutenir la 4e., la 7e. et deux ba
taillons de la 20e. * Le combat se rétablit aussitôt. De part et d'au
tre il n'y avait pas de canons. Christophe n'en avait pas fait traîner”
parce qu'il ne s'attendait pas à si une forte résistance. Quant à Pétion,
il avait commis la faute grave de n'avoir pas fait garnir de pièces
d'artillerie le. Batardeau de Sibert. Pendant que la 4e. se réformait
sous le feu de l'ennemi, Larose, à la tète de la 8e, se résolut à at:
taquer en flanc les troupes de Pétion. Il se dirigea’ vers l’'embouchu-.
re du Batardeau dont le pont, du côté du rivage de la mer, était
occupé par le 3e. bataillon de la 20e. sous les ordres de Louis Le
rebours. Gelui ci avait eu l'imprudence d'abandonner sa position,
pensant que Christophe avait été battu ; il s'était replié sur la cour
de Fhabitalion Sibert. Le flanc gauche de l'armée du Port-au- Prince
se trouva dès lors à découvert. Larose franchit le Batardeau sans
obstacle et marcha résolument eontre l'ennemi. D'après les ordres de“
#* [Le 8e. bataillon de la 20e. étaient dans les rangs de Pétion, HISTOIRE D'HAITI.—(1807) 374 Christophe, les 4° et 2° bataillons de ia 20e venaient d'abandonner la grande route, et s’avançaient pour soutenir Larose. , En même temps, le colonel Gédgon, l'arme aux bras, au pont de
Moléard , demandait, avec instances, au général Pétion, de se lancer
sur la 4e. de l'Artibonite. Pétion s'aperçevant que la 11e. fléchissait sous le feu formidable des 4e. et 7e. réunies, lança les six
compagnies d'élite de la 3e., Gédéon à leur tête. (Celui-ci, tout en
En même temps, le colonel Gédgon, l'arme aux bras, au pont de
Moléard , demandait, avec instances, au général Pétion, de se lancer
sur la 4e. de l'Artibonite. Pétion s'aperçevant que la 11e. fléchissait sous le feu formidable des 4e. et 7e. réunies, lança les six
compagnies d'élite de la 3e., Gédéon à leur tête. (Celui-ci, tout en . disant qu'il repousserait l'ennemi jusqu’à | Arcahaie si on le secondait , franchit le pont , longea la rive droite du Batardeau
et déboucha dans la grande route sous le feu de l'avant garde
de Chrisitephe. -La 11e., ayant la 3e. sous son feu, cessa de tirer.
Gédéon à la tête de 600 hommes d'élite s’avançait résolument sur trois
colonnes : la première , après une seule décharge, attaqua quatre
mille hommes qui remplissaient la grande route; la deuxième se répandant à droite et à gauche du chemin engagea le feu avec Îles tirailleurs ennemis; la troisième colonne, en réserve, suivait la première. La 4e. demi brigade de l'Artbonite ne put résister à tant d'impétuosité; elle prit la fuite, se jeta sur la 7e. qui elle même se
replia sur le quartier général de Christophe. Gédéon chassait toujours
les fuyards devant lui, au pas de charge. Christophe fut obligé
d'abandonner le pont de Bouc en Bouc. Sile commandant Louis
Lerebours avait conservé la position qui pratégeait le flanc gauche
de l’armée du Port au Prince, la bataille eût été gagnée par Pétion.
Mais , pendant cet intervalle, le colonel Larose, à la tête de la
8e. et des deux premiers bataillons de la 20e, attaquait résolument
la 21e de Léogare, commandée par Sanglaou, et le 3e. bataillen
de la 29e., rangés en bataille à l'ouest de Sibert. Maïlgré la faute
commise par Louis .Lerebours, au eommencement de Laction, si
Sanglaou avait énergiquement résisté à la 8e., Pétion n’eût pas perdu la journée. Le bataillon de la 20e. et la 21e. culbutés prirent
la fuite. Larose se dirigea aussitôt vers la grande route du Port auPrince, pour prendre en queue le général Pétion. Celui ci, apprenant, par les fuyards, cette manœuvre habile et audacieuse de l'enhemi, envoya en hâte au colonel Gédéon, qui s'engageait imprudemment , l'ordre de battre en relraite. Mais Gédéon , emporté par
sa fougue , continua ses succès. Sa marche triomphante fut arrêtée par
Ja eavalerie ennemie, forte de 1200 chevaux, que Christophe, igaorant le
succés de la manœuvre exécutée par Larose et se croyant battu,
venait de lancer pour protéger sa retraile. Les dragons du Nord
et de FArtibonite, sous les ordres d’Etienne Albert et de Barthélemy Mirault, se précipitèrent avec fureur sur les soldats de la 3e.
Ceux-ei, rompus etsabrés , se replièrent sur Sibert qu ils trouvèrent
abandonné des 11e, 21e et du bataillon de la 20e, en pleine déroute,
Le brave général Yayou fit de vains efforts pour rallier les fuyards,.
11 se faisait déjà un borrible carnage des gens du Port-au-Prince. Pétion,
Albert et de Barthélemy Mirault, se précipitèrent avec fureur sur les soldats de la 3e.
Ceux-ei, rompus etsabrés , se replièrent sur Sibert qu ils trouvèrent
abandonné des 11e, 21e et du bataillon de la 20e, en pleine déroute,
Le brave général Yayou fit de vains efforts pour rallier les fuyards,.
11 se faisait déjà un borrible carnage des gens du Port-au-Prince. Pétion, 378 HISTOIRE D’HAITI.— (1807)
du pont de Moléard, découvrit les dragons ennemis qui se Jançaient
dans le Batardeau pou le traverser. fl prit là route du Port au. Prince, après avoir ordonné auX* deux escadrons qui se tenaient”
à ses côtés , de charger pour protéger sa retraite. Mais sa cavalerie
n'attendit même p as le choc de l'ennemi. L’escadron de Bastien, à l'aspect «
de Barthélemy Mirault, prit la füite par Bonrepos,et celui de Bode se
sa précipita, à bride abattue, dans ‘Le chemin dela Grande-Rivière du Cul
de Sae, après avoir perdu son étendard. Apprenant le succès de La- M
rose, Christophe, à jñed, à la tête de sa réserve, armé d'un fusil ,
PORPUs une giberne de greuadier, marcha au pas de course à lan
suite de sa eavalerie. La division qui le suivait était composée |
des re, 2e., et 5e. demi-brigades, sous les ordres du général
Romain, Le colonel Gédéon ne dut son salut qu'au pillage auquel
se livrérent les soldats de la Se. Christophe Jjoignit Île“
colonel Larose sur Fhabitatiou Sibert. Les généraux Pétion et YaYou avaient déjà traversé la grande rivière. Pétion, portant un
chapeau galonné, el poursuivi par la cavalerie ennemie, £se vOyait
sur le point d’être fait prisonnier ; 1l voulut se donner | la mort ;
mais Meyronnet, son neveu et son aide-de-éamp, qui marchait ä«
ses eôlés, avait enlevé ses pistolets de ses fontes et pressait son
cheval par le fouet. Le chef d'eseadron Barthélemy Mirault ordon
nait à ses dragons de tirer sur le chapeau galonné. Les fuyards,«
vigoureusement poursuivis, remplissaient le grand chemin de Blan-M
‘chardau Portau-Prince. Un jeune officier, Coutilien Coutard, à Iam
vue du danger qui menace Pélion, se saisit du chapeau de celui=
ci et s'en evuvre lui même. Ii s'éloigne de son général et se pré
cipite das la foule des fuyards. Pétion, de son côté, æbandonne”
le grand ehemin en se jetant dans un sentier qui conduit sur l’has
bitation Trutier, le long du rivage de la mer. Coutilien Coutard,
attirant les coups de l'ennemi par son ehapeau galonné, est pour. suivi par tous les dragons de Christophe. Quand il atieignit le pont. de Blanchard, son cheval s'abattit. Avant qu'il eùt eu Île temps de”
se relever, il fut tué à coups &e ssbre.
bandonne”
le grand ehemin en se jetant dans un sentier qui conduit sur l’has
bitation Trutier, le long du rivage de la mer. Coutilien Coutard,
attirant les coups de l'ennemi par son ehapeau galonné, est pour. suivi par tous les dragons de Christophe. Quand il atieignit le pont. de Blanchard, son cheval s'abattit. Avant qu'il eùt eu Île temps de”
se relever, il fut tué à coups &e ssbre. Les dragons de l'Artibo®
nite ne s’arrétérent quà Drouillard. Barthelemy Mirault revint sur”
ses pas, et se’présenta devant Christophe qui était appuyé contre
le mur de Fhabitation Duvivier, IE lui remit le chapeau de Pétion
en fui disant : Veict, général en chef, l'étrenne que je vous offre
Au même instant, l'adjudant g général Papalier , reconnaissant l'impossi-. bilité de fuir, se tenait immobile le long de la route; il fut fait prisonnier et conduit à Christophe. Celui-ci le reçut avec distinction. et lui promit @e l'employer auprès de sa personne. k
Le dévouement héroïque de Coutilien Coutard avait sauvé Pétion. Celui ei, ayant cessé d'alüurer l'attention de ‘ennemi , pénétra. dans les. bois , et atteignit l'embarcadère de l'habitation Trutier ‘le long de
la mer, d'où 1l découvrit une barge de pêcheur qui s'éloignait du
Celui-ci le reçut avec distinction. et lui promit @e l'employer auprès de sa personne. k
Le dévouement héroïque de Coutilien Coutard avait sauvé Pétion. Celui ei, ayant cessé d'alüurer l'attention de ‘ennemi , pénétra. dans les. bois , et atteignit l'embarcadère de l'habitation Trutier ‘le long de
la mer, d'où 1l découvrit une barge de pêcheur qui s'éloignait du | j A v —
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L HISTOIRE D’'HAITI.— (1807) 319 ‘
rivage. Il l'appela par des signes; mais ella s’éloignait toujours, car
le pêcheur ne reconnaissait pas les hommes qui se tenaient debout
sur, là plage: Une femme qui était à bord, distinguent le général
2 Pétion, 6btint, à force d'instances, qu'on abordâl au rivage. Pétion
entra dans la barge avec quatre officiers qui n'avaient pas voulu
se séparer de lui, Bédouet, David-Troy , Meÿronnet et Bouzy. Christophe dut en partie le succès de cette mémorable journée à l'audace
du colonel Larose qui avait tourné les troupes de Pétion. !
Dès qu'on avait entendu, au Port-au Prince, la fusillade de Sibert,
le général Magloire Ambroise, commandant provisoire de fa division,
avait réuni à lArsenal la 12e demi brigade et lui avait distribué des
munitions. Elle était sortie au secours de Pétion avee quatre pièces
de campagne. Avant qu'elle eût atteint le morne Pelée, elle aperçut
lc général Yayou qui s'en revenait à cheval au milieu de nombreux
fuyards la plupart blessés. De Sibert à Drouillard, Yayou avait déployé
la plus brillante valeur, à la tête de quelques cavaliers, s'efforçant par
plusieurs charges, d'arrêter les dragons de Christophe, pour donner aux
fantassins républicains le temps d'atteindre le Port au Prince. Ii commanda aux soidats de la 13°. de rétrograder et d'aller prendre position
au fort S-Joseph. L'ennemi est sur nous, s'écria-t-1l,ne songeons qu'à
sauver la ville. Dès qu'il entra au Port-au Prince, il ralhia les fuyards , prit le commandement de l’armée, car on ignorait le sort de
Pétion, et vigoureusement secondé de Lys et de Caneaux, il échelonna, le
long des fossés, la plupart des jeunes gens, des pères de famille, même
des enfans de 142 à 14 ans environ, et quelques compagnies de troupes de ligne, Lorsque tout semblait perdu , il ne désespéra pas de la
cause de la liberté. En même temps beaucoup de femmes et d'en-
. fans abandonnaient leurs demeures et s’embarquaieut pour le département du: Sud. Les fuyards qui continuaient à rentrer, par groupes, pillaient les magasins et les maisons abandonnées. Le général
…_Yayou, au milieu de cette confusion, ne pouvant sévir contre eux,
… les laissait faire, tout en les exhortant à défendre la place contre
Christophe qu il leur représentait comme un affreux tyran. Dans ce
Moment suprême tous les prisonniers furent mis en Hberté. Le
colonel Lamarre , aussitôl après sa sortie de prison, se présenta,
en bourgeois, à la 24e., son ancien corps. Les soldais l'aceueiilirent
par les plus vives acclamations, le mirent à leur tête et le portèrent
en triomphe. Il se rendit au portail St. Joseph où se tenait le brave
…pénéral Yayou, au premier rang des troupes quil avaitréunies. Ya-
“you alla au devant de lui, l'embrassa , lui annença qu'il avait oublié
…le passé, et lui donna sa propre monture. On doit se rappeler
que Lamarre avait élé condamné à quatre ans de prison et à être
dégradé , pour avoir oublié, à l'égard de.Yayou , tous ses devoirs
de militaire. ; i l
“… Au mêmç instant, une femme, Manette Bonnaire se précipila ,
troupes quil avaitréunies. Ya-
“you alla au devant de lui, l'embrassa , lui annença qu'il avait oublié
…le passé, et lui donna sa propre monture. On doit se rappeler
que Lamarre avait élé condamné à quatre ans de prison et à être
dégradé , pour avoir oublié, à l'égard de.Yayou , tous ses devoirs
de militaire. ; i l
“… Au mêmç instant, une femme, Manette Bonnaire se précipila , PER TT F2 e. RER 77 “ « +
* À LÉ 1 L
-
L dé 880 HISTOIRE D'HAÎTI,— (1807) les yeux he \gards , vers le portail S'-Joseph, et demanda à grands cris,
ce qu'était devenu le général Pétion.—Que ne vous Informez vous plutôt
de votre fils, lui dit un officier; il n’est pas rentré avec nous ?—Mon fils!
qu'importe à la République son existence ! Mais le général Pétion, où »
est-11?—Quand on lui annonça qu'on ignorait le sort de Pétion ,
elle tomba presque sans vie. | Comme la poudre manquait à l'arsenal, Caneaux et Eys eh envoyérent chercher au fort Jacques, à quatre lieues dans l'intérieur,,
et en achetèrent une forte quantité d'un marin étranger qui em
avait à son bord. Vers les deux heures de l'après midi, pendant que Yayou attendait l'ennemi avec impatience, on apprit que Pétion était débarqué
à Mariani , à quatre lieues du Port au-Prince. L'adjudant générabk«
Blanchet * vint en même temps au portail St. Joseph, et félicita Ya
you de n'avoir pas songé à évacuer la villa pour se replier sur Léogane. Yayou lui annonça qu'il ne prendrait ceute résolation que sà |
après avoir de nouveau tenté la fortune, elle lui était contraire. Presquau même instant les troupes de Christophe parvinrent au
- portail St. Joseph. Elles furent accueillies par un feu vif d'artillerie ? et de mousqueterle et repoussées avec perte. Elles revinrent à la
charge ; mais, par les prodiges.da valeur de Yayou, de Lamarre et
Blanchet, elles furent vigoureusement culbutées. Déjà la ligne Nord
de ka place était gârnite de troupes de ligne et de volontaires. Pendant “que Yayou obtenait ce succès, une autre colonne ennemie
dirigée par le colonci Apollon, marchait contre le fort National , le
point Ant de la ville ei le plus important, qui n'était pas g gardé. 4
en cemoment. Quand eile passa vis à-vis du fert appelé depuis Eveillard,
où s'était ralliée la 21e., elle fut arrêtée par le feu de cette dei
brigade. En même temps un bataillon de la 12e, sons les ordres de
Frédéric, allant occuper le fort National, s’arrêla au bruit de la mous
queterie de là 21e.,et se rangea en bataille le long de la montée
qui conduit à la fortification. Le chef de bataillon Frédéric dirigea
sur la colonne d'Apellon ,un feu plongeant des plus vifs. Les
toupes de Christophe furent contraintes de battre en retraite et de.
se tenir hors de la pertée du fusil. Le bataillon républieain de la”
426. continua sa marche, et prit possession du fort National.
ous
queterie de là 21e.,et se rangea en bataille le long de la montée
qui conduit à la fortification. Le chef de bataillon Frédéric dirigea
sur la colonne d'Apellon ,un feu plongeant des plus vifs. Les
toupes de Christophe furent contraintes de battre en retraite et de.
se tenir hors de la pertée du fusil. Le bataillon républieain de la”
426. continua sa marche, et prit possession du fort National. Vers les quaire heures de l'après-midi, un courrier venant de Bizoton
se présenta au portail, el remit à"Yayou un billet de Bédouet, écrit au
crayon, par lequel celui-ei lui annonçait que Pétion, devant rentes
dans la place, l'exhortait à ÿ tenir toujours ferme. = 30 Un instant après, les cris de vive Pétion retentirent de toutes par si
Celui ci venait de rentrer au Port au Prince. La foule l'entoura et
l'accompagna à la maison Dalton, sa demeure, au milieu des plus 9 * Il était le plus jeune des deux frères. Il s'appelait Jacques-Antoïne: -Dapir
Blanchet ou Blanchet jeune, Eautre, l'aîné ,se nommait Bruno Blauchet. + Née “c Et
« JE. | HISTOIRE D'HAITI.— (187) 881 vives acclamations, On eût dit l'arrivée d’un libérateur ; cependant …Yayou avait déjà sauvé la ville. De l’embarcadère de Trutier, Pétion était descendu à Mariani, comme nous l'avons dit. Apprenant … que les 22e. et 23e. , de Jacmel , approchaient , il leur avait envoyé lordre, par le colonel Bédouet, d'atteindre , au pas de course, le Port-au Prince qu'allait assaillir l'ennemi. Les sol. dats de ces deux corps, pleins d'ardeur contre Christophe , en reconnaissant Bédouet , avaient failli le baïonnetter, parce qu'il avait
été très-dévoué à Dessalines. Pétion s'était hâté de se transporter ensuileau Port-au-Prince. Il parcourut toute la ligne de la place, puis les rues, rétablit un peu d'ordre dans les troupes, acheva de relever le moral des citoyens, et donna au général Yayou, qui venait d'acquérir - une grande gloire , des marques éclatantes de son admiration. Yayou avait été le héres de cette mémorable journée. Dans cette circonstance
critique, Pétion lapprouva d'avoir souffert le pillage d'un grand
nombre de boutiques, car c'eût été augmenter le désordre que de
chercher à le réprimer. Ce pillage continua même plusieurs heures
sous ses yeux, Du reste les citoyens qui en furent victimes, de la
parc des soldats qui défendaient la place, ne s'en plaignirent pas, .
sachant que si Christophe y pénétrait, ils perdraient la plupart non seulement leurs biens mais encore la vie. . Les jours qui suivirent, Christophe donna plusieurs assauts aux prin: -cipales pesilions de la ville ; il fut chaque fois repoussé avec perte. Enfin le général Gérin qui avait été mandé au Port au Prince, y “arriva à la tête de deux régimens du Sud et de plusieurs gardes nationales. 1} s'établit le long des fossés qui s’étendaient derrière le
palais du gouvernement. Le général Pétion apprit que la plupart des blessés ennemis, demeurés le long des fossés, étaient sacrifiés par les soldats républicains.
Il enjoignit aux commandans.de tous les postes de les faire enlever et de
avec perte. Enfin le général Gérin qui avait été mandé au Port au Prince, y “arriva à la tête de deux régimens du Sud et de plusieurs gardes nationales. 1} s'établit le long des fossés qui s’étendaient derrière le
palais du gouvernement. Le général Pétion apprit que la plupart des blessés ennemis, demeurés le long des fossés, étaient sacrifiés par les soldats républicains.
Il enjoignit aux commandans.de tous les postes de les faire enlever et de “les faire transporter à l'hôpital. Cet ordre ne fut nulle part exécuté;
“los soldats de la République eontinuérent à massacrer les blessés, en disant que les gens de Christophe servaient une cause trop mauvaise, “pour être épargnés. Comme l'anarchie était profonde dans la place | -
|
| qui nétait défendue que par l'élan des troupes et des citoyens,
Pétion fut obligé de promettre 4 piastres pour chaque prisonnier
qu'on lui amènerait. Dés lorson cessa de.tuer les malheureux qu’on,
prenait, et on les conduisait au général Pétion , mû par lappétit de
la récompense offerte. Le gouvernement sauva ainsi un grand nombre
de prisonniers qui , plus tard , servirent la cause de la République
avec le plus grand dévouement. Le G Janvier, à trois heures du matin, Christophe donna à la
Wwille un assaut général. Au fort St. Joseph, au Nord, l’ennemifut
repoussé avec vigueur par Île colonel Lamarre. Le Poste Marchand, : 882 HISTOIRE D'HAITI.—(1807) à VEst, près de lntendance , fut assailli par une colonne qui fit dd
vains efforts pour s'en emparer. Les soldats de la 12e. qui oceupaient le fort National demandèrent à aller la prendre en flanc. Mais
le che£ de bataillos Frédéric qui s'attendait aussi à être attaqué leur
défendit, sous peine de mort, de sertir du fort. En effet on de.
la charge presque en même temps: c'était une division .de Christophe, commandée par le général J. P. Daut , qui se présentait pour
enlever la fortification. Elle fut accueillie par le feu le plus meurtrier,
et repoussée avec uns perte considérable. Les soldats de la 12e.
jetèrent des huées sur les treupes du Nord. Celles ci honteuses re:
vinrent à la eharge ; mais elles furent de nouveau culbutées. De son côté, Barthélemy Mirault, à la tête de la cayalerie du Nord
et de FArtibouite, se répandit rs la savane du gouvernement, «
et s cforça, par une charge impélueuse , de pénétrer dans. la place;
mais les troupes rangées sur a ligne Est, sous les ordes de Géria,
Jui opposèrent un front inébranlable; sa valeur s’épuisa en de vains |
efforts; 1l fut obligé de faire sonner la retraite. Christophe , désespérant de s'emparer de la ville, et craignant, sur
ses derrières, des insurrections -dans le Nerd «et l'Artibonite , Ten le
siège deux jours après. Le 8 Janvier , après avoir incendié une par
tie de la plaine du Cuj-de Sac, il prit la route de l'Arcahaie. Lew
général Yayÿou plein de joie de la retraite de l'ennemi, disait avec satisfaction, qu'il avait bien annoncé qu'on n'eül pas tlardè à con
naître Chrisiophe , homme infléxible et de sang. Tant à la bataille des
Sibert que pendant le siège du Port-au Prinee, en avait perdu , de
part et d'auire, plusieurs centaines à hommes. |
plaine du Cuj-de Sac, il prit la route de l'Arcahaie. Lew
général Yayÿou plein de joie de la retraite de l'ennemi, disait avec satisfaction, qu'il avait bien annoncé qu'on n'eül pas tlardè à con
naître Chrisiophe , homme infléxible et de sang. Tant à la bataille des
Sibert que pendant le siège du Port-au Prinee, en avait perdu , de
part et d'auire, plusieurs centaines à hommes. | Presque tou tes les familles attendries de la mort de Coutilien Couil
tard, dont le dévouement héroïque avait sauvé les jours de Pétips
Jui donnèrent des larmes. Jérôme Mare Couulien Coutard naquit le 40 Novembre 17178 , à"
Bellevue, dans l'arrondissement du Port au-Prince. Ilentra au service dopé: la 4e, demi brigade , sous Toussaint Louverture , etse dis“
tngua ioujours par un rare courage. Il devint en 1804 lieutenant
de ’greuadiers. À la mort de Dessalines il se trouvait à St Mare
avez sou corps. Il fut un de ces jeunes gens qui, fuyant le despo=
tisme de Christophe, avaient abandonné leur garnison pour se réfugier
au Port au Prince, A la bataille de Sibert, il était à la tête dune
Coinipaguie de grenatiers de la 3e. demi- brigade, sous les erdres de
Ge déon : et au moinent de la déroute, 1! s'était placé à côté de Pétions Pendant que Christophe était repoussé du Pert au Prince, une rés
volte contre la République, qui durera treize ans,) prenait naissance
dans la Grand Anse, département du Sud, aux environs de Jérénie
En Décembre 4806, le citoyen Théodat Trichet qui se trouvaibau
Port au aies en ai de député à la Constituante, ont appris FE
j HISTOIRE. D'HAITI.— (1807) 883
# «que, le commandement de la Grand'Anse, avait écrit à Bergerac
son frère, qu'ilfne tarderait pas à perdre «a position. Nous avons vu
que Bergerac Trichet, qui s'était plaeé à la tête de la 18e., après
l'arrestation et l'exécution de Buazile, avait pris le cemmandement
de la Grand'Anse à la mort du général Férou. Dès qu'il avait appris
que Francisque dut le remplacer, il en avait été extraordinairement
mécontent. Peu de jours après, il avait reçu l’ordre de s'acheminer sur le
Port au-Prince que menaçait Christophe. [Il s'était abouché avec
Thomas Durocher , inspecteur:général de culture de la Grand'Anse,
exerçant une grande influence dans les campagnes, et lui avait persuadé que l'autorité supérieure du quartier ne devait sppartenir qu'à eux
—. deux ; il avait ajouté que cependant Péiion et Gérin allaient placer à
leur tête le colonel Francisque. Thomas Durocher, qui n’ignorait pas ?
sur le
Port au-Prince que menaçait Christophe. [Il s'était abouché avec
Thomas Durocher , inspecteur:général de culture de la Grand'Anse,
exerçant une grande influence dans les campagnes, et lui avait persuadé que l'autorité supérieure du quartier ne devait sppartenir qu'à eux
—. deux ; il avait ajouté que cependant Péiion et Gérin allaient placer à
leur tête le colonel Francisque. Thomas Durocher, qui n’ignorait pas ? “que la 18e. n'eut dans ses rangs de nombreux #méconiens sur
lesquels il pouvait compter, l'écouta favorablement : ils convinrent de
bouleverser l'arrondissement par une insurrection, pour y maintenir Leur autorité. Bergerac Trichet, sur le point de parir pour Ouest, confia à Durocher quil pensait, d'après les
“avis quil avait reçus, que le Port au Prince succomberait ,
et il lui promit qu'aussitôt après l'entrée de Christophe en
celle ville , il reviendrait à Jérémie , et lui livrerait le commandement de la 18e. et de la Grand'Ause. Durocher, de son côté,
qui, dans le cas de la chute du Portau Prince, devait donner à la
révolte projetée la physionomie d'un mouvemert en faveur de Christophe, lui promit, s’il voulait se retirer à l'étranger, de lui permettre
-d'emporter tout ce qu'il voudrait. Ainsi le Port au Prince succombant,
—… Thomas Durocher, après s'èfre soulevé en faveur de Christophe,
füt demeuré lechef de la Grand'Anse , et Bergerac en fût parti emportant des sommes assez importantes. Ces deux hommes, qui avaient rendu de grands services à leur pays, qui, en 1804, avaient arraché à la
mort une foule de proscrits avec un noble désiniéressement, égarés par
l'ambition du commandement, furent en cette circonstance de mauvais
citoyens, sacrifiant la chose publique à leurs intérèts privés. Ils
résolurent que les cultivateurs seraient, à dessein, Inquiétés sur
leurs droits, leur liberté, et seraient appelés aux armes pour ven.
mgor la mort de Dessalines ; eependant ils avaient éié l'un et
l'autre d'acharnés ennemis de l'ancien empereur et des premiers à
| se prononcer contre lui, à Jérémie. *
c4 L à
Pa —* La note concernant la conduite de Bergerae Trichet & de Thomas Durocher
ma été fournie par Mr. Michel Merlet ainé, & plusieurs autres vieillards de
Jérémie. Je l'ai accueillie d'autant plus favorablement que Bergerac Tri-
“chet & Thomas Durocher portècent , peu de temps après , le corps des Eclaireurs
à Se jeter dans le parti de Goman. Cette dernière circonstance est de notoriété
_ publique, | ?:
, .
| |
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|
À
Pa —* La note concernant la conduite de Bergerae Trichet & de Thomas Durocher
ma été fournie par Mr. Michel Merlet ainé, & plusieurs autres vieillards de
Jérémie. Je l'ai accueillie d'autant plus favorablement que Bergerac Tri-
“chet & Thomas Durocher portècent , peu de temps après , le corps des Eclaireurs
à Se jeter dans le parti de Goman. Cette dernière circonstance est de notoriété
_ publique, | ?:
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À D 384 HISTOIRE D'HAÏTI 1807) = Aussitôt après Ja sortie de Jérémie de Bergerae "gichet et de la
48e., s’acheminant sur le Port-au Prince, Thomas DÜrocher parcourut les campagnes, s entendit avec Jason Demingo, cultivateër in.
fluent, et luipersuada de se mettre à la tête des campagnards dont la
; liberté était menacée , €t d'assaillir la ville. Jason Domingo s'abou-.
cha avec les citoyens Bazile et César Novelet, cultivateurs hardis
et intrépides, les entraîna dans le parti de la révolte et convint
avec eux de la prise d'armes pour le 6 Janvier Au jour fixé tous les
campagnards de la commune de Jérémie se soulevérent. Le 8 suivant
ils vinrent, Jason Domingo à leur tête, attaquer la place. Les citoyens
de Jérémie qui ne s'attendaient pas à cette agression , coururent aux -
armes , Se réunirent en hâte, opposèrent aux insurgés une vigoureuse résistance et les cliassèrent au loin. Durocher qui avait secrêtement
suscité celle révolte y était entièrement étranger aux yeux de la popu-,
lation urbaine ; il la condamnait même très énergiquement. La,
18e était parvenue sur l'habiiation Bézin, quartier de Nippes, quand
elle apprit l'attaque de Jérémie ; elle rétrograda et revint dans son
cantonnement. Peu de jours aprés on sut que Christophe avait levé
le siège du Port au Prince. Bergerac Trichet et Thomas Durocher,
ne voyant aucune chance sérieuse au succès de la révolte, n'y pre |
aucune part active; ils craignirent même d être compromis, et s étudièrent, par leur conuuite, à éloigner d'eux tout soupçon. Ils rent
des démarches clandestins auprès des principaux chefs de l'insur-«
rection pour les porter à rentrer momentanément dans le devoir;
mais ils ne purent gouverner le mouvement. Les insurgés résolurent
de se donner un chef de quelque influence. Ils s'adressèrent à Go
man, chef d’un des baiaillons de la 19e de l’Anse d'Ainault, officier
très "distingué par son courage et les longs services pi il avaitrendus
à son pays depuis 4794, sous le général Rigaud. * Il les accueillit
favorablement et: se mit à leur tête , après avoir fait de vains efforts,
pour entrainer son bataillon dans la révolte. 11 se proclama le vengeur de Dessalines. Telle fut l’origine de l insurreetion de la Grand'-
Anse , que le Président Boyer ne parvint a éteindre qu'en 1819, après”
qu elle se fut usée par 44 années de résistance. Elle fut pendant quel-.
que temps mollement combattue par la 18e. de Jérémie qui, en 1806,
avait accepté la révolte contre Dessalines avec une réprobation bien
marquée.
. 11 se proclama le vengeur de Dessalines. Telle fut l’origine de l insurreetion de la Grand'-
Anse , que le Président Boyer ne parvint a éteindre qu'en 1819, après”
qu elle se fut usée par 44 années de résistance. Elle fut pendant quel-.
que temps mollement combattue par la 18e. de Jérémie qui, en 1806,
avait accepté la révolte contre Dessalines avec une réprobation bien
marquée. La_plupart des familles qui s'étaient eufuies dans le Sud,
_hâtérent de rentrer au Port-au Prince. Peu à peu le calme se rétabli
la confiance reparut, et le commerce reprit son ancien cours. Haïti,
se trouva divisée en deux parts: le département du Nord et l’Arti*
bonite sous les ordres de Christophe ; l'Ouest et le Sud sous les
ordres de Pétion et de Gérin. Quant à la partie de l'Est elle était. "#4 * Rigaud était le parrain de Goman africain, L HISTOIRE D’'HAITI (1807) 683 . Loujours occupée par les français qui s’efforçaient en vain d’y faire
Chérir leur domination. 3 Par la chute de Dessalines, l'ancien parti de Rigaud, épuré au
travers des flammes de la guerre, entièrement dépouillé de tont ce
qu'il y avait d'illusions dans la première révolution, plein d'expérience,
Sidentifiant davantage avec le peuple, reprit l'autorité et sa vieille
"prépondérance tant dans l'Ouest que dans le Sud. Les préjugés de
condition qui avaient éloigné l’ancien affranchi du nouveau libre s’étaient évanouis pendant la guerre de l'Indépendanee, et ces deux classes
d'hommes avaient consacré leur alliance en se confondant, le Aer Jan
vier 1804, sous la dénomination générique d'Haïtiens. Ce parti, à
présent représenté par Pétion et Gérin, avait toujours été démocratique et plein de eonfiance en la France républicaine. Ii s'était
séparé de Toussaint Louverture en 1799, parce que celui ci, rêvant à
l'indépendance et à la monarchie, avait voulu se détacher de la
France et se faire couronner. Toussaint sentait, dès 1797, qu'une
réaction contre la liberté générale ne dût pas tarder à ‘avoir lieu ;
il avait vu juste, et ce fut la cause de ses efforts pour s'éloigner de
la métropole. Le parti rigaudin, qui avait en horreur le système monarchique et qui ne croyait à aucune réaction contre la liberté générale, entreprit la lutte contre lui et fut vaincu. Toussaint, affaibli
par la guerre civile, fut à son tour terrassé par la métrepole. Mais
le parti rigaudin vit séteindre sa confiance en la France républicaine,
en Août 14802, époque du rétablissement de l'esclavage dans les îles
du vent, d'après les termes de la loi du 26 Mai de la même année.
11 reconnut que Toussaint, plein de perspicaeité, avaii inieux découvert que son rival les projets de la France refativement à Saint-
… Domingue. Il courut aux armes, comprenant tardivément que la
liberté des masses à laquelle il avait toujours aveuglément sacrifié,
he peuvait se mainienir que par une indépendance absolue de la
France, dont lé gouvernement réagissait contre les principes républicaius , en Amérique aussi bien qu'en Europe. La victoire nous demeura, et l'indépendance d Haïti fut proclamée.
découvert que son rival les projets de la France refativement à Saint-
… Domingue. Il courut aux armes, comprenant tardivément que la
liberté des masses à laquelle il avait toujours aveuglément sacrifié,
he peuvait se mainienir que par une indépendance absolue de la
France, dont lé gouvernement réagissait contre les principes républicaius , en Amérique aussi bien qu'en Europe. La victoire nous demeura, et l'indépendance d Haïti fut proclamée. Pendant la guerre nationale, le Nord et l'Artibonite, représentés
par Christophe et Dessalines, anciens lieutenants de Toussaint,
l'Ouest et le Sud, par Pétion et Geffrard, anciens lieutenans de Rigaud , s'étaient unis contre l'ennemi commun. Mais au fond des deux partis élaient demeurés, d’une part, les principes monarchi,
ques , d'autre part, les principes démocratiques.
—._ La gouvernement de Dessalines fut momentanément un terrain de
“conciliation ; rapprochant les deux partis, il s’efforçga d'établir eutre
eux l'équilibre. En prenant le titre d'Empereur , il sacrifia aux
| principes monarchiques , et par sa constituüon du 20 Mai 1805, il
calma les fermentations démocratiques qui agitaient déjà les poputions du Sud et d'une partie de l'Ouest. Ce système mixte, où 336 HISTOIRE D’HAITI.— (1807) dominait néanmoins la volonté absolue du Chef de l'Etat, ne contenta aucune elasse de citoyens. Les deux partis s’entendirent pour.
le renverser. Aussitôt après la chute de l'Empereur, le Nord et
l’Artibonite voulurent faire dominer leurs principes monarchiques ;
l'Ouest et le Sud, au contraire, proclamèrent les institutiens démocratiques les plus larges. (Comme les partis étaient de forces
égales, on en vint à une rupture. Quoique Toussaint et Rigaud
ne fussent plus sur le champ de bataille, leurs principes entrèrent
en lutte: aristocratie, d’une part, personnifiée en Genie démecralie, d'autre part, personnifiée en Pélion.
onite voulurent faire dominer leurs principes monarchiques ;
l'Ouest et le Sud, au contraire, proclamèrent les institutiens démocratiques les plus larges. (Comme les partis étaient de forces
égales, on en vint à une rupture. Quoique Toussaint et Rigaud
ne fussent plus sur le champ de bataille, leurs principes entrèrent
en lutte: aristocratie, d’une part, personnifiée en Genie démecralie, d'autre part, personnifiée en Pélion. LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME. 1807. Sommaire. Après avoir levé le siège du Port-au-Prince, Christophe se rend à
Marchand.— Marche de Pétion sur l'Arcahaie.— Christophe lui oppose le général
Romaia.—Pétion rentre au Port-au-Prince. — Promotions faites par Christophe. —
Larose, officier de Christophe, prend possession du quartier de l'Arcahaie —Il
en maltraite les habitants— Retour de Christopie au Cap.—Il fait mourir l’un
des frères Roumage,—Il rétablit les travaux agricoles.—Son adresse aux habitans et aux cultivateurs.— Blanchet aîné nommé Secrétaire d'Etat de la République, chargé du Pouvoir Exécutif pendant la vacance de la présidence. —
Décret du Sénat en faveur des députés dû Nord, demeurés au Portau-Prince.
—Premotions faites par le Sénat — Décret du Sénat par lequel Christophe est
“mis hors la loi —La Constitution du 27 Décembre 1806 est publiée au Portau-Prince—Marche de Pétion sur l’Arcahaie.— Il fait enlever le fort Sabourin
par le général Yayou.— Celui ci fait prisonnier, à Labarre, un bataillon de la
8e.—Pétion prend l’Arcahaie.— Le général Francisque s’avanee jusqu'à Montrouis,
—Pétion rentre au Port au-Prince.—1l expédie, par mer, la 15e. contre les insurgés de la Grand’Anse Rapport fait au Sénat par Bonnet, au nom du
Comité des finances. — Christophe fait ravager le quartier de l'Arcahaie par
le général Larose—Mort de Jean-Charles Courjol.— Les cultivateurs du quartier
de lAreahaiïe, ayant à leur tête Jean Dugotier, se soulèvent contre Christophe.
—Constitution de Christophe— Christophe reçoit le titre de Paiésident et généralissime des forces de terre et de mer de l'Etat d'Haïti. —Publication de la Constitution de Christophe.— Cérémonie à cette qccasion—Proclamation de Christophe par laqueile Pétion et Gérin seat mis hors la loi.—Lois de Christephe concer388 HISTOIRE D’HAITI 1807) nant la division territoriale, la se'de de l'état-major, l'administrat'on des finances, la
religion catholique, apostolique et romaine, l’organisation des tribunaux, les droits successibles des enfants naturels, là vente des habitations et autres biens de l'Etat d’Hlaiti,
Pétion nommé Président de la République d'Haït, par le Sénat. — Abolition du quart de
subvention par le Sénat. — Prestation de serment du Président Pétion.—Loi du Sénat. concernant l'administration gänérale.—ÆLoi sur les mises en possession des biens de
ceux qui avaient été injustement dépossédés , du 9 Février.—[ot interprétative
de celle du 9 Février — Autres promotions du Sénat.— Lois concernant l'impôt
“établi sur les guildives, le droit conféré au Président d'Haïti d’ent:etenir des re-
‘lations extérieures, l’organisation de l'enregistrement des actes civils, l'impôt
territorial sur Îe coton, le cacao.
mises en possession des biens de
ceux qui avaient été injustement dépossédés , du 9 Février.—[ot interprétative
de celle du 9 Février — Autres promotions du Sénat.— Lois concernant l'impôt
“établi sur les guildives, le droit conféré au Président d'Haïti d’ent:etenir des re-
‘lations extérieures, l’organisation de l'enregistrement des actes civils, l'impôt
territorial sur Îe coton, le cacao. l’insitution de quatre fêes nationales, la dé-
‘claration en état de révolte de toutes les parties d Haïti soumises à Christophe. Organisation du corps des dragons d'Haïti -Loi suria direction des douanes —Arrivée
au Port-au-Prince du colonel Delva, venant des Etats-Unis.—Christephe visite
l'Artibonite.— Lois de Christephe sur la tutelle et l'émancipation, sur lassimilation des grades civils à ceux de larmée, sur les honoraires des officiers de
douane et autres —Le despotisme de Christophe porte à l'insurrection la population du Port-de Paix. — Jean-Louis Rébecca se soulève à latête de la 9e.—Ilya s'em-
‘parer, dans l’intérieur, du fort des Trois-Paviilons, à la tête des deux premiers
bataillons de ce corps—Le 8e. bataillon , demeuré en ville, se soulève aussi —
— Les autorités se sauvent du Port-de-Paix et se rendent auprès de Christophe. —Rébecca rentre an Port-de Paix; il incendie cette ville, à l'approche de Christophe , et se retire aux T'rois-Pavitlons —Il évasue ce fort; le général Romain
le poursuit , l’atteint et lui fait trancher la tête—La nouvelle de la révolte de“
Rébscca parvient au Port-au Prince = Pétion annonce qu’une expédition sera envoyée au secours des insurgés du Port-de-Paix.—£Les soldats de la 9e. , dispersés dans les bois, se réunissent et mettent à leur tête leurs anciens chefs de
bataillon Nicolas Louis et Beauvoir.—Christophe traverse les Moustiques , sac:
cageant tout sur son passage.—[a ville du Môle St. Nicolas se soulève aussi
eontre lui —[l se retire au Cap et laisse le général Romain au Port-de-Paix. Le général Bazeluis part à la tête d’une expédition dirigée centre St Marc par mer. Au lieu datriquer cette place il va s'emparer des Gonaïves — Nicolas Louis reco t des
dépêches de Pétion.—[fs’empare du !'ort-de-Paix sur Romain —H! s'efforce, en vain,
‘de communiquer avec Bazelais —En même temps . Pétion marche sur St. Marc —#l
prend le fort du Boucassin l envoie des instructions à Bazelais.-[l assiège St:Marc:
Les troupes de Christophe reprennent les Gonaïives sur Bazelais — Pétion lève le siè- %
ge de St. Marc.—Ls: général Lamarre , à la tête d’une nouvelle expédition , part du««
Port-an Prince, au secours des insurgés du Port-de-Paix —Il débarque au Port: E
.
En même temps . Pétion marche sur St. Marc —#l
prend le fort du Boucassin l envoie des instructions à Bazelais.-[l assiège St:Marc:
Les troupes de Christophe reprennent les Gonaïives sur Bazelais — Pétion lève le siè- %
ge de St. Marc.—Ls: général Lamarre , à la tête d’une nouvelle expédition , part du««
Port-an Prince, au secours des insurgés du Port-de-Paix —Il débarque au Port: E
. à-Piment, fait jonction avec Nicolas Louis aux Moustiques, et se rend au Port
de-Paix, [Il organise l'insurrection —Le Sénat s'ajourne; se fait représenter par
un comité permanent, et confie au Président d'Haïti les pouveirs législatifs — à
Coup d'œil rapide sur les événemens de 1807 à 1838. LA
L
. à Après avoir levé le siège du Port:au Prince, Christophe-s’arrêta à
l'Arcahaie el y réorganisa la 83e. demi brigade. Il partit de ce bourg
‘aussitôt après , le laissant presque dégarni de troupes, et s'arrêtam
quelques jours à St. Marc d'où il se transperta à Marchand. De
son côlé, Pélion ne sortit du Port au Prince que plusieurs jours après.
la levée du siège. C'eûi été une faute grave, s'il n'avait pas, à des”
sein , laissé à Christophe .le temps de fortifier St. Marc où il eût pu . entrer en même que lui, en le talonnant. Mais ignorant les vérilas bles projets des révolutiennaires du Sud, et de Gérin, particulières, | 8 HISTOIRE D’HAITI.— (1807) 389: ment, dont il redoutait l'ambition, il hésitait à s’éloigner du Portau Prince, et surtout à se dégarnir d’une partie des troupes qui avaient
sa confiance, en occupant St. Marc. Néanmoins, cédant au vœu
de l'armée, il se résolut à faire une démonstration vers cette place, en
se rendant au Boucassin ; mais il mettra , dans ses opérations, toutes.
sortes de lenteurs. Il sortit du Port-au-Prince, parvint au Poucassin,
et établit son quartier général sur l'habitation Labarre. Le eamp
Drouêt était occupé par le commandant Noël Dubourg, sous l’autorilé de Christophe. Cet officier lui fit saveir qu'il était disposé à
lui livrer ce poste. Pétion, après aveir confié au général Gérin
l'armée campée à Labarre, se rendit à Drouët à la tête de plu-. » sieurs bataillons, en prit possession, y trouva une grande quantité de munitions , et revint au quartier général. Il établit sur l'habitation Saintard la 15e, demi brigade, ainsi qu’un escadron des dragons du Sud, dont il forma l'avant garde de l’armée. On apprit
en même temps, avec certitude, que la ville de St Marc était dé
garnie de troupes. Gérin censeilla en vain à Pétion d'aller s’en em- . parer et de porter ensuite son quartier général à Marchand. Pétion,
va une grande quantité de munitions , et revint au quartier général. Il établit sur l'habitation Saintard la 15e, demi brigade, ainsi qu’un escadron des dragons du Sud, dont il forma l'avant garde de l’armée. On apprit
en même temps, avec certitude, que la ville de St Marc était dé
garnie de troupes. Gérin censeilla en vain à Pétion d'aller s’en em- . parer et de porter ensuite son quartier général à Marchand. Pétion, voulant lui enlever l'occasion d'acquerir de l'influence sur les troupes de l'Ouest, n’accueillit pas ses conseils. Christoplie était encore à Marchand. Comme il croyait que Pétion l'eût
poursuivi à outrance, il n’était demeuré que pa de jours à St. Marc,
commenous l'avons vu. Mais quand il apprit que l'armée de la République paraissait hésiter à pénétrer dans le Nord , il envoya des troupes à St. Marc, et ordonna aux généraux Romain, Daut Brave et
Magny de marcher contre Pétion, à la tête des fre., 2e., Ge. , 9e.
et 14e. demi brigades. Le général Romain, après avoir atteint Je
quartier de l'Arcahaie, traversa le morne Maliotte, y laissa un bataillon
et alla occuper le poste Eapointe. Pétion lança contre lui la 24e,
demi brigade, sous les ordres du colonel Lamarre. Celuici parvint
à une position qui dominait Lapointe. Romain, de son côté, gravit
avec la 44e. un morne très élevé, en atteignit le sommet, ei domina la
24e. Les deux corps demeurèrent en présence toute la journéesans
en venir aux mains. Le colonel Lamarre envoya aux chéfs de bataillon de la 14e. plusieurs proclamations du Sénat lancées contre Christophe; elles furent favorablement accueillies. Peu de jours après,
“le général Paul Romain, s’apercevant que la fidélité de ses troupes
était ébranlée, rentra à St. Marc quil abandonna aussitôt pour res
tourner à Marchand. Deux des ehefs de bataillon de la 44e.
furent arrêtés et exécutés pour n'avoir pas repoussé les procl:mations
de la République. Pétion, de sen côté , rentra au Port au Prince, “et le quartier de l'Arcahaie, généralement dévoué à la République, se trouva abandonné. Le général Gérin blama sévèrement la conduite qu'il avait tenue dans cette campagne, lui reprocha ouvertement de ne s'être pas emparé de St. Marc et de n'avoir pas marché . 390 HISTOIRE D’HAITI.—(1807) sur le Cap, les populations étant, de toutes parts, favorables à la
République. Il était d'autant plus indigné contre Pétion que ce
général venait de s'attacher deux officiers ‘influens du Sud, en exhortant le Sénat à nommer Francisque, général de brigade , et Borgella , colonel. Pétien , pour se justifier, disait que Christo=
phe se perdrait 1ôt ou tard par sa férocité, et qu'il était inutile,
par conséquent, de verser du sang , en portant la guerre dans le
Nord. Gérin répliquait que Christophe, avant ‘de suceomber, se
baignerait dans le sang des populations, et qu’on devrait ne pas
laisser échapper l'occasion favorable de l'abattre d'un seul coup.
, et Borgella , colonel. Pétien , pour se justifier, disait que Christo=
phe se perdrait 1ôt ou tard par sa férocité, et qu'il était inutile,
par conséquent, de verser du sang , en portant la guerre dans le
Nord. Gérin répliquait que Christophe, avant ‘de suceomber, se
baignerait dans le sang des populations, et qu’on devrait ne pas
laisser échapper l'occasion favorable de l'abattre d'un seul coup. Les officiers du Sud se montraient convaincus que Pétion sacrifiait l'intérêt général à des vues ultérieures d'ambition personnelle. Christophe, de son côté, faisait des promotions. Il nomma le
colonel Louis Larose, le colonel Pierre Toussaint, généraux de
brigade ; les colonels Pierre Cottereau et Guerrier, adjudans géné:
raux. Le général Pierre Toussaint partit de Marchand à la tête des 4e.
et 7e. demi brigades, et alla occuper à St. Marc. Le général Louis
Larose vint prendre possession de l'Arcahaie que Pétion avait abandonné. Il maltraita considérablement les habitans de ce quartier
qui passaient pour être très dévoués à la cause de la République.
Il en arrêta un grand nombre qu'il fil conduire à Marchand où ils
furent égorgés la plupart. Le commandant Jean Toussaint Labarre
eut le bonheur d'échapper à la mort. Larose établit son quartier
général sur l'habitation Labarre, livra l'Arcahaie au plus affreux
pillage. Les habitans, après avoir vu enlever leurs bestiaux qui
formaient en ce moment leur principale richesse , furent acheminés,,
en grand nombre, vers la province du Nord ,ety furent condamnés
aux travaux les plus rudes. (Ce fut alors que Christophe, après:
avoir fait enlever les trésors et les munitions que Dessalines avait
réunis à Marchand, se transporta au Cap, pour doñner de la stabilité à sa nouvelle position. Aussitôt après son arrivée en cette ville, il fit. arrêter Roumage aîné, directeur [des domaines. Comme celui-ci
s'élait montré sympathique aux principes démocratiques proclamés
dans l'Ouest, il prérendit qu'il avait malversé et le fit périr, après
l'avoir retenu , deux mois environ, à la geôle, près de la Providence, vers a Grande-Ravine. Aussitôt après, Il porta son at-. tention sur la culture des champs ; source de toutes richesses, et réta=
blit les travaux agricoles que les agitations occasionnées par la mort
de Dessalines avaient interrompus. Il fit publier l'adresse suivante
aux habitans et cultivateurs: | « Mes efforts commencent enfin à vous ouvrir les sources de la prospérilé.. Dès l'instant où le vœu du peuple m'a porté à la tête
du gouvernement, mon premier soin a été d'appeler, dans n0s ponts," d
Pré nd, LA 2 < A a+ ru = HISTOIRE D'HAITI.—(1807) 391 les nations commerçantes , et de vous procurer des moyens d'échange pour vos denrées. « Nos vœux vont se réaliser, nous voyons déjà flotter dans nos rades
les couleurs des différentes nations qui nous apportent les produits
de leur industrie, pour les produits de nos manufactures. Il nous faut
entretenir cet heureux commencement ; mais le seul moyen d'y réussir, :
est de fournir à leurs demandes, par un travail constant et uniforme,
= HISTOIRE D'HAITI.—(1807) 391 les nations commerçantes , et de vous procurer des moyens d'échange pour vos denrées. « Nos vœux vont se réaliser, nous voyons déjà flotter dans nos rades
les couleurs des différentes nations qui nous apportent les produits
de leur industrie, pour les produits de nos manufactures. Il nous faut
entretenir cet heureux commencement ; mais le seul moyen d'y réussir, :
est de fournir à leurs demandes, par un travail constant et uniforme, « Habitants d’un sol produetif, qu’un soleil bienfaisant éclaire, la
pature à tout fait pour nous; pouvons sous manquer de faire quelque chose pour nous-mêmes? Nous n'avons besoin, pour posséder
le bonheur, que de recueillir ses dons, et desavoir en faire usage. « ‘Les jouissances d’un peuple libre ne consistent pas dansle vain
appareil d'un luxe extérieur. L'union des citoyens, la valeur des soldats, la fertilité des champs et la richesse du commerce ; voilà le
luxe qu'il faut étaler aux yeux des nations. « Si quelques méchans, ennemis du repos de notre patrie, n'ont
pas craint de se révelter contre l'autorité, gardez vous d'écouter les
principes affreux qu'ils ont le front de professer. Je vous réponds
qu'ils seront, avant peu, punis de leur audacieuse témérité: je me
charge de vous garantir de leurs fureurs. « Mais, au contraire, employez vos bras à fertiliser vos champs,
à recueillir ces denrées précieuses que lon vient chercher avec tant
d'empressement dans nos ports, et pour lesquelles l'on vous offre
les richesses de l'Europe. Ne craignez point, en travaillant, de
perdre le fruit de vos travaux. Le gouvernement vous assure toute
la protection due aux citoyens paisibles et aux familles laborieuses.
Il fait plus, il emploie tous ses moyens à assurer l'amélioration de
vos fortunes , par un commerce lucratif, et le bonheur de vos
familles, par une protection efficace. Votre union, votre soumission aux lois, doit être le gage de la prospérité du gouvernement , ainsi que le travail de vos bras doit faire sa richesse. Livrezvous donc sans réserve aux travaux de la culiure. Vous n'avez de
bien à espérer que dans vetre travail, sans lequel il n’est pour vous
ni jouissance, ni sûrelé. Que tous les cultivateurs se réunissent sur
les habitations qui leur ont été désignées; qu'ils ne craignent plus.
d'y être troublés ; que les inspecteurs et les jcommandans redoublent
de surveillance, pour empêcher les vexations , l'oisiveté el le vagabondage, et pour encourager le travail de la récolte “ae « Il me reste à vous dire que la plus brillante perspective s'offre devant nous. Les nations étrangères rendent déjà hommage à nos
principes ; un grand nombre de bâtimens s’équipent ‘dans tous leurs
ports, pour venir acquérir les avantages de notre commerce. Une
guerre longue et opiniätre occupe nos ennemis en Europe, et les
empêche de pouvoir chercher à nousinquiéter. Sachons donc metie à profit ces faveurs d’une providence bienveillante, Que l'union, le parti de la République, ne pouvaient plus retourner dans leur toute hâte pour le Nord , aussitôt après la bataille de Sibert, du 4° 892 | _ HISTOIRE p’mAITI.—(1867) :
le travail, le commerce etl’industrie de tous les citoyens, en fournissant
au gouvernement les moyens de se soutenir avec dignité et de remplir avee honneur ses engagemens, lui donnent aussi le pouvoir de
faire votre bonheur et de vous préserver de tous les pièges: de nos
ne pouvaient plus retourner dans leur toute hâte pour le Nord , aussitôt après la bataille de Sibert, du 4° 892 | _ HISTOIRE p’mAITI.—(1867) :
le travail, le commerce etl’industrie de tous les citoyens, en fournissant
au gouvernement les moyens de se soutenir avec dignité et de remplir avee honneur ses engagemens, lui donnent aussi le pouvoir de
faire votre bonheur et de vous préserver de tous les pièges: de nos ennemis. « Donné au quartier-général du ar le 22 Janvier 1807, l'an
quatre de l'Indépendance, :
» :
« Le Chef du Gouvernement , | « HENRY CHRISTOPHE.
