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DIRECTEUR DU LYCÉE NATIONAL DU PORT-AU-PRINCE, ANCIEN PROFESSEUR D'HISTOIRE. TOME DEUXIEME. Nationale: indépendance Liberté. AU PORT-AU-PRINOE. æ IMPRIMERIE DE Ju. COURTOIS. 1847. rh Lee à eee
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£ À xd k r f Sommaire Toussaint se dispose à assiégir Jacmel — La légion de l'Ouest ré.
pand dans les campagues que Toussaint veut égorger les hommes de couleur ct
asservir Les noirs. — Borno Déléard occupe Marigot.— Description des fortifications de Jacmel—Enthousiasme de la garnison.— Attitude froide de Bauvaïis.—
Mesures prises par Bauvais pour soutenir un siège.— Départ clandestin de Bauvais.—Indignation de la garnison.— Adresse de Bauvais aux officiers supérieurs de la garnison de Jacmel-—Causes -de la conduite de Bauvais.-—
Sa mort—Dessalines passe une revue de son armée dans la savane de Léogane.
—Feux météoriques —T'erreur des troupes.— Dessalines fait sommer Jacmel de
se rendre.— {a garnison lulrépond qu'eile est prête à vaincre ou à mourir.—
Dessalines investit la place.—Christophe enlève Marigot sur Borno Déléard.—
Les troupes de Jacmel évacuent Baynet.—Dieudonné Jambon fait transporter des
canons devant Jacmel.— La place est canonnée— Assaut repoussé. Les colons
fournissent des fonds à Toussaint pour renverser Rigaud.—"Toussaint fait transporter de la grosse artillerie devant Jacmel.—Il vient diriger lui-mème les opérations du siège.—I1 donne assaut au fort Pavillon et en est repoussé par Auger.
— La famine se fait sentir à Jacmel.— Assaut donné à la place.— Toussaint
fait lancer des bombes sur la place.—La famine devient affreuse.—Birot propose
d’évacuer la place—La garnison s’en indigne.—Birot s'enfuit. —Tumulte dans la
ville apaisé par Auger et Gauthier.—Gauthier prend le commandement de la
place—Rigaud tente de dégager Jaemel; il est battu à la Porte.—Le port de
Jacmel est bloqué.—Rigaud envoie l’adjudant-général Pétion prendre le commandement de Jacmel.—Belle défense de Pétion.—La plupart des femmes sont chase “ À HISTOIRE D'IHAITL—(1799) 4
séces" de Jacmel.—-Cruautés exercées sur elles par Christophe.— Noble cenduiteide
Dessalines à leur égard Evacuation de Jacmel.—Bata ille sanglante dans techemin
du blockaus.— Les débris de la légion de l'Ouest atteignent le Grand-Goâve.—13
Mars 1800 entrée de Dessalines à Jacmel—17 Mars 1809 Toussaint y arrive.
Sa, proclamation. —! a; lume prend le poste Cavalier, et coupe les communications entre Baynet et le Grand-Goâve qu'occupent les troupes de Rigaud.—
F
enduiteide
Dessalines à leur égard Evacuation de Jacmel.—Bata ille sanglante dans techemin
du blockaus.— Les débris de la légion de l'Ouest atteignent le Grand-Goâve.—13
Mars 1800 entrée de Dessalines à Jacmel—17 Mars 1809 Toussaint y arrive.
Sa, proclamation. —! a; lume prend le poste Cavalier, et coupe les communications entre Baynet et le Grand-Goâve qu'occupent les troupes de Rigaud.—
F Nous avons vu dans le livre qui précède que le général Rigaud ne
sortant pas des Cayes et négligeant les opérations militaires avail fourni
à Toussaint Louverture le temps d’écraser l'insurrection du Nord;
et de’ faire descendre de nouveau dans l'ouest les nombreuses
troupes qu'il avait détachées de l'armée expéditionnaire du Sud.
Dessalines renforcé des demi-brigades sous les ordres de Clervaux
avait repris l'offensive , avait enlevé Bellevue, refoulé les Rigaudins jusqu’au Grand Goûve, et avait établi une ligne de camps re:
tranchés presque inexpugnables en avant de Léogane, afin que cette
place fut à l'abri d'un coup de main de l'ennemi pendant qu'il marcherait sur Jacmel. Toussaint avait Pris la résolution d'enlever
cette ville dont il ne respectait plus la neutralité depuis le combat, de
Tavet.. Après avoir confié le commandement de la place de, Léogane à Dieudonné Jambon qui se montrant très-dévoué à son aus
torité exécutait aveuglement ses ordres , il ordonna au général
Clervaux d'occuper avec la Ge. et la 9e. les camps établis par Dessalines entre le Grand-Goâve et Léogane. Aussitôt après la chute
du Môle, il avait fait partir pour les environs de Jacmel deux demibrigades sous les ordres du Colonel Henri Christophe. Reportons nous aux événemens qui suivirent le combat de Tavet dans les 1°" jours de Septembre 1799 , alors que Bauvais
blâma publiquement Birot d'avoir attaqué le Colonel Nérette | en
outrepassant les ordres qu'il avait reçus. Aussitôt aprés les premières
hostilités, les troupes cantonnées près de Jacmel, ainsi que les cul-
.tivateurs du voisinage, dont le chiffre s'élevait à 4,000 âmes, étaient rentrées dans cette ville. Les soldats de la légion de l'ouest qui
étaient noirs la plupart et très-dévoués au général Bauvais avaient
répandu dans les campagnes que Tousmint voulait égorger tous les
_ mulâtres et replonger les nègres dans l'esclavage. | | Bauvais envoya Borno Déléard oceuper Marigot, à la tête d'un escadron et d'une compagnie de la légion de l’ouest, avec ordre d'entretenir
les communications qui existaient entre Jacmel et les campagnes soumises à Lamour Dérance, et de combattre Mamzelle , chef de bandes
qui secondait les vues de Toussaint Louverture. Déjà un nommé
Gay, lieutenant de Mamzelle, avait égorgé les habitans de Sale Trou ;
et Marigot avait été saccagé par une autre chef de parti, nommé Joseph Aquart. DE Ar ;
d'une compagnie de la légion de l’ouest, avec ordre d'entretenir
les communications qui existaient entre Jacmel et les campagnes soumises à Lamour Dérance, et de combattre Mamzelle , chef de bandes
qui secondait les vues de Toussaint Louverture. Déjà un nommé
Gay, lieutenant de Mamzelle, avait égorgé les habitans de Sale Trou ;
et Marigot avait été saccagé par une autre chef de parti, nommé Joseph Aquart. DE Ar ; Lamour Dérance, qui faisait sans cesse des excursions dans la { HISTOIRE D'HAITI.—(1799) 5 plaine du Cul-de-Sac avait arraché à la mort, après un combat livré sur
l'habitation Droutilard, plaine du Cul-de-Sac, à la 2e. demi-brigadedu Cap,
un grand nombre de jeunes gens de couleur que le Colonel H. Christophe
avait fait arrêter en traversant la Croix-des Bouquets. . Ces jeunes gens
avaient été conduits à Jaemel au travers de la Montagne de la Selle.
Borno Déléard se maintint difficilement à Marisôt , assailli par Mamzelle et par Joseph Aquart. Cependant vigoureusement secondé par
Magloire Ambroise, officier roir, il repoussa leurs aggressions. Quant aux habitans de Jacmel ils étaient pleins de sécurité. Cette
place assez bien fortifiée et renfermant une garnison intrépide pou- .
vait résister à une armée formidable. Du reste la légion de l'Ouest ne
pensait pas que Toussaint osât mème approcher ses canons de la Place. La ville de Jacmel s'élève en amphithéâtre du rivage .de Ia mer
au sominet d'un morre-qui domine toute la rade ; elle est presque
inaccessible du côté des montagnes. Elle s'étend dans sa largeur, du
Nord au, Sud ; et dans sa longueur, de l'Est à l'Ouest. À l'époque
du siège que: nous allons raconter, des forts détachés qui formaient la
ligne de circonvallation en fermatent l'enceinte.
Le grand fort s'élevait au Sud Est de la ville sur une éminence
escarpée dont le pied était baïgné par les eaux de Ia mer. Cette
fortification entièrement ouverte du côté de l'intérieur fut désarmée
ar le général Bauvais qui avait reconnu qu'elle ne pouvait servir
qu'à (défendre l'entrée de la rade. Bauvais en fit un poste d'infanterie et y logea 60 hemmes. | À EE À cent cinquante ioises au-dessous du Grand Fort se trouvait la
petite batterie, d'aucune importance pour la défense de fa place;
ce n'était qu'une demi lune établie pour la süreté de fa rade, sous
la protection du fort Béliot; elle fut désarmée et demeura sans
garnison , car elle était à 60 toises environ hors de la ligne de
circonvallation. En suivant a ligne de circonvallation, on attergnait le fort Béliot ou l'arsenal dont nous venons de parler, établi sur le revers sud est d’un des quartiers les plus élevés de la ville,
appelé le Bélair. Cette fortification était parfaitementarmée, ayant parapet, fossés et de grandes diflicultés d'approche. * Ceinte de gros
murs elle servait de poudrière, et renfermait tout le matériel
d'artillerie de la place.
- À deux-cent-cinquante toises du fort Béliot, en se dirigeant vers
le nordest on rencontrait le poste Constant armé à la hâte d'une
ièce de 8. Ce fort défendait l'intervalle qui existait entre le fort
Béliot et le blockaus, et se tenait sous la protection des canons de
ces deux fortifications. Du Nord au nord-est , à 300 toises de Gons-
de poudrière, et renfermait tout le matériel
d'artillerie de la place.
- À deux-cent-cinquante toises du fort Béliot, en se dirigeant vers
le nordest on rencontrait le poste Constant armé à la hâte d'une
ièce de 8. Ce fort défendait l'intervalle qui existait entre le fort
Béliot et le blockaus, et se tenait sous la protection des canons de
ces deux fortifications. Du Nord au nord-est , à 300 toises de Gons- * Le fort Béliot, le blockaus, les forts de Léogane et de l'Hôpital furent
commencésen 1794, par l’adjadant-général Mombrun et par le lieutenant
colenel Pétion. | | | | | 6 HISTOIRE D’'MAITI —(1799) tant se dressait le blockaus sur une petite éminence, dominant tout.
le quartier du Bélair, la grande route de Jacmel à Marigot, et
protégeant celte route alnsi que toutes les avenues de la place. Celte
position armée de quatré pièces dont deux de 18 et deux de, 2%
était entourée d’un fossé de dix pieds de profondeur sur vingt de
largeur. Le blockaus n'était qu'une maison de trente pieds carrés,
dont le rez-de chaussée était fermé par quatre murs épais, etla partie supéricure palissadée de madriers de chêne. | A trois-cents toises. du blockaus vers le Nord on rencontraitle
‘fort Baril, ainsi nommé des barils remplis de terre avec lesquels
il avait été construit à la hâte. Cette position armée de deux pièces
de 8 était très importante, “car elle défendait l'entrée de la place
entre le blockaus et le fort Léogane desquels elle était éloignée de
280 toises. À cent cinquante toises du fort Baril lon rencontrait le
portail de Léogane et les avenues, du quürtier de ia GosselineOn
avait dressé à la hauteur de ce portail un retranchement armé d'une
pièce de À qui défendait la grande rouie de Jacmel à Ecogane.
À cent vingt loises de ce retranchement se dressait sur une éminence Île fort de Léogane armé de 4 pièces de gros calibre dont
deux en barbette, et deux montées sur affuts de côte. Cetteredoute défendait la partie de la place qui s'étendait du Nord au NordOuest, et se tenait sous la protection du fort du Gouvernement. A
280 toises-à l'Ouest du fort de Léogane on rencontrait le poste de
Talavigne, éminence de la plus haute importance que le géré’al Bauvais avait malheureusement toujours négligée. A 200 toises dufort
de Léogane, se trouvait sur la ligne de circonvallation la barrière
de Thomas Thuat, barricadée, fortifiée à la hâte, et ayant ure
pièce du calibre de 4. Cette position défendait le chemin conduisant à la rivière qui baigne la place à l'Ouest. A lextrémitéoccidentale de la ville, à: 200 toises de la barrière Thomas Thuat,,
on rencontrait le fort de l'Hôpital armé de trois pièces de groscealibre montées en, barbette et à cylindre, et défendant les averues
de la place depuis Talavigiie jusqu'au rivage. k
à la hâte, et ayant ure
pièce du calibre de 4. Cette position défendait le chemin conduisant à la rivière qui baigne la place à l'Ouest. A lextrémitéoccidentale de la ville, à: 200 toises de la barrière Thomas Thuat,,
on rencontrait le fort de l'Hôpital armé de trois pièces de groscealibre montées en, barbette et à cylindre, et défendant les averues
de la place depuis Talavigiie jusqu'au rivage. k À 200 toises du fort de. l'Hôpital et à 30 toises du rivage, à
l'extrémité droite de la ville, était un poste militaire défendu par
une pièce de 4. Ce poste était nécessaire à la sûreté de la place,
car les assiégeans profitant de l'obscurité de la nuit, pouvaient, suivant le rivage, pénétrer dans la ville par cette issue. Aussi ce poste
exigealt-il qu'on y déployât la plus grande activité et une rare surveillance. Il terminait le demi-cercle de la ligne de circonvallation à l'Ouest de la place. L'extrémité Est de cette ligne qui
touchait au rivage , était éloignée de 560 toises de l’autre extrémité qui
se terminait aussi au rivage à l'Ouest. | EN" Au centre de ce demi cercle de circonvallation , sur une éminence
qui formait la pointe occidentale du quartier du Bélair , se trouvait misfome D'HAITI 799) 4 le poste ‘du gouvernement. Cette position devait être Île point central de toutes les opérations des assiégés; elle était presque inaccessible et armée de quatre pièces de gros calibre; elle dominait
el protégeait tous les autres forts de la ligne, à l'exception du fort
Béliot, du poste Constant et du blockaus quise trouvaient à | Est
et au Nord-Est de la place. I n'était bruit à Jacmel que du siège qu on devait bientôt supporter. La garnison de cette place composée de soldats braves, intrépides et éprouvés par mille combats, laissait éclater le plus grand
enthousiasme. La détermination de vaincre ou de mourir était peinte
sur les traits de chaque soldat. La haine la plus implacable contre
l'autorité de Toussaint Louverture se «manifestait dans les rangs ;
chacun voyait en lui le protecteur du colon blanc, le bourreau des
hommes de couleur, et l’ennemi dela liberté des noirs. Les femmes
elles mêmes, noires et jaunes, élaient pleines de courage, et se
montraient déterminées à partager tous les dangers du soldat. Le général Bauvais seul se montrait froid, préoccupé; il n'était
pas ému des élans d'enthousiasme qui remplissaient la ville; les cris
de liberté, de vaincre ou de mourir ne réjouissaient pas son front
SOUCIEUX ; il paraissait nourrir en son esprit un projet que combattait
son cœur. À l'aspect sombre de sa physionomie, les braves soldats
de la légion de l'Ouest se demandaient ce qu'avait ieur général dont
l'attitude paraissait condamner leurs bonnes dispositions; ils l’auraient
taxé de lâcheté si lui-même ne leur avait appris mille fois à braver
la mort sur les champs de bataille.
jouissaient pas son front
SOUCIEUX ; il paraissait nourrir en son esprit un projet que combattait
son cœur. À l'aspect sombre de sa physionomie, les braves soldats
de la légion de l'Ouest se demandaient ce qu'avait ieur général dont
l'attitude paraissait condamner leurs bonnes dispositions; ils l’auraient
taxé de lâcheté si lui-même ne leur avait appris mille fois à braver
la mort sur les champs de bataille. Cependant entrainé par lélan général il donnait des ordres, et
prenait des mesures pour soutenir un siège régulier. Il y avait dans
la place une foule de jeunes officiers d’un rare courage. Il confia le
commandement du blockaus au chef de bataillon Brunache, homme
de couleur; celui du fort Léogane au lieutenant coionel Bazelais,
homme de couleur ; celui du fort Béliot au chef de bataillon Dupuche,
homme de couleur. Comme Île Grand-Fort et le morne Talavigne
étaient protégés par les forts Béliot et de l'Hôpital, il y plaça peu
de troupes. JE ordonna que tous les forts et postes correspondissent
puit et jour avec le bureau de la place au moyen de signaux. Sur
Ja place d'armes contigüe au fort du Gouvernement devenu le quartiergénéral étaient rangés en bataille 600 hommes d'élite commandés par
le jeune Benjamin Auger , homme de couleur. Ce corps devait se
tenir toujours prêt, au premier ordre de Pierre Fontaine, commandant de la place, à seporter sur n importe quel point attaqué ou
menacé. Pierre Fontaine était un officier noir d'une rare intelligence,
jouissant de toute la confiance du général Bauvais et de la garnison. Cependant la JAN UERCE prévoyait une horrible famine ; c était
sa seule crainte. : La garnison ne’s’en montrait pas moins toujours
gaie et enthousiaste. Les soldats promettaient à leur général de | Fur à #
8 gisTorRe D'HAÎTI.—(1799.) s’engevelir avec lui sous les ruines de la place. Mais Bauvais était
sous le poids d’une lettre que lui avait adressée l'agent Roume et
dont la ville entière ignorait l'existence. Toussaint avait arraché cette
lettre à l'agent du directoire. PTE s 1. #0 Quel fut l’étonnement de tous ces braves quand tout-à-coup dans
une matinée de Septembre 41799 le bruit circula que le général Bauvais s'était embarqué pour St Thomas, abandonnant ses filles en bas
âge et son épouse. Bientôt l’étonnement fit place à 1 indignaiion ;
les soldats dans leur fureur qualifièrent leur ancien général de traître ;
quelques-uns cependant versérent des larmes, et comprirent son
dégoût des affaires publiques; mais tous se montirérent toujours disposés à périr jusqu'au dernier plutôt que de se soumettre à Foussaint:
Ils continuèrent à entourer de soins et de considérations la famille
de Bauvais. Celuiei en s’embarquant au milieu d'une nuit obscure
avait envoyé au colonel Birot, une adresse aux officiers de Jacmet:
Birot réunit sur la place d'armes les gardes nationaux et la légiôn de
l'Ouest et leur donna lecture de cette pièce. * Jacmel, 13 Septembre 1799. LI Louis-Jacoues BAUVAIS, aux Officiers supérieurs de la garnison de Jacmel. Mes chers Camarades, « Destitué et déclaré en état de révolte par une lettre de lagent
du Directoire exéeutif en cette colonie datée du Cap le 22 Whermidor dernier, que je viens de recevoir, je ne puis ni ne dois continuer à vous commander ainsi que cet arrondissement , sans mé
rendre plus coupable et encourir de nouvelles disgraces. À
13 Septembre 1799. LI Louis-Jacoues BAUVAIS, aux Officiers supérieurs de la garnison de Jacmel. Mes chers Camarades, « Destitué et déclaré en état de révolte par une lettre de lagent
du Directoire exéeutif en cette colonie datée du Cap le 22 Whermidor dernier, que je viens de recevoir, je ne puis ni ne dois continuer à vous commander ainsi que cet arrondissement , sans mé
rendre plus coupable et encourir de nouvelles disgraces. À « Vous connaissez, mes amis, mon attachement à mes devoirs et
mon respect pour les autoritées constituées. Plus d’une fois depuis
les troubles actuels je vous ai dit ma façon de penser, et quoique jé
visse d'une manière à n’en plus douter l'horrible complot de détruire les
hommes de couleur, la présence de l'agent du Directoire m'en imposait au point que je ne pouvais me permettre aucune position hostile.
_Le Sale-Trou venait d'être enlevé par Mamzelle ; le cruel Gay en avait
assassiné les habitans ; la place de Marigot venait d’être surprise par
Joseph Aquart qui de concert avec Mamzelle insurgeait tout et se
proposait de venir cerner Jacmel. (Certain que tout cela se faisait
par les ordres du général en chef et voyant que je ne lui avais
donné aucun sujet, je lui écrivis pour me plaindre de cette étrange
conduite dans. un temps où je correspondais journellement de la
meilleure foi possible avec lui: c’est donc à cette époque, après vos
pressan£ies sollicitations et la nécessité de préserver les jours de nos
concitoyens et les nôtres que je fus contraint par les circonstances HISTOIRE D’HAITI.—(1799) E.. de me mettre sur la défensive. Je m'’empressai d'instruire de ces
faits extraordinaires le citoyen agent Roume dans le ferme espoir
qu'il rendrait justice à ma conduite et blâmerait celle du général
Toussaint qui faisait enlever partiellement par des hommes sans
mœurs les différents quartiers de l’arrondissément confié à mes
Soins. Comme je n'avais aucun tort je m'attendais à recevoir une
réponse satisfaisante de l'agent ; mais quelle a été ma surprise et
mon étonnement lorsque je me suis vu qualifié de ci-devant général
de brigade au service de la République, actuellement chef de révoltés. Un
coup de foudre n'eut pas été pour moi plus terrible ; j'eus. besoin
de toute ma raison pour ne pas me porter au dernier déséspoir.
Le contenu de la lettre est si plein d’amertume et de choses désa-.
gréables que je ne puis ni n'ai le temps de vous en donner copie.
satisfaisante de l'agent ; mais quelle a été ma surprise et
mon étonnement lorsque je me suis vu qualifié de ci-devant général
de brigade au service de la République, actuellement chef de révoltés. Un
coup de foudre n'eut pas été pour moi plus terrible ; j'eus. besoin
de toute ma raison pour ne pas me porter au dernier déséspoir.
Le contenu de la lettre est si plein d’amertume et de choses désa-.
gréables que je ne puis ni n'ai le temps de vous en donner copie. « Ma première idée était de vous assembler tous, de vous en donner
lecture et de vous faire sentir la nécessité d’aller présenter au Directoire ma justification, ou de lui porter ma tête, s'il est possible que
je me sois rendu coupable. Mais réfléchissant que votre désespoir
pouvait égaler le mien et vous porter à contrarier mes vues en me
contraignant de continuer un commandement qui ne m'appartient
plus, jai pris la terrible et nécessaire résolution de partir sans vous
rien dire. Vous, mes amis, qui connaissez ma sensibilité et mon
attachement pour vous et pour tous mes concitoyens de cette arrondissement , mettez vous un moment à ma malheureuse place ; concevez quel chagrin me poignarde d'être obligé de m'éloigner de vous
d'une manière si étrange. Mais telle est la force de la raison et
Pempire du devoir qu'un homme de bien doit préférer l'honneur
à tout ce qu'il a de plus cher au monde. Connaissant votre attachement et votre amitié pour moi, je me flatte, mes amis, que
vous serez utiles à ma femme et à mes enfans, que je vous recommande comme devant être un jour toute ma consolation. Si ma
femme désirait aller à S° Domingo auprès du général Kerverseau
mon ami, ou partout ailleurs, soyez lui favorable je vous prie. « Quant à moi je vais me rendre à S' Thomas, et ferai ensorte de
profiter du premier bâtiment qui fera voile pour Hambourg afin de
me rendre en Europe et passer ensuite en France où je ne négligerai rien pour éclairer le Directoire sur tout ce qui se passe dans
cette colonie. « Comme il est possible que mon départ précipité ocecasionne
quelque effervescence dans les troupes et des inquiétudes alarmantes
aux citoyens de la ville et des campagnes, je vous recommande particulièrement de mettre en usage tout ce que votre prudence et
votre sagesse! vous suggéreront pour éviter le plus petit malheur,
car je mourrai de chagrin si jamais il me parvenait quil soit arrivé
quelque chose de désagréable à un individu quelconque. Assurez de
mon attachement à tous les officiers et soldats de larmée. Ne 10 aisTOoiRE D'HAITI.(1799) w’oubliez pas auprés de tous les braves capitaines des volontaires de
Ja ville et des mornes. Je compte beaucoup sur leur fitéhté à: a
République Française, au maintien de l'ordre et à la sûreté des.
personnes et des propriétés. Gest le moment de vous signaler tous:
« Je vous invite à vous rappeler que la commune de Jacmel a ens
voyé une députation auprès de l'agent Roume et que j'ai envoyé aussi
un officier porteur de mes dépêches; peut être seront-ils assez heureux de faire revenir le citoyen. Agent d'une erreur qui mest en
particulier si funeste. | He)
« Adieu mes amis, je vous embrasse de tout mon cœur. Vive la
République Française, la liberté et l'égalité! |
BAUVAIS.”
tous:
« Je vous invite à vous rappeler que la commune de Jacmel a ens
voyé une députation auprès de l'agent Roume et que j'ai envoyé aussi
un officier porteur de mes dépêches; peut être seront-ils assez heureux de faire revenir le citoyen. Agent d'une erreur qui mest en
particulier si funeste. | He)
« Adieu mes amis, je vous embrasse de tout mon cœur. Vive la
République Française, la liberté et l'égalité! |
BAUVAIS.” P.S.—Je vous recommande l'union la plus étroite entre vous tous et
l'administration municipale. TE Aprés la lecture de cette pièce les troupes se retirérent de la place
d'armes, tèmoignant toujours leur indignation contre Bauvais ; il y
eut pendant toute la journée une forte agitation que les officiers pars
vinrent à calmer difficilement. La municipalité seule avait reçu en
communication , dans Vlaprès-midi qui précéda le départ de Bauvais la leitre de l'agent Roume dont parle ce général dans son az
” dresse. En s’embarquant Bauvais ne voulait pas prendre part à une guerre
toule d'ambition. Depuis longtemps il était dégoûté des affaires de
St Domingue; supérieur incontestablement à Rigaud et à Toussaint en
éducation ainsi qu'en instruclion, sans avoir cependant le génie entreprenant du dernier, il ne pouvait consentir à être dominé mi par
Jun ni par l'autre; la marche de Toussaint vers l'indépendance
de St-Doimingue blessait son cœur essentiellement français , et lambition de Rigaud qui ne voulait pas souffrir de supériorité le froissait également. Rigaud vainqueur il eut été obligé de le combattre pour contenir le débordement de ses passions; Toussaint vainqueur il eut été témoin, d'après ses convictions, de la chute des.
principes républicains à St.-Domingue, du triomphe du parti colonial et de lavilissement de sa -caste. Du reste il était dégoûté
depuis longtemps , quoique homme de couleur , de la folle présomptién des mulâtres qui ambitieux et indisciplinés se montraient difficiles à contenter. D'une autre part, il s’apitoyait sur l’aveuglement de la plupart des chefs noirs qui subissant l'influence des’anciens colons prétaient leurs efforts sans s’en douter au rétablissement de l'ancien régime. Îl ne voyait de patrie que dans la France
républicaine cette grande nation dont les victoires l'avaient si sou-.
ventému, et prévoyant la ruine de la colonie au milieu des guerres
de castes qui l'embrasaient, il voulait aller en Europe exposer au
Directoire exécutif l'état réel de St.-Domingue, s’éloignant momenHISTOIRE D'HAITI— (1799) 1
outer au rétablissement de l'ancien régime. Îl ne voyait de patrie que dans la France
républicaine cette grande nation dont les victoires l'avaient si sou-.
ventému, et prévoyant la ruine de la colonie au milieu des guerres
de castes qui l'embrasaient, il voulait aller en Europe exposer au
Directoire exécutif l'état réel de St.-Domingue, s’éloignant momenHISTOIRE D'HAITI— (1799) 1 tanément des passions violentes qui remuaient de fond en comble la
terre qui l'avait vu naître. Il avait découvert une tendance bien
prononcée de la part de l'homme de couleur et de la part du noir à s'isoler
du blanc; et consultant l'avenir il demandait souvent à ceux qui
formaient son cerèls intime: que deviendra notre pays qua and il sera
livré à la vanité et à l'ignorance. Nourri des idées généreuses proclamées par la Révolution française sur l'égalité et la hiberté, il eut
. voulu consacrer sa vie entière à l'application de ces grands principes dans la colonie. Lorsqu'en 1792 il donna Île bras à Lambert
et à Caradeux 1l rêvait la conciliation, l'union lintime des français
quelle que fût leur couleur. La: proclamation de la liberté générale par la Convention nationale avait mis Île comble à ses vœux.
les plus chers et avait donaé presque de Lx certitude aux espérances quil avait conçues sur l'avenir de Îa colonie. Mais il n'avait
puisé ses espérances que dans ses nobles instincts; il avait jugé
ses concitoyens d'après les élans de son cœur et avait compté sans
l'ambition , sans les passions. Bauvais qui s'était si courageusement
dévoué à l’affranchissement de sa race, qui s'était montré dans
tant de combats à la tête de ses soldats, soit pour attaquer avec
vigueur ceux des blancs qui résistaient à l'exécution des généreuses
résolutions de la Mère Patrie, soit pour chasser l'étranger du sol,
_ devenait sombre et désespéré au seul mot de guerre civile, à la
. seule pensée de voir les noirs et les homihes de couleur, aulieu de
s'unir étroitement s'entr égorger pour une veine prééminence de la
peau. Il ne songeait pas à l'indépendance de la colonie parcequ'il
avait foi dans les promesses de la Révolution françarse , Pare qu'il
était noble alors à l’homme de quelque couleur qu'il fût de servir
ja france Phenne qui se montrait si généreuse, si si philantroptque. Dévoué avant tout à l'avancement de sa race , son cœur saigna
quand il vit les fuites sanglantes et infructueuses de Rigaud et de
Toussaint; 1] ne croyait pas que le noir et le jaune pussent se sé
parer. complètement l’un de l'autre sans compromettre à jamais fa
cause qui les avait précédemment unis. Il essaya vainement la vote
de la conciliation entre Toussaint et Rigaud. Sa neutralité qui
était inévitable , sous l'influence de telles idées, devint fatale à a
colonié et fut blimée par les deux adversaires qui se disputaient
l'autorité. Dans de telles circonstances la destitution de Bauvais prononcée par l'agent Roume fut le dernier coup que put
supporter cet homme toujours soumis aux autorités constituées. Il
«voyait s'anéantir l'œuvre de conciliation à laquelle il fut fidèle toute
sa vie. +
. Sa neutralité qui
était inévitable , sous l'influence de telles idées, devint fatale à a
colonié et fut blimée par les deux adversaires qui se disputaient
l'autorité. Dans de telles circonstances la destitution de Bauvais prononcée par l'agent Roume fut le dernier coup que put
supporter cet homme toujours soumis aux autorités constituées. Il
«voyait s'anéantir l'œuvre de conciliation à laquelle il fut fidèle toute
sa vie. + Bauvais était un citoyen froid, instruit, d'un esprit supérieur ;
il s étudia toujours à contenir ses passions ; se voyant débordé par
celles qui éclataient autour de lui, n'ayant pas assez d'énergie de 12 misroirs D’HaiTi.—(109) tempérament pour les dominer en prenant de son propre mouvement.
le rôle pénible,. plein de tribulations de général eu chef, ne voulant
pas devenir linstrument de lambition Gé Rigaud et de Toussaint
qu'il estimait peu, il partit pour la Fran, déterminé à ne ‘Urer
désormais son épée que pour la cause sainte de la Patrie. | HN
Plusieurs écrivains ont prétendu que Bauvais s'était montré lâche
et traître en abandonnant Jacmel pendant le siège. Il aurait été vraiment
lâche et traître si après avoir acceplé ce siège il s'était embarqué. 4
Mais il partit le 43 Septembre 1799, et Dessalines n'arriva devant
Jacmel que dans les premiers jours de Novembre 1799. |
De Jacmel il fit voile pour St-Thomas; mais capturé par un
navire anglais, il fut entièrement dépouillé et conduit à la Jamaique:
Peu de temps après il passa à Curaçao où sa femme el deux de ses
enfans ne tardèrent pas à venir le joindre. Après quelques mois de
séjour en cette île, il s’embarqua pour France muni d'un passe-poft
de l'agent Roume. Déjà plusieurs jours de navigation s étaient écoulés;
la mer était houleuse et les voiles gonflées promettaient un heureux voyage. PBauvais était plongé dans de profondes réflexions; 1! songeait
au malheureux sort de la colonie, aux tristes conséquences de la
guerre civile; il se disposait à combattre viciorieusement les accusations dirigées contre lui, ou à porter sa tête sur l'échafaud. Æout-
‘à-coup une voie d’eau se déclare dans le navire; un cri de désespoir
retentit de toutes parts; l'équipage et les passagers se précipitent
vers la pompe ; les manœuvres cessent; Bauvais se dresse soudain
au milieu des lamentations qui l'entourent; sa figure jusqu'alors si
sombre s'anime; son autorité devient absolue, et chacun s empresse
de lui obGir. Mais bientôt le découragement. devient général: malgré
les efforts de l'équipage le navire s’enfonçait; on abandonne la pompe
et l'on met la chaloupe à la mer; mais elle se trouve tellement pleine
que l'eau y pénètre; le capitaine se saisit de ses armes et ordonne
qu'on tire au sort. Le sort est favorable à Bauvais et contraire à
son épouse. Pendant que les passagers se livrent aux frayeurs de la
mort, Bauvais couvre ses enfans de baisers, cède sa place à sa femme, l'embrasse avec tendresse, obtient du capitaine que*ses deux
petites filles soient placées sur le sein de leur mére. .
Madame Bauvais s'attache à son mari; elle le supplie avec des ac.
cens de désespoir de la laisser mourir avee lui; Bauvais est contraint
de la placer lui-même dans la chaloupe. Qui pourrait exprimer ce
qui se passait à cette heure suprème, en ce méement d'éternelle
séparation, dans cette âme héroïque: sensibilité, courage, talens,
gloire, tout allait s’anéantir. L’embarcation que les flots menaçaient
d'engloutir à chaque instant se détacha violemment des flancs du navire.
Bauvais demeara sur le pont , immobile, la figure calme et peinte d’une
résignation surnaturelle, Les quelques hommes condamnés par lesort et
restés avec lui, frappés de son attitude semblent revenir à la vie qui s’éHISTOIRE L'HAITI (1799) 15
ire, tout allait s’anéantir. L’embarcation que les flots menaçaient
d'engloutir à chaque instant se détacha violemment des flancs du navire.
Bauvais demeara sur le pont , immobile, la figure calme et peinte d’une
résignation surnaturelle, Les quelques hommes condamnés par lesort et
restés avec lui, frappés de son attitude semblent revenir à la vie qui s’éHISTOIRE L'HAITI (1799) 15 teignait en eux, et se sentir atteints de ce courage sublime que les
grandes âines inspirent au vulgaire. Bauvais avait l'éternité sous les
veux; la fatalité poursuivait cet homme dont la vie avait été parsemée”
d’affreusés tribulations ; la vertu qu'il avait déployée daus maintes
occasions lui faisait supporter avec héroïsme cette dernière infortune.
En nième temps le navire sombrait rapidement ; l'eau couvrit les sabords, et le général Bauvais lout en agitant son mouchoir en signe
d'adieux, disparut sous les flots à la vue de sa femme qui s 'évanouit
dans la chaloupe. »: +40 * Quoique la lettre qe nous allons transcrire » soit étrangère à l’histoire,
nous Poffrons cependant au lecteur parcequ'elle peint bien ls caraetère de
Bauvais. Elle est écrie en _cntier de sa main. Curaçao, le 13 Floréal l'an 8.
“Bauvais à sa chère fille Ceralie. J'ai reçu aujourd'hui seulement, ma chère fille, votre lettre du 14 Geriminal dermier. Rien ne pouvait m'être plus agréable e que d'appreudre de
vos chères nouvelles et de celles de la famille. Je suis vraiment bien sensible à cet empressement de votre part qui me tranquillise beaucoup sur
les craintes et les inquiétudes qui me tourmentaient deptus que des circonstances malheureuses m'ont éloigné de vous.
.
“Bauvais à sa chère fille Ceralie. J'ai reçu aujourd'hui seulement, ma chère fille, votre lettre du 14 Geriminal dermier. Rien ne pouvait m'être plus agréable e que d'appreudre de
vos chères nouvelles et de celles de la famille. Je suis vraiment bien sensible à cet empressement de votre part qui me tranquillise beaucoup sur
les craintes et les inquiétudes qui me tourmentaient deptus que des circonstances malheureuses m'ont éloigné de vous. Votre maman et vos sœurs qui sont arrivées auprès de moi depuis
deux mois sont très-sensibles à votre souvenir; elles vons embrassent, vous désirent une bonne santé et vous engagent de penser toujours
à elles : les voyages qu'elles ont faits sur mer et le séjour désagréable de
St.- Thomas ont cruellement altéré leur santé. Je me porterai assez bien
maintenant après avoir fait deux petites maladies depuis mon séjour ici ;
mais J'ai la vue singulièrement affectée, suite inévitable des peines et des
tracasseries que j'ai eues constamment pendant le cours de cette éternelle
révolution. J'ai obtenu nn passeport de l’agent Roume pour me rendre
en France; mais le défaut d'occasion me retient encore ici. Notre petite
fortune a été encore une fois renversée. par l'effet de cette désastreuse
guerre civile. Les soins que je me suis donnés et les dépenses que J'ai
faites pour relever l'habitation de la- Grande Ravine au Grand Fond, dont
nous sommes propriétaires d’une partie sont devenus inutiles , ainsi que
l'établissement d’une netite tannerie à Jaemel qui m'avait coûté plus de
dix-mille francs, et dans laquelle il y avait considérablement de cuirs.
J'avais comme vous savez des animaux de toute espèce qui faisaient toute
mon espérance ; tout cela est réduit à rien puisque ma femme n'a pas
fait après mon départ le quart de la valeur desdits animaux, personne
n'ayant voulu s’en embarrasser dans les circonstanees. Ceux qui nous devaient
ont profité du moment de crise pour ne point payer, et pour comble de
malheur les anglais ont pris généralement tous mes effets , argenteries.
D'après ce petit "détail vous devez penser , ma chère fille, que les moyens
qui me restent sont très-faibles , n'ayant jamais été intéressé ni ambitieux,
ne m'étant occupé.que de bien remplir les devoirs de mon état etn'ayani
’en embarrasser dans les circonstanees. Ceux qui nous devaient
ont profité du moment de crise pour ne point payer, et pour comble de
malheur les anglais ont pris généralement tous mes effets , argenteries.
D'après ce petit "détail vous devez penser , ma chère fille, que les moyens
qui me restent sont très-faibles , n'ayant jamais été intéressé ni ambitieux,
ne m'étant occupé.que de bien remplir les devoirs de mon état etn'ayani F4 Histoire D'HAITI —(1799) Plus d'un mois aprés le départ de Bauvais de Jacmel, Dessalines se disposant à marcher sur cette vilie, passaii en revue toutes
ses troupes dans la vaste savane qui s'étendait à l'entrée de Léogane. Le temps était beau; Flarmée avait une physiononte sombre
etabattue; cette nouvelle campagne contre Jacmet, place renommée
par ses fortifications, Îa réputation d'intrépidité de la légion de
l'Ouest, les vengeanees du ciel dont la menaçaient Îles femmes du
parti de Rigaud, tout la rendait” découragée et si'encieuse. Des:
salines parcourant les lignes épaisses de troupes qui. embrassaient
la place fit tous ses efforts pour répandre un peu de gaiélé dans
les rangs. Chaque soldat reçut dix paquets de cartouches et quel
ques munitions de bouche. L'armée passa le reste de. la journée
aous les armes. Quand les ombres de la nuit couvrirent
savane il ne lui fut pas permis de rompre sés rangs: Pout-àcoup une pluie de feu vint à tomber ; des milliers d'étoiles filérent
à travers le firmament: les soldats effrayés jetèrent leurs armes;
les uns prirent la fuite vers la ville, d'autres s agenouillant levèrent
les bras vers le ciel demandant à Dieu pardon du sang qu'ils avaient
versé ; les dévotes criaient quele Tout-Puissant allait faire expier
à Toussaint Louverture tout ie sang innocent qu'it avait répandu ;le
général Dessalines lui-même frappé de ce phénomène demeurait 1m
mobile sur la place, au milieu de ce désordre, sans faire entendre sa voix; peu à-peu ces météores se dissipérent , et les troupes
revenues de leur terreur reprirent leurs rangs. | Ce fut sous l'influence de cette panique que l'armée s'achemina jamais reçu de la République qu'un faible traitement qui, à la connaissance de tout le monde, ne pouvait suflire seulement à mon entretien
particulier. Il n'y avait pas à Jacmel un petit marchand de graisserie
qui ne fut infiniment plus heureux que moi à tous égards. Foute la coionie et la France même connaissent parfaitement mon désintéressement
et les peines infatigables que je me suis données dans tous les temps peur
la restauration de la colonie, et pour le bonheur de ses habitans® C'est
une justice qu'on m'a rendue et que les honnêtes gens me rendront toujours, et c’est une satisfaction que J'ambitionnais plus que toutes les fortunes de Saint-Domingue.” Far DRE RCE
qui ne fut infiniment plus heureux que moi à tous égards. Foute la coionie et la France même connaissent parfaitement mon désintéressement
et les peines infatigables que je me suis données dans tous les temps peur
la restauration de la colonie, et pour le bonheur de ses habitans® C'est
une justice qu'on m'a rendue et que les honnêtes gens me rendront toujours, et c’est une satisfaction que J'ambitionnais plus que toutes les fortunes de Saint-Domingue.” Far DRE RCE J'espère, ma chère fille, que malgré nos malheurs et l'incertitude de les
voir finir, vous vous comporterez toujours comme vous le devez, en honuête fille, et que vous vous rappelerez souvent d’un père qui vous aime
et qui Ka jamais eu que la vertu et ses devoirs pour principes. j J'écris par cette même occasion au citoyen 'ouzon, négoeiant à Jacmel,
que je prie de vous faire compter une somme de quinze portugaises pour
vos besoins. Si vous continuez à apprendre à jouer de la harpe, faites
le moi savoir, afin que je fasse tout ce qui dépendra de noi pour vous
procurer largent nécessaire pour payer le maître de musique.
HISTOIRE D'HAITI.—(1799% 15 sur Jacmel, sans confiance en elle-même, et convaincue qu'elle allait être battue. * L'ignorance et les superstitions du peuple avaient
fait naître cette panique. Ne comprenant pas ce phénomène les soldats l’atiribuaient à la colère Divine qui se manifestait par des signes
effrayans contre les crimes qui se commettaient journellement. Toussaint avait recommandé à Dessalines d'employer les voies de
la persuasion avant d'en venir aux mains pour faire rentrer Jacmel
dans le devoir. Dessalines se fit en effet précéder d'une proclamation par laquelle amnistie pleine et entière était accordée à ceux
quivse soumettraient à Flautorité légitime. Le commandant de la
piace, Fontaine, noir, dès qu'il la reçut, réunit les officiers municipaux et leur en fil donner lecture. Ils jurérent tous de mourir
plutôt que de reconnaitre l'autorité de Toussaint Louverture.
Dessalines fit ensuite sommer la place de se rendre. Le colonel
Birot , homme de couleur, devenu le commandant de larrondissement depuis le départ de Bauvais, lui fit répondre que la garnison élail disposée à Flaccueillir de pied ferme. Dans les premiers jours de Novembre, l’armée de Toussaint atteignait à midi l'habitation Pasquet à une liéue de Jacmel. An soleil
couchant une forte division s'établit à Menuisier. Là Dessalines
reçut les instructions de Toussaint en date du 11 Novembre, relativement à la campagne du Sud. L'article 7 portait que celui qui
hivrerait Rigaud, serait-il un des révoltés les plus coupables, aurait sa
grâce. Birot ordonna à toute la population, hommes, fermimes et
eafans de travailler de nouveau aux fortifications de la place; des
fossés furent creusés partout où 1l n'en existait pas, et en peu de
jours Jacmel fut parfaitement fermé. Talavigne et le Grand Fort demeurèrent isolés de la ville, au-delà des fossés, car par leur position
ils ne pouvaient entrer dans la ligne de circonvallation.
un des révoltés les plus coupables, aurait sa
grâce. Birot ordonna à toute la population, hommes, fermimes et
eafans de travailler de nouveau aux fortifications de la place; des
fossés furent creusés partout où 1l n'en existait pas, et en peu de
jours Jacmel fut parfaitement fermé. Talavigne et le Grand Fort demeurèrent isolés de la ville, au-delà des fossés, car par leur position
ils ne pouvaient entrer dans la ligne de circonvallation. Avant d'attaquer la place, Déssalines ordonna au général Laplume
qui commandait la première division de l'armée, dite de droite,
de s'établir entre la mer et l'habitation Qgé ;° et au colonel Henri
Christophe qui commandait la secunde division de s'établir entre
l'habitation Ogé et St. Cyr, et de s'efforcer d'atteindre le rivage de
la mer. Il y avait déjà plus de 20,000 hommes réunis ‘devant
Jacmel qui renfermait 3,000 combatfans dont 1800 de la légion
de l'Ouest , et 1,200 de gardes nationaux ou de volontaires tant
de la ville que de la Gosseline, de la rivière Gauche, de Taco, du
Coq qui chante. Les Miliciens de la ville étaient commandés par un
nommé Mathieux Douget. Mais il n'y avait dans la place de pros
visions que pour quelques semaines. * "Fous les vieux soldats qui faisaient partie de cette armée m'ont raconté ce phénomène météorique assez fréquent dans beancoup de contrées,
et l'effet maiheureux qu'il produisit sur l’armée. k 4
D Lu.
F6 WisToiRE D'HAITI.— (1799) Pendant plusieurs jours les assiégeans et les assiégés ne. firent
qu’escarmoucher. Dessalines comprit vite combien il compromettait le salut de son armée en ne chassant pas de Marigot Borno
Déléard qui entretenait des relations avec Lamour Dérance. D'après
ses ordres le colonel Henri Christophe, à la tête de la 2°°, demibrigade, marcha sur Marigot , atteignit ce bourg et attaqua Borno
Déléard, qui ne commandait qu'à 200 hommes. Les troupes de
Jacmel assaillies par 2,000 hommes se défendirent avec une rare
intrépidité. Les dragons de la légion de l'Ouest au nombre de 60;
montés sur de beaux et forts chevaux , firent des charges furieuses ,
et obligerènt la 2° demi-brigade du Nord à se retirer. Christophe
revint à son quartier général, et ordonna à Romain, colonel de la
4 demi brigade, de marcher sur Marigot. Ce bourg fut de nouveau
assailli. PBorno Déléard , aprés une résistance héroïque, ayant perdu
les deux tiers de ses soldats , abandonna la place et atteignit Jacmel combattant jusqu'aux portes de Îla ville. Christophe avait perdu
plus-de 400 hommes. Les communications de Birot avec Lamour
Dérance furent interceptces. |
er. Christophe
revint à son quartier général, et ordonna à Romain, colonel de la
4 demi brigade, de marcher sur Marigot. Ce bourg fut de nouveau
assailli. PBorno Déléard , aprés une résistance héroïque, ayant perdu
les deux tiers de ses soldats , abandonna la place et atteignit Jacmel combattant jusqu'aux portes de Îla ville. Christophe avait perdu
plus-de 400 hommes. Les communications de Birot avec Lamour
Dérance furent interceptces. | D'un autre côté la garnison de Baynet sous les ordres de
Geoffroi, blanc, assaillie de toutes parts par les insurgés de la vallée,
dirigés par Lafortune, Conflant et Giles Bambara, évacua le bovrg
et rentra aussi à Jacmel. Peu de jours après, Baynet fut réoceupé
par quelques compagnies de l'armée de Rigaud, commandées par
Borgella, jeune officier, homme de couleur. | Toutes les troupes sous les ordres de Birot se trouvèrent réunies
à Jacmel, où il y avait 4000 cultivateurs entassés de tous côlés. La
légion de l'Ouest en présence du danger qui la. menaçait ; sentait
grandir son courage; cependant elle condamnait davantage la conduite
de Bauvais dont le départ qu'elie appelait sa fuite, la privait dertalens
mililaires assez remarquables. Le jeune Auger ne cessait de répéter
que son ancien général avait trahi la confiance de ses compagnons
d'armes. Nous avons déjà dit quelle aurait dû être la conduite d
Bauvais au commencement de la guerre civile. | Le canon des assiégeans fit bientôt oublier cette malheureuse circonstance. Les assiégés ne songèrent plus qu'à mourir héroïquemené. : K
Vers le milieu de Novembre, Dieudonné Jambon, commandant de
l'arrondissement de Léogane, fit transporter à force de bras de lartillerie de siège au-travers des mornes de Tavet devant Jacmel. Dessalines
aprés avoir étroitement cerné. la place fit canonner: les: forts Béliot,
de Léogane et le blockaus. Il conduisit ensuite ses troupes à l'assaut;
mais elles furent repoussécs avec des pertes considérables. Le lieutenant-colonel Auger se transportait avec l'élite de la légion de l'Ouest
‘eur tous les points menacés, faisait.des prodiges de valeur. Les soldats
qui admiraient son courage le chérissaient. vu: yes \ \
HISTOIRE D'HAITI.— (1800) LH Pendant Ce temps Toussaint usait de toutes ses ressources pour
enlever Jaemel devenu la clef du département du Sud. Les anciens
colons qui possédaient. encore les richesses de St-Domingue malgré
les coups violens qu'ils avarent reçus, et: dont il faisait refleurir les
habitations par le travail forgé, mett ent à sa disposition des fonds
considérables. De la Jamaïque, des Etats-Unis même ils lui expédiaient
de l'argent, avec l'espoir qu'après la chûte de Rigaud , ils reprendraientune partie de Îeur ancienne prépondéranee, Les fonds qui arrivaient
de la Jamaïque étaient habituellement débarqués à l’Arcahaie. Rigaud
étnpan contratre Sans ressources ; H avait été déclaré rchelle et traître
é, mett ent à sa disposition des fonds
considérables. De la Jamaïque, des Etats-Unis même ils lui expédiaient
de l'argent, avec l'espoir qu'après la chûte de Rigaud , ils reprendraientune partie de Îeur ancienne prépondéranee, Les fonds qui arrivaient
de la Jamaïque étaient habituellement débarqués à l’Arcahaie. Rigaud
étnpan contratre Sans ressources ; H avait été déclaré rchelle et traître à la Patrie par l'agent Roume, le représentant de la Métropole, qui
noue sous linfluence de Toussaint : il ne pouvait déjà plus m
nourri, ni habiller , nt payer ses troupes; celles ci n'allaient au fem
quexciées par la haine implacable qu'elles portaient à Toussaint qui
leur était horriblement représenté. Le général en chef redoublant d'activité fit transporter du. Port-auPrince au camp de Jaemel, de la grosse artillerie, au travers des
mornes ; il dirigeait en personne les Lravailleurs, au milieu de profonds précipiees, surmontant avec courage les plus grands obstacles,
partageant les fatigues des soldats, et trainant souvent avec eux Îles
pièces de canon. Après avoir livré à Dessalines une artillerie formidable, il retourna au
Pau Prince ,et songea à bloquer le port de Jacmel, H expédia la goëlette
PAcure, commandée par le citoyen Dussau. Get officier avait reçu des
pièces par Icsquelles le général en cbef invitait les erciscurs toutes Îles
nations à le laisser passer, attendu quil ne se dirigeait que contre
les rebelles du Sud et de Jacmel. Mais les Anglais a D la
goëlette, et la conduisirent au Port-Royal de la Jamaique, où elle fut
vendue. Malgréleurs sympathies pour Toussaint Louver:t ‘ce, HS RC pouvalent ne pas capturer des navires $ portant les couleurs de ia Républi: ue
Française ; sil s'était rendu incépehdant de la Métropole lors de
l'évacuation du Port-au Priuce et du Môle ‘par le général Maitland,
lS auraient respeclé son paviilon ; mais les habfans de St. Doimingue n'étaient que des Français, et le gouvernement britannique,
agissail conire eux comme envers ceux de l'Europe. Toussaint se résolut à aller diriger en personne Îcs opérations du
siège. Quand il arriva devant Jaemel, il lit élever sur Ie littoral, du
côté Oceupé par le général Laplume, plusieurs redoules, Pour empé.
cher les assiégés de recevoir par mer des. munitions de bouche. —
. Maloré le feu if et soutent des grenadiers de la légion de l'Ouest
pendant trois jours el trois nuits sur Îles travailleurs, Jes sansculottes de la 4° demi-brigade excités par le colonel Dommage et
le lieutenant-cotonck Gabart Vaillant. ANEAS TANT toutes les forlifications.
côté Oceupé par le général Laplume, plusieurs redoules, Pour empé.
cher les assiégés de recevoir par mer des. munitions de bouche. —
. Maloré le feu if et soutent des grenadiers de la légion de l'Ouest
pendant trois jours el trois nuits sur Îles travailleurs, Jes sansculottes de la 4° demi-brigade excités par le colonel Dommage et
le lieutenant-cotonck Gabart Vaillant. ANEAS TANT toutes les forlifications. Toussaint se transportàa ensuite à Utiace du colonel Henri Chrisue. 48 ‘isToiREe D’HAITI 1800) tophe, commandant de la colonne de gauche, et lui ordonna de s'em- . parer du fort Pavillon. Christophe, à la’ tête de la 2° demi-brigade du Cap, emporta d’assaut la redoute, et poursuivit les fayards jusqu'au
bord d’un ravin profond. Aussitôt Auger s'élançant de la place
d'armes, à la tète des six cents hommes de réserve de la légion de
l'Ouest, aborde Christophe, à la baïonette, après une seule décharge,
le cuibute, le chasse du fort Pavillon, et le fait poursuivre par ses
chasseurs jusqu'au pied de ses retranchemens. -Foussaint Louverture
ne désespéra pas cependant de s'emparer de cette position. El fit
dresser contre elle pour la foudroyer une forte batterie; et afin de
se rendre entièrement maître de l'entrée du port et du mouillage,
31 éleva des fortifications sur plusieurs pointes de terre qui s'avançaient
dans la mer. Il n'iguorait pas que la famine se fit déjà eruellement sentir à Jacmel ; il réunit un conseil de guerre, et il fut résolu
que dans la nuit du 5 au 6 Janvier 1800, un assaut général serait livré à la place. Au jour fixé, à minuit, le Grand Fort et Talavigne silués hors
de la ligne de circonyallation furent vigoureusement attaqués et par le
colonel Christophe et par le général Laplume. Hs enlevèreut d'assaut. ces deux positions. Mais à la pointe du jour Auger se précipita audacieusement sur eux, et les chassa du Grand Fort. ÆEnhardi par
ce premier succès, 11 divisa, à sept heures du matin, le corps de
réserve en deux colonnes. Celle de droite confiée au capitaine Dus
croc devait attaquer de front le fort Falavigne, pendant qu'à la tête
de celle de gauche, il prendrait l'ennemi en flanc. Hs marche- :
rént contre Laplume avec la plus grande intrépidité. En mêmetems
Bazelais menacé au fort Ecogane lançait quelques boulets sur Pessalines. Ducroc entendant gronder le canon, crut qu'Auger assaillait.
déjà Talavigne ; il se hâta de donner assaut à la fortification, étse
trouva Seul en présence de Laplume qui réuvit contrée ui toutes
ses forces ct lécrasa. Aussitôt après Auger atteignit le pied des
remparts et donna à ‘son four. Son choc fut des plus inpétueux;
il gagnait du terrain ; les troupes de Toussaint chancelaient sur tous
. Ducroc entendant gronder le canon, crut qu'Auger assaillait.
déjà Talavigne ; il se hâta de donner assaut à la fortification, étse
trouva Seul en présence de Laplume qui réuvit contrée ui toutes
ses forces ct lécrasa. Aussitôt après Auger atteignit le pied des
remparts et donna à ‘son four. Son choc fut des plus inpétueux;
il gagnait du terrain ; les troupes de Toussaint chancelaient sur tous les points ; il pénétrait dans les redoutes sous la iitraille Ja plus meurtrière , lorsque Dessalines lança contre sa colonne les 4e. et de.
demi-brigades. Les colonels de ces deux corps, Dommage et Nérette,
après d'héroïques efforis, parvinrent à arrêter son élan, et à dégager Île général _Laplume. Auger enveloppé de toutes parts de troupes
cinq fois supérieures aux sicunes , se forma en colonne serrée , perça
à la baïonette les masses ennemies . et se retira sous Ja protection
des forts de Léogane et du Gouvernement. 11 rentra ensuite dans
la place, sans avoir été entamé. Pendant qu'il se retirait, Dessalines admirant son courage , et celui de ses soldats, s'écria : « Que de”
« prodiges ne ferais je pas, si j'avais ces braves dans mes rangs !»
Les Jacmeliens comptèrent dans cette journée deux-cents soldats et
colonne serrée , perça
à la baïonette les masses ennemies . et se retira sous Ja protection
des forts de Léogane et du Gouvernement. 11 rentra ensuite dans
la place, sans avoir été entamé. Pendant qu'il se retirait, Dessalines admirant son courage , et celui de ses soldats, s'écria : « Que de”
« prodiges ne ferais je pas, si j'avais ces braves dans mes rangs !»
Les Jacmeliens comptèrent dans cette journée deux-cents soldats et . Hein D'HANTI.— (1800) 7 19
vingt braves officiers tués. Le chef de: bâtaillon Bazelais füt
grièvement blessé. Dans l’ärmée assiégeante le général Laplume et
le Heutenant-coionel Lacroix furent aticints de plusieurs balles. Le
fort Talavigne fut enlevé ‘aux Jacmeliens qui pendant le reste du
siège ne purent plus Icreprendre. Dessalines fit aussitôt tourner les
pièces de Falavigne eontre la ville, et commença à la canonner
activement par un feu plongeant. | |
Toussaint Louverlure qui avoit dirigé en personne l'assaut donné
dans la nuit du 5 au 6 Janvier 1809 fit établir à ‘Falavigne une
Daiterte de mortiers et de canons de gros calibre. Dès lors des
bombes et des obus furent laneés nuit et jour sur la place. Le:
général en chef partit pour le Nord erdonnant à Bessalines de pousser les opérations du siège avec la plus grande vigueur. En même
temps la mousqueterie soutenue de la 2e. demi brigade empêchait
quon ne circulat dans la partie orientale de la ville. Déjà la famine y était affreuse ; la garnison souffrait des plus grandes privalions ;
les femmes et les enfans eessérent de recevoir la ration. Les habitans
commencèrent à manger deschevaux, des chats, des rats. Les médecins qui tous étaient blancs, oubliant les devoirs que leur commandait l'humanité, négligeaient depuis quelque temps de fréquenter les hôpitaux , prétextant qu'Üs ne pouvaient pas servir plus
Jongtémps une cause qui n'était pas la leur. Un seul nommé Du:
péroy ne cessa de donner toutes sortes de soins aux blessés avec Île
plus rare dévouement ; il be vit dans ces infortunés que des homnés qui soufraient, et qu'il fallait soulager.
Le 40. Janvier, Birot reconnaissant l'impossibilité de se maintenir
plus longtemps dans Jacmel, réunit au. Palais National tous les ofticiers de la garnison, et leur proposa d'évacuer la place. Ils accucillirent la plupart son avis. Mais quand ectte résolution transpira
dans les rangs des soldats, 1ls s'en montrèrent indignés, et déclarérent quils aimeraient mieux péri tous sous les ruines de
la place que de l'abandonner. I fallut renoncer à ce projet. Mais
dans la nuit qui suivit , Birot commandant de l'arrondissement,
Fontainé commaudant de la place, Borno Déléard et Dupüche s’embarquérent clandestinement sur une goëlelte commandée par Lartigue, blanc, chef des mouvemens du port, et parlirent pour Îles
Cayes , abandonnant une garnison inirépiGe el toute dévouée à la cause de Rigaud. |
. I est impossible d'exprimer l'indignation des soldats de la légion
de l'Ouest quand ils apprirent cette trahison. Hs vociférèrent
avec fureur contre leurs chefs indistinctement ; quelques uns
parlèrent. même delivrer la ville à Toussaint Louverture ; toutes Îles
administrations sej trouvèrent dans la plus complète désorganisation;
la place était dans une grande agitation ; l'autorité de tous les of.
ficiers élait méconnue; si alors les assiégeans avaient dirigé une x‘!a20 HISTOIRE D’HAITI.— (1800) ,
apprirent cette trahison. Hs vociférèrent
avec fureur contre leurs chefs indistinctement ; quelques uns
parlèrent. même delivrer la ville à Toussaint Louverture ; toutes Îles
administrations sej trouvèrent dans la plus complète désorganisation;
la place était dans une grande agitation ; l'autorité de tous les of.
ficiers élait méconnue; si alors les assiégeans avaient dirigé une x‘!a20 HISTOIRE D’HAITI.— (1800) , que générale contre la place, ils y eussent pénétré infaiHiblement.
Au milieu de ce tumulte et des cris menaçans qui éclataient de toutes
parts, Auger el Gauthier se présentérent audacieusement aux soldats ,
leur parlèrent avec énergie el courage, leur exposèrent, en partageant leur indignatiou, toutes les circonstances de la fuite honteuse des premières autorités. Ils reprivent leur ascendant sur les
troupes. Les braves de la légion nommérent par acclamations, le
lieutenant colonel Gauthier commandant en chef de l'arrondissement ,
et Auger commandant en second. Les sorties contre les assiégeans recommencèrent avec une nouvelle vigueur. Gé de:
Pendant cet intervalle le général Rigaud avait appris que la ville
de Jacmel était réduite presque à la dernière extrémité. Use résolut à voler à son secours. Il partit des Cayÿes avec 590 hommes ;
quand ilarriva non loin de Jacmel, 1l divisa sa petite armée en
trois colonnes; ïl en lança deux de 400 hommes chacune contre
les troupes de Toussaint campées dans les mornes environnants;
elles furent battues; lui même suivant là grande route, à la tête de
300 hommes, atteignit un morne escarpé nommé Laporte situé à
l'Ouest de Jacmel. Il y fut arrêté par Charles Bélair colonel de la
7e. qui lui opposa une vigoureuse résistance. Dessalines entendant
la fusillade lança contre lui deux bataillons de la 4e. commandés par
Ferbos. Les soldats des Cayes assatilis par une force numérique
dix fois supérieure à la leur, prirent la fuite | malgré les
efforts de leurs chefs pour les retenir sur le champ de bataille: Rigaud qui était à l'arrière-garde avec la cavalerie accourt pour réta-,
blir le combat; ,mais sa voix n'est pas écoutée, et ia déroute continue. Alors le désespoir peint sur la figure, il descend de cheval,
sous le feu de l'ennemi, et dit aux fuyards qui passaient à ses côtés:
« Lûches courez donc puisque l'honneur ne peut vous faire affronter la mort. » Cependant Îa 7e. s'avançüit au pas de charge, la
baïonelte en avant ; Rigaud déclarant qu'il voulait mourir refusait
de fuir. Deux de ses ofliciers Borgella et Moulite, voyant qu'ilré: -
sistait à leurs instances, se saisirent de lui, le placérent violemment sur son cheval, et le conduisirent à Desnoyers où les’ fuyards
sSétaient un peu ralliés. L'armée des,Caycs avait perdu une pièce
de campagne enlevée par la 4e. Si Rigaud avait gagné la bataille,
Dessalines eut levé le siège de Jacmel ; les troupes du Nord qui
n'avaient pas donné étaient près de défiler pour Léogane. Depuis
celte affaire aucune diversion ne fut plus teniée pour dégager Jacmel. Rigaud retourna aux Cayes, abattu, presque découragé, et
voyant chaque jour labime se creuser devant lui.
Pendant cet intervalle Toussaint qui était de retour dansle Nord ordonna à Moyse d'armer un bâtiment pour la croisière de Jacmel.
Celui-ci expédia un avise , le département du Nord. Ce navire
arrivé à Léogane se trouva sous le commandement du capitaine
celte affaire aucune diversion ne fut plus teniée pour dégager Jacmel. Rigaud retourna aux Cayes, abattu, presque découragé, et
voyant chaque jour labime se creuser devant lui.
Pendant cet intervalle Toussaint qui était de retour dansle Nord ordonna à Moyse d'armer un bâtiment pour la croisière de Jacmel.
Celui-ci expédia un avise , le département du Nord. Ce navire
arrivé à Léogane se trouva sous le commandement du capitaine HISTOIRE D’HAITI. (1800) 21
_Boisblanc qui déjà à Ja tête d’une escadrille l'y attendait pour
prendre la mer. Boisblanc appareilla aussitôt, évita les croiseurs
anglais et alla mouiller dans la baie de Baguette près de Jacmel.
Les communications entre cette ville et le bourg de Baynet devinrent
de plus en plus difficiles. Gauthier se résolut à faire sortir de la ville un grand nombre
de bouches inutiles. Il chargea de femmes et d’enfans une goëlette
de 4 canons commandée par un nommé Goyÿe. Le capitaine Desvallons s'embarqua sur le "même navire avec un détachement de la
légion de l’Oucst avee ordre d'accompagner ces malheureux jusqu'à
Baynet, et de revenir à Jacmel avec un chargement de vivres. ‘ La
goëlelle arriva heureusement à sa destination. Peu de jours après
Desvallons partit de Baynet avec beaucoup de munitions de bouche;
mais 1l rencontra un brick de guerre américain qui le contraignit
à rentrer dans le port. - Toussaint était revenu devant Jacmel. Comme il entretenait ,
ainsi quon l’a vu, des relations de bonne amitié avec le gouvernement fédéral des Etats Unis, il envoya à bord du général
Green , frégate américaine mouillée aux Anses à Pitre, un parle.
mentaire chargé de prier le commandant d'établir sa croisière devant le port de Jacmel. Peu de jours après, la fiégate, d’après
les ordres du Commodore des Etats Unis, interceptait les communications entre Baynet et la ville assiégée. Depuis le comméncement du siège, le colonel Faubert qui commandait le -cordon de l’armée du Sud établi au Grand-Goûve, et
dont lélan était sans cesse arrêté par le général Clervaux , n'avait
pu par une diversion heureuse contraindre Dessalines à lever le
blocus de Jaemel. Les acjudans généraux Toureaux et Pétion, les
colonels Renaud Desruisseaux et Geffrard, ne recevant ancune instruction de Rigaud, demeuraient dans l'inaction, tant au Grand.
Goûve qu'au Pétit- Goâve. Cependant lorsque le colonel Birot et les autres officiers qui
avaient fui de Jacmel arrivérent aux Cayes, Rigaud fut parfaitement
instruit de la détresse où se trouvait la légion de l'Ouest. Il se détermina à envoyer quelques secours à la ville assiégée ; ; sur la de
mande de-l'adjudant général Pétion, il lui ordonna d’ aller prendre
le commandement de Jaemel. Pélion partit aussilôt , heureux d’être
envoyé dans une place menacée de tant de dangers, et qu'il conmaissait parfaitement pour y avoir tenu garnison pendant longtemps. Le jour qui suivit son arrivée à Bavnet, un brick et une
goëletle comimandés par le capitaine Rouleau, sortant des Cayes,
vinrent y mouiller. Au grand étonnement de Pétion ces navires destinés à aller approvisionuer une ville affamée n'étaient chargés que
de quelques barils de fariné de manivc. Secours on peut dire dérisoire envoyé à des infortunés qui souffraient des horreurs de la plus
pour y avoir tenu garnison pendant longtemps. Le jour qui suivit son arrivée à Bavnet, un brick et une
goëletle comimandés par le capitaine Rouleau, sortant des Cayes,
vinrent y mouiller. Au grand étonnement de Pétion ces navires destinés à aller approvisionuer une ville affamée n'étaient chargés que
de quelques barils de fariné de manivc. Secours on peut dire dérisoire envoyé à des infortunés qui souffraient des horreurs de la plus 29 HISTOIRE D'HAITI. (1800) cruelle famine. Déjà la viande de cheval commençait à leur manquer
ils faisaient bouillir des cuirs afin en les ramollissant , qu'ils passent
les manger; ils dévoralent les lianes et les herbes qui tapissaient les
remparts. Les soldats de la légion de l'Ouest, dans leur épuisement,
pouvaient à peine se Soutenir, €t porter leurs armes ; cependant
quand ils enténdaient battre à charge, is reprenaient leurs forces,
g'éjançaient sur les remparts avec une vigueur qui élonnail et faisait
trembler les troupes du Nord et de l'Artibonite. Quant aux munitions de guerre, elles devenaient chaque jour de plus en plus
rares ; les assiégés pour répondre au feu des batteries ennemies
étaient obligés de recueillir les boulets qu'on leur lançait , et de ne
tirer qu'à de longs intervalles. Déjà plus de 1,000 hommes de la
garnison avaient élé mis hors de combat. Han
Petion qui s'était embarqué à Baynet avec deux compagnies de grenadiers du régiment de Faubert, atteignit sans obstacles la rade de
Jaeme. Un canot aborda le navire qu'il montait, et il Sy jeta pour ‘
éviter le feu d’une batterie établie par les assiégeans à l'embouchure
de la rivière. Il ioucha au rivage à 46 heures du matin. n Ausgilôt tous les forts de la place saluèrent son arrivée. La é-=
gion de FlOuest qu'il avait autrefois ‘commandée l'accueillit
avec reconnaissance, car l'enthousiasme était éteint. * Gauthier
lui céda le commandement en chef de l'arrondissement. Du premier
coup d'œil Petion découvrit qu'il ne pourrait conserver la place à
l'autorité de Rigaud ; tout n'était que débris; des privations de tous
genres arrachaient de profonds gémissemens aux femmes et aux enfans; il n'y avait nul espoir qu'on fût secouru ; une tristesse mêlée
de fureur était peinte sur la face du soldat qui ne voyait que dans
la mort le terme de ses soufirances ; la famine était devenue intolérable ; tous les alimens propres à l’homme étaient épuisés ; on ne
se nourrissait plus que de choses immondes. j |
débris; des privations de tous
genres arrachaient de profonds gémissemens aux femmes et aux enfans; il n'y avait nul espoir qu'on fût secouru ; une tristesse mêlée
de fureur était peinte sur la face du soldat qui ne voyait que dans
la mort le terme de ses soufirances ; la famine était devenue intolérable ; tous les alimens propres à l’homme étaient épuisés ; on ne
se nourrissait plus que de choses immondes. j | Aussitôt après Son arrivée , Pétion chassa tous les blancs ‘des fonctions publiques, et confia toutes les branches du service administratif au citoyen Imbert, jeune homme d'une rare probité, Ilavait.
été instruit de la’ sympathie que tous les blanes de la ville avaient
manifestée pour la cause de Toussaint Louverture. Les assiégeans
découvrirent par la nouvelle attitude des assiégés que la -place”avait
été confiée à des mains plus habiles. Dessalines n'en ordonna pas
moins au colonel :Henri Christophe de reprendre le Grand Fort.
Cette redoute fut assaillie par les 4°° et 2° demi-brigades, et par un
bataillon de soldats européens de la 44° demi-brigade ; ‘mais elle
Opposa fa plus opiniâtre résistance. Auger partit de la place d'armes,
à la tête de 300 hommes de la légion de l'Ouest, attaqua Christophe
avec une impétuosité furieuse, - le culbuta et le poursuivit jusque
dans ses retranchemens. Les 1" et 2° demi-brigades laissérent plus
de 500 hommes sur le champ de bataille ; quant au bataillon eus HISTOIRE D'aarri.(1808) 23 ropéen il succomba en entier sans avoir reculé d’une semelle. Nuit et jour les assiégeans canonnaiïent et bombardaient la place ;
Pétion au milieu des obus qui labouraïent les rues démontrait le
plus grand sang frôid. Maintes fois des bombes éclatèrent auprés
de lui sans détourner sen attention des objets qui Fattiraient. Chaque jour Dessalines donnait assaut à la place, chaque jour il en
était repoussé avec perle. Les hôpitaux étaient encombrés de blessés et de malades; une foule de femmes et plus de 3,000 cultivateurs se mouraient de faim de toutes parts. Il y avait six semaines
que Pétion avait pris le commandement de la place quand il résout d'en chasser la plupart des bouches inutiles. Ilen fit sortir sans
pitié une grande quantité de femmes presque consumées par la faim
dont les enfants à la mamelle rendaient la vie sur des seins épuisés. La plupart aussi distinguées par leur beauté que par leur
condition sociale jetaient des cris déchirans. Celles qui se dirigèrent vers le quartier général de Christophe furent accueillies par
lc canon et la mitraille; quand le feu cessa bæmucoup avaient succombé; Christophe fit s'approcher de sa tente celles qui existaient
encore, et jeta devant elles des morceaux de pain et de biscuit.
Ces malheureuses se précipitèrent sur cette nourriture, se battant
entre elles, et se culbutant pour s'en saisir. Après s'être amusé de
ce triste spectacle, Christophe les fit arrèter et jeter vivantes pèlemêle avec des prisonniers dans le puits desséché de lhabitation
Ogé. Il le fit ensuite couvrir de bois résineux auxquels il mit le
feu. Elles périrent toutes étouffées par la fumée. Christophe préludait aux monstruosités qui én 1812 couvriront de deuil tout son
royaume. |
culbutant pour s'en saisir. Après s'être amusé de
ce triste spectacle, Christophe les fit arrèter et jeter vivantes pèlemêle avec des prisonniers dans le puits desséché de lhabitation
Ogé. Il le fit ensuite couvrir de bois résineux auxquels il mit le
feu. Elles périrent toutes étouffées par la fumée. Christophe préludait aux monstruosités qui én 1812 couvriront de deuil tout son
royaume. | Celles qui se dirigèrent vers la colonne de droite où se trouvait
Dessalines furent au contraire parfaitement accueillies, bien traitées;
elles reçurent d’abondantes nourritures , et purent se rendre munies
de passeports dans les lieux qui leur convenaient. En même temps on découvrait dans la place un espion qui instruisait Dessalines de tous les projets dê Pétion ; c'était un sergent
de: la légion de l'Ouest nommé Midi Dufortin; il fut arraché à la
fureur de ses compagnons d'armes, jugé et fusillé avec un blanc
qui l'avait corrompu. Presqu'au même moment un autre blane nommé Justram, ancien chef du bureau de l'administration , était aussi
arrêté comme esplon. | Pétion dont les talens militaires, l'énergie et le sang froid n'avaient
pu améliorer le sort des Jacmeliens réunit fun conseil de guerre
qui décida que la place serait évacuée. La garnison ne pouvait plus
lutter contre la famine; le plus cruel de ses ennemis. Le commandant
des gardes nationaux des campagnes , Jérémie , noir , instruisit Pétion
de l'existence d’un petit chemin qui conduisait sur l'habitation Ogé.
1} lui conseilla d'évacuer par ce sentier d'où les troupes pourraient
pu améliorer le sort des Jacmeliens réunit fun conseil de guerre
qui décida que la place serait évacuée. La garnison ne pouvait plus
lutter contre la famine; le plus cruel de ses ennemis. Le commandant
des gardes nationaux des campagnes , Jérémie , noir , instruisit Pétion
de l'existence d’un petit chemin qui conduisait sur l'habitation Ogé.
1} lui conseilla d'évacuer par ce sentier d'où les troupes pourraient 24 : HisromRe D'naAïTI 600)
facilement atteindre les montagnes avant la réunion des masses de
Dessalines sur ce point. Pour détourner l'attention de l'ennemi de :
ce côté, el l'attirer sur la roule de Baynet, Pétion fit canouner
pendant toute la journée du 12 Mars Ja division Lapiume qui oceu:
pait ce grand chemin. Dessalines fit en effet renforcer cette divis
sion:
A 8 heures du soir du 42 Mars 1800 la garnison s'ébranta et sortit
de la ville, excepté les troupes qui occupaient le blockaus. Celles ci
pour protéger l'évacuation devaient résister aussi tongtemps que possible
dans la fortifieation. Mais Dupéroy ce médecin bl:ne quijusqu’alors
s'était montré si dévoué aux Jacméhens ,. avait atteint Talavigne
avant la nuit, ct avait annoncé à Dessalines que la garnison allait
sortir de la ville, non pus par le chemin de Bsynet, mais bien par |
le sentier qui longeait le blockaus, Dessalines avali aussitôt après la,
-première obseurité de La nuit réuni la plus grande parue de son.
armée sur Ce point. | |
Pétion et Augerkétaient à l'avant-garde, Jérémie marchant devant
eux leur servait de guide; la garuison de 4400 hommes environ étant |
suivie de plus de 400 femmes, d'enfans, et de nombreux blessés. Elle
se précipita à fa baïoncite sur fa colonne que commandait Henri |
Christophe. Gelui-ei tout en lui opposant un feu meurtrier de
mousquetcrie tenta d'eniever le blockaus; mais il fut déconcerté par
l'attitude meuaçanie des troupes qui l'occupaient, et montra de l'hésitation. Brunache qui conimandant le fort eut le temps d’en enclouer
les pièces et de se joindre à Pétion. Christophe poiuta alers deux
pièces de 48 contre les Jaeméliens et les mitratila à bout portant:
Les femmes saisies de frayeur se Jetèrent au milieu des soldats dela
légion, en poussant des cris de désespoir. Pétion étonné de renconrer toutes les forces cnnemites sur ce point, reconnut une tralson:
Au milieu de lebseurité, la mèlée devinthorrible et le carnage affreux;
il était presque impossible de franchir ce rempart de fer et de
feu qu'opposait Christophe à la marche de la légion. Le colonel
Néretle, profitant du désordre des Jacméliens , s'élinca contre eux, à
Ja tête de la 14°, perça leur eolonne qui fut séparée en deux parts!
Pétion se fraya un passage jusqu'au bord de là Grande-Rivière dela
ville où les corps ennemis n'avaient point été massés, et putatteindre
les bois avec quelques cents de grenadiers. Si Nérette n'avait pas
donné ce coup de tête qui, séparant la colonne des Jacméliens, divisa
les coups des soldets du Nord, toute la légion aurait été anéañitie
sous le feu de l'armée de Dessalines. Gauthier demeura seuk dans
le cheniin du blockaus assailli par toute Farmée assiégeante qui par
les renforts qu elie avait reçus s'élevait toujours à plus de 20,000
hommes. Les Ilégionnaires au nombre de 800 environ furent enveloppés de toutes parts ; ils se trouvaient sans nul espoir; assurés de
leur mort, mais résolus à se bien défendre, ils se retranchaïent, sous
l'armée de Dessalines. Gauthier demeura seuk dans
le cheniin du blockaus assailli par toute Farmée assiégeante qui par
les renforts qu elie avait reçus s'élevait toujours à plus de 20,000
hommes. Les Ilégionnaires au nombre de 800 environ furent enveloppés de toutes parts ; ils se trouvaient sans nul espoir; assurés de
leur mort, mais résolus à se bien défendre, ils se retranchaïent, sous HISTOIRE D'IHAITI.—( 1800) dE la mitraille la plus meurtrière, les uns derrière des arbres renversés,
d'autres derrière d'énormes pierres; percés de: coups de baïonettes,
criblés de balles, ils combattaient toujours avec une intrépidité sans
égale; plusieurs ayant le bras coupé se défendaient avec celui qui
leur restait; ceux qui par la perte de leur sang ne pouvaient plus
se tenir debout se trainaient sur les genoux, combattatent encore
avec fureur, se faisaient un rempart des corps expirés de ecux qui
élaient tombés, et tenaient toujours ferme contre un nombre vingt
fois plus grañd que le leur. Tout à coup le cri de grâce sortit des
rangs de ces braves. Le feu de l'ennemi cessa aussitôi; Dessalines
les voyant défendre si chèrement leur vie fut heureux de faire taire
le canon. En même temps Gauthier parcourant les rangs recommandait à voix basse à ses soldats de se serrer les uns contre Îles
autres et de donner en désespérés un coup de tète contre le centre
des masses ennemies, Dessalines envoyait déja un officier leur
ordonner de mettre bas les armes, quand, aux cris de vive fa Légion,, vive Jacmel, ils se précipitèrent à la baïoueite sur les troupes
du Nord déconcertées de la vigueur de cette nouvelle attaque, culbuièrent tout ce qu’ils rencontrérent sur leur passage, el atteignirent
un versant du Cap Rouge après avoir perdu la moitié des leurs. Ils
se dirigèrent sur l'habitation Gast, talonnés au travers des bois par
de hardis tirailleurs. Ils ne purent un peu se rallier que lorsqu'ils
atteignirent Gast. Ce ne fui que là que Gauthier s'aperçut que la
colonne de Pétion ne l'avait pas suivi; il la crut anéantte. À ne put demeurer longtemps sur cette habitaiion ; les bandes de ia montagne, sous
les ordres de Pierre Couil et de Michel Selies, vinrent Fassaiilir.
Les légionnaires atteignireut Bénard chassant devant eux les montaunards armés:; ils ne purent cependant se maintenir sur cette nouvel!
Gast. Ce ne fui que là que Gauthier s'aperçut que la
colonne de Pétion ne l'avait pas suivi; il la crut anéantte. À ne put demeurer longtemps sur cette habitaiion ; les bandes de ia montagne, sous
les ordres de Pierre Couil et de Michel Selies, vinrent Fassaiilir.
Les légionnaires atteignireut Bénard chassant devant eux les montaunards armés:; ils ne purent cependant se maintenir sur cette nouvel! habitation. Le 43 Mars dans l'aprés midi ils prirent le chemin du Grand
Appon toujours harcelés. Le 14 ils arrivérent à Girard où tls rencuntrérent des montagnards amis commaudés par un nommé Figaro,
noir , qui étaient accourus à leur secours au bruit dé la fusillade.
Hs s'y arrêtérent pour attendre des nouielles de Pétion. Celur-ci
comme on l'a vu après avoir été culbuté du coté de l'enibouchure
de la rivière de Jacmel où était l’'ambulance de 1 armée de Toussaint,
s'était jeté dans les bois. Dansla nuit du 12 au 43, et pendant toute
la journée du 43 il avant lutié contre les tirailleurs ennemis ; il n’arriva au Grand Appon que le #4 à 5 heures de Faprès midi. Les
troupes de Jacmel avaient évacué cette place au nombre de 1,400
hommes; quaud elles se lrouvèrent toutes réunies à Girard, elles
étaient réduites à 600 hommes. Auger avait disparu dans Ja nuit
du 42 pendant l'action ; il était âgé de 28 ans ; ses compagnons
d'armes qui le crurent mort le regrettèrent amèrement. Les Jacmeliens disaient de lui que jamais homme n'avait été plus intrépide.
Les débris de la légion de l'Ouest se rendirent au Grand Goàve où # 26. HISTOIRE D’HAITI.< (1800) commandait le colonel Faubert. Les soldats du Sud accueillirent par
de vives acelamations les braves de la garnison de Jacmel et leur
présenterent les armes. - Il y eut des scènes touchantes, et pas un
des héros de la légion ne leur reprocha de ne les avoir pas ‘se:
courus. Le 13 Mars, dans la matinée, les troupes de Toussaint entrèrent
à Jacmel. Christophe sans sortir de son quartier général était d’opinion que cette ville fut rasée, et que tous les habitans qui sy
trouvaient fussent détruits. Dessalines combattit cet avis avec succés. Christophe en témoigna hautement son mécontentement ebrefusa d'entrer dons la place. Il demeura eu effet dans son camp jusqu'au
départ de l'armée pour le Sud. Trois-cents prisonniers étaient tombés au pouvoir de Dessalines, et pendant le 43 et le 14 on ne.
cessa de lui amener des soldats, des femmes, des enfans abattus
par la faim qu'on avait trouvés égarés dans les bois. Il en sauva un
grand nombre. Mais tous ceux qui tombérent sous la main de Christophe furent impitoyablement égorgés. Excepté ceux de l'hôpital il trouva encloués tous les canons de la place. Le 17 Mars 1800 (26 Ventose}) Toussaint qui venait d'arriver à Jacmel, annonça à la colonie
Ja prise de cette ville. Quoiqu'il eut dit dans sa proclamation qu'un
seul homme avait été fusillé, un nommé Charles ancien officier de
gendarmerie qui avait abandonné le Port-au-Prince pour passer à
ennemi, il ne trompa personne , et les massacres de Jacmel émurent profondément la colonie. Mais la fortune s'était prononcée
en sa faveur; dans beaucoup d'écrits la flatterie vanta sa grande
générosité envers les rebelles, et le compara au vertueux Titus.
oiqu'il eut dit dans sa proclamation qu'un
seul homme avait été fusillé, un nommé Charles ancien officier de
gendarmerie qui avait abandonné le Port-au-Prince pour passer à
ennemi, il ne trompa personne , et les massacres de Jacmel émurent profondément la colonie. Mais la fortune s'était prononcée
en sa faveur; dans beaucoup d'écrits la flatterie vanta sa grande
générosité envers les rebelles, et le compara au vertueux Titus. Toussaint ne se laissant pas étourdir par ce succès si chèrement
obtenu , ordonna à Dessalines de continuer la guerre avec la plus
grande activité. Le 22 Mars (4er Germinal) le -général Laplume,
à la tête des bandes de la montagne enleva le poste Cavalier près
de Baynet, après avoir éprouvé une résistance opiniâtre. Par la
prise de ee fort important les communications entre Baynet et le:
Grand Goûve encore occupés par les rigaudins furent définitivement
interceptées. | | L'armée du Sud retranchée au Grand-Goûve était considérablement
affaiblie; les colonnes n'étaient que de soixante ou de quatre-vingts
hommes, On pouvait en porter le chiffre tout au plas à 900
hommes. Cependant elle disputerasle terrain pied à pied à près de
30,009 hommes, conduits par Dessalines le général le plus auda:
cieux de l'époque. Le général Clervaux l'avait tenue en échec pen:
dant tout le siège de Jacmel. | | Sommuire. Louanges données à Toussaint.—Pourquoi Toussain
; F _ LIVRE DIX-NEUVIÈME. 1809. t se détermine-t-il
à envoyer prendre possession de la partie.de lPEst— Décret de l'agent Roume
du 27 Avril—Le général Agé est envoyé à Sto. Domingo.—I[l y est insulté.
—Il est chassé de la ville —Roume rapporte son arrêté.—Higaud se détermine
à continuer la guerre malgré la prise de Jacmel.—Il organise un cinquième
régiment —Il ordonne de brûler les villes et bourgs que ses troupes seraient contraintes d’abandonner.—Dessalines -marche sur Baynet.—1! prend ce bourg.—Il
marche ainsi que Clervaux sur le Grand-Goûve dont il s'empare—Mort de
Reraud Desruissaux —Evacuation du Peti-Goûve par Pétion.—Dessalines prend
cette ville—Conduite de Rigaud dans le Sud—Il s'établit à Dufour près du
pont de Miragoûne.—D'ssalines attaque le pont de Miragoàne; il est repoussé
par Pétion.—Il tourne le pont par l’étang.—Pétion abandonne le nont.— Bataiile
déDafour—Rigaud est battu.—Incendie de Miragoñne —Dessalines prend St.-
Michel. — Il arrête la marche de son armée.—Le 8 Mai 1800 Toussaint déclare
que les ports du Sud sont bloqués —Toussaint tente de faire assassiner Laraque
commandant de l’Arcahaie —Il se défait de beaucoup de ceux dont il na plus
besoin, Administration forte de Toussaint Louvertare—Ses inquiétudes relativement à la mission de Vincent—Retour de Vincent dans la colonie—Il apporte la nouvelle de la Révolution du 18 Brumaire.—Toussaint est maintenu
dans son grade de général en chef.—Il se rend au Petit-Goâve —Il annonce aux
habitans du Sud la Révolution du 18 Brumaire.—Bataille du Fond des Nègres.
— Rigaud est vaincu.—Bataille d'Aquin.—Piverger prisonnier. —Noble conduite
de Dessalines à son égard.—Dessalines prend l’Anseà-Veau et le Petit Trou.—
la colonie—Il apporte la nouvelle de la Révolution du 18 Brumaire.—Toussaint est maintenu
dans son grade de général en chef.—Il se rend au Petit-Goâve —Il annonce aux
habitans du Sud la Révolution du 18 Brumaire.—Bataille du Fond des Nègres.
— Rigaud est vaincu.—Bataille d'Aquin.—Piverger prisonnier. —Noble conduite
de Dessalines à son égard.—Dessalines prend l’Anseà-Veau et le Petit Trou.— Ï
28 wisroire D’HAITI.— (1800) Il revient à Aquin—1l s'arrête devant St.-Louis.—Négociations entre Toussaint
et Rigaud—les débris de la légiou de l'Ouest se soumettent à Toussaint —
Celui-ci envoie anx Cayes le colonel Vintent.— Rigaud ne peut s'entendre
avec Torssaint —Tl veut envoin faire une levée en masse.— Dessalines marche
sur St-Louis— Rigaud abandonne les Cayes.—Il part pour létranger.—Entrée
de Toussaint aux Cayes —Proclamation du 6 Août 1800.—Dessalines se rend
à Jéréinie.—Massacre d’hômmes de couleur et de noirs rigaudins en cette ville.
—Massacres au Corail, an Petit-Trou, à lAnseà-Veau, à Miragoâne —Les
demi-brigades du Nord, de l’Artibonite et de lPOuest partent pour leurs can:
tonnements armée de Toussaint se réunit à Léogane--Dessalines nommé
général de division.—Clervaux récompensé. —Massacres des rigaudins prisonaiers
à Saimt-Marc et aux Gonaives —Affaiie d'Hambourge Marlot—Son exécution. —
Nombreuses arrestations aux Dayes — Nouvelles exécutions de Toussaint.—Chif
ire des païtisans de Rigaud immolés pendant et après la guerre civile. Quoique préoccupé des soins de Ja guerre , Toussaint n'avait pas néglioé les différentes branches de l'administration. Dans les campagues du Nord et de l'Ouest les cultivateurs étaient contraints au
Lravail; le fétichisme et les autres superstitions africaines élaient
proscrits, elles principes du christianisme étaient répandus par des prê:
tres pleins de zèle. I punissait de mort les voleurs, les impies même.
Ne pouvant vaincre luimême ses mauvaises passions, il s'efforçait
de dompter eelles dû peuple. Tout en priant Dieu au pied des autels il ordonnait dés massacres; tout en prêchant la vertu ilcon-. t'aignait des femmes honnètes à se prostiluer. Il avait par un arrêté du 4 Janvier 1809 (14 Nivôse an 8) proscril ies danses de vaudoux, les assemblées nocturnes dans les villes,
les bourgs ct sur les habitations. Il avait déclaré que ceux quienfreindraient son arrêté recevraient des puuitions corporellss, et se raient enShile incarcérés Ces punilions corporelles consistaient à
faire courir le condamné entre deux haies de soldats armés de verges jusqu'à ce qu'il succombät sous les coups. Los municipalités avaient arrèté le 28 Janvier 4800 (8 Pluviôse
an 8 ) que les citoyens et les citoyennes quiavaient à leur service des individus à gages, soit par mois, soit par décades ou par jour, seratent tenus de les en aviser -et de leur envoyer les noms, âges
el professions de ces individus, le montant de leurs salaires. Celui qui quittait une maison était obligé d'y laisser sa carte domiciliaire et
deu prendre une nouvelle. Tous ceux qui n'étaient pas munis d'une
carte domiciliaire élaient considérés comme vagabonds et conduits
devant les commandans de place qui les envoyaient sur leurs habi-
, soit par mois, soit par décades ou par jour, seratent tenus de les en aviser -et de leur envoyer les noms, âges
el professions de ces individus, le montant de leurs salaires. Celui qui quittait une maison était obligé d'y laisser sa carte domiciliaire et
deu prendre une nouvelle. Tous ceux qui n'étaient pas munis d'une
carte domiciliaire élaient considérés comme vagabonds et conduits
devant les commandans de place qui les envoyaient sur leurs habi- \ alious où en leurs demeures à des emplois utiles à la République. Ces emplois consistaient en des corvées sur les grands chemins ou dans Îles fortifications. Pendant le siège de Jacmel le commerce du Cap avait éprouvé de graves inquiétudes relativement à la suspension des paiemens que
PEtat avait à lui faire. Toussaint dissipa ces inquiétudes en po metHISTOIRE D'HAITI.—(1800). 99: tant par un arrêté que tout ce qui serait légitimement dû au commerce lui serait payé ‘au fur et à mesure que Ja Lrésorerie-générale recevrait des fonds. D'après ses ordres, l'agent Roume qu'il tenait sous son influence
avait invilé le 30 Février (11 Veniôse an 8 ).les citoyens de lacolonie à se réunir en assemblées primaires le 22 Mars { 1° Germinal)
à l'effet de nommer des électeurs qui le 20 Germinal (10 Avril)
se réuniralent pour nommer des députés de St. Domingue au COrPS -
législatif. - 11 avait déclaré vu la révolte du département” cu Sud que
les départements du Nord et de l'Ouest seuls enverraient chacun deux
députés, l’un au Conseil des Cinq Cents, l'autre à celui des Anciens, Toussaint porta toute son attention sur le quartier de Jacmel
qui avait tant souffert pendant le siège. I y fit respecter les propriétés , et n'apporta aucune modification au réglement de culture
fait par Bauvais le 44 Nivôse an G et mis en pratique dans toute
l'étendue de son commandement. Les principales dispositions de ce
réglement portaient que les conducteurs veilleraient soigneusement
à ce que les travaux sous prétexte de maladie feinte ne fussent pas
abandonnés par les cultivateurs ; que les malades seraient traités
aux frais de la communauté et’ne participeraient point aux rovenus pendant tout le lemps qu ls n'iraient point aux travaux ; que
les danses de toutes espèces soil de Jour soit de nuit seraient sivérement défendues les jours autres que le nonidi et le décadi, et
méme alors quelles ne pourraient être prolongées au-delà de dix
heures du soir; que la danse de vaudoux était absolument interdite;
que les cultivateurs attachés aux habitations distantes d'une lieucau
plus des villes et bourgs ne pourraient entrer dans lesdites villes
qu'aux heures de repos des ateliers ; que la journée de travail commencerait au lever du soleil et finirait au coucher du soleil ; qu'il
y aurait deux intervailes de repos, le premier de 9 heures du matin à 40 heures; le second de midi à -2 heures ; q ue les cultivatcurs qui ne se soumeltralent pas au réglement seraient envoyés
aux travaux publics. Ce réglement était infiniment plus doux. que
celui de Toussaint mis en pratique dans Îles dépariemenis du Nord
et de l’Artibonite.
de travail commencerait au lever du soleil et finirait au coucher du soleil ; qu'il
y aurait deux intervailes de repos, le premier de 9 heures du matin à 40 heures; le second de midi à -2 heures ; q ue les cultivatcurs qui ne se soumeltralent pas au réglement seraient envoyés
aux travaux publics. Ce réglement était infiniment plus doux. que
celui de Toussaint mis en pratique dans Îles dépariemenis du Nord
et de l’Artibonite. Depuis la prise ‘de Jacmel, les louanges les plus exagérées étaient
adressées de toutes parts à Toussaint Louverlure. Comme le sue.
cès définitif du général en chef n'était plus douteux chacun se hàtait de le couvrir de lauriers. Les feuilles’ du Nord et de FOuest
commencérent à se remplir_ € des plus basses adulations.. Dans de
nombreuses pièces de vers on le comparait à Hercule et aux autres
demi-dieux de la Fable. Il ne se laissa pas éblouir par ces flatteries,
comprit que la guerre était loin d'être terminée, et continua activement ses opérations tant militaires qu'administratives. Aprèsavoir
rendu aux habitans de la colonie un compte peu fidèle de la prise
lauriers. Les feuilles’ du Nord et de FOuest
commencérent à se remplir_ € des plus basses adulations.. Dans de
nombreuses pièces de vers on le comparait à Hercule et aux autres
demi-dieux de la Fable. Il ne se laissa pas éblouir par ces flatteries,
comprit que la guerre était loin d'être terminée, et continua activement ses opérations tant militaires qu'administratives. Aprèsavoir
rendu aux habitans de la colonie un compte peu fidèle de la prise 30 HISTOIRE D’HAITI.— (1800) de Jacmel, il déclara que le traître Rigaud avait séduit une grande
partie des hommes de couleur et de nombreux cultivateurs, quil
avait refusé de s'entendre avec lui pour le bonheur de St. Domingue:
Il y eut des fêtes somptueuses dans l'Ouest et dans le Nord: où le
parti de Rigaud se liouvait entièrement abattu. Toussaint laissant
ecux qui Pentouraient se livrer à Îa joie, jeta un coup-d'œil sur I
partie espagnole tout en ordonnant à Dessalines de poursuivre ses
succès contre les troupes du Sud qui-ne pouvaient résister longtemps encore à tant de masses réunies. |
La colonie espagnole, comme on l'a vu, avaitété cédée à la Francé
par le traité de Bâle. Maïs le gouvernement français préoccupé des
affaires européennes avait négligé, depuis cinq ans, d'en prendre
possession. D'une autre part les troubles qui n'avaient cessé d'agiter
St.-Doimngue, de 1795 à 1800, n'avaient pas permis aux admis:
trateurs de fa colonie française d'envoyer ‘des troupes à Sto: Bomingo. Le drapeau de Sa Majesté Caiholique flottait sur tous les
points de la partie espagnoie. La France u'avait qu'un agent à Sto
Domingo, cCtait le général de brigade Antoine Chanlatte, homme
de couienr,' celui qui avait joué un si grand rôle lors des premiers
concordats des affranchis avec les blancs, et ensuite sous les com:
missaires civils. Polvérel et Sonthonax. à Frs
On se rappelle qu'après l'embarquement d'Hédouville Foussaint
avait fait vouir au Cap Flagent Roume qui était investi de tous "les.
pouvoirs natiGnaux. Ce dernier avait délégué pour le remplacer à Sto:
Domingo le général Chanlatte. En s’emparaut de la partie delEst
Toussaint Louverture voulait augmenter ses forces et ses ressources
que la guerre civiie avait considérablement affublies, et prévenirie géuéral Rigaud qui aurait pu y envoyer des députés dans le but d'en
prendre luimême possession. |
D'un autre côté en y faisant reconnaître son autorité il enlevait
au général de couleur la faculté de s'y réfagiér s'il était obligé das
handonner Îes Cayes, et d'y organiser un nouveau parti au centre de
l'ile. Sa perspicacité lui faisait prévoir ce à quoi Rigaud n'avait
Jjemais songé. Cependant Antoine Chanlatte était un ami-politique
de Rigaud, son ancien compagnon d armes, et pariageait toute "sa haine
contre - Toussaint Louverture. HS
Avant Toussaint Louverture , les commissairescivils Polvérel et Sonthonax , en 1793, avaient compris la nécessité de la conquête de la partie
espagnole ; car la liberté des noirs proclamée parla France dans la partie
“occidentale de l'ile pouvait succomber sous les coups de puissans voisins
dont tous les efforts tendaient au rétablissement de l'esclavage. Nous
avons déjà vu quedean Françoiset Biassou, à la sotdede $. M. C., n'avaient
cessé de faire le trafic d'esclaves pendant la guerre entre la Francetet
l'Espagne. « Si l'on cède aux espaguois, aux brigands, avait dit Son-
& thonax, ou si Pon mollit devant eux , disons mieux si nous.
succomber sous les coups de puissans voisins
dont tous les efforts tendaient au rétablissement de l'esclavage. Nous
avons déjà vu quedean Françoiset Biassou, à la sotdede $. M. C., n'avaient
cessé de faire le trafic d'esclaves pendant la guerre entre la Francetet
l'Espagne. « Si l'on cède aux espaguois, aux brigands, avait dit Son-
& thonax, ou si Pon mollit devant eux , disons mieux si nous. * Pre KR Ts
HISTOIRE D'HAÏTI.—(1800.) 31 « ne faisons pas la conquête de la partie espagnole, les espagnols
« et les brigands envahissent, brûlent, pillent, et dévastent tout. »
Sous Louis XIV, en 4698, la France songeant à placer toute
l'ile sous sa domination avait offert au gouvernement espagnol un
“équivalent à sa possession de St.- -Domingue. En 1640 l'île de Corse
avait «été proposée au cabinet de Madrid, et en 1783 laGuadeloupe.
Enfin ce fut sous l'influence de tels précédens que le Directoire
exécutif proposa à l'Espagne l'abandon de sa colonie de St. Domingue, et obtint d'elle par le traité de Bâle (22 Juillet 1795 ) la partie, de Est, en lui restituant les places prises par ‘la France.
Ne voulant agir en apparence que d'après les instructions du Directoire exécutif, le général en chef demanda à l'agent Roume qui
s'était toujours soumis À son autorité, un arrêté par lequel :1l fut
autorisé à prendre possession de la partie de l'Est. Roume pour
la première fois lui résista très-énergiquement. Effrayé de la puissance de Toussaint Louverture, il voulait entièrement isoler la colonie
espagnole de son autorité, et la livrer un jour intacte aux agens de
Ja Métropole. Voici comment s'exprime le général Chanfatte relativement
aux dispositions de Roume: « Lorsque je fus envoyé pour occuper
© ici (à Santo-Domingo ) la place que j'occupe, le citoyen Roume
« de qui je reçus mes pouvoirs me parla beaucoup de celle partie
« espagnole el me fit tellement connaître le désir qu'il avait de conser-
« ver celle possession à la France, quil me dit que malgré les
« instances du général Toussaint il ne se décidérait jamais à en
demander la prise de possession . ajouta même que forcé
« souvent de prendre des détermirnations contre son cœur, on ie
« coupeérat plutôt. en lambeaux qu'on ne ui ferait rendre Farrêté
. « pour la demande de la prise de possession. »
oussaint ne pouvant vaincre Fobstination de l'agent, sè résolut à à
employer un moyen qui le contraindrait à accéder à sa demande.
Il se rendit aux Gonaives d'où :} organisa un mouvement insurrectionnel dans les environs du Cap. |
Peu de jours aprés une révolte formidable éclate au haut du Cap;
les insurgés dans leur fureur menacent d' exterminer les blancs; ils
disent que leur : liberté va leur Gire ravie, qu'on les trahit, qu'ils
ne sont pas plus libres que dans l'ancien régime puisqu'ils ne jouissent que faiblement du fruit de leurs travaux. Roumeelfrayé des
suites d'un tel mouvement se rend au milieu d'eux et s’eflorce de
les calmer, Als lui demandent en toute propriété la moitié de
chacune des grandes habitations , et déclarent qu'ils ne veulent plus
iravailler comme des mercenaires. Roume leur dit que leur demande excède ses pouvoirs ; ils lèvent le sabre sur sa tête; * il prend
la détermination de mourir et refuse de signer l'acte qu'on lui présente. Alors on l'arrête et on l'enferme dans un poulailler. Dix
milieu d'eux et s’eflorce de
les calmer, Als lui demandent en toute propriété la moitié de
chacune des grandes habitations , et déclarent qu'ils ne veulent plus
iravailler comme des mercenaires. Roume leur dit que leur demande excède ses pouvoirs ; ils lèvent le sabre sur sa tête; * il prend
la détermination de mourir et refuse de signer l'acte qu'on lui présente. Alors on l'arrête et on l'enferme dans un poulailler. Dix * Toussaint avait ordonné à Moyse de ne lui faire aucun mal, 32 Histoire D'HAITI.— (1800). # jours environ aprés cet événement Toussaint arriva aux environs
du Cap et fit mettre l'agent en liberté, se présentant devant Jui
comme son hbérateur. Mais tirant profit. de cette circonstance qu'il
. avait fait naître il dit à Roume: « Il faut calmer ce peupleen {u-
« reur; ee qui le soulève, c’est moins l'ambition de la propriété que
« la juste indignation que lui cause un affreux trafic dont la pro-
« vince espagnole est le théâtre : les nouveaux citoyens de POuest
« sont enlevés et vendus aux propriétaires d'esclases de l'Est. Wfaut
« mettre fin-à cet odieux abus, et pour y arriver prendre possession
« de FAudience.» Roume refusa encore de consentir à la prise de” possession de l'Est. Alors Toussaint lui dit: « je puis répondre de
« de, votre vie; mais je n'ai pas assez de pouvoir pour empêcher
«a ce peuple de se porter sur Îa partie espagnole, et de säcrifier.
« à sa “vengeance toule la population de race européenne. » Alors Roume se détermina quelques jours après à’ rendre l'arrêté.
suivant {27 Avr 1800, 17 Floréal an 8.) | : L'Agence du gouvernement national français à St-Domingue, considérant que l'abus qui s'est introduit en transportant des cultivateurs
et autres citoyens de l’ancienne partie française à la nouvelle de StDomingue a justement excité l'intignation de toute la portion du
peuple français résidant dans cette colonie; que le peuple la requis
par l'organe de l'administration municipale du Cap de prendre de
concert avec le citoyen général en chef en vertu du traité de Bâle
et des instructions du gouvernement national les mesures les plus
convenables pour” prendre immédiatement possession de la partie cidevant espagnole. Considérant. que le moyen est récllement le seul qui puisse empêcher la continuation de ces abus, arrête : | Art. I Le général en chef de l'armée de St Domingueest requis de donner ordre au général de brigade Agé , chef de létat-major
gcnéral de St Domingué dont le patriotisme.et la sagesse sont connus,
de se transporter à la partie ci devant espagnole, pour en prendre
possession au nom du peuple français avec tel nombre de troupes
blanches qué le général en chef croirait nécessaires. |
Art. 2. L'Agence prendra de concert avec le citoyen généralen
chef les mesures convenables pour instruire le gouvernement et le
capitaine général de la partie espagnole de cette prise de possession.
et meltre sous sa responsabilité les ordres qu'il devra donner pour ta
bonne réception du général Agé et de sa troupe partout où ils se transporteront. : |
Ârl. 3. Le général de brigade Chanlatte actuellement employé
comme commissaire du gouvernement à la partie ci-devant espagnole
‘exercera provisolrement, dès la prise de possession de la ville de StoDomingo ,- les fonctions de délégué de l'Agence dans ladite partie.
Art. 4, Îlse concerlera avec Le gouvernement et le capitaine gé-.
qu'il devra donner pour ta
bonne réception du général Agé et de sa troupe partout où ils se transporteront. : |
Ârl. 3. Le général de brigade Chanlatte actuellement employé
comme commissaire du gouvernement à la partie ci-devant espagnole
‘exercera provisolrement, dès la prise de possession de la ville de StoDomingo ,- les fonctions de délégué de l'Agence dans ladite partie.
Art. 4, Îlse concerlera avec Le gouvernement et le capitaine gé-. LÉ. dd à , HISTOIRE D’HAITI.— (1800) ue 83
héral, ainsi qu'avec le général Agé, pour que ce glorieux évènement s'opère à la satisfaction de. ous les anciens et nouveaux franÇAIs. 4 |
Art. 5. Il maintiendra d’accard avec le général Agé l'exercice du
culte tel qu'il subsiste actuellement et invitera les curés et autres ecclésiastiques ? concourir de tous leurs moyens au bonheur public. Art. G. Le délégué Chanlatte et le général Agé sont expressément
chargés d’avoir pour le gouverneur et le capitaine général, et
les autres officiers et fonctionnaires publics espagnols tous les égards
dus à leur mérite personnel et à leurs grades respectifs, jusqu’à ce
qu'ils sortent de la colonie. | Cet arrêté fut immédiatement inséré au bulletin officiel de SaintDomingue. Nous voyons que les considérans n'étaient nullement en harmonie avec
les causes qui portaient Toussaint à vouloir occuper la partie de l'Est.
Le général en chef*cachait sous les aprarences des intérêts publics
ceux de sa profoude politique. D'après lé texte de l'arrêté il paraissait céder au vœu du peuple de l’ancienne partie française. Agé partit du Cap pour Sanlo-Domingo avec ses guides et quelques officiers. Dés quil y arriva, l'objet de sa mission fut
connu. Le peuple laissa éclater la plus violente fureur. On n’entendit de toutes parts que des vociférations contre Toussaint Louverture qui voulait, disait-.on ; se baigner dans le sang espagnol. La
foule se rua contre la demeure du général Agé, et fit entendre des
cris de mort, tout en déclarant énergiquement qu'elle voulait demeurer espaguole. Les autorités aulieu de s’efforcer de calmer cette
effervescence l'excitaient secrètement. Le gouverneur Dôn Joachin
Garcia accueillit le général Agé avec froideur, et lui fit savoir qu'il
ne pourrait, avant d'avoir consulté le gouvernement de Madrid, lui
livrer la colonie espagnole. |
ure du général Agé, et fit entendre des
cris de mort, tout en déclarant énergiquement qu'elle voulait demeurer espaguole. Les autorités aulieu de s’efforcer de calmer cette
effervescence l'excitaient secrètement. Le gouverneur Dôn Joachin
Garcia accueillit le général Agé avec froideur, et lui fit savoir qu'il
ne pourrait, avant d'avoir consulté le gouvernement de Madrid, lui
livrer la colonie espagnole. | Sur ces -entrefaites le cabilde de S"-Domingo vint annoncer au
gouverneur qu'il ne répondait pas de la vie du général Agé sur
lequel le peuple lançait toutes sortes d’imprécations, Agé avait été
en effet déjà insulté dans les rues ; il avait failli mème d être lapidé.
li fut obligé de partir sur les instances du gouverneur ; et des
dragons espagnols l'accompagnérent jusqu'aux limites de la partie
française. Sa mission n'eut d'autre résultat que de faire éclater les dispo- :
sitions hostiles du peuple de S°-Domingo. Son retour subit, le récit
qu'il fit de l'accueil qu'il avait reçu , plongèrent l'Agent Roume dans Îles
plus graves inquiétudes. Il fut effrayé d'avoir autorisé le général en
chef à prendre possèssion de la partie espagnole sans avoir consulté
le directoire exécutif. Il craignit que son arrêté n'excitât les espagnols à marcher contre la partie Française, ce qui eût mis Île
comble aux malheurs de la colonie, la moitié de l'Ouest étant déjà
_ ravagée par la guerre civile. H se hâta de rapporter son arrêté par 34 HISTOIRE D’uAiTI.— (1800) un autre acte en date du 27 Prairial an 8 (16 juin 1800), et écrivit
au général Chanlatte d'en aviser le peuple et les autorités de la
partie de l'Est. Il serait difficile de peindre la fureur de Toussaint
Louverture quand il apprit la conduite qu'avait tenue l’Agent Roume.
H le qualifia de lâche, de traitre, d'intrigant vendu aux ennemis
de la France. Cependant il se garda bien de publier son mécontentement, car Rigaud eût pu en proliter, quoiqu il eut déjà laissé lus échapper maintes occasions d'abatire son rival. Toussaint ne tardera pas à exercer ses vengeances sur TlAgent Roume qui avait. osé faire acte d'autorité sans le consulter, et se. montrer un moment
un véritable agent de la Métropole. Dès lors une mésintelligence
secrète s établit entre eux. Plus tard le gouvernement de Bonaparte se déterminera à faire occuper la partie de F Est par un général Français avec des troupes Espagnoles ; mais alors il sera trop
tard, car Toussaint aura eu Île temps d'en prendre possession.
era pas à exercer ses vengeances sur TlAgent Roume qui avait. osé faire acte d'autorité sans le consulter, et se. montrer un moment
un véritable agent de la Métropole. Dès lors une mésintelligence
secrète s établit entre eux. Plus tard le gouvernement de Bonaparte se déterminera à faire occuper la partie de F Est par un général Français avec des troupes Espagnoles ; mais alors il sera trop
tard, car Toussaint aura eu Île temps d'en prendre possession. Celui-ci” trouvant une résistance opiniâtre dans | Agent Roume remit cette conquête à une autre époque. Il consentit même en apparence à l'envoi, en France, dun Agent chargé de demander
autorisation de la prise de possession de l'Est. En même temps
le général Chanlatte envoya en Europe l'adjudant général Boyé avec
mission d'exhorter le gouvernement Français à ne pas consentir à
la prise de possession. Toussaint ne songea qu'à coutinuer activement là guerre contrée le
général Rigaud. Dés "le mois d'Avril 1 avait déploré , par une proclamation, l'aveuglement des citoyens du Sud qui persisiaient à soutenir
le traître Rigaud ; il leur avait déclaré qu il ne nourrissait Contre
eux aucun esprit de vengeance et quil n'en voulut quà Rigaud
seul, Pot erguetlleux qui allait attirer sur eux toutes sortes de
malheur I les exhorta à se soumettre sans plus tarder à lPauto: rité fée s'ils voulaient éviter |: anéantissement de leurs familles et de leurs biens; il leur dit que si Rigaud lui-même auteur de tant de maux se présentait de bonne foi devant lui il le recevrait fra. terneilement.
1 est vrai que la guerre. civile ne continuait encore que par l’orguell de Rigaud ; car depuis la chûte de Jacmel il était étident. pour tous les esprits chairvoyans qu'il devait infalhblement tomber,
Le département du Sud qui n'avait pas encore été envahi eût été
sauvé de bien gran des calamités s’il avait alors reconnu l'autorité
de Toussaint où s'était embarqué pour France. Mais: le général de couleur attendait avéc impatience le retour à S' Domingue du Colonel Vincent qui devait, eroyait-il, lui apporter. l'approbation de sa conduite par Île Directorc lxécutif Se déterminant à continuer la guerre avec une nouvelle fureur il fit former
avec les gardes nationaux du Petit-Goâve un cinquième régiment
dent le commandement fut ÉOIÈRE au coloncl Renaud Desruissçaux. \ $ HISTOIRE D'HAITI. -2:( 1800) 86
ait avéc impatience le retour à S' Domingue du Colonel Vincent qui devait, eroyait-il, lui apporter. l'approbation de sa conduite par Île Directorc lxécutif Se déterminant à continuer la guerre avec une nouvelle fureur il fit former
avec les gardes nationaux du Petit-Goâve un cinquième régiment
dent le commandement fut ÉOIÈRE au coloncl Renaud Desruissçaux. \ $ HISTOIRE D'HAITI. -2:( 1800) 86 _fl renforça ainsi l'armée du Sud qui avait déjà perdu. plus du tiers
de ses braves soldats. Des ordres furent donnés à tous les commandans de brûler les villes et les bourgs qu’ils seraient contraints
d'abandonner , d'anéantir les munitions de bouche sur leur passage,
de déraciner même les arbres de manière qu'ils eussent leurs racines
en haut, et de n'offrir aux yeux de l'ennemi que l’image de la
mort. Toussaint, de son côté, pendant que le général Agé se dispogait à se rendre à S°-Domingo, avaitordonné à Dessalines de continuer
la campagne, de pénétrer dans le département du Sud. Le 22 Avril 4800,
les troupes, de Dessalines s'ébranlèrent: Le général noir s’enfonça dans
les | gorges des montagnes, guidé par le commandant Conflant , résolu
avant d'atteindre le Sud à s emparer de Baynet, du Grand- Goñve ,et du
Pteit Goâve, les trois derniers points encore au pouvoir de Rigaud
dans l'Ouest. A la tête d’une nombreuse armée il écrasera successivement Ja -petite armée du Sud dispersée sur une grande
étendue de pays. Il traversa la Grande Colline et laissa à sa gauche
le poste Larivoire qu'occupait l'ennemi. Après avoir atteint le pied
de la montagne du Grand-Goûve, il gravit de nouveau la Grande
Colline, tourna Larivoire et campa dans Île grand chemin de Baynet. Au soleil couchant, les soldats de la 4° demi bgigade découvrirent sur le sommet d’un morne non loin de la grande route
une _fortfication inachevée. Ils demandèrent eux-mêmes à aller
lattaquer. Dessalines profitant de leur ardeur les lança sur le poste
et les suivit avec la 40° demi-brigade. Avant qu'ils eussent atteint le poste ils tombèrent dans une embuscade qu'ils enlevèrent
sans brûler une amorce, quoique le fort eut lancé sur eux deux
boulets. Quand: ils parvinrent à la fortification ls furent accueillis par de vives décharges de mousqueterie et d'artillerie,
Le colonel Dommage à la tête du 4” bataillon de la 4° s'élança
à l'assaut ; ses grenadiers le suivirent, pénétrérent dans la res
doute par une embrasure où était montée une pièce de 2,
sen emparérent. Les fuyards furent poursuivis au loin et He
coup de munitions tombérent au pouvoir de Dessalines. Dans la nuit du 22 au 23 Avril, les Rigaudins évacuërent le
camp Larivoire. Ne pouvant se diriger sur Baynet dont les environs étaient inondés des masses de Dessalines , ils se replièrent
sur le Grand-Goûve par la Grande Colline. | Pendant cet intervalle le général Laplume enlevait prés dü GrandGoûve la position qu’occupait le colonel Faubert; et Nérette à la
tête des 8° et 41° demi brigades prenait d'assaut une fortification
que défendaient quelques soldats de l'armée du Sud.
camp Larivoire. Ne pouvant se diriger sur Baynet dont les environs étaient inondés des masses de Dessalines , ils se replièrent
sur le Grand-Goûve par la Grande Colline. | Pendant cet intervalle le général Laplume enlevait prés dü GrandGoûve la position qu’occupait le colonel Faubert; et Nérette à la
tête des 8° et 41° demi brigades prenait d'assaut une fortification
que défendaient quelques soldats de l'armée du Sud. Toutes les redoutes qui couvraient le bourg de Pardi ayant été
enlevées, Dessalines marcha sur cette place le 24 Avril. (4 floreal).
Il était à la tête de 12,000 hommes de la grande armée de Tous- * - 86 | HISTOIRE D'ITAITI.—(1600) dt
saint, formant une division composée des 1%, 2°, 4°, %, 8°,
16 et 44° demi brigades. La 10° était à lavant garde, «Ilsn#
avait à Baynet que 150 hommes du 3° régiment du Sud. Cette
garnison trop faible pour soutenir un siège , évacua lé bourg
après l'avoir brülé. Elle culbuta la 40° de 2,000 hommes qui avait
tenté de lui couper la retraite. ‘La lendemain au point du Jour
cette demi brigade prit possession de a place qui nétait quun
imonceau de ruines. Une. heure après les généraux Dessalines et
Laplume y arrivèrent avec un escadron. Ils apprirent que les Rigaudins avaient pris la route des Côtes de fer avec une pièce de
2 en fonte. Ils s'élancérent à leur poursuile avec les 49° et "14°
- fournissant 4,090 hommes. ls rencontrèrent à une lieuc de Baynet le bataillon du ‘8 régiment du Sud réiranché dans le grand
chemin. Les Rigaudins chargèrent à a baïonetie la 10° demi-brigade , la renversérent , et a virent prendre la faite laissant 200
hommes sur le champ de bataille, La 40° avait surtout été male:
traitée par Îles chasseurs de Baynet , jeunes gens adroits tireurs
dont presque tous les coups portaient. Dessalines fança la 44° qui
fut à son tour complètement battue. Les Rigaudins reprirent position dans leur retranchement. Dessalines ne se. décourageant pas,
certain d’éciaser finalemert avec ses grandes masses cette poi:
gnée d'hommes, fit avancer les 4° et 7° demi-brigades, et marcha de nouveau sur deux colonnes à la têle de 8,000 hommes
contre des troupes déjà épuisées par Île premier succès qu'elles .
avaient obtenu. La 4* s'élança sur la pièce de 2 et lenleva
après avoir perdu un ecnt de ses grenadiers ; Îes autres corps
entrérent cn même temps dans la redoute et se fivrérent Lont de
sutle au pillage; quoique Îa cavalérie eut vigoureusement chargé
les fuyards elle ne put les empêcher de se rallier à une lieue
du champ de bataille. Bressalines suspendit sa marche, et rentra
à Baynet pour laisser ses troupes sc refaire un peu. Du 22 au
24 Avril, 1 était tomb5 en son pouvoir 2 piéces de 2 en fonte;
32 obus de six pouces; 8 pièces de 8; une pièce de 6 sans tourilion ; 3 pièces de 4 en fer; 3 caronades de 32 pouces en fer;
42 picrricrs ; 103 boulets de 8 ; 50 sacs à mitraille de 2 ; 19
boulets de 6; 40 bouicis ramés de 6; 24 boulets de 4; 400 fusils. + 't
Dessalines, maître de toute la côte méridionale du département
de l'Ouest, se détermina à remonter vers la côte Nord pour forcer
le Cordon du Grand-Goûve que commandait Faubert, et pénétrer
ensuite dans le département du Sud par le pont de Miragoâne.
Le 28 Avril (8 floréal) ül perl de Baynet, marchant sur deux
- colonnes et se dirigeant vers la moniagne du Grand-Goâve où
étaient établis les postes avancés des Rigaudins. |
En mèêmo temps le général Clervaux qui était demeuré campé à
onter vers la côte Nord pour forcer
le Cordon du Grand-Goûve que commandait Faubert, et pénétrer
ensuite dans le département du Sud par le pont de Miragoâne.
Le 28 Avril (8 floréal) ül perl de Baynet, marchant sur deux
- colonnes et se dirigeant vers la moniagne du Grand-Goâve où
étaient établis les postes avancés des Rigaudins. |
En mèêmo temps le général Clervaux qui était demeuré campé à _ HISTOIRE D'HAITE (1800) CT Boflevue, près de Ltogane, pendant tout lé siège de Jacmel, sa,
mit en marche sur Île Gran: A-Goûve , avec les 6° et 9° demi brigades. Les troupes du Suit devaient être assaillies en mème temps
par toute l'armée de Toussaint. Les chefs des bandes de la montagne de Jacmet, Lafôrtane ot Conil, après avoir traversé le quartier de la Vallée, marchérent aussi sur le Grand. Goûâve; plusieurs
bâtimens de guerre appareillèrent. de Léogane ee aller bloquer le
port du Pelit Goâve. Si Dessaiines avait osé placer une division entre cetle dernière ville ct le pont de Miragoâne, l'armée du Sud
aurait été anéantie en entier. EH était impossible que mille ou douze
cents homme es qui sentaiont que là fortune se tournait contre eux,
pussent résister, n'importe leur héroïsme, à un tel déploiement de
forces. Les Rigaudins étaient au cordon du Grand Goûve sous les ordres
des Pétion, des Faubert, des Geffrard, des Renaud Desruisseaux
et des Delva. Le 28 Avril au soir l'armée de Dessalines s'arrêta à
Clavil. La première colonne sous les ordres de Nérette était tombéc dans une embuscade où elle avait perdu Deaucoup de monde ;
la seconde que commandait Laplame n'avait rencontré aucune résistance. Dessalines passa à Clavik Ja journée du 29. Le 30, ma]-
gré d'abondantes pluies, et au travers de chemins presque impraticables, 1l atteignit l'habitation Chéridan. Le 4er Mai, 11 ‘floréal,
continua sa marche; quand il arriva près du Grand-Goûve il
passa sous le feu d'une embuscade, et son avant-oarde fut très mal.
traiée. Get échec ne l'arrêta pas et il parvint sur le sommet d'un
morne d'où il découvrit, dans la plaine, le bourg du Grand Goäve
bâti près du rivage de la mer
1l atteignit l'habitation Chéridan. Le 4er Mai, 11 ‘floréal,
continua sa marche; quand il arriva près du Grand-Goûve il
passa sous le feu d'une embuscade, et son avant-oarde fut très mal.
traiée. Get échec ne l'arrêta pas et il parvint sur le sommet d'un
morne d'où il découvrit, dans la plaine, le bourg du Grand Goäve
bâti près du rivage de la mer Son gvantigarde composée de la 4re demi. brigade sous les ordres
de Christophe, fut de nouveau attaquée par Figaro , à la tête d'un
cent de eultivatcurs qui furent repoussés avec perle. Mais le colonel
Renaud Desruisseaux qui s’avançait à la tête d'un bataillon du 5° régiment du Sud , nouvellement formé, ræla Îles fuyards et se présenta
sur le champ de bataille. H attaqua avec impéluosité l'avant-garde
de Dessalines, l'enfonça et la mit en pleine déroute. Christophe
perdit plus de 200 At ge Dussalines réunissant toutes ses lroupes,
ét donnant la droite à la 2e demibrigade, les poussa contre les
Rigaudins. Renaud ion. assailli de toutes paris, soulint
avec courage le choe de ces masses innombrables pendant plus d'une
heure. Mais il tomba atteint d'une balle à la tête. Dessalines ne
put cependant rompre ce bataillon du 5° régiment qui fit. une hanorable retraite ‘emportant son chef qui ne cessait de donner des
ordres. Le 5e se retira au Grand- Goûve;. il avait perdu la plupart
de ses officiers. Les Rigaudins resserrés de tous côtés détruisirent
toutes les fortifications du bourg, le livrèrent aux flammes et l’abandannérent. Sur leur passage ils incendièrent plusieurs Propriétés ; 88 HISTOIRE D’HATTI. (1800) quant à celles du Tapion ils les livrérent toutes aux flammes:w#lls:
s'arrêtérent au Petit Goâve. Là mourut le brave Renaud Desruis:
seaux des suites de sa blessure. Il fut enterré avec pompe au cens
tre de la place d'armes, au pied de l'arbre do la liberté. 1h fa
victime de son dévouement à la personne du général Rigaud; car
maintes fois il avait dit que cette guerre civile avait son origine
dans le patriotisme aveugle de:son général qui n'aurait dû S'armer
contre Toussaint Louverture que d'après des instructions précises du
Directoire exécutif,
suites de sa blessure. Il fut enterré avec pompe au cens
tre de la place d'armes, au pied de l'arbre do la liberté. 1h fa
victime de son dévouement à la personne du général Rigaud; car
maintes fois il avait dit que cette guerre civile avait son origine
dans le patriotisme aveugle de:son général qui n'aurait dû S'armer
contre Toussaint Louverture que d'après des instructions précises du
Directoire exécutif, Rigaud qui se trouvait au Petit-Goâve, lui donna quelques larmes
et confia au colonel Delva le 5e régiment. LI donna à Pétion le
commandement de l'armée et partit pour les Cayes. | Dessalines avait acheté chérement sa victoire; il avait compté 609
hommes tués et plus de 400 blessés. Il entra au Grand-Goâve : qui
n'était plus qu'un amas de cendres. Il en partit le lendemain, 2
Mai, 12 floréal, et arriva sur l'habitation Valué où lennémi avait
passé la nuit précédente. Quand il reprit sa marche, son avant:
garde, composée de deux bataillons de la 4e, fut assaillie par le.
feu d’un camp assis sur le sommet d’un morne qui dominait le
grand chemin. Le colonel Dommage s'élança contre l'ennemi et le
dispersa dans les bois. Dans la même Journée Dessalines atteignit
l'habitation Dantis Pellé d’où 1 découvrit le Petit Goâve. Un nombreux corps de cavalerie formait son arrière garde; Iles succès qu'il
obtenaïit depuis la prise de Jacmel avaicut fait naitre dans son armée
un vérliable enthousiasme ; chacuu avait hâte de voir se terminer
‘une guerre si sanglante. | 1 Dans la soirée du 2 Mai Pétion ayant reconnu limpossibilité
de se maintenir au Petit-Goâve fit commencer à 8 heures du soir
un feu soutenu de mousqueterie qui força Dessalines à se tenir
sur la défensive. A dix heures il évacua la ville en y laissant
le colonel Faubert avec 200 hommes. Celui ci fit mettre le feu à
plusieurs maisons particulières, à l'administration , qui furent consumées avec toutes les denrées qui s'y trouvaient. ï | Aprés avoir traversé des précipices et des chemins affreux,
Dessalines arriva le 3 Mai (13 floréal) avec toute son armée sur
le morne qui domine le Petit-Goave. Pour empêcher l'ennemi de
se replier sur le département du Sud il se disposait à établir des
embuscades entre l'Acul du Petit-Goûve et le pont de Miragoâne.
Mais le colonel Faubert prévint ses intentions en ordonnant à 400
“hommes d'aller occuper l'Acul. En même temps le général Clervaux ., ayant traversé le morne Tapion, donnaït une fausse attaque à la ville pour annoncer à Dessalines son arrivée ; et le
même jour le port du Peitit-Goûve était bloqué par un brick et
deux goëlettes. L'armée de Dessalines couronnait tous les mornes
“qui dominent l'Acul et le fort Résolu ; elle s'attendait à une afs
ant à 400
“hommes d'aller occuper l'Acul. En même temps le général Clervaux ., ayant traversé le morne Tapion, donnaït une fausse attaque à la ville pour annoncer à Dessalines son arrivée ; et le
même jour le port du Peitit-Goûve était bloqué par un brick et
deux goëlettes. L'armée de Dessalines couronnait tous les mornes
“qui dominent l'Acul et le fort Résolu ; elle s'attendait à une afs HISTOIRE D'HAITI.—(1808) 89 faire générale croyant la ville encore occupée par l'armée du Sud :
deux soldats s'étaient présentés aux avant-postes du colonel Jasmin
de l’armée de Toussaint, et avaient dit à haute voix :—«le général
« Rigaud vous fait dire de ne pas encore attaquer lennemi ; 1l va
« réunir d'autres troupes et vous les envoyer.» À la faveur de
l'hésitation de Dessalines | Faubert sortit de la place et s'efforça
de joindre Pélion au pont de Miragoâne. | | | … Dessalines entra au Petit-Goûve le 3. Mat dans la journée. Sans
perdre un instant il forma trois colonnes de son armée ; celle de
gauche était composée des 7e et 8e demi-brigades; celle du centre
de la 4e et celle de droite de la fle. H s'élança à fa'tête de.
8,000 hommes à la. poursuite des Rigautins. les atteignit audelà de l'Acul. Les troupes du Sud étaient rangées en bataille autour des établissemens d’une habitation au nombre de 200:‘hommes
dont 30 cavaliers. Ces braves ne craignirent pas d'attendre de pied
ferme Dessalines qui les attaqua avec vigueur à 2 heures de Faprés-midi. Ils résistérent à plusieurs chocs impétueux.. La 4e qui
s'élança contre eux à la baïonelte fut arrèiée ; la 8e qui se présenta rompil leurs rangs et les mit en déroute. Tous ceux des
Ofliciers de l'armée de Toussaint qui étaient montés formérent un
eéscadron , chargèrent les fuyards , et les poursuivirent presque
jusqu'au pont de Miragoâne, limite des départemens du Sud et de
l'Ouest. Dessalines rentra au Petit Goâve. était tombé en son
pouvoir trois navires Américains chargés de marchandises que des
corsaires du Sud avaient capturés; une pièce du 36 ; 14 pièces de
24, une de 18,-11 de 4, et toutes sortes d'ustensiles. Le général en chef, dès quil apprit ces suceès, en félicita Dessalines auquel ïl ordonna d’envahir le département du Sud sans
relard. El l'autorisa à faire des levées en masse pour remettre
chaque demi-brigade au grand complet. La culture en souffrira,
lui écrivaitil, c’est la faute du traître Rigaud. EH lui recommanda
de: faire la guerre à ce dernier avec autant d’acharnement qu'il en
avait déployé autrefois contre les Anglais. |
apprit ces suceès, en félicita Dessalines auquel ïl ordonna d’envahir le département du Sud sans
relard. El l'autorisa à faire des levées en masse pour remettre
chaque demi-brigade au grand complet. La culture en souffrira,
lui écrivaitil, c’est la faute du traître Rigaud. EH lui recommanda
de: faire la guerre à ce dernier avec autant d’acharnement qu'il en
avait déployé autrefois contre les Anglais. | Pendant cet intervalle, le général Rigaud , pour centuinuer Îa
guerre, et sauver le département du Sud de lenvahissement, ac:
cablait d'impôts: les capitalistes, et tolérait tous les excès auxquels
se livraient les cultivateurs et le bas peuple des villes. C'est celte
politique désorganisatrice adoptée depuis. le commencement de Ja
guerre civile qui altacha pendant si longtemps le peuple du département du Sud à la eause de Rigaud. «On prêchait en public
-« aux cultivateurs le bon ordre et la modération, et l'on envoyait
« secrètement des émissaires pour les pervertir ; on exaltait Îles
« charmes de la liberté, et l’on ne négligeait aucun moyen d'en
« paralyser l'exercice. Les circonstances exigeaient quelquefois qu'on
« parlât d'obéissance aux chefs ; mais on donnait toujours l'exem8
uple du département du Sud à la eause de Rigaud. «On prêchait en public
-« aux cultivateurs le bon ordre et la modération, et l'on envoyait
« secrètement des émissaires pour les pervertir ; on exaltait Îles
« charmes de la liberté, et l’on ne négligeait aucun moyen d'en
« paralyser l'exercice. Les circonstances exigeaient quelquefois qu'on
« parlât d'obéissance aux chefs ; mais on donnait toujours l'exem8 LI 46 HISTOIRE D’HAITI —(1600) « ple de l’insubordination ; l'on commandait le travail 4 et Von permettait que les cultivateurs se livrassent impunément à loisiveté }
« et à toutes sortes d'indécences et d'excès envers les propriétaires ;
« on protestait de son respect pour les lois , et on les méprisail
« toutes pour ne reconnaitre que sa volonté ; on voulait avoir une’
armée, et l’on tolérait l'indiscipiine des soldats ; on favorisait ouvertement les dilapidations qui mettaient hors d'état de les payer ;
« on repoussait avec mépris les conseils de la sagesse et de la pré-
« voyauce pour adopler avec ardeur les mesures violentes que pro-
« posaient la bassesse et la cupidité des sang sues publiques. »
Rigaud ne recula plus devant aucun moyen pour exciter contre
Toussaint Louverture la masse du peuple qui commençait à se lasser de cette guerre. On répandit avec une nouvelle fureur dans le
département du Sud que le général en chef voulait égorger toute
la race de couleur et remettre les noirs dans Flesciavage. If fut
ordonné de capturer les navires Américains parce que le gouvernement fédéral des Etats Unis témoignait des sympaihies à Toussaint
qui favorisait son commerce à Si.-Domingue ; des impositions forcées furent établies sur lindustrie et le commerce ; les vivres et
les bestiaux des habitations furent livrés à la voracité du soldat,
et l'acte d'amnistie de Toussaint fut dérobé à la connaissance des
habitans des villes et des campagnes. Ces excès avaient jeté le dé:
couragement parmi les bourgeois et les habitans cultivateurs, noirs,
jaunes et blancs, qui découvraient que cette guerre élait devenue
toute d'amour propre ; quant aux Américains ils ne s'étaient prononcés. conire Rigaud que parceque, méprisant leur neutralité, il
avait ordonné, dès le début de la guerre , de capturer leurs nas
vires marchands. Cette conduite légitimait les épithètes de pirate
et de rebelle à la République que lui avait données Toussaint
Louverture. Celui-ci plein de perspicacité dirigeait cette gucrre en
capitaine habile et en profond politique. Entouré d'hommes éclairés qu'il comblait de richesses et 4 honneurs et qu'il écoutait , ne
prenait que des mesures empreintes de la plus grande adresse. Il
prêcha sans cesse, pour mieux tromper ses ennemis et parvenir à
ses fins, la modération et l'humanité ; il fit partout respecter les
propriétés , même dans les pays conquis. Mais après la chûte de
Rigaud quand il n'aura plus aucun ménagement à observer, il livrera son nom à l'exécration de toute la population du Sud et de
l'Ouest , en ordonnant de massacrer des masses d’innocents, dans
le seul but d'affaiblit la caste de couleur. Il eût été si grand,
si noble, s'il avait respecté l’amnistie qu'il avait publiée. Ces horribles exécutions , inutiles, car le parti de Rigaud était complète:
ment terrassé , feront horreur même à ses partisans ; elles lui aliéneront la plupart des cœurs, et il ne commandera plus que par la
terreur. ;
et de
l'Ouest , en ordonnant de massacrer des masses d’innocents, dans
le seul but d'affaiblit la caste de couleur. Il eût été si grand,
si noble, s'il avait respecté l’amnistie qu'il avait publiée. Ces horribles exécutions , inutiles, car le parti de Rigaud était complète:
ment terrassé , feront horreur même à ses partisans ; elles lui aliéneront la plupart des cœurs, et il ne commandera plus que par la
terreur. ; HISTOIRE D'HAITI.—(1800) sa 4t | à | |
Pendant cet intervalle Dessalines était parti du Petit-Godve, et
avait atteint le pont de Miragoâne qu'occupaient les débris de
la légion de l'Ouest sous les ordres de Pétion. Ge pont construit ‘dans
l'endroit où l'étang de Miragoâne se resserre le plus vers: la mer,
sert de communication entre les départemens de l'Ouest et du Sud
sur la côte Nord de la presqu'île. Pétion Favait fait couper et
s'étail retranché avec 2 pièces de canon vis-à vis du grand chemin
du Petit-Goâve. Les restes de l’armée du Sud étaient établis à Du:
four, habitation située derritre le pont , et des camps retranchés
se dressaient de loin en loin sur les bords de l'étang. Il régnait
à Dufour parmi les colonels une mésintelligence complète que la
présence de Rigaud, revenu des Caÿes, ne pouvait faire cesser.
Ce général présentait moins de 1,000 hommes aux masses que
Dessalines allait lancer contre lui. L'armée de Toussaint Louverture attaqua le pont, et fut pendant
plusieurs jours repoussée avec des pertes considérables, mitraillée
presque à bout portant par l’adjudant-général Pétion. Dessalines
qui combattait Rigaud à coups d'hommes et dont les pertes se réparaient sans cesse par des renforts, revint à la charge, et recommençca un feu d'artillerie et de mousqueterie épouvantable. Maïs les
héros de la légion de l'Ouest lui résistèrent énergiquement, Gauthier
à leur tête, faisant des prodiges de valeur , se battant avec fureur
pendant six heures sans perdre un pouce de terrain. Les gros ba-
{aillons ennemis culbutés abandonnérent le champ de bataille couvert.de plus de mille corps expirés.
| Dessalines, désespérant de forcer le passage, résolut de le tourner par des chemins réputés impraticables, el d'aller l'attaquer par
derrière pendant que Clervaux l'assaillirait de front. IT ordonna à
Baudin, homme de couleur, colonel de la 9e demi brigade, d’ailer
occuper une habitation à cinq lieues du pont de Miragoäne , dans les
montagnes, et de #y maintenir par n'importe quel sacrifice. Bau:
din, partit, surmonta tous les obstacles que présentait le chemin,
atteignit la position et s'y retrancha. Rigaud fut surpris de la hardiesse de l'ennemi ; il n'avait jamais songé à fortifier ce point, ne
croyant pas qu'on y pût parvenir. Trois cents hommes qu'il détacha
aussitôt de son ärmée, marchèrent contre la 9e pour la débusquer.
Mais tous leurs efforts furent inutiles; ils rentrèrent au quartiergénéral après avoir éprouvé quelques pertes. Rigaud commit une
faute grave en ne faisant pas forufier les points militaires isolés au
milieu des marécages qui avoisinent l'étang; car il combattait un
ennemi qui exécutait tout ce qu’il était humainement possible d’entreprendre.
is cents hommes qu'il détacha
aussitôt de son ärmée, marchèrent contre la 9e pour la débusquer.
Mais tous leurs efforts furent inutiles; ils rentrèrent au quartiergénéral après avoir éprouvé quelques pertes. Rigaud commit une
faute grave en ne faisant pas forufier les points militaires isolés au
milieu des marécages qui avoisinent l'étang; car il combattait un
ennemi qui exécutait tout ce qu’il était humainement possible d’entreprendre. Peu de jours après, Dessalines profitant d'une nuit obscure laissa
devant le pont deux demi-brigades, dont tous les feux furent allu-
. més pour tromper l'ennemi, et pénétra avec tout le reste de son 42 uisroiRe p’Harti.—(1800) armée dans le département du Sud, en fpassant par la position
qu occupait la 9e. | LA RP à Au point du jour du 17 Mai 1809, Pétion s'aperçut qu il avait
été tourné, et qu'il pourrait être assailli par derrière par toute
l'armée ennemie. Après avoir encloué ses canons 1 abandonna le
pont dont s’empara Clervaux aussitôt après son départ, Rigaud,
de son côté,. pour n'être pas enveloppé de toutes parts par les fortes
colônnes qui se déployaient autour de lui, leva son quartier-général, et se fit jour au travers de l'ennemi pour atteindre la petite
savanne de Miragoäne. Il se résolut à y attendre Fennemt. DessaJines fit avancer contre lui toutes ses masses qui rencontrérent une
forte résistance pendant eiuq heures. Vers la fin de la Journée, succombant sous la grande supériorité numérique, Rigaud fut contraint
de batire en retraite, et d'entrer à Miragoâne qu'il abandonna le
même jour. Le colonel Faubert qui occupait cette ville, en encloua
toutes les pièces d'artillerie, et la livra aux flammes en se reurant.
La plupart des cullivateurs de ce quartier, fatigués de cette guerre
dévastatrice, ne suivirent pas l'armée du Sud. Le 47 Mai, Dessalines entra à Miragoâne pendant que ses chasseurs donnaient l'alarme jusqu'à St-Michel. Il rencontra dans une
des maisons qui n'avaient pas été brülées une jeune fille de couleur
exposée sur un lit de mort. Elle avait été abandonnée par sa famille au moment que larmée pénétrait dans la Nilles HIlesarrêta
dans la maison avec un certain recuerllement , -s indigna contre la
mére de cette jeune personne qui n avait. pas ‘osé braver là mort pour
donner fa sépulture à sa fille. Il fit enterrer le corps avec pompe.
Le 48, il marcha contre St-Michel qu'il n’enleva qu'après quinze
jours de siège. Les débris de l'armée du Sud se retirérent au Fond
des Nègres. Toussaint crut que Rigaud sans cesse cuibuté songerait
à lui demander la paix. Îl envoya-l'ordre à Dessalines de suspendre sa marche triomphante, En effet depuis la prise de Jacmel,
Dessalines couvert de velour cramoisi, d'or et de pierreries, la.
tête chargée d'un brillant panache, monté sur un coursiersuperbe,
voyait les Rigaudins lui abandonner toujours le lerrain. Cependant
les forces du général en chef commençaient à s'épuiser; il renforçait difficilement ses troupes depuis plusieurs semaines. Son armée
dont le chiffre s'était élevé à près de 30,000 hommes avant le siège de Jacmel, se trouvait réduite, dans son cantonnement de Ste
Michel, tant par le fer que par les maladies, à 414,000 hommes
environ. |
, monté sur un coursiersuperbe,
voyait les Rigaudins lui abandonner toujours le lerrain. Cependant
les forces du général en chef commençaient à s'épuiser; il renforçait difficilement ses troupes depuis plusieurs semaines. Son armée
dont le chiffre s'était élevé à près de 30,000 hommes avant le siège de Jacmel, se trouvait réduite, dans son cantonnement de Ste
Michel, tant par le fer que par les maladies, à 414,000 hommes
environ. | 1 avait déclaré en état de blocus, par un arrêté du 8 Mai 4800,
tous les ports du département du Sud, de Miragoâne et d'Aquin. jus- ‘
ques et y compris les ports de Tiburon et de Jérémie, et avail inité tous les bâlimens français, américains, espagnols et autres à HISTOIRE D’HAITI.—(1800) 43 capturer les naÿYires qui entreraient dans ces ports ou en sortiraient
importe de quelle nation ; il avait promis aux corsaires le montant
de leurs prises, après jugemens préalables, et avait ordonné de ne
pas inquiéter les tavires qui, fuyant la révolte, abandonnaient les
ports occupés par les rebelles. Le général en chef, indigné de l’opiniâtreté avec laquelle les ha
bitans du département du Sud -soutenaient Rigaud, prenait à leur
égard les mesures les plus rigoureuses. {En même temps Il savait se
défaire sur les autres points de Ia colonie, non seulement de ceux des
hommes de couleur qui lut étaient hostiles , Mais encore d’un grand
nombre de ceux qui servaient aveuglément ses intérêts, mais dont il
commençait à ne plus avoir besoin. C'est ainsi qu'il tenta de faire
” périr Laraque qui s'élail baigné, à l'Arcahaie, dans le sang de ses
frères. Il porta les nommés Destrade et Jacques Douze à soulever l'atohier de l'habitation Malary, sucrerie dans la plaine des Vases, afin
dy attirer Laraque. Gelui-ci s'y rendit en effet; mais assailli par
cles cuivateurs armés de couteaux et de bâtons, il n'eut que le temps
* de prendre la fuite et d'éviter la mort par la course rapide de son
. Cheval. Quand il fut de retour au bourg de l'Arcahaie, il avisa Toussaint de la tentative d’assassinat entreprise contre sa personne. Celuici parut en être indigné, fit arrêter Jacques Douze et Destrade , et
les envoya à l'armée expéditionnaire du Sud pour Îles punir de n'awoir pas mieux exécuté ses ordres. Beaucoup d'hommes de couleur
qui, pour donnér au général en chef des preuves de leur dévouement, égorgealent sans pitié leurs semblables, furent alors moins
heureux que Laraque et périrent assassinés. L'homme de bien, l'homme
mème sensible voyait, avec indifférence, être attcints par le poignard de
tels scélérats devant lesiuels lon tremblait et l'on n'osait ouvrir la bouche. En 4802 Laraque n'échoppera pas à la vengeance de Toussaint; 1l
sera égorgé au milieu de toutes sortes de lortures dans les bois de camnèche de l'habitation Dégand, aux Matheux, par le général Chs. Bélair,
bien, l'homme
mème sensible voyait, avec indifférence, être attcints par le poignard de
tels scélérats devant lesiuels lon tremblait et l'on n'osait ouvrir la bouche. En 4802 Laraque n'échoppera pas à la vengeance de Toussaint; 1l
sera égorgé au milieu de toutes sortes de lortures dans les bois de camnèche de l'habitation Dégand, aux Matheux, par le général Chs. Bélair, Le général en chef au sein de ses succès faisait autant d'efforts pour continuer la guerre que si la fortune lui avait été contraire. IL retirait des départemens de l'Ouest”et du Nord toutes sortes de ressources par une administration vigoureuse et despotique. Afin que
les autorités militaires et civiles pussent être payées, pour que la
colonie se libérât envers ses créanciers, pour arrêter les dilapidations
des fondés de pouvoir des propriétaires absens, il avait déclaré par
un arrêté du 44 Mai 4800 , que tous les revenus des habitations et
des maisons urbaines seraient versés dans les magasins et caisses de
"a République, déduction faile préalablement de la part des cultivaieurs et des frais de faisance- valoir, que tous les fondés de pouvoir
recevraient cinq pour cent du revenu brut des habitations, ets que
le quart de subvention perçu sur le revenu brut de chaque propriéture centinuerait d'avoir lieu. Pour subvenir aux besoins militaires
44 Mai 4800 , que tous les revenus des habitations et
des maisons urbaines seraient versés dans les magasins et caisses de
"a République, déduction faile préalablement de la part des cultivaieurs et des frais de faisance- valoir, que tous les fondés de pouvoir
recevraient cinq pour cent du revenu brut des habitations, ets que
le quart de subvention perçu sur le revenu brut de chaque propriéture centinuerait d'avoir lieu. Pour subvenir aux besoins militaires z # 44 “misvoire D'nAiti.— (1800) qui augmentaient chaque jour, il établit le 15 Mai 1806 (25 florcal}
des bureaux de postes dans chaque commune, et le montantdes pas:
se-ports délivrés fut versé dans le trésor publie, à {à diligence, des
généraux commandant les arrondissemens. I se"réserva à lui seul
le droit de délivrer des passe ports pour l'étranger. | aUR
Dans les campegnes où n'existait pas la révolte régnait un ordre
admirable, mais qui rappélait un peu l'ancien régime. Le cultivas
teur ne pouvait s'absenter de sôn habitation pour aller dans là
ville la plus prochaine sans être muni d'un permis délivré gratis
par son gérant, son propriétaire ou fermier ; le permis était, su:
jet au visa du commandant militaire de la ville d'où il sortait pour
retourner sur son habitation. ‘Tous les. trimestres le quart prélevé
sur le reveuu brut en faveur des cuitivateurs de chaque habitation
était reparti en présence du Juge de Paix, et Ca commandant
militaire de chaque commune qui dressaient un procès-verbal; ais
stipulaient en quelle denrée consistait ce quart, ce qui en aurait
été vendu, et le chiffre de la somme repartie. Ils dressaient-copie
de ce procès-verbal et l’envoyaient au chef de ladministration de
la commune ; celui-ci la fa sait parvenir à lordonaateur du département. Il devait être prouvé par cette pièce que le revenu entierde
chaque habitation avait fourni quatre fois la valeur de ce quart. :
Le citoyen Idlinger, blanc Européen , homme d’un vrai talent,
adjudant général de l'armée de St.-Domingue, avait la haute direction.
de cette administralion quoique ordonnatenr seulement de Ja ma:
rine et des guerres du département du Nord. ANT
Cependant Toussaint dont les vues embrassaient tout éprouvait
de graves inquiétudes ; 1} lui semblait que la guerre civile dût durer longtemps encore ; son armée arrêtée à chaque pas par une résistance opiniâtre navait obtenu que dos. succès fort lents. VRigaud pouvait se maintenir aux Oaÿes aussi longtemps que la lésion
de FOuest avait tenu à Jacrmel. De nouvelles insurreetions "pouvaient éclater dans le Nord et faire naître une diversion dont cette
fois Rigaud eût peut-être profilé. EH était très préoccupé de l'aceueil qui serait fait au Colonel Vincent par le Directoire exéculif;
car jusqu'alors on igrorait à St.-Domingue la révolution du 418
brumaire. Le commandement en chef de l'armée pouvait lui être
enlevé pour être confié à Rigaud. Alors la guerre eût pris un autre caractère ; il eût perdu son influence morale , le prestige de
Pautoriié de la Métropole, et en refusant de se soumettre à Rigaud il eût été à son tour considéré comme rebelle. Son rival
encore puissant eût pu l'écraser par une forte réaction.
Ce. fut dans ces entrefaites que le colonel Vincent débarqua à
Le commandement en chef de l'armée pouvait lui être
enlevé pour être confié à Rigaud. Alors la guerre eût pris un autre caractère ; il eût perdu son influence morale , le prestige de
Pautoriié de la Métropole, et en refusant de se soumettre à Rigaud il eût été à son tour considéré comme rebelle. Son rival
encore puissant eût pu l'écraser par une forte réaction.
Ce. fut dans ces entrefaites que le colonel Vincent débarqua à S°.-Domingo, dans les premiers jours de Juin 4800. Il était à la
tête d'une députation composée du divisionnaire Michel et du Commissaire Raymond. Dés que Toussaint apprit leur arrivée il. expé- “pistons p'HaAtTt.— (1800) : 4ë dia au devant d'eux des agens secrets chargés de surveiller eur
conduite et de se saisir de leurs papiers dans les grands chemins.
Il était déterminé à les rembarquer aussitôt après leur arrivée au
Cap, si les dépêches n'étaient pas favorables à ses intérêts. Le Colonel Vincent n'était débarqué à:Sto. Domingo que pour s'assurer
de l'état de la colonie Française avant d'y pénétrer. Getteconduite
qui dénotait une grande défiance avait blessé les susceptibilités de
Toussaint el avait accru ses soupçons. Cependant Îles trois membres
de la députation avaient déjà servi sa cause avec chaleur dans la co-
“onie. Deux officiers blancs furent arrêtés sur la grande route de
Sto.-Domingo ; les dépêches dont ils étaient porteurs furent envo:
yées à Toussaint qui après les avoir lues s’assura que la dépüia- :
tion n'avail point d’arrière-mission. Le général Michel qui était
venu dans la colonie lors de la dernière mission de Sonthonax, qui
s'était fait estimer des hommes de toutesles couleurs, fut aussi arrèté
sur la grande route du Cap ; quant au colonel Vincent, on se saisit de
sa personne sur la route du Port Républicain. Après avoir acquis la certitue que leurs instructions ne lui étaient pas hostiles , Toussaint
ordonna de les laisser pénétrer dans la partie Française. Il najoutait pas foi à la bienveillance de la France à son égard depuis
qu'il avait cru qu'une expédition était partie pour St. Domingue: ces
deux fils, Isaac et Placide, avaient été embarqués avec le général
Sahuguet sur une escadre commandée par l'amiral Ganthaume, des-”
tinée à apporter des renforts à l'armée d'Egypte. Muis le gouvernement Français avait fait répandre le bruit que lescadre se rendait * à St.-Domingue , afin d'atirer laliention des Anglais hors-de fa
Méditerranée; et l'embarquement des fils de Toussaint donnait du
crédit à ce bruit. Toussamt s'attendait donc à chaque instant à
l'arrivée d'une force européenne qui eût pu être employée au rélablissement , d'une manière absolue, de l'autorité métropolitaine. Il
se transporta au Cap où il reçut la députation. Viaceat lui annonça ofiüciellement la révolution du 18 brumaire, Hüisblissement du
gouvernement consulaire, son maintien dans le grade de général “En chef des armées de St Domingue. Les deux priucipales pièces
apportées par le. colonel Vincent étaient les suivauies : _ Liberté, : | Égalité. Paris le 4 Nivôse (25 Décembre 1799), l'an 8° de
République, une et indivisible. Les Consuzs De La RÉPUBLIQUE arrêtent ce qui suit : Art. Aer. Les citoyens Vincent ingénieur, Raimoud, homme de
couleur, ex-agent, el le général Michel partiront sans délai, ct se
rendront à St Domingue.
ipales pièces
apportées par le. colonel Vincent étaient les suivauies : _ Liberté, : | Égalité. Paris le 4 Nivôse (25 Décembre 1799), l'an 8° de
République, une et indivisible. Les Consuzs De La RÉPUBLIQUE arrêtent ce qui suit : Art. Aer. Les citoyens Vincent ingénieur, Raimoud, homme de
couleur, ex-agent, el le général Michel partiront sans délai, ct se
rendront à St Domingue. 46 _ misToiRE D’Ha1TI.—(1800) Art, 2. Ils seront porteurs de la proclamation ci-jointe. Art. 3. Le citoyen Michel sera mis à la disposition de l'Agent
du gouvernement , Roume, pour êtreemployé dans son grade, dans
les troupes de St Domingue, sous les ordres du général Toussaint
Louverture. : Art. 4. Le citoyen Raimond sera employé pour le réiab ei
de la culture, sous les ordres de l'Agent du gouvernement Roume: Art. 5. Les Agens partiront de Paris au plus tard le 5 Messitor;
et dé Brest douze heures après leur arrivée dans cette ville. Art. 6. Les mots suivants: Braves Noirs, souvenez-vous que le
peuple Français seul reconnait votre liberté et l'égalité de vos droits, seront écrits en lettres d'or sur tous les drapeaux des bataillons de
fa gorde nationale de la colonie dé St-Domingue. Le Ministre de la Marine et des Colonies os chargé de l'oxécus
tion du présent arrêté. e
, Le premier Consul, (Signé) BONAPARTE,
Par le premier Consul,
Le Secrétaire d'Etat, (Signé) Hugues Mare. Pour cople conforme: Le Ministre de la Marine et des Colomtes,
e
(Signé) ForFrair. PROCLAMATION, Paris, le 4 Nivôse, l'an 8 de la République Fran:
‘çaise une et indivigibles Les Consuls de la République Française, aux citoyens
de St-Domingue. gs 7
Citoyens, ” #14 Une Constitution qui n’a pu se soutenir contre des violations:
multipliées est remplacée par un nouveau pacte destiné à affermir
la liberté. L'article 91 porte que les colonies françaises seront régies par
des lois spéciales. Cette disposition dérive de la nature des choses
et de la différence des climats. Les habitans des colonies françaises
situées en Amérique, en Asie, en Afrique ne peuvent être gouvernés par la même loi. La différence des habitudes, des mœurs, des
intérêts , la diversité du sol, des cultures, des productions exige
des modifications diverses. Un des premiers actes de la nouvelle HISTOIRE D'HAÎTI.—(1800.) 47
législature sera la rédaction des lois destinées à vous régir. Loin
qu'elles soient pour vous un sujet d'alarmes vous y reconnaîtrez la
sagesse et la profondeur des vues qui animent les légisiateurs de
la France. Les Consuls de la République en vous annouçgant le
nouveau pacte social vous déclarent que ls principes sacrés de la
liberté et de l'égalité des noirs n’éprouveront jamais parmi vous
d'attéinie ni de modifications. S'il est dans la colonie des hommes
malintentionnés , s'il ‘en est qui conservent des relations avec Îles
puissances ennemies, braves noirs, souvenez-vous que le peuple
français seul reconnail votre liberté et l'égalité de vos droits.
ouçgant le
nouveau pacte social vous déclarent que ls principes sacrés de la
liberté et de l'égalité des noirs n’éprouveront jamais parmi vous
d'attéinie ni de modifications. S'il est dans la colonie des hommes
malintentionnés , s'il ‘en est qui conservent des relations avec Îles
puissances ennemies, braves noirs, souvenez-vous que le peuple
français seul reconnail votre liberté et l'égalité de vos droits. Le premier Consul, (Signé) BONAPARTE , etc., etc. Ces deux pièces ne purent satisfaire Toussaint Louverture qui laissa paraître quelque mécontentement, quoiqu'il eût é£é maintenu
dans.son grade de général en chef. Ii se sentit humihié de n'avoir
pas reçu une lettre particulière du premier Consul qui, pensait- 11,
né lui était pas supérieur; il s'en plaignit même trés- amérement.
Mais cette disposition de la proclamation qui livrait le sort .des
noirs à un des premiers actes de la nouvelle législature l'afiligeait
surtout profondément. Il redoutait des mesures tendant au rétablissement de l'esclavage , ou du moins à l’affaiblissement de {a prépondérance des nouveaux libres. Les noirs avaient acquis leur ft
berté en combattant les colons royalistes, les Espagnols ei les Anglais, comme les Français européens avaient acquis la leur par «cs vICtoires sur les émigrés et La coalition. Il trouvait inique qu'on püt
songer à aliéuer la liberté du peuple de St Domingue oblenue au
prix de tant de sacrifices. En effet tous les droits civils et politiques dont jouissaient les noirs et ‘les hommes do couleur pouvaient
leur être enlevés par un décret de la Métropole. “Toussaint sentit
plus que jamais le besoin de se rendre indépendant, afin que l'état
politique des siens ne fut pas sans cesse laissé à la discrétion du
gouvernement français Il comprit aussi combien il lui importait
de se hâter d'écraser Rigaud qui, ayant Loujours foi en la sincérité
de la Métropole, était le pius grand. obstacle à la proclamation de
l'indépendance de Si- Domingue. Il prit la ferme détermination de
continuer au-travers du sang sa marche vers le bonheur des masses
noires. Celles ci, en Sant de la France à laide des hommes
de couleur victimes de la réaction de 4802 sous Leclere et Rochambeau, ont tout gagné : liberté, honneurs, richesses et un sol fécond
qui doit leur demeurer à tout jamais si “elles parviennent à établir
une administration équitable, vigoureuse et hbérale.
Si- Domingue. Il prit la ferme détermination de
continuer au-travers du sang sa marche vers le bonheur des masses
noires. Celles ci, en Sant de la France à laide des hommes
de couleur victimes de la réaction de 4802 sous Leclere et Rochambeau, ont tout gagné : liberté, honneurs, richesses et un sol fécond
qui doit leur demeurer à tout jamais si “elles parviennent à établir
une administration équitable, vigoureuse et hbérale. Bonaparte s'était flatié que Toussaint eût remis le commandement en chef au divisionnaire Michel qui lui-même s'était nourri
de cette idée. Le général en chef ne tarda pas à découvrir que le 48 | HISTOIRE p’HAtTI.— (1800). vieux divisionnaire avait cette prétention. Il ne vit dès lors en
Jui qu'un nouvel Hédou le laccueillit avec froideur et dédain,
et fit soufiler à ses oreilles des projets d'assassinat ou de déportation. Michel déjà dégoûté de la colonie par son arrestation sur la
route de Sto Domingo , demanda à retourner en France. Toussaint
s'empressa de lui accorder sa demande avec bienveillance ; mais ul
Fexhorta à demeurer quelque temps encore dans la colonie, enattendant le résultat des négociations qu'il voulait entaner avec
Rigaud. |
Malgré les instances de Vincent et de Raymond, le général en
chef ne voulut pas faire inscrire sur les drapeaux des troupes coloniales ces mois: Braves Noirs , souvenez vous que le peuple Français
seul reconnaît votre liberté et l'égalité de vos drouts. Il déclara queles
noirs ne devaient leur liberté qu'à leur héroïsme dans les combats.
Il partit du Cap et vint dans le courant de Juin ‘dans le ‘département de l'Ouest. H se rendit au Petit Goâve d’où il annonça par
une proclamation en date du 49 Juin (ler Messidor) aux citoyens
du Sud, qu'il avait reçu du gouvernement consulaire des instructions qui lui prescrivient de rétablir le plus tt possible la paix et
l'ordre dans la colonie, qu'il accorderait à tous les révoltés amnisie pleine et entite s'ils mettaient bas les armes. Nous voyons que
Bonaparte suivait à l'égard de St Domingue la même politique que
le Directoire : laisser les noirs s’affaiblir. en écrasant les hommes de
couleur, maintenir le plus fort dans ses grade et honneurs, et se
taire à l'égard du plus faible. L'autorité absolue de la Métropole
devait être rétablie sur les ruines des deux partis. La mission da
colonel Vincent en Europe avait cu pour résultat de laisser les
choses telles qu'elles étarent avant son départ; le gouvernement consulaire tout en maintenant Toussaint dans son grade de général en
chef, gardait le silence “4 la condulle de Rigaud; aussi la guerre
continua Lélle avec fureut
L'amnistie du 4er Messidor n ‘ayant pas été accucillie par la population
du Sud, Toussaint envoya l'ordre à Dessalines de continuer, la
guerre. Celui ei qui avait son quartier-général sur lhabitation
Muzaine venait de se relever d'une maladie gs avait failli le conduire au tombeau. .
Le 28 Juin, il apprit par des transfuges que l'armée du Sud
occupait la plaine du Foad des Nôgres, queile avait deux pièces en
bronze du calibre de 4, que Finfanicrie poussait ses avant postes
jusque près de Muz: ine et que la cavalerie se tenait à la gauche de
‘Liufanterie sur une habitation opposée. . Le général Rigaud vint des
Cayes se mettre à la iète de ses troupes dont le chiffre s'élevait à
800 hommes, et se détermina à attaquer. Mais Dessalines, instruit
de ses pro: iels , le prévint. C'était le 29. Comme ce jour là il se
trouvait gravement malade, il confia le commandement en chef des
de Muz: ine et que la cavalerie se tenait à la gauche de
‘Liufanterie sur une habitation opposée. . Le général Rigaud vint des
Cayes se mettre à la iète de ses troupes dont le chiffre s'élevait à
800 hommes, et se détermina à attaquer. Mais Dessalines, instruit
de ses pro: iels , le prévint. C'était le 29. Comme ce jour là il se
trouvait gravement malade, il confia le commandement en chef des HISTOIRE D'uarTie—(1800) "4 49 troupes au colonel Dommage, officier de l'Artibonite, qui avait
toute sa confiance; cependant il y avait dans l'armée deux généraux
de brigade, Lapluime et Clervaux; mais Laplume avait autrefois
servi sous Rigaud, et Glervaux était homme de couleur. Il demeura à Muzaine avec le premier bataillon de la 4e et la 7e demi-brigades Dommage pénétra dans la plaine du Fond des Nègres à la
tête de 10,000 hommes. Le 2e. et le 3e. bataillon de la 4e. for.
marient lavant garde ; venaient ensuite les 8e., 10e. et 11e. commandées par Laplume ; les Ge. et 90. formaient l’arrière-garde, sous
les ordres de Ciervaux. Rigaud avait eu l’imprudence de se ranger
en bataille au milieu de la plaine. Dommage l’attaqua audacieusement ; le combat fut opiniâtre; et après deux heures d’une lutte
sanglante , la 10e. enleva aux Rigaudins une des pièces de bronze.
Alors Dommage pour les cerner de toutes parts déploya ses nombreuses colonnes. Rigaud pour n'être pas enveloppé ;battit en retraite ; mais la 4e. s'élança sur lui avec impétuosité et le culbuta.
La cavalerie du Sud au lieu de charger pour protégèr la retraite de
Pinfanterie, prit la fuite et atteignit Aquin bride abattue. La plaine du Fond des Nègres était couverte de morts; et la 8e., la 1le.,
la Ge. et la 9e. venaient d'y arriver. Il y avait une heure que la
bataille était gagnée quand le 3e. régiment du Sud, de 200 hommes
environ, déboucha dans la plaine et se présenta sur le champ de bataille. Ce faible corps fut tout-à coup enveloppé et anéanti sous un
feu formidable. Ses drapeaux tombérent au pouvoir de l'ennemi.
Les troupes de Toussaint continuèrent leur marche jusqu'à l'extrémité de la plaine. Là elles découvrirent deux camps, assis l’un à
droite et l’autre à gauche, sur deux mornes qui forment la Petite
Vallée. Laplume attaqua la fortification de gauche à la tête de
2,000 hommes ; et la Se., ayant à sa tête Pierre-Louis Diane, son
colonel, assaillit celle de droite. En moins d’une heure les deux
positions furent enlevées. Les Rigaudins allèrent se réanir plus loin
derrière un petit rempart sur le morne Trémé ou Dufrété. Le colonel Romain Cap qui s'était trouvé dans la fortification de droite
n'avait opposé qu'une faible résistance. Comme Rigaud lui reprochait sa conduite, il lui répondit : le géncral Toussaint n’en veut
qu'à vous seul. il prit ensuite la fuite à travers les bois. (Ce méme Romain Cap sera arrêté après la chûte de Rigaud et livré au
dernier supplice par Toussaint 'Louverture.. Jde |
part sur le morne Trémé ou Dufrété. Le colonel Romain Cap qui s'était trouvé dans la fortification de droite
n'avait opposé qu'une faible résistance. Comme Rigaud lui reprochait sa conduite, il lui répondit : le géncral Toussaint n’en veut
qu'à vous seul. il prit ensuite la fuite à travers les bois. (Ce méme Romain Cap sera arrêté après la chûte de Rigaud et livré au
dernier supplice par Toussaint 'Louverture.. Jde | Laplume ne put enlever le rempart derrière lequel s'étaient retranchés les Rigaudins ; cependant le lendemain 30 Juin, ïl parvint à
le tourner et à s'en emparer. Ce fut dans celte affaire qu'Auger qui
s'était couvert de tant de gloire à Jacmel, fut mortellement blessé.
Il olla terminer ses jours aux Cayes. Laplume par de fausses manœuvres sacrifia un grand nombre de ses soldats. On peut en juger par les pertes de la compagnie des grenadiers du 4er bataillon de la we ‘
” 50 : HISTOIRE D'HAITI.—\ 1800) 8e. qui eut quatresvingts hommes de tués. Le colonel Pierre Léuis
Diane fut grièvement blessé. Le général Laplume, mécontent d'avoir,
vusconfier le commandement en chef de l’armée au colonel Dome.
mage n'avait donné que mollement. Dessalines qui venait d'arriver
de Muzaine au Fond des Nègres l'appcla devant lui, le maliraitar
en paroles, le menaça de le frapper et de le faire fusiller, 1h de
chassa de sa présence en lui disant qu'il dénoncerait sa conduite
au général en chef. Laplume se retira en s'inclinant sans proférer
une parole. Combien était déjà grande la puissance de Dessalines
qui, général de brigade, ne craignait pas de traiter ainsi un général de brigade. Ce trait prouve aussi combien était fausse la position
de tous ceux qui avaiemi autrefois servi sous Rigauü; Laplume général
de brigade avait en réalité moins d'influence sur les troupes qu'un
_ chef de bataillon ou un colonel du Nord ou de lArtibonite. Dessalines sans offenser les officiers supérieurs de son armée pouvait le
traiter comme le dernier ‘des soldats. |
Le 8e bataillon de la 7e., commeudé par Guerrier, fut détaché
de l’armée pour conduire au Petit Goâve les blessés et les prisonniers. ut Les Rigaudins avaient laissé sur le champ de bataille beaucoup.
de munitions de bouche, 800 pierres à feu, 54 gargousses de 8 et
leurs deux pièces d'artillerie. Toussaint était au Petit-Goûve quand
les prisonniers y arrivérent; lorsqu'il en partit ces infortunés furent
fusillés la plupart. Le géuéral en chef n'assistait que rarement à
ces scènes de carnage. Il niait loujours d'en avoir eu connaissance,
pleurait publiquement sur le sort des victimes et disait que Dessa- =
lines outrepassaii ses instructions. | | j |
de 8 et
leurs deux pièces d'artillerie. Toussaint était au Petit-Goûve quand
les prisonniers y arrivérent; lorsqu'il en partit ces infortunés furent
fusillés la plupart. Le géuéral en chef n'assistait que rarement à
ces scènes de carnage. Il niait loujours d'en avoir eu connaissance,
pleurait publiquement sur le sort des victimes et disait que Dessa- =
lines outrepassaii ses instructions. | | j | Dessalines ne donnant pas à ennemi le temps de reprendre haleine ordonna à une division forte de 8,000 hommes , composée des
6e, 7e, 9e et 10e d'aller s'emparer des hauteurs de l'habitation
Dufrélé. Clervaux ne puten prendre possession qu'après un com
bat des plus sanglans. Dessalines qui s’avançait sur deux colonnes,
avec le reste de l'armée, l’atteignit le 5 Juillet (46 Messidor). De Dufrété 11 découvrit les troupes du Sud rangées dans la plaine quis'é
tendait à ses pieds Elles étaient au nombre de 706 hommes commandées par le général Rigaud en personne. Dessalines deseendit
des mornes avec la colonne de droite, pendant que Clervaux, guidé au travers des bois et des ravins par Giles Bambara montagnard
du Petit-Goûve, s’efforçait de tourner l'ennemi. Il forma trois divisions de la colonne de droite: la première ou lavant-garde fut
confiée au colonel Désir Laurent, la deuxième ou le centré au co:
lonel Dommage, la troisième ou l’arrière-garde au colonel Paul Lou
verlure.. | 57 HAUTE A
. Le général Rigaud frappé de la force numérique de l'ennemi se replia
avec précipitation sur le bourg d'Aquin. Le colonel Dommage s'élança
de tourner l'ennemi. Il forma trois divisions de la colonne de droite: la première ou lavant-garde fut
confiée au colonel Désir Laurent, la deuxième ou le centré au co:
lonel Dommage, la troisième ou l’arrière-garde au colonel Paul Lou
verlure.. | 57 HAUTE A
. Le général Rigaud frappé de la force numérique de l'ennemi se replia
avec précipitation sur le bourg d'Aquin. Le colonel Dommage s'élança \ BISTOIRE D'HAITI—(1800) 51 contre lui avec la 4e demi-brigade, prenant la droite sur le colonel
Désir Din Rigaud à la tête de 700 hommes attendit de pied fer:
me les 2,009 hommes qui formaient la division du centre. La 4e fut
accueillie par un feu vif, soutenu, meurtrier, et abordée à la baïonDette; Dommage culbuté prit la fuite; la terreur se saisit de ses
soldats aui jetérent leurs fusils, en criant‘ sauve qui peut. Dessalines indigné ordonna à la division du colonel Laurent de croiser la
baïonnetie sur la 4e pour l'arrêter et la contraindre à retourner
au feu; ce fut en vain; les fuyards qui n'avaient pas l'audace de
faire volte face, se précipitérent avec fureur sur les baïonneites de
leurs compAynoùs d'arses et s'ouvrirent un passage Dessalines ordonna , aussitÔt après cet échec, à la 8e de serrer les rangs et d’attaquer “'enneuii. Comme le coïonel et les chefs de bataillon de ce
corps avaient été blessés au Fond des Nègres, il en confia le commandemont à Gabart Vaillant. Rigaud venait de ranger ses soldats
par pelotons à l’entrée de la ville. La 8e, au pas de charge, attaqua audacieusement l'ennemi par des feux ‘de chaussée; la fumée
devint si épaisse que les combattans cessèrent de se voir; lon se
fasiilan presque à bout portant, à une distance de dix pas ; cepen.
dat cédant à la force numérique, Rigaud commanda d'exécuter des
feux de chaussée en retraite ; il avait deux pièces de canon qui enlevaient à chaque instant à l'ennemi des lignes entières. Gabart se
précipita avec les chasseurs de la 8e sur les canons, sen empara
el fit baionnetter les artilleurs sur leurs pièces. En même temps
Clervaux, après avotr tourné les Rigaudins , se présenta sur le champ
de bataille avec 4,000 hommes. 3: infanterie du Sud écrasée sous
le feu de 6,000 hommes, prit la fuite. Rigaud dont le cheval, le
chapeau et les habits étaient percés de balles, se mit à la tête de
sa cavalerie qui nétait que de 50 dragons, et chargea la 8e; mais il fut sans cesse arrêté par la mousqueterie. Il se retirait vers le fort du rivage après avoir traversé la ville, quand Dessalines lança contre lui toute sa cavalerie forte de. 1500 hommes. Le chef d'’escadron Desravines à la tête de cette cavalerie tailla en piéces les
dragons du Sud. Rigaud faillit plusieurs fois d être pris dans la déroute. Un capitaine des dragons de l’Artibonite, nommé Charlotin Marcadieux, allait lui donner ‘la mort lorsqu'il le reconnut; il laissa tomber
se retirait vers le fort du rivage après avoir traversé la ville, quand Dessalines lança contre lui toute sa cavalerie forte de. 1500 hommes. Le chef d'’escadron Desravines à la tête de cette cavalerie tailla en piéces les
dragons du Sud. Rigaud faillit plusieurs fois d être pris dans la déroute. Un capitaine des dragons de l’Artibonite, nommé Charlotin Marcadieux, allait lui donner ‘la mort lorsqu'il le reconnut; il laissa tomber son su bre et favorisa sa fuite. Tous les fuyards qui s'étaient précipitést vers le rivage de la mer pour atteindre les embarcations des
Cayes furent faits prisonniers par la cavalerie. Dessalines après avoir lancé à la poursuite de l'ennemi la divison Laplume ordonna à ses troupes de bivaquer. IL était midi; l'armée se livrait au repos, quand
tout à-coup les sentinelles donnèrent l'alarme ; et ces cris aux armes! “aux armes! relentirent dans le bourg. C'était un corps de 300.hommes sortant de l'Anseà-Veau, commandé par le colonel Piverger,
qui croyant le bourg d'Aquin au pouvoir de Rigaud, était venu sise HISTOIRE D'IAITI.— (180) lencieusement se ranger sur la place d'armes vis-à-vis de Ja maison
qu'occupait Dessalines. Celui-ci n'eut que le temps de se sauver
par une porte dérobée et d'ordonner au 3e bataillon de la 4e d'attaquer l'ennemi; en même temps la générale était battue à travers
la ville; les troupes se réunirent, et les Rigaudins enveloppés de
toutes parts se défendirént avec un rare courage. Quand fa cavalerie les chargea ils prirent da faite; l'adjudant général Blanchet et
Je colonel Batichon atteignirent les bois et ‘échappèrent à la mort;
mais Piverger quoiqu'il eût un bras fracassé par une balle continua
à combaitre vaillamnrent. 4l allait être victime de la fureur des sol:
dats quand Dessalines se précipita vers lui, Hui fit un rempart de
son corps, et s'écria : ne lui arrachez pas la vie, c'est un brave!
Néanmoins les officiers de la 4e voulaient le percer de leurs épées;
Dessalines le prit sous le bras , le conduisit:au balcon de la:maison qu'il
occupait, l’entoura de considérations et de soins; tout-à-coup un coup
de fusil part , la'balle siffle aux oreilles de Dessahines: c'était un officier
de la 4e qui voulant abattre Piverger avait failli tuer son général. Get
officier fut arrêté, mis au cachot; l'on n'entendit plus parler
de lui. | | IL était tombé au pouvoir des vainqueurs deu: drapeaux , une pièce de 4 en bronze, deux pièces de 24, des munitions de bouche et
le porte-feuille de Rigaud. | On est vivement frappé de l'incapacité du général Rigaud comme
homme de guerre; l'on ne découvre aucun plan dans sa défense; à
a à combattre 44,600 hommes ; il peut leur en opposer 4,800, et
cependant 1l se présente partout avec 809 ou 700 hommes ; sa petite”
armée est disperséc; elle est battue partiellement; l'on n aperçoit pas
l'esprit qui dirige ; absence complète d'inteliect, pas d'ensemble dans
les opérations, nul point de ralliement ; les colonels cantonnés à PAnsea-Veau , aux Côtes de Fer et ailleurs, ne recevant aucun ordre,
cherchent eux-mêmes l'ennemi et viennent se briser successivement
contre une masse compa@te dirigée avec intelligence el énergie.
; sa petite”
armée est disperséc; elle est battue partiellement; l'on n aperçoit pas
l'esprit qui dirige ; absence complète d'inteliect, pas d'ensemble dans
les opérations, nul point de ralliement ; les colonels cantonnés à PAnsea-Veau , aux Côtes de Fer et ailleurs, ne recevant aucun ordre,
cherchent eux-mêmes l'ennemi et viennent se briser successivement
contre une masse compa@te dirigée avec intelligence el énergie. Deux Jours aprés la bataille d'Aquin (7 Juillet 1800, 18 Messidor) Dessalines après avoir laissé sous les erdres du généralde
brigade Laplume, Île reste de son armée, partit d'Aquin pour
l'Anse à-Veau avec 800 hommes. Un espace de dix lieues sépare
Aquin de fAnse-à-Veuu. Dessalines ne put le même jour atteindre cette dernière ville à cause du débordement des rivière$. 4H
passa la nuit sur l'habitation Piémont à deux lieues de l'Anse*àVeau. Dans la journée du 7 à deux heures de Faprès-midi les
Rigaudins avaient évacué cette ville après l'avoir Hvrée au pillage.
Dessalinés y entra le jour suivant. Beaucoup de cultivateurs et'un
grand nombre de bourgeois fatigués de la guerre vinrent lui faire
leur soumission. 11 envoya à Toussaint Louveriure ceux*qui lui
furent désignés conime les plus influens ;' c'était les envoyer à la . HISTOIRE D'HAITI. (1800. 53 mort. Il réunit la population sur la place d'armeset lui fit donner lecture de l'amnistie du: 4% Messidor. Une goëleite sortie du: Petit Trou croyant la: ville encore au porvoir
de l’armée du. Sud vint mouiller dans la rade de l’Anse-à Veau; elle
fut prise et livrée au. pillage. Il tomba au-pouvoir de Dessalines trois
" pièces de 24, 5: piéces de 8 démontées; & pierriers, 1402 boulets de
2%, cinq: boulets: de 8, onze écouvillons de différents calibres, onze
cornes d'amorce ,un moule à balles, un baril et demi de poudre,
du. Sud vint mouiller dans la rade de l’Anse-à Veau; elle
fut prise et livrée au. pillage. Il tomba au-pouvoir de Dessalines trois
" pièces de 24, 5: piéces de 8 démontées; & pierriers, 1402 boulets de
2%, cinq: boulets: de 8, onze écouvillons de différents calibres, onze
cornes d'amorce ,un moule à balles, un baril et demi de poudre, Le lendemain 9. Juillet (20- Messidor } à 4 heures: de laprès- midi
il marcha sur le Petit Trou. Ua espace de cinq licues: sépare ce
bourg de FAnse-à Veau. Parvenu à un quart de liéue du bourg
il divisa son armée en deux colonnes. Ea première fut confiée au
colonel Paul bouverture, et. lui-même à la tête de la seconde
pénétra: dans la place ; il y rencontra des cavaliers et des FRE
niers alimentant le feu qui avait été mis aux maisons. À: la
première décharge qu'ils essuyèrent ils abandonnèrent le bourg. Ce
fut envain que Dessalines fit tirer du eanon sur de nombreuses
embarcations chargées de familles qui gagnaie nt la haute mer pour
se rendre au Corail et à Jérémie; il ne put les couler à fond.
De même qu'à lAnse- à- Veau beaucoup} de cullivatours. vinrent lui
faire leur soumission. Dessalines qui s'était fait [suivre des prisonniers faits à Aquin, embarqua: aa Petit Trou pour St-Marc, le
colonel Piverger, un capitaine de la légion de l'Ouest et un grand
nombre d ets de l’armée du. Gnden Loin d'imiter sa générosité
Foussaint les fera tous fusiller. Cependant dans ses proclamations
il recommanudait à Dessalines de respecter les propriétés et les personnes tout en faisant triompher les armes de la République, de.
maintenir l'ordre, de rétablir la cullure dans les pays soumis, et
surtout d'éviter l'effusion: du SAN£, Dessalines partit du Petit-Trou, gravit le morne l'Asyle et revint.
à Aquin sans avoir, rencontré l'ennemi. Les débris de la légion
de l'Ouest sous les ordres de Gauthier étaient campés au morne SaintGeorge et à St-Louis. Il ne restait de ces héros que cent cinquante. hommes: environ. Après: avoir accordé à ses troupes lrois jours
de repos, Dessalines marcha sur St Louis. Son armée s'arrêta au
pied du morne St-George sur le sommet duquel étaient canipés cent
hommes. commandés. par le: colonel Jean Céeite. IL résolut de tourner cette posilion. El ordonna à Clervaux de gravir un morne presque
inaccessible, au-travers de précipices profonds, de rochers à pic
et de grands arbres entrelacés de lianes. Les soldats des 6e et %e
demi-brigades grimpèrent avec gaieté, mais lentement, marchant en
file , se passant mutuellement leurs fusils, et s'euir ‘aidant en se
donnant la main. S'ils avaient été attaqués dans ces gorges ils
auraient été exterminés. Mais l'ennemi ne se daviait pas qu ils
eussent pu passer par cet affreux chemin. Ekns l'après midi, le
grands arbres entrelacés de lianes. Les soldats des 6e et %e
demi-brigades grimpèrent avec gaieté, mais lentement, marchant en
file , se passant mutuellement leurs fusils, et s'euir ‘aidant en se
donnant la main. S'ils avaient été attaqués dans ces gorges ils
auraient été exterminés. Mais l'ennemi ne se daviait pas qu ils
eussent pu passer par cet affreux chemin. Ekns l'après midi, le &4 R MisTOiRE£ D’HarTi. (1800) . général Clervaux était sorti de ces défilés et avait atteint le sommèt
de la montagne , qui était admirablement culuvé. Il en destvendif
aussitôt après et se dirigea vers la rivière de St-Gcorge. 1 renconta un poste qu'il enleva, et traversa la rivière pour tourner le
bourg de St-Louis et couper la retraite à toute l’armée du Sud. Jean Cécile découvrant ses intentions abandonna sa position se replia sur St. Louis en opérant sa retraite au travers des marécages qui s'étendaient le long du rivage de la mer. La division
Clervaux et celle que commandait Dessalines en personne se réunirent au morne St Georges. De là toute l'armée marcha sur StLouis; elle s'arrêta sur l'habitation Aïlard où elle campa. Dessalines se disposait à s'emparer du bourg quand Toussaint lui Hi con
naître que des négociations allaient être entamées avec le général
Rigaud. Il suspendit sa marche. De part et d'autre on était fatigué de la guerre. Le découragement était devenu général dans le
département du Sud ; des trahisons éclataient à chaque instant; les
cultivateurs qui s'étaient aperçus que Toussaint ne voulait pas ni
ne pouvait rétablir l'esclavage se soumettaient de toutes parts. Quant
à Toussaint, cette guerre désastreuse ruinait ses projets d'ordre et
de travail dans le département du Sud. Rigaud fidèle à son système
de défense se retirail en détruisant lout ce qu'il trouvait sur son
passage , chassant devant fur les habitans et ies bestiaux , incendiant
les propriétés rurales, les bourgs, les viiles, barricadant les chemins et saccageant les récoltes. Toussaint craignait encore de rencontrer aux _Cayes qu'il voulait
sauver des horreurs d'un siège une résistance aussi opiniâtre que
celle quil avait éprouvée à Jaemel. Ceût été verser un sang inutile, car la cause de Rigaud était “dés entièrement perdue. Au commencement de Juillet il s'était résolu à envoyer auprès
de Rigaud pe lui detiander la paix et lui présenter l'amnistie du
4er Messidor , trois hommes sages et éclairés, Il avait choisi le coJonel Vincent , le citoyen Philippe César Juge au tribunal de Léogane, et le citoyen Arrauit häbitant de la même commune, La
mission était délicate, et si le coionel Vincent n'avait pas été un
des membres de la députation , l'existence des envoyés eût sue com
promise.
olu à envoyer auprès
de Rigaud pe lui detiander la paix et lui présenter l'amnistie du
4er Messidor , trois hommes sages et éclairés, Il avait choisi le coJonel Vincent , le citoyen Philippe César Juge au tribunal de Léogane, et le citoyen Arrauit häbitant de la même commune, La
mission était délicate, et si le coionel Vincent n'avait pas été un
des membres de la députation , l'existence des envoyés eût sue com
promise. Le commissaire Roume leur avait donné un saufconduit ainsi
conçu : ( Liberté, Egalité,
SAUF-CONDUIT. ts Au Cap Français le $ Juillet 1800 (19 Messidor an 8) de la Fr
blique Française une et indtoistUle. L'Agent national français à st. Domingue autorise par ces pré HISTOIRE D’HAITI.—(1808) 55. æ sentes, et en. vertu des ordres à lui donnés par les Consuls de
la République, le citoyen Vincent, directeur des fortifications à
St. Domingue,. à se transporter immédiatement à la ville des Cayeset dans tout autre endroit de Flarrondissement du même nom, où
lui et ses deux collègues jugeraient nécessaire de se transporter,
pour y porter au. non des Consuls Français, el en vertu des pouvoirs à eux donnés par PAgent national et par le général en chef
de l'armée de St. Domingue, pour y porter, disons-nous, l'olivier
de la paix, et ramener par un accomodement effectif, la tranquillité et le bonheur nécessaires à: cette colonie infortunée, ce quine
saurait s'efléctuer que par la réconciliation sincère des habitans de
l'arrondissement des Cayes avec leurs. concitoyens du: reste de la
colonie. Le citoyen Vincent et ses deux collègues.sont mis-sousla sauvegarde non seulement des lois françaises, mais même du
droit des gens qui rêgle les rapports des peuples divisés par la guerre,
l'agence avertissant que toute personne qui oserait s'opposer à leur
marche ou les molester se rendrait responsable d'un crime impardonnable aux yeux de toutes les nations policées. | Si | Agence vient de faire usage de cet avertissement, ce n'est
que pour satisfaire à la. responsabilité -qui. lui est imposée, car eile
croirait faire: injure aux habitans de l’Arrondissement. des Cayes si
elle imaginait qu'ils en eussent le besoin. E’Agent particulier, ROUME.
= Le Secrétaire général, L. BLANCHARD. Les envoyés munis des instructions de Toussaint Eouverture se:
rendirent à Jacmel où ils s’embarquèrent pour les Cayes sur une
goëlette parlementaire. Quand ils arrivèrent en cette ville, ils fu.
rent accueillis avec indifférence par la plupart des: citoyens. Le général Rigaud était absent. Ils voulurent remeltre leurs dépêches à
Ja Municipalité, mais ils. apprirent qu'elle avait été suspendue de ses fonctions parce qu'elle avait plusieurs fois énergiquement demandé la paix. Dès que Rigaud apprit l’arrivée de. la: députation
il rentra aux Cayes. Vincent, Philippe César et Arrault lui furent
présentés par son frère Augustin. H était extraordinairement agtté; et après qu'il eut pris lecture des pièces qui maintenaient Toussaint Louverture dans son grade de général en chef des armées de
St-Domingue , il laissa éclater une fureur difficile à peindre. Les
mots de vengeance, d’arrestation, d'exécution sortirent de sa bouche.
Il eût méprisé le sauf-conduit et fait emprisonner les. députés
si le colonel Vincent ne lui avait présenté une lettre düù jeune Rigaud , placé au collège de Liancourt à Paris. Le jeune homme di
$ait à son père combien il avait été l'objet des soins tout paternels
des armées de
St-Domingue , il laissa éclater une fureur difficile à peindre. Les
mots de vengeance, d’arrestation, d'exécution sortirent de sa bouche.
Il eût méprisé le sauf-conduit et fait emprisonner les. députés
si le colonel Vincent ne lui avait présenté une lettre düù jeune Rigaud , placé au collège de Liancourt à Paris. Le jeune homme di
$ait à son père combien il avait été l'objet des soins tout paternels 56 HISTOIRE D'HAITI.—( 1800) du colonel Vincent. Après la lecture de cette lettre Rigaud tomba
dans un grand abattement, et laissa découvrir tout son désespoir:
Les officiers qui l’entouraient crurent un moment qu'il allart s'arracher la vie. Néanmoins quand il redevint plus calme il adressa
quelques paroles insultantes à Philippe César et à Arrault; 4 leur
demanda comment ils pouvaient, eux qu'il avait connus gens hon:.
nêtes, servir de vils instrumens à un monstre tel que Toussaint
Louverture. Les députés sortirent de la demeure de Rigaud au milieu des outrages de nombreux flatieurs qui prétendaient qu'ils ne
reverraient plus la ville du Cap. Cependant le peuple des Caves
souffrant de toutes sortes de privations accourait auprès de Vincent
et s'informait de l’objet de sa mission. Quand il sut quelle était
toute pacifique, il témoigna hautement le désir de voir se terminer la
guerre. Quant à Rigaud, renfermé chez lui, il ne voulait pas entendre parler de transaction avec son ennemi. Mais vaincu par les
instances de ceux qui l'entouraient, il se détermina à envoyer une
députation dans l'Ouest, quoiqu'il ne fût nullement disposé à rendre
la paix à la colonie en s’entendant avec Toussaint Louverture : ül
voulait gagner du temps pour se fortilier. Il ‘änvila Vincent, Philippe César et Arrault à atténdre sa réponse jusqu'au retour des
députés qu'il allait envoyer auprès de Toussaint. Il choisit les citoyens Martin Bellefond, Chalvière et Latulipe, qui se rendirent au
Petit-Goâve où était le général en chef. Celui-ci les accueillit avec
bienveillance. Ils lui proposèrent, au nom de leur général, de ré
tablir les choses telles qu’elles existaient avant la guerre civile. Toussaint y consentit, mais à condition que Rigaud avouât ses torts etreconnüût son autorité sans restriction aucune. La députation partit du PetitGoâve et rentra aux} Caÿes le 20 Juiilet (1er thermidor). Rigaud, quoiqual fût humilié de la réponse de Toussaint, contint l'élan de sa
fureur qui, du reste, ne pouvait plus être terrible. Voulant gagner
du temps il envoya auprès de Toussaint Louverture le citoyen Bonard avec mission de lui demander qu’il suspendit la marche de son
armée, jusqu'à ce qu'il eût le temps de faire ses préparatifs de départ.
Toussaint après avoir répété à Bonard ce qu'il avait déjà dit aux
trois premiers députés, envoya de nouvelles instructions à Vincent,
à Arrault et à Philippe César. * Ceux-ci devaient demander que son
Adresse aux habitans du Sud, en harmonie avec ces instruclions,
auprès de Toussaint Louverture le citoyen Bonard avec mission de lui demander qu’il suspendit la marche de son
armée, jusqu'à ce qu'il eût le temps de faire ses préparatifs de départ.
Toussaint après avoir répété à Bonard ce qu'il avait déjà dit aux
trois premiers députés, envoya de nouvelles instructions à Vincent,
à Arrault et à Philippe César. * Ceux-ci devaient demander que son
Adresse aux habitans du Sud, en harmonie avec ces instruclions, \ % Instructions pour les citoyens Vincent, Arrault et César, députés
auprès des autorités constituées, tant civiles que militaires , de la ville des Cayes &c. k. “ Vous demanderez que mon adresse (aux habitans du. Sud }) soit sur le
“4 champ imprimée, et envoyée de suite dans tous lieux du département
du Sud; vous autorisant à faire connaître partous les moyens que vous HISTOIRE D'Ha1TI 800! je GT fût imprimée et répandue dans tout le département. Cette Adresse
portait que Toussaint était déterminé à oublier le passé , à pardonner
aux coupables, à protéger chacun dans ses biens'et ses affections.
Mais elle portait aussi que quatre citoyens ne pourraient dans aucun
cas jouir de cette Amnistie, attendu qu'ils avaient trahi la confian- ? 4 ’ Q * , : %
ce, l'honneur et la République, en abandonnant l'armée de FOuèst et du Nord pour passer dans le Sud : ces quatre personnes étaient Bellegarde, Millet, Dupons et Pélion. ; £
CN Cas
ee ‘ croirez les plus convenables mon ardent désir de terminer la guerre qui
vous afflige, ma volonté immuable d’onblier le passé, de pardonner aux
coupables, de protéger chacun dans ses biens et dans ses :flections. Quatre personnes seulement ne pourront jouir de cetie amnistie générale parceque s'étant rendues coupables de trahison je dois pour le maintien
de la subordination, ct la discipline militaire, faire une différence entre
des hommes qui , attachés à l'armée du Sud, ont dû obéir au chef qui
les commandait, [lui senl étant chargé de la responsabilité de ses
opérations | et des hommes qui servant dans les armées du Nord et de : POuest, ont trahi la confiance, l'honneur et la République. Ces quatre
: personnes sont Bellegarde, qui, en raison de sa qualité d'étranger sera
renvoyé de la colonie, Millet, Dnpons et Pétion qui seront punis de leur trahison , par quelque temps d'arrêt, après lequelils seront rendus
à leurs familles. &“ Le parti auquel le générat Rigaud s’est arrêté celui d'abandonner Île
département du Sud, pour aller rendre compte de sa conduite an gouvernement français, est celui que l'honneur devait lui prescrire; mails : les choses sont dans une position à exiger de lui qu'il le fasse de suite: 12 Parceque le général de division Michel, étant sur le point de son
départ pour France, il est nécessaire qu'il puisse porter au gouvernement français la nouvelle certaine de la pacification de St.-Domingue;
22 parce qu'ensuite le moindre délai peut porter des entraves à cette
pacification. | * “ Le départ du général Rigaud ayant pour objet de rendre compte de
sa conduite au gouvernement, il ne saurait se considérer comme s'expatriant de Saint-Domingue. Pourquoi voudrait-: donc arracher sa famille à son pays, à ses foyers, à ses propriétés? qu'il les laisse avec
sécurité à Saint-Domingue, elles trouveront sureté et protection ; il peut
en outre les charger de -la direction de ses biens, du soin de ses effets,
et il peut compter que tout ce qui leur appartient sera respecté, je lui
en donne ma parole d'honneur; et il doit, d'autant pius compter qu'en
pareil cas, je ne pourrais voir avec plaisir que lon fit de Ja peine
sa famille à son pays, à ses foyers, à ses propriétés? qu'il les laisse avec
sécurité à Saint-Domingue, elles trouveront sureté et protection ; il peut
en outre les charger de -la direction de ses biens, du soin de ses effets,
et il peut compter que tout ce qui leur appartient sera respecté, je lui
en donne ma parole d'honneur; et il doit, d'autant pius compter qu'en
pareil cas, je ne pourrais voir avec plaisir que lon fit de Ja peine à ma famille, et qu'on la forçât à s’expatrier. Dans une pareille Circonstance je ferai done pour eux tout ce que je voudrais que l'on fit
pour moi. Cette assurance de ma part devant pour ses propres Intérêts
le déterminer à partir seul, il n'a plus besoin du délai qu'il demande
pour faire ses apprêts. S'il ne trouve pas dans le Sud un bâtiment prêt
à mettre à la voile, offrez lui de se rendre au Cap avec vous, auprès
de l'Agent, soit par mer, soit jar terre ; je vous ferai fournir pour le
voyage tout ce quil vous faudra, pour arriver sûrement et à bon port. : Si lorsqu'il sera rendu au Cap il persiste à vouloir aller en France :1l + 58 | | nisToire D'HAITI.— (1800) Toussaint recommandait à ses trois députés de hâter le départ de
Rigaud afin que le général Michel qui devait bientôt partir pour
France, püût annoncer au premier Consul la pacification de la colopie; il leur recommandait d'exhorter Rigaud à laisser 8a famille aux
Cayes, à donner à ses parens la gestion de ses biens qui seraient ee de lui offrir, sil n'y avait point de navire en départ aux.
Cayes, passage à bord de la frégate Américaine le Boston, sur laquelle le génér : Michel devait relourner en France. Vincent proposa à
Rigaud tout ce qui était porté dans les instructions ; mais celui-ci
fut indigné à la seule idée de livrer Beilegarde, Millet, Dupons et
Pétion. Il ordonna aux députés de quilier les” Cayes à bref délai.
Vincent se hâta de s’embarquer pour Jacmel avec ses collègues. Pendant cet intervalle, Bonard revenait aux Cayes et rapportait la réponse de Toussaint. Rigaud déierminé à disputer le térrain
pied à pied fit sonner le tocsin dans la plaine des Cayes, voulant
pour la première fois faire une levée en masse. Mais pas un cultivateur ne répondit à son appel, chacun était fatigué de la guerre. Le général en chef, apprenant Ja mauvaise foi de Rigaud, rompit des négociations que celui-ci n'entretenait que pour gagner du Re et croA l'ordre à Dessalines de continuer sa marc che. 2 ‘ pourra partir avec le général Michel, quis’y rend par la voie des EtatsUnis sur la frégate de cette nation (le Boston) sur laquelle le commodore lui a offert un passage ; si au contraire, il préfère rendre à
“ J’Agent les comptes de le got ivernement exige de Jui, il pourra le faire
‘ et sera certain après sa soumission de me voir adhérer avec plaisir à
“son retour dans le Sud en qualité de général de brigade commandant
‘ sous mes ordres l’armée dudit département , G | e e e 0 re e ° e e , 0 ° ° e e , 0 e e 0 e ® e « % es
mm eù # Fn attendant son départ , il: est nécessaire qu'il s'occupe sans délai du
“soin de faire retourner dans leurs quartiers respec'ifs et au sein de leurs
“ fannlles, tous les habitans, propriétaires, cultivateurs et autres personnes
# du départenent du Nord et de l'Orest réfugiés dans le Sad : quil rénvoie à Jacmel l4 légion de lPOnest officieis comme soldats , et dans leurs.