« Par son Excellence, « Le Secrétaire du Gouvernement,
« RouANEz jeune. » Sur ces entrefaites, le Sénat, réuni au Port-au-Prince, organisait le
gouvernement de la République. Le 18 Janvier, usant des dispositions de l’artice 42 de la constitution par lesquelles il pouvait nommer à ioutes les fonctions eiviles et militaires, il appela le général »
Pétion au commandement du département de "l'Ouest et Gérin à
celui du ‘lépartement Sud. Et sur la preposition d'un. Sénateur , et
en vertu ce l'article 68 de la constitutien , il arrêta que les citoyens
Paul Romain, Toussaint Brave, Magny, ”Charairon , qu'il considérail comme ayant été égarés par Christophe , seraient invités à venir,
du Nord, siéger au Sénat, sous le délai de quinze jours. Le lendemain , il nomma le citoyen Blanchet aîné’ secrétaire d'Etat, chargé
du pouvoir-exécutif pendant la vacance de la présidence; et le 24°
sous la présidence de Magloire Ambroise, il décréta que les géné- |
raux commandant les départements seraient chargés de maintenir k
l'ordre dans Îles villes et campagnes , et vu les besoins des dé"
putés du département du Nord, anciens membres de l'assemblée cons- «
tituante, qu'une quantité de café équivalente à la somme de mille
gourdes serait tenue leur disposition à Jacmel. Ce décret fut ren
du en faveur de ceux des députés du Nord qui, ayant embrassé… pays. _ Parmi eux se faisaient remarquer Manigat, Larose, Thélé=
maque et Simon Boisbel , citoyens de distinction. Geux: qui avaient
signé la protestation contre la constitution s'étaient embarqués en" Janvier. 4 Le 24, le Sénat décréta daniel de l'armée du Sud , et votæ&
au peuple et à l'armée une adresse par laquelle la chute de Dessas
lines était justifiée et la conduite de Christophe CHERS Le 25,
. _ Parmi eux se faisaient remarquer Manigat, Larose, Thélé=
maque et Simon Boisbel , citoyens de distinction. Geux: qui avaient
signé la protestation contre la constitution s'étaient embarqués en" Janvier. 4 Le 24, le Sénat décréta daniel de l'armée du Sud , et votæ&
au peuple et à l'armée une adresse par laquelle la chute de Dessas
lines était justifiée et la conduite de Christophe CHERS Le 25, { #
# ".
+
“ : ô HISTOIRE D'HAITI.—(1807) 895 ‘il arrêta que les approvisionnemens des dé ‘partemens de l'Ouest et du Sud auraient lieu, seus la surveillance des généraux, en attendant la nomination d’un secrétaire d' Etat, chargé de la guerre. Le
même ‘jour il nomma l’adjudant général Blanchet général de brigade,
pour être en activité dans le Sud, jus les ordres de Gérin; Wa
gnac, général de brigade, commandant | ‘arrondissement &es Cayes: le
colonel Francisque, commandant de l arrondissement dé la Grand Anse;
le général de brigade Vaval, eommandant l'arrondissement d’ Aquin ; 5
le colonel Bruny “Leblanc, commandant de l'arrondissement de l'Anseà- Veau à son grade de colorfél : le chef de bataillon Verret adjudant
général à l'armée du Sud; le ‘chef de bataillon Bergerac Trichet
chef de brigade, commandant 1 la 48e; le chef d'escadron Borgella,
chef de brigade , commandant de la 15e: demi brigailé ; le chef d'es<
cadron Racolier ; ehef de brigade ,- commandant du régiment de la
cavalerie du Sud. Tous ceux qui avaient le plus contribué à la chute
de Bessalines recevaient du Sénat leur récompense et se trouvaient
irrévocablement attachés au parti de la République. Ils n'étaient
la plupart que confirmés dans les grades qu'ils s'étaient donnés
aussitôt après la révolte contre Dessalines. Cependant Bergerac Tri.
chet, nommé colonel, avait pris le grade d'adjudant général, à la
mort de Férou. Le 27 Janvier, le Sénat, après avoir déclaré, que
le général Christophe avait incendié la plaine du Cul de Sac, et que
le délai de quinze jours accordé au président d'Hoïti, après son élection, peur prêter son serment était expiré, décréta qu'ilenri Christophe,
ci-devant général en ehef, était destitué de toutes fonctions civiles et
militaires, que sa personne était mise hors la loi et que tous les
citoyens étalent invités à courir sus, qu'une amnisiie était accordée
à tous ceux qui se rangeraient sous les bannières de la République et
qui contribueraient à établir le: règne de la Hberté.
après son élection, peur prêter son serment était expiré, décréta qu'ilenri Christophe,
ci-devant général en ehef, était destitué de toutes fonctions civiles et
militaires, que sa personne était mise hors la loi et que tous les
citoyens étalent invités à courir sus, qu'une amnisiie était accordée
à tous ceux qui se rangeraient sous les bannières de la République et
qui contribueraient à établir le: règne de la Hberté. Le Sénat fit enite publier la censtitution du 27 Décembre 1806,
avec la plus grande solennilé. A cette oceasion, il éclata dans le peuple et l'armée le plus grand enthousiasme. Deux jours aprés,
sur une injonction du Sénat, l'armée de la République, coiamandée par Pétion , entra en campagne, s’acheminant sur le B Ducassin, en deux
colonnes, la première commandée par Yayou, la sec onde divisia: n Gérin,
Le général Larose qui commandait à lArcahäie, au nom de Christophe, informé de l'approche de l'ennemi, se résolut à aller se
retrancher à la Source Puante, distante de G lieues du Port aw Prince,
pour l'empêcher de déboucher dans la plaine du Boucassin. La Source=
Puante est un passage étroit qui traverse un morne roecailleux dominant le rivage de la mer; au-dessous du chemin est une source
sulfureuse d'où s'exhale une odeur infecte ; de là son nom de source
puante. Larose fut prévenu par la rapidité de la marche de Pétion
qui , aux derniers jours de Janvier , était parvenu au Boucassin.
L'armée de la Ppebliqu ; après avoir traversé la Source Puante ; 394 | HISTOIRE D’HAITI 1807) avait pénétré dans le grand chemin de lArcahaie et avait négligé le sentier du rivage qui se termine un peu au dessus de la souree ;
elle avait laissé derrière elle le général Larose qui s'avançait à sa
rencoutre par ce sentier que Pétion n'avait pas fait éclairer. Larese,
parvenu à la Source Puante, s'aperçut que l'ennemi l'avait devancé:
il fit prisonniers la plupart des traînards de la première division et se
mit aussiôt à la talonner. Elle était composée des 11e, 12e, 2e, 22e,
23e et 24e. demi brigades et deux escadrons , fournissant six mille hommes. Elle avait atteint l'habitation Sabourin dont le fort, eccupé
par un bataillon de la 20e. de Chrisphe , fut enlevé -à la baïonnette par le général Yayou. Elle se porta ensuite sur les Vases. En même temps, la secofillé colonne, division Gérin,
composée des 1%e., 15e., 16e. et 17e, troupes du Sud, fournissant deux mille cinq cents hommes, s’avançait par la grande route
de l’Arcahaie. Ces dix mille cinq cents hommes , audacieusement
commandés, eussent pu ne s'arrêter qu'aux Gonaives.
la baïonnette par le général Yayou. Elle se porta ensuite sur les Vases. En même temps, la secofillé colonne, division Gérin,
composée des 1%e., 15e., 16e. et 17e, troupes du Sud, fournissant deux mille cinq cents hommes, s’avançait par la grande route
de l’Arcahaie. Ces dix mille cinq cents hommes , audacieusement
commandés, eussent pu ne s'arrêter qu'aux Gonaives. Le général Larose, s'apercevant qu'il se trouvait entre deux
forces imposantes , obliqua vers les montagnes pour échapper à une
desiruction totale. Il se retira vers la hatte Aubry, atteignit les
mernes de Jarrosey, dans la seetion des Délices, et y campa. Les
fuyards de la 20e. , qui avaient abandonné le fert Sabourin, vinrent
grossir sa troupe. Pétion, à la tête de la cavalerie de la première colonne, s’élança
vers l'habitation Labarre qu'occupait un bataillon de la 8e. de Christophe. Son commandant, André, s'était éloigé du camp avec quelques
maraudeurs. Les soldats de la 8e. entendant des fanfares , et croyant
que c'était le ehef d’escadron Barthélemy Mirault qui arrivait avec
les dragons de l'Artibonite, ne se rangèrent même pas en bataille.
Ils furent tout à coup cern°s par la cavalerie républicaine. Le général
Yayou Îles somma de mettre bas les armes ; 1ls se rendirent à discrétion. Le colonel de la 22e., David Troy, leur dit qu'ils étaient
libres de se retirer à St. Marc, s'ils le désiraient , que la République ne voulait avoir que des citoyens sincèrement attachés à sa
cause. Ils se rangérent, sans hésitation, sous les bannières républicaines. Yayou, à la tête d'une brigade formée des 11e. et 12e. marcha aussitôt contre le bourg de Tl'Arcahaie ; et la 3e. rés
publicaine, sous les ordres du brave colonel Gédéon , traversa Fha=
bitation Cortad et pénétra dans la grande route de St. Marc pour
couper la retraite à la garnison du bourg. Les troupes de la Ire. à
division élaient animées du plus grand enthousiasme que leur inspiraite
le général Yayou. La 8e. de Christophe qui occupait lAr a
cernée de toutes parts, mit bas les armes. Pétion prit possession du bourg, et le général Francisque , à la
tête de la 13e., de la 15e. et de la 24e. SAvança jusqu ONE
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| HISTOIRE D'HAITI.-— (1867) | 395 il y rencontra deux bataillons ; Fun dela Te. et l'autre de la 44e.
et les culbuta. Les Telet 14e, sous les erdres du chef de bataillon
Barthélemy , se replièrent en bon ordre sur St. Mare. Mais,
apprenant que le général Pierre Toussaint; officier d'une audace prodigieuse , le tournait par les montagnes, Francisque rétrograda
jusqu'à l'Arcahaie.
(1867) | 395 il y rencontra deux bataillons ; Fun dela Te. et l'autre de la 44e.
et les culbuta. Les Telet 14e, sous les erdres du chef de bataillon
Barthélemy , se replièrent en bon ordre sur St. Mare. Mais,
apprenant que le général Pierre Toussaint; officier d'une audace prodigieuse , le tournait par les montagnes, Francisque rétrograda
jusqu'à l'Arcahaie. Le général Pétion réunit l’armée sur l'habitation Poix la Générale.
Il songea à gagner Larose au parti de la République, et lui envoya
des proclamations. Mais celui-ci les fit brûler en présence des
envoyés sans en avoir pris lecture. L'armée demeurait dans l’inaction ; cependant pleine d’ardeur , elle
demandait à marcher contre St. Marc. Le général Pierre Toussaint
qui commandait en cette ville dont la garnison s'élevait à peine à 8000
hommes, n'eûl pu résister à l'impétuosité dé plus de 8,000 hommes.
Les généraux étaient d'opinion quon allât en faire le - siège. Mais Pétion , général en chef de l'armée, ne voulait pas s'é
loigner davantage du Port-au-Prince , avant qu'on eùi nommé
un Président d'Haïti. Enfin, versle milieu de Févriér, sans avoir
consulté ses généraux , profitant de la nouvelle qui lui était parvenue
que la révolte se développait de plus en plus dans la Graud'Anse,
il ordonna l'évacuation de l’Arcahaie. Il n'y laissa pas même une
garnison. L'armée rentra au Port au Prince, après avoir fait une
campagne sans résultat. Aussitôt après son retour, le Sénat expédia à Jérémie, par mer, la
45e. demi brigade sous les ‘ordres de Borgella, et ordonna au général
Francisque de s'y rendre , par terre, pour prendre le commandement
de la Grand'Anñse qui lui avait été confié. Parvenue à Jérémie, à la fin de Février, la 15e. demi brigade en sortit
aussitôt contre les insurgés. Après aveir atteint le Peiit-Trou _Favranche , elle parvint au Corail. Elle pénéira ensuite dans les mornes , et dispersa, sur l'habitation Beaumont, une bande
considérable de campagnards révoliés. Elle fit pr isonnier un de leurs
chefs subalternes, nommé Jean Baptiste Lagarde. En même temps, pendant que le général Francisque s'approchait
du Corail, le général Vaval et Thomas Durocher s'avauçaient à l'opposite de l'habitation Beaumont. Quand ces trois officiers supérieurs
firent leur jonction, ils décidèrent, en conseil, sur les instances
de Thomas Durocher qui alimentait sourdement le mouvement insurrectionnel, que les prisonniers seraient mis en liberté; Jean Baptiste " Lagarde fut renvoyé avec tous ses compagnons. Mais il ne tardera pas à se soulever de nouveau et à entraîner dans sa défection un corps de troupes deplus de 1500 hommes qui, plus tard, sera créé
sous la dénomination d'éclaireurs. Thomas Durocher se montrait
indulgent à l'égard des prisonniers parcequ'il les avait portés à la
révolte comme nous l'avons vu, | 896 HISTOIRE D'HAITI (1807) Au Port-au-Prince, le Sénat était toujours en permanence. Le:
il ne tardera pas à se soulever de nouveau et à entraîner dans sa défection un corps de troupes deplus de 1500 hommes qui, plus tard, sera créé
sous la dénomination d'éclaireurs. Thomas Durocher se montrait
indulgent à l'égard des prisonniers parcequ'il les avait portés à la
révolte comme nous l'avons vu, | 896 HISTOIRE D'HAITI (1807) Au Port-au-Prince, le Sénat était toujours en permanence. Le: 9 Février, sous la présidence du citoyen Fresnel, 1} avait arrêté’
ae les baux à ferme dannés par l’ancien empereur seraient résiliés,
excepté ceux passés en f: iveur de madame Dessalines. Le même jour
il avait rendu une loi sur les mises en possession concernant ceux
qui avaient été injustement dépouillés. Le 21 suivant, il décréta que
les députés du Nord et de l’Artibonite, qui étaient démeurés au
Portau Prince, pourraient êire employés tant dans le civil que dans
le militaire, et le mème jour il détermina le costume de ses membres: Dès l:s premiers jours de Février , il avait chargé son comité des.
finances de travailler à un” projet de loi sur l'organisation de ladministration en général. A la séance du 25 du même mois, ce pro- «
jet, imprimé, fut distribué aux Sénateurs , et Bonnet, au nom du
comité des finances, donna lecture du rapport suivant, relatif à læ
Joi : « Sénateurs, « Organe du comité des finances, je viens vous soumettre le résultat
d’une partie de ses opérations, en attendant que nous puissions meltre
sous vos yeux l'ensemble du travail que veus nous avez chargés de
vous présenter. « Avant de passer au mode de contribution qu'il convient d’établir, votre comité a eru devoir s'occuper de l'organisation de l'administration et de la trésorerie; c’est donc sur ces deux objets importans , qui seuls peuvent nOUS retirer du chaos où nous sommes
plongés, que vous allez maintenant prononcer. Si le plan que nous
avons suivi se trouve conforme à vos vues, s’il remit le but que
vous vous êtes proposé, nous serons payés de nos travaux. | « L'absenee de notre collègue Trichet nous a privés des lumières
qu'il a acquises par une longue expérience dans celte partie, mais
nous avons tâché d'y suppléer en prenant l'avis de ceux de nos cols
lègues qui, comme fui, avaient parcouru la carrière administratives
nous avons aussi consulté les différentes lois, ordonnances et règlemens, qui ont été faits pour ce pays; et c'est d'après ces renseignemens, el des recherches pénibles que nous avons établi le travail
qui va être soumis à votre examel, : = « Le trésor public, sous le gouvernement précédent, était la pre
priété du chefei de ses favoris; un ministre, un administrateur en
faveur avait le droit d'y puiser à volonté; il est résulté de ce dé”
sordre affreux que les revenus de lEiat étaient dévorés par ces agens”
avides , tandis que les défenseurs de la patrie, sDRTEs de tout, lan-#
guissaient dans la plus affreuse misère. « En prenant les mesures qui nous ont paru convenables pour
faire disparaître de pareils abus, nous avous senti qu'il était indis
pensable de rendre à l'autorité administrative son ancienne indépt
'y puiser à volonté; il est résulté de ce dé”
sordre affreux que les revenus de lEiat étaient dévorés par ces agens”
avides , tandis que les défenseurs de la patrie, sDRTEs de tout, lan-#
guissaient dans la plus affreuse misère. « En prenant les mesures qui nous ont paru convenables pour
faire disparaître de pareils abus, nous avous senti qu'il était indis
pensable de rendre à l'autorité administrative son ancienne indépt |
|
} Vi - HISTOIRE P'HAITI.—(1807) 397 dance. C'est le vœu de la Constitution que les pouvoirs soient . divisés, c'est le vœu de la raison, c’est le vœu des gens instruits,
ce sera aussi le vôtre, Sénateurs ; et loin de tolérer plus longtemps
d'anciens préjugés, nous pensons qu'il est de votre dignité de les
anéantir, suriout lorsqu'ils nuisent si évidemment à la restauration de ivs finauces. «+ En rendant aux agens de l'administration la considération qui
leur est due, vous relevez l'éclat de leur dignité que l'ignorance
avait frappé de mépris; et en leur laissant toute l'autoriié qu'ils olveril avoir dans l'exercice de leurs fonctions, vous vous réservez
aussi le droit d'exiger rigoureusement qu'ils les remplissent avec
exactitude et probité. « Les contrôleurs, qui, sous le règne de Dessalines, n'étaient considérés que come les commis des administrateurs, vont connaître
maintenant toute l'importance de leur charge , ils sauront que, placés
auprès d'eux pour veiller aux intérêts de l'Eiat, Us sont les homines
de là République,.et non eeux des administratenrs. _ «Après avoir réfléchi sur les moyens à employer pour dégager
ladministration de tous cés rouages compliqués qui la gênaient dans
sa marche, nous avons pensé que, pour simplifier , il convenait de
réumrsr la guerre, la marine, les finances et les domaines sous un
même chef, ainsi que la Constitution semblait l'avoir désigné en
n établissant qu'un seul secrétaire d'Etat. « Ce système nous a paru le plus convenable à nos localités : les
bornes d'un pelit Etat qui permettent de tout surveiller ; le peu de sujets propres aux emplois, et la pénurie de nos finances qui commande la plus sévère économie, sont les motifs puissans qui nous ont déterminés: d’ailleurs l'expérience a déjà prouvé qu'il était le
plus avantageux à notre pays, puisquil a éié suivi par tous ceux
qui nous ont devancés. «M. de Marbois, le plus grand administrateur que St. Domingue ait possédé dans son sein, était en même temps {ntendant des
guerres, marine, finances ,- jusiice, police etc. C'est par la réunion
de toutes ces branches du serviee dans des mains aussi habiles, que
cet homwe éclairé à acquis une si grande réputation et a rendu
Saint Domingue la plus florissante des antilles. Sous lui, cette le était parveaue à un degré de splendeur que. de longiemps., nous
k P £ l que, 5 ; |» ne pourrons espérer d'atteindre. |
1 Les successeurs de M. de Marbois ont marché sur ses traces ;
et le général Toussaint Louverture, qui les a suivies, a obtenu le plus
grand suceès -dañs l'administration de ses finances. Sous le gouvernement du Capitaine-Général Leclerc on sen était écarté dans le
principe; mais l'expérience bientôt après y reconduisit les français.
« C'est donc le système d'une seule administration qui à tous
que, 5 ; |» ne pourrons espérer d'atteindre. |
1 Les successeurs de M. de Marbois ont marché sur ses traces ;
et le général Toussaint Louverture, qui les a suivies, a obtenu le plus
grand suceès -dañs l'administration de ses finances. Sous le gouvernement du Capitaine-Général Leclerc on sen était écarté dans le
principe; mais l'expérience bientôt après y reconduisit les français.
« C'est donc le système d'une seule administration qui à tous jours paru le plus convenable à Haïti; c'est aussi celui que nous
, $ s 398 HISTOIRE D’HAITI.—(1807) avons cru devoir suivre. Les avantages qu'ont eus les administrateurs
que nous venons de citer, sont le présage heureux de ceux que nous
devons aussi attendre. Quant à l'administration des domaines , conservée dans les gouvernemens précédens , ce service que l'affermage
des biens réduit à si peu de chose, peut être, sans aueun inconvé.
nient, réuni à l'administration générale. « Les fonctions et les attributions des différens agens de l’administration une fois déterminées, nous avons pensé qu'il était de notre
devoir d'arrêter nos regards sur la trésorerie*nationale : nous avons
réfléchi sur les abus énormes dont cette branche du service offre
depuis trop longtemps le scandale, et nous avons reconnu que de sa
mauvaise organisalion naissaient tous les désordres qui l'ont accompagnée. | « Pour rémédier done à tant d'abus, votre eomité à jugé qu'il
était nécessaire d'expliquer clairement la manière dont l'argent devait sortir du trésor , et de rendre responsables les agens de la trésoreile qui sen écarteraient. En établissant pour règle certaine et
invariable qu'aucun paiement ne pourra s'effectuer que sur une ordonnance de dépenses, appuyée de pièces en bonnes et dues formes,
nous avops tranché la tête de l'Hydre, et conservé dans les caisses
de l'État des sommes qui souvent en étaient distraites, pour servir
aux profusions d'une concubine , ou pour alimenter quelques autres
passions effrénées; nous avons établi en principe que les revenus
des domaines seront versés au trésor, c'est-à dire que le produit de
la vente des denrées devra y rentrer par une ordonnance de recette;
afin de centraliser et de régulariser ee service. Par là, la retenue
des 4 deniers pour livre que quelques administrateurs se sont appropriés jusqu'ici, cessera d'être pour eux un droit d'aubaine. « La réunion de toutes les caisses particulières en une seule caisse
générale offre cela d’avantageux, que les sommes en provenant
ayaut toutes une destination fixe, ne seront plus considérées à l'ave"
nir par quelques reccveurs, comme leur patrimoine. « Enfin, en exigeant des trésoriers et des receveurs une caution
en immeubles, nous nous sommes assurés qu’ils ne détourneraient
plus , comme ci devant, les deniers de 1 Etat pour leurs.dépenses personnelles. « Tels sont, Sénateurs, les vices et les abus que nous croyons“
avoir exlirpés par la loi que nous vous proposons: en simplitiantn
l'administration, nous avons lâché de rendre sa marche plus facile;
si ses agens sont indépendans de l'autorité militaire, ils ne le seront
jamais du pouvoir des lois: nous voulons qu'ils soïènt respectés dans
l'exercice de leurs fonctions ; mais nous voulons aussi qu'ils soient
probes et zélés pour les intérêts de la République qui leur sont
croyons“
avoir exlirpés par la loi que nous vous proposons: en simplitiantn
l'administration, nous avons lâché de rendre sa marche plus facile;
si ses agens sont indépendans de l'autorité militaire, ils ne le seront
jamais du pouvoir des lois: nous voulons qu'ils soïènt respectés dans
l'exercice de leurs fonctions ; mais nous voulons aussi qu'ils soient
probes et zélés pour les intérêts de la République qui leur sont gonfiés. œil +
« L'opinion publique doit être la sentinelle de leurs actions ; l'œiln HISTOIRE D'HAITI.— (1807) | 1899 vigilant du gouvernement , des magistrats et de tous les bons
citoyens doit les observer sans cesse : que la reconnaissance
nationale soit la récompense de leurs vertus ; que le - gouvernement Îui-même s’empresse de témoigser sa satisfaction à
ceux qui sen seront rendus dignes par une bonne conduite; mais
sil en est qui, oubliant ce qu'ils doivent à la patrie et à l'honneur,
osaient dilapider les revenus de l'Etat, Sénateurs, plus d’indulgence:
ces hommes là sont les ennemis secrets de la République, il faut
les frapper d’anathôme. » _ Bonnet lut ensuite le projet de loi. Cette lecture produisit dans l'assemblée des impressions diverses ; la plupart des Sénateurs, quoique partisans de Gérin qu'ils se
proposaient de porter à la présidence, l'accuillirent favorablement ;
plusieurs qui avaient adopté les vues de ce général relativement à
un système fédéral, contraire à la centralisation de l'administration
générale, combaitirent le projet. Le Sénat en ajourna la discussion
à une des prochaines séances. Deux jours après , ilentendit un rapport deson comité de la guerre
sur les mouifications à apporter au code pénal militaire de Mai 1805,
et sur l'établissement d'un conseil derévision. Le 4 Mars ilamnistia
tous ceux qui avaient été condamnés avant la publication de la Constitution du 27 Décembre 1806; et le 7 même mois, il rendit une
loi sur les patentes. | Sur ces entrefaites, Christophe, ayant appris les évènemens de
l'Arcahaie , résolut de détruire de fond en comble ce quartier qu'il
me pouvait plus conserver. Le petit corps d'armée de Larose fut
renforcé du deuxième bataillon de la 4e. sous les ordres du colonel
Jean Louis Longuevalle, et d’un bataillon de la 14e, sous les ordres d'Eloy Turbet. Larose , d'après les instructions qu'il reçut,
livra au pillage et aux flammes les sections du, Boucassin, des
Vases, des Matheux, des Délices et du Fond Blanc. La plupart des
infortunés habitans dépouillés, pour échapper à la mort, se réfugiérent au fond des bois. (Ceux qui étaient demeurés auprés de
Larose témoignérent leur mécontentement , entre autres le fameux
Jean-Charles Courjol. 11 tua le colonel de la 8e, Eloy Jeanton , dans
un mouvement d'emportement ; Larose le fit assassiner sur l'habitation Labarre. Après sa mort, les soldats de Christophe ne gardèrent plus aucun ménagement. Les cultivateurs furent traqués jusqu'au fond des forêts, et Larose, après avoir livré aux flammes
Phabitation Labarre , son quartier géneral , alla s'établir à Lapointe.
le fameux
Jean-Charles Courjol. 11 tua le colonel de la 8e, Eloy Jeanton , dans
un mouvement d'emportement ; Larose le fit assassiner sur l'habitation Labarre. Après sa mort, les soldats de Christophe ne gardèrent plus aucun ménagement. Les cultivateurs furent traqués jusqu'au fond des forêts, et Larose, après avoir livré aux flammes
Phabitation Labarre , son quartier géneral , alla s'établir à Lapointe. Tant de cruauütés portérent Jean Dugotier, commandant du FondBlanc, à lever l’étendard de la révolte. Après avoir réorganisé la
3e. demi-brigade , Larose dispersa les bandes de Jean Dugotier, en
forçant à marcher contre elles, les montagnards des Délices, des
Matheux et du Fond-Baptiste, sous les ordres des commandans 400 HISTOIRE D’'HAÎTI 1807)
Noël Buquet, Casimigs Vincent et George Guimbert. Pendant qu'il
se reposait sur des Monceaux de cadavres, se félicitant d'avoir bien «
mérité de son maître, arriva du Cap l'ordre de son exécution. Al
fut arrèté, par Barthélemy Mirauli et exécuté. Malgréses témoigna- …
ges sanglants de dévouement, Christophe avait suspecté sa fidéliué,
Quand la nouvelle de la ruine de l'Arcahaie parvint au Port-auPrince, les partisans de Gérin en jetèrent toute la faute sur le général Pétion ; ils dirent que celui ci, à la tête de 10,000 hommes
réunis au Port au Prince, distant de douze lieues de l'Arcahaie, avait
laissé égorger des malheureux dont le crime avait été d'être dévoués
à la République, Cette atiitude d observation prise par Pétion eût
pu être taxée de complète inhabiïleté , si la crainte des projets ambitieux de Gérin ne ‘l'avait pas contraint à ne pas s'éloigner dela “
capitale. . Néanmoins entrainé par l'opinion publique, 1lannonça une
prochaine campigne contre St. Marc. Déjà le Sénat avait déerété le
43 Février que deux mille jeunes gens seraient recrutés et qu'ils seraient incorporés dans les demi brigades cantonnées dans l'étendue dun
commandement du général Pétion. id Pendant que le Sénat, par de sages et énergiques mesures, con
solidait la République, Christophe, de son côté, dominant dans le
Nord et l'Artibonite, organisait son nouvel Etat. Il convoqua
au Cap, en Conseil d'Etat, les généraux Paul Romain, A. Vernet;
Toussaint Brave, Marital Besse , Jean Philippe Daut , Raphaël Manuel,
Magny, les citeyens Fieury et Jean Bapuste, juge. Le 47 Février,
le Sénat, par de sages et énergiques mesures, con
solidait la République, Christophe, de son côté, dominant dans le
Nord et l'Artibonite, organisait son nouvel Etat. Il convoqua
au Cap, en Conseil d'Etat, les généraux Paul Romain, A. Vernet;
Toussaint Brave, Marital Besse , Jean Philippe Daut , Raphaël Manuel,
Magny, les citeyens Fieury et Jean Bapuste, juge. Le 47 Février, « dans la nuit, le Conseil d'Etat, présidé par le général Paul Romains”
sous la dénomination de doyen , et ayant pour secrétaire le général
Magny, vota une Constitution intitulée Acte constitutionnel d'Haïti
dans le but de procurer à leurs constituants, qui en réalité ne Îles"«
avaient pas délégués, la jouissance des droits sacrés illimités et inalié"
nables de l’homme. Les principaux articles étaient les suivants: 3 a Tout individu résidain sur le territoire d'Haïti est libre ; l'escla=««
vage est à jamais abolià Haïti; personne n’a le droit de violer l'asile
d'un citoyen, ni d'enirer de force dans sa maison , sañs-un ordrem
émané d'une autorité supérieure compétente; toutes les: propriétés
sont sous la protection du gouvernement. Celui quiattaqueles pro
priétés d’un eiloyen est puni par la loi. La loi punit de mort
l'assassin. Le gouvernemeut d'Haïti est composé 4° «du premier
magistrat qui prend le titre et la qualité de Président et de géné
ralissime des forces militaires et navales d'Haïti, toute autre dénomi
nation étant pour jamais proscrite; 2° d'un Conseil d'Etat: Le goux
vernement d'Haïti sera counu sous-la dénomination d'Etat d'Haïti. La
constitution nomme le général en chef, Henri Christophe, Présidentet
généralissime des forces de terre et de mer. La dignité de Prési=
dent et de généralissime est inamovible. Le Président a le droitden
choisir son successeur, mais seulement parmi les généraux. "08
ant pour jamais proscrite; 2° d'un Conseil d'Etat: Le goux
vernement d'Haïti sera counu sous-la dénomination d'Etat d'Haïti. La
constitution nomme le général en chef, Henri Christophe, Présidentet
généralissime des forces de terre et de mer. La dignité de Prési=
dent et de généralissime est inamovible. Le Président a le droitden
choisir son successeur, mais seulement parmi les généraux. "08 LA % HISTOIRE D’HAITI.—(1807) | 401 choix doit être secret el contenu ‘dans un billet cacheté qui ne sera
ouvert que par le Conseil d'Etat, solennellement assemblé à cet
effet. Le président prendra toutes les précautions nécessaires pour
informer le Conseil d'Etat du lieu où ce billet sera déposé. La force
_ armée sera sous la direction du président, ainsi que l'administration
des finances. Le président a le pouvoir de traiter avec les nations
étrangères , tant pour établir des relations commerciales que pour
assurer l'indépendance de lEfat. Il conclura la paix, et déclarera
las guerre pour maintenir les droits du peuple d'Haïti. Il a aussi le
droit d'aviser aux moyens de favoriser et d'accroître la population
du pays. Il proposera les lois au Conseil d'Etat qui, après les avoir
adoptées et rédigées, les lui enverra pour recevoir sa sanction , sans
laquelle elles ne pourraient être exécutées. Le traitement du président est fixé à quârante mille dollars par an. Le Conseil d'Etat est composé de 9 membres nommés par le Président, et dont les deux tiers au
moins doivent être généraux ; il est établi peur recevoir les projets de loi
du président et les rédiger de la manière la plus convenable; pour fixer
le taux des taxes, le mode de perception ; pour rätifier les traités conclus
par le président et pourvoir au recrutement de l'armée. Où lui présentera
tous les ans un tableau des recettes , des dépenses et des ressources
du pays. ( Les titres IV, V, VI ont rapport à la nomiaation du
surintendant général des finances, de la marine et de lintérieur,
et à celle du secrétaire d Etat et des membres des tribunaux). La
religion catholique , apostolique et romaine est là seule reconnue par
le gouvernement. Ou étabitra une école centrale dans chaque division , et des écoles particulières dans chaque sous-division. Le souvernement & Haïti déclare aux puissances qui ont des colonies dans
le voisinage de l'île, qu'ila fermement résolu de ne jamais troubler le
gouVérnement de ces colonies. Le peuple d Haïti ne fait point de conquètehors de son île ; il se borne à la conservation de son territoire. » Ainsi, dans le Nord , le premier magistrat preuait le litre de pré.
sident de l'Etat d Haïti, généralissime des forces de terre et de mer,
et ne pouvait choisir son successeur que parmi les généraux. C'était
une véritable aristocratie militaire. Dans les départements de FOuest et du. Sud, le chef de l'Etat, d'après la Constitution du 27 Décembre 1806, dut avoir le ‘titre de président de la République
d'Haïti. Le président de PEiat d'Haïti était à vie ; et celui de la
pré.
sident de l'Etat d Haïti, généralissime des forces de terre et de mer,
et ne pouvait choisir son successeur que parmi les généraux. C'était
une véritable aristocratie militaire. Dans les départements de FOuest et du. Sud, le chef de l'Etat, d'après la Constitution du 27 Décembre 1806, dut avoir le ‘titre de président de la République
d'Haïti. Le président de PEiat d'Haïti était à vie ; et celui de la République d'Haïti, pour quatre ans, était nommé par le Sénat. Dans lle Nord le pouvoir législatif était conutié à un Gouseil d'Etat nommé par le Président; dans ! Ouest et le Sud il était confié à un Sénat
“nommé par le peuple. Le président de PEtat d'Haïti nommait à toutes les fonctions civiles et militaires; dans ie” Sud et l'Ouest, le
Sénat seul nommait les fonctionnaires tant civils que mihituires,
les commissaires du gouverriement près les tribunaux exceptés. La Constitution de Christophe rédigée sous ses yeux par Rouanez \ 402 HISTOIRE D'HAITI-—( 1807) jeune , le secrétaire d'Etat, n'avait été que présentée à adorent
du Conseil d'Etat. Parmi les membres du Conseil d'Etat, Von dis= tingait Martial Besse, natif du Terrier Rouge, près du Cap , homme instruit, élevé en France. C'était alors l'officier général le plus ancien du pays, Il avait été proclamé général de brigade par le-peuple de
Paris à la prise de la Bastille. Il étsit revenu dans son pays au commencement de la révolution.” Sang-mêlé, ayant la peau blanche ét les cheveux plais, beaucoup 4 haïtiens , qui ne sont pas de son quarüer, ont cru quil était blanc. Dès que la Constitution du Nord fut votée, on se disposa à la
publier avee solennilé. Après une salve générale des forts du Cap,
les troupes et la population se réunirent sur la place d'armes. Chris |
tophe s'y rendit, à six heures du matin, précédé de son état-major M
général, et accompagné de leurs excellences les généraux de division
André Vernet, Paul Romain et Toussaint Brave, des cs de | Î l
L brigade Etienne Mogny, Martial Besse, Raphaël Manuel, Noël Joachin et Michel Pourcely. Les corps civils et une débuta du commerce étranger assislaient à la cérémonie. Après que le secrétaire=
général, Rouanez jeune, eut donné lecture de l'acte constitutionnel,
son excellence le Président de l'Etat d'Haïti prononça le discours sui
vant : « Généraux , soldats et peuple d'Haïti,
l
L brigade Etienne Mogny, Martial Besse, Raphaël Manuel, Noël Joachin et Michel Pourcely. Les corps civils et une débuta du commerce étranger assislaient à la cérémonie. Après que le secrétaire=
général, Rouanez jeune, eut donné lecture de l'acte constitutionnel,
son excellence le Président de l'Etat d'Haïti prononça le discours sui
vant : « Généraux , soldats et peuple d'Haïti, « Vous venez d'entendre la lecture de l'acte constitutionnel qu’on
vient de vous donner; c’est le fruit des longues méditations des
généraux, VOS mandataires , qui, depuis longiemps, n'ont cessé de“
verser leur sang pour la défense de notre liberté, et qui ont géné «
reusement, d'aprés l'invitation que je leur ai faite, consacré
leurs veilles à vous présenter ee pacte précieux. 44
« Peuple d'ilsiti et militaires de tous grades, vous voyez “que. È
vos droits sont religieusement conservés et garantis par la puissance.
d'un gouvernement fort et rempli de sollicitude. 1
« Il était nécessaire de relever la dignité de la religion abattues
la morale délaissée , laissait la jeunesse en proïe aux licences de
son âge ; la liberté même était assaillie par des traîtres, ennenns.
de leurs concitoyens, et vendue à nos plus cruels ennemis ! Elle
est assurée maintenant , n'en doutez point! et dans peu, vous
verrez disparaître , comme un nuage léger , lessaim criminel «
ces hommes atroces.
« L'éducation publique, ce bien, après la religion et la | liberté,
le plus précieux de l’homme , sera ranimée et soutenue de la moras
le ; elle sera encore remise en honneur et vénérée au milieu“de
nous. Le divorce, ce ver rongeur des mœurs, est rigoureusement
défendu et proserit à jamais. * ’ LU é n L v i
® Ces parolcs sont une censure sévère du gouvernement de Dessalines, " n HISTOTRE D’HAITI.—(1807) . .. 103 «Personne ne doute que le commerce ne soit la richesse d’un peuple
de cultivateurs ; vous voyez déjà les vaisseaux de toutes les nations
rivaliser dans nos ports ; que sera-ce lorsqu'une protection, généreuse Na assurer aux étrangers le droit de commercer avec la garantie d'un gouvernement dont la bonne foi est déjà célèbre parmi
les nations ? | “« Vous, généraux, qui environnez cetie enceinte auguste, le
prix le: plus donx de vos innombrables travaux est sans doute le
bonheur du peuple pour lequel vous avez combaitu depuis tant
d'années ! Quel spectacle en effet plus touchant que les bénédictions
d'un million de citoyens reconnaissants, que vous venez de rendre
heureux ! |
-« Pour moi, je ne sens que trop le poids énorme du fardeau que mimpose la constitution : le désir seul d'être encore utile à
k 9 : note patrie, ma fait accepter cette marque d'emour de mes concitoyens. Si la ferme volonté et la plus grande application de toutes
mes facultés peuvent me permettre l'espoir de réussir, je vous jure
de népargner ni veilles ni soins pour faire respecter le gouvernement au dehors et répandre le bonheur aû milieu de vous. « Dans ce jour d'enthousiasme, dans ce jour à jamais mémerable
dans les fastes de } Etat d'Haïti, jurens d'obsecver e1 de faire observer cette sainte Constitution, jurons de mourir plutôt que de souffrir qu'une main sacrilège y porie jamais aueune atteinte.
'espoir de réussir, je vous jure
de népargner ni veilles ni soins pour faire respecter le gouvernement au dehors et répandre le bonheur aû milieu de vous. « Dans ce jour d'enthousiasme, dans ce jour à jamais mémerable
dans les fastes de } Etat d'Haïti, jurens d'obsecver e1 de faire observer cette sainte Constitution, jurons de mourir plutôt que de souffrir qu'une main sacrilège y porie jamais aueune atteinte. « Mive la Constitution! Vive le Conséil d Etat! Vivent les généraux et l'Etat d Haïti ! » | Le président assista ensuite à un Te Deum qui fut chanté en actions de grâces. Quand il reñtea au palais du gouvernement il écouta
avec satisfaction les félicitations de ses généraux, des fonctionnaires civils, et militaires et du commerce. Son secrétaire particulier, à la tête de l'état-major rangé en demi cercle et dans une attitude pleine … de dévouement , lui adressa les paroles suivantes : te Premier Magistrat de l'Etat, à qui la Constitution, d’après le
xœu du peuple, vieut spontanément de confier les destinées de … Etat d'Haïti, la récompense de vos travaux fait notre bonheur. Tout
lunivers connaît votre attachement à la liberté, et les rationsracon-
| tent, à l'envi, votre gloire dans les combats. Nous ne doutlons pas é . seau de l'Eiat est confie à uu si habile pilote, “un seul imitant que notre bonheur ne soit assuré, dès que le vaise
; ? nc ilest bien doux pour nous, certes, en ce jeur célébre dans
les fastes de l'Etat d'Haïti, de voir la vertu récompensée et, la re- “connaissance étérniser la loyauté d un peuple libre. — « ous tant que nous sommes ici nous vous offrons, avec l’épa-
… nouissement de nos cœurs, nos vœux pour voire Conservalion et 404 HISTOIRE D’RAITI (1607) | , , celle de votre famille chérie, qui fait la plus douce jouissance du
meilleur des pères. « Nous vous jurons tous l'attachement le plus inviolable , et la mort
pourra disposer de notre existence mais ne changera jamais nos SOUS
timens éternels pour vous. « Vive le Président de l'Etat d'Haïti! » Après cette réception qui fut brillante, il y eut un grand banquet
au palais, au milieu des détonnations de l'artillerie et des accens
de la musique militaire. Les toasts suivans furent portés: par len
Président : à la Constitution d'Haïti! Puisse telle durer éteruelle-«
ment! Par le Surintendant général des finances : Au Président d Haïtin
et à sa famille chérie! Puisse son règne éterniser sa gloire et faire M
Je bonheur du peuple. Par le Président : Au Conseil d’'Etai! A Sa
Majesté Britannique et au commerce Anglais! Au Président, eWaux
Citoyens des Etats Unis ici présens ! A l'armée d'Haïti ! Par le gée
néral de division Paul Romain: A l'indépendance d Haïti! Par 1e
général de division Toussaint Brave : À tous les peuples libres de la
terre! Par le général de brigade Magny : À l'union, à la subordi=
nation, qui doivent distinguer les haitiens! Par le général de brigade
Martial Besse: Aux nations neuires et amies qui entrelienneni des «
relations eommereiales avec LU Par le générai de brigade Raphaël :
le gée
néral de division Paul Romain: A l'indépendance d Haïti! Par 1e
général de division Toussaint Brave : À tous les peuples libres de la
terre! Par le général de brigade Magny : À l'union, à la subordi=
nation, qui doivent distinguer les haitiens! Par le général de brigade
Martial Besse: Aux nations neuires et amies qui entrelienneni des «
relations eommereiales avec LU Par le générai de brigade Raphaël : À la liberté, à l'égalité! Par le général de brigade Noël Jaochin« A: la Présidente d'Haiti et à son auguste famiile ! Par le genéral dem
bude Pourcely: A l'extinction des factieux et de leurs partisans! « Dans la soirée qui suivit, à travers les rues magnifiquement illu
minées , une proclamation fut publiée avec solennité. Christophe « i
annonçait à l’armée et au peuple qu'une Coustitutien sage el con: 4
venable à leurs mœurs, à leur climat et à leurs usages , leur avait
été donnée; il rappelait à ses concitoyens la sincérité de ses inten=
tions dont des scélérats avaient abusé pour fomenter la révolte etal
lumer la EU civiles il ES que des tribunaux allaient ger serait protégé, et pour nent que l'agriculture devrait re- A
doubler de persévérance et d'activité. Ii ajouta qu ‘après avoir ral =
vé la religion, épuré la morale, encouragé l'agriculture et le com
merce , il ne négligerait pas l'exercice des armes, que l'ennemi.
veillait ses mouvemens et observait ses démarches, « La politique
des gouvernemens étrangers ne s'est pas jusqu'ici manifestée à notre
égard ; quelle qu elle puisse être, meitons-neus à même, sans le
braver , de n’avoir rien à Foddutef de ceux qui auraient des i intentions hostiles contre nous. Que ceux qui voudront lier des relations politiques ou jouir des avantages de notre eommerce, trouvent
une réciprocité équitable ; n’offrons que la mort et les combats
aux autres ! » "LS à À À 4 À À À D HISTOIRE D'HAITI.-— (1807) 405. » Le 19 suivant il mit hors la loi, par une proclamation, Pétion,
Gérin comme chefs de complots et soulevés contre le gouvernement ;,
ib. mit également hors la loi leurs complices, c'est à dire ceux qui » s'étaient fait remarquer à la tête des républicains qu'il traitait de
révoltés. I accorda amnistie pleine el entière à tous ceux qui n'avaient point trempé dans la révolte ou qui y avaient été entrainés jar la force; il promit pretection et oubli à tous ceux qui
abandonneraient le parti des révoltés, et qui viendraient se rallier à
lui, ou qui lui feraient connaître leurs intentions de se rallier à son
gouvernement. Il avait déclaré, dans les considérants de sa proelamation, que sa constitution ayant été publiée, les traitres, les factieux.
du Sud n'avaient plus rien à alléguer.
trempé dans la révolte ou qui y avaient été entrainés jar la force; il promit pretection et oubli à tous ceux qui
abandonneraient le parti des révoltés, et qui viendraient se rallier à
lui, ou qui lui feraient connaître leurs intentions de se rallier à son
gouvernement. Il avait déclaré, dans les considérants de sa proelamation, que sa constitution ayant été publiée, les traitres, les factieux.
du Sud n'avaient plus rien à alléguer. Le Conseil d'Etat, continuant ses travaux, rendit une loi le 25
Février, par laquelle il fut ordonné que le cachet du Président
fût apposé aux lois, jasqu’à la confection du sceau de l'Etat. Le
même jour , 1} rendit une loi sur la division du territoire comprenant même le Sud, |Ouest et la partie de l'Est qui n'étaient pas
soumis à son autorité, enfin l’île entière. : D'après cette loi, le Lerritoire de F'Etat d'Haïti renfermait, dans son intégrité, l'ile d'Haïti
et les petites Îles qui en, dépendaient, Samana, la Tortue, la Gonave, IIle-à-Vaches, les Cayemites, la Saône et les autres îles adjacentes. Le territoire fut divisé en cinq provinces qui étaient : la
province du Nord, celle de l'Ouest, celle du Sud, celle de Cibao
et celle de 1l'Ozama. La province du Nord comprenait les. paroisses
du Môle, de Bombarbe, de Jean Rabel, de Port de Paix, la Tortue , le Petit Saint Louis, le Borgne, le Port Margot, le Limbé,
Plaisance , la Marmelade, l’Acul, la Plaine-du Nord, la Petite Anse,
le Cap, le Quartier Morin, Limonade , le Dondon , Saint-Raphaël,
la Grande Rivière, Sainte Suzanne, le Trou , le Terrier Rouge, Val.
hère, le Fort Liberté, Ouanaminthe, Laxavon , Montéchrist et les
Isahelliques. La province de l'Ouest renfermait les paroisses des
Gonaives , le Gros Morne, Terre Neuve ,; Ennery, Saint-Michel, Hinche, Banica, Lescahobes, le Mirebalais, la Petite-Rivière, les Verreltes, Saint Marc , l'Arcahaie, la Croix des Bouquets, le Port-auPrince, Léogane, le Petit et le Grand Goâve, Jacmel, Marigot et
Baynet. La province du Sud, comprenait Aquin, Saint Louis, Cavaillon, les Cayes, Torbecl@@le Port-Salut , les Côteaux, Tiburon,
Saint-Louis de Miragoâne, . l'Anse à-Veau, le Petit Trou, le Corail,
Jérémie, les Abricots et le Cap Dame Marie. La provinee de Cibao
renfermait les paroisses de San Yago , Porte Plate, la Véga, Cotuy,
Samana , la Moque et Lamatte. La province de l’Ozama élait formée
des paroisses de Savana la-mar, Higuey, Seibo, Bayaguana , Monte
de Plata, Boya, San Lorenzo, Santo Domingo y compris San Carlos,
“Santa Roza, San Gregorio de los Ingenios, Bani, Azua et San
Juan de la Maguana. Les paroisses conservèrent leurs anciennes éten406 G HISTOIRE D’HAITI.-— (1807)
ga, Cotuy,
Samana , la Moque et Lamatte. La province de l’Ozama élait formée
des paroisses de Savana la-mar, Higuey, Seibo, Bayaguana , Monte
de Plata, Boya, San Lorenzo, Santo Domingo y compris San Carlos,
“Santa Roza, San Gregorio de los Ingenios, Bani, Azua et San
Juan de la Maguana. Les paroisses conservèrent leurs anciennes éten406 G HISTOIRE D’HAITI.-— (1807) dues et leurs anciennes limites. Chaque province fut divisée en ae
arrondissemens.
Le preniier arrondissement de la province du Nord comprit le Cap,
l plaine du Nord, le quartier de la Petite Anse; le quartier Morin,
Limonale, la Grande Rivière, Sainte Suzanne, le Dondon, Saint
Ranhoël, le Trou, le Terrier Rouge, Vallière, Ouanaminthe, le Fort 4
Liberté, Laxavon, Monte Christ et les Issbeliiques. 1
Le second arrondistement , l'Acul, la Marmelade, Plaisance,
le Limbo, le Port Margot, le Borgne, St. Louis, la Tortue, les
Port-de-Paix, Jean Rabel, le Môle ei Bombarde. - Le premier arron- |
dissement de la provinee de FOuest comprenait les Gohaïves, Terre
Neuve, le Gros Morne, Ennery, Saint Michel, Hinche!; Saibt Mare,
là Petite-Rivière, les Verrettes, Mirebalais, Lescabobes , Banica et.
PAreahiie. Le second arrondissemant , la Croix des Bouquets
Port au Prince, Léogane , le Petit et le Grand Goâve, jusqu'au Ponte
de Ro A 1e, Baynet, Jacmel et Marigot. Le premier arrondissé="
‘ment dé a province du Sud, était composé des paroisses d'Aquin, -
Saint Louis, Cavaillon, des Cayes, Torbek , Port-Salut, les Coteaux
et du Cap Tiburon. Le second arrondissement , Saint Michel ,
Miragoâne , l'Anse-à Veau, le Petit Trou. des Baradères, le Corail
Jérémie, les Abricots , le Cap Dame-Marie et l'Anse d'Hanault"
Chaque province e devait us commandée par un lieutenant-général,"
prenant RAGE les ordres du Président, et correspondant avec
le chef de l'état:major ter pour tout ce qui avall rapport au Sr
vice de LME Le licutenant général commandant de la province du.