, 0 e e 0 e ® e « % es
mm eù # Fn attendant son départ , il: est nécessaire qu'il s'occupe sans délai du
“soin de faire retourner dans leurs quartiers respec'ifs et au sein de leurs
“ fannlles, tous les habitans, propriétaires, cultivateurs et autres personnes
# du départenent du Nord et de l'Orest réfugiés dans le Sad : quil rénvoie à Jacmel l4 légion de lPOnest officieis comme soldats , et dans leurs. ‘ garnisons respectives les militaires qu'il peut en avoir retirés, et comme
: d'après les avis que je reçois du général Dessalines » je suis instruit
# qu'on profite de la suspension d'armes que Jai ordonnée pour fortifier
_# Saint-Louis. d’une manière à me faire croire que l’on n’est pas comme # moi, dans l'intention de se soumettre à la volonté uationale, et qu'on. “ ne veut faire aucun sacrifice pour sanver le département ‘du Sud ,
assurer lé bonheur de ses habitans, jexige que .la garnison seu-
‘“ lement nécessaire à la garde de cette ville, soit composée moitié des “ troupes du Sud, moitié de celles sous les ordres du généra! Dessalines. “ qui les fera rentrer aussitôt que le général Risaud en aura retiré le surfé
PÉPIUS. | f Signé, Toussaint LOUVERTURE, L — \ “HISTOIRE D’HaTr.—(1800) | 69 Dessalines somma le bourg de St-Louis de se rendre à discrétion.
Les débris de la légion de l'Ouest, qui occupaient ce bourg, n'opposérent aucune résistance. - Gautier qui commandait encore ces ‘intrépides soldats dont
le chiffre avait été réduit de 1800 à 150, vint sur lhabitation
Allard où 11 fit sa soumission. Dessalines achemina sur Aquia celle poignée de braves qui , couverts de blessures , les
picds gonilés par les marches et les contre marches , se soutenaient à peine. Toussaint qui Ho Aquin avec une nombreuse
cavalerie les fit se ranger sur ia place d'armes ; il monta ensuite sur
autel de la patrie et leur dit: en combattant pour le général Rigaud, vous avez combattu contre la France notre patrie, Vous avez Soutenu une cause anti ch D mais puisque j'ai publié une amnistic j'oublie le passé. Je ne vous parlerai que de la conduite que vous
aurez désormais à tenir: Jurez vous d'être fiaèles à la mère patrte,
notre bienfaitrice, jurez vous d'obèir entièrement à ses lois et de ne
jamais prendre les armes contre elle. * Gautier sortit des rangs, se
tourna vers Péglise, porta la eg sur sa poitrine, la leva ensuite vers le ciel, et dit : je le jure! les ofliciers et les soldats répétérent après lui le même serment. Le lendemain Gautier reçut
l'ordre de se rendre.à Jaemel par les Côtes de Fer. En 1801,
après la prise - de possession de la partie de l'Est, Toussaint le fera
assassiner. Dessalines aprés être entré à St Louis y passa quatre jours attendant des ordres de Toussaint Louverture qui voulait donner à Rigaud
le temps de s ‘embarquer afin d'éviter de nouveaux combats. I partit
de ce bourg après en avoir confié le commandement à Jean Louis
reçut
l'ordre de se rendre.à Jaemel par les Côtes de Fer. En 1801,
après la prise - de possession de la partie de l'Est, Toussaint le fera
assassiner. Dessalines aprés être entré à St Louis y passa quatre jours attendant des ordres de Toussaint Louverture qui voulait donner à Rigaud
le temps de s ‘embarquer afin d'éviter de nouveaux combats. I partit
de ce bourg après en avoir confié le commandement à Jean Louis . Balarquier un des chefs de bataillon de la 9e., et atteignit Cavailion qu'occupaient les débris du 5e. régiment commandé par le
colonel Delva. Celui ci abandonna fa place qui se soumit sans
résistance. Dessalines arriva sur Fhabitation Delmas que traversait
la grande route des Cayes. I y campa et fit savoir à Rigaud qu'il
lui accordait six jours pour évacuer la piace. Rigaud fit tous ses
efloris pour porter les citoyens à supporter un siège; mais 1f ne
rebcontra ,que des cœurs decouragés: de toutes parts l'on demandait
la paix. H prit la détermination de partir. Ii sortit des Cayes accompagné de ses parens et d’un nombreux cortège d'amis au milieu de toutes sortes de témoignages d'imérèt; le peuple respectant son
malheur le couvrait de bénédictions. Chacun versait des larmes et
gémissait qu'il eut été trahi par la fortune; mais chacun sentait
profondément que la résistance était devenue impossible. H fit de
touchans adieux à la foule, et prit là route.de Tiburon, Il fut _* Notes de ans ofiiciers ces deux armées présents à cette
scène, C2 60 HISTOIRE D’HAITI.— (1500)
èt; le peuple respectant son
malheur le couvrait de bénédictions. Chacun versait des larmes et
gémissait qu'il eut été trahi par la fortune; mais chacun sentait
profondément que la résistance était devenue impossible. H fit de
touchans adieux à la foule, et prit là route.de Tiburon, Il fut _* Notes de ans ofiiciers ces deux armées présents à cette
scène, C2 60 HISTOIRE D’HAITI.— (1500) accompagné jusqu'à la Cohanne par le colonel Jean Cécile. I arrivas
à Tiburon avec toute sa famille, et trois oflicicrs, Borgella, Lamarre
qui devint plus tard si célèbre, et un nommé lAngevin. Mais pendant Ia route ces ofliciers avaient découvert combien il y avait per
de générosité en son cœur, combien il comprenait peu ile dévoue:
ment: il n'avait cessé de leur faire sentir la. différence qu'il établissait
entre eux et ses parens. Aussi se déterminèrent-ils à ne pas le
suivre, malgré toutes ses instances. Dès qu'il se fut embarqué, ils
retournérent aux Cayes, résolus‘ à ‘hraver toute la fureur de Tous:
saint Louverture, en lequel ils trouveront cependant de la générosité.
Toussaint avail maintes fois éprouvé les crueiles inquiétudes du.
pouvoir; il comprit ce quil y a de noble et d'héroiïque dans la.
fidéliié; l'infortune pouvant aussi le frapper, il ne voulut pas punir le dévouement exercé envers un rival malheureux. Rigaud et
ses parens se rendirent à la Guadeloupe ; le gouverneur de cette île
leur donna une franche hospitalité. Hs s'embarquèrent ensuite pour
France. Quand ils arrivèrent à Brest, 1ls vécurent sous la surveillan:
ce de la police, sans être inquiétés, de manière mème à ne sen.
pas douter. * |
La plupart des officiers supérieurs de l'armée du Sud dont l'existence était menacée, les Faubert , les Geffrard , les Delva , les Bonnet,
les Birot, etc. , ete. s'embarquèrent aux Cayes avant l’arrivée de:
Dessalines. Ils furent accompagnés jusqu'au rivage par toute la
population noire et Jaune. Ils se dispersèrent les uns dans les.
Antilles d'autres sur le continent Américain. Ils vécurent dans une
profonde misère; Rigaud en partant des Cayes avait refusé de
partager avec eux unesomme assez importante qu'il avait en sa possession. Pétion fut plus heureux que ses compagnons. d'infortune ; if.
reçut à Paris un traitement honorable du gouvernement consulaire,
Quant aux coions royalistes qui avaient toujours été en disgrâce.
sous ladministration de Rigaud, ils témoignaient hautement leur
joie de la prochaine arrivée de Toussaint Louverture, et se montraient aussi fiers el arrogans qu'ils avaient été humbles et rampanis
pendant la guerre civile. |
Telle fut la fin de ces luttes intestines que la marche de. Toussaint vers l'indépendance de St Domingue avait fait naîtré. Rigaud
ju redoutait pour sa caste l'alliance du parti colonial avee le gé:
néral en chef représentant des masses noires, avait voulu s appuyer
sur la Métropole pour résister à cette ligue formidable. I craignait
influence politique des anciens colons qui, voyant des rivaux dans
les hommes de couleur, ne travaillaient qu’à leur destruction depuis
4790; et 11 croyait avoir tout à craindre de Toussaint, dont il ni
ance de St Domingue avait fait naîtré. Rigaud
ju redoutait pour sa caste l'alliance du parti colonial avee le gé:
néral en chef représentant des masses noires, avait voulu s appuyer
sur la Métropole pour résister à cette ligue formidable. I craignait
influence politique des anciens colons qui, voyant des rivaux dans
les hommes de couleur, ne travaillaient qu’à leur destruction depuis
4790; et 11 croyait avoir tout à craindre de Toussaint, dont il ni * Rigaud revint à Saint-Domingue avec l'expédition de Leclerc de 1802. HISTOIRE D'HAUTI. (1800) 61 gnorait pas l'animosité contre les mulâtres depuis qu'il avait eu à leur
disputer la prépondéranee politique dans l'Artibonite et dans le Nord,
en luttant contre Blanc Cassenave et Villate. Rigaud ct la plupart
des anciens libres , ayant dès l'aurore de la révolution embrassé la cause de fa liher té, éprouvaicut de la répugnance à reconnaître la suprématie d’un citoyen qui combattait dans les rangs
espagnols pour le rétablissement de l'esclavage, pendant qu'ils revendiquaient les droits de l'homme. C'est pour ce moiif que nous
voyons presque tous les anciens libres nègres et mulâtres, connus
avant la révolution sous la dénomination de gens de couleur, se
railier au parti de Rigaud. Mais la Métropole qui craignait que
les deux partis ne se réunissent un Jour contre elle, mus par des
intérêts demeurés toujours communs à l'égard du blanc , les Htissait
s’affaiblir l'un et l’autre par une guerre acharnée. Elle avait l'espoir
de rétablir sur les ruines des deux rivaux son autcrité qui se
De au milieu de ces luttes dont les intérêts étaient étrangers - sa politique. Rigaud conduisit cette guerre en mauvais capitaine; dès la prise.
du Petit Goâve il commit les fautes les plus graves ; 11 demeura aux
Cayes quand Îles populations noires elles mêmes de l'Ouest et d’une
partie du Nord lui tendaient les bras; 1l exeita sur tous les points
de la colonie les passions des hommes de couleur, et partout il
les abandonna aux vengeances de Toussaint Louverture. Sa chüte
entraîna celle d'une foule de familles que ses fautes avaient come
promises ; égoiste, colère, jaloux de ‘toute influence, ïl fut, dès
l'origine de la révolution , l'ennemi secret de Bauvais dont la gloire
toujours pure le tourmentait. Sur la ilerre d'exil, ül refusa le
pain quotidien à ses compagnons d'infortune qu ‘accablait Ia misère. Cependant la haine contre Toussaint s'était tellement déMétobpée
dans le Sud que Rigaud y laissa de profonds regrets et une aveugle
admiration. Les vengeances horribles qu'exerça PE cénéral en chef
au mépris de l'amnistie du Aer Messidor, firent encore gémir davantage sur la chûte d'un chef dont les fautes et les folles passions
avaient bouleversé la colorie de fond en comble. Toussaint venait de renverser le plus grand obstacle à son projet
d'indépendance ; désormais il marchera à pas de géant vers le but
qu'il se proposait d'atteindre,
ugle
admiration. Les vengeances horribles qu'exerça PE cénéral en chef
au mépris de l'amnistie du Aer Messidor, firent encore gémir davantage sur la chûte d'un chef dont les fautes et les folles passions
avaient bouleversé la colorie de fond en comble. Toussaint venait de renverser le plus grand obstacle à son projet
d'indépendance ; désormais il marchera à pas de géant vers le but
qu'il se proposait d'atteindre, Dessalines poursuivant sa marche entra aux Gayes en triompha
teur. Son armée, quoiqu elle eùt éprouvé toutes sortes de privalions,
pe se livra à aucun excès. Il : s'élança à la poursuite de Rigaud.
Ce ne fut qu'au pied du morne de {Tiburon qu'il apprit son embarquement. [l revint aux Cayes où il attendit le général en chef.
Les colons apprenant l'arrivée de Toussaint Louverture excitéreut
une foule de dames à lui faire une‘adresse, Le 2 Août 1800 (14 HISTOIRE D’HAITI. _—(1800) Thermillor) celles ci envoyèrent à sa rencontre une députation char:
gée de lui offrir le témoignage de leur reconnaissance. Leurs sentimens étaient exprimés par les vers sui vans : HS Magnanime héros que désigna la France,
« Pour être de ces lieux le Dieu réparateur, _« Tu fais naître chez nous là flatteuse espérance « De voir revivre iei la paix et le bonheur.
« Puisse de tes vertus l'étonnant assemblage
« T'assurer une place à l'immortalité; « Nous en entretenons lagréable présage
« En répétant que rien ne fut mieux mérité. « Que tes jours prolongés jusqu'à l'âge d'enfance
« Ne cessent de couler exempts de tous malheurs,
« Et convaincu surtout de notre reconnaissance
« Reçois avec ceci l'offrande de nos cœurs » Cette adresse fut suivie d’une autre pièce enfantée par la terreur;
cinquante-deux signatures d'hommes noirs, jaunes et blancs la couvraient. Elle était remplie des plus basses flatieries envers Foussaint Louterture, et des injures les plus grossières contre Rigaud:
Celui-ei y était traité d'infâme, de brigand, de parjure, d'assassin.
Chacun cherchait à sauver sa tte menacée de la vengeance de Toussaint Louverture ; mais toutes ces adulations ne sauveront pas la
population vaineue de la plus horrible proscription. | | Le jour qui suivit l'envoi de ces adresses Toussaint Lomeae
entra aux Caÿes. Malgré les efforts des colons pour: “donner à Ja
ville une physionomie de réjouissance ; la tristesse réguait partoul. L'adjudant général Toureaux qui n'avait cessé de trahir Rigaud pen:
dant la guerre civile, se présenta devant le général en chef , portant”
une longue barbe, et se prosterna à ses pieds en lui disant: J'avais
fait vœux de ne couper ma barbe qu’: aprés le trioisnhe de vos armes. Toussaint lui répondit : Vous m'en avez trop dit M. Foureaux;
sortez de ma présence. ne voulut plus le recevoir, le «ouvrit
même de mépris. Toureaux, repoussé du cercle des favozis de
Toussaint , devenu l'objet du ‘dédain général, tomba dans le pius
profond chagrin. 24 ur Re
J'avais
fait vœux de ne couper ma barbe qu’: aprés le trioisnhe de vos armes. Toussaint lui répondit : Vous m'en avez trop dit M. Foureaux;
sortez de ma présence. ne voulut plus le recevoir, le «ouvrit
même de mépris. Toureaux, repoussé du cercle des favozis de
Toussaint , devenu l'objet du ‘dédain général, tomba dans le pius
profond chagrin. 24 ur Re Le général en chef fit publier (5 Août 4800, 17 thermidor) dans
toutes les rues de la ville, que ses ennemis étant terrassés , 11 était
déterminé à faire le bonheur de son pays, qu’il était pénétré, de:
cette preseription de l'Eglise : pardonnons à ceux qui nous, ont
offensés ; et qu'il maintenait en conséquence toutes les EPA
de son amnisiie du 4er Messidor. ’ Le lendemain il adressa une proclamation à la population du Sud.
Après avoir récapitulé la cn à des malheurs de la guerre civile: LA HISTOIRE D’'HAÏTI.—(1800.) 63
6 - qu'il attribua à Rigaud, il rappela aux habitans du Sud, avec une
profonde hypocrisie, son amnislie du premier Messidor; il les exhorta à se réunir autour de lui, en les appelant fréres et amis. Il leur
annonça que les personnes seraient respectées , et qu'il n'aurait été
clément qu'à demi s'il ne s'occupait des mesures les plus propres
à réunir les membres d'une même famille, à rétablir chaque citoyen dans sa propriété. Il exprima que ceux dont la consetence
était demeurée pure , et qui n'avaient été entrainés que par séductions ou par crainte avaient été assez punis par les fausses alarmes
dont on les avait environnés; 1l leur annonça en conséquence, que
les citoyens du département du Sud dont les biens n'avaient jamais
élé séquestrés ou dont les séquestres avaient été levés avant l'époque
de la guerre civile, et dont les propriétés avaient été séquestrées
depuis là guerre civile présenteraient leurs titres à l'officier d’ade
ministration de leur arrondissement qui, après examen de leur
précédente mise en possession, serait tenu de lever le séquestre
et de les réintégrer dans leurs droits purement et simplement. Ii
déclara en outre que vu les ‘dépenses extraordinaires de la guerre,
les récoltes demeurées sur les habitations du Sud, séquestrées .en
“conséquence de Fabandon fait par les propriétaires qui avaient suivi
le général Rigaud , seraient partagées ainsi qu'il suit: la moitié pour
la République, et cette moitié serait transportée dans les magasins
de l'Etat aux frais des propriétaires, le quart pour Îles propriétaires,
et l’autre quart pour les cultivateurs. Il annonça encore que la guerre civile étant finie, les cultivateurs
relourneraient sur leurs habitations respectives pour s'occuper imnédiatement de la culture; que ceux quise trouvaient dans Îles
villes, bourgs et autres endroits en sortiraient sur-le champ pour se
rendre chez eux afin d'y travailler avec-ardeur , que les commandans
de communes et d'arrondissements, les capitaines de sections , les
inspecteurs de ‘culture, les ofliciers de gendarmerie étaient tenus de
faire exécuter ses instructions , sous leur responsabilité personnelle.
ourneraient sur leurs habitations respectives pour s'occuper imnédiatement de la culture; que ceux quise trouvaient dans Îles
villes, bourgs et autres endroits en sortiraient sur-le champ pour se
rendre chez eux afin d'y travailler avec-ardeur , que les commandans
de communes et d'arrondissements, les capitaines de sections , les
inspecteurs de ‘culture, les ofliciers de gendarmerie étaient tenus de
faire exécuter ses instructions , sous leur responsabilité personnelle. Cette responsabilité était telle qu'ils perdatcnt leurs têtes si la
culture était négligée dans l'étendue de leurs commandemens. Pendant ect intervalle Dessalines partait des Cayes suivi de la
plus grande partie de l’armée sous ses ordres et s’acheminait sur Jiérémie. Celle ville était commandée par un vieillard, homme de
couleur, nommé Gaspard. Les blancs de là Grand'-Anse qui de tout
tcmps abhorraient les mulâtres et qui avaient beauc up souffert sous
lautorité de Rigaud, se redressaient avec fierté etse réunissalent.
Hs ne respiraient que vengeances. ls n'ignoraient pas que tout ce
qu'ils pourraient faire souffrir aux gens de couleur ne serait pas
condaniné par Toussaint Louverture. MS. | à
illard, homme de
couleur, nommé Gaspard. Les blancs de là Grand'-Anse qui de tout
tcmps abhorraient les mulâtres et qui avaient beauc up souffert sous
lautorité de Rigaud, se redressaient avec fierté etse réunissalent.
Hs ne respiraient que vengeances. ls n'ignoraient pas que tout ce
qu'ils pourraient faire souffrir aux gens de couleur ne serait pas
condaniné par Toussaint Louverture. MS. | à Dès qu'ils apprirent que Dessalines approchait de leur ville, ils
formèrent une garde d'honneur de 200 cavaliers et vinrent au64 HISTOIRE D'HAITI.—(1800). L
“devant de Vlarmée qui traversait dans des bacs la rivière
de Jérémie. Dessalines qui détesta toujours les blancs, dès
qu'il les aperçut, s'approcha d'eux, et leur ordonna de se disperser
tous, sous peine d'être fusillés. La terreur se répandit parmi eux,
ct ils retournèrent à Jérémie bride abattue, honteux de. laceweil
qu'ils avaient reçu, et craignant d'être confondus avec les Rigaudins. é vd
Dessalines entra: dans la place à la tête de son armée; il y régna aussitôt une consternation générale. Le lendemain com
mencèrent les exécutions des Rigaudins noirs et jaunes. Beaucoup
de citoyens qui n'avaient pas pris une part active aux affaires pus
bliques furent dénoncés par les colons , arrêtés et baïonnettés. D'autres étaient, le soir, assassinés dans les ruës ou chez eux. Chaque après-midi Dessalines en faisait réunir, un grand nombre sur la
plage près du fort Lapointe; après une seule décharge on tuait à
goups de baïonnettes ceux qui n'avaient pas été alleints ou qui,
lessés seulement, respiraient encore. La plupart des hommes noirs
et de couleur qui, sous Rigaud, avaient exercé quelque influence,
avaient déjà pris la fuito en s'embarquant pour les Antilles. Dessalines cruel par instinct et excité par Toussaint Louverture se bus
gna dans le sang. En même temps de semblables massacres avaient
lieu au Corail, au Petit-Trou, à L'Anse-à-Veau, à Miragoäne, et
au Petit Goâve. | ee MENT
Après avoir été fêté par les colons, Toussaint partit des Cayes
emportant les noms de tous ceux des Rigaudins noirs et de couleur qui devaient être sacriliés. Par son amnistie il retenait ceux
qu'il avait Pintention de faire mourir. Le 23 Août il avait délerminé les limites du département du Sud et avait nommé le général
Laplume commandant en chef de ce département: Quand il traver=
sa Aquin 1l nomma Île colonel Nérette commandant de lArrondisscment de cette ville. H atteiguit Léogane le 80 Août. Aussitôt
après son arrivée en ceite ville, il ordonna aux troupes quiavaicut
fait la campagne du Sud de sy réunir. Dessalines partit de Jérémie
après y avoir laissé un bataiflon de la 4e., sous les ordres de
Dommage , devenu: commandant de lArrondissement de la Grand’-
Anse. ie. SA
L'armée expéditionnaire du Sud ne tarda pas à tre réunie à
Léogane. Il y eut en cette ville une fête religieuse et patriotique.
Toutes les troupes massées sur la place d'armes furent passées ‘en
revue par le général en chef qui ensuite monta sur l'autel de la
patrie et leur dit: « Vous avez défendu avce le courage qui ea-
« ractérise l’homme libre lattentat fait à vos droits par Rigaud.
« Vous vous êtes couverts de gloire, et pour que vous ne la ter-
« DisSieZ Jamals par une action indigne de vous, chaque demi-bri
« gadc composant l'armée aura un tableau où seront inscrits en gros
la place d'armes furent passées ‘en
revue par le général en chef qui ensuite monta sur l'autel de la
patrie et leur dit: « Vous avez défendu avce le courage qui ea-
« ractérise l’homme libre lattentat fait à vos droits par Rigaud.
« Vous vous êtes couverts de gloire, et pour que vous ne la ter-
« DisSieZ Jamals par une action indigne de vous, chaque demi-bri
« gadc composant l'armée aura un tableau où seront inscrits en gros WISTOIRE D'HArER ST CIEN) - 65 « caractères, le nom du chef de la déme brigade et ensuite ces
« mots: Ja discipline , Ja subordination et. la bravoure ont procuré
« la victoire. » IL leur recommanda ensuite de toujours prier Dieu
à qui seul ils devaient leurs s triomphes. Il descendit de l'autel de
la patrie et se rendit à l’église suivi de tous les officiers supérieurs
de l'armée. Après qu'on eut chanté le Te-Deum il monta en chaire,
et ordonna au général Dessalines de s'approcher de lui : il ôta à celuici de ses propres mains le ceinturon de général de brigade, et le
remplaça par celui de général de division. Il appela ensuite le général
. Clervaux , le serra dans ses bras et lui fit don d’une superbe carabine,
en lui disant que personne, exceplé le général en éhef ne s'était servi de cette arme. Les officiers supérieurs retournèrent à la tête de
leurs corps au milieu des chants de la musique militaire. Le reste
de la journée s’écoula en fètes et en réjouissances. Toussaint qui
ne songeail qu'à s'isoler de ja métropole avait préféré cette inseription : la discipline, la subordination et la bravoure ont procuré
la victoire, à celle qu'avait envoyée Bonaparte : braves noirs, souvenez-vous que le peuple français seul reconnais votre liberté et
l'égalité de ves droits. Après avait fait incorporer dans les demi brigades du Nord et de
l'Artibonite les débris des régimeñs du Sud il ordonna à Dessalines
de se rendre à St. Marc avec l'armée. Après avoir atteint le quartier
de l’Artibonite les troupes se retirèrent dans leurs cantonnemens
respectifs. : Il y avait à Léogane trois cents prisonniers noirs et jaunes du
parti de Rigaud. D'après les ordres de Toussaint ils furent conduits non loin de la ville, daus des lieux écartés, et furent Impitoyablement immolés , en présence” d’une compagnie des guides du
général en chef. Lorsque ces cavaliers se furent assurés que ces
malheureux ne donnaient plus aucun signe de vie, ils abandonnérent le champ de carnage et se retirérent dans la grande route
du Portau-Prince. Toussaint se rendant en cette ville ne tarda pas
à les rencontrer. Il était calme et préoccupé. Tout est-il tranquille’,
demanda-t-1l à l'officier qui Arr ses guides? — Oui général
en chef.—Vous n'avez rien entendu, n’estce. pas? — Non général
en chef.—Il n'y a pas eu d Een de ce côté-ci ? Non gé-
-néral en chef. — J'en suis heureux, car je hais les scélérats; mon
amnistie est donc bien observée ? — Oui, général en chef.— Je suis
content de vous , jeune homme; vous comprenez votre devoir; continuez de la même manière, vous serez récompensé. Il parlait à
Arr ses guides? — Oui général
en chef.—Vous n'avez rien entendu, n’estce. pas? — Non général
en chef.—Il n'y a pas eu d Een de ce côté-ci ? Non gé-
-néral en chef. — J'en suis heureux, car je hais les scélérats; mon
amnistie est donc bien observée ? — Oui, général en chef.— Je suis
content de vous , jeune homme; vous comprenez votre devoir; continuez de la même manière, vous serez récompensé. Il parlait à un oflicier de couleur nommé Lerebours. Celui ci pour sauver sa
tête se garda bien de dire qu'il avait été témoin du massacre qui
venait d'avoir lieu, Toussaint niait le plus souvent ces affreuses exécutions qu'il orPOUR luimême.. Il en accus Dessalines qu il ne cessa jamais 66 HISTOIRE D’HAITI.-— (1800) cependant de combler de faveurs, Dès qu’il arriva au Port-au-Prince, Bessalines vint l'y joindre. Il y avait en cette ville une cinquantaine de prisonniers rigaudins tant officiers, soldats que bourgeois. Dessalines les conduisit hors de la ville dans un petit bois
prés de l'hôpital. Tous ceux qui en marchant à la mort démontraient de la fierté -et de la résignation, excilèrent son admiration
et furent sauvés. * Les autres furent tués :à coups de baïonnette.
1l existe encore aujourd'hui dans la savane qui s'étend derrière
l'hôpital une croix dite des Martyrs, élevée sur la fosse commune,
qui recevait les cadävres de ces infortunés. Souvent des âmes pieuses sy rendent pour adresser des ‘prières à l'Eternel. Un de ces
malheureux , percé de coups de buaïonneltes, respirait encore; vers
le milieu de la nuit, alors que les gardes s'étaient retirés, 4 se
traina vers une case où brillait une Jumière! Une femme noire Île
reçut , le traita avec humanité, et alla le lendemain se Jeter aux
pieds du général en chéf lui demandant la grâce de linfortuné.
— Lui faire grâce, s’écria Toussaint, et pourquoi? qu'a t-il fait ?—
Il se meurt, répondit la femme; 1l est percé de coups. — A t-on.
arrêlé ses assassins ? demanda Toussaint Louverture. Il ordonna
qu'on le transportât en sa présence. Dès qu'il le vit, il versa
des larmes et déplora un tel crime. Il lui fit donner :toutes sortes
de soins ; et. cet homme nommé Rateau vécut bien des :années après.
, s’écria Toussaint, et pourquoi? qu'a t-il fait ?—
Il se meurt, répondit la femme; 1l est percé de coups. — A t-on.
arrêlé ses assassins ? demanda Toussaint Louverture. Il ordonna
qu'on le transportât en sa présence. Dès qu'il le vit, il versa
des larmes et déplora un tel crime. Il lui fit donner :toutes sortes
de soins ; et. cet homme nommé Rateau vécut bien des :années après. Toussaint se rendit ensuite à SL:-Marc où il y avait dans les
cachots 600 Rigaudins. 1l ordonna à Dessalines de les faire exé.
cuter. Gelui ci fit d'abord conduire sur le rivage sablonneux de la
mer les plus marquants d’entre eux. Le colonel Piverger, homme
de couleur , et le commandant Galant , noir, marchaient bras dessus
bras dessous et chantaient que le sort le plus. beau et le plus digne d'envie élait de mourir pour sa patrie. Dessalines dit à GaJant: comment un noir intrépide comme toi a-t-il pu servir la cause
des mulätres ? tu he dois pas mourir; passe soldat dans la 4e. —
Moi, soldat , répondit Galant ! Si je le deviens, mon premier coup de
fusil sera pour toi. Il embrassa Piverger; et ils reçurent l'un ét
l’autre la mort avec un courage héroïque. Les exécutions continuërent pendant trois jours consécutifs. La ville était dans la cons-
- ternation ; le ciel était sombre, une pluie fine tombait, et le soleil
pendant ces jours de deuil ne brilla pas un instant sur la ville,
L'on remarquait parmi les assassins Cézaire Savary, homme de couleur , qui, armé d'un couteau, poignardait ces infortunés avec une
rage difficile à peindre. Quand il abandonnait la plage, il se ren:
dait couvert de sang dans les cabarets, buvait en chantant ,et racontait avec quelle dextérité il donnait la mort. sb * C'est äinsi que les commandaff Gérin et Bazelais échappèrent $
a mort, ç HISTOIRE D'UHAITI.—— (1800) ô7 _Dessalines de son côté sauvait un grand nombre de prisonnierg
en les incorporant dans la 4°. demi-brigade. Déjà le 8°. bataillon
de ce corps s'élevait à 959 hommes et le deuxième à 800. Toussaint blâma sévèrement la conduite de Dessalines et partit pour
les Gonaïves exprimant hautement son mécontentement, Comme ül
restait encore des prisonniers, Dessalines ne voulant pas les faire
massacrer à St. Marc, les achemina sur les Gonaïves. Mais quand
ils arrivérent au-delà du pont de l'Ester ils furent baïonnettés par
trois compagnies de la 4. qui les accompagnaient, | Quand Toussaint parvint aux Gonaïives il réunit dans la savane
du Morne de l'Hôpital 72 Rigaudins et les fit fusiller. Leurs cadavres demeurèrent sans sépulture. En même temps huit officiers
du Sud , hommes de couleur , étaïent conduits sur la plage pour être
exécutés. On leur proposa, s'ils voulaient avoir Ja, vie sauve de
crier à bas le général Rigaud. Ils répondirent par des inveeti
ves contre le général Toussaint. On les lia à la bouche des canons,
et ils furent emportés par la mitraiile. |
pital 72 Rigaudins et les fit fusiller. Leurs cadavres demeurèrent sans sépulture. En même temps huit officiers
du Sud , hommes de couleur , étaïent conduits sur la plage pour être
exécutés. On leur proposa, s'ils voulaient avoir Ja, vie sauve de
crier à bas le général Rigaud. Ils répondirent par des inveeti
ves contre le général Toussaint. On les lia à la bouche des canons,
et ils furent emportés par la mitraiile. | Le général en chef parcourut ensuite d’autres quartiers et s’informa avec toutes les apparences d'une inquiétude réelle de nombreux mulâtres dont il avait ordonné la mort. Quand on lui disait
qu'ils n’existaient plus, il s’écriait : je n'avais pas commandé de
faire tant de mal; javais dit de tailler l'arbre, mais non pas de le
déraciner. L'Histoire ne doit pas oublier madame Dessalines qui
bravant les fureurs de Toussaint sauva un grand nombre d’infortunés en leur donnant asile, souvent même sous son toit. ” En même temps Toussaint songeait aux moyens de neutraliser les
bienfaits de son amnistie, particulièrement dans le département
du Sud. D'après ses ordres le général Laplume qui déjà avait été
gagné par les colons contre les hommes de couleur envoya dans le
quartier du Malfini, commune de Cavaillon, des émissaires qui s’adiet à un mulâtre nommé Hambourge Marlot, habitant de ce
quartier , le firent entrer dans une conspiration contre Toussaint
Louverture. Marlot croyant à la sincérité des envoyés de Laplume
réunit chez lui quelques habitans ses amis et leur proposa de prendre les armes contre le généralen chef. Ce projet d’insurrection
fut repoussé par la plupart de ceux qui avaient été appelés à la
réunion. Marlot ne voyant plus paraître dans son quartier Îles
hommes qui s'étaient abouchés avec lui, tomba dans l'inquiétude la
plus vive. Tout-à coup le bruit circula aux Cayes qu'une insurrection venait d'éclater au Malini. Lé général Laplume y envoya un
bataillon qui trouva le quartier dans la plus parfaite tranquillité.
Marlot fut arrêté chez lui; il n’opposa aucune résistance ; il fut conduit aux Cayes, mis en prison et fusillé dans la même journée.
Uu grand nombre de soldats et d'officiers noirs et jaunes de l’ancienne armée du Sud furent arrêtés et embarqués pour Jacmel. 68 __ HISTOIRE D’HAITI.—(1800) à Quand. ils nrett en cette ville, Dieudonné nb leur fit lier
les mains derrière le dos et les achemina sur le Port-Républicain.
Ils étaient conduits par le commandant Lacroix qui eut pour eux
toules sortes d' égards , défendit aux soldats de les maltraiter. Mais
quand il arrivèrent à Léogane ils furent livrés à un conducteur brutal qui les obligea à parcourir à pied et au pas de course la route du
Port-Républicain, l'espace de 8 lieues, en cinq heures. On les embarqua ensuite pour 3t.-Marc où ils furent les uns incorporés dans la 4°.
d’autres fusillés. Sous préexte de révolte beaucoup d'hommes noirs et
jaunes connus par leur dévouement à Rigaud furent arrêtés dans les
hauteurs de Tiburon et exécutés.
rés à un conducteur brutal qui les obligea à parcourir à pied et au pas de course la route du
Port-Républicain, l'espace de 8 lieues, en cinq heures. On les embarqua ensuite pour 3t.-Marc où ils furent les uns incorporés dans la 4°.
d’autres fusillés. Sous préexte de révolte beaucoup d'hommes noirs et
jaunes connus par leur dévouement à Rigaud furent arrêtés dans les
hauteurs de Tiburon et exécutés. La domination de Toussaint établie par des réactions sanglantes
se trouva momentanément consolidée dens le département du Sud.
La terreur régna de toutes parts; on n'osait prononcer le nom de
Rigaud dans les conversations les plus innocentes; et si l'on parlait de Toussaint ce n'était que pour en faire le plus grand éloge. Presque tous ceux qui ont écrit sur Toussaint Louveriure ont
avancé quil avait fait massacrer plus de trente milie hommes. de
couleur. Avant la révolution de 1789, alors que la popuiation de
couleur était le plus considérable, elle ne comptait que cinquante mille
âmes. Comment une population de cinquante mille âmes auraitelle pu fournir trente mille hommes au fer des bourreaux. D'après
les renseignements que j'ai obtenus, Toussaint Louverture a fait
exécuter lant pendant la guerre civile à ae après la chûte de son, rival,
sur tous Îles s'points. de la colonie, cinq Mille hommes Rigaudins de qua
torze ans à lâse le plus avancé. Dans cetle quantité oh pouvait compter ur tiers d'hommes noirs. Comme dans | ancien régime
on appelait gens de couleur les nègres et les muiâtres libres , et que
la plupart des anciens Hbres des “dcux couleurs appartenaient au
part de Rigaud, on disait vulgairement qu'on avait fan mourir
cent hommes de : couleur du Sud, quand on avait sacrifié
cinquante mulâtres et cinquante noirs environ. ‘Je n’entends pas
excuser ces crimes abominables qui plus tard ont amené la chûte
violente de Toussaint Louverture ; mais avant tout il faut être vrai.
Que ces crimes aient été commis sur un grand ou sur un pétit nombre
de personnes, ils nemportent pas moins lexécration de la posté_rilé. Peu de jours après l'exécution de Piverger et de Gaknt à St.
Marc, un habitant de lPArtibonite nommé Cotro, noir, indigné de
tant de crimes inutiles, prit les armes à la tète d’ une cinquantaine
d'hommes et alla camper au fort de la Crèfe à Pierrot, près de la
Petite-Rivière. Dessalines marcha contre lui avec deux bataillons ï
Jun de la 4e. l’autre de la 8e. Il cerna le fort qu occupait Cotro et
Vexhorta à se rendre à la Petite-Rivière de l'Artibonite où il écouterait ses griefs. Il lui promit sur son honneur que rien ne lui
les armes à la tète d’ une cinquantaine
d'hommes et alla camper au fort de la Crèfe à Pierrot, près de la
Petite-Rivière. Dessalines marcha contre lui avec deux bataillons ï
Jun de la 4e. l’autre de la 8e. Il cerna le fort qu occupait Cotro et
Vexhorta à se rendre à la Petite-Rivière de l'Artibonite où il écouterait ses griefs. Il lui promit sur son honneur que rien ne lui HISTOIRE D’HAITI. (1800) 69 serait fait. Les insurgés sortirent du fort et se rendirent à la Municipalité. Ils furent aussitôt arrêtés, tués à coups de baïonnettes.
Leurs cadâvres furent jetés dans le fleuve de l’Artibonite. Cette
révolle avait été étouffée en moins de trois jours. LIVRE VINGTIÈME. 1806, Sommaire. Toussaint s'abandonne entièrement a parti colonial.— Formation d'une
garde d’honneur.— Administration intelligente et vigoureuse.—Fête célébrée au.
Cap pour la conquête du Sud.—Adresse de ladministration municipale-du Cap
à Toussaint Louverture.—Inondation dans la plaine de l’Artibonite — Ordonnance de Toussaint à l'égard des cultivateurs— Propos répandus dans Les campagnes contre Toussaint Louverture.—Ordonnance de T'oussaint —Les voleurs et
es assassins jugés par des conseils de guerre —22 Novembre 1€00, la ville du.
Cap fête Toussaint Louverture.— Adresse de Toussaint au peuple de St-Domingue.—
Droit de vingt pour cent —Arrêté du 28 Frimaire.—Correspondance de Toussaint
avec l'abbé Grégoire.—On annonce Parrivée dans la colonie de quelques prêtreseuropéens.—Protestation des prêtres du département du Nord —Mésintelligence entre Roume et Toussaint.— Arrestation de Roume Son départ pour l'Europe—.
Arrêté du 10 Frimaire—Julien Raymond administrateur général des domaines. - Campagne de PEst.—Moyse marche contre Saint Yague —Lettre de Toussaint
au gouverneur de Santo-Domingo.—Réponse du gouverneur espagnol —Arrivée
au Cap d’une dépêche par laquelle il est défendu à Toussaint de s'emparer de
la partie de l’Est.-Départ de Toussaint pour Sto-Domingo.—Batailles de Guayabin
et de Sabanagrande gagnées par Moyse — Celui-ci s'empare de St-Yague. — Bataille
de Nisao gagnée sur les généraux A. Chanlatte et Kerverseau —Toussaint adresse
des félicitations à Gauthier ancien officier de la légion de l’Ouest.—Entrée du général
quelle il est défendu à Toussaint de s'emparer de
la partie de l’Est.-Départ de Toussaint pour Sto-Domingo.—Batailles de Guayabin
et de Sabanagrande gagnées par Moyse — Celui-ci s'empare de St-Yague. — Bataille
de Nisao gagnée sur les généraux A. Chanlatte et Kerverseau —Toussaint adresse
des félicitations à Gauthier ancien officier de la légion de l’Ouest.—Entrée du général . en chef à Sto-Domingo.—Paul Louverture nommé commandant de Sto- Domingo.
Proclamation de la liberté des esclaves de l'Est. — Départ des généraux Chan HISTOIRE D'HAITI— (1600) 71: jatte ot Kerverscau.— Toussaint. parcourt les environs de Santo- Domingo. —Ar:
rété du 5 Février 1801 pour'là nomination dés députés à l'assemblée ‘centrale.
æ Arrêté du 7 du même mois—Formation des compagnies de gendarmerie.—-
Arrêté dù 12 Février 1801.— Don Garcia part pour les colonies espagnoles. —
Toussaint parcourt le département de Cibao.—Etat ‘intérieur de ce: département.
— Arrivée de l’évêque Mauvicitle-—Toussaint retourne dans a partie française.
—Réception qui lui est: fiite au Port-au-Prince.— Assassinat de Gauthier.—Massacre d’un grand nômbre de sorciers appelés vaudodx par Dessalines —Expédition dirigée contre Lamour Dérence.—Mesures prises ‘contre la. piraterie. —Axrèté dù* 8 Mai—Les. maisons de jeu sont fermées:
‘intérieur de ce: département.
— Arrivée de l’évêque Mauvicitle-—Toussaint retourne dans a partie française.
—Réception qui lui est: fiite au Port-au-Prince.— Assassinat de Gauthier.—Massacre d’un grand nômbre de sorciers appelés vaudodx par Dessalines —Expédition dirigée contre Lamour Dérence.—Mesures prises ‘contre la. piraterie. —Axrèté dù* 8 Mai—Les. maisons de jeu sont fermées: Depuis. là conquête du département du Sud, lé général en chef”
dégagé des. préoccupations de la” guérre civile, s’eflorçait, par une
administration sage et vigoureuse, de faire aimer son gouvernement,
H se plaça entièrement sous l'influence du parti colonial, et adopta , :
autant que les circonstances le permettaient, lés-formes royalistes
de l’ancien régime. Il s'entoura de toute la splendeur d'un puissant monarque ,;et réunit autour de lui de nombreux colons blancs
et de brillantes dames blanches qui composèrent sa: cour. El appela surtout auprès de sa personne ceux des blancs qui ayant servi: dans. les-rangs anglais ou espagnols, ayant. à redouter. les vengeances de la République, ne pouvaient que songer à sisolér de
la métropole. Il couvrit le clergé royaliste de sa puissante protection, et combla les prêtres de toutes sorties: de faveurs. Il} forma une garde d'honneur composée d'un régiment de: cavalerie et
d'un régiment d'infanterie. Celle garde forte. de deux mille hommes,
fut richement vêtue; le commandement de l'infänterie. fut confié à
un officier noir ,. habile et courageux, le lieutenant colonel Magny;.
et celui de la cavalerie aux chefs d'escadron Moupoint, no, et
Morisset homme de couleur. Les: corps de musique de ces deux:
régiments étaient composés d'allemands. Afin de prouver toute sa
sympathie pour la cause royaliste qu'il avait servie avec zèle Jjusqu'en 4793, il donna aux soldats de sa garde un costume qui
rappelait celui des anciens gardes du corps: ils portaient les cou
leurs et le trèfle des troupes royales des. rois de, France.
Ces deux nouveaux régimens composés d'hommes choisis dans les
différentes demi-brigades de l’armée étaient parfaitement diseiphinés, et pouvaient rivaliser de tactique avec les meilleures troupes
européennes. Beaucoup-de jeunes gens nobles , O‘Gorman:,, St.
James, riches planteurs, y. étaient officiers. Il plaça dans toutes les
‘branches de l'administration des hommes habiles ,. la plupart européens. Idlinger, directeur général des domaines, en affermant des
babitations aux. officiers noirs pour de modiques: redevances , donna
à Ja culture une nouvelle vigueur. Les. propriétés des hommes de
couleur qui avaient fui en grand nombre, gérées au profit du
trésor public fournissaient au général en chef des sommes con:
:,, St.
James, riches planteurs, y. étaient officiers. Il plaça dans toutes les
‘branches de l'administration des hommes habiles ,. la plupart européens. Idlinger, directeur général des domaines, en affermant des
babitations aux. officiers noirs pour de modiques: redevances , donna
à Ja culture une nouvelle vigueur. Les. propriétés des hommes de
couleur qui avaient fui en grand nombre, gérées au profit du
trésor public fournissaient au général en chef des sommes con: Ts 73 HISTOIRE D'HAITI.—(1800) sidérables dont il disposait sans contrôle. Les blancs que la révolution avait dispersés dans les îles voisines et sur le continent antéricain , rappelés par le général en chef lui-même, se hâtérent de
rentrer dans la colonie. L'ancien gérant de l'habitation Bréda était
revenu à St.-Domingue lors de fa seconde mission de Sonthonax;
quoique celui- ci eût promis à Toussaint de ne ‘pas l'inquiéter, il
avait fini cependant par le contraindre à se rembagquer. Le général en chef l’exhorta par uñe flcitre à rentrer dans lile où
il trouverait le même bonheur qu'autrefois. Peu de temps après il
débarqua au Port Républicain ; : c'était un créole blanc. Il se rendit au Palais National où il vit Toussaint au milieu d'un cercle
éblouissant de dames blanches, d'officiers noirs couverts d'or. H
- s'avança hardiment pour l'embrasser. D'un geste le général en chef
lParrêta et lui dit: « Doucement, M' le gérant; 1] y a aujourd hui
« plus de distance de moi à vous qu'il n'y en avait autrefois de vous
« à moi. Rentrez sur l'habitation Bréda ; soyez juste et inflexible;
« faites bien travailler les noirs afin d'ajouter par la prospérité de
« vos petits intérêts à la prospérité générale de l'administration du
« premier des noirs, du général en chef de St. Domingue. » Le
gérant se retira un peu humilié, et se rendit à Bréda près du Cap
où il se livra avec ardeur à «la gestion de son habitation.
à moi. Rentrez sur l'habitation Bréda ; soyez juste et inflexible;
« faites bien travailler les noirs afin d'ajouter par la prospérité de
« vos petits intérêts à la prospérité générale de l'administration du
« premier des noirs, du général en chef de St. Domingue. » Le
gérant se retira un peu humilié, et se rendit à Bréda près du Cap
où il se livra avec ardeur à «la gestion de son habitation. Le général en chef voulant tout voir par. lui-même ne se laissa
. pas étourdir par les immenses succès quil avait obtenus ; il parcourut la colonie dans toutes les directions , accompagné seulement
d'un escadron de sa garde d'honneur. Sa prodigieuse activité ré:
pandait partout l'étonnement et la terreur. Les commandans d'arrondissemens pouvant être à chaque instant surpris par ses ile
ne négligeaient pas. leurs devoirs. La ville du Cap quoiqu'elle ne le possédal pas dans son sein,
célébra par une fête brillante, la conquète du département du Sud.
La veille de la cérémonie, au coucher du soleil, une salve d’arüllerie annonça la fête. Le lendemain, au point du jour, le
canon se fit entendre; la générale fut battue , la garde nationale
et les troupes de. ligne prirent les armes, ct ‘Loutes les autorités
civiles et militaires se: rendirent à la Aie À six heures elles
étaient réunies au palais national; les lroupes étaient rangées sur
la place d'armes. Le général Moyse qui commandait dans le Nord
sortit du palais national précédé d'un nombreux état major , ét se
rendit au champ de Mars. A son arrivée sur la place d'armes , le
canon retentit, [a musique fit entendre les airs guerriers de la
France. Toutes les autorités prirent leurs places. Le pére Brelle,
curé de la ville du Cap, monta sur l'autel de la patrie couvert
de fleurs et surmonté de guirlandes , et prononça un long discours.
« Après avoir félicité la colonie entière de l'évènement important qui
« faisait le sujet de Ia pie universelle, après avoir parlé avec la cha:
armes , le
canon retentit, [a musique fit entendre les airs guerriers de la
France. Toutes les autorités prirent leurs places. Le pére Brelle,
curé de la ville du Cap, monta sur l'autel de la patrie couvert
de fleurs et surmonté de guirlandes , et prononça un long discours.
« Après avoir félicité la colonie entière de l'évènement important qui
« faisait le sujet de Ia pie universelle, après avoir parlé avec la cha: T HISTOIRE D'HAITI.-— {1800 58 « leur du sentiment des effets heureux que cct événement allait
« produire, » il fit une digression en transportant l'auditoire au
milieu des armées françaises. Là c'était Bonaparte qui renversait
tout devant lui; ici c'était Toussaint Louverture qui maitrisait a
fortune. Il descendit de l'autel au milicu des salves mo
mens, et la messe fut chantée avec pompe au centre du chams de
Mars. Après la cérémonie la foule s'écoula en criant vive Toussaint Louverture. Pendant le reste de la journée il y cut de splendides banquets où fraternisèrent les citoyens; dans la soirée la ville
fut illuminée. Quelques semaines après, le 29 Août (11 Fructider)
l'administration municipale du Cap envoya au général en chef une
adresse de félicitauions. Efle annonça également aux citoyens du
Nord la fin de la gucrre civile, la fuite de üigaud , brigand fameux .
par ses crimes ; elle vanta Ja générosilé de Toussaint, et termina
ainsi son adresse: « Que Îles esprits inquiets et remuans qui pré-
« chent une fœusse doctrine, et qui par des discours séditicux cher-
« chent à troubler l'harmonie: qui doit régner entre les citoyens,
« soient dénoncés par les bons citoyens, aux autorités civiles et mi-
« litaires ; que les méchians ne soient pas ménagés, et que la s0-
.« ciclé en soit purgée. » Alors se manifestäient tous ies vices qui
naissent de la bassesse et de Fadulation; pour plaire à Toussaint
devenu le dispensateur des places et des honneurs, on nc craignait
pos de prècher la délation dans les pièces officielles. Par les soins
énergiques de Toussaint la prospérité renaissait partout dans les
campagnes. Le quartier de l'Arubonite suriout commençait à reprendre son ancienne splendeur ; urais le développement agricole de
ce, quartier, fut un moment suspendu par une affreuse inondation.
Dans les derniers jours de vendémiaire an 9 (du 2 au 8 octobre
1809) des pluies abondantes tombèrent nuit et jour dans la plaine
de lArtibonite:; et dans la nuit du 41 au 12 octobre (du 149 au
20 vendémiaire-), le fleuve sortit de son lit avec une horrible violence. La plupart des établissemens, sucreries, etc. furent emportés par les eaux; beaucoup de cultivateurs : ipérirent. Toussaint se
hâta d’accourir au secours des habïtans ; il pénètra non pas sans
danger dans la plaine encore inondée, et prodigua des consolations
à toutes les familles qui avaient été ruinées. Mais à SL Marcil
fut tellement assailli de demandes de toutes espèce îre les vicii-
“mes de linondation qu'il fit un réglement par lequel il prit une
mesure générale relativement aux indemnités à accorder à ceux qui
avaient souffert des débordemens du fleuve. Il revint au Port Républicain d'où 11 lança une ordonnance par laqueile 11 invitait les
gérans et conducteurs d'habitations à remplir leurs devoirs avec
.zêle,iles cultivateurs et cultivatrices à retourner sur leurs habitations
“respectives , les pères êt mères de famille à élever leurs enfans
dans la crainte de Dieu. Il déclara que ceux qui recelcraient des
order à ceux qui
avaient souffert des débordemens du fleuve. Il revint au Port Républicain d'où 11 lança une ordonnance par laqueile 11 invitait les
gérans et conducteurs d'habitations à remplir leurs devoirs avec
.zêle,iles cultivateurs et cultivatrices à retourner sur leurs habitations
“respectives , les pères êt mères de famille à élever leurs enfans
dans la crainte de Dieu. Il déclara que ceux qui recelcraient des 74 HISTOIRE D'HAITI.— (1800) cuitivateurs seraient condamnés à une amende de2 , 4 ou 800 livres ;
qu tls seraient emprisonnés pendant un mois; et pendant trois mois en
cas de récidive, s'ils ne pouvaient payer l'amende ; que les cultivateurs
qui refuseraient d'aller au travail y seraient contraints , que s'ilsurvenait des négligences dans l'administraiion des campagnes les généraux commandant les arrondissemens en seraient responsables ;
que les mililaires ne pourraient entretenir des femmes dans les casernes, et que Îles commandans de place qui souffriraient des culüivateurs dans les vill: ss et bourgs, les jours de décade, seraient:
punis d'arrêt ou destitués. Cependant beaucoup de français européens, du parti républicain.
partieuliénenién voyant Toussaint marcher à grands pas. vers l'indépendance de St. Domingue, s'indignaient du dévouement aveugle
à sa personne des cultivateurs du Nord et de l'Artibonite, malgré les
mauvais raitcmens qu'ils éprouvaient à peu près comme dans l’ancien régime. Ils disaient aux anciens laboureurs de leurs habitations pour
les exciter à la révolte : « Vous dites que vous êtes libres; néan-
« moins vous allez être forcés à rentrer chez nous; et à nous
« vous ménerons comme anciennement, et nous vous ferons voir
« que vous n'êtes point libres. » Les cullivateurs rapportaiént ces
propos aux autorités militaires qui les transmettaient au général en
chef. Ces paroles inquiétaient Toussaint Lonverture; accueillies
favorablement, elles auraient pu ébranler sa puissance surles masses.
Il employa les mesures les plus énergiques pour les étouffer. Elles
ne tendaient qu'à contrarier la restauralion de St. Domingue, à
troubler La {tranquillité publique , à perpétuer l'anarchie et à faire
naïtre de nouveau les plus grands maux. Il ne craignit pas de publier qu'il ne contraignait les culitivateurs au travail qu'afin d'empê
cher le vagabondage et le libertinage, et de les rendre dignes de
la liberté qu'ils avaient acquise par iles armes. Il ordonna aux
autorités militaires d'arrêter ceux qui tiendraient de pareils propos
et de les mettre en prison. Son: ordonnance portait: « Sicest un
« propriélaire il n'en sortira pas qu'il n'ait payé 2,000 livres 1
« mende ; si c'est un militaire gradé , il sera cassé et remis simple
« soldat, Si c'est tout autre particulier non habitant ni militaire,
« 11 sera également arrûté, puni de prison et incorporé dans, un
« régiment s'il est. d'âge; ‘dans le cas contraire sa détention sera
« prolongée selon la nature des propos. Si c'est une femme tel'e
« qu'elle soit, elle paiera l'amende précitée , et faute de pourvoir payer,
« détenue en prison pendant deux mois. »
un militaire gradé , il sera cassé et remis simple
« soldat, Si c'est tout autre particulier non habitant ni militaire,
« 11 sera également arrûté, puni de prison et incorporé dans, un
« régiment s'il est. d'âge; ‘dans le cas contraire sa détention sera
« prolongée selon la nature des propos. Si c'est une femme tel'e
« qu'elle soit, elle paiera l'amende précitée , et faute de pourvoir payer,
« détenue en prison pendant deux mois. » Donnant suile à son système de fer, 4l établit, le 20 Octobre,
des conseils de guerre et de revision, pour le vol, l'assassinat,
le pillage et le viol. Le même jour 1l renvoya des bureaux de
de l'administration et de la marine, un grand nombre de fonctionnaires qui ne lui convenaient pas , sous prétexte que la caisse puHISTOIRE D'HAITI.—(1800) 7à
L A blique était trop pauvre pour qu'on pût continuer à lès payer. Il
organisa une nouvelle administration beaucoup plus simple et plus
propre à faciliter la restauration des finances. Dans le courant de Novembre il partit du Port-Républicain pour
le Cap. Quand ïl arriva aux Gonaives, ville témoin de tant d horreurs commises par ses ordres , il reçut les félicitations de la population qui s'était portée en foule au-devant de lui ; il fut couvert de
lauriers au milieu des plus grandes acclamations populaires; onlappela le Spartacus moderne, le grand homme prédit par HOT De-
. puis, peu ;de temps les Gonaives étaient devenus le séjour Ge Ses principaux favoris. Le 21 Novembre A frimaire) on apprit au Cap qu'il AE y arriver
le jour suivant. A quatre heures du matin du 22, la générale fut
battue; ]a garde nationale et les troupes de ligue fournissant une
force de 4,000 hommes se rangérent dans la rue française. A six
heures, les autorités partirent de la Mairie, €t ce rendirent à la
Barrière-Bouteille pour le recevoir. Il n’était qu'à une lieue de la
ville. Ælles se placérent des deux côtés d'un arc de triomphe sous
lequel. il devait passer. Une foule de jeunes filles étaient chargées
de lui lancer des couronnes dès qu'il paraîtrait. La multitude le découvrit Lout à-coup au milieu de ses officiers. L’enthousiasme fut tel que
l'ordre de la cérémonie fut oublié; hommes, femmes et enfans se
précipitèrent au-devant de lui. est pressé de toutes paris; on
nentend que les cris de vive Toussaint Louverture; un grand nombre de citoyens ivres de joie demandent à l'emil brasser.… Ii descen.
dit de cheval, traversa cette foule en délire et se dirigea vers le
palais national. Alors l'épouse du citoyen Allier , un des hauts foncuonnaires de la colonie, dame blanche d’une rare beauté , se présenta sur son passage, et lui adressa, au milieu d'un peupie immense, comme l'organe des dames du Cap, les vers qui suivent
ssaint Louverture; un grand nombre de citoyens ivres de joie demandent à l'emil brasser.… Ii descen.
dit de cheval, traversa cette foule en délire et se dirigea vers le
palais national. Alors l'épouse du citoyen Allier , un des hauts foncuonnaires de la colonie, dame blanche d’une rare beauté , se présenta sur son passage, et lui adressa, au milieu d'un peupie immense, comme l'organe des dames du Cap, les vers qui suivent Vois tout un peuple entier Qui te doit son bonheur, Accourir sur les pas de son libérateur ;
Interprète des cœurs de tout ce qui t'entoure
Je viens te présenter le prix de Ia bravoure. En même temps elle lui plaça sur la tête une couronne de lauricrs. Continuant avec assurance Îa lecture de ses vers, elle le compara
à Bonaparte, et demanda à Dieu qu'il véeut encore cent ans. Quand
elle eut fini Toussaint l'embrassa et se rendit au palais national suivi
de sa garde d'honneur. Le général en. chef fit aussitôt défiler devant lui les troupes qui composaient la garnison de la place, ainsi
que la garde nationale. 11 se transporta ensuite à la Mairie où ül
entendit les discours du président de l'administration municipale ; 36 HISTOIRE D’HAITI.— (1800) de lordonnateur du département du Nord, du contrôleur de a
marine , du président du tribunal civil, du président du tribunal
du commerce du président de la commission du commerce, et du
juge de paix de la ville. Dans tous ces discours on le compara à
à Bacchus , à Hercule, à Alexandre le grand et à Bonarparte. Le
prilent du tribunal civil lui avait dit: « Enfin nos vœux sont rêm-
« plis; votre valeur soutenue par À Dieu des combats à triomphé
« du tyran du Sud. Nouveau Ceiïn, il fuit chargé de la malédic-
« tion publique et portant à Jamais vie signe de fa "réprobation. “he
_ Le reste de la journée s'écoula en fêtes de toutes espèces ; et dans
la soirée la ville eût été magniliquement illuminée, si une pluie
abondante n'était tombée. I y eut cependant de beaux- feux d'artifice; et dans tous les transparens on voyait en grandes lettres :
« Toussaint pacificateur du Sud. » La loge de l'Amitié lui rendit aussi de grands honneurs. On lisait
dans lentablenient d'un temple d'ordre toscan dressé sur une place
publique : La maçonnerie source des vertus offre ses hommages qu général en chef. Le peuple chantait dans les rues sur l'air de la Marseillaise un hymne
composé sur ses hauts faits, * * Les deux couplets les plus remarquables étaient les suivans : Les Anglais ces foudres de guerre |
Out éprouvé nos bataillons’ *
Leur sang à rougi la poussière ke
Leurs corps ont comblé nos sillons.
Armé d'un courage intrépide ,
Toussaint partout guidail HOS pas,
Et dans laction de nos combats
Son panache était notre guide.
Terrible aux ennemis,
Humain’ pour ses amis, AY
Toussaint, "L'oussaint, reçois nos vœux.
Par toi tout est heureux.
s
Désormais vivant tous en frères,
Soyons heureux dans ce pays;
Général, soyez notre père,
Et vos enfans seront amis.
Nos devors pour notre patrie,
A lexemple d: vos vertus,
Sauront payer tous Îles tributs
Que chacun doit pendant sa vie.
Terrible aux ennemis, | f: #8
Humain pour ses amis ,
Toussaint, Toussaint, recois nos vœux
Par toi tout est heureux,
vœux.
Par toi tout est heureux.
s
Désormais vivant tous en frères,
Soyons heureux dans ce pays;
Général, soyez notre père,
Et vos enfans seront amis.
Nos devors pour notre patrie,
A lexemple d: vos vertus,
Sauront payer tous Îles tributs
Que chacun doit pendant sa vie.
Terrible aux ennemis, | f: #8
Humain pour ses amis ,
Toussaint, Toussaint, recois nos vœux
Par toi tout est heureux, HISTOIRE D HAITI. —(1600) au Toussaint avait besoin de ces grandes solennités pour étourdir le
peuple et lui faire oublier les crimes affreux qui avaient été commis et qui se commetliaient encore. Cependant cette journée ne
fut pas heureuse pour tous. Les hommes de couleur Rigaudins que
Dessalines avait incorporés dans les troupes du Nord, marchant nupieds, couverts de haïllons à la suite des demi brigades , étaient
d'autant plus maltraités qu'ils étaient plus tristes de la joie: popuaire. Jusqu'alors aucune voix nes était fait entendre en leur faveur ; et ils étaient toujours écrasés sous le baton des soldats noirs, Peu de jours après, le général en chef pour encourager au lravail les cultivateurs et les autres classes de la société, adressa au
peuple les:paroles suivantes : « Peuple de SL. Domingue , Si votre
« Salut, celui de votre liberté ont pu légitimer votre résistance à
« la nouvelle oppression dont vous étiez menacÿs, rappelez-vous
« que du moment que vous êtes rentrés dans vos droits, vous de-
« vez soumission à la loi, respect à vos magistrats. La liberté dont
« vous vous glorifiez vous impose de olus grandes obligalions que
« l'esclavage d'où vous êles sortis. C'est à la socicté, c'est à la
« grande famille dont vous faites partie que vous devez Femploi
« d'un temps que vous sacrifiiez jadis à l'ambition d'un anaitre.
« Vous devez concourir avec tous ses membres au bouheur générai,
«et NOUS ne pouvez «y parvenir qu'en remplissant les obligatiqns
« quelle impose. Elle vous fait une loi du travail; elle exige "de vous la pratique des vertus qui constituent un bon ciloyen : et ce ne sera que lorsque vous Îles aurez acquises et que vous les
« praliquerez , que vous justilierez ce beau litre; et ee ne sera
« qu'alors que vous n'aurez plus à redouter les entreprises liber-
« licides de vos ennemis. Vous n'oubliez pas, les chers amis,
« que votre plus sûr auide pour y parvenir doit être la re lision.
« Cest le Dieu de la nature que nous adorons qui brisa nos “Lurs,
« el cel vuvragede ses mains séra inébrantable, si nous le méritons;
« äl nous fait une loi de la reconnaissance, et cette reconnaissance
« nous dicte nos devoirs. » .
_ Il termina son adresse en ordonnant aux autorités , sous Îcur
propre responsabilité , de faire exécuter ses instructions.
Depuis la chûte de Rigaud, Toussaint se plaignait souvent à ses
favoris de l’ingratitude des anglais envers lui; ceux-ci étaient réellement devenus froids à son égard ; ils avaient découvert sa profonde
dissimulation, son système par lequel il employait tout ce qui s'offrait à lui pour parvenir à ses fins, toujours | avec l'arrière pensée
de profiter seul des secours qui pourraient lui être fournis. Ainsi
il était bien disposé à s'aider des forces de la Grande Bretagne pour
se détacher de la France; mais’ il ne formulait pas les avantages
.qu il eût accordés aux anglais à St. Domingue: delà l'hésitation
qu'il démontrait à l'accomplissement de son projet d'indépendance;
lequel il employait tout ce qui s'offrait à lui pour parvenir à ses fins, toujours | avec l'arrière pensée
de profiter seul des secours qui pourraient lui être fournis. Ainsi
il était bien disposé à s'aider des forces de la Grande Bretagne pour
se détacher de la France; mais’ il ne formulait pas les avantages
.qu il eût accordés aux anglais à St. Domingue: delà l'hésitation
qu'il démontrait à l'accomplissement de son projet d'indépendance; LL 18 gisToiRe D’HAITI.-— (1800) le gouvernement britannique entendait faire de lui l'instrument de
sa politique contre la France; pour lui qui se sentait déjà puissant,
qui ne voulait subir aucune influence, ïl ne prétendait se servir de
là puissance anglaise qu'afin de réaliser ses vastes plans d'ambition..
Les agens anglais qui avaient été envoyés auprès de fui n'avaient pu obtenir aucune concession en compensation des secours qu'ils lui offraient,;
ils avaient fui par prendre à son égard une altitude de parfaite neutralité, certains du moins qu'à une époque non éloignée la France
pe erdrait St. Domingue par la réaction devenue inévitable dans cette
île depuis la révolution du 48 Brumaire. P
Toussaint Louverture croyait qu'il n'avait nul intérêt à ménager
encore les angla's contre lesquels il se montrait trés-irrité depuis
ils avaient capturé les gros navires qu’il avait expédiés devant
Jacmel, pendant fa guerre civile. Il pensa qu'il pourrait facilement
exciter une Insurrection à la Jamaïque, si un jour le gouvernement
britannique lui devenait hostile. Nous le verrons plus tard envoyer
dans cette ile des émissaires chargés d'y propager la révolte; mais
ils seront arrêtés et exécatés. Tel était à cette époque le caractère
des relations de Toussaint avec les Anglais. Son ambition avait
atteint à un tel degré de développement qu'il songeait à étendre sa
domination sur tout l'archipel des Antilles. Selon ses calculs l'ile
de Cube devait être une proie facile après an soulèvement général
opéré à la Jamaïque. |
Il continua à se livrer avec son ardeur ordinaire aux détails de
Fadministration. Il avait découvert de grands abus que faisait
naître le quart de subvention. Il se détermina à le convertir
en un shnple droit sur les objets d'importation et d'exportation.
ll Gécréta que les droits du quart de subvention, du seizième
et du vingtième, établis sur les revenus des babitations et
perçus en nature étaient désormais boite Toutes les denrées devant
être exportécs de la colonie furent soumises à un droit de sortiede
20 pour cent; toutes les marchandises importées furent soumises
également”à un droit de 20 pour cent. Les droits d'importation
ei d'exportation durent être perçus en numéralre. Les maisons des
villes ct des bourgs, les embarcadères payèrent une imposition de
20 pour cent sur la valeur de leur loyer; les manufactures telles que
guildives , tanneries, chaufourneries, poteries , briqueteries, tuileries
dont les produits se consommaient dans la colonie furent aussi assujettièés à un droit de 20 pour cent, sur la valeur de tous Îles
objets qui yÿ étaient fabriqués. Les fermiers d'habitations dont les
baux avaient été passés par l'administration, et qui étaient exempits
du droit de subvention, obtinrent une diminution du tiers sur le
prix de -leurs fermes, ‘en dédommagement de laccroissement des
droits d'exportation. Le 28 Frimaire (19 Décembre 1800) il fixa
jes ‘appointemens des officiers des douanes établies dans chacun dés
sur la valeur de tous Îles
objets qui yÿ étaient fabriqués. Les fermiers d'habitations dont les
baux avaient été passés par l'administration, et qui étaient exempits
du droit de subvention, obtinrent une diminution du tiers sur le
prix de -leurs fermes, ‘en dédommagement de laccroissement des
droits d'exportation. Le 28 Frimaire (19 Décembre 1800) il fixa
jes ‘appointemens des officiers des douanes établies dans chacun dés à HISTOIRE D’HAÎTI 1600.) 79 ports d'exportation. Le contrôleur reçut 40,000 francs par an, le
directeur 8,000 francs , le vérificateur 7,000 francs, Îe peseur 6,000.
lls ne touchaient pas leurs appointemens du trésorier ; 1s étaient
payés d'après des ordres particuliers du général en chef. Sur les représentations de M'° Stevens consul général des EtatsUnis , l'arrêté du 21 Frimaire an 9 {12 Décembre 1800 ) sera modifié le 40 Nivôse ( 4° Janvier 1801). En conséquence les marchandises importées à St. Domingue seront soumises à un droit de 40
pour cent au lieu de 20 pour cent. Toussaint se plaisait à être
agréable au gouvernement fédéral des Etats Unis qui lui avait rendu
d'immenses services pendant la guerre civile. À l’époque dont nous
parlons les seuls ports d'importation et d'exportation étaient le Cap,
de Môle, le Fort-Liberté , le Port-Républicain, les Gonaives, Jacmel, les Cayes, St. Louis et l’Anse-à Veau. En 1797 Toussaint dont les idées s'étaient dès lors considérablement développées avait demandé à l'abbé Grégoire pour les placer
dans les différentes communes de là colonie, douze bons prêtres
soumis aux lois de la Répuplique. L'abbé Mauvieille curé de Noisy
le Sec près de Paris lui avait répondu le 26 Mars 1809 (5 Germinal)
au nom de l'abbé Grégoire, et lui avait annoncé que sa lettre à
l'illustre abbé et sa proclamation à l'armée de St. Dominguc concernant le culté catholique, avaient été insérées dans les annales de
la Religion. Grégoire avait fait choix de l'abbë Mauvicille pour conduire auprès de Toussaint Louveiture les prêtres que celui ci avait
Noisy
le Sec près de Paris lui avait répondu le 26 Mars 1809 (5 Germinal)
au nom de l'abbé Grégoire, et lui avait annoncé que sa lettre à
l'illustre abbé et sa proclamation à l'armée de St. Dominguc concernant le culté catholique, avaient été insérées dans les annales de
la Religion. Grégoire avait fait choix de l'abbë Mauvicille pour conduire auprès de Toussaint Louveiture les prêtres que celui ci avait demandés. Mauvieille était sur le point de s’embarquer accompagné de douze ecclésiastiques lorsque le concile national de France s’assembla. Après avoir réorganisé la religion en France, ce concile
jeta un coup-d'œil sur les colonies. Quatre sièges épiscopaux furent établis à St. Domingue. L'abbé Mauvicille qui fut désigné par
le concile pour en occuper un, réunit des livres de piété, des vases,
des ornemens d'église et attendit le moment de son départ. Il n’arrivéra à St. Domingue qu'en Mars 1801 et sera comblé d’honneurs
par le général en chef. Mais les curés déjà établis dans la colonie
principalement ceux du département du Nord, les pères Brelle,
Duburcq, Balthazar, Torelli, Placide, Layer et Antheaume, craignant la supériorité des ecclésiastiques qui étaient attendus firent
une profession de foi par laquelle ils déclarérent qu'ils avaient été
envoyés dans la coloniepar le Pape, et quecelui-ci n'ayant pas autorisé le concile tenu à Paris, ils refuseraient de communiquer avéc
les nouveaux ecclésiastiques que devait envoyer l'assemblée tenue en
France , les considérant comme schismatiques. Cette profession dé
foi injurieuse pour l'abbé Grégoire ‘excita le mécontentement de
Toussaint; et les prêtres du départément du Nord faillirent payer
de leurs têtes leur imprudente démarche. À la même époque Toussaint apprit par un nommé Raphaël la ue ,
39 HISTOIRE D'HAITI.— (1800). prochaine arrivée de Mauvicille, et reçut de longs détails sur Fr progrès de ses CRfans qui VER à Pinstiüiut National à Paris. fut
Si salisfait de ces nouvelles qu'il les répandit dans toute la colonie
sur les feuillcs publiques. Ajant écrasé dans fa pt francaise Lous ceux qui contrariaient
son ambition il résout de s'emparer de da partie espagnole. Avant
d'entrer en campagne H voulut s'assurer de la personne de l'agent
Roume qui s'obslinait ARE à ne pas autoriser la prise de pos:
session de Ia colonie espagnole. IT prétendit qu'il était influencé
par des intrigans ennemis de la France. Lo 5 Frimaire (25 Novembre)après Pavoir violemment fait arrêter, il mit deux voitures à
sa NA et commanda au général Moyse de le conduire sous escorte au Dundon, avee ordre de Fy retenir prisonnier jusqu'à ce
qu'il füt rappelé par le gouvernement français. Cet acte de violence
exercé sur à représentant de Ja France ne produisit aucune sensation dans la colouie qui, depuis l’embarquement d'Hédouville et
la chute de Rigaud, était dominée par la puissance de Toussaint
Louverture. Toussaint s'acharnait contre Roume non seulement parcequ il ne l'aulorisait pas à prendre nossession de la parte espagnole,
mails encore parce qu'il avait refusé de déclarer que tous ceux qui
viendraient dans la colonie avec des passe ports d'un nommé Pothier receveur particulier des droits de la République à St.- -Yague
de Cube, en seraient chassés.
'Hédouville et
la chute de Rigaud, était dominée par la puissance de Toussaint
Louverture. Toussaint s'acharnait contre Roume non seulement parcequ il ne l'aulorisait pas à prendre nossession de la parte espagnole,
mails encore parce qu'il avait refusé de déclarer que tous ceux qui
viendraient dans la colonie avec des passe ports d'un nommé Pothier receveur particulier des droits de la République à St.- -Yague
de Cube, en seraient chassés. On avait trouvé dans le porte-feuille de Rigaud , après la bataille d'Aquin , des lettres de Pothier. Roume avait répondu au général. en chef qu'il respecterait la signature de Pothier aussi long-temps
que celui-ci conserverait sa q! ualité d' agent consulaire du gouvernement français. Néanmoins Toussaint "fit publier dans le bulletin
officiel de St. Domingue un arrêté par lequel défense fut faïte
à n'importe quel voyageur de pénétrer dans la colonie munid'un
passe-port de Pothier. C'était faire acte de souveraineté. S'efforçant de justifier sa conduite à l'égard de Fagent du Directoire, il
publia que celui-ci aulieu de consacrer ses facultés morales et physiques, ainsi que l'exigeaient les devoirs de sa place et sa qualité de
représentant dû gouvernement français , au bonheur de St. Domingue,
ne prenail conseils que des intrigans qui l’environnaient, semait la
- discorde dans la colonie, fomentait les troubles qui n'avaient cessé
de l'agiter. Toussaint s'était toujours montré très-favorable à l’Agent
tant que celui-ci; en agissant en harmonie avec les intérêts de la
Métropole, avait secondé ses vues ambiiieuses; mais 1l en était devenu lennemi implacable , dès qu'il avait rencontré en lui un obstacle au développement de ses vastes projets. I déclara que l’Agent, malgré les calomnies qu'il avait lancées contre lui dans ses
lettres pour France et Sto- Domingo, serait à l'abri [de tout désagrément; mais que le respect qu'il devait à son caractère ne l'em- & \ de HISTOIRE D’ 'narrr 1800) 81 pécherait pas dé prendre les mesures les plus sages pour lui ôter la
faculté de tramer de nouveau contre la tranquillité qui venait d'être
rétablie aprés tant de vioientes secousses. Il publia en outre qu'il ne
l'avait envoyé au Dondon en lieu de sûreté qu'afin de l'isoler des
intrigans et de répondre aux plaintes que toutes les communes lui
avaient adressées à son sujet , par l'organe de leurs magistrals. Roume se sentant profondéme: it humilié de la conduite de Toussaint à son égard, demanda à retourner en France. Le colonel
Vincent, à force d' instances, obtint du général en chef qu'ils’embarquât. Cette circonstance ajouiera encore au méeontentement de
Bonaparte relativement à la conduite de Toussaint qui n'était, à son
avis, qu'un agent csecret des anglais, trahissant la France tout en
la bénissant dus ses actes officiels. . |
me se sentant profondéme: it humilié de la conduite de Toussaint à son égard, demanda à retourner en France. Le colonel
Vincent, à force d' instances, obtint du général en chef qu'ils’embarquât. Cette circonstance ajouiera encore au méeontentement de
Bonaparte relativement à la conduite de Toussaint qui n'était, à son
avis, qu'un agent csecret des anglais, trahissant la France tout en
la bénissant dus ses actes officiels. . | Après le départ de Roume les rigueurs exercées contre les hommes
de couleur prirent une nouvelle vigueur. Ceux qui n'avaient pas
donné les témoignages les plus éclatans deleur dévouement à Toussaint Louverture continuèrentà être persécutés. Il leur fut expres_sément défendu de sortir de la colonie et des villes où ils se trouvaicnt; {ous ceux qui Cautionnés avaient été épargnés étaient obligés de se présenter tous les matins à l'autorité, afin qu'on s’assurât
qu'ils ne s étaient pas évadés. Toussaint ayant appris que malgré sa.
défense , beaucoup d'hommes de couleur fuyaient la proscription,
arrèta le 10 Frimaire (4° Décembre 1800) que nul ne pourrait.
sortir de la colonie sans être muni d'un passeport signé de lui; que
celui qui serait pris à bord dun bâtiment en départ, sans être
“muni d'un passeport, paierait une amende de 6,000 gourdes, sinon
subirait deux années de prison; que celui qui parviendrait à s’échapper aurait ses biens confisqués au profit de la République; que le
capitaine qui serait pris favorisant la fuite d'un individu quelconque
serait condamné, la premiere fois, à 4,000 gourdes d'amende, la
seconde fois à 6, 000 gourdes, la lroisième fois à voir con{isquer son
bâtiment. Cependan! poar donner des preuves de sa sympathie aux.
hommes de couleur qui se montraient fidèles à sa personne, il installa solennellement au Cap, Julien Raymond , administrateur géné
ral des domaines nationaux. Ê | Pendant cet intervalle il faisait ses préparatifs dans le plus grand
secret pour entreprendre la conquête de l'Est , et acheminait des troupes sur Laxavonet le Mirebalais. Hl ordonna au général Moyse de
sè tenir prêt à marcher sur Santo-Domingo, avec 83,000 hommes,
par la voie de St.-Yague. El devait de son côté entrer en campagne avec 4,000 hommes par la route méridionale. Pendant que le général Moyse franchissait la rivière du Massacre,
Toussaint écrivit au gouverneur de Sio. Domingo Ja lettre suivante :
'Est , et acheminait des troupes sur Laxavonet le Mirebalais. Hl ordonna au général Moyse de
sè tenir prêt à marcher sur Santo-Domingo, avec 83,000 hommes,
par la voie de St.-Yague. El devait de son côté entrer en campagne avec 4,000 hommes par la route méridionale. Pendant que le général Moyse franchissait la rivière du Massacre,
Toussaint écrivit au gouverneur de Sio. Domingo Ja lettre suivante : 32 HISTOIRE D'HAITI— (1800)
. Cap Français, 19 Frimaire an 9 (10 Décembre 1800.) e Monseigneur, j'avais - eu Points de vous mander des Cayes,
que je me réservais à mon premier voyage au Cap, de vousécrire,»
pour vous demander Justice de l'insulte faite au gouvernement'en:
la personne d'un de ses ofliciers généraux, son envoyé auprès de
l'Audience espagnole. Je vous avoue que si j'ai dû ètre surpris d'un:
procédé si contraire aux règles établies entre nations policées , mon
devoir me prescrit impérativement d'en obtenir une réparation. Pess
père donc, M. , que vous ne-me la laisserez pas plus longtemps
désirer en ‘répondant d'une manière satisfaisante à ma réclamations
» Des raisons d’état ont déterminé l'agence du gouvernement à
m'ordonner. le sept Floréal an 8 de prendre , au nom de la République Française, possession de celte portion de l'ile cédée
à la France par S. M. C. d'aprés le traité conclu à Bâle entre les
deux nations ; en conséquence , je vous préviens que j'ai chargé
le général Moyse , commandant en chef de la division du Nord de
cette importante opération; et d'après l’outrage qu'a essuyé le gou:
vernement en la personne du général Agé , pour la même mission,
Jai dû faire aecompagner le général Moyse d'une force armée sul
fisante pour l'exécution du traité, et pour la protection de toute
cette partie de l'ile contre les entreprises quelconques des ennemis
de la République. Je désire de tout mon cœur que la conduite:
franche et loyale des habitans et la vôtre, Monseigneur, réalisent mes:
espérances et me mettent à même de contremander la plusgrande:
partie des troupes que l'expérience a nécessité de meitre en mouvement pour assurer la pleine ét entière exécution des ordresdu
gouvernement. | « J'espère également , Monseigneur , que vous voudrez bien ne pas:
laisser ignorer aux espagnols qui resteront soumis aux lois françai-
« ses que leurs personnes et leurs propriétés seront Me ne © et
æ qu'il ne sera rien innové aux usages religieux qu'ils professent.
* Recevez, je vous en prie, Monseigneur, la parole inviolable du: militaire; soyez en même temps persuadé que si j insiste à Ja réparation que je réclame de Votre Excellence , cest parceque j'ai uniquement à cœur, en faisant respecter le nom français, d'enns la liaison d'amité qui existe entre les deux métropoles. « Que Dieu vous prenge ren sa sainte. garde. SF à & À # A. 6 TOBSRE LE TLILSRee.: A A
# R À À À « J'ai l'honneur d'être avec tous les égards dus à votre mérite et:
« à votre dignité, M.#, votre trés humble et très-obéissant serviteur. e Le général en chef de l'armée de St. Domingue,
en faisant respecter le nom français, d'enns la liaison d'amité qui existe entre les deux métropoles. « Que Dieu vous prenge ren sa sainte. garde. SF à & À # A. 6 TOBSRE LE TLILSRee.: A A
# R À À À « J'ai l'honneur d'être avec tous les égards dus à votre mérite et:
« à votre dignité, M.#, votre trés humble et très-obéissant serviteur. e Le général en chef de l'armée de St. Domingue, « Signé, Toussaint LOUVERTURE. HISTOIRE D'HA1TI.—(1801) k 83 Le goüvernéur don Garcia reçut cette lettré perdant qu’on célébrait 14
messe dans la cathédrale de Sto. Domingo le 6 Janvier 4804. Il apprit en
même temps que les troupes de Toussaint avaient déjà pénétré dans les
pays espagnols. Il fit aussitôt battre la générale et tirer le canon d'alarme.
Il expédia aux commandans des villes et bourgs l’ordre d’opposer la plus
vive résistance à l’armée noire ; et le même jour il répondit à Toussaint Bouverture qu'il ne concevait pas sa conduite, que le sang
espagnol se verserait toutes les fois que par son effusion il pourrait
. én résulter quelque honneur au gouvernement de la métropole, et
qu'il Conserverail intacte la partie de l'Est jusqu’à ce qu'il eut reçu
du gouvernement de Madrid l'ordre d'en agir autrement. En mêmé
temps le général Antoine Chanlatte convoquait à la fortification prin:
cipale de la ville tous les citoyens, et à son hôtel particulier tous
les français qui se trouvaient à Slo. Domingo. Malgré les efforts
du général Chanlatie pour soulever la niasse de la population, fort
peu d'espagnols se réunirent ; ils étaient hostiles à Toussaint Louverture, et cependant ils se montraient peu disposés à combattre:
Quant aux français qui étaient au nombre d'une centaine, ils répondirent tous à l'appel qui leur avait été fait. Enfin le commis:
Saire Chanlatte, en armant des africains qu'il fit entrer dans es
rangs d'un petit bataillon de troupes de ligne espagnole , put réunir
neuf cents hommes. Ce fut avec cette poignée d'hommes indisciplinés et sans tactique qu’il entreprit d'arrêter la marche de Toussaint Louverture Il établit en embuscade sur les bords du fleuve
le Nisao ; dans le département de l'Ozama , quelques compagnies du
régiment des Cantabres ; 1l envoya l’ordre à quelques cents de miliciens
de garder Iles passages de Guayabin et d'Amina , dans le département de Cibao. |
uf cents hommes. Ce fut avec cette poignée d'hommes indisciplinés et sans tactique qu’il entreprit d'arrêter la marche de Toussaint Louverture Il établit en embuscade sur les bords du fleuve
le Nisao ; dans le département de l'Ozama , quelques compagnies du
régiment des Cantabres ; 1l envoya l’ordre à quelques cents de miliciens
de garder Iles passages de Guayabin et d'Amina , dans le département de Cibao. | Pour tromper les espagnols sur la rapidité de la marche de ses
troupes Toussaint était demeuré au Cap pendant qu'elles pénétraient
dans la partie de FEst. En même temps un bâtiment de guerre
français vint mouiller dans la rade de cette ville. Il était porteur
de dépèches par lesquelles le gouvernement consulaire défendait au
général en chef de prendre possession de la partie de l'Est. Toussaint
apprit l'objet de la mission du navire avant que le capitaine eut eu le temps
de débarquer. Il sortit aussitôt de la ville avec la plus grande précipitation, et s’élança sur la route du Mirebalais où 1l devait se
mettre à la tête de la division qui marchait sur Sto. Domingo par
la route méridionale. Le capitaine voulant lui remettre les dépèches des consuls le poursuivit sans l’atteindre pendant quarante huit
heures. Toussaint aŸait eu le temps de joindre ses troupes etd'entrér en campagne. Comme il n'avait pas reçu la lettre des consuls,
il prétendait qu'il n’agissait pas contrairement aux ordres du gouvernement métropolitain. | À . ss 4 DUR te :
Pendant cet intervalle le général Moyse parti de la riviére du Mas34 HISTOIRE D’HAITI 1801) gacre, à la tête de plus de 3,000 hommes , atteignait la ‘rivièresde
Guayabin distante de vingt lieues de St. Yague. Le général Pageot
qui commandait l'avant garde de celte division découvrit de Pautre
côté de la rivière un cent de miliciens espagnols, sous les ordres
d'un nommé don Francisco Reyes. (Celui-ci se disposait à entrer
en pourparler avee les français quand un coup de fusil partit des,
rangs de ses soldats. Les troupes sous les ordres de Moyse répons
dirent aussitôt par une décharge de mousquetertse , et le combat
s'engagea. Après un quart d’héure d’un feu assez vif de part et
d'autre, les espagnols prirent là fuite et se retirèrent à la Sabanagrande de Maho, à dix lieues de St. Yague. Là se trouvaient dèjà
réunis dans un camp retranché trois-cents volontaires sous les ordres
du capitaine de cavalerie don Domingo Perez. Le général Moyse
les atiaua avec impétuosité Après avoir résisté à son choc pendant une demi-heure, ïls furent contraints de prendre la fuite,
cédant à la supériorité numérique, et laissèrent sur le champ de
bataille un capitaine de cavalerie nommé don Cayétano Rason. Ils
se retirèrent à St. Yagüe. Le 11 Janvier 1801 le général Moyse
atieignit les murs de cette place ; le lendemain le lieutenant.colonel don Perez Guerra jui en ouvrit les portes, après une honorable
capitulation. Moyse confia le commandement de la ville au général
Pageot et continua sa marche sur Sant6-Domingo. nt
numérique, et laissèrent sur le champ de
bataille un capitaine de cavalerie nommé don Cayétano Rason. Ils
se retirèrent à St. Yagüe. Le 11 Janvier 1801 le général Moyse
atieignit les murs de cette place ; le lendemain le lieutenant.colonel don Perez Guerra jui en ouvrit les portes, après une honorable
capitulation. Moyse confia le commandement de la ville au général
Pageot et continua sa marche sur Sant6-Domingo. nt Le général en chef de son côté, était arrivé le 5 Janvier 801 à S'Juan
de la Maguana. Il était à la tête des 7e et 10e demi brigades commandées
par Chs Bélair et An-Philippe Daut, et de quelques compagnies de la 8e.
Ces troupes formaient une brigade que commandait en chef le,
colonel Paul Eouverture. Toussaint lança une proclamation dans.
laquelle il annonça que malgré les insultes faites au général Agé,
année précédente par don Joachin Garcia, 1l n'entendait pas que
les espagnols fussent traités en ennemis; 1 promit süreté et pro
tection aux personnes, ainsi qu'aux propriélés, et il exhorta les
espagnols à revenir de leur erreur. Les habitans du quartier de St.
Juan qui ne. se remua pas, furent parfaitement traités. Le général en chef continuant sa marche parvint à Azua sans obstacle
le 12 Janvier 1804. Il trouva la ville dans une parfaite tranquilPitié ; le jour qui suivit son arrivée if écrivit à don Joachin Garcia
que ni lui ni ses troupes ne respiraient la vengeance, qu’ilne vou_Jait que le bonheur des espagnols, et que le décret du 17 Floréal
_ qui l'autorisait à prendre possession de la partie de l'Est n'avait
pas été rapporté par celui de Prairial, puisque ce dernier n'avait.
point été officiellement notifié. 11 termina sa lettre en reprochant
amérement à Don Joachin Garcia d’avoir insulté le gouvernement
français dans la personne du général Agé. Toussaint continua sa
marche avee une rapidité prodigieuse ; son infanterie fit jusqu'à.
vingt-cinq lieues par jour. ,Quand $on avant-garde , que commanLE HISTOIRE D’HAITI. (1601) 85 dait le lieutenant colonel Gauthier, atteignit la rivière de Nisao ,
elle rencontra les Espagnols. Gauthier à la tête d'une céntaine
d'hommes, débris de la légion de l'Ouest de Jacmel, attaqua vigoureusement les généraux Chanlatte et Kerverseau 5 ceux ci résistérent énergiquement ; mais le colonel Chs. Bélair arrivant sur le
champ de bataille avec la 7e., décida le succès de la bataille ;
les Espagnols ayant perdu plus de deux-cents hommes battirent en
retraite. Quelques heures après le combat, Toussaint Louverture
alteiguit le Nisao; là il apprit Ha brillante conduite qu'avait tenue.
Gauthier ; il s’approcha de lai, lembrassa et lui du qu'il voyaté
avec bonheur quil était déterminé à servir sa cause avec autant
de courage qu'ilen avait déployé .pendant la guerre civile en faveur
de Rigaud. En lui adressant ces paroles Toussaint avait déjà résolu sa perte. |
traite. Quelques heures après le combat, Toussaint Louverture
alteiguit le Nisao; là il apprit Ha brillante conduite qu'avait tenue.
Gauthier ; il s’approcha de lai, lembrassa et lui du qu'il voyaté
avec bonheur quil était déterminé à servir sa cause avec autant
de courage qu'ilen avait déployé .pendant la guerre civile en faveur
de Rigaud. En lui adressant ces paroles Toussaint avait déjà résolu sa perte. | Don Garcia fut au désespoir quand il vit le bataillon des Canta:
bres se replier sur Sto. Domingo. Toussaint voulant qu'il n’y eut
pas d'effusion de sang, envoya , en s’approchant de la place, l’ad:
judant-général d'Hébécourt proposer au gouverneur un arrangement,
Don Joûchin Garcia aceucillit cette proposition avec empressement.
Il signa conjointement avec d'Hébécourt uné capitulation par laquelié
la vile dût être livrée à Toussaint Louverlure. Pour ne pas blesser lorgueil du gouverneur espagnol Toussaint appela arrangement
celte honteuse capitulalion. ; Le 27 janvier 1801 (7 pluviôse), il entra à Sto.-Domingo pendant
qu'aux détonnations de viagl-un. coups de canon on descendait le
pavillon espagnol; aussitôt après, vingt deux coups de canon saluèrent le pavillon français qui flotta sur les remparts. En même
temps l'armée pénétrait dans la place avec solennité, au son des
cloches de toutes les églises. Don Garcia et le Cabilde accompagné:
rent Toussaint Louverture à Hhôtel de la, Mairie. Eà ils l'invitèrent
à prêter le serment d'usage, an nom de la sainte Trinité, de gouverner avec équité la paitie de l'Est. H dit au gouverneur et au
Gabilde: « C'est tout ce quon pourrait exiger d'un gouverneur
« envoyé par la cour de Madrid; mais le cas n’est pas le même; je suis.
© vCnu prændre possession de cette partie, au nom de la République
« française. Cependant je jure de tout mon cœur, devant Dieu
« qui mentend que je mets le passé dans loub'i, et que mes
« véilles et mes soins n'auront d'autre but que de rendre heureux
« et content le peuple espagnol devenu français. ». Après qu'il eût fait ce serment le gouverneur lui présenta les
clefs de la ville. I-s'écria: « Je les accepte au nom de la Répu-
« blique ; allons remercier l’Auteur de toutes choses d’avoir effica-
« cement couronné du plus grand suecès notre entreprise prescrite.
a par les traités et les lois de !a République.” La foule se rendit 86 HISTOIRE D'HAITI.(1801) à la Cathédrale où un te-deum fut chanté pompeusement en actions
de grâce. < Le même jour, 27 Janvier, le général en chef publia que beau:
coup d’Espagnols malintentionnés cherchaient, malgré les dispositions de son Arrêté du 44 Nivôse, (5 Janvier) à inspirer de vaines
terreurs à leurs coneitoyens, et les exhortaient à s'éloigner de Ja
colonie. Il annonça aux Espagnols qu'il avait appris avec douleur
ces bruits alarmans, et qu'ils pouvaient être sans inquiétude ; 1} en
gagea ceux qui étaient déjà.sortis de la colonie, nimporte leur
oup d’Espagnols malintentionnés cherchaient, malgré les dispositions de son Arrêté du 44 Nivôse, (5 Janvier) à inspirer de vaines
terreurs à leurs coneitoyens, et les exhortaient à s'éloigner de Ja
colonie. Il annonça aux Espagnols qu'il avait appris avec douleur
ces bruits alarmans, et qu'ils pouvaient être sans inquiétude ; 1} en
gagea ceux qui étaient déjà.sortis de la colonie, nimporte leur couleur, à y rentrer.
Les prêtres espagnols en s'embarquant pour la Côte-Ferme avaient
répandu ces alarmes. | ; |
Satisfait du zèle que Ch. Bélair et Paul Louverture avaient déployé pendant la campagne, Toussaint nomma chacun d'eux général de brigade. Il confia à Paul Louverture le commandement de
la ville de Sio.-Domingo, Un nouvel ordre de choses fut aussitôt
établi dans la partie de l'Est. Toussaint réunit sur la grande place
de la ville toute la population, et proclama la liberté générale des
esclaves. Les noirs de l'Est devenus libres virent . dans Toussaint
un Dieu libérateur. Mais les Dons espagnols en ressentirent une
forte indignation qu'ils furent cépendani obligés de contenir. On
remplaça les anciens Cabildes par des Municipalités composées chacune de quatre membres, d’un secrétaire et d'un maire. Celui et
eut pour principales attributions de connaitre des affaires de simple police, des différends entre les citoyens relalifs aux créances.
Un des membres de la Municipalité fut chargé de faire les actes
de mariage, de recevoir les délarations de naissance et de décès. Les généraux Chanlatte et Kerverseau partirent pour la Havane,
s’apercevant que leur présence à Santo Domingo contrariait Tous-
‘saint Louverture, ; | Après le départ de ces deux généraux , Toussaint parcourut quelques cantons de la partie de l'Est dans le voisinage de Sto. Domingo.
De toutes-parts les populations accoururent au-devant de lui, et bénirent sa magnanimilé. Æl était reçu dans les villes et bourgs au
son des cloches; le clergé venait à sa rencontre portant la bannière,
et les femmes le couronnaient. Ilenchanta Îcs espagnols par toutes
les démonstrations d'une piété sincère. Partout il ordonna de percer de grandes et belles routes ; les travaux furent aussitôt entrepris,
et en peu de temps les communications devinrent plus faciles.
Les campagnes abandonnées par l’indolence espagnole commencèrent
à se relever ; : des voitures parcoururent les grands chemins : ayant la
prise de possession les espagnols ne voyageaient qu'à petites jours
nées sur des mulets. Enfin la conquête qui introduisit dans ceîte
contrée le système français fut un bienfait pour elle. Jusqu'aujourd'hui les habitans de la partie de l'Est qui maudissent les noms HISTOIRE D’HAITI.—(1S01) 87 de Dessalines et de Christophe, pales de Toussaint Louverture
sans animosilé. Cependant les 56 de la population de ce pays étaient
de couleur. Mais Toussaint n'y avait pas rencontré à l'établissement
de son auterité les mêmes obstacles que dans la partie française. Sa conduile dans la partie de LEst prouve que sa politique cruelle ne l'avait porté à frapper avec tant d'acharnement sur les hommes de couleur , que parcequ'ils contrariaient,
comme français dévoués à la métropole, lous ses actes tendant à
l'indépendance de St. Domingue. |
ant les 56 de la population de ce pays étaient
de couleur. Mais Toussaint n'y avait pas rencontré à l'établissement
de son auterité les mêmes obstacles que dans la partie française. Sa conduile dans la partie de LEst prouve que sa politique cruelle ne l'avait porté à frapper avec tant d'acharnement sur les hommes de couleur , que parcequ'ils contrariaient,
comme français dévoués à la métropole, lous ses actes tendant à
l'indépendance de St. Domingue. | Ce ne fut qu'à Sto. Domingo que l'officier français, porteur.des dépêches du 4” Consul , put l'atteindre. Nous avons déjà dit que le
phaaenen: métropolitain lui avait écrit de ne pas prendre posFeson de Îa partie espagnole ; mais la conquête en était déjà faite, il déciara qu'il n'avait pas méconnu les ordres des Con:
nue Il était devenu le maîtie absolu de toute l'ile ; le gouvernement
français n’y exerçait plus aucune influence. Il se détermina à convoquer une nouvelle assemblée centrale qui, sous son influence,
donnerait à la colonie une Constitution par laquelle son autorité serait garantie. Le 5 Février 1801 il publia que le 1.° Mars les
administrations municipales seraient convoquées à l'effet de procé-:
der à la nomination des députés à l'assemblée centrale , que chaque
administration municipale nommerait un seul député ; que ce choix
serait fait par les membres composant les. administrations municlpales , à la pluralité des suffrages ; et en. cas de partage, que le choix
serait fixé sur le candidat le plus ancien d'âge; que le 44 Mars
(20 Ventôse an 9) les députés des. administrations. municipales,
nommés, se réuniraient au chef lieu de chaque département , savoir :
ceux du dépar tement du Nord, au Cap; ceux de l'Ouest, au Port Républicain ; ceux du Sud, aux Cayes: ceux de Samana , à St: ‘Yague ; ceux de
l'Ingann à Sto. Domingo ; : que les députés des communes , réunis dans
les chefs lieux des départemens, nommeraient deux députés à l'assemblée centrale de la colonie dont le siège serait fixé au Port. Républicain ; que les députés à l'assemblée centrale seraient. nommés à la
pluralité des suffrages par les députés des communes ,. réunis dans
les. chefs-lieux de. départemens ; qu'en cas de partage , le choix serait
fixé sur, le plus ancien d'âge ;. qu'il serait dressé un: procès verbal
de leur nomination, lequel deviendrait leur titre pour. qu ‘ils fussent
reçus à l'assemblée; que l'assemblée centrale composée de dix députés
et réunie au Port- Républicain commencerait ses opérations Île 22
Mars 1801 (1. Germinal.)
dans
les. chefs-lieux de. départemens ; qu'en cas de partage , le choix serait
fixé sur, le plus ancien d'âge ;. qu'il serait dressé un: procès verbal
de leur nomination, lequel deviendrait leur titre pour. qu ‘ils fussent
reçus à l'assemblée; que l'assemblée centrale composée de dix députés
et réunie au Port- Républicain commencerait ses opérations Île 22
Mars 1801 (1. Germinal.) Pendant la guerre civile, les levées en masse avaient considérablement affaibli les populations des campagues du Nord.et de l'Ouest;
et dans la partie de l'Est les campagnes étaient presque. abandonnées depuis le traité de Bäle à cause des nombreuses émigra. 88 HISTOIRE D'HAITI —(1601) tions qui avaient eu lieu. Toussaint ne permettant que difficilement qu'on fit de nouveaux établissements ruraux, se résolut à
réunir les cultivateurs sur les grandes FORTS Il voulait en faisant
exploiter activement les propriétés s les plus importantes, augmenter le
chiffre des produits qui-dimiauaient chaque jour à cause ‘de léparpillement d’un petit nombre de cultivateurs sur une vaste étendue
de terre. Il avait remarqué que deux, trois ou un plus grand
nombre de cultivateurs s'associaient pour acheter quelques carreaux
de terre sur lesquels ils se retiraient se livrant à la paresse; il en
était résulté un dépérissement général dans les cultures. En cour
séquence il orrêta le 7 février 1801 (18 pluviôse) qu'aucune venté
de terre ne pourrait être faite qu'au préalable d'administration
municipale du canton ne l'eût autôrisée; mais l'acheteur dût d'abord
prouver qu'il possédait assez de moyens pour former de nouveaux
établissemens ; il arrèta encore qu'aucune vente de terre ne pour:
rait être passée dans la colonie, si elle n'était au moins de eimquante carreaux de terre; il se réserva cependant le droit de pra=
noncer sur les exceptions qui pourraient exister à cet égard. Des malintentionnés ne cessaicut de répandre parmi les espagnols
les bruits les plus alarmans. On disait dans les campagnes qu'il
avait accordé à ses troupes quatre heures de pillage à Sto-Domingo,
et que ses soldats, dès quil quitterait cette ville, devaientexercer
sur Îles espagnols les mêmes assassinats qui avaient été commis en
479% sur les français, au Fort-Dauphin. Pour dissiper les inquiétudes du peuple, ïl publi ia le 8 février (19 pluviôse, an 8) que tous
les citoyens indistinctement étaient sous la protection de la République, et quil ne permettrait désormais de sortir de la colonie
qu'au président don Joachin Garcia, et au régiment européen des,
Cantabres. En eflet une quinzaine ‘de jours après (22 février) lex
gouverneur et ce beau corps partrent pour Si Yage de Gube:
iper les inquiétudes du peuple, ïl publi ia le 8 février (19 pluviôse, an 8) que tous
les citoyens indistinctement étaient sous la protection de la République, et quil ne permettrait désormais de sortir de la colonie
qu'au président don Joachin Garcia, et au régiment européen des,
Cantabres. En eflet une quinzaine ‘de jours après (22 février) lex
gouverneur et ce beau corps partrent pour Si Yage de Gube: L'indolence des espagnols la plupart propriétaires ou gardeurs de :
troupeaux, .avait fait naitre la plus grande misère dans la partie de
l'Est ; 11 y avait même souvent d'affreuses disettes, Pour faire naî:
tre un peu d'abondance, Toussaint ordonna le 8 Février que tous
les habitans propriétaires de la partie de F'Est planteraient désormais
des cannes, du café, du coton et du cacao; il prohiba la culture des
19namE6S , des ratates des bananes, cbjets de nuile valeur pour
l'exportation. Il leur tint dans sa proclamation le langage d'un pêre
de famille quiindique à ses enfans la route du bonheur, Pour que
ses arrêtés fussent exécutés dans toutes les campagnes il organisa
dans chaque commune de la colonie, une compagnie de cinquante
quatre gendarmes; elle fut habillée, payée, et montée aux frais de
de la commune; le gouvernement dut fourni des armes seulement.
Sous ce nouvel ordre de choses le commerce de la partie de l'Est
devait être favorisé ; quant aux habitans de la fertile plaine de Samana e Trsroire D'iarri 1801 85 lis avaient besoin de quelques avantages pour pouvoir se livrer frac
lueusement aux travaux agricoles. Il fut” arrêté le 42 Février (5 Pluviose an 9) que les droits de 20 pour cent établis par le réglement
du 21 Frimaire sur les marchandises importées dans la colonie , et
sur les denrées exportées, seraient modifiés pour les départemens de
Samana et de lingano , et fixés à G pour cent d' exportallon: que
toutes los marchandises qui seraient importées dans les villes de Montechrist, de Porte Plate, de Samana, de Sio. Domingo, d'Azua et de
Neybe et les denrées qui en Sorti raient paieraient le droit de 6 pour
cent. Al arrèta que la th gourde espagnole qui valait huit
escalins gourde, aurait la valeur de onze escalins comme dans Îa
partie française; il rendit ainsi le taux des monnaies de la parie
espagnole égal à cebui de la partie française. H d eusuite batire
#ionnaie à son Las à Sio. Domingo; et à côté de l'exergue de
de la République Française, il fit placer son protil. Vers la fin de Février Toussaint partit de Sto. Domingo pour
aller visiter le département de Cibao. Il s'arrêta à la Véga , à St.
Yague età Samana. Il fut partout vivement frappé de la misère qui
PÉBrEfl dans ce département: 1[ ne vit que d'immenses forêts, la
plupart vierges, de vastes plaines couvertes de hautes herbes, des
ajoupas formant de petits villages habités par des gens presque’ nus,
ei de maigres troupeaux dispersés ça et là; dès champs d ignames
el de patates, de petits jardins de cannes dont le produit servaità
faire un peu de suere brut pour la consommation des habitans seulemeut. Qaant à l'administration et la pohee elles du étaient nulles
le peuple de ces campagnes gtait doux, religieux, de mœurs sévères
et vivant sous l'influence des moines. |
de petits villages habités par des gens presque’ nus,
ei de maigres troupeaux dispersés ça et là; dès champs d ignames
el de patates, de petits jardins de cannes dont le produit servaità
faire un peu de suere brut pour la consommation des habitans seulemeut. Qaant à l'administration et la pohee elles du étaient nulles
le peuple de ces campagnes gtait doux, religieux, de mœurs sévères
et vivant sous l'influence des moines. | Il s'aperçut que depuis la cession de la partie de PEst à Ja
France, beaucoup de propriétaires s'étaient hâtés. de faire couper
des bois d'acajou , et d abattre des forêts presque entières ; ïls n'avaient souvent enlevé d'un arbre qu'une seule bille, et avaient
abandonné le reste qui pouvait donner une pièce de 20 pouces de
large sur 10 pieds de long. Il rencontra en traversant les forêt
beaucoup de billes qui n'ayant pu être {transportées avaient été aban_ données dans les clairières. Il résolut de metire fin à une exploitalion par laqueile les arbres étaient coupés avant qu'ils eussent eu le
temps de se développer. Quand il retourna à Sto. Domingo il défendit par un arrêté da 3 Mars 1801 (12 Ventose an 0) d'abattre
des bois d'acajou pgur lexportation, et ne permit aux propriétaires
d'en vendre que pour les constructions intérieures de la colonie.
Peu de jours après la publication de cet arrêté, il apprit que l'évéque Mauvicille venait de débarquer à Porte Piate. Il envoya au devant
de lui plusieurs ecclésiastiques qui le rencontrérent à la Véga. A
son arrivée à $to-Domingo Mauvieille reçut du général en chef un
acçueil magnifique. On lui forma un diocèse des départements de
ne permit aux propriétaires
d'en vendre que pour les constructions intérieures de la colonie.
Peu de jours après la publication de cet arrêté, il apprit que l'évéque Mauvicille venait de débarquer à Porte Piate. Il envoya au devant
de lui plusieurs ecclésiastiques qui le rencontrérent à la Véga. A
son arrivée à $to-Domingo Mauvieille reçut du général en chef un
acçueil magnifique. On lui forma un diocèse des départements de 90 | | HISTOIRE, D'HAITI 18U1)} l’'Ozama et de l'Ingano. Par la douceur de ses manières et de ses
mœurs il ne tarda pas à s’attirer l'estime et l'amour des espagnols. Toussaint laissa en garnison à Sto Domingo la 10e. demi brigade
commandée par le celonel Jn-Philippe Daut; il confia le commandement du département de Cibao ou de Samana au général Clervaux
auquel il laissa la 6e. demi-brigade. 11 s’achemina ensuite sur la partie de l'Ouest. Il emporta les bénédictions du gros peuple espagnol
qu'il avait séduit par son profond respect pour la religion. Al traversa AzZua, St-Jean, le Mirebalais, et pénétra dans la plaine du
Cul-de-Sae. Au Port-au-Prince les autorités lattendaient avec impatience. Au jour fixé pour son entrée en celte ville, le général .
Agé , blane, commandant de l’Arrondissement, le colonel Dalban,
blanc, commandant.de la place, le colonel Pierre Michel, noir, comman:-
dant de la garde nationale, le corps judiciaire , le corps administratif, le clergé et toute la population se transportèrent au portail
Si-Joseph. Les rues étaient jonchées de fleurs et de feuillages ; des
guirlandes tricolores ornaient les galeries. Dès que le général en
chef fut découvert, s’avançant au milieu de son état-major , de grandes acclamalions retentirent du sein de ja multiude. Le général
_ Agé s'élança au devant de lui, lui adressa des félicitations au nom
de toute la population ; le curé de la paroisse, le père Lecun , lui
offrit en même temps de se placer sous:le dais; il s’y refusa. Toussaint passa sous un arc de triomphe dressé à l'entrée de la ville;
le cortége le suivit; on battit au champ, la musique bourgeoise
exécula des marches guerrières, et on arriva à l'Eglise. Le curé
le fil s'asseoir sous un arc recouvert de soieries , sur lequel il était
écrit en lettres d’or: Dieu nous Fa dofiné ; Dieu nous le conserve-*
ra. Aprés la cérémonie la foule s'écoula ; 1l y eut ensuite de brilJantes fêtes qui se prolongérent au loin dans la ouit. Ea partant de Sio-Domingo, Toussaint avait ordonné à Paul Louverture, son frère, de faire mourir le brave Gauthier qui avait si
héroïquement défendu la cause de Rigaud, mais qui avait fait sa
soumission à St-Louis du Sud. Nous avons vu le courage qu'il
avait déployé en faveur de Toussaint au combat de Nisao contre le
g#néral Chanlatte. Mais Toussaint violait de temps en temps l’amnise qu'il avait publiée en faisant assassiner clandestinement ceux
des Rigaudins dont le courage pouvait lui inspirer des inquiétudes.
Paul Louverture ordonna à Gauthier de faire une tournée dans l’Arrondissement de Sto-Domingo. Gauthier, en tgaversant un sentier,
tomba dans une embuscade et fut égorgé.
ait déployé en faveur de Toussaint au combat de Nisao contre le
g#néral Chanlatte. Mais Toussaint violait de temps en temps l’amnise qu'il avait publiée en faisant assassiner clandestinement ceux
des Rigaudins dont le courage pouvait lui inspirer des inquiétudes.
Paul Louverture ordonna à Gauthier de faire une tournée dans l’Arrondissement de Sto-Domingo. Gauthier, en tgaversant un sentier,
tomba dans une embuscade et fut égorgé. Toussaint confia l'Arrondissement de Léogane au colonel Pierre
Louis Diane, qui y arriva avec le 4er. et le 2e. bataiHon de la 8e. |
demi-brigade. 11 donna le commandement de l’Arrondissement de
Jacmel à Dieudonné Jamben qui s’y rendit avec le 8e. bataillon
de la. 8e., un détachement de l'ancienne légion de l'Ouest. sous les HISTOIRE D'HAITI.—(1801) nu 91 ordres du capitaine Mimi Bode et un bataillon composé de soldats
blancs qui avaient appartenu à différents régimens européens. Dessalines, nommé inspecteur-général de culture dans le département de l'Ouest, déployait la plus grande activité pour le maintien
de l'ordre; il faisait respecter les propriétés et poursuivait avec
acharnement toutes {es sociétés secrètes dans lesquelles on
mettait en pratique les superstitions* africaines. On lui rapporta
que beaucoup de ces sorciers nommés Vaudoux se réunissaient dans
la plaine du Cul-de Sac; qu'à la tête de ceite bande était une vieiile
femme noire, et qu'un grand nombre de cultivateurs .abandonnaient
les champs pour se rendre au lieu où se faisaient les sorcellertes.
Il vint avec un batailon de la 8e. dans la plaine du Cul-de-Sac,
ecrna le lieu où se trouvaient réunis Îles Vaudoux, fit faire feu
sur la casc, les dispersa et en prit cinquante quil tua à coups de
baionnettes. * | En même temps on apprit À Dessalincs que Lamour Dérance,
dont on navait plus entcudu parler depuis la prise de Jaemel, avait
reparu au Grand-Fond. Après la chûte de Rigaud, Lamour Dérancc, partisan du général de couleur , fuyant les vengeances de Toussaint, s'était retiré avec sa bande jusqu'aux limites de la partie
espagnole dans les montagnes du Bahoruco. Pendant quon le
croyant abandonné de tous ses gens il vint assaillir Marigot qu'il
enieva sur six compagnies de l'ancienne légion de Ouest, sans
avoir éprouvé une forte résistance. Dessalincs ordonna aussiiôl à
Dicudonné Jambon d'aller reprendre Marisot. Dicudonné sort de
Maemel à la tête du 3e. bataillon de la 8e., de plusicurs compagnies
"de grenadiers et de chasseurs de troupes blanches, et de touie la
cavalerie de la ville. Le lendemain 1! enleva d'assaut le bourg de
Marigot. En mème temps Dessalines le joignait après avoir traversé
le morne des Commissaires. I lança daris les montagnes contre
Lamour Dérance plusieurs colonnes, et ‘se retira à Jacmel avec Îles
six compagnies de la légion qui avaient si faiblement defendu Martgot. Il fit fusiller trois capitaines et quatre licutenants, hommes de
couleur , qu'il soupçonnait d'avoir trahi en faveur de Lamour Dérance. Il confia ensuite à un capitaine, homme de couleur, nommé Cassécamp, le commandement d'une expédition contre Lamour
Commissaires. I lança daris les montagnes contre
Lamour Dérance plusieurs colonnes, et ‘se retira à Jacmel avec Îles
six compagnies de la légion qui avaient si faiblement defendu Martgot. Il fit fusiller trois capitaines et quatre licutenants, hommes de
couleur , qu'il soupçonnait d'avoir trahi en faveur de Lamour Dérance. Il confia ensuite à un capitaine, homme de couleur, nommé Cassécamp, le commandement d'une expédition contre Lamour Dérance , avec ordre de le poursuivre jusque dans son repaire Île plus éloigné. Cassécamp partit de Jacmel avec quatre-cents hommes, culbuta partout les gens de Eamour Dérance, enleva et
détruisit Lous ses postes et retranchemens, lui tua plus de 200
hommes. En moins de deux mois lon n’entendit plus parler de
ce chef de bandes. * Toussaint avait en horreur tout ce qui tenait au Vaudoux; il disait Souvent qu'il ne parlait du nez que parce que les vaudoux avaient lancé
sur ai quelques malélices, 92 HISTOIRE D'HAUTI. — (1501 } Quelques semaines aprés son retour dans la pat rie française, Toussaint apprit que des pirates opéraient des débarquemens sur les
côtes de la colonie, déiruisaient des établissemens de pêcheurs, - incendiaient de petits bourgs, capturaient des navires de l'Etat, ct
poussaient Paudace jusqu'à enlevee des bâtimens américains déjà
mouillés dans les ports. 1! fut obligé pour protéger le cabotage et
le commerce en général d'envoyer “de nombreux corps de RM
dans tous les endroits abordables de Pile. H alla au Cap vers Ia fin d'Avril. Ce fut là qu’à rendit
un Arrêté par lequel toutes les troupes de la colonie furent habillées. Il ordonna que la contribution nécessaire pour l'entretien de-la gendarmerie de chaque commune füt supportée par tous les citoyens. Il arrêta que les objets de première nécessité, tels que la farine,
les biscuits, les salaisons, les bois de construction, les cordages , les houes, les serpes etles autres Instrumens aratoires fussent soumis à un droit de 6 pour 010. HI défendit d'exporter le numéraire;
et lout armateur arrivant dans la colonie fut obligé de consigner
Sa cargaison à un négociant domicilié dans le pays. Pour devenir
consignataire, il fallait être citoyen français, n'avoir en aucune cir:
constance thanqué à ses engagemens, el avoir assez de fortune pour offrir une responsabilité. Cependant 1l-existait des exceptions en
faveur des étrangers auxquels il pouvait accorder les mêmes droits, d'après les services qu'ils auraient rendus à la colonie , d'après leur
bonne foi, leur crédit et leur moralité.
Comprenant combien il est EN DOr ant que Îa morale existe chez un peuple nouvellement affranchi, Toussaint résolut de fermer Les, maisons de jeu. Il arrèla que toute personne QUI Sserail COonvaincue de tenir une maison de jeu serait arrètée, tradaite devant ua
conseil de guerre, condamnée à un an de prison et à une amende de 100 portugaises (800 piastres) au profit de Fhôpital de la
leur crédit et leur moralité.
Comprenant combien il est EN DOr ant que Îa morale existe chez un peuple nouvellement affranchi, Toussaint résolut de fermer Les, maisons de jeu. Il arrèla que toute personne QUI Sserail COonvaincue de tenir une maison de jeu serait arrètée, tradaite devant ua
conseil de guerre, condamnée à un an de prison et à une amende de 100 portugaises (800 piastres) au profit de Fhôpital de la Providence du Cap; que le propriétaire d’une maison dans quelle
une banque de jeu serail trouvée, serait condamné à 100 portugaises; que le fonctionnaire civil où militaire qui serait trouvé dans
une maison de jeu ,. serall destitué €t condamné à un mois de
or que le citoyen qui serait rencontré dans les rues jouant t des jeux de hasard serait arrêté et puni de quatre mois de prison pendant lesquels il serait condamné aux travaux publics. sic bé LIVRE VINGT-UNIÈME. 1854, Sommaire. Caractère du gouvernement de Toussaint Louverture. — Extinction de
Pinflience métropolitaine. — Comment le général rn chef se créetil un trésor
Lu ri ?—_Projet d'une constitution coloniale_—Le colonel Vincent combat » proiet—Les députés à l’Assemblée centrale sont nomimés.—Ils se réunissent
au Port-Répubhcain sous la présidence de Borgella, grand planteur.— Dispositif de la constitution — L'Assemblée centrale se transporte au Cap—Réorganisation de la Justice dans Île département du Nord.—"Toussaiut accorde un pardon La constitntion coloniale est publiée — Le co4 danel Vincent est she de la présenter au premier Consr PRE Relgion- —
Prétentions de Toussaint à la science —{ode rural— Lrssulines inspecteur de
culture dans les départemens de l'Ouest et du Sud. -— Exécution d'Hillarion. —-
Statistique de 1801.— Armée coloniale—S$Ses cantonnemens — Lois renducs par l'Assemblée centrale qui termine sa première et dernière sresien en Septembre
1801—Moyse se montre mécontent du système du gouvérneur.—Son caractère,
_—$Sa conduite comparée à celle de Dessalines —11 conspire contre ‘Foussaint —
Celui ei marche contre lui— Christophe contient les rebelles dans larrondisse.
ment du Cap.—Moyse arrêté à d'Hériconrt—[l est din au Port de-Paix —
Son exécution —Christophe nommé général de brigude— Tonesaint s'éloigne des blancs —1l redoute une expédition française —]l appelle autour de Jui les hoëmmes de couleur et cherche cn eux un appui contre Ja France. -- Il réunit au
palais national du PortRépublicain un grand nombre d'hemmes de couleur, et
s'eff rce de se justifier à Jcurs yeux.—-Sts confidences aux cfliciers supérieurs
noirs relativement à ses projets contre les blancs. — Il envoie des agens à la
Jamaïque avec mission de traiter avec le général Nugent, gouverneur de cetig
dition française —]l appelle autour de Jui les hoëmmes de couleur et cherche cn eux un appui contre Ja France. -- Il réunit au
palais national du PortRépublicain un grand nombre d'hemmes de couleur, et
s'eff rce de se justifier à Jcurs yeux.—-Sts confidences aux cfliciers supérieurs
noirs relativement à ses projets contre les blancs. — Il envoie des agens à la
Jamaïque avec mission de traiter avec le général Nugent, gouverneur de cetig Lie, 94 Fe HISTOIRE D’Hairi—(1801) Depuis la chûte de Rigaud et la réunion de l'ancienne possession
espagnole à la colonie française A de Toussaint était devenue
sans bornes ‘sur toute l'étendue de lil Quoique le drapeau français flottât de toutes parts , l'influence née s'élait évanoule,
Toussaint paraissait lenir entre ses mains les destinées de la colonie. Dans l'administration il déployait de rares talens, s'aidant des
lumières d'hommes véritablement instruits ; et son activité prodigieuse ne laissait rien échapper sur la surface de l'ile à la vivacité
de son coup d'œil. HE était Art ent à remplir les caisses de la tré:
sorerie-générale qui étaicut les siennes , et à établir sa puissance sur
les tètes les plus fières qu'il courbait ou qu'il tranchait. Aucun
obstacle n’arrêtait plus sa marche: il avait anéanti après lembar:
quement de Rigaud ceux des noirs et des hommes de couleur qui
auraient pu $S ‘indigner contre ses faits cruels et les contrarier. Les hommes de couleur rigaudins , comme on l'a vu, avaient perdu l'élite des leurs; ils avaient élé décimés ; ceux qui avaient échappé à la mort.
s'étaient la plupart réfugiés dans les îles voisines, à Cuba , à la
Jamaique, à Porto-Rico, où ils vivaient plongés dans la plus affreuse misère. Dans les savanes, dans les gorges des montagnes,
des cultivateurs noirs montraient en frémissant aux voyageurs de
vastes espaces couverts d'ossemens humains. Jusqu'alors Toussaint
se montrait sourd aux gémissemens qui arrivalent jusqu à fui. Entouré de prètres scclérats , de colons pertides qui l'excitaient sans
cesse à continuer le massacre des hommes de couleur, il se confessait après chaque crime, et s’approchait de la sainte-table, *
Nous avons vu quil y avait dans son armée un grand nombre d hemmes de couleur, particuliérement du Nord et de l'Artibonite, parmi lesquels on remarquait le général Clervaux , les commandans Nérette ,‘Larose , Gabart, Ferbos, officiers de mérite et de courage qui
avaient servi Sa cause avec zèle contre Rigaud. Nous n'avons aueun reproche à leur adresser: Rigaud fut Tauteur de celte malheureuse guerre civile en refusant de se soumettré au général en chef
reconnu par la métropole. Le commandement en chef du départe-"
ment du Sud qui fui avait été donné par Hédouville et qui n'avait
pas été confirmé par le Directoire exécutif ne pouvait le porter à
s'armér contre Toussaint Louverture. Les officiers de couleur qui
combattirent Rigaud ne virent en lui qu'un ennemi du bien publie
Rigaud fut Tauteur de celte malheureuse guerre civile en refusant de se soumettré au général en chef
reconnu par la métropole. Le commandement en chef du départe-"
ment du Sud qui fui avait été donné par Hédouville et qui n'avait
pas été confirmé par le Directoire exécutif ne pouvait le porter à
s'armér contre Toussaint Louverture. Les officiers de couleur qui
combattirent Rigaud ne virent en lui qu'un ennemi du bien publie refusant la seconde place de la colonie, voulant renverser celuiauquel il devait obéissance , et se souciant fort peu pour satisfaire son
ambiuon de répandre sur son pays loutes sortes de maux. Après la * Les colons lui avaient conseillé de ne laisser Ja vie qu'aux enfans de
couleur en bas âze, afin qu'ils fassent élevés dans la crainte et le respect de
leurs pêaes, blancs, et de leurs oncles, noirs, Toussaint lui-même ent
horreur de cet avis, et ne l’aecueillit pas. HISTOIRE D'HAÎTI.—(1S80f.) 85 victoire ils gémirent des cruautés de leur chef ; ils ne prévoyaient
pas cette horrible réaction ; ils eussent voulu qu'on eût pardonné
aux vaincus. Mais alors que pouvaient-ils faire ? se taire, gémir ense soumettant
à la puissance des . circonstances. De ssalines disait souvent, après
la guerre civile, qu'il avait reçu l’ordre de Toussaint de faire main:
basse sur toute la race de couleur, femmes et enfans, si des officiers tels que Clervaux, Nérette, Ferbos, Gabart, suivant l'exemple
de l'adjudant-général Pétion, avaient aussi passé dans les rangs de
Rigaud. Toussaint continuait ‘toujours à réunir des sommes considérables pour la réalisation de son projet d'indépendance. It
portait sur l’état des dépenses et des recettes de la colonie la mor des valeurs réelles du pays qui entraient chaque année dans
- les caisses du gouvernement. Il se forma ainsi un trésor important
dont il disposait sans aucun contrôle. Les blancs n'osant lui de.
mander compte de sa gestion, se montraient toujours satisfaits de
son administration. Ils étaient du reste la plupart d'anciens coJons qu'il gorgeait d’or, et qui partageaient ses vues ambiticuses
d'indépendance. Ils avaient livré une partie de l'ile aux Anglais
qui y avaient rétabli la servitude ; ils avaient tout à redouter des
vengeances de la République française ; et ceux d’entre eux qui formaient le conseil privé du général en chef l’exhortaient à se hâter
de se détacher de la France, dans l'espoir de former une république à l'instar de la confédération américaine, d'étouller ensuite
le chef” noir et de faire rentrer sous le joug, à l’aide de l'Angleterre , toutes les populations anciennement dans la servitude. Cependant quand ils apprendront Ja réaction du premier Consul contre
le système révolutionnaire, et sa bienveillance envers les émigrés
ils changeront de système et appelleront dé tous leurs vœux une
expédition française.
la France, dans l'espoir de former une république à l'instar de la confédération américaine, d'étouller ensuite
le chef” noir et de faire rentrer sous le joug, à l’aide de l'Angleterre , toutes les populations anciennement dans la servitude. Cependant quand ils apprendront Ja réaction du premier Consul contre
le système révolutionnaire, et sa bienveillance envers les émigrés
ils changeront de système et appelleront dé tous leurs vœux une
expédition française. Jusqu'alors Toussaint n'osait exicuter pleinement son projet: la
puissance de la France l'effrayait ; 11 pensait avec raison que FAngleterre, si elle traitait avec la métropole, ne recommencerait pas
avec elle une guerre acharnée en sa faveur, sacriliant ses vrais in,
térêts à l'ambition d’un chef qui pouvait tenter de soulever les
esclaves de la Jamaïque. Cependant ses grandes vues s'étaient tellement développées qu'il résolut, malgré les dangers quil allait
réunir sur sa têle, de sonder les dispositions du gouvernement
consulaire à l'égard de St-Domingue, en faisant une constitution
qui, devant satisfaire son ambition momentanément, ne le procla.
merait cependant pas souverain, Indépendant de la métropole. Depuis son retour de la partie de l'Est, il laissait éclater mal.
gré lui ses projets ambitieux; il répétait sans cesse qu'il lui fallais
une constitulion qui garantit son autorité, quil ne pourait plus 96 uisroire D’Halti.—(1801). descendre du haut degré où il avait atteint. Il consulta relativément à l'acte constituti *onnel quil se proposait de faire adopter par
J'Assemblée centrale ses confidents les plus intimes. Sans pronoucer le mot d'indépendance les colons approuvèrent son projet de
constitution, ear Il aimait qu'on le din ds mais non quon Jui
exposât Îes suis de sa politique. il disait que celle constilution serail le plus-sûr garant de la soumission de St-Domingue
à la France: il prétendait qu'il était le véritable réprésapiais de. la
métropole dans là colonie. | Les français sincèr ement attachés à leur patrie entendirent avec
indignation parier de ce projet. Le colonel du génie Vincent osa
l'exhorter à y renoncer. Il [ui exposa en termes cnergiques que
Je droit de doter St Domingue d'une constitution n appartenait qu'à
la France qui considérerait sa conduite avec raison comme un acte:
de rchellion. Toussaint ébloui des faveurs de la fortune, était em
traîné par unc sorte de fatalité vers un abîime. Il répondit aux observations du colonel Vincent: « Je suis le restaurateur dela colonie,
«le Bonaparte de St. Domingue; à mon existence est lié le bonheur de mon pays. » Il cessa de l'écouter, lui tourna le dosavec
humeur, s élança sur son cheval, et prit la route da Port-Républi=.
cain. Quand il arriva en cette ville, ül y convoqua Îles députés à l'assemblée centrale qui avaient été nommés d' aprés son arrèté du 16
Pluviôse an 9 (5 Février 1801). .
. Domingue; à mon existence est lié le bonheur de mon pays. » Il cessa de l'écouter, lui tourna le dosavec
humeur, s élança sur son cheval, et prit la route da Port-Républi=.
cain. Quand il arriva en cette ville, ül y convoqua Îles députés à l'assemblée centrale qui avaient été nommés d' aprés son arrèté du 16
Pluviôse an 9 (5 Février 1801). . Le département de POuest avait élu les citoyens Bernard Borgella et.
Lacour; celui du Nord, les citoyens Etienne Viard, Julien Raymond; ce
lui du Sud, Phtiippe André Collet, et Gaston Nogéré; celui de L'étieba a
les citoyens Jean Monceybo, François Morillas ; celui de CGibao, les
citoyens Charles Roxas, et André Mugnos. His étaient tous blancs:
excepté Jülico Raymond. Ces dix députés réunis au Port. Népohlienins formérent l'assemblée
centrale sous la présidence de Borgella. * Après plusieurs-séances
ie: assista Toussaint Louverture, ils rédigèrent le projet. de
Constitution dunt Îles prmcipaux articles furent les suivans : ; L'esclavage est à jamais aboli dans Îa colonie. | Les hommes, n’importe leur couleur , sont admissibles à toutes les places. —Tous les
hommes naissent dans la colonie hbres et Français.—La Religion:
Catholique y est la seule publiquement professte.—Le marrage este
protégé. —Les cuillivaieurs sont réunis sur les grandes habitations
pour } vivre en femiile; et pour en accroître le nombre des africains
seront introduits dans la colonie. —Le gouverneur propose les lois.
à une assemblée de citoyeus réunis au Port-Républicain, sous le
titre d Assemblée Centrale de St. Domingue.—Chaque département, { * Le général Moyse qui avait été nommé député du département du
Nord wavait pas accepté cetia charge, « fTISTOIRE D'HALTI-— (1801) | ._ ss? pour la formation de l'assemblée fournit deux députés âgés de trente
ans au moins et ayant ein ans de résidence à St. Domingue.—
Le général en chef Toussaint Louverture est nommé gouverneur à
vie, général en chef de larméc, avec droit de nommer son successeur. —Après lui les gouverneurs seront nommés pour cinq ans. —
Le gouverneur Toussaint scelle et promulgue les lois, nomme à toutes
les fonctions civiles et militaires. —Les bâtimens de guerre français
dans la colonie reçoivent ses ordres. —Il dirige et surveille la per+
à St. Domingue.—
Le général en chef Toussaint Louverture est nommé gouverneur à
vie, général en chef de larméc, avec droit de nommer son successeur. —Après lui les gouverneurs seront nommés pour cinq ans. —
Le gouverneur Toussaint scelle et promulgue les lois, nomme à toutes
les fonctions civiles et militaires. —Les bâtimens de guerre français
dans la colonie reçoivent ses ordres. —Il dirige et surveille la per+ ceplion ; le versement et emploi des finances de la colonie. —La
censure surveille la presse de la colonie, et supprime tous les é-+
crits venant de l'étranger Lendant à corrompre les mœurs.— Le gouverneur fait juger et exéculer les conspirateurs. — [I reçoit trois centmille francs par an.—Sa garde d'honneur est aux frais de la
colonie.—Il est établi des tribunaux de première instance, des tri
bunaux d'appel, un tribunal de cassation qui ne connait pas du
fond des affaires. Les juges sont à vie. L'administration municipale
est composée dans chaque paroisse d’un maire et de quatre administrateurs armée se divise en garde coloniale soldée, et’ en
garde coloniale non soldée.—Il existe une gendarmerie à pied ; elle
fait partie de la garde coloniale soldée, ainsi que la gendarmerie
à cheval.—La demeure d'un citoyen est un lasyle inviolable, sauf
les cas prévus par la loi. —La libérié individuelle est établie, de.
même que la liberté de l'instruction publique. —Le gouvernement
peut décerner des récompenses aux guerriers qui ont combattu pour
la liberté. — Le gouverneur est tenu de faire sanctionner la Constitution par le gouvernement français. Tout n'était que mensonge dans la Constitution: la Libabié individuelle n'était pas respectée ; les propriétés étaient souvent confisquées,, et le despotisme le plus dur pesait sur les citoyens. Quant
à la liberté ae l'instruction publique, elle n'était qu'illusoire: aucun
établissement ne se formait sans- l'autorisation du gouverneur qui
imposait aux instituteurs le système d'enseignement et d'éducation
qui lui convenait. On apprenait aux enfans dans les écoles à lire
et à écrire; on leur enseignait l'histoire sainte interprétée de manière
à ne former que des fanatiques, les hauts faits de Toussaint, gouverneur de.lîle par la volonté du Tout Puissant qui l'avait choisi
pour être le Spartacus moderne prédit. par Raynal. | Le 25 Avril le gouverneur se transporta au Gap. À son arrivée
en celle ville , Je citoyen Gombaut, juge au tribunal civil, suivi
des auioriés eiviles et militaires se présenta devant lui, et lui adréssa
un discours dans lequel, après l'avoir complimenté de la conquète
du Sud et de l'Est, il le compara à Bacchus , vainqueur des Indes.
Le gouverneur se hâta d'inviter l'assembée Centrale, par une lettre
en date du 41% Mai, adressée au président Borgella , à s'embarquer
pour le Cap. Les membres de cette assemblée arrivèrent dans cetie
des auioriés eiviles et militaires se présenta devant lui, et lui adréssa
un discours dans lequel, après l'avoir complimenté de la conquète
du Sud et de l'Est, il le compara à Bacchus , vainqueur des Indes.
Le gouverneur se hâta d'inviter l'assembée Centrale, par une lettre
en date du 41% Mai, adressée au président Borgella , à s'embarquer
pour le Cap. Les membres de cette assemblée arrivèrent dans cetie 98 HISTOIRE D’HAITI.—(1801) ville vers le milieu de Mai, et y ‘continuèrent leurs séances. Le 22
du même mois le gouverneur installa en personne le citoyen Periès,
commissaire du gouvernement près de l'administration municipale du
Cap. Le tribunal civil du département du Nord était complètement
désorganisé ; les membres qui le composaient , quoique probes, étaient
dépourvus de connaissances. Toussaint le réforma en entier, ‘et linstalla le 26 Mai. Dans son discours l’on remarqua ces paroies : après
Dieu, c’est la justice. Il établit dans le département du Nord,
ainsi que dans celui de Samana, une Posie aux Lettres, commeil
en existait déjà dans l'Ouest et dans le Sud. Nous avons vu qu'il
avait défendu FPexportation des bois d'acajou qui se trouvaient coupés dans les départemens d’Ingano et de Samana ; mais cette défense
ayant plongé le peuple de ces quartiers dans une profonde misère,
il la révoqua, et permit aux propriétaires de ces bois de les exporter en payant un droit de 25 pour cent.
Toussaint voyant tous ses projets se réaliser, et voulant se créer
des amis , même parmi les vaincus, jeta un regard de compassion
sur les hommes de couleur Rigaudins et se résolut à leur pardonner.
Le 28 Mai 1801, il réunit dans l'église du Cap, tous les mulâtres qui depuis la chute de Rigaud languissaient dans les prisons,
ou marchaient à la suite des troupes, en güenilles, et exposés à
toutes sortes de mauvais traitemens. Il monta en chaire et leur
dit: « L'esprit de parti vous a précipités dans les préjugés de l'er-
« reur; Je vous parle en père; je gémis sur les maux que vous
«avez soufferts, je vous pardonne généreusement; je vous donne
« des convolations; soyez pleins de courage, et retournez en paix
«a au sein de vos familles. » |
Toussaint croyant n'avoir plus rien à redouter d'un parti qui avait
été presque exterminé , se montrait généreux. D'une autre part,
€omme il ne doutait pas que sa constitution n'attirâl sur sa tête la
colère de la France, il s’efforçait de se faire cherir des habitans de
de St. Domingue de toutes les couleurs. Il fitconnaitre à Dessalines,
par une lettre, en date du 31 Mai, la décision qu'il venait de prendre relativement aux Rigaudins, et lui recommanda de les laisser
se rendre dans leurs familles. « Engägez les, lui dit-il, à ne plus
« se laisser dorénavant entraîner par des perturbateurs du repos
« public et des ennemis de l'ordre, ete. etc. Quant à moi
« je les regarde comme des frères et comme mes enfans;s monuni-
« que désir est de les voir danse bon chemin; qu'ils s’acquittent
des devoirs que prescrit l'ordre social, et qu’ils pratiquent suf-
« tout la religion, en élevant leurs enfans dans la crainte de Dieu, »
Deux mois environ après cet acte de générosité tardive (car il
-faut avoir été dans une position semblable à celle de ces infortunés,
ayant ehaque jour la mort sous les yeux, pour apprécier la clémence d'un chef, dans de telles circonstances, quelle qu’en soit 44
qu'ils s’acquittent
des devoirs que prescrit l'ordre social, et qu’ils pratiquent suf-
« tout la religion, en élevant leurs enfans dans la crainte de Dieu, »
Deux mois environ après cet acte de générosité tardive (car il
-faut avoir été dans une position semblable à celle de ces infortunés,
ayant ehaque jour la mort sous les yeux, pour apprécier la clémence d'un chef, dans de telles circonstances, quelle qu’en soit 44 HisToiRe D'HAITI.—(1801) _s cause) Toussaint pensant qu’il avait rallié tous les cœurs, $e résolut
à publier sa Constitution. Le 7 Juillet 1801, à trois heures du
matin, la générale se fit entendre dans la ville du’ Cap; et à quatre heures l'assemblée fut battue. Les troupes de ligneet la garde
nationale parfaitement tenues étaient à cing heures rangées sur là
place d'armes. Les autorités civiles et militaires entrèrent sur la
place dans l'ordre suivant : la commission du commerce, l’administration dé la marine, la municipalité, le tribunal de commerce,
le tribunal de paix , le tribunal civil ; et l’assemblée centrale, Toussaint entouré fdes officiers de son état-major richement vêtus fermait
là marche. Un peuple immense couvrait la place; un profondsilence S'établit, et le citoyen Borgella, président de l'assemblée cèns
trale, montant sur l'autel de là patrie, prononça le discours suivant : | « Golons français et vous braves soldats, depuis longtemps St:
Domingue aspire an bonheur inappréciable d’avoir une Constitu=
tion focale. Des factions qui se sont successivement remplacées
dans le gouvernement de la métropole, en propageant leurs principes subvèérsifs dans cette île lointaine avaient étouffé les justes
réclamations de ses infortunés habitans , les avaient dégradés de
la dignité d'hommes libres , leur avaient ravi jusqu'aux élans précieux de ces nobles sentimens qui élèvent et agrandissent les
âmes, et les avaient forcés de recevoir la loi qu'ils n'avaient
ni faite ni consentie. Les colonies françaises disait la Constitution de l'an 3. ( article 6 ) sont parties intégrantes de la République , et sont soumises à la même loï constitutionnelle, Ainsi,
par la fatalité la plus terrible, les destinées de St. Domingue ont
été associées à celles de la métropole qui a étendu ses ramifi-.
cations à travers l'immensité des mers, et a fait courber Si.-
Domingue sous l'énorme psids de sa perverse influence. Cet état
affreux , cet état de dissolution, pouvaitil avoir une durée
Non il était réservé à un génie réédificateur de fixer bientôt
le sort de la République. En effet Bonaparte vole des confins
de l'Egypte dans le cœur de la France ; et tout-à-coup les factions
disparaissent ; un ordre social. succède aux convulsions de lanarchie; la République goûte au dedans les douceurs de la paix,
el se prépare à aller en recueillir les fruits au-dehors. Une constitution nouvelle est posée; elle est dégagée de cette multiplicité
de rouages qui se heurtent mutuellement et qui donnent lieu aux
cabales populaires , à la diversité d'opinions , aux çalamités publiques. Mais cette Constitution nouvelle. . , . . a-t-elle été faite pour
vous , insulaires , qui habitez une région si éloignée et si différente
de la métropole vos représentans, comme ceux des autres
« départements français, y ont-ils concouru ou participé Non,
. Une constitution nouvelle est posée; elle est dégagée de cette multiplicité
de rouages qui se heurtent mutuellement et qui donnent lieu aux
cabales populaires , à la diversité d'opinions , aux çalamités publiques. Mais cette Constitution nouvelle. . , . . a-t-elle été faite pour
vous , insulaires , qui habitez une région si éloignée et si différente
de la métropole vos représentans, comme ceux des autres
« départements français, y ont-ils concouru ou participé Non, A AL RARR SAR À RO OK À À À A OR À À 8 À À À À À À À. 400 ; HISTOIRE D’HAITI.—(1801) s « La sagesse et toutes les vertus ses compagnes qui ont présidé
à la rédaction de cet acte ‘constitutionnel, y ont consacré vos
droits, stipulé vos intérêts, en proclamant qu'il n'était pas fait pour.
vous, que vous seriez soumis à l'empire de lois particulières ? Dés
ce moment enfin la justice à lui pour vous, la nation puissante
et généreuse dont -vous avez les goûts et le caractère, et dont vous
faites partie, a brisé les fers honteux que l'esprit de parti et l'anarchie s'étaient plu à vous donner. Elle a reconnu les droits que
vous tenez dé la nature. Désormais vous ne serez plus exposés
à ces commotions terribles, à ces secousses violentes, à ces tem-
« pêtes politiques qui naissent de l'exécution des lois faites sans in-
« térêt, loin de vous, et qui ne pouvaient convenir nià vos mœurs,
«ni à vos usages, ni au climat que vous habitez.
« -Grâces soient rendues à la nouvelle Constitution française I *
Colons français, vous avez été éveillés par l'art. 91. Le besoin
des lois s’est fait entendre aussilôt, et vous avez manifesté votre
vœu au général qui gouverne eetie colonie, au général qui Pa
tant de fois sauvée contre les entreprises des ennemis du nom
français et contre l'influence de:toutes des factions. ‘Hé! pouviezvous .ne-pas être écoutés de celui qui consacre tous les momens
de sa vie à cicatriser les profondes plaies faites à la colonie, et
à répandre sur vous un baume consolateur ? Hp
« Toussaint Louverture, cet homme extraordinaire , dont les belles
« actions commandent votre admiration et votre reconpaissance, Sest
élevé comme un phénix du milieu des cendres, et s'est dévoué
« tout entier à la défense de votre pays, de vos personnes «et de
& vos propriétés. Au milieu des mouvemens convulsifs de l’anar-
« chie, :l a eu la.générosité, le courage de se charger des rênes
« d’une colonie abandonnée sans défenses autres que celles qui lui
a sont naturelles, et dénuée de tous les moyens qu'assurent la cul-
« ture et le commerce, Ify a fait, vous le savez, respecter le nom
«
« R AE A: AATATA ACTA À A £ A:% À ‘A À français , en y faisant partout axborer ses couleurs; il a su approvisionner vos .portis,, vivilier vos eultures , appeler le;commerce,
« rétablir vos cités, discipliner les troupes; il a plus fait encore,
a il a vaincu les préjugés invétérés; il a parmi vous cimenté les
« nœuds de la plus douce fraternité, ces nœuds que l’ancien sysa ième colomial avait si inhumainement réprouvés, et que l’anaræ «
faisant partout axborer ses couleurs; il a su approvisionner vos .portis,, vivilier vos eultures , appeler le;commerce,
« rétablir vos cités, discipliner les troupes; il a plus fait encore,
a il a vaincu les préjugés invétérés; il a parmi vous cimenté les
« nœuds de la plus douce fraternité, ces nœuds que l’ancien sysa ième colomial avait si inhumainement réprouvés, et que l’anaræ « *# Cette manière d’interprêter la constitution française qui soumettait les
colonies à des lois particulières révèle toute la mauvaise foi du parti coionial. Le sens de la constitution française ne peut donner lieu à aucun
doute; en stipulant que les colonies dussent être régies par des lois particulières, la Métropole entendait les donner elle-même; tandis que le
colon Borgella dans ce passage de son discours, prétend que la colonie
avait le droit de se constituer elle même. Pro Le ” HISTOIRE D’HAITI. (1801) 107. chie pour maintenir son odieux empire, se faisait un jeu barbare de resserrer ou de rompre à loisir. La proclamation du:
général en chef qui a convoqué vos mandataires, vous prouve à
quel point ïl désire votre bonheur ; il vous annonce qué
le temps des déchiremens est passé ; il vous. démontre la nécessité de vous donner des lois dé convenance ; et adoptant cette maxime constante que les lois sont des conventions établies par des-
* hommes qui doivent s’y conformer pour régler l'ordre de la so:
_ciété, il vous fait concevoir quil en est d' elles comme des produce : lions de la terre, que Sage pays à ses mœurs, ses statuts,
comme ses fruits propres. D'après ces. principes une assemblée
d'habitans a reca de vous l'importante tâche. dé sPRSCR les bases
constitutionpelles du régime intérieur de cetle colonie; et fidèle
à la métropolé, le général qui a autorisé la convocation de: cette assemblée, a proclamé qué ces bases constitutionnelles scront
* soumises à la sanction du gouvernement français. Mais vos mandatairés ont dûü interpréter favorablement le trop long silence de:
la métropole ; considérant son éloignement - et kétat de guerre Où
« elle se trouve, ils ont dù être effrayés de l'absence des lois ; etdans
« ce péril imminent , ils ont dû par amour pour vous el altache-
« ment à la F rance , dissiper toutes Îles inquiétudes, rassurer tous”
« les esprils. ils se sont rappelé que le salut de tous est la su-
« prême loi, et ils ont eru devoir inviter le général qui veille sur
« les destinées de St. Domigaue à faire mettre sur Le champ à exé-
«
«
& À R À à A À À A À À &R° A À R A A AA cution les bases de législation qu'ils ont posées. Aujourd'hui ces
bases vous. sont offerles. Votre bonheur présent et futur à conslamment oceupé vos mandataires; ils se sont efforcés de le ren-
« dre durable. Puüissent ils ne s être point trompés ! Colous français, et vous braves soldats, n'oubliez jamais et pénétrez vous
bien qu'il nest que le temps etl expérience qui puissent consolider
les institutions humaines. Ralliez-vous autour du pacte de famille
qui vous est présenté; vo$ mandataires le déposent dans voire sein,
comme le Palladium de votre liberté civile et politiqua, et comn 1e*
le gage de leur affection pour vous et de leur dévouement à la Ré:
publique. Vive la République qui réédifie et qui protège Les colonies. »
n'oubliez jamais et pénétrez vous
bien qu'il nest que le temps etl expérience qui puissent consolider
les institutions humaines. Ralliez-vous autour du pacte de famille
qui vous est présenté; vo$ mandataires le déposent dans voire sein,
comme le Palladium de votre liberté civile et politiqua, et comn 1e*
le gage de leur affection pour vous et de leur dévouement à la Ré:
publique. Vive la République qui réédifie et qui protège Les colonies. » Le citoyen Borgella lut ensuite au peuple et à l'armée l'acte constitutionnel qui fut écouté au milieu d'un morne silence. Quand ül
eut achevé cette lecture l'on nentendil aucun. vivat, .aueuuc accla:
malion. Le maire de la ville, Télémaque, noir, vieillard très-diévoué à. la France, et la plupart des ofliciers civils AU MES déjà
entendre gronder dans Je lointain, la foudre que la Constitution
allait attirer sur la colonie. Toussaint Louverture couvert du grand uniforme de gouverneur
monta à son tour sur l'autel dé la patrie, et dit à la foule: L'EST 102 HISTOIRE D’HALTI.(1801) « « « « « « « « « AA À A A À À A A A. & À À À A Peuple de St. Domingue, « La Constitution coloniale pour celte ile importante vient de m'être
remise par l'assemblée centrale composée de légisiateurs qui, en
vertu de ma proclamation du 16 Pluviôse dernier , se sont réunis pour établir les lois qui doivent nous régir et nous gouverner.
Je l'ai lue avec attention, cette lot, et persuadé qu ‘elle doit faire
le bonheur de mes concitoyens puisqu "elle est fondée sur les bonnes
mœurs , sur les localités, et principalemeat sur la religion, ie l'approuve.
m'être
remise par l'assemblée centrale composée de légisiateurs qui, en
vertu de ma proclamation du 16 Pluviôse dernier , se sont réunis pour établir les lois qui doivent nous régir et nous gouverner.
Je l'ai lue avec attention, cette lot, et persuadé qu ‘elle doit faire
le bonheur de mes concitoyens puisqu "elle est fondée sur les bonnes
mœurs , sur les localités, et principalemeat sur la religion, ie l'approuve. « Mais quand je considère que je suis chargé de faire exécnter ces
lois constitutionnelles , je vois que ma tâche est plus pénible que n’a
été celle des législateurs. Néanmoins, je l'annonce, quelque vaste
que soit cette carrière, je ferai mon possible pour la parcourir.
O vous, mes concitoyens, de tout âge, de tout état et de toutes couleurs, vous êtes libres, et la Constitution qui m'est remise aujourd hui
doit éterniser votre liberté. Prosternons-nous d'abord devant le
{réateur de l'univers pour le remercier d'un bienfait si précieux.
Je dois vous parler le langage de la vérité: cette Constitution
assure à chaque individu la jouissance de ses droits ; elle exige
de chaque citoyen la pratique des vertus, comme eile appelle aussi
dans nos climats le règne des bonnes mœurs et de la religion divine
de Jésus-Christ. Ainsi done, magistrats, servez d'exemple au
peupie dont vous devez toujours être les pères et.les défenseurs.
Que la probité comme la droiture dirigent vos actions et dietent vos
sentences; vous vous attirer ez l'estime de vos concitoyens ; c'est la
plus douce consolation qu'un homme en place puisse désirer. Braves
militaires, généraux, officiers, sous- officiers et soldats, observez la discipline et la subordination, stNer la culture ; obéissez à vos chefs,
défendez et soutenez la Constitution contre les enremis intérieurs et
extérieurs qui chercheraient à l'attaquer. Que votre devise soitsans cesse
la bravoure et votre guide l'honneur; vous mériterez bien de la
patrie ; cultivateurs, fuyez l'oisiveté; elle est la mère des vices;
gardez vous principalement de vous ‘laisser séduire par des hommes aussi malintentionnés que malveillans ; vous trouverez dans
tous les temps en moi, comine dans les généraux mes représentans, les répresseurs de l'injustice ct desabus. Habitans industrieux des villes, soyez soumis aux lois; elles ne cesseront d'être votre protection et voire égide. « Peuple, magistrats et militaires , Je vous expose vos devoirs et les miens; pour moi je promets, à la face du ciel, de faire ce qui dépen: dra de moi, si Dieu me le permet, pour conserver l'union, la
paix et la tranquillité publique, en conséquence Îe bonheur de : mes
| concitoyens. Je promets d'exécuter ce quimest prescrit par la Constitution coloniale; jurez également devant l'Étre Suprème et HISTOIRE D'HarTi.—(1801) 103 « entre mes mains que vous vous soumeltez à ces lois qui doi: vent faire votre bonheur , et consolider votre liberté. « Je vous préviens: que la: loi est la boussole de tous les citoyens quelconques : quand elle parle,. ils doivent: tous fléchir devant'elle.
Les autorités civiles et militaires doivent être lesépremières à lui:
céder:et à donner par là l'exemple au: peuple: suivez de point:
en point la Constitution: que l'Assemblée Centrale et {Législative
de St: Domingue vient de consacrer, que les principes: qu’elle
et consolider votre liberté. « Je vous préviens: que la: loi est la boussole de tous les citoyens quelconques : quand elle parle,. ils doivent: tous fléchir devant'elle.
Les autorités civiles et militaires doivent être lesépremières à lui:
céder:et à donner par là l'exemple au: peuple: suivez de point:
en point la Constitution: que l'Assemblée Centrale et {Législative
de St: Domingue vient de consacrer, que les principes: qu’elle proclame restent éternellement gravés dans vos cœurs. |
« Dans tous les temps, mes chers concitoyens et amis, mon dé- & sir, mes vœux et mon ambition consistérent: à trouver et à pré- » parer lés moyens de vous: rendre libres et heureux. Si je puis
atteindre un but si cher à: mon cœur, je ne regrelterai point la. :
vie, et j'irai sans: aucun: remords rendre compte de mes actions.
au Dieu Tout-Puissant et soiverain auteur de toutes choses. « Viveni à Jamais. la. République Française et. la. Constitution co-
« Joniale. » C2] À À À À À À # À À À Toussaint descendit de: l'autel de la patrie au milieu des cris pro-.
férés par les troupes de vive le gouverneur. Les autorités civiles.
et miltiaires [ui donnèrent l'accolade fraternelle. Une pièce de 4bra--
quée sur fa place d'armes tira cinq coups de canon ;. à ce signalles
forts de la ville et les. bâtimens en station dans la rade saluérent la.
la Constitution coloniale chacun d'une salve de vingt-trois coups de
canon, Le citoyen Fouqueau, président du tribunal civil du département du Nord, prononça un discours dans lequel il déclara que
Toussaint avait reeu la récompense due à tous. les grands hommes et
qu'il était le sauveur ét le restaurateur de la colonie: Le cortège se
rendit ensuite’ à l'église où. une messe fut chantée avec Ia plus.
grande solennité.. Après fa. cérémonie le gouverneur et. les autorités se rendirent au- palais national où il y eut un: briflant ban<
quet. Le gouverneur porta un toast: à la: prosperité de la colonie,
et à toutes les autorités françaises. Pendant toute la nuit qui sui--
vit la ville fut magnifiquement illuminée. Le lendemain tous kes pris
sonniers, exceplé ceux qui étaient détenus pour. vols .ou.assassinais,
furent mis en. liberté. Ur Toussaint fit publier dans toutes-_les villes-de la colonie, avec un.
appareil pompeux , au son des fanfares, des tambours et de la musique guerrière, la constitution coloniale qui n'était de:fait qu'un.
acte d'indépendance. Il se hâta de la livrer à l'impression et d'en
inonder la colonie. Le colonel Vincent qui partait pour France fut.
chargé de la présenter à la.sanction dusgouvernement de la métro.
pole. Vincent renouvela. au gouverneur ses. apprébensions pour
l'avenir. Il l'exhorta surtout à ne pas l'envoyer imprimée, mais
en. manuscrit, çachetée et scellée ,. pour que le gouvernement fran:
d'indépendance. Il se hâta de la livrer à l'impression et d'en
inonder la colonie. Le colonel Vincent qui partait pour France fut.
chargé de la présenter à la.sanction dusgouvernement de la métro.
pole. Vincent renouvela. au gouverneur ses. apprébensions pour
l'avenir. Il l'exhorta surtout à ne pas l'envoyer imprimée, mais
en. manuscrit, çachetée et scellée ,. pour que le gouvernement fran: k à
104 | IISTOIRE D'HaAITI—(1801) çais pût la méditer, la modifier même s’il le fallait. —Je l'ai déjà
fait publier dans toute la colonie, répondit Toussaint. — Vous avez
été imprudent, répliqua Vincent ; 1l fallait attendre la sanction de
la France qui probablement relusera son approbation à votre œuvre;
car il n’appartiehl qu à elle seule de donuer des lois et des gouverneurs à St Domingue. — Toussaint avec humeur: si vous ne
voulez pas vous en charger, je l’enverrai en France, par les EtatsÜnis, sur un bâtiment neutre. — S’apercevant qu'il avait parlé au
gouverneur avec trop de franchise, Vincènt se tut, prit le paquet,
le salua respectueusement et se retira. Il se rendit en la demeure
du colonel Christophe, lui remit une lettre décachetée pour le gouverneur par laquelle il engageait celui ci à se défier des conseils
des Anglais, ainsi que des colons la plupart mauvais français. Ghristophe lui serrant la main avec cordialité Aui dit: « Colonel » vous
« êtes le seul français qui aimez les habitans de Si-Domingue ; tous
« les autres les trompent et travaillent à leur rume. » Christophe
tout en lui témoignant sa vénération, fui exprimait combien il se
défiait de la France. Viacent s'embarqua, accompagné de plusieurs
officiers européens. H arrivera à Paris le 22 vendémiaitré de Van
X (144 octobre 1801) treize jours après a signature des préliminaires du traité d'Amiens. | Viucent fut peut être le seul français de St Domingue qui ne se
montra pas pertide dans ses relations avec Toussaint Louverture:
Il savait combien était grande a puissance de sa patrie, que
paix allait bientôt s établir en Europe, que la France provoquée
anéantirait l'imprudent gouverneur auquefil avait en vain exposé de
grandes vérités. En attendant limpression que devait produire en France sa constitution, Toussaint continua toujours avec la mème ardeur son système administratif. Plus que Jamais il sentait le besoin de faire
chérir son gouvernement, et de se faire considérer par les habitans
de l’île comme l'homme essentiel à leur bonheur. H leva le séquestre établi sur les biens des colons qui n'étaient pas encore rentrés
dans la colonie, les rappela et fit reffeurir leurs habitations. 1 croyait se les attacher par ces grandes faveurs. Des grades civils et
militaires leur furent aussi distribués. Quant aux prêtres il leur accorda toutes sortes d'avantages. Aussi dans les Eglises, son nom
était-il béni ! les prédicateurs, en chaire, ne l'appelaient que le Papa
Toussaint, le bienfaiteur de la colonie: l'influence du clergé se dit
partout sentir. A l'exemple du gouverneur, les grands fonctionnais
res communiaient chaque semaine, et les meilleurs citoyens étaient
les pénitens les plus zélés. ® Chaque dimanche, les troupes, après
la revue, entendaient là messe qui était célébrée avec pompe; des
cantiques à la louange du gouverneur étaient chantés en chœur,
et à l'élévation , les tambours, la musique militaire, le canon re:
: l'influence du clergé se dit
partout sentir. A l'exemple du gouverneur, les grands fonctionnais
res communiaient chaque semaine, et les meilleurs citoyens étaient
les pénitens les plus zélés. ® Chaque dimanche, les troupes, après
la revue, entendaient là messe qui était célébrée avec pompe; des
cantiques à la louange du gouverneur étaient chantés en chœur,
et à l'élévation , les tambours, la musique militaire, le canon re: * Æ
Tmisrorre D'ttatri.—(1801? 195 tentissaient autour du temple. Le soir, dans les casernes, les troupes s'agenouillaient , adressaient des prières à l'Eternel. En favorisant ainsi le clergé, il exploitait à son profit le fanalisme: les prêtres le représentaient au peuple conme un élu de
Dieu. Dans toutes les villes de la colonie, des congrégations de
femmes de bonré condition, de demoiselles, s'étaient formées; cet
leswparoles des ecclésiastiques et des religieuses ne terdaicnt qu'à
faire comprendre que Dieu permettait tout au gouverneur. Celui ci
quoique vieux avail la prétention de plaire: sa mise était recherchée et coquette. D'une petite taille, fluet, l'œil vif, il avait constafnment la tête enveloppée d'un madras Jaune, el portait un
petit chapeau galonné ombragé de plumes noires et blanches. Ses habits étaient couverts d'or. Il avait des prétentions à
la science, à la littérature; et il se plaisait à faire äccroire aux
vfliciers qui avaient commencé la révolution avee Lui, et qui Faaient connu simple et ignorant , qu'il possédait la lingue latine.
Souvent 11 leur adressait ainsi la parole: Dominus tecum: ; salre Domine, Ubi gratias. ‘Îls restaient stupéfaits et ne savaient que répondre.— Vous ne savez pas le latin, leur disait 1 Eh bien! vous
ne serez jamais capables de grandes choses. — Quand une voix solheitait une place quil ne voulait pas accorder il fui demaodait :
savez vous le latin? L'individu restait muet; eh bien! vade retro. —
Par sa puissance, par l'or quil prodiguait à ses courtisanes, il plai:
sail à bcacoup de finimes blanches, noires et jaunes, Belles et gracieuses ; de son autorité Il obtenait quelquefois Icurs faveurs ; mais
ce procédé ne fui convenait pas : 1 aimait, dans ses momens de loisir, à leur envoyer de tendres petits billets, à en recevoir, à obtenir
des gages d'amour. Quand üne dame pénétrant dons son cabinet
particulier , 1l portait hardiment la main sur ses charmes, et lui disait d'une voix tendre et nasiilarde: avez vous communié ce matin?
Havait pour les femuies blanches dont les phystonomies seules ornaient
sesinaguifiques salons toutes sortes d'égards : {1 avait rétabli, dans les
réunions du palais national , l'étiquette coloniale. Les officiers noirs
qui lentouraient voyaient avec douleur combien 1l se plaçait sous
l'influence des colons autrefois ses maitres et secrétement ses plus
cruels ennemis. Les généraux Dessalines ct Moyse surtout se plaiguaient de cette tendance vers l'ancien régime, le premier sourdement, le second ouvertement. |
toutes sortes d'égards : {1 avait rétabli, dans les
réunions du palais national , l'étiquette coloniale. Les officiers noirs
qui lentouraient voyaient avec douleur combien 1l se plaçait sous
l'influence des colons autrefois ses maitres et secrétement ses plus
cruels ennemis. Les généraux Dessalines ct Moyse surtout se plaiguaient de cette tendance vers l'ancien régime, le premier sourdement, le second ouvertement. | Dans ses voyages, quand il s’arrêtait dans unc xille, il donnait
dés bals et des repas somptueux où régnaient Pordre le plus parfait et une politesse exquise. Aucun des officiers civils et militaires qui joutssaient de ses faveurs, ne vivait en concubinage; s'ils
ne se maridient pas , sur ses instances, non seulement ils tombaient en disgrâce, mais encore ils pouvaient perdre la vie. Cet
homme d'un génie entreprenant n'oubliait pas au milieu de ses bril-
ille, il donnait
dés bals et des repas somptueux où régnaient Pordre le plus parfait et une politesse exquise. Aucun des officiers civils et militaires qui joutssaient de ses faveurs, ne vivait en concubinage; s'ils
ne se maridient pas , sur ses instances, non seulement ils tombaient en disgrâce, mais encore ils pouvaient perdre la vie. Cet
homme d'un génie entreprenant n'oubliait pas au milieu de ses bril- + Li e 106 HISTOIRE D'HAITI.—(180]) lans succès le service minutieux de l'administration. Dans ses vas=
tes bureaux régnait une activité prodigieuse. Les employés, la
plupart blancs, hommes ïinstruits, ne lâissaient jemais se ‘ralentir
la marche des affaires publiques. Toussaint lui même ne séjournait jamais long-temps dans un même lieu. [} parcourait l'ile dans
toutes les directions , portait de toutes parts se# regards, et rien
n'échappait à sa vigilance. Sa voiture qui roulait sans cesse avec
la plus grande rapidité était un petit buresu où , -sur les grandes!
routes, il se Hivrait aux pius sérieuses occupations. Le code rural,
publié par le commissaire civil Polvérel le 28 Février 4794 n était.
plus en vigueur; une ordonnance de Toussaint du 3 Août 4798 lux
avait été substituée par laquelle le cultivateur avait droit à un quart:
du produit des terres qu'il labourait, était dans l'obligation de se
marier, de-travaiiler depuis Ja pointe du jour jusqu'à onze heures:
et depuis deux heures de relevée jusqu'au commencement de la nuitss
Il pouvait coptracter avec le propriétaire de l'habitation. à laquelle:
il était attaché, pour un délai d'un à trois ans; s'il violait ses en=
gagemens il était condamné à l'amende, à la prison, où aux travaux publics. Tous les trois mois ce code rural était lu en créole
par les gérans aux culiivateurs réunis sur les habitations. Le Nord,
lArtibonite et 1 Ouest étaient admirable nent cultivés depuis Pévaeuation des anglais. Après la chûte de Rigaud le général de division:
Dessalines avait été chargé de. l'inspection des campagnes dans les départemens de Ouest et du Sud. 1H exerçait dans ses tournées des
rigueurs inoules. Quand 1! rencontrait une habitation qui avait été
négligée e,ilen décimait fatelier, faisait foueiter le” gérant. L'on.
remarquait, ce qui consolait le cultivateur qui n ignorait pas sa baine
profonde contre les blancs, quil ne ménageait pas les gérans européens, et quil les faisait quelquefois expirer sous Îles coups. Les
pianteurs devant lesquels il ne s’inclinait jamais, et qu'il amenait
“: ses pieds, portaient Met des plaintes contre Jui; mais:
Foussaint qui avall besoin de son grand eourage , de ses lalens mililaires, fermait l'oreille à ces pla Dies , tout en promettant aux blancs
son prochain. remplacement. L'alliance que l'intérêt avait établie
eatre les colons et Toussaint devait être bientôt rompue: celni-ci se
reservait de les exierminer, ,el ceux-là avaient l'espoir de le voir.
tomber sous les coups de Bonarpate qui depuis peu! se montrait trèsfavorable à l'ancien système colonial.
eourage , de ses lalens mililaires, fermait l'oreille à ces pla Dies , tout en promettant aux blancs
son prochain. remplacement. L'alliance que l'intérêt avait établie
eatre les colons et Toussaint devait être bientôt rompue: celni-ci se
reservait de les exierminer, ,el ceux-là avaient l'espoir de le voir.
tomber sous les coups de Bonarpate qui depuis peu! se montrait trèsfavorable à l'ancien système colonial. Toussaint qui visitait le département du Nord se hâta de revenir
au Port- Républicain : appelé par une dénonciation faite contre un de
ses parens qu'on accusait de.vol. Un officier de ses gardes nommé
Hillarion avait enlevé d'une armoire au palais du Port Républicain,
un sac d'argent. L'armoire lui avait été ouverte par une femme
de confiance du gouverneur nommé Victoire qui avoua tout à Toussaint. Celui ci fut au désespoir de se trouver dans la nécessité de: D "a HISTOIRE D’HAITI.—(1801) . 107 puair un ami, «un parent qu'il chérissait. [l livra Hillarion à une
commission militaire et se rendit à VArcahaie. Le tribunal pour plaire au gouverneur auquel il ne supposait pas l'intention de faire mourir Hillarion condamna celui-ci à une simple réclusion. Quand
Toussaint reçut le jugement, il entra dans une violente colére, le déchira, et écrivit aux juges qu ils eussent à mieux prononcer. Hillarion fut de nouveau jugé et condamné à Rene Le même Jour
une foule immense se transporta autour de la place qui s'étend
vis-a-vis de l'église, sur la terrasse et dans les Et voisines. À
midiles 3° et 13° demi. brigades , la gendarmerie et la garde d’honneur vinrent se ranger sur Îa Dianes Hillarion placé entre deux
pélotons lle soldats fuit eonduit au lieu de l'exécution. Le commandant de la place lui fit faire trois De , Suivi de son cercueil, letour
du carré que formait a garnison , au son des tambours et de la
musique. Le cortège s'arrêta enfin devant fa fontaine qui s'élève
près du grand réservoir. Le père Lecun conlessa le condamné qui
fut laissé seul, les yeux bandés , au pied de fa fontaine. H far fusillé, à une distance de cinq pas, par dix hommes de la garde d'honneur. La eitoyenne Victoire qui était enceinte fut conduite en prison où elle ne tarda pas à accoucher; quelques semaines aprés. elle
fut exécutée. L'on prétendit , à l’époq ie, que Toussaint ne s'était
déterminé à faire mourir Hillarion. que pai rcecque celui-ci, en lut'enlevant le sac d'argent, avait pris lecture du traité secret qu ALL
fait avec le général M aitland. | Le ‘gouverneur que la puissance ang’ aise étonnait, el qui ne
l'attribuait qu'aux immenses richesses du gouvernement britannique,
avait régularisé admirablement bien [a recette ei l'emploi des contributions publiques qui en 4801 entraient dans les attributions de l'admtnistration des finances, ainsi que tous les autres revenus consacrés aux
dépenses de l'administration générale. Ces dépenses consistaient dans les
émolumens des employés de l'Etat, des juges , des commissaires du
la puissance ang’ aise étonnait, el qui ne
l'attribuait qu'aux immenses richesses du gouvernement britannique,
avait régularisé admirablement bien [a recette ei l'emploi des contributions publiques qui en 4801 entraient dans les attributions de l'admtnistration des finances, ainsi que tous les autres revenus consacrés aux
dépenses de l'administration générale. Ces dépenses consistaient dans les
émolumens des employés de l'Etat, des juges , des commissaires du gouvernement, de la comptabilité, de la gendarmerie, des troupes coloniales soldées, de la marine, de la guerre; dans les dépenses
de la confection, de l'entretien , et réparations des grandes routes,
des quais, des édifices, de la navigation inléreure, des primes et
cncouragemens à l'agriculture, au commerce, aux sciences, aux
belles-lettres , aux arts, de la dette publique. à Dans les premicrs temps de la fondation, de la colonie, l'administration tout entière appartenait aux gouverneurs; ceux ci la partagérent ensuite avecles intendans qui firent entrer dans leurs attributions , Vadministration de la marine et de la guerre qui finalement leur
fat accordée par le réglement de 1775. Toussaint d'après l’article 37 de
sa conslitution, s'arrogea toutes les administrations sans distinction. Par l’article 57 de la constitution de 1801, les finances de la
colonie se composaient : des droits d'importation et d' exporlation , és 108 HISTOIRE D'HAITI.— (1801) de pesage, de jaugeage; des droits sur la valeur locative dés maisons des villes et bourgs; de ceux sur les produits des manufactures, autres. que éélles' dé culture, et sur celui des salines ; du:
revenu des bacs et postes; des amendes; confiscations et épaves;
du droit de sauvetage sur les bâtimens naufragés ; du revenu des:
ons coloniaux. D'après Particle 58, le produit des fermages des biens séquestrés
sur Jes propriétaires absens et non représentés , : faisait fprovisoirement partie du revenu public de St Domingue , et était appliqué
aux dépenses de l'administration. , La population de Pile qui avant 14789 montait à 037,308 âmes .s
était sous Toussaint Louverture de 709,000 âmes. ECPAE En 1801 Îles produits de Ia colonie offraient ane valeur assez
importante par Îles soins que le gouverneur donnait à l’agriculture.
Le chiffre auquel ils ont atteint étonne, quand on songe aux guetres continuelles qui ont ravagé St- Domingue de 1790 a 1800. Tableau FT produits de 1801. Sucre terré | 46,540 Liv. p.'
. Sucre brut 18,518,572 —
Café | 43,290. 270 —
Coton 2,480,340 —
Cacao "648,5 518 — ;
Campêche | 6,768, G34 —
Sirop 99,419 —
Gomme de Gayac ad 15,519 —
Iudigo SO4 —
Bois d'acajou a us 11,829, 893
Acalou à planches, Acoma,
Amandier, Bambou, Chêne des Antilles, bois de cochon, ou Sucrier
des montagnes, bois de fer, Figuicrs
audits, bois immortel, bois marbrs,
bois de pelmiste, bois de ramier
bois sifileux, bois travernou.
Ces objets donnaient en livres tournois une somme de: 6,773,951
Cuirs -tannés, livres tournois : Eat 610
Cuirs en poil _ 259,306
Pour la ferme des boucheries Fe 600
ne des Antilles, bois de cochon, ou Sucrier
des montagnes, bois de fer, Figuicrs
audits, bois immortel, bois marbrs,
bois de pelmiste, bois de ramier
bois sifileux, bois travernou.
Ces objets donnaient en livres tournois une somme de: 6,773,951
Cuirs -tannés, livres tournois : Eat 610
Cuirs en poil _ 259,306
Pour la ferme des boucheries Fe 600 …
cs ms ie nt me 7,389,861 Le. HISTOIRE D'HAITI.— (1801) 109 1 existait dans toute l'ile, de Samarna à Tiburôn, 31,182 che. vaux, 48,825 mulets, 247 “ét bêtes à cornes et porcs. Le gouverneur trouvait le moyen de porter les dépenses bien audelà des recettes, quoique celles ci fussent du double des dépenses;
il faisait entrer dans ses caisses particulières la moitié du produit
des revenus, se plaignait cependant des dépenses qu'il était obligé
de faire, et de l'état de la colonie privée d'une caisse d'amortissement. Il voulait établir un impôt supplémentaire de quinze millions en imposilions somptuaires et foncières pour égaliser, disaitäl, la recette à la dépense. En l'an 9 (4801 ) l'Etat des dépenses présenté à l'assemblée centrale par l'administrateur général des finances, le citoyen Vollée, s'élevait à 34,942,408 francs. Ce buget était _extraordinairement | chargé : : y était porté quinze demi-brigades quand le nombre réel
nen était que de treize. Depuis la chute de Rigaud les demi-brigades de 2,000 hommes chacune avaient été réduites à 1,209 ; ce-
» pendant on avait porté la force effective de chacune à 4,500 hommes. L'armée en réalité, depuisgla fin de la guerre civile, n'etait que de 18,183 hommes; elle était portée à 22,500. Qu'on ne pense pas qu'il fut loisible aux employés civils et milt:
taires de dilapider. Le gouverneur seul jouissait des dilapidations
des finances de l'Etat ; et ceux qui parvenaient à de grandes fortunes,
A étaient riches que par ses HU les produits de leurs terres
alors en valeur. D'après l'état des dépenses l'armée était largement payée ; ce
‘qui était faux. Le soldat en garnison dans les villes, quoiqu'il füt
.caserné avait la faculté d'exercer son industrie; il ne recevait du
gouverneur que douze sous par jour pour sa nourriture. L'offi.
cier jusqu'au grade de capitainc inclusivement ne recevait qu un franc
Par jour. L'armée ne touchait réellement chaque année que 4,542,
‘600 francs ; cependant 1l était porté au budget de 1801 16,540,226
francs. Ce qui fournissait à Toussaint un bénétice de 41,997,626
‘francs, sur un seul article de dépense. Il réunissait ces fonds
afin quil put mieux soutenir contre la France celte Constitution
qui le rendait presque indépendant. Tous ses généraux occupaient d'immenses habitations. Dessalines,
pour son comple, administrail une trentaine de sucreries; elles lui
produisaient au moins, chacune, un revenu annuel de 100,009
francs. Toussaint avait le siège de son gouvernement tantôt au
Cap, tantôt au Port Républicain. Dans ces deux villes , les paltis nationaux étaient richement ornés et occupés par sa garde d honneur. ‘L'armée coloniale bien armée et parfaitement disciplinée formaut
occupaient d'immenses habitations. Dessalines,
pour son comple, administrail une trentaine de sucreries; elles lui
produisaient au moins, chacune, un revenu annuel de 100,009
francs. Toussaint avait le siège de son gouvernement tantôt au
Cap, tantôt au Port Républicain. Dans ces deux villes , les paltis nationaux étaient richement ornés et occupés par sa garde d honneur. ‘L'armée coloniale bien armée et parfaitement disciplinée formaut trois divisions, depuis la chûte de Rigaud. Elle exécutait les évolutions les plus savantes, et pouvait rivaliser avec les troupes européennes ; elle était aguerrie par onze années de guerres. En 1791 \ £] ee
110 HISTOIRE D'HAÏTI. (1801) lorsqu'elle ne formait hoé des bandes elle avait combattu avec avan tage contre les planteurs et les petits blancs; plus tard elle avait. vaincu de belles et braves troupes anglaises ; enfin la dernière guerre,
celle contre Rigaud, guerre de frères contre frères, la plus terrible, la plus sanglante, avait achevé de la rendre formidable. Mais les troupes du Sud composées des citoyens de ce département nour= rissaient contre Île gouverneur une haine implacable qui éclatera
avec fureur, aussitôt après l'arrivée à St. Domingue de Lex PÉTER
de Leclerc. Le général Moyse, inspecteur général de culture dans le Nord,
neveu de Toussaint, commandait la première division da Nord. . La division de l'Ouest et celle du Sud étaient sous les ordres de Dessalines. La division de lEst ou de la partie espagnole était
commandée par le général Clervaux qui se tenait à Si-Yague. Dessalines était le seul divisionnaire qu’il y ent dans l’armée. Il se tenait à St-Marc; et sous ses ordres, dans le Sud, Laplume eommandait aux Cayes, Nérette à à St Louis , Mamzelle à l'Anse-à-Veau,
Desravines à Tiburon, Dommage@ä Jérémie; dans l'Ouest, Charles
Bélair commandait à lArcahaie, Dieudonné Jambon à Jacmel, Gabart à St Marc. Tous ces ofliciers tirés des troupes de Toussaint
avaient été placés dans ces différens commandemens après la chûte
de Rigaud. Le “général Moyse avait sous ordres dans le Nord, le colonel
Christophe ,; commandant du (Cap Français, auquel était adjoint
Eamothe Aïgron; Maurepas, devenu général de brigade, commandant du Po’t-de-Paix. Moyse avait sous sa surveillance le département de Samana, quoiqu'il füt compris dans l’étendue du commandement du général Clervaux, homme de couleur, dont le gouverneur se défait malgré les preuves de dévouement qu'il lui avait donnés.
Le général Paul Louverture, frère de Toussaint, commandait à
Sto-Domingo. Les troupes étaient cantonnées ainsi qu'il suit: la 2e. demi-bri-, gade au Cap-et au Limbé, la 5e. au Fort-Liberté ; la 9e. au Portde - -Païx 5” les 3e. et. 486. au Port. Républicain; la 4e. à St-Marcet à Jérémie ; la Te. à l'Arcahaie ; la 8e. à Léogane; les Ale. et 42e. aux Éayas: la Aôre à Samana : la Ge à St-Yague ; là 10e. à
Sto-Domiugo. La garde d'honneur, forte de 1,609 hommes d’infanterie et dé 400 chevaux, tenait garnison tantôt au Cap, tantôt
au Pôrt-Républicain. Gent hommes de cavalerie aécompagnaient
toujours le gouverneur quand il faisait ses tournées. L'état-major
général _de l'Ouest était sous les ordres du général de brigade Agé;
ôre à Samana : la Ge à St-Yague ; là 10e. à
Sto-Domiugo. La garde d'honneur, forte de 1,609 hommes d’infanterie et dé 400 chevaux, tenait garnison tantôt au Cap, tantôt
au Pôrt-Républicain. Gent hommes de cavalerie aécompagnaient
toujours le gouverneur quand il faisait ses tournées. L'état-major
général _de l'Ouest était sous les ordres du général de brigade Agé; # celui du Nord, sous les ordres du général d’'Hébécourt. Idlinger
directeur des domaines, au grade d'adjudant-général, résidait au.
Port-Républicain , ainsi que Pascal, secrétaire-général. Aller, se HISTOIRE D’HAÎTr.—(1801.) 114 crétaire près du gouverneur, et Vollée, administrateur général des
finances, se tenaient au Cap. Pendant cet intervalle, l'Assemblée centrale contiuuait activement
ses travaux législalifs, et sefforçait d’asscoir la colonie sur des
bases solides, par une organisation puissante. Le 24 Messidor (13
Juillet 1801), sous la présidence du citoyen Borgella, elle rendit
une loi sur la division du territoire en départemens* arrondissemens et paroisses. Lile entière fut divisée en six départemens :
du Sud, de l'Ouest, de Louverture, du Nord, de Cibao ou de
Samana, de l'Ozama ou de l'Ingano. Le département du Sud,
chef-lieu les Cayes, renferma quatorze paroisses ; celui de l'Ouest,
chef lieu Port-Républicain, quatorze paroisses; celui de Louverture,
chef-lieu les Gonaïves, quinze paroisses; celui du Nord, cheflieu
Je” Cap-Français , vingt-quatre paroisses; celui de Cibao, chef lieu
St Yague, einq paroisses; celui de l'Ozama, chef-lieu Sto- Domingo,
treize paroisses. Le département du Sud renfermait cinq arrondissements militaires; celui de Ouest, six; celui de Louverture,
quatre; celui du Nord, six; , celui de Cibao, quatre; celui de
l’'Ozama, trois. | Dans sa séance du 26 Messidor an 9 1801 (15 Juillet } l’assemblée rendit une loi concernant la -religion {catholique apostolique
et romaine portant qu aucun ordre, décret ecclésiastique , quotqu en matière purement spirituelle ne pourrait être exXÉCULÉ , dans la coJonie, sans le consentement du gouverneur ; que les miaistres du
culte sur Ha présentation du préfet apostolique seraient nommés par
le gouverneur qui leur assignerait Fétendue de leur administration
spirituelle; qu'il y aurait un préfet apostolique dans la colonie , qui
se tiendrait au lieu de la résidence ordinaire du gouverneur; que les
décret ecclésiastique , quotqu en matière purement spirituelle ne pourrait être exXÉCULÉ , dans la coJonie, sans le consentement du gouverneur ; que les miaistres du
culte sur Ha présentation du préfet apostolique seraient nommés par
le gouverneur qui leur assignerait Fétendue de leur administration
spirituelle; qu'il y aurait un préfet apostolique dans la colonie , qui
se tiendrait au lieu de la résidence ordinaire du gouverneur; que les ministres du culte seraient salariés et logés par les administrations
municipales des paroisses qu'ils desserviratent. Le 29 Messtdor (18
Juiliet 1081) une loi fut rendue sur les enfans ns hors mariage par
laquelle la loi n'admettait pas la vérification de la paternité non avouée
devant l'officier public. La même loi portait que l'enfant d'une
femme non mariée avait pour père celui qui le reconnaitrait dans
les formes. prescrites ; que nul enfant né hors mariage ne pourrait.
être reconnu par un pére engagé dans les liens du mariage, que
celui qui ne connaîtrait pas ses ‘parens serait appelé orphelin, comme
celui qui les avait perdus; que les entans nés hors mariage d'un
père qui décéderait sans avoir élé marié, ou veuf sans laisser
d'enfant ou descendant légitime, auraient la moitié des biens de la
succession dans laquelle moitié seraient compris les avantages qu'ils
auraient pu recevoir de leur père de son vivant, autres que leur
nourriture , entretien et éducation. =
e* L'assemblée rendit le 4 Thermidor an .9 ( 23 Juillet. 1801 ) une 112 Histoire D'HaArTi.—(1801). loi sur l'organisation des tribunaux dont les principaux articles étaient
les sutvans : Article 7. Il sera établi des tribunaux de première instance dans!
les villes ciaprès savoir: Au Cap, au Fort Liberté , au Port:de*
Paix , aux Gonaives, à Hinche, au Port Répui blicain, à Léogane , à
Jacmel , aux Cayes, à Aquin, à Jérémie, à Sto. Domingo , à Seybo,
à Azua, à SÛ. Yague, à Samana. | krticie 44. Les tribunaux de première instance connaîtront de
toutes les matières civiles, criminelles, maritimes, commerciales, conformément aux ordonnances Y relatives. É à - Article. 48. El sera établi deux tribunaux d'appel ; l'un sera placé
à St. Marc, et comprendra dans son ressort les départemens du Nord,
de Louverture, de l'Ouest, et du Sud; l'autre sera placé à Santo.
Domingo , et comprendra dans son ressort les départemens de Gibao
et de. Ozama. | | Artiche 32. Il sera établi un tribunal de eassation pour la colonie. Article 33. Ce tribunal siégera dans la ville où résidera ordinairement legouverneur. Art. 34. Il sera composé d’un président , de huit juges, d’un
commissaire du gouvernement et d'un greffier. Art. 50. Il sera établi près du tribunal de première instance
séant au Cap, six défenseurs publics; cinq au Port Républicain ;
quatre aux Gonaives; quatre à Slo Domingo ; quatre à St Yague ;
quatre prés des autres tribunaux, et six près du tribunal d'appel
séant à Si-Marc. ; |
ordinairement legouverneur. Art. 34. Il sera composé d’un président , de huit juges, d’un
commissaire du gouvernement et d'un greffier. Art. 50. Il sera établi près du tribunal de première instance
séant au Cap, six défenseurs publics; cinq au Port Républicain ;
quatre aux Gonaives; quatre à Slo Domingo ; quatre à St Yague ;
quatre prés des autres tribunaux, et six près du tribunal d'appel
séant à Si-Marc. ; | Art. 61. L'instruction des procès au civil, se fera suivant l’ordonpance de 1667, tant dans Îles tribunaux de première instance
que dans cs tribunaux d'appel. Art. 64. La procédufe criminelle sera instruite, suivant l'or:
dongance de 41679, sauf quelques modifications. FORGE Art. 83. Les tribuaaux se eonformeront, lant en matière civile, criminelle, commerciale , que maritime, aux ordonnances de
4667 , 1670, 1673 et 1681; pour les donations. à l'ordonnance
du mois de Février 1731; et pour les testamens à celle du mois
d'Août 1735, en tout ce qui nest pes contraire à la Constitution
de St Domingue. Art. 84. Les successions directes et collatérales, et celles défé_rées aux ascendans, seront réglées par fa coutume de Paris sous la.
réserve des droits des enfans nés hors mariage, lesquels ont été fixés
par la loi du 29 Messidor an 9 (18 Juillet 1801 ). | Au surplus les dispositions dela coutume de Paris seront, à l'avenir, exécutées à l'exception de: celles concernant le retrait lignager qui demeure aboli , et l’âge de majorité qui demeure fixé à vingt
el un an accomplis, tant pour les hommes que pour les femmes. Art. 85.. Les successions vacantes seront gérées conformément à HISTOIRE D’uaiTI.—(1801) 113 ‘édit de 1781, par lés curâteurs qui résideront près de chaque tribunal de première instance, et qui fourniront cautions solvables
pour raison de leur caisse devant le juge et le commissaire du gouvernement près de chaque tribunal, ÿ Art. 98. Les substitutions sont abolies; toutes instances y relalives, actuellement pendantes , sont et demeurent éteintes, conformément à la loi Ëdu 25 Octobre 1792. Art. 99. Les exhérédations par testamens des pères et mères sont
._prohibées. | L'assemblée rendit une loi sur les notaires, arpenteurs, officiers
de santé, pharmaciens , vendeurs publics, sur les prisons, maisons
de détention, les concierges et les gardiens (25 Juillet 1801) 6
Thermidor an 9, par laquelle il y eut six notaires au Cap; quatre au Port-Républicain, et dans chacune des autres paroisses. [y
eut un arpenteur à résidence dans chaque paroisse; dans chaque département, on établit un conseil de santé, chargé d'examiner les
candidats qui voulaient exercer la profession de médecin , de chirurgien ou de pharmacien.
maisons
de détention, les concierges et les gardiens (25 Juillet 1801) 6
Thermidor an 9, par laquelle il y eut six notaires au Cap; quatre au Port-Républicain, et dans chacune des autres paroisses. [y
eut un arpenteur à résidence dans chaque paroisse; dans chaque département, on établit un conseil de santé, chargé d'examiner les
candidats qui voulaient exercer la profession de médecin , de chirurgien ou de pharmacien. Le.9 Thermidor (28 juillet 4801 } une loi sur les administrations
municipales fut rendue. Il y eut une administration municipale par
paroisse. Dans Îes paroisses où siégeaient les tribunaux de première
instance ou d'appel, les administrations municipales furent compoposées d’un maire et de quatre administrateurs. Dans les autres
paroisses elles n'étaient composées que d'un maire et de deux administrateurs. Les maires avaient exclusivement la police des lieux
publies, des spectacles, des bals , maisons de jeu, hôtels garnis , au_ berges et cabarets. Ils recevaient un traitement proportionné aux
moyens de la paroisse. Ils étaient des espèces de juges de paix qui
prononçaient lamende sur la peine de détention, et la détention sans
l'amende. Il y eut aussi des commissaires de police ; et les officiers |
de l'état civil faisaient les mariages, recevaient les déclarations de
naissance et de décès, conformément à la loi du 20 Septembre 1792. Le 44 Messidor (30 Juillet 4801) loi sur la garde nationale non
soldée par laquelle, d'après l'article 2 l’äge requis pour y entrer fut
fixé à quatorze ans, et pour en sortir à cinquante cinq ans révolus. Le 13 thermidor an S (4* Août 4801) loi sur les dettes particulières, sur ies baux à ferme etles dettes en provenant, el sur les
delies provenant d’acquisitions d'immeubles. ed Le 45 Thermidor (3 Aoùt 1801) l'assemblée rendit sur l'administration des finances une loi dont les principaux articles étaient les
suivants : Aït. 1 Il y a dans la colonie un adininistrateur général des
finances et un trésorier particulier. | Art 5. Les receveurs près des" douanes perçoivent les droits suIvants : Ceux d'importation, d'exportation, de pesage, de jaugeage, 114 | HISTOIRE D’HAITI.—(1801) de sauvetage des bätimens naufragés, ét toutes Îles corifiscations
prononcées en faveur des douanes. Les receveurs et les trésoriers
perçoivent les droits mis sur les loyers des maisons, manufactures
d'industrie et salines. Tous les ans il sera dressé ‘un état général
et fixe des dépenses de la colonie. | Le gouverneur de la colonie détermine le nombre de troupes né
cessaires à la sûreté intérieure -et extérieure.
etage des bätimens naufragés, ét toutes Îles corifiscations
prononcées en faveur des douanes. Les receveurs et les trésoriers
perçoivent les droits mis sur les loyers des maisons, manufactures
d'industrie et salines. Tous les ans il sera dressé ‘un état général
et fixe des dépenses de la colonie. | Le gouverneur de la colonie détermine le nombre de troupes né
cessaires à la sûreté intérieure -et extérieure. Art. 27. Tous les dix jours le conseil d'administration “des dilférents corps de l'armée recevra des trésoriers ou receveurs le montant
de la paie des hommes effectifs, portés sur les états des revues passées par les commissaires des guerres. Art. 39. Au gpuxerneus seul appartient l'administration des arse:
naux. Le 18 Thermidor an 9 (6 Août 1081) fut rendue la loi sur les
émigrés et leurs biens situés à St. Domingue. Par cétte loi les
émigrés sous aucun prétexte et dans aucun cas n'étaient admis*à
renirer dans la colonie. Toussaint n'avait proposé cette loi quepour
favoriser ceux des siens qui jouissaient de ces biens, car 11 lux arrivait souvent d'exhorter certains. colons réfugiés àjl étranger, à les
venir s'établir à St. Domingue. Le 19 Thermidor an 9 (7 Aoùt 4801) loi qui supprime Îles greffes de l'ancien conseil supérieur du Portau Prince , de la séné:.
chaussée de St. Marc, et des anciens tribunaux de commerce. Le même jour, loi qui prescrit que le département de Louverture
sera représenté à l'Assemblée centrale. Dans -la même séance l'Assemblée vota une loi indiquant le mode de constater les décès survenus par des causes violentes aux
époques malheureuses de la révolution, et de suppléer aux titres
de propriété qui avaient été perdus ou incendiés, par des actes
de notoriété. Le 21 Thermidor an 9 (10 Août 1801), elle mit, par une doi,
les tribunaux en aclivité; et le jour suivant elle rendit une loi sur
les délits et les peines de la compétence des tribunaux spéciaux,
banicie2 2 était ainsi CONÇU : « Toute personne convaincue d'avoir volé sur les habitations où
Len nd chemins, soit chevaux , soit malets , soit bourriques, soit
bêtes à cornes, sera condamnée à la peine de mort. » Le 23 Thermidor an 9 (11 Août 1801) fut rendue la loi qui
réglait la manière de procéder aux jugemens des délits de la compétence des tribunaux spéciaux. Le lendemain 12 Août, l’Assemblée centrale rendit sa dernière
loi par laquelle elle détermina le costume de ses membres. Ceux-.
ci devaient porter dans les cérémonies publiques habit de soie bleu
foncé doublé de taffetas blanc, avec bouton d'un seul côté, de la
même -étoffe que Lhabit, une médaille en or décorée de l'effigie de la _" HISTOIRE D’HAITI.—(1801) HEA 115 Liberté, avec ces mois: Membre de l’Assemblée Centrale de Sainta
Domingue ; laquelle devait être placée du côté gauche, veste et culotte de soie blanche, et bas de soie blancs, ceinture tricolore, de
soie, avec franges bleucs , Chapeau noir uni et à cornes. Ayant ierrminé sa première session qui fut aussi la dernière , l'assemblée expédia au gouverneur toutes les lois qu'elle avait rendues. Aussitôt
après la lecture du paquet, Toussaint écrivit à l'assemblée la lettre
suivante en date 40 Fructidor an 9 (28 Août 1801.) |
de soie blanche, et bas de soie blancs, ceinture tricolore, de
soie, avec franges bleucs , Chapeau noir uni et à cornes. Ayant ierrminé sa première session qui fut aussi la dernière , l'assemblée expédia au gouverneur toutes les lois qu'elle avait rendues. Aussitôt
après la lecture du paquet, Toussaint écrivit à l'assemblée la lettre
suivante en date 40 Fructidor an 9 (28 Août 1801.) | Toussaint LOU VERTURE , Gouverneur de Saint-Domingue,
Aux membres de l’Assemblée Centrale de St. Domingue.
Citoyens Législateurs, "Je me Suis empressé de lire attentivement les lois organiques que
Vous m avez remises. En annonçant à vos concitoyens qu ellesseraient
le développement de la Constitution que vous leur avez donnée,
Vous n'ayez point trompé leur espoir. On ne peut rien voir de plus
concis ni de plus clair; ils trouveront dans ee recueil de lois, écri_ tes en lettres Reliciblés , leurs devoirs, leur bonheur, la prospérité de leur pays; il sera le régulateur du fonctionnairé publie et
du particulier , l'appui du faible contre les entreprises du plus fort,
le refuge de l'innocence et le vengeur du crime. Pénétré d'admiration
pour ce monument immortel de voire attachement à votre pays, je
ne saurais trop {ôt vous témoigner toute la satisfaction que sa lecdure ma causée et vous assurer de la part du peuple de St. Domingue , les sentimens dé respect et de reconnaissance qu'il vous:
conservera pour ce bienfait qu'il vient de recevoir de vous , lequel
va le convaincre quil ne s'est pas trompé dans le choix qu'il a fait
de Ses législateurs. Vous avez rempli l'espoir de la colonie entiére,
et comme en étant le chef, je vous déclare que vous avez bien imé-
“rité d'elle; et si auprès de ce lémoignage authentique de la reconnais-
‘sance publique , Mes sentimens particuliers peuvent êtré de quelque
prix, agréez ceux de mon estime el de ma considération.
vous , lequel
va le convaincre quil ne s'est pas trompé dans le choix qu'il a fait
de Ses législateurs. Vous avez rempli l'espoir de la colonie entiére,
et comme en étant le chef, je vous déclare que vous avez bien imé-
“rité d'elle; et si auprès de ce lémoignage authentique de la reconnais-
‘sance publique , Mes sentimens particuliers peuvent êtré de quelque
prix, agréez ceux de mon estime el de ma considération. PO oalut et” LOODCGL,
À \ TOUSSAINT LOUVER URE.
L'Assemblée centrale lui répondit :
Gitoyen Gouverneur, Votre lettre du dix de ce mois contient les expressions Îles plus
flatteuses pour nous. Dans ce témoignage de votre satisfaction, nous
strouvons. Ja récompense de nos (ravaux , A le présipe que vous 116 WisToire p'Harri.— (1801) nous annoncez de la prospérité de celte colonie. Nous men doutons pas , citoyen Gouverneur , un avenir heureux sourit encore à
SL. Domingue. Sous vos auspices le cultivateur reprendra avec gaité
ses instrumens aratoires, parcequ'il sera assuré qu'en vain il narrosera pas la terre de ses sueurs Le militaire plein de ses devoirs se bornera à défendre le poste d'honneur qui lui sera confié;
la subordination, l’aménité et le courage seront les vertus qui le
distinguerout. La justice reparaîtra dans tout son éclat: Une administration simple et uniforme rétablira le crédit et la confiance.
Dans le cœur de chaque fonctionnaire une noble émulation excitera
et entreliendra les plus précieux sentimens ; tous, à l'envie, Ss’empresseront de suivre les traces de celui qui a su mettre un terme à
nos malheurs. Votre nom ne cessera d'être cher au peuple deSt.-
Dormingue; il suffira de le proférer , pour indiquer à chacun la route
qu'il doit “tenir. La Constitution et les lois vous imposent une grande tâche, mais elle n'est pas au-dessus de vos forces physiques ‘et
morales. *Nous pouvous dire avec assurance qu'elle est digne de
vous , et que vous la remplirez entièrement , parce que nous coRnaissons vos rares vertus. Le gouvernement de la métropole ajoutera
à la récompense qui vous a été décernée: il se rappellera qu'il vous doit
Ja conservation et le rétablissement d'une colonie abandonnée , livrée
aux ennemis, €t déchirée par une infinité de factions; il apposera
le sceau de la Lors à la Constitution que la colonie s'est donnée
ss. 3; 1 y applaudira: 1lapprouvera, parce qu'ilver="
ra dans cet acte le premier pas au retour de lordre social; 11 Pappiouvera parce quil sait que la prospérité de cette ile tournera à
l'ayantage de fa métropole, et qu'une colohie doit être agricole ct
paisible, | à Pour nous, mandataires du peuple dont vous êtes l'espoir et la
consolation, nous ne terminerons point Celle session , Sans VOUS assurer | citoye en gouverneur , que dans tous les temps, vous nous trouverez "disposés à seconder vos vues bienfaisantes ; l'attachement que
nous vous portions, et qui est fondé sur la reconnaissance publique, «
el que vous ont mériié \os belles actions, vous en est un sûr gàrant. Agréez, nous vous en prions, celte expression de nos cœurs,
de même que le sentiment de notre respect.
consolation, nous ne terminerons point Celle session , Sans VOUS assurer | citoye en gouverneur , que dans tous les temps, vous nous trouverez "disposés à seconder vos vues bienfaisantes ; l'attachement que
nous vous portions, et qui est fondé sur la reconnaissance publique, «
el que vous ont mériié \os belles actions, vous en est un sûr gàrant. Agréez, nous vous en prions, celte expression de nos cœurs,
de même que le sentiment de notre respect. F Signé, BorGeLLA, Président, Raïmonn, CoLLer, Gasron, NoGERÉE , Lacour , Roxas, Mucxoz , MamceBo , E. VrarT, Secrétaire. Quelques jours après les députés se retirèrent dans leurs départes
mens respectifs. Depuis la prise de possession de Ja partie de l'Est, la colonie marchait de prospérité en prospérité; l'agriculture, l'industrie florisfaient; celte Lerreur qui régnait partout s'était évanouie; il n‘y avait ds HISTOIRE D'HAITI. (1801) . 117
plus d’ Hecinsns pour. cause politique; les hommes de couleur qui
n'avalent pas été sacrifiés cireulaient partout sans crainte ; on avait
pour eux les mêmes égards que pour les noirs et les blancs : ils
n'avaient’ plus besoin d'être cautionnés prur être respectés ; on n’entendait plus ni dans les ‘villes nt dans ee campagnes aucun propos
de castes; le vagabondage était réprimé ; les enfans qui-appartenaient
aux familles indigentes. “étaient: élovés par l'autorité qui leur faisait
apprendre des. métiers; on leur enseignait-en outre à lire: et à écrire
ainsi que les principes de la religion ; mais le- pouvoir le plus absolu
se faisait partout sentir ; le cultivs eur était -assujett à un travail forcé, et le blanc soutenu de la forte autorité du gouvergeur occupait
toujours le premier rang de la: société colaniale. En même temps:
Toussaint faisait partout” exécuter. les lois de. L'assemblée centrales
et se montrait réellément- aux-yeux du mont de Le régénéraleur : de
St Domiugue: Il instalfa au Cap-le tribunal d'appel. Il-se rendit.
“ensuite au Port Républicain où -il installa le tribunal de cassation.
, et le blanc soutenu de la forte autorité du gouvergeur occupait
toujours le premier rang de la: société colaniale. En même temps:
Toussaint faisait partout” exécuter. les lois de. L'assemblée centrales
et se montrait réellément- aux-yeux du mont de Le régénéraleur : de
St Domiugue: Il instalfa au Cap-le tribunal d'appel. Il-se rendit.
“ensuite au Port Républicain où -il installa le tribunal de cassation. Un homme de cœur, mais d'intelligence sans: culture ,. va bientôt
rompre { harmonie qui existait déjà emtre-toutes les classes dela société.
Alors aucune insurrection n'eut pu-résister à la puissance du: gou-
- verneur.. Dans le départeme at-du Nord ; l'agriculture “re la direcWon: du général Moyse n était pas aussi florissante que dans l'Ouest et:
dans le Sud, sous la direction de Dessalines.Moyse se refusait à employer les moyens: violens pour contraindre les cultivateurs au travail Il disait qu'il n'etait pas le bourreau des:siens, que les noirs
ñn avaiegt -pas ‘conquis-leur Hberté pour exploiter encore sous: la ver:
ge et le bâton les propriétés des blanes. Il demandait que le gouverneur son oncle vendit les terres de:} Etat aux officiers subalternes et même aux soldats. Toussaint. au coutraire ne voulait pas du
morcellement des terres et continuait. le système des grandes habitations. [Il avait, prétendait-on, le projet de se fake proclamer roi.
dé St. Domingue,.et les trésors: qu'il amassait devaient être employés à l'exécution -de-son plan. Déjà on Fentendait se vanter de
son grand père Gaou Guinou qui-avait été en Afrique un des rois
guerriers des Arradas. Moyse protégeait les culiivaieurs ‘contre les
wexations des blanes , et faisait distribuer rigourcusement aux premiers
le quart qui leur revenait: dans les produits. | "Aussi était-il l'objet de toutes sortes de plaintes : on l'accusait de
négliger ses devoirs et de souffrir que le désordre régnàt dans les eampaägnes. Quand il recevait-des reproches du gouverneur, H disait:
jeo ne maltraiterai jamais les, miens; le. gouverneur me parle
toujours des intérèts de la: France ;. mais ces _intérêts sont ceux
des colons blancs. IL ne sympathisait pas. avec le système en
Vigueur qui éloignait. des fonctions : publiques les. hommes de
couleur éclairés. Il avait cru découvrir que le but de son oncle était de rétablir l'esclavage dans les çampagnes, et. de créer une. 118 HISTOIRE p’rarTi.(1801) à: aristocratie noire et blanche.. Cette disposition de la Constitution
par laquelle des africains pouvaient être transportés à St. Domingue
comme cultivateurs, le contirmait dans cette opinion; c'était une
masse nouvelle qui n'ayant pas connu la Hberté l'aurait éteinte. Le
système de Moyse par lequel les grandes habitations devaient être
morceilées inquiétait d'autant plus Toussaint, qu’il pouvait renverser le sien en séduisant Îles masses. Ce système alers nouveau qui dé= truisait radicalement le régime colonial était à cette époque considéré
comme désorganisateur et contraire à toute prospérité agricole. * Fous: saint voulais devenir indépendant par l'union du noir avec Jecolon |
blanc, tandis que Moyse s’eflorçait de le devenir par l'union du. noir avec le jaune. En 1803 Dessalines ne délivrera le pays du joug de
l'étranger qu'en réunissant contre les français le nègre et le mulâtre:
le régime colonial était à cette époque considéré
comme désorganisateur et contraire à toute prospérité agricole. * Fous: saint voulais devenir indépendant par l'union du noir avec Jecolon |
blanc, tandis que Moyse s’eflorçait de le devenir par l'union du. noir avec le jaune. En 1803 Dessalines ne délivrera le pays du joug de
l'étranger qu'en réunissant contre les français le nègre et le mulâtre: Néanmoins le général Moyse se trompait sur les véritables intentions de Toussaint Louverture qui ne rêva jamais au rétablissement de
J'esclavage, et qui s'inquiétait sans cesse du sort des siens après sa
mort. Nous avons déjà exposé les causes de son système de eulture : amasser des richesses pour se réndre fort et indépendant. Les
plaintes contre Moyse se renouvelatent sans cesse. En même temps
le gouverneur apprit avec indignation qu'il avait demandé vingt-mille
. plasires par an à une compagnie de négocians qui lui avaient offert
d'exploiter ses terres dans le Nord. Ceite circonstance acheva d'irs
riter Toussaint qui le menaça de sa disgrâce s il laissait à d’autres qu'à lui le soin de gérer les propriétés quil possédait à titre de … fermier. Le gouverneur regardait comme d'un mauvais exemple qu'un
inspecteur de culture ne se livrât pas lui-même à l'exploitation de
ses biens. Moyse obsédé de menaces , contrarié dans toutes ses idées
et ses entreprises, résolut de sarmer contre le gouverneur
. dont le système ,. à son avis, faisait le malheur de St. Domingue.
11 se tenait au Cap, chef-lieu de son commandement ; il était toujours en luite avec les blanes qui fiers de la protection du colonel
Christophe, n'avaient pas pour lui les égards qu'ils lui devaient. Dans le courant de Vendémiaire an 140 (Octobre 1801 } il setrama au Cap une conspiration dont les rayons se prolongeaient au
Port-Margot, à la Marmelade, au Dondon, enfin dans toute la pro=
vince du Nord. Par une matinée du 25 Vendémiaire (47 Octobre } Je général Moyse sortit du Cap , réunit plusieurs centaines de ca* valiers et parcourut la plaine du Nord organisant l'insurrection qui
devait éclater le 29 Vendémiaire. En effet dans la nuit du 29 au 30 du
même mois (du 21 au 22 Octobre) des mouvemens insurrections . *'Toussaint Louverture se hâta d'autant plus d’étouffer la révolte dé
Moyse, que le système de celui-ci fiattant les intérêts des cultivateurs.
pouvait facilement porter les masses à une insurrection générale. C'est ce
même systéme qui, mis en pratique en 1812 par le Président Pétion,
fit tomber Christophe dont la puissance paraissait inébranlable. pe La HISTOIRE D'HAITI.— (1801) 19 ñels se manifestérent dans .presque tout le département du Nord.
Déux-cent cinquante blancs furent massacrés tant dans les plaines que:
dans les mornes. Le signal de la révolte était donné dans un moment où [a tranquillité établie par. là terreur: régnait: de toutes
parts. Moyse entreprenait une guerre dont le but était Pextermination des blancs ,. l’union des noirs et des jaunes et l'indépendance
de son pays. L'on: disait dans les: campagnes du Nord que Dessalines et Christophe avaient consenti au projet du. rétablissement de
lesclavage par Île gouverneur.
les mornes. Le signal de la révolte était donné dans un moment où [a tranquillité établie par. là terreur: régnait: de toutes
parts. Moyse entreprenait une guerre dont le but était Pextermination des blancs ,. l’union des noirs et des jaunes et l'indépendance
de son pays. L'on: disait dans les: campagnes du Nord que Dessalines et Christophe avaient consenti au projet du. rétablissement de
lesclavage par Île gouverneur. Toussaint se trouvait aux Verrettes se disposant à se rendre dun.
là partie de L'Est pour y organiser kes trihunaux: d'après sa Constitution , quand le général Dessalines qui l’accompagnait reçut uneletire” des Gonaives par laquelle on fui annonçait que la plus-grande.
parue du Nord.s'était soulevée: Le gouverneur n'avait pas les moin:
dres indices de cetie conspiration. Après avoir envoyé l'ordre à la
e. demi brigade, en garnison .à St. Mare, de partir pour les Gonaives, 11 se transporla avec sa rapidité ordinaire à la Petite Rivière de:
PArubonite: Il se détermina à étouffer tout de Suite par les plus.
grands sacrifices une insurrection dont Îles principes ne pouvaient:
être à son avis que subyersifs de toule sociclé. Le 2 Brumaire il:
atteignit les Gonaives. Déja le colonel Vernet en détail sorti à la.
(le d'un bataillon de la Te. et d’un détachement du bataillon dés.
Gonaïves, marchant sur le bourg de Plaisance qu'occupaient les.
insurgés. A son approche les révoltés abandonnèrent le bourg après.
Sy étre livrés à de grands exeës. is annoncèrent en se retirant:
que bientôt le général Moyse viendrait se mettre à leur-tête. Toussdint qui était sorti des Gonaives pour établir son quartier-général:
à Cocherel, y rentra aussitôt qu il eut appris l'importance de l'in-.
Surrection. Il ordonna à Dessalines d'ailer chasser les insurgés des: .
auteurs de Plaisance , et se résolut à combattre en personne le
général Moyse. Ii se rendit aussiiôl avec deux compagnies de sa.
garde à chévalau bourg de Louverture ( Ennery ); l'ordre y: régnait.
par l'énergie du commandant Claude Martin. Hi apprit que les iüsurges sétaient emparés de fa Marmelade; le” Be «maire 1k marcha.
contre eux précédé d'un éscadron de sa garde, el suivi:dé deux
compagnies du bataillon des Gonaïves, comniantées par:les citoyens
Jean Charles et Coco. Des.quil découvrit les insurgés. il les fit attâquer à la baïonnette ; ils abandonnèrent la Märmeélade fuyant dans.
lé plus grand désordre , chargés par les dragons. ls se: réfugiérent.
vérs là Souflrière, promettant. de- revenir bientôt avec le, général Moyse. Toussaint s'élança contre eux , les culbuta à. là Souffrière, à la Ravine Dorée, au Fond Bleu, à la Grande Riviére , au
quartier de Perigourdin , à la Rivière. Borée, et les dispersa totalement dans les” bois.
rent la Märmeélade fuyant dans.
lé plus grand désordre , chargés par les dragons. ls se: réfugiérent.
vérs là Souflrière, promettant. de- revenir bientôt avec le, général Moyse. Toussaint s'élança contre eux , les culbuta à. là Souffrière, à la Ravine Dorée, au Fond Bleu, à la Grande Riviére , au
quartier de Perigourdin , à la Rivière. Borée, et les dispersa totalement dans les” bois. Pendant cet intervalle le général Péssalines , à Ja tête du premier 120 HISTOIRE D'HAITI.—(1801) bataillon de la 4e. commandé par Gabart , pénétrait dans le Nord se
faisant suivre de toutes les gardes nationales qu’ikrencontrait sur som
passage. En quelques jours les quartiers insurgés furent inondés des
bataillons formés des citoyens de Vallière, de St. Raphaël, et du
Gros-Morne. Quand il arriva à Plaisance il lerrilia les cultivateurs
qui furenten grand nombre massacrés; on n'entendit pas une seule
décharge de mousqueterie ; ces malheureux furent tués à coups de sabre
et debaïonnette. Les soldats de la 4e. passèrent au fil de l'épée un quart
de la population ; on poignarda tous les prisonniers qui furent amenés
devant Dessalines. Aprés avoir rétabli l'ordre dans la commune: de
Plaisance , par une affreuse extermination , le général Dessälines se
lança à la poursuite de Moyse qui parcourait les campagnes, exeitant toujours les cullivateurs à la révolie. Déjà Moyse avait été abandonné d'un grand nombre de ses partisans découragés. Il ne pouvait lutter contre l'activité de Toussaint et l'audace de Dessalines:
prisonniers qui furent amenés
devant Dessalines. Aprés avoir rétabli l'ordre dans la commune: de
Plaisance , par une affreuse extermination , le général Dessälines se
lança à la poursuite de Moyse qui parcourait les campagnes, exeitant toujours les cullivateurs à la révolie. Déjà Moyse avait été abandonné d'un grand nombre de ses partisans découragés. Il ne pouvait lutter contre l'activité de Toussaint et l'audace de Dessalines: En même temps le colonel Henri Christophe commandant dej Parrondissement du Cap avait par son activité et son énérgie rétabh
l'ordre dans les quartiers soumis à son autorité. Le Cap était le
foyer de la révolte. Elle y avait ausst éclaté dans Ja nuit du 29
au 30 Vendémiaire. Christophe apprenant par une lettre du commandant de la place que la ville devait être livrée au pillage, se
rendit au Carénage et y rencontra de nombreux rassemblemens qu'il
dispersa. Mais un des agitateurs , nommé Troisballes , voulut parlementer avec lui; il fut arrêté, conduit à F'arsenal du Cap où il fut
emprisonné sous la garde du commandant Aurange. Dans son interrogatoire qui eut lieu pendant la nuit il dénonça un grand nombre
de ses complices, entre autres les nommés Saintonge , chef des mou_vemeus du port, Jean-Baptiste Lebon et Bonhomme de l'habitation
Bailly. Christophe se rendit chez ceux qui avaient été dénoncés et les
arrêta lui-même. Dans la même nuit trente individus farent conduits en
prison. Christophe et le commandant de la place Barada, officier blanc,
parcoururent ensuite la ville éntière, dispersérent plusieurs attroupemens et arrêtérent quelques ciioyens. Ils cntendirent tout-à coup
une décharge de mousqueterie ; 1ls se transportèrent aussitôt dans
le quartier d'où la détonnation était sortie; ils essuyérent un feu
assez vif, et Christophe eut un homme tué à ses côtés, Les révoltés
allaqués avec vigueur furent débusqués; ils sortirent du Cap, etse
retirèrent dans les mornes, après avoir abandonné leurs morts et
leurs blessés. Christophe avait pris de telles mesures que le lendemain 30 Vendémiaire l'ordre régnait au Cap et dans les environs.
Peu de jours après des insurrections éclatèrent à l'Acul, au Limbé,
au Port Margot. On nentendit partout que le cri de mort aux
blancs. Christophe sortit du Cap avee un bataillon de la 4° demi
brigade, un bataillon de la 5° commandés par les chefs de bataillon
Rouanez et l’Africain, les dragons de la garde nationale, et marcha sur
l'ordre régnait au Cap et dans les environs.
Peu de jours après des insurrections éclatèrent à l'Acul, au Limbé,
au Port Margot. On nentendit partout que le cri de mort aux
blancs. Christophe sortit du Cap avee un bataillon de la 4° demi
brigade, un bataillon de la 5° commandés par les chefs de bataillon
Rouanez et l’Africain, les dragons de la garde nationale, et marcha sur RE Î HISTOIRE D'HA1Ti—(1801? 121 PAcul. Quand il atteignit l'habitation Vaudreuil il rencontra lavant
garde des révoltés se dirigeant sur le Cap; il laltaqua et la culbuta. Au Morne-Rouge, 1l eut à s'opposer à la marche de deux
colonnes : une s'avançait par le chemin de la plaine du Nord,
Pauire par le chemin de l’Aceul ; elles devaient se réunir pour assailhr le Cap; il les attaqua avec impétuosité et les dispersa dans les
bois. Quand il arriva au Limbé il trouva toutle quartier en insurrection. M Joseph Flaville qui y commandait n'avait rien fait pour contrarier le mouvement; il l'avait au contraire secrètement excité.
Christophe laccabla de freproches ; il lui répondit que le peupie
était libre de faire ce qu'il voulait, que du reste ïl n'avait pu s'opposer à la révolte. Christophe ne se sentant pas assez fort pour le
lire arrêter, partit pour le Fort Margot. Il déployÿya dans ce bourg
une rare énergie, y rétablit l'ordre, et remit au commandant Joti-.
cœur l'autorité qne les insurgés lui avaient enlevée. Ii se häta de
retourner au Limbé où d’autres troubles avaient éclaté pendant son
absence, Le commandant Flaville, qui s'était enfin prononcé pour
la révolte fut arrèlé, envoyé à l'Acul d'où il fut conduit par mer
auvCap. IL fut emprisonné dans la maison d'arrêt. En mème temps
Pordre était maiatenu au Cap par l'attitude ferme du commandant
demta place, de la gardé nationale, et de la deuxième. demi-brigade
commandée par le colonel Jasmin. Christophe établit son quaruer
général sur l'habitation Fage. Le général Moyse açant vu échouer
tous ses projets tenta de soulever le Cap ; il eut l'audace d'y pénéfrors Anais il fut accueilli avec] tant d indifférence par les habitans,
quul en sortit deux :héuics après dans la crainte d'être arrêté. I
atteignit le Dondon. d'où ïl annonça au commandant de la Marmelaide Christophe Sylli, son‘partisan, qu'il allait se rendre au Boispin.
JL y vint en effet avec une centaine de cavaliers. Dès que Tous”
Sat qui était à la Marmelade apprit qu'il ne se trouvait qu'à une
démi-lieue de son quartier générai, il fui écrivit de se rendre auprès
de lui; d'aprés le texte de la lettre il ne paraissait pas voir en fut un
chef de révoltés, mais bien le commandant de la province du Nord.
Moyse qui avait conduit la révolte sans énergie ct sans taiens, voyant
y vint en effet avec une centaine de cavaliers. Dès que Tous”
Sat qui était à la Marmelade apprit qu'il ne se trouvait qu'à une
démi-lieue de son quartier générai, il fui écrivit de se rendre auprès
de lui; d'aprés le texte de la lettre il ne paraissait pas voir en fut un
chef de révoltés, mais bien le commandant de la province du Nord.
Moyse qui avait conduit la révolte sans énergie ct sans taiens, voyant “sa cause entièrement perdue, se rendit à la Marmelade auprès du gouverneur. Comme il n'avait pas combattu en personne les forces
dirigées contre lui il avait l'espoir d'obtenir son pardon. Toussaint
laccucillit avec affabilité, lui dit que les insurgés mettaient son nom
en avant et le compromettaient, quil l'exhortait à se tenir sw ses
gardes, à se racheter par une conduite énergique; que ses démarches ne démentaient pas ce que l'on disait de lui; qu'il pourrait
être pumi plus que personne, car la révolte n'avait pris de Fextension que-pàr sa faiblesse. Il lui reprocha suriout de n'avoir pas
sévi au Dondon contre les insurgés. Le gouverneur le voyant perdu,
çar 11 avait pris les armes non seulement contre Iui, mais contre 122 HISTOIRE D'HATE — (Bu) les blancs qui avaient élé sacrifiés en gränd nombre, voulait lus
offrir l'occasion de prendre la fuite et de chercher uné retraite dans
les montagnes: Il lui ordonna de sé mettre en campagne contre les
révoltés et de lui envoyer tous lés prisonniers qu'il ferait. Moyse, sans
perspicacité, ne comprit pas le gouverneur ; il se mit de nouveau à
parcourir les campagnes, à la tête de cinquante hommes, cherchant
à faire des prisonniers. . à
é sacrifiés en gränd nombre, voulait lus
offrir l'occasion de prendre la fuite et de chercher uné retraite dans
les montagnes: Il lui ordonna de sé mettre en campagne contre les
révoltés et de lui envoyer tous lés prisonniers qu'il ferait. Moyse, sans
perspicacité, ne comprit pas le gouverneur ; il se mit de nouveau à
parcourir les campagnes, à la tête de cinquante hommes, cherchant
à faire des prisonniers. . à Dessalines ayant appris que l’ordre régnait au Cap par F énergié
de Christophe, s'abstint de descendre au Limbé et se rendit à I&
Marmelade auprès du gouverneur. Celui ei se transporta sur Pha=
bitation d'Héricourt où Christophe viat lui rendre compte de ses.
opérations. Le général Moyse comptant toujours sur la générosité
de son oncle , se présenta aussi à d Héricourt. Le gouvérneurf
qui croyait quil s'était déjà retiré au loin dans Îles montagnes,
ne put s'empêcher d'exprimer combien il déplorait cette avéuglé
confiance qui devait le perdre. Cependant 1} le traita encore avé
douceur et lui dit : vous avez pris fée armes parce que vous croyiez
que les blancs retevenaient nos maires; vous avez été plus qu'im:
«prudent; puisque vous ne savez pas vous conduire, vous auriez dû
avoir confiance en ma politique; puis je, moi ci-devant esclave,
iravailler au rétablissement de la servitude? naije pas tous mes
intérêts dans le triomphe absolu de mes anciens compagnons d'infortune ? nous sommes libres ; le moment de nous détacher entière:
ment de ia France n'est pas encore arrivé; vous avez nui à mes
projets ; vous mobligerez peut être à un sacrifice qui féra saigher
mon cœur, mais que cominandera Flintérèt de tous. Foussaint
lui ordonna de garder les arrêts sur cette habitation. I
fit ensuite consulter l'opinion dés colons blancs. Ceux-ci
lui conseillèrent de sacrifier Moyse à la France : ce serait donner
à Ponaparte une haute idée de son attachement à Ja mère-patrie ,
S'il p hiôsitait pas à faire perir un général influent, son néveu, qui
avait pris les armes contre la métropôle. Il pensa lui même qué
ce sacrifice détournerait de sa tête la colère du 4” Consul que sa.
Constitution devait infailliblement excitér. Il n’hésitä plus #
accuser hautement le général Moyse d'avoir été lé chef de l'insursoction. L'adjudant général Idlinger qu'il avait auprés de lui donua
lcciure au prisonnier des chefs d'accusation établis contre lui d'après
Jes interrogatoires et les dénonciations des capüifs. Le G Brumaire.
Moyse fut traité en prisopuier d'état. Le dix du mêtie mois le général Clerveaux le conduisit au Port-de- Paix ; il fu jeté au cächot
dans lé grand fort de eelte ville.
'insursoction. L'adjudant général Idlinger qu'il avait auprés de lui donua
lcciure au prisonnier des chefs d'accusation établis contre lui d'après
Jes interrogatoires et les dénonciations des capüifs. Le G Brumaire.
Moyse fut traité en prisopuier d'état. Le dix du mêtie mois le général Clerveaux le conduisit au Port-de- Paix ; il fu jeté au cächot
dans lé grand fort de eelte ville. ni 4 ni
À celle époque si féconde én affreuses cruautés, alors querien
ne soulevait plus lindignation publique, cette campagne de Dessalines contre les insurgés fit cependant horreur à JA “colonie ; le - HISTOIRE p'uatrr.— (1801) OS 7 . peuple des campagnes Fappela la guerre-couteaux : on s’y était beaucoup plus servi du poignard que du fusil.
- Le gouverneur partit d'Héricourt pour se rendre au Cap. Quand
il parvint sur les hauteurs de cette ville, il fit exterminer une
centaine de cultivateurs qui avaient pris part à la révolte. Le 13
Brumaire (4 Novembre 1801) il entra au Cap avec 49 prisonniers
de distinction, et réunit sur la place d'armes: la population entière.
Les A%° et 2° demi-brigades formaient un bataillon carré derrière lequel était rangé nn escadron de sa garde d'honneur. Tout-à-coup
trois pièées de canon, mêches allumées, débouchérent sur 14 place,
ct pépétrérent dans Île carré; la multitude et les troupes eiles-rmêmes
furent saisies de terreur; lon vit vaciiler les baïonnettes des soldats
tremblans. Toussaint laissant loin derriére lui son état-major parut
seul au milieu de la foule. Ilse fit un profond silence. Voici,
dit-il, l'homme que le général Moyse a représenté comme traître
à la patrie! voici l'homme assassin de ses frères! voici Fhomme
qui à tenté le rétablissement de l'esclavage, qui a trahi fa République, et qui a voulu se faire proclamer roi sur des milliers de cadavres |
Mit le tour de la place, à cheval, toujours seul, plein de fureur,
lançant sur la foule des regards menaçans. Aujourd'hui, continuatil, des coupables recevront leur châtiment; 1ls ent troublé l’ordre
public. Quant au général Moyse, mon neveu, il subira sous peu
de jours la peine que mérite sa prise d'armes; il a conspiré contre
là France sa patrie, et quiconque s'armera contre elle , serait-ce mon
propre fils, périra du supplics des traîtres. Il ordonna à plusieurs
officiers suspects de sortir des rangs , et de se brüler eux mêmes la
cervelle ; .ce qu'ils firent sans murmurer. Alors une foule d'hommes
hésvles uns aux autres parurent sur la piace. Parmi eux l'on remarquait le colonel de la 5% demi brigade Joseph Flaville, les citoyens
Lroisbailes , Banhomme, Jean-Baptiste Lebon. Le carré s'ouvrit , les
trois pièces de canon furent braquées sur eux; uu instant aprèsils
avaietit disparu écharpés par la mitraille. La foule saisie d'horreur
prit la fuite et se dispersa de toutes parts. Toussaint se rendit au
palais national où il fut défendu de péuétrer même aux premières
autorités civiles et militaires; les officiers de sa garde seuls lentouraient. Le lendemain il partit pour le Fort Liberté où la même
scène se renouvela. Là fut baïonnetié le capitaine Hillarion , le frère
de celui qui avait été fusillé au Port Républicani, pour vol domestique.
Du Fort Liberté il se rendit au ‘Trou où il fit impmoler un millier
de cultivateurs de la plaine du Nord qui y avaient été conduits.
Dans ce bourg le massacre fut plus affreux que partout ailleurs.
Il eut lieu autour d'un cayemite que les habitans de ce canton montrèrent avec effroi pendant longtemps aux voyageurs. Le gouver-.
neur retourna au Cap pour s'occuper de la condamnation du général”
Moyse. Après avoir nommé Christophe général-de brigade, il or4
é il se rendit au ‘Trou où il fit impmoler un millier
de cultivateurs de la plaine du Nord qui y avaient été conduits.
Dans ce bourg le massacre fut plus affreux que partout ailleurs.
Il eut lieu autour d'un cayemite que les habitans de ce canton montrèrent avec effroi pendant longtemps aux voyageurs. Le gouver-.
neur retourna au Cap pour s'occuper de la condamnation du général”
Moyse. Après avoir nommé Christophe général-de brigade, il or4 124 HISTOIRE D'HAITI.— (1801) donna à Dessalines de parcourir toute la province afin que Îa tran:
quillité y fut définitivement rétablie. Dessalines fit rentrer, à
coups de fusil, sur leurs habitations respectives , tous les cultivateurs
qu'il rencontra. Quand 1larriva au Limbé on atnena devant lui un homme de couleur. A la vue du mulètre, ils’écria : Je ne veux plus-faire
périr ceux de cêtte couleur, J'en ai fait le serment; cest en assez!
Trop longtemps nous avons été égarés ! donnes la liberté à ce frère: Pendaut cet intervalie une commission militaire avait été formée
au Cap, sous [a présidence du général Pageot, pour juger Île général Moyse. Celui ci ne. fat pas amené devant ses juges ; 1} demeura
au Port de-Paix. Le conseil militaire n'ayant pas entendu la défense
de l'accusé et ne pouvant juger que sur ‘le rapport fait par Toussaint Louxerture, déclara que le genéral Moyse était coupable draprès [es pièces remises contre fui au. tribunal militaire par
le commandant de la place Barada. Toussaint Louverture mécontent de ce jugement qui faisait peser sur lui toute la responsabilité de la mort de son neveu, le cassa, et forma au Port de Paix
une nouvelle commission qui condamna Moyse à la peine capitale
comme coupable dus crime de rébellion. Le condamné fut fusillétle.
29 Novembre 1801 dans le grand fort du Port-de-Paix sous les yeux
du général Clervaux. + Aussitôt qu'il eut appris l'exécution de Moyse lc gouverneur abandonna le Nord, traversa rapidement les villeset bourgs sans s'arrêter,
dans un abaticment profond , se sentant seul en présence des blancs,
ayant excilé l'indignation de la population noire , par la mort de
son neveu quil avait ordonnée, et ne se croyant pas le droit de
compter sur les hommes de couleur. Le lendemain de son arrivée à St. Marc, il était d'une humeur
furieuse ; ses favoris les plus intimes n'osaient l'aborder. fl. venait d'apprendre qu'un prochain traité de paix devait être conclu
crire la France et l'Angleterre; il avait remarqué que les colons
quil avait comblés de bienfaits se montratent joyeux de la Hberté
des mers que le gouvernement britannique allait bientôt accorder. à
Ja République. L'on parlait hautement d'une expédition qui devait
être dirigée sur St. Domingue. D'une autre part,1l paraissait bourrelé
au remords et de chagrin. Jamais on ne l'avait vu dans un tel état
d'inquiétude et d'agitation, lui qui dissimulait si bien ses sentimens
et Ses émotions. Il éiait étonné lui-même des immolations quil
venait de faire, d'avoir sacrifié Moyse à la France, d'avoir exterminé tant de noirs qui n'avaient pris les armes conire lui que parce
qu'ils l'avait cru aveuglement dévoué aux intérêts des blancs. Il
sentit quil avait poussé beaucoup trop loin son système , que la prisé
d'armes de Moyse était un avertissement que lui avait donné le
peuple. Tout lui annonçait que quelles que ses condescendances envers la France, il ne jouirait plus de la confiance
oir sacrifié Moyse à la France, d'avoir exterminé tant de noirs qui n'avaient pris les armes conire lui que parce
qu'ils l'avait cru aveuglement dévoué aux intérêts des blancs. Il
sentit quil avait poussé beaucoup trop loin son système , que la prisé
d'armes de Moyse était un avertissement que lui avait donné le
peuple. Tout lui annonçait que quelles que ses condescendances envers la France, il ne jouirait plus de la confiance à ? tisToire p’Haiti 1801) 125 du gouvernement métropolitain. Il éloigna dès lors les blancs de
son intimité, et songeu à faire oublier aux hommes de couleur les
vengeances cruelles et inutiles qu'il avait exercées sur eux après la
chûte de Rigaud. Il se disposait à partie de St-Marc pour le Port- Républicain, quand
un blanc sapprocha de lui et se plaignit de ce qu'un de ses guides Pavait frappé. Il lui répondit sévérement : la justice vous écoutera et vous fera droit si la raison est de votre côté. Il rentra
au palais national tout ému se plaça au centre des officiers de son
état-major et dit: Avant la révolution javais un maitre que
j'aimais; 11 m'avait fait apprendre à lire et à éerire; chaque dimanche 11 me laissait aller au Cap entendre la messe; je portais
toujours un livre de prières. Un jour je fis là rencontre d'un blane
qui me fendit la tête d'un coup de bâton, en me disant : Ne sais-tu ps
qu'un - nègre ne doit pas apprendre à lire? Je lui demandai pardon
humblement, et j'avouai que j'étais coupable de savoir lire La voix de Toussaint s'altéra a; des larmes remplirent ses venx.
— Mon gilet fut couvert de sang, continua-t-1l. De retour chez
mon maître, Je ne cessai de porter ce gilet qui me rappelait que
javais un jour, à me venger de cet affront. Quand la révolution
éclata , le hasard me fit rencontrer ce blanc; c’élait au haut du
Cap. Je l'abordai et lui dis, lui montrant mon gilet : reconnais-tu
ce sang ?.. Il pâlit, chancela et me demanda grâce … Je lur
ouvris le ventre avec mon poignard. Mes amis, l’homme ne doit
jamais oublier les humiliations qu'il a reçues. Il sortit de la
salle, plein de fureur, s’élança sur- son cheval et partit pour le
Port-Républicain, Aussitôt après son arrivée en cette ville, il reçut
des dépèches du colonel Vincent, par la voie de Jacmel; elles lui
annonçaient qu'une expédition formidable se préparait en France
contre St-Domingue. Il réunit au palais du gouvernement les hommes de couleur les plus marquants , se plaça au milieu
d'eux et leur dit : Je sais que j'ai été, après la chûte de Rigaud,
injuste envers les hommes de couleur en violant l’amnistie du
4er Messidor ; mais des blancs suélérats m'avaient conseillé d'agir
ainsi envers eux; je suis revehu de mes erreurs ; je vous jure dé
vous accorder toute ma confiance ; Je ne verrai désormais dans les
blancs que des monstres. Réunissez-vous à moi afin que Je les détruise ; failes savoir à vos frères ce que je vous dis; exhortez-les
à ne pas m'abandonner. Les hommes de couleur étaient silencieux
et étonnéss; 1l ne les quitta pour rentrer dans ses appartemens, que
lorsqu'ils lui dirent qu'ils avaient oublié le passé. Ii -adoptait le
système de Moyse dont il ‘avait ordonné La mort; dans le sang de
son neveu il avait découvert combien était fausse la voie qu il
avait suivie.
à vos frères ce que je vous dis; exhortez-les
à ne pas m'abandonner. Les hommes de couleur étaient silencieux
et étonnéss; 1l ne les quitta pour rentrer dans ses appartemens, que
lorsqu'ils lui dirent qu'ils avaient oublié le passé. Ii -adoptait le
système de Moyse dont il ‘avait ordonné La mort; dans le sang de
son neveu il avait découvert combien était fausse la voie qu il
avait suivie. Quand les hommes de couleur se furent retirés il appela dans son cabi 126 | HISTOIRE D’HAITI.—(1801) net particulier la plupart des officiers supérieurs noïts qui se trouvaient
au P'-Républicain, et leur dit que le moment d’exterminer les blancs
était arrivé, qu'ils étaient parvenus à la dernière période de la révolution, et qu'ils ne seraient vraiment libres et heureux, qu'après ce
massacre général. Je veux, s'écria-t-il, que sous peu, l'on ne
puisse pas trouver, à St-Domingue, même une parcelle de la chair
de l’homme blanc , du français surtout, pour s’en servir comme
remède, si c'était prescrit dans la maladie la plus grave. Il leur
recommanda d’user de dissimulation envers les européens, et de
se montrer à leur égard, comme par le passé, en attendant ses
instructions. | d IL fit aussitôt partir des émissaires pour Îa Jamaïque , avec mission d'entrer En négociations avec le général Nugert, gouverneur
de ceite île, relativement à des avantages commerciaux considérables
qui pourraient être accordés au gouvernement britannique, en com:
pensation des secours qu’il lui fournirait contre la France. Il s'était”
déterminé ‘à hâter l'exécution “de son projet d'indépendance. A une
autre époque, alors qu'il ne croyait pas sérieusement à une expédition française, 11 ne vouloit traiter avec les Anglais qu'à des con:
ditions très-favorables à ses intérêts; mais maintenant, se trouvant
en présence d'un danger éminent, il se montrait ‘disposé à faire
les plus grands sacrilices en faveur de l'Angleterre. | ‘ LIVRE VINGT-DEUXIÈME. 1803. Sommaire. Les dispositions de ‘Toussaint contre les blancs transpirent dans le
public.—Leur inquiétude—Silencé de Bonaparte à l'égard de Toussaint —Arrivée officielle à Saint-Domingue de la signature des préliminaires du traité d’A.
miens —Le général Negent, gouverneur de la Jamaïque, rompt ses négociations avecs Toussaint —Mission de Sasportas à la Jamaïque. — Toussaint part
pour Santo-Demineo —I{nstrüctions qu'il laisse à ses généraux = T'arrivée à Pa.
ms du colonel Vincent, porteur de la constitution de 1801, achèvé de déter.
riner Bonaparte à envoyer une expédition à St-Domingue. — Bonanarte prend
traité d’A.
miens —Le général Negent, gouverneur de la Jamaïque, rompt ses négociations avecs Toussaint —Mission de Sasportas à la Jamaïque. — Toussaint part
pour Santo-Demineo —I{nstrüctions qu'il laisse à ses généraux = T'arrivée à Pa.
ms du colonel Vincent, porteur de la constitution de 1801, achèvé de déter.
riner Bonaparte à envoyer une expédition à St-Domingue. — Bonanarte prend “l'avis du Conseil d'Etat et de son conseil privé sur lexpédition de St. Lomingue.
= Vincent, Bernadotte, Dumas, fucien Bonaparte, Foucher, s'efforcent de le
détourner de ce projet —[s Conseil d'Etat décide que l’ixpédition sera entrepriSe Aventure de Lapointe à Paris=-Grand armement dans les ports de France,
— Horces de l’expédition—Les fils de Toussaint avant de partir pour St-Bomin.
gue vont saluer Bonaparte aux Tuileries— Paroles que leur adresse Ie premier
Consui—{e général Leclerc, commandant en chef de lexpédition avec letitre
de capitaine-général | s’embarque sur le vaisseau l'Océan. — Départ de la flotte.
Officiers généraux de larmee expélditionnaire.—La flotte aborde au cap Samana.—[l'armée est partagée en quatre divisions: celle de Rochambeau se dirige “sur le Fort-Liberté ; celle de ,Boudet sur le Port-Républicain ; celle de Hardy
sur le Cap-Français: celle de Kerverseau_ sur Sto-Domingo.—Le général. Rochambeau s'empare du Fort-Liberté.—Etat de la ville du Cap — Lettre de Leclerc à Zhristophe.-—Adresse du ler Consul-aux habitans de St-Domingue. —-
Incendie du Cap La division Humbert prend possession de eette ville— Leclerc arrive.—Villate , Rigaud , Pétion , Léveillé, Belley, Dupont , Ludué, Quayer
Larivière et d’autres officiers noirs et de couleur , hostiles à Toussaint, débats 128 HISTOIRE D’HATI.—(1801). quent au Cap.—Pauline Bon: parte, dame MAN LL y débarque aussi. — Tous
saut revient de la partie de PE à ses officiers.—Il se rend faux
Gonaives.— L’escadre .de Latéuche Prétiite. rt la division Boudet, mouille
au LV Sa pape LC de résistance prises par le commandant ‘LamarLe fort Bizoton se read aux français sans résistance — Combat du Portail tinière.
de Léogaur. — Boudet in du Port Républicain —Il apprend l'arrivée de
Dessalines dans la plaine du Cul-deS fait occuper la Croix-des-Bouquets
de PE à ses officiers.—Il se rend faux
Gonaives.— L’escadre .de Latéuche Prétiite. rt la division Boudet, mouille
au LV Sa pape LC de résistance prises par le commandant ‘LamarLe fort Bizoton se read aux français sans résistance — Combat du Portail tinière.
de Léogaur. — Boudet in du Port Républicain —Il apprend l'arrivée de
Dessalines dans la plaine du Cul-deS fait occuper la Croix-des-Bouquets jar 2,000 hommes. — Hôpital du Por Républicain Les dispositions hostiles de Toussaint à l'égard des blancs avaient
franspiré dans le public. Ceux-ci n'avaient plus en l'avenir la mé:
me confiance qu'autrefois ; ils craignaient d'être tous massacrés à
l'arrivée des français ; ce que Toussaint eût déjà exécuté s’il avait été
certain des grands préparatifs de guerre qui se faisaient dans les ports
de France contre St Domingue. Le gouverneur s'attendait à reces
voir des lettres du 4er Consul en réponse à plusicurs qu'il lui
avait adressées. Bonaparte ne lui avaii pas écrit. Ce silence quil
prenait pour du mépris lindignait profondément. IL disait qué ses
ennemis personnels étaient écOULÉS ; que Îa France oubliait ses services récens qui, rendus à l'Angleterre ou à 1 Espagne, auraient
été mieux appréciés. I se sentait humilié d'êlre toujours en relations
avec les Ministres seulement qu'il traitait de. valets. .Il ne voulait
plus prendre par lui-même connaissance de leurs paquets ; il confinit ce soin à ses secrétaires. Bonaparte, disait-1l souvent, est le
premier homme en Europe; moi, je suis le premier homme de
l'archipel des Antilles. IE avait adressé une letire au premier consul dont [à suscription intérieure ‘portait : le premier des noirs au
premier des blancs. N’en recevant aucune réponse il croyait Sins
Bonaparte avait été offensé de ce parallele. Alors arriva officicilement à St-Domingue la nouvelle de “la signature à Londres des articles préliminaires de la paix européenne,
(ler Août 1801) par lord Hawkesbury, et le citoy en Olto, chargé
d'affaires de la France; on sut que la ville d'Amiens avait été dés
signée pour les négociations d’un traité définitif; que Joseph Bona*
parte, conseiller d'Etat, y représenterait la France, ét lord Corn
- wallis, l'Angleterre. Toussaint apprit aussi qu'un rapport du con:
seiller Thibeaudeau annonçalt le rétablissement de l'esclavage à a
Martinique, à Cayenne, et qu'une administration forte soumetirait. Ja Guadeloupe et St- Domingue à la volonté de la France. Ces nouvelles agitérent exlraordinairement le gouverneur , qui redoutait la
restauration de l'ancien régime. Il s’aperçut que les terreurs des,
blanes augmentaient ou jour; et pour les apaiser il publia le
18 Décembre 1801, une proclamation par laquelle il recommandait
aux autorités civiles, ét: militaires, ainsi qu'au peuple, « de recevoir
« les ordres et les € envoyés de la métropole avec le respect de la
volonté de la France. Ces nouvelles agitérent exlraordinairement le gouverneur , qui redoutait la
restauration de l'ancien régime. Il s’aperçut que les terreurs des,
blanes augmentaient ou jour; et pour les apaiser il publia le
18 Décembre 1801, une proclamation par laquelle il recommandait
aux autorités civiles, ét: militaires, ainsi qu'au peuple, « de recevoir
« les ordres et les € envoyés de la métropole avec le respect de la RS \ HISTOIRE D’SAITI:—(1801) 129:
x pièlé ftiate.… » Mais les derniers paragraphes he la proctaniation
fâisaient une sorte d'appel à l'armée. Pendant cet intervalle le général Nugent, gonverneur de la Jamaique, ayant reçu à Kingston la nouvelle. de Îa signature-des prélimi:
paires. de paix entre la France et. l'Angleterre, renvoya à St. Domingue les agens que Toussaint: avait auprès. de. lui, et fit savoir:
à celui-ci que toutes ses conventions avec le gouvernement britannique dévenaient nulles. Le gouverneur aceusa les anglais. de perfidie, dit quil se vengerait de:leur mauvaise foi, et qu'il saurait:
mourir en brave: soldat pour- la liberté. IF envoya aussitôt à la Jamaique, pour soulever lés. ateliers de cette colonie deux émissaires,. Sasportas et Dubuisson.. Peu de jours après “leurs arrivée à
Kingston ,. Dubuisson fut: dénoncé à l'autorité par quelques esclaves auxquels 1} avait communiqué son projet, Il fut arrêté et condamné à la. peine capitale. Le gouverneur anglais [ui-pronit sa grâce,
à liberté ’et 800 piastres , s il dénonçait ses. complices. IE nomma
Sasportas qui fut à son tour arrêté, jugé et condamné: à: être pendu.
La. potence fut dressée au centre de la grande: place. ‘Quand Sasportas arriva au lieu de l'exécution, au milieu d’un peuple de toutes
les. couleurs, le gouverneur lui dit: Sasportas, condamné, vous
voyez la corde qui doit vous ôter la vie ;: faites connaître -vos comPlices au gouvernement britannique, vous recevrez votre grâce. Me
prenez-vous pour un. Dubuisson, s'écria t-il, en anglais, pour un vil
dénonciateur ; je meurs. pour Ja liberté ; je vois parmi vous tous.
qui mentourez, autorités et peuple, des. complices ;: mais qu'ils.
vivent inconnus ;- et.si les idées que je leur ar inspirées germent dans
leurs cœurs , ils les feront éclater un jour. Quand il. eut atteint le
sommet de l'échelle appuyée contre la potence, 11 se tourna vers
là multitude et: dit d'une voix foite: « Nègres et Mulâtres de la
«Jamaique ! quand imiierez-vous vos frères de Saint Domingue ?
« aSsassinez vos maîtres. et rendez-vous libres. ». Le gouverneur
commanda au bourreau de hâter l'exécution, et le cadavre du condamné demeura, suspendu dans l'air aux. acciamations des blancs:
Ainsi échoua le projet d’insurrection- tentée par Toussaint contre la.
Jämaïque. Dubuisson reçut les 800: piasires promises , et fut em:
barqué sur un bâtiment neutre allant à St. Thomas. IF Lui fut
défendu de ne jamais remettre le pied sur le territoire anglais
mème jeté par la .tempête, sous peine d'être pendu:
Toussaint continuait: à appeler. auprès de lui: lés RomatkoS
de couleur; peu accouraient à sa voix’, tant. sa dissimulation excitait. leur défiance. I :partit. du. Port Républicain où
il laissa Lamartinière, homme de couleur, ecomniandant de la
3e coloniale, avec ordre de surveiller le général Agé, commandant
de l’Arrondissement, et le colonel Dalban, commandant de la place,
tous les: deux blancs français. Partout où il passa il ordonna à.
ès de lui: lés RomatkoS
de couleur; peu accouraient à sa voix’, tant. sa dissimulation excitait. leur défiance. I :partit. du. Port Républicain où
il laissa Lamartinière, homme de couleur, ecomniandant de la
3e coloniale, avec ordre de surveiller le général Agé, commandant
de l’Arrondissement, et le colonel Dalban, commandant de la place,
tous les: deux blancs français. Partout où il passa il ordonna à. “
+ 130 HISTOIRE D'HAITI.—(1801) ses lieutenans de massacrer les blancs, de brûler les villes, et
d'exciter les hommes de couleur à s'armer en sa faveur, si Îles
français attaquaient la colonie. Il gagna la partic espagnole, pour
y établir un système de résistance, sans fnéanmoins être parfaites
ment certain des projets de la France à son égard. |
Le colonel Vincent était arrivé à Paris vers le milieu d'Octobre.
Il avait remis au premier consul la constitution de Toussaint, Get
acte vainquit les irrésolutions de Bonaparte concernant une expédition contre St-Domingue. Le 4er consul n ignorait pas les traités
secrets que Toussaint avail faits avec les Anglais ; et la constitution coloniale fut considérée comme un acte d'indépendance.
Cependant Bonaparte réunit son conseil privé, le Conseil d'Etat,
la plupart de ceux qui l’entouraient, et les consulta sur lexpédition. Le ministre Forfait, Bernadotie, Dumas, Lucien Bonaparte,
Fouché, s’appuyant sur l'exposé de l'état de la République, en
_ date du 2 Frimaire an X (23 Novembre 1801), portant qu'à Saint
Domingue et à la Guadeloupe il n'existerait plus d’esclavage , que
tout y était libre et ÿ resterait hbre, s'eflorccrent de détourner le
Dremier Consul de ce projet, Le colonel Vincent lui conseilla de
refuser simplement sa sanetion à la consiliution coloniale: — On
mettrait, disait-il, Toussaint dans l'alternative ou de céder sa dignité à un nouveau gouverneur envoyé par la France, ou de se
placer hors la loi en résistant aux ordres de la métropole ; il ajouta
que si on J'attaquait par un coup de surprise, en le forçant à se
Se on donnerait à sa cause les apparences du bon droit. :
De leur-côté les colons soutenaxient que seize mille howmes suf-:
firaient pour exterminer une population ignorante, et à leur avis
essentiellement lâche; que l'aspect du fouet seul pourrait la faire |
rentrer dans le devoir. Vincent leur répondit en présence du 4%
Consul que les noirs et les hommes de couleur de St. Domingue
n'étaient pas tels qu'ils les représentaient; que loin d’ètre des hommes lâches, ils étaient au contraire braves, aguerris par onze ans
de combats et éclairés par une longue expérience. Il déclara même
que les meilleures troupes de France ne pourraient lutter longtemps
contre eux, dans les montagnes, sous le soleil meurtrier des tropiques ; que la fièvre jaune finalement les anéantirait. Les colons accu=.
sérent Vincent d'être un mauvais français, un négrophike, et d’avoir
été gagné par l'or de Toussaint Louverture. Bonaparte partageant
leur indignation le menaça de sa disgrâce ; il ne tardera pas à l'envoyer en exil à l’ile d'Elbe avec un faible emploi. L'ex-commissaire
eivil Sonthonax avait fait un mémoire dans lequel il combattait le
projet d'expédition comme contraire jaux intérêts de la France.
Fouché puisant ses argumens dans ce mémoire s’opposa énergiquement aux conseils que donnaient les colons. * Messieurs Fleurieu
. Bonaparte partageant
leur indignation le menaça de sa disgrâce ; il ne tardera pas à l'envoyer en exil à l’ile d'Elbe avec un faible emploi. L'ex-commissaire
eivil Sonthonax avait fait un mémoire dans lequel il combattait le
projet d'expédition comme contraire jaux intérêts de la France.
Fouché puisant ses argumens dans ce mémoire s’opposa énergiquement aux conseils que donnaient les colons. * Messieurs Fleurieu # Senthonax temba lui aussi en pleine disgrâce et fut envoyé à Lyon, HISTOIRE D’MAITI.—(180) | 181 et Malotet , chefs du parti colonial emportèrent la majorité des deux
conseils en faveur de l'expédition. I fut décidé qu'après la conquête
on maiatiendrait l’esclavace:., conformément aux lois. et réglemens antérieurs
à 4789; et que la traite ‘des noirs: et leur importañiôn auraient: lieu:
_ suivant les lois existantes. à: cette époque. * Le commandement de l'expédition fut offert à Bernadotte qui le refusa. Il déclara. qu'il ne consentirait à sa rendre à St. Domingue que comme négociateur sur
une frégate; qu'il obtiendrait ainsi des résultats. plus avantageux
que s'il sy présentait avec des forces imposantes. Bernadotte se
trompait; 1l eut été chassé de l'ile. comme Hédouvitle par laudacieux gouverneur ;. il n'était plus possible dé détourner Toussaint
Louverture de- son projet d'indépendance. Alors il fut résolu que
le général Leclerc, beaufrère du. 1* Consul, commanderait lex
édition. Cependant il eût été plus convenable de confier cétte grande entréprise au général Lavaux qui avait gouverné St. Domingue avec
talents et qui sy était couvert. de gloire. Bonaparte qui abhorrait.
son négrophilisme ve voulut pas même lui accorder une audience. Le cabinet de St. Cloud continua à se livrer avec ardeur aux préparatifs de l'expédition. Bonaparte ayant réuni autour de lui tous
les officiers supérieurs qui avaient fait la guerre däns la colonie,
écoutait leurs avis , surveillait et dirigeait les opérations. Les cartes
dé SL Domingue qu'il avait sous les veux ne lui paraïissaient pas
assez détaillées pour dresser. un. plan de campagne. On lui apprit
. que Jean. Baptiste Lapointe qui sous les anglais avait commandé à VArcahaie , était à Londres et avait une carte des plus détaillées
de là colonie. Il envoya auprès de lui des agens qui lui proposérent une somme cousidérable s'il voulait: venir en France. Las
senter au fer, Consul la carte qu'ii possédait : Lapointe hésita mais il lui fut promis que sa personne et sa liberté seraient res
pectées. Il se rendit à Paris, et remit au ministre dé la Marine
de nombreux plans de tous les quartiers de l'île. Après les.
avoir consultés , le. ministre lui demanda‘ combien 1l faudrait. de.
troupes , à son avis, pour soumettre Saint Domingué, si toute.
la ,population se pronongait contre ‘la France. Gent mille hommes , répondit Lapointe, débarqués en même temps, et. le. même.
chiffre toujours entretenu pendant plusieurs années. If fut traié
dé fou: Peu. de jours après il fut arrêté par la police, sur la dé-.
nonciation d'un colon. de l’Arcahaie qui l'aceusa d'avoir livré ceite:
commune: aux. Anglais. Il fut traduit pardevant une commission
é, si toute.
la ,population se pronongait contre ‘la France. Gent mille hommes , répondit Lapointe, débarqués en même temps, et. le. même.
chiffre toujours entretenu pendant plusieurs années. If fut traié
dé fou: Peu. de jours après il fut arrêté par la police, sur la dé-.
nonciation d'un colon. de l’Arcahaie qui l'aceusa d'avoir livré ceite:
commune: aux. Anglais. Il fut traduit pardevant une commission peu de temps après. Néanmoins le ler; consul admirant les talens qu'il
avait démontrés dans ce mémoire accorda à chacun. de ses. beaute les
frères Villevaleix , une bourse au eollège de Lamarche. - . * Mémoires de Fouché. ‘Tous les actes de Leclerc, après l'occupation
de l’île, sont en: harmonie avec cette décision, 133 | HISTOIRE D'HAITI.— (1801). militaire comme traître à la patrie. Fouché avait été son censeur Chez les oratoriens dé Nantes. * El lui fit connaître qu'il avait dans
ses papiers le procès-verbal par lequel les habitans de lArcahaie réunis dans l'église de ce bourg l'avaient contraint à se livrer aux
Anglais. Lapointe lui-même avait été l'âme de cette trahison; cependant il avait fait rédiger le procès-verbal de telle sorte que sa
responsabilité se trouvait à l'abri. On lui permit de donner à ses
juges lecture de cette pièce. La commission reconnut avec étonnement la signature du colon son accusateur, parmi les noms de ceux
qui avaient signé le procès-verbal. Lapointe fat acquitté; cependant
la police lui enjoignit de quitter la France à bref délai. I parut
sans avoir reçu la somme qui lui avait été promise. # Pendant cet intervalle, il se faisait de grands préparatifs de guerre
dans les ports de Flessingne, du Hâvre, de Brest, de Lorient,
de Rochefort, de Cadix et de Toulon. Tous les bâtimens desla
marine nationale étaient ravitaillés et armés. Les plus belles troupes
de France , les soldats de Jourdan, de Moreau, de Hoche, de Bonaparte, vainqueurs en Allemagne , en Italie, eñ Egypte atteignaient
par des marches forcées, les villes maritimes de l'Océan et» dela
Méditerranée. La France n'avait jamais vu un plus grand déploiement de forces navales; la Hollande et l'Espagne ses alliées devaient
fournir leurs contingents. Dans le port de Brest étaient réunis 48
“vaisseaux, 9 frégates ou corveittes, 3 bâtimens légers ou de transport , sous les ordres de l'amiral Villaret-Joyeuse. (Ces navires portaient les 5.°, 11.°, 3.° demi-brigades légères; les 22:°, 312, 79° demi-brigades de ligne ; le 19.° de chasseurs à cheval et un corps
d'artillerie; ces forces fournissaient un effectif de 6,600 hommes.
L'escadre de Lorient était composée d’un vaisseau de ligne, d'une frégate, de deux corvettes. Elle portait la 71.° demi Frigade: de 900 hommes. Six vaisseaux de ligne, six frégates, deux corvettes, deux avisos
sous les ordres du contre-amiral Latouche Tréville , formaient lescadre
de Rochefort ; ils portaient les 15.°, 56 *, 68.° et 50° de ligne, la légion
6,600 hommes.
L'escadre de Lorient était composée d’un vaisseau de ligne, d'une frégate, de deux corvettes. Elle portait la 71.° demi Frigade: de 900 hommes. Six vaisseaux de ligne, six frégates, deux corvettes, deux avisos
sous les ordres du contre-amiral Latouche Tréville , formaient lescadre
de Rochefort ; ils portaient les 15.°, 56 *, 68.° et 50° de ligne, la légion de la Loire , le 19.° de dragons et un régiment d'artillerie ; ces corps qui n'étaient pas au complet, formaient une division de 4,000 hommes.
L'escadre de Toulon sons jes ordres de l'amiral Ganthaume était de quatre vaisseaux de ligne, d'une frégate, d'une corvette et d'une flûte; elle était chargée des 28.°, 74° et d'un régiment d'artillerie
fournissant 4,200 hommes. pétr RS Re
Celle de Cadix commandée par l'amiral Linois était composée de * trois vaisseaux de ligne et de trois frégates ; elle portait la 49.°de
. ligne, un bataillon allemand et le 10.° de dragons; 2,400 hommes. à Lapointe né à l’Arcahaie ( St.-Domingue,) avait été élevé au sémi- -
naire de Nantes. Il ne s'était réellement déterminé à passer d’Angieterre
D A La | { en France qu'afin de voir une sœur qu'il avait à Nantes,
HISTOIRE D'mAYTI. (180i) : r 153 À WA j _ de ligne de 1,400 hommes. LA
La division hollandaise, sous les ordres du contre-amiral Hartzirch
était composée de trois vaisseaux de ligne, de trois frégates; elle portait la 7.° de ligne, et une compagnie d'artillerie , 1,500 hommes.
Toutes ces troupes donnaient un effectif de 21,000 hommes portant
fusils. * ; s
… L'armée française était composée en grande partie de vétérans ,
républicains sincères, la plupart soldats de Moreau dont Bonaparte
voulait se défaire, prétendait-on. On disait qu'ils le gênaient pour
Paccomplissement de ses projets ultérieurs, qu'il était satisfait de Dans la rade du Hâvrélouvoyaient quatre frégates portant la 98.* * Pendant les mois qui suivirent la prèmière expédition, dans le courant
de 182 et dans les premiers mois de 1803, il arriva successivement dans
la colonie : | RER UE | Sur le vaisseau le Pélagir la 77e. demi-brigade, légion expéditionnaire
de 1,600 hommes, en Prairial an 19. Sur le Formidable et l’Annibal, la 7e. légère, et des détachemens particuliers, en tout 1,600 hommes, le 13 Thermidor an 10; Sur lIntrépide , la 83e. de ligne de 1,400 hommes ; lei24 Therm'dor
an 10; | LUE. | Sur le convoi le Ilougre le Vautour, 700 hommes de la 3e. de ligne,
te 24 T'hermidor an 10 : La | | … Sur le convoi le brick le Lodi, la première légion polonaise de 2,000
hommes le 24 Fructidor an 10; Sur le transport l’Egyrtienne , quatre bataillons gardes côtes , 2,570
-hommes, le ler. Jour co nplémentaire; | RiAE SÈRe |
UE. | Sur le convoi le Ilougre le Vautour, 700 hommes de la 3e. de ligne,
te 24 T'hermidor an 10 : La | | … Sur le convoi le brick le Lodi, la première légion polonaise de 2,000
hommes le 24 Fructidor an 10; Sur le transport l’Egyrtienne , quatre bataillons gardes côtes , 2,570
-hommes, le ler. Jour co nplémentaire; | RiAE SÈRe | Sur le Prudent un batailon étranger de 512 hommes, le 8e. Jour com:
pléméentaire ; Fa DE Te A Sur le Jenne Edouard et sur l’Aristide 227 hommes de la 83e. de ligne,
le 29 Vendémiuire an 11. | ie
h'Artillerie à diverses époques 4,522; infanterie aussi à diverses époques:
6,400 hommes. | re
… La France envoya en totalité dans la celonie pendant les ännées 1802
Ù 1803, 42531 soldats blancs qui furent en partie exterminés par le fer &
le climat en moins de 18 mois. Îlne faut pas comprendre dans ce chiffre
les équipages des bâtimens de guerre qui gardaient le littoral et combat:
tient à chaque fois que l’occasion s’en présentait avec la même intrépidité que les troupes de terre. HN ; Le général Leclerc trouva à St-Domingue 1,200 hommes de troupes
européennes les restes de vingt bataillons et de nombreux corps de marine qui
V avaient été envoyés pour combattre les Angl:is. Leclerc dans sa Iütte
“contre Toussaint Louverture fut aidé par 6,000 hommes de troïpes coloniales
noires et jaunes. Après la chûte de Toussaint toute l’armée coloniale de
20,000 hommes environ se rallia aux troupes françaises ; mais quand la
tentative du rétablissement de l'esclavage força Capoix , Pétion , Dessalines,
-Chuistophe, Férou à s’armer contre la métropole ,les troupes coloniales
‘abandonnèrent successivement l’armée française et passèrent dans les rangs des montagnards indépendans, | * 134 | HISTOIRE D'HAITI. ( 1801) trouver une oceasion en àpparence Muse pour la France, de les jeter à l'extermination. L'opinion publique égarée par la malveillance, se prononçàa à Paris assez énergiquement contre cel épouvantable maehiavélisme. Fouché, ministre de la police, l’en instruisit aussitôt. Bonaparte lui dit: « Eh bien ! vos jacobins préten- « dent méchamment que ce sont les soldats et les amis de Moreau que j'envoie périr à St. Bomingue; ce sont des fous hargneux ! laissons les jaboter; on ne gouvernerait pas si l’on se laissait entraver par les diffamations et les calomnies. »
_ Le fils de Toussaint, Isaac Louverture, était toujours à Paris au collège de la Marche. Avant les préliminaires de Londres, Placide, beaufils du gouverneur, avait été retiré de cet établissement, ainsi qu'on l'a vu. Bona’arte l'avait fait embarquer à Brest, comme aide-de camp du général Sahuguet, sur le vaisseau de l'amiral Ganthaume se rendant en Egypte pour renforcer l'armée. L'embarquement de Placide avait pour but de tromper les anglais qui devaient penser que l'expéditien se dirigeait sur St. Domingue. Le vaisseau fut contraint de relâcher à Toulon, et Placide, de retour à Paris fut appelé aux Tuileries avec son frère... [Ils se rendirent auprès du
embarquer à Brest, comme aide-de camp du général Sahuguet, sur le vaisseau de l'amiral Ganthaume se rendant en Egypte pour renforcer l'armée. L'embarquement de Placide avait pour but de tromper les anglais qui devaient penser que l'expéditien se dirigeait sur St. Domingue. Le vaisseau fut contraint de relâcher à Toulon, et Placide, de retour à Paris fut appelé aux Tuileries avec son frère... [Ils se rendirent auprès du 4% consul accompagnés du citoyen Coisnon, directeur du collège de -
la Marche. Le ministre de la marine les présenta à Bonaparte. Celui-ci leur annonça qu'ils allaient partir avec l'armée pour St Domingue. Îl leur dit: « Quand vous arriverez dans votre pays, vous ferez savoir à votre père que le gouvernement français lui accorde protection, gloire et honneurs , el qu'il n'envoie pas dans la colonie une armée pour le combattre, mais bien pour y faire. respecter le nom français contre les ennemis de la patrie. » Le lendemain le minsire de la marine inyita à un sompiueux repas Monsieur Coisnon et ses deux élèves. Les principaux convives étaient le général
Leclerc, le vice amiral Bougainville, le citoyen Bénézech, conseiller d'Etat, le gïnéral Davoust, et le colonel Vincent. Le même jourle gouvernement fit don à chacun des enfans de Toussaint d'un riche.
costume militaire et d’une magnilique armure. Le général Leclerc après avoir reçu ses instructions du 4” consul,
se rendit à Brest -et s’embarqua sur le vaisseau amiral l'Océan. Les
fils de Toussaint accompagnés de M. Coisnon montérent à bord de
la Syrène, et la frégate la Vertu fut chargée d'une foule d'officiers
noirs et de couleur de Si. Domingue qui s'étaient réfugiés en France -
après la guerre civile. Parmi eux l’on remarquait Rigaud, Pétion
et Boyer. To
du 4” consul,
se rendit à Brest -et s’embarqua sur le vaisseau amiral l'Océan. Les
fils de Toussaint accompagnés de M. Coisnon montérent à bord de
la Syrène, et la frégate la Vertu fut chargée d'une foule d'officiers
noirs et de couleur de Si. Domingue qui s'étaient réfugiés en France -
après la guerre civile. Parmi eux l’on remarquait Rigaud, Pétion
et Boyer. To La flotte appareilla dans le mois de Décembre 1801. Elle’ était
eommandée par les marins les plus expérimentés et les plus intrépides que la France eut alors : Villaret Joyeuse, Latouche Tréville,
Delmothe, Ganthaume, Linois, Magon, le hollandais Hartzine et
l'espagnol Gravina ; et la superbe armée qu’elle portait avait à sa tête : A À a HISTOIRE D'HAITI 802) | 155 le divisionnaire Leelere, général en chef de l'expédition sous Îetitre
de Capitaine-Général, soldat du Rhin, de l’Addige et du Nils
Dugua, un des héros de h bataille des Pyramides; Humbert célèbre par son débarquement en Irlande, soüs le Directoire Exécutif;
Clausel, Watrin qui s'étaient couverts de lauriers , sous les ordres
de Masséna, contre les russes commandés par Souvarov: Boudet
qui avait conduit l’artillerie française au travers du Saint Bernard,
et s'était acquis une brillante gloire à Marengo:; Rechambeau, officier
de réputation , mais perfide et cruel qui s'était distingué à la Mar-
. tinique et dans le Tyrol ; Hardy, Débelle, Dévaut, Claparède et une
foule d'autres qui tous avaient repoussé l'étranger des frontières de la
patrie , au cri de la liberté. Le citoyen Hector Daure qui avait
démontré en Egypte des talens administratifs, avait été nomméordonnateur en chef de l'armée. Bénézech qui avait été ministre de
Pintérieur en France, fut nommé ministre colonial peur St. Domingue.
Les instructions secrètes qu'avait reçues le capitaine-général Les
clerc, en harmonie avec la décision du Conseil d'Etat et du con:
sell privé portaient que l'esclavage serait rétabli après la eonquéte ,
que la plupart de ceux qui avaient joui de la liberté par la révolution seraient exterminés et seraient remplacés par la traite des africains.
Isaac et Placide, après trente jours de navigation, reçurent l’ordre
de l'amiral Villaret Joyeuse de passer à bord du vaisseau le Jean
Jacques ; la -Syrène se dirigea sur la Guadeloupe. ;
L'escadre de Rochefort qui portait la division Boudet aborda ls
première au cap Samana; les autres ÿ arrivèrent successivement.
Celle de Brest sur laquelle se trouvait Leclerc attérit la derniére.
Les français virent avec extase se dérouler devant eux les flots de
verdure de nos magnifiques savanes. Les rochers, les montagnes,
les vallées, les parfums des bois épais d’orangers et d’acacias que la
brise de terre leur appertait, tout répandit parmi eux l’enchantement et la joie; îls croyaient aborder aux rivages heureux de l’Andalousie.
L'amiral Viilaret Joyeuse envoya le long de la côte un bâtiment
léger qui amena à bord de l'Océan quelques pilotes. Geux-ci interrogés par le général Leclerc lui dirent que le gouverneur Toussaint
Louveriure. se trouvait à Sto. Domingo. Leclerc réunit en conseil
à bord du vaissean amiral tous les généraux de l'armée. Il fut décidé qu’elle serait partagée en quatre divisions. | SR
La première sous les ordres du général Rochambeau, de 4,600 kommés, dut attaquer le Fort Liberté ; la deuxième de 6,000 fhommes,
commandée par le général Boudet fut destinée à occuper le Port-Républicain ; la treisième de 10,000 hommes sous les ordres du général? Hardy dut prendre ‘possession du (Cap; et la quatriéme de 1,000 hommes sous les ordres du général Kerverseau dut
se diriger sur Santo-Domingo. Kerverseau avait déjà servi 4
sous les ordres du général Rochambeau, de 4,600 kommés, dut attaquer le Fort Liberté ; la deuxième de 6,000 fhommes,
commandée par le général Boudet fut destinée à occuper le Port-Républicain ; la treisième de 10,000 hommes sous les ordres du général? Hardy dut prendre ‘possession du (Cap; et la quatriéme de 1,000 hommes sous les ordres du général Kerverseau dut
se diriger sur Santo-Domingo. Kerverseau avait déjà servi 4 ä. 186 USTOIRE D'HAITI (1802) :
St. Domingue pendant} plusieurs. années , et particulièrement dans la
partie de : l'Est.
Le gouverneur Toussaint qui parcourait” la partie espagnole, atteignit les “hauteurs de Samana d'où il découvrit la floue
dont les nombreux ‘navires couvraient Ja mer. Il demeura
saisi d’étonnement et même de ‘crainte à la vue d'un tel déploiement de. forces ; il deseendit rapidement de la montagne en $ s écriant:
Ja France entière se précipite sur nous comme un torrent. Sans
perdre ua instant ‘il s'achemina sur la partie française inquiet de
Ja conduite que tiendraient ses lieutenants privés de sa direction, |
Le 10 Pluviôse (30 Janvier) les quatre divisions firent voile pour
leurs destinations. Le général Rochambheau atteignit les rivages de la -baie de Mance- -nille au fond de laquelle est bâtie la ville du Fort Liberté. Élle était commandée dans le moment par le chef de bataillon Charles Pierre. H
donna assaut à la-re doute de l'anse., l'emporta et passa au fil de Pépée
trente soldats qui s’y étaient renfermés. Îl-marcha ensuite contre la .place.. Un bataillon colonial, sous les ordres du commandant
‘Grand Noël Prieur , en formait la garnison. En même temps le capitaine de vaisseau Magon lançait toutes les bordées de l’escadre
sur le fort Lakouque dont le commandant Barthélemy riposta vigoureusement.. De son:côié Rochambeau pénétrait dans la ville dont
les autorités lui avaient-ouvert les portes. Aussitôt après loccupation de la place, le fort Labouque fut cerné de toutes parts; Barihélemy se. voyant menacé d'un assaut général descendit son pavillon.
Les français n'en massacrèrent pas moins toute la garnison. Hs pers
dirent un grand nombre de soldats et d'officiers. Parmi ces dermers
Pon compta un fils du duc de Ghâtre, aide de-camp de Rochambeau. La plupart de ceux des Ka La di: Toussaint qui n'avaient pas voulu se
soumeitre étaient sortis de la ville à l'approche de la division française trainant une foule de blancs qu'ils massacrèrent dans
les campagnes. {ls incendièrent toutes les propriétés qu'ils rencontrérentsur leur passage. L insurrection éclata aussitôt dans les
quartiers qui s'étendent entre le Fort Liberté et le Cap , et les Ccolois tombéreni de toutes parts sous le poignard de nombreuses
bandes qui s'étaient formées. En Janvier 4802 fa ville du Cap. jouissait d'une grande Ms
il n'y existait plus aucun vestige de l'incendie de 1793 éclaté pendant le conibat livré par Galbaud au commissaire Sonthonax. Le
cormerce y était florissant, lordre admirable sous l’administration intelligente el sévère du général Christophe. Des richesses immenses y étaient concentrées. Les habitans qui avaient gémi sous le - despotisme :de Toussaint oubliaient dèjà leurs souffrances au milieu
4802 fa ville du Cap. jouissait d'une grande Ms
il n'y existait plus aucun vestige de l'incendie de 1793 éclaté pendant le conibat livré par Galbaud au commissaire Sonthonax. Le
cormerce y était florissant, lordre admirable sous l’administration intelligente el sévère du général Christophe. Des richesses immenses y étaient concentrées. Les habitans qui avaient gémi sous le - despotisme :de Toussaint oubliaient dèjà leurs souffrances au milieu des. jouissances matérielles que leur procurait un brillant commerce.
Ghaque dimanche Christophe donnait au palais national de magnifiHISTOIRE D'HAITI.-— (18092 137 ques fêles où assistait une jeunesse distinguée. par ses grâces, sa
courtoisie et sa beauté. Chaque soir il y avait des représentations ;
et le théâtre était rempli de citoyens de toutes les conditions. Cependant leshabitans aspiraient à un système gouvernemental beaucoup
plus doux; ils pensaient qu'un gouverneur européen accomplirait
leur bonheur. La municipalité était entièrement dévouée à la métropole; et Télémaque, noir, maire de la ville , qui avait siégé à Paris,
dans les assemblées législatives, comblé des faveurs de Toussaint ,
nétalt néanmoins nullement disposé à méconnaitre l'autorité de la
métropole en faveur du gouverneur. . L'escadre portant la division du général Hardy se présenta devant
le Cap. Au lieu de pénétrer tout de -suite dans la rade, comme
avait fait le général Rochambeau au Fort Liberté, Leclerc perdit
un temps précieux en de vaines délibérations avec l'amiral Villaret
Joyeuse relativement à la direction des deux corps d'armée sous les
ordres des généraux Hardy et Boudet. Il s'agissait desavoir si avant
d'atteindre le Port-Républicain Boudet ne débarquerait pas au Cap
avecæsa division. Si Leclerc avaitopéré subitement un débarquement,
il eut probablement pris possession de la ville sans coup férir; car à lapparition de la flotie Christophe n'avait encore faitaueun préparatif de
défense , et les citoyens l'eussent contraint à recevoir le nouveau
gouverneur. Quand on décida à bord du vaisseau amiral l'Océan
qu Hardy entrerait au Cap, et que Boudet appareïllerait pour le
Port Républicain , la mer devint calme et le débarquement se trouva
retardé de deux jours.
possession de la ville sans coup férir; car à lapparition de la flotie Christophe n'avait encore faitaueun préparatif de
défense , et les citoyens l'eussent contraint à recevoir le nouveau
gouverneur. Quand on décida à bord du vaisseau amiral l'Océan
qu Hardy entrerait au Cap, et que Boudet appareïllerait pour le
Port Républicain , la mer devint calme et le débarquement se trouva
retardé de deux jours. Deson côté, Christophe, profitant des lenteurs des français, fit
transporter au fort Picolet qui défend l'entrée de. la rade, des
grilles et tous les autres insitrumens nécessaires au service d'une batterie
à boulets rouges. Il fit distribuer des torches aux soldats de 1
garnison afin qne la ville fut livrée aux flammes. ; Le général Leclerc apprit des matelots d'un canot qui s'était approché
de l'escadre que Christophe était au fort Picolet. Aussitôt laide de-camp
de l'amiral Villaret Joyeuse, le citoyen Lebrun descendit dans le canot et
se rendit au Picoiet où il trouva Christophe qui l'accueillit affectueusement et le pria de lui remettre les papiers dont il était porteur. « Ils
sont adressés au général Toussaint Louverture, Je ne puis vous les
confier, répondit Lebrun. Je suis venu, au nom de la France,
votre patrie, conlinua-t-il, vous commander de préparer la ville à
recevoir vos frères d'armes. » Sans lui répondre Christophe Flinvita à monter à cheval et à se rendre au Cap. Quand Lebrun y
entra il fut frappé de la physionomie toute européenne de la ville ;
mais ii remarqua que l'inquiétude et la tristesse étaient peintes sur
tous les visages. Il arriva au palais colonial eù 1l trouva une garde
nombreuse et des. ofliciers. noirs et de couleur plongés dans un morne silence. La circonstance était délicate: entre la France et Tous138 HISTOIRE D'HALTI.— (1802) saint ils étaient irrésolus. Déjà les paquets de proclamations que
Lebrun avait laissé à dessein tomber en chemin, étaient ouverts
par les citoyens qui en prenaient connaissance; et les militaires subissant l'influence de la ville ne démontraient pas un vif attaches ment au gouverneur. Christophe menaça Lebrun de le renvoyer sans l'entendre s'il ne lui remettait pas les paquets adressés à Toussaint Louverture. Le parlementaire les lui fprésenta; il en prit lecture:
Le gouverneur est à Sto. Domingo, dit-il, sans ses ordres je ne
Jivrerai pas la’ ville. Lebrun s'approchant de lui et à vo'x basse
si vous recevez les troupes avant l'arrivée de Toussaint, le capitaine
général Leclerc vous comblera d'honneurs et de faveurs. Me croyézvous capable de trahir mes devoirs? Lâche est celui qui propose
lignominie. Je suis soldat; le gouverneur Toussaint est mon chef;
je ne reconnaitrai une autre autorité que lorsqu'il m’aura déclaré
que la France l’a légitimement remplacé. Quant à vous citoyen,
vous passerez Îa nuit parmi nous, et demain vous retournerez auprès
de votre général.
ral Leclerc vous comblera d'honneurs et de faveurs. Me croyézvous capable de trahir mes devoirs? Lâche est celui qui propose
lignominie. Je suis soldat; le gouverneur Toussaint est mon chef;
je ne reconnaitrai une autre autorité que lorsqu'il m’aura déclaré
que la France l’a légitimement remplacé. Quant à vous citoyen,
vous passerez Îa nuit parmi nous, et demain vous retournerez auprès
de votre général. À minuit le maire Télémaque , accompagné de la municipalitéet
des citoyens les plus influens, se présenta au palais du gouvernement
et supplia Christophe, au nom de l'humanité et de sa propre gloire,
de recevoir les troupes françaises qui ne pouvaient arriver comme
ennemies püisquelies venaient dans -un pays français ; il lui dit que
Ja Constitution de Toussaint même reconnaissait à la France des droits
incontestables sur St. Domingue; il lui rappela son dévouement à
la métropole dans l'affaire de Moyse.! Christophe fut insensible à toutes ses prières: Je ne crois pas, dit-il, que ce général Leclerc soit
un envoyé dè la Métropole ; d'ailleurs sur ces bâtimens flottent
des pavillons étrangers; si le gouvernement français avait envosé
une epédition à St. Domingue, nous en eussions été avertis préalablement. Il ajouta avec calme : la terre brûlera si l’escadre persiste à
vouloir entrer dans la rade. » Les pavillons étrangers dont il parJait étaient les couleurs des espagnols et des hollandais, les alliés
_de la France. Voulant gagner du temps pour continuer ses préparatifs de résistance il envoya en députation auprès de Leclere, Télémaque, deux
notables, le curé, le consul des Etats-Unis Tobias Lear pour lui
demander une suspension d'armes de 48 heures. Il voulait, préten:
daitil, avoir le temps de consulter Toussaint Louverture. Après
avoir dil aux envoyés combien était grande la sollicitude de la métropole envers Toussaint et le général Christophe, Leclerc leur exposa qu'il craignait par la conduite de ce dernier qui n'annonçait rien de bienveillant envers la France, que les 48 heures demandées ne fussent employées à mettre la ville en état de défense. 1 leur annonça qu'une demi-heure après leur retour au Cap le débarCRRER sopérerait. Le général Leclerc laissait s'écouler encore un RISTOIRE D'HAÏTI.—( 1802) 139 temps précieux en pourparlers inutiles. Aussitôt après le retour de
Télémaque au palais national Christophe renvoya le citoyen Lebrun.
Celui-ci annonça à l’armée les préparatifs de défense qui se faisaient
au Cap. Il dit au capitaine général Leclerc que Christophe Favait
-splendidement reçu au palais colonial. 11 s'était assis à une table
couverte de plats d'or et d'argent ; :l avait été servi par des valets
richement vêtus. La salle où il s'était reposé était tendue de draeries de soie dorée. ds
national Christophe renvoya le citoyen Lebrun.
Celui-ci annonça à l’armée les préparatifs de défense qui se faisaient
au Cap. Il dit au capitaine général Leclerc que Christophe Favait
-splendidement reçu au palais colonial. 11 s'était assis à une table
couverte de plats d'or et d'argent ; :l avait été servi par des valets
richement vêtus. La salle où il s'était reposé était tendue de draeries de soie dorée. ds - Un des aides de camp de Leclerc qui était descendu en villeavee
Télémaque remit à Christophe la lettre suivante que lui avait adressée
le capitaine général : | À bord de l'Océan, le 13 Pluviose an 10. Japprends avec indignation, citoyen général, que vous refusez
de recevoir l’escadre et l'armée française que je commande, sous le
prétexte que vous n'avez pas d'ordre du général Toussaint. La France a fait la paix avec l'Angleterre, et le gouvernement envoie à St.
Domingue des forces capables de soumettre les rebelles, si toutefois
on devait en trouver à St. Domingue. Quant à vous, citoyen général, je vous avoue qu'il men couterait de vous co “pter parmi les
rebelles. Je vous préviens que si aujourd'hui vous ne m'avez pas
fait remettre les forts Picolet et Bélair, toutes les autres batteries de
la côte, demain à la pointe jdu jour, quinze mille hommes seront
… débarqués. * Quatre mille débarquent en ce moment au Fort Liberté ; huit-mille au Port-Républicain ; ** vous trouverez ci-jointe ma
proclamation ; elle exprime lesintentions du gouvernement français ;
mais rappelez vous que quelque estimé particulière que votre con-
… duite dans la colonie m'ait inspirée je vous rends responsable de
de tout ce qui arrivera.
…. Le général en chef de l’armée de St. Domingue , et capitaine général de la celonie,
: Signé, LECLERC. Après avoir lu cette lettre, Christophe entra dans une violente fureur et dit au citoyen Gardre, commissaire prés de la municipalité :
vous me fatiguez, vous ne m'inspirez aucune confianee; ves paroles sont celles d’un colon intéressé à notre anéantissement. 1} chassa aussitôt de sa présence le maire Télémaque , et répondit à Leclerc
par la lettre suivante : * La division Hardy qui devait débarquer au Cap n'était que de 10,000
hommes. -
_ ** La division qui devait débarquer au Pert-Républicain n'était que de
6,000 hommes. stat FE , pu |
municipalité :
vous me fatiguez, vous ne m'inspirez aucune confianee; ves paroles sont celles d’un colon intéressé à notre anéantissement. 1} chassa aussitôt de sa présence le maire Télémaque , et répondit à Leclerc
par la lettre suivante : * La division Hardy qui devait débarquer au Cap n'était que de 10,000
hommes. -
_ ** La division qui devait débarquer au Pert-Républicain n'était que de
6,000 hommes. stat FE , pu | 140 HISTOIRE D'HAITI.— (1802)
Au quarther-général du Cap, le 13 Pluviose an 40. exrt CHRISTOPHE, général de brigade commandant l'arrondissement
du Cap, au général en chef LECLERU. Votre aide-de-camp, As m'a remis votre lettre de ce jour. J'ai
eu l'honneur de vous faire savoir que je ne pouvais vous livrer les
forts et la place confiés à mon commandement qu'au préalable j'aie
recu les ordres du gouverneur Toussaint Lonverture, mon chef nnmédiat, de qui je tiens les pouvoirs dont je suis revêtu. Je veux
bien: croire que J'ai affaire à des français, et que vous êtes le chef
de l’armée appelée expéditionnaire, mais j'altends les ordres du
gouverneur , à qui jai dépêché un de mes aïdes-de camp, pour lui
annoncer votre arrivée et celle de l'armée française ; et jusqu'à ce
que sa réponse me soit parvenue, Je ne puis vous permeitre de
débarquer. Si vous avez la force dont vous me menacez , je vous
prêterai toute la résistance qui caractérise un général; et si le sort
des armes vous est favorable, vous n'entrerez dans la ville du Cap
que lorsqu'elle sera réduite en cendres, et même dans cet endroit,
je vous combattrai encore. EN DT Vous dites que le gouvernement français a envoyé à St#Domingue
des forces capables de soumetire des rebelles, si lon devait y en
trouver: c'est vous qui venez pour en créer parmi un peuple paisible et soumis à la France, d'après les intentions hostiles que
vous manifestez, et c'est nous fournir des BA de pour vous
combattre , que de nous PAGE de rébellion. | Quant aux troupes qui, tes vous, débarquent en ee moment, je
ne les considère que comme. des châteaux de cartes que le vent doit
renverser. Comment pouvez vous me rendre responsablé des événemens ? Vous
‘n'êtes point mon chef, Je ue vous connais point, et par conséquent,
je n'ai aucun compte à vous fendre Jusqu'à ce que le gouverneur
Toussaint vous ait reconnu. Pour la perte de voire estime, Général, je vous assure que je
ne désire pas la mériter au prix que vous y attachez, puisqu'il
faudrait agir contre mon devoir pour l'obtenir. J'ai l'honneur de vous saluer,
Signé, H. CHRISTOPHE.
js Christophe RUE que les 15,000 hommes dont on le menaçait
ne descendaient pas, considéra la lettre de Leclerc comme une vaine menace et se fortilia dans son projets de résistance. La 2e demi-brigade reçut l'ordre de prendre sa ligne de bataille sur la place HISTOIRE D’HAITI.—(16802) "1 14t d'armes ; Christophe la passa en revue et lui fit jurer de vaincre
ou de mourir. La fidélité des soldats à Toussaint Louverture , d’abord ébranlée par les ceitovens, se raffermit. Les vents de terre
venaient de contraindre l'escadre à regagner le large. Christophe
annonça aux habitans que st Îes Français tentaient d'opérer le débarquement la ville serait aussitôt livrée aux flammes. Les gémissemens des femmes, les prières des vieillards, rien ne put ébranlier
sa détermination.
. La fidélité des soldats à Toussaint Louverture , d’abord ébranlée par les ceitovens, se raffermit. Les vents de terre
venaient de contraindre l'escadre à regagner le large. Christophe
annonça aux habitans que st Îes Français tentaient d'opérer le débarquement la ville serait aussitôt livrée aux flammes. Les gémissemens des femmes, les prières des vieillards, rien ne put ébranlier
sa détermination. De son côté Télémaque Hood dans toute la ville les procla-
“mations que lui avait données le général Leclerc, et exhortait hardiment les citoyens à se rendre au-devant des français. |
Le premier consul dagssa proclamation disait aux habitans deSt.
Domingue : * « Quelles que soient votre origine et votre couleur , vous êtes
« Lous français, vous êtes tous libres et égaux devant Dieu et devant
“ les hommes. La France a été comme S"Domingue, en proie aux
« factions et déchirée par la guerre civile et par la guerre étran-
« gère, mais tout a changé: lous les peuples ent embrasse les fran-
« Çais, et leur ont juré La paix et Pamitié ; tous Îes français
« se sont embrassés aussi, et ont juré d'être tous des amis ei des
« frères; venez aussi embrasser les français et vous réjouir de recevoir vos amis et vos frères d Europe. « Le gouvernement vous envoie le capitaine général Le clerc ; il
amène avec lui de grandes forces pour vous protéger contre vos
ennemis et contre Tes enneïnis de la République. Si l'on vous
dit: ces forces sont destinées à vous ravir la liberté, répondez :
La République ne souffrira pas qu'elle nous soit enlevée. * Ralliezvous autour du capilaine- général : il vous apporte l'abondance
el la paix; ralliez-vous auiour de lui. Qui osera se séparer du
capitaine général sera traitre à la patrie, et la colère de la Répuonque le dévorera comme le feu devore vos cannes desséchées. À 2 8 À 2° FR À & A « Donné à Paris au palais du gouvernement le 47 Brumaire an
« 10 de Ja Repbtue française (8 Novembre 1801.)
« Le 1° Consul, € Signé, BONAPARTE. » Télémaque afficha avec en obsiiome cette proclamation dans toutes
les rues, ainsi que celle du général Leclerc qui promettait au officiers civils el militaires de toutes couleurs qu'ils seraitnt confirmés
dans les grades que Jeur EAU QATCE Toussaint Louverture.
° FR À & A « Donné à Paris au palais du gouvernement le 47 Brumaire an
« 10 de Ja Repbtue française (8 Novembre 1801.)
« Le 1° Consul, € Signé, BONAPARTE. » Télémaque afficha avec en obsiiome cette proclamation dans toutes
les rues, ainsi que celle du général Leclerc qui promettait au officiers civils el militaires de toutes couleurs qu'ils seraitnt confirmés
dans les grades que Jeur EAU QATCE Toussaint Louverture. * IL est impossible 4 rencontrer plus de perfidie, çar “honore avai
déjà “ le rétablissement de l'esclavage, 142 HISTOIRE D’HAITI.—(1802). Christophe suivi de son état-major se rendit à la municipalité ;
reprocha vivement el avec menaces à Télémaque d’avoir fait affcher les deux proclamations, et lui annonça que la ville serait incendiée et évacuée. Le maire eut le courage de lui déclarer qu'il
tenterait de s'opposer à cet acte de barbarie. El ordonna aussitôt
à la garde municipale, en présence de Christophe, de parcourir
la ville pour y maintenir «l'ordre , et il avertit les citoyens qu'ils
eussent à se procurer de l’eau pour combaitre l'incendie. Chris”
tophe qui connaissait le dévouement à la France de la garde pationale essaya en vain de la consigner dans les casernes. Elle par:
courait les rues et calmait les inquiétudes des familles. Dès que la
nuit fut descendue sur la ville, (4 février) le fort Picolet donna le
signal de l'incendie par un boulet lancé Mk l’escadre. Christophe
mit le premier le feu à sa propre maisoflf} magnifique édifice dont
l'intérieur venait d'être enduit de goudron. En un instant les flammes s’ouvrirent un passage à travers les toits ; les citoyens répoussés par les soldats à coups de crosses de fusil, firent de vains ef=
forts pour éteindre le feu. Les femmes, les enfans, les malades,
las blessés, confondus, éperdus , chargés de leurs objets les plus
précieux, sortirent tumultueusement de la ville, suivis de la garde
nationale et de la Municipalité. Les soidats distribués dans les différents quartiers activaient l'incendie avec ordre et discipline, en
lançant des matières inflammables dans les appartemens et sur les
toits. Ils se hâtaient surtout d'anéantir les monumens publics. A
onze heures du soir le feu avait exercé tant de ravages que la: ville
était devenue presque un immense bûcher. Les troupes se livrèrent
alors au plus affreux pillage. De toutes parts l'on entendait les gémissemens de la foule qui fuyait, le cliquetis des armes; les flammes
s'élançant des toîts embrasés se joignaient en formes d’arcs au-dessus des rues; de haules maisons s'écroularent: une épaisse fumée
touthillonnait dans les airs, et le feu après avoir dévoré un quarticr , s'allongeait sur de nouvelles proies | s'entortifait autour d'elles
et les engloutissait. Le souffle brülant de la brise emportait au
Join des étincelles, des tisons, et propageait l'incendie avec une ra- .
pidité effrayante. Nulle puissance n'eût pu alors maîtriser Pembrasement. Les flammes dévorèrent les bureaux du contrôle, dela ma.
rine , le greffe, le palais du gouvernement, les casernes, les magasins de l'Etat et la grande Eglise; les explosions des arsenaux firent
trembler la terre; des masses de pierres et des poutres lancées
dans les airs retombaient, en les éerasant, sur les malheureux
fugitifs. A la pointe du jour, Télémaque, la garde nationale, les.
femmes et les enfans atteignirent le sommet de la Vigie, au milieu
des plus grands dangers. De là ils découvrirent les rnines fumantes du Cap: des murs noircis par les flammes et lézardés. Le cahitaine Ignace, à la tête de 40 grenadiers, vint ordonnar à toute
ans les airs retombaient, en les éerasant, sur les malheureux
fugitifs. A la pointe du jour, Télémaque, la garde nationale, les.
femmes et les enfans atteignirent le sommet de la Vigie, au milieu
des plus grands dangers. De là ils découvrirent les rnines fumantes du Cap: des murs noircis par les flammes et lézardés. Le cahitaine Ignace, à la tête de 40 grenadiers, vint ordonnar à toute HISTOIRE D’HAÏTI.—(1802.) 143 la foule } de la. part de Christophe, de se rendre sur l'habitation
L'Espagne. Télémâäque refusa d’obéir : alors Ignace dans sà fureur
mit le feu à deux grandes maisons élevées au sommet de la Vigie
et remplies de femmes, d'enfans et de malades. Il fallut descendre
du morne pour cher cher un abri contre les ardeurs du soleil. Christophe craignant l'issue d’un combat livré à la garde nationale, n’osa
attaquer la population qui ne voulait pas le suivre, et se retira
vers la Grande Rivière. Les citoyens de leur côté ne s'étaient montrés si paliers que parce qu'ils redoutaient le massacre de leurs
femmes et de leurs ‘enfans, s'ils en étaient venus aux mains avec
la 2e. coloniale. Dans l'après-midi du 5 février (jour qui suivit l'incendie ) l'amiral
Villaret Joyeuse lança plusieurs bordées du vaisseau l'Océan , de 120
canons, sur le fort Bélair qui ne répondit pas ; 1! avait été "évacué.
Le contre amiral Delmothe traversa la passe du Cap, et presque
toute l’escadre entra dans la rade, sans avoir éprouvé aucune résiss
tance du fort Picolet qui avait été aussi abandonné. La division
Humbert prit aussitôt possession de la ville; cependant l'amiral Villaret Joyeuse commanda aux bâtimens de l'escadre de ne jeter l'ancre
qu après l’entrée au Cap du capitaine-général. Celui-ci venait d'apprendre l'occupation du Fort Liberté par les Français et la marche
de Rochambeau , par Sainte Suzanne, sur la Grande Rivière et le
Dondon. Il ordonna à la division. Hardy de débarquer. Les troupes
descendirent à la baie de l'Acul et marchérent sur le Gap; quand
elles arrivèrent à la Rivière Salée elles furent arrêtées par le feu
d’une batterie de la rive opposée. Elles se précipitérent dans l'eau,
enlevérent la redoute à la baïonneite et passèrent au fil de l'épée
cent soldats de la 2e. qui occupaient le poste. Hardy et Leclerc
n'éprouvérent plus aucun obstacle jusqu'au Cap où l'armée campa
sur des ruines fumantes, Toute [a populalion qui avait accompagné Télémaque rentra en ville, en jetant des cris d'allégresse , embrassant les Français qu'elle appelait ses libérateurs. On évalua à
400,000,000 de francs les pertes qu'on éprouva par l'incendie.
pée
cent soldats de la 2e. qui occupaient le poste. Hardy et Leclerc
n'éprouvérent plus aucun obstacle jusqu'au Cap où l'armée campa
sur des ruines fumantes, Toute [a populalion qui avait accompagné Télémaque rentra en ville, en jetant des cris d'allégresse , embrassant les Français qu'elle appelait ses libérateurs. On évalua à
400,000,000 de francs les pertes qu'on éprouva par l'incendie. L'escadre était mouillée ; une seule frégate la Vertu louvoyait à la
vue du Cap; elle portait les Rigaud, les Villate, les Léveillé , les
Pétion, les Boyer, les Belley, les Dupont , les Ludué, les Quayer
Larivière et une foule d’autres indigènes qui avaient été contraints
de fuir St. Domingue, aprés la chute de Rigaud. Tous ennemis
personnels de Toussaint ils revenaient pour le combattre ; cependant, le gouvernement français ayant l'arrière pensée de rétablir
l'esclavage, redoutait leur influence et était disposé à surveiller activement leur conduite, Leclere avait reçu l'ordre du premier consul
de les envoyer à St. Louis de Madagasear, si Toussaint se soumettait sans résistance; car alors on n'aurait pas eu besein ni de
leur courage, ni de leur connaissance du pays. Mais la résistanee TL, re dé 3
ù Fi Frs és he: + à s : à AUS
« 144 | HISTOIRE D'HAITI. -— (1802) de Christophe qui anvonçait, une guer re. peut être 16h28 .
née détermina Leclerc à les faire débarquer. L’adjudant- généra Pétion qui nignorait pas les dispositions: du gouvernement consulire tant à son égard qu'à celui de ses frères d armes , dit à ses camarades en découvrant les flammes de la ville du € Cap : : « Nous
« n'irons pas à Madagascar; nous sommes sauvés. » Lelendemain
madaine Leclerc Pauline: Bonaparte descendit au, -Cap ; sa béauté ex clia une admiration générale. Ses yeux brilaient ue vif éclat ; et de sa bouche gracicuse sortaient Îles expressions les plus douces. San
parure était riche, élégante; et les boucles de sa chevelure noire routaient, surses épaules d'une blancheur éclatante, Télémaque et les citoyens sem
presserent d'accourir au-devant d'elle. Mais quel palais lui offrir Tout
n'était quer que et cendres. Promenant ses regards autour d'elle, elle fat
éffrayée. Les daines de sa suite, és pcihitres” les musiciens, les comédiens, les danseurs qui l’accoipagnaient étaient au désespoir d'entrer dans une ville où lis entroyaient qu'iis ne pourraient faire briller leurs: talens. L'on mit aussitôt la main à l'œuvre, et de 6e moment commencèrent les reconstructions du. Cap. Leclerc y établit son quartier: général; il étail ®une petite taille; et sans être un homme de grands lalens, li avail quelques sapacités. militaires. Mais les généraux Boudei et Dugua avaient acquis en Europe plus de célébrité que
lui. [! poussa ses avant-postes jusqu'au Moruet où le chef de bataillon Wilton, commandant de là Petite-Anse,, vint Jui faire sa souMission. P
et de 6e moment commencèrent les reconstructions du. Cap. Leclerc y établit son quartier: général; il étail ®une petite taille; et sans être un homme de grands lalens, li avail quelques sapacités. militaires. Mais les généraux Boudei et Dugua avaient acquis en Europe plus de célébrité que
lui. [! poussa ses avant-postes jusqu'au Moruet où le chef de bataillon Wilton, commandant de là Petite-Anse,, vint Jui faire sa souMission. P Pendant cet int Roas Toussaint venant de là partie espagnole, ar=
riva sur les hauteurs du Grand Boucan. H 3 apprit l'occupation.
du Fort Liberté *| CAE du Cap. se résolut à périr les armes.
à la main, et à rendre sa cause celle de tous les noirs et detous.
les jaunes. Mais la plupart des habitans de St. Domingue étaient Penreux de pouvoir secouer son joug à l'aide des français. Hs: relusérent presque partout de prendre les armes en faveur del'ex gou: vernour qui s était baigné gné dans leur sang nouvellement encore. dans. l'affaire de Moyse. L'assemblée centrale composée des créatures de.
Toussaint avait décrété une Constitution quile nommait gouverneur.
a vie. Mais le dernier article de cette Constitution lui faisait une: obligation de la présenter à la sanction de la France; celle-ciayant. refusé de la ralifier, elle devenæit nulle. Les noirs a les jaunes. comprenaient que dans un cas semblable ils retournaient sous lautorité immédiatede la métropole dont ils attendaient une nouvelle organisation. Telles étaient les idées que l'on entendait exprimer pat. la plupart des hommes du peuple tant des villes que des campagnes. Aussi verrons-nous presque toutes les populations de l'ile recevoir les français comme des libérateurs et bénir le ciel de les avoir dé:
livrées du despotisme de Toussaint. Ceux d’entre nous qui combattirent le général Leclerc le firent non par dévouemont à l'ex + RS + ftistoiRé n’marri.—(1802) 145
gouverneur, mais guidés par l'instinct de l'indépendance, par la
haine qu'ils portaient naturellement aux blancs, et surtout par la
crainte sérieuse et fondée qu'ils éprouvaient du rétablissement de l’esclavage. Parmi eux nous citerons Dessalines, Christophe, Lamartiniére,
Maurepas, Gabart, Ch.° Bélair qui agirent sous l'influence de ces
sentimens. Les noirs et les jaunes de St: Domingue loin d’aimer les
blancs, les exéeraient alors ; mais ils croyaient que la France ne partageait pas les vicilles idées aristocratiques des colons qui par leur
adressé avaient amené. insensiblement Toussaint Louverture dans la voie
dé leur système. | :
ons Dessalines, Christophe, Lamartiniére,
Maurepas, Gabart, Ch.° Bélair qui agirent sous l'influence de ces
sentimens. Les noirs et les jaunes de St: Domingue loin d’aimer les
blancs, les exéeraient alors ; mais ils croyaient que la France ne partageait pas les vicilles idées aristocratiques des colons qui par leur
adressé avaient amené. insensiblement Toussaint Louverture dans la voie
dé leur système. | : "Toussaint Louverture n'osant se fier à personne se résolut à aller
luimème reconnaître les avant postes de l’armée française. . Il s’aNança jusqu'au Mornet, essuya le feu de l'ennemi, eut ses habits
ciblés de balles et son cheval blessé: Il revint’ sur ses pas, or.
donna à Christophe doccuner la Grande Rivière ; et s’achemina sur
les Gonaïvés ; accompagné du chef d’escadron Morisset, homme de
couleur, de son aide de-camp Marc Coupé et de plusieurs autres
cavaliers. Il fut atteint par un messager qui lui remit une lettre de,
Rochambeau. Celui ci l'exhortait à se soumettre au capitaine général, et terminait sa lettre en lui disant qu'il m'avait jamais pensé
que ses soldats eussent été contraints ; en débarquant sur la terre
de St. Domingue, de tremper leurs baïonnettes dans le sang de leurs
frères. Toussaint gagna les Gonaives où il établit son quartier-général. Le NRNe s , RES
Le calme qui régnait dans la baie de la Gonave arrêtait là marche de l’escadre portant la division Boudet. Les navires semblaient
dormir sur la mer; leurs pavillons que pas un souffle d'air ne baJançait étaient immobiles. Latouche Tréville et Boudet, impatients,
accablés sous les rayons d'un soleil brulaut, délibéraïent sur le
voint quils choisiraient pour opérer le débarquement. Latouche
Tréville jetie les yeux sur sa carte; il porte ensuite sa longuevue
vers l'Est; mais il n'aperçoit qu'un point blanc au pied d’un morne
élevé. Il prit ce point tantôt pour la ville, tantôt pour un rocher.
La brise vint le tirer de son iacertitude : la surface de Fonde se
gonfla doucement ; les bätimens se balancèrent, et les pavillons flottant avec orgueil appelèrent les équipages à leurs devoirs ; les voiles
se déployèrent, et bientôt se dessinèrent aux regards satisfaits des
français les magnifiques coteaux de Marquissant, et les constructions
nuancées et pittoresques du Port Républicain. Cette ville bâtie au
fond de la baie de la Gonave est dans une admirable position. Les
rivages de la presqu'ile du Sud et ceux de la province de l'Ouest
forment un immense bassin dont les eaux paisibles étaient, à cette
époque ; sans cesse sillonnées de légères embarcations qui, sortant des
an$es de la côte, venaient chargées de café, de vivres, de légumes,
de fruits, aborder au Port-Républicain. Presque ceinte de hautes 146 HISTOIRE D’HAITI.—(1802) montagnes qui la mettent à l'abri des ouragans ,*cette baie offre aux
navires un mouillage sûr. Deux rades forment le port: la petite
rade, ou le port proprement dit, vers le rivage , est séparée de: lagrande qui s'étend vers la haute mer, par une ligne de rochers de
corail dont les sommets à fleur d’eau sont sans cesse couronnés
d'écume. Cette ligne de rochers s'allonge da Sud au Nord ,etil
2) montagnes qui la mettent à l'abri des ouragans ,*cette baie offre aux
navires un mouillage sûr. Deux rades forment le port: la petite
rade, ou le port proprement dit, vers le rivage , est séparée de: lagrande qui s'étend vers la haute mer, par une ligne de rochers de
corail dont les sommets à fleur d’eau sont sans cesse couronnés
d'écume. Cette ligne de rochers s'allonge da Sud au Nord ,etil n'existe qu’un passage fort étroit par lequel les bâtimens marchands entrent de la grande rade où mouiilent les navires de guerre , dans la petite. Le tort Ilet , faible construction , au milieu des îlots qui
séparent les deux rades, défend le passage et sert à la police de
la rade intérieure. La température de la ville serait insupportable,
. Si la brise d'ouest ne venait tempérer par sa fraicheur cette atmosphère brulante, chaque jour, de midi à sept heures du soir. Les fortifications étaient alors, comme aujourd'hui, peu importantes: … Près du Fortail Nord était le fort St.-Joseph; à l'Est, s'élevait le
fort Nalional sur le sommet d’un morne commandant la villeet la
baie; au Sud lon trouvait le fort Léogane, au Portail de ce nom;
“a batterie Monbrun sur'le rivage était au centre de la ville, «et
le fort Ste. Claire dont les batteries au niveau de la mer protégeaierit
l'arsenal du côté de la rade. Enfin à une lieue de la ville, sur le
chemin de Léôgane , était le fort Bizoton dont les canons dominaient toute la rade. La ville était ceinte d’un fossé large et profond,
le long duquél s'élevaient de distance en distance quelques ‘fortifications. ‘avait découvert Îles voiles qui formaient lescadre de
Paouche Trévile , la plupart des habitans du Portsain dont le chiffre montait au-delà de 30,000 âmesr,
#at montrés disposés à recevoir le nouveau gouvernement; et ces
“dispositions étaient entretenues par le général Agé, européen , come
mandant de l'arrondissement , ét par le chef de brigade Dalban , commantlant de là place, aussi européen. Le père Lecun, préfet 'apostolique ‘et curé de la ville, exhortait toutes les femmes et les dévots
des congrégations à accueillir les français comme des frères, à les
soutenir en paroles et en actions. Le directeur de l'arsenal , Lacombe,
blanc, était aussi tout dévoué aux français ; et une grande partie
des noirs et des jaunes n'ajoutant pas foi aux paroles des partisans de Toussaint qui leur disaient que Leclerc venait rétablir l’esclavage, se préparaient à reeevoir brillamment larmée blanche. La
joie éclatait sur les traits des colons qui attendaient ‘les troupeseuropéennes comme une armée hbhératrice : le commandement suprême
d’un noir dans a colonie humiliait leur orgueil. La garnison de Ja ville était composée des 3e. et 13e. demi-brigades coloniales, d’un escadron de la garde d'honneur commandé par Monpoint, et d’un bataillon de la même garde sous les ordres de Magny. ÆLamar- “tinière Chef de bataillon dans la 3e. coloniale, homme de couleur, HISTOIRE D'HAITI.—(1802) 14? s'était constitué la première autorité de la place. Il réjetait les
ordres du général Agé et dirigeait lui-même tous les mouvements
militaires.
demi-brigades coloniales, d’un escadron de la garde d'honneur commandé par Monpoint, et d’un bataillon de la même garde sous les ordres de Magny. ÆLamar- “tinière Chef de bataillon dans la 3e. coloniale, homme de couleur, HISTOIRE D'HAITI.—(1802) 14? s'était constitué la première autorité de la place. Il réjetait les
ordres du général Agé et dirigeait lui-même tous les mouvements
militaires. . L'escadre frangaise avait abordé au Lamentin le trois Février dans
la soirée. Des groupes de cHoyens se formérent aussitôt dans toutes les rues. De toutes parts lon se montrait convaincu que les
français venaient non pour rétablir l'esclavage, mais pour renverser
le despotisme de Toussaint Louverture. Défi les citoyens-parlaient
d'organiser une garde d'honneur ; de se rendre au-devant des trous
pes européennes el de fraterniser avec elles. Mais un seul homme,
pe son énergie, contraignit les habitans à renoncer à leur projet 4 était Lamariinière connu par son inirépidité et la violence de son
4400 Il parcourut les rues exhortant les citoyens à s armer
pour la défense de la ville ; les français viennent” rétablir l'esclavages disait-ilj mais sa voix n'eut pas d'écho. Tous les habitans croy:
aient à la. magnaninité de la France :ils avaient la plupart cruelle
ment souffert sous Île gouveruement de Toussaint. Pendant cet interval lle un aide de camp du général Boudet, le chef
de brigade Sabès, accompagné d'un officier de marine, le eitoyen
Gimont , descendit en ville, porteur de la proclamation da ler. con:
sul et de plusieurs dépêches pour le commandant de l'arrondissement. Le général Agé l'accueillit avec distinction; 1l voulait lerenvoyer ; mais Lamartinière s’y opposa, et il demeura en otage. Le
-lendemaïh 4 Février, dès la pointe du jour, Agé répondit au général Boudet que le général Desssalines, commandant dela division
de l'Ouest, ne se trouvant point au Port Républicain, ik ne pouvail prendre aucune détermination concernant la reddition de la place,
et qu en attendant les instructions de Dessalines auquel il avait éérit à ce sujet , il garderait le colonel Sabès qui se trouveraiten pleine
sûreté sous sa protection. Le perteur de cette lettre était chargé de fane
connaître en même temps et verbalement au g."” Boudet que “l'autorité
d'Agé étail méconnue par les officiers supérieurs de la garnison, Eamartimiére, Magny et Monpoint, et qu'il fallait hâter le débarquement. Lamartinière, de son côté, envoya dire aux français « Que si Fon brusquait
ur débarquement sans les ordres du gouverneur général Toussaint
Louverture ; il serait tiré trois coups de canon d'alarme, et que
ce signal répété de morne en ‘norne, serait celui de l'incendie
de la colonie et de l'égorgement de tous les blancs. » Après avoir fait de »vains efforts pour porter les citoyens à prendre les armes, Lamartinière se rendit à l'arsenal. l était bouillant de fureur ; sil n avait trouvé de l'opposition dans Magny et Monpoint , il eut incendié le Port-Républic&n quil traitait de ville lâche
et corrompue, prête à recevoir de nouvelles chaînes. Il'pénétra
séul auprès de Lacombe et ui dit: « Citoyen, l'autorilé du gou4 werneur Toussaint Louvertupe est la seule reconnue des fonctionÀ
artinière se rendit à l'arsenal. l était bouillant de fureur ; sil n avait trouvé de l'opposition dans Magny et Monpoint , il eut incendié le Port-Républic&n quil traitait de ville lâche
et corrompue, prête à recevoir de nouvelles chaînes. Il'pénétra
séul auprès de Lacombe et ui dit: « Citoyen, l'autorilé du gou4 werneur Toussaint Louvertupe est la seule reconnue des fonctionÀ = 2 À 148 HISTOIRE D'HAITI. — (1602). « naires de la colonie, et quiconque la méconnait est coupable de-
« vant la Constitution. Ainsi done, ciioyÿen , je vous deman-
« de des munitions, des armes, pour combattre les français qui,
« viennent nous replonger dans l'esclavage. » Läicombe refusa formellement d'accéder à sa demande, lui “déclarant qu'il n'en avait
pas reçu l'ordre du général Agé son chef immé liant, et quedureste
Leclerc n'était pas envoyé par le 1er. consul pour. changer l'ordre
de choses déjà établi, mais bien pour. meitre la dernière main à
Ja tranquillité et au bonheur de la colonie. Lamartinière agitail son
sabre d’une nfain et son pistolet de l'autre : « Puisqu'ilen est ainsi,
mourez , misérable colon, s’écria-t1l d'une voix tonnantes »: et Lacombe fut renversé atteint d’une Balle à la tète. Ce trait d'une cruelle
énergie répandit la terreur dans l'arsenal; on lui en livra aussiôt
toutes les munitions. Les colons qui avaient conçu le projet de
l'arrêter ,effrayés, se cachèrent la plupart, et attendirent l'issue des
événemens. Tous les citoyens avaient formé leurs portes ; les rues
étaient pleines de patrouilles ; ettous les blanes qu’elles rencontraient
étaient arrêtés et conduits aux casernes. Agé cessa entièrement de
commander, et Lamartinière se trouva seul maitre de la place. NH
envoya aux chéfs de bataillon Bardet et Séraphin qui occupaient le
fort Bizoton avec le * bataillon de la 13e. l’ordre de vaincre ou de
mourir; il plaça au reiranchement de Piémont les deux autres ba:
taillons de l1 13e. et quelques artilleurs , sous les ôrdres du com= |
mandant Lubin Hudicourt, Tout le Corps de la 13e, régiment du
Sud, composé des anciens soldats de Rigaud, avait été gagné par
les habitans de la ville, auxquels les soldats avaient promis de ne
pas tirer sur Îcs français. Une compagnie de cavalerie de la garde
d'honneur sous les ordres du capitaine Barthélemy Marchañd, et uné
compagnie de la garde à pied commandée parle capitaine Eloy Turbet, prirent position dans la redoute du portail ELéogane. Eé
reste de la garde d'honneur occupa le fort National. De gros déta:
chemens de la 3e. coloniale parcouraient la ville pour contenir les habitans ,et Îles eombattre, s'ils s’armaient. dans le but d'attaquer par
der niéte le fort de Léogane, pendant que les français lui donne_raient assaut. La 3e. derni- brigade était rangée en bataille sur [a
place Valliére, Les troupes que Lamartinière avait à opposer à
Boudet s'élevaient à 2,400 hommes ; elles eussent suffi pour défendre la place , si elles avaient été fidèles.
les habitans ,et Îles eombattre, s'ils s’armaient. dans le but d'attaquer par
der niéte le fort de Léogane, pendant que les français lui donne_raient assaut. La 3e. derni- brigade était rangée en bataille sur [a
place Valliére, Les troupes que Lamartinière avait à opposer à
Boudet s'élevaient à 2,400 hommes ; elles eussent suffi pour défendre la place , si elles avaient été fidèles. Le lendemain 5 Février, à 10 heures dû matin, l’armée Fate
débarqua au Lamentin. Lamartinière , à son grand étonnement ,
n'entendit pas le canon du fort Bizoton. Aussitôt le fort National
dira trois coups de canon d'alarme, et tous les blancs qui avaient -
‘été arrêtés furet conduits dans la savane Valenibrun el à Saint
Martin où 1is furent impitoyablement massacrés. Boudet s'avançait
à la tête d'une division de 6,000 hommes, dont les colonnes forfe
k | HISTOIRE L’HAITI.. (1802) F49
mées en partie de vétérans offraient un aspect imposant. Ces vail.
lans guerriers brillaient de tout l'éclat de leurs uniformes. De hauts
bonnets à poil chargeaient leurs fronts menaçans, de grandes guètres
noïres recouvaient leurs pantalons, et leurs armes étincelaient aux
rayons ardents du soleil. Lorsque la division parvint pres du fort
Bizoton , Boudet y envoya un parlementaire qui déclara à Pen ee
à Séraphm , qu'ils eussent, au nom de la France , leur patrie, A lui
remettre le fort; qu'ils seraient mainténus dans leurs Aa et
que rien ne serait changé dans La colonie. En même lemps Bou: det, disait aux compagnies de grenadiers rangées derrière lui :. « Camarades , Vous marclierez l'arme aux bras, sous le canon du
fort, car vous tes sur le sol français: et si des rebelles. osent tirer Sur vous, vous enleverez la fortification à la baïonnette, et Fa en passerez la garnison au fil de Lépée. » Le bataillon dela 13 sortit du fort ei vint à ka rencontre des français, aux cris de 7
Yent nos frérés! La division répondit par les cris de vive la liberté!
vive las République ! Le bataillon colonial prit rang dans les lignes
arme aux bras, sous le canon du
fort, car vous tes sur le sol français: et si des rebelles. osent tirer Sur vous, vous enleverez la fortification à la baïonnette, et Fa en passerez la garnison au fil de Lépée. » Le bataillon dela 13 sortit du fort ei vint à ka rencontre des français, aux cris de 7
Yent nos frérés! La division répondit par les cris de vive la liberté!
vive las République ! Le bataillon colonial prit rang dans les lignes européennes et iarcha contre la ville. Un régiment f ançais occupa,
. le fort Bizoton. Parvenu en face de la redoute de Piémont dansle coude que forme la grande route, Boudet commanda balte-à sa colonne, et envoya le colonel de cavalerie d Henin, au fort de Léo.
gane , avec mission de recevoir la soumission des troupes qui l'occupatent. Laimartinière parut dans la redoute el ordonna à la caValerie de la garde d'honneur de mettre pied à terre pour combattre dans Îles retranchemens. Le colonel d'Henin arrivé au pied du
fort demanda à parler à celui qui y commandait; Lamartinière se
présenta. Nous ne venons pas vous combattre, lui dit-il; vous êtes
français ; nous sommes frères ; nous venons augmenter, en nous. mêlant à vous, le nombre des défenseurs de la patrie. Il jeta. son épée
loin de lui, et demanda à entrer seul dans le fort au milieu de ses
compatriotes. Non! non! s'écrièrent les soldats. Boudet impatient
de tant de lenteurs, fit rappeler d'Henin, et dit d’une voix forte
qui fut entendue dans la redoute : grenadiers en avant! à la baïonnelle! La charge se fit entendre, et la division. s ébranlant , marcha
contre le fort. Au même instant arriva le chef de bataillon Magny.
Halte, mes amis, halle, mes frères, s'écria-t-1l , s'adressant aux
français. Soit que sa voix ne fut point REC dE de , étouflée par le
bruit des tambours, soit que Boudet ne voulut pas l'écouter , la colonne française était déjà parvenue au pied du fort. Feu! feu
commanda Magny. La mort voltigea dans les rangs français. La garde
d'honneur aux cris de vive la liberté ! vive la République! exécutait
un feu nourri et meurtrier. Les gienadiers de la 68° firent une décharge
- terrible et s'élancèrent contre la redoute; ils furent arrêtés, mitraillés et repoussés jusqu'à Piémont laissant la route couverte de morts.
Les deux bataillons de la 12e. qui étaient à Piémont, au lieu de
igea dans les rangs français. La garde
d'honneur aux cris de vive la liberté ! vive la République! exécutait
un feu nourri et meurtrier. Les gienadiers de la 68° firent une décharge
- terrible et s'élancèrent contre la redoute; ils furent arrêtés, mitraillés et repoussés jusqu'à Piémont laissant la route couverte de morts.
Les deux bataillons de la 12e. qui étaient à Piémont, au lieu de # L 150 HISTOIRE D'HAITI.— (1802) les charger par derrière, se retirérent dans le morne de l'Hôpital
hors de la portée de la mousqueterie. Le commandant Lubin Hus
dicourt qui était à la tête de la batterie de Piémont, se voyant
trahi, fit une décharge de coups de canon sur les blancs, et rentra
précipilamment dans le fort de Eéogane, |
Pendant cet intervalle la batterie Ste. Claire tirait sur l’escadre
qui s'était embossée le long des rescifs qui séparent les deux rades:
L'amiral Latouche Tréville, par le feu rapide de ses bordées, dé:
monta toutes les pièces de la fortification qui fut en un clin d'œil
labourée par les boulets. Alors lescadre dirigea son feu sur le.
fort Léogane; mais les projectiles allèrent tomber‘bien au delà de la
redoute. Eloy Turbet et Barthélemy Marchand excitent les soldats de
la garde d'honneur, enflarument leur courage. Les troupes de
Toussaint tirent sans interrpution sur les français qui avaient repris
leur marche. Au milieu de la mitraille et d'une grèle de balles te
général Boudet s’avançait à la tête de ses grenadiers , la baïonnette
en avant. Il monta à l'assaut cet enleva la redoute. Sans*perdre
un instant il pénétra dans la ville et se mit à la poursuite des fuyards. Ses chasseurs longeant la grand'rue furent tout à coup arrêtés par une formidable décharge de la 3° coloniale qui occupait la
place Vallière. Les grenadiers français survenant, se précipitèrent
avec fureur sur lennemi qui ne pouvant résister à leur impétuosité
battirent en retraite jusqu’au portail St. Joseph. La garnison du fort
de ce portail avait été gagnée par les citoyens. Elle laissa pénétrerau
milieu d'elle, les soldats de la 3e. Ceux-ci, n éprouvant aucune déliance
et se croyant avec des frères, virent tout à-coup braquer contre eux
les canons ; en même temps les français qui cernaient déjà la fortification , les sommèrent de mettre bus les armes; ce qui futexécuté. La ville était inond‘e de troupes blanches. Lamartinière.,
Magny et Monpoint, avec une poignée de soldats, essayérent de
mettre le feu dans divers quartiers avant d abandonner la placé;
ils n'en eurent pas le temps les français les talonnant avec vigueur,
Après avoir rallié les soldats dispersés de la garde d'honneur, ils
se mirent à enlever les caisses d'argent de la trésorerie ; mais atta:
qués avec acharnement par un bataillon français , ils furent culbutés
et prirent la fuite. Boudet se trouva en possession d’une somme
de deux:millions einq-cent-mille francs. Lamartinière évacua. le fort
National dans la nuit qui suivit, et se jeta dans la plaine du Cul-de‘Sac,
li se dirigea vers l'Etang , en conduisant avec lui les deux parlementaires français Sabès, Gimont, et une foule d'autres blancs qui
furent massacrés, excepté les deux premiers. Boudet, entouré de
son état major, passa le reste de la nuit dans une des maisons de
la Grand Rue qui fut illuminée. Des patrouilles françaises parcourant la ville rencontrèrent çà et là des blancs massacrés ou bles:
$és. Le lendemain Boudet se transporta au palais du gouvernement,
'Etang , en conduisant avec lui les deux parlementaires français Sabès, Gimont, et une foule d'autres blancs qui
furent massacrés, excepté les deux premiers. Boudet, entouré de
son état major, passa le reste de la nuit dans une des maisons de
la Grand Rue qui fut illuminée. Des patrouilles françaises parcourant la ville rencontrèrent çà et là des blancs massacrés ou bles:
$és. Le lendemain Boudet se transporta au palais du gouvernement, HISTOIRE D’HAITI—(1802), | 154 ke père Lecun s'y renditsuivi de tout le cerlgé et d'une multitude.
d'hommes de femmes, d'enfans de toutes les couleurs. Il venait
féliciter le général français d'avoir sauvé la ville de l'incendie et de
l'avoir délivrée du despotisme d'un monstre, d’un Toussaint, dont ïl
chantait les louanges iln yavait que quelques j Jours. Plusieurs officiers de
la garde}d'honneur qui avaient combattu les français au poste de Léogane, entre autres les citoyens Thésan et Audigé, n'avaient pas suivi
Lamartinière. Boudet les fit appeler au gouvernement et leur dit :
citoyens , oublions le passé; vous êtes français ; servez la cause de
notre patrie avec autant de courage que vous avez combattu hier pendant cette esc armouche. Le général français appelait escarmouche une
affaire où sur six mille hommes il en avait perdu 400. Vousconserverez , continua-f-il, vos grades dans l’armée française. Les troupes blanches n'occupaient pas encore le fort National. SE.
Lamartinière s'était résolu à le défendre avec autant de vigueur
qu'il s'était battu au poste de Léogane, Boudet eût perdu la moitié
de son armée. Geluici n’osa lui faire donner assaul : à cette époque le fort était tel que les anglais l'avaient laissé, d’un aspect L .@ Ê ; L
formidable. Comme il n'y découvrit aucun mouvement , il pensa qu'ilavait été abandonné. Il envoya pour le reconnaitre le capitaine
Audigé, homme de couleur, dont il avait reçu la soumission dans.
l'a matinée Celui-ci de retour Jui donna l'assurance qu'il avait été
évacué. La 90e. de ligne alla en prendre possession. Dans la
même journée les deux bataillons dela 13° qui s étaient retirés dans.
les mornes de l'Hôpital pendant le combat , descendirent en vike
el se soumirent au nouveau gouvernement. ” Sur le champ les francais s'occupèrent à rétablir l'ordre et la confiance dans la ville. Il
fut permis à tous les cultivateurs du voisinage d'y pénétrer, et
d'en sortir librement. On rendit aux soldats de la 8e. coloniale
leurs armes, enleur disant qu'ils n'étaient pas prisonniers, attendu
qu'ils étaient français. Les citoyens faisaient de toutes parts le meilleur accueil aux troupes européennes. Celles ci avaient reçu l’ordre de respecter les mœurs et les ‘usages des habitans, de bien
les traiter , de recevoir avec la même cordialité les blancs, les noirs
et les mulâtres de se conduire comme en. Aflemagne, en Italie et
en Egypte. Elles plurent beaucoup. par. leur courtoisie et leurs hril-
“lants uniformes aux femmes eréoles qui. leur eussent donné de mamifiques fêtes, si le général Boudet n'avait défendu toutes sortes de
juissances publiques : le sang dun millier de blancs égorgés au-
® de la ville, l'attristait profondément, Les jours suivans ous
noirs
et les mulâtres de se conduire comme en. Aflemagne, en Italie et
en Egypte. Elles plurent beaucoup. par. leur courtoisie et leurs hril-
“lants uniformes aux femmes eréoles qui. leur eussent donné de mamifiques fêtes, si le général Boudet n'avait défendu toutes sortes de
juissances publiques : le sang dun millier de blancs égorgés au-
® de la ville, l'attristait profondément, Les jours suivans ous les commandans des cantons qui avoisinent le Port- Républicain se soumirent successivement. Le 9 Février, cinq jours après l'oceupation de la ville, le. général Boudet apprit l'apparition de Dessalines
dans Ja plaine du Cul-de Sac. Il envoya dés la pointe du jour, deux mille hommes occuper la Goix-des-Bouquets. Les français s’em- , 152 - HISTOIRE p’HAiTI.—(1802) : parèrent de ce bourg sans coup férir. Hs éteignirent le feu qui
avait été mis à quelques maisons à leur approche. Dessalines était à Saint Raphaël, quand il apprit l'arrivée de l'expédition
française. Il avait mis 24 heures pour arriver dans la plaine "du
Cul-de Sac, après avoir parcouru un espace de 68 heues Il était
accompagné d'un bataillon de la 7e. qu'il avait pris à l'Arcahaie sur
son passage. Il ne s'était arrêté qu'une heure à St. Marc pourexpédier par mer des instructions verbales, au colonel Dommage qui
commandait à Jérémie, par un lieutenant de la 4e. Sezaire Savary:
Il avait envoyé l’ordre à Dommage d incendier Jérémie et de massacrer tous les blancs. Il joignit dans la haute plaine du Cul de-Sac Moupoints Magny et Lamartinière qui étaient à la tête de la garde d'honneur. Ce fut alors que les citoyens Si. James et O Gorman, jeunes gens. blanes, qui étaient dans la garde de Toussaim , eurent lé bonheur
; 9 ‘À ï d'abandonner leur corps, favorisés dans leur fuite par le. capitainé Patience, noir, et de joindre les français. Dessalines était plein de rage d'être arrivé trop tard. Il est certain que s'il avait été au Port-Républieain, les français n'y seraient
pas entrés avec la même facilité. La terreur quinspiralt sa présence eût empêché la trahison. L'hôpital militaire de la viile , sous la direction du citoyen Monnier , médecin en chef des hôpitaux du departement de l'Ouest,
était admirabiement entretenu. Les imalades y recevatent toutes sortes de soins dans de belles sailes d’une exquise propreté. Il y avait. de nombreux officiers de santé attaches à l'établissement. Pour le
trailement de ses soldats Toussaint avait fait allouer des sommes
importantes, en 1801, par l’assemblée centrale, Le jour qui suivit son entrée au Port-Républicain, le général Boudet avait porté son attention
sur les blessés de sa division dont le nombre était considérable s parmi eux l'on remarquait le général Pamphile de la Croix et le
colonel d'Henin. Il avait songé à améliorer ie sert des malades. Il
vint visiter l’hôpital ; il fit traiter les soidats de Toussaint qui avaient
été blessés comme les siens propres. Il trouva l'établissement sur
un pied si satisfaisant qu'il n'y fit aucun changement. Il maintint
avait porté son attention
sur les blessés de sa division dont le nombre était considérable s parmi eux l'on remarquait le général Pamphile de la Croix et le
colonel d'Henin. Il avait songé à améliorer ie sert des malades. Il
vint visiter l’hôpital ; il fit traiter les soidats de Toussaint qui avaient
été blessés comme les siens propres. Il trouva l'établissement sur
un pied si satisfaisant qu'il n'y fit aucun changement. Il maintint les ofliciers de santé, pharmaciens et autres dans leurs grades et fonctions.
Boudet était un officier géréral du plus beau caractère: A,
Hi néreux , loyal, aucun préjugé de couleur ne pénéira jamais en
son cœur. 1] fut toujours le protecteur des hommes de bien, nimden porte la caste à laquelle ils appartenaient Sur le continent de l'Europe 1l avait démontré beaucoup de courage et des talens pendant
les guerres de la liberté. Républicain sincère il fit plus tard bril:
ler à la Guadeloupe, contre les Anglais, une rare intrépidité et des
sentimens philantropiques qui lui valurent la haine des colons.
LL. _ LIVRE VINGT-TROISIÈME, 1802. Sommaire. Dieudonné Jambon se rend de Jacmel à Eéogane pour se concerter æ avec Pierre Louis Diane.—$Sa conduite. — Dessalines à Léogane —Il ordonne à
Pierre Louis Diane de tout incendier et de massacrer les blancs.—[ncendie de
Léogane—La 8e. se retire au Cabaret Quart —Les Français prennent posses”
sion de Léogane—Delpèche, commandant du Petit-Geâve, se soumet aux Français—Laplume reconnaît l'autorité de Leclerc.—Aquin, lAuse-à-Veau, Tibuton Se sonmettent — Dommage , à Jérémie, veut en vain résister; il est obligé
de se soumettre —Chs. Bélair incendie l'Arcahaie.— Le lieut -colorel Valabrègue
sen empare —L'adjudant-général Darbois arrive à Léogane avec 1,400 hommes.
—Il bat la 8e au Cabaret- Quart.—Il revient dans la plaiue de Léogane et se retranche à Cpttin.—Pierre Louis Diane vient l’attaquer et est repoussé. — nl se retire dans la haute plaine du Cul-deSac.—[amour Dérance reparaît , et Den Prontnce pour les Français—Darbois revient au Port Républicain. — Les 1,400 hommes qu'il commandait se rendent dans le Sud.— Boudet envoie Darbois
sur le vaisseau le Duguay Trouin prendre possession Ge Jérémie.— Dommage
est arrêté et envoyé au Cap —Dressalincs ne peut pénétrer dans le Sud.—Les
cultivateurs tirent sur lui de toutes parts —Il se rend à Jacmel; son discours à la population de ceue ville.—Il soit de Jacmel.— Il est poursuivi dans les campagnes —Il atteint Lamartinière dans la haute plaine du Cul-de Sac.— Dieudonné Jambon se soumet aux Français qui sont maîtres du Ca», et de la portion de lite qui s'étend de l’Arcahaie à Tiburon —Dessalines annonce tellement
sur son passage que les Français. sont venus rétablir l'esclavage que la population
éprouve des inquiétudes.—Boudet se saisit des papiers secrets de Toussaint. —
Clervaux à StYague, Paul Louverture à Santo-Domingo se soumettent aux
Français. — Avant d'attaquer Fos saint , Leclerc emploie les voies de la conci.
154 | BisTOIRE D'HAITI.—(18(12)
Tiburon —Dessalines annonce tellement
sur son passage que les Français. sont venus rétablir l'esclavage que la population
éprouve des inquiétudes.—Boudet se saisit des papiers secrets de Toussaint. —
Clervaux à StYague, Paul Louverture à Santo-Domingo se soumettent aux
Français. — Avant d'attaquer Fos saint , Leclerc emploie les voies de la conci.
154 | BisTOIRE D'HAITI.—(18(12) liation.—Il lui envoie Isaac et Placide —Caractère de chacua de ces jeunes gens.
Lettre de Bonaparte à ‘Toussaint —Toussaint envoie aux Calkos Îes fonds des
caisses de Saint Marc , des Gonaives, de la Petite-Rivière et des Verrettes. —
Ultimatum de Leclerc.—Toussaint place ses fils dans Palternative de se pronon-"
cer soit pour Jui, soit pour la France.—Isaac se prononce pour la Erance“
Placide pour Toussaint— La garde d'honneur de lex-gouverneur préfère Ja
guerre à la domination de Leclerc.-—Celui-ci se dispose à entrer en campagne. \. La Houvelle de l'occupation du Port-Républieain par les français
s'était répandue de morne en morne avec une rapidité incroyable
dans tout le département de l'Ouest. Le colonei Dieudonné Jambon,
commandant de larrondissement de Jacmel, s'était tout de suite
_transporté à Léogane pour se concerter avec Pierre Louis Diane, colonel de la 8e., sur les moyens de résister aux français, quand ils pénétreraient dans leurs arrondissemens respectifs. Pierre Louis
Diane lui dit qu'il était disposé à combattre l'ennemi avec le dernier:
acharnement et qu'il saurait mourir pour la cause du gouverneur
Toussaint Louverture. Dieudonné Jambon certain du, concours de
la 8e demi-brigade relourna à Jacmel excitant contre les blanes toutes sortes de passions, et faisant l'éloge des hommes de couleur.
Il réunit sur la place d'armes unecompagnie de grenadiers, de Fancienne légion de l'Ouest ,et ordonna à Mimi Bode, homme de*couleur , qui en était le capitaine, dedésarmer , en évitant leffusion du |
sang , les soldats d'un bataillon européen dispersés. dans différents
postes. Il était sept heures du soir. Dieudonné Jambon et; le commandant de Îa Pose Ferrand, officier noir, se rendirent au quartier d'un des bataillons de la 8e en garnison à Jacmel et lui firent
se tenir sous Îles armes prêt à fondre sur les'troupes blanches si
elles résistaient. A dix heures du soir, Mimi Bode vint annoncer à
ce eudonné que le bataillon européen avait livré ses armes. Ea uit s écoula avec calme. Le lendemain, dans la matinée , les bourpu biancs furent aussi désarmeés ; ils” n opposèrent aucune r'ésistance. Dieudonné féunit sur la place d'armes la garnison et lui
ordonna de jurer fidélité à Toussaint Louyerture ; les soldats de la
8e crièrent tous avec enthousiasme : vive le Gouverneur! mais les
troupes Sous les ordres de Mimi Bode, la plupart vétérans de la
légion de l'Ouest, demeurèrent mornes et silencieuses.
furent aussi désarmeés ; ils” n opposèrent aucune r'ésistance. Dieudonné féunit sur la place d'armes la garnison et lui
ordonna de jurer fidélité à Toussaint Louyerture ; les soldats de la
8e crièrent tous avec enthousiasme : vive le Gouverneur! mais les
troupes Sous les ordres de Mimi Bode, la plupart vétérans de la
légion de l'Ouest, demeurèrent mornes et silencieuses. En même temps Dessalines qui, comme nous l'avons vu, avait pé- :
nétré dans le Cul-de-Soc, ordonnait à Lamartinière d'occuper lhabatation Jone au pied des mornes qui ceignent la plaine, et de s’y
défendre vigoureusement contre les français s'ils l'attaquaient : voulant se rendre dans le département du Sud, il se ménageait une
retraite au cas quil füt obligé de rétrograder. Il partit avec cent
chasseurs de la 7° accompagné du chef d’ éscadron Bazelais, son aidede-camp. Il traversa la Coupe, atteignit le camp Fourmi d’où il.
voulut se jeter dans la grande route du Port-Républicain à Léogane,
fendre vigoureusement contre les français s'ils l'attaquaient : voulant se rendre dans le département du Sud, il se ménageait une
retraite au cas quil füt obligé de rétrograder. Il partit avec cent
chasseurs de la 7° accompagné du chef d’ éscadron Bazelais, son aidede-camp. Il traversa la Coupe, atteignit le camp Fourmi d’où il.
voulut se jeter dans la grande route du Port-Républicain à Léogane, * HISTOIRE D'HAITI.— (1802) 155 en longeant la. Rivière Froide, Mais il apprit que cette grande route
était occupée par des postes français qui s’avançaient jusqu’à Grescicr; les cultivateurs de ces quartiers, ainsi que ceux du Cul-deSac, s'étaient rendus au général Boudet, heureux de pouvoir méconnaître l’autorité de Dessalines dont ils n’oublisient pas les cruelles inspections. Alors au travers de chemins presque impraticables,
de précipices affreux, les soldats qui accompagnaïent Dessalives gravirent avec rapidité, au moyen de fortes lianes, les mornes du Fond
Fevrier, abandonnant les magnifiques coteaux de la rivière Froide.
IS" atteignirent Îles montagn:s qui ferment la plaine de Léogane.
L'officier blanc qui commandait cette place était d'avis qu'on la liyrät à Boudet; mais Pierre Louis Diane refusait d'agir sans les or:
dres de Dessalines commandant de la division de l'Ouest qu'il attendait avec anxiété, Celui ci pénétra dans la ville et ordonna à Pierre
Louis Diane d'exécuter les instructions qu’il avait reçues de Toussaint,
cest.à dire d'egorger tous les blancs, de transporter les munitions
de guerre à Tavet dans les mornes, et d'incendier la place. Pierre
Louis Diane envoya les mêmes ordres au Grand Goûve et au PeiitGoûve. Pierre Tony, officier noir, eommandant du Grand-Goûve,
fit fusiller un habitant blanc qui lisait la proclamation du 4° consul;
uant'au commandant du Petii Goûve, Delpèche, homme de couleur,
il refusa d'égorger les blancs, et répondit à Pierre Louis Diane
qu'il avait besoin, avant de prendre une détermination, de s’entretenir avec le colonel Nérette qui commandait à Aquin.
… Pierre Louis Diane, et Larese chef d’un des bataillons de la 8°,
firent sur le champ battre la générale ; les troupes se rangèrent en
bataille sur la place d'armes, vasie savane environnée d'arbres; quelques
compagnies dela garde nationale de la plaine ayant à leur tête leur colonel
Jeannot Millien , noir, parcoururent les rues, pénétrèrent dans les
maisons et arrêtèrent tous les blancs. Un seul colon fut sauvé, un
nommé Fisson, espion du gouverneur , auquel Pierre Louis Diane
permit dese rendre au Port-Républicain ; son épouse, femme blanche d'une rare beauté, avait été la maitresse de Toussaint. Millien
Jeannot conduisit les blancs qu'il avait arrêtés, au nombre de 400,
sur les bords de la grande rivière dont le lit presque privé d’eau
par la sécheresse ne formait qu'une ligne de cailloux ronds et blanchâtres. Ces infortunés furent dépouillés et massacrés à coups de
sabre et de baïonnette. Ces mêmes lieux avaient vu tomber sous la
hache des centaines d'hommes de couleur après la chute de Rigaud.
Maintenant les blancs qui avaient applaudi à l’égorgement des mulâtres étaient à leur tour horriblement poursuivis par une haine alors
vraie et implacable. | |
cheresse ne formait qu'une ligne de cailloux ronds et blanchâtres. Ces infortunés furent dépouillés et massacrés à coups de
sabre et de baïonnette. Ces mêmes lieux avaient vu tomber sous la
hache des centaines d'hommes de couleur après la chute de Rigaud.
Maintenant les blancs qui avaient applaudi à l’égorgement des mulâtres étaient à leur tour horriblement poursuivis par une haine alors
vraie et implacable. | | Quelques cavaliers de la garde nationale de Léogane s’avancèrent
jusqu'aux environs de Grescier. Ils découvrirent rangée en bataille
dans la grande route une superbe compagnie de dragons français LU 156 HISTOIRE. D'HAITI.— (1802) du 49e. régiment , la tète chargée de bonnets à poils surmontés
de flammes rouges. His retournérent à Léogane et annoncérent à
Pierre Louis Diane et à Larose ce qu'ils avaient vu. Ceux-ci se
hâtérent de livrer la ville au pillage ; et en uninstant tous les habitans
furent dépouillés; le soklat après avoir enlevé tout ce qu'avaient
laissé les blancs assassinés , ne respecta ni les hommes de couleur
ni les noirs qu possédaient quelque fdrtune. L'argent de la «trésorerie du en MD fat. placé dans des caisses et confié à un
détachement qui | e > Lransporta au Cabaret Quart, à deux lieues dans
l'intérieur. L'Eglise de Sainte-Rose avait été respectée : Pierre-Louis
Diane ordonna au capitaine Sterling, homme de couleur, d'aller
Ja dépouiller. Quand Sterling arriva devant l'entrée principale du
Temple du Seigneur , ül tremblait violemment; 1l hésita; il n'osait
y pénétrer ; énfin subissant l'influence de l'ordre quil avait recu,
il se mit à genoux , commanda à ses sol: ie de limiter , et s'écria.
levant les bras vers le ciel: « Mon Dieu! je suis un officier subal-
« terne; je suis envoyé ici paf mon colonel pour commeltre un
« Sacrilége; je vous prie de me pardonner et de ne vous en pren:
« dre qu’à celui qui m'a commandé de profaner votre demeure. »
Il ordonna à sa compagnie de rester toujours à genoux , entra dans.
l'Eglise avec deux officiers, enleva le Si-Sacrement et tous les autres ornemens d'or et d'argent. Il fit ensuite apporter ces objets à Pfe. Es.
Diane; celui ci en chargea un mulet qui fut achemineé sur dacmel.
Le lendemain le vaisseau l'Argonaute se présenta devant Léogane.
Earose et Pierre Louis Diane lirent battre la générale; la 8e. prit.
les armes, sortit de la vile à laquelle on mit le feu aussitôt aprèsz
en quelques heures elle fut presque réduite en.cendres. Les soldats qui
oceupalent le_fort Ça ra le firent sauter en se retirant. ÆEa8e.
suivie d’une foule de femmes, d'enfaus, de chariots chargés d'objets
de tous genres, alla preudre position au Cabaret Quart, ravin traversé d'une petite rivière et que deminent de hauts mornes couvertsde
mapoux dont les cimesse balancent dans l'air à une grande élévation.
Le colonel D Heuin qui, quoique blessé, était à la tête de la
compagnie des dragons français campés à Grescier , parlit de cette
bourgade, aussitôt après le plosion du fort Ça lea, en. découvrant
les tourbillons de flammes qui sertatent de Léogaue. Quand il parvint à la Grande Rivière 11 fut saisi d'horreur à Nr vue de nombreux
cadavres blancs qui couvraient le chemin : Les dragons pressèrent
leurs chevaux pensant pouvoir encore arriver assez i0t pour sauver
quelques malheureux. Mais ils trouvèrent la ville en cendres et
entièrement abandonnée. D'Henin s'y arrêta, et reçut du vaisseau
qui louvoyait devant le port, des renforts de imatelots, à l'aide desquels’ il sauva quelques maisons où il logea ses cavaliers.
Dessalines qui se trouvait au Cabaret- Quart., satisfait du eommandant Larose, homme de couleur, lui dit qu'il était un bon répu-
0t pour sauver
quelques malheureux. Mais ils trouvèrent la ville en cendres et
entièrement abandonnée. D'Henin s'y arrêta, et reçut du vaisseau
qui louvoyait devant le port, des renforts de imatelots, à l'aide desquels’ il sauva quelques maisons où il logea ses cavaliers.
Dessalines qui se trouvait au Cabaret- Quart., satisfait du eommandant Larose, homme de couleur, lui dit qu'il était un bon répu- + HISTOIRE D’HAITI—(1802) 157 blicain , ce qui signifiait qu'il était dévoué à la cause des noirs.
11 envoya l'ordre à Delpèche, commandant dn Petit Goûve, d'imiter la conduite qu'avait tenue la 8e. à Léogane. Il demeura toujours
dans la plaine de Léogane épiant la marche des événemens , incerfin jusqu alors sur quel point il se ‘dirigerait. Aussitôt aprés la prise de possession de” Léogane, le général Boudet fit appeler au gouvernement du Port- Républicain , le capitaine
Gélestin, un des officiers qui s'étaient soumis après l'occupation de cette
ville. 1 Lui confia la mission délicate de se rendre aux Cayes
auprès du général Laplume, commandant du département du Sud,
pour lui présenter les ordres de la France. Célestin accepla avec
empressement et partit. Sur son passage il gagna à la cause de la
métropole le chef d'escadron Delpèche, commandant du Petit Goàve:
Continuant sa route avec rapidité, il. atteignit Aquin et obtint de
Nérette uh sauf-conduit jusqu'aux Cayes. Le général Laplumo subissant l'influence des citoyens la plupart très hostiles à Toussaint
Louverture, réunit les autorités et Hour proposa.de se soumettre au
capitaine général Leclerc. Elles accueillirent cetle proposition par
des cris d'enthousiasme qui furent répéiés dans toute la ville. La 41e
demi-brigade , cantonnée aux Cayes, répéta les cris de vive la France au milieu des plus vives démonstrations de joie. L'exemple de
Laplame fut aussitôt suivi par Nérette à Aquin, Mamzelle à l'Anseà-Veau , et Desravines à Tiburon. Dans toutes ces villes il y eut
de brillantes fêtes"; les troupes coloniales reçurent double ration,
des liqueurs en abondance et fraternisèrent avec’ les blancs. L'enthousiasme en faveur de la France était devenu de toutes parts un
véritable délire. Les deux 4° bataillons de la 12°, en garnison à lAnseà Veau , se firent suriout remarquer par des manifestations d'un dévouement'sans bornes. Combien ne fut pas heureuse pour la France celle occàsion d'asscoir de nouveau sa domination à St-Domingue;
mais cette population du Sud si enthousiaste éteit cruellement
trompée par de perfides proclamations ; ‘elle ne comprendra quil
était de ses intérêts de soutenir alors Toussaint que lorsque la tentative du rétablissement de l'esclavage la coniraindra à prendre Îes
armes contre la France. 11 faut aussi reconnaitre qu'un grand nombre
d’ofiiciers français, ignorant les dispositions des ste EIdNe secrètes de
Leclerc, se conduistient ; de bonne foi, à l'égard des noirs et des hommes de couleur. L' apparition seule des vaisseaux le Duguay Trouin, | Argonaute et l'Union, dans la plupart des ports du Sud, avait déterminé
les citoyens de ce département à méconnaitre l'autorité de Toussaint.
es contre la France. 11 faut aussi reconnaitre qu'un grand nombre
d’ofiiciers français, ignorant les dispositions des ste EIdNe secrètes de
Leclerc, se conduistient ; de bonne foi, à l'égard des noirs et des hommes de couleur. L' apparition seule des vaisseaux le Duguay Trouin, | Argonaute et l'Union, dans la plupart des ports du Sud, avait déterminé
les citoyens de ce département à méconnaitre l'autorité de Toussaint. Nous avons vu que le général Dessalines en traversant la viile de
St Marc gvait expédié par mer à Jérémie auprès du colonel Dommage, commandant de l'arrondissement de la Grand’ Anse , Sezaire
Savary homme de couleur, lieutenant dans la 4° demt- bri gade, et
un officier noir. Ces deux envoyés avaient annoncé à Dommage late 158 7 miéroine D'HAITI.— (1802) rivée d'une expédition française formidable , et lui avaient transmis
l'ordre verbal de massacrer tous les blancs indistinctement militois
res et bourgeois, de brûler la ville, ainsi que les bourgs, d'aller
se retramcher dans les montagnes de la Hotte et d'y faire aux français une guerre à mort: Savary et son compagnon retournérent à.
St. Marc dans le canot qui les avait amenés à Jérémie. Dommage confia au chef de bataillon Ferbosse , commandant du 2° bataitlon de la 4°, l'ordre qu'il venait de recevoir; mais celui-ci refusant de l'exécuter cnavisà l’adjudant-général Bernard commandant de la: place, el lous les autres blancs de là ville. Ceux. ci
se réunirent et déelarèrent qu'ils vendraient chèrement leur! existence Néanmoins Dommage fit prendre les armes à la 4° et au 3°
bataillon de la 12° commandé par Désiré , et leur ordonna d'arréter les blancs et dincendier la ville. Les soldats qui avaient été
gagnés refasérent de lui obéir. En même temps on apprit à Jérémie la soumission de Laplume au capitaine général ‘Leclerc. Les
blancs envoyérent,aussilôt aux Cayes une députation dont le chef le
ciloyen Lapineau jura eritre les mains de Laplume, au nom des
habitans de Jérémie, fidélité au nouveau gouvernement Lapiume
écrivit à Dommage qu'il eut à se soumettre au général Leclerc aussttôt après la réception de sa lettre, sivon il serait traité com:
me, rebelle. Pommage toujours menacé par Ferbosse et Désiré fut
contraint de renoncer à ses projets de massacre et d'incendié. En même tems le général Boudet envoyait le l'.-colonel Valabrègue
prendre possèssion de l'Arcühale. A l'approche des français le général Charles Bélair arréia tous les blancs, évacüa le bourg avec
la 7° demi brigade ‘après l'avoir incendié et se retira dans les mornes
des Matheux avéc toute la population. Le colonel Laraque qui sous:
Toussaint Louverture avait si cruellement persécuté les hommes de
couleur fut assassiné sur l'habitation Dégand par des jeunes gens
dont il avait fuit mourir les parens, malgré ses énergiques démons:
trations contre les français. Yalabrègue s'empara du bourg de l'Arcahale sans coup férir. |
7° demi brigade ‘après l'avoir incendié et se retira dans les mornes
des Matheux avéc toute la population. Le colonel Laraque qui sous:
Toussaint Louverture avait si cruellement persécuté les hommes de
couleur fut assassiné sur l'habitation Dégand par des jeunes gens
dont il avait fuit mourir les parens, malgré ses énergiques démons:
trations contre les français. Yalabrègue s'empara du bourg de l'Arcahale sans coup férir. | Aussitôt que Boudet apprit la soumission du général’ Laplume il achemina sur le département du Sud 1,400 hommes, sous les
ordres de l'adjudant.général Darbois, ofliciee brave, mais cruels
d'une des vieilles familles aristocratiques de France, pour soustraire
cette province à la dévastation dont la menaçait Dessalines. Celuiei voulait la châtier, disait on , pour s'être lâchement livrée aux
français. Darbois parvenu à Léogane y apprit que la 8°s était retirée au Cabaret Quart. El marcha contre elle. Pierre-Louis Diane
était à Tavet fortifiant cette position. Les soldats de la 8° qui s'étaient portagé le trésor de Léogane, ne se doutant pas que les français pussent pénétrer dans la “montagne pour les attaquer, jouaient
au milieu du ravin, dans Île plus grand désordre... Tout-à-coupals
ançais. Darbois parvenu à Léogane y apprit que la 8°s était retirée au Cabaret Quart. El marcha contre elle. Pierre-Louis Diane
était à Tavet fortifiant cette position. Les soldats de la 8° qui s'étaient portagé le trésor de Léogane, ne se doutant pas que les français pussent pénétrer dans la “montagne pour les attaquer, jouaient
au milieu du ravin, dans Île plus grand désordre... Tout-à-coupals \ HISTOIRE D’rairi.—(1802.) 159 entendent une-fusillade; un moment après ils apprennent par des
fuyards que leur poste avancé est enlevé; ils se saisissent de leurs
armes et veulent se mettre en bataille; mais déjà les français débouehaient sur eux au pas de charge, "et les attaquaient en exécutant des feux de pelotons. Les indigènes font une seule décharge,
prennent la fuite et abandonnent tout leur butin. Chargés de leurs
armes et de leurs havre-sacs remplis d'argent ils gravissaient difticilement les rochers qui dominent la ravine. Les français les abattaient en grand nombre sur le flanc de la montagne. Quelquefois
avant de tirer ils criaient à chacun d'eux : Jette ton havre sac, et
sauve tot! ce que faisait le soldat indigène qui gagnait ensuite à
travers les bois le sommet des mornes avec une rapidité prodigieuse.
Darbois avait été blessé au pied dans l’action. La 8e. ne se rallia
qu'au camp Tavet. Pierre Louis Diane devint furieux en appregant
la déroute de son régiment. Il dit à ses soldats que jamais la 8e.
n'avait fui, qu'elle avait sans cesse battu Îles anglais à Trianon, au
Mirebalais, qu'il fallait réparer la honte dela journée de la veille,
Après avoir relevé leur moral, il marcha sur le Gabarët-Quart,
Eà il apprit que les français s'étaient retirés à Cottin dans la plaine de Léogane. Il eut l'audace , au milieu de la nuit, de sorur
du défilé et d'aller assaillir Phabitation Cottin. Les français qui
étaient plongés dans le sommeil furent réveillés par le bruit de la
mousquéterie. IIS coururent à leurs armes, se mirent en bataille
et commencérent sur la 8e. un feu formidable. En moins d’une
demi-heure les troupes coloniales furent culbütées et repoussées au
loin. Elles se retirérent à Tavet abattues et consternées.. Pierre
Louis Diane et Larose, menacés par Lamour Dérance, se retranchérent à Tavet, et y attendirent des nouvelles de Jacmel pour demeur
rer dans la position qu'ils occupaient, ou pour se rendre dans la
plaine du Cul de Sac. Lamour Dérance réfugié dans les mornes du
Bahoruco, n'avait pu être soumis par Toussaint Louverture, auquel
il n'avait jamais cessé de faire une guerre de partisans depui is la
chüte de Rigaud. Il avait appris avec joie l'arrivée de l'armée française. | L’adjudant-général Darbois revint de Léogane au Port-Républicain.
Quant à la colonne qu'il commandait elle continua sa marche et parvint aux Cayes. Boudet envoya à Jérémie le vaisseau le Dugay
Trouih chargé de deux bataillons. de la 90° et d'un bataillon #4
chasseurs de la Loire sous les ordres de Darbois. Aussitôt après
le débarquement de celui-ci les citoyens , Bernard à ds Hôtes au
Je féliciter au palais du gouvernement de sa victoire remportée sur
Ja 8%, et lui donner l'assurance de leur dévouement à la mère patrie.
Boudet envoya à Jérémie le vaisseau le Dugay
Trouih chargé de deux bataillons. de la 90° et d'un bataillon #4
chasseurs de la Loire sous les ordres de Darbois. Aussitôt après
le débarquement de celui-ci les citoyens , Bernard à ds Hôtes au
Je féliciter au palais du gouvernement de sa victoire remportée sur
Ja 8%, et lui donner l'assurance de leur dévouement à la mère patrie. Darbois leur promit une administration glorieuse et paternelle. Doux
. mage lui fut dénoncé comme le partisan le: plus acharné de Bus -
saint dans le Sud.- Depuis son arrivée, Dommage n'était pas venu “ 160 Hisforre p’uatri.—(1803). Je saluer. le fit appeler et lui dit : Pourquoi vous montrez-vous
mécontent du nouveau gouvernement ?—Je n'ai aucune nouvelle du
gouvernetr Toussaint Louverture mon chef; pour léqüel je combattrai toujours ; même rontre le général Leclerc. Darbois profitant
de ces mots voulut le faire arrèter vommie traître à fa pattie. Mais
il rencontra la plus vive opposition de Ja part des officiers de la
A° et de la 12° qui, quoique gagnés contre Toussaint ; avaient de l'es:
ce pour Île colonel Dommage. Darbois fut contraint de surseoir
celte arrestation. Il prit le commandement de la Grand'Anse etsignali à Boudet les chefs de bataillon Ferbosse et Désiré comime des
traitres qui ne s'étaient soumis à la France que forcés par les circonstances. Nous verrons plus tard la peine qu'ils subiront pour
s'être opposés à l'arrestation de Dommage. Celui-ci ne tarda pas à
être envoyé au Port-Républicain où Boudet l'avait fait appeler. II
fat ensütte embarqué pour le Gap. Leciere le mit sous la surveil:
lance de la haute police en attendant une occasion favorable de le
livrer au dernier supplice.
é comime des
traitres qui ne s'étaient soumis à la France que forcés par les circonstances. Nous verrons plus tard la peine qu'ils subiront pour
s'être opposés à l'arrestation de Dommage. Celui-ci ne tarda pas à
être envoyé au Port-Républicain où Boudet l'avait fait appeler. II
fat ensütte embarqué pour le Gap. Leciere le mit sous la surveil:
lance de la haute police en attendant une occasion favorable de le
livrer au dernier supplice. Dessalines avait appris dans les montagnes de Jacmel la soumission de Delpêche commandant du Peiit-Goûâve. 1ljura de punir le
traitre de sa lâcheté. Par cette dernière circonstance s'évanouissait
l'espoir qu'il avait de pénétrer dans le Sud. Déjà lordre avait
été donné aux cullivateurs de tirer sur lui partout où ik se présentgrait. HN fut contraint de gagner promptement Jamel où
Dieudonné Jambon se montrait toujours très-dévoué à Toussaint
Louverture, Quand 1 arriva en cette ville, 1l fit battre la générale,
et réunit les hommes de toutes les couleurs ‘sur la place d'armes:
Ise Unt au milieu de fa foule et dit d'une voix “forte : Le gouvernour Toussaint avait été égaré par les colons ; ces perfides ont
trompé le gouvernement français en écrivant au 4% consul que nous
voulions nous rendre indépendons de la métropole, lor sque nous ne.
demandions que fa ratification de notre constitution qui garantit nos
libertés. La France est toujours notre patrie; nous combattrons le
général Leclerc non pour réaliser lindépendan ce de noire pays ;
mais pour contraindre la métropole à respecter nos droits et à nétablir aucune différence entre ses enfans européens et ses enfans de
sang africain. Hommes de couleur 61 noirs, aujourd hui le gouververneur Toussaint reconnait ses erreurs; il maudit les colons de
l'avoir égaré, et il gémit de la cruelle guerre qui nous a divisés.
Nègres et Mulätres! Nous sommes tous frères ; réunissons-nous contre les colons, nos ennemis communs ; nous ne leur devons aucune
com miséra tion : ils n'en ont jamais eu pour nous. Lamarlinière vient
de s'immortaliser au Port HÉRNES imiions le ! oublions le passé! » Les blancs tremblaient dans la foule et se résignaient à leur malheureux sort. Sur le champ Dessalines dont la voix ne produisit | istôtRe p’Haiti.—(1809) : 161 äuücun enthousiasme, commanda aux colonels Dieudonné Jambon et
Ferrand, de les conduire en prison. Les blancs furent aussitôt arrêtés sous ses yeux. Il se hâta ensuite de sortir d'une ville dont la
plupart des habitans lui paraissaient hostiles. Il quitia Jacmel dans
à nuit qui saivit son arrivéé, avec une escorte de douze cavaliers.
Aprés avoir traversé la Bosseline , au pied du morne Commissaire,
il fut poursuivi avec acharnement par le commandant Bélair , noir,
qui détestant sa férocité , voulait limmoler, Un capitaine de là garde
nationale de la Gosseline nommé Télémaque, noir , facilita son évasion. Il atteignit au milieu dés plus grands dangers , après avoir
essuyé le feu de plusieurs embuscades , les bords de l'étang salé:
Il partit pour la Petite Rivière de l'Artibonite , prenant la route du
Mirebalais, emmenant avec lui Lamartinière, Magny Monpoint , ainsi .
que la g garde d'honneur, Il laissa à sa gauche le quartier de lArcahaie déjà en partie occupé par Îles français. he bé (a |
, noir , facilita son évasion. Il atteignit au milieu dés plus grands dangers , après avoir
essuyé le feu de plusieurs embuscades , les bords de l'étang salé:
Il partit pour la Petite Rivière de l'Artibonite , prenant la route du
Mirebalais, emmenant avec lui Lamartinière, Magny Monpoint , ainsi .
que la g garde d'honneur, Il laissa à sa gauche le quartier de lArcahaie déjà en partie occupé par Îles français. he bé (a | Le jour qui suivit son départ de Jacmel, le colonel Dieudonné,
et Ferrand, commandant de la place, commencérent à faire sortir
de la ville les canons et le train d'artillerie, pour les transporter
dans les mornes de Tavel. ls avaient reçu publiquement l'ordre
de massacrer les blancs et d'incendier la ville, à l'apparition d’une
éscadre française. Cet ordre- avait jeté la consternation parmi les
habitans de toutes les eouleurs: hommes et femmes étaient épouvanités d'un tel carnage. Tout à coup Mimi Bode,et le capitaine d'artillerie Langlade , qui
avaient désarmé les blancs , lorsqu'ils étaient incertains de l'issue des
événemens, à la tête des soldats qu'ils avaient gagnés et de quelques citoyens courageux , $e prononcèrent hautement contre ces cruelles mesures d'assassinat et d’incendie. Pourquoi , disaient-ils, exercer ces horreurs, à l'exemple de Lamartiniére ; de Lârose ét de
Pierre Louis Diane? Est ce pour denieurer sous la verge de fer de
Toussaint Louverture , ‘sous un BOUVETREMENE affreux, où les hommes les plus respectables et les plus dévoués à la légalité ne sont pas
certains de leur existence à chaque heure du jour. Leur voix re-
‘entit dans toute la ville. La plupart des hommes de couleur et
des noirs se ralliérent autour d'eux. Les blancs qui attendaient la
mort dans leur prison furent mis enliberté, S'armant de courage,
se voyant soutenus par 400 hommes braves et déterminés réunis
autour de Mimi Bode, ils se présentérent en la demeure de Dieudonné Jambon et lui offrirent 10,000 piastres s’il voulait se déclarer
franchement leur protecteur , et se soumettre au nouveau gouvernement , avant l'arrivée d’une escadre française dont l'apparition devail être le signal de leur destruction. Dieudonné aceepta la proposition , et se disposa aussilôt à recevoir les français comme des
frères d'armes. Les blancs de Jacmel qui avaient été bien traités
sous le gouverneur, revenus de leur terreur , FnNiRent à Boucet
rent 10,000 piastres s’il voulait se déclarer
franchement leur protecteur , et se soumettre au nouveau gouvernement , avant l'arrivée d’une escadre française dont l'apparition devail être le signal de leur destruction. Dieudonné aceepta la proposition , et se disposa aussilôt à recevoir les français comme des
frères d'armes. Les blancs de Jacmel qui avaient été bien traités
sous le gouverneur, revenus de leur terreur , FnNiRent à Boucet 162 HisToige D’HAITI.— (1802) qu'il. était inutile d'envoyer une garnison en leur ville, attendu que
le colonel Dieudonné Jambon s'était souwis au nouveau gouyerneur.
lis lexhortaient dans leur adresse à ne rien changer au système
d'administration toui paternel de Toussaint Louver ture. _Boudel qui
n'était pas encore initié aux mystères du système colonial, et qui
ne jugeait Toussaint que par ses actes, s'indigna de la bassesse des
blaucs de Jacmëi qui, ditil, déifieraient la peste si elle donnait dés
places. Les colons de la sarde nationale et le bataillon français reprire nt leurs armes ; lés canons , ainsi que tes munitions, qui avaient
été déjà transportés à Tavet, furent ramenés à Jacmel. C'est ainsi
que Dieudonné Jambon, persécuteur acharné des braves de la légion de l'Ouest, aprés la chute de Rigaud, trahi son chef, pour 10,000
pistres. Quant au colonel Ferrand, commandant ée la place, il avait
conservé une parfaite neutralité el avait suivi le cours des évènemens.
Le général Pageot arriva à Jacmel avec un bataillon de la légion
de la Loire et-soixante recrues de la légion de l'Aude. Dieudonné
accusa Ferrand auprès du général français d'avoir été un de ceux
qui l'avaient conseillé de massacrer les blancs et d'incendier la ville,
après le départ de Dessalines. La présence continuelle de Ferrand qui
avait refusé l'or des colons, ei qui s'était modelé sur Dieudonné Jambon, commandant de l'arrondissement, son SpAAUts était un reproche
perpétuel de la trahison de celui ci. Pageot noble et généreux,
mais trompé dans cetie circonstance, arrêla Ferrand, et le fit embarquer pour France. Ce fait excita lindignation de ‘la plupart des
citoyens indigènes; * mais la défiance ne s'était pas encore éveillée,
Dieudonné fut confirmé dans sen grade de colonel commandant l’arrondissement.** Rien ne fut changé dans le quartier de Jacmel; les
cultivateurs se livrèrent à leur travaux accoutumés, et chacun attendit du nouveau gouvernement liberté et bonheur. Pierre Louis
Diane et Larose’ ayant appris la soumission de Jacmel , abandonnérent
Tavetet atteignirent la plaine du Cul-de-Sac, après avoir essuyé dans
les montagnes de Jacmel et du Grandfond le feu des bandes de Lamour Dérance. Celui-ci ft prisonmer tout le second bataillon de
la 8°. Quinze jours après l’arrivée de la division Boudet au Port-:
Républicain , Les français étaient en possession de tout le Sud, et
de la province de l'Ouest jusqu’à L'Arcahaie. Du Petit-Goâve à Ti
buron pas une seule amorce n'avait été brûlée. Ce fut au milieu
des acclamations de joie et du plus grand. enthousiasme que les troupes françaises furent accucillies à FAnseà-Veau, aux Cayes, et à
. Quinze jours après l’arrivée de la division Boudet au Port-:
Républicain , Les français étaient en possession de tout le Sud, et
de la province de l'Ouest jusqu’à L'Arcahaie. Du Petit-Goâve à Ti
buron pas une seule amorce n'avait été brûlée. Ce fut au milieu
des acclamations de joie et du plus grand. enthousiasme que les troupes françaises furent accucillies à FAnseà-Veau, aux Cayes, et à * Dès à présent nous entendons par indigènes, non seulement les noirs
et les hommes de couleur nés à Saint-Domingue, mais. encore les afriCains trausplantés. ## Ce'ïnème Dieudonné Jambon, après l'évacuation des français, tal les vengeances de Dessalines, se RAT à Porto- Rico, y acheta une habitation, et se montra toujours très-cruél envers ses esclaves. A% frisroire n’uatri.= (1802) 163 Jérémie ; ces villes faisaient expier à Toussaint ses crüelles vengeana Es ces après [a guerre civile. { Darbois trouva dans les magasins du département du Sud plus de
douze millions en denrées du pays. Le commerce reprit bientôt
son cours ordinaire , et les travaux des champs recommencèrent avec
une nouvelle vigueur. Le soldat français tenait une conduite admirable; il exerçait le plus grand respect à l'égard des citoyens qu’il
appelait frères ; et dans ses marches, il observait une discipline rigous
reuse; excepté sa galété exagérée, elles mots plaisants que les noumveautés qu'il découvrait lui ärrachaient , ce qui parfois choquait les indigènes ; il Sympathisait assez bien avec ces derniers. Soldat
dela liberté , il ne songeait nullement au rétablissement de là servi:
tude; les noirs et les hommes de couleur n'étaient à ses yeux qué
des compatriotes. Plus tard nous l'entendrons se plaindre d’être
devenu l'instrument de la tyrannie; . alors nous verrons ses chefs
s'étudier à corrompre son cœur où pénétrera insensiblerüent la perfidie coloniale. Cependant tout en recevant fraternellement les frangas, quelques indigènes n'avaient pas pleine confiance en leurs pas roles; et cette vérité auils étaient venus pour rétablir là servitude, vérité que Dessalines répandait partout sur son passage, était quelquelois favorablement accueillie Dar nos soldats et nos cultivateurs
qui en témoiguaient toutes leurs inquiétudes. Les généraux fran:
çais S'efforçaient d’étouffer ces propos par de magnifiques promesses,
et par le maintien de la discipline la plus sévère dans l'armée: À
une grande revue de la division Boudet au Port Républicain, le
général Pamphile de Ia Croix vit s'approcher de lui un vieux colo-.
nel noir nommé Paul Lafrance, qui lui demanda naïvement'si les
français n'avaient pas l'intention de rétablir l'ancien régime. Cette
uestion de la part d’un officier supérieur , dévoué à là métropole,
fit” sentir au. général français combien les siens pourraient inspirer
peu de confiance à là population , quoiqu'ils fussent félicités d’as
voir renversé le gouvernement de Toussaint: Quelques jours après,
le général Boudet parcourant les lettres et autres papiers secrets de
a naïvement'si les
français n'avaient pas l'intention de rétablir l'ancien régime. Cette
uestion de la part d’un officier supérieur , dévoué à là métropole,
fit” sentir au. général français combien les siens pourraient inspirer
peu de confiance à là population , quoiqu'ils fussent félicités d’as
voir renversé le gouvernement de Toussaint: Quelques jours après,
le général Boudet parcourant les lettres et autres papiers secrets de Toussaint , trouvés au palais national , dans le double fond d’une casSette, rencontra des bagues, des tresses de cheveux de toutes les nuances et de toutes les espèces , des cœurs en or percés de flèches, des souvenirs, de tendres petits billets. Il tint en ses mains les téMoignages des conquêtes amoureuses de Toussaint Louverture qui ce:
pendant était vieux, laid, sans grâce, ni douceur. Mais en, sentimént aussi bien qu’en politique, rien ne résistait à la terreur qu’inspirait le gouverneur. N’était-il pas le souverain tout puissant du
pays, le dispensateur des places civiles et militaires? Le général
donitiot après avoir lu quelques billets sentit la rougeur lui couvrir
le front : il avait vu les noms de plusieurs dames blanches de haute
Gondition. Il s’écria: « N'allons pas plus loin ! nous serions peut- - e 364 HISTOIRE D'HAITI.—(1802)
{ être ‘obligés de mépriser la plupart des gens que nous devons voir
chaque jour. » Il jeta au feu la cassette. Boudet avait reçu en
communication une partie des instructions secrètes de Leclerc. Un
des articles était ainsi conçu: « Les femmes blanches qui se sont prostituées aux nègres, quel que soit leur rang, seront renvoyées en
France. » Boudet sentant les difficullés. d'établir les preuves de la
prostitution ,eul horreur de l'espionage, moyen il qui eut jeté la
mort dans tes familles. | Jusqu’alors la haute plaine da Cul-de-Sac n’était pas au pouvoir
des français. Sur les versans des mornes qui l’avoisinent s'étaient
retirés les débris de la 8°. Pierre Louis Diane et Larose en descendaient toutes les nuits , et se ruaient jusqu'aux portes de la Croix
des Bouquets, saccageant tout. Boudet était d'autant plus inquiet,
que Lamour Dérance dont il ignorait les dispositions bienveillantes,
retranché dans les mornes du Grandfond , pouvait aussi envahir la
plaine, ainsi que la ligne que forment au Sud-Est de la ville les mornes de l'Hôpital. Comme dans le Nord les français avaient à vaincre de plus grands obstacles, Leclerc usait, envers les indigènes, de
toutes sortes d'égards, et s’efforçait de capter leur confiance pour les
porter à s’armer contre les insurgés, car la guerre civile allait s’allumer avec fureur. Toussaint était disposé à lui opposer la plus
vive résistance. S'il parvient à vaincre les français et à les rembarquer , il se déciarera souverain indépendant; et s’il demeure vaincu,
il légitimera sa résistance , ‘en déclarant qu'il n'avait jamais foulé aux
pieds le drapeau de la France, et qu'il ñe voulait que contraindre
la métropele à respecter sa Constitution par laquelle St. Domingue
était toujours reconnue colonie française. |
opposer la plus
vive résistance. S'il parvient à vaincre les français et à les rembarquer , il se déciarera souverain indépendant; et s’il demeure vaincu,
il légitimera sa résistance , ‘en déclarant qu'il n'avait jamais foulé aux
pieds le drapeau de la France, et qu'il ñe voulait que contraindre
la métropele à respecter sa Constitution par laquelle St. Domingue
était toujours reconnue colonie française. | Le général Boudet rendit compte au capitaine-général de tous les
avantages quil avait obtenus dans l'Ouest et dans le Sud, et de
la soumission de la colonie, de lArcahaie à Tiburon. Ces succés
réjouirent extraordinairement l'armée dont les forces allaient s'augmenter d'auxiliaires indigènes , alors les meilleurs soldats du monde sous le ciel brülant des tropiques. | | Pendant cet intervalle les frégates la Fraternité et la Précieuse’, sous
les ordres du capitaine de vaisseau Bernard, chargées de mille hemmes
de débarquement, commandés par le général Kerverseau , s'étaient présentées le.3 Février (13 pluviôse) devant Sto Domingo. Le général
français envoya un parlementaire à Paul Louverture, commandant
pour Toussaint du département de l’Ingaño, au nom de la République
Française. La 16° demi-brigade dont Jean. Philippe Daut était le colonel,
et un bataillon de la 7° formaient la garnison de la place. Paul Louverture-reçui le parlementaire avec courtoisie et magnificence. Celui ci lui fit
connaître que le général Kerverseau avait été envoyé par le 4* consul
pour prendre possession de Sio Domingo, et que le nouveau gou--
werneur était le capitaine général Leclerc, commandant en chef de Ÿ4 7 “ HISTOIRE p’iairi. (1802) t65: _ l'armée française. Paul Louverture , homme. faible et acces-
“sible aux séductions, lui répondit néanmoins qu'il expédierait des
“courriers au gouverneur , et quil agirait d’après les instructions qu'il en recevrait. Le parlementaire retourna. auprès de Kerverseau et lui apprit les dispositions de. Paul qui paraissait déterminé à ne se soumettre qu'autant qu'il en recevrait l’ordre de Toussaint Louverture. Les batteries formidables de la côte menacèrent de couler “à fond les deux frégates si elles ne prenaient pas le large; cllès gagnèrent la haute mer. L'évèque de Sio-Domingo, monseigneur
Mauvieille, qui avait été envoyé. en cette ville par le Directoire comme on La vu, entièrement dévoué aux intérêts de sa patrie ;
employait , depuis qu il avait appris l'apparition d'une flotte française
à Samana , toutes sortes d'intrigues pour exciter la population à pren- | dre les armes contre la garnison, alin de. favoriser le débarquement “des français. [l avait tellement usé de son influence ecclésiastique, influence magique sur l'esprit religieux et fanatique des Espagnols, surtout en exailant l'imagination des femmes , quil était parvenu à armer trois cents citoyens , la plupart anciens nobles, humiliés de
subie l'autorité d'un chef ci devant esclave. Dans la nuit. du 9 Février, Mauvieille fit savoir à Kerverseau, dont les frégates louvoyaient
à la vue de Sto- Domingo, que s'il lentail un débarquement, la ville:
énlière se souleverait contre la garnison, et seconderail ses opérations.
Tous les citoyens en effet. s étaient hautement prononcés contre Toussaint Louverture. Au milieu de la nuïi du 20. Pluviôse (9 Février).
'un chef ci devant esclave. Dans la nuit. du 9 Février, Mauvieille fit savoir à Kerverseau, dont les frégates louvoyaient
à la vue de Sto- Domingo, que s'il lentail un débarquement, la ville:
énlière se souleverait contre la garnison, et seconderail ses opérations.
Tous les citoyens en effet. s étaient hautement prononcés contre Toussaint Louverture. Au milieu de la nuïi du 20. Pluviôse (9 Février). les trois cents espagnols surprirent un fort de la ville sur le. bord
de la mer, et s'en emparèrent sur 12 sokilats de la 40% En même
temps Kerverseau chargeait ses chaloupes. de soldats, et. s'efforçait
à atteindre le rivage; mais la mer était si orageuse et les brisants.
si furieux que les français ne purent s'approcher des côtes. de fer
qui bordent embouchure de l’'Ozama. A la pointe du jour, Jean
Philippe. Daut, à la tête de la 40° , donna assaut à la fortificalion,
l'enleva à la niélte él en. chassa les Espagno's qui furent précipités dans la. mer où 1ls se noyérent en grand nombre. Les fuyards
se répandirent dans les campagnes , excitant à. la révolte, Le Ghrist
à la main, les paisibles laboureurs, au nom, de. FEternel. Le 11
Février (22 pluviôse) pendant la nuit, “les Espagnols s'emparérent d'un
poste hors de la ville, et s'y retranchèrent ; Paul Louverture marcha
contre eux, leur livra combat et les mit en pleine déreute. * * I] ne faut pas entendre par espagnols des hommes européens; nou
entendons .parler des sang-mêlés, issus de blancs A se et de femines
noires, qui forment la plus grande partie de la population de l'Est. Les.
habitans de la partie de l'Ouest les appællent espagnols, et de leur côté les
habitans de l'Est anpellent français les noirs et les hommes de couleur
de Fancienne partie française, 166 | WISTOÏRE D'HAITI.— (1802) | Pendant ees événemens deux courriers envoyés , l'un par Paul Louverture, Fautre par Clervaux qui commandait à St-Yague , arrivèren:
aux Gonaïves, et remirent à Toussaint les dépêches de ces deux généraux. Le gouverneur expédia à Paul, ainsi qu'à Clervaux, l'ordre d'évacuer les villes qu'ils occupaient, et de se retirer à St Raphoël.
Toussaint, reconnaissant l'impossibilité de conserver les grandes milles;
voulait réunir toutes ses forces autour de lui pour faire aux Français
une guerre de montagnes, de crêtes en crêtes. Avec la connaissance parfaite qu'il avai des localités, il avait l'espoir de la victoire. Le: courrier envoyé à Clervaux tomba dans les avant postes français
qui s'étaient déjà prolongés au loin dans l'intérieur, et fut assassinés Le. courrier de Paul Louverture, quand il parvint dans la plaine de StoDomingo, fut arrêté par les Espagnols qui s'étaient soulevés en faveur. dés Français. La lettre dont il était porteur fut envoyé [à Kerverseau. Par celte dépêche, 11 était ordonné au général indigène d’abandonner Sto. Domingo et de’se retirer à St. Raphaël. Kerverseau,
qui s'étaient déjà prolongés au loin dans l'intérieur, et fut assassinés Le. courrier de Paul Louverture, quand il parvint dans la plaine de StoDomingo, fut arrêté par les Espagnols qui s'étaient soulevés en faveur. dés Français. La lettre dont il était porteur fut envoyé [à Kerverseau. Par celte dépêche, 11 était ordonné au général indigène d’abandonner Sto. Domingo et de’se retirer à St. Raphaël. Kerverseau, accompagné de quelques officiers, aborda le rivage et demaudà une entrevue au général Paul qui l'accepta. Elle eut Heu sons les
murs de la place. Kerverseau remit à l’indigène la lettre que Touss saint avait adressée à ce dernier. Le général Paul, après en avoir
pris leciure , fut étrangement surpris de la recevoir par l'ennemi, Kerverseau lui donna l'assurance qu'elle lui avait été : expédiée par Toussaint dans un paquet. Cependant Paul n’ajoutant pas foi à la’ parole
du français, lui répondit qu'avant de lui livrer la ville; 1l consulterait l'état-major de la 40e.— Vous agirez, comme bon vous semblera , répliqua Kervefseau ; mais le général Toussaint Louverturé vous rendra responsable de votre conduite. Souvenez vous de Moyse” qui, pour n'avoir pas suivi les instructions de son oncle, se perdit en prenant les armes contre la métropole. Paul Louverture rentra”
à Sto. Domingo, réunit tous les ofliciers de la garnison, leur. fit donner lecture de la lettre , êt les chargea d'en vérifier (a signature
qui fut aussitôt confrontée avec toutes celles du souxerneur trouvées au bureau de l'Arrondissement. L'état major déclara unanimement que cetie signature était celle de Toussaint. Néaumoins Paul Lou.
vériture n "ouvrit pas aux français les portes de Sio. Domingo, excité dans sa détermination par la garnison qui avait l'espoir d’être.
bientôt secourue par. le géuéral Clervaux, commandant de St:Yague.. Kerverseau ne redoutant pas une canonnade à boulets rouges, bloqua
dans la journée du 24 pluviôse (143 févr ier), l'embouchure de lOZama , et caplura deux’ bâtimens américains qui avaient tenté d’entrer dans le port. D'un autre côté, les Espagnols soulevés dans.
la garnison qui avait l'espoir d’être.
bientôt secourue par. le géuéral Clervaux, commandant de St:Yague.. Kerverseau ne redoutant pas une canonnade à boulets rouges, bloqua
dans la journée du 24 pluviôse (143 févr ier), l'embouchure de lOZama , et caplura deux’ bâtimens américains qui avaient tenté d’entrer dans le port. D'un autre côté, les Espagnols soulevés dans. les campagnes serraient étroitement la place. Clervaux à St. Yague, à la tête de 700 hommes de la 6° demi-.
brigade , ne recevait aucune nouvelle de Toussaint Louverture.
JU était dans les plus vives in sur le sort de son chef. DAT au
CARS HISTOIRE Duairi.—(1802) 16% D'évèque Mauvicille arriva de Sto. Domingo auprès de lui. Il employa
toute son éloquence pour le déterminer à se soumettre au nouveau
“gouvernement, s’étayant de la proclamation de Toussaint qui faisait un devoir aux fonctionnaires civils et militaires de recevoir
Is envoyés de la métropole avec le respect de la piété filiale. IL
“est probable, lui dit Mauvieille, que le gouverneur lui-même a fait
“à Soumission. Glervaux, vaineu par Îles argumens de Pévêque, reconput l'autorité du capitaine-général Leclerc. Celui-ci peu de jours
après lui envoya le général Claparède qui prit possession de la
ville, au nom du gouvernement français. Clervaux fut maintenu
dans son gradeade général de brigade et dans son commandement
dû département de Cibao. Mauvieille revint à Sto. Domingo ; il pré:
Senta à Paul Louverture une lettre par laquelle Clervaux l'exhorHita se soumeitre au capitaine général Leclerc dont l'autorité était
légitime d'après les proclamations de Toussaint lui-même. Paut
Louverture suivant l'exemple de Clervaux reconnut aussi le nouveau
gouvernement. Le 2 Ventose le général Kerverseau entra à Sto.
Domingo à la tête des troupes françaises, le félicita de son attachement
à la métropole , et l'engagea à exciter par une proclamationsles garnisons.
de laipartie espagnole à imiter la conduite de celle de S°. Domingo.
Paul Louverture adressa aux troupes du département de 'Ozama üne
proclamation dans laquelle il disait: « Que la liberté pour lui et
« les siens était le talisman qui enflammait son zèle el son amour
« pour la mère patrie. » 2 Ventose (21 Février.) Révenons aux événemens qui se passaient. à peu près en même
temps dans le département du Nord, aussitôt après la prise de possession du £Cap. Les généraux français promettatent d'écraser TousSaint d'un seul coup. Cependant Leclerc pensa qu'il serail plus prudent, plus sage et moins barbare d'employer préalablement la voie.
dés négociations, pour amener Pex-gouverneur à un accommodement,
en Ini proposant la seconde place de à colonie. Il croyait que les,
nombreuses troupes qu'il avait envoyées dans l'Ouest répandralent
le découragement autour de lui. Mais Toussaint avait un cœur que.
les obstacles rendaient de plus en plus énergique; et chaque trahi:
Son de ses officiers ne pouvait que le fortifier dans la détermination
qu'il avait prise de mourir les armes à la main.
és négociations, pour amener Pex-gouverneur à un accommodement,
en Ini proposant la seconde place de à colonie. Il croyait que les,
nombreuses troupes qu'il avait envoyées dans l'Ouest répandralent
le découragement autour de lui. Mais Toussaint avait un cœur que.
les obstacles rendaient de plus en plus énergique; et chaque trahi:
Son de ses officiers ne pouvait que le fortifier dans la détermination
qu'il avait prise de mourir les armes à la main. Leclerc envoya chercher Isaac et Piacide "Louverture qui étätent
à bord du vaisseau le Jean Jacques, et qui n’étaient pas: encore descéendus au Cap. Tous les deux, fières utérins, ils étaient différens.
de caractère. Isaac l'aîné, d'une humeur. froide, d'un esprit lent,
possédait une âme faible , -et élail incapable de ces résolutions héroiques qui distinguent du vulgaire l'homme passionné. Cependahlil réunissait les qualités de l’homme vertueux; if avait un cœur compalissant; religieux, il comblait de ses bienfaits les malheureux qui l'approchaient , et des connaissances assez étendues ornaient son esprit: ‘168 HISTOIRE D'HAITI.—(1802) Placide le plus jeune, d'une humeur fougucuse et entreprenante
était entièrement dévoué à la eause de son beau-père. Moins studieux que son frère, il ne s'était pas livré à l'étude avec la même
ardeur. Sa vive imagination n'avait pu soutenir le poids des sciences
abstraites: elle ne rêvait que la gloire et la liberté de son pays. Personne n'ignorait l'amour que l'ex-gouverneur portait à ses en:
fans; les aulorités françaises . pensaient qu'il ferait bien des concessions à la mère patrie tant que ces deux jeunes gens seraient
entre les mains de la République. Un paragraphe des instructions
de Bonaparte à son beau-frère portait que toutes sortes d'égards
seraient observés envers les fils de Toussaint afin de Îles gagner au
parti de la France. Bonaparte semblait croire que cts jeunes gens
ranèneraient leur père sous les drapeaux de la République quil avait presque abandonnés, s'ils se dévouaient à la cause de la métropole, Quand ils furent conduits en présence de Leclerc, celui-ci leur dit,
en leur remettant la lettre adressée à leur père par le 1° consul :
Je pense que cet écrit que vous donnerez au général Toussaint établira entre votre père el moi l'accord le plus parfait. Le 7 Février
à onze heures du soir, le citoyen Coisnon , Isaac et Placide partirent du Cap, laisfant derrière eux un théâtre de dévastation et de car.
la cause de la métropole, Quand ils furent conduits en présence de Leclerc, celui-ci leur dit,
en leur remettant la lettre adressée à leur père par le 1° consul :
Je pense que cet écrit que vous donnerez au général Toussaint établira entre votre père el moi l'accord le plus parfait. Le 7 Février
à onze heures du soir, le citoyen Coisnon , Isaac et Placide partirent du Cap, laisfant derrière eux un théâtre de dévastation et de car. nage; jls reconnurent partout les traces du passage du général Christophe. Quand ils arrivèrent aux avant-postes du général DesfourDAUX , l'adjudaht commandant Dampierre leur fit laccueil le plus
flatteur. Ils passérent la nuit dans le camp. Dès l'aurore, ils en partirent , et pressèrent leurs chevaux. Lorsque le soleil inonda de ses rayons les campagnes d'Ennery, d'une richesse prodigieuse de
végétation, couvertes d'une belle population , de nombreux troupeaux,
des échappées de vue d'une rare magaificence excitèrent leur admiration. Le fer, le feu n'avaient pas encore ravagé ces cantons, Ils
avaleut laissé loin derrière eux la pointe du Mornet. Le chemin
était .rempli de femmes et de cuitivateurs ; on les arrêtait pour les
questionner, Ils dirent le motif de leur voyage; chacun les félicitait de leur retour dans leur pays, el la foule les suivait avec acclamations. Elle les accompagna jusqu'au bourg d'Ennery. Leur
mére averlie de leur arrivée, par les cris d'enthousiasme qu'elle
entendait, accourut au-devant d'eux. Ils entrèrent au palais{de leur
père, à neuf heures du, soir, deux jours après leur départ du Cap.
Oa expédia aussitôt un courrier pour le quartier général des Gonaives où était Toussaint Louverture. Celui ci, le lendemain, dans la nuit du 9 Février , arriva à Ennery, suivi de son état major. Ilavait aussitôt saisi le motif de cette courioisie du général Leclere : sa sensibilité paternelle était mise à l'épreuve, Il serra ses fils contre
son cœur, les coûvrit de baisers et leur dit : « Mes enfans, si vous
m'abandonnez vous ouvrirez dans mon cœur une plaie qui ne sé fermera jamais. » Le citoyen Coisnon voyant son émotion et les larmes + HISTOIRE D'HAITI 802Y 169. “ qui inondaient son visage, profita de ce moment favorable pour lui
adresser la parole: .Estce le fidèle serviteur de la République que
“je vois? Toussaint que la dissimulation n'abandonna presque jamais lui répondit : Pouvez-vous en douter? Le citoyen"Coisnon conmtinuant : le 1 Consul vous envoie vos enfans pour qu'ils soient auprés de vous les interprètes du gouvernement français. Alors Isaac
raconta à son père combien il avait été heureux en France; quil
mavait vu au palais des Tuileries le 4% Consul qui ne souhaitait que
la gloire de son père et le bonheur de St. Domingue. En même
“iCinps il lui présenta une boîte d'or dans laquelle iétait une lettre
de Bonaparte revue du sceau de l'Etat, suspendu à un cordon de
Msoie. Toussaint louvrit et lalut attentivement :
conta à son père combien il avait été heureux en France; quil
mavait vu au palais des Tuileries le 4% Consul qui ne souhaitait que
la gloire de son père et le bonheur de St. Domingue. En même
“iCinps il lui présenta une boîte d'or dans laquelle iétait une lettre
de Bonaparte revue du sceau de l'Etat, suspendu à un cordon de
Msoie. Toussaint louvrit et lalut attentivement : * … Au citoyen Louverture, général en chef de l'armée de St. Domingue.
Citoyen Général , La paix avec l'Angleterre et toutes les puissances de l'Europe qui
vien! d'asseoir la République au premier degré de puissance et de gran-
…_deur, met à même le gouvernement de s'occuper de la colonie de
St. Domingue, Nous y envoyons le citoyen général Leclere, notre
beau frère, en qualité de capitaine général comme premier magistrat de
la colonie. Il est accompagné de forces convenables pour faire respecter la souveraineté du peuple français. U'esi dans ces circonslances que nous nous plaisons à espérer que vous allez nous proue
ver, et à la France entière, la sinciriié des sentinens que vous
avez constamment exprimés dans les différentes lettres que vous
nous avez écrites. Nous avons conçu pour vous de Festime, el nous
nous plaisons à reconnaitre et à proclamer les grauds services que
vous avez rendus au peuple français si son pavillon flotte sur St.
Domingue, c'est à vous ei aux braves noirs quil le doit.
Appelé par vos talens et a force des circonstances au premier
commandement, vous avez détruit Ja guerre civile, mis un frein à
la persécution de quelques hommes féroces, remis en honneur la
là religion et le culie de Dieu de qui tout émane. À ï
La constitution que vous avez faile, en renfermant beaucoup de
bonnes choses , en contient qui sont contraires à la souveraineté du
peuple français, dont St-Domingue forme une portion. Les CirConstances où vous vous êtes trouvé, environné de tous côtés d'ennemis, sans que la Métropole puisse ni vous secourir, ni vous alimentér , ont rendu légitimes les articles de cette constitution qui
pourraient ne pas l'être ; mais aujourd'hui que Îles circonstances
sont si heureusement changées , vous serez le premier à rendre hommage à la souveraineté de la nation qui vous compte au nombre de
ses plus illustres citoyens, par les services que vous lui avez rendus, & 170 HISTOIRE D'HAITI— (1842) ct par les talens et la force de caractère dont la nature vous a doué: Une conduite contraire serait inconciliable avec l'idée que nous
avons coneue de vous. Elle vous ferait perdre vos droits nombreux
à la reconnaissance de la République , et creusera sous vos pas
un précipice qui en vous engloutissant, pourrait contribuer au
maiheur de ces braves noirs dont nous aimons le courage, et dont
nous nous vérrions avec peine obligés de punir la rébellion. - Nous
avons fait connaître à vos enfans- et à leur précepteur Îles sentimens
qui nous animaient , et nous vous les renvoyons. Assistez de vos
conseils. de votre influence, et de vos talens le capitaine général,
Que pouvez-vous désirer? La Hiberté des noirs ! vous savez que dans
tous les pays où nous avons été, nous l'avons donnée aux peuples
qui ne l'avaient pas. De la eonsidération , des honneurs, de la
fortune! Ce n’est pas après les services que vous avez rendus,
que vous rendrez encore dans cette circonsianee, avec les sentimens
particuliers que nous avons pour veus, que vous devez être incertain sur votre considération, votre fortune et les honnenrs qui vous
attendent. | |
irer? La Hiberté des noirs ! vous savez que dans
tous les pays où nous avons été, nous l'avons donnée aux peuples
qui ne l'avaient pas. De la eonsidération , des honneurs, de la
fortune! Ce n’est pas après les services que vous avez rendus,
que vous rendrez encore dans cette circonsianee, avec les sentimens
particuliers que nous avons pour veus, que vous devez être incertain sur votre considération, votre fortune et les honnenrs qui vous
attendent. | | Fâites connaître aux peuples de St-Domingue que la sollicitude,
que la France a toujours portée à leur bonheur a été souvent im-°
puissante par les circonstances impérieuses de la guerre; que les.
hommes venus du continent pour l'agiter et alimeñhter les factions
étaient le produit des factions qui etles mêmes déchiratent la patrie;
que désormais la paix et la force du gouvernement assurent leur
prospérité et leur liberté. Dites que si la liberté est pour eux le
premier des biens, ils ne peuvent en jouir qu'avec le litre de ci
toyens français, et qué tout acte contraire aux intérêts de la patrie, à l'obéissance qu'ils doivent au gouvernement et au capitainegénéral qui en est le délégué, serait un crime contre a souve-,
raineté nationale qui éclipserait leurs services et rendrait St-Dominque le théâtre d’une guerre malheureuse où des pères et des enfans.
s'entre -égorgeralent. Et vous, général, songez que si vous êtes le
Premier de votre couleur qui soit arrivé à une si grande puissance
et quise soil distingué par sa bravoure et ses talens militaires,
vous êtes aus$i devant Dieu et nous Île principal responsable de leur
conduite. S'il était des malveillans qui disent aux individus qui ont joué le
premier rôle dans les troubles de St Domingue, que nous venons -
pour rechercher ce qu'ils ont fait dans des temps d’anarchie, assurez-les que nous ne nous informerons que de leur conduite: dans
celie dernière circonstance, et que nous ne rechercherons le’ passé
que pour connaître Îles traits qui Îles auraient distingués dans la”
guerre qu'ils ont soutenue contre les espagnols et les anglais AUTRE |
été nos ennemis.
veillans qui disent aux individus qui ont joué le
premier rôle dans les troubles de St Domingue, que nous venons -
pour rechercher ce qu'ils ont fait dans des temps d’anarchie, assurez-les que nous ne nous informerons que de leur conduite: dans
celie dernière circonstance, et que nous ne rechercherons le’ passé
que pour connaître Îles traits qui Îles auraient distingués dans la”
guerre qu'ils ont soutenue contre les espagnols et les anglais AUTRE |
été nos ennemis. Comptez sans réserve sur notre estime, et conduisez-vous comme . À HISTOIRE D’HAITI.— (1802) 171 / doit le faire un des principaux citoyens de la plus grande nation du
monde. bg
| Paris le 27 Brumaire an 40 (18 Novembre 1801). Le premier Consul, (Signé), BoNAPARTE. Aprés la lecture de cette lettre, Toussaint toujours calme, eñ
présence d'ane foule d'officiers de tous grades , de sa femme, de
de son beaufrère, de ses deux nièces, dit an citoyen Coisnon:
jéprouve pour vous la plus profonde reconnaissance ; vous avez donné
les meilleurs soins à mes enfans. Vous direz au pénéral Leclerc
que je ne traiterai avec lui que lorsqu'il aura arrêté les progrès de son
armée: du reste je lui adresserai une lettre à ce sujet. Toussaint
passa toute la nuit à écrire. Ses paquets à l'adresse du gonéral
Leclere furent remis au citoyen Coisnon, par l'adjudant général Fonmine, noir. À quatre heures du matin, il eut une conversation d'une
heure avec ses enfans et retourna ensuite à son quartier général des
Gonaives, aprés avoir entendu la messe. C'était une habitude quil
nennégligeait jamais de pratiquer, dés la pointe du jour, avantde
se livrer à ses occupations politiques. Aussitôt qu'il fut arrivé aux
Gonaivés, il expédia pour le général Leclerc, un nouveau paquet,
au Citoyen Coisnon qui était encore à; Ennery avec ses fils. Le
Citoyen Grenvilie, instituteur de son troisième fils, avait été chargé
de là dépêche. Quelques heures après, madame Louverture entra
jux Gonaives, suivie de plusieurs animaux portant, prétendait-on, le
irésor particulier de Toussaint. Toussaint avait fait réunir à la Pelite Rivière de l'Arübonite des
Sommes importantes. fl envoya l’ordre an commandant Aignan de
lés transporter aux Cahos. Aignan en chargea un grand nombre
dé mulets qui furent confiés à la garde d'un bataillon de troupes
“coloniales. Quatre cents espagnols qui avaient été arrachés à leurs
demeures, conduisirent ces muleis. Hs gravirent des sentiers presque impraticables au travers d'énormes rochers et de profonds ravins, et déposèrent les caisses d'or et d'argent sur-l'habitation Manan. Tous les espagnols qui avaient travaillé au ‘transport de ces
fonds furent, diton, sacrifiés. Aignan reçut l'ordre de porter la
surveillance la plus sévère sur le lieu où étaient cachées les plus
grandes réssources de l'ex-gouverneur. La plus grande partie de
cet argent n'apparienait pas à Toussaint personnellement. C'était
particulièrement l'or des caisses nationales de l'Arcahaie, de St.
Marc, des Verrettes, de la Petite Rivière et des Gonaïves. Au milieu des bagages se trouvait aussi l'argent appartenant aux généraux
Desssalines , Vernet, Charles Bélair. ‘Il est impossible d'évaluer méme approximativement la valeur de ces fonds. Il est certain qu'elle
a dû être énorme, si l'on se rappelle les grandes économies que
personnellement. C'était
particulièrement l'or des caisses nationales de l'Arcahaie, de St.