Nord devait provisoirement étendre son autorité sur toute Ja
province de Cibao; le licatenant général commandant de la province,
de ÎOuest , étendre son autorité provisoirement sur Ha provin= 4
ce de l’Ozama. W devait étre établi, par chaque arrondissement, un
maréchil de camp pour commandant, prenant les ordres du lieute
nant général, commandant de province, et lui rendant a SU - ï
téeat. 4
La division territoriale des ‘républicains de l'Ouest et du Sud comprenait également toute l'ile d'Haïti. Le général Ferrand; de som
côté, qui commandait pour la France, à Sto. Domingo, prétendait
que son autorité dut s'étendre sur tagte l'île. à
Le Aer Mars, le Conseil d'Etat rent une loi par laquelle la solde
de l'état major el des troupes de toutes armes fut établie: | Lesoffs
ciers du grand état-major général furent ainsi rétribués ? lieutenant
général 35 000 fivres, par nn, maréchal de camp, 25,000"livres,
brigadier des aimées 412,060 livres, colonel 9,000: heutenant col6
nel, 7,000; capitaine, 4,000; lieutenant 3 600% sous lieutenant
2,200 ; ceux dé l'infanterie: eolonel 8,000 livres lieutenant cola ne
6, 600 quartier maitre, selon son grade : capitaine, 3,600 ; lieut
nant 2,200, sous-lieutenant 1,900, Les “ofliciers de cavalerie dui
"livres,
brigadier des aimées 412,060 livres, colonel 9,000: heutenant col6
nel, 7,000; capitaine, 4,000; lieutenant 3 600% sous lieutenant
2,200 ; ceux dé l'infanterie: eolonel 8,000 livres lieutenant cola ne
6, 600 quartier maitre, selon son grade : capitaine, 3,600 ; lieut
nant 2,200, sous-lieutenant 1,900, Les “ofliciers de cavalerie dui HISTOIRE D'HAITI.—(1807) 407. recevoir la même solde que le grand état-major selon leurs grades x
ceux du génie et d'artillerie durent être payés comme le grand état major, ainsi que la cavalerie, suivant leurs grades. Le médecifen
chef de l'armée dut être payé selon le grade de colonel du grand
état major. Les appointemens des chirurgiens de 1re. classe furent
fixés à 3,600 livres, ceux des chirurgiens de 2e. classe à 2,200:
Les sous officiers et soldats durent reeevoir , par jour, les grenadiers
sergents-majors, 4 liv. 40 s , sergent 1 liv., 2s., 6 d., fourrier , 4, 2,
6, caporal 48 sous, grenadiers 12 sous 6 deniers, tambour 15, sous; fusiliers sergents-majors 4 livre 8 sous, sergent 1 livre, fourrier #
livre, caporal 45 sous, fusilier 10 sous, tambour 15 sous; artille- “rie, sergentrmajor, 2 livres, 8 sous, sergent, 1. 40 s., caporal 4. - 6 s., Aer. canonnier 15.5., 2e. canonnier 13 5. D'après la même loi, les appointemens des lieutenans généraux
étant évalués au revenu de la ferme de deux sucreries, deux ca.
féteries et une cotonnerie : il leur fut alloué, pour paiement de
leurs appointemens annuels, la jouissance de deux sucreries, deux
caféteries et d’une cotonnerie, à leur choix, parmi celles dont ils
étaient fermiers ; les appointemens des maréchaux de camp étant
évalués au produit de la ferme d’une sucrerie, d'une caféterie et
d'une: cotonnerie , il leur fut alloué trois habitations de ce genre, » aux mêmes conditions que les lieutenans-généraux. En eas de décès, démission ou destitution des lieulenans généraux et des maréchaux de camp, les habitations dont la jouissance leur eût été accordée pour solde dé leurs appointemens , durent être réunies aux
démaines de l'Etat. pau | Le 45 Mars, le Conseil d'Etat rendit une loi sur ladmieistration
des finances. Il dut être établi, par chaque province, un ïntendant dés finances, un contrôleur, un trésorier, un directeur des
domaines , un directeur des douanes, un peseur et un garde-magasin particulier , pour résider dans le cheflieu de la province, si
c'étaitoun port de mer, dans le cas eontraire,au premier port de
émaines de l'Etat. pau | Le 45 Mars, le Conseil d'Etat rendit une loi sur ladmieistration
des finances. Il dut être établi, par chaque province, un ïntendant dés finances, un contrôleur, un trésorier, un directeur des
domaines , un directeur des douanes, un peseur et un garde-magasin particulier , pour résider dans le cheflieu de la province, si
c'étaitoun port de mer, dans le cas eontraire,au premier port de mer de læ province, le plus voisin du‘chef-lieu. L’intendant particulier des finances dut surveiller spécialement la rentrée des revenus
du gouvernement , la vente des habitations, maisons, guildives,
salines et autres biens de l'Etat, l'affermage de ces biens restés in:
vendus, le versement du preduit des ventes et fermes. desdits biens;
celui du quart de subvention , le service des douanes , la perception. des droits d'importation et d'exportation, ceux de pesage, jaugeage et confiscation. Sa surveillance s’étendait sur les magasins et
autres dépôts de LEtat, ainsi que sur le trésor public. Tous les
matins, il devait fournir au gouvernement un état journalier du:
mouvement de la caisse du trésor’, de celui de la douane, du mouvement du ‘magasin particulier , ainsi que de celui du magasin. de | _deurces aux domaines, Le contrôleur était chargé de la vérificatior® . 408 HISTOIRE D "HAITI:— (1807) de toutes les ordonnances de dépenses et de recettes, de tous les
compies des comptables ; il donnait son avis sur toutes Îles. eo
de .fharchandises et marchés à passer avec l'administration , ainsi que
sur le prix des ventes el baux à ferme; en un mot, ül ‘surveillait
l'exécution des lois et ordonnances dans toutes les opérations de
l'administration ; il remplaçait lintendant chaque fois que ce dernier avait des motifs valables d'absence ou d’empêchement. Le trésorier particulier. recevait tous les droits quelconques du gouvernement k d'après les ordonnances de l'intendant, vérifiées et enrégistirées au bureau du contrôle ; 1l recevait, de cette même manière, tous les
droits d'importation , pesage, jaugeage, sauvetage de bâtimens naurage et loutes les confiscations prononcées en faveur des douanes,
que ce dernier avait des motifs valables d'absence ou d’empêchement. Le trésorier particulier. recevait tous les droits quelconques du gouvernement k d'après les ordonnances de l'intendant, vérifiées et enrégistirées au bureau du contrôle ; 1l recevait, de cette même manière, tous les
droits d'importation , pesage, jaugeage, sauvetage de bâtimens naurage et loutes les confiscations prononcées en faveur des douanes, d'après le bordereau certifié du directeur de la douane, revêtu des
formes prescrites plus haut. Les prix des ventes et fermes des maisons, guildives, salines, et autres propriétés de F'Eiat, qui n'étaient
point payables en nature, étaient également perçus par Île trésorier,
à la diligence de lintendant. Les fonctions du directeur des domaines
de l'Etat embrassaient l'affermage des habitations invendues, d'après
l’ordre de l'intendant, donné sur l'avis du contrôleur, la rentrée
du prix des fermes d'habitations payables en nature ; du droit de
subvention et autres; 11 percevait un droit d'un pour cent sur Île
montant de chaque bail à ferme de caféteries, sucreries ou autres
propriétés , qu'il était tenu de verser au trésor, tous les mets. Le
directeur de la douane était chargé de survetiler qail ny eut point
de fraude dans la: débarquement” des marchandises qui étaient assujetties aux droits d'importation, d’en constater les quantités el qualiés, de surveiller avec exactitude tous: les débarquemens de denrées
qui viendraient par mer des différens ports de l'ile, de vérifier de
même les exportations de commerce étranger, de tenir la main à
faire payer avec exactitude tous les droits d'importation et d'exporta:
tion ; il dressait le bordereau certifié de ces droits qui étaient acquit:
tés au trésor. Il percevait les droits de pesage, jaugeage , Sauvetage
de bâtimens naufragés et toutes les confiscations prononcées en faveur
de la douane , ainsi que Îles droits établis sur le petit cabotage ;«
mais ilétait tenu, tous les mois, de faire le versement desdits droits
au trésor de la province. Il était établi un garde-magasin particu=«
lier dans chaque endroit de la résidence d'un intendant et d'un
contrôleur; el dans chaque endroit où le service l'exigeait, un com=«
mis principal d'administration qui était chargé de la perception des
droits de l'Etat. Le trésorier général résidait auprès du président
et correspondait directememt avec lui et le surintendant général des
finances. Îlse faisait rendre compte de toutes les caisses de l'Etatss
était établi un garde-magasin particu=«
lier dans chaque endroit de la résidence d'un intendant et d'un
contrôleur; el dans chaque endroit où le service l'exigeait, un com=«
mis principal d'administration qui était chargé de la perception des
droits de l'Etat. Le trésorier général résidait auprès du président
et correspondait directememt avec lui et le surintendant général des
finances. Îlse faisait rendre compte de toutes les caisses de l'Etatss la dépense fixée, l'excédant des recettes était centralisé dans une
caisse qu’il tenait à cet effet. Le surintendant des finances me |
auprès de lui deux adjoints qui le remplaçaient toutes les fois qu'il 48 es HISTOIREMD HAITI.— (1807) 403 y'avait nécessité. Il y avait, au Cap, pour ‘tout l'Etat d'Haïti, un dl
] magasin central et général, pour l'équipement et l'habillement des
troupes, pour le dépôt des draps, toiles, et autres objets propres
xles confectionner. Le 18 Mars une loi fut rendue sur Ja religion
catholique, apostolique et romaine reconnue celle de l'Etat par la constitution du 47 Février. Aucun ordre, décret ou loi ecclésiastique,
quoiqu'en matière purement spirituelle , ne pouvait être exécuté dans
Etat, sans le consentement du président et généralissime. Les dimanches, consacrés à l'exercice du culte, étaient ; pour tous les citoyens,
les seuls jours de repos. La fête de V Annociation la fête de Noël,
la Fête-Dieu, celle de, l’Assomption de la Vierge, de l'Ascension s
de la Toussaint , de la Saint Jean, de saint Henry : de sainte Louise
patron et patronne du: président et de la présidente, durent être aussi
religieusement observées. Toutes les autorités civiles et militaires
étaient tenues d'assister régulièrement au service du culte, en corps; les
instituteurs et inslitutrices devaient y conduire leurs élèves. On rendait
les honneurs militaires au Saint Sacrement , loutes les fois qu'il sortait
processioanellement de l'église , ou pour | administration des malades,
et le poste le plus voisin de l'égtise lui fournissait une escorte. Les
curés et wicaires , Sur la présentaiion du préfet apostolique, étaient
nommés par le président et généralissime qui leur assignait l'étendue
de leur administration spirituelle. L'autorité et la juridiction des
ecclésiastiques quels que fussent leurs grades, élatent purement Spirituelles. Hi y avait un préfet apostolique dans l'Etat d'Haïti. Sa résidence
était fixée dans le lieu de celle ordinaire du président; il surveillait les institutions , examinait les instituteurs et leur délivrait des
certificats de mœurs et de religion, sans lesquels ils ne pouvalent exercer.
leur assignait l'étendue
de leur administration spirituelle. L'autorité et la juridiction des
ecclésiastiques quels que fussent leurs grades, élatent purement Spirituelles. Hi y avait un préfet apostolique dans l'Etat d'Haïti. Sa résidence
était fixée dans le lieu de celle ordinaire du président; il surveillait les institutions , examinait les instituteurs et leur délivrait des
certificats de mœurs et de religion, sans lesquels ils ne pouvalent exercer. Le 18 Mars le Conseil d Etat rendit une loi sur l’organisation des
tribuoaux. I fut établi, dans chaque paroisse, un tribunal de paix
qui fut composé d'un juge, de deux assesseurs et d'un greffier.
Les juges de paix tenaient le registre des naissances, mariages et
et décès , et remplissaient toutes les fonctions des anciens commissaires de l'état civil. H fui établi, dans chaque arrondissement, un
tribunal civil, qui dut connaître de toutes matières civiles et erimis
nelles, composé de cinq juges et de deux assesseurs. Il y avait près de
chaque uibunal civil un commissaire du gouvernement et un gref:
fier. Les grelliers des tribunaux étaient nommés par le président qui
pouvait les révoquer à volonté. H fut établi près de chaque tribunal
civil quatre défenseurs et ‘trois huissiers. Le titre FV de la loi traitait «de la forme de procéder en matière civile ; le titre V de la forme
de procéder en matière crinnelle. 1 y avait, dans chaque arrondissement, un tribunal de commerce qui connaissait de toute affaire
maritime ét commerciale. Ces tribunaux étaient composés de cinq juges » pris parmi les négocians. Le 25 Mars , une loi réglant les L) tous les deux, sil à été reconnu par l’un et. Hp eee id _cestueux Jui aura fait apprendre un art mécanique , ou grucs l'un 410 | HISTOIRE D'Htrr.—(1807) HR DE: droits de successibilité des entans naturels, fut rendue par ni conseil
d'Etat. Art. 4er. La reconnaissance d’un enfant naturel sera faité +
par un acte cn lorsqu'elle ne l'aura pe été dans son acte
de naissance. | Art. 2. Cette reconnaissance ne pourra avoir ve au profit des
enfans nés d'un commerce adultérin ou incestueux. ù Art. 8. La reconnaissance du père , sans l'indication et l'aveu de:
la mère, n'a d'effet qu'à léégard du père. Art, 4. Toute réclamation de la part de la mère, de même que
toute réclamation de la part de l'enfant , pourra ètre contestée par …
tous. ceux qui y auront! Inlérêl. Art. 5. La recherche de la paternité est interdite. ae
Art. 6. «La recherhede !a Hamel est admise. L'enfant qui
péclamera sa mêre sera tenu de prouver qu'il est identiquement
le même que lenfant dont elle est accouchée. Il nesera reçu &"
celle preuve par témoins que Mb il ÿ aura un commencement de preuve par écrit. Art. T. Les enfans naturels ne sont point héritiers; da loi ne
leur accorde de droit sur les biens de leur père eu mère décédés:
que lorsqu'ils ont été légalement reconnus; elle ne leur accorde «
aucun droit sur les biens des parens de leur pêre et mère. |
ouver qu'il est identiquement
le même que lenfant dont elle est accouchée. Il nesera reçu &"
celle preuve par témoins que Mb il ÿ aura un commencement de preuve par écrit. Art. T. Les enfans naturels ne sont point héritiers; da loi ne
leur accorde de droit sur les biens de leur père eu mère décédés:
que lorsqu'ils ont été légalement reconnus; elle ne leur accorde «
aucun droit sur les biens des parens de leur pêre et mère. | Art. 8. Le droit de l'enfant naiurel sur les biens de ses père 4
et mère décédés est réglé, ainsi qu il suit: À | Si le père ou la mère a laissé des descendans légitimes, ln Da
aucun droit d'hérédité; Le droit d’hérédité est d’un tiers lorsque les parens
ne laissent pas de descendai ns, mais bien des ascendans, ou des
frères eu sœurs ; alors le reste des biens échoit aux parens légitimes,
à moins d'autres dispositions testamentaires ; et en cas que le père
ou la mère décéde sans parens légitimes les deux autres tiers des:
biens échoient de droit à la vacance , s'il n'a pas laissé” .de testament. Art. 9. L'enfant naturel succédera à ses fréreset sœurs, "aux descen2
dans de ses frères et sœurs, 'à ses onelés et tantes et à leurs co!latéraux,
tous nés comme lui, hors mariage et décédant sans enfaus:. En cas
de prédécès de l'enfant naturel, ses enfäns, 280enanS peuvent 2
clamer les droits fixés aux articles précédens.» E : 4 Art. 40. Les dispositions des articles 8 et 9 ne sont"pas apple
cables aux enfans adultérins ou In CES LUEUX . I ne leur est accordé
que des alimens. PR Art. 41. Lorsque le père ou la mère de l'enfant adultérin ou in-. d'eux lui aura assuré des alimens de son vivant, l'enfan ne: pourra
élever aucune réclamation eontré leurs sUeC ON #1 49. La succession de l'enfant naturel, décédé sang postérité ,
dévolue au pêre ou à la mère qui l'a reconnu ou par moiti -. MISTOIRE D'HAITI.=— (1807) 411 CAE E Les Hosibons de la présente loi ne peuvent être appiicables aux enfans naturels qui auraient eu précédemment des droits
- àrexercer; les mesures prises à leur égard continueront à avoir
- lieu. …Gelte loi concernant les enfants naturels était excessivement sévéré danstun pays où les neuf cent quatre vingt dix neuf millièmes
dela population étaient nés hors mariage. Elle était toute contraire
àavcelle de Dessalines qui était en harmonie avec les mœurs de lépoque: Mais Chrisiophe voulant éteindre le concubinage qui rompt
tous les liens sociaux , avait fait Se celte loi pour contraindre
les citoyens au mariage.
ueront à avoir
- lieu. …Gelte loi concernant les enfants naturels était excessivement sévéré danstun pays où les neuf cent quatre vingt dix neuf millièmes
dela population étaient nés hors mariage. Elle était toute contraire
àavcelle de Dessalines qui était en harmonie avec les mœurs de lépoque: Mais Chrisiophe voulant éteindre le concubinage qui rompt
tous les liens sociaux , avait fait Se celte loi pour contraindre
les citoyens au mariage. È Le 34 Mars, une loi, qui ne fut jamais sériensement exécutée sous
4 Christophe, ni dans le Nord ni dans l'Artibo: nite, ordonna da vente des
- habitations et autres biens de l'Etat d'Haïti. Ce ne fut qu'en 1824,
après la chute de Christophe, que le président Boyer mil en vente
ces propriétés , ou les concéda au peuple. Christophe organisa aussitôt une gendarmerie, rétablit l'ordre et
le travail dans les Campagnes et porta. toule son attention sur les
détails même les plus minutieux de l'administration. Il avait à ses
côtés plusieurs hommes remarquables par leurs talens. Parmi eux
Pon distinguait Rouanez , qui rédigea l’acie constitutionnel ; Prévost,
Fake avait fait ses études en France, et s'était attaché à la fortnne
de Chmstophe, dès 1799; Vastey, Chantatte, Dupuy. Pendant cet intervalle, les Républicains ‘oc cupaient de l'élection
d'un président d'Hoïti. Le peuple de POuest désignait Île général
Pétion, él celui du Sud le général Gérin. La plupart des sésateurs
penchaient pour ce dernier. Bonñel élait peut être le seul qui désiràt ardemment la nomination de Pétion en lequel il reconnaissait
les principales quatrtés d'un chef d'Eiat, des mœurs douces, démocratiques, tout ce qu'il fallait pour faire prendre racine aux institutions nôuvelles. Gérin, au contraire, était violent , despole et
toujours prèt à remplacer ‘la loi par sa volonté. Dé JA il avait soulevé, contre sa personne, les passions de beaucoup de citoyens,
en soutenant , , tans ün cercle d'officiers , en présence de David Troy,
que le fils d'unvpaysan n'était pas l'égal du sien, même aux yeux
degla loi.
MuLe 9Mars, le Sénat se réunit , sous la présidence du citoyen
Barlatier , pour procéder à la nomination du premier magistrat de
Le République. Le nombre des membres prescrit par l'article 68
… dé là Constitution fut constaté. Pétion avait eu l’adresse de ne pas
Msemprésenter à la séañee; mais Gérin s'y était rendu quoique la
PAP de ses collègues lui fussent favorables. IL se croyait telleent certainad ètre .élu qu'il avait déjà fait faire son costume de
Le ident d'Haiti.
en
Barlatier , pour procéder à la nomination du premier magistrat de
Le République. Le nombre des membres prescrit par l'article 68
… dé là Constitution fut constaté. Pétion avait eu l’adresse de ne pas
Msemprésenter à la séañee; mais Gérin s'y était rendu quoique la
PAP de ses collègues lui fussent favorables. IL se croyait telleent certainad ètre .élu qu'il avait déjà fait faire son costume de
Le ident d'Haiti. De" qu'on procédat à l'élection, de violents débats s'élevèrent è
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relativement au projet de loi sur l'administration Dénéile que Bonnet avait rédigé, et dont il avait donné lecture au Sénatle 25 Février
Ce projet était contraire à loutes les vues administratives de Gérin,
Voulant qu'il ne fut pas aceepté par le Senat qui devait le discuter
à une de ses prochaines séances, et transgressant Îles réglemens du.
corps , il avait pris la parole, et s'était efforcé d'influencer" ses collègues. Au lieu de combattre le projet , il en attaqua le rapporteur.
lui même, le général Bonnets dont toutes sympathies étaient alors
pour Pétion. Il en vint, à son égard, à des personnalités qui offensèrent la dignité de l'assemblée. Auguste Daumec, quoiqu'il fût
un de ses partisans les plus chaleureux , prit la parole et se prononca
en faveur du rapport et du projet de loi, Néanmoins il ne termina pas son discours sans avoir réhaussé les vertus civiques et les
capacités administratives de Gérin.
Gérin, d'une humeur fongueuse, se voyant conrabtes dità Daumec
avec colère: « votre discours est plein d’absurdités; d’une autre part,
ne devriez vous pas savoir qu'on humilie un citoyen en faisant son
éloge en sa présence.» Il sortit aussitôt de la salle, plein de fureur.
De nombreux officiers, la plupart du Sud, qu il avait réunis à la
porte du Sénat, pour imposer à l'assemblée , à l'occasion de l’élection du président, le suivirent en sa demeure. De ce moment date
l'origine de la chute de son prestige.
Bonnet, qui désespérait déjà de la nomination de Pétion , prit
avantage de cette circonstance et dit aux sénateurs : mes collé»
gues, si le général Gérin qui est notre égal, froisse Ainsi, à notre.
égard, tontes les convenances, que ne ferat il pas s’il devient le premier magistral de fa République ? Ne serait 1l pas de l'intérêt de
la saine liberté qu'on nommät président le général Pétion qui, par
sa modération, son patriotisme éprouvé, son! républicanisme vrai; «
nous offre toutes sortes de garanties. . 4
Ses paroles produisirent une impression profonde sur l'assemblée;
et, sur sa proposition, elle se disposa immédiatement à nommer un président d'Haïti. d É
Le sénateur Daumec, prenant la parole, dit que, depuis la rébellion
de Henri Christophe , nommé président d'Haïti par l'assemblée cons-:
tituante, dans sa réunion du 28 Décembre 4806, la présidence élail «
vâcante, et que le bien publie exigeait impérativement qu'on nom-".
mât sans délai un nouveau président , conformément aux articles
406 et 108 de la constitation. Cette proposition, fut mise en délibération, et il fut arrêté unanimement qu'on proçéderait à l'élection
d'un nouveau président et qu'il y avait urgence. Les vôtes furent
immédiatement recueillis et dépouillés ; le général Pétion réunittreize
voix ; les généraux Gérin, Magloire Ambroise. et Yayou en eur
chacun une. Le général ‘Pétion fut. proclamé Président d'Haïti H +
itation. Cette proposition, fut mise en délibération, et il fut arrêté unanimement qu'on proçéderait à l'élection
d'un nouveau président et qu'il y avait urgence. Les vôtes furent
immédiatement recueillis et dépouillés ; le général Pétion réunittreize
voix ; les généraux Gérin, Magloire Ambroise. et Yayou en eur
chacun une. Le général ‘Pétion fut. proclamé Président d'Haïti H + quatre ans, d'après les termes de la eonstitution. ; #.
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% HISTOIRE D'HaiTi.—(1807) 413
Hi Les sénateurs Thélémaque et Auguste Daumec furent envoyés en
"4 éputation auprès du Président d'Haïti pour lui annoncer sa nomination. Pétion reçut leurs félicitations. ainsi que celles des citoyens les plus
recommandables ; il annença, au milieu des acelamations qui l'entouraient, sa prestation de serment pour le jour suivant. Aussitôt
après le retour au Sénat de Daumec et de Thélémaque, 17 coups
de canon aunoncèrent à dla nation la nomination du président
d'Haïti; et l'aete du Sénat fat publié wn instant après à travers la
ville. Le vote du Sénat fut accueilli par la population entière du
Port au Prince avec des démonstrations de joie incroyables. Le même jour, 9 Mars, le Sénat abolit par une loi, le quart
de subvention qui ruinait le cultivateur, et le remplaça par un impôt territorial de dix gourdes par millier de café. Le sucre, le
sirop , le tafia , le rhum furent déclarés francs de tous droits d’exportation ;: ils furent soumis au droit de pesage et de jaugeage. Le
sucre , le sirop supporièrent un droit de quatre gourdes par millier
à titre d'impôt territorial. Les guildives furent tenues de. payer
l'impôt territorial sur le sirop qu'elles consommaient. Les droits
dexportalion sur le café furent fixés à deux gourdes par quintal.
Une retenue de quatre deniers dut être faite sur tous les paiemens
qui s effectueraient au trésor public, outre les paiemens pour la sol.
de des troupes et appointements des salariés de la nation. Le
mème jour , l'assemblée organisa le cabotage. Be lendemain, (10 Mars), le Sénat se réunit avee calme et dignité, et adoplæ,.après lecture, le procès-verbal de la dernière séance. Son président annonça que le général Pétion, sénateur,
nommé, dans la séance du 9 Mars, Président de la République
d'Haïti, allait se rendre dans le sein de l'assemblée pour prôter le
serment prescrit par la Constitution. Aussitôt après ces paroles,
une salive d'artillerie annonça le Président d Haïti. Le Sénat décida
que ses membres le recevraient assis et couverts. Le Président
de la dernière séance. Son président annonça que le général Pétion, sénateur,
nommé, dans la séance du 9 Mars, Président de la République
d'Haïti, allait se rendre dans le sein de l'assemblée pour prôter le
serment prescrit par la Constitution. Aussitôt après ces paroles,
une salive d'artillerie annonça le Président d Haïti. Le Sénat décida
que ses membres le recevraient assis et couverts. Le Président Haiti apparut , précédé du secrétaire d'Etat Blanchet, des généraux
Bäzelais, Wagnae et d'un grand nombre d'officiers civils et militaires. Souffrant de douleurs rhumatismales et simplement vètu, ül
se soulenait à peine; appuyé sur des béquilles. Mr. Lewis, officier de la marine militaire des Etats-Unis , faisait partie du cortége.
Le président d'Haïti traversa la salle au son de la musique, et par.
vint à la barre de l'assemblée où était dressé un siège pour le recevoir. Le président du Sénat, après avoir. offert des ehaises au secrétaire d Liat, aux généraux Bazelais et Wagnac, ainsi qu'à Mr,
Lewis, adressa le discours suivant au président d'Haïti: « Citoyen Général, vs. “ 1 d E , , L2
"« Le Sénat, ayant senti la nécessité d'organiser le gouvernement . .
, LL + +“ €
# }
: | RES _ HISTOIRE D’HAITI.—(1807) > a procédé, à la séance d'hier , à la nomination du Pré
d'Haïti. Ee suffrage de ses membres a réuni la majorité en votre
faveur , et vous avez été + ok Président. de la Républi=e
que. häïtienne, Le Sénat, en vous élevant à. la première magis- 1
Wature'de FEtat, à cru hd un hominage public à vos vertus
et aux sentimens républicains qui vous LA ioujours caraelérisé. |
Chargé du dépôt des lois et de la force armée , vous deviendrez,
Président, un sujet d’émulaon pour tous ceux de vos compagnons
d'armes qui parcourent la même carrière que vous. Votre attache= 4
ment à 13 République, votre soumission aux lois et votre zèle à les
faire exécuter ; soi les puissans molifs qui ont délerminé le corps »
législatif à vous placer à la tète du gouvernement et de la force armée. Puissent les Dieux vous: conserver l'heureux lcaractére que
vous a départi la nature et vous rendre toujours l'objet de l’admi=
ration publique! N'oubliez jamais , Président, que le salut de a
République dépend de l'harmonie qui doit exister entre le pouvoir
exécutif et le corps législatif ; s'en écarter, ce serait eompromettre 1
le salut de l'Etat et l'exposer à des déchiremens. La cn polie
que doit cesser vis le gouvernement est organisé. Lui hi
que
vous a départi la nature et vous rendre toujours l'objet de l’admi=
ration publique! N'oubliez jamais , Président, que le salut de a
République dépend de l'harmonie qui doit exister entre le pouvoir
exécutif et le corps législatif ; s'en écarter, ce serait eompromettre 1
le salut de l'Etat et l'exposer à des déchiremens. La cn polie
que doit cesser vis le gouvernement est organisé. Lui hi Le Président d'Haites debout et découvert, répondit en ces {exhl ,
mes : #4 « Sénateurs, | « « Elevé par veire choïx à la première magistrature de PEtat, des
venu en quelque sorte le dépositaire du bonheur ét des destinées |
de notre pays, j'ai l'honneur de vous déclurer que je serais ef
frayé de l'étendue des obligations que vous u) iniposez , si je né.
tais certain de trouver dans vos lumières, dans Votre Sagesse, danse”
votre énergie, Loutes les ressources dont J'aurai besoin. + Cette idée,
Sénateurs, doit me rassurer; ei acceptnt avec confiance la pe ;
mission eloni vous m ‘honorez , mon cœur va prononcer dans 4
sein du Sénat le serment que la Constitution preserii au Président
d'Haïti. UE à « Je jure de remplir fidèlement l'office de Président d'Haiti, | « de maintenir, de lout mon pouvoir, la* Constitution. Que les a
« mes coufiées au peuple pour la défense de la liberié se dirigent
« contrée ma poitrine, si jamais je concevais le projet audacieux 6
« impie d'atteñter à ses droits, si jamais j'oubliais que c'es! après
« avoir contribué à punir de mort un tyran dont L'existence. tait
« un tort de la nature, que cest après avoir contribué à en pros-
« crire un autre, qui, par sa folle ambition , a allumé-parm
« nous le feu de la guerre ce que je me vois élevé à la
« dence d'Haïti, » 13"
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« un tort de la nature, que cest après avoir contribué à en pros-
« crire un autre, qui, par sa folle ambition , a allumé-parm
« nous le feu de la guerre ce que je me vois élevé à la
« dence d'Haïti, » 13"
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#: HISTOIRE D'HAYTI.— (1807) 415 l'invitation du président du Sénat, le Président d'Haïti s’asà sa droite, et la musique exécuta le morceau « Où peuton
e mieux qu'au sein de sa famille. » Un grand nombre de citojens , parmi lesquels on remarquait des commercans étrangers,
“ occupaient Îes tribunes ; et la joie était peinte sur tous les visages.
» Le Sénat, sur la demande d’un de ses membres, arrèta que le discours
du Président du Sénat et celui du Président d'Haïti seraient livrés
… nlimpression. Comme le Président. d'Haïti paraissait très souffrant,
Sur la proposition d'un sénateur, le président du Sénat leva la séance.
. La nomination du général Pétion à Ja présidence inspira aux ciloyens sages et vraiment éclairés, aux laboureurs et aux troupes de
l'Ouest , la plus grande confiance en l'avenir. Les partisans de Gérin
éprouvérent: un mécontentement qu'ils ne craignirent pas de témoigner et qu'ils formuleront sous peu en conspiration.
Le 12, Mars le Sénat permit au Président d'Haïti de proposer seul
les officiers civils et militaires à nommer ou à remplacer. Le 44 Mars
il nomma le citoyen Chanlatte secrétaire rédacteur du Sénat ;
- célait le parent de Chanlatte, secrétaire général sous Dessalines.
» Ce dernier s'était attaché à la fortune de Christophe.
Le même jour fut enfin rendue la loi concernant l’organisation
de l'administration en général. Œuvre de Bonnet, c’est la plus im.
portante de l'époque et la plus heureusement rédigée. Dés lors com.
mence l'organisation de notre administration générale qui a survéeu
à tous nos bouleversemens politiques. Cetteloi est mise en pratique
jusqu'aujourd hui sauf quelques légères modifications. En 72 articles,
sous treize titres, elle centralise, en térmes clairs, aux mains du secrétaire d'Etat, à la capitale, toutes les branches de l'administration, seule et unique pour toute l'étendue de la République. Sons
le titre Aer., dispositions générales, l'administration comprend Îa
guerre , Ja marine , les finances, les domaines nationaux. Dans chaque département il est établi un administrateur priacipal, chargé en
” chef du service; dans les ports ouverts au cemmerce étranger, des admi-
- mistrateurs particuliers; des préposés d'administration dans les commu
nes de l'intérieur et tous les ports de cabotage, et des gardes magasins,
dans les ports ouverts au commerce’extérieur. Sous le titre 2, elle traite
de l'administration et de la comptabilité; sous le titre 3 du contrôle; sous
» lertitre 4, des vivres; sous letitre 5, du service commun à tous les agens:
titre 6, des bâtimens armés ;-titre 7, de l'admission et de l’avan-
| cement des empleyés ; titre 8, des mouvemens des ports ; titre 9, de
Porgauisation des bureaux; titre 40, des assimilations de grades; titre
… 41, du cosiume; titre 12, des appointemens ; litre 13, de la trésôrerie.
- Il est établi un trésorier général pour toute la République, des trésoriers particuliers , des receveurs principaux et des receveurs parti_ euliers. * |
À * Voir les pièces justificatives,
_ |
és ; titre 8, des mouvemens des ports ; titre 9, de
Porgauisation des bureaux; titre 40, des assimilations de grades; titre
… 41, du cosiume; titre 12, des appointemens ; litre 13, de la trésôrerie.
- Il est établi un trésorier général pour toute la République, des trésoriers particuliers , des receveurs principaux et des receveurs parti_ euliers. * |
À * Voir les pièces justificatives,
_ | # 416 : HISTOIRE D’HAÏTI.—( 1807 ) Lu Le 9 Février, le Sénat avait rendu- une loi sur les mises enpol
session concernant ceux qui avaient été dépouillés sous le gou verr
ment précédent, Le 46 Mars il vota une loi interprétative dé cel
du 9 Février. Le secrétaire d'Etat avait demandé l'explication de
l'article 19 de l'arrêté de Dessalines du 7 Février A804 qui avait.
été rappelé dans la loi du 9 Février 1807 sur les dépossédés arbttrairement. Prenant en considération cet article 49 qui n'avait pu être
dicté que par une tyrannie qu aucun gouvernement juste ne p
mettre en pratique, le Sénat arrêta que les acquéreurs, donatair
ou légataires, en vertu de vente, donation ou testament avant le
11 Brumaire an 11, ler Novembre 1803, ou depuis le 7 Février 4804, |
seraient maintenus à moins que leurs titres ne fussent viciés,
d'après les lois exécutées en cette île en l'an 9 ou 1801, que tous
porteurs de ces actes ne pourraient s’en prévaloir comme proprliétaires, s'ils ne justifiaient que lès vendèurs donateurs ou testateurs
ne fussent décédés , avec extrait des registres publics ou autres actes
* authentiques, que nulle enquête pour tcet effet ne serait adrñissible
que d'haïtiens à baïtiens , et encore en bonne forme; aux peiues!
et observances portées en Particle 8 de la loi du 9 Février,
4807 ; que tout testament , quelle que fût sa date, ne serait
exécuté quavec preuve de mort comme le portait ‘l'article. 8
sus énoncé ; que les ventes antérieures au 41 Brumaire , an 411,
ou postérieures au 7 Février 1804 seraient maintenues , sauf recours «
par la République pour les soldes dues aux émigrés ou proscrits; que
quant aux baux à ferme desdites propriétés remises quels qu'en fussent M
les fermiers, sile propriétaire réintégré était en cette Île lors de la
ferme, celui-ci serait substitué à la République pour réelamer le prix”
des fermes dues par le fermier , avec tout recours en justice contre
le fermier, sa caution et son certificateur ; que les baux à ferme
des propriéiés remises dont les propriétaires étaient absents, :
l'époque du bail, seraient maintenus, pour leur durée, en faveur des
fermiers, ei les propriétaires seraient substitués à la République, M
pour exiger et percevoir les prix échus et dus par les fermiers et
l'exécution de la carte bannie, avec toutes lés rigueurs autorisées par
la justice tant contre eux que ‘contre leurs cautions et cerlificateurs ÿ
s'ils ne s’arrangeaient pas à l'amiable ; que tous les dépossédés arbi="
trairement , depuis 4806 et réintégrés, reprendraient les denrées ré=
coltées qui seraient sur leurs biens stns que les fermiers pussent rien«
exiger , attendu que les récoltes étaient en partie recueillies. +$à
de la carte bannie, avec toutes lés rigueurs autorisées par
la justice tant contre eux que ‘contre leurs cautions et cerlificateurs ÿ
s'ils ne s’arrangeaient pas à l'amiable ; que tous les dépossédés arbi="
trairement , depuis 4806 et réintégrés, reprendraient les denrées ré=
coltées qui seraient sur leurs biens stns que les fermiers pussent rien«
exiger , attendu que les récoltes étaient en partie recueillies. +$à Continuant à organiser la République , le Sénat décréta le 19
Mars, que le Président d'Haïti était autorisé, pour la promotio L
des officiers supérieurs, à présenter au Sénat trois candidats lors
qu'une place serait vacante, et à désigner celui des trois qu'il crois
rait le plus capable ; le même jour, le général Bazelais fut nom
mé divisionnaire , chef de l'Etat major de l'armée; le général MaD ne à + ‘5 à
Continuant à organiser la République , le Sénat décréta le 19
Mars, que le Président d'Haïti était autorisé, pour la promotio L
des officiers supérieurs, à présenter au Sénat trois candidats lors
qu'une place serait vacante, et à désigner celui des trois qu'il crois
rait le plus capable ; le même jour, le général Bazelais fut nom
mé divisionnaire , chef de l'Etat major de l'armée; le général MaD ne à + ‘5 à LI :
+
: 1
ta à 73 HISTOIRE D'HAITI (1607) 417 : 4 ,
lover, divisionnaire , commandant du département de l'Ouest; le géval Yayou, divisionnaire, commandant des arrondissemens du Portau Prince et de Léoganc; l'adjudant général Bonnet, général de
… Dnigade, commandant de l'arrondissement de Jacmel; le colonel Lamarre,
… adjudant général en activité dans l’armée; Lys, colonel, comman-
» dant de l'arrondissement du Port au Prince, sous les ordres de Yayou.
_ Le 21 Mars, une loi détermina le mode de percevoir l'impôt établissur les guildives, et le même jour un décret conféra au Prési-
—. dent d Haïti le droit d entretenir desrelations extérieures, et de signer
…. où faire signer avec les puissances étrangères tous traités d'alliance,
—_ de commerce. Le même jour une loi concernant l'organisation de
… l'enregistrement, des actes civils, judiciaires et des titres de propriété fut rendue. Le 30 Mars, le cotonet le cacao furent assujettis
à Pimpôt territorial: le coton dix gourdes par millier, le cacao
cinq gourdes par millier. Le 4 Avril, une loi institua quatre
fêtes nationales : 4.° Celle de lAgriculiure, le premier Mai;
2° celiè de la Constitution, 5 Juillet; 8° celle de la liberté, 47
… Octobre, jour mémorable de la mort du dernier tyran; 4° celle de
…. Pindépendance, 14% Janvier. I fut décidé que le 1° Mai des arbres
de la Biberié seraient plantés dans toutés les communes de la République. * Dans sa séance du 4 Avril 4807 , le Sénat arrêta qu’au
cas que la ville du Port-au-Prince vint à supporter un siège, les
Sénateurs, en leur costume de cérémonie, se tiendraient sur les
remparts, portant un baudrier rouge; et le 7 il déclara en état de
revolte toutes les parties d'Haïti soumises à Christophe , et autorisa
… le Président d Haïti à faire croiser les bâtimens de L'Etat sur les côtes
de Christophe, à caplurer Îles bâtimens insungés et à délivrer des
Jettres de marque. |
| ll nomma le commandant Boyer, colonel attaché à l'Etat major
“du, Président d'Haïti; le chef d'esdadron Chauvet, adjudant général,
… attaché près du général Yayou, 40 Avril. —H forma un régiment de
… dragons, sous la dénomination de dragons & Haïti, qui fut composé du
régiment des dragons du Sud et des deux escadrous de | Ouest, 10 Avril.
Lagendarmerie fut aussi formée. L'infanterie futorganisée : chaque demi
brigade eut trois bataillons, chaque bataillon neuf compagnieg, ehaque compagaie einquante hommes. . La force de la demi brigade fus
de 1359 hommes portant fusil. Cependant da plupart des colonets
continuérent à maintenir à 1800 ou 2000 hommes le chiffre de leurs
“corps. L adjudant général Borno Déléard fut nommé chef de l'état majoe général de la division de l'Ouest. 21 Avril. Le même jour, d'après
un rapport fait par le comité des finances, une loi füt rendue sur
Ja direction des douanes. En même temps pour encourager les anciens militaires et les attacher à la République, il fut arrèié que
tous les anciens officiers décorés d'une masque supérieure, et ceux
* Lien existait déjà presque partout dépuis sous [4 Répub'ique Française,
chef de l'état majoe général de la division de l'Ouest. 21 Avril. Le même jour, d'après
un rapport fait par le comité des finances, une loi füt rendue sur
Ja direction des douanes. En même temps pour encourager les anciens militaires et les attacher à la République, il fut arrèié que
tous les anciens officiers décorés d'une masque supérieure, et ceux
* Lien existait déjà presque partout dépuis sous [4 Répub'ique Française, 418 HISTOIRE D’HAITI.— (1807) qui ne le seraient pas, jouiraient de la munificence du gouver
ment, et que les node seraient rendus aux militaires qui aurailel
été blessés dans les combats, par tous les postes devant lesquels
ils passeraient. Le Sénat, par un message, invita le Président d'Haïti
à établir sur des habitations, de leur choix , les malheureux de toutes
«conditions que la guerre civile avait chassés des Arcahaïes, des Cro-
‘chus , des Grands Bois et du Mirchalais. Le Sénat, se livrant à d'importans travaux sans discontinuer , faisait de nobles efforts pour consolider la République et enflammer :
d'enthousiasme lés citoyens. Ce fut à cet époque que débarqua au Portau Prince, venant de
New York, le colonel Delva, qui, en 1802, avait été déporté par le
général français Lalane, sous Rochambeau. Delva, comme nous
l'avons vu, avait été undes brillants lieutenans du général Rigaud,
pendant La guerre civile. Peu de jours après, un jeune martiniquais,
nommé Vicsama, sortant aussi de New York, arriva au Port au Prince.
Le général Pétion, frappé de la vivacité de son intelligence par les réponses judicieuses qu'il fit aux questions qu'il lui adressa, lut donna,
dans son état-:maJor , le grade de sous-lieutenant et le combla de
bienfaits. Désirant que le peuple de la République se recruiât de
noirs el d'hommes de couleur des îles voisines, il était heureux de
traiter avec distinction celui qui se présentait l'un des premiers. Pendant cet intervalle , Christophe parcouraït les provinces soumises à son autorité el rétablissait l'ordre dans les campagnes. Il était
sorti du Cap à la fin de Mars et s'était acheminésur les Gonaives.
Quand if arriva en cette ville, il visita l'hôpital mititaireet fit donner toutes sortes de#soins aux malades. De à 1l se transporta à
St. Marc, en visita les fortilications qu'on restaurait, parcourut len
cordon de l'Ouest, et le trouva dans un état admirable de défense.
Après avoir traversé Dessalines ou Marchand, il reutra au Cap lex
8 Avril. Le lendemain, d'après ses ordres, le général de division.
Toussaint Brave, conseiller d’Etai, installa les tribunaux civils et"
de commerce de la province du Nord.
soins aux malades. De à 1l se transporta à
St. Marc, en visita les fortilications qu'on restaurait, parcourut len
cordon de l'Ouest, et le trouva dans un état admirable de défense.
Après avoir traversé Dessalines ou Marchand, il reutra au Cap lex
8 Avril. Le lendemain, d'après ses ordres, le général de division.
Toussaint Brave, conseiller d’Etai, installa les tribunaux civils et"
de commerce de la province du Nord. Le Conseil d'Etat, réuni de nouveau au Cap, après Île retour de.
€! istophe , vo{a, la. six Moi, une loi par laquelle la tutelle et l'éman- |
cipation furent réglées ; et le même jour une autre loi. par laquelle
les grades des ofliciers d'administration furent assimilés à ceux den
l'armée. Le lendemain fut rendue une loi fixant les honoraires des
officiers de douane, des commandans de place, des commissaires,
des guerres, des capitaines de port, des interprètes el vigistes pour
l'expédition des bâtimens. Il était alloué au directeur de la douane, pour l'expédition de chaque bâtiment du commerce étranger , huit.
gourdes ; pour la feuille de douane à délivrer aux caboleurs, un.
gourdin; pour la feuille de douane, lorsque ces caboteurs étaient ex
pédiés sur est, deux escalins, * Le directeur de la douane exigeait
guerres, des capitaines de port, des interprètes el vigistes pour
l'expédition des bâtimens. Il était alloué au directeur de la douane, pour l'expédition de chaque bâtiment du commerce étranger , huit.
gourdes ; pour la feuille de douane à délivrer aux caboleurs, un.
gourdin; pour la feuille de douane, lorsque ces caboteurs étaient ex
pédiés sur est, deux escalins, * Le directeur de la douane exigeait Pr” à : HISTOTRE D’HAITI.—(1807) _ 419
“en outre huit gourdes par chaque bâtiment de commerce étranger,
«laquelle somme il versait entre les mains du commandant de place.
. Le trésorier percevait , pour chaque bâtiment. du commerce étranger,
huit gourdes ; le commissaire des guerres percevait, pour chaque
bâtiment de commerce étranger, une somme de quatre gourdes,
pour droit d'ancrage qu'il versait tous les mois dans Ja caisse du
trésorier. Il lui était accordé pour chaque rôle d'équipage, qui devai être délivré tous les trois mois aux embarcations pontées du
cabotagé, deux gourdes ; pour rôle d'équipage des embarcations non
pontées, une geurde. Pour la carte de sortie des petits bâtimens
ayant quille, depuis deux jusqu’à quinze tonneaux, un gourdin ;
pour ceux d'un tonnage au dessus, deux gourdins. Le capitaine
de pert recevait pour chaque bâtiment étranger, huit gourdes. HI
recevait en outre une {somme de quatre gourdes pour chacun desdits bâtimens dont il tenait compte au vigiste. Les honoraires de
l'interprète étaient de dix gourdes pour chaque bâtiment étranger.
Christophe ; chef absolu des provinces du Nord et de l'Artibonite,
exerçait sur les populations soumises à son autorité un despotisme
déjà sanglant. Sa volonté avait remplacé la loi, et quiconque osait se
plaindre de ses actes tyranniques était conduit à l'échafaud. I avait
déjà établi dans les campagnes une organisation par laquelle l'homme
était attaché à la glèbe comine sous Toussaint Louverture. Le produit
du travail forcé subvenait largement aux dépenses de son gouvernement. Le propriétaire n’était plus le maître de ses revenus ; leg
agens du fisc s'en emparaïent et en remplissaient les magasins du gouvernement. Les propriétés de ceux qu’on envoyait à la mort étaient con-
\fisquées au profit de l'Etat, et leurs-héritiers, pour sauver leurs jours,
étaient contraints de taire leur ressentiment. Bien que Christophe
- ordonnât que la morale fût en vigueur, il laissait s'approcher de lui
des eourtisanes qui intriguaient avec des favoris autour de sa person .
ne; ses, ordonnances étaient admirables , mais il les transgressait luimème ; il proclamait la loi souveraine, mais elle était toujours suspendue par ses caprices ; il envoyait pour un temps, à la Ferrière,
un bourgeois ou un militaire , mais celuiei y demeurait toute sa
vie; les habitans du Nord étaient libres d'aller où 1ls voulaient et
. de dire ce qu’ils pensaient, sous la réserve d’être arrêtés, s'il plaisait au chef de l'Etat d'Haïti, d'être fusillés ou décapités, ou d être
condamnés aux travaux forcés dans les fortifications. Néanmoins À
Len faisant abstraction de ses fureurs qui nese calmaient souvent qu'à
la vue du sang, et qui l'ont réduit à s'ôter la vie, en 1820 , pour
ne pas tomber en la puissance populaire, son gouvernement restera
un modèle d'ordre et de forte organisation.
La paroisse du Port de-Paix souffrait particuliérement de cet ordre
de choses ; ses habitants, fiers et braves, auxquels il faisaiiexpier leur
attachement à Capoix, aimaient la liberté et se plaiguaient hautement,
maient souvent qu'à
la vue du sang, et qui l'ont réduit à s'ôter la vie, en 1820 , pour
ne pas tomber en la puissance populaire, son gouvernement restera
un modèle d'ordre et de forte organisation.
La paroisse du Port de-Paix souffrait particuliérement de cet ordre
de choses ; ses habitants, fiers et braves, auxquels il faisaiiexpier leur
attachement à Capoix, aimaient la liberté et se plaiguaient hautement, # 420 HISTOIRE D’HAITI 1807) Dès l’aurore de la révolution, ils s'étaient montrés dévoués aux principes républicains, contrairementà la plupart des autres habitans du Nord qui avaient défendu la cause royaliste. Sous Laveaux, le Port de Paix avait été le boulevard de la liberté; sous oussaint, il avait fallu toute l'énergie de Maurepas pour le contenir. Les sympathies de cette ville étaient pour les institutions établies dans | Ouest. Jacques Simon, intendant de la première division du Nord, y exécutait les instructions de Christophe avec une rigidité extrème. La 9e. demi brigade , recrutée et cantonnée dans cette paroisse, supportait le joug avec impatience. L'esprit de la population du quartier avait été travaillé, après la bataille du der Janvier 1807, en faveur de la République, par le citoyen Piérre Thimothé, député à la Constituante en 1806. Thimothé, pour pouvoir retourner dans le Nord et y préparer un mouvement insurrecitionnel, avait signé la protestation |
contre la Constitution du 27 Décembre 1806.: Il y avait dans les rangs de la 9e. un grenadier, connu par son
énergie, très insubordonné, aimé de ses camarades, el exerçant
sur eux une grande influence. C'était Jean Louis Rébecca , natifdu
quartier du Port-de Paix. Bien pénétré des idées démocratiques que
Pierre Thimothé avait répandues dans sa paroisse , il se détermina à
porter à la révolte, contre Christophe, toute la 9e. et à reconnaître
le gouvernement établi au Port au Prince. Il insinua à tous ses com
pagnons l'esprit d'insurrection dont il était animé. 1l avait été ad:
judant sousefficier dans son corps, mais son colonel que son caraetère impérieux offensait, l'avait dégradé et l'avait remis soldat,
imothé avait répandues dans sa paroisse , il se détermina à
porter à la révolte, contre Christophe, toute la 9e. et à reconnaître
le gouvernement établi au Port au Prince. Il insinua à tous ses com
pagnons l'esprit d'insurrection dont il était animé. 1l avait été ad:
judant sousefficier dans son corps, mais son colonel que son caraetère impérieux offensait, l'avait dégradé et l'avait remis soldat, Le général Guillaume, mettant aussi rigoureusement en pratique les
ordres de Christophe", comnandait l'arrondissement du Port-de-Paixs
Les iroupes qu'il maltraitait souvent l'avaient pris en exécration:
Le treize du mois de Mai, tous les soldats et sous-ofticiers dem
la 9e. excités par Rébecca , lui demandèreni avee menaces trois gours
des par revue, au lieu de deux. Le général Guillaume s y refusa
Quelques heures après, les soldats , conduits par Rébecca qui entretes
nait l'insubordination parmi eux, envahirent le palais du gouvernement
et cherehèrent en vain le général pour lui couper la tête: il s'était
caché à l'approche des séditieux. Après être demeuré renfermé plus
sieurs jours, il apprit que l’effervescence s'était ealmée, alorsiln
revint occuper le palais du gouvernement, passa les troupes en
revue, (417 Mai), “et fit donner trois gourdes à chaque soldat. AUS
sitôt après la revue, les troupes le huèrent, et proclamèrent l'in
Surreciion aux cris de vive le Président Pétion ! *XWive la Républiquel
Elles mirent à leur tête le grenadier Rébecca €6t lui conferéren il
droit d'exercer lautorité suprême. Rébecea se disposait à faire 4
rêter le général Guillaume lorsque celui ci prit la fuite et s'ache="
mina sur le Cap. Le même jour, poursuivant son projet, il chassa” . # Bulletin de Christophe Héclaration de Jacques Simon, Re
; # V # ; À nn ::
eo” , 2
! DUR 2, OUT IISTOIRE D’HAITI.—(1807) 4T da corps, sans exercer sur eux aucun acte de vielence, tous leg officiers qui en formaient l'état-major, s’empara du Grand Fort à
laête des 1er et 2e. bataillonsde la 9e., tira sur la ville à boulets,
abandonna ensuite la fortificatien, après en avoir enlevé toutes les
munitions, se jeta dans le chemin des Trois Rivières, puis dans
celui du Gros Morne. Après avoir traversé l'habitation Aubert , il
alla se retrancher au fort des Trois Pavillons et expédia aussitôt
des dépêches au Président Pétion, lui demandant de prompts secours. Aussitôt après l'arrivée au Cap du général Guillaume, Christophe
avait envoyé à Pourcely, colonel de la 9e., le brevet de général de brigade, ainsi que le commandement de l'arrondissement du Port dePaix. Les officiers de la 9e. , chassés du corps par les soldats, s'étaient
réunis, au palais du gouvernement , autour de Pourcely. Le troisiëme bataillon de la demi brigade, dont le drapeau était dépesé au
bureau de l'arrondissement, n'avait pas suivi Rébecca , quoiqu'il fût
animé du même esprit que les deux autres ; mais il n’avait pas voulu
de brigade, ainsi que le commandement de l'arrondissement du Port dePaix. Les officiers de la 9e. , chassés du corps par les soldats, s'étaient
réunis, au palais du gouvernement , autour de Pourcely. Le troisiëme bataillon de la demi brigade, dont le drapeau était dépesé au
bureau de l'arrondissement, n'avait pas suivi Rébecca , quoiqu'il fût
animé du même esprit que les deux autres ; mais il n’avait pas voulu » abandonner son drapeau; il oecupait , en ce moment, tous les pos- —" : tes de la ville. Le lendemain du jour de la sortie de la place des
deux premiers bataillons, un soldat arriva de la montagne des Trois
Pavillons, se présenta devant Pourcely et lui remit une lettre de
Rébecca. Elle était conçue en ces termes : Général, À En nous insurgeant, nous n’avons pas été guidés par l'ambition ;
nous réelamons nos droits qui sont méconnus par Christephe ; nous
demandons à être libres ; venez vous joindre à nous, général, emmenez avec vous tous les officiers, qu'ils vieñnent reprendre leurs
rangs, d notre tête; nous sommes tous frères ; ne combattons pas
les uns contre les autres ; Christophe est notre ennemi commun;
aujourd huiil dépouille le peuple, demain: ce sera le tour des chefs. Après la lecture de cette lettre, en présence du colonel Jacques
Louis, un des favorisintimes de Christophe, Pourcely dit au méssager: « Allez faire savoir à Rébecca quil est un brigand, et que
je nentrerai jamais dans le parti des rebelles. » Le soldat partit
aussitôt pour les Trois Pavillons. Les officiers de la 9e. sortirent
du gouvernement; Pourcely entra dans sa chambre et s’étendit sur
son lit. L'adjudant de place Alain, ancien adjudant-major ‘de la 9e,
demi brigade , s'approcha de lui et lui dit: « Général, pourquoi ne
vous meltez vous pas à Ja tête de la 9e.? Rébecca, par sa lettre,
ne vous reconnaît-1l pas pour son chef? Faisons la guerre à Christophe, pendantmqu'il en est temps encore; car plus tard, amis ou
ennemis, nous serons tous ses victimes. » Pourcely réfléchissait et
ne répondait pas. Au même instant le colonel Jacques Louis entra
dans la chambre ; il avait tout entendu. Ii jeta sur Alain un re- : LS dt" EL |
ü s 422 HISTOIRE D’'HAITI.—— {1807} _ gard eourroueé; mais celui-ci, qui avait découvert les dispositions
des soldats de service au gouvernement, n'épreuva aucune inquiétude,
car il était cartain qu'il ne serait pas arrêté, s1 Jacques Louis commandait aux grenadiers de le conduire en prison. Pourcely raffermi
par la présence de Jacques Louis, manda, par lettre à Christophe,
que Rébeeca occupait le fort des, Trois Pavillons. C'était le 18 Mai. Quand la nuit fut venue, le 8e. bataillon qui était répandu dans les'différens postes de la ville, se soulevaà son tour , aux cris de vive Pétion!
pénétra dans le bureau de l'arrondissement, en enleva son drapeau,
pilla le trésor, et commença un feu ‘vit de mousqueterie sur le palais
du gouvernement qu'occupaient les officiers. Quelques grenadiers se
dirigèrent sur la maison de l'intendant Jacques Louis pour lui couper latête. Celui-ci ,; dès le 16, s'était caché. Il atteignit le
rivage , se jeta dans un canot, se rendit à la petite ile de la Tortue d'où 1! parvint au Cap. *
leva son drapeau,
pilla le trésor, et commença un feu ‘vit de mousqueterie sur le palais
du gouvernement qu'occupaient les officiers. Quelques grenadiers se
dirigèrent sur la maison de l'intendant Jacques Louis pour lui couper latête. Celui-ci ,; dès le 16, s'était caché. Il atteignit le
rivage , se jeta dans un canot, se rendit à la petite ile de la Tortue d'où 1! parvint au Cap. * Les offigiers renfermés au gouvernement étaient dans les plus vives inquiétudes. Ils craignaient, à chaque instant, que des assassins
ne vinssent les égorger. L'un d'eux , nommé Théodore Desvilles, se
rendit sur la place d'armes , servit seul une pièce de 4 qui s'y trouvait, et en chassa les soldats qui y étaiont dispersés ça et là. Un
moment après Île bataillon vint en masse sur la place, prit la pièce
de 4, ainsi qu'un obusier qui était braqué près d’elle , et allait mitrailler le gouvernement, quand le capitaine Alian en sortit et employa un reste d'influence qu'il exerçait sur les soldats pour les
détourner de ce projet. Le général Pourcely, le colonel Jacques Louis, les chefs de ba="
taillon de la 9e. Nicolas Louis, Bauvoir , et les autres officiers,
voyant qu'il devenait impossible de censerver la position ,* prirent
la fuite, au milieu de la nuit. Quand ïls arrivèrent sur
l'habitation Laciente , ïls tombèrent dans une embuscade , u’avalent dressée les chasseurs du 2e. bataillon de la 9e., et se.
A ant Les commandants Bauvoir et Nicolas Louis se retirèrent sur l'habitation Desmao , dans les mornes du Fond-Ramier,
commune du Port-de-Paix , où ils se tinrent cachés. Le général.
Pourcely, accompagné du colonel Jacques Louis, se rendit: à JeanRabel. Placide Lebrun qui commandait cette commune réunit
une centaine de cavaliers et se rendit avec lui au: Port-à Piment
De là ils parvinrent aux Gonaïves d’où le général Magny les envO
ya au Cap auprès de Christophe. Mais celui-ci était déjà en mar che sur le Port de Paix avec, une division commandée par le gé«
néral Romain. | | “ Déclaration faite au bureau de la place du Cap, le 2i Mai 1807 , par Lin
tendant Jacques Louis, arrivant de la ‘Tortue, Envoi de cette déclaration, le 21,
Mai 1807, au président et généralissime des forces de terre et de mer de l'Etai
d'Haïti, par le chef de brigade Baptiste Michel, commandant de la place du Cape . , .
. 1 | D, HISTOIRE D'HAITI.—(1807) Re 423,
. | | “ Déclaration faite au bureau de la place du Cap, le 2i Mai 1807 , par Lin
tendant Jacques Louis, arrivant de la ‘Tortue, Envoi de cette déclaration, le 21,
Mai 1807, au président et généralissime des forces de terre et de mer de l'Etai
d'Haïti, par le chef de brigade Baptiste Michel, commandant de la place du Cape . , .
. 1 | D, HISTOIRE D'HAITI.—(1807) Re 423, Le … Le capitaine Alain, qui n'avait pas suivi les officiers , était rentrévchez lui. Sa femme, qui avait entendu les soldats répéter
partout qu'ils ne voulaient tuer personne, l'engagea à ne pas partir.