Marc, des Verrettes, de la Petite Rivière et des Gonaïves. Au milieu des bagages se trouvait aussi l'argent appartenant aux généraux
Desssalines , Vernet, Charles Bélair. ‘Il est impossible d'évaluer méme approximativement la valeur de ces fonds. Il est certain qu'elle
a dû être énorme, si l'on se rappelle les grandes économies que 172 HISTOIRE D’HAITI.— (1802) faisait Toussaint chaque année. Les américains l’évaluent , sans raïson,
à 220,090,000 de franes; les français à 33,000,009. Peut-être seraitil raisonnable d'adopter ce dernier chiffre; car lorsque la division
Rochambeau pénétrera aux Cahos , elle enlevera presque la totalité de
cé trésor qui sera transporté aux Gonaïves , et ensuite au Cap par
mer. | . Les confesseurs de Toussaint , les pères Anthaume, Molière et Corneille avaient aussi reçu des lettres du général Leclerc qui promettait à chacun d'eux la mitre d’évèque, s'ils parvenaient, au tribunal
de la pénitence, à déterminer lex-gouverneur à reconnaître l'autorité
légitime de Ja métropole. Ces écclésiastiques qu'ont la dissimulation de leur pénitent, pour lequel a a religion n'était souvent qu'un
moyen , mis en pratique à l'effet de parvenir à ses fins, répondirent au
capitaine général qu'ils étaient tout dévoués à la France , mais qu'ils
n’oseraient faire une telle proposition à Toussaint dans la crainte de
perdre leurs têtes que la métropole ne leur rendrait pas. Les citoyens Coisnon, Grenville et les fils de Toussaint, partis
d'Ennery, arrivaient au Cap au milieu de la nuit, et remettaient. à
Leclerc la réponse de l'ex-gouverneur. Celui-ci lui avait écrit que
ce n'était pas à coups de canon qu'on apportait le bonheur dans
un pays ; 1Î lui reprochait de ne ui avoir pas envoyé la lettre du
1% Consul avant d'avoir commencé les hostilités, et surtout de paraitre douter des grands services qu'il avait rendus à la France,
et des droits qu'il avait acquis à la reconnaissance nationale ; il lui
annonçait qu'il préférait la liberté des noirs au bonheur d'avoir ses
enfans auprès de lui; qu'il les lui renvoyait, et que leur présence
au milieu des français ne l’empêcherait jamais d'agir comme il le
jugerait convenable dans l'intérêt des habitans de St. Domingue ;
qu lui faudrait beaucoup de temps pour réfléchir au parti qu'il
aurait à prendre ; qu'en attendant il le priait, pour épargner le
reconnaissance nationale ; il lui
annonçait qu'il préférait la liberté des noirs au bonheur d'avoir ses
enfans auprès de lui; qu'il les lui renvoyait, et que leur présence
au milieu des français ne l’empêcherait jamais d'agir comme il le
jugerait convenable dans l'intérêt des habitans de St. Domingue ;
qu lui faudrait beaucoup de temps pour réfléchir au parti qu'il
aurait à prendre ; qu'en attendant il le priait, pour épargner le sang déjà, versé avec trop d'abondance, de suspendre la marche de
SES troupes. Après Ja lecture de cette lettre Leclere entra dans une violente
colère; il traita Toussaint de rebelle, en présence de son élat-major , d’Isaac et de Placide. Il dicia à” son secrétaire une leitre par lquelle 11 annonçait à l'ex-gouverneur que le Port:Républicain et
tout le Sud avaient reconnu l'autorité légitime de la France, que le:
Port-de Paix allait être attaqué, le Môle St. Nicolas. bloqué par
mer, que le général Boudet marchant sur-Si. Marc , ne s’arrèterait que sur les rives ide l'Artibonite. Il ajouta qu'il condescendrait
cependant , quoiqu'il eût pour instruciions de ne pas discontinuer
les opérations de la guerre, à un armistice de deux jours, pour
entrer en négociations, qu il le nommerait son premier lieutenant
s'il profitait de ce délai pour faire sa soumission; mais qu'après les
deux jours expirés, s'il n'avait pas reconnu le nouveau gouvernement, # HISTOIRE D’IHAITI.—(1802) 173
Ï serait mis hors la loi par une proclamation et dévoré par la ven_geance de la République. Isaac et Placide partirent avec cette lettre pour le quartier-général des Gonaïives, laissant au Cap les citoyens Coisnon et Grenville,
harassés de fatigue. Quand ils arrivèrent aux Gonaives Toussaint
les reçut avec froideur. IH lut la lettre de Leclerc, et s'indigna
de la réponse arrogante et impérieuse du nr général. Cepen-
. dant il redevint calme, et ne se montra pas abattu par cet ultimatum. JIldit à ses fils ‘qui s'étaient jetés dans ses bras: Mes Es,
je déclare la guerre au général Leclerc, mais non à la France; je
“veux qu'il respecte la Constitution que “le peuple de St- -Domingue
sest donnée. Je ne puis traiter avec le 1er Consul puisqu'il à déchiré l'acte qui garantit toutes nos libertés. Mes enfans, je ne voudrais pas contrarier vos sentimens ; je nemploierai ni la ruse, ni
la violence pour vous retenir auprés ;jde moi: si votre pére devenait
Vauteur de vos malheurs, il serait toute sa vie poursuivi par les
remords. Choisissez entre le capitaine- général et la liberté de votre
pays.
donnée. Je ne puis traiter avec le 1er Consul puisqu'il à déchiré l'acte qui garantit toutes nos libertés. Mes enfans, je ne voudrais pas contrarier vos sentimens ; je nemploierai ni la ruse, ni
la violence pour vous retenir auprés ;jde moi: si votre pére devenait
Vauteur de vos malheurs, il serait toute sa vie poursuivi par les
remords. Choisissez entre le capitaine- général et la liberté de votre
pays. Il les éloigna aussitôt de son sein; son front se couvrit d'anxiété et de douleur. Eh quoi, leur dit-il, vous hésitez dans votre
choix ; l'homme d'honneur doit se vouer à une cause, et non servir
deux partis à la fois. Isaac s'écria : Je reste fidèle au capitainogénéral qui représente la France, ma patrie. Ces paroles obseurcirent le front de Toussaint et répaudirent sur ses traits une profonde affliction. Il dit à voix basse: ils ont corropu son jeune
cœur, ils lui ont appris à haïr son père. Et vous, Placide, m'abandonnerez-vous? Placide se précipita à ses genoux en s'écriant :
La France’, ses plaisirs, sa gloire, J'ai tout oublié; mon existence
vous est vouée; je vous suivrai dans les combals; je mourrai à
vos côtés. Toussaint le releva avec transport, le flauta de ses caresses , et le montra avec orgueil à ses officiers. [l sortit aussitôt du gouvernement, fit battre la générale, et
réunit sur la place d'armes sa belie garde d'haneur qui format
un bataillon d'infanterie et deux escadrons. Il se plaça au centre de ses grenadiers, ayant à ses côtés le gé-
- néral Vernet et le chef d’escadron Morisset. ‘Il leur dit d'une voix
émue que le général Leclerc leur proposait la honte et l'ignominie,
quil voulait que la Constitution, le seul garant de leur liberté,
fût anéantie, et qu'ils se missent à la discrétion du gouvernement
français. Il leur demanda s'ils seraient assez lches pour se soumettre à de tels caprices ; s1ls pourraient subir encore le joug de
l'esclavage. Les soldats lui répondirent: Nous mourrons tous pour
a liberté. : Toussaint leur présenta Placide au grade de commandant et leur
gt : Il est prêt à mourir. pour votre cause. Placide fut accueilli Le 174 HISTOIRE D'HAITI. —(1803) avec acelamations par ces vieux guerriers que i'effrayaient pas les périls de la campagne qu'ils allaient entreprendre. Pendant cette
revue fsasc était renfermé au palais colonial dans les bras devsa mère; il voulait se rendre au Cap; mais elle le retint par ses”
présenta Placide au grade de commandant et leur
gt : Il est prêt à mourir. pour votre cause. Placide fut accueilli Le 174 HISTOIRE D'HAITI. —(1803) avec acelamations par ces vieux guerriers que i'effrayaient pas les périls de la campagne qu'ils allaient entreprendre. Pendant cette
revue fsasc était renfermé au palais colonial dans les bras devsa mère; il voulait se rendre au Cap; mais elle le retint par ses” larmes. ct ses caresses. Les te ns des Gonaïves, effrayés des calamités de la guerre par les maux qui aflligeaient déj» les habitans du Cap refugiés en
grand nombre dans leur ville, supplièrént Toussaint Louverture de leur permeltre d'envoyer une députation auprès de Leclere,
dans le but de le porter à sauver la colonie des fléaux dontelle
était menacée, en reconnaissant la Constitution de St-Domingue:
Cette dépi utation fut , pour ainsi dire, chassée du gouvernement du
Cap par Leclerc qui la chargea d annoncer à Toussaint qu'il avait
sous-ses ordres de nombreuses baïonnettes, et quil ne cesseraït
les hostilités qu'après quil l'eût vaincu et arrêté comme traître à
la patrie. Leclerc croyait que lôout fuirait à l'approche des’ forces
considérables qu'il avait à sa disposition. Elles venaient encore de
s’augmenter par l’arrivée de quelques troupes; et le vaisseau le
Desaix qui s'était brisé devant le Cap était une perte insensible pour
sa flotte forte de 73 bâtimens tant vaisseaux, corvettes que fréga: < tes. Il mit aussitôt à exécution les menaces qu'il avait faites à Toussaint. Le général RARES , qui était parti du Cap pour le Port: _ de-Paix avec une escadre, vait déjà opéré son CÉPRRE RS à
l'embouchure des Trois Rise * æ tic ‘à LIVRE VINGT-QÜATRIÈME. , 1802. Sommaire. Une escadre française se présente devant le Portde-Paix.— Le géné» ral Humbert enveie des parlementaires à Maurepas —Réjonse de Maurepas =
Celui-ci évacue le Port de-Paix , et l’incendie.—Les français débarquent à Pembouchure des Trois Rivières — Combat au gué des Trois Rivières — Combat du
morne de la coupe Aubert, —Flumbert entre au Port-de-Paix,— Conduite généreuse de Maurepas à l’égard des blancs du Portde-Paix—Flumbert ma arche sur
le camp des Trois Pavillons—Il y est battu.—Boudet tente de débarquer à St.
Mare ; äl est repoussé par le canon du fort Libre.—1Il débarque à Menus
Dessalines se rend dans la plaine du Cul-de-Sac, pour contramdre Ja division
Boudet à rétrograder —Lamour Dérance et -Lafortune reconnaissent l'autorité de Leclerc.—Pierre-Louis Diane s approche du Fort-Républicain pour lincendier. —[l est pris par les français et embarqué—Le capitaine général Leclerc entre
en campagre—Son adresse aux habitants de St. Domimoue.—Toussaint ct
Christophe sont mis hors la loi -—Forces que Toussaint peut opposer aux fran
çais.— Plan de campagne de Leclerc -—Les divisions f'ançaises s’ébranlent. —
Desfournaux se porte sur Plaisance — Hardy £e porte au grand Bones et au
Mornet— Le genéral Boyer et le contre-amiral Magon prennent Sainte Suzane,
le Trou et Vallière—[Hesfournaux entre à Plaisance.—Rochambeau s'empare
Toussaint ct
Christophe sont mis hors la loi -—Forces que Toussaint peut opposer aux fran
çais.— Plan de campagne de Leclerc -—Les divisions f'ançaises s’ébranlent. —
Desfournaux se porte sur Plaisance — Hardy £e porte au grand Bones et au
Mornet— Le genéral Boyer et le contre-amiral Magon prennent Sainte Suzane,
le Trou et Vallière—[Hesfournaux entre à Plaisance.—Rochambeau s'empare de St-Raphaël—Hardy bat Christophe au Dondon—Il escalade le morne Bois.
in et entre à la Marmelade—Rochambeau s'empare de Saint-Michel de PAtaDre débarque au Port-de-Paix.—ÏIl marche contre Maurepas sur quatre colonnes ; il est battu de toutes parts— Hardy chasse Christophe d'Ennery.
—Le général Salm enlève le Bayonnet sur Christophe Christophe se retire
vers les Gonaives.—Rochambeau sortant de St. Michel s'établit à Barade —"Toussaint part des Gonaïves, et marche contre Rochambeau.—Iltraverse Le quartier 176 HISTOIRE D'HAITI.—(1502),. de Lacroix et pénètre dans la ravine à Coul-uvre.--Il attaque Rochambeautà
Barade.--Tl est battu, et rallie ses soldats à Périsse.=-fes français viennentLy
attaquer} les combat et derneure maître du champ de bataille. —Desfournaux enlève la coupe à Piutade Combat du Chatelain.— Combat du pont des Dat-. tes Verurt livre aux flammes Ta wille des Gonaïvés et lPévacur. —Lécleré y pénèire,—Coinbat An cnnetière dn blockius —Vernet et Christophe se wretirent. au pont |'Ester. Toussaint vient les y jaindre—Rochambeau arrive aux "Go:
naives—Boudet marche de Mont'ouis sur St Marc. Incendie de cette rille.par Vhoo: li nan «
JESSaUCes Boudet entre àw8t. Marc:— Dessalines se retiré à la Petite-Rivière
de PArtibonite —Lcclere porté toute son attention sur Maurepas —Jean-Rabel se
soumet aux français —THahin Golait marche contre Maurepas —La”frésate la
Furieuse prend possession du Môle Maurepas enveloppé de toutes parts sersou:
met à Débeils — Félicitations adressées par Leclerc à ses trounes —Lettres, de
Toussaint à Déessa'ines et à Dommage Elles sont interceptées. Pamphile de
La Croix, craignant que Dessalines ne l'attaque au Port Républicain, Se met
sur la défensive. — Rochambheau et Hardy parcourent les Cahos—Rochambeau
y fait uw butii considérable — Réflexions sur le trésor particulier de "oussaint:
— Leclerc se rend au Port Républicain —Arrivée en cette villewde 350 Rigaudns nous et jrunes venant de St Yague de Cube.— Toussaint établit son quarss
tier-général dans Ja plaine de l’Artibonite.— Points qu’occupe son armée.—[l fait:
sur la défensive. — Rochambheau et Hardy parcourent les Cahos—Rochambeau
y fait uw butii considérable — Réflexions sur le trésor particulier de "oussaint:
— Leclerc se rend au Port Républicain —Arrivée en cette villewde 350 Rigaudns nous et jrunes venant de St Yague de Cube.— Toussaint établit son quarss
tier-général dans Ja plaine de l’Artibonite.— Points qu’occupe son armée.—[l fait: armer le fort de la Crète à Pierrot, Le 20 Piaviôse (9 février) une goëlelte française louvoyait à Ja
vue du Port de Paix. Un canot s'en détacha et atteignit le rivage:
Deux pariementaires, Îles citoyens Breton et Bistaret, porteurs de
la proclamation du 4er consui aux habitans de St-Domingue,"traversèrent la ville et se rendirent au paiñais colonial auprès du générai Maurepas. Celui-ci leur demanda, comme s'il ignorait les événemens qui ‘Se passaient autour de lui, quel était l'objet de leur
mission. —Nous venons vous sommer de livrer la place au capitainegénéral Leclerc, sinon elle sera ensevelie sous le feu de Pescadre
française. Maurepas, d'une tatile élevée, d'une humeur calme;
entièrement dévoué à Toussaint Louverture , leur répondit: Jene
recevrai Îles troupes de votre général que sur les ordres du gouver:
neur; en attendant je saurai faire mon devoir en homme ‘de cou:
rage Je vous déclare que vous êtes mes prisonniers. Il les fitlier
l'un à l'autre, et acheminer ensuite sur les Gonaïves à travers la
montagnc; mais leurs conducteurs les massacrèérent en chemin. Le
général Humbort, commandant de la division française, ne voyant
pas revenir ses parlementaires, pénétra le lendemain, 21 pluviôse,
(10 février) dans la rade avec un vaisseau de ligne, le Watigny,
capitaine Gourdon, deux frégates, la Furieuse et la Clorinde , et
plusieurs navires de transport. Toul à-coup les quatre forts de Îla
ville tirent à boulets rouges sur l'escadre qui, de son côté, vomit
la mort dans les redouies de la place; mais les Indigènes n'abandonnent pas leurs posies. * Le citoyen Poitevin, homme de cou- * Tous les blancs créoles et européens , presque sans exception, s’éHistoire p’Harti.—(1806) 177 leur, commandant du port, lança du fort Pageot, dressé &ur un
des quartiers élevés de la ville, à peu de distance de la mer, un
boulet qui emporta vingt hommes à bord du vaisseau français. L’escadre cessa aussitôt son feu, gagna le canal de la Tortue, et fit
des signaux : plusieurs autres navires de guerre vinrent se joindre à elle. En même temps Maurepas ne trouvant aucune opposition dans
la population noire et jaune, faisait évacuer la ville, Hommes , femmes, enfans, noirs, de couleur, gravissaient la montagne, emportant des mumitions de bouche ei de guerre, et trainant avec ardeur des pièces de campagne. Les bourgeois bianes qu’ils conduisaient devant eux, étaient aussi chargés de munitions. Les pluies étaient tombées avec abondance ; Patmosphère était chargée de brouillard; le fleuve des Trois Rivières, en
trouvant aucune opposition dans
la population noire et jaune, faisait évacuer la ville, Hommes , femmes, enfans, noirs, de couleur, gravissaient la montagne, emportant des mumitions de bouche ei de guerre, et trainant avec ardeur des pièces de campagne. Les bourgeois bianes qu’ils conduisaient devant eux, étaient aussi chargés de munitions. Les pluies étaient tombées avec abondance ; Patmosphère était chargée de brouillard; le fleuve des Trois Rivières, en débordement , couvrant de ses eaux les chemins qui conduisaient à l’intérieur, les avait rendus presque imoraticables, Quandla ville fut en par=
tie abandonnée, Maurepas, à la tête de la 9e, mit, le premier, le feu à sa propre maison ; en quelques heures le Port-de-Paix fut tout en flammes. Il se retira au fort Pageot qui domine le canal de la Tortue, pour suivre de l'œil les mouvemens de l'ennémi. L'escadre était
mouillée à une demi lieue de la ville, à embouchure des Trois Ri-
“vières. Là , débarquérent les français au nombre de. 1,800 hommes. ls se rangèrent sur l'hsbitation Lacorne Guédon , et se mirent en
marche sur le Port-de Paix par la grande route. Maurepas avait vu
sopérer leur débarquement, sur la rive gauche du fleuve: Ilavait
envoyé le 4° bataillon de la 9e, de 400 hommes , s'embusquer au gué des Trois Rivières. Les français, dès qu'ils découvrirent les indigénes, se précipitèrent sur eux à la baïonnette’, en pénétrant dans l’eau:
jusqu'à la ceinture, le général Humbert à leur tête. De la rive
opposée, la Je en renversa un grand nombre par un feu bien
noavri. Le combat s'engagea ensuite à l'arme blanche avec une fureur égale de partet d'autre. Les français , ne pouvant forcer Le passage, se retirérent en bon ordre, eonduits par des indigènes hosliles à Toussaint, et longèrent la rive gauche jusque sur Fhabitatiom
Paulin où il y avait un autre gué. N'y trouvant pas de troupes enñemies, ils passèrent sans obstacle, traversèrent l'habitation Aubert et gagnèrent le chemin du Gros Morne. Après lavoir suivr
quelques instans , ils Pabandonnèrent, et pénétrèrent dans un sentier qui les, conduisit au pied d’une éminence appelée le morne de
la coupe Aubert. Là, était en embuscade le capitaine Capoix avec
cent hommes de la 9e. Dès qu'il aperçut les français, 1l comtaient jetés dans les bras des français, à l’arrivée de Leclerc. Quant aux
noirs et aux hommes de couleur qui s’apnelaient déjà entre eux indigènes,
ils s'étaient divisés en deux eanps: les uns, noirs et°mulâtres, c'étaii
le plus petit rombre, s'étaient prononcés pour Toussaint ; les autres, noirs
et mulâtres, s'étaient prononcés pour les Français,
ès qu'il aperçut les français, 1l comtaient jetés dans les bras des français, à l’arrivée de Leclerc. Quant aux
noirs et aux hommes de couleur qui s’apnelaient déjà entre eux indigènes,
ils s'étaient divisés en deux eanps: les uns, noirs et°mulâtres, c'étaii
le plus petit rombre, s'étaient prononcés pour Toussaint ; les autres, noirs
et mulâtres, s'étaient prononcés pour les Français, 178 HISTOIRE D'HAITI.=— (1802) mença un feu des plus vifs sur leur colonne; ils lui répondirent
avec vigueur. Capoix, atteint d'une balle à a Jimbe , iomba au
milieu des siens qui, pour n'être pas enveloppés, gagnèrent avec rapidité
lé sommét du méôrne. ‘ls disparurent au travers des rochers,
des buissons et des arbres, emportant tous leurs blessés. Humbert
s'arrêta à cinquante toises environ du Port de-Paix, pour se reconnaître. La ville ‘n’était plus que ruines fumantes : dans sa mar:
che rapide, ‘il avait perdu deux cents hommes. ‘Un détachement
de cent matelots du Watignyÿ déploya la plus grande intrépidité. Les
marins eurent à déplorer Îa perte du Héutenant ES Mésoé ,
de l'enseigne Bordenbach et de l'aspirant Gelin. lieutenant
de vaisseau Lévenard, et le lieutenant d'artilierie Frs furent
‘grièvement ‘blessés. Maurepas avait abandonné le fort Pageot , aprés,
avoir fait enlever Les munitions de la fortification par un bataillon de la
garde nationale de la montagne , sous les ‘ordres du capitaine Nicolas.
Gelui-ci passa avec une pièce ‘de 4, sans ‘ètre attaqué, à là portée!
de fusil de la division Humbert harassée de fatigue, et ‘vint se
“pas à Maurepas qui avait établi son cuartier- général aux Trois!
Pavillons, sur l'habitation Brissot, à trois lieues dé la place. C'était une
magnifique position que traversait le grand chemin dela montagne:
Le camp indigène s'étendait sur un plateau flanqué de larges ravins, au
“ond desquels des ‘torrens rapides roulaient avec fracas de larges pier. s., des troncs d'arbre et d'autres masses. Maurepas faisait régner
autour de lui l'ordre ‘le plus parfait : les famiites blanches étaient
respectées sur leurs propriétés; il ne se comimettait aucun vol; les”
enfans, les femmes, les ‘vieillards de toutes couleurs, réfugiés dans
les gorges de la montagne, étaient en sûreté sous la protection de
plusieurs compagnies de gardes nationaux. C'est ile seul quartier
où les indigènes, combattant pour Toussaint, n'aient pas massacré les”
blancs à l'apparition des français. Les principes d'humanité que pra
tiquait habituellement Maurepas, avaient germé dans le cœur de
ces braves. Lé commandement du quartier-général des Trois Pavillons fut confié au chef de bataillon Réné Vincent. Cet officier,
pendant toute la nuit, fit abattre par les soldats du 4% bataillon
de la 9e tous lés bananiers du voisinage, et en fit un rempart au
milieu du grand chemia de la montagne.
des français. Les principes d'humanité que pra
tiquait habituellement Maurepas, avaient germé dans le cœur de
ces braves. Lé commandement du quartier-général des Trois Pavillons fut confié au chef de bataillon Réné Vincent. Cet officier,
pendant toute la nuit, fit abattre par les soldats du 4% bataillon
de la 9e tous lés bananiers du voisinage, et en fit un rempart au
milieu du grand chemia de la montagne. À la pointé du jour , le temps devint sombre et froid, une pluie
fine commença à tomber | et les mornes furent enveloppés d'un épais
brouil lard. Cétait lé onzé Février. Les travaux des indigènes
n'étaient pas encore lerminés que leurs sentinelles annoncèrent l'en
nemt.. Le général Humbert venait de déboucher sur eux, à la tête
de 1200 hommes ; il en avait laissé 400 au Port-de-Paix.… Au qui
vive des indigènes, Humbert répondit: français! Réné Vincent
monta Sur le rempart et demanda au général français qu'il avait «
reconnu à son costume; Où allez-vous ?-Nous vous poursuivons misroire p’uarri.—(1802) | 179 pour vous contraindre à obéir aux volontés de là France , répondit
Humbert.—Nous vous avons abandonné le rivage, répliqua Réné
Vincent; que désirez vous encore? Laissez nous nos montagnes , Simon vos os y demeureront ensevelis.—Rendez vos armes, s'écrient
les français. —A ces mots un tressaillement d indignation glissa dans
les rangs des indigènes. Réné Vincent commanda à 200 grenadiers
qui étaient derrière les remparts de déposer leurs havre sacs , et de
mourir jusqu'au dernier pour fa liberté, Les capitaines Placide
Louis et Placide Lebrun commencèrent le feu. Déjà la mort voltigeait dans les rangs français; nos soldats, le genou en terre,
derrière le rempart, lançaient une grèie de balles sur les blancs dont
des lignes entières étaient en mème temps emportées par la mitraille
d'une pièce de 4. La garde «nationale enbusquée dans les sentiers
de la montagne tiraillait sur les deux flancs de lennemi. Maurepas se tenait aux Trois Pavillons , à peu de distance du lieu du eorsbat, avec 800 hommes de troupes de ligne. Il recevait les blessés
et” envoyait des munitions et des renforts à Réné Vincent. L'on
ée battait depuis sept heures du matin, et à cinq heures de l'après
midi le feu ne discontinuait pas. Les français, sans artillerie, furent
contraints de battre en reiraite. Ils s égarèrent en grand nombre
dans les sentiers tournans de la montagne, tombant dans de larges trous que recouvraient de hautes herbes, et perdant leurs armes.
“Les femmes indigènes, dispersées de ious côtés, les terrassaient à coups
de pierre , à eoups de bâton , les garroitaient et les eonduisaient
à Maurepas aux Trois Pavillons. Humbert , poursuivi par la garde
nationale, rentra au Port-de Paix dans le plus grand désordre. IE
avait perdu trois cents hommes ant morts que prisonniers.
larges trous que recouvraient de hautes herbes, et perdant leurs armes.
“Les femmes indigènes, dispersées de ious côtés, les terrassaient à coups
de pierre , à eoups de bâton , les garroitaient et les eonduisaient
à Maurepas aux Trois Pavillons. Humbert , poursuivi par la garde
nationale, rentra au Port-de Paix dans le plus grand désordre. IE
avait perdu trois cents hommes ant morts que prisonniers. Le 24 Pluviose, 13 Février, {l_lut arriva 400 hommes de renfort
sur le vaisseau le Jean Bart. Le même jour 1l revint attaquer le
fort des Trois Pavillons avec 1,309 hommes. Il était plein de fureur ; il ne respirait que ME DE Ses troupes se précipitérent
avec rage sur les indigènes ; mais leur valeur succomba comme la
veille. Elles furent foudroyées , taillées en pièce, et poursuivies, là
…baionnette aux reins , jusqu'au Port de Paix. Elles n’ÿ rentrérent qu’au
nombre de 900.—Humbert fut cruellement puni de sa témérité.
S'il ne fut pas honteusement rembarqué, c'est que Maurepas avait
pour instructions de ne pas occuper le littoral. Tous les prisonniers
français furent acheminés sur les Gonsives auprès de Toussaint Louverture. Dans ces différentes actions, les indigènes ne perdirent
que cent cinquante hommes environ. Peu de jours après la défaite de Humbert aux Trois Pavillons,
“les vaisseaux l’Aigle, le Héron , et la frégate la Guerrière , chargés
de troupes de débarquement, partirent du Port- Républicain avec le
général Boudet, et se présentèrent devant St. Marc, louvoyant du Nord
au Sud. Les * chaloupes remplies de soldats gagnaient rapidement 180 k HISTOIRE D’HAITI.— (1892)
Peu de jours après la défaite de Humbert aux Trois Pavillons,
“les vaisseaux l’Aigle, le Héron , et la frégate la Guerrière , chargés
de troupes de débarquement, partirent du Port- Républicain avec le
général Boudet, et se présentèrent devant St. Marc, louvoyant du Nord
au Sud. Les * chaloupes remplies de soldats gagnaient rapidement 180 k HISTOIRE D’HAITI.— (1892) le rivage à force de rames, quand tout à coup le fort Libre, élevé
au Sud de la baie, tira vigoureusement à boulets rouges sur l’esca»
Sdre. Les deux vaisseaux Jâchèrent leurs bordées sur ia redoute dont
le feu ne, s'éteignit pas. Gabart, à da tête d'un bataition de fa 4e,
excitait les canonniers à mourir à leurs posies. Le vaisseau } Atgle qui portait le général Boudet, s'approcha très-près du rivage,
et couvrit le fort d'une grêle de boulets. Au moment quil virait,
il reçut un boulet rouge qui causa sur le pont un grand dommage; un second boulet partit de la redoute et allà se fixer dans
l'arrière ; les flammes éclatérent à bord tout à-coup. Le cri au feu!
au feu! répandit le :plus grand désordre sur le pont. Néanmoins
les français parvinrent à éteindre l'incendie, au milieu des boulets
lancés du rivage , qui traversaut la longueur du bâtiment, enievaient
à chaque instant quelques hommes. Les deux navires prirent la
haute mer ei aliérent débarquer les troupes au Montrouis, entre
St. Marc et l'Arcahaie. Ë
Aussitôt après la retraite de l’eseadre française, Dessalines partit
de Si.Marc, et se rendit dans les mornes de l’Arcahaie où 11 ordon:,
na à Charles Bélair d'aller orcuper les Verrettes. I descendit ensui-.
te dans la plaine du Cul de-Sac et y apprit la soumission dés chefs
de bandes Lamour Dérance et Lafortune au nouveau gouvernement,
Il avait l'intention d'attaquer sérieusement le Pori-Républieain pour
contraindre à réirograder ia division Boudet qui menaçait St: Mare:
Il en reconnut l'impossibilité: il eut élé anéanti sous les coups de
Lamour Dérance. Celui-ci, dès qu il avait appris l’arrivée de Rigaud
avec les français, s'était hâié de re:onnaitre l'autorité de Leclerc;
Néanmoins Dessalines ordonna à Pierre Louis Diane de faire circuler le bruit d'une attaque contre le Port-Républicain, dans l'espoir
d'obtenir le même résultat. I revint sur ses pas et rentra à St. Marc-par
les hauteurs de cette ville. Pierre Louis Diane pour mieux accréditer la
- nouvelle d’une attaque prochaine contre le Port Répubhcain, eut lim
prudence d'abandonner la haute plaine du Cul-de Sac, et de pénétrer jusqu à Goureau , à deux lieues de cette ville, malgré les sages
avis du chef de bataillon Larose qui l'avait exhôrté à gagner la Petite
Rivière de l'Artibonite. Laro$se qui avait refusé de le suivre, réunit les compagnies d'élite de la 8e., leur confia les drapeaux
du corps, se rendit aux Mirebalais d'où il atteignit Lamartiniére
à la Petite Rivière de l'Artibonite. Pierre Louis Diane se trouva
à Goureau avec une centaine de soldats de la 8e. Mais il croyait
qu'il eût pu soulever la masse des cuitivaieurs du Cul-de Sac en faveur de Toussaint, et incendier le Port Républicain.* Dès que le com-
d'élite de la 8e., leur confia les drapeaux
du corps, se rendit aux Mirebalais d'où il atteignit Lamartiniére
à la Petite Rivière de l'Artibonite. Pierre Louis Diane se trouva
à Goureau avec une centaine de soldats de la 8e. Mais il croyait
qu'il eût pu soulever la masse des cuitivaieurs du Cul-de Sac en faveur de Toussaint, et incendier le Port Républicain.* Dès que le com- -* Les cultivateurs du ul de.Sac avaient répondu à Dessalines qui:les
excitait à l'insurrection: Lorsque vous étiez inspecteur de Culture, sous
le gouverneur "Toussaint, vous nous faisiez travailler, sous le bâton, au
nom de la République française; vous nous disiez alors que cette RépuHISTOIRE D’HAITI. (1802). 181 mandant français de Ta Croïx-des-Bouquets apprit qu’il avait établi “son camp à Goureau, il sortit du bourg avec un bataillon euro- # péen précédé d’une foule de cultivateurs armés, el vint .l'attaquer.
Pierre Louis Diane se battit vaillamment ;: “mais il. succomba
sous la supériorité numérique de Fennemi:- les cultivateurs poursuivirent avec acharnement ses soldats dispersés dans la plaine, les
firent prisonniers a plupart. Hs le découvrirent lui même caché
dans les jardins de cannes de Goureau. IH fut arrêté et conduit
au Port-Républicain avec les autres prisonniers. Le général Pam-
“phile de la Croix les embarqua sur l'escadre du contre-amiral Latouche Tréville.. Où nenteadit plus jamais parler d'eux. Cependant l'on pre tend que linfortuné Pierre Louis Diane mourut au
bägne à Rochefort. i De son. eôté le général Leclerc entrant en campagne , adressait à.
la colonie la pr oclamation. suivante Au. quartier- énéral du Cap, le 98 Pluviose an 10: QT Février 1802.}
Halte de St.-Domingue , : Je. suis venu ,au nom. du gouvernement Français , vous apporter la
paix el le bonheur: Je -eraignais. de rencontrer des obstacles dansles
vues ambilieuses des chefs de la colonie : je ne me suis pas trompé:
Ces chefs qui: annonçaient. leur, dévouement à la France dans leurs
proclamations ne pensaient à rien moins qu'à être français; sils
parlaient quelquefois de la France , c'est qu'ils ne se croyaient pas
en. mesure de [à méconnaître ouvertement. Aujourd'hui. leurs intentions perfñides sont démasquées. Le géné:
ral Toùssaint a renvoyé ses enfans avec une lettre dans laquelle il
assurait qu'il. ne désirait rien tant: que le bonheur de la colonie,
et quil était *prèt à obéir à. tous les ordres que je lui donnes
rais. Je lui ai ordonné de se rendre auprès dé moi; je-lui ai. donné
ma. parole de l’employer comme mon lieutenant général : il na ré*
pondu. à cet ordre. que par des phrases; il ne cherche qu'à gagner du. temps. J'ai ordre du, gouvernement Français de faire régner + promptement
la prospérité et l'abondance; si je me laissais amuser par des détours. astucieux et perfides, la. colonie serait lethéâtre d'une longue
guerre civile. J'entre en campagne, et je vais apprendte. x ce rebelle quelle est
la force du. gouvernement Français. Dès ce moment ïl ne doit plus
être aux yeux de tous. bons HQE qui habitent Si. Dormyaue qu un
monstre insensé. Ÿ
régner + promptement
la prospérité et l'abondance; si je me laissais amuser par des détours. astucieux et perfides, la. colonie serait lethéâtre d'une longue
guerre civile. J'entre en campagne, et je vais apprendte. x ce rebelle quelle est
la force du. gouvernement Français. Dès ce moment ïl ne doit plus
être aux yeux de tous. bons HQE qui habitent Si. Dormyaue qu un
monstre insensé. Ÿ J'ai promis aux habitans. de St: Domingue. la liberté ; je saurai blique ne voulait que notre bonheur. Pourquoi ferait-elle aujourd'hui nore malheur, quand il’ est impossible qu’eile nous maltraite plus horrible
ment que sous l'ancien gouverneur. æ P / 182 HISTOIRE D'HAITI.— ( 1802) les en faire jouir; je ferai respecter les personnes et les propriétés. | J'ordonne ce qui suit : Article 4”. Le général Toussaint et le général Christophe sont
mis hors la loi, et 1l est ordonné à tous les citoyens de leur courir sus et de les traiter comme des rebelles à la République Française. Art. 2 A dater du jour où l'armée française aura occupé un
quartier, tout officier soit civil, soit militaire qui obéira à d'autres ordres quà ceux des généraux de l'armée de la République
Française, que je commande, sera traité comme rebelle. Lu Art 3. Les cultivateurs qui auront été induits en erreur et qui
trompés par les perfides insinuations des généraux rebelles, auraient
pris les armes, seront traités comme des enfans égarés et renvoyés à la
culture, si toutefois ils n’ont pas cherché à exciter du soulèvement. Art. 4. Les soldats des demi brigades qui abandonneront l’armée
de Toussaint, feront partie de l'armée française. AE Art. 5. Le général Augustin Clervaux qui commande le département de Cibao,. ayant reconnu le gouvernement français et l'autorité du capitaine général, est maintenu dans son grade et son
commandement. Art. 6. Le général chef de l'état-major, fera imprimer et publier la présente proclamation. À
Le capitaine général Commandant l’armée de St. Domingue,
: Signé , LECLERC. À Cette proclamation n’ébranla pas la résolution qu'avait prise Toussaint de mourir les armes à la main, Il se sentait assez fort pour,
après une vigoureuse résistance, contraindre Leclerc à lui faire
d'honorables propositions d’accommodement. Cependant il avait peu
de troupes à sa disposition; la trahison lui avait faie perdre la plus
grande partie de l'armée coloniale: aux Gonaïives, le général Vernet,
homme de eouleur, vieillard sexagénaire, commandait à une division
composée d'un bataillon, de deux escadrons de la garde d'honneur,
du 2° bataillon de la Te. et d'un bataillon des miliciens,. appelés
casaques rouges. À Si. Marc, et à la Petite-Rivière de l'Artibonite, Dessalines commandait à deux bataillons de fa 4e. , à quelques compagnies de la 3e. sous les ordres de Lamartinière, et à.
six compagnies d'élite dela 8e sous les ordres de Larose. Charles
illon, de deux escadrons de la garde d'honneur,
du 2° bataillon de la Te. et d'un bataillon des miliciens,. appelés
casaques rouges. À Si. Marc, et à la Petite-Rivière de l'Artibonite, Dessalines commandait à deux bataillons de fa 4e. , à quelques compagnies de la 3e. sous les ordres de Lamartinière, et à.
six compagnies d'élite dela 8e sous les ordres de Larose. Charles élair commandait dans les mornes de l'Arcahaie et des Verrettes
à un bataillon dela %e, A la Grande Rivière du Nord, Christophe |
avait sous ses ordres un batailion de la 1°° demi brigade, la 2e. demibrigade , etles débris de deux bataillons de la 5e. Le colonel Romäin
avait sous ses ordres, dans les mornes de Limbé, un bataillon dé la
4°* coloniale. Telles étaient les troupes qui restaient à- Toussaint :
lles fournissaient une force effective de 5,800 hommes, noirs ét
de couleur. Presque tous les mulâtres de l'Artibonite, de gré ou - HESTOIRE. D'HAITI.— (1802) . ‘ 183
de force, étaient sous les.drapeaux de Toussaint ; aussi férmaient ils ur.
cinquième environ de sa petite armée. La confiance de Lamartiniére
dans le triomphe final des armes indigènes, sa détermination de
vaincre ou de mourir les transportaient d’entliousiasme. Le: général
Maurepas, qui contenait toujours l'élan, des français dans la montagne duPort-de-Paix, ne pouvait venir renforcer le gouverneur. Nous
verrons celui ci avec celle poignée de braves (5,800 hommes ) avoir
Jaudace incroyable de s'opposer à la marche de plus de 16,000 hommes de troupes fraiches, que Leclerc avait réunies. dans le Nord.
Nous ne pouvons pas nous glorifier d’avoir vaincu. les français en
rase campagne ; ils nous étaient beaucoup trop supérieurs en tactique;
mais nous avons la gloire d’avoir usé une. armée composée des meil-
“eures troupes du monde, en ne redoutant pas dè nous présenter,
chaque jour , devant elle, et de lui disputer héroiquement le terrain.
‘pied à pied. Cependant d’après la résistance opintâtre que les francais ont rencontrée pendant la guerre de trois mois qui a amené la
chute de Toussaint, on peut avancer hardiment qu'ils auraient été
rembarqués, un mois après leur arrivée, si la population entière et
toute l'armée coloniale s'étaient prononcées contre eux à leur débarquement. Les généraux français eux-mêmes l'ont avoué dans leurs.
mémoires. É | |
.
‘pied à pied. Cependant d’après la résistance opintâtre que les francais ont rencontrée pendant la guerre de trois mois qui a amené la
chute de Toussaint, on peut avancer hardiment qu'ils auraient été
rembarqués, un mois après leur arrivée, si la population entière et
toute l'armée coloniale s'étaient prononcées contre eux à leur débarquement. Les généraux français eux-mêmes l'ont avoué dans leurs.
mémoires. É | | D'après son plan de campagne, Leclere devait refouler aux Gonaives. toutes les forces de Toussaint, les y bloquer de toutes parts,
et les précipiter dans. a mer où elles eussent rencentré une mort
certaine. Il confia le commandement de l'arrendissement du Cap.
au général Boyer, celui de l'arrondissement du. {Fort Dauphin au
contre-amiral Magon, et ordonna aux divisions de son. armée d'aban--
donner les points qu'elles occupaient pour converger vers ce centre.
Le général de division Debelle, commandant de. l'artillerie et du
génie de L'armée, reçut l'ordre de partir du Cap avec 1500 hommes, d'aller renforcer Humbert dont le capitaine général avait 4D=
pris les échecs dans les mornes du Port-de Paix. I devait attaquer
Maurepas et le contraindre à se replier sur les Gonaives. Le
98. Pluviôse ( 17 Février } presque toutes les troupes françaises qui
occupaient le département du Nord s'ébraulérent. La division Desfournaux sortit du. Limbé, et suivit la route de Plaisance; celle de
Hardy. partit du Cap et se porta au Grand Boucan et au. Mornet.
Les garnisons du Cap etdu Fort Dauphin réunies, marchèrent, sous
les ordres du. général Boyer et du contre amiral Magon, sur Sainte Susanne, le Trou, et Vallière,. et enlevérent ces positions aprés.
plusieurs combats des plus acharnés. Le 29 Pluviôse ( 18: Février),
le général Desfournaux s'établit près de Plaisance. Le commandant de ce bourg , Jean Pierre Dumesnil, officier noir, au lieu de
- tout livrer aux flammes , à l'approche des français, d’après les 1nstructions de Toussaint, vint au-devant de Leclerc avec 300 hommes.
anne, le Trou, et Vallière,. et enlevérent ces positions aprés.
plusieurs combats des plus acharnés. Le 29 Pluviôse ( 18: Février),
le général Desfournaux s'établit près de Plaisance. Le commandant de ce bourg , Jean Pierre Dumesnil, officier noir, au lieu de
- tout livrer aux flammes , à l'approche des français, d’après les 1nstructions de Toussaint, vint au-devant de Leclerc avec 300 hommes. + 184 | HISTOIRE D'HAITI.—(1802) d'infanterie et 200 cavaliers, et lui fit sa soumission. Lelendemair
Desfournaux entra à Plaisance sans coup férir. |
Le général Rochambeau, de son côté, qui, comme on l’a vu, était
sorti-du Fort Liberté, atteignit l'ennemi le 18 Février , le dispersa
dans les bois, après un combat des plus meurtriers , et s'empara de
St. Raphaël. Le même jour Christophe fut assaillhi au Dondon parle
général Hardy qui le baitit complétement. Il se retira à la Marmelade dans le plus grand désordre avec les débris des 1°, 2°, et
5° demi brigades. H y laissa une partie de ses troupes pour tenir
en échecle général Hardy, et alla se retrancher à Ennerÿ, sur
la route du Cap, entre Plaisance et le Poteau, avec l'espoir d'arréter par un combat opiniâtre, l’élan de Leclerc sur les Gonaives: Le
30 Pluviôse (19 Février }, le général Hardy sempara du morne àBois Pin, position presque isexpugnable, et entra à la Marmelade
au pas de charge et à la baïonnette, culbutant devant lui les trou
pes que Christophe y avait laissées. * és
_ Rochambeau ayant appris que Toussaint avait un dépôt considé:
rable de poudre à la ravine à Couleuvre , se résolut à abandonner
les traces du.général Christophe. El pénétra dans des sentiers que
n'occupait pas l'ennemi, se dirigea sur St. Michel de l’Atalaya dont
il s'empara sans coup férir le 49 Février. Sa colonne de droite enleva sans tirer un coup de fusil la Mare-à-la Roche, position assez
forte que défendaient quatre cents hommes soutenus par de Fartillérie. Par cette manœuvre Rochambeau devait, après s'être assuré
une retraite sur St. Michel, déboucher à l’improviste par la ravine
à Couleuvre, dans la plaine de Lacroix, nommée savane Désolée,
et couper toute retraite à Toussaint, en s’établissant entre les Gonaives et le pont de l'Ester. | |
Le 19 Février , et le jour qui suivit, les pluies tombèrent avec tant
d'abondance dans les quartiers qu'occupaient les français, que les
chemins devinrent impraticables. Les troupes blanches furent con:
traintes d'arrêter leur marche, -
Pendant ce temps, le vaisseau l’Intrépide et deux frégates, eommandés par Linois, débarquaient au Port-de Paix le divisionnaire Débelle, à la tête de 1,500 hommes de renfort. (19 Février). Les échecs
qu'Humbert avait éprouvés en combattant Maurepas avaient frappé
d'étonnement l’armée française. C'était un des illustres généraux de
l'expédition. Sous les ordres de Masséna, en Suisse, il avait particulièrement contribué au gain de la bataille de Zurich. Leclerc écrivit
à Desfourneaux de faire occuper le Gros-Morne afin que Maurepas
fut placé entre deux feux,
de renfort. (19 Février). Les échecs
qu'Humbert avait éprouvés en combattant Maurepas avaient frappé
d'étonnement l’armée française. C'était un des illustres généraux de
l'expédition. Sous les ordres de Masséna, en Suisse, il avait particulièrement contribué au gain de la bataille de Zurich. Leclerc écrivit
à Desfourneaux de faire occuper le Gros-Morne afin que Maurepas
fut placé entre deux feux, * En parlant du Morne-à-Boispin, Leclera dit dans son bulletin: c'est
la position la plus formidablé que j'aie rencontrée depuis que je fais la
guerre. | En > “HISTOIRE D’HAITI.—(1809 185 " Le jour qui suivit son débarquement au Port-de-Paix', Débelle
Polu: de marcher contre l’ennemi, malgré les sages avis du général! Humbert, qui devenu plus prudent par ses différents échecs,
voulait qu'on forçat Maurepas à la soumission en le cérnant étroitement.
Ge fut en vain qu'il exposa à Débelle qu'il répandrait sans succès le
sang français. I 'avait la certituile que Maurepas se rendrait à discrétion aussitôt après la chute de Toussaint. Le nouveau général,
entreprenant , fougaeux, jura d'exterminer les brigands. Les troupes arrivées avec lui jointes à celles du général Humbert , formaient
une division de 2099 hommes. El iles furent divisées en quatre colonnes , deux de droite, une du centre, et une de gauche.
C'était le 20 Février. La première colonne, de droite, se mit en marche par Îe chemin
du Gros-Morne pour attaquer Maurepas en queue; fa seconde colonne , de droite, traversa l'habitation Lacoupe Aubert, et se présenta
dans la montagne en vue de Paulveau qu'occupait Bodin , homme de
couleur, celonel de la Ge, avec le troisième bataillon de sa demibrigade. Celle de gauche suivit le chemin du Cap jusqu'à Fhabitafon Laveaux Lapointe: elle escalada la vigie de Lapointe, pénétra
dans Ja montagne par l'habitation Chapron, et s arrêta à Brossicr ,
à un quart de lieue du camp de Maurepas. La colonne du centre, de
800 hommes, où se trouvait Débelle, suivit le grand chemin de
la montagne et arriva aux Trois Pavillons où était retranché Réné
Vincent. Pendant plus d'une heure elle fit des signaux, agitant de
longues perches surmonttes de drapeaux. La première colonne de
droite qui devait prendre en queue le général Maurepas avait ordre
de répondre à ces signaux dés quelle les apercevrail, et de commencer l'attaque , afin que l'ennemi se trouvät entre deux feux. Débelle ne découvrant dans l'air aucun signal du côté du chemin du
Gros-Morne, ordonna néanmoins de commencer le feu, impatient
d'en venir aux mains. :
des signaux, agitant de
longues perches surmonttes de drapeaux. La première colonne de
droite qui devait prendre en queue le général Maurepas avait ordre
de répondre à ces signaux dés quelle les apercevrail, et de commencer l'attaque , afin que l'ennemi se trouvät entre deux feux. Débelle ne découvrant dans l'air aucun signal du côté du chemin du
Gros-Morne, ordonna néanmoins de commencer le feu, impatient
d'en venir aux mains. : Le combat s’engagea avec acharnement. Pendant que Réné Vincent résistait avec intrépidité à l'impétuosité des français # Bébelle
entendit le canon’ de la seconde colonne de droite qui combattait
le colonel Bodin à Paulveau. Dès qu'il avait appris la présence de la colonne de gauche sur
le glacis de Brossier, Maurepas avait ordonné à la garde nationale
de la montagne d’obstruer , au moyen de troncs d'arbre, de pierres,
recouverts de terre , le sentier par où elle venait de passer, el de
s’embusquer , et derrière ce rempart et des deux côtés du chemin.
Les français , s’ils battaienten retraite, devaient être exterminés. Les
femmes blanches et les . colons, réunis sur l'habitation Brossier,
avatent jeté le découragement dans l'âme des soldats français déjà
abattus par les défaites précédentes, en leur peignant les indigènes
gomme des barbares inexorables. Dès qu'ils commencèrent leur 16 | HISTOIRE D'HAITI.— (1802; feu, Maurepas leur lança quelques boulets qui | répanditent parmi |
eux une terreur panique. Jls-prirent la fuite ct furent poursuivis |
avec acharnement par les chasseurs de la 9e, la plupart adroits He
reurs et montagnards agiles. Qus:nd ils furent arrivés au lieu où.
la garde nationale avait élevé un rempart, ils furent assaillis par un
feu des plus vifs et périrent presque tous. En même temps, Réné.
Vincent soutenait difficilement le choc de Débelle; ses soldats chancelaient ; il perdait du terrain; enfin, ses grenadiers culbutés par.
limpétuosité française prenaient la fuite , quand Maurepas, vainqueur |
de la colonne de gauche, voyant arriver dans son camp quelques :
fuyards, lança pour He soutenir cent grenadiers frais ‘et dispos,
avee une pièce de 4. Le combat fut rétabli Les français mitrail- |
lés à bout portant, battirent en retraite en bon ordre , abandonnant le champ de bataille jonché de morts et de blessés. Si la colonne de gauche avait fait la plus légère résistance sur
le glacis de Brossier , Réné Vincent, culbuté, aurait été poursuivi par
Débelle qui eût attaqué en flanc le général Maurepas et l'eût infailliblement vaincu. De sen côté Bodin, retranehé à Pauleveau, avait vu fuir, aprés
un combat des plus meurtriers, la seconde colunne qui rentra at
commencement de la nuit, au Port de Paix, où elle rejoignit le.
général Débelle. | | |
sur
le glacis de Brossier , Réné Vincent, culbuté, aurait été poursuivi par
Débelle qui eût attaqué en flanc le général Maurepas et l'eût infailliblement vaincu. De sen côté Bodin, retranehé à Pauleveau, avait vu fuir, aprés
un combat des plus meurtriers, la seconde colunne qui rentra at
commencement de la nuit, au Port de Paix, où elle rejoignit le.
général Débelle. | | | Nous devons nous rappeler que la première colonne de droite était
sortie du Port-de-Paix pour attaquer .en queue le général Maurepas:
Elle était de cinq cents hommes. Après avoir traversé l’habitation.
Aubert, elle avait suivi le chemin du Gros Morne:, conduite par deux
guides: Cadiac, colon blanc, créole du Port de Paix, et Colin, noir,
de lhabitation Suberby. Elle s'était rendue à Chansolle, dite rivière
Froïde , avait traversé l'habitation Merlé et était venue déboucher à
Delaunay. Elle avait employé toute la journée à faire cette route,
au travers de sentiers devenus presque impraticables par les eaux
débordées des Trois Rivières et par les pluies qui n'avaient cessé de |
de tomber avec abondance Quand elle atteignit Payette petite place
où elle devait commencer son attaque contre Maurepas, il était nuit ;
elle n'avait pu apercevoir pendant sa marche les signaux faits par
Débelle qui, versle milieu de la journée, était retourné au Portde Paix. Maurepas apprenant Fapparition d'une nouvelle colonne sur
ses derrières, n'ayant plus aucun ennemi à combattre, ni de front,
ni sur ses “flancs, commanda à Nicolas Louis de se metire à la tête
de. quarante grenadiers de la 9e et d’un bataillon des. milieiens de
St Louis du Nord , commandé par Prudent, et d'aller combattre les
français, A l'approche des indigènes, au ceptre de Ja nuit, les troupes européennes se retranchèrent dans la grande case de l'habitation
Payette Petite Place, vaste maison entourée de murs. Nicolas Louis
s'établit sur une éminence qui les dominait, Pendant toute lenuit HISTOIRE D'HAITI.—(1802) 157 il tira sur eux: ils répondirent à son feu; de part et d'autre les balles se perdaient. Les français étaient au centre de la montagne,
“énveloppés de toutes parts. A la pointe du jour n’entendant pas le
feu des autres colonnes dont ils ignoraient le sort, ils sortirent en tirailleurs , de la maison, traversérent l'habitation Bion, et débouchèrent dans la grande ronte du Gros Morne, où ils se formérent en
colonne serrée. Nicolas Louis qui les alonnait les attaqua des deux
côtés du chemin, tantôt en tête, lantôt en queue ; et après chaque
décharge de mousqueterie, il allait les attenire plus loin , au-traversde sentiers étroits recouverts d'arbres touflus. Dès qu ils reparaissaient, 1l les attaquait de nouveau. Ils répondaient au feu des indigènes, mais leurs balles se perdaient dans les feuillages. Les miliciens
de la montagne, dispersés dans les buissons, les abattaient à loisir.
Nicolas Louis prenant toujours le devant, au pas de course , alla
s embusquer à une des Ron des Trois Rivières, le long du chemin.
11 laissa presque toute la colonne traverser le fleuve, sans l'inquicter;
qu ils reparaissaient, 1l les attaquait de nouveau. Ils répondaient au feu des indigènes, mais leurs balles se perdaient dans les feuillages. Les miliciens
de la montagne, dispersés dans les buissons, les abattaient à loisir.
Nicolas Louis prenant toujours le devant, au pas de course , alla
s embusquer à une des Ron des Trois Rivières, le long du chemin.
11 laissa presque toute la colonne traverser le fleuve, sans l'inquicter; “mais il en atlaqua la queue pendant qu'elle marchait encore dans Peau. Une foule de français et de polonais, abattus par la fusillade,
furent entraînés par la RÉTA du courant avec armes et, bagages: _ Colin Suberby qui leur servait de guide fut tué au milieu du fleuve. Nicolas prit encore le devant par des chemins de traverse, et alla .se poster à la passe Aubert. Un feu vif et soutenu prit en flanc la colonne française qui trayersa la rivière avec les plus grandes dif:
ficultés. La ville du Port-de Paix, entendant la fusillade, envoya deux
cents hommes à sa rencontre. . Nicolas ne jugea pas qu il fut prudent
de les poursuivre plus loin. Il se contenta de mettre le feu aux
cannes de Phabitation , pendant que les français les traversaient.
Les flammes et la fumée mirent le désordre dans leurs rangs, et
beaucoup tombèérent encore sous les coups des indigènes. Ils rentrèrent au Port-de-Paix, au nombre decent, protégés par le renfort
qui était venu à leur rencontre. Ils étaient écrasés par la fatigue,
couverts de boue et Ge sang, ayant la physionomie troublée, ressemblant à des hommes égarés. Le 2 Ventôse (21 Février) Christophe fut assailli à Ennery par le
général Hardy. Celui-ci enleva le bourg à la baionnette. Christophe -céda le terrain pied à pied reculant devant des forces bien supérieures aux siennes. Toussaint lui envoya l'ordre, des Gonaives , d'occuper les mornes rocailleux et presque inaccessibles du Bayonnet, position que la nature a fortifiée, en vue des hauteurs d'Ennery et dominant
Ja ravine à Couleuyre.* Christophe s'y établit et couvrit la dreite de .
la position que Toussaint venait de faire prendre à la Coupe-à-Pintade par le 2° bataillon de la 7e pour arrêter Ja marche de Leclerc
sur les Gonaïives. … * Leclerc dit dans ses bulletins: Le pays est rempli de diflicultés; je &ai tien vu dans Les Alpes qui leur soit comparable. . 186 HISTOIRE D'HAITI.— (1802) Le général Hardy, faisant toujours talonner Christophe , lança contre lui, aussitôt après l'occupation de la vallée d'Ennery , la brigade du général Salm. CGette chasseurs fran ÇAIS, Sans brigade , quoiqu'elle fut déjà harassée de fatigue, marcha le reste dela journée du 24, toute la nuit qui suit,
et atteignit le Bayonnet à la pointe du jour du 22 Février ( 3
Ventôse). Les troupes européennes s'avancèrent conlhe les indigénes au pas de charge. Malgré le feu le plus vif de l'ennemi, les
y répondre, grimpèrent avec une adresse. et une agililé incroyables le long du morne du Bayonnet, en atteignirent 1e sommet , et virent fuir devant eux, après un combat très- sanglant, le général Christophe qui cependant avait déployé un
rare courage , bravant la mort au premier rang de ses soldats, Le
général Salm le poursuivit avec acharnement et dispersa ses soldats
Malgré le feu le plus vif de l'ennemi, les
y répondre, grimpèrent avec une adresse. et une agililé incroyables le long du morne du Bayonnet, en atteignirent 1e sommet , et virent fuir devant eux, après un combat très- sanglant, le général Christophe qui cependant avait déployé un
rare courage , bravant la mort au premier rang de ses soldats, Le
général Salm le poursuivit avec acharnement et dispersa ses soldats au loin dans les bois. retira vers les Gonaives.
Voyant les français fondre sur lui de tous côtés , Toussaint, Louverture épiait leurs manœuvres, et s'efforçait de "découvrir où Il porterait sa gne. Déjà Rochambeau, en possession de St. Michel, pouvait se di. principale I fit un butin considérable. Christophe se attaque , le coup décisif de la campariger ou sur les Gonaives par la savane Désolée, où sur l’Ester ,
et par l'une ou l'autre manœuvre, couper toute retraite à Ia.
garnison des Gonaïvés sur l’Artibonite. Instruit par ses émissaires de la directign qu'avait prise chaque division f rançaise , Toussaint eut une de ces inspirations qui n'appartiennent qu'au génie, et se idétermina, en sacrifiant les Gonaives, à arrêler la marche de la division Rochambeau , afin de terminer avec honneur cette campagne jusqu'alors si malheureuse. Vain=
queur de Rochambeau à la ravine à Couleuvre, il avait l'espoir que:
les français dont les pertes étaient déjà considérables , lui offriraient
la paix. li se trouvait en présence du plus grand danger : car Sk Rcchambeau a le temps de pénétrer entre l'Ester et les Gonaïves, c'en est fait de lui; il se trouvera séparé des généraux Charles Bélair et Dessalines, pressé du côté de la Coupe-à-Piutade par Leclere
en personne, du côté du Bayonnet par Hardy, et du côté de la savaue Désolée par Rochambeau. Resserré dans un demi-cercie ayant
pour diamètre le rivage de la mer des Gonaives , il se trouvera réduit à mettre bas les armes, se livrant à la discrétion de lennemi,
ou à se noyer dans la mer. Le plan de campagne de Leclerc eût
été réalisé. S'il bat Rochambeau à la ravine à Couleuvre , et que
les français ne lui offrent pas la paix, il favorisera la retraite de
Vernet, des troupes et de la population des Gonaïves, de: sa femme et de toute sa famille, sur les rives de l'Artibonite.
a réduit à mettre bas les armes, se livrant à la discrétion de lennemi,
ou à se noyer dans la mer. Le plan de campagne de Leclerc eût
été réalisé. S'il bat Rochambeau à la ravine à Couleuvre , et que
les français ne lui offrent pas la paix, il favorisera la retraite de
Vernet, des troupes et de la population des Gonaïves, de: sa femme et de toute sa famille, sur les rives de l'Artibonite. Le général Rochambeau était déjà arrivé vers la gorge nommée
la Ravine à Couleuvre. et_ le Bayonnet à à droite, Ce défilé laisse la Coupe à l'Inde à gaucheParti de St-Michel, il avait traversé Plata La |
| HISTOIRE D'IAITI, (1802) . : 189
ma, Mamont, et s'était arrêté à Barade, à l'entrée du défilé, du
voté de la montagne. 3 ventôse (22 février). Il était temps que
“Joussaint marchât contre lui. L'ex-gouverneur confia le cemmandement des Gonaïves au général Vernet, laissa sous ses ordres le 2°
bataillon de la 7e., le corps des Gasaques rouges, et un escadron
de sa garde commandé par Morissel. Vernet, homme de couleur.
ent pour instructions de combattre à outrance les français, d'arrêter leur marche et d'incendier la ville s'il se trouvait obligé de reculer devant la multitude des forces ennemies. Il envoya l'ordre à
“Dessalines , qui était à St-Marc, d'incendicr cette ville, ainsi que
les Verrettes, et de se retirer à la Petite-Rivière de l’Artibonite.
1 plaça en observation en avant des Gonaïves deux compagnies de
dragons; et pour couvrir Cocherelle, habitation sur la route de la.
Savane désolée, où étaient réunis son épouse, Isaac son fils, ses
sœurs, les demoiselles Chancy ses nièces, 11 ordonna à Morisset
d'occuper les avenues de l'habitation, à la tête d'un escadron. ‘I
partit de Cocherelle à midi, avec 609 hommes de sa garde, dont
200 dragons sous les ordres de Monpoint, et 400 faniassins com:
mandés par Magny. Be Cocherelle à la Ravine-à-Coulcuvre 1l existe
“rois lieues; le chemin est beau et plat. Toussaint qui voulait occuper la gorge par laquelle Rochambeau devait déboucher dans la
plaine, accéléra la marche de ses troupes, traversa le ruisseau de
Lacroix , atteignit, à la chûte du jour, l'entrée de la Ravine. Li dis-
“iribua des vivres et de la viande fraiche à ses soldats, et les laissa
se reposer jusqu'à neuf heures dans la nuit. C'était le 22 février.
A dix heures, après avoir fait sa prière , il ordonna d’éteindre tous
les feux du camp, et pénétra dans la gorge. La Ravine à Couleuvre, dans la commune des Gonaïves, est un defilé très aride qui,
traversant le quartier nommé Lacroix, débouche , au sud-est, dans
là Savane désolée. Vers l'extrémité de la gorge, à l'endroit où vient
se terminer le chemin de Mamont, s'élève le morne Barade, commandant le défilé dans toute sa longueur, et inexpugnable par ses
fortiñications naturelles. Toussaint Louverture hàtait sa marche, au
sein de la nuit, pour occuper ce point, s'y retrancher, et ailendre la division Rochambeau quil avait l'espoir d'exterminer dès
qu'elle se serait engagée dans la gorge. A onze heures on l’entendit
sécrier en se signant: Dieu tout-puissant! fais moi la grâce d’atteindre cette position avant l'ennemi; encore une demi-heure de
marche. Mais Rochambeau, gutdé par un indigène, nommé Noël
Lory, occupait déja Barade , comme on l'a vu. Sa division, forte
… de 2,000 guerriers, superbes et intrépides, était composée d’un
régiment de ligne et de la 5e. légère commandée par le colonel Rev.
Il avait sous ses ordres le général de brigade Brunet et les ad-
… judans-commandans Lavaleite et Andrieux. Toussaint n'avait à lui
opposer que 1600 hommes, y compris les cultivateurs armés qui
nommé Noël
Lory, occupait déja Barade , comme on l'a vu. Sa division, forte
… de 2,000 guerriers, superbes et intrépides, était composée d’un
régiment de ligne et de la 5e. légère commandée par le colonel Rev.
Il avait sous ses ordres le général de brigade Brunet et les ad-
… judans-commandans Lavaleite et Andrieux. Toussaint n'avait à lui
opposer que 1600 hommes, y compris les cultivateurs armés qui 199 HISTOIRE D’HAITI.—(1802) l'accompagnaient. Les français n'avaient éprouvé aucune privation,
et dans les quartiers qu'ils avaient traversés, de St-Michel à Barade, ils avaient trouvé des ombrages, des riviéres , des fruits, des
vivres en abondance. L'ex gouverneur marchait à la tête des grenadiers de sa garde. Il
entendit tout à coup Île qui vive d'une sentinelle française. Ses yeux”
brillérent avec inquiétude : Garde d'honneur du gouverneur, répondit-il lui-même. Feuf en avant ! ‘es troupes atteignent le pied du
morpe , et montent à l'assaut. Plusieurs fois , elles parviennent au sommet de la position; mais les français, faisant pleuvorr
sur celles une grêle de bailes, les renversaient de toutes parts.
Toussaint n'en excilait pas moins Magny à ne pas ralentir ses attaques.
Mais Rochimbeau échelonna le long des flancs du défilé plusieurs
compagnies d'infanterie légère qui rent un feu plongeant sur Îles
indigènes déjà en désordre au fond du ravin, cavalerie et infanterie.
Après avoir soutenu le choc des en pendant toute la nuit,
Toussaint batlit en retraite à- la pointe du u jour. Monpoint ouvrant.
les rangs de son escadron, donna passage à l'infanterie. En même”
temps les indigènes faisaieot sauter la poudrière de la Ravine àCouleuxre, dépôt considérable de munitions, dont les français étaient
sur le point de s'emparer. Toussaint déboucha dans la plaine de
Lacroix, et ne put rallier ses L'oUpes que sur l'habitation Périsse, !
à une lieue de fa ravine. Il était plein d'agitation, il mit pied à -
terre et se saisit d'un fusil. Il se tourna vers ses soldats et leur
dit qu'il prouverait aux français ce que peuvent les braves de sa
garde. Il leur exposa que ce combat devait décider de leur sorti
que vaincus, 1l8 seraient replongés dans l'esclavage , que vainqueurs
315 AT à jamais ire “liberté. Ils jurérent tous de vaincre
ou de mourir. La plus énergique détermination était peinte sur Île
visage de chaque soldat; et le cri de vive le gouverneur, éclataié
dans les rangs. L'avait garde de la division française s'avançait”
audacieusement ‘dans la plaine (23 Février.) Toussaint reconnut au
premier rang le général Rochambeau Il établit aussitôt sa cavalcrie
dans un chemin nommé Marie-Louise débouchant dans la savane,
derrière une haie haute, longue et épaisse, afin qu'elle put fondre à
l'improviste sur le flane de la colonne française, dès qu'elle atteindrait Périsse. Il se tint à la tête de sou infanterie rangée enbataille.
Les grenadiers de la garde d'honneur, dès que les” français furent
parvenus à portée de la mousquelérie, firent une terrible décharge,
et,s'avancèrent à la bayonnette. Le combat s'engagea avec acharnement. Les français en colonne serrée se précipitèrent avec fureur
sur les indigènes qui leur présentaient un front formidable. Gependant la baïonnette, arme terrible dans les mains françaises,
faisait de grands ravages dans les rangs de la garde d'honneur.
Celle-ci perdit du terrain culbutée par tant d'impétuosité. Elle
de la mousquelérie, firent une terrible décharge,
et,s'avancèrent à la bayonnette. Le combat s'engagea avec acharnement. Les français en colonne serrée se précipitèrent avec fureur
sur les indigènes qui leur présentaient un front formidable. Gependant la baïonnette, arme terrible dans les mains françaises,
faisait de grands ravages dans les rangs de la garde d'honneur.
Celle-ci perdit du terrain culbutée par tant d'impétuosité. Elle kr à HISTOIRE D'HAÎTI.—(1802,) 191 tommençait à fuir quand un jeune officier l'arrêta par ces mots :
oubliez-vous voire serment ? oub'iez-vous que le gouverneur est au
Milieu de nous ? Pendant ce combat à larme blanche, Toussaint
s'aperçut que Rochambeau n'utilisait pas les avantages de sa force
numérique. I échelonna deux compagnies d'infanterie le long des
flincs de l'ennemi. Les français lombèrent en grand nombre sous
le feu de nos chasseurs, adroits tireurs. Lui-mème, au centre supportait le choc de la masse ennemie avec une prodigieusé intrépidité. La lutte continua avec la plus grande opintâtreté de part et
“d'autre. L'on se fusillait à bout portant; les sabres, les baïonnettes
s’entre croisaient; le earnage était horrible. Les français gagnaient
toujours du terrain, malgré la ténacité des indigènes. Si Rochambeau
avait eu de la cavalerie, Îles troupes de Toussaint auraient été anéanties. De part et d'autre il n'y avait pas d'artillerie. Des cris de
victoire sortirent des rangs français.” Toussaint bouillant dei colère,
voyait la fortune se tourner contre lui. Armé d'ua fusil, il main-
“icnait à grand peine devant l'ennemi $ses soldats qui: chancelaient.
Dans ce moment suprême, Î Monpoint demeurait cependant immobile
à la tête de la cavalerie. L’ex-souverneur indigné de son maction
se transporte auprès de lut, Lui fait de vifs reproches et lai commande de charger. Monpoint hésite; Toussaint le pousse de la
“main avec violence et le frappe de sa canne. Monpoint, le désespoir
dans l'âme, s'élance à la tête de ses dragons, et cherche la mort
dans les rangs ennemis. Il perce avec impétuosité les bataillons
français, et sépare leur avant garde de leur corps principal. Il se
“précipite avec cent de ses dragons sur leur centre ébranlé, charge
avec vigueur, pendant que le reste de Ta cavalerie sabrait dans 1à
savane l'avant-garde française qui s était presque débandée. Le centre
de la division # ançaise se replia sur la Ravine à Couleuvre, où vinrent se rallier les soldats de l'avant garde.* Toussaint demeura maître du champ de bataille. Il avait perdu
300 hommes tant dans le défilé qu à Perisse ; les français enjavaient
perdu 200 environ. Il tomba en son pouvoir une trentaine de pri:
sonniers. Il employa le reste de la journée à donner là sépulture
Aux morts, et des soins aux blessés. Il passa la nuit du 23 au 24
Février sur le champ de bataille faisant épier les mouvemens de Rochambeau, et attendant, pour agir, des nouvelles des Gonaives.
bataille. Il avait perdu
300 hommes tant dans le défilé qu à Perisse ; les français enjavaient
perdu 200 environ. Il tomba en son pouvoir une trentaine de pri:
sonniers. Il employa le reste de la journée à donner là sépulture
Aux morts, et des soins aux blessés. Il passa la nuit du 23 au 24
Février sur le champ de bataille faisant épier les mouvemens de Rochambeau, et attendant, pour agir, des nouvelles des Gonaives. Pendant cet intervalle la division Desfournaux, s'établit en avant
_d'Ennery où le général Hardy avait réuni Loute Isa division. Elle
suivit la grande route des Gonaïves (22 Février). Le unes Leclerc
commandait en personne ce corps d'armée. Le chef de bataillon
Marinier , officier noir, à la tête de 600 hommes de Ai 1e, avait -* Dans son bulletin, Leclerc rapporte que Îles troupes de Toussaint
sébattirent bien, mais ‘que tout céda à l’impétuosité française. 192: HISTOIRE D'HAITI.-— (1802), dressé une enibuseade à l'entrée de la Coupe à-Pintade, au miliet du grand chemin, près de Poteau. Le lendemain, 23 Février (4 Ventôse), l'avant. garde française, tombant dans l’embuscade, fut rejetée
sur le gros de l'armée dont la marche fut un instant arrêtée. Desfourneaux soutenn par la brigade Desplanques et la division Hardy,
fit battre la charge et enleva l'embuscade,_ aprés avoir perdu plus
de 300 hommes. Les français furent étonnés du courage opimiâtre
des indigènes dans cette affaire. Le même jour la brigade Salm
et la division Hardy s'établirent au Poteau. Marinier se retira en bon ordre à l'entrce des Gonaïves, au pont des Dattes. Il y trouva . Morisset avéc son escadron. Les généraux Hardy, Salm et Pambour
débouclérent de leur côté sur la route du Châtelain pour faire leur
jonction javec le capitaine général aux Gonaïves. Ils culhutèrent le
bataillon des Casaques rouges sur la ville. Hardv atieignit sans obscle le pont des Dattes. Là s'engagea un nouveau combat. La Te
retranchée dans une forte position, soutenue par l'escadron de Morissel, contint l'ardeur de la colonne française qui, sans cavalerie, recula devant la valeur impétueuse des dragons de la garde d'honneur.
Morissel laissa Marinier dans ses retranchemeus des datles et vola
au secours de Vernet qui défendail héroïquement l'entrée des Gonaives contre Leclerc en personne. Douze mille hommes, depuis
fa pointe du jour, s'efforçaient de pénétrer dans ceite place dont
les approches n'étaient défendues que par 1,400 hommes. Morisset fi une charge brillante et repoussa les Français jusqu à la Tannerie" Vernel, entouré de tant de forces , perdant inutilement de braves
SoIdARS, à la défense d’ une place qui il serail toujours s contraint d abandonner à l’opiniâtreté d'un ennemi dix s supérieur én nombre,
commanda l'évacuation. La ville fut livrée aux flammes; et: pendant que les femmes, les enfans, les victilards emportaient dans des chariots leurs objets les plus pré cieux, Morisset, par des ebarges désespérées, Ton la marche des Français qui eussent vouu sauver la ville d'un en:brasement général, pour trouver des
abris contre Îles ans brälans du solcil. Leclerc déploya la division Desfourneaux dans la plaine. Les casaques rouges , la cavalerie
vacuation. La ville fut livrée aux flammes; et: pendant que les femmes, les enfans, les victilards emportaient dans des chariots leurs objets les plus pré cieux, Morisset, par des ebarges désespérées, Ton la marche des Français qui eussent vouu sauver la ville d'un en:brasement général, pour trouver des
abris contre Îles ans brälans du solcil. Leclerc déploya la division Desfourneaux dans la plaine. Les casaques rouges , la cavalerie iudigène , le2° batailion de la 7e, se voyant sur le point d'être eñveloppés, gagnérent le nrorue Grammont , Où Vernet rencontra Madamc Lourverture, ainsi que toute la famille de l'ex-gouverneur, qui. avait abandonné Cocherelle. Leclerc prit possession d'une ville en
cendres, 5 Ventiôse (24 février). Ses soldats n'en jetèrent pas moins des cris de victoire. , De Grammont, Morisset entendit ces acclamations joyeuses. H s’éeria : Quoi! après tant de défaites, 1ls ont l'au- . dace de chanter victoire! I s’élança sur son cheval, et dit à ses compagnons harassés de fatigue : que quinze intrépides dragons me
suivent. Tout. l'escadron l'entoure avec empressement. Il traversa … le morne Grammont, et arriva au cimetière près du blockhaus.« HISTOIRE D'HAITI.—(1809) 198 Les troupes françaises avaient mis leurs armes en faisceaux”, et se
livraient au repos. La nuit était descendue sur la ville. Il se précipita
sur un bataillon européen et en fit un affreux carnage. Il retourna
à Grammont, emportant un drapeau qu'il avait enlevé à l'ennemi.
Pendant la nuit, le général Christophe fit sa jonction àvee Vernet. HS prirent l’un et l'autre la route dn pont de l'Ester. Ils firent acheminer sur les Cahos les femmes et les enfans qui avaient évacué
les Gonaives. Vernet avait perdu dans ces divers combats 200 hommes
des Gasaques rouges, 300 hommes de la 7e, et de l’escadron de Morisset
il ne restait plus que 60 dragons. Il expédia à Lacroix un courrier
qui annonça à Toussaint. l'incendie et l'évacuation des Gonaives, et
sa retraite opérée sur le pont de l’'Ester. Toussaint partit de Lacroix
él l'atteignil avec précipitation. Il envoya Magnÿ avec une partie “de sa garde d'honneur à la Petite-Rivière de l’Artibonite. Pourcely, homme de couleur, alla camper avec le reste de ses troupes, sur
Phabitation Marchand. Les quelques prisonniers faits aû combat de
Lacroix, et les blancs arrêtés aux Gonaïives , furent eonduits à la
Petite-Riviére de LArtibonite. Ils furent livrés à un détachement
qui les emmena à la Verdure, habitation voisine du‘bourg. On
les fit tous égorger en disant: Nous n'avons pas assez de provisions
Pourcely, homme de couleur, alla camper avec le reste de ses troupes, sur
Phabitation Marchand. Les quelques prisonniers faits aû combat de
Lacroix, et les blancs arrêtés aux Gonaïives , furent eonduits à la
Petite-Riviére de LArtibonite. Ils furent livrés à un détachement
qui les emmena à la Verdure, habitation voisine du‘bourg. On
les fit tous égorger en disant: Nous n'avons pas assez de provisions “pour nourrir nos soldats; comment ferions-nous pour entretenir ceux qui viennent nous détruire. ve Toutes communications entre Toussaint et Maurepas furent intercepiées par l'entrée des français aux Gonaïves. Le vieux général
Dugua pensa que cet événement aménerait la soumission de Maurepas
et {a fin de la campagne. Mais les français avaient des luttes encore
bien plus sanglantes à soutenir. En demeurant maitre du champ
de bataille de Lacroix, près de la Ravine-à-Couleuvre, Toussaint
sauva d’une ruine complète le principal corps de son armée, sa
famille et lui même. Etant sous le coup d’une mise hors là loi, ïk
eût été infailliblement fusillé sans jugement avec ses principaux partisans, s'il avait été fait prisonnier. | : Rochambeau s'étant aperçu qu'il avait abandonné Périsse, déboucha dans la savane Désolée, et se rendit aux Gonaïves auprès de
Leclerc. Mais sa proie lui avait échappé. | -
+ Le jour qui suivit son entrée aux Gonaives, 6 Ventôse (25 Février}
Leclere apprit que Débelle avait été repoussé par Maurepas. Il
ordenna à Desfourneaux d'aller vecuper le Gros-Morne, et à Rochambeau de se porter sur le pont de l'Ester, de pousser des reconnaissances sur sa gauche et sur sa droite, pour avoir des nouvelles
du général Boudet et de la retraité de l'ennemi. Pendant que Leclerc assaillait les Gonaïves, le général Boudet, campé au Montrouis, s'ébranlait pour marcher sur StMarc. Il ordonna au lieutenant colonel Valabrègue qui avait pris possession de
+ ° , # . e e 4 Q É ? .
V'Arcahaie, d'opérer sa jonction avec Lui, Valabrègue partit de l'ArAr; \ : j ; . sur les bords de l’Artibonite pour opérer sa jonction avec Lecleré.M
que Leclerc assaillait les Gonaïves, le général Boudet, campé au Montrouis, s'ébranlait pour marcher sur StMarc. Il ordonna au lieutenant colonel Valabrègue qui avait pris possession de
+ ° , # . e e 4 Q É ? .
V'Arcahaie, d'opérer sa jonction avec Lui, Valabrègue partit de l'ArAr; \ : j ; . sur les bords de l’Artibonite pour opérer sa jonction avec Lecleré.M A9 HISTOIRE D'HAITI 1802)
cahaie le 4 Ventôse (22 Février), tomba dans plusieurs embuscades
dressées par les cultivateurs, et éprouva des pertes considérables.
Les français, suivant la route de Montrouis, au milieu du jour, avaient
un sol brûlant sous les pieds, un soleil ardent sur [a tête. La chaleur, la fatigue les accablaient tellement que beaucoup se coucharent
avec insouciance sous les arbres, et se laissaient massacrer par des
culiivateurs que Charles Bélair avait armés. Valabrègue attéigmit
Boudet, au milieu de la nuit, et la division française se mit en marche.
Elle rencontra un poste que les indigènes occupaient non loin dé
Montrouis. Eile l'attaqua afin d'ouvrir le chemin qui conduit à St:
Marc. Eïlé fut deux fois repoussée; Boudet fut obligé de faire car
nonner cette redoute pendant une partie de la matinée du 23 Février.
Les indigènes ne pouvant résisier à l'artillerie, abandonnèrent latposilion et se repliérent sur Si.Marce. Boudet laissa ses troupes sé
reposer le reste de la journée et toute la nuit qui suivit, Dès l'aurore,
Ja division reprit sa marche ; elle vit s'élever devant elle , le long du
chemin , des flammes qui dévoraient de superbes habitations.
_ En même temps, Dessalines réunissait sur plusieurs points de la
ville de Si Marc, des barils de goudion, de résine, des tonneaux”
de tafia, de rhum et d'huile. 1 avait fait allumer un bûcher au
centre de la grande place, et les soldats de la 4° étaient tous armés
de torches de bois pin. I! disait aux noirs et aux hommes de cou=
leur de ne laisser aux français que des cendres et des cadavres de
blancs. En effet on massacra tous les blancs; et les femmes etles
enfans indigènes se retirérent dans les mornes, escortés par lés dragons de la garde nationale, là plupart hommes de couleur. Dans
le quartier de TlArtibonite presque tous les mulâires avaient em-"
brassé la cause de Toussaint Louverture. ”
_Dessalines se saisit d'une torche, s'avança, accompagné du chef
d'escadron Bazelais, son aide de camp, vers sa demeure dont la cons-«
truction et l'ameublement fui avaient coûté un million de francs, y
pénétra, et y mit le feu de sa propre main. L'incendie se propaz
. gea avec rapidité dans tous les quartiers, et la ville fut réduite en
cendres en quelques heures. Le lendemain Charles Bélair livra aux
flammes le bourg des Verrettes. Le 6 Ventôse (24 Février) Boudet…
entra à St.-Marc, sans coup férir. 11 n'y trouva pas’ une âme. AN
chaque pas le soldat français était arrêté par de nombreux cadavres“
blancs dont les rues fumantes étaient encombrées. Boudei fit donner”
la sépulture à tous ces corps, et logea dans les forts une partie“
des troupes de sa division. Il poussa des reconnaissances jusque“
bourg des Verrettes. Le 6 Ventôse (24 Février) Boudet…
entra à St.-Marc, sans coup férir. 11 n'y trouva pas’ une âme. AN
chaque pas le soldat français était arrêté par de nombreux cadavres“
blancs dont les rues fumantes étaient encombrées. Boudei fit donner”
la sépulture à tous ces corps, et logea dans les forts une partie“
des troupes de sa division. Il poussa des reconnaissances jusque“ Mais il ne rencontra sur les rives du fleuve , ni troupes françaises, |
ni troupes indigènes. Il retourna à St Mare d’où il expédia un navire
aux Gonaiyés pour s'assuter si le capitaine général y était entré.
Dessaiines s'était retiré à la Petite Rivière de l’Artbonite où il PONTS. 4 ” : ; ‘4 F L Histoire D’xaiti.=(1802) 19ÿ rencontré Lamartinière et Larose. Le 7 Ventôse (26 Février) Leelerc apprit que Boudet était en possession de St-Marc. Il se résolué
à porter toute son attention sur le général Maurepas qui seul jusqu'alors avait battu toutes les colonnes qu'on avait dirigées contré
lui Le capitaine général ordonna à Hardy de se rendre au GrosMorne avec cinq compagnies de grenadiers et huit cents hommes
de sa division. Il y ajouta une compagnie de cent hommes de sa
“garde. Le 26 Février il marcha en personne avee toute sa gardé
d'honneur , et s'établit, à onze heures du soir, à 2 lieues du GrosMorne. Il avait le projet de s’avancer à la tête de la division Desfourneaux, et de quinze cents hommes de celle de Hardy , jusqu'à 2
lieues du quartier général de Maurepas, pour Fl'attaquer le 28 au
point du jour, de concert avec Débelle qu'il avait prévenu de cette
manœuvre. Pendant cet intervalle, le capitaine Gourdon, commandant les forces navales du Port de Paix, expédiait, d'après les ordres de l'amiral
Nillaret Joyeuse, la frégate la Furieuse pour le Môle St-Nicolas. Au
Moment quelle allait parür, une députation des habitans blancs,
noirs et jaunes, de la commune de Jean Rabel, arriva au Port-de- “Paix, apportant une pétition signée d'un grand nombre de citoyens
qui offraient de se soumettre sans résistance, et demandaient quelques troupes afin qu'ils pussent, secondés par elles, faciliter l'en
trée de la frégate au Môie. Le général Humbert accueillit favorablement la pétition, et fit embarquer, sur la Furieuse , ecut hommes
d'artillerie de marine que la frégate, en passant, devait déposer à
Jean Rabel. LUS ne | |
portant une pétition signée d'un grand nombre de citoyens
qui offraient de se soumettre sans résistance, et demandaient quelques troupes afin qu'ils pussent, secondés par elles, faciliter l'en
trée de la frégate au Môie. Le général Humbert accueillit favorablement la pétition, et fit embarquer, sur la Furieuse , ecut hommes
d'artillerie de marine que la frégate, en passant, devait déposer à
Jean Rabel. LUS ne | | A deux lieues de Jean-Rabel, village pittoresque, situé au miliew
d'une vallée fertile, s'élevait, sur le rivage de la mer, un fort de gazon
qu'occupait le sous-leutenant Alain, a la tête de la 8e compaguie du
3e. bataillon de la 9e. Un fort détachement de cette demi-brigade
était cantonné au village. Dés que la Furieuse se présenta en vue
de la fortification , les habitans de Jean Rabel, connaissant les sen
timens du sous-lieutenant Alain qui neût jamais livré la redoute,
énvoyèrent pour le remplacer le capiiaine Louis Etienne Golart ;
commandant du détachement de la 9e. Golart était un. ennemi linplacable et de Toussaint Louverture et de Maurepas. Son frère,
Bubin Golart, noir, avait commandé, sous Toussaint ; le 2e batail-
“on de la 9e., avant la guerre civile. Quand la lutte éclata entre
oussaint et Rigaud, il embrassa la cause de ce dernier. Mais
vaincu par Maurepas, aïors colonel, il s'était réfugié dans les montagnes de Jean Rabel. Dès qu'il apprit les dispositions des habitans
dé Jean-Rabel en faveur du nouveau gouvernement , excité par la
“häine et la vengeance , il sortit de sa retraite, entra au bourg, se
“mit à la tête de son ancien bataillon , et prit le commandement
“de la commune. Il se rendit au fort du rivage qu'il trouva occupé
vaincu par Maurepas, aïors colonel, il s'était réfugié dans les montagnes de Jean Rabel. Dès qu'il apprit les dispositions des habitans
dé Jean-Rabel en faveur du nouveau gouvernement , excité par la
“häine et la vengeance , il sortit de sa retraite, entra au bourg, se
“mit à la tête de son ancien bataillon , et prit le commandement
“de la commune. Il se rendit au fort du rivage qu'il trouva occupé 196 HiSTOIRg D'HAITI.— (1802) par cent hommes de troupes de marine. Ceux-ci furent conduits à
Jean-Rabel dont la garde nationale avait été réunie. La frégate Wa
Furieuse , commandée par le capitaine Topsent, continuant sa route,
entra au Môle St-Nicolas, sans Coup férir, aux eris de wive la France,
que poussait la population rangée sur le rivage. Les français y
trouvèrent un matériel de guerre considérable et des lettres de Toussaint adressées au commandant de la place, aussiiôt après l'arrivéé .
de l’armée expéditionauire, par lesquelles 1] demandait avec instances l'imprimerie, tous les fusils et pistolets qui se trouvaient dans
les magasins, quatre pièces de 24 et deux moriiers.
Lubin Golart se résolut aussitôt à marcher contre Maurepas, son
ennemi personnel, à Ja tête des cultivateurs, tous noirs, de la
commune de Jean-Rabel. Il déclara qu'il voulait avoir la gloire de
l'arrêter lui-même, et la satisfaction de Fécorcher vif. Maurepas ap
prit par le sous lieutenaut Alain, qui s'était refugié auprès de lui,
les projets cruels de Lubin Golart. Les éclaireurs de la 9e. vinrent aussi annoncer que le général Desfourneaux occupait le GrosMorne, que les communications avec Toussaint étaient interceptées, -
et que Débelle allait marcher avee une nouvelle division contre le
camp des Trois-Pavillons, par le grand chemin du Port de Paix. Mau:
repas reconnu quil serail attaqué en tête par Débelle, en queue
par Desfourneaux , et en flanc par Lubin Golart. Ce dernier ennemi
était, plus que tous les autres, redouté du général indigène. Lubin
Golart, créole du quartier du Port de Paix, connaissant les sentiers
tournans el les gorges les plus profondes de la montagne, eût dé.
couvert Maurepas dans n'importe quelle retraite. Enveloppés de toutes
parts par l'ennemi, les partisans de Toussaint résolurent de se sou-#
mettre. Le 7 Ventôse (26 Février) Maurepas envoyæ, au Port-dePaix, unde ses aides-de came auprès de Débelle qui-accepta avec
empressement la soumission du général indigène. Le français lui proposa
le jour même une entrevue au porlail de la ville, Maurepas accompagné du colonel de la 9e., Bodin, homme de eouleur, du chef de
bataillon Réné Vincent, noir, et de quelques autres officiers , se
rendit au lieu du rendez-vous. Débelle ne tarda pas à y arriver
monté sur un beau cheval qui caracolait avec fierté. Il mit
pied à terre et demanda où était le général Maurepas. . Celui erse
présenta devant fui, non pas en vaincu, mais en vainqueur que de
malheureuses circonstances contraignaient à se soumettre. Vous aurez
à entrer en ville sur le champ avec “outes vos troupes , lui dit Débelle.
— Général, répondit Maurepas, mes soldats sont épars dans la mon-«
tagne; Je ne pourrai les réunir à l'instant, accordez-moi 24 heu“
res. Débelle feignit de ne l'avoir pas compris. —Quelle est la force |
de vos troupes, lui demanda Débelle ? — 800 hommes de la 9e.“
autant de la garde nationale, et 4,000 cultivateurs irréguliers , am
_pluparé sans armes. — C'est impossible, sécria Débelle; si peu
épars dans la mon-«
tagne; Je ne pourrai les réunir à l'instant, accordez-moi 24 heu“
res. Débelle feignit de ne l'avoir pas compris. —Quelle est la force |
de vos troupes, lui demanda Débelle ? — 800 hommes de la 9e.“
autant de la garde nationale, et 4,000 cultivateurs irréguliers , am
_pluparé sans armes. — C'est impossible, sécria Débelle; si peu HISTOIRE D’HAITI. (1802) : 197 de troupes n'eussent pu résister à a valeur française. — Il
devint agité; la rougeur couvrit son front.— Je vous réitère l'ordre
d'entrer en ville sur le champ. Maurepas refusa formellement de lui
obéir. Je suis votre supérieur, répliqua Débelle. —Maurepas résistait
“toujours avec calme et dignité. Débcile vaincu par la ténacité de
Pindigène, lui accorda les 24 heures demandées. La perfidie européenne avait. fait naître la défiance dans l'âme de Maurepas, qui
eraignait de tomber , sans défense, sous les coups des français. Le
lendemain , (27 février), il licencia ses 4.000 cultivaleurs, ainsi que
là garde nationale, et descendit de la montagne, à la tête de la
de, tambour battant, enseignes déployées. I vit 3,000 hommes
dé troupes blanches, rangés en bataille dans la savane qui s'étend
“l'entrée du Port de Paix. El entra en ville à la tête de ses soldats qui agitaient leurs drapeaux tricolores en chantant la Marseil-
“aise. Débelle Fur commanda de prendre sa ligne de bataille Le long
du rivage , visà-vis de plusieurs frégates dont les sabords étaient
ouverts. Les indigènes erurent à leur. dernière heure; et déjà la
détermination de mourir héroïquement jusqu'au dernier s’exprimait
sur leurs visages, quand Débelle ordonna de leur distribuer [a ration. ’ Lubin Golart, suivi d'une masse considérable de cultivateurs demandant la tête de Maurepas, etait déja arrivé sur l'habitation Lacorne.
Guédon. Il y apprit la soumission de son ennemi. Il entra dans
une violente fureur, dit quil avait perdu le fruit de la rapidité de.
sa course. | Le 28 Février, Leelerc., de son côté, se disposait à faire attaquer Maurepas par Desfourneaux, quand un courrier vint lat annoncer
‘sa soumission. Li s'en montra joyeux. I lui expédia l'ordre de venir
le joindre au Gros Morne, et renvoya aux Gonaïves les 800 hommes de la division Hardy.
soumission de son ennemi. Il entra dans
une violente fureur, dit quil avait perdu le fruit de la rapidité de.
sa course. | Le 28 Février, Leelerc., de son côté, se disposait à faire attaquer Maurepas par Desfourneaux, quand un courrier vint lat annoncer
‘sa soumission. Li s'en montra joyeux. I lui expédia l'ordre de venir
le joindre au Gros Morne, et renvoya aux Gonaïves les 800 hommes de la division Hardy. Comme Toussaint combattait toujours les français avec acharnement, Leclerc, pour porter ses partisans à la défection, accueillit
le général Maurepas, au Gros Morne, avec distinction, le maintint
dans sow grade de général de brigade, ct lui confia le commandement du Port-de- Paix. Débelle vint au Gros Morne avec deux bataillons
“de la 9e coloniale. Delà, il en achemina un sur Plaisance où devait
se rendre le généra! Desfourneaux. Lui-même partit pour les Gonaives avec le 3e batailion du même corps, commandé par le colomel Bodin. Leclerc trausporta son quartier: général aux Gonaïves. Il
adressa des félicitations à toute l’armée expéditionnaire, et particulièrement aux 5e, 11e, 19e lésères, et aux 84e et 68e de ligne. Il
signala au ministre de la guerre comme s'étant bien conduits, Île
chef de brigade Grandet, de la division Desfourneaux, l’adjudant
commandant Desplanques qu il nomma général de brigade, le général Salm, de la division Hardy ; le général de brigade Brangt. les {l 198 HISTOIRE D'HAITI.— (1802) adjudans commandans Lavalette, Andrieux, et le chef desbrigade Rey, colonel de la 5e légère, de la division Rochambeau. Entune campagne de moins de dix jours, l'armée de Toussaint avaitmété PRES. et culbutée au delà du pont de l'Ester, vers l'Artibonite.
En même lemps le général Pamphile de Lacroix , ignorant les événemens de lArtibonite et du Nord, s attendait série à être attaqué par Dessalines. On avait intercepté deux lettres qui venaient de lui être livrées, saisies sur le capitaine Chancy , homine de couleur, néveu de Toussaint, qui avait élé arrêté dans les mornes du
Peut Goûve. Chancy, n ayant pas fait rencontre avec Dessalines’, s'était efforcé d'arriver à Jérémie auprès de Dommage. Ces etres
avaient été écrites par l'ex gouverneur , alors qu il venait d apprendra | que le général Boudet avait pris le Port- Républicain.
Liberté , | | Egalité. Au quartier-général des Gonaïves ets pluviôse , am
nr 040$ 1:68 février 1302.) Le Gouverneur-Général, au général Dessalines, commandant en
chef l’armée de l'Ouest. | Rien n'est perdu, citoyen général, si \vous pouvez parvenir 2 . gnlever aux troupes de débarq: ement les ressources que leur offre
le PortRépublicain. Tâchez, pa ious les moyens de force et d'adresse, d'incendier cetie place ; elle est construite ‘en boiss “uk ne s'agit ‘que d'y faire entrer q' relques émissaires fidèles. Ne s’en irouvera-t-il done pas sous vos ordres d'assez dévoués pour rendre” ce service ? Ah! mon cher général, quel malheur qu'il y ait eu un traître dans cette ville, et quon n y ait pas mis à exécution vos ordres et les miens ; guettez le moment où la garnison s'affaiblira
, d'incendier cetie place ; elle est construite ‘en boiss “uk ne s'agit ‘que d'y faire entrer q' relques émissaires fidèles. Ne s’en irouvera-t-il done pas sous vos ordres d'assez dévoués pour rendre” ce service ? Ah! mon cher général, quel malheur qu'il y ait eu un traître dans cette ville, et quon n y ait pas mis à exécution vos ordres et les miens ; guettez le moment où la garnison s'affaiblira par des expéditions as les plaines, et tâchez aigrs de es et d'enlever cette ville par ses derrières. N'oubliez pas qu'en atiendant la saisen des pluies qui doit nous débarrasser de nos ennemis, nous n'avons pour ressources que da destruction et le feu. Songez qu'il ne faut pas que la terre, baignée de nos sueurs, puisse fournir à nos ennemis le moindre aliment. Carabinez * les chemins; faites jeter des cadâvres et des”
chevaux dans toutes les sources ; faites tout anéantir ét tout brûler, our que ceux qui viennent pour nous remettre en esclavage rencontrent toujours devant leurs yeux l'image de l'enfer qu ils méris tent. Salut et ‘amitié.
Toussaint LOUVERTURE. # Obstruez, sobres À PSP ENS PR SC LR
ETES É LEES e ES Ed
msn AL PART OS St Le PE dre nie PP ER ET re 2 æ— So fi LM bé RP et PR TO Fe ‘A HISTOIRE D'HAITI.—(1607). 199>
j Liberté , Egalité. Toussaint Louverrurt, Gouverneur de Saint Domingue, au citoyen
Dommage, gén‘ral de brigade, commandant en chef
l'arrondissement de Jérémie. ‘dr Au quartieregénéral de St. Marc, le 20 pluviôse, an 10,
__ (9 février 1809). … J'envoie auprès de vous, mon cher général, mon aide-de-camp
“Chancy. Il est porteur de la présente, et il vous dira de ma part
“ce dont. je l'ai chargé. Les blancs de France et de la colonie,
“réunis ensemble, veulent nous ôter la liberté. Il est arrivé beaucoup de vaisseaux , et des troupes qui se sont emparées du Cap,
du Port-Républicain et du Fort Liberté. Le Cap, après une vigoureuse résistance a succombé ; mais les ennemis n'ont trouvé qu'une
“ville et.une plaine en cendres; les forts ont sauté et tout à été
incendié. La ville du Port Républicain leur a été Hivrée par le traître
général Agé, ainsi que le fort Bisoton qui s'est rendu sans coup.
férir, par la lâcheté et la trahison du chef de bataillon Bardet
ancien oflicier du Sud. Le général de division Dessalines maintient
“ans ce moment un cordon à la Croix des Bouquels, et toutes nos
autres places sont sur la défensive. Comme la place de Jérémie.
est très forte par le$ avantages de la nature, vous vous y main:
miendrez et. la défendrez avec le courage que je vous ‘connais. Méfiez
vous des blancs; ils vous trahiront s'ils le peuvent :: leur désir bien.
manifeste est le retour de l'esclavage. |
… Enconséquence, je vous donne carte blanche; tout ce que vous ferez:
sera bien fait; levez én masse les culiivateurs, el pénétrez les bien de
“cette vérité qu'il faut se méfier des agens adroits qui pourraient
“avoir recu secrètement des proclamations de ces blancs de ‘France
et qui les feraient circuler sourdement, pour séduire les amis de
:: leur désir bien.
manifeste est le retour de l'esclavage. |
… Enconséquence, je vous donne carte blanche; tout ce que vous ferez:
sera bien fait; levez én masse les culiivateurs, el pénétrez les bien de
“cette vérité qu'il faut se méfier des agens adroits qui pourraient
“avoir recu secrètement des proclamations de ces blancs de ‘France
et qui les feraient circuler sourdement, pour séduire les amis de la liberté. * - Je donne ordre. au général Laplume de brûler Ja ville des Gayes,
les autres villes et toutes les plaines; et dans le cas qu'il ne pourrait résister à la force de l'ennemi, alors toutes les troupes des différentes garnisons et les cuitivateurs aient vous grossir à Jérémie;
vous. vous entendrez parfaitementavec le général Laplume pour bien
faire les choses; vous emploierez à planter des vivres en grande
quantité toutes les femmes cultivatrices. * Depuis l’arrivée de l’armée française, Toussaint appelait les hommes
dé couleur, les amis de ja liberté. ‘I! disait à ses lieutenans que les mulâtres avaient disputé aux noirs la prépondérance politique, mais qu'en
Trésence de la tentative du rétablissement de l'esclavage, ils sacrificraient
leur ambition , et ne feraient pas cause commune avec les blancs.
; vous emploierez à planter des vivres en grande
quantité toutes les femmes cultivatrices. * Depuis l’arrivée de l’armée française, Toussaint appelait les hommes
dé couleur, les amis de ja liberté. ‘I! disait à ses lieutenans que les mulâtres avaient disputé aux noirs la prépondérance politique, mais qu'en
Trésence de la tentative du rétablissement de l'esclavage, ils sacrificraient
leur ambition , et ne feraient pas cause commune avec les blancs. ° 2oG | HISTOIRE D'HAITI.—(1502) Tâchez autant qu’il sera en votre pouvoir de m'instruire de votre
position. Je compte entièrement sur vous, et vous laisse maître de
tout faire, pour nous soustraire du joug le plus affreux. Bonne santé je vous souhaite, Salut et amitié, Qi
Toussaint LOUVERTURE. Aussitôt qu’on lui eut remis ces lettres , le général Pamphile de
Lacroix, ignorant que Dessalines fut à la Petite Rivière de PArti-w
bonite, établit des embuscades dans la nuit du 8 au 9 Ventôse (du
26 au 27 Février, } entre le Pont Rouge et la porte St. Joseph. Le
contre-amiral Latouche Tréville descendit en ville avec les deux tiers
de ses équipages et vint renforcer la garnison. A chaque instant,
pendant la nuit, les français s’attendaient à l’arrivée de Dessalines.
Le feu prit par accident dans une des cases de la plaine du Culde-Sac; les flammes furent aperçues du fort National qui commande
toute la ville. Dessalines! Dessalines! s’écria t-on de toutes parts,
aux armes! La garnison, la garde nationale, les marins, se rangèrent sur les remparts. La place ira ure partie de fa nuit sur la plaine;
les cultivateurs étonnés fuyaient au loin cherchant un abri contre
les boulets. La garnison de ‘Ia Croix-des Bouquets entendant gron="
der le canon se ünt sur la défensive. Au jour, les français ne
découvrant pas l’ennemi se glorifiaient de Icurs suecès ; Pamphile
de Lacroix se montrait heureux d’avoir sauvé le Port Répubheain
d'un coup de main, quand un courrier, arrivant de Ha Croix-desBouquets, annonça que Desalines n'avait pas apparu dans la plaine
qui élait en parfaite soumission. Le capitaine {hancy , porteur des
deux lettres incendiaires qui avaient été interceplées, attendait la
mort dans les cachois du Port Républicain. Pour le sauver, plusieurs
officiers indigènes qui servaient dans l’armée française , déclarèrent au
général PBamphile de Lacroix quil avait été maintes fois persécuté
par l’ex-gouverneur , à cause de sou dévouement à la métropole, et”
qu'il n'aurait jamais consenti 4 se charger d'un tel paquet s'il en
avait connu le contenu. Ils ajoutèrent que peu de mois avant larrivée des français, Chancy avail élé emprisouné pour ses opinions «
françaises, Chancy avait été réellement emprisonné , mais ce fut.
pour avoir séduit une femme mariée. Le général français trompé
par cette fausse déclaration, mit aussitôt le prisonnier en liberté:
* Rochambeau et Hardy étaient campés au Pont de l'Ester. Le
capitaine général Leclerc leur ordonna de parcourir les montagnes des
Cahos où s'étaient réfugices lesdames Dessalines, Louverture, Vernet,
Gabart et une foule d'autres familles, d'atteindre ensuite le Mirebalais
pour se porter sur les derrières de l’armée indigène qu'il voulait.
é
par cette fausse déclaration, mit aussitôt le prisonnier en liberté:
* Rochambeau et Hardy étaient campés au Pont de l'Ester. Le
capitaine général Leclerc leur ordonna de parcourir les montagnes des
Cahos où s'étaient réfugices lesdames Dessalines, Louverture, Vernet,
Gabart et une foule d'autres familles, d'atteindre ensuite le Mirebalais
pour se porter sur les derrières de l’armée indigène qu'il voulait. HISTOIRE D'HAITI.—(1602; 201 toujours tenir entre deux feux. . Toussaint, chassé, de la Petite-Rivière de l'Artibonite, devait être jeté sur les baïonnettes de Hardy ou
dé Rochambeau. Celui ci i, nt HUE du général Rigaud, partit pour
les grands Cahos le #1 Ventôse (?2 Mars), longeant M rivière du
Cabœueil. Ii recueillit au morne à Pipe un grand nombre de blancs
qui s y étaient réfugiés. Aux Cahos, commandait le chef de bataïlon
Aïionan, homme-de couleur, très-dévoué à Toussaint, campé sur
Phabitation Magnan avee une compagnie des miliciens de Dodard, ct
trois compagnies de la 8e. Les français voulaient, avant d'atteindre
le Mirebalais , semparer des caisses d'argent transportées dans la
Montagne par ordre de Toussaint. Dès qu'il sut la marche des divisions Hardy et Rochambeau, au-travers des Cahos , Dessalines
expédia au commandant Aignan, pour le renforcer, un bataillon
de la 4e.
é sur
Phabitation Magnan avee une compagnie des miliciens de Dodard, ct
trois compagnies de la 8e. Les français voulaient, avant d'atteindre
le Mirebalais , semparer des caisses d'argent transportées dans la
Montagne par ordre de Toussaint. Dès qu'il sut la marche des divisions Hardy et Rochambeau, au-travers des Cahos , Dessalines
expédia au commandant Aignan, pour le renforcer, un bataillon
de la 4e. Pendant que ce bataillon parvenait au Grand Fond Magnan, la
division Rochambeau, conduite par des guides indigènes, atteignait,
par la source Michaud, le plateau de la montagne. Les cavaliers
français, montés sur les chevaux du pays , gravissaient rapidement
ces mornes presque inaccéssibles. La 4e. arrivant près de Magnan,
au milieu de la nuit, et découvrant uue ligne de baïonnettes dans
. le chemin qui conduit à cette habitation , crut que c’étail un corps
“français. Elle ura sur la 8e., qui riposta vigoureusement. Pendant
que les indigènes, se prenant mutuellement pour l'ennemi, s’en:
tre fusillaient , les français passèrent au milieu d'eux , dans un ravin
qui les séparait , parvinrent sur le plateau de Magnan, et s'y rangérent en bataille. À la pointe du Jour, Rochambeau lança sa cavalerie et ses chasseurs sur les miliciens de Dodard, qui, attaqués
avec une vigueur Incroyable, furent rompus, sabrés et foulés aux
pieds des chevaux. Une foule de femmes, de vieillards, d’enfans,
éperdus, se précipitèrent dans de profonds ravins, fuyant une mort
imminente. La 4e. et {a 8e., harassées par une nuit entière de
combat, s'étaient reconnues au lever du soleil. Elles descendirent
avec précipitation vers la plaine. Les soldats de Toussaint poursuivis, la baïonnelte aux reins , abandonnérent tous les bagages qui
leur avaient été confiés. Quelquefois, pour arrêter l'acharnement
des français , ils laissaient tomber devant eux les sacs d'argent dont
ils s'étaient saisis dans leur fuite, et se dispersaient dans les bois.
La plupart des prisonniers indigènes furent saeritiés par le soldat
“européen qui, fatigué de carnage , se livra au pillage. Les femmes
furent dépouillées avee une rage frénétique ; ces infortunées eurent
les oreilles arrachées avec les boucles qu elles portaient ; elles furent
mises entièrement nues, violées et flageliées. Pour une bague , un
collier , un bijou quelconque , l’indigène , n'importe son âge ou son
sexe, recevait la mort. Le général Rochambeau fit enlever les trésors des caisses nationales de St-Marc , des Verrettes, de la PetiteLc 202 ” | HISTOIRE D’HAITI.— (1802) Rivière et des Gonaïves, et les achemina aussitôt, sous la garde d’une:
forte colonne, sur la ville des Gonaïves. Au milieu de ces scènes.
de carnage, les dames Gabart, PDaut et Vernet, se précipitèrent aux
genoux du général Rigaud, et lui demandèrent en grâce de less
sauver. * Rigaud, les prenant sous sa protection, les mit à labmi
de tout danger. 11 demanda à madame Gabart des nouvelles de
Dessalines. Quand ïl sut qu'il était à la Petite-Rivière de l'Aruübo®“
forte colonne, sur la ville des Gonaïves. Au milieu de ces scènes.
de carnage, les dames Gabart, PDaut et Vernet, se précipitèrent aux
genoux du général Rigaud, et lui demandèrent en grâce de less
sauver. * Rigaud, les prenant sous sa protection, les mit à labmi
de tout danger. 11 demanda à madame Gabart des nouvelles de
Dessalines. Quand ïl sut qu'il était à la Petite-Rivière de l'Aruübo®“ nite, il dit: Je suis fâché de ne pouvoir lui parler ; car je luiau-« rais fait comprendre les intentions du gouvernement français que
ne veut que le bonheur des habitans de St-Domingue, et quine fait la guerre qu’au traître Toussaint Louverture. Dés l'apparition des Français sur le plateau du Grand fond Magnan, les dames Lous verture et Dessalines avaient pris la fuite, et s'étaient retirées sur l'habitation Vincendière, vêiues chacune d’une simple chemise. Den
là elles se rendirent , au milieu de toutes sortes de dangerstet des plus grandes privations, au Petit Cahos, près de St-Michel. * En”
même temps, le général Hardy passait au fil de l'épée .600 culu=
vateurs armés qu'il avait cernés dans une des gorges de la mon“
tagne. | . | Un grand nombre d'écrivains ont avancé que les trésors particuliers de Toussaint avaient été enfouis aux Cahos, et qu'ils sy trou=
vent encore. L'ex-gouverneur avait fa ‘transporter aux Cahos un argent qui, en grande partie, ne lui appartenait pas. Nous venons de voir que cet argent fut enlevé par Rochambeau. Quant aux trésors
A particuliers de Toussaint lui-même, beaucoup de.gens croient «encore: qu'ils ont été enfouis dans le quartier d Ennery sur l'habitation Sansée: a! Cependant on a vu qu'à l'arrivée des Français , -madame Louverture" était entrée aux Gomaïves, accompagnée des sommes provenant des
épargres de son mari. Tout porte à croire qu'il n'existe dans. la
coionie- aucune somme enfoute par Toussaint. ‘Christophe , qui fut
pus tard si puissant dans-le Nord et l'Artibonite, qui, en 4802,
était initié à tous les secrets de l'ex-gouverneur, n'ajouta jamais
foi à l'existence de ce trésor, et ne fit faire aucune fouille, ni
Ennery, ni aux Cahos, pendant tout le temps de son règne despotique et civilisateur. | ÿ
Le général Boudet , qui était toujours à St-Marc, écrivit plusieurs:
lettres à Leclerc, l'exhortant à eutreprendre un voyage au Port: * Rigaud était revenu, eomme on l'a vu, à St:Domingue , avec l’ar mée expéditionnaire. Il combattait, ainsi que ses anciens frères d'armes, avec acharnement, contre ‘F'oussaint Louverture. Dans les bulletins de l’armée française on lit gne Rochambeau fit ur
butin considérable dans les mornes des Cahos. Ce rapport s'accorde par:
faitement avec les traditions haïtienres, et le dire des anciens quivont
gombattu les français , à cette époqte, dans le quartier :de : l’Artibonitess
ditionnaire. Il combattait, ainsi que ses anciens frères d'armes, avec acharnement, contre ‘F'oussaint Louverture. Dans les bulletins de l’armée française on lit gne Rochambeau fit ur
butin considérable dans les mornes des Cahos. Ce rapport s'accorde par:
faitement avec les traditions haïtienres, et le dire des anciens quivont
gombattu les français , à cette époqte, dans le quartier :de : l’Artibonitess Ed UT. AT Re TT NET ED UT pe 7 TU de ie ul nd de DR à à nn ni eat HISTOIRE D'HAITI.— (1802) | 208 Républicain, qu'il croyait toujours menacé d'une ruine complète
par Dessalines. + Dans les premiers jours de mars, Leclerc, accompagné du général
Dugua, et suivi de la plupart des officiers rigaudins qui étaient revenus daus la colonie avec l'armée française. partit -des A TES et
serendit au PoYrt-Républicain par mer. {l descendit en ville au
“commencement de la nuit. Il reçut des citoyens :laceueil le plus
brillant ; la ville fat illuminée, et de magnifiques fêtes furent données
au palais du gouvernement. Les colons bia incs l’entouraient avec une
Héspéce d'ivresse. Ils avaient démontré le même enthousiasme en
baisant les pieds de Toussaint Louverture. Quelques jours aprés,
Pauline Bonaparte, son épouse, partit du Cap sur le vaisseau le
Jean Bart, et vint le joindre au Port-Ré publcain. Leclere attendait
avec impatience l'arrivée des escadres de Flessingue et du Hâvre,
jusqu'alors én retard; elles devaient lui apporter 3,000 hommes de
“renfort. L'amiral Viliaret Joyeuse dans le Nord, l'amiral E atouche
Préville dans le sud, avaient ar ne mn secondé, sur le littoral,
les opérations des troupes de Lerre. Ge fut à la suite des fêtes célébrées à l'occasion de l’arrivée da
Capilaine-général dans | Ouest que vinrent mouiller au Pt-Républicain .
les frégates Va Créole et lindienne , chargées de 359 hommes de
“couleur et noirs rigaudins, qui s'étaient réfugiés à Cube, aprés la
guerre civile. Ils débarqué: rent en chantant des airs patriotiques s
“leur dévouement à la France aliait jusqu'au délire; la haine la plus
implacable contre Toussaint Louverture éciatait dans leurs paroles.
Parmi eux lon remarquait, Bonnet et Greffrard. Après larrivée
dedarmée française, l'Aviso le Tricolore avait été obligé de relâcher
à St-Yague de Cube. De retour au Cap, le capitaine du navire avait
remis à Leclerc une pétition, rédigée par Bonnet et signée de sept
cents des rigaudins réfugiés à St-Yague, par laquelle ils demandaient
à servir dans l'armée française contre Toussaint Louverture. . L’amiral
Millaret Joyeuse leur avait expédié les frégates la Créole et Pindienne, chargées de les ramener 2 St-Domiugue.
relâcher
à St-Yague de Cube. De retour au Cap, le capitaine du navire avait
remis à Leclerc une pétition, rédigée par Bonnet et signée de sept
cents des rigaudins réfugiés à St-Yague, par laquelle ils demandaient
à servir dans l'armée française contre Toussaint Louverture. . L’amiral
Millaret Joyeuse leur avait expédié les frégates la Créole et Pindienne, chargées de les ramener 2 St-Domiugue. Pendant cet intervalle l'ex souvernet ur qui avait abandonné le pont
de l’'Ester, à l'approche de Rôchambeau, ordonnaït à Vernet, homme
de couleur, de se rendre à la Petite Rivière de FArtibonite avec un
escadron de la garde d'honneur, les débris du bataillon de la Teet
le corps des casaques rouges. 1 établit son quartier géuéral à Coumotte, dans la plaine de FArtibonite. H avait autour de lui Dessalines,
Christophe, Yaquoi, alors son secrélaire, les colonels Jasmin, et.
Gingembre Tropfort, Magny, Monpoint, l'adjudaut général Fontaine
qui avait remplacé Agé dans les fonctions de chef de l'état major général
de l’armée, tous noirs; les cominandans Lamartinière, Bazelais,
Larose, Laurette, Gabart, Morissei, tous hommes de couleur. L’adjudant-général Barada, officier blanc allemand, ancien commandant 204 HISTOIRE D’'HAITI.— (1802) de la place du Cap, qui avaït suivi Christophe, était aussi à ses côtés2s Quoiqu'il fut accablé d'une fièvre violente, il ne cessait, dé
crire et de donner des instructions à ses oflicicrs relativement à
la campagae qui allait s'ouvrir sur les rives de l'Artibonite. Chris=«
tophe reçut l'ordre de cantonner avec les débris de sa brigade dans
les environs de la Petite-Rivière. Dès que Toussaint sentit s'affaiblie
sa fièvre, il s'élança sur son cheval, et alla visiter avec sa rapidité
ordinaire les lignes que son armée occupait encore. Renfermank
dans leur encemte le Petit Cahos, la Petite Rivière, les Verrettes
elles s'étendaient du Mirebalais à l'embouchure de l'Artibonite: Tout
le reste dela colonie s'était soumis au capitaine général. Nous ver
rons une poignée dindigènes, partisans de Toussaint, exteFrmINEEM
un huitièse de cette formidable armée française, qui ne serait pass
restée un mois dans notre. pays, si , dès lors, pendant que nous
étions lous armés, nous avions commencé notre guerre nationale
Toussaint s'arrêta au fort de -la Crête à Pierrot, quil trouva dé«
mantelé et sur le point d être rasé par Dessalines qui détruisait tout, «
et ne voulait combattre désormais que dans la montagne, ayant
reconnu l'impossibilité de résister aux Français en rase campagne.
_ Toussaint le fit, au contraire, restaurer et garnir de canons. Ce
fort pouvait arrêter limpétuosité de l'ennemi qui, parti de St Mare”
ou des Gonaives, tenterait de pénétrer dans les Cahos. LU.
1602,
et sur le point d être rasé par Dessalines qui détruisait tout, «
et ne voulait combattre désormais que dans la montagne, ayant
reconnu l'impossibilité de résister aux Français en rase campagne.
_ Toussaint le fit, au contraire, restaurer et garnir de canons. Ce
fort pouvait arrêter limpétuosité de l'ennemi qui, parti de St Mare”
ou des Gonaives, tenterait de pénétrer dans les Cahos. LU.
1602, Sommaire. L'amiral Villaret Joyeuse fait connaître à Sir John Thomas Duck: f worth, commandant de la station de la Jamaïque , l’arrivée de l’expédition française. __ Réponse de lPAmiral anglais. —Le gouvernement espagnol de la Havane fournit aux français tous les secours dont il peut disposer. — Conduite de Leclerc à l'égard des indigènes soumis à son autorité —Les habitans de l'Est
forment un cordon de Lescahobes à St Michel de PAtalaya.— Toussaint se détermine à porter la guerre dans le Nord—[!l laisse une garnison à la Crête-àPierrot, et part.—Christophe soulève les cultivateurs de la Grande-Rivière. —
Massacre des blancs à la Petite-Rivière de l'Artibonite —Beau trait de madame
Déssalines — Toutes les divisions françaises se mettent en marche pour converger
vers la Petite-Rivière de PArtibonite —Ta division Gone demeure en
observation dans le Noïd.— Description du fort de la Crête à-Pierrot — Le fort
est aimé par Dessalines —Composition de la EEE D De Ni tient en échec
dans les mornes la division Rochambeau.— Caractère de Lamartinière —Ea division Débelle attaque la Crête-à-Pierrot et est repoussée, — Débelle est blessé.
Dissalines rentre däns le fort—Son caractère. Un espion est arrêté dans Île
fort-—Dugua prend le commandement de la division Débelle.— La division Boudet traverse les mornes du Pensez-y-bien,— D’Henin enlève le poste de Trianon.
—Toute la division Boudet se réumit aux Verrettes—Pétion à la tête de la
13e, coloniale, formant l'avant-garde de la division française, traverse l’Artibo_nite à Labadie—kes français font sauter les munitions de Plassac—Paroles de
arrêté dans Île
fort-—Dugua prend le commandement de la division Débelle.— La division Boudet traverse les mornes du Pensez-y-bien,— D’Henin enlève le poste de Trianon.
—Toute la division Boudet se réumit aux Verrettes—Pétion à la tête de la
13e, coloniale, formant l'avant-garde de la division française, traverse l’Artibo_nite à Labadie—kes français font sauter les munitions de Plassac—Paroles de Dessalines à la garnison de la Grête à Pierrot—Attaque de la division Boudet
contre le fort; elle est repoussée —FEa division Dugua attaque à son tour ; elle
est repoussée. — Dugua est blessé.—Les divisions Boudet et Dugua se réunissent
en une seule sous les ordres du général Pamphile de la Croix, — Dessalines fai 206 | MISTOIRE Dp’HauTi.— (1802) armer une éminence vis-à-vis dn fort de la Crête-à-Pierrot.—Il ‘en donne le come
maudement à Lamartinière. [| quitte le frrt—[l est battu au Nolo par legé
* néral Hardy; ses communications sont interceptées avec la Créte-à-Pierrot. ==
Le division Hardy s'établit au pied du morne de l'Acul du Parc:—£La division à
Rochambeau s'établit en vue da fort—La Cyète à-Pierrot est investie de toutes. :
pa:ts— La division Rochambeaü atiaque la jedoute de Lamartinière:tellé est re
poussée —La Créte.à- EF Het est se Po et bombardée,— Elle estrévaeuée par
Lamartinière et Mag prise de la Crête-à Pierrot porte le dernier coup à
Ja puissance de ie nus a "Toussaint, pénétrant dans le Nord , este
battu à Plaisance par le général Desfournraux.— Christophe soulève les cultiva 2
teurs du Nord et vient assaillir le Cap-Il est repoussé par le général Boyer.
—Le contre-amiral Magon préserve de la dévastation les quartiers du Fort:Dau=m
phin. Peu de jours après l'arrivée de l'expédition française à St-Domingue«
l'amiral Villaret Joyeuse, voulant se mettre en bonnes relations avec
les anglais, avait expédié des dépêches, par ia frégate la Cornéhe, à
sir John Thomes Duckworth, contre amiral de l'escadre rouge , COM- ;
mandant la station de la Janiaïque. L'amiral français lui faisait connaitre …
que Si Domingue était déclaré.en éiat de siège, et q''aucun navire
ami ne pourrait se présenter devant Îles ports qu'oceuperatent
les rebelles. Il Jui avait adssi annoncé quil pourrait se trouver
dans la nécessité de lui demander des secours en vivres de toutes
espèces. Le capitaine de la frégate, ie citoyen Viilemandrin, et
l'enseigne de vaisseau, Clouet, porteurs des paquets de l'amiral
Villaret Joyeuse, avaient été parfaitement accueillis par l'amiral ans
glais qui avait saisi cette occasion pour célébrer le retour de la paix
entre la France et l'Angleterre. Sir John Thomas Duckwortih avait
répondu à l'ariral français, par la letire suivante :
en vivres de toutes
espèces. Le capitaine de la frégate, ie citoyen Viilemandrin, et
l'enseigne de vaisseau, Clouet, porteurs des paquets de l'amiral
Villaret Joyeuse, avaient été parfaitement accueillis par l'amiral ans
glais qui avait saisi cette occasion pour célébrer le retour de la paix
entre la France et l'Angleterre. Sir John Thomas Duckwortih avait
répondu à l'ariral français, par la letire suivante : Co ATOUT Ce, de: LL L PART is RAR. Dern À M Sir John Thomas Duckworth, commandant de la station de la Jamaïque, 4
à l’Amiral Vallaret beta au Cap. À bord du vaisseau de S:
M. B. le Leviathan, au Port Royal de la Jamaique, le 19 Février 1802: a
à
Monsieur , J'ai reçu la lettre que votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire, pour me communiquer l'arrivée au Cap, des forces françaises
qui sont sous son commandement, et je suis flatté de la confiance"
dont V. E. m honore, en me faisant connaitre l'état de ces forces et“
lcur destination. (es informations sont parfaitement conformes à
celles que j'ai reçues des ministres de Sa Majesté, et qui me trans”
meltent en même temps Îles ordres du roi, mon maître, pour traiter.
la nation française avec tous les égards possibles. 1 Mais quant à ce qui concerne les secours en vivres que v. ES
parait craindre d'être dans le cas de réclamer, je vois avec un. sé uistorre D'aAÎri.—(1802.) 204 itable regret que notre situation présente, causée par larrivée inat:
tendue de très grandes forces de mer et de terre, me mette dans
impossibilité de vous présenter même aucun espoir d'assistance.
Nos propres ressources sont tellement bornées, que j'ai été obligé
de détacher des frégates sur différens points pour chercher les moyens
de nous mettre à l'abri d’une détresse entière, et j'ai ainsi que V.
ŒxX., dù chercher à tirer ces secours du continent américain, en
attendant qu'il puise nous en parvenir d'Europe. C'est avec un sentiment pénible que j'ai appris la réception hostile
faite à V. Ex., et cette violation direste de tous les devoirs des
colonies envers leur métropole. | Je suis parfaitement d'accord avec vous sur les conséquences d’une
pareille condulie, et je pense qu'elle ntéresse véritablement toutes
les puissances de l’Europe; mais avec des forces aussi considérables
que celles sous les ordres de V. Ex., eette révolte ne peut être de
longue durée, et les dévastations commises par les rebelles, en incendiant les récoltes , ne pourront produire qu'un mal temporaire.
… J'ai l'honnenr d’être, avec une haute: considération, de votre excellence, le très-humble et trés-obéissant serviteur. -
et je pense qu'elle ntéresse véritablement toutes
les puissances de l’Europe; mais avec des forces aussi considérables
que celles sous les ordres de V. Ex., eette révolte ne peut être de
longue durée, et les dévastations commises par les rebelles, en incendiant les récoltes , ne pourront produire qu'un mal temporaire.
… J'ai l'honnenr d’être, avec une haute: considération, de votre excellence, le très-humble et trés-obéissant serviteur. - 7 THoMAs DÉCRET P;
Contre- Amiral de l’escadre rouge ele. Éonidhalhe en chef. Les français pensérent que les angle is auraient pu leur être agréables, mais que la jalousie qu'ils éprouvaient de voir leurs succés à
St. Domingue avait étouffé en eux tout sentiment de générostié. Le gouvernement espagnol de la Havane s'était, au contraire,
“æmpressé de fournir aux français tous les secours dont il pouvait
disposer. Ilavait envoyé cinq cent mille plastres (2,500,000 francs
environ) qui lui avaient été demandées, ef des habilleinents de troupes. H n'avait pas expédié de fa (rs des Etats-Unis , parce
quelle coûtait plus cher à la Havane qu'à St Domingue. Du reste,
Idépuis la prise de possession du Sud, de l'Ouest, du Nord et d’une
partie de l’Artibonite, les français se trouvaient approvistonnés au
“point de n'éprouver plus aucune inquiétude. D'une autre part les
“expéditions de vivrés faites par le ministre Ge la marine arrivaient
chaque Jour. … Leclerc qui était toujours au Port. Républicain faisait observer dans
“l'armée la plus sévère discipline; sentant le besoin de ménager considérablement les indigènes dont il avait besoin , il punissait de
mort les moindres excès de ses soldats à l’égard des habitans. Un
“propos d'un colon blanc tendant à rappeler l'ancien esclavage, emportait la peine capitale. Il était alors de sa politique de ne faire
‘aucun acte, avant la chute de Toussaint, qui pût donner du cré- / -le général Vernet, les commandans Magny , Larose, Monpoint: et 258 HISTOIRE D'UAITI.—(1802). dit aux bruits, trop vrais, répandus dans les campagnes , du projet du
rétablissement de la servitude. Il attendait toujours avec impatience
les eéscadres de Flessingue et du Hâvre, car le département du Nord dont les populations étaient généralement hostiles, était PS |
que dégarni de troupes européennes. Quant à da partie de l'Est elle était parfaitement soumise; etIes«
habitans organisés en miliciens, étaient acheminés sur les frontières
de l’ancienne colonie espagnole, de Lescahobes à Laxabon , pour former un cordon tendant à resserrer l'insurrection dans Îles plus ÉtrOItes limites. Le soldat français recevait une nourriture abondante
en viande fraîche; car depuis l'ouverture de l'Est par Toussaint
les bœufs existaient en grande quantité dans la partie française. Lesu
riches bagages des partisans. de Toussaint , tombés au pouvoir des
soldats européens, leur donnaient de l'aisance et les aidaient à SUp- *
porter des fatigues inouies. * '
resserrer l'insurrection dans Îles plus ÉtrOItes limites. Le soldat français recevait une nourriture abondante
en viande fraîche; car depuis l'ouverture de l'Est par Toussaint
les bœufs existaient en grande quantité dans la partie française. Lesu
riches bagages des partisans. de Toussaint , tombés au pouvoir des
soldats européens, leur donnaient de l'aisance et les aidaient à SUp- *
porter des fatigues inouies. * ' Pendant cet intervalle Toussaint Louverture metiait toujours le fort
de la Crète-à-Pierrot en état de résister aux assauts les plus for
midables. Il apprit que Île. général Leclerc devait inonder de iroum
pes les rives de lArtibonite où se trouvaieut ses dernières © 'ESSOUrces. Il conçut Île projet hardi de porter la guerre jusqu'au centre
du Nord, pourse mettre en rapport avec Maurepas dont ilignoraits
la soumission , et dégager du gros de l'armée française les bords de
l'Artibonite. Il confia le commandement de la Petite-Rivière et du
fort de la Crèie à-Pierrot, à Dessalines. Il laissa sous ses ordres het re DE 2 n'y Lamartinière. Ce dernier lui dit lorsqu'il partait: comptez, gou«
verneur, sur la détermination que nous avons prise de Vaincre
ou de mourir pour Ja cause de la liberté. Toussamt lui répondit
qu'il reconnaissait qu’en violant Famnistie du 4° Messidor , publiée
aprés la guerre civile en faveur des hommes de couleur rigauuins ;.
il s'était privé de nombreux amis de la liberté ; qu'il avait été trompé
par les colons blancs, les auteurs des maux de St. Bomingue. MI
pariit accompagné de Pourcely et de quelques officiers supérieurs, avec une compagnie de dragons et sept compagnies de grenadiersh
de la 4°. Il avait avec lui quelques compagnies récemment orgaæ
nisces qu'il appelait la garde d'honneur du Nord. D'avrès ses or
dres le général Christophe se répandit dans les bois de la cree
Rivière avec les débris des 2° et 5° demi brigades coloniales. Il orÉtiern ts LA jt Leclerc écrivait au ministre de la marine et des colonies que les off
ciers noirs avaient des bagages ét un grand luxe: mais qu'ils portaient
des éperons d'argent, sans souliers et sans bas. C'était vrai: mais ils 6
toient leurs chaussures pour mieux gravir les mornes, et quand ils faisaient"
à pied vingt lieues dans la journée, le soldat français chaussé n'en fai
salt que dix. 4. “À HISTOIRE pairs (1808 | 208 donna d'organiser, dans les campagnes, les milices du Grañd Boucat, dé
Wallièére, de Sainte Suzanne, de Sans Soucis et du Port Français:
» Aussitôt après le départ dé Toussaint Louverture , la générale fut _ battue dans le bourg de la Petite Rivière. Les bourgeois blancs des Me Gonaïves qui y avaient été conduits se cachérent de toutes parts, les uns dans les fours, sous les lits, dans les jardins de cannes; d’autres sous la paille ‘et des branches d'arbre. Mais le soldat indigène les découvrit partout. Dessalines les fit conduire à une petite distance du bourg, garrottés et presque nus. I frappa trois coups Sur sa tabatière : ce fut le signal du massacre. Les soldats les égorgèrent tous. * Ma- “dame Dessalines se trouvait à la Petite-Rivière de l'Artibonite. Pleine
d'humanité, elle n'avait jamais laissé lui échapper l'occasion defaire
une belle action. Pendant que les cris déchirants des infortünés
qu'on immglait remplissaient le bourg, deux jeunes blancs français
, garrottés et presque nus. I frappa trois coups Sur sa tabatière : ce fut le signal du massacre. Les soldats les égorgèrent tous. * Ma- “dame Dessalines se trouvait à la Petite-Rivière de l'Artibonite. Pleine
d'humanité, elle n'avait jamais laissé lui échapper l'occasion defaire
une belle action. Pendant que les cris déchirants des infortünés
qu'on immglait remplissaient le bourg, deux jeunes blancs français se précipitèrent dans sa chambre, égarés par la terreur de la mort, “et lui dirent: Madame, en grâce, sauvez-nous. Madame Dessalines
-demeura un instant irrésolue ; ele voyait déjà sa tête menacée de a loute la fureur de son mari qui n'eut jamais d’entrailles pour les blancs. Cependant les instans étaient précieux ; le plus léger retard
portait le poignard dans le sein de ces infortunés, Elle entendit
les accens bruyans de l'état-major de son mari, qui s’'approchait “d'elle. L'humanité releva son courage qui fléchissait: Gachez vous sous ce lit, s’écria-t-elle avec énergie. Presque en mème temps …Lamartnière , Bazelais, Laurette et une foule d'autres officiers entraient dans la maison avec Dessalines. is étaient ivrés de Joie: Chaque goutie de sang blanc, disaient-ils, donnait une nouvelle vigueur à l'arbre de la Liberté. Appuyés contre le lit ;ils S'entrete_naient, des ressources qui restaient à Toussaint Louverture quand tout à-coup un violent éternument éclata dans la chambre. Eh quoi,
s'écria Dessalines plein de fureur! Y aurait-il un blanc caché
ici. Aussitôt les officiers regardèrent sous le lit; et aperçureniles
deux, jeunes gens. Plusicurs coups de sabre et d'épée eurent bientôt percé celui qui se trouvait le plus à la portée des armes diri- “eces contre eux. L'autre fut arraché avec violence de dessous fe lit; le sabre était levé sur sa lôte, quand Madame Dessalines se
précipita aux genoux de son mari, el sécria avec un aecéht éa- “pable d’attendrir le cœur le plus endurci : grâce ! grâce { Messieurs, > demandez grâce avec moi; c'est un médecin, ne le tuez pas; il
pourra nous être utile. Dessalines la répoussa avec fureur ; elle se …cramponna à ses habits, et lui demanda, les Ho à yeux, le serrant * Le lieu où ils furent immolés est indiqué aujourd'hui par quelques “croix de bois que les femmes noires et de couleur y ont élevées , depuis " la proclamation de notre indépendance, Des âmes pieuses y vont souvent
adresser des prières eu Seigneur, LA 210 misToIRE D’HaITI.—(1802) dans ses bras, la vie de cet infortuné. Dessalines la rejeta. 35 à
de lui, et dit d’une voix forte : il périra. Elle tomba presque éva
nouie. Cependant les officiers émus par ces instances courageuses À
ajoutèrent leur voix à la sienne. Le jeune français fut sauvé. C'était
Desvourtilz, le naturaliste , l'auteur de la Flore ‘des Antilles. I
avait été envoyé de France à St. Domingue, par une société san
vaite., en 1801, pour étudier les plantes et les minéraux de "1.
chmats.
ix forte : il périra. Elle tomba presque éva
nouie. Cependant les officiers émus par ces instances courageuses À
ajoutèrent leur voix à la sienne. Le jeune français fut sauvé. C'était
Desvourtilz, le naturaliste , l'auteur de la Flore ‘des Antilles. I
avait été envoyé de France à St. Domingue, par une société san
vaite., en 1801, pour étudier les plantes et les minéraux de "1.
chmats. Pendant cet intervalle, Leclerc avait ordonné à toutes les divisions È
de son apnée de converger vers la Petite Rivière de l'Artibonitem ;
Il confia à ladjudant-g général Pétion , le commandement de la 43°
demi brigade coloniale, et plaça dans la 3° coloniale quil avatt
réorganisée beaucoup d'anciens officiers du département du Sud. Il |
apprit avec douleur que depuis son départ des Gonaives quelques |
nouvelles ‘insurrections avaient éclaté dans le départemeüt du Nord
Si les divisions de Flessingue et du Hâvre avaient eu Je temps d'arriver , ces Se cantorinées sur les principaux points du Nord au raient contenn les populations. Cependant la soumission de Maure:
pas donuait au capitaine général l'espoir que les mouvemens in
surrectionnels ne franchiraient pas les communes de Plaisance et du
Gros Morne -occupéees par le général Desfourneaux. Toussaint avait
perdu la REA de ses dépôts d'armes et de munitions. Leclerc ré:
solut denc, avant de retourner au Cap, de diriger toutes s6s form
és it HER Rivière, d attaquer En, au cœur, et de «
l'étouffer par n'importe quel sacrifice. Les divisions Débelle, Hardy,
Rochambeau, ‘Boudet, se mirent en marche contre là Crète às |
Pierrot, la position la plus importante encore au pouvoir de Toussaint Louverture. La division Desfournaux demeura toujours en.
observation dans le Nord. La Crête à-Pierrot est un fort d'un aspect peu important. Le
voyageur qui arrive dans son voisinage Paperçoit à peine, et s'étonne
qu'une armée européenne alt pu êlre arrêtée si longtemps devant -
celle buiie. Au Nord Ouest de la fortification est le bourg de la
Peitie Rivière, et l'Artibonite roule ses eaux rapides, au travers de«
hautes tige :s de roseaux , à deux cents pieds environ de l'éminence.«
Geux qui n'ont point vu la Crète à Pierrot, -croient qu'elle est assise,
sur le sommet d'un morne à pic, trés élevé: la montée quiy con
duit est insensible, ei ce n'est qu'en arrivant dans le fort que l'on
s'aperçoit de l'élévation du terrain. La fortification est rectangulaire | |
et à redan; elle à cent pieds environ de longueur. Un fosse large“
et profond l'enviroffne , et des élévations de terre appuyées contre
ont point vu la Crète à Pierrot, -croient qu'elle est assise,
sur le sommet d'un morne à pic, trés élevé: la montée quiy con
duit est insensible, ei ce n'est qu'en arrivant dans le fort que l'on
s'aperçoit de l'élévation du terrain. La fortification est rectangulaire | |
et à redan; elle à cent pieds environ de longueur. Un fosse large“
et profond l'enviroffne , et des élévations de terre appuyées contre des pieux entrelacés de lianes fortement serrées en ferment l'en- 4
celnte. Elle fut construite sur la rive droite de l'Artibonite, par, ;
Laplaine Sterling et Guy l'aîné, hommes de couleur, à l’époque de
la guerre qu'ils soutinrent contre Borel et ses saliniers. Plus ar b if pt gti br pÉ d st: ! 2
Da Pal os. TRE Histoire D’#Atri.—(1802) oi Christophe Mornay, noir, colonel de là 8e coloniale, et-Blanc Cassénave, homme de couleur, l'occupèrent pendant nos guerres contre
les anglais et les espagnols, Ceux-ci vivement secondés par les colons,
les noirs et les hommes de couleur royalistes, s’en étaient emparés
momentanément, ainsi que de presque toute la partie occidentale de notre Ile, comme on l’a vu. Alors le gouvernement b: ‘Hannique rétablissaié .
lesystème de l'esclavage partout où la révolution française l'avait détruit;
et ce ne fut qu'à cette condition que les colons, effrayés de la liberté
générale que proclamaient les commissaires civils Sonthonax et Polvérel, lui avaient livré les points les plus importans de la colonie. Elevée
à ébtres prineipale Îles gorges des Cahos, la Crête à Pierrot ‘mettait
la province de l'Ouest, à l'abri des netrslone des républicains qui
occupaient la province du Nord. | A arrivée de l'expédition française ( 1809 ÿ la guerre ëivile éclata de nouveau parmi nous. Presque tous les indigènes
qui avaient gémi sous le gouvernement de Toussaint Louverture avaient
embrassé le parti du capitaine-général Leclerc. Mais nous verrons
les débris des troupes de Touran combattre encore les francais avec
une intrépidité prodigieuse, el ne se soumettre que lorsqu'il leur
deviendra impossible de lutter, plus longtemps, contre une armée
qui leur était quatre fois supérieure en nombre, et contre les in-
-nombrables populations des villes et des campagnes, qui, ne se doutant pas alors des perfides instructions que le capitaine général avait
reçues du 1” consul, ne songeaient à rien moins qu'à une guerre
nationale. Bonaparte qui méditait déjà la ruine de la liberté en
France, ne se faisait pas scrupule de rétablir l'esclavage au delà de
l'Atlantique : c'était: un acheminement vers son système d'absolutisHi
en nombre, et contre les in-
-nombrables populations des villes et des campagnes, qui, ne se doutant pas alors des perfides instructions que le capitaine général avait
reçues du 1” consul, ne songeaient à rien moins qu'à une guerre
nationale. Bonaparte qui méditait déjà la ruine de la liberté en
France, ne se faisait pas scrupule de rétablir l'esclavage au delà de
l'Atlantique : c'était: un acheminement vers son système d'absolutisHi Dessalines avait placé douze pièces de canon de 8 et de 42, à la
Crète:à Pierrot. Il en forma la garnison de 300 hommes, la Sr
noirs , du 2e bataillon de la 7e, commandé par Marinier, ‘d'une compænie d'artillerie de cent hommes de St-Marc, la plupart hommes
de couleur, de deux-cents casaques rouges, troupes noires et jaunes,
commandées par J°-B" Louverture, neveu de Toussaint , de trois cents
hommes d'infanterie, troupes noires, de la garde d honneur, commandés par Magay, de deux cents hommes de la 3e. coloniale, de deux-
-cents hommes, noirs et jaunes, de la 4e, commandés par. Dominique.
Pendant qu'il achevait les fortifications de la Crête , ses éclaireurs vinrent lui annoncer que le g "” Rochambeau, guidé par quelques indigènes,
avait pénétré, de nouveau, dans les montagnes des Cahos, sortant du Mirebalais, et marchait pour le combattre. “Rochambeau avait détruit au
Mirebalais les magasins de l'ennemi, et avait dispersé la plupart des rassemblemens. Dessalines partit aussitôt avec ‘100 hommes de la 4e coloniale , 200 hommes de la 3e, laissa le commandement du fortà Magny-et à
Lamartinière, pénétra dans les montagnes, et tint les français en écheg 212 | : HISTOIRE D'HAITI.— (1802) dans les défilés. T1 vola ensuite au-devant du général Débelle qui se” dirigeait vers la Petite‘Rivière. Lamartinière, * d’une petite taillée, était ‘un officier intrépide et éclairé. Quoiqu'il eut en horreur lé
Système de gouvernement de Toussaint Louverture, il le secondait cependant énergiquement, ayant compris son projet d’indépendañces |
“La conduite d Hédouville dans la colonie avait soulevé toute son in
dignation contre Île gouvernement français. Il n'ignorait pas que Je” Directoire Run de France , perfide tant envers Rigaud qu'envers Toussaint, avait fait Dre toutes les calamités de la guerre du Sud. Il ne dontit pas que le gouvernement consulaire n'eut |
pris la détermination de rétablir l’ancien régime que nous avions
détruit en versant le plus pur de notre sang. Il avait, commen Toussaint, reconnu l'importance-de la position de la Crète. à Pierrot.
Elle fermait aux français les issues qui couduisaient à l'intérieur,
ét gônait leurs opérations sur les rives de TlArtibonite. De son
côlé, Toussaint Louverture , en occupant les forces de Leclerc autour
ulaire n'eut |
pris la détermination de rétablir l’ancien régime que nous avions
détruit en versant le plus pur de notre sang. Il avait, commen Toussaint, reconnu l'importance-de la position de la Crète. à Pierrot.
Elle fermait aux français les issues qui couduisaient à l'intérieur,
ét gônait leurs opérations sur les rives de TlArtibonite. De son
côlé, Toussaint Louverture , en occupant les forces de Leclerc autour de cette fortification , avait l'espoir de faire traîner les hostilités
en lougueur, de soulever les cultivateurs de la plaine du Nord , ét de transtormer cette lutie en guerre nationale. Lamartinière et Magny prévoyant qu'ils seraient attaqués, dans la nuit,
ordonnèrent à un officier qui avait leur confiance , de veiller autour du
fort, de donner l'alarme dès que l'ennemi se montrerait, et de rentrer
aussitôt aprés dans les redoutes. L'officier se rengit à son poste,
et vit quelques éclaireurs endormis , la tèie appuyée contre le poing:
Il ft saisir un sergent'et le fil en silence baïonnetter. U demanda aux soldats, saisis d'horreur, si c'était ainsi qu'on veillait au salut
de la liberté, La guerre commande cette séverité, sinon la victoires honteuse de la faihiesse, la trahit et guide les ldrapeaux ennemis.
Après celte exécution le sommeil s'enfuit. Quelques cultivateurs ar° més de fusils, se glissérent au travers des arbres et s’approchèrentM dés éclaireurs. Ils furent bien accueillis: c'étaient des amis qui
. L 0 - ? 1 LL Ï
surveillaient les mouvemens des français, et en rendaient un compte exact à la garnison. Ils annoncèrent que les troupes européennes n'élant pas éloignées, pourraient à la pointe du jour attaquer le fort: Dès que l'aurore brilla à l'horison ; les sentinelles redoublèrent d'at=«
teution. Tout-à-coup les échos de la montagne répétèrent le bruit d’une mousqueicrie : une colonne française venait de passer lArtibonite, après avoir culbuté Dessalines, à une assez grande distance de la P' Ris
cèrent que les troupes européennes n'élant pas éloignées, pourraient à la pointe du jour attaquer le fort: Dès que l'aurore brilla à l'horison ; les sentinelles redoublèrent d'at=«
teution. Tout-à-coup les échos de la montagne répétèrent le bruit d’une mousqueicrie : une colonne française venait de passer lArtibonite, après avoir culbuté Dessalines, à une assez grande distance de la P' Ris vière, et débouchait par un sentier boisé. C'étaient les genéraux Débelle ps. et Dévaut, qui se rendant aux Verrettes, marchaient à la tête d'une« division de 2,000 hommes de troupes blanches et d'un bataillon noir k& © * Lamartinière était un homme de couleur, quarteron, de LE
H avait servi contre Toussaint pendant la guerre civile, : Eu HisToiRE D’HAITI. (1502) 218 dela 9° du Port'de Paix, commandé par le colonel Bodi in. (4 Mars). *
La colonne française ne trouvant plus aucune résistance, s’avança avee
“confiance pour enlever la fortification à la baïonnette. Quénd elle fut
parvenue: aux bords des fossés, elle. fut accueillie par la mitraiile
“a plus vive, et culbutée. Dévaut atteint d'une balle à la poitrine
fut renversé au milieu des siens. Débelle fut grièvement blessé, sous
le bras , d'un coup de mitraille. Les trompettes HART sontiérent
Jla-retraite. Pendant que les blancs, poursuivis par la cavalerie indigène,
aättelgnaient ; en désordre, Îa Petite. Rivière, peur se r efairé,, : les
soldats noirs de la 9° coloniale, portaient à force de bras , à travers
les eaux du fleuve , une voiture où ils avaient placé le général
ÉDébelle, et protégaient [a retraite. Les français avaient “perdu
cent hommes. Le chef de brigade d'artillerie Pambour prit le 'comMandement de la division européenne.
Les artilleurs indigènes, pleins d'ardeur, étaient immobiies à leurs
pièces. Éohartinière et Magny parcouraient les rangs, animaient
lessoldats par leurs énergiques portes Is examinaient les mouvemens de l'ennemi sur les berds du fleuve, quand, soudain , ils eniendirent une vive fasse à. l'est du fort... Hs furent spectateurs
dun combat cntre quelques centaines d ‘hommes de LFOpES s coloniales,
etune eompagnte de chasseurs français. Insensihlement le feu cessa,
et quatre cavaliers , arrivant avec une grande rapidité, entrèrent dans
le fort. C'étaieut Dessalines, Bazelais, Laurette et Roux. À l'apparition
de Dessaliues, la garnison frémit. Il parcourut aussitôt les rangs,
admira la belle tenue des pièces et en complimenta Lamartinière et
Magny. Que font ces hommes que je vois nonchalamment groupés
autour de. ce canon, demanca-t-1l à Magny ? — Gest uBe pièce, général que Fon Lrarisporte dans cetie embrasure qui domine la Petite Rivière. — Quelle lenteur ! Le soleil sera au: milieu du ciel qu'ils
mauront pas fini. Il fait un signe d'impalience, lève sa canne,
et la pièce, comme par encha: iletnent avait volé à sa destination.
Dessalines » créole de la Grande Rivière du Nord, ctait la terreur
des soldats qur cependant le Ils avaient en, dre pleine confiance ; ils le savaient l'enfant de la révolution : 1 ne pouvait trahir
ière. — Quelle lenteur ! Le soleil sera au: milieu du ciel qu'ils
mauront pas fini. Il fait un signe d'impalience, lève sa canne,
et la pièce, comme par encha: iletnent avait volé à sa destination.
Dessalines » créole de la Grande Rivière du Nord, ctait la terreur
des soldats qur cependant le Ils avaient en, dre pleine confiance ; ils le savaient l'enfant de la révolution : 1 ne pouvait trahir 5-03 sa mère ; {e triomphe de l'ancien réghine devait Île replonger, conme eux , dans l'esclavage, ou au moins dans‘ la dégradation. Is avaient.
“cémi dans les fers; ils avaient en exécration les bianes, et cette
“haine implacable ct ait la plus forte passion dont ils fussent ADIMÉS : Dessalines partag reait leurs sentimens, et ils lui pardonnaient sa,
“cruelle sévérité. Dès lors il mcditait les gigantesques projets qui ont.
“créé Haiti. Beaucoup des amis de la Hiberté avaient les Yeux, sur
lui; aussi en 1803, aidé de Pétion, le verrons nous rallier sous le * Nous avons. vu que la Se, avait embrassé le parti de Leclerc, après:
la, soumission de Maurepas. | 514 ER HISTOIRE D’HAITI.—(1802) drapeau de l'indépendance toute notre population. Les braves
l'aimaient, car il admirait et recompensait le courage. Que de
guerriers , “condamnés au derniér supplice , trouvèrent grâce devant
Jui, Dar leur fière attitude et ieur mépris de la mort. L'audace,
quelle se déployät pari les siens ou sous Îles idrapeaux ennemis ,
excitait toujours son admiration. On l'entendit, au siège de Jaëmél,
lorsqu'il était repoussé par un bataillon formé de l'élite de la jeunesse de cette ville, s'écrier, en présence de ses soldats : les braves
jeunes gens [rien ne me résisterait , si je les avais avec moi. Il était
de taille moyenne; ses yeux étaient vifs il avait l'habitude de rous
ler rapidement sa main autour de sa tête, toules les fois qu'une
idée absorbait son attention. Le régime, de l'esclavage l'avait ren="
du cruel ; victime des atrocités de ses maitres 1mpitoyables,
quand il parvint au souverain pouvoir , il leur appliqaa la loi du
Talon. Re Tout-à-coup le cri mille fois répété un espion ! un espion ! éclata
dans le fort. C'était un jeune noir que les français y avaient en=
voyé avec une proclamation, pour en corrompre la garnison. La
proclamation était roulée dans la chevelure du jeune homme qui
portait une queue, ainsi que c'était l'usage, sous Toussaint Louver=M
ture. On le traina devant Dessalines qui, dans son Indiguation,
sans linterroger, le poignarda de sa propre main, Pendant ce temps, toutes les divisions françaises s'étaient mises
en “mouvement pour atteindre la Crèle-à-Pierrot. La guerre était
devenue horrible; de part et d'autre, l'on ne faisait plus de prison:
niers , et les baïonnettes étaient Loujours teintes de sang. Le soldat
français avait perdu son humaniie; il était, comme lindigène, al
téré du sang de son ennemi. “Lerlerc était au - Port-Républicain
quand il apprit la défaite de Débelie à la Crète à-Pierrot. Celui: ci
s'était retiré à St. Marc ne pouvant plus tenir la campagne. Dugua,
d'après les ordres du capitaine général, s'embarqua au Port- -Répu:
blicain, se rendit à St Marc, et prit le commandement de là
division Débelle. |
comme lindigène, al
téré du sang de son ennemi. “Lerlerc était au - Port-Républicain
quand il apprit la défaite de Débelie à la Crète à-Pierrot. Celui: ci
s'était retiré à St. Marc ne pouvant plus tenir la campagne. Dugua,
d'après les ordres du capitaine général, s'embarqua au Port- -Répu:
blicain, se rendit à St Marc, et prit le commandement de là
division Débelle. | Le général Boudet était entré en campagne , à la tête de toutes
les troupes sous ses ordres. Pamphile de Lacroix, adjudant général”
remis de fa blessure qu'il avait reçue, à l'attaque du Port-Répu- »
blicain, comimandait en second cette belle et formidable division
Lac 56° demi-brigade française, et la 13° coloniale, en formaient
l'avant-garde, sous les ordres de l’adjudant- général d'Henin. Les .
français, se dirigeant sur le Mirebalais, éprouvérent les plus grandes latigues dans les défilés des mornes 44 Pensez y Bien. La cha=
feur était aecablaute, quoique ce fut dans les premiers jours de Mars.
Les soldais noirs el jaunes de la 43° coloniale, animés par Pétion, ravissaient ces mornes avec agilité, et soutenaient leur courage,
Fr 42 Ventôse (3 Mars), D'Henimn atteignit le poste de Trianon,
HISTOIRE D'HAITI.—( 1802) ï 215 “position admirablement fortifiée par la nature qu'occupaient cent
cullivateurs du Mirebalais. L'indigène Piorre Parent, noir, come
mandait les insurgés de ce quartier que Rochambeau avait déj: à dis:
persés, en entrant au Mirebalais. Pour éviter les embuscades qui Anieste
établies sur son passage, d'Henin tourna les hauieurs de fa posi-
“tion ét pénétra dans les gorges du Trianon, Dès que les cullivateurs aperçurent l'ennemi, ils entonnérènt des chants, et se précipètrent sur deux pièces de canon vomissant 4 mitraille sur la
redoute. La 56° protégeait cette batterie par une vive fusiilace. Les inSurgés viurent expirer sur les pièces, abattus par la mousqueterie,
“Les français, la baïonnelte en avant, pénétrèrent dans là redoute, et
égorgérent tous céux qu'ils purentatteindre. D'Henin perdit soixante
grenadiers dans cètle escarmouche.
ètrent sur deux pièces de canon vomissant 4 mitraille sur la
redoute. La 56° protégeait cette batterie par une vive fusiilace. Les inSurgés viurent expirer sur les pièces, abattus par la mousqueterie,
“Les français, la baïonnelte en avant, pénétrèrent dans là redoute, et
égorgérent tous céux qu'ils purentatteindre. D'Henin perdit soixante
grenadiers dans cètle escarmouche. Le 13 Ventôse (4 Mars) il entra au Mirebalais qui avait été réduit
en cendres par les indigènes , quand Rochambeau y quait pénétré:
“Sur l'habitation Chirry gisaient 309. cadavres de colons blancs. A.
Papproche des français, ils avaient été sacrifiés avsc une rage frénétique. La campagne entière élait en flammes, et lés colonnes.
françaises ne marchaient qu'au-travers. des ruines fumantes et des
marcs de sang. Le 18 Ventôse (9 Mars) toute la. division Boudet.
“fut réunie aux Verrettes. Elle n’y trouva aucun abri. Le bourg.
entier, comime celui du Mirebalais, avait été réduit en cendres. Les.
indigènes avaient réuni sur {a place d'armes toute la population blanche qui avait été baïonnettée, sans distinction d'âge ni de sexe. Les.
“français virent avec horreur ces eadavres que la chaleur de la vie
mavait pas encore entièrement abandonnés. 1} est impossible de.
peindre l'indignation qu'ils laissèrent éclater. Ils. juréreni aux IPSUrgés une guerre à. mort qu'ils avaient déjà commencée. De part et
d'autre tout n'était que représailles. Ils bivouaquérent; et pour n ‘être
pas surpris, au sein de. la nuit, ils se formérent en bataillons carrés, placérent au centre leurs bagages et leur cavalerie. Vers minuit,
ils reçurent la fusillade de quelques cavaliers. indigènes qui étaient
éantonués non, loin des Verrettes. Ils répondirent au. feu de l'enne-
“mi; mais à la pointe du-jour, ils n'aperçurent. pas les insurgés, à
leur grand: étonuement, Char les Bélair n'avait voulu que dodbles
leur sommeil, car sous la zone torride, l'européen auquel Fon enlève les momens de repos, ne tarde pas à être atieint de la fièvre.
jaune, et suecombe infailliblement. Ils. partirent des Verrettes et
entérent de traverser l'Artibonite. Ils avaient déjà atteint la rive:
opposée, quand ils furent assaillis par quelques centaines de cultiNatéurs qui les culbutèrent en désordre de l'autre côté du fleuve. Le20 Ventôse (11 Mars) le général Boudet, au milieu d'une pluie de.
balles, forma son avant garde de la. 13e coloniale, sous les erdres.
de l'adjudant- général Pétion, et commanda de traverser l'Artibonite.
“Pétion entendant, ies murmures de ses grenadiers qui se plaignaient
furent assaillis par quelques centaines de cultiNatéurs qui les culbutèrent en désordre de l'autre côté du fleuve. Le20 Ventôse (11 Mars) le général Boudet, au milieu d'une pluie de.
balles, forma son avant garde de la. 13e coloniale, sous les erdres.
de l'adjudant- général Pétion, et commanda de traverser l'Artibonite.
“Pétion entendant, ies murmures de ses grenadiers qui se plaignaient 216 HISTOIRE D'HaTI.—(1802) d'être toujours mis à l'avant garde, La supporter seuls le feu: des .
embuscades, leur dit: n'est-il pas glorieux pour vous d'occuperMlam
place d'honneur; faites silence, et suivez-moi. Il s'élança le premice
dans le fleuve, le traversa vis-à- vis del’habitation Labadie, leva l'embus=«
cade, et fut suivi de toute la division Boudet guidée par un lioute- !
nant indigène, nommé Claude Labadie, et par St. James, jeune colon À
blane, qui avait été officier dans la garde d'honneur de Toussaint
Louverture. Tous les deux avaient abandonné la eause de Toussaint, À
le premier aux Verrettes, le second à la Croix des Bouquets. La :
division française arriva à Plassac, habitation. au Nord Est de Labas ;
die, au Sud du chemin des grands Cahos. Il y avait un dépôt deu
poudre.. Les français s’en emparèrent et firent sauter toutes les muse
nitions. Delà ils se rendirent à la savane Lafortune pour s emparcr
d'une somme d'argent que Toussaint y avait cachée; mais elle avait
été enlevée par les insurgés. En continuant leur marche, ils fu
rent obligés de passer au-travers d'un défilé formé par deux ro=
chers nommés les Jumelles. Ils y furent arrêtés quelques instans *
par le feu vif d'un grand nombre de eultivateurs. Enfin le même jour
(14 Mars) ils parvinrent à la portée du canon de la Crèête-à-Pierrot
Le lendemain, aux premiers rayons du soleil, Dessalines Mit“
plusieurs colonnes françaises se déployer dans la plaine. Il s'assit
sur un tas de boulets, au centre du fort, près de la paudrièren
Il-se prit à réfléchir pendant quelques minutes. Sorlant tout à-coup …
de sa rêverie, ïil se saisit d'une torche enflammée, et dit en
créole, en allongeant le bras sur un caisson: « Je ne veux garder 5
avec moi que des braves; nous serons attaqués ce maun ; ques
ceux qui veulent redevenir asclaves des français sortent du fort,
et qu'ils se rangent aulour de moi, ceux qui veulent mourir en
hommes libres. » La garnison s’écria par acclamations: « Nous
mourrons tous pour la liberté! » — « Si les français, continua-tal, :
pénètrent dans ceite enceinte, je vous ferai tous sauter. » L'on
attendit l'ennemi avec impatience. Les indigènes admiraient les 4
manœuvres de ces belles colonnes de grenadiérs, la tête chargée de
hauts bonnets à poil, surmontés d’aigreltes rouges, qui avaient term
rassé le mameluk dans les plaines brilantes de l'Egypte: Le destine
les avait conduits à St-Dominguë pour y être ensevelis. Ces vieilles £
légions républicaines qui avaie nt porté si haut la gloire de leur patrie,
succombèrent dans nos climats sous les efforts héroïques de la liberté
qui avait abandonné leurs drapeaux parce qu’elles l'avaient trahie
Elle passa dans les rangs de nos pères, remplit leur cœur de cet
enthousiasme qui fait braver tous les dangers, et les rendit alement »
invincibles. Quand la division Boudet parvint à cent mêtres environ.
de la fortification, elle s'arrêta. L'on vit sortir de ses rangs quatre
cavaliers qui s'avancèrent jusque sur les bords des fossés. Ils exa«
minèrent le fort avec une scrupuleuse attention, et parurent élonnés |
passa dans les rangs de nos pères, remplit leur cœur de cet
enthousiasme qui fait braver tous les dangers, et les rendit alement »
invincibles. Quand la division Boudet parvint à cent mêtres environ.
de la fortification, elle s'arrêta. L'on vit sortir de ses rangs quatre
cavaliers qui s'avancèrent jusque sur les bords des fossés. Ils exa«
minèrent le fort avec une scrupuleuse attention, et parurent élonnés | pe sé de ane SE: & + Er Fr HISTOIRE D'HAITI—(1802) | 217 de ne découvrir aucun soldat, et de n’entendre aucun bruit. Dessalines avait ordonné à ses troupes de se coucher contre les murs.
Appuyé contre une pièce avec Lamartinière et Magny , il suivait
les mouvemens de l'ennemi. Les quatre cavaliers s'en retournèrent; l'un d'eux revint au galop, tenant une lettre entre ses doigts,
ét demandant à la remettre au général Dessalines. Celui ci pour
toute réponse fit pointer une piéce; feu! dit-il; et le parlementaire
enlevé par la mitraïlle avait disparu. Aussitôt la division française
sébranls ; la charge se fit entendre, et l'attaque commença. Les
indigènes résolus à la mort, virent sans erainte s'avancer les troupes
énnemies, dont les lignes enlevées par la mitraiïlle, se resserraient
sans cesse, et altaquaient à la baïonnetlé avec une rare inmrépidité. Dessalines, le bras nu comme la lame de son sabre, *
frappait de toutes parts, renversait tout ce qui se présentait devant
lui, et attirait, par les brillans plumages qui couvraient sa tête, les
coups des assaillans. ” Les français firent d'incroyables efforts pour
pénétrer dans les redoutes. Un jeune officier parvenu au bord des
_Jussés lança son chapeau dans le fort, et s’éceria: suivez moi. Il
franchit le fossé avec impétuosité atteignil les ep sur lesquels
il fut percé de dix baïonneltes. Foudroyés par l'artillerie, les blancs
furent culbutés, et le désordre se mit dns leurs rangs. Les indis
gènes sortrent alors du fort, et les poursuivirent, la baïonnette
aux reins. Rougissant de leur défaite, les grenadiers de Boudet se
relournaient contre eux avec fureur; mais ils se précipitaient dans
les fossés, mettaient à découvert les assaillans qu'écrasait le feu des
redoutes. Pour achever le malheur des français, Ia cavalerie de la
garde d'honneur , commandée par. Morissel et Monpoint, qui se
tenait non loin du fort, s’élança dans la plaine, les chargea avec
acharnement, rompit leurs rangs, les mil ea pleine déroute, les sabra
met les:dispersa au loin. C'en était fait de cette divisien, si le général
Dugua qui avait remplacé Débelle, sortant de St Marc avec le général * Léclere, ne s'était avancé vers les onze heures du matin pour
Ja soutenir. Il rallia les fuyards. Le général Leclerc était parti du
Port-Républicain, et était venu diriger lui-même les opérations du
siège. Le général Pamphile de la Croix remplaça dans le com:
mandement ie général Boudet qui avait eu, pendant l'action, le talon traversé d'une Balle. IL était midi quand le général. Dugua
allaqua, à son tour, sous les yeux de Leclerc, à la tête de la 19e
légère et de la 74e deligne, Ses soldats avaient juré de venger leurs
frères, et d'enlever la Crête-à Pierrot. L’atmosphère était calme et
brûlante ; le fer étincelait dans la plaine jonchée de cadavres.
Jamais armée ne ge déploya plus de bravoure. et de discipline. que
IL était midi quand le général. Dugua
allaqua, à son tour, sous les yeux de Leclerc, à la tête de la 19e
légère et de la 74e deligne, Ses soldats avaient juré de venger leurs
frères, et d'enlever la Crête-à Pierrot. L’atmosphère était calme et
brûlante ; le fer étincelait dans la plaine jonchée de cadavres.
Jamais armée ne ge déploya plus de bravoure. et de discipline. que * Avant 1840, l’auteur avait publié dans le journal l’Union, l'épisodg
de la Crète-- Pierrot , son premier essai sur l’histoire d'Haïti. 218 | HISTOIRE D’HAITI.— (1802) cette nouvelle division. Elle maréhaitt : l'arme aux brag contre les redoutes, En vain la mitraille la moissonnait : des lignes entière$
étaient enlevées, et le vide qu'elles laissaient était aussitôt rempli
par des soldats qui semblaient sortir de terre, ‘et bravaient auda: cieusement la mort. - La colonne toujours renaissante s'avançait/ at pas de charge, sans être ébranlée ; et ceux des indigènes qui, n'és coutant que leur br avoure, attendaient dans la plaine cette massen
foudroyante, pour arrêler ça marche, étaient écrasés, comme les herbes qu'elle foulait. Arrivée, à portée de fusil, elle fit une seule décharge; et attaqua à la baïonneite avec une intrépidité prodigieuse qui vint sé
briser contre le courage exaspéré des indigènes. La canonnade d& fort fut si vive, que le sol en trembla : les échos én mukipliaiente tellement le bruit, qu'il semblait qu'un autre combat se Hivrait dans
les montagnes. La Crëte-à Pierrot, hérissée de fer, et enveloppéé M
d'un nuage de fumée que le feu fendait sans cesse , résistait à Ces assauts formidables. Cette impétuosité française se ralentit peu &
peu; les trompettes sonnèrent la retraite ; et des cris de victoirém
sortirent du fort lorsque la cavalerie indigène s'ébranla de nouveau « pour sabrer les fuyards. Morisset, homme de couleur , ComMmMmandant du der. escadron de la garde d'honneur , se précipita ; dé
la route des Grands Cahos, sur les français, ‘dans la savane d& bourg. Il en fit un affreux carnage, et les poursuivit jusqu'au fond Dame-Baptiste, à l'enirée de la Petite Rivière. Monpoint, noirs
commandant du second escadron, s'élança de la chaîne Dame-Cités à) chargea avec fureur, du côté opposé, et refoula à Delaunay un grand nombre «e grenadiers européens qui furent tous lués à COUpS de sabre. Au commencement de la journée, le général Boudet
avait perdu 600 hommes ; et le général Düugua, Blessé de deux
balles , venait d'en laisser 300 sur le champ de bataïlle. Gottereaus noir , Capitaine-commandant des cultivateurs armés du voisinage, fit
un grand nombre de prisonniers blancs, qui fureut sur-le champ büionneités. Pendaut la déroute, Leclere reçut nne contusion au bas-ventre qui lébranla tellement qu'il fut renversé ; il awraïtn été sabré par les dragons indigènes, si le chef d’escadron Daltor
ne l'avait emporté sur ses épaules, loin de la mêlée. Lamartinière se fit livrer tous les prisonniers noirs et de couleur des 9:° ei 18: coloniales , en disant: Je veux avoir la satisfaetion de détruire
route, Leclere reçut nne contusion au bas-ventre qui lébranla tellement qu'il fut renversé ; il awraïtn été sabré par les dragons indigènes, si le chef d’escadron Daltor
ne l'avait emporté sur ses épaules, loin de la mêlée. Lamartinière se fit livrer tous les prisonniers noirs et de couleur des 9:° ei 18: coloniales , en disant: Je veux avoir la satisfaetion de détruire Mmoimême ces misérables, ces tWaûtres, qui servent dans les rangs français, contre la liberié de leurs frères. Il les fit périr, au mis lieu d'affreuses toriures. Désespérant d'enlever d'assaut la fortification, Leclerc se résolut
à la cerner, et à la réduire par le bombardement et la famine.
En attendant l’arrivée des généraux Hardy et Rochambeau, il se’
retira au bac du centre pour se refaire, Les divisions Dugua et
Boudet se réunirent en une seule, et Pamphile de la Groix, le # HISTOIRE D'HAITI.—{1802) 219 seul officier général qui n'eut pas été blessé dans les deux derniers
assauts, en prit le commandement. Cette division s'établit au nordouest de la Crète, entre la fortification et la Petite Rivière. … Les indigènes victorieux rendirent les derniers honneurs à leurs
morts, et passèrent la nuit qui suivit dans un profond silence.
Le ciel était pur et étincelant d'étoiles. Au pied des remparts, un
spectacle hideux s'offrit à leurs regards : des bandes de chiens dévoraient les cadâvres français qui gisaient çà et là. La plupart des guerriers détournèrent la vue de ces scènes horribles. Chacun frémit
ét songea que le même sort lui était peut-être réservé. Quelques
indigènes obtinrent de Magny d'aller brûler ces corps. Après avoir
chassé ces animaux affamés de la plaine, ils placérent les cadävres
par couches sur des bois desséchés. La flamme, montant en tourbillons dans l’espace, répandit une odeur infecte qui s'imprégna pour toujours dans les habits de nos soldats. Magny s'introdui4 sait dans les rangs , parlait à chaque guerrier, et le complimentait de sa brayoure. Dessalines prenait un peu de repos; il était atteint d’une forte fièvre et d’une toux violente. Descourtilz , le naturaliste, que Madame Dessalines avait sauvé à la Petite-Rivière de
PArtibonite, était prisonnier dans le fort. Comme il passait pour médecin , on l'appela pour donner des soins au général indigène. Il sortit de la fortification , accompagné de dix soldats, cueillit quelques simples devant eux, rentra dans la redoute , et prépara un
thé, sous les yeux de Dessalines. Celui-ci, souffrant beaucoup,
se montrait très- impatient de le boire. Cependant quand Descourtülz le lui présenta, il ne put vaincre la défiance profonde qu'il “éprouvalt contre tout ce qui était européen. Il le jeta loin de lui en disant : Blane, tu serais capable de mempoisonner. Vers Île
milieu de la nuit il s’approcha de Lamartinière et lui dit: Je vais “quitter le fort pour aller organiser les milices des communes voi- $ines, et visiter les munitions que jai cachées à Plassac; examinez avec attention cet anneau’que jai au doigt; lorsque vous verrez un de mes officiers se présenter devant vous, el vous le mon- “rer , alors vous opérerez l'évacuation. J avait remarqué combien la petite éminence qui dominait, à l'est, la Crète-à-Pierrot, à une légère distance, avait éié Aiuioie à l'ennemi pendant la hace
aller organiser les milices des communes voi- $ines, et visiter les munitions que jai cachées à Plassac; examinez avec attention cet anneau’que jai au doigt; lorsque vous verrez un de mes officiers se présenter devant vous, el vous le mon- “rer , alors vous opérerez l'évacuation. J avait remarqué combien la petite éminence qui dominait, à l'est, la Crète-à-Pierrot, à une légère distance, avait éié Aiuioie à l'ennemi pendant la hace re attaque. Ily fit élever une redoute qu’il entoura de fossés, dressa une batterie de trois pièces de Canon qu'il fit sortir da
rand fort où il n'en resia que neuf. Ces deux positions devaient
se prêter une mutuelle protection. Lamartinière prit le commandement de cette nouvelle redoute, à tête de 200 hommes. Dessalines s'élança sur son cheval et disparut suivi de Bazelais et du commandant Roux , au milieu du Sifetent des balles des sentinelles françaises , S’indignant contre Laurette, son aide de camp ,
qui s'était rendu aux français PIQUE instans avant l'attaque diCp.)
da
rand fort où il n'en resia que neuf. Ces deux positions devaient
se prêter une mutuelle protection. Lamartinière prit le commandement de cette nouvelle redoute, à tête de 200 hommes. Dessalines s'élança sur son cheval et disparut suivi de Bazelais et du commandant Roux , au milieu du Sifetent des balles des sentinelles françaises , S’indignant contre Laurette, son aide de camp ,
qui s'était rendu aux français PIQUE instans avant l'attaque diCp.) 220 HISTOIRE D’HAITI.— (1802) . | rigée par le général Dugua.: Néanmoins nous le verrons, quandh
deviendra général eh chef de l'armée indigène, oublier , à ‘sons
entrée ‘au Cap, la trahison de Laureite, et le reprendre dans ‘son
éiat-majior. Il ne trouva pas de munitions à Plassac; comme nous
l'avons. vu, le général Boudet, en marchant contre la Crète à Pierss
rot, les avait fait sauter. Evénement malheureux pour Toussaint,
car la Ee de la Crète.se trouvera privée de poudre, ce qui.
hâtera l'évacuation du fort. é
Le ve nn ouest des mornes des Cahos était parcouru dans toutes
les directions par le général Hardy dont l'avantgarde était com
mandée par le e général Salm.. Dessalines sorti de la Crète à Pierrot
avait réuni un cent de cultivateurs, et avait eu l'audace, avec cette
poignée d'hommes, de marcher à sa rencontre. Il se trouva sur.
le rorne Nolo en vue du général Hardy. Le général Desplanques,;
l'adjudant général Lalane et le colonel Vondor Weid, à la tête des”
chasseurs de leur division, se répandirent dans les bois, chassérent
Dessalines du Nolo, le poursuivirent le long des flancs de la mon“
tagne, et coupêrent ses communications avec la Crète à-Pierrot. Le
général Salm surprit dans une gorge deux cents cultivateurs qui
s'étaient enfuis de leurs habitations, à l'approche des français ; il
les passa tous au fil de l'épée. La cavalerie de la garde d'honneur,
craignant d'être enveloppée de toute parts par les nouxelles troupes
qui marchai ent contre le fort, abandoava le voisinage de la Petite
Rivière, et sefforça d'atteindre, soit Toussaint, Soit Dessalines.
Quand la division Hardy arriva prês de la Crète, elle s'établit
au pied du morne de lAcul du Parc, en avant du chemin des”
Peuts Cahas, au Nord-Est de [a Crète. ï
La division Fochanbeau, après avoir aussi parcouru les Cahos, avait
suivi la rive tiroite de l'Artibonite, et était venue, le 22 Mars, prendre po
“Es en avant de la Raque à Vaches, au Sud Est de la Crète, au pied dum
morne de la Tranquillité, ayant sa droite appuyée sur la division Hardy”
ctsa gauche sur FArübonite. Les grenadiers de cette division, ANTBÉS
par la vengeance , deimaudaient l'assaut à grauds ceis. Mais Lecle Fe
instruit par l'experience, euwvoya l'ordre à Rochambeau d'arrêter“
icur ardeur et de disposer des batteries pour commencer le Dome
bardement: 1 avait fait twainer de St, Marc à la Petite-Riviére , une
visgiaine dé piéces de canon, et plusieurs obusiers. Le 1% Germi=
nal (22 M: ars), jour de son arrivée, Rochambeau érablit une batterie.
de sept pièces, d'artillerie sur un point qui doiminait [à Crète, en.
face de la redoute quo pa Lamartinère. Gelte nouvelle redoute.
était protégée par un abatüs de bois de campèche.
_. Les divisions Boudet et Dugua, commandées s par le général Pamphile de Lacroix, étaient établies, ainsi qu'on la vu, en avant du bourg
de la l'etite Rivière; elles avaient à leur droite le corps de Bourke, «
au Sud-Ouest de la Crète, et à leur gauche, le général Hardy. Le À
[à Crète, en.
face de la redoute quo pa Lamartinère. Gelte nouvelle redoute.
était protégée par un abatüs de bois de campèche.
_. Les divisions Boudet et Dugua, commandées s par le général Pamphile de Lacroix, étaient établies, ainsi qu'on la vu, en avant du bourg
de la l'etite Rivière; elles avaient à leur droite le corps de Bourke, «
au Sud-Ouest de la Crète, et à leur gauche, le général Hardy. Le À ENT PR UN TR RES 2 Cf TO nf À HISTOIRE D'HAITI.—(1802) s 221 olonel Bachelu, commandant du génie de l’armée, bloqua le fort
par des retranchemens admirables, Les soidats noirs de là 9°, appartenant à la division Boudet, avaient fait la plus grande partie de
Ja contrevallation et de la circonvallation, et leur approche étäitdes
plus terribles. Seize mille hommes de troupes européennes, €t 2009
hommes de troupes coloniales cernaient là Crête: Pierrot que ne
défendaient plus alors que 900 hommes. * Si les moufs que nous avons
exposés plus haut n'avaient pas empêché la population de s'insurger
contre Leclerc , que seraient devenus les français dont ies pri incipales
forces étaient réunies sur les rives de l’Artibonite , Pour exterminer
900 hommes? Nous BORVIonS meltre sur pied cent-unlie guerriers,
aussi braves, aussi intrépides que ceux qui formaient la garnison
“de cette faible fortification.’ Mais alors Haïti était un pays français;
masse considérait Toussaint comme un rebelle, qui cependant
“ne résistait avec tant d'opiniâtreté, quoiqu il n'entrevit aucune chance sérieuse de succès, que parce qu'il avait compris le but de
l'expédition française que la masse n'avait pas saisi: le rétablisse-
“ment de l'esclavage. La plupart des indigènes étant alors français, ne
xoulaient pas de celte indépendance suriout tentée par Toussaint dent
le nom était généralement en exécration depais la guerre civile. **
_ Pendant que Leclerc faisait l'investissement da fort , les accords
ouerriers de la Marseillaise, s’élevèrent majestueusement de nos re-
“doutes, et les cris de liberté sortant de nos rangs se prolongeaient
dans les profondeurs des bois. Les soïdats français , quoique indipnés des atrocilés des indigènes, voyant le drapeau “tricolore flotter
sur les remparts du fort, furent émus jusqu'aux larmes. Cette musique leur rappelait les beaux jours de gloire de leur patrie, lorsqu'ils combattaient sur les bords du Rhin, de | ‘Addige, pour la
liberté. du monde. Ils semblaient se dre: serions-nous les vils
“instrumens de la tyrannie? Ne serions-nous plus les vainqueurs de
la Bastille, les fondateurs des Républiques lalisnnes :? Les mots de
“fraternité circulaient dans leurs rangs. Mais Rochambeau dont le
“cœur était fermé à ious les nobles sentimens, coi ere de faire un
“roulement général de tambours et de commencer le feu. Ils canon-
“nérent et bombardèrent le fort, sans relâche, pendaut touie la
matinée. Les obus, éclatant parmi les indigènes, ‘leur donnaient
une mort sans gloire. Lamartinière , au pett fort, avec 200 hom-
“nes, répondait aux feux le Hardy et de Ror hambeau. Magny,
s au grand fort , s'exposait comme le dernier des soldats. Les indigènes remplissaient leurs habits de boue, et méprisatit la mort, les
jetaient sur les obus qu'ils éteignaient quetquefo is. La résolution de
Mourir était peinte sur tous les visages. Chaque soldat était deve-
ient
une mort sans gloire. Lamartinière , au pett fort, avec 200 hom-
“nes, répondait aux feux le Hardy et de Ror hambeau. Magny,
s au grand fort , s'exposait comme le dernier des soldats. Les indigènes remplissaient leurs habits de boue, et méprisatit la mort, les
jetaient sur les obus qu'ils éteignaient quetquefo is. La résolution de
Mourir était peinte sur tous les visages. Chaque soldat était deve- ._ * Les Indigènes avaient déjà perdu 400 hommes euviron.
s1** À l'arrivée des fr pis, beaucoup des cuitivateurs du Nord répon4 292 HISTOIRE D'HAITI.—(1802) nu un héros. Auraientils pu, ces braves, fléchir un instant,
quand Ja voix courageuse d'une femme les exhortail à ;s'ensevelir
sous les ruines du fort. Marie-Jeanne, femme de couleur, indigène du Port-Républicain, d’une éblouissante beauté, abandonnant
les occupations de son sexe, venait, à ehaque asgaut que donvalent
les français , affronter la mort sur les remparts. Une ceinture d’a=
cier à laquelle était suspendu un sabre , entourait sa taille, et ses
mains armées d'une carabine, envoyaient hardiment le plomb
meurtrier dans les rangs français. Eile avait lié sa destinée à celle,
de Lamartinière, et combattait toujours à ses cotés. Le capitaine- général avait vu tomber les meilleurs artilleurs de
la division Boudet dont les batteries se ralentissaient. Le général
Rigaud, quise trouvait à ses côtés, lexhorta en vain à confier les
commandement de la batterie à l’adjudant-général Pétion, qui déja
avait établi, avec adresse, un mortier, en avant de la division Bou”
det, près du lieu où Dessalines avait fait égorger les blancs prison-.
niers à la Petite-Rivière. * Pétion, quoiqu'il eut la réputation d'une
grande bravoure donnait mollement , à la. tête dela 13° coloniale,
depuis le commencement du siège. Les français virent sur sa phy-.
sionomie combien il lui répugnait de combattre contre ses frèéresm
noirs et jaunes. Dés lors ils acquirent la certitude qu'il ne s'était
armé que contre Toussaint, son ennemi personnel , mais quil ne
deviendrait pas l'instrument de leurs vengeances. Pétion désirait la
prise de la Crète-à Pierrot qui devait porter le dernier coup à I
puissance de Toussaint Louverture , il savait que sans son frane
concours dans l'attaque, le fort serait finalement enlevé; 1l voulait
que les indigènes lui sussent gré un Jour d’avoir ménagé le sang
de ses frères. Cependani les assiégés croyaient qu'il déployait contre «
eux, le plus grand acharnement. Toutes les fois qu’une bombe , tombant dans le fort , y répandait la mort, les indigènes criaient “
c'est Pétion ! gare Pétion! Les bombes lancées des batteries dressées par Rochambeau exerçaient d'horribles ravages dans la fortification. Les cases que les in
digènes avaient dressées étaient détruites , et pour achever leur mal
heur, l'artillerie française éteignit le feu dela batterie du petit fort,
en la démontant. Rechambeau crut pouvoir enlever la redoute. Sax
division s’ébranla ; quand elle fut arrivée près des fossés, 11 dit en”
s'adressant aux gren nadiers de l'avant-garde : Français, déjà trop
longtemps votre courage s'épuise sous ces faibles remparts. Quelle “®
digènes avaient dressées étaient détruites , et pour achever leur mal
heur, l'artillerie française éteignit le feu dela batterie du petit fort,
en la démontant. Rechambeau crut pouvoir enlever la redoute. Sax
division s’ébranla ; quand elle fut arrivée près des fossés, 11 dit en”
s'adressant aux gren nadiers de l'avant-garde : Français, déjà trop
longtemps votre courage s'épuise sous ces faibles remparts. Quelle “® daicnt aux agens de Toussaint qui les excitaient à s’armer contre Leelerc:
Quand nous avons pris les armes, avec la général Moyse, centre les
blancs, le gouverneur ne nous atil pas fait exterminer ? N’a-t:il pas fait
exécuter Moyse, sen neveu, pour plaire au gouvernement français ? qu'il
ressuseite Moyse, pour combattre les blancs ! à * L'artilerie de l'armée expéditionnaire n'était pas généralement iCal HISTOIRE p’mAÏTI.—(1802,) 228 honte pour nous, si l’Europe qui nous contemple disait dans son
‘étonnement : quelques rebelles qui ont si souvent fui à l'aspect du
fouet, ont détruit une armée française. Grenadiers , regardez cette
redoute ; c'est là qu'il faut bivaquer cette Muit ou mourir. Vive la
République! La charge se fit entendre et la fusilläde recommença
plus meurtrière que dans les autres assauts. Les grenadiers franGais se précipiièrent avec ardeur dans les fossés, les franehirent et
pénétrérent en grand nombre dans les redoutes. Le combat devint
des plus meurtriers. Les épées sont teintes de sang, depuis la pointe
Jusqu'à la garde; assiégeans et assiégés combattent eorps à corps;
le plus fort triomphe du -plus faible; l’on n'entend plus que par
“intervalles le bruit de la mousqueterie ; la baïonnette exerce ses ravages, et les sabres étincellent en se; croisant. Lamartinière s’expose comme le tlernier des soldats; de sa main il immole bien des
ennemis ; il était sur Île point d'être abattu par un soldat français,
lorsque celui ci fut renversé d'une balle. « Courage ! courage! disait-
“l, à ses compagnons d'armes! c’est leur dernier effort; demain ils
leveront le siège; nous aurons terminé nos fatigues; vous reverrez
vos feuimes, vos enfans. » Pendant quil parlait, les rangs des
indigènes retentissaient des cris de victoire, et les assaillans se retraient emportant Île général Rochambeau qui s'était démi la jambe
en se précipitant dans les fossés. La division Rochambeau venait
de perdre 300 soldats et plus de 50 officiers tués dans les fossés.
Déjà plus de 1,506 cadavres de soldats blancs gisaient autour de :
Ja Crèleà Pierrot. Les indigènes passèrent le reste de la journée
à transporter au loin les cadavres qui encombraient les fossés.
les assaillans se retraient emportant Île général Rochambeau qui s'était démi la jambe
en se précipitant dans les fossés. La division Rochambeau venait
de perdre 300 soldats et plus de 50 officiers tués dans les fossés.
Déjà plus de 1,506 cadavres de soldats blancs gisaient autour de :
Ja Crèleà Pierrot. Les indigènes passèrent le reste de la journée
à transporter au loin les cadavres qui encombraient les fossés. Du 1° au 3 Germinal (du 22 au 24 Mars) le grand et le petit fort
furent canonnés et bombardés avec vigueur. Le colonel Jean-Baptiste
Louverture fut tué par ua coup de imitraille. L'artillerie indigène
ne put lutier contre la supériorité de celle des français. Le petit
fort, ouvert de toutes parts, ne fut plus tenable. Lamartinière
Pabandonna dans la nuit du 22, et reutra avec 150 hommes dans
le grand fort, où ïi apporta la confance et l'enthousiasme. Les
remparts de cette dernière forüification étaient aussi détruits ;1l n'y
avait plus aucun abri contre les boulets ; les vivres et ts munitions
venant à manquer, la garnison mangea du cheval, et les cailloux
remplacèrent les balles. Lamartinière annonça à ses compagnons la
détermination qu'il avait prise de sensevelir sous les ruines de la
Crête. Cette énergique résolution fut agcueillie avec enthousiasme
par ces braves qui entonnérent des hymnes de liberté.
üification étaient aussi détruits ;1l n'y
avait plus aucun abri contre les boulets ; les vivres et ts munitions
venant à manquer, la garnison mangea du cheval, et les cailloux
remplacèrent les balles. Lamartinière annonça à ses compagnons la
détermination qu'il avait prise de sensevelir sous les ruines de la
Crête. Cette énergique résolution fut agcueillie avec enthousiasme
par ces braves qui entonnérent des hymnes de liberté. Dans la matinée du 34 Mars, un vieux noir, boiteux, sourd et Servie. Leclerc , dans ses lettres 4u ministre de la Marine et des Colonies,
demande sans cesse des officiers du génie, et se plaint de la nullité de
la plupart de ceux qu'on lui avait donnés, e 224 HISTOIRE D presque muet, accompagné d'une vieilie noire', était arrêté parles
français dans les environs du fort. Les soldats européens, le prenant.
pour un espion, l'intergogèrent ; il ne répondit, avec des yeux ha
gards , que par des bélémens : ils l'emmenérent au général Leclere
qui, reconn aissant qu'il était idiot, ordonna de Île renvoyer. Enle«
Spesire jusqu'aux bords du fleuve, ils le maliraitèrent à coups
e plats'de sabre et de bâtoni; il se meltait à genoux et bêlart
on ils le Tâchèrent, il traversa le fleuve avec difficulté, disparaissant sous l'eau, aux grands éclats de rire des français. Désqu'ilM
eut atteint, avec sa compagne, la rive opposée, il se redressa, CESsa
d'être sourd, boiteux et muet, dansa la Chica, * invectiva les blancs,"
fit plusieurs "bonds avec Flagilité du cabrit , et se précipita vers lew
fort, au milieu d'une grêle de balles. Les français reconnurent qu'ils
avaient eu affaire à un espion, ou à un émissaire des plus adroits
Cet homme était un vieil officier africain’ envoyé par Dessalines: "EM
pénétra dans le grand fort, et présenta à Lamartinière un anneau
c'était l'ordre de l'évacuation. Les soldals versérent des larmes de“
rage, cuand il fut décidé qu'ils abandonnéraient la Crête-à-PierrotM
Mais” l'ordre de Dessalines était pour'eux-Un arrêt auquel il fallut
se soumeltre sans murmurer. Le 24 Mars à 8 heures du soir, ils”
encombrèrent les fossés, sortirent du fort dans le plus profond st
lence, et marchèrent contre la ligne de la division Boudet placée”
entre ‘la division Rochambeau el une réserve, sous les ordres de«
laide-de camp Burke, sur la gauehe de Pl Artibonite. Une sentinelle |
ennemie donna l'alarme. Les français firent sur les indigènes une«
vive fusillade. Le colonel de la 9e coloniale, Bodin, et l'adjudant=! È
commandant d Henin, leur présentèrent un front formidable. Nous per.
dinies la moitié des nôtres. Le reste, au nombre de 300, se repliew
sur la division Rochsmbeau, passe sür le corps d'une demi. brigade *
fr ançaise, s'ouvre, à la baïon mette un passage au-travers des blancsilé 3
el.se jette dans les bois. Les gémisseinens des blessés que les indi-°
gènes étaient obligés d'abandonner leur arrachaient des cris douloureux.
Le colonel Lefèvre, à la tête de la 19e demi brigade légére, s'élança
à leur pouréuite. Lamartinière se retournant, comme un lion furieux,
Fattendit au pied du morne de la Tranquillité , derrière la division
tochamheau, lui livra un combat sanglant, et le culbuta dans les“
eaux de F'Artibonite. Il fit, sans être inquiété, sa jonction avec lem
général Dessalines , au sommet du morne du Calvaire. A la pointe
du jour, les français pénétrérent dans le fort. Ils y trouvérent less
instrumens de musique de la garde d'honneur, les douze pièces qu
Dessalines y avait placées, et massacrèrent tous les blessés. De
mornes voisins, les indigènes découvrirent des cadavres mutilés
pendus aux branches des arbres qui entouraient le fort. FAR celtes
avec lem
général Dessalines , au sommet du morne du Calvaire. A la pointe
du jour, les français pénétrérent dans le fort. Ils y trouvérent less
instrumens de musique de la garde d'honneur, les douze pièces qu
Dessalines y avait placées, et massacrèrent tous les blessés. De
mornes voisins, les indigènes découvrirent des cadavres mutilés
pendus aux branches des arbres qui entouraient le fort. FAR celtes * Danse lascive des cultivateurs Hatienes ù 5 ‘4 \ barbare exécution, Leclerc avait cru Îes effrayer ; mais en les aigrissant, il ne fit que les exciter à rompre le dernier chaiuon qui
es attachait à la métropole. | Le siège de la Crête à Pierrot doit être placé dans les pages de
Plistoire au rang des faits d’armesles plus mémorables. En 1802,
Jéssoldat français qui parlait de ses campagnes, et citait les traits
dé sa valeur, disait avec fierté, en portant la main à son bonne :
j'étais à la wlle à Pierrot. * “La prise de ce fort porta le dernier coup à la puissance de Tous: saint Louverture. Cette conquête avait couté aux français de bien
|. tt sacrifices. [ls frémirent à l'idée des obstacles insurmontales qu'ils auraient rencontrés, si la majorité de notre population
Isfétait insurgée contre eux. Leurs pertes avaient été si considérables autour de ceite éminence, que Leclerc défendit à ses généraux
de les publier et même d'en parler dans les villes de la colonie , dans
lä crainte que les détails de ce fait d'armes ne ranimassent les partisans de Toussaint, **
… Déssalines, Lamartinière et Magny se réunirent à Eschassériaux ,
au Petit Cahos, et se rendirent ensuite sur l'habitation Marchand,
dans la plaine de l’Artibonite, avec les débris de la garnison de la
Crête-à Pierrot. FL ; | ;
… Peridant que le gros de l'armée française cernait la Crête-à- Pierrot,
Je département du Nord se trouvait presque dégarni de troupes.
Toussaint résolut d'en profiter pour ÿ porter la guerre, et soulever
les culiivateurs de ce département. À la têle de sept compagnies
dé la 4e. coloniale, sous les ordres du chef de bataillon Gabart, de
quelques compagnies de la garde d'honneur du Nord, commandées
par Pourcely, et accompagné de l'adjudant-général Fontaine, il franhit les mornes de Si-Michel, et se dirigea vers Ennery. La faible " On: lit dans les mémoires du général français Pamphile de Lacroix, tome [T, page 170: ‘“ La retraite qu’osa concevoir et exécuter le commandant de la Crète Pierrot est un fait d'armes remarquable. Nous entourions son poste au nombre de plus de douze mille hommes ; il se sauMa, ne perdit pas la moïtié de sa garnison , et ne nous laissa que ses morts
ét ses blessés. Cet homme était un quarteron à qui la nature avait donné une âme de la plus forte trempe: c'était Lamartinière, le mêine qui
s'était mis à la tête de la résistance du Port-au-Prince contre la division
Boudet, et qui, en plein conseil, avait cassé la tête au commandant
de l'Artillerie Laeombe (blanc) ”
hommes ; il se sauMa, ne perdit pas la moïtié de sa garnison , et ne nous laissa que ses morts
ét ses blessés. Cet homme était un quarteron à qui la nature avait donné une âme de la plus forte trempe: c'était Lamartinière, le mêine qui
s'était mis à la tête de la résistance du Port-au-Prince contre la division
Boudet, et qui, en plein conseil, avait cassé la tête au commandant
de l'Artillerie Laeombe (blanc) ” % ** Dans sa lettre au ministre de la Marine et des Colonies, publiée dans
le” Moniteur de 1802, Leclerc n’accuse qu’une perte de 500 hommes. Painphile de Lacroix parle de plus de 1,500 hemmes. Les indigènes ont évalué le perte des français à 2,000 hommes au raoius, | HISTOIRE p'HaiTi.— (1802) | ok 226 HISTOIRE D’HAITI.—(1808) garnison de ce bourg, dès qu’elle sut son approche , se replia sur”
les Gouaives. I eût pucenlever cette ville, s’il avait été dans son plan.
d'occuper le littoral. Car les français déjà terrifiés par les échecs"
que leurs troupes avaient reçus à la Crête-à-Pierrot, voyant Toussaint
pénétrer dans le Nord , croya'ent le général Leclerc anéanti à la.
Petite Rivière de l'Artibonite. Ils étaient sur le point de se jeter dans
les chaloupes qui longeaient le littoral ,- pour atteindre une frégate"
mouillée dans la rade des Gonaïves. Toussaint entra au bourg d'En«
nery où il organisa quelques compagnies de cullivateurs. Delà , ill
se rendit à la Marmelade où il apprit que Dessalines, sorti de las
Cr'te à-Pierrot , avait été battu au Nolo, et s'était retiré au sommets " des mornes , en observation. On lui annonça aussi que Romain 4
dans les mornes du Limbé, Sylla dans ceux de Plaisance, combat
taient toujours pour lui avec une rare intrépidité. Le bourg des
Plaisance était occupé par le géneral Desfourneaux, .. n | Afin d'entrer en communication avec Maurepas dont il ignorait le
sort, l'ex gouverneur résolut d'enlever Plaisance, et de ne s'arrêter
qu'au sein des montagnes du Port-de Paix Il ordonna à l'adjudant
général Fontaine d’aliaquer un fort dressé sur lhabitation Bidourète.
L'assaut fut donné par les indigènes qui s'en emparèrent. Des ren
forts soriis de Plaisance, pour les en chasser, furent répoussés*
avec perte. Alors; le général Desfourneaux, en personne, à la tête
de 1,500 hommes, se mit en mouvement. Toussaint vola & sa ren
contre. Ils se trouvèrent en présence sur lhabation Laforestrie
entre Bidourète et Plaisance. Le général indigène divisa son armées
en deux colonnes. Celle de droite fut confiée à Gabart, et celle den
gauche à Pourcely. Celuiei reçut l’ordre d'aller assaillir Desfour
erte. Alors; le général Desfourneaux, en personne, à la tête
de 1,500 hommes, se mit en mouvement. Toussaint vola & sa ren
contre. Ils se trouvèrent en présence sur lhabation Laforestrie
entre Bidourète et Plaisance. Le général indigène divisa son armées
en deux colonnes. Celle de droite fut confiée à Gabart, et celle den
gauche à Pourcely. Celuiei reçut l’ordre d'aller assaillir Desfour ? 2: peaux par derrière, par des chemins de traverse, pendant que Tous saint le combattrait de front. L'affaire s’engagea à droite avec achar=
nement. Gabart, à la tête des grenadiers de la 4e., culbuta Des*
fourneaux qui battit en retraite, en bon ordre, quoiqu'il fut vigoureusement chargé par soixante dragons. Toussaint saperçut que
le général français, ne trouvant aucun obstacle à gauche, manœu
vrait pour le prendre en flanc, le long d'un sentier bordé de pré”
cipices d’un côlé, et de l’autre dominé par des rochers à pic. IM
expédia auprès de Pourcely un aïde de camp qui revint lui annoncer.
que la colonne de gauche s'était indubiiablement égarée, car il. ne l'avait
pas. aperçue. Eu effet, Pourcely, indigène de Jean-Rabel, ne con=
naissant pas le quartier de Plaisance, s'était perdu dans les bois avec
toute sa troupe. Toussaint laissa Gabart répondre à la fusillade de”
l'ennemi, et se transporta à gauche avec ses dragons et 400 grena“.
diers. Tout-à coup il aperçoit au premier rang des français un ba=«
taillon noir de la 9e du Port de Paix, commandé par Golart. Il ne.
douta plus de la soumission de Maurepas. Il s élança seul jusqu'à,
vingt-cinq pas au devant de ses anciens soldats, et leur dit: Braves.
troupe. Toussaint laissa Gabart répondre à la fusillade de”
l'ennemi, et se transporta à gauche avec ses dragons et 400 grena“.
diers. Tout-à coup il aperçoit au premier rang des français un ba=«
taillon noir de la 9e du Port de Paix, commandé par Golart. Il ne.
douta plus de la soumission de Maurepas. Il s élança seul jusqu'à,
vingt-cinq pas au devant de ses anciens soldats, et leur dit: Braves. HISTOIRE D'warri.-— (1808) 227 éompagnons d'armes, pourriez-vous tirer sur vos frères ? Les blancs
seuls sont nos ennemis. Les soldats de la 9e , attendris et ébranlés
par ces paroles, jettent leurs armes et se précipitent aux genoux de
Toussaint, en criant: Vive le gouverneur! vive notre général! Les
français , rangés en bataille derrière eux, témoins de cette scène,
firent sur eux une décharge formidable : ‘ils se débandérent ét se jetérent dans les bois. Cette malheureuse circonstance répandit le
désordre dans les rangs des grenadiers de Toussaint. Ils battirent
en retraite, longeant le sentier dont nous avons parlé; et l’adjudantgénéral Fontaine évacua le fort Bidourète. Toussaint, suivant le chemin, au milieu “ une grèle de balles, courut les plus grands dangers.
11 vit tomber , à ses côtés, plusieurs officiers, entre autres, un jeune
homme, venu à sa rencontre, porteur d’une lettre de Dessalines, qui
fut atteint d’une balle en la lui remettant. Par cette missive, Toussaint apprit que la garnison de la Crête-à-Pierrot faisait toujours une
vigoureuse résistance. Quand l’ennemi eut cessé de le poursuivre ,
il réunit la colonne de Pourcely, qui s'était égarée dans les bois, à
celle de Gabart, et vola au secours de la garnison de la Grête à- Pierrot.
Il vint s'établir derrière la division Boudet , au Nord-Est de la PetiteRivière de l'Artibonite, dans le chemin des Petits Cahos, sur l'habitation Marcail, située dans la section de la savane Brüûlée. A peine
fut-il huit heures du soir, qu'il entendit une vive fusillade: c'était
Lamartinière qui évacuait le fort, comme on l’a vu. Toussaint prit
aussitôt le chemin du quartier de Marquez, aux Petits Cahos.
ir derrière la division Boudet , au Nord-Est de la PetiteRivière de l'Artibonite, dans le chemin des Petits Cahos, sur l'habitation Marcail, située dans la section de la savane Brüûlée. A peine
fut-il huit heures du soir, qu'il entendit une vive fusillade: c'était
Lamartinière qui évacuait le fort, comme on l’a vu. Toussaint prit
aussitôt le chemin du quartier de Marquez, aux Petits Cahos. Le général Charles Bèlair devait aussi se mettre en marche pour
“secourir la Crête-à-Pierrot, quand il apprit la retraite de Lamartinière.
Il partit de l’habitation Monovrier, dans les mornes de l’Arcahaie, et
se rendit aux Cahos auprès de Toussaint Louverture. - Pendant cet intervalle, le général Christophe Parcohrait le département du Nord avec une audace extraordinaire. Il souleva les cultivateurs de la Grande-Rivière, du Trou, du Terrier.-Rouge, de Limonade , du Quartier Morin, incendia les maisons et les jardins de
cannes de la plaine du Nord, et vint braver le général Boyer qui
commandait au. Cap jusque sous les murailles de l'Hôpital et de la
Petite Anse. Le général Boyer, secondé par l'amiral Villaret Joyeuse,
tira de l’escadre tous les soldats de l'artillerie de marine et un corps
de 1200 matelots qui combattirent vigoureusement les insurgés, et les
repoussérent. Des chaloupes armées"se tinrent en station à la Petite ;
Anse, à la rivière de Galifet, et sur tous les points de la côte qui
pouvaient être assaillis. Les environs du Cap ne seront cependant
dégagés que par l'arrivée du général Hardÿ sortant de la Crète-àPierrot.
… En même temps le contre-amiral Magon, quoiqu'il n'eut sous ses à
Se La 228 MISTOIRE D'HAITI.—(1803) -ordres que peu de troupes, repoussait les attaques des cultivateurs dans les environs du Fort:Dauphin, et préservait de la dévastation
les quartiers de Maribaroux, d'Ouanaminthe, de Vallière, de Laxabon.
Les marins de deux vaisseaux de ligne.et d'une frégate, mouillés au
Fort-Dauphin, le secondèrent énergiquement. LIVRE YINGT-SIXIÈME. 1808. Sommaire Leclere part de la Petite- Rivière de l’Artibonite pour St. Marc — Dé
portation de Rigäud. IL est emprisonné en Francé, dans la forteresse de Joug.
—Dessalines tente de forcer le Mirebalais; il est repoussé. — Les divisions
de l’armée française , sortant de la Crète-à-Piérrot, se rendent à leurs
destinations. —Rochambiau se rend aux Gonaives.—La division Boudet arrive au
Port-Républicain.—Effet de la déportation de Rigaud sur ses anciens partisans.
—Lamour Dérance devient hostile aux français—"Foussaint est retranché aux
Cahos.— Description de la position qu’il occupe —If envoie à Boudet des paques
pour le ler. Consul.—Hardy. se rendant au Cap, bat Christophe au Dondon.—
-Piérrot, se rendent à leurs
destinations. —Rochambiau se rend aux Gonaives.—La division Boudet arrive au
Port-Républicain.—Effet de la déportation de Rigaud sur ses anciens partisans.
—Lamour Dérance devient hostile aux français—"Foussaint est retranché aux
Cahos.— Description de la position qu’il occupe —If envoie à Boudet des paques
pour le ler. Consul.—Hardy. se rendant au Cap, bat Christophe au Dondon.— Il est ensuite battu par ‘Foussaint en personne. Toussaint établit un cordon,
dit cordon du Nord ,. de la Grande-Rivière à la Marmelade —[{ en confie le com:
mandement à Christophe — I établitson quartier-général à $t-Raphaël — Arrivée
au Cap de fi division de Flessingue et de celle.du Hâvre— Le général Boyer est battu à Ste-Suzanne par Sans-Souci et Christophe.—{eclerc'retourie au Cap.—Martial”
Besse soumet quelques révoltés de la Tortue.—Leclerc fait travailler à la reconstruction du Cap.—Départ pour Brest de l'amiral Villaret Joyeuse.— DessaJines réorganise un corps d'armée dans la plaine de l’Aïtibonite.— Nouveau plan .
de campagne de Toussaint —Son influence sur les masses est presque anéantie,
Mésintelligence entre Dessalipes et Charles Bélair. — Christo] phe se dispose à se
soumettre.—Sa correspondance avec Vilton, Leclere, "Hardy —Entrevue qu'il a
avec Leclerc au haut du Cap.—Il livre au général Salm tout le cordon dw
Nord.— Toussaint abandonné de Christophe , se déternine à se souméttre —$a
correspondance avec Leclerc.—Dessalines conseille à Toussaint de ne nas se soumet. “ tre —!Toussaint rejette ses conseils et se rend au Cap —Réception brillante qu’on lui fait. —[l jure fidélité au neuveau gouvernement, —Adieux de Toussaint à sa gat230 HISTOIRE D'Harri.—(1802) dé,—Il choisit pour sa retraite la vallée d’Ennery—Mort de Villate au Cap.
—L'arrêté qui mettait Toussaint hors la loi est rapporté. —Les troupes coloniales
qui avaient combattu sous les ordres de Toussaint sont dispersées sur différents
points de l’ile-—Dessalines reçoit l'ordre de se rendre à St.-Mare; Lamartinière,
au Port-Républicain.—Les troupes coloniales sont incorporées dans l’armée française.—[Les grades donnés par Toussaint, depuis l’arrivée de l'armée française,
sont déclarés nuls.—Armes et munitions qu’on fait rentrer dans les villes du
littoral.— Toute la eolonie est soumise, de Samana à Tibuton.
ées sur différents
points de l’ile-—Dessalines reçoit l'ordre de se rendre à St.-Mare; Lamartinière,
au Port-Républicain.—Les troupes coloniales sont incorporées dans l’armée française.—[Les grades donnés par Toussaint, depuis l’arrivée de l'armée française,
sont déclarés nuls.—Armes et munitions qu’on fait rentrer dans les villes du
littoral.— Toute la eolonie est soumise, de Samana à Tibuton. Leclerc , maître de la Crète-à-Pierrot, songea à rétablir ses eommunications avec, les villes qu’il occupait. Il ordonna aux différentes divisions de son armée de se rendre à leurs desuiriations, et partit pour St, Marc, après avoir laissé une forte garnison à la Crète-à-Pierrot. La division Rochambeau se rendit aux
Gonaïves, celle de Hardy se dirigea sur le Cap, celle de Boudet,
sous les ordres du général Pamphile de Lacroix, prit la route du
Port-Républieain. ù
Quand Leclere arriva à $t. Marc, il se résolut à déporter Île général Rigaud dont la présence dans la colonie pouvait être gênante,
quand il s'agirait de rétablir la servitude. Quelques plaintes portées”
contre lui par le général Lapiume qui commandait aux Cayes, fourhirent un prétexte au capitaine général. À l'arrivée de l'armée
française des murmures sans importance s'étaient manifestés dans
le voisinage des Cayes. | | |
Les autorités constituées en avaient été extraordinairement effrayées.
Laplume, et les colons qui formaient son conseil , écrivirent à
Leclerc que le nom de Rigaud avait été prononcé par les mécontiens. Depuis la fin de la guerre du Sud , le général Laplume était
en possession des meubles qui avaient orné la demeure de Rigaud,
aux Cayes. Il se disait las des demandes de celui ci qui réclamait sans cesse, depuis son retour à St. Domingue, les objets
qui lui appartenaient, Les mandataires de Rigaud n'avaient
pu obtenir jusqu'alors la levée du séquestre que Toussaint avait
établi sur ses biens. Boisrond Tonnère affirme dans ses mémoires*
que Laplume fit savoir au général Leclere que Rigaud, depuis son re-…
tour, lui adressait continuellement des lettres pleines d'arrogance,-
ne respirant que la haine la plus implacable, haine qu'il lui por-"
tait à cause de son dévouement aux blancs, Laplume ajoutait que:
tous ceux qui paraissaient redouter le rétablissement d'une préten-"
due servitude parlaient de le mettre à leur tête. Leclerc, quoiqu'il n’i-«
gnorât pas le dévouement de Rigaud à la France, se saisit avidement-
; F4
* Ces mémoires de Boisrond Tonnère, bien au-dessous, quant au style,”
de ses iminortelles proclamations, sont presque en entier un panégyrique”
do Dessalines, Ils forment une brochure d’une centaine de pages, 18
le rétablissement d'une préten-"
due servitude parlaient de le mettre à leur tête. Leclerc, quoiqu'il n’i-«
gnorât pas le dévouement de Rigaud à la France, se saisit avidement-
; F4
* Ces mémoires de Boisrond Tonnère, bien au-dessous, quant au style,”
de ses iminortelles proclamations, sont presque en entier un panégyrique”
do Dessalines, Ils forment une brochure d’une centaine de pages, 18 HISTOIRE D’HAITI.—(1802) as! de ce prétexte pour Île déporter. Les indigènes, en général,
Javaient accueilli, du reste, avec tant d'enthousiasme, que
Rochambeau qui le détestait, comme presque tous ceux de sa caste,
fit savoir au. général Leclerc que la présence de ce mulâtre dans
POuest, ne pourrait qu'être nuisible aux intérêts français. Rigaud
était devenu inutile au capitaine général qui ne s'était servi de son
influence sur ses anciens partisans , que pour combattre avec succès
Toussaint Louverture. Le 4” Consul ne l'avait renvoyé dans la coJonie qu'afin qu'il eût pu ramener les citoyens du Sud, sous les
“drapeaux de la France, s'ils s'étaient prononcés contre elle, à
Parrivée de l'expédition. Rigaud se serait efforcé de les eonvaincre que la métropole ne voulait que faire expier à Toussaint toutes
les atrocités qu il avait exercées dans leur département après la guerre
civile. |
Le capitaine général fit appeler Rigaud qui ignorait tout ee qui
se tramait contre lui, et lui dit: mon cher général, vous pouvez
écrire à votre famille qui se trouve au Cap, qu'elle ait à s'embarquer pour les Cayes ; car vous devez m'accompagner dans le Sud
que je vais visiter. Il y avait dans la rade de Si. Marc deux frégates , la Cornélie et la Guerrière. Rigaud fat d'autant plus heureux
de celte courtoisie du capitaine général qu'il avait déja demandé
l'autorisation d'aller régler des affaires de famille aux Cayes. It
annonça par une lettre, à son épouse , la faveur dont l'honorail
Leclerc. Celui-ci s'embarqua sur la Guerrière. Rigaud. fut conduit
à bord de la Cornélie, après avoir embrassé, sur le rivage , un
grand nombre des officiers du Sud qui étaient revenus de Si. Yague
de Cube dans la colonie , sur Îles frégates lIndienne et la Créole.
Rigaud é‘onné de n'avoir pas été conduit à bord de la Guerrière
où était Leclerc, en demanda le motif au capitaine du. navire. Celui ci
lui répondit sèchemeut qu'il était prisonnier et qu'ileût à remettre son
épée. Rigaud, dans son indignation, aima mieux la jeter à la mer.
que ia rendre. La Cornélie appareilla pour le Cap. Quand: elle
arriva dans la rade de cetig ville, elle envoya ses chaloupes au rivage.
On les chargea des objets les plus précieux qui appartenaient
à la famillesdu prisonnier. Les matelots, pendant quils retourmaient à bord, remplirent leurs havresacs de l'argeni, des bijoux
et du linge qu'ils trouvèrent dans les paquets qui leur avaient été
confiés , et firent soibrer la chaloupe qui en. était particulièrement
chargée. Quand ils atteignirent la Cornélie, ils déclarèrent au: capitaine que par une fausse manœuvre la barque avait été renversée.
sens dessus dessous. C'était le prélude des crimes qu'un grand:
nombre d'officiers de marine commettront sur les infortunés indigènes
qui seront enchainés à leurs bords. La famille de Rigaud s’embarqua dépourvue des objets de première nécessité; elle ne possédait
que quelques gourdes que des femmes indigènes du Cap, touchées
la Cornélie, ils déclarèrent au: capitaine que par une fausse manœuvre la barque avait été renversée.
sens dessus dessous. C'était le prélude des crimes qu'un grand:
nombre d'officiers de marine commettront sur les infortunés indigènes
qui seront enchainés à leurs bords. La famille de Rigaud s’embarqua dépourvue des objets de première nécessité; elle ne possédait
que quelques gourdes que des femmes indigènes du Cap, touchées % 25% HISTOIRE D'HAITI.— (1802) de son malheureux sort, lui avaient données. Ces femmes serent
plus tard pendues pour cet acte de générosité envers des frères infortunés. La Cornélie fit voile pour France. Quand elle ÿ arriva
Rigaud fut jeté dans les prisons de la forteresse de Joug. Dès que Leclerc parvint au Port- Républicain, il apprit que Dessalines avait tenté de forcer le Mirebalais, et qu'il avait été repoussé
avec perte. Il se résolut aussitôt après, sur la demande des négocians
françuis, à accorder au commerce national des avantages dont il n'avait
pas joui sous Toussaint Louverture. Il publia l'ordonnance qui suit : ARMÉE EXPÉDITIONNAIRE. Au Quartier- Général du Port Républicain, le 10 Germinal, l'an 10 de
la République (31 Mars 1802). Le Général en chef ordonne, Art. 4er. Tous les bâtimens français, arrivant Girectement de la France, et chargés de marchandises françaises, ne seront assujeltis , pour les droits d'importation et 4 exportation, qu'à payer la moitié de ceux qui sont exigés pour les navires étrangers. |
Art. 2. Tous les bâtimens qui apporteront des marchandises sè-« ches, fabriquées ailleurs qu'en France, paieront par droit d'impors tation, vingt pour cent, |
Le général en chef, (Signé) LECLERC. le) Pendant cet Intervalle, la division Boudet, saus les ordres de Pam- À
phile de Lacroix, s'était rendue à St-Mare, Delà, elle se dirigea sur
les Matheux pour disperser quelques rassemblemens. Elle essuya les plus granges fatigues, en gravissant les sources de Montrouis , au
travers de chemins obstrués, presque improticables, Si Charles Bulairs'était trouvé dans ce canLOn , c'en était fait de celte division, de
l'aveu des généraux français, Quand elle parvint aux Matheux, elle“
n'eut sous les yeux que des campagnes abandonnées, couvertes de. cadavres blancs. La 7e. s'était retirée avec, Charles Béair, dans les.
montagnes des Cahos, auprès de Toussaint Louverture. Pamphile dem Lacroix adressa à Charles Bélair une lettre pr laquelle 1l l'exhortait
à imiter Laplume, Clervaux, Paul Louverture et Maurepas qui s 'étaienth
soumis au nouveau gouvernement. Charles Bélair. lui répondit qu’ il |
était déterminé à mourir pour la cause -de Toussaint, “SOU YEFACEES
légitime de la colonie,
éair, dans les.
montagnes des Cahos, auprès de Toussaint Louverture. Pamphile dem Lacroix adressa à Charles Bélair une lettre pr laquelle 1l l'exhortait
à imiter Laplume, Clervaux, Paul Louverture et Maurepas qui s 'étaienth
soumis au nouveau gouvernement. Charles Bélair. lui répondit qu’ il |
était déterminé à mourir pour la cause -de Toussaint, “SOU YEFACEES
légitime de la colonie, 6 La division française reprit le chemin du Port Républieain. Quand
elle atteignit le morne du Mardi gras, Pamphile de Lacroix reçut une
lettre du général Boudet qui lui recommandait de hâter sa marche, #
de fire au Port-Républicain une entrée solennelle, en distribuant se # \ HISTOIRE D'HAITI.—(1802} 285 Mnoupes de telle sorte que la population de couleur de l'Ouest ne put pas découvrir les perles éprouvées par les français, à la Crêteà-Pierrot. Quand il arriva à une lieue du Port Républicain, sur l’habitatien Drouillard, Pamphile de Lacroix aperçut l'artillerie de la place, “attelée, venant à sa rencontre, pour grossir sa division. Il rangea ses
‘soldats sur deux rangs seulemént, par pelotons de seize hommes, laissa d'assez grandes distances entre les peloions, et entra en ville,
au son de la musique et des tamboürs. Le général Boulet crut qu'il
avait obtenu l'effet qu'il voulait produire. Mais le vide qui existait dans l'armée n échappa point aux CHE qui acquirent plus que jamais
le sentiment de leur force. Jusqu'alors ils étaient divisés en trois
partis: celui de Toussaint Louverture, le plus faible et le ptus énergique; celui qui souhaitait l'expulsion des français, mais après la chûte de Toussäint, dont la dominatiôn avait été trop sanglante; enfin le
parti vraiment français, ennemi de Toussaint Louverture, ennemi
de toute idée d'indépendance, aidant de bonne foi au triomphe des
armes françaises, mais voulant avant tout le maintien de la RES es de l'égalité. Nous les verrons plus tard se confondre en un seul, sister au rétablissement de l'esclavage, et inscrire sur leur EE M
Indépendance ou Ja Mort. |
Quelques jours après l'entrée de la division Boudet au Port-Républicain, le général Leclerc annonça , Par une proclamation, la déportation du général Rigaud. I prétendait qu'il voulait troubler ,
pour satisfaire son ambition, l’ordre qui venait d'être rétabli par de
si grands sacrifices. Une lettre. que Rigaud avait adresse, aux Cayes,
à un nommé Duroncerey, fut affichée au Port Républicain. Il char
geail eelui ei de réclamer tous ses meubles du général Laplume qui
en Jouissait. Cette lettre se terminait par ces mois: « Lorsque
‘aurai entièrement. fini dé combattre les incendiaires du Nord, je »retournerai dans le Sud, pays qui m'a vu naître et que j'ai commandé
_avec gloire. » Les français prétendirent qu'il voulait reprendre le commandement en chef de ce département.
L'embarquement de Rigaud fit naitre la défiance dans la population de couleur. Elle considéra cet acte comme une atteinte ponte à la liberté individuelle de tous les indigènes. Au Port Républicain quand le général Pamphile de Lacroix, chef de l'état major de la
» division de l'Ouest, parla de cette eirconstance aux ofliciers de la
1 43° coloniale qui Han venus le saluer, après une revue, un
morne silence régna dans la salle. Pétion, à la tête de l’état-major
fit naitre la défiance dans la population de couleur. Elle considéra cet acte comme une atteinte ponte à la liberté individuelle de tous les indigènes. Au Port Républicain quand le général Pamphile de Lacroix, chef de l'état major de la
» division de l'Ouest, parla de cette eirconstance aux ofliciers de la
1 43° coloniale qui Han venus le saluer, après une revue, un
morne silence régna dans la salle. Pétion, à la tête de l’état-major du corps, composé de noirs et d'hommes fe couleur ,-s'arrêta , au - . sortir de la maison , devant l'affiche qui contenait la lettre de Rigaud,
» et la lut attentivement. Il ne put contenir son émotion, et dit avec . humeur à ses compagnons d'armes qui l'entouraient : « c'était bien.
» la peine de le faire revenir, pour lui donner ce déboire , ainsi qu'à
nous (OUs. :» Pamphile de Lacroix , caché derrière une des juiqu234 HISTOIRE D'HAITI.—(1809} : sies de la salle , le vit et l'entendit. Cette circonstance, et celle
de la Crète à Pierrot le portèrent à le signaler au capitaine général,
comme un mulâtre dangereux. Lamour Dérance, ce fameux chef
de bandes, se trouvait alors au Port-Républicain. Dés qu'il apprit
la déportation de Rigaud , il se hâta de retourner dansses montagnes
inaccessibles , n'ayant plus aucune confiance dans les français, résolu à se tenir sur ses gardes, et à commencer les hostilités contre
eux, à la première occasion favorable. Lamour Dérance, pendant
la guerre civile entre Toussaint et Rigaud, s'était toujours montré,
dans l'Ouest, le partisan de ce dernier.
se trouvait alors au Port-Républicain. Dés qu'il apprit
la déportation de Rigaud , il se hâta de retourner dansses montagnes
inaccessibles , n'ayant plus aucune confiance dans les français, résolu à se tenir sur ses gardes, et à commencer les hostilités contre
eux, à la première occasion favorable. Lamour Dérance, pendant
la guerre civile entre Toussaint et Rigaud, s'était toujours montré,
dans l'Ouest, le partisan de ce dernier. Nous avons vu que la diversion opérée dans le Nord par Toussaint
Louverture, pour dégager les rives de l’Artibonite du gros de l'armée
française, avait échoué complètement par la victoire que Desfourneaux
remporta sur lui, à Plaisance. L'ex gouverneur, aussitôt après l'évacuation de la Crête-à Pierrot, alla se retrancher dans le quartier
de Marquez aux Petits Cahos, à quinze lieues de la Petite Rivière.
La longue chaîne des Cahos s'étend du Nord au Sud- Est, entre la
vallée de Goäve et le quartier de l Artibonite. Les cimes bleues de
ces montagnes, couronnées de palmiers et de pins, se perdent dans
les nues, en la saison des orages. D'énormes rochers enracinés dans
leurs flancs, pendent au dessus des chemins qui les traversent. Des
abimes d’où il ne sort qu'un bruit sourd, tel que le mugissement
des vagues de la mer, s'offrent sous les yeux du voyageur quin'ose”
en sonder les profondeurs Dans certains quartiers, quand le soleil
a atteint le milieu de son cours, l'atmosphère devient brûlante , le
feu prend quelquefois de toutes parts aux herbes desséchées, les
rochers ‘éclatent , et ces lieux -se” transforment en fournaises.
Un silence profond” règne dans ses effrayantes solitudes. A peu de
distance de ces lieux stériles, tant les contrastes sont fiéquents dans
nos montagnes, l’on rencontre une nature riante, une campagne
arrosée de nombreux ruisseaux , une végétation prodigieuse , et”
des habitations admirablement cuites Une multitude de femmes,
d'enfans, s'étaient réfugiés dans le quartier de Marquez avec Tous="
saint, chargés de ce qu'ils avaient de plus précieu:, pour échapper
à l’affreux pillage auquel se livraient les troupes françaises dans la
plaine de lArtibonite. Là, s'étaient réunis, en partie, les débris del'armée de l'ex-gouverneur, Des ajoupas dressés à la hôte formaient”
dans une clairière, sur un plateau assez étendu, un”cercle, au centre”
duquel s'élevait une tente surmontée d'un drapeau tricolore. Là, ré-.
gnait une profonde tristesse. La guerre civile ravageait netre beau!
pays; le drapeau français guidait au combat les deux partis. Bientôt
nous verrons Dessalines et Pétion, arracher ensemble la couleur
blanche du drapeau tricolore, et déployer majestueusemant l'étendards
indigène sur nos campagnes soulevées en masse au cri de l'Indé-"
pendanee Nationale, ; nd
'un drapeau tricolore. Là, ré-.
gnait une profonde tristesse. La guerre civile ravageait netre beau!
pays; le drapeau français guidait au combat les deux partis. Bientôt
nous verrons Dessalines et Pétion, arracher ensemble la couleur
blanche du drapeau tricolore, et déployer majestueusemant l'étendards
indigène sur nos campagnes soulevées en masse au cri de l'Indé-"
pendanee Nationale, ; nd HISTOIRE p’airi.—(1 802) | 255 Les sentinelles placées aux extrémités du camp étaient immobiles à
leurs postes. Les soldats qui tous méprisaient la mort étaient assis
sur de larges pierres, autour de leurs armes peu nombreuses rangées
en faisceaux, et attendaient avec impatience le signal du départ pour
courir à de nouveaux dangers. Des officiers supérieurs, Gabart,
Fontaine , Vernet , Pourcely, Placide Louverture, et une foule
d'autres , tenant sous leurs bras des sabres resplendissants d'un vif
éclat, marchaient silencieusement , en se croisant, autour de la
tente principale, d'où ne se détournaient pas leurs regards atten-
“tifs. Dans ce pavillon était debout, près d’une table, Toussaint
Louverture, maigre, petit de taille, aux traits mobiles, aux yeux
vifs et aux gestes animés. Une riche épée pendait à ses côtés, par
un ceinturon de velours doré, enrichi de pierreries. Il dictait à
son secrétaire des letires auxquelles il semblait porter le plus vif
“intérêt. C'était le 29 Mars, (8 Germinal). Quand il eut fini sa
correspondante , 1l dit à un de ses aides de-camp: Amenez auprés
de moi le chef de brigade Sabès et le lieutenant de vaisseau Gimont.
Ces deux ofliciers, comme nous l'avons racunté, avaient été faits
prisonniers, au Port-Républicain, par Lamartinière. Traînés de
morne en morne, livrés à toute la fureur des indigènes, mille
fois ils avaient été ‘sur le point d’être immolés. Mais l'ordre de
Toussaint de les épargner seuls, avait toujours détourné de leurs
têtes le sabre levé pour les frapper. Ils furent introduits dans la
tente par l'adjudant-général Fontaine. —Citoyens , leur dit Toussaint,
vous n'êtes plus prisonniers; vous serez accompagnés par des guides sûrs jusqu'au Port-Républicain, et vous remettrez ces dépêches
au général Boudet. Toussaint faisait savoir au gouvernement français les vains efforts qu’il avait faits pour que le colonie ne devint
pas une vaste désolation. En même temps, il envoyait à Bonaparte une lettre particulière, en réponse à celle qu’il lui avait adressée.
«Vous n'avez jamais essuyé aucun mauvais traitement parmi nous,
citoyens; vous avez éié témoins de notre humanité envers beaucoup
de prisonniers. La France, que le premier consul à égarée à notre
égard, sera juste un jour envers nous, nous en avons la certitude. Elle rendra le général Leclerc responsable de tous ces désastres quil eût pu éviter à la colonie, en employant envers moi les
formes de bienséance qn'il devait à un général français, son égal,
dont les armes ont vaincu les Anglais el les, Espagnols, et ont conservé à la métropole toute la colonie. » Le chef de brigade Sabès
lui répondit : « Général, nous avons beaucoup souffert, et nous
avons été témoins de bien des atrocités. Si vous n'aviez pas méconnu l'autorité légitime du capitaine-général, nous n’aurions pas
à déplorer aujourd'hui toutes les calamités qui nous afiligent. » —
Toussaint, dissimulant autant qu'il était en son pouvoir l'indignation que cette audacieuse réponse avait excitée en son cœur, répli256 RISTOIRE D’HAITI.— (1802)
« Général, nous avons beaucoup souffert, et nous
avons été témoins de bien des atrocités. Si vous n'aviez pas méconnu l'autorité légitime du capitaine-général, nous n’aurions pas
à déplorer aujourd'hui toutes les calamités qui nous afiligent. » —
Toussaint, dissimulant autant qu'il était en son pouvoir l'indignation que cette audacieuse réponse avait excitée en son cœur, répli256 RISTOIRE D’HAITI.— (1802) qua vivement: « Vous méconnaissez la noblesse de mon âme,'ex…
toyen; J'aime trop mon pays pour sacrifier son bonheur à mon. ambition. Le général Leclerc s’est présenté dans la colonie. je ne dirai pas comme un gouverneur légalement envoyé par sa nation,
mais comme un ennemi. Il m'a sommé de lui remettre l'autorité, * comme si jétais un rebelle placé par les circonstances à la tête des”
‘aflaires de la colonie, comme si je m'étais déclaré indépendant de | |
| | la France que je chéris. Je n’ai fait la guerre qu'au capitaine-*
général. N'étais-je pas gouverneur français, proclamé par l'Assem-" blée Centrale? N’'avais je pas antérieurement reçu de la Commission civile le titre de général en chef de la colonie? Ce titre ne:
me futil pas confirmé par le premier consul? Devais-je me soumettre aux caprices de Bonaparte, entouré de vils et eruels eo<
lons, de mes ennemis personnels? Le fer et le feu ne couvriraient
pas de sang et de ruines les mornes et les plaines, si le général:
Leclerc m'avait donné avis de son arrivée, avant d’avoir commencé
les hostilités. Je lui aurais cédé l'autorité, et la guerre n'eût pas:
éclaté avec toutes ses fureurs. N'était-il pas de mon devoir de défendre le territoire français, lorsque des pavillons étrangers se présentaient pour le violer ? * Car quels précédens pouvaient me faire
penser que c'était une armée française qui débarquait avec un nou
veau gouverneur français? Le premier consul m'avait-il annoncé le
départ de l'expédition ? Ne pouvais je pas prendre le capitaine-gé-"
néral lui-même pour un rebelle fuyant la patrie, et venant, de son
propre mouvement, prendre possession de la colonie? Vous, lieutenant Gimont, si un capitaine de corvette, naviguant en pleine
mer, Se trouvait tout-à-coup assailli par le feu d'un vaisseau de 53
nation qui le sommât d'amener pavilion ; que ferait 1l, ce capitainef
Il se défendrait, comme il l’eûl fait contre un forban. Le capitai4 ne général n'a employé aucun des procédés qu'il devait à un gouYerneur français, son égal, et tout le sang qui a été versé rejaillira
sur £a tête. Vous pouvez vous retirer, citoyens. » Je
Les Geux français n'avaient pas remarqué sans inquiétude l'indi -gration de Toussaint Louverture. Ils firent, à la hâte, leurs disposions de départ, s'élancèrent de toute la vitesse de leurs chevaux sur la route des Verrettes, et ne sentirent leur existence assurée que D à lorsqu'ils furent au-delà des pays insurgés: | ” n) ° Toussaint fit un signe à ses aides-de camp qui se retirérent. I demeura seul dans sa tente avec son secrétaire. Il croisa ses bras
sur sa poitrine; sa lèle était brûlante; son cœur battait convulsi*
vement; ses yeux se dérobaient sous les plis de ses sourcils. Ses actions passées venaient en foule assaillir sa mémoire. L'inquiétude“
#,
lorsqu'ils furent au-delà des pays insurgés: | ” n) ° Toussaint fit un signe à ses aides-de camp qui se retirérent. I demeura seul dans sa tente avec son secrétaire. Il croisa ses bras
sur sa poitrine; sa lèle était brûlante; son cœur battait convulsi*
vement; ses yeux se dérobaient sous les plis de ses sourcils. Ses actions passées venaient en foule assaillir sa mémoire. L'inquiétude“
#, Ne : %
* Toussaint voulait parler des pavillons hollardais et espagnols qui'existaient au milieu de la flotte française, HISTOIRE p’#A1TI.—(1802) 237 et le remords semblaient l'agiter. Il s’assit abimé dans de profondes
réflexions. Le sang inutilement répandu après la guerre du Sud,
guerre cependant juste que nécessitait son acheminement vers l'in-
‘dépendance de son pays, l'amnistie du 4er Messidor qu’il avait violée,
l'exécution barbare de Moyse, son neveu, sacrifice sans fruit qu'il
avait fait à la perfidie coloniale, St Domingue maintenant indépendant et bravant les forces de la France, si l'ambition de régner seul
m'avait précipité Rigaud dans de si graves erreurs, le triomphe actuel
d'Hédouville dont la mission avait été d'établir la division entre les
noirs et les jaunes, de les laisser s’entr'égorger pour que les échafauds de la servitude fussent dressés sur leurs cadavres ; la soumission de la plupart de ses lieutenans, les quelques hommes qui lui
restaient fidèles, l'impuissance où il se trouvait de continuer la guerre,
les suprêmes dangers de sa race: toules ces convulsions passées,
toutes les horreurs qu'il voyait dans le lointain, devaient le livrer
à cette horrible agitation. * je |
Dans son camp régnait un profond silence. Les sentinelles
qui veillaient autour de sa tente virent un nuage de poussière qui grosSissait en approchant sans cesse. Bientôt ils découvrirent, à l’extrémité du plateau, quatre cavaliers, dont les chevaux ruisselans de
sueur, sarrêtèrent tout à-coup. Les quatre cavaliers se firent conduire auprès du général en chef. Toussaint Louverture, après un
court entretien avec eux, donna ses ordres à ses aides-de camp qui
ond silence. Les sentinelles
qui veillaient autour de sa tente virent un nuage de poussière qui grosSissait en approchant sans cesse. Bientôt ils découvrirent, à l’extrémité du plateau, quatre cavaliers, dont les chevaux ruisselans de
sueur, sarrêtèrent tout à-coup. Les quatre cavaliers se firent conduire auprès du général en chef. Toussaint Louverture, après un
court entretien avec eux, donna ses ordres à ses aides-de camp qui * D'après quelques écrivains anglais, Toussaint aurait expédié an gé+
néral Boudet la lettre dont la substance suit, à l’adresse de Bonaparte,
en réponse à celle que. celui-ci lui avait envoyée. Par cette lettre il aurait déclaré qu'il aimerait mieux mourir , les armes à la main , que de se
rendre, que , dans tous les eas, sil était contraint de mettre bas les armes, par la puissance des évènemens , sa soiïimission ne serait que feinte,
et qu’à la première occasion favorable, il recommencerait les hostilités
contre la France, et lui ferait une guerre franche, dont la devise serait:
Indépendance de Saint-Domingue. Il aurait parlé de “chiens amenés dans
la colonie pour dévorer les indigènes. Cette lettre cst apocryphe. Elle
est tout-à fait contraire à la politique qu’avouait Toussaint, à cette époque,
dans toutes les pièces officielles qu’il expédiait à l'étranger. Etait:il,
du reste, d'une nature à dévoiler ainsi ses projets ultérieurs, surtout lorsqu'il voulait teuter une réconciliation ,1il est vrai momentanée, mais présentée
avec. toutes les apparences de la sincérité. Comment aurait-il pu parler
de ehiens amenés pour dévorer les indigènes , quand ce fut Rochambeau
qui envoya chercher ces bêtes féroces à l’île de Cube, par le général
Noailles, long-temps après l'enlèvement de Toussaint. Nous pouvons encore avancer hardiment que Toussaint avait une intelligence trop fine pour
écrire une lettre d’une telle maladresse. Du reste, la circonstance concernant les chiens prouve d’une manière évidente que cette pièce est supposée.: La lettre que Toussaint envoya à Bonaparte n'était que la justification de sa résistance à. Leclerc, | 228 HISTOIRE D'HAITI.—(1802) les transmirent de toutes parts. Les tambours du camp battirent
aussitôt la générale, le son de la trompette se répéta jusqu'au fond
des ravins, et une joie belliqueuse éclata parmi les soldats. Toussaint:
dont l'âge avait blanchi les cheveux, mais qui avait toute la vivacité de la jeunesse, s’élança sur son cheval , passa en revue sa faible
armée, et lui fit prendre le chemin du Nord. - Il allait attaquer Îa division Hardy, qui, sortie de la Petite-Rivière de l’Artibonite, avaits
passé le Peut-Fond et St Michel, et se rendait au Cap. En arrivant à St. Michel, après avoir traversé Eschasseriaux et le fond Cabœuil,
Toussaint apprit que les français étaient en marche sur le Dondon,
où ils devaient se rafraîchir quelques jours. Il laissa St. Raphaël à sa droite, passa à travers le quartier du Bassaut, et atteignit le
division Hardy, qui, sortie de la Petite-Rivière de l’Artibonite, avaits
passé le Peut-Fond et St Michel, et se rendait au Cap. En arrivant à St. Michel, après avoir traversé Eschasseriaux et le fond Cabœuil,
Toussaint apprit que les français étaient en marche sur le Dondon,
où ils devaient se rafraîchir quelques jours. Il laissa St. Raphaël à sa droite, passa à travers le quartier du Bassaut, et atteignit le Dondon. Il ordonna au général Christophe de réunir ses troupes” aux siennes. Ce général commandait aux débris de sa brigade et à
plusieurs cents de miliciens du Dondon et de la Grande Rivière."
Toussaint, à la tête d’un escadron, sous les ordres de Morisset, et
d'une compagnie de grenadiers , commandée par Gabart, résolut
d'attaquer la tête de la division Hardy, pendant que Christophe en
attaquerait la queue. Hardy partit du Dondon, à deux hewes de“
l'après-midi. Il surprit le général Christophe qu'il culbuta. Il faillit
même le prendre pendant qu'il fuyait à travers un bosquet de pal
miers. Nos miliciens, poursuivis la baïonnette aux reins, se précipioM
térent dans des sentiers connus d'eux seuls, et échappérent aux . français. Ils allèérent se rallier autour du heat Toussaint Louver8 ture qui attaquait la tête de la division. De vives décharges de # mousqueterie remplirent les bois d'un bruit sourd et prolongé. Les“ grenadiers de la 4 coloniale , répandus de toutes parts, en tiratileurs,, abattaient les français, en se protégeant derrière les arbres. Les
balles des blancs se perdaient dans les feuillasges, coupaient les bran=«
ches et s’aplatissaient contre les pierres. Quand ils couraient à lan baïonnette sur les indigènes, ceux-ci disparaissaient dans de petits chemins, et reparaissaient plus loin, Ils tombaient en poussant.
des eris de désespoir , et se tordaient sur une terre brülante.
qu'ils appelaient déjà le tombeau des français. Hardy fut contraint de battre en retraite; il fut inquiété par Morisset et Placide Lou- - verture, à la tête des dragons de la garde d'honneur, jusqu’au Car: refour formé par l'embranchement des routes du Cap etde la Grande
Rivière, et jusqu'à la Tannerie. Cependant 1il ne rentra au Cap qu après avoir entièrement dégagé cette ville des bandes d'insurgés qui la cernaient. Depuis l'ouverture de la campagne, Placide n'a- $ n * vait cessé de déployer le courage le plus brillant. "0 Toussaint établit un cordon de troupes, de la Grande-Rivière à: la.
Marmelade. 11 l'appela le cordon du Nord, et en confia le commans* dement au général Christophe. 1 se retira à St. Raphaël où 1! établit”
sen quartier-général. Il fit fusiller l'administrateur général Vollée,
'ouverture de la campagne, Placide n'a- $ n * vait cessé de déployer le courage le plus brillant. "0 Toussaint établit un cordon de troupes, de la Grande-Rivière à: la.
Marmelade. 11 l'appela le cordon du Nord, et en confia le commans* dement au général Christophe. 1 se retira à St. Raphaël où 1! établit”
sen quartier-général. Il fit fusiller l'administrateur général Vollée, MISTOIRE p’HaAîri.—(180%.) 239 blanc français qui lui était très-dévoué, et qui avait mieux aimé le
suivre, que d'aller joindre l’armée expéditionnaire. Vollée avait été
son ami. Il fit rendre à ses restes les plus grands honneurs militaires. * Les français avaient perdu tous les points dont ils s'étaient
emparés dans l'intérieur du Nord.
_« Presque en même temps les divisions de Flessingue et du Hâvre
débarquèrent au Cap. Elles renforcèrent l’armée française de 2,000
hommes. Le général de brigade Boyer en fit aussitôt marcher une
partie contre l'ennemi. Il sortit du Cap, à la tête de 1,590 hommes de troupes européennes, de deux bataillons de la 10e. colo:
niale qui avait fait sa soumission à Sto Domingo, et vint attaquer
Sans Soucy et le colonel Jasmin qui commandaient à S.te-Susanne
les miliciens de ce canton, sous les ordres du général Christophe.
Il fut repoussé avec perte. Les insurgés firent quatre- cents prisonniers qui furent conduits à Toussaint Louverture, à la Marmelade.
Celui-ci les interrogea sur lè but de l'expédition; ils lui répondirent qu'on ne les avait pas envoyés pour combattre , mais pour
tenir garnison dans un pays français; que, du reste, ils découvraient qu'ils ne seraient pas plus heureux quen Egypte. Toussaint leur fit donner toutes sortes de soins, et leur laissa la liberté de circuler: dans la campagne. Au grand étonnement des
- indigènes , ils se mirent à s'exercer à la course, dans les savanes,
à lalutte, à sauter par dessus de larges fossés, et à s'élancer avec
légèreté sur des chevaux fougueux. Les indigènes disaient à
Toussaint : Quels sont ces blancs ? ils franchiraient les mornes avec
autant d'agilité que nous. — Ne vous aije pas déjà dit, leur répondit Toussaint , que Bonaparte nous a envoyé ses meilleures troupes; mais elles suceomberont bientôt sous l'influence meurtrière de
notre soleil. | Le capitaine général était revenu au Cap. IL envoya Île
général Dugua dans le Sud y avec mission de lui faire un
rapport sur l'état de ce département ; et le général Rochambeau
à St Marc. Il se proposait, de son côté, d'aller visiter la partie
de l'Est. Il ordonna aussitôt de travailler aétivement à la reconstruction du Cap. Il demanda au ministre de la Marine et des
LColonies des charpentiers, des menuisiers, des maçons; et lui annonça qu'ils trouveraient largement de quoi gagner leur vie, qu'ils
seraient payés au poids de l'or, et qu'avec un peu de conduite,
ils pourraient commencer une petite fortune.
à St Marc. Il se proposait, de son côté, d'aller visiter la partie
de l'Est. Il ordonna aussitôt de travailler aétivement à la reconstruction du Cap. Il demanda au ministre de la Marine et des
LColonies des charpentiers, des menuisiers, des maçons; et lui annonça qu'ils trouveraient largement de quoi gagner leur vie, qu'ils
seraient payés au poids de l'or, et qu'avec un peu de conduite,
ils pourraient commencer une petite fortune. Comme la saison des pluies allait arriver, il cantonna l’armée de * Il avait cru pouvoir enlever à la connaissance de l'Europe, par l'assassinat de Vollée, qui ne avait jamais perdu de vue, toutes les atrocités qui avaient été commises autour de li, depuis l'arrivée de l’armée
expéditionnaire. Les français, de leur côté, commettaient les mêmes atrocités.. 240 HISTOIRE D'HAITI.—(1802). la manière la plus commode, afin qu’elle n'eut pas à souffrir de
l'hivernage. On lui avait envoyé par le :Zélé et le Tourville quelques recrues sanS fusils; ce qui était une faute grave, car l'arme:
ment de ces nouveaux soldats dégarnissait les arsenaux qui déjà ne
renfermaient pas assez d'armes. Il s’en plaignit améèrement au ministre de la Marine, et lui demanda , en même temps, qu'on püt
recevoir à St: Domingue un paquebot par semaine, afin que le soldat
fat à même d'avoir fréquemment des nouvelles de sa famille. Com:
me la tranquillité se rétablissait de toutes parts, l'amiral Villaret
Joyéuse, jugeant que sa présence devenait inutile à St-Domingue,
parut du Cap, le 20 Germinal (10 Avril), et atriva à Brest avec
huit vaisseaux de son escadre. Quelques jours après son départ,
Leclerc apprit qu'une révolte avait éclaté dans les ateliers de la Tortue, petite île vis à vis du Port de-Paix, en faveur de Toussaint.
Louverture. Il y envoya Martial Besse, homme de couleur, qui avait
été nommé général par le peuple de Paris, à la prise de la Bastille.
Martial Besse, par des mesures prompites et énergiques, fit rentrer
les ateliers dans le devoir. Comme il les avait traités avec humanité
après la victoire, n’exécutant pas les ordres cruels qu'il avait reçus,
Leclerc le fit arrêter, à son retour au Cap, embarquer ensuite pour*.
France. Peu de temps après son arrivée en Europe il fut HA BPSOHAEE
dans la forteresse de Joug. à Pendant cet intervalle, Charles Bélair se tenaitaux Cahos auprés de
Toussaint Louveriure, Quant au général Dessalines, 1! était retenu, dans
la plaine de FArübonite, sur : habitation Marchand, par une fiévre.
violente. Il avait reçu l'ordre de Toussaint d'occuper les défilés qui
conduisent au centre des mornes des Cahos. Quand :l se releva,
il commanda à ses ofliciers de réunir leurs troupes pour
qu'elles fussent passées en revue. Quelle fut sa surprise quandl
ne vil sous les armes que soixante hommes. Dans son indignation,
il brûla lo cervelle à deux capitaines qui étaient à ses côtés, et déclara.
aux autres officiers qu ils seraient tous fasillés, si dans peu de jours,
ils n'avaient pas réuni uue force imposante. En l'espacede 48 heures”
il put se mettre à la tète de 3000 miliciens aux quels il communiqua
son ardeur.
fussent passées en revue. Quelle fut sa surprise quandl
ne vil sous les armes que soixante hommes. Dans son indignation,
il brûla lo cervelle à deux capitaines qui étaient à ses côtés, et déclara.
aux autres officiers qu ils seraient tous fasillés, si dans peu de jours,
ils n'avaient pas réuni uue force imposante. En l'espacede 48 heures”
il put se mettre à la tète de 3000 miliciens aux quels il communiqua
son ardeur. Depuis l'évacuation de-la Grête-à-Pierrot, Toussaint était devenu
beaucoup plus humain envers les prisonniers français. Les deux
partis , fatigués de tant de carnage , avaient suspendu Îles
hostilités. Le capitaine: général, songeant à proposer à l'ex gouverneur
M se soumeitre, cessail toute agression. Il commençait à redou- , de la part des révoltés , une résistance désespérée, soutenue
se l'horreur du rétablissement de l'esclavage. En effet, que n'au.
ralent pas entrepris des hommes qui préléraient la mort à la servi-.
tude? Toussaint, de son côté, attendait l'hivernage, ou la saison
des pluies et du débordement des rivières, pour recommencer là 4. HISTOIRE D’HAITI.— (180$) pdi guerre, si les français ne lui offraient pas une retraité honorable, æt le maintien dans leurs grades et fonctions de tous les officiers qu'il avait sous ses ordres. Il-se rendit sur l'habitation Paparel, y
réunit tous les prisonniers français qui avaient été blessés, et leur
fit prodiguer toutes sortes de soins. D’après son nouveau plan de
campagne, Dessalines devait, aussitôt après le débordement des eaut
de l'Artibonite, reprendre le camp de Castera et la Crête à Pierrot;
Vernet devait reprendre les Gonaïves ; et pendant que Christophe “arrèterait les forces françaises au cordon du Nord, il se proposait de s'emparer lui-même de Plaisance et du Limbé. Il comptait, pour le triomphe de ses armes, sur la défection des troupes coloniales
qui s'étaient rendues aux français, et sur l'insurrection des cultivateurs
du Nord. Ilavait établi son quartier-général à la Marmelade. Là,
il recevait des rapports qui l’afiligeaient profondément sur la-mésin«
telligence qui existait entre ses généraux : l'envie les divisait. IL
employa en vain toute son autorité pour amener entre eux une
réconciliation. Combien son influence ne s’était-elle pas affaiblie par
les revers de la fortune? Avant l’arrivée des français, quand :ül disait à un soldat: Ôôte-toi la vie; le malheureux sortait des ‘rangs, et allait se donner la mort, sans murmurer. Dessalines mettait tout
en œuvre pour perdre Charles Bélair dans l'esprit de l’ex-gouverneur. “On se rappelle que Pamphile de Lacroix avait exhorté Charles Bélair, par une lettre, à se soumettre au capitaine-général: Dessalines s'étayait de cette circonstance pour l'accuser de trahison, et le faire fusiller. Toussaint vit naître avec douleur une division qui devait considérablement affaiblir ses forces. Cependant il ne put se résoudre “à sacrifier à la haine jalouse de Dessalines un général dont l’innecence était si évidente. Charles Bélair lui avait envoyé la lettre “quil avait reçue du général français, ainsi que la réponse qu'il lui “en avait faite. Toussaint se vit contraint de les éloigner l'un de autre. Il remplaça Charles Bélair, aux Grands Cahos, par le colonel
Montauban. Il le fit venir, auprès de lui, à la Marmelade. Charles
il ne put se résoudre “à sacrifier à la haine jalouse de Dessalines un général dont l’innecence était si évidente. Charles Bélair lui avait envoyé la lettre “quil avait reçue du général français, ainsi que la réponse qu'il lui “en avait faite. Toussaint se vit contraint de les éloigner l'un de autre. Il remplaça Charles Bélair, aux Grands Cahos, par le colonel
Montauban. Il le fit venir, auprès de lui, à la Marmelade. Charles Bélair était son faveri intime; il l'avait choisi pour le remplacer au gouvernement de la colonie. Dessalines envieux des faveurs dont
jouissait son rival auprès de l’ex-gouverneur lui portait une haine
implacable , haine qu'il assouvira plus tard. | |
Le général Christophe, commandant du cordon du Nord, brisé
par les armes françaises, se résolut, de son côté, à faire sa soumission
au général Leclerc, à l'insu de Toussaint Louverture. Il entra en pourparler avec le citoyen Vilton, homme de couleur, qui commandait à la Petite-Anse pour les français. Vilton, qui était son ann “et un de ses anciens frères d'armes, avisa le général Hardy du désir qu'il maniféstait de reconnaître le nouveau gouvernement. Le général Hardy ft rédiger la lettre suivante, que Villon fut contraint “242 | HISTOIRE D’HAITI (1802) de signer, par un nommé Anquetil, chez le citoyen Blin dewWilles
neuve, un des grands planteurs de la plaine du Nord :
ait à la Petite-Anse pour les français. Vilton, qui était son ann “et un de ses anciens frères d'armes, avisa le général Hardy du désir qu'il maniféstait de reconnaître le nouveau gouvernement. Le général Hardy ft rédiger la lettre suivante, que Villon fut contraint “242 | HISTOIRE D’HAITI (1802) de signer, par un nommé Anquetil, chez le citoyen Blin dewWilles
neuve, un des grands planteurs de la plaine du Nord : ‘Petite Anse, le 26 Germinal an 40, (16 Avril 1802.) Vilton, commandant de la Petite Anse, au citoyen Henry CRT Ben ;
ral de brigade, en son quartier général. Mon cher Compère. Je cède aux sentimens que m inspire mon ancienne amitié pour 4
vous, J'ai vu avec un mortel regret ces refus que vous avez fans
8 vous soumetire aux noue du général français que le premier
sul a envoyé à St:Domingue, pour achever de maintenir et con-w
solider l'ordre que vous aviez si bien ‘établi dans la ville du Gap
la dépendance du Nord, où vous vous étiez fait aimer de tous lesm
colons. Vous nr'aviez dit plusieurs fois, mon cher compère, que”
notre plus grand plaisir était de voir arriver les fFançais, pour dé"
poser “entre leurs mains l'autorité dont vous étiez revêtu ; par quelle"
Atalité faut il que vous ayez si subitement changé os ‘bonnes intentions ? Vous avez par à renoncé à votre bonheur, à la conservation
de voire foriune, au FE à sort que vous pouviez fire à votre
aliueble famille; vous l'avez plongée, ainsi que vous, dans la misère
Ja plus affreuse. Vos intentions m'ont toujours paru si pures, eu
votre dévouement à la nation française ne me laissait aucun doute”
sur la con£ulle que vous deviez tenir, lorsque tout d'un coup , à
l'apparition de l'escadre française, vous n'avez plus été le même homme
Tout ie moude, et surtout vos aïnis, croyaient aussi quevous'aviez
été mal conseillé, et peut-être dominé par quelques chefs noirs qui
vous entouraient; on à dit tant de bieñ de vous à Mr. Leclerc"
général en chef, et il est si PEARL que ce sont de mauvais conseils
qui vous ont fait prendre le parti de lui résister, qu'il est tout prêt
à vous pardonner, si vous voulez ramener sous son obéissance Ja
troupe que vous commandez, et le poste que vous occupez. C'est .
une belle porte qui vous est ouverte, mon cher compère, ainsi qu'aux"
braves officiers et soldats qui sont sous vos ordres; ils seront tous
traités de la même manière que l'armée française, et l'on vous assurera, k
ainsi qu'à votre famille, tout le bonheur que vous pouvez désirer
surtout si vous avez le courage de demander à sortir de la colonie, |
et c'est ce que vous pourriez faire de mieux, pour n'ètre point
exposé aux hames des rebelles aux ordres de la France, qui ne
voudront pas faire comme vous. On vous assurera une belle fortune,»
el vous en Jouirez paisiblement, sous la protection de la France,
dans le pays que vous voudrez choisir. à
Voilà; mon cher compère, ce que ma tendre amitié pour vous €
er
surtout si vous avez le courage de demander à sortir de la colonie, |
et c'est ce que vous pourriez faire de mieux, pour n'ètre point
exposé aux hames des rebelles aux ordres de la France, qui ne
voudront pas faire comme vous. On vous assurera une belle fortune,»
el vous en Jouirez paisiblement, sous la protection de la France,
dans le pays que vous voudrez choisir. à
Voilà; mon cher compère, ce que ma tendre amitié pour vous € + HISTOIRE D'HAITI.— (1802) R48 “otre famille m'engage À vous écrire. Je jouirai de voire bonheur,
si je puis contribuer à le faire. Il ne dépend que de vous de mé
donner cette satisfaction, en suivant les avis devotre ancien ami,
Répondez-moi, et faites-moi savoir vos intentions , pour les faire
réussir de la manière qui vous paraîtra le plus convenable.
Tout le monde est ici, dans toutes les parties de la colonie, témoin
de la franchise, de la loyauté des généraux français, et je ne crains
pas de vous répéter el de vous assurer que vous pouvez avoir toute
“confiance en eux; ils vous ouvriront toutes les portes, vous aideront
de tous leurs moyens, et vous mettront dans le cas d’emporter aveg
vous tout ce que vous possédez, pour en jouir paisiblement partout
où vous voudrez aller. Ainsi, mon cher compère, eroyez moi,
quiliez celte vie errante et vagabonde, qui vous déshonorerait, si
“ous fa meniez plus long-temps, et regagnez l'estime des bons ci-
…Loyens par un retour sur vous;même, en abandonnant la cause d'un
“ambitieux qui finirait par vous perdre. Ne‘“faites pas attention à
“otre mise hors la loi; le général Leclerc a dit qu'elle n'aurait pas
eu lieu, s'il vous avait connu plus tôt, et que cette proclamation serait
annulée aussitôt qu'il apprendrait que vous récommaissez votre erreur
ét que vous abandonnez la cause des rebelles. Salut et amitié, (Signé) VILTON. Christophe, voyant les populations accourirde toutes parts au-devant
des français , sentait l'impossibilité de continuer la guerre avec succès;
el comine l'existence nomade, de guérillas, qu'il menait à travers leg
mornes ne sympathisait pas avec son humeur, il se résolut à défendre la liberté de ses frères, pour le moment, non plus sur les champs
de bataille, mais dans les conseils coloniaux. Il méditait la réponse
qu'il avait à faire à Vilton, lorsqu'il reçut la lettre suivante que lui
avait adressée Leclerc. | Au quartier-général du Cap, le 29 Germinal, lan 40 de la Républi:
que française. (19 Avril 4802.) j Le général en chef au général Christophe. Vous pouvez ajouter foi, citoyen général, à tout ce quele citoyen
“Millon vous à écrit de la part du général Hardy. Je tiendrai leg
promesses qui vous ont été faes; mais, si Vous avez intention de
“ous soumettre à la République, songez qu'un grand service, que
xous pouvez lui rendre, serait de nous fournir les moyens de nous
assurer de la personne du général Toussaint. (Signé), LECLERC. ! did - ILISTOIRE D'HAITI.— (180%) L'on voit déjà renaître cette perfidie coloniale qui fera pendant
quelque temps le malheur des indigènes, mais qui amènera lexterminätion des français. | Christophe se “hâta de répondre au commandant Vilton, par une
%ettre en date du 30 Germinal, (29 Avril 1802.) Il lui dit quil
serait disposé à tout faire pour le bonheur de ses concitoyens, sal
pouvait acquérir la conviction qu'ils seraient tous libres et heureux...
'on voit déjà renaître cette perfidie coloniale qui fera pendant
quelque temps le malheur des indigènes, mais qui amènera lexterminätion des français. | Christophe se “hâta de répondre au commandant Vilton, par une
%ettre en date du 30 Germinal, (29 Avril 1802.) Il lui dit quil
serait disposé à tout faire pour le bonheur de ses concitoyens, sal
pouvait acquérir la conviction qu'ils seraient tous libres et heureux... « Jai renoncé, dites-vous, au bonheur! ER! quel bonheur, quelle:
fortune, quel sort magnifique pour moi et pour ma famille eussent
pu jamais me consoler de la douleur de voir mes semblables réduits
au dernier degré de Pinfortune sous le poids de l'esclavage! Mes
intentions sont toujours pures, eL vous étiez, plus que personne, à
même de connaître mon dévouement à Îa nation française. Mes inenutions, mes sentimens n'ont point varié; je suis toujours le même homme. Sentinelle placée: par mes concitoyens au poste où je dois. veiller à la sûreté de leur liberté, ‘plus chère pour eux que leur
existence, j'ai dû les réveiller à l'approche du coup qui allait FaRÉANUP ue ei ee ue Ris eee) ME SU SR he + e C2 e e e e ° e ® Veus me donnez le conseil, mon cher compère, de ne point faire
‘attention à ma mise hors la loi; le général Leclerc, m'annoncezvos, à dit qu'elle n'aurait pas eu lieu s'il m'eut connu plus tôt, et
que celte‘ proclamation ‘serait annulée aussitôt que je reviendrais de
mon erreur. ‘Je suis prêt à en revenir; mais il faut m'éclairer,
éclaircir mes doutes, et m'en tirer. ‘{l n'est point de sacrifices que
Je ne fasse pour la paix, et pour ie bonheur de mes concitoyens,
si Jobtiens la conviction ‘qu'ils seront tous libres et heureux. Ilne
me reste plus d'autres sacrifices à faire que celui de ma vie; j'ai déjà
fait tous les autres; que les preuves nécessaires à ma conviction me soient offertes, et je l'offre de bon cœur ce sacrifice, si, en me démontrant que je suis dans l'erreur, il peut l’expier et rendre la
Ja tranquillité et'la félicité à mon pays, à mes concitoyens.
* | « Je vous salue d'amitié, H. CHRISTOPHE. » Le même jour 30 Germinal(20 avril), Vilton écrivit, de la Petite Anse, à Christophe, qu’il avait reçu sa lettre, et que sa soumission
au général Leclerc lui acquerrait un protecteur qui preudrait luimême le soin de lui faire un sort ; il ajouta qu'il avait communiqué” Sa lettre au capitaine-général, ainsi qu'au général Hardy. Céluici
écrivit aussi au général Christophe, à la date du 36 Germinal. Al Jui dit que les français, après avoir combattu pendant douze ans«
pour la liberté, ne seraient pas assez vils, à leur-propres yeux « pour ternir leur gloire en rétablissant l'esclavage. “Il termina sa ‘ l de - ee ae: ares fr, HISTOIRE D’HAITI. (1802) 24F » Jettré en Jui disant de se rendre sur l'habitation Vaudreuil pour:
crivit aussi au général Christophe, à la date du 36 Germinal. Al Jui dit que les français, après avoir combattu pendant douze ans«
pour la liberté, ne seraient pas assez vils, à leur-propres yeux « pour ternir leur gloire en rétablissant l'esclavage. “Il termina sa ‘ l de - ee ae: ares fr, HISTOIRE D’HAITI. (1802) 24F » Jettré en Jui disant de se rendre sur l'habitation Vaudreuil pour: lui faire verbalement ses propositions de soumission. Le 2 Floréal an 10 (22 Avril) Christophe qui était indigné de la.
proposition qui lui avait été faite par Leclerc, de livrer Toussaint
Louverture , répondit à Hardy qu'il eût consenti à l'entrevue qu'il
provoquait, non seulement à Vaudreuil, mais à la Petite Anse et
au Cap, si le capitaine-général n'avait réveillé en lui la défionce en
« Jui proposant une perfidie ,unelâcheté. Il lui offrit une entrevue à
Montalibon, habitation au centre des lignes des deux armées. . Le
même jour 2 Floréal- (22 Avril), de son. quartier-général de Ro:
billard, au Grand Boucan, il adressa à Leclerc la lettre qui suit: « Jai reçu la vôtre du “29 du mois expiré. Désirant ajouter foi
à ce que ma écrit le ciioyen Vilton, je n attends que la preuve qui
doit me cosvaincre du maintien de mn liberié et de l’égaliié en fa.
veur de la population de cette colonie. Les lois qui consacrent ces
principes, et que la Mère Patrie a sans doute rendues, porieratent dans mon cœur cette conviction, et je vous proteste qu en obicoaut,. cette preuve désirée, je.m y soumeitrai immédiatement.
Vohs me proposez, citoyen général, de vous fournir les moyens “de vous assurer du général Toussaint Louveriure :. ee serai de ma. part une perlidie, une trahison, et cetie proposition, dégradanie “pour. moi, est à mes yeux une marque de linviucible répugnance. Î que vous éprouvez. à me croire ‘susceplible des moindres sentimens. de délicatesse et. d'honneur. Ilest mon chef et moaamri. L'amitié,
citoyen, général, est-elle compatible avec une aussi monsirueuse
Jâcheté ? è |
Les.leis dont je viens de vous parler nous ont éié promises_ par.
la Mère-Patrie, par la proclamation que ses consuls. nous ont
adressée, en nous faisant l'envoi de la Constitution de Fan VE. Remplissez , citoyen général, remplissez cette promesse. maternclie,, en ouvrant à nos yeux le Code qui la renferme, et: Vous verrez
accourir près de cette Mère bienfaisante ous ses. enfans, el avec eux le général Toussaint Louverlture, qui, alors. éciairé comme eux, reviendra de l'erreur où il peut être; ce ne sera .qu'alors que cette erreur aura aiusi été détruite , qu'il pou: rra, S'il persiste malgré. “l'évidence, être considéré comme criminel, et encourir justement
18 nathème: que vous lancez conire, lui, et Ac vous me proposez
l'exécution. | | AL … Considérez, citoyen général, les heureux efféts qui résulteront de
Ja plus simple exposition de ces lois aux yeux dun peuple jadis écrasé sous le poids des fers, déchiré. par le fouet d'un barbareesclavage, excusable sans doute d appréhender les horreurs d'un pareil sort; dun, peuple enfin qui, après avoir goûté les douceurs.
z conire, lui, et Ac vous me proposez
l'exécution. | | AL … Considérez, citoyen général, les heureux efféts qui résulteront de
Ja plus simple exposition de ces lois aux yeux dun peuple jadis écrasé sous le poids des fers, déchiré. par le fouet d'un barbareesclavage, excusable sans doute d appréhender les horreurs d'un pareil sort; dun, peuple enfin qui, après avoir goûté les douceurs. de la liberté et de l'égalité, n'ambilionne d'être heureux que par
elles, et par l'assurance de n'avoir plus à redouter les chaines qu'il 46 SMISTOIRE D'HAITI.—— (1302) a brisées. L’exhibition de ces lois à ses yeux arrêtera l’effusion du
du sang français versé par des français, rendra à la République’
des enfans qui peuvent la servir encore, et fera succéder aux hor=
reurs de la guerre civile la tranquillité, la paix et la prospérité au
‘sein de cette * malheureuse colonie. Ce but est digne /sans doute de
Ja grandeur de la Mère Patrie ; et l’atteindre, citoyen général, ce
serait vous couvrir de gloire et mériter les bénédictions dun peur
ple qui se complairait à oublier les maux que lui a déjà fait éprou-e
ver le retard de leur promulgation, Songez que ce serail pérpétuer ces maux jusqu'à Ja dés éti
entière dece RRpe que de lui refuser, la participation de ces lois
hécessaires au salut de ces contrées. Aü nom de ‘mon pays, au.
nom de la Môre- Patrie , je les réclame ces jois salutaires , et St
Domingne est sauvé. J'ai l'honneur de vous saluer, restante dléilinns eg dés © (Signé) CHRISTOPHE. » Leclerc lui répondit par une lettre du 4 Floréal (24 Avril) qu'il
ne devait pas douter des vues bienveillantes du gouvernement fran"
cais à l'égard des habitans de Domingue, que le gouvernement travaillait , en ce moment, à un,code qui assurerait pour toujours
Hberié aux noirs. Il l'exhorta à se fier à sa parole , s'il ne voulait .
pas être considéré eomme l'ennemi du nom français, et à se rendre
à une entrevue quil lui offrait au Haut du Cap. Il luï donnait sa
pareie d honneur, que s'ils ne Ar eRaQe pas à sentendre défini"
tivement, il aurait fa liberté d'aller se meiïtre de nouveau à la têten
de ses iroupes ; il terminait sa lettre «en lui disant que le refus
qui lui avait fait de lui livrer ‘Toussaint Louverture, ajoutait en=«
core à la hauie idée quil s'était formée de son caractère. Quorde
plus perfide et de plus lâche que cette proposition faite par Leclere
au général indigène ? Combien ne s’avilit-il pas dans sà réponse,
_le capitaine général , iorsqu'il dit à Christophe qui avait repoussé
nouveau à la têten
de ses iroupes ; il terminait sa lettre «en lui disant que le refus
qui lui avait fait de lui livrer ‘Toussaint Louverture, ajoutait en=«
core à la hauie idée quil s'était formée de son caractère. Quorde
plus perfide et de plus lâche que cette proposition faite par Leclere
au général indigène ? Combien ne s’avilit-il pas dans sà réponse,
_le capitaine général , iorsqu'il dit à Christophe qui avait repoussé avee une indignation noble et pleine de dignité, cette infime pros M
position, que son refus ajoutait encore à il haute idée qu'il avait «
de son caractère. Qu'il est hongeux pour le corrupteur d être contraint
de flatter celui qui a repoussé avec horreur ses propositions COrrup=s $
irices. 1 ) # Le 5 Floréal (25 Avril) Christophe consenti à une entrevues
au Haut du Cap. Le jour qui suivit, il partit de son quartier
général des Cardinaux et se rendit, à onze heures du matin, au lieu M
désigné pour l'entrevue. I y rencontra le général Leclerc. qui lui
fit l'accueil le plus flatteur, reçut sa soumission, et le mäintint
dans son grade de général ‘de brigade. Après un court eniretienn
avec le capitaine-général , il se transporta à la Grande-Rivière, en"
“suite à la Marmelade où Toussaint avait son quartier-générals)
Cardinaux et se rendit, à onze heures du matin, au lieu M
désigné pour l'entrevue. I y rencontra le général Leclerc. qui lui
fit l'accueil le plus flatteur, reçut sa soumission, et le mäintint
dans son grade de général ‘de brigade. Après un court eniretienn
avec le capitaine-général , il se transporta à la Grande-Rivière, en"
“suite à la Marmelade où Toussaint avait son quartier-générals) MNT TU EU pi nait TE TR DEN TRE F nine Fe HISTOIRE D’HaiTi 1802) He : D”. Al n'y penconisa. pas ancien gouverneur qui organisait à Ennery. là
milice de ce quartier. Il le vit ensuile arriver, aprés l'avoir, at-.
tendu près d'une journée. Il ne lui avoua pas qu'il avait reconnu le nouveau gouvernement.
“Cependant il lui fit savoir qu'il avait eu ‘une entrevue avec Leclere,
au Haut du Cap, et qu'il en était sorti convaincu des bonnes dise
positions de Bonaparte à l'égard des noirs. Il engagea Toussaint À
“ne plus reprendre les hostilités, et lui donna l'assurance que la
Prance , après sa soumission, le traiterait avec honneur et magnificence. Toussaint le blâma. sévèrement d'avoir eu une conférence
avec Leclerc, sans son autorisation, et lui ordonna de. retourner
au cordon du Nord. Christophe, aussitôt qu'il eut quitté Toussairrt,
hivra au général Salm, la Grande-Rivière, le Dondon, le Mornet,
Je Port-Français. A la tête de 800-hommes de troupes coloniales ,
il se rendit de nouveau au Haut du Cap, où ses sotdats jurérent 6e
déhté à la France. Par sa soumission, Christophe enlevait à Toussaint
tout espoir d'une plus longue résistance : en dégarnissant.le cordon.
du Nord, il permettait aux français de pénétrer dans les cantons.
encore en. insurrection. En même temps le chef de bataillon Chancy.
apportait à Toussaint une lettre du. ré inéral Boudet, Celui ei: lui.
“écrivait que les dépèches qu'il avait reçues par le chef de brigade.
MSabès et le lieutenant de vaisseau Gimont, avaient été anroyées en.
France au 4% Consul, Quoique Bonaparte: eut résolu la perte, de.
Toussaint Louverture , Boudet usait de courioisie envers l'ancien gouverneur, pour calmer son indignation contre la mé uropoie , et luë
laisser entrevoir la: moe d'une réconcitiation qui n’était qu'un
piège. Le général Dacle , de son côté, voulait mettre fin à Îa
guerre civile qui, ant l'inquiétude dans les campagnes , arrê:
iauble développement, de la culiure. Toussaint, abandonnés. de ses
meilleurs lieutenans et de presque touies ses troupes, ne pouvait plus
tenir la campagne. Leclerc lui adressa une lettre par quelle it
exhorta à cesser des hostilités qui perdaient la colonie. Er même
temps le général Fressinet qui était arrivé avec la division de Flessingue, le conjura, de se hâter de faire sa soumission. à la Républi-
“que. Fressinet avait autrefois servi à St. Domingue sous le gouverneur Laveaux. Toussaint répondit à Leclerc quil: accepterail les.
propositions qui lui seraient faites, si elles étaient en harmonieavec
les égards qui lui étaient dus; qu il avait besoin de repos , efqu'on.
devrait épargner à St. Domingue le spectacle de nouvelles on
“Ce fut alors qu'il se convainquit de la soumission de Christophe,
par une lettre que lui adressa ce dernier. Il s’en montra violemment indigné. En même temps le commandant du Mornet ,et Lafleur,
commandantde la grande Coupe du Limbé, vinrent le joindre à Ja.
Märmelade. His lui apprirent que no avait ordonné deLwrer ces ii échas aux français, et qu'ils s'étaient enfuis ,. abandon
devrait épargner à St. Domingue le spectacle de nouvelles on
“Ce fut alors qu'il se convainquit de la soumission de Christophe,
par une lettre que lui adressa ce dernier. Il s’en montra violemment indigné. En même temps le commandant du Mornet ,et Lafleur,
commandantde la grande Coupe du Limbé, vinrent le joindre à Ja.
Märmelade. His lui apprirent que no avait ordonné deLwrer ces ii échas aux français, et qu'ils s'étaient enfuis ,. abandon — * 48 BISTOIRE D’HAITI 180$) nés de leurs troupes, à l'approche du général Salm. Ils se montraient convaineus que Christophe voulaient livrer aux français Vane
gien gouverneur. : La résistance devenait de plus en plus impossible.
Avant de prendre la détermination désespérée de se jeter dans les
mornes les plus retirés, Toussaint écrivit une lettre à Leclerc , par
laquelle il lui demandait dans quel butil voulait continuer à exercer’ les horreurs de la guerre civile dans la colonie. Il terminait
sa leitre par ces mots: « que des circonstances fort malhkeureuses
« avaient déjà occasionné bien des maux ; mais quelles que fussent
_« les ressaurces de l’armée française, 1l serait toujours assez fort et
« assez puissant, pour brûler, ravager, et vendre chèrement une «vie 4 j'aÿait été aussi quelquefois utile à la Mère Patrie. » Le0e Biaprit.que son, ennemi, aux aboiïs, désirait , pour se soumet fré que la: proposition précise d’une réconciliation lui fut faite. fe _ . Du reste depuis “plusieurs jours l’ex-gouverneur employait secrètement tous les moyens pour faire connaître aux français la situation:
douloureuse où il se trouvait. Le capitaine-général s'abstint de le
réduire au désespoir dans la crainte qu'il n'incendiât de nouveau
toutes les plantations. L'armée française était considérablement affai
blie ; elle avait déjà perdu, en l’espace de 3 mois, 5,000 hommes dansw
les comhats, et près de 5,000 malades encombraient les hôpitaux:
Leclerc avait besoin de donner quelque repos à ses troupes. Le
4° Mai, il répondit à Toussaint : « Je vois avec plaisir, citoyen général,"
le parti que vous prenez de vous soumettre aux armes de la Répu=«
blique. Ceux qui ont cherché à vous tromper sur les véritables in:
tentions du gouvernement français sont Bien coupables. Aujourd'hut,
il ne faut plus nous occuper à reveir les maux passés. de ne dois
m'occuper que des moyens de rendre; le plus promptement possibie, la-colonie à son ancienne splendeur. Vous, les généraux et
les troupes sous vos ordres, ainsi que les habitans dé cette colonie,
ne craiguez point que je recherche personne sur sa conduite passée:
Je jette Le voile de l'oubli sur tout ee qui a eu lieu à St. Domingue@«
avant mon arrivée. J'imite en cela l'exemple que le Premier Consul
a donné à la France, après le 18 Brumaire, |
de rendre; le plus promptement possibie, la-colonie à son ancienne splendeur. Vous, les généraux et
les troupes sous vos ordres, ainsi que les habitans dé cette colonie,
ne craiguez point que je recherche personne sur sa conduite passée:
Je jette Le voile de l'oubli sur tout ee qui a eu lieu à St. Domingue@«
avant mon arrivée. J'imite en cela l'exemple que le Premier Consul
a donné à la France, après le 18 Brumaire, | « Tous ceux qui sont ici ont-une nouvelle carrière à parcourir,
et à l'avenir je ne connaîtrai plus que de bons et de mauvais ei
toyens. Vos généraux et vos troupes seront employés. et traités
comme le reste de mon armée. Quant à vous, vous désirez du repos
le repos vous est dû; quand on a supporté, pendant plusieurs an
nées, le gouvernement de St. Domingue, je conçois qu'on en ait
besoin. Je vous laisse maitre de vous retirer sur celle de ves habi=«
tations qui vous conviendra le mieux. Je compte assez sur l'atta
ghement que vous portez à la eolonie de St. Domingue, pour croire
que vous emploierez les momens de loisir que vow aurez dans vetre . HISTOIRE D'HAITI.— (1802? 249 retraite, à me eommuniquer vos vues sur les moyens propres à
faire refleurir dans ce pays, le commerce et l’agriculture. Aussitôt que l'état de situation des troupes aux ordres du général
“Bessalines me sera parvenu, je ferai connaître mes intentions sur
Ja position qu'elles doivent occuper. Vous trouverez à la suite de
cette letire l'arrêté que j'ai pris pour détruire les dispositions de
celui du 28 Pluviôse (17 Février) qui vous était personnel. AA (Signé) LECLERC. Toussaint en recevant cette lettre qui ne l'obligeait pas à se rendre
auprés de Leclerc, [ui demanda cependaut une entrevue au pied du
Mornet. Il communiqua à Dessalines la lettre qu'il avait reçue, et
lui annonça la détermination qu'il avait prise de faire sa soumission,
gontraint par la trahison du général Christophe qui, dégarnissant le
cordon du Nord, le mettait dans l'impossibilité de continuer la guerre.
Dessalines combaltit énergiquement sa résolution. Les nègres, Îui
ditil, se soulèveront un jour en masse contre les français; si vous
faites use guerre de partisans, vous hâterez le moment de cette
insurrection générale dont vous deviendrez le chef. Ces paroles
nébranlèrent pas la détermination de Toussaint qui cependant lui
“donna l'assurance, qu'aussitôt après le débordement des rivières, il
reeommencerait les hostilités, et le conjura, au nom de l'amitié, de
se soumettre aux ordres qu'il lui donnerait. Dessalines jusqu'alors
trés-devoué à l’ex-gouverneur lui promit de ne pas contrarier ses
desseins.
deviendrez le chef. Ces paroles
nébranlèrent pas la détermination de Toussaint qui cependant lui
“donna l'assurance, qu'aussitôt après le débordement des rivières, il
reeommencerait les hostilités, et le conjura, au nom de l'amitié, de
se soumettre aux ordres qu'il lui donnerait. Dessalines jusqu'alors
trés-devoué à l’ex-gouverneur lui promit de ne pas contrarier ses
desseins. Toussaint eût dû suivre les conseils de Dessalines. Les français
lui tendaient un piège dans lequel il allait se précipiter. Quant à
…Dessalines 11 ne se montrait si résolu à continuer la guerre que
parce qu'il n'aitendait aucun quartier du général Leclerc auquel il
avait été signalé comme l'ennemi le plus implacable des blancs. . Avaut de partir pour le Mornet, Toussaint entendit la messe et
gommunia à la Marmelade, Ses soldats, à son exemple, remphrent
leurs devoirs de chrétiens. Ils adressérent à Dieu de ferventes prières,
pour le bonheur de leur chef. Aux premières blancheurs de l'aube,
les trompettes du camp avaient sonné l'air de Diane; touie sa garde
sétait agenouillée, et le ciel avait retenti des cantiques à l'Eternel.
Cétait un spectacle imposant que celui d'une foule de guerriers
inclinant leurs têtes superbes devant le Dieu des armées. Toussaint
qui élait fanatique, et se confessait toutes les fois que sa conscience
était labourée de quelques violents remords, ne négligeait jamais ces
“crémonies religieuses qui se célébraient dans les camps et les casernes, Îl partit de la Marmelade, et atteignit le Mornet où il ne
rencontra pas le général Leclerc, eontre son attente. Il ne voulut
pas l'y attendre ; et malgré les instances de Morisset et de Gabart,
250 ; HISTOIRE D’HA1TI.—— (1802)
qui l'exhortaient à ne pas trop se fier à la loyauté des-blancs, 5
s'élançca sur la route du Cap, accompagné de ces deux officiers, de
Placide Louverture, d Isaac, et d’une compagnie de dragons. Ilapprit,
en chemin, par une lettre que lui avait adressée Leclerc, que le traité
entre la France et l'Angleterre avait été définitivement conclu à
Amiens le 23 Mars 1802. [Il rencontra campé sur un des plateaux
du Mornet, le général Fressinot, à la tête de quelques troupes eus
ropéennes, et de la 10e coloniale. Les officiers noirs et de couleur”
de cette demi-brigade l'accueillirent par les plus vives acclamations,
et [ui apprirent comment les français étaient entrés à Sto. Domingo
il déjeûne avec le général Fressinet qui après le; repas, le serra avec”
chaleur dans ses bras. . il se rendit au haut du Cap. H vie,
avec étonnement s'approcher de lui le colonel Robüilard, jeune hom-\
me, aive-de-camp de Christophe. Aussitôt que cet officier eut pros
noncé le nom de son général, Toussaint lui dit: Je ne veux jamais
entendre ce nom. Robillard le salua respectueusement et se retira
La soumission de Christophe qu'ii appelait une trahison, fui faisait
horreur ; il le considérait comme l’auteur de la dém arche qu'ilétaits
contraint de faire. Quand il passa devant Île poste qu'oecupait le
général Clervaux, la Ge demi-brigade coloniale- l'accueillit avec en
thousiasme. Eñifin il entra au Cap en triomphateur. H fut salué,
par de nombreuses salves d'artillerie. Les français laissérent éclater
une vive joie. Le prestige de la puissance de Toussaint était dé”
truit. Sa soumission quil apportail justifiait celle de tous ses lieu
tenants. Ses partisans crurent à Ja sincérité de sa démarche; ils.
furent tous découragés, et aucun d'eux ne voulut être plus dévoué”
à Toussaint que celuier ne Fétait à lui sa à Après avoir étés
le gouverneur tout puissant de la colonie, 1l dédaigna, prétendait- on
alors, de devenir le chef d'une bande de partisans. I aima mieux,
vivre dans l'isolement, en attendant l’occasion favorable de ressaisren
Fautortté. | | # î
arche; ils.
furent tous découragés, et aucun d'eux ne voulut être plus dévoué”
à Toussaint que celuier ne Fétait à lui sa à Après avoir étés
le gouverneur tout puissant de la colonie, 1l dédaigna, prétendait- on
alors, de devenir le chef d'une bande de partisans. I aima mieux,
vivre dans l'isolement, en attendant l’occasion favorable de ressaisren
Fautortté. | | # î Hi fut reçu au palais du gouvernement par és généraux Débelles
et Hardy. Leclére était à bord du vaisseau du contre-amiral"Mass
ou Aussitôt qu'il us l'arrivée de, Toussaint, il se rendit au
palais national, et se jeta dans les bras de l'ancien gouverneur. IL
lintoduisit dans une salle magnifiquement ornée. Là, étaient ré"
unis le général Villate, Paul Louverture, le colonél de cavalerie Jea 1e |
Pierre Louverture, frère de Toussaint, “le chef de bataillon Chancy,*
M°° Louverture, Pauline Bonaparte dame Lecleic, les généraux Har=#
dy, Dugua et Débelle. Après les complimens ‘d'usage, Toussaint.
dit à Leclerc: Vos lettres, général, sont dés monumens de la nobless 31
de votre cœur ; j'accepte les propositions que vous me faites; et si
vous m'aviez donné connaissance de vos pouvoirs par un aviso, Das
un seui _CGup de canon n’eüt été tiré De part et d'autre lon con
vint qu'un aviso eut épargné à la celonic gt maux de Ja Le 7
HISTOIRE v'Harrr.(1802) 251 out est oublié, répondit Leclerc; nous travaillerons désormais à la
Drospérité de la colonie, moi en rétablissant ordre dans l'administation et les campagnes, vous en m'aidant de vos sages conseils, Car,
Bénérat , jentre dans une carrière épineuse que vous avez parcourue
avec éclat : : que le Ciel me fasse la mème faveur! Tout l'état-major du
nr! Leclerc St au Palais du gouvernement, et l'on remarqaait
dans la foule des officiers généraux, Clausel qui déjà était devenu
une des gloires és h France. Les premières dames blanches de la ville formaient un cercle brilint autour de Pauline Bonapar te, et s'entretenaient avec de beaux et
jeunes officiers. Ceux-ci ne possédaient pas cette galanterie exquise
à faisait ie charme des salons de Versailles, lorsque Marie Anloineite attirait à la cour, par ses grâces et ses profusions, toute fa
noblesse de France: la galanterie révolutionnaire perçait par intervailes.
La Sœur du 4* Consui captivait par sa beñuté l'admiration générale.
Mais, à l'étonnement de tous, elle ne partageait pas la gaieté qui régnait
äutour d'eite. Sa physionomie contrastait avec celle des dames qui
éttient à ses côtés, par une réserve calcuiée. La mélancolie couvrait
Son front cent d'un bandeau enrichi de pierreries; les longues boucles de ses cheveux se déroulaient autour de son eou d'’albâire,
ét lincarnat de ses joues avait disparu. Elle parlait avec langueur
dé notre climat meurtrier, de la tristesse de notre pays, de l’aspect sombre et monotone dé nos monlagn 1es. Quand reverrai-je la
Frances disaitelle , les salons des Tuileries, nos bals, nos opéras,
Hos magnifiques promenades, 4 28
longues boucles de ses cheveux se déroulaient autour de son eou d'’albâire,
ét lincarnat de ses joues avait disparu. Elle parlait avec langueur
dé notre climat meurtrier, de la tristesse de notre pays, de l’aspect sombre et monotone dé nos monlagn 1es. Quand reverrai-je la
Frances disaitelle , les salons des Tuileries, nos bals, nos opéras,
Hos magnifiques promenades, 4 28 La compagnie de dragons commandée par le chef d'escadron Morisect, Qui avait suivi Toussaint Lour eriure, avail pénétré dans la cour du
palais national, et se tenait rangée, le sabre nu, dans une attitude
défiante et wenaçante. Leclerc reçut de Toussaint le serment de
fiuéline à la France, Aprés lui avoir promis la garantie d'une retrarie
honorable, la liberté individuelle pour ses anciens partisans, le
maintien dans leurs grades respectifs de tous ses officiers , il l'invita
dpasser dans une autre salle où tous les assislans se mirent à table.
Après le repas, lorsquil se disposait ‘à sorüir du palais, lon vit
Paul Louverture, son frère, qui commandait à Sto. Domingo lors
de l'arrivée des français, s'offrir à lui pour | embrasser. Il l'arrêta
Pun, geste : Je ne puis, ui dit-il, recevoir les témoignages d'une
mitié vulgaire. Les nobles sentimens n'ont jamais fait battre votre
Cœur; vous n'avez jamais connu l'héroïsme du dévouement; vous
D trahi; j'avais placé en vous toute ma confiance, et ‘javais
droit de cowpter sur votre fidélité, car vous êtes mon frère. Aussi
êles vous bien coupable? Que nes autres lieutenants aient abandonné, je n'en suis pas élunné; mais vous que j'ai comblé de bienfitsver d'honneurs Je n'aurais dû apprendre voire soumission
qu'après l'entrevue que je viens d'avoir avec le général Leciere.
|
; vous
D trahi; j'avais placé en vous toute ma confiance, et ‘javais
droit de cowpter sur votre fidélité, car vous êtes mon frère. Aussi
êles vous bien coupable? Que nes autres lieutenants aient abandonné, je n'en suis pas élunné; mais vous que j'ai comblé de bienfitsver d'honneurs Je n'aurais dû apprendre voire soumission
qu'après l'entrevue que je viens d'avoir avec le général Leciere.
| | RER" HISTOIRE D’'HAITI.— (1802) | | | Vous auriez dû régler votre conduite sur mes démarches, com
nous calculons Îles heures sur le cours du soleil. Il fui tourna
dos. Il convint avec Leclerc que les généraux Vernet e Charles
Bélair seraient employés dans l'armée française. Quant à ce qui Co
cernait Dessalines, ce ne fat pas sans beaucoup de peine qu'il obs
tnt du capitaine général qu'il fût maintenu dans son grade de di
visionnaire ; les français ne pouvaient lui pardonner d'avoir immol
tant de blancs. Mais ces massacres n'étaient ils pas inévitables, quand
on songe que les indigènes insurgés portaient dans l’âme la convics,
tion qu'on voulait les replonger dans la servitude? Ne devaient ils.
pas se défendre énergiquement par tous les moyens humainement,
possibles ? Du reste Dessalines n'avait fait qu'exécuter impitoy abiement |
les ordres de son chef. Si l’histoire doit maudire ces cruautés quë
n'étaient que représailles, Toussaint, qui les avait ordonnées 4
en est'le principal coupable. L'ancien gouverneur sortit du Capau
milieu des félieitations des généraux français. I atteignit les postes,
avancés du général Fressinet; 11 traversa ensuite la plaine du Nos
suivi d'une foule d'officiers qui lui firent leurs adieux sur ne |
tation Noguës. De part et d'autre l’on n'avail pas été sincère da
l'entrevue qui venait d'avoir lieu. Leclerc rêvait déjà aux moyens
de faire enlever Toussaint Louverture, et celui ci songeait aux moyens!
de soulever la généralité des cultivateurs du Nord et de l’Artiboi nite,
aussitôt après le débordement des rivières par les pluies de L'hiver”
nage. Quand l'ancien gouverneur parvint à la Marmelade , $le come
mandant du bourg le reçut aux détonnations de plusieurs salves
d'artillerie. Le lendemain il passa en revue sa vaillante garde d bone
neur pour la dernière fois. Il rappela à ses soldats leur courage
dans les combats et leur dévouement à sa cause; il leuren témo
gna avec émotion toule sa reconnaissance. En présence du come
mandant français que Lecierc avait placé dans le Canton, il leur
recommanda de servir avec fidélité le nouveau gouvernement. Des.
Järises tombèrent des yeux de Môrisset, de Monpoint , . de Magay,
et de tous les vétérans de la garde d’ pe, El se OS le mê=
me jour dans la .vallée d'Ennery quil avait choisie pour être le lieu
de sa retraite. D'Ennery est un bourg pittoresque bâti près d e
bords d'une petite riviére.dont les eaux arrosent une campagne riche
ei verdoyante. Le chemin qui traverse là nallée est large et om
bragé de grands arbres, et les voitures y roulent sans obstac
Toussaint réunit autour de lui, dans*ce canton , toute sa fami
Il y possédait quatre habitations. Er |
Le jour qui suivit sa sortie du Cap, le al Villate qui. avait
assisté à la fête célébrée au palais du gouvernement, fut enter
sans pompe funèbre , sans honneurs militaires. L'on présondis
l'époque, que les colons l'avaient fait empoisonner : personne n'ignos
rait le dévouement de Villate à la cause de la liberté générale, Dept 15
, dans*ce canton , toute sa fami
Il y possédait quatre habitations. Er |
Le jour qui suivit sa sortie du Cap, le al Villate qui. avait
assisté à la fête célébrée au palais du gouvernement, fut enter
sans pompe funèbre , sans honneurs militaires. L'on présondis
l'époque, que les colons l'avaient fait empoisonner : personne n'ignos
rait le dévouement de Villate à la cause de la liberté générale, Dept 15 à
HISTOIRE D'HAITI.-— (1802) 253 Ïà soumission de Toussaint, la présence dans la colonie des officiers
fndigènés de réputation contrariait les intérêts français.
D'après les instructions qu'il avait reçues de Bonaparte, Leclere
aurait pu les embarquer pour France, et les faire placer dans les
troupes du contiñent européen. Mais les colons, dont il s'entourait,
lé détournérent de celte idée, en lui exposant que l'enlèvement de
Rigaud déjà effectué, et celui de Toussaint , les chefs des deux couleurs, sufliraient pour rétablir l'ordre. Ils lui donnérent le conseil
dexterminer insensiblement les autres chefs ef de museler le reste des
tigres. Leclere adopta cette politique qui mise en pratique hâtera le triomphe de la liberté. Effrayé des résultats de son système, il voudra
en vain en arrêter le développement ; il ne pourra lutter contre cette
soif ardente de carnage qu'éprouvaient les colons; il subira leur influence, et sa politique heureusement dévoilée à la masse des indigènes,
alors qu'elle était en état de résister aux efforts de la France, fera
naître l'Indépendance d'Haïti. … Le capitaine général fi publier l'arrêté suivant qu'il avait déjà
adressé à Toussaint, sous le pli de sa lettre du 4er Mai. 41 Floréal an 10, (ler Mai 1802.)
Le général en chef ordonne : Les dispositions de l’article premier de l'arrêté du 28 Pluviôse
dérnier qui mettent le général Toussaint Louverture hors la loi sont
rapportées, En conséquence il est ordonné à tous les citoyens et
Militaires de regarder eomme nul et non avenu cet article. (Signé) LECLERC. Le chef de l'état: major de Toussaint, l’adjudant-général Fontaine,
remit, six jours. après la soumission de l'ex gouverneur, à l adjudantcommandant Périn, l’état exact des troupes qui occupaient la Marmelade.
Alors finit cette lutte entre Toussaint et les français appelée la guerre
détrois mois, parce qu'elle avait duré trois mois, des premiers jours de
février au 1° mai. Leclerc se résout , Pour se préparer les facilités d'enèver Toussaint Louverture, aussitôt qu un prétexte quelconque se pré-
‘Senterait, de disperser sur tous les points de l'île les demi- -brigades
indigènes, de faire reutrer sur leurs habitations les eultivateurs qui
dvaieut été armés. Toussaint, isolé dans la vallée d'Ennery, sera arrêté
sans pouvoir opposer aucune résistance. Dessalines reçut du capitaine général l'ordre de se rendre à St.-
Marc, avec les débris de la 4.°, commandés par Gabart. Il entra
en cette ville . au milieu des acclamations universelles des indigènes.
Il fut extraordinairement flatté par les françäis qui mirent aussitôt
tout en œuvre , pour corrompre la 4.° et l’exciter contre ceux qu'ils
äppelaient les brigands. Lamartinière reçut Fordre de se rendre aq
alines reçut du capitaine général l'ordre de se rendre à St.-
Marc, avec les débris de la 4.°, commandés par Gabart. Il entra
en cette ville . au milieu des acclamations universelles des indigènes.
Il fut extraordinairement flatté par les françäis qui mirent aussitôt
tout en œuvre , pour corrompre la 4.° et l’exciter contre ceux qu'ils
äppelaient les brigands. Lamartinière reçut Fordre de se rendre aq 254 HISTOIRE D’HAITI.— (1802)
Ed 1
Port Républicain, pour y prendre le commandement de la 3.%col6s,
biale, Il arriva en cette: ee monté sur un coursier superbe; "1
avait une attitude fiôre, et son chapeau était surmonté d’un brillant
panache rouge. Quand il traversa la rue des Fronts-Fonts, il fut
assailli par une multitude de femmes de couleur, armécs de pierres)
et de bâtons, qui le huaïent, et s'indignaient contre le capitaines
général, qui aurait dû, disaient elles , fire fusiller un tel scélérat
Elles se ranpelaient sa résistance à la porte de Léogane, et sa ter
totive d'incendier la ville, à l'arrivée des français. 41 les ft rentretn
dans lordre par son sang froid et sa fermeté. Le Port-Républicai
était alors une ville entièrement dévouée à la France. Les généraux
Boudet et Pamphile de Lacroix le trailérent avec distinction. Nous
le verrons rendre aux français us grands services qu'à Tous: |
saint Louveriure. +
Les casaques ronges , qui formérent plus tard la 44e demie brigadi
coloniale, furent envoyés aux Gonaïxes. Le bataillon des grenadiers @
la garde d'honneur de Toussaint fut acheminé sur Plaisance “oi
commandait le général Clausel qui venait d'être nommé général der
division. Les deux escadrons de la garde d'honneur, commandés,
par Monpoint et Morisset , refusant de se laisser incorporer”
dans [a .gendarmerie, furent licenciés. Les troupes coloniales étaientu
PR Rats aux lieux de leurs cantonnemens. Les draps de la gars.
de de Toussaint, devenus laboureurs, s'étaient répandus dans le can=
ton d'Ennery, prêts à s'insurger au premier signal de leur anciens
chef. On fit rentrer dans les villes les pièces d'artillerie qui avaien ‘|
été trainées dans NAREU par les insurgés. Les arsenaux reçus
rent plus de cent canons de différens calibres. 5. 7840 s 4
leurs cantonnemens. Les draps de la gars.
de de Toussaint, devenus laboureurs, s'étaient répandus dans le can=
ton d'Ennery, prêts à s'insurger au premier signal de leur anciens
chef. On fit rentrer dans les villes les pièces d'artillerie qui avaien ‘|
été trainées dans NAREU par les insurgés. Les arsenaux reçus
rent plus de cent canons de différens calibres. 5. 7840 s 4 Quelques semaines après, Leclerc déclara ,. par un Arrè du 42 Prairial, an 10 ( 2 Juin 1002 ), que l'armée françai
étant une , l'a rmée coloi siate cesserait d'exister séparément, el
serait incorporée dans lex troupes européennes. D'après cet arrêtés
les gardes à pied de Toussaint formèrent trois CES de
cent honimes chacune et furent appelés guides du: Nord, s
les ordres du colonel Magny; les 4°%° et 2° demi- brigades coll
niales formèrent le 4° bataillon de la 44° légère ; les deux bataitlent
de la 4° coloniale, sous les ordres du général Dessalines, compo:
sèrent le 3° bataillon de la 5° légère; : le deuxième bataillon de 198%
de ligne fut formé des 5°et G° coloniales; la 7° coloniale compos
le 3° bataillon de la 81° de ligne; la 8° coloniale composa le 2° bataïllom
de la 3° légère ; la 9° coloniale forma le 2° bataillon de la 74° de lignes
la 8° coloniale ‘composa encore le 3° bataillon de la légion expéditions
paire; le bataillon de la 4° coloniale , cantonné à Jérémie, forma .
9* bataillon de la 90°; la 3° demi brigade coloniale, et. le 4% batail S
lon de la 44 coloniale formèrent le 9° bataülort de la 68°; de
£* bataillon de la 44° coloniale forma le 8° bataillon de la légi on di
LE | GC HISTOIRE D'HAÎTI.—(1802,) | 255
A .
de la Loire; le 2° bataillon de la 41° coloniale et celui des Casa.
ques Rouges, composèrent le 4° bataillon de la 7° de ligne ; la 49°
coloniale forma le 2° bataillon de la 19° légère. Les généraux français, d'après une ordonnance de Leclerc, publiée par le général Dugua,i chef de l'état major de l'armée, pasSérent en revue sur tous les points de l'île, les troupes coloniales,
et vérifièrent les brevets de nomination des officiers. Les grades
qui avaient été donnés par Toussaint Louverture depuis le 17 Plumiôse an 10 (époque de l'ouverture de la campagne }, furent déclarés
nuls, en contravention aux conditions de la soumission de Toussaint. Ce fut ainsi que Chancy, neveu de Toussaint Louverture,
qui avait été nommé chef de bataillon, après le débarquement des.
français, redevint capitaine.
,
et vérifièrent les brevets de nomination des officiers. Les grades
qui avaient été donnés par Toussaint Louverture depuis le 17 Plumiôse an 10 (époque de l'ouverture de la campagne }, furent déclarés
nuls, en contravention aux conditions de la soumission de Toussaint. Ce fut ainsi que Chancy, neveu de Toussaint Louverture,
qui avait été nommé chef de bataillon, après le débarquement des.
français, redevint capitaine. Le calme et l'ordre se rétablissaient dans la das après de si
“iolentes convulsions et de si grands excès; l'influence de Toussaint était
presque éteinte; la plupart de ses lieutenans qui l'avaient trahi ne
woyaient pour eux , de sûreté, dans l'avenir, que dans sa ruine
complète. La prépondérance métropolitaine était rétablie. Si le
gouvernement de Bonaparte s'était montré sincère envers les indigènes,
sil n'avait vu en eux que des citoyens libres comme ceux des dépertemens de la Môre Patrie, si aueun acte tentant au rétablisse-
“ment de l'esclavage n'avait été fait, la colonie serait demeurée pour
{oujours à la France ‘qui eût trouvé dans les noirs et les hommes
de couleur un dévouement sans bornes. ds £- LIVRE VINGTI-SEPTIÉÈME. Fe p'-- 1C52. à
Sommaire Une gazette officielle est imprimée au Cap.—Départ du général Bou
det pour les Iles du Vent —Rochambeau le remplace dans l'Ouest —HLes US
féroces de Rochambheau se manifestent.— Hettre de Rochambeau concernant les k hommes de couleur. — Leclerc, au contraire, s’eflorce de prouver ses bon
. CC , , « . LL nes dispositions envers les indigènes. — Colons qui forment, au (Caps
Des F Là
+]
le eonseil particulier de Leclerc.— Leur projet de l’extermination des indigènes:
— EPenézech, préfet colonial, s'oppose à leur projet. Commencement du. désars,
mement —Leclere se retire à Pile de la Tortue.— Sylla, qui occupe les mornes
de Plaisance, refuse de reconnaître l'autorité de Lecierc.—Celui-ci s’en plaint an
T'oussamt.—Réponse de T'oussaint.—Mort de Lubin Golart —Leclerc fait attaquer
Sylla par Clausel qui est repoussé.— Leclerc revient au Cap.—I1l y mande Des
salines —Il sonde ses dispositions à l’éoard de Toussaint—[La fièvre jaune #6
manifeste —ÆEmbarras de Leclerc-—Il se détermine à arrêter Toussaint Louvers
ture.—Il consulte à ce sujet Christophe, Maurepas et Clervaux.—Réflexions den
Foussaint Louverture, sur la déportation de Rigaud.—On lavertit de se tenir SU
ses gardes.—Ses relations avec l’adjudant-général F'ontaine—$Ses lettres intercep
tées.— Arrestation de Fontaine. Moyens qu'emploie le général Brunet pour par
venir à arrêter Toussaint — Toussaint est arrêté sur l’habitation Georges près des
Gonaïves. Il est conduit en cette ville où il est embarqué sur la frégate la Créole
— Il est conduit dans la rade du Cap où il esttransbordé sur le vaissau le Hé”
ros.—Ses paroles au capitaine du vaisseau. — Î[ arrive en France. — Exécution.
de l’adjudant-général Fontaine.— Proclamation de Leelerc annonçant à la colon
nie la déportation de T'oussaint.— Conduite perfide de Dessalines envers Tous
samt— Convocation au Cap d'un conseil colonial.— Le conseil est présidé pat
la Créole
— Il est conduit dans la rade du Cap où il esttransbordé sur le vaissau le Hé”
ros.—Ses paroles au capitaine du vaisseau. — Î[ arrive en France. — Exécution.
de l’adjudant-général Fontaine.— Proclamation de Leelerc annonçant à la colon
nie la déportation de T'oussaint.— Conduite perfide de Dessalines envers Tous
samt— Convocation au Cap d'un conseil colonial.— Le conseil est présidé pat Bénézech.—Mort de celui-ci.—Paroles courageuses de Christophe dans le conseil. sur LA HISTOIRE D’HAÎTI.—(1802) 257
contre le système colonial —TLoi du 20 mai 1802, qui rétablit l'esclavage. —
Fin des séances du conseil colonial Mort de Hardy. — Mort de Débelle, —-
Noble conduite de Dévant. — Des hommes de couleur du - Port-Républicain et
de la Croix-des-Bouquets vont joindre Lamour Dérance.—Pamphile de Lacroix
prend le commandement du département de Cibao 2 Toussaint débarque à + Landernau. —Il est conduit à Morlaix ; de 1à dans la forteresse de Joux.—$Sa
eaptiviié —Circonstances de sa mort—Jugement porté sur Joussaint. E Le capitaine-général, délivré des préoccupations que lui avait
données la résistance de Toussaint, songea à réorganiser l’administration générale de la colonie , et surtout à se défaire de l’exgouverneur le plus tôt possible. IL ordonna le 15 Prairial an 10,
(5 Jum), qu'une gazette officielle füt imprimée au Cap. Cette
«feuille devait donner au public les ordres et arrêtés du capitainegénéral, les nouvelles étrangères, les avis, les notes concernant
Jagriculture, le commerce, les arrivages des poris, les prix des
denrées tant d'importation que d'exportation. Dans son premier
numéro, elle célébra les succès du gouvernement, approuva Îles
mesures qu'il prenait , et promit à la colonie une administration
douce et libérale. 11 fut permis aux citoyens du Port Républicain,
des Cayes et de S.to Domingo d'imprimer dans leurs villes respecives , des feuilletons contenant seulement des avis de con:merce. A cette époque, la nouvelle des convulsions qui tourmentaient
encore les îles du vent, arriva à St Domingue. Leclerc commit aus- :
silôt une des fautes les plus graves de son gouvernement : ïl envoya le général Boudet à la Guadeloupe, au secours du général
Richepanse que l'immortel Delgresse, homme de couleur, était sur
le point d’exterminer. Boudet était parvenu, par la noblesse de
son caractère, à capter la eonfiance de la plupart des indigènes
de l'Ouest. Il fut remplacé dans son commandement par le général
Rochambeau, dont la haine implacable contre les hommes de cou-
“leur s'était manifestée depuis plusieurs années. * Les mulâtres ne à
à * Philadelphie, le 6e. jour du 3e. mois de l’an 3e. de la République
Française, une et indivisible. Dtien RocnamBeau, général de division, au Conseil Exécutif s provisoire de la République.
Je vous envoie, citoyers Ministres, un exemplaire d’une lettre qui m'a
“été adressée par un des centre-révolutionnaires de St-Domingue , réfugié
Sur le continent. Cet homme a été déporté par le commissaire Sonthonax, pendant nion séjour passager dans cette colonie, pour ses menées
aristocratiques, et j'ai approuvé de toutes mes facultés cet acte de sévérité,
général de division, au Conseil Exécutif s provisoire de la République.
Je vous envoie, citoyers Ministres, un exemplaire d’une lettre qui m'a
“été adressée par un des centre-révolutionnaires de St-Domingue , réfugié
Sur le continent. Cet homme a été déporté par le commissaire Sonthonax, pendant nion séjour passager dans cette colonie, pour ses menées
aristocratiques, et j'ai approuvé de toutes mes facultés cet acte de sévérité, Toutes les grandes villes des Etats-Unis sont peuplées de cette tourbe.
A Philadelphie,, ils forment la société intime du rinistre de la Répubhgue, et influent particulièrement sur ses déterminatinns ; la guerre est donc
“ouverte entre cette clique et moi. Elle prodigue des regrets sincères sx 358 | HISTOIRB D’HAITI.—(18@2) | doutèrent plus qu'il ne fut dans l'intention des français de rétablir”
à leur égard le système des vexations et de la tyrannie. Rocham
beau, entouré de nombreux colons qui l’incitaient à mettre en pra
tique les inspirations de son âme féroce et méchante, parlait har-«
diment de dresser des potences dans toutes les villes et bourgades.
de l'Ouest. Des plaintes furent portées contre lui au capitaine
général. Celui ci le blâma sévèrement et lui fit dire que le moment
de terrifier les populations indigènes n'était pas arrivé, quelles”
avaient, au contraire, besoin d’être encore ménagées. La présence
de Leclerc dans le Nord contenait les tendances liberticides des coJons de cette province qui ne rêvaient qu'au rétablissement, officiel
de la servitude. | | ,
Leclerc ne voulant prendre aucune mesure de rigueur contre les"
indigènes, avant l'arrestation de Toussaint, ne craignit pas de s'ats
tirer toute l'animadversion des colons par un acte qui produisil SUE
les troupes noires el jaunes une impression tout-a-fait favorable à
- la cause métropolitaine. Un colon blanc, du quartier des Grands:
Bois , ayant rencontré , au Cap, un officier noir de la 10
coloniale, du Mirebalais, qui avait été son esclave , larrêta au
Milieu de la rue et lui arracha l’épaulette en disant : « Misérable ne
a Sais-tu pas que les temps sont changés? Ne devrais-tu pas être
« aux Grands Bois sur mon habitation ?» Au: même instant un chef
d'escadron français, de l'état major du capitaine général, parfaite
ment instruit de la pohtique que suivait, dans le moment, le gou=
vernement, vint à passer. Quoi! dit-il, au colon ; tu oses arracher
à ce brave son énaulelte; ne sais-tu pas que la République Frans
çaise a détruit l'esclavage partout où elle a planté son drapeau ? I la mort de Robespierre. Elle déchire les commissaires Polvérel et Son
thonax qui les ont châtiés et punis. Elle jette feu et flamme contre le
décret juste et politique quia été rendu sur l’affranchissement des africains, et
cependant ce sont les européens et l'espèce noire qui sauveront les colonies Vous observerez , citoyens, que je compte peu, dans na manière de
Soir, sur les hommes de couleur, tandis que j'ajoute un grand degré
de confiance dans les noirs ; ces derniers sont moins vicieux, plus bram
ves , plus sobres et surtout plus reconnaissants du bienfait de la libertén
que les premiers. | ù
quia été rendu sur l’affranchissement des africains, et
cependant ce sont les européens et l'espèce noire qui sauveront les colonies Vous observerez , citoyens, que je compte peu, dans na manière de
Soir, sur les hommes de couleur, tandis que j'ajoute un grand degré
de confiance dans les noirs ; ces derniers sont moins vicieux, plus bram
ves , plus sobres et surtout plus reconnaissants du bienfait de la libertén
que les premiers. | ù | Signé, D. ROCHAMBEAU.. C'est ce même Rochambeau qui, en prenant les rênes de la colonie,"
après la mort de Leclerc, fera aux noirs et aux hommes de couleur une
guerre d’extermination, les fera dévorer vivants par des chiens, les fera
noyer, liés les uns aux autres, dans toutes les rades de la colonie“
C’est ce même Rechambeau qui dira que les blancs ne doivent communi=
quer avec les noirs que pour les détruire, comme des bêtes féroces;-quim
prétendra, quand il demeurait stupéfait de leur héroïsme au milieu dés
tortures , qu'ils ne sentaient pas la douleur, et qu'ils avaient la peau
plus dure que celle des autres hommes. | 1 x Le _ Histoire D’uArti.—(1802) 259 tonduisit l'officter noir au palais national, et raconta à Leclerc la
scène dont il avait été témoin. Cette circonstance répandue dans
la ville fit éclater la plus vive indignation parmi les troupes coloniales
ét une défiance marquée à l'égard des français. Il est donc vrai ;
Se disaiton, qu'ils sont venus dans la colonie pour rétablir l’escla.
vage. Leclerc se vit contraint, pour effacer l'impression fâeheusé
qu'avait produite une telle action: de condamner le ‘colon, malgré
les instances des bourgeois blancs, à ètre exposé en placé publique; pendant. toute une journée, avec un écriteau, et sur lestomac e&
Sur le dos, portant ces mots : partisan de l'esclavage. Cette exposition eut lieu un samedi, jour de marché, au milieu d'un peupié immense de cultivateurs qui couvrirent d'insultes le condamné: De tous les colons qui comimençaient à former le conseil parti:
ulier de Leclere, celui qui se montrait le plus scélérat était un noms mé Collet. I entretenait avec les anciens roÿalistes du Sud et de. POuest une correspondance qui ne respirait que l'exterminäation des
indigènes de 7 à 50 ans. L’on remarquait au Cap, dans là foule de
ces grands criminels, outre ce Collet, Dumas, Domergue, -O'Gorman, ancien officier de la garde d'honneur de” Toussaint , ‘et Eam-=
franc, tous blancs , riches planteurs; aux Cayes, Mongin , ancien
juge , d'une férocité inouie , Labiche, autre ancien juge qui avait
combattu la France, sa pairie , sous les drapeaux anglais, et Dessongards ; au Port Républicain , Desrivièéres, Guieu, Bon, Ango,
Baudamant et Saint Cyr, tous blancs. Rues
orman, ancien officier de la garde d'honneur de” Toussaint , ‘et Eam-=
franc, tous blancs , riches planteurs; aux Cayes, Mongin , ancien
juge , d'une férocité inouie , Labiche, autre ancien juge qui avait
combattu la France, sa pairie , sous les drapeaux anglais, et Dessongards ; au Port Républicain , Desrivièéres, Guieu, Bon, Ango,
Baudamant et Saint Cyr, tous blancs. Rues Le préfet colonial Bénézechi , citoyen vertueux, sincéremént at:
taché à la liberté générale, faisait en vain tous ses efforts pour
neutraliser les conseils que “les colons donnaient au capitaine-général. S'apercevant que Leclerc n'écoutait pas ses avis , il se laissä
aller au découragement, et gémit sur le sort de taot de braves
indigènes qui avaient rendu d'immenses services à la mére-patrie, el qui
né demandaient qu’à la servir encore , en qualité &e citoyens français.
… Le capitaine-général, voyant toutes les populations se livrer aux
travaux agricoles, et la plupart pleines de confiance en le nouveau
gouvernement, crut qu'il pourrait, sans danger, les désarmer, pour
Préparer le retour de Fancien régime. Il ordonna à tous les cultis
Nateurs de déposer leurs armes au bureau des chefs lieux ée comunes. Les habitans des eampagnes du département du Sud, qui
avaient reçu les français comme des libérateurs, et qui se sentaient
entièrement dévoués à la Métropole, ne purent comprendre pourquoi
Pon employait cette mesure à leur égard. Le désarmement, qui
men fut pas moins commencé, produisit quelques agitations qui
heureni aucune sulle sérieuse. Leclerc venait de 6e retirer à lîle de la Tortue, avec son épouse et sa maison militaire. Il y jouissait des bienfaits d'un heureux
limat, lesprit libre des soins pénibles des affaires publiques, * 260 RS HISTOIRE D'HAITI.=— (1802) croyant avoir atteint le terme de ses travaux militaires, quand il:
apprit que le commandant Sylla, retiré dans les RD de Plaisance, refusait obstinément de reconnaître le nouveau gouvernement.
Il adressa aussitôt à Toussaint une lettre par laquelle il le priait d’user de l'influence qu'il exerçait sur Sylla pour le porter à mettre
bas les armes. Toussaint lui répondit qu'il n'exerçait aucune Imflu
ence sur Sylla auquel cependant ïl avait ordonné de cesser les hostilités, après sa soumission. II chargea néanmoins Placide Louver=
ture de remettre une lettre à l'adresse de Sylla, au général Dugua
qui commandait au Cap en labsence de Leclerc. Dugua envoya
celte lettre au capitaine général qui , au lieu de lexpédier à Sylla, se
résolut à le faire attaquer. Après avoir lu cette lettre qui consia*
une Imflu
ence sur Sylla auquel cependant ïl avait ordonné de cesser les hostilités, après sa soumission. II chargea néanmoins Placide Louver=
ture de remettre une lettre à l'adresse de Sylla, au général Dugua
qui commandait au Cap en labsence de Leclerc. Dugua envoya
celte lettre au capitaine général qui , au lieu de lexpédier à Sylla, se
résolut à le faire attaquer. Après avoir lu cette lettre qui consia* tait l'influence dont jouissait encore Toussaint sur les cultivateurs, Leclerc se détermina irrévocablement à l'arrêter. Il ordonna au
général Débelle qui commandait au Môle St.-Nieolas d'acheminer sur
Plaisance le 3° bataillon de la 9° coloniale, commandé par Lubin Golarts au bataillon des Casaques Rouges, des Gonaïves, de prendre égae
lement fa route de Plaisance. °Le général Clausel devait, à la téten
de ces deux corps, diriger une attaque sérieuse coulire Sylla. Les”
casaques rouges, arrivés près de Plaisance, déclarérent qu'ils ne se bats
tæxent pas contre leurs frères , et se dispersèrent dans les bois.* Le“
3° bataillon de la 9° perdit à Plaisance son commandant Lubin Golart*
qui mourut, ‘prétendit-on , empoisonné par ses soldats. (CGeux ci,
quoique soumis aux français, ne lui FAO EEE pas d'avoir con:
traint Maurepas à se rendre au capitaine général. Sylla, retranché
daus les hauteurs dela Branle » l'EPOUSSA vigoureuscient le général,
Ciousei qui l'avait d'abord attaqué avec une demi-brigade européenne. La 9° coloniale rallia les fuyards, chargea à son tour, et”
débusqua l'ennemi qui se retira en bon ordre à la erète de la mon“
tagne, dans une position inexpugnable. Clausel rentra à Plaisance.
sans avoir obtenu un complet succès. Il existait donc un noyau
d'insurrection dans le sein du département du Nord. Leclerc sentit”
que l’ordre était loin d'être rétabli ,et qu'il se repesait sur un vols
can mal éteint. Il abandonna les plaisirs auxquels il se Hivrait à Ha
Tortue et revint au Cap. 11 y manda le général Dessalines, le plus”
audacieux des chefs indigènes, qu'il voulait gagner entièrement au
parti de la France. Quand il entra au Cap Dessalines reçut l'accueil
le plus flatteur de la population noire ci jaune. Les français vi
rent avec douleur celle vénéralion qu'inspirait un homme encore
couvert du sang des blancs. Il fallait que Leclere se sentit biens
faible, pour qu’il se décidât à placer sa confiance en un guerriers
dont il ne voulait pes recevoir [a soumission, il n’y avait HA
quelques semaines.- Le prestige du nom français était déjà détruit»,
il entra au Cap Dessalines reçut l'accueil
le plus flatteur de la population noire ci jaune. Les français vi
rent avec douleur celle vénéralion qu'inspirait un homme encore
couvert du sang des blancs. Il fallait que Leclere se sentit biens
faible, pour qu’il se décidât à placer sa confiance en un guerriers
dont il ne voulait pes recevoir [a soumission, il n’y avait HA
quelques semaines.- Le prestige du nom français était déjà détruit», * On les appelait Easaques rouges parce qu'ils portaient des habits me HISTOIRE D'HAITI. (1802) i 261 4 avait remarqué que les hommes de couleur et les noirs, anciens
partisans de Rigaud, qui l'avaient aidé à renverser Toussaint Louveriure, se montraient disposés à s'opposer vigoureusement au rétablissement de la servitude. Il songea à gagner les anciens généraux
de Toussaint, pour les opposer au nouveau parti qui se formait.
J1 pensait qu L_obtiendrait d'autant plus facilement ce résultat que
des partisans de Toussaint étaient odieux. aux. partisans de Rigaud,
Mais tous les moyens qu'il emploiera seront sans succès ; la conduite du général Hédouville dans la colonie avait dessillé tous les
D: et. le sentinent de la liberté réunira tous les indigènes sous
le même drapeau. Dessalines le trompera ; il accueillera toutes s
faveurs, afin de pouvoir donner une direction à. Ja population, a
protéger contre Îles français tout en les servant, attirer Fattention
£onérale , préparer secrètement une insurrection dont il se fera proClamer le chef. Onverra son ambition se développer prodigieusement; il auéantira, à l’aide des français, tous ceux des indigènes
qui pourront Jui disputer le commandement en chef, et il «acquerra
sur les sions un pouvoir sans borncs. Le générai Pamphile de
“Lacroix, qui avait été remplacé au Port-Républieain par le général
Dévaut , le reçut au Palais National avec les apparences de la
cordialité. En l'abordant , Dessalines lui dit d'une voix altière :
« Je suis le général Dessalines; dans des circonstances malheureuSes, Jai souvent entendu parler de vous, » Les généraux français
virent en lui, comme ils le dirent plus tard, un barbare sauvage
qui paraissait plus orgueilleux que repentant de ses faits. passés.
Leclerc l'accueillit avez affabilité. HE lui dit quil comptait sur son
énergie pour l'extermination des brigands et le maintien de l’ordre.
Le tonnerre les pulvérisera, répondit Dessalines. Leclere lui fit don
dune maguifique paire de pistolets, d'un beau sabre d'honneur et
de 800 piastres. Le capiiaine- général lui demanda si Toussaint ne
Davait pas engagé à ne pas se soumettre à la France. Cette question surprit Dessalines qui répondit affirmativement : l'éloignement
de Toussaint de la colonie ne pouvait désormais que lui être agréable. Le dévouetnent à ia cause de son ancien chef était alors con-
{raire à ses intérêts. Toussaint était déjà oublié. Dessalines, dans
celte € éhtrevue, se montra heureusement indifférent à son sorts SI
Sétait apitoyé sur lur, il aurait été arrèté et embarqué pour Fran-
“ce. Leclerc le vit disposé à ne pas contrarier l'arrestation de l'ancien
gouverneur, et à combattre ceux qui prendraient les armes pour
F, venger. s° Dessalines partit du Cap, et se rendit à St.-Mare.
Malgré les succès des français, le commeree langussait dans le
Nord et l'Arlibonite. Quand les bätimens de guerre anglais ou amé-
lur, il aurait été arrèté et embarqué pour Fran-
“ce. Leclerc le vit disposé à ne pas contrarier l'arrestation de l'ancien
gouverneur, et à combattre ceux qui prendraient les armes pour
F, venger. s° Dessalines partit du Cap, et se rendit à St.-Mare.
Malgré les succès des français, le commeree langussait dans le
Nord et l'Arlibonite. Quand les bätimens de guerre anglais ou amé- “ * Dessalines, en effet, arrêta et fit exécuter au Cap Charles Bélair qui
$e souleva plus tard pour venger Toussaint Louverture. 262 | HISTOIRE D'HAITI. —(1802) ñ ricains venaient mouiller dans les ports de la colonie, les autoritéél
françaises, qui avaient le sentiment de lour faiblesse, comblaient
de politesses les officiers étrangers et leur donnaient de brillantes“
fêtes. Cette courtoisie provenait du besoin que lon pouvait avoir,
d’un moment à lsutre, des secours des gouvernemens étrangers; ê
contre les indigènes, auxquels n’échappait pas l'inquiétude des français. Les troupes européennes commençaient à être moissonnées.
par la fièvre jaune ou le mal de Siam. La peste s'était surtout,
déclarée au Cap et au Port Républicain, Les hôpitaux furent en
combrés de malades. Un grand nombre d'officiers européens péris=
saient chaque jour. H fallut les remplacer : le gouvernement fut
d'abord très-embarrassé; il avait incorporé dans les demi brigades!
européennes toutes les troupes coloniales. (Comment, sans exciter" :
le mécontentement des indigènes, ne pas remplacer les officiers
supérieurs blancs qui avaient succombé , soit dans les combats, soit.
par la peste, par des noirs et des hommes de couleur ? Cependant |
le capitaine général, se défiant des troupes coloniales, refusa de
donner aux indigènes , dans les troupes blanckes, des grades de
colonels, de chefs de bataillon et mème de capitaines. Déjà le.
soldat européen , que le contact des eolons avait corrompu, mépri=.
sait Îles officiers supérieurs noirs et de couleur auxquels 1h re.
fusait souvent d'obéir.
par des noirs et des hommes de couleur ? Cependant |
le capitaine général, se défiant des troupes coloniales, refusa de
donner aux indigènes , dans les troupes blanckes, des grades de
colonels, de chefs de bataillon et mème de capitaines. Déjà le.
soldat européen , que le contact des eolons avait corrompu, mépri=.
sait Îles officiers supérieurs noirs et de couleur auxquels 1h re.
fusait souvent d'obéir. L'on ne doit pas attribuer à l'incapacité ces fautes graves commi-.
ses par le général Leclerc. Il avait reçu l'ordre du Premier Con
sul de tenter le rétablissement de l'esciavage ; il ne pouvait donc pas
donner de l'influence à des hommes qu'il se proposait de remettrew
un jour en servitude. Tous ses acies au contraire devaient tendre les éloigner .des fonctions civiles et militaires. ; FUye peste redoublait d'intensité: les partisans de Toussaint qui
eurent l’imprudence de s'en réjouir hâtèrent la perte de leur chef
Les dragons de l'anciense gardé d'honneur qui avaient été licenciés"
et qui s'éläient retirés dat ns le canton d' Ennery, disaient hautement ques
leur soumission n’était qu'une suspension d'armes, jusqu'au mois d’Août, Ë
_ époque des pluies et du débordement des rivières. Ges paroles furent
rapportées à Leclerc qui résolut de faire arrêter sur le champ Toussaint.
Louverture. Le capitaine général manda au Cap Maurepas, Chris=
iophe et Clervaux. 11 leur confia son projet. Redoutant les vengeans
ces de Toussaint, s'il redevenait général en chef des indigènes, ils
approuvèêrent Leclerc. _ Celui-ci se plaignit à l’ancien gouverneur des”
Casaques Rouges qui avaient refusé de marcher contre Sylla. Tous:
gaint qui n'avait aucune relation avec les officiers des Casaques Rous.
ges se montra offensé de la lettre qu'il avait reçue. Il répondit
à Leclerc qu'il trouvait étrange qu'on put lui supposer l'intention den
recommencer les hostilités avec le bataillon des Casaques Rouges
Isaac fut chargé de remettre sa lettre au capitaine général, Quand Le
ancien gouverneur des”
Casaques Rouges qui avaient refusé de marcher contre Sylla. Tous:
gaint qui n'avait aucune relation avec les officiers des Casaques Rous.
ges se montra offensé de la lettre qu'il avait reçue. Il répondit
à Leclerc qu'il trouvait étrange qu'on put lui supposer l'intention den
recommencer les hostilités avec le bataillon des Casaques Rouges
Isaac fut chargé de remettre sa lettre au capitaine général, Quand Le HISTOIRE D'HAITI 802) | 865
arriva au Cap, le général Leclerc lui mit sous les yeux plusieurs
letiresde Dessalines par lesquelles celui-ci accusait Toussaint d'avoir
été l’auteur de la défection des Casaques-rouges.* Les fréquentes
wisites que l'ancien gouverneur recevait sur l'habitation Sancey d’une
foule d'officiers français continuaient toujours. On le comblait de
politesses, et on lui donnait l'assurance de la bienveillance du gouwernement français. Plusieurs de ces officiers s'efforçaient adroitement de le porter à ss épancher pour lui arracher quelques paroles
susceptibles de le compromettre. Ils lui annoncèrent la déportation
du général Rigaud. Il leur dit: c'était contre moi qu'on l'avait fait
venir ici; ce n'est pas pour moi qu'on l’a rembarqué; je plains
son sort. La garnison européenne d Ennery lui rendait les honneurs
Militaires toutes les fois qu'il sortait de sa demeure pour parcourir
le canton. Plusieurs officiers blancs qu'il avait gagnés par de grandes
largesses l’avertirent qu'il eut à se défier du général Brunet qui vebait d'arriver aux Gonaives. Le général Paul Louverture, son frère,
Pengagea , par une lettre, à voir le général Vernet, qui avait un
secret de la plus haute importance à lui confier. Tous ces avertis
semens n'ébranlèrent pas la confiance de Toussaint Louverture ;
il ne croyait pas que Leclerc pût oser le faire arrêter. Il n'en
“continua pas moins ses relations avec plusieurs officiers indigènes,
relativement à une insurrection qui devait éclater au mois d'août.
Il était activement surveillé par la poliee française. Deux de ses
lettres adressées au Cap, à l’adjudant général Fontaine, son ancien
Chef d'état major, furent interceptées et expédiées à Leclerc. Dans
la première il accusait les généraux Dessalines et Christophe de lavoir
abandonné entièrement, et d'avoir sincèrement embrassé le parti
français. Mais il ajoutait que la Providence venait enfin à son gecours. (La Providence principal hôpital du Cap). H s'informait du
chiffre réel des troupes européennes, des progrès de la fièvre jaune,
dela quantité de morts que les français transportaient chaque soie
à la Fossette, enfin du moral des troupes. L'autre était conçue en ces termes: Au Quartier Louveréure, an 40. Vous ne me donnez pas de nouvelles, citoyen. Tächer de rester.
au Cap, le plus longtemps que vous pourrez. On dit la santé
du général Leelere mauvaise, à la Tortue, dont il faut avoir grand:
soin de m'instraire. Il faudrait voir pour des a... de la
“Nouvelle. ‘Quant à la farine dont il en faudrait comme de cette. ” Li 4 ? .
… * [saac Louverture, fils de Toussaint, actuellement à Bordeaux, dit
“dans ses mémoires, page 298, quil a vu les lettres signées de Dessar
lines, écrites contre Toussaint. | + y
dit la santé
du général Leelere mauvaise, à la Tortue, dont il faut avoir grand:
soin de m'instraire. Il faudrait voir pour des a... de la
“Nouvelle. ‘Quant à la farine dont il en faudrait comme de cette. ” Li 4 ? .
… * [saac Louverture, fils de Toussaint, actuellement à Bordeaux, dit
“dans ses mémoires, page 298, quil a vu les lettres signées de Dessar
lines, écrites contre Toussaint. | + y 264 HISTOIRE bite 1802) dernière, on ne l'enverrait pas sans avoir passé à la Saône, potes
connaître le point où on pourrait en sûreté les mettre. æ :
Si vous voyez le général en chef, dites-lui que les cultivateurs ne“
veulent plus m'obéir; on voudrait faire travailler à Héricourt, dont
le gérant ne doit pas le faire. Je vous demande si on peut gagner quelqu'un près du général en chef, afin de rendre D libre:
Ii me serait bien utile à la Nouvelle , par son crédit et ailleurs.
Faites dire à Gengembre qu'il ne doit pas quitter le Borgne, où il
ne faut pas que les cultivateurs travaillent. Ecrivez-moi à l'habitas
tion Najac. |
(Signé) Toussaint LOUVERTURE. . Cette lettre écrite de la propre main de Toussaint, d'après les
français, ne pouvait être bien comprise que de Fontaine seul. Quant
à ce D... dont il souhaite l'évasion, 1l veut parler de Dommage
qui était prisonnier au Cap. Le colonel Gengembre, surnommé Trop”
Fort, dont 1l est question, avait réellement commandé au Borgnek
et y exerçait de l'influence. C'était un officier noir qui avait servi
sa cause avee dévouement. L'adjudant-général Fontaine qui se trou:
les
français, ne pouvait être bien comprise que de Fontaine seul. Quant
à ce D... dont il souhaite l'évasion, 1l veut parler de Dommage
qui était prisonnier au Cap. Le colonel Gengembre, surnommé Trop”
Fort, dont 1l est question, avait réellement commandé au Borgnek
et y exerçait de l'influence. C'était un officier noir qui avait servi
sa cause avee dévouement. L'adjudant-général Fontaine qui se trou: vait au Cap fut arrêté et jeié en prison. Leclerc écrivit au général Brunet d'employer les moyens les plus adreité pour arrêter le plus”
tôt possible l'ancien gouverneur. Il fut d'abord assez difficile de lui tendre un piège. Le général Brunet imagina de surcharger le“
canton d'Ennery de troupes M sous prétexte de leur faire
respirer un air plus sain que celui des villes, Toussaint possédait.
quatre propriétés dans ce quartier. Les habitans se plaignirent amé”
rement des vexations que leur faisäient épreuver les soldats, et priés
rent l'ancien gouverneur de présenter leurs plaintes au capitaines
général. Des soldats français ivres ou feignant de l'être avaient même
plusieurs fois insulté Toussaint Louverture. La garuison d Ennerÿ
avait cessé de lui rendre les honneurs militaires. Il écrivit à ce sujets
au général Brunet. Celui ei fut au comble de la joie en le voyants
entrer dans je piège. H lui répondit quille priait de ne pas res
fuser de se rendre à un magnifique banquet qui serait célébré aux
Gonaives, et qu'il se proposait de s’aider- de ses lumières pour la«
répartition des troupes européennes dans les quartiers sains et eul=«
tvés de la colonie. Eh bien! sécria Toussaint: « Les voici, ces
blancs, ces français, qui savent tout, qui parlaient de m arrèter 4
réduits à implorer mes conseils. » La confiance de l'ancien gouver-.
neur en son étoile le perdit. Il ne croyait aux français ni l'audace,
ni là puissance de l'arrêter. Mais son influence était anéantie; Iles
populations avaient porté ailleurs leurs regards; l'ambition de ses"
principaux officiers s'était développée; sa présence dans la colônien
inquiétait non seulement les français, et les indigènes ci devant ris
gaudins qui redoutaicnt ses vergeanees, mais encore Christophe"
'ancien gouver-.
neur en son étoile le perdit. Il ne croyait aux français ni l'audace,
ni là puissance de l'arrêter. Mais son influence était anéantie; Iles
populations avaient porté ailleurs leurs regards; l'ambition de ses"
principaux officiers s'était développée; sa présence dans la colônien
inquiétait non seulement les français, et les indigènes ci devant ris
gaudins qui redoutaicnt ses vergeanees, mais encore Christophe" HISTOIRE D'HAIFI— (18021 265 Clervaux, Maurepas qai s'étaient soumis à Leclere avant lui. Quant
à Dessalines, son ambition s'était élevée jusqu’au souverain pouvoir.
Larrestation de Toussaint était devenue un sacrifice que commandaient tous les intérêts, même les plus opposés. Cinq semaines d'isolément avaient suffi pour faire perdre de vue Toussaint Louverture. L'ancien gouverueur se transporta sur l'habitation Béranger , d'où
il devait se rendre directement aux Gonaives. Mais il rencontra sur
Phäbitation George contiguë à celle de Pougaudin, le général Brunet qui était venu à sa rencontre. Le général français le reçut
avec distinction dans une des chambres de la maison principale. Je
suis heureux, lui dit Brunet, qu’une pareille occasion me procure
Pavantage de vous revoir, d'apprécier vos talens, et de soumettre
à vos lumières les plans que j'ai formés pour la répartition de nos
troupes sur différents points de lile.—Mes connaissances sont bien
bornées ; cependant je puis donner quelques renseignemens sur les
loealités, répondis Toussaint, dissimulant son orgueil et son amourpropre flatté : le général Brunet était profondément incliné devant lur.
À un signal donné, une vingtaine d'ofliciers français entrérent dans
la salle, désarmérent les indigènes qui ne s'attendaient pas à cette
trahison. Toussaint dégaina son sabre, et attendit avec intrépidité
“ceux quil prenait péur des assassins. Un aide de camp de Leclerc,
nommé Ferrari, se présenta devant fui, la pointe de son épée renersée , et lui dit: « général, d'après les ordres du capitamne-gé-
…« néral Leclerc, remeitez moi votre sabre ; nous ne sommes pas
“ venus pour vous faire du mal; nous ne voulons que vous arrêter. »
L'infame trahison ! s'écria Toussaint Louverture; ia justice divine me
Yepgera ; Cest ainsi que vous Fécompensez mes services. Îl rernit
Son sabre dans le fourreau. C'était le 10 Juin. Le général B'uhet le fit garder à vue pendant le reste de la journée et toute la nuit qui
suivit. Le lendemain il le fit garrotter et placer entre deux bataillons
de earabiniers qui formèrent la haie. Il entra aux Gonaïves au milieu
de nombreuses, iroupes européennes qu’on avait échelonnées , le long
de la grande route, depuis l'habitation George jusqu'en ville. BruBet avait pris ces précautions dans la crainte d'èire assailli en cheMin par des bandes de cultivateurs qui auraient pu délivrer le prisonnier. Mais le peuple de ce quartier ne se remua pas. Le coinmandant du port des Gonaïves, français blanchi dans les camps, fut
chargé de l'accompagner jusqu à bord de la frégate la Créole
mouillée dans la rade. P:ndant qu'on le conduisait vers le rivage,
le commaniant du port alluma un cigarre et se mit à fumer.
Toussaint s'écria : Quel est celui qui fume ici? l'odeur du tabac
mincommode. Le vieil officier , sans respeet pour le malheur,
lui dit avec insolence: Bien d'autres choses t’incommoderont teutà l'heure. Quand il fut arrivé sur le quai, il refusa de s’embarQquer, en disant qu'il n'avait pas l'habitude de la mer. Mais Îles
aniant du port alluma un cigarre et se mit à fumer.
Toussaint s'écria : Quel est celui qui fume ici? l'odeur du tabac
mincommode. Le vieil officier , sans respeet pour le malheur,
lui dit avec insolence: Bien d'autres choses t’incommoderont teutà l'heure. Quand il fut arrivé sur le quai, il refusa de s’embarQquer, en disant qu'il n'avait pas l'habitude de la mer. Mais Îles 266 HISTOIRE D'HAITI.—(1802} earabiniers français le crossérent rudement , et le forcérent à ea- , trer dans le canot, en lui disant: Allons, marche donc, papa Foussaint. * L'on n'entendit pas dans toute Îa ‘foule qui bordait le rivage CRETE un seul accent de compassion. Pendant le reste de la journée lan
frégate fut pavoisée, des sabords au sommet des mâts; les habitans Gonaïves entendirent les sons harmonieux d'une musique guerrière, et l'allégresse des français au milieu dun somptueux banquet
Trois jours après, la Créole louvoyait à la hauteur du Cap. Le”
gapitaine annonça à Toussaint qu'il allait le transborder sur le vais=" seau le Héros. Toussaint descendit dans un canot, aborda Île: vais: seau, et dit, en y montant, à Savary qui en était le commandant: \
« En m'arrachant à mon pays, on n'a abattu, à St-Domingue,
« que Île tronc de l'arkre de la liberté des noirs ; cet ‘arbre repous- « 4 sera vite, car ses racines sont profondes, et vigoureuses. » JE
trouva à bord du Héros son troisième fils Saint Jean Louverture.
Le jour de son arrestation, le chef de batailionfrançais, Pesquis dou, qui commandait à Ennéry, laissa plier ses appartemens: Mas
Pa dame Louverture, Isaac et Placide Louverture, les commandans Mo:
risset , Monpoint, Néron, César, furent arrêtés et conduits aussitôt, sous escorle, Jus u'aux Gonaïves, par un officier européen M
,] F] La nommé Flamand. dis furent embarqués sur la Guerrière que commandait le Heutenant de vaisseau Gimont, le même qui avait été
arrêté, avec Sabès, par Lamartinière, à l’arrivéeide la division Bou
det au Port Républicain. La Guerrière joignit à la hauteur du Cap
le vaisseau le Héros qui reçut à son bord Madame Louverture, Isaac, « Placide et Mademoiselle Chancy. Les deux navires appareillérent » pour France, le 26 Prairial (146 Juin), et mouillèrent dans la rade
de Brest après vingt-sept jours de traversée. Peu de jours après, le vaisseau l'Aigle, ayant à son bord le chef de bataillon Chancy _6ntra aussi dans la rade de Brest. Leclerc expédia encore pour France une centaine des principaux partisans de Toussaint qui
avaient Gté arrêtés. La frégate le Muiron qui en fut chargée se ren dit dans [a Méditerranée. - Aussitôt après l'arrestation de Toussaint , le capitiné Rén
livra à une commission militaire l'adjudant général Fontaine M
qui, ainsi qu'on l'a vu, avait été arrêté comme agent secret del'ancien gouverneur. Cet ‘officier fat condamné à la peine capitale. «
Après qu'il cut entendu sa sentence de mort, il fut conduit dans
té arrêtés. La frégate le Muiron qui en fut chargée se ren dit dans [a Méditerranée. - Aussitôt après l'arrestation de Toussaint , le capitiné Rén
livra à une commission militaire l'adjudant général Fontaine M
qui, ainsi qu'on l'a vu, avait été arrêté comme agent secret del'ancien gouverneur. Cet ‘officier fat condamné à la peine capitale. «
Après qu'il cut entendu sa sentence de mort, il fut conduit dans son cachot où il écrivit à sa famille des adieux dans un style des
pius touchans. Gette lettre, au rAppOLe d'un écrivain français «était un chef-d'œuvre d’ éloquence et de résignation. » Ïl reçut la mn au Cap, avec le plus grand courage. 1 Lorsqne Toussaint était dans tonte sa splendeur, les colons, pour. re j
DT. témoigner icurs tendresses simulées, l’appelaient Papa Toussaint. CIS di s PE k vs HISTOIRE | 26% » Le capitaine général annonça à la colonie arrestation de Toussaint par la proclamation suivante: Au quartier général du Cap le 22 Prairial an 40 (12 Juin 1803). Le général en chef, . capitaine-général de la colonie de St. Domingue, aux habitans da St. Domingue.
Citoyens ,
Toussaint conspirait :, vous en jugerez par une lettre publiée, adressée zu citoyen Fontaine. Je n'ai pas dû compromettre la tranquillité de la colonie. Je l'ai fait arrêter, condamner et je l'envoie en “France où il rendra compte de sa conduite au gouvernement franLa çais Daus une autre lettre adressée au citoyen Fontaine, il s’emporte en invectives contre le général Christophe, il se plaint que le général Dessalines l’a abandonné. Il avait défendu à Sylla de mettre bas les armes et aux cultivateurs de ne ‘travailler à d'autres hahitations qu à celles de leurs vivres. I avait envoyé un de ses complices au général Dessalines, pour l'engager a ne pas se soumettre
de bonne foi: le général Dessalines me la déclaré* Il comptait
beaucoup à St. Marc sur Manissait; il est arrêté. Jai sévi contre ce grand coupable , et j ordonne aux généraux de
division de l'armée de faire rentrer de vive force tous les cultivateurs qui sont encore en armes , dans les campagnes. es cullivateurs ne sont pas les plus coupables , ce sont ceux qui
les égarent. En conséquence, tout commandant de garde nationale,
iout oflicier, tout gérant où propriétaire, qui sera trouvé dans uñ
rassemblement armé, sera fusillé. Quant à là commune d Ennery j'ordonne qu'elle soit destinée sur le champ, pour avoir été si longtemps à se soumettre. \ Le général Brunet fera tout de suite exécuter cet ‘ordre.
Le chef de l'état-major fera imprimer, publier et afficher le présent ordre, avec la leitre du général Toussaint, et l'enverra de suite, à toute l'armée et dans toute la colonie.
_ (Signé) LECLERC. Nous avons déjà transcrit cette lettre de Toussaint. On ne peut repracher à l’ancien gouverneur que d’avoir été moins adroit que le général
Leclerc qui conspirait lui-même contre la liberté. Toussaint ; de son
côté, conspirait il est vrai, mais c'était contre un affreux système, pour réaliser l'indépendance de ses frères, quil méditait depuis plusieurs années. Quant au général Dessalines, il fut traitre envers Toussaint
dans éctle circonstance, Pour satisfaire son ambition, parvenir un _ jour au commandement des indigènes, il eu aux blancs celui qui # Grazette efficielle de St-Domingue. (1802), à68 | HISTOIRE D’HAITI.— (1802) + avait été son bienfaiteur, qui lui avait donné tous les grades. IF
pour réaliser l'indépendance de ses frères, quil méditait depuis plusieurs années. Quant au général Dessalines, il fut traitre envers Toussaint
dans éctle circonstance, Pour satisfaire son ambition, parvenir un _ jour au commandement des indigènes, il eu aux blancs celui qui # Grazette efficielle de St-Domingue. (1802), à68 | HISTOIRE D’HAITI.— (1802) + avait été son bienfaiteur, qui lui avait donné tous les grades. IF conspirait déjà lui-même contre les français ; Toussaint le génait. L'ancien gouverneur était un obstacle au ralliement de tous les in+ digènes, noirs et jaunes, au parti do l'indépendance: Dessalines érut faire un sacrifice nécessaire au bonheur de la masse. Dessalines
avait dès lors conçu deux idées qu'il accomplira par toutes sortes
de moyens et au travers des flots de sang : le commandement en chef des indigènes, et lextermination de la race blanche à St. Domingues IL fit publier lui-même, dans le quartier de l'Artibonite, la proclas y mation de Leclerc dans laquelle il était représeuté comme le dénonciateur de Toussaint. Quant à Manissait sur lequel l'ancien gouverneur avait compté à St. Marc, 1} fut jugé, condamné et lusillé. La plupart des cultivateurs étaient rentrés sur leurs habitations La presquile du Sud était dans un état admirable de prospérié:s Des navires de touies les nations venaient yiratiquer. La possession, 4
française paraissait intbranlablement ritablie. Ce pengans [a joie des français, depuis la déportation de Toussaint, était foin d'être pures
ils voyaient journellement s'affaibiir leurs forces ; l'attitude ape in-e digènes les. inquiétait ; la fièvre jaune les moissonuait déji d unc« manière effrayante. Cependant les . masses ne désiraient que le : maintien de la liberté générale qu'avait proclamée la Convention de France, dont les immortels travaux ont embrassé les intérêts de tous les peuples de la terre. |
Leclerc sentant s’accroître ses embarras, et voulaut s’aider des lu: miéres d'un certain nombre de citoyens, convoqua an Cap une ouselb colonial. Ce conseil était composé de députés des six dépariemens,
choisis parmi les plus riches propriclaires de toutes Îes couleurs.
Le capitaine générai lui confia le soin de réorgauiser la colome. Les conseillers étaient, la plupart, d'anciens colons qui avaient joul dem
toutes sortes de faveurs sous Toussaint Louverture. Parmi les dé
putés noirs et de couleur , l'on'distinguait le général Henry Ghristophe dont l'éloquence et les hautes idées adininistratives exciièrente
souvent l'étonnement et l'admiration du conseil. L'assemblée présidée”
par le préfet colonial, le vertueux Bénézech, ouvrit ses séances dans le cou
rant de Juin. Elle ‘adopta le système de fermagé que Toussaint avait établi. Cependant «elle proposa, pour la prospérité de la colomie,, des réglemens entièrement en harmonie avez le système de la ser-u
vitude. Le préfet colonial et Christophe les combattirent avec suc cès. Malheureusement Bénézech mourut peu de jours après l’ouverture de Fassemblée, emporté par la fièvre jaune. C'était un citoyen
d'une humeur douce , Plein d'humanité, très dévoué à la liberté
générale. S'il avait vécu, il aurait contre-balancé l'influence colo-m
nialë dans le conseil ; moins de crimes eussent été commis, et moins
. Le préfet colonial et Christophe les combattirent avec suc cès. Malheureusement Bénézech mourut peu de jours après l’ouverture de Fassemblée, emporté par la fièvre jaune. C'était un citoyen
d'une humeur douce , Plein d'humanité, très dévoué à la liberté
générale. S'il avait vécu, il aurait contre-balancé l'influence colo-m
nialë dans le conseil ; moins de crimes eussent été commis, et moins d'insurrections eussent éclaté contre la France. Il fut provisoire-n CIISTOIRE D’aitI.— (1502) 269 ment remplacé par le citoyen Deraime, sous préfet du département
du Nord, le 14 Juin (24 Prairial, an 40). Celui ei devint un instrument entre les mains des colons. Le commissaire de justice,
Montperron, venait aussi d'être enlevé par la peste. L'assemblée
déféra la présidence à Blain de Villeneuve, partisan acharné de
lesclavage. L'on entendit dans une séance, qui fut des plus orageuscs , alors quil fut question du régime intérieur de St-Domingue, les colons s’écrier : « Point d'esclavage | point de colonies! »
ils exposèérent ensuite avec hardiesse leur nouveau plan : les anciens
Bbres noirs et jaunes devaient jouir des mèmes avantages politiques
que les blancs ; mais ceux qui, avant 1794, n'avaient pas été affranchis , devaient être remis en servitude. Aprés fa lecture du
projet , le général Christophe se leva plein à y taUOn monta à
la tribane et sélonna qu'on püt écouter avec sang froid ‘de telles
paroles. Ceux qui les profèrent, s'écria-t-il, sont les ennemis les
plus dangereux des intérêts français : mel, de mon côté, et au
nom des noirs, je dis: « Point de liberté , point de colonies. »
M combatut ensuite avee succès la plupart des dispositions du réglement, démontra l'impossibilité de le mettre en pratique, et porta l'assemblée à le rejeter. Christophe fit alors un acte sublime de
courage en laissant éclater son indignation: il était au Cap, au
“pouvoir des français; il livrait sa tête à la discrétion du ‘parti coJonial. Après la séance, il dit au général Leclerc, au palais du
gouvernement : Des hommes qui ont, la plupart, combattu contre
là mère patrie sous les drapeaux anglais, ont eu l'audace de proclamer leurs doctrines liberticides, sous un gouvernement républi-
“Cain. Prenez-y garde , capitaine-général , loin de maintenir la paix,
ces messieurs rallumeront les feux de la guerre civile. Défiez-vous
surtout du général Rochambeau ; c'est un ennemi acharné des hommes de couleur, par conséqueñt des noirs; il ne peut, par sa conduite,
que les porter à s armer contre le gouvernement, Leclere parut accueïilie
favorablement ses conseils et lui fit la promesse Lrompeuse de là prochaîne déportation de Rochambeau. Leciere n était pas d'un naturel perWide; mais il subissait l'influence du parti colonial, et était contraint
de suivre les instructions du 4% Consul. Déjà une loi, en date du
20 Mai 1882, venait. d'être publiée en France, par laquelle l'esclavage devait être rétabli à la Märtinique, à Tabago , à Ste. © Eucie:
Par la mème loi St. Domingue et la Guadeloupe étaient soumis à
un régime exceptionnel. Cependant le général Richepanse venait
de rétablir l'esclavage à la Guadeloupe. Un historien français, M°
Bignon, s'efforce d’excuser ce crime de lèse-humanité par ces MOIS :
Il est des conjonctures où il y aurait une stupide imprudence à ne
“pas museler des tigres. *
ique, à Tabago , à Ste. © Eucie:
Par la mème loi St. Domingue et la Guadeloupe étaient soumis à
un régime exceptionnel. Cependant le général Richepanse venait
de rétablir l'esclavage à la Guadeloupe. Un historien français, M°
Bignon, s'efforce d’excuser ce crime de lèse-humanité par ces MOIS :
Il est des conjonctures où il y aurait une stupide imprudence à ne
“pas museler des tigres. * # Vol, TL Page 428. . 240 | tigToinE p'HAuTI.— (1884) Aucune conjoncture ne peut permettre à l'homme de plongenson"
semblable dans la servitude :. l'esclave, pour briser ses. chaines® ne
doit reculer devant aucun moyen; Dieu quia créé les hommes libres}
et égaux lui- pa ardonnera toutes Îles violences auxquelles 1186 livrerais
peur reconquérir sa liberté. 11 a fièvre jaune désorganisa bientôt le censeil colonial en lui en
Ti. la plupart de ses membres. L'assemblée cessa de se rétininés s)
et la guerre qui: éclata de nouveau empêcha les cituyens de se for
mer en assemblées primaires, pour procéder à d’autres élections. é Le résultat des séances pe nombreuses du conseil colonial fuite
tout-à fait contraire aux intérêts métropolitains. Dans son seimhée ass &
tèrent tous les préjugés de castes de la vieille assemblée de SEM
Mare. Les projets du gouvernement français y. furent publiquemet
dévoilés aux indigènes, É La fièvre jaune, continuant ses ravages, énleva les pénéraitx: Hardy”
et Débelle. Go, dernier , qui mour Qt au Cap , fut enterré”
avee pompe. Le général Dévaut avait le commandement de ñ,
place du: Port Républicain. Loin de persécuter les indigènes les
favorisait considérablement. Quand un effisier noir ou de couleur
se présentait à lui au bureau de la place, il lui serrait la maint 131
Fappelait frère ou camarade. La République française, disait 4 4
proclamé partout fa liberté; elle n’a établi entre les hommes aucunes
différence de couleur. Sa conduite ne tarda pas à froisser le général Ro» ‘4
chambeau qui commandait le département de l'Ouest. Ne pouvant S en=
tendre avec lui, il obtint du capitaine général l’autorisation de retourner
bientôt en France. K partit pour les Gonaïves, et laissa la ville à la merci
de Rochambeau qui ne rencontra plus aucun frein à ses fureur
Beauconp d'hommes de couleur du Port Républicain et de la Groix
des Bouquets abandonnèrent leurs demeures, et se retirérent, da 18%
les mornes de la Selle, auprès de Lamour Dérance, qui n'été nb +5
lait plus les ordres des français, depuis la déportation de Rigaud, 1. !
sans cependant exercer contre eux des hostilités. d. Le général Leclerc confia au générai Pamphile de Lacroix le com.
mandement du ere de Cibao. Pamphile de Lacroix, à lan
tête de la 77e de ligne, alla occuper la magnifique vallée de St Yaguc “He à
arrosée par le fleuve Diaque, dent les eaux s’engloutissent dans Ia
baie de Monte-Christ. Là les soldats français respirant a plus
sain que celui des villes, pouvaient ne pas être atteints de la fèvren
jaune ; mais partout le climat de St- -Domingue les dévorait,. M.
ao. Pamphile de Lacroix, à lan
tête de la 77e de ligne, alla occuper la magnifique vallée de St Yaguc “He à
arrosée par le fleuve Diaque, dent les eaux s’engloutissent dans Ia
baie de Monte-Christ. Là les soldats français respirant a plus
sain que celui des villes, pouvaient ne pas être atteints de la fèvren
jaune ; mais partout le climat de St- -Domingue les dévorait,. M. Pendant que ces événemens se passaient à St Domingue, Toussaint À
était arrivé à Brest, comme nous l'avons vu. Sa famille fut disper
sur différens points de la France. Le brick la Naïade conduisi
Piacide à Belle-Ile en mer; le même navire conduisit à Bayonr
Madame Louverture, Isaac, St. Jean Louverture et M" Chancy. Quant au général Toussaint, il débarqua près de Landernau, 2. . à
te & D HISTOIRE D’HaiTi.—(1802.) 27h tompagné des officiers du Iléros et de Mars Plaisir, son serviteur.
11 fut reçu sur le rivage par un adjudant-général et un escadron de
dragons. Il entra dans une voiture avec plusieurs gendarmes, ét artit pour Morlaix. De là, il serendit à Guingamp. Dans toutes
à villes qu'il traversa ensuite , il fut reçu avec distinetion par les
autorités. Quand il arriva devant la forteresse de Joux, il fut aussitôt
renfermé dans un sombre cachot. Le château de Joux est élevé sue
une des mentagnes de la chaîne du Jura, dans le département du
Doubs, près de Pontarlier. * Les généraux Rigaud et Martial Besse
qui y étaient déjà emprisonnés, apprenant son arrivée, lui envoyèrent des consolations par le commandant de la forteresse. Le malheur avait éteint les haines politiques. Morisset fut aussi jeté dans
un cachot. On lui promit des grades et des honneurs, sil voulait
indiquer le lieu où Toussaint, croyait-on, avait enfoui ses frésors.
Il ne répondit pas aux questions qui lui furent faites. Nous avons
vu quil n'existait pas, à St-Domingue, de trésors enfouis. par l'ancien gouverneur.
èrent des consolations par le commandant de la forteresse. Le malheur avait éteint les haines politiques. Morisset fut aussi jeté dans
un cachot. On lui promit des grades et des honneurs, sil voulait
indiquer le lieu où Toussaint, croyait-on, avait enfoui ses frésors.
Il ne répondit pas aux questions qui lui furent faites. Nous avons
vu quil n'existait pas, à St-Domingue, de trésors enfouis. par l'ancien gouverneur. On ne laissa à Toussaint pour lui donner des soins que son vieux
serviteur, Mars Plaisir. Pendant les premiers mois de sa caplivité,
en juillet, août et septembre, 1l n'eut pas beaucoup à souffrir des
influences du nouveau climat. On lui permettait de se promener,
“quelquefois , dans les jardins de la prison. Il s'entretenait alors
tuistement avec Mars Plaisir ; et loujours, dans ses conversations ,
ik exprimait combien il regreltait le ciel de son pays. Le gouvernement consulaire lui donnait cinq francs par jour, ainsi qu'aux
autres prisonniers d'état. Avec celle modique somme que partageait
avec lui Mars Plaisir, il se nourrissait et se procurait des vêtemens.
Jusqu' alors sa santé ne s'était pas beaucoup altérée. Mais quand les
froids humides d'octobre commencèrent à se faire sentir, il tomba
dans un état presque complet’ d’épuisement. En novembre et décembre 1802, et en janvier 1803, son corps, déjà affaissé par là.
ge, souffrit cruellement de la température du Jura. Il ne pouvait
acheter du bois pour se chauffer, car les 5 francs qu'on lui passait par jour suffisaient à peine pour son entretien et celui de
Son servitcur. Ses vêtemens sales tombaient en lambeaux; ik lui
était impossible de les renouveler. Mars Plaisir, en les rapléçant,
Sefforçait à Le garantir contre le froid. Pour comble de malheur,
le commandant de la forteresse, homme dur et impitoyable, entra
dans son cachot vers le milieu de février 4803, et annonca à Mars
Plaisir qu'il allait être séparé de son maîtro. ‘Toussaint, le. visage
amaigri par la fièvre, les yeux creux, demeura un moment comme
anéanti, en entendant cet ordre: c'était lui enlever ses membres , * Ce fort a servi de prison à Fouquet, à Mirabeau, et aux généraux
Rigaud, Martial Besse et Tous Ft Louverture, 372 HISTOIRE D’'HAITI.—(1802). son dernier soutien, sa dernière consolation. I! se leva cependant,
embrassa Mars Plaisir qui sanglotiait , et lai dit : « Porte mes derniers
« adieux à ma femme, à mes enfans et à ma nièce. Console toi
«a de cette cruelle séparation, et pars avec l'assurance de mon
« amitié et du souvenir que je te conserverai de tes services et de“
« ton dévouement. » * Le gouverneur du châtean arracha Mars
Plaisir à ses embrassemens, et le livra à une compagnie de gendar-,
mes. De brigade en bri gade, Mars Plaisir arriva à Nantes où il
fut emprisonné, chargé de chaînes. 1
ma nièce. Console toi
«a de cette cruelle séparation, et pars avec l'assurance de mon
« amitié et du souvenir que je te conserverai de tes services et de“
« ton dévouement. » * Le gouverneur du châtean arracha Mars
Plaisir à ses embrassemens, et le livra à une compagnie de gendar-,
mes. De brigade en bri gade, Mars Plaisir arriva à Nantes où il
fut emprisonné, chargé de chaînes. 1 Toussaint demeura seul dans son cachot, abimé dans la douleur,
et grelottant de froid. Dès le lendemain, il lui fut défendu d'en sors
tir pour prendre un peu d'exercice dans la cour de la prison. Ilne&
communiqua plus, quelquefois, qu'avec le citoyen Jeanin , secrétaire
du commandant du Joux, et avec le commandant lui-même. Quel”
ques jours après, Bonaparte qui donnait sans cesse Îles ordres less
plus inhumains, à son égard, fil savoir au commandant que cinq
francs étaient trop pour un rébelle, et que trois francs suffiraients
En moins d'une semaine Toussaint se trouva dans le dénûment le
plus absolu. On ne lui fournissait que du gros pain, un peu des
farine et une bouteille d’eau ; son cachot devint de plus en plus in
fect ; le souffle glacé des montagnes du Jura gelait presque tous ses
membres : ses habits usés et déehirés le laissaient presque nu ; il s'enveloppait le plus souvent dans la paille qui lui servait de dit, lu
qui avait eu en sa possession toutes les richesses de St. Domingue.
On lui donnait, chaque jour, pendant quelques heures, un pot de
terre, rempli de charbons ardents, sur lequel ïl faisait cuire lui
même, dans un vase de fonte, un peu d'aliment farineux. Bona“
parte voulait hâter sa mort, afin que ses anciens partisans de St
Domingue, perdissent l'espoir de l'avoir un jour à leur tête. Cepen«
dant comme il croyait qu'il avait caché d'immenses richesses dans»
les mornes de notre île, il envoya auprès de lui le général Cafarelli
qui lui fit la promesse trompeuse de la liberté, au nom du gouvers
nement français, s'il indiquait l'endroit où il avait enfoui son argent
Toussaint, la tête baissée, répondit à chaque question: j'ai pero
bien autre chose que des trésors. I y avait à Pontarlier un capitaine d'artillerie nommé Colomier.
Get officier s'y trouvait pour là remonte de son arme. Le
neur du château qui mettait rigoureusement en pratique toutes Îles
instructions qu'il recevait à l'égard du prisonnier, fit appeler um
jour le capitaine Colomier, et fui annonça qu'il allait faire un vos
yage à Neuchatel en Suisse. :Il lui confia les clefs des cachots, et
le chargea du commandement du château, pendant son absence. Le
capitaine en parcourant les cachots arriva à celui où était Toussain # Jettre de Mars Plaisir, Mémoires d'Isaac Louverture, 110 HISTOIRE D'HAITI.—(1802) | 213 “Touverture. H fat effrayé de l'affreux état de dénfiment où se trouait cet infortuné. Cependant Toussaint avait l’âme loujours ferme.
Il s'était procuré du papier, de Fencre et des plumes , et il écrivait,
malgré ses ceruelles souffrances, sur une petite table. Le capitai-
# Jettre de Mars Plaisir, Mémoires d'Isaac Louverture, 110 HISTOIRE D'HAITI.—(1802) | 213 “Touverture. H fat effrayé de l'affreux état de dénfiment où se trouait cet infortuné. Cependant Toussaint avait l’âme loujours ferme.
Il s'était procuré du papier, de Fencre et des plumes , et il écrivait,
malgré ses ceruelles souffrances, sur une petite table. Le capitai- . ne lui demanda ce qu'il faisait. TT fui répondit que le gouvernement
consulaire avait lancé contre lui un éerit. dans lequel il l'accusait . injustement d'avoir voulu livrer St. Domingue aux anglais, et qu'il
réfulait cet écrit. Il se montra indigné contre Bonaparte qui
“paraissait oublier combien il avait énergiquement défendu la co-
-lonie contre les agressions de l'Angleterre. Comme ïl souffrait
. considérablement d'être privé de café , il en demanda un peu
au capitaine, Celui er, qui avait un bon cœur, lui en fit donner aussitôt. IL sortit du cachot , attendri jusqu'aux larmes.
nu] n'avait pu supporter, sans émotion, l'aspect de tant de gran_deurs descondues jusqu’au dernier degré des misères humaines.
Cependant Toussaint supportait son sort avec une résignation pres-
-que surnaturelle. Le gouverneur qui à ayait commencé, par cette prémicre absence,
l'exécution du crime qu'il avait reçu l'ordre dé commettre, revint
de Neuchâtel au château de Joux. Vers le milisu d'Avril il annonça
au capitaine Coiomier qu'il allait entreprendre un nouveau voyage en Suisse. [Il fui dit qu'il lui laissait encore le commandement de la forteresse ;. mais que cette fois, il ne lui donnerait pas les elefs Le …cachots, parceque les prisonniers n'avaient besoin de rien. If parti
el revint au bout de quatre fours. Quand 1} révit le cepitaine, ï
était agité, inquiet ; il répétait souvent Îés mûômes paroks. ° ordonna d'un air empressé « d'apporter à Foussaint sa raïon ordinaire;
Jl se rendit ensuite dans son cachot, accompagné de Golomier. . Mais Toussaint avait cessé de vivre, fl fut trouvé assis sur sa couche de paille, appuyé contre une cheminée, ayant la tète penchée - du côté droit, et les deux ie sur ses cuisses. Ses traits exe _ primaient les ‘tourments de la plus afffeuse douleur. Tout dans son …ttitude annonçait un crime affreux. Le gouverneur Favaït laissé mourir de faim pendant ses quatre jours d'absence. Ce fut en vain qui! demanda au maire de Pontarlier, ainsi qu'au capitaine Colo- ….mier, de cerlifier que Toussaint n'étalt pas mort de faim. Ces deux _ honnêtes citoyens demeurérenut entièrement étrangers au crime. Des chirurgiens, qui ignoraient toutes les Étobngta ces de cet attentat, furent mandés au château. Ils firent l'autopsie du cerveau, et …constatérent , qu'après d'horribles souffrances, le prisonnier avait
été enlevé par une apopiex ie séreuse. Le gouverneur fit déclarer
dans l'acte de décès, qu'il éiait mort d'un coup de sang. Toutes
es circonstances dév oilérent davantage le crime. Toussaint fut enterré, sans cérémonie religieuse. Avant de fermer les yeux à la
lumière , il dut avoir maudit les colons, avoir demandé à Dieu un.
qu'après d'horribles souffrances, le prisonnier avait
été enlevé par une apopiex ie séreuse. Le gouverneur fit déclarer
dans l'acte de décès, qu'il éiait mort d'un coup de sang. Toutes
es circonstances dév oilérent davantage le crime. Toussaint fut enterré, sans cérémonie religieuse. Avant de fermer les yeux à la
lumière , il dut avoir maudit les colons, avoir demandé à Dieu un. à 24. | HISTOIRE D'HAETI-TE (1802) vengeur : sa prière. sielle fut faite fut oxaucée. Le plus jeune 14
ses Bis, Saint-Jean Louverture, encore enfant, qui avait dit, à à Brest,
qu'il ne survivrait pas à son père, mourut de chagrin, peu
temps après qu'il eut appris sa fin tragique. T4
=. Le gouverneur du chäteau fit ensuite tout ce qui fut en son pou”
voir pour rentrer en bonnes relations d'amitié avec le capitaine CoJomier: tout fut inutile, Dans Ha pelite ville de Pontarlier , lon à
parla tout bas, pendant plusieurs jours, d'un grand crime comuwi
Louverture, encore enfant, qui avait dit, à à Brest,
qu'il ne survivrait pas à son père, mourut de chagrin, peu
temps après qu'il eut appris sa fin tragique. T4
=. Le gouverneur du chäteau fit ensuite tout ce qui fut en son pou”
voir pour rentrer en bonnes relations d'amitié avec le capitaine CoJomier: tout fut inutile, Dans Ha pelite ville de Pontarlier , lon à
parla tout bas, pendant plusieurs jours, d'un grand crime comuwi dans la forteresse de Joux sur un prisonnier ; ce bruit sourd qui s
parcourait la ville, se répandit de proche en proche, et traversa l'AC:
lantique. Alors lon fit toutes sories de conjectures ; les uns prés
tendirent que Toussaint avail été empoisonné, d’autres qu'il avait
été étranglé. _ Après sa chute au mont St.-Jean, abattu par la flèche des. tions, M
comime l'a dit un poêle anglais, Napoléon Bonaparte fut conduit à Ste
Hsiène, Là, peud lant une agoutc de sept annees, 1l se prépara à laisser à 41
la postériié une mémoire ir rép ochable. I dit au sujet de Toussaiot LOU 0
verture : quel intérêt avais-je à faire mourir un misérable nègre ?*= Ce
misérable nègre, le premier des noirs, comme il fut le premier des
bianes, avait atteint, sur un petit thcâtre, à la hauteur des hommes : \
les plus célèbres de l'époque. Peut-on croire à la sincérité, dé cesu
paroles de Bonaparte, quand sur le rocher de Sie. Hélène, il nid
d'avoir tenté le rétablissement de lesclavage à St. Domingue ? La 4
servitude ne fut-elle pas rétabiie à la Martinique et dans les autres
iics NES du Vent, d'après les termes de la loi du 20 Mai 18029
St. Domingue, qui renfermait un million d'habfians, fut soumis,
par cette loi, à un régime de fer et exceptionnel. Mais si C'est una
crime d'enlever la liberté à son semblable, ce crime cesse-t1l d'exis®"
ter, parce quil s'exerce sur les uns plutôt que sur les autres? Bo
-naparie aurait eu, peut-être, à nos Yeux, trop de vertu politique, \
pour ordonner de laisser mourir de faim Toussain Louveriure, s'il
n'avait pas oublié, pendant dix années, dans les donjons de Vincen: M
nes, plusieurs malheureux qui ont fini par y perdre l'usage de la
parele , et que la société eroyait avoir perdue par des accidens inconnus; sil n'avait pas fail fusiller, dans les fossés de Vincennes,
en violant les principes Îles plus: sacrés de l'hospitalité d'une al
étrangère, îe duc d Enghein, dont linnocence est chaque jour plus
évidente, à mesure que Vlhistoire approfondit les motifs de son as=«
sassinat, N’admettrait-on pas l'attentat de la forteresse de Joux, que
nous venons de raconter, que le crime existerait toujours: Toussaint,
déjà vieux et souffrant, né sous la zône torride, devait infaillible-m
ment périr, en quelques mois, plongé au milieu de montagnes cour |
vertes de neige. Bonaparte, ‘dans toute la splendeur de sa gloire
approfondit les motifs de son as=«
sassinat, N’admettrait-on pas l'attentat de la forteresse de Joux, que
nous venons de raconter, que le crime existerait toujours: Toussaint,
déjà vieux et souffrant, né sous la zône torride, devait infaillible-m
ment périr, en quelques mois, plongé au milieu de montagnes cour |
vertes de neige. Bonaparte, ‘dans toute la splendeur de sa gloire …! 4 ‘LA : # @’Meara, | En” ni Var RIT De
ne.
à HISTOIRE D'rrartr—(1802) 275 rignorait alors ce que le sort lui réservait. Toussaint expira sur
un roc glacé du Jura, et lui devait mourir un jour sur un rocher
brûlant de l'Atlantique , en face de ces peuples noirs de l'Afrique,
qu il ässimilait à la brute. C'est presque une expiation. Ainsi finit, à l’âge de soixante‘huit ans , en Avril 4803, Toussaint Louverture dont l'esprit organisateur avait étonné l'Amérique, C'est l’homme de race noire, dans les temps modernes, le plus “remarquable qui ait existé. À cinquante quatre ans, il était encore esclave; la servitude dans laquelle il était plongé, depuis sa naïs- “sance, n'avait pu éteindre en lui les germes d'un profond génie. “Dès que la révolution éclata, on be vit exercer la plus grande prépondérance dans les conseils de Jean François, dont il était le se- “crétaire.. Peu à peu son ambition s'agrandit : devenu oflicier supérieur dans Îles armées espagnoles de la colonie, il abandonsa bientôt la cause de S. M. C. qui ne lui offrait que des titres eë
des cordons , pour celle de la Franee qui donnait aux siens liberté et égalité. Gette défection de Toussaint häta le triomphe de la liberté des noirs. [Il contribua puissamment, dans le Nord, à rappeler la
victoire sous les bannières françaises qui fuyaieut vaincues par les:
armées anglo-espagnoles établissant l'esclavage partout où la Répuw … bhique française l'avait aboli Favorisé par le gouverneur Laveaux,
“il se trouva bientôt à la tête de l'armée de Saint Bomingue, v IL terrassa, dans le Nord et dans l'Artibonite, la plupart de ses ri vaux,
en employant contre eux toutes les armes que fournissent l'astuce, l'hypocrisie la plus profonde, l'audace et le vrai courage. Rigaud, son ému
le, dominait dans le Sud. Hédouville arriva dans a colonie, Toussaint
découvrit aussitôt ce quil y avait de machiavélique dans {la mission de ce général. Le gouvernement français avait remarqué ses …velléités d'indépendance. Hédouville s'efforça de ranimer le parti F4 français en flaitaat l'ambition du général Rigaud. Gclui-ci, aulieu de
s'entendre avee Foussaint qui lui offrait une alliance pour proclamer
Pindépéndance de Si. Domingue, lui clara la guerre en refusant
de recevoir ses ordres dans le département du Sud. Rigaud. ne: —conçut jamais cette idée, essentielle au bonheur des masses, de l’in2 dépendance de son pays: Toussaint voyant se dresser un nouvel
- obstacle à ja réalisation de son vaste prost. déploya toutes ses. forces
contre lui, et après une luite des plus sanglantes, où I vict’ire
fut longtemps disputée, il envahit le département du Sad, et exier:
ara la guerre en refusant
de recevoir ses ordres dans le département du Sud. Rigaud. ne: —conçut jamais cette idée, essentielle au bonheur des masses, de l’in2 dépendance de son pays: Toussaint voyant se dresser un nouvel
- obstacle à ja réalisation de son vaste prost. déploya toutes ses. forces
contre lui, et après une luite des plus sanglantes, où I vict’ire
fut longtemps disputée, il envahit le département du Sad, et exier: “mina, la plus grande partie des troupes qui lui avaient été. opposées.
Ces immolations inutiles qu'il fit apres la victoire, résultat de la ven- …géance coleniale sur les vaincus, furent origine ‘de la décadence de. sa haute puissance. Devenu gouverneur à vie, il exerça sur les populations un despotisme souvent sanglant, mais toujours civilisateur.
Ib poursuivit les superstitions africaines, propagea l'Evangile dans les
campagnes , favorisa les hommes vraiment instruits ; jaunes, nos’,
ient été. opposées.
Ces immolations inutiles qu'il fit apres la victoire, résultat de la ven- …géance coleniale sur les vaincus, furent origine ‘de la décadence de. sa haute puissance. Devenu gouverneur à vie, il exerça sur les populations un despotisme souvent sanglant, mais toujours civilisateur.
Ib poursuivit les superstitions africaines, propagea l'Evangile dans les
campagnes , favorisa les hommes vraiment instruits ; jaunes, nos’, 976 FHSTOIRE D'HAITI.— (1502) blancs, et les mit partout en évidence. A l’arrivée du général Le-m
elerc, les masses indigènes, me comprenant pas le but de l'expédition qui était le rétablissement de l'esclavage, subissant, Pancien
prestige de l'influence de la métropole, aidèrent les blanes à le
faire tomber. -
« Le génie de Toussaint n'était point vasie en connaissances ac-
« quises, il était immense en méditations et en inspirations sur:
« naturelles. » Principal défenseur de la liberté des noirs, il eût
laissé une mémoire pure et irréprochable, s'il n'avait pas violé,
après la chute de Rigaud, l’amnistie qu'il avait publiée en faveur
des vaincus. Aujourd'hui il apparait à notre esprit un des hommes les
plus célèbres qu’ait produits notre pays. Il fit pénétrer l'ordre, le travail,
la discipline dans le chaos de notre révolution , simplifia nos luttes,
rallia les masses, égarées par les passions de toutes sortes d'agita-.
teurs, d’abord contre les armées de l'esclavage, puis contre celles,
qui, ayant combattu pour la liberté, ne voulaient pas de l'indé_pendance du pays. Il fit refleurir l’agriculture. et le commerce dans
le Nord, l’Artibonité et l'Ouest, vainquit le Sud, seumit la partie
espagnole, réunit toutes nos populalions sous une seule autorité,
leur donna une constitution, de sages lois, après d'affreuses con:
vulsions qu'il avait apaisées, et au-travers des obstactes de tous
genres que lui opposaient les puissans agens de la métropole. I
eût perfait son œuvre, si, à larrivée de l’armée expéditionnaire,
alors qu'il plaça un abime de sang entre lui et le parti colonial,
il avait mis son eachet à l'acte de notre indépendance nationale.
Néanmoins, à eause de son titre incontestable de régénérateur des
masses de St. Domingue, la justice infaillible de l'hisioire ne tardera
pas à le placer, où l'a déjà placé, à la hauteur de Dessalines qui con
quit finalement notre indépendance , à la hauteur de Pétion!, le fon
dateur de nos institutions démocratiques, de Christophe, le puissants
organisateur du Nord, et de Boyer, notre habile et heureux pacificateur «
Il poursuivit avec la plussrare persévérance l’accomplissement de«
ses projets, sacrifant tout, même ses- proches, au développement
de son ambition et au triomphe de ia liberté des masses. Sans
entrailles pour tout ce qui contrariait ses plans, instrument dela
Providence , il personnifia le principe infléxible de la suprématie noire à
S'. Domingue. | à fe | + 1:50
Peu de temps après la mort de Toussaint, Bonaparte fit mettre en
liberté le général Rigaud dont Fambition devait eneore teurmenter«
Haïti. D'une autre part, on laissait mourir, au milieu de toutes sortes de privations, dans les cachots de Paris , le vertueux Pinchinat,
dont le seul crime fut d'avoir été un des apôtres de la liberté à S'
Domingue, , 10e ;
Maintenant va commencer cette abominable administration française,
supérieure en horreurs à celle de l'ancien régime. Nous verrons”
en
liberté le général Rigaud dont Fambition devait eneore teurmenter«
Haïti. D'une autre part, on laissait mourir, au milieu de toutes sortes de privations, dans les cachots de Paris , le vertueux Pinchinat,
dont le seul crime fut d'avoir été un des apôtres de la liberté à S'
Domingue, , 10e ;
Maintenant va commencer cette abominable administration française,
supérieure en horreurs à celle de l'ancien régime. Nous verrons” A # ne: ‘LS | -! misroire p’marri. (1502) dy se montrer sur la scène de nouveaux personnages jusqu'alors in-
“connus la plupart, les montagnards donner le signal de l'insurrection
qui se transforma en lutte nationale, et par leur opiniâtreté héroïique, attirer dans leur parti qui était celui de la vraie liberté, d’abord
À troupes coloniales, ensuite les populalions des plaines et des
villes. | | LIVRE VINGT-HUITIÈME.
2862. ; s + Sommaire. Sylla ravage le canton d'Ennery. Ilest repoussé par le colonel Pes:"
quidou —St Domingue est de nouveau déclaré en état de siège —1/exercice ds
attributions du préfet colonial et du commissaire de justice est suspendu —Arxêté des consuls sur ladministration provisoire de $t. Domingue—La colonie
régie par trois magistrats: un capitaine-général, un préfet colonial, un com
missaire de Justice. Arrêté de Leclerc modificauf de celui des consuls — Etablissement du gouvernement militaire.—Division territoriale —Conseils des, Now
tables, Administration des quartiers et des communes.— Attributions des Conseils
des Notables.—6000 hommes de renfort sont promis.—Prospérité du commerce.
—Service des Postes.—Réglement sur les pilotes.— Ports ouverts. —Le commer-«
ce national n’est assujetti à aucun droit d’importation.—— Droits d’expoitation—"«
Les animaux et les bois de construction entrent francs de droits —Récompenses
accordées aux invalides——Biens séquestrés Réglement sur la culture.— Défense
de vendre des propriétés de moins de cinquante carreaux de terre — La tranquilBté continue — Etablissement de la police.—Le divisionnaire Clauselnomméins
pecteur général de la gendarmerie de la colonie —Cartes de sûreté, pass: ports"
Idlinger administrateur des domaines et des revenus nationaux.—[mpositops —"
Etablissement des tribunaux.—5000 hommes de ‘renfort débarquent au Cap.-—Ra:
vages de la fièvre jaune.—Charité des femmes indigènes. —Règlement sur la po:
lice des arts de santé — Les forts reçoivent les noms des généraux français
décédés — Lequoi Mongirault, préfet colonial. Vicaires apostoliques.—Le séques- M
tre établi sur les biens de ceux qui avaient suivie parti de Toussaint est levé.
-—-Le désarmement continue—Dessalines, Clervaux, Pétion, Christophe trans-«
portent , des campagnes dans les arsenaux, 30,000 fusils. — Toute la population des |
lice des arts de santé — Les forts reçoivent les noms des généraux français
décédés — Lequoi Mongirault, préfet colonial. Vicaires apostoliques.—Le séques- M
tre établi sur les biens de ceux qui avaient suivie parti de Toussaint est levé.
-—-Le désarmement continue—Dessalines, Clervaux, Pétion, Christophe trans-«
portent , des campagnes dans les arsenaux, 30,000 fusils. — Toute la population des | ‘à
A, Histoire D’HAITI.—(1802) 979 tampaones est désirmée— Leclerc se retire à la Tortue avec son épouse. —Le
“secrétaire général Lenoir se chaîge de Padministration.— Portrait de Leclerc par
les Américains — Drssalines excite Clfarles Bélair à la révolte, certain de Par.
rêter et de le livrer aux blancs. \ Pendant que Leclerc eérovait les anciens partisans de Toussaint
“anéantis, par la déportation de leur chef, Sylla sortit des hauteurs
de Plaisance , se rua dans la vallée d'Ennery , pilla et saccagea tout,
et tenta en vain d y faire éclater une insurrection, Le colonel Pes-
“quidou, commandant d’ Ennery , à la tête de plusieurs détachemens
de la lécion expéditionnaire, dispersa les attroupemens, à coups de
fusil, et rétablit l’ordre. La masse des indigènes qui n'avait pas
été valncue , mais .qui s'était volontairement souinise au nouveau gouverneur, n’avail pas encore été assez persécutée pour comprendre
les projets liberticides des français. Depuis la déportation de Rigaud
et celle de Toussaint, elle n'avait que l'attitude de la défiance : les
idées. d’ indépendance n'existaient que dans quelques têtes; elle ne
“oulait que du maintien de la liberté, et la loi du 20 Mai 1802 ne
lui était pas encore connue. La mé taphy sique de la liberté ne pou-
“ait seule lui donner une impulsion; ül fallait, pour qu elle s’ébranlt, quelle fut matéricillement frappée, c'est à- ‘dire qu'elle fut réasservie comme dans l'ancien régime. Cette tendance fatale qui pousSait Bonaparte vers l’ancien régime, tant en France que dans les
colonies, pouvait seule porter les choses à cette extrémité. Leclere
“déclara S'. Domingue en état de siége, et continua activement le
“travail de là réorganisation de la colonie. Le 1° Messidor , (20 Juin), il! publia la proclamation suivanRC: j
. Dans les circonstances présentes , rien ne s'oppose plus au rétablissement de l'ordre, et à ce que vous soyez gouvernés par des
institutions régulières. Vous allez connaître quelle est la distinction
des pouvoirs établis par le gouvernement français , pour régir cette
colonie. Les magistrats, chargés du service de ces différents pou-
“woirs, vont les exercer. Ils entreront en fonctions à dater de la pue
blication de la présente proclamation. Ces fonctions ont été tracées
par le gouvernement français pour un temps entièrement calme. Ce
temps ne tardera pas à luire pour S'. Domingue; mais jusqu'à cette
époque , la colonie, demeurant en état de guerre, différentes attributions du préfet colonial et du commissaire de Justice, rentrent dans
“celles de l'autorité militaire. Un arrêté du général en chef, à la
suite de celui des Consuls de la République, indiquera quelles sont
les attributions du préfet colonial et celles du commissaire de Justice, dont l'exercice est momentanément suspendu. L'arrêté des Conseuls sera imprimé à là suite de la présente proclamation.
, la colonie, demeurant en état de guerre, différentes attributions du préfet colonial et du commissaire de Justice, rentrent dans
“celles de l'autorité militaire. Un arrêté du général en chef, à la
suite de celui des Consuls de la République, indiquera quelles sont
les attributions du préfet colonial et celles du commissaire de Justice, dont l'exercice est momentanément suspendu. L'arrêté des Conseuls sera imprimé à là suite de la présente proclamation. 280 HNSTOIRE D'HAITI.—(1802) | 1 Je généralen chef, capitaine général, Signé, LECLERG. k Par le capitaine général, le Secrétaire Général, k Signé, LENoIR. û & À L'on remarqua dans la proclamation du géuéral en à chef qu'il pro- « mettait à la colonie des institutions régulières, mais non libérales. #
Le mêmé jour un extrait des inte des délibérations des Consulse
de la République fut publié daus fa gazette officiclie de S’. po:
Deus L'arrêté avait été rendu, à Paris, le 13 Brumaïre an 10.
de la République une et indivisible. | %
La parlie Five de S", Dowingue était provisoirement régie par {
trois magistrals à
. Un Capitaine Général ; 4
Un Préfet colonial, 2 D.
Et un commissaire de Justice. + , %
D après les principaux arlicies qui déterminaient les pouvoirs de ces
magisirats, le capitaine général avait sous ses ordres immédiats les forces
de terre et de mer, les.gardes nationales et la gendarmerie. Fl était exclu
sivernent chargé de la défense exlériëurc €t intérieure de la colonie ele..22
[E exerçait tous les pouvoirs qui étaient ci-devant atiribués aux gou= ê
verneurs généraux dans les colonies, sauf ce qui y était dérogé par F
l'arrêté des Consuls. 1! pouvait, en cas d'urgente nécessité, et sous” F
sa responsabilité personnelle , surseoir, en tout ouen partie , l'exé-« “
cation des lois et règlemens existans , après en avoir toutefois müûrement délibéré avec le préfet colonial ou le commissaire de Justice,
selon la nature des objets, sans pouvoir être arrêté par leur no
contraire. La concession des terres vacantes, au nom de la Répubiique, lui appartenait concurremment avec le préfet colonial, cn.
se conformant, aux règles établies : en cas de diversité d'avis , R,
voix du capitaine général était prépondérante. Le capitaine. neue ‘4
voyait provisoirement à touies les places, tous les emplois militaires, selon
l'ordre de l'avancement graduel, jusqu’à celui de chef de bataillon ou …
d'escadron exelusivement el proposait au minisire du déparetell
tous les remplaceimens à faire dans les grades supérieurs. Le capi-m
taine général ne pouvait s'immiscer directement ni indirectement dans . 4
les fonctions du préfet colonial, et du commissaire de Justicé, ni
des tribunaux. En cas d'absence hors de la colonie et dépendances, où de mort , le capitaine. général devait être remplacé, par in-«
térim, et dans la ‘plénitude des mêmes pouvoirs, par ! officier géné
ral qui serait désigné. ne
grades supérieurs. Le capi-m
taine général ne pouvait s'immiscer directement ni indirectement dans . 4
les fonctions du préfet colonial, et du commissaire de Justicé, ni
des tribunaux. En cas d'absence hors de la colonie et dépendances, où de mort , le capitaine. général devait être remplacé, par in-«
térim, et dans la ‘plénitude des mêmes pouvoirs, par ! officier géné
ral qui serait désigné. ne Le préfet colonial était chargé exclusivement de lidrainisuratiog HISTOIRE D'HAITI {802 | 284 civile et de la haule police de la colonie, 6e qui comprenait , ou8 ce qui avait trait à l'administration civile et à la haute police,
Mostruchon publique, la liberié des cultes et des personnes , ‘luage de la presse, et généralement tout ce qui était el: devant attribué aux intendanus el urdonnaleuts de la colonie, soit en particu:
Mer, soit en commun avec le BORNGNEUre Le préfet colonial ne
pouvait, SOUS aucun prétexte , entreprendre sur les fonctions de
Eire judiciaire, comime le commissaire de Justice et les tribunaux ne
pouvaient entreprendre sur ses ppp à peine de nuliité et de révocation. En cas d'absence hors de la colonie et dépendances, ou de mort, le
préfet colonial devait être remplacé de droit et provisoirement, par officier d'administration le plus ancien en grade supérieur, Le commussaire de Justice avait l'inspection et la grande police sur les tribunaux de la colonie, ainsi que sur les ofliciers ministéMiels qui en dépendaient. [i se faiszil rendre des comptes assidus
par les ns et commissaires du gouvernement. En cas d'absence hors de la colonie et dépendances ou de mort, ildevait être remplacé, de droit et provisoirement, par le commissaire du gouvérnement, près le tribunal, à la résidence des chefs lieux ; et-celuibei par le premier de ses substituts. D'aprés.l'arucle 2 du utre 1% de larrêté des Consuls , le es Mgénéral déclara, le même jour 20 Juin, que la haute ‘police de la
“colonie appartiendrait à l'autorité militaire e jusquà ce que l'état de siège de S'. Domingue fut levé, que l’'ordonnateur en chef, tant Mqu'il y aurait une armée dans ‘la colonie , aurait dans ses attributions, le casernement, les hôpitaux militaires, la solde, l'entretien
Lei la nourriture des troupes de Llerre. Ces attributions devaient ap_partenir au préfet colonial, d' après l'article 2 de l'arrêté des Conésuls. Le capitaine-général déclara en outre que la surveillance des Prisons , sous les rapports de sureté et de salubrité, serait enlevée
äu commissaire de justice, et altribuée aux commandans militaires ; “que la police personnelle envers les gens sans aveu, les perturbaà] teurs de la RARE publique, apparendran à lauiorité miliaire. - o Le gouvernement militaire se trouvait entièrement rétabli, car Leclerc, parles changemenus portés à l'arrêté des consuls, plaçait en ses
mains tous les ressorts de l'administration générale, et fais aitWouer “au préfet colonial, ainsi qu’ au commissaire de Justice, des rôles tout.
à fait subalternes. Pour les entourer de quelque prestige, il leur permit d'avoir des
gardes. Le secrétaire général lui même, le citoyen Lenoir, sortait
toujours précédé de soidats. Les français avaient remarqué que le
peuple de St-Domingue avait peu de considération pour les ofliciers
civils. Ainsi, Leclerc continua Îe régime militaire organisé par Tous-
au préfet colonial, ainsi qu’ au commissaire de Justice, des rôles tout.
à fait subalternes. Pour les entourer de quelque prestige, il leur permit d'avoir des
gardes. Le secrétaire général lui même, le citoyen Lenoir, sortait
toujours précédé de soidats. Les français avaient remarqué que le
peuple de St-Domingue avait peu de considération pour les ofliciers
civils. Ainsi, Leclerc continua Îe régime militaire organisé par Tous- “faint, Aussitôt après la chute du parti des petits blancs, sous le 282 HISTOIRE D'ITAITI.—(18(12) commissaire civil Sonthonax, les municipalités perdirent à St. Don
mingue toute leur puissance; le gouvernement de Rochambeau leurs
portera le dernier coup. Depuis Dessalines jusqu'à nos jours, leur
éxistence n'a été le plus souvent que nominale en Haïti. Cependant,
la vraie liberté ne se rencontre que chez les peuples où la communes
est le principe de l'organisation générale. 4 Par un arrêté du capitaine général du 2 Messidor an 40 (21 Juins
4802) , la partie française de St-Domingue fut divisée en trois dépar
tements, du Nord, de l'Ouest et du Sud. On supprima le départe=s
ment de FArtbonite. Le département du Nord, chef-lieu le Cap”
Français, fut divisé en six quartiers, et subdivisé en vingtcinq com-f
munes ou paroisses. Les quartiers du Port-de Paix, du Môle St
Nicolas, du Cap et du Limbé, renfermèrent chacun quatre communes
celui du Fort-Liberté, quatre; et celui de Limonade cinq. Le dé"
partemeut de l'Ouest, chef lieu Port Républicain, fut divisé en quatre”
quartiers, el subdivisé en quatorze paroisses. Le quartier de Si Mare
renferma -quatre paroisses, celui du Port-Républicain, quatre, ceux
de Léogane et de Jacmel, trois chacun. Le département du Sud,"
chef Hieu les Cuyes, fut divisé en quatre quartiers, et subdivisé en
quatorze paroisses. Le quartier du Petit-Trou renferma trois pa
roisses, celui de Jérémie deux, celui de Tiburon deux, celui des”
Cayes cinq, celui de St. Louis deux. La partie française eut done”
quatorze quartiers, et cinquante deux paroisses ou communes. chaques 0 me - paroisse conserva la démarcation qu'elle avait avant 4792. # Le général Leclerc confia l'administration des quartiers et des pa-”
roisses à des commandans militaires et à des conseils de notables.
Les commandans militaires avaient-sous leurs ordres les commandans"
de place; ils exerçaient la haute police dans l'étendue de leurs quar«
tiers. Dans chaque commune il y avait un officier militaire, et un
conseil de notables dont les membres négociants ou propriétaires
étaient nommés par le préfet colonial. Les commandans militaires.
délivraient les passe-ports, s'occupaient de la police de sûreté, du“
maintien de la propreté et de la salubrité des villes et des campagnes,
des recensemens des citoyens,*de la police des prisons, de la vérifications
dos poids el mesures, en concurrence avèc les conseils de notables."
is ne pouvaient s'immiscer dans les fonctions des conseils de notables;
quant aux réquisilions, le capitaine.général se réservait à lui seul le”
droit de les faire. Peenie 3 MORE
occupaient de la police de sûreté, du“
maintien de la propreté et de la salubrité des villes et des campagnes,
des recensemens des citoyens,*de la police des prisons, de la vérifications
dos poids el mesures, en concurrence avèc les conseils de notables."
is ne pouvaient s'immiscer dans les fonctions des conseils de notables;
quant aux réquisilions, le capitaine.général se réservait à lui seul le”
droit de les faire. Peenie 3 MORE Les conseils de notables proposaient les dépenses nécessaires pour"
l'entretien et la solde de la gendarmerie , pour la construetion et
l'entretien des établissemens publics, pour la police de la salubrité,"
pour Île salaire des ministres du culte, et celui des employés à la chargem
de la commune; ïls repartissaient les impôts adoptés par le général
en chef, sur fa proposition du préfet colonial; ils ordonnaient et
surveillaient l'emploi des fonds communaux; ils administraient les hô="
#
1%
et la solde de la gendarmerie , pour la construetion et
l'entretien des établissemens publics, pour la police de la salubrité,"
pour Île salaire des ministres du culte, et celui des employés à la chargem
de la commune; ïls repartissaient les impôts adoptés par le général
en chef, sur fa proposition du préfet colonial; ils ordonnaient et
surveillaient l'emploi des fonds communaux; ils administraient les hô="
#
1% HISTOIRE D'HAITI.—{ 1802) | 283 pilaux civils, ils | déterminaient la taxe des comestib! les ; is pouvaient
tre destitués par le préfet colonial.
Un officier chargé de la tenue des actes de l'Etat civil fut établi
dans éhaque commune.
«1! fat défendu aux citoyens, sous n'importe quel prétexte, de se
féunir en assemblées sous peine d’être dispersés par la force armée:
. Plusieurs bâtimens, chargés de quelques bataillons européens,
mouillèérent dans la rade du Gap. Les troupes, en débarquant,
annoncérent Îa prochaine arrivée de 6,000 hommes réunis à Toulon. Ces nouvelles réjouirent considérablement : tes français qui
voyaient avec cffroi le vide que le fer et la peste avaient fait dans
leurs rangs. Leclerc pensa que ces nouvelles troupes, par leur
attitude , “maintiendraient l'ordre dans le Nord. Quant au département du Sud, il ne lui donnait aucune inquiétude; il paraissait
être certain du dévouement à la France de la population de ce département’. Mais la peste, semblable à uu brasier alimenté par des matiéres combustibles, devenait deplus en plus intense par les renforts
fréquens qui débarquaient dans l'ile. ÉELENQAUE la paix avec FAnleterre , le rétablissement de l'ordre dans les campagnes, avaient
lonné quelque essor au commerce. Des. marchandises françaises
de toutes espèces remplissaient les magasins ; elles sé vendaient à.
un, prix raisounable ; des travaux des champs prenaient une noule vigueur; les vivres entraient dans: les villes avec abondance ;
et sur les habitations, de vastes magasins se remplissaient, de nou:
Yeau , de mais et de riz. Les marchés du Port- Républicain , du
Cap, des Cayes étaient couverts de café que de nombreux navires
éxportaient. Du 23 Prairial au 16 Messidor, cinquante bâtimens
marchands Claient entrés dans la rade du Cap, el en étaient sortis.
Le commerce de la colonie était devenu surtout très actif avec les
villes de Bordeaux, de pas que du Hâvre, de Marseille, de
Toulon, de Nantes, de Baltimore, de Charleston, de Portland , de
Mogane, dé la Nouvelle Orléans |
… Dans les villes, les commandans militaires maintenaient rigoureuSément la propreté, et la « ARE par des ordonnances sévères et
isles. Pendant la nuit, des reverbères éclairaient les rues. Toutes
È familles blanches vivaient heureuses sous ce nouvel ordre de choses,
éblormée européenne apprit avec jote que le capitaine-général avait
demandé au gouvernement français , cinquante places au Prytanée,
pour les fils des guerriers morts à St. Domingue.
Le service des postes fut rétabli, sous la sureillance du préfet
colonial et des sous- préfets. I se faisait par d anciens marins, ou
des officiers de la marine.
_ Dans les ports de mer, suivant l'importance des villes, les officiers
en activité étaient classés d'après leurs grades, qui ne s’élevaient
pas au. dessus du rapg de capitaines de vaisseaux, et ne descendaien£.
fils des guerriers morts à St. Domingue.
Le service des postes fut rétabli, sous la sureillance du préfet
colonial et des sous- préfets. I se faisait par d anciens marins, ou
des officiers de la marine.
_ Dans les ports de mer, suivant l'importance des villes, les officiers
en activité étaient classés d'après leurs grades, qui ne s’élevaient
pas au. dessus du rapg de capitaines de vaisseaux, et ne descendaien£. + 284 _ HISTOIRE D'HAITI.— (1802) pas au dessous de celui d’enseignes. Au Cap et au Port Républic ail
les officiers en activité jouissaient du rang de capitaines de vaissea
ceux des Cayes et de Sto. Domingo, du rang d enseignes. Le eapitain
général classa tous les ports. Ceux de première classe élaient com
Jvandés par des pere de vaisseau, ceux de deuxième classé
des licutenans de vaisseau, et ceux de troisième classe par des enseig
Ces oficiers ue payés comme les marins en activité des mê |
grades qu'eux. Dans les ports des Cayes,: du Port-Républicain, du
Cap, du Fort-Liberté et de Sto. Domingo, le gouvernement plaçasde
pilotes pratiques; et pour être reçu pilote, 1 fallait subir un examen
sévère et raisonné, sur les passes, Îles AR des. ports, sur |
théorie des vents et sur la manœuvre. Les pilotes de première cl
recevaient de l'Etat 1200 fr. par an, et ceux de deuxième 960 fra |
Ces mesures prises à l'égard des pilotes étaient. très.salutaires. Not
pays étant une ile on ne pouvait donner trop de soin à la navigation”
Les navires français venant des ports de la métropole n'étaié
reçus, par l'administration coloniale, que dans les rades du. Ca
du Port-Répubhcain, des Cayes et de ‘Jacmel. Les navires étrange
du port de soixante ‘dix tonneaux étaient reçus dans les mêmes po
Les bâätimens français n'étaient assujettis à aucun droit d’ importat
Leurs chargemens se composaient des denrées du pays, à l’exce
tion des sirops, de la mélasse, dutafia et du rhum. Ils payaient pour |
porlalion: café, le quintal , 6 francs 67 c.; sucre blanc, 6 franc
c., sucre brut, 3 francs 33 c.; indigo, la livre 40 c., Cuir
poil, la bannette, 2 francs, cuir tanné, 1 franc 33 c. , bois deca
pêche, bois jaune, et toutes espèces de bois de teinture, le millier
G francs; bois de gaïac, 10 francs, 100 francs en n; acajou et a
ré bois de travail , en poutres ou en madriers, le pied cube, 4
s gomme de ga he, le quintal , G francs ; casse, le quirtal,
frs. 390,5 CAtA0, 5 JTS:& toutes denrées non énumérées , 40 pour 4
cent de la valeur au cours. Les marchandises venant des manu:
factures de France, étaient exempies de droit. ; 4
Les droits établis sur les denrées exportées par les bâtimens étra
gore étaient ainsi établis: café, le quintal, 43 frs. 383 c., sucre bk
A8 33 c., sucre brut, 6 frs. 67 c., indigo, la livre, 80 c.