— Hisuivit ce conseil. Quand le- jour commença à poindre, les soldats:
…—. du 3e. bataillon de la 9e. se réunirent sur la place d'armes, trainèrent da pièce de 4 sur le warf, et s’opposërent à ce qu'aucunbâtiment. mappareillât. A leur grand étonnement ils virent Alain,
assis devant sa porte ; ils lui dirent : « Vous vez eu conliance en nous ÿ
eh bien! nous vous donnons le commandemant de la place ! » Alain
leur répondit qu'il acceptait. ‘Ils ajoutèrent que l'argent trouvé au
trésor axail été enlevé par quelques uns d'entre eux,qui en jouissaient seuls ,et ils l'exhortèrent à faire, sur leehamp, toutes sortes.
de perquisitions pour retrouver quelques gourdes dont Rébocea aurait
besoin. Alain réunit en peu d'heures 1,200 gourdes. Il est à remar-
…—_ quer que pas un des sous officiers et soldats de la 9e. n'avait songé
… à prendre des grades. Rébecca, simpie grenadier , avait le commandement suprême; les compagnies, les bataillons étaient commandés par les sous-officiers qui conservaieni leurs insignes.
Pendant qu Alain s'efforçait de rétablir un peu d'ordre dans la
place, les soldats des deux premiers bataillons de la 9e. qui s'étaient
retivés aux Trois-Pavillons, Rébecca à leur tête, se répandaient.
dans les campagnes environnantes et portaient les populations à la.
révolte.” Dès le 42 Mai ,-une partie de la 44e. demi-brigade s'était
aussi. soulevée au Gros Morne. Le général Magny , qui commandait
aux Gonaïives, s'était empressé de demander des secours au chef de.
brigade Monyobare, commandant de Plaisance. Celui ci avait réuni
toutes les gardes nationales de son quartier, s'étail transporté à
Pilate, vers la limite de ia paroisse du Gros-Morne, y avait étabiL
un cordon dé troupes pour empêcher la révolte de pénétrer dans la
paroisse qui lui était confiée. Les soldats de la 9ême. envahirent
le Borgne, en firent sortir toute la population qu'ils emmenèrent
avec eux, après en avoir contraint le commandant, Jean Pierre
Azard , à fuir par les côtes de fer. * Le Limbé se fût aussi révolté, si le commandant Michel Auguste ne s'était hâté de prendre
les mesures les plus ésergiques pour y maintenir la tranquillite.**
Rébecca , de son côté, dès qu'il avait reçu la réponse de Pourcely, avait fait ses dispositions pour rentrer au Port de Paix. Après
| avoir réuni ses troupes éparses dans les environs, il descendit des
Trois-Pavillons, le 49 à huit heures du matin, à la tète des seldats des deux premiers bataillons, portant des lauriers, drapeaux
déployés , tambours et musique en tête. Quand il parvint sur la.
.**
Rébecca , de son côté, dès qu'il avait reçu la réponse de Pourcely, avait fait ses dispositions pour rentrer au Port de Paix. Après
| avoir réuni ses troupes éparses dans les environs, il descendit des
Trois-Pavillons, le 49 à huit heures du matin, à la tète des seldats des deux premiers bataillons, portant des lauriers, drapeaux
déployés , tambours et musique en tête. Quand il parvint sur la. VIE 7 * Lettre de Jh. Sannitte, commandant militaire du Limbé, à S E. le président.
et généralissime des forces de terre et de mer de l'Etat d’ Haïit, du 18 Mai 1897.
** Lettre de Michel Auguste, commandant militaire du Limbé, à Christophe, à p2 4. | "Los |
434 Fa # HISTOIRE B'HAITI.—(1807) M à F4 .
place du Port-de-Paix, ayant son uniformedde grenadier , ses épaulettes de laine, sa giberne et son fusil, ‘il fit mettre la demi brigade
en bataille, et s’avança au devant du capitaine Alain qui, pop ses
décorations , se tenait au bureau de la place. Alain le salua da
titre de colonel. Il lui répondit : Je ne suis pas colonel; s1 vous
le voulez, appelez-moi camarade. 11 approuva les soldats du 3e.
bataillon d’avoir donné à Alain le commandement de la place, fra:
Lernisa avec ce dernier et lui promit d'oublier le passé. Avant la
révolte, Alain , en sa qualité d’adjudant de place, avait maintes fois
réprimé ses écarts, * avee Ja. plus grande sévérité.
titre de colonel. Il lui répondit : Je ne suis pas colonel; s1 vous
le voulez, appelez-moi camarade. 11 approuva les soldats du 3e.
bataillon d’avoir donné à Alain le commandement de la place, fra:
Lernisa avec ce dernier et lui promit d'oublier le passé. Avant la
révolte, Alain , en sa qualité d’adjudant de place, avait maintes fois
réprimé ses écarts, * avee Ja. plus grande sévérité. Rébecca appela un ee soldat, nommé Sainte Blème , et lui dicta!
une proclamation, par laquelle les habitans du Port de Paix étaient
prévenus au ils étatent libres à présent , maîtres de disposer de leurs
biens à leur guise et de se retirer où ils voudraient. Sur ces entrefaites, les soldats avaient rompu les rangs ets étaient 4
dispersés dans la ville, les uns pour piller , les autres pour voir leurs n.
parens. Un instant après, le capitaine Jules Derré que Pourcelÿ À
avait envoyé auprès de Christophe pour lui annoncer l'occupation des
Trois Pavillons , arriva au milieu de la place d'armes. Beauceup de
soldats voulaient le massacrer. Mais Alain àrrêta leur fureur par ces
mots: Jules Derré est militaire; si le général Poureely vous eut
envoyé au Cap vous eussiez comme lui rem pli votre devoir ; pourquoi voulez vous l’assassiner. Sa voix fut écoutée. 1 demanda ‘à Jules |
Derré où it avait laissé Christophe ? L'exprès lui répondit que c'était
à la Ravine Pourrie, à cinq lieues du Port de Paix. Gelie nouvelle
parcourut aussitôt toute la ville. Rébecca revint, au galop, sur a
place d'armes, toujours en uniforme de grenadier , et fit'battre las
générale. Mais il ne put réunir qu'une vingtaine d'hommes , le reste
se livrant au pillage. Alors pour arrêter ce désordre ét contraindre
les soldats et les habitans à abandonner la ville, 1l y mit le feu: En
quelques heures le Port de-Paix devint un vaste embrasement. Les fem
mes, lesenfants, les vieillards, chargés de paquets de hardes,accompagnés des soldats leurs parens prirent le chemin dela montagne. \
tébecca fit enlever mille gourdes qui étaient dé posées au bureau
de la place, confia à vingt grenadiérs seulement qu’il avait pu réunir les trois drapeaux de Îa 9e. et pénétra, à leur tête, dans le chemin
des Trois Pavillons, après avoir fait mettre en sûreté sa mère, Ja
citoyenne Elisabeth : , et son épouse, Suzanne Leroux. 1 Le général Romain qui étau déjà dans la montagne avee sa divi-…
sion se fût rendu maître du fort des Trois Pavilions, avant l'arrivée
de Rébeeca, si une pluie abondante, le surprenant sur l'habitation * Rébecca avait accoutumé , quand 1} montait la garde, d'attraper des bris #
qui appartenaient aux autoiités, de les faire rôtr et d'en partager la chair ave |
ses camarades, | IP : |_À Rs vo, + HISTOIRE D’HAITJ.—(1807). 425 ” Mignon, n'avait retardé sa marche et n'avait gaté ses munitions. Il s'arrêta sur la propriété où il y avait une poudrière pour que ses soldats fissent de nouvelles cartouches. Quand Rébecca entra dans Jlerfert, Romain qui avait repris sa marche, n’en était éloigné que ‘de trois cents pas. Les troupes de Christophe, vayant flotter sur les remparts, les trois drapeaûx de la 9e., crurent que tout Île
corps, qui s'élevait à 2000 hommes , s'y trouvait réuni: Il ny avait
'arrêta sur la propriété où il y avait une poudrière pour que ses soldats fissent de nouvelles cartouches. Quand Rébecca entra dans Jlerfert, Romain qui avait repris sa marche, n’en était éloigné que ‘de trois cents pas. Les troupes de Christophe, vayant flotter sur les remparts, les trois drapeaûx de la 9e., crurent que tout Île
corps, qui s'élevait à 2000 hommes , s'y trouvait réuni: Il ny avait _ qu'une vingtaine d'hommes. Romain se retira à Mignon pour ÿ attendre Christophe qui s'était dirigé sur le Port-de Paix par une autre roule, Christophe, débouchant du ‘chemin du Gros Morne, venait d'en- : trer au Port-de-Paix presque désert. H fit baïonnetter ceux qu'il put atteindre, hommes, femmes et enfans ; et comme Îla ville était réduite en cendres, il s'établit, la nuit qui suivit, au Grand Fort, IL en sortit le lendemain, et alla camper sur l'habitation Laïlemand,
à un quart de lieue des Trois Pavillons. Il fit cerner le fort
qu'occupaient les insurgés, et le fit canonner activement sans
lui donner assaut, croyant que touie la 9e. y était renfermée.
Rébecca répondait à son feu par la mousqueterie ; mais sa pelite
troupe ne s'était grossie que de 40 hommes., Ne recevant aucun
auire secours des soldats de son corps , dispersés dans les mornes,
il évacua les MTrois-Pavillons pendant La nuit. Néanmoins le
général Romain s'élança à sa poursuiée à la tête de sa cavalerie
et de son infanterie. Hi l'atteignit à la pointe du jour, sur lhahi.
tation Petite Place-Payette, à deux lieues des Trois Pavillons. Rébecca qui n'avait que soixante hommes, au lieu de continuer à
fuir au travers des gorges de la montagne, fit volte face et ne redouta pas de se mesurer avec 1500 hommes d'infanterie et 300
cavaliers. Il échelonna ses compagnons le long des buissons, derrière les arbres et commença un feu vif sur les troupes de Christophe. Le combat dura près d’une demi heure. Le nombre l’em
porta sur Fhéroïsme, et Rébecca tomba, la face contre terre, parmi
les morts et les blessés, atieint ‘d’une balle à la cuisse. … Le général Romain, maître ‘du champ de bataille, ordonna de
massacrer les blessés ; ses soldats reconnaissant Rébecca, lenlevèrent et l'emportèrent devant lui. Romain ui dit : Etes-vous
Rébecca ?—Oui.—Ce Rébecca qui a eu l'audace de soulever la 9e?
—QOui.—Pourquoi avez-vous agi ainsi? quel grief avez vous contre
je généralissime?—J'ai pris les armes contre Christophe, parce que
cest un {yran qui, tout en parlant de liberté , rétablit l'esclavage.
Et vous-même, général Romain, vous n'êtes que le vil instrument d'un
becca, lenlevèrent et l'emportèrent devant lui. Romain ui dit : Etes-vous
Rébecca ?—Oui.—Ce Rébecca qui a eu l'audace de soulever la 9e?
—QOui.—Pourquoi avez-vous agi ainsi? quel grief avez vous contre
je généralissime?—J'ai pris les armes contre Christophe, parce que
cest un {yran qui, tout en parlant de liberté , rétablit l'esclavage.
Et vous-même, général Romain, vous n'êtes que le vil instrument d'un . monstre. — Romain entra en fureur et lui dit: Que voulez-vous ? —La mort.—La tète de Rébecca fut aussitôt tranchée. 21 Mai. * Elle
fut apportée à Christophe aux Trois Pavillons: Celui ei la fit placer
au bout d'une pique, et l'exposa à la vue de toute son armée. Il # Balletin de Christophe, 426 HISTOIRE D'#HAITI 1807) L2 commanda ensuite à plusieurs régimens de parcourir la montagne,
d'y répandre la nouvelle de la mort de Rébeeca et d'annoncer amnistie pleine et entière pour tous ceux qui sortiraient des boiset viendratent se rendre. Quelques vieillards, des deux sexes, qui, à cause
de leurs infirmités, ne pouvaient suivre les révoltés, firent leur soumission. ‘Tout le reste de la population , soldats et cultivateurs,,
redoutant sa férocilé, prit la fuite, se cachant de toutes parts.
Pendant ce temps, la Géputation envoyée par Rébecca au Portau Prince, pour annoncer 8a prise d'armes, y était arrivée. Cette:
nouvelle avait fait éclater dans la République la jote Ha plus vive.
Chacun croyait déjà la ruine dé Christophe infaillible. Le Sénat.
s'était aussitôt réuni, et après avoir annoncé que les 9e. et Î4e.,
les habitans du Port-de Paix, du Borgne, de Jean Rabelet du GrosMorne venaient de prendre les armes pour la liberté, avait décrété:
le 22 Mai, que Rébecca, les sous-officiers de la 9e. ceux de la 44e,
les habitans et cultivateurs qui s'étaient ralliés au mouvement, avaient.
bien mérité de la patrie. Parle même décret , le Président d'Haïts
avait été autérisé à décerner à Rébecca et à ses braves compagnons
les récompenses qui leur étaient dues. Le mème jour, le Président Pétion ; par une proclamation, avait invité tous les Jeunes geusà s’armer pour marcher contre Christophe. Il avait annonce à la
nation que le peuple du Nerd, recennaissant la Constitution du 27
Décembre 1806, lui avait adressé une députation, et que bientôt il
donnerait le signal du départ. On s’occupa immédiatement des préparatifs de deux expéditions
contre St. Marc, l'une par mer, et l’autre par terre, pour faire
uue. diversion aux forces de Christophe ‘engagées vers Jean Rabel. Après la mort de Rébecca, les soldats de la 9e., repanñdus dansles
bois de la montagne avec leurs femmes et leurs enfans,, se trouvaient
sans chefs pour leur donner une direction. Traqués par les troupes
de Christophe, ils se hâtèrent de se réunir et se résolurent à remettre-à leur tête la plupart de leurs anciens officiers qui s'étaient
cachés dans les gorges de la montagne. Le capitaine Alain était toujours au milieu d'eux. Ils le dépêchèient auprès des éhefs de bataile
dus dansles
bois de la montagne avec leurs femmes et leurs enfans,, se trouvaient
sans chefs pour leur donner une direction. Traqués par les troupes
de Christophe, ils se hâtèrent de se réunir et se résolurent à remettre-à leur tête la plupart de leurs anciens officiers qui s'étaient
cachés dans les gorges de la montagne. Le capitaine Alain était toujours au milieu d'eux. Ils le dépêchèient auprès des éhefs de bataile lon Bauvoir et Nicolas Louis, qui, au lieu d'aller joindre Christophe, sétaient retirés sur une hatie au bas des Moustiques. Ces
deux officiers supérieurs, sortis de leur retraite, cherchaient un
autre asyle, lorsqu'ils furent rehcontrés , sur la hatte Dame Aubert,
par Alain ct l'inspecteur de culture du Fond-Ramier, Jacques
Colas, à a tête d'un détachement de la 9ème. composé de quelques soldats des Aer. et 3ème. bataillons. Alain les exherta
à se mettre à la tête des insurgés et leur dit que leur ré: pulation seule pourrait faire le succès de l’entreprise. Nicolas. Louis consentit à devenir lechef de l'insurrection, et aussitôt Beau»
voir, beaucoup d’autres officiers suivirent son exemple. Peu dejours td. à De de, = -
moult nt —”" eue LENS dote TE : HISTOIRE D’IHAITI.— (1807) 497 après, 1l reçut une lettre de Christophe qu'apporta un capitaine de
la 9e. , nommé Lafortune, par laquelle le généralissime de l'Etat
d'Haïti l'invitait à rassembler tous les officiers de la 9e. répandus
dans la montagne , et à se rendre auprès lui. Il ajoutait que rien ne
lui serait fait, car il savait que les officiers n'avaient pris aucune
part à la révolte, Nicolas Louis, après avoir consulté ses deux amis
Beauvair et Germain, répondit à Christophe qu’il n’irait pas auprès
d'un tyran pour avoir la tête tranchée. Aussitôt après cette réponse,
il parcourut la montagne avec Beauvoir et réunit la 9e. Mais il s’aperçut que les soldats n'avaient pas pleine confiance en lui; ils paraissdlènt croire qu'il se mettait à leur tête pour mieux les livrer
à Christophe. IL résolut, pour dissiper toutes les défiances, d’en
venir aux mains avec l'ennemi le plus tôt possible. Ilalia s'embusquer avec 309 hommes sur l'habitation Harodet, dans le quartier des
Moustiques, et confia l’embuscade à Bauvoir. Christophe n'était
quà cinq lieues de cet endroit. Il avait détaché de son armée 1500
hommes, sous les ordres des généraux Daut Brave et Martial Besse,
pour éclairer les environs. Ses troupes tombèrent dans l’embüche,
furent culbutées, éprouvèrent des pertes considérables, et gagnèrent
avee précipitation l'habitation Fonfrède, au bas des Moustiques où
était établi Christophe. Celui ci indigné de leur conduite, les traita
de lâches, sévit contre eux, et défila, le lendemain, à la pointe
du jour, avec toute son armée , pour se rendre au lieu du combat.
Bauvoir, voyant s'approcher des forces si considérables, abandonna
sa position et se retira dans les gorges de la montagne.
érables, et gagnèrent
avee précipitation l'habitation Fonfrède, au bas des Moustiques où
était établi Christophe. Celui ci indigné de leur conduite, les traita
de lâches, sévit contre eux, et défila, le lendemain, à la pointe
du jour, avec toute son armée , pour se rendre au lieu du combat.
Bauvoir, voyant s'approcher des forces si considérables, abandonna
sa position et se retira dans les gorges de la montagne. Christophe envoya les généraux Romain, Pourcely, le chef de
bataillon Placile Lebrun, le capitaine, Bottex, à la tête de mille
hommes d'infanterie, @t 150 dragons sous les ordres du chef d’escadron Lucas, au bourg de Jean Rabel, pour sonder les dispositions des habitans et les gagner. Romain avait aussi ‘hour instructions d'enlever les richesses de Placide Lebrun , de les faire conduire au Port de-Paix, et d’acheminer sur le Cap les épouses des
officiers demeurés fidèles au gouvernement ‘et qui étaient cantonmés à Jean-Rabel. A son approche , les habitans S’enfuirent
dans les montagnes ; il n’en put atteindre que quelques uns qu'il
traita humainement dans l'espoir d'attirer les autres. Néanmoins
personne ne vint à lui. Il laissa le bourg qui était désert, pénétra
sans obstacle dans la montagne, par la: Source Ronde, parvint au
Môle St Nicolas qu'il trouva abandonné des soldats de la 9e. qui y
étaient ensgarnison. Ceux-ci s'étaient aussi soulevés, sous les ordres
d'un nommé Henri, qui, de simple grenadier , avait été proclamé
chef de bataillon par ses camarades. Une foule de femmes, qui
étaient demeurées au Môle, aimèrent mieux se noyer dans la mer
que de tomber aux mains des gens de Christophe. Après avoir 428 HISTOIRE D’HAÎT1 (1807) tout livré au pillage, Romain retourna auprès du généralissime. * Christophe parcourut les Moustiques dans toutes les directions,
saccageant et brûlant tout sur son passage.” Ne pouvant atteindre
les insurgés, il retourna au Pert-de Paix, sprès avoir ordonné à :
Daut Brave de continuer à ravager les Moustiques. Parvenusur lha- -
bitation Pellier, Daut Brave rencontra Nicolas Louis qui y était :ampé avec 400 hommes du 2 bataillon dela 9e. H lai livra combat,
fut complétement battu et se réfugia au Port-de Pair. Christophe en
était parti pour le Gap et avait laissé , au général Romain, le commandement de son armée, et de a ligne qui s'étend de Saint
Louis du Nord au Môle St. Nicolas. Pendant que les insurgés du Port-de Paix résistent à Christophe, , "
de toutes parts, dans las montagnes, le Président Pétion , admi-”
rablement secendé du colonel Lys, cOhiriis de l'arrondissement
du Port-au Prince, sous les ordres de Yayou, avait achevé tous jes.
préparatifs de l'expédition projetée contre St-Mare, tant par mer
que par terre. Il canfia le commandement en chef dés troupes que
devaient assaillir St. Mare, par mer, au général Bazelais, et Jui donna:
le 25 Mai, dans la matinée, les instructions suivantes : « Les bâtimens armés qui portent les troupes sous vos ordrés appareïllerent
cette nuit pour St Marc, où aussitôt arrivés, l'Indépendance et 1'Aimable Lady feront voile pour le Port de Paix, ou quartiers voisins ,
à l'effet d y apporter mes dépêches.
oupes que
devaient assaillir St. Mare, par mer, au général Bazelais, et Jui donna:
le 25 Mai, dans la matinée, les instructions suivantes : « Les bâtimens armés qui portent les troupes sous vos ordrés appareïllerent
cette nuit pour St Marc, où aussitôt arrivés, l'Indépendance et 1'Aimable Lady feront voile pour le Port de Paix, ou quartiers voisins ,
à l'effet d y apporter mes dépêches. « Elant devant St-Mare, vous observerez avec précision tous les
mouvemens afin de ne pas perdre de temps, si la cireonsiance le
pérmet, (comme je le erois), pour opérer le débarquement, de vos
troupes dans la position la plus avantageuse pour enlever de vive
force cette place et vous y maintenir. Si le succès couronne vos
efforts dans cette expédition, prenez toutes kes précautions possibles:
pour éviter l'horreur des mauvaises actions dont les soldats” seen |
dent coupables ,en pareil eéas, férsque le chef , sur qui pèse la res:
ponsabilité , ne prend point de mesure pour les contenir. 4
« L'objet et le but de l'expédition que vous commandez .étant -
connus, par Ce qui précède, je me plais à croire que vous ferez
usage de tous vos moyens pour y parvenir, laissant à votre vigilance, votre zèle et votre expérience ; le soin de prendre, dans les:
cas imprévus ; toutes les: précautions nécessaires au salut et au
succès des armes de fa Ré ‘publique. * Je tiens la plupart des détails dû soulèvement de la 9e. de feu le général Alain du Portde-Paix, qui commanda la place du. Môle StDicolas, sous
Lamarre, en 1597, 1898, 1809. &e, presque jusqu'aux derniers moments de
Poccupation, de celte ville par lg troupes républicaines. Ces détails sont d'accord.
avec ceux de beaucoup de ‘lettres particulières d'officiers supérieurs des deux par
ties bellixérantes, et parfaitement en harmonie avec les pièces officielles ae à
Pense emble des faits, des dates et des personnages mis en seène. MISTOIRE D'HHAITI.-— (1807) 429 « Si toutefois vous ne pouviez vous rendre maître de St-Marc,
vous feriez route pour le Port de-Paix, sans perdre de temps, afin
de secourir les courageux haïtiens qui y sont armés contre la tyrannie. * « Arrivé en ce dernier endroit, tous les moyens devront être employés par vous pour propager les principes de liberté et de justice
qui doivent toujours caractériser les défenseurs de notre constitution, » ** Bazelais avait sous ses ordres les adjudants généraux Lacroix et
Lamarre. 1 sembarqua sur un navire étranger de 960 tonneaux,
le lord Dorking, que le capitaine Lewis, négociant américain, avait . mis à la disposition du gouvernement. Ce navi@ga vai été chargé de 2,000 hommes de troupes de différens corps, de munitions de
guerre, de bouche et de médicamens. L'adjudant géréral Lamarre
s'était embarqué , plein d'enthousiasme, sur | Indépendance, commandée par Gaspard. L'expédition appareilla dans la nuit du 25 au 26
Mai. “
orking, que le capitaine Lewis, négociant américain, avait . mis à la disposition du gouvernement. Ce navi@ga vai été chargé de 2,000 hommes de troupes de différens corps, de munitions de
guerre, de bouche et de médicamens. L'adjudant géréral Lamarre
s'était embarqué , plein d'enthousiasme, sur | Indépendance, commandée par Gaspard. L'expédition appareilla dans la nuit du 25 au 26
Mai. “ Dans la journée du 25, l'avant-garde de l'armée républicaine sortit
du Portau-Prince , sous les ordres du général Yayou, s'acheminant
sur St. Marc. Pétion devait opérer une diversion favorable aux insurgés
du Pert-de-Paix, en contraignant Chrisiophe à affaiblir les troupes
qu'il leur avait opposées el à voler au secours de la place menacée,
la clef de l'Artibonite. Quand Bazelsis parvint à la hauteur de St. Mare, il se résolut
à ne pas y opérer un déharquement , apprenant par des caboteurs
que cette ville était dans une attitude formidable. I fit voile pour
-le Port-de-Paix. Mais arrivé vis-à vis des Gonaïves, il apprit d'un
pêcheur que cette dernièfe place était presdue dégarnie de forces ,
et que le général Magny y commandait. Le général Vernet venait d'en
sortin pour se rendre au Gros-Morne, afin d étouffer les mouvemens
insurrectionnels qui avaient éclaté dans la 14e. demi brigade. Au
heu de se rendre à sa destination, Bazelais se déterminant à s’en
. emparer, Sen approcha. : Dès Fapparition des voiles républicaines,
Magny , n'ayant sous ses ordres qu'une centaine d'hommes , fit
évacuer la place. (28 Mai). Ceux des citoyens qui étaient favorables
à la cause de la République, exhortérent madame veuve Dessalines à demeurer en ville afin qu elle s'embarquât ensuite pour le Port-au Prinee,
Elle se montrait irrésolue, quand Magny la contraignit à se rendre
dans l'intérieur à Pougaudin, d'où elle fut acheminée sur le Cap,
auprès de Christophe. C'eut été pour la République une grande vietoire que d'avoir dans son sein la veuve de l Empereur Dessalines qui * Pétion ignorait encore le sort de Rébecca.
"* Instructions pour le général de division Bazelais, chef de l'état-major géné
xal.—25 Mai 1807. e 439 HISTOIRE D’HAITI.— (1807) s'y serait réfugiée volontairement, pendant que ‘Christophe se déelarait le vengeur de lillustre fondateur de l'Indépendance d'Haïti,
quoiqu'il eût été un des premiers à se mettre à l'œuvre pour ruiner
son gouvernement. Bazelais prit possession des Gonaïves presque sans obstacles, s'y fortifia , el manda son succès au général Pétion. Il avait lespoir que,
sous peu de jours, la grande armée , en marche sur St. Mare, ferait sa
jonction avec lui. AT Pendant cet intervalle, Nicolas Louis avait reçu, par un navire de la
République qui s'était détaché de la flotille , à la hauteur St. Mare,
l'arrêté du Sénat et la proclamation de Pétion en date du 22 Mai
relatifs aux’ g'oviBux insurgés du Port-de-Paix, ainsi que le brevet
Pétion. Il avait lespoir que,
sous peu de jours, la grande armée , en marche sur St. Mare, ferait sa
jonction avec lui. AT Pendant cet intervalle, Nicolas Louis avait reçu, par un navire de la
République qui s'était détaché de la flotille , à la hauteur St. Mare,
l'arrêté du Sénat et la proclamation de Pétion en date du 22 Mai
relatifs aux’ g'oviBux insurgés du Port-de-Paix, ainsi que le brevet de général de brigade adressé à Jean Louis Rébecca. A la lectures de ces pièces, les soldats de la 9e. furent profondément émus ; ils
dunnérent d'abondantes larmes à Rébecea dont nous avons raconté
la fin héroïque. | ans les premiers jours de Juin, Nicolas Louis, apprenant que le fort
Pageot du Port-de Paix était sans garnison , sortit des Moustiques avec
une compagnie de grenadiers de soixante hommes , et pénétra, de nuït,
dans cette fortification. Le lendemain, à cinq heures du matin, il
y fit batire la diane. Les troupes de Christophe, saisies d’étonnement, coururent aux. armes. Le colonel Nicolas Louis monta sur
le fort et appela le général Romain. CGelui.ci se rendit au" pied de
la fortification , suivi de ses soldats, à portée de la voix. J'at À vous
remettre, lui dit Nicolas, une proclamation du Président Pétion.
Je viens la prendre, lui eria Romain. Aussitôt il s'élança vers le
fort marchant sur trois colonnes, l’une de gauche, l'autre du centre,
la 3e. de droite. Quand cette dernière, qui avait une pièce de 4,
parvint sur l'habitation Laciente, eile reçut le feu de quelques gre:
nadiers que Nicolas Louis y avait embusqués. Elle rétrograda rapidement et se joignit aux deux autres qui s'avançaient de front
contre le fort exécutant des feux de pelotons assez vifs. Romain
donna trois assauts et fut trois fois repoussé avec perte. Pendant
que les troupes de Christophe se retiraient , les .soldats de
la 9ème. sortaient du fort, passaient à travers les arbres et enlevaient les eartouches qui remplissaient les gibernes des ennemis tués. Remain tenta un nouvel assaut dans lequel 1l fut grièves
ment blessé et repoussé. Désespérant de “se rendre maître
de Pageot, il évacua le Port-de Paix sur le Cap , porté sur des bran*
cards. | | Nicolas entra en ville, et s’élança aussitôt après, däns le chemin
du Cap, à la poursuite de l'ennemi qu’il ne put atteindre. Il revint
eartouches qui remplissaient les gibernes des ennemis tués. Remain tenta un nouvel assaut dans lequel 1l fut grièves
ment blessé et repoussé. Désespérant de “se rendre maître
de Pageot, il évacua le Port-de Paix sur le Cap , porté sur des bran*
cards. | | Nicolas entra en ville, et s’élança aussitôt après, däns le chemin
du Cap, à la poursuite de l'ennemi qu’il ne put atteindre. Il revint au Port de-Paix , s y fortifia, et attendit les secours qué le Prési-” dent Pélion avait promis aux insurgés. Le raste de la 9e. et une”
foule de cultivaieurs armés, pleins d'enthousiasme pour la Républi- + HISTOIRE D'HAITI.— (1507) 431 que et d’acharnement contre Christophe se réunirent en villé Mais
on ne tarda pas à apprendre .au Port-de Paix que Bazelais occupait
128 Gonaïves. Nicolas Louis en partit aussitôt avec le colonel Ga:
briel, et marcha contre l'habitation Daussiny, au Gres Morne, pour
fercer le cordon ennemi et entrer en communication avec les républicains , maîtres des Genaïves. Il assaillit les troupes de Chris_tophe, et allait s'emparer d’une forteresse où elles s'étaient rétugiées,
lorsqu'un corps de cavalerie apparut sur le champ de bataille, et le
força à la retraite. 11 fut contraint de-rentrer au Port de Paix.
« À VArtibanite , il y avait aussi une forte agilation en faveur de
Ja République. Le commandant militaire Guillaume Prunier tenta
de se soulever contre €hristophe ; mais il fut arrêté et décapité par
Je colonel Cottereau. -Son secrétaire subit le mème sort que lui,
Sur ces entrefaites , l'avant garde de l'armée de la République,
commandée par Yayou ayant sous ses ordres le général Wagnac,
était parvenue au Boucassin le 25 Mai dans laprèc-midr. Yayou fit aussitôt attaquer un fort qu'occupait l'ennemi, par le colonel Vancol, à la tête de la 17e., mais il fut repoussé. Le lendemain , 26, le président Pétion sortit du Port-au-Prince
avec le reste de l'armée, à trois heures du matin, et arriva sur
l'habitation Prince, à 10 heures du même jour. Il blâäma le général
Yayou d’avoir fait attaquer le fort du Boucassin, sans ses ordres.
À une heure de l'après midi, toute l’armée était réunie au Boucessin. | |
La Me. demi brigade, commandée par le brave colonel Métellus,
se porta en avant et culbuta les premiers postes ennemis. Le gé.
néral Pierre Toussaint , oflicier de Christophe, d'une rare intrépidité,
commandait dans le fort qui s'élevait sur une éminence dominant
la rivière des Bételles, à deux portées de fusil du camp républicain.
Un bataillon de la 4e l’occupait ; Pétion le fit étroitement ceruer. 7 Le 28, l'ennemi en sortil et attaqua résolument là 4e républi.
caine. En mème temps un feu vif d'artillerie fut dirigé sur toutes
les pesitions qu'occupaient les troupes de Pétion. Sur les instances
du chef d'escadron Boyer et du général Bonnet, Pétion assuiili par
la mitraille , alla prendre une position moins exposée aux projectiles.
La Ale., de son côté, refoula dans le fort le bataillon de la 4e.et
lui fil éprouver quelque perte. s
qua résolument là 4e républi.
caine. En mème temps un feu vif d'artillerie fut dirigé sur toutes
les pesitions qu'occupaient les troupes de Pétion. Sur les instances
du chef d'escadron Boyer et du général Bonnet, Pétion assuiili par
la mitraille , alla prendre une position moins exposée aux projectiles.
La Ale., de son côté, refoula dans le fort le bataillon de la 4e.et
lui fil éprouver quelque perte. s Le 29, Pétion résolut de couper à l'ennemi toute communication
avec l’eau de la rivière. Pour obtenir ce résultat, 1} falian expédier
un corps de troupes derrière la chaîne de mornes qu'occupaient les
troupes de l’Artibonite. Il enjoignit au général Wagnac qui avait
sous ses ordres les gardes nationaux de la campagne, eommandés
par le colonel Jean Dugotier, d'exécuter cette opération. : Wagnac
partit et se rendit maître, de l'eau des Bételles. Le 30, les chasseurs républicains vinrent annoncer à Pétion l'ap2 | v
432 + HISTOIRE D’HAÏTI=-( 1807) | é proch@ d’un bataiflon de la 4e, sorti de St Marc. 11 Jança à sa
rencontre la 8e demi-brigade, ainsi que toute sa cavalerie. L’ennemi, assailli sur l'habitation Poix-la-générale, fut complètement
battu ; il fut poursuivi au loin par la cavalerie et perdit beaucoup
d'hommes , d'armes et de chevaux de charge. | D'après les ordres de Pélion, le chef de bataillon Frédéric fit
dresser contre le fort du Boucassin, par la 12e demi brigade une
pièce de six, dans la nuit du 30 au 34 Mai. La fortification fut,
de nouveau, étroitement cernée par tous les corps de l'armée. : Pendant la journée du 31 on se canonna et se fusiila activement
de part et d'autre. Pétion découvrit, par les mouvemens de l’ennemi qu'il allait évacuer. Il ordonna au général Wagnac de se
porter avec les 13e. et 17e. dans les avenues du fort et d’assaillir
Pierre Toussaint dès qu'il en sorlirait- Wagnae, ayant de mauvais
guides ne put occuper une position “avantageuse; et à la faveur de
la nuit, les assiégés se jetérent dans un des chemins de la monta
-gne qui n'étaient pas gardés, el échappèrent aux républicains.
allait évacuer. Il ordonna au général Wagnac de se
porter avec les 13e. et 17e. dans les avenues du fort et d’assaillir
Pierre Toussaint dès qu'il en sorlirait- Wagnae, ayant de mauvais
guides ne put occuper une position “avantageuse; et à la faveur de
la nuit, les assiégés se jetérent dans un des chemins de la monta
-gne qui n'étaient pas gardés, el échappèrent aux républicains. Le lendemain der. Juin, Pétion continua sa marche sur St. Mare,
traversa le quartier du Boueassin, et le 2 s'arrêta à Poix la Ravine.
Ce fut en cet endroit qu'il reçut les dépèches dé Bazelais lui annonçant l'occupation des Gonaïves. Ils'en montra heureux et mit
cette nouvelle à l’ordre du jour. L’srmée continua sa marche, pleine
d'enthousiasme , traversa Montrouis et parvint à Dulgé, le 3 Juin,
où elle s'arrêta. Avant d'attaquer St. Mare, Pétion envoya de now
velles instructions à Bazclais. Il lui recommanda d'emharquer toutes
Îles pièces de bronze qui pourraient se trouver aux Gonaiïives, et de
réduire cette ville en cendres s’il était contraint de Flabandonner,
de réunir les comestibles qui y étaient et de ralionner avec régularité toutes les troupes, d'expédier au Port-au-Prince toutes les foms
mes, de lui faire connaitre les progrès de l’insurrectionavec détails;
de faire tous ses efforts pour s'y maintenir, d'envoyer directement à
l’Arcahaie tous les exprès qu'il lui expédierait, de lui faire connaitre
la quantité d'armes, de munitions et d habiilemens qu’il aurait trouvés
aux Gonaives. * Pétion apprit, parun éffcier transfuge, que Pierre Toussaint,
après avoir évacué le fort du Boucassin , s'était retiré aux Verrettes,"
qu'il n'était pas encore rentré à St. Marc, et que cette ville était
sans garnison. Pétion, aussitôt qu'il reçut cet avis, partit de Dulgé,
franchit Lansae et s'établit dans le chemin qui traverse l'habitation
Jeanton, devant St. Marc; mais le général ’ Pierre Toussaint avait
eu le temps d'arriver des Verrettes en cette ville: # Pétion approcha ses troupes de St Marc et en commença l'inves: à
2:
#
ms
et
‘#
{ * Il recommanda aussi d'envoyer au Portau Prince sur un navire armé, la
mère de Mademoiselle Joute Lachenais. Mademoïiseile Joute Lachenuis était”
femme de Pétion, comme nous l'avons vu, : "1 Se à
MF |
4 HISTOIRE D’LAITE==(1807) 436 tissement. Pour couper les communications de la place avec la plai- - me de FArtibonite, il établit à Lacombe deux demi-brigades , les
49e. et 2e. , sous les ordres du eolonel Dawid- Troy. Un bataillon
de la 20e de Christophe , sorti des Verretles pour entrer à SaintMarc, déboucha sur le 8e. bataillon de la 12e., près de Lacombe.
Le brave commandant Guaby s'élança contre lui et le culbuta. Presque en qe temps le général Pierre Toussaint fit une sortie contre
ibonite, il établit à Lacombe deux demi-brigades , les
49e. et 2e. , sous les ordres du eolonel Dawid- Troy. Un bataillon
de la 20e de Christophe , sorti des Verretles pour entrer à SaintMarc, déboucha sur le 8e. bataillon de la 12e., près de Lacombe.
Le brave commandant Guaby s'élança contre lui et le culbuta. Presque en qe temps le général Pierre Toussaint fit une sortie contre David Froy retranché à Lacombe. Celui-ci le repoussa et se maintint dans sa position. On apprit alors au quartier général qu'il y
avait des mouvemens insurrectionnels au Cahos. Pétion prit la résolution de traverser le gros morne de St-Marc, pour défendre contre :
‘Christophe le passage de FlArtibonite. IL écrivit, à fa date du 10
Juin, à Bazelais , qu'il allait le renforcer de quelques treupes, sous
les ordres de Yayou qui se rendrait au Port.de Paix. Tout semblait annoncer le succès de la campagne. Mais sur ces entrefaites, le générakissime Christophe , suspen- . dant ses opérations contre le Port-de Paix, après avoir appris, de
Magny, l'oécupation des Gonaîves par Bazelais , avait acheminé sur
cette ville Le celonel Jason, à la tête de la 2e demi brigade du Cs -Rétenu part la maladie, il ne s'était pas mis, contre son ordinaire,
à la tète de ses troupes. Quand il avait reçu la lettre de Magny
par un aide-de eamp, il était entré dans une telle fureur qu'il avait tiré à celui-ci un coup de pistolet. La balle, ne Payant pas &tteint, avait frappé l'officier de service, St. George, qui en mourut
quelques heures après. Jason se joignit à Magny et l'un et l'autre
assaillirent les Gonaïves ; de part et d'autre on se canonna avec
acharnement du 7 au 9 Juin. Bazelais, Lemarre et Lacroix, culbutés
“de toutes parts, abandonnèrent la ville; ils voulurent se rétrancher
au fort du rivage, mais ils ne purent sy maintenir et furent
obligés de s'embarquer. ils demeurèrent un jour ans la rade
sous le eanon de l’ennemi, et appareïllèrent pour le Pert au-Prince,
le 40 Juin, dans la nuit. Quand les dix sept voiles qui les portaient parvinrent à fa hauteur
de St. Marc, le Président Pétion les découvrant, ne douta pas de
l'évacuation des Gonaïives. Prévoyant que toutes les forces de Chris-.
tophe viendraient l'assaillir, il leva le siège et rentra au Port auPrince. | it ARE) _… Pendant l'absence du Président, il y avait eu, au Port au Prince, dans, | plusieurs cerles, quelques propos lenus contre le gouvernement, Les ennemis personnels-de Yayou , envieux de sa gloire, répandirent que, pendant la campagne, il s'était montré hostile à Pétiou par ses discours devant St. Marc. La présence du Président ealma les esprits, et il fut facile à Yayou de le convainere queses paroles n avaient pas
l'importance qu'on y attachait. Pétion, commanda aussitôt une nouvelle |
expédition contre le Nord. IL la confia au général Lamare, avec # . +
ennemis personnels-de Yayou , envieux de sa gloire, répandirent que, pendant la campagne, il s'était montré hostile à Pétiou par ses discours devant St. Marc. La présence du Président ealma les esprits, et il fut facile à Yayou de le convainere queses paroles n avaient pas
l'importance qu'on y attachait. Pétion, commanda aussitôt une nouvelle |
expédition contre le Nord. IL la confia au général Lamare, avec # . + A Re rat 434 HISTOIRE D'HAITI.—(1807) instructions de voler au secours des insurgés du Port-de Paix. Lamarre appareilla à la tête de 809 hommes pleins d'enthousiasme. Les jeunes
gens continuaient à s’enrôler, d'après une énergique adresse du Sénat
au Peuple et à l'Armée , par laquelle les citoyens étaient exhortés à marcher au secours de leurs frères du Nord. Christophe qui s'était porté sur les Gonaïves, Y était arrivé peu
de jours après l'ex pulsion des républicains. Le 20 Juin, il était rentré au Cap , au milieu des acclamations de’
la population. Les corps civils, militaires, administratif et judiei:
aire lui avaient adressé toutes sortes de félicitations. 1 lança une
proclamation par laquelle 1! déclara que les militaires de tous gra:
des qui avaient chassé les rebelles des Gonaïives-et de St. Marc, avaient
bien mérité de la Patrie. { ordonna la rentrée des troupes dans leurs
garnisons respectives pour les habiller, les solder et les faire mar cher ensuite en masse contre les insurgés du Port de Paix; 1l se con: tenta de contenir ces derniers, quant à présent, par un cordon formidable. Donnant toujours ses soins au commerce et à l'agriculture, il fit supprimer par une loi du conseil d'Etat, du 20 Juim, le droit de dix pour cent étabii sur l'exportation des sucre, cotonet cacao, et abolir la perception du quart de subvention imposé sur les fermiers des biens de l'Etat. La loi ne fut exécutoire qu’à partie
du Aer. Juillet Da Le droit de dix pour cent ne fut maintenu
que sur Île café. décret de Dessalines du 2 Septembre 1806
demeura donc LE me li fut loisibie à tout bâtiment étranger ou
autres, d'exporter librement les sucre, coton ei cacao, sur iesquels
il fut défendu de percevoir aucun droit. Les fermiers de l'Etat ne
furent plus assujeltis qu'au paiement du prix de leurs fermes. Peu de jours après, il uint, à l'égard de nombreux naufragés, une
conduite qui exctta alors l'admiration des anglais. Un corsaire fran
çais le Bernadolte, commandé par le capitaine Dominique de San Ya3go;
croisant devant Jacmsi, en compægnie d'un auire corsaire françaistlen
Tartare, avait eapturé un navire de Liverpoe!, CAES Robert.
Fraise , le 14 Mai. Le mème navire prit, le 28 Mai suivant, le bâtiment
anglais le Lancaster, capitaine George Nicholson, qui fait partie . * «-du*convoi appareilié de la Jamaïque pour Liverpool. Léler. Juin
le Bernadotte capiura en vue du Môle St. Nicolas un autre navire
.… anglais, l'Olive Blanche, capiiaine Thomas Nicks qui était parti den
! + la Providence. Le 5 juin ie Bernadotte échoua sur les récifs de l'isletm
aux, Bois, sous le vent de ja Grange. É
Dès qu'on apprit ce sinistre, le général Tousssaint Brave expédia
-du*convoi appareilié de la Jamaïque pour Liverpool. Léler. Juin
le Bernadotte capiura en vue du Môle St. Nicolas un autre navire
.… anglais, l'Olive Blanche, capiiaine Thomas Nicks qui était parti den
! + la Providence. Le 5 juin ie Bernadotte échoua sur les récifs de l'isletm
aux, Bois, sous le vent de ja Grange. É
Dès qu'on apprit ce sinistre, le général Tousssaint Brave expédia ; plusieurs barges au secours des naufragés qui furent tous recueillis
Christophe leur fil prodiguer des attentions et des secours, procura
aux anglais los ioyens d'atteindre la Jamaïque, et délivra aux français, _ pour se rendre à Slo. Domingo, dés saufs-conduits par lesquels à * ER Le à ses navires armés de ne pas les inquiéter. P TS TT 1 L'ONRRETPE SR CP +
RS, °° $ % A
É
Fr à HISTOTRE D'HAITI.—(1807) 435
celte conduite il s’attirait les sympathies des anglais, et celles des
Jhispano indigènes; il avait l'espoir de voir ces derniers se ranger
sous son autorité, carla plupart des hommes de léquipage du
Bernadotte étaient des indigènes de la partie de FEst d'Haïti. Désor
nais il se montrera toujours magnanime à l'égard des anglais. Anssi
ceux-ci, dont il favorisait le commerce, ont-ils, pendant bien des années,
refusés de propager le récit des actes de cruauté auxquels il se livrait, | :
Pendant cet intervalle , Nicolas Louis et Beauvoir occupaient toujours
Port-de Paix et St. Louis du Nord , au nom de la Répubiïque. Nicolas
apprenant qu'un fort détachement ennemi était campé dans les
mornes du Borgne, réselut. d'aller le disperser. A la tête du troisiome bataillon de la 9e., 1 traversa l'habitation Ringard au Bas
de Ste. Anne, canton de St. Louis du Nord, et pañvinl en free de
Pennemi qui évita le combat. Voulant cerner les troupes de Chris-
> tophe, il confia -une colonne de gardes nationaux au commandant
h Jacob, avec ordre d'aller s'établir au bassin Zabeth, prés du Borgne; une auire colonne, au lieutenant Tanisse avec orire d'occuper
Ferrecachoubot, ‘position qui domine le Borgne. Le lendemain, au
moment qu'il allait attaquer, l'ennemi fit une sortie et le cuibuta de
toutes paris. Il seretira sur l'habitation Legros, dans la montagne
du Borgne, pour se refaire. , Ce fut en cet endroit qu'il regnt une
lettre du Président Pélion par laquelle de prompts seceurs lui étaient
de noûveau annoncés, etle commandement de l'arrondissement da
Porude Paix lui était confié, au grade, de colonel. [Hi se rendit à
lAnse à Foleur, y laissa ses troupes sous les ordresdu ehef de bataillon Béauvoir, et alla parcourir les autres positions qu'occupait la
Je. Quand il parvint äux Moustiques il regut une lettre du général
Lamarre qui était débarqué au Port à Piment le 2 Juillet. Lamarre
lui annonçait son arrivée et l'invitait à venir à sa rencontre. [l était
X Ja cète d'un bataillon de la 246. et de nombreux détachémens de
plusieurs autres corps, fournissant une force de 800 hommes. I
était accompagné de l’adjudant général Delva , du colonel Garde},
d'Everllard , tous officiers d'un rare courage. . 2
ut une lettre du général
Lamarre qui était débarqué au Port à Piment le 2 Juillet. Lamarre
lui annonçait son arrivée et l'invitait à venir à sa rencontre. [l était
X Ja cète d'un bataillon de la 246. et de nombreux détachémens de
plusieurs autres corps, fournissant une force de 800 hommes. I
était accompagné de l’adjudant général Delva , du colonel Garde},
d'Everllard , tous officiers d'un rare courage. . 2 ra
Le soir de son débarquement, il se mit eñ marche, guidé par le + :
commandant Jean Martin, pour faire sa jonction avec le colonel Nicolas 4" : Louis. Il traversa 1'habitation Bonseigneur , et parvint , aprés trü8s- | jours de marche, sur l'habitation Foison aux Moustiques, où 1kren- …._ Æontra Nicolas Louis. De là il se rendit au Port-de Paix, où le 9 … Juillet à dix heures du soir, entra la flotte républieaine, que com:
mandait le citoyen Panayoty, monté sur l'Andépendance. * Pansyo!y 4 + +
#* Pièces officielles de Chrislophe et de Pétion. Letres des généraux des deux
parties belligéranates, s x | 436 . “HISTOIRE D’HAITI.-— (1607) ;
avait sous Ses ordres des marins d'un rare courage dite autres Derenoncourt et Jean Gaspard. Lamarre réorganisa la 9e, demi brigade, recomposa ba 4/0. avec les
nombreux déserteurs de ce corps, et confirma dans leurs grades les
officiers que les soldats avaient proclamés. Nicolas fut placé à la
tête de la 9e. Le général Lamarre confia à l'adjudant général Delva le comman:
dement des avant postes qui se prolongeatent jusqu'à St. Louis du
Nord , et fit oecuper tous les forts du Port de Paix. Les troupes de l'etpédition réunies à la 9e. s’élevaient à 2000 hommes environ. Panayoty,
commandant de la flotte républicaine, appareilla du Port-de Paix, le
44 Juillet ; pour aller croiser devant le Cap. Mais des contrariétés de mer
| l'obligérent à relàcher le jour suivant à la Basse Terre de la Tortue.* Jusqu'alors l'harmonie existait entre le Sénat et le Président Pétion.
Reconnaissant qu'il était de’ l'intérêt de da Pairie, que le gouvernement fut confié à un seul, au railieu de sigraves crreonsianees,.
le Sénat en s'sjournant, du 46 Juillet au Aer. Janvier 1808, en
vertu d'un décret du 4er. Juillet, confia les pouvoirs législatifs au
Président d'Haïti, et laissa, pour représenter te eorps, pendant son
ajournement, un Sie nent composé des Sénateurs Modé, «
Barlatier, Manigat, Leroux, E elage , Neptune et Dépa Médina. :] Pétion accepta l'ajournement du Sénat et se choisit pour conseillers,
parmi les Sénateurs, les citoyens Fresnel, Thélémaque, Pelage Varien
‘et Daumeec. | ; ‘4 Pendant que Lamarre portait la guerre dans le Nord, la révolte M
de la Grand Anse prenait de la consistance. Nous avons vu que 8
lieutenant-colonel Goman, de la 19e. demi brigade, en était devenu
te chef.. Il prenait le titre de général de brigade et réconnaissait,
pr à présent, l'autorité de Christophe. 11 qualifiant d'insurgés les
ens Fresnel, Thélémaque, Pelage Varien
‘et Daumeec. | ; ‘4 Pendant que Lamarre portait la guerre dans le Nord, la révolte M
de la Grand Anse prenait de la consistance. Nous avons vu que 8
lieutenant-colonel Goman, de la 19e. demi brigade, en était devenu
te chef.. Il prenait le titre de général de brigade et réconnaissait,
pr à présent, l'autorité de Christophe. 11 qualifiant d'insurgés les oidats de la République , cemnie le faisait, dans le Nord, le Président
F généralissime de l'Etat € Haïti; 11 mainienañ dans ‘les mornes,
où il avait son quartier général, tantôt sur une habitation, ‘tantôt
sur une autre, un ordrerare, en de telles circonstances , et entret@
nait des iniellisences avec plusieurs citoyens de Jérémie qui lui faisaient
* parvenir secrètement des munitions de guerre et des galons. Ceux ci A
avaient l'espoir, si Christophe par verrait à vaincre la République, d’être u
“maintenus dans leurs positions, à l'aide de la protection de Goman. |
Saint Louis Botcau, son premier lieutenant, qu'il avait nommé ins= 4%
pecteur principal, faisait travailler à ls culture des champs tous ce %
des laboureure qui ne formaient pas le corps des guerriers et qui sé
trouvaient compris dans le rayon de la révolte. Il écrivait à Goman :
s L
MAÉ REZ E Ch tr ps 44
æ. “Lettre de Panayety uu Président d'Elaiti, ou en son absence au s6cré{aitE d'Etat, |
Archives da ministère de l'intérieur, aiti.] HISTOIRE D'HAITI,— (1807) 437
qu'ilue fallait pas négliger l'exploitation des habitations, sinon l’insurrec:
> lion suecomberait privée de ressources. Le premier il s'était abouché avee
hu, après attaque de Jérémie du 8 Janvier 1807, et l'avait entraîné dans
le mouvement, comme nous l’avons vu. Goman s'était mis à la tête des in,
surgés, le 4 Février de la même année, après les avoir joints sur l'habitation Fiolle dans les hauteurs de Dame Marie. Ils Iui avaient cenfié
le commandement suprême, en sa qualité de militaire le plus aneen. K St. Louis Boleau avait fait tous ses efforts pour exciter les culti- ‘valeurs contre les hommes de couleur ; mais il avait été tellement
“contrariétpar les mesures qu'avaient prises le général Vaval et Thoinas Durocher , pour empêcher la révolte d'avoir le caractère d'une :
guerre de castes, quil avait été obligé de renoncer à sa propagande
contre les mulâtres. * Thomas Burocher et Vaval, noirs, quand ils
faisaient des -prisonniers sur les bandes de Goman,, les renvoyatent
lé plus souvent, après leur avoir denné l'assurance que les hommes
Ge couleur ne songeaient: pas et ne pouvaient songer à attenter à
leur liberté. | | |
cher , pour empêcher la révolte d'avoir le caractère d'une :
guerre de castes, quil avait été obligé de renoncer à sa propagande
contre les mulâtres. * Thomas Burocher et Vaval, noirs, quand ils
faisaient des -prisonniers sur les bandes de Goman,, les renvoyatent
lé plus souvent, après leur avoir denné l'assurance que les hommes
Ge couleur ne songeaient: pas et ne pouvaient songer à attenter à
leur liberté. | | | Gomme les forces de la République qui se trouvaient tant aux Cayes
qu'à Jérémie suffisaient pour refouler la révolte dans les montagnes,
Pétion portait, à présent, toute son attention vers le Nord. L'expédition du Port-de-Paix , généralement appelée guerre du
Môle ; oceupa la plus grande partie des forces de,Cbristophe jusqu'en 4810, époque de la mort du général Lamarfe, Le Môle StNicolas suceomba , et les débris de ses héroïques défenseurs furent
la plupart sacrifiés par le vainqueur. Pendant les luites de Lamarre contre Christophe, les hispano indigènes avaient contraint les
francais à évacuer Sto Domingo, et avalent pris possession de cette
ville, au nom du roi d'Espagne, à l'aide de Vintervention d’une
division de troupes anglaises. A la mème époque , le général Bon:
met intraduisait l'ordre dans le chaos de nos finances, et régularisait avec talent notre administration. En 1840, le général Rigaud
“revint en Haïti et fut favorablement accueilli par le président Pétion
"qui lui confia le commandement du département du Sud. Profitant . de son ancienne influence sur les populations et du mécentente- ,
ment de l'ancien parti de Gérin auquel il ne fallait qu'un drapeau.
a" à # Lettre de St. Louis Boteau, inspecteur principal , au général de brigade Goman, L
438 HISTOIRE D’HAITI. ”
! pour se prononcer , Rigaud opéra une scission et se déclara indé:
pendant de Pétion. Cette scission eût anéanti la République, si #
Pétion , par une sagesse plus qu'humaine, n'avait évité d'en venir
aux mains avec Rigaud : Christophe réunissait déjà ses forces pour
pénétrer dans l'Ouest à la faveur de la guerre civile qui y paraissait inévitable. |
438 HISTOIRE D’HAITI. ”
! pour se prononcer , Rigaud opéra une scission et se déclara indé:
pendant de Pétion. Cette scission eût anéanti la République, si #
Pétion , par une sagesse plus qu'humaine, n'avait évité d'en venir
aux mains avec Rigaud : Christophe réunissait déjà ses forces pour
pénétrer dans l'Ouest à la faveur de la guerre civile qui y paraissait inévitable. | A la mort de Rigaud survenue en 181, le général Borgella lui
succéda au commandement du Sud; il se rallia à la République
en 4812, pendant que Christophe, devenu rei, marchait sur le
Port-au Prince. Gelte ville fut assiégée ; mais le rot Henri 4.er fut
contraint d'en lever le siège par la défection d'une forte division de
ses troupes, celle de l’Artibonite. Les luttes intestines cessèrent
par la lassitude des parties belligérantes. Le président Pétion mourut en 1818, et fut remplacé par le général Jean-Pierre Boyer. Son
système démocratique, le partage des terres entre les cultivateurs
et lessoldats, avaient ébranlé la monarchie de Christophe dans $a
base. Le colosse se tenait encore debout, mais la moindre secousse .
devait le renverser. Boyer étouffa, en 1819, la révolte de Goman,
paeifia la Grand'Anse, pénétra dans le Nord en 1820 , aussitôt après
ia mort violente de Christophe, le rallia à la République, prit pos: M
session de l’ancienne colonie espagnole en 1822, et fit flotter le dra:
peau haïtien sur tous les points de l'île. La République dut à la
pr'odigieuse rapidité de ses marches et à ses combinaisons habiles
la réunion du Nord et de la partie de l'Est. Si son entrée au Cap
avait été retardée de quelques jours, le Nord eut conservé son in=
dépendance, et peut être le gouvernement monarchique y eut-il été réta®
blil Quant à la partie de | Est , elle avait proclamé la République Domi:
nicaine, et sa Constitution de Décembre 4821 stipulait simplement qu'il
n’existerali entre elle et la République d'Haïti qu'une alliance offensiveet
défensive en cas d'agression étrangère. Néanmoins il existait à SDomingo quatre partis: le premier et le plus nombreux était celui de lindépens
dance, le deuxième se prononçait pour la réunion à la République”
d'Haïti, le troisième voulait d'un lien fédéral avec la Colombie, le
quatrième et le plus faible était eelui du Roi d'Espagne: Ge dernier
parti avait demandé assistance aux gouverneurs des îles françaises du.
vent. Sile Président Bôyer, à la tête de 20,000 hommes, n'avait pas
précipité sa marche, il eût rencontré les Français à Sto. Domingo
et eût été contraint d'en faire le siège, car pendant qu'il y pénétrait,
l'amiral Jacob parvenait à Samana et y débarquait des soldats. Boyer
se hâta d'acheminer sur Samana une division de l'armée haïtienn
A la vue de nos troupes, l'amiral Jacob acquit la certitude ue
l'occupation de Sto. Domingo était un fait aecompli, et appareïlla
pour les îles du vent. | , ; 115640
Sto. Domingo
et eût été contraint d'en faire le siège, car pendant qu'il y pénétrait,
l'amiral Jacob parvenait à Samana et y débarquait des soldats. Boyer
se hâta d'acheminer sur Samana une division de l'armée haïtienn
A la vue de nos troupes, l'amiral Jacob acquit la certitude ue
l'occupation de Sto. Domingo était un fait aecompli, et appareïlla
pour les îles du vent. | , ; 115640 En 1825, à la suite de diverses négociations, l'Indépendance de
l'ancienne partie Françaisesde St. Domingue fut reconnue par Chars ] ‘M : + _ # HISTOIRE D’HAITI. ; 43% les X, moyennant une indemnité de 150 millions de francs. Mais,
par cette Ordonnance, l'Indépendance d'Haïti était reconnue conditionnellement. Le défaut de paiement devait naturellement rétablir
les choses telles qu'elles étaient avant 1825: Haïli indépendante de
fait, mais demandant à l’ancienne métropole la reconnaissance de
son existence comme nation. » L'acceptation de l'Ordonnance de Charles X, à des conditions si
onéreuses, répandit dans le pays un mécontentement qui setémoigna par plusieurs conspirations, dont la plus importante fut celle de
4897; dans laquelle étaient entrés les généraux les plus influens de
la République. Le Président Boyer surmonia tous les obstacles à la
tranquillité publique. Mais il reconnut qu'Haïti ne pourrait payer
ceile énorme indemnité. Jl obtint de la France qu'elle traitàt avec
la République de nation à nation. MM. Lascases el Baudin, plénipotentiaires de S. M. le Roi des Français arrivérent au Port au-Prince
en 1838. L'indépendance d'Haïti fut de nouveau reconnue solennellement, sansindemnité aucune , par un premier traité (la France
d'une part, la République d'Haïti d'autre part : ce n'était plus une
Ordonnance eetroyée à une eolonie); et par un second traité, simplament financier, Haïti s'obligea à payerà la France fa somme de : 60 millions en 30ans., pour indemniser les colons de. la perte de leurs biens (principe de l'inviolabilité de la propriété). L'indemnité
de 1825, qui, à l’arrivée de MM. Lascases et Baudin, était déjà
réduite à 420 millions, demeura fixée à 60 millions de franes. Ainsi
l'Indépendance d'Haïti fut reconnue saus indemnité par le premier
traité. Les haïtiens n’ont consenti à payer aux colons les 60 millions
qu’en considération du principe de l'inviolabilité de la propriété. Ils
n'ont donc rien supputé pour leur liberté. En effet, dans aucun
cas, l'homme ne peut être ia propriété de son semblable. Quand il
brise les chaines dont l’a chargé la force où la ruse, il a pour lui
le droit naturel, ila pour lui Dieu qui punitles maîtres, il est vrai
par fois tardivement , mais toujours.
tiens n’ont consenti à payer aux colons les 60 millions
qu’en considération du principe de l'inviolabilité de la propriété. Ils
n'ont donc rien supputé pour leur liberté. En effet, dans aucun
cas, l'homme ne peut être ia propriété de son semblable. Quand il
brise les chaines dont l’a chargé la force où la ruse, il a pour lui
le droit naturel, ila pour lui Dieu qui punitles maîtres, il est vrai
par fois tardivement , mais toujours. FIN DU TROISIÈME VOLUME. 440 À HISTOIRE D'HAITI, J'avais promis âux Seuscripteurs de cet ouvrage trois volumes de
quatre-cents pages enviren chacun ; j'ai rempli mon engagement envers eux. Le premier volume est de 370 pages, le deuxième de
440 , le trois iëme de près de 500. Cependant le montant de.
Ja souscription n'a pas couvert les frais d'impressioh et de brochure. ‘J'ai l'espoir, quoique jen'aie pas atteint avec détails les événemens
de 1827, que les Souscripteurs auront égard aux efforts que jai
faits pour les satisfaire, en élaborant les traditions du pays et les nome
breux documens se allie recueillis, aveç une persévérance infatigable, plusieurs anaées avant la publication du livre. | J'ai mis au jour des faits qui n'avaient pas été publiés, da
plupart, principalement à partir de l'époque de l'occupation de diverses parties de l'ile pafles anglais. Le général français Pamphile
de La Croix, l'étranger le plus impartial qui ait écrit sur Haïti, après
Garran Coulon , na rapporté, avec quelques détails, quel ‘expédition |
française de 1802 jusqu ‘à la mort de Leclerc. Encore ne fait-il con:
naître que ce quis'est passé dans le camp français. Il ne parleque
légèrement des actes administratifs. [ls est abstenu de faire le tableau J
du gouvernement de Rochambeau dont les circonstances, qui rap*
pellent ls martyrologe des premiers siècles de l'Eglise, l'ont fait reculer d'horreur , comme il le laisse entendre à ses lecteurs. . Quant à Garran Coulon, son rapport sur les troubles de Saint
Domingue, fait à la Convention Nationale dont les travaux sont
d'une grandeur presque surnaturelle, s'est arrêté à 4793. Son im=
partialité extraordinaire, à laquelle a applaudi la première répu:
blique française, juge équitable et inflexible à l'endroit des grands
principes de | inviolabilité des droits de l'homtne , le place hors ligne : î
il est incontestablement au dessus de tous les étrangers qui ont écrit
sur Haïti. La guerre civile entre Rigaud et Toussaint, le gouvernement de
celui ci, la guerre de l'indépendance nationale, le règne de Dessalines …
Je premier des glorieux fondateurs d'Haïti, le gouvernement provisoire
dont Christophe a été -le ehef, pendant la période qui s'est.
écoulée entre la chute de Dessalines et la Constitution du 27 Décembre
4806, la fondation de la République d'Haïti dans les départemens de
l'Ouest et du Sud, celle de l'Etat d'Haïti dans provinces du Ne
et de l’Artibonite , les premières luttes de Pétion ‘et de Chris
tophe, l'un président de la République d'Haïti , l'autre
président et généralissime des forces de terre et mer de l'Etat
d'Haïti, l'insurrection de Rébecca à la tête de la 9e. demi brigade et
des habitans du Port de-Paix, insurrection qui fut l'origine de la, :
, celle de l'Etat d'Haïti dans provinces du Ne
et de l’Artibonite , les premières luttes de Pétion ‘et de Chris
tophe, l'un président de la République d'Haïti , l'autre
président et généralissime des forces de terre et mer de l'Etat
d'Haïti, l'insurrection de Rébecca à la tête de la 9e. demi brigade et
des habitans du Port de-Paix, insurrection qui fut l'origine de la, : D Let dt A Re ti à = D ALMCRÉ TR & L
MAD Es Fo S F |
si” ' HISTOIRE D'AAUTI. ; 4f1 grande guerre du Môte, tous ces événemens n'avaient jamais élé
décrits. Les écrivains qui en ont parlé ne les ont qu'imparñfaitement
‘esquissés. Ps Nous,savons qu'il est presqu'impossible- que l'historien même le
plus sévère, après avoir constaté les causes el les effets des événemens
importans, puisse toujours être d'use parfaite exactitude dans les
détails secondaires ; mais la plupart des étrangers qui ont écrit spéciaJément sur Haiti somt si ebondans en erreurs graves dans la relation
de nos faits capitaux, que les nationaux voiont en leurs productions,
non des œuvres de conscience, mais des entreprises de spéculation,
J'ai l'espoir que les étrangers d'élite , qui selivrent à la recherche de
Ja vérité, pourront, désormais, en consullant cet ouvrage, répandre
les événemens de notre pays tels qu'ils se sont passés, ear il se trouvé
parmi eux d'ardents apôtres de la liberté qui n'ont erré, à notre
androit, que par les renseignemens inexaets qui leur ont té fournis.
Nous ne pouvons douter de leur sincérité, à notre égard, quand
nous les voyons combattre avec un rare désintéressement , avée foi,
toutes les tendances liberticides du parti colonial. |
+ Je continuerai la publication de cette histoire qui, pendant
plusieurs. années, a absorbé presque tous meë moments de
doisir. Ceux des grands événements que -je viens d'esquisser , de Juillet 1807 à 1827, pourront, je pense fournir un quatrième volume. Je les aurais exposés aux yeux des
lecteurs, si les trois volumes avaient pu contenir l'ouvrage, de
4492 à 4827, comme je lé croyais , lorsque j'ai contracté avec Îe
typographe , le marché relatif à l'impression.
ieurs. années, a absorbé presque tous meë moments de
doisir. Ceux des grands événements que -je viens d'esquisser , de Juillet 1807 à 1827, pourront, je pense fournir un quatrième volume. Je les aurais exposés aux yeux des
lecteurs, si les trois volumes avaient pu contenir l'ouvrage, de
4492 à 4827, comme je lé croyais , lorsque j'ai contracté avec Îe
typographe , le marché relatif à l'impression. sh MADIOU. PIÈCES JUSTIFICATIVES. ÉDIT DU ROI. (CODE. NOIR).
Teuchant la police des îles de l'Amérique française, du mois de Mars 1685. LOUIS, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous
présents et à venir, salut: Comme nous devons également nos soins à tous les peuples que
la Divine- Providence a mis sous notre obéissance, nous avors bien
voulu faire examiner, en notre présence, les mémoires qui nous ont été
envoyés par nosofliciers de nos îles de l'Amérique, par lesquels ayant été
informé du besoin qu'ils ont de notre autorité et de notre. justice,
pour y maintenir la discipline de l'église catholique, apostolique
et romaine, et pour y régler ce qui concerne l'étnmt et La qualité des
esclaves dans nos. dites iles , et. désirant y:pourvoir, et leur faire
connaître qu'encore qu'ils habitent des climats infiniment éloignés.
de notre séjour ordinaire, nous leur sommes toujours présent et non.
seulement par l'étendue de notre puissance, mais encore par la promp=
titude de notre application à les secourir dans leurs nécessités ; à ces
causes, de l'avis de noire conseil, et de notre certaine science, pleine
puissance et autorité royale, nous avons dit , statué et ordonné, ‘disons,
statuons et ordonnons, voulons , el nous plail ce qui en suit: Re Article 4er. Voulons et entendons que l’édit du feu Roi, de glori=
euse mémoire , diotre très honoré seigneur et père , du 23 Avril 1615
soil exécuté dans nos iless ce faisant, enjoignons à tous nos officiers «
de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur rési=
dence, auxquels, Comme à tous ennemis du nom chrétien, nous
commandons d’en sortir dans trois mois, à compter du jour dela
publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de
biens. Art. 2. Tous les esclaves qui seront dans nos iles seront baptisés
etinsiruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitans qui acheteront des nègres nouvellement
asservis, d'en avertir les gouverneurs et intendans desdites îles dans
huitaine au plus tard, à peine d'amende arbitraire, lesquels don:
neront les ordres nécessaires pour les faire instruire et bapuser dans
le temps convenable. 20 Art. 3 Interdisons tout exercice public d'autre religion que dela”
catholique, apostolique et menue; voulons que les contre enaniis | HISTOIRE D'HAITI. 443 soient punis comme rehelles et désobéissants à nos commandemens.
Défendons toutes assemblées pour cet effet, lesquelles nous déclarons conventicules illicites et séditieuses, sujettes à la même peine
qui aura lieu, même contre les maitres qui les permettront, ou
souffrirent à l'égard de leurs esclaves. Art. 4. Ne seront préposés aucuns eommandeurs à la direction des
nègres, qui ne fassent professsion de la religion catholique apostolique et romaine, à peine de confiscation desdits négres contre les
assemblées pour cet effet, lesquelles nous déclarons conventicules illicites et séditieuses, sujettes à la même peine
qui aura lieu, même contre les maitres qui les permettront, ou
souffrirent à l'égard de leurs esclaves. Art. 4. Ne seront préposés aucuns eommandeurs à la direction des
nègres, qui ne fassent professsion de la religion catholique apostolique et romaine, à peine de confiscation desdits négres contre les maîtres qui les auront préposés et de punission arbitraire contreles
commandeurs qui auront accepté ladite direetion.
Art. 5. Défendons à nos sujets de la religion prétendue réformée, d'apporter aucun trouble ni empèchement à nosautres sujets, mêmé
"leurs esclaves, dans le libre exercice de fa religion catholiqu,
apostolique et romaine, à peine de punition exemplaire. Art: 6: Enjoignons à tous nos sujets de quelque qualité et con.
dition qu'ils soient d'observer les jours du Dimanche et fètes qui sont _ gardés par nos sujets de la religion catholique, apostolique et romaine. Leur défendons de travailler, ni faire travailler leurs esclaves lesdits jours, depuis l'heure de minuit jusqu'à l’autre minuit, soit à la culÈ ture de la terre, à la manufacture des sucres, à tous autres ouvra. ges, à peine d'amende et de punition arbitraire contre Îes maitres
el de confiscation tant des sucres que desdits esclaves qui seront
surpris par nos officiers dans leur travail. |
"Art: 7. Leur défendons pareillement de tenir le marché des nègres
et tous autres marchés lesdits jours sous pareilles peines, et de confiscation des marchandises qui se trouveront alors au marché et
d'amende arbitraire contre les marchands. Art. 8. Déclarons nos sujets qui ne sont pas de la religion catholique, apostolique et romaine, incapables de contracter à l'avenir
aucun mariage valable. Déclarons batards les enfans qui naîtront de telles conjonctions que nous voulons êire lenues et réputées , tenons et reputons pour vrais cogcubinages.
ANT. 9. Les hommes libres qui auront un ou plusieurs enfans » de leur concubinage avec leurs esclaves, ensemble les maîtres qui lauront souffert, seront chacun condatmnés à une amende de deux
mille livres de sucre, et s'ils sont les maîtres de l’esclave de laquelle
ils auront eu lesdits enfans, voulons, qu'outre l'amende, ïls seront
privés. de l'esclave el des*enfans; et qu'elle et eux soient confisqués
au profit de l'hôpital, ‘sans jamais pouvoir: être affranchis. N'entendons toutefois le présent article avoir lieu, lorsque l'homme n étant
point marié à une autre personne durant son concubinage avec son
esclave, épousera, dans les formes observées par l'église, sadite
esclave, qui serà affranchie par ce moyen, et les enfans rendus libres et légitimes. |
clave el des*enfans; et qu'elle et eux soient confisqués
au profit de l'hôpital, ‘sans jamais pouvoir: être affranchis. N'entendons toutefois le présent article avoir lieu, lorsque l'homme n étant
point marié à une autre personne durant son concubinage avec son
esclave, épousera, dans les formes observées par l'église, sadite
esclave, qui serà affranchie par ce moyen, et les enfans rendus libres et légitimes. | Art. 10. Lesdites solennités prescrites par l'ordonnance de Blois, af IISTOIRE D'HAÏTI. | <
articles ns 44, 42, et par la dé claration du mois: de Novembre. |
4689 , or les mariages , seront observées tant à l'égard des per:
sonnes HHbres que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mére de l'esclave y soit nécessaire, mie
celui: du maitre seulement. É:
Art. 44. Défendons aux curés de procéder aux mariages des es.
claves , sils ne font apparoir du consentement de leur maitre. Défendens aussi aux maîtres d'user d'aucunes contraintes sur leurs.
esclaves, pour lès maärier Contre leur gré. 1
sonnes HHbres que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mére de l'esclave y soit nécessaire, mie
celui: du maitre seulement. É:
Art. 44. Défendons aux curés de procéder aux mariages des es.
claves , sils ne font apparoir du consentement de leur maitre. Défendens aussi aux maîtres d'user d'aucunes contraintes sur leurs.
esclaves, pour lès maärier Contre leur gré. 1 #4
K L, + Art. 42. Les enfants qui naitront de mariage entre soda vo seront esclaves et appartiendront aux matires des femmes esclaves,
et non à eeux de leurs maris, si le mari et {a femme ont des |
tüaîtres différents. |
Art, 13. Voutons que, si le mari esclave a épousé nne [oeil
libre , les enfants tant notes été filles suivront la condition de leur. à
mère, et soient libres comme elle, nonobstant la servitude de rue
père ; et que si le père est libre ei la mère esclave , les enfans se: |
ront esclaves parallement. 1
Art. 14.6 Les maîtres seront lenus de faire mettre en terre saine.
“ ) dans les cimetières destinés à eet eflet, leurs esciaves bapiisés, M
à l'égard de ceux qui mourront sans avoir reçu ie baptème : ils
Doit enterrés la nuit dans quelque champ voisin du lieu où ils. #
seront décédés. 4 A
Art. 45. Béfendons aux esclaves de-porter aucunes armes el 4
sives, ni de gros bâtons , à peine du fouet et de confiseñtion des
arines au profit de celui qui les en trouvera saisis; à l'exception
seulement de ceux qui seront envoyés à la chasse par leurs maitres
et qui Seront porteurs de leurs billets où marques cenrnues. Eee
Art. 16. Défeñdons pareillement aux esclaves appartenant à de
férents maîtres, de s'attrouper,. soit le jour ou Ia nuit, sous Brétex=… #4
te de noces où - autrement, soit chez un de leurs maîtres ou ail
leurs ,-et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés,
à peine de punition eorporelle, qui ne pourra être moindre que”
du fouet et de la fleur de Lys, et en cas de fréquentes, récidives
et auires circonstances aggravantes, pourront être punis de mort,
ce que nous laissons à l'arbitrage des juges. Enjoignons à (ous.
nos gujeis de courir sus aux Lontrétansuts , de les arrêter et con-”
duire en prison, bien qu'ils ne soient officiers, et qu'il n'y ait
contre eux encore aucun décret. LS
Art. 17. Les maitres qui seront convenus d'avoir permis ou toléré
teiles assemblées composées d’autres esclaves que de ceux quil
appartiennent , seront condamnés en leur propre et privé nom, dk
réparer tout Île dommage qui aura ct jfait à. leurs voisins, #3 l'oc
casion desdites assemblées, et en dix écus. d'amende pour la pes
‘fois, et au double en ças de récidive.
contre eux encore aucun décret. LS
Art. 17. Les maitres qui seront convenus d'avoir permis ou toléré
teiles assemblées composées d’autres esclaves que de ceux quil
appartiennent , seront condamnés en leur propre et privé nom, dk
réparer tout Île dommage qui aura ct jfait à. leurs voisins, #3 l'oc
casion desdites assemblées, et en dix écus. d'amende pour la pes
‘fois, et au double en ças de récidive. M PET … NW IMETOIRE D'ITAUTI. 445 … Art. 18. Défendons aux esclaves de vendre des cannes de sucre
pour quelque cause ou occasion que ce soit, même avee la permission de leur maître, à peine du fouet contreles esclaves et dix
livres tournois contre leurs maitres qui l’auront permis, et de pareille amende contre l'acheteur. - Article. 19. Leur défendons aussi d'exposer en vente au marché
nisde porter dans les maisons particulières pour vendreaucuñes s0rtes de denrées, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes,
peur leur nourriture et des bestiaux à leurs manufactures, sans
permission Lexpresse de leurs maîtres, par un billet ou par de
Marques connues, à peine de revendication des choses ainsi vandues,
sans restitution du prix par leurs maîtres, et de six livres tournois
d'amende à leur profit centre'.les acheteurs. |
. Art. 20. Voulons, à cet effat, que deux personnes soient préposées
‘par nos efficiers dans chacun marché, pour examiner les denrées et
marchandises qui seront spporlées par les esclaves, ensemble les billets et marques de leurs malires. Art 21. Permellous à tous nos sujets, habitans des iles , de
‘se Ssisie de toutes lés choses dont ils trouveront les esclaves chargés,
lorsqu'ils n'auront point de billets de leurs maitres, ni de marques
connues, pour être rendues incessamment à leurs maitres, si les habitations sont voisines du tieu ou ces esclaves auront été surpris en
délit; si non, elles seront incessamment envoyées à l'hôpital peur y
être en dépôt jusqu à ce que les maitres en aient éié avertis. Art: 22. Seront tenus les maitres de fournir, par chacune semaine, A Jours esclaves Avés de dix ans et au-dessus, pour leur nourriture
O ? ? deux pois et demi, mesure du pays, de farine demanioc, eu trois
cassaves pesant deux livres et demie chacune au moins, ou choses.
équivalentes avec deux livres de bœuf salé ou trois -livres de poisson,
ou autres ehoses à proportion , et aux enfans, depuis qu'ils sont sevrés jusqu'à l’âge de dix ass, là moitié des: vivres ci-dessus. Art. 23. Leur défendons de donner aux esclaves de l'eau de-vie
de canne guildent pour tenir Hieu de la subsistance mentionnée au
précédent article. Art. 24. Leur défeadons pareïllement da se décharger de la nourriture et subsistance de leurs esclaves, en leur permettant de tra
wailler certain jour de la semaine pour leur compte particulier. Art. 25. Seront tenus les maiires de fournir à chaque esclave par
chaque an, deux habits de toile ou quatre aunes' de toile au gré
aux esclaves de l'eau de-vie
de canne guildent pour tenir Hieu de la subsistance mentionnée au
précédent article. Art. 24. Leur défeadons pareïllement da se décharger de la nourriture et subsistance de leurs esclaves, en leur permettant de tra
wailler certain jour de la semaine pour leur compte particulier. Art. 25. Seront tenus les maiires de fournir à chaque esclave par
chaque an, deux habits de toile ou quatre aunes' de toile au gré desdits ineitres. Art. 96. Les esclaves qui ne seront point nourris, vêlus, entretenus par leurs maitres, selon que nous l'avons erdonné, par ces
présentes, pourront en donner avis à notre procureur et mettre leurs
mémoires en ses mains, sur lesquels et mème d'office, si les avis lui en
viennent d’ailleurs, les maitres seront poursuivis à sa requête ef . Li 446 HISTOIRE D'HAITI.
sans frais; Ce que nous voulons être observé pour les crieries et
traitemens barbares et inhumains des maitres envers leurs esclaves: Art. 97, Les esclaves infirmes par vieillesse; maladie ou autrement, que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entrétenus par leurs mait ess et en cas qu'ils les eussent abandonnés,
lesdits esclaves seront adjugés à l'hôpital, auquel fes maitres seront
condamnés de payer six sous, par chaque jour, ee la nourritureet
l'entretien de chaque esclave. Art. 28. Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit
à leur maître, et tout ce qui leur vient par industrie, ou par la libéralité d'autres personnes ou autrement, à quelque litre que ce soit,
ètre acquis en pleine propriété à leur maitre , sans que les enfans
des esclaves, leurs pères et mères, leurs parents et tous autres libres
ou esclaves puisse: rien prétendre rat succession, disposition entre
vifs on à cause de mort, lesquelles dispositions nous déclarons nulles,
ensemble toutes les promesses et obligations qu ls aurafent faites,
comme élant faites par gens fncapables de disposer el contracter
de leur chef.
- Art. 29. Voulons néanmoins que les maitres soient tenus de ce
que leurs esclaves auront fait par leur ordre et commandement , en:
semble ce qu'ils auront géré et négocié dans la boutique el pour
l'espèce particulière du commerce à laquelle les maitres les auront :
préposés ; ils seront Lenus seulement jusqu'à concurrence de ce qui aura tourné au profit des maiires. Le pécule desdits esclavés que leurs maitres leur auront permis en sera tenu après que leurs mais
tres en auront déduit, par préférence , ca qui pourra leur en être
dû , sinon que le pécule consistant en tout ou partie en marchandises, dont les esclaves auront permission de faire trafic à part, sur
lesquelles leurs maitres viendont seulement par contribution au sol
Ja livre avec les autres créanciers. | Art. 30. Ne pourront les esclañes être pourvus d'office ni de com- * missionsayant quelques fonctions publiques , ni être constitués agents
par autres que leurs maitres, pour agir et administrer aucun négoce, ni arbitres, ni se porter témoins , tant en matière civile que cri minelle, et en cas qu'ils soient ouis en témoiguage , leurs dépositions ne serviront que de mémoire pour aider les juges à s'éclaircir d'ail. F
leurs, sans que l’on en puisse tirer aucune présomption, ni conjec- k
ture, ni adminicule de preuve. + 3
publiques , ni être constitués agents
par autres que leurs maitres, pour agir et administrer aucun négoce, ni arbitres, ni se porter témoins , tant en matière civile que cri minelle, et en cas qu'ils soient ouis en témoiguage , leurs dépositions ne serviront que de mémoire pour aider les juges à s'éclaircir d'ail. F
leurs, sans que l’on en puisse tirer aucune présomption, ni conjec- k
ture, ni adminicule de preuve. + 3 Art. 31. Ne pourrout aussi les esclaves être partie, ni en juge- A ment ni en matière civile, tant en demandant que défendant , ni étre”
partie civile en matière criminelle, ni poursuivie en matière criwinelle la
réparation des ouirages et excès qui auront étécommis contre les esclaves.
Art. 32. Pourront les esclaves être poursuivis criminellement ,
sans quil soit besoin de rendre leur maitre partis, sinon, en cas de”
complicité; ct seront lesdits esclaves accusés , jugés en première iasd La HISTOIRE DIHAITI. 4417 tance par les juges ordinaires, et par appel au conseil souverain,
sur la même instruction, avec les mêmes formalités que les pérsonnes libres. Art. 33. L'esclave qui aura frappé son maitre où la femme de
son maitre, sa maliresse, ou leurs enfans, avec contusion de sang
ou au visage , sera! puni de mort. Art. 34. “Et quant aux excës et voies de fait qui seront commis
par les esclaves contre des personnes libres, voulons qu'ils soient
sévèrement punis même de mort s’il y échoit. Art. 35. Les vols qualifiés, même ceux des chevaux, cavales,
mulels, bœufs et vaches qui auront été faits par les esclaves, ou
par ceux aïflranchis, seront punis de peines alflctives, même de mort
si le cas le requiert. _ Art. 36. Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles , Can?
nes de sucre , Pois, manioc, ou ‘autres lé gumes, faits par les esclaves, seroni punis selon la quantité du sol par les juges, qui pourront, s'il y échoit, les condamner à être battus de verges par l’exé:-
cuteur de la haute justice , et marqués à l'épaule d'une fleur de lys. Art, 57, Seront tenus les maîires, en cas de vol, ou autrement, des
dommages causés par leurs esclaves , outre la peine corporelle des
esclaves, réparer les torts en leur nom, s'ils n'aiment mieux abandonner l'esclave à celui. euquel le tort a été fait, ce qu'ils seront
tenus d'opter dans trois jours à compter du jour de Ja condamnation,
autrement 1ls en seront déchus. Art. 38. Lesclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois,
à compter du jour que son maître aBre dénoncé en justice , aura
les oreilles coupées, el sera marqué d'une fleur de Lys sur une
épaule ; et s’il récidive un autre Mois, à compter pareillement du
jour de la. dénonciation , aura le jarret coupé, et sera marqué
d'une fleur de Lys sur l'autre épaule ; et la troisième fois il sera
puui de mort.
. Lesclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois,
à compter du jour que son maître aBre dénoncé en justice , aura
les oreilles coupées, el sera marqué d'une fleur de Lys sur une
épaule ; et s’il récidive un autre Mois, à compter pareillement du
jour de la. dénonciation , aura le jarret coupé, et sera marqué
d'une fleur de Lys sur l'autre épaule ; et la troisième fois il sera
puui de mort. Art. 39. Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs
maisons aux esclaves fugitifs, seront condamnés par corps envers
les maitres desdits esclaves, en l'amende de trois cents livres de sucre par chaque Jour de détention. | Art. 40. L'’esclave puni de mort, sur la dénonciation de son
maitre non complice du crime pour lequel il aura été condamné,
sera estimé, avant l'exécution, par deux des principaux habitaus
de l'île qui seront nommés d'oflice par le juge ,et le prix de l’estimation sera payé au maitre; pour à quei satisfaire, . il sera imposé par l'intendant , sur chaque tète de nègre payant droit, la som.
me portée par l'estimation, laquelle sera régalée sur chacun desdits
nègres et levée par le fermier du domaine royal d'Oecident pour
éviter à frais. Art. 41. Défendons aux juges, à nos procureurs et aux greffiers 448 HISTOIRE D'HAÎTI. | 4 | . de prendre aucune taxe dans les procès criminels me à les esclaves, à peine de concussion. Art. 42. Pourront pareil! ement les maitres, lorsqu’ ils croiront que
leurs esclaves l’auront mérité, les faire enc hainer et les faire battre
de verges ou de cordes, leur défendant de leur donner la torture ,
ni de leur faire aucune mutilation de membre, à peine de confiscation des esclaves, et d'être procédé contre les maitres extraordinair ement. Art. 43. Eujcignons à nos ofliciers de poursuivre criminellement.
les maiires ou les commandeurs qui auront tué un esclave sous leur
puissance où sous leur direction , et de punir le maître selon l'atrocité
des MS ad en eas quily ait lieu à labsolution, permettons
à nos officiers de FenVOyeE tantles maîtres que commandeurs absous,
sans qu'ils aient besoin de nos grâces. ‘#4 Art. 44. Déclarons les esclaves être meubles , et comme tels, entrer en la communauté; n'avoir point de suite par hypothèque , et
se pariager également entre les cohéritiers, sans préciput, ni droit
d'ainesse, n'êtré sujets au douaire coutumier , au retrait féodal et
lignager , aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des
décrets, ni aux retranchemens des quaire quints, en cas de disposition
à cause de mort ou testamentaire. : |
claves être meubles , et comme tels, entrer en la communauté; n'avoir point de suite par hypothèque , et
se pariager également entre les cohéritiers, sans préciput, ni droit
d'ainesse, n'êtré sujets au douaire coutumier , au retrait féodal et
lignager , aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des
décrets, ni aux retranchemens des quaire quints, en cas de disposition
à cause de mort ou testamentaire. : | Art. 45. N'entendons toutefois priver nos sujets de la ‘faculté
de les stipuler propres à leurs personnes ot aux leurs de leur côté
et ligne, ainsi quil se pratique pour les sommes de deniers et
antres choses mobilières. Art. 46. Dans les saisies des esclaves , seront observées les for=« malités prescrites par nos ordonnanees et les coutumes pour Îles ssisies des choses mobilières. Voulons que les deniers en provenant
soient distribués, par ordre des saisies, et en cas de déconfiture,
au sol la livre, après que les déttes privilégiées auront été payées,
et géné ralement que la condition des esclaves soit réglée en toutes
affaires eomme celle des autres choses mobilières aux exceptions
suivantes.
- Art. 47. Ne pourront être bi et vendus séparément le mari
et la femme et leurs enfans impubôres, s'ils sont tous sous la puissance du même maitre ; déclarons nulles lés saisies et ventes qui
en seront faites, ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations.
volontaires sur peine que feront les aliénateurs d'être privés de celui
ou de ceux qu'ils auront gardés, qui seront adjugés aux ACQUÉrEUS, M
sans qu'ils soient tenus de faire aucun supplément du prix. Art. 48. Ne pouront aussi les esclaves travaillant actuellement
dans les sucreries, indigotéries et habitations, âgés de quatorze etau=.
dessus , jusqu’à soixante ans , être saisis pour dettes , sinon pour ce
qui sera dà du prix de leur achat, ou que la sucrerie, ou 1ndigos
terie, ou habitation dans laquelle ils travaillent ‘soient saisis réelle HISTOIRESD'HAITI, "., + 449 ments défendons à peine de nullité , de procéder par saisie réelle et :
adjudications par décret sur les sucreries , indigoteries ni habitations
sans -y comprendre les esclaves de l'âge susdit, et y travaillant actu.
qui sera dà du prix de leur achat, ou que la sucrerie, ou 1ndigos
terie, ou habitation dans laquelle ils travaillent ‘soient saisis réelle HISTOIRESD'HAITI, "., + 449 ments défendons à peine de nullité , de procéder par saisie réelle et :
adjudications par décret sur les sucreries , indigoteries ni habitations
sans -y comprendre les esclaves de l'âge susdit, et y travaillant actu. ellement. | | * Ant. 49. Les fermiers judiciaires des sucreries, indigoteries , ou habitations saisies réellement conjointement avec les esclaves, seront tenus de payer le prix entier de leur bail, sans qu'ils puissent
compter, parmi les fruits et droits de leur bail, qu’ils percevront, les enfans qui seront nés des esclaves pendant le cours d'icelui, qui, n'y entrent point. | Art. 50. Youlons que nonobstant toutes conventions contraires que
nous déclarons nulles, lesdits enfans appartiennent à la partie saisie,
si les créañiciers sont satisfaits d’ailleurs, ou à l’adjudicataire , s’il inter-
* Mient un décret, et, qu'à cet effet; mention soit faite dans la dernière
affiche avant l’interposition du décret des enfants nés des esclaves depuis la saisie réelle; que dans la même affiche il sera fait mention des
esclaves décédés depuis la saisie. réelle. dans laquelle ils auront été
compris. |
. «Art 51. Voulons, pour éviter aux frais et aux longueurs des
procédures, que la distribution du prix entier de Padjudication , conJointement des fonds et des esclaves, et de ee qui proviendra du prix
des baux judiciaires, soit faite entre les créanciers selon l'ordre de
leurs privilèges et hypothèques, sans distinguer ce qui est provenu
du prix des fonds, d'avec ce qui est procédant du prix des esclaves. Art. 52. Et néanmoins fes droits f6o:laux et seisneuriaux ne seront
payés qu'à proportion du prix des fonds. | Art. 53. Ne seront reçus les lignagers et les seigneurs féodaux
à retirer les fonds décretés, s'ils ne retirent les esclaves vendus conjointement avec les fonds, ni les adjucataires à retenir les esclaves
sans les fonds. | Art. 54. Enjoignons aux gardiens, nobles et bourgeois , usufruitiers admodiateurs et autres jouissant des fonds auxquels sont attachés des esclaves qui travaillent, de gouverner lesdits esclaves comme
bons pères de famille, sans qu'ilssolent tenus, après leur adminis=
ration, de rendre le prix de ceux qui seront décédés ou diminués
par maladies, ou vieillesse ou autrement sans leur faute, et sans
qu'ils puissent aussi retenir , comme les fruits de leurs profits, les.
enfaus nés desdits esclaves durant leur administration , lesquels nous
voulons être conservés et rendus à ceux qui en seront les maitres
et prepriélaires. Art. 55, Les maitres âgés de vingt ans pourront affranchir
leurs esclaves par tous actes entre vifs ou à cause de mort, sans qu'ils
soient tenus de rendre raison de leur affranchissement, ni qu'ils
aient besoin d avis de parents, encore qu'ils soient mineurs de 25
ans. à x 450 | HISTOIRE D’HAÏTI. Art. 86. Les esclaves qui auront été faits légataires universels par
leurs maitres ou nommésexécuteurs de leurs testamens , ou tuteurs
deleurs enfants seront tenus et réputés, et les tenons et réputons pour
affranchis.
qu'ils
soient tenus de rendre raison de leur affranchissement, ni qu'ils
aient besoin d avis de parents, encore qu'ils soient mineurs de 25
ans. à x 450 | HISTOIRE D’HAÏTI. Art. 86. Les esclaves qui auront été faits légataires universels par
leurs maitres ou nommésexécuteurs de leurs testamens , ou tuteurs
deleurs enfants seront tenus et réputés, et les tenons et réputons pour
affranchis. Art. 57. Déclarons leurs affranchissements faits dans nos iles,
leur tenir lieu de naissance dans nos iles et les eselaves affranchis n'a:
voir besoin de nos lettres de naturalité, pour jouir des avantages de
nes sujets naturels dans notre royaume, terres et pays de notre
‘obéissance encore qu'ils soient nés dans les pays étraugers. Art. 58. Commandons aux affranchis de porter un respect singulier à leurs anciens maîtres, à leurs veuves el à leurs enfans , en
sorte que l'injure qu'ils auront faite soit punie plus grièvement
que si elle était faite à une autre personne ; déelarons toutefois francs ,
et quittes envers eux de toutes autres charges , services et drous
utiles que leurs anciens maitres voudraient prétendre, tanPsur leurs
personnes, que sur leurs biens et suecessions , en qualité de patrons. Art. 59. Octroyons aux affranchis les mêmes droits, privilèges et
immunites dont jouissent les personnes nées libres ; voulons qu'ils
méritent une liberté acquise, et qu'elle produise en eux tant pour.
leurs personnes que pour leurs biens , les mèmes effets que le bon:
heur de la liberté naturelle cause à nos autres sujets. Art. 60. Déclarons les confiscations et les -amendes , qui n’ont
point de destination particulière par ces présentes , nous appartenir
pour être payées à ceux qui sont préposés à la recette de nos revenus.
Voulons néanmoins que distraction soit faite du tiers desdites con-
#iscation et amendes, au profit de l'hôpital établi dans l'ile où elles
auront été adjugées. Si donnons en mandement à nos amés et féaux les gens tenant
notre conseil souverain établi à la Martinique, Guadeloupe; Sant:
Christophe , que ces présentes ils aient à faire lire, publier et enré:
gistrer ; et le contenu en icelles garder et observer de point en point
selon leur forme et teneur, sans y contrevenir, ni permettre qu'il
y soit contrevenn en quelque sorte et manière que ce soit, nonobs:
tant tous édits, déclarations, arrêts el usages à ce contraires, aux:
quels nous avons dérogé et dérogeons par ces dites présentes, car
lel'est notre plaisir, ét afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous y avons fait meltre notre scel. Donné à Versailles au
mois de Mars mil six cent quaire-vingt-cinq, et de noire règne de
quarante deuxième. |
Signé LOUIS. | Et plus bas. Par le Roi, _ Coserr, .
visa LE TELLIER ; et scellé du grand sceau de cire verte, en lacs de
aoie verle el rouge. no HISTOYRE D’HAITI. 45i "Lu, publié et enrégistré le présent édit, oui, et ce réqnérant le
Procureur-Général du Roi, pour être exécuté selon sa forme et
teneur; et sera à‘la diligence dudit Procureur Général , envoyé copies d icelui aux sièges ressortissants du conseil, pour ÿ être pareils
lement lu, publié et lenrégistré. Fait et donné au conseil souverain de
la ,côte de Saint- Domingue, tenu au Petit-Goâve, le 6 Mai 1687.
, oui, et ce réqnérant le
Procureur-Général du Roi, pour être exécuté selon sa forme et
teneur; et sera à‘la diligence dudit Procureur Général , envoyé copies d icelui aux sièges ressortissants du conseil, pour ÿ être pareils
lement lu, publié et lenrégistré. Fait et donné au conseil souverain de
la ,côte de Saint- Domingue, tenu au Petit-Goâve, le 6 Mai 1687. Signé, MoricEAU.
” ’ Là nee = de DISCOURS prononcés par Mf31. de Rouvrat et de Trouzars, à l'Assemblée coloniale, relativement à l'émañcipation entière des gens libres
de couleur. (1791). Je saïsis, dit M. de Rouvrai, l'occasion qui se présente de dire mon
avis. Je suis colon et propriétaire. J'ai l’expérience des affaires,
célle surtout de la guerre, que j'ai faite ou étudiée toute ma vie. On
en parle à son aise quand on n’a aucun danger à courir; ilest facile
de critiquer un commandant , maisil ne serait Le aussi aisé quon
le” croit de faire mieux que lui à sa place. De ces vérités générales, trop méconnues, dj urd! hui, je viens à la question pour laquelle
nous sommmes rassemblés. Je ne connais de remèdes aux malheurs
qui nous accablent que ceux que nous pouvons tirer de la force, et
où est la nôtre ? | Quest |la population blanche en comparaison dela multitude des
esclaves révoltés? Ne suffit il pas de cet ennemi, sans provoquer
encore les gens de couleur? Mais dira-t-on, faut-il céder aux menaces d'une caste inférieure, l’admettre aux droits de cité, pour prix
des maux quelle nous cause? Qui, messieurs, la politique, doit ici
faire taire le ressentiment , parce que vous ne pouvez pas vous flatter
d'inspirer le vôtre à la France. La philosophie du jour, qui domine “dans ses conseils, le lui fera regarder comme injuste et
barbare, quelque légitime qu'il soit effectivement. Mais nous pouvons
encore attendre la force, qui, sans doute, va venir à notre secours.
Faibleet décevante espérance ! Je n'y compte pas beaucoup, et je ne sais L pas même si vous devez la désirer. J'ignore à quel titre on vous. laccordera. Mais fùt-elle entièrement à vos ordres, la métropole
eütelle consenti à ne faire aucune condition, je ne crains pas de
vous le dire, cette force serait encore insuffisante , six mille hommes
ne rétrabliront pas la paix. L'insalubrité du climat en aura fait périr
la moitié avant trois mois de séjour dans a colonie... Gardez-vous
de douter de ce que je vous annonce, et apprenez que des clameurs indécentes peuvent bien forcer au silence : mais ne refutent - 452 HISTOIRE D'HAITI. * pas un raisonnement fondé sur l'autorité de l'histoire... Un jour poutêtre les ris de pitié dont vous payez les vérités importantes que jose
vous dire, se changeront en larmes de sang. J'ai pour moi l'expérience ; ses leçons valent bien Fabsurde orgucil des sophistes de
nos Jours. Je ne veux que vous citer un “fait, il est frappant.
Dans la guerre de 4756, l'Angleterre voulant s'emparer de l'ile de
Cuba, lord Albermale eut ordre de faire le siège de la Havane; "il
avait en débarquant ane armée de dix huit- mille hommes; six mois
aprés il n'en restait que dix huit cents. Le général, lul-même, avait
té l’une des victimes du climat. Méditez sur ect événement ; l'application n'en est pas difficile à faire. » _
.
Dans la guerre de 4756, l'Angleterre voulant s'emparer de l'ile de
Cuba, lord Albermale eut ordre de faire le siège de la Havane; "il
avait en débarquant ane armée de dix huit- mille hommes; six mois
aprés il n'en restait que dix huit cents. Le général, lul-même, avait
té l’une des victimes du climat. Méditez sur ect événement ; l'application n'en est pas difficile à faire. » _ « Depuis trois mois, dit M. de Thouzard, la guerre dure avec les
esclaves, et, maloré nos suceès, nous sommes moins avancés que
le premier jour. Cherchez quelle est la cause de cette espèce de prohléme, et vous la trouverez dans la pénurie de nos moyens, dans l'i1mpossibilité où sont nos soldats de supporter les fatigues auxquelics ils
se voient condamnés. Nos braves volontaires succomberont victimes ««
de leur dévouement , et nous aurons cette perte de plus à nous re.
procher.. Les troupes de ligne seront épuisées avant d'atteindre l'en:
neïai, dont Îa principale, je dirai même, la seule force , est la fuite.
I sagit donc moins de le combattre que de le harasser ; . c'est en
mettant à ses trousses des colonnes qui le menacent à toute heure ,
qui le poursuivent dans tous les lieux, que vous pouvez espérer de
ie réduire. | «a À présent, je le demande, où est l'armée car able de remplir ce
but? Où trouver la cavalerie propre à ce genre de guerre? Less
_bommes faits au climat, endurcis à la fatigue , inseusibles à lintempérie de Pair el des saisons, quon peul loger , uourrir, équiper
sans peine , sabhs soins, sans attirail de campagne, où ‘sont-ils?
En avez-vous d'autres que ls mulâtres? Non. Eh bien ! pourquoi
rejetez-vous Îles secours qu'ils offrent, el préférez-vous les voir
parmi nos ennemis, à Îes compier au nombre de nos défenseurs 2
Pourquoi, enfin, par votre obstination à ne pas prononcer sur leur
sort, justifiez vous, en quelque sorte, les crimes dont chaque jour”
ils se rendent coupables ? ) « Je n'ai pas fini, je vous dois d' auires vérités; je vais vous les
dire : « La France a en ce moment les yeux fixés sur Si Domingue,
L'assemblée législative , qui a remplacé l'assemblée consiluante/«
eomposée presque entièrement des plus redoutables adversaires du
système colonial, sera charmée d’avoir un prétexte de s'en occuper.
. Vous le faites naitre vous-nrêmes ce prétexte, en prolougeant une
guerre que les intérêts les plus chers vous engagent à terminer
est Hn possible que les. réclamations des mulätres ne soient pas.
L'assemblée législative , qui a remplacé l'assemblée consiluante/«
eomposée presque entièrement des plus redoutables adversaires du
système colonial, sera charmée d’avoir un prétexte de s'en occuper.
. Vous le faites naitre vous-nrêmes ce prétexte, en prolougeant une
guerre que les intérêts les plus chers vous engagent à terminer
est Hn possible que les. réclamations des mulätres ne soient pas. re. HISTOIRE D'HAITE, . 453 écoutées eh France: fussent elles injustes, elles seront accueillies.
Le décret constitutionnel que vous supposez irrévocable, que vous.
régardez comme votre palladium , sera infailliblement modifié ; d'abord parce quil ne porte pas sur le droit naturel, base de ia révolution française; ensuite parce qu'il à élé promulgué après l'achéVement dé la constitution. Mais, sans recourir à toutes ces subtilités, qui vous à dit que la volonté nationale ne vous forcera pas à
“quelques sacrifices pour le secours que voustai avez demandé ? Qui
vous à dit même qu'élle ne le fera pas servir à vaincre votre obsnation ? Ainsi vous perdez une occasion unique de raffermir la conslitulion dé St. Dominoue ét compromettez par |\ son existence. Al
messieurs, si des raisons aussi puissantes ne faisaient pas une vive
imbréssion sur vos âmes, s'il était possible que vous ne fussiez pas
éffrayés du sort futur de la colonie, Mr. le Général qui m'entend,
dont je crois deviner les intentions , est trop éclairé, trop sage, pour
|äpprouver votre arrêlé. Quelque confiant et facile qu'il se soit montré
_énNérs vous, je né crains pas de dire quilhe le sanctionnera pag. » La PROCLAMATION DE LA LIBERTÉ GÉNÉRALE (29 AOÛT 411793),
LR | PAR SONTHONAX. |
PRINCIPALES DISPOSITIONS. « Les hommes naissent et meurent libres et égaux en droits.
Voilà, citoyens, l'Évangile de la France. I! est plus que temps qu'il
soit procliné dans tousles départemens de la République. « Envoyés par la Nation, en qualité de Commissaires civils à
Saint-Domingue, notre mission était dy faire exécuter la loi du 4
Avril, de la faire régner dans toute sa force, et d'y préparer graduelléement , sans déchirement et sans secousse, laffranchissement des
esclaves. À notre arrivée, nous lrouvämes un schisme épouvantable entre lés blancs, qui tous Givisés d'intérêts el d'opinions, nes’accordaient qu'en unseul point, celui de perpétuer à jamais la serVilude des nègres, et de proscrire également tout systeme de liberté
et même d'amélioration à leur sort. Pour déjouer les maliutentionnéset pour ramener les esprits, lous prévenus par la crainte d'un.
“mouvement subit, nous déclarâmes que nous pensions que l'esclavage élail nécessaire à la culture. Nous disions vrai, citoyens, l'esclavage était alors essentiel, autant à la continuation des travaux.
qu'à la conservation des colons ; Saint Domingue éiait encore au pouvoir d’une horde de tyrans féroces qui préchaient publiquement que
la couleur de la peau devait être Le signe de la puissañce ou de la
esprits, lous prévenus par la crainte d'un.
“mouvement subit, nous déclarâmes que nous pensions que l'esclavage élail nécessaire à la culture. Nous disions vrai, citoyens, l'esclavage était alors essentiel, autant à la continuation des travaux.
qu'à la conservation des colons ; Saint Domingue éiait encore au pouvoir d’une horde de tyrans féroces qui préchaient publiquement que
la couleur de la peau devait être Le signe de la puissañce ou de la LA 454 | 40 HISTOIRE D'HAITI. NAT Les juges du malheureux Ogé, les créaturesctlesmemres de ces infâmes commissions prévôtales qui avaient rempli les
villes de gibets et de ‘roues, pour sacrifier à leurs prétentions atroces les africains et les hommes de couleur, tous ces hommes de sang M
peuplaient encore [a colonie. Sr par la plus g grande des imprudences, ‘=
nous eussions, à cette époque, rompu les liens qui enchainaient les
esclaves à leurs maitres , «sans doute que leur premier mouvement
eut été de se jeter sur leurs bourreaux, et dans leur trop juste fureur, ils eussent aisément confondu l’innocent avec le coupable. Nos pouvoirs ,d'ailleurs, ne s’étendaiént pas jusqu'à pouvoir prononcer sur le sort des africains ,@t nous eussions été parjures et criminels si la loi eut été violée par nous. Aujourd'hui les circonstances sont bien changées, les négrierset
les antropophages ne sont plus. Les unssont péri victimes de leur
rage impuissante, les autres ont cherché leur salut dans la fuite et Lémigration ; ce qui reste des blancs est ami de la loi ei des principes
français. La moyenne parlie de la population est formée des hemmes,
du’ 4 Avril, de ces hommes à qui vous devez voire liberté, qui, les
premiers, Dee ont donné l'exemple du courage à défendre les droits |
de la Nâture et de l'humanité; de ces hommes qui, fiers de leur
indépendance , ont préféré la perte de leurs propriétés à la honte
de reprendre leurs anciens fers. N'onbliez jamais , citoyens , que
vous tenez d'eux les àrmes qui vous ont conquis la liberié. N'oubliez”
jamais que c'est pourla République Française que vous avez combaitu ; que de tous les blancs de l'Univers, les seuls qui soient vos
amis, sont les français d’ Eurepe. « La République Française veut la liberté et l'égalité entre tous
les hommes, sans distinction de couleur : les rois ne se plaisent qu'au
milieu des esclaves. Ge. sont eux qui sur les côtes d'Afrique vous ont vendus aux blancs ; ce sont lestyrans d'Europe qui voudraient perpétuer
cet infâme trafic. La République vous adopte au nombre de ses enfans ;
les rois n'aspirent qu'à vous couvrir de chaînes ou à vous anéantir. « Ce sont les représentans de cette mème République, qui, pour
venir à votre secours, ont délié les mains des Commissaires civils,
en leur donnant Île pouvoir de changer provisoirement la police et “4
la discipline des ateliers. Cette police et celte discipline vont être“
changées. Un nouvel ordre de choses va renaître , et lPancienne,
servitude disparaîtra. » a « Le reste du préambule eontient des instructions tte sur.
la nécessité du travail, et sur les autres devoirs que la libertéu im. |
pose à ceux qui ont le bonheur d'en jouir. Vient ensuite le dispo:
sitif de la proclamation , dont voici les principaux articles. » : 0
la police et “4
la discipline des ateliers. Cette police et celte discipline vont être“
changées. Un nouvel ordre de choses va renaître , et lPancienne,
servitude disparaîtra. » a « Le reste du préambule eontient des instructions tte sur.
la nécessité du travail, et sur les autres devoirs que la libertéu im. |
pose à ceux qui ont le bonheur d'en jouir. Vient ensuite le dispo:
sitif de la proclamation , dont voici les principaux articles. » : 0 Art. 4. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen sera à
imprimée, publiée et affichée partout où besoin sera, à la diligence Ye - HISTOIRE D'HAITI. ‘ | 455 des municipalités et bourgs et des eommandans militaires dans les .
camps el posles. Art. 2. Tous les nègres et sang-mêlés actuellement dans l'escla=
vage sont déclarés libres pour jouir de tous les droits attachés à
la qualité de citoyen français: ils seront cependant assujettis à un
régime dont les dispositions sont contenues dans les articles suivans. 3. Tous les ci devant esclaves iront se faire inscrire, eux , leurs
faumes et leurs enfans à la municipalité du lieu de leur domicile,
où ils receveront leur billet de citoyen français signé du commissaire
CIVI. à 5. Les. domestiques des deux sexes ne pourront être engagés au
servicele leurs maitres ou maitresses que pour trois mois, moyennant
le salue qui sera fixé entre eux et de gré à gré. G Les «: devant esclaves domestiques attachés aux vieillards audessus de GO aue, aux infirmes, aux nourrissons, et aux enfans
au-dessous de dix aus, pe seront point libres de les quitter. Leur
Salaire demeure fixé à une portugaise par mois pour les nourrices,
et six portugaises par. an pour les autres, sans distinction de sexe. 9. Les végms actuellement attachés aux habitations de leurs anciens malires seront tenus d'y rester; ils seront employés à la
culiure de la. terre. PAS 10. Les guerriers enrôlés , qui servent dans les camps ou dans les
garnisons,, pourront se {ixer sur les habitations, en s’adonnant à
la euliuie, et obtenant préalablement un congé de leurs chefs ou
uu ordre de nous, qui ne pourra. leur être délivré qu'en 5e fai
saut remplacer par un homme de bonne volonté. jt. Les ci devant esclaves oullivateurs seront engagés pour un An,
pendant lequel temps ils ne pourront: changer d'habitation que sur
Une permission des juges de-paix dent ‘il sera parlé ciaprès, et
dans les eas qui seront par nous déterminés. 42 Les revenus de chaque habitation seront parlagés en trois
poruous égales, déduction faite des impositions, lesquelles sont prélevées sur la totalité. 13. Uu Uiers demeure à la propriété de la terre et appartiendra
au propriélare. Il aura la jouissance de l’autre tiers pour les frais
de faisance valoir. Le tiers restant sera partagé entre les cultivateurs
de la manière qui.va être fixée. : 14. Dans le tiers du revenu appartenant aux cullivateurs, Îles
commandeurs qui seront désormais appelés conducteurs de Lravaux,
* auront trois parts. | 19. Les cultivateurs auront en outre leurs places. à vivres, elles
seront réparties équitablement entre chaque famille, eu égard à la
qualité de valeur. et à la qualité qu'il convient d'accorder. 24. Il sera établi dans chaque commune un juge-de paix el deux.
assesseurs, dont les fonctions seront de prononcer sur les différends.
ant aux cullivateurs, Îles
commandeurs qui seront désormais appelés conducteurs de Lravaux,
* auront trois parts. | 19. Les cultivateurs auront en outre leurs places. à vivres, elles
seront réparties équitablement entre chaque famille, eu égard à la
qualité de valeur. et à la qualité qu'il convient d'accorder. 24. Il sera établi dans chaque commune un juge-de paix el deux.
assesseurs, dont les fonctions seront de prononcer sur les différends. 456 ” HISTOIRE D'HAITI, " + entre les propriétaires et les cultivateurs, et de ces derniers entre
eux, relativement à la division de leurs portions dans le revenu;
ils veilleront à ce que les-cultivateurs soient bien soignés dans ieurs
maladies, à ce que tous travaillent également, et ils maintiendront
l'ordre dans les ateliers. 27. La correction du fouet est absolument supprimée ; elle sera
remplacée, pour les fautes contre la discipline, par la barre pour
un, deux ou trois Jours, suivant l'exigence des cas. La plus
forte peine sera la perte d'une partie ou de la totalité des salaires.