JTS:& toutes denrées non énumérées , 40 pour 4
cent de la valeur au cours. Les marchandises venant des manu:
factures de France, étaient exempies de droit. ; 4
Les droits établis sur les denrées exportées par les bâtimens étra
gore étaient ainsi établis: café, le quintal, 43 frs. 383 c., sucre bk
A8 33 c., sucre brut, 6 frs. 67 c., indigo, la livre, 80 c. rap, le mil lier , 20 frs. , tafia , le boucaut, 30 frs., cuiren poil
Fe hu e, 4 frs. , cuir tanné, 2 frs. 67 c., bois de campée
Lois jaune , et toutes espèces de bois de teinture, le millier , 12
hois de gaïac 20 pour cent en n, acajou et autres bois de tra
un poutres et en madriers, le pied cube, 80 c.; gomme de ga
le quintal, 49 frs; casse, ‘le quiutal, 6 frs. 67 € C., Cacao, 40
toutes denrces DU nt ue 20 pour cent, la valeur au cours. marchandises provenant des manufactures françaises , et import
par les bâtimens étrangers, ne payaient aucun droit. 0
Depuis quelques mois, les bœuls, les mulets et les bois de een Ca HISTOIRE D'HAITI.— (1802) 285 Hruction étaient devenus très-rares, à cause des difficultés de comMunications , avec la partie espagnole, pendant la guerre de trois
“MOIS. Par un arrêté du capitaine général, en date du 5 Messidor
kan 10 (25 Juin), ces animaux et les bois ide construction purent
“entrer francs de tous droits, dans les ports du Cap, du Môle, de
Port Républicain , et de Jacmel, ' :
een Ca HISTOIRE D'HAITI.— (1802) 285 Hruction étaient devenus très-rares, à cause des difficultés de comMunications , avec la partie espagnole, pendant la guerre de trois
“MOIS. Par un arrêté du capitaine général, en date du 5 Messidor
kan 10 (25 Juin), ces animaux et les bois ide construction purent
“entrer francs de tous droits, dans les ports du Cap, du Môle, de
Port Républicain , et de Jacmel, ' : je ut la caisse publique était pauvre, Leclerc, contre son désir, le put donner des pensions aux vieux soldats devenus infirmeés par
les blessures qu ils avaient reçues dans les combats. Il les dédommagea
Ménarrêtant que les corps des gardes de douanes ne seraient composés
“que des fmilitaires invalides. |
Mu Les biens qui appartenaient aux émigrés et aux absens, et ceux
purs par le gouvernement de Toussaint entrérent dans les doMmaines nationaux. Un directeur et un ‘inspecteur furent chargés,
“dans chaque département, de l'administration des domaines'et re
lyenus nationaux. |
Le 10 Messidor an 10, (29 Juin) on publia un règlement sur
lculture. D'après les termes de ce règlement, fes cultivateurs
récevaient, comme sous Toussaint Louverture, le quart brut des
revenus; ils obéissaient aux propriétaires, gérans , fermiers, que la
101 constituait les chefs des habitations, comme à des officiers mililaires. Ils étaient punis de la prison pour les délits qu'ils commettaient envers leurs chefs; pour les fautes de’ police, ils étaient
Mis à la barre; pour les cas graves, ils étaient soumis: au code
pénal de la marine. Tous les mois, les commandans de communes
faisaient leurs rondes sur les habitations, Ss'informaient si les cullivateurs recevaient leur part des produits, s'ils n'étaient pas vietimes des injustices des conducteurs dont ils écoulaient aussi hs
Mplaintes. Mais le plus souvent le pauvre laboureur était maltrane
Minjustement par les commandans de communes eux mêmes qui ne
Mblämaient jamais les colons. Ceux-ci parlaient sans cesse et hardiMnent du prochain rétablissement de l'esclavage. Les cultivateurs du
0 de l’Artibonite et de l'Ouest étaient inquiets ; ils paraissaient
Mattendre avec impatience l'occasion favorable de reprendre les armes,
Les gendarmes, chargés de réprimer le vagabondage dans les cainPègnes, sabraient impitoyablement les indigènes qu'ils rencontraient
Sur.les grands chemins.
“Le gouvernement défendit aux notaires de passer des ventes de
terre de moins de cinquante carreaux. Le cultivateur ne put devemir propriétaire ; il demeura sur les grandes habitations; on crut
Quen les réunissant par centaines sur un seul point, il serait plus
Cile de les contenir. Le système des grandes habitations favorisefa, au contraire, l'insurrection. La plus légère étincelle produira
dans les immenses ateliers que formaicnt les cultivateurs l'explosion
ét l'embrasement : c’est ainsi que la tyrannie se trompe le plus
moins de cinquante carreaux. Le cultivateur ne put devemir propriétaire ; il demeura sur les grandes habitations; on crut
Quen les réunissant par centaines sur un seul point, il serait plus
Cile de les contenir. Le système des grandes habitations favorisefa, au contraire, l'insurrection. La plus légère étincelle produira
dans les immenses ateliers que formaicnt les cultivateurs l'explosion
ét l'embrasement : c’est ainsi que la tyrannie se trompe le plus 286 + HISTOIRE D'HAITI.—(1802)
souvent dans ses caleuls. Répandus sur ious Îles ie de rie,
propriétaires, la plupart, de quelques carreaux de terre, ilgn’eu
sent pu s'entendre facilement; mais 1ls auraient été libres, et ce
m'était pas ce que voulait le gouvernement français. Cepernee es.
jardins légumiers situés à moins d'une lieue des villes, n'étatent"pas
compris dans l'arrêté du .capttaine- général, qui défondait ‘de cultivé url |
propriété de moins de cinquante carreaux. Le cultivateur, ne
pouvait épouser une femme d'une habitation autre que celle son
laquelle. il était attaché, à moins d'une dispense -du capitaine géné
ral lui-même. C'était un nouvel obstacle qu'on créait aux rappo C
des rultivaieurs entre eux ; car les hommes qui se communiquen |
fréquemment se transmettent leurs idées et s’électrisent. A Lorsqu'un cultivateur ouvrier où domestique voulait voyager dans
le quartier où il ayant son domicile, il se faisait délivrer gratis par |
les confmandans de place des cartes de sûreté. Le cultivateur qu
la gendarmerie rencontrait sur Îles grandes routes , sans être muns
d'une carie de sûreté, devmt être arrêté et emprisonné. Les ne |
ports, pour voyager dans l’intérieur de la colonie, étaient aussi"dés
livrés gratis. Ces paste-poris DÉS servir pendant trois moiss
Mais il n'en était délivré aux cultivateurs et aux ouvriers que pout |
des jours et des lieux dr A Pour rétablir l'esclavage, qe |
vaines ordonnances du gouvernement! Dans les plaines etlés mornes
les cultivateurs se réunissaient la nuit, et: conspiraieut la perte
leurs anciens oppresseurs. Quand'ils étaient arrêtés dansces rasse d
Fes ae ils étaient livrés au dernier supplice. L'héroïsme: qu'ils dé
montralent, en marchant à la mort, cafe missaii Îe courage de leur
Sen be qui apprenaient à mépriser les Lortures les plus affreuses
e |
vaines ordonnances du gouvernement! Dans les plaines etlés mornes
les cultivateurs se réunissaient la nuit, et: conspiraieut la perte
leurs anciens oppresseurs. Quand'ils étaient arrêtés dansces rasse d
Fes ae ils étaient livrés au dernier supplice. L'héroïsme: qu'ils dé
montralent, en marchant à la mort, cafe missaii Îe courage de leur
Sen be qui apprenaient à mépriser les Lortures les plus affreuses Le capitaine général confia la surveillance et l'entretien des roul é
au commandant du génie de l'armée, el dans chaque quartier
établit un voyer arpenteur. Aïasi Leclerc profitait de là paix pou
consolider la puissance métropolitaine; mais les atroeités, auxquelle
sa livraient déjà ses lioutenans, sapaient chaque jour celte puissanee
Il saperçut que Îles in: digènes étaient devenus sombres, aciturnes
tout annonçait une prochaine explosion. Sentant, dans de- telle
circonstances, la nécessité d’une police énergiquement faite dans k
campagnes, 1] nomma le général de division Clausel, inspecteurtgt
- méral de la gendarmerie de la colonie. Il s'efforça de refaire: le mor:
de l'armée; il dégrada et renvoya en France tous les officiers et 1re
péens qui avaient commis quelques lächetés. II nomma administrateu
des domaines et revenus nationaux le citoyen Idlinger, homm *
talents, qui avail été, sous Toussaint Louverture, directeur ace d
maines. Comme les caisses publiques se trouvaient presque vie 3e
il multiplia cons.dérablement les impositions. Le droit de tonnaf
fut porté à 89 centimes par tonneau; et les villes du pr) du »
Républicain, du Fort- nn de Jacmel, de Jérémie, des-Cayes}"e
ateu
des domaines et revenus nationaux le citoyen Idlinger, homm *
talents, qui avail été, sous Toussaint Louverture, directeur ace d
maines. Comme les caisses publiques se trouvaient presque vie 3e
il multiplia cons.dérablement les impositions. Le droit de tonnaf
fut porté à 89 centimes par tonneau; et les villes du pr) du »
Républicain, du Fort- nn de Jacmel, de Jérémie, des-Cayes}"e HISTOIRE D’HAÎTI 1802.) 237 ile de la Tortue Mur une contribution de guerre de 1,495,000
fancs. Sur la place du Cap, en juillet 1809, le sucre terré se vendait
é MR bivres 10 sous le cent; le café, premiére qualité, le cent 20 livres,
6 sous; le coton le cent, 231 livres; bois d’acijou, à quatre pouces
Jépied courant, 4 livres 2 sous; la farine de France, le baril, 115
Jivres, 10:sous ; le vin vieux rouge, ia barrique, 330 livres; vin
anc, 297 livres: le bœuf salé, Le baril, 99 livres : porc Sale - AS
res, 10 sous; morue, le quintal, 407 livres, 5 Sous ; harengs, le baml GGilivres, maquereaux, 99 livres.
À Leclerc s’occupa ensuite des tribunaux. Après avoir publié le 2
Mhermi. for un règlement portant organjsation du notariat, 1l établit
27 Thermidor” (15 août) un tribunal d'appel au Cap Français; un
Ahcien conseiller au conseil supérieur de cette ville, Pourcheresse Verlières, en fut nommé le président. Ce tribunal fut composé de quale juges, d'un commissaire du gouvernement, d'un greffier, d'un
uissier audiencier et d'un président. Des tribunaux de première
Anstance furent établis au Cap, au Fort-Dauphin, au Port-RépubliGin, au Port de-Paix', à St Marc, à Jérémie, et aux Cayes. Ils
urent composés, chacun, d'un juge, d'un lieutepant, d'un substitut,
d'un commissaire du gouvernement, d'un greflier, d'un huissier
diencier. Au Cap et au Port Républicain, les défenseurs près
tribunaux payaient annuellement 4,800 francs , les notaires,
1,200 francs, les huissiers priseurs, 2,400 francs, les huissiers
audienciers près tous les tribunaux de première instance, 1,200
anes, Aucun de ces officiers publics ne pouvait entrer en fonc.
tions qu'après avoir acquitté la rétribution® Les places d'huissiers
él. d'encanteurs étaient données aux anciens officiers de la Républi.
que, et celles de concierges des maisons d'arrèt aux sous-offieicrs
qu, par leur âge ou leurs blessures, ne pouvaient plus continuer
dfaire le service militaire.
=Le général Leclerc établit aussi aux Cayes et au Port Ré publieain
Qes tibunaäux d'appel. Celui du, Port Républicain fut composé d'an
résident, de quatre juges, dun commissaire du gouvernement,
l'un greflier et d'un audiencier. Le citoyen Lombard, ancien consciller au conseil du Gap, fut nommé président de ce tribunal. Celui
s Cayes fut composé d'un président, de trois juges, d'un commisqure du gouvernement, d'un greffier et d'un audiencier. Le citoyen
biche , ancien conseiller au conseil supérieur du Port-Républcain,
en fut nommé le président.
M Le 13 Thermidor (4* Août 1802) une escadre commandée par le
contre amiral Dumanoir, partie de Toulon, et chargée de trois-miile
hommes de troupes, était venu mouiller dans la rade du Cap. Le
49 du même mois (7 Août) trois bâtimens de transport, escortés
un lougre de guerre, venant de Toulon, chargés de deux-mille hom:-
ant aussi mouillé, dans la. ‘rade. de celte ville, Ces, tinq
13 Thermidor (4* Août 1802) une escadre commandée par le
contre amiral Dumanoir, partie de Toulon, et chargée de trois-miile
hommes de troupes, était venu mouiller dans la rade du Cap. Le
49 du même mois (7 Août) trois bâtimens de transport, escortés
un lougre de guerre, venant de Toulon, chargés de deux-mille hom:-
ant aussi mouillé, dans la. ‘rade. de celte ville, Ces, tinq - espagnole, remplaça Île citoyen Déraime dans les fonctions de, cn HISTOIRE D'tAITI 1802). EE mille hommes débarqués en parfaite santé, furent enlevés par 1#
Sn là RDIU BAPE , en moins de vingt re L'on ne rendait plus venait de pe ca les Re de Ron Élément: Pa bo Le
yen, Tolosé, l'adjudant commandant Perrin, Île chef de brigade lu.
génie Maubert. L'humanité des ie MES de couleur et noires écl ta
énergiquement au milieu de ces grandes calamités publiques. Bravantlæ
mort daus des hôpitaux infects, elles prodiguatent toutes sortes de soins
avec une rare vertu , aux soldats comme aux bourgeois. 2
atteints de fièvre jaune. Les français oublieront ces actes subi
mes de charité; et sous le gouvernement de Rochambeau, ces mal
heureuses, parce qu'elles avaient une peau noire ou jaune, seront,
victimes des fureurs de ce chef bourreau. Cependant l'héroïs
des fenimes indigènes arracha des félicitations au capitaine-généraln
La gazette officielle de St-Domirgue leur adressa des remercimens4
au nom du gouvernement français, dat à. nent à celles à
Port-Margot. Les médecins, chirurgiens et pharmaciens, attacl
aux hôpitaux militaires, déployaienL, de côté, tant de zèle
que le général Leclerc fii parmi eux de nombreuses promotions
les citoyens Bonjardier et Mounier furent nommés médecins de pre”
mière classe; Mirambeau et Rebourg, chirurgiens de première cas
se ; Dupont et Blanchet, pharmaciens de premiére classe, L'inté
de la société exigeant que la médecine fai «pratiquée par des Ro
mes instruits, Leclerc publia le 28 Thermidor (16 Août), ün
glement sur la police des arts de sanié. Nul üe pouvait exer
la médecine sans être muuai d'un diplôme du conseil de santé €
Jonjal. mes Pour rendre hommage à la mémoire des français morts à H
mée de. St-Domingue, Leclere fit appeler le fort National du Po
Républicain , fort Débelle ;' le fort de Ia Crète à Pierrot,
Hardy; le fort Bélair du Cap, fort Ledoyen ; la batterie Grigri ( 1
Cap, batterie Psmbour; le fort Labouque du Kert-Liberté, 0m
Lachâtre; le fort que les français avaient construit au Dopdon) ‘4
fort Gougeot. F4 Le citoyen Lequoi Mongirault, préfet colonial dé l'ancienne parti | fet colonial de la partie française. Par un arrêté du’ 30 Therm
dor (18 Aoû), l'ancienne possession espagnole fut appelée partie
de lVEst; la province de l'Ouest prit le nom de département d l'Artibonite. La religion catholique, apostolique et romaine fut
seule dont l'exercice “public fut autorisé dans la colonie. Le :
yen Cibot, ci devant préfet des missions à St-Domingue, fus
me vicaire apostolique dans le département du Nord; le citoj
Lecun, aussi ci devant préfet apostolique, fut nommé vicaire ap
espagnole fut appelée partie
de lVEst; la province de l'Ouest prit le nom de département d l'Artibonite. La religion catholique, apostolique et romaine fut
seule dont l'exercice “public fut autorisé dans la colonie. Le :
yen Cibot, ci devant préfet des missions à St-Domingue, fus
me vicaire apostolique dans le département du Nord; le citoj
Lecun, aussi ci devant préfet apostolique, fut nommé vicaire ap *" prie
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EL SI ANS ENS 2 LILIANE 26 d'au 239 tolique dans les départemens de FOuest et du Sud. [La réaction
“qui s'opérait en ‘France en faveur du clergé se faisait sentir à St-
» Domingue. ;
Le capiiaine général, a aprés les termes de sa proclamation qui
“portait amnistie et oubli du car leva la séquestre établi sur les
biens et les fermes dd ceux qui avalent suivi le parti de Toussaint
*Louverture. Cependant Îles propriétés de tous eeux qui avaient été
embarqués avec l’ancien one ment, demeurérent séquestrées. Le
“clerc ordonna que le mouillage des bâtimens français füt séparé
“de ceiui des navires étrangers ‘dans les ports du Cap, du Port-Réublicain, des Cayes et de Jacmel. Toutes communications, en
ds. entre les français et les étrangers, furent sévèrement aéfen-
“dues. Comme les navires de guerre de la République étaient déjà
“chargés d'infortunés indigènes qui étaient condamnés à y périr dans
“toutes sortes de tortures, le gouvernement craignail que Îles étranges, témoins de telies atrocilés, u allassent les publier en Europe
“et sur le continent américain. Ces crimes étaient d'autant pli 18
‘abominables qu ils s'exerçaient sur de simples soupeons ; et pendant
que les français inondiatent la colonie d'ordonnances et de procla-
* malions empreintes , le plus souvent, du républicanisme le plus
“large, 1ls arréiaieut les indigènes, surtout Ceux ‘dé quelques lumières,
el #4 plongeaient dans En cales des bâtimens de guerre. Des tribunaux avaient été établis; el cepenilant la justice n était presque
jamais rendue aux noirs ni aux sens de <ouleur. Des plunies se
faisaient entendre, surtout dans les campagnes. Leciere effrayé mit
en œuvre les moyens de la faiblesse: 11 commença à noyer, à pendre,
£t à fusiiler, sans jugement. Chaque jour le nombre deseultivateurs
S'alfaiblissait dans les aielièrs. Ces hommes simpilés, hér. oiques, pleins
“de vertus natives, dont la devise, gravée au fond de leurs cœurs,
était la liberté ou la mort, se retiraient, pendaut la nuit, au loin dans
les montagnes. Les bandes qu'ils y formaient se grossissaient Cha que
our. is attendaient avec impatience le moment “de se ruer dans les
plaines, autour des villes, et d'y porter l'incendie et la mort. Leclerc
ordonna aux commandans militaires de parcourir . nouveau tous les
quartiers pour achever d'opérer totalement le désarmement des gardes
nationales des campagnés. Dans les trois départemens du Nord, de
Ouest ou Arttibonite, et du Sud, le nc in fut exécuté sans
obsiacle, Les français, pour réussir, avaient encore trompé les indigènes. lis leur avaient promis de nouvelles armes de fabrique française,
afin qu'une parfaiie unormité fut établie dans l'armement des gardes
Hationaux. Ceux ci, voyant les troupes coloniales soldées, eomposées
de noirs et d'hommes de couleur , exécuter les ordres ‘du vou verement avec zèle, crurent encore à la bonne foi du capitaine général,
el livrérent leurs armes. La 4e coloniale, sous les ordres de Desfalines, commandaut de l’arroudissement de St. Mare, la Ge coloniale,
'une parfaiie unormité fut établie dans l'armement des gardes
Hationaux. Ceux ci, voyant les troupes coloniales soldées, eomposées
de noirs et d'hommes de couleur , exécuter les ordres ‘du vou verement avec zèle, crurent encore à la bonne foi du capitaine général,
el livrérent leurs armes. La 4e coloniale, sous les ordres de Desfalines, commandaut de l’arroudissement de St. Mare, la Ge coloniale, ‘290 HISTOIRE D'HAITI.— (1803) NE F sous les ordres de Clervaux, la 43e coloniale, sous ‘les ordres deu |
Péiion , les 7e et 11e colonial es , démontrérent , dons les plaines et
les mor nes , le plus grand dévouement, et Lransportèrent ‘dans les ar- |
‘senaux 30.000 fusils, dont 20,000 que Toussaint avait achetés des.
Anglais, des Danois et des Américains.
Leclerc félicita, de là conduite qu'ils avaient tenue, dans les différenaà
‘quartiers de l'ile, les généraux Boyer, blanc, Dessalines, Christophe,
Maurepas, noirs, ladjudant commandant Pétion, homme de couleurs
Je chef de bataillon Makajou, homme de couleur, les colonels Magny
3. Louis Louverture, noîrs, les chefs de bätaillon Grandseigné, Err a.
Mouchet, blancs. Le général Boyer exerçait tant de férocité da
ses tonrnées que les soldats français l'avaient surnommé le’ cru
Les chemins qu’il avait parcourus étaient bordés decadavres indigènes"
pondus aux branches des arbres. ‘11 laissait toujours derrière jui une.
tainée de sang. Toute la population des plaines et des mornes,
ce ivait désarmée. On la erut dans l'impuissance de s'insurger. EUR
aall, en effet, en sa -possession aucun moyen de soulèvement"
Sept la sublime résolution de vaincre ou de mourir. un | Leclerc retourna à la Tortue qu'il avait transformée en un délin
cieux séjour. “Là, il s'eflorçait d'oublier les calamités qui menaçaients
encore la colonie, en se livrant, sans ménagement, à toutes les joui +
sances matérielles de la vie. Son épouse, aimante el Me |
s’entourait de toutes sortes d'enchantemens. Les ofliciers les plu
beaux de l'état major du capitaine- général étaient , ses cavaliers
Elle s'adonnait”à tous les plaisirs que -créait son imagination mére
dionale. Sous un ciel brillant d'étoiles, aux rayons de la lune, non"
chalamment étendue sur des coussins et de riches tapis, dans une
barque légère, Pauline Bonaparte, embrasée de volupté, glssait sur
les eaux paisibles de la baie des Moustiques, entourée d'une muit
tude de canots, tiluminés, ornés de guirlandes, et chargés de femme
et de jeunes fil les qui chamtaient en chœur, au sein de la nuit4Æ
lendemain quand le soleil inondait de ses rayons brûlans les plage
qui avalent été témoins de ces fêtes, la plupart de ceux qui y avai
pris part, étaient enlevés par la peste et emportés au tombeau. P
la maladie devenait intense, plus la fureur des plaisirs se développa
Leclerc lui même que'dominait Pauline Bonaparte, fut contraint d'o
blier les affaires publiques, à la Tortue, pendant plus d'une sermain(
Il confia au secrétaire général Lenoir, le soin de l'adininistration |
nérale, et ne se réservait que la peine de signer les arrètés et OP
donnances qu'on lui expédiait. |
és au tombeau. P
la maladie devenait intense, plus la fureur des plaisirs se développa
Leclerc lui même que'dominait Pauline Bonaparte, fut contraint d'o
blier les affaires publiques, à la Tortue, pendant plus d'une sermain(
Il confia au secrétaire général Lenoir, le soin de l'adininistration |
nérale, et ne se réservait que la peine de signer les arrètés et OP
donnances qu'on lui expédiait. | Les américains , qui depuis l'établissement du nouveau gouver |
nement, avaient perdu tous les avantages COMMErCIaux dont ils j Jouis: 4
saient sous Toussaint Louverture, voyaient avec désespoir le maïr
tien de la paix à St. Domingue. Ils inondaient la colonie d'éer
contre l'administration française. Dansle Moniteur, gazette officielle.
À HISTOIRE D'HAITI.— (1802) +: 892 de Philadelphie, du 26 Juillet 4802, le général Leclerc était peint “ainsi quil suit: « Si vous voulez vous en former una véritable idée,
« vous le verrez moirci par le crime , la trahison, l'assassinat et le & sacrilège. » Ce portrait était fidèle, car Leclerc, cédant sans cesse
Aux exigences du parti colonial, et metfänt en pratique les instrucions de Bonaparte , marchait dans la voie du crime depuis l’embar-
“quement de Foussaint. Cependant, pour toute réponse à ces écrits
américains , il fit publier l'état des bâtimens françaiset étrangers qui
Se trouvaient dans la rade du Cap, à l'époque du 7 Fructidor an 10 {lin d'Août). Cent quinze navires sortis des ports d’ Europe et du es ainéricain remplissaient la rade. Les blancs européens et
éoles proftaient seuis de ce commerce qui s'éclipsera et s'éteindra
bientôt. Leclerc revint, de la Tortue, au Cap, avec son épouse et toute
à maison militaire. ÎLE reprit le travail de l'administration, ne se
doutant pas de 3 terrible réaction que devait produire le désarmement opéré dans les campagnes. Jusqu'alors aucune révolte sérieuse, navait éclaté , à l’occasion de l'embarquement de Toussaint.
Cependant le général Charles Bélair , retiré sur une de ses propliétés prés des Verrettes, c conspirait avec le eommandant Larose,
ancien chef de bataillon de la 8° coloniale. Leur projet était d'exerminer la race blanche et de parvenir à l'indépendance de S.! Domingue. Charles Bclair, ennemi personnel de Dessalines, aspirait
au commandement en chef des indigènes. Dessalines , ayant la même
occasion de l'embarquement de Toussaint.
Cependant le général Charles Bélair , retiré sur une de ses propliétés prés des Verrettes, c conspirait avec le eommandant Larose,
ancien chef de bataillon de la 8° coloniale. Leur projet était d'exerminer la race blanche et de parvenir à l'indépendance de S.! Domingue. Charles Bclair, ennemi personnel de Dessalines, aspirait
au commandement en chef des indigènes. Dessalines , ayant la même “ambition , et commandant de l'arrondissement de S. Marc, n'ignoait pas l'existence de celte conspiration. Il eût pu la faire avorter. Mais il était de ses intérêts ultérieurs de Îa laisser éclater,
certain de l'étouffer. Alors il arrêtera Charles Bélair qu'il s'était déjà
en vain efforeé de perdre sous Toussaint, le livrera à Leclerc, et le
du fusiller. Ii l'incitait même indirectement à prendre les armes
Je plus tôt possible.
A cette époque, l'adjudant général Pétion était cantonné, à la tête
de la 43° coloniale, sur l'habitation Couyo , dans la paroisse de l'Arahaie. Il reçut l’ordre du général Rochambeau de se rendre dans
Nord. La 43° partit de l'Areahaie, traversa le Magasin Carrier,
S Marc, vita les Gonaïves, et enira à Pougaudin. Le général
Dévaut, qui se rendait au Cap pour s'’embarquer pour France, vint
es Gonaives se mettre à sa lête. La colonne traversa Enncry ct
apriva à Plaisance où elle rencontra le général Brunct qui ordonna
À Périon de cantonner dans ce bourg. Dévaut , après avoir passé en
revue la 43° coloniale , dit aux soldats d’une voix forte, de ne jamais
äbandonner leurs armesgqui étaient: leur seule garantie contre la tendance qui se ar arou du rétablissement de l'esclavage. IE
$e rendit au Cap où 1l ARpArqU, pour France. ,
mn. 2 — 100 - Vu sh. LIVRE VINGT-NEUVIÈME. 3802. . AT ra “Le ‘désarmement fait éclater des révoltes à ia Tortue,-à St-Louisd
le Sud,-à Torbeck.— Auguste et Samedy sont refoulés dans les montagnes
Laplume. —GCharles Bélair, pour venger "Foussaint, cons spire avec Larose. — - dame Charles Bélair fait assassiner un jeune blanc , secrétaire de son mar
Larose se détache de Charles Bélair e général Lavaletie se transporte d
les montagnes de P'Arcahaie pour combattre Charles Bélair. Combat de Mer
—Retraite de Levalette—Faustin Ropissard défend le bourg des Verroites co
les révoltés.— Charles Béliir se retire au Corail Mirauit— PDessalines ch
Larose de Plassac— Larose se retire à Rodillon— Faustin Ropissard ar
Mme Charles Bélair.—Charies se rend à Ropissard qui le conduit aux Vern
tes. Il est livré à Dessalines qui l'envoie aux Gonaïves — Lettre de Dessali
à Leclerc contre Charles Bélair. — Insurrestions dans le Nord, — Les trot
bourg des Verroites co
les révoltés.— Charles Béliir se retire au Corail Mirauit— PDessalines ch
Larose de Plassac— Larose se retire à Rodillon— Faustin Ropissard ar
Mme Charles Bélair.—Charies se rend à Ropissard qui le conduit aux Vern
tes. Il est livré à Dessalines qui l'envoie aux Gonaïves — Lettre de Dessali
à Leclerc contre Charles Bélair. — Insurrestions dans le Nord, — Les trot “coloniales combattent les insurgés.— Daure préfet colonial.— Mort de Frfre
Le général Pageot va combattre les insurgés de lAreahaie.— Combat de Bof
neuf Delpêche grande place.Combat de Léger.— Combat du défilé de la D
des Matheux.—Pagcot retourne au Port. Républicain. — Première insurréction d
les montagnes de “Léogane.—Lamartinière combat les indigènes sur l'habita
Poulayer. Les iusurgés se retirent vers la rivière de Jacmel.—Métellus se,
à ieur tête.—Pageot et Rochambeau se rendent à à Léogane.—[es cultivateurs.
plaine de Léogane se soulèvent.— Ils attaquent la ville et sont répoussés D.
Rochambeau —Cangé soulève les sections de Mousambès, de Tête à Bœuf,
de Tavette dans les montagnes du Grand Goûve ÆMnsurrection dans les mon
gnes de Jacmel.—Combet de St- -Cyr à la Gosseline.—Les insurgés assiègen
mel.—Stratagème de Rochambeau et de Pageot pour entrer à Jacmel —
gagent la vile.—Roehambeau se rend aux ‘Cay es par mer.-[l revient a ï ' HISTOIRE Dp’HAITI. (1802) | 295 Républicain.—Tl ordonne à Lamartinière de s’efforcer d'arrêter Lamour Dérance—Celurcei est averti da projet de Rochambeau.Le bourg de l’Arcahaie est
attaqué par les insurgés de ce quartier.— Lavalette est obligé d'envoyer contre
eux Lamartinière; il dégarnit les environs du Port-Républicain.—Métellus s em.
pare des côteaux de la Rivière Fioide—Lamour Dérance commence ses hos.
tilités contre les français Thomas Marie Jeanne et Adam sefforcent de soulever
les ateliers du morne de l'Hôpital—Mathieu Fourmi et Songlaou font une se-
“wonde attaque contre Léogans.—[Le quartier de Marigot se soulève —Les tronb:s
coloniales demeurent toujours fidèles aux français —Lamartinière rétablit l’ordre
dans les montagnes de l’Arcahaie— Combat de Guilloux.—{Larose se met à la
tête des insurgés de l'Arcahaie— Combat de Cortad.—Mort de Lamartinière —
… Les soldats de la 3e coloniale se révoltent contre les français, et se rendent mattres du bourg de l’Arcahaie.—Résuliat favorable aux indigènes de la conquête
de j’Arcahsie: = |
amartinière rétablit l’ordre
dans les montagnes de l’Arcahaie— Combat de Guilloux.—{Larose se met à la
tête des insurgés de l'Arcahaie— Combat de Cortad.—Mort de Lamartinière —
… Les soldats de la 3e coloniale se révoltent contre les français, et se rendent mattres du bourg de l’Arcahaie.—Résuliat favorable aux indigènes de la conquête
de j’Arcahsie: = | … Le refus de remplacer par des armes de fabrique française, ainsi
quon l'avait promis, celles qu'on venait d'enlever aux cullivateurs,
fit éclater presque en même temps des révoltes à la Tortue, dans
Je Sud, aux Verrettes et aux Matheux. + Tous les cultivateurs, excepté ceux d’un seul atelier, se révoltérent.
à la Tortue, aussitôt après le départ de Leclere et de sa garde d'honncur pour le Cap. Ils incendièrent la plupart des habitations, mas.
sacrérent une foule de colons blancs, et ne rentrérent dans l'ordre
que par. les sages mesures que prit le colonel Labalut, commandant.
de la pelite île. Cet officier de courage et de mérite était. aimé des
mudigènes quil traiait avec humanité. Les insurgés l'avaient écouté.
æt avaient mis bas les armes parce qu'ils étaient certains qu'il ne
les livrérait pas à l’extermination. Ils avaient respecté ses propriétés.
Leclerc, qui se persuadait que les moyens les plus violens étaient les.
“seuls eflicaces dans de telles cireonstanees, lui reprocha sa modéraion quil appela mollesse, et son humanité qu'il traita de lâeheté.
1 ne s'apercevait pas que ces cruels moyens. étaient ceux qui inciaient les indigènes à la révolte. I accusa Labatut d’avoir été, par
“Son incapacité, l’auteur de l'insurrection; il le dégrada, le déclarant
indigne de porter l’épaulette. Le crime de Labatut était de n'avoir
pe exterminé la plupart des insurgés après leur soumission. Mais “Labatut avait promis aux indigènes, sur la foi de l'honneur, que tout serait oublié, s'ils rentraient dans le devoir. Les hommes d'hon-
“eur ne pouvaient plus être les agens d’un gouvernement qui exigeait
“qu'on devint bourreau. L'on verra tous les officiers français, vrai-
“ment républicains, succomber dans la colonie sous les coups du gouvernement, ou être déportés. Les cultivateurs de la Tortue furent condamnés à payer une contribution de gaerre de 50,000 francs ; et les deux
de l'honneur, que tout serait oublié, s'ils rentraient dans le devoir. Les hommes d'hon-
“eur ne pouvaient plus être les agens d’un gouvernement qui exigeait
“qu'on devint bourreau. L'on verra tous les officiers français, vrai-
“ment républicains, succomber dans la colonie sous les coups du gouvernement, ou être déportés. Les cultivateurs de la Tortue furent condamnés à payer une contribution de gaerre de 50,000 francs ; et les deux “tiers du quart des produits qui leur revenait, furent retenus pour ètre “employés à la reconstruction des maisons qui avaient été incendiées.
“ À St. bouis, dans le département du Sud, un indigène nommé. 854 HISTOIRE D'HAITI. — (1802?)
Auguste, noir, prit les armes contre les blancs de son quartier; à
la tête de cinquante cuhivateurs. Le général Laplume quicommans
dait aux Cayes marcha contre lui, le “eulbuta et le refoula dans les
montagnes. Peu de jours après, une révolte dirigée par un indigène
noir , nommé Samedi, éclata dans la plaine de Torbeck. Smith, colons
blanc. fut assassiné sur son habitation. Samedi n'avait sous ses ordres
que 830 hommes armés de pierres et de bâtons. Le général Laplume mas
cha contre lui avec un détachement commandé par un officier de Torbeck"
nommé Elie Boury. Samedi n’attendit pas l'ennemi; :labandonna la plaie |
ne,et se réfugia dans les mornes. Laplume inonda le quartier de Tor
beck de gardes nationaux et de troupes européennes ; Îles ateliers”
furent décimés; le sang coula à grands flots. La révolte de Sare.
* di, mal combinée et éclatée trop tôt, n'eut pour résultat que le carnage“
de ses frères qui avaient favorisé sa fuite. %
Charles Bélair, retiré sur l'habitation Desjardins, dans la commune
des Verreites, avait appris avec une douleur profonde la déportation de.
Toussaint Louverture dont il avait toujours été le Dali favorism
Il avait r'émarqué le mécontentement qu'excitait la présence des français
parmi les cultivateurs de son quartier, et ilerut que le momentétait ar=.
rivé de lever l'étendard de la révolte. Il voulait non seulement vengefs
Toussaint Louverture, mais encore s satisfai iire son ambition. Mais Dessali.n
nes, dont l'ambition s'élevait aussi jusqu'au commandement en chef des
indigènes, le surveillait activement. Charles Bélair, de vues trop étreiles,”
pour comprendre combien était développée en Dessalines la soif de comen
mander souverainement, crut quil se rallierait à son parti, dans
l'intérêt commun des indigènes. Dessalines attendait avec impatience
que son rival se perdit en s’insurgeant dans un moment où la trans
quillité régnait presque partout. . 10h
Larose, ‘homme de couleur, d nie humeur Brouelle et féroce, sup=.
portant difficilement n importe quelle supériorité, étall un des “prinss
€Ipaux conjurés. C'était cet ancien chef de bataillon de la 8e colo»
niale, qui, à l'arrivée des français, avait de concert avec Pierre Louise
Diane, fait incendier Léogane et massacrer tous les blancs de cette
ville. Il conseilla à Charles Bélair de faire aux français une guerres
d'extermination, de se déclarer indépendant dans les quartiers des
Verrettes et de T'Arcahaie, d'exeiter ensuite à la révolie les indigèn
des autres paroisses. Un des autres chefs de la conjuration, Joseph
Dessources, surnommé Jérôme, noir, devait soulever les culvatétil
des mornes des Verrettes, pendaut que Charles Bélair appellerait à
la révolie ceux des montagnes de l'Arcahaie. Larose partit de M
bitation Deschapelle des Verrettes, avec 200 hommes de la 8e celonie
qu'il avait réunis autour de lui, dans les bois, depuis plusieurs jour
et se rendit à Desjardins où il trouva Charles Bélair. Ils s’ acheminère |
l'un et l’autre vers les mornes de l'Arcahaie. Ils n'avaient pas parCouru un espace de cent toises que Îa citoyenne Sannitte; dame
de l'Arcahaie. Larose partit de M
bitation Deschapelle des Verrettes, avec 200 hommes de la 8e celonie
qu'il avait réunis autour de lui, dans les bois, depuis plusieurs jour
et se rendit à Desjardins où il trouva Charles Bélair. Ils s’ acheminère |
l'un et l’autre vers les mornes de l'Arcahaie. Ils n'avaient pas parCouru un espace de cent toises que Îa citoyenne Sannitte; dame à HISTOIRE D’HAITE.-— (1802) 29# Charles Bélair, qui partageait contre les blanes tonte la haine de son:
mari, déclara hautement qu’elle ne voulait pas donner des soins,
plus longtemps , à un jeune blanc que le général Leclerc avait placé
“auprès de son époux, en qualité de secrétaire. Ce matheureux était
“dans un cabrouet, dangereusement malade, au milieu des insurgés.
I fut tué à coups de sabre par les soldats de la 8°. Son cadavre fut
abandonné au milieu de la grande route. * Charles Bélair atteignit l'habitation Manseau, située entre les paroisses des Verrettes
ebde lArcahaie. Là les indigènes s'organisèrent en compagnies et
“en bataillons , donnèrent à leur petite armée la dénomination d'ar
mée indépendante, et proclamèrent Charles Bélair leur général en chef.
Ps n'étaient armés, la plupart, que de bâtons ferrés, de couteaux
Ket” de frondes. [Ils mirent à la tète des trois bataïllons qu'ils avaient
formés trois laboureurs intrépides, Destrade, noir, Jean-Charles Gourkjol, noir, et Jean Toussaint Labarre, noir, hommes sans aucune idée
de l'art militaire, mais d'un rare courage, et capables des entreprises les plus audacieuses. Larose demeura à la tête de son bafailon de la 8° coloniale. C'était au mois d'Août 1802. Charles.
Bélair et Larose venaient de se résoudre à descendre, ‘au sein de
“la nuit, dansla plaine de l'Arcahaie, pour la livrer aux flammes et
en égorger les habitans blanes, quand madame Charles , furieuse de colère, entra dans la maison où les chefs des insurgés.
Sélaient réunis, et invectiva contre Larose. Elle se laissait aller à
cet emporlement parcequ'un des soldats de la: 8° avait abandonné:
dans le grand chemin un mulet chargé de ses objets les plus précieux. Vous soutenez vos gens, ditelle, à Earose, sur lequelelleleva la main. Celui-ci voyant que le général Charles Bélair le con
damnait sans l'entendre, partit aussitôt de Fhabitation Manseau, suive
de son bataillon, et déclara qu'il ne reconnaissait plus personne pour
chef, et qu'il ferait la guerre aux blancs pour son cempte particuher. Il alla camper sur l'habitation Dubourg où existait un fort.
élevé par le colonel Lapointe, lorsque les anglais occupaient lAr-
| cahaie. Cette circonstance contribua puissamment à faire échouer
Pentreprise de Charles Bélair qui, encguragé par sa femme, n'y renonça pas cependant. En moins de pe MO heures Charles souleva:
les sections de Délice, du Fond Blanc, du Fond Baptiste, dans les.
mornes de l’Arcahaie. Les cultivateurs du Fond Blane mirent à
leur tête un des leurs Jean Dugotier, noir. La pendaison d'un cemmandant noir, nommé Bazin, au bourg de l’Areahaie. avait répandu
un grand mécontentement dans la plaine. Si Larose n'avait pas aban-
n'y renonça pas cependant. En moins de pe MO heures Charles souleva:
les sections de Délice, du Fond Blanc, du Fond Baptiste, dans les.
mornes de l’Arcahaie. Les cultivateurs du Fond Blane mirent à
leur tête un des leurs Jean Dugotier, noir. La pendaison d'un cemmandant noir, nommé Bazin, au bourg de l’Areahaie. avait répandu
un grand mécontentement dans la plaine. Si Larose n'avait pas aban- * Après la soumission de Toussaint, Leclerc avait donné à chacun des
généraux noirs et de couleur de l’armée coloniale un secrétaire blanc.
“Ces secrétaires étaient autant d’espions qui avisaient le capitaine-généraf
de tout.ce qui parvenait à leur connaissance , et des moifidres démarches
“des généraux auprès desquels ils avaient été placés ! | 285. HISTOIRE D'HAITI. 2 1802)
ès la soumission de Toussaint, Leclerc avait donné à chacun des
généraux noirs et de couleur de l’armée coloniale un secrétaire blanc.
“Ces secrétaires étaient autant d’espions qui avisaient le capitaine-généraf
de tout.ce qui parvenait à leur connaissance , et des moifidres démarches
“des généraux auprès desquels ils avaient été placés ! | 285. HISTOIRE D'HAITI. 2 1802) donné Charles Pélair, le projet de descendre dans la plaine delArcahaie aurait été exécuté , et eût iufailiblement réussi. 44
Où ne tarda pas à apprendre celte insurrection au Port: Républi=
eain. Une petite expédition partit de cette ville sous les ordres" du
général Lavalette. Elle débarqua au bourg de l'Arcabaie. Lavalettéil
se rendit aussitôt au Fond-Baptisie. Il passa une journée entière!
sur l'habitation Labarre, s'informant des positions qu occupaient les!
insurgés, [1 s'ébrania fe lendemain, suivit la grande route, pénétran
dans les mornes des Matheux, et s'arrêta sur EL habitation Léger, VIS=.
à vis de celle de Morial où était cam pe Charles Bélair. Les français"
aliaquèrent aussitôt Îles indigènes. Ceux-ci sans discipline et sans.
tactique, commandés par des officiers inexpérimentés, sortirent den
leur camp, et se précipitèrent sur les français, jetant les cris de libertés
ou la mort. Armés de massues et de coutelas, ils ne. purent rot
pre les rangs ennemis hérissés de fer et de feu; ils furent repousséss
par les vives décharges des pelotons français. Lavalette fit cependant
de vains efforts pour enlever le camp de Charles Bélair qui se dés
fendit vaillammeat. Le il se rendit sur l'habitation Ees
roux. Là s'apercevant que les culüivateurs, en pleine insurreetion,
dans la montagne, l'envelopparent de toutes parts, ilse mit en marehen
vers la plaine, à la faveur d'une nuit obscure, et retourna au bourg.
de l'Arcabaie où il s'embarqua pour le Port Républicain. Sa coursen
dans les montagnes de l'Arcahaie, entreprise pour étouffer l'insurrection, lui donna au contraire de la consistance, en relevant le cou
rage des insurgés. Car il venait de fair honteusement presque sans
avoir combattu. | | %
Pendant cet intervalle, un des chefs des insurgés, Joseph Dessources,…
surnommé Jérôme, dirigeait une vigoureuse atiaque contre le bourg
des Lg Faustin Ropissard, homme de couleur, qui commansm
dait cette paroisse pour les français, le vous et fui tua beaucoup
. de tes Il rencontra, près de Desjardins, en poursuivant les
fuyards, le cadavre du sécrétbire de Charles Bélair. Ce corps fut.
exposé sur fa place des Verrettes. : Pour exciter la fureur des habis
tins contre les insurgés, les autorités publiérent que Sannite, 18n
brigande, femme’ de Charles Bélair, avait, de ses propres mains, sabré |
ce jeune blanc. Avant de descendre dans la plaine de l'Arcahaie,
Charles Bélarr voulut s’aboucher avec Joseph Deéssources. Il se rendit
sur l'habitation Marcourt, au haut des Verrettes, où l’on ne put Lui
donner des nouvelles de Joseph "Dessources dont la bande avait été
dispersée au loin, dans les bois, par Faustin Ropissard. Charles Bélair
traversa ‘ensuite J'Artibonite , et se relira au Corail Miraut, sur as
rive drotie du fleuve, dans ‘la paroisse de la Petite-Rivière. -H
Le commandant Larose, de son côté, apprenant les échecs qu avaiett
éprouvés fes iffsurgés, ne se crui pas en sûreié au camp de Dubourg..
Ai suivit la chaine des mornes qui s'étendent entre les Verrettes #,
issard. Charles Bélair
traversa ‘ensuite J'Artibonite , et se relira au Corail Miraut, sur as
rive drotie du fleuve, dans ‘la paroisse de la Petite-Rivière. -H
Le commandant Larose, de son côté, apprenant les échecs qu avaiett
éprouvés fes iffsurgés, ne se crui pas en sûreié au camp de Dubourg..
Ai suivit la chaine des mornes qui s'étendent entre les Verrettes #, HISTOIRE D'HAITI. (1 Gi 2} 297 JaArcahaie, se ds bte Trou de Cabrouët, ef s'arrêta sur l'habüation Chante! otie. Il ysapprit que Faustin Ropissard, à la tête
dune colonne composée de français et de polonais, marchait contre
Jui 1 abandouna ausstiôi sa position, et se rendit au-delà de la
Petite-Rivière, à Plassae, au fond de la plaine de l Artibonite. Charles
Bélair lui fit aussitôt SANOIr, par un émissaire, qu ii ne tardera ail pas
à venir Île joindre. i souiait, après sètre rapproché de Larose,
“déposer en un feu sûr ses Muitions el ses bagages, et faire aux
français une guerre de partisans, de morne en miorne. Larose ne
lui répondit pas. E |
mr Les insurgés , chassés, en partie , par Faustin Ropissard de la com:
mune des Verreutes , Sélaient retirés dans celle de la Petite Rivière
de hArtibontle où : commandait le général de division Dessalines.
mGelui-ei pouvait, en déployant son activité ordinaire, arrêter Larose,
“le faire fusilier et exlerminer sa troupe. Mais 11 n'entran pas dans
“es inlérèis d'affaiblir les forces de ceux deses frères qui avalent pris
drop 10t les armes. Il ne poursuivalt avec ardeur que la perte de
Chartes Bélair dont l’influeñce sur les masses Da es ses projets
ambitieux. Pour éviter d'en venir aux mains avec La: ‘ose qu 11 méHageatt, 4l lui fit dire secrètement, par un émissaire, qu’il eut à sortin de lPetendue de son commandement. En mème temps , le général
Quentin qui commandait à St Murs, envoya au chef d'escadron
Faustin Ropissard Lordre de poursuivre à outrance Joseph Jérôme,
aprés $ pes e entendu avec ï général Dessalines, pour envelopper leg
ets
ambitieux. Pour éviter d'en venir aux mains avec La: ‘ose qu 11 méHageatt, 4l lui fit dire secrètement, par un émissaire, qu’il eut à sortin de lPetendue de son commandement. En mème temps , le général
Quentin qui commandait à St Murs, envoya au chef d'escadron
Faustin Ropissard Lordre de poursuivre à outrance Joseph Jérôme,
aprés $ pes e entendu avec ï général Dessalines, pour envelopper leg brigands le toutes parts, et les exterminer. Ces deux officiers , loin
“de poursuivre avec di ontent les insurgés , leur faciliteront Îles
“noyens de se réfugier dans les mornes Les plus € ioignés. lis er “trèrent l'un et l’auire en campigie. St parti de la Hdi
Rivière de l'Arlibonite, se rendit à Plassac, où s'était retras
“Larose. Celui ci, dès qu'il laperçut, #tieignit avec ses rie Le
sommet dun mornet. Dessalines s'arrêta au pied du mornet, et
“lui ordonna de lui livrer tous ses soldats de la 8°. Il voulait les ga_gner à son parti. Larose lui répondit qu'il ne fivrerait pas ses soldais,
à un assassin, à un traitre, qui les ferait égorger par les françu:s;
“qu'il ne pouvait avoir confiance en celui qui avait livré aux blancs
le gouverneur Toussaint, s@n bienfaiteur.— Livre-moi tes soldats,
répliqua Dessalines ; tu peux , quant à loi, alier où tu vou-
“dras. —Comime Larose continuait à invectiver contre lui, il ordonna
“aux soldais de la 4 coloniale, de sélancer à sa poursuite , sans
tirer’ ni sur lui, ni sur ses gens. En moins d'une heure Larose ,
- fuyant au travers des bois, se trouva seul avec son porte drapeau:
_ presque tous ses soldats s'étaient rendus à Dessalines. Il atteignit la
petite montagne d’où il se réfugia à Rodiilon, poste militaire élevé
par les anglais, du temps de Lapointe, vers ‘le Mirebelais. Desgalines-ayant dispersé la bande do Larese,-sans eflusion de sang,
’ ni sur lui, ni sur ses gens. En moins d'une heure Larose ,
- fuyant au travers des bois, se trouva seul avec son porte drapeau:
_ presque tous ses soldats s'étaient rendus à Dessalines. Il atteignit la
petite montagne d’où il se réfugia à Rodiilon, poste militaire élevé
par les anglais, du temps de Lapointe, vers ‘le Mirebelais. Desgalines-ayant dispersé la bande do Larese,-sans eflusion de sang, 298 Fe HISTOIRE D'HAITI (1802) monta au sommet des grands Cahos, d'où il s'élança à la poursui
de Charles Bélair auquel il en voulait seul. * Charles Bélair avait laissé son épouse au corail Miraut , sous Ja
garde d'un officier nommé Diaquoi, notr, et s'était rendu aw leu.
nommé la Voute où il, avait caché ses bagages, son argentret ses
munitions de guerre. La colonne que commandait Faustin Ropis-t
sard atteignit le corail Miraut avant celle que commandait Dessaliiess à
Madame Charles Bélair surprise par Îles français tomba endeur pous
voir. Faustin Ropissard eut. pour elle loutes sortes.l égards. Quand
Charles Bélai apprit qae sa femme était au pouvoir des blancs, ile
voulut sôter la vie; mais les prières et les larmes de sa mère et
de ses sœurs qui l'entouraient arrètérent son bras. Elles lui con:
seillérent de ne plus mener eette existence nomade dont le résultats
devait être leur anéantissement. Elles l'exhortèrent à aller se
jeter aux picds du général Leclerc, en évitant toutefois la ren
contre de Dessalines qui, pensaient elles, les ferait fusiller s'il les ar
rêlait. Charles Bélair se transporta auprès de Faustin Ropissarde"
et lui remit son épée. Celui ei lui dit avec respect qu'il le conju=M
rait de retourner sur ses pas, d'aller plutôt se rendré au général
Dessalines, son supérieur; qu'il ne pouvait le fsire prisonnier. I
l'exhorta à laisser son épouse avec fur. C'était dire à Charles” Béss
lair qu'il avait la faculté de se retirer au milieu des montagnes. Mais. Ê
sa femme qui le dominait étoit déja fatiguéé de vivre dans les forêts
I avait pris la résolution d'attendre le général Dessalines auquel ml
devait se livrer, quand sa femme lui dit avec colère : à quoi son}
gcz vous donc? Dessalines n'est-il pas notre ennemi implacable ; nel
nous fera-t-1l pas fusiller sur. le champ? Allons au Cap demandé
grâce au général Leclere. Charles Bélair se rendit aux Verrettesk
avec Faustin Ropissard. Son arrestation afili igea toute la popuiau es ;
indigène de ce canton, qui l'atmait. Personne n iguorait le sort qu
l'attendait au Cap, quoique son épouse eût {a plus grande confiance
en la clémence du capitaine général. ‘dl
nous fera-t-1l pas fusiller sur. le champ? Allons au Cap demandé
grâce au général Leclere. Charles Bélair se rendit aux Verrettesk
avec Faustin Ropissard. Son arrestation afili igea toute la popuiau es ;
indigène de ce canton, qui l'atmait. Personne n iguorait le sort qu
l'attendait au Cap, quoique son épouse eût {a plus grande confiance
en la clémence du capitaine général. ‘dl Pendant que Fausuin Ropissard rentrail aux Verreltes, Dessalines”
arrivait au Corail Miraut. El y apprit que Charles Bélair avait étés
conduit aux Verreties. Il feiguit d'ignorer où s'était réfugié Joseph
Jérôme qu'il ne voulait pas poursuivre li traversa l'habitation Oreste et rentra au bourg de la Peute-Rivière. Le lendemain ül y vit
arriver Charles Bélair, escorté par six dragons de la gerde natos
nale des Verrettes, commandés par le capitaine Pierre Batardet:h
Dessalines l'accueil avec distinction, et Ini donna pour logement
un bel appartement, Mais il le fi garder à vue. Un homme de
couleur de la Petite-Rivière, nommé Sagest, vint supplier Dessal
de ne pas envoyer au Cap Charles Bélair , de lui procurer, au Cor
traire, des moyens d'évasion. Dessalines lui répondit avec ironie :
« Je suis certain que le capitaine-général, qui est si clément, x 1 D. % HISTOIRE D'HAITI 1802) 298
eevra avec empressemont une seconde fuis La soumission de Charies Bélair, »
1 se saisit de tous les papiers du prisonnier et les anéantit avec une det- “re qu'il lui avait adressée par laquelle il l'excitait à prendre les armes
contra les français, [l lui annonça ensuite qu'il pouvait partir pour le
Cap, où il rendrait compte de sa conduite ; qu'il n’était pas prisonnier,
quil serait seulement accompagné du commandant Guibert Popote
et de quelques cavaliers. Charles Bélair et son épouse se mirent
en route. Popote Guibert reçut l'ordre sceret de Dessalines de
faire feu sur eux sils tentaient de s'évader. Quand ils arrivérent
au pont de lEster, Charles Béliair s'arrêta tout à-coup, et voulut
rendre le chemia des Petits Cahos. LL menaça Popote Guibert de
À brûler la cervelle, s'il ne lui laissait pas sa liberié d'action.
Mais sa femme , que cette existence erranie des bois cffr vai. et
qui avait pleine confiance en la clémence de Leelcre, versa des
firmes avec tant d'aboadance gps] se résolut à eutrer aux Gonaies. * Popoie Guibert raconia au commandant français que le général Charles Bélair avait failli le tuer au pont de lPEster. Charles
fut aussitôt traité en prisonnier de guerre, emprisonné aux Gonaives , d'où on ne lardera pas à l'envoyer au Cap.
Le général Leclerc avait appris le 142 Septembre, par une lettre
de Dessalines en date du 23 Fructidor an 10 (10 Sep! embre 1802)
l'insurrection de Charles Bélair. |
oie Guibert raconia au commandant français que le général Charles Bélair avait failli le tuer au pont de lPEster. Charles
fut aussitôt traité en prisonnier de guerre, emprisonné aux Gonaives , d'où on ne lardera pas à l'envoyer au Cap.
Le général Leclerc avait appris le 142 Septembre, par une lettre
de Dessalines en date du 23 Fructidor an 10 (10 Sep! embre 1802)
l'insurrection de Charles Bélair. | ARMÉE DE SAINT DOMINGUE. “* DIVISION DE L'ARTIBONITE.
Au quartier-général de l'Artibonite, le 23 Fructidor. Le général de division DESSALINES, au Capitaine général LEcLErc.
Mon général, J'ai actuellement. les preuves certaines que Charles Bélair était
le chef de la dernière insurrection : ces preuves viennent de m'être
rendues évidentes par les officiers de la 8.° qui me paraissent plus
"malheureux que coupables dans ces évènemens. A Dieu ne plaise,
cependant, que jJexcuse aucun de ceux qui ont osé se révoiter
“contre le gouvernement. J'ai pour tout ce qui a suivi le scélérat
“Charles Bélair dans sa criminelle révolte, la plus profonde indi_gnation. C'est Charles qui a fait assassiner son secrétaire chez lui,
“et sa féroce femme n'a pas peu contribué aux actes de barbarie
qui se sont 6ommis sur nos malheureux camarades, As QURLE . * Sannite Rélae. femme noire d'une grande beauté, avait vécu, à l’Arcahaie, où commandait son mari, sous Toussaint, dans le luxe et la
Dpngnificence, | + 800 mistoire D’#arri.— (1809) que parce qu'il voulait aller au Doco * et que Larosé ne le ours
lait pas: tels sont les motifs de leur division. , Charles, doitètres
regardé comae chef de brigands et pant comme tel. (Ge nest qu'à.
mes marches et manœuvres et au zèle infatigable des officrers etdes" troupes que je commandais que nous devons l'arrestation: de s, BA à "A k< "4 pa.
scéiérat qui est indigne de votre clémence. de -
Je vous envoie la présente: par. un courrier extraordinaires Tout au gouvernement el à vous avec le plus profond respect F3 ‘ ù Cu 4
anéy DESS ES : ** 0
(Signé) DESSALINES. de Lorsque Dessalines donnait des témoignages si sanglants dé dé
voucment à la France, le général Leclere pouvail-i soupçonrer qu'a
lors même il conspirait contre le gouvernement, D Le 12 Septembre (25 Fructidor), le général Dügua , chef de létat" . major général, mit à l'ordre du Jour cette lettre de Dessalines
Leclere nomma chef de bataillon le capitaine Gauthier, aide de camp
de Dessulines , dont celui-ci s'était beaucoup loué Il composas pour juger Charles Bélair, dans les six heures ‘qui devaient suivren
son arrivée au Cap, ube commission dont les membres étaient : Men
général de division Dugua, président , le général de brigade Clers
vaux, Îles généraux de brigade Dubarquier et Claparède, et le cheb
de brigade Abbé. Il sera exécuté au Cap le 5 Octobre 1802:
Pendant que les indigènes des monjagnes de l'Arcahaie combattaienti
les-français, de formidables insurrections éclataient dans le dépantes"
son arrivée au Cap, ube commission dont les membres étaient : Men
général de division Dugua, président , le général de brigade Clers
vaux, Îles généraux de brigade Dubarquier et Claparède, et le cheb
de brigade Abbé. Il sera exécuté au Cap le 5 Octobre 1802:
Pendant que les indigènes des monjagnes de l'Arcahaie combattaienti
les-français, de formidables insurrections éclataient dans le dépantes" ment du Nord. Sans-Souci, chef de bandes, déjà fameux, qui avai ‘4
combattu avec acharnement pour la cause de Toussaiul, soule
plusieurs miiliers de cultivateurs, et massacra tous les français qui
occupaient le fort Gougcot du Dondon. Sylla reparut aux porte!
de Plaisance. : D'autres chefs de bandes , Macaya, Vamolheureux, M vougou, Noël Prière, répandaient partout la dévastation. En paréo
rant les campagnes pour opérer le désarmement des cultivateurs4n Christophe s'était livré à toute la fureur de son caractère. I avait pendu impiteyablement tous ceux qui, à ce qu'il avait cru, avaient caché leurs armes. Sa conduite avait exeité dans le canton du D don la plus forte indignation contre le nom français. Sans-Sou
qu'il avait cruellement persécuté fit savoir au général Leclerc qu
licencierait ses bandes, si Christophe était déperté. La eause”
cette insurrection était le désarmement, prélude du rétablissem
Christophe s'était livré à toute la fureur de son caractère. I avait pendu impiteyablement tous ceux qui, à ce qu'il avait cru, avaient caché leurs armes. Sa conduite avait exeité dans le canton du D don la plus forte indignation contre le nom français. Sans-Sou
qu'il avait cruellement persécuté fit savoir au général Leclerc qu
licencierait ses bandes, si Christophe était déperté. La eause”
cette insurrection était le désarmement, prélude du rétablissem Se * .* Doco, montagne presque inaccessible de Saint-Domingue, entre
artie espagnole et la partie française. (C’était alors le priucipal ‘ref
te Dérance. | sb DRE
_#* Gazette officielle de Saint-Domingue. +2 HISTOIRE D'HAITI.—(1502) © 391 de l'esclavage, Les insurgés prirent dans le Nord, comme dans le
quartier de l’Artibonite , la dénomination d’ indépendans.… Les français
“les appclaient brigands. Cest ainsi que la République appelait les
héroïques paysans «de la Vendée qui avaient faillit lui percer le sein
“de leurs baïonnettes. Les habitans des bourgs abandonnaïent les cam:
pures de toutes parts, et rentraient dans les villes où ils répandaient
à terreur des insurgés qu ils appelaient Takos. *
Les insurgés du Nord avaient étrolement cerné Plaisance qu’oc-
“cupait le 13e coloniale sous les ordres de l'adjudant général Pétion.
Sans-Souci était campé au Mapou de l'Escalier sur à Jiite des paroisses d Ennery et du Gros Morne; Macaya occupait le chemin de
Pate; Vamalheureux était établi entre le Borgne et le Limbé; Ma-
“yougou était campe au camp Cow; Petit Noël Pierre occupait le morne
Balaucé et la Souffriére, et SyHa était campé dans le chemin de PlaiSance à la Mormelade., Le général Brunet ordonna à Pétion de sortir
à fa poursuite des insurgés. A peine les soldats de la 48e furent:
“ls hors du bourg quils découvrirent le long d’un morne une longue
suite de cadavres noirs et jaunes pendas aux branches des arbres
par les français. Brunct douna pour gui le à la 43c., au travers des
“chemins de Pilate, le commandant Ma Feb Pélion surprit Sans-
“Souci à Pilate et dispersa sa bande; 11 donna la vie à la plupart de
“ses prisonniers; il favorisa même l'évasion d'un grand nombre d’en-
“tre eux. Le jour suivant il rencontra Dessalines qui avait aussi recu
ordre de traquer les insurgés, et qui s achéminait vérs la Branle,
à la tête d'un bataillon des casaques rouges. À Pilate, Sans-Souct
Réhapbs aux poursuites de Dessalines qui se rendit ensuite aux Moustiques avec F'adjudant-sénéral Pétion. En même temps 409 hommes des
4e et 7e cofeniaies Cblbate ent Petit Noël Prière au morne Balancéet
“à la coupe du Lunbé. Pendant +» Dessalines continuait sa route
“wers le Môle St.-Nicolas, Pétion fut mandé à Dhéricourt, dans.la plaine
“du Nord , où Leclerc avait transporté son quartier-général. Pauline
Bonaparte acecompagnait le général Leclere. Elle {it don à Pétion,
ainsi qu'à la plupart des officiers de là 13e., de toulcs sortes d'ob:
jets indispensables à des hommes-en campagne. HN y avait à Dhé.
“ricourt un régiment polonais, un régiment français ct la 100 demi-
“brigade coloniale. Leclerc envoya eontre les insurgés du grand
Boucan et de là Porte St-Jacques, le régiment polis: avec quelques
troupes coloniales, el contre ceux de la Souffrière de 3c Datailion de
Ma 43e commandé par Jean-Louis François, noir. Les deux premiers
bataillons de la 13e se rendirent avec Péion à Grand Pré, près de
L Tannerie, où était campé le général Christophe à la tête des 4ère,
-
“brigade coloniale. Leclerc envoya eontre les insurgés du grand
Boucan et de là Porte St-Jacques, le régiment polis: avec quelques
troupes coloniales, el contre ceux de la Souffrière de 3c Datailion de
Ma 43e commandé par Jean-Louis François, noir. Les deux premiers
bataillons de la 13e se rendirent avec Péion à Grand Pré, près de
L Tannerie, où était campé le général Christophe à la tête des 4ère, * Takos, gros oiseaux, à longue quete , de couleur grisâtre , à cris écla-
“ant, voltigennt toujsurs en grande compagtie, mais isolés. les uns des
autres , oécupaut chacun: une branche dans un arbre. 92 HISTOIRE D'#AiTi 1802) C9 2e et 5e coloniales. Celui-ci dans une marche qu'il venait de faire
contre les insurgés en avait exterminé plus de 500. Pétion reçut”
l'ordre de se rendre au Dondon. A peine y futil arrivé qu'il sen
transporta dans les hauteurs de la Grande Rivière, sur l'habitation
Labbé. TH fatlaussitôt assailli par de nombreuses bandes d'insurgése
commandés par Yayou, un des lieutenans de Sans-Souci. Il fui alfa ti
déployer tout son courage el tous ses talens militaires pour n'être pas.
anéanti, Mavougou campé à la porte St-Jacques r'ésislail aux français,
et enlévait tous les convois de vivres que Leclerc acheminait sur IG
Dondon et la Grande-Rivière. La 13e demeura 45 jours au Dondon
ne se nourrissan!t que de racines, et ccrnée de manière à ne pouvoir
même aller à la maraude. Pélion dont la position n'était plus tena
bie évacua le Dondon, s'ouvrit un passage en combattant, el atteignit
Fhabriation Grand Pré où était toujours campé Îe général ‘Christophe’ 3
Gelui-ci et Pétion assaillis de toutes parts, et manquant dé miunilions de bouche se retirérent à la Petite Anse. Fr
Le 24 Fructidor (411 Septembre) le port du Cap avait reçu dé S.
ses eaux un convoi de quatorze navires sortis de Livourne , chargtsn
de 6,000 hommes de troupes. Peu de jours après la frégate PEgyps 4
tienne ayant à son bord le général Meyer et une foule d'officiers, et
le navire le Prudent, chargé de cent cinquante artitleurs, entrérent aussi
dans le port du Cap. Le général Leclerc, se crut en état d’étouffem
l'insurrection à laide de ces nouvelles troupes qu'il avait attendues
avée tant d'impatience. Mais les insurgés correspondatent déjà avec
les noirs et les hommes de couleur enrégimentés. Pour ineiter le cou
rage des militaires de l'armée de Sk Domingue, et leur prouver au
sollicitude de la France à leur égard , le général Leclerc publia une
lettre du ministre de la marine et des colonies , En réponse à cle
qu'il lui avait adressée relativement aux places à accorder au Prye
tance, pour les fils des guerriers morts dans la colonie. Le minis-"
tre lui avait annoncé que cinquante places avaient été accordées.
Les fils du commissaire Watrin, des a à Hardy et Ledoyen
avalent .été placés au Prylanée. Cette nouvelle réjouit cette mal=n
heureuse armée dont le sort -serait à plaindre, si elle n'avait pas N
épuisé tous ses efforts au rétablissement de l'esclavage. $
Le citoyen Daure fut nommé préfet colonial en remplacement du cie.
toyen Lequoi Mongirault enlevé par la fièvre jaune. Aux Gayes, le cr É
toyen Fréion, sous préfet du département du Sud, venait aussi de suc
coimber, deux mois : après son arrivée à St Domingue. I fut remplacé M #
par le citoyen Wante, secrétaire-général de la préfecture. G'estce mé-"
we Fréron qui avail été, x Paris, , pendant la révolution, le rédacteur
de LOrateur du Peuple; qui avait été un des conventionnels les plus ardens
du pari de la Montagne. En disgrâce sous Île consulat, ilavaite
accepté une sous préfécte ure à St- Domingue. Il racheta par fa philan-"
arrivée à St Domingue. I fut remplacé M #
par le citoyen Wante, secrétaire-général de la préfecture. G'estce mé-"
we Fréron qui avail été, x Paris, , pendant la révolution, le rédacteur
de LOrateur du Peuple; qui avait été un des conventionnels les plus ardens
du pari de la Montagne. En disgrâce sous Île consulat, ilavaite
accepté une sous préfécte ure à St- Domingue. Il racheta par fa philan-" iropie qu'il démontra dans notre pays, le sang qu'il avait versé, à grands La 2% LA HISTOIRE D'HaÎTI.—( 1602.) 803 flots ,; à Marseille et à Toulon, sous. Ja terreur, comme proconsul
de la Convention, Sa mort futune perte pour la métropole. S'il
eut vécu , il eût mis un frein à la fureur des colons qui, par leur bar.
barie, excitèrent à la révolte les populations du Sud si fidèles à la France.
Li veille de sa mort, il avait assisté à un repas dont la plupart des convives étaient des colons. La conversation roula sur fa
crainte qu'éprouvaient les noirs et les hommes de couleur du rétaDüssentent de :la servitude. Fréron se leva et dit avec énergie que
“il n'avait pas pleine confiance dans les sentimens philantropiques
du gouvernement français, 11 porterait: [ut même Îles indisènes à la
révolte el se mettrait à leur tête. Ces paroles terrilièrent Îles co-
“ons qui, aprés le repas, le représentérent, de toutes parts, comme
un négroplhiie furieux, un jacobin, un ennemi de Bonaparte. Le
“lendemain, Fréron fut trouvé mort dans son lit. Les indigènes
Morurent, . à l'époque , que les blancs l'avaient fait empoisonner, parce
qu'il était dévoué à la liberté générale. |
Le navire À Aristide, venant de Rochefort, mouilla dans la rade
du Cap, chargé «le trois cents hommes ‘d'artillerie. El annonça que
des préparatifs d'une forte expédition pour St Domingue se faisaient
Brest. Ces nouvelles, répandues avec empres sement, ne découra-
“ocrent pas les tt surgés qui faisaicnt d'immenses efforts pour occuper
“quelques points du littoral Hs voulaient entrer en relations avec les
Dâtimens marchands anglais ou américains, pour se procurer des
armes et des munitions. Leciere, apprenant leurs excursions le long .
des côtes, arrèla que tout caboieur ou autre bâtiment ns
qui aborderait les points du littoral occupés par les rebelles, serait
capture, que; la cargaison en serait confisquée et le caplaine pendu.
Pendant que Déssalines envoyail aux. Gonaïves le général Charles
Bélair, les cultivateurs des Matheux, des Délices, du Fond Bapuiste,
du. Fond Blane, dans les mornes de l'Arcahaie , Sétaient donné de
nouveaux chefs, et continuaient la gmerre contre Îcs blancs. Hlsavaient
“mis à. leur tête un des leurs, Destrade, laboureur d'une rare intrépidité. Ils ne recevaient ni solde nt ration; chacua se procurait des
“armes eb de la nourriture. Les chefs faisaient seuleuient la distri-
“bution des vivres qu'ils rencontraient sur les propriétés qui n'avaient
point été ravagées. is ordonnaient de planter, dans les Hieux les plus
retirés, des iguames, des patates, des malangas. Chacun se battait
pour sa propre liberté.
Le général Rochambeau-ordonna au général Pageot qui ‘commandait
(ManJacmet de se rendre à À Arcabaie avec un bitailion de troupes euIMropéennes. Dès que Pageot arriva au Port-Républieain, il s'embarqua
pour l’Arcahaie, Aussitôt après le débarquement de ses troupes en
ce bourg, 1l pénétra dans les montagnes, à la tète de 1,200 hommes
degardes nationaux de Jaemel, du Port- Républieain, de l'Arcahoie
“etmde troupes européennes, A atteignit le Fond Baptiste qu'il irouva
es euIMropéennes. Dès que Pageot arriva au Port-Républieain, il s'embarqua
pour l’Arcahaie, Aussitôt après le débarquement de ses troupes en
ce bourg, 1l pénétra dans les montagnes, à la tète de 1,200 hommes
degardes nationaux de Jaemel, du Port- Républieain, de l'Arcahoie
“etmde troupes européennes, A atteignit le Fond Baptiste qu'il irouva 304 HISTOIRE D’HAITI.— (1892). abandonné. Les indigènes s'étaient établis en embuscade. an Bois
neuf de Delpèche grande plaée. Les français, longeant la grande
route, towbèrent dans l'embuscade. et perdirent une cinquantaine
d'hommes. Ils se répandirent en tirailleurs dans la forêt; maisaiss
n'aperçurent pas lennemi qui avait disparu. ils se rétirèrent sur.
habitation Guenet où 1ls donnèrent la sépulture à leurs morts: Besn
trade s sapprocha d'eux sans être aperçu, et établit une embuscade”
non loin de lhabitation qu'ils occupaient, dans te chemin qiils den
aient prendre pour en sortir. Mais le géricral Pageot, ayant décou*
vert ccite manœuvre, se rendit par des chemins de traverse, sur l'hass
bitation Créplaine, d'où il atteignit Petite place Delpèche, pour suirren
la grande route des Maiheux. H cevita ainsi l'essbuscade de Dess
trade. Les français, parvenus au camp Couvau vis:à-vis de Dupin,
se trouvèrent en avant de la coloune indigène qui les talon
pait au-travers des bois. Pageot campa sar {habitation Pouillie.
“où. Il donna quelques heures de repos à ses Le Bestras.
de se lint èn observation sur Vlhabitation Valadon grande place,h
Là il vit ses forces s'augménlier des guerriers da Fond Baptiste qui
étaient venus se ranger sous ses ordres, Pageot passi la nullan
Pouillac ; à la pointe du jour, il traversa la cha: ie des mornes! Roberte
jont, cherchant lennemi qui cependant le talonuait, Les indigènes éple.
“aient le moment favorable de se précipiter sur ses lioupes. Desirades
traversa rapidement les ravins du morne Monovrier, atteignit Phase
_bitation Morial où Te avail tu Charles Bélar, et Ar SITES
à Bartholomay. La, il plaça en observation ceux de ses gens qui
étaient montés ; lul-même,'à la tête des fantassins, attaqua les français
qui s'étaient arrèlés sur le morne Léger. Les indigènes, artnés |a plupart.
de piques de bois dur, et de massues , se précipilérent sur 1GS blancs
Mais ils furent culbutés par les vives déchu ges de fa mousqueleries
française, et rejetés au milieu d'immenses bouquets de bambous.
Pageot les fit poursuivre par ses tirailleurs. Destrade mit le feu aux
herbes desséchées dont fa terre était couverte. En, un instant les
tourbillons de flammes et de fumée enveloppèrent les carabinierss
français ; ils s'égarèrent la plupart dansles sentiers de la montagne
et furent. obligés de se battre corps à corps avec les see
lugcot he pouvant franchir cette ligne de flamines et de fumée, aus
delà de laquelle -étaicnt engagés ses tirailleurs, se relira avec le gros.
de sa colonne dans les établissemens de l'Htabitation Léger. Les ins”
digèves dépouillèrent les blancs qu'ils avaient égorgés, se procurèren
quelques paquets de cartouches, et s armérent dune cinquantained
belles et bonnes carabines. Après ce liger succès, Destrade sen
retira à Dessources.. Dans la même journée, Pageet poussa une.
reconnaissance sur l'habitation Bartholomay ; il enveloppa les eavaw
lers que Destrate ÿ avait placés, sur un giacis, et les fit presquen
tous prisonniers; ils furent immolés sans pitié, Ceux qui avaients
èren
quelques paquets de cartouches, et s armérent dune cinquantained
belles et bonnes carabines. Après ce liger succès, Destrade sen
retira à Dessources.. Dans la même journée, Pageet poussa une.
reconnaissance sur l'habitation Bartholomay ; il enveloppa les eavaw
lers que Destrate ÿ avait placés, sur un giacis, et les fit presquen
tous prisonniers; ils furent immolés sans pitié, Ceux qui avaients E : à ; d L' _
n. HISTOIRE D’HAITI.—(1802) 305 pe prendre la fuite, traversérent les habitations Pouillant, Bonrepos,
Hassac , et atteignirent Dessources par la route des Côteaux Guilhoux.
Destrade , dès qu'il apprit cet échec ,. vint attaquer Pageot, incendiant autour des français toutes les plantations. Les blancs furent
obligés d'abandonner leur position et de se retirer à Leroux. Destrade prévit que Pageot, désespérant de réduire les insurgés, se rctirerait à l'Arcahaie, à la faveur de la nuit, comme avait fait Bavalette après Île combat de Morial. Il se transporta sur l'habitation Roche où il avait son quartieg-général, ensuite au Fond Gondo. 11 établit ses gens sur deux côteaux qui formaient un défilé
étroit, au pied du -morne Petite Plaee-Périlleux, à la Digue des
.Matheux. En cet endroit, les indigènes , quoiqu'’ils fussent presque sans
Munitions, pouvaient facilement. arrêter l'ennemi. Au milieu d’une
nuit très obscure, le général Pageot évacua l'habitation Leroux,
comme J'avait prévu Destrade. Il arriva à la Digue des Matheux,
Sans avoir élé inquiété. Bastien, noir, commandait l’'embuscade.
Il avait entassé , au-dessus du défilé, d'énormes pierres. Quand il
commanda de commencer l'attaque, Pagcot et les carabiniers blancs
avaient eu le temps de traverser le sentier. Les indigènes, après
dvoir tiré quelques coups de fusil, firent rouler dans le défilé des
pierres en grand nombre. En vain les troupes françaises ripostèrent ; il
“fallut prendre la fuite. Ce fut sans succès que les gardes nationaux
de Jacmel et du Port-Républicain excitèrent les soldats européens
äfaire contre-marche pour eblever ,, à la baïonnette , la position
Qu'occupait l'ennemi. Une terreur panique s'était emparée de f'avant: “garde. Les européens formaient toujours l'arrière garde dans les attaques, et l'avant garde dans les retraites. Les troupes coloniales
essuyaient habituellement le prernier feu des insurgés. Au Jour, les
indigènes virent le défilé encombré de chevaux, d’havresacs, de
gibernes et de fusils. Le général Pageot ne s'arrêta qu'à la barriére de l'habitation Labarre, où il rallia les fuyards. Pour comble
d'infortune, la fièvre jaune se déclara tout à coup dans les rangs de
ses soldats qui périrent en grand nombre, au milieu du chemin, voMissant un sang noir. Jl rentra au bourg de l'Arcahaie d’où ül se
rendit par mer au Port-Républicain. | |
gibernes et de fusils. Le général Pageot ne s'arrêta qu'à la barriére de l'habitation Labarre, où il rallia les fuyards. Pour comble
d'infortune, la fièvre jaune se déclara tout à coup dans les rangs de
ses soldats qui périrent en grand nombre, au milieu du chemin, voMissant un sang noir. Jl rentra au bourg de l'Arcahaie d’où ül se
rendit par mer au Port-Républicain. | | — Malgré ces avantages des insurgés, la plupart des culiivateurs
de la plaine de l'Arcahaie, quoiqu'ils fussent mécontens du régime
français, n'avaient nulle confiance dans le succès final des armes
“indigènes. La puissance de la France sur le continent de l'Europe
lès effrayait; ces combats n'étaient, jusqu'alors, à leurs yeux, que
des actes de brigandage; l'indépendance du pays leur paraissait
chose impossible; les chefs de famille arrétaient lardeur de leurs
fils qui ne demandaient qu'à se jeler , daus les mornes, au milieu
dé l'insurrection. On ne les verra se soulever que lorsque la tyranie française deviendra insupportable. Le
puissance de la France sur le continent de l'Europe
lès effrayait; ces combats n'étaient, jusqu'alors, à leurs yeux, que
des actes de brigandage; l'indépendance du pays leur paraissait
chose impossible; les chefs de famille arrétaient lardeur de leurs
fils qui ne demandaient qu'à se jeler , daus les mornes, au milieu
dé l'insurrection. On ne les verra se soulever que lorsque la tyranie française deviendra insupportable. Le F é à
ro A ai Mes Cet? 306. _ YHSTOIRE D'AATEL TSI Presque en même temps une révolte éclatait dans les montagnes
de Léogane. Les insurgés s'étaient réunis sur l'habitation a S
Rochambeau envoya contre eux le colonel Lamartinière qui était en. è
garnison au Port Républicain, à la tête de la 3e coloniale. Lamar ï
tinière les dispersa de toutes parts. Comme tous les officiers supérieurs de l'armée coloniale, il servait la cause française depuis la
soumission de Toussaint. Les insurgés chassés des mornes de Léo
gane se retirèrent vers ceux de Jacmel où ils rencontrèrent un
officier du Sud, noir, Métellus, gnilitaire d’une prodigieuse intrépism .
dité qui avait défendu la cause r) Rigaud contre Toussaint Louver
ture, et qui avait fui les Cayes pour éviter la mort à laquelle vous"
laient le livrer les français. Ceux-ci immolaient déjà impitoyablements |
les indigènes dont ils redoutaient l'influence. Les insurgés offrirente
à Métellus de le mettre à leur tête. Celui ci accepta et les fit tous
jurer de vaincre ou de mourir. Il campa dans les mornes qui sé» +
tendent entre les communes de Léogane et de Jacmel. À
A la même époque, les généraux Roc! hambeau, Lavalette et Pageoti
partirent du Port Républicain, accompagnés de 800 hommes de trou
pes, pour Jacmel, quoique la montagne fût inondée de bandes d'in-«
surgés. Mais comme ils savaient qu'ils étaient sans armes, ils méprisaient..
leur nombre. Un cultivateur qui deviendra un intrépide colonel,
Sangliou , à la tête de quelques insurgés de Léogane, faillit les en.
lose à Grescier où ils se reposaient ; ils né durent leur salut qu'à
la vitesse de leurs chevaux qui atteignirent le corps de 800 om
mes qui les précédait. Rochambeau {ordonna à ses grenadiers den
camper sur l'habitation Morel, prés de la ville de Léogane. Les,
français furent attaqués, tout-à-coup, par les insurgés qui les for”
cèrent à entrer en ville. Léogane fut assaillie de toits paris; elles
eût suecombé si Rochambeau, Lavalette, Pageot n'avaient déployé.
le plus grand courage. Dirigeant eux mêmes une battérie de quatre:
pièces de canon, ils foudroyèrent les indigènes dans la savane quin
s'étend à l'entrée de la place, et les mirent én pleine déroute. Less
français, ayant appris que le chemin de Jacmel. était rempli d'em
buscades, n’osèrent sortir de Léogane. Un ancien officier de l'armée du Sul , Cangé, homme de couleur, que le colonel Dieudon=
né Jambon, son ami, venait de faire sortir des prisons de Jacemel,
où l'avait plongé le général Pageot qui suspectait son dévouement
à la France, arriva au Gnand Goûve. Cangé pénétra dans les mon
tagnes, et excita les populations à la révolte. En quelques jours
les sections de Mousambèés, de Tête-à-Bœuf, de Tavet, de, Berna
furent en insurrection. 410
De son côté, le colonel Dieudonné Jambon, noir, qui comman=
dait l'arrondissement de Jacmel, en l'absence ‘du général. Pageot ,*
avait parcouru Îles montagnes, et avait désarmé la plupart des cul-.
tivaieurs. Cette mesure, comme partout 1e avait excité les
. En quelques jours
les sections de Mousambèés, de Tête-à-Bœuf, de Tavet, de, Berna
furent en insurrection. 410
De son côté, le colonel Dieudonné Jambon, noir, qui comman=
dait l'arrondissement de Jacmel, en l'absence ‘du général. Pageot ,*
avait parcouru Îles montagnes, et avait désarmé la plupart des cul-.
tivaieurs. Cette mesure, comme partout 1e avait excité les “ HISTOIRE D'HarTI.—— (1802) HR, | 807 plus violent. mécontentement. Les cultivateurs qui avaient plusieurs fusils en avaient soigneusement caché le meilleur. Une circonstance
imprévue produisit l'explosion. Un blanc, colon du Cap rouge, Rabouin, apprit qu’ un officier noir, nommé Raimond, qui avait été
son esclave , dans l'ancien régime, était devenu l'amant de son épouse,
femme blanche d'une rare beauté. Rabouin se détermina à tirer
une éclatante vengeance de celui qu’il appelait son nègre. Il déclara:
au commandant de la place de Jacmel que des dispositions hostiles
au gouvernement se manifestaient dans le canton du Cap rouge où
il avait sa propriété. On lui confia trente gendarmes avec lesquels
il se transporta dans les mornes. Quand il arriva sur l'habitation, il invita à un grand repas tous ses voisins blancs. Raimond est
Je seul indigène quisoit appelé à y assister. Rabouinu le félicite
de l'ordre qu'il a établi dans le canton. Raimond se désarme
pour se mettre à table ; il est aussitôt saisi, Se par quaire
gendarmes français et lié à un des: poteaux du glacis de l'habitation. Les blancs déjeunérent joyeusement sous ses yeux, se riant
de ses plaintes. A la fin du repas, Rabouin ordonna aux ge endarmes
de fusiller le patient ; ‘ce qui fut exécuté. Deux heures après, plusieurs centaines de cultivateurs assaillirent la maison du colon. Les
p'anteurs et les gendarmes prirent la fuite ; mais poursuivis au travers des gorges de la montagne, ils furent pris la plupart. Rabouin, son épouse et ses complices furent é-orgés. Quelques gendarmes seulement rentrèrent à Jacmel. Dieudonné Jambon , aussitôt
qu'il reçut la nouvelle de cette révolte, se transporta au Cap ronge
ux heures après, plusieurs centaines de cultivateurs assaillirent la maison du colon. Les
p'anteurs et les gendarmes prirent la fuite ; mais poursuivis au travers des gorges de la montagne, ils furent pris la plupart. Rabouin, son épouse et ses complices furent é-orgés. Quelques gendarmes seulement rentrèrent à Jacmel. Dieudonné Jambon , aussitôt
qu'il reçut la nouvelle de cette révolte, se transporta au Cap ronge avec 200 hommes d'infanterie et une compagsie de dragons. Les _ français; parvenus à six lieues de la ville, ne rencontrèrent pas l'ennemi. Ils n'aperçurent qu’un éultivateur qui disparut à leur approche, après avoir tué un officier blanc, nommé Dupéroy, qui l'avait
poursuivi. Dieudonné, cherchant les insurges , parcourut dans tou- … tes les directions le morne du Cap Rouge. Il se rendit au Fond Melon, et de là à la Gosseline, pour rentrer à Jacmel. Les français
n'ayant pas découvert l'ennemi, devinrent inquiets; ils eraignaient
des embûches. .Ils atteignirent une gorge près de l'habitation Sainte
Cyr. Les indigènes postés des deux côtés du défilé, firent sur eux
un feu plongeant. Ils y répondirent ; mais leurs balles se perdirent
à travérs les rochers et le feuillage des arbres. La plupart des soldats européens furent abatius, et pas un seul des noirs et des hommes de couleur qui servaient avec les français ne fut atteint. Les
insurgés avaient donné le temps à l'avant-garde com posée de leurs
frères de travérser l'embuscade. LS CEE rentra à Jacmel, bouteur et dans le plus grand désordre. 1 avait laissé à Gaste, près
de cette ville, cent hommes de la 8° coloniale, dont il se défiait;
il croyait qu “ils étaient d'intelligence avec les insurgés. IL réorganisa la garde nationale; et quand'il se” crut en état de’ résister à
308 HISTOIRE D'HAITI.—(1802) à ceux qui conspiraient dans l'intérieur de la ville, il fit rentrer à
Jacmel les cent hommes de la 8°. Ces infortunés, quoique très-dévoués
à la cause française, seront tous livrés à la hort par le général Pageot. | les campagnes de Jacmel. Les indigènes, au nombre de 3,000,
armés de piques et-de fusils, vinrent assaillir la ville qui las vigoureusement d'fendue par Dieudonné Jambon, à la tête de 200 hommes de troupes européennes, de450 hommes de troupes coloniales,
et de 250 gardes nationaux. Il ne put néanmoins les chasser des
environs de la place qu ils cernérent étroitement. Le général Lavalette était retourné au Port-Républicain, après avoir
laissé à Léogane les généraux Rochamibeau et Pagcot. Ceux ei n’osant
pévétrer dans les montagnes inondées d'insurgés, pour se rendre à
Jaicmel , firent répandre le bruit qu'ils allaient prendre ke chenun de Tavet. Le gros des insurgés se transporta vers ce morne pour, les ÿ attendre et les exterminer: le chemin de Léogane à Jacmelse Après le combat de St. Cyr, l'insurrection devint générale dans. trouva presque ouvert. Rochambeau et Pageot sortirent de Léogane, et commencèrent à se battre dès l'habitation Thonin. Hls levérent toutes les embuscades qu'ils reneontrérent, parvinrent devant la ville
de Jacmel, la dégagèrent, et y entrèrenten libérateurs. Pageot reprit le commandement de l'arrondissement. Après avoir déclaré Jacmel
ès le combat de St. Cyr, l'insurrection devint générale dans. trouva presque ouvert. Rochambeau et Pageot sortirent de Léogane, et commencèrent à se battre dès l'habitation Thonin. Hls levérent toutes les embuscades qu'ils reneontrérent, parvinrent devant la ville
de Jacmel, la dégagèrent, et y entrèrenten libérateurs. Pageot reprit le commandement de l'arrondissement. Après avoir déclaré Jacmel en état de siège, il fit arrêter les 100 hommes de la 8e. coloniale
dont il suspectait la üidélité envers la France, et les fit jeter enchaînés
au fond de la cale d'un navire de guerre cn station dans la rade.
Ces malheureux moururent étouffés par une vapeur de souflre qu'on
répandit dans l'intérieur du bâtiment Peu de jours après Rochambeau se rendit, par mer, dansle Sud, avec 300 polonais. Il ne tarda
pas à retourner au Port Républicain ‘Son voyage avait eu pour cbjet de faire passer dans l'âme des autorités du Sud toute la fureur dont
‘il était animé contre les noirs et tes hommes de couleur. | Lamour Dérance n'avait pas encore eommencé les hostililés contre les français. Il recevait cependant éans son camp,” situé dans les mornes de la Selle, tous les indigènes que persécutaient
les blancs. Rochambeau n iguorait pas ses dispositions hostiles envers la France. [l ordonna à Lamartinière qui jouissait de son estime. depuis le siège de la Crête-à-Pierrot, car, q'oique cruel, 1} aimait
les braves, de pénétrer dans les retraites de: Lamour Dérance, et de l'arrêter en l'attirant dans un piège. Lamartinière partit du Port-:
Républicain , à la tête des trois bataillons de la 3e. coloniale. I souhaitait ne pas trouver l'occasion d'arrêter Lamour Dérance dont les sentimens envers les français élaient les mêmes que les siens. À li ln. TS. Il attendait pour se prononcer contre la France que Dessalines prit M
les armes contre elle. Gelui ei lui avait fait dire de lever l’étendard de la révolte, dès qu'il apprendrait qu'il se füt soulevé lui même.” = LA misToiRe D’HaItI. (1802) 809 “ Lamartinière arriva au Trou Coucou, sur l'habitation Dérance, au centre des plus hautes cimes de la Selle. Là était le quartier général
de Lamour , lieu naturellement fortifié. Lamartinière n’'eût
pu y pénétrer, si quelques cultivateurs en avaient défendu les
avenues. L'état major .de ls 8e. coloniale, instruit des ordres de
Rochambeau , attendait avec impatience, dans la grande ease. de
Dérance , l’arrivée de Lamour pour larrêter. Celui ci, sans défiance, se disposait à bien traiter ses hôtes. Lamartinière, dés quil
Paperçut, lui fit connaître, par des signes, qu’on allait le garrotter.
Lamour Dérance s élança aussitôt sur son cheval et disparut à travers
les bois. Il se réfugia dans ces Feux imaccessibles où jamais les :
au , attendait avec impatience, dans la grande ease. de
Dérance , l’arrivée de Lamour pour larrêter. Celui ci, sans défiance, se disposait à bien traiter ses hôtes. Lamartinière, dés quil
Paperçut, lui fit connaître, par des signes, qu’on allait le garrotter.
Lamour Dérance s élança aussitôt sur son cheval et disparut à travers
les bois. Il se réfugia dans ces Feux imaccessibles où jamais les : iroupes de .Toussaint n'avaient pu l'atieindre. Lamartinière rentra
au Port Républicain. Rochanmbeau lui ‘onlia de nouvelles troupes, et lui ordonna de poursuivre avec acharnement Lamour Dérance.
La 3e. coloniale et un bataillon de troupes européennes parcouru
rent les montagnes de la Selle dans toutes les directions, et revinrent
au Port-Républicain, après avoir fait une course militaire des plus .penibles. - Ce fut aussitôt après cette campagne de Eamartinière, que Lamour
Dérance commença les h:sülités contre les français. Pendant cet intervalle , l'audace des insurgés des mornes de l’Arcahaie sétait considérablement accrue par le succès qu'ils avaient
obtenu sur fe général Pageot, à la Digue des Matbeux. Ts avaient
trouvé sur le champ de bataille, des cartouches, cent fusils et deux …tinmbours. Destrade, leur chef, forma une compagnie de fantassins C2 armés de piques surmontées de baïonnettes, et une compagnie de
cent fusillers sans baïonnettes. Les awires guerriers formaient des
bandes armées de prques faites de bois dur. H conçut le hardi projet
d'attaquer, à la tète de son armée, forte de mille hommes, le bourg
de |'Arcahaie, garni d'artillerie. Il ordonna à Jean Charles Gourjol
de descendre de la montagne, et de se rendre, à la tête de sa bande, sur Fhabitation Lapointe, dans la plaine; à Noël Buquet, chef du
canton des Délices, de se rendre à Poix ta Générale. Avant d’atiaFE
+ “retraite ne fut- pas coupée, s'il était repoussé. Destrade, Noël Bure quer le bourg, il prit la détermination de massaerer la garnison “blanche laissée à la barrière de l'habitation Labarre, afiu que sa LS
:e quet, et Jean Charles Courjol devaient attendre la nuit, pour enve- —lopper les blancs à Labarre et les égorger en les surprenant. Mais Cowjol, impatient d'en venir aux mains, attaqua avant la nuit. Les. “indigènes furent repoussés , et les français rentrérent en bon ordre
“ilArcahaie. Destrade, maître de la plaine, vint camper à la porte
“des Vases, au pied des fortifications du bourg. Noël Buquet deMeura campé à la barrière de Poix la Générale, pour surveiller les
mouvemens des cullivateurs de la plaine. Jean Charles Courjol s'établit à las porte du Boucassin, A la pointe du jour, les indigènes,
nes furent repoussés , et les français rentrérent en bon ordre
“ilArcahaie. Destrade, maître de la plaine, vint camper à la porte
“des Vases, au pied des fortifications du bourg. Noël Buquet deMeura campé à la barrière de Poix la Générale, pour surveiller les
mouvemens des cullivateurs de la plaine. Jean Charles Courjol s'établit à las porte du Boucassin, A la pointe du jour, les indigènes, { 319 À HISTOIRE D’HAITI.— (1802) donnérent au bourg un assaut formidable. Au milieu de la mitraille
que vomissait le fort des Vases, ils pénétrérent en grand nombre
dans les fortifications. Mais les français se précipilèrent sur eux avec
tant d'impétuosiié qu'ils furent culbutés dans les fossés et repoussés”
au loin. Destiade, en se retirant, ordonna à ses bandes de se ré:
pandre dans la plaine, et d'exciter les cultivateurs à la révolte avant
de gagner les montagnes. Les ateliers des Vases, des habrtations
Imbert, Robert, Thomas Vigner et Courjol s'insurgèrent, massacrérent les colons et se reli cer Eut dans les mornes." Le normbee des
révoltés se grossit; le canton de Boucassin seul, dans la plaine de
l'Arcahaie ,. demeura encore fidèle aux français. |
Dès que le général Rochambeau apprit l'attaque qui, avait étés
au lacteusement dirigée coutre le bourg de l'Arcahaie , il ordonna à"
Lamartinière de s'embarq er avec toute la 3° coloniale qui formait
le troisième bataillon de la 68° de ligne, pour aller exterminer les
bandes de Destrade. Les environs du Port Républicain se trouvérent dégarnis de troupes coloniales par le départ de Lamartinière: À
le nom de ce guerrier était la terreur des insurgés. Aussi vit-on,M
aussitôt après son départ, Métellus abandonner les linutes de l'ar-"
rondissement de Jaemel, et venir camper sur les bords de la Ri=«
vière Froide, à quatre lieues au sud du Port Républicain. Un a
boureur, Thomas Marie Jeanne!, noir, et un indigène noir, Duche
min Adam, que les français avaient nommés capitaines de gardes
nationales, soulevèrent tous les ateliers des mornes de LHôpital
qui protègent au Sud le Port Républicain. Lamour Dérance , de
son côté, poussa Ses incursions jusqu au camp Frère dans la plaine
du Cul de Sacs il y établit un poste. Ainsi les succès des indigènes
de l’Arcahsie contre lesquels fut dirigée toute la 5° colomale, Tavo=
risèrent prodigieusement le développement des révoltes des mornes
du Port Républicain, de Lé ogane el de Jacmel. Les insurgés de
la plaine de Léogane, ayant à leur tête l'inirépide Sanglaou, noir,
et Mathieu Fourmi, noir, attaquèrent vigoureusement les postes.
qui couvraient Léogane ; ils furent repoussés avec perte.
. Les habitans de Marigot se soulevèrent aussi et contraignirent un.
détachement de la 8° coloniale, en garnison dans leur bourg àoi
prendre leur parti. Le capitaine général Leclere, voyant les trou- #
pes coloniales demeurer fidèles presque partout, et des hommes
jusqu'alors obscurs, à la tête des insurgés, avait l'espoir, en dés
ployant quelque énergie, d'étouffer l'insurrection. À
Pendant cet intervalle , le colonel Lamartinière était arrivé
au bourg de l'Arcahate. El entra aussitôt en campagne. Ilse US
dit aux Délices. Les insurgés ne purent résister aux soldats de a
3° coloniale qui, parfaitement équipés et disciplinés, gravissaient
les mornes avec une prodigieuse agilité. Comme ils étaient la plu
part indigènes de çes quartiers, ils connaissaient tous les Sentiers
ffer l'insurrection. À
Pendant cet intervalle , le colonel Lamartinière était arrivé
au bourg de l'Arcahate. El entra aussitôt en campagne. Ilse US
dit aux Délices. Les insurgés ne purent résister aux soldats de a
3° coloniale qui, parfaitement équipés et disciplinés, gravissaient
les mornes avec une prodigieuse agilité. Comme ils étaient la plu
part indigènes de çes quartiers, ils connaissaient tous les Sentiers ai ME PO IEEE, — on me. Ztde. à AS os OR TE het à Er es nitliés vRe Re ART ee VEUT DIE Dent tin: #
x HISTOIRE D’HAITI 802) 8ii journans de la montagne. Lamartiniére vit fuir , à son approche, «Destrade, Jean Charles Coujol ct Noël Buquet. Destrade se retira
mi Cuyon. Lamartinière battit aux Matheux, au pied du camp Du-
“bourg, Louis Manseau, le prit et le fit fusillec. Il ne s'arrêta
a "à Garescher, au Fond Bapuste. Il parcourut les mornes et con-
“traignit toutes les femmes qu'il rencontra à retourner sur leurs habitations respectives. Elles reprirent leurs travaux ordinaires. Pour
maintenir ces divers cantons dans la soumission, il établit un poste
ES - Jarrossey, dans Je canton de Délices, un autre à Leroux, et un
troisième au Fond Baptiste, sur habit Signeau. Les garnisons
“le ces trois postes Ft aient dans la montagne , et $e croisaient
dans toutes les direction Lamartinière avec 800 hommes de troupes coloniales, avait bte ‘au plus dé résulrats que Îles généraux La vaéile ét Pageot, avec des forces européennes bien supérieures. Fant
“ilest vrai que les indie gènes peuvent seuls supporter avec succés les.
» fatigues de la guerre dans l'intérieur d'Haïti. Après avoir ordonné
-à ses soldats d”: agir Ven contre les brigands, Lamartinière
se retira au bourg de lArcahate. Jean Charles Courjol se tenait caché au pied de la colline du
“Fond Baptiste, au Trou Archin, à la source de la rivière de Montrouis. Chaque semaine :ïl sortait de sa retraite et venait donner
…J'alarme aux soldats de la 3°, répandus dans la montagne. Il ne voulait
pas sortir des limites de la commune de l'Arcahnie , Survelllant activement les mouvemens de l'ennemi. ELamartinière, apprenant que
mes révoltés étaient encore dansle quartier de F'Arcahaie , revint dans
la montagne, attaqua près de Guilhoux la bande de Destrade qu'il
…dispersa. El rentra au bourg, paraissant très-préoccupé. * Cependant \ül avait étouffe La révolte dans toute la éommune. Il
“disait souvent à quelques officiers de la 3°, ses confidents : que
fait donc be général Dessalines? Je n'entends presque plus parler
de lui; il est temps quil se soulève contre les français; voici le
« moment favorable de lui fivrer la paroisse de l'Arcahaie. Il n’attendait,
“pour se prononcer contre les CUS à que la prise d'armes de Des-
é. * Cependant \ül avait étouffe La révolte dans toute la éommune. Il
“disait souvent à quelques officiers de la 3°, ses confidents : que
fait donc be général Dessalines? Je n'entends presque plus parler
de lui; il est temps quil se soulève contre les français; voici le
« moment favorable de lui fivrer la paroisse de l'Arcahaie. Il n’attendait,
“pour se prononcer contre les CUS à que la prise d'armes de Des- “ salines, “ Larose, qui depuis l'arrestation de Ch. Rélair s'était retiré à la Petite à Montagne du Mirebalais , se montra de nouveau dans le quartier de
…l'Arcahaie. Il était presque seul. Il alla joindre Destrade, et lui
proposa de se rendre avec lui dans les mornes du Bahoruco par les
« Pays-Pourris, auprés de Lamour Dérance. Les principaux officiers
… des insurgés portérent Destrade à rejeter sa proposition quotqu'ik
Peut déjà accueillie. Pendant qu'ils délibéraient réunis sur l'habitation
Ainard, Lamartinière vint les surprendre, leur tua RE de monde,
eties dispersa au loin. En même temps deux officiers noirs, David Æroy
“et Paul Lafrance, qui commandaient au Ni teb Rain ‘pour les français,
_marchérent contre eux, les cuibutérent partout où ils les rencontrèrent.
… des insurgés portérent Destrade à rejeter sa proposition quotqu'ik
Peut déjà accueillie. Pendant qu'ils délibéraient réunis sur l'habitation
Ainard, Lamartinière vint les surprendre, leur tua RE de monde,
eties dispersa au loin. En même temps deux officiers noirs, David Æroy
“et Paul Lafrance, qui commandaient au Ni teb Rain ‘pour les français,
_marchérent contre eux, les cuibutérent partout où ils les rencontrèrent. "LP + » | 812 HISTOIRE D'HAITI.— (1602) |
we |
Le quartier de l’Arcahaie fut momentanément entièrement délivré des
insurgés. : Destrade et les siens, poursuivis avec vigueur par les fran
çais, abandonnés de Larose qui s'était réfugié dans sa relrailé Or
dinaire, furent contraints de gagner le sommet des mornes du Crochus…
Là ils reçurent les attaques successives de David Troy et du coms
mandant Paul Lafrance, sortis du Mirebalais, du commandant St
James, sorti de la Croix des- Bouquets, On ne put cependant less
chasser de leur position. Néanmoins Destrade, craignant d'être en
veloppé de toutes parts, revint à la résolution qu'il avait déjà prise de“
gagner Îles mornes du Bahotuco où commandait Lamour Dérance,
montagnes presque inaccessibles, dont les habitans, depuis à fondas
tion de la colonie, s'étaient presque toujours maintenus indépendans
de touie autorité. Mais les insurgés de l'Arcahaie, qui ne voulaient
pas s'éloigner de leur pays, lui déclarèrent que , s'il persistait dans
sa détermination, ils eesseraient de le reconnaître pour chef. Penn
dant que la plus grande agitation réfnait parmi eux, Larose. qui
s'acheminait avec quatre compagnons sur le Bahoruco, arriva dans
les mornes du Crochus. Son apparition réjouit tous les cœurs
et releva tous les courages. Il leur proposa d'aller se ranger sous
les drapeaux de Lamour Dérance qui faisait la guerre aux français
Is refusèrent d'abandonner le canton du Crochus, disant que Las
mour Dérance ne devait avoir avec lui que quelques hommes puisqul
s était retiré au loin dans les mornes, dans la crainte d'être arrêté par
les français. Ils ajoutèrent que si Rochambeau l'avait redouté il n'aurait
pas envoyé, à l’Arcahaie, la 3° coloniale, le seul corps qui pût Ile com
battre dans les mornés de la Selle. Lis offrirent le commandements
à Larose à condition qu'il restät parmi eux. Celui.ci accepta, tout
eu déclarant qu'il ne reconnaitrait pas, tantà présent qu'à l'avenir,
d'autre général en chef que Lamour Dérance. Destrade, Victime dem
J'ingratitude de ses compagons d'armes, se retira presque seul'aum
fond des bois. Dès lors il commença à miner l'influence de Earosem
sur les gens de l’Arcahaie. #4 . 3
Larose, homme de couleur, était né dans le canton du Mireba®
lais , sur les limites de l’ancienne colonie espagnole. Comme ilsa-«
vail parler le jargon des habitans campagnards de la partie de l'Est, &
et qu'il avait un peu leurs mœurs, ses compagnons d'armes Pavaient
surnommé l'espagnol. Ancien chef de bataillon de la 8° coloniale
bon militaire, d’une rare intrépidité, il inspirait la plus grandeconfiance aux gens de l'Arcabaie. Il conçut aussitôt le projet de re
conquérir les mornes de cette paroisse sur Lamartinière. Il fit savoir —
à Jean Charles Courjol, campé à la Colline du Fond Baptiste, ainsi
qu'aux indigènes de Montrouis, qu’il commandait en chef; il leur
ordonna de se réunir sur lhabilation Cortad, dans la section des
Délices, où il viendrait se mettre à leur tôte. Sa réputation re
grandeconfiance aux gens de l'Arcabaie. Il conçut aussitôt le projet de re
conquérir les mornes de cette paroisse sur Lamartinière. Il fit savoir —
à Jean Charles Courjol, campé à la Colline du Fond Baptiste, ainsi
qu'aux indigènes de Montrouis, qu’il commandait en chef; il leur
ordonna de se réunir sur lhabilation Cortad, dans la section des
Délices, où il viendrait se mettre à leur tôte. Sa réputation re Lui mua de nouveau tous les habitans de la montagne. AT HN “ns ERA Su PR D 2 ES
sb:
La HISTOIRE RACE RTE 313 En même lemps Boucare, noir, un des officiers de la 3° auxquels Lamartinière avait confié les postes qu'il avait établis dans les mornes, morvèta sur l'habitation Leroux un officier indigène, Adonis Delorier,
“noir, qui venait de se sauver des prisons de St. Mar. Boncare
“le fit garrolter , l'envoya au bourg de l'Arcahaie où il fut embarqué
“et noyé ensuile dans la rade du Port: Républicain. Lamartinière , quand il apprit qu ‘Adonis Delorier était sorti de St.Marc, se montra
violemment indigné contre Boucare. Il étail convaineu que Dessalines,
“commandant de ‘SL. Mare , avait dû favoriser l'évasion du prisonnier
“dont il connaissait, sans M ouba es sentimens anti-français. Lamar-
“iinitre ne déploy ait tant d'énergie pour étouffer l'insurrection de
“de l'Arcahaie, qu'afin d'empêcher les FARÇAIS de soupçonner son dé-
“vouement. Dessalines qui avait en fui pleine confiance, et qui avait
été maintes fois témoin de son grand courage et de ses vrais talens
militaires , venait de lui faire savoir, de no uxeaU , qu'il ne tarderait pas à sin surger. . ]l Lex hortart à se joindre à lui, en lui livrant “le bourg de l'Arc ahaie , dès quil se montrerait aux Matheux. Larose ; de son côté, se rendit sur l'habitation Cortad, où se réunirent successivement toutes les colonnes indigènes. Des détächemens de 500 hommes, de 309 hommes, de 50 et de 25 hommes -pénétraient de toutes parts sur lhabitation.. Jean Charies Courjol CLait arrivé à la tête de 600 guerriers. Larose établit parmi eux une sévère discipline. Jamais les gens de l'Arcahaie n'avaient offert un aspect si imposant. Ils étaient au nombre de 3000 hommes.
Lamartinière, apprenant la réunion des; révoltés à Cortad, se rendit a Jarroscy. Il avait pris la résolution de faire savoir à Larose son ltention de s'insurger prochainement et de faire cause commune avec lui. Mais les gens de FArcahaie qui Robe son projet, et qui avaient été horriblement traqués par ses soldats, étatent violemMent irrilés contre lui. Larose FT même était étonné du dévouement à la France de Lamartiniére autrefois ennemi cruel des blancs. Il “envoya en reconnaissance dans les gorges de la montagne quelques
Cclaireurs ; ils aperçurent la 3e rangée en bataille sur le DRE de Jarrosey, et s ébranlant pour marcher eontre Larose. Aussitôt ils e “gnérent le sommet du merne de Noule, jetérent des cris qui se Ve.
Jindirent d'écho en écho au fond des ravins, et donnèrent l'alarme
de Lamartiniére autrefois ennemi cruel des blancs. Il “envoya en reconnaissance dans les gorges de la montagne quelques
Cclaireurs ; ils aperçurent la 3e rangée en bataille sur le DRE de Jarrosey, et s ébranlant pour marcher eontre Larose. Aussitôt ils e “gnérent le sommet du merne de Noule, jetérent des cris qui se Ve.
Jindirent d'écho en écho au fond des ravins, et donnèrent l'alarme au camp de Cortad. On fut averti de l'approche de l'ennemi. Déjà les sapeurs de la 3e coloniale enlevaient les barricades qu avaient été" dressées au milieu da chemin qui conduit à Cortad. Lamartiniére avail ordonné au capitaine Boueare de se mettre à la tête des garnisons de Leroux et du Fond Baptiste pour aller attaquer le camp de Cortad du côté opposé. Il s'élança sur les barricades qui protégeaient le principal reiranchement de l'ennemi: Boucare, à ce qu'il
“croyait , était sur le point de le seconder du côté opposé. Larose avait
placé en embuscade, dans les bois, trois cents hommes armés de (4 1." MARINE HISTOIRE D'HAITI. — (1802) fusils, et se tenait à la ‘tête de sa à petite armée à l'entrée de re
tation: Dès que Lamartinière atteignit la dernicre barricade , GR
fut accueilli par un feu vif et des hurlemens affreux. La 3e 16000 À
mais elle s'était déjà entièrement engagée dans l'embuscade.. Elle fut
assaillie de toutes ports; lon se battit corps à corps. Lamartinièren
voyant ses soldats snccomber sous le nombre, et fair au-travers des
bois, se retira seul dans un des rise de Cortad. Jean Chark s.
Courjol s'élança à sa poursuite ; il le découvrit étendu sur l'herbe es
souffrant Ge plusieurs coups de pierre qu'il avait rs Il se pré
cipita sur lui, le saisit par les cheveux, et lui traneha la tête de”san
propre main. Il promena cette tête au bout d'une pique dans touts
le camp. Larose se montra afflisgé de cetie misérable fini de son ans
cien CE PARPR d'armes; il ne se sentit pas assez d'autorité sur ses
ulenans pour mème blâmer Jean Chartes Courio! ; 11 fit donser lan
puliure au cadavre. Ainsi périt d'une mort bhsbure, Lamaärtiniéren
héroïque défenseur de la Crète à Pierrot, l'un des officiers Les pluse
us qu'ait produits no! re pays. Il tomba sous les coups des”
ndigènes, ses frôres, alors qu'il avait pris la’réselution de leur offres
on ‘courage et ses talens militaires, pour le iomphe de la liberté
can Charles Courjol dit à ses compagnons qui phignaient le mal
re. Ainsi périt d'une mort bhsbure, Lamaärtiniéren
héroïque défenseur de la Crète à Pierrot, l'un des officiers Les pluse
us qu'ait produits no! re pays. Il tomba sous les coups des”
ndigènes, ses frôres, alors qu'il avait pris la’réselution de leur offres
on ‘courage et ses talens militaires, pour le iomphe de la liberté
can Charles Courjol dit à ses compagnons qui phignaient le mal ureux sort de Eamartinière, que, voyant la 3e se battre avec tu
d'acharuement contre les insurgés, il avait cru son éolonel véritables
ment dévoué aux français. Il ajouta qu'il avait considéré Eamarte
micre comme Île dernier limier que les blancs eussent encore 44m
cer dans Îles mornes de l'Arcahaie. Trois cents pri iSOnnIErs, huit
tambours, trois cent cinquante fusils, et de nombreux paquets des
cartouches tombérent au pouvoir de Larose. Les indigènes Se lEN-M
dirent en triomphe à la ui lite place Valadon où ïls apprirent, qu
le capitaine Are noir, avait suivi la route de Barthoiomey po
aller faire sa jonction, à Cotia dl avec Lamartiniére dont Hi igüoral
ia défaite et la mort. Larôse s'élar iça à sa poursuite. Il s'empara
en passant, du camp Leroux, sans coup-férir. Boueare, n'ayant pa
rencontré l'ennemi à Cortad, était revenu sur'ses pas. El apercuts
le camp Leroux occupé par les insurgés. Il ne douta plus de” la.
défaite de Lamartinière. Il se rendit sur le glacis de Cayot où ul
dispersa, par de vives décharges, un bataillon d'insurgés cominand
par Autron Archin. Larose s’élança de Leroux dans les bois de Cayot
mit en fuite les soldats de la 8e., «et envoya une centaine d'homm
armés de piques à la poursuite de Boueare. Celai-ci fut arr
au fond d'un ravin. Il se forma aussitôt autour de lui un gra
cercle d'insurgés qui, avec d’affreux hurlemens, demandaient
tête. Il conserva tout son sang-froid, et ne vo oulut remettre S
épée qu'à Larose qui avait été, disait. il, son compagnon d’arm
Larose se présenta, reçut l'épée, et. ui tourna le dos. Il futau
sitôt renversé de son cheval, terrassé à coups de bois de: piqué
forma aussitôt autour de lui un gra
cercle d'insurgés qui, avec d’affreux hurlemens, demandaient
tête. Il conserva tout son sang-froid, et ne vo oulut remettre S
épée qu'à Larose qui avait été, disait. il, son compagnon d’arm
Larose se présenta, reçut l'épée, et. ui tourna le dos. Il futau
sitôt renversé de son cheval, terrassé à coups de bois de: piqué F Æ
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EE [ HISTOIRE D'HAITI.—(1802) 315 et entièrement dépouillé. Il se releva avec fureur. Alors un inMsurgé, armé dune lance , sélança sur lui et- l'entraina par
Me bras jusqu'à Leroux. Boucare vit sans effroi se . former
Mntour de lui un cercle d'officiers. Il ls appela ses frères, leur
ie qu'il était indigène comme eux et disposé à combattre les franais dans leurs rangs. Il ne fut pas écouté. Les uns ui repro-
“chérent l'assassinat de leurs parens, d'autres la mort du commandant Adouis, enfin chacun l'accabla de reproches sang'ants.… Se
voyant entouré d'armes menaçantes , il s'élança sur un fusil, et
Noulut prendre la fuite; au même instant Jean Charles Courjol lui
Mfendit la-tôte d'un coup de ssbre, et létendit mort. Quant aux
Mautres prisonniers indigènes de la 3.° coloniale, Larose leur ac-
“Corda la vie et les incorpora dans ses bandes; mais il Gt égorger
4 quelques officiers blanes qui avaient été pris. Al se rendit enÉeuite au Fond Baptiste dont il s'empara.
'élança sur un fusil, et
Noulut prendre la fuite; au même instant Jean Charles Courjol lui
Mfendit la-tôte d'un coup de ssbre, et létendit mort. Quant aux
Mautres prisonniers indigènes de la 3.° coloniale, Larose leur ac-
“Corda la vie et les incorpora dans ses bandes; mais il Gt égorger
4 quelques officiers blanes qui avaient été pris. Al se rendit enÉeuite au Fond Baptiste dont il s'empara. Au sommet du morne Fort où s'étaient réunies tontes les troupes,
“et d'ou lon déeouvrait la plaine de l’Arcahaie, les soldats de la 3°
“qui avaient été faits prisonniers embrassérent avee enthousiasme leurs
nouveaux frères d'armes auxqueis ils avouèrent leur erreur, et ju-
“rérent de vaincre ou de mourir pour la liberté. | … Larose, maitre de tous les mornes de l'Areahaie, voyant réunis
autour de lui plus de 3,009 hommes, se disposait à aller faire le
“sitge du bourg des Verreites, quand 11 entendii tout à-coup de
Nombreux coups de canon vers la plaine. Il pensa avec raison
qu'une révolte venait d'éclater au bourg de PArcahaie. IT s'aches
“ina aussitôt avec toute. son armée vers le rivege de la mer. |
Les deux officiers français Poix et Robe qui commandaient au bourg
“de L'Arcahaie , apprenant la mort de Lamartinière, lincorporation
“des soldats de la 3° dans les bandes insurgées , l'égorgement des offiCiers biancs de ce corps , s'étaient résolus à se défaire de quelques
détachemens de. troupes coloniales qui s'étaient réfugiés au bourg,
prés li déroute de Cortad. Le commandant Poix qui les croyait
d'intelligence avec les insurgés leur ordonna de former deux compa:
Snies dont l'une se rendrait au Boucassin et l'autre aux Vases. fl
“voulait, en les éloignant du bourg, les affaiblir et les faire désar.
“mer successivement por des troupes blanehes de la 68°. Les indi-
“oènes voyant quon nenvoyait pas avec eux une quantité égale d’euopéens, comme cela se pratiquait ordinairement dans les expéditions,
“rcusèrent de sortir. La défiance s était emparée d'eux: ils se dou-
“aient du projet des français. Les soldats, ainsi que les bourgeois
blancs, se réunirent aussitôt au bureau de la place autour de Robe
ét de Poix. De leur côté, les indigènes noirs et jaunes s'armérent,
se joignirent aux soldats de la 3° coloniale , et prirent une attitude
“Menaçante. Cependant un capitaine indigène, demeuré fidèle aux
“français, Pierre Grenau , se transporla à la porte des Vases, et des
projet des français. Les soldats, ainsi que les bourgeois
blancs, se réunirent aussitôt au bureau de la place autour de Robe
ét de Poix. De leur côté, les indigènes noirs et jaunes s'armérent,
se joignirent aux soldats de la 3° coloniale , et prirent une attitude
“Menaçante. Cependant un capitaine indigène, demeuré fidèle aux
“français, Pierre Grenau , se transporla à la porte des Vases, et des 316 HISTOIRE D'HAITI.— {1802 manda , avec hauteur, aux soldats de la 3°, s’il y avait des agitateurs.
parmi eux. Hi saisit 4u collet un grenadier et le traïna an bureau
de la place. Celui-ci, effrayé en voyant de nombreuses cordes de
potence étalées devant la galefie, prit la faite, retourna à la porte de
Vases et raconta à ses camarades ce qu'ilavait vu. Le commandant
Robe, un sac d'argent à la main, se rendit auprés des soldats de
3° et leur demanda s'ils pourraient un instant oublier leur devoir
envers la mère-patrie, eux qui avaient déployé tant d'intrépidité |
combattant les brigands. Il ajouta : vous êtes citoyens francais et.
soldats de la 68° française; n’écontez pas la voix des brigands que.
“veulent vous égarer; je vous apporte votre solde arriérée » et... 08)
Au niême instant un coup de fusil, parti des rangs de la 3°, lui brisa
la tête. Aussitôt le carnage le plus affreux commença dans le bout 4
le canon gronda; les blancs et les indigènes se bauirent æ |
à corps, dans les rues , dans les maisons. Les français se
barricadérent dans l'église, après y avoir transporté toutes leurs mu: |
nitions. Ils fusillaient vivement les indigènes, à travers les fenêtres
Ceux-ci, d'un autre côté, prirent d'assaut Le fort Poix ; ét
massasacrérent la garnison. Ils canonnèrent et mitraillérent le
fort Guillème ; mais les français leur répondirent vigoureusement
marchèrent sur eux et les chassèrent du fort Poix. Les indigènes
abandonnérent le bourg et allérentse retancher sur l'habitation Pois
la Générale, Les français demeurèrent maîtres de l'Areahaie ; mais
ils se déterminèrent à l’évacauer avant l'arrivée de Larose. Leurs
femmes et leurs enfans s’'embarquéèrent dans les barges qui étaient
en rade; mais ces embareations se trouvérent tellement chars
gées qu'elles sombrèrent, In plupart, avec les infortunéss
qu'elles portaient. Les troupes européennes et-les bourgeois blancs
ayant à leur tête le commandant Poix, se retirèrent au Boucassin, à
trois lieues du bourg de l'Arcahaie. Poix se retrancha, au Cabaret
sur habitation Garescher. | î
Les soldats de la 3° coloniale qui s'étaient retirés sur l'habitation |
Poix la Générale, rentrérent à l'Arcahaie, et en prirent possession" |
Larose arriva dans la plaine; ils le reconnurent pour leur chef. ‘4
La prise de lArcahaie fut très-avantageuse à la cause indigène
par le développement qu'elle donna à l'insurrection dans l'Ouest
Les communications par terre entre St-Marc et le Port-Républicain”.
furent interceptées. Les cultivatéurs des mornes des Verrettes
certains de n'être pas entre deux feux, s'insurgérent à l'instigalionx
de Larose ; le cabotage de St-Marc au Port-Républicain devint très
périlleux ; les barges indigènes , sortant des anses de l’Arcahaie, sem
paraient des barges françaises. Larose put avoir des communications”
avec Îles navires marchands américains qui, pour du eafé, lui ven
dirent de la poudre et des fusils. La garnison du Port-Républi=
cain fut réduite aux troupes européennes, et privée du concours.
de Larose ; le cabotage de St-Marc au Port-Républicain devint très
périlleux ; les barges indigènes , sortant des anses de l’Arcahaie, sem
paraient des barges françaises. Larose put avoir des communications”
avec Îles navires marchands américains qui, pour du eafé, lui ven
dirent de la poudre et des fusils. La garnison du Port-Républi=
cain fut réduite aux troupes européennes, et privée du concours. a
L
El
* # À 2 _
} à HISTOIRE D'HAITI,—(1802) | 317
de la 3e. coloniale qui seule pouvait entreprendre dans les montagnes des courses longues et pénibles. Lamour Dérance, n'étant
lus inquiété, gagna du terrain vers la Coupe et la haute plaine
du Cul de-Sac; son autorité était reconnue par les insurgés des
Mornes de Léogane, du Fond Ferrier, de Jacmel, de la Selle, et
4 Larose, à l'Arcahaie. Les partisans de la cause indigène, au
Port-Républicain, répandirent le faux bruit que Lamartinière avait
été abandonné à Cortad par les français qui, depuis longtemps, avaient résolu sa perte. Ces bruits ne tendaient qu’à ébranier la fidélité des noirs et des jaunes atiachés au parti français. Es = 4 4
L A
à : 1
à 0 1508. Sommaire. Caractère de l'insurrection — Exécution de Henriette St-Mare—.
_cution de Mahotière: effet qu’elle produit sur les cultivateurs—Sans Sou
fait appeler général en chef—Il veut 'établir dans le Nord le système afri
Le général Boudet revient de la Guadeloupe —I!I commande l’arrondisse
du Cap.—Le colonel Abbé est baitu par Sans-Souci.— Christophe défait par $
Souci.—Les généraux Boyer et Maurepas battus aux Moustiques —Cruaut
Brunet à. Plaisance. — "Toute la population sé soulève aux Pendus— Mau
accourt au secours de Brunet—Insurrection de Gapoix.—Combat de Cha
ble.—Capoix prend le Port de-Paix.— Il en-est chassé par Brunet — Orga
tion de la garde nationale des villes.—Loi martiale—Le Cap capitale de
lonie.— Charles Bélair et son épouse sont exécutés au Cap.— Proclamation
Leclercwannonçant que l’insurreetion est générale dans les campagnes da Noï
— Dessalines au Gnp.—S$Son entretien avec Leelere.—Il reçoit l’ordre d’exter
les factieux.— Conduite de Christophe. $es paroles chez le général Bou
Pamphile de Encroix prend le commandement du Fort-Liberté.— Dessa
pat du Cap.— 11 avertit Pétion, à la Petite-Ange, des pièges que luitend.
clerc.—Pétion et Clervaux reçoivent l’ordre d'aller cantonner au haut du
— Christophe envoie en France son fils Ferdinand avec le général Bou
Eatretien de Christophe avec Pétion au haut du. €ap—Portrait de Péti
Son caractère.—Inquiétudes de la population indigène du Cap.— Déportés
Guadeloupe.—Pétion se détermine à prendre les armes contre les françai
communique son projet à Clervaux. — Bal au palais du Cap— Nouvel
France.—Pareles de Clervaux à madame Leclere, —Leclerc fait entrera
la Ge coloniale.—La 13e coloniale demande sa solde arriéréë.—Ses mu
—Geflrard se sauve du Cap et annonce l’embarquement de la 6e colon
doit être noyée.— Mort de Dommage.— Paul Louverture se sauve du €
se détermine à prendre les armes contre les françai
communique son projet à Clervaux. — Bal au palais du Cap— Nouvel
France.—Pareles de Clervaux à madame Leclere, —Leclerc fait entrera
la Ge coloniale.—La 13e coloniale demande sa solde arriéréë.—Ses mu
—Geflrard se sauve du Cap et annonce l’embarquement de la 6e colon
doit être noyée.— Mort de Dommage.— Paul Louverture se sauve du € { + CUS | os D'HAÏTI.—(1802,). 319
da Pétion.et Clervaux se soulèvent contre les français au haut du Cap; et désar-
“ment les blancs qui sy trouvent. — Ils se rendent au morne Rouge.
— Paroles de Pétion à ses soldats. — Ses efforts pour sauver.ies prisonniers
… blanes —Il les renvoie au Cap — Il se rend à Dhéricourt.— Son entrevue avec
Petit Noël Prière, chef de bandes. —Il retourne au haut du Cap avec Clervaux.
— ——Clausel attaque les indigènes: il est repoussé —Esorgement de la 6e coloniale
dans li rade du Cap.—Désespoir de Leclerc qui s'aperçoit que les indigènesse
… battent pour l'Indépendance de St-LDomingue.—Christophe renvoie au Cap le gémnéral Bôyé.—Il vient au haut du Cap, et se rallie à Clervaux et à Pétion.—
Petit Noël Prière veut lassassiner. — (Clervaux et Pétion s'y opposent.
…_— Les insurgés serrent de près le . Cap. — Leclerc fait évacuer les malades et les poudres sur la "Fortue—Il annonce, par une proclamation, l’insur-
…. rection de Pétion, de Clervaux, de Christophe.— Actes impolitiques concernant
les émancipés de 1794—Ravages incroyables de la peste. — Pertes des français
depuis leur débarquement. Noyades -—Beau trait de Jurien, capitaine de frégate.
Les troupes européennes se concentrent au Cap— Pamphile de Lacroix évacue le Fort Liberté.—Touss.int Brave en prend. possession.— Paroles de Leclere
à Pamphile de Lacroix.— Celuici se transporte à Monte-Christ ,# et repousse
Toussaint Brave.— Brunet fait mourir le chef de bataillon Réné Vincent, ainsi
que le général Maurepas. —La prise d'armes de Pétion, de Clervaux , de Christonhe donne de l'unité à la marche de l'insurrection , et une direction commune
aux eflorts des populations indigènes.
Fort Liberté.—Touss.int Brave en prend. possession.— Paroles de Leclere
à Pamphile de Lacroix.— Celuici se transporte à Monte-Christ ,# et repousse
Toussaint Brave.— Brunet fait mourir le chef de bataillon Réné Vincent, ainsi
que le général Maurepas. —La prise d'armes de Pétion, de Clervaux , de Christonhe donne de l'unité à la marche de l'insurrection , et une direction commune
aux eflorts des populations indigènes. … Des insurrections avaient éclaté de toutes parts, et presque en
même temps, dans le Nord. Les indigènes combattaient, la plu-
“part, pour la liberté seulement. Le drapeau tricolore flottait encore dans leurs rangs. Cependant les idées d'indépendance se pro-
“pageaient rapidement. Mais- il n’y avait pas d’unité dans les mouve-
“mens. insurrectionnels ; chaque chef dans son quartier, ne recevant
pas les ordres d'une autorité supérieure, soutenaitia guerre excité
par la haine qu'il portait aux blancs. Chacun, au contraire, son-
“ceall à se régir , après l'expulsion des français, selon ses capriees
“ci les usages de son canton, et à secourir seulement son voisin con-
“ire l'ennemi commun. Cette tendance vers un système fédéral ne:
pouvait que nuire à la grande lutte déjà engagée Pour chasser les
“rançais, il fallait au contraire, la plus parfaite uvité dans les opé-
“rations, un syslème de centralisation, une direction énergique et
“de terreur. L'on verra Dessalines, Pétion, Christophe, Capoix,
“Ceffrard, changer la face des choses en abandonnant la cause de la
“France, et tout ramener à un gouvernement central. Après de
…sanglantes luttes intérieures, entre frères, 1ls lerrasseront les partis,
“dirigeront audacieusement toutes les forces indigènes contre les fran-
“cais, et fonderont Haïti. — Les insurgés du Nord avaient des chefs en’ réalité indépendans les
“uns des autres, quoique Sans-Souci, le plus puissant d’entre eux,
eût pris le titre de général en chef Ceux de l'Ouest, au contraire,
avaient déjà senti la nécessité absolue d’une autorité suprême. Aussi
…Larose, à l'Arcahaie; Sanglaou, dans le canton de Léogane ; Cangé, » = D” 320 HISTOIRE D'HAITE (ISO et Giles Bambara, dans les montagnes du Petit-Goâve, avaient- ils,s
reconnu la souveraineté de Lamour Dérance. Celui-ci avait le siège
de son autortié sur l'habitation Dérance , dans les morness
de la Selle. Delà partaient tous les ordres qui faisaient mouvoir les
insurgés de l'Ouest. Ses bandes se ruaient, les unes dans la haute»
plaine du Cul-de Sac, d'autres dans les environs de Jacmel et de“
Léogane, brûlant et saccageant tout. Les blancs qui tombaient en
leur pouvoir étaient pendus , brûlés vifs ; ils avaient les yeux arrachés
sur l'habitation Dérance , dans les morness
de la Selle. Delà partaient tous les ordres qui faisaient mouvoir les
insurgés de l'Ouest. Ses bandes se ruaient, les unes dans la haute»
plaine du Cul-de Sac, d'autres dans les environs de Jacmel et de“
Léogane, brûlant et saccageant tout. Les blancs qui tombaient en
leur pouvoir étaient pendus , brûlés vifs ; ils avaient les yeux arrachés avec des tire-balle. Quelquefois, des insurgés, pour terrilier'les fran
çais, leur renvoyaient les prisonniers qu'ils avaient faits, avec les"
oreïlles, les lèvres et le nez coupés; toutes les horreurs de 1792 se“ . FES . ° CES %
renouvelaient. De leur côté, les blancs surpassaient les indigènes" en cruautés. Dans les lieux qu'ils parcouraient, ils se hvraient au.
plus affreux pillage; ils violaient les femmes, et se faisaient un barbares à
plaisir de ‘se lancer les uns aux autres, sur Îa pointe de leurs baïon-«
nettes, des enfans noirs et de couleur encore à la mamelle. Toutes
les grandes routes qu’ils traversaient étaient bordées de cadavres indigè
nes “pendus aux branches des arbres. ‘8 Les bâtimens de guerre en station dans les ports ne suffisaient plus F
pour contenir le nombre des infortunés qui y étaient entassés chaque«
jour. Pour déblayer ces navires on faisait brûler du soufre dans
les cales hermétiquement fermées ; le lendemain on les il
et lon jetait à la mer des centaines de cadavres. Les produits de la plaine du Cul de Sac qui ne s'était pas encorak
remuce diminuaient chaque Jour; les propriétaires blancs étaient dans
les plus grandes inquiétudes ; toutes les nuits les bandes de Lamour
Dérance faisaient dans le voisinage de l'étang saumâtre des incursions
incendaient les jardins de canues, massacraient les colons, enlevaiente
des _ postes entiers , et entrainatent, quelquefois , des ateliers,
qui jusqu'alors étaient demeurés fidèles. On était obligé d'établir
un cordon de troupes dans la haate plaine pour protéger les habi-#
tations qui étaient exploitées. En même temps Rochambeau se livrait,
au Port-Républicain à toute la. fureur de ‘son caractère. Pour 14
première fois depuis l’arrivée des français, l’on vit l'exécution d'une“
femme, dans l'Ouest.* Une indigène de couleur, Henriette St-Marc,\ fut accusée d'avoir envoyé de la poudre aux insurgés de l'Arcabaie
Elle fut arrêtée et aussitôt condamnée à la peine de mort. Arrachée * L'exécution des femmes a toujours excité, chez nous, une violente
indignation dans le peuple. Sous Toussaint Louverture, même pendant à
la guerre cigite, on ne fit mourir juridiquement que trois ou quatre femmes, non pour affaire politique , mais pour assassinat Sous Dessalines :
sous Pétion, sous Boyer, on n’exécuta jamais une femme pour n ‘importe “
quel crime. La loi les condamne comme les hommes à la peine capitale,
ée à la peine de mort. Arrachée * L'exécution des femmes a toujours excité, chez nous, une violente
indignation dans le peuple. Sous Toussaint Louverture, même pendant à
la guerre cigite, on ne fit mourir juridiquement que trois ou quatre femmes, non pour affaire politique , mais pour assassinat Sous Dessalines :
sous Pétion, sous Boyer, on n’exécuta jamais une femme pour n ‘importe “
quel crime. La loi les condamne comme les hommes à la peine capitale, mais les mœurs s’opposeut à leur exéeution. En matière politiqae rs disait toujours au il méprisait le caquet des femmes, À % | | HISTOIRE D'HAITI.— (1809) &2t te la prison, elle fat placée entre deux pelotons de cagabiniers eu ropéens,
et conduite, suivie de son cereueil, sur la place du marché, vis-à-vis de
J'Eglise. À dix heures du matin, en présence d’un peuple i immen-
“se, une potence fut dressée sous ses yeux. Elle monta sur l’écha-
“faud avec courage. Quand son cadâvre se balança dans Fair, un
Écri lugubre, des sanglois éclatérent dans la foule. Les femmes aban-
“donnèrent le marché, saisies d'horreur ; le bourreau et les soldats
“demeurérent seuls sur la place. Rochambeau , narguant le deuil
“général, donna dans la soirée un grand bal au palais national. Comme les exécutions se multipliaient beaucoup, et que la fièvre jaune
(Continuait ses ravages, on établit un nouveau cimetière au sud de
Ma ville, hors des fossés , vers le chemin de Léogane. Le père Lecun,
préfet apostolique, à à la tête d'une’ procession , alla le consacrer en
“y plantant une croix. | Pour monter la gendarmerie, Rochambeau avait établi, dans l'Ouest,
“un système de réquisition par lequel chaque citoyen était contraint
de fournir un eheval à la municipalité. Cette mesure fit naître toutes
sortes de vexations exercées sur les bourgeois noirs et de couleur.
“Les satellites du colonel Panis , le septembriseur, un des assassins
“de la vertueuse duchesse de Lamballe , commandant de la pla-
“ce du Port Républicain, s’appropriaient ainsi les meilleures montuKres des indigènes. Ces spoliations faisaient murmurer ; mais persons
ne nosait encore sy opposer. Un citoyen de couleur , Mahotière ,
le premier , osa élever la voix contre ces abus. H jouissait parmi les
Msiens et les cultivateurs du voisinage d’une grande considération,
Le commandant de la place lui fit “demander un cheval pour une
mission. Le vertueux citoyen envoya une de ses montures ordinai-
“res. On. la lui renvoya en fui enjoignant de donner son meilleur
“coursier. Mahotière s’y refusa formellement, et déclara énergique-
“ment quil ne se soumettrait Jamais à cet acte arbitaire. Aussitôt
“des gendarmes assaillirent sa maison, le garrottèrent et le jetérent
“en prison. Îl fut condamné à être pendu comme espion de La-
“mour Dérance. Le malheureux n'avait jamais eu aucune relation:
“avec ce chef de bandes. Il fut pendu au même lieu qu'Henriette
…Saint-Marc, avec un écriteau sur la poitrine portant ces mots:
“Espion de Lamour Dérance. Le lendemain, dimanche, grand jour
“de marché, pas un laboureur ne descendit en ville. Le son lugu:
bre du Jambi retentit au fond des ravins, dans les forêts. (Ce fut
“le signal de la révelte des derniers montagnards demeures encore
fidèles aux français, aux portes de la ville.
es. Il fut pendu au même lieu qu'Henriette
…Saint-Marc, avec un écriteau sur la poitrine portant ces mots:
“Espion de Lamour Dérance. Le lendemain, dimanche, grand jour
“de marché, pas un laboureur ne descendit en ville. Le son lugu:
bre du Jambi retentit au fond des ravins, dans les forêts. (Ce fut
“le signal de la révelte des derniers montagnards demeures encore
fidèles aux français, aux portes de la ville. “ Chacun sentit qu'après une telle atroeité aueun citoyen n'était à
abri des persécutions. Mahotière était sincérement attaché à la mère-
“patrie. Beaucoup. d'hommes de couleur et de noirs énergiques aban-
“lonnèrent la ville et allèrent grossir le nombre des insurgés. Dès
Mers, au Port-Républicain, la haine des blancs sontre les indigènes “ « 822 HISTOIRE D'HAITI.—(1 802)
'après une telle atroeité aueun citoyen n'était à
abri des persécutions. Mahotière était sincérement attaché à la mère-
“patrie. Beaucoup. d'hommes de couleur et de noirs énergiques aban-
“lonnèrent la ville et allèrent grossir le nombre des insurgés. Dès
Mers, au Port-Républicain, la haine des blancs sontre les indigènes “ « 822 HISTOIRE D'HAITI.—(1 802) se déploya avee la plas terrible fureur. De nouvelles vietimes eox,
duites à l'échafaud , mouraient avec le courage et la résignation des
raariyrs. | ri +40 |
À la mème époque les insurgés du Nord cbtenaient d’éclatans succès,
L'arrondissement du Cap était commandé par le général Boudet quB
était revenu de la Guadeloupe où il avait aidé le général Richepensen
à rétablir l'esclavage. Le rétablissement de la servitude était-unen
conséquence de la réaction contre la liberté «+ générale
commencée en France depuis la chute de Robespierre. Richepensen
ün des héros de Hohinlenden, qui avait défendu le Directoireavee
tant de zèle lorsqu'il était attaqué par les conseils que le royalismes
égarait, devint au-dela de l'Atlantique un bourreau qui se baigna dans
le sang des noirs. Sans-Sousi, le plus influent des chefs du Nord
qui se faisait appeler général en chef, avait son quartier-général as
la Grande Rivière. La plupart de ses gens étaient des africains que
refusaient de se laisser commander par les noirs créoles Hs
étaient indignés contre les troupes coloniales qu'ils considéraient
comme les agens les plus terribles, des français. Ils avaient surs
tout en horreur l’organisation militaire; ils refusérent constamment
de l'adopter. Is combattaient, comme en Afrique, divisés par tm
bus , précédés de leurs sorciers et des emblèmes de leurs superstitionsss
leurs principaux chefs, après Sans-Souct, Petit Noël Prière, Jacques Te
lier, Cagnet, Jasmin, Mavougou , Vamalheureux, Labrunt, Cacapouless
étaient tous ennemis prononcés de Christophe, et mêmeéde Dessalines®s
auxquels ils reprochaient de grandes cruautés exercées sur eux ,ai
nom des français. Leur plan était de chasser les blancs, dede
{ruire les principaux officiers des troupes eoloniales, et d'établir lens
le système africain, eontraire à toute civilisation. Les troupes con
loniales, après s'être insurgées, scront contraintes de les combattre
pendant qu'elles feront la guerre aux français. La résistance de Sans
Souci dans l'intérieur retardera le triomphe de Pindépendance. "Dans
l'Ouest, Lamour Dérance, aussi africain, ne voulut jamais organisess
les congos en troupes régulières. * Il n’entendait pas supporterdiæ
supériorité des- créoles. Dessalines et Pélion, après leur prise d'art
mes , né pourront agir énergiquement contre les français, qu'apré
avoir exterminé tous ces chefs de bandes qui n’avaient jamais conçu lidé
de faire de toute Haïti un état indépendant Aussi, le généra
Leclerc, ne voyant jusqu'alors, à la tête des insurgés, que des noms,
obscurs, ne paraissait pas éprouver de graves inquiétudes ; il croyait
que de tels hommes ne rallieraient jamais à leur paru les pop
Jations des villes qui, livrées à sa discrétion , pourraient être déci
exterminé tous ces chefs de bandes qui n’avaient jamais conçu lidé
de faire de toute Haïti un état indépendant Aussi, le généra
Leclerc, ne voyant jusqu'alors, à la tête des insurgés, que des noms,
obscurs, ne paraissait pas éprouver de graves inquiétudes ; il croyait
que de tels hommes ne rallieraient jamais à leur paru les pop
Jations des villes qui, livrées à sa discrétion , pourraient être déci .. * À cette époque, on donnait là dénomination. générique d
Congos aux Afrieains de toutes les tribus de la côte eccidentale deVA
rique. | "#0 LA
Lea RSR
Lé | HISTOIRE D'HAITI — ( 1802) | 838 Dées par Vassassinat des citoyens les plus fidèles au système répu
Dicain. Mais les- congos ne dominaient que dans les paroisses du
Dondon , de la Grande Riviére et de Plaisance. Les culiivateurs créo.
S , ralliant à leur cause les troupes coloniales, auront: assez de
Puissance pour. dominer les congos et chasser les français. Les lniières ent toujours finalement vaincu la barbarie, Les cultiA Bburs nés dans: la. colonie acquirent qmelques idées de civilisation;
JS dominérent les. africains : mais ils se virent contraints, de vis
dropres intérêts, de se soumettre à l'autorité de: la portion du peue la- plus éclairée à la tête de laquelle étaient Dessalines, Pétion,
# hristophe, Capoix , Geffrard , Férou, Jn Louis François, etc. Parmi
es derniers , les uns avaient voyagé dans les pays civilisés ;
Bree. employés dans les troupes blanches, avaient senti leur inIligence se développer par Île contact des états majors européens
omposés d'hommes dont les idées avaient grandi par la révolu.
ion .
portion du peue la- plus éclairée à la tête de laquelle étaient Dessalines, Pétion,
# hristophe, Capoix , Geffrard , Férou, Jn Louis François, etc. Parmi
es derniers , les uns avaient voyagé dans les pays civilisés ;
Bree. employés dans les troupes blanches, avaient senti leur inIligence se développer par Île contact des états majors européens
omposés d'hommes dont les idées avaient grandi par la révolu.
ion . Les environs du Cap étaient sans cesse inquiétés par Îles bandes
de. Sans Souci qui harcelaient les troupes françaises, les attaquant
tout à midi et à minuit, afin de les contraindre à en venir aux
ains aux ardeurs du sol leil , _et de troubler leur sommeil. Cette:
tique qui'ne. faissait aux soldats européens aucun repos, déveppait les ravages de la peste. Le chef. de brigade Abbé , à la
te de la garde d'honneur du capitaine-général, marcha contre Sansouct, Patteignit non loin du Cap, et l'attaqua avec vigueur. Mais
à Era d'honneur , composée dés plus belles troupes de l'armée
Bxpédilionnaire, fut culbutée ; elle ne le champ de bataille
“ouvert de ses grenadiers. Elle fut contraintes pour n'être pas. ex-
“erminée, de battre en retraite avee précipilation ; cependant elle
» put rentrer au Cap: l'ennemi s'était posté sur ses. derrières.
Billé se retrancha d'une manière formidable, en attendant des secours
lécette ville. Le chef d'escadron Dalton fit une sortie, deux jours après,
our la dégager. Mais il fut enveloppé de toutes parts dans les.
| )ois , par Sans-Soucri. El était à la tête d’une superbe cavalerie qui
fut tie en. pièces. ll se reéfugia dans les rangs du colonel Abbé.
Les indigènes, s'armant des carabines et des longs sabres dés franL 1” , Se précipitérent de nouveau sur la garde d'honneur de Leclere.
Bercolünel Abbé, déjà enfoncé, allait mettre bas les armes, quand
b vit apparaître cinq cents. hommes de troupes: fraîches que le gén ral Boudet avait envoyés à son secours. : Les français , dégagés
elrenforcés , firent un dernier effort, traversérent les embuscades.
@nnemies et rentrérent au Cap, après avoir perdu. 700 hommes.
pe général Christophe, qui. était à la Petite-Anse, regul l'ordre
e marcher contre les insurgés. Il attaqua Sans-Souei avec fureur.
ais celui-ci, à la tête de 4,000 cultivateurs aguerris par de nom-
| broux combats , sa avec tant d'impétuosité les Are. , 2.e et 5.e \ 8924 HISTOIRE D'HATTI.— (1802) | è eoloniales, que Christophe, culbuté sur tous les points, rentra at
Cap dans le plus grand désordre. Sans-Souei, eommandant de
Grande-Rivière, sous Toussaint Louverlure, déployait de rares 1%
lents dans ‘ette guerre de partisans. Un des généraux de l’armég
française , Pamphile de Lacroix, parle de lui en ces termes: «Sansa
4 HISTOIRE D'HATTI.— (1802) | è eoloniales, que Christophe, culbuté sur tous les points, rentra at
Cap dans le plus grand désordre. Sans-Souei, eommandant de
Grande-Rivière, sous Toussaint Louverlure, déployait de rares 1%
lents dans ‘ette guerre de partisans. Un des généraux de l’armég
française , Pamphile de Lacroix, parle de lui en ces termes: «Sansa Souci, jusqu'alors peu connu, montra dans cette iusurrectionM «
«
« connait pas capables des hommes aussi ebscurs. 11 se présentait
« partout pour barceler nos postes, et les tenait dans une inquiés
€ UC
€ ter le ravage des maladies. * En même temps, Brunet, à la tête d’une demi-brigade europé:
enne, et Clervaux, à la tête de la 6e col niale, étaient chassé
par les insurgés , des mornes du Môle St Nicolas. Brunet s'était res
tiré aux Gonaives, et Clervaux au haut du Cap: Les généraux P°:'Boyér
et Maurepas étaiont batius dans les mornes des Moustiques. Les
eullivateurs de ée canton ne voulaient plus de ‘blancs parmi eux !
Œx |: que les soldats français avaient surnommé le cruel, à cause des
atrocités inoujes auxquelles il se livrait contre les indigènes , rer
tra au Cap. Il fut un de ceux qui engagèrent le général Lecle
à se défaire des généraux Pétion, Clervaux, et des troupes col
niales cantonnées à la Petité Anse. Ces troupes ne démontraient plus
le mème zèle qu'autrefôis; le massacre, qui se faisait de leurs fr
res dans les eampagnes, leur faisait crarndre pour elles-mêmes;
eomme le rétablissement de .l'esclavage était devenu pour elles éy
dent , elles n'aitendaient qu'un signal dé leurs chefs pour s’insurgé
Ces chefs, les Dessalines , les Pétien, les Clervaux, les Vern
certains que leur perte avait été résolue, .conspiraient aetiveme
Le géneral Feclerc ne les avait pas encore arrêtés parce qu'il ava
besoin d'eux pour réduire les insurgés. Le gouvernement nav
alors quelque contiance qu'en la bourgeoisie noire et jaune qui
redouiant le pillage, l'incendie et la evafiscation , craïgnait plusdés
insurgés qu'on appelait brigands que les français eux mêmes. Mais
quaud les troupes coloniales se seront Jjetées dans l'inserrectio
les bourgeois noïrs et jaunes seront tellement suspeetés, qu'ils seront
frappés et perséculés. Alors ils feront des vœux pour le triomphe
des indigènes , car ïls seutiront qu'un nouvel ordre de choses quel
quil füt ne pourrait surpasser en horreurs l'administration françaë, * Tome IT, page 219-—Pamphile de Lacroix ignorait que ces hemmes|
avaient fait la guerre, d’abord contre les plauteurs, les petits-blancs ,"
troupes patriotiques de France ; ensuite contre les Espagnols, les Anpl
qu'ils avaient , en grand nombre, fait dans des rangs subalternes , la ci pagne du Sud çontre Rigaud, pendant la guerre civile de 1799 à 18000 ,
| 2,
ETS L É fisroire D’HaITI. (1502) He 626
-—Pamphile de Lacroix ignorait que ces hemmes|
avaient fait la guerre, d’abord contre les plauteurs, les petits-blancs ,"
troupes patriotiques de France ; ensuite contre les Espagnols, les Anpl
qu'ils avaient , en grand nombre, fait dans des rangs subalternes , la ci pagne du Sud çontre Rigaud, pendant la guerre civile de 1799 à 18000 ,
| 2,
ETS L É fisroire D’HaITI. (1502) He 626 |
|
|
| se. Voyant à la tête de leurs frères en insurreetion des hommes
“qui avaient mérité leur estime et leur amour, les Pétion, les ClerIvaux, les Dessalines , les Vernet, les Jean Louis François, les Férou,
Iles” Geffrard, les Christophe, ils cesseront de les considérer comme
ldes brigands, et conspireront en leur faveur. “Sur ces entrefaites, une nouvelle insurrection éclata dans la com-
|mune des Gonaïves qui jusqu'alors avait été préservée des incursions des insurgés du Nord. Les indigènes noirs et jaunes de ce
ICGänton n'avaient pu supporter plus long temps les atrocités qu’exer<
IGaïent sur eux les soldats européens cantonné: sur leurs habitations,
Le général Brunet que les soldats français avaient surnommé lé
(gendarme de Leclere, depuis qu'il avait arrêié Toussaint Louvere
ture, traversa la commune des Gonaïves, livrant tout au pillage et aux
flammes , et se-rendit à Plaisance. Il n’y trouva pas les bandes de Sans=
Souci. El fit fusiller dans le bourg, hommes, femmes et enfans. Dans toute
lécommune il fit pendre aux arbres le long des routes une multitude de laboureurs, tant pour terrifier les insurgés que pour dé:
trure les populations indigènes dont l'extermination avait été résolue,
[Elles devaient êire remplacées par des africains que la traite eut
conduits à St PBomingue. Ces hommes neuveaux, étrangers aux
idées de liberté, auraient supporté avec résignation le joug de la
servitude. El ne restait pas d'auire moyen, d'après les colons, de
rétablir la possession française. Brunet fit détruire toutes les plantaäions pour contraindre les indigènes affamés à rentrer dans les villes, :
Ces actes de brigandage propageaient au contraire l'insurrection ; et
les indigènes se nourrissaient d'ignames, de malangas, de racines et
d'orages sures. Quand les français abandonnaient une position ils
lincendiaient le riz , le maïs qui avaient été emmagasinés. Brunet ne
pouvant lutter contre les insurgés dont les innombrables bataillons
léharcelaient de toutes parts, se retira aux Pendus vers le Gros Morne,
r dn avoir envoyé l'ordre à Dessalines qui était vers les Gonaïves,
devenir le soutenir. Dessalines , après avoir dispersé les insurgés
qui l'assaillaient, se retira à l’Artibonite. En chemin il enleva aux
| leurs mauvaises armes, ear il était chargé de continuer
Brunet ne
pouvant lutter contre les insurgés dont les innombrables bataillons
léharcelaient de toutes parts, se retira aux Pendus vers le Gros Morne,
r dn avoir envoyé l'ordre à Dessalines qui était vers les Gonaïves,
devenir le soutenir. Dessalines , après avoir dispersé les insurgés
qui l'assaillaient, se retira à l’Artibonite. En chemin il enleva aux
| leurs mauvaises armes, ear il était chargé de continuer pariout le désarmement, et leur distribua , par ses agens secrets,
dé-bons fusils qui lui avaient été livrés pour les combattre. Aussitôt
après le départ de Dessalines, le canton des Pendus se souleva de nouveau.
Cegénéral, témoignant toujours, par ses paroles , le plus grand dévouement à la France, envoya clandestinement, dans ce canton, pour diriger
Minsurrection, quelques officiers de la 4° qu'il avait sauvés de la potence à
St Marc, et qui étaient devenus ses agens. Brunet attaqué vigoureusement
futobligé de demander des secours au général Maurepas , noir , campé
sur l'habitation Bernard dans les mornes du Port de-Paix. Celui ci,
Qui. était devenu aussi dévoué au capitaine-général Leclerc qu'il
l'avais été à Toussaint, surveillait activement les meuvemens des eal-
de la 4° qu'il avait sauvés de la potence à
St Marc, et qui étaient devenus ses agens. Brunet attaqué vigoureusement
futobligé de demander des secours au général Maurepas , noir , campé
sur l'habitation Bernard dans les mornes du Port de-Paix. Celui ci,
Qui. était devenu aussi dévoué au capitaine-général Leclerc qu'il
l'avais été à Toussaint, surveillait activement les meuvemens des eal- | 826 HISTOIRE D'IAITI. — (1802) tivateurs "dont les mürmures annonçaient “une sibEHAT TS insurréetiol
dans ce quartier. Sa grande réputation d'intrépidité contenait
plus audacieux. Les cultivateurs voulaient éviter d’en venir aux 08
avec là 9° coloniale composée de frères -qu'ils voulaient gagner alt |
pari. Dés que. Maurepas levera son camp pour voler au secou
de Brune, l'insurreetion éclatera. Capoix, noir, créole de hab
tation Delaunay, ancien capitaine de là 9° coloniale, qui avait
renvoyé de l’état major de Leclerc où 11 était employé au grade «
chef d'escadron, élait l’âme de ceite conspiration. Retiré à la cam
pagne sur l'habitation Delaunas , il avait fait entrer dans a” conju
ration tous ceux des soldats de la 9° qui avaient été licenciés. M
avait gagné à son parti un capitaine, nommé Nicolas , noir”, de bétats
major de Maurepas, qui. lui faisait connaître tout ce quirse Ro
parmi les français. Capoix avait su lordre e que Maurepas avall ré
d'aller au secours de Brunet, et il se résolut à s'insurger. Maurepé
“parut pour les Pendus; ïl con :fia Son avant sarde à Nicolas. A per
la division française se fut elle éloignée d'une demi lieue -du cam
Bernard, que Nicolas abandonna fa graude route, et se rendit à
Delaünaÿ où il ne trouva pas Capoix. C'était au milieu (
Ja nuit. Maurepas , dès qu'il saperçut de la trahison”
Nicolas , retourna au camp Bernard, eraignant - quelques ent
buscades. Au lever du soleil, ul partit de nouveau pour
Pendus. Quand il atteignit l'habitation Mainvieilie, au ces
ordouna au commandant Réné Vincent, noir, de se mettre à |
îtèle de Îa division et de marcher à la rencontre de Brunet IHM
meura lui-même, en observation, au Calvaire, dans une ancienk
forufication, avec trente cavaliers. Réne Vinceñl n'avait Pas pe
couru un-espace de deux lieues quif vit arriver au galopule
ral Maurepas, seul el couvert de poussière. Capoix que Nicolas
joint sur lhabiiatiou Chansemble, avait atiaqué Maurepas ;"
dispersé ses dragons, et avai commencé la guërre contre tes fra
çais. ‘Ii avait, aussitôt après ceitle attaque, dirigé ses forces con
le Port.de Paix , qui était presque dégarni de troupes. Maure
et Rene Vincent arrivèrent aux Pendus où ils rencontrérentBruf
assailli par de nombreux cultivateurs qu'ils repoussérent. Le gét
ral européen ne: pouvait se replier sur les Gonaïves, sans s'expoi
à être exterminé par des bandes commandées par Comus et
Labarrière, noirs. A fa tète de 400 hommes de troupes blane
et de 800 soldats de la 9 e colouiale, il se rendit au Caire qi
trouva abandonné, et s'y établi. Comme les munitions pa boucl
manquaient, il envoya au Port de Paix, pendant là nuit,
thement de la 9° coloniale qui devait revenir avec des pre
de toutes espèces. Quand le détachement arriva au portail de la
il répondit : français! au qui vive de la sentinelle. rie au
salbuté par un coup de canon à mitraille, Al retourna au.€
colouiale, il se rendit au Caire qi
trouva abandonné, et s'y établi. Comme les munitions pa boucl
manquaient, il envoya au Port de Paix, pendant là nuit,
thement de la 9° coloniale qui devait revenir avec des pre
de toutes espèces. Quand le détachement arriva au portail de la
il répondit : français! au qui vive de la sentinelle. rie au
salbuté par un coup de canon à mitraille, Al retourna au.€ | ‘4
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Fa: 4
és HR HISTOIRE D'HAITI == (J 802) | 327 Capoix à la tête Ge millier de cultivateurs et de quelques compa,
“gnies de la 9° eoloniale qu'il avait réorganisées avait enlevé la ville
“ur le chef de bataillon français Es schenaux. Toute la population
anehe en état de porter les armes avait élé exterminée, La garnin composée d'ailemands et de français , sous les ordres du chéf
LÉ bataillon Angaut, européen , avait fui honteusement et s'était retirée
au Cap , dans des chaloup es. Capoix se montrera pendant cette guerre
1 inexorable envers les'européens qui tomberonten son pouvoir que
les” français le nommeront #Capoix la Mort. En effet tous_les soldats ennemis qui tombaient sous sa main étaient immolés. “Mais les
mmes et les enfans blancs trouvaient toujours grâce devant lui. À
la nouvelle de cet évènement, les généraux Brunet et Maurepas mar-
“chérent contre le -Port-ds Paix. Quand Îles français atteignirent la
“lle, Réné Vincent, à la tête de cent grenadiers, s’empara du fort
“Lavaux ; en même Lemps Maurepas se rendait maître du centre de Ja
ville. Capoix se retira eu Grand Fort d’où il tira avec vigueur sur
“les français qui néanmoins n’abandonnèrent pas leur position ; ils
Bliengaient l'arrivée de quelques renforts que Brunet avait demandés
au. capitaine-général. Le général Dugua arriva dans la rade du
Port de-Paix sur le vaisseau amiral avec 400 hommes. L’escadre frangaise fit laire le feu du Grand Fort, auquel le général Maurepas donna
faussitôt un assaut formidable; mais il fut repoussé. Cependant Capoix,
“reconnaissant l'impossibilité de se maintenir dans sa position, évacua le
“fort au milieu de la auit, en emportant toutes les munitions. Brunet demeura maître de la ‘ville, et Dugua retourna aussitôt au Cap.
L'insurrection était générale dans les campagnes depuis le Port-dePaix jusqu’au Môle St. Nicolas. Les insurgés avaient, dans toute
“cette ligne, reconnu Capoix pour leur général en chef. Celüi-ci
fit distribuer de la poudre, 6t ordonna à ceux des mornes du
Môle St. Nicolas, d'attaquer eetie ville; mais ils Funeus répoussés
avec perte par le général Noailles. .
Le gouvernement effrayé des progrès de cette immense insurrection eut recours aux expédiens de Ia faibles sse. Brunet, à l'imita-
“ion de Carrier, à Nantes, faisait disparaitre dans le canal de la
Tortue, des naines dnbriunés entassés dans des bateaux à soupape. À Jérémie, Darbois faisait jeter dans les flammes des pri-
“souniers noirs et jaunes qu'on lui expédiait; le bûcher était dressé
sur une éminence nommée le Calvaire, qui domine la ville. Enfin
“sur tous les points de l'ile se dressaient des gibets, et matelots,
soldats, colons, tous devenus bourreaux, noyaient, fusillaient, , pen:
aient.
“ Comme les troupes européennes étaient considérablement affaiblies
par le fer et la peste, le capitaine-général se résolut à organiser
“les gardes nationales des villes et. des bourgs. Après avoir déclaré
Cap capitale de la colonie, il en for: ma la garde nationale d'une -
de l'ile se dressaient des gibets, et matelots,
soldats, colons, tous devenus bourreaux, noyaient, fusillaient, , pen:
aient.
“ Comme les troupes européennes étaient considérablement affaiblies
par le fer et la peste, le capitaine-général se résolut à organiser
“les gardes nationales des villes et. des bourgs. Après avoir déclaré
Cap capitale de la colonie, il en for: ma la garde nationale d'une - À 823 HISTOIRE D'HALTI.—(1S02) : “compagnie de grenadiers, d’une eompagnie de chasseurs, de “huit
compagnies de fusillers et de deux compagnies de dragons. Chaque:
‘compagnie de dragons étant de 82 hommes, l’escadron fut eomposé:
de 164 cavaliers, Un chef de bataillon commandant, un adjudantmajor, un adjudant sousofficier formaient l'état-major ; ils rece»
vaient les mêmes appointemens que les officiers de leurs grades dans”
les troupes de ligne. Leurs appointemens, leurs rations, leurs los
gemens et leurs frais de bureaux étaient à la charge de la com:
immune du ‘Cap. Le capitaine-général nomma le chef de bataillon
qui fut placé sous les ordres immédiats du commandant de la place
Ce fut le commandant Thouzard. Le commandant de la place, le”
conseil des notables, le commandant de la garde nationale, présens
taient les listes de candidats au capitaine général qui chotsissaitles
officiers. ‘Le commandant de la place nommait les sous ofliciers®
Pour entrer dans la garde nationale, il fallait être citoyen, de 16
à 50 ans, propriétaire ou fermier d’une habitation de croquantecar”
reaux de terre au moins, ou d'une maison au Cap, ou avoir Un
revenu de 700 francs, ou bien être négociant, marchand en détail,
payant un dJoyer de 500 francs, au moins par an, chef d'atelier
d'art ou de métier. Dès que le eorps fut organisé, 1l fut passéen”
revue par le général Leclerc sur la place d'armes du Cap. HIlrétait
de 1,278 hommes. Le général en chef le complimenta sur sa belle”
tenue. jai 4
Où punissait de mort surle-champ tout citoyen, n'étant pas de
la garde nationale, chez lequel on tmouvait des armes et des mw
nitions. La garde nationale fournissait pour le service de la villes
un quinzième de sa force. Elle était dans les cas extraordinaires
entièrement à la disposition du commandänt de la place. L'organik
sation de la garde nationale du Cap s'appliqua à celle des autres
villes ét bourgs de la colonie. Les généraux de division commans
dant les quartiers étaient chargés de nommer les officiers; maïis‘il
n'y avait de chefs de bataillon que dans i-s villes qui fournissaïent
quatre compagnies complètes à pied et à cheval. Les commandans,
adjudans:majors et adjudans n'étaient soldés qu'au Cap et au Port
Républicain. Les propriétaires, gérans ou fermiers sur les habitas
tions desquels éclataient des révoltes étaient tenus d'en aviser law
torité, sous peine d'être punis de mort. x
nommer les officiers; maïis‘il
n'y avait de chefs de bataillon que dans i-s villes qui fournissaïent
quatre compagnies complètes à pied et à cheval. Les commandans,
adjudans:majors et adjudans n'étaient soldés qu'au Cap et au Port
Républicain. Les propriétaires, gérans ou fermiers sur les habitas
tions desquels éclataient des révoltes étaient tenus d'en aviser law
torité, sous peine d'être punis de mort. x Ce fut alors que débarqua au Cap le général Charles Bélair, dans“les
premiers jours d'Octobre. Six heures après son arrivée il fut traduit
devant la commission qui devait le juger. Elle était composée“du
général Dugua, président, du général de brigade Clervaux , “des
généraux de brigade Dubarquier, Claparède, et, du- chef de brigade
Abbé. Elle était réunie dans la maisôn de l’état major général. Aprés
la lecture de l'acte d'accusation par le rapporteur de la commission,
l'adjudant-cemmandant Boyé, et après l'aecomplissement des autres . | HISTOIRE D'HAITI. (18093 829 formalités d'usage, on introduisit dans la salle Charles Bélair et sa
| M sa complice. « Les accusés ayant été interrogés séparément
t entendus, ainsi que leurs défenseurs officieux dans leurs défenses;
de président ordonna qu'ils fussent reconduits dans leur prison. ,*
Le lieu des séances ayant été évaeué, la commission déclara à l’u-
“nanimité que Charles Bélair était coupable et quel Sannitte était con -
“vaincue d'être complice de la révolte de son mari. « La commission
considérant le grade militaire de Charles et le sexe de Sannitte, son
épouse, condamna le dit Bélair à être fusillé, et la dite Sannitte, sa
“iemme, à être décapitée. » (13 Vendémiaire an 14). |
— Dans l'après midi du 13 Vendémiaire (5 Octobre ) Charles Bélair,
ainsi que son épouse , fut conduit entre deux pelotons de soldats
“blancs, derrière le cimetière du Cao. Quand on le plaça devant le
” détachement qui devait le fusiiler ; “il entendit, avec calme, la
por de son épeuse qui l'exhortait à mourir en, brave. Au mo-
> ment qu 11 portait la main sur son cœur, il tomba ‘atteint de plusieurs
balles à la lête. . Sannitte refusa de se laisser bander les yeux. Le
* bourreau , malgré ses efforts, ne put. la courber contre le billot.
“L'officier qui commandait le détachement fut obligé de la faire fumsiller. ** La foule fut saisie d'horreur à la vue de cette dernière
mrexécution. Elle s’écoula silencieuse et émue. Charles Bé-
…lair et son épeuse se seraient sauvés, s'ils s'étaient moins
dis à la clémence de Leclere. Mais Sannitte, aussitôt après les pre-
“miers jours de l'insurreelion, ne se sertait pas le courage de supporter
officier qui commandait le détachement fut obligé de la faire fumsiller. ** La foule fut saisie d'horreur à la vue de cette dernière
mrexécution. Elle s’écoula silencieuse et émue. Charles Bé-
…lair et son épeuse se seraient sauvés, s'ils s'étaient moins
dis à la clémence de Leclere. Mais Sannitte, aussitôt après les pre-
“miers jours de l'insurreelion, ne se sertait pas le courage de supporter : me
u_* Gazette officielle de Saiat-Domingue. Moniteur universel de Fran:
6e, H 7. Neus avons à relever ici une erreur que nous trouvons dans les méires de Pamphile de Lacroix. Ce général rapporte avec raison que l'exé-
…—cution de Charles Bélair au Cap, dont il ne donne ‘pas la date, eut lieu
“avant la prise d'armes de Pétion contre les frangais. Charles Bélauir fut
exécuté le 13 Vendémiaire (5 Octobre 1802 }; et cependant Pamphile de
… Lacroix raconte qne Pétion et Clervaux se sont soulevés dans la nuit du
26 au 27 Fructidor (du 13 au 14 Septembre). Le général Pamghile de
Lacroix, se fiant sans doute à sa mémoire, s’est trompé d'un mois. Veici
“les dates: Charles Bélair prit les armes dans les mornes des Verrettes et
de l’Arcahaie au mois d’Août 1802. Il fut arrêté em Septembre. Le 10
Septembre 1802 (23 Fructidor, an 10), Dessalines annonça à Leclerc son
arrestation. date reçut la lettre de Dessalines au- €Eap le 12 Septembre
1502 [25 Fruetidor an 10]. Le même jour il forma la commission qui
devait juger Charles Bélair six heures après son arrivée au Cap. Charles
Bélair fut. exécuté avec sa femme le 5 Oetobre. Toutes les pièces officielles concernant l’affatre de (Charles Bélair ont été publiées, à l’éns: -dans la Gazette oflicielle de Saint-Domingue, qui s'imprimait au
Cap, et que nous avons eue sous les yeux. Ces mêmes pièces ont été
… reproduites dans la gazette nationale ou Moniteur universel ( de France ),
juger Charles Bélair six heures après son arrivée au Cap. Charles
Bélair fut. exécuté avec sa femme le 5 Oetobre. Toutes les pièces officielles concernant l’affatre de (Charles Bélair ont été publiées, à l’éns: -dans la Gazette oflicielle de Saint-Domingue, qui s'imprimait au
Cap, et que nous avons eue sous les yeux. Ces mêmes pièces ont été
… reproduites dans la gazette nationale ou Moniteur universel ( de France ), a Mardi 19 Pluvièse an 11 de la RAPUBEqus (8 Février 1803). Péties EAER se -% < LR 4: 880 “HISTOIRE D'HAITI, (1802). les fatigues et Îles privations : qu’on éprouve dans les montagnes.
Charles, de son côté, n’eut pas assez de résolution pour se. reten
au Bahoruco , “d'où. il eût pu se ruer dans les plaines. Tebest
sort dela plupart de ceux qui entreprenant le hardi projet de ren
verser un ordre de choses établi, reculent ensuite devant les danger
et les fatigues qui se dé roulent sous leurs yeux. Madame Charle
Délair s'était toujours montrée, pendant la guerre eivile entre Toul
saint et Rigaud, inexorable envers les prisonniers. Quelle différence
entre elle et madame Dessalines ! Celle gi, au péril de sa vie, fut
toujours la protectriee des infortunés noirs, jaunes'et blancs. Si
Charles Bélair n'avait pas succombé, et qu il ent eu le commandes
ment en chef des indigènes, certainement da guerre de l'indépens
dance n’eûi pas été conduite avec la vigueur que lui donna pet
nes. Du reste celui ei plus capable, plus audacieux, le plus ancien
des généraux indigènes, ne lui eût pas cédé le commandement "M
+ Le 14 Vendémiaire (6 Octobre) jour qui suivit l'exécution de
Charles Bélair, le capitaine-général annonça à la colonie ,»par Wal
proclamation suivante, que lis urrec{ion était devenue générale dans,
les SE du Nord : Le 2
i pas été conduite avec la vigueur que lui donna pet
nes. Du reste celui ei plus capable, plus audacieux, le plus ancien
des généraux indigènes, ne lui eût pas cédé le commandement "M
+ Le 14 Vendémiaire (6 Octobre) jour qui suivit l'exécution de
Charles Bélair, le capitaine-général annonça à la colonie ,»par Wal
proclamation suivante, que lis urrec{ion était devenue générale dans,
les SE du Nord : Le 2 « Une insurrection a éclaté dr le Nord de St. Domingue ; des
PM ar de quartiers regrettant l'autorité et le pouvoir dont ils
ne se son servis que pour commettre des injustices, ont fait RS
des inquiétudes aux eullivateurs sur leur sort futur. | « Ils ont profité de l'époque où une maladie cruelle exerçait ses
ravages dans l’armée de St. Domingue, et ils ont renouvelé, les in
cendies et les assassinats qui. ont déjà signalé notre entrée à St.
Domingue. Les insensés ! Ils ne connaissent pas la force de I
France! Ils ont donc oublié comment le torrent français à env hi
St. Domingue, 11 n'y a pas un an; ils ne savent donc pas que.ce e
maladie cruelle sur laquelle ils ont fondé leur‘espoir a cessé ses.
ravages; que ces braves devant qui ils ont fui tant de fois vontbientôt.
être en état de courir à de nouveaux lauriers; ils ne) savent pas
qu'une armée nouvelle, égale à celle déjà venue à ni Domingue
est en route pour les écraser, M rebelles, et les BONES ;
et Clervaux se soulevèrent contre les français dix Jours après l'exébut
de Charles Bélair, dans la nuit du 14 au 15 Octobre 1802 ( du 22 au 23
Vendémiaire } , comme il est évident par le bulletin de Leclerc inséré:
dans la Gazette officielle de Saint-Domingue , publiée alors au Cap. Dessa
lines qui était venu au Cap dans les premiers jours d'Octobre, 1802 japrès
l'exécution de Charles Bélair, en sortit avant la prise d'armes de Pétion..
Quand, dix jours après la mort de Charles, Pétion et Clervaux .se soulevaient au haut du Cap, dans la nuit du 14 au 15 Octobre 1802, Dessalines prenait, en même temps, les armes sontrse Le Haas à 18 Petite
_Hivière de l'Artibonite. | | LES AW +
F D HISTOIRE D’HAITI.—(1802) 231 “s'ils sont soumis. Quel fruit espérent.ils de Jeur audace? Ontils
cru, ces misérables, que pour quelques habitations brülées dans la _ plaine, nous abandonnerions le pays à leur fureur ? Ountals cru que nous laisserions brûler le Cap qui ne s’est rebâli que par la grande
confiance que Îles habitans ont eue au gouvernement français? Ont- " ils éru que nous abandonnerions à leur rage les propriétaires et les “négocians qui se sont livrés tranquillement à leurs spéculations, sous
la foi de nos promesses ? Ont ils pu penser un seul instant, que
- l'armée dé St. Domingue "qui s’est montrée si supérieure à tous les
. fléaux , abandonneraïit lâchement un pays, sur lequel repose l'espé-
*rance du commerce français, et le bonheur de tant de familles qui
… depuis nombre d'années languisseut dans la m'sère? Ont-ils cru qu'il
ans qui se sont livrés tranquillement à leurs spéculations, sous
la foi de nos promesses ? Ont ils pu penser un seul instant, que
- l'armée dé St. Domingue "qui s’est montrée si supérieure à tous les
. fléaux , abandonneraïit lâchement un pays, sur lequel repose l'espé-
*rance du commerce français, et le bonheur de tant de familles qui
… depuis nombre d'années languisseut dans la m'sère? Ont-ils cru qu'il existe dans celie armée, dont les services sont à jamais mémorables,
un seul soldat qui oserait remettre le pied sur le sol français, si : l'armée de St. Domingue n'avait pas répondu à l'attente dela France. O vous qui sacrifiez une population nombreuse à votre ambition,
calculez vous vos moyens? Qu'espérez vous? Croyez vous encore que
nous ue pourrions pas vous atteindre dans vos repaires les plus escärpts, après nos marches dont vous avez été témoins ? Une soumission prompte peut encore vous obtenir le pardon ; mais si vous per- » sistez dans vos projets criminels, craignez la vengeance wationale : mwous aÿrez le sori de Charles Bélair et de son infime épouse. «* Eroupes colontales, je sais que des scélérais ont cherché à vous
séduire. Si je ne connaissais pas votre dévouement à la France,
je vous dirais : que gagnez vous avee les brigands qui cherchent à
vous <irer à eux ? la imisère et la mort. -Vous allez recevoir une
orgañisation militaire, en tout semblable à la uôtre, et vous ferez
partie Intégrante de l'armée française. S'il éiait parmi vous des
Nommiés assez méprisäbles pour préférer le brigandage à fa gloire
de servir dans nos rangs, chasses les ignominieusement:; ce sont
des lâches de plus que nous détruirons. A « Soldats de l’armée, marins de l'escadre, vous voilà arrivés bien2 _ {ôt au terme de vos peines. La maladie cruelle qui a moissonné vos compagnons d'armes va cesser ses ravages. Uue armée sorite
des ports de France va se réunir à vous. La saison vous permettra
d'agir, et malheur à ceux qui ne seront pas soumis.
« méPrieuntes, commerçans, et vous tous citoyens de St-Dominqui trouvez dans votre industrie vos moyens d'existence, servéz Vous avec courage des armes que je vous al confiées pas défendre vos familles et vos propriétés. N'oubliez pas que la guerre
actuelle est celle du faiaéant contre l'homme laborieux.
« Quant à moi, je justifierai la confiance du gouvernement français,
et avec le secours de la brave armee que j'ai l'honneur de eommander, je remplirai laitente de la nation française, » 392 HISTOIRE p’Hatri.— (1802) 1 Leclere avait cru, par cette: proclamation, terrifier les insurgés.”
Les fndigènes, au contraire, virent dans cet acte toute la faiblesse
du gouvernement. La fidélité des troupes eoloniales était ébranlée;
les troupes eurepéennes réduites à dix-mille hommes environ, sur
toute létendue de l'île, ne pouvaient plus agir efficacement; ül
fallait attendre des renforts , et avant leur arrivée, l'insurrection pou:
vait prendre un caractère victorieux. Quant à la peste dont le
général Leclere annonçait la fin prochaine, elle exerçait toujours
ses ravages avec une fureur incroyable. “Cependant la plupart |des
gardes nationales des villes demeuraient fidèles aux français. Nous
les verrons combattre les insurgés des éampagnes, même pendant
les derniers mois du gouvernement de Roch ambeau. Les cruautés
et avant leur arrivée, l'insurrection pou:
vait prendre un caractère victorieux. Quant à la peste dont le
général Leclere annonçait la fin prochaine, elle exerçait toujours
ses ravages avec une fureur incroyable. “Cependant la plupart |des
gardes nationales des villes demeuraient fidèles aux français. Nous
les verrons combattre les insurgés des éampagnes, même pendant
les derniers mois du gouvernement de Roch ambeau. Les cruautés exercées sur les bourgéois noirs et jaunes les inciteront, vers le“ milieu de 1803, seulement , à conspirer contre les français, et à li vrer leurs portes aux cultivateurs alors organisés en troupes régulières par Capoix, Pétion, Clervaux, Dessalines, t hristophe, Gef«
frard et Férou Néanmoins beaucoup de jeunes gens de couleur et noirs, indignés, dès à present, des actes du gouvernement,
fuyaient les villes et allaient grossir Le nombre des insurgés. Quond
Pétion et Dessalines embrasseront le parti de l'insurrectien , ils en=
traineront à leur suite une foule de jeunes gens de famille. Ces LL fe AP rage ME À A a défections preuveront aux gardes nationales demeurées fidèles à Ia France que les insurgés n'étaient pas des brigands, mais bin les
défenseurs de la vraie liberté. On doit à Toussaint Louverture, comme nous l'avens déjà exposé, d'avoir tenté de réaliser l'idée coñeue par Sonthonax, de l'indépen-
-pance des noirs , de toute autorité métropolitaine. Dans les conférences LU il eut au Mole St. Nicolas avec le général anglais Maitland, cette grande question avait été agitée. Tousssaint Louverture; ao Lan la France alors presque victorieuse de l'Europe, et n ayant pas foi en la protection du gouvernement britannique qui n avait pu sopposer à la conquête de l'Egypte par le général Bonaparte , « avait difléré l'exécution de son grand projet. Il le confia à l'arrivée
d'Hédouville, ‘à Rigaud qui ne l'accueillit pas. La guerre civile
éclaia; Rigaud fut vaincu. Toussaint commit alors la faute grave, d’immoler les vaineus, et de se laisser dominer par les colons qui lin: eitèrent au massacre de plusieurs milliers de rijaudins. Ceux ci, sauvés pren elémence, leussent soutenu dans sa lutte contre la métropole.
* La marche ascendante du pouvoir de Toussaint commença à dé: eliner après la guerre civile. Il se trouva à la discrétion de [am
LS j É France , ayant soulevé contre lui l'indignation de presque toute la * Maïgré la sanglante réaction de Tous:aint , nous avons vu des offi- à
cicrs de la Légion de l'Ouest, Lamartinièr. , Bazelais et d’autres , »arras 3%
chés à la mort par Dessalines , le seuteuir, cuire les frauçuis, aveo ‘3 L plus rare énergie HISTOIRE D'HAITI.—(1802) 334 #opulation qui n’attendait que l’arrivée d’une armée française pour
le faire tomber. Cependant rien ne contrariait ouvertement ses .
“olontés ; tout se courbait devant sa puissance qui paraissait inébranlable. Mais il n'avait plus en sa faveur l'opinion des noirs “et des jaunes; et les baïonnettes quelque nombreuses qu'elles soient ne peuvent soutenir longtemps un chef qui a perdu l'opinion publi-
(1802) 334 #opulation qui n’attendait que l’arrivée d’une armée française pour
le faire tomber. Cependant rien ne contrariait ouvertement ses .
“olontés ; tout se courbait devant sa puissance qui paraissait inébranlable. Mais il n'avait plus en sa faveur l'opinion des noirs “et des jaunes; et les baïonnettes quelque nombreuses qu'elles soient ne peuvent soutenir longtemps un chef qui a perdu l'opinion publi- “que. Lexéeution de Moyse porta le dernir coup au prestige moral
“qu'il exerçait. Dès lors l'opinion se prononçait sourdement pour un
“euerrier qui, quoique de beaucoup inférieur à Toussaint, en con-
“naissances acquises, avait pressenti la marche des évènemens et + les moyens à employer pour réaliser cette indépendance devant la
proclamation de laquelle l'ancien gouverneur avait sans cesse reculé.
Ces paroles du commissaire civil Sonthonax proférées, lors de sa
Seconde mission, dans un accès de fureur contre le parti colonial,
“avatent vivement frappé l'imagination ardente et passionnée de Dessalines : « Tous les blancs sont les raèmes ; les habitans de Saint
& Domingue ne seront heureux que lorsqu'ils n'en auront plus parmi
& eux. » Aussi pendant netre guerre civile, avons-nous vu DessaJines, mû par l'instinct de la conservation de ses frères, sauver une
foule d'indigènes rigaudins en les incorporant dans les différentes
demi brigades de son armée. Sa haine contre le blanc l'avait rendu humain enhvers les procrits ses frères. Il éludait souvent les ordres de Toussaint, lorsque celui c1, commandant l'exécution des rigau- “dins désarmés , enlevait à Si. Domingue de fermes soutiens de la’ liberté. Fl avait compris que l'indépendance de Si. Domingue ne pou-* ait se réaliser que par l'union des noirs et des hommes de couleur. Ce fut au milieu des convulsions qui remuaient si profondement la colonie, pendant que la terre trembiant partout sous les pieds des français les rendait déliants , perfides et cruels, que Dessalines se rendit au Cap, dans les premiers Jours d'Oetobre, aussitôt
après l'exéeution de Charles Béiair. Il voulait par lui même sonder le général Leclerc. Les français l'ayant vu se réjouir de l'arrestation de Toussaint et leur livrer Charles Bélair, le croyaient “dévoué à leur cause. [ls ne lui supposaient pas assez d'intellect
“pour combiner le vaste plan de l'indépendance de St Domingue, et
“ils pensaient qu’en le comblant de richesses et d'honneurs, sa vanix té serait satisfaite. Ils croyaient quil ne les abandonnerait ja- “mais pour se faire brigand. Quand il vint au palais du gouverne-
«ment, le général Bugua, chef de l'état major général de l'armée, Vaccueillit avec la plus grande distinction, et l'introduisit dans le cabinet du général Leclerc qui le eombla de politesses. DessaliE J e è nes était rêveur. Leclerc lui demanda les motifs de sa tristesse.
« Je suis dégoûté de vivre dans la colonie, répondit-il. Nous somkmes entourés de scélérats qui ne- rêvent que l'expulsien des fran.
«ment, le général Bugua, chef de l'état major général de l'armée, Vaccueillit avec la plus grande distinction, et l'introduisit dans le cabinet du général Leclerc qui le eombla de politesses. DessaliE J e è nes était rêveur. Leclerc lui demanda les motifs de sa tristesse.
« Je suis dégoûté de vivre dans la colonie, répondit-il. Nous somkmes entourés de scélérats qui ne- rêvent que l'expulsien des fran. gais; et çes monstres sont auprés de vous, jouissant de ves bienfaits, 634 | HISTOIRE D'HAITI.— (1802) et vous faisant mille protestalions de dévouement. “rare tri tel
. France, ma patrie, pour demeurer plus longtemps dans la colonie,
et être témoin de tant de porfidie. Je-suis venu, capitaine générales
vous demander l'autorisation de passer en France avec toute ma famille.» «Eh quoi! s'écria Leclerc, transporté de joie, prenant dans
ses mains celles de Dessalines. Oh nonf vous ne partirez. pas
nous avons trop besoin de vos serviees. Voire absence de la old
nie serait une perte Fee la France. Cependant votre désir seræ
satisfait ; dans six mois je dois retourner en Europe avec MON ÉpoUse, nous entreprendrons Anh le voyage, et Foie la sens É
ion de vous présenter moi-même au premier consul. » Dessalines
le remercia avec chaleur de ses bontés. La done tomba sur |
l'état du pays. Quelle est la cause , général, lui demanda La
des troubles continuels qui règnent ‘dans la colonie? N' y auraiti E
pas un moyen prompt de rétabli ir la tranquillité ? Les hommes de
couleur ne seraient ils pas les auteurs des calamités qui nous aftii
gent? Ne eonviendrait-il pas de les faire disparaitre ? Dessalines,
eomme se per une idée lumineuse, répendit: Oui, capis
taine général ; il fant que les brigands disparaissent. » Leciere crut |
‘avoir reneo nté l'homme qui fui eonvenait: un noir _ influent et
brave, soutenu parles blanes, se vouant à l'extermination des mu
âtres. Leclerc lui demanda ensuite des renseignemens suf plusieurs
généraux indigènes. Dessalines lui ditqu en “entourant Christophe.
de considération et d'honneurs, qu'en. our ant souvent dans sa
* famille >, dans son intimité, il S’assurerait de sa fidélité; qu'en res
pectant le caractère de Ciervaux , homme Re el toujours soumis aux
autoriés, il serait sûr de son dévouement; quautà Pétian, , ajoutass
tiign ‘est-il pas déjà entre vos mains ? Leelere se leva, le préssa con:
tre son cœur ét lui dit: « Général, puisse le premier consul ape |
précier votre dévouemem à la France! Mais pour exterminer Îles
factieux , nos troupes sont trop affaiblies ; elles peuvent, à peine
suffire à la garde de nos côtes. : Vous formmerez un eorps de 6,090
noirs dé votre choix; vous ferez ect vers le rivage les demie
brigades européennes, et vous ferez occuper les positions intérieu”
res par les Aroupee coloniales. » Dessalines sortit du gouvernement
en apparence plein de joie, mais en réalité dans les plus vives
inquiétudes. Ayant reçu l'ordre de Leclere de rester. quelq
jeurs au Cap, il ignorait le rôle qu'on allait peut être le contra
dre de jouer au milieu de la ville. En hésitant d'exécuter les,
lontés de Leclere il eût été arrèté et fusillé. La perte des généra
Clervaux et Pétion était résolue; les 6e, 10e. et 13e. demi-brigæ
des coloniales, canlonnées à fa Petite-Anse , devaient être noyées
après avoir été désorganisées par des incorporations dans les
pes européennes. Le vieux général Dugua eut horreur de ce pl
qui lui fut communiqué. Le ne se présentail pue que rarement da
és de Leclere il eût été arrèté et fusillé. La perte des généra
Clervaux et Pétion était résolue; les 6e, 10e. et 13e. demi-brigæ
des coloniales, canlonnées à fa Petite-Anse , devaient être noyées
après avoir été désorganisées par des incorporations dans les
pes européennes. Le vieux général Dugua eut horreur de ce pl
qui lui fut communiqué. Le ne se présentail pue que rarement da … 77 miérome w'uaîrr(1802) . . (385 > concri de Leclere, composé de colons perfides mullement dévoués
au ux wesis intérêts de la Franee, at sacrifiant tout au rétablissement .
Pesclavage. Hgnorant l'entretien que Leelere avait eu avec DesBtines il erut être utile aux infortunés indigènes , en faisant con:
naltre à celui-ci que la 1%e. coloniale allait être | incorporée dans.
4 sapeurs de la garde d hosneur pour être ensuite exterminée,
| Quant aux frangais, leurs inquiétudes étaient considérables ; ils n'aShaient plus aucune confiance dans les troupes. noires et jaunes ; les
| colons regrettaient que le général Leclerc n’eut pas déporté avec
“Houssaint Louverture la plupart des officiers supérieurs noirs et de
€ couleur.
Le général Christophe tenait une conduite des plus sévères. Vi-
“want isolé et ignorant les dispositions à l'égard de la métropole et
e Dessalines, et de Clervaux, et de Pétion, il démontrait pour
France le plus grand dévouemne ent, tout en condamnant hautement la plupart des actes que provoqait le parti colonial. Chris:
“iophe se voyant exéeré des insurgés du Nerd était contraint de s’atlacher aux français, Il observait Îes' événemgns, le caractère de l'inMsurrection, et il ne prendra les armes contre la Francé* que. lorsqu il verra Pétion et Clervaux se jeter dans l'insurrection. Alors.
certain de trouver dans les troupes coloniales des appuis contre les SansSouci, les Petit Noël Prière, les Jasmin, il abandonnera les français
qui l'eussent égorgé comme la plupart de eeux qui les ont servis,
sul était demeuré avec eux. |
À Le général Leclere se résolut à envoyer en France un commissaire
chargé de faire au premier Consul un tableau fidèle de l'état de la
colonie, et de demander qu’une nouvelle armée de 20,000 hommes y
fut envoyée. Le fer et le climat avaient fait un vide immense dans
“les troupes européennes. Le général Boudet qui avait fait sa for-
| n°: el qui désespérait du rétablissement de l’ordre, accueillit avee
empressement la propesition qui Jui fut faite de partir pour France.
Il occupait au baut du Cap une magnifique maison de plaisance. La veille
Le sen départ, il réunit chez lui les généraux Clervaux , Christophe,
…Pamphile de Lacroix. Celui ci Al avait reçu l'ordre de quitter !a
parte espagnole pour aller prendre le commandement du Fort Liberté,
avait éié mandé au Cap par Boudet. Pendant le repas il demanda
“4 Christophe quelle était, à son avis, la cause de. la nouvelle inLe rrection. Christophe lui répondit : « Vous êtes jeune et europen, vous avez loujours fait la {guerre dans les armées de la méét iropole » Yous ne pouvez conséquemment avoir de préjugés sur l'esclavage ; je vais donc vous parler avec franchise; la révolte augmente
ärceque la défiance est à son comble. Si vous aviez notre épiderme,
ous ne seriez peut-être pas aussi confiant que moi qui remets mon fils
A unique Ferdinand au général Beudet , pour le faire élever en France,
és di pour rien les brigands qui ont donné le signal de l'insure
loujours fait la {guerre dans les armées de la méét iropole » Yous ne pouvez conséquemment avoir de préjugés sur l'esclavage ; je vais donc vous parler avec franchise; la révolte augmente
ärceque la défiance est à son comble. Si vous aviez notre épiderme,
ous ne seriez peut-être pas aussi confiant que moi qui remets mon fils
A unique Ferdinand au général Beudet , pour le faire élever en France,
és di pour rien les brigands qui ont donné le signal de l'insure rection. €e n'est pas là qu'est le danger: c’est dans l'opinion géné se St Domingue. Christephe lui répondit que « silne croyait pas à a gés paraissent vouloir suivre le système de Toussaint; s'ils y per
chefs étaient ses ennemis personnels. Jusqu'alors le général Clervaux. d'être fait prisonnier près de St. Michel. Aussitôt après son arrivée % 836 misrorre D'HAITI.—(1802).. rale des noirs. Ceux de Si. Domingue s’effraient parcequ'ils connais=
sent le décret du 30 Floréal qui maintient l'esclavage et la traite
dans les colonies restituées à la France , en exécution du traité d'A
miens. Hs s'effraient de voir le premier Consul rétablir l’ancien
régime dans ces colonies; ïls craignent que les propos indiscrets
qu on entend de tous côtés ne parviennent en France et ne sug=
gèrent l’idée au gouvernement d’ôter aussi la liberté aux: noirs*de
St. Domingue. » Christophe , homme d’une vaste intelligence , et
un des officiers les plus beaux de l’armée de Saint-Domingue, rons
serva toujours, à l'égard des français , une attitude courageuse et pleine de dignité. Les français demeurérent étonnés “ ees paroles si sensées el
eourageuses qui laissaient découvrir clairement leurs projets ultérieurs.
Si Christophe ne leur avait pas donné une preuve non équivoque de son
dévouement à leur cause, en se disposant à confier son fils au général
Boudet , ils l’eussent fait arrêter. Tout porte à croire que Christophe
était jusqu ‘alors réellement dévoué à la métropole. Pamphile de Lacroix lui dit que le gouvernement ne rétablirait jamais l'esclavage à sineérité des sentimens du général Leclere et de tous les français , il
ne serait pas parmi eux. » Pamphile de Lacroix lui demanda en outre
comment il se faisait qu'il n'eut pas encore trouvé le moyen de
faire arrêter Sans Souei. Christophe lui répondit: « Si Sans Souci
était un soldat, je pourrais me flatter ‘de l'atteindre; mais c'est um
brigand lâche el cruel qui ne se fait pas conscience de tuer ceux
qu'il soupçonne ; il sait fuir à propos et couvrir sa fuite de dés
serts qu'il. laisse derrière lui. Il s y prend mieux que nous ne le fimes”
à l'époque de votre débarquement ; si alors au lieu de combattre,
notre système de résistance eut consisté à fuir et à bien effrayer les
noirs, Vous n’auriez jamais pu nous atleindre. Le vieux Toussaint né
cessait de le dire; personne né voulait le croire. Nous avions des
armes ; l'orgueil d'en faire usage nous perdit. Les nouveaux insurs
de dés
serts qu'il. laisse derrière lui. Il s y prend mieux que nous ne le fimes”
à l'époque de votre débarquement ; si alors au lieu de combattre,
notre système de résistance eut consisté à fuir et à bien effrayer les
noirs, Vous n’auriez jamais pu nous atleindre. Le vieux Toussaint né
cessait de le dire; personne né voulait le croire. Nous avions des
armes ; l'orgueil d'en faire usage nous perdit. Les nouveaux insurs sistent nous aurons de la peine à les réduire. » Christophe i ignoral
les dispositions de Dessalines et de Pétion, Quoiqu'il eut remar
qué que la fidélité des troupes coloniales fut profondément ébranlée,
il ne songeait guères à se leter parmi les insurgés dont tous des de son côté, n'avait pas pris la résolution de s insurger. Leclerc en:
voya le général Pamphile de Lacroix prendre le eommandement du
Fort Liberté. Trahi par ses guides, Pamphile de Lacroix n’atteion
cette ville qu’en passant au travers de plusieurs embuscades. Il fai Fert Liberté, il lit arrêter uu capitaine de gendarmerie , Kayé # | | Histoire p’uairr 1604) #5? à 5» : es er M OEMONRT PR
fière , homine de couleur, qui incitait sourdément à la révolte leg
troupes coloniales de la garnison. Kayé Larivière fut embarqué pour
PEurope. Quand il y arriva il fut envoyé en Corse. Dessalinés, de son côté, voyant que le eapitaine général ne l’utilisait pas au Cap, alla le saluer au palais colonial, Leclerc lui donna
500 doubles louis pour les frais de sa première campagne eontre les
faetieux Il lui annonça qu'il recevrait bientôt 7000 hommes d'élite,
ébqu'il avait l'espoir de rétablir la tranquillité avec ces nouvelles
forces. Oh oui! s'écria Dessalines , plein de fureur; il faut porter un
œoup terrible; J'ai soif du sang des brigands; il faut, capitaine général, que ce jour soit un tremblement de terre général. L’éxpression
aerrible que prirent alors ses traits fit reculer le général Leclerc.
Des ordres furent aussitôt donnés afin que des armes lui fussent
délivrées pour réduire les rebelles. Des soldats de la 4e. coloniale
firent sortir du Cap 2000 fusils. Leclerc, malgré ses instances, né
put le décider à rester au Cap quelques jours encore pour assister
dun bal qui devait être donné au palais du gouvernement. Dess
salines avait sous les yeux l'arrestation de Toussaint , qu’il n'avaik
pas contrariée, et la mort de Charles Bélair, -
que des armes lui fussent
délivrées pour réduire les rebelles. Des soldats de la 4e. coloniale
firent sortir du Cap 2000 fusils. Leclerc, malgré ses instances, né
put le décider à rester au Cap quelques jours encore pour assister
dun bal qui devait être donné au palais du gouvernement. Dess
salines avait sous les yeux l'arrestation de Toussaint , qu’il n'avaik
pas contrariée, et la mort de Charles Bélair, - 1! tenait l'ordre écrit de Leclerc de lever 6000 hommes de troupes co=
Joniaies, de faire rentrer dans les villes du littoral toutes les garnisons
blanches et de réduire les factieux. Leclerc voyant que l'insurrection *
sétait prononcée dans toutes les campagnes du Nord, voulait sauver
“de l’extermination les troupes européennes cantonnées dans l'intérieur,
Nous allons voir l'usage que Dessalines fit de cet ordre; Le général
indigène partit du Cap avec un détachement de la 4e colontale pour
verser à grands flots le sang français, et Leclerc ne le revit plus. Il se
rendit à la Petite Anse où il rencontra l'adjudant général Pétion.
IMlui montra l'ordre que Leclerc venait de lui donner, et lui apprit
Mesort prochain de la 13e coloniale, {1 l'exhorta à se tenir sur ses
gardes, et lui annonça qu'il ne servirait plus d'instrument aux fraaGais contre ceux de ses frères qui prendraient les armes pour leur
liberté. Tâchez d'éviter les pièges qu'on vous teud, dit il à Pétion,
en le quittant; je pars pour l'Artibonite, et bientôt vous entendrez
parler de moi; jy ferai mon devoir; faites le vôtre. Il ne commuHiqua son projet à aueun des officiers de la 13e coloniale; 11 craighait de rencontrer quelques traitres, car il était encore entre les
inains des français. Quant à Christophe, il ne comptait plus sur lui:
Cépénéral, en se disposant, dans une telle circonstance, à envoyer son fils en Europe, ne permettait pas de douter de son déVOuement aux français. Du reste, pour s'insurger avec succés contre
lS blancs, Dessalines voulait agir concarremment avec Pétion qui
devait entrainer la masse des hommes de couleur; car il comPrénait que les français eussent triomphé finalement, si les noirs
el les jaunes ne se réuuissaient pas contre oux. Leclgre hasardaït
ant, dans une telle circonstance, à envoyer son fils en Europe, ne permettait pas de douter de son déVOuement aux français. Du reste, pour s'insurger avec succés contre
lS blancs, Dessalines voulait agir concarremment avec Pétion qui
devait entrainer la masse des hommes de couleur; car il comPrénait que les français eussent triomphé finalement, si les noirs
el les jaunes ne se réuuissaient pas contre oux. Leclgre hasardaït «+ |
|
| 858 HISTOIRE D'HAÏTIL. — (1402) * sa confiance en Dossalines , ne pouvant agir autrement. <opediil
il avait envoyé de toutes parts l'ordre de le surveiller et de l'arrèter
s’il balançait entre les deux partis. Le général indigène, de son eôté,
ge faisait donner de l'argent, des munitions et des armes pour co Le.
battre une insurrection qu'il organisail lui-même. Aussitôt après som
départ pour l'Artibenite, Leclerc ordonna aux 6e, 10e et 13e coloniales:
commandées par Clervaux, Ja Ph. Daut ei Pétion d'aller cantonner ‘il
haut du Cap. À peine ces corps y furent ils parvenus , que le générdl (}
Christophe arriva chez le général Bourlet auquel il confià son fils
Fordinand pour qu'il l'emmenât en France. H fit don au général,
français de plusieurs moutons, de plusieurs bœufs et de nombreux
frats. Boudet partira lé lendemain avec cet infortuné jeune homme!
qui devait mourir en Franee misérablement, dans un hôpital. Chr
tophe, en s'en retournant à son quartier de St. Michel, s'arrêta da
la maison qu'oceupait Pétion au haut du Cap. Celui ci lui di
Vous avez lort d'envoyer votre fils en France; reprenez le; ilen.
encore temps ; de grands évènements semblent se préparer. —Chr
tophe lui répondit : l'atmosphère est chargée de sang; le deuil ests
toutes les figures: j'ai dit au général Boudet de dures vérités; si
lancs persistent dans leur système ils se perdront totalement.