Elle sera prononcée par le juge-de paix et ses assesseurs. La portion de celui ou de ceux qui en seront privés accroîtra au profit
de l'atelier, | 28. À l'égard des délits civils, les ci-devant esclaves seront jugés
comme les autres citoyens. | 29. Les cultivateurs ne pourront être contraints de travailler le
dimanche. 11 leur sera laissé deux heures par jour pour la culture
de leurs places. Les juges de paix règleront, suivant les circonstances, l'heure à laquelle les travaux devront commencer et finir. 82. Les cultivateurs pourront changer d'habitation pour raison de
sûreté ou d'incompatibilité de caractère reconnue, .ou sur la de:
mande de l'atelier où ils sont empioyés. Le tout sera soumis à la
décision du Juge-de paix, assisté de ses assesseurs. 36. Les personnes attachées à la culiure, et les domestiques ne
pourront, sous aucun prélexte, quitter, sans une permission de la
municipalité, la commune où 1ls résident. Ceux qui contreviendront
à cette disposition seront punis de la manière déterminée dans l'ar:
ticle 27. pé 38. Les dispositions du Code Noir demeurent provisoirement a - brogées. o - + La présente proclamation sera imprimée ‘et affichée partout où =
besoin sera. Elle scra proclamée dans les carrefours des villes ct
bourgs de la province du Nord, par les officiers municipaux en
écharpe, précédés du bonnet de la Liberté, porté au haut d'une
PIQuE. » ; l L'escadre qui amena Hédouville à St. Domingue était composée
de la frégate la Bravoure, montée par ce général, ayant avec luile
général Wairin, et commandée par le capitaine Faure, de la Sirène
de la Cocarde et de la goëlette l’Agile. Le 30 pluviôse an 6, elle
mit à la voile et mouilla devant St. Domingue après trente set s
jours de traversée. | CRT À HISTOIRES D’HAITI. s 457
AWant de quitter St. Domingue, Hédouville adressa au général
égate la Bravoure, montée par ce général, ayant avec luile
général Wairin, et commandée par le capitaine Faure, de la Sirène
de la Cocarde et de la goëlette l’Agile. Le 30 pluviôse an 6, elle
mit à la voile et mouilla devant St. Domingue après trente set s
jours de traversée. | CRT À HISTOIRES D’HAITI. s 457
AWant de quitter St. Domingue, Hédouville adressa au général Rigaud, la lettre suivante, datée du Cap, fer. brumaire an 7, qui fitenattre la guerre civile entre Toussaint Louverture et Rigaud : « Forcé de quitter la colonie, citoyen général, par l'ambition et
la perfidie du général Toussaint Louverture vendu aux anglais, aux
émigrés et autres américains, et qui n'a pas craint de violer ses
sermens les plus solennels, dans l'instant mèine où il venait de me
les rappeler, Je vous dégage entièrement de l'autorité qui lui éläié attrèbuée comme général en chef, et je vous engage à prendre le commandement
du département du sud, tel qu'il est désigné dans la lor du 4 brumaire, « Ce sera une satisfaction pour mot de pouvoir assurer au directoire exécutif que je n'ai eu qu'a me loucr de votre dévouement à
liRépublique pendant le séjour que j'ai fait dans la colonie. « Je suis bien convaincu que vous. en donnerez de houvelles preuves.»
Hédouville partit du Cap pour France, accompagné du général
de brigade Léveillé, commandant du Gp, et de l'ex conventionnel
Belley, coMmandant général de la gendarierie coloniale. Hi fut
poursuivi par les anglais, et parvint à leur échapper. SD
; CONSTITUTION DE Sr.-DOMiNGUE,
ou de
Toussar LOUVERTURE. (1801). * Discours préliminaire. DL: colonie de Saint-Domingue existail depuis plusieurs années sans
lois positives ; long-temps gouvernée par des hommes ambitieux , son
anéantissement était inévitable , sans le génie actif et sage du géné:
ral en chef Toussaint Louverture , qui, par les combinaisons les
plus justes, les plans les mieux réfléchis et les actions les’plus énergtques, a su la délivrer presqu'en même temps de ses ennemis extérieurs et intérieurs ; étouff:r successivement tous les germes de
discordes; du sein de l'anärchie, préparer sa restauration; faire
succéder: l'abondance à la misère, l'amour du travail et de la paix,
à la guerre civile et au vagabondage, la sécurité à la terreuret enfin
la Soumettre loute entière à l'empire français. LA révolution avait
renversé, avec violence, tout ce qui constituait le régime par lequel
Vile de St. Domingue était anciennement administrée. Les différen,
tes assemblées législatives de France y avaient substitué, à diverses
époques, des lois nouvelles; mais l'incohérence de ces lois, aussiLÔt
ix,
à la guerre civile et au vagabondage, la sécurité à la terreuret enfin
la Soumettre loute entière à l'empire français. LA révolution avait
renversé, avec violence, tout ce qui constituait le régime par lequel
Vile de St. Domingue était anciennement administrée. Les différen,
tes assemblées législatives de France y avaient substitué, à diverses
époques, des lois nouvelles; mais l'incohérence de ces lois, aussiLÔt 45 3 - ; HISTOIRE D'HAITI, rapporiées que rendues, leurs vices et leur insuffisance reconnus
par ceux là même quien avaient été les auteurs ; la manière dont
elles étaient exécutées par des factieux et des hommes de paru,
habiles à les interpréter suivant leurs intérêts, contribuaient plutôt
à propager le désordre qu’à Île comprimer ; : et la conséquence naares de cet ordre de choses avait été de faire regarder des lois
qui n'auraient dû être .reçues qu’avee un sentiment de respect,
comme des objots d'alarme, ou lorsqu'elles étaient impuissantes,
comme des objets de mép ris. |
Les hommes sages qui ont coepéré à la constitution franeaise de
Fan huit ont, sans doute, senti la nécessité d'adopter un nouveau
système peur des colenies éloignées, et de consulter dans la créaion des lois qui doivent les régir, les mœurs, les usages, les habi-
‘udes , les besoins des français qui les habitent, même les circonstances dans lesquelles elles se trouvent. Serait-il facile, en. effet,
de peser toutes ces considérations d’après les rapports souvent inf
dèles , d'apprécier, à une aussi grande distance, les changements
opérés dans l'esprit d’un peuple, de connaitre ses maux et d y porter des remèdes à propos el efficaces , Surtout pendant La guerre.
L'article 91 de la eonstitution française aurait pu seul autoriser
les babitans de la colonie de Saint Domingue à présenter au gouvernement français les lois qui doivent les régir, :si l'expérience du
passé ne leuren avait pas fait un devoir impérieux ; et quel moment
plus propre à choisir pour cet important ouvrage que celui où le”
chaos débrouillé, lPancien édifice déblayé de ses ruines, les préjugés guéris et les passions calmées, semblaient avoir marqué comme
l'instant propice où il fallait en poser les fondements ! Il est des
circonstances qui ne se présentent qu'une seule fois pendant une
longue série de siècles pour fixer la destinée des peuples , si on IeS
laisse échapper elles ne se retrouvent plus. 4
A ces causes fondamentales, qui faisaient ‘sentir la nécessité d’ ang
- Constitution pour l'île de Saint Domingue, combinée: d'après les intérêts des habitans liés à ceux de la Métropole, se joignaient des motifs
également pressans: Les justes réclamations des départemens de la
colonie pour rapprocher les tribunaux des justiciables, la nécessité
d'introduire de nouveaux cultivateurs pour l'accroissement des cultures,
la révivification du commerce et le rétablissement des manufactures;
L'uiilité de cimenter l'union de la ci devant partie*espagnole avec
l'ancienne partie française;
L'impossibilité pour la Métropole de secourir et d'alimenter celte |
immense colonie pendant la guerre avec les puissances.mariiimes;
Le besoin d'établir un regime simple et uniforme dans l'administralion des finances de la colonie, et d’en réformer les abus;
L’ebligation de Hanquiser les propriétaires absents sur leurs
propriétés;
manufactures;
L'uiilité de cimenter l'union de la ci devant partie*espagnole avec
l'ancienne partie française;
L'impossibilité pour la Métropole de secourir et d'alimenter celte |
immense colonie pendant la guerre avec les puissances.mariiimes;
Le besoin d'établir un regime simple et uniforme dans l'administralion des finances de la colonie, et d’en réformer les abus;
L’ebligation de Hanquiser les propriétaires absents sur leurs
propriétés; CA HISTOIRE D'HAITI. 453 Enfin l'importance .de- consolider et do rendre stable la paix
intérieure, d'augmenter la prospérité dent commence à jouir la co:
louie après les orages qui l'ont agitée, de faire connaître à chacun
ges droits et ses devoirs, et d’éteindre toutes les méfiinces, en présentant un code de lois auquel viendront se lier Loutes les affections,
se réunir tous les intérêts ; Tels ont été les motifs qui ont décidéle Généralen Chef’à cenvoquer une assemblée législative chargée de proposer au gouvernement français la Constitution la plus convenable à la colonie de St.
Domingue. Ainsi cet ouvrage sera encore un de ses bienfaits. . Le peu de membres dont il a formé celte assemblée annonce qu'il
a voulu éloigner de ses discussions les passions et les tumultes ; inais
en inème temps, il a voulu qu'elle fût environnée des lumières et
des réflévions de tous les hommes instruits, afin qu'un ouvrage d'un
aussi grand intérêt fût, pour ainsi dire , celui de la colonie entière. Si l'assemblée centrale n'a pas complètement rempli les vœux de
ses commettants, si elle n'a pasatteint le but que 52 proposait le
Général en Chef, elle aura fait au moins ce que les circonstances
jui permettaient. Elle n'a pu proposer à la fois tous les changemens
qu'on pouvait désirer, La colonie ne peut parvenir à la plus grande prospérité qu'avec
le temps, et par degrés. Le bien, pour être durable, ne peut
_s'opérer que lentement; il faut, à eet égard, imiter la nature qui
nefait rien avec préciphation, mais qui maûril peu à peu ses Phoductions bienfaisanies. Heureux si cette première tentative peut CG
tribuer à améliorer le sort de ses concitoyens, età lui mériter leur
estime et leur indulgence, aussi bien que les témoignages de satisfaction de la France , quand bien même elle n'aurait pas atteint une certaine perfection. Tous les articles de la Constitution ont été discutées et arrêtées sans
passions, sans préjugés, sans partialilé, et finalement, ce code a
été adopté comme le seul propre à conserver à la colonie sa tranquillité
et à la ramener à son ancienne splendeur. D'ailleurs tous les deux “ans, les assemblées eentrales suivantes pourront opérer les changegemens que le lemps et l'expérience rendront, nécessaires.
L'Assemblée centrale n’a pas la vanité de croire qu'elle a proposé
la meilleure Constitution possible; mais ce qu'elle peut assurer à ses
concitoyens, c'est que tous. les membres qui. la composent ont constamment eu l'ardent désir du bien, l'intention d’affermir la tranquillité actuelle de la colonie, de rendre sa prospérité durable, de
l'augmenter, et de prouver leur attachement au gouvernement Français.
et l'expérience rendront, nécessaires.
L'Assemblée centrale n’a pas la vanité de croire qu'elle a proposé
la meilleure Constitution possible; mais ce qu'elle peut assurer à ses
concitoyens, c'est que tous. les membres qui. la composent ont constamment eu l'ardent désir du bien, l'intention d’affermir la tranquillité actuelle de la colonie, de rendre sa prospérité durable, de
l'augmenter, et de prouver leur attachement au gouvernement Français. CONSTITUTION. Les députés des départemens de la eolonie de Saint Domingue, réus. ie è L . L y 489 : HISTOIRE. D'RAÎTI. nis en assemblée centrale, ont arrêté et posé los bases cons{itutionnelles du régime de la colonie française de Saint Domingue, ainsi
qu'il suit : TITRE PREM ER,
Du Territoire. Article 4er. Saint-Domingue dans toute son Lt à et Samana,
la Tortue, la Gonave, les Cu yemi ites, l’Ile-à Vache, la Saône, etau-.
tres îles adjacentes, forment fe territoire d° une seule colonie , qui w
fait-partie de l'empire Français, mais qui esl soumise à des lois particulières, ‘4
2. Le territoire de cette colonie se divise en départements as
rondiscements @t paroisses. 0 à
- Tire EF. | 4 De ses Hlabitans. tÿe à. 3. I ne peut existor d'esclaves sur ce territoire, là servitude ÿ est"
à ë mais abolie. Tous ics hommes y naissent, vivent et meurent
ES et français. | | x E. Tout homme quelle que soit sa couleur y est admissible à (ous ds em plois. | 4
Un y existe d'autre distinction que celle des vertus et des la- N
ie et d'autre supériorité que celle que la loi donne dans l'exer
cice d'une fonction pubii que La loi y est la même pour tous, soit qu'elle punisse, soit qu'elle M
afotise. | | | : 4
Trire HT. à De la Religion. | ne. 6. La religion câtholique, apostolique et romaine, y est la seule |
publi quement professée. 1
7. Chaque paroisse pourvoit à l'entretien du culte religieux et 1
ses ministres. Les biens de fabrique sont spécialement affectés à elle
dépense, ét les muisons presbytériales au logement des minisires.
8. Le gouverneur de la colonie assigne à chaque ministre dela
religion l'étendue de son administration spirituelle; et ces nos
ne peuvent jamais, sous aucun prétexte, former un corps dans !
colonie. à Trrre IV. Des Moœurs. 70 9. Le mariage, par son inglitution, chile et religieuse , tendant à | la pureté des HŒUTS , les époux, qu! pratiquéront ‘les vertus qu exe
ge leur état, seront toujours disiingués el spécialement protégés
par le gouvernement. à
10. Le divorce n'aura pas lieu dans la colonie. |
A1. L'état et les droits des enfants nés par mariage seront fixés
per des lois qui tendront à répandre et à entretenir les verius $0- À
‘ciales, à encourager et à cimenter les liens de famille, 2
é des HŒUTS , les époux, qu! pratiquéront ‘les vertus qu exe
ge leur état, seront toujours disiingués el spécialement protégés
par le gouvernement. à
10. Le divorce n'aura pas lieu dans la colonie. |
A1. L'état et les droits des enfants nés par mariage seront fixés
per des lois qui tendront à répandre et à entretenir les verius $0- À
‘ciales, à encourager et à cimenter les liens de famille, 2 ‘+ À +
HISTOIRE D'HAITE 46 Titre V.
| Des Hommes en Socëlé. 49. La constitution garantit la liberté et la sûreté individuelle,
Nul ne peut être arrêté qu'en vertu d'ordre formellement exprimé,
émané d'un fonctionnaire auquel la loi donne droit de faire arrêter,
détenir dans un lieu publiquement désigné. 13. La propriété est sacrée et inviolable. Toute personne, soit
par elle-même, soit par ses représentans, a la libre disposition et
administration de ce qui est reconnu lui appartenir. Quiconque
porte alleiate à ce droit se rend criminel envers la société et res-.
ponsable envers la personne troublée dans sa propriété. EE Titre VI
Des Cultures et du Commerce. 44. La eolonie, étant essentiellement agricole "ne peut souffrir la
moindre interruption dans les travaux de ses cullures. 15. Chaque habitation est une manufacture qui exige une réunion
de cultivateurs et ouvriers; c'est l'asile tranquille d'une active et ”
constante famille, dont le propriétaire dù sol ou son représentant
est nécessairement le père. 16. Chaque cultivateur et ouvrier est membre de la famille et
portionnaire dans les revenus. | Tout changement de domicile de la part des cultivateurs entraine
Ja ruine des cultures. | | Pour réprimer un vice auset funeste à là colonie que contraire
à l'ordre public, le gouverneur fait tous rêglemens de police qne
les circonstances nécessitent et conformes aux bases du règlement
de police du 20 vendémiaire an 9, et de la proclamation du 19
pluvièse suivant du général en chef Toussaint Louverture. 47. L'introduction des cultivateurs indispensables au rétablissement et à l'accroissement des cultures aura lieu à Saint-Domingue ;
la constitution charge le gouverneur de prendre les mesures conveuables pour encourager et favoriser celté augmentation de bras,
stipuler et balancer les divers intérêts, assurer et garantir lexéeuLion des engagemens respectifs résullant de cette introduction. 18. ‘Le commerce de la colonie ne consistant uniquement que
dans l'échange des denrées et productions de son territoire, en
conséquence l'introduction de celles de même nature que les siennes est et demeure prohibée. | Tire VIT.
; De la législation et de l'autorité législative. 49. Le régime de la colonie est déterminé par des lois propos
sées par le Gouverneur et rendues. par une assemblée d'habitans ,
qui se réunissent à des époques fixes, au centre de cette colonie,
sous le titre d'Assemblée Centrale de Saint Domingue. 20. Aucune loi relative à l'administration intérieure de la coionig #. 5
À. 462 HISTOIRE D’HAITI. ne pourra y être promulguée, si elle n’est revètue de cette formule:
L'Assemblée centrale de Saint Domingue, sur la proposition du Gouverneur rend la loir suivante : | | |
21. Aueune loi ne sera obligatoire pour les citoyens ue “du 4 jour de a promulgation aux chefs lieux des départemens, 3
La promulgation de la loi à lieu ainsi qu'il suit: Au nom de
ionig #. 5
À. 462 HISTOIRE D’HAITI. ne pourra y être promulguée, si elle n’est revètue de cette formule:
L'Assemblée centrale de Saint Domingue, sur la proposition du Gouverneur rend la loir suivante : | | |
21. Aueune loi ne sera obligatoire pour les citoyens ue “du 4 jour de a promulgation aux chefs lieux des départemens, 3
La promulgation de la loi à lieu ainsi qu'il suit: Au nom de la colonie-Française de Saint Domingue, le Gouverneur ordonne de la loi ei-dessus soit scellée, promulguée et exécutée danstoute
la colonie. ù 22. L'Assemblée centrale de Saint Domingue est composée de
SeUXx députés par département, lesquels, pour être éligibles, devront
ètre âgés de trente ans au moins et avoir résidé cinq ans dans la
colonie. 23. L'Assemblée est renouvelée tous les deux ans pâr moilié ;
nui he peut être membre pendant six années consécutives. L'élection,
a lieu ainsi : les administrations munieipales nomment, tous les deux”
ans, au 40 Ventose (1er Mars), chacune un député, lesquels se
rcunissent, dix jours après , aux chefs lieux de leurs départemens res=
peetifs où ils forment autant d'assemblées électorales départementade qui nomment chacune un député à l'Assemblée centrale. Là prochaine élection aura lieu au 10 Ventore de la onzième an“!
née de la République Française (1° Mars 1803). En cas de décès,
démis ion ou autrement d'un ou de plusieurs membres de l'assembise, le Gouverneur pourvoit à leur remplacement. 1e signe également les membres de l'Assemblée centrale actuelle,"
HE à pit du premier renouvellement, devront rester membres de l'Assemblée, pour deux autres années. - 21. L'Assemblée centrale vote l'adoption ou le rejet des lois qui
us sont proposées par Île Gouverneur; elle exprime son Vœu sur
les réglemens faits, et sur l'application des lois déjà faites, surles
abus à corriger, sur les améliorations à entreprendre, dans! toutes
les parties du service de la colonie. | 25 Sa session commence chaque anhée le premier Germinal (22,
Mars) et ne peut excéder la durée de trois mois. Le Gouverneur
peut la convoquer extraordinairement; les séances ne sont pas publiques. 96." Sur les états de recettes et de dépenses qui lui sont présentés par le Gouverneur, l'Assemblée centrale détérmine , s'il a
feu, l'assiette, la quotité, la durée et le mode de perception del A
sob ‘accroissement ou sa diminution ; ces états serent somunairement
imprimés. LAS , Tire VII. ” F
Du Gouvernement. :: 384
27. Les rênes administratives de la colonie sont confiées à un. 4 o Nyégne ur qui correspond DITÉCHOIRENL avec le. :BOUVÉTRONESS de a «
co ét te D ee 72 Pr à Ü
LA HISTOIRE D'HAITI. | 482 28. La Constitution nomme Gouverneur le citoyen Teussaint Louvérture, général en chef de l'armée de Saint Domingue, et en eonSidération des importans services que ee général a rendus à fa colonie , dans les circohstances les plus critiques de la révolution, et sur
le vœu des habitans reconnaissans, les rênes Jui en sont confiées
pendant le reste de sa glorieuse vie. ; |
Pr à Ü
LA HISTOIRE D'HAITI. | 482 28. La Constitution nomme Gouverneur le citoyen Teussaint Louvérture, général en chef de l'armée de Saint Domingue, et en eonSidération des importans services que ee général a rendus à fa colonie , dans les circohstances les plus critiques de la révolution, et sur
le vœu des habitans reconnaissans, les rênes Jui en sont confiées
pendant le reste de sa glorieuse vie. ; | 29. A l'avenir chaque Gouverneur sera nommé pour cinq ans,
et pourra être continué tous les cinq ans, en raison de sa bonne
administration. _ 30. Pour affermir la tranquillité que la colonie doit à la fermeté, à l'activité, au zèle infatigable et aux vertus rares du général Toussaint Louverture , et en signe de la confiance illimitée des habitans de Saint Domingue, la Constitution attribue exclusivement à ce général le droit de choisir le citoyen-qui, au malheureux événement
de sa mort, devra immédiatement le remplacer. Ce choix sera secret; il sera consigné dans un paquet cacheté qui ne pourra êire ouvert ‘que par l'Assemblée centrale, en présence de tous les généraux de l'armée de Saint Domingue en activité de service et des commandans en chefs des départements. Le général Toussaint Louverture prendra toutes les mesures de récautions nécessaires, pour faire connuître à l’Assemblée centrale,
e lieu du dépôt de cet important paquet. 31. Le citoyen qui aura été choisi par le général Toussaint Louveriure, pour prendre à sa mort les rênes du gouvernement, prêtera
entre les mains de l'assemblée centrale, le serment d'exécuier la
constitution de St. Domingue et de rester attaché au gouvernement
français, et sera immédiatement installé dans ses fonctions; le tout
en présence des généraux de l'armée en activité de service &l des
commandans en chef de départemens, qui tous, individuellement ef
sans désemparer, prêteront , entreles mains du nouveau gouverneur,
le serment d'obéissance à ses ordres. 32. Un mois au plus tard avant l'expiration des cinq ans fixés
pour l'administration de chaque gouvernenr, celui qui sera en fonc- - tions convoquera l'assemblée centrale, et la réunion des généraux
de l'armée en activité et des commandans en chef des départemens,
au lieu ordinaire des séances de l'assemblée centrale , à l'effet de
nommer coneurremment avec les membres de cette assemblée, le nouveau gouverneur ou contiauer celui qui est en fonctions. | 33. Le défaut de convocation de la part du gouverneur en fonclions est une infraction manifeste à la constitution. Dans ce cas , le général le plus élevé en'grade , ou le plus ancien
à grade égal, qui se trouve en activité de service dans la colonie,
prend, de droit, et provisoirement les rênes ‘du gouvernement. Ce général convoque immédiatement les autres généraux en activié, . les commandants en chef de départémens et les membres de l'assem. 464 HISTOIRE D'HAÎTI, » TE lée centrale, qui tous sont tenus d'obéir à la convocation, à l'effet
de procéder concurremment à la nomination d'un nouveau gouver- *
neur. | En cas de décès, démission ou autrement d’un gouverneur , avant
l'expiration de ses fonctions , le gouvernement passe de même provisoirement entre les mains du général le plus élevé en grade, ou
le plus ancien en grade égal, lequel convoque aux mêmes fins que
ci dessus, les membres. de l'assemblée centrale, les généraux en
activité de service et les rommandans en chef de départements.
procéder concurremment à la nomination d'un nouveau gouver- *
neur. | En cas de décès, démission ou autrement d’un gouverneur , avant
l'expiration de ses fonctions , le gouvernement passe de même provisoirement entre les mains du général le plus élevé en grade, ou
le plus ancien en grade égal, lequel convoque aux mêmes fins que
ci dessus, les membres. de l'assemblée centrale, les généraux en
activité de service et les rommandans en chef de départements. 34. Le gouverneur scelle et promulgue les lois; 11 nomme à
tous les emplois civils et militaires. Il commande en chef la force
armée et est chargé de son organisation ; les bâtimens de l'Etaten |
station dans les ports de la colonie recoivent ses ordres. Il détermine la division du territoire de la manière la plus conforme
aux relations intérieures. Il veille et pourvoit, d'après les lois, à
ja'sureté intérieure et extérieure de la colonie, et attendu que l'état
de guerre est un état d'abandon et de malaise et do nullité pour lae
colonie, le Gouverneur est chargé de prendre dans celle circonstance les mesures qu'il croit nécessaires pour assurer à da colonie les
subsistances et approvisionnemens de toute espèce. j 38: Il exerce la police générale des habitans et des manufactures , el fait observer Îes obligations des propriétaires, fermiers, de leurs
représentans envers les cultivateurs et ouvriers et les devoirs des
cultivateurs el ouvriers envers les propriétaires, fermiers ou leurs
présentans. ; 36. Ii fait à l’Assemblée centrale la proposition de Ia loi, de
même que tel changement à Ja Constitution , que l'expérience pourra
nécessiter. e : 37. Il dirige, surveille la perception , le versement et l'emploi des.
finances de la colonie et donne, à cet effet, tous les ordres quelconques. 38. Il présente lous les deux ans, à l'Assemblée centrale, les
états des receltes et des dépenses de chaque département, année
par année. 39. H surveille ot censure, par la voie de ses commissaires, tout
écrit destiné à l'impression dans l'ile; il fait supprimer tous ceux
venant de l'étranger qui tendraient à corrompre les mœurs ou à
troubler de nouveau la colonie; il en fait punir les auteurs ou col
porteurs, suivant la gravité des cas. 49, Si le Gouverneur est informé qu'il se trame quelque conspiration contre la tranquillité de la colonie, il fait aussitôt arrêter es
personnes qui en sont présumées les auteurs fauteurs ou complices ;
après leur avoir fait Pa un interrogatoire extra judiciaire, il. 1e
fait traduire, s’il y a lieu , devant un “tribunal compétent. A1. Le traitement du Gouverneur est fixé, quant à présent, à trois
cent-mille francs. Sa &arde d'honneur est aux frais: del coloni | _* HISTOIRE D’HAITI. 468 ( Titre IX.
Pes Tribunaux. , 42. Il ne peut être porté atteinte au droit qu'ont les citoyens de
se faire juger amiablement par des arbitres à leur choix. A3. Aucune autorité ne peut suspendre ni empêcher l'exécution des jugemens rendus par les tribunaux. AA. La justice est administrée dans la colonie par des tribunaux
de première instance et des tribunaux d'appel. La loi détermine
l'organisation. dés uns et des autres , leur nombre, leur compétence et le territoire formant le ressort de chacun.
peut être porté atteinte au droit qu'ont les citoyens de
se faire juger amiablement par des arbitres à leur choix. A3. Aucune autorité ne peut suspendre ni empêcher l'exécution des jugemens rendus par les tribunaux. AA. La justice est administrée dans la colonie par des tribunaux
de première instance et des tribunaux d'appel. La loi détermine
l'organisation. dés uns et des autres , leur nombre, leur compétence et le territoire formant le ressort de chacun. Ces tribunaux, suivant leur degré de juridiction , connaissent
toutes les affaires civiles et criminelles. |
“ 45. Il y a pour la colonie un tribunal de cassation, qui prononce
sur les demandes en cassation contre les Jugemens rendus par les
tribunaux d'appel, et sur les prises à partie contre un tribunal
entier. Ce tribunal ne connaît point du fond des affaires, mais il
casse les jugements rendus sur des procédures dans lesquelles les
formes out été violées, ou qui contiennent quelque contravention
expresse à da loi, et il renvoie le fond du procès au tribunal qui . doit en connaître.
_ 46. Les juges de ces divers tribunaux conservent leurs fonctions
toute leur vie, à moins qu'ils ne soient condamnés pour ferfaiture. Les commissaires du gouvernement peuvent être révoqués." 47. Les délits des militaires sont soumis à des tribunaux spéciaux, et à des formes particulières de jugement. | Ces tribunaux Spéciaux eonnaissent aussi des vols et enlèvements
quelconques , de la violation d'astle, des assassinats, des meurtres,
des incendies ,.du viol, des conspirations et révoltes. Leur organisation appartient au gouverneur ae la colonie. Titre X.
Des administrations Municipales. 48. Dans chaque paroisse de la colonie, il y a une administras
tion mumicipale; daus celle où est placé un tribunal de première
instance, l'administration municipale est composée d'un maire et de
quatre administrateurs. | Le commissaire du gouvernement prés le tribunal remplit gratuitement les fonctions de commissaire près l'administration municipale, Dans les autres paroisses les administrations municipales sont com- | posées d'un maire et de deux administrateurs, et les fonctions de
commissaire près elles sont remplies gratuitement par les substituts
du commissaire près le tribunal d’où relèveut ces paroisses.
49. Les membres des adininistrations municipales sont nommés
pour deux ans; ils peuvent êire toujours continués. Leur ‘nomination est dévolue au gouvernement qui, sur une liste de seize
personnes au iuoins, qui lui est présentée par chaque adminisirabe . #66 | HISTOIRE D'HAITI. 4 tion municipale, choisit les personnes Îles plus prop à gérer les
affaires de chaque paroisse. 59. Les fonctions des administrations municipales consitelf dans
l'exercice de la simple police des villes et bourgs, dans ladministration des deniers provenant desrevenus des biens de fabrique, et des
impositions additionnelles des paroisses. Elles sont, en outre , spécialement chargées de la tenue des regis
tres des naissances, mariages el décès. 51. Les maires exercent des fonctions particulièrés que la loi détermine. Tire XI.
De la Force Armée. | 52. La force armée est essentiellement chéissante, ‘elle ne peut
jamais délibérer; elle est à la disposition du Gouverneur, qui ne peut
la mettre en mouvement que pour le maintien de l’ordre publie, la
protection due à tous les citoyens et la défense de la colonie. , 53. Eile se divise en garde colonixle soldée et en garde coloniale
non soldée.
rés que la loi détermine. Tire XI.
De la Force Armée. | 52. La force armée est essentiellement chéissante, ‘elle ne peut
jamais délibérer; elle est à la disposition du Gouverneur, qui ne peut
la mettre en mouvement que pour le maintien de l’ordre publie, la
protection due à tous les citoyens et la défense de la colonie. , 53. Eile se divise en garde colonixle soldée et en garde coloniale
non soldée. 54. ‘La garde coloniale non soldée ne sort des limites de sa paroisse, que dans le cas d’un danger imminent, et sur l'ordre et « sous la responsabilité personnelle du commandant militaire ou de place. Hors des limites de sa paroisse elle devient soldée, et soumise,
dans ce cas, à Ja discipline militaire, et dans tout autre, elle
n'est coumise qu'à la loi. 55. La gendarmerie coloniale fait partie de la force armée; elle
se divise en gendarmerie à cheval et en gendarmerie à pied. La gendarmerie à cheval est instituée pour la haute police et la
sûreté des campagnes; elle est à la charge du trésor de la colonies La gendarmerie à pied est instituée pour la police des villes et«
bourgs; elle est à la charge des villes et bourgs où elle fait sen service 56. L'armée se recrute, sur la proposition qu'en fait le Gouver«
neur à l’Assemblée centrale, et suivant le mode établi par la loi Titre XF.
Des Finances, des biens domaniaux séquestrés et vacans. 57. Les finances de la colonie se composent : 4° des droits d'im:
portalion, de pesage et de jaugeage:; 2° des droits sur la valeur locative des maisons des villes et bourgs, de ceux sur le produit
des manufactures, autres que celles de culture, et sur celui des
galines ; 3° du revenu des bacs et postes; 4° des amendes , confiscations et épaves, 6° du droit de sauvetage sur bâtimens naufragés ;
6° du revenu des domaines coloniaux. 58. Le produit des fermages des biens séquestrés sur les proprié-.
taires absens et non représentés , fait partie provisoirement du revenu
public dela colonie, et est appliqué aux dépenses d administration. Les circonstances détermineront les lois qui pourront être faues. Li ji ARE bis oi HISTOYTRE D’HAITI. | 467 relativement à la dette publique arriérée , et aux fermages des biens
séquestrés@perçqus par l'administration dans un temps antérieur à la
promulgation de la présente Constitution, et à l'égard de ceux qui
auront été perçus, dans un temps postérieur, ils seront exigibles et -
remboursés dans l’année qui suivra la levée du séquestre du bien. 59. Les fonds provenant de la vente du mobilier et du prix des
fermages des successions vacantes, ouvertes dans la colonie sous le
gouvernement français depuis. 1789 seront versés dans une caisse
particulière, et ne seront disponibles, et les immeubles réunis aux
domaines coloniaux, que deux ans après la publication de la paix
dans l'ile, entre la France et les puissances maritimes; bien entendu
que ce délai n'est relatif qu'aux successions dont le délai de cinq ans
fixé par l’édit de 1781 serait expiré; et à l'égard de celles ouvertes
à des époques rapprochées de la paix, elles ne pourront être dis+
ponibles et réunies qu'à l'expiration de sept années.
domaines coloniaux, que deux ans après la publication de la paix
dans l'ile, entre la France et les puissances maritimes; bien entendu
que ce délai n'est relatif qu'aux successions dont le délai de cinq ans
fixé par l’édit de 1781 serait expiré; et à l'égard de celles ouvertes
à des époques rapprochées de la paix, elles ne pourront être dis+
ponibles et réunies qu'à l'expiration de sept années. 60. Les étrangers succédant én France à leurs parents étrangers
ou français , leur succèderont également à Saint Domingue; ils pourront contracter, acquérir et recevoir des biens situés dans la colonie,
et en disposer de même que les français par tous les moyens autorisés par les lois. 61. Le mode de perception et administration des finances des
biens domaniaux séquestrés et vacans, sera déterminé par les lois. 62. Une commission temporaire de comptabilité règle e& vérifie
les comptes de recettes et de dépenses de la, colonie; cette commission est composée de trois membres, choisis et nommés par le Gouverneur. ; Tirre XHE.
Dispositions Générales.
63. La maison de toutes personnes est un asile inviolable, Pendant la nuit, nul n’a le droit d'y entrer que dans le eas d'incendie,
d'inondation ou de réclamation de l'intérieur. Pendant le jour,
on peut y eutrer pour un objet spécial déterminé ou par une loi
ou par un ordre émané d'une autorité publique, 64. Pour que l'acte qui ordanne l'arrestation d'une personne
puisse être execulé , ilfaut 1° qu’il exprime formellement le motif de
l'arrestation et la loi en exécution de laquelle elle est ordonnée ; 2°
qu'il émane d'un fonctionnaire à qui la loi ait formellement donné
le pouvoir de faire; 3° qu'il soit denné copie de l'oräre à la personne arrêlée. | 65. Tous ceux qui n'ayant point reçu de la loi le pouvoir de
faire arrêter, donneront, signeront, exécuteront ou feront exécuter
Varrestation d'une personne seront coupables du crime de détention
arbitraire. - Ti | 66. Toute personne a le droit d'adresser des pétitions individuelles à toute autorilé constituée, et spécialement au Gouverneur.
468 . HISTOIRE D HAITI. 67. Il ne peut être formé, dans la colonie de corporations ni
d'associations contraires à l’ordre publie. * Aucune assemblée de citoyens ne peut se qualifier de société populaire. Tout rassemblement séditieux doit être sur le champ dis. sipé d’abord par voie de commandement verbal, et S'il est nécexsar
re par le développement la force armée. 68. Toute personne a la faculté de former des éditer particuliers d'éducation et d'instruction: pour Îa jeunesse sous l’autorisation et la surveillance des administrations munieipales. 69. La loi surveille particulièrement les professions qui intéres.
sent les mœurs publiques, la sûreté, la santé et la fortune des
citoyens.
séditieux doit être sur le champ dis. sipé d’abord par voie de commandement verbal, et S'il est nécexsar
re par le développement la force armée. 68. Toute personne a la faculté de former des éditer particuliers d'éducation et d'instruction: pour Îa jeunesse sous l’autorisation et la surveillance des administrations munieipales. 69. La loi surveille particulièrement les professions qui intéres.
sent les mœurs publiques, la sûreté, la santé et la fortune des
citoyens. 10. La loi pourvoit à la récompense des inventeurs de machines rurales, ou au Maintien de la propriété exclusive de leurs Let - vertes.
74. Il y a dans toute la colonie uniformité de poids et mesures. 72. Il sera, par le gouvernenr , décerné, au nom de la colonie, des récompenses aux guerriers qui auront rendu des services éelatans en combattant pour la défense commune. Ù 13. Les propriétaires absens , pour quelque cause que ce soit,
conservent tous leurs droits sur les biens à eux appartenant et situés dans la colonie; il leur suffira, pour obtenir la main levée du
séquestre qui y aurait été posé, de représenter leurs titres de propriété et à défaut de titres, des actes supplétifs dont la loi détermine la formule. Sont néanmoins exceptés de cette disposition ceux
qui auraient été inscrils et maintenus sur la liste générale des émigrés de France; leurs Biens, dans ce cas, continueront d’être ad=
ministrés.-comme domaines coloniaux jusqu’à leur radiation. 14. La colonie proclame, comme garantie de la loi publique,
que tous les baux des biens affermés légalement par l'administration, auront leur entier effet, si les adjudicataires n'aiment mieux iransiger avec les propriétaires ou leurs représentans, qui auraient obtenu la main-levée de leur séquestre. 4 15. Elle proclame que c’est sur le respect des personnes et des
propriétés que reposent la culture des terres , toutes les produc
tions, tout moyen de travail et tout ordre social. 76. Elle proclame que tout citoyen doit ses services au ER qui
le nourrit ou qui l’a vu naître, au maintien de la liberté, de légalité et de la propriété, toutes les fois que la loi l'appelle à les
défendre. 77. Le général en chef Toussaint Louverture ést ét demeure F: æhargé d'envoyer la présente constitution à la sanction du gouverne:
ment français; néanmoins, et vu l'absence des lois, l'urgence de sortir de œet état de péril, la nécessité de rétablir promptèment les. ©
cultures, et le vœu unanime bien prononcé des habitans de Saint. HISTOIRE D’HAITI, 469 Domingue, le général en chef est et demeure invité, au rem du
bien publie, à la faire mettre à exécution dans toute l'étendue du
territoire de la colonie. Fée
Fait au Port-Républicain, le 19 Floréal , an 9 de la République Française une et indivisible. | Signé, BorGELLA , Président. .
_Ravmow», Correr, Gasron NocËré£e, Lacour, Roxas, Mucxos , ManCEBO , E.. ViarT, Secrétaire. Après avoir pris connaissance de la Constitution, je#lui donne
mon approbation. L'invitation de l'Assemblée centrale est un ordre
pour moi ; en conséquence je la ferai passer au gouvernement Fran:
çais pour obtenir sa sanction ; quant à ce qui regarde son exécution:
dans la colonie, le,vœu exprimé par l’Assemblée centrale sera égas
lement rempli et exécuüté.
Donné au Cap Français, le 14 Messidor , an .IX de la République
Française une et indivisible.
Le Général en Chef:
Signé: ToussanT LOUVERTURE.
ée centrale est un ordre
pour moi ; en conséquence je la ferai passer au gouvernement Fran:
çais pour obtenir sa sanction ; quant à ce qui regarde son exécution:
dans la colonie, le,vœu exprimé par l’Assemblée centrale sera égas
lement rempli et exécuüté.
Donné au Cap Français, le 14 Messidor , an .IX de la République
Française une et indivisible.
Le Général en Chef:
Signé: ToussanT LOUVERTURE. RECENSE ZEN A A Ia date du15 Germinal on 1, le Capitaine Général ROCHAMBEAU, Gouverneur de St. Domingue,. écrivait la lettre suivante à
l'adjudant commaudant Ramel : « Je vousenvoie, mon cher commandant, un détachement de 150
hommes de la gurde natiogale du Cap. Il est suivi de 28 chiens boule
doques. Ces renforts vous mettront à mème de terminer entièrement
vos opérationst Je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il ne vous
sera pas passé en compile ni ration, ni dépense | pour la nourriture
de ces chiens ; vous devez leur donner d manger des nègres.
« Je vous salue affectueusement.
« Signé, Donarien ROCHAMBEAU. Le “
me é "CONSTITUTION D'HAITI. 4805. Nous Henry Christophe, Clerveaux , Vernet, Gabart, Pétion : Gef
frard,. Toussaint Brave, Raphaël , Lalondrie, Romain, Capoix ,. . Magny, Cangé, Daut, Magloire Ambroise, Yayou, Jean-Louis.
FranCois , Gérin, Moreau, Férou, Bazelais, Martial Besse;
“ant en notre nom partieulier ,. qu'en celui du peuple d'Haïti qui Î 470 HISTOIRE D'HAITI, nous a légalement constitués les organes fidèles et les interprètes de
sa volonté ; En présence de l'Etre Suprême , devant qui les mortels sont égaux,
el quina répandu tant d espèces de créatures différentes sur la surface du globe, qu'aux fins de manifester sa gloire et sa puissance,
par la diversité de ses œuvres, | En face de la nature entière dont nous avons élé si injustement
el depuis si longtemps considérés comme les eufans réprouvés; Déclarons que la teneur de la présente Constitution est l expression
libre, spôntanée et invariable de nos cœurs et de la volonté générale
de nos consiiluans ; La soumettons à la sanction de S. M. l'Empereur, Jacques Des: HE notre libérateur , pour recevoir sa prompteet entière exécution, #! DÉCLARATION PRÉLIMINAIRE. Art. 1% Le peuple habitant l'ile ci devant appelée St. Domingue, convient ici de se former en état libre, souverain et indépendant de loutes autres puissances de l'univers, sous le nom d'empire
d'Haïti. 2. L'esclavage est à jamais aboli. 3. Les citoyens haïtiens sont frères entre eux; l'égalité aux yeux
de la loi est incontestablement reconnue, et il ne peut exister d’autres titres, avantages ou privilèges que ceux qui résulient nÉCESSaÏ= rement de la considération et récompense des services rendus à la” liberté et à l'indépendance. 4. La loi est une pour tous, soit qu'elle punisse, qu'elle protège.
. L'esclavage est à jamais aboli. 3. Les citoyens haïtiens sont frères entre eux; l'égalité aux yeux
de la loi est incontestablement reconnue, et il ne peut exister d’autres titres, avantages ou privilèges que ceux qui résulient nÉCESSaÏ= rement de la considération et récompense des services rendus à la” liberté et à l'indépendance. 4. La loi est une pour tous, soit qu'elle punisse, qu'elle protège. 5. La loi n'a point d'effet rétroacuf. 6. La propriété est sacrée, sa violation sera rigoureusement poursuivie. 7. La qualité de citoyen d'Haïti se perd par l'é émigration et par
la naturalisation en pays étrangers et par la condamnation à des peines afflictives ou déshonorantes, le premier cas emporte peine de
de mort et confiscation de propriété. 8. La qualité de citoyen haïtien est suspendue par l'effet des ban.
queroutes et faillites. 9" Nul n’est digne d’être haïtien | s’il n'est bon père, bon fils, bon" époux et surtout bon soldat. 10. La facullé n'est point accordée aux pères et mères de déshéciter leurs enfants. 11. Tout citoyen doit posséder un arl mécanique. 12 Aucun blanc, quelle que soit sa nation, ne mettra le pied sur ce territoire à titre de maître ou de propriétaire, et ne pourra à. l'avenir acquérir aucune propriété. 13. L'article précédent ne pourra produire aucun effet) {ant ra" l'égard des femmes blanches qui sont naturalisées haïtiennes, par lergou: + “HISTOIRE D'HAMTI. 4%E xernement, qu'à l'égard des enfants nés ou à naitre d'elles. Sont
aussi compris dans les dispositions du présent artiele les allemands et
polonais naturalisés par le gouvernement. * | A4. Toute acception de couleur parmi les enfans d’une seule et
même famille dont le chef de l'Etat est le père, devant nécessaires
ment.cesser, les haïtiens ne seront désormais connus que sous le
_nom générique de noirs. s | DE L’EMPIRE. 45. L'Empire d'Haïti est un et indivisible ; son territoire est distribué en six divisions militaires. RÉ 840 16. Chaque division militaire sera commandée par un général de
division. 47. Chacun de ces généraux de division seront indépendans les
uns des autres et correspondront directement avec l'Empereur ou avec
_ le général en chef nommé par S. M
, 48. Sont parties intégrantas de l'Empire les iles ei après désignées :
Samana, la Tortue, {a Gonave, les Cayemites, lile à Vache, la’
Saône et autres îles. adjacentes. | DU GOUVERNEMENT. 49. Le gouvernement d'Haïti est confié à un premier magistrat
qui prend le titre d'Empereur et de Chef suprême de l'armée. 20. Le peuple reconnait pour Empereur et Chefsuprème de l'armée, Jacques Dessauines , le vengeur et le’ libérateur de ses concitoyens. On le qualifie de'Majesié, ainsi que son auguste épouse,
l'Impératrice. | | 24. La personne de LL. MM. est sacrée et inviolable.
'Haïti est confié à un premier magistrat
qui prend le titre d'Empereur et de Chef suprême de l'armée. 20. Le peuple reconnait pour Empereur et Chefsuprème de l'armée, Jacques Dessauines , le vengeur et le’ libérateur de ses concitoyens. On le qualifie de'Majesié, ainsi que son auguste épouse,
l'Impératrice. | | 24. La personne de LL. MM. est sacrée et inviolable. 99. L'Etat accordera un traitement fixe à sa majesté l'Impératrice
dont elle jouira mème après le décès de l'Empereur, à. titre de
princesse douarière. 23. La couronne est élective et non héréditaire. 24. Il sera affecté par l’état un traitement anauel aux enfans reconnus par sa majesté | Empereur. | 25. Les enfans mâles reconnus par l'Empereur, seront tenus, à
l'instar des autres citoyens , de passer successivement de grade en
grade, avec cette seule différence que leur entrée au service datera, ”
dans la 4e. demi brigade, de l’époque de leur naissance. 26. L'Empereur désigne son suecesseur de la manière qu'ille juge
convenable, soit avant, soit après sa mort, à 97. Un traitement convenable sera fixé par l'Etat à ce successeur,
du moment de son avènement au trône. 28. L'Empereur , ni aucun de ses successeurs n'aura le droit, dans #* Dossalines avait démontré plus de sympathie pour les Polonais que pour les.
Allemands. La généralité des Polonais avait éié naturalisée, tandis que quelques
Allemands seulémentle furent , ceux qui avaient pris du servicendans nos troupes, e 472 ; “HISTEIRE D’HAITI. - aucun cas el sous quelque . prétexte que ce soit, de s’entourer
d'aucun corps particulier et privilégié, à titre de gardes d'honneur ,
ou toute autre dénomination. 29., Tout successeur quis'écartera ou des dispositions : Ps phécsae
dent article ou de la marche qui lui aura été tracée par l'Empereur
régnant , ou des principes consacrés dans la présente constitution ,
sera considéré et déclaré en état de guerre contre la société. En conséquence les conseillers d Etat S'assembleront à l'effet de prononcer
sa destitution et de pourvoir à son remplacement par celui d’entre
eux qui en aura été jugé le plus digne, et s’il arrivait que ledit suc- . cesseur voulût s'opposer à l'exécution de cette mesure ‘autorisée par.
la loi, les généraux conseillers d'Etat feront un appel au peuple
et à l'armée qui de ‘suite leur préteront main forte et assistance Pro
maintenir la liberté. EE à > 30 L'Empereur fait, scelle et promulgue les lois, nomme et ré=
Yoque, à sa volonté, les ministres , le général en chef de l'armée,
les conseillers d'Etat, les généraux et autres agens de l'empire, les
‘autorisée par.
la loi, les généraux conseillers d'Etat feront un appel au peuple
et à l'armée qui de ‘suite leur préteront main forte et assistance Pro
maintenir la liberté. EE à > 30 L'Empereur fait, scelle et promulgue les lois, nomme et ré=
Yoque, à sa volonté, les ministres , le général en chef de l'armée,
les conseillers d'Etat, les généraux et autres agens de l'empire, les officiers de l’armée de terre et de mer , les membres des administrations locales, les commissaires du gouvernement près les tribunaux, les juges et autres fonctionnaires publics. | 31. L'Empereur dirige les recettes et dépenses de l'Etat, surveille
la fabrication des monnaies , lui seul en ordonne l'émission , eu fixe
le poids et le type. | L
32. A lui seul est réservé le pouvoir de faire la paix ou la guerre, «
d'entretenir des relations politiques et de contracter au dehors. 4
33. Il pourvoit à la surélé intérieure et à la défense de l'Etat, 4
distribue les forces de terre et de mer suivant sa. volonté. É
34. L'Empereur dans le cas qu'il se iramerait quelque conspiration contre la sûreté publipue , contre la constitution où contre sa
personne, fera de suite arrêter les auteurs ou complices, fe seront à
jugés par un conseil spécial. À
35. Sa Majesté seule a le droit d'absou lre un coupable ou de
eommuer sa peine. }
36. L'Empereur ne formera jamais aucune entreprise danSlavue de faire des conquêtes ni de troubler la paix et le régime intérieur y des colonies étrangères. £ 87. Tout acte public sera fait en ces termes : l'Empereur 1* d id
et Chef suprème de l'armée par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'Etat. DU CONSEIL D'ÉTAT.
38. Les généraux de division et de brigade sont membres nés du
Conseil d'Etat et le composent.
DES MINISTRES.
39. Il y aura dans l'Empire deux Ministres et un secrétaire d'Etat,
le Ministre des finances ayant le département de l'intérieur; 4 + HISTOIRG P'HAITI. F | 43 «ie: Ministre de la guerre, ayant le département de la marine. - - Du Ministre des Finances et de l'Intérieur. 40. Les attributions de ce Ministre comprennent l'administration
générale édu trésor public, l’organisation des administrations particu-.
lières, la distribution des fonds à mettre à la disposition du ministre “de gla guerre et autres fonctionnaires, les dépenses publiques, les instructions qui rêglent la comptabilité des administrations
et des payeurs de division, l'agriculture, le commerce, l'instruction ‘publique , les poils et mesures, la formation des tableaux de
population, des produits territoriaux, les domaines nationaux, soit.
pour la conservation, soit pour la vente des baux à ferme, les pri:
sons, les: hôpitaux, l’entretien des routes, les bacs, salines, manu_
“de gla guerre et autres fonctionnaires, les dépenses publiques, les instructions qui rêglent la comptabilité des administrations
et des payeurs de division, l'agriculture, le commerce, l'instruction ‘publique , les poils et mesures, la formation des tableaux de
population, des produits territoriaux, les domaines nationaux, soit.
pour la conservation, soit pour la vente des baux à ferme, les pri:
sons, les: hôpitaux, l’entretien des routes, les bacs, salines, manu_ : factures , les douanes, enfin la surveillance de la fabrication des mon- -naies, l'exécution des lois, arrètés du gouvernement à cé sujet. Du Ministre de la Guerre et de la Marine. 34. Les fonctions de ce Ministre embrassent la levée, l'organisation,
l'inspection , la surveillance , la discipline, la police et le mouvement dés armées de terre et de mer, le personnel et le matériel
de l'artillerie et du génie, les fortifieations, les forteresses, les poudres et salpêtres , l'enrégistrement des actes et arrêtés de l'Empereur, leur renvoi à l’armée et la surveillance de leur exécution. Il
veille spécialement à ce que les décisions de | Empereur parviennent
promptement aux militaires. Il dénonce aux conseils spéciaux les
délits militaires parvenus à sa connaissance, et surveille les commissaires des guerres et officiers de santé. 42. Les ministres sont responsables de tous les délits par’ eux commis contre la sûreté publique et la constitution ; de tout attentat
à la propriété et à la liberté individuelle, de toutes dissipations de
deniers à eux confiés; ils sont tenus de présenter , tous les trois
mois, à l'Empereur, l'aperçu des dépenses à faire, de rendre compte
de l'emploi des sommes qui ont été mises à leur disposition et d'indiquer les abus qui auraient pu glisser dans les diverses branches
de l'administration. | 43. Aucun ministre en place ou hors de place ne peut: être peursuivi en matières criminelles pour fait de son administration, sans
l'adhésion formelle de l'Empereur. DU SÉCRÉTAIRE D'ÉTAT. "44. Le Sécrétaire d'Etat est chargé de l'impression, de l’enrégistrement et de l'envoi des lois, arrêtés, proclamations et instructions
de l'Empereur. Il travaille directement avec l'Empereur pour
les relations étrangères , correspond habituellement avec les ministres, reçoit de ceüx- ci les requêtes, pétitions et autres demandes
qu'il soumet à l'Empereur, de même que les questions qui lui sont
proposées par les tribunaux. Il renvoie aux ministres les jugemens
el les pièces sur lesquelles l'Empereur a statué, | 474 HISTOIRE D’IHALTI 45. Nul ne peut porter atteinte au droit qu'a chaque individu de
se faire juger à l'amiable par des arbitres à son choix: Leurs décisions seront reconnues légales. 46. 11 y aura un juge de paix dans chaque commune. Il ne pourra
connaître d'une affaire s’élevant au delà de cent gourdes, el lorsque:
les parties ne pourront se conoilier à son tribunal, elles ge pourvoiront pardevant les tribunaux de leur ressort respectif.
IRE D’IHALTI 45. Nul ne peut porter atteinte au droit qu'a chaque individu de
se faire juger à l'amiable par des arbitres à son choix: Leurs décisions seront reconnues légales. 46. 11 y aura un juge de paix dans chaque commune. Il ne pourra
connaître d'une affaire s’élevant au delà de cent gourdes, el lorsque:
les parties ne pourront se conoilier à son tribunal, elles ge pourvoiront pardevant les tribunaux de leur ressort respectif. 47. Il y auga six tribunaux séans dans les villes ci-après désignées : A Saint Marc, au Cap, au Port au Prince, aux Cayes, à | Anseà Veau et au Port-de-Paix. L'Empereur. détermine leur organisation,
leur nombre, leur compétenee et le territoire formant le ressort de
chacun. Ces tribugaux connaissent de toutes les aflaires purement,
civiles. | 48 Les délits militaires sont soumis à des conseils spéciaux et à
des fermes particulières de jugement. L'organisation de ces conseils
appartient à l'Empereur qui prononce sur les demandes en eassation
contre les jugemens rendus par lesdits eonseils spéciaux. 49. Des lois particulières seront faites pour le notariat et à l'égard
des officiers de l'état civil. DU CULTE. SO. La loi n’admet point de religion dominante. 51. La liberté des cules est tolérée. 52. L'Etat ne pourvoit à l'entretien d'aucun cuite, ni dans
ministre. | DE L'ADMINISTRATION. 53. Il y aura dans chaque division militaire une administration
principale dont l’organisation, la surveillance appartiennent essentiellement au ministre des finances. | DISPOSITIONS GÉNÉRALES. Article 4. A l'Empereur et à l'Impératrice appartiennent le choix,
le traitement et l'entretien des personnes qui composent la cour. 2. Après le décès de l'Empereur régnant , lorsque la révision
de la constitution aura été jugée nécessaire, le conseil d'Etat s’assemblera à cet effet et sera présidé par le doyen d'âge. 8. Les crimes de haute trahison, les délits commis par les ministres et les généraux seront jugés par un conseil spécial nommé
et présidé par l'Empereur. 4. La force armée est essentiellement obéissante, nul corps armé
ne peut délibérer. à 5. Nul ne pourra être jugé, sans avoir été légalement entendu. “ La maison de tout citoyen est inviolable. . On peut y entrer en cas d'incendie, d'inondation, de réclapos partant de lintérieur ou en vertu d'un ordre émané de l'Enpereur ou de toute auire autorité légalement constituée,
8* Celui-là mérite la mort qui la donne à sen semblable, HISTOIRE D’'HAITI. 4535 9. Tout jugement portant peine de mort ou peine afllictive, Re
pourra recevoir son exécution, s'iln'aéts confirmé par | Empereur. 40. Le vol? sera puni en raison des circonstances qui l'auront précédé, accompegné. 41. Tout étranger habitant la territoire d'Haïti sera, ainsi que
les haïtiens, soumis aux lois correctionnelles et criminelles du pays,
IRE D’'HAITI. 4535 9. Tout jugement portant peine de mort ou peine afllictive, Re
pourra recevoir son exécution, s'iln'aéts confirmé par | Empereur. 40. Le vol? sera puni en raison des circonstances qui l'auront précédé, accompegné. 41. Tout étranger habitant la territoire d'Haïti sera, ainsi que
les haïtiens, soumis aux lois correctionnelles et criminelles du pays, 42. Toute propriété qui aura ei-devant appartenu à un blanc français est incontestablement et de droit confisquée au profit de | Etat. 43. Tout haïtien qui, ayant acquis une propriété d'un blanc français, n'aura payé qu'une partie du prix stipulé dans l'acte de vente, sera responsable envers les domaines de l'Etat du reliquat de la
somme due. - 44. Le mariage estun acte purement civilet autorisé par le gouvercement. 45. La loi autorise le divorce dans les cas qu’elle aura prévus «t
déterminés. 46. Une loi particulière sera rendue concernant les enfans nés
hors mariage. | 47. Le respect pour ses chefs, la surbordination et la discipline
sont risoureusement nécessaires. F 48. Un code pénal sera publié et sévèrement observé. 49. Dans chaque division militaire, une école publique sera établie pour l'instruction de la jeunesse. 20. Les couleurs nationales seront noire et rouge. 21. L'agricullure comme le premier, le plus noble et le plus utile
de tous les arts sera honorée et protégée. 29. Le commerce, seconde source de la prospérité des Etats, ne veut
et ne connaît point d’entraves. Il doit être favoirisé et spécialement
protégé. | | 23. Dans chaque division militaire un tribunal de commerce sera
formé, dont les membres seront choisis par l'Empereur et tirés de
la classe des négocians. 94. La bonne foi, la loyauté dans les opérations commerciales seront religieusement observées. 25. Le gouvernement assure sûreté et protéclion aux nations neutres et amies qui viendront entretenir avee cette ile, des rapports
commerciaux; à charge par elles de se conformer aux réglemens,
lois et coutumes de ce pays. 26. Les comptoirs, les marchandises étrangers seront sous la
sauvegarde et la garantie de l'Etat. | 97. 11 y aura des fêtes nationales pour célébrer l'indépendance,
Ja fête de l'Empereur et de son auguste Epouse, celle de l'Agriculture et dela Constitution. 98. Au premier coup de canon d'alarme les villes disparaissent
et la nation est debout, n ; h
478 | HISTOIRE D'HAÎTI Nous, mandataires soussignés , mettons sous la sauvegarde des magistrats , des pères et mères de famille, des citoyens et de
l'armée, le pacte explicite et solennel des droits sacrés de l’homme
et des devoirs du citoyen;
. Le recommandons à nos neveux et en faisons hommage aux amis
de la liberté, aux philantropes de tous les pays, comme un gage
signalé de la bonté divine qui, par suite de ses décrets immortels ’
nous a procuré l'occasion de Hvisèr nes fers et de nous constituer
en peuple libre, civilisé et indépendent,
l'armée, le pacte explicite et solennel des droits sacrés de l’homme
et des devoirs du citoyen;
. Le recommandons à nos neveux et en faisons hommage aux amis
de la liberté, aux philantropes de tous les pays, comme un gage
signalé de la bonté divine qui, par suite de ses décrets immortels ’
nous a procuré l'occasion de Hvisèr nes fers et de nous constituer
en peuple libre, civilisé et indépendent, Et avons signé tant en notre nom privé qu’en eclui de nos com:
mettans. (Signé) H. Christophe, Clervoux, Vernet, Gabart, Pétion, Geffrard, Toussaint Brave, Raphaël, Lalondrie ÿ Romain , Capoix, Magny, Cangé, Daut, Magloire Ambroise, Yayou , JeanLouis François, Gérin, Moreau, Férou, Bazelais, Martial Besse. Vu la présente Constitution, | Nous, Jacques Dessalines , Empereur mes, d'Haïti et Chef Suprême
de l'armée , par la grâce de Bieu et la loi constitutionnelle de à Etat, L'acceptons dans tout son contenu et la sanctionnons , pour recevoir , sous le plus bref délai, sa pleine exécution dans l'étendue
de notre Empire, Et jurons de la maintenir et de la faire observer dans son intégrité jusqu'au dernier soupir de notre vie. . Bu palais impérial de Dessalines, le 29 Mai 1805 , an deuxième
de l'Indépendance d'Haïti, et de notre règne le premier. DESSALINES. ”
Par l'Empereur:
Le Secrétaire Général,
JUSTE CHANLATTE. nn CD -<ounreneene oran
DIVISION TERRITORIALE D'HAITE DÉCRET IMPÉRIAL, ek; »- E Le territoire d'Haïti est divisé en six divisions militaires PREMIÈRE DIVISION DU"NORD. nt én Aer. Arrondissement. . | Le Môle, Jean Rabel, le Port-de Paix, chef d'arrondissement, commandé par un général ‘de brigade , Saint-Louis, le Borgne ;. la Tor
tue. (six paroisses ). +, Second Arrondissement du Nord. Le Port-Margot, le Zimbé, chef lieu de division, lac, une \ È HISTOIRE D’'HAITI. | 471 ladé ; chef-lieu d'arrondissement commandé par un général de brigade, Saint Raphaël, le Dondon. (6 paroisses.)
SECONDE DIVISION DU NORD.
4 Arrondissement. te Cap, chef lieu de division, la Petite Anse, le Quartier-Morin,
Sainte Suzanne, la Plaine du Nord , Grande Rivière, chef lieu d’arrondissement, commandé par un générel de brigade. ( 6 paroisses). | Second Arrondissement. Vallière, le Terrier-Rouge, le Trou, Bayaha, chef lieu d’arrondissement commandé par ur général de b: igade, Ouanaminthe, Limonade, Laxavon, Monte Christ, les Isabelliques, Porto Plata, Samana,
Ja moque: Saint Yague, Îa Véga , Cotuy. (15 paroisses.) PREMIÈRE DIVISION DE L OUEST.
1% Arrondissement. Le ‘Gros Morne, Terré-Neuve, Plaisance, Ennery, Saint-Michel,
Hiriche, les Gonaïves, chef heu d'arrondissement commandé par un
général de brigade. ( 7 paroisses ).
, Limonade, Laxavon, Monte Christ, les Isabelliques, Porto Plata, Samana,
Ja moque: Saint Yague, Îa Véga , Cotuy. (15 paroisses.) PREMIÈRE DIVISION DE L OUEST.
1% Arrondissement. Le ‘Gros Morne, Terré-Neuve, Plaisance, Ennery, Saint-Michel,
Hiriche, les Gonaïves, chef heu d'arrondissement commandé par un
général de brigade. ( 7 paroisses ). Second Arrondissement.
_Dessalines , chef- lieu de l'empire, les Verrettes, Saint-Mare, chef
lieu de division, l'Arcahaie, Mirebalais, chef lieu d'arrondissement,
commandé par un général de brigade, Lescahobes, Banique, Lamaîte, Saint-Jean , Azua, Banica, S°° Domingo, Monte Plata, Neybe,
Hyguey. (14 paroisses ). SECONDE DIVISION DE L'OUEST. 4° Arrondissement. La Croix des-Bouquets, le Port au-Prince, chef lieu de division
et d'arrondissement , Léogane chef-lieu d'arrondissement commandé
par un général de brigade, le Grand Goâve, le Petil-Goâve. [5 paroisses]. Second Arrondissement. Baynet , Jacmel, chef lieu d'arrondissement, commandé par un général de brigade, les Cayes de Jacmel, Neybea. (4 paroisses.)
PREMIÈRE DIVISION DU SUD.— at, Arrondissement. Aquin, chef-lieu d'arrondissement, commandé par un général de brigade, Saint-Louis, Cavaillon. (3 paroisses.)
Second Arrondissement. Les Cayes, chef lieu dé division et d'arrondissement, commandé
par un général de brigade, Torbeck, Port Salut, les Coteaux , le
Gap Tiburon. [5 paroisses.] SECONDE DIVISION DU SUD.
4° Arrondissement. St Michel , l'Anse-à Veau , chef lieu de division et d'arrondissement,
commandé par un général de brigade , le Peut-Trou [3 paroisses.] 2 «. Second Arrondissement. Le Corail, Jérémie, chef lieu d arrondissement, commandé par un ah” de brigade les Abricots, le Cap Dame-Marie. [4 paroisses. } æ + 2 .
, _ JE" . L2 Ca : 4 x 478 | HISTOIRE D’HAITI. Fait en notre palais impérial du Cap, le 28 Juillet 1805, an 2e. de l'Indépendance, et de notre règne le 1er.
DESSALINES.
‘ Par l'Empereur, |
Le Sécrétaire-Général,
Juste CnANLATTE. Au Palais impérial de Dessalines, le 43 Octobre 1806, an 3e. de
1 Indépendance d’ Haiti et notre règne le 3e. JACQUES, Empereur A* d'Haïti et Chef Suprême de l'armée par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'Etat, au général PÉTIoN. Votre exprès, général, arrive à l'instant, 41 heures, je l'eypédie de suite. | Vous prendrez la quantité de troupes nécéssaire dans votre diviSion, el vous vous rendrez sans délai aux Cayes ; là rendu, vous agirez
avec toute la vigueur possible contre les rebelles qui seront armés,
cultivateurs, soldats ete. Si la rébellion est dissipée, vous arrèterez
tous les officiers de tous grades de la 13e. qui ont demandé de
l'argent; vous ferez de même de tous les officiers des autres corps,
l'eypédie de suite. | Vous prendrez la quantité de troupes nécéssaire dans votre diviSion, el vous vous rendrez sans délai aux Cayes ; là rendu, vous agirez
avec toute la vigueur possible contre les rebelles qui seront armés,
cultivateurs, soldats ete. Si la rébellion est dissipée, vous arrèterez
tous les officiers de tous grades de la 13e. qui ont demandé de
l'argent; vous ferez de même de tous les officiers des autres corps, s'ils se sont trouvés dans ce cas; vous n'épargnerez personne ; vous ferez arrêter les chefs des rebelles parmi les cultivateurs ; la moindre résistance doit êire punie par des coups de fusil. DESSALINES. — 0 CONSTITUTION DE 1806. (27 Décembre). Le Peuple d'Haïti proclame en présence de l'Etre Suprème la. présente Constitution. TITRE PREMIER. — Dispositions générales. Article fer. H ne peut exister d'esclaves sur le territoire de R République ; l'esclavage y est à jamais aboli. :
2, La République d Haïti ne formera jamais aucune entreprise
dans les vues «de faire des .conquètes ni de troubler la paix et
le régime intérieur des îles étrangères. +
3. Les droits de l'homme en société sont LE “liberté, l'égalité,
la sûreté, la propriété. ae X HISTOIRE D'HAITI, ÿ 473 4. La liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas aux.
droits d'autrui. 5. L'égalité censiste en ee que la loi est la même pour tous , soit
qu'elle protége, soit qu’elle punisse. L'égalité n admet aueune distinction de” naissance, aucune hérédité de pouvoirs. 6. La sûreté résulte du concours de tous pour assurer les droits
de chacun. 7. La propriété est Île droit de jouir et de disposer de scs biens,
de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie. 8. La propriété esi inviolable et sacrée ; toute personne soit par
elle-même soit par ses représentans , a la libre disposition de ce
qui est reconnu lui sppârtenir, Quic onque porte attemnte à ce droit
se rend criminel envers la personne troublée dans sa propriété. 9: La loi est la volonté générale exprimée par la majorité ou des citoyens ou Ge leurs représentans. 10. Ce qui‘n'est pas défenda par la loi ne peut être empêché,
nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. 44 Aucune loi ni civile, ni criminelle, ne’ peut avoir d'effet rétroactif, 12. La souvéraineté réside essentiellement dans l’universalité des
citoyens, hul individu, nulle réunion partielle de citoyens ne
peut s'attribuer la souveraineté. 43. Nul ne peut, sans une délégation légale, exercer aucune autorité ni remplir aucune fonction publique. 14. Les fonctions publiques ne peuvent devenir la propriété
de ceux qui les exercent. 45. La garantie s sociale ne peut exister ‘si la division des pouvoirs
n'est pas établie, si leurs limites ne sont pas fixées et si la responsabilité des fonetionnaires publics n'est pas assurée. 16. Tous les devoirs de l'homme et du citoyen dérivent de ces
deux principes gravés par la nature dans tous Îles cœurs.
ir aucune fonction publique. 14. Les fonctions publiques ne peuvent devenir la propriété
de ceux qui les exercent. 45. La garantie s sociale ne peut exister ‘si la division des pouvoirs
n'est pas établie, si leurs limites ne sont pas fixées et si la responsabilité des fonetionnaires publics n'est pas assurée. 16. Tous les devoirs de l'homme et du citoyen dérivent de ces
deux principes gravés par la nature dans tous Îles cœurs. » Ne faites pas à autruisce que vous re voudriez pas qu'on vous fit. » Faites constamment aux autres tout le bien que vous voudriez
« en recevoir. » 47. Les obligations de chacun envers la société consistent à la
défendre , à la servir , à vivre sonmis aux lois et à respecter ceux
qui en sont. les organes. 48. Nul n'est bon citoyen s'il n’est bon fils, bon père, bon frère,
bon ami, bon époux. 49. Nul n'est homme de bien sil n'est franchement et religieusement observateur des lois. 20. Celui. qui viole ouvertement les lois, se déclare en état de
guerre avec la société. 21. Celui qui sans enfreindre ouvertement les lois, les élude par | : . * 480 HISTOIRE D’HAÏTI,
ruse ou par adresse, blesse lesvintérêts de tous ; il se rend indigne de leur bienveillance et de leur estime. 22. C'est sur le maintien des propriétés que reposert la culture des
terres, toutes les productions, toutmoyen de travail et tout l’ordre social. 23. Tout citoyen deit ses services à la patrie et au maintien de
la liberté, de l'égalité et de la propriété, toutes les fois que la loi
l'appelle à les défendre. 24. La maison de chaque citoyen est un asile inviolable. Pendant la puit, nul n'a le droit d'y entrer que dans le cas d'in:
cendie, d'inondation ou de réclamation de l'intérieur de la maison. Pendant le jour on peut y entrer pour un objet spécial , déterminé où par une loi ou par un ordre émané d'une auterité publique. 25. Aucune visite domiciliaire ne peut avôir lieu qu’en vertu d'une
loi et pour la personne ou l'objet expressément désigné dans Pacte
qui ordonne la visite. 26.:Nul ne peut être empêché de dire, écrire, publier sa pensée. Les écrits ne peuvent être soumis à aucune censure avant leur
publication. | Nul ne peut être responsable de ce qu’il a écrit ou pshlé pue
dans les cas prévus par la loi. 27. Aucun blanc, quolle que soit sà nation, ne pourra mettre le
pied sur ce territoire à titre de maitre ou de propriétaire. "
ément désigné dans Pacte
qui ordonne la visite. 26.:Nul ne peut être empêché de dire, écrire, publier sa pensée. Les écrits ne peuvent être soumis à aucune censure avant leur
publication. | Nul ne peut être responsable de ce qu’il a écrit ou pshlé pue
dans les cas prévus par la loi. 27. Aucun blanc, quolle que soit sà nation, ne pourra mettre le
pied sur ce territoire à titre de maitre ou de propriétaire. " 28. Sont reconnus haïtiens les blancs qui font partie de l’armée,
ceux qui exercent des fonctions eiviles et ceux qui sont admis dans ‘la République à La publication de la -présente Constitution. TITRE I. À
Du Territoire. |
29. L'Ile d'Haïti ( ci devant appelée St- Domingue), avec les îles adjacentes quien dépendent, forment le territoire de la République d' Haït,
30. Le territoire de la République est divisé en 4 dépariemens, savoir: M
Les départemens du Sud, de 1 Ouest, de l’Artibonite et du Nord. Les
autres départemens seront désignés par le Sénat, qui fixeraleurs limites.
31. Les départemens du Sud, de l'Ouest, de | Artibonite (ci-devant | Ouverture ) et du Nord, conserveront leurs limites ainsi qu’elles
sont fixées par la loi de l'assemblée centrale de Saint-Domingue
en date du 13 Juillet 1801, sur la division du territoire.
32. Les départemens seront divisés en arrondissemens et paroisses.
Le Sénat fixera le: nombre d’arrondissemens et de paroisses qu'il. ÿ aura dans chaque département et désignera leurs limites.
Le Sénat peut changer et rectifier les limites des départemens , arrondissemens et paroisses lorsqu'il le juge convenable.
: | TITRE NL 2
2 - Etat politique des citoyens.
33. L'exercice des droits de citoyens se perd par la condamnation à des peines afflictives et infâmantes. * 1 ? ; ° | |
HISTOIRE D'HALTI. 48t 34. L'exercice des droits de citoyen est susoendu. 4° Par l'interdiction judiciaire pour cause de fureur, de démence
ou d'imbécillité,
+499. Par l’état de débiteur failli, ou, d'héritier immédiat, Métenteur
à titre gratuit de tout ou partie ‘de Ta succession d un failli, 3° Par l'état de domestique à gages. 4° Par l'état d'accusation. 5° Par un jugement de contumace tant que le jugement n'est pas anéanli.
(SN NRA 'E
De la Religion et des Mœurs. 35. La religion cathokique, apostolique et romaine étant celle de
tous les haïtiens est la religion de l'état. Elle sera spécialement protégee ainsi que ses ministres. 36: La loi assigne à chaque ministre de la religion l'étendue de
son administration spirituelle. Ces ministres ne pen ts, sous aucun prétexte, former un corps
dans l'état. 37. Si par la suite il s’introduit d’autres elisions/s nul ne peurra être empêché en se conformant aux lois, d'exercer le culte rehgieux qu'il aura choisi.
ous les haïtiens est la religion de l'état. Elle sera spécialement protégee ainsi que ses ministres. 36: La loi assigne à chaque ministre de la religion l'étendue de
son administration spirituelle. Ces ministres ne pen ts, sous aucun prétexte, former un corps
dans l'état. 37. Si par la suite il s’introduit d’autres elisions/s nul ne peurra être empêché en se conformant aux lois, d'exercer le culte rehgieux qu'il aura choisi. 38. Le mariage, par son institution civile et religieuse tendant à la
pureté des mœurs, les époux qui pratiqueront les vertus qu'exige
leur état, seront toujours distingués el spécialement protégés par
le gouvernement. 39. Les droits des enfans nés hors mariage séront fixés par des
lois, qui tendront à répandre les vertus seciales , à encourager et
cimenter les liens des MEHR st ERRE. M: 1
tee Législatif.
40. La pouvoir législatif réside dans un Sénat,
44. Le Sénat est composé de vingt quatre mernbres.
49. Le Sénat a exelusivement le droit de fixer les dépenses publiques, d'établir les contributions publiques, d'en. déterminer la nature, la quotité, la durée, le mode de perception. | *
De statuer sur l'administration.
D'ordonner quand il le juge convenable l'aliénation des domaines
nallonaux.
De régier le commerce avec les nations étrangères.
D'établir des postes et des routes de poste.
D'établir une règle uniforme pour la naturalisation.
De fixer la valeur, le poids et la type des monnaies.
D'établir l'étalon des poids et des mesures qui sont uniformes
pour toute la République.
De favoriser le progrès des sciences et des arts utiles, en as :
, + 483 | : HISTOIRE D'HAITI. surant aux auteurs et aux inventeurs, un droit exclusif à leurs
écrits et à leurs découvertes. De les récompenser de la manière qu'il le jn ge oaR able De définir et punir les piraleries commises en mer et les violaüons du droit des gens. | D'accorder des lettres de marque et de représailles. De faire des règlemens sur les prises ; | De déclarer la guerre. L | De former et d'entretenir l'armée. De faire des lois et règlemens sur la manière de l'organiser etde
la gouverner. De pourvoir à la sûreté et de repousser les invasions. | De faire tout traité de paix, d'alliance et de commerce. : De nommer tous les fonctionnäires civils et militaires, les commissaires du pouvoir exécutif près les tribunaux exceptés, de déterminer leurs fonctions et le lieu de leur résidence. De faire toutes les lois nécessaires pour maintenir LBexercice se
pouvoirs définis et délégués par la Constitutions En un mot d'exercer l'autorité législative exclusivement et dans tous |
les cas. 43. Les celMiens extérieures et tout ce qui peut les concerner appartiennent au Sénat seul. 44. Les Sénateurs pour cette fois seront nommés par l'Assemblée
Constituante d'Haïti. - Un tiers sera nommé pour trois ans, untiers pour six ans ei un
tiers pour neuf ans. 45. Les Sénateurs à l'avenir exercerent leurs fonctions pendant
neuf ans et seront. nommés ainsi quilest dit ciaprés.
dans tous |
les cas. 43. Les celMiens extérieures et tout ce qui peut les concerner appartiennent au Sénat seul. 44. Les Sénateurs pour cette fois seront nommés par l'Assemblée
Constituante d'Haïti. - Un tiers sera nommé pour trois ans, untiers pour six ans ei un
tiers pour neuf ans. 45. Les Sénateurs à l'avenir exercerent leurs fonctions pendant
neuf ans et seront. nommés ainsi quilest dit ciaprés. 46. Tous les trois ans, du premier au dix du mois de Novembre,
les assemblées paroissiales se convoqueront de pleia droit , dans chaque département, et nommeront chacune un électeur. 47. Du dix au vingl du même mois, les électeurs nommés parles
assembiées de paroisse, se rendront au chef lieu de leur déparie=" ment pour se constituer en assemblée électorale. | 48. L'assemblée étant constituée nomme, du vingt au trente de
Novembre, douze personnes de son département qu'elle croit les plus.
propres à remplir les fonctions de Sénateur. Ces personnes ne
peuvent être prises que parmi les citoyens qui-exercent ou qui ost
exercé une fonction civile ou militaire avec probité et honneur. 49. Les élections faites, les assemblées électorales adressent au Séñat une liste des personnes qu'elles ont choisies, et déposent w
double de cette lisie au greffe du tribunal civil du chef lieu de leur
département. 50. Le Sénat choisit dans les listes qui lui sont envoyées la quantité de Sénateurs qu'il a désignés pour FAPASEARL chaque départ HISTOTRE D’HAITI. 488 cr ment ef pour remplacer ceux de ses membres qui viendraient à
manquer, par mort, démissien ou autrement. 51. Les assemblées électorales peuvent maintenir sur la liste
qu'elles auront déjà faites les citoyens qui y seront inscrits, ou les
remplacer par d’autres dans lesquels elles auront plus de confiance. 52. Nuine peut être rayé d'une liste qu’à la majorité absolue des
suffrages. 53. Les citoyens qui seront nommés pour la première formation
du Sénat feront partie nécéssaire des premières listes. 54 Les assemblées paroissiales et électorales ne peuvent s'occuper
d'aucun autre objet que de ce qui leur est prescrit par la Constitution. Leur poliee leur jappartient. Les élections se font au scrutin secret. 55. Tout citoyen qui est légalement convainçu d'avoir vendu ou
acheté un suffrage est exclu de toute fonction publique pendant
vingt ans, en cas de récidive il l’est pour toujours. 56 Le commissaire du pouvoir exéculif près du tribunal civil de
Chaque département est tenu, sous peine de destitution, d'informer
le Scnat de l'ouverture et de la clôture des assemblées électorales. I}
ne pour se mêler de leurs opérations ni entrer dans le lieu de leur séances,, mais 1! peut demander communieation du precés-verbal de
chaque séance dans les vingt-quatre heures qui la suivent, et il
ést tenu de dénoncer au Sénat les infractions qui seraient failes à
l'acte constiiutionrel. | Dans tous les cas le Sénat seul prononce sur la validité des
opérations des assemblées. paroissiales et électorales. 51. Pour être électeur 1l faut êire àgé de vingt cinq ans accomplis. 58. La session des assemblées paroissiales et éleciorales ne pourra durer plus de dix jours. 99. Les premières assemblées paroissiales et électorales ne pourront être convoquées que dans le mois de Novembre de la troisième
année qui suivra la publication de la présente Constitution.
prononce sur la validité des
opérations des assemblées. paroissiales et électorales. 51. Pour être électeur 1l faut êire àgé de vingt cinq ans accomplis. 58. La session des assemblées paroissiales et éleciorales ne pourra durer plus de dix jours. 99. Les premières assemblées paroissiales et électorales ne pourront être convoquées que dans le mois de Novembre de la troisième
année qui suivra la publication de la présente Constitution. 60. Si d'ici à ce temps , il vient à manquer quelques membres
du Sénat par mort, démission eu autrement, le Sénat pourvoira
à leur remplacement , et ils seront pris dans les membres qui ont
composé l'assemblée constituante. 61. Les Sénateurs sont représentans de la nation entière et ne
peuvent recevoir aucun mandat partieulier. . 62. À l'avenir , à la session qui précédera chaque mutation des
Sénateurs, le Sénat pourvoira à leur remplacement qui se fera
à la majorité des suffrages. | 63. Un Sénateur ne peut être réélu qu'après un intervalle de .
trois années. à | 64. Aussitôt la notification faite aux Sénateurs de leur nomination, ile se réuniront au Port-au-Prince pour exercer les fonetions #84 HISTOIRE D HAITI. qui leur sent attribuées: la majorité des Sénateurs étant réunie
constitue le Sénat et peut faire tout acte législatif. 1
65. La résidence du Sénat est fixée au Port au Prince comme le
lieu le plus central.
66. Le Sénat s’assemble le premier Janvier de chaque année au
lieu désigné par la Constitution.
67. Le Sénat a le droit de s’assembler toutes les fois qu'il le …
juge nécessaire. $
68. Aussilôt la réunion d'un nembre ‘quelconque de Sénateurs au
Port-au Prince, les présens prendront un arrêté pour inviter les absents
à se joindre à eux dans le délai de quinzaine au plus tard ; ce délai expiré si la majorité des Sénateurs:se trouve réunie , celte majorité, dans
tous les cas, constitue le Sénat et peut faire tout acte législatif.
69. Si par invasion de l'ennemi, ou par empêchement quelconque , le Sénat ne peuvait s'assembler au Port-au Prince, il a alors
le droit de déterminer le lieu de ses séances. : k
70. Le Sénat a le droit de potice sur ses membres, mais ilne =
peut prononcer de peine plus forte que la eensure et les arrêts
pour quinze jours.
11. Les séances du Sénat sont publiques , et 1l peut cependant,
quand il le juge nécessaire, délibérer à huis elos.
12. Toute délibération se "prend par assises et levées : en cas de
doute , il se fait un appel nominal}, mais alors les votes sont secrets.
13. Les membres du Sénat reçoivent une isdemxité annuelle,
évaluée à quatre gourdes par Jour. À
74. Un fonctionnaire publie nommé au Sénat et auquel l'État
accorde une indemnité, ne pourra cumuler deux indemnités ; ilopteran
entre son: indemnité de Sénateur et celle de la fonction qu'il occupait.
Les fonctions militaires seules ne sont pas incompatibles avec
celles de Sénateurs. 1
15. Tous les neuf ans le Sénat détermine le nombre des membres qui doivent le composer.
16. Aucune proposition ne peut être délibérée ni adoptée par le à
Sénat qu'en observant les formes suivantes : +
quel l'État
accorde une indemnité, ne pourra cumuler deux indemnités ; ilopteran
entre son: indemnité de Sénateur et celle de la fonction qu'il occupait.
Les fonctions militaires seules ne sont pas incompatibles avec
celles de Sénateurs. 1
15. Tous les neuf ans le Sénat détermine le nombre des membres qui doivent le composer.
16. Aucune proposition ne peut être délibérée ni adoptée par le à
Sénat qu'en observant les formes suivantes : + PR SO TR PO
sf sac eo D | fée die ni. Il se fait trois lecture de la proposition.
L'intervaile entre €ees trois lectures ne peut être moindre de cinq 4
jours; la discussion est ouverte après chaque lecture , et néanmoins.
après la première et la seconde le Sénat peut délibérer qu'il y an
lieu à l’ajournement ou qu'il n'y a pas lieu à délibérer. 4
Toute proposition doit être distribuée deux jours avant la «eo À
lecture.
717. Après la troisième lecture le Sénat décide s’il y a lieuou non
à l’ajournement. :
73. Toute proposition qui soumise à k diseussion a été définitis | À HISTOIRE D'HAITE 483. vement rejetée après la troisième lecture, ne peut être reproduite
qu'après une année révolue. 79. Sort exemples des formes prescrites’ par les articles ci-des:
sus les propositions reconnues et déclarées urgentes par une délibération préalable du Sénat. 80. A quelque épeque que ce soit, une proposition ou prejet deloi,
faisant partie d’un projet qui a été rejeté peui néanmoins être représenté, 81. Le Sénat envoie dans les vingt quatre heures au Présidentles
lois qu'il à rendues. 82. Le. Sénat a le droit de poliee dans le lieu de ses séanees
et dans l'enceinte extérieure qu il a déterminée. 83. Le Sénat a le droit de disposer, pour le maintien du respect
qui lui est dà, des forces qui sont, de son consentement , dans le
département eù il tient ses séances: 84. Le pouvoir exécutif ne peut faire passer ou séjourner aucun :
corps de troupes dans le département où le Sénat tient ses séances sans une auterisation expresse de sa part. | 85. Les eitoyens qui ont composé l'assemblée constituante et ceux
qui sont ou ont été membres du Sénat ne peuvent être recherchés , aceusés ni jagés en aucun temps , pour ce qu'ils ont dit ou
écrit dans l'exercise de leurs fonetions. | 86. Toute action civile peut être dirigée contre les membres du
Sénat, mais la contrainte par corps ne peut êire exercée contre eux. 87. Pour faits criminels ils peuvent être salsis en flagrant délit;
mais 1l en est donné avis sans délarau Bénat, et la poursuite ne pourra être continuée qu'aprés qu'il aura ordonné la miseen jugement. 883. Hors le cas du flagrant délit, les membres du Sénat ne peu-
‘vent être emmenés devant les officiers de police ni mis en état d'arrestation, avant que le $éant ait ordenné la mise en jugement. 89. Dans le cas des deux articles précédens un membre du Sénat ne peut être traduit devant aucun autre tribunal que la haute
cour de Jusiiee. 90. Ils sont traduits devant la même cour pour'les faits de trahison , de dilapidatien, de manœuvre pour renverser la Constitution
et d'attentat contre la süreté intérieure de la République.
iers de police ni mis en état d'arrestation, avant que le $éant ait ordenné la mise en jugement. 89. Dans le cas des deux articles précédens un membre du Sénat ne peut être traduit devant aucun autre tribunal que la haute
cour de Jusiiee. 90. Ils sont traduits devant la même cour pour'les faits de trahison , de dilapidatien, de manœuvre pour renverser la Constitution
et d'attentat contre la süreté intérieure de la République. 914. Aucune dénoneiation contre un membre du Sénat,, peutne don_ ner lieu à poursuite si elle n’est rédigée par écrit, signée et adressée
au Sénat. 92. Si après avoir délibéré en la forme preserile par l'arliele 72,
le Sénat adinet la dénonciation, ï1l ‘la déclare en ces termes : là
dénoneiation contre... . pour le fait de... daté du ... signé du
estradinise. | L'incuipé est alors appelé ; il a pour comparaître, un délai de
trois jours francs; et lersqu il comparaît, il est entendu dans l'in:
térieur du lieu des séances du Sénat. 456 HISTOIRE D’HAITI. Soit que l'inculpé se soit présenté ou non; le Sénat déclare, |
après ce délai, sil y a lieu ou non as l'exs ol de sa conduile, : 93. Toute délibération relative à la AE ou à l'accusation
d'un Sénateur est prise, à l'appel nominal et au scrutin secret, 94. L'accusation prononcée contre un Sénateur entraine supension, 95. S'il est acquité par le jugement de la haute cour de chu
il reprend «es fonctions. 96. Lorsque le Sénat s'ajournera il laissera en permanence un Comité composé d'un certain nombre de ses membres qu'il désignera.
97. Ce comité recevra les paquets adressés au Sénat et le cenvoquera en cas d'affaires impor tantes , 11 pourra préparer le travail
sur les lois et rglemens; à faire, mais ne pourra prendre d'arrétés que pour la convoealien du Sénat. 98 Les citoyens désignés par le Sénat pour remplacer le tiers
sortant de ses. membres ne prendront rang au Sénat qu'à l’expiration de la derniére anmée des fonctions de ceux qu'ils. doivent rem
plaeer. 99. Ils ne jouissent de la prérogative attachée à la qualité de se
hateur que du jour que commencent leurs fonctions. 400. Pour être Sénateur il faut être âgé de trente aus. TITRE VI
Promulgation des lois. 101. Le Président fait sceller Les lois et les autres actes du Sé:
nat dans les deux jours après leur réception. Il fait sceller et promulguer , dans le jour , les lois et les actes du“
Sénat qui sont précédés d'un décret d’ urgence. | 402. La publication de la loi et des actes du corps législatif est faite en ces termes: « Au nom de la république ( loi ou acte du“
Sénat ) le Président d'Haïti ordonne que la loi ou l'acte législatif
ci-dessus, soit publié et exécuté et qu'il soit revêtu du sceau de la.
république. | | | TITRE VII.
Pouvoir exécutif. 403. Le pourvoir exécutif est délégué à un magistrat qui prend”
le titre de Président d'Haïn. |
termes: « Au nom de la république ( loi ou acte du“
Sénat ) le Président d'Haïti ordonne que la loi ou l'acte législatif
ci-dessus, soit publié et exécuté et qu'il soit revêtu du sceau de la.
république. | | | TITRE VII.
Pouvoir exécutif. 403. Le pourvoir exécutif est délégué à un magistrat qui prend”
le titre de Président d'Haïn. | 104. Le Président sera nommé cette fois par l'assemblée constituante. 405. Le Président est nommé pour quatre années. à 106. À l'avenir, le Président sera élu par le Sénat à la majorité
des suffrages , et exercera son office durant un terme de quatre années. 407. Tout Président , avant d'entrer dans l'exercice de ses fonctions,
prêtera le serment suivant: Je; jure de remplir fidèlement l'office de Prési"
dent d'Haïti et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution. 168. Si le Président n'a point prêté le serment ci-dessus, dansun
délai de quinze jours, à compter du jour de son élection, il est censé
avoir refusé; etle pouvoir législatif procédera à une nouvelleéle + HISTOIRE D'HAITI. 487 comine le Sénat en pareil cas procédera de la même manière, ” 109. Be Président pourra être réélu tous les quatre ans, en raison de sa bonne administration. 440: Pour être Présidentil faut avoir atteint l’âge de trente einq ans. 411. Tout autre Président que celui nomuté par la présente assemblée constituante, ne pourra être pris que parmi les citoyens
qui auront été ou seront membres du Sénat .ou secrétrire d'Etat. 112. Enveas de vacance par mort, démission ou autrement du
Président, le ou les secrétaires d'état ‘s'assembleront en conseil pour
exercer l'autoritétexécutive jusqu'à l'élection d'un autre Président. 143. Si le Sénat n'est point assemblé, son comité permanent le
convoquera de suite pour qu'il procède sans délai à l'électien d’un
Président.
_ 114. Les lois et actes du Sénat sont adressés au Président. 115. Le Président pourvoit, d’après la loi, à la sûreté extérieure
et intérieure de la République. 116. 11 peut faire des proclamations conformes aux lois et pour
leur exécution. ‘ 117. Il commande la force armée de terre et de mer. 4118: Il surveille et assure l'exécution des lois dans les tribunaux,
par des commissaires à sa nomination ; qu'il peut révoquer à sa volonté. 419. Sr le Président est informé quil se trame quelque eonspiration contre la sûreté ipitrieure ou extérieure de l'état, 1l peut
décerner des mandats d'arrèt contre œeux qui en sont prévenus les
auteurs ou complices; mais il est obligé sous les peines portées
mer. 4118: Il surveille et assure l'exécution des lois dans les tribunaux,
par des commissaires à sa nomination ; qu'il peut révoquer à sa volonté. 419. Sr le Président est informé quil se trame quelque eonspiration contre la sûreté ipitrieure ou extérieure de l'état, 1l peut
décerner des mandats d'arrèt contre œeux qui en sont prévenus les
auteurs ou complices; mais il est obligé sous les peines portées contre le erime de détention arbitraire, de les renvoyer, dans Île délai de deux Jours, par devant l'officier de police , peur procéder
suivant les lois. 420. Le Président recevra une indemnité annuelle de vingt quatre
mille gourdes. 191. Le Président dénoncera au Sénat tous les abus qui parviendront à sa connaissance. 492. Le Président peut, en tout temps, inviter par écrit le Sénat à prendre un objet en considération; il peut lui proposer des mesures, mais non des projets rédigés en forme de lois.
493. Le Président donne par écrit au Sénat les renseighemens
que le Sénat lui demande.
424. Hors le cas des articles 89 et 99, le Président ne peut être
_ appelé par le Sénat. à ”
2495. Le Président surveille la perception et le versement des contributions et dofne tous les ordres à cet effet.
. | TITRE VIIT.
, Pouvoir judiciaire.
496. Les juges ne peuvent s'immiscer dans l'exercice du pouvoir
JégiSlaif, ni ré : aucun règlement, 488 ( _ HISTOIRE D’HAITI.
# * 427. Ils ne peuvent arrêtér ni suspendre l’exéeution d'aucune loi, ni citer devant eux les administraieurs pour raison de leur fonction. » 428. Nul ne peut être distrait des juges que la loi lui assigne,
par aucune commission ni par d’autres attributions que celles qui
sont déterminées paraune loi antérieure. 129. Les juges ne peuvent être deslitués que pour forlaiture légalement jugée, ni suspendus, que par une aceusation admise. 430. L'ascendant et le descendant en ligne directe , les frères, l’onele
et le neveu, les cousins au premier. degré et les alliés à ces divers
degrés ne peuvent être simulianément membres duf#mème tribunal. 131. Les séances des tribunaux sont publiques, les juges délibèrent
en secret, les jugemens sont prenoncés à haule voix, ils sout motivés. 432. Nul cioÿen, s'il nest âgé de vingt cinq ans, au moins, ne
peut être juge ni commissaire du pouvoir exécutif près Les tribanaux. De la justice civile. * R 133. Il ne peut être porté atteinte au droit de faire prononcer
sur, les différends par des arbitres du choix des parties. 134. La décision de.ces arbitres est sans appel 5i les parties ne
l'on expressement réservé. 435. Le Sénat détermine le nombre des juges de paix et de leurs
assesseurs dans chaque département. | 4 436. La loi détermine les ‘objets dont les juges de paix set leurs
assesseurs connaissent en dernier ressort , elle leur en attribue d'autres qu'ils jugent à la charge de l'appel. |
, les différends par des arbitres du choix des parties. 134. La décision de.ces arbitres est sans appel 5i les parties ne
l'on expressement réservé. 435. Le Sénat détermine le nombre des juges de paix et de leurs
assesseurs dans chaque département. | 4 436. La loi détermine les ‘objets dont les juges de paix set leurs
assesseurs connaissent en dernier ressort , elle leur en attribue d'autres qu'ils jugent à la charge de l'appel. | 137. Les affaires dont le jugement n'appartient point aux juges
de paix, sont cependant poriées immediatement devant eux, pou
être coneiliées; si.le juge de paix ne peut les concilier, il les renvole par devant le jribunal civil. . 138. Le Sénat détermine le nombre des tribunaux civils Pr chaque dé partement. Les lieux où ils sont établis, leur mode d'organisation et leterriioire formant leur ressort. "439. I y aura près de chaque tribunal un commissaire du pouvoir exécuif, un substiiut et un greflier. + Les deux premiers sont nommés et peuvent être destitués par le
Président. 40. Le tribunal civil prononce en RE ressort dans les cas détesé
minés par la loi, sur les appels des jugemens, soit des juges de.
paix, soit des arbitres, soit des tribunaux d’un autre département 441. L'appel des jugemens prononcés par le: tribunal civil d’un dés
partement se porte au tribunal civil d’an des Hp Voisins. De la justice criminelle. ’ ‘+1 142. Nul ne peut être saisi que pour être eonduit devant lof.
ficier de police, et nul ne peut être mis en élat d'arrestation ou
détenu , qu'en vertu d'un mandat d’arrèt des officiers. de polie k
HISTOIRE D’HAITI. 489 ‘ou du pouvoir exécutif, dans le cas de l’article 25 ou d’un décret
. de prise de corps d'un tribunal, ou d’un décret d'accusation du Sénat, dans le cas où il lui appartient de le prononcer , ou d'un ju-
* gement de condamnation à la prison. 143. Pour que l'acte qui ordonne l'arrestation puisse être exécuté,
il faut, 4.° qu'il exprime formellement le motif de l'arrestation et la
loi en eonformité de laquelle elle est ordonnée ; 2.° qu'il ait été notifié à celui qui en est l'objet et qu'il lui en ait été laissé copie. 144. Toute personnesaisie el conduite devant Pofficier de police,
sera examinée sar le champ ou dans le jour même au plus tard. 145. S'il résulte de l'examen, qu'il n'y a aucun sujet d'inculpation contre elle, elle sera remise ausshiôt en liberté; ou sily a
lieuxde llenvoyer à la ‘maison d'arrêt, elle y sera conduite sous le
plus bref délai, qui, en aucun%as, ne pourra excéder trois Jours. 446. Nulle personne arrêtée ne peut être retenue si elle.donne
caution suffisante, dans ‘tous Les cas où la loi permet de rester
Jibre sous le cautionnement, k | 147. Nulle personne , dans le cas où sa détention n’est autorisée par la loi , ne peut être conduite ou détenue que dans les lieux
légalement et publiquement désignés pour servir de prison.
» 148. Nul gardien ou geslier ne peut recevoir B1 retenir aucune
personne qu'en vertu d'ua mandat d'arrèt dang les formes prescrites par les articles 23 et 142, d'un déeret de prise de corps,
d'un décret d'accusation, ou d’un jugement de: condamnation à prison, et sans que la transcription n'ait élé faile sur son registre.
détenue que dans les lieux
légalement et publiquement désignés pour servir de prison.
» 148. Nul gardien ou geslier ne peut recevoir B1 retenir aucune
personne qu'en vertu d'ua mandat d'arrèt dang les formes prescrites par les articles 23 et 142, d'un déeret de prise de corps,
d'un décret d'accusation, ou d’un jugement de: condamnation à prison, et sans que la transcription n'ait élé faile sur son registre. 449. Tout gardien où geolier est tenu, sans qu'aucun ordre puis
se l'en dispenser , de représenter la personne détenue à l'officier
civil ayant la police de la maison de détention, toutes fois qu'il en
sera requis par cet officier. | 50: La représentation de la personne détenue ne pourra être refusée à ses parens et amis, porteurs de l'ordre de l'officier civil,
lequel sera toujours tenu de fl'aceorder , à moias que le gardien ou
geolier ne représente une ordonnance du juge transcrite sur son
registre pour tenir la personne arrêtée au secret. 451. Tout homme, quelque soit sa place ou son emploi, autre que”
ceux à qui la loi donne le droit d’arrestation, qui donnera, signerna , exécutera où fera exécuter l'ordre d'arrêter un individu, ou
quiconque, dans le eas même d’arrestation autorisée par la loi, con
duira, recevra ou retiendra un individu dans un lieu de détention
Ron. publiquement et légalement désigné, et tous gardiens ou
geoliers qui contreviendront aux dispositions des trois articles précédens ; seront coupables de crime de détention arbitraire. 452. Toutes rigueurs employées dans les arrestations, détentions
ou exéeutions autres que celles prescrites par la loi sont des crimes. 453. Le Sénat déterminera le nombre des tribunaux crimingls _ = 499 | HISTOIRE D'HAITI, dans chaque département, les lieux où ils seront établis, leur mode d'organisation et le Lerritoire formant leur ressort. | 154 L' appsl des jJugemens prononcés par le tribunal criminel d'un épartement sera porté au tribunal erimineld' un des départemens voisins. 455. Les juges civils peuvent exercer les fonctions des juges criminels. 456. La Constitution reconnait au Sénat le droit d'établir la pro.
cédure par un jury en matière criminelle, s’il le juge convenable. 457. Le président dénoncera au Sénat, par la voie deson commissaire , et sans préjudice du-dreit des parties iniéressées , les actes el jugemens en dernier ressort par lesquels sd ais ont excédé leur pouvoir. 458. Le Sénat annulle es actes, et s'ils donnent lieu à forfaitureitrend
un décret d'accusation, après aveir eutendu ou appelé les prévenus159. Le Sénat ne peut prononcer sur le fond du procès; il le
renvoie au tribunal qui doit en Connaître. 168. Les 1e des militaires sent soumis à des tribunaux spé:
claux et à des formes particulières de jugement. La loi ‘détermine,
l'organisation de ces tribunaux. / Haute Cour de Jusatité: 161. 11 y a une haute cour de justice pour juger Îles aépusitions
admises par le corps législatif, soit contre ses propres membres
soit eontre le prési lent ou contre le secrétaire d'Etat. * | 162. La haute dè justice ne se forme qu'en vertu d'une pro:
des tribunaux spé:
claux et à des formes particulières de jugement. La loi ‘détermine,
l'organisation de ces tribunaux. / Haute Cour de Jusatité: 161. 11 y a une haute cour de justice pour juger Îles aépusitions
admises par le corps législatif, soit contre ses propres membres
soit eontre le prési lent ou contre le secrétaire d'Etat. * | 162. La haute dè justice ne se forme qu'en vertu d'une pro: clamation du Sénat. 463. Elle se forme et tient ses Séances dans Île lieu désigné
par la proclamation du Sénat, ce lieu ne peut être qu'à douze’ lieues de celui où réside le Sénat. 164. Lorsque le Sénat a proclamé la formation de la haute eour
de justice, elle se compose alors d'un certain «ombre de juges, pris
au sort dans chacun des tribunaux établis dans les différens départements ; ces juges choisissent entre eux un président et deux accusateufs publics 165. Le Sénat détermine le nombre des juges qui doivent être . pris dans chaque tribunal ee former la haute cour de justice ;.
ce nombre ne peut être meintdre de quinze Juges. 166. Les Jjugemens de la hauie cour etant sans appel l'accusé aura
le droit de récuser un tiers de ses juges, et le jugement ne se
rendra qu'aux deux tiers des voix. à | TITRE IX. + De la force armée. 467. La ferce armée est essentiellement chéissante ; elle ne peut
jamais délibérer ; elle ne peut être mise en mouvement que pour
le maintien de l'ordre publie , la protection due à tous les citoyens;
ét la défense de ta République. & 168. L'armée se divise en garde nationale soldée et en D red
nationale non soldée, i LA _- £ e HISTOIRE D'HAITI. 491 469. Lagarde nationale nen-soldée ne sort des limites de sa paroisse, que dans le cas d'un danger éminent , et sur l'ordre «t
la responsabilité du commandant militaire ou de la place. Hors des limites de sa paroisse , elle devient soldée et soumise
dans ee cas à la discipline militaire: dans tout autre cas elle n’est
soumise qu'à la loi. 470. L'armée se recrute suivant la mode cp par la loi. TITRE X.
De la Culture et du Commarce. 174. La eulture, première source de la prospérité de l'Etat, sera
protégée et encouragée. 472: La police des campagnes sera soumise à des lois particulières. 473. Le commerce, aulre source de prospérité, ne soufirira
point d'entraves et recevra la plus grande protection. TITRE XL.
@ Du Secrétaire d'Etat. 474. Il y aura un secrétaire d'Etat nommé par le Sénat, et qui
résidera dans la ville oh tient ses séances: Il ne pourra être
nommé que par le Séfä@seul, une fois assemblé. 47%. Le Sénat fixera les attributions du secrétaire d'Etat. 176. Les comptes détaillés des dépenses publiques, signées et
certifiées par le secrétaire d'Etat, sont rendus au Sénat au commencement de chaque année. Il en séra de même des états de recettes des diverses contributions et de tous les revenus publics. 477. Les états de ces dépenses et recettes sont distingués sui:
vant leur nature : ils expriment les sommes touchées et dépensées,
année par année, dans chaque partie de l'administration générale. 178. Aucune somme ne pourra soriir de la caisse publique sans
la signature du secrétaire d'Etat. 179: Les comptes des dépenses particulières aux départements
seront aussi rendus au Sénat.
même des états de recettes des diverses contributions et de tous les revenus publics. 477. Les états de ces dépenses et recettes sont distingués sui:
vant leur nature : ils expriment les sommes touchées et dépensées,
année par année, dans chaque partie de l'administration générale. 178. Aucune somme ne pourra soriir de la caisse publique sans
la signature du secrétaire d'Etat. 179: Les comptes des dépenses particulières aux départements
seront aussi rendus au Sénat. 180. Par la suite, le Sénat aura le droit d'établir d'autres s8+
crétaires d'Etat si les besoins du service l'exigent. TITRE XIL.