_se séparèrent en se terrant énergiqueinent la main avec émotion.
* En 1802 St. Domingue était un pays français. Quand la guen
civile éclata en Février da la même année entre Toussaint Louve
ture et Leclerc, Pétion avait embrassé le parti du capitaine géné
avec lequel il était revenu dans la colonie. Alors il éroyall aux p
messes du premier consul qui avait déclaré que St. Domingue fai.
partie intégrante: de la République serait régi par.les mêmes
qu'elle, el que ses babitans, sans acception de couleur, Jouira
des droits de citoyens français. Cependant son humeur froide,
grand courage, sa profonde dissimulation, son influence sur les sie
qui en général adoptaient ses vues et ses opinions, avaïent excité,
défiance des français qui, ne pouvant pénétrer sa pensée, lus
posaient des idées d'indépendance. Né au Port Républieain, d?
taille haute, d'un port majestueux, d’une figure noble, régulière
brune, ayant de grands yeux noirs, des formes douces, la tête cha
gée d’une épaisse chevelure, longue et bouelée, Péion après
chute de Ricaud, pendant son séjour à Paris, attirait l'attention
tous les employés civils et militaires avec lesquels il était en relati
Quanil on l'interrogeait sur St. Domingue, il répondait peu, ctp
raissait indifférent au sort de la colonie. Il ne partageail pas
plaisirs des autres officiers indigènes qui, comme lur, s'étaient ref
en Europe. Il leur disait souvent qu'il aimerait mieux être à
Domingue, nu dans les montagnes, que dans l'opulence à Paris*4h,
avait appris que tous les officiers de-couleur de l'armée colenialé"qui|
6e treuvaient alers em France devaient être déportés à Madagas
raissait indifférent au sort de la colonie. Il ne partageail pas
plaisirs des autres officiers indigènes qui, comme lur, s'étaient ref
en Europe. Il leur disait souvent qu'il aimerait mieux être à
Domingue, nu dans les montagnes, que dans l'opulence à Paris*4h,
avait appris que tous les officiers de-couleur de l'armée colenialé"qui|
6e treuvaient alers em France devaient être déportés à Madagas IUSTOIRR D'YAITI.—(1892) 538
#6.1.er consul changea de dispositions, pensant qu’il trouverait en
ju) des auxiliaires sûrs dans les expéditions contre Toussaint LouC ‘ure, si celui et refusait de remettre l'autorité aux mains de Leclerc,
L'on à vu, én effet, avec quel acharnement ils combattirent Toussaint, . hp
ie Don rapporte que le chef des bureaux de la préfecture de police,
quand Pétion se présenta devant lui pour demander son passe-port,
dilaprès l'avoir attentivement examiné : si le fer consul m'en croyait,
il ne rénverrait pas cet homme de eouleur à St. Domingue. Si ce
æonseil avait été suivi la France eût enlevé aux indigènes un chef
inbile ef: courageux qui eontribua puissamment au triomphe de leurs
@fmes. Pétion avait toujours combattu pour la liberté générale, et
ilfut dévoué à la métropole tant qu'il crut le gouvernement français
fidèle aux idées philantropiques. Mais aussitôt qu'il s'aperçut, après
à déportation de Rigaud, en 4802, de la tendance du général Le.
jélerc. vers l'ancien régime , il eommenca à songer à la pessibilité
Nuné guerre nationale. Les indigènes instruits reconnurent que les
énvices les plus éclatans rendus à la France, ne pourraient éteindre
dhäine que leur portaient les colons qui exerçaient une grande influence
ans. le cabinet de Leclerc. Ils sentirent qu’en demeurant plus longfemps sous.les drapeaux de la France, ils s’exposaient à être égorgés
dou tard. Quant à Pétion, il n'ignorait pas que le général Par
phile de Lacroix l'avait signalé à Leclerc comme un mulâtre danreux. Le succès d'une guerre contre la France dut paraître d'abord
2 probable. Comment réunir sous le même drapeau les indigènes
Ldivisés d'intérêt, d'opinion? Quoique Pétion eût toujours connu
éssalines pour un ennemi implacable des blancs, ïl ne lui ouvrit
Dagentiérement son cœur, ignorant son projet d'indépendance et
léxoyant se constituer l'exécuteur des ordres secrets de Leclerc. I
rappelait le sort de l'infortuné Charles Bélair qui venait d'être fuil Les français exerçaient un tel espionnage que le fils n'osait
life sa pensée à son père. Pour un mot, pour un gesie, un soupçon
indigène : était pendu ou noyé. (Cependant l'insurrection sétait de.
lue formidable ; les bandes de Sans-Souci, de Pelit Noël Prière,
deéCapoix, dans le Nord; de Lamour Dérance, de Larose, de
né, de Sanglaou , de Mathieu Feurmi, dans l'Ouest, portaient
Mout le fer et, la flamme. Mais jusqu'alors l'insurrection était
ans direction ; l'indigène se battait müû par l'instinet de la liberté;
Miles chefs du Nord étaient presque indépendans les uus des au5 il n'y avait pas d'unité dans les opérations.
| En Oetobre les noirs et les jaunes de la ville du Cap étaient dans
Li plus profonde constérnation. La frégate la Cocarde chargée à hom-
| s de couleur qui ‘avaient proteslé contrele rétablissement de l'esiavage à la Guadeloupe venait de mouiller dans la rade ei apporAbla loi qui retablissait la servitude dans les eolonies. Cepen-
(Ant là mesure ne soneersait pas 5t. Bemingue qui devait être réÿl
érations.
| En Oetobre les noirs et les jaunes de la ville du Cap étaient dans
Li plus profonde constérnation. La frégate la Cocarde chargée à hom-
| s de couleur qui ‘avaient proteslé contrele rétablissement de l'esiavage à la Guadeloupe venait de mouiller dans la rade ei apporAbla loi qui retablissait la servitude dans les eolonies. Cepen-
(Ant là mesure ne soneersait pas 5t. Bemingue qui devait être réÿl ES | . &40® HISTOIRE D'HAITI.— (1802) par un sode spécial dont les articles auraient été discutés “par ü
conseil colonial. Elle ne concernait pas non plus Ja Guadeloupe dù à
l'ancien régime avait été néanmoins officiellement rétabli. Quelques
uns des déportés de la Guadeloupe eurent le bonhenrd’ atteindre |
rivage à la nage. Ils ficent aux indigènes le récit des atrocités commise
dans les iles du vent, et remplirent tous les cœurs d'indignation:Æ
même temps on apprit que des noirs et des mulâtres étaient vend
publiquement: par le général Kerverseau dans l'ancienne partie esp
gnole où Toussaint, au nom de la France , avait proclamé la libertés
générale. Ces événemens vainquirent toutes les irrésolutions de
Pétion qui se détermina à lever l'étendard de la révolte. H'tommu
niqua son projet au Love Clervaux, Ii lui dit qu'aucune coû
dération ne pouvait désormais l'empêcher de s’insurger. HI ajou
que s'ils demeuraient lun et l'autre plus lonstemps fidèles à
France, c'en était fait d'eux, qu als savaient que l'esclavage était
tabli dans les autres colonies , qu il n'y avait plus à balancer. Duss
n'entreprendre la guerre, qu avec mes douze-cents hommes ,
n'hésiterais pas. Clervaux lui répondit qu'il fallait attendre en ei
avant de prendre une telle détermination , que la France éf
puissante , que la mer lui était ouverte, que l'Angleterre ne luid
clarerait peut être pas la: guerre de sitôt, que Pon n'avait
jusqu'alors désarmé les troupes coloniales, qu'il était importante
laisser se dessiner davantage les évènemens. Pétion lui fit conn
tre les révélations de Dessalines, [ui annonça que la 6e, la 40
et la 13.e seraient dispersées dans les troupes eurapéennes pour
être ensuite exterminées. Ils n'oseront pas, lui dit _Clervaux,
ils se séparérent. Clervaux descendit au Cap.
Le général Leclerc avait remarqué l'abattement dans lequel étai
plongés ies noirs et les hommes de couleur du Cap. : Les jeur
‘filles frémissaient à l'idée d’être vendues, et de devenir, après douze
ans de liberté , la risée des femmes blanches et les servantes d"
maître brutal. Leclere n'entendait plus aucune plaint®, et ceux qu
envoyait à la mort montraient dans les tortures la fierté, la ré
gnalion et la joie des martyrs d'une nie religieuse. Il voyait n3
tre partout la défiance, et pour se coucilier le cœur des os
des jaunes qui formaient en grande majorité la garda nationales
donnait fréquemment au Palais du ROUYECAEMENS des bals où assii
taient beaucoup d'officiers indigènes.
Dans la nuit du 20 ‘Vendémiaire (12 Octobre 1802), les. sall
du palais du Cap étaient illuminées ; Îles accords d'une musn
harmonieuse retentissaient dans les appartemens resplendissantS
luxe. Les officiers de l'état-major de Leclere, élégamment vêlt
s efforçaient par des jeux d'esprit de chasser là tristesse qui ré
dans les cercles que formaient les dames indigènes; ils il
es grâces naturelles qui ne se déploient que sous ‘le ciel
Octobre 1802), les. sall
du palais du Cap étaient illuminées ; Îles accords d'une musn
harmonieuse retentissaient dans les appartemens resplendissantS
luxe. Les officiers de l'état-major de Leclere, élégamment vêlt
s efforçaient par des jeux d'esprit de chasser là tristesse qui ré
dans les cercles que formaient les dames indigènes; ils il
es grâces naturelles qui ne se déploient que sous ‘le ciel HISTOIRE D'HAITI. (1802) | s4Ÿ | des tropiques. Les officiers des troupes coloniales se tenaient par
roupes, à l'écart, et leurs traits n'exprimaient que de sombres
| Mécccupations. Les nouvelles venues de France, la veille, qui fai-
(saient l’allégresse des blancs, les consternaient profondément : le
premier consul avait dit à l'abbé Grégoire, dans une présentation
léfficielle de l'Institut: « D'après ce qui se passe à St Domingue,
je voudrais que tous Îles amis des noirs eussent, dans toute l'Eumope, la tête voilée d'un erèpe funèbre. » Madame Leelerc, la fem-
(me européenne la plus accomplie peut-être qui ait brillé dans notre
climat, jJeyeuse, couverte de pierreries , ne révant.que plaisirs au
| ii des calamités publiques , parcourait les appartemens avec
légance, et déployait en vain son aménité pour animer la soiréé.
Elle s'approeha du général Clervaux et lui dit: « D'où vient, général, que vous soyez si sombre? Ne devriez-vous pas ètre satisfait?
| Nous fétons ce soir le bonheur qui rêgne en France, et qui ne lar-
“déra pas à régner dans la colonie. » « Madame, lui. répondit sè-
&hement Clervaux, j'étais libre autrefois, et je ne dois aux circonsHfances nouvelles que d'avoir relevé ma couleur avilie : mais Si je
éroyais qu'il fût jamais question ici d'esclavage, à l'instant même
je me ferais brigand. » Cette réponse, sortie avec énergie de la
| ra d’un homme de l'influence de Ciervaux , jeta parmi les fran.
çais la plus vive inquiëtude et troubla la fête. Leclerc qui avait
déjà résolu sa perte, songea à hâter le moment de son arrestation.
Mais Clervaux ne Jui donna pas le temps d'exécuter son projet. A
fpointe du jour, il partit pour le haut du Gap, en apparence plein
de confiance en la loyauté des français, pour aller, disait:il, ehercher sa femme et la ramener en ville. Il avait appris, dans le
bal, bien au delà de ce que Dessalines avait dévoilé à Pétion. Leclerc, pour lui nn: la force principale sur laquelle il s’appuyait,
fit aussitôt entrer, au Cap toute la 6.e coloniale forte de 4200 hommes, ainsi que le chef de bataillon Jacques Clervaux, qui cemmandait le poste du haut du-Cap. C'était le frère dû général. La
10e coloniale , commandée par Jn.-Philippe Daut, noir, et la 43.e
forent saisies d’ 'effroi en voyant partir la Ge. Ees soldats noirs et de
“couleur se préoccupaient beaucoup de ce que lon voulait faire de
ce corps, quand, au contraire, l'ordre avait été donné de faire
rentrer les troupes européennes dans les villes, et de laisser les
troupes coloniales dans l'intérieur. Clervaux s était retiré chez lui
au, haut du Cap; les généraux Clausel et CGlaparéde s y. trouvaient
“aussi, occupant chacun une belle maison de plaisance. Pétion parcourait les bivouacs de la 43.6, calmait les inquiétudes des soldats,
“eur promettait qu'il ne Îles abandonnerait jamais , et fes incitait
à l'insubordination. Tout à coup la 13e. prit les armes “tumultueusement, ét demanda sa paie arriérée , ainsi que les rations qu'elle
n'avait pas uns pendant les quinze jours qu’elle était demeurée
aussi, occupant chacun une belle maison de plaisance. Pétion parcourait les bivouacs de la 43.6, calmait les inquiétudes des soldats,
“eur promettait qu'il ne Îles abandonnerait jamais , et fes incitait
à l'insubordination. Tout à coup la 13e. prit les armes “tumultueusement, ét demanda sa paie arriérée , ainsi que les rations qu'elle
n'avait pas uns pendant les quinze jours qu’elle était demeurée 849 ( SMsgToire p’aaiTi.—(1808) SR — eernée au Pondon par Îles insurgés. Le général Glausel fit distribue®
à chaque soldat quinze rations , et envoya au Cap le capitaine Var,
quartier-maître de la 13e., avec ordre d'y prendre la: solde du
régiment. Var était un blane , ancien soldat du régiment de FauLA bert, dans le Sud, qui avait toujours servi dans les troupes noire
et jaunes. Il revint au haut du Cap avec la solde, et annonça |
qu'il avait vu la 6e. rangée sur le rivage, ayant les armes en fais
ceaux. [Il paya aussitôt les troupes. Mais les soldats ne trouvant,
pas leur compte, d'après leurs calculs, s'agitent, cabalent, mena
cent; le tumulte est à son comble. Clausel et Claparède appellent
Pétion pour lui demander la cause &e ce meuvement. Pendant,
que Pétion se rend auprès d'eux , Geffrard, ancien colonel dans.
l'armée de Rigaud, qui était au Cap , en inactivité, arrive, dégus |
sé en malelot, au quartier de la 18e, déclare à ses anciens come
pagnons d'armes que la 6.e coloniale a été embarquée en entier
pour être noyée, et que beaucoup d'hommes de couleur et de,
noirs ont été arrêtés, et qu'il s’est sauvé pour éviter la mort. Ja
venait de noyer Dommage, noir, ancien colonel de la 4.e, avee…
presque toute sa famille. Le‘ général Paul Louverture, frère d&
Toussaint, dés qu'il avait appris celte exécution, était sorti préc
pitamment du Cap, à la faveur d'un déguisement, et s'était rendu,
auprès de Sams Souci dont il avait reconnu l'autorité. Pétion res |
tourna au quartier de la 13.e, exhorta les soldats à observer la plus
sévère discipline. Il se rendit ensuite auprès de Clausel et lui aan
nonça que les soldats ayant été payés, leurs murmures avaient,
cessé. Clausel et Claparède, frappés néanmoins de l'attrude que
prenaient les troupes coloniales, rentrèrent au Cap, avant la uit
avec leurs guides. Clervaux et Pétion envoyèrent aussitôl deux cour
riers l'un à Christophe et l'autre à Capoix, pour leur faire pa
de leur projet d'insurrection. Capoix, déjà soulevé centre la mt
tropole, ne pouvait que les soutenir énergiquement. Un écrivai
français, Ph. Albert de Lattre, ex-liquidateur des dépenses de
guerre, à St-Domingue, dit, page 68, dans un mémoire sur.
Domingue: « On apprit aussi que l'intimité de ces chefs mulâtr
a avec les généraux nègres, et avec Capoix la mort, autre chef n
gre,et l'un des homimes les plus féroces qu'ait produits l'A
que, * tendait à expulser tous les blancs de la colenie. Ces m
lâtres, faisaient circuler des lettres qu'ils avaient recues de l'écran
ger ; ils témoiguaient une joie indécente de ee qu'on leur an
nonçait que la guerre avec l'Angleterre était certaine. C’est par.
eux qu'on en eui les premiers avis. » Le même écrivain «
au sujet de Pétion et de Clervaux: « Ils étaient comblés d’honneurs,
| | É au ;
expulser tous les blancs de la colenie. Ces m
lâtres, faisaient circuler des lettres qu'ils avaient recues de l'écran
ger ; ils témoiguaient une joie indécente de ee qu'on leur an
nonçait que la guerre avec l'Angleterre était certaine. C’est par.
eux qu'on en eui les premiers avis. » Le même écrivain «
au sujet de Pétion et de Clervaux: « Ils étaient comblés d’honneurs,
| | É au ; * Capoix était exéole de l'habitation Delaunay, daus le quartier du Per A .A.A. A-A A ÿ î &e-Paix, “ HISTOIRE B'HAITI 1807) ï CE @ret de richesses; leur traitement de solde et de table était toujouré
[are de préférence. Le général Leclerc avait une prédileceen partieuliére pour Pétion; il y avait quatre jours qu'il les
@avait réunis à un banquet splendide. Clervaux ét Pétion 1ceaæwaient ces témoignages d'affection avee dédain. » Pétien , Dessa,
Mines, Clervaux , étaient en effet accueillis avec la plus grande dis-
“timeton par le capitaine général. Mais ée n'était pas parce qu'il les
“alléctionnait. L'esclavage était rétabli de fait: la résistance des
culuivateurs était opiniâtre, et Leclerc s’efforçait par des honneurs
ét des largesses de transformer les officiers des troupes coloniales
en bourreaux de leurs frères. Il n’est pas donné à tout homme dé
sacrifier au bonheur matériel Fhonneur et les principes de liberté.
bGertainement Clervaux, Pétion, Dessalines eussent pu, à Fexemple
bde Laplume, de Dieädonné Jambon, de Nérette, devenir les ins-
“irumens des crimes des français; Mais ils aimèrént mieux supporter dans les montagnes toutes sortes de privations, bravant chaque jour
WA mort, n'ayant pour toute récompense que l'amour de leurs frères,
Em d'arrêter un moment la marche de la liberté. Quant à ChrisMiophe, on le verra un instant irrésolu; mais entrainé par Pélan
“oënéral, 1l embrassera le parti de ses frères. Il exposera plus que ”
“save en prenant les armes contre les blancs, car la haine Hnplacable” que lui portaient les insurgés menaçait continuellement son
“existence et celle de sa famille. D'une auire part, il était lé seul
“oflicier général indigéne dent la fidélité ne fut pas suspectée par le
€dpitaine-général. Eu |
“Le 22 Vendémiaire ( 14 Octobre}, dans nuit, le ciel était brilant” d'étoiles et une brise douce agitait le feuillage des paliniers
“Qui couvraient le plateau du haut du Cap. Pétion réveilla en silence
ls" soldats de la 40° et la- 15°, leur fit prendre les armes, et
Marcha avec eux sur trois faibles postes qu'occupaient eent homnes de troupes blanches. (Ces troupes cernées par plus de 1800
“hommes nopposèrent aucune résislance et mirent bas les armes.
Les indigènes s emparèrent dur obusier édablr au pont Weiche
que gardaient vingt cinq polonais, et de deux pièces de 4, l'une dress
#enau fort Bréda, l'autre placée devant la maison qu'occupait
Clausel. Clervaux n'avait sous ses ordres que cinquante hommes
“dela 6 Si Pétion avait eu plus de eonfiance en ses: soldats, 1leût
surpris le Cap, eût enlevé Leclerc, de l'aveu des généraux français
eux-mêmes: Les insurgés se formèrent en carré, placèrent au milieu
d'eux leurs bagages, toute la population noire et jaune du haut
du Cap, et s'acheminérent sur le morne Rouge. Pétion déployaié
oute son énergie pour conteuir la fureur de ses soldats qui voulient égorger les prisonniers blanes. Quand :l arriva au morne
Rouge, il fit faire halte. à ses troupes, se plaça au milieu d'elles
ét leur dit qu’elles entreprenaient une guerre nationale et ner pas une
rent au milieu
d'eux leurs bagages, toute la population noire et jaune du haut
du Cap, et s'acheminérent sur le morne Rouge. Pétion déployaié
oute son énergie pour conteuir la fureur de ses soldats qui voulient égorger les prisonniers blanes. Quand :l arriva au morne
Rouge, il fit faire halte. à ses troupes, se plaça au milieu d'elles
ét leur dit qu’elles entreprenaient une guerre nationale et ner pas une EL: HISTOIRE D'ILAITI (1802) guerre de parti; qu'elles auraient à vivre au milieu des plus grandes
privations, ce qui serait pour elles ua bonheur en comparaison dus
sort qui les attendait dans les villes; qu'elles ne verseraient plus
leur sang ni pour la France , ni pour satisfaire lambition "de
l'un des leurs ; qu'elles combattraient pour leur propre liberté, pout
l'indépendance de leur pays ; qu'elles conserveraient le drapeau trim
colore, paree que c'était celui qui les avait émancipés, celui sous lequel
elles avaient arraché à la dégradation leur race qu'on voulait encere avi
lir; * désormais qu’elles auraient pour devise le bonnet phrygien avec ces”
mots : Liberté , Indépendance ou la Mort. + Le sang de nos frères nous,
crie vengeance, ajoutaet-il , lsi nous ne triomphons pas de nos lyransé
du moins, en mourant en hommes libres , nous n’aurons pas la honte"
d’avoir survécu à l’esclavage.» Pétion âgé de trente deux ans avait tout@
Ja fougue de la jeunesse. Ilarracha eh même temps les armes françaises”
au drapeau qu'il tenait dans ses mains et les jeta loin de lur. Les"
cris de vive la liberté! Guerre à mort aux français ! éclatèrent me
les rangs. Les indigènes voulurent se précipiter sur les bianes“
et les immoler. Pétion se plaça entré eux et les prisonniers eln
sécrin: ces infortunés sont des soldats qui n’ont fait que leur devoirÿ«
‘ils ne sont pas responsables des crimes de leurs chefs. Les coupas
bles sont les généraux, les eolons qui les excitent à devenie
cruels. » Ces paroles ne calmèrent pas la fureur des soldats des”
40° et 13°. Pétion continua: Dépouillez-les ; ils trouveront au Cap
des habillemens; mais je vous le déclare, si vous attentes à leurs
jours , jabandonnerai le commandement , je cesserai d'être à voire.
tête, je me ferai soldat dans vos rangs. Nous avons au Cap presque
tous les soldats de la 6° coloniale; on nous les renverrsa peut-êtreen«
échange. » Les prisonniers furent dépouillés et acheminés sur le
Cap. Delatitre, page 67 , dit en parlant, dans cette circonstance, d
géhéraux Pétion eic « Is renvoyèrent au capitaine-géaéral Les
clere quelques canonniers blancs qu'ils avaient à leur disposition etluk
firent dire qu'ils lui donnaient trois jours pour évacuer la colonie.
- Leclerc , aussilôl qu'il apprit eette révolte, fit battre la générale
Tous les citoyens en état de eombattre prirent les armes. A la tête"
de 800 hommes de sa garde, il se transporia au haüt du Capt
y rencontra les prisonniers blancs que Pétion lui avait renvoyés."Ils
étaient presque nus. Ils apprirent à Leclerc que les insurgés s'étaie
relraachés au morne Rouge, qu’ils y avaient un obusier et 2 piéa
de campagne. Ils disaient à leurs camarades que les troupes eol0
niales avaient bien fait dese révolter ,. puisqu'après avoir bien ser
la Franee, on les noyait, les pendait et les réduisait en servitude,
pour récompense. Le capitaine général rentra au Cap, après avoit
:* Nons verrons plus tard comment notre drapeau bicelore, bleu et r ;
æe, fut adopté. à dont de | ii s 4 HE
ier et 2 piéa
de campagne. Ils disaient à leurs camarades que les troupes eol0
niales avaient bien fait dese révolter ,. puisqu'après avoir bien ser
la Franee, on les noyait, les pendait et les réduisait en servitude,
pour récompense. Le capitaine général rentra au Cap, après avoit
:* Nons verrons plus tard comment notre drapeau bicelore, bleu et r ;
æe, fut adopté. à dont de | ii s 4 HE pe k HISTOIRE D'HAITI.—(1802 | 345 œarni de troupes les forts qui avoisinent cette ville, et envoya aussitôt
“auprés de Christophe, cantonné à St. Michel avec les 1°, 2° et 5°
“coloniales ,.le colonel européen Boyé qui lui remit l'ordre de marcher contre les briganis Clervaux et Pétion. Christophe reçut avec
D l'envoyé français, et lui donna l'assurance qu’il allait combattre les mulâtres qui prétendaient ravir aux blancs la possession de St.
Domingue. 1 ne répondit pas au général Leclere et retint auprès
“de lui le colonel Boyé.
1°, 2° et 5°
“coloniales ,.le colonel européen Boyé qui lui remit l'ordre de marcher contre les briganis Clervaux et Pétion. Christophe reçut avec
D l'envoyé français, et lui donna l'assurance qu’il allait combattre les mulâtres qui prétendaient ravir aux blancs la possession de St.
Domingue. 1 ne répondit pas au général Leclere et retint auprès
“de lui le colonel Boyé. … Dans la journée du 22 Vendémiaire (14 Octobre ), Pétion abandonna le morne Rouge et se rendit avec les 40° et 13° sur l'habitation d'Hérieourt , ‘ayant l'intention de s’acheminer vers l'Ou-
“est, son pays, pour y combattre les blancs, s'il ne pouvait s’entendre avee les chefs des bandes de l'intérieur du Nord. Il était
presque étranger dans ce départenrent; il ne connaissait les chefs
des insurgés que pour leur aveir fait la guerre ; il se sentait entiè-
“rement isolé; il voulait se rapprocher de Bessalines qui devait aussi
avoir pris les armes dans le quartier de l’Artibonite. Tout.à coup,
Petit Noël Prière, sortant des mornes de Balancé et de la Soüffrière,
“envahit | habitation d Hériceurt avec toutes ses bandes qui hurlaient
ällreusement et se préparaient au combat. Pétion commanda aux
10” et 13° composées d'indigènes de l'Ouest et du Sud de se ranger en bataille. Ces deux eorps qui, en abandonnant le haut du
Cap, avaient fui l'extermination, se trouvaient en présenee d’un nouvel ennemi qu'ils avaient vigoureusement traqué pour les français.
Pétion à la tête de ses troupes vit s'avancer au devant de lui Petit
Noël Prière plein de fureur et agitant son sabre. Qu'êtes-vous venu
Chercher iei , demandait il à Pétion ?— Celui ci lui répondit avec
dignité: « Nous avons abandonné pour toujours la cause des franGais , et mous venons vous demander des renforts. » — Nous ne vous
en donnerons pas; les troupes coloniales nous ont horriblement traqués ; elles nous atteignent où les français ne nous atteindraient ja
mais.—Les blancs Sont aujourd'hui nos ennemis communs, répliqua
Pétion; assaïillis par eux d’une part , et par vous de l’autre, nous ne pour--
Mons résister; puisque vous nous refusez votre aide, laissez-nous le pas:
sage libre pour que nous retouruions dans | Ouest , et ne nous coniraicnez pas à en venir aux mains avec vous.— Ne peurrions-nous pas croire
‘que vous êtes envoyés par les français?—Pétion qui voulait éviter un
combat qui n'eût été que préjudiciable à la liberté, lui dit: «Voyez
cet obusier, voyez ces deux piéees de 4, nous les avons pris au haut
“du Cap; puisque vous doutez de nos sentimens, nous laisserons à
d'Héricourt nos bagages, les femmes , les enfans qui nous accompagnent, et nous marcherons ensemble sur le Cap ; faites avertir le gééral Christophe de nos meuvemens.—A ce nom de Christophe, Petit
Noël Prière brandit son sabre avec colère, et dit que _€'était un
brigaad qu'il se proposait de tuer à la première oucçasion. :
4, nous les avons pris au haut
“du Cap; puisque vous doutez de nos sentimens, nous laisserons à
d'Héricourt nos bagages, les femmes , les enfans qui nous accompagnent, et nous marcherons ensemble sur le Cap ; faites avertir le gééral Christophe de nos meuvemens.—A ce nom de Christophe, Petit
Noël Prière brandit son sabre avec colère, et dit que _€'était un
brigaad qu'il se proposait de tuer à la première oucçasion. : L 548 LiSreIRE D'HAUTE— (1809) Néanmoins il aceveillit la proposition ‘de Pétion, parut we:
pour le haut du Cap, où les indigènes arrivèrent ‘le 23 Vend
aire (45 Octobre}, vers les cinq heures du matin. Le mémeli
Christophe envoya au Cap un officier qui annonça au capitaine: génér
qu'il se disposait à marcher contre Pétion, Clervaux, Peut N
Prière, dont 1! se débarrasserait en peu temps. ‘Les troupes coloniales et.les bandes de Petit Noël Prière. m
taient à plus de 5,000 hommes. Clervaux auquel Pétion avaitre
le commandement s'approcha de la ville, A neuf heures ee
du 23 Vendémiaire, la garde nationale du Cap, forte de 4,200 hen
mes d'infanterie et de 200 cavaliers, était réunie sur la place d'armes
Elle était composée de la bourgeoisie blanche, noire et jaune: ï
général Claparède, commandant de la place, était à sa tête.” Les
troupes européennes au nombre de 1,100 hommes dont 800% de le
garde de Leclerc et 300 de troupes de ligne’, étaient prêtes à sortire
Le général d'Henin commandait à cent cavaliers européens: be
danger était immense. A dix heures, le générak Clause prit: Le conx :
mandement de l'armée et marcha contre les indigènes, Clervaux
évita le combat. Mais le 24 Vendémiaire (16 Octobre) à une heut e
‘de la nuik, il attaqua Clausel avee une telle impétuosité qu’il le cb
et le jeta en désordre entre. le fort Jeantot et le grand ehem
D'Henin fit une charge brillante; mais les 40° et 13° mn
formèrent en bataillon carré et: le repoussèrent.
'armée et marcha contre les indigènes, Clervaux
évita le combat. Mais le 24 Vendémiaire (16 Octobre) à une heut e
‘de la nuik, il attaqua Clausel avee une telle impétuosité qu’il le cb
et le jeta en désordre entre. le fort Jeantot et le grand ehem
D'Henin fit une charge brillante; mais les 40° et 13° mn
formèrent en bataillon carré et: le repoussèrent. Clervaux , suivi de quelques cavaliers, le poursuivit vigoureu
ment; d Henin se retourna avec fureur 5 et un combat singulier fs:
gagea entre ces deux guerriers qui sembrassaient au bal, 1l
avait pas cinq Jours. Clervaux, Île sabra et le: renversa "den
cheval. Les cavaliers français, honteux de leur fuite, -chargérents
de nouveau et dégagérent leur général Pendant cet intervalle, Pétion qui s'avançait, par la grande route, à la tête de la 48+e, pre
nait le fort P.'° Michel , et y trouvait toutes les pièces onals ee pat
les français qui avaient pris la fuite. Clervaux, au lieu de poursut
vre son avantage et d'entrer au Cap à la suite: des luyards , ëf
sait ses efforts autour du. retranchement de Jeantot. vigoureusem
défendu par le chef: de brigode Anhouil. IE donna au fort #
assauts. et fut sept fois repoussé. Le: colonel de la 46:e coloni
Jean Philippe Daut, noir, s'efforçait en vain, d'entever le poste
haut du Cap occupé par un bataillon 8e la garde d'honneur ducæ
pitaine-général. Le général Clausel, de son. côté, profitant dela
faute de Clervaux , ralliait les fayards et: dressait une batterie con
tre le fort Michel dont. s'était emparé l'adjudant-général Pétion.
obus et: les. bombes forcérent. les: indigènes: à: abandonner la posi
Pétion, ayant trouvé tous les canons: de: Michel: encloués, n'a
pu répondre au feu de l'ennemi. Clausel ordonna aussitôt: au gé
_ méral d'Henin, couvert de. blessures, de charger la 13e là 1èle des sa HISTOIRE D’HAUTI.—(1802) 847 | Has fette cavalerie, quoiqu’elle déployät Ja plus brillante vaeur, ne put rompre la 13.e coloniale qui reprit la position qu'elle
occupait avant le combat. En même temps, Petit Noël Prigre qui
avait assailli la place, du côté des hauteurs, était repoussé ave
perte. Le feu cessa de part et d'autre et les deux armées restérent en présence. Pendant le combat, des scènes horribles se passaient dans le sein de la ville du’ Cap. Les blancs, saisis de terreur,
déployät Ja plus brillante vaeur, ne put rompre la 13.e coloniale qui reprit la position qu'elle
occupait avant le combat. En même temps, Petit Noël Prigre qui
avait assailli la place, du côté des hauteurs, était repoussé ave
perte. Le feu cessa de part et d'autre et les deux armées restérent en présence. Pendant le combat, des scènes horribles se passaient dans le sein de la ville du’ Cap. Les blancs, saisis de terreur, assacraient tous les noirs et les hommes de couleur qui encemDraieut les prisons ; les pleurs et les prières des femmes. indigènes
n'avaient pu altendrir les soldats européens. En même temps la
xille reteutissait des cris déchirants des 1209. hommes de la 6.e co-
“loniale, noirs et jaunes, qui avaient été embarqués. Les matelots,
effrayés à la vue de tant de soldats indigènes qui voulaient, pré:
tendaient- ils, se rendre maîtres des bâtimens , poignardérent ces
infortunés désarmés , Aux cris de Tuons ceux qui peuvent nous tuer!
Leurs cadavres disparurent sous les flots. Le cemmandant Jacques
Clervaux fut aussi poignardé et jeté à la mer. Peut-on s'étonner des
vengeances exercées par les indigènes sur les français? Combien la
conduite du général Leclerc ne contraste t-elle pas avec celle que tint
Pétion au Morne Rouge, lorsqu'il renvoya ses prisonniers blancs.
Le capitaine-général embrassa avec ehaleur le colonel Anhouil qui
avait sauvé le Cap en repoussant les sept assauts que Clervaux
avait donnés au fort Jeantot. La défection de Pétion l'affligea
profondément. . Gonnaissant le tempérament de cet indigène , il
_pensa quil n'eût pas pris parti avec les insurgés, s’il n'avait été
certain du succès de son entreprise. Il monia au fort Jeantot , et
examina avec attention le camp ennemi. Il remarqua que les armes françaises avaient été arrachées aux drapeaux des 40.e et 43e.
— Ils combattent non seulement pour leur liberté, mais aussi pour
leur indépendance, dit il avec désespoir, au général Clausel dont
la physionomie sombre exprimait que la faute en était au premier
consul. Cen est fait, s'écriat-il, il n'y a plus de remède au mal.
Prophétie dont l'accomplissement: fu hâté par le gouvernement de
Ruchamheau. Cet évènement ajouta à la somme de ses ehagrins.
Il atiendit avec anxiété des nouvelles de Dessalines en lequel il
avait un reste de confiance ; il comptait toujours beaucoup sur le
général Christophe dont il aimait la franchise, Christophe, pendant le combat du 16 Octobre, était demeuré
“dans l'inaction à St Michel. Dans la nuit du 24 au 25 Vendémiaire (du 16 au 47 Octobre), il fit amener devant lui le colenel
Boyé et lui dit: « Je vous renvoie à votre général; dites lui qu'il
“est un audacieux sans expérience et sans foi; que je méprise les,
millions et les honneurs qu'il. m ‘offre pour que j'abandonne la cau:
se de mes frères. Quant à vous, colonel, si je ne respectais le
dreit des gens, veus ne reyerriez plus le Cap. », Le français, vit
iaire (du 16 au 47 Octobre), il fit amener devant lui le colenel
Boyé et lui dit: « Je vous renvoie à votre général; dites lui qu'il
“est un audacieux sans expérience et sans foi; que je méprise les,
millions et les honneurs qu'il. m ‘offre pour que j'abandonne la cau:
se de mes frères. Quant à vous, colonel, si je ne respectais le
dreit des gens, veus ne reyerriez plus le Cap. », Le français, vit 348 HISTOIRE D’HAITI.— (18023 sans crainta les sabres qui menaçaient ses jours se lever sur
tête. Christophe admirant son courage, lui fit servir un beau repas
et le fit conduire, escorté par un bataillon , jusqu'aux avant- post
français. Le 48 octobre, à la -pointe du jour, il arriva au
du Cap avec les fre, Q.e et 5.e coloniales: , et fit arracher à
drapeaux les armes françaises. Dés que Pétit Neël Prière l'apergt
il se précipila contre lui, plein de fureur, en l’apostrophant de tr
tre, d'assassin. Ses bandes , partageant sa rage, formérent
hurlant un cercle autour de Christophe. Celui-ci, à cheval,
une attitude majestueuse et pleine de résignation. Le sourire a er.
de ses lèvres témoignait tout son mépris pour ce ehef de bandes.
Il se saisit d'un de ses pistolets ét l'arma. Petit Noël Prière des
cendit de cheval, le sabre à la main, et s’élançca sur lui en. die
sant: I n'y a plus de français pour Le soutenir, à nous deux. Maïs.
les soldats de la 13.e, Pétion, Clervaux se placèrent entre les deux
adversaires, en criant: arrêtez ! arrêtez! Le désordre est à son
comble ; les baïonnettes se creisent ; on brandit les sabres ; Mes
piques se dirigent sur Christophe. Pétion élève ‘la vsix, et montre
à la multitude les blancs qui vont profiter de celte dissension. On
entre en explication. . Les bandes continuent à vociférer ; elles dem
dent la mortde Christophe. Où parier cependant à calmer l effervese
ce; Petit Noël Prière se relire à la tête de ses gens, en promettant
Christophe de régler plus ie Son compile. Christophe , hom
d'une haute intelligence, d'ordre et de principes sévères, nan
tardé à s'insurger avec .ses frères , que parce qu'il avait cru
les Sans Souci , les Macaya, les Petit Noël n'avaient pris les”
mes que müûs par linsunet “seul du pillage ; 1l ne “oulait pas
ranger du parti de ces hommes quil croyait incapables s-de con
voir une insurrection basée sur des principes d'ordre et de légali
Mais dès qu il avait vu Pétion et Clervaux livrer combat aux fr
çais, il n'avait plus hésité, déterminé à “combattre à la fois, säb
le fallait, et les blancs et Sans-Souci. Clervaux réorganisa la G.e
avec des cullivateurs , la plupart de la Marmelade, qui déjà,
grand nombre, avaient servi sous lui. Pétion eut sous ses ord
les 10.e et 18e. Geffrard demeura auprès de lui sans comman
dement. Christophe se tint toujours à la tête des 1.re, 2.e et5.e. Glen
vaux , eomme, le plus ancien des officiers supérieurs, prit le co
mandement , de toutes les troupes, et Petit Noël Prière se tint‘à
l'écart. à la tête de ses bandes. lis cérnérent le Cap por de tou
eûlés.
. De toutes parts les français n° apprenaient ue défections. Le
se vit obligé peur chasser les insurgés des hauteurs du Cap,
donner l’évaeuation du Port-de-Paix, du Borgne, etdu Fort Li
afin de grossir la garnison de la capitale. Le ‘général Brunet ,
mandant de la division du rose AP de Lacroix, com
Noël Prière se tint‘à
l'écart. à la tête de ses bandes. lis cérnérent le Cap por de tou
eûlés.
. De toutes parts les français n° apprenaient ue défections. Le
se vit obligé peur chasser les insurgés des hauteurs du Cap,
donner l’évaeuation du Port-de-Paix, du Borgne, etdu Fort Li
afin de grossir la garnison de la capitale. Le ‘général Brunet ,
mandant de la division du rose AP de Lacroix, com VE
CAT HISTOIRE 2e ÉATES 1 nu 349 ant du Fort Liberté, recurent l'ordre de rentrer au Cap île plus
t possible. Il devenait urgent de centraliser l'armée. Les hôpitaux
Ki. les poudres furent évacués sur l'ile de la Tortue. Toutes ces
“mesures augmen!lérent l’audace des indigènes auxquels Pétion, Cler- “aux et Christophe répétaient sans cesse queles blancs allaient bien-
“i0t abandonner St. Domingue. Leeierc annonça à la dbiotite l'insurrection de Pétion , de Clervaux et de Christophe par la proclamation suivante : Au nom du gouvernement Français.
7 quartier général du Cap, le 23 Vendémiaire an 11. (20 Octobre 1892.)
Le Général en Clef, Capitaine Général, Aux habitants de Si. PDomingue. Une insurrection inouie a été commise; des Jâches comblés des “bienfaits du gouvernement ent abandonné leurs postes pour se ren- "dre aux rebelles : ‘ils ont osé attaquer la capitale de la colonie, et. “déjà ils avaient calculé le pillage qu'ils devaient faire et désigné les “victimes qu'ils devaient immoler. Lis ont éié trompés dans leurs criminelles espérances. Tous les citoyens sont devenus soldats ; ils
“se sont réunis aux braves de l’armée de St. Domingue, et les reLd belles ont été repoussés avec une perte considérable. Dans ces cir_constances , pour ne point compromettre la possession de la colo- “nié, jai ordonné que l'armée se réunit dans les places capitales,
"que les hôpitaux et les poudres fussent évacués sur les points où
“ils peuvent être à l'abri de toute insulte; j'ai ordonné que les ciMioyens fidèles à la Franee fussent admis dans les villes où se rasL. Es semble l'armée: c’est là que nous attendrons les troupes qui nous
sont annoncées de France et qui nous SeC VITRE à reconquérir la
colonie et à punir les traîtres et les rebelles. Mais de ce que l'armée se eoncentrait, de ce que les scies ‘étaient évacués sur ia
Tortue, de ee que “des munitions et des vivres étaient embarqués, Y des malintentionnés ont cherché à induire que l'armée allait évaeuer St-Domingue, et ils ont répandu ce bruit : si l'armée se concentre, je vous en ai déduit les motifs; si les malades sont éva_eués sur la Tortue, c'est que la tranquillité si utile à leur réta- …Hissement leur est refusée au milieu du tumulte des aimes et que
“d'ailleurs, le local des hôpitaux était nécessaire pour Pétablissement des troupes et des manutentions. Si les munitions sont embarquées,
c'est quil n'existe pas au Cap un seul magasin à poudre et que
dans des circonstances comumne celles où nous sommes on ne doit pas
motifs; si les malades sont éva_eués sur la Tortue, c'est que la tranquillité si utile à leur réta- …Hissement leur est refusée au milieu du tumulte des aimes et que
“d'ailleurs, le local des hôpitaux était nécessaire pour Pétablissement des troupes et des manutentions. Si les munitions sont embarquées,
c'est quil n'existe pas au Cap un seul magasin à poudre et que
dans des circonstances comumne celles où nous sommes on ne doit pas “laisser l'existence de la ville à ia merci d'uu furieux. Si on embar. } 359 HISTOIRE D'HAITI.—(1802) - ue dés vivres, c'est qu'il faut fournir des alimans aux malades ët de
aux convalescens qui sont en grand nombre à Îa Tortue. En
soyez cales; éonfianee et ralliement au gouvernement; voilà quellé
doit être votre devise. L’arméé nous à promis de fe point vou 18.
abandonner; élle tiendra parole. | |
(Signé) LECLERC. Pour neutralisér l'effet des bruits que répandaient les: iciréti
avec quelle préeaution Leclerc ne rend-1l pas compte des mesures
qu'il est contraint de prendre par le développement prodigieux de >
l'insurrection ? 11 était abimé dans le chagrin; il voyait la eolonie
échapper à là Francé; ballotté par les passions fürieuses des colons, !
il ne savait plus quel système suivre; d'une autre part, il entendait.
sur $on épouse lès propos les plus scandaleux : celle-ci ne partageaite
pas ses douleurs et se livrait aux plaisirs sfns ménagement: , $on conseil privé lui, fit prendre une mesure des plus impolitiques. Comme l'armée française était considérablement affaiblies
at que la ville du Cap était bloquée par les iäsurgés, 11 déclara que tous
les émancipés de 1794 qui prendraiént les armes contre les révoltés. :
auraient leur liberté garantie. Cette déclaration ne pouvait qu 'ali-.
ienter l'insurrection; car la liberté générale avait été proclaméen
par la conveñtion iidlionalé, en 1794; exiger, pour être libre, duo
prit les armes Contre les révoltés , é'était déclarer que le déeret
la conveniion était révoqué. à Si Domingue , cominé à la: Étad ts EpE k
ét dans les autres colonies françaises. Depuis l'arrestation de Tous- |
Saint , ôn trailait les indigènes commé dans l’ancien régime ; mais
générale avait été proclaméen
par la conveñtion iidlionalé, en 1794; exiger, pour être libre, duo
prit les armes Contre les révoltés , é'était déclarer que le déeret
la conveniion était révoqué. à Si Domingue , cominé à la: Étad ts EpE k
ét dans les autres colonies françaises. Depuis l'arrestation de Tous- |
Saint , ôn trailait les indigènes commé dans l’ancien régime ; mais à présént, l'on faiseit des actes publies, dans la partie française,
qu consiataiént le rétablissement officiel de là servitude. L'insurréction élait donc plus que légitime. Les mattres des énanC QE
de 1794 sé présentaient à la Petite-Anse, et donnaïent gratuitement,
par acte notarié, la liberté à ceux de leurs ancièns esclaves qui.
voulaient s’enrôler. Le capitaine-général, au nom du gouvernement,
français, après avoir sanetionné les actes de liberté, s obligeait, at vu
rétablissement de là paix, à faire à chaque nouveau libre une cons
gession de quatre carreaux dé Lerre. ‘On avait eu les noue
libres de 1793 et de 1794 ; à présent on avait les nouveaux libres
de 1802 qui n étaient que ceux de 1793 et de 1794. « L'adoption
« de celie mesure extraordinaire , dit Delattre, n'était pas d'ailleurs,
de la compétence du capitaine- général. Ellé ne pouvait émane
que de l'autorité souveraine. En accordant la liberté à une por
tion plus ou moins considérable de nègres , c'était dé rEE
que la volonté du gouvernement suprême était que les
nègres réntreraient dans l'esclavage lors de là pacifieation. Rien. ;
v'était sans doute plus impolitique , se trouvant säns force pt Ji
cememander l'ébsisanes. 6e moyen, hien loin de meitre 1
Ellé ne pouvait émane
que de l'autorité souveraine. En accordant la liberté à une por
tion plus ou moins considérable de nègres , c'était dé rEE
que la volonté du gouvernement suprême était que les
nègres réntreraient dans l'esclavage lors de là pacifieation. Rien. ;
v'était sans doute plus impolitique , se trouvant säns force pt Ji
cememander l'ébsisanes. 6e moyen, hien loin de meitre 1 À à À À A & + HiSTOIRE D'HAÎTI, (1802) # 381 vision parrai les révoltés , devait augmenter leürs forcés, par la
Lun de ceux qui ne seraient point admis à jouir de. la liber
_sæ te. e capitaine. général n'a dû consentir à cette mesure extra:
Ps qu'à la très-grande extrémité, et sous le seul point de
$ vue de laisser , après le dépärt de l'armée, une cause de guérre
« eutre les nègres. >. |
Le citoyen Wante qui en 1805 publia un ouvrage sur [limportanee
colonies françaises occidentales, et particulièrement sur celle dé
Saint. Domingue qui était déjà un état indépendant sous le nom
d'Haïti, fut nommé alors sous préfet du département du Sud. Le
or Jacques Marquet Montbreton Norvins le rémplaça dans les
bnchions de secrétaire général, de ;la préfecture. |
1e 55 jaune ne cesail ses ravages. La eolenie entière était dépour Îles blancs, un vaste sépulere. La peste enlevait cha.
4 "56 deux où trois eenis européens. La physionomie des
Y ie était affreuse ; l’on voyait peinte sur les traits des européens :
erreur de la mort ont l'effronterie du désespoir. L'on trouvait
morts dans leurs lits ceux qui la veille avaient assisté à de brillan:
tes fètes. Les français, effrayés d'un avenir si sombre, et sans
poir de vivre longiemps encere, se livraient avec excès à toutes
sortes de jouissances , et hàâtaient eeite mort sans gloire qu'ils éyaient |
avec tant d'horreur. Les officiers s’'adonnaient ardeimment ‘au jeu , au
Jibertinage ; à la table. Dansant, chantant à bord des bâtimens dé
ierre, le jour pavoisés et la nuit iiluminés, ils bravaient la maladie et descendaient au tombeau au sein des plaisirs. Pauline BonaDue. oubliant les souffrances de son époux que les évènements avaient
plongé. dans une sorte de désespoir, donaatt l'exemple de ce dérégle- *
ment. Le général Humbert, l'officier le plas beau de l'armée française,
2. loujours à ses côtés. Les habitans du Cap le lui donnaïent peur
ant.
… Le glas n'annonçait plus les derniers moments des Désir é8 ilne
faisait plus de magnifiques funéraiiles. Le nombre des morts
| tel que le capitaine général défendit de les “enterrer .le jour,
Jour que les vivans ne fussent pas territiés. Pendant la nuit, des
voitures transportaient les cadavres hors des villes, et les jetaient ,
pôle inèle et nus, dans de larges fosses communes. Où les couvrait de
Chaux vive ; leurs vêtemens étaient brûlés. Quelquelois la lugusre
chavetie recevait les pestiférés avant qu'ils eussent réndu a vie , el
désourdes: plaintes sortaient de la foule des morts. L'on vit même
devces malheureux, déjà couverts de terre, se lever tout à coup et deMmiander à vivre. Les cadavres restaient souvent sans sépultare , jusqu au
jour étendus le long des fosses ; et des rats que cette pâture attrait, em
d nombre, venaient les manger, lorsque les fossoyeurs se retiraient,
| midi, pour prendre un peu de repos Des passants voyaient
quelquefois des eerps se remuer seus les, morsures. Ce fui au æi-
vit même
devces malheureux, déjà couverts de terre, se lever tout à coup et deMmiander à vivre. Les cadavres restaient souvent sans sépultare , jusqu au
jour étendus le long des fosses ; et des rats que cette pâture attrait, em
d nombre, venaient les manger, lorsque les fossoyeurs se retiraient,
| midi, pour prendre un peu de repos Des passants voyaient
quelquefois des eerps se remuer seus les, morsures. Ce fui au æi- » - \ 852 er | HISTOIRE p'HAITI.—(1807). lieu de ces Le calamités qu’éclatèrent avec le plus d'énergie tà
charité et le courage des femmes noires et de couleur. Elles prodiguaient, avec le plus noble désintéressement , toutes sortes de soins!
aux malades , : se vouaient au serviee des hôpitaux , et bravaient la
mort sous des toils pestilentiels. L'armée française avait déjà per=
du, en l'espace de neuf mois, 24,000 hommes, tant par le fer. ques
par la peste. * Guatorze généraux avaient été enlevés par la maladies
Le général Dugua, homme de vertu et d’un rare courage, vieillard sep=
tuagénaire , soldat d’Htalie et d'Égypte, était mort dans la nuit du
24 Vendémiaire, 16 Octobre, blamant les actes sanguinaires dé son
- gouvernement , ‘et déplorant la perte dela colonie. Le soldat euros
péen étall devenu morose ; il avait perdu sa gaiété; 1} combattait par.
devoir, mais non” plus pour la gloire. Quinze cents officiers de terre
et de mer, 1,000 matelois avaient été moissonnés par la peste. Des
demi-brigades entières avaient disparu. Quarante huit passagers are
rivés sur un navire de Bordeaux, pour faire fortune à la suitedes
l'armée, furent enlevés par le flcau le jour de leur débarquemeutk
au Cap. De tous côtés les français étaient foudroyés, dans les
mornes, dans les plaines, dans les villes, en mer! Onles Vo:
yait, en pleine santé, s'arrêter tout à coup, trébucher, vomir um
sang noir, et tomber en appelant sur St. Domiugue, qu'ils nous
maient le tombeau des français, toutes les malédictions du ciel
Quelquelois les indigènes les croyaient ivres,. et, au lieu de leu
donner de prompts secours, riaient de leur iatempérance. En pés
néral, ceux qui étaient atteints de la maladie ressentaient de ‘04
lentes douleurs de tête, éprouvaient une soif ardente. Leurs yeur
se desséchaient ei s'énfonçaient ; le visage s’enflammait; los gen ci
devenaient noires ; la peau prenait une teinte jaune foncée “et l'haS
leine devenait infecte. Le délire commençait alors ; le malade re 11
dait par la bouche du sang à gros bouillons ; ; ordinairement au bout. |
de trois Jours il succombait. + Leclerc, ellrayé des progrès de l'insurrection , commanda l'arresl
tation de tous les indigènes suspects. La révolte de Pétion et de
Clervaux amena la proscription de la plupart des officiers de cot :
leur encore fidèles à la France. 800 hommes, gendarmes indie
nes et soldats de la ‘7.e coloniale, furent noyés dans la baie de
Mancentile. Le commandant Philippe Guerrier, chef du 3.e batai
Le de Et 1,6: “ sau va HIAUIEGeUEnS ét alla June a sur
tation de tous les indigènes suspects. La révolte de Pétion et de
Clervaux amena la proscription de la plupart des officiers de cot :
leur encore fidèles à la France. 800 hommes, gendarmes indie
nes et soldats de la ‘7.e coloniale, furent noyés dans la baie de
Mancentile. Le commandant Philippe Guerrier, chef du 3.e batai
Le de Et 1,6: “ sau va HIAUIEGeUEnS ét alla June a sur * D'après Pétat des forces expé édiets pour Saint-Domingue, en 1802 et
en 1203, dressé par le général. Pamphile de Lacroix, sur ab pièces a
thentiques, il est arrivé dans notre pays 35,132 hommes portant fusil
sous Leclerc, et 20,000 hommes por fusils , sous _ Rochambeau ; 4
tout 55,132 homines, €en-lespace de 2e mois LINE | . x # HISTOIRE D'HAÏTI. 1. (1808) 458 e td de guerre étaient devenus-des prisons flottantes où étaient étouffés,
dans les cales, des noirs et des hommes de couleur. L'on vit ces
pendant des officiers de marine prendre en commisération le sort de ces Infortunés , et leur offrir des moyens d'évasion: Le citoyen Jurrien, capitaine ‘de frégate, en stalion au Port Républicain, avait
réçu à son bord, pour qu ile fu noyer, un æfficier de ceuleur ,
Dupuche , de l’ancienne légion de l'Ouest. Jurrien lui dit :me recon- | méissez vous ?—Non répondit l'indigène.—Je suis Jurrien ; cet offitier déwmarine que vous avez blessé en duel, il y a douze ans ; vous
souvenez-vous de cette cireonstance ?— Très bien.— Vous êtes un brave,
épliqua Jurrien ; vous ne méritez pas le supplice auquel l'on vous
envoic; soyez convaincu que vous neltrouverez pas en moi un bour-
+. vous saurez quil y a encore à St. Domingue, parmi les franais, des âmes sensibles, et que ces tigres qui s’abreuvent de votre
sang me font aussi horreur. Il embarqua Dupuche clandestinement ;
comme passager sur. un bâtiment marchand qui se rendait en Europe.
mOn a vu que Leclerc avait ordonné 4 concentration au Cap de toutes les troupes eantonnées à l’ouest et à l’est de cette ville. Le général Pamplhile de Lacroix commandait le quartier du Fort Liberté. Sambiigade occupait le terrain compris entre Caracele et Laxabon: IMavait en outre, sous ses ordres, eent grenadiers de la 77° de ligne,
qui occupaient le fort Delpuech et étaient bioqués par les bandes
dunnommé Charles Bauduy. Gelui-ci, il n'y avait pas longtemps,
aMaitnabandonné cs français, La garnison du Fort Liberté était forte de 609 homines de troupes coloniales et de 300 soldats européens.
Pamphiie de Lacroix, quoiqu F eût reçu l'ordre d'évacuer la ville , le plus tôt possible, ne put se résoudre à abandonner à la merci de insur2 gés Les soldats de occupaient le fort Delpuech: Un ancien colonel de
“4% demi-brigade coloniale ; Toussaint Brave, qui était dans la place, 2 |
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était forte de 609 homines de troupes coloniales et de 300 soldats européens.
Pamphiie de Lacroix, quoiqu F eût reçu l'ordre d'évacuer la ville , le plus tôt possible, ne put se résoudre à abandonner à la merci de insur2 gés Les soldats de occupaient le fort Delpuech: Un ancien colonel de
“4% demi-brigade coloniale ; Toussaint Brave, qui était dans la place, 2 |
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l À Jui avait toujours témoigné beaucoup d attachement. * Connaissant
“sirare intrépidité , Pan: phile de Lacroix lui offrit de le faire nommer chef de Îa légion de gendar nerie, s'il voulait dégager. la garmson du fort Delpuech et la ramener au Fort Liberté. Ce fort était à six lieues dans l'intérieur. Toussaint Brave partit à Ha tète
de400 hommes de troupes coloniales, arriva à Delpuech , en dégagea la garnison, et rentra avec elle au Fort Liberté, après douze
heures de marche, au travers de nombreuses e embuscades. Pamphile de Laeroix se disposait à évacuer la place avec quelques compagnies Ce Toussaint Brave, officier noir , s’anpelait d'abord simplement Toussant Après la bataille de "Frianon contre les Anglais, en 1797, “'ous- “saint Lonverture passa <es troupes en revue et les complimenta sur leur | bonne cenduite. Quand il arriva devant le Ler régiment du Cap, qui
létait brillamment conduit dans l'action, il dit au colonel Toussaint qui
commandait ce corps : Veus êtes Toussaint-le-Brave. Depuis cette épôpl s . à
que, on ne l’appela plus que "Foussaint Brave.
la bataille de "Frianon contre les Anglais, en 1797, “'ous- “saint Lonverture passa <es troupes en revue et les complimenta sur leur | bonne cenduite. Quand il arriva devant le Ler régiment du Cap, qui
létait brillamment conduit dans l'action, il dit au colonel Toussaint qui
commandait ce corps : Veus êtes Toussaint-le-Brave. Depuis cette épôpl s . à
que, on ne l’appela plus que "Foussaint Brave. |
pi
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| | L1 :
LA 1884 HISTOIRE D’HAITI 1802)
des 4°, 5° et 7° coloniales et avec 400 soldats européens ; quand,
apprit que Toussaint Brave et les troupes indigènes refusaient de s’en,
b2rquer. Ge colonel , en rentrant au Fort Liberté, avait été instruitdess
noyades du ‘Cap pendant le combat livré par Clausel à Pétion et
Clervaux. ‘Pamphile de Lacroix réunit au palais du gouverneme
ious les officiers indigènes et leur demanda énergiquement le me
de leur refus de s'embarquer. Toussaint Brave lui répondit: « M
ne voulons plus servir un gouvernement qui assassine nos frères”
pendant, général, nous vous estimons, nous ne nous opposeronspi
à voire embarquement.» Il sortit du palais, suivi de ses compagne
d'armes, Pamphile de Eacroix fit battre la générale. Les trou
coloniales s’emparèrent aussitôt de la redoute qui couvrait le poste
Laxabon. D'un autre côté les troupes européennes et la garde“
tionale se retranchèrent au grand fort de la ville, nommé Damme:
en l'honneur du général qui y avait été enseveli. * Les: franc
se mirent ensuite en bataille sur la place d'armes. Is se w
tout-à coup abandonnés de la plus grande partie de la garde nation
et des douze guides noirs de Pamphile de Lacroix. Ne pouvait
emporter toutes leurs munitions de guerre et de bouche, ïls dé
sirent quatre-vingts milliers de poudre, une quantité vrodigieuse”
viande salée, de biscuits, d’eau-de vie. Les pertes s'élevèrent à
millions de franes, Le Fort Dauphin était ie dépôt général des
provisionnemens de l'armée. Pamphile de Lacroix s’embarquas
être inquiété avec une cinquantaine de familles indigènes quivavai
toujours été dévouces aux français et qui craignaient Les vengeancess
insurgés. Dans le court trajet qu'il fit pour se rendre au Caps
perdit sur 250 malades européens 66 hommes. Tonssaint Brave
possession de la ville. 11 reconnut aussitôt l'autorité de Sans-Soucb,)
chef des bandes de l'intérieur. Dès que le général Pamphile arr
au Cap, le capitainegénéral se jeta dans ses bras en lui disant
« Général, quavez-vous fait? vous arrivez .avec une populationn
« couleur quatre fois plus nombreuse que les détachemens europé
a que vous ner:menez; Vous ne savez don? pas que ce sont des tigres,
« des serpens que vous apportez dans notre sein. »** Leclerc“
reprochait indirectement de n'avoir pas noyé tous ces infortumés
cependant avaient toujours prodigué leur vie pour la France. M
s'était lancé dans une voie de sang ; il n y avait plus d'autre moi
de gouverner que par l'extermination. D |
Aussitôt après l’arrivée de Pamphile de Lacroix, Leclerc recuba
fausse nouvelle de la marche de Clervaux sur St. Yague. I! ordonna
aussitôt à Pamphile de Lacroix de se rembarquer avee un bataillon,
tous ces infortumés
cependant avaient toujours prodigué leur vie pour la France. M
s'était lancé dans une voie de sang ; il n y avait plus d'autre moi
de gouverner que par l'extermination. D |
Aussitôt après l’arrivée de Pamphile de Lacroix, Leclerc recuba
fausse nouvelle de la marche de Clervaux sur St. Yague. I! ordonna
aussitôt à Pamphile de Lacroix de se rembarquer avee un bataillon, * C’est ce même général Dampierre qui avait fait les deux campaghés,
d'Italie. | |
** Pamphile de Lacroix, mA: ne, Histoire D’HAITI—(1802) 855 de la 77° de ligne ,et d'aller soulever contre les insurgés du Nord
Médépartement de Cibao. Dès que les français arrivèrent à MonteChrist, les indigènes-espagnols accoururent en masse au devant d'eux,
MPamphile de Lacroix qui avait apporté 2,000 fusils et 400 sabres
forma une infanterie de 1,800 hommes et une cavaleaie de 300 hommes. [Il apprit alors que c'était Toussaint Brave qui s'était présenté
Mans le département de Cibao, livrant tout à feu et à sang. Toussaint Brave voulut tenter le passage du Schannon pour traverser en:
Msuité le grand Yaque et pénétrer à Monte Christ. Mais il fut repoussé
avec perte, à la Passe, par la milice de cette ville et la 77°! Il retourna
au Fort Liberté. Les indigènes du Nord occupaient une immense
étendue dont le haut du Cap étaitle centre : Capoix, dans les mornes du
Port du-Paix ,; Sans Souci et ses bandes à la Grande Rivière ; Glervaux ;
Æhristephe, Pétion au haut du .Eap, Charles Bauduy fet Toussaint
Brave au Fort Liberté. L’insurrection avait pris un caractère d’uné
haute gravité. L'idée de brigandage ne lui était plus associée depuis
que Clervaux, Pétion et Christophe étaient à lajtête du mouvement,
dans le Nord. | ‘ s}
ix, dans les mornes du
Port du-Paix ,; Sans Souci et ses bandes à la Grande Rivière ; Glervaux ;
Æhristephe, Pétion au haut du .Eap, Charles Bauduy fet Toussaint
Brave au Fort Liberté. L’insurrection avait pris un caractère d’uné
haute gravité. L'idée de brigandage ne lui était plus associée depuis
que Clervaux, Pétion et Christophe étaient à lajtête du mouvement,
dans le Nord. | ‘ s} “Le général Leelerc tomba sérieusement malade. Le retard de Brunct linquiétait considérablement : il croyait que ce général avait été
exterminé par les insurgés. Mais Brunet n'était en retard que parcequ'il
avait mieux compris que Famphile de Lacroix le système d’extermimation, mis en pratique par le capitaine-général. Il était au Portde Paix où il traitait magnifiquement le général noir, Maurepas. Il
Jui _promit toutes sortes de faveurs de la part du.4* Consul qui était,
|disait-il, l'admirateur de ses talens militaires et de son grand courage:
Maurepas recevait avec reconnaissance ces témoignages d'affection, et
Hgnorait quil fut la viciime qu’on devait: immoler sur lautel, après l’avoir couverte de bandelettes d'or et de guirlandes. Les
Bénéraux français ne pouvaient .pardenner à célui qu'ils nommaient
un"barbare de les avoir constamment battus, lors de l'arrivée de
Pexpédinion. Brunet avait conçu le projet le plus atroce dans l’espour. de se rendre maître de l'argent que possédait Maurepas. D'après
les ordres qu'il avait reçus de Leclerc, il ordonna l'évacuation du
Port-de-Paix. Le chef de bataillon Réné Vincent, plusieurs compagnies de la 9° coloniale demeurées fidèles aux français , beaucoup
dé femmes, d’enfans noirs et jaunes, Maurepas, sa famille, s'em-.
barquèrent sur plusieurs bâtimens de guerre qui étaient en rade.
Dès que la brise gonfla les voiles, les navires gagnèrent le canal de
la Tortue. L?, les français désarmèrent les indigènes , les poignarIdérent et précipitèrent leurs cadavres dans les flots. À bord du vaisseau amiral; où se trouvait le généal Brunet , se passait une scène hormible: Maurepas avait vu avec horreur et désespoir poignarder Réné
Mineent. Il appelle Brunet qui ne lui répond pas. Il est lui-même
aussitôt saisi par plusieurs matelots, dépouillé avec une rage lïré-
Tortue. L?, les français désarmèrent les indigènes , les poignarIdérent et précipitèrent leurs cadavres dans les flots. À bord du vaisseau amiral; où se trouvait le généal Brunet , se passait une scène hormible: Maurepas avait vu avec horreur et désespoir poignarder Réné
Mineent. Il appelle Brunet qui ne lui répond pas. Il est lui-même
aussitôt saisi par plusieurs matelots, dépouillé avec une rage lïré- | È * À 356 | HISTOIRE D'HAITI.—(1502) £
nétique et lié au grand mât. Les officiers français demeurèrent
stupéfaits en voyant l'air calme ‘et résigné de ce guerrier, le cou
rage surhumain de son épouse qui l'exhorlait à mourir en héross
Maurepas vit pendre aux grandes vergues sa femme et ses enfans!
Des paroles insultantes lui sont adressées; mais ses lèvres n'expris
ment que l'indignation qu'excitent tant de forfaits. Tu ne parles
pas, s'écria celui qui devait remplir l'office de bourreau ; nousste
ferons pleurer. On le flagelle; c’est, disent les infâmes, le supplicerés
servé aux esclaves. Puis on fixe sur ses épaules par de longs clous”
deux épaulettes de général de division. Pas une larme ne roule sui
les joues de Maurepas, pas une plainte ne sort de sa bouche:
soleil est bien ardent, dit le commandant du bord; donnez au géné”
ral divisionnaire Maurepas une coiffure digne de son haut rang. Un
matelot cloue sur la tête de la victime un chapeau à cernes galon=
né. Les yeux du patient se ferment pour ne plus s'ouvrir. Alors
une voix s'écria sur le tillac: « le général Maurepas , pour ax
conspiré contre la République Française sa bienfaitrice , sera noyé:
On jette à la mer son cadavre, qui est entraîné sous les flots par
un boulet. * Est-il surprenant que les noirs etles hommes decous
leur aient usé de représailles envers les blancs? Les européens
n'étaient ils pas plus coupables que les indigènes? La servitudeaw
rendu cruels ces derniers, tandis que les premiers sorts des
gions des plus civilisées du monde avaient sans cesse sur les lèx:
les mots d'humanité , et se glorifiaient d'être à la tête des progrès
l'esprit humain. Le.général Brunet, au lieu de rentrer au Caps
plus tôt possible, comme ïl en avait reçu l'ordre, continua à
livrer, dans le canal de la’ Tortue, au meurtre et au pillage. S
retard hâtera la mort du capitaine-général Leclere. Le gouvernem
condamnera ses lenteurs , mais non ses crimes. # La prise d'armes de Pétion, de Clervaux et de Christophe donne
de l'unité à la marche de l'insurrection. Nous découvrirons p
à peu une direction commune dans les efforts des populations im
gènes. | LU & Pet # Pamphile de Lacroix, au sujet de Maurepas, dit seulement qu'il
arbitrairement précipité dans les flots. : D LIVRE TRENTE-UNIÈME. 190%. Sommaire. Conduite de Dessalines à l’évard des français et des insurgés , aussitôt
après l’arrestation de T'oussaint.—Son attitude à Plaisance envers les français. —
Ii déconcerte par son sang-froid les insurgés des mornes de Plaisance qui vouaient l’assassiuer.—[l se transporte au Gros-Morne.—Julien Labarrière extermine.
précipité dans les flots. : D LIVRE TRENTE-UNIÈME. 190%. Sommaire. Conduite de Dessalines à l’évard des français et des insurgés , aussitôt
après l’arrestation de T'oussaint.—Son attitude à Plaisance envers les français. —
Ii déconcerte par son sang-froid les insurgés des mornes de Plaisance qui vouaient l’assassiuer.—[l se transporte au Gros-Morne.—Julien Labarrière extermine. la population blanche de ce bourg.— Dessalines arrive sur l'habitation George. — … I! renvoie aux Gonaives, les officiers français qu'il rencontre à George—Il
pénètre aux Gonaives , et déconcerte par son fsang-froid , l’adjudant-général Huin
qui voulait l’arrêter.—[l part pour la Petite-Rivière de l’Artibonite féignant d’alnier combattre les brigands. —Il se soulève contre Îles français. à la Pétite-Rimvière de l’Artibonite —Il contraint le calonel Andrieux à évacuer, sur $t: Marc,
le fort de la Crète. à Pierrot.—Gabart, Comus et Labarrière attaquent les Gonaïi- ….ves —1ls se reñhdent maîtres de cette ville —Dessalines y arrive —Lettre de Des- ….salines au général Quentin , commandant de St Marc — Les français évacuent les
Verreites sur St-Marc.—Massacre de la 12e coloniale à St-Mare. —Dessalines bassièce St-Marc.—I[l ordonne , en vain, à Larose de le seconder. — Il est re. mpoussé—Il se retire à l’Artibonite—[|l réorganise ses troupes. —Ses promotions, Son mode de recrutement.—Les indiwènes prennent la dénomination d’Incas ou fils du Soleil—Eiat du département de Cibao—Daut Brave battu à Sanjou par le commandant Gotro—Pétion, Christophe et Clervaux attaquent de
nouveau le Cap.—[ls sont contenus par Clausel qui se tient sur la défensive. Mort de Leclerc —Le vaisseau le Swifishure transporte ses restes en France, …—Ses dépouilles mortelles sont placées au Panthéon —Hector Daure, Latouche
Tréville et Clausel annoncent à la colonie, par une proclamation, la mort
de Leclerc—Rochambeau proclamé Capitaine-Général de la colonie. — Cérémonie de son avènement ,au Port-Républicain.—Le général Watrin prend le com.
mandement des départemens de l'Ouest et du Sud.—Rochambeau se transporte
qu Cap.—Il annonce à l’armée qu’elle ne demeurera plus sur la défensive. … 858 HISTOIRE D’HA1TI.—(1802) Réorganisatiôn des trounes européennes.—Force effective de l'armée française =
Neterwood commandant de la gorde d'honneur de Rochambeau, — Mutations dans”
les commandemens —Brunet remplace Watrin dans le commandeinent des dé”
partemens de l'Ouest et du Sud-—Etat de la colonie—Formation des troupes
franches où chasseurs, eréoles.—Poitrait de Rochambeau.—Capoix fait attaquer
le Môle.—Beau fait d'armes des indisènes.—Pétion va chercher des munitions
au F'ort Liberté — Christophe attaque los français au carrefour du Limbé ; «al “É
repoussé —Les français évacuent ce point.—Clervaux , Christophe, Pétion de
donnent le haut du Cap.—1Ils se retirent dans l'intérieur. —Rixes entre Christie
où chasseurs, eréoles.—Poitrait de Rochambeau.—Capoix fait attaquer
le Môle.—Beau fait d'armes des indisènes.—Pétion va chercher des munitions
au F'ort Liberté — Christophe attaque los français au carrefour du Limbé ; «al “É
repoussé —Les français évacuent ce point.—Clervaux , Christophe, Pétion de
donnent le haut du Cap.—1Ils se retirent dans l'intérieur. —Rixes entre Christie phe et Sans-Souci. —Jean-Philippe Daut part pour, l'Artibonite—Pétion se réndn
à la Petite-Rivière de l'Artibonite.—[l reconnait l'autorité de Dessalines.— Clw |
sel attaque le Fort-Liberté, et s'en empare sur Daut Brave.— Défense faite "aux"
fonctionnaires d'abandonner la colonie-—HLiarose s'empare sur. les français \de“æ section dau Boucassin , à l’Arcahaie.—Combat de Robert—Larose fait prospérern
la A de lATrCabare —— Expédition de la baie de Manceniile — Expédition
insurrection.—Œtat des partis indigènes, en hos" tilités entre eus mais énibatratt tous les français. “4 Nous avons lJaissé Dessalines s’acheminant vers Tr AH ES apré
avoir révélé à Pétion, à la Petite Anse , les projets d'extermination du
capilaine-g général Leclerc. Il s'attendait à chaque instant à ee
la nouvelle de l'insurrection des généraux Clervaux et Pétion; et pres
que certain d'être soutenu dans son entreprise par les officiers supé-.
rieurs de couleur des troupes coloniales , il se résolut à se prononcer
enfin contre les français, lui qui depui is l'arrestation de Toussaint “|
conspirait contre eux si activement. Pour détruire les blancs , tout
en paraissant servir leur cause, et pour armer les insurgés quil
combattait cependant, il avait suivi un plan perfidement combinés
Quand il partait de St. Marc ou de la Petite Rivière de l’Artibonrten
pour s'élaneer contre les révoltés, il était toujours à la tête d'une
division dont les troupes européennes formaient l'arrière-garde. Comme
il entretenait,.le plus souvent, des intelligences avec les chefs des”
insurgés , 1l pénétrait, à dessein , dans des gorges remplies d'embus=
cades. Les troupes coloniales qui formaient son avant-garde traver=m
saient les embüches sans obstacle; mais le plomb le plus meurtrier,
abattait les blancs de l'arrière: garde. Il rentrait à St. Marc ouaux
Gonaïves avec les débris des troupes européennes, démontrant con
les brigands a plus violente fureur, et demandant énergiquement
nouveaux soldats blancs , des armes et des munitions , pour pOursuivren
les rebelles dont il promettait toujours la prochaine exterminations
Après chacune de ses courses , il laissait cachées dans les bois
plupart des armes qu'on lui avait confiées , et les insurgés s’en em
paraient. Il pendait comme brigands, au nom de la France, tous”
les cultivateurs qui, à sa Connaissance, étaient dévoués au gouverne 16
ment, et il accordait de grandes faveurs à ceux qui, partisans de LE b
surrection, n'attendaient que sa prise d'armes pour se soulever. Les”
généraux Leclerc, Brunet, Dugua, iClausel, Quentin, Fressinet s
art des armes qu'on lui avait confiées , et les insurgés s’en em
paraient. Il pendait comme brigands, au nom de la France, tous”
les cultivateurs qui, à sa Connaissance, étaient dévoués au gouverne 16
ment, et il accordait de grandes faveurs à ceux qui, partisans de LE b
surrection, n'attendaient que sa prise d'armes pour se soulever. Les”
généraux Leclerc, Brunet, Dugua, iClausel, Quentin, Fressinet s < # HISTOIRE D'HAITI,— (1807) 889. avaient élé ainsi trompés par ces apparences d'un vrai dévouement.
Quand 1 arriva à Plaisance, sortant du Cap, il trouva le colonel
de là garnison européenne de ee bourg dans une forte indignation
contre les hommes de couleur. Ce ia ne: pouvait trouver pour
rentrer au Cap, un seul d'entre eux qui voulut lui servir de guide:
l'était enveloppé par l'insurrection, et il se voyait sur le point d’être
emerminé. Il disait hautement qu il préférait les noirs aux mulâtres,
quil rencontrait en les premiers des ennemis ouverts tandis que les
derniers n'usaient envers lui que de perfidie. Histaliues conserva
encore envers. les français son attitude de zélé serviteur, et leur
promit, en quittant le bourg, qu'il les dégagerait des bandes qui les
assaillaient. Dès qu'il se fut éloigné de moins d'une demi lieue de
Plaisance, il fit distribuer aux Cult (eurs 500: fusils neufs et mille
“cartouches. Continuant sa marche il atteignit les mornes, laissant
lein derrière lui le détachement. de la 4° coloniale qui l'accompagnait ,
commandé par Gabart. 11 n'était précédé que de quelques guides.
Hfut tout-à-coup enveloppé par les bandes de Cagnet et de Jacques
Tellier qui, le croyant encore fidèle aux français, voulaient l'arrêter.
Dessalines, marchant au fond d’un ravis, était sur le point de subir
le sort de Jarartinière. Il s'aperçut que les takos se disposaient
à lancer sur lui d'énormes pierres. Il leur fit signe. de l'entendre.
Hs lui répondirent en hurlant non ! non ! nous ne traitons pas avec
les blancs. — Regardez ma face, s'écria Dessalines avee force ! Suis-je
blanc? Ne reconnaissez vous pas le soldat de la rète-à-Pierrot ?
Etais je blane- à la Petite: Rivière de PArtibonite, à l'arrivée de lexpédition ? Interrogez ces mornes couverts d'ossemens français. Es vous.
nonmeront Pessalines le héros de ees trophées.» Les congos étonnés de
son audace, et conservant un reste de respect pour le nom de Des:
salines, le laissèrent passer. Dela, il se rendit au Gros Morne dent
les environs étaient en insurrection. Les insurgés avaient à leur tête
Paul Prompt, homme de couleur, ainsique Magny, noir, que Leclerc
avait nommé commandant de cetle commune. D'après les. ordres
quil avait reçus du capitaine général, Dessalines commanda à la garmison de gagner les Gonaïves. El avait placé en RE sur là
grande route Julien Labarrière, noir. Les blancs , peine sortis.
du bourg, furent assaillis et massacrés jusqu'au per Pendant
le combat un bataillon de la légion expéditionnaire qui avait évacué
St. Michel, et qui n'avait pu pénétrer au Cap, entra aux Gonaives.
La garnison européenne de Plaisance, ayant abandonné ce bourg
pour se rendre aussi en cette ville, fut en partie exterminée.
ke général Vernet, homme de couleur, qui commandait larrondissement des Gonaïves, avait établi son quartier-g cénéral près de l'habitation Pougaudiu. I attendait, pour agir contre les blanes, les ins:
téuctions de Dessalines. Celuici vint auprès de lur et hti apprit
qu'il avait laissé les Fans au Cap ; dans les plus vives inquiélu
aisance, ayant abandonné ce bourg
pour se rendre aussi en cette ville, fut en partie exterminée.
ke général Vernet, homme de couleur, qui commandait larrondissement des Gonaïves, avait établi son quartier-g cénéral près de l'habitation Pougaudiu. I attendait, pour agir contre les blanes, les ins:
téuctions de Dessalines. Celuici vint auprès de lur et hti apprit
qu'il avait laissé les Fans au Cap ; dans les plus vives inquiélu 880 HISTOIRE D'HAÏTI. (1802) 4 des. Beaucoup de familles blanches , noires aise fuyant les brigands, rentraient en foule aux Gonaïves. Dessalines pénétra.aneg
200 hommes de la 4° sur l'habitation George où Toussaint avait été arrêté. Il vit la grande case de habitation remplie de soldats eure=
péens qui se mettaient sur la défensive. Sa femme qui monta dans un cabrouet chargé de ses bagages, se disposait à rentrenen ville. Le chef de bataillon Gabart s'approcha aussitôt d'elle et lue dit; « descendez, ma sœur; * nous sommes maintenant avec VOUS.
qu'avez vous besoin d'aller en ville. » Je fuis les takos ,;-répondit-elles
l'on dit qu'ils vont assaillir l'habitation. —Demeurez avec nous,masœur, ! les takos ne sont plus des brigands. L'on fit dételer les chevaux des cabrouets, et madame Dessalines rentra dans la maison , très-contra#
riée de ne pouvoir se rendre aux Gonaïves. Il y avait à George une
foule d’ofliciers supérieurs français entre autres plusieurs de ceux qui
avalent arrêté Toussaint Louveriure. Les soldats de la 4° colomialé
voulaient tout de suite s’insurger, et demandaient à arrêter les blancess
Mais Dessalines qui n'avait pas encore donné ses instruclions au
général Vernet, contint leur fureuret commanda à la garnisoguropéess ne, d'après les ordres de Leclerc, de rentrer aux Gonaïves. Le bata1Honn français, sous les ordres du colonet Pesquidou, et les officiers supérieurs
blancs se rendirenten cette ville, où commandait alors l'adjudant-général
Huin. Celui-ci apprit par les troupes qui arrivaient de George que
Dessalines se disposait à se snulever. Il se résolut à l'arrèter. Dessalines entra aux Gonaïves. Les habitans de cette ville étaient dans toutes sortes dalarmes;s les uns s'armaient et se ralliaient aux troupes ; d'autres transportaient à bord des navires en rade ce qu'ils avaient de plus précieux. On annonçait à chaque mstant
approche des brigands. Avant de se rendre au bureau de la place; Dessalines se transporta chez Île ciloyen Simon Duvrai, homme de couleur, qui l'avertit qu'on se disposait à l'arrêter: Ils'élancæ
aussitôt sur sun cheval, alla droit à l'adjudant-général Huin, etui
demanda avec audace d'où provenaient ces bruits calomnieux qui
circulalent sur son compte. Huin, déconcerté par son: attitude, lu
répondit que le gouvernement français n'avait jamais douté de "son
dévouement. Le général noir sortit fièrement: de la ville, en pro
, qui l'avertit qu'on se disposait à l'arrêter: Ils'élancæ
aussitôt sur sun cheval, alla droit à l'adjudant-général Huin, etui
demanda avec audace d'où provenaient ces bruits calomnieux qui
circulalent sur son compte. Huin, déconcerté par son: attitude, lu
répondit que le gouvernement français n'avait jamais douté de "son
dévouement. Le général noir sortit fièrement: de la ville, en pro mellant aux français de repousser les brigands au loin dans les monta” gnes. Les hommes de couleur des Gonaïves venaient de lui promettre, par l'entremise de plusieurs des leurs les plus influents, de se soulet
ver contre les blancs, dès qu'il aitaquerait la place. Quand Des= salines atteignit P'habitation Pougaudin, il y laissa Gabart sous"les
ordres du général Vernet, et fit dire à Comus, noir, et à Julien Labarrière ; chefs des insurgés de Labranle, de S’approcher des Gé * Madame Dessalines n'était pas la sœur de Gabart ; mais souvéhit en
Haïti, on appelle sœur une personne qu'on affectionne, x Ne HISTOIRE sd , “861 >maïyes pour allaquer cette ville. I partit pour la Pe te Rivière de PArubonite, après avoir recommandé à Vernet de ne s'ébranler que
d'après ses instructions. Quand il parvint dans les environs de la
Petite Rivière , 1 réunit trois mille cultivateurs , mit Cottereau à
leur tête, et leur ordonna d'attaquer les français , dès qu'il leur
en donnerait le signal. Hlentra dans le bourg où commandait le
chef de brigade PAST qui avait reçu dis dv du général Quentin,
comm a D nt del aérondiese ment de St Marc, de l'arrêter. Dissalines ,
voulant sonder les dispositions des habitans de la Petite -Rivière à
Pégard des français, ordonna d’abattre une potence qui était
dressée au centre de la grande place. L'instrument de supplice fut renversé au milieu des acelamations joyeuses de la foule. Andieux fit aussitôt battre la générale; la garnison européenne prit
les armes, ‘1 demanda à Dessalines de lui livrer les agitateurs., Lindigène lui répondit qu iL les conduirait à St Marc où il les fe.
rait exécuter. li se montra plem de fureur contre les conspirateurs,
et parla de les punif avec la dernière rigueur. Andrieux luï remit
une jettre pour le général Quentin. Le colonel: français annonçait
aux autorités militaires de St Marc que des soldats de la 4e coloniale avaient abatiu la potence de la Petite Rivière de FArtibonite;
1 les exhortail à les faire exécuter dès que le corps arriverait en
celte ville. Le curé du bourg, Fabbé Videau, invita Dessalines à
diner au presbytère. Le général indigène s'y rendit, quoique Sa:
gest, homme de couleur , citoyen vertueux de l'endroit, Lui. eût
donné le conseil de se défier du prètre. Andrieux était. un des “convives. Pendant le repas, une femme de couleur, madame Pageob, servante de l'abbé Videau , se montra à la porte du salon,
se tint vis-à-vis de Dessatines, et lui fit comprendre, par des signes,
quil allait être garrotié. Dessalines se leva tout à-coup , se pencha
conire une fenêtre, et dit à Andrieux: J'aperçois une fumée du
côié de ia mont agne : les brigands viennent rous assaillir, je vole
à léur rencontre. Il ‘sort précipitamment du salon, se rend au
'abbé Videau , se montra à la porte du salon,
se tint vis-à-vis de Dessatines, et lui fit comprendre, par des signes,
quil allait être garrotié. Dessalines se leva tout à-coup , se pencha
conire une fenêtre, et dit à Andrieux: J'aperçois une fumée du
côié de ia mont agne : les brigands viennent rous assaillir, je vole
à léur rencontre. Il ‘sort précipitamment du salon, se rend au milieu de la place d'armes, et Lire deux coups Ge pistolet. Cottereau , à la tête de 3,000 cultivateurs, se précipite aussitôt dans “le bourg. Andrieux se retire dans le fort de me Crèle-à Pierrot, etllabbé Videau, montant à cheval, prend la fuite, et s'élance sur
la grande route des Verrettes. Dessalines se tran said à cheval,
au pied du fort de la Crête à-Pierrot, et commande à Andrieux,
au nom du capitaine général, de rentrer à St-Marc. Le français
est” indigné de Lant dironie; mais entouré d'ennemis , ct
saus nul espoir de pouvoir résister, il obéit à regre. Hi se mit
en marche , après avoir tiré trois coups de canon d'alarme pour
avoir des secours de SL-Marc. Mais à peine futil parvenu à Drouet,
au. carrefour du bac Coursain, qu il fat agsaili par le feu d'une
embuscade commandée par Gilot Marquez et Moreau FAfricain, à 36% \ HISTOIRE D'HA1ITI.— (1802) la tôète de 200 hommes de la 8e. coloniale. Andrieux, marchant” ni — : RAR au premier rang de 400 grenadiers français, se défendit commen un lion au milieu du grand chemin. Ses troupes s'avancaient "at
Ce) ‘
pas de charge, exécutant des feux de chaussée en avant: Mais à peine avaient-elles levé une embuscade qu'elles tombaient dans
une autre, Elles ne cessèrent d'être harcelées qu'au-delà du ba
du Gentre. Enfin elles firent rencontre avec un escadron des draz LE à a gons de St-Mare qui, ayant entenda le canon d'alarme, étatent ve=" nus au devant d'elles. Protégé pir la cavalerie, Andrieux entræ
à St Marc avec son drapeau et 90 soldats. | Dessalines , -en possession des munitions de la Petite Rivière de
l'Artibonite, fit avertir le général Vernet qu'il marchait contre: les
Gonaives. Il partit dans la même journée, auoiqu'il füt gravement
malade; mais la violence de la fièvre le contraignit à s'arrêter em
chemin. C'était au milieu d'ociebre 1802. Le général Vernet, ayant
son quartier général à Pougaudin, toujours en apparence fidèle au gouvernement français, ordonna à Gabart de péhétrer aux Gonaives:
menacés par les brigands, sous prétexte d'en renforcer la garnison
eurcpéenne, mais en réalilé pour opérer dans la ville une diversion:
en faveur des insurgés, dès que Julien Labarrière et CGomus donneralent assaut à la place, à Ha tête de leurs bandes: Commela
ville des Gonaïives est très étendue, les français, n'ayant que deux
Pougaudin, toujours en apparence fidèle au gouvernement français, ordonna à Gabart de péhétrer aux Gonaives:
menacés par les brigands, sous prétexte d'en renforcer la garnison
eurcpéenne, mais en réalilé pour opérer dans la ville une diversion:
en faveur des insurgés, dès que Julien Labarrière et CGomus donneralent assaut à la place, à Ha tête de leurs bandes: Commela
ville des Gonaïives est très étendue, les français, n'ayant que deux ou trois-cents hommes de la légion expéditionnaire à opposer aux” insurgés, en avaient resserré l'enceinte. Ils avaient laissé l’église” et les maisons qui lavoisinaient hors de la ligne de circonvallation Un fossé entourait la place dont les deux portes étartent armées de
canons ; et un rempart fait de barriques remplies de terre complétait
les fortifications. Labarrière et Comus , n’écoutant que leur ardeur,
n'attendirent pas , pour attaquer la place, que Gabart y eut pénétré avec la 46. Ils vinrent en désordre avec leurs bandes assaillir les” remparts du côté de Fhabitation Soleil; ils furent mitraillés et re:
poussés avec perte. Hs se retirèrent au loin, croyant que Gabart
les avait iralhuis. Le général Vernet, après avoir détruit en eux
eette impression fâcheuse, les détermina à attaquer de nouveau aus* sitôt après la rentrée de Gabart aux Gonaives. Gabart partit der Phabitation Pougaudin et se présenta devant la place avec la” 4e* coloniale, en apparence encore fidèle à la France. Au qui vive des sentinelles françaises, 1l répondit: 5e. demi brigade légère.
Les portes de la ville lui étaient déjà ouvertes, quand un capitaine de grenadiers, nommé Victor, se laissant aller à l'impétuosité de son caractère, s'écria: mort aux français ! feu sur les remparts! k&
î * Nous avons vu qu'après la soumission de "Toussaint, Leclerc avait incorporé les troupes coloniales dans les troupes européennes, etrque Aa
4.e coloniale avait formé le 3.e bataillon de la 5e légère françrise. 40h | HISTOIRE D'HAITI.—(1802) . 868 Aussitôt les canons vomirent la mort dans les rangs des indigènes qui se répandirent, en désordre, daus le cimetière , près de la ville. Gabart rallia ses soldats, se saisit d'un drapeau et
dits, en s'élançant vers la place : Lâche, qui ne me sUIvra pas! La 4e, honteuse de sa fuite, revient à la charge
avec fureur, culbute la légion expéditionnaire, plante ses drapeaux sur le principal retranchement, s’en empare , et en tourne les caL nons "contre la ville. Les français, retranchés aux deux portes ,
répondirent au feu des indigènes. Pendant qu'on se battait avec
acharnement de part et d'autre, Dessalines apprit que ses troupes
occupaient une partie des remparts des Gonaïives. Il envoya l'ordre
a Gabart de s'emparer de cette ville par n'importe quel sacrifice.
Celui ei forma aussitôt deux colonnes de la masse des assaillants:
celle de droite, composée de la 4e, dont 1! prit lui même le commandement, attaqua les français du côté de la Salige; celle de
gauche , commandée par Victor , el composée des casiques rouges,
, Dessalines apprit que ses troupes
occupaient une partie des remparts des Gonaïives. Il envoya l'ordre
a Gabart de s'emparer de cette ville par n'importe quel sacrifice.
Celui ei forma aussitôt deux colonnes de la masse des assaillants:
celle de droite, composée de la 4e, dont 1! prit lui même le commandement, attaqua les français du côté de la Salige; celle de
gauche , commandée par Victor , el composée des casiques rouges, les attaqua du côté de la Tannerie. Il était huit heures du soir. En même temps, des indigènes mettaient le feu aux, maisons qui _ entouraient l'église. Les assaillans forcèrent les deux portes de la place, pénétrérent dans les rues. On se battit corps à corps; les
français , refoulés vers le rivage , se retranchèrent au fort Mouneau ; toutes les familles s'embarquérent. Gabart et Victor donnèrent assaut à la fortiication et l'enlevèrent. Ils eussent pu couler a#fond tous les bâtimens marchands , chargés de femmes et d'enfans ; mais Flhumanité contint leur ardeur. æ Dessalines. “quoiqu'il fût malade, continua sa marche sur, les Gonaïves. Quand ny arriva, il trouva la ville entièrement livrée aux flammes par les indigènes. Le lendemain, l'adjudant général Huin, après le départ des navires marchands, fit canonner la ville et appareilla ensuite. Dessalines reçut alors une lettre du général Quentin , commandant - de St. Marc. Celui ci lui disait qu ‘on lui avait annoncé qu'il s'était soulevé contre la France, mais quil ne Île croyail pas capable
de trahir: un gouvernement qui l'avait comblé de bienfaits, et de tenir
une conduite si opposée à ses propres intérêts et à ceux de sa couleur.
Dessalines, principal héros de notre guerre nationale, celui auquel ap:
partient presque toute la gloire d'avoir conquis notre indépendance lui répondit :« J'ai arboré l'étendard de larévolte, parce qu'il est
«temps d'apprendre aux français qu'ils song des monstres que cetie
« terre dévore trop lentement pour le bonheur de l'humanité. J'ai “pris la Petite-Rivière et les Gonaïves; demain je marche contre «St. Marc. » Il achemina aussitôt ME le bac Coursain la 4°etles “casaques rouges. Ces troupes y arrivèrent au commencement de la nuit et y bivaquèrent.
Les habitans des Verrettes avaient vu abbé Videau, soru
de la Petite Rivière de l’Artibonite , arriver dans leur bourg , couvert / 864 HISTOIRE D'HAITI.— (1802) de poussière ot égaré par ics terreurs de fa mort. Ils apprirentce” qui s'était passé à la Petite Rivière. Craignant d'être assailli par des forces trop supérieures en nombre, Faustin Répussard, commandant
de la commune, se résolut à évacuer sur St. Mare. La garnison des
Vcrrettes était composée de deux bataillons, l'un de la 42° coloniale;
commandé par le Heutenant colonel Désiré , noir, l'autre de trou“
pes polonaises , dont l'état major était à St. Mare.”
mort. Ils apprirentce” qui s'était passé à la Petite Rivière. Craignant d'être assailli par des forces trop supérieures en nombre, Faustin Répussard, commandant
de la commune, se résolut à évacuer sur St. Mare. La garnison des
Vcrrettes était composée de deux bataillons, l'un de la 42° coloniale;
commandé par le Heutenant colonel Désiré , noir, l'autre de trou“
pes polonaises , dont l'état major était à St. Mare.” Déssalines , après sêtre emparé de la Petite Rivière de Va
tibonite , avait envoyé une lettre à Désiré par Claude LabadieI lexhortait à sortir des Verreltes avec ses troupes, el à venir se ranger sous ses ordres. Soit qu'il eut manqué d'audace , soit qu'il fut fidèle aux francais, Désiré avait remis celle lettre à Faustin Répussard. Cependant les sous ofticiers de [a 42°, ainsi que les sol:
dats, désiraient ardemment l'insurreelion ; mais 1ls étaient maintenus
dans le devoiÿ par l'hésitaiion de Kurs chefs et par la garde nationale forte et bien organisée. Ces dispositions n’échappérent pas aux" autorités françaises qui ordonnérent que l'évaeuation s'opérât sans
retard. La garnison et toute la population sortirent du bourg à dix heures du soir, el traversèrent Margolon et Sansculottes dans la mê="
me nuil. Le lendemain, au jour, des hauteurs de St. Marc, Fausse tin Répussa rd découvrit le bourg qui était déjà occupé par les insurgés. Hl entra à St. Marc sans avoir été inquiété. Les français
informérent le général Quentin des dispositions des soldats de la 12%
Ce te se détermina aussitôt à les faire exterminer. Le lendé”
main, dans boprés midi , la 42° était rangée sur la place d'armes.
Les troupes européennes et la garde na tionale débouchèrent ensuite
Se elle de toutes parts et la cernérent. Quentin ordonna en vain aux
soldats noirs de mettre bas les armes. Le chef de bataïllon Désiré fil même tout ses efforts pour Îles porter à obéir, Le général fran
çais parcourut alors les rangs des troupes européennes *, leur dit qu’il fallait exterminer les tigres qu'elles nourrissaient au milieu d'elles, et commanda de commencer le feu. Les français firent de terribles |
décharges de riousqueterié. La 42.e répondit par un seul feu, cb
se jeta tête baissée contre la Hgne ennemie qu'elle ne put percer.
Les indigènes furent égorgés sur la place au nombre de 400. Ceux
qui purent. pénétrer dans les maisons en furent arrachés et poignar=
dés. La portion de la population indigène qui ne faisait pas par
tie de la garde nationale fut immolée en entier. Ceux des habitansu * Nous faisons observer iei que les troupes polonaises se battaient très
mollement contre les indioènes, depuis qu'on rétablissait l'esclavage Elles
disaient hautement que le devoir at seul pouvait les porter à brûler - des cartouches contre la liberté. Aussi, après l'évacuation des français,
Iors du massacre général des blancs qui étaient demeurés dans le PARA
‘en 1804, les Polonais fürent-ils tous res pectés par Dessalines. +
* Nous faisons observer iei que les troupes polonaises se battaient très
mollement contre les indioènes, depuis qu'on rétablissait l'esclavage Elles
disaient hautement que le devoir at seul pouvait les porter à brûler - des cartouches contre la liberté. Aussi, après l'évacuation des français,
Iors du massacre général des blancs qui étaient demeurés dans le PARA
‘en 1804, les Polonais fürent-ils tous res pectés par Dessalines. + HISTOIRE D'HAITI.—(1802) 865 qui s'étaient renfermés chez eux pendant le carnage, ne purent, le
lendemain, ouvrir leurs portes contre lesquelles ‘des cadavres étaient
entassés. - Le capitaine Apollon seul put s'échapper, ayant eu le
bonheur de se précipiter dans la mer. Il traversa la rade à la nage,
au milieu de la nuit, et atteignit le rivage au delà des murs de la
place. Le lieutenant-colonel Désiré fut poignardé sur le pont Benoit,
pendant qu'il s’efforçait à se sauver. L'on verra plus tard la division
indigène de l'Artibonite punir rigoureusement la ville de St Mare
de ee grand crime. Alors tout n'élait que représailles. Après cet
horrible massacre , le général Quentin parcourut la ligne qui fermait enceinte de St.-Marc, et qu'occupaient 400 hommes de la
5e légère européenne et 309 hommes de la 86.e de ligne. Il fit
forufier les Guèpes par des corvées de femmes, et fusiller plusieurs
hommes de couleur et noirs de la garde nationale, dont il suspec:
tait la fidélité à la France.
St Mare
de ee grand crime. Alors tout n'élait que représailles. Après cet
horrible massacre , le général Quentin parcourut la ligne qui fermait enceinte de St.-Marc, et qu'occupaient 400 hommes de la
5e légère européenne et 309 hommes de la 86.e de ligne. Il fit
forufier les Guèpes par des corvées de femmes, et fusiller plusieurs
hommes de couleur et noirs de la garde nationale, dont il suspec:
tait la fidélité à la France. Dessalines avait établi son quartier-général à Lacombe. Il se résolut à assiéger St.Marc. Il écrivit à Larose, qui était en possession de l'Arcahaie, de marcher, de son côté, contre cette ville.
Larose lui répondit qu'il ne le reconnaissait pas pour son chef, et
quil ne recevait des ordres que de Lamour Dérance. Cette réponse
de Larose qui, depuis l'arrestation de Charles Bélair, voyait en
Dessalines un assassin de ses frères, n'ébranla pas celui ei dans son
projet. D'après ses ordres, Gilot Marquez, chef d’un des bataillons
de la 8.e, alla s'établir devant St-Marc près du portail Pivert ;
le colonel Magnÿ oceupa une position vis-à-vis de la porte Dessolier,
Les indigènes s emparérent ‘en une journée de tous les postes que
les français avaient établis hors de la place. Ionorant encore le
massacre de fa 12.e, Dessalines comptait sur une diversion de ce
corps, en sa faveur, au sein de la ville. I l'attaqua à huit heures du soir sur tous les points à Îa fois. St Marc était entouré
d'un fossé large et profond , bordé'de murailles hérissées de canons. L’assaut fut surtout sanglant au portail Pivert. Les généraux Quentin et Fressinet se trausportaient partout, soutenaient Île
courage de la garnison et de la garde nationale par leur mépris de
la mort. Ils étaient énergiquement secondés des chefs d’escadron
Répussard, Aussenac, Savari et Riper. On se battit avec tant
d'acharnement que le feu de l'artillerie et de la mousqueterie ïllumina la ville pendant toute la nuit. A la pointe du jour une frégate, embossée non loin du rivage, vomit Ta mort dans Îles rangs
des assaillans qui furent contraints de s'éloigner des remparts. En
même temps, Dessalines apprit que la 12.e avait été exterminée.
Perdant l'espoir d'entretenir des intelligénces dans la place, il s’en
éloigna. Le général Quentin fit une sortie contre lui; mais il fut
vigoureusement repoussé. Les indigènes se retirèrent en bon ordre
dans la plaine de l'Artibenite. Dessalines se transporta à la Petitea: | HISTOIRE D’'HAITI.—— (1802) Rivière vers la fin d'Octobre. Son échec devant St-Mare, loin d'augmenter le chiffre de ses forces, l'avait considérablement affaibli:
Il en était très irrité ; 1l se plaignait de ses troupes qui, à son
avis, n'avaient pas donné assez vigoureusement. Il disait qu’il était
heureux sous les ordres des français qui ne le laissaient manquer de
rien; el en mème temps il tirait de sa poche des pièces don que
Leclere lui avait données, et les montrait à ses "officiers et à ses
soldats. Je n'ai pris les armes avec vous , continua-t-1l, que pour
aibli:
Il en était très irrité ; 1l se plaignait de ses troupes qui, à son
avis, n'avaient pas donné assez vigoureusement. Il disait qu’il était
heureux sous les ordres des français qui ne le laissaient manquer de
rien; el en mème temps il tirait de sa poche des pièces don que
Leclere lui avait données, et les montrait à ses "officiers et à ses
soldats. Je n'ai pris les armes avec vous , continua-t-1l, que pour Al à
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pire y DT Re Te vous soustraire à l’ancien esclavage ; car, pour moi, j étais sûr des \ faveurs de la France en continuant à vous combattre; ne faites pas échouer notre entreprise par votre manque d'énergie; Je ne Veux pas être un chef de bandes, de iâches ; il vous faut de la diseiplis
on de la tactique, il faut” vaincre ou mourir. — Il fit aussitôt sor= r des rangs trois soldats, pris au hasard, et les fit fusiller , sous
ses yeux. Il ordonna à ses officiers de parcourir les plaines et les
mornes et de faire des levées en masse. Le
- « La terreur-qu'avait inspirée le nom français, dit Boisrond Ton
« nère, régnait encore dans les eampagnes ; les anciens soldats'et
« les cultivateurs- ne sortaient pas de leurs retraites. Dessalines prend « la résolution la plus patriotique, ne balanee pas entre le salut
« publie et la mort de quelques lâehes. Il ordonne que de nom-
« breuses patrouilles parcourent la plaine etles mornes pour rassem=
« bler les hommes en état de porter les armes, et faitfaire feu sur
« tous ceux qui refusent de marcher.» En peu de Jours Dessalines
réunit à la Petite Rivière plus de quatre mille hommes, tant recrues
qu'anciens soldats. Il réorganisa les 4°, 7°, 8° et 14° demi brigades et forma un corps particulier auquel il donna le nom de Polonais parce qu'il y fit entrer un grand nombre d'africains dont le Mans
gage n'était pas mieux compris des indigènes créoles que celuivdes
polonais, Ce dernier corps fat confié au commandant JosephJér6*
me. * La 4° eut pas colonel Gabart ; Pierre Toussaint , homme
de couleur en comimanda le 4% bataiïl loués Jean Louis Longuevallé
le 2, et Jean Louis Boisneuf le 3° La 7° eut pour colonel Mon
tauban ; Marinier en eommandait le 1° bataillon , Pierrot Michele LS 2e Philippe Guerrier le 3°. La 8° eut pour colonel Cottereaus Magny fut nommé colonel de la 44°; il avait pour chef de bataillon Jean Charles, homme de couleur. La cavalerie fut confiée au colo: nel Charlotin Marcadieux , eétau ehef d'escadron, Paul Prompt hommes de couleur. Dessalines , pour se melire à l'abri des aggressions:
_du général Quentin , établit au bac du Centre le atbataïllon de la
7.e, comimandé par Pierrot Michel : : et au bac d'Aquin, le À.er ét
le 3e bataillon de la 7e sous les ordres de Montauban. Le lee bataillon de la 4e pus cantonnement à Marquez ; le 2e et 8e ba
# Plus tard Dessalines: en plis la 20e demi-brigade, e PAS re E 6
nt À
à LS Ke
+
HISTOIRE D’HAÎTI.—(1802,) . 867 taillon oceupérent la Petite Rivière, ainsi que les 2 “bataillons dé la 8e sous les ordres de Gottereau. Les jeunes faisaient chaque Jour l'exercice, et se préparaient à aller assaiilir les points
qu'eccupaient les français.
et 8e ba
# Plus tard Dessalines: en plis la 20e demi-brigade, e PAS re E 6
nt À
à LS Ke
+
HISTOIRE D’HAÎTI.—(1802,) . 867 taillon oceupérent la Petite Rivière, ainsi que les 2 “bataillons dé la 8e sous les ordres de Gottereau. Les jeunes faisaient chaque Jour l'exercice, et se préparaient à aller assaiilir les points
qu'eccupaient les français. Dessalines fut reconnu par ses troupes chef suprême des indigènes.
Al établit le siège de son gouvernement à la Petite Rivière , el don.
Na aux populations soumises à son autorité le nom d’Incas où enfans du soleil. 11 conserva le drapeau tricolore après lui avoir arraché les armes françaises. Il déclara qu'il avait rompu éternellement
avec kes blancs, qu’il ne traiterait même jamais avec eux, quelles indigènes vivraient dans l'indépendance ou se feraient immoler jusqu'au
dernier. Il n'expédia pas des émissaires auprès des chefs des insurgés du Nord pour les exhorter à reconnaitre son autorité : 11 leur
Ænvoya des ordres. Il se présenta aux masses, comme un guerrier indis.
peusable , comme l'officier général le plus ancien , le seul qui eut des
droits réels au commandement én chef. EH se disposa à attaquer comme
rebelle, tout en combattant les français, quiconque des chefs indigènes n'obéirait pas à ses ordres. Il Lerrait son quartier général tantôt à Marchand, Lantôt à Laville, le plus souvent à la Petite Rivière.
JL avait peu de muntions. Ses soldats avaient rarement plus de
trois cartouches, chacun, quand ils attaquaient un poste français.
Au qui vive des sentinelles, is répondatent : Fils du Soleil [y en
aencore. * Le nouveau parti qui se formait sous les auspices
de Dessalines renfermait le plus de lumières. Il dominera tous les
autres et deviendra l'âme de la grande guerre commencée contre les
français. La partie ci-devant espagnole était toujours aveuglement soumise
aux français. Le général Pamphile de Lacroix qui avait remplacé,
comme on La vu, le général Claparède dans le commandement du
département de Cibao, avait pris de bonnes dispositions militaires.
Il avait établi des postes à l'embouchure de la rivière de Guayabin,
à Ranchadero , à Sanjou et à Las Sierras. Daut: Brave, partant du
Fort Liberté, faisait sans cesse des efforts pour forcer ces passages.
1l se présenta devant Sanjou avec 150 homnies ; mais 11 fut complé.
tement batiu par le commandant Gotro qui n'avall sous ses ordres
que quarante-cinq indigènes-espagnols. ** * Ce qui signifiait qu'il existait encore des défenseurs de la liberté,
quoiqu'il y eût eu tant d'indigènes extermirés par les français. Cette dénomination d'Iucas fut bientôt abandonnée ; on revint. à celle d'indigère, - bien avant La fin de la guerre de l'Indépendance Il ny avait en efiet aucune . comirinauté d'originc entre les indiens , d'une jart, les noirs et
les sang-mêlés de neirs et de blanes, d'autre part.
ait encore des défenseurs de la liberté,
quoiqu'il y eût eu tant d'indigènes extermirés par les français. Cette dénomination d'Iucas fut bientôt abandonnée ; on revint. à celle d'indigère, - bien avant La fin de la guerre de l'Indépendance Il ny avait en efiet aucune . comirinauté d'originc entre les indiens , d'une jart, les noirs et
les sang-mêlés de neirs et de blanes, d'autre part. ** Ces indigènes-esapgnols sônt la plupart des sang-mêlés de noirs africains et de blancs espagnols. Cependant on rencontre dans les cantons
#e Seybe et d'Higuey, à l’est de $to-Domingo, beaucoup de sang-mélés L ÿ 2 be 22 4 À
368 HISTOIRE D'HAITI.— (1802). x
| $ En même temipss les généraux Clervaux, Christophe et Pétion, " retirés au Morne-Rouge, apprenant que le capitaine-g général était k
gravement malade, et que le Cap était dans la consternation , <
résolurent à attaquer cette ville. Le général Clausel avait replié |
sur les hauteurs de la place, tous les avant-postes de l’armée fran.
aise. Dès qu’il apprit l'approche de l'ennemi , il réunit autour des
forts Bélair et Bréda les troupes curopéennes et la garde nationale"
Le G brumaire (28 octobre), dans la matinée, les indigènes attas
quérent les français avec tant d impétuosité qu ils les culbutérent,
et se mainlinrent au haut dun Cap , malgré le feu le plus: vif de
l'artillerie des forts. Le général Clauselirentra au Cap , après avoir
ordonné à d'Henin de charger lennemi, à la tête de la cavelerie
de ligne. D'Henin s'élança: avec son intré épidité ordinaire sur (a
G.e qui le reçut sur ses balonnettes et le repoussa par une vive“
mousquelerie, Deux fois les français revinrent à la charge. Enfin
d'Henin, grièvement blessé, rentra au Cap dans le plus grand dé
sordre. Loclerc, se mourant, écrasé sous le poids de toutes sortes
de peines, songeait encore: au salut des français. Il envoya lors
dre à Clausel de se tenir sur une défensive resserrée : les troupes
n'occupérent que l'enceinte du Cap. Les indigènes élaient campés
à moins d'une lieue des portes de la place. La nouvelle de l'insurrection de Dessalines avait porté le dernier coup au capitaine général:
On fl'entendit sécrier : Ai je pu avoir été ainsi trompé par unbar:
bare ! | À |
Dans la nuit du 81 Octobre au 4.er Novembre, les salies du pan
lais du gouvernement étaient remplies de citoyens notables. La fan
mille du capitaine général était en pleurs. Les généraux Clauscleet
Claparède étaient près dudit de Leclerc qui approchait de sa ün
Se sentant mourir, le capitaine général désigaa Rochambeau peur ul
succéder. Il bläma ensuite son gouverñement de lui avoir donné de
crueiles instruelions ; 1} condamna les colons qui l'avaient égaré; Lu
piaignit les indigènes qui avaient: été voués à l’extermination. Des
hommes si braves, diti d'une voix mourante, qui ont rendu tant
de services à la France, qui auraient pu lui en rendre tant d'a
sentant mourir, le capitaine général désigaa Rochambeau peur ul
succéder. Il bläma ensuite son gouverñement de lui avoir donné de
crueiles instruelions ; 1} condamna les colons qui l'avaient égaré; Lu
piaignit les indigènes qui avaient: été voués à l’extermination. Des
hommes si braves, diti d'une voix mourante, qui ont rendu tant
de services à la France, qui auraient pu lui en rendre tant d'a tres, méritaieut un meilleur sort. Il demanda au ciel de lui par
donner Îles erimes que la perfidie coloniale lui avait fait commettre
contre la liberté, et il mourut dans les bras du colonel Bachelu,«
chef du génie de l'arm ée, et du docteur Peyÿre, à une heure du
matin du 4.er Novembre 1802. F1 Pauline Bonaparte , qui depuis peu, avait abandonné les plaisirs
auxquels elle se livait, se montra profondément affligée. Ses forces élalent épuisées ; sa beauté était moins éclatante. Veyant L cf
iale lui avait fait commettre
contre la liberté, et il mourut dans les bras du colonel Bachelu,«
chef du génie de l'arm ée, et du docteur Peyÿre, à une heure du
matin du 4.er Novembre 1802. F1 Pauline Bonaparte , qui depuis peu, avait abandonné les plaisirs
auxquels elle se livait, se montra profondément affligée. Ses forces élalent épuisées ; sa beauté était moins éclatante. Veyant L cf Le
= nT. A YÉ qui descendent de blanes espagnols et d’indiens aborigènes. La race > FES fe
de ces indiens est entièroment étcinte à Haïti, :# r ; " | Histoire D’wairi.—(1802) 369
peste lui eñlever chaque jour quelques amis , elle avait té saisie
“des terreurs de la mort; elle ne rêvait qu’au bonheur de retourner
en France. Elle fit embaumer le corps de son mari qui, après les
“honneurs funchre$, fut embarqué sur le vaisseau le Suiftshure, en pré_sence du contre- amiral Latouche Tréville ; des capitaines de vaisseau
“Hubert et Renaud, du général de brigade P, Boyer, et des chefs de
brigade Nerterwood et Abhé. Ce. bâtiment reçut à son bord la fa:
mille du capitaine général, Dppareie pour France, et aa directement mouiller dans le port de Toulon, Le préfet maritime , con-
“seiller d'Etat, et le, général commandant d'armes de Toulon, ordon:
nèrent de rendre aux restes du général Victor Emmanuel Leclere.les
honneurs funcbres. Les généraux de terre et de mer, les généraux
“des escadres étrangères, ‘les autorités civiles etmilitaires el Les troupes de terre et de mer entrérent dans les canois de la rade, et
se rendirent de l'arsenal à bord du Srwifishure, Un tendelet en forme de sarcophage, noir et blanc, fut dressé, de l'avant à l'arrière,
dans un canot , eù furent déposés les restes du capitaine-général. Les
aides-de-camp du général Leclerc et des grenadiers de l'armée de St-Bo-
- mingue escortatent le convoi qui fit le tour dela grande rade, pendant
queretentissaient les accens lugubres de la musique militure, le son des
canons du vaisseau amiral et de la grosse tour de Toulon. Le convoi aborda la frégate Ia Cornélie qui reçut le paies Ce bâtiment appareil le
lendemain pour Marscille. Dès que les habitans de cette ville dues
que les restes du général Lecierc, ainsi que sa famille, étaient e
trés dans leur rade, touchés des maiheurs de l’armée de St ain
gue, lis vousrirent de cré êpes les portes et les. fenêtres de leurs
demeures. Pauline Bon: apart te, la.tête rasée, portant dans ses bras
un enfant dans l'âge le plus tendre, traversa la ville; le visage inondé de larmes, marchant près du eercueti. Le onvoi partit pour
Lyon le lendemain. Le préfet du département du Rhône, d'après
les ordres du maire de la division du midi, envoya un détachement
de cavalerie au devant des dé épouilles du béau-frère du premier ConSul. Le préfet, l'archevéqué, toutes les autorités civiles, militaires
et judiciaires reçurent le convoi à la porte de la Guillotière: La le
cereueil fut couvert d'un drap mortuaire orné de glands | et de galons
d'argent ; il fat piaté dans un char à quatre roues, pelut en noir,
au milieu duquel s'élevait un sarcophage à quatre colonnes torses sur
montées de lampes ardentes. La matehe fut ouverte par des détar
Chemens de cavalerie et de grenadiers ; venait ensuite le char trainé
par six chevaux couverts de tentures noires ; et quatre ofliciers 1ehaieal les quatre coins du drap mortuaire. Les voilures et Îes chevaux du préfet, du comuissaire général de police, des trois maires
el de tous les autres fonctionnaires étaient aussi couverts de HÜir,
Les troupes , formant une double haie, étaient. échelonnées depuis
le pont de ja Guillotière jusqu'à l'église Si. Jean, où Sarrèia js
le char trainé
par six chevaux couverts de tentures noires ; et quatre ofliciers 1ehaieal les quatre coins du drap mortuaire. Les voilures et Îes chevaux du préfet, du comuissaire général de police, des trois maires
el de tous les autres fonctionnaires étaient aussi couverts de HÜir,
Les troupes , formant une double haie, étaient. échelonnées depuis
le pont de ja Guillotière jusqu'à l'église Si. Jean, où Sarrèia js 310 HISTOIRE D’HAITI.—- (1802) e oe nl . e CE . = . ; h :
convoi, au milieu des décharges d'artillerie qui retentissaient , dem cinq n'inutes en cinq minutes. L'archevèque, après, avoir célébré la cérémonie funèbre, conduisit le corps jusqu'à la porte de Vaise.. Pauline Bénoparte arriva à Paris avec le convoi. Quandelle entra auk
Tuileries, elle se jeta dans les bras du premier Consul, et lui dit
Si. Domingue est une terre de feu qui dévore tous nos braves ; je n y ai laissé que désolation , misère el carnage. — « Voilà done, sécria Bonaparte, le résultat de la révolte d’un misérable nègre: # Les dépouilles mortelles du capitaine général Leclerc furent placées
au Panthéon; et dés statues furent érigées à samémoire. Bonaparte
ordonna qu'une nouvelle armée de 25,000 hommes fût envoyée à
St. PDomingue, des divers ports de France. Sa puissance était déjà
sons bornes: le peuple fiançais Flavait nommé, et le sénat Favant
proclamé Consul à vie. Revenons à ce qui se passait à St. Domingue après le départ du vaisseau le Swifishure. Les indigènes encore attachés au parti françars regreltèrent, la plupart, le général Leclerc, Les eolons qui ne le
trouvaient pas assez ardent, se réjouirent de sa mort d'une manière scandaleuse. Ils se motte rent heureux de l'avènement de Rochamt" beau que Leclerc avait désigné pour le remplacer. C'était lhommen de leur sysième. Toutes Îles calamilés dont ils avaient été victimes ne les avaient pas corrigés. Les officiers généraux et le préfet colo=« nial proelsmérent, au Cap, Roebanibeau, capitainie-général, avec
une grande solennité. Les français du parti iaodéré qui nourris- « aient. | iespoir de ramener, sous les bannières dé la France, Chris tophe, Clervaux et Pétion , eussent préféré Ciausel, dont les dispo=« sitions libérales en faveur des masses s'étaient maintes fois maniféstées. Les hautes autorités annoncèrenut à la colonie, par la proclamation suivante, la mort de Leclerc, et l'avènement de Rochambeau au gouvernement :
Armée de St. Domingue. Au Cap, le 11 Brumaire an 11(4er. Novembre 4802 } Hecror DAURE, Préfet colonial,
Laroucue TRÉVILLE, commandant les forces navales,
CLAUSEL, commandant les troupes du département du Nord, A l'Armée el aux Habitans de St. Domingue. Du L'armée et les habitans de cette première colonie Fattetié + prendront avec douleur la mort du géncral en chef Leclere. ñ Le 30 Vendémiaire dernier , (22 Octobre) la maladie le frappa , j et le 41 Brumaire , à une Hetse* du matin , elle mit tin à sonexistence. Que l’armée, que les mt se réunissent pour confondre leurs 1 regrets. -. ® + 6 + « © e à Histoire p’rraiti 1802) 341
armée et les habitans de cette première colonie Fattetié + prendront avec douleur la mort du géncral en chef Leclere. ñ Le 30 Vendémiaire dernier , (22 Octobre) la maladie le frappa , j et le 41 Brumaire , à une Hetse* du matin , elle mit tin à sonexistence. Que l’armée, que les mt se réunissent pour confondre leurs 1 regrets. -. ® + 6 + « © e à Histoire p’rraiti 1802) 341 Le gouvernement les partage. Le général en chef Loclere avait
l'espoir de remplir de hautes espérances ; déjà sès'ordres avaient reporté dans tous les rangs, le courage ; dans tous les cœurs, la confiance ; l'attente générale allait être satisfaite... mais il n’est
plus! Le général Rochambeau qui lui sucéède remplira des obiigations sacrées. En attendant son arrivée, les généraux Clausel,
Boyer, Claparède, d'Henin couvrent de leur personne la capitale de
St. Domingue; ils restent en présence des ennemis , et le eontreamiral Latouche Tréville est prêt à les foudroyer. Les forces de
terre se réunissent, se concentrent; le courage de l'armée va sou
Voir un nouveau champ. Les gardes nationales redoubleront d'ardeur
“et de dévouement; la marine secondera tant d'efforts généreux, et
il ne restera aucun espoir à l'audace des brigands qui ont osé
s'avancer jusqu'aux premières lignes du chef lieu de la colonie, et
des places principales. Les secours que la France s'est imposée de
faire diriger sur St. Domingue, n'auront à leur arrivée prochaine
que le soin commun de suivre les succès des epérations teniées et
exécutées par les troupes nationales réunies. . Soldats de l’armée de St. Domingue, votre sort ne peut être incerain; la victoire vous appelle; l'honneur national, l'intérêt commun
vous réunissent ; que tout cède à l'impulsion de motifs aussi sacrés.
Le gouvernement veut le rétablissement, la prospérité, de la colonie. L'armée va remplir ce double engagement, et ses habitans vont
jouir de ses heureux effets. Signé: Hector Daure ; Latouche TRÉVILLE el CLAUSEL. … Les français du parti libéral, quoique Leclerc n’eût Jamais rempli
Jcurs vœux, apprirent sa mort avec douleur. Rochambeau qui le
remplaçait n'annonçait qu'un gouvernement atroce. Quant aux hommes de couleur ils ne virent dans F'avenir qu'un redoublement de
perséeutions. Les colons triomphaient.' Les indépendans ou indigènes en insurréction, se réjouirent de l'avènement de Roehambeau
qui les rendait plus puissans. Car le redoublement des atroeités
devait naturellement chasser des villes beaucoup de noirs et d’hommes de couleur encore fidèles aux français ét grossir leurs bataillons.
Onand on racontait au général Pétion les actes de cruautés exercés
dans les villes sur les indigènes, il s'apitoyait sur leur sort; maisil
disait toujours : pourquoi n ontils pas l'énergie de venir nous joindre ? Le général Rechambeau était au Port-Républicain quand il apprit
la nouvelle de la mort de Leclerc. IL fut installé en l'église de ceite
Ville , dans sx nouvelle dignité de capitaine général de la colonie. La
“Cérémonie fut pompeuse. Le préfet apostolique Lecun exprima,;
en chaire , combien le général Leclere avait laissé de regrels, tout en : faisant ressortir la sollicitade que le général
Rochambeau portait aux habitans de la colonie, Îes talens mlriaires
quand il apprit
la nouvelle de la mort de Leclerc. IL fut installé en l'église de ceite
Ville , dans sx nouvelle dignité de capitaine général de la colonie. La
“Cérémonie fut pompeuse. Le préfet apostolique Lecun exprima,;
en chaire , combien le général Leclere avait laissé de regrels, tout en : faisant ressortir la sollicitade que le général
Rochambeau portait aux habitans de la colonie, Îes talens mlriaires 378 HISTOIRE D'HAtr (ISO) - de ce güerrie”, le sang illustré de ses aieux al noblessowälo. sot
cœur, et son amour pour la religion de ses ancêtres.
Le ‘général Watrin remplaça Rochambeau dans le commandem
des départemens de FOuest et du Sud. Le nouveau capitaine géi
ral arriva au Cap sur Îa frégate l'Embuscade le 26 Brumaire (170
vembre ),, et prit les rênes du gouvernement. Par sonp
mier acte, il déclara à l'armée qu’elle ne se tiendrait plus sur
défensive, et qu'elle aurait à reconquérir tous les ponts. quu
avait abandonnés. Les indé pendans avaient en leur possession Île F
A le Port de Paix , les Gonnives , la Petite Rivière, les Verres
, PArcahaie. Toutes “es campagnes dû Nord et de 'Arlibonitess Aa une grande parue de celles de l'Ouest, étaient en insprreclion. VA
Depuis plusieurs semaines, la fièvre jaune perdait de son intensité et le courage des français se relevait par l'attente de nombreux.re
forts. Rochambeau n'eut que des louanges à donner aux officiers
santé attachés au sérvice des hôpitaux. Le docteur Peyre qui ét
Dr pour, France aveë la famille du général Beciere, fut reni pla
bc le USE Don dans le ik de sn te eu che de k armée rames tu réerganiséc. Le métoÿents A usSénACE ‘elé ti de las 98e de.
ligne, prit le commandement de la 74e dans qu elite furent incors
porés le bataillon de la 98e de “ae et le premier bataillon dé
8e demi brigade polonaise. Le batatilon allemand de l'expédition{il
incorporé dans la Lo légère. Dans la Te demi brigade de ligne. fut
incorporé le bataillon de la 38e infanterie légère. Le bataillon de la.
ÀA9e de ligne entra dans la 83e; le troisièine "batail ion de la . 3e. por.
lonaise et la première légion de gendarmerie furent incorporés dans
la 31.e; la deuxième Iégion de gendarmerie entra dans
7.8 de ligne. Les autres « corps européens demeurérent tels qu
étaient à la mort de Leclerc. L'armée française, malgré ses perte
ct par les ‘renforts qu'elle avait reçus, était encore for te de 11,0
hommes de troupes européennes. Elle avait pour auxiliaires 9,0
hommes de gardes natiénal es "1 plupart, indigénes. C'est ay
ces forces que Rochambeau se résolut à reconquérir ,. sans attend
l'arrivée d'une nouvclle expédition, les points que les franc 0
perdus. Toutes les troupes coloniales du Nord ; de l'Artibonite:
de l'Ouest, qüuin avaient pas été exterminées étaient passées dans.
rangs «es indépendans. Le département du Sud avec toutes ses tro
pes “coloniales était encore fidèle. 108
art, indigénes. C'est ay
ces forces que Rochambeau se résolut à reconquérir ,. sans attend
l'arrivée d'une nouvclle expédition, les points que les franc 0
perdus. Toutes les troupes coloniales du Nord ; de l'Artibonite:
de l'Ouest, qüuin avaient pas été exterminées étaient passées dans.
rangs «es indépendans. Le département du Sud avec toutes ses tro
pes “coloniales était encore fidèle. 108 Le capitaine-général nomma le colonel Neterwood, AE au sCPs
vice de la France , commandant de sa garde d honneur. Le che
brigade Sabès remplaça , dans le commandement de la place du €
le général Claparède auquel fut confiée la brigade du général d Hé,
min. Claparède et l'adjudant général Maillard furent chargés de coms _ mistoare Drarrr. (1609) | 378 imander alternativement, par 94 po , lesavant-postes du Cap.
“he général Watrin fut enlevé 6 par la peste, au Port Républicain , le 29, Novembre, quinze jours après le départ de Rechambeau decette “mile, pour le Cap. Le ÉnAER Brunet ul venait de rentrer au Cap avec la division du Borgne,le remplaça dans le commandement des “divisions de l'Ouest et du Sud. Watrin fut regrelié des indigènes fidèles aux français dont il se montra toujours le protecteur. On
Pentendit même faire des vœux pour le triomphe des insurgés auxquels il ne supposait pas, il est vrai, des idées d'indé pendance : il “n'avait vu en eux que des français. qui voulaient demeurer libres. Les finances de la colonie étaient dans nn état affreux ; le com
merce languissait depuis que l'insurrection était devenue presque
énérale ; des denrées n “entraient presque plus dans les villes, et les
indépendans , pour entièrement chasser les blancs des campagnes,
livraient aux flammes les habitations. Les Ponnlass ions indigènes Ta
villes , ‘lécimées par la guerre, étaient en ouiré persécutées. Quelques
éommandans français étaient devenus tellement corrompus qu ils vendaient aux indépendans, au poids. de l'or, des armes el des muni.
tions qu'ils enlevaien! des magasins du gouvernement. Les ofiiciers “supérieurs qui s'étaient enrichis avaient demandé à Leclere des peris pour retourner en France. Ainsi étaient partis les généraux |
| | | | Boudet et Salme qui disaient quil n'y avait plas que. la peste à
paguer dans ce pays infernal. D'une autre part, le commerce était
appauvri par Îles emprunts du gouvernement dont les. caisses avaicni
été vidées par les dilapidations des généraux. Rochambeau entreprit de. rétablir l’ordre. dans l'administration. Il
fit arrêter le citoyen Deneyve ve, administrateur. à Jérémie, prévenu de
Milapidations , le fu jeter dans les prisons. des Cayes et mettre ensuite
en jugement. Mis ilne put lutier loægtemps contre la corruption deVenue générale. El deversa alors sa fureur contre les indigènes, dont
Ja révolte, prétendait-il, était la cause de ce: désordre. administratif.
Des compagnies de chasseurs à pied, sous a dénomination de troupes
arrêter le citoyen Deneyve ve, administrateur. à Jérémie, prévenu de
Milapidations , le fu jeter dans les prisons. des Cayes et mettre ensuite
en jugement. Mis ilne put lutier loægtemps contre la corruption deVenue générale. El deversa alors sa fureur contre les indigènes, dont
Ja révolte, prétendait-il, était la cause de ce: désordre. administratif.
Des compagnies de chasseurs à pied, sous a dénomination de troupes “ranches , furent formées. Elles furent composées de noirs et d'hommes de couleur, en grand nombre anciens officiers, et organisées comme
Linfanterie “légère. Leurs officiers étaient blancs la plupart; et des chapeaux de paille relevés sur le côté, à la Henri EV, leur servaient de ie Ces nouvelles troupes, quien grande partie abandonneront S français, devaient poursuivre les insurgés Jusqu'au sommet des
plus hautes montagnes et les traquer comme des bêtes fauves. RoChambeau, à l'exemple des espagnols du 16e siècle, les premiers
couquérants de l'ile, ne tardera pas à introduire à St. Domingue des
dogues par lesquels il fera dévorer ses prisonniers. Hpuisera dans
“le martyrologe des premiers chrétiens les supplices les plus horribies.
Get homme féroce sans dissimulation était d’une petite taille et maïgre. Sa physionomie élait sombre ; il avait des yeux petits et vis.
ambeau, à l'exemple des espagnols du 16e siècle, les premiers
couquérants de l'ile, ne tardera pas à introduire à St. Domingue des
dogues par lesquels il fera dévorer ses prisonniers. Hpuisera dans
“le martyrologe des premiers chrétiens les supplices les plus horribies.
Get homme féroce sans dissimulation était d’une petite taille et maïgre. Sa physionomie élait sombre ; il avait des yeux petits et vis. 874 HISTOIRE D'HAITI.—(1802) ë Portant aux hommes de couleur une haine implacable, haine “qui
avait laissé éclater , dès 1793, il prétendait qu'il ne se laisserait pas"
comme . tromper par eux. H leur fit une guerre ouverte d'ex=
termination, convaineu que la possession française ne pouvait étre
rétablie sclidement que par Fextinction de toute la popelatiie
qui avait traversé la révolution. Il su; pportera quelques temps enc
les indigènes fidèles à la France; mais il les metira bientôt dans l’alter
native de l'extermination ou de l'insurrection. tdiinger, blämant pt |
actes, dit en par” des indigènes qui étaient dévoués à la Franse”
« Identifiés aa salut de la éolonie par d'immenses possessions , notre
« cause élait là leur. Eh bien! qui croirait que ces hommes, dont
« l'union avec nos troupes nous rendait invincibles, ont été placés
« par des mesures , hélas! trap rigoureuses, dans l'alternative affreuse
« de a rébellion ou de la mort. Dans six semaines , il ne nousress
« tait, dans le Sud, que quelques bourgs. * Voilà une vérité bien,
_« douloureuse; en vain j'ai voulu la renfermer dans mon àmes
« intérèts de ma patrie, vous me l'avez arrachée! » Depuis Pme
surreelion de Pé étion, de Clervaux et de Christophe établis au haut
du: Cap, il était devenu très difficile d’approvisionner cette villes
et les vi vres y étaient d'une excessive cherté. Rochambeau superimaæ
jous les droits établis sur les bêtes à cornes et moutons venant den
Ja partie de l'Est; et pour faciliter le service publie, il déclara que
Monte Christ 6 relevait de S°. Domingo, ferait partie dm,
département du Nord. Le bourg de Monte- Christ qu'occupait le ge
néral Pamphile de Laeroix, RppONAIORRS la ville du Cap. à
. Peudat cet intervalle, Capoix, maître du Port-de- -Paix, depuis l'évas
uation de cette viile par Brunet, avait complétement réorganisé la 96.
ci-devant coloniale. I envoya un de ses lieutenans , à la tête d'un des
bataillons de ce corps, attaquer le Môle Si-Nicolas dent la garnison,
était composée da la 41.e légère, des 49.e et 98.e de ligne. Le
indigé nes campérent aux pories de la_ville. Les français firenk
contre eux plusieurs SOFLIES ; mais ils furent toujours refoulés dans”
la place, aprés avoir éprouvé des pertes considérables. Le 97 Brus
maire , (18 Novembre), les indépendans donnèrent assaut à la M
Les troupes françaises, eulbutées sur les remparts , furent pot
vies jusqu'a au sein de la place. Les bourgeois blancs, saisis
frayeur , s embarquérent en foule , suivis de trois officiers de.
la garnison, sur le navire américain le Pénélope, mouillé dans ».. À
radé.. Le capitaine du bâtiment refusa d'appareiller. Alors les trois
officiers qui appartenaient à la 49.e, à la 98.e et à la 41.e,"ég@n
rés par là terreur, mirent le pistolet sur la gorge de lan CR
maltraitèrent les matelots, et les foreérent à mettre à la voile po
foule , suivis de trois officiers de.
la garnison, sur le navire américain le Pénélope, mouillé dans ».. À
radé.. Le capitaine du bâtiment refusa d'appareiller. Alors les trois
officiers qui appartenaient à la 49.e, à la 98.e et à la 41.e,"ég@n
rés par là terreur, mirent le pistolet sur la gorge de lan CR
maltraitèrent les matelots, et les foreérent à mettre à la voile po * Idlinger parle particulièrement des causes qui amenèrent linsusrection |
ju Sud contre les français ; en Janvier 1608. | | of ÊL rm — —— D — PR EE — HISTOIRE D’'HAITI.—(16802) 373 le Port Républicain. Les indigènes, de leur côté, s'étaient arrêtés,
étonnés dé leur audace. Leur petit nombre releva le moral des
français qui, retirés dans les forts, les mitraillèrent et les contraiïgnirent à la retraite. Après avoir interrompu toute communication
entre la villeet la campagne par un blocus régulier, les indépendans
demeurèrent campés à une lieue du Môle. Rocbambeau fut violemment indigné en apprenant ce qui s'était passé au Môle. Il dégrada, pour leur lâcheté, les trois officiers qui avaient abandonné leurs
frères d'armes, les nommés Delore, Stephonopoli et Girardeau , les
fit arrêter et embarquer pour France. | À la même époque , Pétion, Clervaux et Christophe s’épuisaient en
de vains efforts au haut du Cap contre les français. Ils vinrent à
manquer lotalement de munitions ; leurs soldats avec lesquels sympathusaient peu les bandes de Petit Noël Prière, qui leur refusaient
souvent quelques vivres, eommençaient à déserter. Pétion envoya
demander un peu de munitions à Sans Souci qui était campé à la
Grande Rivière. Celui qui avait en sa possession six milliers de poudre, lui en refusa, en lui faisant dire qu'il en avait besoin, qu'il
avait acquise au péril de sa vie, en prenant les armes, le premier,
contre les français. Alors Pétion se rendit lui-même au Fort Liberté, mhauprès de Toussaint Brave. Ce dernier l'aceueillit très faverablement et mit à sa disposition un millier de poudre. Pétion revint au haut du
Cap et se résolui à partir pour l'Ouest. Mais le Carrefour du Libé,
par où 1} devait passer , avait été réoccupé par les français. Pour
“ouvrir le passage, le général Christophe marcha contre eux ; il fut
repoussé. Néanmoins, la garnison du Carrefour, craignant d'être
hauprès de Toussaint Brave. Ce dernier l'aceueillit très faverablement et mit à sa disposition un millier de poudre. Pétion revint au haut du
Cap et se résolui à partir pour l'Ouest. Mais le Carrefour du Libé,
par où 1} devait passer , avait été réoccupé par les français. Pour
“ouvrir le passage, le général Christophe marcha contre eux ; il fut
repoussé. Néanmoins, la garnison du Carrefour, craignant d'être “assaillie, le lendemain, par des ferces plus importantes, évacua le poste et rentra au Cap, par mer. Dès que le passage fut ouvert,
Pétion, Clervaux et Christophe abandonnèrent la position qu'ils oc:
eupaient et pénétrérent dans l'intérieur du Nord. Pétion avait donné
à Petit Noël Prière, en se retirant, les deux pièces de 4 et l'obusier
quil avait pris au haut du Cap. Petit Noël Prière fit trainer es trois pièces d'artillerie jusqu'à la Rivière Salée où 1l avait son quarMiier général. Il avait sous ses ordres Cagnet, Labruni et Grand Boucan, chefs de bandes , d'une rare intrépidité.
Pétion allait se séparer de Clervaux et de Christophe quand il rencontra Sans Souci qui, à la tête de 5,000 cultivateurs bien armés
et très aguerris , voulait contraindre les troupes ci devant coloniales
le reconnaître général en chef. Pétion parut se soumettre à son.
“autorité, et fut proclamé par lui général de brigade. Sans Souci
demanda la tête de Christophe, son ennemi personnel. H prétendait qu'il avait encore le cœur pour les français. El voulut enve.
lopper les 4.re, 2.e et 5.e coloniales, et les passer au fil de lépée.* Pétion lui fit observer que les noirs et les hommes de couur eommençaient une guerre nationale, et que ce n'était pas le
Pétion parut se soumettre à son.
“autorité, et fut proclamé par lui général de brigade. Sans Souci
demanda la tête de Christophe, son ennemi personnel. H prétendait qu'il avait encore le cœur pour les français. El voulut enve.
lopper les 4.re, 2.e et 5.e coloniales, et les passer au fil de lépée.* Pétion lui fit observer que les noirs et les hommes de couur eommençaient une guerre nationale, et que ce n'était pas le 37 HISTOIRE D'HAITI.—(1802) ? moment, en présence des blanes, de songer à exercer des \enget
ces particulières ; : qu'il fallait oublier Île passé. Sans: Souei ‘lui +6]
pondil: « Général , vous vous Oopposez à ce que je fasse mouri
Christophe; eh bien ! vous vous en repentirez vous-même plus tard»
Ebristophe, se voyant soutenu par la 13.0, déploÿa une rare éuer
Ses Il s'élança, 'Armé de son sabre et suivi de ses guides, Ur
Sans-Souct. Il: ui demanda avec fure ‘ur s'il ne reconnaissait pas 124 supériorité de son grade ; il le meénaça de lui trancher la tête sal
he se soumeltait pas à son autorité. — Sans Souci, déconcerté, ‘réculilé
l'appela général et fui demanda ee qu'il prétent dait faire. Christos
phe lui dit qu'il reconnaissait donc qu'il était son chef, puisqu'il
l'appelait général. —Le celonel Jn. -Philippe Daut, à Ja tête de a
40.6, demeurait indifférent à ceite scène. I dilà Pétion: « Génés
rai, ne nous mêlons pas de ce qui ne nous regarde pas: Laissonss
Sans- Souci s'arranger avec Christophe, comme il l'entendra. Que:
les gens du Nord fassent chez eux la guerre aux français ; quant
à nous, allons-dans l'Ouest, notre pays, les combattre.» * Il pars
{it en effet sur le-champ. à la tête de fa 10,e, pour l'Artibonites
Il traversa le Boispin, la Ravine à Couleuyre et vint à Floreneeau
se plaça aussitôt sous les ordres de Déssalines. Pétion, de*son,
côté , après avojr obtenu de Sans Souci qu'il n'inquiétât plus Chrisiophe, partit aussi, malgré ses instances, pour l'Artibonite , avec.
43e. Ilarriva à la Petite Rivière à la fin de Novembre. Dessalia oi 4
lui fit un accueil solennel, lembrassa avec effusion et lui dit : Je ne
me suis ouvertement déclaré contre les français que parce que j'étais cer.
lain que vous aviez proclamé l'insurrection au haut du Cap.** Pétion
Jui raconta iout ce qui s'était passé aux environs du Cap depuis” on
entrevue avec lui à la Petite Anse. Il lui fit un tableau fidèle"des”
dissensions qui existaient parmi les indigènes du Nord. Dessalines
le confirma dons son grade de général de brigade, et lui lit OCCU:
per une maison en face de la place d'armes. Le même jour, i
nomma Gubart général de brigade. | |
Après que ‘Pétion eut quitté le Nord, Christophe, 1bandétel (
la plus grande partie des soldats de la Are el de la 2.e demi}
gade , s'était vu contraint d'aller se retrancher à Millot avec [es hommes
qui lui étaient demeurés fidèles. Ii cacha sa famille dans les mornes de
la Ferrière, et se tint en garde contre les pièges de Sans-Sou
De son côté, le capitaine-général Rochambeau songeait série
si Après la ont de Dessalines , pendant la guerre civile, Pétion s
tonnait souvent que Christephe n? eut pas fait mourir Jean- Philippe Daut,
en 1802, avait presque partagé l’animosité de Sans-Souci contre lui, El p
que Christophe ne ménageait Jn-Philippe Daut que parce qu'il redoutait
mense influence dont jouissait ce général sur les populations de l’Artil
_ ** La révolte de Pétion et celle de Dessalines furent presque simult:
Dessalines , pendant la guerre civile, Pétion s
tonnait souvent que Christephe n? eut pas fait mourir Jean- Philippe Daut,
en 1802, avait presque partagé l’animosité de Sans-Souci contre lui, El p
que Christophe ne ménageait Jn-Philippe Daut que parce qu'il redoutait
mense influence dont jouissait ce général sur les populations de l’Artil
_ ** La révolte de Pétion et celle de Dessalines furent presque simult: La prise d'armes de Déssalines suivit, de moins de deux jours , celle
Pétion , eomme on l’a vu. QHISTOIRE D'HAITI.—(1802} 314 ment à reconquérir les points que Leclerc avait été contraint d’abandonner. Le gouvernement avait centralisé au Cap presque toutes les forces du département du Nord. Rochambeau pensait que
l'occupation du Fort Liberté serait de la plus haute importance, en
cas de guerre avec l'Angleterre. Si les vaisseaux de S. M. B. bloquaient le Cap, les bâtimens de guerre, du commerce, et les
navires neutres , viendraient alterrir au Fort-Liberté d’où des approvisionnemens pourraient être transportés à la Tortue et au Môle
St Nicolas par le cabotage. D'une autre part, l'occupation du Portde-Paix assurait aux français la navigation du canal de la Tortue.
Si le Port-de Paix demeurait au pouvoir des indigènes, les établissemens de la Tortue seraient exposés à toutes sortes de dévastations
par les invasions des indépendans de la grande terre, et les communications avec le Môle, par le cabotage, seraient interceptées.
visionnemens pourraient être transportés à la Tortue et au Môle
St Nicolas par le cabotage. D'une autre part, l'occupation du Portde-Paix assurait aux français la navigation du canal de la Tortue.
Si le Port-de Paix demeurait au pouvoir des indigènes, les établissemens de la Tortue seraient exposés à toutes sortes de dévastations
par les invasions des indépendans de la grande terre, et les communications avec le Môle, par le cabotage, seraient interceptées. Rochambeau Grdonna au général Clausel de se mettre à la tête d’une
. expédition dirigée contre le Fort Liberté. Un batatilon de la- 86.e
éemi-brigade de ligne, cemmandé par le coloncl Lenormand, fut
embarqué sur le vaisseau lPAnnibal; les frégates l'Embuscade et la
Guerrière, la eorvette la Sagesse furent chargées de plusieurs autres
corps et d'un bataillon d'artillerie. L'escadre se présenta devani le
Fort-Liberté le 40 Frimaire (4.er Décembre), à deux heures de l'après-midi. Un bataillon de la 4.re demi-brigade indigène et un
millier de cultivateurs occupaient la place que commandait Toussaint
Brave. Le capitaine de vaisseau Guillemet s’embossa vis-à-vis de Îa
ville et la canonna ; en même temps Clausel, à la tête de la 86.e,
atteignit Je rivage. Toussaint Brave , malgré la plus vigoureuse résistance, fut contraint d'abandonner le fort Saint Joseph -
dont s’emparèrent les grenadiers français. Les indigènes évacuèrent la ville après y avoir mis le feu et avoir encloué 25 pièces
de campagne. Clausel arrêta l'incendie qui ne consuma que einq
maisons. Tous les canons du fort St Joseph tombèrent au pouvoir
des français. Le général de brigade Lavaletle, qui avait aceompagné au Cap le général Rochambeau, déploya dans cette affaire beaucoup de zèle et. d'intrépidité. ‘Rochambeau publia dans toute fa
colonie ce premier succès obtenu sous son gouvernement. Il annonça que la France ne tarderait pas à envoyer de nouvelles forces à
St-Domingue, et que toutes les positions abandonnées sous le gouvernement de Leclere seraient reconquises. Il parla bien baut de
la puissance de la France ; il dit que son alliance était recherchée de tous les peuples. Il annonça que les consuls de la République avaient arrêté, le 19 Fructidor, qu'il serait sursis à toutes poursuites jusqu’au 4.er .Vendémiaire an XVI, pour le paiement
des sommes dues par les colons de St-Domingue au commerce national. Ceux-ci, attirés par les superbes promesses de Rochambeau ,
rentraient en foule dans Ja colonie. | 918 | HISTOIRE D'HAITI.— (1802), ; Le capiaine-général déclara qu'il ne délivrerait désormais des
passe-ports pour France qu'aux militaires dont linvalidité serait
el die Il arrêta ainsi le départ de beaucoup d’cfficiers qui,
devenus riches par le pillage, abandonnaient leurs frères d'armes,
sous divers prétextes. Les fonctionnaires publics ne purent évacuer
les villes de leurs résidences qu'avec les garnisons de ces places.
Les juges composant le tribunal de Si Mure qui étaient sortis de
cetie ville lorsque Dessalines en avait assailli Les murs, reeurent Por:
dre, sous peine de destitution, de retourner à leur poste. Les
fonctionnaires du Port de Paix qui s'étaient transportés au Môle y
avalent repris l'exercice «de leurs fonctions. Geux du Fort Liberté
retournérent en celle ville.
purent évacuer
les villes de leurs résidences qu'avec les garnisons de ces places.
Les juges composant le tribunal de Si Mure qui étaient sortis de
cetie ville lorsque Dessalines en avait assailli Les murs, reeurent Por:
dre, sous peine de destitution, de retourner à leur poste. Les
fonctionnaires du Port de Paix qui s'étaient transportés au Môle y
avalent repris l'exercice «de leurs fonctions. Geux du Fort Liberté
retournérent en celle ville. Dans l'Ouest, les indigènes faisaient de neuveaux progrès. Larose
qui méconnalssall l'autorité de Dessalines et se soumettait à celle de
Lamour Bérance, fit des promotions dans ses troupes et les organisa.
Comme nous l'avons vu , il était maître du boug de l'Arcahaie, I se
résout à conquérir la section du Boucassin, encore occupée par les
français qui s'y étaient relirés, après leur expulsion de l’Arcahaie. La
section du Boucassin fait partie de la paroisse de l'Arcahaie. Larose
“ordonna à Jean Dugotier de descendre des imornes du Fond-Blane
ei “aller couper la retraite aux français , en s'établissant à ja SoureeMatelas, dans le chemin qui conduit au Port Républicain. Il envoya
au Montrouts, sur la route de St. Marc, une division qui y sur prit plusieurs postes européens el les passa au fil de l'épée. A se
mit ensuite à la tête de sepi bataillons et marcha sur le Boucassins
Quand sa ravalerie nent le poste français établi au Cabaret sur
l'habrisiion Garescher , elle fut repoussée par la mitraille de plusieurs
pièces d'artillerie. Larose abandonna le grand. chemin , pénétra dans
les jardins de cannes de l'habitation Deschapelles et s'arrêta à Na
barrière de Garescher.. I! fit proposer une capitulation à Poix qui
eommandait les français. Celui-ci renvoya le parlementaire sans ré:
ponse. Larose commença aussitôt le feu. Il donna saus Suecès plu=
sieurs assauts aux relranchemens ennemis ; il fut repoussé avec perte,
Il demeura campé en présence des français qui pendant neuf jours
supportèrent toutes sortes de privations Une goëlette française se
présenta vis-à vis de Garescher et canonna les indigènes sans pouvoir
les contraindre à abandonner leur position. Pendant une nuit obscure Poix évacua le Cabaret sur les habitations Prince et Simonelte:
Larose , croyant qu'il irail tomber dans l'embuscade que commandait Jean Dugetier r, ne fit aucun mouvement. Mais les français avaient appris qu'un batailion indigène occupait la Souree Matelas. Abandon:
nant leurs bagages , et conduits par des guides sûrs, ils aiteignirent la source Céca: tranversérent les Orangers, et arrivérent am
Mirebalais où ils se réunirent à David Troy, officier noir, qui eommans
dait avec zèle et intrépidité eeite pareisse, pour la République française. ir Sr honte ii. HISTOIRE D’HAITI.— (1802) 379
ris qu'un batailion indigène occupait la Souree Matelas. Abandon:
nant leurs bagages , et conduits par des guides sûrs, ils aiteignirent la source Céca: tranversérent les Orangers, et arrivérent am
Mirebalais où ils se réunirent à David Troy, officier noir, qui eommans
dait avec zèle et intrépidité eeite pareisse, pour la République française. ir Sr honte ii. HISTOIRE D’HAITI.— (1802) 379 : Quoique Larose fût sonmis à l'autorité de Lamour Dérance , ses
trouves témoignaient pour Dessalines loutes sortes de sympathies.
Elles demandèrent plusieurs fois, à grands cris, à se soumeltre aux
ordres de ce dernier. Pour les éloigner de ce chef , Larose les trompa.
Ji leur annonça que Dessalines lui avait ordonné d'incendier toutes les
plantations de la plaine, de massacrer tous les vieillards infirmes ,
d'abondonner l’Arcahaie et de gagner les mornes des Cahos. En entendant ces paroles perfidès, ses gens pussérent de l'enthousiasme
pour Dessalines à findignation contre lui. Charies Courjol, ce
guérilas cruel qui avait tranché la tête à ELamartinière , travaillait
les esprits en faveur de Dessalines.. Voyant que la masse demeuFait fidèle à Larose, il se précipita sur “lui à l'improviste, lui porta
plusieurs coups de poignard, Île renversa, prit la fuite et disparut
à travers les bois. Il se retira auprès de Dessalines. Il fut bientôt
suivi du commandant Robert, oficier influent. Dès lors la défection commença dans Îles troupes de FArcahaie. Pour occuper ses soldais et arrêter les désertions, Larose entreprit de faire des conquêtes.
Il se détermina, téméraire ment, à à envahir la vaste plaine du Gul-de-Sac
remplie de fortes garnisons françaises. Une de ses divisions pénétra
jusqu'aux Varreux, à trois lieues du Port-Républieain ; elleen souleva quelques ateliers. . Elle attaqua le fort de l'ha bitation Robert
prés de la Grange Rivière, et l'enleva, le 40 Frimaire (1° Décembre.) Be colonel Gilbert Néraud , qui commandait à la Croix desBouquets, marcha contre les indigènes , et les chassa de la fortification , après un combat opiniâtre. Les gens de lAcahaie éprouvérent des pertes considérables, et ne s'arrètèrent qu’au Boucassin.
Larose se mit à la tête des soldats des 3° et 8° que formaient sa
garde et vint en personne, peu de jours après, attaquer une-position qu'occupaient les français à Sibert, à quatre lieues du Port-Républicain , sur la grande route de l'Arcahaie. I s’en rendit maitre.
Dès que l'onsut, à la Croix-des Bouquets , cette nouvelle agression, Gilbert Néraud sortit du bourg, à la tête des grenadiers d'un bataillon de la 86° de ligne, et de la gendarmerie de la plaine commandée
par St.-James. Il atiiqua avec impétuosité les indigènes, les culbuta et
les mit en pleine déroute. Larose laissa cent morts sur le champ de
bataille. St. James, à la tête de la cavalerie, sabra les fuyards, et
en précipita un di nombre dans la mer. De retour au bourg
de l'Arcahaie, Larose apprit que pendant son absence, beaucoup
de ses gens s ‘étaient retirés auprès de Dessalines , à l’Artibonite. De
ce nombre étaient deux guerriers intrépides, Jean Toussaint Labarre
et Auguste. Labarre. Resserré dans les liites de la paroisse de l'Arcahaie par les français de $t. Mare, d'une part , et par Dessalines de
Vautre, Larose fit élever des fortifications pour se mettre en état de
résisier à ces deux ennemis. Pour s'attacher la population, il donna
des soins à l'agriculture , et s’efforça, par une administration régu«
erriers intrépides, Jean Toussaint Labarre
et Auguste. Labarre. Resserré dans les liites de la paroisse de l'Arcahaie par les français de $t. Mare, d'une part , et par Dessalines de
Vautre, Larose fit élever des fortifications pour se mettre en état de
résisier à ces deux ennemis. Pour s'attacher la population, il donna
des soins à l'agriculture , et s’efforça, par une administration régu« 389 HISTOIRE p’uairi.—(1802) Bière, de faire refleurir les campagnes. Les habitations furentexpioitées, el le sirop, le tafia furent vendus avantageusement parues:
habitans de lArcahaie aux gens de l'Arthonite qui venaient au! bourg
faire des échanges. Par de bons procédés envers ces derniers, Larose , de son côté , en gagna beaucoup à son parti. Dans le Nord, Rochambeau faisait d'inutiles efforts pour occuper
les bourgades du littoral. Les insurgés se retiraient dans lPintérieur,
dès que les français abordaient le rivage. Ceux-ci ‘construisaiené
des foris, y laissaient des garnisons el se retiraient ensuite dans
les villes. Les indigènes réunissaient alors leurs forces, et ruinaient
cés établissemens. Le gouvernement fut contraint d'envoyer uns expélition dans la baie de Mancenille dont les indigènes s'étaient M rendus maîtres après le départ de Clausel du Fort Liberté. : Eeurs
se: ges armées, montées d'intrépides caboteurs noirs et jaunes , empéchaient les navires marchands d'entrer dans la rade de cette ville
ou d'en sortir. Toussaint Brave avait établi un poste à l'embouchu=
re du fleuve du Massacre. Le 14 décembre (23 frimaire) , le eaprtaine de vaisseau, Pradine, se présenta à lembouchure de ce fleuve. Il était menté sur la frégate l'Embuscade chargée de 150 homO
mes de Îa 86.e, sous les ordres du chef de bataillon Pigné Montignac. I dé barqua , protégé par le feu de la frégate, cuibuta les indigènes, leur tüa quelques hommes, et se rendit maître de kur poste. Il y trouva deux pièces de canon , lune de 8, l'autre de
24, et les encloüa. Dix embarcations, qui tombèrent en som. pour voir, furent livrées aux flammes. Toussaint Brave rallia les fuyards et alla camper dans la plaine du Fort-Liberté. Le eolonel Félix et
le ehef d'escadron Daulion firent aussitôt contre lui une vigoureuse
sortie. Pendant une beure, l’on se battit avec acharnement. de part et dauire. La cavalerie française ne put rompre les indigènes, « Les biancs et les indigènes passèrent la nuit sur le champ de ba=
taille. Le lendemain , à a pointe du jour , Toussaint Brave fit
donner la sépulture à ses morts, en présence de l'ennemi, sans.
être inquiété, el emporta ses blessés en. abandonnant la- plaine. En même temps, le général Brunet cominandant des divisions de:
l'Ouest et du Sud se trouvait au Môle St.Nicolas. 1H confia à l'adjudant commandant Grand Seigné une expédition contre le bourg de
sur le champ de ba=
taille. Le lendemain , à a pointe du jour , Toussaint Brave fit
donner la sépulture à ses morts, en présence de l'ennemi, sans.
être inquiété, el emporta ses blessés en. abandonnant la- plaine. En même temps, le général Brunet cominandant des divisions de:
l'Ouest et du Sud se trouvait au Môle St.Nicolas. 1H confia à l'adjudant commandant Grand Seigné une expédition contre le bourg de Bombarde qu'oceupeit une multitude de cuitivateurs. Il voulait faire
rentrer au Môle une centaine de familles blanches dispersées dans ies
bois de ce canton. Grand Seigné se mit en marche à la tête de plusieurs compagnies de la 49.e et de la 98.e ét d'un escadron« des dragons du Môle. Les français atteignirent, pendant. Ha nuit, les retranchemens des indigènes. sans être aperçus. Grand Seigné | chargea l'ennemi à la baionnette y @t pénétra dans le bourg. LIE
réusit une foule de blancs, et les achemina aussitôt sur le Môle,
escoriés d'une centaine de soldats. Le lendemain, dès l'aurore L
L & INSTOIRE D'HAITI == (1802) 651 51 fut âssailli par les indigènes qui le contraignirent à abandonner
sa “conquête eltà: rentrer au Môle dans le plus grand andre:
Sa retraite avait été protégée par lescadron des dr'a agons du Môle,
composé de a jeunesse hoire et jaune de cette ville, encore dés
vouée aux français. L'on a vu l'insurrection prendre un caractère onriidabiel L'idée
de l'indépendance de St Domingue s'était déjà parfaitement -formulée dang l'esprit des indigènes. L'on ne se battait plus pour Ja
liberté seulement, mais pour se détacher entièrement de la France. . Dans nos rangs flottait eacore le drapeau ‘tricolore; mais partout dans nos camps les armes. françaises avalent. disparu. Cependant
les principaux chefs des isa ès és élatent encore indépendans. les
uns des autres, malgré les efforts de Dessalines pour établir, dans
l'intérieur, un syst me de centralisation. Dans le Norde, depuis le
Borgne jusqu’au Fort-Liberté, Sans Soûci commandait en chef, inpnndons de Dessalines. fl imposait son autorité à Toussaint Braà, Charles Bauduy, qui avaient toutes leurs sympathies pour
Densalirs : il était sans cesse. on lutte d'autorité avec Christophe
et Clervaux qui sefforçaient de gagner les populations en faveur
de Dessalines. Mais Petit Noël Prière Macaya, Cagnet, Masougou,
Vamatheurcux , Cacapoule , Jacques e Ier , Labruni, chefs de ban- "des, lui étaient tout dévoués. Petit Prière fétail son: premier Heutenant. Tous ces chefs qui étaient des parvenus dela _ nière Incurregtion, el qui étain presque IHeoHNUus AY eat l'arrestation de Toussaint pi
ne voulaient pas reconnaître Îa bn PR des anéiens généraux des
troupes coloniales: ceux ci s'étaieut soulevés après eux contre Îles
français et étaient venus les joindre dans ee bois, après iles avoir
horriblement traqués, au nom “le la Fran Durñe autre part,
comme ils étaient la: plupart africains, ils États de l'aver#on contre les” noirs créoles qui, généralement, se croyaient supérieurs à
ne voulaient pas reconnaître Îa bn PR des anéiens généraux des
troupes coloniales: ceux ci s'étaieut soulevés après eux contre Îles
français et étaient venus les joindre dans ee bois, après iles avoir
horriblement traqués, au nom “le la Fran Durñe autre part,
comme ils étaient la: plupart africains, ils États de l'aver#on contre les” noirs créoles qui, généralement, se croyaient supérieurs à eux, et Dessalines était ausst eréole. Cependant Peui-Noël Prière > qui leur commandait en second, était créoles * mais il sortait des mémes raigs qu'eux, avail loujours vécu avec eux ct avail été ua des
premiers à Les exciter à la révolte. |
Capoix comtmandait au Port-de Paix. Son autorité s étendail du
Borgne aux portes du Môle St-Nicolas. Il n'attendait qu'une visite
de Dessulines pour se souimetitre à son autorité. |
Dans l'Ouest, Lamour Dérance, qui avait pris le titre de général ën
chef des départemens de l'Ouest et du Sud, commandait à tous lesinsurgés, à Larose, à l Arcahaie ; à à Magloire Ambroise! à Macaque , dans Îles
mornes de Jacmel; à Be causéjour, à P'-Louis, à Sanglaou, à Mathieu i'our:
ti mi, à Cangé, à Métellus, à Adam, dans lcs mornes de Léogane, * Le créole est celui qui est né dans les colonies, Sans-Souci était
né en Afrique ; il avait été amené à St-Domingue par: la traite, 382 HISTOIRE D’HAITI.-— (1802) f du Grand-Goûâve, et de la Rivière Froïde près du Port-Républicain.« Dessalines dominait dans tout le quartier de l'Artibonite, quoique RE le chef des bandes des hauteurs de St:Mare, Cibas, refusât quelque-«
fois d'exécuter secs ordres. Tous les chefs du Nord et de l'Ouest n'étaient * jusqu'alors à ses yeux que des rebelles qui, en droit; lui étaient subordonnés. Sans-Souci, dans le Nord, Lamour Dérance, dans
FOuest,, se faisaient appeler, comme lui, chacun, général en chef. « Jusqu'à présent le département du Sud ne s'était pas remué. Le parti de Dessalines qui renfermait le plus de lumières était
aussi le plus énergique ; il personnifiait le principe de l'unité indigène ; il pouvait déjà combattre avec succès les français, et étouffer ,
eu même temps, les factions qui refusaient de se soumettre au gour vernement central dent le siége était à la Petite-Rivière de lArubo-« nite. Dessalines lui même, dictateur , ayant droit de vie et de mort,
disposant des hommes et des choses, se transportait partout, et don
nait aux opérations celte vigueur d'action qui améênera le triomphe
de l'indépendance. Déjà Pétion lui avait suggéré l'idée de porter la
guerre dans le Sud, en y envoyant Geffrard avce la 13%, pour
vernement central dent le siége était à la Petite-Rivière de lArubo-« nite. Dessalines lui même, dictateur , ayant droit de vie et de mort,
disposant des hommes et des choses, se transportait partout, et don
nait aux opérations celte vigueur d'action qui améênera le triomphe
de l'indépendance. Déjà Pétion lui avait suggéré l'idée de porter la
guerre dans le Sud, en y envoyant Geffrard avce la 13%, pour soulever les citoyens de ce département et leur donner l'impulsion de la grande guerre nationale. NIET VARIE Merle LERC ice fe CS Si ss, oh ME » LIVRE TRENTE-DEUXIÈME. \ 100%: Sommaire. Pendant que Dessalines organise Île. gouvernement indisène à la Petiie-Rivière de l’Artibonite , les indépendans du quartier de FLéogane font des progrès —Les commaudans Adam, Caradeux, Germain Frère occupent les mornes de la Coupe et de l'Hôpital Cangé arrive dans la plaine de Léogane, —
IL se fait proclamer général —Il devient le conseiller de Lamour Dérance —
Cangé tente de porter la guerre dans le Sud—[l est battu au Pont de Mirago- . âne — Exécution de Bardet.—Noyades dans la rade des Cayes —Révolte de Joseph Darmagnac, dans le quartier de l'ilet aux Cayes. — Division militaire du
département du Sud.—Les indigènes de Belle Rivière, dans le Sud , se soulèvent
contre Îles français —Noyades dans la rade de St Louis, du Sud —Cruautés de
Kerpoisson.— Exécution d'FHérard Charlemagne. — Exécution de Ferbosse —Gerin se rallie aux troupes indigènes de Léveillé.— Dessalines envoie Geffrard dans le Sud pour soulever ce département contre les français. — Pétion part avec Geffrard,
pour, l'accompagner jusqu'à Léogane. — Pétion enlève le Mirebalais sur Pad
roy —Il pénètre dans la plaine du Cul de-Sac— Il est battu à Pierroux ;wr
Padjudant commandant Néraud.—Il se rend dans la plaine de Léogane par les
montagnes—Ïl s'efforce en vain de gagner Lamour Dérance au parti de DesSalimes.—I[l attaque Léogane, mais ne peut s’en emparer—Le Port-Républicain
envoie une expédition an secours de Léogane — Les français jettent des renforts
dans la place—Geffrard continue sa route vers le Sud —Pétion reprend le chemin de l’Artibonite,— Il arrive à PArcahaie.— Larose, qui méconnait l’autorité de
Déssalines , le contraint à vider le bourg.—Pétion se retire à PArtibouite auprès
de Dessalines.—Celui ci jure de punir Larose.—Pétion travaille &ux fortifications
de, Marchand.—Dessalines se résout à soumettre à son autorité Petit Noël Prière
et Sans-Souci.—Il se rend au Port-de Paix.—Capoix reconnait son autorité — Romain, Yayou, Daut Brave, Petit Noël Prière, Sans-Souci lui-même le reconnaissent général en chef.—Dessalines se rend aux Gonaives, — Les cultivateurs
ite auprès
de Dessalines.—Celui ci jure de punir Larose.—Pétion travaille &ux fortifications
de, Marchand.—Dessalines se résout à soumettre à son autorité Petit Noël Prière
et Sans-Souci.—Il se rend au Port-de Paix.—Capoix reconnait son autorité — Romain, Yayou, Daut Brave, Petit Noël Prière, Sans-Souci lui-même le reconnaissent général en chef.—Dessalines se rend aux Gonaives, — Les cultivateurs =. 354 HISTOIRE p’HAiTI.—(1802),
du Dondon chassent Christophe de ce: bourg — Dessalines retourne dans le Nord:
Son langage aux populations —[1 gaone entièrement Sans-Souci à son parti, —
Capoix fait incendier les hôpitaux de la Tortue —Le général Clausel prend le
Port-de-Paix sur Capoix Christophe fait assassiner Sans-Souci à Grandpré, =
Le général Lacroix prend faxabon et Ouanaminthe sur les indigènes —Christos
phe marche conte lui et est blessé —Pctit Noël Prière se révolte contre Chniss
tophe et centre Dessalines.—Mort du général Paul Louverture = Dessalinesmars
che contre Petit Noël Prière; il ahéantit sün parti. — Résultat de la chute du parti des
Congos.— lour contenter les cultivateurs du Nord, Dessalines place Christophe:
aux Gonaïives.— Dessalines marche contre Larose.—Il s'empare de l’Arcahaie =
Larose se retire auprès de Lameur Dérance.—Le général Quentin refoulé dans:
la place de Saiat-Marc— Travaux administratifs de Rochambeau.=+Arrèté dec
tor Daure du 29 Frifnaire.—Indemnité accordée aux veuves des employés des
l'administration militaire.—Charges des municipalités. Arrêté des, consuls. du 80
Vendémiaire an Xf.—Arrêté deefRfochambeau du 14 Nivôse an Â1—Compas
gnies d'élite = Trafic d'esclaves entre St. Domingue et liîle de Cube, par ess
RER de guerre français.—Ludot, grand-juge.— Visites domiciliaires pendantes
à nuit. | 7 1
ée aux veuves des employés des
l'administration militaire.—Charges des municipalités. Arrêté des, consuls. du 80
Vendémiaire an Xf.—Arrêté deefRfochambeau du 14 Nivôse an Â1—Compas
gnies d'élite = Trafic d'esclaves entre St. Domingue et liîle de Cube, par ess
RER de guerre français.—Ludot, grand-juge.— Visites domiciliaires pendantes
à nuit. | 7 1 Pendant que Dessalines et Pétion organisaient , à la Petite-Rivière
de FArtibonile, le gouvernement indigène qui avait pris la dénomis
pation de gouvernement des Incas, les indépendans des cantons den
Léogane et du Port-Républicain, faisaient de rapides progrès: Sans
glaou, Beaustiour, Picrre-Louis et Mathicu Fourmi, les chefs des
bindes de Léogane , avaient étahhi leur camp principal à Bugnot: Les
montagnes de la Geupe et de Hôpital, près du Port Républicain}
étaient occupées par Caradeux, Germain frère ct- Adams noirs
qui faisaient tous leurs efforts pour détourner les eaux qui descendent
au Port-Républicain, eu cbstruant les canaux. Adam $ em para sdesas
source. Turgeot située à une demi lieue de la ville, sur une émis
nence qui dotuine considérablement la place. On prétend quete
indigènes en empoisonnèrent quelquefois les eaux en ÿ jetantden
nombreuses branches de Mancenillier. Getle source alimente les fons
taines de la ville, et arrose les campagnes du voisinage. Ea garnie
son blanche et la garde netionale firent une sortie contre les imdE
gènes et les chassèrent de cette position, Les français y établiren
un poste considérable. Germain frère et Caradeux avaient dress
un camp sur l'habitation Frère, dans la plaine du Cul-de Sac ,“au
pied des mornes dela Coupe. Ils y étaient à la tète des débrisidi
la 41° demi brigade coloniale. Ce camp servait d'asile à tous les |
tivateurs du Gul-de-Sac qui fuyaient les rigueurs de l'administration
de Rochambeau. | | RNB Ce fut alors que Cangé, chef d'une bande de cultivateurs.
mornes du Grand-Goûve, se résolut à se transporter dans la.
de Léogane. C'était un homme de couleur , ancien chef de bata
dans les troupes de Rigaud, pendant la guerre civile. I réun
la confiance de tous les cultivateurs de ce quartier. Al états HISTOIRE D'HAITI (1802) 885 mis à l'autorité de Lamour Dérance qui avait comme lui combattn
Toussaint Louverture. 11 vint sur l'habitation Sarrebousse, à la tête
d’une centaine de cultivateurs , dans la parëisse de Léogane. Par sa
bravoure et ses talens militaires, il devint bientôt l'Ame de toutes les opérations. Les indigènes n'entreprenaient rien sans le consulter. insurgés n'avaient jamais eu l'idée de s'organiser en eorps discip!inés; le système africain de Lamour Dérance régnait parmi eux; ils “combattaient sans ordre ; et toutes les fois qu'ils attaquaient Léogane, ils étaient repoussés par la tactique européenne. Cangé réuait sur l'habitation Sarrebousse les chefs de bandes de la plaine, Mathieu Fourmi,
. Les indigènes n'entreprenaient rien sans le consulter. insurgés n'avaient jamais eu l'idée de s'organiser en eorps discip!inés; le système africain de Lamour Dérance régnait parmi eux; ils “combattaient sans ordre ; et toutes les fois qu'ils attaquaient Léogane, ils étaient repoussés par la tactique européenne. Cangé réuait sur l'habitation Sarrebousse les chefs de bandes de la plaine, Mathieu Fourmi, Sanglaou, Pierre Louis. Beau-Séjour qui, le premier, avait donné le
signal de l'insurrection dans le quartier de Léogane, était absent, Cangé fit dresser une tente pour les chefs, et leur servitun grand repas “où il y avait en abondance de la viande, des vivres et du talia. Les cultivateurs, de leur côté, étaient réunis, par groupe, sous les “arbres, autour d'énormes quartiers de bœuf rôti, de meuton et de porc. Ils dansaient le bamboulas , chantaient , mangeaient , buvaient mot sénivräient. Lorsque toutes les têtes se trouvèrent exaltées par les vapeurs du tafia, Cangé fit sonner du lambi, et réunit toutes les ob bandes auteur de la tente principale. I! monta sur une souche et dit à la
foule : mes frères, pour faire avantageusement la guerre aux français, il faut qu on soit discipliné, qu'on ait de la tactique, qu on se forme en demi-brigades et qu’on se donne des officiers et des sous officiers. Les bandes accueillirent ses paroles par de grandes aeclamations. « Je nomme, continua-t il, Sanglaou ét Mathieu Fourmi colonels ; ils choisiront les capitaines de leurs demi brigades.» Gas deux nominations furent salaées
par des cris d'enthousiasme. Alors il organisa deux eorps d'infantérie, et un corps de cavalerie de deux escadrons. Il omma les chefs
de bataillon, et proclama Pierre Louis , officier d’une rare intrépidité,
chef d’escadron. Les cultivateurs la plupart ivres reprirent leurs chants et leurs danses. Cangé demeurait sans grade ; et les insurs ul gés qui ne l'avaient pas compris ne faisaient entendre aucun cri en
sa faveur. Il fit de nouveau sonner du lambi, obtiat un peu de
silence , et dit : j'ai nommé les colonels , les commandans , j'ai mis chacu à sa place; que suis-je moi-même? la multitude s éeria vive le général Cangé! et s écoula en chantant à travers les bois. Par son adresse , Cangé devint le chef de ees hommes alors sinples, mais
héroïques, qui subirent l'influence d'un guerrier brave, audacieux
et intelligent. C'était dans les premiers jours de Décembre. Lamour … Dérance sortant des mornes de Jaemel vintà Darbonne. Il confirma “Cangé dans son grade de géngrat quoiqu'il eût vu avec jalousie cette nomination faite en sen absence; néanmoins Caugé ne tarda pas
à devenir son favori et son conseiller. Beau Séjour mecontent de . la conduite de Cangé qui avait pris un commandement qui lui reveM LC] : nn 0] e . F ? . +
Gétait le seul oflicier qui eut servi dans des troupes régulières. Les
mornes de Jaemel vintà Darbonne. Il confirma “Cangé dans son grade de géngrat quoiqu'il eût vu avec jalousie cette nomination faite en sen absence; néanmoins Caugé ne tarda pas
à devenir son favori et son conseiller. Beau Séjour mecontent de . la conduite de Cangé qui avait pris un commandement qui lui reveM LC] : nn 0] e . F ? . +
Gétait le seul oflicier qui eut servi dans des troupes régulières. Les L C2 386 | “HISTOIRE D'HAITI 1802) défendu par le commandant Laucoste, laissa autour de cette ville y avait dans ce bataillon un grand nombre de soïdats de la 4 co Le “tait, demeura dans les mornes, s'isola et ne prit plus aucune part
à la. guerre, Lamour Déranee retourna devant Jacmel qu'il assiégail,
‘aprés avoir ordonné à Cangé d'attaquer. Léogane. Celui-ci assailih vi
goureusement les français , les refoula dans la place, qu'il cernaétrois
tement, els étasit à Dampuce à Fentrée de la grande route äuw Ponts"
Républicain. En mème temps (40 Décembre) 49 Frimaire, Lamour
Déranée donnait assaut à la ville de Jacmel, secondé par les commandans Magloire Ambroise, Lacroix et Macaque. Il fallut, en
pousser, le courage el là fermeté du général Pageot et du colonel
Dieudonné Jambon. Ces deux officiers furent énergiquement sou.
tenus par les chefs de bataillon Burres et Pascal. ‘17
Cangé, ne pouvant se rendre maître de Léogane vigoureusement assez de troupes pour empêcher les français de se répandre dans ke ‘.
plaine, et ‘partit pour le pont de Miragoäne avec: la résolution dem
pénétrer dans le département du Sud où 1l devait porter la guerre
_ Quand il traversa les mornes du Petit-Goûve, il fut attaqué parles
chef de bataillon Delpèche qui commandait ce canton pour les fran
çais. Ille battit et continua sa marche. Ilalla camper sur PhabEN
tation Olivier près du pont de Miragoäne. Ce. pont sert de commu Là
nication entre les dépirtemens du Sud et de l'Ouest séparés au Nord
par un étang. Il était occupé par un détachement @e Ia 90! dé 148 “
et par un bataillon de chasseurs créoles, coinposé de noirs et dhomen
mes de couleur , sous les ordres du commandant Pérou," noir."Ih loniale, qui $'étaient trouvés à Jérémie lors de l’arrivée de lexpéditions
de Leclerc , quand le colonel Dommage fut arrêté. Les chasseurs"
créoles, dès qu'ils apprirent l'arrivée de Cangé, résolurent de lui
livrer le poste qu'ils occupaient. L'un d'eux, jeune homme de couleur , se rendit sur l'habitation Olivier, et demanda à s'entretenir.
avee lui. En ce moment Cangé était ivre et maltraitait tous ceux Le
s'approchaient de lui. Dès qu'il aperçut l'uniforme des chasseurs.
créoles, il s'écria: arrêtez ce français. Le jeune homme fut sabré
apprirent l'arrivée de Cangé, résolurent de lui
livrer le poste qu'ils occupaient. L'un d'eux, jeune homme de couleur , se rendit sur l'habitation Olivier, et demanda à s'entretenir.
avee lui. En ce moment Cangé était ivre et maltraitait tous ceux Le
s'approchaient de lui. Dès qu'il aperçut l'uniforme des chasseurs.
créoles, il s'écria: arrêtez ce français. Le jeune homme fut sabré sous ses yeux. Ses PrOprES gens furent indigaés de eet acte de cruz
auté. Dès que les chasseurs créoles apprirent l'assassinat de leur en
voyé, ils marchèrent avec impétuosité contre les insurgés, les alta
quérent avec fureur, les culbutèrent et les poursuivirent au loin.
Canogé ne s'arrêta, dans sa fuite, que dans la plaine de Léogane.
._ Les indigènes du département ‘da Sud n'étaient pas plus à Va CL
des persécutions que ceux des autres départemens depuis ques )«
chambeau avait pris les rênes dé la colonie. Sur le simples soupod
d'une conspiration qui devait éclater au Petit-Trou des Baradètés à
général Laplume ordonna l'arrestation de Bardet, cet ancien che
batailion de la 43° coloniale quiavait livré le fort Bizoion au : géné
Boudet, à l'arrivée de l'expédition, C'était un oflicier out : dévoué à “ masToite D’HAITI.—(1802) 887 Ha Trance. Il fut noyé dans la rade de l'Anseà Veau. Cette exécute
lion émut profondément le département du Sud. Beaucoup d hommes de couleur arrêtés comme ses complites furent exécutés. L'un
d'eux Gérin ne dut son. salut qu’à la protection d’un cflicier indigène,
“nommé Segrétier, qui favorisa sa fuite. * Segrélier, jouissait jusqu'alors de toute la coufiance du gouvernement,
| Les bâtimens de guerre en station dans la rade des Cayesse rem-
“plissaient aussi d’indigènes destinés à être noyés. Chaque jour les
flots apportaient au rivage de nombreux cadavres. Tant d'a rorttés
excitérent à la révolte une cinquantaine d'indigénes qui müs par
le désespoir, ne prirent aucune mesure pour la réussite de leur
entreprise. Après avoir mis à leur lète un noir nommé Joseph ar
_magnac, ils semparérent, à dix heures de la nuit, du quartier de 1Alet
à une des extrémités de la ville des Gayes, et s'y retranchéreui, Le
“colonel Berger commandant de la place, réunit aussitôt la garde namtionaie et les troupes de ligne, marcha eontre eux, les cérna, les
attaqua , êt les fil tous prisonniers. Le Dimanche qui sUIvVIL celte
affaire, Joseph Armagnac et ses compagnons d'infortune furent les
uns pendus, d'autres noyés. Cette “révolte hâta la perte de nombreux
“indigènes qui encombraient les prisons. Peu de temps aprés on
poya dans la rade des Cayes les nommés Moreau, Doudou, Viart,
Prosper, Braguin, hommes de couleur, et une foule d'autres. Braquia
était un homme véritablement instruit ; ilavait été eleve en Europe,
Après la mort de Fréron, il avait été question de le nommer souspréfet du- département du Sud; mais 11 avait été écarte de cette
» dignité par l'influence du parti evlouial. s PE
. Peu de temps aprés on
poya dans la rade des Cayes les nommés Moreau, Doudou, Viart,
Prosper, Braguin, hommes de couleur, et une foule d'autres. Braquia
était un homme véritablement instruit ; ilavait été eleve en Europe,
Après la mort de Fréron, il avait été question de le nommer souspréfet du- département du Sud; mais 11 avait été écarte de cette
» dignité par l'influence du parti evlouial. s PE Le département du Sud dont toutes les villes et tous les villages
étaient encore au pouvoir des français était divisé en trois arrondissemens militaires sous les ordres du général de brigade Laplume. L'autérité du général Darbuis s'étendait de l'Anse à-Veau à DameMarie inclusivement , sur-les vilies de l’Anse-à Veau, du Petig@Trou,
de Jérémie etdu cap Dame-Harie. 7 ; Le chef de brigade Berger commandait depuis Tiburon jusqu'à
Cavaillon ; son autorité s'étendait sur les villes de Tiburon, des Cofeaux, de Torbeck, de Port Salut, des Cayÿes et de Cavaiilon inciusivement. | : ; Le chef de brigade Nérette commandait depuis Cavaillon jusqu'à
l'Anseà-Veau. Il avait dans l'étendue de son commandement Saint
Louis , Aquin, le Fond des Négres, el tout le cordon qui sépare le département du Sud de celui de Ouest. nr Peu de jours après la défaile de Cangé au pont de Miragoâne,
Je général Laplume oréonga à un officier de couleur, Bellegarde Î 1 Li
… * Gérin ne tardera pas à devenir un des héros de la guerre de l'In-
» dépendanes dans le Bad, | | ; L 383 IUSTOIRE D'HAITI.-— (1802) Baudouin, qui occupait habitation Murier , dans le Sud, à atète W des gar: des nationaux de Bellerivière ; d'aller renforcer la garbisOR du Pont de Miragoâne que les insurgés de l'Ouest menaçaient chaque |
jour de forcer. La milice de Bellerivière était composée en grande partie d'hommes de couleur, la plupart propriétaires. Bellegarde
Baudouin el ses compagnons lémoins des crimes auxquels se livraient
lcs français résolurent de se soulever. Après avoir fait part de sa
détermination à Giles Bembara eommandant des insurgés des mornes
du Pelit-Goave, et au colonel Gilbon , ehef de ceux des mornes de
Baÿnet, B'llegarde Baudouin s approcha de Miragoäne sans difliculté,
fa Fa européenne de cette ville ne se doutant pas de son projet. Miragoâne était commandé par un officier noir Pierre Viailet,.
ennemi cruel de ses frères. Baudouin l’enleva sans ceup-férir , sem
para dune grande quantité de munitions, | abandonna ensuite , et se retira sur l'habitation Torchon. Le colonel Nérette, homme de couleur, qui commandait à Aquin
pe les français, lui envoya secrètement des présens, dui fit de
brillantes promesses, et le porta à abandonner la cause de la liberté. Bellegarde Baudouin partit seul, pendant une nuit, de l'habitation Torchon, et se rendit aux dise. - Nérette , pour témoigner à Rochambeau tout son Ho à. la métropole, persécutait horriblement ses frères. Il venait de laisser
noyer dans la rade de St. Louis vingt deux anciens officiers , noirs
et de couleur. Ces infortunés furent conduits à bord de la frégate
la Clorinde, en station dans le port de St-Louis , et commandée par le ei:
Loyen Lebozec , Officier européen. Parmi eux se trouvait ke eitoyen Moulin
témoigner à Rochambeau tout son Ho à. la métropole, persécutait horriblement ses frères. Il venait de laisser
noyer dans la rade de St. Louis vingt deux anciens officiers , noirs
et de couleur. Ces infortunés furent conduits à bord de la frégate
la Clorinde, en station dans le port de St-Louis , et commandée par le ei:
Loyen Lebozec , Officier européen. Parmi eux se trouvait ke eitoyen Moulin qui avait commandé le bourg de St-Louis. Lebozec les accueillit avec bumanité ; 11 prit leur sort en pitié. Peu de jours après, le co:
Jouel français Berger commandant de là place des Cayes, que lon
avait surnommé le loup cervier du département du Sud, à cause de
sa féro@ilé, envoya, à Si-Louis, Kerpoisson lieutenant du port des Cayes,
avec ordre de noyer dix neuf prisonniers qui devaient être à bord de la Clorinde; 11 ne lui en avait pas donné les noms. Arrivé dans la
rade de St. Louis, Kerpoisson demanda les dix-neuf prisonniers. J'en al vingl deux, bai dit Le bozec; quels sont ceux que vous désirez? Eh bien! les vingt deux , repliqua l'assässin , surtout Lefranc. Celui Gi élait un ancien colonel, homme de couleur , qui avait aussi come mandé à Si. Louis. Pensez-vous que je sois un bourreau, s’écria ; je ne joue pas avec la vie de mes semblables ; ; quand vous
m'apporterez les noms des prisonniers que vous réclamez , Je vous …
les livrerai. Kerpoisson relourna aux Cayes , et revint avec ‘les noms
des vingt deux inforitunés qui lui furent livrés. Il les jeta liés les =
uns aux autres dans des eanots à soupape, les dépouilla et les noÿa* Leboz ec Nérette à Aquin se glorifiait des lettres de félicitations quil rece*.
mes semblables ; ; quand vous
m'apporterez les noms des prisonniers que vous réclamez , Je vous …
les livrerai. Kerpoisson relourna aux Cayes , et revint avec ‘les noms
des vingt deux inforitunés qui lui furent livrés. Il les jeta liés les =
uns aux autres dans des eanots à soupape, les dépouilla et les noÿa* Leboz ec Nérette à Aquin se glorifiait des lettres de félicitations quil rece*. fait de Rochambeau, et prétendait qu'il serait un-jour présenté à à HISTOIRE D’HAITI. (1802 889 Bonaparte. Il avait l'espoir de vivre dans l'opulence à Paris. TI ft
fusiller sur la place d'Aquin un jeune homme de couleur, Hérard
Charlemagne , parce que celuiei avait dit à un blanc qui le menaçait de le faire flageller que son: règne finirait bientôt. Par la trahison de Bellegarde Baudouin, les indigènes de Bellerivière se trouvèrent momentanément sans chef. Hs mirent à leur
tête un de leurs compagnons d'armes, Léveilié, officier noir. Nérettepartit d'Aquin, et vint attaquer la position qu'ils oceupaient. I! fus
complètement battu. Il accusa Bellegarde Baudouin d'être d'intel:
higence avec les insurgéset voulut le faire arrêter. Baudouin prit Î&
fuite et vint rejoindre ses anciens. compagnons qui lui pardonnèrent
sa trahison et l'adinirent encore dans leurs rangs. Eéveillé alla campee sur l'habitation Olivier ,:près du pont de Miragoâne. H fit ensuite
une excursion dans les hauteurs du Rochelois, et revint à Olivier à la
tète de nombreux cultivateurs qu'il avait recrutés. Il marcha contre les
français et les battit sur l'habitation Ste-Croix, au Rochelois. Mais pendant
qu'il retournait à son quartier général, 11 fut assailli sur Fhabitaiton Lorquette par le commmandant Ferboce, homme de eouleur, Un combat
Opiniâtre s'engagea. Ferboce, vaincu , rentra à Aquin, grièvement
blessé. Les français l’accusérent de les avoir trahis. I fut arraché
à son lit de douleur et jeté dans les flots qui devinrent sa sépulture. Ferboce était un ancien oflicier de l'armée de Toussaint
Louverture, pendant la guerre civile ; il commandait à Jérémie un bataillon de la 4.e coloniale, lors de l'arrivée de l'expédition française. Gérin, ancien chef de bataillon dans les troupes de Rigaud, pendant la guerre civile, qui venait d'échapper à la mort, à l'Anse à-Veau, vint à la tête d'une troupe d’indigènes la plupart propriétaires , grossir les bandes de Léveillé. Après la chute de Rigaud, Dessilines , admirant le courage qu'il démontrait en marchant au supplice, l'avait sauvé du massacre. A la même époque, le quartier du Mirebalais, au milieu de la conflagration générale, jouissait d’une parfaite tranquiilité. Le eolonel Paul Lafrance, noir, officier tout dévoué à la France, y
commandait. Les habitans de eet arrondissement avaient tellement
souffert, sous Toussaint Louverture, qu'ils craignaient, en se soulevant, quoique le régime français fût très cruel, de tomber sous
une administration encore plus sanglante. Le Mirebalais, position
fortifiée par la nature, protégeait La plaine du Culde-Sac contre
les agressions des indépendans de lArtibonite, et entretenait les
officier tout dévoué à la France, y
commandait. Les habitans de eet arrondissement avaient tellement
souffert, sous Toussaint Louverture, qu'ils craignaient, en se soulevant, quoique le régime français fût très cruel, de tomber sous
une administration encore plus sanglante. Le Mirebalais, position
fortifiée par la nature, protégeait La plaine du Culde-Sac contre
les agressions des indépendans de lArtibonite, et entretenait les communications du Port-Républicain avec l'ancienne partie espagnole.
Le colonel Paul Lafrance avait sous ses ordres un bataillon de troupes polonaises, la garde nationale noire et jaune du canton, ainsi
que la gendarmerie que commandant k chef d’escadron David Troy, l'officier le plus intrépide de la garnison. David Troy, était un neir, ancien eflicier de Rigaud, ennemi acharné de Dessalines et très attaché au L) g 399 | HISTOIRE D'HAITI. — (1802) parti français. Paul Lafrance faisait fréquemment des excursions
dans les quartiers que possédaient les indépendans. Accompagné:!
de David Troy , 4 dirigea une de ses eolonnes sur l'habitation
Ballemet , pour enlever les denrées qui y étaient emmagasinées."
Dessalines avait établi, dans le canton de la Petite Montagne, "un
camp, sous les ordres'de Guillaume Fontaine. ‘Celui ci poussa une
reconnaissanée Jusqu'à Ballemet , et se relira “après avoir fait sur
les français une décharge Hénitréré de mousqueterie. Paul Lafince marcha sur la Petite Montagne, malgré les conseils de David
Troy qui lexhortait à attendre l’arrivée de la cavalerie. *Iltrencons
tra les indépendans au Gros Collei, les attaqua et fut complètement M
beitu: I fut tué dans la déroute par un soldat nommé :Maquiacat
qui lui trancha la tête. Cette tète, mise dans un sac, fut A
à Dessalines qui élit à Abonné #
mousqueterie. Paul Lafince marcha sur la Petite Montagne, malgré les conseils de David
Troy qui lexhortait à attendre l’arrivée de la cavalerie. *Iltrencons
tra les indépendans au Gros Collei, les attaqua et fut complètement M
beitu: I fut tué dans la déroute par un soldat nommé :Maquiacat
qui lui trancha la tête. Cette tète, mise dans un sac, fut A
à Dessalines qui élit à Abonné # David Troy rentra au Mirebalais dont il prit le commandement. * : A la même époque, pendaut que Rocharmbeau déployait tous ses :
efforts pour reprendre les villes du Httoral que Lecicre avait été
contraint d'abandonner, Dessalises se résolut à utiliser l'influence ”
dont jouissaient dans le Sud les officiers de la 13.e, en portant
guerre dans ce département: la 43e avait été formée ‘des débris
des An es de Rigaud, après la guerre civile. Le général en chef
fit appeler le colo: nel Geffrard, um des officiers les plus brillans dem
J'ancienne armée de Rigaud, ui confia le commandement dela 13.6,
et lui annonça qu'il aflail l'envoyer dans le Sud. 1H lui remit un
paquet avec ordre de ne Fouvrir qu'après s'être emparé d'un des !
poris de mer du département du Sud. H lui donna pour instru
tions d'employer son influence ainsi que celle des officiers. den
la 13e, paricutièrement de Jean Louis François, de Moreau ou,
Coco Her ne, de Papailler, de Francisque, à gagner & la à
œause de l'indépendance les anciens partisans de Rigaud, qui
depuis la guerre civile, avaient en horreur le nom de PDessalines"
Hi ordonna à Pétion d'accompagner Geffrard aussi loin qu'il le pour=«
rali, de soutever la plaine du Cul de Sac en Îa traversint, @t«
d'arracher Cangé au parii de Lamour Dérance. Pétion partit de ta
Paute Rivière avee une division composée d'un bataillon de la 7. €,
cominandé par Marinier, de toute la 10e demi- brigade, sous les
erdres de Jean Philippe Daut, et de la 13e, sous les ordres de“
Gefirard, Ces lroupes, fouruissant une force de 3,500 homme sil
traversérent Plassae, Belbédé, Rodillon et la Coupe Mardi Gras,
s acheminant sur le Mirebalais ou le bourg St-Louis. Elles s'arrètés
_reul dans la gorge de la Tumbe. Pétion, pour s'ouvrir UN Passage
dans la plaine du Cul de Sac, se détermina à enlever le Mirebalaï H fallait d’abord s'emparer des forts de la Crête et David qui
Viaient ce bourg. Il divisa son armée en trois colonnes ; celle
droite , composée de la 18.6, fut soniiée à Geffrard ; celle deg HISTOIRE D’HAITI,-— (1802) . 89€ che, composée de la 10.e, fut confiée- à Jean Philippe Daut, et celle du centre , formée d’un bataillon de la 7e, demeura sous
les ordres du général Pétion. Geffrard” s'empara sans coup férie
du fort David, et Jn. Philippe Daut enleva le fort de la Crète,
après un combat sanglant. Les troupes françaises se repliérent sur
lé bourg St-Louis que le commandant David Troy se disposait à
défendre jusqu'à la dernière extrémité. Pétition, maitre des points.
et celle du centre , formée d’un bataillon de la 7e, demeura sous
les ordres du général Pétion. Geffrard” s'empara sans coup férie
du fort David, et Jn. Philippe Daut enleva le fort de la Crète,
après un combat sanglant. Les troupes françaises se repliérent sur
lé bourg St-Louis que le commandant David Troy se disposait à
défendre jusqu'à la dernière extrémité. Pétition, maitre des points. qui dominaient le bourg, résolut, avant de-lui donner assaut, de- “enter la voie des négociations. Il envoya en parlementaire auprès
“dé David Troy, Francisque, un des capitaines de la 43e. David
Eroy réunit. les-ofliciers de la garnison , et leur fit connaître que
Pétion leur proposait de se ranger sous le drapeau de l'indépendance. Dadé, homme de couleur, et Plonzac, blanc, administrateur, repoussèrent avec indignation cette’ proposition. David Troy,
“de son côté, déclara qu'il ne se soumettrait jamais à Dessalines qui,
pengant la guerre du Sud, avait été l’exécuteur des ordres scélérats.
de Toussaint. Cependant Dessalines, éludant sans cesse Îles ordres
de Toussaint, avail sauvé, autant qu'il avait élé en son pouvoir,
un grand nombre de noirs et d'hommes de couleur rigaudins. Le capitaine Francisque sortit du -Mirebalais, retourna au camp des indépendans, et apporta à Pétion la réponse de David Troy. CeJui ei vint s'établir au morne Conil près du fort David. HE divisa
ses troupes on trois colonnes; il confia celle de droite au capitaine
Bourré , celle de gauche au capitaine Dadé, et prit lui même le
commandement de la troisième. Il marcha audacieusement eontre
Pétion à huit heures du matin. Le capitaine Bouré assaillit le
fort David, et fut repoussé avec pertes ses soldats Femportérent
grièvement blessé; il avait perdu. un officier distingué, Déôsermine,
homme de couleur. Dadé, qui avait atiaqué le fort de la Crête,
“se retira atteint d’une balle. David Troy fut centraint de batire en retraite ef de rentrer au bourg St-Louis. Mais exeité par un
homme.de couleur, Belair Lamarre qui venait de perdre son frère Désermine, il se résolut à attaquer de nouveau le général Pétion,- - H envoya demander des renforts à l’adjudant commandant Euthier,
officier européen, qui s'était rendu de Banica à Lescahobes. Luthier s’avança au secours du Mirebalais jusqu’à la rivière le Fer à-
“cheval. Pendant que Pétion envoyait 399-hommes au devant de Luthier,
David roy sortitde St Louis , et attaqua Îles indépendans. H fut en:
core complètement battu, et vit tomber à ses côtés Bélair Lamarre.
L'adjudant commandant Luthier, &e son côté, vigoureusement altaqué
par les indigènes fut culbuié et mis en pleine déroute, El traversa
les mornes du. Tonnère, ceux de Leseahobes. et ne s'arrêta qu'à
Hinche. Pétion demeura maître du champ de bataille ; l'ennemi
“avait compté plus. de cent. hommes tués. De nombreux paquels de
cartouches tombèrent au pouvoir des. indépendans, Les indigènes
, &e son côté, vigoureusement altaqué
par les indigènes fut culbuié et mis en pleine déroute, El traversa
les mornes du. Tonnère, ceux de Leseahobes. et ne s'arrêta qu'à
Hinche. Pétion demeura maître du champ de bataille ; l'ennemi
“avait compté plus. de cent. hommes tués. De nombreux paquels de
cartouches tombèrent au pouvoir des. indépendans, Les indigènes x 892 HISTOIRE D’HAITI 1802) le plus souvent privés de munitions ne s’en procuraient que lorsqu'ils
en prenaient sur l'ennemi. C'était beaucoup quand un de nos soldats
avait dans sa giberne ou sa besace trois cartouches. Pétion, quoique
vainqueur, avait été frappé de la résistance opiniâtre de David Troy.
Pensant quil ne pourrait pas forcer le passage, il ordonna la contres
marche, et reprit le chemin de la Petite-Rivière de l’Artibonite: A
avait déjà traversé l'habitation Despinville , quand il aperçeut un!
nommé Costille qui s'avançait vers lai, portant un drapeau blanc au
bout d’une pes et à la tête d’un détachement de noirs et d'hom:
mes de eouleur du Mirebalais. Costille qui venait d'abandonner les
français lui apprit que David Troy avait évacué le Mirebalais sur
Lescahobes dans la partie de l'Est. Les indigènes revinrent sur leurs
pas, el entrèrent sans coup-férir à St Louis. L'église du bourg
était rempli de malades et de blessés qui furent dépouillés. Pétion
bisouaqua dans la savane La Roue. Dans les premiers jours de décembre, il s'achemina vers la plaine
du Cul de-Ssc, en passant par le ‘quartier des Grands-Bois” Jean
Philippe Daut était à l'avant garda avec la 10.e, Geïfrard au centre
avec la 13.e, et Marinier à larrière-garde avec la 7.e. Les indigènes
bivaquèrent au Trou d'Eau sur l'habitation Golineau. Pétionattéi-n
gnit ensuite Thaumazeau, habitation de la haute plaine du Cul-de=
Sac. I y avait un poste français que le capitaine Benjamin Noël,
noir, de la 40.e, enleva. Les indigènes continuant leur marche à
travers la plaine, couverte de blockaus ennemis, parvinrent à Lamardelle où 1ls firent halte, exerçant la plus grande vigilance, se
voyant entourés de forces imposantes. Un détachement français,
sorti de la Croix-des-Bouquats, vint faire une reconnaissance jusqu à
Ja barrière de l'habitation. Pétion se retira à Jone d’eù il envoya
le capitaine Benjamin Noël en reconnaissance jusqu à Duval. Benjamin assaillt par Îa cavalerie de la Croix des Bouquets, commandée
par St. James, revint à Jonc dans le plus grand désordre. Een
général Pélion se délermina néanmoins à enlever la Croix-des Bou
quets, voyant les eultivateurs du Cul de Sac ne pas s'armer pour
los français, et se livrer à leurs travaux ordinaires, malgré le tocsin
que faisaient sonner les blancs sur toutes les habitations. I vint
s'établir a Pierroux. vf
cavalerie de la Croix des Bouquets, commandée
par St. James, revint à Jonc dans le plus grand désordre. Een
général Pélion se délermina néanmoins à enlever la Croix-des Bou
quets, voyant les eultivateurs du Cul de Sac ne pas s'armer pour
los français, et se livrer à leurs travaux ordinaires, malgré le tocsin
que faisaient sonner les blancs sur toutes les habitations. I vint
s'établir a Pierroux. vf La ville da Port-Républieain qui n'est éloignée de la Croix-des-”
Bouquets a ue de trois lieues, avait appris la présenoe des indépen=«
dans dans la plaine. Le Cul ‘de-Sac était encore presque en entier
sous la domination française. Lamour Dérance n'y avait qu’un seul camp sur l'habitation Frère. Pour n'être pas inquiété par les indi
gènes de ee camp en lesquels il n'avait nulle confiance, Pétion en
voya auprés d'eux Jean Philippe Daut, à la tête d'un faible détas
chement de la 40.e, avec mission de leur annoncer qu'il’se disposait
_à reconnaitre l'autorité de Lamour Dérance: il ne faisait eette dé
la domination française. Lamour Dérance n'y avait qu’un seul camp sur l'habitation Frère. Pour n'être pas inquiété par les indi
gènes de ee camp en lesquels il n'avait nulle confiance, Pétion en
voya auprés d'eux Jean Philippe Daut, à la tête d'un faible détas
chement de la 40.e, avec mission de leur annoncer qu'il’se disposait
_à reconnaitre l'autorité de Lamour Dérance: il ne faisait eette dé era t iintiisiiiiii ess PT PR , HISTOIRE D'HAITI 1802) | 393
marche que pour éviter un choc dont les français seuls eussent proMité. Mais il épiait l'oceasion d'arrêter ce chef de bandes qui méconnaissait l'autorité de Dessalines. | Ladiir< Il y avait sur l'habitation Bédeite dans la plaine un corps d'observalion fort de 200 cavaliers. Un bataillon da la 8G.e curopéenne
de 500 hommes, et un escadron de gendarmes de 160 hommes oe.
Cupaient le bourg de la Groix-des Bouquets dont le commandement
appartenait à l'adjudant général Gilbert Néraud. Les troupes fran-
“çaises de la Croix des Bouquets arrivérent à Pierroux à S heures du
matin du 9 Décembre. Gilbert Néraud attaqua, par une vive fusillade,
le général Pétion. Les indigènes quoique surpris, prirent leur ligne
de bataille sous le feu de l'ennemi. Geffrard, Marinier, Jean Louis
François soulinrent sur toule la ligne le choe des français; ils les
contraignirent même à perdre du terrain. Gilbert Néraud commanda
à sa cavalerie de charger ; mais elle ne put rompre le carré que
formèrent les 7.e, 10.e et 13.e demi-brigades: La 86.e quoiqu'elle
eut déployé une brillante valeur baltit en retraite, protégée par la
cavalerie. Pétion, profitant des avantages da sa victoire, s’élança à
Ja poursuite des français. Ceux-ci honteux de leur retraite firent volte
face et recommencèrent le combat. Jn. PhHippe Daut avait reçu l'ordre
de Pétion d'abandonner le camp Frère et d'aceourir à Pierroux.
«Mais il ne S'ébranla pas craignant d'être assailli par derrière par les
gens de Lamour Dérance qui manifestaient des dispositions hostiles.
En même temps arrivaient aux français des renforts que Néraud avait
demandés au général Fressinet qui commandait au Port Républicain,
Quatre vingts dragons, quatre pièces d’artillerie Iégère et 590 hommes
de belles troupes européennes se présentèrent sur le. champ de bataille. Le combat devint plus vif et plus meurtrier. Néraud se
précipita sur les indigènes avee une nouvelle fureur. Les indigènes
foudroyés par la mitraille se retranchèrent dans la grande case de
Pierroux. Gilbert Néraud fit pointer contre eux les quatre pièces de
“canon; leurs cartouches étaient épuisées, la mitraille les écrasait;
ils furent obligés d'abandonner la grande ease. Alors la cavalerie
française les chargea avec impétuosité et les mit en pleine déroute.
Ils eussent été sabrés jusqu'au dernier, s'ils ne s'étarent préeipités
dans de vastes champs de cadasses qui s’étendatent derrière l'habiiation
Pierreux. Les européens, ne pouvant pénétrer au-travers de ces
épines hautes et dangereuses, eessérent de les poursuivre. Pétion
atteignit l’habitation Jone où Jean Philippe Daui vint le joindre. Les
dragons nationaux noirs et de couleur qui servaient dans les rangs
“français, rompus aux fatigues du pays, vinrent de nouveau eharger
les indigènes. Un jeune officier blanc était sur le point de sabrer
le général Pétion, quand il suspendit ses eoups en le reconnaissant:
il lui donna le temps de gagner du terrain. Cependant le général
indigène eût succombé si le capitaine Benjamin Noël , entouré de
Jean Philippe Daui vint le joindre. Les
dragons nationaux noirs et de couleur qui servaient dans les rangs
“français, rompus aux fatigues du pays, vinrent de nouveau eharger
les indigènes. Un jeune officier blanc était sur le point de sabrer
le général Pétion, quand il suspendit ses eoups en le reconnaissant:
il lui donna le temps de gagner du terrain. Cependant le général
indigène eût succombé si le capitaine Benjamin Noël , entouré de 394 HISTOIRE D’HALTI.—(1802) quelques grenädiers? de la 40.e et de ln 43.e n'avait fait voltet faces
et n'avait arrêté quelques instans les dragons ennemis par: FE È
coups de fusil. Les cavaliers nationaux se précipitérent avec fureur”
sur cette poignée de braves, passérent sur eux, et l’un d'eux, le“
jeune Hoche Viibon, homme de couleur , enleva un des. drapeau: K.
de la. 13:e. Pétion ne put rallier les fuyards qu’au pied des mornes qui ter.
minent la plaine, H gravit là montagne qui conduit à la Coupe,
position fortifiée par la nature , à deux lieues Est du Port- Républicain. &
Il ÿ rencontra Caradeux, noir, et Germain frère chefs de bandes, à la tête
des débris de la 14° demi- brigade : il fraternisa avec eux. Il x vit
quelques jours après Lamour Dérance auquel il proposa une entrevue
dans la plaine de Léogane. Continuant sa marche, il atteignit
l'habitation Grenier d'où il pénétra dans les gorges de la: {Rivière
Froide, suivant les sentiers qui débouchent dans la grande routes
du Port Républicain à Léogane. Beaucoup de soldats indigènes qui
avaient perdu leurs fusils à Pierroux élaient armés de | piques. etais
au milleu de Décembre.
il proposa une entrevue
dans la plaine de Léogane. Continuant sa marche, il atteignit
l'habitation Grenier d'où il pénétra dans les gorges de la: {Rivière
Froide, suivant les sentiers qui débouchent dans la grande routes
du Port Républicain à Léogane. Beaucoup de soldats indigènes qui
avaient perdu leurs fusils à Pierroux élaient armés de | piques. etais
au milleu de Décembre. Par la victoire de Pierroux l'adiudant général Gilbert Neraud sauva |
momentanément la plaine du Cut de Sac. Le commandant Viet 4
officier blanc, était arrivé sur le: champ de bataille après le com- ;
bat. Il alla camper à Bédette d’où: il était sorti, et le bataillon de «
la 86° de ligne rentra au bourg. Cette victoire qui chassait des en. #
virons du Port- -Républicaim le général Pétion déconcerta une foule
de jeunes gens indigènes qui avaient conçu le projet de se jeter dans
le parti des indépendans. Le général Brunet qui commandait les
M ne om de POuest et du Sud, profitant de la terreur que la défai- «
te de P EPrOUX avai il Mn parmi les insurgés, se résolut. à balayer "
l'ennemi daus la platne,et les mernes qui avoisinent le Port- Républicain: «
Il ordeuna au gén ira! Fressinet de faire une incursion dans les campa=
gues. Le 95 Frimaire (16 Décembre ) une colonne de 1500 hommes
d'infanterie mes du Port Républicain. Après plusieurs combats con
tre Germain frére et Caradeux, Fressinet enleva le camp retranché
de Frère, ensuite celui de la Coupe. Il s'empara d'un autre ua
établi plus haut à la source dont les eaux arrosent la Coupe A
occupa ensuite Marie Bernard. Les insurgés du camp Bussi coma
_dés par Fronliche et Adam abandonnèrent leur position à son: ap=.
proche. Après deux jours de marche etde combat, Fressinet rentra
au Port Républicain. L'adjudant- général luthier , ‘apprenant la défaite du général Pétion à Pierroux partit de Hinche avec 200 home
mes indigènes-espagnols et mareha sur le Mirebalais dont il s'emparas à
David Troy revint de Lescahobes à St. Louis, et réoecupa le can
ton des Grands-Bois que les français avaient abandonné. La 4
Après deux jours de marche etde combat, Fressinet rentra
au Port Républicain. L'adjudant- général luthier , ‘apprenant la défaite du général Pétion à Pierroux partit de Hinche avec 200 home
mes indigènes-espagnols et mareha sur le Mirebalais dont il s'emparas à
David Troy revint de Lescahobes à St. Louis, et réoecupa le can
ton des Grands-Bois que les français avaient abandonné. La 4 La magnifique plaine du Cul-de Sac dont les habitations étaient
encore re était presque ; ‘ans toute sen étendue, au pot HISTOIRE D'HAITI.— (1602) Noir des francais. Traversée par lés eaux rapides de la, GrandeRivière qui roulent de l'est à l'ouest, elle était occupég par des.
troupes européennes, cantonnées au nord et au sud du fleuve. Les
postes français se prolongeaient vers le nord jusqu'au pont de Sibert; et le poste le plus important, au sud ouest, était établi sur
Nhabitation Drouillard , à une lieue du Port-Républicain. Au centre
de la plaine, à la Croix des Bouquets, bourg alors admirablement
fortifié, étaient réunies des forces imposantes. |
Lamour Dérance avait laissé Pétion s'acheminant vers Léogane autravers des gorges de lx Rivière Froide. Il s'était transporté à Darbonne, où il avait son quartier général, dans la plaine de Léogane.
“Le général Cangé, son premier lieutenant , occupait Sarrebousse.
Les indigènes avaient des camps retranchés à Cassagne, à Peut
“ct à Dampuce. Le chef de bataillin Laucoste qui eommandait à
Léogane avait établi à Bineau un poste que eommandait Île capitaine
Barthélemy, noir; et le fort Ça-lra était sous les ordres du capitaine
Bawglo, noir, jusqu'alors atiâché au parti français. La principale
force sur laquelle s'appuyait Laucoste étali composée de jeunes gens
“oirs et de couleur. Mais la plupart de ces jeunes gens passérent,
pendant une nuit, dans les rangs des indépendans. Cangé vit arri-
“ver à Sarrebousse les Marion, les Mimr Bode , les Heurtelon, les
deux frères Brisson . hommes de couleur, et Colin, noir. Lamour
Dérance nomma aussitô: Marion adjudant-général, et Mimi Bode, colonel, Il se résolut à attaquer Léogane.. Dans la nuit qui suivit,
93 Frimaire (44 Décembre), les indigènes enlevèrent le poste Bineau;
Mimi Bode prit sans coup férir le fort Ça-tra que lui livra le capitaine Bangle. La ville dont les communications furent interceptées
avec la mer se trouva étroitement cernee. :
, et Colin, noir. Lamour
Dérance nomma aussitô: Marion adjudant-général, et Mimi Bode, colonel, Il se résolut à attaquer Léogane.. Dans la nuit qui suivit,
93 Frimaire (44 Décembre), les indigènes enlevèrent le poste Bineau;
Mimi Bode prit sans coup férir le fort Ça-tra que lui livra le capitaine Bangle. La ville dont les communications furent interceptées
avec la mer se trouva étroitement cernee. : En même lemps, le général Pétion atteignait l'habitation Bongard
qu'occufait Métellus. Celui ci, quoiqu'il reconnût l'autorité de L's
“mour Dérance, donna passage à Pétion qui descendit au morne àBateau, dans le chemin du Port Républicain à Léogane. Quard les
troupes indigènes arrivèrent dans la-plaine de Léogane, Pétion se
transporta aussitôt à Darbonne auprès de Lamour Dérance, avec
lequel il eut un long entretien. Mais il le quitta sans avoir pu Île
mn détérminer à se soumettre à l'autorité de Dessalines. Il se rendit
ensuite à Sarrebousse auprès du général Cangé, qui l'aeceuillit froi-
“dément. Néanmoins Pétion lui fit facilement comprendre combien
il était important que les indigènes fussent étroitement uais et qu'ils
fussent soumis à une seule autorité. Cangé qui avait été sôn com”
pagnon d'armes , pendant la guerre civile contre Toussaint, le coùnaissait assez pour savoir qu'il n’eût pas embrassé le parti de Dessalines, s'il n'avait pas été convaincu qu'il fallait, pour le triomphe
des armes indigènes , que celui-ci eut le commandement en chef,
Pu reste, Dessalines était l'officier-général qui exerçait le plus d'ace
ent soumis à une seule autorité. Cangé qui avait été sôn com”
pagnon d'armes , pendant la guerre civile contre Toussaint, le coùnaissait assez pour savoir qu'il n’eût pas embrassé le parti de Dessalines, s'il n'avait pas été convaincu qu'il fallait, pour le triomphe
des armes indigènes , que celui-ci eut le commandement en chef,
Pu reste, Dessalines était l'officier-général qui exerçait le plus d'ace 396 HISTOIRE D'HAITI.— (1802) tion sur Îes masses; et comme homme de guerre, c'était le plus”
capable de nos généraux. Cangé fraternisa avec Pétion qui lew |
| dompta par l'ascendant de son génie conciliateur. Dès ce moment, L
il embrassa secrètement le porti de Dessalines et travailla à la chute
de Lamour Dérance. L
Gérin apprenant que Geffrard, son ancien colonel, pendant Ian
guerre civile, était dans la plaine de Léogane, laissa Léveillé dans
les hauteurs du Petit-Goâve, et vint le joindre, accompagné d’une
centaine de citoyens du Sud. La rencontre de ces hemmes, qui.
Sétaient perdas de vue depuis la chute de Rigaud, fut pour eux
une véritable fête. Pétion fit fortifier le camp Petit , et ordonna
à Geffrard d'occuper le fort Ça-Fra avec la 43e. Il y avait dans!
la rade de Léogane une goëlette commandée par un indigène neir,
Lafleur qui tenait encore.pour les français. Elle jeta plusieurs
boulets dans le fort Ça Ira ; elle s’approcha même assez prés de la
fortification pour tirer à mitraille sur les indigènes qui l'occupaient.
Geflrard eut le bras fracassé d'un coup de mitraille; il fut aussi
tôt transporté à Sarrebousse. Gérin qui prit le commandement du fort”
y laissa Sanglaou, et alla s'établir au Grand-Bassin entre le eamp
Pelit et le fort Ça Ira, dans l'endroit où les français pouvaient opérer le plns facilement un débsrquement. is
Lors de la prise du fort Ça-fra, les français qui avaient échappé:
au massacre s'étaient jetés dans les barges de la rade, s'étaient …
rendus au Port Républicain et y avaient annoncé l'arrivée de Pétion à
dans la plaine de Léogane. Le général Brunet ordonna aussitôt Î
qu'en envoyât une expédition au secours de Léegane. Dans la nuit À
du 30 Frimaire (21 décembre), la frégate la Franchise, le brickle"
Lodi, les goëlettes le Tricolore et la Nanine, chargés de troupes:
européennes el de gardes nationaux, partireni du Port Républicain
À Ja pointe du jour, l'escadre commandée par le capital de vais- M
seau Jurrien, parvenue dans la rade de Léogane, s’embossa contre
le fort Çalra. Elle commença un feu vif et régulier, pendant que
les troupes françuises débarquaient à l’Acul , anse non loin du fort.
En même iemps la garnison de la ville, sous les ordres de- Lau- À
coste, fit une sortie contre Sanglaou et Gérin, par le chemin qui
conduit au rivage de la mer. Il y eut tant d'intelligence et de
concert dans les manœuvres des troupes françaises, que les indi-«
gènes, assaillis en tête et en queue, furent culbutés de toutes
parts. Sanglaon fut chassé du fort Çalra, et poursuivi par. un
bataillon de soldats de marine et plusieurs compagnies. de la S6e.«
Les indigènes lalonnés par l'ennemi ne purent s'arrêter au Camp
Petit, quoique Gérin eût déployé une brillante valeur pour les y”
rallier. Le général Pétion s'avança alors sur le champ de bataille, x
à la tête d'un bataillon de gardes nationaux commandés par un Of
figier noir, Isidore, rallia les soldats de la 42e , €t rétablit le
marine et plusieurs compagnies. de la S6e.«
Les indigènes lalonnés par l'ennemi ne purent s'arrêter au Camp
Petit, quoique Gérin eût déployé une brillante valeur pour les y”
rallier. Le général Pétion s'avança alors sur le champ de bataille, x
à la tête d'un bataillon de gardes nationaux commandés par un Of
figier noir, Isidore, rallia les soldats de la 42e , €t rétablit le LE dmciant RS FO ES LR CRE CES pr a HISTOIRE D'HAITI.— (1802) 397 combat. Energiquement secondé par les chefs de bataillon Jn Louis
François et Moreau , il divisa la colonne française en deux parts :
Lune fut rofoulée dans la place ; l’autre, culbutée dans les marais
de l'habitation Petit, périt en entier sous la fusillade. Après celte affaire, Cangé se retrancha au camp Petit, et Geffrard
partit pour le Sud avec la 43° qu'il avait recrutée d’un grand rombre
de jeuncs gens de Léogane. Il allait porter la guerre dans le sein
de ce département ; et il avait pour instructions d'user de toute son
influence pour en réunir les habitans indigènes sous l'autorité de
Dessalines. G Bendant le débarquement opéré par les français, le 21 Décembre,
la plupart des femmes de Léogane avaient fui cette ville, et s'étaient
retirées à Sarrebousse sous la protection de Cangé. Cette habitation,
depuis le commencement de l'insurrection , ressemblait à une petite
Mille. 11 y avait une chapelle où une dame nommé Guillaume chanfait chaque jour des cantiques , et enseignait aux enfans les préceples
de la religion. Il y avait un marché abondant où se réunissaient
les eultivateurs des mornes et de la plaine. On y exécutait le dimanche toutes sortes de danses afrieaines. |
irées à Sarrebousse sous la protection de Cangé. Cette habitation,
depuis le commencement de l'insurrection , ressemblait à une petite
Mille. 11 y avait une chapelle où une dame nommé Guillaume chanfait chaque jour des cantiques , et enseignait aux enfans les préceples
de la religion. Il y avait un marché abondant où se réunissaient
les eultivateurs des mornes et de la plaine. On y exécutait le dimanche toutes sortes de danses afrieaines. | Pétion, ayant conduit Geffrard au delà de Léogane, avait rempli
sa mission. Quoiqu'il n’eût pu porter Lamour Dérance à se souinettre à l'autorité de Dessalines, son contact avec les gens de Léogane
avait ébranlé la puissance de leur chef. Il avait secrètement gagné
“au parti de Dessalines Cangé, Sanglaou, Mimi Bode. Il parti de mSarrebousse pour retourner à la Petite Rivière de FlArtibenite. Il
traversa les montagnes de Léogane et arriva à La Coupe d'où il
deseendit dans la plaine du Cul de Sac avee les 7e et 10.e demibrigades. Il passa près de l'habitation Drouillard, prit le chemin
de | Arcahaie , et atteignit la Source Puante, position qu'occupait
le commandant Louis Lerebours, offieier de Larose. Pétion fit faire
halte à sa colonne. Louis Lerebours , avant de lui donner passage,
avertit Larose de son arrivée. Celui ci envoya aussitôt au devant de
lui un escadron qui l'accompagna jusqu'à lArcahaie. La 7° et la
10° commandées par Marinier et Jean Philippe Daut, se rangtrent
en bataille sur la place d’armes. Alors Péiton annonça à Laïo:e
qu'il avait reçu l’ordre de Bessalines d'occuper le bourg. A ees mots,
Larose, qui l'avait reçu avec fraternité, se montra vivement indigné.
11 déclara qu'il ne se soumettrait jamais à Dessalines quil aceusa de
s'être baïgné dans le sang de ses frères, d'aveir traki le gouverneur
“Toussaint Louverture son bienfaiteur , d'avoir fait exécuter Charles
Bélair , pour satisfaire son ambition. Dessalines vous trompe, dit il
à Pétion. Que d'infortunés n'a-t-il pas sacrifiés après la chute de
Rigaud ; si alors vous aviez été ici, à l'Arcahaie, vous auriez .une
idée de sa férocité.— Vous êtes dans l'erreur , répondit Pélion ; Dessalines, comme nous tous, a élé égaré par les blancs ; des circons398 HISTOIRE D'HA1TI. (1802)
air , pour satisfaire son ambition. Dessalines vous trompe, dit il
à Pétion. Que d'infortunés n'a-t-il pas sacrifiés après la chute de
Rigaud ; si alors vous aviez été ici, à l'Arcahaie, vous auriez .une
idée de sa férocité.— Vous êtes dans l'erreur , répondit Pélion ; Dessalines, comme nous tous, a élé égaré par les blancs ; des circons398 HISTOIRE D'HA1TI. (1802) tances matheureuses l'ont porté, contre sa volonté, à exereer les ri
gueurs dont veus vous plaignez; ces rigueurs n ‘ont pas été exercées
“Sur vous, car alors. vous ser viéz sous ses ordres ; néanmoins que
de partisans de Rigaud n'at-il pas sauvés. — Larose répondit
qu'il ne s'était jamais soumis aux français, même après l'arreshos
de Toussaint; qu'il avait mieux aimé vivre dans les bois comme unes
bête fauve ; qu'il ne voulait pas êire commandé par eeux qui avaien ;
eombattu dans les rangs” des blancs. Dès son arrivée à la Source Puante
Pétion avait commencé à gagner les soldats de Larose en faveur des
Dessalines. Déjà il voyail dans les regards des gens de l'Arcahaigs
leurs sympathies pour le général en chef. I dit à Larose que Dessa-"
lines n'avait aucune, vengeance à exer2er contre lui; qu 1} aimail son cou
rage, son patriotisme, qu il savait qu'il avait toujours s été bon républieain,
qu il avait corabattu avec acharnement les fi ançais ; qu'il ne pouvait lui
reprocher que la mort de Lamartintère, le principal héros de la Crète-a«
Pierrot. Larose bouillant de rage, lui demanda pourquoi Dessalines nere
prochait-il pas la mort de Lamartinière à Jean Charles Courjol qu 1} avai .
cependant favorablement accueilli. 1 déclara à Pétion quil l'estimait
mais que sil ne sortait pas du bourg sur le champ, beaucoup de
sang Serait versé. Ii fit aussitôt battre la générale; ses troupes dont
le chiffre s'élevait à prés de 3000 hommes prirent les armes, et deux
pièces de canon furent braquées contre les 7° et 10%. Marinier et,
Jean Philippe Daut demandaient à Pétion à commencer le feu; maïs
celui-ci, certain que Larose ne tarderait pas à être abandonné de:
ses ge et évita un combat qui eut aigri contre Dessalines des hemmes, 1
déjà disposés en sa faveur. Obtempérant à la sommation de Larosels
il sortit du bourg avec ses quatre bataillons. Larose le fit suivre
par sa cavalerie, sous les ordres du chef d'escadron Bastien ; jusqu'à
la digue des Matheux. Pélion ne s'arrêta qu'à Dubourg, d'où ilses
transporta à | Artibonite auprès de Dessalines. Il rendit eompte” at
général en chef de son expédition jusqu à Léogane, de son retour,
et de fa conduite que venait de tenir Larose. Dessalines jura de.
punir Larose d’une manière éelatante ausstôt qu'il.eût établi un peu
-d'ordre dans le Nord où Sans-Souci et Petit Noël Prière eontinuaient
à méconnaitre son aulorité. Voulant faire de la plaine de l'Artibo*
nite son dernier retranchement eontre le français, si tinalementwle
sort des armes lui était contraire, il ordonna à Pétion, os
d'artillerie et du génie, de faire travailler aux fortifications de Mars
chand, habitation près du fleuve l'Artibonite qu’il voulait, dès eett
époque, transformer en une ville. Il donna lui-même le plan :
fortifications qui aujourd'hui attestent son génie guerrier. Là s'élèvent
le fort Innocent qui porte le nom d'un deses fils, le fort de la Sou ce,
le fort Culbutez, le fort de la Fin du Monde. | 100
étion, os
d'artillerie et du génie, de faire travailler aux fortifications de Mars
chand, habitation près du fleuve l'Artibonite qu’il voulait, dès eett
époque, transformer en une ville. Il donna lui-même le plan :
fortifications qui aujourd'hui attestent son génie guerrier. Là s'élèvent
le fort Innocent qui porte le nom d'un deses fils, le fort de la Sou ce,
le fort Culbutez, le fort de la Fin du Monde. | 100 Voulant détruire le parti de Sans Souci, avant de rien entreprendre
dans FOR" contre Larose et. La our Derance, Daessalines E HISTOIRE D'HAÏTI.—(1 808.) / | 399 de la Petite Rivière de l’Artibonite pour le Nord , au commencement
“de Janvier 1803, avec une compagnie de dragons. Il se rendit
“d'abord au Port-de Paix qu'occupait Capoix. Il y trouva la 9.e qui
“avait été réorganiséet, parfaitement disciplinée. Il réunit en ville les
culuvateurs du quartier, et nomima Capyix, ancien chef d’escadron
“de Pétat major de Leclerc, général de brigade, commandant de la
“ligne qui s'étend de St. Louis du Nord au Môle St. Nicolas. La 9e
était de trois bataillons de 1000 hommes chacun, commandés par
“jacques Louis, Nicolas Louis et Bauvoir, tous les trois noirs; Pour-
…cely, homme de couleur, en était le colonel. Capoix faisait alors
miortuifier la vil; en même temps il contraignait au travail des champs
ioutes les cultivatrices et une partie de ses troupes. 11 venait de
“donner à la 9.e un quatrième bataillon composé des jeunes gens du
” horgne. Cette demi-brigade se trouva forte de 4000 hommes disnciplimés et bien équipés. Les indigènes, en s’emparant de la ville,
“en avalent trouvé les arsenaux remplis d'armes, de munitions et
…d'habillemens de troupes. Dessalines partit du Port-de Paix et par-
“courut divers quartiers du Nord. Ses éinissaires avaient fini par
gagner à son parti fa majorité de [a population de ce département ;
“et Petit Noël Prière et Sans Souei s'étaient vus contraints de céder
“au torrent en feignant de se soumettre à son autorité. Il confia au
général Romain le poste du Carrefour Machoquet, au général Yavou,
le commaudement de la Grande-Rivière, à Christophe celui du Dondon, à Clervaux celui de la Marmelade. Il pouvait compter sur
Mayou et Romain, quoiqu'ils fussent des anciens lieutenans de SansSouci. Après avoir ordonné à Ghristophe de s'eilorcer de faire disiparaîlre ce dernier, 1! se rendit aux Gonaïives. |
La présence de Christophe au Dondon excila le mécontentement
de toute la population de ce quartier. Les montagnards ne voulaient
… pas être commandés par un komme qui, sous les ordres des français,
les avait affreusement traqués. His se soulevèrent contre lui et l’o-
“bligérent à se replier sur la Marmelade auprés de Clervaux. Celui-
“ci l'aida à reprendre sa position. Peu de jours après il fut de nouveau
“chassé du Dondon. Dessalines, aussitôt qu'il apprit ces évènemens,
… partit des Gonaïives et se transporta au Dondon, suivi seulement le
…_ quelques compagnies de dragons. Il en réunit tous les habitans,
et leur dit que s'ils voulaient toujours faire revivre leurs anciennes
querelles, il faudrait renoncer à la détermination qu'ils avaient prise
…_ de se rendre indépendans; que l'union seule pouvait leur donner
la puissance de chasser les français, que les blancs, en les armant
jJes uns contre les autres, les avaient rendus les instrumens de leurs
…_vengeances ; qu'il n’était pas un d'entre eux qui n'eût à se reprocher
quelque tort envers ses frères ; que l’ordre était du reste rétabli
> parmi eux; qu'il était général en chef, qu’on lui devait obéissance,
qu'il avait investi Christophe de sa cenfiunce, et qu’il n’appartenait
donner
la puissance de chasser les français, que les blancs, en les armant
jJes uns contre les autres, les avaient rendus les instrumens de leurs
…_vengeances ; qu'il n’était pas un d'entre eux qui n'eût à se reprocher
quelque tort envers ses frères ; que l’ordre était du reste rétabli
> parmi eux; qu'il était général en chef, qu’on lui devait obéissance,
qu'il avait investi Christophe de sa cenfiunce, et qu’il n’appartenait ae | soleil à atteint le milieu de son cours, l'observateur voit s étendre“ = 490 HISTOIRE D'HAITI—(1803). pas aux inféricurs de juger hd supérienrs, qu il fallait oublier le
passé, et diriger contre les blancs toute leur énergie. Dessalines,,
connaissant l'esprit organisateur de Christophe, voulait à tout Prix,
le maintenir dans le commandement d’une partie du Nord. Il fit"
cependant une eoncessien,aux habitans du Dondon en envoyant …
Christophe à Milot avec le commandement d'un eordon quis 'étendait
des limites de la commune de la Marmelarle à celles du quartier du
Fort Likcrté. Il visita _ Toussaint Brave dans la plaine du Fort Lim
berté, et le maintint dans son commandement qui s’étendait jusqu’ au.
delà de Laxavon. Il nomma ensuite Petit Neël Prière eolonel, at lux
confia le commandement de la place du Dondon, sous les ordres
du général Paul Louvertere qui en commandait l'arrongissement:
Avant de retourner à la Petite Rivière de lArubonite, àl alla visiter
les retraites de Sans-Souci dans les montagnes de la Grande Rivière.
ll le vit, le caressa, et le félicita de son dévouement à la liberté.
Sans-Souci dompté par lascesdant de Dessalines reconnut alors sin
cèrement une autorité à laquelle ïl ne s'était d'abord soumis que
contraint par les circonstances. Aussitôt après le départ de Dessalines du Port de-Paix, le général Capoix conçut le hardi. projet d'incendier les établissements de la
Tortue, après avoir traversé le canal qui sépare cette île de la
grande terre. | | La Tortue, florissante sous Leclerc, était devenue d'une pros
périté prodigieuse sous Rochambeau. Vis-à vis de la côte septentrionale d'Haïti, s'élèvent au sein d’une
mer légèrement agitée par le souffle des vents alisés, les mornes«
verdoyan ts de l'île de la Tortue. Il est rare, dans ces parages,
que les flots soulevés se brisent centre les rochers éscarpés qui
bordent l'île, en faisant rejaillir leur écume pétillante. La surface
de l'onde se gonfle péniblement sous les efforts de la brise, et de“
petites vagues viennent expirer sur la plage. Là, les rayons ardens"
du soleil, qui énervent Île navigateur, sembieut communiquer à la
mer cette nonchalañce lascive qui règne dans toutes les régions des
tropiques. C'est sur ces bords que Pauline Bonaparte s'était livrée à
toutes sortes de voluptés. Des hauteurs du Port-de-Paix, quaad ie
onde se gonfle péniblement sous les efforts de la brise, et de“
petites vagues viennent expirer sur la plage. Là, les rayons ardens"
du soleil, qui énervent Île navigateur, sembieut communiquer à la
mer cette nonchalañce lascive qui règne dans toutes les régions des
tropiques. C'est sur ces bords que Pauline Bonaparte s'était livrée à
toutes sortes de voluptés. Des hauteurs du Port-de-Paix, quaad ie æ ind Les of np L e Ÿ ES LP] "> lip)
_ EME ST devant lui, par un ciel pur, l'Océan Atlantique tel qu'un désert
sans bornes , au sein duquel s'élève la Tortue, comme une oasis. Sous Leciere et sous Rochambeau, cette île habitée aujourd'hui“
per quelques misérables pêcheurs, présentait au voyageur un coup
d'œil pittoresque. Des orangers, entrelaçaat leurs branches char
gées de fruits au dessus des sentiers qui traversaient l’île dans tous
tes les direetions, donnaient à l'européen un ombrage odoriférant qui,
le protégeait contre les ardeurs d'un soleil meurtrier, L'air sain.
de la Tortue, l'atmosphère de Lile toujours renouvelée par la brise“ Le HISTOIRE PMR CIENN 40
tafraichissante de la mer, tout avait fait choisir ce lieu par le gou:
vernement pour y établir un vaste hôpital. Les français y avaient
construit de magnifiques Dâthnens; et autour de ces bâtimens, its avaient
“levé plusieurs milliers de cases, en enfonçant dans la terre des trones
d'arbres-entrelacés de lianes fortement serrées et end uites déterre grasse. -
Les larges feuilles du ba nauier, l'écorce desséchée. du palmier , les sh,
| bautes tiges des roseaux du rivage, abritaient en forme de toit l'en:
ceinte des cabanés. Où y avait transporté, somme nous l'avons vu ?
“uu Cap, du Port de-Paix, du Môie, du: Fort Liborté , la plupart des
blessés et des malades. Des He celébraient l'office divin dans
une chapelle construite, à grands frais, avec dés briques et des ie
Éches d'acajou. Le gouveraement avait dépensé des sommes considéz=
Mribles pour toutes ces constructions. Des casernes logeaient une
Mdémi-brigade de soldats d'élite tant pour fa police de FE petite île,
que pour la défendre contre les anglais , én cas d'agression. Les troupes de la garnison élaient couvent renouvelées : Rochambeau y enNOyait, alternativement , les soldats respirer un air as sain que. celui
des villes. | Ne
M Capoix, déterminé à incendier l'hôpital de la Tortue, ordonna aû
( 3
Î
une
Mdémi-brigade de soldats d'élite tant pour fa police de FE petite île,
que pour la défendre contre les anglais , én cas d'agression. Les troupes de la garnison élaient couvent renouvelées : Rochambeau y enNOyait, alternativement , les soldats respirer un air as sain que. celui
des villes. | Ne
M Capoix, déterminé à incendier l'hôpital de la Tortue, ordonna aû
( 3
Î Loui
La ruine de cet établissement devait enlever aux français d'immenses
ressources. Vincent Louis fit construire des radeaux avec des planches
Dés par Ge fortes lianes, et sembarqua accompagné de 1 ph hommes d’é
ic de la 9e. sous les ortres du capitaine Gardel. FE partit du Garrerouge
de St. Louis du Nord, au commencement d'une nuit obseure, du Gau 7
Janvier 1893.* © Deux bateaux chargés de rameurs remorquaient les
radeaux. Des indisénes , après avoir é\ilé le Lougre le Vautour,
suuS les ordres du capilaine Fey, qui croisail entre le Pori de Paix
“et St. Louis, abordeérent à File de ta Portu ie, à fa Basse Lori re et à a
pointe Palmiste. Vincent Lou ns se dirigea tout de sutie sur l'habitation
“Labatut dont il S'empara sans coug-ferit. H délhivra une foule d'in-
“igénes qui y étaient enchainés, eulre autres , sa mére, son fils, et
Placide Lebrun. Aussitôt 1 ren voya deux des radeaux au Car=
rerouge de St. Louis du Nord où débarquérent les prisonniers
indigoucs qui avaient été délivrés, ainsi que l'épouse du colonel LaDatut, vicille femme blanche qui avait eté sur rprise dans la grande
“esse de son dr: abitation. Capoix la traïa avec humanité. Mais des
Scélérats la poignardé: rent peu de temps in pour lei entever ses biJoux. Vincent Louis souleva plusieurs ateliers, parcourut quelques habititions, Incendiant et saccageant tout, el Lrefoula lo garnison française
dans le fort de l'Hôpital. Cette fortification fut ensuite attaquée enlevée
et livrée aux 64 La plupart des malades et des habitans n'écommandant Vincent I de se pre is er à y opérer une descente:
avec humanité. Mais des
Scélérats la poignardé: rent peu de temps in pour lei entever ses biJoux. Vincent Louis souleva plusieurs ateliers, parcourut quelques habititions, Incendiant et saccageant tout, el Lrefoula lo garnison française
dans le fort de l'Hôpital. Cette fortification fut ensuite attaquée enlevée
et livrée aux 64 La plupart des malades et des habitans n'écommandant Vincent I de se pre is er à y opérer une descente: | # [a wazette oflicielle de St. -Domingue publiée au Cap sous Rochunbeau parle de eette expédition. | PS 44 402 | HISTOIRE D’HAITI.— (1803) “
chappèrent à Ja mort qu'en se cachant dans les ravins, au fond des |
bois. A Ja pointe du jour, ladjudant général Boscus qui com
mandait la garnison parvint à rallier les débris des troupes françaises
sur l'habitation Boubaire. Il arrêta les progrès des insurgés. Vincent
Louis alla se retrancher dans l'intérieur de l’île, s'efforçant d'orga
niser l'insurrection, et attendant Île retour des radeaux pour enyoyeP«
à Capoix un riche bulin. ‘Mais dès qu'on apprendra au Cap l'incen-"
die des établissements de la Tortue, des forces supérieures seront
dirigées contre lui. El sera.chassé de la petite île, et il FAUÇENSS
la grande terre qu'au travers des plus grands dangers.
Presque en inême temps , Rochambeau faisait enlever le Port-de-"
Paix sur Capoix. Le 18 Nivôse an 11, (8 Janvier) le vaisseau Len
Duquesne, commandé par Quérangal, F frégate la Sybille, CO AS
«lée par Magendie, la corvette le Sandhoich , le brick lAiguille, la
goêtette la Sophie, se présentérent devant le Port-de Paix. L escas
dre que Quérangal commandait en chef était chargée de la 31° demi
brigade, d'un bataillon franc de l'Ouest et de trois compagnies
d' artillerie, sous les ordres du général Clausel. Les troupes, pro
tégées par le feu des bâtimens, débarquèrent à l'Est du Petit Forts
au milieu des balles que les indigènes faisaient pleuvoir sur les cha
loupes qui abordaient le rivage. Les grenadiers de la 31° et du bataile
lon franc donnèrent assaut au Petit Fort qu'oceupait Gapoix en pers
sonne ; ils furent repoussés. alliés par l'adjadant général Ramel}
ils marchèrent sous le feu de l'ennemi contre le fort Laveaux , quls"
enlevérent à la baïonnette. En même temns les marins de la flotte“
qui avaient été organisés on bataillons s'emparaient du Grand Forts
Le fort Pageot et le Petit Fort étaient encore au pouvoir des indie
gènes. L'adjudant-général Ramel s’élança de Laveaux contre Pageotn
sous le feu le plus vif du Petit Fort. 11 cut un bras fracassé d'une
balle et fut PE poNEÉe Clausel ramena la 31° à l'assaut ; il entra sans
coup férir daus la fortification que les indigènes avaient abandonnée
pendant qu'il ralliait les fuyards. Alors la division navale dirigea Lot s
ses coups contre le Petit Fort que les indépendants occupaientencores
Capoix paraissait devoir &tre anéanti sous les boulets et
A AT ses canons étalent démontés, et le fort ne ripostait plus.
Le chef de bataillon Aubry commandant de l'artillerie avait, de son côté,
dressé, au eentre de la ville, une batterie qui foudroyait les indi:
gènes. Le chef de bataillon Daulion crut pouvoir enlever d' assaut a
fortification ; il marcha contre elle; mais ses grenadiers furent éera®
sés au pied ‘des remparts. La nuit vint à se faire, et le feu cesse
Alors Éapoix sortit du Petit Fort sans tirer un seul coup de fusil
perça , à la baïonnette , la ligne ennemie , et atteignit la campagne, sans
être inquiété. Les français demeurés maitres de la ville, embat
quêrent aussitôt pour la Tortue leurs blessés, parmi lesquels il 3 bi
avait deux officiers supérieurs Ramel et Dalivart. Clausel avait ép6il
des remparts. La nuit vint à se faire, et le feu cesse
Alors Éapoix sortit du Petit Fort sans tirer un seul coup de fusil
perça , à la baïonnette , la ligne ennemie , et atteignit la campagne, sans
être inquiété. Les français demeurés maitres de la ville, embat
quêrent aussitôt pour la Tortue leurs blessés, parmi lesquels il 3 bi
avait deux officiers supérieurs Ramel et Dalivart. Clausel avait ép6il | n'ÉÉ
| Me, HISTOIRE D’HAITI.—(1808) 408 vé des pertes eonsidérables; la plupart des soldats d'élite de la 34% avaient succombé. Il nomma celonel , le chef d'escadron Aubry, et décerna des fusils d'honneur à plusieurs sous-officiers de la 34°. Le
capitaine de vaisseau Quérangal reçut des félicitations de Rochambeau.
Clausel retourna au Cap, après avoir laissé le commandement du
Port-de:Paix au chef d’escadron Daulion. Capoix s'était retiré sur l'habitation Lavaux Lapointe, située sur
le rivage de la mer, à deux lieues du Port-de-Paix. IL y établit son quartier général. Le lendemain*19 Nivôse (9 Janvier ) plusieurs bâtimens vinrent le canonner. Il fit dresser une batterie sur
le rivage et répondit au feu de l'ennemi par des boulets rouges. Les
bâtimens se retirèrent en gagnant le eanal de la Tortue. Pendant que Dessalines retousnait à la Petite Rivière de l’Artibonite , après sa tournée dans le Nord , Christophe proposa à Sans-Souci
une entrevue sur l'habitation Grandpré, peur s aider de ses lumières, _prétextait-1l , relativement à une organisation militaire des bandes du Nord. Sans Souci, sans défianee, se rendit à Grandpré, suivi - seulement de ses prineipaux lieutenans. Après qu'il eut pénétré, avec les siens , dans la maisôn principale de l'habitation, il fat cerné par les soldats de Christophe quil'arrétèrent et le tuèrentà coups de baïonnette.
Le colonel Jasmin et les autres officiers qui accompagnaient SansSouei furent aussi éxécutés.. Le eommandant Charles Pierre seul
treuva grâce devant Christophe qui l'envoya , sous les ordres dé Toussaint Brave, dans les camps indigènes près du Fort-Liberté.
Pendant cet intervalle, les français obtenaient des succès à Laxavon,
à Ouanaminthe, et refoulaient les indépendans au loin dans l'intémeur. Dans la nuit du 14 aù 45 Janvier, le général de brigade
Lacroix, à la tête d'un bataillon de la 77°, commandé par Froment,
de 400 hommes d'infaaterie indigène-espagnole, commandés par Tabarrès, d'un escadron , sous les erdres de Polanca, attaqua Laxavon
qu'occupait Toussaint Brave avec 159 hommes. Les indigènes ne
purent résister à de telles forces ; Laxavon fut enlevé à la baionnette, et Toussaint Brave perdit 40 hommes tués. Le lendemain 16 Janvier, le général Lacroix escalada le fort de Ouanaminthe après avoir culbuté et dispersé les isdépendans. Il rentra au Fort
Liberté laissant le bataillon dela 77° à Laxavon, et le commandant
Vaussier à Ouanaminthe.—Le général Christophe apprenant que ces
deux bourgs étaient au pouvoir des français, marcha contre eux à
la tête de 2000 hommes, et s’avança jusque sous les remparts de
Laxaven. Le chef de bataillon Froment, à la tête de 600 hommes
de la 77° et d'une nombreuse cavalerie, fit eontre lui une vigoureuse
tra au Fort
Liberté laissant le bataillon dela 77° à Laxavon, et le commandant
Vaussier à Ouanaminthe.—Le général Christophe apprenant que ces
deux bourgs étaient au pouvoir des français, marcha contre eux à
la tête de 2000 hommes, et s’avança jusque sous les remparts de
Laxaven. Le chef de bataillon Froment, à la tête de 600 hommes
de la 77° et d'une nombreuse cavalerie, fit eontre lui une vigoureuse sortie et le mit en pleine déroute. Christophe ‘qui avait été blessé à latête, pendant le combat , laissa trois cents hommes sur le champ » de bataille dont dix officiers, entre autres un colonel nommé Lafleur, ….Le 3° bataillon de la 5° indigène perdit son drapeau, Gent-cinquante «[ .
Le À à 54 0 +
+ + 404 HISTOIRE D'HAÏTI.— (1805) fusils ef une canne de tambour maio® (té ol au pouvoir destin!
çais. Christophe se retira à Grandpré, harcelé par quelques culti=
valeurs aaciens partisans de Sans-Souci. {Il ne pouvait se faire obéir
des habitans de Dondon et de Vallière depuis l'assassinat de ce dernier: En même temps Petit Noël Prière, voulant venger Sans-Souciy, se
révolta au Dondon et contre Christophe et contre Dessalines. Tous les cultivateurs de Vallière et de Plaisance suivirent son exemple. Christophe voulut faire tête à l'orage; mais les troupes régulières qu'il avait sous $es ordres furent dispersées. Ti se 4
replia de nouveau sur la Marmelade qu'occupait Clervaux. Mais”
asssaiili par Petit Noël, en personne, il fut contraint de battre en
retraile avec Clervaux jusqu'aux Genaiyes. Le général Paul Louverture , demeuré au Dontlon , avait l'eepoir de ramener Peut Noël dans
lo devoir. Mais coluicei lui déclara qu'il ne se soumettrait jamans à
l'autorité de Dessaliaes qu’il appelait le général en ehef des habitanse de l’Artbonite. Paul Louverture, voyant que ses jours éluent mes M
nacés, prit la fuite, s’etforçant d'atteindre les’ Gonaives Mais des assassins lancés à sa poursuite, l'atteisnirent noa loin du Dondon,«
et lui traachèrent la tête. Petit Noël fit fortifier "la position quil oc:m cupait et se disposa à résister au général en chef. | Dès que Dessalines apprit cette nouvelle révoite, il partit de Jam
Petite Rivière pour le Nord, résolu à déployer des forces considérasm
bles contre Petit Noël Prière, pour l'éeraser d'un seul eoup"IM
marcha sur le Dondon en trois colonnes. La colonne de gauche passa M
par le Grand Boucan, derrière le Bonnet à VE ivèque, eelle de droite 4
passa par Milot, le carrefour Ménard, et celle du centre commandée“
par Clervaux ee la grânde route. Quand eiles furent parvenuese
aux portes du Dondon, elles attaquèrent la place simultanément
Petit Noël Prière, resserré de toutes paris, ne put résister au choc
impétueux de Dessalines. Il prit la fuite et se retira au sommet des
plus hautes moniagnes. : I n'en $ertira qu'à l'évacuation du Cap”
par les français. Alors Dessalines le fera arrèler et exéeuter. 2
ee la grânde route. Quand eiles furent parvenuese
aux portes du Dondon, elles attaquèrent la place simultanément
Petit Noël Prière, resserré de toutes paris, ne put résister au choc
impétueux de Dessalines. Il prit la fuite et se retira au sommet des
plus hautes moniagnes. : I n'en $ertira qu'à l'évacuation du Cap”
par les français. Alors Dessalines le fera arrèler et exéeuter. 2 Cette victoire, en anéantissant totalement cette faction désorganisa- 1
trice connue sous la dénomination de Congos , amena la soumission
définitive de tous les indépendaus du Nord à l'autorité de Dessalines. M
Elle favorisa considérablement le succès des armes indigènes en don
nant plus d'unité à nos opérations. Cependant Dessalines reconnais
sant combien les cultivateurs da Nord, étaient én général, hostiles”
à Chrisiophe, l'envoya auprès du général Vernet aux Gonaïves où ile demeurera pendant presque toute la guerre de l'indépendance, Le“ général Clervaux reçut l'ordre de se tenir à la Pelite. Rivière de l'ArM
tibonite. + | 4 Le général en ehef tourna alors ses regards vers l’Arcahaie Où
Larose méconnaissait Son autorité, et se montrait résolu à le come
battre, 1 partit de l'Artibonite suivi de tous les gens de lAr- “mistorre D’Hairr. (1803) | | 405: eahaie- qui avaient déjà abandonné Larose, et vint s'établir à la Digue.
des Matheux. Il était avec Pétion à la tête d’une force imposante :
le général Gabart commandait en personne la 4, Cottereau la 8°,
Montauban la 7°, Joseph Jérôme le bataillon noir dit Polonais
Jean Philippe Daut la 16°. La cavalerie composée d'un escadron de
dragons et d'un escadron de guides était sous les ordres de Jean Philippe Mataranc et de Descolière. Larose se vit menacé de la colère 8009. hommes. Il sortit du bourg accompagné du chef d'escadron Bastien, à la tête de soixante dragons, et se rendit aux Vases où ik incendia , dans sa fureur, toutes Les plantations de cannes , les mouHas, les ouildives. Il envoya à ses troupes l'ordre de marcher contre Dessalines: mais ses soldats qui avaient été gagnés par les émissaires de Pétion ne s'ébranlèrent pas. Hs” envoyérent au RENE auprés de Dessalines, des députés. qui l'exhorièrent à venir tout : de’
suite prendre possession du bourg, avant le retour de Larose. Dès
que celuis@i apprit cette démarche des gens de l'Arc: "hate , il s'embai Pa dans un canoi avec sa famille, au commencement de la nuit, h ra
versale polfe du Port Républicain, débarqua à Mariani, et se refugia à
Darbonne, auprès de Lamour Dérance qui l'accueillit trés-favor rablement. Le lendemain Dessalines entra. dans le bourg, à la tête de ses trouBrpes:s Le commandant Pouillac, partisan prenoncé de Larose, qui voulait qu'on résistât au général en chef, se réfugia au Boucassin suivi
de Guinbart Déhaie commandant de la place. Jean Charles Courjot sélança à leur poursuite , atteignit Guinbart Déhaie sur RAD lation,
Conrjol et le. blessa gri évement. Quant à Pouillae, il fe ris sur
Fbabitation 4 , à trois lieues du bourg, dans | le chemin da Ports
trouBrpes:s Le commandant Pouillac, partisan prenoncé de Larose, qui voulait qu'on résistât au général en chef, se réfugia au Boucassin suivi
de Guinbart Déhaie commandant de la place. Jean Charles Courjot sélança à leur poursuite , atteignit Guinbart Déhaie sur RAD lation,
Conrjol et le. blessa gri évement. Quant à Pouillae, il fe ris sur
Fbabitation 4 , à trois lieues du bourg, dans | le chemin da Ports Répablicain. H fus fusillé sur l'habitation Guiton , sans les ordres de Dessalines. de déplore le sort de ces infortunés “qui avalent fait des
efforts si hérsïques en us pour la libertés mais is retardaient le triomphe de liudépendance en sisolant du-sÿstême de
Punité nationale, Il fallait alors-un dictateur habile et énergique,
donnant, partout, une direction à. nos opérations contre les français. Dessalines réorganisa le quartier de FArcahate. Il: nomma Giles Pierre colonel de la 3°, et confia un des ba- ” taillons de ce corps à Destrade celui qui avait commencé l'insurrection de FArcahaie contre les français. Il conserva les bataillons de:
Robert. Guiton, de Michel Clémenti, de Jean Dugotier.* Celut de
Lerchours demeura campé à la Source Puante. Jean. Charles Courjol, Noël Buquet, Autrou Archia furent nommés 1 DGAEUTS de eulture. Il maintint le système administratif qu'avait établi Larosé. I nomma Pétion général de division, et lui contia le commandement du département de Ouest. Pétion établit son quariier général à FArcahaie, et poussa ses avant-postes jusqu’au pont de Sibert , à quaire
lieues du Port-Républicain.
Dessalines apprit, pendant qu'il était à l'Arcahaie, que le générak 406 HISTOIRE D'HAITI.—(1803) versé l’Artibonite, avait surpris, au Carrefour Paye , un létachement
de la 7.e et l'avait dispersé. I ordonna à Gabart de se rendre à la |
Petite-Rivière de l'Artibonite par la grande route de St Mare, à Co:
tereau, par les Verrettes. Lui-même, à la tête de deux‘bataiilons
de la 7.e et d’un escadron commandé par Bastien prit la route des |
Quentin, profitant de son absence, était sorti de St-Marc, avait tra- i Matheux ; l'une des trois colonnes devait rencontrer les français.
Bastien les joignit non loin de St. Mare. I les chargea, les culbuta, £
et les poursuivit jusqu'aux portes de celte ville. à Pendant cet intervalle le capitaine général Rochambeau donnait ses M
principaux soins à l'administration, et s’elforçait de faire refleurnir
l'agriculture dans les quartiers encore soumis. Il rappela beaucoup
de colons qui s'étaient réfugiés aux Etats Unis, et les mit en posses- ;
‘sion de leurs biens qui avaient été séquestrés lors de leur émigration. Les ressources de la colonie étaient épuisées ; l'insurrection
avait tout détruit, el les caisses du gouvernement était presque 4
vides. Cependant Rochambeau faisait des emprunts äu commerce qui ï
effrayé de ses baïonneites n’osait rien -lui refuser. En employant des” Î
moyens comminatoires, il put trouver assez d'argent pour solder Par:
mée et les officiers d'administration. augmenta même, au milieu M
de leur émigration. Les ressources de la colonie étaient épuisées ; l'insurrection
avait tout détruit, el les caisses du gouvernement était presque 4
vides. Cependant Rochambeau faisait des emprunts äu commerce qui ï
effrayé de ses baïonneites n’osait rien -lui refuser. En employant des” Î
moyens comminatoires, il put trouver assez d'argent pour solder Par:
mée et les officiers d'administration. augmenta même, au milieu M de ce désordre financier, les émolumens des employés de douanes.
Il pensa avec raison que c'était le plus sûr moyen de mettre fin à
: Ja contrebande qui se faisait d’une manière scandaleuse. Un directeur
de douane eut pour traitement annuel 9009 fr.; un ontrôleur 6,200;
un employé 3600, un visiteur 3600. Il ouvrit au commerce. na
tional et étranger les ports du Cap, du Port-Républicain, et de Sto:
Domingo; ceux des Cayes, de Jérémie et de Jacmel ne furent ou”
verts qu'au commerce national. Par un arrêté du préfet colonial,
Hector Daure, en date du 20 Décembre, (29 Frimaire) les bâtimens
de 200 tonneaux et au-dessous payèrent pour droit d'expédition une
portugaise ou 44 frs.; ceux qui jaugeaient plus de 200 tonneaux;
payaient un droit double. Le droit de pesage fut perçu, sur les”
denrées exportées par le commerce français, à raison d'un gourdin
ou 4 franc 30 centimes et demi, par millier, sur les denrées ex
portées par le commerce étranger, à raison de deux gourdins ou 2" 1
frans 75 centimes par millier. |
Un demi gourdin ou 65 centimes 3j4 fut pereu, par boucaud, pour.
le droit de jaugeage, sur les liquides exportés par le commerces
français ; et 4 franc 37 cgntimes et demi ou un gourdin, par bou- M
caud , sur les liquides exportés par le commerce étranger. Pour
le droit de cubage sur les bois exportés par le commerce fran
çais, il était perçu 5 centimes par pied cube, et 10 centimes par
pied cube sur les bois exportés par le commerce étranger. à Tin
portation, le commerce français ne paya aucun droit de pesage x
de jaugeage et de cubage. Les droits d'exportation, pesage, cup - HISTOIRE D’HAITI 803) 40% el jaugenge furent affectés au traitement des employés de douanes,
Par un arrêté du 22 Frimaire an 41, (13 Décembre 1802) Rochambeau avait ranimé le zèle des employés militaires qui jusqu alors.
étaient demeurés à leurs postes et supportaient avec résignation les
fatigues de la guerre. Il avait déclaré, attendu que la plupart des
émployés de l'administration militaire qui avaient été enlevés par la
peste, avaient péri victimes de leur activité, de leur dévouement, et
même de leur mépris de la mort pendant les combats, que les veuves,
de ces employés jouiraient de l'indemnité accordée aux veuves des
militaires enlevés par la maladie, par l’ordre de l'armée du 16 Prairial an 10: les veuves des employés militaires qui viendraient à succomber devaient avoir droit à la même indemnité. L'ordonnateur en:
chef fut autorisé à leur faire payer trois mois du traitement de leurs
maris, à titre de gratification, ou à leur assurer leur retour enFrance sur des bâtimens de l'Etat.
ient de l'indemnité accordée aux veuves des
militaires enlevés par la maladie, par l’ordre de l'armée du 16 Prairial an 10: les veuves des employés militaires qui viendraient à succomber devaient avoir droit à la même indemnité. L'ordonnateur en:
chef fut autorisé à leur faire payer trois mois du traitement de leurs
maris, à titre de gratification, ou à leur assurer leur retour enFrance sur des bâtimens de l'Etat. . Quoique la eolonie fût de teutes parts ravagée, les munieipalités
ne négligeaient pas l'exercice de leurs attributions. Les fontaines,
“les rues, Les promenades publiques étaient parfaitement entrelenues ;:
le soir, des reverbères donnaient aux habitants une lumière éclatante. Les municipalités avaient à leur charge les frais de bureau
du commandant de place, le traitement des chefs de la garde natio-
-nale et les dépenses y relatives, d’après l’ordre du capitaine-général; les frais de police , le salaire des agens de la police; les frais
pour l'entretien de la commune sous les rapports de la propreté et.
“de [à salubrité, de la conduite des eaux, de la restauration des fonläinés, quais, cales, promenades publiques, et les appointemens du
Noyer; le loyer de la maison commune, les dépenses du culte, le
traitement et le logement de ses miaistres; les hôpitaux civils ; les
fais de bureau du conseil des notables, le traitement du trésorier
de la commune. Pour avquitter ces dépenses, des contributions
communales furent établies, sur les loyers de maison, les denrées
produites dans l'arrondissement à leur sortie, sur celles qui yétaient
» consommées , à leur entrée; sur les divers genres d'industrie et de
commerce, par l'établissement des patentes, sur les places et barra
ques des marchés , "Sur les voitures et chevaux de luxe. Le capitaine-général fit publier dans loute ia eolonie. un Aïèté
des consuls de la République, en date du 30 Vendémiaire an 11.
Cet Arrêté ébranla la jlidélité des indigénes encore attachés à Îa
France. Il leur fut démontré qu’on ne se servait d'eux que parce.
qu'on avait encore besoin de leur courage pour combattre les
indépendans, mais qu'aussitôt qu'on pourrail se passer de leurs.
services ,ils n'en seraient pas moius considérés comme rebelles,
L'Arrêté, qui avait un ‘effet rétroacuf , était ainsi eonçu : Art. Aer. Tout grade, titre, appointement qui n’a pas été don408 RU IISTOIRE D'HAITI.—(1803) né ou reconnu par le gouvernement est nul, et ne peut motiver“
aucun règlement de compte. RE Art. 2 La colonie de S.t-Domingue s'étant mise en rebellion
contre la Métropole, depuis le 39 Brumaire an 7, * lors de la re
traite foicée du général Hédouville de cette colonie, aucun indivi
du « qui y à été employé, ne peut, depuis cette époque jusquaus
jour où il a été rétabli dans ses fonctions par le général Leciere, ,
compier ses grades, emplois ou services dans la colonie, soit pour
traitement d'activité, soit pour retraite ou pension de retraite. à
s'étant mise en rebellion
contre la Métropole, depuis le 39 Brumaire an 7, * lors de la re
traite foicée du général Hédouville de cette colonie, aucun indivi
du « qui y à été employé, ne peut, depuis cette époque jusquaus
jour où il a été rétabli dans ses fonctions par le général Leciere, ,
compier ses grades, emplois ou services dans la colonie, soit pour
traitement d'activité, soit pour retraite ou pension de retraite. à Art. 3. Cet article concernait la Guadeloupe , qui fut aussi con-«
sidérée comme s'étant mise en rebellion sontre la Métronole | par M
le renvoi du capitaine général Lacrosse, Île 29 Vendémiaire an 40. Art. 4. AU individu breveté par le souvernement , étant res-"
té soil à St Domingue, soit à la Guadeloupe, pendant les deux.
époques indiquées aux “articles 2 et 3, ne peut prétendre à des”
décomptes pour services antérieurs aux époques fixées aux articles
précédens, s'il n’est muni d'un certificat des généraux en chef qui
atteste sa fidélité à la Métropole, lors du débarquement de l'armée
dans les deux colonies respecurves, Par Flexécution d'un Arrêté de Éd, du 14 Nivôse, Îles”
prisons fürent remplies de femmes indigènes qui n'élaient ni ma-* riées ni domestiques. Celles qui évitérent la réclusion ne durent «
cette faveur qu'à la protection de blancs influens dans l'adminis
tration générale d2 la colonie. Les prisons ne furent pas assez
vastes pour les contenir, on les conduisait à bord des vaisseaux
où elles étaient maltraitées et violées 1 Le sysième était devenu plus horri ible que celui de l’ancien régie
me. Four être progureur ou économe d'üne habitation, il. fallait
être européen ; ceux des noirs et des hommes de couleur qui
avaient été ose: avant la révolution, rentraient. sous l'autorité «
de leurs maitres qui les louaient ou les venaient publiquement
comme autrefois. Cependant beaucoup d'officiers indigènes quim
avaient servi sous Toussaint et sous Rigaud, couverts de blessures
reçues dans Îes eombats eontre les Anglais , Mélaient encore en .
activité, décorés de leurs insignes mililaires.: Le gouvernements
n'osant encore les frapper, les humilia. Il leur fut erdonné de sem
réunir dans les ‘chefs-lieux de départemens. Ils furent organisés en
compagnies délite, et placés sous les ordres des ‘généraux ere
dont ils deviurent les gardes. L'on vit des colonels et des chefs
verts de blessures
reçues dans Îes eombats eontre les Anglais , Mélaient encore en .
activité, décorés de leurs insignes mililaires.: Le gouvernements
n'osant encore les frapper, les humilia. Il leur fut erdonné de sem
réunir dans les ‘chefs-lieux de départemens. Ils furent organisés en
compagnies délite, et placés sous les ordres des ‘généraux ere
dont ils deviurent les gardes. L'on vit des colonels et des chefs » * Cependant, pendant la guerre civile , après fe départ d'Hédouville,"
Bônaparte avait approuvé la conduite de "Toussaint; mais alors il attisait,
le feu de la guerre entre Rigaud et Toussaint Louvertnre pour prépares
les voiles à l'armée expéditionnaire qui anuiva en 1802, LS
IISTOIRE D'HAITI= (803), ù 409
de bataillon, noirs ou de couleur, faire la faction, avec leurs
épauletles, à la porte des divisionnares européens. Ces vétérans
ne supportérént que quelques jours ces humiliations: les uns se
jetérent dans l'insurrection, d’autres se retirérent en pays étrangers
ou se donnèrent la mort. Des femmes nées dans la servitude,
mais affranchies par a révolution , lorsqu'elles étaient encore
adolescentes, offrirent souvent en vain, à leurs ci-devant maitres,
jusqn à 24,000 francs, chacune, pour ne pas redevenir les servantes
des blanches créoles, beaucoup plus impitoyables que les blancs.
L'on vit aux Cayes Didier le colon remettre dans l'esclavage le
jeune Hilaire Marmande qui avait été soldat dans un des régimens
du Sud La presqu'ile du Sud faisait avee Cube un trafic trés actif
desclaves. Ls bâtiment de VlEtat lIntrépide, eommandé par le
capitaine Willaumez , officier, du veste, d’un grand courage, *
transportait à St Yague ces infortunés qui étaient vendus à l’ençan.
Le citoyen Ludot, membre du tribunat, était devenu grand-juge
à St Domingue. line fut jamais juste ni équitable envers les inérgènes. Les créanciers noirs et de eouleur n osealent réclamer des
blancs {ce qui leur était dû, dans a. cfainte d'être arrêtés et
pendus. Lon fusait de nuit des visies domiciliatres et des arresmations , et les agens de la police ne manquaient jamais de piller
les maisons des infortunés qu'on envoyait dans les eachots.
_ Pour désigner les divers genres de supplice auxquels ‘on livrait
les hommes de couleur et les noirs, les colons avaient créé un
nouveau langage : un coup de filet nationul, e était noyer 200 indi-
“vidus; monter en grade ou manger une salade de chanvre, c était être
pendu; laver la figure avec du plomb, c etait fusiiler ; opérer chaudement, e’était brûler vif. — Il ne restait plus que de faire dévorer
les indigènes par des chiens: Fimagination ardente et féroce de
Rochambeau ne rectwlera pas devant ce dernier crime. * Vers le milien de 1803, la frégate de la République la Powrsuivante, de 40 canons, commandée par Willaumez, soutiat près du Môle,
“alors qu'elle revenait de St-Yague, un combat très-vif contre le vaisseau
anglais l'Hercule de 74 cations. Le navire de S. M. B., après avoir pergu son capitaine , fut contraint d'abandonner la frégate française. * # D
Par a qn En ds de cdot um. à
le milien de 1803, la frégate de la République la Powrsuivante, de 40 canons, commandée par Willaumez, soutiat près du Môle,
“alors qu'elle revenait de St-Yague, un combat très-vif contre le vaisseau
anglais l'Hercule de 74 cations. Le navire de S. M. B., après avoir pergu son capitaine , fut contraint d'abandonner la frégate française. * # D
Par a qn En ds de cdot um. à 1903. Sommaire. Rochambean fait dévorer les indigènes par des chiens. Cirque d&æ
Cap.—Fêtes — Noyades —Les prisonniers indisènes brûlés vifs—Loi des Suspects.— Beau trait de Ménard, officier de marine.— Trafic d'esclaves avec Por:
to-Rico et Cuba— Noble conduite du gouverneur de Porto-Rico. — Affaire de,
Labatut.—Spoliations de Rochambeau— Règlement du 18 Nivôse— Marine indigène de POuest —D;renoncourt, bargiste intrépide.— Commerce. — Cinq divis”
sions militaires —Organisation de l'artillerie=Capoix a son quartier-général &
Laveaux-Lapointe, — Combat de Desroulins.— Capoix enlève toutes les poudres du Petit-Fort da Port-de-Paix.— Geflrard pénètre dans le Sud. Il prend
Miragoâne et l’Anse à Veau—Darbois le bat à Laval, et reprend l'Anseà-.
Veau et Miragoäne— Vaste conspiration dans le Sud#@ntre les français — Goman, Giles Bénech et Niolas Régaier prennent Tiburon. — Lafredinière et
Laflur soulèvent les cultivateurs du Camp-Perrin.—Berger va occuper le Camp «
Perrin—£Leos gens du Port-Salut se soulèvent —Férou se déclare ouvertement
contre les français —Sa conduite envers ses prisonniers—Elie Bourry embrasse la cause des ind‘pendans,— Berger abandonne le Camp-Perrin et rentre aux
Cayes —Vancol va occuper le Camp Perrin. —Bazile et Armand Bérault soulèvent la plaine des Cayes—Berger sort des Cayes et bat Férou au carrefour
Bérault. —Laplume prend le. Camp-Perrin.—Les français sont battus à Maraw…
d'huc et au Morne Fendu—Ils rentrent aux Cayss—Elie Bourry est noyé pars
les” français. — Comment se nourrissait l’armée indigène.—Darbois reprend Tiburon. — Bargistes du Sud, Bégen et Aoua. — Attaque de Lamour Dé
rance contre Jacmel — Origine du drapeau haïtien , bicolore — Ro main attaque le Cap et est repoussé. — Combat de Vaudreuil, — Expédition de
Ramol contre les insurgés de la T'ortue.—Romain attaque de nouv:au le Cap.
—ÏIl est repoussé par Rochambeau.—Exécution de Médard.— L'arrêté du ler
Consul par lequel Rochambeau est confiriné dans sa dignité de capitaine-général ,arrive au Cap, le 24 Février 1803.--Rochambeau se détermine à trans:
porter son quartier-général au Port-Républicain, | 4
Expédition de
Ramol contre les insurgés de la T'ortue.—Romain attaque de nouv:au le Cap.
—ÏIl est repoussé par Rochambeau.—Exécution de Médard.— L'arrêté du ler
Consul par lequel Rochambeau est confiriné dans sa dignité de capitaine-général ,arrive au Cap, le 24 Février 1803.--Rochambeau se détermine à trans:
porter son quartier-général au Port-Républicain, | 4 Du GS EE De SE ES ds PSE VERT: , L * HISTOIRE D'HAITI.—(1803) 411 Le général Rochambeau continuait à se baigner dans le sang des
noirs et des hommes de couleur. ‘Compulsant le martyrologe des
premiers chrétiens et celui des aborigènes du nouveau monde, ïl
conçut une idée digne des époques de la plus affreuse barbarie. Il
se résolut à livrer à la voracité des chiens les indigènes ses prisonmers: supplice horrible que Fhistoire nous met sous les yeux, dans
Pantiquité, sous les empereurs romains, et dans les temps modernes, à l'époque des eonquérans castillans des indes occidentales,
alors que les Ovando, les Bobadilla exterminaient les populations
haïtiennes. Le général Noaillss, d’une des familles les plus illustres
de France, partit du Môle St. Nicolas, se rendit à Cuba où 1! acheta
plusieurs centaines de dogues espagnols. Il les débarqua au Cap,
avec solennité. Ces animaux, qui, par leur taille et leur grosseur,
ressemblaient à des loups, étaient couverts de bandelettes de soie;
fils avaient la tête chargée de plumes aux couleurs les plus éclatanCS. ©” |
Les bourreaux, pour terrifier les iadigènes, les promenaient à
travers la ville, sur les places publiques, au milieu des acclamations
des colons et des courtisanes de Rochambeau. Le général de brigade Pierre Boyer, que les /soldats français avaient surnommé Île
cruel , et l'adjudant commandant Maillard , * laissaient éclater la joie la plus vive. Rochambeau fit dresser un cirque à
l'entrée de Flaucien palais du gouvernement. Un poteau fut élevé
au centre de l'arène. Là devait être attaché le patient. , À un jour
fixé, une foule de dames, de colons, et de nombreux officiers de
Vétat-major du capitaine-général vinrent, au milieu des accens d'une
musique guerrière, occuper les gradins de l’amphithéâtre. Dans
les rangs des spectateurs, l’on ne décoüvrait pas Îles généraux
Clausel, Claparède et Thouvenot. Ces hommes dont le cœur était
demeuré pur au milieu de cette atmosphère chargée de sang et de
corruption, avaient vu débarquer ees dogues avec un frémissement
d'horreur. Ils étaient consternés de la joie des colons, el se tenaient renfermés chez eux. Un jeune noir du Cap était lié au po
teau. C'était un domestique de Boyer, serviteur lidèle et irréprohable , que ce général livrait à cet affreux supplice pour éprouver
\la voracité des dogues, qui, avec dessein, étaient affamés depuis
plusieurs jours. Les bourreaux lancent Îles chiens dans Île cirque,
aux applaudissemens des spectateurs. Ces animaux flairent l'infortuné ; mais ils reeulent; les bourreaux les excitent en vain. Alors
le général Boyer, qui était assis près de Rochambeau , se précipite
dans l'arène, et perce d’un coup de sabre le ventre de linfortuné.
A la vue du sang qui jaillit, il est saisi d’un délire de férocité,
ieurs jours. Les bourreaux lancent Îles chiens dans Île cirque,
aux applaudissemens des spectateurs. Ces animaux flairent l'infortuné ; mais ils reeulent; les bourreaux les excitent en vain. Alors
le général Boyer, qui était assis près de Rochambeau , se précipite
dans l'arène, et perce d’un coup de sabre le ventre de linfortuné.
A la vue du sang qui jaillit, il est saisi d’un délire de férocité, * On disait alers au Cap que ce Maillard , qui était parisien , avait été
ün, des septembriseurs de 1792, 4% IISTOIRE D'HAITI.— (1803) | / et traine Iuismême un des dogues contre la victime. Aussifôttous
les chiens s’élancent sur’ le patient dont les! cris déchirants redou
blent les applaudissemens ; ils dévorent ses entrailles, et. n abandon
nent js proie qu'après s'être assouvis de chair palpitante. Il ne.
resta plus contre le peteau que des ossemens ensanglantés.. Quoïll
que Rochambeau et ses satellites fussent joyeux de ce spectacles
la foule s’écoula dans la consternation. * Chaque jour, dans l'aprèsmidi, de nombreux prisonniers étaient jetés à ces bêtes féroces ;"etn
leurs cris chassaient, pendant ces affreux momens , du quartier ‘dus
gouvernement, la plupart des blancs européens , les noirs et les“
hommes de couleur qui lhabitaient. Beaucoup de ciloyens changèrent de demeures pour ne plus entendre ces accens ‘de la morte
Plusieurs des bourreaux devinrent célèbres par leur férocité , et l'in
digène prononça pendant loag temps, avec effroi, le nom de Tom-"
barei. Une vingtaine de ces "dc agues furent transportés à la Tortue.s
Le commandant de cette île fit demander à Rochambeau s'il less
nourrirait de viande ou de pain. «Donnez-leur ; répondit le capitai-\
ne général, de la chair de nègre et de mulâtre:; n'en existe t-il. pass
à la Tortue? Prenez Îles Ponte venus; vous ne risquez pas de:
vous tromper. » Ceux des colons qui eurent assez de discernement. |
ponr prévoir les résultats de tant de crimes, allérent s'établir dans”
les Îlés voisines, à Cuba , à hi) . D’autres appréhendant
J'évacuation prochaine des français, ransportérent ceux des esclaves
qui ieur restaient dans les villes, dans les îles prés de la grande. 4
terre, à la Tortue, à l'ile à Vaches , à la Gonave, pour les avoir.
sous la main au moment du départ des lroupes européennes. Ma-"
dame Paul Louvertüure, son fils le colonel Jean Pierre Louverture
furent enlevés de nuit de leur demeure, et noyés dans fl rade
du Cap. Seize officièrs de gendarmerie coloniale qui avaient "étés
arrêtés sur de simples soupçons, furent conduits sur un ilot près
de la Grange, dans la baie-de Monté-Christ. Hs furent CruCHIÉS
à des arbres du ivage, où ils expirèrent abandonnés sur cette côten
déserte , dévorés par des insectes. D'autres prisonniers étaient con=
duits à cinq, six lieues des rivages, et étaient précipités dans Ma
mer, après avoir été poignardés. Des dogues, qu nageaient auleur
des chaloupes , déchiraient ceux qui revenaient à la surface de l’eau +
baie-de Monté-Christ. Hs furent CruCHIÉS
à des arbres du ivage, où ils expirèrent abandonnés sur cette côten
déserte , dévorés par des insectes. D'autres prisonniers étaient con=
duits à cinq, six lieues des rivages, et étaient précipités dans Ma
mer, après avoir été poignardés. Des dogues, qu nageaient auleur
des chaloupes , déchiraient ceux qui revenaient à la surface de l’eau + L'on s’étonnerait de la servitude. d'une populations d'un millions
d'âmes, pen dant près de trois siècles, ,si l’on ne connaissait”
puissance du despotisme aidé des lumières de la civilisation, 4
une force organisée. Après avoir fait pendant douze ans de * Tl ne faut prs confondre ce Boyer avee l’autre Bové, adjndant- mn
ral , qui revint en Haïti sous le président Jean-Pierre ‘Boyer. C'elui quE
revint en Haïti était, au contraire, un homme de bien, sensible , que:
Rochambeau tenait presque en disgrâce, Le
ne connaissait”
puissance du despotisme aidé des lumières de la civilisation, 4
une force organisée. Après avoir fait pendant douze ans de * Tl ne faut prs confondre ce Boyer avee l’autre Bové, adjndant- mn
ral , qui revint en Haïti sous le président Jean-Pierre ‘Boyer. C'elui quE
revint en Haïti était, au contraire, un homme de bien, sensible , que:
Rochambeau tenait presque en disgrâce, Le } HISTOIRE D'ITAITI, (1803) | 413
%rands efforts pour s'élever à la dignité de l'homme, Îles indigènes
“pouvaient ils supporter de telles atrocités? Non ! : Le règne des
‘colons était parvenu à sa dernière période. Hl n'était plus en {a
“puissance huinaine d'arrêter l'impulsion donnée à la liberté générale par la Convention nationale de France. |
_ Pendant ces Jours de deuil, Rochambeau se livrait à toutes sortes
“de voluptés. Chaque après midi il sortait du palais national, seul,
xÔLU avec coquetterie , une badine à la main, et se rendait chez ses
“maitresses, la plupart de jeunes et belles créoles blanches qu'il.
Comblait de ses faveurs. Animées de la plus violente jalousie contre
les femmes noires et de couleur qu'en général les européens, re-
“cherchaïent de préférence, elles l'entretenaient dans son système
d'extermination et lincitaient sans cesse à de nouvelles cruautés.
La plupart des femmes indigènes qui étaient livrées au: dernier
supplise étaient sacrifiées sur leurs instances. On aprélendu, et le
colonel Malenfant l'a avancé dans son esquisse historique sur Sainte
- Domingue, que Jeséphine Beauharnais, créole de la Martinique, avait
Surtout exellé Bonaparte coutre la race africaine qu'elle considérait
trop avilie pour jouir des droits politiques. La fièvre Jaune avait
considérablement perdu de son intensité; les représentations théâtrales avaient .recommeneé ; les bals et les concerts étaient splendides.
Souvent. pentlant ces, fètes qu'auimait la présence de Rochambeau les
cris dés piisonniers que dévoraient les dogues retentissaiént dans
les appartemens du paiats du gouvernement. Pour la plupart des
indigènes qui se trouvaient encore dans les villes, il n'existait plus
nijusiice, ni garantie aucune ; l'anathèmge prononcé contre leurrace
pesait sur eux. La loi des suspects était en pleine vigueur : se ren-
-dre surses propriétes à la campagne, cétail pactiser avec les brigandss reSler chez soi, c'élait refuser de les combaitre ; se montrer
gai, Cétail être satisfait des calamités publiques; être triste, e était
étre “ffiigé des défaites des indigènes ; ‘écrire, «était correspondre
“avec l'ennemi; ne pas se découvrir devant un blane, e’était manquer
de respect à son supérieur. Les hommes de couleur et les noirs
n'étaient pas traités, le plus souvent , autrement que de mécréants
et de imanants. L'indigène audacieux et brave qui cembattait pour la
» Hrance était un individu dangereux ; celui qui faisait des vœux pour
le triomphe des armes françaises était un rusé; legeste, le soupir,
- le sourire, le silence, la pensée, tout était interprêté et pouvait
conduire à la mort. C'est par un tel système que le général Rochambeau fit perdre à la France la Reine des Anulles. |
Les femmes afrieaines qui pratiquaient le fétichisme dans les cam-
» pages élaient jeiées vivantes dans les flammes. Le général Clausel,
saisi de pitié à la vue d'une de ces malheureuses qui marchait à la
mort fit des instanees auprès de Rochambeau pour obtenir sa grâce.
Le général.en chef, montrant deux petites idoles qu'on avait irou-
'est par un tel système que le général Rochambeau fit perdre à la France la Reine des Anulles. |
Les femmes afrieaines qui pratiquaient le fétichisme dans les cam-
» pages élaient jeiées vivantes dans les flammes. Le général Clausel,
saisi de pitié à la vue d'une de ces malheureuses qui marchait à la
mort fit des instanees auprès de Rochambeau pour obtenir sa grâce.
Le général.en chef, montrant deux petites idoles qu'on avait irou- - | 414 | HISTOIRE D’HAITI.— (1808) vées sur elle ‘répondit : voyez! puis je pardonner à cette brigande?
La pauvre femme conduite hors de la ville fut brûlée vive.* Les pri
sonniers qu'on envoyait à bord des bâtimens de guerre, étaient le“
plus souvent pendus aux vergues; leurs cadavres étaient ensuite jetés
à la mer. L'un d'eux, nommé Chevalier, conduit sur ke pont du.
vaisseau le Dusquesre fut ébranlé à la vue de lamort. Sa femme qui.
était À ses côtés lui demanda s’il n’était pas glorieux de mourir pour
la Liberté? Pour relever son moral, elle se passa elle-même la
corde au cou , et se livra la première au bourreau. Une mère fut)
ensuite amenée sur le pont avec ses deux filles d’une rare beauté.
C'était une femme noire d’une quarantaine d'années. Elle dit à ses
enfans qui chancelaient : Soyez heureuses de la mort; vos flancs ne.
porteront pas d'esclaves. |
Tant d'héroïisme déconcertait les blanes qui refussient d'acéot del
à la puissance de la liberté ce mépris de la mort. Is prétendaient
avec effronterie que les indigènes ayant la peau excessivement dure
étaient moins sensibles à la dou eur que les autres hommes. Quelque 2
fois les prisonniers étaient renfermés dans des sacs de toile qu'on
couseit, et étaient ainsi précipités dans les flots. Les lames et les
éourans ramenaient de nombreux cadavres sur les rivages de la Petite
Anse et du Carénage près du Cap. Ces corps tombant en putréfaetion «
infectaient l'air. Rochambeau était contraint d'envoyer le long de lan
plage dès forçats qui enterraient les cadavres dans le sable. Les ha
-bitans des villes ne mangeaient plus de la chair de poisson. On
vit néanmoins des capitaines de navires, au lieu de noÿer leurs pri=«
sonniers, les nourrir à leurs frais et aller les débarquer sur les“
plages désertes de la partie espagnole. : Un officier de marine nommém k
Ménard en sauva ainsi une grande quantité. D'autres officiers, «
müs par un sordide intérêt , se rendaient à Porto-Rico, à Cuba, 4
y vendaient leurs prisonniers au lieu de les noyer. Le gouverneur -
de Porto Rico mit fin à ce trafie honteux par une ordonnançe. HI
‘fil cette noble tes à un eapitaine de frégate qui s'était a
sur les côies de son île pour vendre des indigènes de St Dominigue M
s'ils sont esclaves je n'en veux pas acheter; s'ils sont des homines libres, :
vous n'avez pas le droit de les vendre. Quand les troupes européennes sortaient des villes contre les indépendans, elles étaient pré
cédées de dogues qui déeouvraient au fond des ravins les retraites
les plus secrètes des femmes et des enfans indigènes. Ceux de ces mal 3
heureux qui étaient pris étaient livrés à ces animaux qui les dévoraientm
L'on vit alors entrer au Cap trois hommes noirs, fortement gare
homines libres, :
vous n'avez pas le droit de les vendre. Quand les troupes européennes sortaient des villes contre les indépendans, elles étaient pré
cédées de dogues qui déeouvraient au fond des ravins les retraites
les plus secrètes des femmes et des enfans indigènes. Ceux de ces mal 3
heureux qui étaient pris étaient livrés à ces animaux qui les dévoraientm
L'on vit alors entrer au Cap trois hommes noirs, fortement gare i
| $
À * Clausel, Theuvenot et Claparède, indignés de tant d’horreurs ne tar- |
deront pas à censpirer contre Rochambeau. Ils tenteront de l'arrêter pour
le renvoyer en France, et se saisir de l'autorité. Mais Rochambeau dé*
couvrira leur projet, et les fera déporter. + HISTOIRE D’HAÎTI.—(1808.) 415 xoliés, que le colonel Labinais, officier noir, commandant de ‘la
Petltc-Anse, avait fait arrêter. Ils étaient accusés d’avoir ineendié
plusieurs habitations. Roehambeau fit aussitôt dresser trois poteaux:
au pied de la fontaine de la pliee républicaine ou la Fossette, auxquels on lia les trois prisonniers. 1! les fit entourer de bois rési.
_neux auxquels les bourreaux mirent le feu. Dès que la flamme
séleva dans d'air, les vietimes disparurent aux yeux de la foule.
On nentendii que des hurlemens affreux qui s'éteignirent bientôt.
Quand les flimmes eessérent de tourbillonner, les trois corps avalent
été réduits en cendres. |
ossette, auxquels on lia les trois prisonniers. 1! les fit entourer de bois rési.
_neux auxquels les bourreaux mirent le feu. Dès que la flamme
séleva dans d'air, les vietimes disparurent aux yeux de la foule.
On nentendii que des hurlemens affreux qui s'éteignirent bientôt.
Quand les flimmes eessérent de tourbillonner, les trois corps avalent
été réduits en cendres. | Quant à Rochambeau, il envoyait à Porto Rico toutes les richesses
quil amassait par l'assassinat et le pillage. Pour augmenter ses trésors, il n'épargnait pas les blanes eux-mêmes. Il savait que Labatut, vieillard septuagéuaire , plein de vertus, ancien commandant de là Tortue, était puissamment riche en propriétés. Il le
manda äu Cap, lactusa d'être en intelligence avec les brigands,
le fit arrêter et emprisonner. Peu de jours après, il lui proposa
de le mettre en liberté, s’il voulait lui faire don, sous forme de vente, de 200 carreaux de terre. Le vicillard n'hésita pas, pour sauver sa tête, à faire le sacrifice d’une part de sa fortune. Un
acte de vente de 200 carreaux fut passé en faveur de Donatien
Rochambeau, par devant les notaires du Cap , Cormand et Moreau.
labatut après l'avoir signé se crut hors de tout danger. Mais peu
de jours après, le citoyen Sabrely Fontaine, secrétaire particulier
du capllaine-géaéral, le vit secrètement et lui dit que pour cent au:
tres carreaux de terre , il serait certain de ne plus jamais être arrêté,
Labatut vit clairement qu'en voulait le dépouiller. I passa aussitôt
une nouvelle vente en faveur de Rochambeau; mais craignant que le
capitaine général ne finit par lui prendre la vie, il se détermina à
s embarquer clandestinement. Ce qu'il ne tardera pas à faire. A
la même épeque Rochambeau faisait arrèter et noyer dans la rade
du Cap l'abbé de la Haye, blanc européen, ancien curé du Dondon,
qui, en 41792 et 1793, avait éié le confesseur de Jean François et ‘
de Biassou.. En 1795, après le traité de Bâle, de la Haye était
rentré au Cap, sous le gouverneur Laveaux. Quoiqu'on eût alors
accusé d’avoir exhorté , au tribunal de la pénitence, de noibreuses femmes blanches à se *livrer à Jean François, cependant lautorité n'avait dirigé contre lui aueune poursuite. Mais Rochambeau
qui voulait le dépouiller , se rappela sa conduite passée, le repréSenta aux européens come un infäme corrupteur, et le fit livrer
au dernier supplice. Le cadävre de l’abhé de la Haye, ramené
à terre par les lames, demeura plus d'une journée exposé sur la
plage du Picolet.
ibreuses femmes blanches à se *livrer à Jean François, cependant lautorité n'avait dirigé contre lui aueune poursuite. Mais Rochambeau
qui voulait le dépouiller , se rappela sa conduite passée, le repréSenta aux européens come un infäme corrupteur, et le fit livrer
au dernier supplice. Le cadävre de l’abhé de la Haye, ramené
à terre par les lames, demeura plus d'une journée exposé sur la
plage du Picolet. Le préfet colonial, Heetor Daure, avait publié le 10 Janvier un régle-,
ment sur les douanes relativement à la perception des droits, au 416 HISTOIRE D'HAITI.—{1803), cabotage, à l'importation et à l'exportation des marchandises par le commerce fr ançais et par le commerce étranger. 1} fut défendu, sous peine de destitution, à tous les employés de l'administration de
recevoir , à n'importe quel titre, quel que füt leur grade, aucun
cadeau où rétributions autres que ceiles déterminées par les règlemens , des capitaines, négocians , el autres personnes intéressées
directement où indirectement aux chargemens de dengées et marchandises. Malgré cette ordonnanec, Îles dilapidations eontinuêrent
d'une manière elfrayante dans toutes les administrations. La plupart des employés européens s'eflorçaient de faire de rapides fortunes pour s'éloigner ensuite d'un pays livré à tant d'horreurs. * Le
citoyen Lenoir, nônimé inspecteur général des douanes et des do:
maines, fut chargé de parcourir la colonie pour récrganiser les douanes, couformément aux arrêtés de Rochambeau. Le commer ce avait perdu toute sa splendeur; l'intérieur de File était en in:
surrection ; les cafés el autres denrées ne pouvaient plus entrer dans
les villes qu'oceupaieut les français. Les indépendans commencçaient à commercer entre eux el avec l'étranger. Dessalines sux Gonaïves, Péiion à lArcahate, armaient
des barges pontées, porlant chacune une trentaine d lommes , et. marchent à rames ou à voiles. Déjà nos marins se faisaient remar:
quer par une rare Iutrépidité. Hs ruinaient le commérce français
sur notre litoral, et eulevaient quelquefois de gros HavIres MArchands armés. en guerre. E on distinguait parmi eux les Bégon
homme de couleur, les Aoua, noir , les Boisblanc , les. Masson”
les Derenonceurt, hommes de couleur. - Der ‘éROHEO! jet ; soriant de
l'Arcahaie , attaqu ua , dans les eaux de la Poirte Rivière Ge Lévgane, un
savire de Bordeaux. Sa barge.élait montée de quarante cinghommess presque nus, armés de fusils, de sabres, de poignards et de haches"#P puit le bâtiment à l'abordage, après un vif combat, en égorgea
l'équipage, en pilla la cargaison, et Le couta à fond. Quandnles bätimens de guerre me la station du Port Républicain, attirés par le bruit du canon, urrivérent vers la Petite Rivière ses iudizènes avaient déjà presque c cu le temps d'atteindre l'Arcahaie avec leur
és de fusils, de sabres, de poignards et de haches"#P puit le bâtiment à l'abordage, après un vif combat, en égorgea
l'équipage, en pilla la cargaison, et Le couta à fond. Quandnles bätimens de guerre me la station du Port Républicain, attirés par le bruit du canon, urrivérent vers la Petite Rivière ses iudizènes avaient déjà presque c cu le temps d'atteindre l'Arcahaie avec leur bébri! Les américains et des anglais sortant de Charleston ct de la Jamaïqué , veuatent louxoy er dans le golfe de la Genave. Les bar:
ges indigènes les abordaient de nuit, chargées de’ café ,: de coton“
de cacao, et échangeaient ces denrées contre des armes"et des munitions. Du 44 au 24 Janvier | 91 bâtimensw, dont 45 européens: seulement , étaient entrés dans le port du Cap; * Malenfant, colonel français, dit que Rochambeau a commis des cri.
mes s1 effrayans, à St Domingue , que les Carrier, les Lebon., ete seraient
en vénération auprès de lui, : | 4. SH #i shit sir rl é of ds OS nt dan er dd MisToiRE D’Hatts.—(1803) 417 es autres sortaient des rades de la colonie, où de Porto-Rivo ,
de la Jamaique et de Philadelphie. On voit combien le commerce
s'était affaibli; et les articles qui formaient le chargement de ces
navires ne consistaient qu’en biscuits, farine, riz, mais et petit salé.
Le drap, la toile, les marchandises sèches , en général, manquaient
presque sur toutes les places de la colonie. Les navires curopéens ne
trouvant pas de chargement n’abordaient plus aux côtes de St Domingue. Des renforts arrivaient à l'armée à de longs intervalles. Le cito-
- ven Burgevin débarqua au Cap avec un dépôt de divers régimens;
la 28° lévère fut réorganisée avec ces nouvelles troupes. Le eapitaine général donnait loujours de grands soins au serviee des hôpitsux. Al ordonna au citoyen Bouvier, pharmacien en chef de l'armée, de parcourir la eolonie, pour inspecter les hôpitaux et examiner les officiers de santé qui y étaient employés. Il partagea la celonie en einq divisions militaires. Les divisions
du Sud ,et de PArtibonite ou de! Ouest étaient commandées par le
général de division Brunet qui avait sous ses ordres, pour l'Artibonite ou l'Ouest, les généraux de brigade Fressinet, Pageot et
Lavalette; pour le Sud, les généraux de brigade Laplume et Darbois.
La division de droite du Nord était commandés par Île général de
division Clausel qui avait sous ses ordres les généraux de brigade
Barquier, Claparède et d'Henin; celte division s’étendait du Fort
Liberté au Moôle St Nicolas. La division de gauche du Nord, sétendant du Fort Liberté à St. Yague, était commandée par le général de brigade Quentin qui avait sous ses ordres les généraux de
brigade Ferrand et Lacroix. La division de l'Est comprenant toute
la côté Est et Sud jusqu'à Neybe était commandée par le général
de brigade Kerverseau , dont le quartier général était à Sto. Domingo.
Barquier, Claparède et d'Henin; celte division s’étendait du Fort
Liberté au Moôle St Nicolas. La division de gauche du Nord, sétendant du Fort Liberté à St. Yague, était commandée par le général de brigade Quentin qui avait sous ses ordres les généraux de
brigade Ferrand et Lacroix. La division de l'Est comprenant toute
la côté Est et Sud jusqu'à Neybe était commandée par le général
de brigade Kerverseau , dont le quartier général était à Sto. Domingo. Le général Thouvenot fut nommé commandant de l'artillerie de larmée. Son autorité s'étendit, sous le rapport de l'artillerie, sur les
divisions du Cap, du Port Républicainet de Sto. Domingo. La division du Cap comprit le département du Nord, les valiées de Goâve
et de Banica, le canton de Eaxavon et celui de St. Yague, el eut
pour limites sur la eôte , la rivière de Macoris d’une part, et la pointe
de Mangles, près du Port à.Piment , d'autre part. Celle du l'orttépublicain s'étendit du Port Républicain inclus jusqu'au eap de la
Béale, en comprenant les départemens de F'Artibonite ou Ouest et
du Sud. Celle de Sio. Domingo, se terminant par Île cap de Ja
Béate, au sud, et par la rivière de Macoris au Nord, comprit l'étang salé, la vallée de St. Jean, celle de la Véga-Réal, le Gibao , Ja
presqu'île de Samana et l'ile de la Saône. set we Rochambeau réorganisa avec ‘soin le corps d'artillerie, car il avait
remarqué que c'était par le canon qu'il obtemait le plus souvent ses
succès sur les indépendans. H garnit de nombreuses pièces d'artitlerie les points qu'il ogcupait. La garde nationale du Cap fut aussk AIS HISTOIRE D'HAITI,— (1803) réorganisée. L'adjudant-général Pascal qui commandait la ville, ordonna à tous les citoyens “d entrer dans ce corps dont le service était
devenu des plus actifs. Les employés des bureaux de ladministration formèrent des compagnies dites administratives ; .les étrangers
que des spéculations retenaient dans la colonie, et les marins. éme
ployés dans la ville formèrent des compagnies dites de marine. On
n'exempta du service actif que les autorités civiles et les mnfirmes: Nous avons vu que Capoix, aprés avoir été chassé äu Port de Paix,
s'était établi sur lhabitation Laveaux-Lapointe , à deux lieues
de cette ville. Ses avaut-postes, sous les ordres du colonel Pour:
cely, homme de couleur, se prolongeaient jusqu'à un mille du Portde Paix, sur l'habitation Desroulins. Le commandant Daulion ‘fit
une vigoureuse sortie pour chasser les indigènes de cette positions
il fut battu et refoulé dans la place. Presque ces jour il venait
attaquer Pourcely; mais le 4.er bataïtlon de la 9e, ce mille honimes,
qui rivalisait de valeur et de tactique avec lés meilleures troupes
européennes, demeurait inébranlable dans sa position. Dauhon,,
malgré les échecs qu'il éprouvait, ne se décourageait pas. HIl-sortit
de la place à la 1ète de 700 hommes de la garnison, et mareha sur
dans la place. Presque ces jour il venait
attaquer Pourcely; mais le 4.er bataïtlon de la 9e, ce mille honimes,
qui rivalisait de valeur et de tactique avec lés meilleures troupes
européennes, demeurait inébranlable dans sa position. Dauhon,,
malgré les échecs qu'il éprouvait, ne se décourageait pas. HIl-sortit
de la place à la 1ète de 700 hommes de la garnison, et mareha sur l'habitation Pesroulins, par la grande route, Aucun obstacle ne gèsm nait les mauœuvres des français qui s’avancèrent en rase campagne,
au pas de charge, et à la baïonnette. Pourcely sortit de ses retrans ÿ
pe L CI PP CSST PR RES » À ETS NT € Lui chemens, et s élança au devant de l'ennemi, à la tête du bataillon“ de la 9.e. Après plusieurs décharges, les indigènes abordérent les: français à da He di ro Le choc ut terrible : la fureur était égale | de part et d'autre; l'on se battit corps à corps.. Toulà coup, un
bataillon européen apparut derrière les haies qui ‘bordaient le grand chemin avec deux pièces de quatre. La tmiltraille exerça ses ravages dans le flanc es indigènes. : Ceux ci, surpris el tombant de toutes
parts, prirent fa fuite, malgré les prières et les menaces de Pourcely qui ne put Îles Pire sur le champ de bataille. Le colonel in=« digène se saisit du drapeau et leur dit d'alier annoncer au général Ca oix qu'ils l'avaient 2H AR En même lemps, 11 se précipitait seul au devant de la mort. es grenadiers de la 9 e,. honteux dem
leur fuite, et ranimés par ses ner reprennent leurs rangs, et
retournent au Co mbat avec une nouvelle fureur, sous la mitraille | :
de l'ennemi. Après une lutte sanglante, les deux pièces de quatre « tombèrent au PaeiR des. indigènes, et Daulion reutra au Port-de-"
Paix, croyant que Capoix savançail en personne sur Desroulins aveem
le gros de son armée. Pourcely demeura maître de sa position. S'il
était retourné, en fuile, au quartier général de Laveaux- -Lupointe,
Capoix lui aurait fait trancher. la tête. Le général Gapoix faisait sans cesse manœuvrer ses .{roupes; Une
discipline sévère était établie parmi elles; ses soldats , quoique la.
plupart des recrues à 50 formaient on colonnes serrées , €t se dés.
HISTOIRE D’HAITI.— (1803) 418
ployaient admirablement dans la plaine par toutes sortes d’évolutions,
Les travaux agricoles n'étaient point interrompus; la justice était
rendue par Capoix lui même, et un ordre parfait régnait dâns l'étendue
de son commandement. Les femmes et les enfans travaillaient aux
champs, coupaient les cannes, les apportaient au moulin de l'habilation Laveaux-Lapointe dont les tourbillons de fumée attiraient
souvent les navires de guerre qui canonnaient en vain le rivage.
“Capoix avait fait construire un fort flanqué de terre qui protégeait
le moulin, et répondait par des boulets rouges‘au feu des bâtimens
de guerre. Les guerriers du Port-de Paix avaient en abondance des
“ivres, du sirop, du tafia.
les apportaient au moulin de l'habilation Laveaux-Lapointe dont les tourbillons de fumée attiraient
souvent les navires de guerre qui canonnaient en vain le rivage.
“Capoix avait fait construire un fort flanqué de terre qui protégeait
le moulin, et répondait par des boulets rouges‘au feu des bâtimens
de guerre. Les guerriers du Port-de Paix avaient en abondance des
“ivres, du sirop, du tafia. Pendant ce temps, un vieux soldat français que la faim avait fait
sortir du Port de Paix, pour cueillir des fruits, fut arrêté le long du
orand chemin, par le colonel Pourcelÿ. Celui-ci l’envoya au quartier-général de Laveaux-Lapointe. Capoix l'accueillit bien, le traita
avec humanité et lui démanda,, après lui avoir fait donner à manger,
quelle était la force effective de la garnison de la place. Le soldat répondit
quil y avait mille hommes environ. Répondant toujours aux questions qui lui étaient faites, 11 fil savoir à Capoix qu'il y avait beaucoup de munitions dansle Petit Fort. Capoix se résolut à s'emparer
du Petit Fort par un coup de main ,et à en enlever toutes les poudres. Ilordonna à Jean Louis Grand-Maison , inspecteur de culture,
de faire construire pour chaque bataillon de la 9° deux échelles de 30
pieds de long sur 4 de large, et un grand nombre de gabions. Dans
une journée tous les préparatifs furent commencés et achevés. Capoix
envoya Jacques Louis s'établir non loin des portes de la ville avec
lé 4" bataillon de la 9°. Il lui ordonua de donner assaût au fort
Paigeot dès qu'il entendrait le feu du Pet Fort. C'était au milieu
de là nuit; le eiel était étincelant d'étoiles. Jean Baptiste Cataboix
alla s'établir près du fort Lavaux , avec le 4° bataillon de la 9°, avec
ordre de lassaillir , de son côté, dès que commencerait l'attaque du
dPetit Fort. Le commandant Bauvoir partit de Lavaux-Lapointe, avec
le 3% bataillon de la 9°, s'arrêta dans le chemin dé St. Louis, à cent
pas du morne-aux-Pères. Il devait lui-même attaquer le Petit Fort.
Jl'laissa devant ie morne-aux-Pêres quarante grenadiers et deux saDeurs , etleur ordonna d'attaquer ce poste dès qu'ils entendraïent le
feu des français. Il était deux heures du matin. Bauvoir, à la tête
“dé son bataillon, se glissa à travers ‘les buissons, dans le plus pro:
fond silence ; quand il atteignit le rivage, il entra dans la mer jusqu'à là ceinture suivi de ses soldats portant leurs munitions sur a
tête, et parvint au pied du Peut Fort que baignaient les flots. La
ville du Port-de Paix forme, sur le rivage de la mer, un demi cerélé aux extrémités duquel s'élèvent le Grand Fort au Nord-Ouest,
elle Petit Fort au Nord Est. Les indigènes appliquérent aussitôt
une échelle contre les murailles, et montèrent sans ètre I vus mt
il entra dans la mer jusqu'à là ceinture suivi de ses soldats portant leurs munitions sur a
tête, et parvint au pied du Peut Fort que baignaient les flots. La
ville du Port-de Paix forme, sur le rivage de la mer, un demi cerélé aux extrémités duquel s'élèvent le Grand Fort au Nord-Ouest,
elle Petit Fort au Nord Est. Les indigènes appliquérent aussitôt
une échelle contre les murailles, et montèrent sans ètre I vus mt 429 HISTOIRE D'HAITI.-— (1805)
entendus. Les français qui ne les croyaient pas ‘capables de: tant”
d'audace étaient plongés dans le plus profond sommeil; leurs senti=«
nelles dormaient sur les remparts. Les indigènes aprés avoir alteint
le sommet du fort, se rangèrent autour du mât du pavillon. Ils dé=«
couvrirent, sous leurs pieds, les soldats de la garnison endormis dans
Fintérieur de la fortification. 11s commencèrent sur eux une vive
fusillade. Les français , réveillés par le bruit de la mousqueterie ,se«
précipitèrent en désordre dans les cases du fort. Ils commencérent
un justant aprés à répondre au feu de l'ennemi. En même temps
les quarante grenadiers , qui avaient été laissés devant le poste morne=
aux-Prères, enfonçaient la porte du Petit Fort. Les français den
l'intérieur de la fortitication, succombant de toutes parts, sous la
fusillade, se précipitéreni vers la porte pour se répandre-dans la villes
mais ils furent atrûtés et massacrés. th jeune soldat seul, se jetantw
dans la mer , atteignit le Grand Fort à la nage. On s'était battu
plus d'une demi. heure.
Capoix apprenant par un exprès le succès de Beauvoir, partit de
Laveaux-Lapointe, et vint. an Petit Fort avec une multitude den
femmes et d’enfans qui enlevérent en un clin d'œil trente milliers dem
poudre , malgré le feu vif d'une corvette française , en station dans ia
rade Après avoir fait mettre le feu aux cases de l'intérieur du fort,*
Capoix fit enlever ses blessés parmi lesquels on remarquait deux ca
pitaines de la 9° Alain et Michaud. Il reprit le CHE de Laveaux
Lapointe, sans être inquiété. Pendant le massacre du Petit Fort
les français assaiilis dans les autres fortifications, n ner pu voler au *
secours de leurs frères d'armes, Au jour, le chef de bataillon Ripert«
commandant du Port de Paix, repoussa Jean Louis el Cataboix qui
sefforçaient d'enlever les forts Pageot el Laveaux * G
Peu de j jours après, Le général Capoix vit arriver à son quartier
général de Lavaux-Lapointe, le colonel Jason commandant du press
mier régiment du Nord. El venait chercher quelques milliers den
poudre de la part du génerat Romain qui occupait le Limbé. Capoix
envoya avec générosité à ses frères d'armes une part de ses munitions.
Nous avons laissé le colonel Geffrard partant de Léogane, après.
sètre séparé de Pétion, et s'acheminant sur le département du
Sud, à la tête de la 13e, pour soulever contre les français Ja
masse ue nan de cette province, Il laissa, à sa droite, le
Petit Goâve, en passant par les mornes de‘cette ville, et arriva sur
envoya avec générosité à ses frères d'armes une part de ses munitions.
Nous avons laissé le colonel Geffrard partant de Léogane, après.
sètre séparé de Pétion, et s'acheminant sur le département du
Sud, à la tête de la 13e, pour soulever contre les français Ja
masse ue nan de cette province, Il laissa, à sa droite, le
Petit Goâve, en passant par les mornes de‘cette ville, et arriva sur Sat * Ce fait d'armes presque incroyable est rapporté dans les bulletins français. On y dit que les brigands au moyen de longues échelles, escaladèrent, pen=«
dant une nuit ,le Petit Fort du Port-de-Paix, & en enlevèrent une grande
quantité de poudre. Cette circonstance amena une ordonnance par laquelle les munitions.
furent transportées à bord des bâtimens de nue en station dans les ports |
de la colomie, sf A HISTOIRE D'HAITI. (1 803) AT
incroyable est rapporté dans les bulletins français. On y dit que les brigands au moyen de longues échelles, escaladèrent, pen=«
dant une nuit ,le Petit Fort du Port-de-Paix, & en enlevèrent une grande
quantité de poudre. Cette circonstance amena une ordonnance par laquelle les munitions.
furent transportées à bord des bâtimens de nue en station dans les ports |
de la colomie, sf A HISTOIRE D'HAITI. (1 803) AT Vhabiiation Cupérier, près du pont de Miragoâne. Il y rencontra
les troupes indépendantes sous les ordres de Léveillé, noir, les.
réunit, et proclama à leur tête, Dessalines général en chef de l’armée des Incas. Les gens du Sud aceueillirent sans enthousiasme
Pautorité de Dessalines dont le nom n’était pas en vénération dans
fleur pays depuis la guerre civile entre Toussaint et Rigaud. Cependant ils pensérent que le parti du général en chef était le meilleur,
puisque Geffrard, en lequel ïls avaient pleine ‘ confiance, l'avait
embrassé. Gelfrard réorganisa la 13.e en adjoignant aux compagnies
“élite de ce corps assez de recrues pour en fôrmer les trois bataillons.
“es compaguies du centre des trois bataïlions du même corps formérent
avec les troupes de Belle-Rivière deux nouvelles demi-brigades, qui
deviendront les 15.e et 16e. Geffrard confia le commandement de
la 13.e à Moreau Cocoherne, celui du second corps à Jn-Louis François, et celui du 3e corps à Gérin. Sans artillerie, presque sans:
munitions, la plupart de ses soldats armés de piques, il pénétra
ensuite dans le département du Sud et attaqua le bourg de Miragoñne dont il sempara. HI marecha aussitôt surl'Anse à-Veau, où
commandait l'adjudant-général Bernard, eflicier blanc. Quand
parvint aux Rocheloïs, il rencontra sur l'habitation Périnier un.
bataillon français sous les ordres du commandant Bérotte. Ii lattaqüa et le dispersa. Bérolte demeura sur le champ de bataille.
Les indépendans continuant leur marche, eufbutèrent l'adjudant général Bernard qui s'était avancé eontre eux. If était midi quand ils
découvrirent l'Anseà Veau. C'était le 16. Janvier. Ea chaleur était
brûlante. Geffiard marcha centre la place sur trois colonnes : celle
-de droite était commandée par Morçau, celle de gauehe- par Gérin:
et celle du centre , où se trouvait Geffrard, était commandée par
Jean Louis François. Au premier rang des grenadiers de fa 13.e,
Moreau donna assaut à la.ville, et y pénétra par la grand'rue,
Après trois heures d'un combat meuririer , les indigènes se rendirent maîtres de tous les points de Îa place. La garnison française
fut passée au fil de l'épée presque en entier. Bernard $e saura
à Jérémie dans un petit bâtiment. Ce fut alors que Geffrard décacheta le paquet que lui avait donné Dessalines à la Petite-Rivière de
FArtibonite, et qu'il lui avait ordonné d'ouvrir aussitôt qu'il eûf pris une:
ville imporiante du Sud sur le rivage de la mer. H y trouva un
brevet par lequel il était nommé général de brigade et commandant
“en chef du département du Sud. Cétait à lui à déployer assez
d'adresse, de talens et d’audace pour faire reconnañre son: autoritédes indépendans de ce département. |
à la Petite-Rivière de
FArtibonite, et qu'il lui avait ordonné d'ouvrir aussitôt qu'il eûf pris une:
ville imporiante du Sud sur le rivage de la mer. H y trouva un
brevet par lequel il était nommé général de brigade et commandant
“en chef du département du Sud. Cétait à lui à déployer assez
d'adresse, de talens et d’audace pour faire reconnañre son: autoritédes indépendans de ce département. | Dès que l'autorité européenne du Sud, qui se tenait aux Cayes,
apprit la prise de l’Anse à Veau , clle envoya l'ordre au général Darbois qui commandait à Jérémie de marcher contre les indigènes.
Barbois partit de Jérémie, et arriva au Petit-Trou, à la tête d'une 422 HISTOIRE D'HAITI 1803) forte colonne de troupes. ‘Il y attendit l'arrivée du général
Laplume qui, de son côté, était parti des Cayes, marchantsur
lAnse-à-Veau. Laplume parvint au Petit Trou, le lendemain. Dès”
que le général Geffrard apprit que les français se disposaient à venir
l'assaillir , il détacha de son armée une division de ses méilleures
troupes, sous les ordres du chef de bataillon Francisque, et Len
voya contre l'ennemi. Darbois sortit du Petit Trou, se précipila sur
les indigènes avec impétuosité, les eulbuta, et les poursuivit au loin«
Geffrard, apprenant la défaite de Francisque, sortit de l'Anse-à-Veau,*
et rallia les fuyards sur lhabit auen Laval. Le dimanche qui suit les français s’ébranlèrent dans a matinée , et marchèrent
contre les indigènes. Darbois et Sarcleu s’avançaicent de front à la tête d’une colonne européenne, Nérette, à la tête des chasseurs.
_des Cayes, de St. Louis et d'Aquin, s'effor ait de tourner l'ennemi
pour l'attaquer par derrière, et le général Laplume, à la tête du
corps de réserve commardait l'arrière garde. Vers les onze heures,
les indépendants furent surpris par unc vive fusillade. Néanmoins le
général Geffrard prit sa ligne de bataille, et sipporta le chec de
l'ennemi avec la plu S grande intrépidité, Mais la cavalerie de: la gardes
nationale de Jérémie fit une charg se des plus brillantes ; elle rompit
les rangs de l'infanterie in digène qui fut mise en pléine déroute.
La eaNalerie de Gellrard , commande e par le capitaine ELéser, s’élança“
contre les dragons de Jérémie pour protéger la fuite de l'infanterie. |
Les cavaliers ennemis armés de sahres longs, forts eë tranchants,
pidité, Mais la cavalerie de: la gardes
nationale de Jérémie fit une charg se des plus brillantes ; elle rompit
les rangs de l'infanterie in digène qui fut mise en pléine déroute.
La eaNalerie de Gellrard , commande e par le capitaine ELéser, s’élança“
contre les dragons de Jérémie pour protéger la fuite de l'infanterie. |
Les cavaliers ennemis armés de sahres longs, forts eë tranchants, passèrent sur le eorps des jeunes dragons indigènes armés de sabres
faits de cercles dé barr que. Geffrard , poursuivi jusque dans les marais:
de lAnse à Veau, faillit d'être pris par plusieurs cavaliers, qu'il
abattit à coup da pistolet. Il n’atieignit la rivière &e l'Anse-à-Veauws
qu'à travers les bois. Là se faisait un affreux carnage de ses soldals.m
Il se précipita dans la rivière; son cheval fut tué sous lui; il gagna
à la nage la rive opposée. Ses troupes continuant à fuir ne purent
être ralliées qu'au delà de Cupérier, dans les hauteurs du Pétit Goâve, à
douze lieues du champ de bataille. Darbois entra aussitôt à lAn-«
se-à-Veau. Il envoya ensuite une garnison à Miragoäne. Peu dejours
après, les vaisseaux l’Indomptable et le Mont Blanc vinrent mouiller dans
la rade de ce bourg. Deux bataillons européens, l’un de la 20°-etlau-«
tre de la 23° y débarquèrent; 1ls allérent ensuite occuper le pont de Mira-. goûne. Darboiïs retourna à Jérémie, et Laplume, après avoir atteint le pont.
de Miragoâne, prit la route des’ Cayes. Quand ce dernier arriva à. Aquin, il apprit qu'une formidable insurrection avait éclaté danslesw
campagnes qui s'étendent entre les Cayes et Tiburon. Les colons disaient que le commandant Ferou, quoiqu'il ne se fût pas encore
prononcé contre les français, était l'âme de cette insurrection. ‘Ce-,
pendant les autorités croyaient encore à sa fidélité. Ferou, homme”
de couleur, commandait pour les français, le bourg des Gôteaux,”
Ne
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HISTOIRE D'HAITI.—(1808) 3 423: dans l'arrondissement des Cayes. C'était, sous Rigaud, un officier
intrépide et d'une grande inflaence sur les eultivateurs de son quartier. Maigre, d'une petite taille, i était d'un caractère allier ét
ôpinidtre. Sans instruction, son éducation était celle d’un soldat.
Avant la révolution de 1789 il n'avait été qu'un infatigable chasseur
de cochons-marrons ou sangliers des Antilles. En Janvier 1803, il
ÿ avait aux Cayes un homme de couleur, nommé Déjoie, qui, par
la blancheur de sa peau et ses cheveux longs et plats. passait pour
. Maigre, d'une petite taille, i était d'un caractère allier ét
ôpinidtre. Sans instruction, son éducation était celle d’un soldat.
Avant la révolution de 1789 il n'avait été qu'un infatigable chasseur
de cochons-marrons ou sangliers des Antilles. En Janvier 1803, il
ÿ avait aux Cayes un homme de couleur, nommé Déjoie, qui, par
la blancheur de sa peau et ses cheveux longs et plats. passait pour blane. C'était un intime ami du colonel Berger. Celui-ci d'une férocité inouie lui apprit que le capitaine-général Rockambeau avait “envoyé l'ordre, datis le Snd, d'arrêter et de faire disparaitre la plupart des officiers noirs et de couleur de quelque influence. Déjoie qui
entretenait des relations d'amitié avec le commandant Férou lui fit
savoir, par une femme noire de Phabitation Petite place Esmangart,.
qu'il lattendrait sur l'habitation Bagatelle, pour lui communiquer un:
avis du plus haut intérêt. Au jour fixé, Férou se rendit au lieu
de l'entrevue. Il y rencontra Déjoie qui lexhorta à se tenir en garde
coutre les pièges des autorités françaises. Férou retourna aux Côteaux, résolu à secouer le joug de ia métropole à la première occasion favorable. Ses émissaires se répandirent aussitôt de toutes
parts, excitant les populations à la révolte, en leur annonçant que
leur*extermination avait été résolue. En une semaine une vaste conspiration s étendit sur toutes. les campagres du département du Sud.
Férou qui incitait à linsurrection devait se prononcer contre les
français, après qu'elle eût éclaté sur différens points. Alors il devait
en prendre le commandement et lui donner une direction énergique.
C'était l'homme qui, dans le moment, exerçait le plus d'influence
sur les indigènes du Sud. Giles Benech, Nicolas Régnier et Goman,
noirs, anciens officiers sous Rigaud, se déterminèrent à donner le
signal de la prise d'armes en attaquant Tiburon. Ils réunirent une
bande de plus de deux mille cultivateurs, et marchtrent contre cette
ville’ dont 1ls s’emparèrent. Le chef d’escadron Desravines, homme
de couleur, gui commandait celte place, s'enfuit et se séfugia aux
Irois où les français avaient un camp. E fut exécuté comme complice
des”insurgés. En même temps un officier blanc, nommé Lafrédinière, commandant de la garde nationale du camp Perrin, dans l'arrondissement des Cayes, el un noir intrépide, Guillaume Lafleur,
soulevaient les culiivateurs de leur quartier, en leur déclarant qu où
voulait les rémettre en servitude. Ce Lafrédiniére vivait fraterneilement, dépuis plusieurs auuées , avec les noirs et les hommes de couJéur. Guillaume Lafleur, qui n'ignovait pas ses seniimens philantropiques , n'avait pas hesité à lui communiquer sa résolution de prendre
les armes.
des Cayes, el un noir intrépide, Guillaume Lafleur,
soulevaient les culiivateurs de leur quartier, en leur déclarant qu où
voulait les rémettre en servitude. Ce Lafrédiniére vivait fraterneilement, dépuis plusieurs auuées , avec les noirs et les hommes de couJéur. Guillaume Lafleur, qui n'ignovait pas ses seniimens philantropiques , n'avait pas hesité à lui communiquer sa résolution de prendre
les armes. Dès qu'on apprit aux Cayes la révolte de Lafredinière, le colonel Berger
sortit de cette ville, à la tète de 300 hünames dela garde nationale de LL
424 “HISTOIRE D’HAÏTI 1803) Torbeck, commandés par un officier de couleur, Elie Bourry, ets
marcha contre le camp Perrin qu'il trouva abandonné, Lafrédinière
et Guillaume Lafieur, n'ayant pas assez de forces pour lui résister,
s'étaient retirés dans les bois, à son approche. L'insurrection quem
les émissaires de Férou avaient préparée de toutes, parts dans le“
Sud, éclatait successivement dans chaque quartier. Une circonsiance imprévue hâta la prise d'armes des indigènes du Port-Salut dont
l'esprit était travaillé depuis longtemps par trois officiers de celte
commune, Trichet et Vancol, hommes,de couleur, et Wagnac, noirs
Ces trois hommes étaient en relations actives avec Férou quicxerçait
sur eux une grande influence. Le commandant du port des Cayes,
Kerpoisson, ie noyer au delà de la pointe de Labacou , entre les
Cayes et le Port Salut, tous îes infortunés que lui livrait Berger.
Un noir, nommé Jacquet Giraud, qui avait été embarqué pour étre
noyé, fut précipité dans la mer après avoir été lié et percé de plusieurs M
coups de poignard. Dans la même journée les lames et le courant
l'amenèrent sur la plage. Les cultivateurs de Labacou rencontrérent,
dans l'après midi, au bord de l'anse, un corps qui respirait encore,
mais presque impercepliblement. Ils le transportèrent dans une case,
ei le rappelérent entièrement à la vie. L'infortuné raconta comment
il avail eté arrêté, embarqué, poignardé et précipité dans les flots.
Le colonel Hamplaya , colon blanc, qui commandait au Port Salut, vouJut le faire arrêter de nouveau, et conduire aux Cayes où 1l eût été infail=
liblement fusillé. Mais un jeune homme de couleur souleva l'atelier
de l'habitation où avait été transporté Jacquet Giraud et s'opposa à
l'arrestation de cet infortuné qui venait d'échapper à la mort d'une
manière si miraculeuse. Dans la même soirée la révolte se propagea
dans toute la paroisse du Port Salut, Vancol, Trichet, Wagnac sem
mirent à la tête des insurgés, arrêtèrent Hamplaya et eurent la générosité de le laisser partir sain et sauf pour les Caves. Ils envoyérent
aussitôt une députation auprés de Férou pour lui faire connaître leur
prise d'armes, et l'exhorter à se hâter de venir se mettre à leur
tète (34 Janvier 1803.)
volte se propagea
dans toute la paroisse du Port Salut, Vancol, Trichet, Wagnac sem
mirent à la tête des insurgés, arrêtèrent Hamplaya et eurent la générosité de le laisser partir sain et sauf pour les Caves. Ils envoyérent
aussitôt une députation auprés de Férou pour lui faire connaître leur
prise d'armes, et l'exhorter à se hâter de venir se mettre à leur
tète (34 Janvier 1803.) Le général Darbois, commandant de l'arrondissement*de la Grand°-
Anse, qui venait d'apprendre la prise de Tiburon, par les insurgés , en.
avisa les autorités des Cayes. Celles-ci qui jusqu ‘alors ne eroyaient pas
que Férou fut l'âme de l'insurrection , envoyérent l'ordre au colonel,
Berger de se réunir à la garde: nationale des Coteaux pour marcher |
contre Tiburon ap que les troupes de Jérémie assailliraient cette «
place par le chemin des Irois. Pendant cet intervalle Férou recevait, id’un
côté, la députation des insurgés du Port-Salut, et de l'autre, une lettre
de Darbois par laquelle ce “général l'exhortait à faire une levée en
masse des cullivateurs des Coteaux et à a ne eontre Tiburon,
afin que l'insurrection fût étouffée d'un seul coup. Férou répondit
à l'envoyé dé Barbois : « Nous sommes prêts . à combattre; mais
"SUR |
HISTOIRE" D'HAITI.—(1803) | 425
du Port-Salut, et de l'autre, une lettre
de Darbois par laquelle ce “général l'exhortait à faire une levée en
masse des cullivateurs des Coteaux et à a ne eontre Tiburon,
afin que l'insurrection fût étouffée d'un seul coup. Férou répondit
à l'envoyé dé Barbois : « Nous sommes prêts . à combattre; mais
"SUR |
HISTOIRE" D'HAITI.—(1803) | 425 cest eontre les français. » Au lieu de marcher sur Tiburon , il
se prononça ouvertement contre la métropole, et se disposa à
-s acheminer vers la plaine des Cayes pour la soulever. Du camp Perrin
à Tiburon la presqu'ile du Sud était en insurrection. Les indigènes
avaient arrêté aux Coteaux plusieurs blanes qu'ils voulaient immoler.
Férou contint leur fureur en leur exposant qu'ifs commettraient un
crime inutile. Il dit aux prisonniers qu'ils trouveraient en [ui un
ennemi, mais non un bourreau, quoiqu'ils eussent sacrifié à leur haine -
implacable un grand nombre de eeux qui avaient été leurs soutiens
et leurs défenseurs, quoiqu'ils eussent précipité dans la mer de nombreux indigènes dont les restes étaient amenés chaque jour, sue le rivage, par les courans et les lames Il ajouta qu'il leur permettait
de se retirer où bon leur semblerait. Les prisonniers s’embarquèrent
dans une chaloupe et se rendirent au: Cayes. * |
Pendant cet intervalle, le eolonel Berger campé à Perrin, trouvant quil y avait dans les rangs de ses troupes beaucoup trop d’indigènes , commanda à Elie Bourry dont il se définit de descendre au
carrefour Ducis avec le bataillon de Torbeck composé de noirs et
d'hommes de couleur. Le lendemain il lui envoya l'erdre de se rendre
aus vieux bourg £e Torbeek sur Fhabitation Bourry. Elie Bourry
marchant sous les ordres du colonel Dumira, blanc, rencontra sur
l'habitation Bérault le commandant Férou qui, parti des Coteaux, s’efforçait d'atteindre la plaine des Cayes pour la soulever. Férou était
à la tête de 1500 hommes..f désarma Dumira, les quelques soldats
blanes qui faisaient partie de la garde nationale de Torbeck et les
renvoya sains et saufs. Il les fit accompaguer par cinq cents hommes jusqu'aux avant postes français. Quant à Elie Bourry, il le
fit entrer dans ses rangs avee tous les noirs et les hemmes de couleur qui étaient sous ses ordres. Le colonel Berger, apprenant la
prise d'armes de Férou , craignit & être enveloppé dans la montagne
par les insurgés. Il abandonna le camp Perrin, renira précipitammentaux Cayes. Aussitôt après son départ de Perrin, Férou y
envoya Vancol auquel vinrent se rallier Lafrédinière et Guillaunie
Lafleur. En même temps les commandans Bazile et Armand Berrault soulevaient les eullivateurs de a plaine des Cayes et reconnaïssaient l'autorité de Férou. Celui-ci fut proclamé chef supérieur
des insurgés. Îl ne reeonnaissait ni l’autorité de Dessalines mi cellede
Lameur Dérance. Cette formidable insurrection , en dégarnissant de
troupes européennes les limites du département versle pont.de Mi.
rogoâne favorisera la rentrée du général Gefirard dans le Sud. Ce
ne sera qu'après la jonction’ de Gelfrard avec Férou, sur l'habitation
Charpentier, que ce dernier reconnaira l'autorité de Dessalines.
des insurgés. Îl ne reeonnaissait ni l’autorité de Dessalines mi cellede
Lameur Dérance. Cette formidable insurrection , en dégarnissant de
troupes européennes les limites du département versle pont.de Mi.
rogoâne favorisera la rentrée du général Gefirard dans le Sud. Ce
ne sera qu'après la jonction’ de Gelfrard avec Férou, sur l'habitation
Charpentier, que ce dernier reconnaira l'autorité de Dessalines. * Traditions haïtiennes.—Taujon , blanc français, qui était, à cette époque à St.-Domingue , rapporte ce trait de générosité de kérau.
+ - 426 HISTOIRE D’#rA1TI. (182) Le colonel Berger, aussitôt après sa rentrée aux Cayes, en sortit à la tête d'un bataillon enropéen et de la garde nationale. alla
pa sur l'habitation Berrault-srande place. Les ‘indigènes, ayant!
à leur tête le commandant Férou, lassaillirent avec fareur. Comme
ils n'étaient armés, la plupart, que de piques, de haches et de.
massues, 1ls ne purent vaincre la tactique européenne" Néanmoïs
la victoire fut longtemps disputée au carrefour Berrault. Mais “
feux vifs et meurtriers des -pelotons français culbutérent les indépen="
dans qui abandonnèrent le champ de bataille, et se retirèrent* surm
l'habitation Taverne. Craignant d ÿ être surpris par l'ennemi ; ils sem
divisérent en deux parts; l’une atteignit la position de tte 4
l'autre gagna lemorne Fendo sur habitation Mallet , dans les hauteurs
du chemin des Coteaux. Férou confia le commandement: de cette”
dernière position à Elie Bourry. He |
français culbutérent les indépen="
dans qui abandonnèrent le champ de bataille, et se retirèrent* surm
l'habitation Taverne. Craignant d ÿ être surpris par l'ennemi ; ils sem
divisérent en deux parts; l’une atteignit la position de tte 4
l'autre gagna lemorne Fendo sur habitation Mallet , dans les hauteurs
du chemin des Coteaux. Férou confia le commandement: de cette”
dernière position à Elie Bourry. He | Le général Laplume , de son côté, était revenu aux Cayes , après,
avoir battu Geffrard à Laval , près du Petit Trou, et l'avoir chassé du
département du Sud. Il en sortit contre Îles insurgés avec une colonnen
de 500 hommes que commandait le colonel Nérette, et s'acheninam
sur le camp Perrin. il enleva cette posilion sans coup férir sur La
bande de Lafrédinière. Il se rendit ensuite sur lhabitation Welchem
grande place, à l’Acul, dans la plaine de Torbeck, et se résolutn
à attaquer l'ennemi. Cependant le colonel Berger lui conseilla de
s’efforcer d'en venir à un arrangement au lieu de combattre. "On
envoya auprès des ie retranchés à Maraudhuce, dans la paroisse
du Port-Salut, au pied des nfornes, une POUR composée de
Jean-Jacques Suily, homme à couleur, d'Hamplaya et de Paye, blancs.
Les députés atteignirent Maraudhue , cntamérent avec les indépendans
une négociation qui deméura infruetueuse et reviurent à Welche grande place. Æn même temps le commandant Elie Bourry trahissait 1eSM
indigènes. 11 abandonnale morne Fendu, passa dans les rangs frane
çais ‘el annonça à Berger qu'il serait. facile de battre Férou qui était
privé de munitions. Laplume divisa aussitôt son armée en deux
colonnes, l’une confiée au colonel Nérette fut laneée centre lé morne“
Fendu , l'autre , confiee à Berger, contre le camp de Maraudhue:
Les indigènes retranchés à Maraudhue , sous les ordres de Vantol,
battirent complètemént les français. En même temps la colonne que
commandait Nérette assaillait le morne Fendu. Les indigènes wigou=
reusement attaqués se défendirent vaillamment. Leurs femmes même
se jetèrent dans la mêlée, armées de pierres et de lances. Les blancs
furent de nouveau compié ètement defaits; Ts fut fait prisonniêr: ;
Par ces deux échecs simultanés, le général Laplume perdit: tous ES
avantages qu il avait obtenus. Les français, après s être ralliés,traversèrent le carrefour Govin, et se retranchèrent sur l'habitation:
Welche grande placè. Mais les indépendans maîtres de la campagne,
brûlant et saccageant tout autour deux, les forcèrent à rentrer aux | PCUERES |
|
|
| HISTOIRE D’HAITI.—(1803) 427
S A Cayes. La plame se souleva alors totalement. Les indépendans y
établirent des postes de toutes parts. Cependant ils ne purent contraindre les français à abandonner le camp Bourdet qui était établi
à une lieue des Cayes. Aussilôt après sa rentrée aux Cayes , le coMonel Berger croyant qu Elie Bourry l'avait trahi au morne Fendu,
le fit arrêter et noyer.
ISTOIRE D’HAITI.—(1803) 427
S A Cayes. La plame se souleva alors totalement. Les indépendans y
établirent des postes de toutes parts. Cependant ils ne purent contraindre les français à abandonner le camp Bourdet qui était établi
à une lieue des Cayes. Aussilôt après sa rentrée aux Cayes , le coMonel Berger croyant qu Elie Bourry l'avait trahi au morne Fendu,
le fit arrêter et noyer. A cette époque, dans les départemens du Nord, de l’Artibonite,
de POuest et deSud , le guerrier indigène, quoiqu’on l'appelât soldat,
na récevalt aucune paie; il s’armait et se nourrissait lui même. HI
portait pour habillement une lourde étoffe de coton qu'il tissait lui
mème Île plus souvent ; quelquefois il était presque nu. Sa coiffure.
consistait en un chapeau.fait de paille ou de feuilles vertes. Dans
les quartiers qu'oceupaient les indépendans on continuait à exploiter
les terres; on plantait beaueoup d'ignames, de patates, de bananiers,
de malangas; on récollait le café et on te vendait aux anglais et aux
américains pour de la poudre et des armes. On faisait du sirop et
du tafia sur les habitations dont les usines n'avaient pas été Incendices.. Ces produits, vivres et liqueurs, étaient transportés au quartien-général du chef qui commandait le canton qu'on occupait, et
le en faisait a répartition aux officiers et aux soldats qui
“n'avaient. rien apporté de la maraude. Les armes et la poudre qu'on _ prenail sur Fennemi étaient aussi réparties entre les soldats par lautorité supérieure. | AT Nous avons vu que l'insurrection générale du Sud avait commencé par
la prise de Tiburon sur les. français. Cette position importante mettait les indigènes en relation avec le commerce anglais de la Jamaiïque, quoique la guerre ne fût pas encore déclarée entre le gouver-"
mement britannique et ia France. | _ Goman et Giles Benech y commandaient. Le général Darbois,
quoique tout le quartier fût en insurrection, résolut de les en chasser.
Les français avaient aux Irois, à quatre lieues de Tiburon, un camp
qu'occupaient un bataillon polonais, les grenadiers de la 20.e européense, sous les ordres du commandant Mordenet, les dragons du
Cap Dame-Marie, sous les ordres des chefs d'escadron Borgella et
Fouillole, et un bataillon de gardes nationaux. Ce camp avait été
… établi pour arrêter les progrès des indigènes vers Jérémie. Les insurgés apprenant qu'on se disposait à les attaquer, prévinrent l'ennemi, et se mirent en marche pour enlever le camp des Trois. Ils
assaillirent les français , à midi , le 14 Février. Ceux-ci quoique surpris se défendirent vaillamment , el les mirent en déroule,
après une heure de combat. Les indépendans se répandirent dans
la campagne et se replièrent ensuite sur Tiburon. Le général Darbois qui était à Dame-Marie, vint aux Irois, avec sa rapidité ordinaire,
aussitôL après cette agression. Dans la nuit même de son arrivée, du
15 au 16 Février, il se mit à la tôle de toutes les troupes du camp,
ux-ci quoique surpris se défendirent vaillamment , el les mirent en déroule,
après une heure de combat. Les indépendans se répandirent dans
la campagne et se replièrent ensuite sur Tiburon. Le général Darbois qui était à Dame-Marie, vint aux Irois, avec sa rapidité ordinaire,
aussitôL après cette agression. Dans la nuit même de son arrivée, du
15 au 16 Février, il se mit à la tôle de toutes les troupes du camp, 428 HISTOIRE D'HAITI.— (1803) et marcha sur Tiburon. Le chef d’escadron Borgella, qui était x
l'avant-garde, dispersa les indépendans qu'il, rencontra dans le grand!
chemin , et ‘après avoir enlevé la redoute qui protégeait Tiburon, if
entra audacieusement dans la ville avec les fuyards. Le capitaine des éclaireurs français, Latoulte, Ceux des insurgés qui échap fit un horrible carnage des prisonniers.
pèrent à la mort, se rendirent au travers: de profonds ravins auprès de Férou-eampé aux Anglais. Darboisse hâta de retourner à Jérémie
son absence. Le cabotage qui avali été insulté par lennemi pendant
entre les Cayes et Jérémie était devenw très difficile. Begon, commandant supérieur des barges indigènes,
énergiquement secondé par Aoua, son lieutenant, capturalt presque
tous les petits bâtimens français qui longeatent la côte. Kerpoisson lui même nosait lattaquer. Dans l'Ouest , les indépendans continuaient leurs efforts pour chasser les français des villes du littoral
Lamour Dérance , qui se tenait dans les mornes de la Selle, envoya l'ordre au commandant Magloire Ambroïse d'attaquer Jacmel. Cette: ville était cernée par plusieurs milliers de cultivateurs, divisés en:
trois corps, commandés -par, les nommés Jérémie, Macaque et Eacroix. Ces trois officiers so us les ordres de Magloire Ambroise, supportaient avec impalience son aulorité. [ls contrariaient autant qu'ils. le pouvaient toutes ses opérations. gloire Ambroise divisa son armée en cinq colonnes , et assaillit la. place. Les commandans Jérémie, Macaque et Lacroix devaient tous: les trois, chacun à la tête d’ kaus , principal fort de la une colonne, attaquer ensemble le blocville. Dés que le feu commença , le: général Pageot, le colonel Dieudonné Jambon, le commandant Burres, ‘se transportèrent avec ardeu
battirent les assaillans, à la r dans les redoules de la place, etcomlète de la légion du Cap, et de la garde: nationale. Le poste Constant, commandé par le citoyen Lafond fut
faiblement attaqué. Les plus grands efforts des indigènes se porté
rent sur le blockaus que défendaient les soldats dela légion du Cap,
sous les ordres du capitaine Mansui. Le fort eût été enlevé si les
commandans Jérémie ct Macaque, envieux du chef de bataillon Ba croix, ne l'avaient laissé s'é puiser en vain, autour de la fortification, au lieu de leseconder. Magloire Ambroise fut obligé de battre er retraite, laissant un grand
blockaus. Convaineu qu'il
gence qui existait entre ses que s'il voulait qu'il prit Jacmel, 1 fallait qu'ililui envoyât des munitions et du tafia, et qu'il lui donnât carte blanche afin qu'il put trancher:
de sa troupe. Il continua néanmoins à la tête à tous # ambitieux
cerner étroitement la ville. P:
de la fortification, au lieu de leseconder. Magloire Ambroise fut obligé de battre er retraite, laissant un grand
blockaus. Convaineu qu'il
gence qui existait entre ses que s'il voulait qu'il prit Jacmel, 1 fallait qu'ililui envoyât des munitions et du tafia, et qu'il lui donnât carte blanche afin qu'il put trancher:
de sa troupe. Il continua néanmoins à la tête à tous # ambitieux
cerner étroitement la ville. P: gences avec un grand nombre de citoyens noirs et de couleur des nombre de ses,gens dans'les fossés du. ne devait son échec qu'à la mésintelhilieutenans, 1l fit écrire à Lamour Dérance: ageot prétendit qu il entretenait des intelliJsemel qui devaient se soulever, au milieu de la place, pendant qu'il l'attaquerait de nouveau. Beaucoup de jeunes; gens, Le est vrai» on HÉs Chat h das tn ÿ PORN NT FEES LT. «
me Lo EL CES x PL, | &
ñ Dans la nuit du 15 Février, Ma-"n PEL at ee AT
net Def. &
HISTOIRE D'HAITI.— (1803) 423 passaient dans Îles rangs des indépendans. Le général Pageot fil arrêter vingt citoyens notables, noirs et jaunes, entre autres les nommés Michel, Bayard, Jean François et Moreau. Ce dernier, pendant qu'on le conduisait en prison, prit la fuite, traversa la ville, et eut le bonheur d'atteindre la campagne au milieu du sifflement des balles des carabiniers français. I joignit l’armée assiégeante. A la même époque, le général dedivision Pétion , qui avait son
quartier-géntral à lArcahaie, reçut par un des émissaires qu’il énvoyait régulièrement au Port Républicain, une publication imprimée
en cette ville. Les français y rapportaient la défaite qu'il avait çssuyée à Pierroux, en Décembre 1802. En parlant du drapeau que
là 43:e avait perdu dans ce combat, ils faisaient observer qu'il était
tricolore ; ce qui démontrait, disaient-ils, que les insurgés se battaient
éntral à lArcahaie, reçut par un des émissaires qu’il énvoyait régulièrement au Port Républicain, une publication imprimée
en cette ville. Les français y rapportaient la défaite qu'il avait çssuyée à Pierroux, en Décembre 1802. En parlant du drapeau que
là 43:e avait perdu dans ce combat, ils faisaient observer qu'il était
tricolore ; ce qui démontrait, disaient-ils, que les insurgés se battaient non pas pour l'indépendance de St-Domingue, mais bien pour recon-
… quérir une hberté qu'ils croyaient avoir perdue. Dessalines et Pétion A , a 1 À Far PA de
- n'avaient conservé le drapeau tricolore que parce qu'il était à leurs yeux, celui de la liberté. D'un autre côté, comme ïls avaient pris
la détermination de ne plus jamais servir ‘sous les bannières de la
métropole, 1is en avaient Ôté les armes françaises. Pétion envoya
cette publication, à la Petite-Rivière de l'Artibonite, au générai en
chef. » Dessalines arracha au drapeau tricolore la couleur blanche,
pour enlever aux français l'espoir qu'ils conservaient encore de traiter
avec les indigènes, én leur faisant, de nouveau, la promesse trompeuse de la liberté. Le drapeau tricolore qui réunissait les couleurs
rouge et bleue de la ville de Paris, ct la couleur blanche deïla royauié, avait toujours été considéré par les masses de St. Domingue comme
le symbôle de: l'union du noir, du blanc et de Phomme de couleur.
L'harmonie qui aurait dû exister entre le blanc d’une part, le neir
et l'homme de couleur, d'autre part , n'ayant pu se réaliser, à eause
de lorgteil colonial, la détermination d'extirper. la race blanche
que représentait le blanc du drapeau, fut done prise à St. Domingue, par les insurgés indépendans. LRO
Dessalines envoya l'ordre aux généraux Gapoix, Toussaint Brave,
Christophe, Vernet, Clervaux, Romain, Pétion, Geffrard, de rendre les drapeaux bicolores bleu el rouge. Ces deux couleurs qui re-
» présentaient l’union du noir et du mulâtre, furent placées verticaleA ment, le bleu fixé à la lance, et le rouge flottant à lextrémilé.
Vers le mois de Septembre1803, le commodore anglais, Loring, vint croiser entre le Capet le Port-de-Paix. Voulant user de courtoisie envers le général Capoix, il lui fit don d’un briilant drapeau bicolore, .
Celte circonstance, considérée isolément, a fait croire, à l'étranger,
que nous devions aux anglais Pidée de notre drapeau bicolore. Personne n’ignore, en Haïti, qu'en Mai 1803, quand Dessalines pénétra dans la plaine du Cul-de:Sac , les troupes indigènes, portaient le
drapeau bieolore qui dès Février avait été adopté. 130 HISTOIRE D’HAITI.—— (1808) tevenons aux événemens qui se passaient dans le Nord dé”
l'ile pendant que Férou insurgeait tout le département du Sud. Dans M
la partie de l'Est les français exerçaient sur fes indigènes-espagnols noirs
et jaunes, soupçonnés de complicité avec les indépendans, les mêmes
rigueurs an dans la partie française. Beaucoup d'individus furent
arrêtés à St Yague, et conduits à Porto Plata où ils furent empri-«
sonncs Bus une voûte souter raine de là forteresse. On les y laissa “4
mourir de faim.
Dans M
la partie de l'Est les français exerçaient sur fes indigènes-espagnols noirs
et jaunes, soupçonnés de complicité avec les indépendans, les mêmes
rigueurs an dans la partie française. Beaucoup d'individus furent
arrêtés à St Yague, et conduits à Porto Plata où ils furent empri-«
sonncs Bus une voûte souter raine de là forteresse. On les y laissa “4
mourir de faim. Le général Romain, campé au Limbé, avait reçu de Capoix, comme
nous l'avons vu, plusieurs milliers de poudre. 11 avait sous ses ordrés la
premiére demi brigade, et 1000 cultivateurs organisés. Il conçut
Paudacieux proget d'enlever la ville du Cap sur Rochambeau. Dans
la nuit du 4 au 5 Février, il passa entre le port Français et le poste
Prunel, et atta qua les postes Métayer et Bousmat dont 1l se rendit
maire. Il assaillit ensuite les postes Grelot et Bourgeois; mais il
fut repoussé. Le chef de bataillon Bertrand qui commandait au
poste Bourgeois füt grièvement blessé. Les troupes, cantonnées dans
l'enceinte du Cap, ne s’ébranlèrent qu'à la pointe du jour. Alorsle
chef de bataillon Rapatel lança deux colonnes contre les postes Métayer et Bousmat. Les indigènes furent chassés des positions dont”
ils s'élaient emparés pendant la nuit. Rapatel ne put néanmoins les
empêcher, pendant qu'ils se retiraient, d'incendier la plupart des habitatious du MU st Romain se rélira à Vaudreuil où il se retrancha pendant Ja nüit,s
après avoir rallié toutes ses troupes. Get échec ne l'avait pas découragé. I se disposa à s'élancer de ds sur le Cap. Le général
Clausel, instruit de son pi "ojt et, résolut de disperser ses troupes. Le
lendemain, 6 Février, le géné al Claparède reçut l'ordre de prendre
le commandement de l'armée: Il sortit du Cap, à la tête des Te,
20.e, et 83.e de ligne, donnant une force de 2500 hommes; à latète
de 600 gardes nationaux extérieurs , et de 200 cavaliers de la garde
d'honneur, sous les ordres du colonel Neterwood. attaqua les
indigènes dans leurs retranchemens de Vaudreuil. Romain soutint
le choc des français quoiqu'ils fui fussent supérieurs en nombre”
Assailli de tous côtés, il présenta partout un front formidable. Cla=
parède, après de vains efforts pour enlever le camp retranché, feignit
de battre en retraite, afin d'attirer les indigènes, en rase campagne,
hors de leurs lignes. Romain croyant que Îles français étaient sur le
point de prendre la fuite, s'élança par dessus son retranchement , »
pour les rompre. Claparède fit aussitôt volte face, ouvrit ses rangs,
et l'arullerie légère vomit la mitraille dans les bataillons indigènes.
Le chef de brigade Neterwood chargea aussilôt à la tête de la cavaIerie de la garde d'honneur. _….
en rase campagne,
hors de leurs lignes. Romain croyant que Îles français étaient sur le
point de prendre la fuite, s'élança par dessus son retranchement , »
pour les rompre. Claparède fit aussitôt volte face, ouvrit ses rangs,
et l'arullerie légère vomit la mitraille dans les bataillons indigènes.
Le chef de brigade Neterwood chargea aussilôt à la tête de la cavaIerie de la garde d'honneur. _…. Romain, sans être rompu, rentra dans sa position. Néterwood,! «1 HISTOIRE n'aïrr.—(1808.) . 431 æmporté par sa fougue ordinaire, ne s'arrêta qu’au pied des retran-
‘chemens où il fut accueilli par une vive fusillade. HE sit tomber, à
ses côtés, le capitaine Laforge de la garde du capitaine général. Les
deux armées demeurèrent en présence. Les indigènes perdirent 209
hommes, et les français à peu prés un nombre égal. Doansÿla nuit
qui suivi, le général Romain se retifa- à son quartier-géneral de
Limbé. |
Les indigènes de Ia division Capoix, qui avaient traversé le canal
de la Tortue sur des radeaux, occupaient toujours l’intérieur de cette
petite île. Nous avons vu qu'ils en avaient ineendié l'hôpital établi
sur lhabiation Eabatut. Rochambeau, avant repoussé la dernière
attaque de Romain, crut pouvoir dégarnir de quelques troupes la
ville du Cap; il se résolui à envoyer une expédition à la Tortae. Le
47 Février, l'adjudant commandant Ramel partit sur le vaisseau le
. Duquesne avec cinq bâtimens légers. La force effective de celte expédition était de 400 hommes d'infanterie, d’un détachement de 150
chasseurs de la garde du capitaine-général, sous les ordres du chef
de batatilon Booze, et de 60 dragons. Ramel, aussitôt qu'il eut opéré
son débarquement à la Tortue, se rendit sur l'hrbitation Doubaire.
Il réumit ses troupes à celles de. l'adjudant-commandant Boseus, ct
mmascha contre les indigènes de lintérieur- qu'il eulbuta et tailla en
“pièces, aprés un combat acharné. H perdit un intrépide officier ,
…Horumberger, capitaine des chasseurs de la garde. Le citoyen Fey,
commandant du lougre le Vauiour, recevait dans ses chaloupes, pendant le combat, une foute de blancs propriétaires qui füyaieut le
champ de bataille, le long du rivage. Les matelots du Vautour écrasérent à coups d'aviron ceux des indigènes qui, cramponnés à des
planches, nageaient dans le canal pour atteindre Laveaux-Lapointe,
ou St. Louis du Nord. Le chef de batatilon Vincent Louis et Île
caphaine Gardel, suivis de quelques grenadiers de la 9e se retrancherent dans les rochers escarpés et les bois qui avoisinent le mouillage du-coquillage. Hs s’y maintinrent jusqu au commencement de
la puit. {ls avaient perdu fa plupart de leurs compagnons. Ils firent trois signaux par trois grands feux successifs. Capoix découvrant- “ces feux , de ‘Laveaux Lapointe , reconnut le sisnc de
détresse dont il était conveñu avec Vincent Louis. Des chaloupes indigènes partirent aussitôt du Carrerouge :le St. Louis, et aitelgnivent le coquillage de la Tortue. Vincent Louis et Gardel s embarquèrent avec quelques hommes, et revinrent au Carrerouge d'où
ils se rendirent au quarticr-général de Laveaux-Lapoinie auprès de
Capoix. , |
Le général en chef Dessalines® avait appris , aux Gonaives , l'attaque infructueuse dirigée par Romain contre le Cap, dans la nuit
du 4 au 5 Février. Romain lui écrivit, peu de jours après, qu'il
avait reconnu la possibilité d'enlever le Cap , si on lui envoyait des
, et revinrent au Carrerouge d'où
ils se rendirent au quarticr-général de Laveaux-Lapoinie auprès de
Capoix. , |
Le général en chef Dessalines® avait appris , aux Gonaives , l'attaque infructueuse dirigée par Romain contre le Cap, dans la nuit
du 4 au 5 Février. Romain lui écrivit, peu de jours après, qu'il
avait reconnu la possibilité d'enlever le Cap , si on lui envoyait des PES 432 HISTOIRE p'arri.(1803). renforts. Ses émissaires lui avaient donné l'assurance qu'ils avaient
trouvé le moyen d'entretenir des intelligences dans la ville avec” un ancien colonel de la garde nationale, Médard, noir, d'une grande jufluence” sur les siens. * Is prétendaient que Médard se souleverait,
au seiu de la place, à la tête des noirs et des hommes de eouleur,
à la première attaque qui serait dirigée contre elle; que beaucoup
d'indigèues étaient entrés dans la conjuration , entre autres Robillard, jeune oflieier de couleur , ancien aide de camp de Christophe”Il
n'y avait au Capaucune eonspiration eu faveur des indépendans quoique les indigènes de cette ville vécussent sous un régime sanglant.
Les émissaires de Romain avuent confondu le mécontentement gébb this ,_néral avec ur projet de conspiration. Dessalines ordonna aux gé-"
néraux Christophe et Clervaux de partir des Gonaïves , et d'aller reñ-"
forcer le général Romain, à Limbé. Ils étaient accompagnés du colonel «
Maony, à ia tête de la 44° demi-brigade formée des débris des casaques rouges et de l'ancienne garde d'honneur de Toussaint Louverture:
Les hauteurs qui avoisinentie Cap étaient hérissées de forteresses depuis l'habitation Breda jusqu'à la barrière Bouteille, sur une ligne de près de deux lieues. En partant de Limbé au Sud Ouest, et en suivant
la grande route, la première fortification qu’on rencontrait était -le
blockaus de Bréda, à gauche du chemin, protégé, du côté Ouest, dans la montagne, par le poste Jeantot. Sur la même ligne, à gau” che, l'on reaconirait ensuite ie fort Pierre Michel et labutte Charrier ; plus loin on traxersait, sur un pelit pont, l'eau rapide de la raine CGharrier qui setprécipite, à droite du chemin, dans la rivièére"du
hout du Ctp, etiôn arrivait au fort Vertières. Continuant-wers/le
Nord, lou aticignait, à droite de la grande route, le fort Gbampin;
d'où l'on découvruit, à gauche, un peu plus en avant vers Hawiile,
les forts de lHôpital et de Bélair, Avant d'atteindre , -àgauche,
le fort Bélair , on parvenait à l'eutrée de la place, à "a"barrière Bouicille. Sur le rivage de la mer , entre la Petite"
ôn arrivait au fort Vertières. Continuant-wers/le
Nord, lou aticignait, à droite de la grande route, le fort Gbampin;
d'où l'on découvruit, à gauche, un peu plus en avant vers Hawiile,
les forts de lHôpital et de Bélair, Avant d'atteindre , -àgauche,
le fort Bélair , on parvenait à l'eutrée de la place, à "a"barrière Bouicille. Sur le rivage de la mer , entre la Petite" Anse et le Cap , s'élevait le fori Si Michel; et larivière du haut du
Cap, couiant du Sud au Nord et longeant, à l'Est, la granderoute,
se jelte dans la mer crtre le fort Si: Michel et la fille. A POuest,
le Cap est dominé de mornes où il ÿ avait des postes français
sur les habitations Lory, Métayer et Bôusmat. En partant du poste
Jdeantôt, on pouvait facilement éviter les forts qui bordant le
grand chemin , enlever, à limprouste, le fort Bélair, les pos:
ius Lory, Métayer, Bousmat, et assaillir la ville. Au
Apres l'arrivée de Christophe et de Ciervaux à Limbé, le général Romain partit de ce bourg à la tète de ses troupes. Quand it
arriva sur l'habitation Jeantôt, au häut du Cap, il en enleva le poste,
et y laissa les généraux Christophe et Ciervaux , pour protéger sa retraite, S'il était repoussé. Il divisa son armée en quatre colonnes,
tourna les forts Bieda, Pierre Michel, Charricr, Vertières, et assails gustoire p’HaiTi 1805) ; 188 jt les hauteurs qui dominent le Cap, * à 4 heures du matin du 19
Février. L'on dansait alors au palais du gouvernement où il y avait
une brillante fête. La première eolonne indigène, dirigée par Romain en personne, enleva à la*baïonnette le poste de l'hôpital des
Pères et le fort Bélair, Les troupes européennes furent passées au
fil de l'épée. La deuxième colonne donna assaut au fort Bourgeois,
dans la ravine de la Providence; mais elle fut vigoureusement repoussée par un bataillon de la 77e. La troisième s'établit sur Île
morne de la ville, à la hauteur de l'habitation d'Espagne ; et la
quatrième se tint en observation , avec Christophe et Clervaux, devant les lignes du haut du Cap. Maitres de Bélaur, les indigènes
s'établirent sur la crête du morne qui sépare ce fort de la rivière
du haut du ‘ap. Les communications entre la ville et les avantpostes français qu'ils avaient tournés, étaient interceptées par le
chemin de la Fossette. La gauche de l'armée indigène établie au
Bélair voyait sa droite s'étendre jusqu'à la barrière Bouteille. Jamais le Cap n'avait été assailli d'aussi près. |
res de Bélaur, les indigènes
s'établirent sur la crête du morne qui sépare ce fort de la rivière
du haut du ‘ap. Les communications entre la ville et les avantpostes français qu'ils avaient tournés, étaient interceptées par le
chemin de la Fossette. La gauche de l'armée indigène établie au
Bélair voyait sa droite s'étendre jusqu'à la barrière Bouteille. Jamais le Cap n'avait été assailli d'aussi près. | A la pointe du jour , le général Clausel , qui jusqu'alors s'était
tenu sur la défensive, alla examiner la position de l'ennemi et se
disposa à le chasser des points qu'il oecupait. Il réunit toute la garnison sur la place d'armes, et donna ses ordres aux offieiers supérieurs en présence de Rochambeau. Son avant garde. composée de
la garde nationale, de la gendarmerie maritime et d'un bataillon de
la 7.e de ligne, s’ébranla et commença le feu en attaquant vigoureusement la barrière Bouteille, pour s'ouvrir un passage dans le
grand chemin. Les indigènes, aux cris de vive la liberté! la ville
est à nous ! se jetèrent sur les français avec fureur , les culbutérent
et commencèrent à pénétrer dans le Cap. G'eut été le moment fa.
vorable, pour les gardes nationaux noirs el jaunes, de se prononcer
en faveur des indépendans, s'ils avaient réellement formé le projet de
livrer la place au général Romain; ils déployaient au contraire la
plus grande intrépidité el souteuaient le moral des européens. Le
capitaine français Colzi fut mortellement blessé; le chef de bataillon
Desfontaines rallia les fuyards de la 7e. et du bataillon maritime
qui revinrent à la chagge , soutenus par les grenadiers de la garde
d'honneur et les deux compagnies administratives. Le carnage devint
affreux ; l’on se battit corps à corps. Aprés une lutte opiniâtre , les
français furent encore culbutés. Les indigènes s'avancérent dans
la savane de la Fossetie près de la Loge actuelle des Franes Maçons,
les talonnant audacieusemeut au pas de charge.” Mais une batterie
revinrent à la chagge , soutenus par les grenadiers de la garde
d'honneur et les deux compagnies administratives. Le carnage devint
affreux ; l’on se battit corps à corps. Aprés une lutte opiniâtre , les
français furent encore culbutés. Les indigènes s'avancérent dans
la savane de la Fossetie près de la Loge actuelle des Franes Maçons,
les talonnant audacieusemeut au pas de charge.” Mais une batterie * Les troubles qu’excitèrent les chefs mulâtres, dans le Sud, coïncident
avec l'attaque [en pluvièse] du chef nègre Christophe et du traitre mulâtre
Clervaux ; contre la ville du Eap où ces révoltés furent défaits et chassés
du fort Belair qu'ils avaient.surpris. (Delâtre.) #* Bulletin de l'armée française, | 454 : HISTOIRE D’HA1TI.—(1803) formidable, dressée par le général Thouvenot à l'extrémité dé, la
Fossette, fut tout à coup démasquée ; elle répandit la mort dans les.
rangs des indépendans. Les indigènes se précipitèrent vers les canons;
mais l'artillerie française bien servie arrêta leur élan, et les con-
‘traignit à se retirer , sous la mitraille la plus meurtrière. Le chef de
brigade Neterwood, à da tête de la eavelerie de ta garde d'honneur,
les chargea et Îles ehassa du grand chemin. Par ce suecès, le général Clausel rétablit ses cemmunieations avec les blockaus du haut du
Cap et l'Hôpital des Péres. En même temps, le chef de bataillon
Thouzard, à la tête d’une division de la garde nationale, marchait
sur l'habitation Cliquet , à la rencontre des indépendans qu lil n’atieignit que sur l'habitation Picard. Les indigènes de cette colonne s’etforçaient de se réunir à leurs compagnons établis sur l'habitation
d'Espagne , pour former une masse qui devait forcer la Fossette. Thouzard les rejeta sur d Espagne, marcha ensuite sur cetie habitation, à la baïonnette, et mit en pleine déroute la colonne qui l'occupait.
Il réussit à éteindre le feu qui avait été mis dans la grande case de
<ette habitation. Les indigènes, chassés de d'Espagne, se retirérent
au sommet du morne Lory. Les chefs de batailion Jumel et Léaue
mont, à la têle de treize compagnies de chasseurs de ligne et de Russy,
les attaquèrent avec vigueur, les dispersérent, et “lis ialonnérent
tellement qu ils ne leur donnèrent pas le temps d'ineendier Fhabt: tation Tiphaine. En même teinps, le commandant Caignet enlevait
le poste de l'Hôpital à la baïonnette. Romain tenait eucore au fort
Bélair. Le général Touvenot établit conire ceite position une bat
terie de huit pièces de eanon et d'un obusier. Lés boulets, les bombes et les obus contraiguirent les indigènes, en moins d'une démi heure, à abandonner le fort Bélair. Ils rencontrérent derrière le fort une
colonne française qui leur eoupa là retraite. Un nouveau combat
_s'engagéa ; et après une lutte sanglante , le général Romain passa sur
le corps de la colonne française.
venot établit conire ceite position une bat
terie de huit pièces de eanon et d'un obusier. Lés boulets, les bombes et les obus contraiguirent les indigènes, en moins d'une démi heure, à abandonner le fort Bélair. Ils rencontrérent derrière le fort une
colonne française qui leur eoupa là retraite. Un nouveau combat
_s'engagéa ; et après une lutte sanglante , le général Romain passa sur
le corps de la colonne française. La colonne indigène qui était demeurée en observation au hout du
Cap, sous les ordrés de Christophe et de Clervaux, ‘fut attaquée à
son tour par la cavalerie de la garde d honneur commaridée par
Neterwood , et par les dragons du Cap, sousfiles ordres de Claparède.
Christophe el Clervaux se formérent en bataillons carrés, et répoussèrent, pendant trois heures , les charges les plus bmliantes de la
cavalerie française. Clausel pour déterminer la victoireen sa faveur,
envoya à Claparède deux compagmes d'artillerie iégère avec deux
de pièces de 4. Les boulets firent bientôt des brêches dans les carrés qui furent rompus par les dragons. Les indigènes sabrés et dispersés, ne se ralliérent qu'au Moine Rouge. Les français remportèrent une victoire complète, et erendirent leurs avant-postes au loin
dans les campagnes. Les indigènes perdrrent dans celte journée plus
de 109 hommes, et les français donnérent la sépulture à plus de HISTOIRE D'HatTI.—(1808) 435
500 des leurs. Romain alla camper de nouveau au Limbé; Christophe et Clervaux se retirèrent aux Gonaives. ‘ Le capitaine-général
complimenta les gardes nationaux noirs et jaunes sur l'intrépidité “qu ils avaient déployée dans l’action, et leur promit perfidement que le - gouvernement leur porterait toujours toute sa sollicitude. Les français avaient fait une centaine de prisonniers. L'un d'eux,
hôommé Monfort, officier, noir, des grenadicrs du 1°” régiment indigène,
dénonça le colonel Médard, noir, ancien chef de la garde nationale
du Cap , d'avoir été d'intelligence avec Romain, pour lui livrer la
ville. Rochambeau fit aussitôt arrêter Médard et plusieurs autres
officiers , noirs et de couleur, qui avaient été aussi dénoncés. Méa
dard fat pendu , sur le marché Cluny, en présence de l’armée. Un
jeune homme de couleur, Robiliard , et un grand nombre d’autres
indigènes furent arrêtés , embarqués et noyés sur la simple dénonciation de Monfort qui, voulant obtenir sa liberté, dévoilait de prétendus
Rochambeau fit aussitôt arrêter Médard et plusieurs autres
officiers , noirs et de couleur, qui avaient été aussi dénoncés. Méa
dard fat pendu , sur le marché Cluny, en présence de l’armée. Un
jeune homme de couleur, Robiliard , et un grand nombre d’autres
indigènes furent arrêtés , embarqués et noyés sur la simple dénonciation de Monfort qui, voulant obtenir sa liberté, dévoilait de prétendus complots. Le fils du colonel Médard, jeune homme noir, nommé Pounoute , fut arrêté et eondamné aux travaux forcés. Le général : Claparède avait le commandement de la ligne des forts du haut du
Cap. Il faisait travailler les forçats à l’entretien des jardins de l'habitation Verdières. Peu de jours après l'attaque de Romain
contre le Cap, voyant le Jeune Pounoute Médard travailler sous le
bâton, à Verdières, ille prit en pitié. 11 le fit appeler avec plusieurs
de ses compagnens, fit ôter à ces infortunés les chaînes qui les l'aient
les uns aux autres , et favorisa leur évasion en leur disant qu il les arrachait à une extermiaation certaine. Monfort, aprés avoir envoyé à
l'échafaud une cinquantaine de noirs et d'hommes de couleur, fut, à
son tour , livré aù dernier suppliee. Presque tous ceux quil avait
dénencés étaient des jeunes gens qui jusqu'alors avaient défendu vaillamment la cause française. a E | Ce fut alors, 24 Février 1803, qu'arriva officiellement à St.-
Domingue l'arrêté du Premier Consul,en date du 13 Nivôsean11,
par lequel le général Rochambeau était confirmé dans son grade dé
Capitaine Général. (Cette nomination définitive fit là joie des partisans de l’ancien régime-et le désespoir des français vraiment républicains.
Rochambeau avait appris la tentative faite par Pétion d'insurger la plaine du Cul-de-Sac, la défaite, à l’Anse à-Veau, de Geffrard qui s’efforçait
de pénétrer de nouveau dans le Sud, l'insurrection de Férou. Il
crut que sa présence dans l'Ouest pourrait relever le moral des trou
pes et arrêter les progrès des indépendans. Il fit publier , par son
chef d'état major , que biensôt il transporterait son quartier-général
au Port Répubiicain. Cette nouvelle épouvanta les Citoyens honnêtes de cette ville; ear depuis son départ pour le Cap, à la mort de
Leclerc, le système des proscriptions s était exercé avec moins de
rigueur dans le département de l'Ouest. IL faut eependant reconnaître que depuis quelque temps, beau- \ù 430 "+ HISTOIRE D'HAITI. an eoup de soldats français voyaient avec un profond sentiment d'horreur les atrocités auxquelles se livraient les généraux Rochambeau,
Pierre Boyer et Brunet. Le général Desbureaux, commandant du
département du Sud, avait sollicité et obtenu la permission de re-.
tourner en France, ne voulant plus être l'instrument des fureurs«
du capitaine général. Il était parti avant la prerhière entrée de“
Geffrard dans le Sud.
'HAITI. an eoup de soldats français voyaient avec un profond sentiment d'horreur les atrocités auxquelles se livraient les généraux Rochambeau,
Pierre Boyer et Brunet. Le général Desbureaux, commandant du
département du Sud, avait sollicité et obtenu la permission de re-.
tourner en France, ne voulant plus être l'instrument des fureurs«
du capitaine général. Il était parti avant la prerhière entrée de“
Geffrard dans le Sud. Dans les livres qui formeront Île troisième volume, nous raconterons les exploits de Lamarre au Petit Goâve, l'invasion du département de lOuest par Dessalines, l'arrestation de Lamour Dérance et!
l’anéantissement de son parti, lunion des populations indigènes du
Nord, de l'Artibonite, de l'Ouest et du Sud, sous l'autorité du géné"
ral en chef, l'entrée ‘des armées indépendantes à Jérémie, à Jacmel, |
à St.Marec, aux Cayes , au Port Républicain, au Cap, au Môle St. Nicolas, |
la proclamation de l'Indépendance d'Haïti (1 Janvier 1804). Nous
raconterons le règne de Dessalines , le principal héros de notre guerre
nationale, Île conquérant de notre Indépendance, et sa fin tragique;
la division du pays en deux états : la République d'Haïti, d'une part,
et l'Etat d'Haïti qui se transforma en royaume, d'autre part; les
les luttes de Christophe et de Pétion , celui là personnifiant le prin-"
cipe aristocratique, celui-ci le principe démocratique; les luttes des
haïtions de race espagnole contre les français, l'évacuation du terri:
toire de i Est par éeëes derniers ; l’ordre introduit dans le chaos des
finances de la République, par le général Bonnet ; l'administration
de Christophe, énergique, cruelle, oppressive, ct celle de Pétion, toléransa
te, à dessein opposée à celie du Nord pour la détruire; la mort de Pétion; «
la chute violente de Christophe, génie puissant qui serail devenu le Pier=\ re le Grand d'Haïti, s’il n'avait fait naître dans le sein de son peuple
en se laissant trop dominer par d'aveugles fureurs, la terrible réac..
tion qui détruisit son œuvre grandiôse , mais tachée de sang ; la réu-#
nion des départemens du Nord et de l'Artibonite à la République, .
celle de la partie de VEst à lunité nationale, l'administration de“
Boyer sur toute l'étendue de l'île, de Samana à Tiburon , et {la re-«
connaissance de l'Indépendance d’ Haiti par le. gouvernement français, ‘
sous Charles X. Alors eommence à’s’éleindre la race vigoureuse de*
nos géants révolutionnaires, de ces hommes de fer, à fortes convie
tions, qui ont fait de grandes choses parce qu'ils étaient mûs par de:
+ grandes et nobles idées.
DL nn | nn à nes, AU ds D FIN DU DEUXIÈME VOLUME. RE -RE RE RE RE RENE NE NE NE PEN RE VE RE VEN NE NE RE RENE RE RES Noms DES PERSONNAGES DONT IL EST FAIT MENTION DANS LE 2e. VOhLUME, EN SUIVANT L'ORDRE CHRONOLOGIQUE, DE 1799 A 1803: Rigaud, homme de couleur. Toussaint , noir.
Dessalines, id,
Clervaux , homme de couleur.
Bauvais, ” id,
Christophe, noir.
Dieudonué Jambon, id.
ME VOLUME. RE -RE RE RE RE RENE NE NE NE PEN RE VE RE VEN NE NE RE RENE RE RES Noms DES PERSONNAGES DONT IL EST FAIT MENTION DANS LE 2e. VOhLUME, EN SUIVANT L'ORDRE CHRONOLOGIQUE, DE 1799 A 1803: Rigaud, homme de couleur. Toussaint , noir.
Dessalines, id,
Clervaux , homme de couleur.
Bauvais, ” id,
Christophe, noir.
Dieudonué Jambon, id. Birot , homme de couleur.
Nérette , id. Borno Déléard,, id...
Lamour Dérance, noir.
Mamzelle, id,
Gays. id.
Joseph Aquart, id.
Brunache, homme de couleur.
Dupuche, id.
Benjamin Auger, id. Pierre Fontaine, noir
Mathieux Daget id.
Romain ,. id:
Geoffroi, blanc.
Lafortune noir.
Conflant., + id. Giles Bembara, id.
Borgella | homme de couleur.
Dussau , id.
Laplume, noir.
Ducroc .. homme de couleur.
Lartigue, blanc.
Gauthier , homme de couleur,
Charles Bélair, noir.
Ferbos , homme de couleur.
Moulite ,. id,
Boisblanc, id. Goye .. | blanc.
Desvallons, homme de couleur.
Faubert , id.
Toureaux , 5 M
Pétion , id,
Renaud Desruisseaux, id.
Geffrard., id.
Rouleau, id,
Jérémie, poir. Pierre Çonil ,. id, Figaro , noire.
Michel Selles. tie
Roume ,. blanc.
Anioine Chanlatts, h. de couleur;
Moyse, noir Agé, blanc. Don Joachin Garcia, id.
Boyé, id...
Vincent: id. Delva noir.
Jasmin. id,
Baudin homme de couleur:
Déstrade noir,
Jacque Douze id.
Laraque homme de couleur;
Idlinger blanc,
Michel id. Isaac Louverture noir.
Placide Louverture h de couleur,
Sahuguet blanc, J. Raimond homme de couleur,
Dommage noir,
Pre-Louis Diane, id.
Romain Cap, homme de couleur,
Philippe Guerrier, noir.
Laurent. . “110; Paul Louverture’, id,
Gabart Vaillant, h. de couleur.
Desravines id. |
Charlotin Marcadieux, id.
Piverger id,
Blanchet. id,
Batichon, id.
araque homme de couleur;
Idlinger blanc,
Michel id. Isaac Louverture noir.
Placide Louverture h de couleur,
Sahuguet blanc, J. Raimond homme de couleur,
Dommage noir,
Pre-Louis Diane, id.
Romain Cap, homme de couleur,
Philippe Guerrier, noir.
Laurent. . “110; Paul Louverture’, id,
Gabart Vaillant, h. de couleur.
Desravines id. |
Charlotin Marcadieux, id.
Piverger id,
Blanchet. id,
Batichon, id. Jean -Cécile ,. noir...
Philippe César, id,
Arrault, homme de couleur. Augustin Rigaud, id,
Martin Bellefond, blanc.
Chalvière ,: homme de couleur. Latolipe , noir.
Bonard,, homme de couleur,
Bellegarde, id,
Millet , id.
Dupong, id: 438 HISTOIRE D'HAIÏTE.
Balarquier , noir. Vérnet , homme de couleur.
Lamarre , homme de couleur. Claude Martin, noir.
Langevin, id. Jean Charles, vad.
Gaspard , 5 AP Coco, id.
Hambourge Maïrlot, h. de couleur. Trois Balles, id.
Monpoint , HROOIR: Aurange , homme de couleur.
Morisset, homme de couleur. Jn. Bte. Lebon, noir.
Magny, noir. Saintonge, id.
O’Gorman . blanc. Bonhomme, id.
St-James id. Rouanez, homme de couleur.
Brellé*: > blanc. Lufricain, noir.
Ailier , id. Joseph Flaville, id.
Duburcq , id. Jolicœur , id.
Balthasar, id. Christophe Syili, (id.
Torelluih fé id, Pageot , .. blanc.
Placide , id. Barada , id,
Layer, id. Haukesbury , | 1,5 PA
Anthaume , id. Otto, id.
Raphaël , id. Cornwallis , id.
Pothier, id, Thibeaudeau , id.
Pageot , RE Nugent, id.
Francisco Rèyes, Ÿ. de couleur. Sasportas , id.
Domingo Perez, id, Dubuisson , id.
Cayetano Razon, id. Lamartinière, homme de couleur.
Perez Guerra, . id. Forfait blanc.
eau-Philippe Dant, noir. Bernadotte , id,
Kerverseau , blanc. Dumas, homme de couleur.
Dalban , id. Sonthonax , blanc.
Lecun, id. Fleurieu , gene
Pierre Michel, noir. Malouet , ” id.
Mimi Bode, homme de couleur. Laveaux, id.
Cassécamp, id. Lapointe, homme de couleur,
Bernard Borgella , blanc. Viilaret Joyeuse, blanc.
Lacour, id. Latouche Tréville, id.
A. Viard, 7 id” *} Ganthaume, id.
Ph.pe-André Collet, blanc. Hartzinch , id.
Gaston Nogére, id. Coisnon , id.
Juan Monceybo, id. Leclerc, id.
François Morillas , id. Davoust, id, -
Charles Roxas, id. Boyer, IE
André Mugauos, id. Delmothe , id.
Gombaut , id. Linois, ‘id.
Periès, id. Magon, id.
Fouqueau , id. Gravina , id.
Hillarion , . noir. Duga, 212
Victoire, . femme de couleur. Humbert, id,
Maitland , blanc. Clausel , | 14.
Voliée, id. Watrin , id.
Lamothe Aïigron, h. de couleur. Boudet , id.
Pascal, blanc. Rochambeau, - id.
Bhébécourt , id, Hardi, id.
. Linois, ‘id.
Periès, id. Magon, id.
Fouqueau , id. Gravina , id.
Hillarion , . noir. Duga, 212
Victoire, . femme de couleur. Humbert, id,
Maitland , blanc. Clausel , | 14.
Voliée, id. Watrin , id.
Lamothe Aïigron, h. de couleur. Boudet , id.
Pascal, blanc. Rochambeau, - id.
Bhébécourt , id, Hardi, id. RL HISTOIRE D’HAITR 4395
Bébelle, blanc Maurepas, noir.
Devaut, id. Gourdon , blanc.
Claparèdes, id. Poitevin , : homme de couleur.
Hector Daure, id. Ca poIx noir. vs
Kerverseau , CET à Mexcë, blanc. À
Charles Pierrei, noir. Bordenback , id.
Grand Noël Prière, id, Gelin , id.
Télémaque, id. Levenaïrd', FAT
Barthélemy , id. Rosamel ; id.
Lebrun, blanc. Nicolas Louis. noir.
Tobias Lear, id, Réné Vincent, id,
Gardre , id Placide Louis, idà:
Ignace, noir. Placide_ Lebrun, id.
Vilton ; homme de couleur. Romain , noir.
Marc Coupé, id, Desfourneaux , blanc.
Lacombe, blanc. Ju-Pre Dumesnil, noir.
Sabès, : id. Cadiac , blanc,
Gimont, id, Colin noir.
Bardet , homme de couleur. Prudent . id.
Séraphin, noir. Salm , blanc.
Eubin Hudicourt, id, Chancy, homme de couleur,
Barthélemy Marchand, id. Moriset , id,
Eloy Turbet, id, Noël Lory, noir.
Dhenin, blanc. Marinier id.
Fhézan, homme de couleur. Désplanques, blanc.
Audigé, id. | Paimbour , id.
Sézaire Savay ,. id, Mme Eouverture, femme noire.
Patience, noir, Pourcely, homme de couleur,
Mounier, blanc. Val:brégue, blanc,
Pamphile de Lacroix, id, Alain, noir,
Férand , noir. Le. Etenne Golart, id.
Pierre Tony, id. Lubin Golart, id.
Delpêche , homme. de couleur. Topsent , : blanc.
Re nt ? id. Grandet ,. LIU
Jeannot Millien, noir, Brunet, id
Fisson, - blanc. Lavaleite, RU à 7
Sterling , homme de couleur. Andrieux ,. id:
Célestin , noir. Rey, in 1:
Ferbosse, homme de couleur. Yaquoi, noir.
Désiré, noir. Gengembre, Pid.
Lapineau 1 blane. Bazelais, homme de conleu,
Téiémaque (de Jacmel) noir. Laurette, id.
Laoglade, homme de couleur. À! Villemandrin, blanc.
Paut Eafrance, noir. | Ciouet, id:
Fontaine, id. Duckworth, . js
Grenville , blanc. . Mine Dessalines, femme noire.
Aignan, homme de couleur. Descourtilz, : blanc.
Molière, blanc. . Laplaine Sterling, h. de couleur,
Corneille , 1d. Guy lPainé, id.
Breton, … , id, _ Borel, blanc.
Bistaret id. Christophe Morney, noir.
de couleur. À! Villemandrin, blanc.
Paut Eafrance, noir. | Ciouet, id:
Fontaine, id. Duckworth, . js
Grenville , blanc. . Mine Dessalines, femme noire.
Aignan, homme de couleur. Descourtilz, : blanc.
Molière, blanc. . Laplaine Sterling, h. de couleur,
Corneille , 1d. Guy lPainé, id.
Breton, … , id, _ Borel, blanc.
Bistaret id. Christophe Morney, noir. Le "1 L2 HISTOIRE D’HAITI. .
Blanc Cassenave, h. de couleur. Colomier, blanc.
Ju-Bte Louverture, noir. Lenoir , Ed |
Dominique , id, Pourcheresse Vertières |
Roux, homme de couleur. Lombard, dd.
Pierre Parent, noir. Duniancit ; id.
Claude Labadie, id. Clément , id.
Cottereau , id. 1edoyen, id.
Dalton , blanc. Tolosé , id,
Lalane, id, Maubert, à LA PEU
Vandor Weid , id Bonjardier, id.
Bourke , id, M'irambeau, id.
Bachelu, id. Rebourg, id.
Marie Jeanne, femme de couleur. Dupont, id,
Éeieres y blanc. Gougeot, id.”
Sylla , noir, Lequoi Mongirault, id.
Martial Besse, homme de couleur. Cibot , id.
Sans-Souci , noir, Macajou , homme ce couleur
Anquetil , blanc.’ J. Louis Louverture, noir.
Blin de Villeneuve, blanc. Erre, id.
Fressinet , Mr Mouchet, id.
Lafleur , noir. Auguste , noir.
Robillard s homme de couleur. Sumedy , | id,
Jn.-Pre. Louverture, noir. Smith , ©” # blanc.
Perrin, blanc. Elie Bourry, homme de couleur.
Bénézech , id. Jh Dessources, dit Jérôme, noir.
Collet , id. Saunite , femime noire.
Damas , id. J. Chs. Courjol, noir.
Domergue , id, J. Toussaint Labarre, id.
O’Gorman, - id. Jean Dugotier, id.
Mongin , id. Bazin, id.
Labic Ha ; id. Faustin Répussard, h de couleur.
PDesongards , id. Diaquoi, noir.
Dresrivières, id. Pierre Batardet, ’jid.
Guieu , id. Sagest , home de couleur.
Bon, À id, Guibert Popote ; noir.
Ango , j id:, Gauthier, blanc.
Baudamant , id. Dubarquier à id,
Saint-Cyr, id. Macaya , noir.
Ferrari, id. Vamalheureux , id.
Savary , id. Mavousou , id. MS Jn. Louverture, noir. Petit Noël Prière, id,
Pesquidou , blanc. Yayou, | id,
Néron, noir. Meyer, blanc.
Cesar, id. Waite, id,
Fiamand, blanc. B'stien , noir. Mile. Chancy, f. de couleur. Métellus , id.
Deraime , blanc. Sanglaou , i id.
Monperron , id. Cangé, homme de couleur,
Mars Plaisir, ‘ noir, Rabouin , blanc.
Jeanin, blanc. Raimond , noir.
Gafarelli, id. Dupéroy , blanc.
idou , blanc. Yayou, | id,
Néron, noir. Meyer, blanc.
Cesar, id. Waite, id,
Fiamand, blanc. B'stien , noir. Mile. Chancy, f. de couleur. Métellus , id.
Deraime , blanc. Sanglaou , i id.
Monperron , id. Cangé, homme de couleur,
Mars Plaisir, ‘ noir, Rabouin , blanc.
Jeanin, blanc. Raimond , noir.
Gafarelli, id. Dupéroy , blanc. à + à
| +
..
HISTOIRE D'HAITI. 441 ' Mot Buquet, , noir. Pierrot Michel , noir, di
ThomasMarie-Jeanne, id. Jean Charles, homme de couleur.
Adam , id. . Gotro, blanc, Louis Manseau , RER Peyre , À id, d
David Troy, id. Hubert , blanc.
Boucare, id. Renaud, id.
Adonis Delorier, id, Neterwood , id
Poix, blanc. | P. Boyer, JT
Robe, id. Fontanges , id,
Henriette St-Marc, fem. de coul. Aussénac , id.
Panis, | blanc. Maillard, id.
Mahotière , - homme de couleur. Deneyve, id.
Jacques Tellier, “+ (0)) PRISE Delore, id.
Cagnet, id. | Stephonopoli, id,
Cacapoule , id. Girardeau, “. id,
Labrani, id. Grand Boucan, noir.
Abbé, | blanc. Lenormand , , blanc.
Jean Louis François, noir. Guillemet , id.
Comus, | id, Robert , noir.
Julien Labarrière, id. Gilbert Néraud, blanc.
Eschenaux, blanc. Auguste Labarre, uoir.
Thouzad, id. Pradine , blanc.
Kayé Larivière, homme de couleur.| Pigné Montignac , id.
Mathieu Fourmi, noir. Felix, id. + Grégoire, blanc. | Daulion , id.
Madatne Leclerc, femme blanche. Grand Seigné, id.
Jacques Clervaux, hom. de couleur. |. Magloire Ambroise, noir. ÿ
var: blanc, Macaque , id, Ph. Albeït Delatre, blanc. Beauséjour , id. Anhouil, id. Pierre Louis, id. Jques. Marquer Mon- | Cibas, id.
breton Norvins, id. | Germain frère, id,
Jurrien , id. | Caradeux, noir.
Charles Baurry, homme de conleur.| Burres, blanc.
Toussaint Brave, noir. Laucoste, | one
Paul Prompt, homme de couleur. | Perou, noir,
Huin, blanc. Gérin, homme de couleur.
Videau, id. Segrétier, id,
Madame Pageot, femme de coul. Joseph Armagnac, noir. | Gilot Marquez, noir. Berger, blanc. * Moreau l'Africain, noir, . Moreau, homme de -couleur.
Victor , id. Doudou, id,
Claude Labadie, id, [ Viart, id, ï
A ussenac, blancs Prosper , [LACORES à
Savari, homme de couleur Braquin , id. Riper , id. Fréron, blanc.
Joseph Jerome , noir. Bellegarde Baudouin, hom. de coul.
Pierre Toussaint, homme de couleur Gilbon, id
Jean Louis Longuevalle, noir. Pierre Viallet, noir.
Jean Louis Boisneuf, id. Lebozec , : blanc.
Montauban , O7, Moulin , homme de çouleur.
» *
E] PE :
+
Kerpoisson ,
Lefranc, homme de couleur,
Hérard Charlemagne, id.
Léveillé, ° moir.
Guillaume Fontaine, id,
Jerome , noir. Bellegarde Baudouin, hom. de coul.
Pierre Toussaint, homme de couleur Gilbon, id
Jean Louis Longuevalle, noir. Pierre Viallet, noir.
Jean Louis Boisneuf, id. Lebozec , : blanc.
Montauban , O7, Moulin , homme de çouleur.
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E] PE :
+
Kerpoisson ,
Lefranc, homme de couleur,
Hérard Charlemagne, id.
Léveillé, ° moir.
Guillaume Fontaine, id, Maoquiacat , id,
Moreau ou Cocoherne, h. de coul.
Pap:iller, id,
Francisque, : id.
‘Dadé, id.
Plonzac , blanc.
Bourré, homme de couleur.
Désermine , id, Bélain Lamarre, id.
Euthier se blanc.
Costille , noir.
Benjamin Noël, id.
Hoche Vilbon, homme de coul,
Viet, blanc.
Frontiche, noir.
Barthélemy, id.
Banglo, id. ,
Marion , homme de couleur.
Heurtelou , id.
Brisson , id. Colin, noir.
Lofleur, id.
Brunet, blanc. Mme Guillanme, fem de coul.
Louis Lerebhourg, noir,
Nicolas Louis id.
Bauvoir , id.
Vincent Louis, id.
Gardel, . id, Fey, blanc. Mine Labatut, femme blanche.
Boscus , blanc,
Quérangal , id.
Magendie , id,
Ramel, id, A cwbry 9 id,
Dalivart , id.
Charies Pierre, noir,
Lacroix, blanc.
Froiment, id, |
Tabarrès , homme de couleur.
Polanca, id.
Vaussier, blanc. Ju Phpe Matarane, noir.
Descotière |, noir.
Pouillac , id, HISTOIRE D’HAITE, blanc. | Guinbart Péhaie, noir, Giles Pierre, ide Robert Guiton, id,
Michel Ciémenti, AT:
Autrou Archin, id.
Quentin, blanc. :
Hédouville, id,
Lacrosse , id. Didier , id. Hlaire Marmande, h. de couleur.
Willaumez, blanc.
Noailles , id. Pierre Boyer .. id,
Thouvenot, id. Mine Paui Louverture, fem. noire.
Jn-Pierre Louverture, noir,
Malenfant , blanc.
Joséphine Beauharnais, f blanche. Chevalier, noir.
Ménard, blanc.
Läbivais , noir.
Labatut, blanc.
Cormand, “id. : Moreau, blanc.
Sabrely Fontaine, id.
L'abhé de la Haye, id.
Burgevin , id. *
Bouvier, id.
Barquier , id.
Ferrand, id, Jn To Grandmaison, noir. Jn-Baptiste Cataboix, id.
Michaud, id.
Ripert, blanc,
Jason, noir,
Bérotie, homme de couleuf.
Desbureaux, blanc.
Sarcleu, id, Léger, homme de couleur.
Deéjoie , id. Férou, id. ,
Giles Bénech, noir.
Nicolas Régner, id.
Goman , id. -
Lafrédinière , blanc.
Guillaume Lafleur , noir.
Trichet, homme de couleur.
Vancol , id. |
Wagnac * noir,
Jacquet Giraud , id,
Haniplaya , blanc. : HISTOIRE D'HAITI. Armand Berrault, noir.
Jean Jacques Sully, h. de couleur. Paye, blanc.
_Mordenet , | id.
Fouillole, id.
. Latoulte, id.
Bégon , homme de couleur.
Aoua , noir.
Lacroix , id.
Lafond, blanc.
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Maneui, id, |
Michel, homme de couleur.
Bayard, homme de couleur.
Moreau , | id.
Jean François, noir, Rapatel
Laforce,
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FHerumberger ,
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Desfontaines,
Thouvenot,
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Bégon , homme de couleur.
Aoua , noir.
Lacroix , id.
Lafond, blanc.
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Michel, homme de couleur.
Bayard, homme de couleur.
Moreau , | id.
Jean François, noir, Rapatel
Laforce,
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FHerumberger ,
Meédard ,
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Desfontaines,
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Léaumont , : Monfort, Caignet, _44s blanc.
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Fr. D ÉD ERRATA. Page 45. Au lieu de ces deux fils Isaac et Placide, lisez: ses deux fils, €c
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Isoac et Placide. 53... Au lieu de: Mais l’ennemi ne se doutait pas qu ils eussent pu passer par cet affieux chemin, lisez: ne prévoyait pas qu'ils eussent pu passer. 62. Au lieu de: Javais fait vœnx, lisez : J'avais fait vœu. 69. Omission. Après ces mots: Cette révolte avait 6t6 étouñés en
moins de trois jours, ajoutez: Quant à Cotro, il eut le bonheur
de se sauver. Il reparaîtra à l’arrivée de Leclerc, en 1802, et
combattra les français avec un rare courage. 85. Au lieu de décida le succès de la bataille, lisez: détermina Île
succès du combat. 6 Au lieu de: Une capitulation par laquelle la ville dâût être livrée
à Toussaint ,-lisez: Une capitulätion par laquelle la ville devait
être livrée à Toussaint. 87. Aulieu de: Il se détermina à convoquer une nouvelle assemblée centrale, lisez : Il se détermina à convoquer une assemblée centrale.
88. Aulieu de: Mais l'acheteur dût d’abord prouver, lisez: Mais lacheteur devait d’abord prouver. x 129. Au lieu de: Il envoya aussitôt à la Jamaïque pour soulever les ateliers de cette colonie, deux émissaires, Sasportas, et Dubuieson,
lisez : Il avait envoyé en 1798, à la Jamaïque, pour soulever les
ateliers. etc. etc.— [L'affaire de Sasportas qui, par erreur, à ét@
placée dans le corps de louvrage, ne doit être considérée, par le
lecteur, que comme une note. Sasportas, émissaire de Toussaint,
fut exécuté à la Jamaïque, en décembre 1798. Dubuisson, son
compagnon, s'était toujours montré courageux, zélé républicain
avant celte -circanstance, Le gouvernement colonial de la Jamaique déporta , après l'exécution de Sasportas, mille esclaves
accusés d’êr2 entrés dans la conjuration. 24 133. Au lieu de: Infanterie aussi à diverses époques 6400 hommes ,
lisez: Infanterie aussi à diverses époques 19,400 homimnes. Au lieu de: La France envoya en totalité dans la colonie pendant les années 1802 et 1808, 42,581 soldats blancs, lisez: La
France envoya en totalité dans la colonie pendant les années
1802 et 1803, 55,531 soldats blancs. 135. Au lieu de: La première sous les ordres de Rochambeau, de 4,
000 hommes, dût attaquer le Fort-Liberté, lisez: devait attaquer
le Fort-Liberté. |
. Au lieu de: La France envoya en totalité dans la colonie pendant les années 1802 et 1808, 42,581 soldats blancs, lisez: La
France envoya en totalité dans la colonie pendant les années
1802 et 1803, 55,531 soldats blancs. 135. Au lieu de: La première sous les ordres de Rochambeau, de 4,
000 hommes, dût attaquer le Fort-Liberté, lisez: devait attaquer
le Fort-Liberté. | 6 Au lieu de: La troisième de 10,000 hommes, sous les ordres du
général Hardy dût prendre possession du Cap, lisez: devait prendre possession du Cap. Au lieu de: La quatrième de 1,000 hommes, sous les ordres du
général Kerverseau, dût se diriger sur Sto-Domingo, lisez : devait
se diriger sur Sto- Domingo. nc à
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PT SISTORRE L “ : ue) Au deu de: T AE au CARRE qe + deux autres ee
bataillons de la 13.e, lisez: deux détachemens de la 13e. ADN.
149. Au lieu de: Les deux bataillons de la 13e qui étaient 4 Pié-
| mont, lisez: Les deux détachemens de la 13e. 14
151. Au lieu de : Les deux bataillons de la 13.e qui s’étaient tirés
; -dans le morne. de PHôpital, lisez : les deux dgehemens de de 1%
Alt 292. Au heu de: Faustin Ropissard, lisez partout: E
Ar, 301. Au lieu de à cris éclatant: lisez; à cri, k : : "ht à 4}.
id + Neue Er, PRE CPS |
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tie RME
7" - LOI ge" Pi Do + ; Ler. Volume.- Page 37. Au lieu de lire les circonstatites de l'assassinat de
Labadie telles qu’elles sont rapportées dans le L.er volume, page 37, lisez!
Jes blancs ,animés par ce premièr crime, partirent d'Aquin où als arrt
vêèrent le 25 novembre. Ils pénétrérent dans la deineure d'un nommé
Labadie, homme couleur, lui donnèrent 25 coups de fusils, et l’attachè:
rent à la queue d’un cheval qu’ils lancèrent au galop dans un chemin
pierreux. Le fougueux animal ne s'arrêta qué sur l'habitation de Pinfortuné à trois lieues de la ville. La famille de Labadie, après avoir été.
insultée, donna toutes sortes de soins à ce corps sanglant. Labadie n'échappa à la mort que miraculeusement. Il vécut encore plusieurs années. A cause de sa sagesse et de la pureté de ses mœurs, il était appelé le vénérable dans tout le canton. Les blancs l'avaient accusé d’être
le complice de Ferrand, de Baudières. Ler Volume. Page 318. Ligne 17e. (Érrata }- Au lieu de: Sous les ordres
du général Geffrard , lisez: du colonel Geffrard. à | Note concernant le fer Volume. Page 97.— Après l’affaire du camp Mercy,
Jean Bleck, un des frères Bleck, élevé en France, et jeune homme ins:
truit, fut réellement brûlé vif par les colons aux Cayes, après avoir été
enduit de goudron. Les autres Bleck vécurent bien des années ARTE
cet événement
(Érrata }- Au lieu de: Sous les ordres
du général Geffrard , lisez: du colonel Geffrard. à | Note concernant le fer Volume. Page 97.— Après l’affaire du camp Mercy,
Jean Bleck, un des frères Bleck, élevé en France, et jeune homme ins:
truit, fut réellement brûlé vif par les colons aux Cayes, après avoir été
enduit de goudron. Les autres Bleck vécurent bien des années ARTE
cet événement Note concernant le [er Volume. Page 77. Aubrant qui y est représenté
comme noir était un homme de couleur. - < \ % : LIVE Note. 2e Volume. Quelques écrivains français ont avancé que Leclerc n'avait vaincu Toussaint £Loïverture qu'avec 12600 hommes , et que les autres troupes n'étaient arrivées qu'après la chute de celui-ci. La première
expédition était de 21,990 hommes de troupes de ligne. 19,000 débarquèrent tant au Fort-Liberté, au Cap, aus Port ar P rince, qu'à Santo
Domingo, presque en même temps, car les 7.000 hommes environ dont
étaient chargées les escadres des amiraux Gantheaume et Linois, descendireut au Cap aussitôt après l'incendie de cette ville, avant l'ouverture
de la campagne contre "Toussaint. Le retard de quelques jours,
des escadres de Gantheaume et de Linois n'avait été occasionné que par
des contrariétés de mer survenues en vue des côtes de St.-Domiague. Un
des vaisseaux de ces deux escadres, le Desaix, s'était même brisé devant
le Cap. Les 2009 hommes de troupes environ qui étaient sur les escadres de Flessingue et du Hâvre en retard fureñt remplacés par 2000
soldats de marine au moment du débarquement. Quand les escadres de
F'lessingue et du Hävre qui renforcèrent l’armée française de 2000 environ arrivèrent an Cap, la campagne contre Toussaint n’était pasterminée. Leclerc n’a attribué la soumission de Christophe qui précéda ceile
de Toussaint qu'à l’arrivée de ces nouvelles forces. Quand nous aurons
terminé le récit de la guerre de l'Indépendance, nous donnerons un état
plus détaillé des forces venues à St-Domingue, tant sous Leclerc que sous
Rochambeau, et nous établirons authentiquement que le chiffre de çes
troupes s’est élevé à 55,008 hommes. | S : e
a HISTOIRE D’HAÎTI | 447 Note concernant la mort de Toussaint Louverture 2.e Volume. é Comme Toussaint est mort en France, dans la forteresse de Joux, des
traditions de notre pays n'ont pu nous fournir aucun renseignement sur
ses derniers momens. Nous avons dû chercher les circonstances de sa
fin dans les ouvrages de ceux des écrivains français qui, ont parlé de St.-
Domingue. Les uns rapportent qu'il est mort de froid et de privations;
(Pamphile de Lacroix dit crispé de froid) d’aütres faisant nn long détail
de ses souffrances pendant sa captivité, disent. qu’on l’a laissé mourir de faim
par les ordres de Bonaparte. Nous avons trouvé toutes les circonstances
de sa captivité et de sa mort dans les mémoires d’Isaac Louverture, son
fils, et dans un ouvrage, traitant de St.-Domingue, en 1802, qui précède ces mémoires, : + ni “4
> RU % |
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2 | SE ET a s Pau RS PEU VE IP FT AR
NE A PONE CAT) #” FINAL GS RS ST LUE DR RES Re TE
RAR or a RE AA NE . Éd are CT Pate £ dé de un.