Révision de la Constitution. 481. Si l’expérienee fesait sentir les inconvéniens de quelques
articles de la Constitution , le Sénat en proposerait Ia révision. 182. Lorsque, dans un espace de neuf ans, à trois époques éloignées l'une de l'autre , de‘trois années au moins, Îs Sénat aura
demandé. la révision de quelques articles de la Constitution, un
assemblée de révision sera alors convoquée. 483. Pour nommer les membres de l'assemblée de révision, les
assemblées paroissiales nommeront chacune un électeur. | 484. Les électeurs nommés par les assemblées DRtgaaales se, ren» 482 HISTOIRE D’HAÏÎTI. dront dans les dix iours qui suivront leur nomination au chef-liew
de leur département pour se constituer en assemblée électorale. 485. Les assemblées électorales nommeront, dans les dix jours
qui suivront leur réunion , la même LR de membres que leur
département fournit au Sénat: 486. Les députés nommés pour composer l'assemblée de révision
se réuniront au lieu indiqué par le Sénat, peur procéder .à la révision des articles constitutionnels dent la révision aura été demandée. 487. Le lieu destiné pour la tenue des stanees de l'assemblée
de révision sera distant de douze lieues de 1 endroit où le Sénat
tient ses séances. 188. L'assemblée de révision pourra changer le lieu indiqué par le
Sénat pour la tenue de ses séances , en observant la distance prescrite. 489. Les citoyens qui seront mermbres du Sénat, pendant la:
convocation de l’assembiée de révision, ne pourront être membres
de cetie assemblée. n | 190. Pour être membres de l'assemblée de révision il faut réunir
les conditions exigées pour être ue 191. L'assemblée de révision n'exercer cunes fonctions légis:
latives , ou de gouvernement; elle se borne à la révision des: seuls
articles Fons qui lui ont été indiqués par le Sénat. 492. Tous les articles de Ja Constitution, sans exception ,. continuent d’être en vigueur tant que les changemens proposés par l’assemblée de révision r'ent pas été adressés au Sénat. 493. Les membres de l'assemblée de révision délibèrent en commun. Les délibérations seront prises à la majorité ‘des suffrages. L'assemblée de.révision adresse immédiatement au Sénat la réforme qu'elle a arrêtée. Elle est dissoute dès que ee projet lui a été adressé,
ous les articles de Ja Constitution, sans exception ,. continuent d’être en vigueur tant que les changemens proposés par l’assemblée de révision r'ent pas été adressés au Sénat. 493. Les membres de l'assemblée de révision délibèrent en commun. Les délibérations seront prises à la majorité ‘des suffrages. L'assemblée de.révision adresse immédiatement au Sénat la réforme qu'elle a arrêtée. Elle est dissoute dès que ee projet lui a été adressé, 194. En aucun cas la durée de i'assembiée de révisien ne peut
excéder treis mois. 495. Les membres de l'assemblée de révision ne peuvent être recherchés, accusés ni jugés en aucun temps, pour ee qu'ils ont
dit ou éerit pendant l'exercice de leurs fonctions. Pendant la durée de ces fonctions, ils: ne peuvent être mis en
jugement ; si ee n'est par une décision des membres. mêmes de
l'assemblée de révision. 196. L'assemblée de révision a le droit d'exereer ou de faire
exercer la police dans la paroisse où elle tient ses «séances. 197. Les membres de l'assemblée de révision reçoivent, pendant
leur session, le mème traitewment que eeux du Sénat." … TITRE XI. AR De la mise en activité de la Constitution. :
498. La Constiiution sera mise de suite en activité.
499. En amant que les membres qui seront Boite par l'as HISTOIRE D'HAITI. 493 semblée constituante se réunissent au Port-au-Prince, dans le nombre prescrit par la Constitution, l'assemblée constituante se formera
en assemblée législative et fera teus les actes législatifs attribués au
Sénat 1 200. Aussitôt que les sénateurs seront rendus au Port au-Prince,
als en donneront connaissance à l’assemblée législative qui sera tenu
de se dissoudre de suite. (Signé) P. Bourjoly Modé, David Trois ,- Boyer, Pélage Varein,
Plésance, J. R. Sudre , D. Rigaud, B. Tabuteau, Malet aîné,
Simon, J. Barlatier, J. Simon, Laviolette, Dégrier, CG. Bas- .
quiat, Laroge, Hyte. Dati, N. Saget, Linstant Pradine, Aubin,
Orcel, Th. Brière, Delonnai, C. Leconte, Rellin, Pinet, Lamotte Aigron, Roumage aîné, Ant. Mays, Lagroce, L. Dessalines, F. Désormeau , Augte. Dupuy, Jn. Isaac, J. J. Masse, * Bonniot, Pétigni fils, F. André, Rousseau, Ch. Daiguille,
J. Giraud, Jh. Neptune, J. B. Masse, J. Ferrier, J. Lamontagne, Manigat, Pierre Thimoté, Gellée, Merlet aîné, Voltaire,
Baubert, Cézar Thélémaque, L. Augte. Daumec, Bertrand-Le.
moine, Galbois, J. L. Depa Medina, Fresnel, Bnô. Blanchet,
J. B. Bayard, Lys, Bonnet, Magloire-Ambroise, Pétion , Féquière aîné, Thdat. Trichet, L.-Lereux, R. Bataille, Juste
Hugonin, Déparloir; Almanjor fils et Monbrun , Secrétaires ,
Blanchet jeune, Président.
que, L. Augte. Daumec, Bertrand-Le.
moine, Galbois, J. L. Depa Medina, Fresnel, Bnô. Blanchet,
J. B. Bayard, Lys, Bonnet, Magloire-Ambroise, Pétion , Féquière aîné, Thdat. Trichet, L.-Lereux, R. Bataille, Juste
Hugonin, Déparloir; Almanjor fils et Monbrun , Secrétaires ,
Blanchet jeune, Président. L2 me
LOI du Smat, concernant l'organisation de l'Administration en général, Le Sénat, oui le rapport de son comité des finances, déclare quil y a urgence et décrète ce qui suit :
TITRE 1° — Dispositions Générales. Art. 4.7 Il y aura, dans toute l'étendue de la République, une
seule et unique administration , laquelle comprendra Ia guerre, la
marine, les finänces et les domaines nationaux. 2. Dans chaque département, il sera établi un Administrateur
principal chargé en chef du service. 3. Dans les ports ouverts au commerce étranger, il y aura un
administrateur partiéulier ehargé du service, dans l'arrondissement
de son domicile, qui sera subordonné à l'administrateur principal. 4. Des préposés d'administration seront établis dans toutes les
communes de l'intérieur et dans tous les autres ports du cabotage. 5. Un Garde-Magasin principal, dans tous les ports ouverts au commerce extérieur, sera chargé de la garde et eonservation des den
rées de l'Etat, des approvisionnemens en tous genres; les univ 494 s HISTOIRE D'HAÏTI. tions de guerre exceptées ; des effets d'habillements et d égiiperseré de troupes: Le Garde-Magasin aura le grade de Préposé d'Administration. 6. Les préposés d'administration correspendront directément avec
les administrateurs particuliers de leur arrondissement , auxquels
ils sont subordonnés ; les administrateurs particuliers avec les admiper principaux, et ceux ci avee le Secrétaire d'Etat. . [y aura in compatibil ité des fonctions de divers agens de l'ader og et toutes les fonctions militaires. 8. Aucun agent d'administration ne pourra faire le commerce,
‘tous contrevenanñs à ces dispositions seront destitués de leurs fonetions: 9. Les administrateurs sont indépendans de l'autorité militaire. Nul ne pourra les forcer soit à modifier les dispesitions des lois,
arrêtés du gouvernement et ordres du secrétaire d'État, soit à ren-
. dre des eompies, ou à suivre des ordres qui ne seraient pas
émanés ou transmis par leur chef immédiat. TITRE Il. — Administrahion el comptabelité . 140. L'administration compreudra les approvisionnemens, la recette, la garde et la dépense des matières quelconques ; la surveillance de l'emploi des matières et du temps des ouvriers affectés aux
travaux obNces La revue et le paiement des équipages des bâtimens de l'Etat,
et enfin de tous les entretenus et officiers civils employés au service
de la République, La police et l'administration des hôpitaux, Jes domaines nationaux,
l'inspection des vivres, Cette partie de service sera répartie en sept chapitres: 4° Approvisionnement , 2° comptabilité de l'arsenal, 8° armemens,
désarmemens , 4° administration des hôpitaux, 5° inspections des
vivres, 6° domaines natiogaux, 7° dépenses extraordinaires et imprévues, TITRE HE.— Du Contrôle. 41. I y aura dans chaque département et dans chacun des. ports
ouveris au comméerce étranger , un sous contrôleur , les contrôleurs
auront rang des administrateurs principaux et les sous contrôleurs
celui de l'administrateur particulier. à
8° armemens,
désarmemens , 4° administration des hôpitaux, 5° inspections des
vivres, 6° domaines natiogaux, 7° dépenses extraordinaires et imprévues, TITRE HE.— Du Contrôle. 41. I y aura dans chaque département et dans chacun des. ports
ouveris au comméerce étranger , un sous contrôleur , les contrôleurs
auront rang des administrateurs principaux et les sous contrôleurs
celui de l'administrateur particulier. à 12. Les contrôleurs auront l'inspection de toutes les recettes et les
dépenses des fonds et des matières, sur la conservation des effets
et des denrées dans les magasins, sur les revues des équipages des
bâtimens, sur l’emplei des matières et du temps des ouvriers, et
sur les adjudications, marchés etiraités pour fournitures d'ouvrages. lls vérifieront toutes les opérations de comptabilité et viseront toutes les pièces à la décharge des payeurs." ”. |
Ils maintiendront dans toutes les parties du service, l'exéeution ponctuelle des lois et arrêtés du gouvernement et des ordrès du . E HISTOIRE D'HAITI. 495
Secrétaire d'Etat , ©t réquerront tout ce qu’ils jugeront convenable
pour leur entière exécution. | Ils inspecteront les rôles et registres relatifs à l'inscription des
gens de mer, aïnsi que la situation des eaisses, et remettront à
l'administrateur prineipal, une copie du procès-verbal de leur inspechon. | Ils auront le dépôt public des lois, règlemens , décisions, ordres,
brevets, commissions, avis, mémoires, procès-verbaux, et en dé: _
livreront au besoin des extraits et copies collationnés. è 43. Les contrôleurs seront indépendans dans l'exercice des fonctions qui leur sont attribuées, mais ils ne pourront. dans aucun
cas , arrêter "ni suspendre l'exécution des ordres des administrateurs
qu ils Anformeront des abus et des irrégularités qu'ils remarqueront. Ils Seront tenus de rendre compte au secrétaire d'Etat, tous les
moisy du résultat de leurs observations, toutes les fois qu'ils le
jugeront nécessaires | | Il leur sera donné communication de toutes les pièces nécessaires
pour leur vérification , et ilieur sera fourni tous les renseignemens
qu'ils exigeront. | Les sous contrôleurs , dans les ports .où ils sont employés, rempliront las mêmes fonctions et exerceront la même autoriié queles
contrôleurs des dépariemens -auxquels ils seront subordonnés. | TITRE IV.— Vavres, etc. 44. Toutes fournitures soit pour les bâtimens ou autres, seront
faites d'après les ordres de l'administrateur. 45. Il autorisera le rebut ou la vente des objets reconnus avariés
ou menacés d'un dépérissement prochain. 16. Les gardes magasins rendront compte journeliement à l'administrateur, de cette partie da service. 11% Aucune demande particulière ne pourra plus avoir lieu sur
les magasins de | Etat. Les administrateurs sont autorisés à les refuser. TITRE V.— Service commun à tous les agens. 48. Les adjudieations et marchés pour les fournitures de toute
espèee et pour les travaux à l'entreprise, autres que ceux pour
lesquels le secrétaire d Etat aura traité directement , seront faits
confermément aux lois et réglemens sur cet objet, par l'administrateur ea présence du contrôleur. «Ce dernier sera chargé de la rédaction du marché. 49. Tout acte de cette nature sera , dès le moment de sa passation,
obligatoire pour la République et pour les particuliers.
Les adjudieations et marchés pour les fournitures de toute
espèee et pour les travaux à l'entreprise, autres que ceux pour
lesquels le secrétaire d Etat aura traité directement , seront faits
confermément aux lois et réglemens sur cet objet, par l'administrateur ea présence du contrôleur. «Ce dernier sera chargé de la rédaction du marché. 49. Tout acte de cette nature sera , dès le moment de sa passation,
obligatoire pour la République et pour les particuliers. 20. La visite, l'épreuve et la réception des armes et munitiors
et marchandises. ainsi que des ouvrages à l’entreprise, seront toujours faites en présence du contrôleur ; savoir, par le garde d'artils +
. # 486 HISTOIRE D'HAÏTI. lerie pour les munitions et armes, et par le garde. magasin pour
les autres objets. 21. Les procès verbaux des visites, des preuves et de réceptions,
seront sig Rés sur” le champ, par tous les’ agens qui. auront concouru
à l'opération 3 et ils en seront collectivement responsables. À TITRE. VI — Des bâtimens armés. |
22. Il y aura sur tout bâtiment de la République” un agent- -de
l'administration ; 1 aura pendant la campagne ,rle titre de souspréposé aux vivres, et il sera traité à bord, avec-les mêmes égards
que les officiers de l'état-major dont il fait parlie. 23. Le sous-préposé sera chargé de consiaier le mouvement de
l'équipage et de tenir Jdu id a parties de la comptabilité "y bàtiment en fonds et en matiè 24. a pe ;s&ra tenu de nt aueun service étranger à celui
dont il est chargé par la” loi, il ne rendra de’ compte qu ‘au capie
taine 6! à l'officier chargé du détail. Ed 25: L'officier de santé, le commis distributeur des vivres, ainsi
que le maitre chargé des mutitions et effets, lui rendront eompté
directement de leur commission, cosformément aux réglemens et
instructions quirégissent ce service , et toutes les fois qu 18 l'exigera. S'il aperçoit des excès de consommations ou des abus, ilen préviendra le” capitaine. d 26. Dans tous les ports de la République) les demandes de muFe “nitions serent frites aux géné raux commandans, et celles concernant les vivres ét les effets à habillemens, aux administrateurs.
27. Pendant le combat, le sous préposé aux vivres se tiendra sous
le pont ; pour veiller à ce que les blessés soieat promptement secourus, et à ce que l'ordre règne dans cette partie du service.”
: TITRE VII Eu aniss tot et avancement.
28. Nul ne sera admis dans l'administration en qualité de“eonmis ordinaire, s'il nest âgé de quatorze ans accomplis, et sil na
* satisfait devant l'administrateur, principal à un examen sur l'écriture et sur. l'arithmétique. Les commis seront divisés en deux classes. 29. Les commis prineipaux seront choisis parmi (e commis ordinaires de la première classe. ‘ | 80. Les places de préposés seront données aux commis prircipaux âgés de vingt ans au moins , el de vingt: cinq ans lorsqu'ils
sont détachés. 31. Les places de sous-contrôleurs et d'administrateurs particuliers
seront données aux préposés qui auront deux ans de service dans
leur grade et vingt cinq ans aceomplis. ÿ
en deux classes. 29. Les commis prineipaux seront choisis parmi (e commis ordinaires de la première classe. ‘ | 80. Les places de préposés seront données aux commis prircipaux âgés de vingt ans au moins , el de vingt: cinq ans lorsqu'ils
sont détachés. 31. Les places de sous-contrôleurs et d'administrateurs particuliers
seront données aux préposés qui auront deux ans de service dans
leur grade et vingt cinq ans aceomplis. ÿ 32. Les places de contrôleurs seront données aux sous-contrôleurs
et aux administrateurs particuliers qui re mpliront les conditions exi=
gées par l'article” PASpstent me + à ic; D : HISTOIRE D’HAITE, 497 33. Les administrateurs principaux seront toujours choisis parmi
les contrôleurs et administrateurs particuliers, £ 34. Tous emplois, grades et dénominations non émanés dans la
présente loi, sont supprimés. | 35. Pour cetie fois seulement, 1] pourra être dérogé aux dispositions des articles 28, 29, 30, 31, 82 et 33 de la présente loi;
à l'avenir ils seront exécutés ponctuellement. “ TITRE VIII. — Mouvemens des Ports. 26. ILy aura dans chaque port de chef lieu de département , un
chef et sous chef des mouvemens. | Dans les ports secondaires, ouverts au commerce étranger , il y
aura un sous chef de mouveniens. 37. Leur service comprendra les mouvemens, amarrages, les lestage et délestage desbâtimens de l'Etat , le mâtement etle démâtement,
leur garde et, conservation dans le port, le halage à terre, J'ap=
pareil de carénage sur l'eau, et toutes autres manœuvres à faire dans
le port. | | Les serours de toute espèce à donner pour l'armement et le désermement des bâtimens de la République. Le curage des ports et rades, la surveillance des pilotes et des
agens préposés à la police du pert. 38. Les pilotes sont à la charge et aux frais des chefs de. mouvemens et des sous-chefs de mouvemens, ainsique les frais de bureau. L'embarcation et les canois sont à la charge de FEtat. 39. Sur toutes les rétributions revenant au chef de mouvement,
pour le pilotage eic., il sera accordé le quart au sous ehef de mouvement. 40, Les chefs de mouvemens et sous-chefs de mouvemens , seront
logés en nature, aux frais de la République. TITRE IX. — De l'organisation des bureaux. 41. Les bureaux des administrateurs principaux seront composés
d'un secrétaire avec le grade de préposé, d'un commis principal, Les bureaux des administrateurs partieuliers ne seront composés
que d'un commis principal et d'un commis ordinaire. 42. Les bureaux des contrôleurs seront composés d'un préposé,
d'un commis principal; et ceux des sous contrôleurs seront composés d'un commis principal , d'un commis erdinaire. | A3. Les bureaux des préposés d'administration seront composés
d'un commis principal, d’un commis ordinaire. 44. Les bureaux des Magasins de l'Etat seront composés d’un
commis principal, d’un eommis distributeur. _— 498 HISTOIRE D'HAUTI. _ 45. Les bureaux des guerres et des classes seront composés d’un
préposé chargé du service, d'un commis principal qui lui sera adjoint, d'un commis ordinaire. | | Dans les ports non ouverts au commerce extérieur , les préposés
d'administration seront chargés du service des guerres et des .elasses. |
Les bureaux des Magasins de l'Etat seront composés d’un
commis principal, d’un eommis distributeur. _— 498 HISTOIRE D'HAUTI. _ 45. Les bureaux des guerres et des classes seront composés d’un
préposé chargé du service, d'un commis principal qui lui sera adjoint, d'un commis ordinaire. | | Dans les ports non ouverts au commerce extérieur , les préposés
d'administration seront chargés du service des guerres et des .elasses. | TITRE X. — Assimilations de grades. 46. Les administrateurs principaux , assimilés au colonel. L'administrateur parüculier, au chef de bataillon. Le préposé d'administralion , au capitaine. Le sous-préposé, au lieutenant. TITRE XI. — Du Costume. 47. Les agens de tous les grades de l'administration, seront vêtus
de l'uniforme ciaprès: Habit bleu droit, sans revers, doublure
rouge, poches en travers avec trois boutons, collet rahbattu, et
parement en bottes de velours eramoisi, vestes et culottes blanches: chapeau retapé uni; boutons jaunes timbrés d’une anere avec la. légende Administration. L'administrateur principal et le contrôleur porteront sur le eollet,
les paremens et les poches, une brocerie en or de douze lignes de large. Les sous contrôleurs et administrateurs particuliers auront la broderie sur le collet et les parements. Les préposés d'administration et sous préposés aux vivres porte:
ront la même broderie sur le collet seulement. | Les autres agents porteront l'uniforme sans broderie. — La broderie sera conforme au modèle. A8. Tous les officiers et employés à Tadministretion sont tenus
de porter toujours leurs uniformes, dans l'exercice de leurs fonctions. 49. Aucun agent de l'administration ne pourra s'absenter de son
bureau dans les heures destinées au travail, sans encourir la
peine de destitution. 50. Les admiaistrateurs auront la police de leurs bureaux, et pourront faire arrêter les personnes qui leur manqueraient..
TITRE XII. — Appointemens. 51. Les appointemens des officiers et employés de l'administration
seront déterminés d’après Île tarif annexé à la présente et ne pourront être exigés qu’à compter du premier Avril prochain. CS 52. Les chefs d'administration conserveront leur logement, mais ils
seront tenus deréunir, dans le même local, les bureaux de tous
les employés soumis à leurs ordres. La] HISTOIRE D'HAITI, | _ + 499 Les officiers employés de l'alléinistration., ne pourront prétendre à
aucune ration. Mais les employés continueront d’être logés aux frais de l'Etat,
chacun suivant le grade auquel il est assimilé, et ceux qui ne sont
assimilés à aueun grade, auront Île logement de sous-lieutenant. TITRE XIII. — De la Trésorerie. 53. Il y aura un Trésorier Général pour toute la République,
lequel remplira, dans le lieu de sa résidence, les fonctions de trésorier
particulier de département et auquel les trésoriers particuliers des
autres départemens , sont subordennés. Le Trésorier général résidera au chef lieu de la République. 54. Dans chaque département autre que celui où réside le Trésorier général, il y aura un trésggier partieulier de département
dont la résidence est fixée au chef-lieu et auquel les receveurs
principaux el pariieuliers sont subordonnés.,
idence, les fonctions de trésorier
particulier de département et auquel les trésoriers particuliers des
autres départemens , sont subordennés. Le Trésorier général résidera au chef lieu de la République. 54. Dans chaque département autre que celui où réside le Trésorier général, il y aura un trésggier partieulier de département
dont la résidence est fixée au chef-lieu et auquel les receveurs
principaux el pariieuliers sont subordonnés., 55. Dans Îles ports maritimes ouverts au commerce étranger, le trésorier en exercice prendra le titre de Receveur principal et en remplira les fonctions. 56. Les Receveurs principaux feront passer aux Trésoriers particuliers de département, et eeux-ei au Trésorier général , leur acquit
en rêgle, lant en recelies qu'en dépenses et dont il leur fournira
décharge légale ; tous,ces acquits formeront le compte général de
recettes et dépenses Ge la République. Le Trésorier général et les Trésoriers particuliers de département
et les receveurs principaux sont assimilés, le Trésorier général à
l'Administrateur principal, les Trésoriers particuliers à l'Adminis®
trateur particulier , les Reeeveurs principaux au Préposé. 57. Le bureau, du Trésorier général sera composé , d'un chef et
d'autant de commis , secrétaires qu'il y a de déparlemens Celui du Trésorier particulier, d’un chef et de deux commis expéditionnaires. Les chefs de bareau de la trésorerie sont assimilés aux commis
principaux et les autres employés aux commis ordinaires. 58. Les agens de là trésorerie recevront les mêmes appointements
et traitemens que ceux des grades auxquels 1ls sont assimilés. * 59. Ils porteront le même uniferme avee fa différence seulement
que le trésorier général, et les trésoriers particuliers, et les receveurs principaux auront une clef en or, brodée sur le côté gauche
de lhabit. | | 60. Le Trésorier Général, les trésorters particuliers et les receveurs principaux perçoivent es droits d'importations et d’exportatations , de pesage, jaugeage , tonnage et cubage, de sauvetage , des Dbâtimens naufragés et généralement de toutes les Ê 500 HISTOIRE D HAITI. les impositions quelconques qui sont et qui séront établies par la
suite, et enfin de toutes les confiscalions prononeées en faveur de
Ja République. 61. Les préposés d'administration dans les communes de l'intérieur et dans tous les perts non ouverts au commerce étranger , rem- . pliront en même temps les fonections,de receveurs particuliers tant des deniers que des denrées de l'Etat. 62. Les Administrateurs sont chargés de faire entrer au Trésor,
les produits des domaines natienaux qui sont : fermages d' habitations,
guüildives, boucheries, tanneries , wWarfs , salines, barques, brique
teries, chaufourneries et postes. 63. Les Receveurs principaux et particuliers adresseront, tous les
huit jours, leurs bordereaux des caisses aux trésoriérs particuliers
de département. Ceux-ci feront parvenir tous dés quinze jours au Trésorier général leurs bordereaux et un double de eeux qu'ils auront reçus des receveurs principaux et particuliers. | 64. Sur tous les bordereaux à lui envoyés le trésorier général
_formera un état général de la situation de chaque caisse, qu'il
adressera tous les mois, au Secrétaire d'Etat.
ont, tous les
huit jours, leurs bordereaux des caisses aux trésoriérs particuliers
de département. Ceux-ci feront parvenir tous dés quinze jours au Trésorier général leurs bordereaux et un double de eeux qu'ils auront reçus des receveurs principaux et particuliers. | 64. Sur tous les bordereaux à lui envoyés le trésorier général
_formera un état général de la situation de chaque caisse, qu'il
adressera tous les mois, au Secrétaire d'Etat. 65. Dans chaque arrondissement où il y aura un receveur prineipal, les receveurs particuliers lui feront parvenir, tous les huit jours,
le double des bordereaux qu'ils auront adressés au trésorier particulier. à 66. Le Trésorier général, les trésoriers particuliers , les receyeurs prineipaux et particuliers fourniront caution en immeubles st du montant des sommes désignées ciaprés. Le Trésorier Général g. 12000
Le Trésorier particulier * 8090
Les Receveurs principaux 6000
Les Receveurs particuliers 3000 67. Aucune compensation, pour quelque motif que ce puisse être, ne pourra être adinise pour l’acquittement des impôts et autres droits : dûs à la République. 68. Aucune somme d'argent ne pourra sortir du trésor sans une … ordonnance de dépenses, appuyée sur des pièces comptables en bonRes et dues formes. 69. Le Trésorier général, les trésoriers particuliers , les receveurs “ principaux et particuliers sont tenus, sur leur responsabilité personnelle, de refuser le paiement de toutes ordonnances dent les for:
malités prescrites en l'article précédent, n'auraient pas été remplies. 70. Les paiemens devant être faites au nom du Trésorier général, les ordonnances seront dressées en conséquence. |
| |
s
|
L LA HISTOIRE D’HAITI. : 601 74. Les administrateurs principaux et particuliers auront seuls le
droit d’ordonnancer. 72 et dernier. Le Secrétaire d'Etat fera dresser des modèles de
bordereaux, situations, états, tableaux ete. qu'il sdressera à tous
les comptables, afin d’établir l'uniformité dans le service. La présente loi sera imprimée. Tartf pour les appointemens des officiers d'administration. L'Administrateur principal g. 2000
Le Contrôleur de première classe 1600
L'Administrateur particulier eu Contrôleur 1200
Sous-Contrôleur 4000
Le Préposé ou sous Binmissaire 806
Les Gardes Magasins principaux 1000
Le Commis principal 600
Les Commis ordinaires, Aère. classe | 506
Les Commis de %e. classe 400
Les Garçons de bureaux 96 Desquels appointemens , il ne sera payé que la moitié pendant la
guerre actuelle. Adopté avec déclaration d'urgence, pour être imprimé.
Fait et clos au Sénat, le 14 Mars 1807.
(Signé) Ch. Daguille, Jn. Fa. Dépa Médina, J. Le. Barlatier, Ls. Aug Daumec, Pélage Varein, Lys, Manigat, Lamolle Aigron,
Bonnet , Larose, Ferrier, Simon. | DRE RE RE TE RE LUTTE RER RE VE ENONCE T LVL LE RENE RENE
erre actuelle. Adopté avec déclaration d'urgence, pour être imprimé.
Fait et clos au Sénat, le 14 Mars 1807.
(Signé) Ch. Daguille, Jn. Fa. Dépa Médina, J. Le. Barlatier, Ls. Aug Daumec, Pélage Varein, Lys, Manigat, Lamolle Aigron,
Bonnet , Larose, Ferrier, Simon. | DRE RE RE TE RE LUTTE RER RE VE ENONCE T LVL LE RENE RENE Noms DES PERSONNAGES DONT IL EST FAIT MENTION DANS LE Se. VoLUME, EN SUIVANT L'ORDRE CHRONOLOGIQUE. Latouche Tréville , blanc.
Decrès , id,
Rochambeau , id,
Ciausel, 1d,
Brunet, id,
Neéraud ; id,
Pesquidou, id,
Lacreix, « id,
Dubreton , id.
Anhouit, id,
Kerverseau , id,
Quentin, | id,
J'oussaint Brave, . noir.
ecourte , blanc.
Lallemand, id.
Baury, id.
Cange, homme de couleur,
Gaffrard, id,
Hurto, blanc.
Jean-Louis François, noir.
Nérette , homine de couleur.
Férou , id.
Vancol, id.
Rigaud, 1
Dessalines, noir.
Pétition, homme de couleur.
Lamour Dérance, noir.
Laplume, id.
Moreau Ceco Herne , hom. de cou.
Raymond Benne, . id.
Berger, blane.
Gérin , homme de couleur.
Francisque , id.
Kerpoisson , blanc.
Bégon, - homme de couleur.
Aou , noir.
Armand Heu id.
Camkerlin, blanc.
Miidenday, id.
Wives, | id.
Sarrasin , | id.
Lespos , id.
Verime, id,
Monvoisin , ps id. Bazile, noir,
Jean-Jacques Sully, id.
Gilles Bembarra, id.
Brital Kavanack, id.
Delpêche , homme de couleur,
Darbois , blanc.
Lamarre, homme de couleur.
Eveillard , id,
Romain, - noir,
Brouard, homme de couleur.
Frémont , noir.
Jou homme de couleur,
Jout César x femme ‘noire,
Jurien, blanc,
Willaumez, id.
Lacombe, id.
_Drouville, : dé”
Laucoste , id.
Neterwood , | 4
Sanon Loup ; homme de couleur.
Clermont, id.
Lespinasse ; +. blanc.
None, id. "0
Magloire Ambroise , noir, 4
Lacroix , | id,
Macaque, id.
Barnesche , blanc.
Dumont id,
Orange , homme de couleur.
Bedout, blanc.
Boisrond Tonnère, hom. de couleur.
Mafrant , biänc., :/°4
Thomes Durocher, noir. dl
Cercley, L 2 bien
Borgella , homme de couleur.
Bernard, blanc. .
Laujon , id.
Monfalcon , id:
Rosse, ne. id, |
- Bonaparte, id.
Pierre Boyer , id.
Diatrans , id. 4
Thouvenot , id, S Dhenin , * id, « Movbreton Norvine,
Bavytiste Merceron,
Alix, Chapelle ,
Huzy , Borthou ,,
Capoix ,
Moy:e, Placide Louis,
Vincent Louis,
Boscus , Ripert ,
Bauvoir,
Bauduy,
Claparède ,
Desplanques ,
Lux, Viet, Bertet,
Lavelette ,
Fressinet ,
Lhermie, Daut Brave,
Romain, Charles Pierre, ISTOTRE id.
id,
id, Ë
id.
id.
id.
noir,
id.
id,
id.
blanc.
ie].
noir,
blanc,
id.
id,
id,
id.
id.
id.
id.
id.
noir,
4:
id,
Moy:e, Placide Louis,
Vincent Louis,
Boscus , Ripert ,
Bauvoir,
Bauduy,
Claparède ,
Desplanques ,
Lux, Viet, Bertet,
Lavelette ,
Fressinet ,
Lhermie, Daut Brave,
Romain, Charles Pierre, ISTOTRE id.
id,
id, Ë
id.
id.
id.
noir,
id.
id,
id.
blanc.
ie].
noir,
blanc,
id.
id,
id,
id.
id.
id.
id.
id.
noir,
4:
id, Mimi Bode, homme de couleur, Marion,
Sanglaou , id,
noir. Cadet Bode, homme de couleur. Isidore , noir,
Déerenoncourt, homme de couleur.
Masson, id,
Laporte, id,
Petit Noël Prierre, noir.
Gabart, homme de couleur,
Luthier, blanc.
David Troy, noir.
Sans Souci, noir,
Giles Diouët, id.
Pierre Louis, id.
Quique , homme de couleur.
Montauban, noir.
_ Germain fière, id:
Jean Rouge, id,
Adam id,
Toby, id.
Bossou Langlade, (FLE
Condé, id.
Patience , id.
Lubin Hudicourt, id,
Chavanne , id, Clervaux , homme de couleur. : $ D'HAITI. 503.
Metellus, id,
Lamérique , id,
Basher, blanc. -
Panis, id, À
Richelle, id.
Perroud , id,
Voisin , id,
Lanchamp?, id,
Bizouard , id,
Dat ë id,
Jihinger, id.
Cagnet , noir,
Jacques Tellier, poir..
Papalier ,. homme de couleur.
Verret, blane.
Bourdet , homme de couleur.
Leblanc, id.
Giles Benech, noir
Guillaume Lafleur , id -
Loihon , blanc. -
Guerrier, noir,
Destrade , id. ;
Coquia ; id.
Mathten Fourmi, id.
Dolosié * blanc.
Gourjon , homme de. couleur.
Voltaire noir, - Ferrare, blanc.
Lafredinière id,
Léveillé, noir.
Bonnet , homme de couleur,
Maillard , blanc.
Chaveau, id.
Barré , id.
Gilbert Néraud, “id:
John Bligh, id.
Baruetche , id.
Magnytot , id.
Colbert , id.
Brassier , id
Hardivilliers , id.
Allard; id,
Wantron, id.
Clausel , id,
Lapoype , id.
Nouailles , id.
J2an-Pierre Boyer, hom.'de couleur. . Moulut, Fe 2 bianc.
Jean-Philippe Daut, noir,
Christophe, id: Loring. blanc.
Bazalais, homme de couleur.
St. James, blanc.
Meyronnet, homme de couleur.
Canneaux , id,
Tucker , blanc. Jean-Louis-Lafontant , hom. de cou. Bauvais, id,
Louis George, “hrwidi
By, blanc.-
Mansui, id, Faustin Répussard, hom. de cou, James Walker, blanc.
Cathéart, id.
Duckworth, id, Pierre Toussaint, hoin. de couleur. Pierrot, - neir.
Vernet, homine de couleur.
Larose, id.
Charlotin Marcadieux. id.
Frontiche, noir.
Balthazar Jaginac, hom. de cou.
Disquoi, noir.
Lecun, blanc.
Lafontant, homme de couleur.
Bédouet , id.
Thomas Marie Jeanne, noir.
Lefèvre, blanc.
Whitty, id.
Cumberland, id.
Hubert ; id,
Fédon, tri
Renouard, . id.
Siransant, id.
Péjot, id,
rot, - neir.
Vernet, homine de couleur.
Larose, id.
Charlotin Marcadieux. id.
Frontiche, noir.
Balthazar Jaginac, hom. de cou.
Disquoi, noir.
Lecun, blanc.
Lafontant, homme de couleur.
Bédouet , id.
Thomas Marie Jeanne, noir.
Lefèvre, blanc.
Whitty, id.
Cumberland, id.
Hubert ; id,
Fédon, tri
Renouard, . id.
Siransant, id.
Péjot, id, Pau! Prompt, homme de couleur. Bastien, noir.
Zenon, homme de couleur,
Lavelanet , id,
Dominique, noir.
Yayou , id.
Villaret Joyeuse, blanc
Deimonihe, id,
Ganthaume , id,
Linois , id.
Magon, id,
Boyé ,. id.
Duveyrier, id,
Urbain Deveau, id.
Mosa , | id.
Ferrand, id. HISTOIRE D’HAITI, Peuze, homme de couleur.
Dupuy id,
Pourcely , id.
-Jéan Richardo, id,
Don Domingo Perez, id,
José Compas Tabarres , id,
Hartzinch, ” blanc.
Dumanoir, 14,
Pamphile de la Croix, id.
Larocheblin , MT
Clément, id.
Lédoyen, id.
Pambour, 1 id.
Spital, TRE:
Dampierre , | dd;
Dugua, : * id.
Hardy, id,
Watrin, id,
Sablonaski , id,
Vonderweid, id.
Mayer, id.
Salme , id.
Boudet , id,
Decsfourneaux , Te
Pierre Dévaux, id.
Lalane, id.
Painsot, id.
Morgan, id,
Desbureaux, +4 kde
Hubert, id,
Dutrin , $ id.
Ripert , id.
Dabarquier , id, Chaieron, homme de couleur.
J. J. Herne, (ou Moreau Coco
Herne )} homme de couleur. Morelly , id.
Chevalier, id,
B. Loret, . id.
Quène, à id,
Makajou , “04 id.
Carbonne, id.
Malet, id.
Jeannot, noir.
Charles Lalondrie, id,
Magny, . id.
Félix Ferrier, homme de couleur,
Boisblang , id.
Perkins, blanc.
Gourde, id,
Solage , id, ‘- HISTOIRE D'HAITI. Giraud, homme de couleur. Sabourin , id.
Toulmé, id.
Bobœuf, blanc.
Saladin, id,
Libertat, id.
Didier, id.
Fouché , id,
Garuiar, id. Juste Chanlatte, homme de couler. Dufour, blanc.
Jean Zombi, homme de couleur.
Jsan Zépingle, noir.
Miramkeau, blanc.
Buüillergeau , id,
Monnier, id,
Charles Sliguy, id.
Lafricain , noir,
T'élémaque, id. Jacques Ciervaux, hom. ds coul.
Alin, noir. Madame Campan, femme blanche.
Carter, , blane. T'artre, homme de couleur.
Madame Renaud, femme blanche.
Laurence Makintosh, fem. de coul.
Théodat Trichet , homme de. cou. Bergerac Trichet, id,
Gaspard, id.
Henri Barré, id.
Bélisaire Bonheur, id.
Nugent, blanc.
Edouard Corbet , id.
Serapio Reynoso, noir.
Vastey, homme de couleur.
Joseph Alexandre Ogée, id.
Villet , blanc.
Bijeau , homme de couleur.
Jubert , id.
Nau, _ id,
Chéry Brochard, blanc.
Jaccb Lewis, id.
Booth, id,
Chanlatte fils, homme de couleur.
Daransan , « blanc.
Ducoudray, homme de couleur.
Ruiz, id,
Barré, id.
Bélisaire Bonheur, id.
Nugent, blanc.
Edouard Corbet , id.
Serapio Reynoso, noir.
Vastey, homme de couleur.
Joseph Alexandre Ogée, id.
Villet , blanc.
Bijeau , homme de couleur.
Jubert , id.
Nau, _ id,
Chéry Brochard, blanc.
Jaccb Lewis, id.
Booth, id,
Chanlatte fils, homme de couleur.
Daransan , « blanc.
Ducoudray, homme de couleur.
Ruiz, id, Henriette St. Marc , fem. de cou.
Mentor, noir. Dartiguenave, homme de couleur.
Ysaac Borel , * noir,
Barthélemy Mirault, id
Jérôme, id,
‘Guillaume, id.
Pierre Louis, id, Jean Ximenes, homme de couleur. Don Pedre, id.
Jason , noir.
Etienne Aibert, homme de couieur.
Polanque s id.
Jacques Louis, id.
Pierre Peux, id.
Joubert, id, Don Francisco Remondo , blanc.
Compa , id. Don Francisco, id,
Escoto, id,
Don Joss de Roxas, id,
Don Jose de Nunez, id,
Don Jaan Curel, id,
Don Juan Nunez, id.
Delmonte , id.
Noberto Alvarès, id,
Antonio Rodriguez, id.
Blas de Almonte, id,
Pablo Alvarès, id.
Besquet, id,
Savari, homme de couleur.
Damestois , id.
Louis Lerebours, noir
Julien, id. Roulau, homme de couleur.
Euphémie Daguiile , fem. de cou.
Maitial Besse, homme de couleur. Lys , id.
Monblanc , id.
Missiessy , blanc.
Lagrange , id.
Laseègnes, id.
Jean-Jacques Bazile, noir.
Raymond, id.
Habilhomme , id.
Roisy , homme de couleur.
Bressard , ; id.
Basquez, bianc. : Don Augustin Franco Medina, id...
Francisco Estèves , hom de coul.
Roxa, id.
Faubert, id.
Jean-Baptiste Bayard, id,
Blanchet jeune, id, 506 À
Bruno Blanchet,
Pierre Louis Gas,
Chalviré, Vaval,, Roumage jeune, homme de cou. Rouanez jeune,
Justamont, Jaccb Lewisy
Samuel J. Ogden
Washington Morton,
Rufus King,
Livingeton,
Sievaus, Riken, Morton,
Wéoëdworth , HISTOIRE D'HAITI. id. Bauregard, homme de couleur.
id, Louis Boisquenez, {0
id, Boïisrond Canal, id,
noir, Eusène Hauis, IU:<
Labbé , id.
id. Constant , | id. |
blanc. Avignon, homme de couleur,
id, Malval,, id,
id, B'uno Pic de Père, id.
id. Massieu , id.
id. Jacques Flon, die
id, Sully, noir.
id. Mackintosh ; blanc.
id. Barreau, ‘homme de ceuleur.
id. Hopsengart ner, blanc.
id. Daniel Thomas, hom. de couleur.
id, Boïisrond Canal, id,
noir, Eusène Hauis, IU:<
Labbé , id.
id. Constant , | id. |
blanc. Avignon, homme de couleur,
id, Malval,, id,
id, B'uno Pic de Père, id.
id. Massieu , id.
id. Jacques Flon, die
id, Sully, noir.
id. Mackintosh ; blanc.
id. Barreau, ‘homme de ceuleur.
id. Hopsengart ner, blanc.
id. Daniel Thomas, hom. de couleur. Le Auguste Daümec, hom. de c. Dalbbend ; ages?
Jean Baptiste, noir. Daublas, id.
Charrier / homme de couleur, Louis Alinanjor, noir.
Beaubert , id, Wagnac, id.
Juste Capeyant, noir, Racolier, homme de couleur.
Daran, id. Tapiau, id,
Prophète, id. Me ELo, : noir.
C roquignole , homme de cou. | :6 Mentor Esmangard, 14.
. Laforest , id, | G aisil, homme de couleur.
Fabre, id. Br uirèté ÿ blanc.
Thomas Thuat, blanc. Mathieu Périgny, noir.
Wesbster, id, Heüri , honrme de couleur.
Noël Piron, noir. Pérou, id.
Antoine Gérin, homme de cou. Chinon, id.
-Perdriel ,, -Lid. lRounseeau , id,
Jean Thézan, il. Fosxé , id,
Fresnel, id. Joute Bardet, id.
Jn. Fs. Lespinasse, id, Guerrier Haya ; id,
Destiide, noir. Madame ‘Abeille, femme de cou.
Apollon, id. Castaing , homme de couleur. -
Moreau , homme de couleur. Bruni Leblanc ; homme de cou.
Pujol, blanc: Lacon'e id.
Innocent, noir. J. Rocher ; id,
Laborie , homme de couleur. Lacour, # id!
Michel Tendaut, noir. Jean Langevin ,. homme de cou.
Chervain , homine de couleur. Calice Brouard, - 0 rs ‘
Poutu , id. Nicolxs Brouard, d,
L'urore Gabart, id. Jérôme, noir.
Bigot, id, Eveillard, homme de couleur,
Guillaume PURÉE noir, Solage , id.
Gertnain Pico... id. D Shidonné Charlot, noir.
Biaise, id. Desmaratte, Hoibine de doute ”.
Souverain, homme de couleur. | Hilaire , | cd.
Noblet , blanc. Muré: ha L | GT Ge
Julie Coudro , femme noire, | JB. Frans, noie + 4
À
* 2 2
” *#
: #7 _— HISTOIRE D'HAITI. Alexis Lemeau, id.
J. Ch: Cadet, id.
Menior , id.
Lespérance, id,
Delaunay , homme de couleur,
Janvier, æ noir.
Pitre ainé, id. Neël, id.
Moulite Tuffet, homme de ‘cou. Henri, noir.
Déhay, homme de couleur.
Piart, id.
Poigron, id.
Bonhonme, noir.
Réné, id.
Figaro, id. Jean-Louis Longuevalle, hom. de c. Thomas, noir.
Gédéon, | id.
Nuzerre, homme de eouleur.
Léger, id.
Duverger, : : id,
Garat, s id. Deñiée, femme noire.
Madame Inginac , fem. de couleur. Bouckman, noir.
Jeannot, id.
Jean-François, id.
Biasson , | Het;
Oge, homnfe de couleur.
Chavanne, id.
Laveaux, blanc.
Maurepas, | noir.
Viilatie, homme de couleur.
Charles Béliair, noir.
E, V. Mentor, id.
.
Nuzerre, homme de eouleur.
Léger, id.
Duverger, : : id,
Garat, s id. Deñiée, femme noire.
Madame Inginac , fem. de couleur. Bouckman, noir.
Jeannot, id.
Jean-François, id.
Biasson , | Het;
Oge, homnfe de couleur.
Chavanne, id.
Laveaux, blanc.
Maurepas, | noir.
Viilatie, homme de couleur.
Charles Béliair, noir.
E, V. Mentor, id. - Frédéric, id.
Flambert , id. :
Lefranc, id,
Lafontant, id,
Gireaud , homme de couleur. " Gille fils, noir.
Lamitié, id.
Gardel , id,
Legendre, homme de cou. _Destouches , S id.
Dorian , id.
Viau ,. id.
Libéral, | id,
Hyacinthe, noir. Tiphaine, homme de couleur. C>
(a
+ Raphsël, noir. Leroy , homme de couleur,
Bertrand Lemoine, _ noir.
Fleury, id.
Bonniot , homme de couleur.
K.-B, Petit, noir.
Jean Isaac, id.
Brelle, blanc.
Vilton , homme de couleur,
Juste Hugonin , id.
Ch Leconte, id.
St. George , , homme de couleur.
Per, id.
Confident, noir.
Auguste, 1d;
Guillaume , id.
Doria , 1d.
Boucher, blanc. Borno Déléard , homme de couleur, Slevens, blanc.
Thérèse, femme noire,
Boisneuf , noir. -P. Bourjoly Modé, homme de cou, Pélage Varein, id.
Piésence, 1d. J. R. Sudre, id.
D. Rigaud, "& ::14,
B. Tabuteau, id.
Malet aîné, x id.
Simon , noir.
J. Barlatier . id.
J. Simon, raids
Laviolette, | id.
Dégrien, id.
C. Basquait, homme de cou,
Larose , noir.
Hie. Datti, id. .
N. Saget, homme de couleur.
Linstant Pradine, id.
César Thélémaque, noir,
Aubin Orcel, id.
Th. Brierre, id,
Delonnaie, homme de couleur,
Rollin, homime de couleur.
Pinet , id.
Lamotie Aigron, id.
Roumage aîné, id.
Lagroce, noif,
Ant. Mays, RES AE
L. Dessalines, id. F. Désormeau, homme de couleur, 08 S Auguste Dupuy, id.
Jun. Isaac, boir.
Pétugny fils, homme de couleur.
J. J. Masce, + 4408
André Rousseau ÿ id,
Ch. Daguilles, id,
J, Girard, id.
Jh. Neptune, nôir,
J. Ferrier , - homme de couleur
J. B. Masse, id,
J. Lamontagne, id
Manigat noir.
Pierre Thimothé®,” id
Gillé, id
Voltaire, air,
Marlet aîné, homme de couleur
Ls Auguste Daumec, id
J. L. Depa Médina , id
J. B. Bayard, id
Féquière ainé, id
EL, Leroux, id
R. Bataille, id
Juste Ugonin, id
Dévalon, HR Le
Moubran : id _Galbois , A 450
Dupin s id.
Deparloir , noir. : Boucanier id,
Manue!, homme de couleur,
Jean Toussaint Cortäd, noir.
Bonhomme, id,
Eléonore, - id.
Mentor, id.
Louis Lersbours, id.
Savary, homme de couleur.
Coutilien Coutard, id.
Bouzy , : id,
Mannette Bonnaire , femme de cou.
Frédéric, noir.
Jason Domingo, id.
César Novelet, id,
Buziie, id.
is , A 450
Dupin s id.
Deparloir , noir. : Boucanier id,
Manue!, homme de couleur,
Jean Toussaint Cortäd, noir.
Bonhomme, id,
Eléonore, - id.
Mentor, id.
Louis Lersbours, id.
Savary, homme de couleur.
Coutilien Coutard, id.
Bouzy , : id,
Mannette Bonnaire , femme de cou.
Frédéric, noir.
Jason Domingo, id.
César Novelet, id,
Buziie, id. \ HISTOIRE D'IHAÎTI, Noël: Dubourg, . _ id.
Moutagse, homme de couleur.
Guilbaut, id.
Pierre Cotereau F noir.
Jean Toussaint, Labarre, id.
Andre, # id.
Eloy Turbet, id. ;
Jean* Charles Courjol , id.
Jean Baptiste Lagarde, id.
Eloy Jeanten, id,
Jean Dougotier, ; id,
Casimir Vincent, id,
George Guimbert, id,
Raphaël Manuel, id,
Jean Baptiste, id. -
Noël Joachin, id,
Jean Louis Rébecca, id.
Daiva , id
Jacques Louis, homme de couleur,
Vicsama, id.
Baptiste Michel, noir,
Théodre Desvilles, E :*
Nicolas Louis, id.
Bauvoir, id,
Cabatoix , « 10
Jean Pierre Azard, Li AGE
Sainte Blème , homme de couleur,
Piacide Lebrun, id.
Jules Derre, noir, |
Suzanne Leroux, femme noire. il
Jacques Colss, noir.
Elisabeth, femme noire,
Lafortune , noir.
Bottex , homme de couleur.
Lucas, noir.
Henri id,
Gabriel, id.
Guaby, id.
Jacob, id,
T'anis , id.
Jean Martin, Sid.
Panayoty, homme de couleurs
St. Louis Boteau, . noir,
: :
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, Ë <+ Page 6 ligne 43e, [41 28 « 39
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16e.
45e. be. 2e.
20e. 1 et à. 3e, 1 ét &.
17e.
4e 20e.
ile. ERRAM'A. 3. VOLUME. ® Au lieu de: S'il ne recevait pas des renforts, lisez: de renforts. Au litu de: le seul bien qui leur restait, lisez : qui leur
restât Au lieu de: que les français étaient capables, lisez: .que
les français fussent capables. Au lieu de: commandait la re, et la 1%e, lisez: commandait la re. et la 2e. | Au-lieu de: pourraient un jour, lisez: pussent un jour.
Au lieu de: après avoir fait connaître aux généraux assemblés ses véritables intérêts, lisez: anrès «avoir fait connaître
aux généraux assemblés ses véritables intentions. Au lieu de: laissé passer , lisez : laissés passer. Au heu de: nomma notaire, lisez: le nomma officier de
l'état civil. Au lieu de: qu'il la fait signer, hsez: qu'il la fit signer.
Au lieu de: la fuite de ces trois hommes, lisez: la fuite
de ces quatre hommes, é:
Au lieu de: l'Ewpereur partit de Marehand et vint au
Port-au-Prince , avec son état-majer , accompagné de Ver.
net, ministre des finances , Jisez : l'Empereur, parvenu à
Marchand, envoya, au Portau Prince, Vernet, ministre
des fiiances.
civil. Au lieu de: qu'il la fait signer, hsez: qu'il la fit signer.
Au lieu de: la fuite de ces trois hommes, lisez: la fuite
de ces quatre hommes, é:
Au lieu de: l'Ewpereur partit de Marehand et vint au
Port-au-Prince , avec son état-majer , accompagné de Ver.
net, ministre des finances , Jisez : l'Empereur, parvenu à
Marchand, envoya, au Portau Prince, Vernet, ministre
des fiiances. Au lieu de: d’hydre dévorant, lisez: d'hydre dévorante.
Au lieu de: Louis Almanzor, lisez: Lous Almanjor.
— Lisez partout de même, Almanjor, au fieu d'Almanzor,
Au lieu de: qu’il: a montré, lisez: qu'il a montrée. 3
Au lieu de: les serntins f1- posés, lisez: furent déposés.
Au lieu de lire: cependant la ville, lisez: la ville, Au lieu de lire: Pétion entra dans une barge avec quatre officiers qui n'avaient pas voulu se séparer de lui, Bédouet, David Troy, Meyronnet et Bouzy, lisez: Pétion entra dans une
barge avec trois officiers, Bédeuct, David” Troy et Bouzy.
Au lieu de: 1l la condamnait même très-énergiquement :
lisez: il la condaninera même très-énergiquement, déjà ‘il
avait eu le temps d'atteindre Bergefac ‘Pmehet Au lieu de: tenue leur disposition , lisez: tenue à leur
disposition. ; Au lieu de: à cet époque, lisez : à cette époque, AD PRE TE ne A + ue ee Cole Te ER 2 Pt ONE © V7 nn me un frame ve NOTES. : ù Note concernant le 8e. volume—Page 129 ligne 41. Dessalinrs avait déméntré
plus de sympathie pour les Polonzxis que pour les Allemands. La généralité des Polonais avait ‘été nuturalisée, tandis que quel qu Allemands seulement l'avaient été. J
: En 1805, lors de la publication de la Constitution, Dessalines accorda lès droits
civils et politiques, à tous les ouvriers allemands, anciens soldats de l’armée
française , qui étaient employés à l'arsenal de Marchand. J'ai rapporté les événemens de la prise d'armes ‘eontre biseafihes: dans l’arrondissement des Caves, d'après plusieurs notes de Mr. Glaisil, lun des conjurés , qui m'ont été communiquées ; d'après les renseignemens que j'ai obtenus,
dès avant 1844, de MM.-.inginac, Frémont, Borgella & de plusieuts autres
personnages importans de 1805 & 1806. Ces renseignemens sont d'accord avec
nes traditions. Quant aux pièces officielles publiées, à l’époque , concernant
la chute de Dessalines, je les ai eues toutes sous les yeux. Page 376.—Metelius, Papalier, Bonnet, la plupart des officiers supérieurs de l’armée du Port-au- Prince, avaient échangé des paroles avec les troupes de l'Artibonite,
“ # _ ” 4 3 &
2e..Volume. — Page 69, ligne 21. Au lieu de: Les Faubert, les Geffrard, les
Delva, les Bonnet. les Birot, &c., lisez: es Faubert, les Geffrard,
lés Bonnet , les Buirot.—— Lè colonel Delva, après avoir échappé à Ma mort,
l’armée du Port-au- Prince, avaient échangé des paroles avec les troupes de l'Artibonite,
“ # _ ” 4 3 &
2e..Volume. — Page 69, ligne 21. Au lieu de: Les Faubert, les Geffrard, les
Delva, les Bonnet. les Birot, &c., lisez: es Faubert, les Geffrard,
lés Bonnet , les Buirot.—— Lè colonel Delva, après avoir échappé à Ma mort, par la protection de Dessalines, demeura dans le pays. Il ne fut déporté, qu'en 1802, par le général français Lalane, au passage de celui-ci au PetiGoûve - s Page 104, ligne 23e.— Au lieu de montra, lisez montrât. , Page 150, ligne 23e—Au lieu de: Battirent en retraite, lisez : battit en retraite. Page 203, ligne 23e—Au lieu de: Ils débarquèrent en chantant des airs patriotiques, lisez: Du Port-Républicain , ils se rendirent à St-Mare où ils débar- | quèrent en chantant des airs patriotiques. C’est par erreur que, dans le 2e. volume page 426, ligne 26, il a été imprimé:
Jean-Jacques Sully homme de couleur.—1l était noir, Page 441, ligne 48—Au lieu de lire: Jean-Louis Lon cu AT noir , lisez : Jean | . Louis Honguevalle:, homme de couleur. Page 387, ligne 92e— Au lieu de lire Braquin., lisez Braquehai. Braquehai était le secrétaire particulier de Christophe, à l’arrivée de l'expédition de Leclerc [1802] C'est lui qui rédigea toute la correspondance de Christophe avec Leclerc, Vilton et le gui H ni À ERRATA CONCERNANT LE III: VOLUME. Page 1e, ligne 90. A lieu de lire dont ils s’appropriaient , lisez: qu'ils
s’ appropriaient, Page 420 , ligne 96. Au lieu de : le général Guillaume, mettant rigoureusement en pratique les ordres de Christophe, etc jusqu’à , exclusivement, le même jour poursuivant son projet, il chassa Xsez: Nous devons
mous rappeler qu’à la fin de 1806, alors que Christophe était Chef provisoire
de l'Etat d'Haïti, le général Guillaume commandait l'arrondissement du Port-de. Paix. Mettant rigoureusement en pratique les- ordres de Christophe, il avait élé
pris en exécration par les troupes qu'il maltraitait. — Dès cette époque , les soldats et sous-officiers de la 9, excités par Rebecca, lui avaient demandé, avec
meénaces, deux Ligne et demie par revue au lieu de deux. gourdins. Le général
Guillaume s’y était refusé. Quelques heures après, les soldats, conduits par
Rebecca qui entretenait l’insubordination parmi eux, avaient envahi le palais du
gouvernement et avait cherché en vain, le général Guillaume : il s’étaits caché
à l'approche des séditieux. Après être demeuré renfermé plusieurs jours, il avait
appris que l’effervescence s'était calmée : alors il était revenu occuper le palais
du gouvernement, avait passé les troupes en revue, et avait fait donner à chaque
soldat deux gourdes et demie. * Christophe apprenant que la 9.° avait refusé la
solde de deux gourdins, avait mandé au Cap le général Guillaume qui s'était
montré faible en cette occurrence, et l'avait envoyé au cachot, à la Ferrière. **
Pourcelly était demeuré à la tête de l'arrondissement du Port-de-Paix, Le calme
s'était rétabli, en apparence, et s'était maintenu, jusqu'en mai 1807. —
à chaque
soldat deux gourdes et demie. * Christophe apprenant que la 9.° avait refusé la
solde de deux gourdins, avait mandé au Cap le général Guillaume qui s'était
montré faible en cette occurrence, et l'avait envoyé au cachot, à la Ferrière. **
Pourcelly était demeuré à la tête de l'arrondissement du Port-de-Paix, Le calme
s'était rétabli, en apparence, et s'était maintenu, jusqu'en mai 1807. — Le 17 mai 1807, #** les deux premiers bataillons de la 9. proclamèrent l'insurrection aux cris de vive Pétion ! vive la République! Ils mirent à leur
tête le grenadier Rebecca, et lui conférèfent le droit d'exercer l'autorité suprême.
Rebecca se résolut à prendre les mesures les plus énergiques pour le triomphe
de Pinsurrection. Le même jour poursuivant son projet, il chassa Page 422, ligne 19 au lieu de l'intendant Jacques-Louis , sez : Jacques
Simon. — | # Note du général Alain. ** Cette dernière circonstance est rapportée, à sa place, à la page 359 du
3e. xolume. — ME Däte de la révolte de Ja Je., d’après le bulletin de Christophe. —
Lois Déclaration de l’intendant Jacques Simon, faite au Cäp le 91 mai 1807. %» ao He ar WT AO à. K M 170 D RC 1 Km ? ga : bob: NE sù uni pd LR
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